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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org/license - - -Title: Le ménagier de Paris (v. 1 & 2) - -Author: Anonymous - -Release Date: October 29, 2013 [EBook #44070] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MÉNAGIER DE PARIS (V. 1 & 2) *** - - - - -Produced by Chuck Greif and the Online Distributed -Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was -produced from images available at Bibliothèque nationale -de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - - - - - -Notes de transcription: Les erreurs clairement introduites par le -typographe ont été corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et -n'a pas été harmonisée. - - - - - LE - - MÉNAGIER DE PARIS. - - - - - LE - - MÉNAGIER DE PARIS, - - TRAITÉ - - DE MORALE ET D’ÉCONOMIE DOMESTIQUE - - COMPOSÉ VERS 1393, - - PAR UN BOURGEOIS PARISIEN, - - CONTENANT - - Des préceptes moraux, quelques faits historiques, des instructions - sur l’art de diriger une maison, des renseignemens sur la consommation -du Roi, des Princes et de la ville de Paris, à la fin du quatorzième siècle, - des conseils sur le -jardinage et sur le choix des chevaux; un traité de cuisine fort étendu, - et un autre non moins complet sur la chasse à l’épervier. - - ENSEMBLE: - -L’histoire de Grisélidis, Mellibée et Prudence par Albertan de Brescia (1246), -traduit par frère Renault de Louens; et le chemin de Povreté et de Richesse, -poëme composé, en 1342, par Jean Bruyant, notaire au Châtelet de Paris; - - PUBLIÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS - - PAR LA SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES FRANÇOIS. - - TOME PREMIER. - - [Illustration: colohpon LITTERIS PATRIÆQUE CARUS.] - - A PARIS, - DE L’IMPRIMERIE DE CRAPELET, - RUE DE VAUGIRARD, 9. - - M. D. CCC. XLVI. - -Le _Ménagier de Paris_ a été imprimé aux frais et par les soins de -la Société des Bibliophiles françois. Il en a été tiré vingt-quatre -exemplaires sur _grand papier impérial de Hollande_, de la fabrique de -C. Honig, destinés aux membres résidens de la Société, plus trois cents -exemplaires en petit papier. Et étoient membres de la Société quand cet -ouvrage fut imprimé: - - M. BÉRARD, receveur général des finances à Bourges. - - M. le Comte ÉDOUARD DE CHABROL, ancien maître des - requêtes au Conseil d’État. - - M. le Duc DE POIX[1], ancien ambassadeur de France en - Russie. - - M. le Marquis DU ROURE, maréchal de camp, membre de la - Chambre des députés. - - M. DE LA PORTE. - - M. le Comte DE LA BÉDOYÈRE, ancien colonel de cavalerie. - - M. le Comte DE SAINT-MAURIS, introducteur des - ambassadeurs. - - M. COSTE, conseiller honoraire à la Cour royale de Lyon. - - M. JÉRÔME PICHON, _Président_. - - M. ARMAND CIGONGNE, ancien agent de change, _Trésorier_. - - M. YEMENIZ, négociant à Lyon. - - M. le Baron DU NOYER DE NOIRMONT, auditeur au Conseil - d’État. - - M. LÉON TRIPIER, garde des Archives du domaine privé du - Roi. - - M. le Marquis DE COISLIN. - - M. le Comte DE CHARPIN-FOUGEROLLES. - - M. le Comte LANJUINAIS, pair de France. - - M. ERNEST DE SERMIZELLES. - - M. LE ROUX DE LINCY, pensionnaire de l’Ecole des Chartes, - secrétaire. - - M. BENJAMIN DELESSERT. - - MADAME la Vicomtesse DE NOAILLES. - - MADAME GABRIEL DELESSERT. - - M. le Baron ERNOUF. - - M. le Comte DE LABORDE, de l’Académie des inscriptions, - membre de la Chambre des députés. - - M. PROSPER MÉRIMÉE, de l’Académie française, inspecteur - des monuments historiques. - - M. AUGUSTE LE PRÉVOST, de l’Académie des inscriptions, - membre de la Chambre des députés. - - -MEMBRE HONORAIRE. - - M. le Marquis DE CHATEAUGIRON, consul de France à Nice. - - -ASSOCIÉS ÉTRANGERS. - - M. le Prince ALEXANDRE LABANOFF, aide de camp de S. M. - l’Empereur de Russie. - - M. le Baron DE REIFFEMBERG, professeur de l’Université de - Louvain, etc. - - M. l’Abbé COSTANZO GAZZERA, membre de l’Académie de - Turin. - -[Illustration] - - - - -TABLE - -DES PIÈCES PRÉLIMINAIRES, DISTINCTIONS, ARTICLES ET CHAPITRES - -DU - -MÉNAGIER DE PARIS. - - -TOME PREMIER. - -PRÉLIMINAIRES. - -LISTE DE LA SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES. - -TABLE DES PIÈCES PRÉLIMINAIRES, DISTINCTIONS, etc. - -NOTICE SUR M. LE DUC DE POIX, par M. L. V. D. N., membre -de la Société Page I - -INTRODUCTION au _Ménagier_ XVII - -INDICATION DÉTAILLÉE de quelques ouvrages ou documens -manuscrits et imprimés cités en abrégé dans l’Introduction -et les notes LXV - -CORRECTIONS ET ADDITIONS LXXVII - -TEXTE. - -PROLOGUE DE L’AUTEUR 1 - -PREMIÈRE DISTINCTION. - -ARTICLE PREMIER. - -Saluer et regracier Dieu à son esveiller et à son lever, et -s’atourner convenablement 9 - -ARTICLE II. - -S’accompagner convenablement 15 - -ARTICLE III. - -Aimer Dieu, le servir et se tenir en sa grâce Page 16 - -De la messe, 17.--Contrition, 21.--Confession, 23.--Des -péchés mortels, 28.--Des sept vertus, 53. - -ARTICLE IV. - -Garder continence et vivre chastement 62 - -De Susanne, 64.--De Raymonde, 68.--De Lucrèce, 70.--Des -reines de France, 75, 76. - -ARTICLE V. - -Être amoureuse de son mari 76 - -D’Ève, 77.--De Sara, 78.--De Rachel, 84.--Du chien -Maquaire, 92.--Du chien de Niort, 93. - -ARTICLE VI. - -Être humble et obéissante à son mari 96 - -Histoire de Griselidis, 99.--Femme laissant noyer son mari, -126.--D’Ève, 128.--De Lucifer, 129.--D’une bourgeoise, -135.--Du bailly de Tournay, 139.--Des abbés et -des mariés, 145.--De madame d’Andresel, 148.--Des -maris de Bar-sur-Aube, 153.--D’une cousine de la femme -de l’auteur, 156.--De la Romaine, 158. - -ARTICLE VII. - -Être curieuse et soigneuse de la personne de son mari 168 - -Bons traitemens, 168.--Des puces, 171.--Des mouches, 173. - -ARTICLE VIII. - -Être discrète 177 - -De Papirius, 179.--De la femme qui pond un œuf, 180.--Des -mariés de Venise, 182.--D’un sage homme parisien -trompé par sa femme, 183.--D’un notable avocat, 185. - -ARTICLE IX. - -Reprendre doucement son mari dans ses erreurs 185 - -Histoire de Mellibée, 186.--De Jehanne la Quentine, 237. - - -TOME II. - -SECONDE DISTINCTION. - -ARTICLE PREMIER. - -Avoir soin de son mesnage, diligence et persévérance 1 - -LE CHEMIN DE PAUVRETÉ ET DE RICHESSE, par Jean Bruyant 4 - -ARTICLE II. - -Du jardinage 43 - -ARTICLE III. - -Choisir varlets, aides et chambrières, et les mettre en œuvre 53 - -Jeune femme parlant grossièrement, 60.--Soins de la maison, -61.--Vie à la campagne, 62.--Recettes diverses, 65.--Des -domestiques, 70.--Des chevaux, 72. - -ARTICLE IV. - -Savoir ordonner dîner et soupers 80 - -Le fait des bouchiers et poulaillers, _ib._--Termes généraux de -cuisine, 87.--Dîners et soupers, 91.--Aucuns incidens servans -à ce propos (repas de l’abbé de Lagny, noces, etc.), 103. - -ARTICLE V. - -Commander, deviser et faire faire toutes manières de potaiges, -etc., et autres viandes 124 - -Termes généraux de cuisine, _ib._--Potages communs sans -espices et non lians, 134.--Potages qui sont à espices et non -lians, 147.--Potages lians de char, 158.--Potages lians -sans char, 171.--Rost de char, 177.--Pastés, 185.--Poisson -d’eaue doulce, 187.--Poisson de mer ront, 194.--Poisson -de mer plat, 201.--Œufs de divers appareils, 206.--Entremès, -fritures et dorures, 210.--Autres entremès, 224.--Saulces -non boulies, 229.--Saulces boulies, 232.--Buvrages -pour malades, 237.--Potages pour malades, 241.--Autres -menues choses qui ne sont de nécessité, 243.--Autres -menues choses diverses qui ne désirent point de chappitre, -262. - -APPENDICE A L’ARTICLE V 273 - -Recettes d’Hotin, cuisinier de monseigneur de Roubais 275 - -TROISIÈME DISTINCTION. - -ARTICLE II (ET UNIQUE). - -Savoir nourrir et faire voler l’esprevier 279 - -Chiens espaignols, 281.--Éperviers niais, 285.--Plumage de -l’épervier, 292.--Affaitement de l’épervier, 295.--Vol des -champs, 301.--Chasse en août, 305.--Chasse en septembre, -310.--Épervier en mue, 311.--Épervier branchier et mué -de haie, 314.--Mué et hagart, 317.--Maladies de l’épervier, -319.--De l’autour, 321.--Autres oiseaux de proie, -323.--Maladies des oiseaux, 325. - -TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES 327 - -SUPPLÉMENT AUX CORRECTIONS 380 - - - - -NOTICE - -SUR - -M. JUSTE DE NOAILLES - -PRINCE-DUC DE POIX - -CHEVALIER DES ORDRES DU ROI, GRAND D’ESPAGNE DE PREMIÈRE CLASSE - -ANCIEN AMBASSADEUR DE FRANCE EN RUSSIE - -ANCIEN DÉPUTÉ, ETC. - -MEMBRE DE LA SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES FRANÇAIS - - - - -NOTICE - -SUR - -M. LE DUC DE POIX[2]. - - Multis ille quidem flebilis occidit, - Nulli flebilior quam _mihi_..... - Horat., od. XXIV, l. I. - - -Il est des hommes que le monde ignore et qui passeraient inaperçus -grâce à l’excès de leur modestie, si leur mérite ne se révélait à -leur insu par l’utilité de leur vertu. Ces sortes de caractères ne se -manifestent que malgré eux au grand jour, leur sagesse les retient -dans la retraite, et beaucoup finissent, comme l’a dit quelque part -Montesquieu, _sans avoir déballé_. Ceux que les liens du sang ou -de l’amitié ont rapprochés d’eux, doivent au monde de les faire -connaître; c’est à la fois un encouragement pour la jeunesse et une -consolation pour l’âge avancé qu’un hommage rendu à ces existences à -la fois élevées et modestes, placées ainsi à la portée de toutes les -émulations. M. le duc de Poix était un modèle de ce genre de caractère. -L’auteur de cette notice lui tenait par les liens du devoir et de -l’affection: ayant eu le bonheur de jouir de son mérite dans l’intimité -la plus resserrée, il ose espérer que cet avantage lui vaudra celui de -le faire connaître avec plus de vérité que personne: c’est son seul -titre à l’indulgence de ceux qui le liront. - -Juste-Antonin-Claude-Dominique de Noailles, prince-duc de Poix, naquit -à Paris le 8 août 1777, de parents tendres et chéris dont il était le -second fils. Son père le prince de Poix, fils aîné du vertueux maréchal -duc de Mouchy, mort sur l’échafaud en 1794, avait épousé la fille du -maréchal de Beauvau. Les vertus et les charmes de la princesse de Poix -ont enchanté tous ceux qui l’ont rencontrée et laissé une sorte de -culte dans les cœurs admis à son intimité. Elle s’occupa de l’éducation -de son second fils d’une façon toute particulière, et l’influence de -cette première partie de la vie du jeune Juste de Noailles s’étendit -sur le reste de son existence de manière à le modifier fortement: -elle le préserva de la gâterie presque inévitable à laquelle il était -condamné par position. Il ouvrit les yeux au milieu des dernières -prospérités de sa famille; lui et son frère, plus âgé que lui de six -ans, semblaient alors destinés aux plus hautes situations du pays. -Ces beaux jours durèrent peu: Juste de Noailles en connut pourtant -assez pour garder de précieux souvenirs de ces derniers moments de la -société française dont le salon de sa mère était peut-être le plus -parfait modèle. La princesse de Poix rassemblait autour d’elle un petit -cercle d’amis presque tous remarquables par des mérites divers, que sa -supériorité avait distingués dès son entrée dans le monde; quelques -femmes, ses amies de jeunesse, modèles d’esprit et de grâce, des hommes -attachés à la cour ou mêlés aux affaires et à la littérature, tous -réunis par le charme de son commerce, l’entouraient de soins que sa -mauvaise santé rendait consolants pour elle et doux pour ses amis. Le -prince de Poix, marié très-jeune et dans la plus haute faveur à la -cour, n’était pas un mari aussi sédentaire que son vénérable père, mais -il eut toujours le bon goût de préférer à tout la société de sa femme -et de ses amis. - -Cette société, au début de notre terrible révolution, était de celles -qui non-seulement ne s’en effrayaient pas, mais dont les vœux et -les opinions favorisaient les premières manifestations du mouvement -réformateur. M. de La Fayette et la brillante jeunesse qui l’avait -suivi en Amérique, bien des grands seigneurs amis de Voltaire et -enthousiastes de Rousseau, beaucoup de courtisans dévoués à M. Necker, -tous ces esprits enflammés d’ardeur pour le bien, de désir des -réformes utiles, animés des plus généreux sentiments, se livraient -alors à de bien douces espérances et rêvaient la régénération de leur -pays, dût-elle se réaliser aux dépens de ces priviléges dont ils furent -les premiers à se dépouiller au profit de ceux qui devaient être leurs -bourreaux. - -C’était là l’esprit du salon où le duc de Poix passa ces premières -années de la vie qui en décident presque toujours la tendance. La -princesse de Poix avait été nourrie par son père, le maréchal prince -de Beauvau[3], homme aussi vertueux qu’éclairé, dans le goût de la -littérature et les doctrines de la philanthrophie. Ses amis, MM. de -Lally-Tollendal, de Montesquiou, de La Fayette, Mmes d’Hénin, -de Tessé, de Lauzun prenaient comme elle le plus vif intérêt aux -débats politiques du moment. Le prince de Poix était des plus chauds -partisans de M. Necker; son frère le vicomte de Noailles prit une part -célèbre aux généreuses imprudences du 4 août. Enfin le jeune Juste -de Noailles fut entouré dès le berceau de sentiments et de principes -dont l’impression ne s’effaça jamais chez lui. Il les conserva au -travers de toutes les vicissitudes de nos cinquante dernières années; -tous ceux qui l’ont connu peuvent se rappeler que les enivrements de -l’empire, les illusions de la restauration et les agitations de 1830 -le trouvèrent le même, c’est-à-dire un ami impartial de l’ordre et de -la liberté. - -Les horreurs de la révolution le saisirent dans sa première jeunesse; -elles furent pour lui une précoce expérience et l’occasion de devoirs -touchants. Son père ayant eu le courageux instinct de rester jusqu’au -dernier moment près de son infortuné souverain, fut forcé après le 10 -août de se cacher et bientôt après de s’enfuir: sa tête était mise à -prix. Le maréchal duc de Mouchy périt sur l’échafaud avec sa femme, -sa belle-fille et la mère et la grand’mère de cette dernière; le -reste de la famille avait réussi à quitter la France. La princesse -de Poix infirme avant l’âge et n’ayant pas voulu émigrer, resta donc -seule à Paris avec son fils cadet, dont la tendresse et les vertus -surent lui adoucir tant de maux. Leur vie était affreuse. Chaque -matin le journal leur annonçait la mort d’un parent ou d’un ami, et -chaque jour tous deux se préparaient à de derniers adieux. Juste de -Noailles, en présence de ces atrocités journalières, était soutenu -par des sentiments religieux déjà puissants, et qui prirent depuis -une teinte d’exaltation naturelle à son âge et dans sa situation. Un -vertueux prêtre bien connu avant la révolution par ses bonnes œuvres, -le respectable abbé de Fénélon, célébrait les saints mystères dans une -cave pour la consolation de quelques âmes fidèles. Le jeune Juste de -Noailles s’y rendit toujours exactement, plus d’une fois au péril de -sa liberté et presque de sa vie, jusqu’à ce que son vénérable directeur -eût payé ses vertus de sa tête. Au milieu de tant de maux, un goût -qui se développa en lui et qui ne le quitta plus, fut, si on peut le -dire, son délassement. C’était le goût des livres qui devint bientôt -une passion. Pouvant à peine disposer de l’argent nécessaire à son -entretien, il s’imposait de pénibles privations pour le satisfaire. Un -estimable libraire resté son ami jusqu’à sa mort, aimait à raconter -comment leur connaissance s’était faite en 1793, à une vente de livres -précieux. M. de Bure (c’était son nom) remarqua avec surprise et -intérêt un beau jeune homme de dix-sept ans, vêtu plus que modestement, -qui montrait des connaissances et une ardeur pour les livres que sa -situation ne lui permettait pas évidemment de satisfaire. Attiré par -ces apparences et sans savoir le nom du jeune amateur, M. de Bure lui -procura à un prix modéré les précieuses éditions qu’il désirait. Il -s’ensuivit un échange de bons procédés qui les attacha à jamais l’un à -l’autre. Mais comme les bonnes actions passaient pour M. de Poix avant -les beaux livres, il vendit sa chère collection sous le Directoire pour -payer une dette contractée par sa mère pendant la terreur. - -Lorsque peu après ces horribles temps la France commença à respirer, la -jeunesse retrouva quelque mouvement et même de la gaieté, parce qu’elle -ne saurait s’en passer. Juste de Noailles se livra comme les autres -aux amusements qui réunissaient les lambeaux épars de la société dans -des associations souvent bizarres, mais curieuses à observer. Du milieu -de ce chaos sortaient quelques existences miraculeusement conservées, -et qui commençaient déjà à se faire remarquer; Juste de Noailles eut -le bonheur, dès cette première entrée dans le monde, de former des -liens d’amitié qui ne varièrent plus. Le plus intime fut avec Adrien de -Mun dont la famille de tout temps liée avec la sienne, s’y était plus -étroitement attachée depuis la révolution. L’esprit délicat et cultivé -de M. de Mun, son aimable caractère, ses mœurs élégantes l’eussent -fait remarquer en tout temps, mais quel n’était pas son charme dans ce -moment de désordre et de licence! Ces deux jeunes gens élevés dans des -goûts et des sentiments proscrits comme leurs familles, se serrèrent -étroitement l’un à l’autre, s’accordèrent une confiance sans bornes -et se suivirent dans toutes les phases de leur existence pendant -près de cinquante ans avec une persistance et une affection dont il -y a bien peu d’exemple chez les hommes. Leurs caractères différaient -tout juste assez pour les rendre le complément l’un de l’autre. M. -de Mun, aussi sage, mais moins grave que son ami, savait allier au -goût le plus délicat la plus folle gaieté. Un ami moins intime, mais -toujours cher et précieux à Juste de Noailles, ce fut le comte Molé, -dont la jeunesse à la fois aimable et sérieuse faisait prévoir son -brillant avenir. Ce peu de Français émigrés à l’intérieur y vivaient -modestement, contents seulement de ne plus souffrir, de pouvoir -espérer et de s’amuser n’importe comment ni avec qui. Les échappés de -la terreur se retrouvaient tout joyeux d’avoir survécu; les émigrés -rentraient progressivement; chacun arrangeait l’avenir à son gré. Enfin -le 18 brumaire vint absorber les espérances de tout le monde dans une -admiration générale bientôt accompagnée d’une soumission craintive qui -coupa court aux chimères, en réveillant les ambitions. - -La princesse de Poix restait et fut toute sa vie un centre pour les -esprits distingués que le besoin de communication rassemble, quel que -soit l’état du pays. Les opinions libérales de Mme de Poix s’étaient -bien modifiées par la vue des crimes de la terreur; rien ne pouvait -la consoler de ce qu’elle appelait ses erreurs. La pensée qu’elle -avait pu applaudir aux premiers actes d’une révolution ensanglantée -par tant d’horreurs, lui laissait sinon des remords, du moins un -besoin d’ordre qui la soumettait plus aisément que ses autres amis au -despotisme qui pesa bientôt sur le pays. Le prince de Poix, toujours -dévoué au souvenir de ses rois, resta, comme son fils aîné, étranger -au nouvel ordre de choses. Son second fils ayant fait, en 1804, un -beau et noble mariage (il avait épousé Mélanie de Talleyrand-Périgord, -nièce du célèbre prince de Talleyrand), désira, dans l’intérêt de -sa descendance, rattacher son existence à celle d’un gouvernement -dont le chef lui avait inspiré un vif enthousiasme. Il obtint de -l’empereur la faculté de créer un majorat de comte; bientôt il fut -nommé chambellan, et sa femme fut dame du palais de l’impératrice -Marie-Louise. Ces diversités d’opinions n’altérèrent jamais l’union du -comte de Noailles et de ses parents. Mme de Poix, fidèle aux mêmes -sentiments que son époux et son fils aîné, mais avant tout mère sage -et tendre, réunissait autour d’elle tous les objets de son affection -dans les relations les plus douces. D’ailleurs les esprits justes -et les bons cœurs s’entendent toujours dans le désir du bien, sous -quelque forme qu’il se produise. La restauration eut les mêmes effets -dans cet intérieur uni et éclairé. Le comte de Noailles, heureux de -pouvoir servir à la fois son pays et les bienfaiteurs de sa famille, -dut à la bonté de Louis XVIII l’ambassade de Saint-Pétersbourg. Il fut -chevalier de l’ordre du Saint-Esprit, et la comtesse de Noailles dame -d’atour de Mme la duchesse de Berry. Le comte de Noailles porta dans -sa nouvelle carrière la droiture et la raison qui le caractérisaient. -Mais son goût le rappelait vers la vie de famille, et il saisit la -première occasion d’y rentrer, en se retirant des affaires presqu’en -même temps que le duc de Richelieu, dont il représentait la couleur -politique. Le roi permit alors au prince de Poix, élevé à la pairie -en 1814, de faire passer à son fils cadet la grandesse d’Espagne. -Depuis ce temps, l’éducation de ses enfants, le soin de ses affaires, -ceux qu’il rendait à une mère adorable et de plus en plus infirme, -remplirent presque exclusivement l’existence du comte de Noailles. Ses -seules distractions étaient son goût pour les livres et les devoirs de -la charité, seuls emplois qu’il se permît de son superflu. Il n’en fut -distrait qu’en 1827, où le département de la Meurthe le choisit pour un -de ses députés. Les sentiments qui l’avaient animé dès sa jeunesse le -suivirent sur les bancs de la chambre. Il y porta cet amour d’une sage -liberté, ce besoin de morale dans les institutions, qui caractérise -les honnêtes gens et les esprits éclairés de notre temps, et qui eût -soutenu tous les gouvernements qui se sont écroulés depuis cinquante -ans, si ces gouvernements les eussent sincèrement consultés. Plus tard, -la manière de voir du comte de Noailles le détourna de chercher une -nouvelle élection. Dévoué par reconnaissance à la maison de Bourbon, -mais se sentant en opposition avec la politique qu’elle adoptait, il en -attendait avec anxiété le fatal résultat. Les grâces dont sa famille -et lui-même avaient été comblés, lui firent un devoir de s’éloigner -de la cour après la révolution de 1830. Il rentra dans la retraite -en déplorant les malheurs de ses bienfaiteurs et en formant des vœux -pour la prospérité de son pays. Depuis ce temps, consacré plus que -jamais à ses liens intimes, il ne chercha plus de délassements que -dans les épanchements de sa tendre amitié pour le marquis de Mun, -et ses relations avec un petit cercle de connaissances anciennes, -choisies avec ce goût délicat et sûr qui était un des attributs de -son esprit. Ses livres devinrent plus que jamais sa jouissance et sa -consolation. Sa bibliothèque, une des plus célèbres de France, s’était -progressivement augmentée de précieuses acquisitions. Les heures qu’il -y passait lui semblaient des moments. Peu de semaines s’écoulaient sans -qu’il allât chez ses anciens amis, MM. de Bure, se tenir au courant des -nouvelles de la librairie. La Société des Bibliophiles, dont il fit -partie dès son origine, ne comptait pas de membre plus intéressé à ses -travaux; ceux dont il était chargé se faisaient reconnaître à un goût -aussi scrupuleux qu’éclairé. - -Le duc de Poix[4] eut en 1834 le malheur de perdre sa mère; ce fut -un grand événement dans sa vie. Trouvant en elle, avec un sentiment -passionné pour lui, un mérite et des agréments restés sans rivaux, il -s’était livré, si on peut le dire, avec imprudence, à son affection -pour elle. Cette mère chérie était son amie intime, l’objet de ses plus -tendres soins, d’un goût qui tenait de l’admiration, et son conseil -dans toutes les choses de la vie. Comme elle avait conservé jusqu’à -son dernier jour ses facultés morales dans leur entier, elle trompait -sur son âge tout ce qui l’entourait; on jouissait avec imprévoyance du -charme de sa société, sans songer au vide profond que devaient laisser -des communications si charmantes. Tous ceux qui l’ont approchée l’ont -plus ou moins senti après elle. Qui dut en souffrir plus que ce fils -chéri, le bien-aimé de son cœur, la source des plus douces jouissances -de sa longue vie! La douleur du duc de Poix dura autant que son -existence; le souvenir de sa mère resta un culte caché qu’il ne sépara -plus d’aucune de ses impressions. Il voulut changer de vie après cette -irréparable perte, et faire désormais à la campagne sa principale -résidence. Ses beaux livres lui parurent alors une magnifique fantaisie -dont la valeur serait mieux employée en travaux utiles. Il s’en -défit en 1835. La vente eut lieu avec succès en Angleterre[5]. (Les -amateurs français ont eu depuis ce temps la consolation de s’assurer -que beaucoup des ouvrages rares qui s’y trouvaient sont rentrés dans -notre pays.) M. de Poix aimait pourtant trop l’étude et la littérature -pour se passer d’une bibliothèque. Il acquit celle de feu M. Duviquet -et l’augmenta successivement d’acquisitions moins brillantes que par -le passé, mais qui font cependant de cette seconde bibliothèque une -collection excellente dans tous les genres[6]. - -Tout faisait espérer à la famille et aux amis de M. le duc de Poix -qu’il leur serait, ainsi que l’avait été sa mère, conservé au delà du -terme ordinaire de la vie. Sa santé florissante, sa vie régulière, -cette paix de l’âme que la piété entretient chez ceux qui l’associent à -toutes leurs impressions, semblaient lui assurer une longue carrière. -Dieu en décida autrement: une courte et pénible maladie l’enleva le -1er août 1846, à l’âge de soixante-neuf ans. Ce fut une douleur et -une surprise pour tous ceux qui l’aimaient. Le chagrin en fut épargné -au marquis de Mun, mort deux ans avant son ami; sa famille resta seule -à le pleurer. Elle perdait en lui un chef respectable dont les aimables -qualités faisaient aimer la vertu. Malgré une modestie qui allait -peut-être jusqu’à l’excès, le respect s’attachait à lui et se répandait -sur ses entours, qu’il protégeait ainsi à son insu. Son influence -les dirigeait du fond de sa retraite, comme le lest d’un navire en -assure invisiblement la marche. Cette religieuse modestie était le -trait dominant du caractère de M. de Poix. Il ne lui arrivait de la -dominer que lorsque sa conscience lui faisait un devoir de professer -des sentiments honorables ou des opinions utiles; alors on trouvait -en lui la chaleur d’un homme de bien, sans respect humain comme sans -préjugés. Mais habituellement son plaisir favori était l’étude et les -communications qu’elle procure avec des esprits distingués. Nul ne -rendait une justice plus aimable au mérite d’autrui que M. de Poix; son -approbation flattait d’autant plus qu’il était doué d’un goût exquis, -peut-être trop développé par l’éducation, car les raffinements du goût -procurent plus de mécomptes que de jouissances; mais il ne dépend pas -de certains esprits choisis de se contenter de la médiocrité en rien, -et M. de Poix était de ceux qui cherchent sans relâche le mieux en -toute chose. Il était ingénieux dans sa bienfaisance, délicat dans ses -moindres attentions: ses manières à la fois douces et dignes étaient le -modèle d’une noble et sage élégance. Ses confrères, les bibliophiles, -n’en perdront pas plus le souvenir que des aimables procédés que tous -ont rencontrés en lui, et ils joindront de sincères regrets à la juste -douleur de sa famille et de ses amis. - -V. D. N. - -Membre de la Société des Bibliophiles français. - -[Illustration] - - - - -LE MÉNAGIER DE PARIS. - - - - -INTRODUCTION. - - -Quand on étudie l’histoire de la régence et du règne de Charles V, de -ce beau règne si tristement précédé et si tristement suivi, on ne sait -lequel admirer davantage ou des succès politiques et militaires de ce -grand prince, ou du mouvement imprimé aux lettres et aux arts par son -intelligente et constante protection. Jeté au milieu d’un pays désuni -et factieux, attaqué victorieusement par un ennemi formidable, sans -argent, sans soldats, Charles s’entourant avec un discernement presque -surnaturel des hommes les plus habiles dans toutes les branches de -l’administration, se crée bientôt des ressources suffisantes; il trace -lui-même aux chefs de ses armées un plan de campagne qui doit ranimer -des troupes découragées et rendre impossibles à l’avenir les désastres -de Crécy et de Poitiers. Il sait trouver partout des alliés pour la -France et des ennemis pour l’Angleterre, et combat successivement et -heureusement son redoutable adversaire sur tous les points où il a un -intérêt ou un ami. Mais les combinaisons si variées et si complexes de -sa politique ne suffisent pas à l’activité de ce puissant génie. Après -avoir rendu à la France sa confiance en elle-même et son territoire, il -veut encore lui donner la supériorité de l’intelligence et des lettres, -et commence dans sa _librairie_ de la Tour du Louvre la réunion des -meilleures productions historiques et littéraires. Là encore il veut -être entouré d’esprits d’élite: il veut avoir Cicéron, Tite Live, saint -Augustin dans sa bibliothèque, comme il a du Guesclin, Sancerre et -Clisson dans ses armées, Bureau de La Rivière et Jean Le Mercier dans -son conseil, Arnault de Corbie et Pierre d’Orgemont dans son parlement. -Non content de recueillir les meilleurs ouvrages déjà connus, le Roi, -par sa munificence et souvent même par ses ordres exprès, oblige à -écrire tous ceux qui lui semblent capables de donner les meilleurs -traités d’une science ou d’un art quelconque. Aucun sujet, si humble -qu’il soit en apparence, n’échappe à son attention: sa sollicitude -paternelle descend dans tous les détails. Pendant que le chancelier -Pierre d’Orgemont écrit sous son inspiration une chronique modèle -de fidélité et d’exactitude historique[7], Charles ne dédaigne pas -d’engager lui-même le serviteur[8] d’un de ses maîtres des requêtes à -consigner dans un ouvrage spécial le fruit de son expérience sur l’art -d’élever et de diriger les troupeaux, et son _queux_ Taillevent[9], -comblé de ses bienfaits, donne sur la cuisine un traité imprimé et -consulté encore sous le règne de Henri IV. - -Le _Ménagier de Paris_ est évidemment un des résultats du mouvement -littéraire du règne de Charles V et de la tendance qu’avoit alors -éprouvée chacun, par suite des encouragemens du roi, à écrire sur le -sujet qui lui plaisoit le plus et qu’il connoissoit le mieux. L’auteur -avoit vu tout le règne de ce grand prince, puisqu’il étoit à Melun en -1358[10], à Niort en 1373[11], et qu’il avoit connu Aubriot[12] dans sa -puissance, mais il n’écrivit que plusieurs années après l’avènement -de Charles VI. Il parle en effet du duc d’Orléans, qui ne peut être -Philippe de France, frère du roi Jean: 1º parce que ce prince, mort en -1372, ne seroit pas cité comme vivant dans un livre écrit après la -prise de Niort; 2º parce que l’auteur qui nomme[13] les ducs de Berry, -de Bourgogne et de Bourbon dans l’ordre de leur parenté avec le roi, -n’auroit pas, s’il eût écrit sous le règne de Charles V, placé l’oncle -du roi avant ses frères; 3º le duc d’Anjou, frère puîné de Charles V, -mort en 1384, auroit sans doute été nommé comme ses frères dans cette -énumération si elle eût été écrite avant l’année de sa mort; 4º il est -fait allusion dans le livre à une sédition que je crois avoir prouvé -être celle de 1382[14]. Si on admet donc (et il me semble impossible -de le nier) que le duc d’Orléans dont il est parlé dans le _Ménagier_ -n’est pas Philippe frère du roi Jean, il ne peut être que Louis frère -de Charles VI, et comme ce prince, d’abord duc de Touraine, n’eut le -titre de duc d’Orléans que le 4 Juin 1392[15], il en résultera que le -_Ménagier_ ne peut avoir été écrit avant Juin 1392. Mais il ne sauroit -non plus être postérieur à Septembre 1394, car l’auteur parle des -juifs _qui sont en France_[16]: or les juifs furent chassés par une -ordonnance en date du 17 de ce mois qui fut promptement exécutée, mais -à laquelle il eût certainement fait quelque allusion en cet endroit de -son livre si elle eût même seulement été rendue lorsqu’il écrivoit. - -Le _Ménagier de Paris_ fut donc écrit entre Juin 1392 et Septembre -1394, et rien dans le texte ne contredit cette date qui me semble -établie d’ailleurs sur des bases certaines. Ainsi l’auteur parle de -la maison de la reine et _des enfans_, et en effet Isabeau de Bavière -avoit en 1392 trois enfans[17]; ainsi encore il pourroit résulter d’un -passage du livre[18] que l’année où il fut écrit commençoit en Avril, -et les années 1392, 1393 et 1394 commencèrent toutes trois en Avril. - -L’auteur étant assez âgé en 1358 pour avoir été admis dans la société -du seigneur d’Andresel, et ayant écrit de 1392 à 1394, devoit alors -toucher à la vieillesse. Il avoit cependant épousé depuis peu de temps -une jeune femme de quinze ans qui étoit de meilleure maison que lui, -d’une province différente et orpheline[19]. Elle lui avoit demandé -peu de jours après son mariage de ne pas la reprendre publiquement de -ses _décontenances et simplesses_, mais de réserver ses réprimandes -pour le soir ou tout autre moment dans lequel ils seroient seuls[20]. -L’auteur, heureux des bonnes intentions de sa femme, pensa qu’il -valoit mieux prévenir ses fautes que d’avoir à les lui reprocher, et -fit à son usage un traité général des devoirs d’une femme mariée, avec -l’idée que cet ouvrage pourrait aussi être utile à ses filles et à ses -amies[21]. Il n’écrivit pas sans doute immédiatement après son mariage, -mais cependant il étoit assez nouvellement marié pour parler à diverses -reprises à sa femme de sa très-grande jeunesse[22] qui l’obligeoit -encore à tenir auprès d’elle une sorte de duègne ou gouvernante chargée -de l’aider et de la diriger dans l’administration de sa maison[23]. - -Cette différence d’âge a pu donner à ses conseils ce caractère de -tendresse paternelle et mélancolique qui s’y fait remarquer. Arrivé -au déclin de la vie, prévoyant avec une sage résignation que sa femme -doit lui survivre, et désirant qu’elle trouve après lui l’appui d’un -second époux, il veut qu’elle apporte à son successeur toute la vertu, -toute la douceur qu’il lui connoît, et aussi toute sa sensibilité, -toute sa délicatesse de jeune fille. «Une femme sage, lui dit-il, -doit avoir horreur du sang. Ne voyez jamais couler même celui d’un -agneau ou d’un pigeon; défendez à vos suivantes de prononcer jamais -devant vous les mots de _sang_ et de _sanglant_[24].» Il adopte avec -une sorte d’empressement cette idée d’un second mariage de sa femme, -parce que cette idée lui permet d’ôter à ses préceptes toute couleur de -défiance ou d’égoïsme, et il lui parle en toute occasion de _son mari -qui sera_. Quant à lui, il ne mérite que l’attention, que les égards -les plus ordinaires[25]. Raconte-t-il cette histoire de Grisélidis, -modèle touchant d’obéissance et de résignation excessive, il se hâte -de dire que cette histoire est trop cruelle et ne peut être vraie; -qu’il est loin de demander un dévouement, une abnégation qui ne sont -dus qu’à Dieu: «Aussi bien, dit-il avec un bonheur d’expression qu’on -remarque plus d’une fois dans son livre, _je ne suis pas marquis et -je ne vous ai pas prise bergère_[26].» Ailleurs, il prévoit le cas où -sa femme épouseroit après lui un homme dur et cruel, l’engage à ne -pas se plaindre des mauvais traitements qu’elle en recevroit: «Allez -en votre chambre, lui dit-il, pleurez à voix basse et plaignez-vous à -Dieu![27].» - -De pareils sentimens font aimer l’auteur d’un livre, et on voudroit -pouvoir nommer l’homme qui réunissoit de si nobles et de si aimables -qualités. La profonde piété, l’extrême modestie de l’auteur du -_Ménagier_ l’ont sans doute empêché de se faire connoître. Il a bien -parlé de lui-même en plusieurs endroits de son livre, mais nous ne -pouvons tirer d’inductions solides de ces passages qu’à l’égard de sa -position: aucune n’est assez précise pour conduire à découvrir son nom. - -On ne trouve dans le _Ménagier_ aucun trait qui indique le gentilhomme, -l’homme de guerre: on voit, au contraire, qu’il engage sa femme à ne -pas fréquenter les grands seigneurs dont la société _n’est afférente -ni convenable_ pour elle ni pour lui: ailleurs, il parle légèrement, -et seulement en passant, d’un plat compliqué et dispendieux, parce -que, dit-il, _ce n’est pas ouvrage pour le queux d’un bourgeois, -non mie d’un chevalier simple_[28]. Il est donc évident qu’il -appartenoit par sa naissance à la bourgeoisie, à cette bourgeoisie -éclairée, intelligente et riche dans laquelle se recrutoient l’Église, -le parlement et les finances; Charles V sut y trouver bien des -magistrats savans et intègres, bien des administrateurs habiles élevés -ultérieurement par lui à la noblesse et même à la dignité de chevalier: -nous rencontrerions probablement l’auteur du _Ménagier_ parmi ces -hommes éminens, si son nom ne nous étoit pas resté inconnu[29]. - -Il me paroît en effet certain que notre auteur fut mêlé d’une manière -active aux affaires politiques de son temps. Outre qu’il semble peu -croyable qu’un simple bourgeois occupé seulement d’affaires de commerce -ou de gestion de propriétés, ait pu avoir l’instruction littéraire -que prouvent les citations de l’auteur et le nombre des volumes de -sa bibliothèque[30], et qu’une sagesse reconnue de son temps[31], -qu’un mérite signalé à chaque page de son livre par l’élévation et la -justesse de ses idées, par la clarté et l’expression de son style, -aient pu échapper à l’attention de Charles V, il seroit assez étonnant -qu’un bourgeois étranger au gouvernement eût eu occasion de citer -Bureau de la Rivière, et surtout si souvent le duc de Berry[32]. -Comment se seroit-il trouvé à Niort avec ce prince? Comment auroit-il -eu sur la cour, et notamment sur l’étiquette intime imposée par -d’importans scrupules aux reines de France, les renseignemens curieux, -uniques, qu’il nous a transmis[33]? - -Mais à quelle partie du gouvernement l’auteur a-t-il pu appartenir? -Il étoit évidemment Parisien et habitoit ordinairement Paris; c’est -ce qui résulte de l’ensemble de son livre, et notamment des nombreux -passages relatifs au commerce d’approvisionnement de la capitale. -Enfin il parle de la punition de Paris en 1383, en homme qui avoit -vu par lui-même ces tristes circonstances. D’un autre côté, il avoit -voyagé; il avoit été en Beauce, en Picardie, à Niort, à Bar-sur-Aube, -à Chaumont, en Gascogne, à Beziers, en Flandres, et probablement à -Tournay qu’il cite plusieurs fois. On peut présumer de ces diverses -indications qu’il avoit été employé, à une époque antérieure, dans -les finances militaires (il me semble difficile qu’il se soit trouvé -à Melun en 1358, et surtout à Niort, en 1373, avec un autre emploi), -et qu’il avoit ensuite appartenu ou appartenoit encore lorsqu’il -écrivoit, à un corps judiciaire résidant à Paris et mêlé à la police, -au gouvernement de la ville, tel que le parlement et le Châtelet, dont -les membres étoient fréquemment envoyés comme commissaires dans les -provinces. Il me paroît d’ailleurs impossible d’attribuer à un homme -étranger à la magistrature le récit du repas donné par l’abbé de Lagny, -et surtout l’attention avec laquelle est remarquée l’étiquette qui y -fut observée entre le président, le procureur général et les avocats -du roi. Le chapitre si détaillé des noces de Jean Duchesne, procureur -au Châtelet[34]: la recommandation de porter l’épervier aux _plaids_ -ou plaidoiries: le mélange de mots latins à certaines parties du -texte françois, mélange fréquemment usité dans les réquisitoires et -plaidoiries de ce temps: enfin les mots _et pour cause_ qui terminent -souvent des délibérations[35] du parlement et qui se trouvent placés à -la fin de quelques recettes du _Ménagier_, me semblent confirmer cette -opinion et lui donner un degré de probabilité qui, à mes yeux du moins, -approche de la certitude. - -J’ajouterai que ce style gracieux, précis et énergique, que quelques -personnes pourraient regarder comme peu compatible avec la sécheresse -de la pratique, seroit plutôt une sorte de nouvelle preuve de la -profession que j’attribue à l’auteur. Les registres des plaidoiries -du parlement faits par les greffiers sur les discours, probablement -même sur des mémoires remis par les avocats, sont écrits, quand le -sujet le permet, avec une clarté, une grâce et un esprit tout à fait -remarquables[36] et qui me semblent rappeler le style du _Ménagier_ -bien mieux que certains ouvrages écrits à la même époque par des savans -de profession. Ce doit être là le langage simple et expressif de la -bonne société parisienne à l’époque où vivoit l’auteur; on y reconnoît -déjà la précision et la clarté qui caractérisent notre langue. Ce style -si doux dans la belle prière à la Vierge et quand l’auteur n’est animé -que de sentimens tendres, si simple et si vrai lorsqu’il raconte des -scènes de la vie commune, prend une teinte énergique et sombre quand -il veut exprimer la douleur ou l’indignation. Tels sont les passages -où il raconte l’histoire de la bourgeoise qui sauva son mari[37], et -celui où il parle de ces exécuteurs testamentaires qui, choisis par les -morts comme leurs meilleurs amis, _mordent en leur char comme tirans, -et s’engraissent de leur sang et de leur substance_[38]; tel est dans -un autre genre le récit de sa conversation avec une cousine de sa -femme[39], et celui des récriminations des porte-faix[40]. Plusieurs -fois sa pensée est si nettement, si heureusement exprimée, qu’on se -demande si l’on auroit pu mieux dire, aux temps où notre langue avoit -atteint toute sa perfection[41]. - -Ce mérite de style qui existe aussi chez quelques autres écrivains -du XIVe siècle (rarement peut-être au même degré) est un témoignage -remarquable en faveur des lumières de cette époque, et c’est encore -là une des indications historiques intéressantes que renferme le -_Ménagier de Paris_. Ces indications n’y sont pas rares: on y trouve -à chaque page de ces traits caractéristiques qui peignent le siècle -et la nation; on y rencontre aussi fréquemment des renseignemens -historiques directs ou anecdotiques. La mention des cartes à jouer, la -plus ancienne que l’on connoisse avec celle du compte de l’argentier -Poupart[42], l’histoire du chien de Niort, celles du mari parisien -trompé, de la bourgeoise qui sauve son mari, du sire d’Andresel, de -l’avocat, de Jeanne la Quentine: les renseignemens sur l’étiquette -suivie par les reines, sur les occupations des femmes: l’article -relatif aux domestiques, les documens statistiques sur les boucheries -de Paris, documens dont je discuterai plus loin la valeur: les -descriptions de repas et fêtes nuptiales, dans lesquelles se trouvent -tant de détails sur les prix des objets nécessaires à la vie[43], -répandent dans l’ouvrage autant d’intérêt que de variété. - -Cette diversité des sujets traités dans le _Ménagier_ semble même -extraordinaire, et l’on a peine à concevoir qu’un même homme ait réuni -des connoissances si différentes: mais s’il est certain que notre -auteur connoissoit à fond toutes les matières dont il a parlé, il n’est -pas moins vrai qu’il n’a pas écrit seul et sans le secours d’autres -livres toutes les parties de son ouvrage. Plusieurs fois il en prévient -le lecteur comme pour Grisélidis, l’histoire de Mellibée, le chemin -de Pauvreté et de Richesse[44], mais d’autres fois aussi ces emprunts -à des ouvrages étrangers se manifestent par des indications moins -précises. Ainsi, il me paroît évident que les parties du _Ménagier_ où -le texte est brusquement interrompu par une remarque critique, ne sont -pas de l’auteur, et que ces remarques qu’on ne sauroit attribuer à des -copistes attendu l’accord des trois manuscrits, se présentoient à son -esprit pendant qu’il transcrivoit certains ouvrages utiles au but qu’il -se proposoit. Telles sont sans doute plusieurs des recettes contenues -dans les articles II et III de la seconde distinction relatives au -jardinage, à l’enlèvement des taches[45] etc. - -Cette observation s’applique surtout à la partie culinaire ou -_Viandier_ (articles IV et V de la seconde distinction), et il -me paroît impossible d’attribuer à l’auteur la composition première -du fond de ces articles. Assurément il connoissoit le sujet, et -la multiplicité des objections qu’il fait à son texte prouve -sa _compétence_, mais elle prouve en même temps sa position de -transcripteur et d’annotateur[46]. - -Quels sont les ouvrages ou les documens dont s’est servi l’auteur du -_Ménagier_ pour écrire cette partie de son livre[47]? On ne s’étonnera -pas que quelques-uns aient pu disparoître, mais il nous est permis -d’en reconnoître deux qu’il a certainement mis à contribution. Le -premier est le livre du célèbre Taillevent, écrit à une époque un -peu antérieure, et qu’il a dû nécessairement connoître; outre les -similitudes forcément existantes entre deux ouvrages écrits à la même -époque et sur le même sujet, similitudes que j’ai tâché de ne pas -confondre avec des emprunts et que je me suis dispensé de signaler, -le traité de Taillevent contient quelques recettes évidemment copiées -par l’auteur du _Ménagier_. Mais un beaucoup plus grand nombre de -ses recettes a été emprunté à un ouvrage dont la plus ancienne -édition connue, imprimée à Lyon en 1542, in-8º gothique, pour Olivier -Arnoullet, est intitulée _le Livre fort excellent de cuisine_, et -dont on connoît une réimpression faite à Paris pour la veuve de Jean -Bonfons, sans date (mais après 1566 et avant 1574)[48], de format -in-16, sous le titre de _Grand cuisinier de toutes cuisines_. C’est au -reste à l’auteur de ce dernier volume qu’il faut attribuer la rédaction -originale des recettes communes aux deux ouvrages, car on ne rencontre -dans le _Grand Cuisinier_ aucune des remarques critiques du _Ménagier_, -et l’ordre des recettes classées méthodiquement ici, n’est pas le même -dans le _Grand Cuisinier_. Or on ne sauroit croire que le premier -éditeur de cet ouvrage se soit donné la peine d’établir un système ou -un ordre quelconque, bon ou mauvais, dans son édition. Il est visible -qu’il imprimoit sans attention, sans soin, un manuscrit ancien tel -qu’il l’avoit sous les yeux, et le reproduisoit sans modification, sauf -les mots ou les phrases entières échappées à son incurie. - -Les reproches que je fais ici au _Grand Cuisinier_ ne surprendront pas -les personnes versées dans la connoissance de nos anciens livres. Elles -savent que les anciennes éditions des textes classiques et religieux, -destinées aux hommes studieux et graves, étoient faites avec un soin -extrême, tandis que les romans, les poésies et tous autres ouvrages -françois moins sérieux (surtout ceux qu’on imprimoit après la mort -de leurs auteurs), destinés aux gens du monde ou au public vulgaire, -étoient édités avec une négligence excessive, au moins quant à la -correction du texte. Cette négligence est poussée à l’extrême dans -les éditions imprimées des deux ouvrages culinaires que je viens de -citer; aussi, quoiqu’ils m’aient été fort utiles pour éditer cette -partie du _Ménagier_, j’aurois bien désiré avoir à ma disposition un -manuscrit du _Grand Cuisinier_ ou _Livre fort excellent de cuisine_, -exempt des fautes de l’imprimé, mais il n’en existe pas, et je n’ai -eu cette facilité qu’à l’égard du Taillevent[49] dont on connoît deux -manuscrits, l’un à la Bibliothèque royale, l’autre à la Bibliothèque -Mazarine, présentant entre eux de très-grandes différences et différant -aussi tous deux, le second surtout, des imprimés. - -Malgré la futilité apparente du sujet, je regarde la partie culinaire -du _Ménagier_ comme une des plus importantes du livre. La partie morale -est, il est vrai, très-bien écrite et très-riche en renseignemens -historiques, mais il existe quelques ouvrages analogues qu’on peut -placer à côté d’elle (le plus important est assurément celui de -Geoffroy de La Tour-Landry[50]). La partie matérielle du _Ménagier_ et -notamment _le Viandier_, beaucoup plus étendu et plus détaillé que -l’ouvrage de Taillevent, est absolument sans équivalent. Aussi ai-je -cru devoir apporter les soins les plus scrupuleux au travail assez -difficile et tout à fait nouveau qu’exigeoit de moi cette partie de -l’ouvrage. - -La première impression qu’on éprouve en lisant _le Viandier_ est -l’étonnement de voir presque tous les mets assaisonnés de quantité -d’épices et d’herbes aromatiques. Une pareille complication -d’assaisonnemens, si opposée à la simplicité primitive de la nourriture -naturelle de l’homme, est-elle contemporaine de l’établissement des -monarchies modernes, ou faut-il la faire remonter au moins à ces -époques malheureuses où les Romains poussoient le luxe et la recherche -de leurs tables jusqu’aux raffinemens décrits par Pétrone? La réponse -à cette question n’est pas douteuse si l’ouvrage curieux qui porte le -nom d’Apicius Cœlius a été en effet écrit peu d’années après le règne -d’Héliogabale, comme le savant Lister me paroît l’avoir établi dans la -dissertation placée en tête de son édition de cet ouvrage[51]. S’il -en est ainsi, nous devons croire que la cuisine du moyen âge est la -même que celle de l’empire romain. Les Francs l’auront trouvée en -usage dans les Gaules devenues romaines de mœurs et d’habitudes, et -ils l’auront adoptée comme ils adoptèrent tant d’autres coutumes de -cette population soumise par eux, mais dans laquelle ils ne formoient -qu’une foible minorité. Si Lister eût connu l’ouvrage de Taillevent ou -la partie culinaire du _Ménagier_, il ne se seroit pas demandé comment -la cuisine moderne (celle qu’il voyoit de son temps) étoit devenue -si différente de l’antique, si simple en comparaison de celle-ci, et -surtout il n’auroit pas conclu qu’elle avoit été ainsi simplifiée -par suite de l’invasion des barbares qui auroient importé leurs -habitudes domestiques dans les pays conquis par eux. Taillevent et _le -Ménagier_ offrent tant de similitudes avec le traité d’Apicius en ce -qui concerne l’emploi des épices, qu’on pourrait croire l’_Apicius_ -écrit au moyen âge, si des recettes de plats inconnus à nos ancêtres et -indiqués (non décrits) dans d’autres auteurs anciens, si les noms des -inventeurs de certains mets, qu’un faussaire n’eût pu, à l’époque où -remontent les manuscrits d’Apicius, appliquer avec sagacité, si enfin -l’opinion unanime des savans éditeurs de ce livre ne sembloient établir -suffisamment son antiquité. - -L’usage immodéré des épices s’est prolongé jusqu’au règne de Henri -IV, sans que le système de la cuisine françoise ait beaucoup -varié[52]; c’est du moins ce qu’on peut conclure de la réimpression -de Taillevent en 1602, d’où il résulte qu’alors ses recettes étoient -encore employées. Mais la simplicité paroît s’être introduite dans -la préparation des alimens sous le règne de Louis XIII[53]. Entre -le Taillevent réimprimé en 1602, et le _Cuisinier françois_ de -François Pierre dit la Varenne[54], imprimé en 1651, il n’y a aucune -analogie[55]. Cette profonde modification ne peut-elle être attribuée -en partie à la baisse du prix des épices, amenée par la multiplication -des relations commerciales? Pour beaucoup d’hommes, le plus grand -plaisir de la possession est d’avoir ce que les autres désirent -inutilement. Quand les épices ont pu paroître sur toutes les tables, et -quand leur emploi n’a plus été une preuve de luxe et de richesse, on a -peut-être cessé de les estimer autant, et leur usage a été de plus en -plus restreint. - -Outre l’intérêt général que la partie culinaire du _Ménagier_ a de -commun avec l’Apicius et le Taillevent, cette partie présente en outre, -sur l’ordre et le service des repas, des détails bien curieux, propres -à éclaircir divers passages de nos historiens et aussi de quelques -ouvrages littéraires[56]. Ces détails ont manqué à Legrand d’Aussy qui, -faute de les connoître, a donné peu de renseignemens sur cette partie -importante du sujet qu’il traitoit. On peut suppléer à cette omission -et se figurer le cérémonial et l’ordre d’un grand repas en examinant -et rapprochant entre eux certains passages de l’article IV (p. 114 et -suiv.). - -L’auteur nous apprend d’abord que les différentes provisions -nécessaires à l’alimentation, confiées habituellement à la surveillance -des _écuyers de cuisine_, étoient choisies, marchandées et payées -par un ou plusieurs de ces officiers assistés des _queux_ ou -cuisiniers[57]. Les mets préparés par les queux étoient, en attendant -le moment du service, posés par les aides des écuyers sur un dressoir -placé dans la cuisine. C’est de là qu’ils étoient portés sur les tables. - -Représentons-nous maintenant une vaste salle tendue de tapisseries ou -d’autres étoffes brillantes. Les tables sont recouvertes de nappes -à franges, jonchées d’herbes (odoriférantes?); une d’entre elles, -dite _grande table_, est destinée aux personnes les plus notables. -Les convives sont conduits à leurs places par deux maîtres d’hôtel -qui leur apportent à laver[58]. La grande table est garnie par un -maître d’hôtel, de salières d’argent, de gobelets couverts dorés pour -les plus grands personnages, de cuillers et de quartes[59] d’argent. -Les convives mangent (au moins certains mets) sur des tranchoirs -ou grandes tartines de gros pain[60] jetés ensuite dans des vases -dits _couloueres_[61]. Pour les autres tables, le sel est placé dans -des morceaux de pain[62] creusés à cet effet par des officiers dits -_porte-chappes_[63]. Dans la salle est un dressoir garni de vaisselle -et de différentes espèces de vins; deux écuyers placés auprès de ce -dressoir donnent aux convives des cuillers propres, leur versent le -vin qu’ils demandent, et retirent de la table la vaisselle salie; -deux autres écuyers font porter les vins au dressoir de salle: un -valet placé sous leurs ordres est uniquement occupé à tirer le vin -des tonneaux[64]. Les plats formant trois, quatre, cinq ou même six -services dits mets[65] ou assiettes, sont apportés par des valets et -deux écuyers _des plus honnêtes_. (Dans certains repas de noces, le -marié marchoit devant,[66] avec eux.) Les plats sont posés sur les -tables par un _asséeur_[67] assisté de deux serviteurs. Ces derniers -enlèvent les restes et les remettent aux écuyers de cuisine qui doivent -les mettre à part et les conserver. Après les mets ou assiettes, les -tables sont couvertes de nouvelles nappes, et l’entremets est alors -apporté. Ce service, le plus brillant du repas[68], se compose de plats -sucrés, de gelées de couleur avec armoiries, etc., puis d’un cigne, de -paons ou de faisans revêtus de leurs plumes, ayant le bec et les pattes -dorés, et placés au milieu de la table sur une sorte d’estrade[69]. A -l’entremets qui ne figure pas dans tous les menus, et à son défaut, -au dernier mets ou service, succède la _desserte_ (compotes, fruits, -_dessert_[70]); _l’issue_[71] ou sortie de table, composée le plus -souvent d’ypocras et d’une sorte d’oublie dite _mestier_, ou, en été, -l’ypocras étant hors de saison à cause de sa force, de pommes, de -fromages, et quelquefois encore d’autres pâtisseries et sucreries[72]. -Le _boute-hors_ (vin et épices) termine le repas; on se lave les -mains, on dit les grâces, puis on passe dans la _chambre de parement_ -ou salon. Les domestiques succèdent alors aux maîtres et dînent après -eux. On apporte ensuite aux convives du vin et les _épices de chambre_ -(dragées, sucre rosat, écorces d’oranges confites, etc. V. p. 122, 265 -et 274), et chacun se retire alors chez lui. - -Il existe encore dans cette partie du _Ménagier de Paris_ un passage -dont l’importance seroit bien grande si l’on pouvoit être assuré -de son exactitude. Je veux parler du commencement de l’article -IV, dans lequel se trouve le relevé statistique de la consommation -de Paris. Selon l’auteur, cette consommation, en y comprenant les -animaux tués pour les maisons du roi et des princes, s’élevoit à -l’époque où il écrivoit à 30,316 bœufs; 188,552 moutons; 30,794 porcs, -et 19,604 veaux[73]. Ce passage sembleroit pouvoir fournir un nouvel -élément propre à déterminer le chiffre de la population parisienne à -la fin du XIVe siècle, mais les renseignemens donnés en cet endroit -du _Ménagier_ sont-ils exacts? Je ne m’arrêterai pas à une première -difficulté, celle que je remarque au sujet du nombre des bouchers de -la grande boucherie que l’auteur fixe à dix-neuf. Quoiqu’un boucher -pût tenir et tînt quelquefois, mais assez rarement, plusieurs étaux, -il me paroît difficile que les 32 étaux de la grande boucherie fussent -tenus par 19 bouchers seulement. Mais, en outre, est-il croyable que la -boucherie de Saint-Germain, composée de 19 étaux (13 bouchers, suivant -l’auteur), ne fournît par semaine à la consommation de Paris que 6 -bœufs, 2 veaux et 18 porcs de plus que la boucherie du Temple, composée -de deux étaux seulement? On peut concevoir que l’auteur ne nomme -pas la boucherie de Saint-Benoît, destinée peut-être exclusivement -au chapitre[74]; mais comment ne cite-t-il pas celle de Saint-Éloi, -établie en 1358, et qui approvisionnant le riche quartier Saint-Paul, -devoit nécessairement avoir un important débit? Comment a-t-il négligé -celle de Saint-Marcel, ou s’il l’a confondue à dessein avec celle de -Sainte-Geneviève, pourquoi n’en prévient-il pas le lecteur[75]? Comment -enfin, est-il en désaccord avec lui-même, à deux lignes de distance, -sur la consommation du duc de Berry[76]? (_douze_ puis _seize_ bœufs, -80 puis 160 moutons). Cette variation est d’autant plus surprenante -qu’un doute, puis une vérification annoncés par l’auteur font compter -le lecteur sur des chiffres exacts et certains. - -Je crois que les observations précédentes sont des présomptions graves -contre la fidélité de ces renseignemens statistiques[77], mais il est -encore des difficultés d’un autre genre qui s’opposeroient à ce qu’ils -pussent être consultés sûrement pour la fixation du chiffre de la -population parisienne. Il est certain qu’à la fin du xive siècle -l’abstinence de viande aux jours maigres étoit plus généralement et -plus strictement observée qu’aux époques où la population de Paris -nous est connue, et qui pourroient servir de termes de comparaison. -Nous ignorons si les bœufs amenés alors à Paris étoient plus ou -moins pesans qu’aujourd’hui; nous ignorons en outre combien de -livres de viande pouvoit consommer annuellement chaque habitant de -Paris, car la consommation individuelle augmente ou diminue d’une -manière très-sensible en raison inverse du prix des denrées[78], -et le chiffre actuel de cette consommation, fort inférieur à celui -qu’elle atteignoit en 1789, ne sauroit servir de base pour la fin -du XIVe siècle[79]. Enfin l’extrait d’un arrêt du -Parlement (t. II, p. 82 dans la note), dans lequel il -est dit que Guillaume de Saint-Yon vendoit vers 1380 dans trois étaux -pour 200 livres parisis de viande par semaine est loin de concorder -avec les calculs de l’auteur, et réduiroit de beaucoup le nombre des -animaux abattus par semaine à la grande boucherie, même en tenant -compte du produit de la vente des peaux, du suif, etc. - -La partie culinaire du _Ménagier_ termine l’ouvrage dans les trois -manuscrits qui nous sont connus. Cependant l’auteur avoit annoncé dans -son prologue une troisième et dernière distinction devant contenir: 1º -des demandes d’ébatement répondues par le sort des dés, par _rocs_ et -par _rois_[80]; 2º un traité de la chasse à l’épervier; 3º des demandes -subtiles à trouver ou à deviner, et fondées sur l’arithmétique. De ces -trois articles nous n’avons que celui qui est relatif à la chasse, -encore est-il placé dans la seconde distinction, à la fin de l’article -III et après le traité des chevaux. Il semble étonnant que l’auteur qui -dans tout son livre suit avec une exactitude scrupuleuse la division -qu’il a annoncée dans son prologue, l’ait négligée aussi complétement -pour cet article. Est-ce donc à lui qu’il faut attribuer cette sorte de -transposition? Cet article est-il le seul de la troisième distinction -qu’il ait écrit? Les événemens ou la mort ont pu l’interrompre dans -son travail et l’empêcher d’écrire les deux autres articles de la -IIIe distinction, et le traité de la chasse ainsi isolé a pu être -placé par les personnes qui recueillirent le _Ménagier_ après le -traité des chevaux auquel il se lioit assez naturellement. Il seroit -encore possible que l’auteur eût renoncé, depuis qu’il avoit écrit son -prologue, à traiter les deux autres articles comme moins utiles à son -but, et qu’il eût lui-même interverti l’ordre annoncé, ou enfin que ces -deux articles, terminés par lui comme le deuxième, eussent été perdus; -j’avoue que ces deux dernières hypothèses me paroissent moins probables -que la première. J’ai cru, à tout hasard, devoir suivre dans cette -édition l’ordre annoncé dans le prologue, et j’ai renvoyé à la fin du -livre cet article unique de la troisième distinction. - -Il est certain que les deux autres articles, relatifs à des sujets -plus intimes et peu connus jusqu’ici, auroient été plus curieux pour -nous que le traité de la chasse, mais on comprend que l’auteur ait -pu s’occuper de préférence de ce dernier sujet. A l’époque où il -écrivoit, la chasse à l’épervier (et même celle au faucon, quoique -plus dispendieuse), n’exigeant pas la quantité d’hommes et de chevaux -nécessaires à la vénerie, étoit un des divertissemens favoris de la -société moyenne[81] et passoit pour être particulièrement convenable -aux femmes. Cette chasse se faisoit souvent par une nombreuse société -de chasseurs et de chasseresses rangés en ligne, et jouissant avec -orgueil des succès de leurs oiseaux. L’auteur du _Roi Modus_ qui -écrivoit vers 1360 parle à deux reprises avec enthousiasme des plaisirs -que procuroit cette chasse. _C’est un déduit_, dit-il, _que chascun -puet faire de soy avecques dames et damoiselles.... et doit avoir la -dame aucun qui lui puisse baillier son esprevier quand il aura prins -l’aloé ou la pertrix.... Dieux! comme c’est beau déduit, c’est plaisant -déduit que de veoir prendre une aloé à l’estourse à bon esprevier!_[82] -Gaces de La Bugne, premier chapelain des rois Philippe de Valois, Jean -II, Charles V et Charles VI, que j’ai eu plus d’une fois occasion de -citer dans ce livre[83], après avoir déterminé le train nécessaire à -un _épreveteur_, l’engage à chercher un bon pays et des compagnons, -car il auroit été regrettable, selon lui, de chasser seul. Il lui -fait donc trouver belle et bonne compagnie de chevaliers et d’écuyers -_qui n’ont pas à sommes deniers_ (qui ne sont pas très-riches), de -dames et de damoiselles, et lui fait faire avec eux une chasse dont le -détail a beaucoup de rapports avec certains endroits de cet article du -_Ménagier_. Il regarde ce divertissement comme bien plus convenable -pour les femmes que la vénerie. «Le déduit de chiens, s’écrie-t-il, -peut-il donner de tels plaisirs aux dames qu’aussitôt on ne médise -d’elles? Une grande dame qui voudroit conserver sa réputation ne -piqueroit pas des éperons au travers des bois, des buissons et des -haies, et n’iroit pas avec plaisir tuer cerfs, loups ou sangliers. Aux -hommes appartiennent tels faits![84]» - -Au reste, à cette époque où la distinction des rangs très-marquée -dans la législation et aussi, en général, dans les alliances de -familles, l’étoit peut-être moins que de nos jours dans les relations -de la vie privée, la chasse à l’épervier n’étoit pas la seule usitée -par les bourgeois. La chasse à l’oiseau en général, fauconnerie ou -autourserie, étoit une des occasions qui réunissoient le plus souvent -des personnes de conditions différentes. Gaces de La Bugne en donne -un exemple intéressant. Il raconte fort agréablement comment des gens -qu’il appelle _de moyen état_, mais parmi lesquels il se compte lui, -chapelain du roi, ainsi que des chevaliers (il y avoit en outre des -chanoines, des écuyers ou simples gentilshommes et des bourgeois), -firent ensemble une partie de chasse à l’oiseau qui dura une semaine. -Ils avoient vingt oiseaux et voloient tous les jours au moins jusqu’à -midi. Alors ils venoient dîner ensemble à une hôtellerie, et le repas -se passoit joyeusement, sans médire du prochain et sans convoiter les -richesses d’autrui. Après dîner, la chasse recommençoit jusqu’au souper -qui étoit plantureusement servi[85]. - -L’auteur du _Ménagier_ avoit sans doute sur la convenance et l’agrément -de la chasse à l’épervier la même opinion que Gaces de La Bugne, -et c’est là ce qui l’aura déterminé à parler avec détail de cette -chasse. Son traité est très-complet et au moins égal en mérite à la -partie du _Modus et Ratio_ relative au même sujet. Il ne me paroît pas -s’être servi[86] de ce dernier livre, trop répandu cependant à la fin -du XVIe siècle pour qu’il ne l’ait pas rencontré. -Cependant les deux ouvrages étant presque contemporains et traitant -le même sujet, plusieurs passages du _Modus_ m’ont été utiles pour -éclaircir ou compléter cette partie du _Ménagier_. J’ai aussi mis -à contribution, dans ce double but, les autres anciens ouvrages de -fauconnerie, pensant que cet article, à cause de l’obscurité d’un art -aujourd’hui si peu connu[87], demandoit à être éclairci avec plus de -détail que les autres. - - * * * * * - -Quand on a lu le _Ménagier de Paris_, on se demande comment un pareil -ouvrage a pu rester quatre cent cinquante ans sans avoir été connu, ou -plutôt sans avoir été cité. Quant à moi, l’existence de ce précieux -monument historique m’a été révélée seulement par la vente des livres -de M. Huzard[88]. Un manuscrit sur papier du _Ménagier_ figuroit au nº -662 de la première partie du catalogue de cette remarquable collection. -L’examen rapide que j’en fis à l’exposition me fit pressentir le mérite -du livre, et me donna un vif désir d’en devenir possesseur. Le volume -m’ayant été adjugé, je me convainquis en le lisant de l’utilité qu’il -y avoit à le publier. Je crus, à cet effet, nécessaire de rechercher -s’il en existoit d’autres manuscrits. Je n’en trouvai de mentionnés -que sur les catalogues des ducs de Bourgogne, publiés par M. Barrois -dans sa _Bibliothèque protypographique_[89]. Les catalogues des -Bibliothèques du Roi et de l’Arsenal ne portent aucune indication du -_Ménagier_: je pensai donc que l’un des manuscrits de Bourgogne, sinon -les deux, pouvoit se trouver à la Bibliothèque royale de Bruxelles, -et je demandai à M. le baron de Reiffenberg, auteur de tant de -savantes publications historiques et associé étranger de la Société -des Bibliophiles françois, de vouloir bien m’éclairer sur ce point. -Sa réponse, par suite de diverses circonstances, ne m’étant parvenue -qu’après plusieurs mois, je crus pendant quelque temps qu’il falloit -renoncer à l’espoir de découvrir un autre manuscrit du _Ménagier_, et -quoique le mien présentât d’assez notables défectuosités, la Société -des Bibliophiles décida sur ma proposition, dans sa séance du 14 mai -1845, qu’elle donneroit une édition de ce livre, et me chargea de -préparer cette édition sur mon manuscrit, le seul que nous pussions -alors nous procurer. Mais quelques jours plus tard un de mes amis, -connu par quantité de savans travaux historiques, me communiqua un -manuscrit sur vélin du _Ménagier_, contenant 173 feuillets in-folio, -paroissant écrit dans la première moitié du XVe siècle et orné au -commencement d’une miniature reproduite dans cette édition[90]. Je -reconnus bientôt que ce volume, qui ne porte pas les armoiries des -ducs de Bourgogne étoit cependant, sans aucun doute, le premier des -deux portés aux inventaires de 1467 et 1487, et indiqué sous les nos -836 et 1758 de la _Bibliothèque protypographique_[91], et qu’il avoit -certainement servi de modèle au copiste du mien. Ce manuscrit, le plus -ancien des trois que j’ai eus à ma disposition, est désigné dans le -cours de mon travail sous le nom de Ms. A. - -Peu de temps après, M. le baron de Reiffenberg m’écrivoit de son -côté qu’un des manuscrits des ducs de Bourgogne existoit en effet à -Bruxelles, et m’envoyoit en même temps un exemplaire de _l’Annuaire -de la Bibliothèque royale de Belgique pour 1843_[92], dans lequel -se trouve, p. 33, un excellent article de lui sur cet exemplaire -du _Ménagier de Paris_. La Société des Bibliophiles fit alors des -démarches actives pour obtenir la communication de ce précieux volume -que M. de Theux, ministre de l’intérieur de Belgique, voulut bien lui -accorder, sous la garantie de M. le marquis de Rumigny, ambassadeur de -France à Bruxelles. - -Ce manuscrit sur vélin, que j’ai désigné sous la lettre B, paroît -postérieur de quelques années au précédent. Le premier feuillet est -orné d’un C initial en or et en couleur, au centre duquel on voit, -comme dans la miniature du Ms. A, l’auteur donnant ses instructions -à sa femme. Ce feuillet est entouré de trois côtés (en tête, au fond -et en queue) d’une bordure d’arabesques en or et en couleur dans -laquelle se trouve au bas de la page l’écusson de Philippe dit le -Bon ou de Charles le Téméraire, ducs de Bourgogne. Il contient 193 -feuillets de format in-folio. La description donnée du second manuscrit -de Bourgogne dans les inventaires de 1467 et 1487 établit que le -manuscrit de Bruxelles est le même que celui porté aux nos 1202 et -1759 de la _Bibliothèque protypographique_. Il a été fait avec soin -par un écrivain intelligent mais peut-être trop disposé à corriger les -endroits qui lui sembloient défectueux; plusieurs corrections ont en -outre été faites après coup. Il n’a pas été copié sur le manuscrit A -et en reproduit un autre: il fournit en effet trop de variantes pour -qu’on puisse les attribuer seulement au copiste. Il a probablement -été exécuté pour Philippe le Bon, mais le Ms. A qui ne porte pas -d’armoiries a pu appartenir à d’autres propriétaires avant d’entrer -dans la bibliothèque de Bruges. - -L’auteur du _Ménagier_ étoit trop connu du duc de Berry[93] pour avoir -appartenu au parti bourguignon à Paris, et pour qu’on suppose qu’un -des manuscrits de Bourgogne soit la copie de quelque autre plus ancien -offert par l’auteur au duc Philippe le Hardi ou à son fils Jean sans -Peur. Un semblable hommage auroit plutôt été fait au duc de Berry, mais -on ne voit pas figurer _le Ménagier_ sur l’inventaire des livres et -autres objets mobiliers de ce prince dressé après son décès. On peut -raisonnablement croire qu’un exemplaire de cet ouvrage aura été trouvé -chez un de ces bourgeois riches et considérés qui perdirent la vie ou -au moins leurs biens lors de l’entrée des Bourguignons à Paris en 1418, -et qu’il aura été apporté alors au duc de Bourgogne par un de ses agens -ou partisans. - - * * * * * - -J’ai dit plus haut que le manuscrit de M. Huzard, qui m’appartient -aujourd’hui et que j’ai désigné sous la lettre C, avoit été copié sur -le Ms. A. Outre la conformité presque parfaite des deux textes, j’en -ai une preuve bien manifeste. Il existe et il existoit évidemment -dans le Ms. A avant qu’il eût été revêtu de sa reliure actuelle, une -transposition de deux feuillets par suite de laquelle le traité de -l’épervier et le passage relatif aux boucheries de Paris se trouvent -mêlés l’un à l’autre et se coupent réciproquement. L’écrivain du Ms. C -a copié ce qu’il avoit sous les yeux, sans voir quelle étoit la cause -du désordre de son texte, et le même mélange existe dans sa copie, -mais sans transposition, c’est-à-dire que le sens est interrompu au -milieu de deux pages et non entre la fin d’un verso et le commencement -d’un recto, comme dans le Ms. A. Pour rendre ce désordre un peu moins -choquant, il a ajouté dans un endroit deux mots qui ne me semblent -cependant pas atteindre ce résultat. Cet écrivain, évidemment Flamand, -a en outre laissé dans sa copie de nombreuses traces du dialecte qu’il -parloit, écrivant souvent _commenche_ pour _commence_, _cousant_ pour -_couchant_, _franchois_ pour _françois_, _cheulx_ pour _ceulx_, etc. On -peut aussi lui reprocher d’avoir oublié quelques membres de phrases; il -a cependant fait au texte cinq ou six corrections assez heureuses et -tout à fait nécessaires au sens. - -Le manuscrit C contient 280 feuillets de papier _in-folio parvo_ -assez négligemment mais lisiblement écrits, et semble remonter au -commencement du règne de Louis XI. La première lettre renferme un -écusson parti, au premier de gueules au chevron d’hermines, et au -second d’hermines au chef de gueules; ces armoiries sont celles des -maisons de Ghistelles[94] et de Roubais[95]. D’après les règles de -l’art héraldique, les femmes doivent porter un écu parti, au premier -des armes de leur mari, et au second des leurs[96]; cet écusson devroit -donc être celui d’une demoiselle de Roubais mariée à un Ghistelles; -mais malgré les recherches les plus attentives, je n’ai pas trouvé -qu’une semblable alliance ait eu lieu à l’époque où mon manuscrit -fut écrit, tandis que Pierre (ou Réné)[97] seigneur de Roubais, -fils de Jean mort en 1449, et d’Agnès de Lannoy, né à Herzelles le -1er août 1415 et mort le 7 juin 1498, avoit épousé Marguerite de -Ghistelles, fille de Jean sieur de Bockède, Lauderburg, etc., et de -Charyte de Gand-Vilain, née le 14 octobre 1415 et morte le 17 octobre -1498[98]. Suivant le dossier de Roubais au Cabinet généalogique, ils -n’eurent qu’une fille nommée Isabelle, dame de Roubais et d’Herzelles, -femme de Jacques de Luxembourg, sieur de Richebourg[99], et morte -en 1502. Si l’on admet que l’écrivain a pu commettre une erreur -(erreur très-rare mais qui n’est cependant pas sans exemple[100]), et -placer les premières celles de ces armoiries qu’il devoit mettre les -secondes, l’attribution du volume à Marguerite de Ghistelles paroîtra -bien fondée. M. de Roubais, fils d’un premier chambellan des ducs -de Bourgogne, et attaché lui-même à leur service[101], avoit toute -facilité pour faire copier un manuscrit de la bibliothèque de ces -princes. Une autre circonstance vient encore ajouter à la probabilité -de cette conjecture: dans une espèce d’appendice[102] qui est propre à -mon manuscrit, on trouve des recettes qui sont dites avoir été envoyées -par un certain Hotin, cuisinier _qui fut à Monseigneur de Roubais_. -Ces mots indiquent des rapports intimes, à l’époque où ils ont été -tracés, entre la famille de Roubais et le propriétaire de ce volume -écrit d’ailleurs par un Flamand et d’après un manuscrit des ducs de -Bourgogne; il ne me paroît donc pas possible d’attribuer l’écusson -de la lettre initiale du Ms. C à d’autres familles qu’à celles de -Ghistelles et de Roubais, et par suite, attendu les renseignemens -fournis par les généalogies de ces deux familles, à une autre personne -qu’à Marguerite de Ghistelles, dame de Roubais. - -Ce dernier exemplaire n’étant qu’une reproduction du Ms. A, n’a eu -qu’une très-médiocre importance pour mon travail d’éditeur. J’ai pris -les variantes qu’il offroit, seulement lorsque le sens les justifioit -complétement, et j’ai toujours en ce cas indiqué en note leur origine; -mais lorsque l’un des Mss. A et B, presque également beaux et soignés, -contenoit une faute évidente corrigée dans l’autre, j’ai pris la -meilleure leçon, et je n’ai en général donné la variante en note que -quand la leçon adoptée pouvoit laisser quelque doute dans l’esprit -du lecteur. Plus d’une fois j’ai trouvé dans ces deux manuscrits des -fautes qui me sembloient faciles à reconnoître et même à corriger, -mais ces deux volumes ayant été écrits hors de la présence et même -sans doute après la mort de l’auteur, j’ai cru qu’un ou plusieurs -mots propres à changer le sens apparent de la phrase pouvoient avoir -été omis, et je n’ai fait que proposer en note la correction, sans -l’insérer dans le texte. Au reste, la copie faite sur le Ms. C, a été -collationnée sur les Mss. A et B, et les premières épreuves de chaque -feuille l’ont été de nouveau sur le Ms. B comparé au Ms. A toutes les -fois qu’il étoit en désaccord avec l’épreuve. J’ose donc espérer que le -texte du _Ménagier_ contiendra peu de fautes graves et sera au moins -sans omissions. - -Le lecteur remarquera sans doute que l’orthographe employée dans le -_Ménagier_ varie; par exemple, qu’on y voit successivement _pongnée_ et -_poignée_, _aultre_ et _autre_, _tartre_ et _tarte_, etc. Je le prie -de ne pas attribuer ces différences à ma négligence. L’orthographe -étant variable dans chacun des manuscrits que j’avois sous les yeux, -je n’ai pas cru devoir la rendre uniforme et donner une régularité de -mon fait à un livre qui pourra être consulté par quelques personnes -sous le rapport linguistique. Quant à la ponctuation qui ne figure que -d’une manière très-incomplète et souvent fautive (surtout quant aux -barres représentant les virgules) dans les anciens manuscrits, j’en ai -sobrement usé, dans la pensée qu’on lui ôte souvent de sa valeur et -même toute signification en la multipliant à l’excès. - -Cet ouvrage ne devant pas être lu seulement par des personnes -versées dans notre histoire et notre ancienne littérature, j’ai cru -nécessaire de donner, à la suite de cette introduction, une indication -détaillée des ouvrages ou documens cités en abrégé dans le cours -de mes notes, avec une notice succincte de leur contenu quand ils -étoient généralement peu ou mal connus. La table des matières qui -termine l’ouvrage sera, je l’espère, d’une utilité plus générale. Je -dois prévenir le lecteur que je ne l’ai pas faite aussi détaillée -pour la partie morale du _Ménagier_ que pour la partie matérielle. Je -l’ai surtout abrégée pour l’_Histoire de Mellibée_ et _le Chemin de -pauvreté_, qui ne sont pas de l’auteur du livre et y figurent comme -épisodes. _Le Viandier_ m’a fourni un très-grand nombre de mots; je -n’ai cependant porté à la table les noms des animaux, des végétaux et -des mets que lorsque l’endroit indiqué donnoit sur eux quelques détails -susceptibles d’être consultés, ou offroit quelque intérêt. J’ai donné -aussi dans cette table au moins deux fois chacun des plats cités dans -les _menus_ parce qu’il pouvoit être utile de faire connoître à quel -moment du repas se servoit tel ou tel mets, et aussi parce que certains -plats ne sont nommés que là. - -Il me reste maintenant à remercier les personnes qui m’ont aidé de -leurs conseils, et surtout par la communication ou l’indication -des pièces utiles à consulter. Je dois d’abord citer M. Paris, de -l’Académie des inscriptions, dont l’amitié m’est si précieuse, et M. -Dessalles, des Archives du royaume. Je nommerai aussi M. Léon Tripier -qui a collationné avec moi la plus grande partie du premier volume; -M. d’Arcy que j’ai eu occasion de mentionner dans une de mes notes, -et qui m’a en outre rendu le service de collationner _le Chemin de -pauvreté_ sur le manuscrit du Roi nº 7201; je citerai encore M. Duclos, -de la section judiciaire des Archives du royaume. Enfin, l’_Histoire de -Mellibée_ a été collationnée par M. Borel d’Hauterive sur le manuscrit -du Roi nº 7072^{3.3}. - -JÉRÔME PICHON. - -Paris, 27 mai 1847. - - -INDICATION DÉTAILLÉE - -DE QUELQUES OUVRAGES OU DOCUMENS, - -MANUSCRITS OU IMPRIMÉS, - -Cités en abrégé dans l’Introduction et les notes du _Ménagier de -Paris_[103]. - - -Albéric de Trois-Fontaines. - - Chronique attribuée à Albéric, moine de l’abbaye de - Trois-Fontaines au XIIIe siècle, et imprimée - dans les _Accessiones historicæ_ de Leibnitz. Leipsick, 1698, et - Hanovre, 1700, in-4º. Voir sur cette chronique l’excellent article - de la Bibliothèque historique de la France, T. II, nº 16,803. - -Anselme (le Père). - - C’est le premier auteur de l’Histoire généalogique des grands - officiers de la couronne, revue et augmentée par les Pères Ange - et Simplicien. Je cite la dernière et la plus complète édition de - Paris, 1726, en 9 vol. in-folio. - -Arch. du Roy., reg. K. 220, 1. - - Registre déposé à la section historique des Archives du Royaume, - contenant les comptes du duc de Berry pour les années 1370, 1373, - etc. - -Arcussia (d’). - - La fauconnerie de Charles d’Arcussia de Capre, seigneur - d’Esparron, divisée en dix parties. Paris, Jean Houzé, 1627, - in-4º, fig. - - C’est la meilleure édition de cet excellent ouvrage. - - La _Fauconnerie du roi_ forme la VIe partie. - - La _Conférence des fauconniers_ en est la VIIe. - - Le _Discours de chasse_ (ou _Convy pour l’assemblée des - fauconniers_), précédé d’un titre spécial daté de 1627, forme la - VIIIe partie. - - La Xe et dernière partie se compose des _Lettres de Philoïerax - à Philofalco_, avec titre daté de 1626. - - Ce livre, formé de parties imprimées en différentes années et - souvent mal reliées, est difficile à collationner. - -Ayala (Pedro Lopez de). - - De la Caça de las Aves et de sus plumajes et dolencias et - medecinamientos (por Pedro Lopez de Ayala). Ms. - - Ce Traité de fauconnerie, dédié à Gonzalo de Meña, évêque de - Burgos, fut écrit vers 1386 par Pedro Lopez de Ayala, grand - chancelier de Castille, alors prisonnier en Portugal par suite de - la bataille d’Aljubarota. L’auteur avoit été en France; il parle - de Charles V, du duc de Bourgogne, du comte de Tancarville, de - Bureau de la Rivière; il cite aussi beaucoup de grands personnages - espagnols. - - Je parlerai ailleurs avec plus de détail de ce Traité instructif - et curieux. Il n’a jamais été imprimé: on en trouve d’assez - copieuses citations (mais non textuelles) dans la _Caça - d’Altaneria_ de Diogo Fernandez Ferreira; Lisboa, 1616, in-4º, - volume écrit en portugais, qui n’est au reste guère plus facile à - trouver que les manuscrits d’Ayala. - - Il y a à la Bibliothèque royale un manuscrit de l’ouvrage d’Ayala - (nº 8166, in-4º), bien écrit, mais incomplet de la fin. Je possède - celui qui étoit, en 1803, à la vente de Laserna-Santander, et, en - 1843, à celle de M. Huzard. Il est complet et un peu plus ancien - que celui du Roi. - -Bibliothèque des Théreuticographes, 1763. - - Cette _Bibliothèque_, qui n’est pas un ouvrage sans mérite, est - des frères Lallemant, libraires de Rouen, et forme le premier - volume de l’École de la chasse aux chiens courans de Le Verrier de - la Conterie. Rouen, 1763, 2 vol. in-8º. - -Bouchet(G.). - - Recueil de tous les oiseaux de proye qui servent à la vollerie - et fauconnerie, par G. B.; à Poitiers, par Eng. de Marnef et les - Bouchetz frères. - - Ce Recueil est le dernier des trois ajoutés par de Marnef et les - Bouchet à leur édition de 1567 de la Fauconnerie de Franchières. - Guillaume Bouchet s’en avoue l’auteur dans une dédicace qui - se lit en tête de quelques exemplaires de cette édition. Le - plus grand nombre des exemplaires contient une dédicace toute - différente, et signée d’Enguilbert de Marnef. - -Breuil (Du). - - Théâtre des antiquités de Paris. 1612, in-4º, fig. - - Le nom de l’auteur doit être écrit _du Breul_. - -Bruyère Champier. - - De Re cibaria libri XXII, Jo. Bruyerino Campegio Lugdun authore. - Lugduni, 1560, in-8º. - -Calendrier des bergers. - - L’édition de ce livre curieux et bizarre que je cite, et dont je - possède un exemplaire provenant de M. Huzard, est celle imprimée - par Guiot Marchant le 18 avril 1493, qui est très-certainement la - même que celle décrite dans le Manuel du libraire comme pouvant - être du 18 avril 1488, et encore certainement la même que celle - dont un magnifique exemplaire sur vélin existe à la Bibliothèque - du Roi. J’en ai acquis la preuve en comparant mon exemplaire à - celui de la Bibliothèque royale. La marque de Guiot Marchant a été - recouverte par une miniature, et la souscription supprimée. - -Champollion, II, 254. - - Louis et Charles, ducs d’Orléans. Paris, 1844. 2 vol. in-8º. - -Chevaleureux, comte d’Artois. - - Le livre du très-chevalereux comte d’Artois et de sa femme. Paris, - Techener, 1837, in-4º, figures. - -Chevalier de La Tour. - - Voy. l’introduction, et sur les éditions imprimées de ce livre, le - Manuel du libraire, T. I, p. 649. - - J’ai cité cet ouvrage d’après une copie que j’ai fait faire du - manuscrit du Roi nº 7403. - -Christine de Pisan. - - Le Livre des fais et bonnes meurs du sage roy Charles V. - - Imprimé dans les tomes I et II de la collection des Mémoires pour - servir à l’histoire de France, par Michaud et Poujoulat. - -Chroniques de saint Denis, CXII. - - Les grandes chroniques de France, selon qu’elles sont conservées - en l’église de Saint-Denis, publiées par M. Paulin Paris. Paris, - Techener, 1838. 6 vol. in-12 ou 1 vol. in-fol. (CXII est - le chiffre du chapitre.) - -Collect. Leber, XIX, 35. - - Collection des meilleures dissertations, notices, etc., relatifs - à l’histoire de France, par MM. Leber, J.-B. Salgues et J. Cohen. - Paris, 1826-42. 20 vol. in-8º. - -Corrozet, éd. de 1543. - - La Fleur des antiquités, singularitez et excellences de Paris. - Paris, Pierre Sergent, 1543. in-16. - - J’ai publié l’année dernière, dans le Bulletin du bibliophile - de Techener, une notice sur cette édition de Corrozet; elle est - précieuse à cause d’une liste des rues de Paris par tenans et - aboutissans qu’elle contient; on y a ajouté, en outre, presque - tout l’opuscule intitulé _les Rues et Églises de Paris_. - -Crescens. - - _Le Livre des prouffits champestres_, par Pierre de Crescens, de - Boulogne-la-Grasse, traduit du latin par ordre de Charles V. Je - me suis servi de l’édition de Galliot du Pré, de 1533, et aussi - d’un manuscrit sur papier que je possède de cet ouvrage, et qui - appartenoit en 1486 à Jean Budé, audiencier de France. - -Dit des Pays. - - Voir le Manuel du libraire. J’ai consulté l’édition de cet ouvrage - imprimée à la suite du _Dialogue du mondain et du célestin_. - In-16, gothique. - -Duchesne Montmorency. - - Histoire généalogique de la maison de Montmorency et de Laval, par - André Duchesne. Paris, 1624, in-fol. - - Pr. signifie _Preuves_. - -Entretiens de Colbert avec Bouin. - - Entretiens de M. Colbert avec Bouin, fameux partisan, sur - plusieurs affaires curieuses. Cologne, 1701, 3 parties en un vol. - in-12. - - Ouvrage de Sandras de Courtilz. Ce Bouin, dont le nom s’écrivoit - _Bauyn_, étoit de la famille des Bauyn d’Angervilliers et de - Pereuse. - -Félibien. - - Histoire de la ville de Paris, composée par D. Michel Félibien, - reveue, augmentée, mise au jour par D. G. A. Lobineau. Paris, - Desprez, 1725. 5 vol. in-fol. - -Frédéric II (l’empereur). - - Reliqua librorum Friderici II imperatoris de arte venandi cum - avibus; annotationes addidit suas Jo. Gott. Schneider. Lipsiæ, - 1788-9. 2 vol. in-4º, fig. - - Outre le manuscrit dont je vais parler, je me suis servi de cette - édition, qui ne contient rien de plus, quant au texte, que celle - de 1596, mais qui est préférable à cause des excellentes notes - de Schneider. Il est fâcheux que ce savant n’ait pas pu donner - le texte entier de l’ouvrage. On en connoît maintenant deux - manuscrits complets, l’un donné à la Bibliothèque Mazarine par M. - Leblond; l’autre (du XVe siècle), que j’ai fait - venir d’Italie en 1837, m’appartient depuis cette époque. - - Ce Traité est le plus étendu et le plus curieux que nous ayions - sur les oiseaux de proie. Il seroit à désirer qu’on en donnât une - édition complète. - -G. C. - - Ces lettres désignent l’ouvrage intitulé: _le Grand Cuisinier de - toutes cuisines_. - -Gaces de la Bugne. - - C’est le poëme connu sous le titre de _Livre des déduits_, - commencé en 1359 à Redefort en Angleterre, et achevé à Paris - entre 1373 et 1377 (après la promotion de Pierre d’Orgemont à - la dignité de chancelier, et avant la mort du roi Édouard III - d’Angleterre), par Gaces de la Bugne, premier chapelain des rois - Philippe de Valois, Jean II, Charles V et Charles VI, trésorier - de Saint-Francbourg de Senlis, et curé de Molissent, au diocèse - de Chartres (où il ne résidoit pas). Il paroît être mort au - commencement de 1384, d’après des renseignemens contenus dans les - registres du parlement, et que je développerai ailleurs. - - Je le nomme _de la Bugne_, et non _de la Bigne_ ou _de la Vigne_, - comme on le fait habituellement, parce que son nom est constamment - écrit ainsi dans les registres du parlement où il figure six ou - sept fois. - - Gaces de la Bugne est cité dans le Père Anselme (T. VIII, p. 227) - sous le nom de _Gaces de Chantepie_; mais il n’a jamais été nommé - ainsi. Il dit lui-même dans son poëme qu’il sortoit des familles - de la Bugne, d’Aigneaux, de Clinchamp et de Buron, et ne fait - aucune mention de celle de Chantepie. - - Le Père Anselme ou ses continuateurs auront cru sur parole la - personne qui disoit _conserver_ son livre. - - J’ai travaillé sur l’édition de son ouvrage imprimée à Paris à la - suite de Gaston Phébus, par Antoine Vérard, in-fol. gothique, sans - date. Les lettres indiquent les cahiers ou feuilles d’impression, - et les chiffres le rang que tient dans le cahier le feuillet cité. - -Godefroy (Denis). - - Histoire de Charles VI, roi de France, par Jean Juvénal des - Ursins, archevesque de Rheims, augmentée de plusieurs mémoires, - etc., par Denis Godefroy. Paris, de l’Imprimerie royale, 1653, - in-fol. - -Grand cuisinier de toutes cuisines. - - Voy. l’Introduction, p. XXXIII. - -Hist. des grands officiers de la Couronne. - - Voy. Anselme (le P.). - -Inventaire de R. Picque, archevêque de Rheims en 1389. Reims, 1842, -in-12. - - Ce curieux document fait partie des Mélanges publiés par la - Société des Bibliophiles de Reims. Malheureusement il n’a pas été - édité très-correctement. - -J. Reg. 147, 36 (ou autres chiffres). - - Registres du Trésor des Chartes. Le premier chiffre est celui du - registre; le second celui de la pièce. - - La lettre J. avec un seul numéro (note sur le sire d’Andresel) - indique un carton du Trésor des Chartes. - - Section historique des Archives du Royaume. - -Jugés, XXXII, 94. - - Arrêts rendus au civil par le parlement de Paris. Le chiffre - romain indique le registre; le chiffre arabe est le numéro de - l’arrêt dans l’année indiquée. - - Section judiciaire des Archives du royaume. - -Juv. des Ursins, in-fol. - - Voyez Godefroy (Denis). - -K. 52, 3. - - Registre ou plutôt cahier contenant des comptes de la maison du - duc d’Anjou. - - Section historique des Archives du royaume. - -K. reg. 55. - - Comptes de la reine Marie d’Anjou, femme de Charles VII. - - Section historique des Archives du royaume. - -Lebeuf, X, 260. - - C’est l’Histoire du diocèse de Paris par ce savant abbé. Paris, - 1754-8. 15 vol. in-12. Tome X, page 260. - -Legrand d’Aussy. - - Histoire de la vie privée des François; nouvelle édit., avec des - notes par J.-B.-B. de Roquefort. Paris, 1815. 3 vol. in-8º. - -Maison réglée d’Audiger, 1692. - - La Maison réglée et l’Art de diriger la maison d’un grand seigneur - et autres. Paris, Legras, 1692. In-12. - - Le sieur Audiger, auteur de cet ouvrage rare qui est resté - inconnu à Legrand d’Aussy, avoit servi la comtesse de Soissons, - le président de Maisons, Colbert, le duc de Saint-Aignan, etc. - Son livre contient beaucoup de particularités curieuses, et on - y trouve, entre autres choses, le détail des attributions des - différens domestiques, et le relevé de la dépense annuelle d’une - grande, puis d’une médiocre maison. Louis XIV est même en scène - dans ce livre, et on ne voit pas sans étonnement la facilité avec - laquelle on abordoit ce prince. Un des endroits les plus curieux - de _la Maison réglée_ est celui où l’auteur raconte avec grands - détails qu’il présenta au roi, le 18 janvier 1660, une caisse de - petits pois. - -Matinées. - - Plaidoieries civiles prononcées aux audiences du matin du - parlement de Paris. Le plus ancien registre est de l’année 1395. - - Section judiciaire des Archives du royaume. - -Modus. - - Le Livre du roy Modus et de la royne Racio. Nouvelle édition, avec - une préface par Elzéar Blaze. Paris, 1839. Grand in-8, fig. - - J’ai cité cette édition, parce qu’elle est la meilleure de ce - livre précieux. Elle laisse néanmoins beaucoup à désirer, attendu - qu’elle est imprimée dans un caractère soi-disant gothique tout - à fait de fantaisie et à peu près illisible, qu’elle contient - beaucoup de fautes, et est absolument sans notes. Mais elle vaut - encore mieux que les anciennes éditions si rares et si chères, et - elle est d’ailleurs la seule qu’on puisse se procurer à un prix - modéré. - - Il est fâcheux que l’éditeur n’ait pas donné en même temps _le - Songe de Pestilence_, espèce de suite mystique du Modus, composée - vers 1372, et imprimée très-incorrectement en 1506 sous le titre - de _Modus et Ratio de divine contemplation_. J’ai cité le _Songe - de Pestilence_ d’après une copie que j’en ai faite sur le beau - manuscrit du Roi 632^{13}, lequel devra servir de base à toute - nouvelle édition du Roi Modus. - -Morais. - - Le véritable Fauconnier, par messire C. de Morais, chevalier, - seigneur de Fortille, cy-devant chef du héron de la grande - fauconnerie. Paris, Quinet, 1683. In-12. - -Plaidoieries civiles;--Plaidoieries criminelles du parlement. - - Registres contenans les plaidoieries prononcées au civil (ou au - criminel) devant le parlement. - - Les plus anciens remontent à 1364 pour les plaidoiries civiles, et - à 1387 pour les plaidoiries criminelles. - - Section judiciaire des Archives du royaume. - -Plan de tapisserie. - - Plan en perspective de la ville de Paris (au commencement du - XVIe siècle), gravé par Dheulland en 1756, - d’après un autre gravé plus anciennement, qui appartenoit alors - à l’abbaye de Saint-Victor. Ce dernier plan étoit le même qu’un - autre représenté sur une tapisserie provenant de la maison de - Guise, et acquise par la ville de Paris, sous la prévôté de M. - Turgot. - -Plan de Turgot. - - Plan de Paris commencé l’année 1734, dessiné et gravé sous les - ordres de messire Michel Étienne Turgot, prévôt des marchands, - achevé en 1739, levé par L. Bretez, gravé par Cl. Lucas, et écrit - par Aubin. 1 vol. in-folio-atlantico de 21 feuilles. - -Quadragésimal spirituel. - - Voir, sur les éditions de ce livre bizarre, le Manuel du libraire, - T. III, p. 881. Je me suis servi de l’édition de Jehan Janot, - in-4º gothique. - -R. 122 (ou 123). - - Je cite ainsi, dans ma note sur la punition de Paris en 1383, - les registres du Trésor des Chartes portant les nos 122 et - 123, etc., dont j’ai parlé au commencement de cette même note. Le - second chiffre est celui de la pièce. - -Recueil manuscrit des épitaphes de Paris. - - Il y a plusieurs copies manuscrites de ce Recueil (fait - au XVIIe siècle) dans les bibliothèques - particulières. Le plus beau et le plus complet est à la - Bibliothèque du Roi (Cabinet généalogique). Je me suis servi d’un - exemplaire en 3 vol. in-4º, qui fait partie de mon cabinet. J’ai - vu plusieurs exemplaires de ce Recueil où manquoient les épitaphes - de l’église Saint-Séverin. - -Reg. du parlement, plaid. civ. - - Voy. _Plaidoieries civiles_. - -Rues et églises de Paris. - - Les rues et églises de Paris, avec la dépense qui se fait chacun - jour, etc., In-4º gothique. Voy. _Corrozet_. - -Sainte-Aulaire. - - La fauconnerie de François de Saincte-Aulaire, sieur de La Renodie - en Périgort, gentilhomme Lymosin. Paris, 1619. In-4º. - - L’auteur de ce livre très-rare dit que son ouvrage a été revu en - manuscrit par le connétable de Luynes. - -Sauval. - - Antiquités de Paris. Paris, 1724. 3 vol. in-fol. - -Secousse. - - Mémoires pour servir à l’histoire de Charles II, roi de Navarre. - Paris, Durand, 1758.--Recueil de pièces servant de preuves aux - mémoires, etc. Paris, 1755. 2 vol. in-4º. - -Songe de Pestilence. - - Voy. _Modus_. - -Table des Mémoriaux de la chambre des comptes. - - Ces tables sont déposées aux Archives du royaume, et renvoient aux - mémoriaux qui n’existent plus depuis les incendies du Palais. Il - reste cependant quelques pièces recopiées sur des expéditions ou - sur des copies _vidimées_ prêtées par des particuliers depuis les - incendies, et aussi différens exemplaires d’extraits des mémoriaux - faits à diverses époques pour des magistrats. - -Taillevent. - - Voir, sur les manuscrits connus de cet ouvrage, l’introduction, p. - XXXV. - - Quand je cite le Taillevent imprimé, je parle de la première des - éditions du XVe siècle décrite par M. Brunet, - dont je possède le seul exemplaire connu (celui de MM. Baron et - Huzard). - -Trésor de dom Villevieille. - - Extraits de chartes, cartulaires et autres documens historiques - recueillis par dom Villevieille, et classés par noms de famille. - Ce précieux recueil est aujourd’hui au Cabinet généalogique - (partie de la Bibliothèque royale confiée à la surveillance si - compétente et si éclairée de M. Léon Lacabane). - -Trésor de santé. - - Le Thrésor de Santé, ou Message de la vie humaine, divisé en - dix livres, lesquels traictent de toutes sortes de viandes et - breuvages; faict par un des plus célèbres et fameux médecins de ce - siècle. Lyon, J. A. Huguetan, 1616, in-8º. - - Il doit exister des exemplaires de cette édition avec la date de - 1607, car le dernier feuillet porte: _A Lyon, de l’imprimerie - d’Estienne Servain_, 1607. - - Il résulte des termes de la dédicace de cet ouvrage, adressée - par le libraire à M. de Villars, premier président au parlement - de Dombes, que l’auteur avoit dans ces matières une longue - expérience _qui l’avoit approché_ (comme médecin?) _de la première - et plus chère personne de ce royaume_ (du roi?), et n’avoit - pas voulu être nommé dans l’édition qu’il supposoit devoir - être faite de son livre. Il semble qu’il étoit mort lorsque le - libraire écrivoit sa dédicace, et je crois cet ouvrage composé au - XVIe siècle. Il est curieux et rare, et n’a pas - été connu de Legrand d’Aussy. - -Trésor des chartes, 90, 131. - - Ces mots signifient: Registre 90 du Trésor des Chartes, pièce 131. - -Trésor de Vénerie. - - Poëme écrit en 1394 par messire Hardouin de Fontaines, chevalier, - seigneur de Fontaines-Guérin en Anjou. Je compte donner - incessamment une édition avec notes très-détaillées de cet ouvrage - intéressant pour l’histoire de la fin du XIVe - siècle, et aussi pour la province d’Anjou. - - Plusieurs feuilles sont déjà imprimées. - -Variétés historiques. - - Variétés historiques, physiques et littéraires, ou recherches d’un - savant, etc. Paris, Nyon, 1752. 6 parties en 3 tomes in-12. - - Recueil de dissertations déjà imprimées dans des journaux du - temps, et qui ne sont pas toutes du même auteur, comme le titre - précédent pourroit le faire croire, mais bien de Lebeuf, Boucher - d’Argis et autres. - -Venette (le carme Jean de), continuateur de Nangis. - - M. Géraud, dans l’édition qu’il a donnée, pour la Société de - l’Histoire de France, des _Chroniques de G. de Nangis et ses - continuateurs jusqu’en 1368_, Paris, 1843-5, 2 vol. in-8º, me - semble avoir bien prouvé que le carme Jean de Venette étoit - l’auteur de la dernière continuation de Nangis. - -Viandier. - - Je cite sous ce nom les articles 4 et 5 de la troisième - distinction, excepté quand je parle du _Viandier de Taillevent_; - dans ce cas, c’est l’ouvrage de Guillaume Tirel. Voy. _Taillevent_ - dans cette liste, et l’Introduction, p. XXXII. - - - - -CORRECTIONS ET ADDITIONS. - - -Tome I, page 3, ligne 1, au lieu de _au tel_, lisez _autel_ (pareil). - -Page 4, note, au lieu de _dix-huit_, lisez _dix-sept_. - -Page 71, note sur les jeux. - - Suivant l’auteur d’un article fort intéressant et bien fait, - inséré dans le _Magasin pittoresque_ de février 1847, p. 67, sur - un volume très-rare (intitulé: _les trente-six Tableaux contenant - tous les jeux qui se peurent jamais inventer..._ Paris, Nicolas - Prévost, 1589, in-4º oblong, aujourd’hui en ma possession), le jeu - de _pince-mérille_ étoit analogue à celui de _Je te pince sans - rire_. On pinçoit le bras en disant: _Mérille_ ou _Morille_. La - partie de l’estampe du volume original qui me paroît représenter - le jeu de _pince-mérille_, est ainsi composée: trois jeunes filles - sont assises: un garçon les regarde, et penché vers elles, a la - main gauche sur leurs genoux ou au moins tout près. Sa main droite - est étendue comme pour repousser ou éloigner quelqu’un. Il tourne - le dos à un cinquième joueur placé à distance, qui, le poing - gauche sur la hanche et la main droite en avant, montre un ou - plusieurs doigts, comme pour indiquer un nombre aux jeunes filles. - -Tome I, page 76, _Item_ l’en dit aussi que les roynes.... jamais ne -baiseront hommes. - - Cependant la noblesse, qui s’est en général toujours rapprochée - le plus possible des mœurs de la cour, avoit des principes tout - différens. En 1395, Jeanne de Champflory, femme de Pierre de - Couveignon, écuyer, plaidant contre son mari, dont elle étoit - séparée de fait, disoit qu’il étoit devenu jaloux d’elle, _pour - ce que, par manière des nobles, elle baisoit ses parens_ (_Plaid. - civiles_, X, 500 et 604, vº). Henri Estienne cite encore, dans son - _Apologie pour Hérodote_ (1735, I, 81), un passage des sermons - de Menot, relatif au même usage: «Si madamoiselle, dit-il, est - en l’église, et arrive quelque gentillastre, il faut (_pour - entretenir les coustumes de noblesse_), encore que ce soit à - l’heure qu’on est en la plus grande dévotion, qu’elle se lève - parmi tout le peuple, et qu’elle le baise bec à bec. _Ad omnes - diabolos talis modus faciendi!_» Cette mode ne fut cependant pas - toujours universelle. Sauval raconte (II, 465), qu’une dame de - Blois, faisant hommage d’un fief, refusa de baiser son suzerain - à la bouche, comme c’étoit la coutume entre le seigneur et le - vassal. Il en résulta un procès que le suzerain perdit, et il fut - décidé que l’hommage étoit valable. - -Tome I, page 131, ligne 1, au lieu de _serait_, lisez _seroit_. - -Page 137, note sur Gilles Labat. - - Gilles Labat est dit procureur _général_ au parlement dans les - lettres de rémission qu’il obtint en 1383: j’ai remarqué, t. II, - p. 104, qu’il ne pouvoit avoir eu cette qualité et qu’il n’étoit - très-probablement alors que procureur au parlement, comme il - l’étoit encore en 1385 (et en 1397). Je crois pouvoir expliquer - maintenant comment Gilles Labat, qui n’étoit évidemment que - _procureur_ au parlement, est qualifié de procureur _général_ - dans un acte émané de la chancellerie, et qu’il est difficile - de supposer fautif. Autrefois le mot _procureur_ signifioit - simplement _fondé de pouvoirs_, et on trouve à chaque instant - des gens de toutes qualités comparoissant, signant, etc., comme - _procureurs_ de leurs amis. La qualité de _général_ ajouté au - mot procureur signifioit, dans certains cas, que le mandataire - étoit chargé de toutes les affaires du mandant; mais elle - pouvoit signifier aussi, quand elle s’appliquoit à un procureur - au parlement ou au Châtelet, qu’il étoit par état et non par - occasion procureur ou mandataire _en général_. Cette assertion me - paroît justifiée par le passage suivant d’une plaidoirie de 1394, - qui s’applique, il est vrai, aux procureurs au Châtelet, mais - qui permet de supposer que les procureurs au parlement, placés - dans une position supérieure, pouvoient bien aussi recevoir, - dans quelques occasions, l’épithète de _général_. Leur nombre - étant d’ailleurs illimité, on conçoit que cette épithète leur - ait été encore plus utile qu’aux procureurs au Châtelet (limités - à quarante), pour se distinguer des procureurs ou mandataires - spéciaux: - - «Toutes les cours qui ressortissent (au Châtelet) se gouvernent - selon le stille de chastelet, et pour ce les procureurs qui sont - _procureurs générals_ léans, qui ne font que fait de procuration - devant le prévost, sont advocas ès cours subjetes... En 1378 - ou environ, en Chastelet n’avoit point de nombre (_limité_) de - procureurs, et pour ce que plusieurs inconvéniens s’ensuivoient - pour la multiplication, par le roy fu ordené qu’il n’y aroit en - Chastelet que quarante _procureurs généraulx_. Ce fit messire - Hugues Aubriot, et a duré quinze ans.» - - Au reste, les procureurs au Châtelet et au Parlement étoient plus - habituellement dits _procureurs_ que procureurs généraux (voir - ci-après remarque sur la page 116, nº 3). Le procureur général est - ordinairement nommé le _procureur général du Roi_, et, le plus - souvent, le _procureur du Roi_. - -Page 140, note sur le bailli de Tournay, au lieu de _Il est assez -difficile_, etc., lisez: - - Il me semble que le bailli de Tournay, dont parle ici l’auteur du - _Ménagier_, doit être messire Tristan du Bos, personnage assez - important au XIVe siècle, et premier bailli - de Tournay. Il avoit d’abord été bailli de Lille, mais il fut - rappelé lors du mariage du duc de Bourgogne, et fait bailli de - Vermandois. En 1383, il fut envoyé par le Roi à Tournay avec le - comte de Sancerre et autres réformateurs, et nommé alors bailli - de cette ville. Il est dit dans une plaidoierie de novembre 1385 - que «le bailli de Tournay étoit du conseil du roi et _sages homs_, - et avoit gouverné plusieurs bailliages,» ce qui s’applique bien - à messire Tristan du Bos, bailli de Lille, puis de Vermandois, - et mentionné plusieurs fois (le 6 novembre 1392, etc.) comme - assistant aux séances du Parlement, où viennent les princes et - le grand conseil. Je crois que c’est bien lui qui figure en - qualité de maître des requêtes dans l’ordonnance de Vernon en date - de février 1388-9 sur l’organisation de la maison du roi. Les - requêtes de l’hôtel suivant partout le roi, il semble difficile - qu’il ait pu cumuler l’emploi de maître des requêtes avec celui - de bailli de Tournay, et il y a lieu de croire qu’il fut nommé - maître des requêtes en même temps qu’Henry Le Mazier (voy. p. 140) - fut nommé bailli de Tournay. Il paroît au reste avoir plus marqué - comme magistrat que comme militaire, car les habitans de Tournay, - pour prouver qu’ils pouvoient bien se défendre sans bailli royal, - disoient en février 1394-5 que messire Tristan ayant voulu arrêter - un certain Louis Despiés hors de Tournay, avoit vu massacrer - les Tournisiens qui l’accompagnoient, et avoit été obligé de - se réfugier dans le clocher de Wertaing. Dix mille habitans de - Tournay avoient été, en armes, le tirer de là pour l’honneur - du roi, puis arrêter Louis Despiés, et brûler la ville qui lui - avoit donné asile. En 1395, il étoit prévôt de l’église d’Arras - (_Plaid. civiles_, X, 483, 515). Messire Tristan du Bos ayant été - longtemps bailli de Tournay et étant souvent venu à Paris, avoit - nécessairement eu occasion de se rencontrer avec l’auteur du - _Ménagier_, magistrat comme lui, ainsi que je crois l’avoir prouvé - dans l’introduction. Il étoit encore maître des requêtes le 12 - novembre 1400 (_Matinées_ III), et plaidoit, en mars 1400-1, pour - la terre de Beaucamp, mouvante du seigneur de Heilly, qu’il avoit - achetée en 1398. - -Page 149, note sur le Sire d’Andresel. - - Des lettres de rémission, accordées en avril 1361 à Jean de Melun - seigneur de la Borde le Vicomte, lettres qui se trouvent dans le - registre LXXXIX du _Trésor des Chartes_ (pièce nº - 755) et qui m’ont été signalées par M. Grésy, font connoître la - nature de la rémission accordée à Jean d’Andresel, et donnent en - même temps de nouveaux détails sur sa position et sa conduite en - 1359. Il est dit dans ces lettres que Jean d’Andresel, capitaine - général de Brie, avoit soudoyé un certain nombre de gens d’armes, - pour résister aux Anglois et Navarrois; mais que la supériorité - des forces ennemies, et les grands frais qu’entraînoit la réunion - d’un corps aussi considérable l’avoient décidé à le dissoudre, - et à renvoyer les gens d’armes dans leurs garnisons. Il avoit - ordonné, du consentement des habitans du pays, que les gens - d’armes seroient payés de leurs gages au moyen d’un subside levé - par feu dans le pays de Brie, l’impôt payé par chaque localité - étant spécialement et directement affecté au payement d’un corps - désigné d’avance; chaque garnison devoit se tenir prête à marcher - au premier ordre. On conçoit qu’un pareil arrangement ait donné - lieu à plusieurs désordres, à plusieurs violences de la part des - gens d’armes quand l’imposition ne leur étoit pas régulièrement - payée; c’est ce qui étoit arrivé à Jean de Melun pour les - troupes sous ses ordres, et il me paroît évident que la lettre - de rémission accordée à Jean d’Andresel devoit avoir (comme je - l’avois pressenti) un semblable motif. - - On trouve dans Rymer (éd. de 1830 T. III), plusieurs pièces - intéressantes sur le séjour de Jean d’Andresel en Angleterre. Il - promit d’abord, avec les autres otages, le 20 février 1361-2, sur - son honneur et état de chevalerie, d’être loyal otage au roi - d’Angleterre, de taire ses secrets, de demeurer dans une ville ou - cité quelconque, et de n’en sortir qu’avec la permission du roi, - sauf qu’il lui étoit permis d’en sortir le matin pour s’ébattre, - et d’y rentrer au soleil couchant. - - Le 13 mai 1363, Jean d’Andresel, étant aux Jacobins de Londres, - reçut licence et congé d’aller en France _pour aucunes grosses - besognes touchant la paix_. Il promit à cette occasion de ne - pas s’armer contre l’Angleterre pendant le séjour qu’il alloit - faire en France, _et de remettre son corps en otage en la cité de - Londres_ au plus tard le jour de la Toussaint. Ce fut au reste - malgré le roi Jean qu’il obtint cette mission. Ce prince avoit - écrit le 26 janvier au roi d’Angleterre, de Villeneuve-lès-Avignon - où il étoit alors, qu’il avoit vu le traité fait entre - l’Angleterre d’une part, et le duc d’Orléans, ses enfans et son - conseil de l’autre, et qu’il le confirmoit, sauf qu’il désiroit - voir délivrer Pierre d’Alençon, le comte Dauphin d’Auvergne - et le sire de Coucy, au lieu du comte de Grantpré, du sire de - Clere et du _sire d’Andresel_. Le roi d’Angleterre ayant refusé - cet échange, le roi lui écrivoit encore, le 13 mars[104], qu’il - confirmoit le traité malgré son refus, mais qu’il n’auroit pas cru - _que de si petit de chose il lui dût faillir_. - - Froissart a dit que plusieurs des otages du roi Jean n’exécutèrent - pas loyalement leurs promesses. Je ne sais si ce reproche est - fondé pour quelques-uns, mais il ne sauroit, en tout cas, - s’appliquer au sire d’Andresel. C’est ce que prouve la pièce - suivante en date du 16 juin 1365, qui prononce la mise en liberté - définitive de Jean d’Andresel dans des termes bien honorables pour - sa loyauté: - - «Le Roy, au noble homme Johan sire d’Andresel, salutz. Par - contemplation de nostre très-cher et très-amé frère le duc - d’Orliens, veuilliantz faire à vous faveur, desport, et grace - espécial, de nostre certeine science nous confessons que vous avez - bien et loialment tenuz par devers nous hostage depuis le temps - que vous nous estoiez baillée parmy la paix. - - «Et des ore nous vous délivrons pleinement dudit hostage, et vous - quitons et absolvons par ces présentes lettres de toutes promesse, - foits, seremens, obligations et convenances que fait nous avez à - cause dudit hostage. - - «Et volons et consentons et nous pleist que vous soietz des ore en - avant francs de vostre persone comme quites et délivres à plein - dudit ostage. - - «Promettans par nostre foy et serement les choses dessusdites - et chascune d’icelles tenir et garder, et noun venir encontre: - toutes autres obligations, promesses, convenances... faites à - nous et à nos heirs par ladite paix et quantque est compris ès - lettres sur ceo faites demourants toutdis en leur effect, force et - vertu; asqueles, quant as choses qui ne touchent vostre présente - délivrance, nous ne volons que aucun préjudice se puisse faire en - temps à venir à cause de cestes nos letres. - - «Qui furent faites et donnés à nostre chastel de Wyndesore, le - 16e jour de juyn, l’an de grâce mil trois cent soixante et - quint, et de nostre règne le trente neofisme.» (_Rymer_, _éd. - 1830_, t. III, p. 604, 685, 694, 700 et 774.) - -Tome I, page 171. Supprimez la note 1. - - Voir sur les tranchoirs les nombreux passages indiqués à la table. - -Tome I, pages 173 et 174, note sur les verrières. - - Quoique le verre fût relativement d’un assez haut prix à la fin du - XIVe siècle, il me paroît étonnant que l’auteur - du _Ménagier_, évidemment riche, n’ait pas eu de fenêtres vitrées. - M. Champollion a cité dans ses _d’Orléans_ (IIIe partie, p. - 13), divers documens desquels il résulte qu’un panneau de verre - neuf coûtoit 4 sols le pied (quarré?) quand il étoit peint - simplement (portant une devise), et 3 sols 6 deniers quand il - étoit sans aucun ornement. En tenant compte de la dépréciation de - l’argent, 3 sols six deniers ne peuvent pas représenter plus de 7 - francs de notre monnoie. Il semble donc que c’étoit une dépense - abordable pour les fortunes moyennes. En 1395, Idete des Marès, - femme en premières noces de maître Jean de Fontaines (voir T. II, - p. 119), et, en secondes, de Jean Thomas, et fille du célèbre - Jean des Marès décapité en 1383, louoit 20 francs par an une - maison dans laquelle il y avoit des fenêtres vitrées (voir mon - _Mémoire sur les Maillotins_). Comment donc l’auteur du _Ménagier_ - se contentoit-il de parchemin? - -Tome I, page 174, ligne 1, Table dréciées. - - Les tables étoient donc alors seulement posées sur des tréteaux. - -Tome I, page 221, note 1re, sans doute l’auteur du _Liber de amore_. - - Je n’ai cependant pas trouvé ces passages dans le _Livre d’amours - auquel est relatée la grant amour et façon par laquelle Pamphille - peut jouyr de Galathée, et le moyen qu’en fist la maquerelle_. - Paris, Vérard, 1494, in-fol.--Les passages cités dans le - _Ménagier_ doivent donc être tirés d’un des autres auteurs cités - dans le Manuel du Libraire au mot _Pamphile_. - -Tome II, page 32, vers 1, Et de ceulx qui vestent les rois. - - On lit dans Christine de Pisan, p. 93 de l’édition Poujoulat: - - «Il rencontra un de ces ribaulz _vestus d’une roiz_ qui par chemin - souloyent aler.» - - L’auteur de la traduction qui est au bas de la page a rendu ce mot - par _blouse_. Je ne sais sur quoi il a fondé cette interprétation. - -Tome II, page 38, colonne 1, vers 22,.... en el. - - Dans ce lieu, là dedans. - -Tome II, page 59, ligne 20,.... de males sanglantes fièvres. - - L’épithète de sanglant étoit fréquemment employée dans les - invectives, sans qu’on puisse bien s’en expliquer le motif. - C’est ainsi qu’on voit dans le récit d’une querelle de Pierre de - Lesclat, célèbre conseiller au parlement et confident du duc de - Berry, avec Raoul Drobille, procureur au parlement, ce dernier - dire à Pierre: _Je ne doubte toy ne ton povoir! un sanglant é.... - en ta gorge!_ Je crois que c’est de là qu’est restée l’expression - d’_injure sanglante_. - -Tome II, page 64, ligne 12, Par engins d’aisselles. - - Ce doit être sans doute le piége connu sous le nom de - _quatre-de-chiffre_. - -Tome II, page 73, ligne 6, Ne bube ne malen. - - Peut-être faut-il lire _mal en_ (mal dedans, _malum intùs_). - -Tome II, page 89, ligne 7, D’autre part, de l’eaue. - - Mettez deux points après _l’eaue_. - -Tome II, page 90, ligne 21, La saison des truites commence en.... - - Suppléez _mars ou mai_, suivant ce qui est dit p. 190. - -Tome II, pages 94 et 97. - - Les menus VI et XII sont les mêmes, à quelques variantes près. - -Tome II, page 96, menu X. - - C’est un dîner de poisson et non de chair, et ce menu est, à - très-peu de chose près, le même que le XXIVe. - -Tome II, page 99, menu XV, Brouet lardé. - - Peut-être est-ce une faute pour _bouli lardé_. - -_Ib._ Cine (cygne). - - Ce pourroit être civé. - -Tome II, page 100, menu XVI, Drois au persil. - - On appeloit _droits_, en fait de venaison, certains morceaux - recherchés qu’on mettoit à part pour le seigneur ou maître - d’équipage quand on défaisoit le cerf. - -Tome II, page 103, n. 1. - - Au lieu de _gros poisson salé_, lisez: marsouin, dit encore en - anglois _purpoise_. Voy. p. 198. - -Tome II, pages 104 et 105, note sur l’abbé de Lagny. - - J’ai encore vu un abbé de Lagny assistant à l’ouverture du - parlement le 2 janvier 1387-8. - - L’abbé nommé dans le _Ménagier_ ne peut être le second (Pierre - II) cité dans la _Gallia christiana_. Il est parlé en effet, - dans une plaidoierie du 18 mai 1391, du prieur de Saint-Thibaut, - _à présent_ abbé de Lagny. Ces mots indiquent que ce prieur étoit - devenu abbé en 1390 ou 91. L’abbé de Lagny vivant en 1379 n’étoit - donc plus à la tête de cette abbaye en 1396. - -Tome II, page 113, note sur la Pierre-au-Lait. - - La position que j’ai assignée à ce lieu est confirmée par deux - passages des comptes de la prévôté de Paris donnés par Sauval - (III, 279 et 348), dans lesquels cet emplacement est dit tenir à - la ruelle Jean Lecomte (rue Trognon, comme l’a dit Jaillot,--voir - Corrozet, 1543,--et non rue d’Avignon, comme l’a cru M. Géraud), - et faire face à la ruelle du porche Saint-Jacques. Remarquons - encore que cette position est encore la même que celle indiquée - par Jaillot pour la fin du XVIIIe siècle (Voy. - Paris sous Philippe le Bel, p. 257). - - Il est parlé à plusieurs reprises de la Pierre-au-Lait dans les - contes d’Eutrapel. Noël du Fail, auteur de ce curieux ouvrage, - dit que c’étoit de son temps un lieu mal hanté et habité par des - escrocs (fº 42 de l’éd. de 1585). Il appelle aussi échevins de la - _Pierre-au-Lait_ des gens habiles à tricher au jeu. - -Tome II, page 116, hôtel de Beauvais. - - Sauval a dit, t. II, p. 109, qu’il ignoroit où étoit l’hôtel des - évêques de Beauvais. Il paroît qu’il le découvrit depuis, car - on lit au tome III de ses _Antiquités de Paris_, p. 260, dans - les comptes de la prévôté de Paris que cet hôtel étoit rue du - _Meurier_ (du franc mûrier). Cette rue étant parallèle et à peu de - distance de celle des Billettes, il y a lieu de croire que l’hôtel - de Beauvais avoit des portes sur chacune de ces rues. - -Tome II, page 116, note 3. - - Ce Jean Duchesne est qualifié procureur général (et ailleurs - _procureur_; voy. p. LXXVIII) au Châtelet, dans un - arrêt du 5 février 1400-1, qui confirma une sentence du prévôt - de Paris dont il avoit appelé. Il avoit demandé à rembourser, - moyennant 42 florins à l’écu, 60 sous ou 3 livres de rente qu’il - payoit annuellement à Louis Blanchet, seigneur de la Queue en Brie - et premier secrétaire du roi, sur une maison avec dépendances - qu’il avoit à Romainville. - -Tome II, p. 118, note 3. - - Ajoutez: Le Ms. du roi, fonds latin, 4641 B, contient la - bénédiction et le formulaire du cérémonial usités en cette - occasion; je les donne ici, quoiqu’ils puissent se trouver dans - d’anciens ouvrages liturgiques. - - «_Bénédictio thalami ad nuptias et als._ (aliàs?) - - «Benedic, Domine, thalamum hunc et omnes habitantes in eo, ut - in tua voluntate permaneant, requiescant et multiplicentur in - longitudinem dierum. Per Christum, etc. - - «_Tunc thurificet thalamum in matrimonio, postea sponsum et - sponsam sedentes vel jacentes in lecto suo. Benedicentur dicendo_: - - «Benedic, Domine, adolescentulos istos; sicut benedixisti Thobiam - et Sarram filiam Raguelis, ita benedicere eos digneris, Domine, - ut in nomine tuî vivant et senescant, et multiplicentur in - longitudinem dierum. Per Christum, etc. - - «Benedictio Dei omnipotentis, Patris et Filii et Spiritus sancti - descendat super vos et maneat semper vobiscum. In nomine Patris, - etc.» - -Tome II, p. 119, l. 20, Maître Jean de Fontaines. - - C’est sans doute le gendre du célèbre Jean des Marès. (Voir - ci-dessus remarque sur la page 173 du tome I.) - -Tome II, p. 129, l. 10. - - Supprimez la virgule après _Nota_. - -Tome II, page 134, note 1. - - _Élire_ ne peut signifier ici _écosser_, puisqu’il s’agit de vieux - pois, mais bien _choisir_, _éplucher_. - -Tome II, page 139, ligne 9, L’en connoît les fèves des marais.... et -les fèves des champs, etc. - - Je pense que les fèves des champs sont les _haricots_ - d’aujourd’hui, désignés encore quelquefois sous le nom de _fèves_. - -Tome II, p. 154, note 3. - - Lisez _feuillet_ d IV vº, au lieu de _feuille_, etc. - -Tome II, p. 181, l. 26, le Saupiquet. - - Il y avoit en 1401, à Melun, une prison dite _Saupiquet_, (sans - doute par une allusion facétieuse à cette sauce) _dans laquelle on - ne se pouvoit tourner_ (Matinées III, 68). - -Tome II, page 181, note 2. - - Ajoutez: Ou jaunie par la cuisson? L’acception la plus ordinaire - du mot tanné est celle de _couleur de tan_ (feuille morte). - -Tome II, p. 202, note 3, sur le mot _auques_, au lieu de _presque_ -lisez _aussi_. - -Tome II, page 251, n. 5, Et des poales à Villedieu. - - Ce bourg de Normandie est encore nommé sur les cartes - _Villèdieu-les-poëles_. Il y a à la Bibliothèque royale - (Manuscrits) d’anciens statuts des poëliers de Villedieu. - -Tome II, p. 253, n. 5, Dans une curieuse chanson.... - - Voici le dernier couplet qui paroît avoir été omis par une méprise - de l’imprimeur dans les _Chroniques de Saint-Denis_: - - L’an mil CCC IIIxx, - La veille de la Chandeleur, - Par les clers et maistres divins - Fus emprisonnés à douleur. - Je croy souvent mues couleur - Quant ne pues aler çà ne là; - _Envis muert qui apris ne l’a_. - - On trouve à la suite de cette pièce deux rondeaux relatifs à - l’infortuné prévôt. - - _Rondel à responce H. Aubriot._ - - Cent mil fois je vous mercy - De vostre vraie escripture. - Semblant me monstrez d’amer, cy: - Cent mil, etc. - Mais je ne puis trouver mercy, - L’université m’est trop dure: - Cent mil, etc. - - _Autre Rondel._ - - Je croy bien que c’est par mon vice - Que Dieu cy durement m’acule. - Oncques-mais d’homme ne vy ce; - Je crois bien, etc. - Car je ressemble à l’escrevisse: - Quand je cuide aler je recule. - Je crois bien, etc. - -Tome II, page 318, note 4, ligne 9, Suivoient en volant les chiens -pendant la quête. - - Cette remarque ne s’applique qu’au vol des champs, ou chasse de la - perdrix, car, pour d’autres chasses, celles au héron ou au milan - par exemple, cela se passoit différemment. On en peut voir le - détail dans d’Arcussia. - -Tome II, page 322, note 4. - - Ajoutez: Ou peut-être comme on l’a expliqué au commencement de ce - traité. - -Tome II, TABLE. - - A l’article: _Additions faites au_, etc., ajoutez: _b_, 245.--Aux - articles AUBRIOT, _Sa maison_ et AYALA, - ajoutez: _b_, 380.--Ajoutez: _b_, 381, aux articles BOS - (Tristan du), _Flandres_ et FROISSART, et _b_, 382, à - _Estampes et à Gingembre_.--Après BOILEAU, etc., ajoutez: - BONAMY, cité, _b_, 380. - - -(Voir page 380 du tome II, un _supplément aux corrections_). - -[Illustration] - - - - -LE MÉNAGIER DE PARIS. - - - - -PROLOGUE. - - -Chère seur, pour ce que vous estant en l’aage de quinze ans et -la sepmaine que vous et moy feusmes espousés, me priastes que je -espargnasse à vostre jeunesse et à vostre petit et ygnorant service -jusques à ce que vous eussiez plus veu et apris; à laquelle appresure -vous me promectiez de entendre songneusement et mectre toute vostre -cure et diligence pour ma paix et amour garder, si comme vous disiez -bien saigement par plus sage conseil, ce croy-je bien, que le vostre, -en moy priant humblement en nostre lit, comme en suis recors, que pour -l’amour de Dieu je ne vous voulsisse mie laidement corrigier devant -la gent estrange ne devant nostre gent aussy, mais vous corrigasse -chascune nuit ou de jour en jour en nostre chambre et vous ramentéusse -les descontenances ou simplesses de la journée ou journées passées et -vous chastiasse se il me plaisoit, et lors vous ne fauldriez point à -vous amender selon ma doctrine et correction et feriez tout vostre -povoir selon ma voulenté, si comme vous disiez. Si ay tenu à grant -bien et vous loe et sçay bon gré de ce que vous m’en avez dit et m’en -est depuis souventes fois souvenu. Et sachez sur ce, chère seur, -que tout quanques je sçay que vous aiez fait puis que nous fusmes -mariés jusques cy et tout quanques vous ferez en bonne intention m’a -esté et est bon et me plaist et m’a bien pleu et plaira. Car vostre -jeunesse vous excuse d’estre bien saige et vous excusera encores en -toutes choses que vous ferez en intention de faire bien et sans mon -desplaisir. Et sachiez que je ne pren pas desplaisir, mais plaisir, -en ce que vous aurez à labourer rosiers, à garder violettes, faire -chappeaulx, et aussi en vostre dancer et en vostre chanter et vueil -bien que le continuez entre nos amis et nos pareilz et n’est que bien -et onnesteté de ainsi passer l’aage de vostre adolescence féminine, -toutesvoies sans désirer ne vous offrir à repairier en festes ne dances -de trop grans seigneurs, car ce ne vous est mie convenable, ne afférant -à vostre estat, ne au mien. Et quant au service que vous dictes que -vous me feriez voulentiers plus grant que vous ne faictes se vous le -sceussiez faire et que je le vous apreigne, sachez, chère seur, qu’il -me souffist bien que vous me faciez au tel service comme vos bonnes -voisines font à leurs mariz qui sont pareilz à nous et de nostre estat -et comme vos parentes font à leurs mariz de pareil estat que nous -sommes. Si vous en conseillez privéement à elles et après leur conseil -si en faictes ou plus ou moins selon vostre vouloir. Car je ne suis -point si oultrecuidé à ce que je sens de vous et de vostre bien que -ce que vous en ferez ne me souffise assez et de tous autres services -aussi, mais que il n’y ait barat, mesprisement ou desdaing, mais de ce -vous gaittiez. Car jasoit-ce, belle seur, que je congnoisse bien que -vous soiez de greigneur lignaige que je ne suis, toutesvoies ce ne vous -garantiroit mie, car, par Dieu, les femmes de vostre lignaige sont si -bonnes que sans moy et par elles mesmes seriez-vous asprement corrigée -se elles le savoient par moi ou autrement; mais en vous ne fais-je -point de doubte; je suis tout asseuré de vostre bien. Et toutesvoies, -jasoit-ce, comme j’ay dit, que à moy ne appartiengne fors un petit de -service, si vouldroie-je bien que vous sceussiez du bien et de l’onneur -et de service à grant planté et foison et plus que à moy n’appartient, -ou pour servir autre mary se vous l’avez après moy, ou pour donner -plus grant doctrine à vos filles, amies ou autres, se il vous plaist -et en ont besoing. Et tant plus saurez, tant plus d’onneur y aurez et -plus loés en seront vos parens et moy aussi et autres entour qui vous -aurez esté nourrie. Et pour vostre onneur et amour, et non mie pour -moy servir, (car à moy ne convient mie service fors le commun, encores -sur le moins) ayant piteuse et charitable compassion de vous qui -n’avez, de long temps a, père ne mère, ne icy aucunes de vos parentes -près de vous, ne à qui de vos privées nécessités vous puissiez avoir -conseil ne recours fors à moy seul pour qui vous avez esté traicte de -vostre parenté et du païs de vostre nativité, ay pensé plusieurs fois -et intervalles se je peusse ou sceusse trouver de moy mesmes aucune -généralle introduction légière pour vous aprendre et par laquelle, -sans moy donner telle charge comme dessus est dit, par vous mesmes -vous peussiez introduire parmy vostre paine et labour. Et à la fin me -semble que se vostre affection y est telle comme vous m’avez monstré le -semblant par vos bonnes paroles, il se peut acomplir en ceste manière, -c’est assavoir que une leçon générale vous sera par moy escripte, et à -vous baillée sur trois distinctions contenans dix-neuf[105] articles -principalment. - - -LA PREMIÈRE DISTINCTION. - -La première distinction d’icelles trois est nécessaire pour acquérir -l’amour de Dieu et la salvacion de vostre âme et aussi nécessaire pour -acquérir l’amour de vostre mary et donner à vous en ce monde la paix -que l’en doit avoir en mariaige. Et pour ce que ces deux choses, c’est -assavoir la salvacion de l’âme et la paix du mary, sont les deux choses -plus principalment nécessaires qui soient, pour ce sont-elles mises cy -premièrement. Et contient icelle première distinction neuf articles. - -Le premier article parle de saluer et regracier Nostre Seigneur et sa -benoite mère à vostre esveillier et à vostre lever et de vous atourner -convenablement. - -Le second article est de vous accompaigner convenablement, aler à -l’église, eslire place, vous saigement contenir, oïr messe et vous -confesser. - -Le tiers article est que vous amez Dieu et sa benoite mère et -continuellement les servez et vous mectez et tenez en leur grâce. - -Le quart article est que vous gardez continence et vivez chastement à -l’exemple Susanne, Lucresse et autres. - -Le quint article que vous soiez amoureuse de vostre mary (soit moy ou -autre) à l’exemple de Sarre, Rébecque, Rachel. - -Le sixiesme article que vous soiez à lui humble et obéissant à -l’exemple de Grisilidis, de celle qui ne voult rescourre son mary de -noyer, et la mère Dieu qui respondit _fiat_, etc., de Lucifer, du -puys, du bailly de Tournay, des religieux et des mariés, de madame -d’Andresel, de Chaumont, de la Romaine. - -Le septiesme que vous soiez curieuse et songneuse de sa personne. - -Le huitiesme que vous soiez taisant pour celer ses secrets à l’exemple -de Papire, de celle qui pont huit eufz, de celle de Venise, de celle -qui revint de Saint Jaques et de l’advocat. - -Le neuviesme et derrenier article est que se vostre mary s’essoie -de foloyer ou foloye, que sans rigueur mais doulcement, saigement -et humblement vous l’en retrayez comme Mellibée et dame Jehanne la -Quintine. - - -LA SECONDE DISTINCTION. - -La seconde distinction est nécessaire pour le prouffit du mesnage -acroistre, acquérir amis et sauver le sien; pour secourir soy et aider -contre les males fortunes de la vieillesse à venir, et contient six -articles. - -Le premier article est que vous aiez soing de vostre mesnaige, -diligence et persévérance et regard au labour: mectez peine à y prendre -plaisir et je feray ainsi d’autre part afin d’advenir au chastel dont -il est parlé. - -Le second article est que au moins vous prenez vostre esbatement et -vous sachiez aucun peu congnoistre en curtilliage et jardinaige, enter -en la saison et garder roses l’iver. - -Le tiers article est que vous sachiez choisir varlets, portefais, -aides ou autres fortes gens pour faire les dures besongnes qui d’eure -en autre se pevent achever et aussi laboureurs, etc. Et en oultre -cousturiers, cordouaniers, boulengiers, pasticiers, etc. Et par -espécial varlets et chambrières d’ostel embesongner à grains tribler -et remuer, robes nectier, éventer et essorer, commander à vos gens de -penser des brebis, des chevaulx: garder et garir vins. - -Le quart article est que vous, comme souverain maistre de vostre -hostel, sachiez ordonner disners, soupers, mès et assietes, congnoistre -le fait du bouchier, du poullaillier et savoir congnoistre les espices. - -Le quint article que vous sachiez commander, ordonner, deviser et faire -faire toutes manières de potaiges, civés, saulses et toutes autres -viandes; idem pour malades. - - -LA TROISIÈME DISTINCTION. - -La troisiesme distinction est de jeux et esbatemens aucunement plaisans -pour avoir contenance et manière de parler et tenir compaignie à gens -et contient trois articles. - -Le premier article est tout de demandes d’esbatemens qui par le sort -des dez, par rocs et par roys sont avérées et respondues par estrange -manière. - -Le deuxiesme article est de savoir nourrir et faire voler l’esprivier. - -Le tiers article est d’aucunes autres demandes qui regardent compte et -nombre et sont subtilz à trouver ou à deviner[106]. - -[Illustration] - - - - -LE MÉNAGIER DE PARIS. - - - - -PREMIÈRE DISTINCTION. - - - - -ARTICLE PREMIER. - - -Le commencement et premier article de la première distinction parle de -adourer et du lever; lequel vostre lever doit estre entendu matin. Et -matin, en l’entendement que l’en peut prendre selon la matière dont -nous avons à traictier, est dit de matines. Car ainsi comme entre nous -gens ruraulx disons le jour depuis l’aube du jour jusques à la nuit, ou -du soleil levant jusques à soleil couchant, les clercs qui prennent -plus subtillement dient que c’est le jour artificiel; mais le jour -naturel qui tousjours a vint quatre heures se commence à mienuit et -fine à la mienuit ensuivant. Et pour ce que j’ay dit que matin est dit -de matines, je l’entens avoir dit pour ce que adonc sonnent les matines -pour faire relever les religieux pour dire matines et loenges à Dieu, -et non mie pour ce que je vueille dire que vous, belle seur, ne les -femmes qui sont mariées, vous doiez lever à celle heure. Mais je le -vueille bien avoir dit pour ce que se à ycelle heure vous oez sonner -matines vous louez adont et saluez Nostre Seigneur d’aucun salut, -prière ou oroison avant ce que vous vous rendormez; car à ce propos -sont cy après propres oroisons ou prières. Car, soit à celle heure de -matin ou au matin du jour, j’ay cy escript deux oroisons pour vous -à dire à Nostre Seigneur, et deux autres à Nostre Dame propres pour -esveiller ou lever. Et premier s’ensuit celle de mienuit par laquelle, -en ycelle disant, vous regraciez Nostre Seigneur de ce que de sa grâce -il vous a donné venir jusques à celle heure. Et direz ainsi: - - Gracias ago tibi, Domine, etc. - -C’est à dire en françois: Beau sire Dieu tout puissant qui es un seul -en Trinité, qui estois, es et seras en toutes choses Dieu benoist par -les siècles, je te rens grâce de ce que tu m’as daigné trespasser -dès le commencement de ceste nuit jusques aux heures matinaulx, et -maintenant je te requiers que tu me daignes, par ta sainte miséricorde, -ce jour trespasser sans peschié, tellement que au vespre je te puisse -comme à mon Dieu et à mon Seigneur regracier, adourer et donner salut. - -Item s’ensuit l’autre oroison à Nostre Seigneur en disant: - - Domine, sancte pater, etc. - -C’est à dire en françois: Beau sire Dieu tout puissant et père -pardurable qui m’as donné parvenir au commencement de ceste journée par -ta saincte vertu, garde moy d’encourir en aucun péril, si que je ne -puisse décliner à aucun mortel péchié, et que par ton doulx atrempement -ma pensée soit adrécée à ta saincte justice et voulenté faire. - -Item s’ensuit les deux oroisons à Nostre Dame, et premièrement: - - Sancta Maria, mater Domini, etc. - -C’est à dire en françois: Marie, sainte mère de Nostre Seigneur -Jhesu-Crist, ès mains de ton benoit filz et de toy commandé-je huy et -tout temps mon âme, mon corps et mon sens. Sire, garde moy de tous -vices, de tous péchiés et de toute temptacion d’ennemy et me délivre -de tous périlz. Sire doulx Jhesu-Crist, aide moy et me donne santé -d’âme et de corps, donne moy voulenté de bien faire, en ce siècle -vivre justement et bien persévérer. Octroie moy rémission de tous mes -péchiés. Sire, sauve moy en veillant, garde moy en dormant afin que je -dorme en paix et veille en toy en la gloire de paradis. - -Item s’ensuit l’autre oroison à Nostre Dame qui est toute en françois: - -O très certaine espérance, dame deffenderesse de tous ceulx qui s’y -attendent! Glorieuse vierge Marie, je te prie maintenant, que en icelle -heure que mes yeulx seront si aggravés de l’obscureté de la mort que -je ne pourray veoir la clarté de ce siècle, ne me pourray mouvoir la -langue pour toy prier ne pour toy appeller et que mon chiétif cuer qui -est si foible tremblera pour la paour des ennemis d’enfer et sera si -angoisseusement esbahis que tous les membres de mon corps defondront en -sueur pour la peine de l’angoisse de la mort, lors, dame très doulce et -très piteuse, me daignes regarder en pitié et moy aidier à voir avec -toy la compaignie des anges et aussi la chevalerie de paradis, et que -les ennemis troublés et espoventés de ton secours ne puissent avoir -aucun regart, présumpcion ou souspeçon de mal à l’encontre de moy, -ne aucune espérance ou puissance de moy traire ou mettre hors de ta -compaignie. Mais, très débonnaire dame, te plaise lors à souvenir de -la prière que je te fais orendroit, et reçoy m’âme en ta benoite foy, -en ta garde et en ta deffense, et la présente à ton glorieux filz pour -estre vestue de la robe de gloire et accompaignée à la joieuse feste -des anges et de tous les sains. O dame des anges! O porte de paradis! -O dame des patriarches, des prophètes, des apostres, des martirs, des -confesseurs, des vierges et de tous les sains et sainctes! O estoille -de matin plus resplendissant que le soleil et plus blanche que la noif! -Je joing mes mains et eslieve mes yeulx et fléchis mes genoulz devant -toy! Dame très débonnaire, pour icelle joie que tu eus quant ta sainte -âme se parti de ton corps sans doubte et sans paour et fut portée -présens les anges et archanges et en chantant présentée à ton glorieux -filz et receue et hébergée en la joie pardurable, je te prie que tu -me secoures et me viengnes au devant en icelle heure qui tant fait à -doubter. Quant la mort me sera si près, dame, soies à m’âme confort -et refuge et entens curieusement à la garder, si que les ennemis très -crueux d’enfer qui tant sont horribles à veoir ne me puissent mettre -au devant les péchiés que j’ay fais, mais iceulx soient premièrement à -ta prière à moy pardonnés et effaciés par ton benoit enfant, et soit -mon âme par toy, très doulce dame, présentée à ton benoit fils et à -ta prière mise à la possession du repos pardurable et de la joie qui -jamais ne fauldra! Amen. - -Ces oroisons povez-vous dire à matines, ou à vostre esveillier du -matin, ou à l’un et à l’autre, en vous levant et vestant, et après -vostre vestir, tout est bien, et que ce soit à jeun et avant toute -autre besongne. Mais pour ce que j’ay dit en vous vestant, je vueil -en cest endroit un petit parler de vestemens. Sur quoy, chère -seur, sachiez que se vous voulez ouvrer de mon conseil, vous aurez -grant regard et grant advis aux facultés et puissances de vous et -de moy selon l’estat de vos parens et des miens entour qui vous -aurez à fréquenter et repairier chascun jour. Gardez que vous soiez -honnestement vestue, sans induire nouvelles devises et sans trop ou pou -de bouban. Et avant que vous partiez de vostre chambre ou ostel aiez -paravant avisé que le colet de vostre chemise, de vostre blanchet ou -de vostre coste ou surcot[107] ne saillent l’un sur l’autre, comme il -est d’aucunes yvrongnes, foles ou non sachans qui ne tiennent compte de -leur honneur ne de l’onnesteté de leur estat ne de leurs maris, et vont -les yeulx ouvers, la teste espoventablement levée comme un lyon, leurs -cheveulx saillans hors de leurs coiffes, et les colez de leurs chemises -et cottes l’un sur l’autre et marchent hommassement et se maintiennent -laidement devant la gent sans en avoir honte. Et quant l’en leur en -parle, elles s’excusent sur diligence et humilité et dient qu’ils -sont si diligens, labourieuses et si humaines qu’elles ne tiennent -compte d’elles, mais elles mentent: elles tiennent bien si grant -compte d’elles que s’elles estoient en une compaignie d’onneur, elles -ne vouldroient mie estre moins servies que les sages leurs pareilles -en lignaige, ne avoir moins des salutacions, des inclinacions, des -réverences et du hault parler que les autres, mais plus, et si n’en -sont pas dignes quant elles ne scevent garder l’onnesteté de l’estat, -non mie seulement d’elles, mais au moins de leurs maris et de leur -lignaige à qui elles font vergongne. Gardez donc, belle seur, que vos -cheveulx, vostre coiffe, vostre cueuvrechief et vostre chapperon[108] -et le surplus de vos atours soient bien arengéement et simplement -ordenés et telement que aucuns de ceulx qui vous verront ne s’en -puissent rire ne moquer, mais doit-l’en faire de vous exemple de bon -arroy, de simplesse et de honnesteté à toutes les autres; et ce vous -doit souffire quant à ce premier article. - - - - -LE SECOND ARTICLE. - - -Le second article dit que à l’aler en ville ou au moustier vous -accompaigniez convenablement selon vostre estat et par espécial avec -preudes femmes et fuiez compaignie souspeçonneuse et jamais femme -souspeçonneuse ne approchiez, ne ne souffrez en vostre compaignie; et -en alant ayant la teste droite, les paupières basses et arrestées et -la veue droit devant vous quatre toises et bas à terre, sans regarder -ou espandre vostre regard à homme ne à femme qui soit à destre ou à -senestre, ne regarder hault, ne vostre regard changer en divers lieux -muablement, ne rire, ne arrester à parler à aucun sur les rues. Et -se vous estes venue à l’église, eslisez un lieu secret et solitaire -devant un bel autel ou bel ymaige, et illec prenez place et vous y -arrestez sans changer divers lieux, ne aler çà ne là[109], et aiez la -teste droite et les bolièvres tousjours mouvans en disant oroisons ou -prières. Aiez aussi continuellement vostre regart sur vostre livre ou -au visaige de l’imaige sans regarder homme ne femme, peinture ne autre -chose, et sans papelardie ou fiction, ayez le cuer au ciel et aourez -de tout vostre cuer; et en faisant ainsi oyez messe chascun jour et -vous confessez souvent; et s’ainsi le faites et persévérez, honneur -vous sourdra et tout bien vous vendra. Et ce que dit est dessus doit -souffire quant à ce commencement, car les bonnes preudes femmes entour -qui vous repairerez, les bons exemples que vous prendrez à elles tant -par leurs fais comme par leur doctrine, les bons vieulz prestres saiges -et preudomes à qui vous vous confesserez et le bon sens naturel que -Dieu vous a donné vous attraira et donra le remenant quant à ce second -article. - - - - -LE TIERS ARTICLE. - - -Le tiers article dit que vous devez amer Dieu et vous tenir en sa -grâce. Sur quoy je vous conseille que incontinent et toutes oeuvres -laissées, vous vous désistez de boire ou mangier à nuit ou vespre, se -très petit non, et vous ostez de toutes pensées terriennes et mondaines -et vous mettez et tenez alant et venant en un lieu secret, solitaire -et loing de gens et ne pensez à riens fors à demain bien matin oïr -vostre messe, et après ce rendre compte à vostre confesseur de tous vos -péchiés par bonne, meure et attrempée confession. Et pour ce que ces -deux choses d’oïr messe et de confession sont aucunement différans, -nous parlerons premièrement de la messe et secondement de la confession. - -Et quant est de la messe, chère seur, sachiez que la messe a plusieurs -dignités en drois estas ou degrés dont il nous convient parler et vous -esclarcir. Et premièrement, après ce que le prestre est revestu et -dit son _Confiteor_ et mis en bon estat, il commence sa messe: et ce -appelle-l’en _l’Introite_ de la messe; c’est le commencement ou entrée -de la messe, ouquel endroit doit lors chascun homs et chascune femme -refraindre ses pensées endroit lui et qu’il ne pense à chose mondaine -qu’il ait oncques mais veue ne oye, car quant li homs ou la femme est -au moustier pour oïr le service divin, son cuer ne doit mie estre en -sa maison ne ès champs, ne ès autres choses mondaines et si ne doit -mie penser ès choses temporelles, mais à Dieu proprement, seulement -et nuement, et à lui prier dévotement. Après _l’Introïte_ chantée ou -dicte, l’en dit par neuf fois: _Kirie eleison, Christe eleison_, en -signifiance qu’il y a en paradis neuf paires d’anges que l’en dit -_gérarchies_, et de chascune paire ou gérarchie viennent à celle messe -une quantité et non mie toute l’ordre, mais de chascune une partie. Si -doit chascun prier à ces sains anges qu’ils prient pour lui à Nostre -Seigneur, en disant: O vous, sains anges, qui descendez de la gloire -au Sauveur, pour lui ministrer et servir en terre, priez lui qu’il nous -pardonne nos péchiés et nous envoie sa grâce. - -Après, dit-on _Gloria in excelsis Deo_; lors doit-on louer doulcement -Nostre Seigneur en disant: Très doulx Dieu, glorieux et honnourés -soiez-vous, loés soiez-vous, benoit soiez-vous, adourés soiez-vous, -etc. Après dit-on les oroisons des Sains et de Nostre Dame. Si doit-on -prier à la très doulce mère Dieu et aux Sains qu’ils prient pour -nous, en disant: Très glorieuse mère Dieu qui estes moienne entre -vostre doulz fils et les pécheurs repentans, priez pour moy à vostre -enfant, et vous, benois Sains de qui on fait mémoire, aidiez moy et -priez avec la dame des anges que Dieu par sa grâce me pardoint mes -forfais et enlumine mon cuer de sa grâce. Après ce, dit-on l’_Épitre_ -qui est ainsi comme donner remembrance que un messaige vient qui -apporte lettres faisans mencion que le sire de tout le monde viendra -prouchainement. Après ce chante-l’en le _grée_[110] ou l’_alléluye_ -ou le _traict_ en karesme et dit-on la _séquence_: c’est démonstrance -que ce sont les ménestriers qui viennent devant et monstrent que le -Seigneur est jà sur le chemin, et qui cornent pour resjoïr les cuers de -ceulx qui attendent et ont espérance en la venue du souverain Seigneur. -Après lit-on l’_Euvangille_; c’est adonc la plus vraie et prouchaine -messaigerie: car ce sont les bannières, les pannons et l’estendart qui -monstrent certainement que adoncques le Seigneur est près, et lors -se doit chascun taire et soy tenir droit, mettre s’entente à oïr et -retenir ce que l’Euvangille dit, car ce sont les propres paroles que -Nostre Seigneur dist de sa bouche et lesquelles paroles nous enseignent -à vivre, se nous voulons estre de la mesnie à icellui souverain -Seigneur. Et pour ce doit estre chascun curieux et ententif à oïr -icelles paroles de l’Euvangille et à icelles retenir. Après fait-on -l’offrande en laquelle on doit offrir en la main du prestre aucune -chose en signifiance que l’en offre son cuer à Dieu, en disant: Sainte -Trinité, recevez mon cuer que je vous offre: si le faites riche de -vostre grâce. Et en ce disant doit-l’en bailler son offrande. Après ce, -quant le prestre se retourne de l’autel il dit que l’en prie pour lui: -si en doit-l’en diligemment prier, car il entre en nos besongnes et -fait oroisons pour nous. - -Après ce, dit le prestre: _Per omnia secula seculorum_: Et puis: -_Sursum corda_. C’est à dire: levez vos cuers à Dieu. Et le clerc et -les autres respondent: _Habemus ad Dominum_: nous les avons à Nostre -Seigneur. Dont doit-l’en appareillier et avoir son oeil au prestre. -Après ce, chante-l’en la louenge des anges, c’est assavoir: _Sanctus, -sanctus, sanctus_. Dont descendent les anges pour appareillier, -avironner et garder la table sur laquelle Dieu descendra et par -son seul regard repaistra ses amis et adonc entend-l’en à veoir -sa venue et se doit-l’en appareillier ainsi comme bons amoureux -subgiez s’appareillent quant le Roy entre en sa cité, et le doit-l’en -amoureusement et en grant joie de cuer regarder et recevoir, et en le -regardant regracier sa venue et luy donner louenges et salus, et en -pensée et à basse voix lui faire ses requestes pour obtenir rémissions -et pardons des meffais passés; car il vient çà bas pour trois choses: -l’une, pour tout pardonner, se nous en sommes dignes; la deuxiesme pour -nous donner sa grâce, se nous le savons requérir; la tierce pour nous -retraire du chemin d’enfer. - -Après est la _Paternostre_ qui nous enseigne que nous le devons -appeller père et lui prier qu’il nous pardonne nos meffais ainsi comme -nous pardonnons à nos malfaiteurs les leurs, et aussi lui prions qu’il -ne nous laisse point péchier ne estre temptés, mais nous délivre de -mal; _amen_. Après on dit _Agnus Dei_ par trois fois et prie-l’en à -Dieu qu’il ait mercy de nous et qu’il nous donne paix; qui peut estre -entendu paix entre le corps et l’âme, que le corps soit obéissant à -l’âme: ou paix entre nous et nos adversaires; et pour ce prent-l’en -la paix. Après chante-l’en le _post-communion_ et alors on doit dire -et déprier Nostre Seigneur qu’il ne se vueille mie retraire de nous, -ne nous laissier comme orphelins et sans père. Après dit-l’en les -derrenières oroisons et adonc se doit-on retraire et recommander à -la benoite vierge Marie et à elle requerre qu’elle vueille déprier -son benoit chier enfant qu’il vueille demourer avec nous. Et quant -tout est dit et achevé et le prestre dévestu, adonc doit-l’en icellui -Seigneur remercier de ce qu’il nous a donné sens et entendement d’avoir -oy sa benoite messe et veu son benoit sacrement qui donne remembrance -de sa benoite nativité et de sa benoite passion et de sa benoite -résurrection, et luy requérir qu’en persévérant au surplus, il nous -doint vraye et parfaicte rémission. Et adoncques, chère seur, vous -mettez toute seule, les yeux enclins à la terre, le cuer au ciel, -pensez de tout vostre cuer très ententivement et cordialment à tous -vos péchiés pour vous en deschargier et délivrer à celle heure. Mais -pour vous adviser dès maintenant comment ce sera fait adonc, je vous en -traicteray un petit selon se que j’en sçay et croy. - -Chère seur, veulliez de par moy sur ce savoir que quiconques soit -homme ou femme qui vueille à droit ses péchiés confesser au sauvement -de l’âme de lui ou d’elle, il doit savoir que trois choses lui sont -nécessaires; c’est assavoir, contriction, confession et satisfacion; -et doit-il ou elle savoir que contriction requiert douleur de cuer en -grans gémissemens et repentances et convient que en grant contriction -et très humblement le pécheur requière pardon et mercy et déprie -très affectueusement nostre créateur et souverain Seigneur qu’il lui -vueille pardonner ce en quoy il l’a peu courroucier et offendre. Et -sache le pécheur que sans contriction sa prière ne vault riens, puis -qu’il ait sa pensée et son cuer ailleurs. Et, chère seur, vous en povez -prendre exemple par un à qui l’en promist donner un cheval pour dire -une _paternostre_, mais qu’il ne pensast autre part, et en disant la -_paternostre_, il se pensa se cellui qui lui donnoit le cheval lui -laisseroit la selle, et ainsi le maleureux perdit tout. Ainsi est-il -de celui qui déprie Nostre Seigneur et ne pense point à sa prière ne à -cellui qu’il déprie, et si a jà, par aventure, fait telle chose dont il -a desservi à estre pendu au gibet d’enfer et si s’endort en ce péchié -et n’en tient compte, et s’il estoit jugié en ce chétif monde par un -petit prévost à estre pendu au gibet de fust ou de pierre, ou à paier -une grosse amende qui est moins, et il cuidoit reschapper pour avoir -contriction, pour plourer et pour prier le prévost ou juge, comment -il le prieroit de bon cuer, en grans pleurs, en gémissemens et grans -contrictions de cuer sans penser autre part, et il ne peut mie plourer -ne prier du cuer le grant seigneur, son souverain et son créateur qui -des haultes fenestres de sa pourvéance où il est lassus voit toute -l’affection du cuer d’icellui pécheur! Et si scet bien le pécheur que -icellui Seigneur est si piteux et si miséricors que pour très petite -prière, mais qu’elle fust de cuer contrict et repentant, il aroit -tout pardonné; voire mesmes se la sentence estoit jà donnée contre le -pécheur, et fust ores icellui pécheur condempné à mort, or puet icellui -souverain tout rappeller et quicter, et il n’est prévost ne juge par -deçà qui pour plourer ne pour prière que le condempné sceust faire, -peust rappeller le jugement qu’il auroit fait contre lui. Or regardez -doncques, belle seur, quelle comparoison est cy! Et encores est-ce pis, -car quant un homs est condempné à mort par le souverain juge, puis -qu’il ne rappelle sa sentence, c’est à entendre que la peine de sa -mort est perpétuelle et pardurable, et quant il est condempné par un -prévost, la peine de sa mort ne dure que un moment; dont, belle seur, -n’est-il point de comparoison ne entre la puissance des juges, ne entre -la peine des jugemens. Et pour ce vault-il mieulx, belle seur, plourer -et avoir contriction et adrécier sa prière à cellui qui a puissance -souveraine et absolue que à cellui qui n’a puissance fors que ordonnée -et sur certaine forme qu’il ne peut passer. Car icellui juge souverain -est cellui qui à la fin nous examinera et jugera. Et adonc, belle seur, -quel compte lui rendrons-nous des biens de fortune et de nature qu’il -nous a bailliés en garde et nous avons tout folement despendu et mis à -nostre usaige et à nostre délit, sans en avoir riens baillié ne aumosné -à lui ne aux souffreteux honteux et paciens qui pour l’amour et ou nom -de lui nous en ont demandé? Se en ce cas il nous argue de larrecin, que -nous l’avons en ce desrobé, que respondrons-nous? Item de nostre âme -sa fille qu’il nous bailla saine et nette, sans tache et sans ordure, -laquelle nous avons empoisonnée par les buvraiges du péché mortel, se -il nous argue de murtre, en disant que nous avons tué sa fille que il -nous avoit baillié en garde, quelle deffence arons-nous? Item de nostre -cuer, nostre corps qui est le chastel dont il nous avoit baillié la -garde et nous l’avons livré à son ennemy, c’est le Déable d’enfer, -quelle excusacion arons-nous? Certes, belle seur, je ne voy mie que, -se la benoite vierge Marie sa mère ne nous sequeurt comme advocate, -que par le bon jugement d’icelui souverain juge nous ne soions pugnis -et enchaînés au gibet d’enfer pardurablement comme larrons, comme -murtriers et comme traictres, se les chaudes larmes de la contriction -de nostre cuer ne chassent l’ennemy hors de nous en nostre présente -vie; mais ce se puet ainsi légièrement faire comme l’eaue chaude chasse -le chien de la cuisine. - -Après la contriction vient la confession qui a six condicions, ou -elle ne vault riens. La première condicion de confession est que -la confession soit faicte sagement: c’est à dire sagement en deux -manières, qui est à entendre que le pécheur ou pécheresse eslise -confesseur saige et preudomme. Et donc le pécheur doit avoir exemple -et regart à ce que toute créature malade convoite sa santé, et pour sa -santé recouvrer et avoir, désire plus à trouver le meilleur phisicien -que le moins bon. Et doit icellui pécheur avoir regard que, puis que -créature doit désirer la santé du corps qui est estour lourgable[111] -et trespassable, par plus forte raison doit-il curer[112] de la noble -âme qui est ordonnée à recevoir le bien perpétuel ou le mal pardurable. -Et pour ce doit eslire très bon, très saige et très excellent phisicien -pour recouvrer tantost la santé de l’âme qui est bléciée et malade, -car s’il en prent un à l’aventure qui ne lui sache donner le remède de -sa garison, il s’ensuit mort. Et vous le véez par exemple, car quant -un aveugle maine l’autre, ce n’est pas de merveille se ils chéent tous -deux en une fosse; dont doit le pécheur ou pécheresse faire pourvéance -d’un très saige et très clervoyant conseillier qui de tous ses péchiés -lui sache donner remède et conseil et qui sache discerner entre l’un -péchié et l’autre pour remède donner et que icellui confesseur ait -toute sa pensée et son entente à oyr et concevoir ce que le pécheur -lui dira, et aussi qu’il ait puissance d’absoldre. Et lors doit -icellui pécheur estre avisé et avoir pensé par avant longuement et -ententivement à tous ses péchiés, comme j’ay devant dit, pour savoir -les tous dire et compter par ordre, et par membres et par poins les -deviser à son confesseur et conseillier, et doit avoir douleur au cuer -de ce qu’il fist le péchié et grant paour de la vengence de Nostre -Seigneur, grant honte et grant repentence d’iceulx péchiés et avoir -ferme espérance et voulenté certaine de soy amender et de jamais au -péchié non retourner, mais les haïr comme venin, et avoir désir de -voulentiers recevoir pour sa garison et santé recouvrer et faire -joyeusement la pénitence que le confesseur lui vouldra enchargier. - -La seconde condicion de confession est que si tost que l’en est cheu -en péchié l’en s’en doit hastivement et tost confesser. Car tu ne scez -quant Dieu te touldra la parole et la santé, et pour ce est-il bon que -on s’en confesse souvent. Les truans le preuvent assez qui de jour en -jour et de heure en heure monstrent leurs plaies aux bonnes gens pour -avoir nouvelle aumosne; les bléciés monstrent de jour en jour leurs -navreures aux mires pour avoir chascun jour hastif et nouveau remède -de garison; aussi doit le pécheur tantost monstrer et descouvrir son -péchié pour avoir nouveau remède et plus plénière miséricorde. - -La tierce condicion de confession est que on se doit du tout -entièrement confesser et tout descouvrir à une fois et convient -monstrer et ouvrir au mire toute la plaie; il convient tout dire en -très grant humilité et repentence et n’en riens oublier ne laissier -derrière, et quelque gros morcel qui y soit, il convient qu’il passe -oultre le neu de la gorge. Et se l’orgueilleux cuer du pécheur ne le -veult endurer, face le signe de la croix devant sa bouche afin que -l’ennemy qui lui estoupe les conduis de la parolle s’en aille; et -adonc le pécheur se contraigne à dire l’ort péchié qui tue son âme, -car s’il atent plus, il l’oubliera par son attente, et ainsi ne s’en -confessera jamais et par ce demourra en tel péril que pour cause de ce -péchié où il sera demouré et dont il ne luy aura souvenu il ne fera -jamais bien qui ne lui soit estaint vers Dieu, s’il n’y met sa grâce. -Regardez doncques quel pardon il pourra jamais impétrer par jeûnes, par -aumosnes, ne par travail de pèlerinaiges qu’il face, quand il n’est -confès entièrement? Regardez comment il qui n’est vray confès, comment -osera-il recevoir son créateur, et s’il ne le reçoit, comment il se -déçoit et en quel péril il se met? Par aventure il cele à celle fois -icellui péchié cuidant s’en confesser une autre fois bien brief, et -il ne regarde mie qu’il est en la puissance de Dieu de lui tollir la -parole quant il lui plaira, ou de le faire morir soudainement quant il -vouldra. Ores s’ainsi est, il sera dampné par sa négligence et au jour -du jugement il ne sara sur ce que respondre. - -La quarte condicion de confession est que l’en se doit ordonnéement -confesser et dire ses péchiés par ordre et selon ce que la théologie -les met, et doivent estre mis l’un après l’autre sans trehoigner[113] -ne entreveschier[114], ne mettre le derrière devant, sans riens polir -ne farder, sans lui deffendre et sans autruy accuser. Et doit le -pécheur dire la condicion du péchié, comment il le pensa, quelle fut la -cause et le mouvement de son penser, comment depuis il a pourchacié, -fait, dit, ou fait faire, le temps, le lieu, pourquoy et comment il le -fist: se le péchié qu’il fist est selon nature ou s’il est fait contre -nature, s’il le fist sachamment ou ygnorament, et doit icellui pécheur -dire tout ce qui par icellui, les circonstances et dépendances peut -grever son âme. - -La quinte condicion est que on doit confesser tous ses péchiés à une -fois, et à un confesseur et non pas à plusieurs confesseurs. L’en ne -doit pas partir ses péchiés en deux parties pour dire l’une partie à -un confesseur et l’autre partie à un autre, car la confession ainsi -malicieusement faite ne seroit pas valable, mais seriez plus grant -pécheur en tant comme vous mectriez paine de enginier vostre confesseur -qui représente la personne de Nostre Seigneur Jhesu-Crist. - -La sixiesme condicion est que on se doit confesser dévotement, et -très humblement avoir les yeulx vers la terre en signe de honte et -de vergongne que l’en a de son péchié, et la pensée et le regart du -cuer au ciel, car vous devez penser que vous parlez à Dieu et devez -adrécier vostre cuer et vos parolles à lui, et à lui requérir pardon et -miséricorde. Car c’est cellui qui voit tout le parfont de la voulenté -de vostre cuer, ne le prestre n’y a fors que l’oreille. - -Or avez-vous oy, chère seur, comment on se doit confesser; mais sachiez -qu’il y a cinq choses qui empeschent confession; c’est assavoir: honte -de confesser le péchié, mauvaise paour de faire grant pénitance, -espérance de longuement vivre, et despérance de ce que l’en a si grant -plaisir au péchié qu’on ne s’en puet partir ne repentir, et se pense-on -que pour riens se confesseroit-on pour tantost rencheoir; et de ce -c’est la mort. - -Après la confession vient satisfacion que on doit faire selon -l’arbitrage et le conseil du sage confesseur, qui se fait en trois -manières; c’est assavoir en jeûne, en aumosne ou en oroison selon ce -que vous orrez cy après. - -Je avoie ci-devant dit que à vous confesser vous estoient nécessaires -trois choses: c’est assavoir contriction, confession et satisfaction, -ores vous ay-je monstré et enseigné de mon povoir qu’est contricion, -et en après qu’est confession et comment elle se doit faire, et vous -ay un petit touchié des cinq choses qui l’empeschent moult, auxquelles -vous aurez regart et en aurez souvenance s’il vous plaist, quant temps -et lieu sera; et au derrain vous ay monstré qu’est satisfacion. Or -vous monstreray-je pour prendre vostre advis[115] en quoy vous povez -avoir péchié; et prendrons premièrement les noms et les condicions -des sept péchiés mortels qui sont telement mauvais que auques[116] -tous les péchiés qui sont s’en dépendent, et les appelle-l’en mortels -pour la mort à quoy l’âme est traicte quant l’ennemi peut le cuer -embesongnier à l’ouvraige d’iceulx. Et aussi, pour vous d’ores-en-avant -contregarder d’iceulx péchiés, vous monstreray et enseigneray les noms -et la puissance des sept vertus qui sont contraires aux sept péchiés -dessusdis et sont propres médicine et remède contre iceulx péchiés -quant le péchié est jà advenu, et si contraires à iceulx péchiés que -tantost que la vertu vient, le péchié s’enfuit du tout. - -Et premièrement s’ensuivent les noms des vices desquels vous vous povez -confesser se vous y avez erré, et les noms des vertus sont après, pour -icelles vertus continuer par vous d’ores-en-avant: - - Orgueil est le péchié, la vertu contraire est Humilité. - Envie est le péchié, la vertu contraire est Amitié. - Ire est le péchié, la vertu contraire est Débonnaireté. - Paresse est le péchié, la vertu contraire est Diligence. - Avarice est le péchié, la vertu contraire est Largesse. - Gloutonnie est le péchié, la vertu contraire est Sobriété. - Luxure est le péchié, la vertu contraire est Chasteté[117]. - -Or avez-vous oy cydessus les noms des sept péchiés mortels et aussi des -sept vertus qui donnent remède, or orrez-vous la condicion d’iceulx -péchiés de l’un après l’autre et premièrement des sept péchiés, et à la -fin d’iceulx trouverez les vertus qui aux péchiés sont contraires et -les condicions d’icelles vertus. - -Orgueil est la racine et commencement de tous autres péchiés. Le péchié -d’orgueil a cinq branches. C’est assavoir: inobédience, jactence, -ypocrisie, discorde et singularité. - -Inobédience est la première branche, et par celle la personne pert -Dieu et laisse ses commandemens et en désobéissant à Dieu elle fait la -voulenté de la char, et acomplist ce que son cuer désire contre Dieu et -contre raison; et tout ce vient d’orgueil. - -La seconde branche qui vient d’orgueil est jactence; c’est quant la -personne est haulsée et eslevée par orgueil ou des biens ou des maulx -qu’elle a fais ou fait ou pourroit faire. Mais bien et mal, ces deux -choses ne viennent pas de nous. Car le bien que créature fait vient -de Dieu qui est bon et de sa grâce, et le mal vient de la mauvaise -condicion de créature et de sa mauvaise nature, pour ce que elle se -trait à la condicion de l’ennemy qui est mauvais. Et certes quant -personne fait bien, pour ce qu’il vient de la bonne pourvéance de Dieu -qui est bon, il en doit avoir l’onneur et la gloire, et la personne -faisant bien en doit avoir le prouffit; et du mal nous devons haïr -l’ennemy qui nous attrait et maine à ce par orgueil. - -La tierce branche qui vient d’orgueil est ypocrisie; ypocrisie est -quant la personne fait semblant par dehors qu’elle est pleine de vertus -par dedens et qu’elle fait et dit plus de biens qu’elle ne fait. Et -quant elle voit que l’en cuide qu’elle soit bonne, elle y prent grant -plaisir et vaine gloire. Vaine gloire est le denier au Déable dont il -achète toutes les belles denrées en la foire de ce monde et les denrées -sont les biens que Dieu a donné à homme et à femme, c’est assavoir -les biens de nature, les biens de fortune et les biens de grâce. Les -biens de nature viennent du corps et sont beauté, bonté, bon langaige, -bon sens pour entendre, bon engin pour retenir. Les biens de fortune -sont richesses, haultesses, honneurs et prospérités; et les biens de -grâce sont vertus et bonnes oeuvres. Tous ces biens vend l’orgueilleux -au Déable pour le faulx denier de vaine gloire. Tous ces biens abat -le vent de vaine gloire. Et dois savoir que en ces biens de grâce qui -sont vertus et bonnes oeuvres, comme dit est, est l’omme ou femme par -le Déable tempté en trois manières. L’une quant la créature s’esjoïst -des biens qu’elle fait; l’autre quant la créature aime à estre loée -de ses oeuvres, et la tierce quant la créature fait les biens en -intencion d’avoir le los et d’estre tenu pour preudomme. Et teles -personnes ypocrites ressemblent l’ort fumier lait et puant que l’en -cuevre de drap d’or et de soie pour ressembler estre plus honnoré et -mieulx prisié. Ainsi se cuevrent tels ypocrites qui mettent la bonne -couverture dehors en intencion d’acquérir amis pour avoir plus grant -bien ou plus grant office qu’ils n’ont et dont ils ne sont dignes, et -tel bien que autruy posside qui plus en est digne que eulx. Et de ce -advient souvent qu’ils désirent et pourchassent la mort de cellui qui -tient l’office à quoy ils béent et ainsi deviennent mauvais murtriers. -Quant il advient qu’ils vivent longuement en telle espérance et n’en -pevent venir à chief, ains meurent en celle folle bée[118] où ils -frisent[119] et ardent tous en tel convoiteux espoir, ils chéent tout -droit ou font de la paelle[120] ou le Déable fait les fritures d’enfer. -Ainsi leur bienfait est perdu et ne leur vault pour ce qu’ils le font -en male intencion. Hélas! faulse monnoie dont vient ceste[121] Et ceste -troisième branche d’ipocrisie vient d’orgueil. - -La quarte branche qui vient d’orgueil si est discorde ou contencion. -C’est à dire quant une personne ne se veult acorder au fait et au dit -des autres personnes et si veult que ce qu’il dit ou fait soit tenu -pour ferme et vray, soit voir[122] ou mensonge, et ce que autre et plus -sage de luy dira soit de nulle value; et tout ce fait vient d’orgueil. - -La quinte branche qui vient d’orgueil si est singularité; c’est à -dire quant la personne fait ou dit ce que nul autre ne saroit dire -ou faire et veult surmonter et estre singulier en dis et en fais -excellentement en tout, dont il se fait haïr et pour ce dit-l’en que -orgueilleux ne sera jà sans plait[123], et non est-il. Et tout ce vient -d’orgueil, c’est assavoir inobédience, jactence, ypocrisie, discorde, -et singularité. - -Le pécheur ou pécheresse doit commencer sa confession en ceste manière: -Sire qui estes vicaire et lieutenant de Dieu, je me confesse à Dieu -le tout puissant et à la benoite vierge Marie et à tous les Sains de -paradis, et à vous, chier père, de tous mes péchiés lesquels j’ay fais -en moult de manières. Premièrement d’orgueil: j’ay esté orgueilleux ou -orgueilleuse et ay eu vaine gloire de ma beauté, de ma force, de ma -louenge, de mon excellent aournement, et de l’abilité de mes membres -et en ay donné matière et exemple de péchier à moult de hommes et de -femmes qui me regardoient si orgueilleusement et quant je véoie que on -me regardoit je considéroie la puissance que mes successeurs auroient -en leur temps, et aussi ma puissance, ma richesse, mon estat, mes amis -et mon lignaige, et comme il me sembloit que nul ne povoit à moy de -toutes ces choses que j’ay cy devant dictes[124], et par ce péchié -d’orgueil je suis cheu ou cheue ès branches[125]. - -La première branche d’orgueil si est inobédience; car par orgueil -j’ay désobéy à Dieu et ne luy ay pas porté honneur ne révérence comme -à mon créateur qui m’a fait ou faicte et ma donné les biens de grâce -de nature et de fortune dont j’ay méserré[126] et mal usé et les ay -mis et despendus en mauvais usaiges comme en vanités et honneurs du -monde, sans lui recongnoistre ou mercier, ne pour luy aux povres riens -donner, ains les ay eu en desdaing et en despit et pour ce qu’ils me -sembloient tous deffigurés et tous puans je ne les laissoie aprouchier -de moy, ains me tournoie de l’autre part, afin que je ne les véisse. -Je n’ay pas porté honneur ne révérence à mes amis qui sont de mon sang -et de ma char, espécialment à mes père et mère et les prédécesseurs -dont je suis venu, à mes frères et seurs naturels, à mon mary et autres -bienfaicteurs et souverains, ne à mes autres frères et seurs d’Ève -et d’Adam, car je n’ay nul autre prisié fors moy tant seulement. Et -quant on m’a voulu monstrer mon bien et corrigier de mon mal quant je -l’ay eu fait, je ne l’ay voulu souffrir, ains ay eu en indignacion et -en despit ceulx qui m’ont ce monstré et leur ay esté pire après et -plus fel que devant, et leur en ay mis sus blasme et vilenie grande en -derrière d’eulx; j’ay sur eulx parlé vilainement, et tout ce m’est venu -d’orgueil et de sa branche de inobédience. - -Par jactence, qui est la seconde branche d’orgueil, j’ay diligemment -escouté le maldire d’autruy et si l’ay creu et voulentiers raconté -ou plus vilain entendement[127]. Et aucune fois, pour vengence ou -pour mal, ay-je dit sur autruy ce dont je ne sçavoie riens. Je me -suis eslevé ou eslevée et vanté de mes maulx que j’avoie fais et dis -et y prenoie grant gloire. Et se on disoit aucune chose de moy qui -appartenist à sens, à bon los, ou beauté et on le deist en ma présence -et à mon ouie et que ce ne fust à moy, je ne me excusoie pas, qu’il ne -feust en moy, ains me taisoie pour moy accorder et m’y délictoie et -prenoie grant plaisance. Je me suis eslevé ou eslevée et ay eu orgueil -des grans despens que j’ay aucune fois fais et des grans oultraiges et -superfluités, comme de viandes grandes et oultrageuses, comme à donner -grans mengiers et belles chambres, assembler grans compaignies, donner -joyaulx aux dames et aux seigneurs et à leurs officiers ou ménestriers -pour estre alosé[128] d’eulx et pour dire de moy que je fusse noble et -vaillant et large; certes de povres créatures ne me chaloit-il[129] -rien. Certes, Sire, j’ay affermé aucunes choses estre vrayes de quoy je -n’estoie mie certain et ce faisoie-je pour plaire aux gens présens qui -devant moy estoient et en parloient et tout ce ay-je fait par jactence. - -Par ypocrisie, je me suis faint le saint home ou sainte femme et -monstré grant semblant de l’estre et mis grant peine de en acquérir le -nom devant les gens, et toutesvoies ne me suis-je point tenu de péchier -et d’en faire assez quant j’ay veu que je l’ay peu faire couvertement -et en repostaille[130], et certes aussy ay-je fait du bien aux povres -et des pénitences devant les gens plus pour en avoir leur nom[131] et -leur louenge que pour la grâce de Dieu. Et aussi par plusieurs fois -monstroie-je par dehors d’estre en voulenté de tel bien faire dont mon -cuer n’avoit voulenté, et ce faisoie-je pour avoir le nom du peuple, -jasoit-ce que je sceusse bien que c’estoit fait au desplaisir de mon -créateur. Et aussi me suis-je offert à moult de gens de faire telle -chose pour eulx dont je n’avoie nul talent ne nul corage, et oultre je -tenoie[132] de moy mesmes moult de biens qui n’y estoient mie, et se -aucun peu en y avoit, il ne me souvenoit ne me vouloit souvenir qu’il -venist de Dieu, si comme j’ay dit devant, ne à Dieu n’en savoie-je nul -gré; et tout ce faisoie-je par ypocrisie avec grant orgueil. - -J’ay esté ferme en discorde et en contencion, qui est la quarte branche -d’orgueil. Car se je commençasse à soustenir aucune chose ou le fait -d’aucune personne, pour soustenir son bien ou pour destruire un autre, -où je me mectoie en grant peine de la défendre ou confondre, feust -droit ou tort, j’ay en injuriant autruy raconté aucune fois aucunes -choses mensongières et les ay affermées estre vraies pour faire à -aucunes gens leur gré et leur faire plaisir; j’ay par despit esmeu -aucunes fois aucunes personnes à ire, à courroux et à discorde dont -moult de maulx venoient aucunes fois depuis; et d’autres ay-je fait -jurer, parjurer et fait mentir, et par les discordes que j’ay mues et -les mensongières paroles que j’ay dictes estre vraies et affermées et -fait jurer et affermer, j’en ay plusieurs personnes moult scandalisées -et courroucées par ma désordonnance. Quant je me suis aucune fois -confessé, en ma confession je me suis excusé et mectoie mon excusation -premièrement, et après coulouroie en ma faveur la cause de mon péchié, -ou je mectoie ma deffaulte sur une autre personne et disoie qu’elle -avoit fait la faulte de laquelle j’estoie le plus coulpable, ne je -ne m’encusoie pas, ains disoie: _tel me le fist faire et je ne m’en -donnoie garde_, et en celle manière disoie-je pour moy excuser de mes -péchiés lesquels me sembloient trop griefs, et oultre je laissoie -et taisoie les grans et orribles péchiés, et encores des petis et -des légiers que je disoie ne disoie-je mie les circonstances qui -estoient appartenans à iceulx péchiés, si comme les personnes, le -temps et le lieu, etc. J’ay longuement demouré en mon péchié et par -longue demeure je suis cheue ès autres mortels péchiés. A l’un de mes -confesseurs[133], et à l’autre qui par aventure me plaisoit mieulx, je -disoie les autres plus grans péchiés en intencion d’estre de luy moins -corrigié et avoir maindre pénitence pour la familiarité que j’avoie -avec luy ou qu’il povoit avoir en moy. J’ay désiré vaine gloire en -quérant les honneurs et estre pareil aux plus grans ès vestemens, ès -autres choses aussi, et ay eu gloire d’estre des haultes personnes -honnoré, d’avoir leur grâce, estre haultement saluée et que honneur et -grant révérence me fust portée pour ma beauté, pour ma richesse, pour -ma noblesse, pour mon lignaige, pour estre joliement acesmée[134], pour -moult bien chanter, dancer et doulcement rire, jouer et parler. J’ay -voulu et souffert estre la plus honnorée partout: j’ai esté preste -à oïr divers instrumens et mélodies, enchantemens, as parties[135] -et autres plusieurs jeux qui sont gouliardois[136], désordonnés et -lesquels n’estoient pas de Dieu ne de raison, car je rioie et me tenoie -moult orgueilleusement et en grant esbatement. J’ay voulu avoir et -user de vengence et avoir punicion de ceulx que j’ay seulement pensé -qu’ils m’avoient voulu mal ou mal fait et en ay voulu avoir haultement -et estroitement mon désir acompli, feust tort ou droit, sans les -espargner, ne avoir d’eulx aucune mercy, et ce, chier père, ay-je fait -par mon orgueil et m’en repens; si vous en requier pardon et pénitence. - -Après s’ensuit le péchié d’envie, lequel descent d’orgueil. En envie -a cinq branches. C’est assavoir: haine, machinacion, murmuracion, -détraction et estre lié[137] du mal d’autruy et courroucié du bien -d’autruy. Envie est née du péchié d’orgueil, car quant une personne -est orgueilleuse elle ne veult avoir nul pareil semblable à lui, ains -a envie se aucun autre est le plus hault ou aussi hault que lui en -aucune chose, ou en aucuns biens, ou grâces, ou en sciences, ou qu’elle -vaille mieulx que lui, et pour ce elle l’a en grant haine et la het et -s’efforce tousjours de impétrer[138] la louenge et le bien d’autruy -par sa parole et par son blasme: et c’est la première branche d’envie. - -La seconde branche d’envie si est machinacion: c’est à dire quant une -personne porte mauvaises paroles d’aucunes personnes par envie et -recorde mal de l’une personne à l’autre par mauvaises acoustumances en -apetissant le bien d’autruy et en accroissant le mal. - -La tierce branche est murmuracion: c’est à dire que le cuer murmure de -ce que plus grant maistre de lui lui commande, ou que on ne lui dit ou -de ce que on ne lui fait pas ainsi comme aux autres, ou elle n’en ose -parler. - -La quarte branche d’envie si est détraction: c’est à dire quant une -personne dit mal et parle en derrière et dit ce qu’il scet de lui et ce -qu’il ne scet pas, et qu’il contreuve et pense comment il pourra dire -chose par quoy il pourra nuire et grever celluy de qui il parle, et -quant il oit mal dire de cellui, il aide à son povoir de le accroistre -et exaulcer, et de ce parle moult griefment quant il voit son point, -pour ce qu’il scet qu’il ne le peut en nulle manière plus dommagier et -scet qu’il ne lui peut restituer sa bonne renommée qu’il luy oste, et -ainsi lui mesmes se met à mort. - -La quinte branche si est d’avoir joie du mal d’autruy ou de son -empeschement et destruire à son povoir le bien quand il scet qu’il doit -venir à autruy, et de ce bien il est triste et dolent. Et de toutes -ces choses tu dois dire en ta confession: Sire, en toutes ces choses -que j’ay cy devant nommées j’ay moult grandement péchié; car, de mon -cuer je l’ay pensé, et de mon mauvais couraige je l’ay fait, et de ma -faulse bouche je l’ay dit et semé partout où j’ai peu, et se je ay bien -dit de lui ou d’un autre, je l’ay dit faintement et par faintise, et -toutesvoies m’en suis-je mocqué; voire et de ceulx de qui je deusse le -bien et l’onneur garder et le peusse bien avoir fait se je voulsisse, -je l’ay trestourné et converti à mal; et, quant je véoie qui mal en -disoit je me mectoie et aloie avec, et me consentoie au mal dire et -affermer à mon povoir du cuer, de la bouche et du corps. Et tout, chier -père, ay-je fait par mon envie et m’en repens, si vous en requier -pardon. - -Après envie vient le péchié d’ire qui descent d’envie. Ou péchié d’ire -a cinq branches, c’est assavoir: haine, contencion, présumpcion, -indignacion et juracion. Haine est quant aucune personne ne puet mectre -autruy en sa subjection ou qu’elle ne puet commander et suppéditer -cellui qu’elle vouldroit bien comme plus grant de lui et en vouldroit -avoir la seignourie et la subjection, elle en est dolente et courroucée -et en a le cuer enflé. C’est la première branche d’ire. La seconde -branche d’ire si est quant en parlant la personne a le cuer enflé à -mal faire et dire et quant elle parle laidement et désordonnéement -par ire contre aucun autre. La tierce branche de ire si est quant -par parler meslées et batailles viennent et dissencions, et lors -la personne doit penser se aucuns de son costé ou d’autre ont esté -grevés de chevance ou de corps par ses paroles; car en ce cas seroit -la personne cause de tout le mal qui seroit advenu. La quarte branche -de ire si est quant par ton ire tu as esmeu Dieu par jurer. La quinte -branche de ire si est quant par ton ire tu as esmeu et fait esmouvoir -les autres à courroux, et de ce tu te dois confesser ainsi: Sire, j’ay -le nom de Dieu parjuré par mon ire, et de Dieu mauvaisement parlé et -de la benoite vierge Marie sa doulce mère et de tous les Sains de -paradis; j’ay eu indignacion contre autres personnes, et par mon ire -leur ay véé[139] ma parole; monseigneur mon père et madame ma mère ay -par mon ire courrouciés et despiteusement à eulx parlé et par ire les -ay mal regardés et désiré la fin de leurs jours; aux povres ay moult -despiteusement parlé et par mon ire les ay appellé truans. Sire, j’ay -par mon ire esmeu plusieurs à jurer moult vilainement et de moult -vilains sermens; mes serviteurs et moult d’autres ay-je fait esmouvoir -à courroux et les ay esmeus à mal faire. Et ay moult de fois pensé à -moy vengier de ceulx que je hayoie et voulentiers les meisse à mal -quant je les avoie à contrecuer se je peusse. Grant pièce et long temps -ay-je esté en haine, dont je me repens, et pour ce, chier père, je vous -en requier pardon et pénitence. - -Après si est le péchié de paresse qui est le quart péchié mortel duquel -si naist et descent oysiveté qui est lait blasme et laide tache en -personne qui vueille estre bonne. Car il est dit en l’Euvangille que au -jour du jugement toute personne oyseuse aura à rendre compte du temps -qu’elle aura perdu par son oysiveté. Or est grant merveille quelle -défense les oyseux auront, quant devant Dieu ils seront accusés. En un -autre lieu en L’Euvangille il est dit que la vie du corps oyseux est -ennemi mortel à l’âme et monseigneur saint Jérosme dit ceste auctorité: -fay toujours aucune chose afin que l’ennemy ne te treuve oyseux; car il -est coustumier de ceulx qui sont oyseux mectre en ses euvres et en ses -besongnes. Et monseigneur saint Augustin dit ou livre de l’Euvre des -moines que nulle personne puissant de labourer ne doit estre oyseux. -Ce seroit trop longue chose de réciter les dis de tous les saiges -hommes qui blasment oysiveté et paresse. - -Le péchié de paresse a six branches. La première branche si est -négligence, la seconde rancune, la tierce charnalité, la quarte vanité -en cuer, la quinte branche désespéracion, la sixiesme est présumpcion. - -Négligence c’est quand l’en aime et craint si peu Dieu et en souvient -si peu que parce que on n’en tient ainsi comme nul compte, l’en ne fait -nul bien pour lui ne pour son amour, et de ce faire est-l’en paresseux -et négligent et l’en n’est mie paresseux de quérir son plaisir et ses -aises. Certes c’est grant péchié que d’estre paresseux de bien faire. -Car il est trouvé en l’Escripture que se une personne n’avoit onques -péchié, ne jamais ne péchast, et elle ne feist aucun bien mais laissast -ainsi passer le temps, elle pourroit aller en enfer; et ceste première -branche de négligence naist de paresse. - -La seconde branche si est quant une personne a rancune en son cuer -contre un autre, et pour la mauvaise voulenté qu’elle a à luy, -s’applique à vengence et en ce s’endort et crout[140], et en délaisse à -faire ses pénitences, ses aumosnes et autres biens. Car tousjours ceste -personne rancuneuse pense à grever celluy qu’elle het, et de jour et -de nuit y met toute sa pensée; ainsi délaisse à faire le bien qu’elle -doit, et c’est la seconde branche qui est en paresse. - -La tierce branche de paresse si est charnalité. Charnalité si est quant -l’en quiert le désir de la char, comme dormir en bons lits, reposer -longuement, gésir grandes matinées, et au matin quant l’en est bien -aise en son lit et l’en oit sonner la messe, l’en n’en tient compte et -se tourne-l’en de l’autre costé pour rendormir, et telles gens lâches -et vaines ont plus chier perdre quatre messes que une sueur ou un -somme; et c’est la tierce branche de paresse. - -La quarte branche de paresse si est vanité: c’est à dire quant une -personne scet bien qu’elle est en péchié et elle est de si vain cuer -qu’elle ne se peut ou ne vuelt ou ne daigne retourner à Dieu par -confession et par dévocion, ains pense et promet tousjours à lui-mesme -de amender sa vie de jour en autre, et si ne se corrige point, ains est -paresseux et négligent de soi retourner et ainsi ne lui chault de faire -aucun bien et les commandemens de Dieu, si comme bonne personne le doit -faire et garder; et c’est la quarte branche de paresse. - -La quinte branche si est désespéracion; c’est une manière de péchié que -Dieu het moult et quiconques est pris en ce péchié il est dampné si -comme Judas qui en désespérance se pendit, car il cuidoit tant avoir -fourfait envers Dieu que jamais ne peust impétrer de lui miséricorde, -et quiconques meurt en ce péchié et n’a point d’espérance de la -miséricorde de Dieu il pèche contre le Saint Esperit et contre la bonté -de Dieu; et pour ce en nulle manière on ne doit cheoir en ce péchié -de désespérance ne y demourer. Car se tu chiez et fais un très grand -péchié comme d’ardre maisons et ardre les biens de saincte église par -force qui est sacrilége, tu fais pis que tous les sept péchiés mortels, -mais encores dis-je que la miséricorde de Dieu est plus grande à -pardonner. Toutesvoies, se tu te veulx confesser et faire pénitence et -à Dieu retourner, voire se tu avoies fait plus de maulx que langue ne -pourroit dire, ne cuidier, ne cuer penser, si trouveroies-tu en lui -miséricorde; et c’est la quinte branche de paresse. - -La sixiesme branche si est présumpcion: c’est quant une personne est -si oultrecuidiée et si orgueilleuse qu’elle croit que pour péchié -qu’elle eust fait, ne pourroit faire, elle ne pourroit estre dampnée; -et telles gens sont d’opinion telle qu’ils dient que Dieu ne les a -pas fais pour estre dampnés. Et ils doivent savoir que Dieu ne seroit -pas juste s’il donnoit paradis aussi bien à ceulx qui ne l’aroient -point desservi que à ceulx qui l’aroient desservi. Ce ne seroit pas -justement jugié que autant en emportast l’un que l’autre, car s’il -estoit ainsi, l’en ne feroit jamais bien, puisque autel guerdon auroit -cellui qui ne serviroit point Nostre Seigneur, comme cellui qui le -serviroit. Certes ceulx qui ainsi le croient pechent contre la bonne -justice de Dieu, contre sa bénignité et sa doulceur. Car combien qu’il -soit plain de miséricorde, si comme j’ay dit devant, si est-il juste -justicier, et chacun si est fait pour servir icelluy créateur et pour -faire sa voulenté, et ainsi peut-l’en avoir et desservir le royaume de -paradis et autrement non, car qui de son service faire est négligent et -paresseux, il peche. Et pour ce, tu qui es paresseux te dois confesser -des branches de paresse et dire ainsi. Sire, j’ay aussi erré en toutes -les branches de paresse; par ma négligence ou service de Dieu ay esté -lent, paresseux et négligent en la foy et curieusement pensé de l’aise -de ma charongne, et ce que j’ay ouy de l’Escripture je ne l’ay pas -retenu ne mis à oeuvre par ma paresse. Après, je n’ay pas rendu grâce -à Dieu, si comme je deusse, des biens espirituels et temporels qu’il -ma donnés et envoiés, et oultre je n’ay pas servi Dieu si comme je -deusse, selon les grâces et les vertus qu’il m’a données. Je n’ay pas -dit ne fait les biens que je peusse avoir dit ou fait et ay esté lent -et paresseux ou service de Nostre Seigneur et ay servi et ay esté -curieux ou service mondain, et aussi j’ay plus servi à moi et à ma char -et y ay mis plus grant entente que ou service de mon doulx créateur. -J’ay esté moult oyseux longuement, dont moult de maulx et mauvaises -pensées et cogitacions me sont venues. - -Après tu dois dire en toi confessant que quant on chantoit la messe, -ou aucune heure, ou quant tu estoies en dévocion, ou en disant tes -heures, tu estoies en vaine cogitacion et mauvaises pensées lesquelles -ne te povoient proufiter, ains te nuisoient à ton sauvement. Et pour -ce tu dois dire ainsi: Sire, et quand je apercevoie ces choses, je -ne retournoie pas à Dieu ne me rapaisoie à lui si comme je deusse. -Et oultre, Sire, quant l’en disoit et faisoit le service de Dieu je -jengloie et disoie paroles oyseuses et de telles qui n’appartenoient -pas de parler à l’église. Sire, j’ay dormi en l’église quant les autres -prioient Dieu. Sire, aucune fois je ne me suis pas confessé quant ma -conscience me remordoit et ramentevoit mon mal, et mesmement quant -j’avois lieu et espace et temps convenable je ne me disposoie pas à -ce, ains disoie en mon couraige, par ma paresse, tu le feras bien -une autre fois ou une autre sepmaine, ou une autre journée, et par -telles attentes et négligences je oublioie moult de péchiés; après -par négligence et par paresse ay-je oublié à faire mes pénitences -enjointes. Je n’ay pas monstré bon exemple à mes gens. Car par ma -très déshonneste conversacion à qui ils prenoient garde pour ce que -j’estoie leur souverain, je les mectoie en cause de péchier. Sire, et -quand j’ay ouy mes gens jurer vilainement, je ne les ay pas reprins ne -corrigiés, ains les ay escoutés et l’ay laissié passer par ma paresse. -Après, Sire, quant je venoie à confesse je ne m’estoie point par avant -advisée de mes péchiés que je devoie dire, ne n’y avoie point pensé; -ains quant je me départoie de ma confession je me trouvoie plus plaine -de péchiés que devant et de plus grans, et n’avoie point de diligence -de retourner à mon confesseur, ains passoie ainsi le temps; et tout ce -me faisoit paresse en quoy j’ay demouré et m’y suis tenu dont je me -repens; et pour ce, chier père, je vous en requier pardon et pénitence. - -Après le péchié de paresse est avarice. Avarice est soi estroitement -tenir, escharcement despendre, avec volenté désordonnée et ardeur de -acquérir les biens de ce monde à tort ou à droit, ne peut chaloir -comment, et toutesvoies la raison de la personne scet bien se l’en fait -ou bien ou mal. Certes avarice a moult d’escoliers, comme exécuteurs de -testamens qui enrichissent et retiennent les biens des mors qui telle -amour leur monstrèrent à leur fin qu’ils les esleurent comme les plus -espéciaulx pour avoir la cure du remède de leur salut, et après leur -mort ils mordent en leur char comme tirans et s’engraissent de leur -sang et de leur substance: tels gens sont escoliers d’avarice. Aussi -en sont mauvais seigneurs qui par grosses amendes tolent la substance -de leurs povres subjets; hosteliers et marchans qui vendent leurs -choses oultre le juste pris et ont faulx pois et faulses mesures; faulx -plaideurs qui par plait et par barat font dégaster aux gens simples le -leur et les tourmentent ès cours des grans seigneurs tellement et si -longuement qu’ils ont d’eulx leur désir comment qu’il soit. Avarice, -comme dit est, est née de paresse; quant une personne est paresseuse et -négligente de faire ou ouvrer ce qui est de nécessité pour son corps -soustenir et ce qui lui est proufitable et par icelle paresse il laisse -et pert à acquérir sa substance, pour refournir sa faculté[141] lui -vient convoitise de rapine et voulenté de retenir l’autruy injustement -et sans raison. Se tu es riche et puissant et tu as assez et largement -et te doubtes que ton avoir ne te doie faillir et pour ce tu ne donnes -quant il est temps et nécessité aux povres, ou quant tu ne rens ce que -tu as de l’autruy, soit par emprunt ou autrement, mauvaisement acquis, -tu peches en avarice. - -Avarice a sept branches: la première si est larrecin, la seconde -rapine, la tierce fraude, la quarte décepcion, la quinte usure, la -sixiesme hazart et la septiesme simonie. - -Larrecin est quant une personne injustement et de nuit prent aucune -chose sans le sceu et contre la voulenté de cellui à qui la chose est; -et c’est la première branche d’avarice. - -La seconde branche d’avarice si est rapine; c’est quant une personne -ravit aucune chose de l’autruy, et quant il l’a, il ne la veult rendre -ou envoier à cellui à qui elle doit estre, ains par avarice le retient -et recelle pour ce qu’elle lui plaist, et s’il l’oït demander par -aventure, si ne la veult-il enseignier, ains la recelle et la muce que -nul ne la puisse trouver. - -La tierce branche d’avarice si est fraude: c’est quant une personne, -par décepcion, par barat ou frauduleusement en l’achat ou vente d’une -chose dit mensonges à la personne de qui elle veult acheter ou vendre, -en lui faisant faulx entendre et que la chose vaille mieulx ou plus -qu’elle ne fait. - -La quarte branche d’avarice si est décepcion: c’est à dire quant une -personne monstre par dehors à aucun chose de belle apparence et le mal -n’appert mie et il le laisse et ne le dit mie et dit et afferme et jure -que la chose est bonne et vraie, et il scet bien qu’il n’est pas ainsi. -Et ainsi font faulx marchans qui mectent le plus bel et le meilleur -dessus et le pire dessoubs et jurent que tout est bon et loyal, et -ainsi est décepcion, car ils déçoivent les gens et font faulx seremens. - -La quinte branche d’avarice si est usure: c’est à dire quant une -personne preste son argent pour en avoir plus grant somme pour la -longue tenue, ou vent son blé ou son vin plus chier par ce qu’il donne -long terme, et ainsi de toutes autres marchandises desquelles je me -passe quant à présent, car c’est moult longue chose que de usure et -moult mauvaise. - -La sixiesme branche d’avarice si est le hazart: si est quant on joue -aux dés pour gaigner l’argent d’autruy et y a moult de barat, de -convoitise, d’avarice et de décepcion, si comme faulsement compter et -d’argent prester pour gaigner, comme prester douze deniers pour treize; -et en tels jeux sont fais moult de seremens et de mauvais comme de -jurer Dieu et Nostre Dame et tous les Sains de paradis, et sont fais et -dis moult de maulx: pour ce s’en doit-l’en garder. - -La septiesme branche d’avarice si est simonie: c’est à dire quant les -sacremens de sainte église sont vendus ou achetés ou les prébendes -des églises, et tels péchiés viennent de clercs et de religieux et -viennent aussi de mal païer les dismes et de pénitences mal faictes et -mal garder les commandemens de sainte église et de mal distribuer ce -qui doit estre donné pour Dieu. - -Le Déable fait six commandemens à l’avaricieux: le premier, que il -garde très bien le sien; le second, qu’il ne le preste sans acquest, -ne n’en face bien devant sa mort; le tiers, qu’il mengeusse tout seul, -ne ne face courtoisie ne aumosne; le quart, qu’il restraigne sa mesnie -de boire et de mengier; le quint, qu’il ne face miectes ne relief; le -sixiesme, qu’il entende diligemment à acquérir pour ses hoirs. - -De toutes ces choses de quoi ta conscience te juge tu t’en dois -confesser, et de tout ce dont tu te sens coulpable et qui regarde le -péchié d’avarice, et dire l’un après l’autre par l’ordonnance que -dessus, et à la fin, dois dire: Sire, chier père, de tout ce que je -vous ay dit que j’ay péchié ou péchié d’avarice, je m’en repens très -grandement et vous en requier pardon et pénitence. - -Après le péchié d’avarice vient le péchié de gloutonnie qui est -parti en deux manières: l’une est quant l’en prent des viandes trop -habondamment, et l’autre de parler gouliardeusement et oultrageusement. -Le péchié de trop boire et de trop mengier est le plaisir au Déable. -On treuve en l’Euvangille que Dieu donna povoir au Déable d’entrer ou -ventre des pourceaulx pour leur gloutonnie et le Déable y entra et les -mena en la mer et les fist noïer; ainsi entre-il ou corps des gloutons -qui mainent vie déshonneste, et les boute en la mer d’enfer. Dieu -commande à jeuner, et la gloute dit: _Je mengeray_. Dieu commande à -aler au moustier et matin lever, et la gloute dit: _Il me fault dormir; -je fus hier yvre. Le moustier n’est pas lièvre, il me attendra bien._ -Quant elle est à quelque peine levée, savez-vous quelles sont ses -heures? Ses matines sont: _Ha! de quoi burons-nous? Y a-il rien d’hier -soir?