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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - - -Title: Histoire de la civilisation égyptienne - Des origines à la conquête d'Alexandre - -Author: Gustave Jéquier - -Release Date: October 10, 2013 [EBook #43924] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE--CIVILIZATION EGYPTIENNE *** - - - - -Produced by Júlio Reis, Bibimbop, Leonor Silva and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net - - - - - - - - - -Note de transcription: - -Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. -L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. Voir -la note plus détaillée à la fin de ce livre. - - - - - HISTOIRE - - DE LA - - CIVILISATION ÉGYPTIENNE - - - - -DU MÊME AUTEUR - - -_Le livre de ce qu'il y a dans l'Hadès._ (Bibliothèque de l'Ecole -des Hautes Etudes, t. XCVII.)--Paris, E. Bouillon, 1894. - -_Catalogue des Monuments et Inscriptions de l'Egypte antique_, t. -I à III (en collaboration avec J. de Morgan, U. Bouriant, G. -Legrain et A. Barsanti).--Vienne, Holzhausen, 1894-1909. - -_Mémoire sur les Fouilles de Licht_ (en collaboration avec J.-Et. -Gautier). Mémoires de l'Institut français d'Archéologie orientale -du Caire, t. VI.--Le Caire, 1902. - -_Monuments pour servir à l'étude du culte d'Atonou en Egypte_ (en -collaboration avec U. Bouriant et G. Legrain). Mémoires de -l'Institut français d'Archéologie orientale du Caire, t. VIII.--Le -Caire, 1903. - -_Le Papyrus Prisse et ses variantes._--Paris, P. Geuthner, 1911. - -_Décoration égyptienne._ Plafonds et frises végétales du Nouvel -Empire Thébain.--Paris, Eggimann, 1911. - -_Le tissage aux cartons et son utilisation décorative dans -l'Egypte ancienne_ (en collaboration avec A. van -Gennep.)--Neuchâtel, 1916. - -_Les frises d'objets des sarcophages du Moyen Empire._ Mémoires de -l'Institut français d'Archéologie orientale du Caire, t. -XLVII.--Le Caire, 1921. - -_Matériaux pour servir à l'établissement d'un dictionnaire -d'archéologie égyptienne._ Bulletin de l'Institut français -d'Archéologie orientale du Caire, t. XIX.--Le Caire, 1922. - -_L'Architecture et la décoration dans l'Ancienne Egypte_: - - I. _Les temples memphites et thébains_; - II. _Les temples ramessides et saïtes_; - III. _Les temples ptolémaïques et romains._--Paris, - Morancé, 1921 et 1923. - - - - - GUSTAVE JEQUIER - - PROFESSEUR D'ÉGYPTOLOGIE A L'UNIVERSITÉ DE NEUCHATEL - CORRESPONDANT DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES - - - - - HISTOIRE - - DE LA CIVILISATION - - ÉGYPTIENNE - - DES ORIGINES A LA CONQUÊTE D'ALEXANDRE - - Ouvrage orné de 265 gravures - Nouvelle édition revue - -[Illustration] - - PAYOT, PARIS - - 106, BOULEVARD ST-GERMAIN - - 1925 - - _Tous droits réservés_ - - -_Premier tirage Juin 1913_ - -_Deuxième tirage Décembre 1923_ - -_Troisième tirage Janvier 1925_ - -Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés pour -tous pays. - -Copyright 1913, by Payot & Cie. - - - - -[Illustration: Le «Sheikh-el-Beled» (d'après MARIETTE. _Album du Musée -de Boulaq_, pl. 18).] - - - - -[Décoration] - - - - -_PRÉFACE_ - - -_Une Egypte immuable, figée dans sa civilisation hiératique depuis -l'aube la plus lointaine de l'histoire jusqu'au moment où elle tombe -entre les mains des Grecs, une Egypte entièrement séparée du reste de -l'humanité et n'ayant exercé aucune influence sur le développement du -monde ancien, telle est la double légende qui, dans le public lettré -d'aujourd'hui, est encore considérée presque comme un axiome, comme une -de ces vérités élémentaires devant lesquelles on s'incline sans -discuter. Et pourtant cette légende, si l'on en cherche l'origine, -repose sur bien peu de chose, sur les impressions de quelques voyageurs -qui parcoururent la vallée du Nil à une époque où l'état de la science -ne permettait pas encore une étude rationnelle et fructueuse des -monuments._ - -_Les Grecs, si fiers de leur supériorité sur les autres peuples, n'ont -cependant jamais rangé les Egyptiens parmi les barbares; bien plus, ils -reconnaissent hautement, à l'occasion, la part prédominante de l'Egypte -dans la naissance et le développement de leur propre civilisation et ne -font aucune difficulté pour avouer qu'à la base même de la culture -grecque, on trouve des racines égyptiennes. Il eût été du reste bien -invraisemblable qu'un pays qui comme l'Egypte était arrivé à un très -haut degré de civilisation alors que ses voisins en étaient encore à -l'état primitif, n'exerçât pas sur eux une influence considérable. En -effet, plus nous apprenons à connaître l'Egypte et les peuples -méditerranéens anciens, plus nous retrouvons de traces de cette -influence; tous ont puisé à cette source la force nécessaire pour se -développer, et s'ils ont transformé ce qu'ils ont emprunté, chacun -suivant son génie naturel, il n'en est pas moins vrai que c'est la -civilisation égyptienne qui a le plus contribué à faire prospérer toutes -les autres, et que par suite nous avons envers elle une lourde dette de -reconnaissance._ - -_Depuis la découverte des hiéroglyphes, tous les travaux entrepris au -sujet des monuments anciens de l'Egypte montrent clairement que la -civilisation de ce pays, comme partout ailleurs, eut ses alternatives de -croissance, de grandeur et de décadence, et plus les travaux se -spécialisent, plus les différences entre les époques s'accusent. -Jusqu'ici cependant, la tendance de certains ouvrages d'ensemble a été -d'insister sur la ligne générale, de chercher à présenter un tout -homogène plutôt que de différencier les périodes, ce qui ne pouvait -qu'accréditer toujours davantage dans le public la vieille légende de -l'Egypte immuable._ - -_Le but de ce petit livre est de réagir contre ces idées erronées, -d'étudier successivement toutes les grandes étapes de la civilisation -égyptienne, de montrer les progrès réalisés peu à peu malgré les -secousses et les changements de régime, en groupant les résultats acquis -autour d'un rapide aperçu de l'histoire elle-même, comme aussi -d'indiquer la naissance des arts, des industries, des différentes -branches de la civilisation égyptienne, leur expansion progressive dans -les pays limitrophes, et la part qui leur revient dans le développement -de la culture générale._ - - _G. J._ - -[Décoration] - - - - -[Illustration: _Fig. 1._ Quelques lignes de la Pierre de Rosette -(d'après LEPSIUS. _Auswahl der wichtigsten Urkunden_, pl. XVII).] - - - - -CHAPITRE PREMIER - -LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE - - -Isolée comme est l'Egypte par la mer et les déserts, son développement -devait être original. Ce pays favorisé par la nature, avec son climat -chaud et son sol d'une fertilité exceptionnelle, toujours renouvelé par -les inondations du Nil et livrant généreusement à l'homme tout ce qui -peut lui être nécessaire pour vivre, était destiné à devenir un des -berceaux de la civilisation; ici l'homme n'avait pas besoin, comme -ailleurs, d'efforts répétés et incessants pour s'assurer une maigre -subsistance et une existence précaire: il n'avait qu'à se laisser vivre -et il lui suffisait d'un léger travail pour réaliser un sérieux progrès -de bien-être. Défendue naturellement de trois côtés, par la Méditerranée -et les déserts arabique et lybique, l'Egypte n'avait que peu de chose à -craindre du côté de ses voisins plus ou moins turbulents et, à l'origine -tout au moins, elle n'eut pas, semble-t-il, à subir de ces -bouleversements qui arrêtent parfois pour longtemps une civilisation -naissante. Ce n'est pas la lutte pour la vie qui est la cause du -développement intellectuel et industriel des premiers Egyptiens, mais le -besoin instinctif d'augmenter le bien-être dont la nature avait déjà -largement pourvu les habitants de ce pays privilégié. - -Il ne faut pas songer à établir combien de siècles ou de milliers -d'années dura cette période de travail latent, de développement -progressif, à laquelle nous appliquons le terme peu précis de -préhistorique. Toujours est-il que vers 4.000 avant J.-C, à une époque -où la barbarie la plus absolue régnait sur le reste du monde et où seule -la Babylonie, autre berceau de la civilisation, et peut-être aussi la -Chine, pourraient montrer un état analogue, nous trouvons en Egypte un -royaume constitué régulièrement et solidement, une race possédant une -langue qui présente déjà certains caractères de décadence et une -écriture compliquée mais parfaite en son genre, un peuple sachant -utiliser tous les matériaux pour la construction de monuments -importants, et déjà très avancé dans la connaissance et l'exercice des -arts, un peuple industriel en possession des métaux et pour lequel -l'agriculture et l'élevage du bétail n'ont plus de secrets. Une force -pareille ne pouvait rester confinée dans un petit pays comme l'Egypte et -devait nécessairement rayonner au dehors, les défenses naturelles, mer -et déserts, ne pouvant entraver une expansion toute pacifique, et peu à -peu le commerce s'établissait, vers le Soudan d'abord, sans doute, puis -vers la Palestine et les pays situés plus au nord. Les fouilles récentes -pratiquées en Crète montrent l'influence considérable qu'exerça l'Egypte -sur les civilisations naissantes de la Grèce et de l'Archipel et cela -dès l'Ancien Empire, donc pendant le quatrième millénaire avant J.-C. -aussi bien que pendant la période mycénienne; ainsi se confirment les -légendes où les Grecs reconnaissaient eux-mêmes le rôle qu'avait joué -vis-à-vis de leurs ancêtres directs ce peuple paisible, industrieux, -artiste et commerçant. - - -_Sources classiques_ - -Il y a cent ans, tout ce qu'on savait de l'Egypte antique, de son -histoire et de sa religion aussi bien que de ses moeurs et coutumes, se -réduisait aux données fournies par des écrivains étrangers au pays, en -particulier par les auteurs classiques, à côté desquels il n'y a guère à -signaler que les renseignements disséminés dans les livres de l'Ancien -Testament. Parmi les Grecs qui écrivirent sur l'Egypte, le premier rang, -tant par la date que par la valeur de son oeuvre, appartient sans -contredit à Hérodote, qui nous trace un tableau des plus remarquables de -l'état du pays à son époque, tableau plein de détails piquants saisis -sur le vif par un observateur sûr et avisé, mais mélangés de contes -invraisemblables, de racontars de toute sorte, recueillis avec le plus -grand sérieux et une inlassable confiance dans les drogmans de son -temps, qui étaient sans doute aussi peu instruits et aussi peu -scrupuleux que de nos jours. Quoi qu'il en soit, et bien qu'il soit -souvent difficile d'y distinguer le vrai du faux, cet ouvrage, qui forme -l'ensemble le plus complet que nous aient donné les auteurs anciens sur -l'Egypte, était et est encore considéré à juste titre comme la base de -tout travail général sur les peuples de la vallée du Nil, et l'auteur de -la phrase fameuse: «l'Egypte est un don du Nil» mérite de conserver, en -ce qui concerne ce pays aussi, son titre de «père de l'histoire». Pour -compléter les renseignements d'ordres si divers que donne Hérodote, on -avait encore ceux que fournissent d'autres auteurs moins anciens--et -parfois aussi moins dignes de foi--tels que Diodore de Sicile, Pline le -Jeune, Strabon et certains historiens de second ordre dont quelques -fragments seulement nous sont parvenus. Pour l'écriture sacrée, on -pouvait consulter les Hiéroglyphiques d'Horapollon, et, pour la -religion, Hermès Trismégiste et surtout le livre de Plutarque sur Isis -et Osiris, qui est encore aujourd'hui le document le plus important, le -tableau d'ensemble le plus parfait d'un des mythes fameux de l'antiquité -orientale. Concernant l'histoire proprement dite enfin, on avait -composé, sur la demande des Ptolémées, des ouvrages spéciaux donnant la -liste des rois, la longueur de leurs règnes, quelques détails sur les -plus importants d'entre eux, en somme une sorte de classification -méthodique de l'histoire, basée sur des documents originaux. Telles -étaient la liste d'Eratosthène dont quelques fragments nous sont -parvenus, recueillis par Apollodore, puis d'après celui-ci par Georges -le Syncelle, et surtout les Aegyptiaca de Manéthon. Ce livre, écrit au -IIIme siècle avant notre ère, est aujourd'hui perdu, de même que son -Livre de Sothis, qui traitait du même sujet, mais surtout au point de -vue chronologique: des fragments en ont cependant été recueillis par -Josèphe, ceux en particulier qui concernaient le séjour des Juifs en -Egypte, tandis que certains auteurs, entre autres l'Africain et Eusèbe, -en avaient tiré une sorte de résumé, d'_epitome_, donnant seulement la -liste des dynasties, le nombre d'années pendant lequel elles régnèrent -et, pour les plus illustres d'entre elles, les noms des rois et un bref -récit de leur carrière. Au temps où l'on ne connaissait l'Egypte que par -les auteurs grecs, cette sèche énumération de chiffres et de noms -barbares, plus ou moins travestis, ne pouvait guère attirer l'attention -des savants qui n'avaient aucun point de comparaison; depuis que nous -sommes en possession des monuments originaux, ce petit opuscule, tronqué -et mutilé, qui ne nous est parvenu que par ricochet, est devenu une des -sources les plus précieuses de l'histoire d'Egypte, car on a pu -reconnaître qu'il avait été composé d'après des documents authentiques, -des listes comme celle du papyrus de Turin, et que la division en -dynasties est parfaitement justifiée. Ce n'est toutefois pas impunément -qu'un livre passe entre les mains de tant d'auteurs successifs qui se -recopient les uns les autres. C'est par l'entremise de Georges le -Syncelle que nous sont parvenus les extraits de l'Africain et d'Eusèbe, -aussi les fragments de Manéthon contiennent-ils bien des incorrections, -des transpositions, des erreurs de chiffres, et on ne peut en faire -usage qu'avec la plus grande circonspection: ainsi les trente dynasties -semblent d'après lui se succéder régulièrement, tandis que très -probablement il y en eut de collatérales, ce qui peut diminuer, dans des -proportions très importantes, la somme totale des années que dura la -monarchie égyptienne. - -Cette rapide énumération des principaux auteurs grecs et latins qui ont -parlé de l'Egypte suffira pour qu'on puisse se rendre compte de la -valeur très réelle et en même temps de l'insuffisance de ces documents -au point de vue de la connaissance du peuple qui habitait la vallée du -Nil dans l'antiquité; quant aux nombreuses et très précieuses données -que renferment les livres de l'Ancien Testament sur le séjour des -Hébreux en Egypte et les relations des rois de Juda et d'Israël avec les -Pharaons, elles sont trop connues pour qu'il soit nécessaire d'y revenir -ici. - - -_La description de l'Egypte_ - -Voilà donc à quoi se réduisait, il y a un siècle, le bagage scientifique -dont on pouvait disposer en ce qui concerne l'Egypte; quelques -voyageurs, il est vrai, comme Chardin, Pockoke et d'autres, après avoir -parcouru le pays, en avaient publié des descriptions, et parfois même -copié les monuments anciens encore visibles, mais les reproductions -qu'ils en donnent n'en sont que de grossières caricatures et ne peuvent -donner qu'une idée parfaitement fausse de l'art et de l'écriture de -l'Egypte antique. Quant aux essais d'interprétation d'hiéroglyphes, -comme ceux du savant jésuite le P. Kircher, ce sont des ouvrages de -fantaisie pure, fruit d'une imagination trop mystique, et qui, dénués de -toute base scientifique sérieuse, ne peuvent plus aujourd'hui qu'attirer -la curiosité de quelque bibliophile. - -En 1809 commença à paraître, sous le titre de _Description de l'Egypte_, -le résultat des travaux des savants français que Bonaparte avait -adjoints à son expédition de 1798 pour étudier à fond les richesses et -les moeurs des habitants d'un pays dont il avait l'intention de faire le -boulevard de la civilisation européenne. Les circonstances firent, il -est vrai, échouer le programme politique du grand conquérant, mais son -but scientifique fut rempli au delà de toute espérance, grâce à -l'opiniâtreté et à la persévérance de ces hommes qui, travaillant dans -les conditions les plus défavorables, réussirent à mener à bien, en deux -années à peine, une des oeuvres les plus gigantesques qui aient jamais -été entreprises dans le domaine de la science. Il s'agissait de relever -tout ce qui concernait l'histoire naturelle du pays, zoologie, -botanique, minéralogie, les moeurs et coutumes des habitants, les -métiers, le commerce, l'agriculture, et une carte au cent millièmes de -toute la vallée du Nil, d'Assouan à la mer, carte dont on se sert -actuellement encore; quant aux antiquités, tous les monuments existant à -cette époque furent relevés avec grand soin, et si on a pu faire aux -savants français de la Commission d'Egypte le reproche d'avoir souvent -sacrifié la copie des textes hiéroglyphiques à l'exactitude de -l'architecture, il faut tenir compte de l'état de la science à ce -moment-là et de la difficulté que devait présenter, à des dessinateurs, -même très habiles, cette écriture absolument inconnue et l'innombrable -quantité de ces inscriptions dans lesquelles il aurait fallu pouvoir -faire un choix judicieux, inscriptions que les égyptologues modernes -sont loin d'avoir encore toutes publiées. Cet immense ouvrage, avec ses -neuf cents planches et ses nombreux volumes de mémoires, est bien oublié -aujourd'hui, et l'on est loin d'avoir pour lui la reconnaissance qu'il -mérite, car cette publication devait être le point de départ d'études -toutes spéciales; on peut même dire qu'elle inaugurait pour la science -de l'histoire une ère nouvelle, par la naissance de l'égyptologie. - - -_Déchiffrement des hiéroglyphes_ - -Parmi les monuments découverts et publiés par les membres de la -Commission d'Egypte se trouvait l'inscription trilingue connue sous le -nom de _pierre de Rosette_, avec son texte en hiéroglyphes, en démotique -et en grec, qui n'était autre qu'un décret de Ptolémée Epiphane en -faveur des temples d'Egypte. L'importance de ce document et le parti -qu'on pouvait en tirer furent bien vite reconnus, et plusieurs savants -se mirent à l'oeuvre, indépendamment les uns des autres, pour arriver à -déchiffrer ces deux écritures inconnues. Sylvestre de Sacy et le Suédois -Akerblad attaquèrent le texte démotique et finirent par en découvrir le -mécanisme; l'Anglais Young se mit au texte hiéroglyphique qui était bien -moins complet et présentait de beaucoup plus grandes difficultés; il -eut l'intuition de la méthode à suivre, mais ne sut pas la mener -jusqu'au bout, tandis qu'un jeune savant français, J.-Fr. Champollion, -travaillant de son côté sur le même document avec une ténacité et une -perspicacité admirables, arrivait à saisir la clef du système -hiéroglyphique. Il établit de façon certaine la valeur, la fonction et -le sens de chaque signe, reconnut avec l'aide de la langue copte, -l'égyptien d'époque chrétienne, les groupes formant des mots, puis -déchiffra les phrases. Accueillie avec une certaine méfiance lors de sa -publication en 1822, cette découverte finit par être acceptée et -reconnue du monde savant; l'égyptologie était née, et c'était au même -homme qu'il appartenait de la développer, en établissant, toujours avec -le même esprit de méthode, les bases de la science nouvelle. Ce jeune -génie, car on ne peut trouver d'autre mot pour qualifier un homme qui -n'eut son égal dans aucune autre branche des sciences historiques, -mourut à quarante ans après avoir non seulement ressuscité l'écriture et -la langue des anciens Egyptiens, mais encore reconstitué, dans les -grandes lignes tout au moins, leur histoire, leur religion, leurs -institutions, leurs moeurs, et la géographie ancienne de leur pays. Il -restait sans doute encore beaucoup à découvrir, mais la voie était -frayée et elle fut suivie, avec une certaine hésitation d'abord, puis -avec toujours plus de sûreté, par une pleïade d'hommes de valeur qui -sont arrivés à faire de l'égyptologie une science digne de marcher de -pair avec ses aînées, celles qui concernent l'antiquité classique en -particulier. - -Malgré leur nombre, les documents réunis par la Commission d'Egypte -étaient très insuffisants, et Champollion, après avoir visité quelques -collections publiques ou particulières d'objets rapportés d'Egypte, -reconnut qu'il était absolument nécessaire d'aller sur place à la -recherche de matériaux nouveaux, car il se sentait capable de faire un -choix judicieux des monuments les plus importants et de les copier avec -exactitude. Ses voeux furent exaucés et il put encore diriger lui-même -l'expédition franco-toscane qui, grâce aux connaissances nouvelles qu'il -avait acquises, devait devenir un vrai voyage de découvertes, et lui -fournir une ample moisson de matériaux inconnus auparavant. La première -publication sérieuse de textes égyptiens originaux ne put être faite -qu'après la mort de Champollion. - - -_Progrès de l'Egyptologie_ - -En 1842, sous les auspices cette fois du gouvernement prussien, une -nouvelle expédition, dirigée par Lepsius, partait pour l'Egypte à la -recherche de textes historiques; cette mission fit un séjour de près de -trois ans dans le pays et en rapporta une récolte encore plus abondante -que celle de Champollion. Malgré le format monumental des douze volumes -donnant les résultats de ces travaux, on pourrait appeler cet ouvrage, -maintenant encore, le livre de chevet de tout égyptologue. - -A cette époque, on ne faisait pas encore de recherches sérieuses dans le -sol même de la vallée du Nil; seuls quelques particuliers, désireux -d'enrichir leurs collections de bibelots égyptiens, pillaient sans merci -un certain nombre de tombeaux et de sites antiques, sans profit réel -pour la science. Les fouilles méthodiques ne commencèrent qu'en 1850 par -la découverte retentissante que fit un jeune savant français, Aug. -Mariette, d'un des sanctuaires égyptiens les plus connus et les plus -vénérés des anciens, le Sérapéum de Memphis, le tombeau souterrain des -boeufs Apis. Encouragé par ce succès qui avait fait de lui une -célébrité, Mariette se voua aux recherches dans le sol même de l'Egypte; -il obtint du khédive l'autorisation de créer un Service des Antiquités -et un musée d'antiquités égyptiennes, et dès lors ses fouilles -continuèrent sans interruption d'une extrémité à l'autre de l'ancien -royaume des Pharaons, alternant avec le déblaiement des temples enfouis. -Des milliers de monuments nouveaux surgirent du sol et celui qui les -découvrit cherchait en même temps à les mettre le plus vite possible à -la disposition du monde savant par de grandes publications qui rendirent -des services inappréciables. Peu à peu, les gouvernements étrangers -voulurent aussi avoir leur part à ces travaux si fructueux et -entreprirent eux-mêmes des fouilles; des sociétés scientifiques se -créèrent dans le même but, et depuis quarante ans environ l'exploration -du sol de l'Egypte est poussée avec une activité fébrile, et presque -toujours le succès est venu couronner ces efforts. - -Pendant ce temps, d'autres savants, comme de Rougé et Chabas en France, -Lepsius et Brugsch en Allemagne, Birch en Angleterre, pour ne citer que -les principaux d'entre les disparus, et leurs élèves et émules, -compulsaient les matériaux et en extrayaient méthodiquement ce qui -pouvait être utile à la science; ainsi toutes les branches de -l'égyptologie, avançant de front, faisaient d'année en année de sérieux -progrès: la langue, la religion, l'histoire, livraient peu à peu leurs -secrets. Pour ce qui est de l'histoire, en particulier, les limites de -l'inconnu reculaient insensiblement: faute de documents originaux très -anciens, Champollion, qui avait établi de façon à peu près définitive -les règnes des Pharaons à partir du Nouvel Empire thébain, n'avait guère -pu jeter au delà qu'un coup d'oeil d'ensemble. Lepsius fut l'initiateur -en ce qui concerne la XIIme dynastie, une des époques les plus -brillantes de l'histoire d'Egypte, et de Rougé s'avança le premier -délibérément dans ce qu'on est convenu d'appeler l'Ancien Empire -memphite, l'âge des constructeurs de pyramides. Une barrière qui -semblait infranchissable s'élevait au seuil de cette époque, reléguant -dans la légende les deux premières dynasties et tout ce qui pouvait les -avoir précédées; ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que subitement, à -la suite de plusieurs découvertes simultanées, la barrière s'écroula, -ouvrant aux regards un champ nouveau qui reculait presque jusqu'à -l'infini l'histoire du passé. Les études préhistoriques venaient se -confondre avec celles des égyptologues et les compléter, et les -recherches poussées dans ce sens, sur un terrain presque inépuisable, -devaient donner des résultats autrement plus précis que dans tout autre, -pays connu, en ce qui concerne ces périodes du début de la civilisation. - - -_Listes royales_ - -En plus des données des historiens anciens sur l'Egypte nous avons donc -maintenant des documents qui proviennent du pays lui-même, documents -innombrables mais de valeur très diverse, pouvant se classer en deux -séries qu'on pourrait appeler, faute de meilleurs mots, les documents -rétrospectifs et les documents contemporains. - -Tandis que ces derniers ont une valeur plutôt spéciale et ne se -rapportent qu'à l'époque ou même au règne d'où ils émanent, les -premiers, peu nombreux il est vrai, mais d'autant plus précieux, sont de -vrais résumés d'histoire, datant d'époques très diverses. Ce sont -d'abord les listes monumentales, tableaux provenant de temples ou de -tombeaux, où l'on voit un roi adresser son hommage à toute la série de -ses ancêtres, représentés en général par leur nom seulement, par leur -cartouche royal, et rangés dans l'ordre chronologique; ou bien c'est un -prêtre donnant la liste des rois au culte funéraire desquels il était -commis: telles les deux listes d'Abydos dont l'une est encore en place, -l'autre au Musée Britannique, la liste de Saqqarah au Musée du Caire, et -la Chambre des Ancêtres de Karnak à la Bibliothèque Nationale de Paris. - -[Illustration: _Fig. 2._ La table royale d'Abydos (d'après une -photographie).] - -[Illustration: _Fig. 3._ Fragments du papyrus royal de Turin (d'après -LEPSIUS. _Auswahl_, pl. III).] - -Le papyrus royal de Turin, écrit au commencement du Nouvel Empire, avait -une importance bien plus considérable encore: il donnait non seulement -la liste complète de tous les rois ayant régné sur l'Egypte, y compris -les dynasties divines, mais encore le nombre d'années de chaque règne et -souvent l'âge du roi à sa mort; en plusieurs endroits il y avait en -outre, en guise de récapitulation, la somme totale des années que dura -une dynastie. C'est une chronologie complète embrassant deux mille ans -d'histoire, et qui devait être absolument intacte et entière au moment -de sa découverte, mais dans ce temps là, il y a près de cent ans, on ne -prenait pas les mêmes soins qu'aujourd'hui des objets découverts au -cours des fouilles; l'on dit que Drovetti, grand collectionneur -d'antiquités, ayant trouvé ce papyrus dans des travaux qu'il faisait -exécuter dans les tombeaux de Thèbes, et ne pouvant naturellement en -soupçonner la valeur, le prit aussitôt sorti de terre, le mit dans un -flacon à large col qui se trouvait dans la sacoche de sa selle, et -rentra chez lui au galop. Le manuscrit ne put résister à un traitement -aussi violent, et à l'arrivée il ne restait plus dans le flacon qu'un -tas de fragments de papyrus, plus petits les uns que les autres; c'est -dans cet état qu'ils parvinrent, en même temps que le reste de la -collection Drovetti, au musée de Turin, où Champollion, qui les retrouva -au fond d'une boîte, fut le premier à en signaler l'importance. Grâce à -une néfaste négligence, ce monument de tout premier ordre avait perdu -beaucoup de sa valeur; néanmoins les fragments qui ont pu être -rassemblés et rétablis dans leur ordre primitif donnent, malgré les -immenses lacunes provenant de morceaux disparus, des renseignements si -importants que le papyrus royal de Turin peut à juste titre être -considéré comme la base de toute étude chronologique sur l'Egypte depuis -son origine jusqu'à l'époque troublée des Hyksos, entre 2.000 et 1.500 -avant notre ère. - -[Illustration: _Fig. 4._ Partie supérieure de la Pierre de Palerme -(d'après NAVILLE. _Recueil de Travaux_, XXV, pl. I).] - -Il existait quelque part en Egypte, probablement dans le temple -d'Héliopolis, la métropole religieuse qui se trouvait à peu de distance -du Caire, un monument d'une importance plus considérable encore que le -papyrus de Turin, bien qu'il y fût question des cinq premières dynasties -seulement. C'était une grande dalle de pierre sur les deux faces de -laquelle étaient gravés, dans de petites cases rangées en longues -lignes, tous les événements, importants ou non, qui illustrèrent le -règne de chaque roi, depuis la fondation du royaume d'Egypte par Ménès; -à chaque année était réservée une case et en regard on avait noté la -cote maxima de la crue du Nil. Le jour exact de la mort de chaque roi -et celui du couronnement de son successeur étaient scrupuleusement -indiqués. Le destin n'a pas voulu que ces annales, les plus vieilles du -monde, parvinssent intactes jusqu'à nous; le fragment conservé -aujourd'hui au musée de Palerme, et connu sous le nom de _pierre de -Palerme_, constitue peut-être la dixième partie du monument complet. On -a retrouvé récemment quelques autres morceaux de plus petites dimensions -qui sont entrés dans les collections du musée du Caire, et qui -paraissent provenir de duplicatas de ce document; ce fait permet -d'espérer qu'une fois ou l'autre on découvrira d'autres fragments qui -viendront combler les lacunes encore très considérables de ce texte, le -plus important pour l'histoire des premières dynasties. - - -_Documents historiques divers_ - -Cette catégorie de sources historiques d'une importance capitale, est -donc très peu abondante; à côté d'elle on possède la multitude -innombrable et disparate des documents que j'ai appelés tout à l'heure -les documents contemporains, et qui forme l'ensemble le plus hétéroclite -qu'on puisse imaginer, depuis les scarabées de faïence jusqu'aux -colosses de granit et aux bas-reliefs couvrant des surfaces immenses, -depuis le tesson de pot ou le morceau de terre glaise desséchée jusqu'au -bijou de l'art le plus exquis, depuis le fier obélisque jusqu'au plus -humble chiffon de toile. Ce n'est parfois qu'un nom de roi ou une date -de règne, parfois une stèle commémorant une expédition victorieuse ou un -décret en faveur d'un temple ou bien la représentation figurée des -guerres lointaines, des prisonniers et du butin que le roi vient offrir -à ses dieux. Plus rarement nous avons l'histoire complète d'un règne, -ainsi le résumé de la vie de Ramsès III qui est annexé à la liste des -dons faits par lui aux temples d'Egypte, à la fin du grand papyrus -Harris, ou le récit des campagnes de Thoutmès III, que ce roi, le plus -puissant peut-être de tous les Pharaons, fit graver sur les murailles du -temple de Karnak. Enfin nous possédons certains récits littéraires qui -sont souvent de vrais contes fantastiques édifiés sur une base -historique, le conte de Khoufou et des magiciens, celui d'Apopi et de -Seqnenra, celui de la prise de Joppé, et surtout celui de Sinouhit, -récits analogues à ceux qu'Hérodote nous raconte sur la fille de Khéops -et sur les voleurs de Rhampsinite. - -A côté des monuments royaux, ceux des simples particuliers, grands -seigneurs ou fonctionnaires, donnent souvent des généalogies qui -permettent de contrôler l'histoire; ils fournissent même parfois, quand -il s'agit d'un homme ayant joué un rôle important à la cour, dans -l'administration ou dans l'armée, de véritables biographies qui, comme -celles d'Ouna, de Herkhouf, d'Ahmès ou d'Anna, sont parmi les documents -les plus précieux que nous ait légués l'Egypte antique. - -Enfin, dans un ordre d'idées un peu différent, une découverte heureuse, -celle des tablettes de Tell-el-Amarna, nous a mis en possession d'une -partie considérable de la correspondance diplomatique et administrative -de deux rois de la fin de la XVIIIme dynastie, Amenophis III et -Amenophis IV, avec leurs vassaux de la Syrie et de la Palestine, ainsi -qu'avec les souverains indépendants de pays plus éloignés, comme -l'Assyrie et le royaume de Mitanni. Cette correspondance écrite dans la -langue de ces pays, en caractères cunéiformes, éclaire d'une lumière -très vive tout l'état social et politique de l'Orient, treize siècles -environ avant notre ère. - -Cette énumération, forcément incomplète, permet de se rendre compte du -genre de documents que nous avons à notre disposition; quelque nombreux -qu'ils soient, ces monuments ne nous donnent pas sans doute la -possibilité de reconstituer l'histoire d'Egypte comme on l'a fait pour -la Grèce et pour Rome. Ces peuples sont, il est vrai, plus rapprochés de -nous dans le temps, et en outre ils ont l'immense avantage d'avoir eu -des historiens. En Egypte rien de semblable, et il ne paraît pas que -jamais un Egyptien ait songé à faire la description des événements qui -se passaient de son temps et sous ses yeux, à les étudier et à les -apprécier par lui-même; comme dans beaucoup de pays d'Orient, l'esprit -de l'histoire n'existait pas dans l'Egypte ancienne. - -En somme, à part un certain nombre de règnes qui sont un peu mieux -connus que les autres, ceux de quelques rois de la XIIme dynastie et du -commencement du Nouvel Empire thébain, il nous manque presque tous les -détails et un bon nombre de faits généraux, et nous ne pouvons dans ces -circonstances songer à reconstituer entièrement l'histoire politique, -administrative, diplomatique, militaire et commerciale du pays; nous -devons nous contenter d'une histoire générale où quelques grands -événements sont reliés par des noms, un squelette d'histoire, auquel il -manque encore bien des éléments, mais qui constitue un ensemble des plus -remarquables quand on songe qu'il s'étend sur une période de plus de -4.000 ans, entièrement inconnue il y a peu de temps encore. - - -_Chronologie_ - -Malgré les données très précises de Manéthon et des fragments du papyrus -de Turin, la chronologie égyptienne ne peut encore être établie de façon -certaine, et cela pour deux raisons principales: la première est le fait -que dans les époques de trouble il y eut souvent, non pas un seul -souverain gouvernant tout le pays, mais deux ou même plusieurs rois -règnant chacun sur une partie plus ou moins grande de l'Egypte; les -chronographes énumèrent ces dynasties les unes à la suite des autres -sans indiquer laquelle aurait dû légitimement occuper le trône des -Pharaons, sans même dire qu'il s'agit de dynasties collatérales. Une -cause d'erreurs plus grande encore c'est que les Egyptiens ont toujours -vécu au jour le jour, qu'ils n'avaient pas d'ère ni de division normale -du temps: les années se comptent à nouveau pour chaque règne à partir de -l'avènement du roi; aucun lien chronologique n'existe donc entre les -divers souverains, de sorte que non seulement la longueur des règnes, -mais même l'ordre de succession reste souvent problématique. L'année -égyptienne étant de 365 jours, se trouvait tous les quatre ans en retard -d'un jour; pour remédier à cet inconvénient, on imagina l'institution -des périodes sothiaques, périodes de 1.460 années ordinaires -correspondant à 1.461 années réelles, au bout desquelles l'ordre -régulier des saisons se trouvait rétabli. Nous ne savons du reste pas de -quelle époque date cette réforme purement scientifique qui n'a jamais -servi à l'établissement d'une ère, ni si elle est, comme beaucoup le -prétendent, fort ancienne, car les astronomes égyptiens observèrent -toujours avec beaucoup d'exactitude le lever héliaque de l'étoile -Sothis, ou Sirius; pour nous cette réforme prête à des calculs fort -compliqués sur la correspondance entre l'année vague et l'année réelle, -calculs qui paraissent le plus souvent arbitraires. Il semble plus -normal d'admettre, comme certains auteurs modernes, que les Egyptiens, -voyant leurs mois et leurs saisons se déplacer peu à peu, les -rétablissaient de temps à autre, artificiellement et sans règle fixe. -Cette question très complexe est, comme on le voit, loin d'être -élucidée: les périodes sothiaques, au lieu de simplifier les calculs -chronologiques, n'ont d'autre résultat pour nous que d'y introduire une -nouvelle inconnue et peut-être une nouvelle chance d'erreur. - -Ces raisons expliquent de façon suffisante les différences parfois -considérables qui existent au point de vue des dates entre les divers -historiens; les uns allongent démesurément la durée de l'histoire en -ajoutant bout à bout toutes les dynasties connues, tandis que d'autres, -procédant en sens inverse, la rétrécissent de façon très exagérée. Les -premiers placent l'avènement de Ménès, le premier roi d'Egypte, en l'an -5.510 avant J.-C, les autres, qui sont les plus en faveur aujourd'hui, -en 3.315: il y a donc un écart de plus de deux mille ans entre ces deux -appréciations extrêmes, et c'est très vraisemblablement dans cet -intervalle que devrait se placer la vraie date de la fondation de la -monarchie égyptienne. Sans avoir la prétention de vouloir trancher la -question, je pense qu'en la fixant de façon approximative aux environs -de l'an 4.000, on ne doit pas s'éloigner beaucoup de la vérité. Du reste -pour tout ce qui est des périodes les plus reculées, il est prudent de -s'abstenir de donner des chiffres précis, et préférable d'indiquer, et -encore sous toutes réserves, les siècles et non les années. Ce n'est -guère que pour le début du Nouvel Empire thébain que les égyptologues -tombent à peu près d'accord pour le placer au commencement du XVIme -siècle avant notre ère; la certitude absolue n'existe qu'à partir des -rois saïtes, au VIIme siècle. - - -_La civilisation égyptienne_ - -L'Egypte a pour nous une importance bien plus considérable qu'on ne le -suppose d'habitude, car c'est là qu'en somme nous devons chercher le -berceau de notre civilisation: c'est en effet de la vallée du Nil -qu'est sorti le germe qui, dans des contrées moins favorisées de la -nature et sous un climat plus rude, devait se développer de façon -inattendue, se transformer entièrement et prendre un essor incomparable, -tandis que dans son pays d'origine il se modifiait à peine, son -développement restant toujours normal et progressif, mais très lent; de -là vient cette légende, bien difficile à déraciner aujourd'hui, d'une -Egypte immuable comme les pyramides, n'ayant subi aucune variation -pendant toute la durée du règne des Pharaons, légende qui repose sur une -apparence seulement. Les besoins de l'homme, dans un pays aussi -privilégié que l'Egypte, se réduisent à peu de chose; l'habitant des -pays chauds est moins actif que celui des contrées où le climat est plus -rigoureux, et une fois qu'il a trouvé, sans grandes difficultés, le -nécessaire et même un peu de superflu, il est naturel qu'il se laisse -aller à son indolence native et qu'il ne tende pas son énergie à -chercher des perfectionnements de bien-être dont le besoin absolu ne se -fait pas sentir. Il y a progrès néanmoins, et progrès très appréciable, -dans des pays comme l'Egypte surtout, où nous pouvons maintenant -comparer entre eux une si grande quantité de monuments d'époques très -diverses. Nous constatons que chez ce peuple la civilisation, une fois -sa voie tracée, la suit sans jamais s'en écarter; les bouleversements -politiques n'arrivent même pas à la faire sortir du chemin montant en -pente douce sur lequel elle s'est engagée. Ces grandes crises -historiques nous permettent cependant de marquer dans l'histoire de la -civilisation un certain nombre d'étapes et de discerner mieux, en les -groupant par époques, les progrès réalisés au cours des siècles; nous -sommes en effet assez documentés maintenant pour pouvoir apprécier de -façon certaine et suivre pas à pas ces progrès qui ne sont pas -apparents à première vue, mais qui sont beaucoup plus sensibles qu'on ne -pouvait se l'imaginer il y a trente ans encore. - -Après avoir passé en revue les sources de l'histoire d'Egypte, il reste -à donner un aperçu sommaire des documents que nous possédons sur les -moeurs des Egyptiens, leur vie publique et privée, leurs institutions, -leur industrie, leur commerce, en un mot leur civilisation. Les -écrivains classiques nous ont fourni, ici comme pour l'histoire, un bon -nombre de renseignements, Hérodote le premier, puis Diodore, Strabon et -tous les autres, et ce qu'ils nous disent peut servir, soit à diriger -nos recherches, soit à confirmer les données des monuments originaux. De -même les études faites par les membres de la Commission d'Egypte et les -observations des divers voyageurs du XVIIIme et du commencement du XIXme -siècle sur les moeurs et coutumes des Egyptiens avant l'expansion de la -civilisation européenne dans la vallée du Nil, nous fournissent de -précieux points de comparaison et même souvent l'explication de bien des -détails relatifs aux habitudes anciennes, sur lesquelles les monuments -sont trop peu explicites. - -Au point de vue de la civilisation égyptienne, le nombre de documents -originaux est considérable. En première ligne doivent être rangés les -tableaux que les particuliers, grands seigneurs et fonctionnaires, -faisaient sculpter ou peindre sur les murailles des chambres de leurs -tombeaux, où étaient représentées en détail les scènes de la vie de tous -les jours: ainsi le double du mort, son _moi_ immatériel, qui continuait -à vivre comme un esprit impalpable au fond du tombeau, auprès de la -momie, pouvait encore jouir en une certaine mesure de la vie de ce monde -en contemplant ces scènes familières: les figurations de la vie -suffisaient au délassement d'une ombre, de même que la représentation -des aliments pouvait assurer éternellement sa subsistance. Des trois -grandes époques de l'histoire, l'Ancien Empire memphite, le Moyen et le -Nouvel Empire thébain, un grand nombre de ces tombeaux sont parvenus -jusqu'à nous, plus ou moins intacts, les mastabas d'abord avec leurs -bas-reliefs, puis les hypogées avec leurs peintures. On y voit, en -premier lieu une population rurale, occupée à l'élevage des bestiaux -aussi bien qu'aux travaux des champs, labourage, semailles, récolte des -céréales, vendanges et jardinage; puis de nombreux tableaux de chasse et -de pêche, et, à côté de cela, des représentations de gens de métier, -potiers, métallurgistes, orfèvres, chaudronniers, menuisiers, -charpentiers, maçons sculpteurs, peintres, corroyeurs, cordonniers; un -peu plus loin les délassements, musique, danse et jeux, et à certaines -époques, des jeux gymniques, des exercices militaires, des scènes de -recrutement. Nous possédons de très nombreux exemples de chacune de ces -représentations qui souvent sont exécutées avec une délicatesse et un -art remarquables et dont les variantes nous permettent de comprendre les -scènes dans leurs moindres détails et de reconstituer l'action avec une -certitude presque absolue. - -Les fouilles ont mis à jour une grande quantité d'objets de toute espèce -qui, pour les périodes très anciennes, suppléent à l'absence des -représentations figurées et, pour les autres époques, les complètent. Ce -sont des armes de toute sorte, depuis les lames de silex taillé jusqu'au -poignard enrichi d'orfèvrerie, des outils d'agriculteurs, d'ouvriers, de -gens de métier, puis des bijoux, des vêtements, des meubles, des vases, -des instruments de musique, des ustensiles de ménage, bref tout ce qui -était nécessaire à la vie, le tout conservé de la façon la plus -merveilleuse dans un sol parfaitement à l'abri de l'humidité. Les outils -préhistoriques se trouvent le plus souvent à la surface même du sol, à -la lisière du désert, tandis que les autres objets, qui appartiennent -aux époques historiques, proviennent soit des ruines des villes -antiques, soit le plus souvent du fond des tombeaux, où ils avaient été -déposés auprès du mort, toujours dans le but de placer autour de -celui-ci ce qui pouvait lui être nécessaire pour sa vie d'outre-tombe. A -certaines époques, on se contentait de peindre sur les parois de son -sarcophage les divers objets qui devaient faire partie du mobilier -funéraire, la représentation figurée pouvant remplacer l'objet lui-même. - -Les Egyptiens ont énormément écrit et toujours, grâce au climat de leur -pays, beaucoup de leurs manuscrits nous sont parvenus, écrits sur des -rouleaux de papyrus dans cette écriture cursive que nous avons -l'habitude d'appeler _hiératique_; ce sont des lettres, des comptes, des -contrats, des actes judiciaires, des traités de médecine ou de -géographie, et surtout des compositions littéraires qui sont pleines de -détails de toute sorte sur la vie ordinaire. Ainsi pour ne citer qu'un -exemple, cette satire des métiers, où un scribe, afin de mieux faire -valoir l'excellence de sa profession, dénigre successivement toutes les -autres carrières et fait ressortir avec une ironie souvent mordante la -condition pitoyable des gens qui pratiquent les divers métiers. - -Toutes ces données d'ordre si divers nous permettent de nous rendre un -compte assez exact de ce qu'était la civilisation égyptienne: elles -s'enchaînent naturellement avec les données historiques, et ainsi nous -pouvons dès maintenant tracer pour chacune des grandes époques un -tableau d'ensemble qui doit correspondre de bien près à la réalité, et -reconstituer le développement chronologique de la civilisation -égyptienne. - -[Illustration: _Fig. 5._ Panneau de la Salle des Ancêtres de Karnak -(d'après LEPSIUS, _Auswahl_, pl. I).] - - - - -[Illustration: _Fig. 6._ Rà dans la barque solaire (d'après BUDGE, _Pap. -of Ani_, pl. XXII).] - - - - -CHAPITRE II - -L'ÉGYPTE LÉGENDAIRE - - -Avant d'aborder l'étude de ce qui nous est parvenu de l'Egypte -archaïque, ou préhistorique, nous devons rechercher si, aux époques -pharaoniques, les habitants du pays avaient conservé un souvenir de ces -temps lointains, du début même de leur race, une légende parlant de ces -périodes fabuleuses. Les textes ordinaires ne racontent rien de -semblable et il est même bien rare qu'on y trouve mentionné le terme de -_Shesou-Hor_, «les suivants d'Horus», qui désigne les rois mythiques -prédécesseurs des dynasties historiques. Par contre les listes royales -les plus développées, comme celles de Manéthon et du papyrus de Turin, -nous ont conservé des données plus précises sur ces souverains -antéhistoriques: la nomenclature des premiers d'entre eux, puis un bref -aperçu des dynasties qui suivirent, avec le total des années de règne de -chacune d'entre elles: ce sont d'abord des dieux, puis des demi-dieux, -et enfin des hommes. - -A l'origine de l'histoire on a donc, ici comme partout, la légende, mais -une légende dont le développement est loin d'avoir été aussi brillant -que dans tant d'autres pays, une légende qui est restée la propriété des -prêtres et des savants, non celle du peuple égyptien lui-même. N'ayant -rien de poétique, cette tradition a pu se conserver plus pure et plus -précise, mais on peut se demander si nous devons nous en féliciter, car -entre les mains des prêtres, elle allait fatalement tomber dans le -domaine théologique et symbolique, et le mythe religieux devait finir -par absorber presque complètement le mythe historique, au point qu'il -est le plus souvent difficile de délimiter les deux domaines. C'est dans -un fatras de récits très plats et ennuyeux, souvent d'un mysticisme -fantastique, que nous arrivons à grand'peine à distinguer les traits -généraux de l'histoire primitive de l'Egypte. - - -A. LES DYNASTIES DIVINES - -_Les dieux cosmiques_ - -Les premiers rois furent, au dire de la légende, les grands dieux -d'Egypte, suivant le cycle qui avait été établi dans le sanctuaire -d'Héliopolis, une des plus anciennes métropoles religieuses du pays. Ce -cycle se composait d'une ennéade, c'est-à-dire d'un groupe de neuf dieux -et déesses, et fut adopté dès l'Ancien Empire par tous les autres -centres religieux de la vallée du Nil, qui se contentèrent de mettre à -sa tête leur dieu local. La liste que nous donne Manéthon, et qui doit -être d'origine memphite, place donc au premier rang des rois-dieux -Héphaistos, Ptah, le grand dieu de Memphis, le démiurge, celui qui forma -l'homme du limon de la terre, qui le modela à la main, de même qu'à -l'autre bout de l'Egypte, c'était Khnoum d'Eléphantine qui l'avait -façonné sur le tour du potier. Cette mention du dieu créateur comme -premier roi d'Egypte est une indication très précise du fait que les -habitants de la vallée du Nil se considéraient comme autochtones et -croyaient que le premier homme avait été créé dans le pays même. Au -papyrus de Turin, le premier nom royal a disparu. - -[Illustration: _Fig. 7._ Ptah (d'après BUDGE, _Pap. of Ani_, pl. -XXVII).] - -Nous ne savons rien de ce règne de Ptah, qui probablement, sitôt son -oeuvre créatrice terminée, céda la place à son successeur Rà, le Soleil, -le grand dieu d'Héliopolis et de la plupart des villes d'Egypte, chargé -d'assurer l'existence et le développement de cette humanité primitive. -Celui-ci, pendant son long règne, parcourait journellement ses domaines -pour les constituer, les organiser et répandre sur ses sujets ses dons -et ses bienfaits, mais tous ses efforts ne réussirent pas à lui attirer -la reconnaissance de ces êtres primitifs, encore plus qu'à demi -sauvages, ni même celle de ses descendants directs, les dieux, qui -commençaient à se multiplier autour de lui. Ce roi-dieu était en une -certaine mesure un homme, son grand âge l'avait considérablement -affaibli, et, suivant les expressions pittoresques d'un texte égyptien, -ses os étaient maintenant en argent, ses chairs en or, ses cheveux en -lapis-lazuli; sa bouche tremblait, sa bave ruisselait vers la terre, sa -salive dégouttait sur le sol. Profitant de cette décrépitude sénile, -Isis, déesse de rang inférieur, employa les moyens les plus déloyaux -pour lui arracher le talisman le plus précieux qui lui restât, le secret -de son nom magique, grâce auquel elle comptait acquérir une puissance -supérieure à celle des autres dieux. Les hommes eux-mêmes s'étant mis à -conspirer contre leur débonnaire souverain, Rà se décida à faire un -exemple, et après avoir consulté le conseil de famille, l'assemblée des -dieux, il dépêcha Sekhet, la déesse à tête de lionne, avec ordre de les -massacrer sans pitié, ce dont elle s'acquitta consciencieusement. La -nuit seule l'arrêta dans sa course meurtrière, et Rà, contemplant le -résultat obtenu, fut pris de pitié et résolut d'épargner le reste des -humains; pour apaiser la déesse ivre de carnage, il fit mélanger de la -bière et du suc de mandragores au sang des hommes et répandre à terre -autour d'elle une quantité considérable de ce liquide. A son réveil, -Sekhet aperçut ce breuvage, le but, s'adoucit, s'enivra et oublia ses -victimes. Rà avait pardonné aux hommes qui se repentaient, mais, fatigué -de régner, il abdiqua et choisit une retraite inaccessible sur le corps -de la vache Nouït, déesse du ciel, sa fille; depuis lors, chaque jour, -la barque qui le porte navigue sur les flancs de l'animal céleste pour -se perdre à la nuit dans son corps même et reparaître le lendemain: le -roi-dieu est devenu définitivement le dieu-soleil. - -[Illustration: _Fig. 8._ Sekhet (d'ap. DARESSY. _Statues et statuettes -de divinités_, pl. LIII).] - -On discerne sans peine dans cette légende le souvenir d'un des -cataclysmes qui bouleversèrent toute une partie du monde, comme ce -déluge dont parlent les textes chaldéens aussi bien que la Bible, qui -dévasta la Mésopotamie et les contrées avoisinantes tout au moins. Il -était fort naturel que des désastres de cette nature fussent considérés -comme le châtiment d'une humanité mauvaise et que, les dieux une fois -apaisés, ils pardonnassent aux survivants et fissent avec eux un -nouveau pacte, permettant à ces derniers de racheter leurs fautes par -des sacrifices au lieu d'avoir à les expier par la mort des coupables. -De même que Jahveh avait exigé de Noé un holocauste, Rà de même avant de -monter au ciel, avait institué la coutume du sacrifice, première base du -culte que les hommes devaient rendre aux dieux. - -[Illustration: _Fig. 9._ Nouït portant la barque solaire; Shou et Queb; -Thot (d'après CHASSINAT. _La deuxième trouvaille de Deir el Bahari_, I, -p. _29_).] - -Nous ne savons que bien peu de chose du règne des deux successeurs -immédiats de Rà; il y a d'abord son fils Shou, l'atmosphère, le soutien -du ciel, qui finit sa carrière de roi en remontant au séjour des dieux -pendant une tempête terrible, puis son petit-fils Qeb, le dieu-terre, -sur lequel nous n'avons que des mythes obscurs et d'un intérêt des plus -médiocres. Ces deux rois-dieux, dont le rôle est très effacé, semblent -représenter une période de transition pendant laquelle l'humanité se -reconstitue après un bouleversement comme celui par lequel elle avait -passé. C'était au troisième successeur de Rà, monté sur le trône après -que Qeb fut rentré dans son palais pour devenir dieu à son tour, c'était -à Osiris que devait appartenir la tâche glorieuse de faire passer le -genre humain de l'état barbare et sauvage à un état de stabilité -relative, de faire franchir, non seulement à l'Egypte, mais même au -monde entier, la première grande étape de la civilisation. - -_Osiris et son cycle_ - -Fils aîné de Queb, le dieu-terre, et de Nouït la déesse-ciel Osiris -personnifie en même temps la végétation, la nature fertile de l'Egypte -et l'eau vivificatrice du Nil. De même que le fleuve répand -continuellement la richesse sur l'Egypte, Osiris, à peine sur le trône, -met tous ses efforts à améliorer la condition des hommes; ces sauvages -qui vivaient isolés, en lutte perpétuelle les uns avec les autres, il -les groupe, forme des tribus, des états, fonde des villes; à ces hommes -qui trouvaient péniblement une maigre subsistance dans la chasse et les -produits naturels du sol, il enseigne l'agriculture, il leur donne les -instruments de labour, il leur montre la manière de cultiver les -céréales et la vigne, bref il les fixe au sol et leur fournit les -moyens, non seulement d'y vivre, mais de s'y développer. A côté de lui, -sa soeur Isis, qui est en même temps sa femme, le seconde admirablement -dans son oeuvre, et mérite que son nom soit resté inséparable de celui -de son mari: pendant que celui-ci établit l'état et la cité, elle -constitue la famille, en instituant les liens du mariage; elle -déshabitue les hommes de l'anthropophagie et leur apprend à moudre le -grain entre deux pierres et à en faire du pain; elle leur donne, avec le -métier à tisser, les moyens de se vêtir, et emploie pour soulager leurs -maux la médecine et la magie. Osiris institua encore le culte des dieux, -régla les cérémonies et les liturgies, puis voyant le résultat obtenu -par toutes ses innovations, il résolut de répandre ailleurs qu'en Egypte -les bienfaits de la civilisation; il remit la régence à Isis et partit à -la conquête du monde, conquête toute pacifique où il se soumettait les -hommes par la persuasion et la douceur, voyage triomphal semblable à -celui du Dionysos grec, à la suite duquel l'ordre et la richesse -s'établissaient dans tous les pays. - -[Illustration: _Fig. 10._ Osiris et Isis (d'après BUDGE. _Pap. of Ani_, -pl. XXX).] - -Le dieu Set, auquel les Grecs ont donné le nom de Typhon, le propre -frère d'Osiris, forme avec lui le contraste le plus absolu; on peut même -dire qu'il en est l'exacte contre-partie: il représente non plus la -terre fertile, mais le désert aride et brûlant, l'esprit barbare et -sauvage à côté du génie bienfaisant, la réaction brutale cherchant à -renverser les progrès de la civilisation. Tôt ou tard la guerre devait -éclater entre deux êtres aussi dissemblables; en effet Set le rouge, -jaloux de la gloire bien méritée que s'était acquise son frère jumeau, -sans se révolter ouvertement contre lui, combina avec grand soin un -piège perfide dans lequel Osiris tomba sans défiance: il l'enferma dans -un coffre de bois et le jeta à la mer où il fut dévoré par les poissons, -morceau par morceau, puis le meurtrier s'assit sur le trône de son -frère, sans que personne songeât, au premier moment, à lui faire -opposition. - -Accompagnée de quelques dieux qui lui étaient restés fidèles, Thot et -Anubis en particulier, Isis s'enfuit et se réfugia dans les îles -marécageuses situées à l'extrême nord du Delta, puis elle entreprit de -longues et patientes recherches pour retrouver les restes de son mari -qu'elle espérait, en magicienne experte, faire revenir à la vie. Peu à -peu elle finit par en rassembler tous les morceaux, sauf un, qui avait -été dévoré par le poisson oxyrhinque, et réussit à reconstituer son -corps; malgré tous ses efforts, elle ne put le rappeler à la vie, mais -elle obtint au moins une compensation, celle d'être fécondée par lui et -de mettre au monde un fils, qui devait devenir le vengeur de son père et -le continuateur de l'oeuvre interrompue par le crime de Set. Le petit -Horus grandit, soigneusement caché par Isis dans ses marais -impénétrables, et son premier soin, dès qu'il eut dépassé l'âge de -l'enfance, fut de rendre à son père les derniers devoirs; aidé d'Anubis, -il embauma le corps dont il fit la première momie, et institua les rites -funéraires qui devaient assurer au mort la vie d'outre-tombe. - -Osiris était le premier roi qui eût été atteint par la mort, tandis que -ses prédécesseurs étaient devenus dieux, de rois qu'ils étaient, sans -cette brutale transition; grâce à la momification et surtout aux -cérémonies qu'Horus lui consacra, il put enfin être déifié à son tour et -jouir d'une vie nouvelle dans le séjour des morts où il était descendu; -comme il avait été roi sur la terre il devint roi dans les enfers qu'il -réussit à transformer, de même qu'il avait transformé le monde des -vivants; son domaine particulier, les champs d'Ialou et les champs -d'Hotpou, devint par ses soins un pays fertile et bien arrosé, au lieu -d'être une sombre caverne, où le soleil de nuit vient à peine jeter -pendant de fugitifs instants quelques rayons de lumière; c'est dans ce -quartier privilégié de l'autre monde qu'Osiris reçoit ses féaux, les -morts, qui viennent se présenter devant son tribunal, prémunis contre la -damnation éternelle par les rites institués par Horus, et qui peuvent -dès lors jouir d'une vie nouvelle, à peu près semblable à celle de la -terre. - -[Illustration: _Fig. 11._ Anubis embaumeur (d'après BUDGE. _Pap. of -Ani_, pl. XXXIV).] - -Tandis qu'il grandissait dans sa retraite, Horus se préparait à la lutte -à outrance contre l'usurpateur: dès qu'il se sentit en force, il fondit -sur lui avec impétuosité, escorté de ses fidèles, et fut tout de suite -favorisé par le succès. Set, battu à plusieurs reprises, eut beau -chercher à se sauver en se transformant, ainsi que ses compagnons, en -monstres de toute sorte, tels qu'hippopotames ou crocodiles, il allait -être anéanti définitivement, quand l'attitude équivoque d'Isis vint lui -apporter un secours inespéré. La déesse, prise de pitié au dernier -moment pour son ennemi et se souvenant qu'il était son frère, s'opposa à -son écrasement, si bien qu'Horus, furieux contre sa mère, lui trancha la -tête, ce à quoi, du reste, Thot remédia immédiatement en la remplaçant -par une tête de vache. Tout eût été à recommencer entre les deux rivaux -si Thot, s'instituant arbitre de la question, n'eût partagé le royaume -en deux moitiés, dont il donna l'une à Horus, l'autre à Set. - -[Illustration: _Fig. 12._ Set et Horus réunissant les deux parties du -pays sous l'autorité du roi (d'ap. GAUTIER-JÉQUIER. _Fouilles de Licht_, -p. _37_).] - -J'ai cru devoir ne donner qu'un rapide résumé de cette partie de la -légende qui en réalité, est beaucoup plus compliquée, étant le résultat -d'une combinaison plus ou moins heureuse de deux mythes très différents -l'un de l'autre et qui sont sans doute originaires, l'un de la Haute -Egypte, l'autre du Delta. Le fils d'Isis et d'Osiris n'est en effet pas -le seul à porter le nom d'Horus, et on trouve dans le panthéon égyptien -une vingtaine d'Horus, sinon plus, d'origines très diverses. Il s'était -formé autour d'un des plus importants d'entre eux, l'Horus d'Edfou, Hor -Behoudit, divinité solaire, un mythe spécial qui raconte les péripéties -d'une lutte analogue engagée avec un dieu du nord, nommé également Set. -Nous avons donc, à côté du récit presque mythologique de la lutte -perpétuelle du fleuve fécondant l'Egypte contre les empiètements de -l'élément désertique qui peut être vaincu, mais non désarmé, une -tradition toute différente qui a pour base les combats entre le sud et -le nord, entre la population indigène et une tribu d'origine étrangère, -mais de même race, qui cherchait à se fixer dans le pays, ces combats -qui durèrent jusqu'au moment où Ménès réunit sous son sceptre toute la -vallée du Nil. La conclusion même de l'histoire montre bien cette -divergence d'origine, car si selon la légende osirienne, Thot donna à -Horus le royaume du nord et à Set celui du sud, c'est justement le -contraire que dit celle d'Edfou, où Horus devient roi de la -Haute-Egypte, et Set roi du Delta. Cela explique aussi que le dieu Set, -résultat d'une combinaison très ancienne de deux divinités absolument -différentes d'origine, ait été, aux temps historiques, soit considéré -comme un des grands dieux, placé à côté d'Horus et vénéré en -conséquence, soit exécré comme un génie du mal, suivant qu'on le -rattachait à l'un ou à l'autre des deux mythes. - -Horus, le dieu à tête de faucon ou d'épervier, est devenu aux époques -historiques le protecteur tout spécial de la royauté égyptienne; le -Pharaon se considère comme son descendant direct, comme son remplaçant -sur la terre, et pour mieux affirmer cette relation intime avec le dieu, -le roi fait toujours précéder le premier de ses noms, dans son -protocole officiel, par le nom même du dieu, devenu un titre. Pour -s'expliquer cette conception du roi comme nouvel Horus, il faut se -reporter à l'organisation primitive de l'Egypte à l'époque -préhistorique, à sa division en tribus, qui sera étudiée plus loin; pour -le moment, il suffira de rappeler que le plus important de ces groupes -ethniques, celui qui assura peu à peu sa prépondérance sur les autres, -celui d'où sortirent les premiers rois d'Egypte, était précisément celui -qui avait pour emblème le faucon, emblème qui finit par se transformer -en dieu Horus. Nous aurions alors simplement dans le mythe de l'Horus -d'Edfou le récit légendaire de l'expansion progressive du clan du -faucon, mythe qui plus tard se serait greffé, par suite de la similitude -des noms, sur l'épilogue de la légende osirienne. - -Les compagnons de l'Horus d'Edfou, ses principaux auxiliaires dans ses -luttes contre Set, sont nommés les _Masniti_,--d'un mot qui signifie -modeleur, ouvrier en métaux, aussi bien que piquier--qui sont artisans -autant que guerriers; le dieu lui-même est armé d'une lance invincible, -d'un épieu supérieur aux armes de ses adversaires, et qui lui assure la -victoire. Ces données me paraissent être un souvenir de la découverte -des métaux ou tout au moins de leur introduction en Egypte; c'est la -tribu horienne qui les aurait connus la première et qui, par leur -possession, se serait assuré la suprématie sur tout le pays. Dans le -mythe parallèle d'Horus fils d'Isis, on ne trouve aucune donnée sur ce -sujet. - -La liste que donne Manéthon des rois-dieux, s'arrête à Horus fils -d'Isis; il se borne à ajouter que la dynastie continua jusqu'à Bidis, -personnage qui nous est entièrement inconnu, pendant une somme totale de -13.900 ans. Le papyrus de Turin était plus explicite, il indiquait pour -chaque roi les années de son règne, et nous pouvons encore reconnaître, -sur les fragments conservés, que Set occupa le trône pendant 200 ans, et -Horus pendant 300 ans; puis venait Thot, qui régna 3.126 ans, et auquel -succédait la déesse Maït, puis un nouvel Horus, dont la fin du nom est -perdue. Avec Thot, le dieu des sciences et des lettres, on ne sort pas -du mythe osirien, puisque nous le connaissons comme un des plus fermes -soutiens d'Osiris lui-même pendant son règne, comme son assesseur au -tribunal des enfers et comme l'arbitre entre Horus et Set, à la fin de -la lutte. Ce règne de Thot n'a laissé aucune trace, mais il est à -présumer, étant donné le caractère même de ce dieu, qu'il eut à -continuer l'oeuvre de civilisation et surtout d'organisation et -d'administration commencée par Osiris, interrompue par Set et rétablie -par Horus. Le nom seul de Maït, déesse de la justice, parèdre de Thot, -qui lui succède en qualité de roi d'Egypte, montre clairement qu'il -s'agissait toujours de cette oeuvre de perfectionnement, moral autant -que matériel, de l'humanité. - - -B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MANES - -Après cette période divine, qui est celle de la constitution du pays, il -en vient une autre qui paraît n'avoir pas été moins longue, mais qui a -un caractère diffèrent: ici on ne trouve plus une série bien nette de -rois-dieux ayant chacun sa personnalité marquée, mais des groupes -d'êtres dont le rôle nous échappe aussi bien que le nom, et dont les -Egyptiens eux-mêmes n'avaient gardé qu'un souvenir vague, des demi-dieux -d'abord, puis de simples hommes, qui peuvent se répartir en cinq -dynasties, au dire de Manéthon; les fragments de Turin confirment en une -certaine mesure son témoignage. - -La première de ces dynasties mythiques, qui suivit immédiatement celle -des dieux, se composait de demi-dieux qui régnèrent 1.255 ans en tout; -les Egyptiens avaient conservé de ces souverains une liste qui était -inscrite au papyrus de Turin, mais qui, à part un ou deux signes, a -disparu entièrement aujourd'hui; cette liste devait se trouver aussi -dans le livre original de Manéthon, mais les copistes ne nous l'ont pas -transmise de façon très claire; les _Excerpta Barbari_ en ont conservé -le premier nom, celui d'Anubis, et par là nous voyons que cette dynastie -de demi-dieux se rattachait directement au cycle osirien, Anubis étant -un fils d'Osiris et de Nephthys, son autre soeur, bien que celle-ci fût -en réalité la femme de Set. - -La liste de neuf dieux, telle que nous la trouvons dans la copie de -Georges le Syncelle, paraît très corrompue, et elle contient des -répétitions de noms de divinités figurant déjà dans la première dynastie -et qui sont extrêmement douteux: on peut reconnaître en effet, à travers -les formes grecques de ces noms, Horus fils d'Isis, Anhour, Anubis, -Khonsou, Horus d'Edfou, Ammon, Thot, Shou et Ammon-Rà, ce dernier -revenant donc deux fois dans la même série. Ce chiffre de neuf dieux -nous montre tout au moins que cette dynastie formait, comme la première, -une ennéade, calquée sans doute sur la deuxième ennéade des dieux -héliopolitains, que nous connaissons très peu. - -Ici je crois devoir intervertir l'ordre donné par Manéthon d'après la -copie d'Eusèbe, qui place, après trois dynasties de rois-hommes, un -groupe de mânes et de demi-dieux ayant régné ensemble pendant 5.813 ans; -outre qu'il serait peu naturel de voir des êtres divins ou tout au moins -semi-divins succéder à des hommes, nous voyons très clairement dans les -fragments de Turin que ce sont ces derniers qui précédèrent -immédiatement Ménès. La place normale de ces mânes semble donc être -après la première dynastie des demi-dieux. On a reconnu dans ces -_Nekyes_ ou mânes les _Khouou_ des textes religieux égyptiens, divinités -secondaires qui constituent la troisième ennéade héliopolitaine, d'abord -les quatre génies funéraires, les Enfants d'Horus, Amset, Hapi, -Douamoutef et Kebhsenouf, puis un autre Horus, Khent-Khiti, et ses -quatre fils. - -Après les dynasties divines et semi-divines, calquées sur le modèle des -trois cycles de dieux héliopolitains, et qui servent en quelque sorte de -cadre aux souvenirs relatifs à ces époques très anciennes, Manéthon en -énumère trois autres qui sont composées de rois d'une essence plus -rapprochée de la nôtre, et considérés sans doute comme de simples -hommes: d'abord ce sont des rois dont il n'indique ni l'origine ni le -nombre et qui régnèrent en tout 1.817 ans, puis trente rois memphites, -pendant 1.790 ans et enfin dix rois thinites, dont les règnes successifs -durèrent 350 ans. Au papyrus de Turin, la division de cette période -était un peu différente, et dans le fragment qui s'y rapporte, on peut -reconnaître qu'il avait parlé de six dynasties au moins; les noms des -rois n'étaient pas donnés, mais seulement la mention qu'ils s'étaient -succédé de père en fils et que parmi eux se trouvaient sept femmes ayant -régné; les chiffres, donnant la somme des années de chaque dynastie, -sont trop mutilés pour que nous puissions en tenir compte. - - -C. LA CHRONIQUE LÉGENDAIRE - -En résumé, toute cette période fabuleuse se divisait en plusieurs -époques, celle des dieux cosmogoniques et organisateurs de l'humanité, -celle des demi-dieux dont le rôle très effacé a plutôt un caractère -transitoire, et enfin celle des hommes-rois; pour les Egyptiens -eux-mêmes, les souverains à partir de la IIme dynastie, donc les -demi-dieux, les mânes et les hommes formaient un seul grand groupe, -celui des _Shesou-Hor_, ou suivants d'Horus, auxquels Manéthon attribue -une durée totale de règne de 11.000 ans, tandis que les dieux eux-mêmes -auraient occupé le trône pendant 13.900 ans. Cela donnerait pour tous -les rois antérieurs à Ménès une somme de 24.900 ans, chiffre qui -paraissait très exagéré à Eusèbe, aussi préférait-il adopter -l'explication de Panodore, que ces années n'étaient autres que des -années lunaires de 30 jours, des mois, ce qui réduisait donc la durée -des rois mythiques à 2.206 ans. Cette interprétation fantaisiste est du -reste dénuée de tout fondement, et l'on voit qu'au papyrus de Turin il -s'agit bien d'années ordinaires, d'années solaires; si les chiffres ne -sont pas ici exactement les mêmes que ceux de Manéthon, ils leur -correspondent dans les grandes lignes. La somme totale des règnes est en -effet ici de 23.200 ans au lieu de 24.900, et sur des chiffres pareils -l'écart n'est pas très considérable; pour la période des Shesou-Hor, le -papyrus compte 13.420 ans, chiffre équivalant à peu près à celui que -donne Manéthon pour les dieux, et il est possible qu'il y ait eu une -interversion dans un des documents qu'il avait entre les mains. La -question a du reste peu d'importance pour nous, puisqu'il s'agit de -chiffres absolument fantaisistes. - -Les Egyptiens avaient donc au sujet de leurs origines une tradition qui -nous paraît simple et pleine de renseignements précis, si nous la -comparons à celles des autres peuples, souvent remplie de détails -charmants et inutiles, de digressions qui nuisent à la clarté de -l'ensemble, et font perdre facilement le fil conducteur. Ici c'est une -légende pour ainsi dire quintessenciée, prenant le monde à ses débuts, -l'humanité à sa création même, la suivant à travers les grandes -commotions géologiques qui bouleversèrent la vallée du Nil avant le -début de l'histoire. Nous pouvons, en coordonnant ces traditions, suivre -les progrès, le travail lent, mais sûr, de la civilisation que les -réactions brutales ne peuvent anéantir. Au commencement, ce sont les -dieux qui dirigent le mouvement progressif de l'humanité qu'ils ont -eux-mêmes mis en branle, puis peu à peu ils s'effacent, passant la main -à des êtres moins sublimes, moins éloignés par leur nature même de la -race qu'ils ont à gouverner, et enfin à de vrais hommes, arrachés -définitivement à la sauvagerie primitive et capables en une certaine -mesure, après des milliers d'années d'efforts, de s'affranchir de la -tutelle directe des dieux. Ces débuts des hommes furent obscurs et sans -doute difficiles, et il fallut encore de longs siècles avant que l'un -d'entre eux pût saisir d'une main ferme les rênes du pouvoir et donner à -l'Egypte cette puissante organisation qui devait durer plus longtemps -que celle d'aucun autre pays. Les rois locaux antérieurs à Ménès n'ont -pas laissé de traces dans l'histoire, mais il est possible qu'un certain -nombre de leurs noms aient été conservés: en effet, au premier registre -de la pierre de Palerme, on voit représentés toute une série de -personnages portant la couronne rouge, l'insigne des rois de la Basse -Egypte, au-dessus desquels sont gravés quelques signes qui peuvent fort -bien être des noms, mais des noms bizarres qui ne ressemblent guère aux -noms égyptiens ordinaires. Seka, Khaaou, Taou, Tesh, Neheb, Ouazand, -Mekha. Ce serait le seul document précis relatif à la fin de la période -légendaire, à ces rois memphites dont parle Manéthon. Quant aux rois de -la Haute Egypte, leurs compétiteurs, peut-être devons-nous en -reconnaître quelques-uns parmi les monuments d'Abydos qu'on attribue -généralement à la Ire dynastie: il s'y trouve en effet quelques noms de -rois difficiles à lire et à identifier et qui peuvent appartenir à -certains des prédécesseurs immédiats de Ménès. - -[Illustration: _Fig. 13._ Les enfants d'Horus (d'après BUDGE. _Pap. of -Ani_, pl. VIII).] - - - - -[Illustration: _Fig. 14._ Poignard en silex (d'après J. de MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _174_).] - - - - -CHAPITRE III - -L'ÉGYPTE ARCHAÏQUE - - -Les grands travaux exécutés dans la vallée du Nil au cours du siècle -dernier avaient amené la découverte d'un tel nombre de monuments datant -des époques historiques, édifices, sculptures, peintures, objets d'art, -inscriptions, instruments de toute sorte, que l'attention des -égyptologues devait nécessairement se concentrer sur ces restes -pharaoniques et ne pas aller chercher plus loin des documents dont, -malgré leur abondance considérable, on connaissait à peine l'existence -et dont surtout on ne pouvait encore soupçonner la valeur. On se -contentait de relever les grands monuments apparents, temples ou -tombeaux, de fouiller des nécropoles riches et le plus souvent bien -connues, on ne se livrait pas encore à une exploration méthodique du -pays et l'on n'accordait aucune attention à des objets sans grande -apparence, les silex taillés, que dans d'autres contrées on recueille -avec tant de soin et qu'ici on ne se donnait même pas la peine de -ramasser. Il est vrai cependant que des archéologues, comme Arcelin et -le Dr Hamy, au cours d'un voyage dans la vallée du Nil, en avaient réuni -un certain nombre et avaient cru pouvoir parler du préhistorique -égyptien et d'un âge de la pierre, d'après ces documents qui étaient du -reste trop insuffisants pour qu'on pût en tirer des conclusions -sérieuses; les égyptologues n'eurent donc pas de peine à leur prouver de -la façon la plus péremptoire que ces instruments n'avaient rien de -préhistorique: n'avait-on pas, en effet, trouvé des silex taillés dans -des tombes de la XIIme dynastie? - -La question semblait donc jugée et, si invraisemblable que cela paraisse -maintenant, on croyait qu'il n'existait en Egypte aucun monument, aucun -objet datant d'une époque antérieure à celle du fabuleux Ménès: les deux -premières dynasties humaines n'ayant laissé aucune trace autrement que -dans la tradition, à plus forte raison la période qui les précédait -devait-elle rester à jamais inconnue. On devait cependant admettre que -dans un pays où tout se conserve, comme l'Egypte, il eût été naturel -qu'on retrouvât quelque chose au moins des débuts d'une civilisation -aussi originale, et on en était venu, pour expliquer en une certaine -mesure cette lacune apparente, à émettre l'hypothèse que les ancêtres -directs des Egyptiens avaient pu se développer ailleurs, dans le -Bahr-bela-mà, par exemple, le fleuve sans eau, une vallée du désert -libyque, ou bien dans le pays des Somâlis ou plus loin encore. Par -conséquent, et malgré les affirmations catégoriques des Egyptiens -d'époque historique, la civilisation égyptienne ne pouvait être -autochtone: une lacune insondable devait précéder l'histoire, il ne -pouvait être question de paléolithique ni de néolithique, l'Egypte -n'avait jamais connu l'âge de la pierre, et tout au plus pouvait-on -considérer les premières dynasties comme appartenant à la période du -bronze. - -On en était là quand, vers 1896, cette théorie simpliste reçut de -plusieurs côtés à la fois un choc qui devait non seulement l'ébranler, -mais l'enterrer à tout jamais. A ce moment, des fouilles entreprises -dans des endroits encore inexplorés vinrent révéler à MM. Petrie et -Amélineau l'existence de civilisations très différentes de celles qu'on -connaissait, tandis que les recherches plus méthodiques de M. de Morgan -l'amenaient à la certitude qu'il s'agissait là d'une révélation -inattendue, celle du préhistorique égyptien auquel personne ne voulait -croire. Du même coup l'on voyait réapparaître les premiers habitants du -pays avec leurs armes de silex, leur céramique très particulière, leurs -tombeaux et même leurs villages, et les rois des deux dynasties encore -inconnues, avec le métal et les premiers monuments de l'écriture -hiéroglyphique. Les preuves étaient si évidentes qu'en peu de temps tous -les égyptologues se rallièrent aux nouvelles théories établies par M. de -Morgan, les confirmèrent et les complétèrent par d'autres recherches, si -bien que maintenant on peut se rendre compte de façon à peu près -certaine de ce qu'étaient les plus anciens occupants de la vallée du -Nil. - - -L'époque préhistorique ne se présente pas en Egypte, comme dans nos pays -européens, avec des divisions nettement marquées qui sont caractérisées -par les procédés employés dans la fabrication des armes et des outils et -par la forme même de ces derniers. A peine peut-on faire un groupe -distinct pour les instruments les plus anciens et les plus -rudimentaires, qui correspondent à peu près comme type et comme taille -à notre Chelléen, mais à partir de cette époque très reculée, tous les -silex présentent à peu de chose près le même caractère: si nous les -comparons aux silex européens, ils pourraient se ranger aussi bien dans -les séries paléolithiques que dans le néolithique. Les noms de -Moustérien, Solutréen, Magdalénien, qui s'appliquent chez nous à des -périodes bien définies, très différentes les unes des autres, ne -correspondent à rien en Egypte, et leur emploi n'aurait aucune raison -d'être pour tout ce qui concerne les origines de ce pays. - -Si donc nous mettons à part une première période, celle du paléolithique -proprement dit, une civilisation qui a dû être interrompue brusquement -par un cataclysme quelconque, nous trouvons ensuite des séries de -monuments préhistoriques qui, malgré leur grande variété, présentent une -parfaite homogénéité. Les seules différences que nous pouvons remarquer -dans la fabrication des outils de pierre sont de nature purement locale, -ainsi les silex du Fayoum ne sont pas les mêmes que ceux de Negadah, pas -plus que ceux d'Hélouan ne ressemblent à ceux d'Abydos ou d'autres -endroits, mais il n'y a pas lieu de tirer de ce fait des conclusions au -point de vue chronologique, car rien ne peut faire croire que les uns -soient antérieurs aux autres. Les ateliers employaient des procédés -légèrement différents, et surtout des modèles qui variaient d'un endroit -à l'autre; les uns, dans les lieux où les habitants se livraient -principalement à la chasse ou à la pêche, faisaient surtout des armes, -couteaux, pointes de lances, de javelots ou de flèches, tandis que les -autres, dans les centres agricoles, fabriquaient plutôt des outils, mais -ces différences sont de nature géographique et non historique, et on ne -peut en tenir compte pour scinder la période quaternaire en un plus ou -moins grand nombre d'époques distinctes. - -L'évolution de la céramique, chez les peuples primitifs, suit toujours -une marche parallèle à celle des instruments de pierre, et l'on peut, -par ce moyen, contrôler les conclusions fournies au point de vue -historique par l'étude de la forme et des procédés de fabrication des -silex. Il en est de même en Egypte, c'est-à-dire que dans le domaine de -la céramique archaïque, on remarque bien un développement, un progrès, -mais cette transformation est lente, graduelle, sans secousses. Les -anciens modèles cèdent la place à de nouveaux, mais pas de façon -brusque; ils coexistent pendant longtemps et se retrouvent les uns à -côté des autres dans les mêmes tombes. On peut arriver à constater que -tel type est plus ancien que tel autre, on ne peut dire qu'il -caractérise une époque ou une phase de la civilisation préhistorique. La -céramique égyptienne est du reste tout à fait spéciale et très -différente de toutes celles qu'on rencontre en Europe aux époques -primitives, aussi n'y retrouve-t-on aucun des caractères spécifiques qui -permettent aux préhistoriens de classer ces dernières: les potiers -égyptiens avaient poussé cet art à un haut degré de perfection dès les -plus anciens temps, et nous leur devons des séries très variées, tant au -point de vue de la technique que de la forme et de la décoration. - -La céramique, qui est un des éléments les plus importants pour la -classification des restes préhistoriques, ne donne donc lieu ici à aucun -rapprochement, et nous devons nous en tenir aux données que nous -fournissent les armes et les outils de pierre; or nous avons vu que tous -ces objets sont en pierre taillée et qu'ils se rattachent, pour les -formes comme pour les procédés de taille à nos instruments -paléolithiques et néolithiques en silex, tout spécialement aux types du -Solutréen et du Moustérien. Ce qui caractérise chez nous la période -néolithique, l'âge de la pierre polie, manque absolument en Egypte: on -a récolté dans ce pays, pendant ces dernières années, des centaines de -mille et peut-être des millions de silex, et dans cette masse énorme on -aurait peine à trouver cent haches polies, ou autres outils pouvant -rentrer dans la même catégorie. Nous ne constatons cependant aucune -solution de continuité entre la période dite préhistorique et celle des -débuts de l'histoire, aussi pouvons-nous dire avec certitude que non -seulement il n'y a pas de divisions spéciales à établir dans l'époque -paléolithique, mais qu'il n'y a même pas lieu de distinguer celle-ci de -l'âge néolithique. Si donc nous devions conserver ces deux noms qui ont -une certaine valeur pratique pour la classification, il faudrait leur -donner, pour tout ce qui concerne l'Egypte, un sens un peu différent de -celui qu'ils ont pour l'Europe, réserver le mot paléolithique aux objets -les plus anciens, à ceux qui pour la forme et la facture se rapprochent -du chelléen, et ranger tout le reste dans l'âge néolithique ou même -plutôt énéolithique qui précède immédiatement l'âge historique. - -Dans nos pays septentrionaux, où le développement des peuples suivit une -marche toute différente, on range encore dans le préhistorique la -période des métaux et l'on fait succéder l'âge du cuivre, l'âge du -bronze, puis l'âge du fer, à celui de la pierre. Ici il n'y a aucune -distinction semblable à établir puisque les dynasties thinites suivent -immédiatement l'âge de la pierre, sans aucune transition apparente: les -Egyptiens prédynastiques sont déjà en possession des métaux, ou tout au -moins du cuivre qu'ils emploient presque sans alliage et qu'ils arrivent -peu à peu à travailler avec la plus grande habileté, en même temps -qu'ils poussent l'industrie du silex à un degré de perfection qui ne fut -atteint en aucun endroit du monde. C'est donc au cours de l'époque -précédant immédiatement l'histoire que les Egyptiens apprirent à -connaître le cuivre, dont l'usage ne remplaça que très lentement celui -de la pierre taillée; c'est aussi tout à fait graduellement que les -métallurgistes arrivèrent à doser les alliages grâce auxquels ils -devaient obtenir le bronze, très supérieur au cuivre pur. Quant au fer, -nous n'avons aucun document qui nous permette de fixer l'époque à -laquelle il fut introduit dans la vallée du Nil. Il n'y a donc en Egypte -ni âge du cuivre, ni âge du bronze, ni âge du fer, à proprement parler: -la première de ces trois divisions se confond avec la période -prédynastique, et les deux autres, qui ne sont pas nettement -caractérisées, appartiennent à l'époque historique. - -Ménès, le fondateur de la monarchie pharaonique, symbolise pour nous le -début d'une civilisation nouvelle, l'organisation définitive du pays, et -les premiers documents écrits qui paraissent à ce moment-là, montrent -bien qu'une ère nouvelle commence. La transformation ne s'opéra -cependant pas d'une façon subite dans tous les domaines, elle se fit -graduellement, lentement, comme dans les périodes précédentes, car -l'Egypte a toujours été et sera sans doute toujours le pays le moins -révolutionnaire qu'il y ait au monde. Dans la vie civile surtout, que -nous connaissons fort bien, puisque une grande quantité d'objets de -toute sorte nous sont parvenus, le progrès est presque insensible, la -céramique est à peu près la même qu'auparavant, à peine un peu détrônée -par l'usage toujours plus répandu des vases de pierre, et l'on devait -continuer pendant de longs siècles encore à fabriquer des armes et des -outils en silex, bien qu'on connût déjà fort bien les instruments de -métal, dont la supériorité était évidente. Enfin, si les rois et les -grands personnages commencent à se faire construire des tombeaux -monumentaux et adoptent des coutumes funéraires plus compliquées, les -populations rurales continuent à creuser à la limite des sables du -désert de petites fosses pour leurs morts, qu'ils ensevelissent -accroupis et couchés sur le côté, ou démembrés complètement, avec le -même mobilier funéraire que par le passé. - -J'ai employé jusqu'ici, pour désigner les âges primitifs de l'Egypte, le -mot de préhistorique, mais, en ce qui concerne ce pays, ce mot a une -signification trop précise et indique une scission trop nette avec le -temps où commence l'histoire proprement dite; or, comme nous l'avons vu, -cette scission n'existe pas en Egypte. Le terme d'âge de pierre ne -convient pas non plus, puisque l'emploi des instruments de silex est -encore constant sous les premières dynasties et se perpétue jusqu'au -Moyen Empire. J'adopterai donc dorénavant un terme plus élastique et -dont le sens est néanmoins très clair, celui de _période archaïque_, -qu'on emploie maintenant de préférence, et je diviserai cette période en -deux groupes comprenant, l'un, les âges les plus anciens, l'_éolithique_ -et le _paléolithique_, l'autre, l'époque beaucoup plus connue, précédant -immédiatement les dynasties, et qu'on peut appeler _prédynastique_. - - -_I. PALÉOLITHIQUE_ - -Les vestiges des tout premiers habitants de l'Egypte sont rares et -incertains. La tendance actuelle est de rechercher partout la trace de -l'homme tertiaire; à défaut de preuves absolument convaincantes de son -existence, comme le serait la découverte d'un squelette dans une couche -géologique appartenant à cette période, on voudrait retrouver des -indices de son activité sur la terre, aussi a-t-on créé la classe des -_éolithes_, les instruments de l'homme antérieur à l'âge paléolithique. -Ces éolithes sont de simples galets de silex ou des éclats accidentels -sur lesquels on remarque ou croit remarquer des traces d'usage, et qui -auraient été les premiers instruments de l'homme alors qu'il ne savait -pas encore tailler la pierre et devait se contenter des éclats naturels, -plus ou moins appropriés à ses besoins, qu'il trouvait sur le sol. Ce -n'est pas ici le lieu de discuter cette théorie toute générale, qui est -encore très sujette à controverse; nous nous bornerons à constater -qu'elle a aussi été appliquée à l'Egypte et qu'on a recueilli dans ce -pays un certain nombre d'échantillons de ces éolithes qui ont évidemment -pu être employés par des hommes encore à l'état de sauvagerie, comme -marteaux, grattoirs ou couteaux, bien que rien ne le prouve de façon -absolue. - -[Illustration: _Fig. 15-18._ Instruments paléolithiques (d'après J. de -MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _17_, _24_, -_20_, _31_).] - -Les silex taillés du type chelléen se retrouvent non seulement en -Europe, mais un peu partout, en Palestine, aux Indes, chez les Touaregs; -on en rencontre aussi en Egypte, sinon en grande abondance, du moins -assez fréquemment. L'objet le plus caractéristique de cette époque est, -ici comme dans les autres gisements, le coup-de-poing, un grand galet de -silex amygdaloïde, sur lequel on a enlevé par percussion de gros éclats, -de manière qu'une des extrémités forme une pointe plus ou moins -prononcée, tandis que l'autre reste arrondie et épaisse, et sert de -poignée. A côté de cet instrument qui en même temps est une arme -dangereuse, on trouve encore des outils plus petits, ayant pu servir de -hachettes ou de racloirs; et surtout des pointes ou poinçons, parfois -très aigus, du même travail un peu rudimentaire, sans retouches fines. - -Ces silex se trouvent soit à la surface du sol, sur les plateaux -couronnant les premiers contreforts du désert et au sommet des petits -monticules qui sont situés un peu au-dessous, soit dans les alluvions -entraînées par les pluies jusque dans la vallée, très rarement dans la -zone sablonneuse qui sépare les terres cultivables de la montagne. On en -a découvert depuis les environs de la 1re cataracte jusque près du -Caire, ainsi que sur les routes qui conduisent à travers le désert vers -les oasis, et enfin, ce qui est plus important au point de vue de la -date, dans les alluvions très anciennes, contemporaines du commencement -de l'époque quaternaire, qui est en effet le moment où l'on place l'âge -chelléen. D'après la position où ont été trouvés ces silex, on pourrait -conclure que les Egyptiens primitifs habitaient de préférence, non pas -dans la vallée même, mais sur les monticules avoisinants et sur la crête -des montagnes peu élevées qui bordent le désert. Nulle part on ne voit -de traces d'habitations construites; ils devaient donc vivre soit en -plein air, soit sous de légers abris en branchages. C'est sur ces -plateaux, où les indigènes trouvaient en abondance les rognons de silex -qui servaient à la fabrication de leurs outils, qu'ils établissaient -leurs ateliers de taille: ainsi le plateau qui sépare la Vallée des Rois -du cirque de Deir-el-Bahari, en face de Louxor, où l'on trouve encore en -quantité des éclats n'ayant sans doute jamais servi et qui doivent être -considérés comme des déchets de fabrication. La réalité est sans doute -un peu différente, et si nous ne sommes pas mieux renseignés sur cette -population primitive, sur son habitat et ses coutumes funéraires, c'est -pour la raison qu'elle est antérieure à un de ces bouleversements -géologiques qui dévastèrent et dépeuplèrent une partie du monde et qui -sont restés célèbres dans la tradition sous le nom de Déluge. L'Egypte -en particulier fut atteinte, la vallée fut entièrement submergée pendant -une période dont nous ne pouvons évaluer la durée et toute trace -d'occupation humaine fut effacée; les hauts plateaux stériles et le -désert émergeaient encore, mais nous ne savons si quelques restes de la -population purent s'y maintenir pour former le noyau de la race -égyptienne prédynastique, ou si celle-ci vint d'ailleurs quand la région -redevint habitable. - - -_II. PRÉDYNASTIQUE_ - -A. MONUMENTS - -Autant cette première période est encore obscure, autant les documents -abondent pour celle qui la suit, et qui, précédant immédiatement -l'époque historique, est souvent désignée par le nom de _prédynastique_. -Ces documents peuvent se classer en trois catégories, dont les données -combinées nous fournissent des renseignements d'ensemble et même de -détail sur l'état de la vallée du Nil avant les Pharaons. Ce sont -d'abord les objets épars à la surface du sol, les silex, puis les -vestiges des établissements humains, monticules de débris où l'on -reconnaît la trace des villages primitifs, et enfin les tombeaux qui -nous donnent, en plus des renseignements anthropologiques, des lots très -considérables de céramique, l'élément le plus important pour la -classification générale. Nous prendrons l'un après l'autre chacun de ces -points avant d'aborder l'ethnographie proprement dite, l'étude de la -race prédynastique et de sa civilisation. - -[Illustrations: _Fig. 19-21._ Haches et herminettes en silex (d'après J. -de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _91_, -_60_, _73_).] - - -_Silex_ - -Les couches sédimentaires qui bordent la vallée du Nil sont extrêmement -riches en rognons de silex, qui atteignent parfois de très grandes -dimensions; sur les plateaux, le