_ Après dit ses laudes ainsi: _Ha! nous beumes hier bon vin!_ -Après dit ses oroisons ainsi: _La teste me deult; je ne seray mais -aise jusques j’aye beu_. Certes telle gloutonnie met femme à honte, -car elle en devient ribaude, gouliarde et larronnesse. La taverne si -est le moustier au Déable où ses disciples vont pour le servir et où -il fait ses miracles[142]; car quant les personnes y vont, ils vont -drois et bien parlans, saiges et bien atrempés et advisés, et quant ils -reviennent ils ne se pevent soustenir et ne pevent parler: ils sont -tous fols et tous enragiés et reviennent jurant, battant et desmentant -l’un l’autre. - -L’autre partie du péchié de la bouche est folement parler en moult -de manières, dire paroles oyseuses, vantance, louenge, parjuremens, -contens, murmuracion, rébellion, blasmes. Tu ne auras jà dicte si -petite parole dont il ne te conviengne rendre compte devant Dieu. -Hélas! que tu en dis à prime[143] dont il ne te souvient à tierce. -Parlers oyseux sont comme les bates du molin qui ne se pevent taire; -les venteres et les pestrins ne parlent que de soy. - -Ce péchié de gloutonnie qui, comme dit est, est parti en deux parties, -a cinq branches. La première branche si est quant une personne mengue -avant qu’elle ne doit, c’est à dire trop matin, ou avant qu’elle ait -dit ses heures, ou avant qu’elle ait esté au moustier et qu’elle ait oy -la parole de Dieu et ses commandemens; car créature doit avoir sens et -discrécion qu’elle ne doit pas mengier avant l’eure de tierce, se ce -n’est pour cause de maladie ou de foiblesse ou pour aucune nécessité -qui à ce le contraigne. - -La seconde branche de gloutonnie si est quant une personne mengue plus -souvent qu’elle ne doit et sans nécessité. Car, si comme l’Escripture -dit: Mengier une fois le jour est vie d’ange, et mengier deux fois le -jour est vie humaine, et trois fois ou quatre ou plusieurs est vie de -beste et non pas de créature humaine. - -La tierce branche de gloutonnie si est quant une personne boit et -mengue tant le jour qu’il luy en est de pis, par quoy elle est yvre et -prent une maladie dont il lui convient aler couchier au lit et est très -griefve. - -La quarte branche de gloutonnie si est quant une personne mengue si -gloutement d’une viande qu’elle ne la mache point, ains l’engloutit -ainsi comme toute entière et plus tost qu’elle ne doit, si comme dit -l’Escripture de Esaü qui fut le premier né de tous ses frères qui se -hasta si de mengier que peu s’en failli qu’il ne se estrangla. - -La quinte branche de gloutonnie si est quant une personne quiert viande -délicieuse tant soit chière[144], et se peut bien faire à moins et -soy restraindre pour plus aidier à un povre ou à deux ou à plusieurs. -Et c’est un péchié de quoy nous trouvons en l’Euvangille du mauvais -riche qui estoit vestu de pourpre, lequel riche mengeoit chascun jour -si largement des viandes et nul bien n’en vouloit faire au povre -ladre, et de luy trouvons qu’il fut dampné pour ce qu’il vesquit trop -délicieusement et n’en donna point pour Dieu si comme il devoit. Et -de ces choses cy devant dictes tu te dois ainsi confesser: Sire, de -toutes ces choses et de moult d’autres manifestement et souventes fois -j’ay péchié et fait moult d’autres péchier et fait par ma cause faire à -autres. J’ay maintes fois beu sans soif, par quoy mon corps en estoit -péris et pis ordonné et mal disposé, et par ce j’estoie abandonnée à -parler plus largement et plus désordonnéement et faisoie les autres -péchier qui prenoient par moy et avec moy plus largement des biens -qu’ils ne faisoient se je ne feusse; de viandes aussy ay-je mengié -sans faim et sans nécessité et maintes fois que je m’en peusse bien -passer à moins, et tant en prenoie que mon corps en estoit aucunes fois -grevé et nature en estoit en moy plus endormie, plus foible et plus -lasche à bien faire et à bien ouir, et tout ce venoit par le péchié de -gloutonnie ou quel j’ay péchié comme j’ay dit, et pour ce, chier père, -je m’en repens et vous en demande pardon et pénitence. - -Après est le péchié de luxure qui est né de gloutonnie, car quant la -meschant personne a bien beu et mengié et plus qu’elle ne doit, les -membres qui sont voisins et près du ventre sont esmeus à ce péchié -et eschauffés, et puis viennent désordonnées pensées et cogitacions -mauvaises, et puis du penser vient-on au fait. Et ce péchié de luxure -si a six branches. - -La première si est quant un homme pense à une femme ou la femme à -l’homme, et la personne a en celle pensée grant plaisance et s’y -délicte grandement et y demeure longuement, et par longue demeure la -char s’esmeut à délectation; non pourtant elle ne pécheroit point -pour le premier esmouvement qui vient soudainement, se la personne -contraignoit son couraige à y obvier et remédier, mais quant la -personne n’y résiste ne contrarie si tost qu’elle devroit ou pouroit, -ne elle n’a pas en voulenté ne en pensée de tourner son couraige -autre part, ne de y résister, ains s’y délicte et demeure, elle peche -mortelment. - -La seconde branche de luxure si est quant la personne se consent à -faire le péchié, et si ne demeure pas en lui, et fait tout son povoir -et quiert le temps et heure et le lieu où elle le pourra faire, et lors -elle ne le puet faire ne accomplir, et non pourquant[145] il lui plaist -moult en son cuer. Combien que charnellement elle ne fait pas le fait, -Dieu dit, et l’Escripture: Ce que tu veulx faire et tu ne peus est -réputé pour fait. Et en autre lieu dit l’Escripture: La voulenté sera -réputée pour fait advenu, soit bien ou mal. Et ceste seconde branche -et aussi la première sont appellées _luxure de cuer_. Car il est deux -espèces de luxure: c’est assavoir, luxure de fait et luxure de cuer. Et -sont les devant dictes; et luxure de corps est quant le fait y est. - -La tierce branche de luxure si est quant une personne n’a point de -femme espousée ou femme n’a point espousé d’homme et l’un peche avec -l’autre, comme d’avoir à faire à femme qui n’est en rien liée, ne à -homme qui n’est point lié; lors est le péchié appellé fornication. - -La quarte branche de luxure si est quant une personne a femme espousée, -ou femme a homme espousé, et ils brisent leurs fois que ils doivent et -ont promis à garder l’un à l’autre et l’un et l’autre pechent, et qui -pis est, pevent faire faulx héritiers qui succéderoient; et tel péchié -est appellé avoultire. - -La quinte branche de luxure si est quant homme ou femme a affaire -charnelment à sa cousine ou qu’elle soit de son lignaige, soit loing -ou près, ou à sa mère, ou à celle qui est du lignaige de sa femme, ou -la femme a affaire à celluy du lignaige de son mary; et à femme de -religion benoite ou non, ou en vigille de festes, en temps de jeûnes -ou de festes, ou le jour que on doit garder, que homme marié ne doit -pas aler à sa propre femme ne à autre, car ce seroit moult grief péchié -lequel Dieu deffent en la loy; ou quant un homme est avec sa femme ou -avec autres contre droit et autrement que honnestement, et ainsi comme -raison l’enseigne en mariaige. Car tout homme peut moult grandement et -en moult de manières péchier avec sa femme espousée. Et, pour ce, dit -Ysaac en l’Escripture que qui est désordonnéement avec sa femme, c’est -à dire pour la convoitise de la char, ou pour son seul délit, sans -espérance de engendrer lignée, ou en lieu saint, que c’est péchié de -fornication, et pour ce estrangla le Déable les sept maris de Sarra. - -La sixiesme branche de luxure si est un péchié qui est contre -nature, comme soy corrumpre par sodomie, duquel péchié nous lisons -en l’Escripture que pour cellui péchié Dieu en print telle vengence -que cinq citez en Sodome et en Gomorre furent destruites et arses par -pluie de feu et de souffre puant, duquel péchié il n’est pas bon -tenir longues parolles pour l’orreur d’icellui péchié, car le Déable -mesmes qui pourchasse icellui péchié en a honte quant on l’a fait. Et -aussi quant une personne se corrompt par lui tout seul en veillant, -et scet bien que c’est contre nature, ou déshonnestement en faisant -atouchemens mauvais par quoy personne soit esmeue et en aucunes autres -manières qui ne sont honnestes à dire, fors en confession. Car chascun -scet bonnement et doit savoir que quant ils font tels péchiés, leurs -cuers et leurs pensées leur dient bien que c’est contre Dieu et contre -nature. Et pour ce, de toutes ces choses la créature pécheresse doit -ses péchiés humblement dire à son confesseur et demander pardon et -dire: J’ay péchié en ces péchiés et en grant jour de festes et en -vigilles et peut-estre ès vigilles de Nostre Dame, ès festes, ou en -karesme, ou en lieu saint comme au moustier, et doit dire une fois ou -deux ou plusieurs et ès quels il peche plus que ès autres. Et à la fin, -doit dire: Chier père, j’ay mespris et péchié comme j’ay dit ou péchié -de luxure, et vraiement je m’en repens: si vous en requier pardon et -pénitence. - - * * * * * - -Cy après s’ensuivent les noms et les condicions des sept vertus par -lesquelles vertus l’en se puet garder de mortelment péchier, et -premièrement: - -Humilité est contre orgueil; car ainsi comme orgueil naist de mauvais -cuer orgueilleux et despit, et fait despire, perdre et mectre à mort -le corps et l’âme, aussi humilité naist de cuer piteux et fait en ce -siècle honnourer le corps, et l’âme mectre en joie pardurable, et pour -ce est humilité comparée à la vierge Marie. Ainsi comme orgueil est -comparé à folie, en mal respondre, en forcenerie, en peu souffrir, -desloyaulté ou foiblesse de bien faire, voulenté ou pensée de mal -jugier par arrogance contre autruy et plusieurs autres mauvaises -branches que tu peus avoir oy cy dessus sur le péchié d’orgueil, ainsi -attrempance pour tout bien escouter, force de cuer de tout doulcement -souffrir, justice pour tout le plaisir de Dieu acomplir sans mal faire -à autruy, ne à ses fais, véés cy quatre pensées par quoy humilité -entre et demeure au corps d’omme et deffent que orgueil ne s’y mecte. -Premièrement, tu dois penser la vilité et l’ordure dont tu es engendré -en péchié. Secondement, comment tu fus en si grant povreté sans âme -jusques à tant que Dieu par sa grâce te resveilla. Tiercement, comment -tu fus en si grant peine nourris et comment tu mourras, ne scez -l’heure. Quartement, pense souvent quelle joye et quel bien tu auras de -bien faire et quelle peine et quel dommaige tu auras de mal faire. Car -de bien faire tu aras en ce siècle louenge et honneur, et après la mort -joie perpétuelle sans tristesse, richesse sans povreté et santé sans -langueur; pour mal faire à quoy tu mes grant peine et te couste moult à -faire, tu seras en ce siècle mesprisié, en l’autre auras tristesse et -peine périlleuse sans joie, povreté sans confort, maladie sans garison. -Pense comment tu dois d’ores à jà[146] morir, ne scez quant, ne où -l’âme ira: voy comment la nuit et le jour se gaste le temps, et garde -comment tu as ton temps oublié, dont il conviendra que de chascune -heure tu rendes compte d’ores à jà; regarde comment tu as le temps -gasté en moult de vils péchiés et de mauvais; regarde que tu n’as fait -nul bien, et se par aventure tu en as fait aucun, si l’as-tu fait en -péchié mortel et ne te prouffite ne te prouffitera néant. - -Amitié est contre le péchié d’envie: car ainsi comme le péchié envenime -et art le cuer de l’envieux, si comme tu as oy dessus, ainsi la sainte -vertu d’amitié qui est le don du Saint Esperit fait le cuer humble et -doubteux; et pour ce l’appelle-on: _don de paour_. La vertu d’amitié -est une doulceur, une rousée et un triacle[147] contre envie: car ainsi -comme envieux est tousjours triste et courroucié du bien d’autruy, -ainsi le bon cuer plain d’amitié est tousjours lié des biens de son -proïsme[148] et est courroucié et a compassion de ses adversaires. -La vertu d’amitié oste toute envie de cuer et fait l’omme content de -ce qu’il a. Jamais tu n’auroies envie du bien de ton bon amy se tu -l’amoies bien. La vertu d’amitié si se monstre en sept manières ainsi -comme on congnoist l’amour des membres du corps en sept manières. -Premièrement, l’un des membres contregarde l’autre qu’il ne luy -mefface: ce commandement est escript que tu ne faces à autruy ce que -tu ne vouldroies qu’il te feist. Après, l’un membre souffre l’autre -doulcement, car se l’une des mains fait mal à l’autre, elle ne se -revenchera pas: à ce appert la grant amour et débonnaireté que les -membres du corps ont l’un vers l’autre, car ils ne se courroucent de -riens que l’un face à l’autre, ne ils ne tiennent pas ne ont envie de -riens que l’autre ait ou face; l’un secourt et aide à l’autre à son -besoin sans requerre. Tous les membres aident à leur souverain, c’est -assavoir au cuer: c’est parfaicte amitié sans envie, c’est droite -obéissance et charité. Dont tu dois avoir telle pure amitié à ton -proïsme qui est ton membre, car nous sommes tous membres de Dieu, et -il est le corps. Dieu en l’Euvangille donne aux povres le ciel, et aux -amiables et débonnaires la terre: or regarde dont où seront les envieux -et les félons, fors ou tourment d’enfer? - -Débonnaireté est contre ire. La saincte vertu débonnaireté ou -attrempance veult tousjours paix, équité et justice, sans faire tort à -aucun, sans nullui courroucier, ne avoir haine à aucun, ne nullui ne -het ne desprise. Ainsi comme ire est le feu qui gaste tous les biens -de la maison du cuer félon, ainsi débonnaireté est le précieux triacle -qui met partout paix et veult équité et justice. Equité a huit degrés -moult bons à compter par quoy le preudomme paisible voit les las et -les engins du Déable qui nous voit et nous ne le véons pas et nous -espreuve griefment en plus de mille manières. Le Déable est philosophe, -il scet l’estat et la manière d’omme et sa complexion et en quel vice -il est plus enclin ou par nature ou par accoustumance, et d’icelle -partie il l’assault plus fort; le colérique de ire et de discorde, -le sanguin de joliveté et de luxure, le fleumatique de gloutonnie et -de paresse, le mélencolieux d’envie et de tristesse. Pour ce se doit -chascun défendre de ceste part où il scet que son chasteau est plus -foible, pour soy combattre contre cellui vice que il voit dont il est -plus assailli. Le débonnaire mect partout paix. Paix vaint toute malice -et toute ire. Sans paix nul ne peut avoir victoire. Saint Pol dit que -avec paix toutes autres vertus courent, mais paix court le mieulx, -car elle gaigne l’espée. Toutes vertus se combattent, mais paix a la -victoire, l’onneur et la couronne: toutes servent, mais ceste emporte -le loyer. Justice est l’armeure de paix qui toutes les vaint, comme -dit est. Jasoit-ce que le chevalier soit armé de paix et justice, si -lui convient-il repentence de cuer, vraie confession de bouche et -amende souffisant, et se l’une de ces trois choses y fault, l’armeure -est faulsée et cellui qui la porte est vaincu et desconfit, et pert le -loyer de paradis. - -Prouesse qui vault autant comme diligence est une sainte vertu contre -le péchié de accide[149] et de paresse: car ainsi comme le bourgois -veille pour acquérir richesses à lui et à ses enfans, le chevalier et -le noble veille pour acquerre pris et los ou monde; chascun selon son -estat en ce siècle veille pour les choses mondaines acquerre. Hélas! -qu’il y en a peu qui veillent pour acquerre les biens espirituels! -Les bons sans vaine gloire à qui le monde ennuie et qui veillent pour -venir devant Dieu sont sages de despire le monde pour les périls et -pour les peines dont il est plain: c’est une forest plaine de lyons, -une montaigne plaine de serpens et de ours, une bataille plaine -d’ennemis traistres, une valée ténébreuse plaine de pleurs, et n’y a -riens estable; nul n’y a paix de cuer ne de conscience, se il veult -croire le monde et amer. Les bons à qui le monde ennuie tendent droit -leur cuer à Dieu où ils pensent à venir et desprisent tous les biens -du monde; mais c’est si grant chose que peu y a de ceulx qui facent -ceste entreprinse[150].... de la persévérance. De ceste vertu, dit -Jhésu-Crist, toutes les autres vertus se combatent: ceste a gaigné la -victoire; toutes labeurent: mais ceste emporte le loyer au vespre. - -Miséricorde ou charité est contre avarice, car miséricorde est ainsi -comme de avoir dueil et compassion du mal, de la nécessité ou de la -povreté d’autruy, et de lui aidier, conseillier et conforter à son -povoir. Ainsi comme le Déable fait ses commandemens à l’aver[151] tels -comme tu as oy, ainsi le Saint Esperit fait à celui qui a miséricorde -ou charité en lui ses commandemens qu’il desprise les biens temporels, -qu’il en face aumosnes, qu’il en veste les nus, qu’il en donne à boire -à ceulx qui ont soif, à mengier à ceulx qui ont faim, qu’il visite les -malades. Ainsi comme l’aver est fils du Déable et lui ressemble, ainsi -le charitable ressemble à Dieu son père. Ainsi comme avarice pense de -nuit et de jour à acquester et amasser à tort et à droit, ainsi charité -et miséricorde pensent à accomplir les sept œuvres de miséricorde. -Hélas! qu’il y fait bon penser et les accomplir de fait, ou de voulenté -et compassion qui faire ne le peut de fait! Car nostre grant juge les -nous reprouchera en ses grans jours, et c’est chose qui moult nous doit -mouvoir à charité que la paour de la sentence du jour du jugement où -Dieu dira aux avers: Alez-vous-en avec le Déable vostre père! et aux -charitables: Mes fils, demourez avec moy. Hélas! quant il les partira -de sa compaignie com grant douleur[152]! - -Miséricorde a sept branches: la première est donner à boire et à -mengier aux povres; la seconde est de vestir les nus; la tierce est -prester aux povres quant ils en ont besoing et leur pardonner la debte; -la quarte visiter les malades; la quinte, hébergier les povres; la -sixiesme, visiter ceux qui sont en chartre de maladie; et la septiesme -ensevelir les mors. Et toutes ces choses devez-vous faire en charité -et compassion, pour l’amour de Dieu seulement et sans vaine gloire. -Vous devez faire aumosne de vostre loyal acquest liement, hastivement, -secrètement, dévotement et humblement sans despire les povres en -pensée ne en fait. Cellui fait bien qui leur donne tost quant ils lui -demandent, mais encore fait-il mieulx qui leur donne sans demander. - -Sobriété est contre gloutonnie: car ainsi comme la sainte vertu de -sobriété est droite mesure contre le péchié mortel de gloutonnie, -ainsi c’est la vertu que le don de sapience donne et plante au cuer -du glouton contre oultrage. Sobriété est un arbre moult précieux, car -il garde la vie du corps et de l’âme; car par trop boire et par trop -mengier meurt-on, et par trop mal parler deult la teste et fait-on -tuer corps et âme. Par sobriété vit le corps en ce siècle longuement -en paix, et en a l’âme la vie pardurable. Ceste vertu doit-on garder -sur toutes les autres pour les biens qu’elle fait. Premièrement, -sobriété garde raison, entendement et sens, et l’omme sans sens est -beste. Cellui qui est yvre et si rempli de vin qu’il en pert raison -et entendement il cuide boire le vin et le vin le boit. Le second est -que sobriété délivre homme glouton du servaige du ventre à qui il est -serf. Saint Pol dit que moult s’avile qui pert sa franchise pour estre -serf à un seigneur, mais plus s’avile cellui qui se fait serf à son -ventre dont il ne peut yssir que ordure. Sobriété garde l’omme en sa -seignourie, car l’esperit et le sens doivent estre seigneurs du corps -et le corps doit pourveoir à l’esperit. Le glouton par son yvresse et -gloutonnie pert le sens et l’esperit, si qu’il ne scet gouverner le -corps. Le tiers est qu’elle garde bien la porte du chastel afin que -le Déable par péchié mortel n’entre ou corps de l’homme; la bouche -est la porte par où le Déable entre ou chastel pour soy combatre aux -bonnes vertus et y entre par les faulx traistres seigneurs Gloutonnie -et Male-langue qui laissent la porte de la bouche ouverte au Déable. -Ceste vertu a la seigneurie du corps, car par sobriété on maistrie le -corps si comme le cheval par le frain. Sobriété a la première bataille -de l’ost et garde les autres vertus. Le Déable tempte l’omme par la -bouche, si comme il fist Nostre Seigneur quant il lui dist qu’il feist -de pierre pain et Adam quant il lui fist mengier le fruit. Entre les -autres créatures l’omme a la bouche plus petite selon le corps; homme -a les autres membres doubles: deux oreilles et deux narines et deux -yeulx, mais il n’a que une bouche, et ce nous monstre que l’omme doit -sobrement mengier et boire et sobrement parler. Sobriété n’est autre -chose que droite mesure qui est moyenne entre trop et peu; sur toutes -choses doit avoir l’omme mesure en son cuer, et en son sens qui est -ainsi comme l’oisel qui se justice par les yeulx de sobriété[153], il -s’envole et chiet souventesfois ès las de l’oiseleur: c’est du Déable -qui souvent chasse à prendre tel oisel. - -Chasteté est contre luxure, et est sainte vertu de chasteté, c’est -assavoir la conscience toute pure de mauvais pensemens, les membres -purs de tous atouchemens. Et ainsi que les créatures plaines du vil -péchié de luxure ont la conscience plaine et trouble de mauvais -pensemens, le corps et les membres ors et vils de mauvais atouchemens -et sont à Dieu lais et obscurs comme déables, ainsi les chastes ont -le cuer et la conscience clers, nets et luisans et ont clarté et -lumière de Dieu. A chastes convient, comme tu as oy, necte conscience -avoir; à avoir necte conscience convient trois choses: la première -est voulentiers oïr parler de Dieu; la seconde lui bien et souvent -confesser; la tierce avoir remembrance de la passion Jhésu-Crist et -remembrer pour quoy il mourut, et que tu mourras, que jà n’en seras -délivre; et c’est le premier degré de chasteté. Le second degré de -chasteté est que on se garde de vilainement parler, car vilaines -paroles courroussent les bonnes meurs. Le tiers degré est de bien -garder les cinq sens corporels: les yeulx de folement regarder, les -oreilles de folement escouter, les narines de soy en souefves choses -trop délicter et odourer, les mains de folement touchier, les piez de -aler en mauvais lieux; ce sont les cinq portes et les cinq fenestres -par où le Déable vient rober la chasteté du chastel de l’âme et du -chétif corps. Le quart degré est jeuner et avoir tousjours remembrance -de la mort qui te puet soudainement happer et prendre d’ores à jà, se -tu ne t’en gardes. Le quint degré est fuir mauvaise compaignie, comme -fist Joseph qui s’enfouist quant la dame le voult faire péchier. Le -sixiesme degré est d’estre embesognié de bonnes oeuvres; car quant -le Déable treuve la personne oyseuse, il la mort voulentiers en ses -besoignes. Le septiesme degré est de vraye oroison; à oroison sont -nécessaires trois choses: bonne foy, espérance d’avoir ce que on -requiert, dévocion de cuer sans penser ailleurs. Oroison sans dévocion -est messaigier sans lettres. Dieu regarde en prière cuer humble et -dévost et n’a cure de paremens, ne de haulte manière, comme font ces -foles hardies qui vont baudement, le col estendu comme cerf en lande -et regardent de travers comme cheval desréé[154]. - -Et atant, chère seur, vous souffise de cette matière, car le sens -naturel que Dieu vous a donné, la voulenté que vous avez d’estre dévote -et bonne vers Dieu et l’église, les prédications et sermons que vous -orrez en vostre parroisse et ailleurs, la Bible, la Légende dorée[155], -l’Apocalipse, la Vie des Pères[156] et autres plusieurs bons livres en -françois que j’ay dont vous estes maistresse pour en prendre à vostre -plaisir, vous donra et attraira parfondément le remenant au bon plaisir -de Dieu qui à ce vous vueille conduire et entalenter[157]. - - - - -LE QUART ARTICLE. - - -Le quart article de la première distincion dit que vous devez garder -continence et vivre chastement. - -Je suis certain que si ferez-vous, je n’en suis mie en doubte, mais -pour ce que je sçay que après vous et moy ce livre cherra ès mains de -nos enfans ou autres nos amis, je y mects voulentiers tout ce que je -sçay, et dy que aussi devez-vous endoctriner vos amies et par espécial -vos filles, et leur dictes, belle seur, pour tout certain que tous -biens sont reculés en fille ou femme en laquelle virginité, continence -et chasteté défaillent; ne richesse, ne beauté, ne sens, ne hault -lignaige, ne nul autre bien ne peut jamais effacer la renommée du vice -contraire, se en femme espécialment il est une seule fois commis, -voire seulement souspeçonné, et pour ce maintes preudes femmes se sont -gardées non mie seulement du fait, mais du souspeçon, espécialment -pour acquérir le nom de virginité: pour lequel nom les saintes -escriptures de monseigneur saint Augustin et de monseigneur saint -Grégoire et moult d’autres dient et tesmoingnent que les preudes femmes -qui ont esté sont et seront, de quelque estat qu’elles soient ou aient -esté, pevent estre dictes et appellées vierges. Et monseigneur saint -Pol le conferme en l’onziesme chappitre de ses épistres qu’il fait -secondement à ceulx de Corinte où il dit ainsi: _Despondi enim vos_, -etc. Je vueil, dit-il, que vous sachiez que une femme qui est espousée -à un homme, puis qu’elle vive chastement sans penser à avoir affaire -à autre homme, peut estre dicte vierge et présentée à Notre Seigneur -Jhésu-Crist. De chascune bonne preude femme Jhésu-Crist ou treiziesme -chappitre de l’euvangille de saint Mathieu en une parabole dit ainsi: -_Simile est regnum cœlorum thesauro abscondito in agro_, etc. Le règne -du ciel, dit-il, est semblable au trésor qui est repos dedans un champ -de terre, lequel trésor quant aucun homme qui laboure en fouyant le -descuevre, il le remuce; de la grant joye qu’il en a, il s’en va et -vent tout quanque il a et achète le champ. En ce chappitre mesmes dit -Nostre Seigneur ceste parabole: Le royaulme des cieulx est semblable -à l’omme marchant qui quiert bonnes pierres précieuses, et quant il -en a trouvé une bonne et précieuse, il va et vent tout quanque il a -et l’achète. Par le trésor trouvé ou champ de terre et par la pierre -précieuse nous povons entendre chascune bonne preude femme; car en -quelque estat qu’elle soit, pucelle, mariée ou vefve, elle peut estre -comparée au trésor et à la pierre précieuse; car elle est si bonne, si -pure, si necte qu’elle plaist à Dieu et l’aime comme sainte vierge en -quelque estat qu’elle soit, mariée, vefve ou pucelle. Et pour certain, -homme en quelque estat qu’il soit, noble ou non noble, ne peut avoir -meilleur trésor que de preude femme et saige. Et ce puet-on bien savoir -et prouver qui veult regarder aux fais et aux bonnes meurs et aux -bonnes oeuvres des glorieuses dames qui furent du temps de la vieille -loy, si comme Sarre, Rébecque, Lye et Rachel qui furent moulliers aux -sains patriarches Abraham, Ysaac et Jacob qui est appelé Ysraël, qui -toutes furent chastes et vesquirent chastement et virginalement. - -Item, à ce propos nous trouvons escript ou treiziesme chappitre ou -livre fait de Daniel que après la transmigracion de Babilonne, c’est -à dire après ce que Jéchonias[158] le roi de Jhérusalem et le peuple -de Ysraël furent menés en prison et chétiveté[159] en Babilonne, et -que la cité de Jhérusalem fut destruite par le roy Nabugodonosor, il -ot en Babilonne un Juif preudomme et riche lequel fut nommé Joachin, -et Joachin prist une femme fille d’un autre Juif lequel ot nom -Belchias[160], et la pucelle Susanne, laquelle estoit très belle et -crémant Dieu; car son père et sa mère qui estoient justes et bonnes -gens l’avoient moult bien aprise et endoctrinée en chasteté selon la -loy Moyse. Ce Joachin, mary de Susanne, estoit moult riche et avoit un -moult bel jardin plain d’arbres portant fruis. Là venoient communément -esbatre les Juifs pour ce que le lieu estoit plus honnourable de tous -les autres; Susanne mesmes aloit souvent esbatre en ce jardin. Or -advint que deux anciens prestres d’icelle loy furent du peuple establis -juges pour un an, lesquels juges virent Susanne très belle et tant -qu’ils furent espris et alumés de fole amour. Si parlèrent ensemble -et regardèrent comment ils la pourroient décevoir, et se accordèrent -qu’ils la guetteroient ou jardin dessusdit et parleroient à elle se ils -la trouvoient seule. - -Un jour advint que après l’eure de midy ils se mussèrent en un anglet -de ce jardin: Susanne vint ou dit jardin pour soy laver, selon ce -que leur loy l’ordonnoit, et mena avecques soy deux de ses pucelles -lesquelles elle renvoya en sa maison pour lui rapporter oeille[161] et -oingnemens pour soy enoindre. Et quant les deux vieillars la virent -seule, ils coururent à elle et lui dirent: Coyement[162] seufre ce -que nous voulons faire de toy, et se tu ne le fais, nous porterons -tesmoingnage encontre toy et dirons que nous t’avons trouvée en -advoultaire. Et quant Susanne vit et sceut la mauvaistié des juges, -elle proposa en soy mesmes et dist en ceste manière: _Angustie michi -sunt undique_, etc., Dieux! dit-elle, angoisses sont à moy de toutes -pars, car se je fais ceste chose, morte suis comme à Dieu, et se je ne -le fay, je ne pourray eschapper de leurs mains que je ne soie tormentée -et lapidée; mais mieulx me vault sans meffaire cheoir en leur dangier -que faire péchié devant Dieu. Lors elle cria à haulte voix: les deux -vieillars crièrent aussi, tellement que les serviteurs de la maison y -acoururent, et les juges dirent qu’ils l’avoient trouvée en présent -meffait avec un jouvencel lequel estoit fort et viguereux; si leur -eschappa et ne sceurent ne ne peurent congnoistre qui il estoit. De ce -furent les sergens[163] merveilleusement vergongneux et esbahis, car -oncques mais ils n’avoient oy dite telle parole de leur dame, ne veu -mal en elle; toutesfois elle fut emprisonnée. - -Et l’endemain que les juges furent assis en jugement, tout le peuple -devant eulx assemblé pour veoir la merveille, Susanne fut amenée en -jugement; ses parens et amis la regardoient, moult tendrement plourans. -Susanne avoit son chief couvert, de honte et de vergongne qu’elle -avoit. Les juges lui firent descouvrir son viaire[164] par grant honte -et despit. Adonc elle plourant leva ses yeulx au ciel, car elle avoit -fiance en nostre Seigneur et ou bien de son ignorance. Adonc les deux -prestres racontèrent devant le peuple comment eulx alans esbatans -dedans le jardin avoient veu Susanne entrer en icellui, avec elle deux -de ses pucelles lesquelles elle renvoya et serra l’uis après elles; et -disoient que lors estoit venu un jeune homme lequel ils avoient veu -charnellement habiter à elle, et pour ce ils estoient là courus, et -le jeune homme s’en estoit fouy par l’uis, et n’avoient peu arrester -ne prendre fors icelle Susanne qui n’avoit icellui jeune homme voulu -nommer; et de ce meffait nous deux sommes tesmoings, et pour ce meffait -nous la jugeons à mort. Susanne adonc s’escria et dist en ceste -manière: Dieu pardurable, tu es congnoissant des choses répostes[165] -et scez toutes choses ains qu’elles soient faictes, et scez bien que -contre moy ils portent faulx tesmoingnaige; souviengne-t’en et aies -mercy de moy! - -Après ce on la mena à son torment, et en passant par une rue, nostre -Seigneur évertua l’esperit d’un jeune et petit enfant appelé Daniel -lequel commença à crier à haulte voix: O peuple d’Israel, ceste femme -est jugée faulcement, retournez au jugement, retournez, car les -jugemens sont faulx! Adonc le peuple s’escria et firent retourner -Susanne au lieu où le jugement avoit esté donné et amenèrent les -jugeurs et l’enfant appelé Daniel lequel dist tels mots: Séparez moy -ces jugeurs et les menez l’un çà, l’autre là. Quant ce fut fait, il -vint à l’un et lui demanda soubs quel arbre ce avoit esté fait et qu’il -avoit vu l’omme et Susanne faisans leur péchié; et icellui jugeur -respondi: soubs un chesne[166]. Après, icellui Daniel vint à l’autre -jugeur et lui demanda soubs quel arbre il avoit veu Susanne soubs le -jeune homme; et il respondi: soubs un arbre appelé _Lentiscus_[167]. -Lentiscus est un arbre qui rent huille et la racine est une espice -appellée _macis_. Ainsi fut attainte leur mençonge, et fut Susanne -délivrée, comme pure et necte, sans tache de mauvais atouchemens. Et -est bien prouvé qu’elle estoit bien remplie de la vertu de chasteté -quant elle dist ceste parole aux faulx jugeurs: J’aime mieulx cheoir en -vos mains comme ès mains de mes ennemis, et mourir sans faire péchié -que faire péchié devant Dieu nostre Seigneur. O femme pleine de foy -et de grant loyaulté qui crémoit tant Dieu et le péchié de mariage -enfraindre qu’elle voulloit mieulx mourir que son corps vilainement -atoucher! Et certes il est tout certain que les Juifs et les Juifves -qui sont à présent en ce royaume ont si abbominable ce péchié, et est -telle leur loy, que se une femme estoit trouvée en adultère, elle -seroit lapidée et tourmentée de pierres jusques à la mort selon leur -loy. Mesmes les mauvais tiennent cette loy, et nous la devons bien -tenir, car c’est bonne loy[168]. - -Autre exemple y a, si comme met Cerxès[169] le philosophe en son livre -nommé des _Eschez_, ou chappitre _de la Royne_, et dit que la Royne -doit sur toutes choses sa chasteté garder et endoctriner à ses filles, -car, dist-il, nous lisons de moult de filles qui pour leur virginité -ou pucellaige garder ont esté roynes. Pol istoriographe des Lombars -raconte que en Ytalie avoit une duchesse qui avoit nom Raymonde, et -avoit un fils et deux filles. Advint que le roy de Hongrie appelé -Cantamus eut débat à icelle Raymonde et vint devant une sienne ville -et y mist le siége. Elle et ses enfans estoient dedens le chastel, et -si regarda une fois ses ennemis qui faisoient une escarmouche contre -les gens de sa ville qui fort se deffendoient, et entre les ennemis -vit un chevalier qui estoit forment bel. Elle fu tant embrasée de -s’amour qu’elle lui manda que secrètement et parmy son chastel elle luy -rendroit sa ville, se il la vouloit prendre à femme. Et le chevalier -dist oyl[170], et après ce, elle luy ouvri les portes du chastel, et -il et ses gens y entrèrent. Quant ils furent au chastel, ses gens -entrèrent par là en la ville et prindrent hommes et femmes et tout ce -qu’ils peurent; et les fils d’elle orent si grant honte et douleur de -sa traïson qu’ils la laissèrent et s’en alèrent, et depuis furent si -bons que l’un d’iceulx enfans qui avoit nom Grimault, c’est assavoir le -plus petit, fut duc des Bienventens[171] et depuis roy de Lombardie. Et -les filles qui ne sceurent fouir doubtèrent estre violées des Hongres; -si tuèrent pigons et les mussèrent dessoubs leurs mamelles, si que -par l’eschauffement de leurs mamelles la char des pigons puoit, et -quant les Hongres les vouldrent approuchier, si sentirent la puantise, -et s’en refroidirent et desmeurent[172] et les laissèrent tantost, -et disoient l’un à l’autre: Fy que ces Lombardes puent! Et à la fin -icelles filles s’enfouirent par mer pour garder leur virginité, et -toutesvoies, pour ce bien et leurs autres vertus, l’une fut depuis -royne de France et l’autre fut royne d’Alemaigne. Icellui chevalier -print icelle duchesse et jeut avec elle une nuit pour son serement -saulver et l’endemain la fist à tous les Hongres commune. Le jour après -lui fist ficher un pel dès parmy la nature au long du corps jusques -à la gorge, disant: Tel mary doit avoir telle lécheresse qui par sa -luxure a trahy sa cité et ses gens baillés et mis ès mains de leurs -ennemis. Et aussi ces paroles fist-il escripre en plusieurs lieux -parmy sa robe, et toute morte la fist attacher et lier aux barrières de -dehors et devant la porte de sa cité afin que chascun la veist, et la -laissa[173]. - -Encores met-il[174] là un autre exemple de garder son mariage et sa -chasteté, et dit que saint Augustin ou livre de la _Cité de Dieu_ dit -(et aussi l’ay-je veu en Titus Livius) que à Romme estoit une dame -moult bonne et de grant et vertueux couraige appellée Lucresse qui -estoit femme d’un Rommain appellé Collatin qui convoya et semmoni[175] -une fois à disner avec lui l’empereur Tarquin l’orguilleux et Sexte -son fils; lesquels y disnèrent et furent festiés et après disner se -esbatirent, et Sexte advisa la contenance de toutes les dames qui là -estoient; et entre toutes et pardessus toutes les autres, la manière -Lucresse lui pleut et sa beauté. Par aucune espace de temps après, les -gens d’un chastel qui estoit à quatre lieues d’illec, emprès Romme, -firent rébellion contre l’empereur qui ala mettre le siége devant, -et avec lui fut et ala Sexte son fils avec lequel estoient et de sa -compaignie furent plusieurs des jeunes hommes de Romme, entre lesquels -estoit Collatin le mary Lucresse. Long temps furent illec les Rommains -à siège, et un jour qu’il faisoit bel et seryn, estoient assemblés -après disner à boire ensemble Sexte le fils l’empereur et plusieurs -d’iceulx jeunes hommes romains entre lesquels estoit Collatin, et -prindrent complot ensemble de soupper tantost, et après alèrent -hastivement à Romme en l’hostel de chascun d’iceulx jeunes hommes -veoir la manière et contenance de chascune de leurs femmes et leur -gouvernement, par tel[176] que cellui duquel sa femme seroit trouvée -en meilleur convine[177] auroit l’honneur de logier Sexte le fils -l’empereur en son hostel. Ainsi fu accordé, et vindrent à Romme et -trouvèrent les unes devisans[178], les autres jouans au _bric_, les -autres à _qui féry?_ les autres à _pince-merille_, les autres jouans -aux _cartes_ et aux autres jeux d’esbatemens avecques leurs voisines; -les autres qui avoient souppé ensemble, disoient des chançons, des -fables, des contes, des jeux-partis; les autres estoient en la rue -avecques leurs voisines jouans au _tiers_ et au _bric_, et ainsi -semblablement de plusieurs jeux, excepté Lucresse qui dedens et ou plus -parfont de son hostel, en une grant chambre loing de la rue, avoit -ouvriers de laine, et là, toute seule, assise loingnet[179] de ses -ouvriers et à part, tenoit son livre dévotement et à basse chière[180] -disoit ses heures moult humblement; et fut trouvé que lors, ne -autresfois que son mary Collatin estoit hors, et en quelque compaignie -ou feste qu’elle feust, il n’estoit nul ne nulle qui la feist dancer -ne chanter, se ce n’estoit seulement le jour qu’elle avoit lettres de -luy ou qu’il retournast la veoir; et lors chantoit et dançoit avec les -autres, se feste y avoit. Et pour ce Collatin eust l’honneur de la -venue et loga en son hostel Sexte le fils l’empereur lequel fut servi -de tous les autres et de leurs femmes et apparentés, et l’endemain -bien matin fut des dames esveillié, vestu, et oy messe, et le veirent -monter et mettre à chemin. Et à ce voyage fut Sexte moult fort espris -de l’amour de Lucresse et tellement qu’il pensa qu’il revenroit devers -elle acompaignié d’autres gens que des amis d’elle ou de son mary. -Ainsi fut fait et vint au soir en l’hostel Lucresse laquelle le receut -moult honnourablement, et quant le temps vint d’aler couchier, l’en -ordonna le lit à Sexte comme à fils d’empereur, et ce mauvais fils -d’empereur espia où Lucresse gisoit, et après ce que tous léans furent -couchiés et endormis, Sexte vint à elle, l’une main mise à la poitrine -et l’autre à l’espée, et lui dist: Lucresse, tais toy! Je suis Sexte le -fils à l’empereur Tarquin, se tu dis mot tu es morte! Et de paour elle -s’escria, dont la commença Sexte à prier. Rien n’y vault. Et après ce, -à luy offrir et promettre dons et services. Riens n’y vault. Et puis, à -menacier qu’elle se voulsist à luy accorder ou qu’il destruiroit elle -et sa lignée. Rien n’y vault. Quant il vit que tout ce rien n’y valoit, -si lui dist ainsi: Lucresse, se tu ne fais ma voulenté, je te tueray et -si tueray aussi un de tes varlès, et puis diray que je vous aray tous -deux trouvés couchiés ensemble et pour vostre ribauldie vous ay tués. -Et celle qui doubta plus la honte du monde que la mort, si se consenti -se jouer. - -Et tantost après que Sexte s’en fu alé, la dame manda par lettres son -mari qui estoit en l’ost, et aussi manda son père, ses frères et tous -ses amis et un homme qui avoit nom Brut et nepveu Collatin son mary. Et -quant ils furent venus, elle leur dist moult espouventablement: Sexte -le fils à l’empereur entra hier comme hoste en cest hostel, mais il ne -s’en est pas départi comme hoste, mais comme ennemy de toy, Collatin! -et saiches qu’il a ton lit deshonnouré. Toutesvoies se mon corps est -deshonnouré, se n’est pas le cuer, et pour tant me absols-je du péchié, -mais non pas de la peine. Adonc Collatin son mary vit qu’elle estoit -toute pâle et descoulorée et sa face blanche et toute esplourée, car -la trasse des larmes estoit apparant en son viaire des yeulx jusques -aux baulièvres, et avoit les yeulx gros et enflés, les paupières mortes -et perses[181] et dedans vermaulx par le décourement des larmes, -et regardoit et parloit effroyeusement. Si commença à la conforter -moult doulcement et à luy pardonner, et lui monstra moult de belles -raisons, que le corps n’avoit pas péchié puisque le cuer n’y avoit -donné consentement ne pris délit, et se prist à alléguer exemples et -auctorités. Tout ce ne luy pleut; elle luy rompi sa parole en disant -moult asprement: Ho! ho, nennil, nennil! c’est trop tart, tout ce ne -vault riens, car je ne suis jamais digne de vivre; et celluy qui m’a ce -fait, l’a fait à sa grant male meschéance se vous valez riens, et pour -ce que nulle ribauldie ne règne à l’exemple de Lucresse, qui vouldra -prendre exemple au péchié et au forfait, si prengne aussi exemple à -l’amende. Et tantost d’une espée qu’elle tenoit soubs sa robe se féri -parmy le corps et morut devant eulx tous. - -Adonc Brut le conseiller et Collatin le mary d’icelle Lucresse et tous -ses amis plourans et dolens prindrent celle espée qui estoit sanglante, -et sur le sang jurèrent par le sang Lucresse que jamais ne fineroient -jusques à tant qu’ils auroient Tarquin et son fils destruit, et le -poursuivroient à feu et à sang, et toute sa lignée bouteroient hors, -si que jamais nul n’en vendra à dignité. Et tout ce fut tantost fait, -car ils la portèrent emmy la ville de Romme et esmeurent tellement le -peuple que chascun jura la destruction de l’empereur Tarquin et de son -fils, et à feu et à sang. Et adonc fermèrent les portes afin que nul -n’issist pour aler adviser l’empereur de leur emprise, et s’armèrent -et yssirent dehors alant vers l’ost de l’empereur comme tous forcenés. -Et quant ils approchèrent de l’empereur, et il ouy le bruit et tumulte -et vit les gens pouldrés[182], et fumées des chevaulx, avec ce que -l’en luy dit, il et son fils s’enfouirent en désers, chétifs et -desconfortés. Sur quoy le Rommant de la Rose dit ainsi: - - N’onc puis Rommains, pour ce desroy, - Ne vouldrent faire à Romme roy. - -Ainsi avez-vous deux exemples, l’un de garder honnestement son -vefvaige, ou sa virginité ou pucellaige; l’autre de garder son mariaige -ou chasteté. Et sachiez que richesse, beaulté de corps et de viaire, -lignaige et toutes les autres vertus sont péries et anichillées -en femme qui a tache ou souspeçon contre l’une d’icelles vertus. -Certes en ce cas tout est péri et effacié, tout est cheu sans jamais -relever, puis que une seule fois femme est souspeçonnée ou renommée -au contraire; et encores, supposé que la renommée soit à tort, si -ne peut jamais[183] icelle renommée estre effaciée. Or véez en quel -péril perpétuel une femme met son honneur et l’honneur du lignaige de -son mary et de ses enfans quant elle n’eschieve[184] le parler de tel -blasme, ce qui est légier à faire. Et est à noter sur ce, si comme -j’ay oy dire, que puis que les Roynes de France sont mariées, elles ne -lisent jamais seules lettres closes, se elles ne sont escriptes de la -propre main de leur mary, si comme l’en dit, et celles lisent-elles -toutes seules, et aux autres elles appellent compaignie et les font -lire par autres devant elles, et dient souvent qu’elles ne sçevent mie -bien lire autre lettre ou escripture que de leur mary; et leur vient de -bonne doctrine et de très grant bien, pour oster seulement les paroles -et le souspeçon, car du fait n’est-il point de doubte[185]. Et puisque -si haultes dames et si honnourées le font, les petites qui ont aussi -grant besoing de l’amour de leurs maris et de bonne renommée le doivent -bien faire. - -Si vous conseille que les lettres amoureuses et secrètes de vostre -mary, vous recevez en grant joye et révérence, et secrètement toute -seule les lisez tout à part-vous, et toute seule lui rescripvez -de vostre main se vous savez, ou par la main d’autre bien secrète -personne; et lui rescripvez bonnes paroles amoureuses et vos joyes et -esbatemens, et nulles autres lettres ne recevez, ne ne lisez, ne ne -rescripvez à autre personne, fors par estrange main et devant chascun, -et en publique les faictes lire. - -Item dit-l’en aussi que les Roynes depuis qu’elles sont mariées, jamais -elles ne baiseront homme, ne père, ne frère, ne parent, fors que le -Roy, tant comme il vivra; pour quoi elles s’en abstiennent, ne se c’est -vray, je ne sçay. Ces choses, chère seur, souffisent assez à vous -bailler pour cest article; et vous sont baillées plus pour raconte que -pour doctrine. Il ne vous convient jà endoctriner sur ce cas, car Dieu -mercy de ce péril et souspeçon estes-vous bien gardée et serez. - - - - -LE QUINT ARTICLE. - - -Le quint article de la première distinction dit que vous devez estre -très amoureuse et très privée de vostre mary par dessus toutes autres -créatures vivans, moiennement amoureuse et privée de vos bons et -prochains parens charnels et parens de vostre mary, très estrangement -privée de tous autres hommes, et du tout en tout estrange des -oultrecuidés et oyseux jeunes hommes et qui sont de trop grant despence -selon leur revenue, et qui, sans terre ou grans lignaiges, deviennent -danceurs; et aussi des gens de court, de trop grans seigneurs, et en -oultre de ceulx et celles qui sont renommés et renommées d’estre de vie -jolie, amoureuse ou dissolue. - -A ce que j’ay dit très amoureuse de vostre mary, il est bien voir que -tout homme doit amer et chérir sa femme et que toute femme doit amer et -servir son homme, car il est son commencement et je le preuve. Car il -est trouvé ou deuxiesme chappitre du premier livre de la Bible que l’en -appelle Genesy, que quant Dieu eust créé ciel et terre, mer et air, -et toutes les choses et créatures à leur aournement et perfection, il -admena à Adam toutes les créatures qui eurent vie et il nomma chascune -ainsi qu’il luy pleut et qu’elles sont encores appellées. Mais il n’y -ot créature semblable à Adam, ne convenable pour lui faire aide et -compaignie. Et pour ce dist Dieu adonc: _Non est bonum hominem esse -solum; faciamus ei adjutorium simile ei_. Bonne chose, dist Dieu, n’est -pas que l’omme soit seul; faisons-lui aide qui lui soit semblable. -Donc meist Dieu sommeil en Adam, et adonc osta une des costes de Adam -et rempli le lieu où il la prist de chair, si comme dit Moyses ou -second chappitre de Genesy. Cellui qui fait Histoire sur Bible[186] -dit que Dieu prist de la char aussi avecques la coste, aussi dit -Josephus[187], et nostre Seigneur édifia la coste qu’il en avoit ostée -en une femme; voire, ce dist l’Historieur, il lui édifia char de la -char qu’il prist avecques la coste, et os de la coste, et quant il lui -ot donné vie, il l’admena à Adam pour ce qu’il luy meist nom. Et quant -Adam la regarda, il dit ainsi: _Hoc nunc os ex ossibus meis et caro -de carne mea: hec vocabitur virago quoniam de viro sumpta est_. Ceste -chose, dist-il, est os de mes os et char de ma char, elle sera appellée -_virago_, c’est à dire faicte d’omme. Elle ot nom ainsi premièrement, -et après ce qu’ils orent péchié, elle ot nom _Eva_ qui vault autant -que _vita_. Car toutes les créatures humaines qui puis ont eu vie -et auront, sont venues d’elle. Encores adjousta Adam et dist ainsi: -_Propter hoc relinquet homo_, etc. Pour ceste chose laissera homme son -père et sa mère et se aherdera[188] à sa moullier, et seront deux en -une chair; c’est à dire que du sang des deux, voire de l’omme et de la -femme, sera faicte une char ès enfans qui d’eulx naistront. Là fist -donc Dieu et establi premièrement mariaige, si comme dit l’Historieur, -car il dist au conjoindre: _Crescite et multiplicamini_, etc. Croissez, -dist-il, et multipliez et remplez la terre. - -Je di adonc, par les raisons dictes et prises en Bible, que femme doit -moult amer son mary, quant de la coste de l’omme elle fut faicte. - -Item on lit en l’onziesme chappitre de Genesy que un patriarche appellé -Abraham prist à moullier en la cité ou ville de Caldée une moult bonne -et sainte dame appellée Sarre laquelle fut depuis princesse souveraine -et première des bonnes et vaillans dames desquelles Moyses fait mention -en ses cinq livres qui sont les premiers de la Bible. On lit illec que -Sarre vesqui moult saintement et fut très loyalle et de bonne foy à -son mary Abraham, et obéissant à ses commandemens. Et lit-on illecques -que quant Abraham fut parti de Damas pour la grant famine qui estoit -en icelle terre et il deust entrer en Egipte, il dist à Sarre sa -moullier: Je sçay, dist-il, que les hommes de ceste terre sont chaulx -et luxurieux, et tu es moult belle femme; pour quoy je doubte moult, -se ils scevent que tu soies ma moullier, que ils ne me occisent pour -toy avoir; et pour ce, je te prie que tu vueilles dire que tu es ma -seur et non pas ma moullier, et je le diray aussi, par quoy je y puisse -vivre paisiblement, entre eulx et mes gens et ma mesgniée[189]. A ce -conseil et commandement obéi Sarre, non pas voulentiers, mais pour -sauver la vie à son seigneur et à sa gent, et quant les hommes et le -prince d’icelle contrée virent Sarre tant belle, ils la prindrent et -la menèrent au roy Pharaon qui en ot moult grant joye et la retint, -mais oncques, ne lors ne depuis, en quelconque heure, le roy Pharaon -ne peust venir vers elle qu’il ne la trouvast toujours plourant du -regret qu’elle avoit à son mary, et pour ce, quant le roy Pharaon la -véoit en icelluy estat, la voulenté et le désir qu’il avoit d’elle se -tresalloit et changeoit, et ainsi la laissoit. Et pour ce, peut-l’en -dire que pour sa bonté et la loiaulté que Dieu savoit en elle, laquelle -estoit triste et courrouciée de ce que on l’avoit ostée à son mary, il -la garda et défendi par telle manière que Pharaon ne pot habiter à -elle et fut moult tourmenté, et tous ceulx de sa mesgniée, pour Sarre -qu’ils avoient ostée à Abraham. L’Historieur dit sur ce chappitre que -tant que Pharaon tint Sarre, il n’ot povoir de habiter à femme, ne tous -ses hommes aussi ne povoient engendrer; et pour ce, les prestres de sa -loy sacrifièrent à leurs dieux et il leur fut respondu que c’estoit -pour Sarre la moullier à Abraham que le roy Pharaon lui avoit tolue. Et -quant le Roy le sceut, il manda Abraham qui vivoit bien paisiblement -en sa terre et lui dist: Pourquoi m’as-tu deceu et fait grant mal? -Tu disoies que Sarre estoit ta seur, et c’est ta femme! Prens-la et -l’emmaine hors de ma terre. Lors commanda-il à ses hommes qu’ils le -menassent hors de la terre d’Egipte paisiblement et sans perdre nulle -de ses choses. - -On lit ou sixiesme chappitre de Genesy que quant Abraham fut party -d’Egipte, il ala demourer en la terre de Canaen de coste[190] Bétel. -Donc regarda Sarre qu’elle estoit brehaigne[191] et ne povoit avoir -enfant, dont elle estoit moult dolente; lors s’advisa qu’elle -bailleroit Agar sa chamberière qu’elle avoit admenée d’Egipte, à -Abraham son mary, pour savoir s’elle en pourroit avoir enfant, car elle -doubtoit moult qu’il ne morust sans hoir, et ce dist-elle à Abraham qui -se consenti à faire sa voulenté. Et elle lui bailla Agar sa meschine -laquelle conceut tantost un fils dont Sarre ot moult grant joye. Mais -quant Agar la meschine vit et sceut qu’elle avoit conceu de Abraham, -elle despita sa dame et se portoit grossement contre elle. Et quant -elle vit ce, Sarre dist à Abraham: Tu fais mauvaisement encontre moy, -je te baillay ma meschine pour ce que je ne puis avoir enfans de toy, -et je désiroie que je peusse avoir fils d’elle et de toy lesquels je -peusse nourrir et garder, à la fin que tu ne morusses pas sans laisser -lignée de toy: pour ce que ma meschine Agar voit qu’elle a conceu de -toy, elle m’a en despit et ne me prise rien; Dieu vueille jugier entre -moy et toy, car tu as tort qui sueuffres qu’elle me despite. - -Or véons la grant bonté et la grant loyaulté de ceste bonne dame et -sainte femme Sarre. Elle amoit si très loyaulment Abraham son mary, et -bien savoit qu’il estoit si saint homme et vaillant patriarche, que -il lui sembloit que ce feust doleur et grant dommaige s’il mouroit -sans hoir et avoir fils de son sang, et si véoit bien qu’elle estoit -brehaigne et ne povoit concevoir, et pour le grant désir qu’elle avoit -d’avoir fils de son mary lesquels elle peust nourrir et garder, elle -bailla sa meschine et la fist couchier en son propre lit, et s’en voult -déporter. Quantes dames ou femmes trouveroit-on qui ainsi feissent? -Je croy qu’on en trouveroit peu, et pour ce est Sarre tenue à la -plus loyale à son mary qui fust dès Adam le premier homme jusques à -la loy qui fut donnée à Moyse. Mais Agar sa meschine à tort l’eut en -despit quant elle sceut qu’elle eust conceu de Abraham, mais on dit -communément que qui essauce[192] son serf il en fait son ennemy. Mais -Abraham le bon patriarche vit bien et sceut que Agar la meschine avoit -tort, et pour ce il dist à Sarre: Vécy Agar ta meschine, je la mets en -ta main, si en fais ta voulenté. - -Lors la commença Sarre à approuchier, et la tint vile jusques à tant -qu’elle mesmes, par le commandement de l’ange, se humilia et à sa dame -cria mercy; et Sarre la garda tant qu’elle ot enfanté son fils qui -ot nom Ysmaël, dont Sarre ot grant joye et le garda et fist garder -moult bien. Après ce, nostre Seigneur visita Sarre et s’apparut aussi -à Abraham ou val de Mambré, devant son tabernacle, et lui dist qu’il -auroit un fils de Sarre sa franche moullier, et auroit nom Ysaac, et -ce fils vivroit et sa lignée il multiplieroit ainsi comme les estoiles -du ciel et la gravelle de la mer ou la pouldre de la terre. Encores -dist-il à Abraham: en ta lignée ou semence toutes gens seront beneurés. -Et quant Sarre qui estoit derrière l’uis du tabernacle oy quelle -concevroit, si commença à rire et dist à soy mesmes: je suis vieille -et ancienne, et Abraham aussi; comment pourray-je avoir enfant? Et -merveilles ne fut pas de ce quelle rit et dit ainsi, qu’elle avoit jà -plus de quatre-vingts ans, et Abraham en avoit plus de cent. Et Dieu -qui la vit bien rire dist à Abraham: Pourquoy a ris Sarre ta moullier? -Et Sarre qui ot paour respondi qu’elle n’avoit pas ris, et Dieu lui -dist: Je te vis bien rire derrière ton huis; ne sont pas toutes choses -légières à Dieu quant il les veult faire? Après ce, Sarre conceut quant -il pleust à Dieu et enfanta un fils lequel Abraham appella Ysaac, et -le circonci au jour vingtième qu’il fut né. Lors dist Sarre par moult -grant joie: Dieu m’a fait rire, et tous ceulx et celles qui orront dire -que j’ay enfanté riront aussi avec moy. Qui creroit, dist-elle, Abraham -se il disoit que Sarre alaitast un enfant qu’elle luy aroit enfanté -en sa vieillesse? Et pour certain toutes gens qui oient de ce parler -pevent bien croire et penser que Dieu ama moult Abraham et Sarre aussi -quant il leur fist si belle grâce. Mais Abraham estoit si saint et si -bon patriarche que Dieu parla à lui par moult de fois et lui promist -que il mesmes se donroit à sa lignée[193], et aussi ama-il moult Sarre -pour sa grant loyauté et sa grant bonté. - -Moult bien nourri Sarre son fils Ysaac, et quant il fut si grant -qu’elle le sevra et qu’il deust mengier à la table son père Abraham, -elle appella ses amis et fist grant mengier et grant feste pour son -fils. Et quant Sarre vit Ysmaël le fils Agar l’Egipcienne jouer à Ysaac -son fils, elle dist à Abraham: Chasse hors la meschine et son fils; le -fils de la meschine ne sera pas hoir avecques mon fils Ysaac. Il est -dit en Genesy ou XXIe chappitre: Ceste parole fut moult dure à Abraham, -mais Dieu lui dist ainsi: Ne te semble pas aspre chose de bouter hors -la meschine et son fils; oy la parolle de Sarre et fay tout ce qu’elle -te dira, car en Ysaac ta semence sera appellée. (C’est à dire que de -Ysaac devoit venir la lignée que Dieu avoit promise à Abraham.) Et pour -ce, dit Dieu, que le fils de la meschine est de ta semence, je le feray -croistre en moult grant gent. Donc se leva Abraham au matin et bailla -à Agar la meschine du pain et un bouchel[194] d’eaue et luy mist sur -ses espaules, puis lui fist prendre Ysmaël son fils; si lui commanda -qu’elle s’en alast quelle part qu’il luy pleust, et si fist-elle. - -Or pourroient, par adventure, penser aucunes personnes que Sarre eust -par mal et par envie enchassé Agar sa meschine et Ysmaël son fils: mais -qui veult bien considérer la cause, elle n’ot pas tort; Histoire sur -Bible dist ainsi: Sarre vit bien que Ysmaël en son jeu faisoit félonnie -à Ysaac son fils; et aussi que, de par esperit de prophécie, elle sceut -et apperceut que Ysmaël avoit ymagetes faictes de terre auxquelles il -aouroit comme Dieu et vouloit contraindre Ysaac à ce que les aourast -aussi. Encores considéroit-elle et savoit assez que se Ysmaël demouroit -tant avecques eulx que Abraham morust, il vouldroit déshériter Ysaac et -avoir sa seignourie par sa force, et pour ce elle fist moult bien de -enchasser la mère et son fils. Et jasoit-ce que j’aye mise l’istoire -tout au long et ne l’aye voulu desmembrer ne descoupler pour ce que la -matière est belle et s’entretient, toutesvoies par icelle peut estre -recueilli à mon propos seulement que Sarre fut très amoureuse privée et -obéissant à son mary en tant qu’elle laissa ses parens et sa terre pour -aler seule de sa lignée avec son mary en estrange terre et de différent -langage, et avec ce, elle délaissa à la prière et pour l’amour de son -mary le nom de moullier ou femme qui est le plus prouchain en affinité, -en amour et dilection, et, à la demande de son mary, prist le nom de -seur; et en oultre que tant comme elle fut hors d’avecques son mary, -tout jour et toute nuit plouroit pour l’amour de son mary; et de -rechief que pour avoir lignée et représentacion de son mary après la -mort d’icelluy, elle en laissa son lit et le soulas de son mary, et -lui bailla Agar sa chambrière et la fist dame, et elle très humblement -devint serviteresse et humble servant, sans les autres débonnairetés et -humilités cy dessus escriptes et lesquelles je laisse pour ce qu’il me -semble que ce seroit trop longue récitation. - -Item il est trouvé escript ou XXIXe chappitre de -Genesy qui est le premier livre de la Bible, que quant Jacob fut party -de Ysaac son père et de Rébecque sa mère, de Briseyda[195] leur cité il -ala tant qu’il vint en Mésopotamie, près de la cité de Aram qui estoit -à Laban son oncle. Là resta-il de coste un puis auquel les pasteurs -de la terre abreuvoient les bestes, lequel puis estoit couvert d’une -grant pierre plate. Ainsi comme les pasteurs furent assemblés entour -le puis, Jacob leur demanda se ils congnoissoient Laban le fils Batuel -qui fut fils Naccor. Les pasteurs respondirent: Oyl, moult bien. Il -leur demanda se il estoit sain et en bon point; ils respondirent: Oyl. -Vois çà, dirent-ils, Rachel sa fille qui vient abreuver ses bestes à ce -puis. Jacob leur dist: Seigneurs, abreuvez vos bestes, si les ramenez -en la pasture, car il est encores grant heure et n’est pas temps -encores de les mener aux estables. Si comme il disoit ainsi, Rachel -vint au puis, et Jacob leva la pierre du puis: si luy fist abreuver ses -bestes. Lors parla-il à elle et la baisa; si luy dist qu’il estoist -son cousin germain, fils de Ysaac et de Rébecque la seur de Laban son -père. Et quant Rachel l’ot entendu, elle s’en courust en son hostel et -dist à Laban son père comment elle ot trouvé Jacob son nepveu. Et quant -Laban l’oy, il eust moult grant joie et lui demanda la cause de sa -voye[196] et pour quoy il estoit là venu. Jacob luy dist que c’estoit -pour la paour de Esaü son frère qui le vouloit occire pour ce que il -avoit receu la bénéisson son père, mais ce luy ot fait faire sa mère -Rébecque. Lors respondi Laban: Tu es os de mes os et char de ma char, -et pour ce tu pues demourer avecques moy. - -Quant Jacob ot demouré avec Laban son oncle par l’espace de un mois, -Laban lui dist: Comment que tu soies mon nepveu, ne vueil-je pas que tu -me serves pour néant; dy moy que tu vouldras avoir pour ton service. -Or avoit Laban deux filles: l’ainsnée ot nom Lye, celle ot les yeulx -plourans par enfermeté; et la plus jeune ot nom Rachel, celle estoit -moult belle et gente de viaire et de corps, et Jacob l’amoit moult. Et -pour ce il dist à Laban: Je serviray à toy sept ans pour Rachel la plus -jeune. Laban respondi: Mieulx vault que je la te donne que à un autre -homme, or demeure doncques avecques moy. Jacob demoura avecques Laban -et le servi sept ans pour avoir sa fille Rachel, et lui sembla que le -terme fut moult brief pour la grant amour qu’il avoit à elle. - -Sur ceste chose dit l’Histoire: le terme de sept ans ne luy sembla pas -brief pour la grant amour, mais moult long. Car quant une personne aime -et désire aucune chose, il luy semble que les termes que il la doit -avoir tardent trop merveilleusement. Mais ce que la Bible dit que les -jours semblèrent briefs à Jacob, on peut entendre en ceste manière: il -amoit tant Rachel et luy sembloit tant belle, que s’il deust servir -encores autant pour l’avoir comme il avoit servi, ne lui sembloit-il -pas que il l’eust bien desservie. - -A la fin des sept ans, il dit à Laban: Donne moy ma moullier, il est -bien temps que je l’aye. Lors appella Laban tous ses amis et voisins et -fist grans nopces; et quant la nuit fut venue, il mena à Jacob Lye sa -fille l’ainsnée et lui bailla une meschine qui ot nom Zelphan pour luy -servir. Et quant Jacob ot jeu[197] à Lye et il la regarda à la matinée, -il dist à Laban: Que est-ce que tu as voulu faire à moy? N’ay-je pas -servi à toi sept ans pour Rachel? Pourquoy m’as-tu baillé Lye? Laban -respondi: Nous n’avons pas de coustume en ceste contrée de bailler aux -nopces la plus jeune devant les ainsnées; attens tant que la sepmaine -des nopces soit passée et puis je te donray l’autre, en telle manière -que tu me serviras encores sept ans pour elle. Lors accorda Jacob ce -que Laban ot dit, et quant la sepmaine fut passée, il prist ainsi à -moullier Rachel à laquelle son père avoit donné une meschine laquelle -ot nom Balam. - -Aucuns veullent dire que puis que Jacob ot prins la fille ainsnée -de Laban, il servi autres sept ans pour Rachel avant qu’il l’eust à -moullier, mais ils dient mal. On treuve en Histoire que saint Jérosme -dit: Tantost après la sepmaine des nopces faictes pour Lye, Jacob prist -Rachel, et pour la grant joye qu’il en ot, il servi voulentiers les -sept ans ensuivans. - -Il est dit en Genesy ou XXIXe chappitre que Jacob ama -moult plus Rachel pour ce que elle estoit plus belle et gracieuse que -Lye qui n’estoit pas si belle, mais pour ce que Dieu ne vouloit pas -qu’il l’eust trop en despit, il la fist concevoir un fils dont elle -ot moult grant joye et l’appela Ruben, et dit ainsi: Dieu a veu mon -humilité, d’ores-en-avant m’en aymera mon mary. De rechief elle conceut -et enfanta un autre fils et l’appela Siméon, en disant ainsi: Pour -ce que Dieu m’a oye, il m’a donné encores ce fils. Tiercement, elle -conceut et enfanta un autre fils et dist ainsi: Mon mary se complaira -en moy pour ce que je luy ay enfanté trois fils; et pour ce, elle -nomma l’enfant Levy. Quartement, conceut et enfanta un fils et dist: -Orendroit je me confesseray à nostre Seigneur; et pour ce, l’enfant ot -nom Judas et vault autant à dire que confession. Lors cessa Lye qu’elle -n’ot plus enfans jusques grant temps après. - -Il est escript ou XXXe chappitre de Genesy que Rachel -ot grant envie contre Lye sa seur pour ce qu’elle ot enfanté, et elle -se trouvoit brehaigne et ne povoit concevoir. Et pour ce elle dist à -Jacob son mary: Donne moy des enfans, et se tu ne le fais je mourray. -Jacob qui yrié estoit respondi: Je ne suis pas Dieu, je t’apreisse -d’avoir enfans de ton ventre. Rachel respondi: J’ay Balan ma meschine, -couche avec elle à ce qu’elle enfante et que je puisse avoir fils -d’elle et de toy. Jacob fist ce que Rachel voult, et Balan conceut et -enfanta un fils. Lors dit Rachel: Dieu a jugié pour moy, si a ma voix -essaucée et m’a donné un fils. Pour ce, elle appela l’enfant Dan. De -rechief, Balan ot un fils pour lequel Rachel dist: Nostre Seigneur m’a -comparée à Lye, et de ce, le fils ot nom Neptalim. - -Or véons grant merveille et signe de grant amour. Rachel avoit si grant -désir qu’elle eust enfans de Jacob que pour ce qu’elle vit quelle ne -povoit concevoir elle luy bailla sa meschine, et les fils qu’elle en ot -elle ama aussi que s’ils feussent siens propres. Pour ce que Lye vit -qu’elle ne concevoit mais, elle bailla à Jacob Zelphan sa meschine. Le -premier fils qu’elle en ot, Lye le receut à joye et dit: Il me vient -eureusement, et de ce, le fils ot nom Gad. Et quant Zelphan ot l’autre -fils Lye dist: C’est pour ma bonne eureté et pour ce toutes femmes me -diront bieneureuse; et ce fils ot nom Aser. - -Ou temps de messon Ruben apporta à Lye sa mère mandagores que il ot -trouvées en leur champ, et quant Rachel les vit, si les désira moult et -dist à Lye sa sœur: Donne moy partie des mandagores. Lye respondi: Ne -te souffist-il pas que tu me ostes mon mary, se tu ne me veulx encores -oster mes mandagores? Rachel dist: Je veuil qu’il dorme en ceste nuit -avecques toy pour les mandagores que ton fils a apporté. Lye les luy -donna, et au soir quant Jacob revint des champs, elle ala encontre luy -et luy dist: Tu vendras en ceste nuit coucher avecques moy, car je t’ay -acheté par les mandagores que ton fils m’ot donné. - -De ces mandagores met l’Histoire sur Bible moult d’oppinions. Les -aucuns dient que ce sont arbres qui portent fruit souef flairant -autel que pommes. Les autres dient que ce sont racines en terre, en -manière d’erbe, portans feuilles vers, et ont ces racines figure et -façon d’ommes et de femmes, de tous membres et de chevellure[198]. -_Catholicon_[199] dit: Ce m’est advis que bien pevent estre herbes -et racines, et que le fruit vault à femmes brehaignes pour aidier à -concevoir, mais que les femmes ne soient pas trop anciennes. - -Celle nuit dormit Jacob avecques Lye, et elle conceut un fils, et -quant elle l’ot enfanté, elle dist: Dieu m’a enrichie de ce que j’ay -donné à mon mary ma meschine; et pour ce elle appella son fils le -cinquiesme Ysacar. Puis ot-elle le sixiesme fils; quant elle l’ot -enfanté, elle dist: Dieu m’a enrichie de bon douaire à ceste fois, et -encores sera mon mary avecques moy; et pour ce elle appella son fils -Zabulon. Encores ot-elle une fille laquelle ot nom Dinam. Après ce, -nostre Seigneur se recorda de Rachel et essauça sa prière; si lui fist -concevoir et enfanter un fils dont elle ot moult grant joye et dist: -Nostre Seigneur a ostée ma reprouche. Si appella son fils Joseph, et -dist: Dieu m’en doint encores un autre. Après toutes ces choses dessus -dictes, Jacob appella Laban son oncle et lui dist: Donne moy mes -moulliers pour lesquelles j’ay servy à toy quatorze ans, et mes enfans; -si m’en iray en la terre dont je fus né. Laban lui respondi: Je te prie -que tu demeures encore avec moy, car je sçay bien que par toy Dieu m’a -bénéy et multiplié mes biens. Jacob respondi: Il me convient pourveoir -substance pour moy, pour mes enfans, pour mes femmes et ma famille. - -Ores du surplus de l’histoire je me tais, car il ne touche point à -ma matière. Mais par ce que dit est dessus peut estre recueilli la -grant bonté des dessus dictes Lye et Rachel qui toutes deux et en un -mesmes temps, elles estans ensemble en un mesme hostel et mesnage, -servoient et servirent Jacob leur mary en bonne paix et en bon amour, -sans jalousie, sans tençon et sans envie, et en oultre elles avoient -laissié leur pays, leur nativité, leur père, leur mère et leur langage -pour icelluy mary et pour le servir en estrange terre. Et est moult à -considérer la grant amour et l’ardeur que Rachel avoit d’avoir lignée -et remembrance de Jacob auquel elle bailla Balan sa chamberière. - -Quantes dames est-il maintenant qui le féissent, ne qui vesquissent -si paisiblement que quant l’une l’aroit, l’autre n’en rechignast -et murmurast, mais encores pis? Car, par Dieu, je cuide qu’elles -batteroient l’une l’autre. O Dieu! quelles bonnes femmes et sainctes -elles furent! Pour néant n’est pas en la bénéisson des espousailles -ramenteue ceste parole: _Sis amabilis ut Rachel viro, prudens ut Sarra, -sapiens ut Rebecca_. - -Item nous véons en _Thobie_ Xe que Raguel et Anne sa -femme, quant ils mirent hors de leur hostel Thobie le jeune et Sarre -leur fille qui estoit femme d’icelluy jeune Thobie, ils baisièrent -icelle leur fille et l’admonestèrent qu’elle amast cordialment son -mary et honnourast ses parens, et si fist-elle. Et à ce propos, il est -trouvé _Machabeorum_, XIº que quant Alixandre oy dire que le roy d’Égipte -qui avoit espousé sa seur le venoit veoir, il manda par toutes les -universités à son peuple qu’ils ississent de leurs cités et alassent -au devant d’icelluy roy d’Égipte pour luy honnorer, et ainsi faisoit -honneur à ses parens quant il honnouroit le mary de sa seur. - -Et pour que l’en ne die mie que je ne vueille aussi bien dire des -devoirs des hommes comme des femmes, je di aussi qu’il est escript -_Ad Ephesios_ Vº que les maris doivent amer leurs femmes comme leur -propre corps, ce n’est mie à dire par fiction, ne par parole, c’est -léalment, de cuer, avecques ce que dit est dessus. Encores, pour -monstrer ce que j’ay dit que vous devez estre très privée et très -amoureuse de vostre mary, je mets un exemple rural que mesmes les -oiseaulx ramages[200] et les bestes privées et sauvaiges, voire les -bestes ravissables, ont le sens et industrie de ceste pratique, car -les oiseaulx femelles suivent et se tiennent prouchaines de leurs -masles et non d’autres, et les suivent et volent après eulx et non -après autres. Se les masles s’arrestent, aussi font les femelles et -s’assieent près de leurs masles: quant leurs masles s’envolent, et -elles après joingnant à joingnant. Et mesmes les oiseaulx sauvaiges qui -sont nourris par personnes qui leur sont estranges au commencement, -puis que iceulx oiseaulx ont prins nourriture d’icelles personnes -estranges, soient corbeaux, corneilles, choues[201], voire lez oiseaulx -de proye, comme espriviers, faucons, tiercelez[202], ostours et les -semblables, si les aiment-ils plus que les autres. Ce mesmes est-il des -bestes sauvaiges, des dommeschés[203], voire des bestes champestres. -Des dommeschés, vous véez que un lévrier, ou mastin, ou chiennet, soit -en alant par le chemin, ou à table, ou en lit, tousjours se tient-il -au plus près de celluy avecques qui il prent sa nourriture, et laisse -et est estrange et farouche de tous les autres; et se le chien en est -loing, tousjours a-il le cuer et l’ueil à son maistre; mesmes se son -maistre le bat et luy rue pierres après luy, si le suit-il balant -la queue, et en soy couchant devant son maistre le rapaise, et par -rivières, par bois, par larronnières et par batailles le suit. - -Autre exemple peut estre prins du chien Maquaire[204], qui vit tuer -son maistre dedens un bois, et depuis qu’il fut mort, ne le laissa, -mais couchoit ou bois emprès luy qui estoit mort, et aloit de jour -querre son vivre loing et l’apportoit en sa gueule, et illec retournoit -sans mengier, mais couchoit, buvoit et mengoit emprès le corps et -gardoit icelluy corps de son maistre, au bois, tout mort. Depuis, -icelluy chien se combati et assailli plusieurs fois celluy qui son -maistre avoit tué, et toutes fois qu’il le trouvoit l’assailloit et -se combatoit; et en la parfin le desconfi ou champs en l’Isle Nostre -Dame[205] à Paris, et encore y sont les traces des lices qui furent -faictes pour le chien et pour le champ. - -Par Dieu, je vy à Nyort un chien vieil qui gisoit sur la fosse où son -maistre avoit esté enterré qui avoit esté tué des Anglois, et y fut -mené monseigneur de Berry et grant nombre de chevaliers pour veoir la -merveille de la loyaulté et de l’amour du chien qui jour et nuit ne -se partoit de dessus la fosse où estoit son maistre que les Anglois -avoient tué. Et luy fist monseigneur de Berry donner dix frans qui -furent baillés à un voisin pour lui quérir à mengier toute sa vie[206]. - -Ce mesmes est-il des bestes champestres; vous le véez d’un mouton, d’un -aignel, qui suivent et sont privés de leurs maistres et maistresses -et les suivent et sont privés d’eulx et non d’autres; et autel est-il -des bestes sauvaiges, comme d’un sanglier, un cerf, une biche, qui -ont nature sauvage, suivent et se tiennent joingnans et près de leurs -maistres et maistresses et laissent tous autres. Item, autel est-il des -bestes mesmes sauvaiges qui sont dévourans et ravissables, comme loups, -lyons, léopars et les semblables, qui sont bestes farouches, fières, -cruelles, dévourans et ravissables; si suivent-ils, servent et sont -privés de ceulx avecques qui ils prennent leur nourriture et qui les -aiment, et sont estranges des autres. - -Ores avez-vous veu moult de divers et estranges exemples dont les -derrains sont vrais et visibles à l’ueil par lesquels exemples vous -véez que les oiseaulx du ciel et les bestes privées et sauvages et -mesmes les bestes ravissables ont ce sens de parfaictement amer et -estre privées de leurs patrons et bienfaisans et estranges des autres; -doncques, par meilleure et plus forte raison, les femmes à qui Dieu a -donné sens naturel, et sont raisonnables, doivent avoir à leurs maris -parfaicte et solemnelle amour, et pour ce je vous prye que vous soyez -très amoureuse et très privée de vostre mary qui sera. - - - - -LE SIXIÈME ARTICLE. - - -Le sixiesme article de la première distinction dit que vous soiez -humble et obéissant à celluy qui sera vostre mary, lequel article -contient en soy quatre membres. - -Le premier membre dit que vous soiez obéissant: qui est entendu à lui, -et à ses commandemens quels qu’ils soient, supposé que les commandemens -soient fais à certes[207] ou par jeu, ou que les commandemens soient -fais d’aucunes choses estranges à faire, ou que les commandemens soient -fais sur choses de petit pris ou de grant pris; car toutes choses vous -doivent estre de grant pris, puis que cellui qui sera vostre mary le -vous aura commandé. Le deuxiesme membre ou particularité est à entendre -que se vous avez aucunes besongnes à faire dont vous n’ayez point parlé -à celluy qui sera vostre mary, ne il ne s’en est point advisé, et pour -ce il n’en a riens commandé ne deffendu, se la besongne est hastive -et qu’il la conviengne faire avant que celluy qui sera vostre mary -le sache, se vous avez plaisir de la faire en aucune manière, et vous -sentez que celluy qui sera vostre mary eust plaisir de la faire en une -autre manière, faictes avant[208] au plaisir de celluy qui sera vostre -mary que au vostre, car son plaisir doit précéder le vostre. - -La troisiesme particularité est à entendre que se celluy qui sera -vostre mary vous deffendra aucune chose, supposé que sa deffense soit -faicte à jeu ou à certes, ou que sa deffense soit faicte sur chose de -petit pris ou de grant value, gardez que aucunement vous ne faciez -contre sa deffense. - -La quarte particularité est que vous ne soyez arrogant ne répliquant -contre celluy qui sera vostre mary ne contre ses dis, et ne dictes -contre sa parole, mesmement[209] devant les gens. - -En reprenant le premier point des quatre particularités qui dit que -vous soyez humble à vostre mary et à luy obéissant, etc., l’Escripture -le commande _Ad Ephesios_ Vº où il est dit: _Mulieres viris suis subdite -sint sicut domino, quoniam vir caput est mulieris, sicut Christus caput -est Ecclesie_. C’est à dire que le commandement de Dieu est que les -femmes soient subjectes à leurs maris comme à seigneurs, car le mary -est aussi bien chief de la femme comme nostre Seigneur Jhésu-Crist est -chief de l’Église. Doncques il s’ensuit que ainsi comme l’Église est -subjecte et obéissant aux commandemens grans et petis de Jhésu-Crist, -comme à son chief, tout ainsi les femmes doivent estre subjectes à -leurs maris comme à leur chief et obéir à eulx et à leurs commandemens -grans et petis. Et ainsi le commanda nostre Seigneur, si comme dit -saint Jhérosme, et aussi le dit le Décret[210], XXXIIIe _Questione, -quinto capitulo: Cum caput_. Et pour ce dit l’apostre quant il escript -aux Hébrieux, ou XIIIe chappitre: _Obedite prepositis vestris et -subjacete eis, etc._ C’est à dire obéissez à vos souverains et soyez en -bonne subjection vers eulx. Encores vous est-il assez monstré que c’est -sentence de nostre Seigneur par ce que dit est par avant, que femme -doit estre subjecte à homme. Car il est dit que quant au commencement -du monde Adam fut fait, nostre Seigneur par sa bouche et parole dist: -Faisons-luy aide. Et lors de la coste de Adam fist la femme comme aide -et subjecte et ainsi en use-l’en, et c’est raison. Et pour ce, se doit -bien femme adviser de quelle condition est cellui qu’elle prendra, -avant qu’elle le preigne. Car, ainsi comme dit un povre homs Rommain -qui sans son sceu ou pourchas fut par les Rommains esleu à estre -empereur, quant l’en luy apporta le faudesteul[211] et la couronne -il fut tout esbahy; l’une de ses premières paroles fut qu’il dist au -peuple: Prenez vous tous garde que vous faictes ou avez fait, car s’il -est ainsi que vous m’ayez esleu et je soye demouré empereur, sachez de -certain que de là en avant mes paroles seront tranchans comme rasouers -de nouvel esmolus. C’estoit à dire que quiconques n’obéiroit à ses -défenses ou commandemens, puis qu’il seroit ou estoit fait empereur, -c’estoit sur peine de perdre la teste. - -Ainsi, garde soy une femme comment ne à qui elle sera mariée, car -quiconques, povre ou petit qu’il ait esté par avant, toutesvoies pour -le temps à venir depuis le mariage, doit-il estre et est souverain et -qui peut tout multiplier ou tout descroistre. Et pour ce vous devez -plus en mary penser à la condition que à l’avoir[212], car vous ne -le pourrez après changer, et quant vous l’aurez prins, si le tenez à -amour et amez et obéissez humblement, comme fist Sarre dont il est -parlé en l’article précédent. Car plusieurs femmes ont gaignié par leur -obéissance et sont venues à grant honneur, et autres femmes par leur -désobéissance ont esté reculées et désavancées. - -A ce propos d’obéissance, et dont il vient bien à la femme qui est -obéissant à son mary, puis-je traire un exemple qui fut jà pieçà -translaté par maistre François Pétrac[213] qui à Romme fut couronné -poëte, lequel histoire dit ainsi: - -Aux confines de Pimont en Lombardie, ainsi comme au pié de la montaigne -qui devise France et Ytalie, qui est appellée ou païs Mont Vésée[214], -a une contrée longue et lée, qui est habitée de chasteaulx et villes -et aournée de bois, de prés, de rivières, de vignes, de foings et -de terres labourables: et celle terre est appellée la terre de -Saluces laquelle d’ancienneté seignourist les contrées voisines, et -d’ancienneté a esté gouvernée jusques aujourd’uy par aucuns nobles et -puissans princes appellés marquis de Saluces, desquels l’un des plus -nobles et plus puissans fut appellé Gautier auquel tous les autres de -celle région, comme barons, chevaliers, escuiers, bourgois, marchans -et laboureurs obéissoient. Icelluy Gautier marquis de Saluces estoit -bel de corps, fort et légier, noble de sang, riche d’avoir et de -grant seignourie, plein de toutes bonnes meurs et parfaitement garni -de précieux dons de nature. Un vice estoit en lui, car il amoit fort -solitude et n’acontoit[215] riens au temps à venir, ne en nulle manière -ne vouloit pour lui mariage. Toute sa joye et plaisance estoit en -rivières, en bois, en chiens et en oyseaulx, et peu s’entremettoit -du gouvernement de sa seignourie; pour laquelle chose ses barons le -mouvoient et admonestoient de marier, et son peuple estoit en très -grant tristesse et par espécial de ce qu’il ne vouloit entendre à -mariage. Une journée s’assemblèrent en grant nombre, et les plus -souffisans vindrent à lui et par la bouche de l’un luy dirent telles -paroles: O tu, marquis nostre seigneur, l’amour que nous avons en -toy nous donne hardement de parler féablement. Comme il soit ainsi -que toy et toutes les choses qui sont en toy nous plaisent et ont -tousjours pleu, et nous réputons bieneureux d’avoir tel seigneur, une -chose défault en toy, laquelle se tu la nous veulx octroier, nous nous -réputons estre mieulx fortunés que tous nos voisins: c’est assavoir -qu’il te plaise encliner ton courage au lien de mariage, et que ta -liberté passée soit un peu réfrénée et mise au droit des mariés. Tu -scez, Sire, que les jours passent en volant sans jamais retourner. -Et combien que tu soies de jeune aage, toutesvoies de jour en jour -t’assault la mort et s’approche, laquelle n’espargne à nul aage, et de -ce nul n’a privilège. Il les convient tous morir, mais l’en ne scet -quant, ne comment, ne le jour, ne la fin. Tes hommes doncques qui tes -commandemens jamais ne refuseroient, te prient très humblement qu’ils -aient liberté de querre pour toy une dame de convenable lignée, noble -de sang, belle de corps, de bonté et de sens aournée, laquelle il te -plaira à prendre par mariage, et par laquelle nous espérons avoir de -toy lignée et seigneur venant de toy à successeur. Sire, fay ceste -grâce à tes loyaulx subjects, afin que, se de ta haulte et noble -personne avenoit aucune chose, et que tu t’en alasses de ce siècle, ce -ne fust mie sans hoir et successeur, et que tes subjects tristes et -dolans ne demourassent mie sans seigneur. - -Ces paroles finées, le marquis meu de pitié et d’amour envers ses -subjects leur respondi moult doulcement et dist: Mes amis, vous me -contraignez à ce qui en mon courage ne peut oncquesmais estre; car -je me délitoie en liberté et en franchise de voulenté laquelle est -peu trouvée en mariage, ce scevent bien ceulx qui l’ont esprouvé. -Toutesvoies, pour vostre amour, je me soubsmets à vostre voulenté. Vray -est que mariage est une chose doubteuse, et maintes fois les enfans -ne ressemblent pas au père. Toutesfois s’aucun bien vient au père, il -ne doit mie pour ce dire qu’il luy soit deu de droit, mais vient de -Dieu de lassus; à lui je recommande le sort de mon mariage, espérant -en sa doulce bonté qu’il me octroie telle avecques laquelle je puisse -vivre en paix et en repos expédient à mon salut. Je vous octroye de -prendre femme, mes amis, et le vous promects; mais je la vueil moy -mesmes eslire et choisir, et de vous je vueil une chose que vous me -promectez et gardez: c’est asseurément que celle que je prendray par -mon élection, quelle qu’elle soit, fille de Prince des Rommains, femme -de poste[216], ou autre, vous la doiez amer entièrement et honnourer, -et qu’il n’y ait aucun de vous qui après l’élection du mariage doie -estre d’elle mal content, ne contre elle groncier ne murmurer. - -Lors tous les barons et subjects du marquis furent liés de ce qu’ils -avoient ce qu’ils demandoient, de laquelle chose ils avoient esté -maintes fois désespérés. A une voix remercièrent le marquis leur -seigneur et promirent de bon cuer la révérence et obéissance qu’il leur -avoit demandé. Grant joie fut ou palais de Saluces, et par le marquis -fut le jour assigné de ses nopces auquel il devoit prendre femme, et -commanda faire un grant appareil, trop plus grant que par autre marquis -n’avoit autresfois esté fait, et que les parens et amis, voisins, et -les dames du païs ensement[217], fussent semoncés à la dicte journée; -laquelle chose fut solemnéement acomplie, et entretant que l’appareil -se faisoit, le marquis de Saluces comme il avoit acoustumé aloit en son -déduit chacier et vouler[218]. - -Assez près du chastel de Saluces avoit une petite villette en laquelle -demouroient un peu de laboureurs, par laquelle villette le marquis -passoit souventesfois, et entre les dessusdis laboureurs avoit -un vieil homme et povre qui ne se povoit aidier et estoit appellé -Jehannicola. A cellui povre homme estoit demourée une fille appellée -Grisilidis, assez belle de corps, mais trop plus belle de vie et -de bonnes meurs: nourrie avoit esté de petite vie, comme du labour -de son père; oncques à sa congnoissance n’estoient venues viandes -délicieuses ne choses délicatives. Un courage vertueux plein de toute -meurté en son pis virginal doulcement habitoit; la vieillesse de son -père, en très grant humilité, doulcement supportoit et soustenoit, -et icelluy nourrissoit; et un peu de brebis que son père avoit, -diligemment gardoit et avecques icelles aux champs sa quenoille filoit -continuelment. Et quant Grisilidis au vespre revenoit et ramenoit ses -bestes à l’hostel de son père, elle les affouragoit, et appareilloit -à son père et à elle les viandes que Dieu leur donnoit. Et briefment -toutes les curialités et services qu’elle povoit faire à son père -doulcement faisoit. - -Le marquis assez informé par commune renommée de la vertu et grant -bonté d’icelle Grisilidis, en alant à son déduit souventesfois la -regardoit, et en son cuer la belle manière d’icelle et sa grant vertu -fichoit et atachoit. Et en la fin détermina en son cuer que Grisilidis -seroit eslevée par lui à estre sa femme marquise de Saluces, et que -autre n’aroit, et fist admonester ses barons de venir à ses nopces au -jour qui estoit déterminé. Icellui jour approucha, et les barons non -sachans de la fille que le marquis avoit advisé de prendre, furent -moult esbahis. Toutesvoies, savoient-ils bien que le marquis avoit -et faisoit appareiller riches robes, ceintures, fermaulx, anneaulx -et joiaulx à la forme d’une pucelle qui de corps ressembloit à -Grisilidis. Or advint que le jour des nopces fut venu, et que tout -le palais de Saluces fut peuplé grandement de barons, de chevaliers, -de dames et de damoiselles, de bourgois et d’autres gens, mais nulle -nouvelle n’estoit de l’espousée leur seigneur, laquelle chose n’estoit -pas sans grant merveille; et qui plus est, l’eure s’approuchoit du -disner, et tous les officiers estoient prets chascun de faire son -office. Lors le marquis de Saluces, ainsi comme s’il voulsist aler -encontre son espousée, se parti de son palais, et les chevaliers et -dames à grans routes[219], ménestrels et héraulx suivoient. - -Mais la pucelle Grisilidis de tout ce riens ne savoit, car ce matin -mesmes elle appareilloit, nettoioit et ordonnoit l’hostel de son père -pour aler avecques les autres pucelles voisines veoir l’espousée de -leur seigneur. A celle heure que le marquis approuchoit, Grisilidis -apportoit sur sa teste une cruche pleine d’eaue à l’hostel de son père, -et le marquis à celle heure, ainsi acompaignié comme il estoit, appella -la pucelle par son nom et lui demanda où son père estoit. Grisilidis -mist sa cruche à terre et à genoulx, humblement, à grant révérence, -respondi: Monseigneur, il est à l’hostel.--Va à luy, dist le marquis, -et luy di qu’il viengne parler à moy. Et elle y ala. Et donc le povre -homme Jehannicola yssi de son hostel. Le marquis le tira par la main -et le traït à part et puis secrètement lui dist: Jehannicola, je sçay -assez que tu m’as amé tousjours et aimes encores, et ce qui me plaist -à toy doit plaire. Je vueil de toy une chose: c’est assavoir que tu -me donnes ta fille pour espouse.--Le povre homme n’osa dire mot, et -un petit après respondit à genoulx, moult humblement: Monseigneur, -je ne doy vouloir aucune chose ou non vouloir fors ce qui te plaist, -car tu es mon seigneur. Le marquis lui dist lors: Entre en ta maison -tout seul, toy et ta fille, car je lui vueil demander aucune chose. -Le marquis entra en la maison du povre homme Jehannicola comme dit -est, et tout le peuple demoura dehors forment esmerveillié; et la -pucelle se mist emprès son père, paoureuse, honteuse et vergongneuse -de la soudaine survenue de son seigneur et de sa grant et noble -compaignie, car elle n’avoit pas apris de veoir souvent un tel hoste -en leur maison. Le marquis adreça ses paroles à elle et si lui dist: -Grisilidis, à ton père et à moy plaist que tu soies m’espouse, et je -pense bien que tu ne me refuseras pas, mais je t’ay à demander une -chose devant ton père; c’est assavoir que ou cas que je te prendray à -femme, laquelle chose sera de présent, je vueil savoir se tu voudras -encliner ton couraige entièrement à toute ma voulenté, en telle manière -que je puisse faire de toy et de ce qui touchera à toy, à ma volenté, -sans résonance ne contredit par toy, en fait ne en dit, en signe ne en -pensée. Lors Grisilidis, non sans merveille de si grant fait esbahie, -respondi: Monseigneur, je congnoy bien que je ne suis pas digne, non -tant seulement de estre appellée t’espouse, mais d’estre appellée ton -ancelle; mais s’il te plaist et fortune le me présente, jamais je ne -sauray faire chose, ne ne feray, ne ne penseray, que je puisse sentir -qui soit encontre ta voulenté, ne tu ne feras jamais riens envers moy -que je contredie.--Il souffist, dit le marquis qui prist la pucelle par -la main et la mena hors de la maison ou milieu de ses barons et de son -peuple et dist ainsi: Mes amis véez cy ma femme, vostre dame, ceste -amez, doubtez et honnourez, et se vous m’amez, ceste très chièrement -amez. Et à ce que Grisilidis n’apportast avecques soy aucunes reliques -de la vile fortune de povreté, le marquis commanda que par les dames et -matrones la pucelle fust despouilliée toute nue, dès les piés jusques à -la teste, et tantost revestue de riches draps et paremens de nopces. - -On veist lors les dames embesongnées: les unes la vestoient, et les -autres la chaussoient, et les autres la ceignoient: les autres lui -mettoient les fermaulx et cousoient sur ly les perles et pierres -précieuses: les autres pignoient leur dame et appareilloient son chief -et lui mettoient une riche couronne par dessus qu’elle n’avoit pas -apris, et ce n’estoit pas merveille s’elle estoit esbahie. Qui veist -lors une povre vierge tainte du soleil et ainsi maigre de povreté si -noblement parée et si richement couronnée et soudainement transformée -par telle manière que à peine le peuple la recongnoissoit, bien se -povoit-on de ce merveillier. - -Lors les barons prindrent leur dame et à grant joie la menèrent à -l’église, et là le marquis lui mist l’annel ou doy et l’espousa selon -l’ordonnance de saincte Eglise et usage du païs. Et acompli le divin -office, la dame Grisilidis fut assise sur un blanc destrier et de tous -acompaigniée et menée au palais qui retentissoit de toutes manières -d’instrumens. Et furent les nopces célébrées, et icellui jour fut -trespassé en très grant joie et consolation du marquis et de tous -ses amis et subjects. Et fut la dame avecques son seigneur et mary -tellement inspirée de sens et de beau maintien, de la divine grâce -resplendist icelle povre dame Grisilidis en telle manière, que chascun -disoit que non tant seulement en la maison d’un pastour ou laboureur, -mais en palais royal ou impérial elle avoit esté enseignée et nourrie. -Et fut tant amée, chérie et honnourée de tous ceulx qui de s’enfance la -congnoissoient que à peine povoient croire que elle fust fille du povre -homme Jehannicola. - -La belle estoit de si belle vie et bonne et de si doulces paroles que -le courage de toutes personnes elle attrayoit à elle amer, et non -pas tant seulement les subjects du marquis et les voisins, mais des -provinces d’environ; et les barons et dames pour sa bonne renommée la -venoient visiter, et tous se partirent de lui joyeux et consolés. Et -ainsi le marquis et Grisilidis vivoient joyeusement ou palais en paix -et en repos, à la grâce de Dieu, et dehors à la grâce des hommes, et -s’esmerveilloient plusieurs comment si grant vertu estoit repousée en -personne nourrie en si grant povreté; et oultre plus icelle marquise -s’entremettoit sagement et diligemment du gouvernement et de ce qui -appartenoit aux dames, et aux commandemens et en la présence de son -seigneur, de la chose publique sagement et diligemment s’entremettoit. -Mais quant le cas li offroit des débas et discors des nobles, par ses -doulces paroles, par si bon jugement et si bonne équité les appaisoit, -que tous à une voix disoient que pour le salut de la chose publique -ceste dame leur avoit esté envoiée par provision célestielle. - -Un peu de temps après, la marquise Grisilidis fut ençainte et puis -se délivra d’une belle fille, dont le marquis et tous ceux du pays, -combien qu’ils amassent mieulx qu’elle eust eu un fils, toutesfois -ils en eurent grant joye et furent réconfortés. Passé le temps, les -jours passèrent que la fille du marquis fut sevrée. Lors le marquis qui -tant amoit s’espouse pour les grans vertus qu’il véoit tous les jours -croistre en elle, pensa de elle esprouver et de la fort tempter. Il -entra en sa chambre monstrant face troublée et ainsi comme couroucié -lui dist ces paroles: O tu, Grisilidis, combien que tu soies à présent -eslevée en ceste plaisant fortune, je pense bien que tu n’as pas oublié -ton estat du temps passé, et comment et en quelle manière tu entras en -cestui palais; tu y as esté bien honnourée, et es encores de moy chérie -et amée; mais il n’est pas ainsi du courage de mes vassaulx comme tu -cuides, et par espécial depuis que tu eus lignée. Car ils ont grant -desdaing d’estre subjects à dame yssue de petis parens et de basse -lignée, et à moy qui désire, comme sire, avoir paix avecques eux, me -convient obtempérer aux jugemens et consentir[220] d’aucuns et pas aux -miens, et faire de ta fille telle chose que nulle ne me pourroit estre -plus douloureuse au cuer, laquelle chose je ne vueil pas faire que -tu ne le saches. Si vueil que à ce faire tu t’acordes et prestes ta -franche voulenté et ayes patience de ce qui se fera, et telle patience -que tu me promis au commencement de nostre mariage. - -Finées les paroles du marquis qui le cuer de la marquise naturelment -devoient transpercier, icelle marquise, sans muer couleur ne monstrer -signe de tristesse, à son seigneur humblement respondi: Tu es mon -seigneur, et moy et ceste petite fille sommes tiennes: de tes choses -fay ce qu’il te plaist! Nulle chose ne te peut plaire qui aussi ne -doie plaire à moy, et ce ay-je si fichié au millieu de mon cuer que -par l’espace d’aucun temps, ne pour mort, il ne sera effacé, et toutes -autres choses se pourroient faire avant que j’eusse mué mon courage. -Le marquis lors, oiant la responce de s’espouse, voiant sa constance -et son humilité, eust en son cuer grant joye laquelle il dissimula, et -comme triste et doloureux se parti de s’espouse. - -Aucuns jours après ce trespassés, le marquis appella un sien subject -loyal et secret ouquel il se fioit plainement, et tout ce qu’il avoit -ordonné estre fait de sa fille le commist au sergent, et l’envoia à -la marquise. Le sergent vint devant sa dame et sagement dist telles -paroles: Madame, je te prie que tu me vueilles pardonner et que tu ne -vueilles imputer à moy ce dont je suis contraint de faire. Tu es sage -dame et scez bien quelle chose est d’estre soubs les seigneurs ausquels -nulles fois, ne par force, ne par engin, l’en ne peut résister. Madame, -je suis contraint à prendre ceste fille et acomplir ce qui m’est -commandé. Lors la marquise en son cuer remembrant des paroles que son -seigneur lui avoit dictes, par les paroles du sergent entendi bien -et souspeçonna que sa fille devoit mourir. Elle print en elle cuer -vertueux et se reconforta, vainquant nature, pour sa promesse et soy -acquictier et à son seigneur obéissance païer. Et sans soupirer, ne -autre douleur monstrer en elle, prist sa fille et longuement la regarda -et doulcement la baisa et si empraint sur elle le signe de la croix; -si la bailla au sergent et luy dist ainsi: Tout ce que monseigneur t’a -commandé pense de faire et acomplir entièrement; mais je te vueil prier -que le tendre corps de ceste pucelle ne soit mengié des oiseaulx ou -des bestes sauvages, se le contraire ne t’est commandé. - -Le sergent se parti de la marquise, emportant sa fille, et secrètement -vint au marquis et lui monstra sa fille, en faisant relation de -ce qu’il avoit trouvé la marquise femme de grant courage et sans -contradition obéissant à lui. Le marquis considéra la grant vertu de sa -femme et regarda sa fille et à lui prist une paternelle compassion, et -la rigueur de son propos il ne voult pas muer, mais commanda au sergent -ouquel il se fioit qu’il envelopast sa fille ainsi qu’il appartenoit à -l’aise d’elle, et la mist en un panier sur une mule souef portant[221], -et sans nulle demeure la portast secrètement à Boulongne la Grasse à sa -seur germaine qui estoit femme du conte de Péruse, et dist à sa dicte -seur que, sur l’amour qu’elle avoit à luy, elle la feist nourrir et -endoctriner en toutes bonnes meurs, et que si secrètement fust nourrie -que son mary le conte ne personne vivant ne le peust jamais savoir. - -Lequel sergent tantost et de nuit se parti et porta la fille à -Boulongne la Grasse et fist son messaige bien diligemment, ainsi comme -il lui estoit commandé. Et la contesse receut sa niepce à très grant -joie et fist très sagement tout ce que le marquis son frère luy avoit -mandé. - -Passée paciemment ceste tempeste trespersant les entrailles de -Grisilidis laquelle fermement et en son cuer tenoit que sa fille fust -morte et occise, le marquis comme ès temps passés se traïst devers -s’espouse sans lui dire mot de sa fille, et souvent regardoit la face -de la marquise, sa manière et sa contenance, pour appercevoir et -esprouver soubtillement s’il pourroit veoir en son espouse aucun signe -de douleur, mais nulle mutation de courage ne peut en lui comprendre -ne veoir, mais pareille liesse et pareil service, une mesme amour, un -mesme courage; pareille comme devant estoit tousjours la dame envers -son seigneur, nulle tristesse ne démonstroit, nulle mention ne faisoit -de sa fille, ne en présence du marquis, ne en son absence. - -Et ainsi passèrent quatre ans ensemble le marquis et la marquise en -grant amour et menant vie amoureuse et paisible. Et au chief de quatre -ans, la marquise Grisilidis eust un fils de merveilleuse beauté, dont -le marquis eust parfaite joie et ses amis et ses subjects et tous -ceulx du païs. Quant l’enfant fut sevré de sa nourrice et il ot deux -ans, croissant en grant beaulté, le marquis lors resmeu de nouvel de -sa merveilleuse et périlleuse espreuve, vint à la marquise et lui dit: -Tu scez et oys jà pieçà comment mon peuple estoit très mal content -de nostre mariage, et par espécial depuis qu’ils virent que en toy -avoit fécondité et portoies enfans. Toutesvoies oncquesmais ne furent -si mal contens mes barons et mon peuple comme ils sont à présent par -espécial, pour ce que tu as enfanté un enfant masle, et dient souvent, -et à mes oreilles ay oy leur murmuracion, disans en remposnes: faisons -Gautier mourir, et le bon homme Jehannicola sera nostre seigneur, et -si noble pays à tel seigneur sera subject! Telles sentences chascun -jour machinent; pour lesquelles paroles et doubtes, je qui désire vivre -en paix avec mes subjects, et néantmoins pour la très grant doubte de -mon corps, suis contraint et esmeu de faire et ordonner de cestui -enfant comme je feis de sa seur, laquelle chose je te dis afin que une -soudaine douleur ne doie perturber ton cuer. - -O quelles douloureuses admiracions peut avoit ceste dame en son cuer, -en recordant la vilaine mort de sa fille, et que de son seul fils de -l’aage de deux ans la mort pareille estoit déterminée! Qui est cellui, -je ne dy pas femmes qui de leurs natures sont tendres et à leurs enfans -amoureuses, mais le plus fort homme de courage qui se pourroit trouver, -qui de son seul fils telle sentence peust dissimuler? Entendez-cy, -roynes, princesses et marquises et toutes autres femmes, que la dame -à son seigneur respondi et y prenez exemple. Monseigneur, dit-elle, -je t’ay autresfois dit et encores je le répète, que nulle chose je ne -vueil, ne ne desvueil fors ce que je sçay qu’il te plaist. De moy et -des enfans tu es seigneur! En tes choses doncques use de ton droit sans -demander mon consentement. Quant je entray premièrement en ton palais, -à l’entrée je me dévestis de mes povres robes et de ma propre voulenté -et affection et vestis les tiennes, pour laquelle cause tout ce que -tu veulx je vueil. Certainement s’il estoit possible que je feusse -enformée de tes pensées et vouloirs avant que tu les deisses, quelles -qu’elles feussent je les acompliroie à mon povoir, car il n’est chose -en ce monde, ne parens, ne amis, ne ma propre vie, qui à vostre amour -se puisse comparer. - -Le marquis de Saluces oyant la response de sa femme, et en son cuer -merveillant et pensant si grant vertu et constance non pareille et la -vraie amour qu’elle avoit à luy, ne respondi riens, mais ainsi comme -s’il fust troublé de ce que faire se devoit de son fils, s’en ala la -chière basse, et assez tost après, ainsi comme autresfois avoit fait, -envoia un sergent loyal secrètement à la marquise. Lequel sergent après -maintes excusations et démonstrant doulcement qu’il estoit nécessaire à -lui de obéir à son seigneur, très humblement et piteusement demandoit -pardon à sa dame se autresfois il lui avoit fait chose qui lui -despleust, et se encores luy convenoit faire, qu’elle luy pardonnast -sa grant cruaulté, et demanda l’enfant. La dame, sans arrest et sans -nul signe de douleur, prist son beau fils entre ses bras et sans gecter -larmes ne soupirs longuement le regarda, et comme elle avoit fait de -sa fille, elle le signa du signe de la croix et le béneist en baisant -doulcement et le bailla au sergent en disant: Tien, mon amy, fais ce -qui t’est commandé, d’une chose[222] comme autresfois, ainçois je te -prie, se faire se peut, que les tendres membres de cestui enfant tu -vueilles garder de la vexation et dévoration des oyseaulx et des bestes -sauvaiges. - -Le sergent print l’enfant et porta secrètement à son seigneur et lui -raconta tout ce qu’il avoit oy de sa dame, dont le marquis trop plus -que devant se merveilla du grant et constant courage de sa femme, et -s’il n’eust bien congneu la grant amour qu’elle avoit à ses enfans, -il peust penser que tel courage ne procédoit pas d’umanité, mais de -cruaulté bestiale, et veoit bien clèrement que icelle espouse n’amoit -riens soubs le ciel par dessus son mary. - -Le marquis envoia son fils à Boulongne secrètement à sa seur, par la -manière qu’il avoit fait sa fille. Et sa seur la contesse de Péruse, -selon la voulenté son frère le marquis, nourrist sa fille et le fils -si sagement que onques l’on ne peust savoir de qui lesdis enfans -estoient, jusques à tant que le marquis l’ordonna comme cy après -apperra. - -Bien peust au marquis de Saluces ainsi crueulx et très rigoreux mary -souffire la preuve non pareille qu’il avoit faicte de sa femme sans -luy plus essaïer ne donner autre torment. Mais ils sont aucuns qui en -fait de souspeçon, quant ils ont commencé, ne scevent prendre fin ne -appaisier leur courage. - -Toutes ces choses passées, le marquis conversant avec la marquise la -regardoit souventesfois pour veoir s’elle monstroit envers luy aucun -semblant des choses trespassées, mais oncques il n’apperceust en elle -mutation ne changement de couraige. De jour en jour la trouvoit joyeuse -et amoureuse et plus obéissant, par telle manière que nul ne povoit -appercevoir que en icelles deux personnes eust que un courage, lequel -courage et voulenté principalment estoit du mary, car ceste espouse, -comme dit est dessus, ne vouloit pour elle ne par elle aucune propre -affection, mais remettoit tout à la voulenté de son seigneur. - -Le marquis ainsi amoureusement vivant avec sa femme en grant repos et -en grant joie, sceust qu’il estoit sur ce une renommée, c’est assavoir -que pour ce que le marquis non advisant le grant lignage dont il estoit -yssus, honteux de ce qu’il s’étoit conjoint par mariage à la fille -Jehannicola très povre homme, vergongneux de ce qu’il avoit eu deux -enfans, il les avoit fait mourir et gecter en tel lieu que nuls ne -savoient qu’ils estoient devenus. Et combien qu’ils l’amassent bien par -avant comme leur naturel seigneur, toutesvoies pour ceste cause ils le -prenoient en haine laquelle il sentoit bien. Et néantmoins ne voit-il -fleschir ne amolier son courage rigoreux, mais pensa encores par plus -fort argument et ennuyeuse manière prouver et tempter son espouse, par -prendre autre femme. - -Douze ans estoient jà passés que la fille avoit esté née; le marquis -manda secrètement à Romme au saint père le Pape et fist impétrer unes -bulles saintifiées par lesquelles la renommée ala à son peuple que le -marquis avoit congié du Pape de Romme que pour la paix et repos de luy -et de ses subjects, son premier mariage délaissé et dégecté, il peust -prendre à mariage légitime une autre femme. Laquelle chose fust assez -créable au peuple rude qui estoit indigné contre son seigneur. Ces -froides nouvelles de ceste bulle, que le marquis devoit prendre une -autre femme, vindrent aux oreilles de Grisilidis fille de Jehannicola, -et se raisonnablement fut troublée en son courage nul n’en doit avoir -merveille. Mais elle qui une fois d’elle mesmes et des siens s’estoit -soubsmise à la voulenté de son seigneur, de son fait franchement -délibérée et conseillée, prist cuer en soy, et comme toute reconfortée -conclut qu’elle attendroit tout ce que cellui ouquel elle s’estoit -toute soubsmise en vouldroit ordonner. - -Lors manda et escript à Boulongne le marquis au conte de Péruse et à sa -seur qu’ils lui amenassent ses enfans, sans dire de qui ils estoient, -et sa seur rescript que ainsi le feroit-elle. Ceste venue fust tantost -publiée, et fut la renommée de courir par tout le païs qu’il venoit -belle vierge extraicte de grant lignaige qui devoit estre espouse du -marquis de Saluces. - -Le conte de Péruse acompaignié de grans chevaliers et de dames se -départi de Boulongne et amena avecques luy le fils et la fille du -marquis. Et estoit le fils de l’aage de huit ans et la fille de l’aage -de douze ans laquelle estoit très belle de corps et de visaige et -preste à marier, et estoit parée de riches draps, de vestemens et de -joyaulx, et à certain jour ordonné devoit estre à Saluces. - -Entretant que le conte de Péruse et les enfans estoient au chemin, -le marquis de Saluces appella Grisilidis s’espouse en la présence -d’aucuns de ses barons et lui dist telles paroles: Ès temps passés, -je me délictoie assez de ta compaignie par mariage, tes bonnes meurs -considérant et non pas ton lignaige, mais à présent, si comme je voy, -grant fortune chiet sur moy et suis en un grant servaige, ne il ne -m’est pas consentu que un povre homme laboureur dont tu es venue ait si -grant seigneurie sur mes vassaulx. Mes hommes me contraignent, et le -Pape le consent, que je prengne une autre femme que toy laquelle est ou -chemin et sera tantost icy. Soies doncques de fort courage, Grisilidis, -et laisse ton lieu à l’autre qui vient. Prens ton douaire et appaise -ton couraige. Va-t’en en la maison ton père; nulle riens qui soit à -l’omme ou à la femme en ce monde ne peut estre perpétuel. - -Lors respondi Grisilidis et dist ainsi: Monseigneur, je créoie bien, -ou au moins le pensoie-je, que entre ta magnificence et ma povreté -ne povoit avoir aucune proportion ne températion, ne oncques je ne -me réputay estre digne d’estre non tant seulement ton espouse, mais -d’estre ta meschine, et en ce palais cy ouquel tu m’as fait porter -et maintenir comme dame, je prens Dieu en tesmoingnage que je me -suis toujours réputée et démenée comme ancelle, et de tout le temps -que j’ay demouré avec toy je te rens grâces, et de présent je suis -appareilliée de retourner en la maison mon père en laquelle je useray -ma vieillesse et vueil mourir comme une bieneureuse et honnorable -vefve, qui d’un tel seigneur ay esté espouse. Je laisse mon lieu à -Dieu qui vueille que très bonne vierge viengne en ce lieu ouquel j’ay -très joyeusement demouré, et puisque ainsi te plaist, je, sans mal et -sans rigueur, me pars. Et quant est à mon douaire que tu m’as commandé -que je doie emporter, quel il est je le voy. Tu scez bien, quant tu -me prins, à l’issue de l’hostel de mon père Jehannicola, tu me feis -despouillier toute nue et vestir de tes robes avec lesquelles je vins -à toy, ne oncques avecques toy je n’apportay autres biens ou douaire -fors que foy, loyauté, révérence et povreté. Vecy doncques ceste robe -dont je me despouille, et si te restitue l’annel dout tu me espousas; -les autres anneaulx, joyaulx, vestemens et aournemens par lesquels -j’estoie aournée et enrichie sont en ta chambre. Toute nue de la -maison mon père je yssis, et toute nue je y retourneray, sauf que ce -me sembleroit chose indigne que ce ventre ouquel furent les enfans que -tu as engendrés deust apparoir tout nu devant le peuple, pour quoy, -s’il te plaist et non autrement, je te prie que pour la récompensation -de ma virginité que je apportay en ton palais et laquelle je n’en -rapporte pas, il te plaise à commander que une chemise me soit laissée, -de laquelle je couvriray le ventre de ta femme, jadis marquise, et que -pour ton honneur je me parte au vespre. - -Lors, ne se pot plus le marquis tenir de plourer de la pitié qu’il eust -de sa très loyale espouse. Il tourna sa face et larmoiant commanda -que au vespre une seule chemise luy fust baillée. Ainsi fut fait; au -vespre elle se despouilla de tous ses draps et deschaussa et osta les -aournemens de son chief, et de sa seule chemise que son seigneur lui -avoit fait bailler humblement se vesti, et de ce fut contente, et se -parti du palais nus piés, le chief descouvert, acompaignée de barons et -de chevaliers, de dames et de damoiselles qui plouroient et regardoient -ses grans vertus, loyaulté et merveilleuse bonté et patience. Chascun -plouroit, mais elle n’en gecta une seule larme; mais honnestement et -tout simplement, les yeulx baissiés, vint vers l’hostel de son père -Jehannicola, lequel oy le bruit de la venue de si grant compaignie. Et -pour ce que cellui Jehannicola qui estoit vieil et sage avoit tousjours -tenu en son cuer les nopces de sa fille pour souspeçonneuses, créant -que quant son seigneur seroit saoul du petit mariage d’une si povre -créature, de légier, luy qui estoit si grant seigneur, lui donroit -congié, fut adoncques tout effréé et soudainement vint à l’uis et vit -que c’estoit sa fille toute nue, et lors prist hastivement la povre et -dessirée robe qu’elle avoit pieçà laisiée, et tout larmoyant acourut -à l’encontre de sa fille laquelle il baisa et revesti et couvri de -sa dicte vieille robe. Et quant Grisilidis fut venue sur le seuil de -l’uis de l’hostel de son père, elle, sans monstrer aucun semblant de -desdaing ne de courroux, se retourna devers les chevaliers, dames et -damoiselles qui l’avoient acompaignée, et de leur compaignie et convoy -les mercia doulcement et humblement, et leur dist et monstra par belles -et doulces paroles que pour Dieu elles ne voulsissent ne dire, ne -penser, ne croire que son seigneur le marquis eust aucunement tort vers -elle, qu’il n’estoit mie ainsi, mais avoit bonne cause de faire tout -ce qu’il luy plaisoit d’elle qui bien estoit tenue de le souffrir et -endurer. Et aussi véoient-elles bien que à elle n’en desplaisoit point, -en elles admonestant que, pour l’amour de Dieu, elles voulsissent amer -léalment leurs maris et très cordieusement et de toute leur puissance -les servir et honnourer, et que plus grant bien et greigneur renommée -ne meilleure louenge ne povoient-elles en la parfin acquérir, et leur -dist adieu. Et ainsi entra en l’hostel de son père, et les seigneurs -et dames qui l’avoient convoiée s’en retournèrent plourans et fort -gémissans et souspirans, tellement qu’ils ne povoient regarder l’un -l’autre ne parler l’un à l’autre. - -Grisilidis du tout en tout fut contente; oublieuse et nonchalant des -grans aises et des grans richesses qu’elle avoit eues et des grans -services, révérences et obéissances que l’en lui avoit faictes, se -tint avec son père à petite vie, comme devant, povre d’esperit et en -très grant humilité vers ses povres amies et anciennes voisines de son -père, et vesquit de moult humble conversation. Or peut-l’en penser -quelle douleur et desconfort avoit le povre Jehannicola qui estoit en -sa vieillesse voyant sa fille en un si povre et si petit estat comme -elle estoit, après si grans et si haultes honneurs et richesses; mais -c’estoit un merveilleux bien de veoir comment bénignement, humblement -et sagement, elle le servoit, et quant elle le véoit pensif, comment -sagement elle le reconfortoit, et après le mettoit en parole d’autre -matière. - -Moult de jours passés comme dist est, le conte de Péruse et sa noble -compaignie approuchèrent, et toutes les gens du païs murmuroient des -nopces du marquis. Le conte de Péruse, frère du marquis, envoia -plusieurs chevaliers devant pour certifier à son frère le marquis de -Saluces le jour de sa venue, et qu’il amenoit avec luy la vierge que -le marquis devoit espouser; car en vérité icellui conte de Péruse ne -savoit riens que les enfans que la contesse sa femme avoit nourris -fussent enfans d’icelluy marquis, car celle contesse de Péruse avoit -la chose tenue secrète vers son mary en nourrissant sa niepce et son -nepveu, et par les paroles de la contesse pensoit le conte que ce -fussent enfans d’estrange païs, si comme par leur belle manière les -enfans le monstroient. Et avoit le conte espérance que puis que la -fille seroit mariée au marquis, et les nouvelles en iroient par le -monde, l’en saroit tantost qui seroit le père. - -Lors le marquis de Saluces manda querre Grisilidis, et que tantost elle -venist en son palais; laquelle, sans contradiction vint. Et le marquis -lui dist: Grisilidis, la pucelle que je doy espouser sera demain cy au -disner, et pour ce que je désire qu’elle et le conte mon frère et les -autres seigneurs de leur compaignie soient honnourablement receus, et -en telle manière que à un chascun soit fait honneur selon son estat, et -par espécial pour l’amour de la vierge qui vient à moy, et je n’ay en -mon palais femme ne meschine qui si bien le sache faire à ma voulenté -comme toy, (car tu congnois mes meurs et comment l’en doit recevoir -tels gens, et si scez de tout mon palais les chambres, les lieux et les -ordonnances;) pour ce vueil-je que tu n’aies regart ou temps passé et -n’aies honte de ta povre robe, et que nonobstant ton petit habit, tu -preignes la cure de tout mon fait, et tous les officiers de mon hostel -obéiront à toy. Grisilidis respondit liement: Monseigneur, non tant -seulement voulentiers, mais de très bon cuer, tout ce que je pourray à -ton plaisir feray, ne n’en seray jamais lasse ne traveillée, et ne m’en -feindray, tant que les reliques de mon povre esperit demourront en mon -corps. - -Lors Grisilidis comme une povre ancelle prist les vils instrumens et -les bailla aux mesgnies, et commanda aux uns à nettoier le palais et -aux autres les estables, enorter les officiers et meschines de bien -faire chascun en son endroit la besongne espéciale, et elle emprist à -drécier et à ordonner les lits et les chambres, tendre les tappis de -haulte lice et toutes choses de broderie et devises qui appartenoient -aux paremens du palais, comme pour recevoir l’espouse de son seigneur. -Et combien que Grisilidis fust en povre estat et en l’abit d’une povre -ancelle, si sembloit-il bien à tous ceulx qui la véoient qu’elle fust -une femme de très grant honneur et de merveilleuse prudence. Ceste -vertu, ce bien et ceste obéissance est assez grant pour toutes les -dames esmerveillier. - -L’endemain, heure de tierce, le conte, avecques luy la pucelle et son -frère et toute la compaignie, entrèrent en Saluces. Et de la beaulté -de la vierge et de son frère et de leur belle manière chascun se -esmerveilloit, et aucuns en y eust qui dirent: Gaultier le marquis -change sagement son mariage, car ceste espouse est plus tendre et plus -noble que n’est la fille Jehannicola. - -Ainsi entrèrent et descendirent au palais à grant joie. Grisilidis -qui à toutes ces choses estoit présente et qui se démonstroit toute -reconfortée d’un si grant cas à elle si près touchant, et de sa povre -robe non vergongneuse, à lie face, vint de loing à l’encontre de la -pucelle et de loing humblement la salua à genoulx, disant: Bien soiez -venue, madame, et puis au fils, et puis au conte, et humblement les -salua aussi en disant: Bien viengnez-vous avec ma dame. Et mena chascun -en sa chambre qui estoient richement appareillées. Et quant ils eurent -veu et advisé les fais et les manières de Grisilidis, à la parfin tous -se esmerveillèrent comment tant de si bonnes meurs povoient estre en si -povre habit. - -Grisilidis, après ces choses, se traït devers la pucelle et devers -l’enfant, ne de avec eulx ne se povoit partir. Une heure regardoit à -la beaulté de la fille, et puis du jeune fils la gracieuse manière, -et ne se povoit saouler de les fort louer. L’heure approucha que l’en -devoit aler à la table. Le marquis lors devant tous appella Grisilidis -et à haulte voix lui dist: Que te semble, Grisilidis, de ceste moie -espouse? N’est-elle pas assez belle et honneste? Grisilidis, haultement -et sagement, à genoulx, respondi: Certainement, monseigneur, c’est -la plus belle et la plus honneste à mon gré que je veisse oncques. -Monseigneur, avec ceste pourrez-vous mener joyeuse vie et honneste, -laquelle chose en bonne foy je désire, mais, monseigneur, je vous vueil -prier et admonester que vous ne vueilliez pas molester ceste nouvelle -espouse d’estranges admonestemens, car, monseigneur, vous povez penser -que ceste est jeune et de grant lieu venue, doulcement nourrie, et ne -les pourroit pas souffrir comme l’autre a souffert, si comme je pense. - -Lors le marquis oyant les doulces et sages paroles de Grisilidis et -considérant la bonne chière et grant constance qu’elle monstroit et -avoit tousjours monstré, eust en son cuer une piteuse compassion et -ne se peut plus tenir de monstrer sa voulenté, et en la présence de -tous à haulte voix dist ainsi: O Grisilidis! Grisilidis! je vois et -congnois, et me souffist assez ta vraie foy et loyaulté; et l’amour -que tu as vers moy, ta constant obédience et vraie humilité sont par -moy esprouvées et très bien congneues et me contraignent de dire que -je croy qu’il n’y a homme dessoubs le ciel qui s’espouse ait tant -esprouvée comme j’ay toy. Et lors Grisilidis mua couleur, à tout le -chief enclin[223] par honneste vergongne, pour les grans louenges dont -elle estoit devant tant de peuple louée du marquis son seigneur. Lequel -adoncques larmoyant l’embrassa en la baisant et luy dist: Tu seule es -mon espouse, ne autre espouse jamais je n’aray. Celle que tu pensoies -estre ma nouvelle espouse est ta fille, et cestui enfant est ton fils: -lesquels deux enfans estoient perdus par l’opinion de nos subjects. -Sachent donc tous ceulx qui le contraire pensoient que j’ay voulu -ceste ma loyale espouse curieusement et rigoreusement esprouver, et -non pas pour la contemner ou despire, et ses enfans ay-je fait nourrir -secrètement par ma seur à Boulongne, et non pas occire ne tuer. - -La marquise Grisilidis lors oyant les paroles de son mary cheist -devant lui toute pasmée à terre, de joie de veoir ses enfans. Elle fut -tantost relevée et quant elle fut relevée elle prist ses deux enfans et -doulcement les acola et baisa, tellement qu’elle les couvrist tous de -larmes, ne l’en ne les povoit oster d’entre ses bras, dont c’estoit -grant pitié à veoir. Les dames et damoiselles joyeusement plourans -prirent leur dame Grisilidis et tantost l’enmenèrent en une chambre -et lui dévestirent ses povres robes et vestemens et la revestirent -des autres et la receurent à marquise comme il appartenoit. Léans eut -une telle solemnité et telle joie de ce que les enfans du marquis -estoient retournés à inestimable consolation de la mère, du marquis et -de ses amis et subjects, que par tout le pays la grant joie en fust -respandue, et ce jour ou palais de Saluces eut de pitié maintes larmes -respandues, ne ne se povoient saouler de léalment recorder les grans -vertus non pareilles de Grisilidis qui mieulx sembloit estre fille -d’un empereur par contenance, ou de Salemon par prudence, que fille -du povre Jehannicola. La feste fut trop plus grande et plus joyeuse -qu’elle n’avoit esté de leurs nopces, et vesquirent depuis ensemble -le marquis et la marquise l’espace de vingt ans en grant amour, paix -et concorde. Et quant est de Jehannicola père de Grisilidis duquel le -marquis n’avoit fait compte ès temps passés pour esprouver sa fille, -icellui marquis le fist translater ou palais de Saluces et là le tint -le marquis à grant honneur tous les jours de sa vie. Sa fille aussi -maria icellui marquis haultement et puissamment, et aussi, quant son -fils fut en aage, il le maria et ot enfans lesquels il vit; et après sa -fin gracieuse il laissa son fils hoir et successeur de Saluces, à grant -consolation de tous ses amis et subjects. - -Chère seur, ceste histoire fut translatée par maistre François Pétrac -poëte couronné à Romme, non mie pour mouvoir les bonnes dames à avoir -patience ès tribulations que leur font leurs maris pour l’amour -d’iceulx maris tant seulement, mais fut translatée pour monstrer que -puisque ainsi est que Dieu, l’Église et raison veullent qu’elles soient -obéissans, et que leurs maris veullent qu’elles aient tant à souffrir, -et que pour pis eschever il leur est nécessité de eulx soubsmettre du -tout à la voulenté de leurs maris et endurer patiemment ce que iceux -maris veulent, et que encores et néantmoins icelles bonnes dames les -doient celer et taire et nonobstant ce les rappaisier, rappeller, et -elles retraire et raprouchier tousjours joyeusement à la grâce et -amour d’iceulx maris qui sont mortels, par plus forte raison doivent -hommes et femmes souffrir patiemment les tribulations que Dieu qui est -immortel, éternel et pardurable leur envoie, et nonobstant mortalité -d’amis, perte de biens, d’enfans, ne de lignage, desconfiture par -ennemis, prises, occisions, pertes, feu, tempestes, orage de temps, -ravine d’eaue ou autres tribulations soudaines, tousjours le doit-on -souffrir patiemment et retourner joindre et rappeller amoureusement et -attraiement[224] à l’amour du souverain immortel, éternel et pardurable -seigneur, par l’exemple de ceste povre femme née en povreté, de menues -gens sans honneur et science, qui tant souffri pour son mortel ami. - -Et je qui seulement pour vous endoctriner l’ay mise cy, ne l’y ay pas -mise pour l’applicquer à vous, ne pour ce que je vueille de vous telle -obéissance, car je n’en suis mie digne, et aussi je ne suis mie marquis -ne ne vous ay prise bergière, ne je ne suis si fol, si oultrecuidié, -ne si jeune de sens, que je ne doie bien savoir que ce n’appartient -pas à moy de vous faire tels assaulx, ne essais ou semblables. Dieu -me gart de vous, par ceste manière ne par autres, soubs couleur de -faulses simulations, vous en essaier! Ne autrement en quelque manière -ne vous vueil-je point essaier, car à moy souffist bien l’espreuve jà -faicte par la bonne renommée de vos prédécesseurs et de vous, avecques -ce que je sens et voy à l’ueil et congnois par vraie expérience. Et me -excuse se l’histoire parle de trop grant cruaulté, à mon advis, plus -que de raison. Et croy que ce ne fust oncques vray, mais l’histoire est -telle et ne la doy pas corriger ne faire autre, car plus sage de moy la -compila et intitula. Et désire bien que puisque autres l’ont veue, que -aussi vous la véez et sachiez de tout parler comme les autres. - -Ainsi, chère seur, comme j’ay dit devant que vous devez estre obéissant -à cellui qui sera vostre mary, et que par bonne obéissance une -preudefemme acquiert l’amour de son mary, et en la fin a de lui ce -qu’elle désire: ainsi puis-je dire que par deffault d’obéissance, ou -par haultesse se vous l’emprenez, vous destruisez vous et vostre mary -et vostre mesnaige. Et j’en tray à exemple un raconte qui dit ainsi: -Il advint que deux mariés eurent contention l’un contre l’autre, c’est -assavoir la femme contre le mary; car chascun d’eulx se disoit estre -le plus sage, le plus noble de lignée et le plus digne, et allégoient -comme fols plusieurs raisons l’un contre l’autre, et si aigrement garda -la femme sa rigueur contre le mary qui au commencement, par aventure, -ne l’avoit pas doctrinée doulcement, que pour eschever dommageux -esclandre il convint que amis s’en entremissent. Plusieurs assemblées -d’amis en furent faictes, plusieurs reprouches entregectés, et nul -remède n’y povoit estre trouvé que la femme par son orgueil ne voulsist -avoir ses drois tous esclarcis par poins, et que les obéissances et -services que les amis disoient qu’elle devoit faire à son mary lui -fussent mis et escripts par articles d’une part, et autant et autel à -son mary pour elle d’autre part; et à tant devoient demourer ensemble, -se non en amour, ou mains en paix. Ainsi fut fait et demourèrent depuis -par aucun temps que la femme gardoit et garda estroitement son droit -par sa cédule contre son mary, ouquel mary, pour pis eschever, il -convenoit avoir ou faindre patience en despit qu’il en eust, car il -avoit pris trop tart à l’amender. - -Un jour aloient en pélerinage et leur convint passer un fossé pardessus -une estroite planche. Le mary passa le premier, puis se retourna et -vist que sa femme estoit paoureuse et n’osoit passer après luy; si -doubta le mary que s’elle passoit, la paour mesmes ne la feist cheoir, -et retourna charitablement à elle et la print et tint par la main; et -en la menant du long de la planche, la tenoit, et en parlant à elle -l’asseuroit qu’elle n’eust point paour, et tousjours parloit à elle et -aloit le bons homs à reculons; si chéy en l’eaue qui estoit parfonde -et se combatist fort en l’eaue pour eschever le péril de noyer, si -s’arresta et se tint à une vieille planche qui de grant temps passé y -estoit cheute et qui là flotoit, et dist à sa femme que à l’aide de son -bourdon qu’elle portoit, elle tirast la planche au bort de l’eaue pour -lui sauver. Elle luy respondi: Nennil, nennil, dist-elle, je regarderay -premièrement en ma cédule s’il y est escript que je le doie faire, et -s’il y est, je le feray: et autrement, non. Elle y regarda, et pour -ce que sa cédule n’en faisoit point mention, elle luy respondi qu’elle -n’en feroit rien, et le laissa et s’en ala. Le mary fut en l’eaue lonc -temps et tant qu’il fut sur le point de morir. Le seigneur du pays et -ses gens passèrent par illecques et le virent et le rescouirent qu’il -estoit près de mort. Ils le feirent chaufer et aisier, et quant la -parole lui fut revenue, l’en lui demanda le cas: il le raconta comme -dessus; le seigneur fist suivir et prendre la femme et la fist ardoir. -Or véez quelle fin son orgueil lui donna, qui par sa grant inobédience -vouloit si estroitement garder sa raison contre son mary. - -Et, par Dieu, il n’est pas tousjours saison de dire à son souverain: -Je n’en feray riens, ce n’est pas raison; plus de bien vient d’obéir, -et pour ce je tray à exemple la parole de la benoite vierge Marie, -quant l’ange Gabriel luy apporta la nouvelle que nostre Seigneur -s’enumbreroit en elle. Elle ne respondi pas: ce n’est pas raison, je -suis pucelle et vierge, je n’en souffreray rien, je seroie diffamée; -mais elle obéissamment respondi: _Fiat michi secundum verbum tuum_, -qui vault autant à dire comme: ce qui luy plaist soit fait. Ainsi -elle fut vraie humble et obéissant, et par son humilité et obéissance -grant bien nous est venu, et par inobédience et orgueil grant mal et -mauvaise conclusion vient, comme il est dit dessus de celle qui fut -arse, et comme on lit en la Bible de Ève, par la désobéissance et -orgueil de laquelle elle et toutes celles qui après elle sont venues -et vendront, furent et ont esté par la bouche de Dieu mauldictes. Car, -si comme dit l’Historieur, pour ce que Ève pécha doublement elle eust -deux maléditions. Premièrement, quand elle s’éleva par orgueil et -que elle voult estre semblable à Dieu: pour ce fut-elle abaissiée et -humiliée en la première malédition où Dieu dist ainsi: _Multiplicabo -ærumnas tuas et sub potestate viri eris, et ipse dominabitur tibi_. -C’est à dire: Je multiplieray tes peines, tu seras soubs la puissance -d’homme, et il aura seignourie sur toy. L’Histoire dit que avant -qu’elle péchast, elle estoit bien aucunement subjecte à homme pour ce -qu’elle avoit esté faicte d’homme et de la coste d’icellui, mais icelle -subjection estoit moult doulce et attrempée et naissoit de droicte -obéissance et fine[225] voulenté, mais après ceste malédition, elle fut -de tout en tout subjecte par nécessité et voulsist ou non, et toutes -les autres qui d’elle vindrent et vendront ont eu et auront à souffrir -et obéir à ce que leurs maris vouldront faire, et seront tenues de -entériner[226] leurs commandemens. La seconde malédition fut telle: -_Multiplicabo conceptus tuos; in dolore paries filios tuos_. Dist Dieu: -Je multiplieray tes concevemens, c’est à dire: tu concevras plusieurs -enfans en douleur, et en travail enfanteras tes fils. L’Histoire dit -que la malédition ne fut pas pour l’enfant, mais de la douleur que -femmes ont à l’enfanter. - -Aussi véez-vous la malédition que nostre Seigneur voult donner pour -la désobéissance[227] de Lucifer. Car jadis Lucifer fut le plus -solemnel ange, et le mieulx amé et le plus prouchain de Dieu qui fust -adoncques en paradis, et pour ce estoit-il de tous appellé Lucifer, -c’est _quasi lucem ferens_, qui est à dire portant lumière, car au -regart des autres toute clarté et toute joie estoit où il venoit pour -ce qu’il représentoit et donnoit souvenance d’icellui souverain -Seigneur qui tant l’amoit et dont il venoit et duquel il estoit si -prouchain. Et si tost que icelluy Lucifer laissa humilité et en orgueil -haussa son courage, le mist nostre Seigneur plus loing de luy, car -il le fist trébuchier plus bas que nul autre, c’est assavoir ou plus -parfont d’enfer où il est le plus ort, le pire et le plus meschant des -meschans. Aussi pareillement sachiez que vous serez si prouchaine de -vostre mary que partout où il vendra il portera mémoire, souvenance et -remembrance de vous. Et vous le véez de tous mariés, car tantost que -l’en voit le mary, l’en lui demande: comment le fait[228] vostre femme? -Et aussi, quant l’en voit la femme, l’en luy demande: comment le fait -vostre mary? Tant est la femme jointe avecques le mary. - -Doncques véez-vous, tant par les jugemens de Dieu mesmes que par les -exemples dessus allégués, que se vous n’estes obéissant en toutes -choses grandes et petites à vostre mary qui sera, vous serez plus à -blasmer et punir de vostre dit mary que un autre qui luy désobéiroit, -en tant que vous estes plus prouchaine de lui. Se vous estiez moins -obéissant, et vostre chamberière luy feist par amours[229] et service -ou autrement, obéissance tellement que en vous délaissant il convenist -à elle commettre les espéciaulx besongnes qu’il vous devroit commettre, -et il ne vous commeist riens et vous laissast derrière, que diroient -vos amis? Que présumeroit vostre cuer quant il s’en apparcevroit? -Et puis que il auroit traîné[230] son plaisir illecques, comment le -pourriez-vous depuis retraire? Certes, il ne serait mie en vostre -puissance. - -Et, pour Dieu, gardez-vous que ce meschief n’aviengne, que une seule -fois il prengne autruy service que le vostre. Et doncques vous -soient ses commandemens, mesmement les petis qui de prime face vous -sembleroient estre de nulle valeur ou estranges, tellement attachés -au cuer que de vos plaisirs ne vous chaille fors que des siens, et -gardez que par vostre main et par vous mesmes et en vostre personne -les siens soient achevés; et quant à lui ne à ses affaires qui vous -appartendront, ne souffrez aucun approucher, ne nul n’y mette la main -que vous, et les vostres affaires soient par vous commandés et commis à -vos enfans et à vos privés mesgnies qui sont dessoubs vous, à chascun -selon son endroit, et s’ils ne le font, si les en punissez. - -Et pour ce que je vous ay dit que vous soiez obéissant à vostre mary -qui sera, c’est assavoir plus que à nul autre et pardessus toute -autre créature vivant, peut ceste parole d’obédience estre entendue -et à vous déclairée; c’est assavoir que en tous cas, en tous termes, -en tous lieux et en toutes saisons, vous faictes et acomplissiez -sans redargution tous ses commandemens quelconques. Car sachiez que -puis qu’il soit homme raisonnable et de bon sens naturel, il ne vous -commandera riens sans cause, ne ne vous laissera riens faire contre -raison. Jasoit-ce qu’ils sont aucunes femmes qui pardessus la raison -et sens de leurs maris veulent gloser et esplucher, et encores pour -faire les sages et les maistresses, font-elles plus devant les gens que -autrement, qui est le pis. Car jasoit-ce que je ne vueille mie dire -qu’elles ne doivent tout savoir et que leurs maris ne leur doivent -tout dire, toutesvoies ce doit estre dit et fait à part, et doit -venir du vouloir et de la courtoisie du mary, non mie de l’auctorité, -maistrise et seignourie de la femme qui le doie, par manière de -domination, interroguer devant la gent. Car devant la gent, pour -monstrer son obéissance et pour son honneur garder, n’en doit-elle -sonner mot, pour ce qu’il sembleroit à la gent qui ce orroient que le -mary eust accoustumé à rendre compte de ses vouloirs à sa femme, ce que -femme ne doit pas vouloir que l’en apparçoive, car en tel cas elles se -démonstreroient comme maistresses et dames, et à elles-mesmes feroient -grant blasme, et grant vilenie à leurs maris. - -De rechief, aucunes sont à qui leurs maris commandent faire aucunes -choses qui à elles semblent petites et de petite valeur, et elles -n’ont pas regard à l’encontre de celluy de qui le commandement vient, -ne à l’obéissance qu’elles luy doivent, mais à la valeur de la chose -seulement, laquelle valeur elles jugent selon leur sens et non mie -aucunes fois selon la vérité, car elles ne la scevent pas, puisque -l’en ne leur a dicte. Exemple qui peut avenir: Un homme nommé Robert -qui me doit deux cens frans me vient dire adieu et dit qu’il s’en va -oultre mer et me dit telles paroles: Sire, fait-il, je vous doy deux -cens frans lesquels j’ay bailliés à ma femme qui ne vous congnoist, -mais je lui ay dit qu’elle les baille à celluy qui lui portera son nom -par escript de ma main, et véez-le-cy. Et à tant se part, et tantost -qu’il s’est party de moy, sans dire le cas, je le commande à garder à -ma femme à qui je me fie, laquelle ma femme le fait lire à un autre, -et quant elle voit que c’est le nom d’une femme, elle en pensant à mal -le gecte ou feu, et par courroux me vient dire qu’elle ne daigneroit -estre ma maquerelle. Cy a belle obéissance! Item, je lui bailleray -un festu ou un viés clou ou un caillou qui m’ont esté baillés pour -aucunes enseignes[231] d’aucuns grans cas, ou un fil ou une vergette -de bois pour mesure d’aucune grosse besongne dont, par oubliance ou -par autre adventure, je ne diray riens à ma femme du cas ne de la -matière, mais je luy bailleray pour garder espécialment; celle n’aura -regard fors à la valeur du fil ou de la vergette et autre compte ne -tendra de mon commandement, en despit de ce que je ne luy auray porté -honneur et révérence de lui dire le cas au long. Et communément telles -femmes rebelles, haultaines et couvertes[232], quant pour monstrer leur -maistrise elles ont tout honni[233], elles cuident, en elles excusant, -faire croire à leurs maris qu’elles cuidoient que ce fust un néant et -pour ce n’ont point fait leur commandement; mais se leurs maris sont -saiges, ils voient bien que c’est par desdaing et despit de ce qu’ils -ne leur avoient pas porté telle honneur que de leur dire le cas tantost -et sans délay, et par aventure ont le commandement en nonchalance par -leur fierté, ne ne leur chault en riens du desplaisir de leurs maris, -mais que[234] seulement elles ayent achoison d’elles excuser et dire: -ce n’estoit riens, mais se ce eust esté grant chose, je l’eusse fait. -Et pour tant, ce leur semble, seront excusées, mais il leur semble -mal, car jasoit-ce que lors le mari n’en die rien adonc, toutesvoies -elles perdent tousjours le nom de la vertu d’obéissance, et la tache -de la désobéissance demeure long temps après dedens le cuer du mary si -attachée qu’à une autre fois il en souviendra au mary quant la femme -cuidera que la paix soit faicte et que le mary l’ait oublié. Or escheve -donc femme ce dangereux péril, et prengne garde à ce que dit l’apostre -_Ad Hebreos_ XIIIº: _Obedite_, etc. - -Or dit encores cest article que la femme doit obéir à son mary et -faire ses commandemens quelconques grans et petis, et mesmes les très -petis; ne il ne convient point que vostre mary vous die la cause de son -commandement, ne qui le meut, car ce sembleroit un signe de le vouloir -ou non vouloir faire selon ce que la cause vous sembleroit ou bonne ou -autre, ce qui ne doit pas cheoir en vous ne en vostre jugement, car -à lui appartient de le savoir tout seul, et à vous n’appartient pas -de luy demander, se ce n’est après, à vous deux seulement et à privé. -Car pardessus son commandement vous ne devez avoir en quelque chose -reculement, reffus, retardement ou délay, ne pardessus sa deffence -rien faire, corrigier, acroistre, apeticier, eslargir ou estrecier en -quelque manière; car en tout et partout, soit bien, soit mal que vous -ayez fait, vous estes quictes et délivres en disant: mon mary le m’a -commandé. Encores, se mal vient par vostre ouvrage, si dit-l’en d’une -femme mariée: elle fist bien puis que son mary luy commanda, car en ce -faisant elle fist son devoir. Et ainsi, au pis venir, vous en seriez -non mie seulement excusée, mais bien louée. - -Et à ce propos je vous diray une piteuse merveille et que je plain -bien[235]. Je sçay une femme de très grant nom en bourgeoisie qui est -mariée à une bonne personne, et sont deux bonnes créatures, jeunes -gens paisibles, et qui ont de beaux petis enfans. La femme est blasmée -d’avoir receu la compaignie d’un grant seigneur, mais, par Dieu, -quant l’on en parle, les autres femmes et hommes qui scevent le cas, -et mesmement ceux qui héent ce péchié, dient que la femme n’en doit -point estre blasmée, car son mary luy commanda. Le cas est tel qu’ils -demeurent en une des plus grans cités de ce royaume. Son mary et -plusieurs autres bourgois furent de par le Roy emprisonnés pour une -rébellion que le commun avoit faicte. Chascun jour l’en en coppoit les -testes à trois ou à quatre d’iceulx. Elle et les autres femmes d’iceulx -prisonniers estoient chascun jour devers les seigneurs, plourans et -agenoillans, et les mains joinctes requérans que l’en eust pitié et -miséricorde et entendist-l’en à la délivrance de leurs maris. L’un -des seigneurs qui estoit entour le Roy, comme non crémant Dieu ne sa -justice, mais comme cruel et félon tirant, fist dire à icelle bourgoise -que s’elle vouloit faire sa voulenté, sans faulte il feroit délivrer -son mary. Elle ne respondi riens sur ce, mais dist au messaige que -pour l’amour de Dieu il feist par devers ceulx qui gardoient son mary -en la prison qu’elle veist son mary et qu’elle parlast à luy. Et ainsi -fut fait, car elle fut mise en prison avec son mary, et toute plourant -luy dist ce qu’elle véoit ou povoit apparcevoir des autres, et aussi -de l’estat de sa délivrance, et la vilaine requeste que l’en lui avoit -faicte. Son mary luy commanda que comment qu’il fust elle feist tant -qu’il eschappast sans mort, et qu’elle n’y espargnast ne son corps, -ne son honneur, ne autre chose, pour le sauver et rescourre sa vie. A -tant se partirent l’un de l’autre, tous deux plourans. Plusieurs des -autres prisonniers bourgois furent décapités, son mary fut délivré. Si -l’excuse-l’en d’un si grant cas que, supposé encores qu’il soit vray, -si n’y a-elle ne péchié ne coulpe, ne n’y commist délit ne mauvaistié -quant son mary luy commanda, mais le fist, pour sauver son mary, -sagement et comme bonne femme. Mais toutesvoies, je laisse le cas -qui est vilain à raconter et trop grant, (maudit soit le tirant qui -ce fist!) et revien à mon propos que l’en doit obéir à son mary, et -laisseray les grans cas et prendray les petis cas d’esbatement. - -Par Dieu, je croy que quant deux bonnes preudes gens sont mariés, -toutes autres amours sont reculées, annichilées et oubliées, fors -d’eulx deux, et me semble que quant ils sont présens et l’un devant -l’autre, ils s’entre-regardent plus que autres, ils s’entre-pincent, -ils s’entre-hurtent, et ne font signe ne ne parlent voulentiers, fors -l’un à l’autre. Et quant ils s’entr’éloignent, si pensent-ils l’un -à l’autre, et dient en leur cuer: quant je le verray, je luy feray -ainsi, je luy diray ainsi, je le prieray de tel chose. Et tous leurs -plaisirs espéciaulx, leurs principaulx désirs et leurs parfaictes joies -sont de faire les plaisirs et obéissances l’un de l’autre, et s’ils -s’entre-aiment, il ne leur chault de obéissance ne de révérence, fors -le commun qui est trop petite entre plusieurs. - -Et à ce propos de jeux et esbatemens entre les maris et les femmes, -par Dieu, j’ay ouy dire au bailli de Tournay[236] qu’il a esté en -plusieurs compaignies et disners avecques hommes qui estoient de long -temps mariés, et avecques iceulx a fait plusieurs bourgages[237] et -gaigeures de païer le disner qu’ils auroient fait et plusieurs escos et -disners à païer sur condition que d’illecques tous les compaignons de -l’escot iroient ensemble en l’hostel de tous iceulx mariés, l’un après -l’autre, et celluy de l’assemblée qui aroit femme si obéissant qu’il -la peust arrangéement et sans faillir faire compter jusques à quatre, -sans arrest, contradition, mocquerie ou réplication, seroit quicte de -l’escot, et cellui ou ceulx de qui les femmes seroient rebelles et -répliqueroient, mocqueroient ou desdiroient, icelluy escot rendroient, -ou chascun autant. Et quant ainsi estoit accordé, l’en aloit adoncques -par droit esbatement et par droit jeu en l’hostel Robin qui appelloit -Marie sa femme qui bien faisoit la gorgue[238], et devant tous le mary -luy disoit: Marie, dictes après moy ce que je diray. Voulentiers, -sire.--Marie dictes: empreu[239],--empreu--et deux--et deux--et -trois... Adonc, Marie un peu fièrement disoit: et sept, et douze, et -quatorze! Esgar[240]! vous mocquez-vous de moy? Ainsi le mary Marie -perdoit. Après ce, l’en aloit en l’hostel Jehan qui appelloit Agnesot -sa femme qui bien savoit faire la dame, et luy disoit: dictes après moy -ce que je diray--Empreu.--Agnesot disoit par desdain: et deux. Adonc -perdoit. Tassin disoit à dame Tassine: Empreu.