sol est couvert de galets de silex, -d'agate et de cornaline. Naturellement la qualité de la pierre varie -suivant les endroits, mais partout elle se prête à la taille et les -premiers habitants du pays avaient sous la main, d'un bout à l'autre du -pays, la matière première de laquelle ils pouvaient tirer leurs armes et -leurs outils. C'est vers le nord de l'Egypte, au Fayoum en particulier, -que le silex est le moins abondant, mais les cailloux du diluvium -peuvent le remplacer, et les indigènes en ont tiré un très bon parti. - -[Illustrations: _Fig. 22-25._ Couteaux et grattoirs en silex (d'après J. -de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _106_, -_123_, _98_, _153_).] - -Quelle que soit la matière employée, qu'il s'agisse du beau silex blond -translucide d'Abydos, du silex brun de Louxor ou du grossier galet du -Fayoum, le procédé de taille est toujours le même, et ne diffère pas de -celui qui a été en usage dans le monde entier. Le _nucleus_, ou noyau -préparé pour l'enlèvement des éclats, s'obtenait d'une façon très -simple: on brisait une partie d'un rognon de silex ou d'un galet, de -manière à déterminer une surface unie servant de plan de frappe, puis on -enlevait des éclats normalement à cette surface, en se servant d'un -percuteur, boule de pierre dure employée comme marteau; les premiers -éclats, portant une partie de la gangue, étaient mis au rebut, et les -suivants employés pour divers usages selon leur forme et leur dimension; -ceux qui étaient longs et minces devenaient des couteaux, ceux qui -étaient épais et larges, des haches ou des herminettes, les petits -donnaient des ciseaux, des poinçons, des pointes de flèches; tous -devaient subir de longues et soigneuses retouches. On travaillait ces -éclats soit par percussion, soit par pression le long des arêtes au -moyen d'un autre silex, et les Egyptiens étaient arrivés très loin dans -cet art et modelaient pour ainsi dire leurs silex au moyen de ces -petites retouches, de manière à leur donner exactement la forme voulue. -A côté de ces instruments, certains éclats, très minces et naturellement -tranchants, pouvaient être utilisés, presque sans retouches, comme -outils, grattoirs ou couteaux. - -[Illustrations: _Fig. 26-29._ Pointes de flèches en silex (d'ap. J. de -MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _176_, _190_, -_181_, _185_).] - -On trouve de tout cela dans les gisements de silex égyptiens, sur la -bande sablonneuse qui s'étend d'un bout à l'autre du pays, entre les -terres arrosées et cultivées et les premiers contreforts de la montagne: -d'abord les percuteurs, boules qui ont en général la grosseur d'une -pomme et qui portent des traces très évidentes d'usage, puis les nuclei -à tous les états, depuis celui qui a été mis au rebut après qu'on en eut -détaché quelques éclats seulement, jusqu'à celui qui, complètement -épuisé, n'est plus qu'un petit noyau conique à facettes; ensuite les -éclats eux-mêmes, les uns, informes ou mal venus, rejetés comme -inutilisables, les autres, très tranchants et sans retouches ou -retravaillés seulement à une extrémité; enfin les outils brisés au cours -de la fabrication par suite d'un accident, et ceux qui portent la trace -d'un long emploi ou qui, très usés, ont été retaillés pour pouvoir être -employés de nouveau. - -Chaque localité, chaque gisement a pour ainsi dire son propre type, ou -ses types de silex taillés, et l'on ne peut en tirer des conclusions au -point de vue de la classification chronologique; il est possible, -probable même, que dans beaucoup de ces endroits, la fabrication se soit -continuée sans grande modification, pendant des siècles ou des milliers -d'années, comprenant non seulement toute la période archaïque, mais -empiétant aussi sur les époques historiques. Nous aurons l'occasion de -revenir plus loin sur les différents modèles d'outils et d'armes, sur -leurs formes et leur emploi. - - -_Villages_ - -Dans les mêmes régions, en bordure de la vallée, à la lisière du désert, -on remarque en certains endroits de légères surélévations qui se -distinguent à peine du sable environnant par une teinte un peu plus -foncée. Quelques coups de pioche suffisent pour constater qu'il y a là -quelque chose de tout à fait analogue à ce que dans nos stations -préhistoriques européennes, celles du Danemark en particulier, on -appelle des _Kjoekkenmoeddings_, ou «débris de cuisine»; ce sont en -effet des vestiges d'établissements humains, datant d'une époque où les -populations étaient déjà plus ou moins sédentaires, mais où elles ne -savaient pas encore construire de vraies maisons: ces restes sont -beaucoup trop importants pour être ceux de simples campements -provisoires et passagers, et contiennent des quantités de détritus qui -ont dû mettre fort longtemps à s'amonceler. D'un autre côté on ne -rencontre pas dans ces monticules de décombres la moindre trace de mur, -ni en pierre, ni en briques crues, ni même en terre pilée: les -constructions devaient donc être très légères, en bois ou même en -branchages, de simples huttes du modèle le plus primitif, suffisantes du -reste dans un climat aussi chaud. - -Ces amas de détritus ne renferment guère d'objets en bon état, à part -quelques outils de silex, mais ils nous livrent des renseignements très -importants sur la vie même de ces peuplades de l'Egypte prédynastique; -os d'animaux d'après lesquels on peut, en partie, reconstituer la faune -de l'Egypte à cette époque, excréments de bestiaux montrant qu'on -s'occupait d'élevage, traces de céréales grâce auxquelles nous apprenons -qu'on connaissait déjà l'agriculture. Ces documents qui ont si peu -d'apparence et paraissent négligeables sont donc extrêmement précieux, -puisqu'ils font connaître les occupations ordinaires, la nourriture, la -vie privée des premiers Egyptiens. - - -_Tombeaux_ - -Si nous ne connaissons qu'un petit nombre de ces restes de villages, -dont la plupart ont dû entièrement disparaître ou bien sont trop peu -apparents pour qu'on puisse les distinguer, nous avons en revanche une -quantité considérable de sépultures appartenant à la même époque. Ces -tombes ne sont jamais isolées, mais forment des nécropoles plus ou moins -vastes, situées elles aussi au bord du désert, près des terrains -cultivés, donc à proximité immédiate des habitations des vivants: en -effet, chaque fois que nous reconnaissons l'emplacement d'un -kjoekkenmoedding, nous sommes sûrs de trouver à peu de distance, -quelques centaines de mètres à peine, un cimetière qui est -vraisemblablement celui des habitants du village. - -[Illustration: _Fig. 30._ Tombeau prédynastique (d'après AYRTON. -_El-Mahasna_, pl. VI, fig. _26_).] - -Ces nécropoles d'un type tout spécial ont très longtemps passé -inaperçues et elles semblent en effet, au premier abord, fort difficiles -à reconnaître. C'est avec le jour frisant du soir ou du matin qu'on peut -le mieux distinguer ces groupes de dépressions très légères, à peine -perceptibles en plein soleil, qui sont à la surface plus ou moins -inégale du terrain le seul indice extérieur des tombeaux archaïques. Les -sépultures sont de simples fosses creusées dans les bancs de cailloux -roulés qui s'étendent au pied de la montagne et qui forment un terrain -suffisamment consistant pour qu'il ne fût pas nécessaire de soutenir, -au moyen d'un mur ou d'un enduit, les bords de l'excavation: leur forme -générale est irrégulière, à peu près ovale ou même presque ronde, et -leur profondeur d'un mètre à deux au plus, tandis que l'ouverture -dépasse à peine un mètre cinquante dans sa plus grande dimension. A côté -de celles-là il en existait de plus grandes, à peu près rectangulaires -et atteignant jusqu'à quatre mètres sur deux, sans que la profondeur en -soit augmentée. Après l'ensevelissement, les grandes comme les petites -fosses étaient simplement comblées avec du sable et des galets et se -confondaient avec le terrain environnant; il n'y a jamais la moindre -superstructure, pas même une pierre tombale. - -[Illustration: _Fig. 31._ Tombeau prédynastique (d'ap. J. de MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _464_).] - -Les dimensions des petites tombes, qui sont de beaucoup les plus -nombreuses, ne permettaient pas d'y déposer le mort étendu tout de son -long, comme on le fit plus tard pour les momies aux époques historiques; -les coutumes funéraires étaient en effet très différentes et nous -pouvons distinguer deux stages, deux modes d'ensevelissement qui -semblent correspondre à deux périodes. Dans les plus anciennes -sépultures, le mort est couché sur le côté gauche, dans la position -dite embryonnaire ou assise, c'est-à-dire avec les membres repliés de -manière que les mains se trouvent devant la figure, les genoux à la -hauteur de la poitrine et les pieds près du bassin. Etant donnée -l'orientation des tombeaux, qui du reste n'est pas partout -rigoureusement exacte, la tête est généralement au sud la face tournée -vers l'ouest. - -[Illustration: _Fig. 32._ Tombeau prédynastique (d'après J. de MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _468_).] - -Le deuxième mode d'inhumation, qui paraît être un peu plus récent, -quoique appartenant toujours à la période prédynastique, est beaucoup -plus curieux: ici, et la chose a été constatée dans de très nombreuses -tombes, le corps était entièrement démembré avant d'être déposé dans la -fosse; les os ne sont ni cassés ni coupés, mais ils sont placés -pêle-mêle, et souvent il en manque un certain nombre. Il ne s'agit pas -d'un dépècement du mort au moment du décès, ni de cannibalisme, comme on -pourrait le croire, mais d'une coutume qui se retrouve ailleurs qu'en -Egypte, dans tout le bassin de la Méditerranée, en Crète, dans les îles -de l'Archipel, au sud de l'Italie, celle de l'inhumation secondaire: on -enterrait provisoirement le mort, puis au bout de deux ou trois ans, -quand les chairs s'étaient putréfiées et désagrégées, on l'exhumait et -on rassemblait les os pour les déposer dans le tombeau définitif. La -transition entre ces deux coutumes funéraires, qui paraissent si -différentes, est marquée par certaines tombes où le corps est replié et -couché sur le côté, mais où la tête est séparée du tronc et posée -n'importe où, à côté du bassin, par exemple. Les vertèbres étant -intactes, il ne peut être question de décapitation brutale, mais il -s'agit sans doute simplement d'inhumations secondaires où l'on n'avait -pas pratiqué la désarticulation complète. - -Avant de les déposer dans le tombeau, on cousait les corps dans des -peaux de gazelle ou bien on les enveloppait dans des nattes de jonc; sur -quelques os, on a même relevé des traces de bitume, et nous pouvons sans -doute reconnaître dans ce fait la première tentative de momification. -Dans les tombes à inhumation secondaire, les cadavres démembrés étaient -parfois enfermés dans de très grands vases larges du bas, avec une -petite ouverture seulement à la partie supérieure, ou dans de vraies -cistes rectangulaires en argile crue. Ailleurs un vase d'une forme toute -différente, sorte d'immense coupe très profonde, est posé à l'envers sur -le corps replié et le recouvre complètement. Enfin, quelques-unes des -grandes tombes renfermaient non pas un seul, mais deux et même trois -cadavres, simplement posés les uns sur les autres, et dans les -sépultures à inhumation secondaire on rencontre quelquefois deux crânes -et un nombre d'os très insuffisant pour former deux corps, ou le -contraire. - -Si, dans la plupart des nécropoles, les tombes à corps replié sont -nettement séparées de celles à corps démembré, il en est d'autres où les -divers types de sépulture sont mélangés, aussi ne pouvons-nous savoir -avec une certitude absolue si ces deux modes d'inhumation appartiennent -à deux races ou à deux époques différentes. Il semble cependant que nous -devions adopter la deuxième hypothèse plutôt que la première, bien que -les anthropologistes ne soient pas encore arrivés à des résultats très -concluants au sujet de la question des races. Les os sont presque -toujours bien conservés, et on a recueilli une très grande quantité de -crânes en bon état, dont beaucoup même portent encore leurs cheveux, et -qui peuvent être l'objet de mensurations très exactes, aussi -pouvons-nous avoir l'espoir d'être une fois au clair sur cette question -si importante. - - -_Mobilier funéraire_ - -Le mobilier funéraire est plus ou moins riche suivant les tombes, et -comporte des objets de plusieurs espèces disposés au fond de la fosse, -autour du mort. Le choix même de ces objets montre clairement que ces -Egyptiens d'avant l'histoire se faisaient déjà des idées très précises -sur la vie d'outre-tombe et croyaient à la survivance, sinon de l'âme, -du moins de la personnalité des défunts: pour leur assurer la -subsistance matérielle, la nourriture, on mettait à côté d'eux des vases -contenant des vivres, des grains, des viandes, et sans doute aussi de -l'eau ou d'autres liquides dont nous ne retrouvons naturellement plus -trace; des armes leur permettaient de lutter contre les ennemis qu'ils -pouvaient rencontrer dans l'autre monde, et des ornements de corps, de -se parer comme ils le faisaient sur la terre. - -Les vivres que le mort emportait avec lui dans la tombe étaient surtout -des viandes, et spécialement des têtes et des gigots de gazelle, dont on -retrouve fréquemment les os à côté du squelette du défunt; les végétaux -sont moins bien conservés, mais on reconnaît encore au fond des vases, -et surtout des vases en terre grossière, des traces non équivoques de -céréales, d'orge en particulier. Ces renseignements ne font du reste que -confirmer ceux que nous donnent les kjoekkenmoeddings. - -On ne trouve pas des armes dans tous les tombeaux, et dans ceux qui en -contiennent, elles ne sont jamais qu'en petit nombre; généralement même -il n'y en a qu'une seule, placée à portée de la main du mort, devant sa -figure. Ces armes sont par contre d'une grande beauté et d'une exécution -très supérieure à celle des silex qu'on trouve à la surface du sol: ce -sont le plus souvent de longues lances droites finement retouchées qui -pouvaient servir de poignards, des couteaux légèrement recourbés, au -tranchant très affilé, des pointes de lances ou de javelots à double -pointe et à tranchant, ou de forme lancéolée, et parfois des pointes de -flèches. Les outils tels que racloirs, grattoirs, poinçons, sont très -rares dans les tombes, mais, par contre, on trouve des instruments de -pêche, comme des harpons, et ce fait permet de supposer que les armes -données au mort étaient destinées, non seulement à le mettre à même de -réduire par la force les ennemis qui pouvaient se trouver sur son -chemin, mais surtout à lui permettre de chasser et de pêcher dans -l'autre monde, tant pour assurer sa subsistance que comme délassement. - -[Illustration: _Fig. 33._ Couteau en silex (d'après J. DE MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _128_).] - -Les objets d'ornement sont abondants, mais presque toujours très -simples, exécutés de façon sommaire dans des matières qui n'ont rien de -précieux: ainsi les colliers à plusieurs rangs qui tombaient sur la -poitrine étaient composés de perles irrégulières de forme et de -grosseur. Ces perles, en terre cuite, en calcaire, en pierres dures, -telles que la cornaline, l'agate, le silex, étaient presque toujours -travaillées de façon grossière et malhabile; on en trouve aussi qui sont -faites de morceaux de coquilles ou de petits oursins fossiles, percés -d'un trou. Les bracelets sont plus soignés, ils sont soit en nacre, soit -en ivoire, et on les obtenait en sciant la partie inférieure d'une dent -d'éléphant à l'endroit où elle est creuse, ou le bas d'une grande -coquille univalve de la famille des trochidés; d'autres enfin sont en -silex, évidés avec une dextérité qui montre jusqu'à quel point ces -populations avaient poussé l'industrie de la pierre taillée. Les femmes -portaient des peignes hauts et étroits en ivoire ou en os, dont la -partie apparente, au-dessus de la chevelure, était généralement -surmontée d'une figure ornementale. Enfin un certain nombre de -pendeloques, percées d'un trou, également en os ou en ivoire, parfois en -pierre, servaient en même temps d'ornements et d'amulettes. - -[Illustrations: _Fig. 34-36._--Plaques de schiste (d'après PETRIE. -_Diospolis parva_, pl. XI et XII).] - -Dans beaucoup de sépultures on voit à côté de la tête du mort une plaque -en schiste vert qui affecte les formes les plus diverses; les unes sont -taillées en losange, en rectangle ou en carré, les autres découpées de -manière à imiter le profil d'un animal, hippopotame, tortue, poisson, -oiseau. La signification de ces objets est encore très incertaine, bien -que d'habitude on les considère comme des palettes à broyer le fard vert -qu'hommes et femmes se mettaient autour des yeux, à cause d'une petite -dépression qui existe en effet sur certaines des plaques en losange et -qui contient parfois des traces de couleur verte; la forme étrange -donnée à beaucoup de ces plaques, le fait qu'elles sont percées d'un -trou de suspension, les décorations animales gravées à la pointe, qui -les ornent quelquefois, et surtout l'analogie avec les grandes plaques -de schiste d'époque thinite, qui étaient couvertes de sculptures et se -trouvaient déposées dans les sanctuaires et non dans les tombes, -m'engagent à y voir des talismans ou des sortes de fétiches plutôt que -des objets usuels. - -C'est sans doute aussi à titre de talisman qu'on déposait parfois dans -les tombes des figurines d'hippopotame en argile: le monstre mis ainsi -au service du mort pouvait lui rendre bien des services et le protéger -de bien des dangers. - - -_Céramique_ - -C'est également des tombeaux que sont sorties ces séries -extraordinairement complètes de vases qui nous permettent d'établir une -certaine classification dans la période prédynastique, ou tout au moins -de suivre en quelque mesure le développement de la civilisation. Toute -cette céramique, qui est particulière à l'Egypte et qu'on ne peut -comparer à celle d'aucun autre pays, dénote, dès l'apparition des plus -anciens exemplaires, une habileté remarquable et une longue pratique du -métier chez les potiers égyptiens: les vases sont absolument réguliers -de forme et d'épaisseur et il faut un examen minutieux pour arriver à -reconnaître qu'aucun n'a été fait au tour et que tous sont modelés à la -main. - -[Illustrations: _Fig. 37-41._ Vases rouges à bord noir (d'après AYRTON. -_El-Mahasna_, pl. XXVIII et XXX).] - -Le plus ancien type est celui de la poterie rouge à bord noir, qui est -extrêmement fréquent et comprend des vases de plusieurs formes: la coupe -profonde, le gobelet, le vase ovoïde à fond plat ou pointu, à large -ouverture. Ces vases sont faits en une sorte d'argile très fine mélangée -de sable, enduits à l'extérieur d'une légère couche d'hématite et -lissés au polissoir, puis cuits dans un feu doux, posés l'ouverture en -bas sur les cendres du fourneau; la cuisson faite de cette manière donne -une pâte légère et friable; la couverte exposée à une chaleur plus forte -près de l'orifice se désoxyde en cet endroit et devient d'un beau noir -très brillant, tandis que le reste du vase garde la teinte rouge foncé. - -[Illustrations: _Fig. 42-46._ Poterie rouge (d'après AYRTON. -_El-Mahasna_, pl. XXXI et XXXII, et PETRIE. _Diospolis parva_, pl. -XIV).] - -La poterie rouge uniforme est exactement semblable à l'autre comme -matière, mais le procédé de cuisson, un peu différent, empêche la -formation du bord noir; tout le vase reste alors extérieurement d'une -couleur absolument régulière, d'un beau rouge lustré. Ce type de poterie -qui est, à peu de chose près, contemporain du type rouge à bords noirs, -présente des formes un peu différentes: à côté de l'écuelle creuse et du -vase ovoïde, on trouve la bouteille ventrue à fond plat et à col étroit -et le petit vase globulaire. A un certain moment, on employa ce genre de -céramique pour faire des vases de formes bizarres, les uns aplatis, les -autres jumelés, d'autres encore en forme de poisson ou d'oiseau; ce ne -fut du reste là qu'une mode qui ne se prolongea que sur une période -assez brève. - -[Illustrations: _Fig. 47-49._ Vases rouges à décor blanc (d'après J. DE -MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. II et III).] - -Un autre dérivé de cette céramique rouge, qui est presque aussi ancien -qu'elle mais ne dura pas aussi longtemps, est la céramique rouge à décor -blanc. Le fond est toujours d'un beau rouge lustré sur lequel se -détache, en lignes blanches mates, une ornementation empruntée au -travail de la vannerie, chevrons, lignes pointillées et entre-croisées, -et parfois même quelques représentations animales très sommaires. Les -formes employées de préférence pour ce genre de poterie sont les coupes -profondes, arrondies ou à fond plat, et les vases allongés, renflés à la -partie inférieure, parfois très étroits du haut. - -[Illustration: _Fig. 50_ et _51_. Vases à cordon (d'après AYRTON. -_El-Mahasna_, pl. XXXIII).] - -La poterie blanche, qui est en réalité plutôt d'un jaune rosé est plus -récente et se perpétue jusqu'à l'époque thinite. La pâte en est plus -fine, en argile moins mélangée de sable, la cuisson meilleure; quant aux -formes elles sont peu variées. Il n'y a en somme guère qu'un type, qui -va en se transformant progressivement: les vases les plus anciens sont -presque globulaires avec une ouverture très étroite et deux petites -saillies serpentant sur la panse et formant anses. Peu à peu, la panse -se rétrécit, l'ouverture s'agrandit, les saillies s'allongent et se -rejoignent pour former un cordon circulaire en relief et finalement le -vase devient cylindrique. Parfois il est décoré de traits rouges -entre-croisés. - -[Illustrations: _Fig. 52-54._ Vases peints (d'après J. DE MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. V et VII).] - -[Illustration: _Fig. 55._ Vase peint (d'ap. PETRIE. _Naqada and Ballas_, -pl. XXXIV, no _45_).] - -La classe la plus intéressante de la céramique archaïque est -certainement celle des vases décorés de peintures rouges, qui sont -semblables comme pâte et comme cuisson à ceux de la catégorie -précédente, mais dont la facture est plus soignée et les formes -différentes. Ces vases sont globulaires, souvent presque aussi larges -que hauts, avec un fond plat, une ouverture assez large et de toutes -petites anses percées d'un trou servant à les suspendre; d'autres sont -sphéroïdes, un peu aplatis, et munis des mêmes petites anses. Ces -derniers, décorés de cercles concentriques ou de points rouges, imitent -les vases en pierre dure que nous voyons rarement à cette époque mais -que nous retrouverons à la période thinite en grande abondance, tandis -que les autres, qui portent de petits traits horizontaux ou des lignes -droites ou sinueuses, rappellent plutôt les ouvrages en vannerie. Enfin -sur les plus grands de ces vases, on trouve une décoration d'un -caractère tout différent, mais toujours tracée en rouge au pinceau, avec -une assez grande sûreté de main: ce sont soit des végétaux, des aloès -plantés dans des vases, soit des théories d'animaux, autruches ou -chèvres sauvages, soit encore des représentations qui paraissent figurer -de grands bateaux avec leurs rames, leurs enseignes, leurs -superstructures, plutôt que, comme on l'a cru, des villages ou des -fermes. - -[Illustrations: _Fig. 56 et 57._ Poterie grossière (d'ap. J. DE MORGAN. -_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _425_ et _433_).] - -Il faut encore citer deux autres classes de poteries, et d'abord celle -des vases en terre brunâtre grossière, façonnés sans grand soin pour les -usages de la vie courante, et qui affectent diverses formes; on ne voit -guère ces pots et ces cruches que dans les derniers temps de la période -archaïque. Quant aux vases en terre noire ou brun foncé, à décor incisé -et rempli d'une pâte blanchâtre, dont on ne trouve que de rares -exemplaires en Egypte, à cette époque aussi bien que sous l'Ancien et le -Nouvel Empire, ils n'ont rien d'égyptien, mais appartiennent à un type -connu, répandu surtout dans les pays au nord de la Méditerranée. Il -s'agit donc d'objets d'importation dont ni la matière, ni la facture, ni -la décoration en lignes droites irrégulières et en points, n'ont de -rapport avec quoi que ce soit qui provienne de la vallée du Nil. - -Nous avons vu des vases en terre, de forme globulaire ou sphéroïde dont -la décoration prétendait imiter la matière de ces vases en pierre dure -que nous trouverons en grande abondance sous les deux premières -dynasties. Ces vases de pierre devaient donc nécessairement exister à la -période prédynastique, mais ceux qui nous sont parvenus sont en nombre -extrêmement restreint. C'étaient sans doute des ustensiles très -précieux, et cette raison suffit pour expliquer les imitations peintes. -Par contre, les matières moins dures que le porphyre ou le basalte et -qui se laissent plus facilement travailler, comme le calcaire et -l'albâtre, sont déjà d'un emploi très fréquent, et les indigènes y ont -taillé avec habileté des vases cylindriques et des coupes de toutes -formes et de toutes dimensions. - - -B. CIVILISATION - -Après avoir ainsi passé en revue les nombreux documents que nous -possédons maintenant sur la période archaïque, il nous reste à voir -quels sont les renseignements utiles que nous pouvons en tirer pour la -connaissance des Egyptiens prédynastiques et de l'état de leur -civilisation. - - -_Le pays_ - -Aujourd'hui la vallée du Nil forme une longue et étroite plaine de -terres cultivables, bordée des deux côtés par le désert ou la montagne; -tout le terrain irrigable est utilisé et uniformisé. Cet état est dû non -seulement au Nil fertilisateur, mais encore et surtout à la main des -hommes qui, après des siècles de travail, sont arrivés à rendre -productif jusque dans ses moindres recoins leur fertile petit pays. Il -n'en était pas ainsi aux époques primitives, et l'aspect de la contrée -devait être, quoique dans le même cadre, absolument différent. Le Nil -avait commencé par serpenter au fond de la vallée, sans cours fixe, -coulant alternativement sur un bord ou sur l'autre; ce n'est que peu à -peu qu'il se fraya une voie plus régulière au milieu des alluvions qu'il -avait lui-même apportées. Le limon qu'il amenait avec lui chaque année -se répandait bien sur toute la surface des terres inondées, mais grâce -au sable et aux galets qu'il charriait en même temps et qui se -déposaient dans le courant même du fleuve, son lit s'élevait -graduellement, laissant ainsi en bordure de la vallée des terrains en -contre-bas où se formaient de véritables marais remplis à nouveau chaque -année par l'inondation; là se développait une végétation luxuriante de -plantes d'eau, roseaux, papyrus, lotus, et, sur les bords, de vraies -forêts d'arbres de toute espèce. Toute cette zone lacustre entretenait -dans le pays, aujourd'hui si sec, une humidité permanente qui devait lui -donner un caractère tout différent et le faire ressembler à ce qu'est -maintenant le Haut Nil, le Nil des régions tropicales. Le climat du -reste n'était pas non plus exactement le même qu'aujourd'hui, il devait -être sensiblement plus chaud, car à côté des animaux qui vivent encore -en Egypte et de ceux qui s'en sont retirés depuis peu, comme -l'hippopotame et le crocodile, on y trouvait encore, à ces époques -reculées, l'éléphant, la girafe et l'autruche. - -Pour la faune et la flore, l'Egypte, qui n'a plus maintenant que ses -cultures et son désert, est un des pays les plus pauvres du monde, mais -il n'en était certainement pas de même autrefois, grâce à ces régions -fertiles et sauvages en même temps, que l'homme primitif ne pouvait -encore utiliser autrement que pour la chasse et la pêche, et où se -développaient librement les plantes et les animaux les plus variés. - - -_La race_ - -Comme je l'ai dit plus haut, les anthropologistes sont encore loin -d'avoir établi de façon certaine la race à laquelle appartenaient les -plus anciens habitants de l'Egypte. Nous pouvons cependant nous en faire -une idée approximative: c'était une population brachycéphale et -orthognathe au teint clair, aux cheveux lisses, bruns ou châtains, à la -taille moyenne, se rapprochant par conséquent beaucoup de la race qui -occupait aux époques les plus anciennes tout le bassin de la -Méditerranée, et apparentée tout spécialement aux Libyens et aux -Berbères. Ainsi on retrouve les mêmes coutumes funéraires, les mêmes -modes de sépulture dans l'Egypte primitive et dans les îles grecques, en -Grèce et jusqu'en Italie, ce qui peut faire supposer une parenté de race -avec les hommes qui habitaient ces contrées avant l'invasion aryenne. On -a constaté aussi certains éléments d'origine soudanaise ou plutôt -nubienne, même quelques statuettes stéatopyges rappellent le type -hottentot, mais ce ne sont là que des exceptions. Il n'y a rien non -plus ici des races aryennes ni surtout des Sémites. - -Ces populations étaient paisibles et on n'a retrouvé que sur un très -petit nombre des crânes étudiés des lésions comme on en verrait -certainement beaucoup chez un peuple belliqueux. On a pu constater par -contre sur les os des traces de deux maladies, la tuberculose et la -syphilis. - - -_Habitations_ - -Dans les montagnes et les falaises souvent assez élevées qui bordent la -vallée du Nil, il n'y a ni cavernes ni abris sous roche où les hommes -primitifs aient pu s'établir à demeure. Le climat leur permettait de -vivre en plein air et nous avons vu que ceux de l'époque chelléenne -semblent s'être tenus de préférence sur les hauteurs, tandis que les -hommes de la période dont nous nous occupons avaient des établissements -durables à la lisière du désert. Dans ces villages, il n'y a pas trace -d'enceinte construite, ce qui fait ressortir le caractère paisible de -ces peuplades, ni de maisons en brique ou en pierre, et si nous voulons -nous faire une idée de ce qu'étaient les habitations des indigènes, nous -pouvons nous reporter à des modèles de petits édifices très anciens qui -ont survécu par tradition religieuse dans les sanctuaires de différents -dieux: c'étaient soit des huttes en branchages, coniques ou arrondies, -comme en ont encore les nègres de l'Afrique centrale, soit des -constructions légères en bois, avec un pilier à chaque angle et un toit -plat ou légèrement bombé. - -[Illustration: _Fig. 58._ Sanctuaire primitif (d'après PETRIE. _Royal -Tombs_, II, pl. X).] - -Dans les villages, qui s'étendent en général sur une superficie assez -peu considérable, les habitants serraient leurs récoltes et gardaient à -côté d'eux leurs bestiaux; à en juger par la place occupée, quelques -familles seulement devaient constituer la population d'un de ces -établissements. - - -_Costume et parure_ - -Dans l'antiquité, le costume des Egyptiens a toujours été très sommaire, -à plus forte raison a-t-il dû en être de même à une époque si reculée. -D'après des représentations un peu plus récentes, datant des dynasties -thinites, on voit que les indigènes hommes devaient avoir pour tout -vêtement l'objet bizarre qui devint plus tard l'insigne national des -Libyens, l'étui phallique, sorte de longue gaine tombant de la ceinture -jusque près des genoux. Des peintures de vases nous montrent des femmes -vêtues de robes courtes, collantes, descendant à peine aux chevilles; le -buste était nu, semble-t-il. Enfin, dans certaines statuettes d'ivoire, -on reconnaît des hommes enveloppés d'un grand manteau qui les couvre des -épaules aux pieds. Ces vêtements étaient sans doute, à l'origine, en -peau, et peut-être, à une époque moins reculée, en étoffe. - -[Illustration: _Fig. 59._ Figurines d'ivoire d'époque archaïque -(QUIBELL. _Hieraconpolis_, pl. IX et XI).] - -Comme parure, on portait, ainsi que nous l'avons vu, des bijoux -grossiers, tels que des bracelets en ivoire, en nacre, en silex, des -colliers à plusieurs rangs, en perles de pierre ou en coquilles, des -pendeloques et des peignes ornés de découpures. Il faut signaler encore -les tatouages, ou peintures corporelles dont certaines femmes, peut-être -des danseuses, se couvraient tout le corps, et qui figuraient des lignes -brisées ou des animaux. - -[Illustrations: _Fig. 60_ et _61_. Bracelet en silex et peigne en os -(d'après J. DE MORGAN. _Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. -_334_ et _337_).] - - -_Chasse et pêche_ - -Nous avons vu les tout premiers habitants de l'Egypte déjà en possession -d'une arme qui pouvait être redoutable, le coup-de-poing chelléen. Des -besoins impérieux contraignent l'homme que la terre non cultivée ne peut -nourrir, à faire usage de la force, tant pour se procurer sa subsistance -aux dépens des autres êtres vivant à côté de lui, que pour se défendre -contre ceux qui, physiquement plus forts, sont pour lui une menace -permanente. - -Des Egyptiens prédynastiques, beaucoup d'armes nous sont également -parvenues, armes de plusieurs catégories qui peuvent être employées -indifféremment pour la chasse et pour la guerre. Parmi celles qu'on a -coutume d'appeler armes de choc, il faut citer en première ligne celles -qui n'ont pu se conserver, vu la matière dont elles sont faites, mais -qui ont laissé un souvenir persistant jusqu'aux plus basses époques, les -armes de bois, d'abord le long bâton, renflé dans le bas et pouvant -servir de massue, puis le vrai casse-tête court et pesant; aux époques -historiques ce sont encore ces armes traditionnelles mais hors d'usage, -qu'on donne volontiers aux morts dans leurs tombeaux. A côté de ces -bâtons on trouve les massues dont la tête de pierre dure, conique ou -ovoïde, s'emmanchait sur un bâton court, et enfin les haches, dont nous -avons de nombreuses séries, de forme plate, longue, épaisse ou mince, à -un seul tranchant, l'autre extrémité étant destinée à se fixer dans une -emmanchure de bois dont nous ne connaissons plus la forme. Quant aux -haches polies et à celles qui, munies d'un étranglement servant à -faciliter l'emmanchure, semblent plutôt une copie des haches de bronze, -elles appartiennent probablement à l'époque suivante. - -[Illustration: _Fig. 62 et 63._ Massues (d'après J. DE MORGAN, _Rech. -sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _320_, et PETRIE. _Diospolis parva_, -pl. V).] - -Comme arme de main, nous avons le poignard long et mince, très finement -retaillé, qui est parfois une pièce de toute beauté, et enfin comme -armes de jet, les innombrables pointes qui, suivant leurs dimensions, -appartenaient à des flèches ou à des javelines. Travaillées avec grand -soin, ces pointes sont le plus souvent encore remarquablement aiguës et -présentent toutes les formes usuelles, pointes à ailerons, à encoches au -pédoncule, lancéolées, triangulaires, en croissant; un type cependant -qui est particulier à l'Egypte et qui se perpétue assez tard est celui -de la flèche à tranchant, destinée à faire une blessure plus large que -profonde; ce modèle est aussi employé pour des javelots. Certaines -pointes de plus grandes dimensions peuvent avoir appartenu à des lances -(v. p. 62-65). - -[Illustration: _Fig. 64._ Harpon en os.] - -Les indigènes avaient certainement encore, comme leurs successeurs, -d'autres moyens de se procurer du gibier, les pièges, les lacets, les -filets et peut-être le lasso, instruments qui naturellement n'ont pas -laissé de traces. En ce qui concerne la pêche, nous n'avons pas non plus -les filets, les nasses et les lignes qui devaient être déjà en usage à -cette époque, mais certains silex en forme de croissant peuvent avoir -servi d'hameçons pour les gros poissons, qu'on attaquait également avec -des harpons en os munis d'une pointe barbelée. Les poissons sont -extrêmement nombreux dans le Nil et devaient pulluler dans les marais -avoisinants; ils formaient sans doute la base même de la nourriture des -premiers Egyptiens, qui mangeaient aussi certains mollusques fluviatiles -tels que les unios et les anodontes. - -Quant au gibier, nous avons vu qu'il y avait en Egypte non seulement les -espèces qui y sont aujourd'hui, mais encore celles de l'Afrique -tropicale; ainsi l'homme pouvait chasser l'antilope, le boeuf sauvage et -la girafe aussi bien que la gazelle et le bouquetin, l'autruche comme -l'oie, le canard et la perdrix, mais ses armes primitives devaient lui -être de bien peu de secours vis-à-vis de l'éléphant, du rhinocéros, de -l'hippopotame et du crocodile, ou contre le lion et la panthère qui -infestaient encore la contrée. - - -_Elevage. Agriculture_ - -Les animaux sauvages pris vivants à la chasse, conservés d'abord comme -en-cas pour le moment où le gibier viendrait à manquer, furent vite -domestiqués; l'homme reconnut très tôt les services que ces bêtes -pouvaient lui rendre, et non seulement il les nourrit, mais encore les -dressa et les utilisa, recueillit leurs oeufs ou leur lait. Nous avons -dans les kjoekkenmoeddings de la Haute Egypte des traces non équivoques -d'élevage, les animaux domestiqués vivant côte à côte avec l'homme dans -ces villages primitifs. Comme quadrupèdes, il devait y avoir le boeuf, -l'antilope, la gazelle, la chèvre, sans doute l'âne; comme volatiles, -l'oie, le canard, la grue, le pigeon, et bien d'autres variétés sans -doute. - -L'agriculture est partout moins ancienne que l'élevage, et pour l'Egypte -nous ne pouvons savoir à quelle époque on commença à travailler le sol, -si ce fut à la fin seulement de la période prédynastique ou longtemps -avant: les grains trouvés dans les kjoekkenmoeddings ne sont pas datés -de façon exacte, et ceux des tombeaux sont difficilement identifiables. -Quant aux outils, le sol fertile de l'Egypte, détrempé et ameubli par -l'inondation, n'en nécessite pas de très puissants, aussi les houes et -les charrues de bois furent-elles en usage pendant toute la période -pharaonique; on n'en retrouve naturellement pas trace aux âges plus -anciens, mais par contre certains silex plats, sortes d'herminettes de -grande dimension, montrent des traces d'usure ne pouvant provenir que du -travail de la terre, et ne sont sans doute pas autre chose que des -houes. Enfin on retrouve de petits silex plats, dentelés et semblant -être des fragments de scies qui, s'emmanchant les uns à côté des autres -sur un bois recourbé, formaient des faucilles; cet outil, en usage -encore au Moyen Empire, est sans doute d'origine préhistorique, mais -nous ne pouvons dire avec certitude si certains des éléments retrouvés -datent vraiment de l'époque dont nous nous occupons en ce moment. Il -faut encore citer les moulins, pierres plates à surface incurvée où l'on -écrasait le grain. - - -_Navigation_ - -Le moyen de communication qui est de beaucoup le plus pratique dans une -vallée longue et étroite comme l'Egypte est sans contredit la voie -fluviale, et jusqu'à nos jours c'est le Nil seul qui a été utilisé à cet -effet, sauf pour de très courts trajets. Pour les populations primitives -surtout, ce mode de locomotion devait avoir de très grands avantages, -puisqu'il leur permettait de se transporter d'un point à un autre sans -avoir à courir les multiples dangers qui les menaçaient dans un pays -encore à moitié sauvage, infesté d'animaux contre lesquels ils n'avaient -que des moyens de défense insuffisants. Les premiers bateaux furent très -simples: on cueillait des roseaux ou des papyrus qu'on réunissait en -bottes et qu'on liait ensemble de manière à former un esquif à fond -arrondi, aux extrémités relevées en pointe, et qui, rendu imperméable au -moyen d'un enduit quelconque, formait une nacelle légère, insubmersible, -résistante et élastique. Ce modèle continua à être employé aux époques -historiques, surtout pour la chasse dans les marais. - -[Illustration: _Fig. 65._ Modèle de nacelle en terre cuite (d'après DE -MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _235_).] - -A côté de cela, les gens du pays possédaient des bateaux de beaucoup -plus grandes dimensions, peu profonds et relevés aux deux extrémités, -munis de rames et même de voiles carrées. - - -_Commerce extérieur_ - -Les indigènes avaient des rapports certains avec les côtes de la mer -Rouge, puisque dans leurs sépultures on trouve des bracelets et des -colliers faits en coquilles marines dont l'habitat est précisément dans -cette mer. La poterie noire à décor incisé, dont il a été parlé plus -haut, montre qu'ils avaient également des relations avec les autres -peuples méditerranéens, surtout avec ceux des îles grecques, et que, par -conséquent, il y avait déjà à cette époque des hommes osant s'aventurer -avec leurs bateaux en pleine mer. Une petite découverte faite en Crète -confirme l'existence de ces relations intercontinentales: on a trouvé à -Phaestos, sur la côte sud de la Crète, dans les couches les plus -profondes d'un gisement néolithique, un gros fragment de défense -d'éléphant; or sur le littoral nord de l'Afrique, il n'y a guère que -l'Egypte où l'éléphant ait pu vivre et nous avons vu qu'il y vivait en -effet. C'est donc d'Egypte, selon toute probabilité, que cet objet fut -transporté en Crète, à une époque antérieure à l'histoire. - -[Illustration: _Fig. 66._ Barque préhistorique (Graffito--d'après DE -MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _492_).] - - -_Arts et métiers_ - -L'architecture de bois étant seule en usage chez les indigènes de -l'époque archaïque, il ne nous en est naturellement rien parvenu; il est -cependant probable que ce fut vers la fin de cette période qu'on -commença à employer la brique crue, dont l'usage est si répandu sous la -Ire dynastie, mais les monuments ne nous permettent pas d'affirmer la -chose de manière absolue. - -La sculpture ne s'attaque pas encore à autre chose qu'aux petits objets, -peignes, pendeloques, ornements, auxquels on cherche à donner une forme -humaine ou animale, plaques de schiste qu'on découpe en silhouettes, -figurines de danseuses ou d'hippopotames qu'on modèle dans de l'argile -et qu'on fait cuire ensuite. Pendant ce temps, des chasseurs à l'affût -gravaient des images d'animaux sur les rochers qui les abritaient, d'un -trait encore malhabile, mais qui ne manque pas d'un certain caractère -pittoresque. Il en est de même pour la peinture sur vases: on remarque -dans ces figurations d'animaux, de végétaux, de bateaux, des qualités -ornementales qui contrastent avec la naïveté et souvent la barbarie de -l'exécution: les dessinateurs savent déjà reconnaître le trait -caractéristique de chaque être et de chaque objet, et dans ces croquis -enfantins on distingue le germe de ce qui fera plus tard l'originalité -de l'art égyptien, à la fois synthétique et décoratif. - -Nous avons déjà vu, en fait de gens de métier, les fabricants de silex -taillés, les potiers et les tourneurs de vases de pierre, les seuls -artisans qui nous aient laissé des traces abondantes de leur activité et -dont nous puissions arriver à reconnaître les procédés. Les autres -ouvriers se devinent plus qu'ils ne s'affirment, ainsi les charpentiers, -que signale la présence de nombreuses herminettes en silex, sorte de -haches plates ne pouvant servir qu'au travail du bois; quelques -fusaïoles nous révèlent aussi l'origine du travail des matières -textiles. - -Le cuivre fait son apparition au cours de la période prédynastique, -peut-être même à son début, mais les rares outils de métal trouvés dans -les sépultures sont encore rudimentaires et montrent que les -métallurgistes, qui deviendront si habiles aux âges suivants, en étaient -encore aux tâtonnements du début. - - -_Organisation sociale et politique_ - -Les indigènes de l'Egypte prédynastique ne vivaient plus isolés, mais en -société, et si nous ne savons rien de l'institution de la famille, nous -connaissons au moins leurs villages où plusieurs familles pouvaient -vivre côte à côte, et les nécropoles où ces populations sédentaires -réunissaient leurs morts. Certains indices montrent qu'il existait des -groupements plus importants, des tribus ayant chacune son insigne, sorte -de totem, représentant sans doute la divinité locale. Ces enseignes qui -devaient plus tard devenir l'emblème des nomes ou provinces de l'Egypte, -servaient de signe de ralliement à des tribus sans doute apparentées à -l'origine, mais qui devaient nécessairement entrer en compétition les -unes avec les autres, au fur et à mesure qu'elles se développaient; de -là des luttes sur lesquelles nous ne sommes renseignés que par la -légende, et qui aboutirent à l'établissement de la suprématie du clan -d'Horus sur toute la Haute Egypte, et du clan de Set sur le Delta. Ces -deux tribus, celle du faucon et celle du quadrupède au museau recourbé -et aux longues oreilles droites, étaient-elles autochtones ou -étrangères, c'est ce que nous ne saurons sans doute jamais avec -certitude, mais il est à présumer qu'elles durent leur supériorité à la -connaissance des métaux qui leur donnaient un immense avantage sur des -populations n'ayant que des armes de pierre. Quoi qu'il en soit, nous -pouvons croire que la période archaïque, très paisible à ses débuts, se -termina par de longues luttes qui aboutirent à la fondation des -royaumes du Midi et du Nord, royaumes qui rivalisèrent longtemps, -jusqu'au moment où l'un d'eux finit par absorber l'autre. - -[Illustration: _Fig. 67._ Hippopotame en terre cuite (d'après DE MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _413_).] - - - - -[Illustration: _Fig. 68._ Vue perspective du tombeau de Negadah (d'après -J. DE MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _521_).] - - - - -CHAPITRE IV - -ÉPOQUE THINITE - -(De 4000 à 3400 av. J.-C. environ.) - - -Entre le moment où les indigènes que nous avons appris à connaître -habitaient paisiblement la Thébaïde, occupés de chasse et de pêche, -d'agriculture et d'élevage, et celui où Ménès constitue son royaume, il -n'y a pas de transition marquée, ni dans les monuments de la région -d'Abydos, berceau de la nouvelle monarchie, ni dans le reste de la Haute -Egypte. Ces deux époques se touchent, semble-t-il, et pourtant il s'est -accompli pendant le laps de temps qui les sépare et dont nous ignorons -la durée, une transformation profonde qui touche à tous les domaines: -une méthode nouvelle de gouvernement est inaugurée, l'écriture est -inventée, les constructions de briques remplacent l'architecture de -bois, le cuivre et même le bronze deviennent d'un usage courant, tandis -que la taille du silex et la fabrication des vases de pierre ont atteint -la perfection. Une transformation pareille demande de longs siècles ou -bien une intervention étrangère, aussi a-t-on tenté de l'expliquer de -diverses manières, sans avoir encore pu sortir du domaine des -hypothèses. - -En raison de certaines ressemblances très apparentes entre ce qui nous -est parvenu de l'Egypte thinite et ce que nous connaissons de la Chaldée -primitive, l'écriture hiéroglyphique, l'architecture en briques crues, -l'emploi du cylindre comme cachet, la forme de certains vases de pierre, -quelques savants ont voulu établir une communauté d'origine. Ils -supposent qu'à un moment donné, une tribu puissante venant de Chaldée ou -d'un autre pays qui serait aussi le berceau des Chaldéens, aurait -pénétré en Egypte par le Sud après avoir traversé la mer Rouge et le -désert, aurait soumis la vallée du Nil et répandu dans tout le pays les -bienfaits d'une civilisation supérieure à celle qui s'y était développée -naturellement. La tribu conquérante, le clan Horien, serait alors une -peuplade d'origine sémitique et Horus un dieu sémite, ce qui est bien -difficile à admettre, d'autant que, plus on étudie cette époque, plus on -constate le caractère vraiment original et purement africain de la -civilisation égyptienne. - -D'un autre côté, la légende parle de l'expédition d'Horus comme venant -du Sud; un texte très ancien donne même le nom de la tribu de laquelle -sortait la race royale, la race horienne, et cette tribu est une tribu -nubienne. Nous devons donc admettre qu'à un moment donné, peut-être peu -avant Ménès, peut-être bien des siècles plus tôt, une tribu méridionale, -mais d'une race apparentée à celle qui occupait le pays, vint -s'installer dans la vallée du Nil, qu'elle subjugua après un temps plus -ou moins long et dont nous ne pouvons évaluer la durée. Ce qui assura la -supériorité à ces conquérants, c'est le fait qu'ils connaissaient les -métaux, tandis que les indigènes en étaient encore à l'âge de la pierre, -mais il est bien peu probable qu'il faille attribuer aux envahisseurs -tous les progrès faits par la civilisation égyptienne aux débuts de la -période historique, entre autres l'invention de l'écriture. - -Presque tout ce qui nous est parvenu jusqu'ici de l'époque prédynastique -provient de la Haute Egypte, et nous n'avons pour ainsi dire aucun -document sur ce qu'était le Delta pendant cette période. Cette région -est cependant incomparablement plus riche que la Haute Egypte, et ses -habitants durent nécessairement précéder leurs frères du Sud dans la -voie de la civilisation; c'est dans les terres du Delta, plus fertiles -et mieux arrosées que toutes les autres, que l'agriculture devait naître -et se développer en premier lieu, et la légende nous en a conservé un -souvenir très précis: Osiris est un dieu du Delta, dont le centre est à -Mendès; Isis est également une déesse de la même région, ainsi que Set, -le dieu de la tribu la plus puissante de cette partie du pays. - -Le Delta était donc considéré par les Egyptiens eux-mêmes comme le -berceau de leur civilisation, à bon droit, semble-t-il. C'est à la -nature même du sol, entièrement cultivable, que nous devons de n'en -avoir pas retrouvé la moindre trace, car si dans la Haute Egypte les -habitations et les nécropoles étaient situées à la lisière du désert, -elles ne pouvaient être ici que sur des monticules artificiels -aujourd'hui recouverts par les alluvions et cultivés comme le reste du -pays. Il existe encore une autre preuve de l'avance que les indigènes -du Nord avaient sur ceux du Sud, preuve relative à l'organisation -sociale du pays: dans les listes de rois mythiques antérieurs à Ménès, -on ne voit que dix rois thinites pendant 350 ans, tandis que les trois -dynasties de rois du Nord avaient occupé le trône pendant des milliers -d'années. - -Il est difficile de se rendre compte comment les rois du Sud réussirent -à détrôner leurs voisins plus civilisés du Nord et à réunir tout le pays -sous leur sceptre, mais dans l'histoire les exemples sont fréquents d'un -peuple riche subjugué par un autre qui lui est très inférieur, et -toujours dans ces cas-là nous voyons que le vaincu finit par s'assimiler -le vainqueur et par l'absorber: la civilisation, un moment écrasée par -la force, reprend au bout de peu de temps son essor, activé par -l'infusion d'un sang nouveau. Il en fut de même ici, et comme dans le -mythe, Horus ne put achever sa conquête et dut faire un compromis avec -ses ennemis. Le Delta se vengeait généreusement d'avoir perdu son -autonomie en imposant à son vainqueur une civilisation très supérieure, -jusqu'au moment où il pourrait lui-même reprendre les rênes du pouvoir. - - -A. HISTOIRE ET TRADITION - -Originaires d'un des points les plus méridionaux du territoire égyptien, -les chefs de la tribu du faucon, qui avaient étendu leur pouvoir sur les -autres tribus de la Haute Egypte, choisirent comme lieu de résidence un -endroit plus central, situé plus au nord, en une région où la vallée -s'élargit et devient en même temps plus fertile. C'est là que s'éleva la -ville de Thinis, qui comme capitale politique de l'Egypte devait être -vite supplantée par les villes mieux situées, tandis que sa voisine, -Abydos, où les premiers rois creusèrent leurs tombeaux, devenait -rapidement la métropole religieuse de la Haute Egypte, le centre du -culte funéraire, la ville du dieu des morts. - -C'est à leur première capitale que les deux premières dynasties doivent -le nom sous lequel on les désigne couramment, celui de dynasties -thinites. Pour arriver à connaître leur histoire, nous pouvons -maintenant combiner les données des écrivains classiques et celles que -fournissent les listes ou les monuments égyptiens postérieurs, avec les -renseignements contemporains qui nous ont été livrés par les fouilles -récentes; nous avons la liste des rois, les chiffres indiquant la -longueur de leurs règnes, mais l'histoire proprement dite, -l'enchaînement des événements, nous fait encore défaut. Le relevé -officiel, année par année, de la pierre de Palerme, ne nous est pas -d'une grande utilité, car par le fait des cassures, nous ne savons -auxquels des rois attribuer les événements signalés, qui du reste ne se -rapportent le plus souvent qu'à des fêtes religieuses ou à des -fondations de temples. De plus, pour des raisons que nous examinerons -plus loin, il est souvent difficile d'établir la corrélation entre les -noms royaux tels que nous les donnent les listes et ceux qui se trouvent -sur les monuments contemporains. - -La première dynastie, au dire de Manéthon, compta huit rois et dura 263 -ans, la seconde, neuf rois qui occupèrent le trône pendant 302 ans. On -peut les placer, approximativement, entre 4.000 et 3.400 avant notre -ère. - -Dans ces deux groupes de souverains, la seule figure qui se détache sur -l'ensemble est celle du premier d'entre eux, Ménès, en égyptien Mena ou -Mini, le véritable fondateur de la royauté égyptienne. Nous ignorons -comment il s'y prit pour réunir sous son sceptre les deux parties du -pays, mais nous savons qu'aussitôt la chose faite, il s'empressa de -transporter le siège de son gouvernement à la frontière des deux -royaumes, fonda une ville nouvelle, à laquelle il donna son nom, -Memphis, Mennofer, et qui par sa position même devait rester bien -longtemps la capitale de l'Egypte. Après cela il s'occupa activement de -l'organisation de ses nouveaux états: il promulgua des lois, fonda des -temples, dirigea des expéditions contre les Libyens qui habitaient aux -confins de la vallée du Nil et qui cherchèrent toujours à s'y -réinstaller en maîtres. Son long règne, qui dura plus de soixante ans, -se termina par une fin tragique sur laquelle nous ne sommes que très -vaguement renseignés. - -Les successeurs immédiats de Ménès, ceux dont les noms, grécisés par -Manéthon, sont Athothis, Kenkenès, Ouenéphès, Ousaphaïs, Miébis, -Semempsès et Bienekhès, continuèrent son oeuvre, sans qu'aucun d'eux se -distinguât de façon particulière: ils s'occupèrent de législation, -d'administration intérieure, et réglèrent définitivement le culte des -dieux et le rituel des cérémonies; ils construisirent des temples, des -palais et d'autres édifices, ils guerroyèrent contre les Libyens et l'un -d'eux envoya au Sinaï la première expédition minière dont l'histoire ait -gardé le souvenir. Quelques-uns s'occupèrent même de science et -composèrent non seulement des ouvrages théologiques, mais aussi des -livres de médecine et d'anatomie. Sous les uns, diverses calamités -s'abattirent sur le pays, tandis que les autres jouirent d'années -prospères et tranquilles. - -Les rois de la IIme dynastie, Boethos, Kaiekhos, Binothris et les autres -ont une personnalité plus effacée encore, et il est difficile de les -identifier avec ceux que les monuments nous font connaître et qui ne -peuvent se ranger que dans cette période de l'histoire, Kha-Sekhemouï, -Neb-ra, Nenouter, Hotep-Sekhemouï et plusieurs autres encore. Aucun -événement important n'est relaté, même sur la pierre de Palerme, où les -mentions annuelles se rapportent toutes à des fêtes royales ou -religieuses, au dénombrement des bestiaux, à la construction de divers -édifices. On s'aperçoit néanmoins, en étudiant les courtes inscriptions -laissées par ces rois et en les comparant à celles de la dynastie -précédente, qu'il y a quelque chose de changé dans la titulature royale, -auparavant très simple. Il s'y introduit à plusieurs reprises un élément -nouveau, l'emblème du dieu Set, et ce simple fait montre que le sceptre -n'est plus aussi ferme entre les mains des souverains thinites, qu'ils -se rapprochent insensiblement, soit par des mariages, soit autrement, -des descendants des anciens rois du Nord; si quelques rois se font -ensevelir à Abydos, comme leurs ancêtres, les autres commencent à -creuser leurs tombeaux à Memphis même, où les traces de leur activité -deviennent de plus en plus fréquentes. Cette dynastie, encore nettement -thinite, tant par l'origine de ses rois que par le caractère de sa -civilisation, représente donc pour nous le commencement de la période de -transition pendant laquelle se prépare l'avènement de l'empire -memphite; cette période est assez longue, puisqu'elle embrasse encore la -IIIme dynastie qui, bien que memphite, se rattache étroitement à celle -qui la précède. - -[Illustration: _Fig. 69._ Tête de Kha-Sekhemouï (d'apr. QUIBELL. -_Hieraconpolis_, I, p. XXXIX).] - - -B. MONUMENTS - -Presque tous les monuments, petits ou grands, que nous possédons -maintenant, proviennent de la Haute Egypte, en particulier d'Abydos, de -Negadah et, un peu plus au sud, d'Hieraconpolis, la ville où était -probablement le centre le plus ancien en Egypte du clan d'Horus le -Faucon, avant son extension vers le nord. Enfin un certain nombre -d'inscriptions et de petits objets ont été trouvés dans les environs de -Memphis, mais, comme nous venons de le voir, ceux-ci datent seulement de -la fin de l'époque thinite. Nous devons passer en revue tous ces -documents avant d'aborder le tableau d'ensemble de la civilisation -pendant cette période. - - -_Tombeaux_ - -Les princes de Thinis avaient choisi pour y creuser leurs sépultures une -large plaine sablonneuse dominée par les montagnes où commence le désert -proprement dit, aux environs immédiats de leur première capitale, au -lieu qui deviendra plus tard la ville sacrée d'Abydos. Les plus -anciennes de ces tombes, celles qui appartiennent aux premiers rois de -la Ire dynastie, et même peut-être à quelques-uns de leurs prédécesseurs -immédiats, sont de grandes fosses rectangulaires creusées dans le sol du -désert, qui ne dépassent guère cinq mètres sur sept de côté, et trois de -profondeur environ; des murs en briques crues étaient élevés contre les -parois naturelles de la fosse et le tout était recouvert, au niveau du -sol sans doute, par un plancher de bois supporté par des piliers, -également en bois; une couche de sable devait rendre la tombe invisible. - -[Illustration: _Fig. 70._ Plan d'un tombeau royal à Abydos (d'après -PETRIE. _Royal Tombs_, I, pl. LX).] - -Avec un plan aussi simple, le tombeau du roi se distinguait à peine de -ceux de ses sujets, et nous voyons peu à peu les souverains chercher à -donner à leur dernière demeure un caractère plus grandiose. A partir du -milieu de la Ire dynastie, les proportions de ces tombeaux augmentent -sensiblement, en profondeur autant qu'en longueur et en largeur: on ne -se contente plus de murs en briques et d'un plafond de bois, on étend un -plancher sur le sol, on lambrisse les parois, et on finit même par -dessiner le long des murailles, au moyen de murs de refend, des séries -de niches profondes qui ont presque la dimension de petites chambres. -Enfin de grands escaliers en briques crues descendent jusqu'au fond de -la salle, et autour de celle-ci, dans un fossé moins profond, sont -construites des séries de petites chambres servant de magasins pour les -provisions funéraires et de sépulture aux gens de l'entourage immédiat -du roi. Un petit monticule de sable et de galets recouvrait autrefois le -trou, et au sommet une stèle portant en grands caractères le nom du roi -signalait de loin l'emplacement de son tombeau. - -[Illustration: _Fig. 71._ Stèle royale d'Abydos (d'après DE MORGAN. -_Rech. sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _797_).] - -Deux tombes seulement de rois de la IIme dynastie ont été retrouvées à -Abydos, toujours dans la même région, mais ces monuments se distinguent -très nettement des autres, par le fait surtout que la chambre funéraire -et toutes ses dépendances sont construites dans une seule et même -excavation, celle-ci pouvant atteindre des dimensions considérables. -Ainsi le tombeau de Kha-Sekhemouï, qui doit être un des derniers rois de -la dynastie, est construit sur un plan très allongé et n'a pas moins de -83 mètres de long, avec 58 pièces, parmi lesquelles la chambre -funéraire, placée au centre, est à peine plus importante que les autres. - -Le monument le plus remarquable de toute la période thinite est situé à -Négadah, entre Abydos et Louxor; c'est encore un tombeau, non plus un -tombeau souterrain, mais une construction entièrement apparente. En -voyant pour la première fois cet édifice qui est encore dans un état de -conservation relativement bon, nous crûmes être en présence d'un mastaba -de l'Ancien Empire et il fallut les fouilles méthodiques qu'entreprit -immédiatement M. de Morgan pour nous prouver que nous avions sous les -yeux un monument datant d'un des plus anciens rois de la Ire dynastie; -certains savants ont voulu identifier ce souverain à Ménès lui-même, -mais la découverte récente d'un fragment des annales de l'Ancien Empire -montre qu'il s'agit sans doute de son deuxième successeur, le roi -Atet-Kenkenès. - -Entièrement construit en briques crues, ce monument, dont la forme -générale est rectangulaire, a une longueur totale de 54 mètres, -exactement le double de sa largeur; un socle bas l'isole du terrain -environnant, et au-dessus de ce soubassement les murs s'élèvent, -présentant tout le long des quatre façades une série de petites niches -avec les retraits et les saillies que nous retrouverons plus tard dans -les stèles de l'Ancien Empire et qui ne font que reproduire les détails -décoratifs de l'architecture civile en briques et en bois. Aucune porte -ne permet de pénétrer dans l'intérieur, qui se compose d'un noyau -central contenant cinq pièces, dont la chambre funéraire, au milieu; -après l'ensevelissement, on avait muré les portes de ces chambres, puis -on avait édifié tout autour une série de pièces plus petites destinées à -servir de magasin, et enfin le mur extérieur avec ses niches, qui devait -clore définitivement le tombeau et le présenter aux regards sous la -forme d'un immense bloc architectural sans la moindre ouverture: au lieu -d'être enterré, comme d'habitude, le mort était emmuré. - -Enfin, dans les substructions du temple plus récent d'Hieraconpolis, on -a retrouvé un long mur circulaire, en pierres grossièrement assemblées, -qui représente sans doute l'enceinte du premier temple bâti en cet -endroit sous les dynasties thinites, ainsi que semblent le prouver un -montant de porte sculpté au nom du roi Kha-Sekhemouï et d'autres objets -de la même époque. On n'a jusqu'ici signalé aucun autre édifice royal, -temple ou tombeau de cette période. - -[Illustration: _Fig. 72._ Tombe d'époque thinite (d'après REISNER. -_Predynastic cemeteries_, I, pl. IV).] - -Quant aux tombeaux des particuliers, ils sont toujours d'une grande -simplicité: la fosse, un peu plus grande qu'autrefois, est rectangulaire -ou carrée, ses parois sont en général revêtues de briques crues, et un -plafond de bois ou de dalles de pierre recouvre le tout; elle comprend -parfois plusieurs chambres. Le mort y est le plus souvent couché sur le -côté gauche, la tête au sud, dans la position dite embryonnaire ou -assise; on ne rencontre que rarement des exemples de démembrement -complet, comme c'est le cas vers la fin de la période précédente, mais -on retrouve par contre souvent la petite tombe ovale et la tombe-ciste. - - -_Mobilier funéraire_ - -Les tombeaux royaux ne nous sont point parvenus intacts; ils n'étaient -pas suffisamment protégés, et les violateurs de sépultures y -pénétrèrent; puis des incendies éclatèrent dans ces constructions où le -bois entrait pour une grande part, et le mobilier funéraire en souffrit -considérablement. D'après ce qui en reste, nous pouvons néanmoins nous -faire une idée exacte de ce que ce mobilier devait être à l'origine, de -la variété et de la richesse des objets qui le composaient. - -[Illustration: _Fig. 73._ Jarre en terre (d'ap. PETRIE. _Abydos_, I, pl. -XXXII No _100_).] - -Les vases en terre sont de toutes formes et d'une grande abondance; tous -servaient à serrer des provisions, grains ou liquides, dont on a encore -retrouvé des traces, et étaient amoncelés dans les petites salles -annexes du tombeau, qui servaient de magasins; d'immenses jarres, -soigneusement fermées au moyen d'une écuelle et d'un bouchon d'argile, -et alignées les unes à côté des autres, contenaient du vin, peut-être -aussi de l'huile; dans d'autres pièces, des cruches plus petites ou de -grandes écuelles renfermaient du blé, de l'orge, des fruits, des -viandes. Tous ces vases étaient des objets d'un usage courant, vulgaire -même, et non des ustensiles de luxe; ils ne manquent pas d'un certain -galbe, d'une élégance de lignes qui se retrouve dans tout objet -provenant de l'ancienne Egypte, mais leur facture est sommaire, l'argile -employée est grossière, la cuisson souvent défectueuse. - -[Illustration: _Fig. 74 et 75._ Vases cylindriques en terre (d'ap. -AYRTON. _El-Mahasna_, pl. XXXIII).] - -Si la céramique, ravalée à des usages inférieurs, est moins soignée que -celle de la période prédynastique, nous remarquons par contre un progrès -immense réalisé dans l'industrie des vases de pierre: toute la vaisselle -des rois et des gens de qualité se composait en effet d'ustensiles -taillés avec une habileté incroyable, qui n'a jamais été égalée plus -tard, en aucun endroit et à aucune époque. Les ouvriers travaillent -indifféremment le calcaire, l'albâtre et le grès, le granit, la diorite, -la diabase et le porphyre, sans que jamais la pierre la plus dure semble -constituer pour eux le moindre obstacle. Ils s'attaquent même à -l'obsidienne et au cristal de roche et réussissent à en tirer des petits -vases et des coupes d'une perfection inouïe. Des instruments dont ils se -servaient pour venir à bout de ces chefs-d'oeuvre, nous ne connaissons -que le plus important, celui qui servait à évider l'intérieur du vase, -une sorte de vilebrequin à lame latérale, garni dans le haut d'un lourd -contrepoids servant de volant. - -[Illustration: _Fig. 76-79._ Coupes en pierre dure (d'après PETRIE. -_Royal Tombs_, II pl. XLVII, XLVIIB, XLVIII).] - -Au point de vue de la forme, la variété de ces vases est très grande. Il -y a d'abord la coupe, pour laquelle on employait de préférence -l'albâtre, le calcaire, le grès, le quartz, et qui servait en même temps -d'assiette et d'écuelle. Elle est plate ou plus ou moins profonde, -souvent même plus haute que large; son fond est plat ou arrondi, ses -parois généralement droites, mais parfois le rebord se retourne -légèrement vers l'intérieur. Puis les grandes jarres d'albâtre, imitées -du modèle très répandu de la poterie ordinaire, et dont quelques-unes -atteignent jusqu'à un mètre de hauteur; les vases globulaires à fond -plat et à petites anses, les uns minuscules, les autres de très grandes -dimensions; les vases sphéroïdes à rebord aplati et anses de suspension, -en granit, diorite ou porphyre, dont la panse est unie ou côtelée et qui -sont souvent de pures merveilles; enfin les nombreux vases cylindriques, -généralement en albâtre. On pourrait encore mentionner d'autres formes -moins courantes, entre autres les vases en forme d'animaux. Tous ces -modèles se retrouvent en très grande abondance dans les tombeaux des -rois et même dans ceux des particuliers de l'époque. Etant donnée la -matière employée, on pourrait encore faire rentrer dans cette catégorie -les petites tables d'albâtre, sorte de guéridons formés d'un disque -monté sur un pied très bas, qui servaient de tables à manger, et qui -deviennent surtout fréquentes à partir de l'Ancien Empire. - -[Illustration: _Fig. 80 et 81._ Vases de pierre (d'après PETRIE. _Royal -Tombs_, II, pl. XLIX, et l'original).] - -La faïence fait sa première apparition avec des vases, des plaquettes et -divers fragments en terre vernissée, à couverte d'un vert parfaitement -homogène, mais qui peut-être était bleu à l'origine; ce genre de faïence -devait continuer à être employé à toutes les époques du royaume -pharaonique. - -[Illustration: _Fig. 82 et 83._ Bracelets de la Ire dynastie (d'après -VERNIER. _Bijoux et orfèvrerie_, I, pl. V).] - -Vu leur fragilité même, beaucoup d'objets qui se trouvaient dans les -tombes royales ont disparu ou ne nous sont parvenus qu'à l'état de -fragments: ainsi tout ce qui était en bois ou en ivoire, figurines, -plaquettes, coffrets incrustés, meubles sculptés souvent ornés de pieds -de taureau ou de lion, d'un travail exquis. Un hasard heureux a fait -retrouver aussi de belles perles en or et des bracelets en or, améthyste -et grenat qui sont aussi bien composés qu'exécutés, et qui dénotent, -chez les bijoutiers de ce temps, une pratique du métier déjà très -grande. - -[Illustration: _Fig. 84._ Poignard en silex à poignée d'or (d'apr. J. DE -MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _136_).] - -Les progrès de la taille du silex sont au moins aussi remarquables que -ceux de la fabrication des vases en pierre dure. Les grands couteaux -recourbés du tombeau de Negadah et les longs éclats retaillés sur une -seule face, avec des retouches d'une régularité parfaite, ne sauraient -trouver leurs égaux en aucun pays du monde; ces derniers servaient de -poignards, et l'un d'eux est enveloppé sur une partie de sa longueur -d'une feuille d'or ciselé formant poignée. A côté de ces armes on -trouve, toujours dans les tombeaux des rois, un grand nombre de pointes -de flèches qui ne leur cèdent en rien pour la beauté de la forme et du -travail. - -[Illustration: _Fig. 85 et 86._ Pointes de flèches, Abydos (d'apr. DE -MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Eg._, I, fig. _210_, _219_).] - -Nous avons déjà vu çà et là, pendant l'époque précédente, des objets de -cuivre; à partir des premiers rois thinites, l'usage de ce métal est -très répandu. On s'en sert non seulement pour des outils ou des armes, -mais aussi pour des vases, grandes coupes creuses, vases globulaires -avec anse mobile ou aiguières verseuses à bec recourbé, qui témoignent -déjà d'une grande habileté en matière de chaudronnerie; les ouvriers -s'entendaient aussi bien à travailler à l'embouti qu'à souder et à river -les pièces ensemble. - -[Illustration: _Fig. 87._ Plaque de schiste (d'après LEGGE. _Proc. of -the Soc. of Bibl. Arch._, XXII pl. II).] - -Parfois encore les tombeaux des particuliers nous livrent de ces plaques -de schiste que nous avons signalées dans les sépultures prédynastiques, -mais on n'en a rencontré que rarement dans les tombes royales; l'usage -de ces objets dans le mobilier funéraire tendait à disparaître, par -contre on en employait d'analogues pour le service du culte divin. Ces -plaques de schiste d'un nouveau modèle, dont quelques-unes de très -grandes dimensions, sont couvertes de sculptures en bas-relief qui ont -pour nous non seulement de l'intérêt au point de vue artistique, mais -nous donnent encore souvent des renseignements historiques importants. -On y voit représentées, sous forme symbolique, une campagne victorieuse, -la destruction de cités ennemies, la soumission des vaincus, tandis que -sur d'autres on ne remarque que des animaux de toute sorte, en -particulier ces espèces de panthères dont le cou d'une longueur très -exagérée entoure le godet central qui paraît être la partie la plus -importante de la plaque, mais dont nous ne connaissons pas encore le but -exact. Quoi qu'il en soit, ces plaques de schiste sculptées, qui sont de -véritables oeuvres d'art, paraissent être des objets votifs, comme les -énormes masses d'armes votives en pierre, couvertes de bas reliefs, qui -étaient déposées dans le temple d'Hieraconpolis. - -[Illustration: _Fig. 88._ Statue archaïque, à Turin (d'ap. PETRIE. -_Photographs_, No _2_).] - -Ces monuments sont en somme les premiers bas-reliefs égyptiens; c'est de -la même époque que datent les premières oeuvres de la statuaire, qui, -bien que souvent un peu lourdes de forme, possèdent déjà la plupart des -qualités des statues de l'Ancien Empire. Ces objets sont du reste assez -rares: quelques statues de petites dimensions, de rois ou de -particuliers, des statuettes d'hommes ou de femmes en ivoire, et des -figurines en diverses matières, représentant des animaux. - - -_Inscriptions_ - -Parmi tous ces monuments, les plus importants pour nous, et de beaucoup, -sont ceux qui portent des inscriptions. Les plus anciens documents -écrits appartiennent aux premiers souverains ayant régné sur les deux -parties du pays, et l'invention de l'écriture, qui est la -caractéristique de l'époque thinite, ne semble pas avoir été de beaucoup -antérieure à ces débuts de l'histoire égyptienne. Il ne s'agit pas -encore de textes, à proprement parler, mais d'inscriptions très courtes -donnant des noms, des titres, et la mention sommaire, au moyen de -quelques signes seulement, d'événements importants. En la comparant à -celle des époques suivantes, on voit que cette écriture est encore dans -son enfance, mais en même temps on peut constater qu'elle a non -seulement le caractère pictographique propre à toutes les écritures -primitives, mais qu'elle possède déjà tous les éléments phonétiques et -alphabétiques qui constituent le système hiéroglyphique. Les signes ne -sont pas encore disposés suivant un ordre rigoureux, comme plus tard, -mais ils sont déjà dessinés avec une précision remarquable, et ceux qui -sont en usage à ce moment-là se modifieront à peine au cours des -siècles. L'Egyptien, profondément artiste, avait trouvé, presque sans -tâtonnement, semble-t-il, le type d'écriture qui lui convenait et -auquel il devait se tenir pendant des milliers d'années. - -[Illustration: _Fig. 89._ Tablette en ébène (d'ap. PETRIE. _Royal -Tombs_, I, pl. XV, no _16_).] - -Les documents écrits de la période thinite appartiennent pour ainsi dire -tous au roi lui-même ou à son entourage immédiat. Parmi les monuments -royaux, il faut citer en première ligne les grandes stèles de pierre -dressées sur les tombeaux et qui ne contenaient que le nom du roi en -grands caractères; il en est de même des montants de porte de -Kha-Sekhemouï au temple d'Hieraconpolis et des bas-reliefs du Sinaï où -le nom accompagne seul la figure de Mersekha massacrant ses ennemis. De -petites plaquettes en bois ou en ivoire, destinées à commémorer un -événement, une victoire, une cérémonie religieuse ou une inauguration -d'édifices, portaient, en plus des représentations figurées et du nom -royal, un très court texte explicatif. Enfin, sur la grande plaque de -schiste et les massues votives d'Hieraconpolis, il n'y a, à côté des -représentations, que le nom du roi, qui se retrouve également, isolé, -sur beaucoup de petits objets de toute espèce. - -[Illustration: _Fig. 90._ Empreinte de cylindre (d'après PETRIE. _Royal_ -Amenemhat III).] - -Chaque employé supérieur de l'administration avait son cachet officiel, -cylindre gravé en creux, portant son titre et son emploi, à côté du nom -du roi; ces cylindres servaient entre autres à sceller les produits dont -les fonctionnaires avaient la surveillance, et ils étaient apposés sur -les énormes bouchons d'argile fermant les grandes jarres où l'on -conservait les provisions destinées au roi mort. Ces empreintes, qui -sont le plus souvent encore très nettes, forment l'ensemble le plus -important et le plus varié des inscriptions de l'époque thinite. C'est -aussi, sans aucun doute, à des officiers royaux et à de grands -personnages de la cour qu'appartenaient les nombreuses petites stèles -portant simplement leur nom et indiquant la place de leur sépulture dans -les dépendances des tombeaux royaux. - -[Illustration: _Fig. 91._ Protocole du roi Amenemhat III.] - -Ce n'est pas sous la forme d'un cartouche ovale, comme on a l'habitude -de le voir dans tous les monuments depuis l'Ancien Empire, que se -présente ici le nom du roi: il est renfermé dans un rectangle terminé -dans le bas par un motif architectural et surmonté d'un faucon. Il est -nécessaire, pour expliquer cette différence qui peut paraître étrange au -premier abord, de jeter un coup d'oeil sur la titulature complète des -rois d'Egypte, à la bonne époque. A côté d'un nombre très variable -d'épithètes pompeuses où la fantaisie des scribes se donne libre -carrière, le protocole royal comporte cinq noms différents précédés -chacun d'un titre spécial; ainsi la titulature complète d'Amenemhat III, -un des derniers rois de la XIIme dynastie (fig. 91), se présente de la -façon suivante: - -Le premier de ces titres, celui dans lequel le faucon surmonte un -édifice où est gravé le nom, représente le nom sacré du roi, son nom -d'Horus, celui par lequel il affirme sa descendance divine, sa qualité -d'héritier légitime du dieu fondateur de la monarchie. Les deux suivants -ont moins d'importance et paraissent rarement isolés en dehors du -protocole complet. Quant aux deux derniers, avec les noms renfermés dans -des cartouches, ce sont, à l'époque classique, les vrais titres -officiels du roi, les seuls employés couramment pour désigner le -pharaon: l'un, que nous avons l'habitude d'appeler le prénom, est -surmonté du double titre «roi de la Haute et roi de la Basse Egypte»; -c'était le nom que se donnait le roi au moment de son couronnement, -tandis que son ancien nom de prince royal, son nom de famille en quelque -sorte, trouvait place dans le dernier cartouche, avec l'épithète «fils -du soleil», qui fait ressortir une fois de plus le caractère divin ou -semi-divin de la royauté. Tous ces titres n'ont ni la même origine ni la -même ancienneté. Le premier en date est aussi le premier de la série, -le nom d'Horus; jamais, sur leurs monuments, les premiers rois de la -première dynastie ne sont désignés par un autre nom que celui qui, -enfermé dans le rectangle qui figure le palais royal, est surmonté du -faucon, image du dieu Horus. Le souverain n'est donc pas appelé à -l'origine «le roi d'Egypte un tel» mais «l'Horus un tel»; plus tard, -sous la IIme dynastie, certains rois qui étaient sans doute originaires -de la Basse Egypte tentèrent, comme le fit Perabsen, de remplacer le -faucon par l'animal typhonien Set, et se nommèrent alors «le Set un tel» -(fig. 93); d'autres enfin réunirent les deux emblèmes divins, comme -Kha-Sekhemouï qui se donne le titre de: «Horus-Set-Kha-Sekhemouï» (fig. -94). - -[Illustration: _Fig. 92._ Noms de rois de la Ire dynastie.] - -[Illustrations: - _Fig. 93._ Nom du roi Perabsen. - _Fig. 94._ Nom du roi Kha-Sekhemouï. - _Fig. 95._ Nom du roi Den-Setouï.] - -Dès l'origine, cependant, les rois prirent le titre de «maître des -diadèmes du Sud et du Nord», titre qui vient se placer à côté du -premier, mais n'est pas accompagné d'un nom nouveau. Enfin, à partir du -milieu de la Ire dynastie, nous voyons apparaître un second nom tout à -fait différent de l'autre, avec le titre de «roi de la Haute et de la -Basse Egypte» (fig. 95). Ce nom n'est pas encore enfermé dans un -cartouche, comme cela aura lieu plus tard. Quant aux deux autres titres, -celui de «Horus d'or», ou de «Horus vainqueur», et celui de «fils du -soleil», ils ne paraissent que beaucoup plus tard, dans le courant de -l'Ancien Empire. - -Dans les listes royales d'époque postérieure, les pharaons, même les -plus anciens, sont toujours désignés par leurs noms de rois de la Haute -et de la Basse Egypte, jamais par leurs noms d'Horus. Or les monuments -de l'époque ne nous donnent la concordance entre les deux noms que pour -trois rois de la Ire dynastie: Den-Setouï (Ousaphaïs), Azab-Merbapa -(Miebis) et Mersekha-Semempsès. Pour tous les autres rois thinites, nous -n'avons que le nom d'Horus, ce qui rend leur assimilation assez -difficile; néanmoins, on est arrivé à les grouper de façon assez -satisfaisante. - - -C. CIVILISATION - -L'organisation de la royauté, l'invention de l'écriture, les débuts de -l'architecture, le développement des arts et de l'industrie marquent un -progrès immense de l'époque thinite sur la période précédente, une -transformation radicale dans l'état général du pays. Après avoir étudié -les monuments, il nous reste à passer aux conclusions que nous pouvons -en tirer quant à ce nouveau stage de la civilisation. - - -_Royauté_ - -Le roi est un Horus, donc non seulement un monarque de droit divin ou un -représentant du dieu sur la terre, mais un roi-dieu, planant en quelque -sorte au-dessus de l'humanité. Tout lui appartient ici-bas, tout gravite -autour de lui. Détenteur du pouvoir spirituel aussi bien que du pouvoir -temporel, il organise le culte des dieux, ses pères et ses frères, il -commence à leur faire construire de vrais temples au lieu des petits -édicules en bois entourés d'une enceinte ou des huttes en branchages qui -sont encore presque partout les sanctuaires des diverses divinités. -Quant à lui-même, il habite des palais dont le cadre qui entoure son nom -nous a conservé une image sommaire et, après sa mort, il repose dans un -tombeau somptueux, entouré d'un monceau de provisions pour l'éternité. -Les membres de sa famille paraissent à peine à côté de lui. - - -_Tribus_ - -La présence, à côté du roi, dans les grandes cérémonies, des enseignes -symboliques du faucon, du chacal, de l'ibis, semble indiquer que les -anciennes tribus subsistent toujours, non plus indépendantes, mais -devenues vassales de la couronne. Cependant ces emblèmes pourraient -aussi être de nature purement religieuse et s'appliquer à des divinités -plutôt qu'à des groupements de la population. - - -_Fonctionnaires_ - -Autour du roi se trouvaient une quantité de fonctionnaires, depuis ceux -qui étaient attachés à la personne même du souverain, le porte-sandales -et le porte-éventail, jusqu'aux chefs artisans qui semblent avoir eu une -position privilégiée. Puis venaient tous ceux qui étaient préposés aux -domaines royaux, qui surveillaient l'emmagasinage des récoltes et dont -les sceaux étaient apposés sur les bouchons des jarres à provisions. -Tous ces personnages forment l'entourage immédiat du roi et se font -enterrer à côté de lui, parfois même dans les dépendances de la -sépulture royale. Comme leur souverain, ils perpétuent le souvenir de -leur tombeau par une stèle placée au-dessus, en évidence, stèle où leur -nom seul est sommairement gravé sur une pierre à peine dégrossie. - - -_Peuple_ - -C'est dans les centres, et particulièrement autour du roi, que nous -pouvons suivre le développement de cette civilisation nouvelle: jusqu'à -quel point put-elle pénétrer dans la masse même de la population, chez -les habitants des campagnes? Les tombeaux de ceux-ci, disséminés le long -des coteaux de sable qui bordent la vallée, comme ceux de leurs -prédécesseurs, nous montrent à quoi nous en tenir à ce sujet et, somme -toute, nous voyons qu'à part quelques modifications de détails, la -situation du peuple n'a guère changé. Si les habitants du pays revêtent -maintenant leurs tombeaux de briques, ils les creusent toujours aux -mêmes endroits et leur donnent à peu près les mêmes dimensions -qu'auparavant. Le mobilier funéraire est le même, à peine un peu -modernisé quant à la forme des vases; les outils et les armes ne sont -pas modifiés et ce n'est encore que rarement qu'on voit paraître des -objets de cuivre à côté des silex taillés toujours en usage. - -Comme jadis, les habitants des campagnes ne se préoccupaient guère des -progrès de l'écriture ou de l'architecture, et vivaient de chasse et de -pêche, d'élevage et d'agriculture. Le cuivre fournissait aux pêcheurs un -nouvel engin, le petit hameçon, mais il changeait à peine l'armement des -chasseurs. L'agriculture était en progrès, sans doute grâce aux efforts -de l'administration royale. Le roi possédait-il lui-même des champs de -blé et d'orge d'où il tirait ses approvisionnements ou les -abandonnait-il aux cultivateurs moyennant une forte redevance en nature, -c'est ce dont nous ne pouvons nous rendre compte; peut-être y avait-il -des terres de la couronne et des terres privées, comme ce devait être le -cas plus tard. En tous cas le roi possédait des jardins spéciaux, enclos -de murs, qui étaient l'objet d'une surveillance particulière, et où l'on -cultivait entre autres la vigne. Les employés du gouvernement -apportaient aussi un soin particulier aux irrigations, notaient avec -soin la cote exacte de chaque crue du Nil, et faisaient creuser les -premiers canaux. - -Les artisans, les gens de métier, vivaient surtout dans les centres, -mais les habitants des campagnes fabriquaient eux-mêmes les objets dont -ils avaient besoin, en particulier ce qui concernait le vêtement. -Pendant que les hommes s'occupaient de chasse, de pêche et des travaux -des champs, les femmes se chargeaient de filer et de tisser la toile. - - -_Commerce extérieur_ - -La plupart des matières premières qu'employaient les Egyptiens -provenaient du pays même, mais d'autres devaient être cherchées plus -loin, souvent à de grandes distances. Ainsi certaines pierres dures, -employées pour fabriquer des vases ou des objets d'ornement, ne se -trouvent que dans des montagnes situées en plein désert; il en est de -même de l'or. Le roi envoyait-il des expéditions pour recueillir ces -matières précieuses, ou bien les nomades les apportaient-ils jusqu'en -Egypte, il nous est impossible de le savoir. Le cuivre venait de plus -loin vers le sud, et des gisements de turquoises, comme ceux du Sinaï, -étaient déjà exploités par les Egyptiens; peut-être aussi le commerce -extérieur en amenait-il dans le pays des quantités plus ou moins -considérables. - -L'obsidienne employée en Egypte provient de l'île de Milo, dans -l'Archipel, et ce fait montre qu'il continuait à y avoir entre les deux -peuples, malgré l'obstacle que leur opposait la mer, des relations -suivies; la présence de poterie égéenne dans les tombeaux royaux -d'Abydos est une preuve de plus du commerce qui se faisait à cette -époque sur la Méditerranée. - -La similitude très marquée qui existe entre certains objets de la -Chaldée primitive et les monuments de l'Egypte thinite a fait envisager -par certains savants la possibilité d'une origine commune des deux -races. Cette hypothèse, comme je l'ai dit plus haut, doit sans doute -être abandonnée, car la civilisation égyptienne est certainement -originale et africaine. Les infiltrations sémites qui ont pu se produire -dans la vallée du Nil sont beaucoup moins importantes qu'il ne le -paraissait d'abord et il se peut fort bien qu'elles soient dues -uniquement à des relations commerciales entre l'Egypte et les pays de -l'est et du sud-est, par la mer Rouge. Ainsi des voyageurs, des -commerçants peuvent avoir apporté d'Egypte en Chaldée ou de Chaldée en -Egypte, des cylindres servant de sceaux, et cette nouveauté ayant été -appréciée, la mode s'en sera répandue facilement; rien du reste ne -prouve que l'usage du cylindre ait été inventé en Mésopotamie plutôt que -dans la vallée du Nil. Il en est de même de certains petits vases à -parfums, spécialement de ceux à formes animales. - -Quant à la question de l'écriture, qui a été invoquée comme preuve de -l'origine commune des deux plus anciennes civilisations de l'Orient, -elle n'est pas suffisamment concluante. La première écriture d'un peuple -sortant de la barbarie est nécessairement pictographique, aussi -peut-elle avoir débuté indépendamment dans les deux pays; en effet les -signes hiéroglyphiques qui en Babylonie et en Egypte se ressemblent, -n'ont pas la même valeur phonétique, et appartiennent à deux langues -très différentes. Là l'écriture primitive se transforme rapidement, -devient linéaire, puis cunéiforme, tandis qu'en Egypte elle reste -pendant des milliers d'années une écriture hiéroglyphique. - -[Illustration: _Fig. 96._ Chien en ivoire (d'ap. DE MORGAN. _Rech. sur -les orig. de l'Egypte_, II, fig. _698_).] - - - - -[Illustration: _Fig. 97._ La Pyramide à degrés de Saqqarah.] - - - - -CHAPITRE V - -ANCIEN EMPIRE - -(De 3400 à 2200 av. J.-C. environ.) - - -Ce nom d'Ancien Empire, adopté dans un temps où l'on considérait comme -légendaires les deux dynasties thinites, s'applique à toute la période -où l'Egypte fut gouvernée par des rois du nord, Memphites ou -Héliopolitains, période de paix et de prospérité pour le pays qui -atteint peu à peu un très haut degré de développement dans tous les -domaines. C'est une succession de rois sages et puissants, dont -l'autorité n'est pas discutée et dont la politique consiste, non à -chercher au dehors des conquêtes et des aventures, mais à augmenter la -richesse du pays par ses propres moyens, en utilisant et en développant -toutes ses forces naturelles, autant celles du sol que celles de ses -habitants. - - -A. HISTOIRE - -L'Ancien Empire occupe dans l'histoire un laps de temps de 1200 ans -environ, et se place approximativement, puisque nous ne pouvons donner -de date exacte et que nous sommes obligés, dans le domaine -chronologique, de nous en tenir à des à peu près, entre 3400 et 2200 -avant notre ère; quatre dynasties se succèdent, puis vient une chute -brusque, une période de luttes intérieures, l'époque féodale, pendant -laquelle se prépare l'avènement du Moyen Empire thébain. - - -_IIIe dynastie_ - -Nous avons vu se produire, au cours de la IIme dynastie un certain -flottement; le royaume du nord, absorbé par Ménès et ses successeurs, se -ressaisit peu à peu et cherche à reprendre les rênes du pouvoir. Après -de longs efforts, les princes memphites arrivent à supplanter leurs -suzerains et à coiffer eux-mêmes la double couronne; il ne semble pas y -avoir eu de révolution ni de luttes sanglantes, la transition est trop -lente pour avoir été brutale et c'est sans doute en suite d'une série -d'alliances qu'une des familles finit par supplanter l'autre. Les rois -memphites se considèrent comme les héritiers directs et légitimes des -rois thinites. Loin de renier leurs prédécesseurs, ils continuent leur -oeuvre et prennent leurs titres sans aucune modification; ils deviennent -des Horus et non, comme on pourrait le croire, des Set, et se donnent -également les titres de «maître des diadèmes du Sud et du Nord» et de -«roi de la Haute et de la Basse Egypte». Ce dernier titre est suivi d'un -nom spécial, qui n'est pas encore enfermé dans un cartouche. Rien n'est -changé, ni dans l'organisation du pays, ni dans les moeurs; c'est encore -la période de transition dans laquelle rentrent également les rois -thinites de la IIme dynastie et les rois memphites de la IIIme, si -intimement liés malgré la différence de leur origine qu'il est souvent -difficile de distinguer sur les monuments contemporains ce qui -appartient aux uns plutôt qu'aux autres. - -Manéthon donne pour la IIIme dynastie neuf rois avec 214 ans de règne, -mais ses transcriptions de noms sont très fantaisistes et il est -difficile de les identifier avec les noms des neuf ou dix souverains que -nous connaissons d'après les monuments, et qui appartiennent -certainement à cette époque. Aucun événement saillant ne marqua le règne -de la plupart de ces rois, sauf une invasion libyenne sous le premier de -ceux-ci, le Nekherôphès des Grecs, le Babaï des listes, invasion qui se -termina, dit-on, par l'apparition d'un phénomène céleste devant lequel -les Libyens reculèrent épouvantés, sans combat. Les Egyptiens des -époques postérieures avaient cependant conservé très vivant le souvenir -de certains de ces souverains, Nebka, Djeser-Teta, Houni, mais surtout -du plus important d'entre eux qui est, à n'en pas douter, le vrai -fondateur de l'Empire memphite, Tosorthros, celui de Djeser qui porte le -nom d'Horus Nouterkha; auteur de livres scientifiques, il s'appliqua -surtout à développer l'écriture et l'architecture, et nous pouvons -constater le bien-fondé de cette légende car nous avons en effet de lui -des constructions très importantes, comme la pyramide à degrés de -Saqqarah, le plus ancien de ces immenses monuments funéraires, et, -immédiatement après son règne, les premières grandes stèles tombales -couvertes de textes. En outre la tradition lui attribuait certaines -fondations pieuses, comme l'organisation du culte d'Isis à Philae, que -relate tout au long une stèle de basse époque dans l'île de Sehel. Cette -figure bien réelle du roi Djeser domine et éclaire toute la IIIme -dynastie qui sans elle serait une des plus inconsistantes et des moins -connues de toute l'histoire d'Egypte. - - -_IVe dynastie_ - -Le passage d'une dynastie à l'autre s'opéra sans secousse, -naturellement; comme le dit un texte littéraire très ancien: «En ce -temps-là, la Majesté du roi Houni arriva au port (c'est-à-dire mourut) -et la Majesté du roi Snefrou s'éleva en roi bienfaisant, sur la terre -entière»; c'est une famille nouvelle recueillant l'héritage d'une -famille parente qui s'éteint. Les huit rois de cette dynastie, qui, -toujours d'après Manéthon, occupèrent le trône pendant 284 ans, nous ont -laissé des témoins indestructibles de leur puissance, les pyramides, -l'effort architectural le plus gigantesque qui ait jamais été tenté. - -[Illustration: _Fig. 98._ Bas-relief de Snefrou au Sinaï (d'après J. DE -MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. 