--Tassine par orgueil -disoit en hault: C’est de nouvel! Ou disoit: Je ne suis mie enfant pour -aprendre à compter. Ou disoit: or çà, de par Dieu, esgar, estes-vous -devenu ménestrier? Et les semblables. Et ainsi perdoit; et tous ceulx -qui avoient espousées les jeunes bien aprises et bien endoctrinées -gaignoient et estoient joyeux. - -Regardez mesmes que Dieu qui est sage sur toute sagesse fist pour -ce que Adam, désobéissant et mesprisant le commandement de Dieu ou -deffense, menga la pomme (qui estoit peu de chose à luy que une pomme), -et comment il en fut courroucié; il ne se courrouça pas pour la pomme, -mais pour la désobéissance et le petit compte qu’il tenoit de luy. -Regardez comment il ama la vierge Marie pour son obéissance. Regardez -des obéissances et fais d’Abraham, dont il est parlé cy dessus à deux -feuillets près, qui par simple mandement fist si grans et terribles -choses sans demander la cause. Regardez de Grisilidis, quels fais elle -supporta et endura en son cuer sans demander cause pour quoy, et si -n’y povoit estre apparceu ne considéré cause aucune, ne couleur de -cause, proufit à venir, ne nécessité de faire, fors que seule voulenté -terrible et espoventable, et si n’en demandoit ne n’en disoit mot, et -dont elle acquist telle louenge que maintenant que sommes cinq cens ans -après sa mort, il est lecture de son bien. - -Et n’est mie maintenant commencement de faire doctrine de l’obéissance -des femmes envers leurs maris. Il est trouvé en Genesy, ou XXIXe -chappitre, que Loth et sa femme se partirent d’une cité; Loth deffendit -à sa femme qu’elle ne regardast point derrière ly. Elle s’en tint une -pièce, et après mesprisa le commandement et y regarda. Incontinent, -Dieu la converti en une pierre de sel, et la demoura, et encores est -telle et sera. C’est propre texte de la Bible et le nous convient -croire par nécessité, ou autrement nous ne serions pas bons chrestiens. -Or véez-vous, se Dieu essayoit adoncques ses amis et ses serviteurs en -bien petites choses, comme pour une pomme l’un, pour regarder derrière -luy l’autre, aussi n’est-ce pas merveille se les maris qui par leur -bonté ont mis tout leur cuer, toutes leurs joies et esbatemens en leurs -femmes et arrière mises toutes autres amours, preignent plaisir en leur -obéissance, et par amoureux esbatement et à autruy non nuisibles les -essayer. - -Et pour ce, en reprenant ce que dessus, comment les maris essaient -l’obéissance des femmes, jasoit-ce que ce ne soit que jeu, toutesvoies -à tous qui estoient désobéis et qui par ce perdoient, le cuer leur -douloit de la mocquerie et de la perte, et quelque semblant qu’ils -en feissent, ils en estoient tous honteux et moins amoureux de leurs -femmes qui leur estoient peu humbles, craintives et obéissans, ce -qu’elles ne devoient pas estre en tant soit petite chose, toutesvoies -s’il n’y avoit grant cause, laquelle cause elle luy devroit dire en -secret et à part. Et sont aucunes fois les jeunes et fols maris si -meschans que sans raison que par petites et inutiles achoisons[241] -dont les commencemens sont venus par jeu et de néant, et par -continuelles désobéissances de leurs preudefemmes, ils amassent et -amoncellent un secret et couvert courroux en leurs cuers dont pis -vient à tous les deux, et aucunes fois se acointent de meschans et -deshonnestes femmes qui les obéissent en toutes choses et honnorent -plus qu’ils ne sont honnorés de leurs preudefemmes; adonc, iceulx -mariés comme fols se assotent[242] d’icelles méchans femmes qui -scevent garder leur paix et iceulx honnorer et obéir à tous propos et -faire leurs plaisirs. Car, ne doubtez, il n’est nul si meschant mary -qui ne vueille estre obéy et esjoy de sa femme, et quant les maris -se treuvent mieulx obéis autre part que devant n’estoient en leurs -hostels, si laissent comme fols à nonchalance[243] leurs espouses -pour les haultesses et désobéissances d’icelles, lesquelles en sont -depuis courroucées après, quant icelles mariées voient que en toutes -compaignies elles ne sont mie si honnourées comme celles qui sont -accompaigniées de leurs maris qui[244] jà, comme fols, sont si fort -par le cuer enlassiés que l’en ne les peut descharner[245]. Et l’en ne -peut mie si légièrement reprendre son oisel quant il est eschappé de la -cage comme de garder qu’il ne s’envole: aussi ne pevent-elles retraire -les cuers de leurs maris, quant iceulx maris ont essayé et trouvé -meilleure obéissance ailleurs, et icelles en donnent à leurs maris la -coulpe qui est à elles mesmes. - -Chère seur, vous véez que comme il est dit des hommes et femmes, l’en -peut dire des bestes sauvaiges, et encores non mie seulement des bestes -sauvaiges, mais des bestes qui ont acoustumé à ravir et à dévorer, -comme ours, loups et lyons: car icelles bestes aprivoise-l’en et -attrait-l’en par leur faire leurs plaisirs, et vont après et suivent -ceulx qui les servent, acompaignent et aiment; et fait-l’en les ours -chevauchier, les singes et autres bestes saillir, dancer, tumber et -obéir à tout ce que le maistre veult; et aussi par ceste raison vous -puis-je monstrer que vostre mary vous chérira, aimera et gardera se -vous pensez à luy faire le sien plaisir. Et pour ce que j’ay dit, et -j’ay dit voir, que les bestes ravissables sont apprivoisées etc., je -dy par le contraire, et vous le trouverez, que non mie seulement vos -maris, mais vos pères et mères, vos seurs, vous estrangeront se vous -leur estes farouche et ne leur soiez débonnaire et obéissant. - -Or savez-vous bien que vostre principal manoir, vostre principal labour -et amour et vostre principal compaignie est de vostre mary, pour -l’amour et compaignie duquel vous estes riche et honnorée, et se il se -desfuit, retrait ou eslonge de vous par vostre inobédience ou autre -quelque cause que ce soit, à tort ou à droit, vous demourrez seule et -despariée, et si vous en sera donné le blasme et en serez moins prisée, -et se une seule fois il ait ce mal de vous, à paine le pourriez-vous -jamais rappaisier que la tache du maltalent ne luy demeure en son -cuer pourtraicte et escripte tellement que jasoit-ce qu’il n’en -monstre rien, ne ne die, elle ne pourra estre de long temps planée ou -effaciée. Et se la seconde désobéissance revient, gardez-vous de la -vengence de laquelle il sera parlé cy après en ce mesmes chappitre -et article, ou § _Mais encores_ etc.[246] Et pour ce, je vous prie, -aimez, servez et obéissez vos maris, mesmes ès très petites choses -d’esbatement, car aucunes fois essaie-l’en en très petites choses, bien -petites, d’esbatement, et qui semblent de nulle valeur pour ce que la -désobéissance d’icelles porte petit dommaige, pour essayer, et par -ce scet-l’en comment l’en se doit attendre d’estre obéy ès grans ou -désobéy; voire mesmement ès choses bien estranges et sauvaiges et dont -vostre mary vous fera commandement soit par jeu ou à certes, si di-je -que vous devez incontinent obéir. - -Et à ce propos je tray un raconte qui dit: Trois abbés et trois mariés -estoient en une compaignie, et entre eulx mut une question en disant -lesquels estoient plus obéissans, ou les femmes à leurs maris, ou les -religieux à leur abbé; et sur ce eurent moult de paroles, d’argumens -et exemples racontés d’une part et d’autre. Se les exemples estoient -vrais, je ne sçay: mais en conclusion ils demourèrent contraires et -ordonnèrent que une preuve s’en feroit loyaument, et secrètement -jurée entre eulx par foy et par serement, c’est assavoir que chascun -des abbés commanderoit à chascun de ses moines que sans le sceu des -autres il laissast la nuit sa chambre ouverte et unes verges soubs son -chevet, en attendant la discipline que son abbé luy vouldroit donner; -et chascun des maris commanderoit secrètement à sa femme, à leur -couchier, et sans ce que aucun de leur mesgnie en sceussent rien, ne -aucun fors eulx deux, qu’elle meist et laissast toute nuit un balay -derrière l’uis de leur chambre; et dedens huit jours rassembleroient -illecques les abbés et les mariés, et jureroient lors d’avoir exécuté -leur essay et de rapporter justement et loyaument, sans fraude, ce -qui en seroit ensuivi; et ceulx ou des abbés ou des mariés à qui l’en -auroit moins obéy paieroient un escot de dix frans. Ainsi fut acordé -et exécuté. Le rapport de chascun des abbés fut tel que, sur l’âme -d’eulx, ils et chascun d’eulx avoient fait le commandement à chascun -de leurs moines, et à mienuit chascun avoit reviseté chascune chambre -et avoient trouvé leur commandement acompli. Les mariés firent après -leur rappors l’un après l’autre. Le premier dit qu’il fist, avant -couchier, secrètement le commandement à sa femme qui luy demanda moult -fort à quoy c’estoit bon et que ce vauldroit. Il ne le voult dire. -Elle refusoit adonc à le faire, et il adonc fist semblant de soy -courroucier, et pour ce elle luy promist qu’elle le feroit. Le soir ils -se couchèrent et envoièrent leurs gens qui emportèrent la clarté[247]. -Il fist adoncques lever sa femme et oy bien qu’elle mist le balay. -Il lui en sceut bon gré et s’endormi un petit, et tantost après se -resveilla et senti bien que sa femme dormoit; si se leva tout bellement -et ala à l’uis et ne trouva point de balay, et se recoucha secrètement -et esveilla sa femme et lui demanda se le balay estoit derrière l’uis; -elle luy dist: oil. Il dit que non estoit et qu’il y avoit esté. Et -lors elle luy dit: par Dieu, pour[248] perdre la meilleur robe que -j’aye, je ne l’y eusse laissié, car quant vous fustes endormy, les -cheveulx me commencèrent à hérisser, et commençay à tressuer et n’eusse -peu dormir tant qu’il eust esté en ceste chambre; si l’ay gecté en -la rue par les fenestres. L’autre dit que depuis ce qu’ils estoient -couchiés il avoit fait relever sa femme, et en grant desplaisance -elle toute courroucée avoit mis le balay derrière l’uis, mais elle -s’estoit revestue incontinent, et parti de la chambre en disant -qu’elle ne coucheroit jà en chambre où il fust, et que voirement ils -pussent les ennemis d’enfer venir; et ala couchier toute vestue avec -sa chamberière. L’autre dit que sa femme lui avoit respondu qu’elle -n’estoit venue ne yssue d’enchanteurs ne de sorciers, et qu’elle ne -savoit jouer des basteaulx[249] de nuit, ne des balais[250], et pour -mourir elle ne le feroit, ne ne consentiroit, ne jamais en l’hostel ne -gerroit s’il estoit fait. - -Ainsi les moines furent obéissans en plus grant chose et à leur abbé -qui est plus estrange: mais c’est raison, car ils sont hommes; et les -femmes mariées furent moins obéissans et en mendre chose et à leurs -propres maris qui leur doivent estre plus espéciaulx, car c’est leur -nature, car elles sont femmes; et par elles perdirent leurs maris dix -frans et furent déceus de leur oultrageuse vantance, qui se estoient -vantés de l’obéissance de leurs femmes. Mais je vous pry, belle seur, -ne soiez pas de celles, mais plus obéissant à vostre mary qui sera, -et en petite choses, et en estranges, soit à certes, par jeu, par -esbatement, ou autrement: car tout est bon. - -Par Dieu, je veis à Meleun[251] une chose aussi bien estrange, un -jour que le sire d’Andresel estoit capitaine de la ville; car en -plusieurs lieux les Anglois estoient logiés à l’environ: les Navarrois -estoient logiés dedens le chastel. Et un après-disner le dit sire -d’Andresel[252] estoit à la porte et luy ennuyoit et se démenoit -qu’il ne savoit où aler esbatre pour passer le jour; un escuier luy -dit: Sire, voulez-vous aler veoir une damoiselle demourant en ceste -ville qui fait quanque son mary luy commande? Le sire d’Andresel -lui respondi: oyl, alons. Lors il se prirent à aler, et en alant -fut monstré au sire d’Andresel un escuier duquel l’en luy dit que -c’estoit le mary d’icelle demoiselle. Le sire d’Andresel l’appella et -lui demanda se sa femme faisoit ce qu’il lui commandoit. Et icellui -escuier luy dit: par Dieu, Sire, oy, s’il n’y a villenie grant. Et -le sire d’Andresel luy dit: Je mettray à vous pour un disner, que je -vous conseilleray à luy faire faire telle chose où il n’y aura point -de villenie et si ne le fera pas. L’escuier respondi: Certes, Sire, -elle le feroit et gaigneroie; et par autres plusieurs manières puis-je -gaignier plus honnourablement avecques vous, et par ceste aray-je plus -d’onneur à perdre et païer le disner; si vous prie que vous gaigez -qu’elle le fera et je gaigerai que non. Le sire d’Andresel dit: Je -vous commande que vous gaigiez ainsi que j’ay dit. Adonc l’escuier -obéist et accepta la gaigeure. Le sire d’Andresel vouloit estre présent -et tous ceulx qui là estoient; l’escuier dist qu’il le vouloit bien. -Adoncques le sire d’Andresel qui tenoit un baston lui dit: Je vueil que -si tost que nous serons arrivés, et sans dire autre chose, que devant -nous tous vous direz à vostre femme qu’elle saille pardessus ce baston -devant nous trestous, et que ce soit fait sans froncier ou guigner ou -faire aucun signe. Ainsi fut fait, car tous entrèrent en l’hostel de -l’escuier ensemble. Et incontinent la damoiselle leur vint au devant. -L’escuier mist et tint à terre le baston et dit: Damoiselle, saillez -par cy dessus! Elle saillit tantost. Il lui dist: Resaillez! Elle -resaillit encores. Saillez! Elle sailli trois fois sans dire un seul -mot fors que voulentiers. Le sire d’Andresel fut tout esbahi et dit -qu’il devoit et paieroit le disner l’endemain en son hostel d’Andresel. -Et tantost se partirent tous pour aler là; et tantost qu’il fut entré -en la porte d’Andresel, la dame d’Andresel vint au devant et s’enclina. -Tantost que le sire d’Andresel fut descendu, il qui tenoit encores -le baston pardessus lequel la damoiselle avoit sailli à Meleun, mist -icellui baston à terre et cuida pardessus icelluy faire saillir la dame -d’Andresel qui de ce faire fut refusant; dont le sire d’Andresel fut -parfaictement courroucié. Et du surplus je me tais, et pour cause: mais -tant en puis-je bien dire, et le sçay bien, que s’elle eust acompli le -commandement de son mary, lequel il faisoit plus pour jeu et pour essay -que pour prouffit, elle eust mieulx gardé son honneur et mieux lui en -eust pris; mais à aucunes ne vient pas tousjours bien et à aucunes si -fait. - -Et encores à ce propos je puis bien dire une chose bien aussi estrange, -que une fois, ès jours d’esté, je venoie de devers Chaumont en Bassigny -à Paris, et à une heure de vespres me arrestay pour logier en la ville -de Bar sur Aube. Plusieurs des jeunes hommes de la ville mariés en -icelle, desquels aucuns avoient à moy aucune congnoissance, vindrent -à moy prier de soupper avecques eulx, si comme ils disoient, et -disoient leur cas estre tel: ils estoient plusieurs hommes jeunes et -assez nouvellement mariés et à jeunes femmes, et s’estoient trouvés en -une compaignie sans autres gens sages, si avoient enquis de l’estat -l’un de l’autre et trouvèrent par les dis d’un chascun que chascun -d’eulx cuidoit avoit la meilleur et la plus obéissant femme de toutes -obéissances, commandemens et défenses, petites ou grans. Si avoient -pour ce prins complot, si comme ils disoient, d’aler tous ensemble en -chascun hostel de chascun d’eulx, et là le seigneur demanderoit à sa -femme une esguille, ou une espingle, ou unes forcettes[253], ou la -clef de leur coffre, ou aucune chose semblable; et se la femme disoit: -_à quoy faire?_ ou: _qu’en ferez-vous?_ ou: _est-ce à certes?_ ou: -_vous mocquez-vous de moy?_ ou: _je n’en ay point_, ou elle ait autre -réplication ou retardement, le mary paieroit un franc pour le soupper; -et se sans rédargution ou délaier elle bailloit tantost à son mary ce -qu’il demandoit, le mary estoit tenus pour bien eureux d’avoir si saige -femme et obéissant, et pour sage homme de la maintenir et garder en -icelle obéissance et estoit assis au plus hault et ne paieroit riens. - -Et jasoit-ce qu’ils soient aucunes femmes qui à telles menues -estranges choses ne se sauroient ou daigneroient fléchir, mais les -desdaigneroient et mespriseroient et tous ceulx et celles qui ainsi en -useroient, toutesvoies, belle seur, povez-vous bien savoir qu’il est -nécessité que d’aucune chose nature se resjoïsse; mesmes les povres, -les impotens, les maladifs ou enlangourés et ceulx qui sont au lit -de la mort preignent et quièrent plaisir et joye, et par plus forte -raison les sains. Des uns tout leur déduit est de chasser ou vouler: -des autres de jouer d’instrumens: des autres noer[254], ou dancer, ou -chanter, ou jouster: chascun selon sa condition prent son plaisir; -mesmes le vostre quérez-vous diversement en quelques choses diverses; -doncques, se vostre mary qui sera a telle imagination qu’il vueille -prendre son plaisir ou en vostre service ou en vostre obéissance telle -que dessus, si l’en servez et saoulez, et sachiez que Dieu vous aura -fait plus grant grâce que vostre mary prengne plaisir plus en vous -que en une autre chose; car se vous estes la clef de son plaisir, il -vous servira, suivra et aimera pour ce, et s’il a plaisir à autre -chose, il la suivra et serez derrière. Si vous conseille et admonneste -de faire son plaisir en très petites choses et très estranges et en -toutes, et se ainsi le faictes-vous, ses enfans et vous mesmes serez -son ménestrier et ses joyes et plaisirs, et ne prendra pas ses joyes -ailleurs, et sera un grant bien et une grant paix et honneur pour vous. - -Et s’il advient que d’aucune besongne il n’ait point souvenu à vostre -mary quant il s’est parti de vous, et pour ce ne vous en ait parlé, -ne commandé, ne deffendu, toutesvoies devez-vous faire à son plaisir, -quelque plaisir que vous ayez autre, et devez délaisser vostre plaisir -et mettre derrière et tousjours son plaisir mettre devant; mais se la -besongne estoit pesant et de telle attendue que vous peussiez luy faire -savoir, rescrivez luy comment vous créez que sa voulenté soit de faire -ainsi etc. et pour ce vous aiez vouloir de faire à son plaisir, mais -pour ce que en ce faisant tel inconvénient s’en peut ensuir, et telle -perte et tel dommage aussi, et qu’il vous semble qu’il seroit mieulx et -plus honnourable ainsi et ainsi etc., laquelle chose vous n’osez faire -sans son congié, qu’il lui plaise vous mander son vouloir sur ce, et -son mandement vous acomplirez de très bon cuer, de tout vostre povoir -etc. - -Toutes ne font pas ainsi, dont il leur mesvient à la fin, et puis -quant elles sont moins prisées et elles voient les bonnes obéissans -qui sont bieneurées, acompaignées et aimées de leurs maris, icelles -meschans qui ne sont ainsi en guerroient sus à fortune et dient que ce -a fait fortune qui leur a couru sus, et la mauvaistié de leurs maris -qui ne se fient mie tant en elles; mais elles mentent, ce n’a pas fait -fortune: ce a fait leur inobédience et irrévérence qu’elles ont envers -leurs maris qui après ce qu’ils ont moult de fois défailly vers elles -qui leur ont désobéy et irrévéré, ne s’y osent plus fier, et ont quis -iceulx maris et trouvé obéissance ailleurs où ils se fient. - -Et me souvient, par Dieu, que je vis une de vos cousines qui bien aime -vous et moy, et si fait son mary, et vint à moy disant ainsi: Cousin, -nous avons telle besongne à faire, et me semble qu’elle seroit bien -faicte ainsi et ainsi, et me plairoit bien; que vous en semble? Et -je luy dis: Le premier point est de savoir le conseil de vostre mary -et son plaisir; luy en avez-vous point parlé? Et elle me respondi: -par Dieu, cousin, nennil; car par divers moyens et estranges parlers, -j’ay sentu qu’il vouldroit ainsi et ainsi, et non pas comme je dy, -et j’aroie trop chier de la faire comme j’ay dit. Et vous savez, -cousin, qu’il est maindre blasme de faire aucune chose sans le congié -de son souverain que après sa deffense, et je suis certaine qu’il -le me deffendroit et suis certaine qu’il vous aime et tient bonne -personne, et se j’avoie ainsi fait comme je dy, par vostre conseil, -quelque chose qu’il en advenist, puis que je me excuseroie de vostre -conseil, il seroit de légier appaisié, tant vous aime. Et je luy dis: -puis qu’il m’aime, je le doy amer et faire son plaisir, et pour ce -je vous conseille que vous ouvrez selon son plaisir et mettez lei -vostre plaisir au néant. Et autre chose ne peut avoir et s’en parti -toute courroucée de ce que je ne lui aidie à achever sa voulenté qui -estoit toute contraire à la voulenté de son mary; et du courroux de -son mary ne luy chaloit puis qu’elle eust esté oye à dire: _Vous ne -le m’avez point autrement commandé etc. vostre cousin le me conseilla -ainsi à faire_. Or véez-vous son courage et comment la femme est bien -entalentée de faire un grant plaisir à son mary et quelle obéissance -elle luy donne! - -Chère seur, aucunes autres femmes sont, qui quant elles ont désir de -faire une chose en une manière, mais icelle doubte que son mary ne le -vueille pas ainsi, si n’en dure ou pose, et frétille et frémie, et -quant elle apperçoit que son mary et elle sont à seul et parlent de -leurs besongnes, affaires et esbatemens, et la femme par aucuns parlers -prouchains à aucune matière enquiert soubtillement et sent de icelle -besongne que son mary entend à faire et poursuivre par autre voie -qu’elle ne voulsist, adonc la femme met son mary en autre propos, afin -que d’icelluy il ne luy die mie oultréement: _de celle besongne faictes -ainsi_; et cautement se passe et met son mary en autres termes et -concluent sur autre besongne loingtaine à celle. Et tantost que icelle -femme voit son point, elle fait faire icelle première besongne à son -plaisir et ne luy chault du plaisir de son mary duquel elle ne tient -compte et s’atend à soy excuser pour dire: _vous ne m’en avez riens -dit_, car à elle ne chault du courroux ne du desplaisir de son mary, -mais que le sien passe et que sa voulenté soit faicte. Et me semble -que c’est mal fait d’ainsi barater, décevoir et essaier son mary; mais -plusieurs sont, qui tels essais et plusieurs autres font, dont c’est -mal fait, car l’on doit tousjours tendre à faire le plaisir de son -mary quant il est sage et raisonnable; et quant l’en essaie son mary -couvertement et cautement, soubs couverture malicieuse et estrange, -supposé que ce soit pour mieux exploictier, si est-ce mal fait, car -avec son mary l’en ne doit mie besongnier par aguet ou malice, mais -plainement et rondement, cuer à cuer. - -Mais encores est-ce pis quant la femme a mary preudomme et débonnaire -et elle le laisse pour espérance d’avoir pardon ou excusation de mal -faire, si comme il est trouvé ou livre des Sept Sages de Romme[255] que -en la cité avoit un sage vefve, ancien de grant aage, et moult riche -de terre et de bonne renommée qui jadis avoit eu deux femmes espousées -qui estoient trespassées. Ses amis lui dirent que encores il prist -femme. Il leur dist que ils la luy quéissent et que il la prendroit -voulentiers. Ils la luy quirent belle et jeune et advenant de corps, -car à peine verrez-vous jà si vieil homme qui ne prengne voulentiers -jeune femme. Il ot espousé: la dame fut avecques lui un an que point -ne luy feist ce que vous savez. Or avoit icelle dame une mère; un jour -elle estoit au moustier emprès sa mère, si luy dist tout bas qu’elle -n’avoit nul soulas de son seigneur et pour ce elle vouloit amer. Fille, -dist la mère, se tu le faisoies, il t’en mesprendroit trop asprement, -car certes il n’est nulle si grant vengence que de vieil homme, et -pour ce, se tu me crois, ce ne feras-tu mie, car tu ne pourroies jamais -rapaisier ton mary. La fille respondi que si feroit. La mère luy dist: -quant autrement ne peut estre, je vueil que tu essaies, avant, ton -mary. Voulentiers, dist la fille, je le essaieray ainsi: il a en son -vergier une ante[256] qui est tant belle et qu’il aime plus que tous -autres arbres, je la coupperay: si verray se je le pourray rapaisier. A -cest accord demourèrent et à tant se partirent hors du moustier. - -La jeune dame s’en vint à son hostel et trouva que son seigneur estoit -alé esbatre aux champs. Si prent une coignée, vient à l’ante, et y -commence à férir à dextre et à sénestre tant qu’elle la couppa, et -la fist tronçonner par un varlet et apporter au feu. Et ainsi que -celluy l’apportoit, le seigneur entra en son hostel et voit celluy -qui apportoit les tronçons de l’ante en sa main; le seigneur demanda: -dont vient ceste buche? La dame luy respondi: Je viens oresendroit du -moustier et l’en me dist que vous estiez alés aux champs: si doubtay, -pour ce qu’il avoit pleu, que vous ne retournissiez moullié et que -vous eussiez froit, si alay en ce vergier et couppay ceste ante: car -céans n’avoit point de buche. Dame, dit le seigneur, c’est ma bonne -ante! Certes, sire, fait la dame, je ne sçay. Le seigneur s’en vint en -son vergier et vit la souche de l’ante qu’il amoit tant, si fut iriés -assez plus que il ne monstroit le semblant et s’en revint et treuve -la dame qui de l’ante faisoit le feu et sembloit qu’elle le feist en -bonne pensée pour luy chauffer. Quant le seigneur fust venus, si dist -tels mots: Ores, dame, ce est ma bonne ante que vous avez couppée! -Sire, dit la dame, je ne m’en prins garde, car certes je le fis pour -ce que je savoie bien que vous venriez tout moullié et tout empluyé, -si doubtay que vous n’eussiez froit et que le froit ne vous feist mal. -Dame, dit le seigneur, je lairay ce ester[257] pour ce que vous dictes -que vous le feistes pour moy. - -L’endemain la dame revint au moustier et trouva sa mère à laquelle -dit: J’ay mon seigneur essayé et couppé l’ante, mais il ne me fist -nul semblant qu’il fust moult iriés et pour ce sachiez, mère, que -j’aimeray.--Non feras, belle fille, dit la mère, laisse ester.--Certes, -dist la fille, si feray; je ne m’en pourroie plus tenir.--Belle fille, -dist la mère, puis qu’ainsi est que tu dis que tu ne t’en pourroies -tenir, essaie donc encores ton mary. Dist la fille: voulentiers, je -l’essaieray encores ainsi: il a une levrière que il aime à merveilles, -ne il n’en prendroit nul denier, tant est bonne, ne ne souffreroit pas -que nul de ses varlès la chassast hors du feu, ne que nul luy donnast à -mengier sinon luy: et je la tueray devant luy. - -A tant s’en départirent. La fille s’en revint en son hostel; il fut -tart et fit froit, le feu fut beau et cler et les lis furent bien parés -et couvers de belles coustes-pointes[258] et de tapis, et la dame fut -vestue d’une pelice toute neufve. Le seigneur vint des champs. La dame -se leva encontre luy; si luy osta le mantel et puis luy voult oster les -esperons, mais le seigneur ne le voult pas souffrir, ains les fit oster -à un de ses varlès; moult s’offry la dame à luy servir: elle court, -si luy apporte un mantel de deux draps[259] et si luy met sur les -espaules et appareille une chaire[260] et met un quarrel[261] dessus, -et le fait seoir au feu et luy dit ainsi: Sire, certainement vous estes -tout pâle de froit, chauffez-vous et aisiez très bien! Ainsi qu’elle ot -ce dit, si se assit emprès luy et plus bas que luy sur une selle[262] -et estendi la robe[263] de sa pelice, regardant tousjours son mary. -Quant la levrière vit le beau feu, elle vint par sa mésaventure, si -se couche tantost sur le pan de la robe et de la pelice de la dame, -et la dame advise emprès elle un varlet qui avoit un grant coustel, -si le sache et en fiert parmy le corps d’icelle levrière qui commença -illecques à pestiller[264] et mourut devant le mary. Dame, fait-il, -comment avez-vous esté si osée comme de tuer, en ma présence, ma -levrière que j’amoie tant?--Sire, fait la dame, ne véez-vous chascun -jour comme il nous attournent? Il ne sera nuls deux jours qu’il ne -conviengne faire buée[265] céans pour vos chiens! Or regardez de ma -pelice que je n’avoie onquesmais vestue, quelle elle est attournée! -Cuidiez-vous que je n’en soye iriée? L’ancien sage respondi: Par Dieu! -c’est mal fait et vous en sçay très mauvais gré, mais maintenant je -n’en parleray plus. La dame dit: Sire, vous povez faire de moy vostre -plaisir, car je suis vostre et si sachiez bien que je me repens de ce -que en ay fait, car je sçay bien que vous l’aimiez moult; si me poise -de ce que je vous ay courroucié. Quant elle ot ce dit, si fist moult -grant semblant de plourer. Quant le seigneur vit ce, si ce laissa ester. - -Et quant vint à l’endemain qu’elle fust alée au moustier, si trouva sa -mère à laquelle elle dit comment luy estoit advenu et que vraiement, -puisque ainsi bien luy estoit advenu et que ainsi bien lui en eschéoit, -qu’elle aimeroit. Ha! belle fille, dit la mère, non feras, tu t’en -pourras bien tenir.--Certes, dame, non feray. Alors dit la mère: Belle -fille, je me suis toute ma vie bien tenue à ton père, oncques telle -folie ne fis, ne n’en eus talent.--Ha! dame, respondi la fille, il -n’est mie ainsi de moy comme il est de vous, car vous assemblastes -entre vous et mon père jeunes gens; si avez eues vos joies ensemble, -mais je n’ay du mien joie ne soulas: si me convient à pourchasser.--Or, -belle fille, et se amer te convient, qui aimeras-tu?--Mère, dit la -fille, j’aimeray le chappellain de ceste ville, car prestres et -religieux craingnent honte et sont plus secrets. Je ne vouldroie -jamais amer un chevalier, car il se vanteroit plus tost et gaberoit de -moy et me demanderoit mes gages[266] à engager.--Ores, belle fille, -fais encores à mon conseil et essaye encores ton seigneur. Dist la -fille: Essaier tant et tant, et encores et encores, ainsi ne fineroie -jamais!--Par mon chief! fait la mère, tu l’essaieras encores par mon -los[267], car tu ne verras jà si male vengence ne si cruelle comme de -vieil homme.--Or, dame, fit la fille, voulentiers feray encores vostre -commandement, et l’essaieray ainsi: il sera jeudi le jour de Noël, si -tendra mon seigneur grant tinel[268] de ses parens et autres amis, car -tous les vavasseurs de ceste ville y seront, et je me seray assise au -chief de la table en une chaire; si tost comme le premier mès[269] sera -assis, je aray mes clefs meslées ès franges de la nappe, et quant je -auray ce fait, je me leveray à coup et tireray tout à moy et feray tout -espandre et verser quanque il y aura sur la table, et puis appaiseray -tout. Ainsi auray essaié mon seigneur par trois fois de trois grans -essais, et légièrement rappaisié, et à ce savez-vous bien que ainsi -légièrement le rappaiseray-je des cas plus obscurs et couvers et ès -quels ne pourra déposer[270] que par souspeçon.--Ores belle fille, dist -la mère, Dieu te doint bien faire! - -Adonc se partirent; chascune vint en son hostel. La fille servit -cordieusement, par semblant, et moult attraiement et bien son seigneur, -et moult bel, tant que le jour de Noël vint. Les vavasseurs de Romme -et les damoiselles furent venues, les tables furent drécées et les -nappes mises, et tous s’assirent, et la dame fist la gouverneresse et -l’embesongnée et s’assist au chief de la table en une chaire, et les -serviteurs apportèrent le premier mès et brouets sur table. Ainsi comme -les varlès tranchans orent commencié à tranchier, la dame entortille -ses clefs ès franges de la fin de la nappe et quant elle sceut qu’elles -y furent bien entortillées, elle se liève à un coup et fait un grant -pas arrière, ainsi comme se elle eust chancelé en levant; si tire la -nappe, et escuelles plaines de brouet, et hanaps plains de vin, et -sausses versent et espandent tout quanque il y avoit sur la table. -Quant le seigneur vit ce, si ot honte et fu moult courroucié et luy -remembra des choses précédens. Aussitost la dame osta ses clefs qui -estoient entortillées en la nappe.--Dame, fit le seigneur, mal avez -exploictié!--Sire, fait la dame, je n’en puis mais, je aloie querre -vos cousteaulx à tranchier qui n’estoient mie sur table, si m’en -pesoit.--Dame, fit le seigneur, or nous apportez autres nappes. La dame -fit apporter autres nappes, et autres mès recommencent à venir. Ils -mengièrent liement, ne le seigneur n’en fit nul semblant d’ire ne de -courroux, et quant ils orent assez mengié et le seigneur les ot moult -honnourés, si s’en départirent. - -Le seigneur souffri celle nuit tant qu’il vint à l’endemain. Lors luy -dit: Dame, vous m’avez fait trois grans desplaisirs et courroux, se je -puis vous ne me ferez mie le quart; et je sçay bien que ce vous a fait -faire mauvais sang: il vous convient saignier. Il mande le barbier et -fait faire le feu. La dame luy dit: Sire, que voulez-vous faire? Je ne -fus onques saignée.--Tant vault pis, fait le seigneur, encommencier le -vous convient: les trois mauvaises emprises que vous m’avez faictes, ce -vous a fait faire mauvais sang. - -Lors luy fait eschauffer le bras destre au feu, et quant il fut -eschauffé, si la fist saignier; tant saigna que le gros et vermeil sang -vint. Lors la fist le seigneur estanchier, et puis luy fait l’autre -bras traire hors de la robe. La dame commence à crier mercy. Riens ne -luy vault, car il la fit eschauffer et saignier de ce second bras; et -commença à saignier: tant la tint qu’elle s’esvanoui, et perdi la -parolle et devint toute de morte couleur. Quant le seigneur vit ce, -si la fist estanchier et porter en son lit en sa chambre. Quant elle -revint de pamoison, si commença à crier et plourer et manda sa mère qui -tantost vint; et quant elle fut devant ly, tous vuidèrent la chambre -et les laissèrent ambedeux seul à seul. Quant la dame vit sa mère, si -luy dist: Ha! mère, je suis morte; mon seigneur m’a fait tant saignier -que je cuide bien que je ne jouiray jamais de mon corps.--Or, fille, -je pensoie bien que mauvais sang te démengoit: or me di, ma fille, -as-tu plus talent d’amer?--Certes, dame, nennil.--Fille, ne te di-je -bien que jà ne verroies si cruel vengence comme de vieil homme?--Dame, -oïl; mais, pour Dieu, aidiez-moi à relever et secourir à ma santé, et -par m’âme, mère, je n’aimeray jamais.--Belle fille, fait la mère, tu -feras que sage. Ton seigneur est bon preudomme et sage, aime-le et -sers, et croy qu’il ne t’en peut venir que bien et honneur.--Certes, -mère, je sçay ores bien que vous me donnastes et donnez bon conseil -et je le croiray d’ores-en-avant et honnoureray mon mary et jamais ne -l’essaieray ne ne courrouceray. - -Chère seur, assez souffist quant à ce point, qui a la voulenté de -retenir et de bien obéir, car sur ceste matière d’obéissance, nous -avons cy dessus parlé de ce qui est à faire quant le mary commande -petites choses par jeu, à certes ou autrement, et puis de ce qui est à -faire quant le mary n’a commandé ne deffendu pour ce que à luy n’en est -souvenu, et tiercement des excès que les femmes font pour acomplir leur -vouloir oultre et pardessus le vouloir de leurs maris. Et maintenant -à ce derrière nous parlerons que l’en ne face pas contre la défense -d’iceulx, soit en petit cas ou en grant, car du faire c’est trop mal -fait. Et je commence ès petis cas ès quels on doit obéir aussi bien; -je le monstre mesmes par les jugemens de Dieu, car vous savez, chère -seur, que par la désobéissance de Adam qui pardessus la défense de -Dieu menga une pomme qui est pou de chose, tout le monde fut mis en -servaige. Et pour ce je vous conseille que les très petites choses et -de très petite valeur et ne fust fors d’un festu que vostre mary qui -sera après moy vous commandera à garder, que vous, sans enquerre pour -quoy ne à quelle fin, puis que la parole sera telle yssue de la bouche -de vostre mary qui sera, vous fectes et gardez très soingneusement et -très diligemment, car vous ne savez, ne ne devez adonc enquérir, si -ne le vous dist de son mouvement, qui à ce le meut ou a meu: se il a -cause, ou se il le fait pour vous essaier. Car, s’il a cause, donc -estes-vous bien tenue de le garder, et s’il n’y a point de cause, -mais le fait pour vous essaier, donc devez-vous bien vouloir qu’il -vous treuve obéissant et diligent à ses commandemens, et mesmement -devez penser que puisque sur un néant il vous treuvera obéissant à son -vouloir et que vous en tenrez grant compte, croira-il que sur un gros -cas vous trouveroit-il encores en cent doubles plus obéissant. Et vous -véez que nostre Seigneur commist à Adam de luy garder pou de chose, -c’est assavoir un seul pommier, et povez penser que nostre Seigneur ne -se courrouça pas à Adam pour une seule pomme, car à si grant seigneur -c’estoit bien pou de chose que une pomme, mais luy despleut pour -la mesprenture de Adam qui si pou avoit prisié son commandement ou -défense quant pour si pou d’avantage luy désobéissoit. Et aussi véez -et considérez que de tant que Adam estoit plus près de nostre Seigneur -qui l’avoit fait de sa propre main et le tenoit son famillier et garde -de son jardin, de tant fut nostre Seigneur pour pou de chose plus -aigrement meu contre luy; et puis la désobéissance ne voult sanctifier: -et par semblable raison, de tant que vous estes plus prouchaine et près -de vostre mary, seroit-il contre vous plus tost et pour mendre chose -plus aigrement courroucié, comme nostre Seigneur se courrouça à Lucifer -qui estoit plus prouchain de luy. - -Mais aucunes femmes sont, qui cuident trop soubtillement eschapper, -car quant leur mary leur a deffendu aucune chose qui leur pleust -à faire et voulsissent bien faire, elles délayent et attendent et -passent temps jusques à ce que la deffense soit entr’oubliée par le -mary, ou qu’il s’en soit alé, ou qu’il est chargié d’autres si gros -fait que d’icelluy ne luy souvient. Et après, tantost, incontinent et -hastivement, la femme fait icelle besongne à son plaisir et contre la -voulenté et deffense du mary, ou la fait faire par ses gens disant: -faictes hardiement! Monseigneur ne s’en apparcevra jà, il n’en saura -riens. Or véez-vous que par ce, ceste est, en son courage et voulenté, -pure rebelle et désobéissant, et sa malice et mauvaistié qui riens ne -vallent empirent son cas et démonstrent plainement son mauvais courage. -Et sachiez qu’il n’est riens qui à la parfin ne soit sceu, et quant -le mary le saura, et apparcevra que celle sépare l’union de leurs -voulentés qui doivent estre tout un, comme dit est devant, icelluy mary -s’en taira par adventure comme fit le sage de Romme dont il est parlé -cy devant en l’article, mais son cuer en sera si parfondément navré que -jamais n’en garira, mais toutes fois qu’il lui en souvendra naistra -nouvelle douleur. - -Si vous pry, chère seur, que de tels essais et entreprinses à faire à -autre mary que à moy, se vous l’avez, vous vous gaittiez et gardez très -espécialement, mais vostre courage et le sien soient tout un, comme -vous et moy sommes à présent; et ce souffist quant à cest article. - - - - -SEPTIÈME ARTICLE. - - -Le septiesme article de la première distinction doit monstrer que vous -devez estre curieuse et songneuse de la personne de vostre mary. Sur -quoy, belle seur, se vous avez autre mary après moy, sachiez que vous -devez moult penser de sa personne, car puis que une femme a perdu -son premier mary et mariage, communément à paine treuve-elle, selon -son estat, le second à son advenant, ains demeure toute esgarée et -desconseillée long temps; et par plus grant raison quant elle pert le -second. Et pour ce aimez la personne de vostre mary songneusement, et -vous pry que vous le tenez nettement de linge, car en vous en est, et -pour ce que aux hommes est la cure et soing des besongnes de dehors, et -en doivent les maris soignier, aler, venir et recourir de çà et de là, -par pluies, par vens, par neges, par gresles, une fois moullié, autre -fois sec, une fois suant, autre fois tremblant, mal peu, mal herbergié, -mal chauffé, mal couchié. Et tout ne luy fait mal pour ce qu’il est -reconforté de l’espérance qu’il a aux cures que la femme prendra de -luy à son retour, aux aises, aux joies et aux plaisirs qu’elle luy -fera ou fera faire devant elle; d’estre deschaux à bon feu, d’estre -lavé les piés, avoir chausses[271] et soulers frais, bien peu, bien -abeuvré, bien servi, bien seignouri, bien couchié en blans draps, et -cueuvrechiefs[272] blans, bien couvert de bonnes fourrures, et assouvi -des autres joies et esbatemens, privetés, amours et secrets dont je me -tais. Et l’endemain, robes-linges[273] et vestemens nouveaulx. - -Certes, belle seur, tels services font amer et désirer à homme le -retour de son hostel et veoir sa preudefemme et estre estrange des -autres. Et pour ce je vous conseille à reconforter ainsi vostre autre -mary à toutes ses venues et demeures, et y persévérez; et aussi à luy -tenir bonne paix, et vous souviengne du proverbe rural qui dit que -trois choses sont qui chassent le preudomme hors de sa maison, c’est -assavoir maison descouverte, cheminée fumeuse et femme rioteuse. Et -pour ce, chère seur, je vous prie que pour vous tenir en l’amour -et grâce de vostre mary, soyez luy doulce amiable et débonnaire. -Faictes-luy ce que les bonnes simples femmes de nostre païs dient que -l’en a fait à leurs fils quant ils sont enamourés autre part et elles -n’en pevent chevir. Il est certain que quant les pères ou les mères -sont morts, et les parrastres et marrastres qui ont fillastres les -arguent, tencent et estrangent, et ne pensent de leur couchier, de leur -boire ou mengier, de leur chausses, chemises, ne autres nécessités -ou affaires, et iceulx enfans trouvent ailleurs aucun bon retrait -et conseil d’aucune autre femme qui les recueille avecques elle et -laquelle pense de leur chauffer à aucun povre tison avec elles, de leur -couchier, de les tenir nettement, à faire rappareiller leurs chausses, -brayes[274], chemises et autres vestemens, iceulx enfans les suivent et -désirent leur compaignie et estre couchiés et eschauffés entre leurs -mamelles, et du tout en tout s’estrangent de leurs mères ou pères qui -par avant n’en tenoient compte, et maintenant les voulsissent retraire -et ravoir, mais ce ne peut estre, car iceulx enfans ont plus cher la -compagnie des plus estranges qui de eux pensent et aient soing que de -leurs plus prouchains qui d’eulx ne tiennent compte. Et puis brayent -et crient, et dient que icelles femmes ont leurs enfans ensorcellés, -et sont enchantés, et ne les pevent laissier, ne ne sont aises se -ils ne sont avecques elles. Mais, quoy que l’en die, ce n’est point -ensorcellement, c’est pour les amours, les curialités, les privetés, -joies et plaisirs qu’elles leur font en toutes manières, et par m’âme, -il n’est autre ensorcellement. Car qui à un ours, un lou ou un lyon -feroit tous ses plaisirs, icelluy ours, lou ou lyon feroit et suivroit -ceulx qui ce luy feroient, et par pareille parole pourroient dire les -autres bestes, se elles parloient, que icelles qui ainsi seroient -aprivoisées serroient ensorcellées. Et, par m’âme, je ne croy mie qu’il -soit autre ensorcellement que de bien faire, ne l’en ne peut mieulx -ensorceller un homme que de luy faire son plaisir[275]. - -Et pour ce, chère seur, je vous pry que le mary que vous arez vous -le vueillez ainsi ensorceller et rensorceller et le gardez de maison -maucouverte et de cheminée fumeuse et ne luy soyez pas rioteuse, mais -doulce, amiable et paisible. Gardez en yver qu’il ait bon feu sans -fumée, et entre vos mamelles bien couchié, bien couvert, et illec -l’ensorcellez. Et en esté gardez que en vostre chambre ne en vostre -lit n’ait nulles puces, ce que vous povez faire en six manières, si -comme j’ay oy dire. Car, j’ay entendu par aucuns, qui sème sa chambre -de fueilles d’aune, les puces s’y prennent. Item, j’ay oy dire que qui -aroit de nuit un ou plusieurs tranchouers[276] qui feussent pardessus -oins de glus ou de trébentine et mis parmy la chambre, ou millieu de -chascun tranchouer une chandelle ardant, elles s’y venroient engluer -et prendre. L’autre que j’ay essayé et est vray: prenez un drap -estru[277] et le estendez parmy vostre chambre et sur vostre lit, et -toutes les puces qui s’y pourront bouter s’y prendront, tellement que -vous les pourrez porter avec le drap où vous vouldrez. Item des peaulx -de mouton. Item, j’ai veu mettre des blanchets[278] sur le feurre[279] -et sur le lit, et quant les puces qui noires estoient s’y estoient -boutées, l’en les trouvoit plus tost parmy le blanc et les tuoit-l’en. -Mais le plus fort est de soy gaittier de celles qui sont ès -couvertures et ès pennes[280], ès draps des robes dont l’en se cueuvre. -Car sachiez que j’ay essaié que quant les couvertures, pennes ou robes -où il a puces sont enclos et enfermés serréement, comme en male bien -liée estroictement de courroies, ou en sac bien lié et pressé, ou -autrement mis et compressé que icelles puces soient sans jour et sans -air et tenues à destroit, ainsi périront et mourront sur heure. Item, -j’ay veu aucunes fois en plusieurs chambres que quant l’en estoit -couchié, l’en se trouvoit tout plain de cincenelles[281] qui à la fumée -de l’alaine se venoient asseoir sur le visage de ceulx qui dormoient -et les poingnoient si fort qu’il se convenoit lever et alumer du foing -pour faire fumée pour laquelle il les convenoit fuir ou mourir, et -aussi bien le pourroit-l’en faire de jour qui s’en doubteroit, et aussi -bien par un cincenellier[282], qui l’a, s’en peut-l’en garantir. - -Et se vous avez chambre ou estage où il ait très grant repaire de -mouches, prenez petis floqueaux de feuchière[283] et les liez à -filets[284] comme filopes[285] et les tendez, et toutes les mouches -s’y logeront au vespre: puis destendez les filopes et les gectez -hors. Item, fermez très bien vostre chambre au vespre, mais qu’il y -ait seulement un petit pertuis ou mur devers Orient, et si tost que -l’aube esclarcira, toutes les mouches s’en yront par ce pertuis, puis -soit estoupé. Item, prenez une escuelle de lait et l’amer[286] d’un -lièvre et meslez l’un parmy l’autre, et puis mettez-en deux ou trois -escuelles ès lieux là où les mouches repairent, et toutes celles qui -en tasteront, mourront. Item, autrement, ayez une chausse de toille -liée au fons d’un pot qui ait le cul percié, et mettez icelluy pot ou -lieu où les mouches repairent et oingnez-le par dedens de miel, ou -de pommes, ou de poires; quant il sera bien garny de mouches, mettez -un tranchouer sur la gueule, et puis hochez[287]. Item, autrement, -prenez des ongnons rouges crus et les broiez et espraignez le jus en -une escuelle et le mettez où les mouches repairent, et toutes celles -qui en tasteront, mourront. Item, ayez des palettes pour les tuer à -la main. Item, aiez des vergettes[288] gluées sur un bacin d’eaue. -Item, aiez vos fenestres closes bien justement de toille cirée ou -autre, ou de parchemin ou autre chose[289] si justement que nulle -mouche y puisse entrer, et les mouches qui seront dedens soient tuées -à la palette ou autrement comme dessus, et les autres n’y entreront -plus. Item, ayez un cordon pendant et moullié en miel, les mouches y -vendront asseoir, et au soir soient prinses en un sac. En somme, il me -semble que les mouches ne se arresteront point en chambre où il n’ait -tables dréciées, fourmes[290], dreçouers, ou autres choses sur quoy -ils se puissent descendre et reposer, car se ils ne se pevent aherdre -ou arrester fors aux parois qui sont droites, ils ne s’y arresteront -point, ne aussi en lieu ombragé et moicte. Et pour ce me semble que se -la chambre est bien arrousée et bien close et bien fermée, et qu’il n’y -ait rien gisant sur le plat[291], jà mouche ne s’y arrestera. - -Et ainsi le[292] garantissez et gardez de toutes mésaises et lui donnez -toutes les aises que vous pourrez penser et le servez et faictes -servir en vostre hostel, et vous attendez à luy des choses de dehors, -car s’il est bon, il en prendra plus de peine et travail que vous ne -vouldriez, et par faisant ce que dit est, il aura tousjours son regret -et son cuer à vous et à vostre amoureux service et guerpira tous autres -hostels, toutes autres femmes, tous autres services et mesnages: tout -ne lui sera que terre au regard de vous qui en penserez comme dit est -et que faire le devez par l’exemple mesmes que vous véez des gens -chevauchans parmy le monde, que vous véez que si tost qu’ils sont en -leur hostel revenus d’aucun voyage, ils font à leurs chevaulx blanche -lictière jusques au ventre, iceulx chevaulx sont defferrés et mis au -bas, ils sont emmiellés[293], ils ont foing trié, et avoine criblée, -et leur fait-l’en en leur hostel plus de bien à leur retour que en nul -autre lieu. Et par plus forte raison, se les chevaulx sont aisiés, les -personnes, mesmement les souverains[294], à leurs despens le soient à -leur retour. Aux chiens qui viennent des bois et de la chasse fait-l’en -lictière devant leur maistre, et luy mesmes leur fait lictière blanche -devant son feu; l’en leur oint de sain doulx leurs piés au feu, l’en -leur fait souppes, et sont aisiés par pitié de leur travail; et par -semblable, se les femmes font ainsi à leurs maris que font les gens -à leurs chevaulx, chiens, asnes, mulles et autres bestes, certes -les autres hostels où ils ont esté servis ne leur sembleroient que -prisons obscures et lieux estranges envers le leur qui leur sera donc -un paradis de repos. Et ainsi sur le chemin les maris auront regard -à leurs femmes, ne nulle peine ne leur sera griefve pour espérance -et amour qu’ils auront à leurs femmes auxquelles reveoir ils auront -aussi grant regret comme les povres hermites, les penanciers[295] et -les religieux abstinens ont de veoir la face Jhésu-Crist; ne iceulx -maris ainsi servis n’auront jamais voulenté d’autre repaire ne d’autre -compaignie, mais en seront gardés, reculés et retardés: tout le -remenant ne leur semblera que lit de pierres envers leur hostel; mais -que ce soit continué, et de bon cuer, sans faintise. - -Mais aucunes vieilles sont, qui sont rusées et font les sages et -faignent grant amour par démonstrance de grant service de leur cuer, -sans autre chose; et sachez, belle seur, que les maris sont petit -sages se ils ne s’en apparçoivent; et quant ils s’en apparçoivent, et -le mary et la femme s’en taisent et dissimulent l’un contre l’autre, -c’est mauvais commencement et s’ensuit pire fin. Et aucunes femmes -sont, qui au commencement font trop bien leur service vers leurs maris, -et leur semble bien que leurs maris lesquels elles voient bien adonc -estre amoureux d’elles et vers elles débonnaires tellement, se leur -semble, que à peine se oseroient-ils courroucier à elles se elles en -faisoient moins, si se laschent et essaient petit à petit à moins -faire de révérence, de service et d’obéissance, mais, qui plus est, -entreprennent auctorité, commandement et seigneurie, une fois sur -un petit fait, après sur un plus grant, après un petit un jour, un -autre petit en un autre. Ainsi essaient et s’avancent et montent, se -leur semble, et cuident que leurs maris qui par débonnaireté, ou, par -adventure, par aguet s’en taisent, n’y voient goutte pour ce qu’ils le -seuffrent ainsi. Et certes ce n’est pas bien pensé ne servi, car quant -les maris voient qu’elles discontinuent leur service et montent en -domination et qu’elles en font trop et que du souffrir mal en pourroit -bien venir, elles sont à un coup, par la voulenté du droit de leurs -maris, trébuchées comme fut Lucifer qui estoit souverain des anges -de paradis, et lequel nostre Seigneur aima tant qu’il tollera et lui -souffri faire moult de ses voulentés, et il s’enorguilli et monta en -oultrecuidance. Tant fist et entreprist d’autres qu’il en fist trop, -et en despleut à nostre Seigneur qui longuement avoit dissimullé et -souffert sans dire mot, et lors à un coup tout luy vint à souvenance. -Si le trébucha ou plus parfont d’enfer pour ce qu’il ne continua -son service à quoy il estoit ordonné et pour lequel il avoit au -commencement acquis l’amour de nostre Seigneur qu’il avoit si grande. -Et pour ce devez-vous estre obéissant au commencement et tousjours -persévérer à cest exemple. - - - - -HUITIÈME ARTICLE. - - -Le huitiesme article de la première distinction dit que vous soiés -taisant ou au moins attrempéement parlant, et sage pour garder et -céler les secrets de vostre mary. Sur quoy, belle seur, sachiez que -toute personne qui s’eschauffe en sa parole n’est mie bien attrempé en -son sens, et pour ce sachez que savoir mettre frain en sa langue est -souveraine vertu, et moult de périls sont venus de trop parler, et par -espécial quant l’en prent paroles à gens arrogans, ou de grant courage, -ou gens de court de seigneurs. Et par espécial gardez-vous en tous -vos fais de prendre paroles à telles gens; et se par adventure telles -gens se addressent à vous, si les eschevez et laissiez sagement et -courtoisement, et ce sera souverainement grant sens à vous, et sachez -que d’ainsi faire il vous est pure nécessité; et jasoit-ce que le cuer -en face mal, toutesvoies le convient-il aucunes fois mestrier[296], -et n’est pas sage qui ne le puet faire, car il est trouvé un proverbe -rural qui dit que aucun n’est digne d’avoir seignourie ou maistrise sur -autruy qui ne peut estre maistre de luy mesmes. - -Et pour ce, en ce cas et en tous autres, devez-vous si estre maistre de -vostre cuer et de vostre langue qu’elle soit subjecte à vostre raison, -et advisez toudis devant qui et à qui vous parlerez; et vous prie et -admoneste que soit en compaignie, soit à table, gardez-vous de trop -habondamment parler, car en habondance de paroles ne peut estre qu’il -n’en y ait aucune fois de mal assises aucunes, et dit-l’en aucunes -fois, par esbatement et par jeu, paroles de revel[297] qui depuis -sont prinses et recordées à part en grant dérision et mocquerie de -ceulx qui les ont dictes. Et pour ce gardez devant qui et de quoy vous -parlerez, ne à quel propos, et ce que vous direz, dictes à trait[298] -et simplement: et en parlant pensez que riens ne ysse qui ne doie yssir -et que la bride soit devant les dens pour refraindre le trop. Et soyez -bon secrétaire et aiez tousjours souvenance de garder les secrets de -vostre mary qui sera; premier[299] ses meffais, vices ou péchiés, se -vous en savez aucuns, célez-les et couvrez, mesmes sans son sceu, -afin qu’il ne s’en hontie, car à peine trouverez-vous aucun que s’il -a aucun amy qui apparçoive son péchié, jà puis ne le verra de si bon -cuer que devant et aura honte de luy et l’aura en regard. Et ainsi -vous conseille-je que ce que vostre mary vous dira en conseil, vous -ne le revélez point à quelque personne tant soit privée de vous, et -vainquez en ce la nature des femmes qui est telle, si comme l’en dit, -qu’elles ne pevent riens céler, c’est à dire les mauvaises et meschans. -Dont un philosophe appellé Macrobe raconte, et est trouvé ou livre du -Songe Scipion, qu’il estoit à Romme un enfant, jeune fils, qui avoit -nom Papire, qui une fois avec son père lequel estoit sénateur de Romme -s’en ala en la chambre des sénateurs, en laquelle chambre les sénateurs -rommains tenoient leur conseil. Et illecques firent serement que leur -conseil nul n’oseroit révéler sur paine de perdre la teste. Et quant -ils orent tenu conseil et l’enfant retourna à l’hostel, sa mère luy -demanda dont il venoit, et il respondi du conseil du Sénatoire avec -son père. La mère luy demanda quel conseil c’estoit; il dist qu’il ne -l’oseroit dire sur paine de mort. Adonc fut la mère plus en grant désir -de le savoir, et commença maintenant à flater, et en après à menacier -son fils qu’il luy dist. Et quant l’enfant vit qu’il ne povoit durer -à sa mère, si luy fist premièrement promettre qu’elle ne le diroit à -nulluy et elle luy promist. Après il luy dist ceste mençonge, c’est -assavoir que les sénateurs avoient eu en leur conseil entre eulx, ou -que un mary eust deux femmes, ou une femme deux maris. Quant la mère oy -ce, si luy deffendi qu’il ne le dist à nul autre, et puis s’en ala à -ses commères et leur dist le conseil en secret, et l’autre à l’autre, -et ainsi sceurent toutes ce conseil, chascune en son secret. - -Si advint un pou après que toutes les femmes de Romme vindrent au -Sénatoire où les sénateurs estoient assemblés, et par moult de fois -crièrent à haulte voix qu’elles aimoient mieulx que une femme eust deux -maris que un homme deux femmes. Les sénateurs estoient tous esbahis et -ne savoient que ce vouloit dire, et se taisoient et regardoient l’un -l’autre en demandant dont ce venoit, jusques à tant que l’enfant Papire -leur compta tout le fait. Et quant les sénateurs oyrent ce, si en -furent tous courroucés et le firent sénateur et establirent que jamais -d’ores-en-avant nul enfant ne fust en leur compaignie. - -Ainsi appert par ceste exemple que l’enfant masle qui estoit jeune -sceut céler et taire et évada, et la femme qui avoit aage convenable -pour avoir sens et discrétion ne sceut taire ne céler ce qu’elle avoit -juré et promis sur son serement, et mesmes le secret qui touchoit -l’honneur de son mary et de son fils. - -Et encores est-ce le pis que quant femmes racontent aucune chose -l’une à l’autre, tousjours la derrenière y adjouste plus et accroist -la bourde et y met du sien, et l’autre encores plus. Et à ce propos -raconte-l’en un conte rural d’une bonne dame qui avoit acoustumé à soy -lever matin. Un jour ne se leva mie si matin qu’elle avoit acoustumé; -sa commère se doubta qu’elle ne feust malade, si l’ala veoir en son lit -et luy demanda moult qu’elle avoit. La bonne dame qui eut honte d’avoir -tant jeu, ne sceut que dire fors qu’elle estoit moult pesante et malade -et tellement qu’elle ne le sceut dire. La commère la pressa et pria -par amours qu’elle luy dist, et elle luy jura, promist, et fiança que -jamais ce qu’elle luy diroit ne seroit révélé pour rien de ce monde à -nulle créature vivant, père, mère, seur, frère, mary, ne confesseur, ne -autre. Après celle promesse et serement la bonne dame qui ne savoit que -dire, par adventure, luy dist que elle avoit un œuf ponnu. La commère -en fut moult esbahie et monstra semblant d’en estre bien courroucée, -et jura plus fort que devant que jamais parole n’en seroit révélée. - -Assez tost après icelle commère se parti et en s’en retournant encontra -une autre commère qui luy emprist à dire dont elle venoit, et celle -tantost luy dist qu’elle venoit de veoir la bonne dame qui estoit -malade et avoit ponnu deux œufs, et luy pria et aussi l’autre luy -promist que ce seroit secret. L’autre encontra une autre et en secret -luy dist que la bonne dame avoit ponnu quatre œufs: l’autre encontra -une autre et luy dist huit œufs, et ainsi de plus en plus multiplia -le nombre. La bonne dame se leva et sceut que par toute la ville l’en -disoit qu’elle avoit ponnu une pannerée d’œufs. Ainsi s’apparceut -comment femmes sont mal secrètes, et qui pis est le racontent tousjours -en pire endroit. - -Et pour ce, belle seur, sachiez vos secrets céler a tous, vostre -mary excepté, et ce sera grant sens, car ne créez pas que une autre -personne cèle pour vous ce que vous mesmes n’arez peu ou sceu céler; -et pour ce soyez secrète et célant à tous fors à vostre mary, car à -celluy ne devez-vous riens céler, mais tout dire, et luy à vous aussi -ensemble. Et il est dit _Ad Ephesios_ Vº: _Sic viri debent diligere -uxores scilicet ut corpora sua_. Ideo ibidem dicitur: _Viri diligite -uxores vestras_; et _Unusquisque uxorem suam diligat sicut se ipsum_, -c’est à dire quel’homme doit amer sa femme comme son propre corps, et -pour ce, vous deux, c’est assavoir l’homme et la femme, devez estre -tout un, et en tout et partout l’un de l’autre conseil ouvrer, et ainsi -font et doivent faire les bonnes et sages gens. Et vueil bien que les -maris sachent que aussi doivent-ils céler et couvrir les simplesses -jà faictes par leurs femmes, et doulcement pourveoir aux simplesses à -venir. Et ainsi le voult faire un bon preudome de Venise. - -A Venise furent deux mariés qui orent trois enfans en mariage. Après, -la femme fu gisant au lit de la mort et se confessa, entre les autres -choses, de ce que l’un des enfans n’estoit pas de son mary. Le -confesseur à la parfin luy dist qu’il auroit advis quel conseil il luy -donroit et retourneroit à elle. Icelluy confesseur vint au phisicien -qui la gouvernoit et luy demanda l’estat de la maladie d’elle. Le -phisicien dist qu’elle n’en pourroit eschapper. Adonc le confesseur -vint à elle et luy dist comment il s’estoit conseillié de son cas et -ne véoit mie que Dieu luy donnast santé, se elle ne crioit mercy à son -mary du tort qu’elle luy avoit fait. Elle manda son mary et fist tous -vuidier hors de la chambre excepté sa mère et son confesseur qui la -mirent et soustindrent dedens son lit à genoulx, et les mains joinctes -devant son mary, luy pria humblement mercy de ce qu’elle avoit péchié -en la loy de son mariage et avoit eu l’un de ses enfans d’autre que de -luy: et disoit oultre, mais son mary l’escria en disant: Ho! ho! ho! -n’en dictes plus! Sur ce la baisa et luy pardonna en disant: Jamais -plus ne le dictes, ne nommez à moy ne à autre lequel c’est de vos -enfans, car je les vueil aimer autant l’un comme l’autre si également -que en vostre vie ne après vostre mort vous ne soïez blasmée, car -en vostre blasme aroie-je honte, et vos enfans mesmes et autres par -eulx, c’est assavoir nos parens, en recevroient vilain et perpétuel -reprouche. Si vous en taisiez: je n’en vueil plus savoir afin que l’en -ne die mie que je face tort aux autres deux. Qui que cestuy soit, je -luy donne en pur don, dès maintenant, à mon vivant, ce que le droit de -nos successions luy monteroit. - -Belle seur, ainsi véez-vous que le sage homme fleschi son courage pour -saulver l’onneur de sa femme qui redondoit à luy et à ses enfans, et -par ce vous appert que les sages hommes et les sages femmes doivent -faire l’un pour l’autre pour sauver son honneur. Et à ce propos peut -estre trait autre exemple. - -Il fut un grant sage homme que sa femme laissa pour aler avec un autre -homme jeune en Avignon, lequel quant il en fut saoul la laissa, comme -il est acoustumé que tels jeunes hommes font souvent. Elle fut povre -et desconfortée; si se mist au commun pour ce qu’elle ne sceut de quoi -vivre. Son mary le sceut depuis et en fut moult courroucié et mist le -remède qui s’ensuit. Il mist à cheval deux des frères de la femme et -leur donna de l’argent et leur dist qu’ils alassent querre leur seur -qui estoit ainsi comme toute commune en Avignon, et qu’elle feust -vestue de housse et chargiée de coquilles, à l’usage de pelerins venant -de Saint Jaques, et montée souffisament, et quant elle seroit à une -journée près de Paris, qu’ils le luy mandassent. A tant se partirent. -Le sage homme publia et dist partout à un et à autre qu’il estoit bien -joyeulx de ce que sa femme retournoit en bon point, Dieu mercy, de là -où il l’avoit envoyée, et quant on luy demandoit où il l’avoit envoyée, -il disoit qu’il l’avoit pieçà envoyée à Saint Jaques en Galice pour -faire pour luy un pélérinage que son père à son trespassement luy avoit -enchargié. Chascun estoit tout esbahy de ce qu’il disoit, considéré -ce que l’en avoit par avant dit d’icelle. Quant sa femme fut venue à -une journée près de Paris, il fist parer son hostel et mettre du may -et de l’erbe vert[300] et assembla ses amis pour aler au devant de sa -femme. Il fut au devant et s’entre-baisièrent, puis commencèrent l’un -et l’autre à plourer, et puis firent très grant joye. Il fist dire -à sa femme que à tous elle parlast esbatéement[301], haultement et -hardiement, et à luy mesmes, et mesmement devant la gent, et qu’elle -venue à Paris alast sur toutes ses voisines l’une après l’autre et ne -fist nul semblant de rien que de joye. Et ainsi le bon homme retourna -et garda l’onneur de sa femme. - -Et, par Dieu, se un homme garde l’onneur de sa femme et une femme -blasme son mary ou seuffre qu’il soit blasmé, ne couvertement, ne en -appert, elle mesmes en est blasmée, et non sans cause; car, ou il -est blasmé à tort, ou il est blasmé à droit: s’il est blasmé à tort, -donc le doit-elle aigrement revenchier; s’il est blasmé à droit, donc -le doit-elle gracieusement couvrir et doulcement défendre, car il -est certain que se le blasme demouroit sans estre effacié, de tant -comme auroit plus meschant mary, seroit elle réputée pour meschant et -partiroit à son blasme pour ce qu’elle se seroit mariée à si meschant. -Car, tout ainsi comme celluy qui joue aux eschez tient longuement en sa -main son eschec avant qu’il l’assiée pour adviser de le mettre en lieu -seur, tout ainsi la femme se doit tenir pour advisier et choisir et se -mettre en bon lieu. Et s’elle ne le fait, si luy soit reprouchié, et -doit partir au blasme de son mary; et se il est en rien taché, elle le -doit couvrir et céler de tout son povoir. Et autel doit faire le mary -de sa femme, comme dit est dessus et dit sera cy après. - -Je sceus un bien notable advocat en Parlement, lequel advocat avoit -eu une fille qu’il avoit engendrée en une povre femme, qui la mist -à nourrisse: et par deffault de paiement, ou de visitation, ou des -courtoisies que les hommes ne scevent pas faire aux nourrisses en tels -cas, fu de ce telles paroles que la femme de l’advocat le sceut, et -sceut aussi que je faisoie les paiemens de ceste nouriture et pour -couvrir l’honneur du seigneur à qui j’estoie et suis bien tenu, Dieu -le gart! Et pour ce la femme d’icelluy advocat vint à moy et me dist -que je faisoie grant péchié que son seigneur fust esclandry et diffamé, -et qu’elle estoit mieulx tenue à souffrir le danger[302] de ceste -nouriture que moy, et que je la menasse où l’enfant estoit[303].... la -mist en garde avec une cousturière et luy fist aprendre son mestier et -puis la maria, ne oncques un maltalent ne un seul courroux ou laide -parole son mary n’en apparceut. Et ainsi font les bonnes femmes vers -leurs maris et les bons maris vers leurs femmes quant elles faillent. - - - - -NEUVIÈME ARTICLE. - - -Le neuviesme article doit monstrer que vous soyez sage à ce que se -vostre mary folloie comme jeunes gens ou simples gens font souvent, -que doulcement et sagement vous le retrayez de ses folies. Primo, s’il -veult soy courroucier ou mal exploitier contre vous, gardez que par -bonne patience et par la doulceur de vos paroles vous occiez l’orgueil -de sa cruaulté, et se ainsi le savez faire, vous l’arez vaincu -tellement qu’il ne vous pourra faire mal néant plus que s’il fust -mort, et si luy souvendra depuis tellement de vostre bien, jasoit-ce -qu’il n’en die mot devant vous, que vous l’aurez du tout attrait à -vous. Et se vous ne le povez desmouvoir qu’il ne vous courrousse, -gardez que vous ne vous en plaigniez à vos amis ne autres dont il se -puisse apparcevoir, car il en tendroit moins de bien de vous et luy en -souvendroit autre fois, mais alez en vostre chambre plourer bellement -et coyement, à basse voix, et vous en plaignez à Dieu; et ainsi le font -les sages dames. Et s’il est ainsi qu’il se vueille esmouvoir contre -autre personne plus estrange, si le refrenez sagement; et, à ce propos, -est une histoire ou traictié qui dit ainsi[304]: - -Un jouvencel appellé Mellibée, puissant et riche, ot une femme nommée -Prudence, et de celle femme ot une fille. Advint un jour qu’il s’ala -esbatre et jouer et laissa en son hostel sa femme et sa fille et -les portes closes. Trois de ses anciens ennemis approuchièrent et -appoièrent escheles aux murs de sa maison, et par les fenestres -entrèrent dedans, et batirent sa femme [forment], et navrèrent -sa fille de cinq plaies mortels en cinq lieux de son corps c’est -assavoir ès piés, ès oreilles, ou nez, en la bouche et ès mains, et la -laissièrent presque morte, puis s’en alèrent. - -Quant Mellibée retourna à son hostel et vit cest meschief, si commença -et prist à plaindre et à plourer et à soy batre, et en manière de -forcené sa robe dessirer. Lors Prudence sa femme le prist à admonester -qu’il se souffrist[305]; et il tousjours plus fort crioit. Adonc -Prudence se appensa de la sentence Ovide, ou livre _des Remèdes -d’amours_, qui dit que cellui est fol qui s’efforce d’empeschier la -mère de plorer la mort de son enfant, jusques à tant qu’elle se soit -bien vuidée de larmes et saoulée de plorer. Lors il est temps de la -conforter et attremper sa douleur par doulces paroles. - -Pour ce Prudence se souffri un pou de temps, et puis quant elle vit son -temps, si lui dist: Sire, dist-elle, pourquoy vous faites-vous sembler -fol? Il n’appartient pas à sage homme de démener si grant dueil. Vostre -fille eschappera se Dieu plaist: se elle estoit ores morte, vous ne -vous devriez pas pour luy destruire, car Sénèque dit que li sages ne -doit point prendre grant desconfort de [la mort de] ses enfans, ains -doit souffrir leur mort aussi légièrement comme il attend la sienne -propre. Mellibée respondi: qui est celluy qui se pourroit tenir de -plorer en si grant cause de douleur? Nostre Seigneur Jhésu-Crist mesmes -plora de la mort du ladre son amy.--Certes, dist Prudence, pleurs ne -sont mie deffendus à celluy qui est triste ou entre les tristes, -mais leur est ottroié, car, selon ce que dit saint Pol l’apostre en -l’epistre aux Rommains, on doit mener joye avec ceulx qui ont joye et -mainnent, et doit-on plourer avec ceulx qui pleurent. Mais jasoit-ce -que plourer atrempéement soit permis, toutesvoies plorer desmesuréement -est deffendu, et pour ce l’on doit garder la mesure que Sénèque met. -Quant tu auras, dit-il, perdu ton amy, ton œil ne soit ne trop sec ne -trop moistes, car jasoit-ce que la larme viengne à l’œil, elle n’en -doit pas issir; et quant tu auras perdu ton ami, pense et efforce-toy -d’un autre recouvrer, car il te vault mieulx un autre ami recouvrer -que l’ami perdu plorer. Se tu veulx vivre sagement, oste tristesse de -ton cuer, car Sénèque dit: le cuer lié et joyeux maintient la personne -en la fleur de son aage, mais l’esperit triste luy fait séchier les -os[306]; et dist aussi que tristesse occist moult de gens[307]. Et -Salemon dit que tout ainsi comme la tigne ou l’artuison[308] nuit à la -robe et le petit ver au bois, tout ainsi griève tristesse au cuer. Et -pour ce nous devons porter [patiemment] en la perte de nos enfans et de -nos autres biens temporels ainsi comme Job [lequel,] quant il ot perdu -ses enfans et toute sa substance et eut receu moult de tribulations en -son corps, il dist: nostre Seigneur le m’a donné, nostre Seigneur le -m’a tolu: ainsi comme il le m’a voulu faire, il l’a fait; benoist soit -le nom nostre Seigneur! - -Mellibée respondi à Prudence sa femme ainsi: toutes les choses que tu -dis sont vrayes et profitables, mais mon esperit est si troublé que -je ne sçay que je doie faire. Lors Prudence lui dist: appelle tous tes -loyaulx amis, tes affins[309] et tes parens, et leur demande conseil -de ceste chose, et te gouverne selon le conseil qu’ils te donront, car -Salemon dit: tous tes fais par conseil feras, ainsi ne t’en repentiras. - -Adonc Mellibée appella moult de gens, c’est assavoir cirurgiens, -phisiciens vieillars et jeunes, et aucuns de ses anciens ennemis qui -estoient réconciliés [par semblance], et retournés en sa grâce et -en son amour, et aucuns de ses voisins qui lui portèrent révérence -plus par doubtance que par amour, et avec ce vindrent plusieurs de -losengeurs et moult de sages clers et bons advocas. Quant ceulx -furent ensemble, il leur recompta et monstra bien par la manière de -son parler qu’il estoit moult courroucié, et qu’il avoit moult grant -désir de soy vengier tantost et faire guerre incontinent: toutesvoies -il demanda sur ce leur conseil. Lors un cirurgien par le conseil des -autres cirurgiens se leva disant: Sire, il appartient à un cirurgien -que il porte à un chascun prouffit et à nul dommage, dont il advient -aucunes fois que quant deux hommes par malice se sont combatus ensemble -et navrés l’un l’autre, un mesme cirurgien garist l’un et l’autre; et -pour ce il n’appartient point à nous de esmouvoir ou nourrir guerre -ne supporter partie[310], mais à ta fille garir. Jasoit-ce qu’elle -soit navrée malement, nous mettrons toute nostre cure de jour et de -nuit, et, à l’aide de nostre Seigneur, nous te la rendrons toute -saine. Presques en ceste manière respondirent les phisiciens, et -oultre adjoustèrent avec ce aucuns que tout ainsi comme selon l’art -de médicine les maladies se doivent garir par contraires, ainsi -doit-l’en garir guerre par vengence. Les voisins envieux, les ennemis -réconciliés par semblant, les losengeurs, firent semblant de plorer -et commencèrent le fait moult à aggraver en loant moult Mellibée en -puissance d’avoir et d’amis, et en vitupérant la puissance de ses -adversaires, et dirent que tout oultre il se devoit tantost vengier et -incontinent commencier la guerre. Adonc un sage advocat de la voulenté -des autres se leva et dist: Beaulx seigneurs, la besongne pour quoy -nous sommes cy assemblés est moult haulte et pesante pour cause de -l’injure et du maléfice qui est moult grant, et pour raison des grans -maulx qui s’en pevent ensuivre ou temps advenir, et pour la force des -richesses et des puissances des parties; pour laquelle chose il seroit -grant péril errer en ceste besongne. Pour ce, Mellibée, dès maintenant -nous te conseillons que sur toutes choses tu aies diligence de garder -ta personne, et euvres en telle manière que tu soies bien pourveu -d’espies[311] et guettes[312] pour toy garder. Et après tu mettras en -ta maison bonne garnison et fort pour toy et ta maison défendre. Mais -de mouvoir guerre et de toy vengier tantost, nous n’en povons pas bien -jugier en si pou de temps lequel vault mieulx. Si demandons [espace] -d’avoir délibération, car l’on dit communément: qui tost juge, tost se -repent; et dit-on aussi que le juge est bon qui tost entent et tart -juge. Car jasoit-ce que toute demeure soit ennuyeuse, toutesvoies elle -ne fait pas à reprendre en jugement et en vengence quant elle est -souffisant et raisonnable. Et ce nous monstre nostre Seigneur par -exemple, quant la femme qui estoit prinse en adultère lui fut admenée -pour jugier d’icelle ce que on en devoit faire. Car jasoit-ce qu’il -sceust bien qu’il devoit respondre, toutesvoies il ne respondi pas -tantost, mais voult avoir délibération et escript deux fois en terre. -Pour ces raisons, nous demandons délibération, laquelle eue, nous te -conseillerons, à l’aide de Dieu, chose qui sera à ton proufit. - -Lors les jeunes gens et la plus grant partie de tous les autres -mocquèrent[313] ce sage et firent grant bruit, et dirent que tout ainsi -comme l’en doit batre le fer tant comme il est chault, ainsi l’en doit -vengier l’injure tant comme elle est fresche, et se escrièrent à haulte -voix: _guerre! guerre! guerre!_ - -Adonques se leva un des anciens et estendit la main et cria que l’en -feist silence et dist ainsi: moult de gens crient _guerre!_ haultement, -qui ne scevent que guerre se monte. Guerre en son commencement est si -large et a si grant entrée que un chascun y puet entrer et la puet -trouver légièrement, mais à très grant peine puet-l’en savoir à quelle -fin l’en en puet venir. Car quant la guerre commence, moult de gens ne -sont encores nés, qui pour cause de la guerre mourront jeunes, ou en -vivront en douleur et en misère et fineront leur vie en chétiveté. Et -pour ce, avant que l’en mueve guerre, l’en doit avoir grant conseil et -grant délibération. - -Quant icelluy ancien cuida confermer son dit par raisons, ils se -levèrent presque tous encontre luy et entrerompirent son dit souvent, -et lui dirent qu’il abrégeast ses paroles, car la narration de cellui -qui presche à ceulx qui ne le veulent oïr, est ennuyeuse; c’est à dire -que autant vault parler devant cellui à qui il ennuye comme chanter -devant cellui qui pleure. Quant ce sage ancien vit qu’il ne povoit -avoir audience, ne se efforça plus de parler. Si dit: je vois bien -maintenant que le proverbe commun est vray: lors fault le bon conseil, -quant le grant besoing est[314]. Et ce dit, il s’assist comme tout -honteulx. - -Encores avoit en conseil Mellibée moult de gens qui lui conseilloient -autre chose en l’oreille et autre chose en appert. Quant Mellibée eust -oy son conseil, il conceut et advisa que trop plus grant partie se -accordoit et conseilloit que l’en feist guerre; si se arresta en leur -sentence et la conferma. Lors dame Prudence, quant elle vit son mary -qui se appareilloit de soy vengier et de faire guerre, si lui vint au -devant et lui dist moult doulcement: Sire, je vous pry que vous ne -vous hastez et que vous pour tous dons me donnez espace de parler, -car Pierre Alphons[315] dit: qui te fera bien ou mal, ne te haste du -rendre, car ainsi comme plus long temps te attendra ton amy, ainsi -plus long temps te doubtera ton ennemi. Mellibée respondi à Prudence -sa femme: je ne propose point de user de ton conseil et pour moult de -raisons. Premièrement, car chascun me tendroit pour fol, se je par ton -conseil et par ton consentement changeoie ce qui est ordonné par moult -de bonnes gens: après car toutes femmes sont mauvaises, et une seule -n’est bonne, selon le dit de Salemon: en mil hommes, dit-il, j’ay bien -trouvé un preudomme, mais de toutes les femmes je n’en treuve nulle -bonne. Après est la tierce raison, car se je me gouvernoie de ton -conseil, il sembleroit que je te donnasse sur moy seignorie, laquelle -chose ne doit pas estre. Car Jhésu-Sirac[316] dit: se la femme a la -seignorie, elle est contraire à son mary. Et Salemon dit: à ton fils, -à ta femme, à ton frère, à ton amy ne donne puissance sur toy en toute -ta vie, car il te vault mieulx que tes enfans te requièrent ce que -mestier sera pour eulx que toy regarder ès mains de tes enfans. Après, -se je vouloye user de ton conseil, il conviendroit aucunes fois que le -conseil fust secret jusques à tant qu’il fust temps de le révéler, et -ce ne se pourroit faire, car il est escript: la jenglerie des femmes ne -puet riens céler fors ce qu’elle ne scet. Après, le philosophe dit: en -mauvais conseil les femmes vainquent les hommes. Pour ces raisons je ne -doy point user de ton conseil. - -Dame Prudence, après ce qu’elle ot oy débonnairement et en grant -patience toutes les choses que son mary voult avant traire, si demanda -licence de parler et puis dist: Sire, à la première raison que vous -m’avez avant mise, puet-on respondre légièrement. Car je dy qu’il n’est -pas folie de changer son conseil quant la chose se change ou quant la -chose appert autrement que devant. Après, je dy encores plus, car se tu -avoies promis et juré de faire ton emprise et tu la laissoies à faire -pour juste cause, l’en ne devroit pas dire que tu fusses mensongier -ne parjure, car il est escript: le sage ne ment mie quant il mue son -courage[317] en mieulx. Et jasoit-ce que ton emprise soit estable -et ordonnée par grant multitude de gens, pour ce ne la convient pas -accomplir, car la vérité des choses et le prouffit sont mieulx trouvés -par pou de gens sages et parlans par raison que par multitude de gens -où chascun brait et crie à sa voulenté: et telle multitude n’est point -honneste. - -A la seconde raison, quant vous dittes que toutes femmes sont mauvaises -et nulles bonnes, sauf vostre grâce, [vous parlez trop généraulment -quant] vous les desprisez ainsi toutes, car il est escript: qui -tout desprise, à tout desplait; et Sénèque dit que cellui qui veult -acquerre sapience ne doit nul desprisier, mais ce qu’il scet, il le -doit enseigner sans présumption, et ce qu’il ne scet, il ne doit pas -avoir honte de demander à maindre de luy. Et que moult de femmes soient -bonnes, l’en le puet prouver légièrement. Premièrement, car nostre -Seigneur Jhésu-Crist ne se fust oncques daigné descendre en femme se -elles fussent toutes mauvaises ainsi comme tu le dis. Après, pour la -bonté des femmes, nostre Seigneur Jhésu-Crist, quant il fut ressuscité -de mort à vie, il apparut premier[318] à Marie Magdalaine que aux -apostres; et quant Salemon dist que de toutes femmes il n’en a trouvé -nulle bonne, pour ce ne s’ensuit pas que nulle ne soit bonne. Car -jasoit-ce qu’il ne l’ait trouvée, moult des autres en ont bien trouvé -plusieurs bonnes et loyaulx; ou, par adventure, quant Salemon dit qu’il -n’a point trouvé de bonne femme, il entend de la bonté souveraine de -laquelle nul n’est bon fors Dieu seulement, selon ce que lui mesmes -le dit en l’Euvangile, car nulle créature n’est tant bonne, à qui ne -faille aucune chose, sans comparoison à la perfection de son Créateur. - -La tierce chose si est comme tu dis se tu te gouvernoies par mon -conseil, il sembleroit que tu me donnasses par dessus toy seignorie. -Sauve ta grâce, il n’est pas ainsi: car selon ce, nul ne prendroit -conseil fors à cellui à qui il vouldroit sur lui puissance, et ce -n’est pas vray, car cellui qui demande conseil a franchise et libérale -voulenté de faire ce que l’en luy conseille, ou de le laissier. - -Quant à la quarte raison, où tu dis que la jenglerie des femmes ne -puet céler fors ce qu’elles ne scevent pas, ceste parole doit estre -entendue d’aucunes femmes jengleresses desquelles on dit: trois choses -sont qui gettent homme hors de sa maison, c’est assavoir la fumée[319], -la goutière et la femme mauvaise. Et de telles femmes parle Salemon -quant il dit: il vauldroit mieulx habiter en terre déserte que avec -femme rioteuse et courrouceuse. Or scez-tu bien que tu ne m’as pas -trouvée telle, ains as souvent esprouvé ma grant silence et ma grant -souffrance, et comme j’ai gardé et célé les choses que l’en devoit -céler et tenir secrètes. - -Quant à la quinte raison, où tu dis que en mauvais conseil les femmes -vainquent les hommes, ceste raison n’a point cy son lieu, car tu ne -demandes pas conseil de mal faire, et se tu vouloies user de mauvais -conseil et mal faire, et ta femme t’en povoit retraire et vaincre, ce -ne seroit pas à reprendre, mais à loer. Et ainsi l’en doit entendre -le dit du philosophe: en mauvais conseil vainquent les femmes les -hommes, car aucunes fois quant les hommes veullent ouvrer de mauvais -conseil, les femmes les en retraient et les vainquent. Et quant vous -blasmez tant les femmes et leur conseil, je vous monstreray par moult -de raisons que moult de femmes ont esté bonnes et leur conseil bon et -proufitable. Premièrement, l’en a acoustumé de dire: conseil de femme, -ou il est très chier, ou il est très vil. Car jasoit-ce que moult de -femmes soient très mauvaises et leur conseil vil, toutesvoies l’en -en treuve assez de bonnes et qui très bon conseil et très chier ont -donné. Jacob par le bon conseil de Rébeca sa mère gaigna la bénéiçon -de Isaac son père et la seignorie sur tous ses frères. Judith par son -bon conseil délivra la cité de Buthulie où elle demouroit, des mains -de Holofernes qui l’avoit assiégée et la vouloit destruire. Abigaïl -délivra Nagal son mari de David qui le vouloit occire et appaisa le -roy par son sens et par son conseil. Hester par son conseil esleva -moult son peuple ou royaume de Assuere le roy: et, ainsi puet-l’en -dire de plusieurs autres. Après, quant nostre Seigneur ot créé Adam le -premier homme, il dist: Il n’est pas bon estre [l’homme] tout seul. -Faisons-lui aide semblable [à lui]. Se elles doncques n’estoient bonnes -et leur conseil [bon], nostre Seigneur ne les eust pas appellées[320] -adjutoires de hommes, car elles ne fussent pas adjutoires de l’homme, -mais en dommage et en nuisance. Après, un maistre fist deux vers ès -quels il demande et respont et dit ainsi: [quelle chose vault mieux -que l’or? Jaspe. Quelle chose vaut plus que jaspe? Sens.] Quelle chose -vault mieulx que sens? Femme. Quelle chose vault mieulx que femme? -Riens. Par ces raisons et par moult d’autres pues-tu veoir que moult -de femmes sont bonnes et leur conseil bon et proufitable. Se tu veulx -doncques maintenant croire mon conseil, je te rendray ta fille toute -saine, et feray tant que tu auras honneur en ce fait. - -Quant Mellibée ot oy Prudence, si dist: je voy bien que la parole -Salemon est vraye, qui dit: broches de miel sont bonnes paroles bien -ordonnées, car elles donnent doulceur à l’âme et santé au corps. Car -pour tes paroles très doulces, et pour ce aussi que j’ay esprouvé ta -grant sapience et ta grant loyaulté, je me vueil du tout gouverner par -ton conseil. - -Puis, dist Prudence, que tu te veulx gouverner par mon conseil, je -te vueil enseignier comment tu te dois avoir en conseil prendre. -Premièrement, en toutes tes euvres et devant tous autres conseils, tu -dois amer et prendre le conseil de Dieu et le demander, et te dois -mettre en tel lieu et en tel estat qu’il te daigne conseillier et -conforter. Pour ce dist Thobie à son fils: en tout temps bénéis Dieu -et lui prie qu’il t’adrece tes voies, et tous tes conseils soient en -lui tout temps. Saint Jaques si a dit: se aucun de nous a mestier de -sapience, si la demande à Dieu. Après, tu dois prendre conseil en toy -et entrer en ta pensée et examiner ce que mieulx te vault. Et lors -dois-tu oster trois choses de toy qui sont contrarieuses à conseil, -c’est assavoir: ire, convoitise et hastiveté. Premièrement donques, -cellui qui demande conseil à soy mesmes doit estre sans yre par moult -de raisons. La première est car cellui qui est courreciés cuide -tousjours plus povoir faire qu’il ne puet, et pour ce, son conseil[321] -surmonte tousjours sa force: l’autre car cellui qui est courroucié, -selon ce que dit Sénèque, ne puet parler fors que choses crimineuses, -et par ceste manière il esmeut les autres à courroux et à yre; l’autre -car cellui qui est courcié ne puet bien juger et par conséquent bien -conseiller. Après, tu dois oster de toy convoitise, car, selon ce que -dit l’apostre, convoitise est racine de tous maulx, et le convoiteux ne -puet riens juger fors que en la fin sa convoitise soit acomplie, qui -acomplir ne se puet, car tant com plus a li convoiteux, plus désire. - -Après tu dois oster de toy hastiveté, car tu ne dois pas juger pour -le meilleur ce que tantost te vendra au devant, ains y dois penser -souvent, car, selon ce que tu as oy dessus, l’en dist communément: -qui tost juge, tost se repent. Tu n’es pas toutes heures en une -disposition, ains trouveras que ce qui aucune fois te semblera bon de -faire, l’autre fois te semblera mauvais. Et quant tu auras pris conseil -à toy mesme et auras jugié à grant délibération ce qui mieulx te vault, -tien le secret et te garde de révéler à nulle personne, se tu ne cuides -que en révélant tu faces ta condition meilleur et que le révéler te -portera prouffit. Car Jhésu-Sirac[322] dit: à ton ami ne à ton ennemi -ne raconte ton secret ne ta folie, car ils te orront et te regarderont -et te supporteront en ta présence, et par derrière se moqueront de toy. -Et un autre dit: à peine trouveras-tu un, tant seulement, qui puisse -bien céler secret. Et Pierre Alphons dit: tant comme ton secret est -en ton cuer, tu le tiens en ta prison, et quant tu le révèles à autruy -il le tient en la sienne; et pour ce il te vault mieulx taire et ton -secret céler que prier cellui à qui tu le révèles qu’il le cèle, car -Sénèque dit: se tu ne te pues taire et ton secret céler, comment ose-tu -prier un autre qu’il le vueille céler? - -Se tu cuides que révéler ton secret à autre et avoir son conseil face -ta condition meilleur, lors le quiers, et maintien-toy en telle guise: -premièrement, tu ne dois pas faire semblant [à ton conseil][323] quelle -partie tu veulx tenir ne monstrer ta voulenté, car communément tous -conseillers sont losengeurs, espécialment ceulx qui sont du conseil -des grans seigneurs, car ils s’efforcent plus de dire chose plaisant -que proufitable, et pour ce, riche homme n’aura jà bon conseil se -il ne l’a de soy mesmes. Après tu dois considérer tes amis et tes -ennemis. Entre tes amis tu dois considérer le plus loial et le plus -sage, le plus ancien et le plus esprouvé en conseil, et à ceulx tu -dois conseil demander. Premièrement doncques, tu dois appeller à ton -conseil tes bons et tes loyaulx amis, car Salemon dit ainsi: comme -le cuer se délite en bonne odeur, conseil de bons amis fait à l’âme -doulceur; et dit encores: à l’amy loyal nulle chose ne se compare, -car ne or ne argent ne sont tant dignes comme la voulenté du loyal -amy. Et dit oultre: amy loyal est une forte défense: qui le trouve, il -treuve un grant trésor. Après tu dois regarder que les loyaulx amis que -tu appelles à ton conseil soient sages, car il est escript: requier -tousjours le conseil du sage. Par ceste mesme raison tu dois appeller -les anciens qui assez ont veu et assez ont esprouvé, car il est escript -en Job: ès anciens est la sapience, et en moult de temps est prudence. -Et Tulles dit: les grans besongnes ne se font pas par force ne par -légièreté de corps, mais par bon conseil et par auctorité de personne -et par science: lesquelles trois choses ne affoiblissent pas en -vieillesse, mais enforcent et croissent tous les jours. Après, en ton -conseil tu dois garder ceste règle car au commencement tu dois appeller -pou de gens des plus espéciaulx, car Salemon dit: efforce-toy d’avoir -pluseurs amis, mais entre mil eslis-en un pour ton conseiller. Quant -tu auras en ton conseil pou de gens, si le peus révéler, se mestier -est, à plusieurs. Toutesvoies les trois conditions dessus dictes si -doivent estre ès conseillers tousjours gardées, et ne te souffise pas -un conseillier tant seulement, mais en fais plusieurs, car Salemon dit: -sainement est la chose où plusieurs conseillers sont. - -Après ce que je t’ay monstré à qui tu dois prendre conseil, je te -vueil monstrer lequel conseil tu dois fuir; [premièrement tu dois] le -conseil des fols eschiver, car Salemon dit: à fol ne vueil prendre -conseil, car il ne te saura conseiller fors ce qu’il aime et qui luy -plaist; et il est escript: en la propriété du fol est que il croit -légièrement tous maulx d’autruy et tous biens de luy. Après, tu dois -fuir le conseil des faintifs et losengeurs qui s’efforcent plus de -loer ta personne et à toy plaire que de dire vérité. Et Tulles dit: -entre toutes les pestilences qui en amitié sont, la plus grant est -losengerie. Et pour ce tu dois plus doubter et fuir les doulces paroles -[de celui qui te loera] que [les aigres paroles de] celui qui vérité te -dira, car Salemon dit: homme qui dit paroles de losengerie est un las -pour prendre les innocens; et dit aussi autre part: homme qui parle à -son amy paroles doulces et souefves, luy met devant les piés la rais -pour le prendre. Pour ce dit Tulles: garde que ne enclines point tes -oreilles aux losengeurs et ne reçoy point en ton conseil paroles de -losengerie. Et Caton dit ainsi: advise-toy d’eschever paroles doulces -et souefves. - -Après, tu dois eschever le conseil de tes anciens ennemis qui sont -réconciliés, car il est escript: nul ne retourne seurement en la grâce -de son ennemy. Et Ysope dit: ne vous fiez point en ceulx à qui vous -avez eu guerre ou inimitié anciennement et ne leur révélez point vos -consaulx ou secrets; et la raison rent Sénèque et dit ainsi: il ne peut -estre que là où le feu a esté longuement, qu’il n’y demeure tousjours -aucune vapeur. Pour ce dit Salemon: en ton ancien ennemy ne te vueilles -nul temps fier, et encores s’il est réconcilié, se humilité est en luy -par semblant, et encline sa teste devant toy, ne le croy néant, car il -le fait plus [pour son proffit que] pour l’amour de toy, afin qu’il -puisse avoir victoire de toy en soy humiliant envers toy, laquelle -victoire il ne peut avoir en toy poursuiant. Et Pierre Alphons dit: ne -t’acompaigne pas à tes anciens ennemis, car ce que tu feras de bien, -ils le pervertiront ou amenuiseront. - -Après tu dois fuir le conseil de ceulx qui te servent et portent -révérence, car ils le font plus par doubtance que par amour. Car un -philosophe dit: nul n’est bien loyal à celui que il trop doubte; et -Tulles dit: nulle puissance d’empire n’est si grant que elle puisse -durer longuement se elle n’a plus l’amour du peuple que la paour. -Après, tu dois fuir le conseil de ceulx qui sont souvent yvres, car -ils ne scevent riens céler, et dit Salemon: nul secret n’est là où -règne yvresse. Après tu dois avoir le conseil suspect de ceulx qui -conseillent une chose en secret, et puis autre dient en appert. -Car Cassiodores dit: une manière de grever son ami est de monstrer -en appert ce dont l’en veult le contraire. Après, tu dois avoir en -suspect le conseil des mauvais hommes, car il est escript: les conseils -des mauvais hommes sont tousjours plains de fraude; et David dit: -bieneureux est l’homme qui n’a point esté ès consaulx des mauvais! -Après, tu dois fuir le conseil des jeunes gens, car le sens des jeunes -gens n’est pas encores meur. De quoy Salemon dit: dolente est la terre -qui a enfant à seigneur[324]! Et le philosophe dit que nous n’eslisons -pas les jeunes en princes, car communément ils n’ont point de prudence; -et dit encores Salemon: dolente est la terre de quoy le prince ne se -liève matin! - -Puis que je t’ay monstré à qui tu dois prendre conseil et de qui -conseil tu dois eschever et fuir, je te vueil apprendre comment tu dois -conseil examiner. En examinant doncques ton conseil, selon ce que dit -Tulles et enseigne, tu dois considérer plusieurs choses. Premièrement, -tu dois considérer que en ce que tu proposes et sur quoy tu veulx avoir -conseil, vérité soit gardée et dicte, car l’en ne puet bien conseillier -à cellui qui ne dit vérité. Après tu dois considérer toutes les choses -qui s’accordent à ce que tu proposes faire selon ton conseil: se raison -s’y accorde et si ta puissance s’y accorde, si plusieurs et meilleurs -s’y accordent que discordent, ou non. Après, tu dois considérer au -conseil ce qui s’ensuit: se c’est haine ou amour, paix ou guerre, -prouffit ou dommage, et aussi de moult d’autres choses; et en toutes -ces choses tu dois tousjours eslire ce qui est ton prouffit, toutes -autres choses reffusées et rabatues. Après, tu dois considérer de -quelle racine est engendrée la matière de ton conseil et quel prouffit -elle puet concevoir et engendrer, et dois encores considérer toutes les -causes dont elle est venue. - -Quant tu auras examiné ton conseil en la manière dicte, et trouvé -laquelle partie est meilleur et plus prouffitable et esprouvée de -plusieurs sages et anciens, tu dois considérer se tu le pouras mener à -fin, car nul ne doit commencer chose s’il n’a povoir de la parfaire, -et ne doit prendre charge qu’il ne puisse porter. L’en dit en un -proverbe: qui trop embrasse, pou estraint; et Caton dit: essaye-toy -de faire ce que tu as povoir de faire, pour ce que la charge ne te -presse tant qu’il te faille laissier ce que tu as commencié à faire, -et s’il est doubte se tu le pourras mener à fin ou non, eslis plus -tost le délaissier que le commencier. Car Pierre Alphons dit: se tu as -povoir de faire une chose dont il te conviengne repentir, il te vault -mieulx souffrir que encommencier. Bien disent ceulx qui deffendent à un -chascun chose faire [dont il duelt et doubte se elle est de faire] ou -non. En la fin, quant tu auras examiné ton conseil en la manière dessus -dicte et auras trouvé que tu le pourras mener à fin, lors le retien et -le conferme. - -Or est raison que je te monstre quant et pourquoy on doit changier son -conseil sans répréhension. L’en peut changier son conseil et son propos -quant la cause cesse ou quant nouvelle cause survient. Car la loy dit: -les choses qui de nouvel surviennent ont mestier de nouvel conseil. Et -Sénèque dit: se ton conseil est venu à la congnoissance de ton ennemy, -lors change ton conseil. Après, l’en peut changier son conseil quant -l’en treuve après que par erreur ou par autre cause mal ou dommage en -puet venir; après, quant le conseil est déshonneste ou vient de cause -déshonneste, car les lois dient que toutes promesses déshonnestes sont -de nulle valeur; après, quant il est impossible ou ne se puet garder -bonnement; et en moult d’autres manières. Après ce, tu dois tenir pour -règle générale que ton conseil est mauvais quant il est si ferme que -l’en ne le puet changier pour condition qui surviengne. - -Quant Mellibée ot oy ces enseignemens de dame Prudence, si respondi: -Prudence, jusques à l’eure de maintenant vous m’avez assez enseignié -comment en général je me doy porter en conseil prendre ou retenir, or -vouldroie-je bien que vous descendissiez en espécial et me deissiez ce -que vous semble du conseil que nous avons eu en ceste propre besongne. - -Lors respondi dame Prudence: Sire, dist-elle, je te prie que tu ne -rappelles point en ton courage se je dy chose qui te desplaise, car -tout ce que je te dy, je l’entens dire à ton honneur et à ton prouffit, -et ay espérance que tu le prendras en patience. Et pour ce je te fais -assavoir que ton conseil, à parler proprement, ne doit estre appellé -conseil, mais un fol esmouvement sans discrétion ouquel tu as erré en -moult de manières. - -Premièrement, tu as erré en assemblant ton conseil, car au -commencement tu deusses avoir appellé moult peu de gens, et puis après -plusieurs, se besoing fust; mais tantost tu as appellé une multitude -de gent chargeuse et ennuyeuse. Après tu as erré, car tu deusses avoir -appellé tant seulement tes loyaulx amis, sages et anciens; mais avec -ceulx tu as appellé gens estranges, jouvenceaulx, fols, losengeurs, -ennemis réconciliés et gens qui te portent révérence sans amour. Après -tu as erré quant tu es venu à conseil, car tu avoies avec toy ensemble -ire, convoitise et hastiveté, lesquelles trois choses sont contraires -à conseil, et ne les as pas abaissées en toy ne en ton conseil ainsi -comme tu deusses. Après tu as erré, car tu as démonstré à ton conseil -ta voulenté et la grant affection que tu avoies de faire guerre -incontinent et de prendre vengence, et pour ce ils ont plus suivy ta -voulenté que ton prouffit. Après tu as erré, car tu as esté content -d’un conseil tant seulement, et toutesvoies en si grant besongne et -si haulte estoient bien nécessaires plusieurs conseils. Après tu as -erré, car [quant tu as fait la division entre ceulx de ton conseil,] -tu n’as pas suivy la voulenté de tes loyaulx amis sages et anciens, -mais as regardé seulement le plus grant nombre. Et tu scez bien que les -fols sont tousjours en plus grant nombre que les sages, et pour ce le -conseil des chappitres et des grans multitudes de gens où l’on regarde -plus le nombre que les mérites des personnes erre souvent, car en tel -conseil les fols ont toujours gaignié par multitude. - -Mellibée adonc respondi: je confesse bien que j’ay erré, mais pour ce -que tu m’as dit dessus que cellui ne fait pas à reprendre, qui change -son conseil en moult de cas, je suis appareillié à le changier à ta -voulenté, car péchier est euvre d’omme, mais persévérer en péchié est -euvre de déable; et pour ce je ne vueil plus en ce persévérer. - -Lors dit Prudence: examinons tout ton conseil [et véons lesquels ont -parlé plus raisonnablement et donné meilleur conseil,] et pour ce -que l’examination soit mieulx faicte, commençons aux cirurgiens et -aux phisiciens qui premièrement parlèrent. Je dy, dist-elle, que les -cirurgiens et les phisiciens dirent ou conseil ce qu’ils devoient -dire et parlèrent sagement, car à leur office appartient à un chascun -prouffiter et à nul nuire, et selon leur art ils doivent avoir grant -diligence de la cure de ceulx qu’ils ont en leur gouvernement, ainsi -comme ils ont dit et respondu sagement; et pour ce je conseille qu’ils -soient haultement guerdonnés, en telle manière qu’ils entendent -plus liement à la cure de ta fille. Car jasoit-ce qu’ils soient tes -amis, toutesvoies tu ne dois pas souffrir qu’ils te servent pour -néant, mais les dois plus largement païer et guerdonner. Mais quant -à la proposition que les phisiciens adjoustèrent, que ès maladies -un contraire se garit par autre contraire, je vouldroie bien savoir -comment tu l’entens. - -Certes, dist Mellibée, je l’entens ainsi: car comme ils m’ont fait un -contraire, que je leur en face un autre, et pour ce qu’ils se sont -vengiés de moy et m’ont fait injure, je me vengeray d’eulx et leur -feray injure et lors auray gary un contraire par autre. - -Or véez, dist Prudence, comment un chascun croit légièrement ce -qu’il veut et désire! Certes, dist-elle, la parole des phisiciens ne -doit pas estre ainsi entendue, car mal n’est pas contraire à mal, ne -vengence à vengence, ne injure à injure, mais sont semblables. Et -pour ce, vengence par vengence, ne injure par injure n’est pas curé, -mais accroist l’une l’autre. Mais la parole doit estre ainsi entendue: -ainsi que mal et bien, sont contraires paix et guerre, vengence et -souffrance, discorde et concorde, et ainsi de moult d’autres; mais mal -se doit gairir par bien, discorde par accord, guerre par paix, et ainsi -de tous les autres; et à ce s’accorde saint Pol l’appostre en plusieurs -lieux: ne rendez, dit-il, mal pour mal, ne mesdit pour mesdit, mais -faites bien à cellui qui mal vous fera, et bénéissez cellui qui vous -maudira. Et en moult d’autres lieux de ses épistres il admoneste à paix -et à concorde. - -Or convient parler du conseil que donnèrent les advocas, les sages -et les anciens, qui furent tous d’un accord et dirent que devant -toutes choses tu dois mettre diligence en garder ta personne et en -garnir ta maison, et dirent aussi que en ceste besongne l’en doit aler -adviséement et à grant délibération. Quant au premier point qui touche -la garde de ta personne, tu dois savoir que cellui qui a guerre doit -tous les jours, devant toutes choses, humblement et dévotement demander -la garde et l’aide de Dieu, [car en cest monde nul ne se puet garder -souffisamment sans la garde de nostre Seigneur.] Pour ce dit David le -prophète: se Dieu de la cité n’est garde, pour néant veille qui la -garde. Après, en la garde de ta personne tu dois mettre tes loyaux amis -esprouvés et congneus et à eulx dois demander aide pour toy garder, car -Caton dit: se tu as besoing d’aide, demande-le à tes amis, car il n’est -si bon phisicien comme le loyal amy. Après, tu te dois garder de toutes -gens estranges et mescongneus et avoir leur compaignie suspecte, car -Pierre Alphons dit: ne t’acompaigne en voye à nulle personne se tu ne -la congnois devant, et s’aucune personne s’acompaigne avec toy sans ta -voulenté et enquière de ta vie et de ta voie, fains que tu veulx aler -plus loing que tu n’as proposé; et se il porte lance, si te tieng à sa -dextre: se il porte espée, si te tieng à sa senestre. - -Après, garde-toy sagement de tous ceulx[325] que je t’ay dit, car -tu dois leur conseil eschever et fuir. Après, garde-toy en telle -manière que pour la présumption de ta force tu ne desprises point -ton adversaire tant que[326] laisses tes gardes, car sage homme -doit tousjours doubter, espécialment ses ennemis. Et Salemon dit: -beneuré est cellui qui tousjours se doubte, car à cellui qui par -la dureté de son cuer a trop grant présumption, mal lui vendra. Tu -dois doncques doubter tous agais et toutes espies. Car, selon ce que -dit Sénèque[327], qui toutes choses doubte, en nulle ne cherra; et -encores dit-il: sage est celluy qui doubte, et eschiève tous maulx. Et -jasoit-ce qu’il te soit semblant estre bien asseur et en seur lieu, -toutesvoies tu dois avoir tousjours diligence de toy garder, car -Sénèque dit: qui seur se garde n’a doubte de nuls périls. Après tu te -dois garder non pas tant seulement de ton grant et fort ennemi, mais -de tout le plus petit, car Sénèque dit: il appartient à homme bien -enseignié qu’il doubte son petit ennemi. Et Ovide, ou livre du _Remède -d’amours_, dit: la petite vivre[328] occist le grant torel, et le chien -qui n’est pas moult grant relient bien le sanglier. Toutesvoies, tu ne -dois pas estre tant doubteux que tu doubtes là où riens n’a à doubter, -car il est escript: aucunes gens ont enseignié leur décevoir mais ils -ont trop doubté que l’en les déceust[329]. Après, tu te dois garder de -venin et de compaignie de moqueurs, car il est escript: avecques le -moqueur n’aies compaignie, mais la fuy et ses paroles comme le venin. - -Quant au second point, c’est assavoir ouquel dirent les sages que tu -dois garnir ta maison à grant diligence, je vouldroie bien savoir -comment tu entens ceste garnison. - -Dist Mellibée: Je l’entens ainsi que je doy garnir ma maison de tours, -de chasteaulx[330], d’eschifes[331] et autres édifices par lesquels -je me puisse garder et deffendre, et pour cause desquels les ennemis -doubteront à approuchier ma maison. - -Lors Prudence respondi: La garnison de tours haultes et des grans -édifices appartient aucunes fois à orgueil. L’en fait les tours et les -grans édifices à grant travail et à grans despens, et quant elles sont -faites, elles ne vallent riens se elles ne sont deffendues par sages et -par bons amis loyaux, et à grans missions[332]. Et pour ce sachiez que -la plus grant garnison et la plus fort que un riche homme puisse avoir -à garder son corps et ses biens, c’est qu’il soit amé de ses subjects -et de ses voisins, car Tulles dit: une garnison que l’en ne puet -vaincre ne desconfire, c’est l’amour des citoyens. - -Quant au tiers point, où les sages et anciens dirent que l’en ne -doit point aler en ceste besongne soudainement ne hastivement, mais -se doit-on pourveoir et appareillier à grant diligence et à grant -délibération, je croy qu’ils parlèrent bien et sagement, car Tulles -dit: en toutes besongnes, devant ce que l’en les commence, on se doit -appareillier à grant diligence. En vengence doncques, en guerre, en -bataille et en garnison faire, devant ce que l’en commence, l’en -doit faire son appareil à grant délibération, car Tulles dit: long -appareillement de batailles fait brief victoire; et Cassiodores[333] -dit: la garnison est plus puissant quant elle est plus long temps -pensée. - -Or convient aler au conseil que te donnèrent tes voisins qui te portent -révérence sans amour, tes ennemis réconciliés, les losengeurs, ceux -qui te conseillièrent une chose en secret et autre disoient en appert, -les jeunes gens, qui tous te conseillèrent vengier tantost et faire -guerre incontinent. Et certes, ainsi comme je t’ay dit dessus, tu erras -moult en appelant telles gens à ton conseil, et ce conseil est assez -réprouvé pour les choses dessus dictes. Toutesvoies, puis qu’elles sont -dictes en général, nous descendrons en espécial. Or véons doncques -premièrement, selon ce que dit Tulles, de la vérité de ce conseil. Et -certes de la vérité de ceste besongne ne convient pas moult enquerre, -car l’en scet bien qui sont ceulx qui te ont fait ceste injure, et -quans[334] ils sont, et comment, et quant, et quelle injure ils te ont -faite. Examinons doncques la seconde condition que Tulles met, qu’il -appelle consentement, c’est à dire qui sont ceulx et quans ils sont qui -se consentent à tel conseil et à ta voulenté, et considérons aussi qui -sont ceulx et quans qui se consentent à tes adversaires. - -Quant au premier, l’en scet bien quels gens se consentent à ta -voulenté, car tous ceulx que j’ay dessus nommés conseillent que tu -faces guerre tantost. Or véons doncques qui tu es et qui sont ceulx que -tu tiens tant à ennemis. Quant à ta personne, jasoit-ce que tu soies -riche et puissant, tu es tout seul et n’as nul enfant masle; tu n’as -fors une seule fille tant seulement: tu n’as frères ne cousins germains -ne nuls autres bien prouchains parens, pour paour desquels tes ennemis -se cessassent de toy poursuivre et destruire; et ta personne destruite, -tu scez bien que tes richesses se diviseront en diverses parties, -et quant chascun aura sa partie, ils ne seront forcés de vengier ta -mort. Mais tes ennemis sont trois et ont moult d’enfans, de frères et -d’autres bien prouchains amis et parens, desquels quant tu en auras -occis deux ou trois, encores en demourra assez qui pourront vengier -leur mort et te pourront occire. Et jasoit-ce que tes amis soient trop -plus que les amis de tes adversaires, ils t’appartiennent de moult -loing, et les amis de tes adversaires leur sont moult plus prouchains, -et en ce leur condition est meilleur que la tienne. - -Après, voyons encores se le conseil que l’en te donna de la vengence -tantost prendre, se consent à raison. Et certes tu scez que non, car, -selon droit, nul ne doit faire vengence [d’autrui, fors le juge qui -a la jurisdiction sur lui, jasoit-ce que vengence soit] ottroyée ou -permise à aucun quant on la fait incontinent et attrempéement, selon ce -que droit le commande. Après, encores sur ce mot consentement, tu dois -regarder se ton povoir se consent à ta voulenté et à ton conseil. Et -certes tu pues dire que non, car à parler proprement, nous ne povons -riens fors ce que nous povons faire deuement et selon droit; et pour -ce que selon droit tu ne dois prendre vengence de ta propre auctorité, -l’en puet dire que ton povoir ne se consent point à ta voulenté. - -Or convient examiner le tiers point que Tulles appelle conséquent. Tu -dois doncques savoir que à vengence que tu veulx faire, est conséquent -et s’ensuit autre vengence, périls, guerres et d’autres maulx sans -nombre et moult de dommages lesquels l’en ne voit maintenant. - -Quant au quart point que Tulles appelle engendrement, tu dois savoir -que injure est engendrée de haine, acquisition[335] d’ennemis -enflamblés de vengence; de haine et contens guerres naissent, et -dégastement de tous biens. - -Quant aux causes, qui est le derrenier point que Tulles y met, tu dois -savoir que en l’injure qui t’a esté faite a deux causes ouvrières et -efficiens: la loingtaine et la prouchaine; la loingtaine est Dieu qui -est cause de toutes causes: la prouchaine sont tes trois ennemis. La -cause accidentelle fut hayne; la cause matériel sont les cinq plaies -de ta fille; la cause formal fut la manière de faire l’injure, c’est -assavoir qu’ils appoièrent eschelles contremont les murs et entrèrent -par les fenestres; la cause final fut que ils vouldrent occire ta -fille, et par eulx ne demoura. Mais la cause final loingtaine, à quel -fin ils avendront de ceste besongne, nous ne la povons pas bien savoir, -fors par conjectures et par présumptions, car nous devons présumer -qu’ils avendront à male fin par la raison du Décret qui dit: à grant -peine sont menées à bonne fin les choses qui sont mal commencées. -Qui me demanderoit pourquoy Dieu a voulu et souffert qu’ils t’aient -fait telle injure, je n’en sauroie pas bien respondre pour certain, -car, selon ce que dit l’appostre, la science et jugement nostre -Seigneur sont si parfont que nuls ne le puet comprendre ne encerchier -souffisamment. Toutesvoies, par aucunes présumptions je tien que Dieu -qui est juste et droiturier a souffert que ce soit advenu pour cause -juste et raisonnable; car tu qui as nom Mellibée qui vault autant comme -_cellui qui boit le miel_, [le miel as tant voulu boire,] c’est à dire -la doulceur des biens temporels, des richesses, des délices et des -honneurs de ce monde, que tu en as esté tout yvres et as oublié Dieu -ton créateur, ne ne lui as pas porté honneur ne révérence ainsi comme -tu deusses. Tu n’as pas retenu en ta mémoire la parole Ovide[336] qui -dit: dessoubs le miel de la doulceur des biens du corps, est abscondu -le venin qui occit l’âme. Et Salemon dit: se tu as trouvé le miel, si -en mengue à souffisance, car se tu en mengues oultre mesure, il te -convendra vomir. Pour ce, par adventure, Dieu en despit de toy a tourné -sa face et les oreilles de sa miséricorde [autre part], et a souffert -que tu as [esté prins en la manière que tu as] péchié contre lui. Tu -as péchié contre nostre Seigneur, car les trois ennemis de l’umain -lignage, qui sont le monde, la char et le Déable, tu as laissié entrer -en ton cuer tout franchement par les fenestres du corps, sans toy -deffendre souffisamment contre leur assault et leurs temptacions, en -telle manière qu’ils ont navrée sa fille, c’est assavoir l’âme de toy, -de cinq plaies: c’est à dire de tous les péchiés mortels qui entrèrent -ou cuer parmy chascun des cinq sens naturels. Par ceste semblance -nostre Seigneur a voulu et souffert que ces trois ennemis sont entrés -en ta maison par les fenestres et ont navrée ta fille en la manière -dessus dicte. - -Certes, dist Mellibée, je voy bien que vous vous efforciez moult par -doulces paroles de moy encliner à ce que je ne me venge point de mes -ennemis, et m’avez monstré moult sagement les périls et les maulx qui -pourroient advenir de ceste vengence. Mais qui vouldroit considérer -en toutes vengences tous les périls qui s’en pourroient ensuir, l’en -ne feroit jamais vengence, et ce seroit moult grant dommage, car par -vengence les mauvais sont ostés d’entre les bons, et ceulx qui ont cuer -de mal faire se retraient[337] quant ils voient que l’en punist les -malfaiteurs. - -A ce respond dame Prudence: certes, dist-elle, je vous octroie que de -vengence vient moult de biens, mais faire vengence n’appartient pas à -un chascun, fors seulement aux juges et à ceulx qui ont la jurisdiction -sur les malfaiteurs, et dy oultre que ainsi que une personne singulière -pécheroit en faisant vengence, [ainsi pécheroit le juge en laissant -faire[338] vengence,] car Sénèque dit: cellui nuist aux bons, qui -espargne les mauvais; et, selon ce que dist Cassiodores, l’en doubte -faire les oultrages, quant on scet qu’il desplairoit aux juges et aux -souverains. Et un autre dit: le juge qui doubte faire les drois[339], -fait les gens mauvais; et saint Pol l’appostre dist en l’épistre aux -Rommains que le juge ne porte pas le glaive sans cause, mais le porte -pour punir les mauvais [et pour deffendre les] preudomes. Se tu veulx -doncques avoir ta vengence de tes ennemis, tu recourras au juge qui -a la jurisdiction sur eulx, et il les punira selon droit, et encores -s’ils l’ont desservi, en leur avoir[340] en telle manière que ils -demourront povres et vivront à honte. - -Hé! dist Mellibée, ceste vengence ne me plaist point: je regarde que -fortune m’a nourry dès mon enfance et m’a aidié à passer moult de fors -pas. Je la vueil maintenant essayer, et croy que à l’aide de Dieu elle -m’aidera à vengier [ma honte]. - -Certes, dit Prudence, se tu veulx ouvrer de mon conseil, tu ne -essaieras point fortune ne ne t’appoieras à elle, car, selon ce que -dit Sénèque, les choses se font folement, qui se font à l’espérance de -fortune. Car fortune est comme une verrière qui de tant comme elle est -plus clere et plus resplendissant, de tant est-elle plus tost brisée; -et pour ce, ne t’y fie point, car elle n’est point estable, et là où -tu cuideras estre plus seur de son aide, elle te fauldra. Et pour ce -que tu dis que fortune t’a nourry dès ton enfance, je te dy que de -tant tu te dois moins fier en elle et en ton sens, car Sénèque dit que -cellui que fortune nourrist trop, elle le fait fol. Puis doncques que -tu demandes vengence, et la vengence qui se fait selon l’ordre de droit -et devant le juge ne te plaist, et la vengence qui se fait en espérance -de fortune est mauvaise et périlleuse et si n’est point certaine, -tu n’as remède de recours fors au souverain et vray juge qui venge -toutes villenies et injures, et il te vengera, selon ce que lui mesmes -tesmoingne: à moy, dit-il, laisse la vengence et je la feray. - -Mellibée respondi: Se je, dit-il, ne me venge de la villenie que l’en -m’a faite, je semondray ceulx qui l’a m’ont faicte et tous autres -mauvais à moy faire une nouvelle villenie, car il est escript: se tu -sueffres sans vengier la vieille villenie, tu semons à la nouvelle. Et -ainsi, par souffrir l’en me feroit tant de villenies de toutes pars -que je ne le pourroie souffrir ne porter, ains seroie au bas du tout -en tout, car il est escript: en moult souffrant, t’avendront assez de -choses que souffrir ne pourras. - -Certes, dit Prudence, je te ottroie que trop grant souffrance n’est -pas bonne, mais pour ce ne s’ensuit-il pas que chascune personne à qui -l’en fait injure prengne la vengence, car ce appartient aux juges tant -seulement, qui ne doivent pas souffrir que les villenies et injures ne -soient vengées. Et pour ce, les deux auctorités que tu as avant traites -sont entendues tant seulement des juges que quant ils seuffrent trop -faire les injures et villenies sans punition, ils ne semonnent pas tant -seulement faire les injures, mais les commandent. Ainsi le dit un sage. -Le juge, dit-il, qui ne corrige le pécheur, luy commande à péchier; et -pourroient bien tant souffrir les juges et les souverains [de maulx] -en leur terre, que les malfaiteurs les getteroient hors de leur terre, -et leur convendroit perdre leur seignorie à la parfin. Mais or posons -que tu aies licence de toy vengier, je dy que tu n’as pas la puissance -quant à présent, car se tu veulx faire comparoison de ta puissance à -la puissance de tes adversaires, tu trouveras trop de choses, selon ce -que je t’ay monstré dessus, par quoy leur condition est meilleur que la -tienne, et pour ce je te dy qu’il est bon, quant à maintenant, de toy -souffrir et avoir patience. - -Après, tu scez que l’en dit communément que contendre à plus fort, -c’est enragerie: contendre à esgal, c’est péril: contendre à moindre, -c’est honte. Et pour ce, l’en doit fuir toute contention tant comme -l’en puet, car Salemon dit que c’est grant honneur à homme quant il se -scet guetter de brigue et de contens. Et se plus fort de toy te griève, -estudie-toy plus à le appaisier que à toy vengier, car Sénèque dit que -cellui se met en grant péril, qui se courrouce à plus fort de lui; et -Caton dit: se plus grant que toy te griefve, sueffre-toy: car cellui -qui t’a une fois grevé, te pourra une autre fois aidier. - -Or posons que tu aies licence et puissance de toy vengier, je dy -encores que moult de choses sont, qui te doivent retraire et te doivent -encliner à toy souffrir et avoir patience en l’injure qui t’a esté -faicte et aux autres tribulations de ce monde. - -Premièrement [se tu veulx considérer les deffaulx qui sont en] toy, -pour lesquels Dieu a voulu souffrir que ceste tribulation te soit -advenue, selon ce que j’ay dit dessus, car le poëte dit que nous -devons porter en patience les tribulations qui nous viennent, quant -nous pensons que nous les avons desservies. Et saint Grégoire dit que -quant un chascun considère le grant nombre de ses défaulx et de ses -péchiés, les peines et les tribulations qu’il sueffre lui en appairent -plus petites; et de tant comme[341] son péchié monte, lui semble la -peine plus légière. Après, moult te doit encliner à patience, la -patience nostre Seigneur Jhésu-Crist, selon ce que dit saint Pierre en -ses épistres. Jhésu-Crist, dit-il, a souffert [pour nous] et a donné -exemple à un chascun de lui ensuivre, car il ne fist oncques péchié, -ne onques de sa bouche n’yssi une villenie. Quant on le maudissoit, -il ne maudissoit point: quant on le batoit, il ne menaçoit point. -Après, moult te doit encliner à patience, la grant patience des Sains -de paradis qui ont eu si grant patience ès tribulations qu’ils ont -souffertes sans leur coulpe. Après, moult te doit encliner à patience -que les tribulations de ce monde durent très petit de temps et sont -tantost passées, et la gloire que l’en acquiert pour avoir patience ès -tribulations est pardurable, selon ce que dit l’épistre seconde à ceulx -de Corinthe. - -Après, tien fermement que cellui n’est pas bien enseigné qui ne scet -avoir patience, car Salemon dit que la doctrine de l’omme est congneue -par patience, et nostre Seigneur dit que patience vaint; et encores dit -que en nostre patience nous possiderons nos âmes. Et autre part dit -Salemon que cellui est patient qui se gouverne par grant prudence; et -cellui mesmes dit que l’omme courrouceux fait les noises, et le patient -les attrempe. Aussi dit-il que mieulx vault estre bien patient que -bien fort, et plus fait à prisier cellui qui puet avoir la seignourie -de son cuer que cellui qui par grant force prent les grans cités; et -pour ce dit saint Jaques en ses épistres que patience est euvre de -perfection. - -Certes, dit Mellibée, je vous ottroye, dame Prudence, que patience -est une grant vertu, mais chascun ne puet pas avoir la perfection que -vous alez quérant. Je ne suis pas du nombre des bien parfais, et pour -ce mon cuer ne puet estre en paix jusques à tant que je soye vengié. -Et jasoit-ce que en ceste vengence eust grant péril, je regarde que -aussi [avoit-il grant péril à faire la villenie qui m’a esté faite, -et toutesvoies] mes adversaires n’ont pas regardé le péril, mais ont -hardiement acompli leur voulenté, et pour ce il me semble que l’en ne -me doit pas reprendre se je me met en un pou de péril pour moy vengier -et se je fais un grant excès, car on dit que excès n’est corrigé -que par excès, c’est à dire que oultrage ne se corrige fors que par -oultrage. - -Hé! dit dame Prudence, vous dictes vostre voulenté, mais en nul cas -du monde l’en ne doit faire oultrage ne excès pour soy venger ne -autrement, car Cassiodores dit que autant de mal fait cellui qui se -venge par oultrage comme cellui qui a fait oultrage. Et pour ce, vous -vous devez vengier selon l’ordre de droit, non pas par excès ne par -oultrage, car ainsi que vous savez que vos adversaires ont péchié -encontre vous par leur oultrage, [aussi péchiez-vous se vous vous -voulez venger] autrement que droit ne l’a commandé; et pour ce dit -Sénèque que l’en ne doit nulle fois vengier mauvaistié. Et se vous -dictes que droit octroie que l’en deffende violence par violence -et barat par barat, certes c’est vérité quant la deffense se fait -incontinent et sans intervalle et pour soy deffendre, non pas pour soy -venger, et s’y convient mettre telle diligence[342] et deffense que -l’en ne puisse reprendre cellui qui se deffent d’excès ne d’oultrage, -car autrement ce seroit contre droit et contre raison. Or vois-tu -bien que tu ne fais pas incontinent deffense, ne pour toy deffendre, -mais pour toy vengier, et si n’as pas voulenté de faire ton fait -attrempéement; et pour ce il me semble encores que la patience est -bonne, car Salemon dit que cellui qui n’est pas patient aura dommage. - -Certes, dit Mellibée, je vous octroye que quant un homme est impatient -et courroucié de ce qui ne le touche et ne lui appartient, se dommage -lui vient n’est pas merveille. Car la règle de droit dit que cellui est -coupable qui s’entremet de ce qui ne lui appartient point; et Salemon -dit ès Proverbes que cellui qui s’entremet des noises d’autruy est -semblable à cellui qui prent le chien par les oreilles. Et aussi comme -cellui qui tient le chien estrange qu’il ne congnoist est aucune fois -mors du chien, aussi est-il raison que dommage viengne à cellui qui -par impatience et par courroux se mesle de la noise d’autruy qui riens -ne lui appartient. Mais vous savez bien que ce fait me touche moult de -près, et pour ce j’en suis courroucié et impatient, et ce n’est pas -merveille; et si ne vois mie, sauve vostre grâce, que grant dommage me -puisse venir de moy vengier, car je suis plus riche et plus puissant -que ne sont mes adversaires et vous savez bien que par argent se -gouvernent et font les choses et le fait de ce monde, et Salemon dit -que toutes choses obéissent à pécune. - -Prudence, quant elle oy son mary vanter de sa richesse et de sa -puissance et soy esjouir, et despriser la povreté de ses adversaires, -parla en ceste manière: je vous octroie que vous estes riche et -puissant et que les richesses sont bonnes à ceulx qui les ont bien -acquises et bien en usent, car ainsi comme le corps ne puet vivre sans -[l’âme, ainsi ne puet-il vivre sans] les biens temporels, et par les -richesses l’en puet acquerre les grans lignages et les amis. Et pour -ce dit Pamphile[343]: se la fille d’un bouvier est riche, elle puet -eslire de mil hommes lequel qu’elle veult pour son mary, car nul ne -la refusera pas; et dit encores: se tu es, dit-il, bien euré, c’est -à dire riche, tu trouveras grant nombre de compaignons et d’amis, et -se ta fortune se change et que tu soies povre, tu demoureras tout -seul. Et oultre dit Pamphile que par richesses sont nobles ceulx qui -sont villains par lignage; et ainsi comme de grans richesses vient -moult de biens, ainsi de grant povreté viennent moult de maulx, car -grant povreté contraint la personne à moult de maulx faire, et pour ce -[l’appelle Cassiodores mère de crimes, et dit aussi] Pierre Alphons: -une des grans adversités de ce siècle, si est quant un homme franc par -nature est contraint par povreté mendier l’aumosne de son ennemy; et -la raison de ce rent Innocent[344] en un sien livre, disant: dolente -et meschant est la condition des povres mendians, car se ils ne -demandent, ils meurent de fain, et se ils demandent, ils meurent de -honte; et toutesvoies nécessité les contraint à demander. Et pour ce -dit Salemon que mieulx vault mourir que avoir telle povreté, car, selon -ce qu’il dit autre part, mieulx vault la mort amère que telle vie. - -Par les raisons que je t’ay dictes et moult d’autres que dire je te -pourroie, je t’ottroie que bonnes sont les richesses à ceulx qui -bien les acquièrent et qui bien en usent; et pour ce, je te vueil -monstrer comment tu te dois avoir en amassant les richesses et en -usant d’icelles. Premièrement, tu les dois acquerre non mie ardemment, -mais à loisir et attrempéement et par mesure, car l’homme qui est trop -ardent d’acquerre richesses se abandonne légièrement à tous vices et -à tous autres maulx; et pour ce dit Salemon: qui trop se haste de soy -enrichir, il ne sera pas innocent; et dit aussi autre part que la -richesse hastivement venue, hastivement s’en va, mais celle qui est -venue petit à petit se croist tousjours et se multiplie. Après, tu dois -acquerre les richesses par ton sens et par ton travail, à ton prouffit -et sans dommage d’autruy, car la loy dit que nul ne se face riche au -dommage d’autruy, et Tulles dit que douleur, ne peine, ne mort, ne -autre chose qui puisse advenir à homme, n’est tant contraire à homme -ne contre nature, comme accroistre ses richesses au dommage d’autruy; -et Cassiodores dit que vouloir accroistre sa richesse de ce petit que -le mendiant a, surmonte toute cruaulté. Et pour ce que tu les puisses -acquerre plus loyaulment, tu ne dois pas estre oiseux ne paresseux de -faire ton prouffit, mais dois fuir toute oisiveté, car Salemon dit que -oisiveté enseigne moult de maulx à faire; et dit autre part que cellui -qui travaille et cultive sa terre mengera du pain, mais cellui qui est -oiseux cherra en povreté et mourra de fain. Cellui qui est oiseux ne -treuve nul temps convenable à faire son prouffit, car, selon ce que dit -un versifieur, il s’excuse en yver de ce qu’il fait trop froit, et en -esté de ce qu’il fait trop chault. Pour ces causes dit Caton: veille -souvent et ne t’abandonne à trop dormir, car trop grant repos est le -nourissement des vices. Et pour ce dit saint Jhérome: fay tousjours -aucunes bonnes euvres pour ce que l’ennemi ne te treuve oiseux, car -l’ennemi ne trait pas légièrement en son euvre celluy qui est occupé -en bonnes euvres. En acquérant doncques les richesses, tu dois fuir -oisiveté. - -Après, des richesses que tu auras acquises par ton sens et par ton -travail et deuement, tu dois user en telle manière, c’est assavoir -que tu ne sois tenu pour trop eschars ne pour fol larges, car ainsi -comme fait à blasmer avarice, ainsi fait à blasmer et reprendre folle -largesse. Et pour ce dit Caton: use des choses acquises par telle -manière que l’en ne t’appelle pas povre ne chétif, car grant honte est -à homme qui a le cuer povre et la bourse riche. Aussi dist-il: use -des biens que tu auras acquis, sagement, sans mésuser, car ceulx qui -folement desgastent ce qu’ils ont, quant ils n’ont plus riens, ils se -abandonnent légièrement à prendre l’autrui. Je dy doncques que tu dois -fuir avarice en usant des richesses acquises, en telle manière que l’en -ne die pas que tes richesses soient ensevelies, mais que tu les as en -ta puissance; car un sage reprent l’omme aver et dit ainsi en deux -vers: pourquoy homme qui est cendre et qui mourir convient, ensevelit -son avoir par si grant avarice? Pourquoy se joinct-il tant à son avoir -que l’en ne puet l’en déssevrer? Car quant il mourra, il ne l’emportera -pas avec soy. Et pour ce dit saint Augustin: l’omme aver est semblable -à enfer, car plus dévoure, et plus veult dévourer. Et ainsi comme tu -dois d’avoir user en manière que l’en ne te clame aver et chétif, ainsi -tu te dois garder que l’en ne te clame pour un fol large. Pour ce dit -Tulles: les biens de ton hostel ne doivent pas estre tant enclos que -pitié ne débonnaireté ne les puissent ouvrir, et aussi ne doivent-ils -pas tant estre ouvers qu’ils soient abandonnés à un chascun. - -Après, en acquérant les richesses et en usant d’icelles, tu dois -tousjours avoir trois choses en ton cuer, c’est assavoir Dieu, -conscience et bonne fame et renommée. Tu dois doncques avoir Dieu en -ton cuer, car pour nulle richesse tu ne dois faire chose qui desplaise -à Dieu ton créateur, car, selon le dit Salemon, mieulx vault petit -avoir et de Dieu la paour que grant trésor acquerre et perdre son -seigneur. Et le philosophe dit que mieulx vault estre preudome et petit -avoir que estre mauvais et avoir grans richesses. Après, je dy que tu -dois acquerre et user des richesses, sauve tousjours ta conscience, -car l’appostre dit que la chose dont nous devons avoir plus grant -gloire, si est quant nostre conscience nous porte bon tesmoignage; et -le sage dit: bonne est la substance dont l’acquérir ne nuit point à la -conscience. - -Après, en acquérant les richesses et en usant d’icelles, tu dois -avoir grant cure et grant diligence comment ta bonne fame et renommée -soit tousjours gardée, car il est escrit: le gaing doit estre appellé -perte, qui sa bonne fame ne garde; et Salemon dit: mieulx vault la -bonne renommée que les grans richesses; et pour ce, il dit autre part: -aies grant diligence de garder ton bon renom et ta bonne fame, car -ce te demourra plus que nul trésor grant et précieux. Et certes il -ne doit pas estre dit gentils homs, qui toutes autres choses arrière -mises après Dieu et conscience, n’a grant diligence de garder sa -bonne renommée. Pour ce dit Cassiodores: il est signe de gentil cuer, -quant il affecte et désire bon nom et bonne fame; et pour ce dit -saint Augustin: deux choses te sont nécessaires, c’est assavoir bonne -conscience pour toy, bonne fame pour ton prouchain: et cellui qui tant -se fie en sa bonne conscience qu’il néglige sa bonne renommée et ne -fait force de la garder, il est cruel et villain. - -Or t’ay-je monstré comment tu te dois porter en acquérant les richesses -et usant d’icelles; et pour ce que vous vous fiez tant en vos richesses -que pour la fiance que vous y avez vous voulez mouvoir guerre [et faire -bataille, je vous conseille que vous ne commencez point guerre, car la -grant] fiance de vos richesses ne souffit point à guerre maintenir. -Pour ce dit un philosophe: homme qui guerre vuelt avoir, n’aura jà à -souffisance avoir, car de tant comme l’omme est plus riche, de tant lui -convient faire plus grans mises se il veut avoir honneur et victoire; -car Salemon dit: où plus a de richesses, plus a de despendu. Après, -très chier seigneur, jasoit-ce que par vos richesses moult de gens vous -puissiez avoir, toutesvoies pour ce ne vous convient pas commencier -guerre là où vous povez avoir autrement paix à vostre honneur et à -vostre proffit, car la victoire des batailles de ce monde ne gist pas -ou grant nombre de gens ne en la vertu des hommes, mais en la main -et en la voulenté de Dieu. Et pour ce, Judas Machabeus qui estoit -chevalier de Dieu, quant il se deut combattre contre son adversaire -qui avoit plus grant nombre de gens qu’il n’avoit, il reconforta sa -petite compaignie et dit: aussi légièrement puet donner Dieu victoire à -pou de gens comme à moult, car la victoire des batailles ne vient pas -du grant nombre de gens, mais vient du ciel. Et pour ce, très chier -seigneur, que nul n’est certain s’il est digne que Dieu lui doint -victoire ne plus que il est certain se il est digne de l’amour de Dieu -ou non, selon ce que dit Salemon, un chascun doit avoir grant paour de -faire guerre, et pour ce que ès batailles a moult de périls, et advient -aucunes fois que aussi tost occist-l’en le grant comme le petit. -Car, selon ce qu’il est escript ou second livre des Rois, les fais -des batailles sont adventureux et ne sont pas certains[345], ainçois -également occist maintenant l’un, maintenant l’autre; et pour ce que -péril y a, tout homme sage doit fuir les guerres tant comme il puet -bonnement, car Salemon dit: qui aime le péril, il cherra en péril. - -Après ce que dame Prudence ot parlé, Mellibée respondi: je voy bien, -dist-il, dame Prudence, par vos belles parolles et par les raisons que -vous mettez avant, que la guerre ne vous plaist point, mais je n’ay pas -encore oy vostre conseil comment je me doy porter en ceste besongne. - -Certes, dist-elle, je vous conseille que vous accordiez[346] à vos -adversaires et que vous ayez paix avec eulx, car Sénèque dit en ses -escrips que par concorde les richesses petites deviennent grandes, et -par discorde les grandes deviennent petites et vont à déclin et se -fondent tousjours; et vous savez que un des grans biens de ce monde ce -est paix. Pour ce dit Jhésu-Crist à ses appostres: bieneurés sont ceulx -qui aiment et pourchassent la paix, car ils sont appellés enfans de -Dieu. - -Hé! dist Mellibée, or voy-je bien que vous n’aimez pas mon honneur. -Vous savez que mes adversaires ont commencié la riote et la brigue -par leur oultrage, et voiez qu’ils ne requièrent point la paix et ne -demandent pas la réconciliation; vous voulez doncques que je me voise -humilier et crier mercy? Certes, ce ne seroit pas mon honneur, car -ainsi comme l’on dit que trop grant familiarité engendre mesprisement, -aussi fait trop grant humilité. - -Lors, dame Prudence fit semblant d’estre courrouciée et dist: Sire! -Sire! sauve vostre grâce, j’aime vostre honneur et vostre prouffit -comme le mien propre, et l’ay tousjours aimé, et vous ne autre ne -veistes oncques le contraire. Et se je vous avoie dit que vous deviez -pourchasser la paix et la réconciliation, je n’auroie pas tant mespris -comme il vous semble, car un sage dit: la dissension tousjours commence -par autre et la paix par toy; et le prophète dit: fuy le mal et -fay le bien, quier la paix et la pourchasse tant comme tu pourras. -Toutesvoies, je ne vous ay pas dit que vous requérez la paix premier -que vos adversaires, car je vous sçay bien de si dur cuer que vous ne -feriez à pièce[347] tant pour moy, et toutesvoies Salemon dit que mal -vendra en la fin à cellui qui a le cuer trop dur. - -Quant Mellibée oy dame Prudence faire semblant de courroux, si dist: -Dame, je vous prie qu’il ne vous desplaise chose que je vous die, car -vous savez que je suis courroucié, et n’est mie merveille, et ceulx qui -sont courrouciés ne scevent pas bien qu’ils font ne qu’ils dient; pour -ce, dit le philosophe que les troublés ne sont pas bien cler-voyans. -Mais dictes et conseilliez ce qu’il vous plaira, et je suis appareillié -du faire; et se vous me reprenez de ma folie, je vous en doy plus -prisier et amer, car Salemon dit que cellui qui durement reprent cellui -qui fait folie, il doit trouver plus grant grâce envers lui que cellui -qui le déçoit par doulces paroles. - -Je, dit Prudence, ne fay semblant d’estre yrée et courroucée fors -pour vostre grant prouffit, car Salemon dit: mieulx vault cellui qui -le fol reprent et qui lui monstre semblant d’ire, que le loer quant -il mesprent, et de ses grans folies rire; et dit après que par la -tristesse du visage corrige le fol son courage. - -Adoncques dit Mellibée: Dame je ne sauroie respondre à tant de belles -raisons que vous mettez avant: dictes-moy briefment vostre voulenté et -vostre conseil, et je suis appareillié de l’acomplir. - -Lors, dame Prudence descouvrit toute sa voulenté et dist ainsi: Je -conseille que devant toutes choses vous faciez paix à Dieu et vous -réconciliez à lui, car, selon ce que je vous ay dit autres fois, il -vous a souffert advenir ceste tribulation par vos péchiés, et se -vous faites ce, je vous promects de par lui que il vous amènera vos -adversaires [à vos piés et appareillés de faire toute vostre voulenté, -car] Salemon dit: quant les voies des hommes plaisent à Dieu, il leur -convertit leurs ennemis et les contraint de requérir paix. Après, je -vous prie qu’il vous plaise que je parle à secret à vos ennemis et -adversaires, sans faire semblant que ce viengne de vostre consentement: -et lors, quant je sauray leur voulenté, je vous pourray conseiller plus -seurement. - -Faites, dit Mellibée, toute vostre voulenté, car je met tout mon fait -en vostre disposition. - -Lors dame Prudence, quant elle vit la bonne voulenté de son mary, si -ot délibération en soy mesmes et pensa comment elle pourroit mener -ceste besongne à bonne fin. Et quant elle vit que temps fut, elle manda -les adversaires en secret lieu, et leur proposa sagement les grans -biens qui sont en paix et les grans périls qui sont en guerre, et leur -enseigna moult doulcement comment ils se devoient repentir de l’injure -qu’ils avoient faite à Mellibée son seigneur, à elle et à sa fille. - -Quant ceulx oïrent les doulces paroles de dame Prudence, ils furent si -surprins et orent si grant joie que nul ne le pourroit extimer. Hé! -dame, dirent-ils, vous nous avez dénoncié en la bénéisson de doulceur -selon ce que dit David le prophète, car la réconciliation dont nous -ne sommes pas dignes et que nous vous deussions requerre à grant -dévotion et à grant humilité, vous, par vostre grant doulceur, la nous -avez présentée. Or véons-nous bien que la sentence Salemon est vraie, -qui dit que doulce parole multiplie les amis et fait débonnaires les -ennemis. Certes, dirent-ils, nous mettons nostre fait en vostre bonne -voulenté, et sommes appareilliés en tout et par tout obéir au dit et -au commandement de monseigneur Mellibée; et pour ce, très chère dame -et bénigne, nous vous requérons et prions tant humblement comme nous -povons plus, que il vous plaise acomplir par fait vos douces paroles. -Toutesvoies, très chère dame, nous considérons et congnoissons que -nous avons offendu monseigneur Mellibée oultre mesure et plus que ne -pourrions amender, et pour ce nous obligons nous et nos amis à faire -toute sa voulenté et son commandement; mais, par aventure, il, comme -courroucié, nous donnera telle peine que nous ne pourrons acomplir ne -porter. Et pour ce, plaise vous avoir en ce fait tel advisement que -nous et nos amis ne soions mie déshérités et perdus par nostre folie. - -Certes, dit Prudence, il est dure chose et périlleuse que un homme se -commette du tout en l’arbitrage et en la puissance de ses ennemis, -car Salemon dit: oiez-moy, dit-il, tous peuples et toutes gens et -gouverneurs de l’Église: à ton fils, à ta femme, à ton frère et à ton -ami ne donne puissance sur toy, en toute ta vie. Se il a doncques -deffendu que l’en ne donne puissance sur soy à frère ne ami, par plus -fort raison il deffend que l’en ne la donne à son ennemi. Toutesvoies, -je vous conseille que vous ne vous deffiez point de mon seigneur: je -le congnois et sçay qu’il est debonnaire, large et courtois, et n’est -point convoiteux d’avoir; il ne désire en ce monde fors honneur tant -seulement. Après, je sçay bien que en ceste besongne il ne fera riens -sans mon conseil, et je feray, se Dieu plaist, que ceste chose vendra à -bonne fin, en telle manière que vous vous devrez loer de moy. - -Adonc, dirent-ils: nous mettons nous et nos biens, en tout et partout, -en vostre ordonnance et disposition, et sommes appareilliés de venir -au jour que vous nous vouldrez donner, et faire obligation si forte -comme il vous plaira, que nous acomplirons la voulenté de monseigneur -Mellibée et la vostre. - -Dame Prudence, quant elle oy la responce d’iceulx, si leur commanda -retourner en leurs lieux secrètement; elle d’autre part s’en retourna -vers son seigneur Mellibée, et lui conta comment elle avoit trouvé ses -adversaires repentans et recongnoissans leurs péchiés, et appareilliés -à souffrir toutes peines, et requérans sa pitié et sa miséricorde. - -Lors Mellibée respondi: Icellui est digne de pardon, qui ne excuse -point son péchié, mais le recongnoist et s’en repent et demande -indulgence; car Sénèque dit: là est rémission où est confession, car -confession est prouchaine à innocence; et dit autre part: cellui est -presque innocent qui a honte de son péchié et le recongnoist. Et pour -ce je me accorde à paix, mais il est bon que nous la facions de la -voulenté et du consentement de nos amis. - -Lors Prudence fist une chière lie et joieuse et dist: Certes, vous avez -trop bien parlé, car tout ainsi comme par le conseil et aide de vos -amis vous avez eu en propos de vous vengier et de faire guerre, aussi -sans demander leur conseil vous ne devez accorder ne faire paix, car la -loy dit que nulle chose n’est tant selon nature comme la chose deslier -par ce dont elle a esté liée. - -Lors incontinent dame Prudence envoia messagiers et manda querre leurs -parens et leurs anciens amis loyaulx et sages, et leur raconta le -fait en la présence de Mellibée tout par ordre et en la guise que il -est devisé par dessus, et leur demanda quel conseil ils donroient -sur ce. Lors les amis Mellibée, toutes choses considérées et icelles -dessusdictes mesmes délibérées et examinées à grant diligence, -donnèrent conseil de paix faire et que l’en les receust à miséricorde -et à mercy. Quant dame Prudence ot oy le consentement de son seigneur -et le conseil de ses amis à son entention, si fut moult joyeuse de -cuer. L’en dist, fist-elle, ès Proverbes: le bien que tu peus faire au -matin, n’attens pas le soir ne l’endemain, et pour ce je te conseille -que tantost messagiers sages et advisés tu envoies à iceulx gens pour -leur dire que se ils veullent traictier de paix et d’accord ainsi comme -ils se sont présentés, que ils se traient vers nous incontinent et sans -dilation, ensemble leurs fiances[348] loyaulx et convenables. - -Ainsi comme dame Prudence le conseilla, ainsi fut-il fait. Quant iceulx -trois malfaicteurs et repentans de leurs folies oïrent les messagiers, -ils furent liés et joyeux et respondirent, en rendant grâces à -monseigneur Mellibée et à toute sa compaignie, qu’ils estoient prests -et appareilliés d’aler vers eulx sans dilation et de obéir en tout et -partout à leur commandement. Et tantost après, ils se mirent à la voie -d’aler à la court monseigneur Mellibée, ensemble leurs femmes et aucuns -de leurs amis loyaulx. - -Quant Mellibée les ot en sa présence, si dist: Il est vérité que vous, -sans cause et sans raison, avez fait injure à moy, à ma femme Prudence -et à ma fille, en entrant en ma maison à violence et en faisant tel -oultrage comme chascun scet, pour laquelle cause vous avez mort -desservie; et pour ce je vueil savoir de vous se vous vous voulez -mettre du tout à la punition et à la vengence de cest oultrage à ma -voulenté et à la voulenté de ma femme. - -Lors l’ainsné et le plus sage de ces trois respondi pour tous. Sire, -dit-il, nous ne sommes pas dignes de venir à la court de si noble, -ne de tel homme comme vous estes, car nous avons tant meffait que -en vérité nous sommes dignes de mort, non pas de vie. Toutesvoies, -nous nous confions en vostre doulceur et en la debonnaireté dont -vous estes renommé par tout le monde et pour ce nous nous offrons et -sommes appareilliés de obéir à tous vos commandemens, et vous prions à -genoulx et à larmes que vous ayez pitié et miséricorde de nous. Lors -Mellibée [les releva] bénignement [et] receut leurs obligations par -leur serement et par leurs pleiges[349], et leur assigna journée de -retourner à sa court et de eulx offrir à sa personne pour oïr sentence -à sa voulenté[350]. - -Ces choses ainsi ordonnées, et un chascun d’une part et d’autre départi -de ensemble, dame Prudence parla premièrement à son seigneur Mellibée -et lui demanda quelle vengence il entendoit prendre de ses adversaires. -Certes, dit Mellibée, je entens à les déshériter de tout ce qu’ils ont -et eulx envoïer oultre mer, sans demourer plus en ce païs ne retourner. - -Certes, dit Prudence, ceste sentence seroit moult félonneuse et contre -raison, car tu es trop riches et n’as pas besoing de l’autruy richesse -ne de l’autrui argent, et pourroies estre par raison notés et repris -de convoitise qui est un grant vice et racine de tous maulx. Et, selon -ce que dit l’appostre, il te vauldroit mieulx tout [perdre du tien -que prendre le leur; par ceste manière mieulx vault] perdre à honneur -que tout gaignier à honte; et autre part aussi: le gaing doit estre -appellé perte, qui la bone fame ne garde; et dit oultre que l’en ne se -doit pas seulement garder de faire chose par quoy l’en perde sa bonne -fame, mais se doit-on tousjours efforcier de faire chose aucune pour -acquérir nouvelle et meilleur fame, car il est escript: la vieille fame -est tost alée quant elle n’est renouvellée. Après, quant à ce que tu -dis que tu les veulx envoïer oultre la mer sans jamais retourner, il me -semble que ce seroit mésuser de la puissance que ils t’ont donnée sur -eulx pour faire à toi honneur et révérence, et le droit dit que cellui -est digne de perdre son prévilège qui mésuse de la puissance qui lui -a esté donnée. Et dis plus, car supposé que tu leur puisses enjoindre -telle peine selon droit, laquelle chose je ne octroie mie, je dis que -tu ne la pourroies pas mener de fait à exécution, ains, par aventure, -convendroit retourner à guerre comme devant. Et pour ce, se tu veulx -que l’en obéisse à toy, il te convient sentencier plus courtoisement, -car il est escript: à cellui qui plus doulcement commande, obéist-l’en -le mieulx; et pour ce je te prie que, en ceste besongne te plaise -vaincre ton cuer, car Sénèque dit: deux fois vaint, qui son cuer vaint; -et Tulles aussi dit: riens ne fait tant à loer en grant homme que quant -il est debonnaire et s’appaise légièrement. Et pour ce je te prie -qu’il te plaise toy porter en telle manière en ceste vengence que ta -bonne fame soit gardée et que tu soies loé de pitié et de doulceur, et -qu’il ne te conviengne pas repentir de chose que tu faces, car Sénèque -dit: mal vaint qui se repent de sa victoire. Pour ces choses je te prie -que tu adjoustes à ton jugement miséricorde, à celle fin que Dieu ait -de toy miséricorde en son derrain jugement, car saint Jacques dit en -son épistre: jugement sans miséricorde sera fait à cellui qui ne fera -miséricorde, car justice sans miséricorde est tirannie. - -Quant Mellibée ot oy toutes les paroles dame Prudence et ses sages -enseignemens, si fut en grant paix de cuer et loua Dieu qui lui avoit -donné si sage compaigne, et quant la journée vint que ses adversaires -comparurent en sa présence, il parla à eulx moult doulcement et dit: -Jasoit-ce que vous vous soiez portés envers nous moult orguilleusement, -et de grant présumption vous soit advenu, toutesvoies la grant humilité -que je voy en vous me contraint à vous faire grâce, et pour ce nous -vous recevons en nostre amitié et en nostre bonne grâce, et vous -pardonnons toutes injures et tous vos meffais encontre nous, à celle -fin que Dieu au point de la mort nous vueille pardonner les nostres. - - * * * * * - -Belle seur, ainsi povez-vous veoir comment sagement ceste bonne preude -femme Prudence refraigni et couvri la grant douleur qu’elle mesmes -avoit en son cuer, qui estoit si triste et si dolente pour l’injure -qu’elle et sa fille avoient soufferte en leur propre corps, dont -elle ne disoit un seul mot pour ce qu’il sembloit et vray estoit que -Mellibée s’en fust plus désespéréement esmeu que devant; et ainsi -monstroit bien qu’elle l’aimoit, et sagement le rapaisoit; ne icelle -bonne dame ne se démonstroit estre courrouciée fors que par le courroux -que son mary prenoit tant seulement, et le sien courroux céloit et -tapissoit en son cuer, sans en faire quelconque démonstrance. Vous -povez aussi par ce que dit est en l’istoire veoir comment sagement -et subtillement, par bonne meurté et humblement, elle admonnestoit -son mary à tolérer et dissimuler son injure et luy preschoit patience -sur si grant cas, et devez considérer les grans et cordiales pensées -que luy en convenoit avoir jour et nuit à trouver si fors argumens -et si vives raisons pour oster la rigueur de l’emprise à quoy son -mary tendoit. A ce monstroit-elle bien qu’elle l’amoit et pensoit -à le retraire de sa fole voulenté, et povez veoir comment sagement -en la parfin elle amolia le courage d’icellui, et comment la bonne -dame, sans cesser, pourchassa par divers intervalles et exploita tant -qu’elle l’appaisa du tout. Et pour ce je vous di que ainsi sagement, -subtillement, cautement et doulcement doivent les bonnes dames -conseillier et retraire leurs maris des folies et simplesses dont elles -les voyent embrasés et entéchiés, et non mie cuidier les retourner par -maistrise, par hault parler, par crier à leurs voisins ou par les rues, -ou par les blasmer, par elles plaindre à leurs amis et parens, ne par -autres voies de maistrise. Car tout ce ne vault fors engaignement[351] -et renforcement de mal en pis, car cuer d’homme envis[352] se corrige -par domination ou seignourie de femme, et sachiez qu’il n’est si povre -homme ne de si petite valeur, puis qu’il soit marié, qui ne vueille -seignourir[353]. - -Encores ne me vueil-je pas taire d’un exemple servant au propos de -retraire son mary par debonnaireté, lequel exemple je oys pieçà compter -à feu mon père dont Dieux ait l’âme, qui disoit que il y avoit une -bourgoise demeurant à Paris, appelée dame Jehanne la Quentine qui -estoit femme de Thomas Quentin. Elle sceut que le dit Thomas son mary -simplement et nicement foloioit et repairoit et aucunefois gisoit -avec une povre fille qui estoit filleresse de laine au rouet, et -longuement, sans en monstrer semblant ou dire un seul mot, le tolléra -icelle dame Jehanne et le souffri moult patiemment; et en la parfin -enquist où icelle povre fille demouroit et tant en enquist qu’elle le -sceut. Et vint en l’hostel et trouva la povre fille qui n’avoit aucune -garnison[354] quelconque, ne de busche, ne de lart, ne de chandelle, ne -de huille, ne de charbon, ne de rien, fors un lit et une couverture, -son touret[355] et bien pou d’autre mesnage. Si luy dist tels mots: -Ma mie, je suis tenue de garder mon mary de blasme, et pour ce que je -sçay qu’il prent plaisir en vous et vous aime et qu’il repaire céans, -je vous prie que de luy vous parliez en compaignie le moins que vous -pourrez, pour eschever son blasme, le mien et de nos enfans, et que -vous le céliez de vostre part, et je vous jure que vous et luy serez -bien célés de la moye part, car puisqu’ainsi est qu’il vous aime, mon -intention est de vous amer, secourir et aidier de tout ce dont vous -aurez à faire, et vous l’apparcevrez bien; mais je vous prie du cuer -que son péchié ne soit révélé ne publié. Et pour ce que je sçay qu’il -est de bonnes gens[356], qu’il a esté tendrement nouri, bien peu, bien -chauffé, bien couchié et bien couvert à mon povoir, et que je voy que -de luy bien aisier vous avez pou de quoy, j’ai plus chier que vous et -moy le gardions en santé que je seule le gardasse malade. Si vous prie -que vous l’amez et gardez et servez tellement que par vous il soit -refraint et contregardé de viloter ailleurs en divers périls; et sans -ce qu’il en sache riens, je vous envoieray une grant paelle pour luy -souvent laver les piés, garnison de busche pour le chauffer, un bon lit -de duvet, draps et couverture selon son estat, cuevrechiefs, orilliers, -chausses et robelinges nettes; et quant je vous envoieray des nettes, -si m’envoiez les sales, et que de tout ce qui sera entre vous et moy -qu’il n’en sache rien, qu’il ne se hontoie; pour Dieu faictes avec luy -si sagement et secrètement qu’il n’apparçoive de nostre secret. Ainsi -fu promis et juré: Jehanne la Quentine s’en parti et sagement envoya ce -qu’elle avoit promis. - -Quant Thomas vint au vespre à l’hostel de la jeune fille, il ot ses -piés lavés et fut très bien couchié en lit de duvet, en grans draps -déliés pendans d’une part et d’autre[357], très bien couvert, mieulx -qu’il n’avoit accoustumé, et l’endemain eust robelinge blanche, -chausses nettes et beaulx souliers[358] tous frais. Il se donna grant -merveille de ceste nouvelleté et fut moult pensif, et ala oïr messe -comme il avoit accoustumé, et retourna à la fille et lui mist sus que -ces choses venoient de mauvais lieu, et moult aigrement l’accusa de -mauvaistié afin qu’elle en sa deffense luy dist dont ce luy estoit -venu. Or savoit-il bien qu’il l’avoit laissée povre deux ou trois jours -devant, et que en si pou de temps ne povoit-elle pas estre de tant -enrichie. Quant elle se vit ainsi accusée et qu’il la convint respondre -pour soy deffendre, elle sceut bien tant de la conscience d’icellui -Thomas que de ce qu’elle luy dirait il l’en croirait, si n’ot loy de -mentir et lui dist la vérité de tout ce que dessus est dit. - -Lors vint ledit Thomas tout honteux en son hostel et plus pensif que -devant, mais un seul mot ne dist à ladicte Jehanne sa femme, ne elle -à luy, mais le servi très joyeusement, et très doulcement dormirent -luy et sa femme la nuit ensemble sans en dire l’un à l’autre un seul -mot. L’endemain ledit Thomas de son seul mouvement ala oïr messe et -se confessa de ses péchiés, et tantost après retourna à la fille et -luy donna ce qu’elle avoit du sien, et voua continence et de soy -abstenir de toutes femmes excepté de sa femme, tant comme il vivroit. -Et ainsi le retrahi sa femme par subtilleté et moult humblement, et -cordieusement l’aima depuis. Et ainsi sagement, non pas par maistrise -ne par haultesse, doivent les bonnes dames conseiller et retraire -leurs maris par humilité; ce que les mauvaises ne scevent, ne leur -cuer ne le puet endurer, dont leurs besongnes vont souvent pis que -devant. Et jasoit-ce que plusieurs autres exemples on y pourroit donner -qui seraient longs à escripre, toutesvoies ce vous doit assez souffire -quant à cest article, car de ce derrenier cas n’avez-vous garde, et -aussi en savez-vous bien oster le péril[359]. - -FIN DE LA PREMIÈRE DISTINCTION ET DU TOME PREMIER. - - - - - LE - - MÉNAGIER DE PARIS. - - - - - LE - - MÉNAGIER DE PARIS. - - TRAITÉ - - DE MORALE ET D’ÉCONOMIE DOMESTIQUE. - - COMPOSÉ VERS 1393. - - PAR UN BOURGEOIS PARISIEN. - - CONTENANT - - Des préceptes moraux, quelques faits historiques, des instructions - sur l’art de diriger une maison, des renseignemens sur la consommation -du Roi, des Princes et de la ville de Paris, à la fin du quatorzième siècle, - des conseils sur le -jardinage et sur le choix des chevaux; un traité de cuisine fort étendu, - et un autre non moins complet sur la chasse à l’épervier. - - ENSEMBLE: - -L’histoire de Grisélidis, Mellibée et Prudence par Albertan de Brescia (1246), -traduit par frère Renault de Louens; et le chemin de Povreté et de Richesse, -poëme composé, en 1342, par Jean Bruyant, notaire au Châtelet de Paris; - - PUBLIÉ POUR LA PREMIÈRE FOIS - - PAR LA SOCIÉTÉ DES BIBLIOPHILES FRANÇOIS. - - TOME SECOND. - - [Illustration: colohpon LITTERIS PATRIÆQUE CARUS.] - - A PARIS, - DE L’IMPRIMERIE DE CRAPELET, - RUE DE VAUGIRARD, 9. - - M.D.CCC.XLVI. - -[Illustration] - - - - -LE MÉNAGIER DE PARIS. - - - - -LE PREMIER ARTICLE - -DE LA SECONDE DISTINCTION, - -LEQUEL DOIT PARLER D’AVOIR SOIN DE SON MESNAGE. - - -Belle seur, sachiez que je suis en grant mélancolie ou de cy finer -mon livre ou d’en faire plus, pour ce que je doubte que je ne vous -ennuye, car je vous pourroie bien tant chargier que vous auriez cause -de moy tenir pour oultrageux et que mon conseil vous donroit charge en -si grant nombre de faix et si gréveux que vous désespéreriez de trop -grant fardel pour ce qu’il vous sembleroit que vous ne le pourriez -tout porter ne acomplir, dont je seroie honteux et courroucié. Et pour -ce je vueil ycy penser et adviser que je ne vous charge trop et que -je ne vous conseille à entreprendre fors les choses très neccessaires -et honnorables, et encores sur le moins que je pourray, afin que vous -soiez en icelles choses nécessaires plus fondée et mieulx faisant et -par conséquent plus honnorée en vos dis et en vos fais, car je sçay que -vous ne povez ne que une autre femme, et pour icelle cause je vueil -premièrement adviser combien je vous ay chargée, et se c’est du plus -nécessaire, et se je vous doy plus chargier, et de combien. Et se plus -y a à faire que vous ne pourriez, je vous vueil donner aide; et sur ce -je recueil mes commencemens. - -Premièrement, je vous ay admonnestée à louer Dieu à vostre esveillier -et à vostre lever, et à vostre aler au moustier vous contenir, illec -oïr messe, vous confesser et vous mettre et tenir en l’amour et -grâce de Dieu. Par m’âme, il est nécessaire à vous, ne nul autre que -vostre personne n’y peut estre commise[360]. Et après ce, je vous ay -conseillié que vous soiez continent et chaste, aimer vostre mary, -luy obéir, penser de garder ses secrets, le savoir retraire se il -folie ou veult folier; et certes encores est cecy neccessaire et très -honnourable pour vous et à vous seule appartient et n’est point trop -chargé; vous le povez bien faire moyennant la doctrine dessus dicte qui -vous fera grant avantage: les autres femmes ne l’eurent oncques tel. - -Or est-il certain aussi que après ce que dit est vous avez à penser -de vous, vos enfans et vostre chevance, mais à ces trois choses et -à chascune povez-vous bien avoir aide; si vous convient dire comment -vous vous y entendrez, quelles aides et quelles gens vous prendrez et -comment vous les embesongnerez, car de ce ne vueil-je que vous aiez -fors le commandement, la visitation et la diligence de le faire faire -par autres et aux despens de vostre mary. - -Or véez-vous bien, chière seur, que vous ne vous devez pas plaindre et -que vous n’estes guères chargée, et n’avez charge fors celle qu’autre -ne puet faire que vous et de chose qui vous doit estre bien plaisant, -comme de servir Dieu et penser du corps de vostre mary, et en somme -c’est tout. - -Or continuons doncques nostre matière, et commençons à ce premier -article, lequel article je fais savoir à tous qu’il ne vient mie de -mon sens, ne ne l’ay mie mis en la forme qu’il est, ne à moy n’en -attribue la louenge, car je n’y ay riens mis du mien, ne n’en doy mie -avoir l’onneur, mais le doit avoir un bon preudomme et subtil appellé -feu Jehan Bruyant qui jadis fut notaire du Roy ou Chastellet de Paris, -qui fist le traictié qui s’ensuit et lequel je met cy après seulement -pour moy aidier de la diligence et persévérance que son livre monstre -que un nouvel marié doit avoir. Et pour ce que je ne vueil mie son -livre estrippeller, ne en oster un coippel[361], ne le départir du -remenant[362], et mesmement que tout est bon ensemble, je m’aide de -tout pour obtenir au point ou article que seulement je désire, et pour -le premier article je prens tout le livre qui en rime dit ainsi: - - -LE CHEMIN - -DE POVRETÉ ET DE RICHESSE, - -PAR JEAN BRUYANT[363], - -NOTAIRE DU ROY AU CHASTELET DE PARIS. - -M. CCC XLII. - - On dit souvent en reprochier - Un proverbe que j’ay moult chier, - Car véritable est, bien le say, - Que _mettez un fol à part soy, - Il pensera de soy chevir_[364]. - Par moi meismes le puis plevir[365]: - Tout aie-je ma chevissance[366] - Petitement, mais souffisance, - Si comme l’Escripture adresce, - Au monde est parfaicte richesce. - Quant à or de ce me tairay - Et cy après vous retrairay - Une advision qui m’avint - A dix huit jours ou a vint. - Après que je fus mariés, - Que passés furent les foiriez[367] - De mes nopces et de ma feste, - Et qu’il fut temps d’avoir moleste, - Un soir me couchay en mon lit - Où je eus moult peu de délit, - Et ma femme dormoit lez moy, - Qui n’estoit pas en grant esmoy; - Et si m’avint, tout en veillant, - Ce dont je m’alay merveillant, - Car à moi vindrent, ce me semble, - Un homme et trois femmes ensemble - Qui bien sembloient estre ireux, - Mornes, pensifs et désireux, - Desconfortés, triste et las; - En eulx n’ot joye ne soulas, - N’il ne leur tenoit d’eulx esbatre. - Bien furent d’un semblant tous quatre, - Car mieulx estoient à tencier - Taillés, qu’à feste commencier. - L’omme si ot a nom Besoing: - Plains iert de tristesse et de soing. - L’ainsnée femme, en vérité, - Nommée estoit Neccessité. - La seconde femme Souffrete - Ot nom, et la tierce Disette. - Tous quatre estoient suers et frères, - Et Povreté si fut leur mère, - Et les engendra Méséur[368] - En grant tristesse et en péur - Par grant aïr vers moy s’en vindrent - Et fort à manier me prindrent - Sans menacier et sans jangler, - Com s’il me deussent estrangler, - Besoing tout premier m’assailly, - A moy prandre point ne failly; - De ses bras si fort me destraint - Que j’en eu le corps si estraint - Qu’à poi le cuer ne me party. - Nécessité lors s’apparti[369] - Moult angoisseuse et plaine d’ire, - Par le col me print sans mot dire, - De fort estraindre se pena; - Là lourdement me demena. - Souffrette et Disette à costé - Me r’orent[370] de chascun costé; - L’une sacha[371], l’autre bouta[372], - Chascune à moy se desgleta[373]. - Ainsy ces quatre m’atrapèrent - Et me batirent et frapèrent: - Là me mistrent en tel destresse - Qu’exempt fu de toute léesse. - Adonc s’en vint à moy errant[374] - Une grant vieille à poil ferrant[375] - Qui estoit hideuse et flestrie - Et moult ressembloit bien estrie[376] - Aiant félonnie en pensée: - On l’appelloit par nom Pensée. - Ceste vieille me fist moult pis - Que les autres, car sur mon pis[377] - Se mist l’orde vieille puant: - Tout le corps me fist tressuant. - L’âme de lui au Deable soit! - Car tant sur le pis me pesoit - Que mon cuer mettoit à malaise - De grant destresce et de mésaise. - Trop fort me print à margoillier[378]; - Lors commençay à ventroullier, - Et entray en si fort penser - Que nul ne le sçauroit penser, - Ne bouche raconter ne dire. - Si com j’estoie en tel martire - Que Pensée m’avoit baillié, - Or voy un villain mautaillié, - Let, froncié, hideux et bossu, - Rechigué, crasseux et moussu, - Les yeulx chacieux, plains d’ordure; - Moult estoit de laide figure, - Tout rongneux estoit et pelés; - Soussy fu par nom appellés. - Se mal m’orent les autres fait, - Encor m’a cestui plus meffait. - Las! je n’en avoie mestier! - Tant me donna de son mestier, - Et me mist à si grant meschief - Que je n’eus ne membre, ne chief, - Qu’il ne me convenist faillir. - Trembler me fist et tressaillir, - Pâlir et le sang remuer, - Et de mésaise tressuer, - Et me faisoit la char frémir, - Moy dementer[379], plaindre et gémir, - D’un costé sur autre tourner; - Briefment, tel m’ala atourner - Soussi, tant me fu fel et aigre, - Que j’en devins chétif et maigre - Et aussi sec comme une boise[380]. - Quant m’en souvient, pas ne m’envoise[381], - Ains suis si blaffart et si fade - Qu’il semble qu’aie esté malade. - Hélas! certes, si l’ay-je esté - De trop plus male enfermeté - Que fièvre tierce ne quartaine, - Car qui de Soussy a la paine, - En lui a santé maladive - Et a la maladie santive[382]. - C’est diablie[383] que de Soussy, - Quant m’en souvient trop m’en soussy, - Car en soy a trop dure rage - Et merveille est que cil n’enrage - Que Soussy tient en son demaine, - Car trestout ainsi le demaine - Com fait le sain en la paelle, - Qui par force de feu sautelle, - Et le fait-on séchier et frire: - Ainsi fait Soussy gens défrire, - Et les tient si fort en ses las - Qu’il leur fait souvent dire: Hélas! - Et les fait vivre en tel doleur - Qu’en eulx n’a gresse ne couleur. - Soussy est si mal amiable, - Si hideux, si espoventable, - Et si abhominable à cuer - Que ne l’ameroit à nul fuer[384] - Nullui qui l’eust essaié. - Soussy a maint cuer esmayé[385], - Et encor tous les jours esmaie; - Nul ne le scet qui ne l’essaye - Ainsi com j’ay fait maugré moi, - En paine, en travail et esmoy. - Quant je vis celle compaignie, - Qu’avec moy ert à compaignie: - C’est assavoir Besoing, Souffrete, - Nécessité avec Disette, - Pensée la vieille et Soussy, - La teste levay et toussy. - Adonc vint à moy, sans demeure, - Un grant villain plus noir que meure - Qui avoit à non Desconfort. - A manier me print moult fort - Et me fist ma peine doubler. - Lors me print le sens à troubler, - Car tant avoie esté pené - Qu’à poy n’estoie forcené. - Moult fort me print à dementer - Et à moi mesmes tourmenter, - Et dire: Chétif! que feras? - Tes debtes comment paieras? - Tu n’as riens et si dois assez. - Que fusses-tu or trespassé! - Tu es tout nouvel mesnagier - Et si n’as gaige à engaigier - Se tu ne veulx ta robe vendre. - Las! chétif, quel tour pourras prendre? - Ne sçay où tu pourras aler. - Si com j’estoie en ce parler, - A moy s’en vint grant aléure, - Une femme qui pou séure - Et enragée sembloit estre - A son semblant et à son estre. - Have estoit et eschevellée, - Désespérance ert appellée, - Fille Desconfort le hideux. - Moult me vint peine et annuy d’eux, - Par eulx perdi discrétion, - Sens, mémoire, et entention. - Les dens commençay à estraindre - Et la couleur pâlir et taindre, - Et disoie: Las! que feray? - Tout au désespéré mettray, - Mauvais seray, où que je viengne, - Il ne me chault qu’il en aviengne, - Soit en pluye ou soit en bise; - Qui ne pourra ploier, si brise! - Sèche qui ne pourra florir! - N’ay que d’une mort à mourir. - Et j’ay pieça oy parler - Que qui au Deable veult aler, - Riens ne vault longuement attendre: - Noyer ne puet, cil qui doit pendre[386]. - Honny soit qui jamais vourra - Faire fors du pis qu’il pourra, - Quant par moy ne puet estre attaint - Le manoir où Richesse maint! - Car elle demeure si loing - Que trop de travail et de soing, - Avant qu’on la puist attaindre, - Moult fait les gens pâlir et taindre. - Avant qu’ils puissent estre à ly, - Mains beaux visaiges a pâli - A qui oncques n’en fu de mieulx, - Car se on attent qu’on soit vieulx, - Que l’en ne puisse mais errer[387], - En ce pourroit-on méserrer[388]; - Qui ce feroit, son temps perdroit. - Quant je ne puis avoir par droit - Ne possession, ne avoir, - J’en vouldroie donc à tort avoir; - Mieulx vault estre en tort cras et aise - Qu’en droit chétif et à malaise. - Ainsi com en ce point estoie - Et que je tout au pis mettoie - Sans viser comment tout aloit, - Et que de rien ne me challoit - Fors d’acomplir ma voulenté, - Car moult m’avoit entalenté - Désespérance de mal faire - Et m’avoit par son put[389] afaire - Presque fait perdre corps et âme, - Ès-vous une très noble dame - Gente, droite, plaisant et belle: - Ne sembloit pas estre rebelle, - Mais doulce et humble à toute gent: - Moult ot le corps et bel et gent - Et paré de si noble arroy - Qu’elle sembloit bien fille à roy; - Et si ert-elle, en vérité, - Fille du Roy de magesté - Vers qui nul n’a comparoison; - On l’appelle par nom: Raison. - Moult estoit sage et advisée; - Droit à moi a pris sa visée - Et s’en vint de lez moi seoir, - Mais si tost com la pot veoir - Désesperance la hideuse, - Elle s’en fouy moult doubteuse - Tant com piés la porent porter; - Car ne se pourroit déporter[390] - En nul lieu où Raison surviengne - Que tost fouir ne la conviengne; - Car plus la het Raison, sans fin, - Que triacle ne fait venin. - Raison si fu moult esjoye - Quant d’avec moy s’en fut foye - Désespérance sa contraire. - Lors se prist près de moy à traire; - Raison dit: Amy, Dieu te gard! - Tu as eu très mauvais regard, - Mauvais sens et mauvais advis, - Car nagaires t’estoit advis - Que pour toy est tout bien failli; - Mais onc nul à mal ne failli - Qui voulsist entendre à bien faire - Et vivre selon mon affaire - Et selon mon enseignement - Qui donne aux âmes sauvement; - Lequel, se tu le veulx entendre, - Je te vueil cy dire et aprendre. - Premièrement, tu dois amer - Mon père, de cuer, sans amer, - Et la doulce vierge prisiée - Sans vanité n’ypocrisie, - Et aourer sainctes et sains, - Soies malades ou soies sains, - C’est à dire en prospérité - Aussy bien qu’en adversité; - Et, par contraire, en meschéance - Aussi bien com en habundance, - Car tel est humbles en tristesse - Qui est despiteux en liesse; - Et tel est en léesse doulx - Qui en tristesse est moult escoux[391] - Ce vient de male acoustumance - Qu’on acoustume dès s’enfance, - Car qui aprent une coustume, - Moult à envis s’en descoustume; - Si fait bon tel coustume aprendre - Où l’en puist honneur et preu[392] prendre. - Donc s’avoir veulx coustume bonne, - Garde que ton cuer ne s’adonne - A nul des sept mortels péchiés, - Et que ne soies entéchiés - D’aucunes de leurs circonstances, - Car moult t’en vendroit de nuisances, - Mais fay tant que ton cuer s’accorde - Aux sept chiefs de miséricorde - Qui sont aux sept vices contraires; - Cestes te seront nécessaires - A acquérir l’amour mon père - Et de sa glorieuse mère. - Ces sept vices dont parlé t’ay - Déclaration t’en feray - Et des branches qui en descendent, - Qui à toy décevoir entendent. - Et tu, en voyes et sentiers, - Entens à eulx moult voulentiers, - Tes maistres sont, à eulx es serfs, - Car nuit et jour de cuer les sers - En deservant un tel loier - Où nul ne se puet apoier[393]. - Ainsi en leur subjection - Vivras, à ta dampnacion, - S’a eulx n’aprens à estriver - Par guerre pour eulx eschiver. - Car bien t’aprendray la manière - De les traire de toy arrière, - Et d’avoir franc povoir sur eulx - Contre les fais aventureux - Qui par eulx venir te pourront - Quant ils assaillir te vendront - Pour clamer dessus toy haussage[394]. - Se tu me veulx croire pour sage, - Si bien te sauras d’eulx garder - Qu’ils ne t’oseront regarder - Pour la doubte des sept vertus - Qui là te seront bons escus - Encontre les sept ennemis - Qui souvent se sont entremis - De toy mettre à perdition; - Mais que par bonne entention - Leur vueilles, sans plus, déprier - Qu’à toy se vueillent alier. - Et se tu le fais de cuer fin, - Ils te mettront ta guerre à fin - Sans en prendre aucun paiement, - Fors que ton prier seulement; - Ce n’est pas oultrageux loier, - Car il est aisié à paier, - Si ne s’en puet nuls excuser - Se il ne vouloit abuser. - Quant tu verras venir Orgueil - Regardant en travers de l’ueil, - Avecque lui Desrision, - Desdaing, Despit, Présumption, - Supediter, Fierté, Bobance, - Desprisier, et Oultrecuidance, - Et tous ses autres compaignons - Qui cueurs ont pires que gaignons[395], - Vers toi, banière desployé, - Si pren tantost de ton aye[396] - Humilité, Dévotion, - Franchise, Contemplation, - Paour de Dieu, Doulceur, et Pitié, - Justice, Simplesse, Équité, - Et moult d’autres qu’à eulx vendront - Qui pour toi secourre acourront; - Et s’y vendra chascun offrir, - Mais que tu les vueilles souffrir. - Et se contre Orgueil te combas, - Ils le mettront du tout au bas - Et le feront fouir le cours - Et tous les siens, sans nul recours. - Quant auras par Humilité - Orgueil et les siens surmonté, - Garde toy, d’illec en avant, - Que s’il te venoit audevant - Pour toy tourner de sa partie, - Que ne se soit pas départie - D’avecques toy Humilité, - Ne les aultres de sa mité[397], - Car d’Orgueil bien te garderont, - Tant comme avecques toi seront. - D’un autre assault te fault garder - Qui périlleux est à garder - Entre tous ceulx qui sont en vie, - Le chevetain[398] en est Envie - Qui moult est de mauvais convine; - Avec lui est tousjours Hayne, - Fauseté, Murtre et Trayson, - Faulx-semblant et Détraction, - Ennemitié et Male-bouche - Qui n’aime que mauvais reprouche. - S’il te veulent assault livrer, - Tantost t’en pourras délivrer, - Mais que de trop près ne t’aprochent, - Si que de leurs dars ne te brochent, - Et pour leur péril contrester, - T’encueur[399] tantost, sans arrester, - Prier Foy qu’elle te sequeure, - Et Loiaulté, et eus en l’eure, - Sans plus parler, te secourront, - Et ceulx qu’avec eulx amenront: - C’est assavoir Paix et Concorde, - Vraie-amitié, Miséricorde, - Bénivolence, Vérité, - Conscience avec Unité, - A tout leur congrégation - Dont je ne fais pas mention. - Ceulx ci feront Envie fuire, - Si qu’elle ne te pourra nuire. - D’un assault qui moult fait à craindre - Te refault défendre sans faindre, - C’est d’Ire le mauvais tirant - Qui va tousjours en empirant; - En toute mauvaistié habonde, - C’est le plus fel qui soit au monde. - Et quant assaillir te vendra, - Forte deffense y convendra, - Car cil se scet desmesurer - Que nul ne peut à lui durer; - Et tous ceulx de sa compaignie[400] - Sont de sa mauvaise manière: - Cruaulté porte sa banière, - Perversité, Forcenerie, - Félonnie et Esragerie, - Desverie et autres félons - Lui vont tousjours près des talons. - Quant ceste gent verras venir, - Gart toy que ne te puist tenir - Nuls d’eulx qu’il ne t’ait arresté; - Tray toi vers Débonnaireté, - Qui tost bon conseil te donra - Et contre Yre te secourra - Avecques ceulx de son lignage - Qui moult sont de souef courage: - C’est assavoir Doulceur, Souffrance[401], - Estableté[402] et Attrempance, - Patience, Discrétion, - Refrainte[403] avec Correction. - Ceulx cy et ceulx de leur banière - Trairont Yre de toy arrière, - Et toute sa gent forcenée - Qu’avec lui aura amenée. - Ainsi seras d’Ire délivre - Se Débonnaireté veulx suivre - Qui est franche, courtoise et douce: - C’est celle qui nul temps ne grouce[404] - De riens qui lui puist advenir; - Bon la fait avec soy tenir - Et fuire Ire le mal tirant - Qui de pou se va ayrant. - Ire doit-on craindre et doubter - Et hors d’avecques soy bouter - Et le tenir pour ennemi - Sans l’acointer jour ne demi. - C’est un mauvais ennemi qu’Ire, - Car si tost com un cuer s’aïre, - De félonnie si s’enflamme - Qu’il en puet perdre corps et âme. - Quant en ire se desmesure - Et se de soy ne s’amesure[405], - Masvei[406] mesure en lui se met - Et de le dampner s’entremet. - Elle est de tel condition - Que qui en soy correction - Ne met amesuréement, - Elle s’y met si lourdement - Qu’elle honnist tout à un cop. - Et vraiement elle het trop - Gens où il fault qu’elle se mette, - Et pour ce tout au brouvet[407] gecte - Sans querre y terme ne respit, - Si tost comme on lui fait despit. - Gart donc qu’à toi ne se courrouce, - Aies en toi manière doulce, - Soies courtois et débonnaire - Comme uns homs estrait de bonne aire[408]. - Nuls ne se devroit courroucier - De rien qu’il voie, ne groucier, - Mais faire tousjours bone chière - Et mettre tout courroux arrière. - Laisse le vice et pren vertu, - Ainsi te pourras sauver tu. - Eschièves couroux et tristesse - Et pren en toi joie et léesse, - Voire par bonne entention, - Non pas par dissolution, - Car joye qui est dissolue - N’est pas à l’âme de value. - Contre un autre assault périlleux - Te fault estre moult artilleux[409] - Afin que tu surpris ne soies - En ton hostel, n’enmy les voies, - Car c’est un assault moult doubtable, - Moult dommageux, moult décevable, - Car les pluseurs en sont déceus - Ains qu’avis aient de ce eu. - De cest assault est chief Paresse - Qui sans menacier fiert et blesse - En tapinage, en couardie[410]; - S’enseigne porte Fétardie, - Faintise, Oiseuse, Lâcheté, - Négligence avec Niceté, - Nonchaloir avec Cuer-failly - Vont après; moult est mal bailli[411] - Cellui qu’ils pevent entraper - Et dessoubs leur trappe atrapper. - Tant[412] ne soient-ils pas hardis, - Mais lasches et reffétardis[413], - Ainçois simples, à mate chière: - Mais couart est de tel manière - Que quant il se voit audessus, - Il est de trop mauvais dessus. - Le cuer a fier comme lyon - Et aspre comme champion; - Lors fiert et frappe, bat et tue, - Quant il voit qu’on ne se remue - Encontre lui pour soy vengier. - Donc fait-il bon soy esloignier - De Paresce et de sa famille - Qui n’est qu’en son dessus soubtille, - Et les doit-on mettre au dessoubs - Si qu’estre n’en puissent ressous[414]. - Et s’au dessoubs mettre les veulx, - Amaine avecques toy contre eulx - Diligence et Apperteté, - Bon-cuer et Bonne-voulenté, - Talent-de-bien-faire avec Cure, - Et Soing qui voulentiers procure - Contre Paresse avoir victoire, - S’ainsi est qu’on le vueille croire. - Se ceulx ci avec toi retiens - Et du cuer à amour les tiens, - Garde n’aras, n’en doubte mie, - De Paresce leur annemie, - Ne de tous ceulx de sa banière, - Mais se trairont de toi arrière, - Car l’assault n’osent entreprendre, - Fors à qui tantost se veult rendre. - Après, gart toy du quint assault - Car si soubtivement assault - Cil qui en est droit capitaine - Qu’à ses subgez donne grant peine - Quant il les tient en son service; - Ce capitaine est Avarice - Qui moult est de décevant guise. - S’enseigne porte Convoitise: - Rapine, Usure et Faulx-traictié - Le suivent tousjours pié à pié; - Malice avecques Tricherie - Murtre, Larrecin, Roberie, - Engignement, Déception, - Fraude avec Cavilation[415], - Et les autres de leur banière. - Quant tu verras ceste gent fière - Qui te vouldront assault livrer, - Se tu t’en veulx tost délivrer, - Fay de Charité connestable - Qui tant est piteuse et traitable; - Et toute sa connestablie - Q’avecques lui est establie, - (Que, selon Dieu, poursuit[416] richesse,) - C’est Souffisance avec Largesse, - Aumosne faicte en cuer dévost, - Ce que Dieu plus au monde volt. - Se ceste conestablie as - Avecques toi, acompliras - Ceste bataille à ton vouloir - Contre Avarice et son povoir. - Avarice est de put affaire, - Car il mains maulx machine à faire[417] - Par le conseil de Convoitise - Qui les gens à tolir atise. - Si te garde donc de rien prendre - De l’autrui, se ne le veulx rendre, - Par quelque voie que ce soit; - Car Convoitise gens déçoit, - De jour en jour, par leur foleur, - Dont aucuns meurent à douleur; - Et par ce nature blasmée - En est souvent et diffamée - Sans cause, car elle n’y a coulpe; - Se fait péchié qui l’en encoulpe, - Car elle en est la plus dolente - Et qui plus en sueffre et tormente. - Donc qui de bien faire n’a cure - Il ne lui vient pas de nature, - Ainçois lui vient par accident; - Chascun le voit tout évident. - S’aucun en soy a mauvais vice - Qui porter lui peut préjudice, - S’on dit que Nature lui face - Par force qu’il soit enclin à ce, - Les gens ne le doivent pas croire, - Car ce n’est mie chose voire, - Ains est par la male doctrine - Dont nourriture[418] le doctrine. - Du sixième assault bien te gardes, - Contre cestuy fay bonnes gardes. - Gloutonnie en est conduiseur, - Qui de tous biens est destruiseur, - Car enclins est à tous délices, - Et engendre tous mauvais vices. - Nul temps ne puet estre assouvis, - Mais tousjours semble estre allouvis[419] - Et si est-il plus qu’il ne pert[420], - Nul temps sa voulenté ne pert - Qui est sur toute riens mauvaise, - Car sans oultrage n’iert jà aise. - Gloutonnie est soubtil guerrier: - Assault-il devant et derrier, - Car il part en deux sa bataille - Toudis et avant qu’il assaille; - Gourmandie l’une conduit: - Avec lui sont en son conduit - Friandise, Lopinerie, - Yvresse, Oultrage, Lécherie, - Et pluseurs autres de tel sorte - Que Gloutonnie à soi enhorte. - Ceste bataille ainsi partie - Livre assault de une partie, - Et si donne assez à entendre - A ceulx qui la veulent attendre. - L’autre bataille est Male-bouche - Qui n’aime que mauvais reprouche, - Mesdit, Surdit[421], Maugréerie, - Hastiveté, Pautonnerie[422] - Et des autres à grant planté - Qui sont de telle voulenté. - Ceste bataille se tient fort - Et livre assault à grant effort - De l’autre costé, pour surprendre, - Si que l’en ne s’y puist deffendre. - Gloutonnie point et repoint - De l’un à l’autre, et leur enjoint - Que si se tiengnent sans recroire[423] - Que partout aient la victoire. - Or fault, se tu te veulx garder - Des deux assaulx, bien regarder - De tous costés à ce qui fault - Pour contrester à leur assault. - S’il t’assaillent, met toy à deffense - Et pren avec toy Abstinence - Et Sobriété sa compaigne - Avecques ceulx de leur enseigne, - Car s’avecques toy as ces deulx, - Assez en vendra avec eulx, - Et te garderont bien, sans faille, - Encontre celle gloutonnaille. - Sur toute rien gart toy d’Ivresse, - Que sa bataille à toi n’adresse; - Car cil qu’à Yvresse se livre - N’a povoir de longuement vivre, - Et s’il vit, si est ce à meschief, - Car il n’a ne membre ne chief - Qui par yvresce ne lui dueille. - Les mains lui tremblent comme fueille - Et s’en chiet plus tost en vieillesse, - En maladie ou en foiblesse. - Qui s’enyvre, il se desnourrist, - Car tout le foie se pourrist; - Ainsi est de soy homicide, - Dont c’est grant doleur et grant hide[424]. - Du septisme assault dont Luxure - Est capitaine par nature, - Te fault gaittier et traire arrière, - Si qu’elle et ceulx de sa banière - En leur chemin pas ne te truissent - Si que suppéditer te puissent. - Se Fol-regard le fort archier - Trayoit à toy pour toy blécier, - Soies sages et te retray, - Vistement hors du trayt te tray; - Et quant hors seras de leurs mettes, - Garde toy bien que ne te mettes - En la voye de souvenir - Si près qu’à toy puist avenir, - Car s’avec lui t’avoit attrait, - Il te remenroit droit au trait, - Si que la flesche de Pensée - Te seroit tost ou corps boutée, - Et celle de Fole-plaisance - Qui ne tendroit qu’à décevance - Te mectroit, tout à son plaisir, - Ou trait de garrot[425] de Désir - Qui si fort au cuer te ferroit - Que jà mire ne te guerroit; - Là languiroies en tel peine - Que tu n’auroies cuer ne vaine - Qui voulsist entendre à rien faire - Qu’à maintenir le fol afaire - Qui de folle amour se dépent - Dont chascun en fin se repent. - Là t’auroit si suppédité - Folle amour par fragilité - Qu’il te faudroit pour vaincu rendre. - Mais se tu te veulx bien deffendre - Contre les archiers amoureux, - Jà ne seras surprins par eulx. - Pren la targe de Chasteté - Et la lance de Fermeté: - La targe met devant tes yeulx, - Tu ne te pues deffendre mieulx; - Grant mestier as qu’elle te gart - Encontre les trais de Regart. - Se tu ce pas[426] pues bien garder - Contre Folement-regarder, - Jà Fole-cogitation - Ne t’ara en subjection. - Et quant ces deux ne te ferront - Jà les autres ne s’y verront. - Ainsi ces deux pevent tout faire, - Aussi pevent-ils tout deffaire. - Regart si est trop perçant chose; - Toute plaisance y est enclose, - Aussi y est tout le contraire, - Si soubtillement scet-il traire, - Car tous ceulx que Regart attaint, - Soit pour bien ou pour mal, à teint - Souvent leur fait muer couleur, - Soit par joye ou par douleur. - Pour ce est voir ce qu’on dire seult: - _De ce qu’œil ne voit, cuer ne deult._ - Si sont aucuns qui se vouldroient - Excuser qu’ils ne se pourroient - Du fort trait de regart garder - Et qu’il leur convient regarder - Ly un l’autre quant sont ensemble; - Tout Saincte Église ce assemble - Selon l’ordre de mariage, - A tels excusans respondray je - Briefement, sans prolongation, - Ce n’est mie m’entention - De deffendre à nul, bon regart, - Mais que de Fol-regart se gart - Qui les fols fait ymaginer - Et par Fol-cuidier deviner[427], - Dont est née Fole-plaisance - Qui convoite du corps l’aisance, - Et de ce vient Ardent-désir - Qui art tout, s’il n’a son plaisir; - Lors fait tant qu’à son gré avient, - Et tout ce de fol regart vient. - Ce n’est pas regart convenable - Quant à Dieu, mais quant au Déable: - Regart fait pour charnel délit - Au Déable moult abélist[428] - Et autant desplaît-il à Dieu - Si n’est pas fait en temps et lieu. - Gens qui en mariage sont, - Qui tousjours leurs courages ont - A délit charnel maintenir, - Voulans s’y soir et main[429] tenir, - Pechent ensemble, sans doubtance, - Par l’engin de Fole-plaisance - Qui souvent les tient en ses las; - Mais ne le cuident pas les las, - Car à vertu tiennent ce vice - Dont ils font que fols et que nices; - Car conjoins ne devroient jà voir[430] - L’un à l’autre affaire avoir - Par charnele conjunction, - Se ce n’estoit en entention - De lignée multiplier; - Pour ce les fais-je marier, - Si que, par le gré de nature, - Facent ensemble engendréure, - Quant temps en est, et point, et lieu, - Et tout ainsi l’ordonna Dieu, - Non mie pour soy déliter - A l’un avec l’autre habiter. - Fols est qui l’un à l’autre habite - Sans l’entention dessus dicte, - Car quant Nature en tels gens euvre - Selon les estas de son euvre, - Sans moy ne Mesure appeller, - Et que son fait nous fait celer - Afin qu’Atrempance n’y viengne - Qui en subjection la tiengne, - Iceste copulation - Faicte sans génération - Et sans droicte nécessité, - Par fresle superfluité, - Est péchié mortel, nul n’en doubte, - Qui par Fol-désir les y boute - Pour acomplir leur volenté - Charnele dont ils sont tempté, - Où nature est tousjours encline. - Nul temps qu’elle puist n’y décline, - Ains queurt tousjours de randonnée - Fresle, fole et abandonnée, - Ne se scet, pour grief, espargnier - Tant com riens a en son grenier. - Ainsi de soy s’occist Nature - Se ne la gouverne Mesure - Ma suer[431] qui tant est bien ruillée[432] - Qu’elle en nul temps n’est desruillée[433], - Ains fait faire tout si à point - Que où elle est, d’excès n’a point. - Croy donc Mesure en tous tes fais - Et tu n’y seras jà meffais - En nul temps, je t’en asséur, - Car qui la croit, il vit asseur. - Cy lairay du septime assault - Dont Luxure les gens assault - Et revendray à ma matière - Que j’ay entreprise première. - Soies tous temps vray en ta foy, - Aimes ton proesme comme toy, - Dieu mon père le veult ainsi; - Et fay à chascun tout ainsi - Comme qu’il te feist vouldroies. - Et se tu vas parmy les voies, - Soies enclin à saluer; - Et si ne dois nul temps ruer - De ta bouche male parole: - Saiges est cil qui pou parole, - Et qui aime et désire paix - Oyt tousjours, voit et se tait. - Et se tu es en compaignie - Parlant de sens ou de folie, - Parle au plus tart[434] que tu pourras, - Escoute ce que tu orras, - Si que tu en saches parler - Quant ce vendra au paraler[435], - Et que ce soit par brief langaige; - Ainsi seras tenu pour sage. - Et ne le fusses ores mie, - Là fault-il jouer d’escrémie[436] - Assez mieux qu’au jeu du bocler[437], - Car on apparçoit tost, moult cler, - Qui veult à parler entreprendre[438], - S’il ne se garde de mesprendre, - Ou cler sens, ou clère folie. - Et pour ce clèrement folie - Cil qui de tost parler se haste. - Qui parle ne doit avoir haste, - Ains se doit trois fois adviser - Avant qu’il doie deviser: - La chose dont il veult parler, - Et à quel fin il puet aler, - Et ce qu’il en puet avenir; - Ainsi n’en puet nul mal venir. - Soies courtois et amiables - Envers tous et humiliables; - Par toy soient grans et menus - Tous temps amés et chier tenus, - Suy les bons et fuy les mauvais, - Aimes tous temps douceur et paix; - Et se tu ois tencions ne noises, - Garde toy bien que tu n’y voises, - Car nul ne se puet avancier - D’amer noises, ne de tencier. - Amis, se tu veulx advenir - Au manoir Richesse et venir - Dont je t’ay si fort oï plaindre - Que nuls homs ne le puet attaindre - Se n’est par paine et par doleur, - Laisses ester telle foleur - Et telle cogitation, - Et pren en toy discrétion. - Pren des deux voies la meilleur, - Laisses le bren[439] et pren la fleur[440]: - Se ne le fais, feras foleur; - Qui est à chois, le mieux doit prendre. - Et se tu veulx la voie aprendre - Que tu dis que tu ne scez pas, - Pour ce qu’il y a mal trespas, - Si comme tu dis, à passer - Par quoi on s’y puet trop lasser, - (C’est au beau manoir de Richesse,) - Je t’en aprendray bien l’adresse - Et ce qu’il en puet avenir; - Ainsi n’en puet nul mal venir - Qui[441] t’y saura bien convoier, - Sans toy feindre ne forvoier.] - Pren le chemin droit à main destre - Et laisse cellui à senestre, - Car le destre toutes gens maine - Droit à Richesse, en son demaine, - Mais que on ne se traie hors voie; - En cellui nul ne se forvoie, - Ainçois va tout à sa devise. - Or est droit que je te devise - Comme cil chemin est nommé - Qui tant est bel et renommé, - Et qui fait ceulx qui le vont, estre - Tous temps en très gracieux estre. - Cil chemin a nom Diligence, - Pavés[442] est de Persévérance. - S’en ce chemin te veulx tenir, - Tu pues à richesse venir - Et le chemin tost achever - Aiséement, sans toy grever, - Et avec Richesse manoir[443] - En son très gracieux manoir. - Car qui n’y va, ne tient qu’à lui, - Quant le cuer a si achailly - Qu’il het le bel destre chemin - Pour estre a l’ort senestre enclin. - Qui ce senestre veult aler, - Meschéans est au paraler, - Ni n’en puet eschapper n’estordre[444], - Ains lui convient telle hart[445] tordre - En paine, en meschief, en angoisse. - Cil chemins moult de gens angoisse - Et les fait vivre en grant destresse: - Laie[446] gent l’appellent paresse - Et li clerc l’appellent accide; - On n’y treuve confort, n’aïde, - Ne conseil, n’espoir, ne chevance, - Fors peine, ennuy et meschéance; - C’est un chemin moult destravé[447]. - Plein de boullons[448], tout encavé; - N’il ne fera jà si beau temps - Qu’y puist tost errer qui est ens[449]. - Là le tiennent en couardie, - Les grans boullons de fétardie, - D’ignorance et de niceté. - C’est le chemin de Povrété, - Une dame qui n’est prisée, - En ce monde, n’auctorisée - Ne qu’un viel chien, en vérité. - De lui vient toute adversité, - Meschief, peine, ennuy et contraire, - Arrière se fait donc bon traire - Du chemin qui à lui adresse, - Et prendre la plaisant adresse. - Du beau chemin de Diligence, - Car chascun puet veoir en ce - Qui est à chois et puet eslire, - Il ne doit pas prendre le pire; - Et s’il le prent et puis s’en veut - Repentir, quant il ne le peut - Recouvrer, c’est trop grant foleur. - Car qui bien laisse et prent doleur - Et se forvoie à escient, - Ne puet chaloir s’il en mesvient, - Car quant un cuer s’est forvoyés, - N’est pas de légier ravoiés. - S’il est ou chemin de Paresse, - Il tourne le cul à Richesse - Et va à Povreté tout droit, - Dont je t’ay parlé orendroit, - Qui fait si mal gens atourner; - Et quant il cuide retourner - Et s’apperçoit de sa folie, - Lors entre en grant mérencolie - Qui moult le travaille et le peine, - En pensée, en soussy, en peine, - En desconfort, en désespoir, - Dont il devient larron espoir[450], - Et tolt et emble aux gens le leur, - Dont en la fin muert à doleur. - Or sont aucuns qui veullent dire - Que destinée à ce les tire - Et les fait ensement aler. - Folie font d’ainsi parler, - Car ils ne scevent que ils dient: - Et les maléureux s’y fient - Qui dient souvent et menu, - Quant meschief leur est advenu, - Qu’ainsi leur devoit avenir, - Et le veulent pour vrai tenir - Et prennent en leur meschéance, - Par ce parler, glorifiance, - Et s’excusent de leur meffait, - Disans qu’ils ne l’orent mie fait - Par leur gré, mais par destinée - Qui au naistre leur fu donnée. - Ceulx qui le croient se deçoivent, - Ne croient pas si comme il doivent, - Car à nullui n’est destiné - Qu’il soit pendu ne traïné, - Ne qu’il meure de mort vilaine, - S’il ne met au desservir peine. - Meschief contrester chacun puet - Qui entendre à bien faire veult, - N’il n’est pas de nécessité - Qu’à nul aviengne adversité, - Mais advient par cas d’aventure, - Quant folement on s’aventure. - Destinée ne puet contraindre - Nul, si qu’il ne se puist refraindre, - Mais qu’il ait bonne voulenté; - Et s’il est à la fois tempté - D’aler faire aucune aatie[451], - S’avec lui suy[452], je le chastie - Et lui oste celle pensée - Qui en son cuer estoit entrée, - Et lui donne advis et mémoire - Decontrester, s’il me veult croire, - A mauvaise temptation, - Dont il vient à salvation. - Ainsi peus veoir clèrement - Que destinée nullement - N’a nul povoir de chose faire - Que je ne puisse tost deffaire, - Au mains s’elle ne m’est célée - Si qu’au fait ne soie appellée; - Car nul fait qui sans moy est fet - Ne puet venir à bon effet, - Mais communément en meschiet, - Et par ce meschief il eschiest - Que destinée y pren le nom - D’estre vertu et grant renom, - Car pluseurs dient et soustiennent - Que bien et mal par elle viennent - Et que nul contrester ne puet - A ce que destinée veult; - Mais tous ceulx en sont décéu, - Qui ont ceste créance eu, - Car s’il estoit au Dieu vouloir - Que destinée éust povoir - Dessus les gens si comme on dit, - Que vauldroit bon fait ne bon dit, - Ne soy à bonnes euvres traire? - Nul n’aroit mestier de bien faire - Quant bien fait ne le secourroit, - Ainçois villainement mourroit, - Et s’ensuiroit, quoy que nuls die, - Que s’uns homs à mal s’estudie, - Et emble, et tue, et fiert, et bat, - Quant il n’y puet mettre débat - Pour destinée qui l’enforce - A tous maulx faire par sa force, - Que monstré n’en doit estre au doit - Puisqu’il ne fait que ce qu’il doit: - Et Dïeu mesmes qui scet tout - N’en doit avoir vers lui courroux, - Puisque ce n’a-il mie fait, - Mais Destinée tout ce fait. - Certes mais il est autrement, - Et quiconques maintient il ment - Que[453] destinée vertus soit, - Et qui le croit il se déçoit. - Fay donc ce que je t’ay apris, - Se tu veulx avenir à pris; - Laisse le mal et pren le bien, - Quant avoir le pues aussi bien, - Et plus légièrement assez, - Car on est cent fois moins lassé - Ou beau chemin dessus nommé - Que Diligence t’ay nommé - Qui toutes gens à honneur maine, - Et cent fois y a moins de paine - Qu’ou hideux chemin de paresse - Plain de douleur et de tristesse - Où nul ne pourroit estre à aise, - Ne faire chose qui lui plaise, - N’estre en estat, ne bien nourry; - Car le chemin est si pourry - Qu’on y entre jusques au ventre, - Maleureux est cil qui y entre! - C’est un chemin ou nuls ne court, - Mais, sans faille, il est assez court - Tant soit-il ort et desrivé[454], - Car on est tantost arrivé, - Sans y quérir autre adresse, - Droit au manoir où il s’adresse, - C’est assavoir chez Povreté - Où l’en vient tout desbareté[455], - Nu, deschaux, et de froit tremblant - Et de très-douloureux semblant, - Le corps courbé, acrampely[456], - Affin qu’on ait pitié de ly. - Mais de tels gens, en vérité, - Doit-on avoir peu de pitié - Quant il sont en si bas dégré: - Puisqu’ils se mettent tout de gré - En si doloreuse aventure, - Que mésaise aient c’est droicture. - Se tu crois doncques mon conseil - Que je, pour ton preu, te conseil, - Cest ort chemin hideux hairas, - Ne jamais jouir ne t’y verras. - Remenbre toy des meschéans - Que tu es chascun jour véans - Qui si maleureux deviennent - Quant en ce chemin se tiennent. - Beau chastiement met en lui - Qui se chastie par autrui. - Se uns homs entre en mauvais pas - De gré, ou qu’il ne saiche pas, - (Si comme assez souvent eschiet,) - Et en ce mau pas lui meschiet, - Cellui d’après qui le regarde - Ne le suit pas, ainçois se garde - D’aler après, qu’il ne se blesse, - Et s’en va querre une autre adresse - Qu’à droit port le fait arriver. - Tout ainsi dois-tu eschiver - Tous temps le chemin et la voie - Que tu scez et vois qui avoie[457] - Toutes gens à chétiveté, - A angoisse et à povreté, - Et que chascun jour pues véoir - Qui ne leur fait que meschéoir[458], - N’en ce chemin bien n’orent oncques. - Eschive le erraument doncques, - Et met les pans[459] à la sainture, - Et si t’en cours grant aléure, - Et à main destre pren t’adresse - Au beau chemin qui tost adresse - Tous ceulx qui y vont, et agence - En tout honneur: c’est Diligence - Le beau chemin plain de noblesse, - Nuls n’y puet avoir fors léesse - Par la planté des biens qui viennent - A tous ceulx qui ce chemin tiennent. - Il est lonc merveilleusement, - Mais il n’ennuye nullement - A ceulx qui veullent avenir - Au manoir Richesse et venir, - Ainçois errent et jour et nuit - Sans ce que goute leur ennuit. - Chascun a désir qu’il se voie - En ce chemin. Droit en my-voie - A deux sentes dont l’une à destre - S’en va droit, et l’autre à senestre. - De la destre te vueil parler: - Par celle fait-il bon aler, - Car tant est vertueuse adresse - Qu’il maine à parfaicte richesse; - C’est Souffisance la séure - Qui ceulx qui là vont asséure - Et les fait vivre en bon espoir - Sans penser à nul désespoir, - Car tout ce qu’ils ont leur souffist. - Soit à dommage ou à prouffit, - Dieu loent sans estre lassés - Aussi tost d’un pou com d’assez. - Cils sont riche parfaictement, - Et nuls n’est riches autrement - S’il ne va parmy Souffisance, - Et fut-il ores roy de France. - De l’autre sente te diray, - La vérité n’en mentiray: - Elle va à senestre partie, - Mais c’est bien chose mi-partie[460] - Envers celle qui va à destre, - Car nul n’y puet assouvis estre. - Celle sente a nom Convoitise - Qui les cuers enflambe et atise - D’estre convoiteux sur avoir; - Qui plus en a, plus veult avoir, - Tousjours de plus en plus convoite, - D’aler avant si fort les coite[461]! - Et quant ils viennent au chastel - De Richesse qui tant est bel, - Avis leur est que riens fait n’ont - S’encores plus avant ne vont. - D’aler oultre est bien leur entente, - Tant com leur durra celle sente, - A quelque peine que ce soit; - Mais certes elle les déçoit. - Mal en virent oncques l’entrée, - Car quant personne y est entrée, - Ne se peut d’avoir saouler, - Ains vouldroit bien tout engouler; - Ne se daignent là arrester, - Mais vont tousjours, sans contrester, - Querre meilleur pain que froment, - Dont, puis, se repentent souvent; - Car quant bien hault se sont juchiés, - A un seul coup sont trébuchiés, - De Fortune qui ne voit goute, - Qui de sa roe si les boute - Qu’en la boe les fait chéoir: - On le puet chascun jour véoir. - Quant ils se voient décéus - Et du hault au bas chéus - Où fortune les a flatis[462], - Lors ont les cuers si amatis[463] - Et si vains que du tout leur faillent, - Et ne scevent quel part ils aillent, - Tant sont honteux et esbahis, - Et se tiennent pour fols naïs[464], - Chétis, las, courbés, sans léesse, - Entrans ou chemin de Paresse, - Et s’en vont droit à Povreté, - Desconfit et desbareté, - Ne jà puis jour ne seront aise, - Ainçois languiront en mésaise, - Et en tel estat se mourront, - Et, par aventure, pourront - Faire aucun vilain maléfice - Dont il seront mis à justice. - Donc pues-tu véoir et entendre - Qu’il fait très mauvais entreprendre - Sente qui est si périlleuse, - Si forvoiant, si fortuneuse - Comme est celle de Convoitise, - Car nul n’y a s’entente mise - Qui en la fin ne s’en repente. - Eschieve doncques ceste sente - Et pren celle de Souffisance, - Et tu auras tousjours chevance - Et assez tant com tu vivras; - Assez as-tu quant ton vivre as, - Entre les gens, honnestement, - Et as souffisant vestement - Et à l’avenant le surplus: - Fol es se tu demandes plus. - Puis que tu l’as par loyauté, - Tu as plus qu’une royaulté - Sans souffisance ne vauldroit, - Se tu regardes bien au droit. - Et s’il advient que servir doies - Je te deffent que tu ne soies - Envers ton maistre courageux, - Orguilleux, fel, ne oultrageux. - Tousjours lui fay obéissance, - Et enclines à sa plaisance, - En tous estas[465], sans rebeller, - Et ne te dois nul temps mêler - D’argüer ne de contredire - Chose que tu lui oies dire: - S’il parle à toi, si lui respons - Doulcement, sans vilain respons, - Sans rebrichier[466] et sans groucier, - Craindre le dois à courroucier. - Et si ne dois en nul temps faire - Chose qui lui doie desplaire - Pour enseignement que tu truisses[467] - Au moins puis qu’amander le puisses, - Tu le dois amer de vray cuer, - Sans lui estre faulx à nul fuer, - Et se tu l’aimes, tu feras - Son vouloir et le doubteras - En tous estas, j’en sui certaine, - Car amours est si souveraine - Que toutes vertus lui enclinent - Et de lui obéir ne finent. - C’est moult puissant vertus qu’amour! - Met-la donc en toy sans demour, - Car qui aime de cuer, il craint: - Bonne amour à ce le contraint - Qui le met en obéissance - Par sa vertueuse puissance, - Et le tient en subjection - Sans user de déception[468]. - Mais s’aucun craint, ne s’ensuit mie - Qu’il ait en lui d’amour demie[469]: - Amour n’obéist pas à crainte, - Ne nullui n’aime par contrainte, - Car on craint bient ce que l’en het, - Que ce soit voir, chascun le scet; - Mais qui bien aime, craint et doubte: - De ce ne doit nuls avoir doubte. - Aimes donc ton maistre et le sers - Loyaument, et s’amour dessers[470]; - Et quant ton bien aparcevra, - Vers toy fera ce qu’il devra, - Ne jà ne saura estre avers. - Et se tu le sers au travers, - Sans lui amer et chier tenir, - Nul bien ne t’en poura venir, - Ains perdras avec luy ton temps - Et si auras à lui contemps, - Ou vilment congié te donra - Et si diffamer te pourra - En pluseurs lieux, par aventure, - Que nullui n’aura de toy cure. - Ainsi en tous estas perdroies, - Se par amour ne le servoies. - Quiconques sert il doit amer - Son maistre de cuer, sans amer[471], - Et de si loial cuer servir - Que s’amour puisse desservir. - Prendre doit trois conditions - De trois significations - Que briefment je te nommeray, - Et puis si les exposeray. - Premier, dos d’asne doit avoir - Se bien veult faire son devoir; - Secondement, comment qu’il voit[472], - Oreilles de vache avoir doit; - Et tiercement doit avoir groing - De pourcel, sans aucun desdaing. - Ces trois conditions estranges, - Se tu sers, pas de toy n’estranges, - Mais mect tousjours paine et estude - D’avoir les par similitude, - Quant sauras l’exposition - De leur signification - Que je te veuil dire et aprendre. - Par dos d’asne tu pues entendre - Qu’avoir dois le fais et la charge - De ce que ton maistre te charge, - Et que de toutes ses besoignes, - Sans faire obliance, tu soignes; - Tu en dois la somme porter - Pour mieulx ton maistre déporter; - Et pour bien faire ton devoir, - Lui dois souvent ramentevoir - Et avoir chier sur toute rien - Le sien prouffit comme le tien. - Après, par oreille de vache - Pues-tu entendre, sans falache[473], - Que tu dois ton maistre doubter, - Et s’il te laidenge[474], escouter - Sans ce que contre lui t’orgueilles; - Faire lui dois grandes oreilles, - Et faire semblant toutesvoies - Que tu n’ois adonc, ne ne vois. - Quant le verras de tencier chault, - Tais-toy tout coy et ne t’en chault, - N’à tort, n’à droit, ne respons point - Tant comme il est en ycel point, - Car trop s’en pourroit engaignier; - Autre chose ne puet gaignier - Servant qui respont à son maistre, - Soit chevalier, bourgois ou prestre. - Qui se tait et point ne rebelle, - C’est une vertu bonne et belle: - Ceste-cy, se tu me veulx croire, - Aras-tu tousjours en mémoire. - Par groing de pourcel ensement - Peus-tu entendre clèrement - Qu’en toy ne doit avoir danger - Ne de boire, ne de menger, - De grant disner, ne de petit: - Tous dois prendre par appétit - Et en bon gré, se tu es sage, - Sans mener despit ne haussage, - Orgueil, ramposnes, ne desdaing, - Et fay tout ainsi com le groing - Du pourcel qui partout se boute; - Tout prent en gré, riens ne déboute, - Ainçois se vit de ce qu’il treuve - Liement, sans faire repreuve[475], - Tout treuve bon et savoureux, - De nulle rien n’est dangereux[476]. - Par semblable, ne dois-tu estre[477] - Quant tu es à l’ostel ton maistre, - Ains te doit tout plaire et souffire, - Sans rien refuser ne despire. - A tant se tut Raison la sage; - Lors tournay un pou mon visage, - Et pour penser mieulx m’acosté; - Donc s’en vint de lez mon costé, - Uns homs saiges et plain d’avis, - Ainsi comme il me fu avis - Et il en est bien renommés, - Entendement estoit nommés. - Beaux amis, dist-il, or entens: - Se tu veux emploier ton temps - A faire ce que Raison dit, - Tu feras que sage, à mon dit. - Elle t’a cy moult sermoné, - Moult bonne exemple t’a donné: - Se tu l’as scéu retenir, - Tu en pues à grant bien venir - Selon Dieu et selon le monde; - Croy la, et j’octroy qu’on me tonde, - (Se de ce qu’elle a dit t’apens[478];) - Se tu jà nul jour t’en repens: - Et tu l’apparcevras à l’ueil; - Quant à or, plus dire n’en vueil, - Car on doit mettre son assent[479] - Autant à un mot comme à cent. - Quant j’oy un pou après pensé, - Repensé et contrepensé - A ce que Raison apris m’ot, - Et bien recordé mot à mot - Par le conseil d’Entendement, - Et que j’estoie en grant dément - De tout en mon cuer retenir, - Ès-vous un homme à moi venir - Qui bien sembloit estre advocas - Qui parler scéust en tous cas: - Moult sembloit estre sages hom - Selon droit et selon raison; - Coiffe et habit fourré portoit, - Et richement se déportoit: - Preudoms sembloit, et sans riot, - Clerc et varlet avec lui ot. - Le maistre fu Barat[480] nommés, - De ce ne fu pas mesnommés: - Son clerc avoit nom Tricherie, - Et son varlet Hoquelerie[481]. - Barat s’est de lez moy assis, - Et commença par mos rassis - A parler attrempéement - Aussi comme par chastiement. - Auras-tu huy assez pensé? - Di, chaitif, qu’as-tu empensé? - Veulx-tu croire Raison la fole - Qui ceulx qui la croient affole? - Se tu la crois, chaitif seras - Tant com de son sens useras; - Nuls ne puet à estat venir - Qui se veult à Raison tenir, - Mais à grant paine se chevit - Et tousjours en souffreté vit - Sans avoir nulle chevissance. - Or est fols qui a souffisance - Quant au cuer a tant de doleur; - Je le tendroie à grant foleur - Qui selon raison ouverroit: - Jamais riche ne se verroit, - Ains seroit tousjours en un point - Sans ce que il enrichist point. - Tousjours seroit com povre et chiche, - Dolent, subjet et serf au riche - Dont souvent s’oroit laidengier: - Ainsi vivroit en grant dangier. - Qui a le cuer pur, net et monde, - Povre est et n’a loy[482] en cest monde, - Ne ne puet venir à estat; - Met doncques Raison en restat[483] - Et me crois, si feras que sage, - Car s’user veux de mon usage, - Tu seras tantost surhaucié, - Riche, puissant et essaucié; - Servis et honneurés seras, - Et tout à ton plaisir feras. - Tu ne feras que commander, - Chascun vendra à ton mander: - Tous temps vivras en tel conroy - Com se tu fusses duc ou roy, - Car tous auras tes aisemens. - Se tu fais mes enseignemens - Que je te vueil dire et aprendre, - Moult bon exemple y pourras prendre. - Flateur soies premièrement, - Car c’est le droit commencement - Par quoi on puet à bien venir - Et à grant estat avenir: - S’avenir y veulx, sans deffault, - De _Placebo_ jouer te fault. - Soies en tous lieux décevant - Où tu seras, et par devant - A toutes gens fais beau semblant, - Si leur iras le cuer emblant, - Et faing que tu soies loyaulx, - Vrais en cuer et espéciaulx[484]; - Aquier des amis, sauf le tien[485], - Serré par devers toy le tien. - Ne soies pas larges, mais chiches; - Ainsi seras tu tantost riches. - Quel compaignie que tu truisses, - Là ne despens riens que tu puisses[486], - Aies le cuer bault[487], et te truffes, - Et dy des gorgées et des truffes - Quant tu verras qu’il sera point, - Et met paine à le faire à point; - Par ce seras tu bien venus - En compaignie, et chiers tenus. - Après, ne te doit ennuyer - De voulentiers gens conchier[488] - En tous estas, et mettre en voie - Que tu aies de leur monnoie, - Ou soit à droit, ou soit à tort, - Ou par contrainte, ou par accort; - Et se bien me veulx apaier[489], - Acrois[490] partout sans riens payer, - Et voulentiers par tout mescompte[491], - Ne jà du péchié ne fais compte; - Ceulx qui te doivent fay contraindre, - De les mengier ne te dois faindre, - Et les mener à povreté - Sans avoir d’eulx nulle pitié: - Ne te chault s’ils perdent chevance, - Mais que tu aies leur substance; - Soies tousjours tout prest de prendre, - Mais garde-toi bien de riens rendre. - Je te deffens que tu ne paies - A âme chose que tu doies, - Et s’aucun te faisoit semondre[492] - A qui il te faulsist respondre, - Ou soit à bel, ou soit à let, - Moy et mon clerc et mon varlet - Tous ensemble t’irons aidier - Ou cas qu’il te fauldra plaidier. - Se tu nous crois, tu materas - Tous ceulx à qui tu plaideras, - Sans faillir en nulle saison, - Soit droit, soit tort, maugré raison, - Tousjours à ton besoing vendrons - Et bien près de toi nous tendrons - Et te feron tost achever - Tes causes et en hault lever - Ton estat, habonder et croistre, - Tant que bien te pourras acroistre. - Après, te vueil encor aprendre - Trois choses qu’il te fault emprendre - Se tu veulx tost monter en pris - Et si sont d’assez moien pris. - La première est que tu te vestes - De bonnes robes et honnestes - Fourrées à leur avenant[493]: - Si en seras plus avenant[494], - Plus honnourés et mieulx prisiés - Et entre gens auctorisiés - Et tenus pour sage de tous, - Et fusses tu fols et estous. - La seconde chose est mentir - Soubtivement, sans alentir, - Par beaux mos polis, plains de lobe,[495] - Ce siet bien sur la bonne robe: - Par ce pourras tu faire acroire - Que mençonge soit chose voire - Et que vérité soit mençonge, - Ne qu’on y croie ne qu’en songe. - La tierce chose est vraiement - Que tu faces hardiement - Quanque tu auras empensé, - Soit bien pensé ou mal pensé; - Tu dois hardiement ouvrer - Se grant avoir veulx recovrer, - Car cil qui hardiement ne euvre - Et est honteux, riens ne recoeuvre, - Mais est povre et las en ce monde, - Et li hardi tousjours habonde - Puis que beau langage a en main. - Partout et à soir et à main - Les trois derreniers poins tiens - Et principalment les retiens - Et tu auras tousjours chevance - Combien que tout soit décevance, - Car nul ne puet chevance avoir - S’il ne met paine à décevoir - Et s’il n’est bien malicieux, - Viseux[496] et caut et engineux, - Semblant doulx et courtois vers tous, - Et en cuer faulx, rude et estous: - Et que tousjours rie sa bouche - Combien qu’au cuer point ne lui touche, - Car combien que beau semblant moustre, - Le ris ne doit point passer oultre - Le neu de la gorge, à nul fuer; - Des dens doit rire et non du cuer. - Il doit estre blaffart[497] toudis, - Et en tous fais et en tous dis - Les puissans doit aplanier[498] - Par souples mos et festier, - Et leur porter grant révérence, - Car on puet moult acquester en ce; - Des povres ne puet il chaloir, - Car ils ne pevent riens valoir: - Ceulx là fait bon bouter arrière, - Sans leur faire semblant ne chière, - Et du tout en tout soy retraire, - Car on ne puet d’eulx denier traire. - Or m’as tu oy raconter - Comment on puet à pris monter: - Se tu crois mon enseignement, - Riche seras parfaictement, - Et auras, tout à ton vouloir, - Tout ce que tu sauras vouloir; - Et se tu veulx croire Raison, - Tu seras en toute saison - Chaitif, mendiant, povre et las, - Car si te tendra en ses las - Que monter plus hault ne pourras. - Or fay lequel que tu vouldras - Et y pense tout à loisir: - Quant à chois es, tu pues choisir. - Se tu veulx estre povres hom, - Si me laisse et croy Raison; - Et se tu veulx riche homs estre, - Si me tien pour seigneur et maistre, - Tant com tu vivras, et me croy, - Et de Raison croire recroy. - A ce mot s’est Barat téu, - Car assez m’ot ramentéu - Ses affaires et sa doctrine - Et enseignié tout son convine; - A tant de moy se départi. - Lors pensay moult au jeu-parti - Que Barat et Raison fait m’orent - Et enchargié tant comme ils porent, - Mais le jeu si parti avoie - Que lequel croire ne savoie, - Ou Raison qu’ot à moy parlé, - Ou Barat le bien enparlé; - Mais bien croi qu’au derrain créusse - Barat, s’autre conseil n’éusse, - Car si bel m’avoit flajolé - Que tout sus m’avoit affolé. - Lors vint à moy Entendement - Pour moi donner enseignement - Auquel des deux je me donnasse - Et cuer et corps habandonnasse. - Fol, dist-il, es-tu rassoté - Qui ce que Raison t’a noté - Veulx laissier pour estre trichierres - Faulx et mauvais et décevierres, - Et croire Barat le lobeur - Qui pires est que desrobeur? - Bien es fol et oultrecuidés - Et de sens naturel vidés, - Et bien pert que tu ne vois goute - Qui veulx mettre entente toute - A toy envers Barat plaissier, - Pour Raison la sage laissier, - Car oncques nuls ne la laissa, - Ne vers Barat ne se plessa - A qui n’en meschéist après, - Sans faillir, à loing ou à près. - De ton temps véoir l’as péu - Que maint grant maistre décéu - En ont esté, et mis à honte - Pourcequ’il ne tenoient compte - De Raison ne ses fais ensuire, - Mais se penoient de la fuire, - Et adnichilloient droiture, - Contre Dieu, Raison et Mesure. - Et combien qu’avec eulx féusse, - Jà d’eux audience n’eusse - A desdire leur voulenté, - Tant ièrent espris et tempté - Par Fol-cuidier le pou séur, - Qu’estre cuidoient asséur, - Et tousjours Barat surmontoient - Pour ce que par lui hault montoient, - Et amassèrent les trésors - Qui erent très-vils et très-ors; - Car de ce qui par Barat vient, - En la fin nul bien n’en avient. - Il n’est pas bon logicien: - Belle entrée a et beau moyen, - Mais tousjours fait conclusion - A honte et à confusion; - Car tout quanque Barat aüne[499], - En vingt ans, anientist fortune - En une seule heure de jour, - Ne nuls n’y puet mettre séjour. - Ainsi ne puet Barat durer, - Car ne le pourroit endurer - Droit qui tout adresse et aligne - Et qui ne fait riens fors à ligne, - Mais est enclin à son affaire - A tout ce que Raison veult faire. - Croi doncques Raison et la sers, - Car vraiement tu seras sers - D’une mauvaise servitude - Se tu mes en Barat t’estude. - Pluseurs par ses las sont passés, - Plus sages que tu n’es d’assez, - A qui mal en est advenu, - Tu le vois souvent et menu. - Plus sages que tu n’es? Vraiement, - Par le mien mesmes jugement - Plus saiges voir ne sont-ils mie, - Car en eulx n’a de sens demie, - Combien qu’ils aient de sens le nom - Par grant abit et par renom, - Car tels est saiges qui est fols - En ce monde, bien dire l’os, - Tel y est fol qui est bien sage, - Ce voit on par commun usage; - Car selon le dit de ce monde, - Ly homs qui de richesse habonde - Et a assez or et argent - Pour sage est tenu de la gent - Et est prisié en tous pays - Combien qu’il soit uns fols naïs; - Donc il est sage et fol ensemble - Par ce que j’ay dit[500], ce me semble: - Voire sage pour son avoir, - Et fol naïs pour pou savoir. - Et li povre, par opposite - De l’exemplaire que j’ay dicte, - Tant soit-il sage à grant devise, - Nul ne l’aime, honnoure ne prise, - Ains le tient-on pour fol et nice - Et est tenu son sens pour vice, - Car quant il dit sage parole, - Si la tiennent la gent pour fole, - Ne de riens ne puet avoir los, - Dont il est sage, et si est fols: - Fols, pour ce qu’il est povres hom: - Sage, pour ce qu’il a raison, - Et sens en soy de lui retraire - De mal faire, et à bien atraire. - Or vois-tu bien que je te preuve - Tout clèrement par une preuve - Qu’il n’a fors pure vérité - En ceste contrariété - Que je t’ay voulu cy espondre[501], - Ne nuls n’y sauroit que respondre - Pour le contraire soustenir - S’il se veult à raison tenir. - Soies sages et me croi doncques, - Tu ne féis si bon sens oncques. - Croy Raison et à luy te tiens - Et ses enseignemens retiens, - Et tu en vendras à grant bien. - Tu le verras ains dix ans bien, - Faillir n’y pues par nulles voies - Se par Barat ne te desvoies. - A tant se tut Entendement; - Lors commençay parfondément - A penser à la vérité - Que devant m’avoit récité; - Adonc apparceu-je de voir - Que voir m’ot dit, sans décevoir, - Entendement le sages hom - Que trop mieulx vault croire Raison - Que Barat; si m’y assenti, - Car onc nuls ne s’en repenti. - Lors vint Raison, sans demourée, - Blanche, vermeille, colourée, - Faisant grant joie et bonne chière - Com celle qui n’a riens tant chière - En ce monde, comme personne - Qui de bon cuer à lui se donne. - Ami, Dieux te gart, dist Raison, - Or est-il bien temps et saison - Que tu faces ma volenté, - Quant je t’en voi entalenté; - Tout maintenant jurer te fault - Que par toi n’y aura default, - Et que de cuer me serviras, - Ne contre mon vouloir n’iras - Jamais, quoy que Barat te die, - Ne nul de ceulx de sa mesnie, - Par leur beau parler décevable. - Aies le cuer ferme et estable - A mes œuvres continuer - Sans ton courage point muer - En pensée, n’en fait, n’en dit, - Comme autrefois je le t’ay dit - Et monstré pour prendre chastoy, - Quant je fus cy parler à toy; - Mais si tost com je m’entourné, - Par Barat fus tantost tourné - Et par la force de son vent, - Tout ainsi que l’en voit souvent, - Quelque part que le vent s’atourne, - Le cochet d’un clochier se tourne. - Prens doncques en toy fermeté, - Vertu, force et estableté - A bien tenir les convenances, - Que je vueil que m’enconvenances - Pour avoir de toy séurté - Que tu me tendras loyaulté - Et que tous mes commans tendras - En quelque lieu que tu vendras. - Et saches bien que mon service - Est au monde droicte franchise; - Qui me sert, puet partout aler - Et devant toutes gens parler - Baudement, sans baissier la chière - Et sans traire le cul arrière: - Paour ne doit avoir ne honte - Devant pape, roy, duc, ne conte, - Ne devant autre justicier - Ordonné pour gens justicier, - Non voir devant homme qui vive, - Car mon sergent à nul n’estrive, - Ne sa pensée en nul endroit - Ne vouldroit mettre, fors en droit - Et en vérité maintenir, - Et s’y veult soir et main tenir. - Pour ce, vueil-je que tu deviengnes - Mon sergent, et qu’à moy te tiengnes, - Sans t’en départir à nul fuer, - Et espécialment ton cuer; - Et je aussi en ton cuer seray, - Ne jà ne m’en départiray - Jusques à la mort, ne t’en doubtes, - Se maugré moy hors ne m’en boutes. - Se tu m’aimes, bien te suivra, - Et se ce non, il te fuira. - Se tu n’as l’entendement trouble, - Tu vois que mon salaire est double; - Que ce soit voir, je le te preuve - Par preuve où n’a point de repreuve. - En moi servant, premièrement, - Pues-tu vivre tout seurement, - Sans nul doubter fors Dieu mon père: - Qui ce ne croit, il le compère. - Après, quant tu trespasseras - De ceste vie, tu seras - Avecques mon père en sa gloire, - Ceste sentence est toute voire, - Et là vivras-tu finement - Sans jamais avoir finement, - Car tu dois créance avoir ferme - Que quant personne vient au terme - Qu’elle en ce monde doit mourir, - Adonc commence-elle à flourir - Et prent commencement de vie - Tout aussi tost qu’elle dévie, - Car elle ist de vie muable - Et entre en vie pardurable. - Tout donc pues tu veoir clèrement - (S’en toy a point d’entendement) - Que mon loyer se double bien - Quant on en reçoit double bien, - C’est assavoir honneur parfait - Au monde, par œuvre et par fait, - Et paradis en la parfin - Qui durera tousjours sans fin. - N’il n’est nul autre bien, sans faille, - Qui le mendre de ces deux vaille; - Or te gard donc de les perdre - Et te veuilles du tout aherdre - A mes euvres si bien ensuivre - Que tu les aies à délivre, - Et laisse Barat et ses euvres, - Car saches que se tu en euvres - Et en son service remains, - Tu perdras le plus pour le mains. - Car ces deux biens dessus nommés - Qui tant sont beaulx et renommés - Par son service auras perdus - Et tu mesmes seras pendus - Corporelment, par aventure, - A grant angoisse et à laidure. - Tu y perdras, bien dire l’os, - Se tu le sers, corps, âme et los - Qui sont trois très souverains biens, - Et si ne te puet donner riens - Fors plaisance d’acquerre avoir - Sans point de conscience avoir, - Car tousjours son servant atise - D’avoir sur l’autrui convoitise, - Et quant son servant a assez - D’avoir et trésors amassés - Et il cuide vivre asséur, - Lors lui vient aucun méséur - Qui tout met ce dessus dessoubs: - Par nuls n’en puet estre ressoubs, - Ne nul de son meschief ne pleure, - Mais chascun, de fait, lui queurt seure, - Et tel, espoir, ne le vit oncques - Qui en dit moult de mal adoncques - Et en a le cuer esjoy - Pour le mal qu’il en a oy, - Et n’en fait fors chanter et rire, - Et souvent par ramposne[502] dire: - Trop estoit riche devenu, - Tout estoit du deable venu - Et au deable tout s’en ira - Tout ainsi chascun s’en rira - Et n’aura nuls de lui pité, - Ains sera vilment despité - Et de Dieu et du monde ensemble. - Donc pues tu voir, ce me semble, - Que Barat fait mauvais servir - Puisque l’en ne puet desservir - Fors que honte, angoisse et doleur, - Et que qui le sert fait foleur. - Met le doncques en non chaloir, - Et m’aimes qui te puis valoir - En tous cas, vers Dieu et le monde, - Et aies le cuer pur et monde. - Aies en toy humilité, - Loyaulté, foy et vérité, - Et se humble es de contenance, - Gardes qu’il n’y ait décevance, - De cuer le soies et de fait, - Car tel humble et loyal se fait - Devant la gent, qui ne l’est mie - Ne n’a d’humilité demie, - Mais sa chiere humble et encline - Fait acroire à ceulx qu’il encline - Qu’il est preudoms, par son semblant. - Ainsi leur va leurs cuers emblant - Par sa simple papelardie - Qui est pleine de renardie - Et de faulseté, car soubs l’ombre - De la simplesse où il s’aombre, - Deçoit tous ceulx qui le regardent - Qui du faulx semblant ne se gardent; - Si avuglés les a sans doubte - Que nulluy de luy ne se doubte, - Mais jurroit chascun fermement - Qu’il est preudoms parfaictement, - Combien qu’en faulseté habonde. - Tout ainsi deçoit-il le monde, - Mais Dieu ne puet-il decevoir: - Cellui en scet bien tout le voir, - Car il voit tout à descouvert - Le mal qu’en son cuer a couvert; - Jà si ne le saura répondre[503]: - Devant lui l’en fauldra respondre - Quant il son jugement tendra - Que sentence à chascun rendra - Par rigueur, selon le forfait - Qu’il aura au monde forfait. - Ou milieu du trosne sera, - Les plaies à chascun monstrera, - Les cloux, la couronne et la lance: - Lors sera chascun en balance, - Là n’aura roy ne empereour - Qui n’ait en son cuer grant paour. - Là tendra-on aussi grant compte - D’un savettier comme d’un conte, - Et de ceulx qui vestent les rois[504] - Comme des prelas et des rois, - Mais que loyaulx aient esté, - Prenans en gré leur povreté, - Et la seurté de Souffisance, - Et qu’ils aient éu créance - En Dieu, telle qu’il appartient - Et comme Crestienté tient. - Là ne pourra nuls pour avoir - Vers mon père sa paix avoir - Qu’il n’ait ce qu’aura deservi - Selon ce qu’il aura servi: - Tuit cil qui seront d’Adam nés - Auront paour d’estre dampnés, - Jà si justes ne sauront estre. - Mais Dieu fera aler à destre - Mes gens que il congnoistra bien, - Qui n’ont entendu fors à bien - Au monde, et selon moy vescu; - Là leur seray-je bon escu, - Car Dieu tretous les béneira. - Ainsi mes gens départira - D’avec les gens Barat, sans doubte, - Qui seront tous en une route - Dolens à senestre partie; - Là iert la chose mi-partie, - Car mes gens qu’à destre seront - Tons ensemble joye feront - Et auront parfaite léesse - Exemps de dueil et de tristesse. - Et les gens Barat, d’autre part, - Dont mon père aura fait depart - D’avec les miens, par leur foleur, - Grant pleur, grant cri et grant doleur - Adonc tous ensemble menront - Quant ils condempnés se verront - Et tournés à perdition - Sans espérer rédemption. - Or ne te fay pas donc hessier[505] - De moi prendre et Barat laissier, - Rens toy à moy tout en ceste heure, - Sans querre y terme ne demeure, - Fay moy tost hommage mains joinctes, - Et selon mes œuvres t’apointes - Si com je t’ay cy-devant trait, - Et persévères sans retrait, - Car qui aujourd’uy bien feroit - Et demain ne perséverroit, - Tout ce ne vauldroit un festu. - Lors me dit Raison: Que fais-tu? - Il me semble que tu n’oies goute. - Dame, dis-je, je vous escoute, - Car tant me plaist à vous oïr - Que tout me faites resjoïr - Des grans biens que vous m’aprenez, - Et pour ce à tort me reprenez, - Car vous m’avez dit et apris - Que qui veult avenir à pris, - Il doit oïr et bien entendre - Avant qu’il doie response rendre, - Et qu’à parler si à point preigne - Et par avis, qu’il ne mespreigne: - Et que de parler ne se haste, - Ne que nuls n’en doit avoir haste - Qu’avant n’y ait trois fois avis; - Et pour ce, dame, il m’est avis - Se je vous ay laissié parler - Sans reprendre vostre parler - Que je n’ay fait cy nullement - Fors selon vostre enseignement - Auquel faire je sui tenu. - C’est voir, tu l’as bien retenu, - Ce dit Raison, et à cuer mis: - Si en seras à honneur mis - S’ainsi le veulx continuer - Sans ton courage point muer. - Puisqu’estre veulx de mes complices, - Garde bien que tu acomplisses - Mes commandemens, sans retraire, - Que tu m’as oy cy retraire. - Je respondi: Voulentiers, dame, - Tout sui vostre de corps et d’âme; - En vous ay mis tout mon courage, - Tenez et je vous fay hommage - Et me rent jointes mains à vous, - Comme le vostre, à nus genouls; - Et si vous ay enconvenant - Que bien vous tendray convenant - En tous les lieux où je seray, - Ne jamais chose ne feray, - Que je puisse, qui vous desplaise. - Lors Raison se baisse et me baise - Et en baisant s’esvanouy. - Plus parler ne la vis, n’oy, - Mais bien dedens moy la senti, - N’oncques puis je ne m’assenti - De faire à nulluy desraison - N’autre chose contre raison, - A tout le mains que je péusse - Ne que congnoissance en éusse. - Quant dedens moi senti ainsi - Raison la sage que j’aim si - Que tousjours en mon cuer demeure, - Lors vindrent à moy, sans demeure, - Un moult simples homs et sa femme; - Bien sembloient gens sans diffame - Et sans estre de mal tempté: - Bon-cuer et Bonne-voulenté - Se faisoient-ils appeller. - (Tels noms n’affierent à céler.) - Chascun moult bel se maintenoit; - Bonne-voulenté si menoit - Un enfant bel et doulx et gent - Et gracieux à toute gent, - (En tous cas ert de bon affaire,) - Nommé fut Talent-de-bien-faire; - Bon-cuer le preudom fut son père - Et Bonne-voulenté sa mère. - Tous trois de lez moy s’arrestèrent - Et moult bel semblant me monstrèrent; - Bon-cuer premier m’araisonna - Et moult bel salut me donna - Par doulx parler, com simples hom: - Amis, dist-il, puisque Raison - As avec toy acompaignie, - Tu m’auras en ta compaignie - Tous temps, et avec toi seray, - Ne jamais jour ne te lairay; - Ma femme et mon fils que vois cy - Ne te lairont jamais aussi; - Nous trois te conduirons ensemble - A la voie, se bon te semble, - Que Raison t’a dit et apris - Qui fait gens avenir à pris; - Et se tu nous veulx croire et suire, - Tous prets sommes de toy conduire - Et d’aprouver en vérité - Ce que Raison t’a endité; - Et sans nous trois ne pues-tu faire - Chose qui puist à Raison plaire, - Car ne saroies assener[506] - Au chemin qui te doit mener - Au noble chastel de Richesse - Qui tant parest plain de noblesse. - Qui sans nous y vouldroit aler - Il ne feroit que reculer - Jusqu’à tant qu’il se fust bouté - Droit au chemin de Povreté - Qui tant parest boueux et ort. - Lors lui dis: Sire, je m’acort - A vous trois, et si vous requier - Que vous me vueilliez convoïer - Ou chemin que je tant désir, - Si m’acomplirez mon désir: - C’est au chemin de Diligence - Que je ne say où l’en commence - A y entrer, qu’onques n’y fuy, - Dont dolent et courroucié suy. - Tu y entreras tout en l’eure, - Dist Bon-cuer, or tost, sans demeure, - Lieves sus et si t’apareilles; - Il fauldra bien que tu t’esveilles - Tel fois que tu dormisses bien, - Se tu veulx avenir à bien: - En ce chemin faut traveillier, - Pou dormir et souvent veillier. - Par trop dormir pues-tu bien perdre, - Nuls ne s’en scet à quoi aherdre[507] - Se n’est à robe dessirée - Qui n’est pas chose désirée - De personne qui honte craint; - Pour ce est saige qui se contraint - A souffrir un pou d’abstinence - Dont on vient à telle excellence - Que on a des biens a planté. - Lors parla Bonne-volenté: - Beaux fils, dist-elle, à moi entens, - Il te fault employer ton temps - Tout autrement que tu n’as fait, - Et si bien maintenir ton fait - Que tu puisses acquerre avoir - Sans chose de l’autrui avoir; - Et me croy moi et mon seigneur, - Si en vendras à grant honneur. - Tu n’y verras jà le contraire, - Amis, dist Talent-de-bien-faire, - Croy ma mère que tu os cy, - Et mon père Bon-cuer aussi; - En leur conseil met tout assens - Et les aimes, si feras sens: - Lieves sus tost, sans plus d’atente, - Si te menrons droit à la sente - Du beau chemin de Diligence; - Et ne met point de débat en ce, - Car tu en pues venir à pris, - Si comme Raison t’a apris. - A ce mot respondi en l’eure: - Sire, voulentiers, sans demeure; - Jà par moy n’y aura débat; - Vostre conseil pas ne débat, - Ains le vueil du tout acomplir. - Lors me commençay à vestir - Et me chaussay appertement, - Puis dis: C’est fait, alons nous en, - Véez moy cy tout apresté. - Lors ala Bonne-voulenté - Tantost alumer la chandelle, - Car moult estoit le cuer chault d’elle - Que fusse entré en Diligence - Le beau chemin plain d’excellence; - Puis dist doulcement, sans hault braire, - A son fils Talent-de-bien-faire: - Tien, dist-elle, mon enfant doulx, - Ceste chandelle devant nous - Porte, si que plus cler voyons - Tant qu’en Diligence soions; - Or tost, n’y ait plus séjourné. - Dame, véez me ci attourné, - Dist Talent-de-bien-faire adoncques. - Désobéissant n’en fut oncques, - A la voie se mist devant, - Pié à pié l’alasmes suivant. - Tous quatre ensemble tant errasmes - Que nous en Diligence entrasmes, - Où je onquesmais entré n’avoie - Pour ce que aler n’y savoie. - En ce chemin grant et ferré - N’éusmes pas grantment erré - Que nous trouvasmes un chastel, - Onques personne ne vit tel - Se ce ne fust cellui meismes; - Et quant à la porte venismes - Et nous cuidasmes ens entrer, - Adonc nous vint à l’encontrer - Cellui qui la porte gardoit, - Qui moult fellement regardoit - Et moult estoit mal engroigné - Et, par semblant, embesoigné. - Moult lourdement me print à dire: - Qu’est-ce que voulez-vous, beau sire? - Voulez-vous entrer sans congié - Si tost que vous l’avez songié? - Nul n’entre ou chastel de céans, - S’il n’est à moy obédiens - Et à ma femme que veez cy. - Ay! sire, pour Dieu mercy! - Ce dist lors Talent-de-bien-faire, - Ne vous vueille à tous deux desplaire, - Il n’y vueil pas, sans vous entrer. - Lors a prins Bon-cuer à parler: - Sire, dist-il, il est bien digne - D’entrer léans sans long termine, - Car je le sçay pour vérité. - C’est mon, dist Bonne-voulenté, - Sire, n’en soie en doubtance, - Car je sçay bien qu’il a béance, - Grant voulenté et grant désir - D’acomplir tout vostre plaisir - Et de la dame de vos biens, - Car sans ce ne vauldroit-il riens; - Dictes que voulez-vous qu’il face, - Et il le fera sans fallace. - Lors dist le portier doulcement: - Puisque de son assentement - L’avez jusques ci amené, - Il sera moult bien assené - Ne il ne le pourroit mieulx estre. - Adonc me prist par la main destre - Et me commença à preschier - En disant: Mon amy très chier, - Puisque tu es céans venu, - Tu seras désormais tenu - De moy et ma femme obéir, - Se tu veulx Richesse véir, - Qui demeure assez près de cy - En son bel chastel seignoury. - A elle ne puet nuls aler - Sans à ceulx de céans parler - Et toute leur voulenté faire - Et persévérer sans retraire; - A moy fault parler tout premier - Qui suis de ce chastel portier, - Qu’on clame chastel de Labour[508], - Où l’en besongne nuit et jour; - On m’appelle par mon nom Soing - Qui maine les gens par le poing, - Entre moy et Cure ma femme, - A monseigneur et à madame - Qui de céans ont le demaine, - Qu’on appelle Travail et Peine: - Si que, beaux amis, se tu veulx, - Nous te menrons tout droit à eulx, - Mais moult t’y fauldra endurer - On tu n’y pourras jà durer, - Car on te feroit hors chacier, - En l’eure, sans toy menacier, - Se n’y faisoies ton devoir. - Je ne te vueil pas décevoir, - Demourer pues, ou retourner; - On dit souvent qu’à l’enfourner - Font li fournier les pains cornus[509]. - Sire, dis-je, n’en parle nuls, - De retourner n’est pas m’entente - Pour nulle durté que je y sente: - Jà ne m’en verrez remuer - Pour froit, pour chaut, ne pour suer; - Bon-cuer et Bonne-voulenté - Le vous ont assez créanté, - Et Talent-de-bien-faire aussi, - Qu’amené m’ont avec eulx cy, - Et se defaillir m’en véez, - Jamais, nul jour, ne me créez. - Lors me menèrent Soing et Cure - Ens ou chastel grant aléure. - Là avoit bien plus de cent mille - Ouvriers ouvrans par la ville, - Dont chascun faisoit son mestier - Si comme il lui estoit mestier; - Là n’ot homme ne femme oiseux. - Tant estoit ce chastel noiseux - De férir et de marteller[510] - Qu’on n’y oïst pas Dieu tonner; - Qui de trois jours n’eust sommeillé - Si fust-il là tout esveillé. - Quant les ouvriers vy et oy, - J’en eu le cuer tout esjoy - Et me fut tart que je m’y veisse - Et que je aussi comme eulx feisse. - Soing et Cure me regardèrent - Talentif[511], si me demandèrent - Se je vouloie demourer - En Labour et y labourer: - Oïl, dis-je, pour Dieu mercy! - Moult me plaist à demourer cy; - Au chastellain bien parleray - Et à sa femme, quant j’aray - Icy esté jusques au soir. - Dist Soing et Cure: Tu dis voir, - Or commence donc, de par Dieu. - Adonc prins ma place et mon lieu - Et m’alay tost mettre en conroy. - Ma chandelle mis devant moy - Sur la table, en un chandelier, - Pour mieulx véoir à besongnier. - Et comme je m’apareilloie - Et que je commencier vouloie, - Es-vous venir la chastellaine - De ce chastel, à grant alaine, - Peine qui aloit visitant - Tous les ouvriers dont je vy tant. - Les pans avoit à sa ceinture - Et moult aloit grant aléure; - De telle ardeur se remuoit - Qu’a pou que le sang ne suoit; - Nulle fois surcot ne vestoit, - Mais en sa povre cote estoit - Et aucune fois en chemise, - Quant elle l’avoit blanche mise. - En passant Peine m’apparçut, - Et pour ce que ne me congnut, - Demanda à Soing le portier: - Qui est, dist-elle, cel ouvrier - Que je voy là tout seul séoir? - Ne l’ay point apris à véoir, - Il est venu tout nouvel huy, - Je vueil aler parler à luy - Savoir s’il croire me voulra - Et s’à mon plaisir labourra. - Dame, dist Soing, vueilliez savoir - Qu’il a grant fain de vous véoir; - Tesmoingnié nous a bien esté: - Bon-cuer et Bonne-voulenté - Et aussi Talent-de-bien-faire - Dient qu’il est de bon affaire - Et qu’il d’estre oiseux n’a cure. - Lors parla moult haultement Cure - Et dist: Vraiement, se n’a mon[512], - Et pour ce nous du cuer l’amon - Entre moy et mon mari Soing, - Avec lui serons près et loing: - Prests sommes de le vous plégier - Et de nous en bien obligier. - Lors respondi la chastellaine: - Puisqu’il est, dist-elle, en tel vaine, - Je le vueil aler essaier - Si me pourra si appaier - Comme vous dictes, or y parra; - S’ainsi le fait, il acquerra - Pour l’amour de moy moult d’avoir - Que nuls ne puet sans moy avoir. - Peine se trait lors près de moy: - Amis, ne soies en esmoy, - Dist-elle, mais fay liement - Ta besoigne, et appertement - A ta main entens sans muser - Et ne t’entens pas à ruser, - Mais si l’ouvrage continues - Que par force d’ouvrer tressues, - Car nuls ne doit céans oser - Soy alaschir ne repouser, - Car tantost seroit bouté hors. - Je respondi humblement lors: - Dame, dis-je, j’ay grant désir - De faire tout vostre plaisir, - Ne jà jour ne vous pourrez plaindre - De moy que m’aiez véu faindre, - Ne que vous face mesprenture, - En tesmoing de Soing et de Cure. - Amis, dist Peine, c’est bien dit, - Fay que le fait s’accorde au dit, - Ou tout ce ne vauldroit un ail, - Si que quant mon mari Travail - Vendra au soir, puist parcevoir - Que bien aies fait ton devoir. - Je visite nos gens au main, - Et il les visite au serain: - Or fay tant qu’il ne se courrouce, - Carde pou parle, tence et grouce. - A tant se tut la chastellaine - Qui moult estoit d’angoisse plaine; - A besognier commençay lors, - Entente y mis, et cuer et corps. - Ainsi besongnay sans séjour - Jusqu’à tant que je vy le jour - Par les fenestres pairoir cler: - Lors ma chandelle alay souffler, - Puis entendi à ma besoigne, - Sans querre y terme ne essoigne, - Jusqu’à heure de desjuner - Qui vault desjuner et disner - A la coustume des ouvriers. - De ceulx illec vis-je premiers - La manière et la contenance[513], - Qui vivoient en abstinence. - N’y ot si grant ne si petit - Qui ne préist grant appétit - En pain sec, en aux et en sel, - Ne il ne mengoit riens en el - Mouton, buef, oye ne poucin; - Et puis prenoient le bacin, - A deux mains, plain d’eaue et buvoient - A plain musel, tant qu’ils povoient. - Quant je regarday cel afaire, - Grant talent me print d’ainsi faire - Combien que pas ne l’eusse apris; - Mais aux ouvriers exemple pris, - Qui mengoient, si me prist fain: - Lors fis tant que j’êus du pain - De Corbueil[514], du sel et des aulx, - Et si prins du vin aux chevaulx[515], - Puis mengay par si grant saveur - Qu’oncques ne mengay par greigneur, - Car moult me vint à gré cel ordre. - Qui me véist en mon pain mordre, - Ma manière et mon contenir, - Grant appétit l’en peust venir. - Et tout adès en besongnant - Alay illec mon pain mengant - Et beu de l’ieaue à plain musel; - Vin ne prisoie un viel fusel. - Et quant j’éu mengié et beu, - Aussi bien me sentis-je peu - Comme s’à feste éusse été - Ou j’éusse eu à grant planté - Mouton, buef, poulaille et paons, - Pastés et tartes et flaons, - Pain de bouche[516] et estrange vin - Bourgouing, Gascoing et Angevin[517], - Beaune, Rochelle, Saint-Pourçain[518] - Que l’en met en son sein pour sain. - Lors me pris fort à besongnier, - Je ne m’en fis pas essoignier, - Car là furent, lez mon costé, - Bon-cuer et Bonne-voulenté - Et aussi Talent-de-bien-faire - Qui regardoient mon affaire; - Soing et Cure aussi y estoient - Qui tout adès m’admonnestoient - Que j’ouvrasse à col estendu - Et que bien me seroit rendu, - Car j’en auroie bon loier. - Ainsi ouvray sans délayer - Jusqu’à la nuit noire et obscure; - Adonc alèrent Soing et Cure - Tost la chandelle appareillier - Pour jusqu’à cueuvre-feu veillier, - Car d’iver estoit la saison - Qu’on ne souppe pas, par raison, - Jusqu’à tant qu’on l’oie sonner. - Lors m’alay tost habandonner - A l’euvre, de cul et de pointe, - Je n’en fis oncques le mescointe, - Et tant besoignay que j’oy - Cueuvre-feu, si m’en esjoy, - Car lassés et vaincus estoie - De besongner, et si sentoie - Un appétit qu’on clame fain. - A ce point vint le chastellain - Travail qui me dit: Doulx amis - Bien doy amer qui cy t’a mis, - Car bien y as fait ton devoir; - Je m’en sçay bien apparcevoir. - Bien voy que tu as sans faintise - Huy en labour t’entente mise, - Et pour ce te vueil pourvéoir - Que tu puisses Repos véoir. - C’est cil qui les gens de céans - Qui en labour sont paciens - Fait aaisier à leur plaisir, - Boire, mengier, dormir, gésir - Et prendre consolation - Après la tribulation - Que ma femme leur fait souffrir - Quant à lui se veullent offrir. - Et pour ce qu’à lui t’es offert - Et grant ahan as huy souffert, - Congié te doing, en guerredon, - D’aler à Repos le preudon - Qui te fera ton corps aisier, - Ta char et ton sang appaisier - Que tu as huy moult esméu - Pour l’enhan que tu as éu. - Sire, dis-je, je m’y accort - Puisque ce vient de vostre accort: - A Repos m’en vois orendroit. - Lors me mis à voie tout droit - Vers la porte, par un sentier: - Là requis à Soing le portier - Et à Cure que par amour - Hors me méissent sans demour. - Adonc respondi li portiers: - Beaulx amis, dist-il, voulentiers, - Car tu es vains et endormis. - Lors m’ont Soing et Cure hors mis, - Qui virent que temps en estoit, - Mais trop forment m’admonnestoit - Chascun d’eulx deux de moi lever - Dès matines, pour achever - L’euvre que commencié avoie - Pour plus tost achever ma voie - D’aler ou chastel de Richesse - Où l’en ne va pas par paresse, - Non fait-on pas par diligence - Se il n’y a persévérance. - Raison me dist, (bien m’en souvient) - Que persévérance convient - En bien faire, c’est ce qui fait - L’ouvrier louer de son bienfait. - Amis, dist Soing, à Repos vas: - Plus décevable ne trouvas - Puis que tu fus de mère nés; - Repos a maintes gens menés - Ou hideux chemin de Paresse - Qui tourne le cul à Richesse: - Repos a tous ceulx décéu - Qui contre Raison l’ont créu, - Et si est prest de décevoir - Tous les jours ceulx qui recevoir - Veulent ce qu’il leur veult donner; - Tous ses biens veult habandonner - A tous ceulx qui prendre les veulent, - Mais vraiement tous ceulx se deulent, - En la fin, qui contre raison - Les prennent hors heure et saison - Sans cogente nécessité. - Bien est raison et vérité, - Sans Repos ne puet vivre nuls, - De quelque estat, gros ne menus, - Mais ceulx qui Repos croient trop - Povres en la fin sont com Job. - Or ne le vueilles mie croire, - Mais aies tousjours en mémoire - Ce que je te dy et enseigne - Et le retien en cest ensaingne. - Adonc me tira Soing l’oreille; - Cure, d’autre part, s’appareille - A moi enseigner et aprendre - Comme je doy par raison prendre - Les biens que Repos scet donner - Quant il se veult habandonner. - Amis, dist Cure, ne crois pas - Repos, se ce n’est un trespas[519] - Quant en auras nécessité, - Car, si comme Soing t’a dicté, - Nuls ne pourroit sans Repos vivre[520] - S’il n’est ou hors du sens ou yvre. - Mais qui Repos croit à oultrage, - Il pert du tout son bon courage - Qu’il avoit, par devant, d’ouvrer - Et ne le puet pas recouvrer - Aucune fois à son vouloir, - Dont en la fin le fait douloir. - Garde donc bien qu’il ne te tiengne - Que par raison, et te souviengne - De moy à ces enseignes-cy. - Lors me tira l’oreille aussi - Comme Soing ot fait par devant - En moy mon preu ramentevant. - A tant du portier prins congié - Et de sa femme, et eslongnié - Le lieu au plus tost que je pos - Et m’en alay droit à Repos - Qui m’attendoit en ma maison, - Car il en estoit bien saison. - Ens entray, si trouvay ma femme - Qui ne pensoit à nul diffame, - Mais m’appareilloit à mengier - A lie chière et sans dangier. - Mes mains lavay et puis m’assis, - Et souspasmes à sang rassis, - Moy et ma femme, bec à bec, - Du pain et du potage avec, - Et de ce que Dieu mis y ot. - Quant soupé eusmes sans riot - Et la nappe si fu ostée, - Près de moy se fu acostée - Ma femme; lors luy comptay brief - Mon affaire de chief en chief: - Dame, dis-je, ne savez mie - Comme j’ay eu forte nuitie - Quant vous de lez moy dormiez - Et vostre repos preniez. - Vous n’avez pas véu à-nuit - La male gent qui tant m’a nuit - Et fait si grant adversité: - Besoing avec Nécessité, - Souffreté, Disette autressy, - Pensée la vieille et Soussy, - Desconfort et Désespérance. - Et tant m’ont fait de meschéance, - Sachié, bouté et tourmenté, - Qu’à poi qu’ils ne m’ont craventé; - Mais Raison la bonne et la sage - M’a apris la voie et l’usage - D’eschever toute adversité - Et de vivre en prospérité. - Entendement, com mes amis, - En la voie aussi m’en a mis, - Et m’ont fait de Barat retraire - Qui se penoit de moy attraire - Pour moy faire à mal habonder - Et moy honnir et vergonder, - Et aussi son clerc Tricherie - Et son varlet Hoquelerie. - Tant m’a donné Entendement - Et Raison bon enseignement, - Que je sui en foy et hommage - De Raison la bonne et la sage, - Et tousjours en moy demourra - Ne jamais jour n’en partira, - Ainsi comme elle m’a promis; - A lui faire hommage ay trop mis. - Si m’y ont moult bien aïdé - Bon-cuer et Bonne-voulenté, - Talent-de-bien-faire leur fils. - Quant à moy vindrent, je leur fis - Tout ce que il me commandèrent - Et alay où ils me menèrent. - Au chastel de Labour alasmes, - Où nous Soing et Cure trouvasmes - Qui sont de ce chastel portiers: - Ceulx me reçurent moult volentiers - Et me menèrent droit à Peine - Qui de Labour est chastellaine; - Peine me reçut sans séjour: - O moy a esté toute jour; - Travail ores, puis l’anuitier, - Vint à moy non pas pour luitier, - Mais pour dire et ramentevoir - Qu’avoie bien fait mon devoir - Et que temps estoit de venir - Mon corps aisier et soustenir. - Mais trop m’ont hasté Soing et Cure - Qui de long aisement n’ont cure, - De moy, dès matines, lever - Pour tost ma besoigne achever. - Or vous ay compté sans mençonge - Ma vision qui n’est pas songe. - Lors respondi ma femme ainsi: - Qu’est-ce que vous me dictes cy? - Vous estes, je croy, hors du sens, - Car ne me congnois en nul sens - En ce que vous m’alez disant - Et toute nuit cy devisant, - Car ce n’est tout que fantasie - Que vous dictes par frenaisie. - Quant ma femme ramposné m’ot, - Je me teus et ne sonnay mot, - Car s’à lui me feusse engaignié, - Certes riens ne eusse gaignié - Et j’ay pieça du sage apris - Que nuls ne devroit prendre à pris - Nulle chose que femme die. - Soit bien, soit mal, tence ou mesdie, - Tousjours veult femme estre loée, - Et de ce que dit advoée: - De riens ne veult estre reprise, - Ains veult que l’en la loe et prise - Aussi bien du mal com du bien: - Ceste coustume say-je bien, - Et pour ce que je bien le sçay, - De la ramposne me passay, - Car contre femme se fault taire - Et toute leur voulenté faire: - Ainsi le conseil à tous ceulx - Qui ont femmes avecques eulx; - Combien que ce soit folletés - De leur faire leurs voulentés, - Encore est-ce plus grant foleur, - Selon raison, de faire leur - Nulle chose qui leur desplaise, - Car jà femme ne sera aise - Se son mary lui fait despit, - Jusqu’à tant, sans aucun respit, - Que rendu lui ait doublement, - Ou nature de femme ment. - Dont doit-on, qui bien veult eslire, - De deux maulx prendre le moins pire; - Bon se fait près d’un péril traire - Pour de greigneur péril retraire. - Lors m’appareillay pour couchier - Et mis en coste moy l’eschier[521], - Pour tost alumer ma chandelle - Sans moy bougier, dessus ma selle. - De Soing me souvint et de Cure - Qui de fétardie n’ont cure, - Car moult estoie entalenté - De bien faire leur voulenté, - Et ferai d’ores-en-avant, - Et Dieu, par sa grâce, m’amand - De si bien vivre en Diligence - Et en bonne Persévérance, - Au gré de Travail et de Peine, - Que véoir me puisse ou demaine - De Richesse la haute Dame, - Au sauvement de corps et d’âme. - Et se je ne puis advenir - A la grant Richesse, et venir, - Qui est la mendre selon Dieu, - Je pry la Vierge de cuer pieu, - Qui le benoit fils Dieu porta, - En quoy les pécheurs conforta, - Qu’avenir puisse à Souffisance, - Car j’ay en ce ferme créance - Que qui à Souffisance adresse, - En lui a parfaicte richesse, - Ne jà ne croiray le contraire. - Icy vueil mon livre à fin traire - Appellé la _Voie et l’adresse - De Povreté et de Richesse_. - -Chière seur, par ce que dit est vous povez veoir qu’est diligence et -qu’est persévérance, et ainsi, chière seur, est le premier article -démonstré. - - - - -LE SECOND ARTICLE - -DE LA SECONDE DISTINCTION, - -LEQUEL ARTICLE DOIT PARLER DE COURTILLAGE. - - -_Primo_, est à noter que tout ce que l’on sème, plante ou ente, l’en -le doit semer, planter ou enter par temps moite et au soir ou au bien -matin, avant l’ardeur du soleil et en décours[522], et doit-l’en -arroser le pié et la terre et non la fueille. - -_Item_, par l’ardeur du soleil l’en ne doit mie arroser, mais au soir -et au matin; ne coper choux, percil[523], ne autres telles verdures qui -regettent, car la chaleur du soleil cuiroit la coupeure et l’ardroit, -et ainsi ne regetteroit jamais par iceluy endroit de la coupeure. - -_Nota_ que en temps pluieux fait bon planter, mais non mie semer, car -la graine se retient au ratel. - -Dès la Toussains sont fèves des marais, mais afin que icelles ne -gellent, on en plante vers Noël et en Janvier et Février et au -commencement de Mars; et les plante-l’en ainsi à diverses fois afin que -se les unes sont gelées, les autres ne le soient pas. Et quant elles se -lièvent hors de terre, si tost qu’elles poignent l’en les doit harser -et rompre le premier germe: et si tost qu’elles ont six fueilles l’en -les doit seurfouir[524]. Et de toutes icelles, les premières venues -sont les plus chières et doivent estre mengées le jour qu’elles sont -escossées, ou autrement elles deviennent noires et aigres. - -_Nota_ que marjolaine et violettes que l’en veult garder en yver contre -la froidure, l’en ne les doit mie mettre soudainement de froit à -chault, ne de moite à froit, car qui longuement les garde l’iver en un -célier moite et soudainement les met au sec, il les pert; _et sic de -contrariis similibus_. - -En yver l’en doit oster les branches du sauger qui sont mortes. Encores -en Janvier et Février, sauge, lavende, coq[525], mente, toutebonne[526] -soient plantés jusques à Juing.--Panoit[527] soit semé large à -large.--Oseille soit semée ou décours et jusques à Mars et plus. - -_Nota_ que l’iver de Décembre et de Janvier fait mourir les porées, -c’est assavoir ce qui est hors terre, mais en Février les racines -regettent nouvelle et tendre porée, c’est assavoir si tost comme la -gelée cesse, et quinze jours après viennent les espinars. - -Février.--Sarriette et marjolaine sont comme d’une saveur à mengier, -et sont semés ou décours et ne sont que huit jours en terre.--_Item_, -sarriette ne dure fors jusques à la Saint-Jehan.--_Item_, en -décours doit-l’en planter arbres ou vignes et semer choux blans et -pommés.--_Nota_ que les marquets chevelus portent dès l’année qu’ils -sont plantés chevelus. - -Espinars sont en Février et ont longue fueille et crenelée comme -fueille de chesne, et croissent par touffes comme porées, et les -convient esverder[528] et bien cuire après.--Bettes viennent après. - -_Nota_ que framboisiers et aussi framboises sont bonnes à planter. - -Mars.--Ou décours doit l’en enter: jombarde[529] planter de Mars -jusques à la Saint-Jehan.--Violettes, giroflée semée en Mars ou plantée -à la Saint-Remy.--_Item_, soit l’une, soit l’autre, quant les gelées -approuchent, l’en la doit en aucun décours replanter en pos pour mettre -à couvert et garder en cave ou en célier pour le froit, et de jour -mettre à l’air ou au soleil et arroser de telle heure que l’eau soit -beue et la terre sèche avant que l’en la mette à couvert, car nullement -l’en ne la doit au vespre estuier[530] mouillée.--Fèves planter et -rompre le premier tuiau au herser comme dit est dessus.--_Nota_ que le -percil qui est semé la veille de la Nostre-Dame en Mars, yst hors de -terre à neuf jours. - -Fenoul et marjolaine plantez ou décours de Mars ou en Avril; et -_nota_ que marjolaine veult plus grasse terre que violettes[531], et -s’elle a trop ombre elle devient jaune.--_Item_, quant elle est bien -reprise, adonc la dois arrachier par touffes et replanter à large en -pots.--_Item_, les branches couppées, fichées en terré et arrousées -prennent racines et croissent.--_Item_, terre engressée par fiens de -vaches et brebis est meilleur que de fiens de cheval. - -Violette de karesme et violette d’Arménie[532] ne veullent ne couver -ne mucier; et _nota_ que violette d’Arménie ne porte fleur jusques -au deuxième an, mais les jardiniers qui l’ont eue un an en terre, la -vendent et replantent ailleurs, et lors elle porte. - -Ozeille, bazeillecoq[533] soient semées en Janvier et Février -ou décours et jusques à Mars, et se tu veulx replanter ozeille -surannée[534], il te la convient replanter à toute sa terre qui est -entour la racine. _Item_, à la queillir a maistrise[535], car l’en -doit tousjours queillir les grans fueilles et laissier croistre les -petites fueilles qui sont dessus icelles grans; et se tout estoit par -aventure cueilli, il convient coupper le tuyau rez à rez de terre, et -il regettera nouvelle ozeille. - -Percil sème, sarcle, oste les pierrettes; et celuy qui est semé en -Aoust est le meilleur, car il n’espie[536] point et se tient en vertu -toute l’année. - -Laictues doivent estre semées, et _nota_ qu’elles n’arrestent point en -terre et reviennent bien drues: et pour ce les arrache-l’en çà et là à -toute la racine pour donner espace aux autres et oster espoisseur. Et -_nota_ que la semence des laictues de France est noire, et la semence -des laictues d’Avignon est plus blanche, et en fit apporter Monseigneur -de La Rivière[537], et sont les laictues trop meilleurs et plus -tendres assez que celles de France; et ne se queult la semence fors -bouton après autre, ainsi comme chascun bouton s’avance de getter sa -bourre.--_Nota_ que laictues ne se plantent point, et mesmement quant -l’en les veult mengier, si arrache-l’en racine et tout. - -Courges. Les pepins sont la semence et les convient tremper deux jours, -puis semer, et sans les moullier laisser croistre jusques à ce qu’elles -appairent dehors, et lors mouillier le pié seulement et la terre sans -moullier les feuilles, et en Avril les arrouser courtoisement et les -planter d’un lieu en autre un dour[538] ou demy pié en terre, et à -demy-pié l’une courge de l’autre, et moullier le pié continuelment et -pendre à un eschalat un pot percié, un festu et de l’eaue etc., ou une -lesche de drap neuf ou pot[539]. - -Bettes semez en Mars, et quant elles sont bonnes à mengier, soient -coupées près de la racine, car tousjours rejettent et recroissent et -deviennent porées. - -Bourraches, arraches[540] comme dessus. - -Choulx blans et choulx cabus est tout un; et sont semés ou décours -de Mars, et quant ils ont cinq fueilles, adonc l’en les arrache -courtoisement et les plante-l’en à demy-pié loing l’un de l’autre, et -les convient mettre en terre jusques à l’œil et arrouser le pié; et les -mengue-l’en en Juing et en Juillet.--Pommes de chou sont semées en Mars -et replantées en May.--Choulx Romains sont de la nature de pommés et -de auques[541] pareille semence, car l’une et l’autre semence croist -sur un tronc, et de la semence qui vient par le tuyau du milieu et qui -est au bout d’en haut croist la pomme, et de la semence qui vient d’en -bas viennent les choulx Romains.--Minces en karesme est le regaing du -chou, et durent jusques en Mars, et lors sont icelles minces en Mars de -plus fort saveur à mengier, et pour ce les convient plus parboulir, et -en iceluy temps l’en arrache les troncs hors de terre.--_Nota_ que en -Juillet, quant il pleut, l’en doit planter des choulx. - -_Nota_ que se fromis habondent en un jardin, et l’en gette en leur -repaire de la scieure d’ais de chesne, ils mourront ou vuideront à la -première pluie qui cherra, car les scieures retiennent la moiteur. - -_Nota_ que en Avril et Mai, tout le mois, sème-l’en les porées qui -sont mangées en Juing et en Juillet.--Les porées d’esté doivent estre -soyées, et laissées les racines en terre, et après yver les racines -gettent, et les convient surfouir et lever la terre à l’environ et -illecques semer les nouvelles qui venront et cueillir le gecton -des vieilles.--_Nota_ que depuis Avril jusques à la Magdelaine -fait bon semer porées, et les porées de karesme sont semées en -Juillet et jusques à la Magdelaine et non plus, elles appelle-l’en -bettes.--_Item_, espinars.--_Item_ icelles bettes, quant elles sont -levées de terre, sont replantées par ordre.--_Item_, en Avril et May -convient planter choulx blans et pommes de chou qui furent semés en -Février et Mars.--En May treuve-l’en fèves nouvelles, navez, raves. - -_Nota_ que en Juing, la végille St.-Jehan, doit-l’en semer percil, et -aussi la veille de la mi-Aoust. - -Aoust et my-Aoust.--Ysope semez. Choulx pasquerés[542] soient semés ou -décours; percil aussy, car celui n’espie point. - -_Nota_ que la porée qui est en terre regette nouvelle porée cinq ou six -fois comme percil, et la peut-l’en coupper audessus du troignon jusques -la my-septembre, et d’illec en avant non mie coupper, car le troignon -pourriroit, mais esbranchier à la main les fueilles d’entour, et non le -milieu. - -En icelluy temps convient esbranchier[543] toutes semences de -porées, car les semences ne pevent meurir pour la froidure du temps, -mais la semence esbranchée et gettée, le troignon regette nouvelle -porée.--_Item_, en ce temps ne convient point couper le percil, mais -effueiller. - -Après la septembresse[544], pivoine, serpentine, oignons de lis, -rosiers, groselliers soient plantés. - -Octobre.--Pois, fèves, un doit[545] parfont en terre, et loing l’un de -l’autre un dour, et que ce soient grosses fèves des plus grosses, car -quant elles sont nouvelles, elles se démonstrent plus grosses que les -petites ne font, et n’en doit-l’en planter que un petit, et à chascun -décours après, un petit, afin se l’une partie gelle que l’autre non. - -Se tu veulx semer ou planter poix perciés, sème les par temps sec -et bel et non pluyeux, car se l’eaue de la pluie entroit dedens les -pertuis du pois, il se fendroit et partiroit en deux et ne germeroit -point. - -Jusques à la Toussains peut-l’en tousjours replanter choulx: et quant -ils sont trop mengiés de chenilles, qu’il n’y a point de fueille -fors les arrestes, s’ils sont replantés, tout revient minces: et -convient oster les feuilles d’en bas et les replanter jusques à l’euil -d’en hault. Les troncs qui sont tous défueillés ne convient-il plus -replanter, mais laissier en terre, car ils getteront minces. - -_Nota_ que se tu replantes en esté en temps sec, tu dois getter de -l’eaue en la fosse; en temps moiste, non. - -_Nota_ que se les chenilles menguent tes choulx, quant il plouvera sème -de la cendre par dessus les choulx et les chenilles mourront.--_Item_, -tu peus regarder par dessoubs les fueilles des choulx et là trouveras -grant assemblée de mittes blanches en un tas, et saches que c’est dont -les chenilles naissent, et pour ce l’en doit coupper la place où est -celle graine et getter loing. - -Poreaux soient semés en la saison, puis replantés en Octobre et -Novembre. - -Se vous voulez avoir roisins sans pépins, prenez en croissant[546] ou -temps que l’en plante la vigne, c’est assavoir en Février, une plante -de vigne avecques la racine et fendez le cep moitié par moitié tout au -long jusques à la racine, et ostez la mouelle d’une part et d’autre. -Puis rongnez le cep et liez tout au long de fil noir, puis plantez le -cep et fumez de bonne fumeure et estoupez de terre le trou d’en hault -de la jointure du cep. - -Se vous voulez enter un cerisier ou un prunier sur et dedans un cep de -vigne, tailliez la vigne, puis en Mars la fendez à quatre dois près du -bout et ostez la mouelle d’une part et d’autre, et là faictes la place -de l’amande d’un noyau de cerise, et la mettez et encloez dedens celle -fente et liez de fil le cep joinct comme devant. - -Se vous voulez enter un cep de vigne dedans un cerisier, faictes -tailler le cep de vigne qui sera planté et de long temps enraciné -emprès le cerisier, et en Mars, environ Nostre-Dame[547], perciez -icelluy cerisier d’une tarière du gros[548] d’icelluy cep, et parmy -le trou dudit cerisier boutez icelluy cep, qu’il passe tout oultre -un pié de long, puis estoupez le tout aux deux costés du cerisier, -c’est assavoir de terre glaze, de mousse, et entortillez de drappeaulx -tellement que aucune pluie ne puisse atouchier au pertuis. _Item_, le -cep de vigne doit estre escorchié et l’escorce d’icelluy cep pelée et -ostée jusques au vert, en tant seulement comme touche ce qui est dedans -le corps du cerisier, car s’ainsi est fait et que l’escorce soit pelée -et ostée, le vif du cep qui joindra au vif du cerisier se consolidera -l’un à l’autre, ce qui seroit empeschié par l’escorce du cep se elle y -demouroit. Ce fait laissiez les ensemble deux ans, et après coupperez -le cep par derrière, et audessoubs de la jointure du cerisier. - -_Item_, sur un tronc ou souche de chesne, povez enter dix ou douze -arbres, c’est assavoir que ou mois de Mars, environ la Nostre-Dame, -vous soiez garnis de tant de greffes et de divers fruis que vous -vouldrez avoir pour enter, et ferez scier au travers le chesne ou -arbre sur lequel vous vouldrez enter; et aiez aguisés vos greffes -d’un costé tant seulement à manière d’un coin borgne si comme il est -cy: [Illustration: un picot] et tellement que l’escorce d’icelluy -greffe soit toute entière de l’un des costés et sans estre escorchée -ou entamée, puis fichiez vos greffes entre l’escorce du chesne et la -char, ou[549] le vif du greffe devers le bois ou le vif du chesne. -Puis estoupez et couvrez de terre glase, de mousse et de drappeaulx -tellement[550] que pluie, neige ou gelée ne y puisse férir. - -Se vous voulez garder roses en yver[551], prenez sur le rosier petis -boutons qui ne soient point espanis et les laissiez les queues longues, -et entassez en un petit tonnelet de bois comme un tonnellet à composte -et sans eaue. Faictes bien enfoncer le tonnellet et qu’il soit -serréement relié qu’il n’y puisse riens entrer ne yssir, et aux deux -bouts d’icelluy tonnellet liez deux grosses pierres pesans et mettez -icelluy tonnellet en une rivière courant. - -Romarin. Les jardiniers dient que la semence de romarin ne vient -point en la terre de France, mais qui d’un romarin arracheroit et -desmembreroit, en dévalant, aucunes petites branchettes et les tendroit -par le bout et les plantast, ils revendroient; et qui les vouldroit -envoïer loing, il convendroit icelles branches envelopper en toile -cirée et coudre, et puis oindre par dehors de miel, et puis poudrez de -fleur de fourment et l’envoïez où vous vouldrez. - -J’ay oy dire à Monseigneur de Berry que en Auvergne a trop plus grosses -cerises que en France pour ce qu’ils provignent leurs cerisiers. - - - - -DE LA SECONDE DISTINCTION - -LE TROISIÈME ARTICLE - -QUI DOIT PARLER DE CHOISIR VARLETS, AIDES ET CHAMBERIÈRES, ETC. - - -Sur quoy, chière seur, ou cas que vous vouldriez entreprendre à -estre mesnagière, ou introduire une autre vostre amie, sachiez que -serviteurs sont de trois manières. Les uns qui sont prins comme -aides pour certaine heure, à un besoing hastif, comme porteurs à -l’enfeutreure[552], brouetiers, lieurs de fardeaulx et les semblables; -ou pour un jour ou deux, une sepmaine ou une saison, en un cas -nécessaire ou pénible ou de fort labour, comme soieurs, faucheurs, -bateurs en granche ou vendangeurs, hottiers, fouleurs, tonneliers et -les semblables. Les autres à temps et pour certain mistère, comme -cousturiers, fourreurs, boulengiers, bouchiers, cordoenniers et les -semblables qui euvrent à la pièce ou en tâche pour certain euvre. Et -les autres sont pris pour estre serviteurs domestiques pour servir à -l’année et demourer à l’ostel. Et de tous les dessusdis aucun n’est qui -voulentiers ne quière besongne et maistre. - -Quant est des premiers, ils sont neccessaires pour descharger et -porter fardeaulx et faire grosses et pesans besongnes; et ceulx sont -communément ennuyeux, rudes et de diverses responses: arrogans, -haultains, fors à paier, près de dire injures et reprouches se l’en -ne les paie à leur gré quant la besongne est faicte. Si vous pry, -chière seur, que quant vous en aurez à faire, dictes à maistre Jehan le -despensier[553] ou autres de vos gens qu’ils quièrent et choisissent -et prennent ou facent choisir et prendre les paisibles; et tousjours -faictes marchander à eulx avant ce qu’ils mettent la main à la besoigne -afin qu’il n’y ait débat après, jasoit-ce que le plus souvent il ne -veulent marchander, mais se veulent bouter en la besoigne sans marchié -faire, et si doulcement dient: «_Monseigneur, ce n’est riens, il n’y -a que faire: vous me paierez bien, et de ce que vous vouldrez je -seray content._»--Et se ainsi maistre Jehan les prent, quant ce sera -fait ils diront: _Sire, il y avoit plus à faire que je ne cuidoie; -il y avait à faire et cecy et cela, et d’amont et d’aval_; et ne se -vouldront païer et crieront laides parolles et villaines. Si dictes à -maistre Jehan qu’il ne les embesoigne point, ne seuffre embesoigner, -sans marchander avant, car ceulx qui ont voulenté de gaigner sont vos -subjects avant que la besoigne soit commencée, et pour le besoing -qu’ils ont de gaigner, craignent que un autre ne l’entrepreigne par -devant eulx pour doubte de perdre le marchié et que autre n’ait ce -gaing: et pour ce ils se mettent à plus grant raison. Et se maistre -Jehan estoit si crédule à eulx et à leurs douces paroles ès quelles -il se fiast trop, et il advenoit que il souffrist que sans marchander -ils entrassent en la besoigne, ils scevent bien que après la besoigne -par eulx commencée, nul autre, pour honte, n’y mettra pardessus eulx -la main, et ainsi seriez en leur subjection après et en demanderoient -plus; et se lors ils ne sont païés à leur voulenté, ils crieront et -brairont vilain blasme et oultrageux, et ne sont honteux de rien et -publient male renommée, qui est le pis. Et pour ce est-il meilleur de -faire marchander à eulx plainement et entendiblement avant le coup -pour oster toutes paroles de débat. Et très à certes vous prie que -se le cas ou la besoinge le désire, vous faictes enquerre de quelle -condition sont et ont esté vers autres, ceulx que vous vouldrez faire -embesongner, et aussi que à gens repliquans, arrogans, haultains, -raffardeurs[554] ou de laides responses ne aiez riens à faire, quelque -prouffit que vous y véez ou quelque advantage, ne quelque bon marchié -qu’ils vous facent, mais gracieusement et paisiblement les esloingnez -de vous et de vos besongnes, car se ils s’y boutent, vous n’en -eschapperez jà sans esclandre ou débat. Et pour ce faictes par vos gens -prendre des serviteurs et aides paisibles et debonnaires et leur donnez -plus, car c’est tout repos et paix que d’avoir à faire à bonnes gens; -pour ce est-il dit que _qui a à faire à bonnes gens, il se repose_: et -par semblable peut-l’en dire que qui a à faire à hargneux, douleur luy -croist. - -_Item_, des autres comme vignerons, bateurs en granche, laboureurs et -les semblables, ou autres comme cousturiers, drapiers, cordoenniers, -boulengiers, mareschaulx, chandeliers de suif[555], espiciers, fèvres, -charrons, vignerons et les semblables autres, chière seur, je vous -conseille et pry que vous aiez tousjours en mémoire de dire à vos gens -qu’ils aient à besongner à gens paisibles, et marchandent tousjours -avant le fait, et comptent et paient souvent sans attendre longue -créance sur taille ne sur papier, jasoit-ce que encores vault-il -mieulx taille ou escripture que soy attendre du tout à sa mémoire, car -les créditeurs cuident tousjours plus et les debteurs moins, et de -ce naissent débas, haines et lais reprouches; et vos bons créanciers -faictes païer voulentiers et souvent de ce que vous leur devrez et les -tenez en amour afin qu’ils ne vous changent, car l’en n’en recueuvre -mie bien tousjours de bien paisibles. - -_Item_, quant aux chamberières et varlets d’ostel que l’en dit -domestiques[556], chière seur, sachiez que afin qu’elles vous -obéissent mieulx et qu’elles vous doubtent et craignent plus à -courroucier, je vous laisse la seignorie et auctorité de les faire -choisir par dame Agnès la béguine[557] ou autre de vos filles qui vous -plaira, à recevoir en nostre service, de les louer à vostre gré et de -les païer et tenir en nostre service tant comme il vous plaira et leur -donner congié quant vous vouldrez. Toutesvoies de ce devez-vous à part -secrètement parler à moy et faire par mon conseil pour ce que vous -estes trop jeune et y pourriez bien estre déceue par vos gens mesmes. -Et sachiez que d’icelles chamberières qui n’ont service, pluseurs sont -qui se offrent et ramentoivent et quierent à grant besoing maistres et -maistresses, et de celles ne prenez aucunes que vous ne sachiez avant -où elles ont demouré, et y envoiez de vos gens pour enquérir de leurs -conditions sur le trop parler, sur le trop boire: combien de temps -elles ont demouré: quel service elles faisoient et scevent faire: se -elles ont chambres ou acointances en ville: de quel païs et gens elles -sont: combien elles y demourèrent et pourquoy elles s’en partirent; -et par le service du temps passé, enquérez quelle créance ou espérance -l’en peut avoir de leur service pour le temps à venir. Et sachiez que -communément telles femmes d’estrange pays ont esté blasmées d’aucun -vice en leur pays, car c’est la cause qui les amaine à servir hors de -leur lieu. Car s’elles fussent sans tache, elles fussent maistresses -et non serviteresses; et di des hommes autel. Et se vous trouvez par -le rapport de leurs maistres ou maistresses, voisins ou autres, que -ce soit vostre besoigne, sachiez par elles, et devant elles faictes -par maistre Jehan le despensier enregistrer en son papier de la -despense[558] le jour que vous la retendrez, son nom et de son père et -de sa mère et d’aucuns de ses parens: le lieu de leur demourance et le -lieu de sa nativité et ses pleiges[559]; car elles en craindront plus -à faillir pour ce qu’elles considéreront bien que vous enregistrez -ces choses pour ce que s’elles se deffuioient de vous sans congié, ou -qu’elles feissent aucune offense, que vous en plaindriez ou rescririez -à la justice de leur pays ou à iceulx leurs amis. Et nonobstant tout, -aiez en mémoire le dit du philosophe lequel s’appelle Bertran le vieil, -qui dit que se vous prenez chamberière ou varlet de haultes responses -et fières, sachiez que au départir, s’elle peut, elle vous fera injure; -et se elle n’est mie telle, mais flateresse et use de blandices, ne -vous y fiez point, car elle bée en aucune autre partie à vous trichier; -mais se elle rougist et est taisant et vergongneuse quant vous la -corrigerez, amez la comme vostre fille. - -Après, chière seur, sachiez que sur elles, après vostre mary, vous -devez estre maistresse de l’ostel, commandeur, visiteur, gouverneur et -souverain administrateur, et à vous appartient de les tenir en vostre -subjection et obéissance, les endoctriner, corrigier et chastier; et -pour ce, deffendez leur à faire excès ne gloutonnie de vie tellement -qu’elles en vaillent pis. Aussi deffendez les de rioter[560] l’une -à l’autre ne à vos voisins; deffendez leur de mesdire d’autruy, -fors seulement à vous et en secret, et en tant comme le meffait -toucheroit vostre prouffit seulement, et pour eschever vostre dommaige -et non plus; deffendez leur le mentir: le jouer à jeux illicites: -de laidement jurer et de dire parolles qui sentent villenies ne -parolles déshonnestes ne gouliardeuses, comme aucunes mescheans ou -mal endoctrinées qui maudient _de males sanglantes fièvres, de male -sanglante sepmaine, de male sanglante journée_. Il semble qu’elles -sachent bien qu’est sanglante journée, sanglante sepmaine etc., et -non font-elles, ne doivent point savoir qu’est sanglante chose, car -preudefemmes ne le scevent point, car elles sont toutes abhominables -de veoir seulement le sang d’un aignel ou d’un pigon quant on le tue -devant elles. Et certes, femmes ne doivent parler de nulle laidure, non -mie seulement... des secrès membres de nature, car c’est déshonneste -chose à femme d’en parler. - -J’oy une fois raconter d’une jeune preudefemme qui estoit assise -en une presse de ses autres amis et amies, et par adventure, elle -dist par esbatement aux autres: Vous me pressez si fort que....[561] -Et jasoit-ce qu’elle l’eust dit par jeu et entre ses amis, cuidant -faire la galoise[562], toutesvoies les autres saiges preudefemmes ses -parentes l’en blasmèrent à part. _Item_, telles femmes gouliardoises -dient aucunes fois de femme qu’elle est p..... ou qu’elle est ribaude, -et par ce disant il semble qu’elles sachent qu’est p..... ou ribaude, -et preudefemmes ne scevent que ce est de ce; et pour ce deffendez leur -tel langaige, car elles ne scevent que c’est. Deffendez leur vengence, -et endoctrinez en toute patience à l’exemple de Melibée dont il est -cy-dessus parlé, et vous mesmes, belle seur, soiez telle en toutes -choses que par vos fais elles puissent en vous prendre exemple de tout -bien. - -Or nous convient parler d’embesongner vos gens et serviteurs aux heures -propres à besongner, et aux heures convenables leur donner repos.--Sur -quoy, chière seur, sachiez que selon les besongnes que vous avez à -faire et que vos gens sont propres plus à une besongne que à l’autre, -vous et dame Agnès la béguine qui avec vous est pour vous aprendre -contenance sage et meure et vous servir et endoctriner, et à laquelle -principalment je donne la charge de ceste besongne, la devez diviser -et crier, et commander l’une besongne à l’un, et l’autre besongne à -l’autre. Et se vous leur commandez maintenant à faire aucune chose, -et iceulx vos serviteurs respondent: _il est assez à temps, il sera -jà bien fait_, ou _il sera fait demain bien matin_, tenez le pour -oublié: c’est à recommencier, c’est tout néant. Et aussi de ce que vous -commanderez généralment à tous, sachiez que l’un s’atend à l’autre: -c’est comme devant. - -Si soiez advertie, et dictes à dame Agnès la béguine qu’elle voie -commencier devant elle ce que vous aurez à cuer estre tost fait; et -premièrement qu’elle commande aux chamberières que bien matin les -entrées de vostre hostel, c’est assavoir la salle et les autres lieux -par où les gens entrent et s’arrestent en l’ostel pour parler, soient -au bien matin balléyés et tenus nettement, et les marchepiés[563], -banquiers et fourmiers qui illecques sont sur les fourmes, despoudrés -et escoués; et subséquemment les autres chambres pareillement nettoiées -et ordonnées pour ce jour, et de jour en jour, ainsi comme il -appartient à nostre estat. - -_Item_, que par la dicte dame Agnès vous faciez principalment et -songneusement et diligemment penser de vos bestes de chambre comme -petis chiennés, oiselets de chambre[564]: et aussi la béguine et vous -pensez des autres oiseaulx domeschés, car ils ne pevent parler, et pour -ce vous devez parler et penser pour eulx, se vous en avez. - -Et aussi dy-je à dame Agnès la béguine que des autres bestes, quant -vous serez au village, elle commande à ceulx à qui il appartient à en -penser: comme à Robin le bergier, qu’il pense de ses moutons, brebis et -aigneaulx; à Josson le bouvier, des beufs et des toreaulx; à Arnoul le -vachier et Jehanneton la laictière, qu’ils pensent des vaches, genices -et veaulx, truies, cochons et pourceaulx; à Eudeline femme du mettoier -qu’elle pense des oés, oisons, coqs, gelines, poucins, coulons, pigons; -au charretier ou mettoier, qu’il pense de nos chevaulx, jumens et les -semblables. Et doit la dicte béguine et aussi vous devez faire semblant -devant vos gens qu’il vous en souviengne, que vous y congnoissiez et -que vous l’avez à cuer, car par ce en seront-ils plus diligens. Et -faictes faire, s’il vous en souvient, par vos gens penser du vivre -d’icelles bestes et oiseaulx, et y doit la dite dame Agnès embesongner -ceulx et celles qui y sont propres. Et sur ce est à noter que à vous -appartient bien à faire savoir par la dicte dame Agnès la béguine le -conte de vos moutons, brebis et aigneaulx, et les faire reviseter, et -enquérir de leur accroissement et descroissement, ne comment ne par qui -elles sont gouvernées, et elle le doit rapporter à vous, et entre vous -deux le devez faire enregistrer. - -Et se vous este en païs ou il y ait repaire de loups, je vous -enseigneray maistre Jehan vostre maistre d’ostel ou vos bergiers et -gens de les tuer sans cop férir par la recepte qui s’ensuit.--_Recepte -de pouldre pour tuer loups et renars._--R.[565] la racine de l’ectoire -de canarade (c’est l’ectoire qui fait fleur de couleur blanche[566]), -et faictes séchier icelle racine meurement et sans soleil, et gectez -hors la terre: et adonc face-en pouldre en un mortier, et avec celle -poudre mettez la quinte partie de voirre bien moulu et la quarte partie -de la feuille de lis, et tout soit meslé et pilé ensemble, et tellement -qu’il se puisse passer ou cribler. _Item_, ait miel et sain[567] frès -autant de l’un comme de l’autre et mesle parmy de la poudre dessusdite, -et face paste qui soit dure et fort, et gros morceaulx rons du gros -d’un œuf de poule, et cuevre iceulx morceaulx de sain frès et les mette -sur les pierres ou tuillettes ès lieux qu’il saura que loups et renars -repaireront. Et se il veult faire amorse[568] de une vielle beste -morte, faire le peut deux ou trois jours devant. _Item_, sans faire -morceaulx, peut-il la poudre jetter sur la charongne. - -Ainsi vous et la béguine embesongnez les unes de vos gens aux choses -et besongnes qui leur sont propres, et aussi dictes à maistre Jehan -le despensier qu’il envoie ou face envoier les autres reviseter vos -greniers, remuer et essorer[569] vos grains et autres garnisons[570]; -et se vos mesgnies vous rapportent que les ras dommagent vos blés, -lars, fromages et autres garnisons, dictes à maistre Jehan qu’il les -puet destruire en six manières: 1º Par avoir garnison de bons chats. -2º Par ratières et soricières. 3º Par engins d’aiselles[571] appuiées -sur buchettes que les bons serviteurs font. 4º Par faire tourtellés de -paste et fromage frit ensemble et poudre de riagal[572], et mettre en -leur repaire où ils n’aient que boire. 5º Se vous ne les povez garder -qu’ils ne treuvent à boire, il convient faire de l’espurge[573] par -morcellés, et lors s’ils les avallent, plus tost buveront et plus tost -enfleront et mourront. 6º Prenez une once de riagal: deux onces fin -arcenic: un quarteron gresse de porc: une livre fleur de farine de -fourment et quatre œufs, et de ce faites pain et cuisiez au four et -tailliez par lesches et les clouez à un clou. - -Or revien encores à ma matière de faire embesongner vos gens, vous et -la béguine, en temps convenable, par vos femmes essorer, esventer -et reviseter vos draps, couvertures, robes et fourreures, pennes et -autres telles choses.--Sur quoy sachiez et dictes à vos femmes que -pour conserver et garder vos pennes et draps, il les convient essorer -souvent pour eschever les dommages que les vers y pevent faire; et -pour ce que telle vermine se congrée par le ramolissement du temps -d’automne et de yver et naissent sur l’esté, en iceulx temps convient -les pennes et les draps mettre à bon soleil et beau temps et sec; et se -il survient une nuée noire et moicte qui s’assiée sur vos robes et en -tel estat vous les ploiez, cest air envelopé et ployé dedans vos robes -couvera et engendrera pire vermine que devant. Et pour ce, choisissiez -bel air qui soit continué et bien sec, et tantost que vous verrez autre -gros air survenir, avant qu’il soit venu vers vous, faictes mettre vos -robes à couvert et escourre pour oster la grosse pouldre[574], puis -nettoier à unes verges sèches[575]. Et la béguine scet bien et le vous -le dira que s’il y a aucune tache d’uille ou autre gresse, le remède -est tel: Ayez pis..t et le chauffez comme tiède, et mettez la tache -tremper dedans par deux jours, et puis espraignez le drap où est la -tache sans le tordre, et se la tache ne s’en est alée, si le face dame -Agnès la béguine, mettre en un autre pis..t et battre un fiel de beuf -avec, et face-l’en comme devant. Ou vous faictes ainsi: faites prendre -de la terre de robes[576] et tremper en lessive, puis mettre sur la -tache et laissiez sécher, et puis frotez; et se la terre ne s’en va -légièrement, si faictes mouillier en lessive, et laissiez encores -séchier et frotez tant qu’elle s’en soit alée; ou se vous n’avez -terre de robes, faictes mettre cendres tremper en lessive, et icelles -cendres bien trempées mettez sur la tache; ou vous faictes prendre de -bien nettes plumes de poucins et moulliez en eaue bien chaude pour là -laissier la gresse qu’elles auront prise, et remoulliez en eaue necte -bien chaude: bien refrottez aussi et tout s’en yra. - -S’il y a sur robe de pers[577] aucune tache ou destaincture de couleur, -faictes prendre une espurge et la moulliez en necte et clère lessive, -puis espraigniez et traynnez sur la robe en frotant la tache, et la -couleur y revendra. Et se sur quelsconques autres couleurs de drap y -a tache de destainture de couleur, faictes prendre de la lessive bien -nette et qui point n’ait coullé sur drappeaulx, et mettre avec la -cendre sur la tache, et laissiez sécher, puis faictes frotter, et la -première couleur revendra. - -Pour oster tache de robe de soie, satin, camelot, drap de Damas ou -autre, trempez et lavez la tache en vertjus et la tache s’en yra, et -mesmes se la robe est destainte, si revendra-elle en sa couleur (_ce -que je ne croy pas_)[578]. - -VERTJUS. Nota que ou temps que le vertjus nouvel se fait, l’en -en doit prendre, sans sel, une fiole et la garder, car ce vault pour -oster tache de robe et la remettre en sa couleur, et est tousjours bon, -et nouvel et vieil. - -_Item_, et se aucunes de vos pennes ou fourreures ont esté moulliées -et se soient endurcies, faictes deffourrer le garnement[579], et -arrouser de vin la penne qui est dure, et soit arrousée à la bouche -ainsi comme un cousturier arrouse d’eaue le pan d’une robe qui veult -retraire, et sur icelluy arrousement faictes gecter de la fleur[580] et -laissiez sécher un jour; puis frottez très bien icelle penne[581]... en -son premier estat. - -Or revien au propos que devant, et dy que vostre maistre d’ostel -doit savoir qu’il doit chascune sepmaine faire reviseter et boire -de vos vins, vertjus et vinaigres; veoir les grains, huilles, noix, -pois, fèves et autres garnisons. Et quant aux vins, sachiez que s’ils -deviennent malades, il les convient garir de maladies par la manière -qui s’ensuit: - -Premièrement se le vin est pourri, il doit mettre la queue[582], en -yver, emmi une court sur deux tréteaulx afin que la gelée y frappe, et -il garira. - -_Item_, se le vin est trop vert, il doit prendre plain pennier de -morillons[583] bien meurs, et gecte dedens la queue, par le bondonnail, -tous entiers, et il amendra. - -_Item_, se le vin sent l’esventé[584], il doit prendre une once de -seurmontain[585] en pouldre et autant en graine de paradis[586] en -pouldre et mettre chascune desdictes pouldres en un sachet et le -pertuisier d’une greffe[587], et puis pendez tous les deux sachets -dedens la queue à cordelettes et estoupez bien le bondonnail. - -_Item_, se le vin est gras, preigne douze œufs et mette boullir en eaue -tant qu’ils soient durs, et puis gecte hors le jaune et laisse le blanc -et les coquilles ensemble, et puis frire en paelle de fer et mettre -tout chault dedens un sachet et pertuisé d’une greffe comme dessus, -et pendre dedans la queue à une cordelette. _Item_, preigne un grant -pot neuf et le mette dessus un trepié vuit[588], et quant il sera bien -cuit, despièce le par pièces et le gecte dedans la queue, et il garira -de la gresse. - -_Item_, pour desroussir le vin blanc, preigne plain pennier de feuilles -de houx et gecte dedens la queue par le bondonnail. - -_Item_, se le vin est aigri, preigne une cruche d’eaue et gecte dedans -pour départir le vin de devers la lie, et puis preigne plain plat de -fourment et mettez tremper en eaue, et puis gectez l’eaue, et mettez -boullir en autre eaue, et faciez bien boullir en autre eaue tant qu’il -se vueille crever, et puis l’ostez; et s’il en y a des grains tous -crevés, si les gecte, et après gecte le froment tout chault dedens la -queue. Et se pour ce le vin ne veult esclarcir, preigne plain pennier -de sablon bien lavé en Saine et puis gecte dedens la queue par le -bondonnail et il esclarcira. - -_Item_, pour faire ès vendenges un vin fort, n’emple pas la queue que -il s’en faille deux sextiers[589] de vin, et frotte tout entour le -bondonnail, et lors il ne pourra gecter et en sera plus fort. - -_Item_, pour traire une queue de vin sans luy donner vent, face un -petit pertuis d’un foret emprès le bondonnail, et puis ait un petit -plastreau[590] d’estouppes du large d’un blanc et puis mette dessus, -et preigne deux petites bûchettes et mette en croix dessus le dit -plastreau, et mette un autre plastreau sur les dictes bûchettes. -Et pour esclarcir vin troublé, se c’est une queue, vuide-l’en deux -quartes[591], puis le remue-l’en à un baston ou autrement, tellement -que lie et tout soit bien meslé, puis preigne-l’en un quarteron d’œufs, -et soient batus moult longuement les moyeulx et les blans tant que tout -soit fin cler comme eaue, et tantost gectez après un quarteron d’alun -batu et incontinent une quarte d’eaue clère et l’estoupez, ou autrement -il se vuideroit par le bondonnail. - -Et après ce et avec ce que dit est, belle seur, faictes commander par -maistre Jehan le despensier à Richart de la cuisine escurer, laver, -nettoier et tout ce que appartient à cuisine, et véez comme dame Agnès -la béguine quant aux femmes, et maistre Jehan le despensier quant aux -hommes, mettront vos gens en œuvre de toutes pars: l’un à-mont, l’autre -à-val, l’un aux champs, l’autre en la ville, l’un en chambre, l’autre -en solier[592] ou en cuisine et envoieront l’un ça, l’autre là, un -chascun selon son endroit et science, et tant que iceulx serviteurs -gaignent leur salaire chascun et chascune en ce qu’il saura et devra -faire; et s’ils le font, ils feront bien, car sachez que paresse et -oisiveté engendrent tous maulx. - -Toutesvoies, belle seur, aux heures pertinentes faictes les seoir à -la table, et les faites repaistre d’une espèce de viande largement et -seulement, et non pas de plusieurs, ne délitables ou délicatives, et -leur ordonnez un seul buvrage nourrissant et non entestant, soit vin ou -autre et non de plusieurs; et les admonestez de mengier fort et boire -bien et largement, car c’est raison qu’ils mengeussent d’une tire, -sans seoir à oultrage[593], et à une alaine, sans reposer sur leur -viande ou arrester ou acouster[594] sur la table. Et si tost qu’ils -commenceront à compter des comptes ou des raisons, ou à eulx reposer -sur leurs coustes[595], commandez la béguine qu’on les face lever et -oster leur table, car les communes gens dient: _Quant varlet presche à -table et cheval paist en gué, il est tems qu’on l’en oste, que assez y -a esté_. Deffendez leur yvresse, et que personne yvrongne ne vous serve -ne approuche, car c’est péril, et après leur reffection prise à midy, -quant temps sera, les laissiez par vos gens remettre à besongner. Et -après leur second labour et aux jours de feste aient autre repas, et -après ce, c’est assavoir au vespre, soient repus habondamment comme -devant et largement, et se la saison le requiert soient chauffés et -aaisiés. - -Et après ce, soit par maistre Jehan le despencier ou la béguine vostre -hostel clos et fermé, et ait l’un d’eux les clefs par devers luy, -afin que nuls sans congié n’y entre ne ysse. Et chascun soir et avant -vostre coucher, faictes par dame Agnès la béguine ou maistre Jehan le -despensier faire reviseter à la clarté de la chandelle les fons de vos -vins, vertjus, ou vinaigre, que nul ne s’en voit[596], et facent par -vostre closier ou fermier savoir par ses gens que vos bestes soient -bien affouragées pour la nuit. Et quant vous aurez sceu par dame Agnès -la béguine ou maistre Jehan le despencier que le feu des cheminées sera -couvert partout, donnez à vos gens, pour leurs membres, temps et espace -de repos. Et ayez fait adviser par avant, qu’ils aient chascun loing -de son lit chandelier à platine[597] pour mettre sa chandelle, et les -aiez fait introduire[598] sagement de l’estaindre à la bouche ou à la -main avant qu’ils entrent en leur lit, et non mie à la chemise[599]. Et -aussi les aiez fait admonnester et introduire, chascun endroit soy, de -ce qu’il devra commencier l’endemain, et de soy lever l’endemain matin, -et recommencier chascun endroit soy son service, et de ce soit chascun -advisié. Et toutesvoies de deux choses vous advise: l’une que se vous -avez vos filles ou chamberières de quinze à vint ans, pour ce que en -tel aage elles sont sottes et n’ont guères veu du siècle, que vous les -faciez coucher près de vous en garderobe ou chambre où il n’ait lucarne -ne fenestre basse, ne sur rue, et se couchent et lièvent à vostre -heure, et vous mesmes qui avant ce temps serez sage se Dieu plaist, les -gardez de près; l’autre si est que se l’un de vos serviteurs chiet en -maladie, toutes choses communes mises arrière, vous mesmes pensez de -luy très amoureusement et charitablement et le revisetez et pensez de -lui ou d’elle très curieusement en avançant sa garison, et ainsi aurez -acompli cest article. - - * * * * * - -Or vueil-je, en cest endroit, vous laissier reposer ou jouer et non -plus parler à vous:[600] vous esbatrez ailleurs, je parleray à maistre -Jehan le despencier qui nos biens gouverne, afin que se aucun de nos -chevaulx tant de charrue comme à chevauchier est en essoine[601], ou -qu’il conviengne acheter ou eschanger, qu’il s’y congnoisse un petit. - -Sachiez donc, maistre Jehan, que cheval doit avoir seize[602] -conditions, c’est assavoir: - -Trois des conditions du renart: c’est courtes oreilles droictes, bon -poil et fort et roide, queue bien pelue. - -Du lièvre quatre: c’est maigre teste, bien esveillé, de légier mouvant, -viste et tost alant. - -Du beuf quatre, c’est assavoir: la harpe[603] large, grosse et ouverte, -gros bouel, gros yeulx et saillans hors de la teste, et bas enjointé. - -De l’asne trois: bon pié, forte eschine, et soit débonnaire. - -De la pucelle quatre, c’est assavoir: beaulx crins, belle poitrine, -beaulx rains et grosses fesses. - -Maistre Jehan, mon ami, qui veult acheter un cheval, il le doit -premièrement veoir en l’estable, car là voit-l’en s’il est en main -d’affaiteur ou non, et s’il est bien ou mal gardé; s’il abonne -cocte[604], et comment il siet sur le fien[605]. Après ce, à l’issir -de l’estable, s’il a courtes et droites oreilles, maigre ou grasse -teste, bonne veue et saine, et bons yeulx, gros, saillans dehors -la teste; et puis taster dessoubs les gencives qu’il y ait grant -entre-deux et bonne ouverture et large, et qu’il n’y ait gourme, bube -ne malen[606], et que l’entrée du gavion ne soit en riens empeschée. - -Et puis, mon ami maistre Jehan, tu te dois congnoistre à l’aage; -dont il est à savoir que quant un cheval a deux ans, il a ses dens -nouvelles, blanches, déliées et pareilles. Au troisième an, les trois -dens de devant luy muent, et dedens icelluy troisième an deviennent -plus grosses assez et plus brunes que les autres. Au quatrième an, les -deux dens qui sont aux deux costés d’iceulx trois dens muées, luy muent -et deviennent pareilles aux trois dont dessus est parlé. Au cinquième -an, les autres muent. Au sixième an, viennent les crochés dont le fons -est creux, et est la fève ou fons du creux. Au septième an les hors du -creux des crochés si usent, et n’y a mais point de creux ne de fève, et -devient tout plat et tout aouni[607] et de là en avant on n’y congnoist -aage. - -Après ce, maistre Jehan, tu dois aviser se le cheval a bonne encontre -et bonne herpe et ouverte: qu’il ne soit courbé ne fuiselé[608]; et -s’il est durié[609] c’est bon signe. Et par entre les deux jambes de -devant, regardes aux jambes de derrière qu’il n’y ait esparvain ou -courbe. Esparvain dedens le plat de la cuisse de derrière est, et -s’apperçoit mieulx par entre les deux jambes de devant. Courbe est à -icelluy endroit que devant, et plus sur le derrière, car elle tient -au bout du gerret derrière, sur le bout de la jointe de la queue en -dévalant; et est au commencement une petite bossette qui agrandist et -est longuette, et gist au long et dessoubs le pli du gerret. Et quant -on veult gracieusement parler devant marchans, on dit ainsi: _Véez-cy -un bon cheval, il est long et esgarretté_. Et lors on entent que c’est -à dire qu’il est corbeux. - -Après ce, maistre Jehan mon amy, tu dois aler au costé et regarder s’il -est point grevé soubs la selle, car en cheval qui ait tendre dos ne -vous fiez; gardez aussi qu’il ne soit blécié au jarret[610]. _Item_, -qu’il ait bon bouel; s’il est point batu d’esperons, qu’il n’ait -grosses c......, qu’il ait long corps, car on dit un cheval plat quant -il n’est pas ront ne bien esquartellé. Véez aussi quelle chière il fait -par l’apparence de ses oreilles et de ses yeulx et par l’esmouvement -de sa teste et le remuement de ses piés, et gardez bien qu’il n’ait -malandres, [malandre est dedans le garret derrière; gardez aussi qu’il -n’ait][611] molettes ne suros; ne soit crapeux, ne ne s’entretaille de -la jambe de l’autre lez[612], car d’illec le peut-l’en bien veoir. - -Après ce que dit est, doit-l’en adviser que le cheval ait maigres -jambes, larges et plates, et qu’il n’ait pas les genoulx couronnés, et -que les joinctes[613] de dessus les couronnelles ne boutent mie devant. -Et regardez s’il a piés gras et combles, piés fendus, faulx quartiers, -piés avalés, crapaudines ou fourme. Fourme sur couronnelle est quant au -travers sur le coup-du-pié a une soubaudreure[614] qui se hausse, et en -huit jours est formée aussi derrière comme devant, et durant ce qu’elle -est entière, l’en l’appelle fourme et fait piés avalés, mais quant -elle est crevée, l’en dist crapaudine et ne garist-l’en puis, et est -sur le bout de la couronnelle du pié[615]. - -Après, va par derrière et garde qu’il ait les fesses escartelées et -bien secourcées[616], belle queue et bien pelue et serrant aux fesses -que on ne la puisse sourdre[617], car c’est bon signe quant le cheval a -bon et fort quoier, saines c....... Et encores de rechief, advise qu’il -ne s’entretaille, ne ne soit crapeux ne rongneux, ne qu’il n’ait javart -et rongne, et par entredeux icelles jambes de derrière qu’elles ne -soient arçonnées parmy le milieu comme un arc, et audessoubs qu’il n’y -ait esparvain, molette, suros dedens la jambe ou dehors, ou malandre, -et qu’il ne s’entretaille ne n’ait crape[618] ne rape, ne derrière ne -devant. Après, le convient veoir trotter bellement de rechief en sa -droicte aleure commune, et adviser adonc s’il liève ses piés ouniement -et égaulment, d’un hault[619] et d’une légièreté; s’il plie bien ses -jambes devant et qu’elles ne soient mie roides; s’il escout sa teste, -s’il soufle du nez et ouvre ses narines, et s’il est long en la main, -car toutes ces choses sont de bon signe. Après, le dois faire trotter -fort, et prendre garde s’il trotte bel et qu’il ne s’entretaille ne -ataigne. Puis faire courre et aler les galos, et lors regarder à certes -s’il a grosse alaine; s’il soufle et qu’il ait grant et grosse alaine -par la bouche, se les flancs luy haletent ou qu’il soit poucis; et ce -puet aussi estre veu dessoubs la queue. Puis le veoir l’endemain à -froit, et savoir en l’estable comment il se tient sur le sien, puis -trotter et aler les galos et reveoir s’il est poucis, et ce peut estre -veu dessous la queue, puis le veoir et savoir de rechief aux champs et -ailleurs s’il est bon aux esperons. - -_Nota_, maistre Jehan, que ès festes de Flandres, se vous avez -barguaignié[620] et sceu le pris d’un cheval, et vous demandez à le -veoir courre, _eo ipso_ vous vous départez de tous les autres vices, -tellement que s’il est bon à l’esperon et qu’il queure, il est vostre, -quelque autre tache qu’il ait. - -Maistre Jehan, s’aucun cheval est qui ait passé aage, et soit trouvé -sans suros, malandre, courbe, entretaille, molettes _et similia_, c’est -adonc à entendre qu’il est affermé[621], et que puis qu’il a passé sa -jeunesse sans tache, jamais n’en aura aucune. - -_Item_, tant est un cheval plus court, maistre Jehan, tant a plus fort -eschine.--_Item_, tant plus dur trotte, maistre Jehan, tant plus est -fort.--_Item_, maistre Jehan, s’il est délié sur la poincte d’en bas, -c’est mauvais signe. - -Maistre Jehan, se vous voulez engresser, pour vendre, un de nos -chevaulx, _primo_ soit estrillé, lavé et tenu nettement, et fresche -lectière.--_Item_, s’il ne fut pieçà seigné, si le faictes seigner -des costés, c’est du ventre, car icelle seignée des costés est propre -pour leur donner bon bouel. Puis luy emplissiez son ratellier de très -bon foing d’une part, et de feurre d’avoine d’autre part; puis prenez -quatre boisseaulx de bien nette paille de fourment, deux boisseaulx -de bran[622], un boissel de fèves menues et un boissel d’avoine, et -meslez tout ensemble et luy en donnez quatre fois le jour, avant -boire. _Item_ après, boire de l’eaue de rivière chauffée au soleil ou -sur le fumier, ou en yver chauffée sur le feu, et y ait du son dedens -une toille, car sans toille le cheval toussiroit comme s’il eust mengié -plume; puis mengeusse du foing. Puis pour prou vendre[623], comme -dessus, ou se c’est cheval de petit pris, il ait avant boire, trois -fois orge boulu, et après boire, fèves et bran et bien pou d’avoine. - -OINGNEMENT POUR LES PIÉS DES CHEVAULX.--Prenez un quarteron -de suif de bouc, un quarteron de cire, un quarteron de terbentine, un -quarteron de poix rasine et boulez tout ensemble, et oignez les piés -des chevaulx.--_Item_, aiez un drappel moullié en viez oint et mettez -ou fons du pié et de la fiente avec. - -Pour garir de rape, crape, rongne et javart, lavez d’uille de chennevis -avec eaue batue ensemble, et s’il n’en garist, il le convient seigner -de la pointe du pié. - -_Item_, est à noter que quant un cheval est seigné du col, l’en le -doit tenir lié hault, et faire petitement mengier et hault, car le -débatement des mandibules et du col le pourroient faire escrever. -_Item_, le convient abuvrer le plus loing de la seignée que l’en puet -et lier hault, pour ce que le baisser la teste le fait escrever. -_Item_, se le cheval est de grant pris, si soit veillé de nuit. - -Malandre veult estre lavé deux fois le jour de chault pis..t ou -chaude eaue. _Item_, _idem_, grosses jambes derrière[624]; et se -ainsi l’en ne peut garir, que l’en face restrainctif, c’est assavoir -de sang-de-dragon[625], d’aubun d’œufs[626], ou plastre bien sassé -et aubun d’œufs[627], et liez par bandeaulx entour la jambe, et puis -seicher à un tison de feu par derrière. - -Quant cheval pert la veue, faictes mouldre du saing[628] de voirre -vieil, et luy gette-l’en dedens l’ueil à un tuel[629]. - -Quant cheval a tranchoisons, faictes-le mettre par terre et puis luy -faictes mettre à un cornet un quarteron de quelque huille dedens le -c.l, et puis le faites chevauchier tant qu’il sue, et il garira. - -Quant cheval a vives[630], il luy convient dire ces trois mos, avec -trois patenostres: ✝ _abgla_, ✝ _abgly_, ✝ _alphara_, ✝ _asy_, ✝ _pater -noster_ etc. - -Contre farcin, te convient ce couver[631] par neuf jours, et chascun -jour en jeun dire par trois fois, et chascune fois dire trois -patenostres et toucher le mal ✝ _In nomine Patris_ ✝ _et Filii_ ✝ _et -Spiritus Sancti_ ✝ _amen_ ✝ _Je te conjure, mal félon de par Dieu -omnipotent et de par le Père et de par le Fils et de par le Saint -Esperit, et de par tous les sains et de par tous les anges de nostre -Seigneur Jhésu Crist. et par toutes les vertus que Dieu donna à paroles -ne en voix, par les vertus que Dieu fist de faire le ladre guérir de sa -maladie: et que tu, mal félon, n’ailles plus avant, et que ne doubles -ne ne enfles, n’en fenestres, n’en fistules, néant plus que firent les -cinq plaies nostre Seigneur Jhésu Crist, et aussi le monde sauva, et -pour ce se firent les cinq plaies de nostre Seigneur, Jhésu Crist. In -nomine Patris_ ✝ _et Filii_ ✝ _et Spiritus Sancti_ ✝ _Amen_. - -S’aucun cheval est morfondu, il le convient tantost faire seigner -des jambes devant au plus bas, et au hault du plat des cuisses, et -recueillir le sang, et d’icelluy oindre les piés, puis torchier de -foing moullié et pourmener sans boire et sans mengier, et dedens quatre -heures ou environ, mettre un restraintif sur les couronnelles afin -qu’il ne face pié neuf; et le convient pourmener sans arrest trente-six -heures, et luy donner à la main du foing s’il en veult mengier: et ne -boive point d’un jour naturel; et après vint-quatre heures depuis la -seignée, boive de l’eaue chaude avec du bran. Et pendant le dit temps -et tantost après ce qu’il sera seigné, soit couvert de trois linceuls -moulliés tout à une fois, et au bout de trente-six heures ou plus, -c’est assavoir quant il se prendra à mengier du bran et faire bonne -chière et qu’il aura fienté, luy face-l’en bonne lictière et blanche, -et le face-l’en reposer, puis pourmener, et quant il yra de bon cuer, -si luy oste-l’en un jour un drap, l’autre jour l’autre, et le tiers -l’autre, et ne luy donne-l’en fors brennée à boire et à mengier jusques -à ce qu’il face bonne chière. Aucuns leur donnent du buvrage de pommes -à un cornet. Et de tout le mareschal puet avoir franc et demi[632]. - - - - -DE LA DEUXIÈME DISTINCTION - -LE QUART ARTICLE[633] - - QUI VOUS DOIT APRENDRE QUE VOUS, COMME SOUVERAIN MAISTRE DE VOSTRE - HOSTEL, SACHIEZ COMMANDER ET DEVISER A MAISTRE JEHAN DISNERS ET - SOUPPERS, ET DEVISER MÈS ET ASSIETES. - - -Et à ce commencement je vous mettray aucuns termes servans aucun pou, -et qui vous donront commencement ou au moins esbatement. - -_Primo_, pour ce qu’il convient que vous envoiez maistre Jehan ès -boucheries, cy-après s’ensuivent les noms de toutes les boucheries de -Paris et leur délivrance de char. - -A la Porte-de-Paris[634] a dix-neuf bouchiers qui par estimation -commune vendent, pour sepmaine, eulx tous, l’un temps parmi l’autre, et -la forte saison portant la foible, dix neuf cens moutons, quatre cens -beufs, quatre cens pourceaulx, et deux cens veaulx. - -Saincte-Geneviefve: cinq cens moutons, seize beufs, seize porcs, et -six[635] veaulx[636]. - -Le Parvis: quatre-vint moutons, dix beufs, dix veaulx, huit porcs. - -A Saint-Germain a treize bouchiers; deux cens moutons, trente beufs, -trente veaulx, cinquante porcs. - -Le Temple, deux bouchiers; deux cens moutons, vint-quatre beufs, -vint-huit[637] veaulx, trente-deux porcs. - -Saint-Martin: deux cent cinquante moutons, trente-deux beufs, -trente-deux veaulx, vint-deux[638] porcs. - -Somme des boucheries de Paris, pour sepmaine, sans le fait du Roy et de -la Royne et des autres nos seigneurs de France, trois mille quatre-vint -moutons, cinq cent quatorze beufs, trois cent six veaulx, six cens -porcs[639]. Et au vendredi absolut[640], sont vendus de deux mille à -trois mille lars[641]. - -Pour ce qu’il a cy-devant esté parlé du fait du bouchier et -poullaillier, le fait de l’ostel du Roy en office de boucherie monte -bien, pour sepmaine, six-vints moutons, seize beufs, seize veaulx, -douze porcs: et par an deux cens lars. - -Le fait du poullaillier: par jour, six cens poullailles, deux cens -paires de pigons, cinquante chevriaux, cinquante oisons. - -La Royne et les enfans. Boucherie, pour sepmaine, quatre-vins moutons, -douze veaulx, douze beufs, douze porcs: et par an six-vins lars.--Le -fait du poullaillier: pour jour, trois cens poullailles, trente-six -chevreaulx, cent cinquante paires de pigons, trente-six oisons. - -Orléans[642] aussi. - -Berry aussi. - -Les gens de Monseigneur de Berry dient que aux dimenches et grans -festes, il leur convient trois beufs, trente moutons, huit-vins -douzaines de perdris, et connins à l’avenant, mais j’en doubte.--Avéré -depuis.--Et est certain que[643] plusieurs grans festes, dimenches -et jeudis, mais le plus commun des autres jours est à deux beufs -et vingt moutons.--_Nota_ encores que à la court de Monseigneur de -Berry on fait livrée à pages et à varlets des joes de beuf, et est le -museau du beuf taillié à travers, et les mandibules demeurent pour la -livrée, comme dit est.--_Item_, l’en fait du col du beuf livrée ausdis -varlets.--_Item_, et ce qui vient après le col est le meilleur de tout -le beuf, car ce d’entre les jambes de devant, c’est la poitrine, et ce -dessus, c’est le noyau[644]. - -Bourgoingne, de parisis à tournois du Roy[645]. - -Bourbon, la moitié du fait de la Royne. - -_Item_, et sans espandre ou baillier vostre argent chascun jour, -vous pourrez envoïer maistre Jehan au bouchier, et prendre char sur -taille[646], considérant ce qui s’ensuit: - -En la moitié de la poitrine de beuf a quatre pièces, dont la première -pièce a nom le grumel[647]; et toute celle moitié couste dix blans[648] -ou trois sols. En la longe a six pièces, et couste six sols huit -deniers ou six sols. La surlonge trois sols. Ou giste[649] a huit -pièces et est la plus grosse char, mais elle fait la meilleure -eaue[650] après la joe; et couste le giste, huit sols. - -Le quartier de mouton a quatre pièces ou trois pièces et l’espaule, et -couste huit blans ou trois sols. - -Le quartier de veel, huit sols. Porc[651].... - -Et _nota_ que ce que l’en dit la poictrine d’un beuf, l’en dit le -brichet d’un mouton: et quant l’en parle d’un cerf, l’os d’icelle -poictrine est nommé la hampe. - -De la poictrine d’un beuf, la première pièce qui part d’emprès le colet -est appellée le grumel, et est la meilleur. D’un mouton, le flanchet -est ce qui demeure du quartier de devant quant l’espaule en est -levée.--_Item_, l’en dit le couart[652] d’un cerf.--_Item_, les dentés -sont les c......ns. - -La surlonge trois sols. La longe six sols. La char d’un mouton dix sols. - - * * * * * - -Après ces choses, convient dire et parler d’aucuns termes généraulx qui -regardent fait de queurie[653] en aucune qualité, et après sera monstré -à congnoistre et choisir les viandes desquelles l’en doit ouvrer comme -il s’ensuit: - -_Primo_, que en toutes sausses et potages lians en quoy l’en broie -espices et pain, l’en doit premièrement broïer les espices et oster -du mortier, car le pain que l’en broie après, requeut ce qui des -espices est demouré; ainsi on ne pert rien ce qu’on perdroit qui feroit -autrement. - -_Item_, des espices et lieures[654] mises en potages, l’en ne doit -riens couler[655], combien que sausses si fait, afin que les sausses -soient plus clères et aussi plus plaisans. - -_Item_, sachiez que pou advient que pois ou fèves ou autres potages -s’aoursent[656], se les tisons ardans ne touchent au cul du pot quant -il est sur le feu.--_Item_, avant que ton potage s’aourse, et afin -qu’il ne s’aourse, remue-le souvent au cul du pot et appuie ta cuillier -au fons, afin que le potage ne se preigne là. Et _nota_ que si tost que -tu apparceveras que ton potage s’aoursera, si ne le remue point, mais -l’oste tantost de dessus le feu et le mets en un autre pot. - -_Item_, _nota_ que communément tous potages qui sont sur le feu -surondent et s’en vont sur le dit feu jusques à ce que l’en ait mis au -pot sel et gresse, et depuis, non. - -_Item_, _nota_ que le meilleur chaudeau qui soit, c’est de la joe de -beuf lavée en eaue deux fois ou trois, puis boullir et bien escumer. - -_Item_, l’en scet se un connin est gras, à luy taster un nerf ou col -entre les deux espaules, car là scet-l’en s’il a grosse gresse par le -gros nerf; et s’il est tendre, l’en le scet à luy rompre une des jambes -de derrière. - -_Item_, _nota_ qu’il y a différence entre les queux, entre boutonner et -larder, car boutonner est de giroffle et larder est de lart. - -_Item_, des brochets, le laictié vault mieulx que l’ouvé, se ce n’est -quant l’en veult faire rissolles, pour ce que des œuvés l’en fait -rissolles, _ut patet in tabula_. Des brochets, l’en dit lancerel, -brochet, quarrel, lux et luceau[657]. - -_Item_, aloze franche entre en Mars en saison. - -_Item_, carpe doit estre très cuite, ou autrement c’est péril de la -mangier. - -_Item_, plais[658] sont doulces à applanier à la main, et lymandes au -contraire. - -_Item_, à Paris, les oyers[659] engressent leurs oies de farine, non -mie la fleur ne le son, mais ce qui est entre deux, que l’en appelle -les gruyaux ou recoppes: et autant comme ils prennent de ces gruyaux -ou recoppes, autant mettent-ils d’avoine avec, et meslent tout avec -un petit d’eaue, et ce demeure ensemble espais comme paste, et ceste -viande mettent en une goutière[660] sur quatre piés, et d’autre part, -de l’eaue et lictière nouvelle chascun jour, et en quinze jours sont -gras. Et _nota_ que la lictière leur fait tenir leurs plumes nettes. - -_Item_, pour faisander chapons et gélines, il les convient saignier par -la gueule et incontinent les mettre et faire morir en un scel d’eaue -très froide, et il sera faisandé ce jour mesmes comme de deux jours tué. - -_Item_, l’en congnoist les jeunes malars[661] des viels, quant ils -sont aussi grans les uns comme les autres, aux tuyaux des esles qui -sont plus tendres des jeunes que des vieulx.--_Item_, l’en congnoist -ceulx de rivière à ce qu’ils ont les ongles fins, noirs, et aussi ont -les piés rouges, et ceulx de paillier[662] les ont jaunes. _Item_, -ont la creste[663] du bec, c’est assavoir le dessus, vert tout au -long, et aucunes fois les masles ont au travers du col, endroit le -hasterel[664], une tache blanche, et sont tous d’un plumage et ont la -plume de dessus la teste très ondoiant. - -_Item_, coulons ramiers sont bons en yver, et congnoist-l’en les vieulx -à ce que les venneaulx[665] de leurs esles sont tout d’une couleur -noire, et les jeunes d’un an ont les venneaulx cendrés et le surplus -noir. - -_Item_, l’en congnoist l’aage d’un lièvre au nombre des pertuis qui -sont dessoubs la queue, car pour tant de pertuis, tant d’ans. - -_Item_, les perdris qui ont les plumes bien serrées et bien joinctes -à la char, et sont arrangéement et bien joinctes et sont comme les -plumes sont sur un esprivier, sont fresches tuées: et celles dont les -plumes se haussent contremont et laissent la char et se desrangent de -leur siége et vont sans ordre çà et là, sont vieilles tuées.--_Item_, à -tirer les plumes du braier[666], le sent-l’en. - -_Item_, la carpe qui a l’escaille blanche et non mie jaune ne rousse, -est de bonne eaue. Celle qui a gros yeulx et saillans hors de la teste, -et le palais et langue mols et ouny, est grasse. Et _nota_, se vous -voulez porter une carpe vive par tout un jour, entortilliez-la en foing -moullié et la portez le ventre dessus, et la portez sans luy donner -air, c’est assavoir en bouges ou en sac. - -La saison des truites commence en[667]..... et dure jusques à -Septembre. Les blanches sont bonnes en yver, et les vermeilles[668] en -esté. Le meilleur de la truite est la queue, et de la carpe c’est la -teste. - -_Item_, l’anguille qui a menue teste, becque délié, cuir reluisant, -ondoiant et estincelant, petis yeulx, gros corps et blanc ventre, est -la franche. L’autre est à grosse teste, sor[669] ventre, et cuir gros -et brun. - - * * * * * - -Cy-après s’ensuivent aucuns disners et soupers de grans seigneurs et -autres, et notes sur lesquels vous pourrez choisir, reconqueillir[670] -et aprendre des quels mets qu’il vous plaira, selon les saisons et les -viandes qui seront ès païs où vous serez, quant vous aurez à donner à -disner ou à soupper. - - -I. DISNER A JOUR DE CHAR, SERVI DE TRENTE ET UN MÈS A SIX -ASSIETTES. - -Première assiette. Garnache[671] et tostées[672], pastés de veel, -pastés de pinparneaux, boudins et saucisses. - -Seconde assiette. Civé de lièvres et les costellettes, pois coulés, -saleure et grosse char, une soringue d’anguilles (12)[673] et autre -poisson. - -Tierce assiette. Rost: connins, perdris, chappons, etc., lux, bars, -carpes, et un potage escartelé (35, 36, 37). - -Quarte assiette. Oiseaulx de rivière à la dodine, ris engoulé (37), -bourrée à la sausse chaude et anguilles renversées (26). - -Quinte assiette. Pastés d’aloés, ruissolles, lait lardé (41), flaonnés -succrés. - -Sixième assiette. Poires et dragées, neffles et nois pelées. Ypocras et -le mestier[674]. - - -II. AUTRE DISNER DE CHAR DE VINT-QUATRE METS A SIX ASSIETTES. - -Première assiette. Pastés de veel menu déhaché à gresse et mouelle de -beuf, pastés de pinparneaux, boudins, saucisses, pipefarce, et pastés -norrois _de quibus_ (41). - -Seconde assiette. Civé de lièvre (16) et brouet d’anguille (17); fèves -coulées, saleures, grosse char, s.[675] beuf et mouton. - -Tiers mets. Rost: chappons, connins, veel et perdris, poisson d’eaue -doulce et de mer, aucun taillis (36) avec doreures (39). - -Quart mets. Mallars de rivière à la dodine, tanches aux soupes et -bourrées à la sausse chaude[676] (26), pastés de chappons de haulte -gresse à la souppe de la gresse et du persil. - -Quint mets. Un boulli lardé, ris engoulé, anguilles renversées, aucun -rost de poisson de mer ou d’eaue doulce, roissolles (41), crespes et -vielz sucre (41). - -La sixième assiette et derrenière pour yssue. Flanciaux succrés et lait -lardé, neffles, noix pellées, poires cuites et la dragée. Ypocras et le -mestier. - - -III. AUTRE DISNER DE CHAR. - -Premier mès. Pastés de beuf et roissoles, poirée noire, lamproies à -froide sauge, un brouet d’Alemaigne de char, une sausse blanche de -poisson et une arbolastre, et grosse char de beuf et mouton. - -Second mès. Rost de char, poissons d’eaue doulce, poissons de mer, une -cretonnée de char, raniolles[677], un rosé de lapereaulx et de bourrées -à la sausse chaude,[678] d’oiselets tourtes Pisaines (_id est_ de Pise -en Lombardie, et dit-l’en tourtes Lombardes, et y a des oiselets parmi -la farce, et en plusieurs lieux cy-après dit tourtes Lombardes). - -Tiers mès. Tenches aux souppes, blanc mengier paré, lait lardé, -crottes, queue de sanglier à la sausse chaude, chappons à la dodine, -pastés de bresmes et de saumon, pleis en l’eaue et leschefrite et -darioles. - -Quart mès. Fromentée, venoison, rost de poissons, froide sauge, -anguilles renversées, gelées de poisson, pastés de chappons à là soupe -courte. - - -IV. AUTRE DISNER DE CHAR. - -Premier mès. Pastés norrois (40), un brouet camelin de char, bignés de -mouelle de beuf, soringue d’anguilles, loche en eaue et froide sauge, -grosse char et poisson de mer. - -Second mès. Rost le meilleur que on peut et poisson doulx, un bouli -lardé, un tieule[679] de char, pastés de chappons et crespes, pastés de -bresmes, d’anguilles, et blanc mengier. - -Tiers mets. Froumentée, venoison, lamproie à la sausse chaude (26), -leschefrites, bresmes en rost et darioles, esturgon et gelée. - - -V. AUTRE DISNER DE CHAR. - -Premier mets et assiette. Pastés de beuf et de mouelle, civé de lièvre, -grosse char, un brouet blanc de connins, chappons et venoison aux -souppes, porée blanche, navés, oés salées et eschinées. - -Second mets. Rost le meilleur etc., un rosé d’aloés, un blanc mengier, -nomblès et queue de sanglier à la sausse chaude (26), pastés de -chappons gras, frittures et pastés norroix. - -Tierce assiette. Fromentée, venoison, dorures de pluseurs manières, -oés et chappons gras à la dodine, darioles de cresme et leschefrites -sucrées, bourrées à la galentine chaude (26), gelée de chappons, -connins, poucins[680], lapereaux et cochons. - -Quarte assiette. Ypocras et le mestier pour issue. - - -VI. AUTRE DISNER DE CHAR. - -Premier mets. Fèves frasées, un brouet de cannelle (13), un civé de -lièvre noir (16), un brouet vert d’anguilles (17), harenc sor, grosse -char, navès, tanches aux souppes, oés et eschinées salées, roissolles -de mouelle de beuf (4) et hastelés de beuf _ut pa_[681]. - -Second mets. Rost le meilleur que on puet, poisson doulx, poisson de -mer, plais en l’eaue, bourrées à la sausse chaude _ut_[682] lamproions -(26), un gravé d’aloés g. i. g.[683], de fleur de peschier, blanc -mengier parti, tourtes Lombardes, pastés de venoison et d’oiselets, -cretonnée d’Espaigne, harenc frais. - -Tiers mès. Froumentée, venoison, dorures, gelées de poisson, chappons -gras à la dodine, rost de poisson, leschefrites et darioles, anguilles -renversées, escrevices, crespes et pipefarces. - - -VII. AUTRE DISNER DE CHAR. - -Premier mets. Poirée blanche, hastelés de beuf, grosse char, civé de -veel, du brouet houssé. - -Second mets. Rost de char, poisson de mer et d’eaue doulce, ranioles -Lombardes, une cretonnée d’Espaigne. - -Tiers mets. Lamproies, alause[684], un rosé, lait lardé et croutes de -lait, tourtes Pisaines _id est_ Lombardes, darioles de cresme. - -Quart mets. Froumentée, venoison, doreures, pastés de bresmes et de -gornaux, anguilles renversées, chappons gras à la dodine. - -Yssue est ypocras et le mestier.--Boute-hors; vin et espices. - - -VIII. AUTRE DISNER DE CHAR. - -Premier mets. Grosse char, pastés norrois, bignés de mouelle de beuf, -brouet camelin de char, soringue d’anguilles, loches en eaue, poisson -de mer et froide sauge. - -Second mets. Rost le meilleur qu’on pourra, poisson doulx, un tieule de -char, un bouli lardé de chevrel, pastés de chapons, crespes, pastés de -bresmes et d’anguilles et blanc mengier. - -Tiers mets. Froumentée, venoison, doreures, lamproies à la sausse -chaude, leschefrites et darioles, bresmes en rost, boulis au verjus, -esturgon et gelée. - - -IX. AUTRE DISNER DE CHAR. - -Premier mets. Poreaux blans, pastés de beuf, oyes et eschinées, civé de -lièvre et de connins, un geneste d’aloés, grosse char. - -Second mets. Rost: queue de sanglier à la sausse chaude (26), blanc -mengier parti, dodines d’oés, lait lardé et croutes, venoison, -doreures, gelées, croutes au lait à la dodine, pastés de chapons, -froide sauge, pastés de vache et talemouse. - - -X. AUTRE DISNER DE CHAR. - -Premier mets. Pois coulés, harenc, anguilles salées, civé -d’oestres[685] noir, un brouet d’amandes, tieule, un bouli de brochets -et d’anguilles, une cretonnée, un brouet vert d’anguilles, pastés -d’argent. - -Second mets. Poisson de mer, poisson doulx, pastés de bresme et de -saumon, anguilles renversées, une arboulastre brune, tanches à un bouli -lardé, un blanc mengier, crespes, lettues, losenges, orillettes et -pastés norrois, lux et saumons farcis. - -Tiers mets. Fromentée, venoison, doreures de pommeaulx et de pès -d’Espaigne et de chastellier, rost de poisson, gelée, lamproies, -congres et turbos à la sausse vert, bresmes au vert jus, leschefrites, -darioles et l’entremès grant. - - -XI. AUTRE DISNER. - -Premier mets. Pastés de beuf et roissoles, porée noire, un gravé de -lamproies, un brouet d’Alemaigne de char, un brouet georgié de char, -une sausse blanche de poisson, une arboulastre. - -Second mets. Rost de char, poisson de mer, poisson doulx, une cretonnée -de char, ranioles, un rosé de lapereaulx et d’oiselets, bourrées à la -sausse chaude (26), tourtes Pisaines. - -Tiers mets. Tanches aux souppes, blanc mengier parti, lait lardé et -croittes[686], queues de sanglier à la sausse chaude (26), chapons -à la dodine, pastés de bresmes et de saumon, plais en l’eaue, -leschefrictes[687] et darioles. - -Quart mets. Fromentée, venoison, doreures, rost de poisson, froide -sauge, anguilles renversées, gelée de poisson, pastés de chappons. - - -XII. AUTRE DISNER. - -Premier mets. Fèves frasées, un brouet de canelle, un civé de lièvre -noir ou brouet d’anguilles vert, harens sors, grosse char, navets, -tanches aux souppes, oés et eschinées salées, roissolles de mouelle de -beuf. - -Second mets. Rost le meilleur qu’on peut, poisson d’eaue doulce, -poisson de mer, plais en l’eaue, bourrées à la sausse chaude, un gravé -d’aloués en couleur de fleur de peschier, blanc mengier parti, tourtes -Lombardes, pastés de venoison et d’oiselés, cretonnée d’Espaigne, -harens frais. - -Tiers mets. Froumentée, venoison, doreures, gelée de poissons, chappons -gras à la dodine, rost de poisson, leschefrictes et darioles, anguilles -renversées, escrevices, crespes et pipefarces. - - -XIII. AUTRE DISNER DE CHAR. - -Premier mets. Un brouet d’Alemaingne, choulx cabus, une soringue -d’anguilles, navez, pastés de beuf, grosse char. - -Second mets. Rost le meilleur qu’on pourra avoir, oés grasses à la -dodine, poisson d’eaue doulce, blanc mengier, une arboulastre, pastés -norrois, crespes, lait lardé, tourtes de lait. - -Tiers mets. Pastés de chapon à la doudine, ris engoulé, queue de -sanglier à la sausse chaude, leschefrictes et darioles succrées. - -Quart mets. Fromentée, venoison, doreures, anguilles renversées, rost -de bresmes. - -La teste de sanglier à l’entremès. - - -XIV. AUTRE DISNER DE CHAR. - -Premier mets. Poreaulx blancs à chappons, oé à l’eschinée et à -l’andoulle rostie, pièces de beuf et de mouton, un brouet gorgé[688] de -lièvres, de veel, de connins. - -Second mets. Chappons, perdris, connins, plouviers, cochons farcis, -faisans pour les seigneurs[689], gelée de char et de poisson. - -L’entremets. Lux et carpes. - -L’entremets eslevé[690]. Cine, paons, butors, hérons et autres choses. - -L’issue. Venoison, ris engoulé, pastés de chappons, flaons de cresme, -darioles, anguilles renversées, fruit, oublées[691], estrées[692] et le -claré[693]. - - -XV. AUTRE DISNER DE VINT QUATRE METS[694] A TROIS -ASSIÈTES. - -Premier mets. Pois coulés, anguilles salées et harenc, poireaux aux -amandes, grosse char, un brouet jaunet, une salemine, poisson de mer, -civé d’oïtres. - -Second mets. Rost, poisson doulx, poisson de mer, un brouet de Savoie, -un brouet lardé d’anguilles renversées. - -Tiers mets. Rost de bresmes, galentine, cine, chapons pelerins, gelée, -blanc mengier parti, plais en l’eaue, turbos à la soucie, darioles de -cresme, lamproies à la sausse chaude, doreures, ris engoulé, etc. - - -SOUPERS. - -XVI. SOUPER DE CHAR A QUATRE ASSIÈTES. - -Première assiète. Seymé, poules aux herbes, brouet de vertjus et de -poullaille, une espinbesche de un bouly lardé, brochereaulx et loche en -eaue, rougé et chastelongnes salées. - -Second mets. Rost le meilleur que on peut de char et poisson, et drois -au persil et au vinaigre, poisson à la galantine, une sausse blanche -sur poisson, et fraze de char. - -Tiers mets. Pastés de chapons, bécuit de brochets et d’anguilles, -laittues, tubesches et une arboulastre, poisson, crespes et pipefarces. - -Quart mets. Gelée, escrevices, plais en l’eaue, ables et froide sauge, -nomblès à la sausse chaude, pastés de vache et talemouses.--Potage pour -faire yssue, appellé gelée. - - -XVII. AUTRE SOUPER DE CHAR. - -Première assiète. Chapons aux herbes, une comminée, poix daguenets, -loches au jaunel, venoison aux souppes. - -Second mets. Rost le meilleur qu’on peut avoir, gelée, blanc mengier -parti, flanceaulx de cresme bien succrés. - -Tiers mets. Pastés de chapons, froides sauges, espaules de mouton -farcies, brochetons à un rebouly, venoison à la queue de sanglier, -escrevices. - - -XVIII. AUTRE SOUPER DE CHAR. - -Premier mets. Trois manières de potages, chapons entiers en un blanc -brouet, une chaudumée de beschets, venoison aux souppes, loches et -anguilles tronsonnées dessus. - -Second mets. Rost, chapons, connins, perdris, plouviers, mesles[695], -oiselets, chevriaulx, un blanc mengier sus, etc., lux carpes et bars, -etc., anguilles renversées.--Faisans et cines pour entremets. - -Tiers mets. Venoison à la froumentée, pastés de turtres et d’alouettes, -tartes, escrevices, harens frais, fruit, claré, nieulles[696], neffles, -poires, noix pelées. - - -XIX. DISNERS DE POISSON POUR CARESME. - -Premier mets et assiète. Pommes cuites, grosses figues de Prouvence -rosties et fueilles de lorier par-dessus, le cresson et le soret au -vinaigre, poix coulés, anguilles salées, harens blans, gravé sur -friture de mer et d’eaue doulce. - -Second mets. Carpes, lux, soles, rougés, saumons, anguilles. - - -XX. AUTRE DISNER DE POISSON POUR CARESME. - -Premier mets. Pommes cuites, etc., comme dessus. - -Second mets. Carpes, lux, soles, rougés, saumon, anguilles renversées à -la boe et une arboulastre. - -Tiers mets. Pinperneaulx rostis, merlans fris, marsouin poudré à l’eaue -et fromentée, crespes et pastés norrois. Yssue: figues et roisins, -ypocras et le mestier, comme dessus est dit. - - -XXI. AUTRE DISNER DE POISSON. - -Premier mets. Pois coulés, purée, civé d’oïstres, une sausse blanche de -brochets et de perches, porée de cresson, harens, graspoix, anguilles -salées, loches en l’eaue. - -Second mets. Poisson d’eaue doulce et de mer, turbot à la soucie, -taillis, un bécuit, anguilles en galentine. - -Tiers mets. Rost le plus bel et le meilleur qu’on pourra avoir, blans -pastés, larras, loche au waymel, escrevices, perches au percil et au -vinaigre, tanches aux souppes, gelée. - - -XXII. AUTRE DISNER DE POISSON. - -Premier mets. Pois coulés, harens, porée, anguilles salées, oïstres, -une salaminée de brochets et de carpes. - -Second mets. Poisson d’eaue doulce, une soringue d’anguilles, pastés -norrois et blanc mengier parti, une arboulastre, pastés, bignés. - -Tiers mets. Rost le meilleur, etc., ris engoulé, tartres, leschefrayes -et darioles, pastés de saumon et de bresme, une chaudumée. - -Quart mets. Taillis, crespes, pipefarces, escherois, loche frite[697], -doreures, congres et turbos au soucié[698], tourtes Lombardes, -anguilles renversées. - - -XXIII. AUTRE DISNER DE POISSON. - -Premier mets. Pommes cuites, figues grasses, Garnache, cresson et -poulés, pois coulés, aloze, anguille salée, harens et craspois, brouet -blanc sur perches, et sèches à un gravé sur friture. - -Second mets. Poisson doulx le meilleur qu’on peut et poisson de mer, -anguilles renversées, bourrées à la sausse chaude, tenches aux souppes, -escrevices, pastés de bresmes et plais en l’eaue. - -Tiers mets. Fromentée au marsouin, pastés norrois et maquereaulx -rostis, pinperneaulx en rost et crespes, oïttres, sèches frites avec un -bescuit de brochereaulx. - - -XXIV. AUTRE DISNER DE POISSON. - -Premier mets. Pois coulés, harenc, anguilles salées, civé d’oïttres -noir, un brouet d’amandes, tieule, un bouly de brochets et d’anguilles, -une cretonnée, un brouet vert d’anguilles, pastés d’argent. - -Second mets. Poisson de mer, poisson doulx, pastés de bresmes et de -saumon, anguilles renversées, une arboulastre brune, tanches à un bouly -lardé, un blanc mengier, crespes, lettues, losenges, orillettes et -pastés norrois, lux et saumon farcis. - -Tiers mets. Fromentée au pourpois[699], doreures de pommeaulx et de -pets d’Espaigne et de chastellier, rost de poisson, gelée, lamproies, -congres et turbot à la sausse vert, bresmes au vert jus, leschefroies, -darioles et l’entremès: puis Desserte, l’Issue et le Boutehors. - - -CY APRÈS S’ENSUIVENT AUCUNS INCIDENS SERVANS AUQUES[700] A -CE PROPOS. - -_Primo_, L’appareil que fist faire M. de Laigny[701] pour un disner -qu’il fist à Monseigneur de Paris, le président, procureur et advocas -du Roy et son autre conseil[702], montans à huit escuelles[703]. - -_Primo_, appareil de draps à tendre, vaisselle de sale et de cuisine, -may, herbe vert à mettre sur table, aiguières et hanaps à pié, deux -dragouers, salières d’argent, pain de deux jours pour chappeler et pour -tranchouers. Pour cuisine: deux grans paelles, deux cuviers à eaue et -deux balais. - -_Nota_ que Monsr. de Paris ot trois escuiers de ses gens pour luy -servir, et fut servi seul et à couvert[704]. Et Monsr. le Président, -un escuier, et fut servi seul et non couvert. _Item_, par le dit de -Monsr. le président, le procureur du Roy fut audessus de l’advocat -du Roy. - -Les assietes et mès s’ensuivent: Garnache deux quartes, c’est à deux -personnes une chopine[705], mais c’est sur le trop, car il souffist -à trois une chopine et que les seconds en aient. Eschaudés chaulx, -pommes de rouvel rosties et dragée blanche dessus, un quarteron: figues -grasses rosties, cinq quarterons: soret et cresson, rommarin. - -Potages, c’est assavoir salemine de six becquets et six tanches, poirée -vert, et harenc blanc, un quarteron: six anguilles d’eaue doulce salées -d’un jour devant et trois mellus trempés d’une nuit devant. - -Pour les potages: amandes, six livres; pouldre de gingembre, demie -livre; saffren, demie once; menues espices, deux onces; pouldre de -canelle, un quarteron; dragée, demie livre. - -Poisson de mer: soles, gournaulx, congres, turbot, saumon. Poisson -d’eaue doulce: lux faudis[706], deux carpes de Marne[707] faudisses, -bresme. - -Entremès: plays, lemproie à la boe. Rost: et convient autres touailles -et seize[708] pommes d’orenge, marsouin à sa sausse, maquereaux, soles, -bresmes, aloses à la cameline ou au vertjus, ris et amandes frictes -dessus; succre pour ris et pour pommes, une livre; petites serviettes. - -Pour desserte: composte, et dragée blanche et vermeille mise -par-dessus: rissoles, flaonnés, figues, dates, raisins, avelaines. - -Ypocras et le mestier sont l’issue. Ypocras deux quartes, et est le -surplus comme dit est dessus de Garnache[709], oublies deux cens et les -supplications[710]. Et _nota_, pour chascune escuelle l’en prent huit -oublies et quatre supplications et quatre estriers, et est largement; -et coustent huit deniers pour escuelle. - -Vin et espices sont le Boute-hors. Au laver, grâces et aler en la -chambre de parement; et lors les servans disnent, et assez tost après -vin et espices[711]; et puis congié. - - * * * * * - -L’ordenance des nopces que fera maistre Helye en May, à un mardy; -disner seulement pour vint escuelles. - -Assiette: beurre, rien, pour ce qu’il est jour de char. _Item_, -cerises, rien, pour ce que nulles n’en estoient trouvées; et pour ce -assiette nulle. - -Potages: chapons au blanc mengier, grenade et dragée vermeille -par-dessus. - -Rost: en chascun plat un quartier de chevrel: quartier de chevrel est -meilleur que aignel; un oison, deux poucins et sausses à ce; orenges, -cameline, vertjus, et à ce fraîches touailles ou serviettes. - -Entremès: gelée d’escrevices, de loches, lapereaux et cochon. Desserte: -froumentée et venoison. Yssue: ypocras et le mestier. Boute-hors: vin -et espices. - -L’ordonnance du souper que fera ce jour est telle pour dix escuelles. - -Froide sauge de moitiés de poucins, de petites oés, et vinaigrette -de ce mesmes mets pour icelluy soupper en un plat. Un pasté de deux -lappereaulx et deux flaons (jasoit-ce que aucuns dient que à nopces -franches convient darrioles), et en l’autre plat la frase de chevreaulx -et les demies testes dorées. - -Entremets: gelée comme dessus. Issue: pommes et fromage sans ypocras, -car il est hors de saison[712]. - -Dancer, chanter, vin et espices et torches à alumer. - -Or convient[713] la quantité des choses dessus dictes et leurs -appartenances et le pris d’icelles, et qui les pourverra[714] et -marchandera. - -Au boulengier, dix douzaines de blanc pain plat cuit d’un jour devant -et de un denier pièce[715]. - -Pain de tranchouers, trois douzaines de demi pié d’ample et quatre dois -de large de haut, cuit de quatre jours devant et sera brun, ou qu’il -soit pris ès halles pain de Corbueil[716]. - -Eschançonnerie: trois paires de vins. - -Au bouchier, demy mouton pour faire la souppe aux compaignons et un -quartier de lart pour larder; le maistre os d’un trumeau de beuf pour -cuire avecques les chapons pour avoir le chaudeau à faire le blanc -mengier; un quartier de veel devant pour servir au blanc mengier. Les -seconds[717], un trumel de veel derrière ou des piés de veel, pour -avoir l’eaue pour la gelée. Venoison[718], un pié en quarreure. - -A l’oubloier convient ordonner: _primo_, pour le service de la pucelle, -douzaine et demie de gauffres fourrées[719], trois sols; douzaine et -demie de gros bastons, six sols; douzaine et demie de portes[720], -dix-huit deniers; douzaine et demie d’estriers, dix-huit deniers; un -cent de galettes succrées, huit deniers. - -_Item_, fut marchandé à luy pour vint escuelles, pour le jour des -nopces au disner, et six escuelles pour les serviteurs, qu’il aura six -deniers pour escuelle, et servira chascune escuelle de huit oublies, -quatre supplications et quatre estriers. - -Au poullaillier, vint chappons, deux sols parisis la pièce; cinq -chevriaulx, quatre sols parisis; vint oisons, trois sols parisis -pièce; cincquante poucins, douze deniers parisis pièce; c’est assavoir -quarante rostis pour le disner, cinq pour la gelée et cinq au souper -pour froide sauge. Cincquante lappereaux, c’est assavoir quarante pour -le disner, lesquels seront en rost, et dix pour la gelée, et cousteront -douze deniers parisis chascun. Un maigre cochon, pour la gelée, quatre -sols parisis; douze paires de pigons pour le soupper, dix deniers -parisis la paire.--A luy convient enquérir de la venoison. - -Es halles, pain pour tranchouers, trois douzaines. Pommes grenades pour -blanc mengier, trois qui cousteront.... Pommes d’orenges, cincquante -qui cousteront[721].... Six frommages nouveaulx et un vieil, et trois -cens œufs. - -Est assavoir que chascun fromage doit fournir six tartelettes, et -aussi pour chascun fromage convient trois œufs. - -Ozeille pour faire vertjus pour les poucins, sauge et percil pour faire -la froide sauge, deux cens pommes de blandureau. - -Deux balais et une pele pour la cuisine, et du sel[722]. - -Au saussier, trois chopines de cameline pour disner et souper et une -quarte de vertjus d’ozeille. - -A l’espicier: dix livres d’amande, quatorze deniers la livre.--Trois -livres fourment mondé[723], huit deniers la livre.--Une livre pouldre -de gingembre-coulombin, onze sols.--Un quarteron gingembre-mesche, -cinq sols[724].--Demie livre canelle batue, cinq sols.--Deux livres -ris batus, deux sols.--Deux livres succre en pierre, seize sols.--Une -once de saffren, trois sols.--Un quarteron clou[725] et graine entre, -six sols.--Demi quarteron poivre long, quatre sols.--Demi quarteron -garingal[726], cinq sols.--Demi quarteron macis[727], trois sols quatre -deniers.--Demi quarteron feuille lorier vert, six deniers.--Deux livres -bougie grosse et menue, trois sols quatre deniers la livre, valent six -sols huit deniers.--Torches de trois livres la pièce, six; flambeaux de -une livre la pièce, six; c’est assavoir trois sols la livre à l’achat, -et la reprise six deniers moins pour la livre[728]. - -A luy espices de chambre[729], c’est assavoir orengat, une livre, dix -sols.--Chitron[730], une livre, douze sols.--Anis vermeil, une livre, -huit sols.--Succre rosat[731], une livre, dix sols.--Dragée blanche, -trois livres, dix sols la livre.--A luy hypocras, trois quartes, dix -sols la quarte, et querra tout. - -Somme que ceste espicerie monta à douze francs, à compter ce qui fut -ars des torches[732], et petit demoura d’espices; ainsi peut estre pris -demi franc pour escuelle[733]. - -A la Pierre-au-Lait[734], un sextier de bon lait non esburré et sans -eaue, pour faire la froumentée. - -En Grève[735], un cent de costerez de Bourgongne, treize sols; deux -sacs de charbon, dix sols. - -A la Porte-de-Paris[736]: may, herbe vert, violette, chappeaulx, un -quart de sel blanc, un quart de sel gros, un cent d’escrevices, une -chopine de loche, deux pots de terre, l’un d’un sextier pour la gelée, -et l’autre de deux quartes pour la cameline. - -Or avons _primo_ le service en général, et secondement où les matières -seront trouvées: or convient, tiercement, trouver sur ce administreurs -et officiers. - -_Primo_, convient un clerc ou varlet qui fera finance d’erbe vert, -violette, chapeaulx, lait, fromages, œufs, busche, charbon, sel, cuves -et cuviers tant pour sale que pour garde-mengiers, vertjus, vinaigre, -ozeille, sauge, percil, aulx nouveaulx, deux balais, une pesle et -telles menues choses. - -_Item_, un queux et ses varlets qui cousteront deux francs de loyer, -sans les autres drois, mais le queux paiera varlets et portages, et -dient: _à plus d’escuelles, plus de loyer_. - -_Item_, deux porte-chappes[737], dont l’un chappelera pain et fera -tranchouers et sallieres de pain, et porteront et le sel et le pain -et tranchouers aux tables, et fineront pour la sale de deux ou trois -couloueres pour gecter le gros relief[738] comme souppes, pain trenché -ou brisié, tranchouers, chars et telles choses: et deux seaulx pour -gecter et recueillir brouets, sausses et choses coulans[739]. - -_Item_, convient un ou deux porteurs d’eaue. _Item_, sergens grans et -fors à garder l’uis. - -_Item_, deux escuiers de cuisine et deux aides avec eulx pour le -dressouer de cuisine, desquels l’un ira marchander de l’office de -cuisine, de paticerie et du linge pour six tables; ausquelles convient -deux grans pos de cuivre pour vint escuelles, deux chaudières, quatre -couloueres, un mortier et un pestail[740], six grosses nappes pour -cuisine, trois grans pos de terre à vin, un grant pot de terre pour -potage, quatre jattes et quatre cuillers de bois, une paelle de fer, -quatre grans paelles à ance, deux trépiers et une cuillier de fer. -Et aussi marchandera de la vaisselle d’estain: c’est assavoir dix -douzaines d’escuelles, six douzaines de petits plas, deux douzaines et -demie de grans plas, huit quartes, deux douzaines de pintes, deux pos à -aumosne[741]. - -_Item_, que[742] l’ostel; sur quoy est assavoir que l’ostel de -Beauvais[743] cousta à Jehan du Chesne[744] quatre francs; tables, -tresteaulx, fourmes _et similia_, cinq francs; et la chappellerie luy -cousta quinze francs. - -Et l’autre escuier de cuisine ou son aide ira avecques le queux vers le -bouchier, vers le poullaillier, l’espicier, etc., marchander, choisir -et faire apporter, et paier portages; et auront une huche fermant à -clef où seront les espices, etc., et tout distribueront par raison et -mesure. Et après ce, eulx ou leurs aides retrairont et mettront en -garde le surplus en corbeillons et corbeilles,[745] en huche fermant -pour eschever le gast et excès des mesnies. - -Deux autres escuiers convient pour le dressouer de sale, qui livreront -cuilliers et les recouvreront: livreront hanaps, et verseront tel -vin comme chascun leur demandera pour ceulx qui seront à table, et -recouvreront la vaisselle[746]. - -Deux autres escuiers pour l’eschançonnerie, lesquels livreront vin pour -porter au dressouer, aux tables et ailleurs; et auront un varlet qui -traiera le vin. - -Deux des plus honnestes et mieulx savans[747], qui compaigneront -tousjours le marié et avec luy yront devant les mets. - -Deux maistres d’ostel pour faire lever[748] et ordener l’assiette des -personnes[749], un asséeur et deux serviteurs pour chascune table, -qui serviront et desserviront: getteront le relief ès corbeilles, les -sausses et brouets ès seilles ou cuviers, et retrairont et apporteront -la desserte des mets aux escuiers de cuisine ou autres qui seront -ordonnés à la sauver, et ne porteront riens ailleurs. - -L’office du maistre d’ostel est de pourveoir des salières pour la -grant table; hanaps, quatre douzaines; gobelets couvers dorés, quatre; -aiguières, six; cuilliers d’argent, quatre douzaines; quartes d’argent, -quatre; pos à aumosne, deux; dragouers, deux. - -Une chappelière[750] qui livrera chappeaulx le jour du regard[751] et -le jour des nopces. - -L’office des femmes est de faire provision de tapisseries, de ordonner -à les tendre, et par espécial la chambre parer et le lit qui sera -benoist[752]. - -Lavendière pour tressier[753]. - -Et _nota_ que se le lit est couvert de drap, il convient penne de menu -vair: mais s’il est couvert de sarge, de broderie, ou couste-pointe de -cendail, non. - - * * * * * - -L’ordonnance pour les nopces Hautecourt[754], pour vint escuelles, ou -mois de Septembre: - -Assiette: roisins et pesches ou petis pastés. - -Potages: civé, quatre lièvres et veau; ou pour blanc mengier vint -chappons, deux sols quatre deniers pièce, ou poules. - -Rost: cinq cochons, vint hétoudeaux, deux sols quatre deniers pièce; -quarante perdriaux, deux sols quatre deniers pièce. Mortereul -ou[755]... - -Gelée: dix poucins, douze deniers; dix lappereaulx, un cochon; -escrevices, un cent et demy. - -Fromentée, venoison, poires et noix. _Nota_ que pour la fromentée -convendra trois cens œufs. - -Tartelettes et autres choses, ypocras et le mestier, vin et espices. - -Souper.--Gravé de douze douzaines d’oiselets ou de dix canets, ou -bouly lardé de venoison fresche. Pastés de quarante lappereaulx, vint -poucins, quarante pigons; quarante darioles ou soixante tartelettes. - -_Nota_ que trois oiselets en une escuelle, c’est assez; toutesvoies -quant l’en a jugiers[756] de chappons _vel similia_, l’en met trois -oiselès et demi jugier avec, en l’escuelle. - - -LA QUANTITÉ DES CHOSES DESSUS-DICTES. - -Au boulengier, _ut supra_ ès autres nopces précédens. - -Au pasticier, _ut supra_. - -Eschançonnerie, _ut supra_. - -Au bouchier, trois quartiers de mouton pour faire les souppes aux -compaignons, un quartier de lart pour larder, un quartier de veel de -devant pour le blanc mengier; pour les servans, venoison. - -A l’oubloier, douzaine et demie de gauffres fourrées faites, c’est -assavoir de fleur de farine pettrie aux œufs et des leches de frommage -mises dedens, et dix-huit autres gauffres pettries aux œufs et sans -fromage. _Item_, douzaine et demie de gros bastons, c’est assavoir -farine pettrie aux œufs et pouldre de gingembre batue ensemble et mis -en la fourme, et aussi gros comme une andoulle: et lors mettre entre -deux fers sur le feu. _Item_, douzaine et demie d’autres bastons et -autant de portes. - -_Item_, convient au dit regard envoier (oultre le fait dudit oubloier) -cinquante pommes de blandureau, les chappeaulx et les ménestriers. - -_Item_, audit oubloier, le service du jour des nopces _ut supra_ ès -nopces précédens. - -Au poullaillier, les rots et la volaille et venoison _ut supra_. - -Ès halles et à la Porte-de-Paris, les choses appartenans _ut supra_. - -Au saussier, une quarte de cameline pour le disner, et à soupper deux -quartes de moustarde. - -A l’espicier, espices de chambre: dragée, succre rosat, noisettes -confites, chitron et _manus-christi_[757], quatre livres pour tout. -_Item_, ypocras. Espices de cuisine: poudre blanche, une livre; poudre -fine, demie livre; poudre de canelle, demie livre pour blanc mengier. -Menues espices, deux onces. Succre en pierre, trois livres; trois -pommes grenades; dragée blanche et vermeille, demie livre; amandes, six -livres; fleur de ris, une livre; un quart de froment mondé. - -Au cirier furent prinses torches et flambeaux à trois sols la livre, -et à deux sols six deniers de reprinse. - -_Item_, pour louage de linge, c’est assavoir pour six tables, trois -grans pos de cuivre, pour seize douzaines d’escuelles, deux chaudières, -deux[758] couloueres, un mortier, un pestail, six grosses nappes pour -cuisine, trois grans pos de terre à vin, un grant pot de terre pour -potage, quatre jattes, quatre cuilliers de bois, une paelle de fer, -quatre grans paelles à ance, deux trépiés et une cuillier de fer -percée; pour ce, cinquante-six sols parisis. - -Vaisselle d’estain: dix douzaines d’escuelles, six douzaines de petis -plas, deux douzaines et demie de grans plas, huit quartes, deux -douzaines de pintes, deux pos à aumosne; pour tout ce, seize sols. - -En Grève, _ut supra_ ès autres nopces. - -_Nota_ que pour ce qu’ils[759] estoient vefves, ils espousèrent bien -matin en leurs robes noires et puis se vestirent d’autres. - -_Nota_ des mises extraordinaires pour les nopces Jehan du Chesne. Au -queux quatre francs et demi, et aides et portages, un franc: pour -tout, cinq francs et demi. Au concierge de Beauvais, quatre francs: -pour tables tréteaulx _et similia_, cinq francs. A la chappellière, -quinze frans. Eaue, vint sols. Menestrels huit francs, sans les -cuillers et autres courtoisies[760]; et feront le regart[761] et les -acrebades[762]. Sergens deux frans. Herbe vert, huit sols. Flambeaux et -torches, dix frans. Vaisselle de cuisine, nappes, touailles et voirres, -sept frans. Pots d’estain, quatre frans. - - - - -DE LA DEUXIÈME DISTINCTION - -LE QUINT ARTICLE - - QUI PARLE DE COMMANDER, DEVISER ET FAIRE FAIRE TOUTES MANIÈRES DE - POTAIGES, CIVÉS, SAULSES ET TOUTES AUTRES VIANDES. - - -Or convient maintenant monstrer des appareils des viandes dessus -nommées, mais, _primo_, te convient savoir aucuns termes généraulx -lesquels tu pourras recueillir plus largement par aucunes additions qui -sont çà et là parmi ce livre, c’est assavoir des lieures des potages, -comme de pain, d’œufs, d’amidon, de fleur[763], etc., et par tous les -potages lians. - -_Item_, pour garder que ton potage ne s’aourse, tu le dois remuer ou -fons du pot et regarder que les tisons ne touchent au fons, et s’il est -jà commencé à aourser, tu le dois tantost changier en un autre pot[764]. - -_Item_, de lait garder de tourner. - -_Item_, que le pot ne s’envoise de dessus le feu. - -Ès potaiges, l’en doit mettre les espices très bien broiées et non -coulées, et au plus tart. Ès sausses et en gelée _secus_[765]. - -Congnoistre espices, comme devant le quint article[766]. - -_Item_, POUR PORS TUER.--L’en dit que l’en doit tuer les -masles ès mois de Novembre, et les fumelles en Décembre; et ainsi est -leur saison, à l’exemple que l’en dit: _géline de Février_. - -_Item_, pour faire boudins, aiez le sang du porc recueilli en un bel -bacin ou paelle, et quant vous aurez entendu à vostre pourcel veoir -deffaire, et fait laver très bien et mis cuire vostre froissure, et -tandis qu’elle cuira, ostez du fons du bacin les coles du sang et -gettez hors; et après, aiez oignons pelés et mincés jusques à la -montance de la moitié du sang, avec la montance de la moitié de la -gresse qui est entre les boyaulx, que l’on appelle l’entrecerelle[767] -des boyaulx, mincée menue comme dés, ensemble un petit de sel broyé, et -gettez ou sang. Puis, aiez gingembre, clou, et pou de poivre, et broiez -tout ensemble. Puis, aiez les menus boyaulx bien lavés, renversés et -essangés[768] en rivière courant, et pour oster la freschumée[769], -aiez-les mis en une paelle sur le feu, et remuez; puis, mettez sel -avec; et faites seconde fois, et encores troisième fois: et puis lavez, -et après renversez et les lavez, puis mettez essuier sur une touaille; -et les pousser et estraindre[770] pour seicher. (L’en dit l’entrecerele -et sont les gras boiaulx qui ont gresse dedens que l’en arrache à -un coustel). Après ce que vous aurez mis et adjousté par esgales -portions et quantités, pour autant de sang moitié d’oignons, et pour -autant de sang, au quart de gresse, et puis quant vos boudins seront -de ce emplis, faites-les cuire en une paelle en l’eaue de froissure, -et picquiez d’une espingle quant ils s’enflent, ou autrement ils -crèveroient. - -_Nota_ que le sang se garde bien deux jours, voire trois, puis que les -espices sont dedens. Et aucuns pour espices, ont poulieul[771], grant -sarriette, ysope, marjolaine, queullis[772] quant ils sont en fleur et -puis séchés, pilés, pour espices. Et quant à la froissure, mettez-la en -un pot de cuivre pour cuire au feu, tout entière et sans sel, et mettez -le long de la gorge dehors le pot, car par la froissure s’escumera; et -quant elle sera cuite, si l’ostez et pour faire le potage la regardez. - -Pour faire boudins de foie, prenez deux morceaulx de foie, deux -morceaulx de mol, un morcel de gresse, et mettez en un bouel[773] -avecques du sang: et au surplus comme dessus. - -_Nota_ que l’en fait bien boudins du sang d’une oé[774], mais qu’elle -soit maigre, car de la maigre les boyaulx sont plus larges que de la -grasse. - -_Quæritur_[775] comment les boyaulx seront renversés pour laver; -_responsio_: à un fil de lin et un fil d’archal long comme la verge -d’un jaugeur. - -_Nota_ que aucuns pendent en Pasquerés[776] leurs pourceaulx, et -l’air les jaunist; et pour ce les vault mieulx tenir ou salouer comme -ils font en Picardie, combien que la char n’en soit pas si ferme, ce -semble; toutesvoies est-ce trop plus bel service du lart qui est bel et -blanc que du jaune, car quelque bonté qu’il ait ou jaune, il est trop -reprouchié et donne descouragement quant l’en le voit[777]. - -Pour faire andoulles.--_Nota_ que les andoulles sont faictes du boiau -culier et autres boyaulx gros, lesquels gros sont remplis des autres -pour faire saucisses; et iceulx boyaulx menus, quant l’en les veult -mettre ès andoulles, sont fendus au long en quatre parties. _Item_, -de la pance qui est fendue par lesches, fait-l’en andoulles; _item_, -de la char qui est dessoubs les costelettes; _item_ des fagoés et -autres choses qui sont entour la haste-menue, quant l’en ne veult -point retenir celle haste-menue entière.--Mais premièrement, iceulx -boyaulx sont deffreschumés en la paelle avec du sel, deux ou trois -fois, comme dessus est dit des boyaulx pour boudins. Et les autres -choses dessus-dictes, dont le dit boyau culier et autres dont l’en -fait andouilles doivent estre remplis, seront premièrement plungiés et -pouldrés de la pouldre de poivre demie once, et du fanoil un sixain, -broiés avec un petit de sel et attrempéement mis, tout broié menu, -avec les espices; et quant icelles andoulles sont ainsi ensachées et -emplies, l’en les porte saler avec le lart et dessus le lart. - -Costelettes de fresche saleure, rosties sur le gril. - -Eschinées et jambons salés de trois jours naturels, aux pois. - -_Nota_ que se un jambon est salé de longue saleure comme d’un mois, -il convient dès le soir devant le mettre tremper en eaue froide, et -l’endemain rere[778] et laver en eaue chaude pour mettre cuire, ou -mettre cuire _primo_ en eaue et en vin, et gecter ceste première -boulure, et puis cuire en autre eaue. - -Cy après s’ensuivent tous les noms particuliers qui sont ès yssues d’un -porc, qui sont vendues à la tripperie sept blans. - -_Primo_, quant le porc est décoré[779], le sang et les coles yssent -premièrement, et en fait-l’en boudins qui veult. _Item_ et en la -froissure sont et appartiennent 1º en sain; 2º la haste-menue; 3º le -chaudun[780]. - -Le sain est le sain qui est entre les boyaulx et la haste-menue. -La froisseure, c’est le foie, le mol, le cuer et la langue. La -haste-menue, c’est la rate: et à icelle tient bien la moitié du foie -et les rongnons; et l’autre moitié du foie tient à la froissure, -entre le mol et le cuer. Le chaudun, ce sont les boyaulx que l’en dit -l’entrecerele des boyaulx, et aussi sont-ce les boyaulx menus dont l’en -fait boudins et saucisses, et aussi en est la pance. - -Ès yssues du mouton a la froissure à laquelle sont la panse et -la caillette, les quatre piés et la teste; et couste tout, deux -parisis[781] à la tripperie. - -Les yssues du veel coustent à la triperie, deux blans, c’est assavoir -la froissure, et y a la teste et la fraze et la pance et les quatre -piés. - -_Nota_, la fraze[782] c’est la caillette, la pance et les boyaulx, -lesquels les tripiers vendent tous nettoiés, lavés et appareillés, -trempans en belle eaue nette; mais ceulx qui les achettent ne -s’attendent pas aux tripiers de leur appareil, mais les lavent en deux -ou en trois paires d’eaues chaudes, et les eschaudument de nouvel avec -du sel; et puis mettre cuire en eaue sans sel, tant que toute icelle -soit beue, puis nourrir d’eaue de mouton, et mettre des herbes, de -l’eaue, et du saffran en un plat avecques la fraze, et mengier comme -trippes, au sel et au vertjus. - -_Nota_, cy grant diversité de langage, car ce que l’en dit du porc -la fressure, c’est le foie, le mol et le cuer; et ce que l’en dit la -fressure de mouton, c’est la teste, la pance, la caillette et les -quatre piés; et ce que l’en dit la fressure d’un veel, c’est la teste, -la fraze, la pance et les quatre piés; et ce que l’en dit la fressure -d’un beuf, c’est la pance, le psaultier, la franche-mule, la rate, le -mol et le foie et les quatre piés; et de venoison, autrement et par -autres noms. (_Quæritur_[783] la cause de ceste diversité sur ce seul -mot fressure.) - -VENOISON DE CERF OU AUTRE.--Qui la veult saler en esté, la -convient saler en cuvier ou baignoire[784], gros sel broié, et après -séchier au soleil. Seimier[785] _id est_ le coyer, qui est salé, l’en -le doit cuire en la première eaue et vin pour le premier boullon pour -oster son sel: et puis getter eaue et vin, et après mettre parcuire en -boullon de char et des navès, et servir par lesches avec de l’eaue en -un plat et venoison. - -_Item_, qui a navès jeunes et petis, l’en la doit cuire en eaue et sans -vin pour le premier boullon, puis getter l’eaue, et puis parcuire en -eaue et vin et des chateingnes dedens, ou qui n’a chateingnes, de la -sauge: puis servir comme dessus. - -En Juin et en Juillet, beuf et mouton salé par pièces est bien cuit à -l’eaue et aux ciboulles; salé du matin au vespre ou d’un jour au plus. - - * * * * * - -Les bouchiers de Paris[786] tiennent que en un beuf, selon leur stile -et leur parler, n’a que quatre membres principaulx: c’est assavoir les -deux espaules, les deux cuisses, et le corps de devant tout au long, -et le corps de derrière tout au long. Car les espaules et les cuisses -levées, l’en fent le beuf par les deux costés et fait-l’en du devant -une pièce, et du derrière une autre; et ainsi est apporté le corps du -beuf à l’estal, se le beuf est petit ou moïen: mais s’il est grant, la -pièce de devant est fendue depuis en deux tout au long, et la pièce -de derrière aussi, pour apporter plus aisiéement. Ainsi avons-nous -maintenant du beuf six pièces, dont les deux poictrines sont levées -au premier, et puis les deux souppis qui là tiennent qui sont bien de -trois piés de long et demy-pié de large, eu venant par en bas et non -pas par en hault. Et puis couppe-l’en le flanchet: et puis si a la -surlonge qui n’est mie grantment plus espais de trois dois[787] ou -de deux. Puis, si a la longe qui est au plus près de l’eschine, qui -est espoisse d’une grosse poignée; puis si a le filet que l’en appelle -le nomblet, qui est bien d’un pié de long et non plus; et tient l’un -bout au col et l’autre au rongnon, et est du droit de celluy qui tient -les piés des beufs à l’escorcher, et le vent à un petit estal qui est -au-dessous[788] de la grant Boucherie; et est de petite valeur. - -_Item_, selon ce que les beufs sont grans, l’en fait et vent à la -Porte[789] plus de pièces de l’un des membres devisés que de l’autre. -Si ne sçay comment la taille des bourgois[790] se peut proportionner -en compte justement avec les bouchiers, car le bon beuf couste vingt -livres où l’autre ne couste que douze[791]. - -_Item_, les yssues du beuf coustent à la triperie huit sous: c’est -assavoir la fressure en laquelle sont la pance, le saultier[792], la -franche mule[793], la rate, le mol[794], le foie et les quatre piés. - -_Item_, à Besiers, depuis la Saint-Andry[795] qui est devant Noël, l’en -sale les moutons par quartiers, par bien frotter de sel et refrotter, -et tant et tant, et puis mettre les quartiers l’un sur l’autre huit -jours, et puis mettre à la cheminée. - -Se tu veulx saler char de beuf ou de mouton en yver, aies de gros sel -et le sèche en la paelle très-bien, puis le broies bien menu, et sales. - -Et _nota_ que en Juin et Juillet mouton veult estre trempé, puis salé. - -LANGUE DE BEUF SALÉE. En la saison qu’il fait bon saler, -prenez des langues de beuf une quantité et les parboulez un petit, puis -les réez et pelez, puis les salez l’une sur l’autre, et les laissiez -en sel huit ou dix jours, puis les pendez à la cheminée, le remenant -de l’iver: puis les pendez en un lieu sec, un an ou deux ou trois ou -quatre. - -OÉ doit estre salée de trois jours naturels. - -FOUQUES salées de deux jours sont bonnes aux choux. - -COULONS RAMIERS aussi; _nota_ que ils viennent de trois ans en -trois ans. - -Se un lièvre est pris quinze jours ou trois sepmaines devant Pasques, -ou en autre temps que l’en le vueille garder, effondrez-le et lui ostez -les entrailles, puis luy fendez la pel[796] de la teste et luy rompez -et cassez, et faictes une ouverture ou test et ostez la cervelle et -emplez le creux de sel et recousez la pel; il se gardera un mois s’il -est pendu par les oreilles. - -_Nota_ que un des meilleurs morceaulx ou pièces de dessus le beuf, soit -à rostir ou cuire en l’eaue, c’est le noyau du beuf; et _nota_ que -le noyau du beuf est la pièce après le col et les espaules. Et aussi -icelle pièce est souverainement bonne tranchée par lesches, mise en -pasté; et quant le pasté est cuit, gettez dedens sausse de lamproye. - -ANGUILLE. Faictes-la mourir en sel et la laissiez illec trois -jours naturels toute entière, puis soit eschaudée, osté le limon, -tranchée par tronçons, cuite en l’eaue et aux ciboules. Et se vous -la voulez saler du vespre au matin, estuviez-la et effondrez, puis -tranchiez par tronçons, et salez et frottez très-bien chascun tronçon -en fort sel; et se vous la voulez plus avancer, broyez du sel et -frottez chascune couppure de tronçon et la hochez en sel entre deux -escuelles. Cuite comme dessus et mengée à la moustarde. - -HARENC QUAQUE soit mis en eaue fresche et laissié trois jours -et trois nuis tremper en foison d’icelle eaue, et au bout de trois -jours soit lavé et mis en autre eaue fresche deux jours tremper, et -chascun jour changier son eaue deux fois. Et toutesvoies le menu et -petit harenc veult moins tremper, et aussi est d’aucun harenc qui de sa -nature veult moins tremper l’un que l’autre. - -HARENC SOR. L’en congnoist le bon à ce qu’il est meigre et a -le dos espois, ront et vert; et l’autre est gras et jaune ou a le dos -plat et sec. - - -POTAGES COMMUNS SANS ESPICES ET NON LIANS. - -Et primò POTAGE DE POIS VIELZ.--Convient eslire[797], et -savoir aux gens du lieu la nature des pois d’icelluy lieu, (car -communément les pois ne cuisent pas bien d’eaue de puis: et en aucuns -lieux ils cuisent bien d’eaue de fontaine et d’eaue de rivière, -comme à Paris, et en autres lieux, ils ne cuisent point d’eaue de -fontaine[798], comme à Bésiers) et ce sceu, il les convient laver en -une paelle avec de l’eaue tiède, puis mettre en un pot et de l’eaue -tiède avec au feu, et faire boulir tant qu’ils soient bayens[799]. Puis -purer[800] la purée et la mettre à part, puis emplir le pot aux pois -d’eaue tiède et mettre au feu et les repurer secondement, qui veult -avoir plus largement purée: et puis remettre sans eaue, car ils en -gecteront assez et bouldront en icelle; et ne convient point mettre la -cuillier dedens le pot puis qu’ils sont purés, mais hocher le pot et -les pois ensemble, et petit à petit les paistre de l’eaue tiède ou plus -chaude que tiède et non de la froide, et faire boulir et cuire du tout -avant que tu y mettes quelque chose que eaue chaude soit de la char ou -autre: ne n’y met sel, ne lart, ne affaitement quelsconques jusques à -ce qu’ils soient tous cuis. De l’eaue du lart y pues tu bien mettre et -de l’eaue de la char, mais l’en n’y doit point mettre de sel, non mie -bouter la cuillier, jusques à ce qu’ils soient bien cuis; toutesvoies, -l’en les peut bien remuer à tout le pot. - -A jour de char, l’en doit, après ce qu’ils sont purés, paistre de -l’eau du lart et de la char, et quant ils seront presque cuis, l’en -peut mettre le lart dedens; et quant l’en trait le lart d’iceulx pois, -l’en le doit laver de l’eaue de la char, afin qu’il en soit plus bel à -mettre par lesches sur la char, et qu’il n’appere point crotté de pois. - -A jour de poisson, quant les pois sont cuis, l’en doit avoir oignons -qui aient autant cuit comme les pois en un pot et le lart en autre -pot[801], et[802] que de l’eaue du lart l’en paist et sert les pois, -tout ainsi, à jour de poisson, quant l’en a mis ses pois au feu en -un pot, l’en doit mettre à part ses ongnons mincés[803] en un autre -pot, et de l’eaue des oignons servir et mettre dedens les pois en -paissant; et quant tout ce est cuit, frire les oignons et en mettre la -moictié ès pois, et l’autre en la purée dont il sera parlé cy-après, -et lors mettre du sel. Et se à ce jour de poisson ou en karesme il y a -craspois[804], l’en doit faire des craspois comme de lart en jour de -char. - -Quant est de pois nouveaulx, aucunes fois ils sont cuis à jour de char -et à l’eaue de char et du percil broié, pour faire potage vert, et -c’est à jour de char; et à jour de poisson, l’en les cuit au lait, du -gingembre et du saffran dedens; et aucunes fois à la cretonnée dont il -sera parlé cy-après. - -De tous iceulx pois, soient viels, soient nouveaulx, l’en en peut faire -de coulés en un buletel[805], estamine[806] ou sacs[807]; mais les -vielz pois, l’en les doit jaunir de saffran broyé dont l’eaue soit mise -boulir avec les pois et le saffran avec la purée. - -Autres pois y a qui sont en cosse avec du lart dedans. - -_Item_, cretonnée de pois nouveaulx, trouverez vous ou chappitre -ensuivant. - -De purée à jour de char l’en ne tient compte. A jour de poisson et en -karesme, l’en frit les oignons dont cy-dessus ou chappitre précédent -est parlé, et puis l’uille en quoy les oignons sont fris et iceulx -oignons l’en met dedans[808] avec chappeleures de pain, gingembre, clo -et graine broiés: et deffait de vinaigre et vin, et y met-l’en un petit -de saffren, puis dressiez souppes[809] en l’escuelle. - -_Item_, de purée fait l’en civé[810] à jour de poisson. Si ne le remue -point et l’oste tantost de dessus le feu, etc.[811] - -_Item_, de purée aliez[812] vostre porée de bettes et sera très-bon -potage, mais que vous n’y mettez point d’autre eaue; et est pour porée -de karesme[813]. - -_Nota_ que si tost que tu apparcevras que ton potage s’aoursera, si -le fay plus cler, car il s’aourse d’estre trop espois; et le remue -tousjours ou fons du pot qui aura esté aoursé, avant que tu y mettes -riens plus. - -Véez-cy comment l’en cuit les oignons: en l’eaue longuement avant les -pois, et tant que l’eaue soit toute dégastée au cuire; puis y met-l’en -de la purée pour les parcuire et oster la saveur de l’eaue. - -Aussy les oïttres sont _primo_ lavées en eaue chaude, puis parboulies, -puis doivent estre parcuites en la purée afin que la saveur d’icelles -demeure en la purée, et non point escumées, puis oster les oïttres et -frire qui veult, et en mettre une partie ès escuelles, et de l’autre -partie font mès. - -FÈVES vieilles qui sont pour cuire à toute l’escorce doivent -estre trempées et mises au feu en un pot dès le soir devant et toute -la nuit; puis getter celle eaue, et mettre cuire en une autre eaue, -puis les purer comme pois, pour oster celle première forte saveur, et -puis cuire à l’eaue de la char et au lart comme dit est devant à l’eaue -des pois, ou à jour de poisson à l’eaue doulce, et puis après mettre -de l’uile: ou à l’eaue des oignons et aux oignons. Et qui en veult de -coulés, fasse comme des pois. - -_Item_, les fèves seront frasées en Pasquerés en ceste manière, c’est -assavoir qui en vouldra de frasées, il les convient eslire, laver, et -sans tremper mettre les fèves à toute l’escorce en un pot au feu en -eaue frémiant, et laissiez boulir jusques à ce que l’escorce soit ridée -et grédelié; et puis tiré arrière du feu, et puisié à une cuillier, -et les escorcher et fraser en leur chaleur, l’une cuillerée après -l’autre, et getter en eaue froide. Après ce, les convient laver en eaue -tiède comme les pois, puis les mettre cuire en eaue froide, et quant -elles seront boulies comme bayennes, les purer: et getter la purée, et -remplir de boullon de char se c’est à jour de char, ou d’autre eaue se -c’est à jour de poisson; à affaitier à l’uille et à l’oignon bien cuit, -puis frit: ou affaitié au beurre. Et pevent estre reverdies de fueilles -de fèves nouvelles broyées, deffaites d’eaue chaude et coulées; puis -faire comme des autres, soit à jour de char au lart, ou à jour de -poisson. - -_Item_, cretonnée de fèves nouvelles se fait comme vous trouverez ou -chappitre ensuivant. - -_Item_, qui veult en tous les mois de l’an mengier fèves sentans et -ayans saveur de fèves nouvelles, aiez et plantez chascun mois des -fèves, et de ce qui sera le plus tendre qui croistra dehors terre -prenez ainsi comme une pongnée, et broyez et mettez en vos fèves, et -vos fèves blanchiront et aront couleur et saveur de fèves nouvelles. - -_Item_, fèves nouvelles doivent premièrement estre cuites jusques à -bayennes[814], puis purer, et après boulir dedens la purée grosses -souppes de deux dois d’espois et de pain brun, puis mettre en un -chascun[815] des fèves deux d’icelles souppes et du sel par-dessus. - -_Item_, quant elles sont baiennes et purées, l’en les peut frire à -la gresse de la ribelette[816] puis mettre un petit de pouldre[817] -par-dessus. - -L’en congnoist les fèves des marais à ce qu’elles sont plates, et -les fèves des champs sont rondes.--_Item_, à la dent l’en les treuve -doulces et l’escorce tendre, et les autres au contraire. - -_Item_, qui veult fraser fèves nouvelles, il les convient premièrement -fendre au long au coustel, et quant tout est fendu, les peler à la main. - -_Nota_ que en Aoust commence-l’en à mengier fèves et pois coulés à la -char salée; et _nota_ que un jambon de porc doit estre salé de trois -jours naturels, et lors est fin bon. - -_Nota_ encores de fèves et de pois, que cretonnée de fèves et de pois -est ou chappitre des _Potages lians_. - -PORÉE. Trois manières de porées sont selon le dit des queux -qui les nomment, l’une porée blanche, l’autre porée vert, l’autre porée -noire. - -Porée blanche est dicte ainsi pour ce qu’elle est faite du blanc des -poireaux, à l’eschinée, à l’andoulle et au jambon, ès saisons d’automne -et d’iver, à jour de char; et sachez que nulle autre gresse que le porc -n’y est bonne. Et premièrement l’en eslit, lave, mince et esverde les -poreaux, c’est assavoir en esté, quant iceulx poreaux sont jeunes: mais -en yver, quant iceulx poreaux sont plus viels et plus durs, il les -convient pourboulir en lieu d’esverder, et se c’est à jour de poisson, -après ce que dit est, il les convient mettre en un pot avec de l’eaue -chaude et ainsi cuire, et aussi cuire des oignons mincés, puis frire -les oignons, et après frire iceulx poreaux avec les oignons qui jà sont -fris; puis mettre tout cuire en un pot et du lait de vache, se c’est en -charnage[818] et à jour de poisson; et se c’est en karesme, l’en y met -lait d’amandes. Et se c’est à jour de char, quant iceulx poreaux d’esté -sont esverdés, ou les poreaux d’iver pourboulis comme dit est, l’en -les met en un pot cuire en l’eaue des saleures, ou du porc et du lart -dedans. - -_Nota_ que aucunesfois à poreaux, l’en fait lioison de pain. - -_Item_, porée blanche de bettes se fait comme dessus en eaue de mouton -et beuf ensemble, mais non point de porc; et à jour de poisson, au lait -ou d’amandes ou de vache. - -_Item_, DE CRESSON EN KARESME AU LAIT D’AMANDES. Prenez -votre cresson et le mettez pourboulir et une pongnée de bettes avec -des hachées, et les friolez en huille, puis la mettez boulir en lait -d’amandes; et en charnage, friolez au lart et au beurre tant qu’il -soit cuit[819], puis destrempez de l’eaue de la char; ou au frommage -et dressiez tantost, car il roussiroit. Toutesvoies, se l’en y met -percil, il ne doit point estre esverdé. - -Une espèce de porée[820] que l’en dit espinars et ont plus longues -feuilles, plus gresles et plus vers que porée commune, et aussi l’en -appelle espinoches, et se menguent au commencement de karesme. - -Nouvelle et première porée[821]. Eslisiez-le, et à eslire ostez les -grosses costes comme l’en fait des choulx, puis les mettez en eaue -frémiant sans mincer, et aiez en un pot eaue clere, ou purée, et du -sel, et mettez la porée dedens icelluy pot cuire, et puis dréciez et -mettez huille d’olive ou vertjus en l’escuelle, et n’y ait point de -percil. - -Aucunes fois et le plus souvent l’en frit les espinars tous crus, et -quant ils sont bien fris, l’en met de l’eaue un petit, comme l’en fait -souppe à l’uille. - -_Aliter_, porée de bettes nouvelles soit esverdée en esté quant elle -est jeune, ou pourboulie en yver quant elle est droite porée vieille, -selon la considération de sa vieillesse. - -Porée de bettes qui est lavée, puis mincée et pourboulie, se tient plus -vert que celle qui premièrement est pourboulie et puis hachée. Mais -encores est plus verte et meilleur celle qui est esleue, puis lavée -et puis mincée bien menu, puis esverdée en eaue froide, puis changer -l’eaue et laissier tremper en autre eaue, puis espraindre par pelottes -et mettre au pot boulir ou boullon avec le lart et de l’eaue de mouton; -et quant elle a un petit bouli et l’en le veult drécier, que l’en mette -dedens du percil esleu, lavé et haché, et un petit de fanoul jeune, et -boulir un boullon seulement. - -Tout considéré, la porée moins boulue et non pourboulie est la plus -vert, et le percil ne doit point estre boulu, se très-petit non, car en -boulant il pert sa saveur. - -Porée verte à jour de poisson. Soit eslite, mincée, puis lavée en eaue -froide sans pourboulir, puis cuite au vertjus et pou d’eaue, et mettre -du sel, et soit drécée toute boulant bien espoisse sans cler, puis l’en -mettra dedens, au fons de l’escuelle, dessoubs la porée, du beurre salé -ou frais qui veult, ou frommage ou frommagée ou vertjus viel. - -Porée de minces[822] est en saison, de Janvier jusques à Pasques, et -encore après. - -Et _nota_ que à faire porée au lait d’amandes, le lait ne doit point -estre coulé par l’estamine; en aucuns autres potages ou à boire, si -fait. - -Porée noire est celle qui est faite à la ribelette de lart; c’est -assavoir que la porée est esleue, lavée, puis mincée et esverdée en -eaue boulant, puis fritte en la gresse des lardons; et puis alaier[823] -d’eaue chaude frémiant (et dient aucuns, qui la laveroit d’eaue froide, -qu’elle seroit plus laide et noire), puis convient mettre sur chascune -escuelle deux lardons. - -CHOULX sont de cinq manières: les meilleurs sont ceulx qui ont -esté férus de la gelée, et sont tendres et tost cuis; et en temps de -gelée ne les convient point pourboulir, et en temps pluyeux, si. (Et -commence à iceulx pour ce que ce sont de celle année les premiers crus, -_scilicet_ puis Avril[824], et puis va en descendant vers vendenges, -Nouel et Pasques.) - -Choulx blanc sont en la fin d’Aoust. - -Pommes de chou, sur la fin de vendenges. Et quant la pomme d’icelluy -chou, laquelle est ou milieu, est ostée, l’en arrache et replante en -terre nouvelle le tronc de ce chou, et en yssent larges feuilles qui -s’espandent: et tient un chou grant place, et l’en appelle iceulx -choulx nommés[825] choulx Rommains, et sont mengiés en yver; et des -troncs, se ils sont replantés, yssent de petits choulx que l’en appelle -minces, que l’en mengue avec les herbes crues en vinaigre; et qui en a -foison, ils sont bons esleus, lavés en eaue chaude, et tous entiers mis -cuire avec un petit d’eaue: et puis quant ils sont cuis, mettre du sel -et de l’uile, et dréciés bien espois sans eaue, et mettre de l’uille -d’olive dessus en karesme. Puis y a autres choulx que l’en appelle -choulx pasquerés pour ce que l’en les mengue en Pasquerez[826], mais -ils sont semés dès Aoust; et quant après la semence ils sont percreus -demy-pié de hault, l’en les arrache et plante-l’en ailleurs, et sont -souvent arrousés. - -Aussi tous les choulx dessusdis sont premièrement semés, puis quant ils -sont creus à demy-pié de hault, sont ostés et replantés. - -Et premièrement des pommes, est assavoir que quant icelles pommes sont -effeuillées, eslites et mincées, il les convient très-bien pourboulir, -et longuement plus que les autres choulx, car les choulx Rommains -se veullent le vert des feuilles dessirer par pesches[827], et le -jaune, c’est assavoir les arrestes ou veines[828], escachées[829] ou -mortier, puis tout ensemble esverder en eaue chaude, puis espraindre -et mettre en un pot et de l’eaue tiède, qui n’a assez eaue de char: et -puis servir du plus gras et[830] de l’eaue de la char, et plusieurs y -broient du pain. - -Et sachez que choulx veulent estre mis au feu dès bien matin, et cuire -très-longuement et plus longuement que nul autre potage, et à bon feu -et fort, et doivent tremper en gresse de beuf et non autre, soient -pommes ou choulx ou quels qu’ils soient, excepté minces. Sachez aussi -que eaue grasse de beuf et de mouton y est propre, mais non mie de -porc; celle de porc n’est pas bonne fors pour poreaux. - -Après, l’en fait choulx, à jour de poisson, après ce qu’ils sont -pourboulis, cuire en eaue tiède: et mettre de l’uille et du sel. - -_Item_, avec ce, aucuns y mettent du gruyau[831]. _Item_, en lieu -d’uille, aucuns y mettent beurre. - -A jour de char[832], l’en y met pigons, saussisses et lièvre, -fourques[833] et foison lart. - -NAVETS sont durs et mal cuisans jusques à ce qu’ils aient esté -au froit et à la gelée; l’en leur oste la teste, la queue et autres -barbillons ou racines, puis sont rés, puis lavés en deux ou en trois -paires d’eaues chaudes, bien chaudes, puis cuire en chaude eaue de -char, soit porc, beuf, ou mouton. - -_Item_, en Beausse, puis qu’ils sont cuis, l’en les tronçonne et frit -en la paelle, et gecte l’en pouldre par dessus. - -MENUS DE PIÉS. Prenez jugiers[834] et foies et faites cuire -en vin et en eaue, premièrement les jugiers et au derrenier les -foies, puis les mettez en un plat et du percil mincié et du vinaigre -par-dessus. _Item_, de pié de beuf et de mouton et de chevrel. - -GRAMOSE[835] est faite[836] de la char froide du giste qui est -demourée du disner et de l’eaue d’icelle char demourée comme dessus, en -la manière qui s’ensuit: _primo_, il convient batre quatre ou six œufs, -c’est assavoir moyeul et blanc, et batre, batre, et tant qu’ils soient -dégoutans comme eaue, car autrement ils se tourneroient; et mettre -autant de vertjus comme les œufs montent, et faire boulir avec l’eaue -de la char; et d’autre part faire la char par lesches, et mettre deux -pièces en l’escuelle, et le brouet par-dessus. - -SOUPPE DESPOURVEUE. Aiez du percil et frisiez en beurre, puis -gettez de l’eaue boulant dessus et faites boulir: et mettre du sel, et -dréciez vos souppes comme en purée[837]. - -_Aliter_, se vous avez du beuf froit, si le trenchiez bien menu, puis -broiez un pou de pain allayé de vertjus et coulez par l’estamine; mise -en un plat et de la pouldre dessus. Chauffez sur le charbon. C’est bon -pour trois personnes. - -_Aliter_, à jour de poisson, prenez de l’eaue et mettez frémir et des -amandes dedans; puis escorchez les amandes et les broyez et allaiez -d’eaue tiède, coulez et mettez boulir avec pouldre de gingembre et -saffran, et dréciez par escuelles; et en chascune escuelle, une pièce -de poisson frit. - -_Aliter_, à jour de char, prenez du chaudeau de la char, et aiez -pain trempé ou maigre[838] de l’eaue de la char, puis broyez, et six -œufs: puis coulez et mettez en un pot avec de l’eaue grasse, espices, -vertjus, vinaigre et saffran; faictes boulir un bouillon, puis dréciez -par escuelles. - -_Item_, et qui en une hostellerie, en haste, treuve eaue de char et il -en veult faire potage, il peut gecter ens des espices et faire boulir, -puis, au derrenier, filer des œufs et drécier. - -_Aliter_, à jour de poisson, broyez du pain, et destrempez d’eaue, de -vertjus et du vinaigre, et mettez sur le feu; et quand il frémira, -mettez jus[839], et mettez les moyeux dedans; puis mettez sur le feu -et faites à petit feu tant chauffer qu’il bouille, et mettez pouldres -d’espices et faites vostre souppe. - -_Aliter_, faites boulir ou pot un petit de lart, et quant il sera la -moitié cuit, aiez un maquerel frais, et découpez par tronçons et le -mettez cuire avec, et puis ostez tout, et mettez du percil hachié -boulir une onde[840] et dréciez. - -POUR CONGNOISTRE BON FROMMAGE. Bon frommage a six conditions. -_Non Argus, nec Helena, nec Maria Magdalena, sed Lazarus et Martinus, -respondens pontifici._[841] - - Non mie blanc comme Hélaine, - Non mie plourant com Magdalaine, - Non Argus, mais du tout avugle, - Et aussi pesant comme un bugle[842]: - Contre le poulce soit rebelle, - Et qu’il ait tigneuse cotelle[843]. - Sans yeulx, sans plourer, non pas blanc, - Tigneulx, rebelle, bien pesant. - -En Juillet, jambon de porc frais cuit à l’eaue jaune et au vertjus de -grain, un petit de gingembre et de pain: à la sausse rapée. - -_Item_, au soupper, char salée du matin cuite à l’eaue et aux ciboules, -soit beuf ou mouton. - -En pois nouveaulx cuis pour mengier en la cosse, l’en doit mettre -du lart à jour de char: et à jour de poisson, quant ils sont cuis, -l’en pure l’eaue, et l’en met dessoubs du beurre salé fondre, et puis -hochier. - - -AUTRES POTAGES QUI SONT A ESPICES ET NOS LIANS. - -_Primo_, _nota_ que toutes espices qui doivent estre mises en potages -doivent estre bien broyées et non coulées, excepté pour gelée; et en -tous potages, l’en doit mettre les espices le plus tart que l’en puet, -car tant plus perdent de leur saveur comme plus tost sont mises: et -doit-l’en couler le pain broyé. - -Potage à jour de poisson, _vide[844] pagina proxima præcedente_. - -_Aliter_, prenez amandes, eschaudez et pelez et broiez: deffaites -d’eaue tiède; faites boulir avec pouldre fine et saffran, et en -chascune escuelle soit mise une moitié de sole frite et du potage -dessus. - -COURGES. Soit pelée l’escorce, car c’est le meilleur: et -toutesvoies qui vouldra mettre ce[845] dedans, soient ostés les grains, -jàsoit-ce que l’escorce seule vault mieulx, puis convient tranchier -l’escorce pelée par morceaux, puis pourboulir, puis hacher longuement, -puis mettre cuire en gresse de beuf: à la parfin jaunir de saffren ou -getter dessus du saffren par filés, l’un çà, l’autre là; ce que les -queux dient _frangié de saffran_. - -HERICOT DE MOUTON. Despeciez-le par petites pièces, puis le -mettez pourboulir une onde, puis le frisiez en sain de lart, et frisiez -avec des oignons menus minciés et cuis, et deffaites du boullon de -beuf, et mettez avec macis, percil, ysope et sauge, et faites boulir -ensemble[846]. - -_Item_, PASTÉ EN POT DE MOUTON. Prenez de la cuisse[847], -et gresse ou mouelle de beuf ou de veel haché menu et oignons menus -hachiés, et faictes boulir et cuire en un pot bien couvert à bien petit -de boullon de char ou autre eaue, puis mettez boulir dedens espices, et -un petit de vinaigre pour aguisier, et dréciez en un plat. - -_Item_, qui veult saler mouton en temps chault, il le convient tremper -avant, et puis pouldrer de gros sel broyé. - -MOUTON AUSOERRE[848]. Despeciez le mouton par pièces, puis -lavez et mettez cuire en eaue, puis broyez foison percil et pain, et -coulez, et mettez ou pot avec espices. - -MOUTON AU JAUNET. Despeciez le tout cru, et soit du flanchet; -et le cuisiez en eaue, puis y broyez une cloche de gingembre et du -saffran, et allaiez de vertjus, de vin et de vinaigre[849]. - -TRIPPES AU JAUNET. Qui veult cuire trippes, il n’y convient -point mettre de sel au cuire, car elles noirciroient.--_Item_, les -piés, la queue et la caillette qui sont noires, doivent cuire à part, -et la pance et autres choses blanches, d’autre part[850]. - -TRUMEL DE BEUF[851] AU JAUNET.✝ Soit cuit longuement; et qui veult, -de la poullaille tuée de deux jours ou d’un jour devant soit boulie -longuement avec, et des herbes, et puis mis du saffran dedans[852]. - -POTAGE D’UNE PETITE OÉ. Cuisiez très bien vostre petite oé et -frisiez: puis broiez gingembre, clou, graine et poivre long, du percil -et un petit de sauge, destrampez de l’eaue de la char ou de la petite -oé, et mettez du fromage gratuisié[853], et servez en chascune escuelle -trois pièces de petite oé[854]. - -BROUET DE CHAPONS. Cuisiez vos chapons en eaue et en vin, -puis si les despeciez par membres et frisiez en sain, puis broiez les -braons[855] de vos chapons et les foies et amandes, et deffaites -de vostre boullon et faites boulir, puis prenez gingembre, canelle, -girofle, garingal, poivre long et graine de paradis, et deffaites de -vinaigre et faites boulir; et au dressier, mettez vostre grain[856] par -escuelles, et dressiez le potage sus. - -CHAPONS AUX HERBES.--VEEL AUX HERBES. En yver chapons tués, -mouillés et puis mis six jours à la gelée, et en esté mors de deux -jours (sans soleil) ou estouffés soubs une couste; mettez cuire en eaue -et du lart avec pour donner appétit, et mettez percil, sauge, coq et -ysope, un petit de vertjus pour aiguisier, et du gingembre bien petit, -et saffran pour donner couleur. C’est potage propre s’il fait froit, -mais s’il fait chault, il ne convient n’en l’un n’en l’autre[857] fors -lart et saffran[858]. - -GRAVÉ D’OISELETS OU D’AUTRE CHAR. Soient plumés à sec[859], -puis aiez du gras du lart décoppé comme par morceaulx quarrés, et -mettez au fer de la paelle[860] et en traiez la graisse et là les -frisiez; puis mettez cuire ou boullon de la char, puis prenez pain -hallé sur le gril ou chappelleures de pain trempées ou boullon de -la char et un petit de vin; puis prenez gingembre, girofle, graine -et fleur de canelle et les foies, et les broyez; et puis coulez -vostre pain et boullon par l’estamine et les espices broyées à fin -et sans couler; et mettre boulir avec vos oiselets et un petit de -vertjus.--_Item_, qui n’a boullon, si mette purée de pois.--_Item_, ne -doit point estre trop lyant, mais claret; doncques ne convient-il que -le pain ou les foies pour lier[861]. - -GRAVÉ OU SEYMÉ[862] est potage d’iver. Pelez oignons et les -cuisiez tous hachiés, puis les frisiez en un pot; or convient avoir -vostre poullaille fendue sur le dos et hallée sur le gril au feu de -charbon, ou se c’est veel, aussi; et qu’ils soient mis par morceaulx -soit veel, ou par quartiers se c’est poulaille, et les mettez avec -les oignons dedans le pot; puis avoir pain blanc harlé sur le gril et -trempé au boullon d’autre char: et puis broyez gingembre, clou, graine -et poivre long, deffaire de vertjus et de vin, sans couler, mettre -d’une part: puis broyer le pain et couler par l’estamine et mettre au -brouet, et tout couler ensemble et boulir; puis drécier. - -_Nota_ que l’en dit _seurfrire_ pour ce que c’est en un pot, et se -c’estoit en une paelle de fer, l’en diroit _frire_. - -GRAVÉ D’ESCREVICES. Mettez boulir vos escrevices, et quant -elles seront cuites, soient eslites comme qui les vouldroit mengier, et -ostez le mauvais de dedans, puis aiez des amandes pelées et broyées, -deffaites[863] de purée de pois coulée par l’estamine, et du pain -harlé ou des chappeleures trempées en purée, broyées et coulées par -l’estamine, puis aiez gingembre, canelle, graine et clou: broyez, -et tout mis en un pot, et un petit de vinaigre et boulu ensemble, -puis drécié par escuelles, et soit mis dedens chascune escuelle les -escrevisses frictes en huille et de l’autre poisson frit. - -_Item_, qui veult faire _tuille d’escrevisses_, ainsi se peut-il faire, -mais forment les escailles des escrevisses[864]. - -Et qui au brayer[865] veult trouver grant avantaige, face les coquilles -des escrevisses seicher en un four dedens un pot ou en une paelle de -terre, puis broier en un mortier à espicier, et puis couler à leur plus -délié sasses, puis de rechief séchier au four, puis broyer et sasser, -et après mettre ou potage; et croy que ce serre. - -BOUSSAC DE CONNINS. Premièrement, les connins de garenne -sont congneus à ce qu’ils ont le hasterel[866], c’est assavoir depuis -les oreilles jusques vers les espaules, de couleur entre tanné[867] -et jaune, et sont tous blans soubs les ventres, et tous les quatre -membres par dedans jusques au pié, et ne doivent avoir nulle autre -tache blanche parmi le corps.--_Item_, l’en congnoist qu’ils sont -dedans leur premier an, à ce qu’ils ont en la jointe des jambes de -devant un petit osselet emprès le pié, et est agu. Et quant ils sont -surannés, la jointe est toute ounie; et aussi est-il des lièvres et -des chiens.--_Item_, l’en congnoist qu’ils sont de fresche prise à -ce qu’ils n’ont pas les yeulx enfoncés: l’en ne leur peut ouvrir les -dens; ils se tiennent droit sur leurs piés; et quant il est cuit, le -ventre luy demeure entier. Et s’il est de vieille prise, il a les yeulx -enfoncés: l’en luy euvre de légier la gueule: l’en ne le peut tenir -droit; et quant il est cuit, il a le ventre despecié. En yver, connins -pris de huit jours sont bons, et en esté, de quatre jours, mais qu’ils -n’aient sentu le soleil. - -Et quant ils sont bien choisis et escorchiés, puis les despeciez par -pièces quarrées, et les mettez parboulir, puis reffaire en eaue froide: -puis en chascune pièce, de chascun costé, trois lardons; puis les -mettez boulir en eaue et du vin après. Adonc broyez gingembre, graine, -clo de giroffle, et destrempez ou boullon de beuf ou du leur[868], et -d’un petit de vertjus, et mettez dedens le pot et faites boulir jusques -au cuire. - -_Item_, ainsi se fait un seymé, mais l’en y met oignons fris, et -un petit de pain ou chappelleures pour lier. (_Et doncques c’est -civé[869]._) - -_Item_, ainsi est fait un bouly lardé de veau, de chevrel ou cerf. - -BOUSSAC DE LIÈVRE. _Nota_ que du lièvre freschement pris et -tantost mengié, la char est plus tendre que de lièvre gardé. - -_Item_, lièvre pris de quinze jours vault mieulx, mais que le soleil ne -l’ait atouchié; c’est assavoir quinze jours ou fort de l’iver: en esté, -six jours ou huit au plus et sans soleil. - -_Item_, sachiez que se le lièvre est mengié frais prins, la char en est -plus tendre, et ne le convient point laver, mais harler ou rostir avec -son sang. - -Boussac de lièvre ou de connin se fait ainsi: harlez le lièvre en la -broche ou sur le gril, puis le découpez par membres, et mettez frire -en sain ou en lart: puis aiez pain brûlé ou chappelleures deffais de -boullon de beuf et de vin, et coulez, et faites boulir ensemble; puis -prenez gingembre, clo de giroffle et graine; deffait de vertjus et soit -brun-noir et non trop lyant.--_Nota_ que les espices doivent estre -broyées avant que[870] le pain. - -De connin se fait-il ainsi, sauf tant[871] que le connin est parbouli, -puis refait en eaue froide, et puis lardé, etc.[872] - -ROSÉ DE LAPPEREAUX, d’allouettes, de menus oiseaux ou de -poucins. Lappereaulx soient escorchiés, découppés, pourboulis, -reffais en eaue froide et lardés: les poucins soient eschaudés pour -plumer[873], puis reffais, découppés et lardés, et les allouettes ou -oiselets soient plumés seulement pour pourboulir en eaue de char; puis -avoir du gras du lart découppé comme par morceaulx quarrés, et mettez -au fer de la paelle, et en traiant les chaons[874], et laissiez la -gresse: et là frire vostre grain[875], ou mettre vostre grain boulir -sur le charbon et souvent tourner en un pot avec du sain[876]. Et en -ce faisant, aiez des amandes pelées, et deffaites du boullon de beuf -et coulez par l’estamine, puis aiez gingembre, clo de giroffle, cèdre -autrement dit _alixandre_[877], deffaites du boullon et coulez, et le -grain cuit et trestout soit mis dedans un pot et bouly ensemble et du -sucre largement; puis dréciez par escuelles et des espices dorées par -dessus. - -Cèdre vermeil est un fust[878] que l’en vent sur les espiciers, et est -dit _cèdre dont l’en fait manches à cousteaulx_. - -VENOISON DE CERF. Pour ce que la char en est plus dure que -de bichot[879] ne de chevrel, soit pourboulie et lardée au long: et au -cuire, soit mis du vin grant foison, et au parcuire, du macis broié; et -soit mengié à la cameline.--_Item_, en pasté, soit pourboulie, lardée -au long, et mengiée froide à la cameline. - -Et qui la veult saler en esté, il convient mettre gros sel fondre en -eaue, puis y tremper la venoison, et après seicher au soleil[880]. - -Et se vous voulez faire une pièce de beuf sembler venoison de cerf ou -d’ours, se vous estes en pays d’ours, prenez du nomblet de beuf ou du -giste, puis le parboulez et lardez, embrochiez et rostissiez; et soit -mengié à la queue de sanglier[881]. Soit le beuf pourbouly, puis lardé -au long après ce qu’il sera trenchié par loppins, et puis mettre la -queue de sanglier bien chaude en plat pardessus vostre beuf qui _primo_ -soit rosty ou bouté en eaue boulant et retiré tantost, pour ce qu’il -est plus tendre que cerf. - -BEUF COMME VENOISON D’OURS. Du giste de bœuf. Fait-l’en sausse -noire de gingembre, clo de giroffle, poivre long, graine, etc. Et -met-l’en en chascune escuelle, deux escuelles[882], et le mengue-l’en à -saveur d’ours[883]. - -CHEVREL SAUVAGE[884] au boussac claret et non lyant: soit -escorchié, puis bouté en eaue boulant et retiré tantost pour ce qu’il -est plus tendre que cerf, et lardé au long, puis mis cuire en meigre -eaue de char qui l’a, ou autre: du vin, espices broyées en gros, et -dréciez vostre grain dedens[885].--_Item_, chevrel sauvaige, ainsi -comme il est dit de chevrel ou chappitre cy-dessus. - -SANGLIER FRAIS soit cuit en eaue avec du vin et mengié au -poivre chault, et le salé cuit comme dessus et mengié à la moustarde; -c’est ou fort de l’iver, mais au commencement, il se mengut aux espices -et aux souppes. - -A la Nostre-Dame en Mars[886], commencent les appareils des cervoisons, -et dit-l’en _à la my-May, my-teste_[887], pour ce que lors le cerf a -boulu la moitié de sa teste, mais le droit cuer des cervoisons commence -à la Saincte-Croix en May[888], et de là croist le cerf en venoison -jusques à la Magdalaine, et peut estre chacié le cerf jusques à la -Saincte-Croix en Septembre; et lors se passe sa saison. - -_Item_, au deffaire, l’en luy oste premièrement les deytiés[889], ce -sont les c......ns, avec lesquels sont les neux[890], le jargeau[891], -le franc-boyau, etc. Et sont ses deytiés pourboulis, puis cuis, mengiés -à la sausse chaude. - -_Item_, en un cerf sont les espaules, la hampe, les cuisses, le foie, -les nomblès, les lardés, la queue scilicet le semier, les deux costés, -et c’est tout. - -_Item_, la char par pièces fresche, il semble que sans pourboulir l’en -la doit mettre en eaue boulant, et tantost retirer et larder au long, -et est boulie et lardée au long, puis boulie en eaue, et appelle-l’en -le potage _bouly lardé aux espices et aux souppes_. - -_Item_, les nomblets[892] sont rostis à la sausse chaude. - -_Item_, les lardés c’est ce qui est entre les costés et l’eschine; et -sont meilleurs en pasté que autrement. - -_Item_, aussi d’un cerf frais, l’en le mengue à la sausse chaude quant -il est mis en rost. - -_Item_, l’en fait présent de la teste et du pié aux seigneurs, et cela -n’est point mengaille: ce n’est fors pour savoir quel et de quel aage -le cerf estoit; mais de mengaille, l’en fait présent du seymier, de la -hampe et des deux costés. - -_Item_, la queue est dicte le seymier: et qui la veult saler, il -convient oster tous les os ce que l’en puet, car il contient une grant -partie du dos. - -_Item_, la hampe c’est la poictrine, et est bonne salée; et sale-l’en -la venoison du cerf tout ainsi comme la char de beuf. - -_Item_, toute la brouaille, excepté le foie, est pour la cuirié des -chiens, et l’appelle-l’en le _hu_[893]. - -En Septembre l’en commence à chacier les bestes noires jusques à la -Saint-Martin d’iver.--_Item_, tous les quatre membres sont appellés -jambons, comme d’un porc. _Item_, d’un sanglier a la hure, les costés, -l’eschinée, les nomblès, les quatre jambons; c’est tout. _Item_, des -yssues l’en ne retient fors le foie qui semble qu’il soit propre pour -faire soutil brouet d’Angleterre. - -_Item_, la char fresche est cuite et appareilliée en eaue et aux -espices comme le cerf. - -Du bourbelier, c’est le nomblet. (_Combien que en cest endroit, l’en -dit bien nomblets d’une part, et bourbelier de l’autre._) - -_Item_, le sanglier salé se mengue à la fourmentée. La teste se cuit -entière, et moitié vin, moitié eaue. Les joes en sont bonnes par -lesches sur le gril. - -BICHOT SAUVAGE au boussac claret et non liant: soit -escorchiés, puis boulis ou boutés en eaue boulant et retiré tantost, -pour ce qu’il est plus tendre[894] que cerf; et lardés au long; puis -mis cuire en maigre eaue de char qui l’a, ou en autre, avec du vin, -espices broiées; et dréciez vostre grain dedans[895]. - - -AUTRES POTAGES LIANS DE CHAR. - -BROUET DE FRESSURE DE POURCEL. Broiez du gingembre, clo, -graine, etc., puis deffaites de vinaigre et vin, puis aiez pain rosti -et trempé en vinaigre, broiez et coulez: et mettre tout ensemble; et -ayez vostre fressure cuite, couppée par plusieurs morceaulx et frite -en sain doulx. Puis mettez du chaudeau des boudins, ou du chaudeau du -chaudun en un pot, avec vostre pain broié après vos espices broyées, et -faites boulir; puis gettez dedans vostre pot les morceaulx de vostre -friture et faites boulir un boullon, et dréciez. - -FÈVES NOUVELLES. Faites-les boulir plus que bayennes, puis -prenez foison percil et petit de sauge et d’isope, et broiez très bien, -et après ce broiez du pain, et une pongnée d’icelles mesmes fèves qui -soient pelées broiez avec pour lier, puis couler par l’estamine: puis -friolez le remanant de vos fèves en lart, se c’est à jour de char, ou -en huille ou beurre, se c’est à jour de poisson; puis mettez vos fèves -en eaue de char, se c’est à jour de char, ou en l’eaue des fèves, se -c’est à jour de poisson. - -CRETONNÉE DE POIS NOUVEAULX ou fèves nouvelles. Cuisiez-les -jusques au purer[896], et les purez[897], puis prenez lait de vache -bien frais, et dictes à celle qui le vous vendra qu’elle ne le vous -baille point s’elle y a mis eaue, car moult souvent elles agrandissent -leur lait[898], et s’il n’est bien frais ou qu’il y ait eaue, il -tournera. Et icelluy lait boulez premièrement et avant que vous y -mettez riens, car encores tourneroit-il: puis broiez premièrement -gingembre pour donner appétit, et saffran pour jaunir: jàsoit-ce -que qui le veult faire lyant de moieulx d’œufs filés[899] dedans, -iceulx moieulx d’œufs jaunissent assez et si font lioison, mais le -lait se tourne plus tost de moyeulx d’œufs que de lioison de pain et -du saffran pour coulourer. Et pour ce, qui veult lier de pain, il -convient que ce soit pain non levé et blanc, et sera mis tremper en -une escuelle avec du lait ou avec du boullon de la char, puis broyé et -coulé par l’estamine; et quant vostre pain est coulé et vos espices -non coulées, mettez tout boulir avec vos pois; et quant tout sera -cuit, mettez adonc vostre lait et du saffren. Encores povez-vous faire -autre lioison, c’est assavoir des pois mesmes ou des fèves broyées, -puis coulées; si prenez laquelle lioison que mieulx vous plaira. Car -quant est de lioison de moieulx d’œufs, il les convient batre, couler -par l’estamine, et filer dedens le lait, après ce qu’il a bien boulu -et qu’il est trait arrière du feu avec les pois nouveaulx ou fèves -nouvelles et les espices. Le plus seur est que l’en preigne un petit du -lait, et destremper les œufs en l’escuelle, et puis encores autant, et -encores, tant que les moieux soient bien destrempés à la cuillier avec -foison de lait, puis mettre ou pot qui est hors du feu, et le potage ne -se tournera point. Et se le potage est espois, allayez-le de l’eaue de -la char. Ce fait, il vous convient avoir poucins escartelés, veel, ou -petite oé cuit, puis frit, et en chascune escuelle mis deux ou trois -morceaulx et du potage pardessus. - -CRETONNÉE à jour de poisson; soit la friture faite de tanches, -brochets, soles ou limandes frites. - -CHAUDUN DE POURCEAU, _scilicet_ les boyaulx, doivent estre -vuidés à la rivière, puis lavés en eaue tiède par deux fois, et mettre -en une paelle d’arain et froter très bien en sel et eaue, puis relaver -en eaue tiède. Aucuns les lavent en sel et en vinaigre, et quant ils -sont très bien lavés soit par vinaigre ou sans vinaigre qui veult, l’en -les trenche par tronçons, et sont embrochiés par hastelets et rostis -sur le gril et mengiés au vertjus de grain. Et qui en veult faire -potage, il le reconvient mettre cuire tout entier en un pot de terre et -puis mettre esgouter en un plat, puis découpper par menus morceaulx, -et frisiés en sain de lart; puis broiez pain premièrement, puis macis, -garingal, saffran, gingembre, clo, graine, canelle: destrempé de -bouillon et mis d’une part; puis broiez pain brulé ou chappeleures, et -soient allaiés du chaudeau et coulés par l’estamine et mis en eaue -de char ou de chaudeau de lui mesmes, ou moitié d’un moitié d’autre, -et boulu tout ensemble avec vin vermeil, vertjus et vinaigre. En yver -doit estre brun et drécié comme dessus, et en esté soit plus cler et -jaunet; et aiez du vertjus de grain cuit en eaue dedens un drappel, ou -des groiselles, et quant vous drécerez vos escuelles, mettez six ou -huit morceaulx du chaudun, puis du potage dessus, et par dessus six ou -huit grains de vertjus, ou groiselles par dessus en chascune escuelle. -Et aucuns font le potage des espices et lait comme cy-dessus est dit de -cretonnée. - -_Nota_ que le sel et vinaigre ostent la freschumée. Et ce que dit est -en ceste addition est du chaudun que l’en mengue en Juillet, et les -autres hastelets qui sont fais en Décembre, sont fais de toutes pièces -comme de foie, de mol et des autres pièces du chaudun, et est ce que -ces povres cuisent en bacins à laver parmy ces rues[900]. - -COMMINÉE DE POULAILLE. Mettez-la par morceaulx cuire en l’eaue -et un petit de vin, puis la frisiez en sain, puis prenez un petit de -pain, trempez en vostre boullon, et _primo_ prenez du gingembre et -du commin[901], deffait de vertjus, broyez et coulez et mettez tout -ensemble avec du boullon de char ou de poulaille, et puis lui donnez -couleur ou de saffran ou d’œufs ou des moyeux coulés par l’estamine -et filés ou potage après ce qu’il sera trait hors du feu. _Item_, le -meilleur est de le faire de lait tel comme dit est, puis broyer vostre -pain après vos espices, mais il convient que le lait soit premièrement -bouly afin qu’il ne s’aourse; et après ce que le potage sera tout fait, -le lait soit mis dedans vin (_Il me semble qu’il n’y sert de rien_) et -la frisiez. Plusieurs ne la frisent point, jàsoit-ce que c’est le plus -friant. - -(_Pain est lioison, et il dit après œufs qui est autre lioison, et -il doit souffire de l’une, si comme il est dit ou chappitre de la -cretonnée._) - -(_Vertjus et vin.--Qui veult faire son potage de lait, il n’y convient -ne vin ne vertjus._)[902] - -COMMINÉE A JOUR DE POISSON. Frisiez vostre poisson, puis pelez -amandes et broyez, et deffaites de purée ou de boullon de poisson et -faites lait[903], mais lait de vache est plus appétissant, jàsoit-ce -qu’il n’est mie si sain pour malades; et au surplus faites comme -dessus. _Item_, à jour de char, qui ne treuve lait de vache, se peut -faire de lait d’amandes, et la char comme dessus. - -HARDOUIL[904] DE CHAPONS.✝ Despeciez-les par membres ou quartiers, puis -les cuisiez en eaue, puis friolez en sain de lart: et tandis, broyez -gingembre, canelle, giroffle et graine, et deffaites de vertjus, et ne -soit point coulé, mais sorissiez[905] pain sur le gril, broyez après -les espices, et destrempez de vertjus, puis passez le dit pain par -l’estamine et faites tout boulir. Et au drécier, mettez vostre grain -par escuelles et le potage tout chault dessus[906]. - -HOCHEPOT DE VOLAILLE est fait ainsi et soit non claret. L’en -les doit despecier par morceaulx; ainsi fait-l’en d’oé quant elle -est dure et maigre, car les grasses sont rosties.--_Item_, des viels -coulons. Ainsi est fait _rouillée de beuf_[907]. - -BROUET DE CANELLE. Despeciez vostre poulaille ou autre char, -puis la cuisiez en eaue et mettez du vin avec, et friolez: puis prenez -des amandes crues et séchées à toute l’escorce et sans peler, et -canelle grant foison, et si broyez très bien, et deffaites de vostre -boullon ou de boullon de beuf, et faites boulir avec vostre grain: puis -broyez gingembre, giroffle et graine, etc., et soit liant[908] et sor. - -BROUET GEORGÉ[909], BROUET HOUSSIÉ.✝ Prenez poulaille despecée par -quartiers, veau ou telle char comme vous vouldrez despeciés par pièces, -et faites boulir avec du lart: et d’autre part aiez en un pot, avec du -sain, oignons menus minciés qui y cuiront et friront. Aiez aussi du -pain harlé sur le greil[910], puis le mettez tremper avec du boullon de -vostre char et du vin dedans, puis broyez gingembre, canelle, poivre -long, saffren, giroffle et graine et les foies, et les broyez si bien -qu’il n’y convengne point couler: et destrempez de vertjus, vin et -vinaigre. Et quant les espices seront ostées du mortier, broyez vostre -pain, et si le deffaites de ce en quoy il a trempé, et coulez par -l’estamine, et mettez espices et du percil effeullié qui veult, tout -boulir avec le sain et des oignons, et adonc frisiez vostre grain. Et -doit ce potage estre brun de sain et liant comme soringue. - -_Nota_ que tousjours l’en doit broyer les espices le premier; et en -potages, l’en ne coule point les espices, et après l’en broie et coule -le pain. - -(_Je croy qu’il n’y convient vin ne vinaigre._) - -_Nota_ que pour le percil seulement est-il dit brouet _houssié_, -car ainsi comme l’en dit ailleurs _frangié_ de saffran[911], aussi -peut-l’en dire _houssié_ ce qui est de percil; et c’est la manière de -parler des queux. - -BROUET ROUSSET est fait comme brouet georgé cy dessus, sauf -tant que l’en n’y met point de saffran, de vin, ne de vinaigre, et -l’en y met plus plantureusement canelle, et les oignons couppés par -rouelles[912]. - -UNE VINAIGRETTE. Prenez la menue-haste d’un porc, laquelle -soit bien lavée et eschaudée, puis rostie comme à demy sur le greil: -puis minciez par morceaux, puis les mettez en un pot de terre, du sain -et des oignons couppés par rouelles, et mettez le pot sur le charbon, -et hochiez souvent. Et quant tout sera bien frit ou cuit, si y mettez -du boullon de beuf, et faites tout boulir, puis broiez pain halé[913], -gingembre, graine, saffran, etc., et deffaites de vin et de vinaigre, -et faites tout boulir, et doit estre brune. (_Brune. Comment sera-elle -brune, s’il n’y a du pain hallé?_--Item, _je croy qu’elle doit estre -liant, car je la treuve ou chapitre des potages lians, cy-devant; et -par ces deux raisons, je croy qu’il y convient du pain harlé pour lier -et tenir brune_.) - -BROUET BLANC. Prenez chapons, poulets ou poucins tués par -avant de temps convenable, ou tous entiers ou par moitié ou par -quartiers, et du veel par pièces, et les cuisiez avec du lart en -l’eaue et au vin: et quant ils seront cuis, si les traiez, puis prenez -des amandes, si les pelez et broiez et deffaites de l’eaue de vostre -poulaille, c’est assavoir de la plus clere, sans fondrille ou trouble -aucun, et puis les coulez par l’estamine; puis prenez gingembre blanc -paré ou pelé, avec graine de paradis, allayé comme dessus, et coulez à -une bien déliée estamine, et meslez avec le lait d’amandes. Et si n’est -assez espois, si coulez de la fleur d’amidon ou ris qui soit boulis, et -luy donnez goust de vertjus, et y mettez du succre blanc grant foison. -Et quant l’en aura drécié, si pouldrez par-dessus une espice que l’en -appelle coriandre vermeille et des grains de la pomme de grenade avec -dragée et amandes friolées, piquées en chascune escuelle sur le bout. -Soit veu cy-après à ce propos, de blanc mengier. - -BLANC MENGIER de chapons pour malades. Cuisiez-le en eaue tant -qu’il soit bien cuit, puis broiez amandes grant foison et du braon[914] -du chapon, et soit bien broyé et deffait de vostre boullon, et passé -parmy l’estamine: puis mettez bien boulir, tant qu’il soit bien liant -et espais; puis broyez gingembre blanc paré et les autres espices -contenues cy-dessus ou brouet blanc. - -BROUET D’ALEMAIGNE. Prenez char de connins, de poullaille ou -de veel, et despeciez par pièces: puis cuis en l’eaue comme à moitié, -puis friolés au sain de lart; puis aiez de l’oignon menu mincié en -un pot, sur le charbon, et du sain dedans le pot, et hochez le pot -souvent: puis broyez gingembre, canelle, graine de paradis, noix -muguettes, des foies rostis en une brochette sur le gril, et du saffren -deffait de vertjus, et soit sur le jaune et liant. Et _primo_ pain -sori sur le gril, broyé et passé par l’estamine: et soit tout avec des -fueilles de percil mis boulir ensemble ou dit pot et du sucre dedans; -et au drécier, mettez trois ou quatre morceaulx de vostre grain en -l’escuelle et du brouet dessus, et du sucre par-dessus le brouet. - -(Nota _qu’il fault; car aucuns queux dient que brouet d’Alemaigne -ne doit point estre jaune, et cestuy dit que si fait[915]. Et -doncques, s’il doit estre jaune, ne doit mie le saffran estre passé -par l’estamine, mais doit estre bien broyé et allayé et mis ainsi ou -potage; car cellui qui est passé, c’est pour donner couleur: celluy qui -est mis par-dessus, est dit frangié._) - -SOUBTIL BROUET D’ANGLETERRE. Prenez chastaignes cuites pelées, -et autant ou plus de moyeux d’œufs durs et du foye de porc: broyez tout -ensemble, destrempez d’eaue tiède, puis coulez par l’estamine; puis -broyez gingembre, canelle, girofle, graine, poivre long, garingal et -saffran pour donner couleur et faites boulir ensemble[916]. - -BROUET DE SAVOIE. Prenez chapons ou poulés et faites boulir -avec du lart bien maigre et les foyes: et quant ce sera demi cuit, -traiez-les, puis mettez de la mie de pain tremper ou boullon, puis -broyez gingembre, canelle, saffran, et les ostez; puis broyez les foyes -et du percil foison, puis coulez, et après broyez et coulez le pain, -puis boulez tout ensemble[917]. - -(_Et_ nota _que le saffran fait le brouet jaune, et le percil le fait -vert: ainsi semble que ce soit mauvaise couleur. Mais il semble que -la couleur seroit plus certaine se de pain estoit noirci, car le pain -noirci et saffren font vert, et percil aussi fait vert._) - -BROUET DE VERTJUS ET DE POULAILLE. (C’est en esté.) Mettez -cuire par quartiers vostre poulaille ou du veel ou poucins, en boullon -ou autre eaue avec du lart, vin et vertjus, et que le goust de vertjus -passe: puis frisiez vostre grain en bon sain doulx, et aiez moyeux -d’œufs et pouldre fine batue ensemble et coulez par l’estamine; puis -filez vos œufs dedans le pot à vostre boullon et à petit fil[918], et -remuez fort à la cuillier, et que le pot soit arrière du feu: puis aiez -percil effueillié et vertjus de grain bouly ou boullon de la char, -dedans la cuillier, et que le pot soit arrière du feu, ou autrement -bouli en un autre petit pot en eaue clere pour oster la première -verdeur; puis drécez vostre grain[919], et gettez du potage par-dessus, -et par-dessus tout mettez vostre percil et vertjus de grain bouly[920]. - -BROUET VERGAY. Cuisiez telle char comme vous vouldrez en eaue, -ou un pou de vin, ou en boullon de char, vin et lart pour donner goust, -puis friolez vostre char, puis broiez gingembre, saffran, percil et un -petit de sauge, qui veult, et des moyeux d’œufs filez par une cuillier -pertuisée, tous crus, pour lier, ou pain broyé allayé du boullon, et -mettre boulir ensemble et du vertjus; et aucuns y mettent du fromage, -et c’est raison[921]. - -RAPPÉ. Mettez vostre char cuire, puis la friolez en sain, puis -broyez graine, gingembre, etc., et deffaites de vertjus: puis aiez pain -trempé ou boullon de la char, broyé et passé par l’estamine, et mettez -espices, pain et chaudeau tout boulu ensemble; puis aiez vertjus de -grain ou groiseilles qui soient boulies une onde en la paelle percée, -ou en autre eaue ou drapel[922], estamine, ou autrement, c’est assavoir -pour oster la première verdeur, puis dréciez vostre grain par escuelles -et du potage dessus, et par-dessus, vostre vertjus de grain. - -GENESTE est dit _geneste_ pour ce qu’il est jaune comme fleur -de geneste, et est jauni de moyeux d’œufs et de saffran, et se fait en -esté en lieu de civé et est frit[923] comme dit sera cy après, fors -tant qu’il n’y a nuls oignons. - -CIVÉ DE VEEL. Non lavé, non pourbouli, demy cuit en la broche -ou sur le gril, puis le despeciez par pièces et friolez en sain avec -grant quantité d’oignons par avant cuis: puis prenez pain roussi -seulement, ou chappelleures de pain non brûlé, pour ce qu’il seroit -trop noir pour civé de veel; (jàsoit-ce que icelluy pain roussi seroit -bon[924] civé de lièvre.) Et soit icelluy pain trempé ou boullon -de beuf et un petit de vin ou de purée de pois, et en le trempant, -broyez gingembre, canelle, giroffle, graine de paradis, et du saffran -largement pour jaunir et pour lui donner couleur, et destrempez de -vertjus, vin et vinaigre, puis broyez vostre pain et coulez par -l’estamine: et mettez vos espices, le pain coulé, ou chaudeau, et -faites tout boulir ensemble; et soit plus sur le jaune que sur le brun, -agu de vinaigre, et attrempé d’espices.--Et _nota_ qu’il y convient -largement saffran, et eschever à y mettre noix muguettes ne canelle, -pour ce qu’ils roussissent. - -CIVÉ DE LIÈVRE. Premièrement, fendez le lièvre par la -poictrine: et s’il est de fresche prise, comme d’un ou de deux jours, -ne le lavez point, mais le mettez harler sur le greil, _id est_ roidir -sur bon feu de charbon ou en la broche; puis aiez des oignons cuis et -du sain en un pot, et mettez vos oignons avec le sain et vostre lièvre -par morceaulx, et les friolez au feu en hochant le pot très souvent, -ou le friolez au fer de la paelle. Puis harlez et brûlez du pain et -trempez en l’eaue de la char avec vinaigre et vin: et aiez avant broyé -gingembre, graine, giroffle, poivre long, noix muguettes et canelle, et -soient broyés et destrempés de vertjus et vinaigre ou boullon de char; -requeilliez, et mettez d’une part. Puis broyez vostre pain, deffaites -du boullon, et coulez le pain et non les espices par l’estamine, et -mettez le boullon, les oignons et sain, espices et pain brûlé, tout -cuire ensemble, et le lièvre aussi; et gardez que le civé soit brun, -aguisé de vinaigre, attrempé de sel et d’espices. - -_Nota._ Vous cognoistrez l’aage d’un lièvre aux trous qui sont dessoubs -la queue, car pour tant de pertuis tant d’ans. - -CIVÉ DE CONNINS comme dessus. - -TUILLE DE CHAR. Prenez escrevices cuites, et en ostez la char -des queues: et le surplus, c’est assavoir coquilles et charquois[925], -broyez très longuement; et après, ayez amandes sans peler, et soient -eslites et lavées en eaue chaude comme pois, et avec l’escorce soient -broyées avec ce que dit est, et avec ce broyez mie de pain sori sur -le gril. Or devez-vous avoir cuit en eaue en vin et en sel, chapons, -poucins et poulés despeciés tous crus par quartiers, ou veel despecié -par morceaulx, et de l’eaue d’icelle cuiture devez destremper et -deffaire ce que vous avez broyé, puis couler par l’estamine; puis -rebroyez les relais[926] et coulez arrière: puis gingembre, canelle, -clou et poivre long destrempé de vertjus sans vinaigre, puis boulez -tout ensemble. Or soit vostre grain cuit en sain de porc par morceaulx -ou quartiers, et dréciez vostre grain par escuelles et mettez du potage -par dessus, et sur le potage, en chascune escuelle, quatre ou cinq -queues d’escrevices et du sucre par dessus pouldré. - -HOUSSEBARRE[927] DE CHAR✝ est fait en haste à un soupper quant gens -surviennent despourveuement. Pour dix escuelles, prenez vint lesches de -la char froide de disner et du giste de beuf; et soient les lesches -petites comme lesches de lart, et les frisiez en sain au fer de la -paelle. _Item_, ayez de six œufs les moyeux et un petit de vin blanc, -et soit tout batu ensemble tant comme à ennuy, puis mis avec de l’eaue -de la char et du vertjus viel et non nouvel, car il tourneroit: et tout -bouly sans la char; et après dréciez par escuelles, et en chascune -escuelle deux lesches de char. Aucuns drecent le brouet par escuelles, -et en un plat, devant quatre personnes, cinq lesches de char et du -brouet avec; et c’est quant il y a plus de gens et mains de char[928]. - -HOUSSEBARRE DE POISSON. Aiez des carrelets appareillés et -lavés, puis séchiés, essuiés entre deux touailles et fris et mis en un -plat et deux en un autre: qui font deux plats. _Item_, aiez deux onces -de coriandre et de cercuis non confis, dont l’une[929] couste un blanc, -et soit broyé et destrempé de vin et vertjus, puis bouli et getté sur -les deux plats. - -POTAGE DE LOMBARS. Quant la char est cuite, si la traiez et -mettez l’eaue de la char en un autre pot, mais gardez bien que il -n’y coule ne fondrilles, ne osselets; puis aiez moyeux d’œufs batus -longuement avec du vertjus et pouldre, et filez dedans le pot en filant -et en remuant, puis faites vos souppes[930]. - - -AUTRES POTAGES LIANS SANS CHAIR. - -BROUET VERGAY D’ANGUILLES, escorchiez _i_.[931] estauvez[932] -ou eschaudez les anguilles et les mettez cuire en l’eaue avec du vin -par très bien menus morceaulx, puis broyez percil et pain ars, et -coulez par l’estamine: et aiez avant broyé gingembre paré et saffren, -et faictes tout boulir ensemble, et à la parfin mettez morceaulx de -fromage comme dés quarrés[933]. - -BROUET SARRASINOIS. Escorchiez l’anguille et découppez par -bien menus tronçons, puis pouldrez de sel et frisiez en huile; puis -broyez gingembre, canelle, giroffle, graine, garingal, poivre long -et saffran pour donner couleur, et[934] de vertjus, et boulir tout -ensemble avec les anguilles qui d’elles mêmes font lioison. - -BROUET VERT D’ŒUFS ET DE FROMAGE. Prenez percil et un pou de -frommage et de sauge et bien pou de saffren, pain trempé, et deffaites -de purée de pois ou d’eaue boulie, broyez et coulez: et aiez broyé -gingembre deffait de vin, et mettez boulir; puis mettez du frommage -dedens et des œufs pochés en eaue, et soit vert gay.--_Item_, aucuns -n’y mettent point de pain, mais en lieu de pain convient lart. - -BROUET D’ALEMAIGNE D’ŒUFS POCHÉS EN HUILLE,[935] puis prenez -amandes et les pelez, broyez et coulez: mincez oignons par rouelles, et -soient cuis en eaue, puis fris en huille, et faites tout boulir; puis -broyez gingembre, canelle, giroffle et un pou de saffran deffait de -vertjus, et au derrain[936] mettez vos espices ou potage, et boulir un -boullon, et soit bien liant et non trop jaune. - -BROUET BLANC se peut faire des lus, des carpes et des bars, -comme il est dit cy-dessus de la poulaille. - -SORINGUE D’ANGUILLES. Estauvez ou escorchiez, puis tronçonnez -vos anguilles: puis aiez oignons cuis par rouelles et percil effueillé, -et mettez tout frire en huille; puis broyez gingembre, canelle, -giroffle, graine et saffren, et deffaites de vertjus, et ostez du -mortier. Puis aiez pain harlé broyé et deffait de purée, et coulez -par l’estamine, puis mettez dedans la purée, et faites boulir tout -ensemble, et l’assavourez de vin, de vertjus et vinaigre; et soit -claret[937]. - -GRAVÉ OU SEYMÉ (car c’est tout un) de loche ou autre poisson -froit ou chault, soit perche ou autre de ceste nature. Frisiez sans -farine en huille, puis la tenez devant le feu: mais avant ce, aiez pain -harlé broyé et deffait d’un petit de vin, d’eaue boulie ou purée, et -passez par l’estamine, et mettez en un pot; puis affinez gingembre, -canelle, giroffle, graine et saffren pour donner couleur, deffait de -vinaigre, et aiez des oignons minciés cuis, et les frisiez[938] en -huille, puis mettez tout boulir ensemble en un pot avec la purée ou -eaue boulie, excepté la loche frite de laquelle vous mettez six ou huit -en l’escuelle ou plus, et du brouet par dessus; et ne soit pas jaune, -mais roux. - -CHAUDUMÉE D’UN BROCHET. _Primo_, à appareillier un brochet, -luy convient tirer les boyaux par l’oreille, et oste-l’en l’amer, et -puis reboute-l’en les boyaux dedans, et après l’en les[939] rostit sur -le greil. Se le brochet est petit, soit rosti tout entier: et s’il est -plus grandelet, soit encisé en plusieurs lieux au travers, et ainsi -rosti. Puis aiez saffren largement, poivre long, giroffle et graine, et -soit tout bien broyé et deffait de vertjus, vin, et vinaigre très-petit -comme néant, broyé et osté du mortier; puis aiez pain harlé trempé en -purée de pois ou en eaue de poisson, ou moitié vin moitié vertjus, et -soit broyé, puis coulé par l’estamine, et tout mis ensemble soit bouly -et mis en plats sur le brocherel, et soit jaune. - -Ainsi se peut faire _galentine de poisson froit_, sauf tant que l’en -n’y met point de purée, car pour ce[940] ne se garde pas longuement, -mais y met-l’en de la gresse du poisson. - -CIVÉ D’OÏTTRES. Eschaudez et lavez très bien les oïttres, -les cuisiez pour[941] un seul boullon, et les mettez esgouter, et les -friolez avec de l’oignon cuit en huille; puis prenez pain harlé ou -chappelleures grant foison, et mettez tremper en purée de pois ou en -l’eaue boulie des oïttres et du vin plain[942], et coulez: puis prenez -canelle, giroffle, poivre long, graine et saffran pour donner couleur, -broyez et destrempez de vertjus et vinaigre et mettez d’une part; puis -broyez vostre pain harlé ou chappeleures avec la purée ou eaue des -oïttres et aussi les oïttres puis qu’elles ne seroient assez cuites. - -CIVÉS D’ŒUFS[943]. Pochez œufs à l’uille, puis aiez oignons -par rouelles cuis, et les friolez à l’uille, puis mettez boulir en vin, -vertjus et vinaigre, et faites boulir tout ensemble; puis mettez en -chascune escuelle trois ou quatre œufs, et gettez vostre brouet dessus, -et soit non liant. - -SOUPPE EN MOUSTARDE. Prenez de l’uille en quoy vous avez -pochés vos œufs, du vin, de l’eaue, et tout boulir en une paelle de -fer: puis prenez les croustes du pain et les mettez harler sur le gril, -puis en faittes souppes quarrées, et mettez boulir; puis retraiez -vostre souppe, et mettez en un plat ressuier: et dedans le boullon -mettez de la moustarde, et faites boulir. Puis mettez vos souppes par -escuelles, et versez vostre boullon dessus. - -LAIT DE VACHE LIÉ. Soit pris le lait à eslite[944], comme dit -est cy-devant ou chappitre des potages[945], et soit bouly une onde, -puis mis hors du feu: puis y filez par l’estamine grant foison de -moieux d’œufs et ostez le germe, et puis broyez une cloche de gingembre -et saffren, et mettez dedans, et tenez chaudement emprès le feu; puis -ayez des œufs pochés en eaue et mettez deux ou trois œufs pochés en -l’escuelle, et le lait dessus. - -ESPIMBÈCHE DE ROUGETS. Espaulez[946], pourboulez et rosticiez -vos rougets: puis aiez vertjus et pouldre, cameline et percil: tout -bouly ensemble, et gettez sus. - -POTAGE JAUNET OU SAUSSE JAUNETTE sur poisson froit ou chault. -Frisiez en huille, sans point de farine, loche, perche pelée ou autre -de ceste nature, puis broyez amandes, et deffaites le plus de vin et de -vertjus et coulez, et mettez au feu: puis broyez gingembre, giroffle, -graine et saffren, et deffaites de vostre boullon, et quant le potage -aura bouly, mettez vos espices; et au drécier mettez du sucre, et soit -liant. - -MILLET. Lavez-le en trois paires d’eaue et puis le mettez en -une paelle de fer sécher sur le feu, et hochiez bien, qu’il n’arde; -et puis le mettez en lait de vache frémiant, et n’y mettez point la -cuillier jusques à tant qu’il ait bien bouly, et puis le mettez jus de -dessus le feu[947], et le batez du dos de la cuillier[948] tant qu’il -soit bien espois. - -La nature du lait est telle que se le lait est trait et mis en un très -bel et net vaissel de terre ou de bois ou d’estain et non mie d’arain -ne de cuivre, et en iceulx vaiseaulx le tenir en repos sans remuer ou -changier en divers vaisseaulx, ne transporter çà ne là, il se garde -bien jour et demi ou deux jours, et ne se tourne point au boulir, mais -que l’en le remue quant il s’esmeut au boulir; et n’y convient point -mettre de sel jusques au descendre du feu, ou au moins quant l’en y -veult mettre les souppes, et y puet-on mettre des souppes de pain levé -ou autre, que jà ne se tournera puis que le lait sera ainsi gouverné -comme dit est.--_Item_, et se le lait n’est frais ou que tu aies doubte -qu’il ne tourne en la paelle, si y met un petit de fleur[949] et le -mouveras très bien, et jà ne se tournera. Et se tu en veulx faire -boulie, si desmelle _primo_ ta fleur et ton lait et du sel, puis met -boulir et le muef[950] très bien. Et se tu en veulx faire potage, -si y met pour chascune pinte de lait les moyeux de demy quarteron -d’œufs, les germes ostés, très bien batus ensemble à part eulx, et -puis rebattus avec du lait; et puis tout filé en la paelle, et puis -très bien remué le lait qui bout: puis faire souppes. Et qui veult une -cloche de gingembre et du saffran, _fiat_. - - -ROST DE CHAR. - -LANGUE DE BEUF fresche soit parboulie, pelée, lardée et -rostie, et mengée à la cameline. - -_Item_, est assavoir que la langue du vieil vault mieulx que la langue -du jeune beuf, si comme aucuns dient; autres dient le contraire. - -En Gascongne, quant il commence à faire froit, ils achètent des -langues, les parboullissent et pelent, et puis les salent l’une sur -l’autre en un salouer et laissent huit jours, puis les pendent à la -cheminée tout l’iver, et en esté, hault, à sec; et ainsi se gardent -bien dix ans. Et puis sont cuites en eaue et vin qui veult, et mengées -à la moustarde. - -_Aliter_, langue de beuf vieil soit parboulie, pelée et nettoiée: puis -embrochée, boutonnée de clous de giroffle, rostie, et mengée à la -cameline. - -ALLOUYAUX DE BEUF. Faictes lesches de la char du trumel, et -enveloppez dedens mouelle et gresse de beuf: embrochiez, rostissiez et -mengiez au sel. - -MOUTON ROSTI au sel menu ou au vertjus et vinaigre. L’espaule -soit première embrochée et tournée devant le feu jusques à ce qu’elle -ait getté sa gresse, puis soit lardée de percil[951]: et non plus tost -pour deux causes, l’une car adonc elle est meilleur à larder, l’autre -car qui plus tost la larderoit, le percil s’ardroit avant que l’espaule -fust rostie. - -Porc eschaudé, rosty en la broche: et mettre du sain doulx en la -paelle, et au bout d’un baston avoir des plumes, et oindre l’escorce -ou couanne du porc afin qu’elle ne s’arde et endurcisse ou larder. Et -autel convient-il faire à un cochon[952], ou le larder; et est mengié -au vertjus de grain ou vertjus vieil et ciboule. - -POURCELET FARCI. Le pourcelet tué et acouré[953] par la gorge -soit eschaudé en eaue boulant, puis pelé: puis prenez de la char meigre -de porc, et ostez le gras et les issues du pourcelet et mettez cuire en -l’eaue, et prenez vint œufs et les cuisiez durs, et des chastaingnes -cuites en l’eaue et pelées: puis prenez les moyeux des œufs, -chastaingnes, fin fromage vieil, et char d’un cuissot de porc cuit, et -en hachez, puis broyez avec du saffran et pouldre de gingembre grant -foison entremellée parmy la char; et se vostre char revient trop dure, -si l’alaiez de moyeux d’œufs. Et ne fendez pas vostre cochon parmy le -ventre, mais parmy le cousté le plus petit trou que vous pourrez: puis -le mettez en broche, et après boutez vostre farce dedans, et recousez -à une grosse aguille; et soit mengié ou au poivre jaunet se c’est en -yver, ou à la cameline se c’est en esté. - -_Nota_ que j’ay bien veu pourcelet lardé, et est très bon. Et ainsi le -fait-l’en maintenant et des pigons aussi. - -CONNINS pourboulis, lardés, en rost, à la cameline. - -L’en scet bien se un connin est gras etc.[954] - -VEEL ROSTY. Soit harlé au feu en la broche et sans laver, puis -lardé, rosti, et mengié à la cameline. Aucuns le pourboulent, lardent, -puis embrochent. Ainsi le souloit[955]-l’en faire. - -CHEVREAULX, AGNEAULX. Boutez en eaue boullant et tirez -hors tantost, et harlez en la broche; puis rostis et mengiés à la -cameline[956]. - -BOURBELIER DE SANGLIER[957]. _Primo_ le convient mettre en -eaue boulant, et bien tost retraire et boutonner de giroffle; mettre -rostir, et baciner[958] de sausse faicte d’espices, c’est assavoir -gingembre, canelle, giroffle, graine, poivre long et noix muguettes, -destrempé de vertjus, vin et vinaigre, et sans boulir l’en baciner; -et quant il sera rosti, si boulez tout ensemble. Et ceste sausse est -appellée _queue de sanglier_[959], et la trouverez cy-après (_et là il -la fait liant de pain: et cy, non_). - -POUR CONTREFAIRE D’UNE PIÈCE DE BEUF, VENOISON D’OURS. Prenez -de là pièce d’emprès le flanchet, et soit tronçonnée par gros tronçons -comme bouly lardé, puis pourbouli, lardé et rosti: et puis boulez une -queue de sanglier[960] et mettez vostre grain[961] peu boulir, et -gettez sausse et tout en un plat. - -Toute venoison fresche sans baciner se mengue à la cameline. - -OÉS rosties à l’aillet blanc en yver, ou à la jance. - -Et _nota_ que en Aoust et Septembre, quant les oisons sont aussi grans -comme père et mère, l’en congnoist les jeunes à ce que quant l’en -appuie son poulce sur leur becq, il fond soubs le poulce, et aux autres -non. - -_Item_, _nota_ que oisons mis en mue, se ils sont bien petis, ils -engressent jusques au neuvième jour, et après amaigrissent: mais les -oés engressent toujours sans défrire[962]; et soit l’un, soit l’autre, -il les convient tenir seichement et garder de mouillier leurs piés, ne -estre sur lictière moitte, mais finement seiche, et garder de baigner -ne mengier verdure, et ne voient point de clarté, et soient peus de -fourment cuit, et abeuvrés de lait meigre ou de l’eaue en quoy le -fourment aura cuit, et ne leur convient donner autre buvrage, et soient -peus de bonne avoine. - -A Paris, les oiers engressent leurs oisons de farine etc.[963] - -CHAPONS, GÉLINES, faisandés de deux ou de trois jours, -embrochiés, flambés, et rostis, mettez au vertjus avec leur gresse; -bouly, à la poictevine ou à la jance. - -POUCINS gros comme hétoudeaux[964] en Juillet, tués deux -jours devant, et rostis, flambés, mengiés au moust qui se fait en tout -temps de vin, vertjus et foison sucre. - -Pour les faisander, il les convient saigner, et incontinent les mettre -et faire morir en un seel d’eaue froide, et tantost remettre en un -aultre seel d’eaue très froide, et il sera faisandé ce matin mesmes -comme de deux jours tué[965]. - -MENUS OISEAULX. Plumez à sec et laissiez les piés, et -embrochiez parmy le corps: et entre deux mettre une pièce de lart gras -tanné[966] comme une fueille. - -MALARS DE RIVIÈRE. En yver, quant les jeunes etc.[967] - -_Item_, malars de rivière plumez à sec, puis mettre sur la flambe: -ostez la teste et la gettez, et laissiez les piés; puis mettez en -broche et une leschefrite dessoubs pour requeillir la gresse, et mettre -des oignons dedans qui se frisent en la gresse. Et quant l’oisel est -cuit, mettez du lart et du percil en la leschefrite, et boulez tout -ensemble, et des tostées dedans, et l’oisel par pièces; ou soit mengié -au sel menu. - -_Item_, autrement se peut faire. Mettez en la leschefrite des oignons -comme dit est, et quant l’oisel sera cuit, si mettez en la leschefrite -un petit de vertjus et moitié vin, moitié vinaigre, et tout bouli -ensemble, et après mis la tostée. Et ceste derrenière sausse est -appellée _le Saupiquet_. - -PAON, _Faisans_, _Cigoignes_, _Héron_, _Outardes_, _Grues_, -_Gentes_, _Butor_, _Cormorant_, soient plumés à sec ou saignés comme le -cigne, et laissez à ceulx à qui il appartient les testes et queues, et -aux autres testes et piés[968]: et du surplus comme du cigne. - -_Item_, au faisant à qui l’en oste la queue, l’en luy reboute deux ou -trois plumes quant il est rosty, mais atourné[969]. - -COULONS RAMIERS sont bons en yver; et congnoist-l’en les viels -à ce qu’ils ont les venneaux des esles tout d’une couleur noire, et -les jeunes qui sont de celluy an ont le bout des venneaux cendrés et -le surplus noir comme les autres[970]; et sont bons en pasté, à la -cameline frois, ou tous chaulx à la sausse d’oiseaulx de rivière, ou -rostis longuement comme beuf et mengiés au sel, ou à la dodine, par -pièces, en un plat, comme oiseaulx de rivière. - -_Nota_ que à Bésiers, l’en vent de deux paires[971] de coulons ramiers, -les uns petis, et ceulx ne sont pas les meilleurs, car les grans -sont de meilleur saveur et menguent le glan au bois comme font les -pourceaulx; et les mengue-l’en au boussac comme un connin, et mis par -quartiers: et aucunes fois à la sausse des halebrans, et en rost à la -dodine; ou qui en veult garder, soient mis en pasté lardés. Et sont en -saison de la Saint-Andry jusques en karesme, et ne viennent fors de -trois ans en trois ans. - -PLOUVIERS ET VIDECOQS. Plumer à sec, bruler et laissier les -piés; rostir et mengier au sel. - -Et _nota_ que trois paires d’oiseaulx sont, que les aucuns queux -rostissent sans effondrer; _scilicet_ aloés, turtres et plouviers, -pour ce que leurs bouyaulx sont gras et sans ordure, car aloés ne -menguent fors pierettes et sablon: turtres, graine de genèvre et herbes -souef-flairans: et plouviers vent[972]. - -Perdrix s’adouent vers la my Février, et adonc s’envolent deux et deux: -et en Pasqueret se doivent cuire en l’eaue, avec char de beuf, un -boullon largement; puis les tirer et rostir. - -_Item_, les perdris qui ont les plumes etc[973]. - -_Item_, perdrix se doivent plumer à sec, et copper les ongles et la -teste, reffaire en eaue boulant, puis boutonner de venoison qui en a, -ou lart, et mengier au sel menu, ou à l’eaue froide et eaue rose et un -petit de vin, ou en eaue rose les trois pars, jus de pomme d’orenge et -vin, le quart[974]. - -CIGNE. Plumez comme un poucin ou une oé, eschaudez, ou -reffait; embrochiez, arçonnez[975] en quatre lieux, et rostissiez à -tout les piés et bec tout entier, et la teste sans plumer; et mengié au -poivre jaunet. - -_Item_, qui veult, l’en le dore. - -_Item_, au tuer, soit fendu de la teste jusques aux espaules. - -_Item_, sont aucune fois escorchiés et revestus. - -CIGNE REVESTU en sa pel à toute la plume. Prenez-la et -l’enflez par entre les espaules, et le fendez au long du ventre: puis -ostez la pel à tout le col couppé emprès les espaules, tenant au corps -les piés; puis mettre en broche, et l’arçonnez et dorez. Et quant il -sera cuit, soit revestu en sa pel, et que le col soit bien droit ou -plat; et soit mengié au poivre jaunet[976]. - - -PASTÉS. - -POUCINS soient mis en pasté, le dos dessoubs et la poictrine -dessus, et larges lesches de lart sur la poictrine; et puis couvers. - -_Item_, à la mode Lombarde, quant les poucins sont plumés et -appareillés, aiez œufs batus, c’est assavoir moyeux et aubuns[977], -avec vertjus et pouldre, et mouillez vos poucins dedans: puis mettez en -pasté[978] et des lesches de lart comme dessus. - -CHAMPIGNONS d’une nuit sont les meilleurs, et sont petits et -vermeils dedans, clos dessus: et les convient peler, puis laver en -eaue chaude et pourboulir; qui en veult mettre en pasté, si y mette de -l’uille, du frommage et de la pouldre. - -_Item_, mettez-les entre deux plats sur charbons, et mettez un petit de -sel, du frommage et de la pouldre. L’en les treuve en la fin de May et -en Juin. - -ESCHEROYS[979]. Lavez-les en deux ou en trois paires d’eaues -chaudes, puis les enfarinez et frisiez en huille. - -_Item_, après ce, aucuns les mettent en pasté avec grant foison -d’oignons et tronçons de harenc ou d’anguille et pouldre. - -_Nota._ Pastés doivent estre au large et la viande à large dedans. - -PASTÉS DE VENOISON FRESCHE. Il convient à venoison pourboulir -et escumer, puis larder et faire pastés: et ainsi se font pastés de -toute venoison fresche; et se doit tailler à grans lopins comme billes, -et pour ce dit-l’en _pasté de bouly lardé_. - -PASTÉS DE BEUF. Aiez bon beuf et jeune et en ostez toute la -gresse, et le meigre soit mis par morceaulx cuire un boullon, et après -porté sur[980] le pastissier hachier: et la gresse avec mouelle de beuf. - -La char d’une joe de beuf trenchée par lesches et mise en pasté; -et puis quant le pasté est cuit, convient getter de la sausse d’un -halebran dedans. - -PASTÉS DE MOUTON. Bien hachiés menus avec des ciboules. - -PASTÉS DE VEAU. Prenez de la rouelle de la cuisse, et convient -mettre avec, près d’autant de gresse de beuf; et de ce fait-l’en six -bons pastés d’assiette[981]. - - -POISSON D’EAUE DOULCE. - -A cuire poisson convient premièrement mettre l’eaue frémir et du sel, -et puis mettre les testes boulir un petit, puis les queues, et boulir -ensemble, et puis le remenant. - -Tout poisson freschement mort est ferme sur le poulce et dur, et a -l’oreille vermeille; et s’il est vieil mort, _secus_. - -BAR soit en eaue cuit, et mengié à la sausse vert. - -BARBELET[982] en esté soit cuit en eaue et le tiers vin, -foison percil et oseille, et cuire longuement: et il sera ferme. - -BARBILLONS rostis au vertjus, les petis en yver au potage ou à -la jance fris; _item_, en yver, au poivre aigret ou jaunet, car c’est -tout un. - -PERCHE soit sans escharder[983] cuite en eaue, et puis soit -pelée: au vinaigre et au percil soit mise; la frite soit mise au -gravé[984]. - -TANCHE eschaudée, et osté le limon comme d’une anguille, -puis soit cuite en eaue: mengée à la sausse vert. La frite en potage; -la renversée, rostie et pouldrée de pouldre de canelle, et puis soit -plungée en vinaigre et huille tandis que l’en la rostira, et mengée à -la cameline. Et notez que à la renverser, il la convient fendre au long -du dos, teste et tout, puis renverser, et mettre une essaule[985] entre -les deux couannes, puis lier de fil et rostir. - -BRESME soit cuite en eaue, mengée à la sausse vert: et la -rostie au vertjus[986]. - -LUS[987] se doit cuire en eaue frémiant et un petit de vin, -et mettre la teste premièrement et puis la queue, et faire boulir une -onde: puis mettre le remenant. Lus se mengue à la sausse vert quant il -est cuit en eaue. Aucunes fois l’en en fait potage, et est frit aucunes -fois; le frit est mengié à la jance. - -D’un lus on en peut mengier la moitié cuite en eaue, et l’autre moitié -salée d’un jour ou de deux jours, voire de huit jours, mais en ce cas -l’en le doit mettre tremper pour dessaller, puis pourboulir et après -esgouter, puis frire et mengier à la jance. Quant du lus frais est -demouré de disner, au souper l’en en fait charpie. - -BROCHET est bon au chaudumé. - -Des brochets le laitié vault mieux que l’ouvé, se ce n’est quant l’en -veult faire roissolles, car de l’ouvé broyé l’en fait roissoles. - -ALOZE salée, cuite en l’eaue et mengée à la moustarde ou -au vin et à la ciboule. La fresche[988] entre en saison en Mars. La -convient appareillier par l’oreille, escharder, cuire en eaue, et -mengier à la cameline; et celle qui sera en pasté, convient premier -escharder, puis mettre en pasté et de la cameline bien clère dedans le -pasté quant il est presque cuit, et icelle sausse faire boulir. _Item_, -aloze appareilliée comme dessus, sans escharder, puis rostir au four -avec percil et moitié vertjus, l’autre moitié vin et vinaigre[989]; et -est en saison depuis Février jusques en Juin. - -FUITES[990] comme alozes. - -CARPES. Aucuns aiment mieulx la laictié que l’ouvée, _et e -contrario_. Et _nota_ que la brehaigne[991] vault mieulx que nulle des -deux autres. - -La carpe qui a l’escaille blanche etc.[992] - -_Item_, à l’appareillier, ostez-luy l’amer qui est droitement ou -gouttron[993] de la gorge, et ce fait, l’en peut mettre cuire la teste -toute entière, et elle se cuira tout nettement; et se l’amer n’en -estoit osté, la teste demourroit tousjours sanglante et amère. Et pour -ce, quant l’amer n’est osté entier et sans crever, l’en doit tantost -laver la place et frotter de sel, et se l’amer est osté entier, l’en -ne doit point laver la teste ne autre chose, mais convient mettre -premièrement boulir la teste et assez tost après la queue, et puis -après le remenant, et tout à petit feu.[994] La carpe cuite se mengue à -la sausse vert, et se demourant en y a, l’en en met en galentine. - -_Item_, CARPE A L’ESTOUFFÉE. _Primo_, mettez des oignons -minciés en un pot cuire avec de l’eaue, et quant les oignons seront -bien cuis, gettez la teste et assez tost après la queue dedans, et -assez tost après les tronçons, et couvrez fort sans ce qu’il en ysse -point d’alaine[995]. Et quant elle sera cuite, si aiez fait vostre -affaitement de gingembre, canelle et saffran, allayé de vin et un petit -de vertjus, c’est assavoir le tiers, et faites tout boulir ensemble, et -bien couvert; et puis dréciez par escuelles[996]. - -_Nota_ que les Alemans dient des François qu’ils se mettent en grant -péril de mengier leurs carpes si pou cuites. Et a-l’en veu que se -François et Alemans ont un queux François qui leur cuise carpes, -icelles carpes cuites à la guise de France, les Alemans prendront leur -part et la feront recuire plus assez que devant, et les François non. - -TRUITTES. Leur saison commence en May. (_Item, leur saison est -de Mars jusques en Septembre._) Les blanches etc.[997] La truitte qui -ou palais a deux petites veines noires, est vermeille. - -Truitte soit cuite en eaue et foison vin vermeil, doit estre mengiée à -la cameline et doit estre mise cuire par tronçons de deux dois. A jour -de char, en pasté, l’en les doit couvrir de larges lardons[998]. - -ANGUILLES. Celle qui a la menue teste, becque etc.[999] - -Anguillettes fresches estauvées et tronçonnées, cuites en eaue avec -foison de percil, puis mettre du frommage lesche: puis traiez les -tronçons, et faites souppes, et en chascune escuelle quatre tronçons; -ou cuire des oignons, puis cuites en celle eaue, et un petit d’espices -et saffran[1000] et oignons en un pot, et faire la souppe. - -Grosse anguille cuite en l’eaue et au percil se mengue aux aillets -blans; en pasté, du frommage et de la pouldre fine. La grosse, -renversée[1001], à la sausse chaude comme une lamproie. - -Se vous voulez garder anguille, faites-la mourir en sel, et la laissiez -trois jours naturels toute entière: puis soit eschaudée, osté le -limon, trenchée par tronçons, cuite en l’eaue et la ciboule, et en la -parfin mettez du vin. Et se vous la voulez saler du matin au soir, -appareilliez-la et la tronçonnez, et mettez les tronçons en gros sel; -et se vous la voulez plus avancier, broyez sel noir[1002] et frottez -chascune coppure du tronçon, et avec ce, la hochiez en sel entre deux -escuelles[1003]. - -ANGUILLE RENVERSÉE. Prenez une grosse anguille et l’estauvez, -puis la fendez par le dos au long de l’areste d’un costé et d’autre, -en telle manière que vous ostiez d’une part l’areste, queue et teste -tout ensemble, puis lavez et ploiez icelle à l’envers, c’est assavoir -la char par dehors, et soit liée loing à loing: et la mettez cuire -en vin vermeil, puis la traiez et couppez le fil à un coustel ou -forcettes[1004], et mettez reffroidier sur une touaille; puis aiez -gingembre, canelle, clo de giroffle, fleur de canelle, graine, noix -muguettes[1005], et broyez et mettez d’une part: puis aiez pain brulé -et broyez très bien, et ne soit point coulé, mais deffaites du vin -où l’anguille aura cuit, et boulez tout en une paelle de fer, et y -mettez du vertjus, du vin[1006], et du vinaigre[1007], et gettez sur -l’anguille[1008]. - -PINPERNAUX ont luisant et deliée pel et ne sont point -limonneux comme sont anguilles. L’en les doit eschauder et rostir sans -effondrer, _scilicet_ les frais, et les salés qui sont séchés, rostir -et mengier au vertjus[1009]. - -LOCHE cuite en eaue au percil et au bon frommage, mengée à la -moustarde. La frite, en potage et à l’aillet vert. La cuite en l’eaue, -à la moustarde soit mengée: et au frire soit effleurée[1010] celle qui -sera frite. - -GAYMEAU cuit en l’eaue, mengié à la moustarde: ou qui veult, à -l’aillet vert. - -LAMPROYONS rostis verdelets, mengiés à la sausse chaude comme -cy dessoubs sera dit à la lamproye; et se ils sont cuis en eaue, soient -mengiés à la moustarde: et se ils sont cuis en pasté, gettez la sausse -chaude dessus les pastés, et faites boulir[1011]. - -LAMPROIES. Il est assavoir que les aucuns saignent la lamproie -avant ce que ils les estauvent, et aucuns les estauvent avant ce qu’ils -les saignent ne eschaudent. Pour la saigner, premièrement lavez très -bien vos mains, puis fendez-lui la gueule parmy le menton, _id est_ -joignant du baulièvre, et boutez vostre doit dedens et arrachez la -langue, et faites la lemproie saignier en un plat, et lui boutez une -petite brochette dedans la gueule pour la faire mieulx saigner. Et se -vos dois ou vos mains sont touilliés de sang, si les lavez, et la plaie -aussi, de vinaigre, et faites couler dedans le plat, et gardez ce sang, -car c’est la gresse. - -Quant à l’estauver, aiez de l’eaue chauffée, sur le feu, frémiant, -et l’estauvez comme une anguille: d’un coustel non pointu luy pelez -et ratissiez la gueulle par dedens, et gettez hors les riffleures, -puis l’embrochiez et faites rostir verdelette. Et pour faire la -boe[1012], prenez gingembre, canelle, poivre long, graine et une -noix muguette, et broyez et mettez d’une part: puis aiez du pain -brulé tant qu’il soit noir, et le broyez et deffaites de vinaigre et -le coulez par l’estamine; puis mettez boulir le sang, vos espices et -le pain, tout ensemble, un boullon tant seulement, et se le vinaigre -est trop fort, si le attrempez de vin ou de vertjus; et adonc c’est -boue: et est noire, espoisse à point et non pas trop, et le vinaigre -un pou passant[1013], et salé un petit; puis versez tout chault sur la -lamproye, et laissiez suer[1014]. - -_Item_, l’en peut faire autre sausse plus briefve. Prenez le sang et du -vinaigre et du sel, et quant la lamproie sera rostie verdelette, boulez -icelle sausse un bouillon seulement et gettez sur vostre lamproye, et -laissiez suer entre deux plats. - -_Item_, LAMPROIE BOULIE. Saignez-la comme devant est dit, et -gardez le sang: puis la mettez cuire en vinaigre et en vin plain[1015] -et un pou d’eaue, et quant elle sera cuite verdelette, si la traiez -hors du feu et la mettez reffroidier sur une nappe; puis prenez pain -brulé et deffaites de vostre boullon et coulez parmi une estamine, et -puis mettez boulir le sang avec, et mouvez bien qu’il n’arde: et quant -il sera bouly, si versez en un mortier ou en une jatte nette, et mouvez -tousjours jusques à tant qu’il soit reffroidié; puis broyez gingembre, -canelle, fleur de canelle, giroffle, graine de paradis, noix muguettes -et poivre long, et deffaites de vostre boullon, et mettez dedans un -plat comme dit est devant; et doit estre noir[1016]. - -_Item_, LAMPROIE A L’ESTOUFFÉE. Ostez le sang de la lamproye -comme dessus, puis l’estauvez en eaue bien chaude. Après ce, ayez -vostre sausse preste de boulir, et soit clere, et mettez vostre -lamproye en un pot et vostre sausse dessus, et faites très bien couvrir -d’un couvescle bien joignant et juste, et faites boulir; puis retournez -une fois la lamproie ce dessus dessoubs[1017] ou pot, et faites cuire -verdelette. Et s’elle ne moulle toute en sausse, il n’y a pas péril, -mais que le pot soit bien couvert; puis la mettez toute entière en un -plat sur la table[1018]. - -ESCREVICES cuites en l’eaue et en vin, mengées au vinaigre. - -ABLES cuites en l’eaue et au percil, mengées à la moustarde. - -GARDONS ET ROSSES[1019]. C’est friture, et les convient -effonder, puis enfleurer, puis frire; mengier à la sausse vert[1020]. - -VENDOISES comme dessus, ou rosties sans escharder[1021], -et mengier au vertjus d’ozeille; et est assavoir que vendoises sont -assez plus grans que ables, et sont rondes plus que gardons[1022], car -gardons sont plas. - - -POISSON DE MER RONT. - -Poisson de mer ront en yver, et le plat en esté. - -_Nota_ que nulle marée n’est bonne quant elle est chassée par temps -pluyeulx ou moicte. - -BRETTE[1023] affaitié comme un rouget, cuite comme une raye, -et ainsi pelée: mengée aux aulx camelins. Et est la brette aussi comme -chien de mer, mais brette est plus petite et plus doulce et meilleure, -et dit-l’en que c’est la femelle du chien: et est brune sur le dos, et -le chien est roux. - -CHIEN DE MER comme la brette. Et _nota_ que de l’un et de -l’autre le foie est bon à mettre en pasté, et de la pouldre fine parmy; -et aucuns y mettent du frommage, et est bon. - -MULET est dit _migon_[1024] en Languedoc, et est eschardé -comme une carpe, puis effondré au long du ventre, cuit en l’eaue, et du -percil dessus, puis reffroidié en son eaue; et puis mengié à la sausse -vert, et meilleur à l’orenge. _Item_, il est bon en pasté. - -MORUE n’est point dicte à Tournay s’elle n’est salée, car la -fresche est dicte _cableaux_[1025], et, se mengue et est cuite comme -dit sera cy-après de morue. - -_Item_, quant icelle morue est prise ès marches de la mer, et l’en -veult icelle garder dix ou douze ans, l’en l’effondre, et luy oste-l’en -la teste, et est seichée à l’air et au soleil, et non mie au feu ou à -la fumée; et ce fait, elle est nommée _stofix_[1026]. Et quant l’en -l’a tant gardée et l’en la veult mengier, il la convient batre d’un -maillet de bois bien une heure, et puis mettre tremper en eaue tiède -bien douze heures ou plus, puis cuire et escumer très bien comme beuf; -puis mengier à la moustarde ou mengier trempée au beurre. Et se rien -en demeure au soir, soit par pièces petites comme charpie frit, et mis -pouldre dessus. - -Aussi de morue fresche, s’aucune partie en demeure pour le soir ou -pour l’endemain[1027], faictes-en de la charpie et le frisez à pou de -beurre, et puis ostez de la paelle, et puis vuidiez tout le beurre que -riens n’y demeure, et la refrisiez à sec, et filez pardessus des œufs -batus: puis mettez en plateaux ou escuelles et pouldre fine pardessus. -Et s’il n’y a œufs, si se fait-il bien[1028]. - -Morue fresche, appareillée et cuite comme gournaut et du vin blanc au -cuire, et mengée à la jance; et la salée, mengée au beurre ou mengée -à la moustarde. La salée, pou trempée, sent trop le sel, et la trop -trempée n’est pas bonne; et pour ce, qui l’achaitte, doit essaier à la -dent et en mengier un petit[1029]. - -MAQUEREL frais entre en saison en Juin, jàsoit-ce que l’en en -treuve dès le mois de Mars. Affaitiez par l’oreille, puis l’essuiez -d’un net torchon, et sans laver aucunement soit mis rostir, puis mengié -à la cameline ou à sel menu; et salé, au vin et à l’eschaloigne[1030]. -Et si en met-on en pasté, et pouldre dessus[1031]. - -Ton est un poisson qui est trouvé en la mer ou estans marinaulx des -parties de Languedoc, et n’a aucunes arestes fors l’eschine, et a dure -pel, et se doit cuire en eaue et se mengue au poivre jaunet[1032]. - -LANGOUSTES sont grans escrevices, et sont bonnes cuites en -l’eaue, et leur convient estouper d’estoupes la queue par où l’en l’a -vuidée et aussi la gueule et les piés qui sont rompus, et tous les -autres lieux par lesquels aucune liqueur puisse yssir de son corps, et -puis cuire en l’eaue ou en four, et mengié au vinaigre. Toutesvoies, -qui la veult rostir au four, il ne la convient jà estouper, mais -souffit qu’elle soit mise cuire enverse[1033]. - -CONGRE. Eschaudez-le et estauvez comme une anguille, puis -mis en la paelle et salé comme le rouget, et le cuisiez longuement -comme beuf; et en la parfin mettre boulir avec du percil, puis le -laissiez[1034] refaire en son eaue, puis dréciez et mengiez à la sausse -vert. Aucuns le mettent roussir sur le gril[1035]. - -TUMBE[1036], ROUGET, GOURNAUT, -GRIMONDIN, soient affaitiés par le ventre et lavés très bien, -puis soient mis en la paelle et du sel pardessus, et puis l’eaue -froide; (et ainsi est-il du poisson de mer, jàsoit-ce que poisson -d’eaue doulce il convient premièrement que l’eaue soit frémiant), -puis soient cuis à petit feu, et mis hors de dessus le feu; laissiez -reffaire en leur eaue et mengiez à la cameline. Toutesvoies, les -grimondins, en esté, fendus sont au long du dos par les espaules, -rostis sur le greil[1037] et arrousés de beurre et mengiés au -vertjus. _Nota_ que tumbe est le plus grant, et sont prises en la mer -d’Angleterre. Gournaut est le plus grant après, et sont toutes ces -deux espèces de couleur tannée[1038]. Le rouget est le plus petit et -le plus rouge, et le grimondin est le mendre de tous et est tanné, -tavellé[1039], et de diverses couleurs; et tous sont comme d’une nature -et d’une saveur. - -_Item_, rougets sont bons au chaudumé de vertjus de pouldre et de -saffran. - -SAUMON frais soit baconné[1040], et gardez l’eschine pour -rostir; puis despeciez par dales cuites en eaue, et du vin et du sel au -cuire; mengié au poivre jaunet ou à la cameline et en pasté, qui veult, -pouldré[1041] d’espices; et se le saumon est salé, soit mengié au vin -et à la ciboule par rouelles[1042]. - -AIGREFIN appareillié comme le rouget, et le convient un pou -laissier froidir en son eaue, et soit mengié à la jance[1043]. - -ORFIN affaitié par l’oreille, cuit en l’eaue, mengié à la -cameline: ou mis par tronçons, et sur les tronçons mettre pouldre fine -et huille d’olive[1044]. - -PORC DE MER, MARSOUIN, POURPOIS[1045] est -tout un, et le poisson entier doit estre fendu par le ventre comme un -pourcel; et du foye et fressure l’en fait brouet et potage comme d’un -porc. _Item_, l’en le despièce et fend comme un porc, par le dos, et -aucunes fois est rosti en la broche à toute sa couanne, et puis mengié -à la sausse chaude comme brulis[1046] en yver. Autrement, est cuit en -eaue et mis du vin avec, puis de la pouldre et du saffran, et mis en un -plat dedans son eaue comme venoison; puis broyez gingembre, canelle, -giroffle, graine, poivre long et saffran, et deffaites de vostre -boullon, et mettez hors du mortier d’une part; _item_, broyez pain -harlé, deffait de l’eaue de vostre poisson et coulé par l’estamine, -et faictes boulir tout ensemble, et soit claret; puis dréciez comme -venoison. Ou faites poivre noir, et soit vostre poisson, sans laver, -cuit moitié eaue moitié vin, et mis en plas: et gettez vostre sausse -dessus comme galentine, et dréciez. Et quant vous en vouldrez mengier, -prenez un petit de la sauce qui est froide, et mettez ou eaue de char, -ou de celle mesmes, ou vinaigre _et similia_, et mettez sur le feu en -une escuelle chauffer[1047]. - -MERLUS doit estre despecié par morceaux quarrés comme -eschiquier, puis tremper une nuit seulement, puis le oster hors de -l’eaue, et après mettez séchier sur une touaille; puis mettez vostre -huille boulir, puis frisiez à pou d’huille vos pièces de merlus, et -mengiez à la moustarde ou à jance d’aulx. Merlus est fait, ce semble, -de morue[1048]. - -ESTURGON. Eschaudez, ostez le limon, couppez la teste et -la fendez en deux. Et premièrement le fendez au long par le ventre -comme l’en fait un pourcel, puis soit vuidié, tronçonné, et mis cuire -en vin et en eaue et que le vin passe; et que à la mesure qu’il se -esboudra[1049] que l’en y mette tousjours vin. Et congnoist-l’en qu’il -est cuit, quant la couanne se liève de légier; et ce que l’en mengue -chaut, l’en y met de l’eaue du bouly et espices comme se ce feust -venoison: et ce que l’en veult garder doit estre mis refroidier, et -mengier au percil et au vinaigre[1050]. - -ESTURGON CONTREFAIT DE VEEL pour six escuelles. Prenez le soir -devant, ou le bien matin, six testes de veel sans escorcher, et les -plumez en eaue chaude comme un cochon, et les cuisiez en vin, et mettez -une chopine de vinaigre et du sel dedans, et faites boulir tant qu’il -soit tout pourry de cuire; puis laissiez les testes refroidier et ostez -les os. Puis prenez un quartier de bonne grosse toile, et mettez tout -dedans, c’est assavoir l’une sur l’autre en la mendre place que vous -pourrez, puis cousez de bon fort fil, comme un oreillier quarré, puis -le mettez entre deux belles ais et le chargiez très fort, et laissiez -la nuit en la cave; et puis le tailliez par lesches, la couenne dehors -comme venoison, et mettez du percil et du vinaigre, et ne mettez que -deux lesches en chascun plat. _Item_, qui ne trouveroit assez testes, -l’en le peut faire d’un veel entrepelé[1051]. - -CRASPOIS[1052]. C’est balaine salée, et doit estre par -lesches tout cru, et cuit en eaue comme lart; et servir avec vos pois. - -MERLANT SALÉ est bon quant sa noe[1053] est entière, et son -ventre blanc et entier; et est bon au chaudumé de beurre, de vertjus et -de moustarde; et le frais, frit, à la jance. - -VIVE a trois lieux périlleux à touchier, c’est assavoir les -arestes qui sont sur le dos près de la teste, les deux oreilles; et -à ce ne convient touchier fors au coustel, et tout ce getter hors, -et tirer la brouaille par l’oreille, et puis enciser au travers en -pluseurs lieux, la rostir, et mengier au vertjus et beurre, ou vertjus -et pouldre. - -_Aliter_, cuisiez-la en l’eaue un petit, puis la frisiez en beurre, -puis boulez du vertjus avec le remenant du beurre, et getter sus. - - -POISSON DE MER PLAT. - -RAYE affaitié par endroit le nombril, et gardez le foye, et la -despeciez par pièces, puis la mettez cuire comme plays, puis la pelez -et la mengiez aux aulx camelins. - -Raye est bonne en Septembre, et meilleur en Octobre, car lors elle -mengue les harens frais. Celle qui n’a que une queue est _notrée_, -et les autres qui ont pluseurs queues, non. Et encores est-il autre -poisson pareil à raye qui a nom _Tire_, mais il n’a nul aguillon sur le -dos; et si est plus grant et plus tavellé de noir[1054]. - -GALENTINE POUR RAIE en esté. Broyez amandes et deffaites -d’eaue boulie, et coulez par l’estamine; puis broyez gingembre et aulx, -et deffaites d’icelluy lait d’amandes et passez par l’estamine, et -boulez tout ensemble et mettez sur les pièces de la raye. - -Raye qui une fois a esté cuite, s’elle est frite sans farine en huille -et mengée chaude à la cameline, elle est bonne et meilleur que en -galentine froide. - -Raye doit estre lavée en plusieurs eaues, puis cuire en petit boullon -et par quartiers, puis peler et laissier refroidier: mais aucuns la -pourboulent en eaue sans sel, puis la tirent, la pellent et nettoient -très bien, et mettent sur beau feurre; puis mettent en une paelle, sur -le feu, de l’eaue et du sel frémier, puis cuire la raye à petit feu. -Et qui veult, l’en en frit une partie de celle qui est pourboulye, et -ceste raye se garde bien huit jours[1055]. - -PLAYS[1056] ET QUARRELET sont aucques[1057] d’une -nature. La plus grant est nommée _plays_, et la petite _quarrelet_, et -est tavellée de rouge sur le dos; et sont bons du flo[1058] de Mars, -et meilleurs du flo d’Avril. Affaitiez par devers le dos audessoubs de -l’oreille: bien lavée, et mise en la paelle et du sel dessus, et cuite -en l’eaue comme un rouget; et mengiez au vin et au sel. - -_Item_, quarrelets sont bons fris à la fleur[1059] et mengiés à la -sausse vert[1060]. - -LIMANDES sont tavellées de jaune ou roux par le dos, et ont -l’oreille devers le blanc[1061]; soient fris à la fleur et mengiés à la -sausse vert, ou fris par moitié et mengiés au civé ou au gravé[1062]. - -POLES[1063], SOLES sont d’une nature; et sont les -poles tavellées par le dos. Il les convient escharder et affaitier -comme la plays, laver et mettre en la paelle, et du sel dessus et -de l’eaue, puis faire cuire, et à la parfin mettre du percil avec; -puis laissier reffaire en leur eaue, et mengier à la sausse vert ou -au beurre avec de leur eaue chaude, ou au chaudumé de vertjus vieil, -moustarde et beurre chauffé ensemble. - -_Item_, l’en les rostit sur le greil[1064] et du feurre moullié entre -deux; et celles ne doivent point estre eschardées et sont mengées au -vertjus d’oseille. - -_Item_, aussi sont eschaudées celles que l’en doit frire, et doivent -estre enfleurées, puis frites, mengées à la sausse vert[1065], et mises -au civé ou gravé. - -TURBOT est dit _Ront_ à Bésiers. Soit eschardé, appareillié -comme dessus et mengié à la sausse vert, ou mis au soucié[1066]; et -vault mieulx froit de deux jours. - -BARBUE eschardée, appareilliée comme dessus, cuite et mengée, -car tout est d’une espèce et d’une saveur, fors tant que la barbue est -plus petite[1067], et le turbot greigneur et meilleur. - -BRESME, BAITTE[1068] eschardée, cuite en eaue, mengée -à la cameline ou mise en pasté à la pouldre[1069]. - -TANTE[1070] cuite en eaue ou rostie, mengée au vertjus. - -DORÉE appareilliée par le costé au long, cuite en eaue, ou en -rost, mengée au vertjus. - -ALES rosties en filopant[1071], mengées à la moustarde; ou -pelées, puis cuites en l’eaue un très petit, puis enfarinées, frites à -l’uille, et mengées à la jance ou aux aillets. - -FLAYS[1072]. De ce ne convient faire nul compte, car ils -ne sont en saison fors quant le quarrel[1073] font soubs le pié. Ce -poisson n’est point tavelé de rouge sur le dos comme sont quarrelets, -et si ont le dos bien noir. - -HANONS[1074]. _Nota_ que les hanons qui sont ensemble -amoncelés et se entretiennent à une masse sans esparpillier ou -départir, et sont vermeils et de vive couleur, sont frais: et ceulx qui -ne s’entretiennent et sont esparpilliés et de fade ou morte couleur, -sont de vieille prise. Soient esleus, puis lavez très bien et eschaudez -en deux ou trois eaues bien chaudes, et puis refais en eaue froide, -puis seicher sur une touaille bien petit au feu, et soient fris en -huille avec oignons cuis, et après poudrés d’espices et mengiés aux -aillets vers clarets, reverdis de blé ou d’ozeille[1075] ou de feuille -de sanemonde ou de barbarin. - -MOULES[1076] soient cuites en grant feu et hastivement, en -très petit d’eaue et de vin sans sel, mengées au vinaigre. _Item_, -quant elles sont cuites avec vertjus vieil et percil, puis mettez -beurre frais, c’est très bon potage. - -Moules sont les meilleurs ou commencement du nouvel temps de Mars. -Moule de Quayeu[1077] est rousse, ronde au travers et longuette, et la -moule de Normandie est noire. - -ESCREVICES. Cuisiez-les en eaue et vin plus que d’eaue, et -escumez, puis mettez un petit de sel (jàsoit-ce que aucuns dient que -non, pour ce que le sel noircist[1078]). - -ESCREVICES DE MER doivent estre cuites en four, et dit-l’en -_lengoustes_, et convient estouper tous les pertuis à la guise du -fournier, et mengier trenchiée au vinaigre et à la ciboule. - -SEICHE CONRÉE[1079] soit pelée, puis despeciée par morceaulx, -puis la mettez en une paelle sur le feu et du sel avec, et remuez -souvent, et qu’elle soit bien séchée; puis la mettez en une nappe, et -l’espraignez bien et seichez çà et là par la nappe; puis l’enfarinez -en farine, et frisiez en foison d’uille ou à oignons ou sans oignons, -puis pouldrez d’espices dessus, et mengiez aux aillets reverdis de blé. - -_Item_, aucuns après ce qu’elle est pelée et mise par morceaulx, la -tiennent et remuent longuement en la paelle pour getter son humeur et -sa liqueur laquelle l’en doit souvent getter et purer. Et quant elle -ne gette plus rien, l’en l’essuye comme dessus, et puis la frit-l’en -en foison d’uille longuement, tant qu’elle devient grédelié[1080] et -recroquillée comme chaons[1081] de lart, et adonc est mise en un plat -et de la pouldre fine dessus, et ainsi mengée. Et en la paelle où est -demourée l’uille toute chaude sur le feu, laquelle huille a receu la -freschumée de la sèche, dont elle vault pis, l’en doit getter du vin -froit qui par fumée fait yssir la freschumée; et ainsi l’uille demeure -bonne pour potages, et meilleur que autres qui ne sont mie cuites. - -_Item_, qui n’auroit autre viande que sèche, et elle fust frite aux -oignons comme dessus, puis mise en deux plats et avoir bonne jance aux -aulx boulie et gettée dessus, ce seroit appétit assez passable[1082]. - -Sèche fresche soit lavée très bien, puis mise en une paelle ou four -avec de l’eaue, du vertjus, de l’uille et des ciboules nouvelles, et -cuite; mais _primo_ soient ostés l’os et l’amer. - - -ŒUFS DE DIVERS APPAREILS. - -UNE ARBOULASTRE ou deux d’œufs. Prenez du coq deux fueilles -seulement, et de rue moins la moitié ou néant[1083], car sachez qu’il -est fort et amer: de l’ache, ténoisie[1084], mente et sauge, de chascun -au regart de quatre fueilles ou moins, car chascun est fort: marjolaine -un petit plus, fenoul plus, et percil encores plus; mais de porée, -bettes, feuilles de violettes, espinars et laitues, orvale, autant -de l’un comme de l’autre, tant que de tout vous aiez deux poignées -largement: eslisez et lavez en eaue froide, puis les espraignez et -ostez toute l’eaue, et broyez deux cloches de gingembre; puis mettez -ou mortier à deux ou à trois fois vos herbes avec le dit gingembre -broyé, et broyez l’un avec l’autre. Et puis aiez seize œufs bien -batus ensemble, moyeux et aubuns, et broyez et meslez ou mortier avec -ce que dit est, puis partez en deux, et faites deux alumelles[1085] -espesses qui seront frites par la manière qui s’ensuit: premièrement -vous chaufferez très bien vostre paelle à huille, beurre ou autre telle -gresse que vous vouldrez, et quant elle sera bien chaude de toutes -pars, et par espécial devers la queue, meslez et espandez vos œufs -parmy la paelle et tournez à une palette souvent ce dessus dessoubs, -puis gettez de bon frommage gratuisé[1086] pardessus; et sachez que ce -est ainsi fait pour ce[1087] qui brayeroit[1088] le frommage avec les -herbes et œufs, quant l’en cuideroit frire son alumelle, le frommage -qui seroit dessoubs se tendroit à la paelle; et ainsi fait-il d’une -allumelle d’œufs, qui mesle les œufs avec le frommage. Et pour ce l’en -doit premièrement mettre les œufs en la paelle, et mettre le frommage -dessus, et puis couvrir des bors des œufs: et autrement se prendroient -à la paelle. Et quant vos herbes seront frites en la paelle, si donnez -forme quarrée ou ronde à vostre arboulastre et la mengiez ne trop -chaude ne trop froide. - -ŒUFS PERDUS. Rompez l’escaille et gettez moieulx et aubuns sur -charbons ou sur brèse bien chaude, et après les nettoyez et mengiez. - -ŒUFS HEAUMÉS. Cassez le bout et vuidiez l’aubun, et le moyeu -estant en la coquille, mettez et asséez icelle coquille sur une tuille, -le trou de la coquille dessoubs. - -ALUMELLE[1089] FRITE AU SUCRE.✝ Ostez tous les aubuns et batez les -moyeux, puis mettez du sucre en la paelle et il se fondra, et après ce -frisiez dedans vos aubuns, puis mettez en un plat, et du sucre dessus. - -ŒUFS PERDUS. Prenez quatre moyeux d’œufs et les batez, et du -sucre en pierre batu et en pouldre, et soit tout batu ensemble très -bien, puis coulé en l’estamine, puis frit au fer de la paelle et après -trenchié par losenges; puis avecques aultre allumelle d’œufs pochés, -soient icelles losenges mises ou plat et fine pouldre par-dessus[1090]. - -POUR FAIRE BELLE ALLUMELLE D’ŒUFS. Prenez sept œufs et -des[1091] deux ostez les aubuns et les mettez en une escuelle, et tous -les autres cassez sur[1092] moyeux, et batez tout ensemble, et frisiez; -et ils seront jaunes. - -_Aliter_, prenez dix ou douze œufs et ostez les aubuns et batez les -moyeux, puis les frisiez en huille, et soient bien espandus en la -paelle et couppés par losenges, et chascune losenge retournée à la -palette ce dessoubs dessus, puis mettre en un plat demye allumelle -d’œufs fris communément et quatre losenges de ces moyeux, et du succre -fris communément. - -ARBOULASTRE EN TARTRE FAICTE EN LA PAELLE. Aiez vos œufs et -herbes et une cloche de gingembre batues, meslées et broyées comme -devant est dit, puis aiez de la paste pestrie ainsi comme pour le fons -d’une tartre, et chauffez vostre paelle à huille ou autre gresse: puis -mettez vostre paste pestrie dedans le fons de la paelle, puis mettez la -farce de vostre tartre avec frommage gratuisié meslé parmi à souffisant -planté. Et pour ce que le dessoubs, c’est assavoir la paste qui fait -le fons de la tartre, seroit cuit avant que le dessus feust guères -eschauffé, il convient avoir une autre paelle dont le fons soit bien -eschauffé, torché et nettoyé, et soit icelle paelle plaine de charbon -ardant, et la mettez par dedans l’autre paelle, près et joignant de -la farce, pour icelle eschauffer et cuire à l’essuyé[1093] et aussi à -ouni[1094] comme la paste. - -ŒUFS A LA TENOISIE[1095]. Broyez un petit de gingembre et de -la tenoisie, et allaiez de vinaigre, coulez et mettez en un plat et des -œufs durs pelés tous entiers. - -_Nota_ DE LA NATURE DES ŒUFS. Mettez-les cuire en eaue boulant -et le moyeu ne sera point dur, toutesvoies se vous ne les avez -moulliés en eaue froide premièrement: mais se vous les y avez moulliés -et incontinent vous les mettez en potage boullant, ils durciront bien. -_Item_, se vous les mettez en eaue frémiant et les laissiez sur le feu, -ils seront tantost durs. _Item_, soient mols, soient durs[1096], si -tost qu’ils sont cuis, vous les mettez en eaue froide, ils seront plus -aisiés à peler. - - -ENTREMÈS, FRITURES ET DORURES. - -FROUMENTÉE[1097]. Premièrement, vous convient monder vostre -froument ainsi comme l’en fait orge mondé, puis sachiez que pour dix -escuelles convient une livre de froument mondé, lequel on treuve -aucunes fois sur les espiciers tout mondé pour un blanc[1098] la livre. -Eslisiez-le et le cuisiez en eaue dès le soir, et le laissiez toute -nuit couvert emprès le feu en eaue comme tiède, puis le trayez et -eslisez. Puis boulez du lait en une paelle et ne le mouvez point, car -il tourneroit: et incontinent, sans attendre, le mettez en un pot qu’il -ne sente l’arain; et aussi, quant il est froit, si ostez la cresme de -dessus afin que icelle cresme ne face tourner la fourmentée, et de -rechief faites boulir le lait et un petit de froument avec, mais qu’il -n’y ait guères de froument; puis prenez moyeux d’œufs et les coulez, -c’est assavoir pour chascun sextier de lait un cent d’œufs, puis prenez -le lait boulant, et batre les œufs avec le lait, puis reculer le pot -et getter les œufs, et reculer; et se l’en veoit qu’il se voulsist -tourner, mettre le pot en plaine paelle d’eaue. A jour de poisson, -l’en prend lait: à jour de char, du boullon de la char; et convient -mettre saffran se les œufs ne jaunissent assez: _item_, demie cloche de -gingembre[1099]. - -FAULX GRENON. Cuisiez en eaue et en vin des foies et des -jugiers[1100] de poulaille, ou de char de veel, ou d’une cuisse de porc -ou de mouton, puis la hachiez bien menuement et friolez au saing de -lart: puis broyez gingembre, canelle, giroffle, graine, vin, vertjus, -boullon de beuf ou de celluy mesmes, et des moyeux grant foison, et -coulez dessus vostre char, et faites bien boulir ensemble. Aucuns y -mettent du saffran, car il doit estre sur jaune couleur, et aucuns y -mettent pain harlé, broyé et coulé, car il doit estre liant et d’œufs -et de pain, et si doit estre aigre de vertjus. Et au drécier, sur -chascune escuelle, pouldrez pouldre de canelle[1101]. - -MORTEREUL est fait comme faulx grenon, sauf tant que la char -est broyée ou mortier avec espices de canelle: et n’y a point de pain, -mais pouldre de canelle pardessus. - -TAILLIS à servir comme en karesme. Prenez fins roisins, lait -d’amandes bouli, eschaudés, galettes et croutes de pain blanc et pommes -couppées par menus morceaulx quarrés, et faites boulir vostre lait, et -saffren pour lui donner couleur, et du succre, et puis mettez tout -ensemble tant qu’il soit bien liant pour tailler[1102]. L’en en sert en -karesme en lieu de riz. - -POUCINS FARCIS. Il convient souffler un poucin quant il est -tout vif, et est soufflé par le col; puis liez le col et laissiez -mourir: puis eschaudé, plumé, effondré, reffait et farcy. - -_Item_, autrement, quant il est du tout appareillié pour mettre en -broche, par endroit le pertuis là où l’en l’a effondré, l’en luy -dessevre[1103] au doit la pel de la char, puis l’en le farcist au bout -du doit, et recoust-l’en à sourget[1104], endroit le trou, la pel avec -la char, et met-l’en en broche. - -Et _nota_ que la farce est faite de percil et un petit de sauge avec -œufs durs et beurre, tout hachié ensemble, et mettre parmi pouldre fine -avec. A chascun poucin convient trois œufs, blanc et tout. - -POUR ENGRESSER POUCINS, mettez-les en orbe[1105] lieu, et leur -nettoiez leur auget ou abeuvrouer neuf fois ou dix le jour, et leur -donnez à chascune fois nouvelle paisson, et fresche et nouvelle eaue; -c’est assavoir pour paisson, avoine batue que l’en doit dire _gruyau -d’avoine_, destrempé en lait ou matons[1106] de lait un petit; et aient -le pié sec jusques à neuf jours. - -POUR ENGRESSER UNE OÉ EN TROIS JOURS, paissez-la de mie de -pain chault trempé en matons ou lait maigre[1107]. - -POUR FAIRE PERDRIAULX DE POUCINS, il convient avoir petites -poulettes, et les tuer un ou deux jours devant, puis appareillier, et -copper les jambes et les cols, oster les charcois[1108] et getter hors, -rompre la granche[1109], et pousser les cuisses pour faire la char plus -courte, puis boutonner et rostir, et mengier au sel comme perdriaulx. - -POULAILLE FARCÉE AUTREMENT[1110]. Prenez vos poulles et -leur couppez le gavion, puis les eschaudez et plumez, et gardez que -au plumer la peau ne soit dessirée; puis les reffaites en eaue, puis -prenez un tuel et le boutez entre cuir et char, et le[1111] soufflez: -puis le[1111] fendez entre deux espaules et n’y faictes pas trop grant -trou, et en tirez hors les charcois, et le[1112] laissiez à sa peau les -cuisses, les esles, le cul[1113] à tout la teste et piés. Et pour faire -la farce, prenez char de mouton, de veel et de porc et du braon[1114] -des poulles; hachiez tout ensemble tout cru, puis le broyez en un -mortier, et des œufs tous crus avec et de bon fromage de gain[1115] et -de bonne pouldre d’espices et bien pou de saffren, et saler à point. -Puis emplez vos poulles et ce trou soit recousu[1116], et du remenant -de vostre farce faites-en pommes ainsi comme pasteaulx de guède[1117], -et mettez cuire en boullon de beuf ou en belle eaue[1118] boulant, et -du saffran grant foison, et qu’il ne boulle pas trop fort qu’ils ne se -despiècent; puis les enhastez en une broche bien déliée. Et pour les -dorer, prenez grant foison de moieux d’œufs et les batez bien en un pou -de saffren broyé avec, et les en dorer; et qui veult dorer vert, si -broye la verdure et puis des moyeux d’œufs grant foison bien batus et -passés par l’estamine pour la verdure, et en dorer poulaille quant elle -sera cuite et vos pommes. Et dréciez vostre broche ou vaissel où vostre -doreure sera, et gettez tout au long vostre doreure, et remettez au feu -par deux fois ou par trois, afin que vostre doreure se preingne; et -gardez que vostre doreure n’ait pas trop grant[1119] feu afin qu’elle -ne arde. - -RIS ENGOULÉ à jour de mengier char. Eslisez-le et le lavez en -deux ou en trois paires d’eaues chaudes, et mettez ressuer sur le feu, -puis le mettez en lait de vache frémiant, et broyez du saffran pour -le jaunir: deffait de vostre lait, et puis mettez dedans du gras du -boullon de beuf[1120]. - -_Aliter_, RIS. Eslisez-le et le lavez en deux ou trois paires -d’eaues chaudes tant que l’eaue reviengne toute clère, puis le faites -ainsi comme demy cuire, puis le purez et mettez sur tranchouers en -plas pour esgouter et séchier devant le feu: puis cuisiez bien espois -avec l’eaue de la gresse de la char de beuf et avec du saffran, se -c’est à jour de char: et se c’est à jour de poisson, n’y mettez pas -eaue de char, mais en ce lieu mettez amandes bien forment broyées et -sans couler; puis succrer et sans saffren. - -POUR FAIRE UNE FROIDE SAUGE, prenez vostre poulaille et mettez -par quartiers, et la mettez cuire en eaue avec du sel, puis la mettez -reffroidier: puis broyez gingembre, fleur de canelle, graine, giroffle, -et broyez bien sans couler; puis broyez du pain trempé en l’eaue des -poucins, percil le plus, sauge et un pou de saffren en la verdure pour -estre vertgay, et les coulez par l’estamine, (et aucuns y coulent[1121] -des moyeux d’œufs durs) et deffaites de bon vinaigre: et icelles -deffaites, mettez sur vostre poulaille, et avec et pardessus icelle -poulaille mettez des œufs durs par quartiers et gettez vostre sausse -pardessus tout. - -_Aliter_, prenez le poucin et le plumez, puis le mettez boulir et du -sel tant qu’il soit cuit, puis l’ostez et le mettez par quartiers -reffroidier: puis mettez cuire des œufs durs en l’eaue, et mettez du -pain tremper en vin et vertjus ou vinaigre, et autant de l’un comme de -l’autre; puis prenez du percil et de la sauge, puis broyez gingembre, -graine, et coulez par l’estamine, et coulez les moyeux d’œufs et mettez -des œufs durs par quartiers dessus les poucins, et puis mettez vostre -sausse pardessus. - -SOUS DE POURCELET se fait ainsi comme d’une froide sauge, -sans y mettre nuls œufs et point de sauge ne de pain. Il est fait du -groing, des oreilles, de la queue, des jarrets cours[1122], et des -quatre trotignons[1123] bien cuis et très bien plumés, puis mis en -sausse de percil broyé, vinaigre et espices. - -POTAGE PARTI OU[1124] FAULX GRENON.✝ Prenez une cuisse de mouton ou -foies et jugiers de poulailles, et les mettez cuire très bien en eaue -et en vin, et les tranchez comme quarrés: puis broyez gingembre, -canelle, giroffle et un pou de saffren et graine de paradis, et -deffaites de vin et de vertjus, du bouillon de char, (de celluy mesmes -ou de la char à cuire[1125],) et puis ostez du mortier; puis aiez pain -hazé[1126] trempé en vin et vertjus, broyez très bien, et après ce le -passez par l’estamine, et faictes tout boulir ensemble, puis prenez la -char et la frisiez au lart et la gettez dedans, et prenez dedens[1127] -moieux d’œufs passés par l’estamine, et gettez dedans pour lier. Et -après dréciez par escuelles, et gettez dessus pouldre de canelle et -sucre: c’est assavoir gettez sur la moitié de l’escuelle et non sur -l’autre; et l’apelle-l’en _Potage parti_[1128]. - -FLAONS EN KARESME. Affaitiez et estauvez anguilles: -cuisiez-les après en si chaude eaue que vous en puissiez oster la char -sans les arestes, et laissiez aussi la teste et la queue, et ne prenez -que la char; et broyez du saffren ou mortier, puis broyez dessus -la char de l’anguille, destrempez de vin blanc, et de ce faites vos -flaons; et succrez pardessus. - -_Item_, flaons ont saveur de frommage quant l’en les fait de laittences -de lus, de carpes, amandes ou amidon broyés, et du saffren destrempé de -vin et de sucre foison dessus. - -_Item_, se font de char de tanches, lus, carpes, et amidon, saffran, -deffait de vin blanc et succre dessus. - -TARTE JACOBINE. Prenez des anguilles et les eschaudez et -tronçonnez par petis tronçons qui n’aient que demy doit d’espois, et -prenez de la cloche[1129], du frommage de gain[1130] esmié, et puis -cela soit porté au four et que l’en face une tarte, et que l’en pouldre -du frommage au fons, et puis que l’en mette l’anguille debout, et puis -du frommage un lit, et puis un lit de cols[1131] d’escrevices, et -tousjours, tant comme chascun durera, un lit d’un et un lit d’autre. Et -puis boulez du lait, et puis boulez[1132] du saffran et du gingembre, -graine, giroffle, et puis destrampez du lait, et puis mettez dedans la -tartre quant elle aura esté un pou au four, et mettez du sel dedans le -lait, et qu’elle ne soit point couverte; et pongnez[1133] les piés des -escrevices, et faites un joly couvescle à par soy[1134], pour mettre -dessus quant elle sera cuite. - -AUTRE TARTRE. _Nota_ que de la farcissure d’un cochon -peut-l’en faire une tartre couverte, et que la farce soit bien faite. - -POUR FAIRE UNE TOURTE, prenez quatre pongnées de bettes, deux -poignées de percil, une pongnée de cerfueil, un brain de fanoil et deux -pongnées d’espinoches[1135], et les eslisez et lavez en eaue froide, -puis hachiez bien menu: puis broyez de deux paires de frommages, c’est -assavoir du mol et du moïen, et puis mettez des œufs avec ce, moyeu et -aubun, et les broyez parmi le frommage; puis mettez les herbes dedans -le mortier et broyez tout ensemble, et aussi mettez-y de la pouldre -fine. Ou en lieu de ce aiez premièrement broyé ou mortier deux cloches -de gingembre, et sur ce broyez vos frommages, œufs et herbes, et puis -gettez du vieil frommage de presse[1136] ou autre gratuisé[1137] dessus -celles herbes, et portez au four, et puis faites faire une tartre et la -mengez chaude. - -POUR FAIRE QUATRE PLATS DE GELÉE DE CHAR, prenez un cochon et -quatre piés de veau et faites plumer deux poucins et deux lappereaulx -tous meigres, et fault oster la gresse, et seront fendus tout au long -tous crus, excepté le cochon qui est par morceaulx: et puis mettez en -une paelle trois quartes de vin blanc ou claret, une pinte de vinaigre, -une chopine de vertjus, faictes boulir et escumer fort; puis mettez -dedans en un petit drapelet délié le quart d’une once de saffran -pour donner couleur ambrine, et faictes boulir char et tout ensemble -avec un pou de sel; puis prenez dix ou douze cloches de gingembre -blanc[1138] ou cinq ou six cloches de garingal, demie once de graine de -paradis, trois ou quatre pièces de folium de macis, pour deux blans, -citoual[1139]: cubebbes[1140], espic[1141] pour trois blans: fueilles -de lorier, six nois muguettes; puis les escachiez en un mortier et -mettez en un sachet et mettez boulir avec la char tant qu’elle soit -cuite, puis la traiez et mettez sécher sur une nappe blanche, puis -prenez pour le meilleur plat les piés, le groin et les oreilles: et -du remenant aux autres. Puis prenez une belle touaille[1142] sur deux -tresteaux, et versez tout vostre chaudeau dedans, excepté les espices -que vous osterez, et mettez couler pour potage, et ne la remuez point -afin qu’elle reviengne plus clère. Mais s’elle ne couloit bien, si -faites feu d’une part et d’autre pour la tenir chaude pour mieulx -couler, et la coulez avant deux ou trois fois qu’elle ne soit bien -clère[1143], ou parmi une nappe en trois doubles. Puis prenez vos plas -et dréciez vostre char dedans, et aiez des escrevices cuites, dont vous -mettrez dessus votre char des cuisses et la queue; de vostre gelée, -laquelle sera réchauffée, versez tant dessus la char que la char baigne -et soit couverte dedans, car il n’y doit avoir que un petit de char, -puis mettre une nuit refroidier en la cave, et au matin poigniez dedans -clos de giroffle et fueilles de lorier et fleur de canelle, et semez -anis vermeil. _Nota_ que pour la faire prendre en deux heures, il -convient avoir graine de coings, philicon[1144] et gomme de cerisier, -et tout ce faire conquasser et mettre en un sac de toile boulir avec -la char. - -_Item_, à jour de poisson, l’en fait gelée comme dessus, de lus, de -tanches, de bresmes, d’anguilles, d’escrevices et de loche. Et quant -le poisson est cuit, l’en le met essuier et sécher sur une belle nappe -blanche, et le peler et nettoier très bien, et getter les peleures ou -bouillon. - -_Item_, POUR FAIRE GELÉE BLEUE, prenez dudit boullon, soit -poisson ou char, et mettez en une belle paelle et faites boulir encores -sur le feu, et prenez sus un espicier deux onces de tournesot[1145] et -le mettez boulir avec tant qu’il ait bonne couleur, puis l’espraingnez -et ostez: et puis prenez une pinte de loche[1146] et le cuisiez autre -part, et eschaudez la loche en vos plats, et laissiez couler le boullon -comme dessus, et laissiez refroidier. _Item_, de ce mesmes se fait un -bleu. Et se vous voulez faire armoirie dessus la gelée, prenez or ou -argent, lequel que mieulx vous plaira, et de l’aubun d’un œuf tracez à -une plumette, et mettez de l’or dessus à une pincette. - -_Aliter_, POUR VINT PLAS DE GELÉE convient dix lappereaulx -meigres, dix poucins meigres, une chopine de loche qui peut valoir -trois sols: un cent d’escrevices qui ne soient pas de Marne, six sols: -un cochon meigre, trois sols huit deniers; (et combien qu’il soit -meigre, encores convient-il oster la gresse d’entre la couenne et -la char, et faire petis morceaulx quarrés,) trois espaules de veau, -quatre sols: huit quartes de vin pour cuire le veau tout en vin, deux -quartes de vinaigre: demie aulne de toile de lin, deux sols. _Item_, il -convient cuire le veel tout en vin et vinaigre, et escumer et mettre -du sel dedans, puis traire[1147], et cuire les lappereaulx et poucins, -et escumer, et mettre la moitié du lorier et mettre du saffren en une -toile ou sachet pour cuire avec: aussi mettre les espices bien petit -moulues ou mortier de pierre; et quant tout est cuit, si le faictes -couler parmy l’estamine et toile, et regetter tant qu’il soit bien -cler; puis cuisiez la loche d’une part et les escrevisses d’autre, et -prenez les queues des escrevisses, et faites vos plats chascun de demy -lappereau, demy poucin, six loches et quatre[1148] queues d’escrevices; -et les mettez en la cave ou celier, et asséez vos plats bien drois, et -gettez vostre gelée dessus et l’emplez bien. Et le lendemain[1149], -mettez sur chascun plat violette blanche, grenade et dragée vermeille -et quatre fueilles de lorier. - -UNE ANDOUILLE D’ESTÉ. Prenez une fressure d’aignel ou chevrel -et ostez la taye, et le remenant cuisiez en eaue et un petit de sel: -et quant elle sera cuite, si la hachez bien menu ou broyez, puis ayez -six moyeux d’œufs et pouldre fine, une cuillier d’argent, et hatez tout -ensemble en une escuelle; puis mettez et meslez vostre fressure avec -vos moyeux d’œufs et pouldre, puis estendez tout sur la coiffe ou taye, -et entortilliez en guise d’andouille, puis liez de fil laschement du -long, et puis au travers bien dru; et puis rostir sur le greil, puis -ostez le fil et servir. _Vel sic_: faites-en pommettes, c’est assavoir -de la taye mesmes, et icelles pommettes frisiez en sain de porc doulx. - -POMMEAULX. Prenez d’un cuissot de mouton le meigre tout cru, -et autant de la cuisse de porc meigre: soit tout ensemble hachié bien -menu, puis broyez ou mortier gingembre, graine, giroffle, et mettez en -pouldre sur vostre char hachée, et puis destrempez d’aubun et non pas -du moyeu; puis paumoyez[1150] aux mains les espices et la char toute -crue en luy donnant forme de pomme, puis quant la forme est bien faite, -l’en les met cuire en l’eaue avec du sel, puis les ostez, et ayez de -broches de couldre[1151] et les embrochiez et mettez rostir; et quant -ils se roussiront, ayez percil broyé et passé par l’estamine et de la -fleur[1152] meslée ensemble, ne trop cler ne trop espois, et ostez vos -pommeaulx de dessus le feu et mettez un plat dessoubs, et en tournant -la broche sur le plat, oingnez vos pommeaulx, puis mettez au feu tant -de fois que les pommeaulx deviennent[1153] bien vers. - -RENOULLES[1154]. Pour les prendre, aiez une ligne et un ameçon -avec esche[1155] de char ou d’un drap vermeil, et icelles renoulles -prises, couppez-les à travers parmi le corps emprès les cuisses et -vuidiez ce qu’il y sera emprès le cul, et prenez desdictes renoulles -les deux cuisses, coupez les piés, et lesdites cuisses pelez toutes -crues, puis aiez eaue froide et les lavez; et se les cuisses demeurent -une nuit en eaue froide, de tant sont-elles meilleurs et plus tendres. -Et ainsi trempées, soient lavées en eaue tiède, puis mises et essuites -en une touaille; lesdictes cuisses, ainsi lavées et essuites, soient -en farine touillées, _id est_ enfarinées, et puis frites en huille, -sain ou autre liqueur, et soient mises en une escuelle et de la pouldre -dessus[1156]. - -LIMASSONS que l’en dit _escargols_, convient prendre à matin. -Prenez les limassons jeunes, petis, et qui ont coquilles noires, des -vignes ou des seurs[1157], puis les lavez en tant d’eaue qu’ils ne -gettent plus d’escume: puis les lavez une fois en sel et vinaigre et -mettez cuire en eaue. Puis il vous convient traire iceulx limassons de -la coquerette au bout d’une espingle ou aguille, et puis leur devez -oster leur queue, qui est noire, car c’est leur m..de; et puis laver, -mettre cuire et boulir en eaue, et puis les traire et mettre en un -plat ou escuelle, à mengier au pain. Et aussi dient aucuns qu’ils sont -meilleurs fris en huille et oignon ou autre liqueur après ce qu’ils -sont ainsi cuis que dit est dessus, et sont mengiés à la pouldre, et -sont pour riches gens[1158]. - -PASTÉS NORROIS sont fais de foie de morue et aucunes fois -du poisson hachié avec. Et fault premièrement un petit pourboulir, -puis hacher, et mis en petis pastés de trois deniers pièce et de la -pouldre fine pardessus. Et quant le pasticier les apporte non cuis ou -four, sont fris tous entiers en huille et c’est à jour de poisson; et -à jour de char, l’en les fait de mouelle de beuf qui est reffaite, -c’est à dire que l’en met icelle mouelle dedans une cuillier percée, -et met-l’en icelle cuillier percée avec la mouelle dedans le bouillon -du pot à la char, et l’y laisse-l’en autant comme l’en laisseroit un -poucin plumé en l’eaue chaude pour reffaire; et puis la met-l’en en -eaue froide, puis couppe-l’en la mouelle et arrondist-l’en comme gros -jabets[1159] ou petites boulettes, puis porte-l’en au pasticier qui les -met quatre et quatre ou trois en un pasté et de la pouldre fine dessus. -Et sans cuire ou four sont cuis en sain. - -Et qui en veult faire _buignets de mouelle_, convient la reffaire en la -manière[1160], puis prendre de la fleur et des moyeux d’œufs et faire -le[1161] paste, prendre chascun morcel de mouelle et frire au sain. Des -buignets quérez le remenant. - - -AUTRES ENTREMÈS. - -LAIT LARDÉ. Prenez lait de vache ou de brebis et mettez -fremier sur le feu, et gettez des lardons et du saffran: et aiez œufs, -_scilicet_ blanc et moyeux, bien batus, et gettez à ung coup, sans -mouvoir, et faites boulir tout ensemble, et après l’ostez hors du feu -et laissiez tourner; ou, sans œufs, le fait-l’en tourner de vertjus. -Et quant il est refroidié, l’en le lie bien fort en une pièce de toile -ou estamine et luy donne-l’en quelque forme que l’en veult, ou plate -ou longue et chargié d’une grosse pierre laissiez reffroidier sur un -dréçouer toute nuit, et l’endemain lachié et frit au fer de la paelle, -et se frit de luy mesmes sans autre gresse[1162], ou à gresse qui -veult; et est mis en plas ou escuelles comme lesche de lart, et lardé -de giroffle et de pignolat. Et qui le veult faire vert, si preigne du -tournesol. - -RISSOLLES A JOUR DE POISSON. Cuisiez chastaingnes à petit feu -et les pelez, et aiez durs œufs et du frommage pelé et hachez tout bien -menu; puis les arrousez d’aubuns d’œufs, et meslez parmy pouldre et -bien petit de sel délié, et faites vos rissoles, puis les frisiez en -grant foison d’uille et succrez. - -Et _nota_, en karesme, en lieu d’œufs et frommage, mettez merlus et -escheroys cuis, bien menu hachiés, ou char de brocherès ou d’anguilles, -figues et dates hachées. - -_Item_, au commun[1163], l’en les fait de figues, roisins, pommes -hastées et noix pelées pour contrefaire le pignolat, et pouldre -d’espices: et soit la paste très bien ensaffrenée, puis soient frites -en huille. S’il y convient lieure[1164], amidon lie et ris aussi. -_Item_, char de langouste de mer y est bonne en lieu de char. - -RISSOLLES EN JOUR DE CHAR sont en saison depuis la Saint -Remy[1165]. Prenez un cuissot de porc, et ostez toute la gresse qu’il -n’y en demeure point, puis mettez le meigre cuire en un pot et du sel -largement: et quant elle sera presque cuite, si la traiez et aiez œufs -durs cuis, et hachiez aubun et moyeu, et d’autre part hachiez vostre -grain bien menu, puis meslez œufs et char tout ensemble, et mettez -pouldre dessus, puis mettez en paste et frisiez au sain de luy mesmes. -Et _nota_ que c’est propre farce pour cochon; et aucunes fois les queux -l’achetent des oubloiers[1166] pour farcir cochons: mais toutesvoies, -à farcir cochon, il est bon de y mettre bon vieil frommage. - -_Item_, à la court des seigneurs comme Monseigneur de Berry, quant l’en -y tue un beuf, de la mouelle l’en fait rissolles[1167]. - -CRESPES. Prenez de la fleur et destrempez d’œufs tant moyeux -comme aubuns, osté le germe, et le deffaites d’eaue, et y mettez du sel -et du vin, et batez longuement ensemble: puis mettez du sain sur le -feu en une petite paelle de fer, ou moitié sain ou[1168] moitié beurre -frais, et faites[1169] fremier; et adonc aiez une escuelle percée d’un -pertuis gros comme vostre petit doit, et adonc mettez de celle boulie -dedans l’escuelle en commençant ou milieu, et laissiez filer tout -autour de la paelle; puis mettez en un plat, et de la pouldre de succre -dessus[1170]. Et que la paelle dessusdite de fer ou d’arain tiengne -trois choppines, et ait le bort demy doy de hault, et soit aussi large -ou dessus comme en bas, ne plus ne moins; et pour cause. - -CRESPES A LA GUISE DE TOURNAY. _Primo_, il vous convient avoir -fait provision d’une paelle d’arain tenant une quarte, dont la gueule -ne soit point plus large que le fons, se très petit non, et soient les -bors de hauteur quatre doie ou trois doie et demye largement. _Item_, -convient estre garni de beurre salé, et fondre, escumer et nettoier, -et puis verser en une autre paelle, et laissier tout le sel et de -sain frais bien net autant de l’un comme de l’autre. Puis prenez des -œufs et les frisiez, et de la moitié d’iceulx ostez les aubuns, et -le remenant d’iceulx soient batus avec tous les aubuns et moieux, -puis prenez le tiers ou le quart de vin blanc tiède, et meslez tout -ensemble: puis prenez la plus belle fleur de fourment que vous pourrez -avoir, et puis batez ensemble tant et tant, comme à l’ennuy d’une ou -de deux personnes, et ne soit vostre paste ne clère ne espoisse, mais -telle qu’elle se puisse légièrement couler parmi un pertuis aussi -gros comme un petit doy; puis mettez vostre beurre et vostre sain sur -le feu ensemble, autant d’un comme d’autre, tant qu’il bouille, puis -prenez vostre paste et emplez une escuelle ou une grant cuillier de -bois percée, et filez dedans vostre gresse, premièrement ou milieu -de la paelle, puis en tournyant jusques à ce que vostre paelle soit -plaine; et que l’en bate tousjours vostre paste sans cesser pour faire -des autres crespes. Et icelle crespe qui est en la paelle convient -soubslever à une brochette ou fuisel[1171], et tourner ce dessus -dessoubs pour cuire, puis oster, mettre en un plat, et commencier à -l’autre; et que l’en ait tousjours meu et batu la paste sans cesser. - -PIPEFARCES. Prenez des moyeux d’œufs et de la fleur et du -sel, et un pou de vin, et batez fort ensemble, et du frommage tranchié -par lesches, et puis toulliez[1172] les lesches de frommage dedans la -paste, et puis la frisiez dedans une paelle de fer et du sain dedens. -Aussi en fait-l’en de mouelle de beuf. - -UNE ARBOULASTE[1173] DE CHAR POUR QUATRE PERSONNES.✝ Se vous avez fait -tuer un chevrel, vous povez faire assiette[1174] de la pance, mulette -ou caillette, saultier, etc., au jaunet avec du lart et du foie, mol, -fressure et autres trippes. Cuisez-les très bien en eaue, puis les -hachiez à deux cousteaulx comme porée, et[1175] faites hachier au -pasticier très bien menus, ou broyez ou mortier avec sauge ou mente, -etc., comme dessus. - -_Nota_ que du chevrel les boyaulx ne sont point laissiés avec la -fressure comme ils sont laissiés avec la fressure du porc; la raison -est car les boyaulx du porc sont larges et se pevent laver, retourner -et renverser à la rivière, et les boyaulx de chevrel, non; mais toutes -les autres choses y sont laissiées comme au porc, _scilicet_ la teste, -le gosier et le col, le foie, le mol ou pomon, car c’est tout un, la -rate menue et le cuer. Et tout ensemble est appellé fressure: et autel -de porc[1176]. - -_Item_, quant l’en parle des hastelets de chaudun[1177] de porc que -l’en mengue en Juillet, qui sont lavés en sel et en vinaigre, ce sont -les boyaulx qui sont gras, qui sont tranchés par lopins de quatre doie -de long, et mengiés au vertjus nouvel. - -ESCHEROYS[1178] les plus nouveaulx mis hors de terre et frais -tirés, cueillis en Janvier, Février, etc., sont les meilleurs; et sont -les plus frais congneus à ce que au plaier ils se rompent, et les -viels tirés hors de terre se ployent. Il les convient rere et oster le -mauvais au coustel comme on fait les navets, puis les convient laver -très bien en eaue tiède, puis pourboulir un petit, puis les mettre -essuier sur une touaille, puis enfleurer[1179], puis frire, puis -drécier par petis platelets arrangéement, et mettre du succre dessus. - -_Item_, qui en veult faire pastés, il les convient faire comme dessus -jusques au frire, et lors les mettre en pasté, rompus en deux les trop -longs, et au lieu du succre dont dessus est parlé, convient mettre -figues couppées par menus morceaulx et des roisins avec. - -BUIGNETS D’ŒUVES[1180] DE LUS.✝ Il convient mettre les œuves en eaue -et avec du sel, et bien cuire: laissier refroidier, puis mettre par -morceaulx et envelopper en paste et œufs, et frire à l’uille. - - -SAULCES NON BOULIES. - -MOUSTARDE. Se vous voulez faire provision de moustarde pour -garder longuement, faites-la en vendenges de moulx doulx. Et aucuns -dient que le moust soit bouly. _Item_, se vous voulez faire moustarde -en un village à haste, broyez du senevé en un mortier et deffaites de -vinaigre, et coulez par l’estamine; et se vous la voulez tantost faire -parer[1181], mettez-la en un pot devant le feu. _Item_, et se vous la -voulez faire bonne et à loisir, mettez le senevé tremper par une nuit -en bon vinaigre, puis le faites bien broyer au moulin, et bien petit à -petit destremper de vinaigre: et se vous avez des espices qui soient de -remenant de gelée, de claré, d’ypocras on de saulces, si soient broyées -avec, et après la laissier parer. - -VERTJUS D’OZEILLE. Broyez l’ozeille très bien sans les -bastons, et deffaites de vertjus vieil blanc, et ne coulez point -l’ozeille, mais soit bien broyée; _vel sic_: broyez percil et ozeille -ou la feuille du blé. _Item_ du bourgon de vigne, c’est assavoir jeune -bourgon et tendre, sans point de tuyau. - -CAMELINE. _Nota_ que à Tournay, pour faire cameline, l’en -broyé gingembre, canelle et saffren et demye noix muguette: destrempé -de vin, puis osté du mortier; puis aiez mie de pain blanc, sans bruler, -trempé en eaue froide et broyez au mortier, destrempez de vin et -coulez, puis boulez tout, et mettez au derrain du succre roux: et ce -est cameline d’yver. Et en esté la font autelle, mais elle n’est point -boulie. - -Et à vérité, à mon goust, celle d’iver est bonne, mais en[1182] est -trop meilleure celle qui s’ensuit: broyez un pou de gingembre et foison -canelle, puis ostez, et aiez pain hazé[1183] trempé ou chappeleures -foison en vinaigre broyées et coulées. - -_Nota_ que trois différences sont entre gingembre de mesche et -gingembre coulombin. Car le gingembre de mesche a l’escorce plus brune, -et si est le plus mol à trenchier au coustel et plus blanc dedans que -l’autre; _item_, meilleur et tousjours plus cher[1184]. - -Le garingal qui est le plus vermeil violet en la taille, est le -meilleur[1185]. - -Des noix muguettes les plus pesans sont les meilleurs et les plus -fermes en la taille. Et aussi le garingal pesant et ferme en la taille, -car il y en a de heudry[1186], pourry et légier comme mort bois; celluy -n’est pas bon, mais celluy qui est pesant et ferme contre le coustel -comme le noyer[1187], celluy est bon. - -AULX CAMELINS POUR RAYE. Broyez gingembre, aulx et croustes -de pain blanc trempées en vinaigre, ou pain ars, et deffaites de -vinaigre; et se vous y mettez du foye il en vauldroit mieulx. - -SAULCE D’AULX BLANCHE OU VERTE POUR OISONS OU BEUF. Broyez -une doulce[1188] d’aulx et de la mie de pain blanc sans bruler, et -destrempez de vertjus blanc; et qui la veult verte pour poisson, si -broye du percil et de l’ozeille ou de l’un d’iceulx ou rommarin[1189]. - -AULX MOUSSUS A HARENS FRAIS. Broyez les aulx sans peler, et -soient pou broyés et deffais de moust, et dréciez à toutes les peleures. - -SAULCE VERT D’ESPICES. Broyez très bien gingembre, clo, -graine, et ostez du mortier: puis broyez percil ou salemonde[1190], -ozeille, marjolaine, ou l’un ou les deux des quatre, et de la mie de -pain blanc trempé en vertjus, et coulez et rebroyez très bien, puis -recoulez et mettez tout ensemble et assavourez de vinaigre. - -_Nota_ que c’est bon _soucié_, mais qu’il n’y ait pain. - -_Nota_ que pour toutes espices, pluseurs n’y mettent fors des fueilles -de rommarin. - -UN SOUCIÉ VERGAY A GARDER POISSON DE MER. Prenez percil, -sauge, sanemonde, vinaigre, et coulez; mais avant aiez broyé coq, -ysope, ozeille, toute[1191], marjolaine, gingembre, fleur de canelle, -poivre long, giroffle, graine, et osté hors du mortier, et mettez -dessus vostre poisson quant tout sera passé; et soit vergay. Et aucuns -y mettent sanemonde à toute la racine. - -_Nota_ que le mot _soucié_[1192] est dit de _soux_ pour ce qu’il est -fait comme soux de pourcel. - -Pour poisson d’eaue doulce ainsi se fait chaudumé, fors tant que l’en -n’y met nulles herbes, et en lieu d’herbes, l’en y met saffren et noix -muguettes et vertjus, et doit estre fin jaune et bouly, et mis tout -chault sur le poisson froit. - -Au brochier, taillez au travers et rostis sur le greil. - -La saulce d’un chappon rosti est de le despescier par membres, et -mettre sur les jointes du sel et du vertjus, et le tiers vin blanc ou -vermeil; et poucer[1193] fort comme un poucin. - -_Item_, en esté, la saulce d’un poucin rostis est moitié vinaigre, -moitié eaue rose, et froissié, etc. _Item_, le jus d’orenge y est bon. - - -SAULCES BOULIES. - -_Nota_, que en Juillet le vertjus vieil est bien foible et le verjus -nouvel est trop vert: et pour[1194] ce, en vendenges, le vertjus -entremellé moitié vieil moitié nouvel est le meilleur. _Item_, en -potage, l’en deffoiblist de purée, mais en Janvier, Février, etc., le -nouvel est le meilleur. - -CAMELINE A LA GUISE DE TOURNAY, quérez ou chappitre -précédent[1195]. - -POIVRE JAUNET OU AIGRET. Prenez gingembre, saffren, puis -preingne-l’en pain rosty deffait d’eaue de char, (et encores vault -mieux la meigre eaue[1196] de choulx,) puis boulir, et au boulir mettre -le vinaigre. - -POIVRE NOIR[1197]. Prenez clou de giroffle et un pou de -poivre, gingembre, et broyez très bien: puis broyez pain ars destrempé -en meigre eaue de char ou en meigre eaue de choulx qui mieulx vault, -puis soit bouly en une paelle de fer, et au boulir soit mis du -vinaigre; puis mettez en un pot au feu pour tenir chault. _Item_, -pluseurs y mettent de la canelle. - -GALENTINE POUR CARPE. Broyez saffren, gingembre, giroffle, -graine, poivre long et noix muguettes, et deffaictes de la grasse eaue -en quoy la carpe aura cuit, et y mettez vertjus, vin et vinaigre; -et soit lié d’un petit de[1198] pain hazé très bien broyé, et sans -couler, (jàsoit-ce que le pain coulé fait plus belle saulce,) et soit -tout bouly et getté sur le poisson cuit, puis mis en plats. Et est -bon reschauffé ou plat sur le gril, meilleur que tout froit. _Nota_ -qu’elle est bonne et belle sans saffren; et _nota_ qu’il souffist que -en chascun plat ait deux tronçons de carpe et quatre gougons fris. - -LE SAUPIQUET POUR CONNIN OU POUR OISEAU DE RIVIÈRE OU COULON -RAMIER. Frisiez oignons en bon sain, ou vous les mincez et mettez -cuire en la leschefrite avec eaue de beuf, et n’y mettez vertjus ne -vinaigre jusques au boulir: et lors mettez moitié vertjus moitié vin et -un petit de vinaigre, et que les espices passent. Puis prenez moitié -vin moitié vertjus et un petit de vinaigre, et mettez tout en la -leschefrite dessoubs le connin, coulon ou oisel de rivière; et quant -ils seront cuis, si boulez la saulce, et aiez des tostées[1199] et -mettez dedens avec l’oisel. - -CALIMAFRÉE OU SAULCE PARESSEUSE. Prenez de la moustarde et de -la pouldre de gingembre et un petit de vinaigre, et la gresse et l’eaue -de la carpe, et boulez ensemble: et se vous voulez faire ceste saulce -pour un chappon, ou lieu que l’en met la gresse et l’eaue de la carpe, -mettez vertjus, vinaigre et la gresse du chappon. - -JANCE DE LAIT DE VACHE. Broyez gingembre, moyeux d’œufs sans -le germe, et soient crus passés par l’estamine avec lait de vache: ou -pour paour de tourner, soient les moyeux d’œufs cuis, puis broyés et -passés par l’estamine; deffaictes de lait de vache, et faites bien -boulir[1200]. - -JANCE A AULX. Broyez gingembre, aulx, amandes, et deffaites de -bon vertjus et puis boulez; et aucuns y mettent le tiers de vin blanc. - -JANCE se fait en ceste manière: prenez amandes, mettez en eaue -chaude, pelez, broyez, et du gingembre deux cloches aussi; ou y mettez -de la pouldre, un pou d’aulx, et du pain blanc, pou plus que d’amandes, -qui ne soit point brûlé, destrempé de vertjus blanc et le quart de vin -blanc: couler, puis faire très bien boulir, et drécier par escuelles. -Et en doit-l’en plus drécier que d’autre saulce[1201]. - -UNE POITEVINE. Broyez gingembre, giroffle, graine et des -foies, puis ostez du mortier: puis broyez pain brûlé, vin et vertjus et -eaue, de chascun le tiers, et faictes boulir, et de la gresse du rost -dedans, puis versez sur vostre rost ou par escuelles[1202]. - -MOUST POUR HÉTOUDEAUX. Prenez roisins nouveaulx et noirs, et -les escachiez[1203] ou mortier, et boulez un bouillon, puis coulez par -une estamine: et lors gettez dessus pouldre, petit de gingembre et plus -de canelle, ou de canelle seulement _quia melior_, et meslez un petit -à une cuillier d’argent, et gettez croustes ou pain broyé ou œufs ou -chastaignes, pour lier, dedans: du succre roux, et dréciez. - -(_Item_, à ce propos, sachiez que _Arquenet_[1204] est espice qui rent -rouge couleur et est aussi comme garingal; et la convient tremper en -vin et en l’eaue de la char, puis broyer.) - -_Item_, et qui veult faire ce moust dès la Saint Jehan et avant que -l’en treuve aucuns roisins, faire le convient de cerises, merises, -guines, vin de meures, avec pouldre de canelle, sans gingembre, se -petit non, boulir comme dessus, puis mettre du succre dessus[1205]. - -_Item_, et après ce que l’en ne treuve nuls roisins, _scilicet_ en -Novembre, l’en fait le moust de prunelles de haye, ostés les noiaux, -puis broyées ou escachées ou mortier, faire boulir avec les escorces, -puis passer par l’estamine, mettre la pouldre, et tout comme dessus. - -SAULCE BRIEFVE POUR CHAPPON. Ayez de belle eaue nette, et -mettez en la leschefrite dessoubs le chappon quant il rostist, et -arrousez tousdis[1206] le chappon, puis broyez une doulce[1207] d’ail -et destrempez d’icelle eaue et boulez, puis dréciez. Comme _jance_ -elle est bonne, qui mieulx n’a. - -SAULCE A METTRE BOULIR EN PASTÉS DE HALEBRANS, CANETS, LAPPEREAULX -OU CONNINS DE GARENNE. Prenez foison de bonne canelle, gingembre, -giroffle, graine, demie noix muguette et macis, garingal, et broyez -très bien, et deffaites de vertjus moitié et vinaigre moitié, et soit -la saulce clère. Et quant le pasté sera ainsi comme cuit, soit icelle -saulce gettée dedans et remis au four boulir un seul bouillon. - -(_Nota_ que _Halebrans_ sont les petis canets qui ne pevent voler -jusques à tant qu’ils ont eu de la pluye d’Aoust.) - -Et _nota_ que en yver l’en y met plus gingembre pour estre plus forte -d’espices, car en yver toutes saulces doivent estre plus fortes que en -esté. - -UNE QUEUE DE SANGLIER. Prenez nomblets de porc, lièvres -et[1208] oiseaulx de rivière, et les mettez en la broche, et une -leschefrite dessoubs, et du vin franc[1209] et du vinaigre. Et puis -prenez graine, gingembre, giroffle, noix muguettes et du poivre long -et canelle, et broyez et ostez du mortier: puis broyez pain brûlé et -trempé en vin franc, et le coulez par l’estamine; et puis coulez tout -ce qui est en la leschefrite et les espices et le pain en une paelle de -fer ou en un pot avec eaue de la char, et y mettez le rost de quoy vous -le ferez, et l’ayez avant boutonné de doux de giroffle. - -Ainsi convient faire à un _Bourberel[1210] de sanglier_. - -_Nota_ que les noix muguettes, macis et garingal font douloir la teste. - -SAULCE RAPPÉE. Eschaudez trois ou quatre grappes de vertjus, -puis en broyez une partie et ostez le marc d’icelluy vertjus: et puis -broyez du gingembre et allaiez d’icellui vertjus et mettez en une -escuelle; puis broyez les escorces du vertjus autrefois broyé, et -destrempez de vertjus blanc et coulez; et mettez tout en icelle[1211] -escuelle et meslez tout ensemble, puis dréciez et mettez des grains -dessus. _Nota_, en Juillet, quant le vertjus engrossist, est au jambon -ou pié de porc[1212]. - -SAULCE POUR UN CHAPPON OU POULE. Mettez tremper un très petit -de mie de pain blanc en vertjus et du saffran, puis soit broyé: puis -le mettez en la leschefrite, et les quatre parties de vertjus et la -cinquième partie de la gresse de la poule ou chappon et non plus, car -le plus seroit trop, et faites boulir en la leschefrite, et dréciez par -escuelles. - -SAULCE POUR OEUFS POCHIÉS EN HUILE. Aiez des oignons cuis -et pourboulis moult longuement comme choulx, puis les frisiez: après -vuidiez la paelle où vous avez frit vos œufs que rien n’y demeure, et -en icelle mettez l’eaue et oignons et le quart de vinaigre, c’est à -dire que le vinaigre face le quart de tout, et boulez, et gettez sur -vos œufs. - - -BUVRAGES POUR MALADES. - -TIZANNE DOULCE. Prenez de l’eaue et faites boulir, puis mettez -pour chascun sextier[1213] d’eaue une escuelle d’orge largement, et ne -chault s’elle est à toute l’escorce, et pour deux parisis[1214] de -réglisse, _item_, des figues, et soit tant bouly que l’orge crève; puis -soit coulée en deux ou trois toiles, et mis en chascun gobelet grant -foison de succre en roche. Puis est bonne icelle orge[1215] à donner à -mengier à la poulaille pour engressier. - -_Nota_ que la bonne réglisse est la plus nouvelle, et est en la taille -de vive couleur vergaie, et la vieille est de plus fade et morte, et -sèche. - -BOUILLON. Pour faire quatre sextiers de bouillon, il convient -avoir la moitié d’un pain brun d’un denier, de levain, levé de trois -jours[1216]: _item_, de son, le quart largement d’un boissel, et mettre -cinq sextiers d’eaue en une paelle, et quant elle fremiera, mettre le -son en l’eaue et tant boulir que tout s’appetice du cinquième ou plus; -puis oster de dessus le feu et laissier refroidier jusques à tiède, -puis couler par une estamine ou sas, ou[1217] destremper le levain en -eaue et mettre ou tonnel, et laissier deux ou trois jours parer[1218]; -puis encaver et laissier esclarcir, et puis boire. - -_Item_, qui le veult faire meilleur, il y convient mettre une pinte de -miel bien bouly et bien escumé. - -BOCHET. Pour faire six sextiers de bochet, prenez six pintes -de miel bien doulx, et le mettez en une chaudière sur le feu et le -faites boulir, et remuez si longuement que il laisse à soy croistre, -et que vous véez qu’il gette bouillon aussi comme petites orines[1219] -qui se creveront, et au crever getteront un petit de fumée aussi -comme notre: et lors faites-le mouvoir, et lors mettez sept sextiers -d’eaue et les faites tant boulir qu’ils reviengnent à six sextiers, -et tousjours mouvoir. Et lors le mettez en un cuvier pour refroidier -jusques à tant qu’il soit ainsi comme tiède; et lors le coulez en un -sas, et après[1220] le mettez en un tonnel et y mettez une choppine de -leveçon[1221] de cervoise, car c’est ce qui le fait piquant, (et qui y -mettroit levain de pain, autant vauldroit pour saveur, mais la couleur -en seroit plus fade,) et couvrez bien et chaudement pour parer. Et se -vous le voulez faire très bon, si y mettez une once de gingembre, de -poivre long, graine de paradis et cloux de giroffle autant de l’un que -de l’autre, excepté des cloux de giroffle dont il y aura le moins, et -les mettez en un sachet de toile et gettez dedans. Et quant il y aura -esté deux ou trois jours et le bochet sentira assez les espices et -il piquera assez, si ostez le sachet et l’espraignez et le mettez en -l’autre baril que vous ferez. Et ainsi vous servira bien celle pouldre -jusques à trois ou quatre fois. - -_Item._ AUTRE BOCHET DE QUATRE ANS DE GARDE, _et peut-l’en -faire une queue ou plus ou moins à une fois qui veult_. Mettez les -trois pars d’eaue et la quatrième de miel, faites boulir et escumer -tant qu’il déchée du dixième, et puis gettez en un vaissel: puis -remplez vostre chaudière et faictes comme devant, tant que vous en aiez -assez; puis laissiez refroidier et puis remplez vostre queue: adonc, -vostre bochet gettera comme moust qui se pare. Si le vous convient -tousjours tenir plain afin qu’il gette, et après six sepmaines ou un -mois l’en doit traire tout le bochet jusques à la lye et le mettre en -cuve ou en autre vaissel, puis deffoncier le vaissel où il estoit, -oster la lye, eschauder, laver, renfoncer, et remplir de ce qui est -demouré, et garder; et ne chault s’il est en vuidenge. Et adonc aiez -quatre onces et demie de pouldre fine de fine canelle et une once et -demie de clou de giroffle et une de graine batus et mis en un sachet de -toile et pendus à une cordelette au bondonnail. - -_Nota_ que de l’escume qui en est ostée, prenez pour chascun pot -d’icelle douze pos d’eaue, et boulez ensemble, et ce sera bon bochet -pour les mesgnies[1222]. _Item_, d’autre miel que d’escume se fait à -autele portion[1223]. - -BEUVRAGE D’EAUE ROUSSE D’UN CHAPPON. Mettez vostre chappon ou -poule en un pot bien net et qui soit tout neuf plommé[1224] et bien -couvert, que rien n’en puisse yssir, et mettez vostre pot dedans une -paelle plaine d’eaue et faites boulir tant que le chappon ou poule soit -cuit dedans le pot; puis ostez le chappon ou poule, et de l’eaue qu’il -aura faicte dedans le pot donnez au malade à[1225] boire. - -BUVRAGE DE NOISETTES. Pourboulez et pelez, puis mettez en eaue -froide, puis les broyez et allaiez d’eaue boulie et coulez: broyez et -coulez deux fois, puis mettez reffroidier en la cave; et vault mieulx -assez que tizanne. - -BUVRAGE DE LAIT D’AMANDES. Comme dessus. - - -POTAGES POUR MALADES. - -CHAUDEAU FLAMENT. Mettez un pou d’eaue boulir, puis pour -chascune escuelle quatre moyeux d’œufs batus avec vin blanc[1226], et -versez à fil[1227] en vostre eaue et remuez très bien, et du sel y -mettez bien à point; et quant il aura bien boulu, tirez-le arrière du -feu. - -_Nota._ Qui n’en fait fors une escuelle pour un malade, l’en y met cinq -moyeux. - -ORGE MONDÉ[1228] OU GRUIAU D’ORGE. Mettez l’orge -tremper en un bacin ainsi comme demie heure, puis la purez et mettez -en un mortier de cuivre et pilez d’une pilette de bois, puis la mettez -séchier: et quant elle sera sèche, si la vennez. Et quant vous en -vouldrez faire potage, mettez-la cuire en un petit pot avec de l’eaue, -et quant elle sera ainsi comme baienne[1229], purez-la et la mettez -avec du lait d’amandes boulir; et aucuns le coulent. _Item_, l’en y met -du succre foison. - -LAIT D’AMANDES. Pourboulez et pelez vos amandes, puis les -mettez en eaue froide, puis les broyez et destrempez de l’eaue où -les oignons auront cuit et coulez par une estamine: puis frisiez les -oignons, et mettez dedans un petit de sel, et faites boulir sur le -feu, puis mettez les souppes. Et se vous faites lait d’amandes pour -malades, n’y mettez aucuns oignons, et ou lieu de l’eaue d’oignons -pour destremper les amandes et dont dessus est parlé, mettez-y et les -destrempez d’eaue tiède nette et faites boulir, et n’y mettez point de -sel, mais succre foison. Et se vous en voulez faire pour boire, si le -coulez à l’estamine ou par deux toiles, et succre foison au boire. - -COULIS D’UN POULET. Cuisiez le poulet tant qu’il soit tout -pourry de cuire, et le broyez et tous les os en un mortier, puis -deffaites de son boullon, coulez, et mettez du succre[1230]. - -_Nota_ que les os doivent estre boulis les premiers: puis ostez du -mortier, coulez, et nettoiez le mortier; puis broyez la char[1231] et -grant foison succre. - -UN COULIS DE PERCHE, OU DE TANCHE, OU DE SOLE, OU -D’ESCREVICES. Cuisiez-la en eaue et gardez le boullon, puis broyez -amandes et de la perche avec, et deffaites de vostre boullon, et coulez -et mettez tout boulir; puis dréciez vostre perche et mettez du succre -dessus. Et soit claret, et foison succre[1232]. - -Le meilleur coulis qui soit à jour de char, ce sont les cols des -poulets et poucins. Et doit-l’en broyer cols, testes et os, puis broyer -à fort, et deffaire d’eaue de joe de beuf ou de giste de beuf, et -couler. - -_Nota_ que après les grans chaleurs de Juing, potages d’espices -viennent en saison, et après la Saint Remy, civé de veel, de lièvre, -d’oïttres, etc. - -GRUYAU convient cuire comme boyen[1233], puis purer et mettre -cuire avec le lait d’amandes comme dit est prouchainement cy-dessus -d’orge mondé, et foison succre. - -RIS. Eslisez-le et lavez, etc.