594).] - -Avec le premier de ces rois, Snefrou, commence une période de grande -prospérité pour l'Egypte; les tombeaux des simples particuliers -deviennent de véritables monuments, et lui-même se fait construire deux -pyramides. La richesse est très grande dans le pays, conséquence d'une -administration sage et prévoyante, et les arts ne tâtonnent plus, ayant -atteint l'expression parfaite dont ils ne s'écarteront plus guère. De -son oeuvre personnelle, nous savons peu de chose, sinon qu'il organisa -de façon définitive l'exploitation des mines du Sinaï, fortifiant ainsi -la marche orientale de l'Egypte contre les incursions des bandes sémites -de la Syrie méridionale. - -[Illustration: _Fig. 99._ Khéops (d'après PETRIE. _Abydos_, II, pl. -XIV).] - -Son successeur, Khéops ou Khoufou, continua son oeuvre et fut plus -puissant encore. Le travail colossal nécessité par la construction de sa -pyramide avait rendu son nom légendaire, et les Grecs voyaient en lui un -tyran qui avait écrasé son peuple de corvées, tandis que les Egyptiens -vénéraient son souvenir, que son culte funéraire se perpétuait et qu'il -fut toujours considéré comme un des plus grands rois d'Egypte. Il fonda -des temples et continua d'encourager les travaux miniers au Sinaï. - -[Illustration: _Fig. 100._ Dadefra--Fouilles d'Abou-Roash--Louvre -(photographie de M. E. Chassinat).] - -[Illustration: _Fig. 101._ Khéfren (photogr. de E. Brugsch-Pacha).] - -Après la mort de Khéops des compétitions s'élevèrent dans sa famille, et -son premier successeur, Dadefra (Ratoïses), fut renversé après un règne -plus ou moins long, sa pyramide fut rasée, ses statues mises en -miettes, sa mémoire effacée presque complètement. Le frère de ce -dernier, Khefren ou Khafra, monta alors sur le trône, et si nous ne -savons rien de son oeuvre pendant son long règne, nous avons du moins de -lui des monuments extrêmement remarquables, sa pyramide, le grand sphinx -de Giseh et des statues qui sont de pures merveilles. La légende -transmise par Hérodote dit que lui aussi fut considéré comme un tyran -odieux et que, comme son père Khéops, sa dépouille mortelle fut arrachée -de son tombeau et mise en pièces par le peuple révolté, mais cette -légende ne repose sur aucune base sérieuse. - -[Illustration: _Fig. 102._ La grande pyramide et le sphinx de Gizeh.] - -[Illustration: _Fig. 103._ Mycérinus (d'après MASPERO. _Musée Egyptien_ -I, pl. IX).] - -Puis vint Menkaoura, le Mycérinus des Grecs, dont la réputation de -justice et de piété se perpétua jusqu'à la fin de l'empire pharaonique; -lui aussi se fit construire une pyramide et sculpter des statues -splendides, et continua l'exploitation des mines du Sinaï. Il fut le -dernier grand roi de sa race, ses successeurs nous sont à peine connus, -et la IVme dynastie finit sans que nous puissions nous rendre compte de -quelle manière; sans doute des rois incapables se virent peu à peu -supplanter par des personnages plus énergiques, plus populaires et -disposant d'un parti puissant. Un oracle avait prédit à Khéops que sa -famille allait disparaître et qu'après quelques générations une race -nouvelle, race d'origine divine, issue de Râ lui-même, le dieu-soleil, -monterait sur le trône à sa place. S'inclinant devant la volonté divine, -Khéops n'avait même pas songé à détruire pendant qu'ils étaient faibles -encore, les premiers représentants de cette famille qui devait -déposséder la sienne. - - -_Ve dynastie_ - -Avec l'avènement de ces nouveaux rois, originaires d'Héliopolis--et non -d'Eléphantine, comme le dit Manéthon,--qui se considèrent comme -engendrés par le dieu-soleil lui-même et adoptent définitivement dans -leur protocole le titre jusqu'alors peu employé de «fils de Râ», le -caractère théocratique de la royauté s'accuse de plus en plus. C'est le -triomphe des prêtres d'Héliopolis, métropole religieuse de la Basse -Egypte, les vrais fondateurs de la religion égyptienne, qui en arrivent -à grouper autour de leur dieu-soleil tous les dogmes locaux d'origine si -disparate, et à constituer un ensemble homogène, acceptable pour tous -les Egyptiens. Non contents de cette centralisation religieuse, ils -réussissent à mettre la main sur le pouvoir temporel, avec les neuf rois -de la Vme dynastie qui, au dire de Manéthon, régnèrent pendant 218 ans, -et même après ce temps, ces prêtres du soleil surent garder pendant de -longs siècles une influence prépondérante sur le pouvoir civil. - -[Illustration: _Fig. 104._ Neouserra (d'après MASPERO. _Musée Egyptien_, -I, pl. X).] - -Ouserkaf fut le premier de sa race; sans doute il dut réorganiser -l'administration sur de nouvelles bases, et si nous savons peu de choses -de lui, nous connaissons mieux ses successeurs qui continuèrent son -oeuvre. Sahoura d'abord, puis Neferarkara et Shepseskara, plus tard -Neouserra-An, Menkaouhor et Dadkara-Assa. Tous sont des monarques -puissants et d'une activité qui s'étend d'un bout à l'autre du royaume -et même au delà de ses frontières: ils contiennent les hordes libyennes -et soudanaises qui cherchent à s'introduire dans le pays, ils envoient -dans le sud de la Palestine des expéditions devant leur assurer la -suprématie effective sur des voisins instables qui pouvaient devenir -menaçants, ils reprennent de façon suivie les exploitations minières du -Sinaï, ils entretiennent sur la mer une flotte imposante qui doit -servir en même temps à développer le commerce égyptien et à imposer le -respect des pharaons dans les pays avoisinants. A l'intérieur, ils -construisent des pyramides qui, pour être moins colossales que celles de -leurs devanciers, leur sont supérieures au point de vue de la -décoration, et des temples monumentaux comme ceux qu'ils dédièrent au -soleil dans les environs de leur capitale. D'une manière générale, leur -administration, dont nous ne connaissons pas les détails ni même le -programme particulier, fut bienfaisante pour le pays dont la prospérité -augmente de plus en plus; la paix et l'ordre règnent dans toute la -vallée du Nil. Les prêtres exercent une influence considérable et tous -les hauts fonctionnaires se rattachent de près ou de loin au sacerdoce; -ils semblent du reste avoir travaillé non pas dans un but -d'accaparement, mais pour le bien général du pays. - -Le dernier roi de la dynastie, Ounas, n'est pas l'un des moins -importants et des moins puissants, et il termine dignement la série des -princes de sa famille; c'est sans doute parce qu'il n'eut pas de -descendants directs que le pouvoir passa après lui en d'autres mains, et -non ensuite d'un bouleversement politique. - - -_VIe dynastie_ - -Les rois memphites qui succèdent directement aux héliopolitains -continuent leur oeuvre, mais moins brillamment pour commencer, -semble-t-il, car nous ne savons presque rien de Teti et d'Ouserkara, les -deux premiers souverains d'une famille qui, d'après Manéthon, compta six -rois et 203 ans de règne. Après eux vient une courte période de gloire -sur laquelle nous sommes admirablement renseignés par de nombreux -monuments, et surtout par les biographies de certains hauts -fonctionnaires comme Ouna et Herkhouf, période que domine le roi Pepi -I, un des plus célèbres parmi les pharaons: son activité est intense, il -fait construire et travailler sur tous les points de l'Egypte et son nom -se retrouve à Tanis, à l'extrême nord du Delta, aussi bien que sur les -rochers de granit de la Ire cataracte, dans les mines du Sinaï comme -dans les carrières du Ouadi-Hammamat. Il s'occupe lui-même de -l'administration de la justice et des missions spéciales à donner aux -plus capables de ses sujets; il multiplie les décrets établissant les -droits des grands sanctuaires et instituant des fondations pieuses; il -rassemble une armée et des vaisseaux pour écraser les nomades asiatiques -redevenus menaçants et envoie des expéditions en Nubie pour assurer la -suprématie de l'Egypte sur le Haut Nil. - -[Illustration: _Fig. 105._ Pepi I (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II, -pl. LI).] - -[Illustration: _Fig. 106._ Merenra (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II, -pl. LV).] - -Ses successeurs voulurent continuer son oeuvre, mais son fils aîné -Merenra mourut jeune, et son autre fils Pepi II, qui eut un règne de 95 -ans, ne se montra pas à la hauteur de la situation, et la déchéance du -pouvoir central s'accusa rapidement. Deux ou trois rois réussirent -pendant quelque temps encore à maintenir le sceptre entre leurs mains, -puis disparurent après des règnes sans gloire, et avec eux prit fin -cette suite de familles puissantes et énergiques qui avait amené -l'Egypte à un si haut point de civilisation. - - -_La fin de l'empire memphite_ - -Ici commence une période très obscure, pour laquelle Manéthon continue -sa classification méthodique: C'est d'abord la VIIme dynastie, qui -représente sans doute un court interrègne, avec ses 70 rois ayant régné -pendant 70 jours, puis la VIIIme avec 27 rois memphites qui régnèrent -146 ans, rois dont l'histoire nous a à peine conservé quelques noms. Le -déclin, ou plutôt la chute du pouvoir royal est donc extraordinairement -brusque, surtout si l'on songe que cette chute n'a pas été déterminée -par une invasion, une conquête ou une révolution brutale; la cause en -est simplement dans le fait que les rois memphites exercèrent un pouvoir -tout pacifique et n'eurent jamais à s'appuyer sur une force militaire. -Quelques troupes peu nombreuses de mercenaires nubiens suffisaient pour -maintenir l'ordre, et quand il s'agissait d'une expédition au dehors, -les grands seigneurs amenaient chacun son petit contingent et l'on en -formait à la hâte une armée hétéroclite bien suffisante contre les -barbares plus mal organisés encore. Nous avons peine à comprendre que -des rois aient pu pendant plus de mille ans, sans armée, faire brillante -figure et accomplir une oeuvre aussi importante que les pharaons de -l'Ancien Empire; c'est une preuve remarquable de l'excellence d'un -gouvernement sage et droit, et de la puissance morale de tous ces -souverains. - -Ce système constituait cependant un danger permanent, et il était à -prévoir qu'à la première occasion favorable les grands seigneurs locaux -qui devaient fournir leurs contingents à la couronne, dans certaines -occasions, chercheraient à profiter de cette force qu'ils avaient -toujours sous la main, pour se rendre indépendants et pour s'emparer -eux-mêmes du pouvoir. La féodalité s'était constituée ainsi peu à peu, -guettant le moment où elle pourrait secouer cette autorité morale qui -pesait sur les princes des nomes et les réunissait, et c'est -probablement déjà à la fin du règne de Pepi II que ceux-ci commencèrent -à s'affranchir. Les plus puissants, apparentés sans doute à la famille -royale, se proclamèrent rois, groupant autour d'eux des seigneurs de -moindre importance, et ainsi les Memphites, les souverains légitimes, ne -conservèrent plus que le Delta, tandis qu'à côté d'eux s'élevaient deux -nouvelles dynasties, la IXme d'Héracléopolis, comprenant toute la -Moyenne Egypte, et la Xme qui est thébaine plutôt qu'héracléopolitaine, -comme le voudrait Manéthon, et qui absorba la Haute Egypte. De là des -luttes qui durèrent deux siècles au moins, donnant l'avantage tantôt aux -uns, tantôt aux autres. Puissamment secondés par les princes de Siout, -les rois héracléopolitains, les Khiti, les Kamerira l'emportèrent le -plus souvent, mais durent aussi s'effacer parfois devant une campagne -heureuse d'une des maisons rivales, comme celle qui permit au memphite -Neferkara de s'installer pour un temps à Koptos. Enfin les Thébains, les -Antef et les Mentouhotep, finissent par écraser leurs compétiteurs et -réalisent à nouveau l'unité politique du pays; c'est une ère nouvelle -qui commence, le Moyen Empire qui remplace l'Ancien. - - -B. MONUMENTS - -Les restes qui nous sont parvenus de l'Ancien Empire sont autrement -importants en nombre, en grandeur et en beauté, que ceux de la période -précédente. Les inscriptions sont nombreuses, souvent très développées, -et, placées à côté des innombrables représentations figurées, elles nous -permettent de pénétrer plus profondément dans la connaissance de la vie -des Egyptiens; nous n'en sommes plus réduits à des suppositions, nous -les voyons agir, nous les entendons parler, et une rapide revue des -monuments découverts nous permettra de nous faire une idée d'ensemble de -ce qu'était leur civilisation. - - -_Architecture_ - -Les progrès de l'architecture furent extrêmement rapides, surtout aux -débuts de l'empire memphite; nous avons vu, à la fin de la période -précédente, le système de construction en briques et bois, avec -couverture en bois; au commencement de la IIIme dynastie, les -architectes connaissent la voûte et l'emploient avec succès, puis ils se -mettent à la recherche de matériaux plus solides et plus durables que la -brique crue, et adoptent la pierre, au moins pour celles de leurs -constructions qui avaient pour eux le plus d'importance, les tombeaux et -les temples. Tout de suite ils se montrent passés maîtres dans cette -technique nouvelle et semblent se jouer des difficultés avec une -hardiesse et une aisance incroyables: dès la IVme dynastie, on ne trouve -déjà pour ainsi dire plus un édifice religieux ou funéraire en briques. -La dimension des matériaux permettant aux architectes de revenir à -l'ancien système de couverture plate, ils inventent le pilier et -l'architrave qui leur donnent la facilité de couvrir des espaces très -considérables; enfin sous la Vme dynastie paraît la colonne proprement -dite, avec toutes ses variétés. Les constructeurs ne se bornent pas à -assembler leurs matériaux avec une précision et une exactitude -remarquables, ils en calculent aussi en une certaine mesure la -résistance et s'entendent très bien à répartir également la pression des -masses. - -[Illustrations: - _Fig. 107 et 108._ Colonnes palmiforme et papyriforme (d'apr. - BORCHARDT. _Sahuré_, p. _44_; _Ne-user-Ré_, p. _64_). - _Fig. 109._ Colonne lotiforme--Abousir (photogr. de E. - Brugsch-Pacha).] - -Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, étaient des -édifices légers, en briques, en bois, ou même en terre pilée, qui tous -ont disparu sans laisser de traces. En fait d'architecture militaire, -nous n'avons guère que des forteresses comme celles d'Elkab et d'Abydos, -vastes quadrilatères formés par d'épaisses murailles de briques crues, -qui du reste ne sont pas datées de façon certaine. - - -_Temples_ - -Quant aux édifices religieux, les rois de l'Ancien Empire en avaient -construit un peu partout, et avaient remplacé les petits sanctuaires -primitifs par des constructions en pierre déjà très développées comme -plan; ces temples furent constamment remaniés, agrandis et embellis au -cours des âges, souvent même démolis pour être entièrement reconstruits, -aussi ne trouvons-nous plus guère que les arasements ou les fondations -des constructions originales, comme c'est le cas à Hieraconpolis, à -Abydos et à Memphis, ou encore des débris de murailles couverts de -bas-reliefs, comme les fragments de la chapelle de Djeser à Héliopolis. -Ce qui reste de ces temples suffit néanmoins pour nous montrer que -chacun avait son caractère spécial, approprié aux besoins du culte -local, et qu'on n'avait pas encore adopté, comme cela eut lieu plus -tard, un type uniforme pour tous les édifices cultuels. - -[Illustration: _Fig. 110._ Le temple du soleil à Abousir (d'apr. -BORCHARDT. _Das Re-Heiligtum des Kgs. Ne-Woser-Re_, pl. I).] - -Parmi tous ces modèles divers de temples, le plus original était celui -qui était consacré à Râ, le dieu-soleil d'Héliopolis: il consistait en -un énorme obélisque, lourd et trapu, monté sur la plateforme d'un grand -massif rectangulaire, tous deux en maçonnerie; un escalier ménagé dans -l'épaisseur du socle permettait d'atteindre la plateforme. Sur le devant -se trouvait un grand autel pour les offrandes, des cours avec bassins -destinés à des ablutions, et, dans un coin, une petite chapelle -précédée de deux stèles. Autour de tout cet ensemble, un mur de pierre -formait une enceinte rectangulaire, et un chemin couvert descendait -directement à la vallée, reliant le temple lui-même à un portique -monumental. Ici le dieu n'est pas dissimulé au fond d'un sanctuaire -accessible à quelques initiés seulement, comme c'est généralement le cas -en Egypte; il domine tout le temple de sa masse imposante, car c'est -l'obélisque lui-même qui est le symbole du dieu-soleil. - -Tous les rois de la Vme dynastie, les fils de Râ, tinrent à honneur de -consacrer à leur divin père un sanctuaire semblable, près de leur -capitale, à deux pas de leurs pyramides. Nous en connaissons au moins -cinq de nom; un seul nous est conservé, en ruines il est vrai, mais en -ruines encore très lisibles; c'est celui de Neouserra, mis au jour par -une mission allemande, près d'Abousir. Pour donner une idée de ses -dimensions, nous dirons que l'enceinte mesure plus de 100 mètres de -long. En outre cet étrange sanctuaire était accompagné d'une -reproduction monumentale, en briques crues, de la barque solaire, qui -n'a pas moins de 28 mètres de long, bateau fantastique qui semble -naviguer sur les sables du désert. - -Les fouilles exécutées à Abydos par une société anglaise, sous la -direction de M. Ed. Naville, ont révélé un temple tout différent et sans -doute plus ancien, le sanctuaire souterrain d'Osiris: ici la pièce -principale, couverte de dalles de granit supportées par des piliers -énormes, sans aucune décoration, consistait en une vaste plateforme -isolée du reste du monument par un fossé plein d'eau. Cette disposition -si particulière correspondait bien aux nécessités des mystères du grand -dieu des morts, avec leurs processions nautiques et leurs illuminations. - -Je ne sais trop si c'est parmi les édifices du culte qu'il faut ranger -un édifice plus étrange encore, unique en son genre, qui date -probablement de la IIIme dynastie et a été découvert par une mission -italienne, à Héliopolis même: c'est une construction circulaire -embrassant un espace dont le rayon est de 300 mètres, une sorte de -gigantesque anneau de 40 mètres d'épaisseur, en briques crues, percé à -l'intérieur de cinq nefs longitudinales supportées par des piliers et -des piédroits. L'usage de ce monument nous est absolument inconnu. - - -_Mastabas_ - -Pour l'architecture funéraire nous sommes mieux renseignés, étant en -possession d'une quantité considérable de tombeaux qui sont le plus -souvent dans un état de conservation remarquable, et nous pouvons suivre -pas à pas les améliorations, les modifications apportées dans ce genre -de constructions faites en vue de l'éternité. Le but des Egyptiens était -de s'assurer après la mort un lieu de repos qui fût pour eux le gage et -la condition de la vie éternelle, et ils sacrifiaient volontiers le -bien-être de leur existence terrestre, étape provisoire, à la -perpétuation de leur âme et de leur double; ce but, ils l'obtenaient en -partie par la connaissance des formules magiques qui faisaient d'eux les -égaux des dieux, en partie aussi en préservant des atteintes du temps et -des hommes leur corps physique, qui restait le support de leur être -immatériel. Plus le tombeau était profond, plus son entrée était -dissimulée et obstruée, plus grandes aussi étaient les chances de -conservation pour la momie. L'ombre du mort, son double, son _ka_, comme -disaient les Egyptiens, pouvait alors continuer à vivre dans la tombe, -mais il lui fallait l'image des aliments réels pour se nourrir, la -représentation des scènes de la vie usuelle pour se délasser ou tout au -moins pour s'occuper; à cet effet on prit à un certain moment le parti -de sculpter sur certaines parties des monuments funéraires ces -figurations si variées qui sont pour nous ce qu'elles étaient sans doute -pour les morts, une image fidèle de la vie des anciens Egyptiens. - -Les rois sont d'essence divine, par conséquent très au-dessus des -hommes, et il est naturel que leurs tombes ne soient pas disposées de la -même manière que celles de leurs sujets; nous avons donc dans -l'architecture deux groupes, celui des tombes privées et celui des -tombes royales, issus de conceptions un peu différentes du sort de l'âme -après la mort et qui se développent parallèlement, mais indépendamment -l'un de l'autre. - -[Illustration: _Fig. 111._ Plan d'un mastaba de la IVe dynastie (d'apr. -MARIETTE. _Monuments divers_, pl. XVI).] - -Pour les tombeaux des particuliers, nous avons vu à la fin de l'époque -thinite la fosse primitive tapissée de briques et flanquée d'un escalier -d'accès. Sous la IIIme dynastie, ce plan se développe encore; on ajoute -volontiers quelques petites chambres souterraines pour servir de -magasins, et au lieu de ne faire qu'amonceler un tas de terre ou de -sable sur la couverture du caveau, on commence à construire un massif de -maçonnerie. Dès lors la chambre funéraire s'enfonce plus profondément -sous terre, la descenderie en escalier est peu à peu remplacée par un -puits vertical. Ces massives constructions extérieures qui sont la -caractéristique des tombes privées de l'Ancien Empire, sont de forme -allongée, rectangulaire, d'une hauteur moyenne, et les Arabes, les -comparant aux bancs de briques sur lesquels ils s'installent, à la porte -de leurs maisons, les ont appelés _mastabas_ (bancs), mot qui a passé -dans le vocabulaire archéologique. - -[Illustration: _Fig. 112._ Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah (d'apr. une -photogr.; cf. CAPART. _Une rue de tombeaux_, pl. XCIV).] - -Les plus anciens de ces mastabas sont en briques crues, et à peine plus -grands que les chambres funéraires qu'ils abritent, mais leurs -dimensions augmentent rapidement. Sur la face est--car ces tombeaux sont -orientés à peu près exactement--se creusent une ou deux niches qui sont -censées être les portes de la tombe, par lesquelles l'âme peut rester en -quelque sorte en communication avec les vivants et revenir de temps à -autre se promener sur terre; c'est là que se font les cérémonies du -culte funéraire, là qu'on apporte au défunt les offrandes alimentaires. -Nue à l'origine, cette niche s'orne très anciennement déjà de montants -et de linteaux en pierre, sur lesquels on grave le nom et les titres du -mort avec une courte formule le plaçant sous la protection des dieux; -ainsi se forme peu à peu le type de la «fausse-porte», modèle courant de -la stèle funéraire sous l'Ancien Empire. Cette niche-stèle ou stèle -fausse-porte constitue donc à elle seule une chapelle funéraire en -miniature; dès la fin de la IIIme dynastie on accentue son caractère, -soit en la dissimulant derrière un mur qui court le long de la façade -est du mastaba et forme devant elle un long couloir étroit, soit en la -repoussant un peu plus profondément dans l'intérieur du massif de -briques, au fond d'une chambre minuscule, chambre qui affecte plus ou -moins la forme d'une croix. - -[Illustration: _Fig. 113._ Fausse-porte de la Vme dynastie (d'après -PAGET-PIRIE, _Tomb of Ptah-Hetep_, pl. XXXIX).] - -[Illustration: _Fig. 114 et 115._ Tables d'offrandes de l'Ancien Empire -(Musée du Caire; d'après des croquis de l'auteur).] - -A ce moment, c'est-à-dire sous Snefrou, au début de la IVme dynastie, on -voit apparaître dans le tombeau deux éléments nouveaux, la table -d'offrandes,--dalle de pierre d'une forme particulière placée à terre -devant la fausse-porte, sur laquelle on déposait des aliments ou des -représentations d'aliments et qui servait au mort de table à manger,--et -la cachette aux statues, le _serdab_, suivant le nom qui lui a été donné -par les Arabes et qui est maintenant consacré par l'usage. Ce serdab est -une petite pièce aveugle ménagée dans la maçonnerie du mastaba à côté de -la chambre à la stèle, mais sans aucune communication avec elle sauf, -parfois, une petite fente où l'on peut à peine passer la main; c'est là -qu'on entassait, en plus ou moins grand nombre, les statues faites à -l'image du défunt, statues qui pouvaient servir de support à son double -au cas où la momie elle-même viendrait à être détruite, et permettre à -ce corps spirituel de continuer à vivre son existence monotone -d'outre-tombe. Pour que ce double pût subsister, il lui fallait en effet -un support, un corps matériel sur lequel il pût se poser: une statue, -moins fragile que la dépouille mortelle, lui offrait une plus grande -garantie de survivance; une fois la momie et les statues détruites, le -double s'évanouissait et disparaissait définitivement. - -[Illustration: _Fig. 116._ Mastabas près de la grande pyramide (d'après -LEPSIUS. _Denkmaler_, I, pl. XV).] - -[Illustration: _Fig. 117._ Sarcophage de Khoufou-Ankh (d'apr. le _Musée -Egyptien_, I, pl. XXI).] - -Les sépultures des particuliers, tout au moins celles des grands -personnages, se groupent en général autour de celle de leur souverain; -ainsi, auprès des grandes pyramides, nous voyons de vraies villes de -tombeaux où les mastabas sont alignés régulièrement, séparés par de -grandes rues droites. A ce moment-là, sous la IVme dynastie, la -prospérité était grande dans le pays; les tombeaux aussi deviennent plus -riches et sont mieux aménagés: les mastabas sont maintenant construits -en pierre et non plus en briques, les dimensions des chambres augmentent -et souvent aussi leur nombre. Les parois de ces chambres offrent une -surface assez considérable pour qu'on songe à les utiliser, et l'on -commence à les décorer pour que le mort puisse en tirer profit; on y -sculpte des listes d'offrandes, des images d'aliments qui peuvent servir -à la nourriture du défunt, puis des scènes de la vie courante, grâce -auxquelles il pourra, non seulement se délasser, mais se procurer par -lui-même les aliments nécessaires. C'est dans ce double but qu'on y -représente les semailles, les moissons, les vendanges, l'élevage, la -pêche, la chasse, ainsi que les divers métiers qui devaient lui fournir -au fur et à mesure tous les objets pouvant lui être nécessaires ou -seulement utiles dans l'autre monde, les vêtements, les ustensiles, les -meubles, les parfums. Chacune de ces scènes est dominée par la figure du -mort surveillant les travailleurs, dont il se distingue par sa taille, -souvent triple de la leur, ou même davantage; à côté de lui paraissent -sa femme et ses enfants. Sous terre, dans un caveau grossièrement taillé -dans le rocher, la momie était étendue tout de son long dans un cercueil -de bois, enfermé lui-même, chez les plus riches, dans un grand -sarcophage rectangulaire en pierre dont la décoration tout -architecturale lui donne l'aspect d'une maison; le mobilier funéraire -est des plus sommaires. - -[Illustration: _Fig. 118._ Plan du tombeau de Ti (d'après MARIETTE. -_Mastabas_, p. _333_).] - -Pendant la Vme dynastie, le luxe des mastabas augmente encore; les -chambres deviennent plus nombreuses, parfois même une cour découverte -s'ouvre au milieu du monument, les salles les plus grandes sont pourvues -de piliers ou de colonnes, les bas-reliefs qui parfois sont de la plus -parfaite beauté couvrent les murailles, répétant avec beaucoup plus de -détails les scènes agricoles et industrielles dont j'ai parlé plus -haut, à côté desquelles on en voit d'autres qui représentent des jeux, -des danses, des fêtes de famille, voire des opérations chirurgicales; -ailleurs, ce sont des files de serviteurs apportant à leur maître les -produits du sol, des bateaux prêts à mettre à la voile et mille autres -détails pleins de vie et de variété. Jamais dans ces tombeaux on ne voit -une représentation d'ordre religieux, ni la figure d'un dieu, ni une -scène d'adoration; très rarement un tableau se rapporte aux funérailles: -on ne parle pas de la mort, et le propriétaire du tombeau est toujours -censé vivant, soit qu'il vaque à ses diverses occupations, soit qu'il -soit assis devant une table garnie, entourée d'un monceau de -victuailles. - -Sous la VIme dynastie, il n'y a aucun changement notable dans les -tombeaux des particuliers; la partie accessible du mastaba, celle où les -descendants du mort pouvaient venir périodiquement accomplir les -cérémonies funéraires et peut-être festoyer auprès de son ombre, comme -les Arabes modernes dans les cimetières, cette partie comporte toujours -la même décoration, mais certains grands personnages commencent à -réserver une portion des parois pour y graver l'histoire de leur vie, -leurs hauts faits et l'expression de la satisfaction du roi pour les -services rendus. Ces biographies sont pour nous un des plus précieux -legs de l'Ancien Empire memphite. - -Le mastaba est la tombe-type de l'Ancien Empire, mais dans certaines -régions, par suite de la nature même du sol, on commence à employer un -autre système de sépulture: pas de construction, les chambres sont -creusées dans la montagne et la décoration usuelle s'exécute sur la -roche elle-même; une porte communique avec l'extérieur, où la pente du -rocher a été plus ou moins ravalée de manière à ménager une petite -plateforme, et dans un coin de la dernière chambre, un puits descend -verticalement jusqu'au caveau où l'on déposait la momie. C'est la -première apparition de la tombe rupestre, de l'hypogée, type qui sera -presque seul employé aux époques suivantes. - - -_Pyramides_ - -Les tombeaux royaux diffèrent de ceux des simples particuliers par la -forme, par les dimensions et par la disposition intérieure et -extérieure. Ici aussi, une évolution s'accomplit, une transformation -très marquée pendant le cours de la période memphite. - -Les plus anciens de ces tombeaux, ceux de la IIIme dynastie, sont très -différents de ceux de la période thinite, presque uniquement -souterrains: ils comportent un immense mastaba rectangulaire en briques -crues sur la plateforme duquel s'ouvre une descenderie ou un escalier -très rapide aboutissant aux chambres funéraires; aucune décoration, ni à -l'intérieur ni à l'extérieur, pas même une stèle, semble-t-il. La -fameuse pyramide à degrés de Saqqarah, construite par Djeser, un des -derniers rois de cette dynastie, n'est pas encore à proprement parler -une pyramide, c'est un gigantesque mastaba en pierres, bâti sur un plan -rectangulaire et surmonté de toute une série de mastabas plus petits -formant comme des étages (fig. 97). Les chambres souterraines sont -malheureusement très bouleversées, mais nous voyons d'après un autre -monument de l'époque comment on devait procéder à leur construction: une -immense fosse rectangulaire était creusée dans le rocher, et une large -descenderie y aboutissait du côté nord; au fond de cette excavation on -installait le sarcophage de granit, on bâtissait les chambres, puis on -la comblait, et alors seulement on pouvait commencer à édifier le -mastaba ou la pyramide. - -[Illustration: _Fig. 119._ Pyramide de Meïdoum (d'après SPIEGELBERG. -_Gesch. der Aeg. Kunst_, p. _17_).] - -Sous la IVme dynastie, le premier tombeau que se fit construire Snefrou, -celui de Meïdoum, tient plus encore du mastaba que de la pyramide, mais -ce fut le même roi qui adopta peu après le type définitif de la pyramide -à base carrée et à faces triangulaires, avec le monument qu'il édifia -dans le désert de Dahchour; les chambres, très petites, sont à peu près -au niveau du sol, ensevelies sous l'énorme masse de maçonnerie, et on y -accède par un couloir en pente débouchant à mi-hauteur de la face nord -du monument. - -[Illustration: _Fig. 120._ Coupe de la pyramide de Khéops (d'après -PETRIE, _Pyramids of Giseh_, pl. IV).] - -Les successeurs de Snefrou reprirent ce modèle de monument funéraire et -l'adoptèrent pour eux-mêmes sans en modifier les grandes lignes, mais -en y apportant des perfectionnements notables; les problèmes techniques -les plus difficiles furent résolus avec une précision merveilleuse dans -les pyramides de Khéops, Khefren et Mycerinus, qui constituent chacune -un chef-d'oeuvre de construction, dont les dimensions colossales--la -plus grande mesurait plus de 146 m. de hauteur sur 227 m. de côté--ne -nuisent pas à la perfection des détails. Un revêtement de calcaire fin -et de granit bien poli recouvre la maçonnerie disposée en assises -régulières de blocs énormes; au-dessus des chambres, des chambrettes de -décharge sont destinées à soulager leur toiture du poids considérable -qui aurait pu les écraser; des conduits d'aération traversent le massif -tout entier. Chambres et couloirs sont tapissés de blocs gigantesques, -soigneusement polis et si admirablement appareillés qu'on ne peut encore -maintenant introduire une pointe de couteau dans les joints; en -plusieurs points, des herses de granit, placées dans un logement -spécial, retombaient après l'inhumation pour obstruer définitivement le -couloir dont l'issue à l'extérieur était fermée par un bloc de -revêtement semblable aux autres. Au milieu de la face est s'élevait la -chapelle, centre du culte funéraire, avec son sanctuaire, sa -cour-péristyle, ses vestibules, ses magasins, et au delà, de petites -pyramides recouvraient la dépouille mortelle des membres de la famille -royale. Un grand mur de pierre, formant une vaste enceinte carrée, -entourait cet ensemble et l'isolait du terrain environnant; une allée -couverte descendait de la porte de la chambre funéraire vers la vallée, -jusqu'à un monument qui servait de portique d'entrée et qui atteignait -parfois des dimensions imposantes, comme celui de la pyramide de -Khefren, mieux connu sous le nom de temple du Sphinx, avec ses énormes -piliers de granit rose et ses murailles d'albâtre. - -[Illustration: _Fig. 121._ Chapelle funéraire de Sahoura (d'après -BORCHARDT. _Grabdenkmal des Königs Sa-hu-re_).] - -Les pyramides de la Vme dynastie deviennent progressivement plus -petites, et la partie de la construction qui devait rester invisible, -l'appareillage de la masse même du monument, est moins soignée, aussi -s'est-il produit des tassements qui ont le plus souvent écrasé les -appartements funéraires. Par contre la chapelle funéraire, toujours -située sur la face est, prend plus d'importance, et son ornementation -est l'objet de soins tout particuliers: les lourds piliers carrés sont -remplacés par d'élégantes colonnes à chapiteaux palmiformes ou -papyriformes; dans les principales pièces, le sol et les soubassements -sont faits de grandes dalles de basalte, et, au-dessus, les murailles en -beau calcaire fin sont couvertes de bas-reliefs d'une facture très -délicate. Ces tableaux représentent les hauts faits du souverain, ses -expéditions, l'hommage que lui rendent ses ennemis; on y voit aussi le -roi à la pêche ou à la chasse, et l'image des dieux sous la protection -spéciale desquels il se place. Quant à la disposition générale, elle -est toujours la même; le portique situé au bord de la vallée donne accès -à l'allée couverte qui monte directement à la grande cour entourée d'une -colonnade, la partie publique du temple funéraire; plus loin les salles -des statues, les magasins, et une série de petites chambres conduisent, -après plusieurs détours, au sanctuaire où se dresse, contre la pyramide -elle-même, la grande stèle fausse-porte par laquelle le double du roi -était censé pouvoir sortir de son tombeau et venir bénéficier des -offrandes qu'on lui apportait. - -Une innovation très importante date du règne d'Ounas, le dernier roi de -la Vme dynastie; sans rien modifier à la disposition et à la -construction de la pyramide ou de la chapelle funéraire, Ounas, le -premier, songea à faire graver sur les parois absolument nues des -caveaux souterrains où devait être enfermée sa momie les textes -religieux qui pouvaient lui être utiles dans l'autre monde. Ce qui -devait survivre à un homme après sa mort, ce n'était guère, croyait-on à -cette époque, que son double, son corps spirituel, mais le roi, étant -d'une essence supérieure, a en lui quelque chose des dieux dont il -descend et qu'il doit aller retrouver quand il quittera la terre; il -possède donc une âme divine, mais pour que cette âme puisse s'identifier -aux dieux et devenir dieu à son tour, il faut qu'elle soit instruite de -sa nature divine et qu'elle soit à même d'en profiter et de se présenter -dignement devant ses pairs. Certains textes sacrés peuvent lui rendre ce -service: ces textes se trouvent dans les recueils où les prêtres -héliopolitains ont rassemblé toutes les vieilles formules magiques ou -religieuses du pays, recueil précieux qui nous laisse entrevoir le fond -de la pensée égyptienne sur la nature des dieux et sur le monde dans -lequel ils vivent, en même temps qu'ils nous renseignent sur les -origines de la langue. Ounas puisa donc largement dans ces textes dont -il couvrit les parois de la salle qui contenait son sarcophage, et les -chambres attenantes; ses successeurs, les rois de la VIme dynastie, y -firent des emprunts plus abondants encore et les gravèrent jusque dans -les couloirs d'accès. C'est à peu près tout ce qui reste de leurs -pyramides qui ne forment plus que d'immenses tas de décombres; les -chapelles funéraires ont disparu. Quant aux tombeaux des rois qui les -suivirent, ceux de l'époque féodale, ils ne sont pas parvenus jusqu'à -nous. - - -_Sculpture_ - -L'idée de la mort, vraie obsession pour les Egyptiens, les avait portés -de très bonne heure à rechercher tous les moyens d'éviter un -anéantissement complet de leurs personnes; de là le développement -incroyable de l'architecture funéraire qui prend dès ses débuts une -importance beaucoup plus considérable que l'architecture civile ou même -religieuse. De là aussi la naissance de la statuaire qui, à son origine, -est absolument indépendante de l'architecture et se développe -parallèlement à ce dernier art et avec non moins de succès. - -[Illustration: _Fig. 122._ Statue de Ra-Nofer (Le Caire--photographie de -M. Pieron).] - -Le Ka ou double, comme il a été dit plus haut, était une sorte de corps -spirituel, exactement semblable comme forme au corps matériel de l'homme -et capable de survivre à celui-ci pendant un temps illimité, à condition -toutefois d'avoir un support qui pût fixer son essence impondérable et -lui conserver une certaine consistance. Le support naturel du double -était le corps embaumé avec plus ou moins de soin et préservé ainsi de -la pourriture; mais cette momie restait néanmoins bien fragile, aussi -imagina-t-on de bonne heure de lui donner un remplaçant plus solide pour -le cas où elle viendrait à être détruite. On prit donc l'habitude de -déposer dans le tombeau, que ce fût celui d'un roi ou celui d'un simple -particulier, une image du mort, en bois ou en pierre, faite autant que -possible à sa ressemblance, parfois de grandeur naturelle, mais souvent -de dimensions plus modestes. Le personnage qu'elle représente est -debout, une jambe en avant, agenouillé ou accroupi à la manière des -scribes, ou encore assis sur une chaise massive, les pieds joints, les -mains sur les genoux. Souvent il est accompagné de sa femme, assise ou -debout à côté de lui et même parfois d'un ou deux de ses enfants; ces -groupes sont de vraies scènes de famille, d'une intimité charmante. - -[Illustration: _Fig. 123._ Scribe agenouillé (Le Caire. Photo de E. -Brugsch-Pacha).] - -Les statues memphites, à part les plus anciennes qui sont d'une facture -encore un peu malhabile, sont l'oeuvre de praticiens parfaitement sûrs -de leur métier et capables de donner l'expression voulue à leurs -figures, quelle que soit la matière qu'ils ont à travailler, bois, -albâtre, calcaire, granit ou diorite. Ce qu'ils cherchent, c'est à -rendre fidèlement la nature et à donner en même temps l'impression de -vie, de calme et de sérénité; ils ne fixent pas un aspect passager de -leur modèle, ils en font en quelque sorte une synthèse; ils ne -l'idéalisent pas, ils l'éternisent pour ainsi dire, et avec raison, car -leur oeuvre ne doit pas être un objet d'admiration pour le monde, mais -le support même d'un être vivant enseveli à jamais dans le tombeau, loin -des regards des hommes. - -[Illustration: _Fig. 124._ Groupe de l'Ancien Empire (Musée du Caire, No -_128_; photographie de l'auteur).] - -Pour donner plus de naturel à ces statues, on les peignait, celles du -moins qui ne sont pas taillées dans des matières de grand luxe. Parfois -le travail est également soigné de la tête aux pieds, mais il arrive -souvent que les membres inférieurs sont un peu négligés au profit du -haut du corps sur lequel se reporte toute l'attention du spectateur. La -tête est toujours plus poussée que le reste et acquiert une importance -toute particulière; les deux yeux, le plus souvent rapportés et formés -d'une pierre blanche avec pupille en métal sous une cornée de quartz, -dans un sertissage de bronze, donnent à la figure une vie, une -expression, un éclat inimitables; ainsi, pour ne citer que les plus -remarquables de ces statues, le Sheikh-el-Beled, le groupe de Rahotep et -de Nofrit, le scribe du Musée du Caire, celui du Louvre, sont des -chefs-d'oeuvre qui peuvent rivaliser avec les plus belles productions de -l'art de tous les temps et de tous les pays. - -[Illustration: _Fig. 125._ Tête du «Sheikh-el-Beled» (Musée du -Caire--photo. de E. Brugsch-Pacha).] - -[Illustration: _Fig. 126._ Tête du scribe accroupi du Musée du Caire -(photo. de E. Brugsch-Pacha).] - -C'est l'expression même de la vie qui se dégage des statues des simples -particuliers; quant à celles des rois il n'en est pas tout à fait de -même. Ici les sculpteurs devaient donner l'impression d'un être -supra-terrestre; dans ce but ils suppriment tout mouvement et placent le -pharaon sur un trône, assis dans une pose immobile qui a quelque chose -d'hiératique, tout en restant parfaitement naturelle. Ils n'ont plus -recours aux yeux artificiels et impriment sur les lèvres de leurs -modèles ce sourire énigmatique qui les auréole de mystère. Leurs rois, -les Khefren et les Mycérinus du Caire, le Dadefra du Louvre, sont -empreints de la majesté calme et sereine qui convient à un monarque fils -des dieux presque dieu lui-même. En ce qui concerne ces statues et -celles des particuliers, la IVme dynastie marque un effort et un progrès -incomparables. C'est une des plus belles époques de la statuaire -égyptienne, au point de vue de l'art aussi bien que du métier; des -statues comme le grand Khefren de diorite au Musée du Caire, montrent -qu'on savait triompher des matières les plus dures et les modeler dans -les moindres détails avec une délicatesse inouïe, sans jamais nuire à la -beauté et à la grandeur de l'ensemble, qui reste une pure merveille, à -tous les points de vue. - -[Illustration: _Fig. 127._ Statue de Khefren (d'après MASPERO. _Musée -Egyptien_, I, pl. VIII).] - -Un peu plus tard, sous la VIme dynastie sans doute, on commença à -employer pour les statues royales le type de l'homme debout. Le premier -et le plus bel exemple en est la statue de Pepi Ier accompagné de son -fils Merenra, qui est aussi la plus ancienne statue de bronze, où tout -au moins à revêtement de bronze que l'on possède (fig. 105 et 106); au -lieu d'une fonte pleine ou creuse, procédé employé à des époques moins -anciennes pour des monuments de plus petites dimensions, nous avons ici -d'épaisses feuilles de métal ajustées et martelées sur une âme de bois; -cette statue, actuellement au musée du Caire, est sensiblement plus -grande que nature. - -Si la sculpture en ronde-bosse est toujours, sous l'Ancien Empire, -absolument indépendante de l'architecture, il n'en est pas de même du -bas-relief, intimement lié à la construction, et dont le rôle primitif -est de constituer la partie décorative d'un monument. L'usage qu'on en -faisait, très modéré au début, ne tarda pas à se développer au fur et à -mesure que les tombeaux devenaient plus grands; c'est sous la Vme -dynastie, époque où non seulement on couvre de bas-reliefs des centaines -de mètres carrés de parois dans des tombeaux de dimensions moyennes, -mais où on commence aussi à en revêtir les murs intérieurs des temples, -que ce mode de sculpture arrive à son apogée, tant au point de vue -technique qu'au point de vue artistique. - -Pour les Egyptiens, le but du bas-relief est de reproduire avec autant -de clarté que d'exactitude, non seulement des figures d'individus -isolés, mais des scènes complètes avec de nombreux personnages en pleine -action, des animaux et des objets; il s'agit de ne pas sacrifier -l'ensemble au détail ni le détail à l'ensemble, et pour cela il faut -étudier séparément chacune des figures, les grouper et les équilibrer de -façon régulière afin d'obtenir une composition homogène et décorative. - -[Illustration: _Fig. 128._ Bas-relief du mastaba de Ptahhotep à Saqqarah -(photographie de M. Pieron).] - -Pour arriver à comprendre le bas-relief égyptien et l'apprécier comme il -le mérite, il faut en pénétrer les procédés de composition et faire -abstraction de certaines choses qui nous choquent ou tout au moins nous -gênent au premier abord parce qu'elles sont contraires à notre -conception moderne de l'art. Dans l'art égyptien, il n'y a pour ainsi -dire pas trace de perspective, et ce défaut se fait sentir de plusieurs -manières: tous les personnages d'une scène sont sur le même plan et ont -exactement la même grandeur; les tableaux se développent uniquement en -longueur, jamais en profondeur, formant ainsi de longues bandes qui se -superposent sans être nécessairement en rapport direct les unes avec les -autres. Ce manque de perspective se fait encore mieux sentir dans le -dessin même du corps humain: vus toujours de profil, les personnages ont -l'oeil et la poitrine qui se présentent de face, le ventre de trois -quarts, dans une stylisation un peu outrancière mais à laquelle on -s'habitue rapidement et qui pour les Egyptiens eux-mêmes avait -l'avantage de présenter chaque partie du corps sous son aspect le plus -caractéristique. Si ce défaut apparent est dû, à l'origine tout au -moins, à une certaine maladresse, il n'en est pas de même du manque -d'unité dans les proportions, qui est voulu. Pour indiquer la -supériorité