[1234] - - -AUTRES MENUES CHOSES QUI NE SONT DE NECCESSITÉ. - -C’EST LA MANIÈRE DE FAIRE COMPOSTE[1235]. _Nota_ qu’il fault -commencier à la Sainct Jehan qui est vingt-quatrième jour de Juing. - -Premièrement, vous prendrez cinq cens de noix nouvelles environ la -Sainct Jehan, et gardez que l’escorce ne le noyau ne soient encores -formés et que l’escorce ne soit encores trop dure ne trop tendre, -et les pelez tout entour, et puis les perciez en trois lieux tout -oultre ou en croix. Et puis les mettez tremper en eaue de Saine ou -de fontaine, et la changez chascun jour: et les fault tremper de -dix à douze jours et lesquelles[1236] deviennent comme noires, et -que au macher vous n’y puissiez assavourer aucune amertume; et puis -les mettre boulir une onde en eaue doulce par l’espace de dire une -_miserelle_[1237], et[1238] tant comme vous verrez qu’il appartiendra à -ce qu’elles ne soient trop dures ne trop moles. Après vuidiez l’eaue, -et après les mettez esgouter sur un sac[1239], et puis fondez du miel -un sextier ou tant qu’elles puissent toutes tremper, et qu’il soit -coulé et escumé: et quant il sera reffroidié ainsi comme tiède, si -y mettez vos noix et les laissiez deux ou trois jours, et puis si -les mettez esgouter, et prenez tant de vostre miel qu’elles puissent -tremper dedans, et mettez sur le feu le miel et le faites très bien -boulir un boullon seulement et l’escumez, et ostez de dessus le feu: et -mettez en chascun pertuis de vos noix un clou de giroffle d’un costé, -et un petit de gingembre coupé de l’autre, et après les mettez en miel -quant il sera tiède. Et si les tournez deux ou trois[1240] fois le -jour, et au bout de trois[1241] jours si les ostez: et recuisiez[1242] -miel, et s’il n’en y a assez, si en mettez et le boulez et escumez -et boulez, puis mettez vos noix dedans; et ainsi chascune sepmaine -jusques à un mois. Et puis les laissiez en un pot de terre ou en un -poinçon[1243], et retournez chascune sepmaine une fois. - -Prendrez, environ la Toussains, des gros navets, et les pelez et fendez -en quatre quartiers, et puis mettez cuire en eaue: et quant ils seront -un petit cuis, si les ostez et mettez en eaue froide pour attendrir, -et puis les mettez esgouter; et prenez du miel et fondez ainsi comme -cellui des noix, et gardez que vous ne cuisiez trop vos navets. - -_Item_, à la Toussains, vous prendrez des garroittes[1244] tant que -vous y vouldrez mettre, et qu’elles soient bien raclées et décopées -par morceaux, et qu’elles soient cuites comme les navets. (Garroites -sont racines rouges que l’en vent ès Halles par pongnées, et chascune -pongnée un blanc.) - -_Item_, prenez des poires d’angoisse et les fendez en quatre quartiers, -et les cuisiez ainsi comme les navets, et ne les pelez point; et les -faites ne plus ne moins comme les navets. - -_Item_, quant les courges sont en saison, si en prenez ne des plus -dures ne des plus tendres, et les pelez et ostez le cuer de dedans et -mettez en quartiers, et faites tout ainsi comme des navets. - -_Item_, quant les pesches sont en saison, si en prenez des plus dures -et les pelez et fendez. - -_Item_, environ la Saint Andry[1245], prenez des racines de percil -et de fanoil, et les resez[1246] pardessus, et en mettez par petites -pièces, et fendez le fanoil parmi et ostez le dureillon du dedans, et -n’ostez pas celluy du percil, et les gouvernez tout ainsi comme les -choses dessusdictes, ne plus ne moins. - -Et quant toutes vos confitures seront prestes, vous pourrez faire ce -qui appartient, dont la recepte s’ensuit. - -Premièrement, pour cinq cens de noix, prenez une livre de sennevé et -demie livre d’anis, un quarteron et demi fanoil, un quarteron et demi -coriande, un quarteron et demi karvy[1247], c’est assavoir une semence -que l’en mengue en dragée, et mettez toutes ces choses en pouldre: et -puis faites toutes ces choses broyer en un moulin à moustarde et le -destrempez bien espois et de très bon vinaigre, et mettez en un pot -de terre. Et puis prenez demie livre de raffle[1248], c’est assavoir -une racine que l’en vent sur les herbiers[1249], et la raclez très -bien et la décopez le plus menuement que vous pourrez et la faictes -mouldre à un moulin à moustarde, et le destrempez de vinaigre. _Item_, -prenez demi quarteron de fust de giroffle dit _baston de giroffle_, -demi quarteron de canelle, demi quarteron de poivre, demi quarteron -de mesche[1250], demi quarteron de noix muguettes, demi quarteron de -graine de paradis, et faites de toutes ces choses pouldre. _Item_, -prenez demi once de saffran d’Ort[1251] séché et batu et une once -de ceudre vermeille, c’est assavoir un fust que l’en vent sur les -espiciers[1252] et est dit _cèdre dont l’en fait manches à cousteaulx_. -Et puis prenez douze livres[1253] de bon miel dur et blanc et le faites -fondre sur le feu, et quant il sera bien cuit et escumé, si le laissiez -rasseoir, puis le coulez, et le cuisiez encores: et s’il rent escume, -encores le convient couler, sinon le convient laissier reffroidier; -puis destrempez vostre moustarde de bon vin vermeil et vinaigre par -moitié et mettez dedans le miel. Vous destrempez vos pouldres de vin -et vinaigre et mettez ou miel, et en vin chault boulez un petit vos -cèdres, et après mettez le saffran avec les autres choses, et une autre -pongnée de sel gros. _Item_, et après ces choses, prenez deux livres -de roisins que l’en dit roisins de Digne, c’est assavoir qui sont -petis et n’ont aucuns noyaux dedans ne pepins quelxconques, et soient -nouveaulx, et les pilez très bien en un mortier et les destrempez de -bon vinaigre, puis les coulez parmi une estamine, et mettez avec les -autres choses. _Item_, se vous y mettez quatre ou cinq pintes de moust -ou de vin cuit, la saulce en vauldroit mieulx. - -POUR FAIRE CONDOIGNAC[1254], prenez des coings et les pelez, -puis fendez par quartiers, et ostez l’ueil[1255] et les pepins, puis -les cuisiez en bon vin rouge et puis soient coulés parmi une estamine: -puis prenez du miel et le faites longuement boulir et escumer, et après -mettez vos coings dedans et remuez très bien, et le faites tant boulir -que le miel se reviengne à moins la moitié; puis gettez dedans pouldre -d’ypocras, et remuez tant qu’il soit tout froit, puis taillez par -morceaulx et les gardez. - -POULDRE FINE. Prenez gingembre blanc 1º [Illustration: un -symbol] (une once et une drachme?) canelle triée [Illustration: un -symbol][3] (un quarteron?) giroffle et graine de chascun demi quart -d’once, et de succre en pierre [Illustration: un symbol][1256] (un -quarteron?) et faictes pouldre. - -CONFITURE DE NOIX. Prenez, avant la Saint Jehan, noix -nouvelles et les pelez et perciez, et mettez en eaue fresche tremper -par neuf jours, et chascun jour renouvellez l’eaue: puis les laissiez -sécher, et emplez les pertuis de clous de giroffle et de gingembre, et -mettez boulir en miel, et illec les laissiez en conserve. - -POUR FAIRE EAUE A LAVER MAINS SUR TABLE. Mettez boulir de la -sauge, puis coulez l’eaue, et faites refroidier jusques à plus que -tiède. Ou vous mettez comme dessus[1257] camomille ou marjolaine, ou -vous mettez du rommarin: et cuire avec l’escorce d’orenge. Et aussi -fueilles de lorier y sont bonnes. - -YPOCRAS. Pour faire pouldre d’ypocras, prenez un quarteron de -très fine canelle triée à la dent[1258], et demy quarteron de fleur -de canelle fine, une once de gingembre de mesche trié fin blanc et -une once de graine de paradis, un sizain[1259] de noix muguettes et -de garingal ensemble, et faites tout battre ensemble. Et quant vous -vouldrez faire l’ypocras, prenez demye once largement et sur le plus de -ceste pouldre et deux quarterons de succre, et les meslez ensemble, et -une quarte de vin à la mesure de Paris. - -Et _nota_ que la pouldre et le succre meslés ensemble, font _pouldre de -duc_. - -Pour une quarte ou quarteron[1260] d’ypocras à la mesure de Bésiers, -Carcassonne, ou Montpellier, prenez cinq drames de canelle fine triée -et mondée, gingembre blanc trié et paré, trois drames: de giroffle, -graine, macis, garingal, noix muguettes, espic nardy[1261], de tout -ensemble une drame et un quart: du premier le plus et des autres en -dévalant moins et moins[1262]. Soit faicte pouldre, et avec ce soit mis -une livre et demi quarteron, au gros poix[1263], de succre en roche -broyé, et meslé parmi les autres devant dictes espices et mis; et soit -du vin et le succre mis et fondu en un plat sur le feu, et mis la -pouldre, et meslez avec: puis mis en la chausse, et coulé tant de fois -qu’il rechée tout cler vermeil. - -_Nota_ que le sucre et la canelle doivent passer comme maistres[1264]. - -SAUGE. Pour faire un poinçon[1265] de sauge, prenez deux -livres de sauge et rongnez les bastons[1266], puis mettez les feuilles -dedans le poinçon. _Item_, aiez demie once de giroffle mis en un sachet -de toile et pendu dedans le poinçon à une cordelette; _item_, l’en -peut mettre demie once de lorier dedans: _item_, demy quarteron de -gingembre de mesche, demi quarteron de poivre long et demi quarteron de -lorier. Et qui veult faire la[1267] sauge sur table en yver, ait en une -aiguière de l’eaue de sauge, et verse sur son vin blanc en un hanap. - -POUR FAIRE SUR TABLE VIN BLANC DEVENIR VERMEIL, prenez en esté -des fleurs vermeilles qui croissent ès blefs, que l’en appelle perceau -ou neelle ou passe-rose, et les laissiez séchier tant qu’elles puissent -estre mises en pouldre, et en gettez secrètement ou voirre avec le vin, -et il devenra vermeil. - -SE VOUS VOULEZ AVOIR VERTJUS[1268] A NOEL SUR LA -TREILLE, quant vous verrez que la grappe à son commencement se -descouvrera, et avant qu’elle soit en fleur, coppez la grappe par la -queue, et la tierce fois laissiez-la revenir jusques à Noél. - -Maistre Jehan de Hautecourt[1269] dit que l’en doit coupper le cep -audessoubs de la grappe, et l’autre bourgon de dessoubs getteroit -grappe nouvelle. - -SE VOUS VOULEZ EN NOVEMBRE ET EN DÉCEMBRE FAIRE AVOIR A POIRES -D’ANGOISSE VERMEILLE COULEUR, mettez du foing au cuire, et couvrez -le pot tellement qu’il n’en isse point de fumée. _Nota_ qu’il convient -mettre sur les poires de la graine de fanoil qui est bolue en vin -nouvel et puis séchée, ou dragée[1270]. - -POUR FAIRE SEL BLANC, prenez du gros sel une pinte et trois -pintes d’eaue, et mettez sur le feu tant que tout soit fondu ensemble, -puis coulez parmi une nappe, touaille ou estamine, puis mettez sur -le feu et faictes très bien boulir et escumer: et qu’il bouille si -longuement qu’il soit ainsi comme tout sec, et que les petis boullons -qui auront getté eaue deviennent tous secs; puis ostez le sel de la -paelle et estandez sur une nappe au soleil pour sécher. - -POUR ESCRIPRE SUR LE PAPIER LETTRE QUE NUL NE VERRA SE LE PAPIER -N’EST CHAUFFÉ, prenez sel armoniac ou salmoniac et mettez tremper -et fondre avec eaue: puis escripvez de ce et laissiez seicher. Et ce -durera environ huit jours. - -POUR FAIRE GLUS, il convient peler le houx quant il est en -sa séve, (et est communément ou mois de May jusques à Aoust,) et puis -boulir l’escorce en eaue tant que la taie de dessus se sépare: puis -pelez, et quant la taye sera pelée, enveloppez le demourant de fueilles -d’yèbles, de seun[1271], ou autres larges feuilles, et soit mis en -lieu froit comme en cave, ou dedans terre ou en un fumier froit, par -l’espace de neuf jours ou plus, tant qu’il soit pourry. Et puis la -convient piler comme porée de choulx et mettre par tourteaux comme -guède[1272], et puis aler laver les tourteaux l’un après l’autre et -despecier comme cire; et ne soit pas trop lavée en la première eaue ne -trop roide[1273] eaue. Et après l’en peut tout ensemble despecier et -paumaier[1274] en eaue bien courant, et mettre en un pot et conserver -bien couvert. - -Et qui veult faire glus pour eaue, il convient eschauffer un petit -d’uille, et là destremper sa glus: et puis gluer sa ligne. - -_Item_, l’en fait autre glus de fromment. - -SE VOUS VOULEZ GARDER ROSES VERMEILLES, prenez des boutons -une douzaine, et les assemblez ainsi comme en une pelotte, et puis les -enveloppez de lin et liez de fil ainsi comme une pelotte, et faites -pelottes tant comme vous vouldrez garder de roses; et puis les mettez -en une cruche de terre de Beauvais[1275] et non mie d’autre terre, et -l’emplez de vertjus: et à la mesure que le vertjus se dégastera[1276], -si le remplez, mais que le vertjus soit très bien paré[1277]. Et quant -vous les vouldrez très bien espanir, si les ostez des estouppes et les -mettez en eaue tiède, et les laissiez un petit tremper. - -_Item_, pour garder roses en une autre manière, prenez des boutons -tant comme vous vouldrez, et les boutez en une bouteille de terre de -Beauvais, tant comme il en y pourra entrer. Après prenez du plus délié -sablon que vous pourrez, et mettez dedens la boutaille tant comme vous -y pourrez mettre, et puis l’estoupez très bien que rien n’y puisse -yssir ne entrer, et mettez la boutaille dedans une eaue courant; et là -se gardera la rose toute l’année. - -POUR FAIRE EAUE ROSE SANS CHAPPELLE[1278], prenez un bacin à -barbier, et liez d’un cueuvrechief tout estendu sur la gueule à guise -de tabour, et puis mettez vos roses sur le cueuvrechief, et dessus vos -roses asséez le cul d’un autre bacin où il ait cendres chaudes et du -charbon vif. - -POUR FAIRE EAUE ROSE SANS CHAPPELLE ET SANS FEU, prenez -deux bacins de voirre, et en faictes comme dit est au blanc de ceste -cédule[1279], et en lieu de cendres et charbon, mettez tout au soleil: -et à la chaleur d’icelluy l’eau se fera. - -Les roses de Prouvins sont les meilleures à mettre en robes, mais il -les convient sécher, et à la my-Aoust sasser par un crible afin que les -vers chéent parmi les pertuis du crible, et après ce espandre sur les -robes. - -POUR FAIRE EAUE ROSE DE DAMAS, mettez sur les pasteaulx de -roses, du rosé batu[1280]. _Vel sic_: gettez l’eau distillée du premier -lit sur le second et sur le tiers et sur le quart; et elle, ainsi -remise par quatre fois, devendra rouge[1281]. - -POUR FAIRE EAUE ROSE VERMEILLE. Prenez une fiole de voirre et -l’emplez à moitié de bonne eaue rose et l’autre moitié emplez de roses -vermeilles, c’est assavoir des pampes[1282] de jeunes roses dont le -bout de la pampe qui est blanc sera couppé, et la laissiez neuf jours -au soleil et les nuis aussi, et puis coulez. - -POUR FAIRE PONDRE, COUVER ET NOURRIR OISEAULX EN UNE CAGE. -_Nota_ que en la cage de Hesdin[1283], qui est la plus grant de ce -royaulme, ne en la cage du Roy à Saint-Pol[1284], ne en la cage -Messire Hugues Aubriot[1285], ne porent oncques estre couvés et après -parnourris petis oiseaulx, et en la cage Charlot[1286] si font[1287], -_scilicet_ pons, couvés, nourris et parnourris. Ou premier cas[1288], -le deffault vient parceque les petis oiseaulx sont peus[1289] de -chenevis qui est chault et sec, et n’ont que boire[1290]. Et ou second -cas[1291], l’en leur donne mouron ou lasseron, chardons de champs -trampans en eaue souvent renouvellée et tousjours fresche, rafreschie -trois fois le jour, et en vaisseaulx de plont qui est frais, et là -dedans avec le lasseron et le mouron tout vert, tout de chardons -des champs dont le pié trempe en eaue bien avant[1292], du chenevis -escachié et trié et osté les coquilles, moullié et trempé en eaue. -_Item_, que l’en leur mette en la cage de la laine cardée et des plumes -pour faire leur ny. Et ainsi ay-je en cages veu nourrir turtres[1293], -linottes, chardonnerels[1294], pondre et parnourrir. _Item_, et -aussi doit-l’en donner des chenilles, verets, mouchettes, yraignes, -sautereaux, papillons, channevis nouvel en herbe et moullié et trempé. -_Item_, yraignes, chenilles et telles choses qui sont molles au bec de -l’oiselet qui est tendre. - -(Et de telles choses les paons nourissent[1295] leurs poucins, car l’en -a bien veu à une geline couver les œufs d’une paonne avec les œufs -d’une geline, et se escloent les œufs en un mesmes temps, mais les -petis paons ne povoient mie vivre longuement pour ce qu’ils ont le becq -trop tendre, et la geline ne leur quéroit mie choses moles[1296] selon -leur nature, et les poucins vivoient bien de blé ou paste molle, ce -qui n’est pas si propre nourreçon aux paons.--Encores véez-vous que qui -bailleroit à une geline le plus bel froument et mieulx criblé du monde, -si le gatteroit[1297]-elle pour trouver verets ou mouchettes.) - -_Item_, en la fin d’Avril convient aler au bois quérir des branchettes -fourchées de trois fourchons, et clouer contre le mur et couvrir -d’autre verdure, et là dedans ce fourchon font leur ny. - -POUR GARIR DES DENS. Prenez un pot de terre à couvercle ou un -pot sans couvercle qui aura un tranchouer dessus, et l’emplez d’eaue -et mettez boulir: puis vous despouillez, couchiez, et soit vostre -chief très bien couvert, puis aiez le pot à couvercle, et soit bien -arsillié[1298] entour et un trou ou millieu, ou il[1299] soit couvert -d’un tranchouer percié ou millieu. Et sur le pertuis vous adentez[1300] -gueulle bée pour aspirer la fumée de l’eaue qui passera par le pertuis, -et soient mises de sauge ou autres herbes dedans, et se tenir bien -couvert. - -POUR FAIRE SABLON A METTRE A ORLOGES[1301]. Prenez le limon -qui se chiet du siage de marbre quant l’en sie ces grans tumbes de -marbre noir, puis le boulez très bien en vin comme une pièce de char et -l’escumez, et puis le mettez seicher au soleil, puis le mettez boulir, -escumer, et puis séchier par neuf fois: et ainsi sera bon. - -POISONS POUR TUER CERF OU SANGLIER[1302]. Prenez la racine de -l’herbe d’électoire qui fait fleur de couleur d’azur, et broyez en un -mortier et mettez en un sac ou drappel et l’espraignez pour avoir le -jus: et mettez icelluy jus en un bacin au soleil, et la nuit soit mis à -couvert à sec que eaue ne autre liqueur moite ne l’attouche, et tant la -mettez et remettez à la chaleur du soleil qu’elle se tienne conglutinée -et prise comme cire gommée, et la mettez en une boiste bien close. Et -quant en vouldrez traire[1303], si en mettez entre les barbillons[1304] -et la douille du fer afin que quant la beste sera ferue, cela fiere -et attouche à la char, car qui autrement le feroit, c’est assavoir -qui oindroit autrement le fer, quant il entreroit dedans le cuir de la -beste, l’ointure demourroit dedans[1305], et le coup ne vauldroit. - -MÉDECINE POUR GARIR DE MORSURE DE CHIEN OU AUTRE BESTE ARRAGÉE. Prenez -une crouste de pain et escripvez ce qui s’ensuit: ✝ _Bestera_ ✝ -_bestie_[1306] ✝ _nay_ [un croix] _brigonay_ ✝ dictera ✝ _sagragan_ ✝ -_es_ ✝ _domina_ ✝ _fiat_ ✝ _fiat_ ✝ _fiat_ ✝. - -POUR FAIRE D’UN VER[1307] BON SANGLIER. Prenez un -ver de deux ans ou environ, et ou mois de May ou de Juing le faites -chastrer, et en la saison de porchoisons[1308] le faictes chasser, -fouaillier[1309] et deffaire comme un sanglier. _Vel sic_: prenez d’un -porc privé qui soit brulé, et le cuisiez en moitié eaue moitié vin, et -servez en un plat d’icelluy chaudeau, des[1310] navets et chastaingnes -et la venoison. _Sic_ 3º.....[1311] - -_Nota_ que chandelle mise en bran[1312] se garde souverainement. _Nota_ -qui veut faire chandelle, l’en doit avant faire sécher au feu très bien -le limignon[1313]. - -POUR OSTER EAUE DE VIN. Mettez eaue et vin en une tasse, et -aiez du fil de coton et plungez l’un bout au fons de la tasse, et -l’autre bout soit pendant sur le bort et audessoubs et dehors de la -tasse, et vous verrez que par icellui bout l’eaue dégoutera comme -blanche. Et quant l’eaue sera toute dégoutée, vous verrez le vin -vermeil dégouter. (_Il semble que pareillement d’une queue de vin se -peut faire._) - -POUR FAIRE VIN CUIT, prenez de la cuve ou tonne la mère -goute, c’est à dire la fleur du vin[1314], soit blanc ou vermeil, -tant comme vous en vouldrez, et le mettez en un vaissel de terre, et -le faites boulir à petit et attrempé bouillon et à feu de très sèche -buche et cler feu, sans tant soit petit de fumée, et ostez l’escume à -une palette de fust percée et non de fer. Et soit tant bouly, se la -vendenge est verde pour celle année, que le vin reviengne au tiers, -et s’elle est meure, que le vin reviengne au quart[1315]. Et après -le mettez reffroidier en un cuvier ou autre net vaissel de bois, et -icellui refroidié, le mettez au poinçon; et le tiers ou quart an -vauldra mieulx que le premier an. Et gardez en lieu moyen, ne chault -ne froit, et aiez retenu en un petit vaissel d’icelluy vin boulu, pour -remplir tousjours le tonnellet, car vous savez que le vin se veult -tousjours tenir plain. - -A SERVIR DE TRIPPES AU JAUNET. Ou vous les prendrez crues, -ou cuites. Si crues, mettez-les cuire en un pot en eaue et sans sel, -et d’autre part mettez cuire une pièce de giste de beuf ou de la -joe sans sel. Et quant les deux pots bouldront, paissiez le pot de -trippes de l’eaue du beuf et faites plus cuire les trippes que le beuf; -et quant les trippes seront presque cuites, si y mettez du lart, et -faites boulir et cuire avec: et sur le point que l’en doit tirer hors -les trippes du pot, mettez du saffran, et quant le saffran aura assez -jauni, traiez les trippes, et mettez du sel en l’eaue se vous voulez. -Si cuites[1316], si les mettez plus parcuire en l’eaue du giste et sans -sel; et du remenant comme dessus. - -Qui veult cuire trippes, etc.[1317] - -HERIÇON soit coupé par la gorge, escorché et effondré, -puis refait comme un poucin, puis pressié en une touaille et illec -très bien essuié; et après ce rosti et mengé à la cameline, ou en -pasté à la sausse de hallebran. _Nota_ que se le heriçon ne se veult -destortillier, l’en le doit mettre en l’eaue chaude, et lors il -s’estendra. - -ESCURIEUX soient escorchiés, effondrés, reffais comme connins, -rostis, ou en pasté: mengiés à la cameline ou à la sausse de hallebrans -en pasté. - -TURTRES sont bonnes en rost et en pasté, et en Septembre sont -en saison, voire dès Aoust. Toutesvoies en rost elles serrent[1318] -merveilleusement; et qui en a foison et il les veult nourrir et garder, -il leur convient tondre ou plumer le cul, car autrement leur fiente les -estouperoit, et par ce mourroient. - -GAUFFRES sont faites par quatre manières. L’une que l’en bat -des œufs en une jatte, et puis du sel et du vin, et gette-l’en de la -fleur, et destremper l’un avec l’autre, et puis mettre en deux fers -petit à petit, à chascune fois autant de paste comme une lesche de -frommage est grande, et estraindre entre deux fers, et cuire d’une part -et d’autre; et se le fer ne se délivre bien de la paste, l’en l’oint -avant d’un petit drappelet mouillé en huille ou en sain.--La deuxième -manière est comme la première, mais l’en y met du frommage, c’est -assavoir que l’en estend la paste comme pour faire tartre ou pasté, -puis met-l’en le frommage par lesches ou milieu et recueuvre-l’en les -deux bors; ainsi demeure le frommage entre deux pastes et ainsi est mis -entre deux fers.--La tierce manière, si est de gauffres _couléisses_, -et sont dictes _couléisses_ pour ce seulement que la paste est plus -clère et est comme boulie clère, faicte comme dessus; et gecte-l’en -avec, du fin frommage esmié à la gratuise[1319]; et tout mesler -ensemble.--La quarte manière est de fleur pestrie à l’eaue, sel et vin, -sans œufs ne frommage. - -_Item_, les gauffriers font un autre service que l’en dit _gros -bastons_ qui sont fais de farine pestrie aux œufs et pouldre de -gingembre batus ensemble, et puis aussi gros et ainsi fais comme -andouilles; mis entre deux fers. - - -AUTRES MENUES CHOSES DIVERSES QUI NE DÉSIRENT POINT DE CHAPPITRE. - -POUR DESSALLER TOUS POTAGES SANS Y METTRE NE OSTER, Prenez une -nappe bien blanche et mettez sur vostre pot, et le retournez souvent; -et convient le pot estre loing du feu[1320]. - -POUR OSTER L’ARSURE D’UN POTAGE, prenez un pot nouvel et -mettez vostre potage dedans, puis prenez un pou de levain et le liez -dedans un drappel blanc, et gettez dedans vostre pot, et ne luy -laissiez guères demourer. - -POUR FAIRE LIQUEUR POUR SEIGNER[1321] LINGE. Prenez -camboïs, c’est le limon noir qui est aux deux bouts de l’essieul de -la charette, et mettez de l’arrement[1322], et allaiez d’uille et de -vinaigre et boulez tout ensemble, et puis chauffez vostre merque[1323] -et moulliez dedans, et asséez dessus vostre linge. - -SE TU VEULX FAIRE BONNE ESCHE[1324] pour alumer du feu au -fusil, pren de l’escume[1325] de noyer qui sont surannées, et puis -la[1326] met en un pot plain de lessive bien forte, toute entière, ou -par pièces du large de deux dois, lequel que tu vouldras, et la fais -boulir tousjours par l’espace de deux jours et une nuit du moins. Et se -tu n’as de la lessive, si prens de bonnes cendres et met avec de l’eaue -et fais comme charrée[1327], puis mets ton escume boulir dedans par -l’espace dessusdit, et la fournis tousjours tant comme elle bouldra. -Se tu la fais boulir en lessive, fournis-la de lessive; se tu la -bouls en la charrée, si la fournis d’eaue; et toutes voies en quoy que -tu la boules, se tu povoies finer de pis..t pour la fournir, elle en -vauldroit mieulx. Et quant elle sera ainsy boulie, si la pures[1328], -et puis la lave en belle eaue nette pour la ressuier, puis la met au -soleil seicher ou en la cheminée, loing du feu, qu’elle ne s’arde, car -il la convient sécher attrempéement et à loisir; et quant elle sera -seiche et on s’en vouldra aidier, si la fault batre d’un maillet ou -d’un baston, tant quelle deviengne ainsi comme espurge[1329]. Et quant -on veult alumer du feu, si en fault prendre ainsi comme le gros d’un -pois et mettre sur son caillou, et on a tantost du feu; si ne fault -que des mesches ensouffrées, et alumer la chandeille. Et la doit-l’en -garder nettement et sèchement. - -FOUQUES[1330] doivent estre très bien rosties, et sont -meilleurs cuites en potage que en rost, car en rost elles sont trop -sèches, et veulent estre arrousées de leur gresse, et avoir le feu -devant.--_Item_, elle sont très bonnes fresches aux choulx.--_Item_, -mettez de l’eaue et des oignons en un petit pot et la fouque, puis -laissiez boulir comme une pièce de beuf, puis broyez des menues -espices, et allaiez les deux pars vertjus et la troisième vinaigre, -et vous aurez bon potage.--_Item_, fouques salées de deux jours sont -bonnes au potage. - -_Nota_ que le seymier d’un cerf, c’est le quoier et[1331] la queue; et -quant il est frais, il est cuit à l’eaue et au vin, aux espices et -saffran et soupes en esté: et en yver au poivre[1332]; et ainsi est-il -du sanglier frais. - -POUR FAIRE TROIS PINTES D’ENCRE, prenez des galles[1333] et de -gomme[1334] de chascun deux onces, couperose trois onces; et soient les -galles cassées et mises tremper trois jours, puis mises boulir en trois -quartes d’eaue de pluye ou de mare coye[1335]. Et quant ils auront -assez boulu et tant que l’eau sera esboulie près de la moitié, c’est -assavoir qu’il n’y ait mais que trois pintes, lors le convient oster du -feu, et mettre la couperose et gomme, et remuer tant qu’il soit froit, -et lors mettre en lieu froit et moite. Et _nota_ que quant elle passe -trois sepmaines, elle empire. - -POUR FAIRE ORENGAT, mettez en cinq quartiers les peleures -d’une orenge et raclez à un coustel la mousse qui est dedans, puis les -mettez tremper en bonne eaue doulce par neuf jours, et changez l’eaue -chascun jour: puis les boulez en eaue doulce une seule onde, et ce -fait, les faictes estendre sur une nappe et les laissiez essuier très -bien, puis les mettez en un pot et du miel tant qu’ils soient tous -couvers, et faites boulir à petit feu et escumer, et quant vous croirez -que le miel soit cuit, (pour essaier s’il est cuit, ayez de l’eaue en -une escuelle, et faites dégouter en icelle eaue une goutte d’icelluy -miel, et s’il s’espant, il n’est pas cuit: et se icelle goute de miel -se tient en l’eau sans espandre, il est cuit;) et lors devez traire -vos peleures d’orenge, et d’icelles faites par ordre un lit, et gettez -pouldre de gingembre dessus, puis un autre, et getter etc., _usque in -infinitum_; et laissier un mois ou plus, puis mengier. - -POUR FAIRE SAULSISSES. Quant vous aurez tué vostre pourcel, -prenez de la char des costelettes, premièrement de l’endroit que l’en -appelle le filet[1336], et après de l’autre endroit des costelettes -et de la plus belle gresse, autant de l’un comme de l’autre, en telle -quantité que vouldrez faire de saulsisses; et faictes très menuement -mincer et détranchier par un pasticier. Puis broyez du fenoul et -un petit de sel menu, et après ce requeillez vostre fenoul broyé, -et meslez très bien parmi le quart d’autant de pouldre fine; puis -entremeslez très bien vostre char, vos espices et vostre fenoul, et -après emplez les boyaulx, c’est assavoir les menus. (Et sachiez que les -boyaulx d’un vielz porc sont meilleurs à ce, que d’un jeune, pour ce -qu’ils sont plus gros.) Et après ce, les mettez quatre jours à la fumée -ou plus, et quant vous les vouldrez mengier, si les mettez en eaue -chaude et boulir une onde, et puis mettre sur le greil. - -POUR DESSALLER BEURRE, mettez-le en une escuelle sur le feu -pour fondre, et le sel dévalera ou fons de l’escuelle, lequel sel ainsi -dévalé est bon ou potage, et le remenant du beurre demeure doulx. -Aultrement, mettez vostre beurre salé en eaue doulce fresche, et le -pestrissiez et paumoiez dedens, et le sel demourra en l’eaue. - -(_Item_, _nota_ que les mouches ne queurent point sus à un cheval qui -est oint de beurre ou de vielz oint salé.) - -BOURBOTTE[1337] est de pareille fourme à un chavessot, mais -il est plus grant assez: et est cuite en eaue, puis peler comme une -perche, puis faire boulir cameline ou galentine et getter sus; ou rosty -et mis en pasté avec de la pouldre. - -POIRES à leur commencement, _scilicet_ en Octobre et Novembre, -et qu’elles sont de nouvel queillies, sont dures et fortes, et lors -l’en les doit cuire en l’eaue: et quant ce sont poires d’angoisse, -pour leur faire avoir belle couleur, l’en doit mettre du foing dedans -le pot où elles cuisent, et après sont rosties; mais après ce, quant -elles sont plus fannées et ramoities pour la moiteur du temps, l’en ne -les met point cuire en eaue, mais en la brese seulement; _scilicet_ en -Février et en Mars. - -PIES, CORNILLAS[1338], CHOÉS[1339]. L’en -les tue aux matelas[1340] qui sont[1341] grosse pilette[1342], et de -foibles arbalestres peut-l’en traire à iceulx cornillas[1343] qui sont -sur les branches, mais à ceulx qui sont ès nys convient traire de plus -fors bastons pour abatre nit et tout. Il les convient escorcher, puis -pourboulir avec du lart, puis découpper par morceaulx, et frioler avec -des œufs comme charpie. - -TESTE DE MOUTON soit très cuite, puis ostez les os, et hachez -le demourant bien menu, et gettez pouldre fine dessus. - -Se vous voulez faire provision de vinaigre, vuidiez le tonnellet de -vostre vielz vinaigre, puis lavez le tonnellet très bien de très bon -vinaigre et non mie d’eaue chaude ne froide: après, mettez les laveures -en un vaisseau de bois ou de terre et non mie d’arain ou de fer, et -illec laissiez reposer et rasseoir vos rainsseures: puis vuidiez le -cler et le coulez, et mettre de rechief ou tonnellet, et l’emplez -d’aultre bon vinaigre, et mettez au soleil et au chault, le fons percié -en six lieux et destoupé de jour, et de nuit et par brouillas[1344] -estoupez tout; et quant le soleil revient, destoupez comme devant. - -LE RIQUE-MENGER. Prenez deux pommes aussi grosses que deux -œufs ou pou plus, et les pelez, et ostez les pepins, puis les découppez -par menus morceaulx, puis les mettez pourboulir en une paelle de fer, -puis purez l’eaue, et mettez seicher le rique-menger: puis mettre -beurre pour frioler, et en friolant filez deux œufs dessus en remuant; -et quant tout sera friolé, gettez pouldre fine dessus, et soit -frangé[1345] de saffran, et mengiez au pain ou mois de Septembre. - -LIÈVRE ROSTY. J’ai vu rostir lièvre enveloppé en la toile de -la fressure d’un porc que l’en dit la crespine et couste trois blans, -et par ce le lièvre n’est autrement lardé. _Item_, je l’ay veu larder. - -LA CHAR D’UNE JOE DE BEUF, etc.[1346] - -En la HASTE-MENUE d’un pourcel n’a aucun appareil à faire, -fors la laver et embrocher et envelopper de sa taye et cuire longuement. - -POULES FARCIES COULOURÉES OU DORÉES. Elles sont _primo_ -soufflées, et toute la char dedans ostée, puis remplies d’autre char, -puis coulourées ou dorées comme dessus[1347]: mais il y a trop à faire, -et n’est pas ouvrage pour le queux d’un bourgois, non mie[1348] d’un -chevalier simple; et pour ce, je le laisse. - -_Item_, DES ESPAULES DE MOUTON, _quia nichil est nisi pena et -labor_. - -_Item_, LES HÉRIÇONS sont fais de caillettes de mouton et est -grant frais et grant labour et pou d’onneur et de prouffit, et pour ce -_nichil hic_. - -AMIGDALA _recentia recipe, et ab eis cum gladio remove etiam -subtiliter primum corticem, et postea perforetur quodlibet amigdalum -uno foramine in medio. Et iis peractis dicta amigdala ponentur in aqua -dulci, in qua stent per quinque vel sex dies, sed qualibet die fiat -mutatio aque semel in die. Deinde lapsis quinque vel sex diebus, dicta -amigdala extrahentur a dicta aqua et ponentur in aliqua aqua[1349] -ubi stent per unum diem naturalem ad exsicandum et removendum vaporem -dicte aque; postea habeatur sufficiens quantitas boni et optimi mellis -respectu quantitatis dictarum amigdalarum, et illud mel buliatur -et decoquatur bene et sufficienter, et decoquendo purgetur. Et cum -decoctum fuerit et refrigeratum, ponatur in quolibet foramine dicti -amigdali unum gariofilum: et repositis omnibus dictis amigdalis -in aliquo bono vase terreo, ponatur desuper (item fiat de nucibus -conficiendis, sed ille habent[1350] stare in aqua per novem dies, -qualibet die mutanda;) dictum mel bene decoctum et dispositum pro -mensura debita coperiente dicta amigdala, et elapsis duobus mensibus, -postea comedantur_[1351]. - -TETINES DE VACHE. Cuites avec la char et mangées comme la -char.--_Item_, salée à la moustarde.--_Item_, aucunes fois trenchée par -lesches, et rosties sur le greil, toute fresche cuite. - -ESTOURNEAUX. Soient plumés à sec[1352], effondrés[1353], -puis couppez les cols et les piés, puis reffais, mis en pasté et deux -lesches de lart audessus: ou découppez les membres par morceaulx comme -un oison, et mis à la charpie, c’est à dire que de la cuisse l’en face -trois pièces, et laisse-l’en en chascune pièce les os: des esles aussi -et du résidu semblablement, et puis frire aux œufs en la paelle comme -charpie. Il semble qu’il les convient _primo_ cuire à demi avant que -frire. - -ALLOUETTES EN ROST. Plumez à sec, puis couppez les cols et -ne les effondrez pas. Soient reffaites, et n’aient point les jambes -couppées, et les embrochiez au travers et entre deux tesmoings[1354] -de lart. _Item_, en pasté, l’en coupe jambes et testes, et les -effondre-l’en, et dedans le trou l’en boute fin frommage, et les -mengue-l’en au sel. - -LIÈVRE pourbouly, puis lardé, mis en pasté et de la pouldre, -et mengié à la cameline; et est viande d’esté. - -CONNIN en esté. - -PORC EN PASTÉ. Mis en pasté et du vertjus de grain[1355] -dessus. - -OÉS, POULES, CHAPPONS despeciez par pièces, -et mis en pasté, excepté les chappons de haulte gresse qui ne se -despiecent point; et de chascune oé l’en fait trois pastés. - -OISEAULX DE RIVIÈRE. En pasté, et de la saulce cameline ou -meilleur mise dedans le pasté quant il est cuit; la teste, les jambes -et piés sont hors. - -PIGONS en pasté, cols et testes et les piés couppés, et deux -lesches de lart dessus: ou en rost, et soient lardés. - -MONDER ORGE OU FROMMENT POUR FAIRE FROUMENTÉE. Il convient -eaue très chaude, et mettre le fromment ou orge dedans icelle eaue -chaude, et laver et paulmoïer[1356] très bien et longuement: puis -getter et purer toute l’eau, et laissier essuier le fourment ou orge -et puis le piler à un pestail[1357] de bois, puis vanner à un bacin à -laver. - -BUVRAGES DE AVELINES. Eschaudez-les et pelez et mettez en eaue -froide, puis soient très bien broyées et deffaites d’eaue boulue, puis -coulées à l’estamine. - -SARDINES, effondrées, cuites en eaue, et mengées à la -moustarde. - -HARENC NOUVELLET commence en Avril et dure jusques à la Saint -Remy que les harens frais commencent; et est cuit en eaue, et après -l’en y fait les bonnes souppes grosses que l’en mengue au vertjus -vieil, mais avant, et si tost qu’il est cuit et trait de la paelle, -l’en le doit mettre en belle eaue fresche, et le convient nettoier et -oster les escailles, teste et queue. - - -HIC FINIT[1358]. - - - - -APPENDICE A L’ARTICLE V - -DE LA DEUXIÈME DISTINCTION. - - -_Pour faire ung lot de bon ypocras_ prenés une onches de cinamonde -nommée longue canelle en pippe, avec unes cloche de gingembre et autant -de garingal, bien estampé[1359] ensemble, et puis prenés ung livre de -bon çuquere[1360]: et tout cela broyés ensamble et destrempés avec ung -lot du milleur vin de Beaune que pourés finer et le laissir tremper -ungne heure ou deux. Et puis le coullés parmy ung chause[1361] par -pluiseurs fois tant qui soit bien cler. - -_Pour avoir des caordes et pompons_[1362] fault planter en bonne terre -et crasse deux ou trois pans[1363] de parfont, et quattre grains au -cop[1364] ensamble par longhes rengues[1365], et trois piés largement -de plache[1366] de tous costés. Et quant y seront crut de la haulteur -de deux paumes, les fault racourchir desus deux dois de lonc, et les -arouser deux fois la sepmaine tant qui soient grant; et les fault -planter environ le quatre Mars ou à l’entrée d’Averil. Mais pour -che[1367] que nostre pays est froit, fault aviser plache hors des frois -vens et en bon solleil; et dient les gardineus de Portigal[1368] que -fiens de cheval bien court et bien pourit, et oussy les fientes des -bestes que on tuue, il est très bon: et affin qui ne faillent, tout -est neceschitez que on en plante depuis le my Mars jusques à la fin -d’Averil, par toutes les quinsainnes, affin que on garde les plus biaus -et que on deffeuche[1369] cheux qui porroient enpeschier les aultres à -croistre, car comme desus est dyt, y fault à quatre grains trois piés -de large tout entour. - -_Item, pour lappreux rosti_ etc.[1370] - -_Item, pour faire de sukere[1371] rosart_ en plate, il fault pour -une livere de sukere ung pinte et demie[1372] de bonne eaue rose, -et faire boilier ensamble, et tant qu’il fache le fillet entre deux -doés[1373]; mais ensois que on maeste[1374] boilier, il fault mettre -le glerre d’un ouf[1375] à chascun livere de sukere, et le fault bien -batre tout en escume: et puis laissir rassir en yauve[1376] et estamper -ledit sukere tout en pouvre, et tout meller ensamble, et puis boillier -comme dessus; et puis avoir del fluer[1377] de amidon, et mettre en -ung délié drappelet ousy[1378] gros que ung estuet[1379] ou deux, -et prendre ung plat bachin, et tapper sur le cuel dudit bachin le -fluer à tout le drappelet, tant que le fluer se espaert[1380] dessus -bien temmené[1381], et puis jettés vostre rossart[1382] dessus ledit -bachin quant il fait le fillet, et puis laissir couler l’espesseur -du hule[1383] d’un coutel ou plus espès. Et puis quant il est ung -peu réfroidié, royés[1384] à tout ung coutel et ung rieughelet[1385] -des pettites losenghe dessus de deux doés[1386] de grant ou environ. -Et quant ledit sukere rossart sera réfroidié sur le bachin, rostelle -jus[1387] et le rompez par losenghe, et le mettés en ung laye de -dragié. Et est boen pour mengier pour conforter l’estomac. - -_Pour fere encquere[1388] sans boullier._ Pour deux pintes d’yauvve de -plue[1389] ou de mares, il fault prendre deux onzes de noies de galle, -deux onzes de copperot[1390] et deux onzes ·_S_·[1391] de gomme arrabe -cler comme or; et fault rompre le nois de galle bien menu, et mettre -temprer trois jours dedens une pintte d’yauwe dessusdite, et batre sept -ou huit fois le jour environ le demy sept psalmen[1392] les trois jours -durant, et puis rompre le copperot bien menu et mettre avecque les nois -de galle, et battre encore trois jours comme devant; se sont six jours -acomply largement. Et fault prendre l’aultre pintte d’yauwe et mettre -le gomme dedens quant on met les nois temprer; et les six jours passé, -il fault mettre ledit yauwe de gomme quant il est fonduee avec l’yauwe -des nois et de copperot, et les mouvoir tout trois ensamble ung jour ou -deux comme dessus. Et dedens ung mois ou six septimaines r’oter l’encre -hors de le mattere[1393] et le mettre en ung aultre pot de piere. - -_Item_, et sus le mattere dessus dicte puelt-on mettre pintte ·_S_· -d’yauwe de plue ou de mares, et mettre avecques le quart des nois, -copperot, et gomme dessusdite, avecque le mattere de l’encre qui a esté -fecte devant, et le battre cinq ou six jours comme dessus; et est bon -commung encre. - -_Item_, pour escripre sur papier, il ne fault point mettre de vin ne -de vinergre, mès quant on veult escripre sur parchemin, pour ung lot -d’yauwe, on peult prendre une my-pintte de vin ou de vinergre. - - * * * * * - -CHI APRÈS S’ENSIEUT QUE HOTIN LE QUISENIER QUI FU A MONSEIGNEUR DE -ROUBAIS A ENVOYÉ PAR ESCRIPT POUR FAIRE AULCUNS BROUÈS QUI SERVENT A -APPOINTIER VIANDES SUR CAR ET SUR POISSON. - -_Item, pour lapreaulx roti_, pour la sauche à mettre sus, prenés ung -pau de pain roti, et le mettés tremper en boullon et du vin et vergus, -et le mains la moitié de vinesgre, et mettés tremprer le pain dedens; -et prenés canelle le plus, et gingembre et ung peu de povre[1394], de -claus[1395], ou de nois musscade, et coulés tout ensamble, et au boulir -du sucre dedens; et au servir de la dragié pardesus. - -Et pour jouvenes oisons paraillement. - -_Item, pigons au sucre._ Rotisiés vous pigons: rotisiés du pain, -canelle, gingembre et menus espèces[1396] le mains, vin et vinesgre au -couler et du lart fondu dedens et faittes boullir; et quant il bout, -mettez les pigons dedens et du sucre au pot. - -_Pouchins_, _perdris_ à l’eauwe benitte d’yauwe roze ou d’orengue ou à -l’ongnon. - -_Item, perdris ou perdrisieux._ Faicte-les rostir, et les mettés en -pot ou en telle[1397] de l’iauwe roze et du vinesgre, et mettés -boullir tout ensamble, et du sel; et le couvres bien, tant que vous -vorés servir. - -Et pour _l’orengue de pouchins, ou de perdris ou de pigons_, prenés les -orenges et les copés en vergus blanc et vin blanc, et mettés boullir: -et du gingembre au boullir, et mettés vous chozes[1398] dedens boullir. - -_Pour pouchins roti à l’eauwe benitte d’ongnons_, prenés ongnons par -roelles, et frisiez en sain de lart et vergus, et pau de vinesgre et -gingembre, et boulés en pot ou en telle et mettés vous pouchins dedens -jusque au servir. - - -POUR POTAGES. - -_Item, brouès d’Allemaigne._ Prenés amandes et les broiés, et peu de -blanc pain avecques, et au couller vergus et vin blanc et boullon dous, -et gingembre et du safren, et tout boulli ensamble, et du sucre dedens; -et mettés vous brouès sur chappons rotis ou boullis, oisons ou jouvenes -connins, et mettés au boullir ung peu d’ongnons fris en sain de lart -dedens bien menus. - -_Item, brouès de fleur de peschier._[1399] Prenés amandes broiés et -blanc pain avecques, et tremper en boulon dous: vergus, gingembre au -couler. Et quant il bout, prenés du tornissot[1400] trempré en vin -bien chault, et ly bailliés couleur de fleur de pieuquier[1401]; pour -chappons rotis, ou oisons, ou jouvenes connins rotis, ou sur chappons -boullis. - -_Item, pour faire Aragondis_, prenés cresme douche et le faittes -boullir en ung pot de terre, et prenés moieux d’œus et fleur et le -coulés, et de le cresme avecques pour mieux passer, et mettés du burre -doulx largement dedens le pot, et filés les eux[1402] dedens le pot, -et du sucre dedens le pot, et le mettés arière du fu[1403] que il -n’aerde[1404]. - -_Pour brouet d’Engeltaire._ Prenés poisons de mer ou d’eauwe douche, -ch’est à sçavoir[1405] œus cuit en l’eaue durs et frisiés au burre, ou -eurs[1406] pausiés[1407] au burre qui n’a du poison. _Item_, pour le -brouet à mettre sus, prenés pain blanc trempré en purée, et moieux -d’oeux et du gingembre et canelle le plus et vergus, et coulés tout -ensamble, et au boullir largement du persin, izope, et peu de safren, -et largement burre dedens le brouet. - -_Pour brochès au romarin_, mettés-les bien rôtir sur le gri, qui soient -tout cuit. _Item_, pour le brouet à mettre sus: vin vermel, vergus, -ung bien peu de vinesgre et du gingembre et du romarin, et mettés tout -boullir ensamble en telle de terre: et quant les brochès sont cuit, -mettés-les dedens. - -_Item, sivé d’oïtres ou de moule ou d’oeus fris._ Prenés pain roti sur -le gri, et mettés tremprer en pourée, et prenés le pain, vinesgre et -le mains de vergus et du vin, canelle le plus et gingembre, et peu de -menus especes, et coulés tout ensamble: et au boulir ongnons fris et du -safren et le faites bien boulir; et quant il est cuit, mette-le en ung -pot de terre, et frisiés les oïtres ou les moules, et mettés-les boulir -avecque le brouet. Et pour les oeus fris, mettés en plas et le brouet -pardessus. - -_Pour petis patés de poison_, prenés tourbot ung peu boulir et -hasiés[1408] bien menus gingembre et safren, et du burre dous dedens, -et bien hasiet ensamble; et faites vous patés en fachon de la court et -ne les laisiés point chéquier[1409] au four. - - -FIN DE L’APPENDICE A L’ARTICLE V. - -[Illustration: CHASSE A L’ÉPERVIER EN 1379 (_Mss. du Roi Suppt. -Fr 632^{12}_)] - -[Illustration] - - - - -LE MÉNAGIER - -DE PARIS. - - - - -LE DEUXIÈME ARTICLE[1410] - -DE LA TROISIÈME DISTINCTION, - -LEQUEL EST DE SAVOIR NOURRIR ET FAIRE VOLER L’ESPREVIER. - - -En acomplissant ce que je vous ay promis cy dessus, chière seur, je -met cy-après ce que je sçay d’espreveterie, afin que en la saison -vous y esbatiez se vostre plaisir y est. Et sur ce, au commencement, -vous devez savoir que l’en tient communément que un bon espreveteur, -en la saison, recroist[1411] d’espreveterie neuf chiens et trois -chevaulx se il veult bien continuer et faire son devoir au mestier. Et -aussi tient-l’en que le droit cuer de la saison d’espreveterie bonne -ne dure que environ six sepmaines que il convient voler aux cailles, -c’est assavoir depuis le mois de Juillet que l’en treuve les volées -des premiers perdriaux, jusques en Aoust qu’ils deviennent fors, -qu’il convient voler aux cailles. Et lors se affoiblie le déduit, car -depuis que les perdriaulx sont faillis et que l’en ne treuve que les -pères et les mères qui sont fors, l’en ne les peut prendre fors au -_voulon_[1412] c’est assavoir au sourdre[1413], et de ce sera parlé -cy-après, quant l’en parlera du voler, mais à ce commencement il sera -premièrement parlé des chiens, et après du cheval: et en oultre de la -nourreture et duisson[1414] de l’esprevier prins ou ny, et en oultre -sera parlé du _branchier_, et en oultre du _muier_. - -Premièrement, qui veult avoir bon déduit de l’esprevier, il est -neccessité que assez tost après Pasques l’espreveteur se garnisse -d’espaignols[1415] et qu’il les maine souvent aux champs quérir les -cailles et les perdris, et dès lors les duise et chastie, et tant face -que au moins en Juing il en soit pourveu de trois bons, duis pour le -mestier, qui congnoissent les oiseaulx: et que dès lors il les mette -au lien et les garde bien, car en celle saison ceulx qui en sont -despourveus les emblent voulentiers. Et les doit-l’en attacher et faire -leurs gistes et leur lit dessoubs ou en coste[1416] la perche où son -esprevier sera perchié quant il[1417] l’aura, afin que lors l’esprevier -les voie continuelment et les congnoisse, et aussi qu’ils congnoissent -l’esprevier. - -Et est assavoir que tous espaignols qui sont bons pour la chace du -lièvre ne sont pas bons pour le déduit de l’esprevier, car ceulx qui -sont bons pour le lièvre queurent après et le chassent, et quant ils -l’ataignent, le mordent, arrestent et tuent, se à ce sont duis: et -autel pourroient-ils faire à l’esprevier. Et pour ce, ceulx qui scevent -bien trouver les perdris et la caille et ne queurent point après -l’esprevier, ou s’ils y vont, si sont-ils si duis que tantost qu’ils -voient que l’esprevier a liée[1418] et abatue la perdris ou autre oisel -et la tient soubs lui, s’arrestent et ne s’approuchent point, iceulx -espaignols sont bons, et les autres non. _Item_, ceulx qui sont jeunes -et fors et roides et qui sont trop hastifs, trop loingtains[1419], ne -sont pas bons pour ce qu’ils queurent trop devant et trop loing de -l’esprevier, et quant ils treuvent la perdris ou autre oisel et ils -la font lever, l’esprevier qui est loing ne puet venir à temps et se -lasse de voler après, et en la fin n’y peut attaindre et demeure lassé -et blasmé, et si n’est point sa faulte, car il a bien volé, mais est -la faulte de l’espreveteur qui n’a par avant mis ses chiens en si -grant subjection qu’ils s’arrestassent à son escry[1420]. Et qui pis -est, se l’esprevier est ainsi deux fois foulé[1421], il craindra à y -plus voler et ne s’embatera[1422] plus, car l’esprevier se resjoïst -et enhardist quant il est tousjours audessus et met à mercy tout ce à -qui il vole, et au contraire se effroidist et attardist quant il est -foulé ou grévé par les oiseaulx. Et par ce me semble qu’il convient que -l’espreveteur soit sage d’avoir duit ses chiens pour quérir près de -lui, et de donner le vol à point: et pour ce je croy que les espaignols -aagiés qui queurent ainsi comme deux ou trois toises devant l’esprevier -sont bons. Et puisqu’ainsi est que l’en ne scet au commencement quels -ils seront, celuy qui a entention de les mettre en besoingne en la -saison d’espreveterie, les doit devant le temps affaitier et tenir -liés et en subjection de verges ou de fouet, afin qu’ils le craignent -et que quant il les menra aux champs et il les escriera ou appellera: -_Arrière! arrière!_ qu’ils s’arrestent et l’attendent, et retournent -à leur maistre s’ils voient qu’il tourne autre chemin. Et s’ils sont -ainsi duis, ils ne feront nul mal à l’oisel quant l’en les escriera, et -seront bons. - -_Item_, il est assavoir de la nature des jeunes chiens que tant plus -les menrez aux champs souvent, de jour en jour et de heure en heure, -et plus leur donrez de paine et de travail à querre ès champs depuis -l’aube du jour jusques à la nuit, et l’endemain et chascun jour -commencier, et plus les chastierez, puis qu’ils seront bien nourris et -ensemble, plus vous craindront et aimeront et suivront voulentiers et -seront bons. Mais soiez diligent que si tost que vous serez à l’ostel, -que vous mesmes, ou vos gens devant vous, donnez très bien à mengier à -vos chiens, puis à boire, en une paelle[1423], d’eaue bonne et nette: -et puis soient couchiés sur belle lictière de feurre en quelque lieu -chault, ou au feu s’ils sont moulliés ou crottés, et soient tousjours -tenus à la subjection du fouet. Et se ainsi le faites, ils ne donront -nul ennuy à la table ne au dressouer, ne ne coucheront sur les lis: et -s’ainsi ne le faites, vous povez savoir que quant ils ont traveillié et -ont fain, pour ce qu’il est nécessité qu’ils vivent, ils quierent soubs -la table et happent sur le dressouer ou en la cuisine une pièce de -char ou viande, et s’entremordent et font des ennuis pour pourchassier -leur vie, et en ce faisant se traveillent et ne reposent point et si -demeurent truans et diffamés, et c’est vostre faulte et non la leur. Et -pour ce, se vous voulez estre tenu bon espreveteur, pensez premièrement -à vostre esprevier et de vos chiens, et puis de vous. - -(_Item_, aucuns dient que à chiens qui abaient[1424] l’en leur doit -donner à mengier du poulmon de mouton ou de brebis, et ils n’abaieront -plus. Ce qu’il en est, je ne sçay.) - -_Item_, il convient estre pourveu et avoir un cheval basset et aisié -pour monter et descendre souvent, qui soit paisible au chevauchier, -sans fretillier ne tournoier, ne tirer la bride, ne regiber, ne faire -autres empeschemens qui doient empescher à l’esprevier quant il sera -réclamé[1425]: et qu’il se tiengne tout coy et tout arresté, attende -son maistre quant il sera descendu, et aussy se tiengne bien coy et -bien paisible au remonter. - -Et pour ce que je vous ay devant dit qu’il est neccessité d’avoir -des premiers espreviers, sachiez que les espreviers commencent à -couver, c’est assavoir les premiers, à la Saint-George qui est le -vint-troisième jour d’Avril, et couvent six sepmaines. Et pour ce, dès -le temps dessus dit jusques au commencement de Juing, l’en doit espier -les aires des espreviers, lesquels l’en peut trouver et aparcevoir -tant par leurs aires comme par leurs charniers, car communément leur -charnier est fait sur un arbre qui a regart à leur aire et est aussi -comme au trait d’un arc de leur dit aire; et sur icelluy hault arbre -les espreviers descharnent[1426] les coulons ramiers et autres oiseaulx -qu’ils ont prins, et laissent cheoir les os à terre, et détrenchent à -leur becq et despiècent la char qu’ils portent en leur aire à leurs -faons qui lors ont le becq trop tendre: et par les ossellez peut-l’en -apparcevoir le charnier, et par le charnier peut-l’en trouver l’aire. - -Et est à noter que en la fin du mois de May ou au commencement du mois -de Juing les premiers espreviers d’icelle saison escloent. Si convient -lors entendre de soy pourveoir d’iceulx premiers espreviers, car les -premiers espreviers sont plus tost avanciés et près de voler. Et pour -ce que chascun désire avoir des premiers espreviers, et pour les avoir -tous bons espreveteurs sont tousjours traitres et larrons l’un à -l’autre, tellement que l’un frère les voulroit embler à l’autre, pour -laquelle chose, qui veult avoir des premiers espreviers, il doit faire -tant enquerre et encerchier qu’il sache aucun aire des premiers[1427], -et les prendre ou ny avant que[1428] nul autre. - -(Et est assavoir que les meilleurs et plus fors espreviers sont ceulx -qui se paissent de coulons ramiers ou autres gros oiseaulx, et ceulx -font leurs aires sur bas arbres pour ce qu’ils ne pevent porter hault -si gros oiseaulx.) - -Or convient-il donc savoir comment ils seront nourris se ils sont -pris si jeunes que ils n’aient que deux jours. Et sachiez sur ce -au commencement il[1429] est bon qu’ils soient nourris plusieurs -espreviers ensemble, ou esprevier et mouchez[1430], on esprevier et -poucins, afin qu’ils s’entrejoingnent et gardent la chaleur naturelle -l’un à l’autre; et ceste chaleur naturelle est leur souveraine -nourreture, car se ils seuffrent tant soit petit de pluie ne de -froidure, ils sont en adventure de mourir, et pour ce est-il bon d’en -mettre pluseurs ensemble pour ce qu’ils se joindront et garderont la -chaleur naturelle l’un de l’autre. Et si est bon qu’ils soient en un -petit clotet[1431], par manière de ny, fait de foin délié bien batu, de -plume, de coton, d’estoupes ou de telles molles choses, et mis en une -cage à poucins, en une cuve ou en un cuvier ou en un autre vaissel de -bois qui soit long et large tellement qu’ils puissent esmeutir[1432] -loing d’eulx; et se leur ny n’est bien molet, l’en peut mettre soubs -eulx un drap linge[1433] bien délié pour garder leurs ongles. Et -espécialment soient gardés et maintenus en bonne chaleur naturelle, -comme aucunes fois du feu de charbon entour eulx, et soient sur deux -tresteaulx hault en leur cage, ou aucune fois au soleil: aucune fois, -s’il fait froit de nuit, soient couvers d’une robe, et d’une rais[1434] -pour les chas, et qu’ils aient air largement. Et soit souvent regardé -qu’ils n’aient ne trop froit ne trop chault; et mesmement[1435] de -nuit les convient-il ainsi garder, et de jour les convient-il paistre -tant de fois le jour comme ils auront enduit[1436], et commencier dès -le bien matin à souleil levant ou avant, car les espreviers qui sont -bien peus en leur jeunesse ne crient point quant ils sont sur le poing, -et les autres si font; et les convient paistre de bonne char chaulde, -nouvel tuée, d’oiselets escorchiés dont la chair, sans aucune gresse, -soit bien menue haschée, jusques à ce qu’ils aient le becq fort pour -tirer cuers de volaille, des cuers de mouton dont vous recouvrerez -aux bouchiers, et qui mieulx ne peut, de pigons: jàsoit-ce que ce -soit trop grosse char et trop orgueilleuse, qui[1437] peut recouvrer -d’autre char; _item_, le filet[1438] de porc qui est dedens la cuisse -est meilleur que cuer de mouton: mais à l’esprevier qui vole, l’en ne -doit pas donner deux gorgées[1439] l’une après l’autre, pour ce qu’il -est trop délié, trop laxatif et trop courant et coulant. Et de quoy que -vous paissiez vostre esprevier, gardez que vous ne luy donniez deux -gorgées l’une sur l’autre, c’est à dire que vous ne le paissiez mie la -seconde fois jusques à ce qu’il ait enduit la première; et puis soit -peu afin qu’il n’ait nulle fain, car autrement[1440], s’il n’est très -bien nourry en sa jeunesse, il ne volera jà bien, ne ne sera fort en -la saison d’espreveterie. Et aussi se vostre esprevier avoit aucune -fain, les bons espreveteurs l’appercevroient à l’areste des plumes où -il auroit raies de travers, et tant de roies qu’il y auroit et tant -de fains jugeroit-l’en que l’esprevier auroit eues[1441]; si vous en -mocqueroit-l’en de non avoir bien gouverné vostre esprevier. - -Et _nota_ que à trois choses congnoist-l’en en jeunesse l’esprevier -du mouschet: _item_, que le mouschet a la teste et le becq sur[1442] -le rond, et l’esprevier sur le long: _item_, le mouchet a la -jambette greslette et plus courte que l’esprevier: _item_, au cry le -congnoissent aucuns. - -_Item_, en leur très grant jeunesse, l’en les doit tenir très -nettement et paistre souvent[1443], et très seichement de blancs -drappellez souvent remués dessoubs leurs piés, et du foing, et changier -souvent, et laver et sécher leurs drappellets. Et soient en un pennier, -et soit ledit pennier couvert de beaulx drappeaulx; et soient tenus -chaudement par feu ou par soleil, et de nuit soit mis l’esprevier[1444] -entre deux draps au lit, couchié avec une personne pour garder chaleur -naturelle, et l’endemain au feu ou au soleil. Et ainsi, jusques à ce -qu’il soit temps de les mettre en la ferme[1445]. - -_Item_, se vous povez, faites que les costés du vaissel ou ferme où -vostre esprevier sera, ne soit mie clos d’ais, mais de trailles[1446] -ou de filé, afin que l’esmeut de l’esprevier saille dehors, car quant -l’esmeut demeure dedans le vaissel, il put. - -_Item_, tant comme l’esprevier plus s’efforcera[1447], il se -souldra[1448] sur les jointes[1449]; et lors, quant il s’estera[1450], -le peut-l’en mettre en la ferme qui sera faite de cinq piés de long -et de trois piés de lé[1451] et de trois piés de hault. Et a[1452] -besoing d’une cuve ou d’un cuvier souvent nectoié ou changié, couvert -d’une rais, ouquel cuvier ou cuve il ait du foing au fons et un viel -drappel linge dessus pour luy garder ses ongles sains comme dessus, -et illec s’enforcera et sera plus fort sur ses piés. Et ainsi comme -plus croistra, l’en ne le paistra pas si souvent, que quatre fois le -jour; et après, quant il sera plus fort et qu’il volletera, l’en lui -doit mettre en la ferme ou cuvier un petit bloc[1453] de trois dois de -hault, couvert pour ses ongles comme dit est. Et quant il commencera -à soy perchier sur icelluy bloc, l’en luy fera autre travers dedans -la ferme deux perchettes de demi pié de hault[1454], sur lesquelles -perchettes il, de sa propre nature, volera de l’une à l’autre et -passera par-dessoubs, et sa nature luy enseignera à duire ses eles et -son vol; et lors ne sera peu[1455] que trois fois le jour. Et est bon -que lors et par avant sa ferme soit mise à terre une fois le jour, en -une place où les chiens repairent entour luy, et qu’ils le voient et -congnoissent, et luy eulx, et soit peu devant eulx, afin que quant il -volera et aura prins et tendra sa proie aux champs et ils surviennent, -qu’il ne s’esbaïsse mie pour eulx, ne que eulx ne le descongnoissent. -Et dès lors en avant convendra soy prendre garde quant il aura deux -mercqs[1456] frans, car lors le conviendra-il mettre ès gets[1457] et -paistre sur le poing, et puis le perchier et tenir paisiblement sur -son poing tant qu’il ait enduit et avalé sa gorgée. Et le doit-l’en à -ce commencement tenir si court que au reget de son débat[1458] il ne -mefface à son balay[1459]. - -Et depuis que vostre esprevier sera premier mis sur le poing, gardez -que par vous ne par autre il n’ait aucun desplaisir; et sachiez, chière -seur, que toutes choses qui vers luy survendroient[1460] soudainement, -hastivement ou tempestivement[1461], soit personne, beste, pierre, -estueil[1462], baston, ou autre chose, lui font desplaisir et le -tourmentent fort. _Item_, chière seur, sachiez que se vostre esprevier -vous lie et estraint fort, sachiez que c’est signe qu’il a fain, et -sinon[1463], car quant il a fain il estraint, et quant il[1464] gorge, -non. Et toutesvoies s’il vous lie ou estraint, ne vous courrouciez de -riens ne lui aussi, mais le descharnez tout bellement, sans vous ne lui -courroucier, quelque douleur qu’il vous face sentir, car se vous le -courroucez une seule fois, jà puis ne vous aimera. - -_Item_, il vous convient continuer à le tenir souvent sur le poing -et entre gent tant et si longuement que vous pourrez. Et se tandis -que vous disnerez, dormirez ou pour autre chose, laisserez vostre -esprevier, si soit perchié à grant air, hors de la moiteur de la pluie -et de l’ardeur du soleil, et qu’il ne voie nuls poucins, pigons ne -aultre volaille, ne ne soit en péril de chas, et que rien soudain ne -puisse venir sur luy. - -Et sachiez, chière seur, que s’il est perchié tantost après ce qu’il -sera peu, il se tendra bien paisible jusques à ce qu’il ait enduit, -mais après ce, se il bat à la perche, c’est signe qu’il a fain ou -qu’il veult estre sur le poing: et pour ce est bon qu’il ait tousjours -gens devant luy, afin que s’il se batoit et se pendist[1465], qu’il -fust tantost secourus et relevés. Sachiez aussi que quant il a esté -longuement sur le poing et qu’il a tous ses sept mercqs (jàsoit-ce que -j’aye bien veu tel qui en avoit huit), et aussi quant le troisième noir -mercq[1466] du balay passe le bout dès eles, il est adonc tenu pour -fourmé, et doit-l’en penser de le baignier, qui le fait avancier pour -oindre[1467], desrouillier et mettre à point ses plumes, et mieulx -voler: et de la manière du baignier sera dit cy-après. - -_Item_, et au bout des longes doit avoir un petit bâtonnet, afin que -se l’esprevier s’entreprenoit, que au bout du bâtonnet, sans mettre la -main, l’en luy mette ses plumes à point: ou l’en doit remuer et tourner -son poing, afin qu’il se débate autre fois, car au rebat[1468] les -plumes reviennent à leur point. Et tousjours, tantost qu’il est peu, -l’en le doit tenir si souef et en place si propre et si paisible qu’il -n’ait cause de soy débatre sur sa gorge, car s’il se débatoit sur sa -gorge qu’il auroit lors prinse, il seroit en adventure de la getter; et -qui n’a loisir de le tenir en place paisible, l’en le doit perchier. Et -sachiez en cest endroit que les bons espreveteurs dient un tel proverbe: - - Au lier et au deslier, - Te tien saisy de l’esprevier. - -Si povez maintenant adviser sur le poing et sur la perche se vostre -esprevier peut rien valoir. Premièrement, les aucuns espreviers se -perchent tout droit et sont moult esveilliés et regardent fièrement et -espoventeusement[1469] quant ils veillent, et quant ils dorment, si -se tiennent-ils bien droit sur un pié et ont l’autre en leur plume, -et ainsi dorment, et c’est signe de bon esprevier et sain. Les autres -espreviers se couchent sur le ventre au travers de la perche, ainsi -comme un chappon, et ainsi se reposent en dormant et en veillant: et -n’est ne trop bon ne trop mauvais signe, car il leur vient de nature. -Et les autres sont tousjours raemplis et endormis et ont un pié en leur -plume, et c’est signe de fétardie[1470] ou de maladie. - -_Item_, quant est à congnoistre l’esprevier par son plumage, il -est assavoir que les uns[1471] espreviers sont de plumage blanc et -délié.....[1472], à travers de péris.....[1472], tendres ou roux -assis en leur poictrine ainsi comme par ordre et à droite ligne, et -sont bien merlés ou goutés[1473] ou brueil[1474], c’est assavoir entre -les cuisses et le balay, et ont bonnes[1475] les plumes qui sont à -l’endroit des costés sur les cuisses. Et iceulx espreviers dit-l’en que -ils sont bons pour dames, car ils sont tost réclamés et rendent tost -leur proie et viennent voulentiers au sifflet et aiment leur maistre, -et sont paisibles et peu hardis. Les autres sont de plus gros, plus dur -et plus aspre plumage, et ont plus grosses mailles, et sont les tuyaux -de leurs plumes plus durs d’autant comme les plumes d’une vielle géline -ou d’un viel coq sont plus aspres et plus dures que d’un jeune chappon, -ou comme un laboureur des champs a plus dure coanne que le fils d’un -roy: et sont cueuretés de cueres[1476] entre-changablement[1477] assis -çà et là, sans ligne et sans ordre, et ont une petite teste et uns -gros yeulx estincelans comme un serpent, et sont moult esveilliés; et -ceulx sont aspres, roides et hardis, et sont plus fors à réclamer, plus -glouts et plus despis à paistre, et plus félons en toutes choses; et -mettent leur proie entre leurs eles, et la défendent aux ongles et au -becq. Et mesmes, quant on les paist, ils estrainguent et saillent au -visage et mordent: et convient avoir un gant en la main destre, dont -les dois du gant soient couppés, pour doubte des esgratineures: et -portent voulentiers au couvert[1478]; mais se ils sont bien nourris et -bien réclamés, un bon espreveteur s’en aide mieulx que des devant dis, -car ils sont plus hardis, plus sages, et plus fors assez. - -_Item_, les uns ont jambes et piés rouges, et dit-l’en que ceulx sont -de aire de jeune mouchet: et les aultres qui ont jambes et piés jaunes, -dit-l’en qu’ils sont de aire de vieilz mouchet. Les aucuns ont jambes -rondes et les autres sur le plat, _scilicet_ sur le demi ront; de -ceulx ne sçay-je quel signe c’est: mais en somme, l’esprevier qui est -de grant corsage, qui a teste de serpent, c’est assavoir menue teste -sèche, qui est bien chappé[1479], gros yeulx saillans et esveilliés, -gros par les espaules, plumage dur et roide, mailletté de grosses -mailles aspres et dures: qui ait bons serceaulx, bons cousteaulx, -bonnes longues plumes, bons venneaulx[1480], bonnes....[1481], sans -balay a sain, grant ouverture endroit le bouel, courtes jambes -grossettes, ses ongles entiers, c’est assavoir du pessouer[1482] et du -charnier et de la grant et petite sangle, et que le remenant de son -corps et de ses piés soit tenu entier: qui soit bien esveillié et se -perche bel: tel esprevier est d’eslite. - -Toutesvoies quel qu’il soit, puis que vous le vouldrez nourrir pour -vous, au commencement qui[1483] sera mis sur le poing, si luy bailliez -beaulx gects, surlonges que l’en dit petites longes, touret[1484] et -grans longes, et les acoustumez de petit à petit et de plus loing en -plus loing à voler à vous, sur vostre poing, quérir sa proie pour soy -paistre. - -Or est temps, chière seur, que je vous parle de congnoistre l’ésmeut -de l’esprevier. Si sachiez, chière seur, que quant l’esprevier si a -esmeuti, par l’esmeut l’en peut jugier s’il est sain ou non: car s’il -esmeut loing, et l’esmeut est fin, blanc, liant et bien moulu, il est -bon. Et s’il est pers[1485], vert, ou roulx comme lessive, ou cler -comme eaue, ou qu’il ait un neu noir en l’es-meut, à ce voit-l’en que -l’esprevier n’est pas sain, et lors le fault curer, et donner plume -par la manière que dit sera cy-après quant l’en parlera du réclamer -et affaitier pour voler, car jusques à ce que l’en le réclame sans -commande[1486], n’est-il jà trop grant besoing de lui donner plume ne -trop souvent curer, fors par une fois la sepmaine. - -Mais en cest endroit d’espreveterie, le convient plus que devant -tenir sur le poing et le porter aux plais[1487] et entre les gens -aux églises[1488] et ès autres assamblées, et emmy les rues, et le -tenir jour et nuit le plus continuelment que l’en pourra, et aucune -fois le perchier emmi les rues pour veoir gens, chevaulx, charettes, -chiens, et toutes choses congnoistre; et soit en l’ombre, et qu’il -n’y ait nuls pigons, poucins ne autre volaille qu’il voie comme dit -est. Et aucunes fois à l’ostel soit perchié sur les chiens, et que -les chiens le voient, et il eulx. Ce fait, le convient réclamer en -un secret lieu, petit à petit et de plus loing en plus loing, tant -qu’il reviengne du long de ses longes; puis le convient réclamer à -la commande ou recréance: et puis en pluseurs lieux et en espécial -aux champs et ès prés à recréance: et puis sans recréance, à pié à -pluseurs fois, présens les chiens; et puis à cheval le convient-il -réclamer, et de dessus les arbres, tant qu’il congnoisse le cheval. -Et adonc est neccessité que vous prenez bien garde, comme dit est -dessus, à son esmeut qu’il soit net: et comme dit est dessus, le noir -donne enseignement qu’il est ort par dedans. Et s’ainsi est qu’il y -ait trop de noir, si lui donnez au vespre char de poucin ou cuer de -mouton trempés et bien lavés en eaue un petit chaudette et espraint; -et se vous n’avez eaue tiède, fors froide, si y trempez vostre char, -puis l’espraingnez fort et eschauffez par force d’espraindre entre -deux esseules[1489], puis en paissiez vostre esprevier comme dessus, -car char lavée l’amaigrist. Et à ce donner ne doit-on point son oisel -appeller ne réclamer, mais prendre sur la perche sans siffler ou -réclamer, et paistre sans dire mot, car la char ne luy est mie bien -savoureuse, et pour ce, qui à ce donner le réclameroit, quant l’en le -réclameroit après et depuis, il cuideroit que ce fust autele viande -comme devant: si seroit plus lent et tardif à y venir. - -_Item_, avec ce que dit est, quant il sera gorgié souffisamment, l’en -luy doit donner, en lieu de plume, aussi gros de coton comme une fève -enveloppé en char, à deux fois: ou faire tirer les plumes de l’aleron -d’une perdris, et s’il en avale, c’est bonne plume[1490]; et aussi -coton moullié en eaue: et dit-l’en que petite plume est la meilleur; et -ne luy doit-l’en donner viande par-dessus sa plume, car ce que l’en -donroit par dessus ne pourroit passer les mailles de l’estomac[1491] -pour la plume qui seroit au devant. Et sachiez que quant l’esprevier -vole et se paist de son vol, il ne luy convient point donner d’autre -plume, car il en prent assez des oiseaulx dont il se paist; et la plume -de l’aleron de l’ele est bonne plume. Et doit-l’en[1492] le soir que -l’en luy a donné plume, nettoier la place dessoubs l’esprevier pour -trouver l’endemain sa plume. Et l’endemain, quant vous serez levée, -regardez à son esmeut s’il est plus net que devant; et se l’esprevier a -esmeuti loing, c’est signe qu’il est fort: s’il a esmeuti près, c’est -au contraire; se son esmeut est fin blanc, pâteux et bien molu, c’est -signe qu’il est sain: se l’esmeut est vert, ou qu’il y ait trop de -noir, c’est signe qu’il n’est pas sain. Et aussi gardez s’il a gecté -sa plume orde ou necte. Et se vous avez apparceu par deux ou par trois -fois que l’esprevier soit lent de gecter sa plume, si lui donnez avec -le coton un ou deux grains de fourment, car ce l’avancera de la gecter; -et quant icelle sera par luy gectée au matin, si le paissiez de bonne -viande et chaude, et au soir luy redonnez plume comme devant: et ainsi -de soir en soir jusques à ce qu’il soit net. - -Et soiez adverti que depuis ce, comme dit est dessus, que vostre -esprevier commencera à voler, _item_ ainsi le convient deux fois la -sepmaine nettoyer, et aussi baignier deux fois la sepmaine, à certain -jour, entre tierce et midi, en un jardin ou préel[1493], au soleil, -et en si large bacin que ses eles ne se batent aux bors, et le tenir à -la commande ou recréance, afin que sans congié il ne s’en voit[1494] -essorer[1495]; et au commencement doit-l’en rebondir et ressatir[1496] -l’eaue sur la teste et le col, à une vergette[1497], pour le moullier: -et puis qu’il sera baignié, le convient-il essuyer au soleil de midi. -Toutesvoies, aucuns lui donnent plume chascun soir, et baignent -chascun jour quant il a enduit, et en soy baignant ou quant il est -baignié le réclament: et pendant le temps que vous baignerez vostre -esprevier, se le soleil se convertissoit en pluie, ou se en cheminant -il plouvoit sur vostre oisel, il le convient essuyer à très bon feu sur -un trestel[1498] ou au soleil. Mais gardez-vous bien que jamais vous ne -le mettez sur perche moulliée, car si tost qu’il a le pié moullié, il -devient enrumé et malade: si gardez tousjours qu’il ait le pié sec et -chault. Et après ce qu’il sera ainsi séchié, il voulera de très bonne -ele. - -En cest endroit d’espreveterie, devez-vous congnoistre savoir-mon[1499] -s’il est trop maigre ou trop gras: car s’il est trop maigre, il est -foible, et s’il est trop gras, il est lent et pesant; et sachiez -que quant il se tient acrempeli[1500] ou bossu, et a les yeulx plus -vers et jaunes entour, et démonstre chière pesant, et ne se tient -droit, esveillé, sur le poing et à la perche, il est malade: et c’est -parcequ’il est maigre; et le convient paistre un jour ou deux d’un -nomblet de porc pour revenir. Et s’il se tient droit et esveillié, et -les yeulx luy saillent, il est sain; mais qu’il ne soit trop gras. Et -se vous apparcevez qu’il le soit trop, pour mettre à raison il le -convient paistre de char lavée ou de beuf. - -Et quant il est réclamé à pié à la commande et qu’il congnoist les -chiens et il n’est trop maigre ne trop gras, et curé et net, il le -convient enoiseler et luy baillier à vouler des petis poucins aux -champs, premièrement à pié, et puis à cheval. Et quant il les aura -volés, liés et abatus, si descendez et alez à luy tout bellement, et de -loing vous agenoilliez, puis doulcement aussi comme à quatre piés[1501] -petit à petit, et mettez vostre main vers les piés de vostre esprevier -et prenez sa proie en souslevant les piés de l’esprevier, et faites -paistre sur sa proie. Et se vous le voulez afaictier pour la pie, -si le faites voler aux champs à poucins ou pigons vérés[1502] blans -et tavellés[1503] de noir comme la pie est; et aucunes fois, quant -l’en en peut finer, il convient avoir des jeunes pias[1504], et les y -faire voler aux champs, et estre garny d’unes petites turquoises[1505] -propres à ce, afin que si tost que l’esprevier aura lié le piat, l’en -luy rompe les jambes et le becq afin que l’esprevier en soit tousjours -audessus et ait l’avantaige du piat sans estre blécié. Et se l’en ne -peut finer de piat, mais seulement de forte pie, il convient que l’en -luy couppe ou rompe le becq et les ongles et deux ou trois des maistres -plumes de chascune ele; et l’esprevier ainsi duit volera aux pies en la -saison, et toutesvoies sa nature l’enseigne plus que estrange doctrine. - -_Item_, l’en dit que la personne, les chiens et le cheval qu’il a -acointié et acoustumé à veoir ne lui doivent point estre changiés, -c’est assavoir que se un esprevier avoit esté gouverné par un -homme[1506] blanc chevauchant un cheval noir, et l’en le bailloit ès -mains d’un moine noir chevauchant un cheval blanc, ou d’un escuier, -chevalier ou bourgois, ou d’une femme, ou d’autre personne vestue -d’autre habit, ou en autres mains que ès mains de cellui qu’il -auroit apris, l’esprevier qui auroit mescongnoissance d’icelluy -nouvel maistre, ne seroit si réclamé à luy comme à son maistre qu’il -congnoissoit et qui l’avoit nourry. Et pour ce, cellui ne le devroit -laissier tenir ne paistre à autre fors à luy. - -Chière seur, avant que vous commenciez à voler à droit essient[1507], -il vous convient et est neccessité d’avoir cerchié et enquis aux -compaignons du païs où sont les volées des perdris; et sachiez que -en païs estrange et ou repaire[1508], la souveraine queste que bon -espreveteur puisse faire, si est d’enquérir aux bergiers et vachiers et -autres gens d’aval les champs, s’ils ont veues aucunes perdrix et où -est leur commun repaire, et puis aler celle part. Mais sur toute rien -gardez-vous que chiens de bergiers ne autres chiens estranges que vous -ne congnoissez et qui ne congnoissent vos oiseaulx, et espécialment -mastins, ne vous suivent, car vostre esprevier ne voleroit pas si -voulentiers ne si hardiement, et s’il avoit abatu ou lié un oisel, si -seroit en aventure d’estre par eulx tué; et moult de fois en est ainsi -advenu. - -_Item_, chière seur, en cest endroit d’espreveterie, aux jours que vous -ne vouldrez voler, vous convient acoustumer à paistre vostre esprevier -dès le bien matin, afin que à celle heure quant vous volerez, il ait -tousjours fain; si volera mieulx, car les bons espreveteurs se lièvent -dès l’aube du jour, et dès lors vont voler, mais toutesvoies que leur -esprevier ait gecté sa plume, et aussi qu’il ne pleuve ne face grant -vent, car se vous volez par grant vent, le vent emportera vostre -esprevier qu’il n’en pourra mais, et se moquera-l’en de vous. - -_Item_, ne volez pas près de bois, ne de haie, ne de vigne, ou de -fossés ou autre empeschement d’eaues. - -_Item_, ne volez pas aux petits oiseaulx, car ils sont trop roides et -scevent les tours des buissons où ils ont acoustumé à repairier, et -pour ce l’esprevier fault; si se travaille fort pour ce que iceulx -menus oiseaulx sont fors, et si n’emportent mie si grant honneur pour -l’espreveteur ne pour l’esprevier comme perdris qui volent foiblement -et sont plus tost prinses; et aussi quant les menus oiseaulx se boutent -ès buissons, l’esprevier qui vole après se lasse et descourage; pour -sa hardiesse et faire son devoir se ront souvent sa queue et ses eles -telement que en la fin il en demeure tout diffamé, et n’en peut mais. -Toutesvoies, se vostre esprevier y vole, et vous véez que pour ce faire -vostre esprevier ait la teste d’aucunes de ses plumes quassées, si la -moulliez tantost de vostre salive endroit la quasseure, et quant vous -viendrez à l’ostel, d’eaue non mie chaude, mais moins que tiède, et -elle se raffermera: sinon[1509] elle se rompra. Et s’il a son balay -rompu, il n’en vauldra pas pis pour voler aux cailles, à perdris et à -gros oiseaulx qui volent droit à terre[1510], mais il en est plus lait, -et si ne suit mie si bien petis oiseaulx qui se plient, comme l’aloé -qui gauchist[1511] comme à esquierre, et si ne peut monter après l’aloé. - -_Item_, s’il advenoit que vostre esprevier ait l’une des parties de -sa queue rompue, l’en doit rongner aux forces[1512] l’autre partie, -afin qu’il vole justement. Et jàsoit-ce que l’esprevier qui a la queue -rompue en soit plus lait, toutesvoies il n’en vault de riens pis pour -voler au gros, mais pour voler aux menus, si fait. - -L’aloé de gibier, c’est l’aloé de cest an qui a courte queue, sans -blancheur, toute rousse de rousseur cendrée, et ne chante point au -sourdre[1513], et vole droit et se rassiet près. Et la vieille aloé à -longue queue, dont aucunes des pennes sont fines blanches[1514] et au -sourdre pipe et dit: _Andrieu_, et vole par ondées et plie son vol par -esquierres, puis à destre, puis à senestre, et se assiet loing, celle -n’est pas de gibier, ne n’y doit-l’en point voler ès mois d’Aoust et de -Septembre: mais en Septembre, quant elle mue, la queue luy chiet, et -est de gibier pour ce qu’elle est foible. - -_Item_, il est dit dessus et il est vray que tout bon espreveteur doit -garder qu’il ne vole à menus oyseaulx roides, comme à l’aloé vieille, -moissons[1515] vielz et autres qui sont près des buissons, pour ce -que incontinent qu’ils voient l’esprevier, ils s’y boutent, et fault -l’esprevier à les lier, et ront sa queue et despièce ses eles ou -buisson, et par ce se lasse et descourage de voler; mais le pis est que -aucunes fois l’esprevier qui est ainsi lassé ne revient point à son -maistre, mais s’envole et se repose sur un grant arbre. Et est certain -que les espreviers ainsi lassés sont plus tardis et plus lens à -revenir de dessus un grant arbre, maison ou autre hault lieu que dessus -un bas, se grant fain ne les y muet; et à ce besoing convient avoir ou -poucins ou autre oisel vif pour voleter devant eulx, en les réclamant -sans monstrer le visaige. - -Ces choses veues et faites, vous povez aler voler; et le premier jour -que vous volerez, soiez garni de poucin ou autre oysel vif pour y -faire voler vostre esprevier se vous ne trouvez autre oisel, et au -premier oisel que vostre esprevier prendra aux champs, si tost qu’il -l’aura abatu et le tendra entre ses piés, il convient descendre et -aler à luy à long trait, et se garde-l’en de toute hastiveté, et que -l’espreveteur s’agenoille bellement et loing, et bellement estende ses -bras, et doulcement preigne et liève sa proie et l’oisel dessus, puis -rompe la teste à l’oisel et du cervel paisse son esprevier[1516]. Et se -l’esprevier vous lie des ongles, si vous descharnez ongle après l’autre -tout bellement, sans tirer ne le courroucier. - -_Item_, quant vostre esprevier est gorgé, vous le povez tenir sur la -main nue et sans gant, car lors il ne vous estraindra point; mais avant -qu’il soit peu, s’il a fain, si ne vous y fiez point, car lors il -estraint fort et tant que sang en fait saillir. Et à ce jugent aucuns -se l’esprevier est fort ou non, car quant ils sentent parmi le gant -que l’esprevier estraint fort, ils jugent qu’il est fort: sinon, non. -_Item_, tenez-le adonc en place si paisiblement qu’il n’ait cause de -soy débatre sur sa gorgée, car il seroit en aventure de la gecter, ou -se vous n’avez loisir de le tenir sur le poing en place convenable et -paisible, si le perchiez en lieu paisible où il voie gens, chiens et -chevaulx etc., et ne voie point pigons ne autre poulaille[1517]. - -Et la deuxième fois que vous volerez, laissez vostre esprevier[1518] -deux vols ou trois le jour et non plus, et le paissiez comme dessus: et -la troisième fois, deux ou trois vols et non plus; et puis aux autres -jours vole tant comme il pourra, à tant d’oiseaulx comme vous trouverez. - -_Item_, et se vous apparcevez qu’il porte au couvert, si -l’embraellez[1519] et laissiez prendre[1520] deux ou trois fois, et -ne le gectez plus sur arbre quant vous le vouldrez paistre, et il se -chastiera d’illec en avant. - -_Item_, commenciez à aler voler chascun jour au matin dès le bien -matin et volez jusques à tierce[1521], et lors mettez vostre esprevier -en un pré ou champ, et s’il ne porte au couvert, sur un pré[1522] -ou arbre, et le réclamez d’illec et paissiez, et puis le perchiez -et[1523] reposez et laissiez passer le chault, et après volez au -serain[1524]. Car qui ou mois de Juillet et dès lors, voleroit, jusques -à la my-Aoust, par trop chault, l’esprevier si s’efforceroit hault et -loing, et à la première rivière ou eaue qu’il verroit d’en hault, s’en -yroit baignier, puis se ressuieroit sur un arbre, et là se pouroindroit -telement et si à grant loisir qu’il n’auroit plume sur lui qu’il ne -remuast au becq l’une après l’autre, tout à loisir, et sans trop -grant diligence ne pourroit estre trouvé; et s’il estoit retrouvé, si -ne pourroit-il estre reprins sans trop grant attendue. Mais après la -my-Aoust il ne s’efforcera[1525] mie si voulentiers; et toutesvoies, -ainsi comme il est dit dessus, soiez tousjours garni de vif poucin -rousset, semblant à perdris, afin que se vous ne trouvez autres foibles -oiseaulx, que vous volez aux champs de ce poucin que vous aurez porté, -et luy donnez de la cervelle et du surplus ses drois, et l’en paissiez; -puis ostez la gorge et les boyaulx du poucin, si s’en gardera mieulx, -et l’en pourrez paistre à l’une fois des eles, l’autre fois des -cuisses, puis au derrenier du charquois[1526]. Et se vous n’avez trouvé -poucin, si soiez pourveu de pigon, jàsoit-ce que ce soit chaude viande -et trop aigre à l’esprevier qui vole, car la saveur luy en demeure -longuement et le soustient sans fain plus que autre viande; et[1527] en -reffuse le poing, et[1528] tient l’esprevier orguilleux. - -_Item_, vous prenez bien garde que dès ce que vous commencerez à -voler, dès lors vous ne courrouciez vostre esprevier, et que rien -ne l’approuche soudainement, effondréement ne tempesteusement, soit -personne, chien, cheval ou autre chose, et mesmement par derrière, car -de ce qui luy survient par derrière est-il plus tourmenté et s’effroie -plus. - -_Item_, quant vous serez en queste, si aiez tousjours l’œil à vostre -esprevier et à vos espaignols, et quant vous verrez qu’ils mouveront -la queue à desvuidier[1529] une place, si férez tantost de l’esperon -droit à eulx, afin que quant la perdris sourdra, vostre esprevier soit -prouchain. Et se plusieurs perdris saillent, dont vostre esprevier -suive, lie et abate l’une, entendez tousjours à vostre oisel, et -criez à vos compaignons qu’ils remerquent les autres, et quant vostre -esprevier aura eu son droit du cervel, si vous remettez en queste au -remerc[1530], afin que vous aiez tous les autres oiseaulx l’un après -l’autre. - -_Item_, l’en doit quérir les perdris ès grans chaumes et yèbles et -bruières, et environ les gerbes qui sont demourées aux champs, car là -se paissent les perdris et les perdriaux du grain d’icelles gerbes, -et sont voulentiers ès lieux couvers et non mie ès jachières[1531] ne -autres lieux descouvers, tant pour doubte de chault comme pour doubte -que le faulx-perdriel[1532] et les oiseaulx de proie ne les voient. Et -quant le chault est levé, icelles perdris et aussi les cailles sont ès -grans genestes, ès vignes et ès vesses, ès poisières[1533] et ès blés -qui sont sur le pié et qui donnent grant ombre, pour estre freschement. - -_Item_, en ce temps l’en ne pourroit pas faire queste ès vignes pour -ce que l’en y feroit trop de dommage à ceulx à qui les vignes sont, -et aussi les perdris y auroient trop d’avantage et l’esprevier trop -d’encombrier pour les fueilles et eschallas, mais les bons espreveteurs -qui[1534] les remerquent et[1534] puis se mettent en queste ou remercq par -les champs ou buissons, et au voulon[1535] l’esprevier les prent. - -Se l’esprevier porte au couvert, et son maistre le réclame et siffle, -il ne luy doit pas monstrer son visage[1536]. - -_Item_, sachiez que depuis que l’esprevier aura commencié à voler, il -ne doit vivre de nulle char de boucherie ne d’autres, fors que de sa -proie, car de jour en jour, continuelment, sans cesser, il doit voler -sans repos, car qui un jour le repose, il le recule pour trois jours. - -_Item_, sachiez que le[1537] déduit de perdriaulx dure jusques à la -mi-Aoust, et adonc commence le déduit des cailles pour ce que alors -deviennent fortes, et voulentiers se tiennent près des bois et des -haies. En Aoust l’en treuve bien des perdris qui en cest an furent -couvées au plus tart, et se adouèrent[1538] plus tart que les autres -et n’estoient pas assez aagées quant la saison de chauchier[1539] fut, -et ne sont pas toutes réparées[1540] ou mois d’Aoust et ont encores -leurs plumes à saing[1541], et ou tuyau a un neu, et ne sont pas -si fortes comme les pères et les mères qui ont esté muées[1542], et -pour ce sont plus légières à prendre à l’esprevier que ne sont les -pères et les mères, se ce n’est toutesvoies quant freschement et -tantost après que iceulx pères et mères ont couvé et qu’ils nourissent -et tiennent encores soubs eulx leurs perdriaulx, car lors sont-ils -dévestus de leurs plumes et sont maigres et foibles et pevent bien -estre arrestés par l’esprevier; mais quant ils sont revestus de leurs -plumes et renforcées, il n’y fait nul voler fors au voulon, comme dit -est, ou[1543] après leur premier vol par remercq, car au second vol -sont-elles plus lassées qu’ils ne furent au premier. Et est grant péril -de mettre son esprevier en essay de les prendre en plains champs du -premier vol, car se l’esprevier se lasse à tirer après, ou se il lie la -perdris et elle est si forte qu’elle l’emporte, ou qu’il soit autrement -foulé soit par cest oisel ou par autre, jà puis n’y volera voulentiers. - -En la saison d’Aoust, l’en peult voler aux faisandeaulx[1544] aux -oustardes, aux laperiaulx, aux levrats, aux raales des champs[1545] -qui sont roux, et aux cailles, ou au moins en la my-Aoust; et en -Septembre doit-l’en voler tout au long du jour sans retourner à l’ostel -puis qu’il ne face ne trop grant chault ne trop grant pluie ne trop -grant vent; et doit-l’en savoir que ou mois de Septembre il ne se -essore[1546] mie si voulentiers comme en Aoust. - -_Item_, pour ce que les nuis sont en Septembre plus longues, il -convient donner au soir, en la fin de Septembre, plus grosse gorgée, -et petite au matin; mais tousjours[1547] aiez lors en mémoire que -c’est mauvaise paisson que de caille et de pigon, car c’est char de -dure digestion et demeure longuement en l’estomac. L’esprevier s’en -enorguillist et reffuse le poing comme dit est dessus. - -_Item_, en la fin dudit mois de Septembre et après, quant le voler des -cailles et perdris est failli, et mesmes en l’iver, l’en peut voler -comme dit est aux pies, aux choés, aux cercelles qui sont en rivière ou -autres qui sont tavelées et ont longues jambes et sont aux champs et -courent à pié parmi le gravier d’eaue[1548], aux merles, aux mauvis, -aux gois[1549], aux videcocqs et aux merles. Et à ce peut-l’en aler -à pié et avoir l’arc et le boujon[1550], que[1551] quant le merle se -boute en un buisson et ne se ose partir pour l’esprevier qui est dessus -et l’espie, la dame ou damoiselle qui scet traire, le peut tuer[1552] -du bougon[1553]. (Et ainsi de temps en temps peut-on avoir déduit de -son esprevier, quant l’en le veult garder pour muer.) Et quant l’en -ne treuve plus à le paistre de son voler, l’en luy donne congié. Et -sachiez que dès la première nuit qu’il aura geu dehors, il est devenu -sauvage se il se paist de luy mesmes, et pour ce le convient l’endemain -recouvrer, à l’aube[1554]. - -Et, belle seur, s’il est ainsi que vous le voulez muer[1555], pour -ce que autant couste à muer un mauvais esprevier comme un bon, aiez -premièrement regart se vostre esprevier a esté bel et bon et paisible, -car icelluy doit-l’en muer; et s’il a esté autre, ne prenez plus de -paine, car encores seroit-il pire après la mue. Toutesvoies, se muer -le voulez, il le convient paistre de chaude viande, comme de gélines, -soris, rats, et d’autres oiseaulx gaignés aux fillés et à l’arbaleste, -jàsoit-ce que c’est le meilleur que l’esprevier vole tant comme l’en -trouvera à voler, et par espécial tout le karesme, car à fort et -souvent gecte-il plus naturelment ses plumes pour muer: et tousjours le -convient-il, comme dit est devant, curer et donner plume.[1556] Quant à -l’esprevier que l’en veult muer, aucuns donnent des estouppes hachées, -et aussi dient aucuns que c’est bonne plume que des pastes de lièvre -et de connins batues d’un bon martel sur une enclume et ostés les os. -Et tousjours le convient baignier et tenir sur la perche, et tousjours -paistre de bonne viande chaude et vive, qui peut, très diligemment, -et garder mieulx que devant, et le paistre à tout le moins trois fois -le jour jusques à la my-May; et lors luy convient arracher toutes ses -plumes de la queue. Aucuns dient que le meilleur est au croissant de -May, ou autrement la queue ne revient point (c’est au commencement du -mois de Juing); et la convient arrachier ainsi qu’il s’ensuit: c’est -assavoir que aucun tiengne l’esprevier entre ses mains, et l’autre -luy compressera la char du bout de la queue, à laquelle char les -tuyaulx des plumes de la queue se tiennent: et quant la char est ainsi -tenue pour le sauver[1557], l’en doit arracher les plumes l’une après -l’autre, tout en un jour. Et dit-l’en que d’autant que l’esprevier a -la queue arrachée devant la Saint-Jehan, d’autant est-il prest plus -tost devant la my-Aoust (et jàsoit-ce que aucuns dient qu’il convient -avant baignier le[1558].... de l’esprevier en karesme, dont je ne tien -compte); et ladicte queue arrachée, le convient mettre en une mue qui -soit de quatre piés de long et quatre piés de large, de trois piés de -hault, et soit couverte de bonne toile pour le vent, et y ait fenestre -pour avoir air. Et en icelle mue ait une perche, laquelle perche -sera de demi-pié de hault, et sera l’une des moitiés feutrée, et en -l’autre moitié, du long, aura une chanlatte[1559] coulant en laquelle -l’en luy donra sa viande sans touchier à luy. Et le convient lors -très diligemment garder de trop chault et de trop froit, et mettre et -tenir de jour au soleil et garder; et le gardez de courroux, d’effroy -et d’aucun autre encombrier, et le paistre de très bonnes viandes et -chaudes et hachées, tant qu’il soit remis sus; et aucunes fois luy -convient donner et mettre en sa mue un oisel, et de ce il mesmes se -paist, et ce en lui donne plume[1560]; et à luy sont bons rats et -souris, cuer de mouton chault, nomblet de porc chault. Et sera bien de -sept sepmaines à deux mois avant qu’il soit prest. - -La chose qui plus tost avance un esprevier, c’est ce que en la saison -qu’il doit muer, l’en le paisse de deux jours en deux jours des glandes -du col de mouton. Et toutesvoies dit-l’en que quant les plumes de la -queue et des esles sont revenues, il souffist, car de son dos ne du -surplus ne peut chaloir. Et lors il seroit plus grant dommage, qui le -perdroit, quant l’en a eu tant de peine: et pour ce est-il le plus -bel et le meilleur et le plus seur d’essaier sagement et cautement -s’il se tendra paisible sur le poing, et le paistre dessus; sinon -y remédier sagement, et le veillier[1561] et mettre au bas[1562]. -_Item_, est le plus seur de le réclamer à la commande, car toute chose -désire sa franchise et retourne de légier à sa nature, et pour ce -s’en convient contregarder. Et aussi comme ils donnent plus de paine, -aussi valent-ils mieulx que les autres, car iceulx sont enoiselés et -congnoissent leurs oiseaulx, les chiens, chevaulx, et sont plus fors. - -Puis que je vous ay parlé de la nature des espreviers que l’en dit -nyais pour ce qu’ils furent pris ou ny, à présent je vueil parler de -ceulx que l’en dit _branchiers_, _ramages_ ou _rameges_, qui est tout -un: et en après, je parleray des _muiers_[1563] d’une ou de pluseurs -mues. - -L’esprevier est dit branchier ou ramage[1564] pour ce que, quant il -soit pris, il vole sur les rainceaux ou sur les branches. Et est -certain qu’il convient que l’esprevier ramage soit enoisellé[1565] que -l’en doie espérer qu’il descende à la muete des pans; toutesvoies, -avant qu’il soit enoiselé, peut-l’en appareillier une belle place -devant l’aire de l’esprevier, et quant il sera enoiselé tendre ses -pans, et mettre en muette poucin ou pigon ou autre oisel à quoy il -doie descendre. Et encores est il bon que près des guilles[1566] ait -espreviers ou mouchets qui crient et volent, et par ce l’esprevier -branchier descent plus tost à la muete. Et tantost qu’il est ou filé, -il convient[1567] qu’il soit pris bien doulcement, et que l’un le -tiengne par les esles du corps, et l’autre le prent par le becq et -le cillera[1568]. Et incontinent lui convient mettre ses gets et -sonnettes[1569], et le mettre et tenir sur le poing et remuer et garder -qu’il ne dorme point, et luy offrir le vespre prouchain la char lavée -en eaue tiède. Et se il se paist sur le poing, c’est le premier bon -signe: et s’il ne se paist, il convient garder qu’il ne dorme et le -veillier de nuit; et qui ne le peut toute nuit veiller, si le perche -sur une perche branlant qui sera attachée à deux cordes par les deux -boux, et tirera-l’en aucunes fois celle perche pour la faire branler, -afin que l’esprevier ne dorme. Et quant il aura esté veillé une nuit -ou deux et qu’il sera asseuré sur le poing et s’y paistra voulentiers, -dès la deuxième fois qu’il sera peu le convient dessillier et le tenir -entre gent, et garder qu’il ne dorme fors très petit. S’il est très -bien asseuré, l’en le doit du tout asseurer[1570] et laisser à son -aise, puis réclamer et gouverner comme dessus. - -Et se l’esprevier qui ainsi est pris aux pans est mué de haye[1571], -il convient qu’il soit mis au bas par veiller, et affamé[1572] par la -manière que dessus, jàsoit ce qu’il soit plus fort à affaitier et n’est -mie de si bon retour[1573] comme l’esprevier _sor_, c’est assavoir -cellui d’un an[1574]. - -Toutesvoies, est-il bien aucuns espreviers qui dès l’année passée ont -esté le plus tart couvés et ont esté si tardis que à paine ont-ils esté -fors quant les premiers avoient jà fait leur saison, et ceulx sont -_mués de haye_, et toutesvoies n’ont-ils point pont[1575] ne couvé -en ceste année pour ce que leur jeunesse leur a tolu[1576], et sont -pris aussi après leur mue. Et ceulx congnoist-l’en à ce que souvent -advient que encores tiennent-ils du sor, c’est à dire de la plume de -l’année précédent, et en ceulx peut-l’en avoir plus d’espérance que en -ceulx qui sont plus vieils et ont plus volé ou sont de pluseurs mues, -lesquels aucuns[1577] congnoissent bien et pour ce les refusent. - -_Item_, il est assavoir que l’esprevier mué garde mieulx sa queue pour -ce qu’il n’entre point au buisson après sa proie, mais vole par dessus: -et l’esprevier nyais y entre. - -_Item_, l’esprevier mué de haye a les yeulx rouges et les piés jaunes. - -Aucunefois, d’aventure, sont prins les espreviers à la glus, et lors -les convient desgluer l’une plume après l’autre, à la main, et que -les[1578] dois soient moulliés en lait. - -Or nous convient parler des _muiers_ qui sont de deux manières, c’est -assavoir les uns qui sont mués en la ferme[1579] et les autres qui sont -mués de haye. Les mués en la ferme sont bons à voler et sont les plus -riches[1580]. Les mués de haye sont congneus à ce qu’ils ont les yeulx -plus rouges et les piés plus jaunes. C’est assavoir que iceulx mués de -haye sont plus doubteux à voler, car jàsoit ce que ils aient esté bien -silliés, bien veilliés et très bien réclamés à commande ou à recréance, -qui est tout un, toutesvoies, quant l’en les fait voler, communément -ils se essorent fort[1581] et adonc une bouffée de vent les emporte -maulgré eulx, et tantost qu’ils ont perdu leur maistre, et mesmement si -tost que d’eulx mesmes ils se sont peus une fois, ils sont retournés à -leur première nature, ne puis ne veulent revenir au réclamer. - -Esprevier hagart[1582] est celluy qui est de mue de haye: et s’il est -d’un an, il tient du sor aucunement, car s’il ne tient du sor c’est -signe qu’il tient de deux mues[1583]. _Item_, le mué a yeulx bien -rouges, et bien jaunes les piés, et plus fortes et roides plumes et -autrement coulourées; et voit l’en bien les plumes sorées[1584] parmi -les autres, car elles sont noires par dessus, et les autres sont mieulx -coulourées. - -_Item_, de l’esprevier, le mouchet est le masle: et du lannier le -lanneret est le masle; et des autres comme l’austour, le faucon, etc., -l’en dit le masle _tiercelet_. - -Chière amie, sachiez que des autres oiseaulx de proie, l’en dit -tiercelet d’ostour celluy qui est masle, et est le plus petit; le -ostour est la fumelle et est plus grant. _Item_, tiercelet de faucon -est le masle, et est le plus petit, et n’est pas bon pour povre -homme, car l’en ne le peut arrester[1585]; le faucon est la fumelle, -et communément l’en l’appelle _faucon gentil_. _Item_, tiercelet -d’esmerillon est le masle, et l’esmerillon est dit le fourme[1586] et -est la fumelle, et volent ensemble, et sont réclamés au loirre[1587]. -_Item_, tiercelet de hobe[1588] est masle: le fourmé est la fumelle. -_Item_, le lanneret est le masle et est plus fort et vault mieulx; le -lannier est la fumelle. - -_Se un esprevier a la jaunisse, comment garira-il?_--_Recipe_: Où -il n’a point de maladie, il ne convient point de garison: et il est -certain que la jaunisse leur vient d’aise et de santé et pour les -bonnes et chaudes viandes qu’il mengue, et pour ce ne sont point -malades. - -Se un esprevier a ruine, monstrez luy rue[1589]. _Item_, faites le -tenir longuement au feu, à vespre. _Item_, faites luy tirer[1590] de la -queue d’un pourcelet ou d’un pourcel où il n’ait point de char. _Item_, -aiez boiste ou autre vaissel où il ait encens et du feu, et faites que -la fumée lui adresse au becq: et lors il toussira et esternuera, et -hochera la teste et gettera la rume; et soit sa perche feutrée, et luy -tenu chaudement. _Item_, le faites tirer à l’aleron d’un poucin, et en -la main en laquelle vous tendrez l’aleron, tenez, avec, une branche de -rue, afin qu’il en ait l’oudeur en tirant. Et, soit sur le poing, soit -sur la perche, gardez qu’il ait penne[1591] ou feutre bien sec et bien -chault soubs le pié, et nuit et jour soit devant le feu ou près du feu -ou en lieu chault; et aiez tousjours en vostre sein penne ou feutre ou -autre chose chaude pour luy changer souvent[1592] et lui baillier le -chault. - -Se un esprevier est malade tellement qu’il regette sa viande quant il a -esté peu, ouvrez luy à deux mains le becq et luy boutez dedans la gorge -aussi gros comme une fève de beurre frais, et une heure ou deux après -si le paissiez de bonne char vive. - -_Item_, l’en congnoist espreviers qui sont trop gras à taster -par dessoubs l’esle comme une géline. Et aussi quant il a la -fourcelle[1593] my-partie et pourfilée et il baille; adonc l’en luy -doit donner à boire de l’eaue fresche pour refroider dedans le corps, -et petit paistre, pour amaigrir. - -L’esprevier qui a sourcils blans est le meilleur par raison. - -_Item_, espreviers nyais ou ramages ne sont mie si bons comme ceulx qui -sont pris à la rais ou à la crecerelle[1594]. - -Des autres maladies d’esprevier, véez en la page ensuivant les remèdes -des maladies des faucons, et ouvrez selon ce. - -Des oyseaulx de proye affaitiés, l’aigle[1595], le griffon et -l’ottour[1596] volent au chevrel sauvage, aux lièvres, aux oustardes, -mais que on ait un levrier affaitié pour eulx. - -Le tiercelet d’ostour vole aux lièvres, aux perdris, aux connins, aux -malars[1597] et aux plouviers. - -L’en ne paist l’ottour que une fois le jour en yver: en esté, deux; un -cuer de mouton est assez à paistre l’ottour une fois, et le tient en -estat. _Item_, d’une rouelle de mouton; _item_, d’un pigon, perdris, -etc. Un cuer de porc engraisse, et dit-l’en: _hausse_; un cuer de -chièvre ou de bouc _abaisse_, _id est_ amaigrit; un pié de mouton est -pour tirer. - -Quant l’en le baigne, l’en luy oste les longes, et il se baigne au bort -de la rivière et se pouroint[1598] et puis vient. - -Pour un ottour, une géline est à trois jours; l’en le paist un jour -du foie, du jugier et du col à toute la plume, la teste et le cervel; -l’autre jour, d’une esle et puis la cuisse; et l’autre jour autant. - -_Item_, en karesme il se mue et est bien trois ou quatre mois avec du -foing ou de la rame[1599] et trois perches pour percher; et le paistre -adonc de chaude viande comme turtres, coulons, perdris, poucins tous -vifs. _Item_, quant ils sont mués, les convient veillier bien quatre, -six ou huit nuys, puis réclamer petit à petit à la commande comme au -commencement[1600]. - -_Nota_ que le faucon lannier doit estre perchié à un pié et demi de -terre pour le duire à voler bas à la perdris; et le gentil se perche -hault. - -_Item._ _Nota_ que jàsoit-ce que l’esprevier et l’ostour soient peus -entre le pouce et le doit démonstratif, toutesvoies les autres oiseaulx -sont peus à plain poing. - -La char lavée en eaue tiède est donnée pour abaissier et amaigrir. - -Quant l’esmeut est blanc et cler et que un petit de noir est au bout, -_scilicet_ premier yssu du ventre, il est bon: autrement, non. Et quant -ou millieu de l’esmeut a aucune chose rousse et grosse ou millieu, il -signifie que l’oisel soit bas. Si le convient baissier[1601]. - -Le faucon lannier est dit _villain_[1602] pour ce qu’il se paist de -toutes chars, comme beuf, mouton, chièvre. Et _nota_ que chièvre -abaisse[1603]. - -L’esmeut qui est gecté loing est bon. - -Le dit lannier est de gros maillé[1604], et est plus gros que le -lanneret qui est de plus déliée maille, et vole plus hault et avec les -faucons gentils: et ce ne fait point le lannier. - -Autres faucons y a qui sont de Flandres et sont dis faucons _Sacres_, -et sont d’un petit moins déliée maille, et ont les piés jaunes[1605] -et sont comme entre le gentil et le villain, et sont bons, comme l’en -dit communément, réclamés au loirre, ou d’omme quant ils reviennent -bien au loirre. - -Le faucon gentils est de plus déliée maille que nul et a les piés -jaunes, et est peu de cuer de mouton le moins, mais le plus de pigons -et de poulaille. - -Autres faucons y a que l’en appelle _harrottes_[1606] et viennent de -Grenade et sont moult petis et très bons pour le héron, la grue et -l’oustarde: et sont icelles harrottes ainsi que tercelés qui sont les -masles des faucons de pardeçà. - -Faucons pèlerins[1607] sont ceulx qui sont pris au filé et se sont peus -et ont volé aux champs, et sont _gentis_ nommés. - -_Item_, le lannier ne vole fors aux perdris et aucunes fois au connin -et au lièvre, et non plus. Et les autres volent à l’oisel de rivière, -au héron, à la grue, à l’oustarde etc. - -L’ottour vole à tout, mais non pas le tiercelet d’ottour. - -Des faucons villains, la fumelle est dit lannier ou le fourmé, et le -masle est dit tiercelet[1608]. - -Le faucon gentil est noir. Et le faucon lannier est le plus tendre. -Et le faucon pèlerin est le meilleur qui soit et est le plus gros et -plus formé de membres que tous. Et à celluy qui les veult gouverner ne -convient mengier aulx, oignons, poireaux. - -_Item_, quant aucun oisel de proye baille par trois fois de renc[1609] -et fait mate chière[1610], c’est signe qu’il est malade d’une maladie -que les fauconniers appellent _le fils_, et est un ver qui les point. -Et à les garir convient les paistre de char en laquelle sera enveloppé -du saffren, et les vers en meurent. - -Et se un faucon a la pépie, il convient avoir un des brocherons d’une -espine blanche et lui passer par trois jours, trois fois chascun jour, -dedens la narine, et par trois jours lui mettre sur la langue des -figues vertes, prises sur l’arbre.--_Item_, vous sarez qu’il a la pépie -quant il fait mate chière et ne se veult ou peut paistre et aucunesfois -baille. - -Se vostre oisel est pouilleux, vous le verrez au soleil, car sur toute -sa teste verrez-vous les poux bougier; et lors convient avoir de -l’orpiment[1611], du meilleur, et est la fueille meilleur, et soit -très bien broyé et finement, et très déliément sassé; et convient -estre trois personnes: l’un qui tendra l’oisel, l’autre qui tendra -l’orpiment, et l’autre qui l’orpimentera. Et puis convient getter de -l’eaue dessus comme un cousturier fait, à la bouche, puis le paistre -d’une poulle chaude, puis perchier, et luy oster le gant qui est -chargié d’orpiment, car l’orpiment est trop fort: et puis l’endemain -voler. - -_Nota_ que en May le faucon commence à muer, et le convient paistre de -chaude viande; et sachiez que rats est propre viande pour luy. - -_Item_, l’en le mue bien sur le poing. - - -FIN. - - - - -TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES. - -_N. B._ La lettre _a_ indique le premier volume: la lettre _b_ le -second. - - -A - -_A_ (Manuscrit), _a_, LIV. - -_Abaisser_, expliqué, _b_, 322. - -_Abattis._ V. _Issues_. - -_Abbés et mariés_ (Histoire des), _a_, 145. - -_Abbés_ assistans au parlement, _b_, 104. - -_Ables_, _b_, 100, 194. - -ABRAHAM, _a_, 78. - -_Abstinence_ de viande, _a_, XLV. - -ACAROT, _a_, XLVII. - -_Accessiones historicæ_, cité _a_, LXV. - -_Accide_, _b_, 17. - -_Acouré_, expl., _b_, 178. - -_Acrebades_, _b_, 124. - -_Acrobates_, _b_, 124. - -_Actéa_, _b_, 258. - -ADAM, _a_, 77, 98, 166. - -_Additions_ faites au livre de cuisine, _a_, XXXII et _b_, 124, 161. - -_Additions et corrections_, _a_, LXXVII. - -_Adenter_ (S’), _b_, 257. - -_Adouer_ (S’), expl. _b_, 308. - -_Adultère_, _a_, 52. - --(Loi des juifs c. l’), _a_, 67. - --pardonné, _a_, 182, 183, 237. - V. _Avocat_. - -_Afeutrement_, expliqué, _b_, 53. - -_Affaires_ du dehors confiées au mari, _a_, 168. - -_Affaitement_ de l’épervier, _b_, 295. - -AGAR, _a_, 80. - -_Agneau_, _b_, 221. - --roti, _b_, 179. - -AGNÈS la béguine (Dame), intendante de l’auteur, _b_, 57, 61 et suiv., 70. - -_Aides_ des écuyers de cuisine, _b_, 115, 117. - -_Aigles_ dressés, _b_, 321. - -AIGNEAUX, _a_, LXX. - -_Aigrefin_, _b_, 198. - -_Aiguières_, _b_, 106, 118. - -_Ailes_ des oiseaux. De quoi composées, _b_, 89. - -_Aires_ des éperviers, _b_, 284. - -_Alause._ V. _Aloze_. - -ALBÉRIC de Trois-Fontaines, _a_, LXV, 92; _b_, 124. - -ALBERTAN, _a_, 186. - -ALENÇON (Pierre d’), _a_, LXXXI. - -_Ales_, (poisson), _b_, 204. - -_Alixandre_, (espèce de cèdre), _b_, 154, 246. - -_Aljubarota_ (Bataille d’), _a_, LXVI. - -_Allayer_, expl. _b_, 142. - -_Allemagne_ (Brouet d’), _b_, 165, 172, 276. - --(Oiseaux de proie en), _b_, 323. - -_Allemans_, aiment la carpe très-cuite, _b_, 189. - -_Alloges_, _b_, 257. - -_Aloé._ V. _Alouette_, _Geneste_, _Gravé_, _Rosé_, _Pasté_. - -_Alouettes_, _b_, 101, 183. - --en pasté, _ib._ - --en rosé, _b_, 154. - --en rost, _b_, 270. - --(Espèces d’) _b_, 303. - --prises à l’estourse, _a_, XLIX. - -_Aloze_, _b_, 88, 95, 102, 188. - --à la cameline, _b_, 107. - -_Alumelle_ (aumelette), _b_, 207. - --belle, _b_, 208. - --frite au sucre, _ib._ - -_Alun_, _b_, 68. - -_Amadou_ (Sorte d’), _b_, 263. - -_Amandes_, _b_, 107, 122. - --(Buvrage d’), _b_, 241. - --confites, _b_, 269. - --(Lait d’), 241. - --leur prix, 110. - -_Ambassadeurs_ Vénitiens, cités, _b_, 116. - -_Ambrine_ (Couleur), _b_, 218. - -_Amende_ honorable, _b_, 119, 120. - -_Amis._ Quels sont les meilleurs, _a_, 199. - -_Amitié_, _a_, 55. - -_Anchois_, _b_, 204. - -_Andouilles_, _b_, 127. - --d’esté, _b_, 221. - -ANDRESEL (Aubert d’), _a_, 150. - --Guillaume, _ib._ - --(Jehan, sire d’), _a_, LXXX et suiv., 148 et suiv. - --(Jehanne d’), _a_, 150. - -_Andresel_ (Château d’), _a_, 153. - -_Andrieu_, (cri de l’alouette), _b_, 303. - -_Ane_ (Conditions de l’), _b_, 72. - --Son dos nécessaire au serviteur, _b_, 23. - -_Anges_ (Des), _a_, 17. - -_Angleterre_ (Brouet d’), _b_, 157, 166, 276. - --(Mer d’), _b_, 197. - --(Oiseaux de proie en), _b_, 323. - --(Otages en), _a_, LXXX. - -_Anglois_, _a_., 93, 95. - --à Melun, _a_, LXXX, 149. - -_Anguille_, _b_, 190, 216, 217. - --à la boe, _b_, 101. - --aux aillets blancs, _b_, 190. - --Comment la tuer, l’estuver et la cuire, _b_, 134. - --conservée, _b_, 191. - --en galentine, _b_, 102. - --franche, _b_, 90. - --renversée, _b_, 91, 92, etc., et 191. - --salée, _b_, 96, 99, etc., et 107. - --V. _Brouet_ et _Soringue_. - -_Anguillettes_ fraîches, _b_, 190. - -ANGUILLIER (Dame de l’), _a_, 240. - -_Anis._ Son prix, _b_, 112. - -ANJOU (Louis duc d’), _a_, XXII, XLI; _b_, 147. - --Sa consommation de fleurs, _b_, 52. - --(Marie d’), _a_, 174. - -_Anjou_ (Vin d’), _b_, 38. - -_Annuaire de la Bibliothèque royale de Belgique._ Cité, _a_, LV. - -ANSELME (le père), _a_, LXV, LXX, 149; _b_, 116. - -_Ante_ coupée, _a_, 159. - -_Août_ (Chasse en), _b_, 305, 309. - -APICIUS (Cœlius), ouvrage curieux et peu lu, _a_, XXXVI. - --Détails sur ce livre, _a_, XXXVII. - --(Marcus), _ib._ - -_Apocalypse_, _a_, 62. - -_Appareil_ des festins, _b_, 103. - -_Appendice_ à l’art. V de la deuxième distinction, _b_, 273. - -_Appointemens_ du procureur-général en 1384, _b_, 104. - -_Aragondis_, _b_, 276. - -_Arbalestre_, _b_, 311. - --(Chasse des pies à l’), _b_, 267. - -_Arboulastre_, _b_, 93, 97, etc. - --brune, _b_, 96, 103. - --de char, _b_, 227. - --d’œufs, _b_, 206. - --en tartre, _b_, 209. - -_Arc_ (Chasse à l’), _b_, 258 et 311. - -_Arc-à-jalet_, _b_, 311. - -_Archevéché_ de Paris (Censive de l’), 254. - -_Archives_ de Saint-Lô, _a_, XXXV. - -_Arcilié_, expl., _b_, 257. - -_Arçonner_, expl., _b_, 183. - -ARCQ (M. Douët d’), _a_, LXII, 174. - -ARCUSSIA (Ch. d’) cité, _a_, LXV, LXXXVIII, _b_, 90, 280, - 281, 288, 291, 294, 295, 298, 307, 308, 310, 311, 317, - 319, 321, 323, 324. - -_Argent._ Sa dépréciation, _a_, XXXI, LXXXII. - --Son prix au XIVe siècle, _b_, 86. - -_Argenterie_, _a_, XL, XLI. - -_Arménie_, (Violette d’), _b_, 45. - -_Armoirie_ sur gelée, _b_, 220. - -ARNOULLET (Olivier), _a_, XXXIII. - -_Arquenet_, _b_, 235. - -_Arquinetta_, _b_, 230, 235. - -ARRABLAY (Jeanne d’), dame d’Andresel, _a_, 149, 150, 151. - -_Arras_ (Prévot de l’église d’), _a_, LXXX. - -_Arrement_, Quid? _b_, 263. - -_Arroche_, _b_, 47. - -_Arrogans_ à éviter, _a_, 177. - -_Arrogante_ femme, _a_, 97. - -_Arroser_ (Comment), _b_, 43. - -_Arsenic_, _b_, 64, 325. - -_Arsilié_, expl., _b_, 257. - -_Arsin_, _b_, 198. - -ARTOIS (Chevalereux comte d’), _a_, LXVII, _b_, 118. - -_Asséeur_, expl., _a_, XLII, _b_, 117. - -_Assiettes_ creuses pour chaque convive, quand usitées, _b_, 105. - --de métal étoient-elles connues? _b_, 115. - -_Assiette_ des personnes, _b_, 117. - --Les ordonner, _b_, 80. - --(Pastés d’), _b_, 186. - --synonyme de _service_, _a_, XLI; _b_, 91, 92, 94, 101, 108, 118, 227. - -AUBIN, _a_, LXXIII. - -AUBRI DE MONTDIDIER, _a_, 92. - -AUBRIOT, (Hugues), _b_, 104. - --Chanson sur lui, _a_, LXXXVII; _b_, 253 - --Récit de sa fuite, _a_, XIX. - --Rondeaux sur lui, _a_, LXXXVII. - --Sa maison, _a_, XXI; _b_, 253. - --Ses oiseaux, _b_, 253. - -AUDIGER, cité, _a_, XLIII. - -_Auffémont_, _b_, 249. - V. OFFÉMONT. - -AUGUSTIN (Saint), cité, _a_, 39, 63, 70. - -_Aulx_ camelins, _b_, 230. - --moussus, _b_, 231. - -_Aumelette_, _b_, 207, 208. - V. _Alumelle_. - -_Aumône._ V. _Corbeille_ et _Pot_. - -_Aune_ (Feuilles d’), _a_, 171. - -_Auques_, expliqué, _a_, LXXXVII, _b_, 103. - -_Auteur_ du Ménagier, a pu connoître Tristan du Bos, _a_, LXXX. - --a pu consulter un traité de chasse italien, LI. - --craint d’ennuyer sa femme, _b_, 1. - --Il étoit Parisien, _a_, XXVII. - --incrédule sur des recettes qu’il transcrit, _b_, 66. - --n’a pas été du parti bourguignon, LVI. - --n’a pas terminé la troisième distinction, _a_, XLVII. - --obligé par un avocat, _a_, 185. - --peu au fait des enfans, _a_, 185. - --Pour qui il écrit, _a_, XXIII. - --respecte l’ouvrage de Bruyant, _b_, 3. - --Sa bibliothèque, _a_, XXVI. - --Sa délicatesse, _a_, XXIV. - --Sa modestie, XXIV. - --Ses emprunts, _a_, XXXI, XXXV. - --se sert d’expressions _crues_, _b_, 60. - --Ses fenêtres non vitrées, _a_, LXXXII, et 174. - --Ses variations, _a_, XLIV. - --Son âge, _a_, XXIII. - --Son état et sa position, _a_, XXV, XXVI, etc.; _b_, 269. - --Son nom inconnu, XXV. - --Son père, _a_, 327, 240. - --Son style, _a_, XXIX. - (V. _Remarques_, et _Femme de l’auteur_.) - -_Auteurs_ cités (Liste des), _a_, LXV. - --pourquoi donnée, _a_, LXI. - -_Autour_, a trois serceaux, _b_, 90. - --A quoi il vole, 310, 321, 322, 324. - --Comment nourri, 322. - --baigné, _ib._ - --mué, _ib._ - --pû, _ib._ - --réclamé et veillé, _ib._ - -_Autourserie_, _b_, 319. - -_Auvergne_, _b_, 53. - -AUVERGNE (Le comte-dauphin d’), _a_, LXXXI. - -_Auxerre_, _b_, 296. - -_Avarice_, _a_, 44; _b_, 12. - -_Avelaines_ ou _avelines_, _b_, 107. - --(Breuvage d’), _b_, 271. - -_Avillon_, _b_, 294. - -_Avignon_, _a_, XXI, LXXXI, 183; _b_, 46. - --(Laitues d’), _b_, 46. - -_Avives_, _b_, 78. - -_Avocat_ notable, adultère _a_, 185. - --du roi, _b_, 104. - --Sa place à table, _b_, 106. - -AYALA (Pedro Lopez de), cité, _b_, 323, 324. - --Détails sur lui, _a_, LXVI. - -_Azincourt_ (Regnault d’), _a_, XXIX. - - -B - -_B_ (Manuscrit), _a_, LV. - -_Baciner_, expliqué, _b_, 179. - -_Baconner_, _b_, 198. - -_Baguette_ pliée en faisant amende, _b_, 120. - -_Baignoire_, _b_, 129. - -_Baillemens_ de l’oiseau, _b_, 325. - -_Bailly_ de Tournay, _a_, LXXIX, 139. - -_Bain_ de l’autour, _b_, 322. - --de l’épervier, _b_, 298. - -_Baisers_ (Usage de donner des), _a_, LXXVII. - -_Baisser_, expl., _b_, 323. - -_Baitte_ (poisson), _b_, 203. - -_Balai_, _b_, 106, 111. - --derrière une porte, _a_, 146. - --Effet qu’il produit aux femmes, 147. - --V. _Balay_. - -BALAM, _a_, 87, 88. - -_Balay_ (queue), _b_, 290, 294. - --A quoi sert, _b_, 302. - --(Mercqs du), _b_, 291. - --rompu, _b_, 303. - V. _Queue_. - -_Balayer_ la maison, _b_, 61. - -BALBI (Jean), _a_, 89. - -_Baleine_, _b_, 200. - -BALSAC (Pierre de), _b_, 255. - -_Bancs_ des églises, _a_, 15. - -_Banquiers_ (housses), _b_, 61. - -_Bar_ (poisson), _b_, 91, 101, 187. - -_Bar-sur-Aube_, _a_, 153. - -_Barat_ (Description de), _b_, 24. - -_Barbarin_, _b_, 204. - -_Barbelet_, _b_, 187. - -BARBIER (Colin, le), _b_, 119, 120. - -_Barbillons_, _b_, 187. - -_Barbillons_ de flèche, _b_, 258. - -_Barbotte_, _b_, 267. - -_Barbue_, _b_, 203. - -_Barguaigné_ (Cheval), acheté dans quel cas, _b_, 76. - -BARON (M.), _a_, LXXIV. - -BARROIS (M.), _a_, LII. - -_Barte_, _b_, 203. - -_Bas_ (Mettre au), _b_, 314. - -_Baseillecoq_, _b_, 46. - -_Basilic_, _b_, 46. - -BASTIN DE BREBAN, _a_, 237. - -_Bateaux_, expliqué, _a_, 147. - -_Batterie_ de cuisine, _a_, XLI; _b_, 115. - -_Batteurs_ en grange, _b_, 54, 56. - -BAUX (Guillaume des), _a_, XLI. - -BAUYN, _a_, LXIX. - -_Bavards_, _a_, 178. - --comparés aux pétrins et aux battes d’un moulin, _a_, 48. - -_Bayens_, expliqué, _b_, 135, 139. - -_Beaucamp_, _a_, LXXX. - -_Beauce_, _b_, 144. - -_Beaune_ (Vin de), _b_, 38, 273. - -_Beauté_ (Concierge de), _a_, 174. - -_Beauvais_ (Hôtel de), où situé, _a_, LXXXV; _b_, 116, 123. - -_Beauvais_ (Terre de), _b_, 251, 252. - -_Bécasse._ V. _Videcoq_. - -_Bécuit_, _b_, 102. - --de brochereaux, _b_, 103. - --de brochets et d’anguilles, _b_, 190. - -_Béguines_ (Sur les), _b_, 57. - -_Beignets._ V. _Bignés_ et _Buignets_. - -BELLAY (Agnès du), _a_, 151. - -BELON, cité, _b_, 194, 195, 197, 198, 200, 203, 204, 205, 206. - -_Bénédiction_ du lit nuptial, _a_, LXXXVI; _b_, 118. - -BENOISTON DE CHATEAUNEUF, cité, _a_, XLVI. - -_Berger_ de l’auteur (Robin le), _b_, 62. - -_Bergers_ savent où est le gibier, _b_, 301. - V. _Calendrier_. - -BERNARD DE MONTLHÉRY, _b_, 119, 120. - -BERRY (le duc de), cité, _a_, LXXXIII, 93, 94, 95, 173; _b_, 46, 53, 254. - --Rissoles faites chez lui, _b_, 226. - --Sa consommation, _a_, XLV, _b_, 85. - --Sa dépense en 1373, _a_, LXV (la duchesse en payoit sa part, _ib._). - --Sa position à Paris, _a_, LVI. - -BERTRAN le vieil (Le philosophe), cité, _b_, 58. - -BESCHIR (L’émir). Ses oiseaux, _a_, LI. - -_Bésiers_, cité, _b_, 132, 182, 203, 248. - --(Eau de) _b_, 135. - -_Besogne_ à diviser entre les domestiques, _b_, 61. - -_Bêtes_ affouragées la nuit, _b_, 71. - --noires, quand chassées, _b_, 157. - V. _Sangliers_. - --sauvages s’apprivoisent, _a_, 95, 144. - -_Bettes_, _b_, 44, 49, 137, 140. - -_Beurre._ Comment le déssaller, _b_, 266. - --salé chasse les mouches des chevaux, _b_, 266. - -_Beuvrage_ d’eau rousse d’un chapon, _b_, 240. - V. _Buvrage_. - -_Beyrouth_, _a_, LI. - -BEZU-LE-LONG (Armes de), _a_, LVIII. - -_Bible._ L’auteur l’avoit et la faisoit lire à sa femme, _a_, 62. - -_Bibliophiles._ V. _Société_. - -_Bibliothèque_ de Charles V, _a_, XVIII. - --de l’auteur du _Ménagier_, _a_, XXVI. - -_Bibliothèque des théreuticographes_, _a_, LXVI. - --_historique de la France_, _a_, LXV. - --_protypographique_, _a_, LII. - -_Bicêtre_ (Château de), _a_, 173. - -_Bichot_, _b_, 155. - --sauvage, _b_, 158. - -_Bierre_ (Levure de), _b_, 239. - -BIGNE (Gaces de la). V. _Bugne_. - -_Bignés_, _b_, 102. - --de mouelle de bœuf, _b_, 93, 95. - -_Blanc_, (monnoie), _b_, 69, 86, 128. - -_Blanc-mengier_, _b_, 165. - --(Chaudeau à faire le), _b_, 109. - --(Épices pour le), _b_, 122. - --paré, _b_, 93. - --parti, _b_, 95, 96. - --(Veau pour le), _b_, 121. - --(Volaille pour le), _b_, 119. - -BLANCHE DE NAVARRE, reine de France, _a_, 148. - -BLANCHET (Louis), _a_, LXXXV. - -_Blanchets_, _a_, 13, 171. - -BLAZE (M. Elzear), _a_, LXXII. - -_Blé_, par qui acheté pour le roi, _b_, 114. - --(Prix du), _a_, XXXI. - Vertjus de blé vert, _b_, 229. - -_Bloc_, expl., _b_, 289. - -_Blois_ (Dame de) très-pudique, _a_, LXXVIII. - -_Bloqueaux_, _a_, 172. - -BOCCACE, _a_, 99. - -_Bochet_ (tisanne), _b_, 238. - --de quatre ans de garde, _b_, 239. - --pour les domestiques, _b_, 240. - -_Bockede_, _a_, LVIII. - -_Bœuf_, _b_, 62. - --(Allouyaux de), _b_, 177. - --amenés de Savoie à Paris, _a_, XLVI. - --mangé comme ours, _b_, 155, 179. - --(Conditions du), _b_, 72. - --consommés à Paris, _a_, XLIII, XLVI; _b_, 82, 83, 84, 85. - --(Cuir de), _b_, 82. - --(Division du) par les bouchers, _b_, 86, 87, 130, 131, etc. - --(Langues de), _b_, 133, 177. - --(Mouelle de), en pasté, _b_, 223. - --(Noyau de), _b_, 133, en pasté, _b_, 186. - --(Prix du), _b_, 132. - --(Rouillée de), _b_, 163. - --salé, _b_, 130, 133. - --(Saulce pour le), _b_, 131. - --(Trumel de), _b_, 231. - -BOILEAU, _a_, XXXVIII. - -_Bonbons_ (épices de chambre), _b_, 122. - -_Bondonnail_, _b_, 68. - -BONFONS (Jean). Quand lui et sa veuve imprimèrent, _a_, XXXIII. - --Nicolas, _ib._ - -_Bonne-dame_, _b_, 47. - -BONNEFONS (Nic. de), cité, _b_, 105. - -_Bonnes gens_ (Qui a affaire à), il se repose, (proverbe) _b_, 56. - -_Borde-le-Vicomte_ (La), _a_, LXXX. - -BOREL D’HAUTERIVE (M.), _a_, LXIII. - -BOS (Tristan du), _a_, LXXIX. - -_Bouche_, porte du corps, _a_, 60. - --Pourquoi nous n’en avons qu’une, _ib._ - -BOUCHER d’Argis, _a_, LXXVI. - -_Bouchers_, _a_, 54. - --à Paris, _b_, 80. - --Ce qu’ils fournissent à un repas de noces, _b_, 109, 121. - --Comment défont un bœuf, _b_, 130. - --Comment ils exerçoient leur profession, _b_, 82. - --Leurs richesses, _b_, 82. - -_Bouchère_ (Luxe d’une riche), _b_, 82. - -_Boucheries_ de Paris. Remarques sur elles, _a_, XLIV; _b_, 80. - --de Saint-Benoît, _a_, XLIV. - --de Saint-Éloy, _a_, XLIV et _b_, 84. - --du Roi, _b_, 85. - (La grande), _a_, XLVI; _b_, 80. - -BOUCHET (Guill.), _a_, LXVI. - --cité, _b_, 307, 321. - -BOUCICAUT, _a_, 148. - -_Boudins_, _b_, 91, 92, 125, 128. - --de foie, 126. - --d’oie, _ib._ - -_Boueil_, _b_, 293. - V. _Brayer_. - -_Bougie._ Son prix, _b_, 112. - -_Bougon_, expl., _b_, 311. - -_Bouilli lardé_, _b_, 92, 93, etc. et 153. - --au verjus, _b_, 96. - --aux espices et aux soupes, _b_, 156. - --de brochets et d’anguilles, _b_, 96, 103. - --de chevrel, _b_, 96. - --de venoison fraîche, _b_, 121. - -_Bouillie_ (Recette pour la), _b_, 176. - -_Bouillon._ Quel est le meilleur, _b_, 86, 88. - --(tisanne), _b_, 238. - V. _Chaudeau_ et _Eau_. - -_Boujon_, _b_, 311. - -_Boulanger_, _b_, 54, 56, 109. - --de Montmorency, _a_, 161. - -_Boulogne_, _a_, LXXXI. - -_Boulogne_ la Grasse, _a_, 110, 113. - -_Bourbelier_ de sanglier, _b_, 157, 179, 236. - -_Bourberel_ de sanglier, _b_, 236. - -BOURBON (Louis duc de). Sa consommation, _b_, 86. - V. CHARLES. - -_Bourbotte_ (poisson), _b_, 267. - -_Bourgage_, expliqué, _a_, 140. - -_Bourgeois_ avoient droit de chasse et chassoient à - l’oiseau, _a_, XLVIII et suiv. - --de Paris, arrêtés, _a_, 136. - --(Queux d’un), _b_, 269. - -_Bourgeoise_ de Paris sauve son mari, _a_, 135. - -_Bourgeoisie_ parisienne au XIVe siècle, _a_, XXV. - -_Bourges_, _a_, 94. - -BOURGOGNE (Le duc de), _a_, LXVI; _b_, 253, 254. - --Sa consommation, _b_, 86. - --(Marguerite de), _b_, 254. - -_Bourgogne_ (Vin de), _b_, 38. - -_Bourgon_ de vigne (Vertjus de), _b_, 229. - -_Bourguignon_ (Parti) à Paris, _a_, LVI, LVII. - -_Bourrache_, _b_, 47. - -_Bourrée_ à la galantine chaude, _b_, 94. - --à la sausse chaude, _b_, 91, 92, 93, 97, etc. - --faite avec des lamproies? _b_, 92, 95. - -_Boussac_ de connins, _b_, 152, 153. - --de lièvre, _b_, 153. - -_Boutehors_, _a_, XLIII; _b_, 95, 103, 107, 108. - -_Bouteille_ en terre, _b_, 252. - -BOUTELIER (Jehan), _a_, 139. - -_Boutonner_, expliqué, _b_, 88. - -_Bouvier_ (Josson le), _b_, 62. - -_Boyaux_ de porc. Comment lavés, _b_, 126. - -BRABANT (Le duc de), _b_, 254. - -_Brabant_ (Oiseaux en), _b_, 323. - -BRAGELONGNE (Le ch. de), _b_, 83. - -_Bran_, _b_, 76. - -_Branchier_ (Épervier), _b_, 314. - -_Braons_, expl., _b_, 149, 165, 213. - -_Brayer_, _b_, 190, 293, 313. - --(Avantage pour le), _b_, 152. - -_Brayeul_, _b_, 293. - -_Brennée_, _b_, 79. - -_Bresmes_, _b_, 187, 203. - --au vertjus, _b_, 97. - --en rost, _b_, 94, 98, etc. - -BRETEZ (L.), _a_, LXXIII. - -_Brette._ Ce que c’est et comment apprêtée, _b_, 194. - -BREUL (J. du), _a_, LXVII; _b_, 80. - -_Breuvage._ V. _Beuvrage_ et _Buvrage_. - -_Bric_, (jeu), _a_, 71, 72. - -_Brie_ en 1358, _a_, LXXX, 148, 149. - -_Brochereaux_, _b_, 100. - -_Brochets_, _b_, 160, 232. - --au romarin, _b_, 277. - --(Chaudumé d’un), _b_, 173. - --laités et œuvés, _b_, 88, 188. - -_Brochetons_ à un rebouly, _b_, 100. - -_Brochier_ (brochet?), _b_, 232. - -_Broderie_, _b_, 118. - -BRONGNIART (M. Adolphe), _b_, 258. - -_Brouet_ blanc, _b_, 165, 173. - --blanc de connins, _b_, 95. - --blanc sur perches, _b_, 103. - --camelin de chair, _b_, 93, 95. - --d’Alemaigne, _b_, 93, 98, 165, 172, 276. - --d’amandes, _b_, 96, 103. - --d’Angleterre, _b_, 157, 166, 276. - --d’anguilles, _b_, 92. - --d’anguilles, verd, _b_, 94, 97. - --de cannelle, _b_, 94, 97, 163. - --de chapons, _b_, 149. - --de fleur de pêcher, _b_, 276. - --de fressure de porc, _b_, 158. - --de Savoie, _b_, 99, 166. - --de vertjus et de poulaille, _b_, 100, 167. - --georgié, _b_, 97, 98, 163, 164. - --houssié, _b_, 95, 163. - --jaunet, _b_, 99. - --larde d’anguilles renversces, _a_, LXXXIV, _b_, 99. - --rousset, _b_, 165. - --Sarrasinois, _b_, 172. - --vergay, _b_, 167. - --vergay d’anguilles, _b_, 171. - --vert d’œufs et de fromage, _b_, 172. - -_Brouetiers_, _b_, 53. - -_Brueil_, expl., _b_, 293. - -_Bruges_ (Inventaire de), _a_, LIII. - --(Oiseaux de proie à), _b_, 323. - -_Brulis_, _b_, 198. - -_Brulliau_, _b_, 198. - -BRUN (Anthoine), _a_, 137. - --(Colin), _ib._ - -BRUNET (M.), cité, _a_, LXXIV _et passim_. - -_Bruxelles_ (Inventaire de), _a_, LIII. - -BRUYANT (Jean), _b_, 3, 4. - -BRYANT (Jean), _b_, 3, 4. - -_Buche_ achetée, _b_, 114. - -BUCHON, _a_, 94. - -BUDÉ (Jean), _a_, LXVIII. - -BUFFON, _b_, 323. - -BUGNE (Gaces de la), _a_, LXIX. - --cité, _a_, XLIX, L; _b_, 186, 280, 284, 296, 309, 321, 324. - -_Buignets_ de mouelle, _b_, 224. - --d’œuves de lus, _b_, 229. - -_Buissons_ dangereux pour l’épervier, _b_, 302. - -_Buletel_, _b_, 136. - -BULLET, cité, _a_, 92. - -BUREAU (Pierre), _a_, 174. - -_Bureaux_ de placement, _b_, 58. - -_Burgos_, _a_, LXVI. - -BURON, _a_, LXX. - -_Butors_, _b_, 99. - --rôtis, _b_, 181. - -_Buvrage_ d’avelines, _b_, 271. - --de lait d’amandes, _b_, 241. - --de noisettes, _b_, 240. - --pour malades, _b_, 237. - - -C - -_C_ (Manuscrit), _a_, LII, LVII. - -_Cabillau._ V. _Cableaux_. - -_Cabinet généalogique._ Ce que c’est, _a_, LXXV. - -_Cableaux_, _b_, 195. - -CABOCHE, _b_, 84. - -CACCON, _a_, 70. - -_Cages_ chez diverses personnes, _b_, 253. - -_Cailles_ (Chasse aux), _b_, 308, 310. - --en pasté, _b_, 186. - --(Vol aux), _b_, 280. - -_Caillette_ de mouton, _b_, 128 et 129. - --de veau, _ib._ - -_Calais_, _a_, 149. - -_Calendrier des bergers_, _a_, LXVII, 29; _b_, 223. - -_Calimafrée_, ou saulce paresseuse, _b_, 233. - -_Camboïs_, _b_, 263. - -_Cambray_ (Traité de), _a_, 139. - -_Camelot_, _b_, 66. - -_Campagne_ (Vie à la), _b_, 62. - -_Cameline_, _b_, 175, 177, 178, 179, 180. - --achetée au saussier, _b_, 111, 122. - --de Tournay, d’hiver et d’été, _b_, 230. - V. _Aulx_. - -_Canards_, _b_, 89. V. _Mallars_. - -_Canets_, _b_, 236. - --en gravé, _b_, 121. - -_Canelle_ battue, _b_, 111. - --triée à la dent, _b_, 248. - -CANGE (Ch. du Fresne, sieur du). Objections à ce - grand homme. V. _Coretum_, _Enfeutrure_, _Milion_. - --cité, _passim_. - -CANTAMUS, roi de Hongrie (ou plutôt des Abares), _a_, 68. - -_Caordes_, _b_, 273. - -_Carcassonne_, _b_, 248. - -_Cardamomon_, _b_, 68, 111. - -_Carpe_, _b_, 88, 91, 99; _b_, 188, 189. - --à l’estouffée, _b_, 189. - --Comment l’apprêter, _b_, 189. - --de Marne, _faudisse_, _b_, 107. - --en galentine, _b_, 233. - --plus cuite en Allemagne qu’en France, _b_, 189. - --portée vive, _b_, 90. - --Quelle est la bonne, _b_, 90. - --Sa tête, _b_, 90. - -_Carrelets_, _b_, 171, 202, 204. - -_Carrottes._ V. _Garroites_. - -_Cartes_ à jouer, _a_, XXX, 71, 72. - -_Carvi_, _b_, 245. - -_Cassemuseaux_, _a_, XXXIX. - -CATAFAGO (M.), _a_, LI. - -_Catholicon_, _a_, 89. - -_Caution_ (Accusés élargis sous), 233. - -_Cayeux_, _b_, 205. - -_Cèdre_ alixandre ou vermeil, ou dont l’on fait - manches à couteaux, _b_, 154, 246. - -_Cédule_, _b_, 252. - -_Celle_ (La), _a_, 149. - -_Cendail_, _b_, 118. - -_Cerceaux_ (plumes), _b_, 90. V. _Serceaux_. - -_Cercelles_, _b_, 311. - -_Cerf._ Chassé quand, _b_, 156. - --(Cimier du), _b_, 87, 264. - --Comment défait et mangé, _b_, 156, 157. - --(Couart du), _b_, 87. - --(Hampe du), _b_, 87. - --(Menus droits de), _b_, 156. - --(Poison pour le), _b_, 258. - --(Quoier du), _b_, 87. - --Sa tête et son pied donnés aux seigneurs, _b_, 157. - --(Seymier de), _b_, 264. - --(Venaison de), _b_, 154. - -_Cerises_, _b_, 53. - --On n’en trouve pas en mai, _b_, 108. - -_Cerisier_ enté sur vigne, _b_, 51. - -_Cervaisons._ Quand commencent, _b_, 156. - -_Cervoise_ (Leveçon de), (levure de bierre), _b_, 239. - -CERXÈS (Le philosophe), _a_, 68. - -CESSOLES (J. de), _a_, 68. - -_Cet an._ Que signifie cette expression, _a_, XXXIII. - -CHABANNES, _a_, 151. - -_Chace dou cerf_, citée, _b_, 157. - -_Chair_ (Grosse), (bœuf et mouton), _b_, 91, 92, 93. - --lavée, donnée à l’oiseau, _b_, 297, 323. - -_Chaleur_ (Effet de la) sur l’épervier, _b_, 305. - -_Chamberières._ Les veiller de près, _b_, 74. - --Long article sur elles, _b_, 56. - --peuvent supplanter la femme, _a_, 130. - -_Chambre_ arrosée, _a_, 174. - --balayée, _b_, 61. - --(Bètes de), _b_, 62. - --démeublée n’a pas de mouches, _a_, 174. - --de parement, _b_, 107. - -CHAMPAGNE (Armes de), _a_, LVIII. - -_Champagne_, _a_, 149. - -CHAMPIER (Bruyère), _a_, LXVII, _b_, 206. - -_Champignons_, _b_, 185. - -CHAMPFLORY (Jeanne de), _a_, LXXVII. - -CHAMPOLLION (M. Aimé), _a_, LXVII, LXXXII; _b_, 254. - -_Champs_ (Vol pour), _b_, 301. - -_Chandelier_ à platine, _b_, 71. - -_Chandeliers_ (marchands), _b_, 56. - -_Chandelle_ (Recette pour la), _b_, 56, 259. - --Comment l’éteindre, _b_, 71. - -_Chanlatte_, expl., _b_, 313. - -_Chansons_, _a_, XXXIX, 72. - --sur Aubriot, _a_, LXXXVII; _b_, 253. - -CHANTEPIE, _a_, LXX. - -_Chanter_, _b_, 108. - -_Chaons_, expl., _b_, 154, 206. - -_Chapeaux_ (de fleurs), _b_, 113, 114, 116, 118, 122. - -_Chapellerie_ (fleurs), _b_, 115. - -_Chapelière_ (marchande de fleurs), _b_, 118, 123. - -_Chaperon_, _a_, 14, 15. - -_Chapons_, _b_, 91, 92, 94 etc., 165. - --à la calimafrée, _b_, 234. - --à la dodine, _b_, 93, 94, etc. - --à la saulce briefve, _b_, 235. - --au blanc manger, _b_, 108. - --aux herbes, _b_, 100, 150. - --(Brouet de), _b_, 149. - --Comment _poussés_, _b_, 232. - --Comment tués et attendris, _b_, 89, 150. - --(Consommé de), _b_, 240. - --de haute graisse, _b_, 271. - --entiers en un blanc brouet, _b_, 101. - --faisandés, _b_, 89, 150. - --(Hardouil de), _b_, 162. - --(Jugiers de), _b_, 121. - --pèlerins, _b_, 99. - --(Prix des), _b_, 110, 119. - --rosti, _b_, 180; - à quelle sauce, _b_, 232. - --(Saulce pour un), _b_, 237. - -_Chappé_, expl., _b_, 294. - -_Charbon_, _b_, 114. - --Son prix, 113. - -_Charcois_, _b_, 170, 213, 306. - -_Chardonnerels_, _b_, 256. - -CHARLES V, cité, _a_, LXVI, LXVIII, 148; _b_, 84, 109, 324. - --donne un hôtel à Aubriot, _b_, 254. - --Remarques sur son règne, _a_, XVII. - -CHARLES VI, entre à Paris en 1383, _a_, 136. - --Son ordonnance sur la chasse, _a_, XLVIII. - --son séjour à Rouen, _a_, 135. - -CHARLES II, roi de Navarre, _a_, LXXIV. - -CHARLES, cardinal de Bourbon, _b_, 116. - -CHARLOT (Cage de), _b_, 255. - -_Charnage_, expl., _b_, 140. - -_Charnalité_, _a_, 40. - -_Charnier_ des éperviers, _b_, 284. - -_Charnier_ (ongle), _b_, 294. - -CHARNY (Jacqueline de), _a_, 14. - -_Charquois_, expl., _b_, 170, 213, 306. - -_Charrée_, _b_, 263. - -_Charrons_, _b_, 56. - -_Chartiers_, _b_, 57, 62. - -_Chasse_ (Ordonnance de 1397 sur la), _a_, XLVIII. - V. _Août_, _Arbalestre_, _Arc_, _Cailles_, _Lièvre_, - _Perdrix_, _Septembre_. - -_Chasse_ à l’épervier. Comment et par qui pratiquée au - XIVe siècle, _a_, XLVIII, XLIX, L. - --Sa durée, _b_, 280. - --en Orient, _a_, LI; _b_, 321. - --(Partie de), _a_, L. - --(Traité de la), _b_, 279. - V. _Esprevier_ et _Fauconnerie_. - -_Chastaignes_, _b_, 259. - --avec venaison, _b_, 130. - --en rissoles, _b_, 225. - -_Chasteau de labour_, _b_, 4, 36. - -_Chastelet_ ou _Chastelier_ en Brie, _a_, 149. - -_Chastelet_ (Place du), _b_, 80. - --(Prisons du), _b_, 116. - -CHASTELLUX (Seigneurs de), _b_, 296. - -_Chastelongnes_ salées, _b_, 100. - -_Chasteté_, _a_, 60. - -_Chateingnes_, _b_, 130, 225, 259. - -_Chats_, dangereux pour l’épervier, _b_, 286, 291. - -_Chauchier_, expl. _b_, 308. - -_Chaudeau_ flament, _b_, 241. V. _Bouillon_. - -_Chaudières_, _b_, 115, 123. - -_Chaudumée_, _b_, 102, etc. - --de beschets, _b_, 101. - --d’un brochet, _b_, 173. - --(Limats au), _a_, XXXIX. - --pour poisson d’eau douce, _b_, 232. - -_Chaudun._ Ce que c’est, _b_, 128. - --de pourceau, _b_, 160, 228. - --vendu dans les rues, _b_, 161. - -_Chaumont-en-Bassigny_, _a_, 153. - -_Chausses_, _a_, 169, 238, 239. - -CHAUVERON (Audouin), _a_, 136; _b_, 104. - -_Chemin de pauvreté et de richesse_, _b_, 4. - -_Chemin_ ferré, _b_, 35. - -_Cheminée_ fumeuse équivaut à femme rioteuse, _a_, 169, 171. - -_Chemise_, _a_, 13, 14. - --jetée sur la chandelle, _b_, 71. - -_Chêne._ V. _Chesne_. - -_Chenilles._ Comment tuées, _b_, 50. - -_Chère_ (apparence), du cheval, _b_, 74. - -_Chervis_, _b_, 228. - -CHESNE (Jean du), _a_, LXXXV; _b_, 116, 123. - --Note sur lui, _b_, 116. - -_Chesne._ (Plusieurs arbres entés sur un), _b_, 51. - -_Cheval_, offert pour une patenostre dite sans distraction, _a_, 21. - --paissant en gué (proverbe), _b_, 70. V. _Chevaux_. - -_Chevalereux_ comte d’ARTOIS, _a_, LXVII; _b_, 118. - -_Chevalier_ de la Tour, _a_, LXVII, 7, 240; _b_, 60. - -_Chevaliers_ peu riches chassent à l’épervier, _a_, XLIX. - --avec des bourgeois, L. - --Queux des simples chevaliers, _b_, 269. - -_Chevaux_, _b_, 62. - --(Achat de), _b_, 72. - --(Age des), _b_, 73. - --Leurs conditions, _b_, 72. - --L’épervier s’y habitue, _b_, 300. - --de l’espreveteur, _b_, 280, 284. - --frottés de graisse salée pour les mouches, _b_, 266. - --(Maladies des), _b_, 73 et suiv. - --Soins à eux donnés, _a_, 175. - -_Chevreaux_, _b_, 101, 108, 155, 221, 227. - --consommés par le roi, etc., _b_, 85. - --(Fressure de), _b_, 228. - --Leur prix, _b_, 110. - --rostis, _b_, 179. - -_Chevrel_. V. _Chevreau_. - -_Chevrel_ sauvage (chevreuil), au boussac, _b_, 155. - --chassé à l’oiseau, _b_, 321. - -_Chien_. Aime son maître, _a_, 92. - --Comment soigné, _a_, 175. - --de Niort, _a_, 93. - --enragé, _b_, 259. - --étranges, dangereux pour l’oiseau, _b_, 301. - --petits, _b_, 62. - -_Chiens espagnols_ (Choix et éducation des), _b_, 281, 282. - --L’épervier s’y habitue, _b_, 300. - --nécessaires à l’épreveteur, _b_, 280. - --L’épervier se perche sur eux, _b_, 296. - --placés près de l’oiseau, _b_, 289. - --leur quête, _b_, 306, 307. - -_Chien_ de mer, _b_, 195. V. _Brette_. - --(Foie de) en pâté, _ib._ - -_Chinon_, _a_, 174. - -_Chisay_ (Combat de), _a_, 94. - -_Chitron_ (citron confit), _b_, 112, 122. - -_Choés_, _b_, 267. - --(Volaux), _b_, 311. - -_Choses_ (Menues), qui ne désirent pas de chapitre, _b_, 262. - --qui ne sont de nécessité, _b_, 243. - -_Choucas_, _b_, 267. - -_Choulx_, _b_, 44, 48, 50, 142. - --avec lard, pigeons, etc., _b_, 144. - --blancs, 48, 143. - --cabus, 48, 98. - --Comment cuits, _b_, 144. - --Maistre Réné, _a_, XXXIX. - --Les meilleurs, _b_, 142. - --pasquerés, _b_, 49, 143. - --(Plantation des), _b_, 143. - --(Pommesde), _b_, 48, 49, 143. - --romains, _b_, 48, 143. - -_Choysne_, _a_, XXXIX. - -CHRISTINE DE PISAN, _a_, LXVII, LXXXIII, 186; _b_, 147. - -_Chroniques_ de Saint-Denis, _a_, LXVII, LXXXI, 148; _b_, 253. - -_Cidre._ V. _Pommes_ (Breuvage de). - -_Cigne_, _a_, LXXXIV; _b_, 99, 101. - --Comment tué, _b_, 184. - --revestu, _b_, 184. - --rosti, 183, 184. - --servi en entremets, _a_, XLII; _b_, 184. - -_Cigoigne_ rostie, _b_, 181. - -CIGONGNE (M. A.), _a_, XXXIX. - -_Ciller_, expliqué, _b_, 315. - -_Cimier_ du cerf; _b_, 87, 129, 156, 157, 264. - -_Cincenelles_, _a_, 172. - -_Cincenellier_, _a_, 172. - -_Cine_, _a_, LXXXIV. V. _Cigne_. - -_Cire._ Son prix, _b_, 112, 122. - -_Cirier_, _b_, 122. - -_Citoual_, _b_, 112, 219. - -_Citron_, _b_, 112, 122. - -_Civé_, _a_, LXXXIV; _b_, 153. - --de connins, _b_, 96, 169. - --de lièvre, _b_, 91, 92, 94, etc., 119, 169. - --de moules, _b_, 277. - --de veel, 95, 119, 168. - --d’oestres (huîtres) noir, _b_, 96, 103. - --d’œufs, _b_, 174: - fris, 277. - --d’oïttres, _b_, 99, 102, 174, 277. - --Saison des civés, _b_, 242. - -_Claré_ ou _Clairet_, _b_, 99, 101. - -_Clémence_ d’un mari, _a_, 182. - -_Clerc_ ou varlet chargé d’acheter certaines choses, _b_, 114. - --marié, _b_, 119. - -CLERE (Le sire de), _a_, LXXXI. - -CLINCHAMP, _a_, LXX. - -CLISSON (Olivier de), _b_, 321. - -_Clotet_, _b_, 286. - -_Clou_ de girofle, _b_, 111. - -_Cochon_, _b_, 62. - --en tarte, _b_, 217. - --farci, _b_, 99, 225. - --maigre, 110, 121. - --pour la gelée, _b_, 220. - --Son prix, _b_, 220. - --rosti, _b_, 178. V. _Porc_. - -_Cœur_ (Maîtriser son), _a_, 177. - --(Proverbe sur le), _b_, 15. - -_Cœurs_ dans le plumage de l’épervier, _b_, 293. - -_Coiffes_, _a_, 14, 15. - -_Coin_ borgne, _b_, 52. - -_Coings_ confits, _b_, 247. - -COLBERT (J. B.), _a_, LXVIII, LXXI. - -_Comin._ V. _Cumin_. - -_Commande_, expl., _b_, 295, 296, 299. - -_Commandemens_ du mari à suivre, _a_, 96, 131. - --sans en demander la cause, 134. - -_Commère_ bavarde, _a_, 180. - -_Comminée_, _b_, 100. - --de poulaille, _b_, 161. - --de poisson, _b_, 162. - -_Compiègne_, _b_, 249. - -_Compostes_, _b_, 243. - --avec dragées, _b_, 107. - -COMTE (Aymery), _b_, 119. - -_Concierges_ louoient les hôtels, _b_, 116. - --de l’hôtel de Beauvais, _b_, 123. - -_Condoignac_, _b_, 247. - -_Confession_, _a_, 23, 31. - -_Confiegs_, _b_, 122. - -_Confitures_, _b_, 244, 245. - --de noix, _b_, 247. - -_Congres_, _b_, 97, 102, 197. - -_Conjuration_ contre avives et farcin, _b_, 78. - --c. la rage, _b_, 259. - -_Connins_ (Age des), _b_, 152. - --(Boussac de), _b_, 152. - --consommés par le duc de Berry, _b_, 85. - --Les connoître, _b_, 88, 152. - --gras et tendres, _b_, 88. - --rostis, _b_, 91, 92, etc. 179. - --(Saison des), _b_, 271. - --(Sauce pour), _b_, 236. - --(Saupiquet pour), _b_, 233. - --volés par le lanier, _b_, 324. - -_Conseil_ de la boucherie, _b_, 81. - --de Mellibée, _a_, 189. - --du Roi, _b_, 104. - --Quels sont les bons, _a_, 194, 199. - -_Conseillers_ des grands seigneurs, _a_, 199. - -_Consommation_ individuelle varie, _a_, XLVI. - --a baissé depuis 1789, _ib._ V. _Paris_. - -_Contrition_, _a_, 21. - -_Convoitise_, _b_, 21. - -_Coraux_, _b_, 89. - -_Corbeil_ (Pain de), _b_, 38, 109. - -_Corbeille_ de l’aumône, _b_, 115. - -CORBIE (Arnault de), _b_, 104. - -_Corbeux_ (Cheval). Comment le dire aux marchands, _b_, 75. - -_Cordon_ bleu mis en parallèle avec la camisole rouge, _b_, 83. - -_Cordonniers_, _b_, 54, 56. - -_Coretum_, mot cru fautif, dans Du Cange, _b_, 295. - -_Coriandre_ sur des plats, _b_, 165, 171. - -_Cormorant_ rosti, _b_, 181. - -_Corneilles_, _b_, 267. - -_Cornillas_, _b_, 267. - -_Corps_ de derrière (du bœuf), _b_, 131. - --de devant, _ib._ - -_Corrections et additions_, _a_, LXXVII. - -CORROZET (G.), _a_, LXVIII, LXXXV; _b_, 80, 113. - -_Cost_, _b_, 44. - -_Costelettes_ de porc, _b_, 127. - -_Coterets_ de Bourgogne, _b_, 113. - -_Cotignac_, _b_, 247. - -_Coton_ donné à l’épervier, _b_, 297. - -_Cotte_, _a_, 13, 14. - -_Couart_ du cerf, _b_, 87. - -_Coucher_ des domestiques, _b_, 71. - -COUCY (Le Sire de), _a_, LXXXI. - -_Couleur._ Comment la faire revenir, _b_, 66. - -_Coulis_ d’écrevisses, perches, etc., _b_, 242. - --d’un poulet, _b_, 242. - -_Coulombin_ (Gingembre), _b_, 230. - -_Coulons_ ramiers, _b_, 89, 133, 182. - --Comment connaître leur âge et les manger, _b_, 182. - --de deux espèces à Béziers, _ib._ - --(Saupiquet pour), _b_, 223. - --vieux en hochepot, _b_, 163. - -_Couloueres_, _a_, XLI; _b_, 114, 115, 123. - -_Couper_ verdures (Quand), _b_, 43. - -_Courbes_ du cheval, _b_, 73. - -_Courges_, _b_, 47. - --Comment cuites, _b_, 148. - --confites, _b_, 245. - -COURMONT (M. de), _a_, XXI. - -_Couronné_ (Cheval), _b_, 74. - -_Couronnelles_ du cheval, _b_, 74. - -COURTENAY (Généalogie de), citée, _a_, 152. - -_Cousin_ (insecte), _a_, 172. - -_Cousine_ de la femme de l’auteur, peu obéissante à son mari, _a_, 156. - -_Cousteaulx_ (plumes), _b_, 89, 294. - -_Couste-pointe_, _a_, 160; _b_, 118. - -_Cousturier_, _b_, 54, 56. - --arrose le drap, _b_, 67, 326. - -_Couteaux_ (Manches de), en cèdre, _b_, 154, 246. V. _Cousteaux_. - -COUVEIGNON (Pierre de), _a_, LXXVII. - -_Couvert_ de table au XIVe siècle, _a_, XL. - -_Couvert_ (Oiseau qui porte au), _b_, 294, 305, 308. - -_Couverte_ (Vol à la), _b_, 280. - -_Couvertoirs_, _b_, 61. - -_Couvrechef_, _a_, 14, 15, 169, 238; _b_, 252. - -_Couvrefeu_, heure du souper, _b_, 39. - -_Coyer_, _b_, 129. - -CRAON (J. de), sr de la Suze, _b_, 99. - -_Crapaudine_, _b_, 74. - -_Crape_ du cheval, 75, 77. - -_Crapeux_ (Cheval), _b_, 74. - -_Craspois_, _b_, 102, 103, 136, 200. - -_Créanciers_, _b_, 56. - -_Crecerelle_ (_quid?_) _b_, 320. - -_Crédit_ (Achats à), _b_, 25, 56. - -CRESCENS (Pierre de), _a_, LXVIII; _b_, 246. - -_Crespes_, _b_, 92, 94, 226. - --à la guise de Tournay, _b_, 226. - -_Crespine_ de porc, _b_, 268. - -_Cresson_, _b_, 102, 106. - --au vinaigre, _b_, 101. - --(Porée de), _b_, 140. - -_Creteil_, _a_, 133. - -_Cretonnée_, à jour de poisson, _b_, 160. - --de chair, _b_, 93, 97. - --d’Espaigne, _b_, 95, 98, etc. - --de pois et fèves, _b_, 159. - -_Crime_ impuni en appelle d’autres, _a_, 214, 216. - --racheté, _a_, 215. - -_Crotet_, _b_, 286. - -_Crottes_, _b_, 93. - -_Croutes_ au lait à la dodine, _b_, 96. - --de lait, _b_, 95, 96. - -_Cruches_ en terre de Beauvais, _b_, 251. - -_Cubèbe_, _b_, 112, 219. - -_Cueres_ sur l’épervier, _b_, 293. - -_Cuereté_ (Plumage), _b_, 293. - -_Cuevrechief._ V. _Couvrechef_. - -_Cuillers_, _b_, 105. - --d’argent, _a_, XL; _b_, 118. - --de bois, _b_, 115, 123. - --de fer, _b_, 115. - --de fer percée, _b_, 123, V. _Mouelle_. - --données aux ménestrels, _b_, 123. - -_Cuisine_ du moyen âge comparée à la cuisine romaine, _a_, XXXVI. - --(Idée erronée de Lister, sur la), XXXVII. - --quand simplifiée, _ib._ - --modifiée au XVIe siècle, _a_, XXXVIII. - --(Termes généraux de), _b_, 87, 124. - --(Traité de), _b_, 124. - -_Cuisine_ nétoyée, _b_, 69. - --(Objets nécessaires à la), _b_, 114. - --(Richard de la), _b_, 69. - -_Cuisinier._ V. _Queux_. - -_Cuisinier françois_, cité, _a_, XXXVIII. - -_Cuisses_ de bœuf, _b_, 131. - -_Cuisson_ de la carpe, _b_, 88, 189. - -_Cumin_, _b_, 161. V. _Comminée_. - -_Curée_, _b_, 157. - -_Cures_. V. _Plumes_. - -CUVELIER, _a_, 94. - -_Cuviers_, _b_, 106. - -_Cygne._ V. _Cigne_. - -_Cyros_ (poisson), _b_, 201. - - -D - -_Daintiers_, _b_, 87. V. _Deytiés_. - -_Damas_, _a_, LI. - --(Drap de), _b_, 66. - --(Eau rose de), _b_, 252. - -_Dames._ (Éperviers bons pour), _b_, 293. - -DAMPIERRE (Aubert de), _a_, 136. - -DANIEL (le prophète), _a_, 64, 66. - -_Danse_, _a_, 2, 72; _b_, 108. - -_Danseurs_, _a_, 77. - -_Darioles_, _b_, 93, 94 etc. 121. - --de cresme, _b_, 94, 95. - --necessaires à un repas de noces, _b_, 108. - -_Dattes_, _b_, 107, 112, 225. - -DAUVERGNE (Famille), _b_, 83. - -_Débat_ (Reget du) de l’oiseau, _b_, 290. V. _Rebat_. - -_Débats_, naissent de dettes, _b_, 56. - -_Débiteurs_, croient toujours devoir moins, _b_, 56. - -_Débonnaireté_, _a_, 56. - -_Déception_, _a_, 46. - -_Déchaussé_ (Mari), au feu, _a_, 168. - -_Décoré_, dans le sens de tuer, _b_, 128, 178. - -_Décours_ de la lune, _b_, 43. - -_Défaire_, expliq. _b_, 151. - -_Défenses_ du mari à suivre, _a_, 97. - -_Dégaster_, expl. _b_, 251. - -_Délices_ de la campagne, cités, _a_, XLII, XLIII; _b_, 88, 105, 130. - -_Délié_ sur la pointe (Cheval), _b_, 76. - -_Demandes_ d’ébatement par dés, par rocs et rois, _a_, 7. - --subtiles, _ib._ - -_Dentés_ (daintiers), _b_, 87, 156. - -_Dent_ (Canelle triée à la), _b_, 248. - --du cheval, _b_, 73. - --(Mal de), _b_, 257. - -_Dépense_, à écrire, _b_, 56. V. _Papier_. - -_Dés_ (Jeu des). Usures qui s’y faisoient, _a_, 46. - -_Désafeutré_, expliqué, _b_, 54. - -_Désespération_, _a_, 41. - -_Désespoir_, _a_, 41. - -DESMARÈS (Jean), _a_, 136, LXXXIII, LXXXVI, 136; _b_, 105. - --(Idete), _a_, LXXXII. - -_Désobéissantes_ (Femmes), _a_, 156. - -_Despensier_ (Maistre Jehan le), _b_, 54, 58, 69, 70, 72, 76, 80, 86. - -DESPIÉS (Louis), _a_, LXXIX. - -DESSALLES (M.), _a_, LXII. - -_Desserte_, _b_, 103, 107, 108. - --expliqué, _a_, XLII. - --Par qui serrée, _b_, 117. - -_Dessevrer_, expl. _b_, 212. - -_Destinée_, _b_, 18. - -_Desvuidier_, expl. _b_, 307. - -_Détourné_ dans le sens de dressé? _a_, XLII. - -_Détraction_, _a_, 37. - -_Dettes_ (Ne pas payer ses), _b_, 26. - -_Deuil_ des reines, _b_, 123. - --des veufs, _b_, 123. - -_Deytiés_ du cerf, _b_, 87. - --Comment mangés, _b_, 156. - -DHEULLAND, _a_, LXXIII. - -_Diable._ Père de l’avare, 58. - --philosophe, 56. - --Ses commandements, 47. - --Ses fritures, _a_, 31. - --Son Église, 48. - --Ses miracles, 48. - -_Dialecte_ flamand, _a_, LVIII. - -_Digne_ (Raisins de), _b_, 246. - -_Diligence_, chemin de richesse, _b_, 17. - -_Diligens_ (Comment rendre ses gens), _b_, 62. - -_Diners_ (Ordonner), _b_, 80. - --de grands seigneurs, _b_, 91. - -_Discorde_, _a_, 31, 34. - -_Distinction_ première, _a_, 9. - --deuxième, _b_, 1. - --troisième, _b_, 279. - -_Dit_ des pays, _a_, LXVIII; _b_, 246. - -_Documens_ cités, _a_, LXV. - -_Dodine_, _b_, 91, 92. - --d’oés, _b_, 96. - -_Domestiques_, _b_, 54, 56. - --Les chauffer, _b_, 70. - --Leur dîner, _a_, XLIII; _b_, 69, 107. - --malades, _b_, 71. - --Organiser leur service, _b_, 60, 69. - --Leur tenue pendant le repas, _b_, 70. V. - _Chamberières_, _Mesnies_, _Varlets_. - -_Domination_ d’une femme insupportable à un mari, _a_, 236. - -_Dorée_ (poisson), _b_, 204. - -_Dorée_ verte (Volaille), _b_, 214. - -DORMANS (Miles de), _b_, 116. - -_Dorures_, _b_, 92, 94. - --(Chap. des), _b_, 210. V. _Pès d’Espagne_. - -_Dos_ (Tendre), du cheval dangereux, _b_, 74. - -_Dot_ d’une nièce de boucher, _b_, 82. - -DOUBLE (Martin), _b_, 116. - -_Doulce_ pour gousse, _b_, 231, 235. - -_Dour_, expliqué, _b_, 47. - -_Dragées_, _b_, 92 (bis), 122. - --Leur prix, _b_, 112. - --sur la gelée, _b_, 221. - --sur les pommes cuites, _b_, 106. - --vermeilles sur les chapons, _b_, 108. - -_Dragouers_, _b_, 106, 118. - -_Draps_ à tendre la salle de festin, _b_, 105. - --de Damas, _b_, 66. - --_estou_ ou _estru_, _a_, 171. - --Les visiter, _b_, 65. - -_Drapiers_, _b_, 56. - -_Dressoir_ de cuisine, _a_, XL; _b_, 115, 117. - --de salle, _a_, XLI; _b_, 117. - -DROBILLE (Raoul), _a_, LXXXIII; _b_, 119. - -_Drois_, _a_, LXXXIV. - --au percil et au vinaigre, _b_, 100. - --menus d’un cerf, _b_, 156. - -DUCHESNE (André), _a_, LXVIII. - --Jehan, _a_, LXXXV; _b_, 116, 123. - -DUCLOS (M.), _a_, LXIII. - -DUREAU DE LA MALLE (M.), cité, _a_, XLVII. - -_Durié_ (cheval), _b_, 73. - - -E - -_N. B._ Voir à _Es_ certains mots écrits - aujourd’hui par _E_, comme _escrevices_, -_espices_, etc. - -_Eau_ à laver mains sur table, _b_, 247. - --bénite d’eau rose, 275. - --bénite d’oignons, 276. - --chaude donnée au cheval, 77, 79. - --cuisant bien les pois, 134. - --grasse de bœuf, 144. - --ôtée du vin, 259. - --Son prix, 123. - --rose de Damas, 252. - --rose en sausse, 183, 275. - --rose faite sans chapelle et sans feu, 252. - --rose vermeille, 253. - -_Échecs_ (Jeu des), _a_, 184. - -_Échevins de la Pierre au lait._ Ce que c’est, _a_, LXXXV. - -_Écorcheurs_, _b_, 81, 84. - -_Ectoire_, _b_, 258. - --de canarade, _b_, 63. - -_Écussons_, accollés depuis quand, _a_, LVIII. - -EDDAOULEH (Choudjà et Seïf), _a_, LI. - -ÉDOUARD, roi d’Angleterre, _a_, LXXXI et suiv. - -_Effleurer_ dans le sens d’enfariner, _b_, 192. - -_Efforcer_ (S’), expliqué, _b_, 306. - -_Église_ (Bancs d’), _a_, 15. - --(Éperviers portés à l’), _b_, 296. - --n’est pas lièvre, _a_, 48. - --(Tenue d’une femme à l’), _a_, 15, 16. - -_Électoire._ V. _Ectoire_. - -_Élire_, expl., _a_, LXXXVI; _b_, 134. - -_Ellébore_ noir, _b_, 258. - -_Empiéter_, expl. _b_, 281. - -_Encre._ Manière de la faire, _b_, 265; - sans bouillir, _b_, 274. - --pour papier et parchemin, _b_, 275. - -_Encyclopédie_, citée, _b_, 295. - -_Enfans_ abandonnés de leurs marastres s’enamourent ailleurs, _a_, 170. - --adultérins, _a_, 182, 185. - --mènent le bateau d’Aubriot, _a_, XXI. - -_Enfant_ trouvé seul dans une maison, _a_, 95. - -_Enfeutreure_, expliqué, _b_, 53. - -_Enfleurer_, _b_, 192, 194, etc. - -_Engins_ à détruire les rats, _a_, LXXXIV; _b_, 64. - -_Engraisser_ les oies, _b_, 88. - --un cheval, _b_, 76, 77. - -_Enhaster_ p. _embrocher_, _b_, 214. - -_Ennemis_ réconciliés à fuir, _a_, 201. - -_Enseigne_ (témoignage), _a_, 133; _b_, 40. - -_Ensorcellement_, _a_, 170, 171. - -_Enter_, quand, _b_, 43, 44. - -_Entes_ curieuses, _b_, 50, 51. V. _Ante_. - -_Entrecercle_, _b_, 125, 128. - -_Entrecerelle_, _b_, 125, 128. - -_Entremès_, _a_, XLII; _b_, 99, 101, 107, 108. - --(Tête de sanglier en), _b_, 98. - --(Chapitre des), 6, 210, 224. - --_élevé_, _a_, XLII; _b_, 99. - --grand, _b_, 97. - -_Entretaille_ (Cheval qui s’), _b_, 74, 75. - -_Entretiens de Colbert avec Bouin_, _a_, LXVIII; _b_, 83. - -_Entreveschier_, _a_, 26. - -_Envie_, _a_, 36; _b_, 10. - -_Épagneuls_, V. _Chiens_. - -_Éperons_ (Essayer le cheval aux), _b_, 76. - -_Épervier_, V. _Esprevier_. - -_Épine-vinette_, _b_, 204. - -_Épitaphes_ de Paris, _a_, LXXIII. - -_Éponge_, _b_, 64, 66. - -_Epoux_ bénis dans leur lit, _a_, LXXXVI; _b_, 118. - --peuvent pécher, _b_, 15. - --solidaires l’un de l’autre, _a_, 184. - -_Escargols_, _b_, 223. V. _Limasson_. - -_Eschalat_, _b_, 47. - -_Eschaloigne_, _b_, 196. - -_Eschançonnerie_, _b_, 117. - -_Escharder_ (écailler?), _b_, 187. - -_Eschaudés_, _a_, XXXIX; _b_, 106. - -_Esche_ pour allumer du feu, _b_, 263. - --(appât), _b_, 222. - -_Escheroys_, _b_, 102, 185, 225. - --en pasté, 228. - --expliqué, _ib._ - -_Eschervis_, _b_, 228. - -_Eschier_ (briquet), _b_, 42. - -_Eschinées_, _b_, 94, 127. - --salées, 97. - -_Escrevices_, _b_, 95, 98, etc.; 114, 121, 170, 194, 205. - --(Coulis d’), 242. - --de mer, 205. - --en gravé, 151. - --en tarte jacobine, 217 - --en tuille, 152. - --non de Marne, 220. - --(Prix des), 220. - -_Escrocs_ logés à la Pierre au Lait, _a_, LXXXV. - -_Escuelles (A plus d’), plus de loyer_, (proverbe), _b_, 114. - --d’oiselets, 121. - --d’oublies, 107, 110. - --(Esturgon pour six), 200. - --louées en grand nombre, 123. - --(Quantité d’), _b_, 115: répondant au - nombre des convives, 105, 108, 109, 113. - --Signification de ce mot douteuse, _b_, 105. - -_Escuiers_ peu riches, chassent à l’épervier, - _a_, XLIX, L. - -_Escuier_ de cuisine, _a_, XL, XLII; _b_, 115, 117. - --de l’évêque de Paris, _b_, 106. - --devant les mets, 117. - --pour la salle et les vins, _a_, XLI; _b_, 117. - -_Escurieux_, _b_, 261. - -_Esmerillon_, _b_, 318. - -_Esmeut_ de l’épervier, _b_, 288, 295, 297, - 298, 323. - -_Espagne_ (Oiseaux en), _b_, 323. - -_Espagnols_ (Chiens), _b_, 281, 282, 283. - -_Espaingnos_, _b_, 281. - -_Esparvain_, _b_, 73, 75. - -_Espaules_ de bœuf, _b_, 131. - --de mouton, _b_, 100, 177, 269. - -_Espic_ (nard), _b_, 219. - -_Espices_, (Abus des), _a_, XXXVI, XXXVIII. - --à mettre ès boudins, _b_, 125, 126. - --Comment broyées et coulées, _b_, 87. - --Comment mises en potages et sausses, 124, 147, 164. - --de chambre, _a_, XLIII, _b_, 112, 122. - --de cuisine, _b_, 122. - --Douze francs d’épices dans un repas, _b_, 113. - --menues, 122. - --(Potages d’), 242. - --pour les potages, 107. - --(Saulce vert d’), 231. - --serrées avec soin, 117, - V. _Hiver_ et _Mal de tête_. - -_Espicier_, _b_, 56, 122. - --Ce qu’il fournit, _b_, 111. - -_Espimbèche_ de rougets, _b_, 175. - --d’un bouli lardé, _b_, 100. - -_Espinars_, _b_, 44, 49. - --Comment cuits, 141. - -_Espinoches_, _b_, 141. - -_Espreveteur._ Comment il évite les obstacles, _b_, 308. - --doit penser à son oiseau et à ses chiens avant tout, _b_, 283. - --Il lui faut neuf chiens et trois chevaux, _b_, 280. - --ne doit pas chasser seul, _a_, XLIX. - --refuse les vieux éperviers, _b_, 316. - --s’agenouille pour reprendre son oiseau, 304. - --Ses gants, _b_, 293. - --traître et larron à ses confrères, _b_, 285. - -_Esprevier_ (Traité de l’). Bien fait, LI, V. _Chasse_. - --Où placé dans les manuscrits, _a_, XLVII; _b_, 79. - --Seul article de la troisième distinction traité par l’auteur, _a_, XLVII. - -_Esprevier_, à sourcils blancs, _b_, 320. - --Combien doit voler, _b_, 305, 310. - --Comment repu, 322. - --couve à la Saint-Georges, 284. - --d’élite, 295. - --devient sauvage dès qu’il s’est pu lui-même, 311. - --Esclavon et Lombard, 310. - --félon, saute au visage, _b_, 293. - --foulé (lassé) se dégoûte, _b_, 281, 309. - --pouilleux, 325. - --pris à la glu, 317. - --Proverbe sur lui, _b_, 292. - --Quel est le plus fort, _b_, 285, 292, 294. - --Quels oiseaux il peut prendre, 310. - --Ses maladies, 319, 320. - --Ses ongles, 294. - --Son aire et charnier, 284. - --Son esmeut, 295. - --trop gras, 320. - --vieux, à refuser, _b_, 316. - -_Esprevier branchier ou ramage_, _b_, 314. - --Comment le prendre, _ib._ - --Le dompter et le dresser, 315. - --ne vaut pas le mué, 320. - -_Esprevier en mue_, _b_, 311. - --Chairs bonnes pour lui, 312, 313. - --Sa mue ou cage, _b_, 313. - --Soins qu’il exige, 313. - -_Esprevier hagart._ V. _Esprevier mué de haye_. - -_Esprevier mué_, n’entre point au buisson, _b_, 316. - --plus fort que le niais, _b_, 314. - --Quand il peut voler, _b_, 314. - -_Esprevier mué de haye._ Ce que c’est, _b_, 316. - --difficile à dresser, 316, 317. - --se laisse emporter, 317. - --Ses yeux et piés, 316, 317. - --Son plumage, 317. - --tient du sor, _ib._ - -_Esprevier mué en la ferme_ est le meilleur, _b_, 317. - -_Esprevier niais._ Bien repu, _b_, 286. - --bon pour les dames, 293. - --Combien de vols il peut faire par jour, 305, 310. - --Comment déniché et nourri, _b_, 285. - --Comment le baigner, 298. - --Comment le faire voler la première fois, 304. - --Comment l’enoiseler, 300. - --Comment vole les vieilles perdrix, 309. - --couché au lit, 288. - --craint la surprise et le bruit, 306. - --craint l’humidité, 299. - --d’élite, 294, 295. - --difficile à réclamer d’un arbre, _b_, 304. - --Effet de la chaleur sur lui, 305. - --entre aux buissons, 316. - --Le repos lui nuit, 308. - --Le traiter avec douceur, 290. - --Le vent l’emporte, _b_, 302. - --mange un poussin en trois fois, 306. - --ne vaut pas le mué, 320. - --Obstacles qu’il craint, 302, 303. - --perché sur les chiens, 296. - --Petits oiseaux, mauvais gibier pour lui, 302, 303. - --porté en public, 296. - --pour la pie, 300. - --Quand le paistre, 301. - --Quand lui donner chair lavée, _b_, 297. - --Quel est le bon, 292, 294. - --qui porte au couvert, 305. - --Raffermir ses plumes cassées, 302. - --s’accoutume à l’homme et au cheval, 300. - --Sa nourriture, 308, 310. - --serre fort son maître, 304. - --Ses _faims_ marquées sur ses plumes, 287. - --Ses jambes, 294. - --Son esmeut, 295, 297, 298. - --Son plumage, 292, - --tenu chaudement, 286. - --touché avec un petit bâton, 291. - --toujours avec du monde, 291. - --trop maigre ou trop gras, 299. - -_Esprevier sor_, _b_, 316. - -_Esprit_ (Le Saint), Ses commandemens, _a_, 58. - -_Espurge_, _b_, 64, 66, 264. - -_Essais._ N’en pas faire à l’égard de son mari, _a_, 168. - -_Esseules_, _b_, 297. - -_Essorer._ Diverses acceptions de ce mot, _b_, 299, 306, 310, 317. - -_Estain._ V. _Vaisselle_. - -_Estamine_, _b_, 136. - -ESTAMPES (Le comte d’), _a_, LIX. - -_Estans marinaux_, _b_, 196. - -_Estauver._ Ce que c’est, _b_, 171, 190, 191, 192, 193, 194, 197, 216. - -_Esteuf_, _b_, 290. - -ESTIENNE (Charles), _b_, 200. - --(Henri), cité, _a_, XXXVIII, LXXVII, 79; _b_, 11. - -_Estourncaux_, _b_, 270. - -ESTOUTEVILLE (Jacques d’), _b_, 255. - --(Jean d’), _ib._ - --(Robert d’), _ib._ - -_Estrade_ sur la table, _a_, XLII. - -_Estrées_ (pâtisserie). V. _Estriers_. - -_Estriers_, _b_, 99, 107, 110. - -_Estueil_, _b_, 290. - -_Esturgon_, _b_, 94, 96, 199. - --contrefait de veel, _b_, 200. - -_Esverder_, _b_, 44. - -ESVREUX (Jehan d’), _a_, 94. - -_Etaux_, _b_, 80, 82, 132. - --(Combien d’), par boucher, _a_, XLIV; - --des halles, _b_, 200. - -_Evangile_, cité _passim_. - -EVE, _a_, 78, 128. - -_Exagération_ des bavards, _a_, 180. - -_Exécuteurs_ de testamens, infidèles, _a_, 44. - -_Expressions_ crues au XIVe siècle, _b_, 60. - - -F - -FAIL (Noël du), _a_, LXXXV. - -_Faims_ de l’épervier marquées sur ses plumes, _b_, 287. - -_Faisan_, _b_, 99, 101. - --Comment servi sous Louis XIV, _a_, XLII. - --en entremets, _ib._ - --rôti, _b_, 181, 182. - -_Faisandeaulx_ (Vol aux), _b_, 309. - -_Faisander_ (pour mortifier), _b_, 89, 180, 181, etc. - -_Familles_ de la boucherie, _b_, 80. - -_Fanoil_ (Graine de), sur des poires, _b_, 250. - --(Racines de) confites, _b_, 245. - -_Farce_ achetée toute faite, _b_, 225. - -_Farcin_, _b_, 78. - -_Farine._ V. _Fleur_. - -_Fatalisme_ (Contre le), _b_, 18. - -_Faucheurs_, _b_, 54, 57. - -_Faucon_ (Divers noms du), _b_, 324. - --_gentil_, 318, 324, 325. - --_harrotte_, 324. - --lanier, V. _Lanier_. - --(Maladies du), 325. - --Manière de l’orpimenter, _ib._ - --(Mue du), 326. - --_pèlerin_, 324, 325. - --sauvage volant l’outarde, 310. - --_tagarote_, 324. - --_vilain_, _a_, LI; _b_, 323. - -_Fauconnerie_ au XIVe siècle, _a_, XLVIII, L. - --au XIXe siècle en Hollande et en Syrie, _a_, LI, LII. - --(Sur la), _b_, 182, 319. - -_Fauconnerie_ d’Arcussia, _a_, LXV. - -_Fauconnier_ ne doit point manger d’oignons, _b_, 325. - -_Faudis._ Mot non expliqué, _b_, 107. - -_Faulx-Grenon_, _b_, 211. - --ou potage parti, _b_, 216. - -_Faulx-perdriel_, _b_, 307. - -_Fautes_ des plumes de l’épervier, _b_, 287. - -_Faye-Montjeau_, _a_, XXXIX. - -FÉLIBIEN (D. M.), _a_, LXIX; _b_, 83, 84, 254. - -_Femme_ abandonnée de son amant, _a_, 183. - --adultère demande pardon à son mari, _a_, 182. - --brûlée vive, _a_, 128. - --d’un procureur général ne sait pas lire, _b_, 104. - --faisant élever l’enfant adultérin de son mari, _a_, 185. - --indulgente pour son mari, _a_, 237. - --laissant noyer son mari, _a_, 126. - --obéissant sans répliquer, _a_, 152, 154. - --pondant un œuf, _a_, 180. - --pressée, s’exprime grossièrement, _b_, 60. - --voulant aimer, _a_, 158, 162. - -_Femme de l’auteur_, chargée de surveiller et non de faire elle-même, _b_, 3. - --chaste, _a_, 62. - --consultoit son mari sur le choix de ses domestiques, _b_, 57. - --de bonne et vertueuse famille, _a_, 3. - --mariée à quinze ans, _a_, 1. - --ne fréquentoit pas les grands seigneurs, _a_, 2. - --orpheline, _a_, 4. - --savoit s’attacher son mari, _a_, 240. - --Ses bonnes dispositions, _a_, XXIII, 2. - --Son âge, _a_, XXIII, 1. - --tirée hors de sa parenté et de son pays, _a_, 4. - -_Femmes_ arrêtées par le Prévôt de Paris, _b_, 116. - --baisant la bouche de leurs parens, _a_, LXXVII. - --bavardes, _a_, 178. - --Beaucoup sont bonnes, _a_, 194. - --chassoient à l’oiseau, _a_, XLVIII, XLIX. - --Comment portent leurs armoiries, _a_, LVIII. - --dissimulées, _a_, 157, 176. - --doivent avoir horreur du sang, _a_, XXIV; _b_, 59. - --doivent être discrètes, _a_, 177; - parler chastement, _b_, 59; - tout dire à leurs maris, _a_, 181, - et tout savoir, _a_, 132. - --effrontées, _a_, 14, 61. - --maîtresses de l’hôtel après leurs maris, _b_, 59. - --moins obéissantes que les moines, _a_, 146. - --ne font qu’un avec leurs maris, _a_, 130. - --Ne pas discuter avec elles, _b_, 42. - --orgueilleuses, _a_, 141. - --rioteuses équivalent à cheminées fumeuses, _a_, 169, 171. - --sages, comment se conduisent envers leurs maris, _a_, 185, 186. - -_Femmes célèbres de l’ancienne France._ Ouvrage de M. de Lincy, _b_, 62. - -_Fenêtres_ dangereuses pour les jeunes chambrières, _b_, 71. - --vitrées, _a_, LXXXII, 173. - -_Fenouil_, _b_, 45, 245, 250. V. _Fanoil_. - -FERTÉ-CHAUDERON (Barons de la), _b_, 296. - -_Fer_ de la paelle (Frire au). Expliqué, _b_, 150, 224. - -_Fericy_, _a_, 149. - -_Ferme_ (cage), expliqué, _b_, 288. - -FERREIRA (Diog. Fern.), _a_, LXVI. - -_Fesses_ du cheval, _b_, 72, 75. - -_Festin_ de l’abbé de Lagny, _b_, 103. - -_Feu_ couvert le soir, _b_, 71. - -_Feuilles_ d’aune prennent les puces, _a_, 171. - -_Feurre_ dans les maisons, _a_, 171. - --mouillé avec le poisson, _b_, 203. - -_Fèves_, _b_, 45, 49. - --coulées, _b_, 92, 138. - --des champs, _a_,LXXXVI; _b_, 139. - --des marais, _a_, LXXXVI; _b_, 43, 139. - --frasées, _b_, 94, 97, 138. - --nouvelles, 139. - --nouvelles en potage, 158. - --nouvelles frasées, 139. - --(Rectification sur les), _a_, LXXXVI. - --vieilles, comment cuites, _b_, 137; - comment rendues savoureuses, _b_, 138. - -_Fèvres_, _b_, 56. - -_Figues_, _b_, 101. - --de Provence rôties, _b_, 101. - --grasses, 102. - --grasses rôties, 106. - -_Filet_ ou nomblet de bœuf, _b_, 131. - --de porc, _b_, 266. - -_Fille_ pauvre. Son ménage, _a_, 237. - -FILLEUL (Jehan), _a_, 136. - -_Filoper_, _b_, 204. - -_Filopes_, _a_, 172. - -_Fils_, maladie d’oiseau, _b_, 325. - -_Firecy_, _a_, 149. - -_Flamand_ (Dialecte), _a_, LVIII. - -_Flambeaux_ (bougies). Leur prix, _b_, 122, 124. - -FLAMENT (Jeh. le), _a_, XXVI. - -_Flanchet_ de bœuf, _b_, 130, 131. - --de mouton, 87. - -_Flanciaux_ de cresme bien sucrés, _b_, 100. - --sucrés, _b_, 92. V. _Flaonnés et Flaons_. - -FLANDRE (Marie de), _a_, XXI. - -_Flandres_ (Fêtes ou foires de), _b_, 76. - --(Retour de) en 1383, _a_, 135. - -_Flaonnés_ sucrés, _b_, 92, 107. - -_Flaons_, _b_, 108. - --ayant saveur de fromage, 217. - --de cresme, 99. - --en caresme, 216. V. _Flanciaux_ et _Flaonnés_. - -_Flatteurs_ (Domestiques), dangereux, _b_, 59. - -_Flays_ (poisson), _b_, 204. - -_Flèches_ empoisonnées, _b_, 258. - -_Flet_, _b_, 204. - -_Fleur_ (de farine), _b_, 67, 202, etc. - --de ris, 122. - -_Fleur des antiquités de Paris_, _a_, LXVIII. - --_de toute cuisine_, _a_, XXXV. - -_Fleurs_ (Usage des), _b_, 52, 118, 253. V. _Chapelière_. - -FLEURY (Sire Jehan de), _a_, XXVI; _b_, 119, 120. - -_Flo_, expl., _b_, 202. - -_Floqueaux_, _a_, 172. - -_Foie_, _b_, 128, 129, 132, 145, 211, 216. - -_Fol_ pense à sa fortune, _b_, 4. - -_Follette_, _b_, 47. - -FOLLEVILLE (Jehan de), _b_, 119. - -FONTAINE (Jean de la), cité, _b_, 60. - -FONTAINES (Maistre Jehan de), _a_, LXXXII, LXXXVI; _b_, 119. - -FONTAINES-GUÉRIN (Hard. de), _a_, LXXV. V. _Trésor de Vénerie_. - -_Formé_ (femelle), _b_, 318, 325. - -_Formes_, _a_, 174; _b_, 61, 116. - -_Fornication_, _a_, 51. - -_Fort-Hu_, _b_, 157. - -_Fortille_, _a_, LXXII. - -_Fortune_ ou chevance. Y penser, _b_, 2. - -_Fouace_, _a_, XXXIX. - -_Fouaillier_, _b_, 259. - -_Fougère_, _a_, 172. - -_Fouldre_ (Vol au), _b_, 280. - -_Foule_ (Mot d’une femme dans la), _b_, 60. - -_Fouleurs_, _b_, 54. - -_Fouques_ aux choux, _b_, 144. - --en potage et salées, 264. - --salées, 133. - -_Four_ (Hotel du), à Yerre, _b_, 119. - -_Fourcelle_, _b_, 320. - -_Fourme_ sur couronelle, _b_, 74. - -_Fourmé_ (femelle), _b_, 318, 325. - -_Fourmes_, _a_, 174; _b_, 61, 116. - -_Fourmiers_ (housses), _b_, 61. - -_Fourmis._ Comment les détruire, _b_, 48. - -_Fourniers_ (Proverbe sur les), _b_, 36. - -_Fourques._ V. _Fouques_. - -_Fourreurs_, _b_, 54. - -_Fourrures_ à visiter, _b_, 65.--mouillées, 66. - -_Fraise._ V. _Fraze_. - -_Framboisiers_, _b_, 44. - -_Franc-boyau_ du cerf, _b_, 156. - -_Franche-mule_, _b_, 129, 132. - -FRANCHIÈRES, cité, _b_, 323. - -_François_, cuisent peu la carpe, _b_, 189. - -_Frangé_ de safran, expl., _b_, 148, 268. - -_Fraude_, _a_, 45. - -_Fraze_ de chair, _b_, 100. - --de chevreaux, _b_, 108. - -FRÉDÉRIC II, _a_, LXIX; cité, _b_, 89, 289, 295, 321. - -_Freschumée_, expl., _b_, 125, 206. - -_Fressure_ de chevreau et de porc, _b_, 228. - --Brouet de fressure de pourcel, 158. V. _Froissure_. - -_Frioul_, _a_, 70. - -_Frire_, en quoi diffère de seurfrire, _b_, 151. - -_Fritures_, _b_, 94. - --(Chapitre des), 210. - -_Froide-sauge_, _b_, 215. - --de moitiés de poucins, 108, 111. V. _Sauge_. - -FROISSART, cité, _a_, XLVI, LXXXI, 94, 148. - -_Froissure._ Ce que c’est, _b_, 128. - --de chevreau, 228. - --de mouton, _b_, 128. - --de porc, comment cuite, _b_, 126, 158, 228. - --Diverses significations de ce mot, _b_, 129. - --d’un bœuf, _b_, 129, 132. - -_Fromage_ dans les gauffres, _b_, 121, 262. - --de gain, 213. - --de presse, 218. - --mol, moyen, 218. - --pour _Issue_, 108. - --pour tartelettes, 110. - --Quel est le bon, 146. - -_Froment_ (Grains de) donnés à l’épervier, _b_, 298. - --mondé, 111, 122, 210, 271. - --Son prix, _a_, XXXI; _b_, 109, 111, 238. - -_Fromentée_, _b_, 93, 94, etc., 210, 271. - --au marsouin, _b_, 103. - --au pourpois, _ib._ - --(Lait pour la), _b_, 113. - --(Trois cents œufs pour la), _b_, 121. V. _Venoison_. - -_Fruit_, _b_, 99, 101. - -_Fuites_, _b_, 188. - -_Fusée_ du cheval, _b_, 73. - -_Fuselé_ (Cheval), _b_, 73. - - -G - -_Gage_ plié, _b_, 120. - -_Galanga_, _b_, 112. V. _Garingal_. - -_Galentine_, _b_, 99, 100. - --de poisson froid, 174. - --pour carpe, 233. - --pour raye, 202. - -_Gallettes_ sucrées, _b_, 110. - -_Galles_ pour encre, _b_, 265. - -_Galoise_, expl., _b_, 60. - -_Galop_ du cheval, _b_, 75. - -GAND-VILAIN (Charyte de), _a_, LVIII. - -_Gant_ de l’espreveteur, _b_, 294. - -_Garde-mangers_, _b_, 114. - -_Gardons_, _b_, 194. - -_Garingal_, _b_, 112. - --Fait mal à la tête, 236. - --Quel est le bon, 230. - -_Garnache_, _b_, 91, 102. - --Quelle quantité il en falloit, _b_, 106. - -_Garnement_, expl., _b_, 67. - -_Garnison_, expl., _a_, 237; _b_, 64, 67. - -_Garroittes_ confites, _b_, 244. - --Leur prix, _b_, 245. - -_Garrot_, _b_, 74. - -_Gascogne_, _b_, 177. - --(Vin de), _b_, 38. - -GASTON-PHŒBUS, comte de Foix, _a_, LXX; _b_, 46. - -_Gauchières_, _b_, 307. - -_Gauffres._ Comment faites, _b_, 261. - --couléisses, 262. - --fourrées, 109, 121. - -_Gauffriers_, _b_, 262. - -GAUTIER, marquis de Saluces, _a_, 100. - -_Gaulois_, empoisonnoient leurs flèches, _b_, 258. - -_Gavion_ du cheval, _b_, 73. - -_Gaymeau_, _b_, 192. - -_Geais_, _b_, 311. - -_Gelée_, _b_, 94, etc. - --bleue, 220. - Ce qu’on sème dessus, 219. - --Comment la faire, 218. - --de chapons, 94. - --de char, 218, 220. - --d’écrevices, etc., 108. - --de poisson, 93, 95, 220. - --(potage), 100. - --(Poucins, cochon, etc., pour la), 110, 121. - --(Veau pour la), 109, - --(Violette sur la), 221. - -_Géline_ couve des paons, _b_, 256. - --de février, _b_, 125. - --gratte toujours, 257. - --mangée en trois jours par un autour, 322. - --rôtie, 180. - --V. _Poules_. - -_Geneste_, _b_, 168. - --d’aloés, 96. - -_Gente_ rôtie, _b_, 181. - -_Georgé_ (Brouet), _b_, 97, 98, 163. - -GÉRARD, abbé de Saint-Germain des Prés, _b_, 84. - -GÉRAUD (M.), cité, _a_, XLVI, XLVII, LXXVI, LXXXV; _b_, 113. - -_Gerfaut_, _b_, 318. - -_Gésiers_, _b_, 145. - --mal dit pour _gigier_, 211. - --V. _Jugiers_. - -_Gets_, expliqué, _b_, 290. - -GHISTELLES (Jean de), _a_, LVIII. - --(Marguerite de), propriétaire de mon manuscrit du - _Ménagier_, _a_, LVIII et suivantes; _b_, 272. - -GIAC (Pierre de), _b_, 254. - -_Giesles_, _b_, 315. - -_Gigier_, mieux dit que _gésier_, _b_, 211. - -_Gingembre_ blanc, _b_, 218. - --coulombin, 111. - --dans les gauffres, 122. - --de mesche, 111. - --En quoi le _coulombin_ diffère du _g. de mesche_, 230. - --verd, 230. - -_Giroffle_, _b_, 111. (Baston de), 246. - -_Giroflée_, _b_, 45. - -_Gisors_ (Vicomte de), _a_, 152. - -_Gîte_ de bœuf, _b_, 86. - -_Glandes_ de mouton bonnes à l’épervier, _b_, 313. - -_Gloutonnie_, _a_, 47; _b_, 13. - -_Glu_, _a_, 171, 173. - --de froment, _b_, 251. - --Manière de la faire, 250. - --pour eau, 251. - -_Gobelets_ couverts, dorés, _a_, XL; _b_, 118. - -GODEFROY (Denis), _a_, LXX, 237. - -_Gois_, _b_, 311. - -_Gomme_ de cerisier, _b_, 219. - -_Goujons_, _b_, 233. - -_Gourdes_, _b_, 273. - -_Gourme_ du cheval, _b_, 73. - -_Gournaut_, _b_, 196, 197. - -GOUSSENCOURT, _a_, LVIII. - -_Goutière_ (mangeoire), _b_, 89. - -_Gouttron_, expl., _b_, 189. - -_Grâces_ (Dire les), _b_, 107. - -_Grain_, expl., _b_, 150, 154. - -_Graine_, _b_, 151. V. _Gravé_. - -_Graine de paradis_, _b_, 67, 111. - -_Grains_, à remuer, _b_, 64. - -_Graisse._ Son prix, _b_, 82. - -_Gramose_, _b_, 145. - -_Granche_ (estomac), _b_, 213. - -_Grand cuisinier_, cité, _a_, XXXIV, XLII; _b_, 171, 184, 211. - --(Plats tirés du), 145 (2), 148 (2), 149 (4), 150 (2), 151, - 154, 155, 163 (4), 164 (2), 166, 167 (2), 171, 172 (2), 174, - 177, 179 (5), 180, 181, 183 (3), 185, 187 (6), 188, 189 (2), - 190 (2), 191 (3), 192 (2), 193 (2), 194 (3), 195, 196 (3), - 197 (3), 198 (3), 199 (3), 200, 201, 202 (3), 203 (4), 204, - 208, 211, 212, 223 (2), 226, 234 (2), 241. - -_Grande-boucherie_ (Étal au-dessous de la), _b_, 132. V. _Boucherie_. - -GRANTPRÉ (Le comte de), _a_, LXXXI. - -_Graspois_, _b_, 102, 200. V. _Craspois_. - -GRATIEN, _a_, 98. - -_Gratuise_ (râpe?), _b_, 262. - -_Gratuisié_, expl., _b_, 149, 207. - -_Gravé_, _b_, 151, 173. - --d’aloés, couleur de fleur de peschier, _b_, 95, 98, 276. - --de canets, 121. - --de lamproies, 97. - --d’escrevices, 151. - --d’oiselets, 121, 150. - --sur friture, 101. - -GRAVILLE (L’amiral de), _b_, 255. - --(Anne de), _b_, 255. - -_Grédelié_, expl., _b_, 206. - -_Greffe?_ _b_, 68. - -_Greffes_ curieuses, _b_, 50, 51. V. _Ente_ et _Enter_. - -GRÉGOIRE (Saint), cité, _a_, 63. - -_Grenache._ V. _Garnache_. - -_Grenade._ - --(Pommes de), _b_, 110, 122. - --sur chapons, 108. - --sur la gelée, 221. - -_Grenade_ (Faucon de), _b_, 324. - -_Greniers_ à visiter, _b_, 64. - -_Grenouilles._ V. _Renoulles_. - -GRÉSY (M. Eugène), cité, _a_, LIX, LXXX. - -_Grève_ (Place de), _b_, 113, 123. - -_Griffon_, _b_, 321. - -GRILLE (M.), _a_, 151. - -GRIMAULT (Grimoald), _a_, 69, 70. - -GRIMOALD, _a_, 69, 70. - -_Grimondin_, _b_, 197. - -GRINGORE (Pierre), a copié J. Bruyant, _b_, 4. - -GRISÉLIDIS (Hist. de), _a_, 99, 103 et suiv., 141. - -_Gros-bastons_ (oublies), _b_, 109. - --(Recette des), 121, 262. - -_Gros-bout_ de poitrine, _b_, 86. - -_Groseillers_, _b_, 49. - -_Groseilles_ sur des plats, _b_, 161, 170. - -GROSIA (Martin), _b_, 146. - -_Gruau._ V. _Gruyau_. - -_Grue_ rostie, _b_, 181. - --(Vol de la), _b_, 324. - -_Grumel_ de bœuf, _b_, 86, 87. - -_Gruyau_, _b_, 242. - --d’avoine, expl., _b_, 212. - --d’orge, 241. - -_Guède_ (Pasteaux ou Tourteaux de), _b_, 214, 251. - -_Guedes_, _b_, 315. - -GUESCLIN (Bertrand du), _a_, 94; _b_, 324. - -_Guides_, _b_, 315. - -_Guilles_, expl., _b_, 315. - -GUISE (Tapisserie à la maison de), _a_, LXXIII. - - -H - -_Hacher_ à deux couteaux, _b_, 228. - -_Hadou_, _b_, 198. - -HAINAUT (Guillaume comte de), _b_, 254. - -_Haine_, _a_, 38. - -_Halebrans_, expliqué, _b_, 236. - -_Halles_ (Les), _b_, 122. - --(Étaux des), 200. - --(Pain vendu aux), 109, 110. - -_Hampe_ du cerf, _b_, 131, 156, 157. - -_Hanaps_, _b_, 106, 117, 118. - -_Hanons_ (coquillage), _b_, 204. - -_Harang._ V. _Harenc_. - -_Hardouil_ de chapons, _b_, 162. - -_Harenc_, _b_, 200. - --blanc, 101. - --frais, 95, 98. V. _Aulx moussus_. - --nouvellet, 271. - --quaque, 134. - --sor, 94, 97, 134. - -HARGICOURT, _a_, LVIII. - -_Hargneux_ (Proverbe sur les), _b_, 56. - -_Haricot._ V. _Hericot_. - -_Haricots_ dits fèves, _a_, LXXXVI. - -_Harpayes_, _b_, 307. - -_Harpe_ du cheval, _b_, 72. - -_Hastelets_, _b_, 161. - --de bœuf, 94, 95. - --de chaudun de porc, 228. - -_Haste-menue_, (ou rate), _b_, 128, 268. - --de porc, 164. - -_Hasterel_, _b_, 89. - -_Hausser_, expl., _b_, 322. - -HAUTECOURT (Maître Jehan de), _b_, 118, 250, 382. - -_Haye-du-Puis_ (La), _a_, XXXV. - -_Hazé_, pour brûlé, _b_, 216. - -_Heilly_, _a_, LXXX. - -HELYE, (Maistre), _b_, 108. - -HEMERY (Jeanne), _a_, XXIX. - -_Herbe verte_, _b_, 106, 124. - --dans les maisons, _a_, 184. - --Où achetée, _b_, 113, 114. - -_Herbolata_, _b_, 207. - -_Heriçons_, _b_, 261. - --factices, _b_, 269. - -_Hericot_ de mouton, _b_, 148. - -_Héron_, _b_, 99. - --rôti, 181. - --(Vol du), 324. - -_Hesdin_, _b_, 253. - -HESTOMESNIL, (Jehan de), _a_, XIX. - -_Hétoudeaux_, _b_, 180. - --(Moust pour), 234. - --(Prix des), 120. - -_Histoire de Bourgogne_, citée, _a_, LIX. - -_Histoire généalogique des grands officiers, etc._, _a_, XL, LVIII, LXV, 152. - -_Histoire sur Bible_, citée, _a_, 128, 129. - -_Historieur_, _a_, 128, 129. - -_Hiver_ (Épices plus usitées en), _b_, 236. - --(Fleurs gardées en), 44. - -_Hobe_, _b_, 319. - -_Hobereau_, _b_, 318, 319. - -_Hochepot_ de volaille, _b_, 163. - -HOLLANDE (G. duc de), _b_, 254. - -_Hommage_ attaqué faute d’un baiser, _a_, LXXVIII. - -_Hommes_ à fuir, _a_, 77. - -HONCOURT (M. Guy de), _b_, 381. - -_Honneur_ d’une femme à garder, _a_, 184. - -_Horloges_, _b_, 257. - -_Hôtel_ mené par la femme, _b_, 59. V. _Maison_. - -_Hôtel_ d’Aubriot, _a_, XXI; _b_, 255, 380. - --de Galeran de Montigny, 255. - --des Tournelles, 254. - --du _Porc-épic_, 254. - --du Prévôt de Paris, 255. - --Saint-Paul, 253. - -_Hotellerie_ (Potage à faire dans une), _b_, 146. - -_Hotels_ loués par les concierges, _b_, 116. - -HOTIN, cuisinier de M. de Roubais, _a_, LIX, LX; _b_, 275. - -_Hotteurs_, _b_, 54. - -_Houpelande_, _a_, 14. - -_Hourdouil_ de chapons, _b_, 162. - -_Houssebarre_ de chair, _b_, 170. - --de poisson, 171. - -_Houssié_, expliqué, _b_, 164, V. _Brouet_. - -_Houx_, _b_, 250. - -_Hu_, expl., _b_, 157. - -HUBER, cité, _a_, LI; _b_, 280, 302, 307, 309, 319. - -_Huitres._ V. _Oïstres_, _oïttres_, _cive_, etc. - -_Hule_ d’un couteau, _b_, 274. - -_Humilité_, _a_, 53. - -HUZARD (M.), _a_, LII, LXVI, LXVII, LXXIV. - -_Hyères_ (L’abbesse d’), _b_, 118. - -_Hypocras._ V. _Ypocras_. - -_Hypocrisie_, _a_, 29, 34. - - -I - -_Ierre_, _b_, 118. - -_Ile Nostre-Dame_, ou _Saint-Louis_, à Paris, _a_, 93. - -_Imprimeurs_ anciens négligeoient les livres non sérieux, _a_, XXXIV. - -_Improviste_ (Souper à l’), _b_, 170. V. _Hotellerie_. - -_Inconvenance_ dans les noms de certains mets, _b_, 60. - -_Inobédience_, _a_, 29, 32. - -_Inventaire_ de R. Picque, _a_, LXX; _b_, 115. - -_Ire_, _a_, 38; _b_, 10. - -ISAAC, _a_, 82. - -ISABEAU DE BAVIÈRE aimoit les animaux, _b_, 62. - --Sa dépense de bouche, 85. - --Ses enfans, _a_, XXII; _b_, 85. - -ISEBARRE (Augustin), _b_, 62. - -_Issue_ de table, _a_, XLIII; _b_, 92, 94, 95, 99, 100, 101, 103, 108. - -_Issues_ de bœuf et leur prix, _b_, 132. - --de mouton et leur prix, 128. - --de porc, 128. - --de sanglier, 157. - --de veau et leur prix, 128. - -_Ivresse_, _a_, 49. - --Ses inconvéniens, _b_, 14, 70. - - -J - -_Jabets_, expl., _b_, 224. - -JACOB, _a_, 85. - -_Jacobins_ de Londres, _a_, LXXXI. - -_Jactance_, _a_, 29, 33. - -JAILLOT, _a_, LXXXV. - -_Jalet_, _b_, 224. - -_Jambes_ de l’épervier, _b_, 294. - --du cheval, 74. - --enflées, 77. - -_Jambons_, _b_, 127, 237. - --Comment dessalés, 127. - --frais, 147. - --salés de trois jours, 139. - -_Jance_, _b_, 234, 236. - --à aulx, 234. - --de lait de vache, 234. - -_Jardinage_, _b_, 43. - -_Jargeau_ du cerf, _b_, 156. - -_Jarrets_ courts, _b_, 216. - --du cheval, 74. - -JASSAUD (Hôtel de), _a_, XXI. - --(MM, de), _ib._ - -_Jattes_, _b_, 115, 123. - -_Jaunet_, _b_, 149. - --V. _Loche_, _Mouton_, _potage_, _sausse_, _tripes_, _trumel_. - -_Jaunisse_ de l’épervier, _b_, 319. - -_Javart_, _b_, 75, 77. - -_Javel_ (Bois de), _a_, 68. - -JEAN (Le roi), _a_, LXXXI. - -JEAN DE BRIE, _a_, XIX. - -_Jean le Blanc_ (oiseau), _b_, 307. - -JEAN LE DESPENSIER (Maistre), _b_, 54. - -JEAN SANS PEUR, _b_, 116. - -JEANNE, comtesse de Boulogne et d’Auvergne, _b_, 46. - -JEANNE D’ÉVREUX, _b_, 115. - -JEHANNICOLA, _a_, 103. - -JÉRÔME (Saint), cité, _a_, 39, 62. - -_Jets_, expl., _b_, 290. - -_Jeux_, _a_, XLVII, LXXVII, 7, 71. - --illicites, _b_, 59. - -_Jeu des échecs moralisé_, _a_, 186. - -_Jombarde_, _b_, 44. - -JOSEPHE (L’historien), _a_, 78. - -_Joubarbe_, _b_, 44. - -_Joue_ de bœuf, _b_, 85, 86, 88. - -JOUVENEL (Jehan), _a_, XXVI. V. JUVENAL DES URSINS. - -_Joyaux_ d’une riche bouchère, _b_, 82. - -_Jugiers_, _b_, 121. V. _Gésiers_. - -_Juifs_ en France, _a_, XXII. - --Comment punissent l’adultère, 67. - --Quand chassés, 68. - -_Juive_ assommée, _a_, 68. - -_Jurer_, _a_, 38, 43, 46. - -_Jurés_ de la boucherie, _b_, 81. - -_Juridiction_ de la grande boucherie, _b_, 81. - -_Justice_, _a_, 57. - -JUVENAL DES URSINS (Jean), _a_, LXX, 173. V. JOUVENEL. - - -K - -_Karvy_, _b_, 245. - - -L - -LABAN, _a_, 85. - -LABAT (Gilles). Ce qu’il étoit, _a_, LXXVIII, 137; _b_, 104. - -LABORDE (Le comte de), cité, _b_, 106. - -_Labour (Chasteau de)_, _b_, 4, 36. - -_Laboureur_ a la coanne plus dure qu’un prince, 293. - -_Laboureurs_, _b_, 56, 57. - -LACABANE (M. Léon), _a_, LXXV. - -LADEHORS (Oudin de la), _b_, 80. - --Famille de bouchers, _ib._ et 83. - -_Lagny_ (Abbé de), _a_, LXXXIV; _b_, 103, 104, 105. - -_Lait._ Comment l’empécher de tourner, _b_, 176. - --de vache, lié, 175. - --(Jance de), 234. - --lardé, 92, 93, 95, etc., 224. - --non écrémé ni mélangé, 113. - --(Potage de), _b_, 176, 177. - --souvent mélangé, 159. - -_Lait_ d’amandes, _b_, 241. - -_Laitances_ de carpes, _b_, 217. - -_Laitière_ (Jehanneton la), _b_, 62. - -_Laitues_, _b_, 46, 96. - -LALLEMANT (Nic. et Rich.), _a_, LXVI. - -LAMARRE, cité, _b_, 80, 84. - -_Lamproie_, _b_, 192. - --à froide sauge, 93. - --à la boue, 192. - --à la sauce chaude, _a_, 94. - --à l’estouffée, 193. - --bouillie, 193. - --(Sauce de), 133. - -_Lamproyons_, _b_, 192. - -_Lancerel_, _b_, 88. - -_Lancerons_, _b_, 88. - -_Landal_ (Château de), _a_, 149. - -_Laneret_, _b_, 318, 319, 323, 325. - -_Langoustes_, _b_, 196, 205, 225. - -_Langue_ à retenir, _a_, 177, 178. - -_Langue_ de bœuf, _b_, 177. - --salée et fumée, 133, 177. - -_Languedoc_, _b_, 195, 196. - -_Lanier_, _b_, 318, 319, 325. - --dit _faucon vilain_, XLI, 323. - --perché bas, 322. - --Quels oiseaux il prend, 324. - --vole bas, 322, 323. - -LANNOY (Agnès de), _a_, LVIII. - -_Lapereaux_, _b_, 110, 121, 236. - --en rosé, 154. - --rôtis, 275. - --(Vol aux), 309. - -_Lapins._ V. _Connins_. - -_Larcin_, _a_, 45. - -_Lard_ acheté au boucher, _b_, 121. - --aux choux, 144. - --de caresme, 200. - --jaune, déplaît, 126. - --Son prix, 85. - --sur les pois, 135. - --(Témoins de), 270. - -_Larder_, expliqué, _b_, 88. - --de percil, 177. - -_Lardés_ du cerf, _b_, 156, 157. - -LARIVIÈRE (Armes de), _a_, LVIII. V. _Rivière_. - -_Larras_, _b_, 102. - -LASERNA-SANTANDER, _a_, LXVI. - -_Lauderburg_, _a_, LVIII. - -_Laurier_ (Feuilles de), _b_, 101, 112. - -LAVAL (Généalogie de), _a_, LXVIII. - --LOUÉ (Madame de), 240. - -_Lavande_, _b_, 44. - -_Lavandière._ Son emploi le jour des noces, _b_, 118. - -_Laver_ les mains au sortir de table, _a_, XL; _b_, 107. - -LAZARUS, _b_, 146. - -LEBARBIER, (Colin), _b_, 119, 120. - -LEBER (M.), _a_, LXVIII, 174; _b_, 115. - -LEBEUF (Jean), _a_, LXXI, LXXVI, 133; _b_, 296. - -LEBLOND (M.), _a_, LXIX. - -LECZINSKA (Marie), _a_, LVIII. - -LEFÈVRE (Guill.), dit VERJUS, _a_, XL; _b_, 81. - -LE FLAMENT (Jehan), _a_, XXVI. - -_Légende dorée_, _a_, 62. - -LEGOIS, boucher, émeutier, _b_, 84. - -LEGRAND D’AUSSY, cité, _a_, XXXVIII, XXXIX, XLII, LXXI, LXXV; - _b_, 38, 110, 200, 205. - -LEIBNITZ, _a_, LXV. - -LE MAZIER (Henri), _a_, 140. - -_Lendemain_ pour _l’endemain_, _b_, 196, 221. - -_Lengoustes_, _b_, 196, 205, 225. - -_Lentisque_, _a_, 67. - -_Leschefrayes_, _b_, 102, 103. - -_Leschefrites_, _b_, 93, 97, etc. - --écrit _leschefrayes_, _b_, 102 et 103. - --sucrées, _b_, 94, 98, etc. - -_Leschefroies_, _b_, 103. - -LESCLAT (Pierre de), _a_, LXXXIII. - -_Lettres_ des reines, _a_, 75. - --que nul ne verra, _b_, 250. - --qu’on doit ou qu’on ne doit pas lire, _a_, 76. - -_Lettues_, _b_, 46, 96. - -_Leurre_, décrit, _b_, 318. - --(Oiseaux de), _ib._ - -_Leurrer_, expl., _b_, 284, 318. - -_Levain_ de pain, _b_, 239. - -_Lève-cul_ (Vol à), _b_, 280. - -_Lever_ d’une femme, _a_, 9. - -_Levrats_ (Vol aux), _b_, 309. - -_Levreaux._ V. _Levrats_. - -_Levrière_ tuée, _a_, 161. - -_Liaisons_, _b_, 87. - -_Libre arbitre_, _b_, 19. - -LIE (Lia), _a_, 86. - -_Lier_, expl., _b_, 281. - -_Lieures._ V. _Liaisons_. - -_Lieurs_ de fardeaux, _b_, 53. - -_Lièvre_ (Age d’un), _b_, 90, 169. - --aux choux, 144. - --(Civé de), 91, 169. - --Comment couru par les épagneuls, 281. - --(Conditions du), 72. - --en boussac, 153. - --en civé, 91, 169. - --conservé, 133. - --pourbouli, 271. - --Quand plus tendre, 153. - --rôti, 268. - --(Vol au), 321, 324. - V. _Levrats_. - -_Lille_, _a_, LXXIX. - -_Limaçons_, _b_, 223. - --mangés par les riches et les Lombards, _ib._ - V. _Limats_. - -_Limandes_, _b_, 88, 160, 202. - -_Limats_ au chaudumé, _a_, XXXIX. - -_Limoges_, _a_, 95. - -_Lin_ (Toile de). Son prix, _b_, 221. - -LINCY (M. de), _a_, XXIX; _b_, 36, 62, 83, 251, 255. - -_Linge._ Comment marqué, _b_, 263. - --de table, 115. V. _Touailles_ et _Serviettes_. - --Liqueur pour le marquer, 263. - --loué à quel prix, 123. - --pour _mince_, 286. - --propre donné au mari, _a_, 168. - -_Linote_ en cage, _b_, 256. - --vendue très-cher, _b_, 62. - -LIPPOMANO (Jérôme), _b_, 116. - -_Liqueur_ pour _seigner_ (marquer), le linge, _b_, 263. - -_Lis._ V. _Lys_. - -LISTER, cité, _a_, XXXVI, XXXVII. - -_Lit_ nuptial (Bénédiction du), _a_, LXXXVI; _b_, 118. V. _Lits_. - -_Litière_, à quoi sert aux oies, _b_, 89. - -_Lits_ au XIVe siècle, _a_, 160, 169, 172, 238, 239. - -_Livre d’amours_, _a_, LXXXIII. - -_Livre_ de dépense, _b_, 58. - -_Livre des déduits_, _a_, LXIX. - -_Livre fort excellent de cuisine_, _a_, XXXIII. - -_Livres_ anciens non sérieux, mal imprimés, _a_, XXXIV. - --de l’auteur, _a_, XXVI, 62. V. _Ouvrages_. - -LOBINEAU (Dom G. A.), _a_, LXIX. - -_Loche_, _b_, 175, 191, 382. - --au jaunel, 100. - --au waymel, 102. - --en eau, 93, etc. - --et anguilles tronçonnées dessus, 101. - --frite, 102. - --Son prix, 220. - --vendue à la mesure, 114, 220. - -_Loirre_ (leurre), _b_, 318. - -_Lombarde_ (Mode), en fait de pasté, _b_, 185. - -_Lombardie_ (Chasse en), _b_, 310. - -_Lombards_, mangeurs de limaçons, _b_, 223. - --(Potage de), 171. - -_Londres_, _a_, LXXXI. - -_Longe_ (chair), _b_, 86, 87, 130, 132. - -_Longes_, _b_, 295, 297. - -LONGUEIL (J. de), _b_, 119, 120. - -LONGUEVILLE (F. d’Orléans, duc de), _a_, LIX. - -_Losenges_, _b_, 96, 103. - --d’œufs, 209. - -LOTH et sa femme, _a_, 142. - -LOTRIAN (Alain), _a_, XXXV. - -LOTTIN DE CHARNY (Marie Aimée), _a_, XXI. - -LOTTIN (Erreur de), _a_, XXXIV. - -_Louens_, _a_, 186. - -LOUIS le Jeune, roi de France, _a_, 133. - --Louis XIII, _b_, 307. - --Louis XIV, 82. - --abordé facilement, _a_, LXXII. - --Petits pois à lui présentés, _ib._ - -_Loups._ Comment les détruire, _b_, 63. - -_Lourgable_, _a_, 24. - -_Loyer_ au XIVe siècle, _a_, LXXXIII. - -LUCAS (Cl.), _a_, LXXIII. - -_Luceau_ (brochet), _b_, 88. - -LUCIFER (Désobéissance de), _a_, 129, 177. - -LUCRÈCE (Hist. de), _a_, 70. - -_Lus_ ou _Lux_, _b_, 88, 91, 96, 99 etc., 187. - --faudis, 107, - --(Œufs de), 229. - -LUXEMBOURG (Jacques de), _a_, LIX. - -_Luxure_, _a_, 50, _b_, 14. - --de cœur, _a_, 51. - -LUYNES (Le connétable de), _a_, LXXIV. - -_Lys_, _b_, 49. - --(Abbaye du), _a_, 148. - - -M - -MACAIRE, _a_, 92. - -MACÉ (N.), _a_, XXI. - -_Machault_, _a_, 149. - -MACHAUT (Perrenelle de), _b_, 120. - -_Machès_, _b_, 186. - -_Machination_, _a_, 37. - -_Macis_ ou fleur de muscade, _a_, 67; _b_, 112. - --fait mal à la tête, 237. - -_Mâcon_, _a_, XXI. - -MACROBE, cité, _a_, 179. - -_Madre_ (Coupes de), _b_, 82 - -_Magasin pittoresque_, cité, _a_, LXXVII. - -MAIGNAC (Aymeri de), _b_, 104. - -_Mailles_ des plumes de l’oiseau, _b_, 293, 294, 323. - --de son estomac, 298. - -_Maillotins_, _a_, XX, LXXXIII, 135. - -_Mains_ (Eau à laver les), _b_, 247. - -_Maire_ de la boucherie, _b_, 81. - -_Maison_ bien tenue, _b_, 61. - --découverte chasse l’homme, _a_, 169, 171. - --fermée au soir, _b_, 70. - V. _Hotel_. - -_Maison réglée_, citée, _a_, XLIII, LXXI. - -_Maison rustique_, citée, _b_, 46, 180, 207, 214. - -MAISONS (N. de Longueil), _a_, LXXI. V. _Longueil_. - -_Maistre d’hostel_ de la Varenne, cité, _a_, XLII. - -_Maître_ (Aimer son), _b_, 23. - --doit donner l’exemple, 60. - --(L’épervier s’habitue à son), _b_, 301. - --L’être de soi-même, _a_, 178. - -_Maître d’hôtel_, _a_, XL, XLII; _b_, 67. - --Ses attributions, _b_, 117, 118. - -_Maître_ de la grande boucherie, _b_, 81. - -_Mal_ de tête causé par les épices, _b_, 236. - -_Mal_ se guérit par le bien, _a_, 207. - -_Malandre_, _b_, 74, 77. - -_Malars_, _b_, 89. - --dde rivière à la dodine, 92 - -_Malen_ (mal en?) _a_, LXXXIV, _b_, 73. dodine, 92. - --rôtis, 181. - V. _Canards_. - -_Mâles_ des oiseaux de proie; leurs noms, _b_, 318. - -MALIGNY (Jeanne de), dame d’Andresel, _a_, 150. - -_Mallars_, _b_, 89, 92, 181. - -_Malle_, _a_, 172. - -_Manche_ (Archives de la), _a_, XXXV. - -_Mandagores_, _a_, 89. - -_Manger_ combien de fois par jour, _a_, 49. - --sans mâcher, _a_, 49. - -MANGEUR (Pierre le), cité, _a_, 77. - -_Manteaux_ de deux draps, _a_, 161. - --d’une bouchère, _b_, 82. - -_Mantes_ (Fortifications de), _b_, 191. - -_Manus-Christi_, _b_, 122. - -_Manuscrits_ du _Ménagier_, _a_, LII et suivantes. - -_Maquereau._ V. _Maquerel_. - -_Maquerel_ en potage, _b_, 146. - --frais, 196. - --rôti, 103. - -_Maquerelles_, _a_, 133; _b_, 116. - -_Marchander_ toujours, _b_, 54. V. _Barguaigné_, 76. - -_Marchands_, _a_, 44, 46. - --d’oiseaux, _b_, 62, 323. - -MARCHANT (Guiot), _a_, LXVII. - -_Marchepiés_, _b_, 61. - -_Marchiau_, _a_, 149. - -MARC-PAUL, _b_, 321. - -MARÉCHAL, cité, _a_, 16. - -_Maréchal_ ferrant, _b_, 56. - --Son salaire, 79. - -_Marée_ mauvaise par temps pluyeux, _b_, 194. - -MARES (Herlin des), _b_, 119. - -MARÈS (Jean des). V. DESMARÈS. - -_Mari_ clément, _a_, 182, 183. - --dérangé, comment le ramener, 185. - --en voyage, pense au retour, 168. - --sauvé de l’eau, 128. - --(Second) difficile à trouver, 168. - --Soins à lui donner, _ib._ - --souverain chez lui, 99. - V. _Maris_. - -_Mariage_ (But du), _b_, 15. - --en deuil, _b_, 123. - -MARIE d’Anjou, reine de France. Ses fenêtres, _a_, 174. - -_Marié_ servoit à table, _a_, XLI; _b_, 117. - -_Mariés_ divisés font un pacte, _a_, 126. - -_Maris_ aiment moins leurs femmes quand elles désobéissent, _a_, 142. - --désirent la présence de leurs femmes, 175. - --doivent tout leur dire, 132. - --jeunes, prompts à changer, 143. - --Leur heureuse vie, 139. - --luxurieux pèchent, 52. - -_Marjolaine_, _b_, 43, 44, 45. - -MARNEF (Enguilb. de), _a_, LXVI. - -_Marouette_, _b_, 311. - -_Marques_ des plumes de l’épervier, _b_, 287. V. _Mercqs_. - -_Marquets_ chevelus, _b_, 44. - -_Marsouin_, _b_, 198. - --à sa sauce, 107. - --poudré à l’eau, 101. - -MARTINUS, _b_, 146. - -_Massepains_, _b_, 122. - -_Mastic_, ou encens de Perse, _a_, 67. - -_Matelas_ (flèche), _b_, 267. - -MATHIEU (Saint), cité, _a_, 63. - -_Matin._ Ce que c’est, _a_, 9. - -_Mâtins_ tuent les éperviers, _b_, 301. - -_Matons_ de lait, expl., _b_, 212. - -_Mauvis_ (Vol du), _b_, 311. - -_May_ (arbre coupé), _a_, 184; _b_, 106, 113, 114. - -MAZIER (Henri le), _a_, LXXIX. - -_Médecins_, _a_, 189. - -_Médisance_ permise aux chambrières, dans quel cas, _b_, 59. - -_Melle_, _a_, 94. - -MELLIBÉE (Histoire de), _a_, 186; _b_, 60. - -_Mello_, _b_, 249. - -_Mellus_, (_merlus_?) _b_, 107. - -_Melons_, _b_, 273. - -MELUN (Jehan de), _a_, LXXX. - -_Melun_, _a_, LXXXVII, 68. - --(Siége de), 148. - --(Vitrail à), LIX. - -_Membres_ s’aiment entre eux, _a_, 55. - --secrets. Ne pas les nommer, _b_, 59. - -_Mémoires pour servir à l’histoire de France et de Bourgogne_, cités, _a_, XL. - -_Mémoriaux de la chambre des comptes_ (Note sur les), _a_, LXXIV. - -_Ménage_ (Avoir soin de son), _b_, 1. - -_Ménager de Paris._ Article de M. le baron de Reiffenberg sur - ce livre, _a_, LV. - --Comment connu de l’éditeur, LII. - --Conjectures sur le sort du manuscrit original de ce livre, LVI. - --écrit de 1392 à 1394, XXII. - --La partie culinaire importante, XXXV. - --longtemps inconnu, LII. - --(Manuscrits du), LII et suiv. - --signalé en 1843, LV. - --Son orthographe varie, LXI. - --Son texte revu soigneusement, LXI. - --Système suivi dans l’édition de ce livre, LX et suiv. - -_Ménagière_, (Femme de l’auteur,) _b_, 53. - -_Ménestrels_, _b_, 123. - --Ce qu’ils faisoient aux noces, _ib._ et 124. - -MENESTRIER (Le père), _a_, XXX. - -_Ménestriers_, _b_, 122, 123, 124. - -MENOT, cité, _a_, LXXVII. - -_Mensonge_ est utile, _b_, 26. - -_Menthe_, _b_, 44. - -_Menue-haste._ V. _Haste_. - -_Menues choses_, qui ne désirent point de chapitre, _b_, 262. - -_Menues espices_, _b_, 122. - -_Menus_, _b_, 91. - --répétés, _a_, LXXXIV. - -_Menus_ de piés, _b_, 145. - --droits du cerf, _a_, LXXXIV; _b_, 156. - -_Menus_ oiseaulx rôtis, _b_, 181. - -MENA (Gonz. de), _a_, LXVI. - -_Mer_ d’Angleterre, _b_, 197. V. _Chien_, _Porc_, etc. - -_Mercqs_ de l’épervier, _b_, 289 et 291, V. _Marques_. - -_Mercure de France_, _a_, 174; _b_, 296. - -_Mère-goutte_, _b_, 260. - -_Merlant_, _b_, 101. - --salé, 201. - -_Merles_, _b_, 101. - --(Chasse aux), 311. - -_Merluche_, _b_, 199. - -_Merlus_, _b_, 199. V. _Mellus_. - -_Mers_ ou _Merts_. V. _Mercqs_. - -_Mesche_ (Gingembre de), _b_, 230, 246. - -_Mesches_ ensouffrées, _b_, 264. - -_Mesnies_ (domestiques) abusent des épices, _b_, 117. - -_Messe_ (Explication des cérémonies de la), _a_, 17. - --perdue par paresse, 41. - -_Mestier_ (oublie), _a_, XXXIX, XLIII; _b_, 92, 94, etc., 121. - -_Métayer_, _b_, 62. - --(_Eudeline_ femme du), _ib._ - -_Mets._ Diverses significations de ce mot, _a_, XLI. - --inconvenans, _b_, 60. - --pris dans le sens actuel, _b_, 91, 92, 99 (intitulé des menus, I, II, XV). - --pris pour service, _b_, 92, 93. - --Savoir les ordonner, 80. - -_Meute_ des pans, _b_, 314. - -_Miel_ (Boisson au). V. _Bochet_, _b_, 238. - -MIGNON (Denisette), _b_, 104. - -_Migon_, _b_, 195. - -_Milion_ (oiseau), _b_, 321. - -_Millet_, comment cuit, _b_, 176. - -_Minces._ Ce que c’est, _b_, 48, 143. - --(Porée de), 143. - -_Miserelle_, expl., _b_, 243. - -_Miséricorde_, _a_, 58. - -_Modus et Ratio_, _a_, XLIX, LI, LXXII, 29, 48; _b_, 99, - 157, 290, 293, 314, 315, 316, 325. - -_Modus et Ratio de divine contemplation_, _a_, LXXII. - -_Moëlle._ V. _Mouelle_. - -MOIGNE (Lucas le), _a_, XXXIX. - -_Moine de Saint-Denis_, cité, _a_, 135. - -_Moines_ plus obéissans que les femmes, _a_, 146. - -_Moissonneurs._ V. Soieurs, _b_, 54, 57. - -_Moissons_ (moineaux), _b_, 303. - -_Mol_ (mou) de porc, etc., _b_, 128, 129, 132. - -_Molettes_ du cheval, _b_, 74, 75. - -_Molissent_, _a_, LXIX. - -_Molle_, _b_, 203. - -_Mon_, expliqué, _b_, 37, 299. - -_Monde_, forêt pleine de lions, etc., _a_, 57. - -MONSTRELET, cité, _b_, 115. - -MONSTREUL (Tassart de), _a_, 139. - -MONTAIGU (Jean de), _b_, 254. - -_Montgeron_, _a_, XXVI. - -MONTGISON (Marie de), _a_, XXVI. - -MONTGLAT (M. et Mme de), _a_, 174. - -MONTIGNY (Galeran de), _b_, 255. - --(Raoul de), _a_, 150. - -MONTMORENCY (Généalogie de), _a_, LXVIII. - -_Montpellier_, _b_, 248. - -MORAIS (C. de), _a_, LXXII; _b_, 319. - -MORANT (Colin), _b_, 119, 120. - -_Moret_, _a_, 149. - -_Morfondu_ (Cheval), _b_, 78. - -_Morillon_ (raisin), _b_, 67. - -MORIN (Dom Guillaume), _a_, 151. - -_Mortereul_, _b_, 211. - -_Mortier_, _b_, 115, 123. - -_Morue_ (Détails sur la), _b_, 195, 196. - --Foie de morue en pasté, 223. - --Manière de l’acheter, la preparer, etc., 195. - -_Mouches._ Comment s’en garantir, _a_, 172. - -_Mouchet_, _b_, 285. - --Comment les distinguer, 287. - --pour attirer les éperviers, 315, 318. - -_Mouelle_ (Buignets de), _b_, 224. - --en rissoles, 226. - --(Pastés norrois de), 223. - --(Pipefarces de), 227. - -_Moules_, _b_, 204. - --en civé, 277. - -_Moulin_ à moutarde, _b_, 245, 246. - -_Mourillon_, _b_, 67. - -MOUSSE (Guillaume de la), _a_, 95. - -_Moust._ Comment fait, _b_, 181. - --pour hétoudeaux, 234. - -_Moustarde._ Comment faite, _b_, 229. - --pour un dîner, 122. - --(Soupe en), 175. - -_Moustiquière_, _a_, 172. - -_Mouton_ au jaunet, _b_, 149. - --Ausoerre, 148. - --(Brichet de), 87. - --(Épaules de), 177. - --(Ép. farcies de), 269. - --(Flanchet de), 87. - --(Glandes de), 313. - --(Héricot de), 148. - --(Pasté de), 148, 186. - --(Poulmon de), 284. - --(Prix du), 86, 87. - --rôti, 177. - --salé, 132, 133, 148. - --(Tête de), 267. - V. _Issue_ et _Pommeaux_. - -_Moutons_, _b_, 62, 63. - --consommés à Paris, _a_, XLIII; _b_, 82, 83, 84, 85. - -_Moyen état_ (Gens de). Ce que c’est, _a_, L. - -_Mucé-en-Auxois_, _a_, XXI. - -_Mue_ de l’épervier, _b_, 311. - --ou cage pour l’épervier, _b_, 313. - -_Muete_ des pans, _b_, 314. - -_Muge_ ou _Mugeon_, _b_, 195. - -_Mulet_ (Poisson), _b_, 195. - -_Mungon_, _b_, 195. - -_Municipalité_ parisienne en 1847 très-peu zélée pour - l’histoire de Paris, _b_, 254. - -_Murmuration_, _a_, 37. - -_Muscade._ V. _Noix maguettes_. - -_Massy-la-Fosse_, _a_, XXI. - -_Mystère_ de Griselidis, _a_, 99. - - -N - -NANGIS (Guillaume de), _a_, LXXVI. - -_Nappe_ (filet), _b_, 314. - -_Nappes_, _a_, XL. - --à franges, 163. - --changées pendant le repas, XLII. - --de cuisine, _b_, 123. - --différentes de touailles, 250. - --dites indifféremment touailles ou nappes, 219. - --grosses, 115. - -_Nard_, _b_, 112, 219. - -NASSAU (Comte de), _a_, 139. - -_Navarrois_ au château de Melun, _a_, 149. - -_Navets_, _b_, 49, 94, 97, etc. - --avec venaison, 130. - --Comment cuits, 144. - --confits, 244. - -NEELLE (Jean de), _b_, 249. - -_Neelle_ fleur, _b_, 249. - -_Neffles_, _b_, 92 (bis), 101. - -_Négligence_, _a_, 40. - -_Neux_ du cerf, _b_, 156. - -_Nevers_, _b_, 296. - -NICOT, cité, _b_, 47 et ailleurs. - -_Nid_ des oiseaux captifs, comment fait, _b_, 256, 257. V. _Aire_. - -_Nieulles_, _b_, 101. - -_Niort_, _a_, 93, 94. - -_Nobles_ s’embrassoient, _a_, LXXVII. - -_Noces_ (Devis de), _b_, 108 et suiv. - -_Noe_ expliqué, _b_, 201. - -_Noël_, _b_, 43. - -_Noël_ du XVIe siècle rempli de termes culinaires, _a_, XXXIX. - -_Noisettes_ (Buvrage de), _b_, 240. - --confites, 122. V. _Avelaines_. - -_Noix_, _b_, 121. - --confites, 243, 247. - --pelées, _b_, 92, 101. - -_Noix muguettes_ font douloir la tête, _b_, 236. - --Quelles sont les bonnes, 230. - -_Nom_ écrit, donné en témoignage de stipulation, _a_, 132. - -_Nomblès_ ou _Nomblet_, _b_, 130, 131, 132. - --à la sauce chaude, 100. - --de cerf, 156. - --de porc, 236; donné à l’épervier, 299. - --de sanglier, 94, 157 (ou bourbelier). - -_Nombres_ qui renvoient à d’anciennes tables, _b_, 91. - -_Normandie_ (Moule de), _b_, 205. - -_Normands_ boivent beaucoup, _b_, 192. - -_Norwége_ (Sacres de), _b_, 323. - -_Notre-Dame_ de Mars, _b_, 156. - -_Notre-Dame_ de Paris, _a_, 16, 133. - -_Nourrices_, _b_, 58. - -_Nourriture_ du cheval, _b_, 76. - -_Nouvelliste de la Manche_, cité, _a_, XXXV. - -_Noyau_ de bœuf, _b_, 86, 133. - -_Noyer_ (Escume de), _b_, 263. - - -O - -_Obéir_ à son mari, _a_, 96. - --(Bien vient d’), 128. - --comment, dans les cas douteux, 155. - -_Observations_ de l’auteur. V. _Remarques_. - -_Obstacles_ au vol de l’épervier, _b_, 302, 308. - -ODINET _de Sens_, _b_, 119. - -_Oé._ V. _Oies_. - -_Œil_ du cheval, _b_, 77. - --d’un fruit, 247. - --(Proverbe sur l’), 15. - -_Œuf_ pondu, _a_, 180. - -_Œufs_ (Arboulastre d’), 206. - --à la ténoisie, 209. - --(Alumelle d’), 208. - --(Chapitre des), _b_, 206. - --(Civé d’), 174, 277. - --Comment les cuire, durcir, etc., 209. - --heaumés, 208. - --perdus, 208. - --pochés en brouet, 172. - --pour la fromentée, 121. - --pour la pâtisserie, 110, 111. - -OFFÉMONT, _a_, LII; _b_, 249. - -_Officiers_ nécessaires à un grand repas, _b_, 114. - -_Offrande_, _a_, 19. - -_Oies_, _b_, 62, 94, 96, 271. - --à l’eschinée et à l’andoulle rostie, 98. - --(Boudin d’), 126. - --Comment engraissées, 88; en trois jours, 212. - --en potage, 149. - --grasses à la dodine, 98. - --petites, 160. - --(Prix des), 110. - --rôties, 180. - --salées, 94, 97, 133. V. _Oisons_. - -_Oignons._ Comment cuits, _b_, 136, 137. - --Leur odeur odieuse aux faucons, 325. - --Tuent les mouches, _a_, 173. - -_Oiseau de paradis_, _b_, 183. - -_Oiseau saint Martin_, _b_, 307. - -_Oiseaux_ bons pour l’autour, _b_, 322. - --comment servis, 182. - --dans la pâte d’une tourte, 93. - --de chambre ou en cage, _b_, 62, 253, 256. - --(Marchand d’), 62. - --petits sont un mauvais gibier pour l’épervier, 302, 303. V. _Oiselets_. - --qu’on ne vide pas, 183. - --rôtis, 181. - --s’aiment et se suivent, _a_, 92. - -_Oiseaux de proie_, _a_, 92. - --de leurre ou _rameurs_, de poing ou _voiliers_, _b_, 318, 319. - --Leurs droits, 182. - --Leurs maladies, 325. - --Leurs noms, 318. - --(Marchands d’), 323. - --Quand ils suivoient les chiens, _a_, LXXVIII; _b_, 318. - -_Oiseaux de rivière_ à la dodine, _b_, 91. - --en pâté, 271. - --(Saupiquet pour), 233. - --volés par le lanier, 324. - -_Oiselets._ Combien en une écuelle, _b_, 121. - --en gravé, 121, 150. - --en rosé, 154. V. _Oiseaux_. - -_Oisons._ Comment connoître leur âge, _b_, 180. - --Comment les engraisser, 180. - --consommés par le roi, etc., 85. - --rôtis, 275. - --(Saulce pour), 231. V. _Oies_. - -_Oïttres_, _b_, 102, 103. - --(Civé d’), _b_, 174, 277. - --Comment cuites, 137. - -_Ongles_ de l’épervier, _b_, 294. - -_Onglet_ de bœuf, _b_, 131. - -_Oraison._ Qualités qui lui sont nécessaires, _a_, 61. V. _Prières_. - -_Orangers_ bien connus en France au XIVe siècle, _b_, 110. - -_Oranges_, _b_, 108. - --avec du poisson, 195. - --de poucins, 276. - --(Jus d’) sur perdrix, 183, et sur poucin, 232. - --(Pommes d’), 107, 110. - -_Ordonnances_ de février 1349-50, et 3 mai 1351 sur les épices, _b_, 112. - --de février 1350-1, _a_, 169; _b_, 57, 58. - --de 1387 et 1388 sur la maison du roi, _a_, XL, 237; _b_, 114. - -_Ordre_ donné à tous n’est pas exécuté, _b_, 61. - -_Oreilles_ de cheval, _b_, 73. - --d’homme tirées pour frapper la mémoire, _b_, 40. - -_Orengat_, _b_, 112, 265. - -_Orenge._ V. _Oranges_. - -_Orfin_, _b_, 198. - -_Orge_ en boisson et donnée à la poulaille, _b_, 238. - --mondée, 241, 271. - -ORGEMONT (Pierre d’), _a_, XIX, 148. - -_Orgueil_, _a_, 29, 31; _b_, 9. - -_Orillettes_, _b_, 96, 103. - -_Orilliers_, _a_, 238. - -_Orine_, expl., _b_, 238. - -ORLÉANS (Le duc d’), cité dans le _Ménagier_, _a_, XXII, LXXXI; _b_, 380. - --Sa consommation, _b_, 85. - --Ses maisons, 254. V. _Longueville_. - -_Orloges_, _b_, 257. - -_Orphie_, _b_, 198. - -_Orpiment_, _b_, 325. - -_Orte_ (Saffran d’), _b_, 246. - -_Orthographe du Ménagier_, _a_, LXI. - -_Orvale_, _b_, 44. - -_Oscille_, _b_, 44, 46. - --(Vertjus d’), 111, 229. - -_Otages_ en Angleterre, _a_, LXXXI, 149. - -_Ottour._ V. _Autour_. - -_Oublées._ V. _Oublies_. - -_Oublies_, _a_, XLIII; _b_, 99, 107, 109, 110, 121. - -_Oubloier_, _b_, 121, 122. - --ce qu’il fournit pour une noce, 109. - -_Ours_ apprivoisés, _a_, 144. - --(Venaison d’) contrefaite, _b_, 155, 179. - -_Outarde_ rostie, _b_, 181. - --(Vol à l’), 309, 310, 321, 324. - -_Ouvrages_ cités, _a_, LXV. - --consultés par l’auteur, _a_, XXXII et suiv. V. _Livres_. - -_Oyers_, _b_, 88. - -_Ozeille._ V. _Oseille_. - - -P - -PACY (Jacques de), _b_, 253. - -_Paelle_ à anse, _b_, 115, 123. - --à faire les crespes, 226. - --à faire les fritures d’enfer, _a_, 31. - --de cuisine, _b_, 106. - --de fer, 115, 123. - -_Pages_ du duc de Berry. Leur nourriture, _b_, 85. - -_Parler_ folement, _a_, 48. - -_Paille_ dans les maisons, _a_, 171. - -_Paillier_ (Canards de), _b_, 89. - -_Pain_ blanc plat, _b_, 109. - --brun, 236. - --chapelé, 114. - --Comment le broyer, 87. - --cornu (proverbe), 36. - --de bouche, 38. - --de chapitre, _a_, XXXIX. - --de Corbeil, 38, 109. - --de tranchoirs, leur dimension, 109, 110. - --meilleur que froment (proverbe), 21. - --pour tranchoirs et pour chapeler, 106. - --(Prix du), 109. - -_Paire_ d’eaux, _b_, 214. - -_Paisibles_ (Gens), à rechercher, _b_, 54, 56. - -_Paissonoir_, _b_, 294. - -_Paix_ (Éloge de la), _a_, 56. - -_Palettes_ pour tuer les mouches, _a_, 173. - -_Pampes_ de rose, _b_, 253. - -PAMPHILE, _a_, LXXXIII. - -_Panais_, _b_, 44. - -_Pance_ de mouton, porc, veau, etc., _b_, 128, 129. - -_Panoit_, _b_, 44. - -_Paons_, _b_, 99. - --Comment nourris, _b_, 256. - --en entremets, _a_, XLII. - --rôtis, _b_, 181. - -_Papier_ (Dépenses écrites sur), _b_, 56, 58. - --(Encre pour), 275. - --huilé aux fenêtres, _a_, 174. - -PAPIRIUS (Histoire de), _a_, 179. - -_Parchemin_ aux fenêtres, _a_, 173. - --(Encre pour le), _b_, 275. - -_Parement_ (Chambre de), _a_, XLIII; _b_, 107. - -_Parer_, expl., _b_, 238. - -_Paresse_, _a_, 39; _b_, 11, 17. - -_Paris_ (Consommation de), _a_, XLIII, XLV, XLVI; _b_, 80. - --(Eaux de), _b_, 134. - --Évêque de Paris à table, 104, 106. - --maltraité en 1383, _a_, 135, 136. - --(Oiseaux de proie vendus à), 323. - --(Population de), _a_, XLIII, XLVI. V. _Boucheries_, - _Épitaphes_, _Hôtels_, _Rues_, etc. - -_Paris sous Philippe le Bel_, cité, _a_, XLVI, XLVII, LXXXV. - -PARIS (M. Paulin), cité, _a_, XIX, LXII, LXVIII, 186; _b_, 4, 253. - -_Parisis_ (monnoie), _b_, 128. - -_Parlement_ (Registres du). Leur style, _a_, XXIX. V. _Plaidoieries_. - -_Parler_ peu, _a_, 178; _b_, 16. - -_Paroles_ abondantes ou plaisantes nuisent, _a_, 178. - --déshonnêtes à défendre aux domestiques, _b_, 59. - -_Part de Dieu_, _b_, 115. - -_Partie_ de chasse au XIVe siècle, _a_, L. - -_Parvis_ (Boucherie du), _b_, 83, 84. - -_Pasquerés_, expliqué, _b_, 49, 126, 138, 143, 183. - -_Passage Charlemagne_, _b_, 255. - -_Passerose_, _b_, 249. - -_Pasteaux_ de guède, _b_, 214. - -_Pastés_ blancs, _b_, 102. - --(Chapitre des), 185. - --d’aloés, _b_, 92. - --d’anguilles, 94. - --d’argent, 96. - --de bœuf, 93, 94, etc., 133, 186. - --de bœuf et de mouelle, 94. - --de bouli lardé, 186. - --de bresmes et saumon, 93, 94, etc. - --de chapons, 92, 93, 98. - --d’escheroys, 185, 228. - --de gibier, 186. - --de gornaux, 95. - --de lapereaux, 108, 121. - --de maquerel, 196. - --de mouton, 186. - --de mulet, 195. - --de pigons, 271. - --de pinparneaux, 91, 92. - --de porc, 271. - --de potirons, _a_, XXXIX. - --de poucins, _b_, 185. - --de turtres et d’alouettes, 101. - --de vache, 96, 100. - --de veau ou veel, 91, 92, 186. - --de venoison, 155, et d’oiselets, 95, 97, 185. - --d’oés, poules, etc., 271. - --d’oiseaux, 271. - --en pot, de mouton, 148. - --norrois, 92, 93, etc., 223. - --(Petits), 118, 277. - --(Sauce à mettre en), 236. - -PASTOUREL (Jean), _b_, 105. - -_Patenostre_ dite sans distraction, _a_, 21. - -_Patisseries_, _a_, XLIII; _b_, 115. - -_Paturon_, _b_, 74. - -PAUL (Saint), cité, _a_, 56, 59, 63. - -PAUL-DIACRE, cité, _a_, 68. - -_Paulmoïer_ ou _Paumoyer_, expl., _b_, 222, 271. - -_Pauvreté_, _b_, 18. - -_Pavot_, _b_, 44. - -_Pêches_, _b_, 118, 245. - -_Péchés_ mortels, _a_, 28. - -_Pele_ (poële), _b_, 111. V. _Paele_. - -_Pénanciers_, _a_, 175. - -_Penne_ sous le pied de l’oiseau enrhumé, _b_, 320. V. _Fourrure_. - -_Pépie_ des oiseaux, _b_, 325. - -_Perceau_, _b_, 249. - -_Perche_ branlant pour éveiller l’oiseau, _b_, 315. - --de l’épervier, garnie, 313. - --mouillée, dangereuse, 299. - -_Perche_ (mesure), _b_, 47. - -_Perche_, _b_, 175, 187. - --au percil, 102. - --(Coulis de), 242. - -_Percil._ V. _Persil_. - -_Perdriaulx_, _b_, 186. - --à l’eau rose, 275. - --à l’orange, 276. - --(Chasse aux), _b_, 280, 308. - --faits de poucins, 212. - --mangés au sel, 213. - -_Perdrix_, _b_, 85, 91, 92, 98, 101. - --à l’eau rose, 275. - --à l’orange, 276. - --(Chasse des), 307. - --Comment mangées, 183. - --jeunes, bonnes à chasser, 309. - --Où les chercher, 301, 307. - --Quand adouées, 183. - --Quelles sont les fraîches, 90. - --vieilles à prendre au voulon, 309. - --volées par le lanier, 324. - -PERIERS (Bonavent. des), _b_, 380. - -_Péronne_, _a_, LIX; _b_, 381. - -_Pers_ (bleu). (Comment détacher les robes de), _b_, 66. - -_Perse_ (Princes de), chassent à l’oiseau, _a_, LI. - -_Persil_, _b_, 45, 46, 49. - --Racines de persil confites, 245. V. _Houssié_ et _Larder_. - -_Pertes_ (village), _a_, 68. - -PÉRUSE (Comtesse de), _a_, 110, 113, etc. - -_Pès_ de Chastellier, _b_, 97, 103. - --d’Espaigne, _ib._ - -_Pesches_, _b_, 118. - --confites, 245. - -_Pessouer_, _b_, 294. - -_Pestail_, _b_, 115, 123, 271. - -PETIT (Jean), _b_, 115. - -PÉTRARQUE, _a_, 99, 124. - -PHARAON, _a_, 79. - -_Philicon (quid?)_, _b_, 219. - -PHILIPPE AUGUSTE, _b_, 84. - -PHILIPPE DE VALOIS, _a_, 139, 149. - -PHILIPPE LE BEL. Compte de ce prince, _a_, 169. - -_Pias_, _b_, 300. - -_Picard_ (Dialecte), _a_, LVII. - -_Picardie_, _b_, 126. - -PICQUE (Richard), _a_, LXX; _b_, 61, 115. - -_Pieds_ de bœuf, _b_, 129, 132, 145. - --de cheval, 74, 77. - --de chevreau, 145. - --de mouton, 129, 132, 145, - --lavés, _a_, 169, 238. - -_Pierre-au-lait_, _a_, LXXXV; _b_, 113. - --(Échevins de la), _a_, LXXXV. - -PIERRE (François), dit _La Varenne_, _a_, XXXVIII. - -_Pies_ (Dresser l’épervier aux), _b_, 300. - --tuées à l’arbalète et mangées, 267. - --(Vol aux), 311. - -_Pigeons_, _b_, 62, 110, 121. - --à l’orange, 276. - --au sucre, 275. - --avec choux, 144. - --consommés à la cour, 85. - --en pasté, 271. - --lardés, 178. - --mauvaise nourriture pour l’épervier, 287, 306, 311. - --sauvegarde singulière, _a_, 69. V. _Coulons_. - -_Pignolat_, _b_, 225. - --contrefait, _ib._ - -_Pigons_, V. _Pigeons_. - -_Pilette_ (flèche), _b_, 267. - -_Pince-mérille_ (jeu), _a_, LXXVII, 71. - -_Pinperneaux_ en pâté, 91, 92. - --rôtis, _b_, 101, 103, 191. - -_Pintes_ (à boire), _b_, 115. - --d’étain, 123. - -_Pipefarces_, _b_, 92, 95, etc., 227. - -PISAN (Chr. de), _a_, LXVII; _b_, 119. - -_Pise_, _b_, 93. V. _Tourtes_. - -_Pivoine_, _b_, 49. - -_Placebo_ (Jouer de), (flatter,) _b_, 25. - -_Plaideurs_, _a_, 44. - -_Plaidoieries_ du parlement, _a_, LXXII; _b_, 116 et - _passim_. V. _Plais_ et _Parlement_. - -_Plain_ (Vin), _b_, 174. - --expliqué, _b_, 193. - -_Plais_ (Épervier porté aux), _b_, 296. - -_Plais._ Voyez _Plies_. - -_Plaisir_ du mari le premier suivi, _a_, 97. - --quel qu’il soit, 155. - -_Plan de tapisserie_, _a_, LXXIII; _b_, 255. - --de Turgot, _a_, LXXIII; _b_, 80. - -PLANCHER (Dom), _a_, LIX. - -_Planter_ (Quand), _b_, 43, 44. - -_Plastreau_, expliqué, _b_, 68. - -_Plat_ (Cheval). Ce que c’est, _b_, 74. - -_Plats._ Comment servis, _a_, XLI, XLII. - --couverts, _b_, 106. - --grands, 115, 123. - --petits en étain, 115; en grand nombre, 123. - -_Plays._ V. _Plies_. - -_Pleiges_ (répondans), des domestiques, _b_, 58. V. _Caution_. - -_Plies_, _b_, 88, 202. - --en l’eau, 93, 95, 97, etc. - -_Plommé_, expl., _b_, 240. - -_Plouviers_, _b_, 98, 101. - --mangent du vent, non vidés, 183. - -_Pluie_ mauvaise pour l’épervier, _b_, 299. - -_Plumage_ de l’épervier, _b_, 292. - --des canards, 89. - -_Plumer_ à sec, _b_, 181. - -_Plumes_ cassées, comment les raffermir, _b_, 302. - --de l’épervier marquées par les _faims_, 287. - --des ailes des oiseaux, 89. - --des perdrix, 90. - --ou cures pour l’épervier, 297, 298, 312. - -_Pluviers._ V. _Plouviers_. - -_Poële._ V. _Paele_. - -_Poëliers_, _a_, LXXXVII. - -_Poids_ (Gros), expl., _b_, 248. - -_Poinçon_ (tonneau). Sa contenance, _b_, 244, 249, 260. - -_Poireaux._ V. _Poreaux_. - -_Poirée._ V. _Porée_. - -_Poires_, _b_, 92, 121. - --confites, 245. - --cuites, 92, 267. - --d’angoisse, 267. - --vermeilles en hiver, 250. - -_Pois_, _b_, 49. - --au craspois, 136. - --au lard, 135, 136. - --coulés, 91, 96, etc., 136. - --daguenets, 100. - --Dans quelle eau cuisent, 134. - --en cosse et au lard, 136. - --nouveaux, 136. - --percés, 50. - --vieils en potage, 134. - --vieils jaunis, 136. - -_Poisières_, _b_, 307. - -_Poisons_ pour cerf ou sanglier, _b_, 258. - -_Poisson_ d’eau douce, _b_, 92, 93; (Chapitre du), 187. - --de mer, 92, 93. - --de mer, plat (Chapitre du), 201. - --de mer, rond (Chapitre du), 194. - --froid au potage jaunet, 175. - --en galentine, 174. - -_Poitevine_ (Sauce), _b_, 234. - -_Poitiers_, _a_, 94. - -_Poitou_ (Chevauchée de), _a_, XLV. V. _Niort_. - -POITRINE (Jeh.), _b_, 119, 120. - -_Poitrine_ de bœuf, _b_, 86, 87, 131. - -_Poivre_ aigret ou jaunet, _b_, 178, 232. - --long, 112. - --noir, 233. - -_Poles_, _b_, 203. - -_Pommeaux_, _b_, 97, 103, 222. - -_Pommes_ (Breuvage de), _b_, 79. - --cuites, 101, etc. - --de blandureau, 111, 122. - --de rouvel rôties, 106. - --en riquemenger, 268. V. _Oranges_ et _Grenades_. - -_Pommettes_ de fressure d’agneau, _b_, 222. - -_Pompons_, _b_, 273. - -_Ponctuation_, _a_, LXI. - -_Pont-sur-Yonne_, _a_, 68. - -_Pontife_ (Fromage comparé au), _b_, 146, 147. - -PONTONNIER (Jean le), _b_, 82. - -_Porcs_, _b_, 62, 266, 268. - --(Boyaux de) comment lavés, 160, 228. - --(Chaudun de), 160. - --consommés à Paris, _a_, XLIII; _b_, 82, 83, 84, 85. - --en pasté, _b_, 271. - --en rissole, 225. - --eschaudés et rostis, 178. - --(Filet de cuisse de), 287. - --(Fressure et boyaux de), 158, 228. - --(Hastelets de chaudun de), 228. - --(Issues de), 128. - --jaunis à l’air, 126. - --mis au saloir en Picardie, 126. - --(Pieds de), 237. - --Quand les tuer, 125. V. _Cochon_, _Pourceau_, - _Pourcel_, _Pourcelet_, _Sous_, _Ver_, _Vinaigrette_. - -_Porc de mer_, _b_, 198. - --en entremets, _a_, XLII. - -_Porc épic_ (Hôtel du), _b_, 254. - -_Poreaux_, _b_, 50. - --à chapons, 98. - --aux amandes, 99. - --blancs, 96. - -_Porée_, _b_, 44, 47. - --au lait d’amandes, 142. - --blanche, 94, 95, 139. - --blanche de bettes, 140. - --de bettes, 137, 140. - --de cresson, 102, au lait d’amandes, 140. - --de minces, 142. - --d’été, de caresme, etc., 48, 49. - --noire, 93, 97, etc., 142. - --nouvelle, 141. - --verte, 107, 139, 141, 142. - --vieille, 141. - -_Portages_ (ports), des provisions, _b_, 123. - -_Porte de Paris_, _b_, 80, 122, 132. - -_Portes_ (oublies?), _b_, 110, 122. - -_Portechappes_, _a_, XLI; _b_, 114. - -_Portefaix._ Leur caractère, _b_, 54. - -_Porteurs_ à l’enfeutrure, _b_, 53. - --d’eau, 115. - -_Portugais_ à la cour de Bourgogne, _b_, 273. - -_Portugal_, _a_, LXVI. - --(Jardiniers de), _b_, 273. - -Potage aoursé (brûlé), _b_, 87, 124, 137, 263. - --de Lombards, 171. - --de pois vieils, 134. - --d’une petite oé, 149. - --écartelé, 91, 216. - --jaunet, 175. - --maigre, 148. - --parti, ou faux grenon, 216. - --pour faire issue, appelé _Gelée_, 100. - -_Potages_ à épices non lians, _b_, 147. - --communs sans épices, 134. - --d’épices, leur saison, 242. - --(Épices pour les), 107. - --lians, 87. - --lians de chair, 158. - --Manière de les dessaler et d’en ôter l’arsure, 262, 263. - --qui s’en vont sur le feu, 88. - -POTARD (Jean), _b_, 116. - -POTARDE (Perrette), _b_, 116. - -_Potirons_ (Pâté de), _a_, XXXIX. - -_Pots_, à aumône, _b_, 115, 118, 123. - --Combien loués, 124. - --de cuivre pour la vaisselle, 115, 122. - --de diverses sortes, 115. - --de terre, à vin, 123. - --pour la gelée et la cameline, 114. - --pour potages, 123. - -_Poucins_, _b_, 108, 160. - --à la mode lombarde, 185. - --à l’eau bénite, 275. - --à l’eau b. d’oignons, 276. - --à l’orange, 276. - --à porter à la chasse, 300, 306. - --Combien pour un dîner, 110. - --Comment engraissés, 212. - --Comment faisandés, 181. - --en froide sauge, 215. - --en pasté, 185. - --en rosé, 154. - --farcis, 212. - --mangés en trois fois par l’épervier, 306. - --nourris avec des éperviers, 285. - --(Perdreaux faits de), 212. - --(Prix des), 110, 121. - --rôtis, 180, 232. V. _Poulets_. - -_Poudre_ blanche, _b_, 122. - --de canelle, 122. - --de duc, 248. - --fine, 122, 247. - --pour tuer les loups, 63. - -_Poulailles_, _b_, 85. - --farcées, 213. - -_Poulaillier._ Ce qu’il fournit pour un repas de noces, _b_, 110, 122. - --du roi, etc., 85. - -_Poules_, _b_, 62, 271. - --aux herbes, 100. - --farcies, 268. - -_Poulet_, _b_, 165. - --(Coulis d’un), 242. - --Cols de poulets en coulis, _ib._ - -POUPART (Charles), argentier du roi, _a_, XXX. - -_Pourceau_, _b_, 62. - --(Groin de), nécessaire au serviteur, 23. - --jaunit à l’air, 126. V. _Porc_, _Pourcel_, _Pourcelet_, _Cochon_, etc. - -_Pourcel_ (Soux de), _b_, 231. - -_Pourcelet_ farci, _b_, 178. - --lardé, 178. - --(Sous de), 215. - -_Pourpois_, _a_, LXXXIV; _b_, 103, 198. - -_Poux_ des oiseaux, _b_, 325. - -_Précautions_ à prendre avec les hommes de peine, _b_, 54. - -_Président_ du parlement, _b_, 104. - --Comment placé et servi à table, 106. - -_Présomption_, _a_, 42. - -_Presse._ V. _Foule_. - -_Prêter_ 12 pour 13, _a_, 46. - -_Prêtres_ discrets, _a_, 162. - -_Prévôts_ de Paris, _b_, 254, 255. - --(Hôtel des), 255. - -_Prières_, _a_, 10, 11, 12. V. _Oraison_. - -_Prime_ (Heure de), _a_, 48. - -_Prix_, cités dans le _Ménagier_, comment les interpréter, _a_, XXXI. - --de la bougie, _b_, 112. - --de la canelle, 111. - --de la chair, 128, 132. - --de la cire, 112. - --de la graisse, 82. - --de la loche, 220. - --de l’argent, 86. - --de la vaisselle, 124. - --de la volaille, 110, 119, 120, 121. - --de l’eau, 123. - --de l’herbe verte, 124. - --de l’ypocras, 112. - --des amandes, 111. - --des bonbons, 112. - --des carrotes, 245. - --des cochons, 120, 220. - --des cuirs de bœuf, 82. - --des écrevisses, 220. - --des épices, 111. - --des flambeaux, 112, 124. - --des fleurs, 116, 123. - --des ménestrels, 123. - --des morceaux de bœuf, 86, 87. - --des moutons, 82. - --des nappes, 124. - --des oublies, 107, 109. - --des perdreaux, 120. - --des pots d’étain, 124. - --des sergens, 124. - --des tables, tréteaux, etc., 116, 123. - --des torches, 112, 124. - --des verres, 124. - --du blé, 109, 111. - --du bois à brûler, 113. - --du charbon, 113. - --du froment mondé, 111. - --du galanga, 112. - --du gingembre, 111. - --du girofle, 111. - --du macis, 112. - --du mouton, 86, 87. - --d’un cuisinier, 114, 123. - --d’un hôtel pour une noce, 116, 123. - --du pain, 109. - --du poivre, 112. - --du ris, 111. - --du safran, 111. - --du sucre, 111. - --du veau, 86, 87, 221. - -_Procureur_ au chatelet et au parlement, _a_, LXXVIII, LXXXV. - -_Procureur du roi_, _b_, 104, et note. - --Où placé à table, _b_, 106. - -_Procureur général._ Remarques sur ces mots, _a_, - LXXVIII, LXXIX; _b_, 104, 106. - -_Prouesse_, _a_, 57. - -_Provence_ (Figues de), _b_, 101. - -_Proverbes_, _a_, LXXXVII, 169, 178; _b_, 4, 15, - 21, 37, 56, 70, 114, 125, 156, 292. - -_Proverbiale_ (Façon de parler), _a_, XLVII. - -_Provins_ (Roses de), _b_, 252. - -_Provisions_, par qui achetées, _b_, 117. - -_Prudence_, femme de Mellibée, _a_, 186 et suiv. - -_Prunelles_ de haie, _b_, 235. - -_Prunier_ enté sur vigne, _b_, 51. - -_Psaultier_, _b_, 129, 132. - -_Pucelle_ (Conditions de la), _b_, 72. - -_Puces._ Comment les chasser, _a_, 171. - -_Purée_, _b_, 102. - --expl., _b_, 135, 137. - --A quoi elle sert, 136, 137. - -_Purer_, expliqué, _b_, 135. - - -Q - -_Quadragésimal spirituel_, _a_, LXXIII; _b_, 45. - -_Quarrel_ fondant sous le pied, _b_, 204. - --ou _Quarreau_ (brochet), 88. - -_Quarrelet_, _b_, 202. - -_Quartes._ Ce que c’est, _b_, 106. - --d’argent, _a_, XL; _b_, 118. - --d’étain, 115, 123. - -_Quatre-de-chiffre_, _a_, LXXXIV. - -_Quayeu_ (Moule de), _b_, 205. - -_Quelboe_, _b_, 204. - -_Quelrel_, _b_, 204. - -QUENTIN (Thomas), _a_, 237. - -QUENTINE (Jeanne la), _a_, 237. - -_Queue_ (tonneau), _b_, 67. - -_Queue_ de cheval, _b_, 72, 75. - --de l’épervier, _b_, 312. - --de sanglier, 155, 179. - --de sanglier à la sauce chaude, 93, 96. - --Sauce dite _Queue de sanglier_, 179, 236. - -_Queue._ V. _Balay_. - -_Queue-en-Brie_ (La), _a_, LXXXV. - -_Queurie._ V. _Cuisine_. - -_Queux_ (Grand), de France, _a_, XL. - -_Queux_ (Aides des), _b_, 123. - --(Attributions d’un), _a_, XL; _b_, 117. - --loué, 114. - --(Salaire d’un), 123. - --(Terme technique des), 164. - -_Qui féri_ (jeu), _a_, 71. - - -R - -_Raales_ des champs, _b_, 310. - -RACHEL, _a_, 85. - -_Rafan_, _b_, 246. - -_Raffle_ racine, _b_, 246. - -_Rage_ (Conjuration contre la), _b_, 259. - -_Raie._ V. _Raye_. - -_Raifort_, _b_, 246. - -_Raisin._ V. _Roisins_. - -_Raison._ Avantages qu’elle procure, _b_, 29. - -_Ramage_ (Épervier), _b_, 314, 320. - -_Ramiers_ (Coulons), _b_, 89, 133. - -_Ramolles._ V. _Raniolles_. - -_Rancune_, _a_, 40. - -_Rangs_ peu marqués dans les relations sociales, _a_, L. V. _Bourgeois_. - -_Raniolles_, _b_, 93, 97. - --lombardes, _b_, 95. - -_Rape_, _b_, 77. - -_Rapine_, _a_, 45. - -_Rappé_, _b_, 168. - -_Rate_, _b_, 132. - -_Ratières_, _b_, 64. - -_Rats_, bons pour les oiseaux, 312, 313, 326. - --Comment les détruire, _b_, 64. - -_Raves_, _b_, 49. - -_Raye_, _b_, 201, 202. - --(Aulx camelins pour), 201, 230. - --bouclée, lisse, etc., 201. - --(Galentine pour), 202. - --notrée, 201. - -RAYMONDE, _a_, 68. - -_Rebat_, _b_, 291. - -REBECCA, _a_, 85. - -_Recettes_ dont l’auteur doute. V. _Remarques_. - --empruntées, _a_, XXXIV. - -_Réclamer_, expl., _b_, 284, 296, 297, 299, etc., 314. - -_Recommanderesses_, _b_, 58. - -_Recoupes_, _b_, 89. - -_Recréance_, expl., _b_, 295, 296, 297, 299, etc. - -_Recueil de tous les oiseaux de proie_, etc., _a_, LXVI. - -_Redefort_, _a_, LXIX. - -_Regard_ (Joli passage sur le), _b_, 14. - -_Regard_ (Jour du), _b_, 118, 122, 124. - -_Réglisse_ (Quelle est la bonne), _b_, 238. - -REIFFENBERG (M. le baron de), _a_, LIII. - --Son article sur le _Ménagier_, LV. - -_Reims_, _a_, LXX. - -_Reine_ (Dépense de la) et de ses enfans, _b_, 85. - -_Reine_ de Navarre, _a_, 240. - -_Reines_ blanches, _b_, 123. - --de France ne lisent seules que les lettres autographes des rois, _a_, 75. - --n’embrassent que le roi, 76, _b_, 381. - -_Réjouir_ (Tout le monde aime à se), _a_, 154. - -_Relations des ambassadeurs vénitiens_, citées, _a_, XLVII. - -_Religieux de Saint-Denis_, cité, _a_, 135, 136. - -_Remarques_ critiques[1612] de l’auteur sur des recettes, _a_, XXXI; _b_, - 66, 85, 93, 106, 129, 153, 158, 161, 162, - 164, 166, 167, 179, 190, 235, 236, 269. - -_Remèdes_ pour les chevaux, _b_, 77. - -_Remere_, expl. _b_, 307. - -_Renart_ (Conditions du), _b_, 72. - --Recette pour les détruire, 63. - -RENAUD de Louens, _a_, 186. - -_Renodie_ (La). V. _Sainte-Aulaire_. - -_Renoulles_, _b_, 222. - -_Renseignemens_ à prendre sur les chambrières, _b_, 57. - -_Renverser_ une anguille, _b_, 191. - -_Repas_ des domestiques, _b_, 70. - --(Ordre d’un), _a_, XL; _b_, 103 et suiv. - -_Repos_ trompe les gens, _b_, 40. - -_Reprise_ des torches par l’épicier, _b_, 123. - -_Requêtes_ de l’hôtel, _a_, LXXIX. - -_Ressatir_, _b_, 299. - -_Restes_ des tables, _b_, 117. - -_Restraintif_ pour les chevaux, _b_, 77, 79. - -_Retrait_ de la reine, _b_, 62. - -_Rets saillant_, _b_, 314. - -_Révolution_ a diminué la consommation de la viande, _a_, XLVI. - -_Rhombus_, _b_, 203. - -_Rhume_ de l’épervier, _b_, 319, 320. - -_Riagal_ (aconit), _b_, 64. - -_Ribaude._ Mauvais mot, _b_, 60. - -_Ribelette_, expl., _b_, 139, 142. - -_Richebourg_, _a_, LIX. - -RICHEMONT (Arthur de), _b_, 254. - -_Riches_ gens mangent des limaçons, _b_, 223. - -_Rique-menger_, _b_, 268. - -_Rire_ (Comment), _b_, 26. - -_Ris_, _b_, 214. - --battu, 111. - --engoulé, 91, 92, 98, etc.; 214, 243. - --et amandes frites dessus, 107. - --(Fleur de), 122. - -_Rissoles_, _b_, 88, 92, 93. - --à jour de poisson, _b_, 225. - --à jour de chair, _ib._ - --de brochet, 188. - - --de mouelle de bœuf, 84, 97, etc.; 226. - --en carême, 225. - -RIVIÈRE (Bureau de la), _a_, LXVI; _b_, 46, 380. - -_Robe_, expl., _b_, 67. - -_Robes_ à visiter, _b_, 65. - --Comment les détacher, nétoyer, etc., _b_, 65 et suiv. - --d’une bouchère, 82. - -_Robeslinges_, _a_, 169, 238, 239. - -ROCHEFORT (Jean de), _a_, 150. - -_Rochelle_ (Vin de la), _b_, 38. - -_Rocs_ d’échiquier, _a_, XLVII, 7; _b_, 381. - -RODOALD, _a_, 70. - -_Rogne_ du cheval (gale), _b_, 75, 77. - -ROHAN (Vicomte de), _b_, 321. - -_Roi_ (Consommation du), _b_, 85. - --(Étaux du), 200. - -_Roi-qui-ne-ment_ (Jeu du), _a_, 7. - -_Roi (Ne pour), ne pour roc_, _a_, XLVII; _b_, 380. - -_Rois._ Étoffe grossière, ou vêtement grossier, _a_, LXXXIII; _b_, 32. - -_Roisins_, _b_, 101, 118. - --de Digne, sans pepins, 246. - --sans pepins, 50. V. _Morillon_ et _Moust_. - -_Roissoles._ V. _Rissoles_. - -_Romain_ (Pauvre) fait empereur, _a_, 98. - -_Romaine_ (Histoire de la), _a_, 158. - -_Romaine_ (Laitue), _b_, 46. - -_Romainville_, _a_, LXXXV. - -_Roman de la Rose_, cité, _a_, 75. - -_Romarin_, _b_, 53, 106, 231. - --Manière de l’envoyer loin, 53. - -_Roménie_ (Sacres de), _b_, 323. - -ROMILDE, duchesse de Frioul, _a_, 70. - -_Rondeaux_ sur Aubriot, _a_, LXXXVII. - -_Rongne_, _b_, 75, 77. - -_Ront_ (poisson), _b_, 203. - -ROQUEFORT (J. B. B. de), _a_, LXXI, etc. - -ROQUELAURE (G. J. B. duc de), _b_, 83. - -_Rosé_ (plat), _b_, 95. - --d’alouettes, 94, 97, 154. - --de lapereaux, 93, 97, 154. - --de poucins, 154. - --d’oiselets, 154. - -_Rosé_, (_quid_?), _b_, 252. - -_Roses_ de Prouvins, _b_, 252. - --gardées en hiver, 52, 251, 252. V. _Fleurs_. - -_Rosiers_, _b_, 49. - -_Rosses_ (poisson), _b_, 194. - -_Rost_ de char (Chapitre du), _b_, 177. - --Le meilleur qu’on peut, 93, 95, etc. - -_Rôtisseur._ V. _Oyers_. - -ROUBAIS (Isabelle de), _a_, LIX. - --(Jean de), LVIII. - --(Marguerite, dame de), LVIII et suiv.; _b_, 272. - --(Pierre de), _a_, LVIII, LIX, LX; _b_, 275; - prend Péronne en 1465, _a_, LIX. - -_Roubais_ (Église de), _a_, LIX. - -_Rouen_, _a_, 135. - -_Rouget_, _b_, 100, 101, 197. - --(Espimbèche de), 175. - -_Rougir._ Bon signe chez une chambrière, _b_, 59. - -_Rouillée_ de bœuf, _b_, 163. - -ROUSSEAU (Guiot), _a_, 68. - -_Rousset_ (Brouet), _b_, 164. - -_Rue_ Charlemagne, _b_, 254. - --Culture-Ste-Catherine, 254. - --d’Avignon, _a_, LXXXV. - --de Braque, _b_, 84. - --de Galilée, 255. - --de Jouy, _a_, XXI; _b_, 254. - --de la Heaumerie, 113. - --de la Pierre-au-Lait, _a_, LXXXV. V. _Pierre_. - --de la Savonnerie, _b_, 113. - --de la Verrerie, 116. - --de la Vieille-Monnoie, 113. - --de Lormerie, _ib._ - --des Arcis, 113. - --des Billettes, _a_, LXXXV; _b_, 116. - --des Écrivains, 113. - --des Prêtres-Saint-Paul, 254, 255. - --du Mûrier, _a_, LXXXV. - --du Petit-Crucifix, _b_, 113. - --du Porche-Saint-Jacques, _a_, LXXXV; _b_, 113. - --Jean-Lecomte, _a_, LXXXV. - --Percée, _a_, XXI; _b_, 254. - --Saint-Antoine, _b_, 254, 255. - --Saint-Jacques-la-Boucherie, 113. - --Simon-le-Franc, 116. - --Trognon, _a_, LXXXV. V. _Tenue_. - -_Rue_ (Plante), _b_, 319, 320. - -RUEL (Jeh. de), _b_, 120. - -_Rues_ (Éperviers portés dans les), _b_, 296. - --Leurs noms constamment changés par la municipalité actuelle de Paris, 254. - -_Rues et églises de Paris_, _a_, LXXIV; _b_, 52. - -_Ruissoles._ V. _Rissoles_. - -RUMIGNY (M. le marquis de), _a_, LV. - -_Ruses innocentes_, citées, _b_, 314. - -_Russie_ (Sacres de), _b_, 323. - -RUTEBEUF, cité, _b_, 57. - -RYMER, cité, _a_, LXXX. - - -S - -_Sablon_ pour horloges, _b_, 257. - -_Sacres_, _b_, 318, 323. - --employés en Asie, _a_, LI. - --ont les pieds bleus, _b_, 324. - --originaires de Tartarie et du Turkestan, _a_, LI. - -_Saffran_ d’Ort, _b_, 246. - --(Prix du), 111. - --Remède pour les oiseaux, 325. V. _Frangié_. - -_Sage_ et fou. Qui l’est, _b_, 28. - -_Sage_ homme laissé par sa femme, _a_, 183. - -_Saïda_, _a_, LI. - -_Saignée_ (Détails sur la), _a_, 164. - --du cheval, _b_, 76, 77, 79. - -_Sain_ de porc, _b_, 128. - -SAINT-AIGNAN (Le duc de), _a_, LXXI. - -_Saint-André-des-Ars_ (Église de), _a_, 16. - -_Saint-Benoît_ (Boucherie de), _a_, XLIV. - -_Saint-Denis-du-Chastel_, _a_, 95. - -_Saint-Éloi_ (Boucherie de), _a_, XLIV; _b_, 84. - -_Saint-Francbourg-de-Senlis_, _a_, LXIX. - -SAINT-GERMAIN (Guillaume de), _b_, 104. - -_Saint-Germain_ (Boucherie de), _b_, 83, 84. - -_Saint-Jacques_ (Pèlerins de), _a_, 183. - -_Saint-Jacques-la-Boucherie_, _b_, 113. - -_Saint-Lô_ (Archives de), _a_, XXXV. - -_Saint-Maixent_, _a_, 94. - -_Saint-Marcel_ (Boucherie de), _a_, XLIV; _b_, 83, 84. - -_Saint-Martin_ (Boucherie de), _b_, 84. - -_Saint-Nicolas_ (Boucherie de), _b_, 84. - -_Saint-Paul_ (Quartier), _a_, XLIV. - -_Saint-Pol_ (Cage du roi à l’hôtel), _b_, 253. - -_Saint-Severin_ (Église de), _a_, LXXIII. - -_Saint-Thibaut_ (Prieur de), _a_, LXXXV. - -_Saint-Victor_ (Abbaye de), _a_, LXXIII. - -SAINT-YON (Guillaume de), _a_, XLVI; _b_, 82, 83. - -SAINTE-AULAIRE (François de), sieur de La Renodie, _a_, LXXIV. - --cité, _b_, 280, 287, 288, 289, 293, 317, 323. - -_Sainte-Geneviève_ (Boucherie de), _a_, XLIV; _b_, 83. - -SAINTE-PALAYE (La Curne de), _b_, 380. - -_Salaminée._ V. _Salemine_. - -_Salemine_, _b_, 99, 102. - --de becquets et tanches, _b_, 107. - -_Saleure_ (Viande salée), _b_, 91, 92. - -_Salières_, _b_, 118. - --d’argent, _a_, XL; _b_, 106. - --de pain, _a_, XLI; _b_, 114. - -_Salle_ à manger, sa description, _a_, XL; _b_, 105. - --où les gens entrent et s’arrêtent, _b_, 61. - -_Saloirs_ en Picardie, _b_, 126. - -_Saluces_, _a_, 99. - -_Samois_ (Pont de), _a_, 149. - -SANCERRE (Le comte de), _a_, LXXIX. - --(Le maréchal de), _a_, 137. - -_Sandal_, _b_, 118. - -SANDRAS DE COURTILZ, _a_, LXVIII; _b_, 83. - -_Sang_ doit faire horreur aux femmes, _b_, 59. - -_Sanglant._ Mot de malédiction, _a_, LXXXIII; _b_, 59. - -_Sangle_ (ongle), _b_, 294, 295. - -_Sanglier_ (Bourbelier ou Bourberel de), _b_, 179, 236. - --comment cuit, 158. - --fait d’un ver, 259. - --(Foie de), 157. - --frais, comment mangé, 156, 265. - --(Membres du), 157. - --(Poison pour le), 258. - --salé, 158. - --(Tête et joues de), 158. V. _Bêtes noires_. - -SANSONET. Marchand d’oiseaux et voleur, _b_, 62. - -SARA, _a_, 79. - -_Sarcelles_, _b_, 311. - -_Sardines_, _b_, 271. - -_Sarge_ (serge), _b_, 118. - -_Sariette_, _b_, 44. - -_Sas_, _b_, 136. - -_Satin_, _b_, 66. - -_Satisfaction_ (De la), _a_, 27. - -_Sauce._ V. _Saulce_. - -_Saucisse._ V. _Saulsisse_. - -_Sauge_, _b_, 44, 249. - --dans la venaison, 130. - --(Froide), 93, 96, 215. - -SAUGETE (Jean), _a_, 15. - -_Saulce_ à mettre boulir en pasté de hallebrans, _b_, 236. - --blanche de brochets et de perche, 102. - --blanche de poisson, 93, 97. - --briefve pour chapon, 235. - --d’aulx blanche ou verte, 231. - --de lamproie, 133. - --jaunette, _b_, 175. - --paresseuse, 233. - --pour chapon ou poule, 237. - --pour œufs pochés, 237. - --râpée, 237. - --vert d’espices, 231. - -_Saulces_ boulies (Chapitre des), _b_, 232. - --liantes, 87. - --non boulies (Chap. des), 229. - --plus fortes en hiver, 236. - -_Saulsisses_, _b_, 91, 92. - --Manière de les faire, 266. - -_Saultier._ V. _Psaultier_. - -_Saumons_, _b_, 101. - --(Dalles de), 198. - --farcis, 96, 103. - --frais, 198. - -_Saupiquet_, _a_, LXXXVI; _b_, 181, 233. - -_Saussier_, _b_, 122. - --Ce qu’il fournit, _b_, 111. - -_Saut_ de l’épervier, _b_, 280. - -SAUVAL, _a_, LXXIV, LXXVIII, LXXXV, 174; _b_, 80, 84, 116, 253, 254, 255. - -_Sauvegarde_ singulière pour une femme, _a_, 69. - -_Savoie_ (Bœufs de) amenés à Paris en 1422, _a_, XLVI. - --(Brouet de), _b_, 166. - -SAVOIE (Agnès de), _a_, LIX. - -SCAPPI (Barth.), cité, _b_, 207. - -SCHEFER (M.), cité, _a_, LI. - -SCHNEIDER (Jo.-Gott.), _a_, LXIX. - -_Seaulx_ pour recueillir les restes, _b_, 114. - -_Sèche_ à un gravé, etc., _b_, 103. - --conrée, 205. - --(Étaux à), 200. - --fraîche, 206. - --frite, 103. - --salée, consolation du carême, 206. - -_Seconds_, _b_, 106, 109. - -SECOUSSE (D. F.), _a_, LXXIV. - -_Secrets_ du mari à garder, _a_, 179. - -_Sedile_ (bloc), _b_, 289. - -_Seiche._ V. _Sèche_. - -_Seigneur_ abusant d’une bourgeoise, _a_, 139. - -_Seigneurs_ à fuir, _a_, 77. - --(Gens de cour de) à éviter, 177. - --(ou oncles du roi). Rissoles faites chez eux, _b_, 226. - -_Seimier_ de cerf, _b_, 87, 129, 156, 157, 264. - -_Seine_ (Eau de), _b_, 68, 243. - -_Sel_ armoniac, _b_, 250. - --blanc, 113, 250. - --gros, 113. - --noir, 190. - -_Semer_ (Quand), _b_, 43. - -_Semier._ V. _Seimier_. - -SENDABAD, _a_, 158. - -_Senlis_, _a_, LXIX. - -_Sens_, _a_, 68. - -_Septembre_ (Chasse en), 310, 311. - -_Septembresse_, (_quid_?), _b_, 49. - -_Sept sages de Rome_, cités, _a_, 158. - -_Serceaux_ (plumes), _b_, 89, 294. - -_Serge_, _b_, 118. - -_Sergens_ pour garder les portes, _b_, 115, 124. - -_Serpentine_, _b_, 49. - -_Serres_ de l’épervier, _b_, 294. - -_Servans._ Leur dîner, _b_, 107. - -_Serviettes_, _b_, 108. - --(Petites), _b_, 107. - -_Service_ des domestiques à organiser, _b_, 60. - -_Serviteurs._ Comment doivent être pour leurs maîtres, _b_, 22. - --de trois espèces, 53. - -_Setier._ V. _Sextier_. - -_Seun_ (Feuille de), _b_, 251. - -_Seur_ (Feuille de), _b_, 223, 251. - -_Seurfrire_, expl., _b_, 151. - -_Seurmontain_, _b_, 67. - -_Sextier_, expl., _b_, 68, 237. - -_Seymé_, _b_, 100, 151, 173. - -_Seymier_ de cerf. V. _Seimier_. - -SICILE (Le roi de), duc d’Anjou, _a_, 174. - -_Siffler_ l’oiseau, _b_, 297, 308. - -_Signes_ douteux, _b_, 247. - -_Siller_, expl., _b_, 315. - -SILVESTRE (Israël), _a_, XX. - -_Simonie_, _a_, 46. - -_Simplicité_ de mœurs d’un procureur général en 1383, _b_, 104. - -_Singes_ apprivoisés, _a_, 144. - -_Singularité_, _a_, 31. - -_Sizain_, (_quid_?), _b_, 248. - -_Sobriété_, _a_, 59. - -_Société de l’histoire de France_, _a_, LXXVI. - -_Société des bibliophiles._ Sa composition, - _a_, préliminaires; publie le _Ménagier_, _a_, LIV. - -_Société des bibliophiles de Reims_, _a_, LXX. - -_Sodomie_, _a_, 52. - -_Soie_ (Robe de), _b_, 66. - -_Soieurs_, _b_, 54, 57. - -_Soins d’une femme pour son mari_, _a_, 169. - -SOISSONS (Comtesse de), _a_, LXXI. - -_Soles_, _b_, 101, 160, 203. - --(Coulis de), 242. - -_Solidarité_ de deux époux, _a_, 184. - -_Sommières_, _a_, XXI. - -_Son._ Comment donné aux chevaux, _b_, 77. - -_Songe de pestilence._ Ce que c’est, _a_, LXXII; cité, _a_, 29. - -_Sonnettes_, _b_, 315. - -_Sorcelleries._ Quelles sont les meilleures, _a_, 170, 171. - -_Sorées_ (Plumes), _b_, 316, 318. - -_Soret_, _b_, 106. - --au vinaigre, _b_, 101. - -_Soringue_ d’anguilles, _b_, 91, 93, etc.; 173. - --(Potage liant comme), 164. - -SOTTENGHIEN (Jehan de), _a_, 139. - -_Soubtil brouet d’Angleterre_, _b_, 166. - -_Soubuse_, _b_, 307. - -_Soucié_, _b_, 203, 231. - --Étymologie de ce mot, 231. - --vergay, à garder poisson de mer, 231. - -SOUDANT (Jean), _b_, 116. - -_Souliers_, _a_, 169, 239. - -_Soupe_ dans le sens actuel, _b_, 121. - --dépourvue, 145, 146. - --en moustarde, 175. - -_Souper_ en juillet, _b_, 147. - --fait en hâte, 170. - --(Heure du), 39. - -_Soupers_ (Devis de), _b_, 100. - --de noces, 108. - -_Souppis_ de bœuf, _b_, 131. - -_Source_ (Vol à la), _b_, 280. - -_Souricières_, _b_, 64. - -_Sous_ de pourcelet, _b_, 215, 231. - -_Souterraine_ (La), _a_, 94. - -_Soux._ V. _Sous_. - -STADLER (M. de), _a_, 68. - -_Statistique_ du _Ménagier_ peu sûre, _a_, XLIII et suiv. - --(Mauvaise) de l’ouvrage intitulé les _Rues et églises de Paris_, XLV. - -_Stipulation_ (Objets donnés en témoignage de), _a_, 132, 133. - -_Stockfisch_, _b_, 195. - -_Stofix_, _b_, 195. - -_Style_ de l’auteur et du XIVe siècle, _a_, XXIX et XXX. - -_Subtilité_ des femmes, _a_, 167. - -_Sucre_ en pierre, _b_, 122. - --en roche, 238. - --(Prix du), 111. - --rosat, 112, 122, 274. - --vieil, 92. - -_Sucreries_, _a_, XLIII. - -_Suffisance_ (contentement de peu), _b_, 21. - -_Supplément aux corrections_, _b_, 380. - -_Supplications_, _b_, 107, 110. - -_Sur_, pris pour chez, _b_, 154, 186, 220, 246. - -_Surcot_, _a_, 13, 14. - -_Surlonge_, _b_, 86, 87, 130, 131. - -_Surlonges_, _b_, 295. - -_Suros_ du cheval, _b_, 74, 75. - -SUSANNE (Histoire de), _a_, 64. - -_Suzerain_ qui veut être embrassé, _a_, LXXVIII. - - -T - -_Table_ de ce livre (Remarques sur la), _a_, LXII. - -_Table_ (Détails sur le service de), _a_, XL, et suiv.; _b_, 118. - -_Tables_ au XIVe siècle, _a_, XL, LXXXIII; _b_, 116. - --louées, _b_, 123. - -_Taches._ Comment les ôter, _b_, 65. - -_Taille_ (Créance ou crédit sur), _b_, 56, 86. - --à la boucherie, 132. - -TAILLEVENT (Guill. Tirel dit), _a_, XIX, XXXIII, 237. - --Édition et manuscrits de son ouvrage, _a_, XXXV, LXXIV. - --encore réimprimé en 1602, XXXVIII. - --figure à tort dans le P. Anselmé, XL. - --rappelle l’ouvrage d’Apicius, XXXVII. - --cité, _b_, 166, 168, 172, 211, 240, 241. - --Plats analogues à ceux de Taillevent ou copiés, - _b_, 148, 154, 163, 166, 173, 176, 183, - 211, 212, 213, 214, 234, 242 (2), 262 (2). - -_Taillis_, _b_, 92, 102, etc., 211. - -_Talemouse_, _b_, 96. - -_Taloches_, _b_, 119. - -_Talon_ de collier, _b_, 86. - -TANCARVILLE (Comte de), _a_, LXVI. - -_Tanche_ de mer, _b_, 203. - -_Tanche_ (Coulis de), _b_, 242. - --de mer, 203. - --frite, 187. - --renversée, 187. - -_Tanches_, _b_, 160. - --à un bouli lardé, 96, 103. - --aux soupes, 92, 93. - -_Tanné_, _a_, LXXXVII. - -_Tante_ (poisson), _b_, 203. - -_Tapisseries_, _b_, 118. V. _Guise_. - -TARDIF (Gme), cité, _b_, 316, 321. - -_Tartarie_, _a_, LI; _b_, 323. - -_Tarte_ de la farcissure d’un cochon, _b_, 217. - --jacobine, _b_, 217. - -_Tartelettes_, _b_, 111, 121. - -_Tartes_, _b_, 101, 102. - -TASON, _a_, 70. - -_Taverne_ est l’église du diable, _a_, 48. - -_Temple_ (Boucherie du), _b_, 83, 4. - -_Temps_ pluvieux. A quoi bon, _b_, 43. - -_Tenoisie_, _b_, 207. - --(Œufs à la), _b_, 209. - -_Tenue_ d’une femme dans la rue, _a_, 15. - -_Térébentine_, _a_, 171. - -_Termes_ de cuisine, _b_, 87, 125. - -_Terre_ à foulons, _b_, 65. - --de Beauvais, 251, 252. - --de robes, 65. - -_Tesmoings_ de lard, _b_, 270. - -_Teste_ de mouton, _b_, 267. - --de sanglier, 98. - --du cheval, 73. - -_Testes_ (Demies), dorées (de chevreaux?), _b_, 108. - --d’oiseaux, données aux faucons, 182. - -_Tétines_ de vaches, _b_, 270. - -THEUX (M. de), _a_, LV. - -THIBERT (Louis), _b_, 82. - --(Famille), _ib._ et 83. - -THOMAS (Jehan), _a_, LXXXII. - -_Tierce_ (Heure de), _a_, 48; _b_, 305. - -_Tiercelet_ d’autour et de faucon, etc., _b_, 318, 324, 325. - -_Tiers_ (jeu), _a_, 72. - -_Tieule._ V. _Tuile_, _b_, 94. - -_Tinel_, expliqué, _a_, 163. - -_Tire_ (poisson), _b_, 201. - -_Tire-d’aîle_ (Vol à), _b_, 309. - -TIREL (Gme). V. _Taillevent_. - -_Tirer_ (Faire) l’oiseau, _b_, 319, 320, 322. - -_Tiron_ (Censive de), à Paris, _b_, 253 et 254. - -TITE-LIVE, cité, _a_, 70. - -_Tizanne_ doulce, _b_, 237. - -TOBIE (Le jeune), _a_, 91. - -_Toile cirée_ aux fenêtres, _a_, 173. - -_Toise_ (Vol à la), _b_, 280. - -_Tombe_ (poisson), _b_, 197. - -_Tombes_ de marbre noir, _b_, 257. - -_Ton_, _b_, 196. - -_Tonnelet_ à compote, _b_, 52, 244, 260. - -_Tonnelliers_, _b_, 54. - -_Torches_ à allumer, _b_, 108, 124. - --Leur prix, 112, 113, 122. - -_Tostées_, _b_, 91. - -_Touailles_ changées, _b_, 107, 108. - -_Tour_, prison d’Aubriot, _a_, XX. - -TOUR-LANDRY (Geoffroy de là). Son ouvrage, _a_, XXXV, LXVII, 240. - -_Touret_ (rouet), _a_, 237. - -_Touret_, expl., _b_, 295. - -_Tournay_, _b_, 195. - --(Bailli de), _a_, LXXIX, 139; _b_, 381. - --(Cameline de), _b_, 230. - --(Crespes à la guise de), 227. - -_Tournesis_ (Bailli de). V. _Tournay_. - -_Tournesot_, _b_, 220, 225. - -_Tourny_ près Vernon, _b_, 191. - -_Tourte_, _b_, 218. - --de lait, 98 (p. e. _Croutes_). - --lombardes ou pisaines, 93, 95, etc. - -_Toussaint_ (La), _b_, 43. - -_Toutebonne_, _b_, 44. - -_Trailles_, expl., _b_, 288. - -_Tranchées_ du cheval, _b_, 78. - -_Tranchoirs_, _a_, XLI, LXXXII; _b_, 105, 114. - --englués, _a_, 171. - -_Tranchoisons_ (tranchées), du cheval, _b_, 78. - -_Trehoigner_, _a_, 26. - -_Trente-six tableaux_ (Les), (livre sur les jeux), _a_, LXXVII. - -_Trépiers_, _b_, 115, 123. - -_Trésor_ de Dom Villevieille, _a_, LXXIV. - -_Trésor de Santé._ Note sur ce livre, _a_, LXXV. - --cité, _a_, XLII; _b_, 108, 183, 203, 211, 219, 228. - -_Trésor de Vénerie_, _a_, LXXV; cité, _b_, 99, 129, 157, 211. - -_Tressier_ (mot difficile à expliquer), _b_, 118. - -_Tréteaux_ loués, _b_, 116, 123. - -TRINQUANT, _a_, 151. - -_Triperie_, _b_, 128. - -_Tripes_ au jaunet, _b_, 149, 260. - --Comment vendues, 129, 161. - --de chevreaux, 227. - -TRIPIER (M. Léon), _a_, LXII. - -_Trois-Fontaines_ (Albéric de), _a_, LXV; _b_, 124. - -_Trot_ du cheval, _b_, 75. - -_Trotignons_, (_quid_?), _b_, 216. - -_Truans_, _a_, 39. - --montrent leurs plaies, _a_, 25. - -_Truites_ en pasté, 190. - --Leur queue, meilleure partie, 190. - --Leur saison, _a_, LXXXIV; _b_, 90, 190. - --vermeilles, 190. - -_Trumeau_ de bœuf, _b_, 86, 109; au jaunet, 149. - --de veau, 109. - -_Trumel._ V. _Trumeau_. - -_Tubesches_, _b_, 100. - -_Tuile_ de chair, _b_, 94, 96, etc., 170. - --d’écrevisses, 152. - -_Tumbe_ (poisson), _b_, 197. - -_Tumbes_ de marbre, _b_, 257. - -_Turbos_, _b_, 203. - --à la sauce verte, _b_, 97, 103. - --à la soucie, _b_, 100, 102. - --au soucié, _b_, 102. - -TURGOT (M. Et.). V. _Plan_. - -_Turkestan_, _a_, LI. - -_Turtres_, _b_, 256. - --Comment les garder et les manger, _b_, 261 - --non vidées, 183. - - -U - -_Ueil_ (œil), d’un fruit, expl., _b_, 247. - -_Université_ de Paris. Vers pour elle contre Aubriot, _a_, LXXXVII. - -_Usure_, _a_, 46. - -UXELLES (Le Mis d’), gourmet, _a_, XXXVIII. - - -V - -_Vacher_, _b_, 57. - --(Arnoul le), 62. - -_Vachers_ savent où est le gibier, _b_, 301. - -_Vaches_, _b_, 62. - --(Oreilles de), nécessaires au serviteur, 23. - --(Tétines de), 270. - -_Vaine_ gloire, _a_, 30. - -_Vair_ (Menu), _b_, 118. - -_Vaisselle_ de cuisine, combien louée, _b_, 124. - --de cuisine, d’argent, _a_, XLI. - --d’étain, louée, 115, 123. - --Où placée, _a_, XL. - --Par qui serrée, _b_, 117. - --volée en 1406, 62. - -_Vanité_, _a_, 41. - -_Vanneaux_ (Plumes dites). Ce que c’est, _b_, - 89, 294. V. _Couteaux et Serceaux_. - -VARENNE (La), _a_, XXXVIII. - -_Variétés historiques_, _a_, LXXV; _b_, 80. - -_Varlet_ pour tirer le vin, _b_, 117. - --prêchant à table (proverbe), 70. - -_Varlets_ d’hôtel, _b_, 56. - --du duc de Berry. Leur nourriture, 85. - --tranchans, _a_, 163. - -_Veau_ (ainsi écrit), 186, 221. V. _Veel_. - -_Veaux_ consommés à Paris, _a_, XLIII; _b_, 82 et suiv. - -_Veel_, _b_, 92, 160, 168. - --aux herbes, 150. - --en gravé ou seymé, 151. - --en manière d’esturgon, 200. - --en pasté, 186. - --entrepelé, 200. - --(Fraise et issues de), 128. - --(Prix du), 221. - --rosti, 179. - -_Veiller_ l’oiseau, _b_, 314, 315; sans se fatiguer trop, 315. - -_Venaison._ V. _Venoison_. - -_Vendangeurs_, _b_, 54. - -_Vendoises_ (goujons?), _b_, 194. - -_Vendredi absolu_, _b_, 85. - -_Vénerie_ peu convenable aux femmes, _a_, XLIX. - -VENETTE (Jean de), _a_, LXXVI, 148; _b_, 380. - -_Vengeance_ défendue aux domestiques, _b_, 60. - -_Venise_ (Douceur d’un mari de), _a_, 182. - -_Venneaulx_ (plumes), _b_, 89, 294. - -_Venoison_, _b_, 93, 94, etc., 121. - --à la queue de sanglier, 100. - --à la froumentée, 101. - --aux soupes, 94. - --Comment apprêtée, 129, 130, 156. - --de cerf, 154. - --d’ours (en bœuf), 155, 179. - --en pasté, 155, 185. - --Par qui vendue, _b_, 109, 110. - --rôtie, 180. - --salée, 155, 157. - --vendue au pied quarré, 109. - -_Vent_ emporte l’épervier, _b_, 302, 317. - --nourriture du pluvier, 183. - -_Ver_ (vérat), mangé comme sanglier, _b_, 259. - -_Vérés_, expl., _b_, 300. - -_Verge_ d’un jaugeur, _b_, 126. - -_Verjus._ V. _Vertjus_. - -VERJUS (Gme Lefèvre, dit), _a_, XL; _b_, 81. - -_Vermandois_, _a_, LXXIX. - -_Vernon_, _a_, 149, 152. - -_Verre_ (Bassins de), _b_, 252. - --moulu, jeté dans l’œil du cheval, 78. - --(Prix du), _a_, LXXXII, 173, 174. - -VERRIER (Le), de la Conterie, _a_, LXVI. - -_Verrières._ V. _Verre_. - -_Vers._ D’où naissent, _b_, 65. - -_Vertjus_, _b_, 66, 67. - --à Noël sur la treille, 249. - --à visiter le soir, 71. - --Comment mélangé, 232. - --(Consommation énorme de), 249. - --de blé, 229. - --de bourgeon de vigne, 229. - --d’oseille, 111, 229. - --Grains de vertjus sur un potage, 161. - --le meilleur, 232. - -_Vertus_ (Les sept), _a_, 28. - -_Vêtemens_, _a_, 13. (Voir les noms de chaque vêtement.) - -_Vétir_ (Se bien), _b_, 26. - -_Veufs_ mariés en deuil, _b_, 123. - -_Veuve._ Son triste état, _a_, 168. - -_Viande_ vendue au morceau, _b_, 132. - --vendue par semaine dans un étal, _a_, XLVI. - --Comment la choisir, _b_, 87. - -_Viandier._ Ce que c’est, _a_, LXXVI; _b_, 80. - --Son importance, _a_, XXXV, XXXIX. - -_Viandier_ de Saint-Lô, cité, _a_, XXXV, XLII. - -_Vices_ de la femme à cacher, _a_, 181. - --du mari aussi, 178. - -_Videcoqs_ (bécasses), _b_, 183, 311. - -_Vieil_ homme, vindicatif, _a_, 265. - -_Vielz-sucre_, _b_, 92. - -_Vierge_ (La sainte). Prière à elle adressée, _a_, 11. - --Son obéissance, 128. - -_Vieux_ aiment les jeunes femmes, _a_, 158. - -_Vigne_ (Bourgeon de), en vertjus, _b_, 229. - --entée sur cerisier, 51. - --gêne la chasse, 308. - --Quand plantée, 44. - -_Vignerons_, _b_, 56. - -VILAIN (L’abbé), cité, _b_, 113. - -_Village_ (Vie au), _b_, 62. - -VILLARS (M. de), _a_, LXXV. - -_Villedieu_, _a_, LXXXVII; _b_, 251. - -VILLEOILLE (M. A. de La), cité, _a_, XXXV. - -_Villeneuve-lès-Avignon_, _a_, LXXXI. - -VILLEVIELLE (Dom), _a_, LXXIV. - -_Vin_ aux chevaux (eau), _b_, 38. - --à visiter le soir, 71. - --blanc devenu vermeil, 249. - --capary, _a_, XXXIX. - --Comment conservé et servi, _a_, XLI; _b_, 117. - --Comment séparé de l’eau, 259. - --Comment soigné et guéri, 67. - --cuit, 260. - --de Beaune, 38, 273. - --de divers lieux, 38. - --des domestiques, 70. - --(Espèces de), 109. - --et épices, _a_, XLIII; _b_, 121, etc. - --(Fleur du), 260. - --franc, 236. - --plain, 174, 193. - --Pour le faire fort, 68. - --Tirer le vin sans lui donner vent, 69. - -_Vinaigre_ (Provision de), _b_, 268. - -_Vinaigrette_, _b_, 108, 164. - -_Vincennes_, _a_, 135. - -VIOLE (Famille), _a_, 151. - -_Violette_, _b_, 43, 45, 113, 114. - --mise sur de la gelée, _b_, 221. - -_Virginité._ Son prix, _a_, 75. - -_Visage_. Cacher son visage à l’oiseau, _b_, 308. - --Épervier y sautant, 293. - -_Vitres._ V. _Verre_. - -VITRY (Michelle de), _a_, XXVI. - -_Vive_ (poisson), _b_, 201. - -_Vives_ (avives), maladie du cheval, _b_, 78. - -VIVONNE (Armes de), _a_, LVIII. - --(Hughes de), 95. - -_Voirre._ V. _Verre_. - -_Vol_ de l’épervier (Obstacles au), _b_, 302, - --pour champs, _a_, LXXXVIII. - --premier de la perdrix, rapide, b, 309. V. - _Faisan_, _Perdrix_, _Tire d’aîle_, _Vols_, _Voulon_, etc. - -_Volaille_, _b_, 167, 211, 215, 216. - --en gravé ou seymé, 151. - --(Hochepot de), 163. V. _Comminée_, _Poulaille_. - -_Voler_ pendant combien de temps en septembre, _b_, 310. - -_Voleurs_ de chiens, _b_, 281. - --d’oiseaux, 285. - -_Vols_ de l’épervier. Lesquels sont possibles, _b_, 310. V. _Vol._ - -_Voulon_, expl., _b_, 280, 309. - - -W - -_Wertaing_, _a_, LXXX. - -_Windesore_, _a_, LXXXII. - - -Y - -_Yenville_ en Beauce, _a_, 149. - -_Yeux_ de l’épervier, _b_, 293, 294, 299. - --du cheval, 73. - -YOLENT le Pelletier, _b_, 52. - -_Ypocras_, _a_, XLIII; _b_, 92, 94, etc., 107, 121, 122, 273. - --hors de saison en hiver, 108. - --(Pouldre d’), 248 (_bis_). - --(Prix de l’), 112. - -YSMAEL, _a_, 83, 84. - -_Ysope_, _b_, 49. - -_Yssue._ V. _Issue_. - -_Yvresse._ V. _Ivresse_. - - -Z - -ZELPHAN, _a_, 86. - - -FIN DE LA TABLE DES MATIÈRES. - - - - -SUPPLÉMENT AUX CORRECTIONS. - - -Tome I, p. VI, l. 13, au lieu de _philantrophie_, lisez -_philanthropie_. - -Tome I, p. XXI, ligne 16 de la note, avant _J’ai -appris_, ajoutez: - - Dans un mémoire très-curieux sur le meurtre du duc d’Orléans, lu à - l’Académie des Inscriptions en 1748 (tome XXI, p. - 519), le savant Bonamy a parlé en passant de cette maison et dit - qu’on voyoit encore, lorsqu’il écrivoit, un grand corps de logis - de l’hôtel d’Aubriot. Il est fâcheux qu’il n’ait pas donné plus de - détails sur ce sujet. - -Tome I, p. XLVII, note 1, _Ne pour roi, ne pour roc._ - - Cette expression se trouve encore dans les contes de Bonaventure - des Périers (Conte 125. Des épitaphes de l’Arétin... et de son - amie Madelaine)... _Étant du tout enclin à la médisance, il - n’épargnoit (comme on dit en commun proverbe), ni roi ni roc._ - -Tome I, p. LVI, ligne 4 de la note. - - Au lieu de: Après la mort de Charles V, lisez: Au commencement du - XVe siècle, surtout. - -Tome I, p. LXVI, ligne 11, note sur Ayala. L’auteur -avoit été en France, _ajoutez_: - - En 1378. Il conclut à Paris, comme plénipotentiaire du roi Jean - de Castille, un traité avec la France, le 4 février 1378-9. - (_Histoire de du Guesclin_, 1666, in-fº, p. 403.) Il est nommé - dans cet acte messire Pierre Louppe d’Ayalla, chevalier et - banicour (_vexillarius_) du roi de Castille, gouverneur de la - province de Guipuscoa (_sui presidis in provincia Guispuque_). - Bureau de la Rivière étoit un des plénipotentiaires françois. - -Tome I, p. LXXVI, l. 3, Venette..., _avant_ M. Géraud, -_ajoutez_: - - La Curne de Sainte-Palaye, dans deux mémoires (Acad. des Inscr., - VIII, 570 et XIII, 520). - -Tome I, ligne 6, au lieu de _semble_, lisez _semblent_. - -Tome I, p. LXXVII et 76, passages relatifs aux reines de -France. - - L’étiquette de la cour était bien changée à l’égard des reines au - XVIe siècle. L’auteur d’un journal de l’année - 1562, qui a été imprimé dans la _Revue rétrospective_ (1re - série, tome V), raconte que le prince de Condé étant sur le point - de traiter avec la cour au commencement de juillet 1562, l’amiral - de Coligny et son frère d’Andelot demandèrent à se retirer hors de - France jusqu’à la majorité du roi. La reine Catherine de Médicis - eut, le 5, le 6 ou le 7 juillet, une entrevue avec l’amiral près - d’Orléans, dans le but de changer cette détermination. L’auteur - du journal, qui fréquentait la cour puisqu’il rapporte en deux - endroits les paroles que lui adressèrent directement la reine mère - et le roi de Navarre, raconte (p. 178) que l’amiral ayant mis pied - à terre pour faire la révérence à la reine, cette princesse _le - recueillit humainement et le baisa à la bouche comme les reines de - France ont accoutumé de baiser les grands officiers du roi_. - -Tome I, p. LXXX, ajoutez à la note sur le bailly de -Tournay: - - Messire Tristan du Bos fut, suivant Froissart (I, 374) et l’auteur - de la chronique Mss du Roi 9656 et 10297, chargé de garder le - roi de Navarre, Charles le Mauvais, dans la tour d’Arleux, en - 1356. L’auteur de cette chronique dit que Tristan, qu’il qualifie - de _chevalier de renom_, fut pris à Amiens par la bourgeoisie de - la ville (en 1357) et forcé de délivrer Charles le Mauvais. Selon - d’autres auteurs cette délivrance eut lieu à force ouverte et à - main armée. - - Il fut bailli de Troyes et de Meaux en 1360 et 1362 et chargé - de prendre possession des forteresses occupées par les Anglois - en Champagne, Brie, etc., bailli de Vermandois en 1373, maître - des requêtes et réformateur de la province de Reims en juin 1383 - (Titres de Clerambaut). - - Le même Tristan du Bos est encore cité dans Froissart à l’occasion - de la position qu’il occupa à Tournay. Froissart raconte (éd. du - Panthéon, II, 223), que le roi se préparant à aller en Flandre, - envoya à Tournay, en octobre 1382, les évêques de Beauvais, - d’Auxerre et de Laon, messire Guy de Honcourt et _messire Tristan - du Bois_, comme commissaires pour traiter avec les Flamands et les - empêcher de s’allier aux Anglois. On trouve dans cet historien - le texte de la lettre écrite le 16 octobre par les commissaires - à Philippe d’Artevelt, et la réponse de celui-ci en date du 20. - Il ajoute que cette réponse fut communiquée par messire Tristan - du Bois, _gouverneur de Tournay_, aux prévôts et jurés (_voy._ t. - I, p. 139), et que les commissaires allèrent ensuite rejoindre la - cour à Péronne. - - Tristan du Bos fut encore, en 1389, un des trois commissaires - chargés d’instruire le procès d’Audoin Chauveron, prévôt de Paris - (_Acad. des Inscr._, XX, 492). Il a du mourir fort âgé, s’il est, - comme je pense, le même qui gardoit le roi de Navarre en 1356. - - Henri le Masier (_voy._ t. I, p. 140), nommé en 1388 bailli de - Tournay, et qui est celui cité dans le _Ménagier_, si ce n’est - pas Tristan du Bos, étoit, en 1399, chevalier, sire de Beausart, - maître d’hôtel du roi et encore bailli de Tournay (Titres de - Clerambaut). - -Tome II, p. 118, note sur Jean de Hautecourt, ajoutez: - - Je serois porté à croire que ce Hautecourt étoit avocat au - parlement et que c’est lui qui est cité (malgré la différence des - noms qui peut tenir à une écriture négligée) dans les registres du - parlement (Matinées III, 66 vº, 4 février 1400-1), comme avocat, - et ayant obtenu un congé de huit jours pour aller à Étampes. Son - nom y est écrit Me Jehan de _Hanucourt_. - -Tome II, p. 217, note 1, au lieu de _du gingembre_, lisez: - - Peut-être de la cloche de gingembre, peut-être aussi de la loche - (poisson). - - -ACHEVÉ D’IMPRIMER, A PARIS, CHEZ CRAPELET ET LAHURE, -LE XXVI NOVEMBRE MDCCCXLVII. - - -NOTES: - -[1] Voir la Notice ci-après, page 1. - -[2] La Société des Bibliophiles ne publiant plus de volumes de mélanges -dans lesquels les notices nécrologiques de ses membres prenaient -naturellement place, a décidé que cette notice sur un de ses membres les -plus illustres et les plus regrettés serait imprimée en tête de -_Ménagier de Paris_, qui était déjà sous presse à l’époque de la mort de -M. le duc de Poix. (_Note de la Société._) - -[3] Il était de l’Académie française, et particulièrement occupé de -grammaire. - -[4] Il prit ce nom après la mort de son père et de son frère aîné, qui -l’avaient porté. - -[5] Le 12 mai et jours suivants. Elle produisit en cinq vacations 3188 -livres sterling 14 sch. 6 d. Le catalogue, contenant 952 numéros et 72 -pages, est intitulé: _Catalogue of the splendid library (imported from -Paris) of a distinguished collector; which will be sold by auction by -Mr. Evans_. 1835, in-8º. - -[6] La seconde bibliothèque de M. le duc de Poix, formant un ensemble de -plus de douze mille volumes, se trouve maintenant à Mouchy le Châtel -chez Mme la vicomtesse de Noailles, M. le duc de Poix ayant disposé par -testament de sa bibliothèque en faveur de son petit-fils, possesseur -futur de Mouchy le Châtel. - -[7] C’est la partie des Chroniques de Saint-Denis qui traite des règnes -de Jean II et de Charles V (tome VI de l’édition donnée par M. Paris). -Voir, à se sujet, le mémoire de M. Lacabane, t. II, p. 57 de la -bibliothèque de l’École des chartes. - -[8] Jean de Brie, natif de Villiers sur Rongnon, près Coulommiers, qui -écrivit en 1379 le traité du _bon Bergier, que_, dit-il, _il n’eust -voulu bailler et manifester à nul autre qu’au roy_ (éd. Ve Trepperel et -J. Janot, s. d. fº A 8 vº). Il étoit alors au service de Jean de -Hestomesnil, conseiller au parlement en 1373 et ensuite maître des -requêtes, mort au commencement de mars 1380-1, qui a pu l’aider à écrire -ce traité dont le style et les pensées sont remarquables. Au reste, Jean -de Brie n’étoit plus berger quand il écrivit son livre. - -[9] Voy. ci-après, p. XXXV. - -[10] T. I, p. 148. - -[11] _Ibid._, p. 93. - -[12] On trouve dans tous les historiens la mention des services -qu’Aubriot rendit à la ville de Paris pendant sa prévôté, ainsi que le -récit de sa disgrâce. J’aurai cependant occasion de parler de lui avec -détail dans mon mémoire sur les Maillotins (voir t. I, p. 136). Je -préciserai et j’appuierai de faits inédits les causes de ses malheurs. -En attendant, je crois devoir consigner dans cette note l’extrait d’un -récit contemporain de sa délivrance, que j’ai rencontré dans mes -recherches, et qui donne sur le procès, la fuite et le lieu de la -résidence de cet homme éminent des renseignemens qui paroissent avoir -été inconnus à tous les historiens. Voici ce curieux document: «.....Il -a commis hérésie et en fu en procès devant l’évesque et devant le -maistre des hérites. Avant la sentence il supplia à l’ecglise qu’il fust -réintégrez, et y fu receus et fu absols: et fu déclaré qu’il avoit esté -hérites, et pour pénitence on li assigna les prisons de l’évesque de -Paris; et pour la grant repentance qu’il avoit, l’évesque et le maistre -des hérites le relevèrent de ce qui (_qu’ils_) porent et se li -réservèrent la miséricorde de sainte Ecglise, et li ordenèrent pour -prison le plus biau lieu de la tour de la maison épiscopal.» (_C’est -cette grande tour quarrée, crénelée, qu’on voit dans deux vues de -l’église Notre Dame et de l’évêché, gravées par Israël Silvestre, et -surtout dans la planche ayant quatre vers au bas: D’un costé, vous -voyez, etc._) «Il ala voluntairement en prison pour faire sa pénitence -et y demeura l’espace de dix mois. Le jour que les gens de ceste ville -(_Paris_) furent esmeus il alèrent en la maison de l’évesque, et par -force et violence rompirent les prisons. Et quant le giolier dist à -messire Hugues que les gens de la ville l’estoient allé quérir, il dist -que ne s’en iroit point, et li demanda une hache que tenoit; et le -giolier li dist que ne li en bailleroit point, et que se il faisait -semblant de soy mettre à défense, il les feroit tuer. Et finablement les -gens de ceste ville le prindrent et mittrent sus un petit cheval et le -menèrent en sa maison et disoient que le feroient leur capitaine. Après, -il s’en volt retorner en prison, mais il fu conseillez par aucuns de ses -amis qu’il s’en alast devers le pape.... Le suer (_soir_) il se parti de -son hostel et se fist passer l’eaue par deux enfans», (_il est -remarquable de voir secondé dans sa délivrance par deux enfans l’homme -qui avoit rendu aux juifs les enfans que leur avoit enlevés le peuple de -Paris_), «et à peines qu’il ne fu noiez. Il estoit malades et s’en ala -par Bourgoigne, non pas par aucunes de ses maisons, et demoura malades -seize jours à Mucé en Auxois» (_Mussy-la-Fosse, anciennement du -bailliage de Semur-en-Auxois plutôt que Mussy situé à 7 lieues de -Mâcon_), «et de là ala à Mascon, et illec aussin demoura malades et se -fit mettre en l’eaue, et ala jusques à Avignon. Il ne pot pas parler ne -si tost avoir assès (_accès_) au pape, mais il parla à un cardinal et li -dist et exposa tout ce que dit est et se soubmist en l’ordenance du -pape. Le pape et le collége li ordenèrent lieu où il seroit et fu bonne -pièce à Sommières» (_petite ville entre Montpellier et Nîmes. Il y avoit -aussi un lieu ainsi nommé près Saulx en Bourgogne_), «et a tousjours -esté et est par l’ordenance du pape et du collége, etc.» Il est bon de -savoir que ce récit présente la version d’Hugues Aubriot lui-même, et il -semble permis de douter qu’il eût si grande envie de rester dans les -prisons de l’évêque. - -J’ai parlé avec détail, t. II, p. 254, de la maison qu’Aubriot habita -rue de Jouy, et j’ai donné la suite des propriétaires de cette maison -(ultérieument rebâtie) de 1369 à 1573. J’ai appris depuis qu’elle avoit -appartenu, à la fin du XVIIe siècle, à M. Nicolas de Jassaud, sieur de -Lalande, conseiller d’État, et à Marie de Flandre, sa femme: puis à leur -fils, M. Augustin Nicolas de Jassaud, marié en 1697 à Marie-Aimée Lottin -de Charny. Une de ses filles, Angélique-Geneviève de Jassaud, la -possédoit en 1772, qu’elle épousa M. Macé, secrétaire du roi. Cette dame -mourut en 1776, et légua à ses deux nièces cette maison, connue encore -dans le quartier sous le nom d’hôtel Jassaud. Elle appartient -aujourd’hui à M. de Courmont, conseiller-maître à la cour des comptes, -qui a bien voulu me la faire voir en détail. Il existe encore dans une -pièce du rez-de-chaussée quelques restes d’ornemens paroissant remonter -au règne de Louis XV. Les lettres A. N. D. J. entrelacées -(Augustin-Nicolas de Jassaud) se font voir au plafond. Il y a sous la -cour deux étages de caves. Cette maison été divisée au XVIIe ou au -XVIIIe siècle; la partie qui fait le coin de la rue Percée paroît être -depuis longtemps une propriété distincte. - -[13] T. II, p. 85 et 86. - -[14] T. I, p. 135. - -[15] Mémoriaux de la chambre des comptes. - -[16] Voir T. I, p. 67. - -[17] Charles, duc de Guyenne, né le 6 février 1391 (mort le 11 janvier -1400); Isabelle, depuis reine d’Angleterre, née le 9 novembre 1389, et -Jeanne, depuis duchesse de Bretagne, née le 24 janvier 1390. Elle eut -encore une autre fille (Marie, religieuse à Poissy) le 24 août 1393. - -[18] T. II, p. 142. Voy. ci-après p. XXXII, note 3. - -[19] T. I, p. 3 et 4. - -[20] _Ibid._, p. 2. - -[21] T. I, p. 3, et t. II, p. 53. - -[22] T. II, p. 71, etc. - -[23] T. II, p. 61 et suivantes. - -[24] T. II, p. 59. - -[25] T. I, p. 3. - -[26] T. I, p. 125. - -[27] T. I, p. 186. - -[28] Poules farcies, t. II, p. 269. - -[29] J’aurois bien voulu trouver parmi les hommes notables appartenant à -la haute bourgeoisie ou à la magistrature un personnage dont la vie -reproduisît les circonstances qui nous sont connues dans la vie de -l’auteur; plusieurs noms se sont présentés à mon esprit: malheureusement -mes espérances soutenues plus d’une fois par la découverte d’une série -de similitudes, ont toujours fini par être définitivement déçues. -C’est-ainsi qu’après avoir cru longtemps pouvoir présenter une -conjecture raisonnable en attribuant la composition du _Ménagier_ à Sire -Jehan de Fleury dernier prévôt des marchands en 1383 et conseiller au -parlement, j’ai été subitement arrêté par la découverte de la date de sa -mort arrivée en 1389, avant l’époque où cet ouvrage a sûrement été -écrit.--L’intimité dans laquelle le duc de Berry admettoit l’avocat Jean -Jouvenel, père de l’historien, m’avoit donné aussi quelques doutes à son -égard, mais, Jouvenel étant mort en 1431 ne peut guère s’être trouvé à -Melun en 1358, et ce qui rend surtout impossible de lui attribuer le -_Ménagier_, c’est que Michelle de Vitry, sa femme, avoit ses parens -vivans à Paris en 1393, et n’étoit pas d’ailleurs de meilleure maison -que lui.--La position de Jean le Flament, trésorier des guerres en 1371, -et des aides pour la guerre de 1388 à 94, présente aussi plusieurs -analogies avec celle de l’auteur du _Ménagier_, mais ou j’ignore le nom -de sa femme, ou si c’est lui dont il est parlé comme alors décédé, dans -les registres du parlement de Poitiers (plaidoy. du 30 juillet et arrêt -du 17 août 1425), il avoit épousé Marie de Montgison (Montgiron dans -l’arrêt), _damoiselle_. Or Montgison est Montgeron près de Paris, et je -n’en vois pas d’autre existant dans le royaume (voir Expilly). Elle -étoit donc aussi parisienne; ce qui ne concorde pas avec les paroles de -l’auteur (t. I, p. 4). - -[30] Il avoit lu tous les ouvrages suivans et en possédoit une grande -partie: la Bible, la Légende dorée, saint Jérôme (_la Vie des Pères_), -saint Augustin, saint Grégoire, l’Histoire sur Bible (_de Pierre Le -Mangeur_), Tite Live, le Roman de la Rose, l’historien Josèphe, le -Catholicon, le Décret (_de Gratien_), l’histoire de Grisélidis par -Pétrarque, les sept Sages de Rome, le Songe de Scipion (par Cicéron, -commenté par Macrobe), le Jeu des échecs moralisé de J. de Cessoles, le -Chemin de pauvreté et de richesse de J. Bruyant, Mellibée et Prudence. -On trouve encore dans son livre la mention du philosophe Cerxès, de Paul -Diacre et du philosophe Bertran le Viel; mais il les cite d’après -d’autres auteurs. Le premier de ces ouvrages n’a peut-être jamais -existé. - -[31] Au moins dans sa famille. Voir t. I, p. 156. - -[32] Voir surtout t. II, p. 53. - -[33] T. I, p. 75 et 76. - -[34] Je l’ai trouvé mentionné avec cette qualité depuis que j’ai fait la -note sur lui, t. II, p. 116: Voir les _corrections et additions_. - -[35] Dans les registres du conseil surtout, quand la cour compensoit les -dépens. - -[36] On en verra la preuve dans l’histoire de Jeanne Hemery et de -Regnault d’Azincourt, publiée par M. de Lincy dans la bibliothèque de -l’École des Chartes (2e S., t. III, p. 316). On en peut dire autant de -certains accords; tel est celui de Jean de Hautecourt, donné t. II, p. -119. - -[37] T. I, p. 135. - -[38] T. I, p. 44. - -[39] T. I, p. 156. - -[40] T. II, p. 54. - -[41] Que diroient vos amis, _que présumeroit votre cœur_, quant il s’en -apercevroit? (T. I, p. 130.)--Avec son mari, l’en ne doit mie besongner -par aguet ou malice, mais plainement et rondement, cœur à cœur (_ibid._, -p. 158). - -[42] Ce compte, qui n’est plus connu que par la mention qu’en a -consignée le père Menestrier, t. II, p. 175 de sa _Bibliothèque -instructive_, ne commençoit qu’à février 1392-3. Le témoignage du -_Ménagier_ composé entre juin 1392 et septembre 1394 (voy. p. XXII), -pourroit donc être antérieur de quelques mois, et s’il est postérieur, -il l’est de bien peu. - -[43] Il faut tenir compte, dans ces prix, non-seulement de la différence -considérable de poids qui existoit entre les monnoies de la fin du XIVe -siècle et celles du même nom employées depuis (le marc d’argent, qui -valoit alors 6 livres, valant aujourd’hui 52 francs), mais encore de la -dépréciation de l’argent. Un setier de blé (un hectolitre et demi -environ), qui se vend aujourd’hui, dans les années ordinaires, environ -30 francs, coûtant alors moyennement 16 sous, on peut multiplier par 35 -ou 40 les chiffres énoncés, pour avoir idée de ce qu’ils représentoient -pour les contemporains. - -[44] J’aurois pu retrancher les deux derniers de ces épisodes sans nuire -beaucoup à l’intérêt du livre, mais j’ai mieux aimé publier le -_Ménagier_ tel que son auteur l’avoit conçu, et sans être _estrippellé_, -comme lui-même aimoit à donner les ouvrages des autres. (Voy. t. II, p. -3.) - -[45] On lit (t. II, p. 66), après une recette pour ôter les taches, ces -mots que j’ai mis entre parenthèses: _ce que je ne croy pas_. - -[46] Voir t. II, p. 124, l’endroit où il est parlé des _additions_ -faites au livre: p. 129, le passage relatif à la signification du mot -_fressure_; même volume, p. 93, sa remarque sur les _tourtes pisaines_, -appelées ailleurs _tourtes lombardes_, et aussi les passages en -italiques, p. 164, 166, 167, etc. - -[47] Un passage où il est parlé des choux, t. II, p. 142, dans lequel il -est dit: _et commence à iceulx pour ce que ce sont de_ CELLE _année les -premiers crus_, scilicet _puis avril, et puis_ VA _en descendant vers -vendenges, Nouel et Pasques_, pourroit faire penser que l’auteur s’est -servi, au moins pour une partie du _Viandier_, de notes faites exprès -pour lui et l’année même où le _Ménagier_ a été écrit. En effet, le mot -_va_ prouve que _commence_ n’est pas là à la première personne et que -l’auteur ne parle pas pour lui. Donc, puisqu’il remarque que le -rédacteur primitif de ce passage règcelle ale l’ordre de son discours -d’après le mois où commençoit l’année actuelle (_celle année_), il en -résulte que la note ou l’ouvrage consulté avoit été rédigée cette même -année, et alors, à moins de supposer une coïncidence fortuite bien moins -probable au XIVe siècle qu’elle ne pourroit l’être aujourd’hui, on -seroit porté à conclure que les élémens de cette partie du travail de -l’auteur lui auront été fournis par quelque queux ou écuyer de cuisine -profondément instruit des détails de son art.--Je suis toutefois loin de -rien affirmer à cet égard, et je remarque même que l’auteur ayant dit -dans le _traité de l’Épervier_ (p. 303), l’_alouette de cest an_, pour -l’alouette de l’année, il se pourroit que _celle année_ fût de même -employé pour _l’année_ dans le passage qui donne lien à cette note, et -qu’Avril eût été désigné de préférence, comme étant le mois le plus -habituellement le premier de l’année, au moins le second, et en tout cas -celui où ces choux commençoient à croître. - -[48] Jean Bonfons imprimoit, en 1566, _le Voyage de Charles IX_, et son -fils, Nicolas Bonfons, imprimoit en 1574, les _Nouveaux Comptes -moralisés_, à la même adresse que celle où avoient demeuré son père Jean -Bonfons et sa mère, veuve de Jean. Lottin s’est trompé quand il fait -vivre Jean Bonfons en 1606. - -[49] Voir sur Guillaume Tirel dit Taillevent, queux de Charles V en 1361 -et écuyer de cuisine de Charles VI en 1386, l’article que j’ai publié -dans le _Bulletin_ du bibliophile de Techener, nº de juin 1843. M. de la -Villegille, qui prépare une édition critique réellement la première de -ce curieux ouvrage par la manière dont elle sera exécutée, a bien voulu -me prêter pendant toute la durée de mon travail les copies faites par -lui des deux manuscrits de Taillevent. Il existe dans les archives de la -préfecture de la Manche à Saint-Lô un registre des recettes de la -baronnie de la Haye du Puis pour 1454 à la fin duquel est un _Viandier_ -(voir le _Nouvelliste de la Manche_ du 3 février 1847) qui paroît être -une leçon de Taillevent. Je n’en ai eu connoissance qu’après -l’impression de la partie culinaire du _Ménagier_. Il existe encore sur -le même sujet un volume que j’aurois bien voulu consulter, c’est la -_Fleur de toute cuisine... revue et corrigée par Pierre Pidoux_. Paris, -Al. Lotrian, 1543, in-16 goth., mais je n’ai pu le voir. - -[50] Ce seigneur qui florissoit en 1350, a écrit en 1372 pour -l’éducation de ses filles un Traité assez célèbre dont les deux imprimés -sont véritablement introuvables et de plus assez défectueux; je -donnerai, soit pour la Société des bibliophiles, soit pour mon propre -compte si les autres publications entreprises par la société ne lui -permettoient pas de s’occuper de celle-ci, une édition nouvelle de ce -livre sur le plan et dans la forme de la présente édition du _Ménagier -de Paris_, et j’ai déjà recueilli quelques renseignemens sur l’auteur, -sa famille et les personnages qu’il cite. - -[51] Amsterdam, 1709, in-8º. Il prouve que ce traité ne peut avoir été -écrit par _Marcus Apicius_, fameux gourmand vivant sous Tibère et dont a -parlé Athénée (ce qui n’a pas empêché plusieurs auteurs modernes -d’attribuer à M. Apicius ce traité qu’ils n’ont sûrement pas ouvert); et -d’après certaines expressions employées dans l’ouvrage, il pense qu’il -doit avoir été écrit par un affranchi africain. Le nom d’Apicius -_Cœlius_ peut, suivant lui, être un pseudonyme destiné à rappeler -_Marcus_ Apicius. - -[52] Je ne prétends pas dire cependant qu’il n’y ait pas eu au XVIe -siècle surtout quelques modifications au service, quelques introductions -de plats nouveaux. On peut voir sur ce sujet Legrand d’Aussy et un -passage de l’apologie pour Hérodote, d’Henri Estienne, non cité par -Legrand, t. II, p. 16 de l’éd. de 1735. Au reste, Henri Estienne avance -bien des choses démenties par le _Ménagier_. (Il dit par exemple qu’on -jetoit autrefois les issues du veau et du mouton, et qu’on ne mangeoit -pas de perdreaux.) - -[53] Boileau dans sa satyre III (1665), tourne en ridicule l’usage des -épices. - -[54] Il avoit été pendant dix ans écuyer de cuisine de Louis Chaalon du -Blé, marquis d’Uxelles, tué en 1658 au siége de Gravelines, père du -maréchal, et ayant obtenu lui-même un brevet de maréchal de France. Il -est dit dans la dédicace de ce livre, adressée à ce seigneur, que sa -table avoit été _chérie_ à Paris et dans les armées par les princes, les -maréchaux, etc. - -[55] Il faut au reste remarquer que Taillevent étoit réimprimé en 1602 à -Lyon et non à Paris, et il se pourroit que Paris eût été plus _avancé_ -que Lyon en fait de cuisine. - -[56] On comprendroit bien mieux les ouvrages littéraires écrits au moyen -âge si l’on pouvoit connoître tous les usages de la vie commune à cette -époque, tous les noms techniques des objets qui frappoient journellement -les regards des auteurs et de leurs contemporains. Penseroit-on qu’il -pût être utile de consulter un _Viandier_ pour lire un Noël du XVIe -siècle? Voici cependant un Noël tiré du recueil de _Lucas Le Moigne, -curé de Notre-Dame du Puy la Garde en Poitou_ (volume unique appartenant -à notre confrère M. Cigongne), dont la lecture est singulièrement -éclaircie par celle du _Ménagier_. Ce Noël se chantoit sur l’air de -l’hymne: _Conditor alme siderum_. - - _Conditor_ le jour de Nouel - Fist ung bancquet le nompareil - Que fut faict passé a longtemps - Et si le fit à tous venans. Nouel. - - Il y avoit perdris, chappons, - Oyseaulx saulvaiges, des hairons: - Levraulx, congnilx, aussi faisans, - Pour toutes manières de gens. Nouel. - - Une grant hure de sanglier, - Ypocras, aussi le mestier, - Vin Capary et faye Montjeau - Pour enluminer leur musseau. Nouel. - - Biscuyt, pain d’orge et gasteaulx, - Fouace, choysne, cassemuseaulx, - pain de chappitre et eschauldez - Mangerez si le demandez. Nouel. - - Aussi y avoit aulx, oignons, - Et ung pasté de potirons - Avec les choux-maistre-René - Et des lymatz au chaudumé. Nouel. - - Il y vint ung bon bouteiller - Qui ne cessa onc de verser, - Tant que ung barault il aseicha - _In sempiterna secula_. - - _Amen._ Nouel. - - -[57] Il y a dans les _Mémoires pour servir à l’Histoire de France et de -Bourgogne_, Paris, 1729, in-4º, IIe partie, p. 58, un article curieux -sur le queux du duc de Bourgogne qui auroit été supérieur aux écuyers de -cuisine; mais ce queux me paroît être un officier dans le genre du -_grand queux de France_, non aussi important toutefois. Dans les -ordonnances de 1386-7 et 1388-9 sur l’organisation de la maison du roi, -les écuyers de cuisine sont nommés avant les simples queux. (Voir sur -les grands queux de France l’_Histoire généalogique des grands officiers -de la couronne_, t. VIII, p. 825, où se trouvent aussi des premiers -queux et même de simples queux qui n’auroient pas dû y figurer, et entre -autres Taillevent et Guillaume Lefèvre, dit Verjus. V. t. II, p. 81 du -_Ménagier_.) - -[58] Je crois qu’il faut adopter la leçon du manuscrit B, II, 117, n. 4. - -[59] Vases contenant une quarte (deux pintes) de vin. - -[60] Voir cependant T. II, p. 114, n. 3. - -[61] Ici vases à _couler_, à _passer_, _passoires_, comme cela est bien -expliqué dans du Cange à _Colum_, 3, et non _entonnoir_, comme cela est -dit dans le même ouvrage à _Collum_ 3 et à _Coloeria_. - -[62] Il y avoit cependant alors un grand luxe d’argenterie. J’ai vu dans -les registres du Parlement (_Matinées_, 9 avril 1396-7), que Guillaume -des Baux, gentilhomme qui recevoit souvent le duc d’Anjou, avoit -_vaisselle de cuisine_ d’argent. Sa fortune n’étoit cependant évaluée -qu’à 6,000 liv., ce qui, en tenant compte de la diminution du poids et -même de la dépréciation de la monnoie, ne peut représenter plus de -240,000 fr. d’aujourd’hui. - -[63] V. T. II, p. 114, n. 1. - -[64] A cette époque le vin n’étoit pas mis en bouteilles: on prenoit -directement au tonneau le vin nécessaire à la consommation journalière. - -[65] Ce mot a cependant quelquefois aussi la même signification -qu’aujourd’hui (V. T. II, p. 99, n. 6), et il désigne une fois (T. II, -p. 137) un mets solide, sec, par opposition à un mets liquide mis dans -une écuelle. - -[66] Au XVIIe siècle c’étoit le maître d’hôtel qui remplissoit cet -office, le chapeau sur la tête, le manteau sur le dos, la serviette sur -l’épaule et l’épée au côté. Voir les _Délices de la campagne_, éd. de -1673, figure de la page 145, et le _Maistre d’hostel_ de la Varenne, à -la suite de son _Cuisinier françois_, éd. d’Amsterdam, Mortier, p. 318. - -[67] Placeur, poseur, d’_asseoir_, _poser_. - -[68] Ce mot désigne ordinairement dans les récits de festins princiers -une espèce de représentation théâtrale. (Voir Legrand d’Aussy, t. III, -p. 373, et les _Chroniques de Saint-Denis_, t. VI, p. 387), mais la -signification que je lui donne ici résulte des menus X, XIII, XIV, et du -chapitre des entremets du _Ménagier_. Dans le Ms. de Saint-Lô (V. p. -XXXV, n. 1), il est dit que le _porc de mer_ doit être coupé par lesches -et _détourné_ (_atourné_, dressé?) _par manière d’entremets sur un blanc -doublier_ (nappe). Enfin la recette donnée dans le _Grand Cuisinier_ -pour dorer et orner un cigne (voir t. II, p. 184, note), est ainsi -intitulée _Entremets d’un cigne doré_. L’usage de servir les paons, -faisans, etc., avec cette recherche, paroît s’être prolongé jusque dans -le XVIIe siècle. Le _Thrésor de santé_, imprimé en 1607, mais qui peut, -il est vrai, avoir été écrit antérieurement, donne encore une recette de -cigne doré. En France, sous la minorité de Louis XIV, le faisan étoit -servi avec une aile non plumée, outre la tête et le col qu’on lui laisse -encore aujourd’hui. - -[69] Je ne puis du moins comprendre autrement _l’entremets élevé_ dont -il est parlé dans le Menu XIV. - -[70] On voit cependant T. II, p. 108, une _desserte_ composée de -fromentée et de venaison, mais s’il n’y a pas erreur, c’est au moins une -exception. - -[71] Ce mot se trouve encore dans l’_Instruction pour les festins_, -insérée dans les _Délices de la campagne_, et avec la même signification -de dessert supplémentaire. Il paroît s’être perdu peu de temps après, -car il n’est plus employé dans la _Maison réglée_ d’Audiger, imprimée à -Paris en 1692, in-12. - -[72] V. T. II, p. 99. - -[73] Cette consommation a été, en 1846, la population de Paris étant -évaluée à un million d’habitans, de 104,329 bœufs, vaches ou taureaux, -84,260 veaux, et 486,445 moutons. La consommation seroit donc à peu près -triplée. - -[74] Je n’ai vu cette boucherie citée que dans une plaidoierie du -Parlement de septembre 1388. - -[75] On pourroit cependant répondre qu’il considéroit Saint-Marcel comme -un faubourg et non comme un quartier de Paris. - -[76] La dépense ordinaire de l’hôtel du duc de Berry, sans compter celle -de sa garde-robe, des gages et pensions qu’il payoit, et surtout sans -celle de ses bâtimens, s’éleva en juin 1373 à 1165 fr.; en juillet à -1431 fr.; en août à 1535 fr.; en septembre à 1542 fr.; en octobre à 1430 -fr.; à 2054 fr. en novembre; à 1654 fr. en décembre. Il est dit dans le -compte qui me fournit ces chiffres (Arch. du Roy. K. 250-1), que cette -dépense comprenoit les gages _des gens de l’ostel qui ne s’étoient pas -armés en la chevauchée de Poitou_. Ceux qui avoient fait l’expédition -n’y étoient donc pas compris. La duchesse avoit sa maison à part et -remboursoit au duc six francs par chaque jour qu’elle et ses gens -vivoient à ses dépens. Il est probable que la dépense du duc de Berry -s’augmenta quand, après la mort de Charles V, il put puiser largement -dans le Trésor. - -[77] Ce seroit cependant faire tort à l’auteur que d’assimiler ses -renseignemens à la ridicule statistique de Paris qui se trouve dans les -_Rues et églises de Paris_. On lit dans cet ouvrage, imprimé au -commencement du XVIe siècle, qu’on comptoit à Paris dès le règne de -Charles VI, 872,000 _ménagers_ ou chefs de famille, sans les prêtres, -écoliers et autres extravagans _qui sont sans nombre_. La consommation -de cette multitude est fixée aux chiffres très-insuffisans de 73,000 -bœufs, 730,000 moutons, et 365,000 veaux. - -[78] Voir sur la diminution, depuis 1789, de la consommation de la -viande par chaque individu, les _Recherches de Benoiston de -Chasteauneuf_, 1821, in-8º, 1re partie, p. 67. Cette diminution -relative, qui date de 1789, a toujours été en croissant depuis, et c’est -là un fait bien remarquable et digne d’être médité. - -[79] Il falloit bien au reste que la consommation de Paris fût -très-considérable. J’ai vu dans les registres du Parlement la preuve -qu’en 1422 on amenoit même de Savoie des bœufs à Paris (14 juillet -1422). Une ville pour laquelle des approvisionnemens arrivent de si loin -est nécessairement très-peuplée. Au reste, il existe d’autres données -qui permettent d’établir assez positivement le chiffre de la population -parisienne à la fin du XIVe siècle. On peut, si l’on veut, négliger -comme trop vague ce que dit Froissart (t. II, p. 259 de l’éd. du -Panthéon) à l’occasion du retour de Flandres en 1383, de la partie de -cette population capable de porter les armes, mais, comme Paris comptoit -en 1328 61,098 feux que M. Géraud dans son _Paris sous Philippe le Bel_ -évalue par des calculs très-modérés, peut-être même trop modérés, à -275,000 habitans, comme ce chiffre a dû s’élever pendant le règne de -Charles V et les premières années de Charles VI, il semble qu’on ne peut -guère évaluer la population de Paris à la fin du XIVe siècle à moins de -3 ou 400,000 habitans. Voir pour plus de détails sur la population de la -France au XIVe siècle, le mémoire de M. Dureau de La Malle (Acad. des -inscr., T. XIV, 2e p. p. 36); pour Paris l’excellent travail de M. -Géraud, p. 465 de _Paris sous Philippe le Bel_, et pour le XVIe siècle -les _Relations des ambassadeurs vénitiens_. - -[80] T. I, p. 7. Ces demandes d’ébatement ou jeux semblent avoir donné -lieu à une manière de parler proverbiale que je trouve consignée dans -les plaidoieries civiles du Parlement à la date du 27 juin 1392. _Acarot -dit que s’il s’en mesloit plus, qu’il lui trancheroit la teste, et dit -que_ pour roy ne pour roc _il ne lairoit que il ne lui couppast la -teste_. - -[81] L’ordonnance de Charles VI du 10 janvier 1396-7 ne défend la chasse -qu’aux non-nobles laboureurs et autres non privilégiés, (les habitans -d’un assez grand nombre de villages avoient droit de chasse) et non -autorisés par des personnes ayant elles-mêmes droit de chasse. Cette -ordonnance reconnoit de la manière la plus formelle le droit de chasse -aux _bourgeois vivans de leurs possessions et rentes_. - -[82] _Modus_, feuillet 101. - -[83] Voir l’article sur lui, p. LXIX. - -[84] Ed. Vérard, feuillet X V. - -[85] _Ib._, feuillet X IV. - -[86] S’il a été aidé par quelque ouvrage antérieur, peut-être seroit-ce -par un traité italien, attendu le nom de _faucon vilain_ qu’il donne au -lanier, et qui lui étoit encore donné en Italie au XVIIe siècle. Voy. -aussi T. II, p. 310, la note sur le vol du faisan par l’épervier. - -[87] La chasse à l’oiseau est encore actuellement pratiquée en Syrie. -L’émir Beschir, prince des Druses, avoit des oiseaux dressés qui furent -pillés en 1840, lorsque les événemens le contraignirent à quitter le -pays, et rachetés depuis par M. Catafago, vice-consul d’Autriche à Saïda -(près Beyrouth), qui les possède encore aujourd’hui. A Damas, Choudjà’ -Eddaouleh et Seïf Eddaouleh, neveux du schah actuel de Perse, retirés en -Syrie, chassent aux perdrix avec des sacres (voy. T. II, p. 323). M. -Schefer, second drogman du consulat général de Smyrne, a fait avec ces -princes une chasse dans laquelle deux sacres prirent en une heure et -demie quinze ou vingt perdrix. D’après le récit circonstancié qu’il a -bien voulu me faire, ces oiseaux nommés _sacres_ dans le pays, -originaires de Tartarie ou du Turkestan, certainement les _sacres_ de -nos anciens fauconniers, et par conséquent oiseaux de haut vol -(_rameurs_, selon Huber; voy. T. II, p. 318), sont cependant dressés -comme l’étoient autrefois les oiseaux de poing (_voiliers_, selon -Huber); ils partent du poing de leur maître quand le gibier se lève, et -se perchent sur les buissons quand la perdrix s’y est remisée, pour la -prendre plus facilement dès qu’elle en sort. C’est bien là la manière de -l’autour et de l’épervier, mais l’identité d’origine septentrionale et -de nom ne permet pas de douter que ces oiseaux ne soient bien nos -sacres. - -M. d’Offémont, dont j’ai parlé dans une note de ma _Chace dou cerf_, -1840, in-8º, comme ayant créé en 1838 une association destinée à faire -renaître la fauconnerie (association dont le siége est en Hollande et -qui continue à prospérer), frappé des difficultés qu’il a dû surmonter -dans _l’affaitement_ des oiseaux, malgré les secours qu’il avoit -rencontrés dans les anciens ouvrages de fauconnerie, a l’intention -d’écrire sur ce sujet un traité assez détaillé pour suppléer aux -omissions des anciens auteurs. Il m’a montré des notes et quelques -dessins qui donnent l’idée la plus avantageuse de son travail. - -[88] Par suite de mon goût pour les livres de chasse, j’avois eu -l’honneur de faire la connoissance de M. Huzard. Il m’a bien souvent -admis avec une extrême complaisance dans sa précieuse bibliothèque, mais -le hasard a fait qu’il ne m’avoit jamais montré son manuscrit du -_Ménagier_. Son catalogue (Paris, 1842) forme 3 vol. in-8º. La vente a -eu lieu en 1843. - -[89] Paris, 1830, in-4º. Voici les indications données par cet ouvrage: - -1º Inventaire de Bruges vers 1467. - -Nº 836. Ung autre livre en parchemin couvert d’ais jaunes, intitulé au -dehors: _C’est le Mesnagier de Paris_; comançant au second feuillet, -_Salvacion de l’âme_, et au dernier _n’est autrement_. (C’est le -manuscrit A, voir ci-après p. LIV.) - -Nº 1202. Ung autre livre de cuir vermeille, appellé _le Mesnagier_, est -escript partie en longue luigne et partie par deux coulombes; -quemenchant ou second feuillet _Vous moismes_ et le dernier feuillet, _a -dicta aqua_. (C’est le manuscrit B dans lequel se trouve le _Chemin de -povreté_ en effet écrit à deux colonnes (coulombes). Voir ci-après p. -LV.) - -2º Inventaire fait à Bruxelles le 15 novembre 1487. - -Nº 1758. Ung autre grant volume couvert de cuir, garni à tout deux -cloans de léton, intitulé: _C’est le Mesnagier de Paris_; comenchant ou -second feuillet, _Salvacion de l’âme_ et finissant ou derrenier, _et -oster les entrailles, testes et qhues. Hic finit._ (A) - -Nº 1759. Ung autre grand volume couvert de cuir rouge, à tout deux -cloans de léton, intitulé comme le dessus: _Le Mesnagier de Paris et -autres choses de dévotion_; comenchant ou second feuillet, _Vous-mesmes -vo_, et finissant ou derrenier, _et oster les entrailles, testes et -qhues_. (B) - -[90] T. I, p. 9. - -[91] Les second et dernier feuillets commencent par les mêmes mots que -ceux signalés comme initiaux de ces mêmes feuillets dans le manuscrit de -Bourgogne. C’est ce même manuscrit qui est indiqué comme manquant -ultérieurement dans les inventaires de Bruxelles. (Nº 2269 de la -_Bibliothèque protypographique_.) - -[92] Cet article a donc paru peu de mois avant la vente de la première -partie de la Bibliothèque Huzard. Il est singulier qu’un livre si -longtemps inconnu soit remarqué et étudié, on pourroit dire exhumé, dans -la même année, à Bruxelles et à Paris à la fois. - -[93] Si l’on entre dans le détail de l’histoire du règne de Charles VI, -il semble (autant qu’on puisse en pareille matière déduire un principe -général de faits particuliers même nombreux) qu’une partie notable de la -haute bourgeoisie parisienne s’étoit attachée après la mort de Charles V -au duc de Berry, prince toujours besogneux, et redoutable par ce motif -aux provinces soumises à son autorité, mais affable et de mœurs faciles, -qualités appréciées de tout temps et souvent au delà de leur valeur -réelle par les classes moyennes et inférieures des villes. On verra -encore que même dans les momens où les exigences de la politique -amenoient ou forçoient le duc de Berry à se réunir aux Bourguignons, les -bourgeois ou parlementaires ses conseillers et partisans, n’en étoient -pas mieux vus du duc de Bourgogne à qui ils rendoient probablement les -sentimens de défiance et de haine qu’ils lui inspiroient. - -[94] Les familles de Larivière en Guyenne, et de Bezu le Long, portent -aussi de gueules au chevron d’hermines. - -[95] Champagne, Goussencourt, Hargicourt et Vivonne portent également -d’hermines au chef de gueules. - -[96] Depuis le XVIe siècle, au lieu d’avoir ainsi un seul écusson parti -(divisé en deux par une ligne verticale) les femmes portent deux écus -dont le premier est celui de leurs maris. Les reines de France ont -continué longtemps à partir leur écusson, et je crois que Marie -Leczinska est la première qui ait porté deux écus accollés. - -[97] _L’Histoire généalogique des grands officiers de la couronne_, T. -III, p. 726, l’appelle Jean, ce qui est une erreur. - -[98] Elle est enterrée dans l’église paroissiale de Roubais, chapelle de -Sainte-Croix ou des Sept Douleurs. (Cabinet généalogique.) - -[99] Chambellan du roi de France, frère du connétable de Saint-Paul -décapité en 1475: il mourut en 1487. - -[100] Mon ami M. Eugène Grésy qui s’occupe depuis longtemps de -l’histoire et de la topographie de Melun, me signale un vitrail de la -chapelle Saint-Antoine en l’église Saint-Aspais de Melun, dans lequel -les armes d’Agnès de Savoie, femme, de 1466 à 1508, de François Ier -d’Orléans, duc de Longueville, vicomte de Melun, sont placées dans un -écusson parti, avant celles de son mari. Mais, je le répète, de telles -erreurs sont très-rares, surtout à mesure qu’on s’éloigne des temps -modernes. Si Isabelle de Roubais avoit épousé un Ghistelles en premières -noces, je n’aurois pas hésité à voir en elle la propriétaire de mon -manuscrit. Au reste, il est bien probable que ce manuscrit lui aura été -donné par sa mère, et que les recettes de _Hotin_ auront été recueillies -pour elle. - -[101] C’est lui qui prit par surprise, en 1465, la ville de Péronne et -le comte d’Étampes qui s’y étoit renfermé, _Histoire de Bourgogne_, de -dom Plancher, T. IV, p. 337. - -[102] Voy. T. II, p. 275. - -[103] Quand un ouvrage cité en abrégé dans un endroit du livre est -indiqué ailleurs avec plus de détail, je ne l’ai pas compris dans cette -liste. La table donnera le moyen de retrouver l’endroit où le titre est -donné _in extenso_. - -[104] Rymer date ces pièces de 1363, mais c’est de 1363 nouveau style, -c’est-à-dire en faisant commencer l’année au 1er janvier et non à -Pâques. En effet, suivant la Chronique de Saint-Denis, dont l’exactitude -chronologique est irrécusable, le roi Jean, qui étoit entré à Avignon le -20 novembre 1362, s’embarqua à Boulogne le 3 janvier 1363 (1364 nouveau -style) pour retourner en Angleterre, et y mourut le 8 avril suivant. - -[105] Il n’y en a que dix-huit. - -[106] Le second article relatif à la chasse de l’épervier est le seul -qu’on trouve dans les trois manuscrits du _Ménagier_, encore est-il mal -placé entre les troisième et quatrième articles de la seconde -distinction. Cette circonstance pourroit faire croire que l’auteur n’a -pas suivi jusqu’au bout de son livre le plan et la division établis -ci-dessus, et qu’il a peut-être omis de traiter le sujet des premier et -troisième articles de la troisième distinction. - -On comprend de quel genre pouvoient être les ébattemens du troisième -article, et on a dans le _Dodechedron de fortune_ l’exemple de demandes -_avérées et répondues par le sort des dés_. Mais que faut-il entendre -par _rocs_ et par _rois_? On sait que le Roc a été remplacé par la Tour -dans le jeu d’échecs, et n’existe plus que comme pièce héraldique dans -les armoiries de quelques familles. Étoit-ce donc à l’aide des rocs et -des rois d’échecs que ces demandes d’ébattemens étoient répondues? - -Il est parlé dans le _Chevalier de la Tour_ (chap. 124 du ms. du roi, -7403) de chevaliers et dames jouant au _roy qui ne ment pour dire vérité -du nom de s’amie_. C’est peut-être d’un jeu analogue que l’auteur du -_Ménagier_ a parlé ou comptoit parler dans cet article. - -[107] _Chemise._ Ce mot avoit alors la même signification -qu’aujourd’hui. Voir Du Cange au mot _Camisa_.--_Blanchet_, vêtement -court, sorte de camisole de drap ou flanelle blanche qu’on mettoit -par-dessus la chemise. Ce mot est encore cité dans cette acception par -le dictionnaire de Trévoux. Blanchet signifioit par extension le drap -blanc dont étoit fait le vêtement du même nom.--_Coste_, qui seroit -mieux écrit cotte, comme au-dessous, signifie ici robe, voir Du Cange, -citation de la Vie des Pères, à _Surcotium_.--_Surcot_, vêtement de -dessus, mais en général moins chaud et plus habillé que la houppelande. -J’ai vu dans les _Plaidoiries criminelles du parlement_ une bourgeoise -_venant d’une noce pour laquelle elle avoit vestu un surcot_, à qui une -de ses parentes dit _qu’il est tard_, qu’elle dépouille son surcot et -que elle lui baillera _une houpelande et un chaperon_. (Avril 1404-5.) - -[108] La coiffe enveloppoit toute la tête et étoit placée immédiatement -sur les cheveux. Le mot de _cueuvrechief_ paroît désigner ici une sorte -de bonnet placé sous le chaperon. Les couvrechef et coiffes étoient -d’étoffe légère. Un inventaire dressé en 1384 des biens meubles de -Jacqueline de Charny, femme de Jehan Saugete, écuyer, mentionne _quinze -quevrechiefs de soie et trois de lin pour atour et dix-neuf coiffes de -soie jaune, de cendal et de toile ou fil_. (Reg. du P. Jugés XXXII. 94.) -Quant au chaperon, dont la forme a varié, celui dont il s’agit ici me -paroît devoir être la coiffure que porte la femme dans la planche de la -page 9. L’auteur de la plaidoirie citée page 14 parle d’un amant qui -coupa un morceau du chaperon de sa maîtresse pour avoir un souvenir -d’elle. La forme du chaperon représenté dans la planche fait bien voir -comment cela étoit possible. - -[109] Il sembleroit par ces mots qu’on n’avoit pas alors de bancs -_réservés_ dans les églises. La mention la plus ancienne que j’aie vu de -cette attribution individuelle des bancs aux paroissiens est dans une -délibération du conseil de fabrique de Saint-André-des-Ars, en date du 2 -février 1577, qui parle des bancs affectés aux paroissiens, et de ceux -qui d’_ancienneté_ ont coutume de s’y mettre. Les églises collégiales -n’avoient de bancs qu’autant qu’elles étoient en même temps -paroissiales, c’est-à-dire qu’il y avoit des fonts baptismaux, et qu’on -y faisoit le prône. (_Traité des Droits honorifiques_, par Maréchal, -1762, tom. I, p. 278 et 284). On m’a affirmé qu’avant la révolution il -n’y avoit pas de bancs dans l’église cathédrale de Paris. - -[110] Var. B _Gréel_, Graduel. - -[111] _Estour_, secours, nourriture du corps, et généralement tout ce -qui sert à la vie. (V. Du Cange, au mot _Estorium_); _lourgable_, -susceptible d’être consommé, de _lurcare_, dévorer. - -[112] Avoir soin. - -[113] Je n’ai jamais vu ce mot: seroit-il ici pour _trahaigner_, -traîner, tergiverser? - -[114] _Reverchier_ signifie retourner: je crois qu’_entreveschier_ veut -dire _intervertir_. - -[115] Pour fixer votre idée, pour connoître. - -[116] Aussi, également.--Var. B _presque_. - -[117] Cette nomenclature des vices et des vertus contraires se retrouve -dans plusieurs ouvrages du moyen âge. Elle est avec de grands -développemens dans le _Calendrier des Bergers_, et elle a donné lieu à -une sorte de roman allégorique curieux et bien écrit dans la suite -mystique du Modus et Ratio, intitulée _le Songe de Pestilence_, et -imprimée sous le titre de _Modus et Ratio de divine contemplacion_. - -[118] Vif désir. - -[119] Brûlent (de frire). V. ci-après _le Viandier_. - -[120] Poêle à frire. - -[121] Il paraît manquer quelque chose, comme _perte des âmes_. - -[122] Vrai. - -[123] Procès. - -[124] Manque _se comparer_. - -[125] _... d’icelui._ - -[126] Mal erré, _male erravi_. - -[127] Sous son plus mauvais jour. - -[128] Loué. - -[129] Je ne me souciois pas. - -[130] En secret. - -[131] De la gloire auprès d’eux, pour qu’ils parlassent de moi. - -[132] Je pensois. - -[133] Il paroît manquer quelque chose comme: _Je disois mes péchés les -moins grands_. - -[134] Parée. - -[135] Ce mot n’est que dans B. Faut-il lire _à parties_? - -[136] Gourmands et par extension débauchés. - -[137] Joyeux. - -[138] _Empêcher_ vaudroit mieux. - -[139] Défendu, refusé. - -[140] Croupit? - -[141] Sa fortune. - -[142] Antecrist fait les miracles en sa maison tout au contraire: sa -maison est la taverne, et quant ceulx qui voyent bien clair y viennent, -ils s’en partent tous aveugles.--_Modus et Racio_, édit. 1839, feuillet -65 vº. - -[143] Chez les Romains, avant la première guerre punique, les jours se -divisoient en quatre parties: 1º de 6 heures à 9 heures, c’était l’heure -de _prime_; 2º de 9 heures à midi, c’est ce qu’on nommoit _tierce_; 3º -de midi à trois heures, c’étoit l’heure de _sexte_; 4º _none_ commençoit -à 3 heures et finissoit au coucher du soleil. Cette ancienne division du -temps fut adoptée par la primitive église et les noms en sont restés aux -offices. - -[144] Si chère qu’elle soit. - -[145] Pourtant, cependant. - -[146] De maintenant à un jour. - -[147] Thériaque: remède. - -[148] Prochain. - -[149] Ennui, désœuvrement. V. Du Cange aux mots _Accidia_, _Acedia_. - -[150] Manquent quelques mots, comme: _qui y mettent_. - -[151] L’avare. - -[152] Peut-être manque-t-il quelques mots comme _ils auront_, _etc._ - -[153] Il semble que le sens de la phrase exigeroit _gloutonnie_. - -[154] En desroi, égaré. - -[155] C’est l’ouvrage de Jacques de Voragine, archevêque de Gênes. - -[156] De saint Jérôme. - -[157] Donner envie, goût. - -[158] C’était Sédécias. - -[159] Captivité. - -[160] Helcias. - -[161] Huile. - -[162] Doucement, paisiblement. - -[163] Serviteurs, _servientes_. - -[164] Visage. - -[165] Cachées. - -[166] La Vulgate dit _sub prino_, c’est le chêne _ilex_, l’yeuse. - -[167] _Sub schino_, c’est le lentisque d’où découle dans l’Archipel et -en Perse non le macis, mais le mastic ou encens de Perse, sorte de gomme -aromatique avec laquelle les Perses enduisoient leurs outres, suivant -Strabon. Le _macis_ dont parle ici l’auteur est aussi appelé _fleur de -muscade_; c’est la seconde écorce de la noix muscade. Nous verrons le -macis employé dans _le Viandier_. - -[168] Les juifs furent chassés par ordonnance du 17 septembre 1394, et -cette ordonnance fut ponctuellement et promptement exécutée. On en a la -preuve dans des lettres de rémission accordées en janvier 1394(5), à un -certain Guiot Rousseau de Pertes, près Melun, pour avoir assommé et -volé, entre Pont-sur-Yonne et Sens, au bois de Javel, une vieille juive -qu’il s’étoit chargé de conduire sur son cheval, de Melun à Sens, _ne -croyant autant mesfaire que s’elle eust esté chrestienne et se recordant -que par les juifs qui ont demouré ou temps passé à Meleun il avoit esté -destruit presque de toute sa chevance_. Il est dit dans ces lettres, qui -m’ont été communiquées par M. de Stadler, que cette juive _alloit -rejoindre aucuns juifs qui pour certaine ordenance sur ce faicte se -partoient hors du royaume_. (J. Reg. 147, 36.) Ce passage prouve bien -positivement que _le Ménagier_ a été écrit avant septembre 1394. - -[169] Philosophe chaldéen qui, suivant Jacques de Cessoles, auteur du -_Jeu des échecs moralisé_, auroit inventé le jeu d’échecs. L’auteur du -_Ménagier_ cite ici l’ouvrage de J. de Cessoles, dans lequel on trouve, -au chapitre de la Reine, les histoires de Romilde, de Lucrèce, de -Papirius, qu’il va raconter aussi, mais en les développant. - -[170] Oui. - -[171] De Bénévent. - -[172] S’en détournèrent, de _desmouvoir_. - -[173] Cette duchesse est Romilde, veuve de Gisulfe, duc de Frioul, tué -en 611, dans une bataille contre les Abares. Après la mort de son mari -dont elle avoit eu quatre fils et quatre filles, elle fut assiégée par -le khan des Abares dans Forojulium, aujourd’hui _Civita di Friuli_. -Éprise de la figure du khan, elle lui offrit (et non à un de ses -chevaliers) la place et sa main; son offre fut acceptée, mais le khan, -maître de la place, fit empaler Romilde et emmena ses enfans et les -principaux citoyens en captivité. Les quatre princes s’échappèrent sur -la route. Les deux aînés, Tason et Caccon, furent ducs de Frioul, de 621 -à 635. Le troisième, Rodoald, fut duc de Bénévent, de 642 à 647, et le -dernier, Grimoald, fut duc de Bénévent après son frère, et roi des -Lombards en 662; il mourut en 671. On a assez peu de renseignemens sur -l’origine de plusieurs de nos reines de la première race. Je n’ai pas -trouvé qu’aucune d’elles ait été sœur de Grimoald. La même histoire est -racontée avec quelques-unes des inexactitudes de l’auteur du _Ménagier_, -dans le LVIIIe chapitre du _Compendion historial_; Paris, Ant. Vérard, -1509.--Elle est tirée de Paul Diacre. - -[174] L’auteur du _Jeu des Échecs moralisé_. - -[175] Invita, de _semondre_. - -[176] Par telle convention. - -[177] État, disposition d’esprit. - -[178] Les occupations que l’auteur donne ici aux Romaines étoient sans -aucun doute celles des femmes de son temps, et ce passage est -certainement un des plus curieux de son livre. Le _bric_, qui me paroît -la même chose que la _briche_ ou _bricque_, est déjà cité au XIIIe -siècle dans les œuvres de Rutebeuf (_de Brichemer_), on y jouoit assis -et à l’aide d’un petit bâton.--_Qui féry?_ me paroît évidemment notre -_main chaude_.--Le jeu de _pince-merille_ est écrit _pince-morille_ dans -les jeux de Gargantua (Rabelais, livre I, chapitre XXII), c’est tout ce -que j’en connois.--Le _tiers_ étoit une sorte de colin-maillard dont il -est parlé dans Rabelais, les Arrêts d’amour et des lettres de rémission -de 1391, citées par Du Cange au mot _Tertium_.--La mention des cartes -comme _jeu d’ébatement_, dans un ouvrage écrit sûrement en 1393, est -fort importante, et nous paroît démontrer la réalité de la distinction -établie par M. Duchesne entre les cartes jeux _d’ébatement_, jeux -d’enfans, _naibi_, et les cartes devenues quelques années après jeu de -hasard. En lisant ce passage du _Ménagier_ on comprend que les cartes -aient pu être connues en 1369, et ne pas figurer cependant parmi les -jeux de hasard défendus cette année par Charles V. (Voy. _Jeux de Cartes -tarots_, publiés par la Société des Bibliophiles, 1844, in-folio, p. 4.) - -[179] Un peu loin, à une petite distance. - -[180] Le visage baissé. - -[181] Bleues, violettes. - -[182] Poudreux; ou faut-il lire _les gens, pouldres_ (poussière) _et -fumées_, etc.? - -[183] Var. Br. _à peine_. - -[184] Evite, esquive. - -[185] Car le fait (l’adultère) n’est pas à craindre. Je n’ai vu ce -curieux usage mentionné nulle part ailleurs. - -[186] Pierre le Mangeur, chancelier de l’Université de Paris, mort en -1179. Voir les _Mss. françois_ de M. Paris, t. II, p. 2. - -[187] L’historien Flavius Josèphe. - -[188] S’attachera, _adhærebit_. - -[189] Prononciation parisienne du mot _mesnie_, suite, famille. Voir H. -Estienne, _Précellence du Lang. françois_, p. 179. - -[190] Près, comme _Villers-Coste-Retz_. - -[191] Stérile. Encore employé pour les biches en terme de vénerie. - -[192] Élève. - -[193] Allusion à l’incarnation de N. S. J. C. - -[194] Outre ou petit baril, _boucellus_. - -[195] Bersabée. - -[196] Voyage. - -[197] Couché. - -[198] Voir sur cette plante et sur la _main de gloire_ les curieux -articles du Dictionnaire de Trévoux. - -[199] Ouvrage qui est à la fois une grammaire, une rhétorique, et un -dictionnaire, et qui fut écrit en 1286 par Jehan Balhi de Gênes, -religieux dominicain. - -[200] Sauvages. - -[201] Sans doute _choucas_. - -[202] Var. A, _melles_, faute ou nom d’oiseau que je ne connois pas. -Tiercelet, pris seul, est le nom du faucon mâle. - -[203] Domestiques. - -[204] Macaire étoit le nom de l’assassin. Aubri de Montdidier étoit le -maître du chien. Bullet, dans une intéressante dissertation sur cette -histoire (_Mythol. fr._, p. 64), remarque qu’elle figure pour la -première fois dans la chronique romanesque d’Albéric de Trois-Fontaines, -auteur du XIIIe siècle, qui la place à l’année 780. Il pense que cet -auteur l’a prise dans quelqu’ancien roman ou chanson de geste. - -[205] C’est la portion de l’île Saint-Louis qui est entre la rue des -Deux Ponts et le pont Louis-Philippe, et qui étoit séparée par un petit -bras de la Seine ordinairement à sec en été, de l’autre portion appelée -l’île aux Vaches. Quoique le chapitre de Paris eût des droits à la -propriété de cette île et en fût en tout cas haut justicier, elle -servoit de promenade et de lieu de réjouissance publique. Le 8 mars -1400, le procureur du roi parlant pour les marchands de Paris et les -droits de la navigation, contre le chapitre, et faisant peut-être -allusion au prétendu combat de Macaire et du chien, disoit que _dès -Charlemaine l’île dessus dite fut appliquée à la chose publique_ (Reg. -du Parl., Plaid. civ.). Les lices qu’y voyoit à la fin du XIVe siècle -l’auteur du _Ménagier_ pouvoient bien provenir de la grande fête -(mystères, tournois d’enfans au-dessous de dix ans, etc.) qui y fut -donnée à la Pentecôte de 1313, lorsque Philippe le Bel et ses trois -fils, et le roi d’Angleterre prirent la croix (_Chron. métrique_ de God. -de Paris, 1827, p. 188), ou peut-être aussi de quelque autre solennité -plus récente. - -[206] Les ducs de Berry, de Bourgogne et de Bourbon et le connétable du -Guesclin conquirent presque tout le Poitou sur les Anglois, en 1372: ils -revinrent à Paris le 11 décembre, et le lendemain le duc de Berry fit -hommage au roi son frère du comté de Poitiers (Reg. du Parl., Plaid. -civ.). - -Mais Niort et quelques autres places étoient restées au pouvoir des -Anglois. Du Guesclin ayant défait à Chisay les garnisons angloises -réunies sous le commandement de messire Jehan d’Esvreux, fit, suivant -Cuvelier, mettre à ses soldats les cottes d’armes des Anglois, et prit -ainsi Niort par surprise. - -Froissart (t. I, p. 665 de l’édition du _Panth. litt._ donnée par M. -Buchon) dit que le combat de Chisay eut lieu le 21 mars 1372 (1373, n. -st.), et cette date se trouve en effet confirmée par les comptes du duc -de Berry dans lesquels on voit figurer, à la date du 30 mars, un -messager envoyé par le duc à la duchesse pour lui annoncer que _messire -Jehan d’Esvreux a esté déconfit_. La prise de Niort dut suivre presque -immédiatement le combat de Chisay, surtout si le stratagème raconté par -Cuvelier fut en effet mis en œuvre par du Guesclin. Niort étoit en tout -cas pris au moins dès le 28 avril. Quoique l’occupation de cette ville -ait eut lieu presque sans coup férir, c’est bien certainement en cette -occasion qu’avoit péri le maître du chien dont parle notre auteur, soit -que ce fût un soldat de l’armée françoise, soit qu’il fût un des hommes -de la ville, bons François de cœur suivant tous les historiens. - -Le duc de Berry, qui après l’hommage du comté de Poitiers avoit été en -Berry et en Auvergne réunir des hommes et de l’argent (il étoit, le 11 -janvier 1372-3, et encore le 22 mars, à Bourges), n’arriva en Poitou que -dans les premiers jours d’avril. Il étoit les 28 et 30 mars et le 2 -avril à la Souterraine, petite ville de la Marche, sur la route de -Clermont à Poitiers, attendant probablement ses troupes, et les 15, 18 -et 19 avril, à Poitiers. On voit bien dans ses comptes qu’il envoya un -courrier de Niort le 28 avril, mais il partit aussi des courriers ce -même jour de Poitiers, de Saint-Maixent et de Melle, et si le duc a été -le même jour dans ces quatre villes, il a fait une journée de vingt-cinq -lieues, ce qui, sans être impossible, est cependant difficile. Il étoit -à Poitiers le 30 avril, et paroît y être resté tout mai, tout juin, et -jusqu’au 11 ou 15 juillet, mais il étoit le 18 de ce mois à Niort et y -séjourna au moins jusqu’au 23 (il y consomma six setiers de blé; fol. -105 vº). Il étoit de retour à Poitiers le 26. - -Il me paroît bien probable que le fait raconté par notre auteur comme -témoin oculaire, a dû se passer à Niort pendant le séjour que fit le duc -dans cette ville _en juillet 1373_. On pourroit opposer qu’au 18 juillet -il y avoit déjà plus de trois mois que Niort étoit pris et le maître du -chien mort, mais cet animal pouvoit continuer depuis lors à vivre sur la -tombe de son maître, et le fait n’en étoit que plus remarquable et plus -digne d’être signalé au duc de Berry. Au reste, si le séjour de ce -prince à Niort le 28 avril 1373 n’étoit pas douteux, il vaudroit -certainement mieux reporter à cette date l’histoire qui a donné lieu à -cette note. - -Guillaume de la Mousse, attaché à la maison du duc de Berry, étoit -châtelain de Niort en novembre 1373, et Hugues de Vivonne, chevalier, en -étoit capitaine le 25 juillet 1374. - -Le duc de Berry avoit certainement beaucoup de défauts, mais on ne peut -lui refuser d’avoir été charitable. Les comptes qui nous restent de lui -sont remplis de mentions d’aumônes. J’ai entre autres remarqué, à -l’année 1370, beaucoup de dons faits à des chevaliers et écuyers pris -par les Anglois à la belle défense de Limoges, et soixante sols donnés -en août 1370 _à un povre enfant de village qui fu trouvés tout seul en -l’oustel où mondit Sr. se lougha à Saint Denis du Chastel_ (Comptes du -duc de Berry, Arch. du Roy., reg. K, 250, 1). - -[207] Sérieusement. - -[208] Plutôt. - -[209] Surtout. - -[210] Le Décret de Gratien, bénédictin du XIIe siècle. - -[211] Le trône, fauteuil. - -[212] A la fortune. - -[213] Écrite d’abord en italien par Boccace, la charmante histoire de -Grisélidis fut ensuite paraphrasée et mise en latin par Pétrarque. Elle -a été traduite plusieurs fois en françois, et même a fourni le sujet -d’un Mystère composé en 1395 probablement par un Parisien, puisque -l’auteur y parle du _beau gibet de Montfaucon_. Bibl. roy., Cangé, 7999, -3. Il y a à la Bibl. Roy. plusieurs manuscrits de traductions anciennes -de Grisélidis. J’en ai examiné quatre. La version du _Ménagier_, toute -différente de celle du nº 7387, diffère légèrement de celles des nos -7403 et 7568, mais est tout à fait la même que celle du nº 7999. - -[214] Le Mont Viso. - -[215] Comptoit, prisoit. - -[216] Volonté, pouvoir, de _potestas_; _femme de poste_, femme non -libre, serve. V. DU CANGE, à _Posta_. - -[217] Pareillement. - -[218] Voler; chasser avec l’oiseau. - -[219] En grandes troupes. - -[220] A leur vouloir, à leurs volontés. - -[221] Portant doucement son cavalier, ayant le pas doux. - -[222] D’une même manière. - -[223] Avec la tête baissée. - -[224] Avec attrait. - -[225] Sincère, vraie. - -[226] Exécuter, accomplir. - -[227] Var. Mss. A, _quant est de celle de_. - -[228] Que fait. - -[229] Par bonne disposition, par zèle. - -[230] Transporté, placé. - -[231] Cette coutume de donner un objet quelconque en témoignage et comme -preuve de stipulation remonte à une haute antiquité. Nos ancêtres -l’avoient conservée des Romains. L’abbé Le Beuf raconte, d’après Étienne -de Paris, un des plus curieux exemples de cet usage. Le roi Louis le -Jeune ayant couché à Creteil qui appartenoit au chapitre de Paris, le -chapitre lui ferma le lendemain les portes de l’église cathédrale: mais -le roi consentit à payer la dépense qu’il avoit faite à Creteil et les -portes lui furent ouvertes. Alors, pour marquer son intention par un -acte extérieur, le roi mit de sa propre main une baguette sur l’autel, -etc. (_Histoire du Diocèse de Paris_, XII, 12.) Voir aussi DU CANGE au -mot _Signum_, 11. - -[232] Dissimulées. - -[233] Ici, _gâté_ plutôt que _méprisé_. - -[234] Pourvu que. - -[235] Il n’y a eu, ni sous la régence, ni sous le règne de Charles V, de -révolte dont la punition ait présenté des circonstances semblables à -celles qu’on remarque dans ce passage du _Ménagier de Paris_, mais il me -paroît au contraire s’appliquer parfaitement aux exécutions qui eurent -lieu en 1383, au retour de la campagne de Flandre, et je crois que par -_une des plus grans cités de ce royaume_ il faut entendre Paris et non -pas Rouen qui fut le théâtre de scènes analogues, mais non aussi -sanglantes à beaucoup près. Cette expression aura été suggérée à -l’auteur par sa prudence, afin de ne pas désigner trop clairement à ses -contemporains les personnes dont il parloit. - -Suivant le Religieux de Saint-Denis (liv. III, chap. IV), Charles VI -(encore presque enfant, et agissant sous l’influence de ses oncles) -auroit _appris à Rouen_, où il auroit alors séjourné trois jours, la -sédition des _maillotins_ de Paris. Il auroit à cette même époque, -(qu’il faudroit placer dans les premiers jours de mars 1381-2, puisque -la sédition des _maillotins_ commença le 1er de ce mois), puni de mort -les chefs d’une sédition dite _la Harelle_ qui auroit eu lieu -antérieurement à Rouen. Le Moine de Saint-Denis est dans l’erreur au -moins quant à la date et à la durée du séjour de Charles VI dans cette -ville. Il résulte de nombre de pièces du registre 120 du Trésor des -Chartes, que le roi entra à Rouen pour la première fois depuis son sacre -le 29 mars 1381-2 seulement, et qu’il y étoit encore au moins le 4 -avril. Il étoit le 1er mars à Vincennes. En tous cas ces exécutions -paroissent avoir été trop peu nombreuses pour qu’on reconnoisse en elles -celles dont parle notre auteur. (Le registre 120 ne contient la mention -que de l’exécution d’un valet à Rouen.) Il en est de même des poursuites -auxquelles donna lieu la même sédition, onze mois après, en mars 1382-3 -qui, suivant Farin (_Histoire de Rouen_, 1668, in-12, I, 527), ne -coûtèrent la vie qu’à deux misérables. D’ailleurs le roi n’étoit pas -présent, contrairement à ce que me semble indiquer le récit du -_Ménagier_. Notre auteur paroît en outre avoir eu peu de relations avec -Rouen qu’il ne nomme pas une fois dans son livre, et il résulte de son -récit qu’il connoissoit la bourgeoise dont il parle. Il est donc plus -naturel de supposer qu’elle étoit de la même ville que lui, c’est-à-dire -de Paris. - -La sédition des _maillotins_ commença le 1er mars 1381-2. Le prévôt de -Paris fit bien, peu de temps après, quelques exécutions, mais elles ne -portèrent que sur des gens obscurs et furent peu nombreuses. Il n’en est -pas de même de la sanglante punition que le roi infligea à la ville de -Paris à son retour de Flandre à raison des mêmes événemens. - -Vainqueur à Rosebecque, le 27 novembre 1382, le roi entre à Paris le 11 -janvier 1382-3. Le 12 et les jours suivans trois cents riches bourgeois -sont arrêtés: huit jours après on en conduit deux au supplice, et les -exécutions se succèdent rapidement. On voit dans des lettres de -rémission qu’Audouin Chauveron prévôt de Paris et des gens d’armes -alloient nuit et jour prendre plusieurs bourgeois _dont des aucuns l’on -faisoit hastives exécutions_, et que l’on _faisoit justice de jour en -jour d’aucuns des habitans de Paris_. (Voir ci-après, p. 138. _Chascun -jour._) Le 27 janvier, jour de la publication de l’ordonnance qui -abolissoit la prévôté des marchands, douze notables habitans de Paris, -parmi lesquels étoit le célèbre Jean Desmares, avocat général, victime -innocente de la haine des ducs de Berry et de Bourgogne, périrent encore -sur l’échafaud. Cent personnes furent ainsi exécutées du 19 ou 20 au 27 -ou 28 janvier: les autres prisonniers furent condamnés à des amendes -pécuniaires souvent égales ou supérieures à la valeur de tous leurs -biens. - -Il me paroît impossible de ne pas reconnoître dans ces événemens ceux -auxquels fait allusion l’auteur du _Ménagier_, mais quel est ce seigneur -et quelle est cette femme _de très grant nom en bourgeoisie_? Pour -découvrir quelque trace de cette mystérieuse histoire, j’ai parcouru les -registres 120 à 128 du Trésor des Chartes depuis mars 1381-2 jusqu’en -avril 1385-6. Parmi les quarante-sept pièces relatives à ces événemens -(sur lesquels je donnerai peut-être un jour un mémoire détaillé), j’ai -remarqué trois et surtout deux lettres de rémission qui pourroient -s’appliquer au mari dont notre auteur nous a transmis l’histoire. - -La première, en date d’août 1383, est accordée à Jehan Filleul, notaire -au Châtelet, alors âgé de vingt-six ans, qui avouoit avoir pris part à -toutes les délibérations hostiles au rétablissement des impôts, et avoir -conseillé à Aubert de Dampierre, riche drapier, l’un des suppliciés, de -faire soulever la ville pour empêcher son arrestation. - -Il n’est pas dit dans les lettres de rémission qu’il fut emprisonné mais -qu’il s’enfuit de Paris. Cependant il est cité dans le Religieux de -Saint-Denis (en qualité d’avocat au Châtelet, ce qui est une erreur) -parmi les trois cents bourgeois arrêtés depuis le 12 janvier, et si, -comme il y a lieu de le croire, cette assertion est exacte, pour qu’il -ait pu s’absenter de Paris, il faut qu’il ait été relâché au moins -provisoirement. Or, il eut besoin d’une bien forte protection pour -échapper ainsi au châtiment que lui auroient certainement valu les faits -dont il s’avouoit coupable. On mentionne dans la rémission qu’il avoit -une _jeune femme_; son nom de famille n’est pas donné, mais la position -du mari peut faire supposer qu’elle étoit d’une bonne famille -bourgeoise. (R. 123, 83.) - -Colin Brun, drapier, étoit _jeunes homs, issu de bonnes gens et de bon -lignage, fils d’Anthoine Brun homme ancien de l’aage de quatre-vingt -seize ans lequel s’estoit bien porté envers les prédécesseurs du roi -qu’il avoit servis en son mestier de draperie_. Il étoit marié depuis -deux ans à une jeune femme qui en avril 1383 venoit d’accoucher de son -premier enfant. Il avoit été condamné à deux mille francs d’amende et au -bannissement. Le roi lui remit le bannissement et la moitié de l’amende. -Il n’étoit coupable que d’avoir assisté aux réunions et aux prises -d’armes. (R. 122, 217.) - -Giles Labat, procureur général au parlement, mari d’une femme de -dix-huit ans, et père de deux enfans dont l’aîné n’avoit que trois ans, -obtint, en juillet 1383, des lettres de rémission. Il étoit accusé -d’avoir cherché dans les maisons, et fait conduire en prison, des hommes -d’armes, et fut gracié à la requête du maréchal de Sancerre, mais je -n’ai pas vu qu’il eût été emprisonné; il avoit pris la fuite lors du -retour de Flandre, et de plus, le caractère du maréchal ne permet guère -de lui attribuer cette aventure. (R. 123, 14.) - -J’ai bien encore vu des lettres de rémission accordées à des habitans de -Paris mariés à de jeunes femmes, mais leur position ne m’a pas paru -convenir au mari cité en cet endroit du _Ménagier_, et qui devoit -appartenir à la haute bourgeoisie parisienne. - -Je suis au reste loin d’affirmer que le mari dont parle notre auteur -soit un de trois Parisiens que je viens de nommer: je me borne seulement -à signaler les rapports qui existent entre leur position (surtout celle -de Jean Filleul) et la sienne. - -[236] On sait que cette ville, berceau de notre monarchie, cessa -d’appartenir à la France seulement en 1521, qu’elle fut prise par le -comte de Nassau général de Charles-Quint. Elle fut définitivement cédée -à l’empereur par le traité de Cambray (1529). L’administration et la -juridiction de Tournay ont souvent varié. En 1340, le roi Philippe de -Valois avoit donné la justice aux prévôts et jurés, magistrats -populaires, mais à la charge de ressortir du bailli de Vermandois. En -1370 ils obtinrent le privilége de ressortir directement du parlement de -Paris. Il y avoit alors un bailli de Tournesis officier royal, mais sans -juridiction sur Tournay et sa banlieue. (Tassart de Monstreul l’étoit en -1371, Jehan de Sottenghien en 1379 et Jehan Boutelier en 1380.) Mais, en -1383, Charles VI institua un bailliage royal à Tournay. Les appels des -prévôts et jurés étoient portés devant le bailli qui avoit la haute -administration de la ville et du Tournesis. Tournay se soumit avec peine -à cet état de choses, et les registres du parlement contiennent un grand -nombre de difficultés suscitées au bailli par les prévôts et jurés dans -l’exercice de sa juridiction. En 1389, les prévôts et jurés obtinrent de -nouveau des lettres du roi portant que les appels de leurs jugemens -seroient portés directement au parlement de Paris, mais le procureur du -roi s’opposa formellement à l’entérinement de ces lettres qui n’étoient -pas encore enregistrées en 1394. Toutefois ils avoient obtenu d’autres -lettres du roi pour jouir provisoirement de ce privilége, malgré le -défaut d’enregistrement. - -Il est assez difficile de savoir qui est le bailli de Tournay dont parle -l’auteur du _Ménagier_: je ne pense pas qu’on puisse appliquer cette -qualification à un des baillis de _Tournesis_; elle doit désigner un des -baillis nommés de 1383 à 1393. Je n’ai trouvé que le nom de Henri Le -Mazier qui fut reçu à la chambre des comptes comme bailli de Tournay, en -1388. (Mém. E.--Voir sur le bailliage de Tournay, Reg. du Parl. Plaid. -civiles, 25 nov. 1371.--20 nov. 1380.--17 janvier 1390-1.--7 déc. 1394.) - -[237] Dom Carpentier explique bourgage par _bienvenue_ (V. Gloss. de Du -Cange au mot _Bourgagium_). Il sembleroit plutôt qu’on doive entendre -par ce mot une partie de plaisir faite avec une somme composée de -contributions individuelles, telle qu’une poule, par assimilation à -l’impôt du même nom que payoient annuellement les bourgeois de quelques -villes. - -[238] Glorieuse, qui se rengorge. - -[239] En premier, un. - -[240] D’esgarder, regarder; _voyons_. - -[241] Occasions. - -[242] S’engouent, raffolent. - -[243] Négligent. _Nonchalance_, indifférence, de _chaloir_, intéresser, -soucier. - -[244] Ce _qui_ s’applique aux maris des femmes désobéissantes et -négligées. - -[245] Retirer, contraire d’_acharner_. - -[246] Voy. ci-après, page 158. - -[247] La lumière. - -[248] Quand j’aurois dû. - -[249] Instrumens que je crois avoir été des petits vases, comme depuis -les _gobelets_, dont les _bateleurs_ se servoient pour faire leurs -tours, et dont ils ont pris leur nom. Voy. Du Cange aux mots _Bastaxius_ -et _Batus_. - -[250] Allusion à l’opinion suivant laquelle les sorcières alloient au -sabat sur un balai. - -[251] Le château de Melun, et par suite la partie de la ville située du -côté du Gâtinois, furent livrés aux Navarrois et Anglois par la reine -Blanche le 4 août 1358, quatre jours après la mort d’Est. Marcel et la -rentrée du Régent à Paris, mais la partie de la ville située en Brie -resta françoise, et messire Jean d’Andresel étoit dès le même mois -d’août capitaine pour le Régent (depuis Charles V) de Melun et de Brie -(J. Reg. 86, 219.--Secousse, II, 89). Il paroît avoir d’abord partagé la -défense de cette partie de la ville avec le premier maréchal Boucicaut -qu’on voit (J. Reg. 86, 458) avoir fait abattre des maisons pour -fortifier cette portion de Melun en août 1358. Il est probable que M. -d’Andresel étoit sous ses ordres à cette époque. - -Les circonstances désastreuses où se trouvoit alors la France ne -permirent pas au Régent d’assiéger, au moins immédiatement, le château -de Melun, quoique sa garnison anglo-navarroise génât beaucoup -l’approvisionnement de Paris. Jean d’Andresel dut se borner à garantir -la partie de la ville restée françoise, et autant que possible le reste -de la Brie, des attaques de cette garnison. En juin 1359, le régent -ayant reçu des États assemblés à Paris les moyens de résister plus -efficacement à l’ennemi, se rendit en personne à Melun (_Chron. de -Saint-Denis_, CXII), et fit fortifier l’abbaye du Lys. C’est alors que, -suivant le carme Jean de Venette continuateur de Nangis, Froissart, -Cuvelier et Villani (cité par Secousse, I, 383), Melun auroit été -assiégé dans les formes par le Régent. Le silence que garde sur ce -_siége_ la Chronique de Saint-Denis rédigée pour cette époque par Pierre -d’Orgemont avec une admirable précision, donne tout lieu de douter de -l’exactitude du récit de Froissart, et surtout de la narration -romanesque de Cuvelier. Il paroît bien probable que ce siége ne fut -qu’une espèce de blocus levé peu de temps après, le Régent ayant quitté -l’armée le 31 juillet par suite des propositions de paix du roi de -Navarre, et le traité ayant été signé le 21 août. Au reste, malgré la -conclusion de la paix, les Navarrois occupoient encore Melun en -septembre 1359. Jean de Venette qui prétend que cette ville fut -immédiatement évacuée ne peut balancer à cet égard le témoignage -formellement contraire de Pierre d’Orgemont, mais on peut toujours -induire de son assertion que cette prolongation d’occupation ne fut pas -de longue durée. - -D’après ce qui précède, il faut placer la curieuse aventure racontée par -l’auteur du _Ménagier_, entre août 1358 et septembre ou octobre 1359. -Peut-être même pourroit-on remarquer qu’il est difficile de penser que -le sire d’Andresel ait eu avant la cessation des hostilités le loisir ou -le désœuvrement qu’on lui attribue dans ce récit, et ait pu sans crainte -abandonner son commandement pour aller dîner chez lui à quatre lieues de -Melun. Il sembleroit alors qu’on devroit placer cette aventure entre le -départ de Charles V et l’évacuation de Melun, c’est-à-dire du 1er août -1359 à septembre ou octobre suivant. - -[252] Jean sire d’Andresel, chevalier, étoit issu d’une ancienne et -illustre maison alliée, au XIIe siècle, à celle de Garlande. Il étoit -fils aîné de Jean d’Andresel, chambellan très-aimé du roi Philippe de -Valois, et fut, à cause de cette similitude de prénom, dit _le Jeune_, -jusqu’à la mort de son père, arrivée entre mars 1344-5 et février -1346-7a. Il fut chambellan du Dauphin, puis du roi Jeana, et ensuite de -Charles V. Compris dans la première promotion des chevaliers de -l’Etoileb en janvier 1351-2, il étoit en 1353 capitaine de l’un des -châteaux de Vernon, et reçut du roi en 1354 deux mille quatre cents écus -d’or comme indemnité de ce qu’il avoit dépensé pour la garde du château -de Landal en Bretagne que le roi lui avoit donné à titre d’héritage et -lui avoit ensuite reprisa. Il avoit épousé, au moins dès 1346, Jeanne -d’Arrablay, fille d’un maître d’hôtel du roi et nièce d’un chancelier de -Francec. En août 1358 il étoit capitaine de Melun et de Bried, en août -1359 capitaine général de cette dernière provincee. Cette même année le -régent lui donna, probablement pour récompense de ses services en Brie, -les paroisses du Chastelier (le Châtelet?), Marchiau (Machault?), Firecy -(Féricy?), Champagne et la Celle (sous Moret?), situées dans cette -provincef, et lui accorda des lettres de rémission dont on n’a conservé -qu’une simple mentiong pour tout ce que lui et ses complices (sans doute -les gens d’armes sous ses ordres) avoient fait en Brie, dans les -châtellenies de Melun et de Moret et au pont de Samois. Après le traité -de Bretigny il fut, avec plusieurs princes du sang et quelques seigneurs -des plus illustres de cette époque, au nombre des otages du roi Jean que -le roi d’Angleterre emmena avec lui de Calais le 31 octobre 1360h. Il -étoit de retour en France au moins au commencement de 1366, car étant en -personnei à Yenville en Beauce, il y passa le 1er avril 1365-6 le -contrat d’un nouveau mariage avec Jeanne de Maligny veuve avec enfans de -Jean seigneur de Rochefort et du Puiset (elle l’avoit épousé en 1347j). -Il prend dans cet acte les qualités de chambellan du roi et de _premier -grand chambellan d’Orlenois et de Valois_. Jean d’Andresel mourut au -commencement de 1368 laissant une succession obérée, malgré ses -nombreuses terres, ses fonctions éminentes et les dons des rois qu’il -avoit servis. Le 7 mars 1367-8 Jeanne de Maligny sa veuve se présenta -devant le Parlement, et jetant sa ceinture dans le parc (espace qui -séparoit les avocats et la cour), déclara renoncer aux meubles et aux -dettes de sa successionk. Elle fut obligée, pour obtenir son douaire -(Tournenfuye, etc.), de recourir à la protection de Charles Vk et de -plaider contre messire Aubert et Guillaume d’Andresel ses -beaux-frèreslm. Elle se remaria ensuite en troisièmes noces à Raoul de -Montigny, chevalier. Jean d’Andresel laissa deux filles, Marguerite et -Jeanne, _nées de deux mères différentes_l, et mariées toutes deux dans -la maison de Montmorency. Six mois après sa mort, sa seconde fille -encore mineure n’avoit pas encore de tuteur, et ses exécuteurs -testamentaires n’avoient pas encore accepté la charge qu’il leur avoit -laisséem. - -Quoiqu’on ignore la date de la mort de Jeanne d’Arrablay, il faudroit -lui attribuer l’aventure qui donne lieu à cette note, s’il étoit certain -que Jean d’Andresel n’eût été marié que deux fois. (Nous avons vu en -effet qu’il n’épousa Jeanne de Maligny qu’en 1366.) Mais il faut -remarquer que dans les nombreuses pièces relatives au douaire de Jeanne -de Maligny il n’est dit nulle part que Jeanne d’Andresel, fille encore -mineure de Jean en 1368, ait eu cette dame pour mère, et cependant elle -est citée (mais non nommée) comme _héritière mineure_ de Jean (quorum -unus _aut una_ adhuc minor ætatis) dans l’arrêt du 21 juillet 1368 rendu -au profit de Jeanne de Maligny, et comme fille mineure de Jean dans la -plaidoirie du 5 juin 1368. Si elle eût été fille de Jeanne de Maligny -n’est-il pas naturel de supposer qu’on l’auroit mentionné dans la -plaidoirie et dans l’arrêt? Faut-il donc croire que le sire d’Andresel -eut une seconde femme après Jeanne d’Arrablay et avant Jeanne de -Maligny, et que cette seconde femme, mère de Jeanne d’Andresel, a pu -être en 1359 dame d’Andresel et héroïne de cette aventure? Dom Guillaume -Morin qui a donné dans son _Histoire du Gâtinois_, etc. (Paris, 1630, -in-4º, 461) une généalogie ridicule de la famille Viole dans laquelle il -fait de notre Jean d’Andresel (enté par lui dans cette famille contre -toute preuve et toute raison) deux personnages nommés l’un Pierre et -l’autre Jean, marie le premier à Agnès de Chabannes et le second à Anne -du Bellay. Je me suis demandé à cause de cette assertion si Jean -d’Andresel n’auroit pas été marié en secondes noces à une Chabannes ou à -une du Bellay, mais on ne voit rien de semblable ni dans la généalogie -de Chabannes donnée dans La Chenaye des Bois, ni dans la généalogie -manuscrite de du Bellay par Trinquant, appartenant à la bibliothèque -publique d’Angers et que M. Grille a bien voulu consulter pour moi -exprès sur ce point. Les choses étant ainsi, je crois que jusqu’à ce -qu’on ait une preuve ou au moins un indice plus positif d’un mariage -intermédiaire de M. d’Andresel, il ne faut pas s’arrêter au silence des -plaidoirie et arrêt de 1368, qui est en définitive plutôt une absence de -preuve qu’un argument contraire; on peut donc raisonnablement croire que -Jean d’Andresel fut marié deux fois seulement, que Jeanne sa seconde -fille étoit fille de Jeanne de Maligny, et que Jeanne d’Arrablay est -l’héroïne de l’histoire du _Ménagier_. J’ajouterai en passant que les -expressions réservées dont se sert notre auteur (_du surplus je me tais -et pour cause_) donnent lieu de craindre pour la mémoire de Jean -d’Andresel que cette plaisanterie n’ait été l’occasion d’une scène -violente, si ce n’est tragique. - -Il y a au Cabinet généalogique une lettre de ce seigneur qui me semble -présenter tous les caractères d’un autographe. Je crois devoir la donner -ici comme propre à faire connoître avantageusement son éducation et son -style épistolaire. Elle se rapporte à une avance qui lui fut faite le -1er mars 1353-4 par le vicomte de Gisors pour servir à réparer les -fortifications de Vernon. La voici: - -«Vicomte, cher ami, je vous envoie un mandement du roy de la somme de -cent livres par. que vous me baillastes et dont vous avez mes lettres -soubs mon scel faisans mention desdites cent livres, car le mandement du -roy fait bien mention comment je les ay mises ès réparations de la ville -de Vernon et comment vous me rendez ma dicte lettre. Si faictes que en -ce par vous n’ait deffaut et je vous en prie, et se vous voulez chose -que je puisse faire, faites-le moi savoir et je le ferai voulentiers et -de cuer. Nostre Sire vous gart. Escript à Paris le mardi au soir VIIIe -jour d’avril (1354). - -«J. D’ANDESEL, chambell. le roy.» - -Sceau: un lion chargé d’une bande. - - aTitres originaux du Cabinet généalogique.-- - bDu Cange au mot _Stella_.-- - cHist. des gr. of. de la Cour. VI, 307-8.-- - dJ. Reg. 86, 219.-- - eJ. Reg. 90, 326.-- - fTrésor de dom Villevieille.-- - gTable des Mém. de la Ch. des comptes.-- - hChr. de S. Denis, CXXXIV.-- - iJ. 158, nos 25 et 26.-- - jGénéalogie de Courtenay, in-fol. Pr. 366.-- - kReg. du Parl., conseil et plaid. à la date citée.-- - lDuchesne, Montmorency, Pr. 379, 380.-- - mArrêt du 21 juillet 1368, Jugés, XX, 337. - - -[253] Des ciseaux. - -[254] Nager. - -[255] Roman dont le premier auteur est l’Indien Sendabad, et qui fut -successivement traduit dans presque toutes les langues. Notre auteur me -paroît avoir ajouté au texte qu’il avoit lu bien des détails qui donnent -des notions curieuses sur les usages de son temps. On peut s’en assurer -en comparant ce passage du _Ménagier_ à l’endroit correspondant d’une -version françoise du même ouvrage écrite en vers au XIIIe siècle, et -imprimée assez incorrectement à Tubingen, 1836, in-8º (V. p. 97). Cette -édition est précédée d’une longue et savante dissertation sur le Roman -des Sept Sages. - -[256] Jeune arbre fruitier _enté_, greffé. - -[257] Être, exister, _stare_, _je laisserai cela_. - -[258] Aujourd’hui courte-pointes, couvre-pieds. - -[259] Manteau doublé, ou peut-être aussi manteau _parti_, de draps de -deux couleurs.--En juillet 1401 l’évêque de Paris réclamant comme clerc -un prisonnier que le procureur du roi soutenoit être en habit laïque -citoit à l’appui de son dire un arrêt qui avoit reconnu comme clerc un -boulanger de Montmorency lequel étoit marié et avoit chaperon à cornette -double _de deux divers draps_. (Plaid. criminelles du Parl.) Ces mots -indiquent certainement deux couleurs différentes dans les draps du -chaperon, mais il semble qu’ici (outre qu’il n’y a pas le mot _divers_), -dans l’état où se trouvoit le seigneur rentrant mouillé de la chasse, il -est plus naturel de croire qu’il s’agit d’un manteau doublé. - -[260] Grande chaise à dossier. - -[261] Coussin, _carreau_. - -[262] Escabeau. - -[263] Var. B. _roe_. - -[264] Piétiner, remuer les pattes. - -[265] Lessive. - -[266] Peut-être faudroit-il _bagues_, effets, joyaux. - -[267] Conseil. - -[268] Grande salle à manger, et par extension grand festin, cour -plénière. - -[269] Service. - -[270] Var. A. _disposer_. - -[271] Bas montant très-haut et s’attachant aux _braies_, sorte de -culotte. - -[272] Ici, bonnets de nuit. - -[273] Sorte de chemise d’homme. On voit dans un compte de la chambre de -Philippe le Bel, en 1307, _des toiles pour draps_ (de lit) _et -robelinges, c’est chemises_ (sic). Il est dit dans la grande ordonnance -des métiers de Paris, rendue par le roi Jean en février 1350-1, que la -façon d’une _robe-linge à homme, d’œuvre commune_, devoit être payée 8 -deniers aux couturiers, celle d’une chemise à femme 4 deniers seulement. -(Collect. Leber, XIX, 38, 316.) - -[274] Sorte de culotte ou caleçon. - -[275] Il est probable qu’au temps où notre auteur écrivoit il y avoit -peu de gens assez éclairés pour avoir une pareille opinion sur les -sorcelleries. - -[276] Morceaux de pain plats, _tartines_, qu’on mettoit au fond des -plats et des assiettes de métal pour couper la viande sans les rayer. - -[277] Peut-être hérissé, frotté à rebrousse-poil, _estrusser_ signifiant -frotter.--Var. A et C. _estou_.--Le drap _estru_ ou _estou_ me paroît -devoir désigner en tout cas un drap à longs poils dans lesquels les -puces pouvoient s’embarrasser. Les draps étoient d’abord faits à longs -poils et ne devenoient ras qu’après avoir passé par les mains des -_tondeurs de draps_. C’étoit un métier important et riche au moyen âge. - -[278] Voy. p. 13. - -[279] Paille, et je crois aussi feuillées ou herbes qu’on répandoit dans -l’intérieur des maisons. - -[280] Fourrures; nous avons déjà vu p. 169 qu’on en mettoit sur les lits -pour servir de couvertures. On portoit aussi beaucoup de vêtemens -fourrés. - -[281] Petite mouche, _cousin_, moustique. On disoit aussi _cincenaude_. -Var. B. _cincerelles_. Voy. DU CANGE à _Zinzala_. - -[282] Ou _cincenaudier_, _moustiquière_, grand rideau, sorte de cloche -d’étoffe claire qui enveloppe exactement un lit et empêche les cousins -ou moustiques d’approcher. Var. B. _cincenier_. - -[283] Petites touffes, _flocons_ de fougère. Var. A. _bloqueaulx de -feuchelle_. - -[284] Fils, ficelles. Var. A. _et afilez_. - -[285] Franges, _effiloques_. - -[286] Le fiel. - -[287] Secouez. - -[288] Petites baguettes. - -[289] Quoique les vitres aient été connues dès le temps de Théodose le -Grand, qui mourut en 395, elles furent bien longtemps réservées pour les -églises et les palais des rois. Elles étoient ordinairement chargées de -peintures. Les fenêtres vitrées que le duc de Berry fit mettre à son -château de Bicêtre étoient d’assez haut prix pour que les Parisiens, -avant de brûler ce bel édifice, en 1411, aient eu soin de les emporter -_avec les beaux huis_ (peut-être au reste étoit-ce des vitraux -peints.--Juv. des Ursins, in-fol., 230). On voit ici que l’auteur du -_Ménagier_, quoique riche puisqu’il avoit, ainsi que nous le -remarquerons plus tard, un train de maison considérable, n’avoit ses -fenêtres fermées qu’à l’aide de toile ou de parchemin. J’ignore à quelle -époque la fermeture des fenêtres par le moyen de vitres devint d’usage -commun. Une dissertation sur ce sujet, insérée dans _le Mercure de -France_ d’octobre 1738 et réimprimée dans la collection Leber (t. XVI, -p. 410), avec notes et addition, ne traite que des vitres des églises et -des palais, et ne dit rien de celles des particuliers. Le verre étoit -encore d’un très-haut prix au XVe siècle. On voit dans un compte de la -reine Marie d’Anjou de l’année 1454 la mention de deux mains de papier -et _d’huille à l’oindre pour estre plus cler_, achetés pour garnir six -châssis de bois que la reine avoit fait placer dans la chambre où logea -le roi de Sicile à Chinon quand il vint l’y voir. (K. reg. 55, fol. 99 -et 102, indiqué par M. d’Arcq.) Sauval (III, 417) cite bien un compte du -domaine de Paris pour 1474 où l’on remarque _deux panneaux de verre -blanc neuf pour le comptouer_ de madame de Montglat (femme de Pierre -Bureau, seigneur de Monglat, trésorier de France et concierge de -Beauté), mais c’étoit une dépense faite aux frais de l’État et qui -pouvoit être assez élevée. - -[290] Siéges sans dossier. - -[291] Sur le plancher. - -[292] Votre mari. - -[293] On leur donne du miel? (dans leur eau?) Je ne sais ce que veut -dire ici _mis au bas_ (ordinairement _rabaissé_). Il paroîtroit par ce -passage qu’on déferroit les chevaux quand ils revenoient de voyage. - -[294] Les maris, souverains (maîtres) de la maison. - -[295] Pénitenciers, ceux qui font pénitence. - -[296] Maîtriser, retenir. - -[297] Plaisanterie. - -[298] A propos? Var. B. _attrait_. - -[299] Premièrement. - -[300] Un mai à sa porte et de l’herbe verte dans les salles de sa -maison. - -[301] Joyeusement. Var. B. _esclatéement_. C. _esbaudement_. - -[302] Difficulté. - -[303] Il manque le commencement de la phrase dont le sens devoit être: -_Elle prit soin de la fille de son mari, puis quand elle fut en âge_,... - -[304] L’_Histoire de Mélibée et de Prudence_, écrite en latin en 1246, -par Albertan, avocat de Brescia, a été traduite au moins trois fois en -françois. (Voir les _Manuscrits français_ de M. Paris, t. V, p. 58.) La -traduction donnée par l’auteur du _Ménagier_ est celle de frère Renaud -de Louens à qui l’on doit une traduction de Boëce écrite en 1366. Ce -passage du _Ménagier_ à été collationné sur le manuscrit du roi, -7072^{3.3.}, qui donne une bonne leçon de _Mélibée et de Prudence_. J’ai -mis entre crochets les passages qui, bien que paroissant devoir faire -partie du texte, sont omis dans les trois manuscrits du _Ménagier_, et -j’ai noté au bas des pages quelques variantes importantes.--L’_Histoire -de Mélibée et de Prudence_ a eu un grand succès au moyen âge, et a été -imprimée plusieurs fois (voy. le _Manuel du Libraire_, qui l’attribue à -tort à Christine de Pisan, au mot _Mélibée_; elle se retrouve aussi à la -suite du _Jeu des Échecs moralisés_, Paris, Michel Le Noir, 1505, in-4º. - -[305] Se contînt. - -[306] Var. M. du R. _selon ce que dit Jhésu-Syrac_. Cette sentence est -dans les _Proverbes_, XV, 13, et non dans l’_Ecclésiastique_ ni dans -Sénèque. - -[307] _Ecclesiast._ XXX, 25. - -[308] Vers, mites. - -[309] Alliés. - -[310] Soutenir une partie, un parti, contre son adversaire. - -[311] Espions. - -[312] Ordinairement _sentinelles_. - -[313] Var. _escharnirent_. - -[314] Le bon conseil (la bonne décision) manque quand on en a le plus -besoin. - -[315] D’abord Rabbi Moïse Séphardi, né en 1062, à Huesca en Aragon, se -fit chrétien en 1106. Il a composé la _Discipline de clergie_, publiée -par la Société des Bibliophiles, en 1824, et à Berlin, en 1827, in-4. - -[316] Var. A. B. C. _Jhérémias_. Cette sentence est en effet dans -l’Ecclésiastique (XXV, 30), livre de la Bible écrit par Jésus fils de -Sirach. - -[317] Var. _propos_. - -[318] Le M. du Roi ajoute: _à femme que à homme, car il apparut -premier_. - -[319] Var. _fumière_. - -[320] Var. M. du R. _A l’homme en adjutoire, mais en dommage et en -nuisement_. - -[321] Avis, plan, projet. - -[322] Var. A. B. C. _Jhérémias_ (c’est l’Ecclésque, XIX, 8). - -[323] En parlant à ton conseiller. - -[324] Var. _Et de laquelle le prince se desjusne matin_. Le reste de -cette phrase n’est pas dans le manuscrit 7072^{3.3}. - -[325] Var. _Lequel conseil je t’ay dit dessus que tu dois eschever et -fuir_. - -[326] Var. _Tu l’aies essayé_. - -[327] _Le sage qui doubte eschiève tous maux._ - -[328] Guivre, vipère. Variante mauvaise des manuscrits A. B. C. mure -(souris). - -[329] A force de se défier des autres leur ont montré à les tromper. - -[330] Var. _d’eschaffaulx_. - -[331] Guérites, tourelles à mettre des sentinelles. - -[332] Frais. - -[333] C’est le secrétaire d’État de Théodoric, m. vers 562. - -[334] Combien. - -[335] Var. du M. du R.: _de tes ennemis; de la vengence se engendrera -autre vengence, hayne, contens, guerre et dégustemens de tes biens_. - -[336] Var. (mauvaise) _David_. - -[337] Se retirent, se retiennent. - -[338] Négligeant de faire; en ne faisant pas. - -[339] Faire droit, rendre la justice. - -[340] Au moyen âge, quand les criminels n’étoient pas des gens de la -basse classe, les juges se bornoient le plus souvent à les condamner à -des amendes envers le roi et à des dommages et intérêts envers la partie -lésée; mais ces amendes et dommages étoient souvent très-élevés et de -nature à ruiner ceux à qui on les infligeoit. On voit dans les registres -du Parlement et dans le _Trésor des Chartes_ de fréquens exemples de -cette coutume, souvenir des anciennes lois barbares où l’on trouve le -tarif et la taxe de chaque crime suivant la condition du criminel et -celle de la victime. - -[341] Var. _ses péchiés lui semblent plus pesans, sa peine lui -semble_.... - -[342] Var. _attrempance_. - -[343] Sans doute l’auteur du _Liber de Amore_. - -[344] Le pape Innocent III, ou Innocent, moine anglois. L’un des deux -est auteur de la _Moralisatio Scaccarii_, voy. Fabricius, 1754, in-4º, -t. IV, p. 34. - -[345] Var. _assez légièrement fiert li glaives maintenant l’un, jà -tantost l’autre_. - -[346] Transigiez, traitiez. - -[347] De longtemps. - -[348] Cautions. - -[349] Cautions. - -[350] C’étoit aussi l’usage le plus fréquent dans la jurisprudence du -Parlement de Paris. On voit constamment dans les registres du Criminel, -des accusés élargis sous caution, tantôt dans l’enceinte du Palais -seulement, tantôt dans celle des bastides (portes) de Paris, à la charge -de se représenter à une époque fixée, quelquefois en personne et -quelquefois par procureur. - -[351] Irritation. - -[352] Difficilement. - -[353] Voy. ci-devant, p. 99. - -[354] Provision en général. Voy. Du Cange aux mots _Garnire_, -_Garnisio_. L’ordonnance de l’hôtel du roi, faite au Louvre en janvier -1386-7, défend que personne ne demande aucune chose _sur les garnisons -faites pour la dépense de l’hostel, soit blés, avenes, foing, busche_, -Taillevent (c’est Guill. Tirel, auteur du _Viandier_, et alors écuyer de -cuisine du roi) est chargé par la même ordonnance de _gouverner les -garnisons_ (Den. Godefroy, H. de Ch., VI, 712, 715). La reine avoit -aussi un maître de ses garnisons. Bastin de Breban, revêtu de cet office -en 1371, étoit alors poursuivi pour avoir pris, au nom de la reine (en -vertu du droit de prise), des vins qu’il avoit payés à vil prix et -vendus dans sa taverne à son profit (Plaid. civiles du Parlement, 4 -décembre 1371). - -[355] Rouet à filer. - -[356] D’une bonne famille. - -[357] Ce passage, joint à ceux des pages 160 et 169, nous fait bien -connoître la manière dont on étoit couché au XIVe siècle. - -[358] Souliers. - -[359] L’histoire de Jeanne la Quentine a été reproduite dans les -Nouvelles de la reine de Navarre qui l’attribue à une bourgeoise de -Tours (38e Nouvelle ou 8e de la 4e journée). Mais l’auteur du _Ménagier_ -donnant les noms et disant qu’il la tenoit de son père, on ne peut -douter qu’elle ne soit en effet arrivée à Paris. La reine de Navarre a -pu entendre raconter cette histoire à quelqu’un qui l’avoit lue dans le -_Ménagier_, et en placer la scène à Tours. Elle a donné également -(Nouvelle 37e), en l’attribuant à une dame de Laval-Loué, et avec -quelques variantes, un exemple analogue d’indulgence conjugale rapporté -par le chevalier de La Tour comme positivement arrivé à la dame de -L’Anguillier sa tante. Le chevalier de La Tour raconte (chap. XVII) que -son oncle étoit «à merveilles luxurieux, tant qu’il en avoit tousjours -une ou deux à son hostel, et bien souvent se levoit de delez sa femme et -aloit à ses foles femmes; et quant il venoit de folie, il trouvoit la -chandelle allumée, et l’eaue et le touaillon à laver ses mains: et elle -lui prioit qu’il lavast ses mains; et il disoit qu’il venoit des -chambres.--Et pour tant Monseigneur que vous venez des chambres, -avez-vous plus grant besoin de vous laver.» C’est autant d’humilité que -la bourgeoise, mais avec une délicatesse qui sent déjà la femme de -qualité. - -J’avois espéré trouver le nom et par suite la profession de _Thomas -Quentin_ dans le _Livre de la Taille_ en 1313 (Paris, 1827, in-8º), car -le père de l’auteur du _Ménagier_ et Thomas Quentin qu’il connoissoit, -ont pu vivre dès cette époque, mais son nom n’y figure pas. Je l’ai -aussi cherché inutilement dans les comptes de la prévôté de Paris donnés -par Sauval et dans le recueil manuscrit des _Épitaphes de Paris_. - -[360] Vous ne pouvez en cela être remplacée par personne. - -[361] Copeau, morceau. - -[362] Séparer du reste. - -[363] Var. Bryant.--C’est à l’auteur du _Ménagier_ que nous devons de -connoître la profession de J. Bruyant, qui n’est indiquée dans aucun des -deux manuscrits de son poëme qui sont à la Bibliothèque du Roi. Cette -édition du _Chemin de Povreté_, outre qu’elle a été collationnée sur les -trois manuscrits du _Ménagier_, a été revue sur le manuscrit du Roi, nº -7201 (décrit T. VI, p. 240, des Manuscrits françois de M. Paris), qui a -donné souvent d’utiles variantes. Il résulte de l’explicit du second -manuscrit (S.