du roi sur ses sujets, on le représente d'une taille très -supérieure à la leur, et de même, dans les tombes, la figure du mort est -toujours trois ou quatre fois plus grande que celles des hommes qui -vaquent sous ses yeux à leur office habituel. - -Au point de vue technique, les sculpteurs de bas-reliefs sont pour le -moins aussi habiles que ceux qui taillent les statues; leur dessin est -ferme et net, donnant des contours d'une précision remarquable, quelle -que soit la position du sujet. Les animaux qu'ils représentent ont des -silhouettes exquises de pureté et de ressemblance. Leur coup de ciseau -est parfaitement franc, sans repentirs, sans retouches, et ils modèlent -les corps en un relief imperceptible qui leur donne une très grande -distinction et beaucoup de délicatesse. - -La composition est toujours claire et bien ordonnée, équilibrée de -manière à donner à l'ensemble un caractère décoratif; les vides qui se -présentent naturellement entre les figures et au-dessus d'elles sont -remplis au moyen de courtes inscriptions hiéroglyphiques qui expliquent -la scène, en même temps qu'elles ajoutent à l'homogénéité du monument. - -Les sculpteurs de bas-reliefs n'étaient pas des artistes créateurs, mais -de simples artisans bien au courant de leur métier et doués souvent -d'une réelle originalité. Ils avaient à leur disposition un certain -nombre de modèles pour toutes les scènes qu'ils pouvaient avoir à -représenter et n'avaient plus qu'à les adapter à la place dont ils -disposaient, à les augmenter ou à les diminuer en supprimant ou en -ajoutant des personnages; ils pouvaient ainsi, sans sortir du cadre -traditionnel, donner libre cours à leur imagination et enrichir leurs -tableaux de figures originales et nouvelles. Pour une scène donnée, le -motif est toujours le même, l'interprétation toujours différente, et -c'est ce qui donne un charme tout particulier à ces successions de -tableaux qui couvrent les parois des tombeaux comme une gigantesque -tapisserie, harmonieuse dans l'ensemble et dans le détail. - - -_Peinture_ - -La polychromie était de règle pour la statuaire; il en était de même -pour les bas-reliefs qui devaient tous être peints de couleurs vives. -Dans les tombeaux très anciens, comme ceux de l'époque de Snefrou, qui -sont encore construits en briques, des peintures sur enduit remplacent -les bas-reliefs, reproduisant en teintes plates les mêmes scènes que -nous avons l'habitude de voir sculptées et enluminées dans les autres -tombes de l'Ancien Empire. La manière primitive de décorer ces monuments -était donc, à n'en pas douter, la peinture, et le bas-relief coloré -n'est que le développement normal de celle-ci, résultant du besoin de la -rendre plus durable en la reportant sur pierre et en dégageant du fond -chaque figure, chaque objet représenté; le bas-relief, avant de devenir -un art en soi, n'était que le support de la peinture. Rien de plus -naturel dès lors que de retrouver dans les scènes peintes les mêmes -compositions que dans les reliefs, avec les mêmes variantes -d'interprétation. Les procédés sont très simples: les couleurs minérales -délayées dans de l'eau, additionnée d'une sorte de gomme, sont étendues -en teintes plates sur un enduit sec, au moyen d'un pinceau; un trait -plus foncé sertit les figures; les détails étaient ajoutés après coup -quand ils étaient plus foncés, réservés quand ils étaient blancs. Les -peintures de Dahchour et de Meïdoum, qui datent du commencement de la -IVme dynastie, nous montrent les artistes égyptiens déjà en pleine -possession de leur métier, et il est certains de leurs panneaux qui sont -pleins de vie, de mouvement et de délicatesse. Pendant un certain temps -on négligea complètement la peinture pour la sculpture, et nous ne -trouvons des tombeaux peints sur enduit qu'en province, presque jamais -dans la capitale; ce n'est que plus tard, sous le Moyen et le Nouvel -Empire, que cet art reprendra un nouvel essor et accaparera de nouveau -la décoration intérieure des sépultures. - -[Illustration: _Fig. 129._ Peinture d'un tombeau de Meïdoum (d'après une -photographie de E. Brugsch-Pacha).] - - -_Objets usuels_ - -Depuis quatre ou cinq mille ans, les tombeaux de l'Ancien Empire -résistent victorieusement aux atteintes du temps et ils sont arrivés -jusqu'à nous avec leur décoration peinte ou sculptée, dans un état de -conservation très satisfaisant. Les violateurs de sépultures ne les ont -cependant point épargnés; dans l'antiquité déjà ils les ont visités, -ils sont descendus dans tous les caveaux funéraires, dans ceux des rois -comme dans ceux des simples particuliers, franchissant les obstacles les -plus sérieux, et ont pillé consciencieusement tout le mobilier -funéraire. Seules les statues de serdab qui ne pouvaient avoir aucune -valeur pour eux furent laissées dans leur cachette, ainsi que les tables -d'offrandes, grandes dalles sculptées devant la stèle fausse-porte. Les -meubles, les armes, les outils, les vêtements, les bijoux, tous les -objets usuels, en un mot, ont disparu et nous ne les connaissons que par -les représentations des reliefs et des peintures, représentations qui du -reste sont souvent très suffisantes. Les seuls objets qui nous soient -parvenus sont des vases en pierre ou en terre qui ne présentent pas avec -ceux de la période précédente des divergences très marquées. - - -_Inscriptions_ - -Depuis les dynasties thinites, époque où on ne l'employait qu'avec -parcimonie, l'écriture a fait d'immenses progrès; elle est -définitivement constituée, régularisée et ordonnée. C'est un instrument -parfait en son genre, bien qu'un peu compliqué, capable d'exprimer -toutes les nuances de la pensée, dans tous les domaines, et qui a en -même temps un caractère décoratif très marqué permettant de l'employer à -l'ornementation des monuments, soit isolément, soit à côté des -représentations figurées, pour les compléter, les équilibrer et les -expliquer. Quelques lignes d'hiéroglyphes, sur un objet quelconque, -suffisent à faire de lui un objet d'art, tant cette écriture est belle -par elle-même. - -[Illustration: _Fig. 130._ Panneau de Hosi (d'ap. MARIETTE. _Album du -Musée de Boulaq_, pl. XII).] - -L'écriture hiéroglyphique, en même temps utilitaire et ornementale, avec -ses combinaisons de caractères alphabétiques, syllabiques et -idéographiques, paraît à peu près sur tous les monuments de l'Ancien -Empire, dans les tombeaux en particulier où nous l'avons vue se mêler -aux bas-reliefs, s'incorporer à eux. Ce sont en général de courtes -phrases, mises dans la bouche des personnages représentés dans la scène; -ainsi il n'est pas rare de voir un ouvrier dire à son voisin: «tâche de -te dépêcher» ou: «fais attention à ce que tu fais»; un moissonneur boit -à même une cruche de bière en s'écriant: «ah! que c'est bon!» ailleurs -c'est la chanson des laboureurs qui travaillent dans le terrain encore -inondé: «Le piocheur est dans l'eau, parmi les poissons; il cause avec -le silure, il échange des saluts avec l'oxyrhinque.» En d'autres parties -de la tombe, à l'entrée, et surtout sur la stèle fausse-porte, on trouve -le nom du mort, avec ses titres et de courtes formules adressées à -divers dieux comme Osiris et Anubis, et plus loin la grande liste -d'offrandes disposée en tableau. Dans les souterrains des tombes royales -on voit, à partir d'un certain moment, les longs textes religieux se -dérouler en colonnes serrées, et couvrir d'immenses surfaces de parois. -J'ai déjà parlé des inscriptions historiques ou plutôt biographiques où -un haut fonctionnaire raconte les péripéties de sa carrière et qui sont -si précieuses pour nous; il faut encore signaler certains textes -officiels, gravés sur pierre, des décrets du roi en faveur de certains -temples, instituant des privilèges spéciaux, et nous aurons une idée -générale de ce qu'il y avait sous l'Ancien Empire en fait d'inscriptions -monumentales. - -Pour des compositions de longue haleine, des ouvrages scientifiques, -médicaux, théologiques ou littéraires et sans doute aussi déjà pour la -correspondance, on employait une autre matière que la pierre et une -autre écriture que les hiéroglyphes. Les tiges de papyrus décortiquées, -développées et écrasées, fournissaient des feuilles qui étaient pour les -Egyptiens ce qu'est pour nous le papier, feuilles qu'on réunissait bout -à bout pour en faire de longs rouleaux; au moyen d'un roseau taillé en -pointe ou en pinceau, on y écrivait à l'encre en caractères cursifs qui -sont une abréviation des hiéroglyphes et auxquels nous donnons le nom -d'écriture hiératique. Cette écriture est disposée soit en colonnes -verticales, soit en lignes horizontales écrites de droite à gauche. Vu -la fragilité de la matière employée, il ne nous est parvenu que bien peu -de manuscrits de l'Ancien Empire, assez toutefois pour que nous -puissions juger que la méthode employée ne différait en rien de celle -des époques postérieures. - - -C. CIVILISATION - -_Royauté et Gouvernement_ - -Bien que fils des dieux et dieu lui-même, le roi d'Egypte n'est pas, -comme dans beaucoup de monarchies orientales, un despote paresseux et -cruel, invisible au fond de son palais; il ne se borne pas non plus à -donner tous ses soins à ce qui doit être la grande oeuvre monumentale de -son règne, la construction de son tombeau. Il s'occupe activement et -personnellement de son pays et de son peuple, il dirige lui-même toute -l'administration, choisit les fonctionnaires, récompense les plus -méritants, rend la justice. Il exerce sur ses sujets une activité -bienveillante et semble être vraiment, pour l'Ancien Empire tout au -moins, le «dieu bon», selon une des épithètes qu'on lui décerne le plus -fréquemment. A côté de cela il trouve encore le temps de s'occuper de -science et de composer lui-même des ouvrages de médecine ou de -théologie. A l'exemple de leur père, les princes ne restent pas -inactifs, ils font l'apprentissage du pouvoir en occupant dès leur jeune -âge des postes importants dans l'administration. - -La maison du roi se compose d'une foule d'officiers de toute sorte, -préposés les uns à la toilette, aux vêtements, aux parfums, les autres à -la nourriture ou à la boisson, et de prêtres spéciaux attachés à la -personne royale, ainsi que d'une garde du corps. - -Le roi n'est pas seul à assumer le pouvoir, il a sous ses ordres une -administration compliquée et d'origine très ancienne; les fonctionnaires -sont nombreux et se présentent à nous chacun avec une série de titres -dont nous ne parvenons pas à découvrir l'exacte signification, mais qui -montrent qu'un individu pouvait cumuler des charges de natures très -diverses, religieuses, militaires, civiles et judiciaires. Ceux de ces -personnages que nous connaissons le mieux sont naturellement ceux qui -entouraient le roi de plus près et dont les tombeaux sont voisins du -sien, les vizirs, les grands juges, les grands prêtres, les -fonctionnaires de l'administration centrale. A côté et au-dessous d'eux -il y avait la foule des fonctionnaires provinciaux. L'ancienne division -politique du pays en clans ou tribus avait donné naissance, une fois -l'oeuvre d'unification accomplie, à un certain nombre de provinces ou -_nomes_ qui eurent chacun son administration propre, sous le contrôle -du pouvoir central. Sous des rois dont l'autorité s'exerce sans -contestation, cette organisation intérieure doit avoir ses avantages, -mais si le sceptre tombe en des mains plus faibles elle ne peut que -favoriser le démembrement du pays; nous avons vu que c'est en effet ce -qui arriva: la naissance et le développement progressif de la féodalité, -puis les rivalités des familles les plus puissantes et les luttes -intestines, amenèrent la fin de l'Ancien Empire. - -Le haut gouvernement des nomes était donc un pouvoir féodal, très -probablement entre les mains des descendants directs des anciens chefs -de tribus. Quant à l'administration proprement dite, elle n'était pas le -privilège d'une caste spéciale, mais était ouverte à tous; il suffisait -d'avoir une bonne instruction, d'être scribe, de se montrer intelligent -et habile, pour pouvoir atteindre à n'importe quelle fonction. Nous -avons l'exemple de personnages d'humble extraction commençant par les -charges les plus modestes pour monter progressivement aux plus hautes -positions du royaume. - -Les prêtres pouvaient cumuler des fonctions civiles et des charges -sacerdotales; ils pouvaient aussi, semble-t-il, se recruter parmi toutes -les classes de la population et ne formaient pas une caste à part. Le -roi était de droit souverain pontife de tout le pays et les grands -seigneurs héréditaires étaient en même temps les grands prêtres des -sacerdoces de leurs nomes. - -Nous avons donc, dans l'Egypte de l'Ancien Empire, un mélange -extrêmement curieux de tous les modes de gouvernement: en haut, une -monarchie absolue et théocratique, au-dessous une aristocratie -héréditaire, féodale et terrienne, et enfin, tant pour les provinces -que pour l'ensemble du pays, une administration accessible à tous, -tenant en même temps de la démocratie et du mandarinat et ayant un -caractère sacerdotal très marqué. Comment fonctionnaient tous ces -rouages qui nous paraissent si peu compatibles les uns avec les autres? -Nous ne pouvons nous en rendre compte d'une manière très précise, mais -les résultats montrent que ce système de gouvernement n'était pas -mauvais puisque non seulement il subsista pendant les longs siècles que -dura l'empire memphite, mais encore fut repris au Moyen et au Nouvel -Empire avec certaines modifications. - - -_Relations extérieures_ - -Les objets remontant à l'Ancien Empire sont si peu nombreux qu'il ne -faut pas s'étonner si l'on n'en retrouve pas qui portent la marque d'une -importation étrangère. Les relations commerciales avec les pays -environnants, par terre comme par mer, ne s'étaient cependant pas -interrompues, bien au contraire; on consommait beaucoup d'encens en -Egypte, surtout pour les besoins du culte; or l'encens ne pouvant -provenir que du sud de l'Arabie, de la côte des Somalis, du pays de -Pount, comme on appelait ces régions, il devait donc arriver en Egypte -par la Mer Rouge. Les mines du Sinaï ne sont pas assez riches en cuivre -pour avoir pu fournir tout celui qu'on employait sous l'Ancien Empire, -aussi est-il des plus probable que déjà à ce moment-là on le faisait -venir de Chypre, comme aux époques suivantes. Le commerce, plus facile -encore avec la Syrie, était sans doute plus développé de ce côté-là. Les -pharaons avaient du reste sur cette contrée, ou du moins sur sa partie -méridionale, certaines prétentions de suzeraineté, et nous les avons vus -y envoyer à diverses reprises des expéditions armées. Le plus souvent -ces expéditions remportaient des succès sur les indigènes et ramenaient -un riche butin, pris par la force ou acquis par voie d'échange, mais -parfois aussi elles échouaient piteusement, et se faisaient massacrer -dans un guet-apens. - -Le Soudan et la Nubie n'étaient pas encore soumis, mais le gouvernement -égyptien, qui recrutait des mercenaires parmi les tribus de ces régions, -les considérait un peu comme des vassales et leur envoyait souvent de -petites expéditions à demi militaires, à demi commerciales, chargées de -recueillir l'allégeance des chefs et si possible un tribut, d'assurer la -sécurité des routes et le respect du nom de l'Egypte, et de faire -aboutir des opérations fructueuses par voie d'échange. Ces expéditions -étaient le plus souvent dirigées par les gouverneurs du sud, les -résidents égyptiens à Eléphantine, qui avaient la garde de la frontière: -ces hauts fonctionnaires s'appliquèrent à laisser à la postérité le -récit plus ou moins détaillé de leurs diverses missions. Ainsi nous -voyons Herkhouf s'acquérir la faveur du roi pour lui avoir ramené du -centre de l'Afrique un nain qui devait le divertir par ses danses -bizarres: ce roi était Pepi II, alors encore un tout petit enfant. - - -_Famille_ - -Du haut en bas de l'échelle sociale, l'organisation de la famille a un -caractère tout patriarcal, empreint de liberté, de bienveillance et -d'intimité. Il suffit de jeter les yeux sur les nombreux groupes -familiaux, bas-reliefs ou statues, pour juger des relations tendres -qu'avaient entre eux époux, parents et enfants: on voit souvent la femme -assise sur le même siège que son mari, ou debout à côté de lui, passant -le bras autour de son cou tandis qu'il l'enlace étroitement et que les -enfants se pressent autour d'eux. L'homme est le chef incontesté de la -famille, il la dirige, la protège, la groupe autour de lui, sa vie -durant; quant à la femme, elle jouit d'une position très privilégiée, en -regard des autres femmes d'Orient: elle n'est pas enfermée dans un -harem, elle est absolument libre de ses mouvements et de ses actions, -elle accompagne partout son mari comme une égale, non comme une -inférieure, elle exerce une autorité morale toute spéciale sur les -enfants. Parmi ceux-ci, les filles ont les mêmes droits que les fils à -l'héritage paternel. - -Dès l'Ancien Empire, l'Egyptien est certainement monogame; à peine -trouve-t-on un ou deux grands personnages ayant à côté de leur femme -légitime une concubine, dont les enfants ont du reste à peu près les -mêmes droits que leurs frères. Seul le roi a en général plusieurs femmes -dont l'une, «la grande épouse royale» a le pas sur les autres, étant -sans doute de plus haute naissance, parfois même de race royale. Pour -conserver aussi pur que possible le sang divin qui coule dans ses -veines, le roi doit de préférence prendre une femme du même sang que -lui, donc une proche parente. Sous le Nouvel Empire nous voyons le plus -souvent le pharaon épouser sa soeur, parfois même sa fille; il en était -sans doute de même pour les rois memphites. Ces unions qui nous -paraissent monstrueuses n'avaient rien que de très naturel pour les -Egyptiens, pour qui la pureté de la race avait une importance capitale. - - -_Vêtement_ - -Vu le climat de l'Egypte, les habitants de ce pays n'ont jamais éprouvé -le besoin de s'habiller chaudement; le costume en usage sous l'Ancien -Empire est particulièrement sommaire. Les hommes portent tous le pagne, -plus ou moins grand suivant leur condition: pour les gens de bas étage, -les mariniers par exemple, il se réduit à une ceinture garnie par devant -de quelques petites lanières formant tablier, pour d'autres ouvriers -c'est un morceau d'étoffe passant entre les jambes et fixé également à -une ceinture. Le modèle ordinaire est composé d'une longue pièce de -toile blanche enroulée étroitement autour de la partie moyenne du corps, -soutenue par une ceinture et descendant presque jusqu'aux genoux. Chez -les grands personnages ce vêtement prend plus d'importance: il n'est pas -plus long, mais beaucoup plus ample, et la partie de devant, gaufrée à -petits plis et empesée, forme une sorte de grand tablier triangulaire. -En outre, les notables ont le plus souvent aux pieds des sandales, -simples semelles plates, et autour du cou un large collier descendant -sur la poitrine et composé généralement de perles en verroterie, parfois -aussi de perles d'or. La tête est entièrement rasée, cheveux, barbe et -moustaches, et, pour sortir, les grands personnages se coiffent d'une -perruque plus ou moins volumineuse suivant la mode du jour, tandis que -chez les gens du peuple cette perruque paraît n'être plus qu'une simple -calotte feutrée, épousant les formes du crâne. Souvent une petite barbe -postiche se fixe sous le menton des notables. Jamais on ne voit de -manteau sur les épaules des particuliers; seul le roi, dans certaines -cérémonies, porte un vêtement de forme particulière, très ample, sans -manches, descendant du cou jusqu'aux genoux. - -[Illustration: _Fig. 131._ Costumes de l'Ancien Empire (d'apr. LEPSIUS. -_Denkmäler_, II, pl. LXXIII).] - -Les femmes sont vêtues d'une robe absolument collante descendant de la -naissance des seins jusqu'au bas des mollets; des bretelles la -retiennent aux épaules. La gorge est couverte d'un large collier, et des -anneaux de différentes formes ornent les bras et les chevilles. La -chevelure, très abondante, retombe sur les épaules en une multitude de -petites tresses; parfois un riche bandeau enserre cette coiffure -au-dessus du front. - -[Illustration: _Fig. 132._ Ptahhetep à sa toilette (d'apr. PAGET-PIRIE. -_Ptahhetep_, pl. XXII).] - -La toilette était chose importante pour les Egyptiens; ils se lavaient -soigneusement, se faisaient oindre le corps d'huiles et de parfums. Les -gens riches avaient des serviteurs qui les massaient et leur servaient -de manicures, de pédicures, et sans doute aussi de coiffeurs. Avant et -après le repas, on se lavait les mains et la bouche, comme cela se fait -encore aujourd'hui en Orient. - - -_Mobilier et Habitation_ - -Les Egyptiens avaient l'habitude de s'accroupir à terre, sur des nattes, -pour toutes les occupations sédentaires; c'était la position ordinaire -des artisans à leur travail et des scribes en train d'écrire. Par -contre, pour manger, ils s'asseyaient sur des chaises, des fauteuils ou -même des divans à deux places, devant de petits guéridons ronds, hauts -sur pied, où s'empilaient les victuailles. Ils couchaient dans des lits -garnis de plusieurs matelas, de couvertures et de chevets en guise -d'oreiller, lits à quatre pieds, assez élevés pour qu'on dût y monter à -l'aide d'un petit escabeau. Le mobilier comportait encore un certain -nombre de coffres de diverses dimensions, où l'on serrait le linge et -les ustensiles de toute sorte. En ce qui concerne les habitations, nous -n'avons guère de renseignements pour l'Ancien Empire; ce devaient être -des constructions légères, en partie en briques crues ou en terre pilée, -en partie en bois, avec des jours qu'on pouvait fermer, au moyen de -tentures multicolores ou de nattes; comme plafond, des solives de bois -de palmier, se touchant, supportaient une terrasse en terre battue. - - -_Chasse et Pêche_ - -Les grands marais remplis de poissons et d'oiseaux de toute sorte qui -bordaient la vallée du Nil, fournissaient aux seigneurs égyptiens, -grands amateurs de chasse et de pêche, un terrain incomparable. Ils s'y -rendaient avec leurs gens qui sur place préparaient des nacelles légères -en faisceaux de tiges de papyrus, dans lesquelles tout ce monde -s'embarquait, pénétrant dans les fourrés marécageux. Le maître tenait -d'une main des oiseaux captifs dont les cris servaient d'appeaux, tandis -que de l'autre il brandissait son boumerang et le lançait adroitement -sur le gibier, abattant l'un après l'autre le héron, l'oie, le canard, -la grue, que ses gens allaient chercher dans les roseaux; puis il -saisissait un harpon à double lame barbelée avec lequel il transperçait -d'une main sûre les gros poissons passant à sa portée, qu'il relevait -tout ruisselants d'eau. Cette arme puissante lui servait aussi à se -défendre contre l'hippopotame qui aurait pu venir troubler sa promenade. - -[Illustration: _Fig. 133._ Chasse et pêche au marais (d'après DE MORGAN. -_Catal. des Monum._, I, Assouan, p. _146_).] - -[Illustration: _Fig. 134._ Chasse au lasso (d'ap. DAVIES. _Ptahhetep_, -I, pl. XXII).] - -Aux confins du désert, la chasse était plus fructueuse, mais plus -difficile et plus dangereuse aussi; on y rencontrait la gazelle, -l'antilope, le boeuf sauvage ainsi que le lion et la panthère. Le -seigneur égyptien s'y aventurait rarement, mais il y envoyait certains -de ses hommes, chasseurs de profession qui, accompagnés de leurs grands -chiens, poursuivaient le gibier et l'attaquaient avec leurs flèches ou -au lasso. - -[Illustration: _Fig. 135._ Chasse au filet (d'après CAPAET. _Une rue de -tombeaux_, pl. XXXVI-XXXIX).] - -Il ne suffisait pas d'approvisionner le garde-manger, il fallait se -constituer une réserve vivante d'aliments et remplir la basse-cour. A -cette fin, au moment du passage des oiseaux migrateurs, on disposait sur -des étangs de grands filets tendus sur des cadres en bois et on attirait -le gibier au moyen d'appâts ou d'appeaux; une fois que le vol s'était -posé sur l'étang, un surveillant caché tout près de là donnait un -signal, d'autres hommes tiraient vivement sur une corde, le filet se -refermait sur les volatiles qu'on sortait avec précaution et qu'on -enfermait dans des cages pour les porter dans de grandes volières -grillées et munies de bassins d'eau, où on pouvait les conserver et les -engraisser. - -[Illustration: _Fig. 136._ Scènes de pêche (d'après DE MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _518_).] - -Le Nil et ses dérivés fourmillent de poissons, dont la chair a été de -tous temps une grande ressource pour les habitants du pays; ceux-ci -employaient pour les prendre des moyens qui sont de tous les temps et de -tous les pays, des engins qu'ils avaient perfectionnés et dont ils -savaient tirer parti: d'abord la ligne, une ligne à main hérissée -d'hameçons à son extrémité, mais sans canne ni flotteur, puis le petit -filet à manche, le troubleau, puis les nasses, les grandes bouteilles en -osier qu'on déposait au fond de l'eau et qu'on relevait de temps en -temps. La pêche la plus productive était fournie par la seine, le grand -filet droit muni de plombs et de flotteurs, qu'on traînait à grand -renfort de bras dans des cours d'eau ou des étangs, de manière à -ramasser tout le poisson. Sitôt sortis de l'eau, les poissons étaient -ouverts, vidés, salés et étendus ou suspendus au soleil pour être -séchés. - -[Illustration: _Fig. 137._ Basse-cour (d'ap. VON BISSING. _Mast. des -Gem-ni-kai_, I, pl. IX).] - -Le nombre des animaux ainsi domestiqués s'accroissait sans cesse tant -par la reproduction naturelle que par l'apport de nouveaux individus -pris à la chasse. Nous venons de voir les oiseaux élevés en basse-cour, -nourris de grains ou engraissés au moyen de boulettes qu'on leur -introduisait de force dans le bec. On employait le même procédé pour -certains bestiaux de choix élevés à part des autres dans des fermes, -boeufs ou antilopes qu'on empâtait ainsi avec des aliments fabriqués au -fur et à mesure, parfois même des hyènes qu'on était obligé d'attacher -par les pattes et de renverser sur le dos pour leur faire avaler des -oies rôties; il semble en effet, quelque bizarre que cela puisse nous -paraître, que sous l'Ancien Empire les Egyptiens, pour varier leurs -menus, mangeaient parfois de la chair d'hyène. - - -_Elevage_ - -La grande masse du bétail vivait presque en liberté sous la garde de -bergers dans les terrains situés au delà des cultures, qui n'avaient -pas encore, comme aujourd'hui, absorbé tout le sol de la vallée; ces -animaux étaient presque sauvages, il fallait lier les jambes des vaches -pour les traire, et quant aux boeufs et taureaux, lorsqu'il s'agissait -de les capturer, on devait employer le lasso. De temps à autres, les -propriétaires allaient sur place inspecter leurs bestiaux ou se les -faisaient amener par troupes, pour en faire le compte. Le gouvernement -faisait de son côté procéder tous les deux ans au dénombrement général -des bestiaux, sur lesquels le roi prélevait sans doute une forte dîme; -cette opération était même considérée comme des plus importantes, car -elle servait de base aux calculs chronologiques: on ne disait pas, à -cette époque, «l'an 6 de tel roi», mais «l'année qui suit le 3e compte -de bestiaux de tel règne». A côté des boeufs et des vaches, il y avait -encore dans ces domaines ruraux du petit bétail, des chèvres et des -moutons; quant aux ânes, qu'on réunissait aussi en troupeaux, comme on -les employait fréquemment à toutes sortes de travaux, il est probable -qu'on les gardait à proximité des habitations plutôt que dans les -pâturages. - -[Illustration: _Fig. 138._ Engraissage des boeufs (d'après DE MORGAN. -_Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _521_).] - -[Illustration: _Fig. 139._ Antilopes. Engraissage des hyènes (d'après DE -MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _513_).] - -A côté de l'élevage, l'agriculture était en plein développement, et les -tableaux qui représentent des scènes de la vie des champs sont nombreux -dans les bas-reliefs des mastabas. La crue du Nil était soigneusement -observée et enregistrée dans les documents officiels; c'est donc qu'on -avait reconnu l'importance des irrigations, desquelles dépend la -fertilité du pays. Il est très probable que c'est de cette période que -datent les premiers de ces canaux qui apportent l'eau sur tous les -points de la vallée, et les digues qui la retiennent pour laisser -déposer le limon. - -[Illustration: _Fig. 140._ Labourage et semailles (d'après DAVIES. -_Sheikh Saïd_, pl. XVI).] - -[Illustration: _Fig. 141._ Scène de moisson (d'ap. LEPSIUS. _Denkmäler_, -II, pl. CVI).] - -[Illustration: _Fig. 142._ Dépiquage du grain (d'après MURRAY. _Saqqara -Mastabas_, I, pl. XI).] - -La principale culture est celle des céréales. Nous voyons les laboureurs -retourner le sol à l'aide de charrues très simples, à soc de bois, -attelées de deux boeufs, car il n'est pas nécessaire de travailler très -profondément cette terre meuble et grasse. Derrière eux viennent les -semeurs, jetant le grain à la volée, et immédiatement après, on amène -des troupeaux de chèvres et de moutons qui, pressés par des ouvriers -munis de courbaches, piétinent le champ ensemencé pour faire pénétrer le -grain. La moisson se fait au moyen de faucilles de bronze ou de bois -armées de lames de silex, avec lesquelles on scie la tige à mi-hauteur; -on lie les javelles en gerbe pour les charger sur des ânes qui bon gré -mal gré les transportent près de l'aire où on les empile en hautes -meules. Plus tard, quand la récolte est sèche, vient le dépiquage: les -gerbes sont déliées, étendues sur l'aire et foulées aux pieds par des -boeufs ou des ânes, et ce procédé a le double avantage de faire sortir -le grain et de hacher la paille qui, comme partout en Orient, sert de -fourrage. Les vanneuses ensuite jettent en l'air le grain et le passent -au crible, et enfin on mesure la récolte au boisseau et on l'enferme -dans les greniers. - -[Illustration: _Fig. 143._ Foulage et pressurage du raisin (d'après -PAGET-PIRIE. _Tomb of Ptahhetep_, pl. XXXIII).] - -La vigne se cultive en berceaux, dans des jardins; au moment de la -vendange, des hommes cueillent le raisin mûr, le mettent dans de grands -paniers et le portent tout à côté, sur le pressoir, sorte de grande auge -surélevée où la récolte est foulée aux pieds par d'autres ouvriers. Le -résidu est ensuite mis dans de grands sacs de forte toile, à chaque -extrémité desquels est passé un bâton, et on arrive encore à extraire -une bonne quantité de jus en tordant énergiquement ce pressoir -rudimentaire, opération qui nécessite une pittoresque gymnastique de la -part des cinq pressureurs. Enfin le moût est porté au cellier, dans de -grandes jarres qu'on ferme et qu'on scelle soigneusement. - -[Illustration: _Fig. 144._ Récolte du lin (d'après LEPSIUS. _Denkmäler_, -II, pl. CVII).] - -Les autres genres de culture, comme la récolte des figues que des hommes -ou parfois des singes vont cueillir dans les arbres, ou celle du lin, -qui se pratique par arrachage de la tige et non plus à la faucille, sont -plus rarement représentées. Enfin quelques scènes de jardinage montrent -des ouvriers arrosant soigneusement des carrés de légumes. - -[Illustration: _Fig. 145._ Tressage des nattes (d'après PERROT et -CHIPIEZ. _Histoire de l'Art_, I, p. _36_).] - -Les Egyptiens n'employaient pour leurs vêtements que de la toile de lin, -et déjà au début de la IVme dynastie ils étaient passés maîtres dans -l'art de filer et de tisser. Parmi les rares échantillons d'étoffes de -l'Ancien Empire qui nous sont parvenus, il y a surtout des toiles fines, -très fines même; certaines bandelettes de momies royales sont faites au -moyen de fil incomparablement plus fin que celui de n'importe quel tissu -moderne (un kilo de ce fil représenterait 12 à 18.000 mètres de -longueur, selon les calculs des spécialistes). Pour d'autres usages, en -particulier pour la fabrication de portières et tentures, on employait -des étoffes multicolores plus épaisses, où le tisserand, précurseur des -fabricants de tapis orientaux, obtenait par la disposition de ses fils -de couleur des compositions ornementales simples, mais du meilleur goût. - -Les vanniers faisaient déjà de ces paniers de toute forme qui sont -aujourd'hui une spécialité du Soudan égyptien, ouvrages de sparterie -très soignés et très fins, aux brins de couleurs heureusement alternés -et qui sont en même temps d'une solidité à toute épreuve. Les gens du -peuple étaient très habiles à ces sortes de travaux, ainsi les pâtres, -tout en surveillant leurs troupeaux, tressaient avec des joncs et -d'autres herbes les nattes dont ils faisaient usage, nattes si souples -qu'elles se roulaient comme des couvertures et se portaient aisément en -bandoulière. - -[Illustration: _Fig. 146._ Menuisiers. Tombeau de Mera (d'ap. un dessin -de l'auteur).] - -Dans d'autres tableaux nous voyons des cordiers tordant ou tournant -leurs cordes, des cordonniers assouplissant le cuir, le taillant et le -cousant, des menuisiers travaillant à des meubles de toute sorte avec la -scie, le maillet, le ciseau, l'herminette et le perçoir à archet. Plus -loin ce sont des sculpteurs et des peintres, des fabricants de vases de -pierre et des chaudronniers dont nous avons déjà passé en revue les -oeuvres, et enfin des bijoutiers pesant, fondant et coulant l'or, -calibrant et assemblant les pierres fines. - -[Illustration: _Fig. 147._ Orfèvres et joailliers (d'ap. DE MORGAN. -_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _527_).] - - -_Navigation_ - -On peut dire que les transports, sous l'Ancien Empire, se faisaient -uniquement par la voie fluviale. Sur terre, le seul moyen de locomotion -était la marche; les ânes servaient seulement de bêtes de somme, et il -est extrêmement rare que les hommes aient songé à monter sur leur dos. -Quant à la litière ou chaise à porteurs, c'était là un luxe que seuls -les grands seigneurs pouvaient s'offrir, quand ils allaient inspecter -leurs domaines. Sur l'eau, nous avons déjà vu les petites nacelles en -papyrus employées pour la chasse et la pêche; les autres bateaux -construits en bois étaient très variés de forme, qu'il s'agît des lourds -et solides bachots, munis de rames et de gouvernails, destinés à faire -de petits trajets et à transporter des marchandises ou des bestiaux, ou -bien des bateaux à rames et à voiles, qui dénotent déjà une grande -habitude de la navigation. Dès le début de la IVe dynastie, on employait -de façon constante, pour remonter le Nil, de longs bateaux aux -extrémités légèrement relevées, portant un gros mât formé de deux -madriers qui s'assujettissent dans les deux bordages et ne se réunissent -qu'à leur partie supérieure; une vergue se hisse au sommet de ce mât, -supportant une voile trapézoïde d'un modèle spécial commandée par deux -bras, gros cordages dont un homme assis à la poupe tient les extrémités. -Des gouvernails en forme de rames, en plus ou moins grand nombre -suivant les dimensions du bateau, servent à donner la direction. Un toit -léger, courant au-dessus du pont, fournit aux passagers un abri -suffisant. Pour descendre le fleuve, on pliait la voile, on abattait le -mât et le bateau suivait le fil du courant, actionné en outre par les -rames. Plus tard, vers la fin de l'Ancien Empire, on voit paraître un -nouveau modèle de barque, la grande nef pontée, au mât simple portant -une voile carrée soutenue par deux vergues; le mode de navigation ne -change du reste pas pour cela, et on continue, comme de nos jours -encore, à remonter le fleuve à la voile, à le redescendre à la rame. - -[Illustration: _Fig. 148._ Litière (d'après DAVIES. _Deir et Gebrawi_, -I, pl. VIII).] - -[Illustration: _Fig. 149._ Fabrication de nacelles (d'ap. DAVIES. -_Sheikh Saïd_, pl. XII).] - -[Illustration: _Fig. 150._ Barque. IVe dyn. (d'ap. JÉQUIER. _Bull. de -l'Inst. fr. du Caire_, t. IX, pl. III).] - -Les vaisseaux de mer, plus grands et plus forts sans doute que ceux du -Nil, en diffèrent à peine quant à la forme générale; les mâts, les -voiles, les gouvernails, les rames sont les mêmes, mais il n'y a aucune -superstructure, et un énorme câble, allant de la proue à la poupe, -assure la solidité de la charpente. - -[Illustration: _Fig. 151._ Scène du marché (d'apr. LEPSIUS. _Denkmäler_, -II, pl. XCVI).] - - -Pour avoir un tableau complet de l'état de l'Egypte à cette époque, il -faudrait approfondir encore bien des points sur lesquels nous sommes peu -documentés, ainsi la question très importante du commerce qui, faute de -numéraire, se faisait de gré à gré, par échange, suivant entente entre -les contractants, sans que nous sachions s'il y avait des boutiques ou -seulement des marchés périodiques dans les centres. Nous sommes aussi -assez mal renseignés sur l'exploitation des mines et des carrières et -sur le transport des gros matériaux, qui se faisait à bras d'hommes, sur -traîneaux, de la montagne au fleuve. Cette esquisse sommaire, suffisante -pour le moment, nous permettra de nous rendre compte de ce qu'était, -dans ses grandes lignes tout au moins, la civilisation de l'Egypte sous -les rois memphites et héliopolitains, période qui est la base même de -toute la civilisation pharaonique. Pour les époques suivantes nous -pourrons nous contenter de signaler les transformations, les -perfectionnements apportés au cours des siècles à cet état de choses, -par suite du travail intérieur ou des importations étrangères. - -[Illustration: _Fig. 152._ Forage de vases de pierre (d'ap. DE MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _497_).] - - - - -[Illustration: _Fig. 153._ Sphinx du Moyen Empire (d'après LEGRAIN. -_Statues et statuettes_, I, pl. XX).] - - - - -CHAPITRE VI - -MOYEN EMPIRE - -(2200 à 1500 avant J.-C. environ.) - -A. HISTOIRE - - -_XIe dynastie_ - -Une période de troubles intérieurs comme celle qui termina l'Ancien -Empire ne pouvait se prolonger indéfiniment et devait aboutir à une -restauration de la monarchie sur des bases un peu différentes. Nous -avons vu les derniers rois memphites, qui ne disposaient pas d'une force -militaire sérieuse et qui sans doute n'avaient plus l'autorité morale de -leurs prédécesseurs, s'effacer peu à peu devant leurs compétiteurs, les -princes héracléopolitains; ceux-ci n'avaient cependant pas réussi, -malgré l'énergique appui de leurs vassaux, les dynastes de Siout, à -s'installer définitivement sur le trône d'Egypte, ni même à laisser un -nom durable. Pendant ce temps s'élevait dans le sud, dans une province -qui jusqu'alors n'avait joué aucun rôle, celle de Thèbes, une famille -nouvelle, au sang moins pur, mélangé d'éléments soudanais, famille -énergique poursuivant de père en fils, avec opiniâtreté, un seul but, la -restauration, à son profit, de l'unité du royaume égyptien. Ces -seigneurs qui portent tous le nom d'Antef ou de Mentouhotep, -commencèrent petitement: les plus anciens n'ont que leur titre de -monarque puis peu à peu ils s'arrogent le droit d'inscrire leur nom dans -un cartouche, ils se qualifient de rois de la Haute Egypte et finissent -par prendre la titulature complète des rois légitimes. Les premiers -n'étendaient leur domination que sur la moitié méridionale de la Haute -Egypte, mais en même temps ils avaient soumis la Nubie jusqu'à la -deuxième cataracte au moins; les derniers régnèrent sur toute la vallée -du Nil et poussèrent même plus loin, puisqu'ils entreprirent des -expéditions du côté du Sinaï et de la Syrie méridionale. - -[Illustration: _Fig. 154._ Mentouhotep IV (?) (d'apr. un bas-relief -provenant de Deir-el-Bahari).] - -L'ordre de succession de ces rois, qui forment la XIme dynastie, n'est -pas très clair; leur chronologie l'est encore moins: le papyrus de Turin -donne six rois ayant régné pendant plus de 160 ans, tandis que d'après -Manéthon il y aurait eu 16 rois et 43 ans de règne; il y a dans ces -chiffres des erreurs évidentes, puisque nous savons d'autre part que -certains de ces rois régnèrent au moins 50 ans; on peut donc supposer -que le papyrus ne nomme que les derniers rois de la série, ceux qui -pouvaient être considérés comme souverains légitimes, tandis que -Manéthon indique le nombre total des princes de la famille, et la somme -des années de règne des deux derniers seulement, ceux qui gouvernèrent -sans aucun doute tout le pays. Comme date, nous pouvons placer cette -XIme dynastie thébaine, de façon tout à fait approximative du reste, aux -environs de l'an 2.200 avant J.-C. - - -_XIIe dynastie_ - -Nous ne savons dans quelles conditions le dernier roi de cette dynastie, -Mentouhotep V Seankhkara, céda la place de gré ou de force à un homme du -nom d'Amenemhat, qui avait été grand-vizir sous un règne précédent et -qui était sans doute apparenté de près ou de loin à la famille royale. -Usurpateur ou non, le nouveau roi trouva devant lui de nombreux -adversaires qu'il finit par réduire, comme il sut plus tard déjouer un -complot des gens du palais qui en voulaient à sa vie. Amenemhat I était -non seulement un homme d'action, il était aussi un organisateur de -premier ordre, à en juger par l'oeuvre accomplie pendant les 30 ans que -dura son règne. Il supprime définitivement le régime féodal, l'autonomie -des petits princes locaux sur lesquels ses prédécesseurs avaient dû -s'appuyer pour gouverner, il reconstitue l'unité de l'Egypte sous un -seul sceptre, fait régner l'ordre et la paix dans tout le pays, recule -ses frontières grâce à des expéditions heureuses, et fonde une dynastie -qui devait régner 213 ans en tout, et être une des plus brillantes qui -aient occupé le trône de l'Egypte. - -[Illustration: _Fig. 155._ Senousrit I (photo. de E. Brugsch-Pacha).] - -La XIIme dynastie est donc d'origine thébaine, mais son centre politique -fut toujours celui qu'avait choisi le fondateur de la monarchie -égyptienne, Memphis, abandonnée depuis quelques siècles. C'est dans les -environs immédiats de l'antique capitale que les nouveaux rois -établirent leur résidence et qu'ils construisirent leurs tombeaux. Les -sept rois qui se succèdent de père en fils portent tous, soit le nom -d'Amenemhat, qui est celui du fondateur de la dynastie, soit celui de -Senousrit, qu'on lisait autrefois Ousertesen et qui est en réalité -l'origine du nom grec de Sesostris, ce héros plus légendaire que réel -sur la personne duquel se groupèrent aux basses époques tous les hauts -faits des rois du temps passé dont on avait conservé le souvenir. - -[Illustration: _Fig. 156._ Senousrit III (d'après LEGRAIN. _Statues et -statuettes_, I, pl. VI).] - -Les vrais Sésostris, ceux de l'histoire, sont du reste aussi des -guerriers et des conquérants, mais leur activité est surtout dirigée -vers le sud. Les plus célèbres d'entre eux, Senousrit I et Senousrit III -parachevèrent l'oeuvre entreprise par Amenemhat I, la conquête de la -Nubie: ils étendent l'autorité effective de l'Egypte jusqu'à la 2e -cataracte, c'est-à-dire reculent d'au moins 400 kilomètres les -frontières de leur royaume. La Nubie est devenue une province -égyptienne, administrée par des fonctionnaires spéciaux, avec de petites -garnisons cantonnées dans les points faibles du pays, où s'élèvent -d'importantes forteresses, celles de Semneh et de Koummeh en -particulier, qui gardent les deux rives de la cataracte, frontière -extrême de la nouvelle province. - -Les Pharaons de la XIIme dynastie, bien que très occupés du côté du -Soudan, ne négligent pas pour cela les autres contrées limitrophes; les -Libyens aussi bien que les Syriens habitant les confins de l'Egypte sont -refoulés ou assujettis, et la domination effective du roi s'étend sur -les Oasis, le Sinaï et les contrées désertiques où les travaux dans les -carrières et dans les mines peuvent s'effectuer en toute tranquillité. - -[Illustration: _Fig. 157._ Amenemhat III (d'après _Musée Egyptien_, II, -pl. XV).] - -Le dernier grand roi de la dynastie, Amenemhat III, attacha son nom à -une oeuvre gigantesque, la création dans le Fayoum,--petit territoire en -contre-bas de la vallée du Nil, du côté ouest,--d'un immense réservoir -destiné à régulariser les irrigations des environs de Memphis et de la -Basse Egypte. C'est le fameux lac Moeris mentionné par Hérodote et les -autres auteurs classiques, qui parlent en même temps avec admiration du -Labyrinthe, le palais construit sur ses bords. Quelle est dans ces -récits la proportion exacte de fable et de réalité, c'est ce qui n'a pu -être encore établi; toujours est-il que maintenant on ne voit plus, de -ce qui devait être jadis le lac Moeris, qu'un lac naturel sans -écoulement, le Birket-Karoun, et au lieu du Labyrinthe, des ruines de -villes, très étendues, mais qui n'ont rien de monumental, deux -pyramides, des colosses, un obélisque; ces restes de constructions -montrent bien l'importance des travaux entrepris par Amenemhat III dans -ce coin de pays, travaux qui furent, sinon aussi merveilleux que se -l'imaginaient les Grecs, du moins considérables. - - -_XIIIe et XIVe dynasties_ - -Deux règnes très courts et sans éclat, ceux d'Amenemhat IV et de la -reine Sebeknefrou clôturent cette période si glorieuse et si brillante -pendant laquelle l'Egypte avait atteint un degré de puissance très -supérieur à celui auquel elle était arrivée sous les plus grands rois de -l'Ancien Empire. Nous ne savons quelles sont les circonstances qui -amenèrent la chute de la XIIme dynastie, soit que la race se soit -éteinte naturellement, soit que ces deux derniers souverains aient fait -preuve d'incapacité et se soient laissés supplanter par des compétiteurs -puissants. Avec eux cesse, pour un temps du moins, l'unité de l'Egypte, -et nous nous trouvons en présence de deux familles rivales, l'une de -Thèbes, l'autre de Xoïs dans le Delta, qui forment la XIIIme et la XIVme -dynastie; il semble qu'à un moment donné cette dernière dynastie ait été -considérée comme seule légitime, mais d'un autre côté la puissance des -rois thébains de la XIIIme a certainement été plus grande. Du reste ces -deux séries de rois sont si enchevêtrées qu'on a peine à les distinguer -l'une de l'autre: les monuments de cette époque donnent bien des noms de -rois, rarement des dates, et jamais aucun détail sur le règne des divers -souverains ni sur l'ordre de succession; le papyrus de Turin donnait une -longue liste, malheureusement très fragmentée aujourd'hui, et ne paraît -pas avoir établi de distinction entre ces deux dynasties; les autres -listes royales ne mentionnent que très peu de noms de cette époque. -Enfin Manéthon ne cite pas un seul nom, mais donne à la XIIIme dynastie -60 rois et 453 ans de règne, et à la XIVme, 76 rois et 184 ans, chiffres -qui sont peut-être exagérés quant au nombre d'années, mais qui -paraissent correspondre à la réalité, en ce qui concerne le nombre de -rois qui occupèrent le trône. - -[Illustration: _Fig. 158._ Neferhotep. Bologne (d'ap. PETRIE. -_Photographs_, No _38_).] - -Nous sommes donc peu renseignés sur cette période, et c'est à peine s'il -convient de rappeler le souvenir des Neferhotep et des Sebekhotep, les -quelques souverains qui nous paraissent être les figures les plus -marquantes de la série et dont les règnes sont plus longs que ceux des -autres et les monuments que nous avons d'eux plus abondants et plus -importants. L'examen des noms mêmes de tous ces rois montre clairement -que ces deux dynasties ne se composent pas seulement de deux familles -homogènes, mais de groupes très différents d'origine ou d'individus -isolés qui se succèdent sans lien apparent, et ne sont même sans doute -pas tous de vrais Egyptiens; ainsi l'un d'eux s'appelle Nehasi, «le -nègre», et d'autres, comme Khendi et Khenzer, à en juger par leurs noms, -pourraient être d'origine babylonienne. - - -_Les Hyksos_ - -C'est précisément à cette époque, où l'Egypte n'était plus suffisamment -puissante pour résister aux ennemis du dehors, que surgirent les Hyksos -ou rois pasteurs, chefs de bandes ou de tribus sémites, originaires -sans doute de Palestine ou de Syrie, qui pénétrèrent dans la vallée du -Nil par la frontière nord-est, entre Péluse et Suez, s'établirent et se -fortifièrent dans le Delta, rayonnèrent de là dans tout le pays, y -établirent une autorité durable et s'arrogèrent même le titre officiel -de rois d'Egypte. Cette invasion est en somme le résultat d'une de ces -poussées des peuples d'Orient vers l'Occident qui sont si fréquentes -dans l'histoire et qui chaque fois amenèrent des perturbations -considérables; celle-ci fut déterminée par la descente des Elamites en -Mésopotamie, qui provoqua également le départ d'Abraham pour la -Palestine. - -[Illustration: _Fig. 159._ Tête d'un roi hyksos (d'apr. NAVILLE. -_Bubastis_, pl. XI).] - -La domination des rois pasteurs dura longtemps et s'exerça, suivant les -monuments, plus ou moins loin vers le sud, contrebalancée seulement par -un petit noyau qu'on pourrait qualifier de nationaliste et qui se -groupait dans la Thébaïde, autour des derniers rois de la XIIIme -dynastie, puis des princes qui fondent la XVIIme et préparent la -revanche qui doit inaugurer le Nouvel Empire. Ces étrangers s'étaient -rapidement égyptianisés; ils avaient adopté les coutumes de leurs sujets -plus civilisés qu'eux et cherchèrent à gouverner comme les anciens rois -autochtones, mais ils ne réussirent pas à laisser une trace vraiment -durable de leur passage au pouvoir. Nous ne connaissons aucun édifice -important qui puisse avoir été construit par eux, à part peut-être les -murs d'enceinte en briques de leur capitale, la ville fortifiée -d'Avaris, à l'est du Delta, et leurs noms ne nous sont parvenus que sur -quelques petits objets ou sur des statues antérieures qu'ils s'étaient -appropriées. Ils encouragèrent les sciences et la littérature, ainsi que -nous l'apprennent certains papyrus, mais d'un autre côté, il est bien -probable que c'est aux premiers de ces rois qu'il faut attribuer le -pillage systématique des tombeaux royaux antérieurs. - - -_XVIIe dynastie_ - -Enfin il s'éleva une nouvelle race de princes thébains qui, d'abord -vassaux des rois Hyksos, prirent en main la tâche de délivrer leur pays -de la domination étrangère. Leurs talents militaires, leur valeur -personnelle et sans doute surtout un mouvement intense du pays entier, -révolté contre ses oppresseurs, amenèrent rapidement la chute du royaume -des pasteurs. Refoulés de la Haute Egypte d'abord, puis du Delta même, -il ne resta bientôt plus aux pharaons sémites qu'un petit canton aux -confins du désert et leur retraite fortifiée d'Avaris, où ils tinrent -bon pendant un siècle encore. Cette période de lutte à outrance qui -coûta la vie à certains rois thébains, morts en pleine bataille, et qui -termine ce que nous avons coutume d'appeler le Moyen Empire, est une -période héroïque et glorieuse et les noms de ces rois qui affranchirent -leur pays du joug étranger, les Seknenra, les Kamès, les Ahmès, -mériteraient une place d'honneur dans l'histoire, si par malheur nous -n'étions si peu renseignés sur leur vie et leur oeuvre dont nous ne -faisons guère qu'entrevoir les résultats. - -[Illustration: _Fig. 160._ Poignard d'Apepi (Photographie -Brugsch-Pacha).] - -Telle est, dans ses grandes lignes, l'histoire du Moyen Empire thébain, -joint à la domination des Hyksos; sa chronologie est difficile à établir -et donne lieu encore aujourd'hui à des opinions très divergentes, car si -nous connaissons presque à un jour près la durée de la XIIme dynastie, -il n'en est pas de même pour les suivantes, qui régnèrent sans doute -collatéralement sur diverses parties du pays. Nous avons déjà vu que -Manéthon donne à la XIIIme dynastie thébaine 453 ans et à la XIVme -dynastie xoïte, 184 ans; il range les rois Hyksos dans deux dynasties -distinctes, la XVme et la XVIme, qui auraient régné, la première 284 ans -avec ses six rois qu'on retrouve sans peine sur les monuments -contemporains, les Salatis, les Bnôn, les Jannias et les Apophis, et -l'autre 511 ans avec 32 rois parfaitement inconnus. Enfin, toujours pour -Manéthon, la XVIIme dynastie, celle de la revanche, aurait eu deux -séries de rois, les uns hyksos, les autres thébains, ayant occupé les -trônes d'Egypte pendant 151 ans jusqu'à l'expulsion définitive des -Sémites. Si l'on met bout à bout tous ces chiffres, on obtient pour -l'intervalle qui sépare la XIIme dynastie du Nouvel Empire la somme -fantastique de 1.583 ans, qui paraît absolument inadmissible, surtout si -l'on songe que dans un pays comme l'Egypte, où presque tout se conserve, -une période aussi longue, même troublée, nous aurait transmis des -séries de documents autrement plus importantes que celles qui nous sont -parvenues. D'un autre côté, une théorie récente, très en vogue -aujourd'hui, et basée sur deux dates astronomiques qu'on voudrait -attribuer, l'une à un roi de la XIIme dynastie, l'autre au premier -souverain de la XVIIIme, réduit cet intervalle à 200 ans environ. Cette -théorie me paraît encore plus insoutenable que la précédente, car je ne -vois pas le moyen de faire tenir dans un espace de deux siècles un -nombre de 150 ou 200 rois au minimum, dont certains régnèrent, nous le -savons pertinemment, 40 et même 50 ans. La vérité est très probablement -entre ces deux théories extrêmes, et je suis tenté de me rattacher, au -moins dans ses grandes lignes, au système proposé par un égyptologue -norvégien, M. Lieblein, système qui peut se résumer somme suit: -l'invasion hyksos a lieu à la fin de la XIIme dynastie et entraîne sa -chute, après quoi une nouvelle famille thébaine, la XIIIme, prend -possession du trône; pendant ce temps les chefs pasteurs, maîtres de la -plus grande partie du pays, mais se sentant inférieurs comme -civilisation et n'osant encore se mettre personnellement à la tête du -gouvernement, intronisent d'abord des princes autochtones qui ne sont -autres que leurs créatures et leurs vassaux et qui constituent la XIVme -dynastie xoïte. Après ce laps de temps, se sentant suffisamment -égyptianisés, ils prennent eux-mêmes les rênes du pouvoir: c'est la XVme -dynastie; quant à la XVIme elle n'existe pas en réalité, c'est une -dynastie purement fictive, qui représente seulement la somme de la -domination des Hyksos jusqu'au moment où ces rois furent refoulés dans -Avaris. La XVIIme dynastie, avec sa double série de rois, caractérise le -siècle de l'expulsion. Ainsi, puisque la XIVme et la XVme dynasties sont -contemporaines de la XIIIme, et que la XVIme doit être supprimée, comme -faisant double emploi, nous n'avons plus qu'à additionner les chiffres -que donne Manéthon pour la XIVme, la XVme et la XVIIme, ce qui donne, -pour toute la période hyksos, 619 ans en tout. Il faudrait donc placer -la XIIme dynastie entre 2.300 et 2.100 environ, et l'époque des rois -pasteurs et de leurs compétiteurs égyptiens irait de 2100 à 1500 avant -notre ère. Je me contente de signaler ce résultat, non comme absolument -certain, mais comme assez satisfaisant. - -[Illustration: _Fig. 161._ Tête de la momie de Seqnenrà (d'après ELLIOT -SMITH. _Royal Mummies_, pl. II).] - - -B. MONUMENTS - -Si nous voulons nous faire une idée de ce qu'était la civilisation -égyptienne sous le Moyen Empire et des progrès qu'elle avait pu réaliser -depuis la période précédente, nous nous trouvons tout d'abord, de même -qu'en ce qui concerne l'histoire proprement dite, en présence de -documents extrêmement abondants appartenant à la fin de la XIme et à -toute la XIIme dynastie, puis d'une époque singulièrement silencieuse, -celle des luttes intestines suscitées par la présence des Hyksos. Ce -fait n'a rien que de très naturel et nous obligera, par conséquent, à ne -tenir compte dans ce tableau d'ensemble, que des monuments appartenant à -la période de gloire du premier empire thébain, de ceux qui se -rattachent aux règnes des Amenemhat et des Senousrit, ainsi que de leurs -prédécesseurs immédiats. - - -_Architecture_ - -Il ne reste pour ainsi dire rien des constructions religieuses édifiées -par les rois de la XIIme dynastie; les unes ont pu être détruites par -les Hyksos, tandis que les autres, les plus nombreuses, ont été reprises -par les rois de la XVIIIme dynastie, agrandies et si bien remaniées, que -dans les temples colossaux du Nouvel Empire on ne retrouve qu'à -grand'peine les traces du petit sanctuaire plus ancien qui en formait le -noyau; seules, avec quelques bas-reliefs, les colonnes ont survécu, de -belles colonnes monolithes en granit qui présentent, à peu de chose -près, les mêmes caractères artistiques que celles de l'Ancien Empire, à -quelque ordre qu'elles appartiennent, lotiforme, palmiforme ou -papyriforme. Des statues souvent colossales et des sphinx ornaient aussi -ces temples; on les trouve réemployés dans les constructions ultérieures -et portant bien souvent non pas le nom du roi qui les fit sculpter, -mais les cartouches de celui qui se les appropria après coup, suivant un -procédé qui paraissait tout naturel aux Egyptiens et que nous n'hésitons -pas à qualifier d'usurpation. - -[Illustration: _Fig. 162._ Reconstitution du monument de Mentouhotep II -(d'ap. NAVILLE. _The XIe dyn. Temple at Deir el Bahari_, II, pl. -XXIII).] - -Le grand monument qu'un des Mentouhotep de la XIme dynastie fit -construire au fond du cirque de Deir-el-Bahari et qui a été découvert et -déblayé ces dernières années par M. Naville, est un temple funéraire qui -n'était pas voué au culte des dieux, aussi ne fut-il guère remanié aux -époques ultérieures. C'est un édifice en terrasses avec rampe d'accès, -adossé à la montagne; des colonnades de piliers carrés entourent un -massif central qui était peut-être surmonté d'une pyramide, et derrière -lequel se trouvaient les naos consacrés aux princesses royales; au fond -du sanctuaire aujourd'hui détruit, un long couloir s'enfonçait dans le -rocher et aboutissait à une petite chambre qui contenait un grand naos -d'albâtre, destiné probablement à recevoir une statue de roi. - -[Illustration: _Fig. 163._ Pyramide de Senousrit III à Dahchour (d'après -J. DE MORGAN. _Fouilles à Dahchour_, I, pl. XII).] - -Les autres souverains de la XIme dynastie n'avaient que des tombeaux de -petites dimensions, assez semblables à ceux des simples particuliers; -les grands rois de la XIIme adoptèrent le mode de sépulture de leurs -prédécesseurs de l'Ancien Empire, la pyramide, sans toutefois chercher à -édifier des monuments aussi colossaux. A Licht et à Dahchour, de même -qu'à Hawara et à Illahoun, un revêtement très soigné, en calcaire et -même par places en granit, recouvre, ou plutôt recouvrait, puisqu'il a -en partie disparu, une maçonnerie plutôt défectueuse en pierre ou en -briques; les chambres funéraires sont non plus dans la pyramide même, -mais à une grande profondeur au-dessous de celle-ci, et les couloirs -habilement dissimulés n'ont pas empêché ces tombeaux d'être entièrement -pillés. A côté du monument royal, des caveaux étaient réservés aux -reines et aux princesses, caveaux d'où sont sortis les trésors -inestimables qui ont été trouvés il y a quelques années par le Service -des Antiquités de l'Egypte. Du côté est s'élevait la chapelle funéraire, -du type déjà connu, avec ses vestibules, sa cour centrale, son -sanctuaire et ses magasins; un grand mur encerclait le tout. - -Les fonctionnaires continuent à se faire ensevelir à côté de leur -souverain, mais leurs mastabas ne sont plus comparables à ceux de la -période précédente. Ce sont de simples massifs de maçonnerie de petites -dimensions, ornés d'une stèle sur la face est; la chambre funéraire se -trouve immédiatement au-dessous, et on y accède par un puits foré au -nord du monument extérieur. - -[Illustration: _Fig. 164._ Façade de tombeau à Beni-Hassan.] - -Les tombeaux des seigneurs provinciaux et des princes des nomes de la -Haute Egypte sont autrement plus originaux et plus intéressants pour -nous, puisque certains d'entre eux, ceux de Bersheh et surtout ceux de -Beni Hassan nous fournissent la plus merveilleuse série de documents -figurés concernant la vie publique et privée de l'époque. Ces monuments -appartiennent à la classe des hypogées ou tombeaux rupestres, comme -nous en avons déjà vu quelques-uns sous l'Ancien Empire; ils sont -entièrement creusés dans le rocher, à flanc de coteau, et les colonnes -qui soutiennent le plafond ne sont pas rapportées, mais ménagées dans la -masse même, au cours du travail d'excavation. Ces hypogées sont précédés -d'un portique largement ouvert du côté de la plaine du Nil, soutenu par -deux de ces piliers droits, sans chapiteau, aux arêtes abattues, qu'on a -pris longtemps, à cause de leur fût cannelé et de leur petit abaque -plat, pour la forme la plus ancienne de la colonne dorique; de là le nom -de «colonnes protodoriques» qui leur est resté. Une porte s'ouvre sur -une salle carrée de grandes dimensions, au plafond soutenu par quatre -colonnes ou davantage, et au fond de laquelle s'ouvre une niche -profonde, servant en quelque sorte de sanctuaire; un puits descend au -caveau funéraire. Les parois sont entièrement couvertes de peintures sur -enduit, plus complètes encore que les tableaux sculptés dans les -mastabas. Elles retracent avec une vie et un naturel souvent admirables, -les scènes les plus diverses de la vie des champs comme de celle des -gens de métier. - -[Illustration: _Fig. 165._ Tombeau de Beni-Hassan (d'après NEWBERRY. -_Beni Hassan_, I, pl. IV).] - -[Illustration: _Fig. 166._ Masque de momie (d'après CHASSINAT. _Fouilles -d'Assiout_, pl. XXVI).] - -Les personnages de moindre importance, qui ne pouvaient avoir une -sépulture aussi complète, se contentaient d'un simple caveau souterrain, -au fond d'un puits, et arrivaient à entasser dans cet étroit espace tout -ce qui pouvait leur être utile pour la vie de l'au-delà. L'art de la -momification en était encore à peu près au même point qu'à la période -memphite, et l'on se contentait sans doute de dessécher les corps au -moyen d'alun ou de natron, car de tous ceux qui nous sont parvenus, il -ne reste guère que les os. Le mort ainsi préparé, on l'enveloppait d'un -épais maillot de linges, de linceuls et de bandelettes; on plaçait -parfois sur le haut du corps un masque en cartonnage peint, et on le -couchait sur le côté, la tête appuyée sur un chevet, au fond d'un -sarcophage rectangulaire en bois, aux parois épaisses, couvertes de -peintures au dehors comme au dedans, et muni d'un couvercle plat ou -bombé. La décoration extérieure consiste le plus souvent en bandes de -grands hiéroglyphes entre lesquelles on peignait parfois toute une -ornementation architecturale montrant que le sarcophage était considéré -comme une maison, donc comme l'habitation même du mort, une maison d'un -modèle archaïque, construite en bois avec des stores en nattes de -couleur pour fermer les baies. A l'intérieur, on inscrivait de longs -textes funéraires analogues à ceux des pyramides et destinés à assurer -au défunt la sécurité dans le monde des enfers; au-dessus de ces textes -court une large frise où sont peints les objets qui devraient en réalité -figurer dans le mobilier funéraire: pièces de costume, coiffures, -bijoux, armes, sceptres, outils, vases, meubles, toujours suivant le -principe que la figuration d'un objet suffit pour remplacer l'objet -lui-même quand il s'agit d'une ombre, du double immatériel d'un homme. -Il arrive aussi qu'on voie déjà paraître, à l'intérieur du grand -sarcophage, le cercueil anthropoïde qui renferme la momie elle-même et -qui devient le modèle courant du sarcophage au Nouvel Empire; ce type de -cercueil n'est que le développement normal du masque funéraire habituel. - -[Illustration: _Fig. 167._ Momie du Moyen Empire (d'après -CHASSINAT-PALANQUE. _Fouilles d'Assiout_, pl. XXI).] - -[Illustration: _Fig. 168._ Sarcophage du Moyen Empire (d'après PETRIE. -_Gizeh and Rifeh_, pl. X.A).] - -[Illustration: _Fig. 169._ Intérieur d'un sarcophage (d'après LACAU. -_Sarcoph. ant. au Nouv. Emp._, pl. XXIV).] - -[Illustration: _Fig. 170._ Sarcophage anthropoïde (d'ap. PETRIE. _Gizeh -and Rifeh_, pl. X.B).] - -Quant au mobilier funéraire proprement dit, il est en général modeste. -Dans les tombeaux des princesses de la famille royale, on ne trouve -guère que la série des vases à onguents et à parfums, des sceptres et -une certaine quantité de bijoux, merveilles d'art et de goût, qui sont -parmi les plus belles choses que l'antiquité égyptienne nous ait -livrées. Chez les particuliers il y a d'abord la caisse carrée, -absolument indispensable du sarcophage, faite sur le même modèle que -lui, et contenant les quatre vases canopes, où l'on enfermait les -viscères du mort, puis quelques vases grossiers ayant contenu des -victuailles, enfin des imitations d'armes et des groupes de bois stuqué -et peint, représentant des scènes de la vie familière. Ces scènes sont -les mêmes qu'on voit figurer ailleurs, en bas-relief ou en peinture, sur -les parois des mastabas et des tombeaux rupestres, mais traitées avec -plus de naturel et de naïveté: nous y voyons représentés des cuisiniers, -des porteurs et des porteuses d'offrandes, la fabrication du pain et de -la bière, et surtout des bateaux, reproduction des grandes barques de -l'époque avec leur gréement complet et leur équipage. Malgré leur -facture souvent un peu grossière, ces petits monuments sont peut-être -l'image la plus parfaite, en tous cas la plus expressive, de la vie des -anciens Egyptiens. - -[Illustration: _Fig. 171._ Canope du Moyen Empire (d'ap. -GAUTIER-JÉQUIER. _Fouilles de Licht_, p. _68_).] - -[Illustration: _Fig. 172._ Statuette de serviteur (d'ap. le _Musée -Egyptien_, I, pl. XXXVIII).] - -La cachette aux statues, le _serdab_, n'existe plus dans la tombe du -Moyen Empire, et s'il se trouve encore dans le tombeau une statue du -mort, celle-ci n'est plus que très rarement en pierre, mais presque -toujours en bois et souvent de très petite dimension. Il y a ici -évidemment une évolution dans les idées funéraires: la notion du _ka_, -du double qui pour subsister a besoin d'un support à défaut du corps -lui-même, existe toujours, mais tend à se transformer; il semble qu'elle -se spiritualise en quelque sorte et qu'une petite image du mort, image -souvent informe, lui suffise, et cela plutôt par tradition que par -besoin réel. C'est à ce moment qu'on voit apparaître les premières -statuettes mummiformes représentant le défunt, prototypes des -innombrables statuettes funéraires ou _oushabtis_ du Nouvel Empire. - -[Illustration: _Fig. 173._ Modèle de barque (photographie de E. -Brugsch-Pacha).] - -[Illustration: _Fig. 174._ Statuette en bois (d'après GAUTIER-JÉQUIER. -_Fouilles de Licht_, p. _80_).] - -Pour les morts d'une classe moins élevée, ceux qu'on ensevelissait à -même le sol, on avait en certaines régions la coutume de poser au-dessus -de la tombe une petite maison en terre cuite, reproduction en miniature -de l'habitation des vivants, et qui devait servir de domicile à l'âme: -privée de ce pied-à-terre si sommaire, cette âme eût risqué d'errer sans -trêve à l'aventure et de disparaître misérablement. - -[Illustration: _Fig. 175._ _Statuette funéraire_ du Moyen Empire (d'apr. -PETRIE. _The Labyrinth_, pl. XXX).] - -Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, faites en briques -et en bois, et n'ayant aucune prétention à la durée, ont disparu presque -partout en Egypte; nous sommes un peu plus favorisés cependant pour le -Moyen Empire que pour les autres époques, puisqu'on a retrouvé au Fayoum -des restes importants d'agglomérations de maisons, vraies villes -composées de petites habitations en briques, serrées les unes contre les -autres et séparées par de longues rues droites; c'est là sans doute -qu'habitaient des ouvriers et des employés dont les papiers, restés -cachés dans le coin des chambres, sont parvenus jusqu'à nous: ces -précieux documents sur papyrus contenaient des écrits de toute sorte, -mais surtout des lettres et des comptes. - -[Illustration: _Fig. 176._ Modèle de maison en terre cuite (d'ap. -PETRIE. _Gizeh and Rifeh_, pl. XV).] - -Pour ce qui est de l'architecture militaire, de hautes et massives -forteresses en briques crues remplacent les simples enceintes formées -d'une épaisse muraille, en usage sous l'Ancien Empire. Nous avons, à la -frontière méridionale de la Nubie, deux bons exemples de ces -constructions, qui dominent de très haut le terrain environnant et qui -devaient opposer une très grande résistance à l'escalade et à la sape. -Le progrès réalisé dans ce domaine est très naturel et cela n'a rien -d'étonnant, puisque la monarchie égyptienne, à cette époque, a un -caractère militaire très prononcé et se distingue en cela très nettement -de celle de la période précédente. - -[Illustration: _Fig. 177._ Attaque d'une forteresse (d'après NEWBERRY. -_Beni Hasan_, II, pl. XV).] - - -_Sculpture_ - -La statuaire du Moyen Empire continue à suivre, presque sans s'en -écarter, les traditions des dynasties memphites; ses procédés sont -identiques, et c'est à peine si nous pouvons signaler un peu plus de -fini dans les parties qui étaient autrefois laissées le plus souvent à -l'état d'ébauches, les jambes et les pieds. Ce sont toujours les mêmes -formes, les mêmes attitudes, avec plus de délicatesse peut-être, mais -moins de puissance; on recherche moins la ressemblance exacte, réaliste, -de la figure à reproduire, qu'une sorte de portrait idéalisé qui n'a -plus sans doute que les caractères généraux de l'original: ainsi dans -les dix statues de Senousrit I découvertes à Licht, statues identiques -de dimension et de matière, sorties ensemble d'un même atelier, toutes -les têtes, qui à première vue paraissent semblables, sont dans le détail -très différentes les unes des autres et cependant les traits d'ensemble -restent les mêmes et se retrouvent aussi dans les autres statues du même -souverain. - -[Illustration: _Fig. 178._ Statues de Senousrit I.--Licht. (photographie -de M. Pieron).] - -[Illustration: _Fig. 179._ Statue du roi Hor (photographie de E. -Brugsch-Pacha).] - -Sous le Moyen Empire les statues sont beaucoup moins abondantes que sous -l'Ancien, car les particuliers, quelle que fût leur position, n'en -déposaient plus guère dans leur tombeau. Encore ces statues sont-elles -presque uniquement en bois, les unes de grandeur naturelle, d'autres -très petites. Seuls les très hauts personnages avaient le droit de -placer dans les temples une image faite à leur ressemblance; les rois -par contre y dressaient souvent des statues colossales en granit, dont -plusieurs sont parvenues jusqu'à nous, ainsi que les sphinx, également -en granit, qui bordaient les avenues de ces temples, sphinx dont la tête -était toujours un portrait plus ou moins fidèle du roi régnant. D'autres -statues, moins grandes, ornaient les parties apparentes des tombeaux -royaux et parfois même on déposait une statue du _ka_ ou du double dans -le caveau funéraire, près du sarcophage, comme dans les tombeaux des -simples particuliers. Telle la statue de bois du jeune roi Hor Aouabra, -qui fut probablement co-régent de son père Amenemhat III, monument -délicieux de travail, d'expression et de sentiment, qui restera un des -joyaux de l'art égyptien. - -Il n'y a pas non plus de grandes modifications à signaler dans la -manière de traiter le bas-relief; un dessin ferme et pur, un relief peu -marqué, un modelé très délicat, souvent à peine perceptible, sont les -caractères généraux de cette branche de la sculpture qui, comme la -statuaire, est toujours empreinte d'une grande distinction et d'une -remarquable noblesse d'allure. - - -_Peinture_ - -Nous avons vu, en parlant de l'Ancien Empire, que toute sculpture devait -être peinte, au moins en principe. La simple peinture sur enduit, qui ne -se distinguait pas à première vue du bas-relief polychrome, était -soumise aux mêmes lois que ce dernier quant à la disposition générale -et la composition, mais constituait un moyen d'expression singulièrement -plus rapide et économique. Pour les peintres du Moyen Empire, le souci -de la perfection artistique ne passe qu'en seconde ligne: ils donnent -libre cours à leur fantaisie, toujours maintenue, il est vrai, par une -certaine routine, dans le même procédé d'exécution, et ils s'appliquent -avant tout à rendre aussi vivant que possible le sujet qu'ils ont à -traiter. - -[Illustration: _Fig. 180._ Bas-relief de Koptos (d'après PETRIE. -_Koptos_, pl. IX).] - - -_Arts industriels_ - -La céramique ne présente aucun caractère spécial; de plus en plus les -vases en terre sont réservés aux usages vulgaires, et leur facture est -généralement peu soignée. Par contre les nombreux petits vases en pierre -dure qu'on continue à fabriquer et qui sont destinés à contenir des -parfums ou des onguents sont d'un travail extrêmement remarquable. Les -matières les plus précieuses sont employées pour cela: l'obsidienne, le -lapis-lazuli et la cornaline, aussi bien que l'albâtre, qui continue à -être d'un usage courant. L'usage des vases de bronze persiste aussi, -comme par le passé. - -[Illustration: _Fig. 181 et 182._ Vases en cornaline et lapis-lazuli -(d'ap. DE MORGAN. _Fouilles à Dahchour_, I, pl. XXV).] - -[Illustration: _Fig. 183._ Pectoral de Senousrit II (d'après DE MORGAN. -_Fouilles à Dahchour_, I, pl. XVI).] - -Dans la bijouterie et la joaillerie, les orfèvres de la XIIme dynastie -sont arrivés à un degré de perfection qui ne sera plus dépassé et qui -fait encore l'admiration de tous les spécialistes; ils taillent et -calibrent les pierres avec la plus grande précision, fondent et cisèlent -les métaux, emploient le filigrane. Mais leur triomphe incontestable est -le bijou ciselé, ajouré et champlevé, avec incrustations de pierres -telles que le lapis, la turquoise et la cornaline. La composition du -bijou est toujours digne de son exécution, qu'il s'agisse d'un minuscule -hiéroglyphe servant d'élément de collier, d'un pectoral pouvant être -considéré comme un vrai bas-relief historique en miniature, d'une garde -de poignard ou d'un diadème représentant une couronne de fleurs -naturelles. - -[Illustration: _Fig. 184._ Couronne en or (d'apr. DE MORGAN. _Dahchour_, -II, pl. IX).] - - -C. CIVILISATION - -_Royauté_ - -La première monarchie thébaine a un caractère très différent de celui -des dynasties memphites, qui était, comme nous l'avons vu, -essentiellement pacifique; de simples nomarques qu'ils étaient, les -princes de Thèbes avaient acquis le pouvoir suprême au prix de longues -luttes. Il était donc bien naturel qu'ils continuassent à faire de -l'armée leur principal soutien et que, pour ne pas la laisser inactive, -ils l'employassent à pacifier les contrées avoisinantes et à étendre les -frontières de l'Egypte. Les rois de la XIIme dynastie ne sont pas, à -proprement parler, des conquérants, mais des souverains dont le but est -d'assurer le tranquille développement de leur pays en tenant en respect -leurs voisins, nomades plus ou moins sauvages et toujours disposés à -faire des incursions dans la riche vallée du Nil, et en créant sur le -point le plus facilement accessible, le sud, une marche bien fortifiée. -Sitôt que cette activité militaire se ralentit, comme cela semble avoir -été le cas sous Amenemhat III et ses successeurs, les barbares, qui sont -ici les Hyksos, fondent sur le pays et le soumettent, en partie du -moins. Il faudra de longs siècles aux vrais Egyptiens pour les chasser -et reprendre le pouvoir, et ce nouvel apprentissage de la guerre sera -cause de l'avènement des grands conquérants de la XVIIIme dynastie. - -[Illustration: _Fig. 185._ Groupes de soldats d'un prince de Siout -(d'après MASPERO. _Musée Egyptien_, I, pl. XXXIII).] - -Pour assurer la transmission régulière des pouvoirs royaux de père en -fils et éviter les compétitions possibles, Amenemhat I, dans les -dernières années de son règne, associa au trône son fils Senousrit I qui -fut chargé de diriger l'armée et les expéditions en dehors de l'Egypte, -tandis que le vieux souverain continuait à s'occuper de la politique -intérieure. Tous les rois de la XIIme dynastie suivirent cet exemple et -prirent à un moment donné leur héritier présomptif comme co-régent. - - -_Gouvernement_ - -Le système féodal ne disparut pas dès l'avènement de la XIIme dynastie; -les princes des nomes, reconnaissant l'autorité supérieure et la -suzeraineté du roi, continuèrent à administrer comme auparavant leur -province, sur laquelle ils avaient des droits très étendus: le peuple -des campagnes, fellahs ou paysans, fournissait les soldats et pouvait -être réquisitionné pour toutes sortes de corvées, spécialement pour -les gros transports et les constructions; de lourdes redevances -pesaient sur eux, aussi bien sur les paysans soi-disant libres, que -sur les serfs et les tenanciers des domaines princiers. Les habitants -des villes jouissaient d'une plus grande liberté, tout en étant aussi -sous l'autorité directe du nomarque; dans ces cités se groupaient les -artisans, les scribes et les fonctionnaires de toute sorte, tous gens -d'une classe très supérieure au menu peuple des campagnes. Une légion -d'employés, inspecteurs, percepteurs, chacun ayant sa charge nettement -délimitée, veillait au bon fonctionnement de ces petits états, dont le -prince payait au roi une redevance régulière et lui fournissait des -troupes exercées, sur une simple réquisition; il avait sans doute à -ses côtés un représentant du souverain. Quant au pouvoir judiciaire, il -était presque entièrement entre les mains du pouvoir central. - -Cependant cet ordre de choses ne devait pas durer et la centralisation -s'opérait peu à peu. Vers la fin de la dynastie, les nomarques -disparaissent ou tout au moins leur rôle est si effacé qu'on ne les voit -plus paraître. Par contre le nombre des fonctionnaires royaux augmente -considérablement; ce sont eux maintenant qui sont chargés non seulement -de la justice, mais de toute l'administration civile et militaire, qui -perçoivent les redevances, tiennent constamment à jour les registres de -la population, du bétail et du cadastre, institution nécessaire dans un -pays comme l'Egypte, soumis aux empiétements d'un fleuve dont le cours -n'est pas encore définitivement fixé. - - -_Relations extérieures_ - -Nous avons vu la conquête de la Nubie, l'occupation des Oasis, la -pacification des contrées désertiques bordant l'Egypte et les campagnes -en Syrie; toutes ces opérations, qui furent la préoccupation constante -des rois de la XIIme dynastie, avaient eu pour résultat le développement -du commerce, favorisé par la tranquillité et la sécurité régnant aux -abords de l'Egypte. Les produits du Soudan et de la Syrie arrivent donc -dans la vallée du Nil, par caravanes, plus facilement que jamais; de -plus, les expéditions au pays de Pount, au pays des Somalis, d'où l'on -tirait l'encens, l'ivoire et d'autres objets précieux, paraissent être -devenues plus fréquentes, tant par eau, le long des côtes de la Mer -Rouge, que par la voie de terre, par le Soudan et l'Abyssinie. Il en est -de même pour les relations avec les îles grecques: la poterie dite de -Kamarès, qui provient certainement de ces régions se retrouve parfois -dans des tombes de la XIIme dynastie, et réciproquement on rencontre -souvent en Crète, en Grèce et jusqu'en Etrurie des objets appartenant au -premier empire thébain. - -[Illustration: _Fig. 186._ Nomades sémites (d'après NEWBERRY, _Beni -Hasan_, I, pl. XXXI).] - -Les marchandises importées en Egypte étaient surtout des matières -premières, et tout particulièrement les métaux, comme par le passé; en -échange, les Egyptiens livraient à leurs voisins toute sorte d'objets -ouvrés, et aussi du grain. Nous savons par les récits bibliques que la -vallée du Nil était un peu le grenier du monde oriental, et que dans les -années de disette ce n'était guère que là qu'on pouvait aller -s'approvisionner. C'est en effet sous le Moyen Empire que durent vivre -les patriarches qui, après avoir mené la vie des nomades en Palestine, -finirent par se fixer dans un petit district du Delta. Abraham dut venir -en Egypte pendant le règne de la XIIme dynastie, et c'est presque un -tableau de son arrivée avec sa famille et ses serviteurs, que cette -peinture célèbre de Beni Hassan, où l'on voit des fonctionnaires -égyptiens amener à leur prince une tribu de nomades sémites, avec leurs -lourds costumes bariolés, leurs bestiaux, leurs armes et leurs bagages -et apportant avec eux de l'antimoine et d'autres produits qu'ils -cherchent sans doute à échanger. L'arrivée de Joseph en Egypte, son -élévation aux plus hautes dignités et l'installation de sa famille au -pays de Goshen ou Kesem, dans les environs de la ville fortifiée -d'Avaris, doivent se placer sous un des rois hyksos, nous ne pouvons -savoir au juste lequel. Les noms égyptiens que donne le texte hébreu -peuvent être rapprochés de certains noms qui étaient en effet employés -sous le Moyen Empire et ne sont pas sans doute, comme on l'a cru pendant -longtemps, la transcription de noms saïtes, ce qui forcerait à reporter -la composition même du récit biblique à une très basse époque. Toute -cette série de récits constitue pour nous un précieux document pour la -connaissance des relations entre les Egyptiens et leurs voisins. - - -_Vie privée_ - -Il n'y a pas lieu de revenir sur l'organisation de la famille, pas plus -que sur les conditions de la vie privée qui continuent à être les mêmes, -à peu de chose près, que sous l'Ancien Empire. La nourriture aussi est -la même, ainsi que la manière de manger, et on attache toujours autant -d'importance aux soins de propreté. Une petite différence se remarque -dans le costume des hommes, car si les gens du peuple continuent à -porter le petit pagne court, celui des personnages de qualité s'allonge -et forme une sorte de jupon plus ou moins ample, descendant jusqu'aux -mollets ou même jusqu'aux chevilles; le grand manteau est d'un usage -fréquent, comme si le climat s'était refroidi, ce qui est du reste peu -probable. - -Nous connaissons les villes où habitaient les ouvriers et qui ont été -retrouvées au Fayoum, avec leurs petites maisons serrées les unes contre -les autres, avec leurs étroites rues droites; nous avons aussi des -modèles en terre cuite des maisons où vivaient les gens d'une classe un -peu supérieure: une cour entourée d'un mur, au milieu de laquelle se -trouvait un étang, précédait l'habitation, qui était elle-même de -dimensions assez restreintes; un péristyle à colonnes s'ouvrait -largement sur la cour, et les chambres se trouvaient au fond, derrière -cette galerie. L'escalier extérieur montait à la terrasse où -aboutissaient les grandes bouches à air destinées à la ventilation des -appartements et sur laquelle parfois de petites chambres étaient -construites (fig. 176). Il ne nous est resté aucune trace des palais -royaux ni de ceux des grands seigneurs. - - -_Chasse et pêche_ - -Les procédés de pêche et de chasse, de même que les engins employés, -sont les mêmes que sous l'Ancien Empire: le filet, la ligne et le harpon -pour la pêche, le lasso, l'arc, le boumerang, le filet et le piège -simple pour la chasse. Il faut cependant signaler le fait que les grands -seigneurs se constituaient des réserves de gros gibier, de vrais parcs -de chasse enclos de palissades et de treillages, où ils pouvaient à leur -gré et sans avoir la difficulté d'aller les chercher au loin dans le -désert, abattre à coups de flèches les boeufs sauvages, les lions, les -antilopes ou les autruches. - -[Illustration: _Fig. 187._ Parc de chasse (d'apr. NEWBERRY. _El -Bersheh_, I, pl. VII).] - - -_Agriculture et élevage_ - -L'agriculture étant une des principales ressources du pays, est toujours -l'objet d'une attention spéciale de la part du gouvernement; la quantité -des terrains cultivables augmente aux dépens des pâturages, grâce à une -méthode d'irrigation toujours en voie de développement. Nous ne savons -pas quels canaux furent creusés à cette époque, mais nous voyons des -rois comme Amenemhat III entreprendre des travaux considérables tels que -le lac Moeris qui était très vraisemblablement destiné, ainsi que -l'affirment les Grecs, à régulariser les irrigations dans la partie la -plus fertile du pays. Le même souverain fit établir un nilomètre sur les -rochers de la deuxième cataracte, à l'extrême frontière de ses états, -pour surveiller l'inondation et en prévoir d'avance les conséquences -pour l'Egypte. Grâce à tous ces efforts et bien que l'outillage ne se -fût guère amélioré, le rendement des terres augmentait dans de grandes -proportions et l'Egypte devenait le plus grand magasin de grain de -l'Orient. - -L'élevage tend à diminuer, et l'on ne trouve plus guère que dans -certains cantons où le sol est moins fertile qu'ailleurs et moins apte à -la culture, les immenses troupeaux de bétail à demi sauvage. Il était -réservé aux Hyksos d'introduire dans la faune domestique du pays un -nouvel animal, le cheval, innovation qui devait, comme nous le verrons, -avoir les conséquences les plus importantes pour l'Egypte. - -[Illustration: _Fig. 188._ Barque à voile carrée (VIe dyn.) (d'après -JÉQUIER. _Bull. de l'Institut franç. du Caire_, IX, pl. III).] - - -_Navigation_ - -L'augmentation des produits du sol devait nécessairement amener le -développement du commerce intérieur et, partant, de la navigation -fluviale, qui était aussi l'objet de la sollicitude du gouvernement, -puisque nous voyons un des rois faire exécuter de grands travaux pour -rendre navigable la première cataracte en y creusant un chenal -suffisamment profond. Les bateaux employés d'ordinaire sont les grandes -barques pontées à voile carrée, dont le modèle date de la fin de -l'Ancien Empire. Quant à la navigation sur la Méditerranée et la mer -Rouge, les documents que nous possédons sont insuffisants pour pouvoir -en faire une étude sérieuse, au moins en ce qui concerne le Moyen -Empire. Il est cependant probable qu'on employait pour cela des bateaux -plus grands et plus forts, mais du même modèle que ceux du Nil. - - -_Industrie_ - -Les scènes figurées, en bois stuqué, déposées au fond des caveaux -funéraires, de même que les tableaux peints dans les tombes, nous -montrent que, comme sous l'Ancien Empire, la population de l'Egypte ne -s'adonnait pas exclusivement à l'agriculture, mais que l'industrie y -était aussi en honneur. Les procédés employés sont toujours à peu près -les mêmes procédés simples tels qu'on les retrouve chez tous les peuples -jeunes, où l'on ne se livre pas à la grande industrie et où l'on ne -fabrique les objets qu'au fur et à mesure des besoins. - -[Illustration: _Fig. 189._ Menuisiers (d'ap. QUIBELL. _Excavations at -Saqqarah_, II, pl. XVII).] - -On remarque entre autres de nombreuses représentations de la fabrication -des étoffes: dans le gynécée même des grands seigneurs, des femmes sont -occupées à filer le lin tandis que d'autres se livrent au tissage; les -métiers employés par ces femmes sont de formes diverses, suivant le -genre d'étoffes qu'elles doivent faire, et ces métiers, d'un mécanisme -simple et pratique, leur permettaient de tisser des toiles d'une finesse -et d'une régularité remarquables, qu'on a retrouvées en grande quantité -dans les tombeaux. - -[Illustration: _Fig. 190._ Femmes filant et tissant (d'après NEWBERRY. -_Beni Hasan_, II, pl. IX).] - - -_Littérature_ - -De l'Ancien Empire, il ne nous est parvenu aucune oeuvre qu'on puisse -qualifier de littéraire: les textes des pyramides sont de nature -purement religieuse et magique, et les inscriptions tombales comme les -biographies sont des récits très simples qui ne témoignent d'aucune -recherche de style ou de composition. L'époque suivante nous a, par -contre, fourni une longue série d'ouvrages qui, s'ils ne sont pas très -étendus, ont du moins un caractère littéraire très marqué. Ces écrits -sont de toute sorte, de vrais poèmes comme le chant du harpiste ou le -dialogue d'un désespéré avec son âme, des contes comme l'histoire de -Sinouhit et celle du roi Khéops et des magiciens, des morceaux -d'éloquence comme la plaidoirie du paysan, des traités de morale comme -les préceptes de Kaqemna et de Ptahhotep. A côté de cela on trouve -encore de nombreux livres religieux ou magiques, des livres de médecine -et des traités scientifiques. Tous ces ouvrages sont composés dans une -langue très belle et très pure, encore exempte de tout élément étranger, -avec une recherche de style marquée, des phrases simples et claires dans -lesquelles on voit que les scribes égyptiens affectionnaient -l'allitération et le jeu de mots, tout en employant toujours le mot -propre. Ces papyrus, qui nous sont parvenus en très bon état de -conservation, ne constituent pas un des moindres titres de gloire du -Moyen Empire et c'est avec raison qu'on a pu dire de cette période -qu'elle est l'époque classique de la littérature égyptienne. - -[Illustration: _Fig. 191._ Une page du papyrus Prisse (d'après JÉQUIER. -_Le papyrus Prisse et ses variantes_, pl. V).] - -[Illustration: _Fig. 192._ Bijou de la XIIe dyn. (d'ap. DE MORGAN. -_Fouilles à Dahchour_, I, pl. XX).] - - - - -[Illustration: _Fig. 193._ Panneau du char triomphal de Thoutmès IV -(d'après CARTER-NEWBERRY. _Tomb of Thoutmosis IV_, pl. X).] - - - - -CHAPITRE VII - -NOUVEL EMPIRE - -(1500 à 332 avant J.-C.) - - -A. HISTOIRE - -La prise de la forteresse d'Avaris, le dernier retranchement des rois -hyksos dans le Delta, et l'expulsion définitive des souverains sémites -marque la date la plus importante peut-être de toute l'histoire -d'Egypte. Le grand mouvement national, après des siècles de luttes -stériles, avait enfin trouvé dans les princes de la XVIIme dynastie des -chefs capables de le mener à bien; leur triomphe inaugure une ère de -gloire et de puissance telle que l'Egypte n'en avait jamais connu -auparavant, et qui est l'apogée de l'empire pharaonique. Cette date, -plusieurs historiens l'indiquent avec précision, mais leurs données sont -loin de s'accorder, aussi me paraît-il plus prudent de donner ici encore -des chiffres approximatifs et de placer l'expulsion des Hyksos et le -début de la XVIIIme dynastie aux environs de l'an 1500. - - -_XIIIe dynastie_ - -Il n'y a aucune solution de continuité, pas même un changement de -famille régnante, entre la XVIIme et la XVIIIme dynastie; seule -l'expulsion des Hyksos en marque la séparation, et le roi qui réussit à -parachever la libération du sol égyptien, Ahmès, est en même temps le -dernier souverain de la XVIIme et le premier de la XVIIIme. Les -fragments de Manéthon qui indiquent comme composant cette dernière -dynastie 15 rois ayant régné 259 ans en tout, non compris Ahmès, -considéré ici comme appartenant au groupe précédent, contiennent -diverses confusions dans les noms de rois; plusieurs de ces souverains -sont dédoublés tandis que d'autres sont réunis sous un seul nom, mais -les chiffres que donne Manéthon correspondent assez bien aux indications -des monuments et leur total peut être considéré comme conforme à la -réalité. La XVIIIme dynastie se placerait donc, approximativement, et -avec un écart possible de 50 ans au plus, entre 1500 et 1200 avant J.-C. -Ahmès ne se borna pas à chasser les Hyksos d'Egypte; il les poursuivit -jusque dans la Syrie méridionale et leur infligea une nouvelle défaite -en s'emparant de la ville dans laquelle ils s'étaient réfugiés, et sans -doute les extermina définitivement, car ils ne reparaissent plus dans -l'histoire. - -[Illustration: _Fig. 194._ Aménophis I.