-Victor, 275), cité par M. Paris, et que je n’ai pas pu -voir, que ce poëme a été écrit en 1342. - -En 1500 le célèbre Pierre Gringore donna sous le titre de _Chasteau de -Labour_ une imitation _paraphrasée_, mais une imitation très-positive de -ce poëme. C’est le même plan, ce sont les mêmes personnages allégoriques -et souvent les mêmes détails. Le _Chasteau de Labour_ vaut sans doute -beaucoup mieux que le _Chemin de Povreté_, mais il est fâcheux que -Gringore se soit approprié l’idée de Jean Bruyant sans faire part à ses -lecteurs de l’obligation qu’il avoit au poëte de XIVe siècle. - -[364] Se garnir, assurer sa subsistance. - -[365] Garantir. - -[366] Fortune. - -[367] Féries, jours de fête. - -[368] Mauvais heur, malheur. - -[369] Se montra. - -[370] Reprirent, de r’avoir. - -[371] Tira. - -[372] Poussa. - -[373] S’attacha? Var. 7201, _destrouça_. - -[374] Vite. - -[375] Gris de fer. Plus ordinairement employé pour désigner la robe d’un -cheval. - -[376] Sorcière. - -[377] Poitrine. - -[378] manier, pétrir? - -[379] Tourmenter. - -[380] Bûche. - -[381] Réjouit. - -[382] Sentive, du sens, maladie morale? - -[383] Diablerie. - -[384] A aucun prix, d’aucune manière. - -[385] Attristé, ému. - -[386] Qui doit être pendu ne sera pas noyé, il faut subir son sort. - -[387] Aller, marcher. - -[388] Faire mal, agir sottement.--Les richesses sont inutiles quand on -les a seulement en sa vieillesse et qu’on n’en peut plus jouir. - -[389] Mauvaise, infâme. - -[390] Supporter. - -[391] Secoué, remué. - -[392] Profit. - -[393] En en recevant une récompense sur laquelle nul ne peut rien fonder -de solide. - -[394] Domination. - -[395] Chiens mâtins. - -[396] A ton aide. Ce vers ne rime pas avec le précédent à moins qu’on ne -prononce _ayé_. - -[397] Moitié, de son côté. - -[398] Capitaine. - -[399] Cours. - -[400] Il manque ici dans les manuscrits un vers qui cependant n’est pas -nécessaire à l’intelligence de la phrase. - -[401] Tolérance. - -[402] Fermeté. - -[403] Retenue. - -[404] Murmure. - -[405] Mauvais vers mis là pour la rime, et dont le sens est _et de -soi-même ne se modère_. - -[406] Mot auquel je ne connois pas de sens. Les manuscrits A, B, C, -portent _ma seur mesure_, ce qui est un contre-sens; le sens exige -_male_, mauvaise. - -[407] Les manuscrits A, B, C, portent _brouet_ (sauce). On trouve dans -Roquefort, _brouvette_, tombereau dans lequel étoient conduits les -criminels au supplice. - -[408] De bon nid, de bonne race, dont on a fait un seul mot, -_débonnaire_. Voir Henry Estienne, _Précellence du langage françois_, p. -93. - -[409] Fin, rusé. - -[410] Var. B, _en sa fiance est Couardie_. - -[411] Maltraité. - -[412] Pourtant. - -[413] Énervés; on disoit plus souvent _afétardis_. - -[414] Relevé. - -[415] Subtilité. - -[416] Suit. - -[417] Il fait faire mains maux. - -[418] L’éducation. - -[419] Affamé comme un loup. - -[420] Paroît. - -[421] Enchérissement sur la médisance. - -[422] Libertinage. - -[423] Se rebuter. - -[424] Horreur. - -[425] Gros trait d’arbalète. - -[426] Passage, position. - -[427] Var. 7201, _deuvier_ (dévier, périr?). En laissant _deviner_ il -semble qu’on peut entendre ces deux vers ainsi: Regard qui fait rêver -les amoureux insensés et dans lequel ils croient follement lire les -sentiments qu’ils inspirent. - -[428] Plaît. - -[429] Matin. - -[430] Vraiment. - -[431] C’est la raison qui parle et qui appelle la mesure, la modération, -sa sœur. - -[432] Réglée. - -[433] Var. B, _défeuillée_. - -[434] Var. B, C, _plus attrait_. - -[435] En poursuivant, dans la suite. - -[436] Escrime. - -[437] Bouclier. - -[438] Je crois que ce vers doit être écrit ainsi: _En qui veut à parler -emprendre_. - -[439] Son. - -[440] Fleur de la farine. - -[441] Ce _qui_ se rapporte à _l’adresse_. Les vers entre crochets ne -sont que dans 7201. - -[442] Var. A, B, C, _paré_. - -[443] Demeurer. - -[444] S’y soustraire. - -[445] Branche d’arbre tordue avec laquelle on lie les fagots. - -[446] Laïques. - -[447] Défait, en désordre. Var. 7201, _descarré_ (dérangé?) et -_encarré_, au vers suivant. - -[448] Bourbiers. - -[449] Dedans. - -[450] Peut-être. - -[451] Acte nuisible. - -[452] C’est la raison qui parle. - -[453] Se rapporte à _maintient_ au vers précédent. _Il ment celui qui -maintient que destinée, etc._ - -[454] Détourné. - -[455] Déconfit. - -[456] Accroupi, retiré. - -[457] Conduit. - -[458] Var. 7201, _clèrement et apparcevoir_. - -[459] Les pans de ta robe. - -[460] Coupée en deux, différente. Var B. et 7201, _impartie_. - -[461] Excite. - -[462] Précipités. - -[463] Matés, lassés. - -[464] Naturels, naïfs. - -[465] En toute situation. - -[466] Critiquer. - -[467] Trouves. - -[468] Le Mes 7201 ajoute: - - La fait crainte à lui obéir: - Tu le pues clèrement véir. - - -[469] Moitié, portion. - -[470] Mérite son affection. - -[471] Fiel. - -[472] Aille, quoi qu’il en soit. - -[473] Tromperie. - -[474] Blâme. - -[475] Reproche. - -[476] Difficultueux. - -[477] De même, tu ne dois pas être difficile. - -[478] Si tu penses bien à ce qu’elle t’a dit. - -[479] Intelligence, compréhension. - -[480] Tromperie. - -[481] Chicane. - -[482] Droit, puissance. - -[483] En arrière: de rester. - -[484] Spécial, dévoué. - -[485] Sans dépenser ton avoir qu’il faut tenir serré. - -[486] Autant que tu le pourras. - -[487] Joyeux. - -[488] Tromper. - -[489] Satisfaire. - -[490] Prendre à crédit. - -[491] Compte mal (à ton avantage). - -[492] Assigner. - -[493] Convenablement. - -[494] Agréable. - -[495] Tromperie. - -[496] Observateur. - -[497] Mot dont j’ignore le sens ici. - -[498] Caresser. - -[499] Amasse. - -[500] Var. B. _je ment_. - -[501] Établir. - -[502] Moquerie. - -[503] Cacher. - -[504] Il me paroît impossible d’entendre par ces mots, -très-distinctement écrits dans tous les manuscrits, _ceux qui habillent -les rois_. Je crois que _rois_ doit désigner ici quelque étoffe -grossière. L’auteur ne termine d’ailleurs que très-rarement deux vers de -suite par le même mot pris dans la même acception. - -[505] Exciter, pousser. - -[506] Parvenir. - -[507] Prendre. (Cela n’est utile qu’à ceux dont la robe est déchirée, -qui n’ont pas de quoi se vêtir?) - -[508] C’est le titre de l’ouvrage de Gringore; voy. la note 1, § 2, page -4. - -[509] C’est le commencement qui décide de tout l’œuvre. Voir sur ce -très-ancien proverbe, _Livre des proverbes français_ de M. Le Roux de -Lincy, II, 148. - -[510] Vers omis dans 7201 qui ajoute après le suivant: _Et, ne -finast-il, détonner_. - -[511] Désireux. - -[512] Expression usitée jusqu’au XVIIe siècle et dont il est bien -difficile de déterminer le sens précis. Si on adopte l’opinion de -Nicod, ce mot représente quelquefois le μὡν et d’autres fois le μεν des -Grecs; dans le second cas, ce passage signifieroit: _Il n’a certes pas_ -(ce défaut). - -[513] Var. 7201. - - Lors regarday moult voulontiers - De ces ouvriers la contenance. - - -[514] C’étoit du gros pain qu’on apportoit de Corbeil à Paris, le plus -ordinairement par la Seine. Voy. Le Grand d’Aussy, I, 105. Nous verrons -dans le _Viandier_ qu’on s’en servoit pour faire des _tranchouers_. - -[515] De l’eau. - -[516] Petit pain fait pour une seule personne. Voy. Le Grand d’Aussy, I, -116. - -[517] Var. B. _de Bourgongne et Angevin_. - -[518] Voir sur ce vin d’Auvergne si estimé au moyen âge, Le Grand -d’Aussy, III, 5. - -[519] En passant. - -[520] Var. 7201: - - Ne qu’il pourroit sans autre vivre. - - -[521] Briquet; _esca_, _esche_ signifiant l’amadou ou au moins une -matière inflammable aux étincelles provenant du briquet. - -[522] De la lune. - -[523] Var. A. _Perrecin_. - -[524] Mettre de la terre par-dessus. - -[525] Cost, _costus_. - -[526] autrement _orvale_; _sclarea, horminum magnum_. - -[527] Panais? Var. B. _Pavot_. - -[528] C’est ce qu’on appelle _faire blanchir_ les épinards, les faire -bouillir et changer l’eau. - -[529] Joubarbe. - -[530] Resserrer. - -[531] Var. B. _Violiers_. - -[532] La _Violette de caresme_ doit être la violette dite de _Mars_ dans -la _Maison rustique_, etc., et dans le singulier livre intitulé le -_Quadragésimal spirituel_, ch. VIII. C’est la violette commune. Quant à -celle d’Arménie, je ne la vois citée que dans le _Ménagier_. Ce pourroit -être la violette de Parme. - -[533] Basilic. - -[534] Semée l’année précédente. - -[535] Il y a de l’art à la cueillir. - -[536] Il ne monte pas. - -[537] C’est le fameux Bureau de La Rivière, favori de Charles V, mort le -16 août 1400, et enterré dans l’abbaye de Saint-Denis. La laitue -d’Avignon me paroît être sans doute la même que notre Romaine, seule -espèce de laitue à graine blanche qu’on connût encore au XVIe siècle -(voy. _Maison rustique_, 1570, ch. XIV). C’est donc à Bureau de La -Rivière que nous devons cette salade devenue d’un usage si commun. -Bureau de La Rivière a dû aller plusieurs fois à Avignon; mais il y -passa notamment en mai 1389 avec Jeanne, comtesse de Boulogne et -d’Auvergne, qu’il avoit été demander en mariage pour le duc de Berry à -Gaston Phébus, comte de Foix, son tuteur. Cette princesse qui l’avoit -prise en amitié, lui sauva la vie en 1392, quand ce grand homme faillit -être sacrifié aux haines des oncles du roi. (Voir Froissart à l’année -1392.) Est-ce donc ce voyage de 1389 qui nous a valu la Romaine? - -[538] C’est quatre pouces. La perche (mesure de longueur) des environs -de Paris étoit de 18 pieds et le _dour_ ou quatre pouces. Je sais bien -que Nicod donne au dour quatre doigts, ou la longueur d’un poing serré, -ou enfin le _quart_ du pied-de-Roi, et le fait venir du grec δὡρον, -et que Du Cange l’évalue aussi à _trois pouces_, mais la valeur de -_quatre pouces_ est constamment attribuée au dour dans tous les anciens -terriers des environs de Paris. Cette circonstance me semble devoir -fixer la longueur du dour à quatre pouces. J’ajouterai que ce passage -du _Ménagier_ me paroît confirmer cette évaluation, puisqu’il est -plus naturel que l’auteur fasse varier la profondeur de la plantation -de quatre à six pouces que de trois à six, ce qui constitueroit une -différence de moitié. - -[539] Ou un morceau de drap (au lieu du fétu de paille) afin que l’eau -en découle goutte à goutte sur le pied de la plante. - -[540] _Arroches_, plante potagère appelée aussi _Follete_ ou -_Bonne-Dame_. - -[541] Aussi. - -[542] Du temps de Pâques (à manger à Pâques). - -[543] Couper les poirées montées à graine. - -[544] La Notre-Dame de septembre? - -[545] Var. B. _Dour_. - -[546] De la lune. - -[547] L’Annonciation, 25 mars. - -[548] De la grosseur. - -[549] Il semble qu’il faudroit _et_. - -[550] A. et C. ajoutent: _qu’elle soit si fort serrée_. - -[551] Nos ancêtres faisoient une grande consommation de roses et -d’autres fleurs en général. Nous verrons tout à l’heure dans les menus -de grands repas, l’acquisition de chapeaux ou couronnes de fleurs pour -les convives. On voit dans les comptes du duc d’Anjou pour 1379, un don -de dix francs fait par mandement de ce prince, en date du 8 juin, _à -Yolent, jadis femme de feu Gillet Le Pelletier, en récompensation de ce -que depuis que Monseigneur estoit venus en la ville de Paris_ (c’étoit -en mai seulement) _elle l’avoit très-bien servi de roses et de flours_ -(K. 52, 3, fol. 93 vº et 101). L’auteur des _Rues et églises de Paris_, -qui écrivoit tout au commencement du XVIe siècle, estimoit à quinze -mille écus la dépense annuelle qui se faisoit à Paris, «en chapeau de -fleurs, bouquets et may verds tant pour noces que confrairies, baptêmes, -images des églises, audiences de Parlement.... le Trésor, Chastelet et -aussi pour festins et banquets qui se font en l’Université en faisant -les gradués et autrement.» - -[552] Ce doit être, sans aucun doute, une pièce de feutre ou un coussin -bourré, que les porte-faix mettoient sur leur tête ou sur leur épaule -afin que les fardeaux ne les blessassent pas. On disoit aussi _la -feutreure_. Voy. Du Cange à _Feutrum_, où ce mot ne semble pas bien -expliqué.--Il me paroît de même que dans les exemples cités dans Du -Cange au mot _Feltrum_, _afeutrement_ signifie le coussin garnissant la -selle, et qu’un cheval _désafeutré_, signifie un cheval privé de sa -selle plutôt que de housse et de couverture. Il est parlé d’un _porteur -d’afeutrure_ dans le mariage des quatre fils Aymon, t. I, pag. 369 des -_Mystères du XVe siècle_, de M. Jubinal. - -[553] Maître-d’hôtel ou intendant: _Dispensator_; de là les Spencer en -Angleterre. Froissart appelle toujours Hugues Spencer, _Hue le -Despensier_. - -[554] Moqueurs. - -[555] Les trois manuscrits ajoutent ici la phrase suivante qui paroît -singulièrement placée en cet endroit: _Et nota que qui veult faire -chandelle de suif, il est neccessaire de très bien faire sécher son -lumignon au feu_. - -[556] On trouve dans la grande ordonnance rendue par le roi Jean, en -février 1350-1, pour remédier à l’augmentation de prix de toutes choses -et surtout de la main-d’œuvre, produite par la peste de 1348 et la -disette, le montant des salaires exigibles par quelques domestiques. On -y voit que les chambrières des bourgeois de Paris gagnoient 30 sols par -an et leurs chaussures; un vacher gardant trente vaches, 50 sols; les -meilleurs chartiers sept livres; les soyeurs (scieurs, moissonneurs) de -grain, 2 sols ½ par jour. Les laboureurs ne pouvoient prendre que 24 -s. pour la façon d’un arpent à 4 labours, et les faucheurs de prés que 4 -s. par arpent, etc. (Le marc d’argent valoit alors 6 fr.: aujourd’hui 52 -fr.) - -[557] Sorte d’ordre ou association religieuse, tenant le milieu entre la -vie laïque et la vie monastique (voy. _Œuvres de Rutebeuf_, t. I, pag. -160). Nous verrons plus loin (p. 61) que cette dame Agnès la béguine, -quoique sous les ordres de la jeune femme de l’auteur, étoit cependant -pour elle une sorte de duègne ou gouvernante. Il résulte de cet article -que l’auteur du _Ménagier_ avoit un grand nombre de domestiques. - -[558] Livre de dépense. - -[559] Ses répondans. Il y avoit dès lors et sans doute antérieurement -des _recommanderesses_ ou femmes tenant des espèces _de bureaux de -placemens_. L’ordonnance de 1351, déjà citée p. 56, leur assigne 18 -deniers pour leur salaire d’avoir placé une chambrière, et 2 sols pour -une nourrice, _à prendre tant d’une partie comme d’autre_, et leur -défend, _sous peine de pilori_, de louer ou recommander la même -chambrière ou nourrice plus d’une fois dans la même année. - -[560] Se quereller. - -[561] L’auteur, se sert, en cet endroit, d’expressions qu’il étoit -difficile de reproduire, et manque lui-même au précepte qu’il vient de -donner à sa femme quelques lignes plus haut. Néanmoins la délicatesse -qu’il témoigne ici, _au moins en intention_, est remarquable pour son -époque. On étoit alors si peu scrupuleux que ces expressions étoient -employées pour désigner certains mets de figure fort inconvenante. Voy. -Legrand d’Aussy, t. II, pages 304, 305. - -[562] La gentille, la galante. Voir au ch. CXXII du chevalier de La -Tour, la curieuse histoire d’une association amoureuse dite des Galois -et Galoises. - - Par ce point-là je n’entends, quant à moi, - Tours ni porteaux, mais gentilles Galoises. - LA FONTAINE, _les Rémois_. - - -[563] Tabourets de toute la longueur des bancs. Les banquiers et les -formiers étoient des housses placées sur les bancs et les formes -(escabelles). Un _banquier à_ (orné de figures d’) _oiseaux_ est cité -dans l’Inventaire de R. Picque, archevêque de Reims (1389) au ch. des -_couvertoirs et tapis_. On voit dans la planche pag. 9 du t. I, l’auteur -et sa femme assis sur un _banc_ recouvert d’un _banquier_; ils -s’appuient sur des _coustes_ ou _oreillers_, et la femme a les pieds sur -un _marchepié_ qui paroît à la droite de l’homme. - -[564] On verra dans les comptes d’Isabeau de Bavière pour les années -1408 et 1409 (Archiv. du Roy. K., 268), dont notre collègue M. de Lincy -donnera de longs et très-curieux extraits dans son appendice de la -première partie des _Femmes célèbres de l’ancienne France_, actuellement -sous presse, que cette princesse dépensoit des sommes considérables en -_bêtes de chambre_, mais des gens de condition plus modeste mettoient -aussi un assez haut prix à de certains oiseaux. En 1406, Augustin -Isebarre, changeur de Paris, accusé d’avoir eu des acointances avec un -certain Sansonet marchand d’oiseaux qui avoit, avec d’autres, volé pour -4,000 liv. de vaisselle et joyaux dans le _retrait_ (cabinet) de la -reine, disoit qu’il l’avoit connu parce qu’_un sien varlet lui dit que -Sansonet avoit une très bonne linotte, et l’acheta 40 sols_. (La valeur -de 2 ou 3 septiers de blé.) Nous verrons plus loin (à la fin du -_Viandier_) l’auteur parler encore d’oiseaux, et notamment de ceux -d’Hugues Aubriot. - -[565] _Recipe._ - -[566] Voir l’art. V de cette distinction au chapitre des _Menues -choses_. - -[567] Graisse. Var. A. _Sang_. - -[568] Mettre une bête morte là où il mettra ensuite son poison. - -[569] Mettre à l’air, sécher. - -[570] Provisions en général, voy. t. I, pag. 237. - -[571] Aisselles, petits ais, petites planches. - -[572] Aconit, en espagnol _rejagar_. (NICOT.) - -[573] L’auteur a voulu parler ici de l’_éponge_, car je ne vois pas que -ce qu’il dit de l’_espurge_ puisse convenir en rien à l’herbe qui porte -ce nom (_Cataputia._--Voy. Nicot et le _Grant herbier en françois_). -Plus loin il emploie encore le mot _espurge_ évidemment pour désigner -l’éponge. - -[574] La plus grande partie de la poussière. - -[575] Var. C. _vergettes_. - -[576] Sans doute _terre à foulons_, argile dont on se sert encore -quelquefois pour enlever les taches de graisse, surtout sur le bois. - -[577] De couleur bleue. - -[578] Ces mots qui se trouvent dans les trois manuscrits me paroissent -être une observation critique, un doute de l’auteur sur une recette -qu’il transcrivoit. Nous trouverons encore de semblables remarques dans -le cinquième article de cette distinction. - -[579] Le vêtement (auquel est joint la fourrure). On appelloit souvent -_robe_ un habit complet, et _garnement_ chaque vêtement composant la -_robe_; ainsi, dans ce cas, le surcot, le corset, la cotte, le manteau -étoient dits _garnemens_. Voir la collection Le Ber, XIX, 156, 374, 383, -etc. - -[580] Fleur de farine: nous verrons souvent dans le _Viandier_ le mot -fleur employé seul dans ce sens. - -[581] Suppléez _tant qu’elle revienne_. - -[582] Gros tonneau qui contenoit, à la mesure de Paris, 54 setiers de 8 -pintes (la pinte 2 livres pesant d’eau, un peu plus qu’une bouteille -ordinaire, 93 centilitres) ou 391 litres 76. - -[583] Nom parisien du raisin noir. Voir le Dict. de Nicot.--Var. B. -_mourillons_. - -[584] Var. A. _la sente_. - -[585] _Sileos_ ou _siler montanum_ dans le _Grant herbier_. - -[586] _Cardamomon_, employé souvent dans le _Viandier_. - -[587] Var. B. _d’un_. Percer d’un greffoir ou d’un petit bâton aiguisé? - -[588] Vide. - -[589] Le setier contenoit 8 pintes. - -[590] Coussinet, emplâtre.--Les blancs frappés sous le règne de Charles -VI, avoient 11 à 12 lignes de diamètre. - -[591] La quarte ou pot contenoit deux pintes. - -[592] Rez-de-chaussée. - -[593] Outre le temps convenable: trop longtemps. - -[594] S’accouder. - -[595] Coudes. - -[596] S’en voise, s’en aille, fuie. - -[597] Avec un large pied. - -[598] Instruire. - -[599] En jetant leur chemise dessus? On sait que nos pères couchoient -sans aucun vêtement. - -[600] Suppléez: _et pendant que_. - -[601] En état d’empêchement. - -[602] Il y en a dix-huit. Ces conditions du bon cheval ont été souvent -imprimées au XVIe siècle. - -[603] Les hanches. On appeloit en termes de vénerie un chien bien harpé -celui qui avoit les hanches larges et grosses. Voy. Salnove. - -[604] Ou _coite_, de _quies_? S’il se tient bien en repos? - -[605] Fumier, litière. - -[606] Je n’ai pu trouver la signification de ce mot. - -[607] Uni. - -[608] Qu’il n’ait ni courbes ni fusées. - -[609] S’il a des durillons? - -[610] Il semble que ce doit être garrot. - -[611] Voir ci-après, p. 75, note 1. - -[612] De l’autre côté. - -[613] Le paturon. - -[614] Var. A. _subaudeure_, enflure? - -[615] Les manuscrits A et B, répètent ici textuellement ce qui précède -depuis _tu dois aller au costé_ jusqu’à _Fourme sur couronnelle_; il n’y -a de plus ici que les mots _malandre est_, etc., placés, p. 74, entre -crochets. - -[616] Var. A. _stourcées_. - -[617] Sortir. - -[618] Grappe. - -[619] A la même hauteur. - -[620] Marchandé. - -[621] Assuré. - -[622] Son. - -[623] Pour vendre chèrement. Var. B. _prouvende_, ration. - -[624] Phrase obscure qui me paroît signifier que le remède des malandres -sert aussi pour l’enflure des jambes de derrière. - -[625] Sorte de résine. - -[626] Blancs d’œufs. - -[627] Tamisé. - -[628] Var. A. _du seing de sain_. J’ignore ce que peut signifier ici le -mot _saing_. - -[629] Tuyau, chalumeau. - -[630] Avives, glandes derrière la mâchoire. - -[631] Cacher? - -[632] La valeur de deux setiers de blé environ, donnée au maréchal pour -le traitement assez compliqué de cette maladie. - -Les manuscrits donnent ensuite un Traité de l’épervier que l’auteur -avoit annoncé devoir faire le 2e article de la 3e distinction. J’ai -pensé devoir rétablir la division indiquée par l’auteur et suivie -jusqu’ici par lui, et j’ai renvoyé à la fin du livre le Traité de la -chasse à l’épervier. - -[633] Le Ms. C porte avant ces mots, _Cy commence le Viandier_. C’est -pourquoi j’ai renvoyé au _Viandier_ dans diverses notes de cet ouvrage. - -[634] On appeloit ainsi l’espace placé entre les rues Saint-Denis, -Pierre-à-Poisson et la Grande-Boucherie, devant laquelle il se -prolongeoit jusqu’à la rue Pied-de-Bœuf. (Voir Corrozet, éd. 1543, le -Plan de Turgot, etc.) Cet espace est aujourd’hui compris dans la place -du Châtelet. Mais l’auteur désigne ici sous ce nom, la grande boucherie -de la Porte-Paris, connue sous le seul titre de _Grande-Boucherie_, sur -l’emplacement de laquelle la grande maison de la place du Châtelet qui -fait face au pont au Change, me semble avoir été construite. - -On peut voir dans du Breuil (éd. 1612, p. 1053), mais mieux dans Sauval -(I, 623), les _Variétés historiques_ (I, 170), et surtout dans le -_Traité de la Police_ de Lamarre, des détails sur l’origine de cet -établissement dont l’existence signalée dès le commencement du XIIe -siècle remontoit peut-être aux-temps de la domination Romaine. La -propriété des étaux de cette boucherie, au nombre de trente-deux au XVe -siècle, et plus tard de vingt-neuf, et le droit d’être reçu maître -boucher (à sept ans et un jour), appartenoient exclusivement aux -rejetons mâles d’un petit nombre de familles. A leur joyeux avénement -seulement les rois de France pouvoient faire un nouveau maître boucher -comme ils faisoient au reste un nouveau maître de chaque profession. -(C’est ainsi qu’en 1436, Oudin de Ladehors tige d’une de ces familles -dont il est parlé ci-dessus, parvint à la maîtrise par cession de -Guillaume Lefèvre dit _Verjus_ queux du roi Charles VII, que ce prince -avoit créé maître boucher à son joyeux avénement et confirmé à son -entrée dans Paris). Mais plus tard ce droit paroît être tombé en -désuétude, s’il ne fut pas racheté par les bouchers. - -Depuis 1358 au moins, la grande boucherie étoit le siége d’une -importante juridiction devant laquelle les bouchers pouvoient évoquer -toutes leurs causes, et dont les appels se relevoient devant le -parlement. Cette juridiction se composoit: 1º d’un _maire_ ordinairement -membre du Châtelet (avocat du roi, conseiller ou avocat au Châtelet), -qui me semble avoir dû être nommé par le roi ou le prévôt de Paris -encore en 1430, car dans le registre de la boucherie pour cette année, -son nom est placé avant celui du _maître_, ce qui n’auroit pas eu lieu, -je crois, s’il n’eût tenu ses pouvoirs que de la communauté. En 1461, il -étoit élu par le _maître_ en présence, et je pense par les suffrages des -quatre jurés, du procureur et du receveur de la communauté, de deux -écorcheurs jurés et des maîtres bouchers; 2º _d’un maître de la grande -boucherie_ (un des bouchers les plus riches) nommé à vie par douze -électeurs désignés eux-mêmes par tous les maîtres bouchers. Le maire, et -le maître ne siégeoient pas ordinairement tous les deux à la fois, et il -n’est pas facile de définir les différences existant entre leurs -attributions. La puissance du maire me semble au reste avoir été -successivement restreinte; ainsi, tandis qu’en 1431 il désigne le -_maître_ pour _tenir ses plais_, ce qui semble placer le pouvoir -judiciaire dans la personne du _maire_, on voit la communauté décider, -en 1470, que _le maître sera nommé et intitulé aux lettres et actes qui -se feront en la justice de la boucherie, excepté quand on besognera -contre le maître, sera nommé et intitulé le maire_ (les actes et -jugemens seront rendus en son nom); 3º d’un procureur (au Châtelet); 4º -d’un tabellion qui étoit aussi ordinairement procureur au Châtelet. Les -quatre jurés nommés annuellement, le vendredi d’après la Saint-Jacques -(25 juillet), par quatre électeurs désignés par la communauté, -remplissoient l’office de ministère public devant ce tribunal, et -pouvoient provisoirement et par eux-mêmes saisir des viandes suspectes, -et comme aussi le _maire_ et le _maître_, envoyer préventivement en -prison les malfaiteurs. Cette juridiction avoit le plus souvent à juger -les violences des garçons bouchers, des malversations commerciales, des -réclamations de dettes contractées par des bouchers, etc. La boucherie -avoit en outre un _conseil de parlement_ et un _conseil de Châtelet_; -c’étoient deux membres de ces juridictions chargés des intérêts de la -communauté et rétribués par elle.--La mairie de la grande boucherie dura -jusqu’en 1673, que Louis XIV la réunit au Châtelet. - -Les rejetons mâles des familles propriétaires de cet établissement -étoient tenus d’exercer par eux-mêmes ou au moins _de leurs deniers_ la -profession de leurs pères. On voit dans Lamarre (t. II, p. 560), qu’au -XVIe siècle, beaucoup de descendans de ces anciennes familles occupoient -des positions assez élevées, et avoient abandonné le commerce de la -boucherie; mais il ne faut pas croire qu’aux XIVe et XVe siècle ces -riches bouchers s’occupassent par eux-mêmes des _détails_ de leur -profession. Beaucoup avoient pour tailler et vendre leurs chairs, des -valets répondans du produit de la vente, et se bornoient à les -surveiller et à traiter en grand et par des facteurs le commerce des -bestiaux destinés à l’approvisionnement de Paris. - -Un arrêt rendu en 1383 (7 mars) pour Jehan Le Pontonnier et Louis -Thibert héritiers, à cause de leurs femmes, de Guillaume de Saint-Yon, -contre la veuve de ce dernier, établit d’une manière aussi curieuse que -certaine, l’étendue et la nature des richesses très-diverses que -possédoit ce boucher, le plus riche de la Porte-Paris, et la nature de -ses occupations commerciales. Il est dit qu’il étoit propriétaire de -trois étaux: qu’_il y faisoit vendre_ chaque semaine des viandes pour -200 livres parisis, sur quoi il bénéficioit de 20 ou 30 livres; il avoit -une rente de 600 livres, quatre maisons de campagne près Paris, bien -fournies de meubles et d’instrumens aratoires: de grandes coupes, des -hanaps, des aiguières, des tasses d’argent de grand prix, des coupes de -madre avec des pieds d’argent d’une valeur de 100 fr. et plus; sa femme -avoit pour plus de 1 000 fr. de joyaux, ceintures, bourses, épingliers; -des robes longues et courtes bien fourrées, 3 manteaux fourrés de gris: -de très-beau linge. Il possédoit en outre 300 cuirs de bœuf valant bien -24 s. la pièce, 800 mesures de graisse valant 3 s. et demi, et 800 -moutons de 10 s.; 5 ou 600 florins d’argent comptant. On évaluoit ses -biens meubles à 12 000 florins. Son sceau étoit d’argent; il avoit donné -2 000 florins de dot à ses deux nièces, et avoit dépensé 3 000 florins à -rebâtir sa maison de Paris (Jugés, XXX, 198 vº). Après cette énumération -de richesses énormes pour le temps, peut-on s’étonner de l’influence si -puissante de ces maîtres bouchers, signalée dans tous les historiens du -XVe siècle? - -La famille de ce Guillaume de Saint-Yon, que Du Breuil et l’abbé Lebeuf -ont cru, mais sans preuve, être issue de celle des anciens seigneurs de -Saint-Yon près Montlhéry (Lebeuf, X, 260), étoit la plus puissante de la -grande boucherie. Elle y exerçoit, comme aussi celle Thibert, la -profession de boucher au moins dès 1260 (Reg. de la Boucherie). Au XVIIe -siècle, ces deux familles restées seules des vingt existantes en 1260, -étoient avec celles de Ladehors et Dauvergne, en possession exclusive -des vingt-neuf étaux de la grande boucherie; elles furent réduites à -trois en 1660, par l’extinction des Dauvergne. Plusieurs de leurs -membres étoient sans doute sortis du commerce de la boucherie pour -occuper des emplois plus importans, et étoient seulement propriétaires -d’étaux qu’ils louoient, mais d’autres étoient restés dans ce commerce, -et c’est assurément à un descendant de l’ancienne famille Thibert qu’il -faut attribuer l’histoire singulière du boucher de ce nom chez le -chevalier de Bragelongne, vers 1680. Sandras de Courtilz rapporte dans -les _entretiens de Colbert avec Bouin_ (Bauyn, I, 67), que ce boucher, -qui étoit gros joueur, couroit chez le chevalier dès qu’il avoit vendu -sa viande, et là, avec son tablier et sa camisole rouge, jouoit 3 ou 400 -pistoles à la fois. Le duc de Roquelaure (Gaston-Jean-Baptiste, mort en -1683), qui connoissoit cependant Thibert, voulant un jour le plaisanter -sur sa mise, s’écria: _Masse à la camisole rouge!_ en mettant une -poignée de louis sur la table. Le boucher, sans s’émouvoir, accepta le -défi en répondant aussitôt: _Top et tingue au cordon bleu!_ et ayant eu -les dés et les rieurs pour lui, releva gaiement l’argent du duc. - -(J’ai consulté pour cette note les 106 premières pages, années 1430 à -1483, de l’extrait du registre de la grande boucherie, nº 290 du Cabinet -généalogique, dont mon ami M. de Lincy m’a signalé l’existence.) - -[635] Var. C. _seize_. - -[636] Cette boucherie, située sur la Montagne Sainte-Geneviève, existoit -au moins dès 1245, selon Sauval. Elle avoit été fondée par une -émigration des bouchers de Saint-Marcel.--Suivant une plaidoirie du 30 -avril 1377 (Félibien, t. IV, p. 532), ces deux boucheries, que l’auteur -du _Ménagier_ a peut-être confondues à dessein à cause de leur -communauté d’origine, existoient de toute antiquité; elles auroient -compté anciennement cent vingt bouchers, mais n’en avoient plus alors -que trente-cinq. Au temps de Sauval, il n’y avoit plus que quatorze -étaux. Les Le Gois, chefs des émeutiers parisiens au XVe siècle, étoient -bouchers de Sainte-Geneviève. - -On croit que la boucherie du Parvis était la plus ancienne de Paris. -Lamarre dit que Philippe Auguste en fit don à l’évêque de Paris quand -les bouchers l’eurent abandonnée pour se fixer à la Porte-Paris. Suivant -Sauval, ce prince n’auroit fait que les confirmer dans une possession -antérieure. Caboche étoit écorcheur dans cette boucherie en 1411. - -On ignore l’époque du premier établissement de la boucherie de -Saint-Germain; peut-être étoit-elle aussi ancienne que l’abbaye. Elle -n’avoit d’abord que trois étaux, mais en 1274 l’abbé Gérard en fit bâtir -seize autres dans l’endroit où est aujourd’hui la rue des Boucheries. -(Félibien, I, 429.) - -La boucherie du Temple fut établie par les Templiers. Ils transigèrent à -ce sujet avec les bouchers de la Porte-Paris en 1182, selon Félibien, -mais seulement en 1282 selon Lamarre que je crois avoir été mieux -informé. Elle étoit rue de Braque et se composoit de deux étaux -seulement. - -La boucherie de Saint-Martin me paroît devoir être la même que celle -dite de Saint-Nicolas-des-Champs, et qui étoit située rue Saint-Martin, -au coin de la rue Aumaire. Sauval qui est à ma connoissance le seul -auteur qui en parle, ne cite rien de plus ancien à son sujet que la -réparation faite en 1426 de la maison où elle étoit située. - -Il est étonnant que l’auteur du _Ménagier_ n’ait pas parlé ici de la -boucherie de Saint-Éloi établie rue Saint-Paul par le prieur de -Saint-Éloi, en vertu des lettres du régent (depuis Charles V) en date du -30 novembre 1358. (Trés. de Chartres, 90, 131.) - -[637] Var. A. _trente-deux_. - -[638] Var. A. _trente-deux_. - -[639] Cela fait 3130 moutons, 512 bœufs, 528 porcs (538 suivant A), et -306 veaux (310 suivant A et 320 suivant C). Voir dans l’Introduction mes -observations sur ces renseignemens statistiques. - -[640] Vendredi saint. C’est encore l’époque _de la foire aux jambons_. - -[641] Porcs salés. Voy. Du Cange au mot _Lardum_. - -[642] Le duc d’Orléans. - -[643] Suppléez: _c’est ainsi_. - -[644] Aujourd’hui _talon de collier_, chair levée sur les trois -dernières côtes. - -[645] C’est-à-dire comme 20 est à 25 ou un cinquième en moins que le -Roi. Ce devoit donc être par semaine 96 moutons, 12 ou 13 bœufs, autant -de veaux, 9 ou 10 porcs, 160 lards par an, et par jour 480 volailles, -160 paires de pigeons, 40 chevreaux, 40 oisons. - -[646] En marquant sur une taille la quantité prise chaque fois, comme -cela se fait encore pour le pain. - -[647] _Gros bout_ de poitrine. Voir sur la longe, etc., p. 130. - -[648] Les blancs valoient 10 deniers, mais l’auteur doit entendre ici -par ce mot le petit blanc, monnoie de compte de 5 deniers. C’est comme -s’il disoit que le prix de cette pièce varie de 4 sols 2 deniers à 3 -sols. Le marc d’argent (52 fr. de notre monnoie) valoit 6 l. 5 s. - -[649] Ou trumeau, partie de la cuisse et aussi de la jambe de devant. - -[650] Bouillon. - -[651] Ligne laissée en blanc dans les manuscrits. - -[652] Je n’ai pas vu ce mot dans les anciens auteurs de vénerie; ce doit -être le quoier ou cimier (croupe) du cerf. - -[653] Cuisine. - -[654] Liaisons. - -[655] Passer au tamis. - -[656] S’attachent au fond du pot, brûlent. - -[657] Les petits sont appelés _lancerons_: les moyens, _brochets_: les -plus gros, _quarreaux_ (_Délices de la campagne_, ch. XVIII). - -[658] Plies. - -[659] _Oyeurs_, rôtisseurs. - -[660] Petite mangeoire portative. - -[661] Canards mâles, et ici canards en général. - -[662] D’abord lieu où on resserroit _la paille_, et par extension -_basse-cour_. - -[663] Var. B. _crouste_. - -[664] Nuque. - -[665] Suivant l’empereur Frédéric II, chapitre L, les ailes des oiseaux -se composent de vingt-six plumes: 1º quatre plus près du corps dites -_corales_ ou les _coraux_; 2º les douze suivantes, qui sont les -_vanneaux_; 3º dix autres extérieures (_forinsecæ_), dites les -_couteaux_, à l’exception de la dernière qu’on appelle le _cerceau_ -(_saxellus_); les fauconniers postérieurs parlent bien du _cerceau_ -(seul des oiseaux de proie, l’autour avoit trois plumes portant ce nom), -des _couteaux_ et des _vanneaux_ (d’Arcussia, éd. 1627, p. 248, dit que -ce sont les plumes adhérentes au second os de l’aile, et cette -définition concorde bien avec celle de l’empereur Frédéric II), mais non -des _coraux_ ou plumes corales. - -[666] Ventre. - -[667] Espace laissé en blanc dans les manuscrits. - -[668] Saumonnées. - -[669] Jaune. - -[670] Recueillir. - -[671] Vin de Grenache. Voy. Legrand d’Aussy, t. III, p. 48. - -[672] Rôties.--On trouvera, en recourant à la table, les endroits du -_Ménagier_ où sont décrits la plupart des plats qui vont figurer dans -ces menus. Je me dispenserai donc le donner ici des explications qui -feroient presque toujours double emploi. - -[673] Ces nombres en chiffres arabes, placés ici entre parenthèses, -devoient renvoyer à des feuillets d’un manuscrit ou à des numéros de -chapitres, et ne se rapportent à rien dans les trois manuscrits que j’ai -sous les yeux. - -[674] Sorte d’oublie plus mince que la gaufre, faite de farine, d’eau, -de vin blanc et de sucre, et cuite entre deux fers. - -[675] _Scilicet_, savoir. - -[676] Ce plat ne se retrouve ni dans _le Ménagier_, ni dans _le Grand -cuisinier_, ni dans Taillevent. Il me semble résulter du menu VI qu’il -pouvoit se faire avec des lamproies. - -[677] Ce plat est ainsi écrit dans le Ms. B. Cependant, dans _le Grand -cuisinier de toutes cuisines_, il est écrit _ramolle_. - -[678] La phrase comme je l’ai ponctuée ne paroît pas naturelle, mais on -ne peut lire _à la sausse chaude d’oiselets_; peut-être manque-t-il un -mot (_gravé_ ou _pasté_) avant _d’oiselets_. - -[679] Sans doute une _tuile de chair_. Voir à l’art. V. - -[680] Les mots qui suivent jusqu’à la fin de ce menu ne sont pas dans le -Ms. B. - -[681] B. ajoute, après un espace laissé en blanc, _de porc ut pa_ (_ut -proxima?_). - -[682] Comme. - -[683] J’ignore le sens de cette abréviation, mais comme on trouve plus -loin _un gravé d’aloés en couleur de fleur de peschier_ (voir -l’_Appendice_ à l’art. V), ce doit être ici le même plat. - -[684] Var. B. _à sausse_, ce qui me paroît défectueux, à moins qu’on ne -lise _à la sausse chaude_. - -[685] D’huîtres. - -[686] Croûtes ou crottes au lait, plat sucré. - -[687] Var. B. _leschefroies_. - -[688] Georgé. - -[689] Je ne pense pas que l’auteur parle ici du faisan présenté -solennellement (comme le paon) aux convives pour faire un vœu, car s’il -en étoit ainsi, il n’en auroit pas parlé au pluriel. Il me paroît -seulement indiquer par ces mots que le faisan étoit un gibier recherché, -réservé aux seigneurs (et auquel ne touchoient pas les _servans_ ou ceux -qui dînoient ensuite?). Il ne faudroit cependant pas croire que le -faisan fût autrefois plus rare qu’aujourd’hui. On trouve dans le _Modus_ -un chapitre qui enseigne à prendre cet oiseau, et dans un grand nombre -d’aveux rendus par des seigneurs Angevins aux XIVe et XVe siècles, on -voit figurer des garennes à perdrix et _à faisans_. Voir la note sur -Jean de Craon, sieur de La Suze, dans mon édition du _Trésor de -Vénerie_. - -[690] Voir l’Introduction. - -[691] Oublies. - -[692] Estriers, sortes d’oublies. - -[693] Clairet, sorte d’hypocras fait avec du miel au lieu de sucre, et -du vin blanc au lieu de rouge. - -[694] Quoique ce menu se termine par un etc., il me paroît impossible de -croire qu’il ait pu s’appliquer à un repas de 24 _services_, et je crois -que _mets_, dans cet intitulé, signifie _plat_, comme dans ceux des -menus I et II ci-dessus. - -[695] Merles. - -[696] Pâtisserie légère, et peut-être sorte d’oublies. - -[697] N’est que dans B. - -[698] Var. A. C. _au sucre_. - -[699] Gros poisson salé. - -[700] Aussi. - -[701] L’abbé de Lagny. - -[702] Les autres membres du conseil du Roi. - -Il y avoit, en 1379, un abbé de Lagny qui assistoit au parlement, soit -qu’il en fût membre, soit qu’il fût du grand conseil du Roi (il résulte -en effet d’une ordonnance de Charles VI, adressée le 21 janvier 1388-9 -aux présidens du parlement, que les abbés et prieurs membres du conseil -du Roi avoient seuls le droit d’assister aux délibérations du parlement -(_Ord. antiquæ_, A. 119 vº), et il est bien à croire que c’est de lui -qu’il s’agit ici. Je l’ai vu pour la première fois nommé comme assistant -au parlement le 1er mars 1378-9 (_Plaid. civiles_). Il y avoit sans -doute peu de temps qu’il avoit droit d’y venir; il se pourroit donc que -le dîner dont notre auteur nous donne le menu, fût un dîner de bienvenue -qui auroit eu lieu à cette époque. Pâques tombant le 10 avril 1379, on -étoit alors en Carême, et en effet le dîner est maigre. - -Si j’ai rencontré vrai dans cette conjecture, et si ce dîner a en effet -eu lieu en 1379, M. de Paris est Aymery de Maignac, évêque de Paris, le -persécuteur d’Hugues Aubriot, le protecteur persévérant de tous les -soi-disant clercs que le prévôt de Paris faisoit arrêter comme accusés -d’assassinat, de vol, etc., qui, dès 1381 (_Plaid. civ._, juillet), -pendant qu’Hugues Aubriot étoit encore dans ses prisons, lançoit des -monitoires contre Audouin Chauveron son successeur, et faisoit dire au -procureur du Roi que si on laissoit faire l’évêque, _il vaudroit mieux -au prévost aller glaner qu’estre prévost_. Le président (sans doute le -premier président) est Arnault de Corbie, depuis chancelier de France, -un des hommes d’État les plus illustres et les plus honorables du XIVe -siècle, mort en 1413 à un âge fort avancé. Le procureur du Roi est -Guillaume de Saint-Germain, d’abord avocat célèbre ou _solennel_ au -Châtelet, puis procureur général au parlement ou procureur du Roi (ce -qui étoit la même chose), depuis 1365 jusqu’à sa mort arrivée en février -1383-4. (Il est du moins affirmé dans la plaidoirie citée plus bas, -qu’il occupa ces fonctions dix-huit ou dix-neuf ans.) Il avoit en cette -qualité 100 fr. de gages fixes et 500 fr. de don annuel. Il étoit au -reste fort simple, car suivant les plaidoiries de ses héritiers, _il -n’estoit que lui cinquiesme en son hostel, et n’avoit cheval ne asne, et -n’y chaloit de quels draps il fust vestus, mais qu’il fust de couleur_. -Sa femme Denisette Mignon ne savoit ni lire ni écrire. (_Plaid. civiles -du Parlement_, mai 1386.) J’ai dit, t. I, p. 137, que Giles Labat étoit -procureur général au parlement en 1381, _parceque cette qualité lui est -donnée dans les lettres de rémission que j’ai citées_, mais à moins -qu’on ne suppose qu’il y a eu interruption dans les fonctions de -Guillaume de Saint-Germain, ce qui me paroît peu probable d’après les -termes de la plaidoirie, il se pourroit que Giles Labat n’eût été que -_procureur_ au parlement, et que _général_ eût été ajouté par erreur par -l’écrivain de la chancellerie. En tout cas, Giles Labat étoit simplement -_procureur au parlement_ en 1385.) Des deux avocats du Roi, l’un peut -être Jean Pastourel, qui exerçoit cet emploi en 1364 et 73, mais l’autre -étoit certainement le célèbre Jean Des Mares ou Des Marès, mort si -malheureusement en 1382. (Voir t. I, p. 136.--_Arch. jud._, tables de -Lenain, t. III, IV, VI, VII.) - -J’ai vu avec étonnement que le nom de famille de cet abbé de Lagny et sa -position dans le conseil du Roi, ont été inconnus aux auteurs de la -_Gallia Christiana_. Ils se bornent à citer, dans leur liste des abbés -de Lagny, un Jean IV, vivant en 1357 et 1367, et ensuite Pierre II du -nom, vivant en 1396 (VII, 503). Le nôtre peut être l’un des deux. - -[703] Le mot écuelle signifie ordinairement une assiette creuse, mais il -est évident qu’il y a ici et dans d’autres passages de cet ouvrage, un -rapport certain et connu du temps de l’auteur entre le nombre des -écuelles et celui des convives. On sait qu’on mangeoit sur des -_tranchoirs_ ou morceaux de pain plats, mais cet usage qu’on comprend -quand il s’agit de viandes solides, ne pouvoit s’appliquer aux sauces et -potages qui devoient évidemment se prendre à l’aide de cuillers dans des -vases creux. Voici un repas montant à _huit_ écuelles, et qui est servi -à _seize_ convives (voir p. 106, n. 2, et p. 107, n. 3). On pourroit -donc supposer qu’on servoit une écuelle par deux convives, (dans tout -l’Orient on place encore au milieu de la table un grand plat -ordinairement de pilau, etc., dans lequel chacun prend avec les doigts; -puis _entre deux convives_, un petit plat creux contenant des mets -liquides qu’ils prennent tous deux avec des cuillers) que deux personnes -mangeoient ainsi ensemble les mets liquides, et que par suite, un repas -d’un certain _nombre d’écuelles_ signifioit un repas d’un nombre double -de convives. On seroit même d’autant plus porté à penser qu’une écuelle -servoit à deux convives au moins, que l’usage des assiettes creuses -_personnelles_ étoit encore nouveau et peu général sous la minorité de -Louis XIV. On en a la preuve dans les _Délices de la campagne_, ouvrage -de Nicolas de Bonnefons, valet de chambre du Roi dont de la 1re édition -est, je crois, de 1653, et dans lequel on lit (p. 250 de la 5e éd. de -1673, article de l’_Instruction pour les festins_): «Les assiettes des -conviés seront creuses aussi afin que l’on puisse se présenter du potage -et s’en servir à soi-même ce que chacun en désirera manger, _sans -prendre cuillerée à cuillerée dans le plat, à cause du dégoust que l’on -peut avoir les uns des autres de la cueilliere qui au sortir de la -bouche puisera dans le plat sans l’essuïer auparavant_.» Il me paroît -bien résulter de l’instruction donnée en cet endroit par l’auteur sur -l’utilité des assiettes creuses, qu’alors cet usage étoit encore bien -nouveau. (Voir pour plus de détails la note 374 du _Palais Mazarin_, par -M. le comte de Laborde.) Cela étant, il n’est guère possible de supposer -qu’au XIVe siècle on servît une écuelle ou assiette creuse à chaque -convive personnellement. Cependant, nous verrons plus loin, (article du -_Houssebarre de chair_) l’auteur conseiller de mettre ordinairement deux -_lesches_ ou languettes de chair _dans chaque écuelle_, mais quand on a -_plus de convives et moins de chair_, de servir le brouet seul dans des -écuelles, et dans un plat _cinq lesches_ pour _quatre_ personnes. Il -sembleroit positif, d’après ce passage, que deux lesches dans chaque -écuelle étoient un service plus abondant que cinq _lesches_ pour quatre -personnes, et que par conséquent une écuelle de deux lesches étoit pour -une seule personne en temps ordinaire. (Voir en outre p. 114, n. 3.) Il -m’est impossible de faire concorder ces deux passages du _Ménagier_, et -je les livre à l’examen éclairé de mes lecteurs. - -[704] Dans des plats couverts, servis seulement pour lui, comme c’étoit -l’usage pour le roi, les ducs, etc. - -[705] La quarte contenoit deux pintes et la pinte deux chopines; il y -avoit donc seize convives. Voy. p. 107, note 3. - -[706] Mot que je ne comprends pas. - -[707] L’abbaye de Lagny avoit droit de pêche dans la Marne. - -[708] Une pour chaque convive? - -[709] L’auteur veut dire que c’est trop de deux quartes d’hypocras, -comme il a dit plus haut que c’étoit trop de deux quartes de vin de -Grenache. - -[710] Sorte d’oublies. - -[711] B. ajoute: _et le vin_. - -[712] L’auteur du _Trésor de santé_ conseille de n’en user qu’au fort de -l’hiver. - -[713] S. e. _dire_ ou _déclarer_. - -[714] Var. A. C. _payera_. - -[715] Le prix du setier de blé, à l’époque où l’auteur écrivoit, varioit -de 13 à 20 sols. En prenant 16 s. pour prix moyen, et en appliquant à ce -prix le règlement du prix du pain fait par Charles V en 1372, il en -résulte qu’un pain d’un denier de la meilleure qualité pesoit tout cuit -six onces. Cette quantité de pain et de provisions paroît bien -considérable pour un diner de vingt écuelles (quarante personnes?), et -un souper de dix (vingt personnes?), mais on peut supposer qu’elle -servoit aussi à un grand nombre de domestiques, de _compagnons_, etc. - -[716] C’étoit du gros pain, et probablement bis. Voir ci-dessus, page -38, note 2. - -[717] Nous avons déjà vu plus haut, p. 106, _et que les seconds en -aient_. Je ne sais s’il faut entendre par là les serviteurs ou peut-être -aussi des gens d’une position moins élevée qui dînoient après les -premiers convives. - -[718] Nous verrons, pages 110 et 122, que les poulaillers vendoient -aussi de la venaison. - -[719] Avec du fromage dedans. Voy. p. 121. - -[720] Je ne trouve nulle part ce mot qui paroît désigner une espèce -d’oublies. - -[721] L’auteur n’a pas mis de prix aux grenades et aux oranges, sans -doute parce que leur prix varioit. Legrand d’Aussy, I, 250, cite un -compte du dauphin Humbert, de 1333, où il est parlé d’orangers, et passe -ensuite de là au règne de Louis XIV. On voit par ce passage du -_Ménagier_, que les oranges étoient fréquemment servies sur les tables -parisiennes au XIVe siècle. - -[722] Var. B. _du teil_. On trouve dans Roquefort _teille_, grande -terrine de bois; nous verrons dans l’Appendice, ce mot désigner un vase -de terre. - -[723] Plus loin (chapitre des _Entremets_, _Fromentée_), l’auteur dit -que ce froment mondé coûtoit un _blanc_ la livre chez les épiciers. Je -crois avoir eu de bonnes raisons pour fixer la valeur du blanc à 5 -deniers (voir p. 86, n. 4), et en effet la livre de froment mondé, au -prix de 5 d., mettroit déjà le setier au prix de 100 sols, somme assez -supérieure au prix moyen de 16 s. du setier de blé ordinaire au XIVe -siècle (voir p. 109), pour représenter les frais de mondage, le profit -du détaillant, etc. Le prix de 8 deniers donné ici mettroit le setier à -160 s. Au reste, cette différence peut s’expliquer par la qualité du -froment mondé dont on prenoit sans doute le plus beau pour un repas de -noces, et par les variations du prix du blé. - -[724] L’auteur, au chapitre des _Sauces non bouillies_, nous apprend que -le _gingembre de mesche_ avoit l’écorce plus brune, étoit plus mou au -couteau, plus blanc, meilleur et plus cher que le _colombin_; et en -effet, on voit ici qu’il coûtoit 20 s. la livre et le _colombin_ 11, -mais je n’ai rien pu trouver sur les différences d’origine ou d’espèce -qui causoient sans doute celle des noms de ces deux gingembres. - -[725] Girofle. Je crois que la _graine_ en est aussi, et que l’auteur ne -veut pas parler ici de la graine de paradis, _cardamomon_, qui ne devoit -pas être vendue mêlée au girofle. Nous verrons souvent la graine de -paradis désignée sous le seul nom de _graine_. - -[726] Racine de _galanga_, plante des Indes orientales. L’auteur, -chapitre des _Sauces non bouillies_, dit que le meilleur est le plus -dur, le plus pesant, et celui dont la couleur violette est la plus vive. -Ces mots prouvent qu’il parloit du petit _galanga_ qui vient des Indes, -et qui est en effet rougeâtre, tandis que le grand, qui croît en Chine, -est de couleur blanchâtre on cendrée. - -[727] Fleur de muscade, deuxième écorce de la noix muscade ou -_muguette_, comme on l’appeloit au temps de l’auteur. Toutes ces épices -figurent dans les ordonnances de février 1349(50) et 3 mai 1351, -relatives à des droits supportés par certaines denrées à l’entrée de -Paris. On y voit que le poivre, le sucre, le gingembre, la cannelle, le -ris, l’anis, le safran et le girofle venoient à Paris par balles, et que -le cubèbe (employé aussi quelquefois dans la cuisine), le macis, la -graine de paradis, le poivre long, les noix muguettes, l’espic (nard), -le garingal, le citonal, les dattes, les pignons, etc., venoient sans -doute par plus petites quantités, puisqu’ils sont taxés par livre (4 -deniers en 1350, et 6 en 1351). - -[728] C’est-à-dire que l’épicier reprenoit les bouts à raison de 2 s. 6 -d. la livre. On ne perdoit donc que 6 deniers par livre pour la façon. - -[729] Épices, _bonbons_, servis dans le salon ou _chambre de parement_. - -[730] Citron confit? - -[731] Sucre blanc clarifié et cuit dans de l’eau de rose. - -[732] En comptant seulement ce qu’on brûla de cire, le reste étant rendu -à l’épicier. - -[733] Je ne sais comment l’auteur établit son compte, puisqu’il y avoit -vingt écuelles au dîner, dix au souper, et qu’il en compte encore six au -dîner des _servans_. - -[734] La Pierre-au-Lait, place où l’on vendoit le lait, auroit été -située devant le portail de Saint-Jacques la Boucherie, et dans la -partie de la rue des Écrivains située entre celles du Petit-Crucifix et -des Arcis, suivant M. Géraud (_Paris sous Philippe le Bel_, p. 256); -mais l’abbé Vilain, auteur d’une très-bonne histoire de Saint-Jacques la -Boucherie, tout en reconnaissant que la grande porte de Saint-Jacques -s’appeloit _la porte de la Pierre-au-Lait_, croit devoir, suivant les -titres qu’il avoit consultés, donner le nom de _Pierre-au-Lait_ -seulement à la partie de la rue dite depuis des Écrivains, comprise -entre celle du Petit-Crucifix et celle de la Vieille-Monnoie (ce qui est -nommé _Lormerie_ sur le plan de M. Géraud). Suivant le même abbé Vilain, -la rue dite depuis de _Saint-Jacques la Boucherie_ auroit encore été -dite de la Vannerie au XIVe siècle. Il faudroit en conclure que la rue -Saint-Jacques, nommée dans le rôle de la taille de 1292 comme attenant à -_la Pierre-au-Lait_, seroit la rue du Crucifix, dite autrefois et encore -au XVIe siècle, rue du Porche. Voir l’abbé Vilain, pages 17, 19, 58, 74, -251, 252. L’auteur d’une nomenclature des rues de Paris par tenans et -aboutissans, insérée dans une édition de Corrozet de 1543, confirme -complétement l’assertion de l’abbé Vilain en ce qui touche la position -de _la Pierre-au-Lait_, au moins au XVIe siècle. En effet, suivant cet -auteur, la Pierre-au-Lait touchoit aux rues des Écrivains, de la -Vieille-Monnoie, de la Savonnerie et de la Haulmerie; enfin, entre la -rue de la Vieille-Monnoie et celle de la Savonnerie, il met: _la -Pierre-au-Lait ainsi qu’elle se comporte_. - -[735] La place de Grève. - -[736] Voir ci-devant, p. 80. - -[737] Dans l’ordonnance de 1388 sur l’organisation de la maison du Roi, -on voit figurer à la panneterie, des officiers dits porte-chapes; une de -leurs attributions étoit d’acheter les blés nécessaires à la -consommation du Roi. Leur nom pouvait venir de ce qu’ils portoient le -coffre où l’on enfermoit le pain du Roi, de _capa_, dans le sens de -_capsa_. (Voy. Du Cange à _Capiger_.) Mais ce passage du _Ménagier_ -pourroit faire croire qu’il viendroit plutôt d’un instrument à chapeler -le pain qui auroit été dit _chape_ ou _chaple_; _capellare_, _capulare_, -signifiant couper. - -[738] Les restes solides. - -[739] Il résulte de ce passage que les convives pouvoient avoir aussi -des restes _liquides_ à ôter de devant eux. Cela ne se conçoit guère -avec des écuelles communes à deux personnes, et nécessairement -renouvelées avec chaque mets. Les assiettes _personnelles_ de métal -étoient-elles donc déjà en usage? (Voy. p. 105, n. 1.) - -[740] Var. B. _petueil_, pilon. - -[741] Vases placés sur la table ou sur un dressoir, et dans lesquels on -faisoit remettre une portion des mets qu’on avoit devant soi pour être -ensuite donnée aux pauvres. C’étoit la même pensée éminemment charitable -et chrétienne qui faisoit donner aux pauvres la première part du gâteau -des Rois, dite pour ce motif _la part de Dieu_. Les pots à aumône -étoient de grande dimension, car on en voit un en argent de 12 marcs 2 -onces ½ prisé 40 fr. d’or dans le compte d’exécution de la reine -Jeanne d’Évreux en 1372 (Coll. Leber, XIX, 143), et un aussi d’argent du -poids de 11 marcs, et prisé 60 livres parisis dans l’inventaire de -Richard Picque, archevêque de Reims, mort en 1389 (Reims, 1842, in-8º, -p. 9). On voit encore dans ce même document (p. 63), _une grande -escuelle à aumosne_, et enfin, p. 53, un dressoir pour mettre _la -corbeille à l’aumosne_. Dans l’apologie du duc de Bourgogne par Jean -Petit (Monstrelet, éd. du _Panthéon_, p. 84, c. I), il est aussi parlé -d’une viande prétendue empoisonnée qui fut enlevée de la table du Roi et -mise dans _la corbeille de l’aumône_. (Une telle aumône auroit été peu -charitable, mais il est bien probable que cette histoire étoit tout -entière de l’invention de Jean sans Peur ou de Jean Petit.) - -[742] Pour _de_? - -[743] C’est l’hôtel de l’évêque de Beauvais, soit celui que paroît avoir -possédé personnellement rue de la Verrerie, le célèbre Miles de Dormans, -évêque de Beauvais, mort en 1387 (Sauval, II, 109), soit plutôt l’hôtel -des évêques de Beauvais, _rue des Billettes_, qui appartenoit à leur -évêché, et que Charles, cardinal de Bourbon, vendit 30 000 livres en -1572 (Père Anselme, II, 303). Sauval n’a pas su où étoit situé cet -hôtel.--On lit dans la relation de l’ambassade de Jérôme Lippomano en -France, en 1577, que les concierges des maisons de Paris les louoient au -jour ou au mois pendant les absences de leurs maîtres (_Amb. vénitiens_, -1838, in-4º, II, 609); c’étoit déjà l’usage au XIVe siècle, car il est -dit plus loin que Jean Duchesne paya les 4 francs mentionnés ici au -_concierge de l’hôtel de Beauvais_, qui lui loua aussi des tables, -tréteaux, etc. _La chapellerie_ signifie ici les chapeaux ou couronnes -de fleurs. - -[744] Il y avoit en 1385 un Jehan Duchesne attaché au Châtelet, -peut-être en qualité d’audiencier, qui, suivant toute apparence, est le -même dont l’auteur du _Ménagier_ nous raconte les noces. Il est cité -dans les registres des plaidoiries civiles du parlement de février 1384 -(5). Il y est dit qu’il y avoit alors _plusieurs meschans femmes -diffamées d’estre maq......es_, et que le prévôt de Paris avoit ordonné -qu’elles fussent enfermées au Châtelet. Un jour, une femme nommée -Perrette Potarde (femme de J. Potard, chevaucheur de la reine Blanche), -_petitement renommée_, passoit par la rue Simon-le-Franc. Là étoient -Martin Double, avocat du roi au Châtelet, Jehan du Chesne et plusieurs -autres, qui affirmèrent à un sergent qu’elle étoit du métier proscrit -par le prévôt. Quelque temps après, elle vint au Châtelet, _en bas en -l’auditoire des audienciers_; Jehan du Chesne l’ayant aperçue, la montra -du doigt à Jehan Soudant examinateur au Châtelet, _si comme il voulsist -dire: C’est elle, prenez-la_. Soudant l’ayant fait arrêter par un -sergent, on la conduisoit dans les prisons du Châtelet, lorsqu’en -arrivant au guichet elle cria qu’elle en appeloit, mais Martin Double -passant là, dit au sergent: _Boutez hardiment puisqu’elle est si près_. -Perrette plaidoit contre Soudant et le sergent, et les accusoit de -l’avoir sacrifiée aux haines de Jean du Chesne et autres; en effet, -Soudant fut condamné à 40 liv. de dommages et 60 liv. d’amende. - -[745] S. e. _renfermées_. - -[746] Passage bien curieux pour l’histoire du service de table. Il y -avoit, outre le dressoir de salle où étoit la vaisselle, le vin, etc., -un dressoir de cuisine où l’on dressoit les plats, et d’où ils étoient -apportés sur la table. Voir sur ce second dressoir, la p. 115, et -l’apologie du duc de Bourgogne déjà citée, p. 115, note 2. - -[747] Var. C. _servans_. - -[748] Var. B. _laver_. - -[749] Pour faire asseoir, pour placer les convives. - -[750] Marchande de couronnes de fleurs. - -[751] Repas ou fête donnée (quelquefois rendue par les parents des -mariés) le lendemain des noces ou quelques jours après. On disoit en -Normandie _Racroc de noces_ (Voy. du Cange au mot _Receptum_) et à -Troyes _Regaust_. (Parl. Criminel, XI, 5 déc. 1384.) Voy. sur le -_regard_, pages 122 et 123. - -[752] On sait qu’autrefois le lit nuptial étoit béni; on voit même dans -une miniature du _Chevalereux comte d’Artois_, reproduite dans l’édition -curieuse qu’a donnée M. Barrois de ce joli roman (p. 27), un prêtre -bénissant le lit dans lequel le comte d’Artois et sa nouvelle épouse -sont déjà couchés. - -[753] Tresser, natter. Mais que tressoit-on, et pourquoi est-ce une -lavandière? - -[754] Nous verrons plus loin (chapitre des _Menues choses_) ce -Hautecourt nommé _maistre Jehan de Hautecourt_. Il me paroît bien que -c’est le même qui transigea, le 3 juin 1385, avec l’abbesse d’Hyères, -sur un procès que l’abbesse lui avoit intenté (elle concluoit contre -lui, en janvier 1384 (5), à 1 000 fr. d’amende pour elle et 2 000 pour -le Roi, etc., _Plaid. civ._). Sire Jean de Fleury, dernier prévôt des -marchands en 1382, le fameux trésorier Bernard de Montlhéry cité dans -_Christine de Pisan_, et Jehan de Longueil, conseiller au parlement, -étoient ses amis; il y a donc lieu de croire qu’il étoit dans une -position assez élevée pour pouvoir faire une noce aussi dispendieuse que -celle dont nous avons ici le menu. Quant à sa qualité de _clerc_ qui -ressort de la pièce suivante (_Colin Morant pour ce qu’il est lay_), -elle ne doit pas empêcher de croire qu’il ait pu se marier, rien n’étant -à cette époque plus fréquent que de voir des gens mariés, exerçant toute -espèce de profession, et revêtus cependant de la qualité religieuse de -clerc, qui les mettait à l’abri de beaucoup d’éventualités fâcheuses. - -Il est dit dans cet accord que maître Jehan de Hautecourt et ses consors -iront le jour de la fête saint Pierre et saint Paul (29 juin) en -l’abbaye d’Hyères, vers madame l’abbesse ayant en sa compagnie autant de -ses religieuses qu’elle voudra et M. de Folleville (conseiller au -parlement, devenu en 1389 prévôt de Paris), maître Jean de Fontaines et -maître Raoul Drobille (son procureur); alors, continue l’accord, -«maistre Jehan et ses consors salueront et feront la révérence à ladite -Madame l’abbesse si comme à son estat appartient, et oultre ledit -maistre Jehan dira pour lui, Aymery Comte, Odinet de Sens, Herlin des -Mares et Colin Morant, teles paroles: - -«Madame, vous avez fait proposer contre nous en parlement comment nous -venismes en l’esglise de céans, armés et garnis d’espées, de taloches et -de longs cousteaux, environ demie lieue de nuit, et entrasmes en l’ostel -du Four, tenant nos bastons et espées toutes nues, et je, Jehan de -Hautecourt, demandoie où estoient Colin le Barbier et Jehannin Poitrine -qui avoient batu mon varlet, et que se je les trouvoie, jamais ils ne -mengeroient de pain: et que je feroie pendre ledit Colin le Barbier, et -que vous, Madame, ne teniez avec vous que larrons et murtriers: et -cerchasmes ledit hostel du Four, et frappasmes nos espées et cousteaux -dedans les liz pour savoir se lesdis Colin le Barbier et Jehan Poitrine -y estoient muciés. _Item_, que par la court de céans et jusques à la -chambre de vous, Madame, nous chassasmes lesdis Colin le Barbier et -Jehan Poitrine, en criant après eulx: _A mort! à mort!_ Et que ledit -Poitrine à moy, et par espécial Perrenelle de Machaut, pour cuider -appaisier la noise en disant que lesdites dames, leurs familiers et -esglise, estoient en la sauve-garde du Roy et que je me gardasse de -meffaire à eulx, que je deubs respondre que aussi estoie-je en la -sauve-garde du Roy, et que de vous, Madame, je ne tenoie compte, ne -desdites dames, ne leurs amis, et que vous en feissiez du mieulx que -vous pouriez, et que se je tenoie lesdis Colin et Poitrine, que je les -tueroie. Et pour ce avez fait conclure contre nous en amende honnorable -et prouffitable. Madame, nous créons bien que vous avez esté informée -contre nous, et pour ce vous estes tenue à malcontente de nous. Et en -vérité, Madame, onques jour de nos vies nous ne fusmes en l’esglise de -céans pour vous ne vos gens injurier en fait ne en parole, ne ne -vourrions faire en aucune manière, ainçois nous vourrions et avons -tousjours voulu faire à nos povoirs service et plaisir, et se par aucune -manière vous nous avez sceu aucun mal gré et par ce avons esté hors de -vostre bonne grâce, nous vous supplions qu’il vous plaise à le nous -pardonner.» - -«Et après ces choses ainsi dictes, ladicte Madame respondra teles -paroles ou en substance: - -«Maistre Jehan, nous avons esté informé des choses dessusdictes -souffisamment, si comme il nous a semblé, et pour ce les avons-nous fait -proposer contre vous en parlement pour garder le droit de nous et de -nostre Esglise, mais nonobstant ce, pour l’amour de sire Jehan de Ruel, -sire Jehan de Fleury, Bernart de Montleheri et de maistre Jehan de -Longueil, vos amis, qui nous en ont escript et requis, et pour ce aussi -que vous vous en excusez à nous, nous le vous pardonnons.» - -«_Item_, cedit jour et heure, Colin Morant pour ce qu’il est lay, après -ces choses, le chapperon avalé et un genoul à terre, dira à Madame en -substance les paroles dessus dites en tant qu’il touche l’accusation de -Madame l’abbesse et du procureur du Roy et aussi son excusation, et puis -dira: - -«Madame, se en aucune manière je vous ai meffait ne mesdit ès choses -dessus dictes, je le vous amende à vostre pure volenté.» - -«En ploiant son gaige (_celui qui faisoit amende honorable plioit une -baguette que lui remettoit l’huissier_): laquelle amende elle recevra et -puis dira: - -«Pour l’amour de sire Jehan de Rueil, sire Jehan de Fleury, Bernart de -Montleheri et maistre Jehan de Longueil qui m’en ont escript et requis, -je te quitte l’amende.»fu attains et féru d’un estoc ou costé à sang, et -à plaie ouverte d’une espée. _Item_, pour ce que les dames de céans -furent moult effréées et vindrent - -[755] Ligne laissée en blanc dans les manuscrits. - -[756] Var. B. _joziers_. _Jugier_ est meilleur. - -[757] Du Cange cite, au mot _Manus_, un compte de 1334 imprimé parmi les -preuves de l’_Histoire de Nîmes_, dans lequel on voit deux massepains, -l’un de _manu-christi_, et l’autre de _confiegs_. Il semble que ces mots -doivent désigner un fruit ou une amande, mais je n’ai pu découvrir -lequel. - -[758] Var. A. _quatre_. - -[759] Les deux nouveaux mariés.--Il est si bien probable qu’alors on -gardoit toute sa vie le deuil de son conjoint.--Les reines portoient -ainsi tout le reste de leur vie le deuil du roi auquel elles -survivoient, et elles le portoient en blanc. On les appeloit alors, pour -les distinguer de la nouvelle reine, _reines blanches_: de là tant de -maisons dites _de la reine Blanche_. - -[760] Et autres présens qu’on leur faisoit pendant le repas. - -[761] Ce mot doit conserver ici la même signification que ci-dessus, -pages 118 et 122; l’auteur veut sans doute dire que pour ce prix ils -joueront aussi le jour du regard. - -[762] Si ce mot ne désigne pas nos _acrobates_ d’aujourd’hui (les -ménétriers étoient aussi danseurs de corde; voir une citation d’Albéric -de Trois-Fontaines à l’année 1237, dans Du Cange, au mot _Ministellus_), -il signifie soit histrions, soit farces ou récits plaisans. Voy. Du -Cange aux mots _Acroama_ et _Acroamata_. - -[763] Fleur de farine. - -[764] Voir ci-dessus, p. 88. - -[765] Au contraire. - -[766] Au IVe article, ci-dessus, p. 111, mais ce n’est qu’une -nomenclature incomplète. - -[767] J’écris ainsi ce mot à causé des deux _l_. Peut-être _entrecercle_ -est-il le vrai nom. - -[768] Échanger le linge c’est le mettre dans l’eau et le tordre avant de -le mettre à la lessive. - -[769] L’humidité. - -[770] Var. B. _estandre_. - -[771] Pouliot, herbe odoriférante. - -[772] Cueillis. - -[773] Boyau. - -[774] Oie. - -[775] On demande. - -[776] Temps de Pâques. - -[777] De là le proverbe: _vilain comme lard jaune_. - -[778] Ratisser, gratter. - -[779] Paré; mais plutôt faute, pour _décolé_. - -[780] Cette phrase est évidemment défectueuse. Il semble que l’auteur -veuille dire qu’il y a _la fresure_, puis _le sain_, _la haste-menue_ et -_le chaudun_. - -[781] Sans doute deux blancs parisis.--Il y a eu une monnoie d’argent -dite _parisis_, mais, suivant Le Blanc, elle n’a été en usage que sous -Philippe de Valois, et elle avoit d’ailleurs trop de valeur pour que les -issues du mouton aient pu valoir deux de ces pièces. - -[782] Cependant l’auteur distingue plus haut la panse de la fraise. - -[783] _On demande_, mais l’auteur n’en savoit pas la raison. - -[784] Il paroît manquer ici quelque mots comme: _avec de l’eau et_.... -Cette recette est répétée plus loin (chap. des _potages à espices_). -Voir sur ce sujet le _Trésor de Vénerie_, p. 62, et note 56. - -[785] Mieux _cimier_, c’est la croupe ou quoier (de queue) du cerf; -l’auteur en parle encore plus loin. - -[786] On trouve dans les _Délices de la campagne_ (voir pag. 105), -quelques détails sur les différentes parties des bœufs, mais l’auteur -écrivant pour des lecteurs qui connoissoient les noms qu’il emploie, ne -définit pas nettement ces noms, et on ne peut tirer de ses paroles que -des inductions. - -La manière de distribuer la chair des bœufs est complétement changée -aujourd’hui, et il est bien difficile, pour ne pas dire impossible, de -donner exactement les noms actuels et la définition des diverses parties -que nomme ici l’auteur du _Ménagier_. Voici cependant le très-foible -résultat de renseignemens soigneusement recueillis sur ce sujet. - -On appelle aujourd’hui _flanchet_ la membrane qui retient les intestins, -le bas-ventre, et il semble que ce mot n’a jamais pu désigner en effet -qu’une partie située sur les flancs de l’animal. Cependant, plus haut, -l’auteur place le flanchet au quartier de devant d’un mouton. Le -Dictionnaire de Trévoux définit le flanchet _partie qu’on coupe au -bas-bout du bœuf, vers les cuisses, et qui fait partie de la surlonge_. - -La _surlonge_, nécessairement différente de ce qui porte aujourd’hui ce -nom (chair des dernières basses côtes qui se trouve sous l’épaule après -qu’elle est levée), doit être l’extrémité de la longe, c’est-à-dire une -partie de la culotte (_Délices de la campagne_, p. 193). - -La longe, valant le double de la surlonge (pages 86, 87), comprenoit les -aloyaux et le filet. Les Anglois ont conservé le mot _loin_ pour -désigner le filet. - -Dom Carpentier pense que nomblet, _numbile_, désigne la _longe_, -_l’eschinée_. Mais ce passage du _Ménagier_ prouve que cette opinion est -erronée, puisque l’auteur distingue le nomblet de la longe, et qu’on ne -peut supposer qu’à aucune époque la partie du bœuf dite aujourd’hui le -filet ait été le profit de l’écorcheur et _de petite valeur_. Faisant -ensuite allusion à la définition des veneurs, Dom Carpentier exprime -l’idée que le mot nomblet, s’il ne signifie pas la longe, pourroit venir -d’_umbilicus_, nombril, à raison de l’endroit où le nomblès est levé. -Des anciens veneurs, l’auteur anonyme du _Roi Modus_, qui a été copié en -cet endroit par Phébus, est le plus explicite. Les nomblès sont, suivant -lui, _une char et une gresse avec les rognons, qui est par dedens, -endroit les longes, près des deux cuisses_. Cette définition, de même -que les expressions de l’auteur du _Ménagier_, concordent avec la -position et la nature du morceau dit aujourd’hui _onglet_, peut-être par -corruption de _nomblet_, dans la boucherie de Paris: c’est un morceau de -viande de douze à quinze pouces de long (l’auteur donne la dimension de -la longueur du morceau de viande qui forme l’onglet, mais quand il dit -qu’il touche d’un bout au _col_ et de l’autre au rognon, il joint -évidemment à l’onglet la membrane dite la _hampe_, car il est -physiquement impossible qu’il n’y ait qu’un pied de distance entre le -cou et le rognon d’un bœuf) qui forme l’extrémité de la _hampe_ ou -membrane qui sépare le foie et la rate d’avec la panse et les intestins. -L’onglet touche en effet la graisse qui enveloppe le rognon, et la -hampe, continuation nerveuse de l’onglet, va se rattacher, non pas au -cou, mais à la poitrine. Les côtes de l’animal commencent à la hauteur -de l’onglet. - -[787] Ce mot n’est que dans le Ms. C, mais est cependant nécessaire au -sens. - -[788] Var. A et C, _au dessus_. - -[789] A la Porte-Paris, à la grande boucherie. - -[790] La taille sur laquelle chaque bourgeois faisoit marquer la viande -qu’il prenoit, sans la payer chaque jour. Voy. ci-dessus, page 88. Je -pense que c’est ainsi qu’on doit entendre ce passage, plutôt que de -croire qu’il s’agit ici d’une taille (impôt) levée sur la viande. - -[791] A cause du plus grand nombre de pièces et de l’augmentation de -leur volume résultant de la plus forte dimension de l’animal. Il semble -résulter de ce passage qu’on vendoit la viande au morceau et non au -poids. - -[792] L’estomac. - -[793] Second estomac. - -[794] Le poumon. - -[795] 30 novembre. - -[796] Peau. - -[797] Dans le courant de cet article, _élire_ signifie _éplucher_ (ici -_écosser_) et non choisir. Nous verrons (chap. du _gravé d’écrevices_) -l’auteur dire d’_élire_ des écrevices; _comme si l’on vouloit les -manger_. - -[798] Les Mss. ajoutent _et d’eaue de fontaine_; peut-être faudroit-il -lire _et d’eaue de rivière_. - -[799] Béans, crevés? Nous verrons plus loin les fèves _bayennes_. - -[800] Purer signifie, dans cette partie du _Ménagier_, égoutter, séparer -le liquide du solide, et la purée est la partie liquide. (Voy. p. 137, -n. 4, et p. 139.) - -[801] Cuis à part, comme le lard aux jours de chair. - -[802] Suppléez, _ainsi_. - -[803] Coupés par tranches (morceaux minces). - -[804] Baleine salée; voir le chapitre des _poissons de mer ronds_. - -[805] Bluteau, grand tamis long composé de plusieurs cercles. - -[806] Tamis d’étoffe claire. - -[807] Sas, tamis de crin. - -[808] Dans la purée. - -[809] Tartines de pain. - -[810] Voy. le _civé d’huitres_ au chapitre _des Potages lians sans -chair_. - -[811] Cette phrase, qui se trouve déjà p. 88, l. 5, paroît placée ici -par une erreur commune aux trois manuscrits. - -[812] Var. B. _alaiez_, délayez. La purée étoit évidemment très-claire -et une sorte de bouillon de légumes. - -[813] Les manuscrits répètent ici les §§ 1 et 2, p. 88, et §7, p. 87. - -[814] Jusqu’à ce qu’elles soient crevées? (béantes). Voy. p. 135, n. 1. - -[815] Chaque plat? - -[816] On voit page 142 que l’auteur appelle ainsi la réunion de -plusieurs lardons fondans dans la poële. - -[817] D’épices. Sans doute poudre fine. - -[818] Tout le temps de l’année qui n’est pas le carême. - -[819] Donné, avec quelques notables différences cependant, sous le titre -de _Porée de cresson_, dans le manuscrit de Taillevent conservé à la -Bibliothèque Mazarine. - -[820] Suppléez _est_. - -[821] Ces quatre mots pourroient s’appliquer aux épinards. Il faudroit, -dans ce cas, supprimer l’alinéa. - -[822] Voy. pages 48 et 143. - -[823] Délayer. - -[824] On sait que l’année commençoit alors à Pâques. Les années 1392, -1393 et 1394, dans lesquelles on peut fixer l’époque de la composition -du _Ménagier_ (ainsi que je crois l’avoir démontré dans l’Introduction), -commencèrent toutes trois en Avril. - -[825] Les trois manuscrits portent _nommés_; je crois qu’il faut lire -_pommés_ ou _pommes_. - -[826] Temps de Pâques. - -[827] Déchirer par pièces. - -[828] Cotons. - -[829] Écrasés. - -[830] _Et_ paroît être de trop. - -[831] Gruau. Var. A, _grumiau_. - -[832] Ces mots ne sont que dans le Ms. C. - -[833] Foulque, oiseau de rivière. - -[834] Gésiers. Var. mauvaise de B. _josiers_. - -[835] On trouve la même recette (_gramouse_), sauf plusieurs mots omis, -dans _le Grand cuisinier de toutes cuisines_, Paris, Ve Jn Bonfons, -in-16, s. d., fº 28. (Voir l’Introduction.) - -[836] Var. B. _fait_. - -[837] _Gr. Cuis._, fº 28 vº, identique. - -[838] Peut-être dans la partie maigre du bouillon, dans _du bouillon -dégraissé_, par opposition avec l’eau grasse dont l’auteur va parler. - -[839] A bas, hors du feu. - -[840] Var. A. C. _ondée_. (Jeter un bouillon.) - -[841] La traduction en vers explique suffisamment le commencement de cet -aphorisme culinaire. _Lazarus_ (ladre) paroît répondre à _teigneux_; -_Martinus_ signifie dur, obstiné (_rebelle_) par allusion à Martin -Grosia, professeur de droit à Bologne au XIIe siècle, dont la dureté et -l’entêtement étoient passés en proverbe au dire du cardinal Baronius, -cité par Du Cange au mot _Martinus_. Il semble donc que _respondens -pontifici_ soit traduit par _pesant_. Est-ce par allusion à la -solennité, à la _gravité_ pontificale? Christine de Pisan a employé le -mot _pontifical_ dans le sens de solennel en parlant du duc d’Anjou. -(_Hault et pontifical en son maintien._ Voy. Du Cange à _Pontifex_.) - -[842] Bœuf. - -[843] Cotte, vêtement, ici _enveloppe_, extérieur. - -[844] Suppléez _in_. - -[845] Ainsi, pour le dedans (_ce qui est dedans_). L’auteur, d’après le -même principe, dit plus loin (_lamproie à l’étouffée_): _ce_ dessus -dessous. - -[846] _G. C._, 9 vº.--On trouve une recette presque identique dans le -manuscrit de Taillevent conservé à la Bibliothèque royale. (Celles du -Taillevent de la B. Maz. et l’imprimé diffèrent). - -[847] Suppléez: _de mouton_. _G. C._, 21. - -[848] A la mode d’Ausoerre (d’Auxerre)? ou faut-il lire _au soerre_, au -soir (à souper)? - -[849] _G. C._, 31 vº. - -[850] _G. C._, _ib._, quelques différences. - -[851] Morceau de la cuisse. - -[852] _G. C._, 31 vº, quelques différences. - -[853] Râpé. - -[854] _G. C._, 5. - -[855] L’auteur du _Grand Cuisinier_ a remplacé ce mot (article du -blanc-manger de chapon, feuillet 9 vº) par _foie_; et, en effet, cette -interprétation pourroit convenir aux passages du _Ménagier_ où se -rencontre le mot _braon_. Roquefort l’explique par _gras des fesses_, -mais on voit que ce ne peut être la signification de ce mot. Dans -l’exemple cité par Roquefort, il s’agit d’un cerf que les chiens -tiennent aux nerfs et aux _braons_. Je crois que dans cet exemple -_braon_ est synonyme de _daintiers_, et par suite que le mot _braon_ -signifie _intestins_ en général. - -[856] _Pain_ dans le _G. C._ qui donne cette recette (feuillet 1 vº); -mais _grain_ est répété plusieurs fois dans le _Ménagier_ pour désigner -la partie solide d’un mets composé de solide et de liquide. - -[857] Que ce soit chapon ou veau aux herbes, il n’y faut que lard et -safran. - -[858] _G. C._, 11 vº. - -[859] Sans les mettre dans l’eau chaude, comme on faisoit le plus -souvent et comme on le fait encore en Orient. - -[860] Dans la poêle encore vide, sans beurre ou autre graisse mise -préalablement? - -[861] _G. C._, 28, dit _graine_ d’oiselés. Cependant j’écris gravé, -parce que ce mot est ainsi dans le Ms. B où les _u_ (ou _v_) sont bien -distincts des _n_ dans les mots écrits en gros caractères, et je mets un -accent sur l’_e_ parce que ce mot étant du masculin (voy. les menus VI -et XII, etc., où il est dit _un_ gravé), il semble qu’on devoit plutôt -dire un grav_é_ qu’un grav_e_. - -[862] On devoit prononcer ainsi, car on lit _semée_ dans Taillevent -imprimé. - -[863] Délayées, mouillées. - -[864] Je crois que cette phrase signifie que la tuille d’écrevisses se -fait comme le gravé, sauf qu’on met dessus les écailles, ou sauf qu’elle -est dressée de manière à représenter des écailles d’écrevisse. - -[865] Var. de B, que je crois mauvaise, _broyer_. Il me semble que c’est -une recette aphrodisiaque. - -[866] Nuque. - -[867] Couleur feuille-morte. - -[868] Du bouillon des lapins. - -[869] Observation de l’auteur. Voy. p. 162. - -[870] Mot de trop. - -[871] Seulement. - -[872] _G. C._, 17 vº.--Presque pareil mais abrégé dans Taillevent -imprimé, feuille D 4 vº. - -[873] Voy. ci-devant p. 150, note 4. - -[874] La partie du lard qui ne fond pas à la poêle et se grille: les -_grésillons_. Var. A, _les champs_. - -[875] Partie solide du mets. Voy. 150, n. 1. - -[876] Var. B, _sang_. - -[877] Cèdre rouge. - -[878] Bois. C’est sans doute ce cèdre que l’auteur a appelé ci-dessus -_alixandre_ et qui donnoit la couleur au _rosé_. - -[879] Faon, très-jeune cerf. - -[880] Voy. ci-devant, p. 129. - -[881] Sausse ainsi nommée. - -[882] Faute. Ce doit être deux lèches ou morceaux. - -[883] Et ainsi on le mange au goût d’ours. Voy. ci-après, p. 179. - -[884] Ce mot paroît être de trop d’après la fin de ce paragraphe. - -[885] _G. C._, 17 vº. Voy. p. 158, §4. - -[886] Le 25. - -[887] On disoit autrefois: _My-Mai, my-teste: my-Juin, my-graisse.--A la -Magdeleine, venaison pleine._ - -[888] 3 mai; c’est de ce jour que tous les anciens auteurs font -commencer la saison de chasser le cerf. - -[889] Le nom étoit dès lors _daintiers_, et _deytiés_ a toujours été une -faute. - -[890] Chair placée entre le cou et les épaules. - -[891] Veine du cœur.--Ces différentes parties du cerf constituoient les -menus droits ou morceaux recherchés, réservés au seigneur qui les -mangeoit souvent après la chasse même. - -[892] Voir ci-dessus, p. 131. Les _lardés_ sont la longe. - -[893] Après la curée, deux veneurs placés à une certaine distance, et -ayant chacun une portion des entrailles du cerf, appeloient -successivement les chiens en criant, en _huant_, et leur donnoient à -manger ces entrailles. Cette opération, dite le _hu_ ou _fort-hu_, avoit -pour but d’accoutumer les chiens à revenir promptement et en toute -circonstance à la voix des veneurs. Voir sur le _hu_, l’art de défaire -un cerf, les noms de ses différentes parties et les droits des veneurs -aux XIIIe et XIVe siècles, _la chace dou cerf_, 1840, in-8º, p. 23, et -le glossaire, _Modus et ratio_, 1839, in-8º, feuillet 22 et suiv.; et le -_Tresor de Venerie_, p. 53 et suiv., et note 51. - -[894] Var. A, _tardis_. - -[895] Même recette que celle du _chevrel_, p. 155. - -[896] Jusqu’à ce qu’ils soient écrasés et réduits en pâte à force de -cuire. - -[897] Otez-les de l’eau. Voy. p. 135, n. 2. - -[898] On voit que cet usage n’est pas nouveau. - -[899] Versés doucement et de haut, de manière à faire filer la liqueur -versée comme on le voit du sirop, etc. - -[900] On voit dans Lamarre, t. II, art. _de la Triperie_, que toutes les -tripes de la grande boucherie étoient achetées en gros par des tripiers -(appartenant à six familles seulement), préparées par eux pendant la -nuit, et vendues dès le matin à de pauvres femmes qui les colportoient -dans les rues dans des bassins de cuivre jaune. On rencontre encore -aujourd’hui, au marché des Innocens et ailleurs, des femmes qui vendent -ainsi des tripes cuisant sur un fourneau qu’elles portent sur un -éventaire. - -[901] Cumin, écrit encore _comin_ dans le dictionnaire de Nicot. C’est -cette plante qui donnoit le nom de _cominée_ au plat. - -[902] Ces deux alinéas sont des observations critiques de l’auteur sur -des recettes qu’il copioit.--Nous avons déjà vu et nous verrons encore -souvent de semblables réflexions. - -[903] Des amandes broyées. - -[904] Var. B, _hourdouil_. - -[905] Griller, sécher, de _sor_. - -[906] _G. C._, 29. - -[907] Remplacé par _rouelle de beuf_ dans le _G. C._, f. 29, où cette -recette se trouve, mais avec des fautes. - -[908] _G. C._, 1 vº., fautif. - -[909] Écrit Georget dans le _G. C._, f. 2 (incomplet), et Taillevent -imprimé. Taillevent fait deux articles distincts de ces deux brouets. - -[910] Gril. - -[911] Voir ci-dessus, p. 148. Il est probable que ce potage était -sursemé de persil, comme les courges l’étoient de safran. - -[912] _G. C._, 2. - -[913] Ces deux mots ne sont pas dans la même recette donnée par le _G. -C._, f. 29, et, en effet, leur présence rend inutile l’observation qui -suit: _Brune_, etc. - -[914] Voy. p. 149, n. 7. Var. A (ici seulement), _bracon_. - -[915] Taillevent manuscrit dit cependant aussi que ce brouet doit être -_sur le jaune_, et l’imprimé ordonne le safran pour lui _donner couleur_ -(a. IV, vº). - -[916] _G. C._, f. 2 vº, presque identique à Taillevent manuscrit. - -[917] Le _G. C._, qui donne cette recette (f. 2 vº), la termine ainsi: -Nota _le persil fait le brouet vert et le saffren le fait jaune, par -quoy il est de mauvaise couleur_. - -[918] A petit jet, à petit filet. - -[919] Var. A, _puis ostez et le dréciez et gettez_, etc. - -[920] _G. C._, 3 (fautes). - -[921] Le Taillevent, manuscrit (Mazarine), qui donne aussi une recette -pour ce brouet, dit de plus de _le passer par la verdure pour estre -vergay_. Ce potage devoit donc son nom à sa couleur _verd-gaie_. - -[922] Dans un linge. - -[923] _Sic_ peut-être pour _fait_. - -[924] Sup. _pour_. - -[925] Du Cange explique _carcasium_, _carcosium_, par _cadaver_, -_intestinum_. Ici le mot _carquois_ signifie évidemment le haut du corps -de l’écrevisse, _la carcasse_. Nous le retrouverons encore deux fois -dans le cours de cet ouvrage, comme signifiant sûrement une fois _la -carcasse_, le corps du poulet, dont on a enlevé les membres et _la -chair_, et une autre fois (_Traité de l’épervier_) le même corps séparé -seulement des membres. - -[926] Ce qui est _laissé_, ce qui reste dans l’étamine. - -[927] Peut-être faudroit-il écrire et prononçoit-on Houss_é_barr_é_: -brouet _houssé_ (voy. ci-devant p. 163), et _barré_, traversé par -_lesches_ ou languettes de chair. Cependant il n’est pas parlé de persil -dans la recette de ce plat, et l’auteur nous dit qu’on ne disoit -_houssé_ que d’un plat sursemé de persil. (Voir p. 164.) - -[928] Voy. p. 106. - -[929] Une once. - -[930] _G. C._, 5. - -[931] _Id est?_ c’est-à-dire. - -[932] D’après les nombreux passages du _Viandier_, où ce mot est -employé, et surtout d’après celui-ci, je crois qu’il signifie: -dépouiller l’anguille de sa peau (peut-être en l’exposant à la vapeur de -l’eau, en _l’étuvant_). L’éditeur du _Grand Cuisinier_, qui a reproduit -plusieurs recettes où se trouve ce mot, ne paroît pas l’avoir compris: -tantôt il le supprime, tantôt il le remplace par _échauder_ ou -_entamer_. _Échauder_ remplace également _estauver_ dans la recette de -la _soringue d’anguilles_, donnée par Taillevent. (Voir ci-après, p. -173.) Cependant, d’après l’article des lamproies que nous verrons plus -loin, il est impossible de croire que ce mot soit tout à fait synonyme -d’échauder. - -[933] _G. C._, f. 51 vº. - -[934] Il manque peut-être ici: _et defaites de vin et_. Ces mots sont en -cet endroit de la même recette donnée f. 51 vº du _G. C._ - -[935] Il manque sans doute ici: _Pochez œufs en huile_. - -[936] En dernier lieu. - -[937] Taillevent manuscrit (Bibl. royale) donne une recette presque -identique de ce plat. - -[938] Var. B, _refrisiez_. - -[939] Le? - -[940] Var. A, _purée_. - -[941] Var. B, _puis_. - -[942] Voy. p. 193, n. 3. - -[943] Peut-être faut-il transporter le point après _pochés_ et supposer -que ce mot, qui paroît nécessaire à l’intitulé de la recette, étoit -répété dans l’original. La recette du même plat (presque identique) -commence ainsi dans le Taillevent manuscrit (Bib. Mazarine). L’éditeur -du _Gr. Cuis._ qui donne cette même recette (f. 50 vº), l’intitule _Civé -d’œufs pochés à l’huile_ et commence par ces mots: _Prens des œufs et -les fris en bonne huile_.--Voir ci-après au chapitre des _sauces_ -bouillies. - -[944] Var. B, _eslire_. - -[945] _Lians de chair_, p. 159. - -[946] Je ne comprends pas ce mot. - -[947] Otez-le du feu. - -[948] Le Taillevent manuscrit (Bib. royale), qui donne cette recette, -ajoute ici ces mots qui paroissent omis dans les manuscrits du -_Ménagier_: _Puis le remettez sur le feu et un pou de saffran et mettez -boullir tant_, etc. - -[949] S. e. de farine (voir ci-après chap. des _Crêpes_). - -[950] Remue. - -[951] Cette recette s’arrête ici dans le _G. C._, f. 15. - -[952] Jeune porc. - -[953] Redoublement du mot tuer qui précède, _acorer_ ou _acourer_ -signifiant percer ou ôter le cœur. Voy. Du Cange, au mot _Acorarius_. Le -mot _décoré_ que j’ai cru (p. 128, n. 1) une faute pour _décolé_, doit -avoir la même racine. - -[954] _G. C._, 16. Répétition du § 3 de la page 88. - -[955] Avoit coutume, _solebat_.--_G. C._, 15 vº. - -[956] _G. C_., 15 vº. - -[957] Voir ci-devant, p. 158. - -[958] Mariner? - -[959] Le _G. C._, qui donne cette recette, mais avec beaucoup de fautes, -la termine en ajoutant après ces mots: _et le fait-on lyant de pain_. -Voy. p. 155. - -[960] Il semble qu’il s’agit là d’une queue de sanglier véritable -donnant au mets une saveur très-prononcée, et non plus de la sausse du -même nom, comme j’avois cru devoir l’interpréter, p. 155, n. 3, à -l’occasion d’une recette analogue de ce même plat. - -[961] Var., Ms. C, _char ou grain_. Voy. p. 150, n. 1.--_G. C._, 16. - -[962] Diminuer, perdre de leur graisse. - -[963] Ici l’auteur répète dans les mêmes termes ce qu’il a dit page 88, -ligne dernière. - -[964] Ce mot se trouve dans tous les ouvrages de cuisine et d’économie -rurale, mais il n’est nulle part clairement expliqué. Il signifie ou de -très-jeunes chapons (Voir Nicot qui le traduit par _capus junior_), ou -plutôt des poulets d’un an ou un peu plus, sur le point d’être chaponnés -(_Maison rustique_, 1570, 28 vº). Le _G. C._ qui donne cette recette p. -18, supprime les trois premiers mots: _Poucins gros comme_. - -[965] Voy. ci-devant p. 89--_G. C._, 18. - -[966] Amincie, réduite, comme le cuir se durcit et se condense par -l’opération du tannage? - -[967] Répétition dans les mêmes termes du § 2 de la page 89. - -[968] Comme les oiseaux étoient souvent pris par le moyen de la -fauconnerie, ils ne paroissoient sur la table que privés des portions -qui constituoient les _droits_ de l’oiseau chasseur. La tête de la -perdrix et du canard, la cuisse de la grue, etc., appartenoient à -l’oiseau. Ce qui étoit d’abord le résultat des habitudes des fauconniers -devint plus tard une règle d’étiquette culinaire. C’est pourquoi -l’auteur dit: _Laissez à ceux_ (des oiseaux servis sur la table) _à qui -il appartient_.--Ce qui précède est certain pour les têtes et les pieds, -mais je ne me rappelle pas avoir vu que les queues des oiseaux pris à la -chasse aient quelquefois été le sujet _d’un droit de fauconnerie_. Les -seigneurs ont cependant pu se réserver la queue du héron ou d’autres -oiseaux, mais peut-être aussi laissoit-on la queue simplement aux -oiseaux dont les plumes étoient les plus brillantes et produisoient le -meilleur effet sur la table. - -[969] Dressé. - -[970] Voy. ci-dessus, p. 89. - -[971] Deux sortes, deux espèces. - -[972] Je trouve ce même préjugé consigné dans le _Thrésor de santé_, -Lyon, 1616, in-8º, p. 226. «On croit qu’il vit de l’air comme l’oiseau -de paradis, en latin _manucodiata_, qu’on nous apporte des Moluques, -parce qu’on ne luy treuve rien du monde dans le gisier. Il ne se doit -éventrer.» _G. C._, 19.--Le premier alinéa est reproduit presque -identiquement dans Taillevent manuscrit (Bibl. royale). - -[973] Voir ci-dessus, p. 90, lignes 6, 7, 8, 12, 13. - -[974] _G. C._, 14 vº. - -[975] Je crois que ce mot signifie ici attacher à la broche à l’aide de -petites brochettes retenant le rôti comme les arçons d’une selle -retiennent le cavalier. Le _G. C._ qui donne cette recette, f. 19, dit -en effet: _Arçonnez de brochettes_. - -[976] Le _Grand Cuisinier_ donne (f. 27 vº) une recette bien plus -détaillée d’un cygne ainsi apprêté. Je crois devoir la reproduire ici. - -«Prenez un cigne, et l’appareillez et le mettez rostir tant qu’il soit -tout cuit, puis faictes de la paste aux œufs, aussi claire que papel, et -la coulez dessus ledict cigne en tournant en la broche tant que la paste -se puisse cuire dessus, et gardez qu’il n’y ait rien rompu ne aisles ne -cuisses, et mettez le col du cigne ainsi comme s’il nageoit en eau, et -pour le faire tenir en ce poinct, il faut mettre une brochette en la -teste qui vienne respondre entre les deux aisles, passant tout outre, -tant qu’elle tienne le col ferme, et une autre broche au dessouz des -aisles, et une autre parmy les cuisses, et une autre au plus près des -pates et à chacun pied trois pour estendre les pieds: et quant il sera -bien cuit et bien doré de paste, tirez hors les broches, excepté celle -du col, puis faictes une terrasse de paste bise, qui soit espoisse et -forte, et qu’elle soit d’un poulce d’espaisseur, faicte à beaux carneaux -tout autour, et qu’elle soit de deux pieds de long, et d’un pied et demy -de large, ou un peu plus, puis la faictes cuire sans bouillir, et la -faictes peindre en verd comme un pré herbu, et faictes dorer vostre -cigne de peau d’argent, excepté environ deux doigts près du col, lequel -faut dorer, et le bee et les pieds, puis ayez un manteau volant, qui -soit de sandal vermeil par dedans, et dessus ledict manteau armoyez de -telles armes que vous voudrez, et autour du cigne hait (_ait_ ou -_huit?_) banières, les bastons de deux pieds et demy de long à banières -de sandal, armoyez de telles armes que dessus, et mettez tout en plat de -la façon de la terrasse, et le présentez à qui vous voudrez.» - -[977] Blancs d’œufs. - -[978] _G. C._, fº 22 vº. - -[979] Je n’ai pu trouver la signification de ce mot: il me semble devoir -désigner une espèce de champignon. Il y a ci-après (_chapitre des -entremets_) un article plus détaillé sur les _escheroys_. - -[980] Nous avons déjà vu, p. 154, que le cèdre ronge se vendoit _sur_ -(pour _chez_) les épiciers. - -[981] De service, à servir en grand repas?--Gaces de la Bugne, premier -chapelain des rois Jean, Charles V et Charles VI, mort en 1383 ou 1384, -a donné dans son _Livre des déduits_, commencé en 1359 et fini entre -1373 et 1377, une recette de pâté assez détaillée pour figurer utilement -ici. - - Si puis dire que grant profit - Peut bien venir de tel déduit, - Car on peut faire un tel pasté - Qu’onques meilleur ne fut tasté; - Et pour ce ne me vueil pas taire - Qu’au jeune ne l’apreigne à faire. - Trois perdriaulx gros et reffais - Ou millieu du pasté me mets, - Mais gardes bien que tu ne failles - A moy prendre six grosses cailles - De quoy tu les apuyeras: - Et puis après tu me prendras - Une douzaine d’alouetes - Qu’environ les cailles me mettes. - Et puis prendras de ces machès - Et de ces petis oiselès: - Selon ce que tu en auras, - Le pasté m’en billeteras. - Or te fault faire pourvéance - D’un pou de lart, sans point de rance, - Que tu tailleras comme dès: - S’en sera le pasté pouldrés. - Se tu le veulx de bonne guise, - De verjus la grappe y soit mise, - D’un bien poy de sel soit poudré, - Si en sera plus sevouré. - Se tu veulx que du pasté taste - Fay mettre des œufs en la paste; - Les croutes, un poi rudement, - Faictes de flour de pur froument, - Et se veulx faire comme saige, - N’y met espices ne fromaige: - Ou four bien à point chaut le met, - Qui de cendre ait l’atre bien net; - Et quant sera bien à point cuit - Il n’est si bon mengier, ce cuit. - - -[982] Barbeau, _G. C._, 56, ainsi que la précédente recette et la -suivante. - -[983] Écailler? - -[984] _G. C._, 68. - -[985] Latte. Var. A, _essaugle_. _G. C._, 70 (très-fautif). - -[986] _G. C._, 56. - -[987] Brochet, Voy. p. 88. - -[988] _Franche_ (faute?), ci-dessus, p. 88. - -[989] _G. C._, 55 vº. - -[990] Var. A, _fenes_. - -[991] Stérile. - -[992] Répétition du § 3 de la p. 90. - -[993] C’est l’endroit où cesse le gosier et commence l’œsophage. - -[994] Ici seulement commence la recette du _G. C._, fº 58 vº. - -[995] De vapeur? - -[996] _G. C._, 58 vº. - -[997] Répétition de la fin du § 4 de la p. 90. - -[998] _G. C._, 70 (sauf le paragraphe _leur saison_ qui est omis). - -[999] Répétition du § 5 de la p. 90. - -[1000] _G. C._, f. 52, s’arrête là. - -[1001] Retournée, voy. ci-après, p. 191. - -[1002] Gros sel gris? - -[1003] _G. C._, 52. - -[1004] Ciseaux. - -[1005] Une main un peu postérieure à celle du corps du volume a ajouté -ici dans le Ms. C: _Quatre onces et trois los de vin pour quatre grosses -anguilles_. - -[1006] _Ib._, _une pinte_. - -[1007] _Ib._, 3 (demie-) _pinte_. - -[1008] _G. C._, 52 vº. - -[1009] _G. C._, 67.--Il me semble résulter de ce passage du _Ménagier_ -que ce poisson dit par erreur _poisson de mer_ dans le dictionnaire de -Trévoux, est une espèce d’anguille. Il est souvent nommé avec l’anguille -dans les exemples cités par Du Cange au mot _Piprenella_. Ce poisson est -encore cité dans un arrêt du 31 janvier 1365-6, rendu au sujet de la -mort d’un receveur de l’impôt levé pour les fortifications de Mantes, -qu’on disoit avoir été tué par des habitans de Tourny, près Vernon, et -qui paroît être seulement mort d’une indigestion de _pimpreneaux_. (_In -quo quidem prandio, pimprenellos male decoctos comederant; et illuc per -longum tempus steterant, ac vinum de tanto ac tali ad tantum et tale, et -postmodum de poto ad potum, more Normannorum, biberant, etc._) - -[1010] Ce mot signifie ici poudré de fleur de farine, ailleurs -_enfleurer_. Le _G. C._ qui donne cette recette f. 63, remplace ces mots -par: _Avant que la frisez, treffeuillez-la de farine_. - -[1011] _G. C._, 63. - -[1012] Boue, sausse épaisse. - -[1013] Dominant. - -[1014] _G. C._, 63 vº. - -[1015] Vin _uni_ (_planus_), doux, (à boire), par opposition à -_vin-aigre_? - -[1016] _G. C._, 64. - -[1017] Voy. p. 148, n. 1. - -[1018] _G. C._, 64. - -[1019] Poisson qui tient de la brême et du gardon suivant Belon (p. 319 -de la _Nature des poissons_, 1555, in-8º obl.). - -[1020] _G. C._, 62. - -[1021] Var. A, _eschauder_. - -[1022] _G.C._, 72 vº. - -[1023] Belon, qui cite plusieurs espèces de chiens de mer, ne dit rien -de la brette. - -[1024] Var. A, _mungon_. Le _G. C._ qui supprime _en Languedoc_, écrit -_mugeon_ (66 vº). Belon dit qu’on le nomme _muge_ à Marseille. - -[1025] Cabillau. Cette distinction existe aujourd’hui aussi à Paris. -Belon ne l’a pas connue et se borne à dire qu’on connoît mieux la morue -salée que fraîche (p. 122). - -[1026] Stockfisch (_bâton de poisson_ en hollandois.--_Trévoux_). - -[1027] Var. B, _le lendemain_ (ce doit être un des plus anciens exemples -de cette locution devenue depuis d’usage général au lieu de -_l’endemain_. Voy. plus loin à la recette des _vingt plats de gelée_). - -[1028] Suppléez _sans cela_. - -[1029] _G. C._, 65 (fautif). - -[1030] Échalotte. - -[1031] _G. C._, 65 vº. - -[1032] _G. C._, 70 vº. - -[1033] Renversée. _G. C._, 64 vº. - -[1034] Le Ms. C ajoute: _Refroidier et_... - -[1035] _G. C._, 60 (très-fautif.) - -[1036] Suivant Belon, _tumbe_ est le nom rouennais du gournault. Ce -dernier est une espèce de rouget, mais il est plus grand, de couleur -plus sombre, et a les ailes bleuâtres et non rouges. - -[1037] _G. C._, 60 vº (très-fautif). - -[1038] Couleur de tan, feuille-morte. - -[1039] Tacheté. - -[1040] Fumé. Voy. Du Cange au mot _Baco_. - -[1041] Peut-être faut-il lire _pouldre_ en sous-entendant _avec_. - -[1042] _G. C._, 69. - -[1043] _G. C._, 72 vº.--Suivant Belon, ce poisson, lorsqu’il étoit salé, -s’appeloit du _hadou_, en anglois _hadoch_. - -[1044] _G. C._, 72 vº, _arsin_.--Sans doute l’_orphie_, sorte d’anguille -de mer qu’on pêche sur les côtes de Normandie. - -[1045] L’auteur semble dire que ces trois noms désignent un même -poisson. Belon fait des deux premiers deux espèces différentes et ne -parle pas du _pourpois_. - -[1046] On trouve dans Roquefort _brulliau_, sorte de poisson. - -[1047] _G. C._, 67 vº. - -[1048] _G. C._, 65 vº.--La merluche est au moins de la famille des -morues, _aselli_ en latin. - -[1049] Var. B, _esbolera_.--Réduira à force de bouillir. - -[1050] _G. C._, 61 vº. - -[1051] _G. C._, 61 vº.--J’ignore ce que signifie _entrepelé_. - -[1052] Il est parlé du _craspois_ ou _graspois_ dans bien des auteurs du -moyen âge, mais il n’y a à ma connoissance que l’auteur du _Ménagier_ -qui fasse connoître ce que c’étoit. Un procès qui dura plusieurs années -au parlement de Paris et qui étoit relatif à _sept étaux_, dont cinq à -sèches et deux à craspois que le roi possédoit aux halles de Paris, nous -apprend que le craspois ne venoit à Paris qu’en carême: c’étoit le _lard -de carême_, le poisson des pauvres; quarante mille personnes vivoient -pendant le carême de craspois, de sèches et de harans. Ces poissons -étoient vendus par environ mille pauvres marchandes, à qu’il étoit -seulement défendu de se tenir sous _le couvert_ des halles où étoient -les grands étaux (_Plaid. civiles_, 7, 12, 14 et 19 mars 1380-1, 1er -mars 1383-4; _Jugés_, XXXII, p. 93). - -Belon ne nomme pas le _craspois_, mais il confirme cependant -l’explication du _Ménagier_. «Ce poisson, dit-il en parlant de la -baleine, est couvert de cuir noir dur et espez sous lequel y a du _lard_ -environ l’esposseur d’un grand pied, _qui est ce que l’on vend en -quaresme_.» - -Legrand d’Aussy qui a parlé avec détail de la baleine salée comme -nourriture maigre des pauvres, d’après Charles Estienne (II, 83), a -ignoré que le _craspois_ fût le nom de cet aliment. Au reste, l’auteur -du _Trésor de santé_ dit que la baleine salée, quoique cuite pendant -_vingt-quatre heures_, étoit toujours _fort dure et indigestible_. - -[1053] Nageoire. - -[1054] _G. C._, 68 vº, dit _Cyros_ au lieu de _Tire_, et _naturelle_ -pour _notrée_, mais ce doit être une faute. _Notrée_ semble devoir -désigner une espèce de raie comme la raie _bouclée_, _lisse_, etc. Je ne -vois au reste aucune espèce de raie qui ait plus d’une queue. - -[1055] _G. C._, 62. - -[1056] Plies. - -[1057] Presque. - -[1058] Flot, _marée_ de mars (la grande marée de l’équinoxe vers le 21 -mars). - -[1059] De farine. - -[1060] _G. C._, 68 (très-fautif). - -[1061] Tirant sur le blanc, pâle. - -[1062] _G. C._, 65. - -[1063] Belon dit que la seule manière de distinguer ces deux espèces est -de les mettre à plat, regardant _contremont_ (en haut, en l’air): dans -cette position la bouche de la pole sera à gauche et celle de la sole à -droite. - -[1064] Gril. - -[1065] _G. C._, 66, dit _molles_ et _solles_; mais la _molle_ est -différente de la _pole_. Voir _Trésor de santé_, pages 249 et 250, et -surtout Belon. - -[1066] Var. A et _G. C._ (70 vº), _au succre_. Je crois qu’on disoit -_une soucie_ et _un soucié_ (voy. _sauces non bouillies_). Ront vient de -_rhombus_, nom latin du turbot, en italien _rombo_. - -[1067] _G. C._, 56. - -[1068] Var. A, _Barte_. Je ne vois rien sur ce poisson dans Belon, qui -parle de la _brême de mer_. - -[1069] _G. C._, 58 vº. - -[1070] Peut-être faut-il lire _tance_ pour tanche (de mer). - -[1071] Seroit-ce coupées par lanières, par morceaux? Voir t. I, p. 172. -J’ignore ce que c’est que l’_ale_, à moins qu’on ne suppose que c’est -l’anchois, _halecula_ en latin. - -[1072] _Flez_ ou flet, espèce de plie. - -[1073] Var. A, _quelrel_. Var. C, _quelboe_. Peut-être le quarrelet; -l’auteur auroit-il voulu dire ici: _Quand le carrelet (qui vaut mieux) -est très-commun, se trouve à chaque pas_? Cependant _quarrel_ signifie -en général carreau, _pavé_, mais en prenant ce mot dans son acception -ordinaire, je ne vois plus de sens à la pensée de l’auteur. - -[1074] Suivant Belon, c’est le nom rouennais du coquillage dit -_pétoncle_. - -[1075] _G. C._, 62 vº, finit en ajoutant après oseille: _ou d’autre -verdure_. La sanemonde est connue; _barbarin_ pourroit être synonyme de -_berberis_, épine-vinette. - -[1076] Var. B, _mooles_. - -[1077] Sans doute Cayeux, bourg de Picardie situé sur le bord de la mer, -à deux lieues de Saint-Valery. Legrand d’Aussy (t. II, p. 82) dit qu’il -y a un poisson de ce nom différent du coquillage, mais il ne donne pas -le motif de son opinion à cet égard, et je ne vois ce poisson mentionné -nulle part. Il faut d’ailleurs remarquer qu’ici les moules viennent -après les _hanons_, sorte de coquillage. - -[1078] Var. B, _nourrist_. Si l’on adopte ce mot qui me paroît beaucoup -moins bon que _noircit_, il faudroit fermer la parenthèse après _non_. - -[1079] Préparée (voy. Du Cange au mot _Conredium_), ce doit être la -sèche _confite avec la saulce aigre_ (marinée), comme Belon dit (p. 340) -qu’on l’apprêtoit de son temps _pour la rendre plus facile á manger et à -digérer_. On voit que l’auteur distingue ici la sèche _conrée_ de la -fraîche. - -[1080] Plissé, froncé, racorni par la chaleur du feu, _grediller_ dans -Nicot qui le dit synonyme de _grésiller_. - -[1081] Voy. p. 154. - -[1082] On voit que l’auteur ne fait pas grand cas de ce poisson. Du -temps de Belon comme au XIVe siècle (voy. p. 200, n. 2), il n’étoit -guère mangé que par les pauvres. Bruyère-Champier préfère à la sèche -fraîche la salée qui, dit-il, est la consolation du carême: _jejunia -verna egregie solantur_. - -[1083] C’est-à-dire moins d’une feuille ou pas du tout. - -[1084] Plante dite _Ténaisie_ dans la _Maison rustique_.--Ce plat aura -été nommé _arboulaste_ à cause des herbes qui entroient dans sa -composition. Les Italiens avoient aussi au XVIe siècle un plat tout à -fait analogue dit _Herbolata_ (Bart. Scappi, cuisinier du pape Paul V, -1570, in-4º, f. 360 vº). - -[1085] Aumelette. Le mot _alumelle_, qui vient de _lamella_, diminutif -de _lamina_, signifie ordinairement la lame, le tranchant d’une épée, -d’une hache, etc. (voy. Du Cange à _Alemella_). C’est sans doute à cause -de leur forme aplatie, _laminée_, que les œufs ainsi accommodés auront -été dits _alumelle_, puis par corruption _alumette_ (p. 208, n. 1), et -enfin _aumelette_. - -[1086] Râpé. - -[1087] Suppléez: _que_. - -[1088] Broyeroit. - -[1089] Var. A., _alumette_. - -[1090] _G. C._, 50 (_aumelette_ au lieu d’_allumelle_). - -[1091] _De_ vaudroit mieux, car le nombre de sept étant impair, je ne -crois pas que l’auteur ait voulu dire d’ôter le blanc d’un œuf sur deux. - -[1092] Suppléez _les_ (sur les moyeux des deux œufs cassés d’abord). - -[1093] En faisant évaporer l’humidité, à l’étouffée? - -[1094] Uni, lisse. - -[1095] Voy. p. 207. - -[1096] Suppléez: _se_. - -[1097] Var. A, _Fourmentée_. - -[1098] Voy. p. 111, n. 2. - -[1099] On trouve des recettes de ce plat très-usité au moyen âge dans le -Taillevent manuscrit et imprimé, dans le _Grand Cuisinier_ (ff. 41, 45), -et dans le _Trésor de santé_, p. 24. Celle du _Ménagier_ est la plus -complète. On mangeoit presque toujours la vénaison à la fromentée. On a -pu le remarquer dans les _Menus_ qui précèdent (p. 93, etc.), et Hardoyn -de Fontaines Guérin le dit positivement dans son _Trésor de vénerie_ (p. -51 et note 56). - -[1100] Var. B, _jusiers_, plus conforme à _gésier_ qui a prévalu -aujourd’hui quoique tout à fait dissemblable de _giger_, racine de ce -mot employée par Festus et Lucilius. Le peuple dit _gigier_ avec -beaucoup plus de raison. - -[1101] _G. C._, 30. Même recette que dans Taillevent imprimé et -manuscrit. - -[1102] Épais à pouvoir le tailler (_à couper au couteau_). _G. C._, 74. -La recette de Taillevent est presque la même. - -[1103] Sépare. - -[1104] Surjet. - -[1105] Obscur. - -[1106] Cailles, lait caillé. (_Brique de lait_, _maton_ signifiant -proprement brique. Voy. Du Cange à _Matto_.) - -[1107] Lait de beurre. - -[1108] Les _carcasses_. Voy. p. 170, n. 1. - -[1109] Ce doit être l’estomac où est le grain mangé par l’animal: -_granea_. - -[1110] Cette recette est dans Taillevent, imprimé et manuscrit, mais -avec plusieurs différences dont l’une est que Taillevent défend de -_refaire_ les volailles, contrairement à ce qui est dit ici. - -[1111] Il faudroit _les_ ou _la_ (la poule); Taillevent dit: _l’enflez, -puis_ la _fendez_. - -[1112] Mot qui paroît de trop. - -[1113] Ce doit être le _col_ comme dans Taillevent. - -[1114] _Broyons_ dans Taillevent, manuscrit Bibl. Mazarine, et _blancs_ -dans le manuscrit de la Bibl. Royale.--Foies, intestins. Voy. p. 149, n. -7. - -[1115] Je ne sais quel est ce fromage. Le dictionnaire de Trévoux cite -bien un fromage dit d’_Anguin_, mais sa composition ne me paroît pas -convenir à l’emploi fait ici du fromage de gain. Le Taillevent imprimé -dit _fromage de guin_: le manuscrit de la Bibl. Royale, _de gain_, et le -manuscrit de la Bibl. Mazarine, _fin fromage_. - -[1116] Ces deux mots ne sont que dans C. - -[1117] Il est dit dans la _Maison rustique_, éd. de 1570, p. 105, que -quand on a exprimé au pressoir l’aquosité de la guède, on rédige le marc -_par petites pastilles_ qu’on fait sécher au soleil, et que ces -pastilles sont jetées dans les cuves où l’on met les laines à teindre. -Ce sont ces _pastilles_ ou _pasteaux_, sans doute d’une grosseur fixée -par l’usage et connue, que notre auteur prend ici pour terme de -comparaison.--Cette phrase, depuis _soit recousu_ jusqu’à _et pour les -dorer_, n’est pas dans Taillevent. - -[1118] Le manuscrit A ajoute _de bœuf_. - -[1119] Ce mot n’est que dans le Ms. C. - -[1120] C’est la même recette que celle de Taillevent. (Ms. Bibl. -Royale.) - -[1121] Var. B, _pour couleur_, au lieu de _y coulent_. - -[1122] Le jarret de devant, ou la dernière, la plus courte articulation? - -[1123] Extrémité du pied? - -[1124] Ce mot n’est pas dans le manuscrit A. - -[1125] Var. C. _où la char aura cuit_. - -[1126] Ce mot doit être synonyme de _harlé_, hâlé, grillé. - -[1127] Mot qui est de trop, à moins qu’on ne lise _de deus_ (deux). - -[1128] Parce qu’il étoit ainsi divisé par une ligne verticale en deux -portions de couleur différente, comme _un écusson parti_ en blason. Le -potage écartelé dont il est question dans les _Menus_ devoit se faire -d’une manière analogue, sauf qu’il étoit _écartelé_ (divisé en quatre -portions par deux lignes en croix), au lieu d’être _parti_. Voy. p. 211 -un autre _faulx grenon_. - -[1129] Du gingembre. - -[1130] Voy. ci-dessus, p. 213. - -[1131] Sans doute queues. - -[1132] Ce doit être _boulez_, ou plutôt _broyez_. - -[1133] Piquez les pattes d’écrevisses dans la tarte. - -[1134] A part, séparément. - -[1135] Épinards. Voy. p. 141. - -[1136] Pressé? - -[1137] Râpé. - -[1138] Sans doute gingembre de mesche. Voy. p. 230. - -[1139] Racine d’arbre autrement dite _zedoaria_, suivant Jacques de -Vitry cité par Du Cange au mot _Zedoaria_. - -[1140] C’est le poivre de cubèbe, employé aujourd’hui seulement dans la -pharmacie. - -[1141] Le nard, _spica nardi_, dans le _Trésor de Santé_. Voy. aussi Du -Cange à _Spicus_. - -[1142] Var. B, _toile_. - -[1143] Il semble qu’il faudroit _et la couler deux ou trois fois avant -qu’elle_, etc. - -[1144] Peut-être ce mot désigne-t-il la _filicule_, plante astringente -de l’espèce des fougères. - -[1145] Tournesol. Fruit de l’_heliotropium tricoccum_. Voy. Trévoux. - -[1146] Ce mot désigne ici le poisson du même nom qui semble avoir été -ainsi vendu à la mesure, car nous allons voir (article des _vingt plats -de gelée_) l’auteur parler d’une _chopine_ de loche qui, répartie entre -vingt plats, donnoit six loches par plat. Si son calcul n’est pas erroné -(comme celui qu’il fait des écrevisses), une chopine de loche auroit -contenu cent vingt loches environ. - -[1147] Oter le veau. - -[1148] Il en faudroit cinq pour employer les cent écrevisses dans vingt -plats. - -[1149] Ainsi dans les trois manuscrits. Voy. p. 196, n.. - -[1150] Frappez, pressez de la paume de la main.--Var. fautive de A, -_paronoyez_. - -[1151] Noisetier. - -[1152] Farine. - -[1153] Var. B, _demeurent_. - -[1154] Grenouilles. - -[1155] Appât, _esca_. - -[1156] _G. C._, 68 vº (tronqué). - -[1157] Sureaux, suivant Roquefort. (Voy. plus loin R. de la glux.) Le -_G. C._, qui donne cette recette (f. 73 vº), dit _aux vignes et aux -jardins_. - -[1158] On trouve a la fin du _Calendrier des Bergiers_ (Paris, 1493, -in-fº, f. N vj) une pièce très-bizarre sur le limaçon, dans laquelle on -lui dit: _Oncques Lombard ne te mangeat, A telle saulce que (nous) -ferons, Si te mettront en ung grant plat, Au poyvre noir et aux -ongnons_. - -[1159] Ainsi écrit dans les trois Manuscrits; mais ce doit être _jalet_, -caillou rond (_galet_) ou balle de plomb qu’on lançoit avec une arbalète -dite arc à jalet: de _jaculum_. - -[1160] Suppléez _que dessus_. - -[1161] Sans doute _la_ paste et non _le_ past_é_. - -[1162] Ce passage confirme l’explication donnée p. 150, n. 5. - -[1163] Pour les repas ordinaires? - -[1164] Liaison. - -[1165] 1er octobre. - -[1166] Ce doit être une faute pour _oyers_, rôtisseurs. - -[1167] Var. B, _roissoles_. - -[1168] Ce mot paroît de trop. - -[1169] Var. A, _mettez_. - -[1170] _G. C._, f. 74, s’arrête-là: un peu abrégé. - -[1171] Fuseau. - -[1172] Rouler, sausser. Var. A, _coulez_. - -[1173] Var. B, _arboulastre_. - -[1174] Service, mets. - -[1175] Sans doute faute pour _ou_. - -[1176] Voy. p. 129. - -[1177] Voy. p. 161. - -[1178] J’ai dit p. 185 que ce mot pouvoit signifier une sorte de -champignons; mais je crois que ce sont plutôt les racines du _chervis_ -(_siser_) désignées et décrites sous le nom d’_eschervis_ dans le -_Trésor de Santé_, p. 432. - -[1179] Enfariner. - -[1180] Œufs. - -[1181] Se préparer, se faire. - -[1182] Peut-être: _en esté_. Var. B, mais résultat d’une correction: -_encores_. - -[1183] Rôti. - -[1184] Voy. p. 111. J’ai aussi vu du _gingembre vert_, mentionné dans -les registres du parlement (_Plaid. civiles_, 29 avril 1392), à propos -d’une affaire de droit maritime, et aussi dans Du Cange au mot -_Arquinetta_. - -[1185] Voy. p. 112. - -[1186] Gâté. - -[1187] Var. A. C, _noir_. Je ne vois pas qu’il y ait eu du galanga noir. - -[1188] Gousse. - -[1189] B écrit ici: _raoulmarin_. - -[1190] Sans doute _sanemonde_. - -[1191] Toute-bonne? Voir ci-devant, p. 44, n. 2. - -[1192] Nous avons vu ci-dessus (_Menus_ 15 et 21) des turbots _à la_ -soucie. L’auteur faisant ici et ailleurs ce mot masculin, je pense qu’il -faut lire en cet endroit _soucié_, et qu’on disoit _une soucie_ et _un -soucié_, mais plus souvent le dernier. - -[1193] Sans doute _pousser_. Nous avons déjà vu, p. 213 (_pour faire -perdriaulx de poucins_) qu’on _poussoit_ les cuisses du poucin _pour -faire la char plus courte_. - -[1194] Var. A. C., _puis_. - -[1195] P. 230. - -[1196] Var. B, _le meigre d’eaue_. - -[1197] Voy. p. 223, n. 3. - -[1198] Ce mot n’est que dans C. - -[1199] Rôties. - -[1200] _G. C._, 74 vº. - -[1201] _Ib._, réuni avec la recette précédente en un seul article et -fautif.--Cette recette paroît la même que la précédente, mais améliorée -et complétée. - -[1202] Presque identique avec la recette de la _sauce poitevine_ dans le -Taillevent manuscrit, défigurée dans l’imprimé. - -[1203] Écrasez. - -[1204] Cette épice est sans doute la même que l’_arquinetta_ citée dans -des lettres du roi Richard II, en faveur de marchands de Gênes (1380); -mais ce ne peut être un bois sudorifique comme le conjecture dom -Carpentier (voir _Glossaire_ de Du Cange, au mot _Arquinetta_). Je ne -vois pas au reste pourquoi l’auteur parle de cette épice à propos d’une -recette où elle n’est pas employée. - -[1205] Var. B, _roux_, au lieu de _dessus_. - -[1206] Toujours. - -[1207] Gousse. - -[1208] Var. B, _ou_. - -[1209] Véritable (non aigri); comme nous avons vu p. 193, du vin -_plain_? - -[1210] Bourbelier. Voy. p. 158 et 179. - -[1211] Var. B, _une_. - -[1212] L’auteur veut sans doute dire qu’alors cette sauce se sert avec -du jambon, etc. - -[1213] Sans doute le setier de huit pintes plutôt que celui d’une -demi-pinte (ou chopine). - -[1214] Il y avoit une petite monnoie d’argent de ce nom valant un denier -un quart. - -[1215] Le manuscrit B fait orge masculin; mais c’est par suite de -corrections un peu postérieures au corps du texte. - -[1216] En prenant les bases établies ci-dessus, p. 109, n. 2, un pain -brun (ou _debrode_ ou _faitis_, bis,) d’un denier devoit peser tout cuit -dix-huit onces. - -[1217] Var. B, _puis_. - -[1218] Se faire. - -[1219] Ordinairement _origine_ (_interdum urina_): mais ici, sans doute -_globules_. - -[1220] A et B répètent _lors_. - -[1221] Sans doute levure de bière. - -[1222] Domestiques. - -[1223] Dans la même proportion. - -[1224] Plombé. Ce mot semble signifier ici étamé. Le Taillevent -manuscrit qui donne une recette analogue de ce même plat, dit _plombé -par dedans_. Il résulte de la recette de Taillevent qu’on mettoit dans -ce pot la poule ou chapon sans eau. - -[1225] _A_ n’est que dans le manuscrit C. - -[1226] Le _G. C._, qui donne la même recette (f. 28 vº) mais avec -quelques modifications, dit ici _avec du vin blanc les deux pars et le -tiers d’eau_. Le vin est également mélangé d’eau dans la recette de -Taillevent. - -[1227] En le faisant _filer_. Voy. p. 159, n. 4. - -[1228] Voy. p. 271. - -[1229] Crevée. Voy. p. 139. - -[1230] Le Taillevent manuscrit (Bibl. Roy.) donne cette recette avec -cette différence qu’après _couler_ on lit: _Mettez boulir, et, qui -veult, pouldre de succre pardessus et non pas trop liant_. Il est -probable que ces mots ont été omis dans les manuscrits du _Ménagier_, -car le manuscrit A termine ainsi cet alinéa: _coulez et mette_ (ici un -espace vide) _et du succre_. - -[1231] Le manuscrit B ajoute _à fort_. - -[1232] Même recette que dans le Taillevent manuscrit. - -[1233] Bayen, crevé. - -[1234] Répétition du dernier paragraphe de la p. 214. - -[1235] Les trois manuscrits portent après cet intitulé: _Fault -commencier à la Sainct Jehan_. Ces mots paroissent une répétition -anticipée de ce qui suit. - -[1236] La phrase est obscure et probablement défectueuse. Peut-être -faut-il lire _lez qu’elles_, en prenant l’adverbe _lez_ (_jaxta_, -_secundum_, _ad_,) dans le sens de _jusque_; mais je ne l’ai jamais vu -ainsi employé. - -[1237] Le psaume _Miserere_, comme l’auteur dit ailleurs, le temps de -dire une patenôtre, etc. - -[1238] Var. B, _ou_. - -[1239] Sans doute _sas_. - -[1240] Var. B, _trois ou quatre_. - -[1241] Id. _quatre_. - -[1242] Suppl. _le_ (le miel d’où on a retiré les noix). - -[1243] Tonneau contenant une demi-queue. Mais peut-être ici est-ce un -tonneau plus petit. Ce qui augmente mon doute, c’est que l’auteur dit -plus loin, p. 249, qu’il faut deux livres de sauge pour faire un poinçon -d’eau de sauge; il semble que cela ne suffiroit pas pour cent -quatre-vingt-quinze litres d’eau. (_Tonnelet_ est donné comme synonyme -de Poinçon, p. 260.) - -[1244] Carottes. - -[1245] 30 novembre. - -[1246] Ratissez. - -[1247] Graine du Carvi (_carvi officinarum_ ou _cuminum pratense_), -plante originaire de la Carie en Asie Mineure. - -[1248] Peut-être est-ce le raifort, _raffanus_, _rafan_, dans Crescens -qui dit qu’on _en use principalement à faire compote de navets_. - -[1249] Chez les herboristes. - -[1250] Gingembre de mesche. Voy. p. 111. - -[1251] Nom de lieu. On lit dans le _Dit des pays_ (impr. au XVIe -siècle): _En Orte est le bon saffran_. - -[1252] Voir ci-devant, p. 154. - -[1253] Var. A, et C, _une livre_. - -[1254] Var. B (mais résultat d’une correction postérieure), _cotignac_: -c’est le nom actuel. - -[1255] Sans doute le nœud qui est à l’extrémité du fruit, opposé à la -queue. - -[1256] Je crois que ce signe, reproduit exactement ici d’après le Ms. B, -est un 4. Il figure aussi dans les _Menus_ I, II, IV, VI. Voy. p. 91, n. -5. Il est remplacé dans le Ms. A par [Illustration: un symbol] (un gros -ou drachme). Voy. pour la _poudre de duc_, aussi estimée que celle-ci au -XIVe siècle, p. 248. - -[1257] Au lieu de sauge. - -[1258] Goûtée, comme cela est dit p. 196, pour la morue? - -[1259] Un sixième d’once plutôt que six noix. - -[1260] Var. B, _quarton_. - -[1261] _Spicus nardi_, nard. - -[1262] En allant toujours en diminuant, c’est-à-dire qu’il y ait moins -de graine de paradis que de girofle, moins de macis que de graine, etc. - -[1263] La livre en usage dans le Midi n’étoit que de treize onces; -l’auteur ayant au commencement de ce paragraphe adopté la mesure de -Béziers, prévient ici qu’il reprend les poids en usage à Paris. - -[1264] Dominer. - -[1265] Voy. p. 244, n. 4. - -[1266] Les cotons. - -[1267] Var. B, _le_ (saug_é_?) - -[1268] On voit par plusieurs passages du _Ménagier_ quelle consommation -nos ancêtres faisoient de verjus. Cependant j’ai vu avec étonnement les -paroles suivantes dans une plaidoirie du 9 avril 1385-6, prononcée pour -Jean II de Neelle, seigneur d’Auffémont et de Mello qui plaidoit contre -les religieux de Saint-Corneille de Compiègne pour conserver le droit de -conduire, par eau et sans droits, de Mello à Auffémont, le vin -nécessaire à sa consommation: _A Auffémont il ne croist pas chascun an -huit queues de vin et n’y croist que pour avoir du vertjus pour l’ostel -d’Auffémont_. L’avocat prétendoit-il donc qu’on usoit à l’hôtel -d’Auffémont six ou sept queues de verjus par an (la queue de 391 -litres)? Quelque nombreuse maison qu’ait eue Jean de Neelle, très-grand -seigneur à la vérité, il seroit difficile de croire à une semblable -consommation de verjus. - -[1269] Voir la note sur lui, p. 118: et sur deux Hautecourt qui -pouvoient être ses descendans vers 1500, Sauval, III, 605. - -[1270] Nous avons déjà vu plusieurs fois cet usage de semer des dragées, -des grains de Grenade, etc. sur de certains mets. - -[1271] Je ne sais quelle est cette feuille; le manuscrit A dit _seur_, -mais ce ne peut être la feuille de _sureau_ qui est petite. - -[1272] Voy. p. 214, n. 1. - -[1273] Dure, telle que l’eau de puits. - -[1274] Pétrir. - -[1275] M. de Lincy, t. I, p. 210 de ses _Proverbes françois_, cite le -suivant: _On fait des godès à Beauvais et des poales à Villedieu_. -J’ignore quelle étoit la qualité spéciale de la terre de Beauvais. - -[1276] Sera bu par les roses, disparoîtra. - -[1277] Bien fait, à point. - -[1278] Alambic de plomb. - -[1279] Au recto de ce feuillet, _schedula_ d’où nous avons fait -_cédule_, (billet, petite feuille volante,) signifiant aussi feuillet. - -[1280] Teinture rose? Je n’ai rien trouvé sur ce mot. - -[1281] Var. A, _rousse_. - -[1282] Feuilles. Du Cange mentionne au mot _Pampa_ une redevance féodale -en 1270, d’un _plain panier de penpes de roses à faire eaue-rose_. Voy. -sur l’usage des roses et des fleurs la note 3 de la page 52, et Sauval, -t. III, p. 517, 521, 526, 632. - -[1283] La volière du château d’Hesdin ville d’Artois où les ducs de -Bourgogne de la dernière race résidoient souvent. La ville d’Hesdin, -rasée en 1553 par Charles-Quint, est maintenant un bourg dit le -_Vieil-Hesdin_ situé à une lieue environ du Hesdin actuel qui est -l’ancien village du Mesnil agrandi et fortifié en 1554 par le duc de -Savoie. - -[1284] L’hôtel Saint-Paul, rue Saint-Antoine, à Paris. Voy. sur les -volières de cet hôtel et le goût de Charles V pour les oiseaux, Sauval, -II, 282. - -[1285] C’est le célèbre prévôt de Paris. Il est fait allusion à son goût -pour les oiseaux dans une curieuse chanson faite contre lui au moment de -sa disgrâce et publiée pour la première fois dans l’édition des -_Chroniques de Saint-Denis_, donnée par M. Paulin Paris (T. VI, p. 478). - - Courroucié es de tes oiseaux - Qu’oïr ne pues chanter en caige, - Mais bien pues faire les appeaulx - Pour chanter en ton geolaige. - -Mais où étoit placée cette volière si remarquée au XIVe siècle? Étoit-ce -dans cette maison de plaisir avec jardin qu’Aubriot auroit eue près des -Célestins suivant Sauval? (II, 154.) Mais il semble peu probable, -attendu l’extrême proximité des deux emplacemens, que ce jardin, dont -Aubriot jouissoit en 1366 ou 1368 (S. III, 126) soit resté sa propriété -en même temps que sa maison d’_habitation ordinaire_ aussi avec jardin. -C’est là qu’étoit bien plutôt placée la volière dont parle l’auteur du -_Ménagier_. Ce dernier hôtel est désigné seulement, dans les registres -du Parlement, comme situé _près l’église Saint-Paul et dans la censive -de l’abbé de Tiron_, et il y est dit qu’_Aubriot l’avoit acheté de -Jacques de Pacy et ses frères_, mais c’est bien encore le même que celui -dont il est parlé dans Félibien (T. I, p. 661), et qui est dit _avoir -été donné à Aubriot par Charles V_. Aubriot l’acheta bien effectivement, -mais le Roi le paya, on du moins donna en 1369 quinze cents francs d’or -à son prévôt, afin qu’il l’achetât et vint demeurer plus près de lui -(Sauval, II, 154). Cette apparente différence d’origine (je crois avoir -démontré qu’elle n’est qu’apparente) ne pourroit en outre prévaloir -contre la coïncidence des limites assignées à cet hôtel par Félibien -(entre la rue de Jouy et la rue Percée) et celles de la censive de -l’abbé de Tiron. En effet, parmi les localités soumises à cette censive, -la plus rapprochée de l’église Saint-Paul étoit précisément placée entre -la rue Percée, la rue de Jouy (dite postérieurement à 1543, des _Prêtres -Saint-Paul_, et _Charlemagne_ depuis quelques mois, par suite de -l’incompréhensible et odieuse persistance de l’édilité parisienne à -anéantir les anciens noms des rues), diverses propriétés ayant leur -façade sur la rue Saint-Antoine, et les anciens murs de Paris (_Atlas -des plans de la censive de l’Archevêché_, f. 43.--Archives du roy. -Seine, nº 64). Pierre de Giac, chancelier de France, grand accapareur de -biens, se disposoit à acheter cet hôtel en février 1383-4, et se fit -alors donner par le Roi, pour douze deniers de cens annuel, les anciens -murs de Paris, avec les deux tours y comprises, auxquels joignoit le -jardin. Giac le vendit en 1397 au duc d’Orléans pour 8,000 livres et -deux autres maisons (Champollion, II, 11). Cet hôtel fut alors connu -sous le nom du _Porc-Épic_, sans doute à cause de l’ordre de ce nom -institué par le duc d’Orléans, et dont l’insigne devoit figurer sur la -porte, les vitraux, etc. On peut voir dans les d’_Orléans_ de M. Aimé -Champollion (II, 13) des détails bien curieux sur les vitraux de cette -maison. En 1404, le duc de Berry l’ayant reçue du duc d’Orléans en -échange de l’hôtel des Tournelles, la donna au célèbre et malheureux -Jean de Montaigu (Sauval, II, 153). Après sa mort arrivée le 17 octobre -1409, le roi (ou plutôt le duc de Bourgogne usant du pouvoir royal), -donna l’hôtel du _Porc-Épic_ à Guillaume duc de Hollande et comte de -Hainaut (Sauval, II, 81). Il en jouissoit en 1413 et 1417 (S. III, 281). -En octobre 1418, après la surprise de Paris par les Bourguignons, une -nouvelle donation en fut faite au duc et à la duchesse de Brabant, -gendre et fille du duc Guillaume (J. reg. 170, n. 207). Je n’ai pas vu -qu’il ait été rendu au fils de Jean de Montaigu comme le furent ses -autres biens, mais il ne pouvoit appartenir au duc de Hollande en 1438, -comme on pourroit le croire d’après un compte de cette année donné par -Sauval (III, 655.--Le duc de Bourgogne étoit alors seul duc de -Hollande). Cet hôtel appartint ensuite à l’illustre Arthur de Richemont -connétable de France, dont la femme, Marguerite de Bourgogne, y mourut -en 1441 (Sauval, II, 146). Il passa ensuite à Robert d’Estouteville, -prévôt de Paris (mort en 1479), qui payoit les douze deniers de cens -pour les murs en 1472 et 1476 (S. III, 403 et 425. Il avoit toutefois -une autre maison _à sa vie_, rue de Galilée.--Ib., 338). C’est sans -doute à cause de Robert d’Estouteville, et peut-être de son fils -Jacques, prévôt de Paris après lui de 1479 à 1509, qui a pu posséder le -même hôtel, que cet hôtel fut alors appelé et est désigné sur le plan de -tapisserie (commencement du XVIe siècle), sous le titre d’_Hostel du -Prévost de Paris_. Sauval dit bien qu’il appartenoit en 1533 à leur -cousin Jean d’Estouteville, aussi prévôt de Paris, mais il n’en donne -pas de preuve. Il n’en donne pas non plus au sujet de l’attribution -qu’il fait (II, 152) de ce même hôtel à l’amiral de Graville, mais cela -est très-probable. On sait en effet que l’amiral de Graville, petit-fils -de la fille de Jean de Montaigu, jouit de tous ses biens, et l’on voit -en outre dans Sauval (III, 629) que Pierre de Balsac son gendre, et Anne -de Graville sa fille, cette femme célèbre comme poëte et comme -bibliophile (voy. _les Femmes célèbres de l’ancienne France_, par M. de -Lincy) avoient payé les douze deniers de cens pour les vieux murs de la -ville, et par conséquent très-probablement possédé et habité cet hôtel. -Ils en avoient transporté la jouissance à Guillaume le Gentilhomme, -avocat en parlement, qui payoit le cens en 1573. Si Sauval ne s’est pas -trompé quand il a dit (II, 152) que cet hôtel appartenoit en 1533 aux -héritiers de l’amiral de Graville et à Jean d’Estouteville prévôt de -Paris, il y auroit lieu de croire qu’il avoit alors été divisé. -Aujourd’hui, si l’on entre dans le _Passage Charlemagne_ (rue -Saint-Antoine, nº 102, et rue des Prêtres-Saint-Paul, nº 22), on arrive -après avoir fait quelques pas dans une cour spacieuse, et l’on voit une -belle maison bâtie (suivant toute apparence, par l’amiral de Graville) -sur l’emplacement de l’hôtel du Porc-Épic. On y remarque une charmante -tourelle, mais l’ensemble de cette élégante construction est défiguré -par l’adjonction d’une quantité de replâtrages modernes. L’hôtel -d’Aubriot, auquel succéda celui-ci, occupoit tout le coin de la rue des -Prêtres Saint-Paul (depuis une poterne ouverte dans les vieux murs) et -de la rue Percée, à peu près jusqu’à l’emplacement actuel du nº 8 de -cette rue, où devoit finir la censive de Tiron (en 1418, jusqu’à l’hôtel -de Galeran de Montigny, chevalier, de la maison du duc de Berry, -massacré lors de l’entrée des Bourguignons). Son jardin, compris -aujourd’hui en partie dans le collége Charlemagne (d’abord maison -professe des jésuites), s’étendoit jusqu’aux anciens murs et les suivoit -jusqu’à la rue Saint-Antoine, à la hauteur environ de la rue Culture -Sainte-Catherine. - -[1286] C’est sans doute le nom d’un bourgeois de Paris, mais je ne -connois rien sur ce nom. - -[1287] Var. B, _sont_. - -[1288] Dans le cas où les oiseaux ne couvent pas, comme cela étoit pour -les volières du Roi et d’Aubriot. - -[1289] Nourris. - -[1290] Au moins de l’eau trop rarement renouvellée. - -[1291] Dans le cas où les oiseaux couvent, etc., comme cela avoit lieu -dans la volière de Charlot. - -[1292] Var. A et B ajoutent ici _par le pié_, qui est une répétition. - -[1293] Tourterelles ou grives (_turdus_). - -[1294] Var. B, _chardonnereulx_. - -[1295] Ce mot nécessaire au sens n’est que dans le manuscrit C. - -[1296] Var. A, C, _tendres_. - -[1297] Sans doute: _gratteroit_. Var. B, mauvaise et résultant d’une -correction: _laisseroit_. - -[1298] Je pense que ce mot doit signifier ici bouché, fermé (_arcile_, -diminutif d’_arca_, signifie un coffret, voy. Du Cange), et seroit mieux -écrit _arcilié_ qu’ar_s_ilié, ce qui sembleroit le faire dériver -d’_arsé_, brûlé. - -[1299] Le pot sans couvercle. - -[1300] Mettez vos dents. - -[1301] Var. A, _à loges_; B, _alloges_. Il s’agit ici d’horloges à -sablier, sans doute les seules que les particuliers pussent alors se -procurer. Toutefois, on connoissoit les horloges à rouages avant -l’époque où le _Ménagier_ a été écrit. - -[1302] L’usage d’empoisonner les flèches remonte aux Gaulois. Il en est -parlé dans Pline et dans Aulugelle. Les Gaulois employoient à cet usage -une plante dite _limeum_, autrement _thora_, que Linnée dit être la -dixième espèce de renoncule (_ranunculus thora_) et aussi de l’ellébore. -(Voy. la Bibl. des Théreuticographes, 1763, p. 168.) Les auteurs du -dictionnaire de Trévoux disent qu’on se servoit encore, de leur temps, -du _thora_, dans les Alpes, pour empoisonner les flèches.--On ne trouve -de recettes semblables ni dans le _Modus_ ni dans _Phébus_; c’est une -recette à l’usage des gens chassant _pour la cuisine_, pour le profit, -et dénués d’équipages suffisans. - -La fleur du _thora_ est jaune, ce n’est donc pas de cette plante qu’il -s’agit ici; mais ce peut être l’_aconitum napellus_, qui a la fleur d’un -beau bleu. Quant à l’_ectoire de canarade_, cité p. 63 de ce volume, M. -Adolphe Brongniart, mon cousin, pense que c’est l’_actea_ ou l’ellébore -noire (vulgairement _Rose de Noël_, parce qu’elle fleurit à cette -époque) qui a la fleur blanche et croît dans le midi de l’Europe, ou -plutôt l’_actea spicata_, plus commune dans toute l’Europe, désignée -aussi quelquefois sous le nom d’_ellébore noire_, et qui a de petites -fleurs blanches. La racine de ces deux plantes est un poison violent; -elle est de couleur noire.--Au reste, si les propriétés de ces plantes -conviennent aux _ectoires_ ou _électoires_ (plantes à faire des -électuaires?) dont parle l’auteur, il n’en est pas de même de leur nom, -ce qui doit laisser des doutes sur leur identité avec celles citées dans -le _Ménagier_. - -[1303] Tirer à l’arc. - -[1304] Les deux barbes ou arêtes du fer qui empêchent la flèche de -sortir de la plaie. - -[1305] Dans le cuir. - -[1306] Var. B. _bestic_. - -[1307] Vérat, porc non coupé. - -[1308] Saison de chasser le sanglier qui succédoit aux _cervaisons_, -c’est-à-dire qu’elle commençoit après le milieu de septembre et -finissoit vers le printemps. - -[1309] Passer au feu. - -[1310] Var. A et C, _de navets, de chastaignes à la venaison_. - -[1311] Je pense que ces mots sont le commencement d’une troisième -recette, _pour faire d’un ver bon sanglier_. J’avois d’abord cru qu’il -falloit mettre un point après _chastaingnes_, et comprendre que la -venaison véritable s’accommodoit de la même manière, mais alors le 3º -n’a plus de sens. Avec la ponctuation que j’ai adoptée, venaison -signifieroit ici la chair du prétendu sanglier. - -[1312] Son. - -[1313] Var. B, _limegnon_; C, _lumignon_. Voy. p. 56, note 1. - -[1314] Le Ms. B ajoute ici _foulé_ qui est mauvais, la mère goutte étant -ce qui sort de la cuve avant que le raisin soit foulé. C’est le jus des -raisins les plus mûrs qui s’écrasent en tombant dans la cuve. - -[1315] Il semble qu’il faudroit, au contraire, faire réduire plus le vin -quand le raisin n’est pas bien mûr. Peut-être faut-il comprendre qu’on -le fait revenir ou réduire d’_un tiers_ au lieu de _au tiers_, et d’_un -quart_ au lieu de _au quart_. - -[1316] Si vous les achetez toutes cuites. - -[1317] Répétition du § 2 de la p. 149. - -[1318] Échauffent; c’est aussi le sens de ce mot, p. 152, ce qui ne -contredit pas l’explication donnée en cet endroit du but de la recette. - -[1319] Râpe? - -[1320] Cette recette et la suivante sont dans le Taillevent manuscrit -avec peu de différences. - -[1321] Marquer. - -[1322] Le mot _arramentum_ a dans la basse latinité plusieurs -significations (_airain_, _arrangement_), mais dont aucune ne me paroît -convenir au sens de cette phrase. - -[1323] Ainsi le linge se marquoit alors à l’aide d’une griffe ou d’un -sceau. - -[1324] Matière inflammable sous les étincelles du briquet. Voy. p. 42 et -Du Cange, au mot _Esca_. - -[1325] Écorce ou peut-être les fleurs du noyer. On ne voit pas pourquoi -l’auteur ayant mis l’_écume_ au singulier, dit ensuite _qui sont -surannées_ au pluriel. J’avois pensé que _noyer_ étoit une faute pour -_noix_ et qu’il s’agissoit là de brou de noix; mais le brou de noix ne -me paroît pas pouvoir se détacher entier, et il me semble difficile -qu’on puisse le couper par _pièces de la largeur de deux_ doigts. - -[1326] Var. A, C, _les_. - -[1327] Mélange épais d’eau et de cendre qui reste au fond du cuvier -quand on a coulé la lessive. - -[1328] Égouttes, presses. - -[1329] Éponge. - -[1330] Oiseau de rivière. - -[1331] Var. B, _i_ (_id est_); le cimier est la croupe du cerf. Voy. p. -129. - -[1332] Ce mot et les huit précédens ne sont que dans le manuscrit B. - -[1333] C’est beaucoup mieux que _noix de galles_ comme on l’a dit -depuis, puisque les galles ne sont pas un fruit mais une excroissance du -chêne. - -[1334] Le Ms. C ajoute _arrabic_. - -[1335] Tranquille, stagnante, _quieta_. - -[1336] Ce seroit les premières côtes, les plus proches des hanches, si -l’explication que j’ai donnée du filet ou nomblet est bonne. - -[1337] On ne trouve dans Belon ni la _bourbotte_ ni le _chavessot_; -seulement cet auteur dit que la lote étoit dite barbotte à Paris. Mais -il ne peut être question ici de la lote qui n’a pas d’écailles et ne -pouvoit, par conséquent, se peler comme la perche. - -[1338] Corneilles. - -[1339] Plutôt choucas (corneille à dos gris) que chouette. - -[1340] Trait d’arbalète. - -[1341] Var. (que je crois mauvaise) des Mss. A et B, _ont_. - -[1342] Traits d’arbalète non aigus, avec lesquels on tiroit aux oiseaux. -Voy. une citation de Wats dans Du Cange, au mot _Pilatus_. - -[1343] Var. B, _cornillaux_. - -[1344] Brouillards, temps humides. - -[1345] Voy. p. 166. - -[1346] Voy. p. 186, § 2. - -[1347] Voy. p. 213. - -[1348] Non pas, pas même. Ce passage est un de ceux qui établissent la -position que l’auteur occupoit dans la société. - -[1349] Ce mot est fautif. - -[1350] _Debent._ - -[1351] Prenez des amandes nouvelles et ôtez adroitement, au couteau, -leur première écorce. Ensuite percez chaque amande d’un trou au milieu. -Ce fait, lesdites amandes soient mises en eau douce et y restent cinq ou -six jours, mais que l’eau soit changée une fois chaque jour. Ensuite, -après cinq ou six jours, lesdites amandes soient tirées de l’eau et -posées sur une (nappe?), où elles restent un jour naturel pour sécher et -ôter l’humidité de l’eau. Ayez ensuite une quantité suffisante -d’excellent miel, proportionnellement à celle desdites amandes; -faites-le bouillir et cuire bien et suffisamment, et l’écumez, et, quant -il sera cuit et réfroidi, mettez dans le trou de chaque amande un clou -de girofle, et ayant replacé toutes les amandes dans un bon vase de -terre, mettez dessus (_item_, pour confire des noix; mais elles doivent -rester neuf jours dans de l’eau renouvelée chaque jour) ledit miel bien -cuit et en quantité suffisante pour couvrir entièrement les amandes qui -pourront être mangées après deux mois. - -[1352] Sans être mis dans l’eau chaude. - -[1353] Vidés. - -[1354] Ce sont évidemment des petites hardes de lard. - -[1355] En grain. - -[1356] Pétrir. - -[1357] Pilon. - -[1358] C’est ici que se terminent les deux manuscrits les plus anciens -(A et B) du _Ménagier de Paris_. Cependant mon manuscrit (C) ajoute -encore quelques recettes qui sont tellement analogues à celles qui -précèdent, que je crois devoir les donner comme appendice. Elles -paroissent avoir été écrites peu de temps après le corps du texte; elles -sont dans le dialecte picard ou flamand, et ont évidemment été -recueillies dans la maison de Madame de Roubais (Marguerite de -Ghistelle). Voy. l’Introduction. - -[1359] Battu, écrasé. - -[1360] Sucre. - -[1361] Une chausse. - -[1362] Melons. Je ne sais ce que peut signifier _caordes_, peut-être -est-ce _gourdes_, sorte de courge. - -[1363] Empans. - -[1364] D’un coup, à la fois. - -[1365] Rangs. - -[1366] Place. - -[1367] Ce. - -[1368] Jardiniers de Portugal. Il y avoit des Portugais à la cour de -Bourgogne. Vasque Made de Villelobe, Portugais, traducteur du _Triomphe -des Dames_ (imprimé à Paris, chez Pierre Sergent, in-4º, gothique), -étoit écuyer d’écurie du duc de Bourgogne. - -[1369] Déface? arrache. - -[1370] Répétition presque textuelle, mais fautive, des §§ 4, 5, 6, 7, 8 -de la page 275 ci-après. - -[1371] Sucre rosat. - -[1372] _Et_ [Illustration: un symbol]. - -[1373] Qu’il file entre deux doigts, si on en prend une goutte. - -[1374] Avant qu’on mette bouillir. - -[1375] Œuf. - -[1376] Laisser rasseoir en eau. - -[1377] De la fleur. - -[1378] Aussi. - -[1379] Esteuf, balle. - -[1380] Épande, répande? - -[1381] Démené, remué? - -[1382] Sucre fondu en eau-rose. - -[1383] _Hulle_ signifie en allemand enveloppe. Est-ce ici la gaine d’un -couteau? - -[1384] Rayez. - -[1385] Une règle? - -[1386] Doigts. - -[1387] _Rostez-le._ Otez-le hors du bassin? - -[1388] Encre. - -[1389] Eau de pluie. - -[1390] Couperose. - -[1391] Et un scrupule? - -[1392] La moitié du temps nécessaire pour dire les sept psaumes de la -pénitence, comme nous avons vu dans le _Ménagier_, un _Pater_, un -_Miserere_, etc. - -[1393] Les matières qui ont servi à faire l’encre, le marc. - -[1394] Poivre. - -[1395] Clous de girofle. - -[1396] Menues-épices (_species_), moins (que de cannelle et gingembre). - -[1397] Teille, vase de terre. Suppl. _avec_. - -[1398] Vos poussins ou perdrix. - -[1399] Voy. p. 95. - -[1400] Tournesol. Voy. p. 220. - -[1401] Pêcher. Mettez assez de tournesol pour lui donner la couleur de -fleur de pêcher. - -[1402] Œufs. - -[1403] Feu. - -[1404] Brûle. - -[1405] Il semble qu’il faudroit _ou_ puisque ce plat se faisoit avec du -poisson, ou avec des œufs à défaut de poisson. - -[1406] Œufs? - -[1407] Pochés? - -[1408] Hachez. - -[1409] Sécher. - -[1410] Le seul que contiennent les manuscrits. Voir l’Introduction et T. -I, p. 7, note 1; voir aussi T. II, p. 79, n. 1. - -[1411] Augmente sa maison, son train, plutôt que _fatigue_, _use_. Gaces -de La Bugne borne le train de l’épreveteur à quatre chiens et deux -chevaux (Ed. Verard, X 5). - -[1412] Cette manière de voler semble bien devoir être celle que -d’Arcussia (Ve partie, ch. XVI, et Confér. 30) appelle voler à _la -toise_ (et aussi Sainte-Aulaire, p. 103) ou _source_, à _lève-cul_ ou à -_la couverte_. C’est quand on lâchoit l’oiseau de poing tout près de sa -proie, au moment où elle s’enlevoit, et qu’il l’empiétoit avant qu’elle -eût eu le temps de se mettre en aile. Les oiseaux de poing prenoient -presque toujours leur gibier de cette manière, soit à son premier -départ, soit _à la remise_, c’est-à-dire au second vol. Dans ce dernier -cas ils attendoient souvent sur un arbre ou sur une haie que les chiens -fissent repartir l’oiseau chassé. Huber, dans ses _Observations sur le -vol des oiseaux de proie_ (1784, in-4º, p. 36), a très-bien expliqué -cette manière de voler qu’il appelle _le saut_ et qui est propre aux -oiseaux de poing. Il dit que le saut résulte d’un élancement qui part de -la plante des pieds puis d’une forte et brusque contraction des ailes. -Il distingue le saut montant, le saut de niveau (tous deux ne portent -que 6 ou 7 toises) et le saut plongeant, qui est le plus puissant. - -[1413] Jaillir, s’élancer. Je ne sais si ce mot s’applique ici à -l’épervier ou au brusque départ de l’oiseau chassé. C’est presque la -même expression que celle de _vol à la source_ employée par d’Arcussia: -Le Ms. A porte _fouldre_, mot qui ne seroit pas ici sans signification, -car Huber dit que le départ _au saut_ est aussi prompt que _l’éclair_. - -[1414] Éducation, de _duire_, dresser. - -[1415] Var. A, _espaingnos_. Chiens d’Espagne dits aujourd’hui -_épagneuls_. - -[1416] A côté. - -[1417] Il faudroit _l’en_. - -[1418] Lier, en terme de fauconnerie, c’est quand l’oiseau a enserré sa -proie. D’Arcussia veut qu’on réserve ce mot pour les oiseaux de leurre -et qu’on dise _empiéter_ pour ceux de poing (p. 177). - -[1419] Qui s’éloignent trop. - -[1420] Cri, appel. - -[1421] Lassé, vaincu. - -[1422] Se précipiter avec entraînement, fondre, d’_immittere_. - -[1423] Poêle, poêlon. - -[1424] Var. A, _abéent_. - -[1425] Réclamer l’oiseau c’est le faire revenir sur son poing. On a dit -quelquefois par extension un oiseau _réclamé_ pour un oiseau _dressé_. -Les oiseaux de leurre étoient rappelés à l’aide du leurre: aussi -disoit-on pour eux _leurrer_ et non _réclamer_. - -[1426] Var. A, _déchairent_. - -[1427] Var. A, _d’espreviers_. - -[1428] _Que_ est de trop à moins qu’il ne manque la fin de la phrase -comme: _ne l’ait découvert_. - -[1429] Il faudroit: _qu’il_. - -[1430] C’est le mâle de l’épervier, beaucoup plus petit que la femelle, -et que l’on employoit beaucoup moins. Gaces de La Bugne dit qu’il -servoit aux apprentis fauconniers à faire leur éducation (Ed. Vérard, L -v). - -[1431] Enfoncement, creux, de _claustrum_. Var. B, _crotet_, petite -grotte, trou, de _crypta_. - -[1432] Fienter. - -[1433] Mince, délicat. - -[1434] Filet. - -[1435] Surtout. - -[1436] Digéré. - -[1437] Pour qui. - -[1438] Var. A, _fielet_. - -[1439] Repas. Sous-entendez _de ce filet de porc_. - -[1440] Var. B, _certainement_. - -[1441] Sainte-Aulaire dit la même chose (p. 45); il ajoute que ces -_fautes_ ou _marques_ placées en travers des plumes les font rompre -facilement aux premiers efforts de l’oiseau. - -[1442] Tirant sur le rond, un peu rond. - -[1443] Ces trois mots interrompent le sens et seroient mieux placés -avant _tenir nettement_. - -[1444] Var. B, _le pennier_. - -[1445] L’auteur entend par ce mot une cage ou caisse de bois dont il -nous donne ci-après les dimensions. Le même mot a été employé par -d’Arcussia, mais sans explication, et par Sainte-Aulaire (p. 180 à 186) -qui paroit en faire un terme général pour désigner un lieu fermé comme -une chambre, etc., et semble dire indifféremment: mettre les oiseaux à -la ferme ou à la mue. - -[1446] Treillage, grillage. - -[1447] Prendre de la force. - -[1448] Se soulèvera. - -[1449] Jointures, jarrets. - -[1450] Se tiendra debout. - -[1451] Large. - -[1452] Il y a, il est. - -[1453] Billot de bois sur lequel on plaçoit l’oiseau. Sainte-Aulaire dit -qu’il doit avoir deux pieds de haut. Il est vrai qu’il parle de celui à -l’usage des oiseaux parvenus à leur taille (p. 66 et 106). L’empereur -Frédéric II conseille de le faire en forme de cône renversé et ferré, de -manière qu’on puisse l’enfoncer facilement en terre. Il l’appelle -_sedile_. Il dit que le faucon cillé est mieux sur le bloc que sur la -perche, et qu’on ne doit mettre sur le bloc qu’un seul faucon (voy. ch. -L et LI du second livre). - -[1454] Phrase qui paroît défectueuse. - -[1455] Repu. - -[1456] Var. A, _merts_. Je crois que ce sont ces barres ou marques -noires qui traversent les plumes de la queue de l’épervier -(Sainte-Aulaire, p. 25), et dont il est aussi parlé sons le nom de _mers -de la queue_ dans le Modus (feuillet 77 vº). L’auteur veut donc dire ici -qu’il faut pour mettre les jets à l’oiseau, attendre qu’il soit parvenu -au moment de sa croissance où sa queue est assez longue pour qu’on y -voie déjà deux barres noires. Voir ci-après p. 291. - -[1457] Petites lanières de cuir qui s’attachoient aux jambes de l’oiseau -et auxquelles on ajoutoit les vervelles, et quand l’oiseau étoit sur la -perche, la longe et le touret. - -[1458] Quand après s’être débattu, jeté en avant de sa perche il y est -retenu et rappelé par sa longe. - -[1459] Queue des oiseaux de poing. Le mot de queue étoit réservé aux -oiseaux de leurre. - -[1460] Var. A, C, _sur luy surviennent_. - -[1461] Impétueusement, de _tempête_. - -[1462] Depuis _esteuf_, balle de jeu de paume. - -[1463] Suppléez _non_. - -[1464] Suppléez _a_. - -[1465] Si en se débattant il tomboit de la perche et y restoit suspendu -par sa longe. - -[1466] Ce passage confirme l’explication donnée précédemment, mais je -n’ai rien trouvé dans les auteurs qui puisse déterminer où sont placés -les sept _merqs_ dont parle l’auteur. Je vois sur un épervier qui est -sous mes yeux 1º 4 barres (ou _merqs_) noires (dont une un peu cachée -par les petites plumes du croupion) _sur_ le balai, 2º 4 id. en dessous; -et enfin 6, mais assez mal marquées sur le dessous des grandes plumes de -l’aile. Mais on sait combien l’âge change le plumage des oiseaux de -proîe, et j’ignore si l’oiseau que j’ai sous les yeux cet un _niais_ ou -un _mué_. - -[1467] Graisser, mouiller de sa salive. - -[1468] La seconde secousse, le second effort de l’oiseau. Voir -d’Arcussia, Ve partie, ch. IX. - -[1469] Var. B, _espoventablement_. - -[1470] Paresse. - -[1471] Var. A, C, _bas_. - -[1472] Espaces laissés vides dans les manuscrits. Peut-être y avoit-il -_marqué à travers de petits cœurs brun tendres ou roux_. La différence -avec l’autre genre de plumage dont il va être parlé auroit donc consisté -dans la dimension et la disposition des marques en forme de cœur; -l’auteur du Modus dit également: _Les uns sont de menues plumes -traversaines et blanches; autres sont de grosses plumes traversaines et -grosses nouées; autres sont de plumes que nous appelons mauvisées_ (mal -disposées, mal semées). - -[1473] Semés. - -[1474] Var. A, _boueil_. C’est le brayer, le bas-ventre, dit _brayeul_ -dans le roi Modus. - -[1475] Le manuscrit B ajoute ·_S_· (_scilicet?_). - -[1476] _L’espervier a communément l’estomac blanc émaillé de marques -noires faites la plupart en cœur. Le dessus noir ou gris fort obscur -èsquelles y a certaines mailles ou plumes blanchâtres sur les reins_ -(Sainte-Aulaire, p. 25). L’auteur a fait le mot _cueureté_ pour dire -semé de cœurs, comme on dit _fleur-de-lise_, _étoilé_, etc. - -[1477] En changeant d’ordre, muablement. - -[1478] Charrient au couvert, dans un buisson, etc., pour s’en paître, -l’oiseau qu’ils ont pris. - -[1479] Je crois que c’est l’oiseau dont les ailes sont bien disposées; -bien jointes au corps et croisant bien sur la queue. - -[1480] Voy. sur les vanneaux, couteaux et cerceaux, la note 6 de la page -89. - -[1481] Espace laissé vide dans les manuscrits. _Sans_ doit être -défectueux ainsi que _a_: le balay signifiant la queue. L’auteur a dû -écrire quelque chose comme _bonnes pennes, puissans balay et sain_, etc. - -[1482] Var. B, _paissonoir_. Ces différens noms des ongles de l’épervier -ne sont à ma connoissance donnés qu’ici. D’Arcussia les désigne -simplement sous la dénomination de premier, second, et troisième, en -commençant par celui du premier doigt de devant: celui de derrière -auroit été dit _avillon_. Ici les _sangles_ pourroient être les serres -du grand doigt du milieu et du doigt de derrière: le _paissoir_, l’ongle -du pouce, et le _charnier_ celui du quatrième doigt. - -[1483] Qu’il. - -[1484] Instrument de cuivre, quelquefois d’argent, destiné à empêcher la -longe de s’embarrasser. Ce sont deux demi-anneaux en forme d’étriers -réunis par une goupille qui traverse les deux côtés plats, lesquels -tournent l’un sur l’autre. D’Arcussia l’appelle _tournet_ (131), et -l’empereur Frédéric II _tornetum_ (II, 40). Il est représenté dans les -planches de _l’Encyclopédie_ (XII, fig. 2). C’est certainement au touret -qu’est relatif le passage cité dans Du Cange à _Coretum_, et il faut -sans doute y lire _Toretum_. - -[1485] Bleu. - -[1486] Plus loin _recréance_, filière, longue ficelle attachée aux -longes. - -[1487] Aux plaidoiries, au palais. - -[1488] Gaces de La Bugne conseille également de porter l’épervier - - Là ou les gens sont amassés, - Soit en l’église ou autre part. - (S v, vº, c. 1.) - -On voit, d’après ces deux témoignages, qu’il étoit permis à tous les -laïques d’entrer dans l’église avec un oiseau sur le poing. Il en -résulte donc que quand on a remarqué que les barons de La -Ferté-Chauderon et les seigneurs de Chastellux entroient dans le chœur -des églises cathédrales de Nevers et d’Auxerre en costume moitié -militaire, moitié ecclésiastique, et avec un oiseau sur le poing, ce -fait n’étoit (au moins _au commencement du_ XVe _siècle_) une -particularité qu’à cause de leur costume, de la qualité de chanoines -héréditaires de ces églises possédée par ces seigneurs, et peut-être -aussi à cause de la place qu’ils occupoient dans le chœur par suite de -leur dignité. (Voy. à ce sujet les _Mercures_ de juin 1732, p. 1248, de -mars et d’avril 1733, p. 472 et 730, et l’_Histoire d’Auxerre_ de -Lebeuf, T. I, p. 809.) On voit encore, dans une pièce de 1464 citée par -l’abbé Lebeuf (T. II, pièce 241), que les trésoriers des églises -d’Auxerre et de Nevers avoient le droit d’assister aux offices en habit -non ecclésiastique et avec un épervier sur le poing; mais ce droit étoit -dès lors contesté ou au moins remarqué. Il faut donc en conclure ou que -l’usage avoit dès lors changé, ou qu’il étoit borné aux laïques. - -[1489] Petits ais, petites planches, lattes. - -[1490] On appeloit _plume_, et plus souvent depuis _cure_, une petite -boulette de filasse, de coton, ou de plumes qu’on faisoit avaler à -l’oiseau pour faire passer les parties grossières de sa nourriture qui -seroient restées dans son estomac. - -[1491] Probablement les filamens ou nerfs de cette poche que d’Arcussia -appelle la gorge ou sachet supérieur. C’est la partie qui suit -immédiatement le gosier, et qu’on dit vulgairement _la gave_. Voir -d’Arcussia, chap. 1 de la IVe partie, p. 233. - -[1492] _L’en_ n’est que dans le Ms. C. - -[1493] Préau. - -[1494] Aille. - -[1495] Sécher. - -[1496] Faire jaillir, mais j’ignore la racine de ce mot. Var. B, -_ressortir_. - -[1497] Baguette. - -[1498] Tréteau. - -[1499] Savoir: _utrum_. - -[1500] Retiré, accroupi. Voy. p. 20. - -[1501] Sup.: _avancez_. V. p. 394. - -[1502] Moucheté, de _varius_, comme la fourrure de _vair_ et le _vairé_ -du blason. - -[1503] Tachetés. - -[1504] Jeunes pies. - -[1505] Tenailles. - -[1506] Peut-être faute, pour _moine_. - -[1507] Véritablement, sérieusement.--Var. A, _ensient_. - -[1508] Dans le lieu de sa demeure? - -[1509] Sans cette précaution. - -[1510] L’auteur ne donnoit donc pas tout à fait dans l’opinion erronée, -et cependant générale, suivant laquelle la queue (ou balai, voy. p. 290, -n. 3) servoit de gouvernail à l’oiseau. On a reconnu depuis qu’elle ne -lui sert qu’à monter et à descendre. Voy. Huber, _Observ. sur le vol des -oiseaux de proie_, p. 13. - -[1511] Se détourne, fait des crochets. - -[1512] Ciseaux. - -[1513] Quand elle part. Voy. p. 280, n. 3. - -[1514] Entièrement, vraiment _blanches_, comme l’émeut _fin blanc_ -ci-dessus, p. 298. - -[1515] C’est le moineau suivant Nicot. - -[1516] Répétition avec variantes du § 1, p. 300. - -[1517] Ce paragraphe, qui paroît hors de propos au milieu des -instructions relatives aux premiers vols de l’épervier, est en outre une -répétition, mais non textuelle, de ce qu’on a déjà vu page 290. - -[1518] Il paroît manquer ici _faire_. - -[1519] Embrouillez (ses longes dans les branches du buisson où il aura -charrié sa proie). - -[1520] Var. B, _pendre_. - -[1521] Neuf heures. Voy. t. I, p. 48. - -[1522] S. d. faute pour _buisson_. - -[1523] A et C ajoutent _vous_. - -[1524] Au soir. - -[1525] Var. bonne du Ms. B, mais résultat d’une correction postérieure -au corps du texte: _s’essorera_. Au reste, _s’efforcer_ est bon, quoique -je ne l’aie pas vu employé par les autres auteurs dans le sens de -s’essorer, prendre, son _essor_, _s’emporter_. - -[1526] Corps, carcasse. Voy. p. 170, n. 1, et p. 213. - -[1527] S.-e. l’épervier. - -[1528] S.-e. la chair du pigeon. - -[1529] Dévider. Ce mot exprime très-bien l’action du chien qui suit une -trace. - -[1530] Au lieu remarqué, où les autres perdrix se sont remisées. - -[1531] Var. A, _gauchières_. - -[1532] Oiseau de proie ignoble (non susceptible d’être dressé), grand -destructeur de perdrix, classé par Huber (p. 16) dans la classe des -harpayes, avec la _Soubuse_, le _Jean-le-Blanc_ et l’_oiseau -Saint-Martin_. Huber semble croire que ces quatre noms désignent le même -oiseau (peut-être à différens âges). G. Bouchet (_Recueil des oiseaux de -proie_) a consacré au _faux-perdrieu_ un article étendu, et on voit dans -d’Arcussia (_Fauconnerie du Roi_, p. 399) que Louis XIII voloit cet -oiseau avec des faucons dressés à voler la corneille. - -[1533] Pièces de terre cultivées en pois. _Pisaria._ - -[1534] _Qui_ ou _et_ sont de trop. Si l’on supprime _et_, il faudroit -une virgule après _remerquent_. - -[1535] Au saut. Voy. p. 280. - -[1536] Voy. p. 304. - -[1537] B ajoute _premier_, qui me paroît inutile et peut être une -correction de _se l’épervier_, qui est dans le Ms. A et est tout à fait -fautif. - -[1538] S’accouplèrent. D’Arcussia (1627, p. 209, 220) emploie le même -mot, et dit aussi _le temps de l’adouée_; c’est pourquoi j’aime mieux -lire _adouèrent_ qu’_adonnèrent_, comme l’écrit le Ms. B (_adoñerent_). - -[1539] Pour _cochier_ je lis: cochier, cocher. - -[1540] En état, à leur taille. - -[1541] Tuyaux des plumes pleins de sang comme les jeunes oiseaux. - -[1542] Le Ms. B seul ajoute: _et ne sont pas les plumes de leurs eles si -roides comme leurs pères et leurs mères qui ont esté muées_. Ces mots -paroissent être une bonne variante et non la suite du membre de phrase -précédent. - -[1543] Il semble qu’il faudroit lire _et_, de manière à restreindre la -possibilité de prendre, même au _voulon_, la perdrix ainsi forte, au cas -où elle est déjà lassée d’un premier vol. Mais on peut aussi comprendre -que l’auteur, en défendant plus bas d’essayer de la prendre, en plein -champ, du premier vol, a seulement entendu défendre de la faire voler _à -tire-d’aile_ (en _tirant après_) par l’épervier. Cette manière de voler -(mouvement répété des ailes) est employée par l’oiseau de poing en ligne -horizontale ou de haut en bas. Dans le premier cas, il n’entreprend -ainsi que le gibier le plus faible, et cette attaque lui réussit bien -moins que le _saut_ (ou _voulon_), qui est son plus grand moyen. (Voy. -Huber, p. 37.) - -[1544] Gaces de La Bugne dit aussi (X v) que l’épervier peut prendre le -faisan; mais au XVIIe siècle qu’on peut cependant regarder comme celui -où la fauconnerie atteignit sa plus grande perfection, en France, on ne -faisoit plus voler l’épervier aux faisandeaux: c’est du moins ce qui me -semble résulter d’un passage de d’Arcussia (Ve partie, chap. XXV), dans -lequel il remarque, comme une chose notable, que cette chasse avoit lieu -en Lombardie, où, dit-il, les éperviers sont en plus de réputation qu’en -autre pays. - -Quant au vol de l’outarde par l’épervier, il est plus étonnant, et on -seroit tenté de penser ou qu’il y a erreur dans le nom de l’oiseau -chassé ou que l’auteur a entendu parler ici de la chasse de l’outarde -faite avec l’autour, oiseau tout à fait semblable de conformation (sauf -la grosseur), de mœurs et de vol à l’épervier, puisque tous les auteurs -les confondent dans les préceptes qu’ils donnent sur la manière de les -dresser. L’autour, beaucoup plus fort que l’épervier, prenoit l’outarde -ou du moins la retenoit jusqu’à ce que les chiens vinssent le secourir -et la tuer; mais ce fait même étoit regardé avec raison comme -surprenant, attendu la faiblesse relative de l’autour (Voy. Gaces de La -Bugne, f. X 2 vº), et le récit d’une chasse à l’outarde faite par un -faucon sauvage dans d’Arcussia (_Fauconnerie_, p. 227 et aussi là même -_Convy_, p. 52). L’épervier qui est un assez petit oiseau, pouvoit-il -donc égaler l’autour et le faucon dans cette chasse? La même réflexion -se présente à l’esprit pour le vol aux lapereaux et aux levrauts, que je -n’ai vu indiqué dans aucun autre auteur. Remarquons toutefois qu’il y -avoit, suivant d’Arcussia, une espèce d’éperviers venant d’Esclavonie, -et tellement courageux qu’ils entreprenoient _tout ce qu’on leur -montroit_. - -[1545] Auj. de genêt. - -[1546] Monter à une hauteur telle qu’il perde son maître. - -[1547] Var. B, _toutesvoies_. - -[1548] Peut-être la marouette. - -[1549] Geais. - -[1550] Ou _bougon_, flèche à grosse tête, à bout obtus, _sagitta -capitata_, suivant Nicot. - -[1551] Afin que. - -[1552] Var. A, _tirer_. - -[1553] D’Arcussia (Ve partie,, ch. XXV) dit la même chose; seulement il -est question, dans son livre, d’un arc à jalet (arbalète lançant des -balles de plomb) et non d’un arc. - -[1554] Avant qu’il ait eu le temps de chasser et de se paître. - -[1555] Le garder pendant le temps qu’il est en mue. - -[1556] B ajoute: _laquelle plume_. - -[1557] Pour le garantir, l’empêcher de se débattre. - -[1558] Espace laissé en blanc dans les trois manuscrits: peut-être -est-ce le croupion ou le _brayer_ (ventre), afin d’attendrir la peau où -tiennent les plumes de la queue. - -[1559] Gouttière, petit canal (mangeoire avec coulisse dessous). - -[1560] Voy. p. 297. - -[1561] L’empêcher de dormir. - -[1562] L’abaisser, le dompter en le nourrissant peu. - -[1563] Muées. - -[1564] Les autres auteurs distinguent le _branchier_ du _ramage_. Ce -dernier nom désignoit l’oiseau qui avoit été assez longtemps libre et -vivant de sa chasse: il tenoit le milieu entre le _branchier_ et le -_sor_. - -[1565] S.-e. _avant_. C’est seulement quand il sera assez âgé pour avoir -déjà pris des oiseaux qu’il descendra à la _meute des pans_. On appeloit -meute un bâton fourchu auquel étoit attaché un oiseau vivant que -l’oiseleur faisoit remuer pour attirer dans les _pans_, dans les filets, -celui ou ceux qu’il désiroit prendre. (Voy. _Modus_, f. 127.) Plus tard -on appela ainsi l’oiseau attaché au piquet fourchu (_Ruses innocentes_, -1695, in-8, p. 144). Le filet dont il est ici question est certainement -le _rets-saillant_ ou _nappe_. - -[1566] _Giesles_, dans le Modus, et plus tard _guide_ ou _guede_. Ce -sont les bâtons qui terminent les pans du rets-saillant et auxquels -s’attachent les cordes qui fixent les extrémités des pans à des piquets -enfoncés en terre. La corde que tire l’oiseleur pour faire rabattre les -pans est aussi attachée aux deux _guilles_ placées de son côté. (Voir le -_Modus_ de 1839, f. 126. Les cages représentées dans la figure indiquent -bien l’endroit où devoient être placés les mouchets dont parle l’auteur -du _Ménagier_.) - -[1567] Les manuscrits ajoutent: _comment qu’il soit_. Ces mots me -paroissent une répétition fautive des trois précédens. - -[1568] Passer un fil dans la première paupière des deux yeux de -l’oiseau, puis réunir et tordre les deux bouts du fil sur son bec. -L’épervier devait être cillé de manière à voir un peu derrière lui. On -obtenoit ce résultat en lui perçant la paupière plus près du bec que du -milieu de l’œil. (Voy. _Modus_, f. 96, vº.) - -[1569] Grelots attachés aux jambes de l’oiseau. - -[1570] Peut-être faut-il lire _aasier_. - -[1571] On verra ci-après l’explication de ce terme. C’est sans doute ce -que l’auteur du _Roi Modus_ appelle _mué du bois_ (f. 95, vº). - -[1572] Var. B, _affaitiés_. - -[1573] Il ne revient pas si facilement à son maître. - -[1574] L’oiseau de proie _sor_ est celui qui a atteint sa taille, mais -n’a pas encore mué. Son nom lui vient de la couleur jaunâtre (ou -_sorette_, comme dit Tardif, chap. XV) de ses plumes. - -[1575] Pondu. - -[1576] Les en a empêchés. - -[1577] Le Ms. C ajoute: _bons espreveteurs_. - -[1578] C. ajoute: _plumes et_. - -[1579] V. p. 288, n. 3. - -[1580] Les premiers, les meilleurs. - -[1581] Var. B, _hault_. - -[1582] D’Arcussia (p. 8 et 36) et Sainte-Aulaire (p. 12) disent aussi -que le faucon _hagart_ (on mué des champs) est celui qui a déjà mué une -fois. D’Arcussia fait dériver ce nom du mot hébreu _agar_, signifiant -étranger. Il semble qu’il doit plutôt signifier _égaré_, _sauvage_, à -moins qu’attendu l’explication qu’en donne ici notre auteur, on ne le -fasse venir de _haga_, haie. - -[1583] Qu’il a deux ans. - -[1584] Var. B, _sores_.--Les plumes qui sont restées de son premier -plumage, de son plumage sor. - -[1585] Peut-être l’auteur veut-il dire que cet oiseau se laissoit -emporter par son ardeur et conduisoit le fauconnier à de trop grandes -distances; mais cet inconvénient étoit propre à tous les oiseaux de -haute volerie ou de leurre. - -[1586] On appelle _formé_, par opposition à _tiercelet_ (plus petit d’un -tiers), la femelle des oiseaux de proie. - -[1587] Leurre, instrument en osier en forme de fer à cheval allongé -qu’on recouvroit des ailes de l’oiseau ou de la peau du quadrupède -(lièvre ou lapin), qu’on vouloit accoutumer l’oiseau de proie à voler. -(Voy. les planches de l’_Encyclopédie_, pl. 12, fig. 4). On plaçoit la -viande destinée à la nourriture de l’oiseau sur le leurre, et il s’y -paissoit. Il en résultoit qu’il connoissoit le leurre et qu’il revenoit -à son maître dès que celui-ci l’appeloit en tournant cet instrument: -c’est ce qu’on appeloit _leurrer_. Les oiseaux, ainsi dressés (le -faucon, le gerfaut, le lanier, le sacre, le hobereau et l’émerillon -étoient seuls susceptibles d’être dressés au leurre), suivoient les -chiens pendant la quete en volant et fondoient sur leur proie aussitôt -qu’elle se levoit, à la différence des oiseaux de poing (autour et -épervier), qui restoient sur le poing de leur maître jusqu’à ce que les -chiens eussent fait lever le gibier. Les oiseaux de leurre ou de haute -volerie étoient en outre seuls propres à certains vols, tels que ceux du -héron, du milan, etc. Huber, dans son excellent ouvrage (malheureusement -trop abrégé et sorte de prospectus d’un autre plus étendu qu’il comptoit -composer) sur le vol des oiseaux de proie, a décrit d’une manière bien -remarquable les différens moyens employés par ces deux espèces d’oiseaux -en conséquence de la forme de leurs ailes, et partant de ce principe -fondamental que les anciens fauconniers n’ont pas connu, il appelle les -premiers _rameurs_ et les seconds _voiliers_. L’instruction de ces deux -espèces d’oiseaux devoit donc différer, et en effet celle des premiers -constituoit l’art de la fauconnerie et celle des autres l’autourserie; -les langues de ces deux arts, comme leurs principes eux-mêmes, -présentoient de notables différences qu’on peut voir dans d’Arcussia, p. -176, et dans _le Veritable Fauconnier_ de Morais, p. 9 et 115. Une des -principales étoit que les oiseaux de leurre étoient chaperonnés, tandis -que ceux de poing ne l’étoient pas. Ces derniers mangeoient sur le poing -de leurs maîtres, les premiers sur le leurre, etc. - -[1588] Hobereau. - -[1589] Plante bien connue, _ruta_. - -[1590] Tirailler, déchirer avec son bec. On donnoit ainsi à _tirer_ aux -oiseaux des morceaux secs et nerveux, tels que pattes de lièvre ou de -lapin et de volailles qu’on appeloit alors _tiroirs_. - -[1591] Étoffe ou fourrure. On se servoit ordinairement de peau de lièvre -pour cet usage. - -[1592] Changer souvent l’étoffe ou feutre que l’oiseau a sous la patte -et la remplacer par une autre échauffée dans son sein. - -[1593] La poitrine, le poitrail. Les oiseaux gras ont, en effet, la -poitrine bombée et séparée au milieu par une petite fente. - -[1594] Nom d’un oiseau de proie ignoble (c’est-à-dire non susceptible -d’être dressé); mais je n’ai pas vu qu’on se soit servi de cet oiseau -comme du duc ou de la chouette pour attirer les oiseaux dans les filets; -peut-être est-ce aussi le nom d’un filet ou autre engin, mais je ne le -trouve nulle part avec cette signification. - -[1595] Il y a eu quelques exemples d’aigles dressés pour la chasse, mais -on n’a jamais fait un emploi suivi de ces oiseaux. Gaces de La Bugne -parle d’une espèce d’aigle qu’il appelle _milion_ (qui paroît être -l’aigle fauve à marque blanche sur la tête), qui prenoit la grue et -l’oie sauvage (f. X vj). Il dit que cet oiseau étoit rare en France, et -le regardant comme une curiosité plutôt que comme un oiseau utile, il -s’écrie que _ne desplaise au milion. Il n’est vol ne mès de faulcon_ (L. -V). L’illustre connétable Olivier de Clisson avoit un _milion_ dressé -qu’il légua au vicomte de Rohan, son gendre. (Voyez le mot _Milio_ dans -Du Cange où ce mot est mal traduit par _milan_. Le milan n’a jamais pu -être dressé et n’a jamais été redoutable aux faucons comme le dit -l’empereur Frédéric II, l. II, ch. LXIX du _Milion_, associé par lui à -l’aigle et au vautour.) Tardif qui compila un _Traité de fauconnerie_ à -la fin du XVe siècle, s’est assez étendu sur le vol de l’aigle, mais on -ne sauroit conclure de son ouvrage purement théorique et traduit en -partie d’auteurs orientaux que l’aigle fût communément employé de son -temps en France par les fauconniers. Guillaume Bouchet, qui écrivoit en -1567, dit que le poids de l’aigle étoit cause que les fauconniers des -princes en dressoient rarement, et d’Arcussia (_Convy_, p. 28 et XVe -_lettre de Philoïerax_) raconte des essais faits de son temps pour -dresser des aigles. L’aigle n’a donc jamais été employé habituellement -dans la fauconnerie. Quant au _griffon_, ce mot désigne sans doute le -_gerfaut_, ainsi nommé dans Marc-Paule et le plus gros des oiseaux de -leurre; je serois au reste tenté de croire que l’auteur parle ici -d’après des récits exagérés ou fabuleux de chasses faites en pays -étrangers. - -[1596] Tardif est le seul écrivain qui dise que l’autour vole le -chevreuil (_il fiert petit chevreul et l’empesche tant que les chiens le -prennent plus faciment_), et je crois qu’il y a tout lieu de douter que -cette chasse, qui s’est faite en Asie, ait jamais été pratiquée en -France. - -[1597] Canards. - -[1598] Il graisse ses plumes. - -[1599] Petites branches d’arbre. - -[1600] Comme on a fait d’abord pour les dresser ou comme ci-dessus p. -296. - -[1601] Baisser, abaisser signifient _maigrir_. Voy. p. 322. - -[1602] Baisser, abaisser signifient _maigrir_. Voy. p. 322. - -[1603] Cette qualification n’est pas donnée au lanier par les anciens -fauconniers, et d’Arcussia nous apprend (_Conférence_, p. 7) que de son -temps le lanier étoit appelé, seulement en Italie, _faucon vilain_, par -opposition au _faucon gentil_. Au temps où Buffon écrivoit, on ne se -servoit plus en France ni de laniers ni de sacres, et il n’a pu décrire -ces deux espèces. Il est fâcheux qu’il n’ait pas consulté Sainte-Aulaire -et d’Arcussia qui donnent de grands détails sur ces oiseaux (p. 16, 20, -28, et d’A. 39, 48). Ces deux auteurs n’ont cependant pas su d’où le -sacre était originaire. Franchières a dit (Liv. I, VI) qu’il venoit de -Russie et de Tartarie, et Pedro Lopez de Ayala qui écrivoit à la fin du -XIVe siècle un savant traité de fauconnerie resté inédit, confirme à peu -près cette opinion, puisqu’il le dit originaire de Norwége. Il dit qu’il -y a aussi des sacres en Roménie. Notre auteur dit que cet oiseau est -originaire de Flandre, parce qu’il en voyoit sans doute apporter à Paris -par les marchands venant de ce pays. Ayala nous apprend que ces -marchands d’oiseaux parcouroient d’abord les cours d’Allemagne, puis -venoient à Bruges; de là à Paris, puis en Brabant; de Brabant en -Angleterre, et enfin en Espagne. - -[1604] Les mailles (Voy. p. 293) dessinées sur son plumage sont larges. - -[1605] C’est une erreur. Le sacre (comme le lanier et le gerfaut) a les -jambes et les pieds bleus. - -[1606] C’est le faucon _tagarote_ des Espagnols (voy. d’Arcussia, p. 52) -que du Guesclin rapporta d’Espagne à Charles V, comme on le voit dans -Gaces de La Bugne (f. X iij). Cet auteur, ainsi qu’Ayala, le dit -originaire d’Afrique. - -[1607] D’Arcussia s’est élevé le premier contre l’opinion suivant -laquelle les différens noms du faucon (_gentil_, _pèlerin_, _passager_, -etc.) constitueroient des espèces différentes. Il dit que le faucon -_gentil_ est celui qu’on prend du 15 juin au 15 septembre, le _pèlerin_ -celui qui est pris du 15 septembre au mois de janvier, et que les -variétés remarquées dans leur plumage proviennent des différences d’âge, -de nourriture, etc. (Voy. p. 7 et 28.) Au reste notre auteur dit aussi -que le faucon pèlerin est le même que le faucon gentil. - -[1608] Mais plutôt lanneret. C’est une répétition de ce que nous avons -vu ci-dessus, p. 318 et 319. - -[1609] De suite. - -[1610] Mauvaise mine. - -[1611] Minéral qui se trouve dans les mines d’or et de cuivre et dont on -tire l’arsenic. Le meilleur est celui qui se lève par écailles ou -feuilles comme le talc. L’auteur veut parler de celui-là quand il dit -plus bas que la feuille est meilleure, car il ne me paroît pas qu’il -veuille désigner ici la plante dite _orpin_ ou _anacampseros_ vulgò -_faba crassa_, suivant Bauhin, et _telephium_ ou _crassula major_, dans -le dictionnaire de Nicot. L’auteur du _Roi Modus_ conseille de ne pas -employer l’orpiment, comme trop dangereux (f. 92). - -[1612] Je n’ai noté que celles qui me paroissent certaines, mais il y a -bien d’autres passages qui peuvent avoir été ajoutés par l’auteur. - - - - - - - - - -End of Project Gutenberg's Le ménagier de Paris (v. 1 & 2), by Anonymous - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LE MÉNAGIER DE PARIS (V. 1 & 2) *** - -***** This file should be named 44070-0.txt or 44070-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/4/0/7/44070/ - -Produced by Chuck Greif and the Online Distributed -Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was -produced from images available at Bibliothèque nationale -de France (BnF/Gallica) at http://gallica.bnf.fr) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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It exists -because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from -people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. -To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 -and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive -Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at -http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent -permitted by U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. -Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered -throughout numerous locations. Its business office is located at -809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email -business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact -information can be found at the Foundation's web site and official -page at http://pglaf.org - -For additional contact information: - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. 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