--Turin (d'ap. PETRIE. -_Photographs_, No _75_).] - -L'empire une fois reconquis, il s'agissait de le réorganiser, car les -préoccupations militaires avaient sans doute absorbé, pendant le siècle -qui venait de s'écouler, toute l'activité des rois nationaux. Ce fut la -tâche du fils et successeur d'Ahmès, Aménophis I, qui s'en acquitta, -pendant son court règne de 13 ans, à la satisfaction universelle, -puisque après sa mort il fut divinisé non seulement de façon officielle, -comme tous les rois, mais par le peuple même de sa capitale: lui et sa -femme Ahmès Nofritari sont considérés comme les patrons de la nécropole -thébaine pendant tout le début du Nouvel Empire. Autant que nous pouvons -en juger, ses successeurs continuèrent son oeuvre et mirent tous leurs -soins à augmenter le bien-être du pays. - -Pendant ces longues luttes, l'Egypte était devenue une vraie puissance -militaire; elle possédait une armée bien exercée qu'on ne pouvait -laisser dans l'inaction. Cette armée n'était plus tout à fait la même -que jadis, elle possédait un élément nouveau, la charrerie, et les -Egyptiens avaient rapidement perfectionné cette arme, dont ils devaient -la connaissance aux rois hyksos, et qui était déjà depuis longtemps en -usage chez les Syriens. Les soldats qui montaient ces chars attelés de -deux chevaux combattaient de loin avec leurs flèches et leurs javelines, -et le choc de leurs escadrons compacts pouvait décider du sort des -batailles. L'infanterie était aussi mieux armée, le métal ayant partout -remplacé le silex des anciens temps, et beaucoup de soldats n'étaient -plus à moitié nus comme autrefois, mais vêtus de cottes capitonnées et -de bonnets rembourrés qui les préservaient dans une certaine mesure. - -[Illustration: _Fig. 195._ Tête de la momie de Thoutmès I (d'ap. -ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXII).] - -Aménophis I avait déjà employé son armée pour de petites expéditions de -frontières contre les Libyens et les nègres, mais ce fut son fils -Thoutmès I qui inaugura l'ère des grandes conquêtes; il envahit la Syrie -et la soumit en grande partie, jusqu'à l'Euphrate, où il posa des -stèles-frontières, puis il poussa avec ses armées très loin dans le -Soudan, sans négliger pour cela d'entreprendre dans l'Egypte même des -travaux importants. A sa mort, après une vingtaine d'années de règne, il -ne laissait pour lui succéder qu'un fils né d'une femme qui n'était pas -de souche royale, Thoutmès II, qui pour légitimer en quelque sorte son -accession au trône, dut épouser sa demi-soeur Hatshepsou, en qui coulait -un sang plus pur. Il continua l'oeuvre de son père, mais n'eut qu'un -règne très court. Après lui la couronne revenait à son très jeune fils -Thoutmès III, né aussi d'une femme de race non royale; sa tante -Hatshepsou profita de sa minorité pour s'emparer de la régence, régna -d'abord en son nom et à côté de lui, puis le relégua dans l'ombre et -s'arrogea le titre de roi d'Egypte. - -Sauf une grande expédition maritime au pays de Pount, expédition qui a -du reste un caractère nettement commercial et politique et aucunement -militaire, Hatshepsou concentra toute son activité sur l'Egypte -elle-même, qu'elle administra sagement, avec le concours de ministres -d'une réelle valeur, s'appliquant à faire disparaître les dernières -traces du néfaste passage des rois hyksos. Elle restaura des temples et -en construisit d'autres, comme celui de Deir el Bahari, qui était -consacré à son culte funéraire et qui, étant une des oeuvres artistiques -les plus remarquables de la dynastie, perpétue, aussi bien que le grand -obélisque de Karnak, le souvenir de cette reine qui sut mener à bien -l'oeuvre intérieure des rois ses prédécesseurs, la réorganisation du -pays. - -[Illustration: _Fig. 196._ Thoutmès III (d'apr. LEGRAIN. _Statues et -statuettes_, I, pl. XXX).] - -Thoutmès III étant arrivé à l'âge de raison, la régente, le «roi -Hatshepsou», comme elle s'appelait elle-même, lui fit épouser sa propre -fille, mais sans lui laisser pour cela la place à laquelle il aurait eu -droit; il était donc assez naturel qu'il conçut envers elle des -sentiments de rancune et que plus tard, quand il fut enfin maître du -pouvoir, il cherchât à diminuer ou même à faire disparaître le souvenir -de son illustre tante. Ce fait très simple a fait naître de longues -contestations parmi les égyptologues au sujet de l'ordre de succession -des premiers rois de la XVIIIme dynastie, et aujourd'hui les discussions -sur ce point n'ont pas encore cessé. - -Après 22 ans pendant lesquels Hatshepsou avait assumé les charges et les -bénéfices du pouvoir, Thoutmès III devait encore régner seul pendant 48 -ans; c'est non seulement un des plus longs règnes qu'enregistre -l'histoire d'Egypte, c'est encore le plus glorieux. Profitant de -quelques années où le joug égyptien avait pesé sur eux avec moins de -force, les princes syriens avaient sans doute reconquis en partie leur -indépendance; aussitôt sur le trône, Thoutmès prit en personne le -commandement de son armée, envahit la Palestine et la Syrie et commença -par une série de victoires cette suite de campagnes qui durent -recommencer chaque printemps, pendant près de vingt ans, jusqu'au moment -où l'autorité du pharaon fut établie de façon absolument effective sur -l'Asie antérieure jusqu'à l'Euphrate tout au moins. Les fils des -princes, emmenés comme otages, étaient une garantie de la fidélité de -leurs pères et de la rentrée régulière des tributs; du côté de la Nubie -il ne paraît pas y avoir eu de difficultés et les peuplades nègres -payaient régulièrement leurs redevances; Chypre, les îles grecques et le -pays de Pount envoyaient aussi leurs produits, peut-être pour faire acte -de vassalité, comme le disent les Egyptiens, mais plus probablement pour -en faire le commerce et obtenir des échanges. Jamais l'Egypte n'avait -été si puissante et si florissante; Thoutmès III puisa largement à ce -trésor qui se renouvelait sans cesse et s'en servit pour entreprendre -des constructions importantes sur tous les points de ses états, depuis -le fond du Soudan et les Oasis jusqu'aux confins de la Syrie, mais -surtout dans sa capitale, Thèbes, qu'il tint à honneur d'embellir et de -développer. C'est dans le temple d'Amon à Karnak, entre autres, -considérablement agrandi par lui, qu'il grava le récit de toutes ses -campagnes, cette source si précieuse pour l'histoire, en même temps que -l'image de la plupart de ses ancêtres. Toute la fin de son règne fut -consacrée à l'accomplissement de ces travaux pacifiques. - -[Illustration: _Fig. 197._ Tête de la momie de Thoutmès IV (d'après -ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXIX).] - -Aménophis II, son fils, puis Thoutmès IV, son petit-fils, lui -succédèrent sans égaler sa gloire; leurs règnes, de peu de durée, -n'offrent aucun événement mémorable: quelques expéditions en Syrie pour -réprimer des révoltes locales et introniser de nouveaux vassaux, ainsi -que des constructions de peu d'importance, comparées à celles de leur -illustre père et aïeul. - -[Illustration: _Fig. 198._ Sphinx d'Aménophis III (d'après LEGRAIN. -_Statues et statuettes_, I, pl. LIII).] - -C'est encore une grande figure que celle d'Aménophis III, fils de -Thoutmès IV, qui régna 37 ans, fut un habile diplomate, un politique et -un organisateur de grand talent, en même temps qu'un constructeur -infatigable, un guerrier et un chasseur ne redoutant aucun danger. Il -n'étendit pas les conquêtes de ses ancêtres, mais sut maintenir ses -vassaux dans l'obéissance et il ne semble pas qu'il y ait eu de son -temps la moindre tentative de révolte. Les gouverneurs locaux, qui sont -en général des indigènes, envoient à la cour leurs rapports réguliers, -et les rois voisins de l'Assyrie, de Babylone et de Mitanni cherchent à -entrer en faveur auprès du puissant pharaon, ainsi qu'en témoignent les -fameuses tablettes de Tell el Amarna, les archives de la politique -étrangère à cette époque. Les constructions monumentales deviennent de -plus en plus nombreuses, et les plus beaux temples d'Egypte datent -presque tous de ce règne, qui, au point de vue artistique, a une -importance capitale. Dans son oeuvre si complexe, Aménophis III était -admirablement secondé par son ministre, un homme qui mérita d'être plus -tard divinisé, Amenophis fils de Paapis. - - -_Les rois hérétiques_ - -Le personnage le plus énigmatique de toute l'histoire d'Egypte est le -fils et successeur de ce grand roi, celui qui commença par porter le nom -d'Aménophis IV; sa mère, la reine Thii, une Egyptienne de basse ou tout -au moins de moyenne naissance, avait déjà réussi à prendre à la cour de -son mari une place très importante et tout à fait inaccoutumée, et nous -devons sans doute attribuer à son influence la réforme religieuse qui -caractérise ce règne et qui devait amener une perturbation profonde dans -toute l'Egypte et le déclin rapide de cette glorieuse dynastie. La -principale cause de cette révolution profonde bien qu'éphémère, était la -raison politique: le clergé d'Amon, dieu de Thèbes, bien plus favorisé -par les grands conquérants que ceux des autres sanctuaires du pays, -était devenu singulièrement fort, et sa puissance pouvait -contre-balancer celle des rois, ce qui arriva du reste quelques siècles -plus tard. Désireux de se débarrasser du pouvoir de plus en plus -menaçant des grands prêtres d'Amon, et obéissant peut-être aussi à une -certaine tendance mystique de son caractère, Aménophis IV imagina un -moyen radical: il supprima purement et simplement le dieu de ses pères, -devenu gênant. Détruire les immenses sanctuaires construits par ses -ancêtres eût été au-dessus de ses forces, aussi se contenta-t-il de les -fermer, d'en chasser les prêtres, et de faire marteler le nom d'Amon -dans toutes les inscriptions, fût-ce même dans le cartouche de son père -ou dans le sien propre. Puis il abandonna Thèbes avec toute sa cour, et -fonda dans la Moyenne Egypte une ville nouvelle, sous les auspices du -nouveau dieu qu'il venait d'inventer et qui devait remplacer tous les -dieux d'Egypte, Aten, le disque solaire, ou plutôt le dieu tout-puissant -qui se manifeste par l'intermédiaire du soleil. Ce monothéisme en même -temps teinté mysticisme et de matérialisme correspondait trop peu aux -idées égyptiennes du temps pour pouvoir durer, mais il offre un intérêt -tout particulier, puisque nous n'avons dans toute l'antiquité classique -et orientale, aucun autre exemple d'une réforme religieuse analogue. -L'idée première de ce culte n'est cependant pas absolument originale -mais dérive du culte d'un des plus anciens dieux égyptiens, Rà -d'Héliopolis, le Soleil; il y a donc probablement aussi dans la réforme -d'Aménophis IV, une réaction des anciens dieux, ou tout au moins de -leur sacerdoce, contre le nouveau venu qui les avait supplantés tous, -Amon le dieu de Thèbes et des dynasties thébaines. - -[Illustration: _Fig. 199._ Buste de Khounaten (d'après BÉNÉDITE. _Monum. -Piot_, XIII, pl. I).] - -[Illustration: _Fig. 200._ Adoration d'Aten. Tell el Amarna (d'apr. une -photographie de l'auteur).] - -En même temps qu'il changeait de religion, le roi prenait un nouveau -nom, Khounaten, «la splendeur du disque solaire». Sa nouvelle capitale -de Khout-aten, «l'horizon du disque», avec ses grands palais, son -temple d'Aten, ses villas dont on a retrouvé les ruines, devait avoir un -aspect tout particulier, grâce à la nouvelle tendance artistique qui se -manifestait chez les sculpteurs et les peintres et qui était due sans -doute à l'inspiration du roi lui-même, réagissant jusque dans ce domaine -contre les habitudes et la routine. Les artistes égyptiens de l'époque -cherchent à faire disparaître de leurs oeuvres cette sorte de raideur et -de solennité qui de nos jours inspire encore à première vue, à ceux qui -ne sont pas initiés à l'art égyptien, un sentiment d'étonnement et même -de répulsion; ils serrent de plus près la nature dans la ligne comme -dans le mouvement, et dans leur inexpérience de ce nouveau mode -d'expression, ils en arrivent parfois à des exagérations qui produisent -une impression étrange. Ainsi la figure même du roi est représentée avec -le crâne démesurément long, le nez et le menton proéminents, le cou -mince, la poitrine étroite, le ventre et les cuisses énormes; les -membres de sa famille, les courtisans eux-mêmes imitent dans leurs -portraits ces formes étranges et on pourrait croire, à voir ce type -nouveau si répandu, que toute la population de l'Egypte s'est modifiée -d'un jour à l'autre. Il y a à côté de cela des scènes si parfaites de -sentiment et d'intimité, des décorations peintes d'une variété si -merveilleuse, que nous sommes obligés de reconnaître dans ces -représentants d'un art nouveau des artistes qui sont au moins égaux, -peut-être même supérieurs à leurs devanciers. - -[Illustration: _Fig. 201._ Peinture de Tell el Amarna (d'ap. PETRIE. -_Tell-el-Amarna_, pl. I).] - -[Illustration: _Fig. 202._ Tablette de Tell el Amarna (d'apr. SCHEIL. -_Bulletin de l'Inst. français du Caire_, II, pl. VIII).] - -L'intimité, ou tout au moins l'apparence d'intimité qui règne entre les -membres de la famille royale est une des choses qui contribuent -peut-être le plus à nous donner de la sympathie pour cet étrange -souverain qui prenait en tout le contre-pied de ses devanciers. Qu'il -sorte en voiture, la reine et les six princesses l'escortent; qu'il -reçoive des ambassadeurs étrangers, qu'il distribue des récompenses à -ses sujets, qu'il officie dans le temple d'Aten, toujours sa femme et -ses filles se tiennent à côté de lui, le caressant ou l'enlaçant -tendrement. - -[Illustration: _Fig. 203._ Toutankhamon (d'ap. LEGRAIN. _Statues et -statuettes_, I, pl. LVII).] - -Très occupé par cette transformation radicale du pays, suivant ses -doctrines et ses théories nouvelles, Khounaten n'eut pas le loisir de -surveiller activement ses possessions asiatiques; il eût fallu y envoyer -fréquemment des expéditions armées pour contenir les éléments toujours -plus ou moins en effervescence de ces populations auxquelles on avait -laissé une autonomie presque complète, et c'est justement ce qui ne fut -pas fait. Dans les lettres des gouverneurs de ces pays, qui se trouvent -parmi les tablettes de Tell el Amarna, nous voyons sans cesse des -demandes de secours contre les insurgés qui deviennent de jour en jour -plus forts, et les rois étrangers parlent à Khounaten sur un ton moins -humble et moins respectueux que dix ans plus tôt, à son père. Le lien se -relâchait peu à peu, l'empire si puissamment organisé commençait à -s'effriter, par suite du caprice d'un homme qui se croyait sans doute un -génie, mais qui n'avait pas compris qu'une transformation intégrale -comme la sienne serait fatalement préjudiciable au pays. - -[Illustration: _Fig. 204._ Horemheb (d'apr. LEGRAIN. _Statues et -statuettes_, I, pl. LX).] - -Nous ne savons pas exactement combien de temps régna Khounaten, mais sa -réforme ne lui survécut que peu d'années; ses deux successeurs -immédiats, qui étaient ses gendres, commencèrent par suivre la même voie -que lui, puis le second d'entre eux, auquel une découverte retentissante -vient de donner une renommée mondiale, fut forcé d'en revenir à la -tradition séculaire de l'Egypte, rouvrit les sanctuaires de Thèbes et -changea son nom de Toutankhaten en celui de Toutankhamon. Aucun fait -saillant n'illustra ces règnes, pas plus que celui d'Aï qui vint -ensuite. La grande tâche de la réorganisation devait incomber à un -autre, à un homme qui occupait depuis longtemps une haute position dans -le pays, qui devait appartenir de près ou de loin à la famille royale, -et qui monta sur le trône sous le nom d'Horemheb. Il fit des expéditions -en Nubie pour rétablir dans les pays du sud le prestige de l'Egypte, fit -des constructions en maints endroits et embellit les sanctuaires -désertés pendant un temps, mais surtout il rétablit en tous points -l'ancien ordre de choses et promulgua une série de lois pour réprimer la -violence et l'arbitraire, et assurer la protection des faibles. C'est -avec cette noble figure que se termine la XVIIIme dynastie. - - -_XIXe dynastie_ - -Le successeur d'Horemheb, Ramsès I, un ancien grand vizir qui n'était -sans doute pas apparenté à la famille royale, ne fit qu'une très courte -apparition sur le trône, vers 1250 probablement. Son fils Séti I est à -tous les points de vue un des plus grands parmi les pharaons. Il -consacra toutes les premières années d'un règne dont nous ignorons la -longueur, et qui dura peut-être un demi-siècle, à reprendre les colonies -asiatiques que possédait l'Egypte avant la crise des rois hérétiques. -Horemheb avait déjà rétabli son autorité sur la Nubie, et il lui suffit -d'une très brève campagne dans ce pays pour bien marquer sa puissance, -puis il se jeta avec toutes ses forces sur la Syrie, qu'il traversa -triomphalement du sud au nord, écrasant à plusieurs reprises les -indigènes qui avaient repris leur indépendance, et il atteignit les -confins du pays des Hittites en Asie Mineure et des royaumes de -Babylonie et d'Assyrie, sur le Haut Euphrate. Une expédition contre les -tribus libyennes du désert enleva à celles-ci toute velléité de faire -des incursions dans la vallée du Nil. L'Egypte avait en apparence, et -pour un temps du moins, reconquis toute sa puissance, et Séti pouvait -s'occuper en paix de travaux intérieurs; il nous est parvenu des témoins -très remarquables de cette activité parmi lesquels figurent son -tombeau, le temple d'Abydos et surtout la grande salle hypostyle de -Karnak, sur les parois extérieures de laquelle il fit sculpter en -tableaux immenses les péripéties de ses campagnes. - -[Illustration: _Fig. 205._ Tête de la momie de Séti I (d'après -ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, frontispice).] - -[Illustration: _Fig. 206._ Campagnes de Séti I (Temple de Karnak).] - -[Illustration: _Fig. 207._ Tête de la momie de Ramsès II (d'ap. -ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLIV).] - -De tous les anciens rois d'Egypte, le seul dont l'humanité ait conservé -un souvenir vivant est Ramsès II, fils de Séti I, qu'on confond -volontiers avec le légendaire Sesostris, et qui jouit en somme d'une -réputation très supérieure à son oeuvre. Il eut un très long règne, -construisit beaucoup, et, en plus de cela, il s'appropria sans le -moindre scrupule tous les monuments de ses prédécesseurs, effaçant même -parfois leurs cartouches pour y mettre le sien, aussi n'y a-t-il guère -de site antique en Egypte où l'on ne trouve son nom. Dès le début de son -règne il eut à lutter, dans les provinces asiatiques de son empire, -contre un royaume devenu progressivement très puissant et qui occupait -une grande partie de l'Asie Mineure, celui des Hittites. Il sut -habilement jouer d'un succès qu'il remporta dans sa première campagne et -où sa valeur personnelle avait décidé de la victoire; sur la façade de -tous ses temples, il fit sculpter cet épisode accompagné d'un poème -dithyrambique, le fameux poème de Pentaour, et acquit ainsi une auréole -de gloire qui est, sinon imméritée, du moins un peu surfaite. En effet, -son succès ne devait pas être décisif, et nous voyons Ramsès, quelques -années plus tard, conclure avec ces mêmes rois hittites un traité dont -il fait de nouveau très grand état et qui, à tout prendre, met sur un -pied d'égalité les deux parties contractantes au lieu d'assurer la -supériorité de l'Egypte. Ramsès sut du reste, semble-t-il, maintenir -l'intégrité de ses états, et l'orage qui s'approchait de ses frontières -n'éclata qu'après sa mort. - -[Illustration: _Fig. 208._ Tête de la momie de Menephtah (d'ap. -ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLVIII).] - -Un grand mouvement se préparait en effet contre l'Egypte; avec l'appui -des tribus libyennes cantonnées dans le désert, dans la Cyrénaïque et -peut-être plus loin encore, du côté de la Tunisie, certains peuples du -nord, venant des îles grecques et de la côte d'Asie Mineure, -traversèrent la mer, débarquèrent et tentèrent d'envahir la vallée du -Nil, dont le souverain était en ce moment Menephtah, le soi-disant -pharaon de l'Exode. Ce roi était le trentième fils de Ramsès II, auquel -il succéda étant lui-même déjà presque un vieillard, inhabile à conduire -des armées. Les généraux auxquels il délégua ses pouvoirs se -comportèrent vaillamment et repoussèrent l'invasion; plus tard, ils -firent une campagne victorieuse en Syrie, pays également menacé par les -ennemis de l'Egypte, et qui n'était sans doute déjà plus vassal des -pharaons, à en juger par les termes que Menephtah emploie en parlant des -habitants de la contrée, qu'il ne considère plus comme des sujets ou des -rebelles, mais comme des adversaires indépendants. Pendant quelques -siècles, la monarchie égyptienne avait fait de brillantes conquêtes et -les avait défendues âprement, mais elle n'avait pas le caractère d'une -puissance expansive et ses colonies asiatiques lui échappèrent sans que -nous puissions bien nous rendre compte de quelle façon. Désormais -l'Egypte sera réduite à son territoire africain, et si quelques rois, -d'un esprit plus aventureux, veulent plus tard tenter des expéditions -lointaines, leurs succès ne seront jamais que momentanés et n'auront -aucun lendemain. - -Ces victoires devaient être les derniers moments de gloire de la XIXme -dynastie, et la fin du règne de Menephtah se perd dans l'oubli; ses -successeurs, Seti II, Amenmesès, Taousert, Siphtah ne sont guère pour -nous que des noms, des êtres sans consistance historique. Peu à peu, -sous eux, l'Egypte était tombée en pleine anarchie; des hordes syriennes -s'étaient abattues sur le pays et le rançonnaient sans pitié. La -décadence était complète au XIme siècle avant notre ère. - - -_XXe dynastie_ - -L'Egypte devait secouer cependant encore une fois le joug des barbares, -grâce à la valeur et à l'opiniâtreté de Setnekht et de Ramsès III, les -fondateurs de la XXme dynastie; Setnekht, un parent sans doute des rois -de la XIXme, rétablit l'ordre dans le pays même, mais mourut après un -très court règne, laissant le trône à son fils Ramsès III. La coalition -des peuples de la mer et des Libyens, dissoute par la victoire de -Menephtah, s'était reformée et devenait de nouveau menaçante; c'était -une vraie émigration de nations entières qui se dirigeaient vers -l'Egypte en suivant la côte de la Syrie et de la Palestine; Ramsès les -attendait près de la frontière et les défit une première fois, mais ils -revinrent à la charge trois ans après et, dans la même journée, leur -flotte fut anéantie par celle du roi d'Egypte et leur armée repoussée -définitivement; cette fois-ci, les Libyens s'étaient mis aussi en -campagne et, Ramsès, immédiatement après sa victoire dans l'est, se -retourna contre eux et leur infligea à eux aussi une défaite -retentissante. Il n'avait plus rien à craindre du dehors et fut assez -sage pour ne pas passer de la défensive à une politique offensive; il se -consacra donc exclusivement au bien-être et au développement de son -pays, où la paix et la sécurité régnaient de nouveau. Il édifia des -monuments splendides, comme ceux de Medinet-Habou, protégea le commerce -et l'industrie et combla les temples de richesses. Grâce au grand -papyrus Harris, qui contient l'énumération de ses dons et un résumé -historique de son oeuvre, nous sommes admirablement renseignés sur son -règne. Ramsès III cherchait en tout à imiter son illustre ancêtre et -homonyme Ramsès II; si son règne fut de moitié plus court, trente-trois -ans à peine, l'oeuvre qu'il accomplit pendant ce temps est supérieure, -semble-t-il, à celle de son célèbre modèle, et elle eût été vraiment -durable s'il avait eu des successeurs dignes de lui; malheureusement -ceux-ci se montrèrent aussi incapables que les successeurs de Ramsès II -et la XXme dynastie finit comme la XIXme, tristement et sans gloire. Les -neuf rois qui se succèdent à des intervalles plus ou moins longs et qui -portent tous le nom glorieux de Ramsès sont comme les rois fainéants -entre les mains des maires du palais, des fantoches sans valeur -personnelle, absolument dépendants des prêtres d'Amon; ceux-ci avaient -repris la place prépondérante que Khounaten avait cherché à leur -enlever, cependant les rois représentaient encore le lien traditionnel -qui assurait l'unité de l'Egypte, menacée de tous côtés par des -ambitieux désireux de s'arroger une partie du pouvoir suprême. - -[Illustration: _Fig. 209._ Tête de la momie de Ramsès III (d'ap. -ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. LII).] - -[Illustration: _Fig. 210._ Bataille contre les Philistins (d'après -CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXX).] - -[Illustration: _Fig. 211._ Bataille navale sous Ramsès III (d'après -CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXXII).] - -La dislocation du pays commença en effet dès la disparition du dernier -de ces princes, Ramsès XII, détrôné sans doute par le grand prêtre -Hrihor, qui tenait depuis longtemps les rênes du pouvoir et voulait -porter lui-même la couronne. Une ère nouvelle commence, celle du -morcellement de l'Egypte, assez semblable en principe à la période -féodale qui sépare l'Ancien du Moyen Empire, à cette différence près que -ces roitelets vivent le plus souvent en bonne harmonie les uns avec les -autres, s'unissent par des mariages et se repassent sans dispute la -prééminence, suivant que l'une ou l'autre des familles a plus de -puissance sur le moment. Il semble que l'Egypte soit épuisée par son -effort politique et militaire et qu'elle se recueille, attendant des -jours meilleurs qui du reste ne pourront être aussi glorieux que par le -passé; pendant le début de cette période qui reste encore confuse, bien -qu'elle nous ait transmis une foule de documents, aucun ennemi sérieux, -venant du dehors, ne menace l'Egypte, mais aucun roi ne domine les -autres par ses actes ou par ses capacités. Cette époque est une époque -de médiocrité à tous les points de vue, pendant laquelle la -civilisation, comme les arts, végète sans se développer, et qui dura de -trois à quatre siècles. Il faudrait pouvoir en donner un vaste tableau -d'ensemble, chose qui n'est pas encore possible, les éléments étant -insuffisants, et nous devons nous borner à suivre la classification de -Manéthon en dynasties; chacune de ces dynasties semble d'après lui -former un tout indépendant, tandis qu'en réalité elle est intimement -liée aux autres, dans un enchevêtrement bien difficile à débrouiller. - - -_XXIe dynastie_ - -Avec Hrihor, les grands prêtres d'Amon s'étaient, comme cela devait -fatalement arriver, élevés sur le trône d'Egypte, mais à peine y -furent-ils qu'ils se trouvèrent en face de compétiteurs qui n'étaient -point négligeables: ceux-ci, moins puissants peut-être que les -rois-prêtres qui occupaient Thèbes, avaient pour eux leur naissance, -étant parents très rapprochés des souverains déchus. Leur centre était à -Tanis, à l'extrême nord-est du Delta, une ville à laquelle Ramsès II -avait donné une grande importance comme boulevard de l'Egypte du côté de -la Syrie. Ces rois, Smendès, Si-Amon, les Psousennès, firent avec ceux -de Thèbes une sorte de compromis et vécurent en bons termes avec Hrihor -comme avec ses descendants, les Pânkhi, les Pinodjem, les Masaherta, -dont plusieurs du reste se contentèrent de leur titre de grand pontife -tandis que d'autres revendiquaient le cartouche royal. La XXIme dynastie -est donc double, mi-partie tanite, mi-partie thébaine. - - -_XXIIe dynastie_ - -La force militaire des grands conquérants, dès la XVIIIme dynastie, -réside pour une bonne part dans les troupes mercenaires qu'ils prenaient -à leur service, nègres, Shardanes et Libyens, races qui toutes étaient -plus belliqueuses que les Egyptiens. Parmi tous ces étrangers défenseurs -de l'Egypte, la tribu libyenne des Mashaouash prit rapidement une place -prépondérante, et ses chefs une haute position à la cour, puisqu'ils -entrèrent même par des mariages dans la famille royale; un descendant de -ces chefs, résidant à Bubastis dans la Basse Egypte, Sheshonq, prit lui -aussi le titre de roi de la Haute et de la Basse Egypte, peut-être au -moment même où Hrihor et Smendès se proclamaient rois chacun de son -côté. Cette dynastie bubastite qui compte dans ses rangs des Sheshonq, -des Osorkon, des Takelot, des Nimrod, fut généralement plus puissante -que les autres familles régnantes et nous a laissé beaucoup plus de -monuments, entre autres ceux dont elle dota sa capitale de Bubastis; -souvent même ces rois occupèrent Thèbes, y installèrent des grands -prêtres pris dans leur famille et firent des travaux importants dans le -grand temple d'Amon; cependant nous ne voyons pas qu'il y ait jamais eu -de luttes violentes entre eux et les autres dynasties collatérales. Le -fondateur de la dynastie, Sheshonq I, manifesta des velléités -conquérantes et fit campagne en Judée: c'est le Sisak de la Bible, qui -vainquit Roboam et pilla Jérusalem. Certains de ses successeurs, comme -Osorkon I, le Zerakh de la Bible, eurent aussi maille à partir avec les -Juifs, mais à part cela leurs règnes ne renferment aucun événement -vraiment digne de mémoire. - -[Illustration: _Fig. 212._ Osorkon I (d'ap. GONINO. _Proc. of the Soc. -of Bibl. Arch._, VI, p. _205_).] - - -_XXIIIe dynastie_ - -Quand la première famille de rois tanites, la XXIme dynastie, -s'éteignit, une autre famille de même origine prit possession de son -trône, mais ne laissa dans l'histoire qu'une trace insignifiante. Elle -régna donc pendant les derniers temps de la XXIIme dynastie bubastite. A -cette époque se place un événement important, la conquête de l'Egypte -entière par le roi éthiopien Piânkhi Meri-Amon. Ce prince, qui -descendait des anciens rois d'Egypte et qui se considérait comme leur -légitime successeur, rêvait d'une restauration du royaume des pharaons -tel qu'il était à la grande époque. Il descendit le Nil avec une flotte -et une armée, s'empara successivement de toutes les villes et de toutes -les places fortes d'Egypte, malgré la résistance opiniâtre des derniers -rois de la XXIIme et de la XXIIIme dynastie, Nimrod et Osorkon, de -Tafnekht, roi de Saïs et d'une série de petits roitelets, qui tous -durent finir par se soumettre et le reconnaître comme leur suzerain. Il -rendit lui-même solennellement hommage aux dieux de l'Egypte, mais ne -s'attarda pas dans le pays et remonta dans sa patrie, à Napata, au fond -du Soudan. - -[Illustration: _Fig. 213._ Rois et princes faisant leur soumission à -Piânkhi (d'après MARIETTE. _Monuments divers_, pl. I).] - - -_XXIVe dynastie_ - -Le plus opiniâtre des adversaires de Piânkhi, Tafnekht, roi de Saïs, -s'arrogeait déjà, comme du reste les autres princes ses contemporains, -le protocole complet des rois d'Egypte. Son fils et successeur, -Bokenranf (Bocchoris), eut un pouvoir plus étendu et régna même quelques -années sur le pays entier, constituant à lui seul l'éphémère XXIVme -dynastie saïte. C'était un sage et un législateur, sur le compte duquel -la postérité racontait mainte anecdote. Comme guerrier, il tenta, en -Syrie, de s'opposer à la marche victorieuse de Sargon, roi d'Assyrie, -mais fut battu et dut s'estimer heureux que son royaume n'eût pas à -subir l'invasion. Peu après il fut attaqué, vaincu et mis à mort par le -roi éthiopien qui régnait encore à Thèbes, Sabacon. - - -_XXVe dynastie_ - -Piânkhi en effet, en rentrant en Ethiopie, avait laissé le royaume -reconquis par lui aux mains de membres de sa famille qui résidèrent à -Thèbes, mais qui n'eurent qu'une autorité très limitée jusqu'au jour où -l'un d'entre eux, Sabacon, se trouva maître de nouveau de tout le pays -par sa victoire sur Bocchoris. L'unité des deux royaumes pharaoniques -semblait reconstituée, mais elle ne devait pas être de longue durée. Un -ennemi nouveau, plus redoutable que tous ceux qu'avait jusque-là connus -l'Egypte, le roi d'Assyrie, qui était déjà maître d'une bonne partie de -la Syrie, s'avançait progressivement. La politique que suivirent à son -égard les rois éthiopiens de la XXVme dynastie, et du reste aussi les -autres princes égyptiens, ne fut pas très franche et varia presque d'une -année à l'autre. Sabacon commença prudemment par payer tribut à ce -puissant rival; son fils Shabatoka prit le parti contraire, marcha -contre Sennakhérib, fut complètement battu, et l'Egypte n'évita -l'invasion que grâce au mystérieux événement relaté par la Bible et par -Hérodote, cette peste qui anéantit en une nuit l'armée assyrienne dans -les environs de Jérusalem, à Lakish, en l'an 701. Peu après, Shabatoka -fut détrôné et tué par son suzerain, le nouveau roi d'Ethiopie Taharqa, -qui s'installa à sa place comme pharaon, et donna à l'Egypte quelques -années de prospérité; ayant noué des intrigues avec les peuples syriens, -il s'attira la colère d'Asarhaddon, roi d'Assyrie, qui cette fois -pénétra en Egypte, le vainquit, pilla Memphis et reçut l'hommage des -princes du Delta, auprès desquels il établit des gouverneurs, en 670. -Taharqa revint à la charge un peu plus tard, mais cette fois les armées -d'Assourbanipal, qui venait de succéder à son père, pénétrèrent jusqu'à -Thèbes et firent peser un joug plus lourd sur les princes de la Basse -Egypte qui avaient profité de l'occasion pour se révolter de nouveau. -Le successeur de Taharqa, Tanoutamon, tenta une fois encore de repousser -les Assyriens, reprit le pays jusqu'au Delta, puis finit aussi par être -refoulé au delà de la cataracte, après que Thèbes eut été mise à sac. -Ceci se passait en 662; la domination assyrienne ne devait plus durer -que peu de temps, mais aucun roi éthiopien ne devait plus porter la -double couronne d'Egypte. - - -_XXVIe dynastie_ - -Parmi tous les princes et roitelets qui se partageaient le Delta et -formaient ce que les Grecs appelaient la dodécarchie, ceux de Saïs -avaient depuis Bocchoris une place dominante et prenaient toujours la -tête du mouvement, que ce mouvement fût dirigé contre les Ethiopiens ou -contre les Assyriens. Néchao, le véritable fondateur de cette nouvelle -dynastie saïte la XXVIme, avait déjà été reconnu par Asarhaddon, mais ce -fut son fils Psammétique qui, profitant de la retraite définitive de -Taharqa et de l'éloignement d'Assourbanipal, alors très occupé par sa -guerre contre l'Elam, arriva en un temps relativement court à affranchir -son pays de la domination étrangère, à en reconstituer l'unité et à lui -assurer de nouveau de longues années de prospérité et de gloire, comme -dans les beaux temps d'autrefois. - -[Illustration: _Fig. 214._ Psammétique I (d'après SCHÄFER. _Zeitsch. für -aegypt. Sprache_, XXXIII, p. _116_).] - -Ainsi que nous l'apprennent les historiens grecs, c'est en s'appuyant -sur des mercenaires ioniens et cariens que Psammétique I put obtenir ce -résultat et réunir tout le pouvoir dans sa main; certains soldats -égyptiens, blessés de cette préférence non déguisée qu'il accordait aux -soldats étrangers, l'abandonnèrent et s'expatrièrent, mais les autres -furent vite enrégimentés de nouveau. La puissance militaire de l'Egypte -était reconstituée, et le nouveau roi chercha d'abord à expérimenter sa -force en faisant des incursions en Syrie, puis adopta un autre système, -celui de fortifier ses frontières au nord-est et au sud pour pouvoir -s'occuper activement de réorganiser son royaume; son long règne lui -permit de mener à bien cette besogne. - -Le royaume d'Assyrie avait disparu, aussi le fils de Psammétique, Néchao -II voulut-il reprendre la vieille politique syrienne des pharaons -conquérants; son expédition fut d'abord couronnée de succès, mais après -une défaite terrible qui lui fut infligée à Carchemis par le roi de -Babylone, Nabuchodonosor, il dut se replier sur l'Egypte où son -vainqueur n'osa le poursuivre et il se voua, à son tour, au -développement intérieur de son royaume. Il s'occupa aussi activement de -sa marine, et c'est sur son ordre qu'eut lieu le fameux périple, le -voyage d'une flotte égyptienne autour de l'Afrique, partant de la mer -Rouge pour revenir par la Méditerranée. - -[Illustration: _Fig. 215._ Apriès (d'ap. PETRIE. _The Palace of Apries_, -pl. II).] - -Psammétique II, puis Apriès, continuèrent l'oeuvre de leurs devanciers -jusqu'au moment où ce dernier, après une expédition désastreuse contre -les Libyens, eut suscité une vraie révolution populaire qui le renversa -et le remplaça sur le trône par Amasis, un de ses généraux, sans doute -son parent. Nabuchodonosor profita de cette crise pour enlever à -l'Egypte tout ce qu'elle pouvait encore posséder en Syrie, mais n'osa -pas tenter de pénétrer dans la vallée du Nil, et Amasis, s'appuyant de -plus en plus sur les Grecs, continua l'oeuvre civilisatrice commencée -avant lui; c'est grâce à lui surtout que s'élevèrent sur le sol égyptien -des villes purement grecques comme Naucratis, et que le commerce et -l'industrie helléniques y prospérèrent, faisant pénétrer peu à peu un -nouvel esprit dans cette vieille civilisation, aussi la figure d'Amasis -est-elle restée très vivante chez les Grecs, et une foule d'histoires -sont venues se greffer sur son nom, qu'elles popularisent encore en ce -jour. Jamais l'Egypte, paraît-il, n'avait été si riche et si prospère -que sous son habile gouvernement; il l'avait rendue si forte que Cyrus -lui-même n'osa pas l'attaquer. Ce dernier lui ayant, dit-on, demandé sa -fille en mariage, Amasis lui aurait envoyé la fille du pharaon détrôné -Apriès; cette tromperie devint plus tard le prétexte des revendications -de Cambyse au trône d'Egypte et de l'envahissement de la vallée du Nil, -dès que le faible Psammétique III eut remplacé au pouvoir son père -Amasis. - -[Illustration: _Fig. 216._ Amasis (d'après PETRIE. _Meydum and Memphis_, -III, pl. XXIX).] - -La XXVIme dynastie, ou, comme nous l'appelons aussi pour bien la -distinguer du Nouvel Empire thébain avec lequel elle n'a plus aucun -rapport, l'époque saïte, présente un caractère tout particulier qu'on -peut qualifier d'un seul mot, celui de renaissance. Longtemps contenue, -l'Egypte s'épanouit de nouveau; dans tous les domaines, elle cherche à -retrouver ce qui a fait autrefois sa grandeur et sa force. Elle reprend -la vieille tradition à laquelle elle insuffle un peu de cet esprit -nouveau qui commence à se manifester grâce au contact permanent avec des -peuples plus jeunes. Trop tôt coupé par l'invasion persane, ce grand -effort qui se manifeste aussi bien au point de vue politique que dans le -domaine de l'art, n'eut pas le temps de donner tout ce qu'on eût été en -droit d'en attendre. - - -_Epoque perse (dynasties XXVII-XXX)_ - -L'histoire de la conquête de l'Egypte par Cambyse et des rois ses -successeurs, est trop connue pour qu'il y ait lieu d'y revenir ici. La -vallée du Nil est désormais englobée dans l'empire perse, et il est à -remarquer qu'elle ne fut jamais administrée comme les autres provinces -ou satrapies, mais qu'elle bénéficia de certains privilèges et conserva, -nominalement au moins, son ancienne organisation. Le grand roi se -considérait comme le légitime successeur des pharaons, il enfermait son -nom dans un cartouche, se donnait les titres de roi de la Haute et de la -Basse Egypte et même celui d'Horus, adorait officiellement tous les -dieux égyptiens et leur dressait des temples, mais toutes ces -prévenances ne suffirent pas à lui gagner le coeur de ses nouveaux -sujets qui aspiraient à la liberté et cherchèrent maintes fois à la -reconquérir. - -[Illustration: _Fig. 217._ Nectanébo I (d'apr. AYRTON. _Abydos_, III, -pl. XXVIII).] - -Les premières révoltes furent réprimées, mais enfin sous Darius II -Ochus, en 405, les Egyptiens secouèrent le joug et substituèrent à la -XXVIIme dynastie perse une série de dynasties indigènes, la XXVIIIme -d'abord, qui ne compte qu'un seul roi, Amyrtée, d'origine saïte, puis -la XXIXme, de Mendès, qui avec Nepherites et Hakoris acheva la -délivrance. Des luttes intestines marquèrent seules les courts règnes de -leurs successeurs qui furent détrônés en 379 par un prince originaire de -Sebennytos, Nekhthorheb ou Nectanébo I, le fondateur de la XXXme -dynastie. Ce roi, puis ses successeurs Téos et Nectanébo II, tout en -travaillant activement au bien-être intérieur du pays, eurent -continuellement à lutter contre les Perses qui voulaient reconquérir -leur province perdue. Pendant des années, avec le secours des -mercenaires grecs, ils bataillèrent avec héroïsme, mais ils finirent par -être écrasés sous le nombre, et en 342, le dernier roi égyptien -s'enfuyait en Ethiopie; l'antique monarchie avait jeté son dernier -éclat. - -Les Perses saccagèrent consciencieusement le pays qui, au cours de la -XXXme dynastie, s'était remis à prospérer, mais ils ne devaient jouir de -leur triomphe que dix ans à peine et quand Alexandre parut, il fut salué -comme un sauveur. C'était une Egypte toute nouvelle qui commençait, -l'Egypte grecque, désormais intimement liée à l'histoire du monde -méditerranéen, de ce monde à la civilisation duquel elle avait si -largement contribué. - - -_L'Exode des Hébreux_ - -Je dois ajouter encore un mot sur l'événement de l'histoire d'Egypte qui -nous est le plus familier, l'Exode des Hébreux; pour les Egyptiens -eux-mêmes, le fait n'était ni glorieux ni important, aussi ne faut-il -pas s'étonner qu'ils n'en font pas la moindre mention; dans les livres -de Moïse, le roi sous lequel eut lieu l'Exode n'est pas nommé, aussi la -date ne peut-elle être fixée de façon certaine. L'opinion -traditionnelle, presque universellement acceptée aujourd'hui, est que la -persécution des Juifs eut lieu à partir de Ramsès II et la sortie -d'Egypte sous Menephtah; cependant dans la stèle racontant son triomphe -en Syrie, en l'an 5, ce dernier roi parle d'Israël--le mot est écrit en -toutes lettres--comme étant fixé dans ce pays, et fortement atteint par -la victoire égyptienne. Il est bien difficile de concilier ce fait -précis avec la tradition. Une solution qui est à mon avis plus plausible -est celle de M. Lieblein qui reporte l'Exode vers la fin de la XVIIIme -dynastie: Thoutmès III serait le pharaon de l'oppression et les Juifs -auraient quitté l'Egypte sous Amenophis III; deux cents ans plus tard, -sous Menephtah, ils devaient donc être installés en Palestine. Ce -système a l'avantage d'expliquer la présence sur les frontières de la -Palestine, sous Amenophis IV, de tribus belliqueuses et envahissantes -que les lettres des gouverneurs appellent les Khabirou. Ces Khabirou -seraient simplement les Hébreux qui, sous la conduite de Josué, -commençaient la conquête de la terre promise. - - -B. MONUMENTS - -La masse énorme de monuments du Nouvel Empire qui nous sont parvenus -appartiennent presque tous à la période thébaine, tandis que celle des -rois du Delta est à peine représentée jusqu'à la XXVIme dynastie, -l'époque saïte, qui présente un caractère un peu différent. Ce sera donc -surtout d'après les documents thébains, de la XVIIIme à la XXme -dynastie, que nous étudierons maintenant la différence qui existe entre -le Nouvel Empire et les deux grandes périodes qui le précédèrent. - - -_Architecture_ - -En Orient, chaque roi nouveau se construit généralement une résidence -qui n'est pas destinée à durer beaucoup plus longtemps que lui. En -Egypte, les palais étaient des constructions légères en briques et bois, -couvrant un vaste espace, avec cours centrales, grandes pièces à -colonnes et chambres plus petites, bien aérées, dont la disposition -devait varier constamment; l'ornementation, qui se faisait sur stuc, -était souvent très riche; ainsi, dans les grandes salles d'apparat, le -sol, était couvert d'un enduit entièrement peint, représentant un étang -plein de poissons, entouré de touffes de plantes et de buissons couverts -de fleurs sur lesquels volent des multitudes d'oiseaux, thème décoratif -traité avec la fantaisie la plus charmante. - -[Illustration: _Fig. 218._ Fragment d'un dallage peint (d'après PETRIE. -_Tell-el-Amarna_, pl. II).] - -De même que leurs princes, les gens aisés cherchaient à avoir des -maisons fraîches et bien aérées, sortes de villas à un ou deux étages -placées au milieu de beaux jardins pleins d'arbres fruitiers et qui, -avec leurs pièces d'eau et la régularité de leur disposition, font -parfois penser aux jardins à la française. Les communs, greniers et -pressoir, sont à côté de la maison. - -[Illustration: _Fig. 219._ Maison et jardin (d'après BOUSSAC. _Le -Tombeau d'Anna_).] - -L'Egypte n'ayant pas d'invasion à craindre sous les rois thébains ne fit -aucune construction militaire; ce n'est que sous les Saïtes que nous -trouvons à la frontière des forteresses comme celle de Daphnae, destinée -à la garnison grecque, énorme massif de maçonnerie qui rappelle beaucoup -les forts du Moyen Empire. Les monuments nous font par contre connaître -les fortifications syriennes avec leurs terrasses et leurs créneaux, et -Ramsès III eut même la fantaisie de construire en avant de son temple -de Medinet-Habou, en souvenir de ses campagnes, un vrai fort syrien qui -est aujourd'hui admirablement conservé. - - -_Temples_ - -Les temples égyptiens du Nouvel Empire sont très nombreux et le plus -souvent de dimensions colossales; les dispositions de détails varient de -l'un à l'autre, mais le plan d'ensemble est toujours le même, et -comporte trois parties principales placées l'une derrière l'autre et -donnant au monument la forme d'un rectangle à peu près deux fois plus -long que large. En avant est une cour souvent entourée d'une colonnade -et précédée d'un double pylone très élevé, flanquant les deux côtés de -la porte centrale; puis vient la salle, ou les salles hypostyles où se -faisaient les cérémonies publiques du culte, et enfin le sanctuaire, -isolé par un couloir sur lequel s'ouvrent encore une série de pièces -secondaires destinées à servir de magasins ou de trésors. Dans ce -sanctuaire on conservait l'image sainte du dieu, enfermée dans un riche -naos ou placée sur une barque qu'on apportait devant la foule pendant -les grandes cérémonies. Devant le pylone se dressaient deux obélisques, -de hauts mâts portant des banderoles, et souvent des statues colossales -de rois; parfois une avenue bordée de sphinx y aboutissait; des statues -en plus ou moins grand nombre étaient déposées dans toutes les parties -du temple. - -[Illustration: _Fig. 220._ Pavillon de Ramsès III, à Medinet Habou.] - -[Illustration: _Fig. 221._ Plan du temple de Khonsou, à Karnak (d'apr. -LEPSIUS. _Denkmäler_, Text III, p. _54_).] - -Une riche décoration traitée en bas-relief ou en creux, et le plus -souvent rehaussée de couleur, couvre toutes les parois, tant à -l'extérieur qu'à l'intérieur; à l'intérieur, c'est-à-dire dans les -salles hypostyles aussi bien que dans les pièces accessibles aux prêtres -seuls, ce sont des scènes d'adoration, d'offrandes ou de cérémonies -cultuelles, tandis que dans les cours, sur les pylones et sur les murs -extérieurs, les rois faisaient de préférence représenter leurs hauts -faits guerriers et l'écrasement de leurs ennemis, avec des inscriptions -historiques, visibles ainsi pour tout le monde. - -[Illustration: _Fig. 222._ Pylone du temple de Louxor.] - -[Illustration: _Fig. 223._ Temple de Khonsou, à Karnak.] - -[Illustration: _Fig. 224._ Cour du temple de Louxor (Aménophis III).] - -[Illustration: _Fig. 225._ Cour du temple de Medinet-Habou (Ramsès -III).] - -[Illustration: _Fig. 226._ Salle hypostyle de Karnak (Séti I).] - -[Illustration: _Fig. 227._ Salle hypostyle du Ramessoum (Ramsès II).] - -[Illustration: _Fig. 228._ Bas-reliefs du temple de Karnak (Séti I).] - -[Illustration: _Fig. 229._ Bas-reliefs du temple de Séti I à Abydos.] - -Au point de vue construction, la maçonnerie est très soignée, formée de -grands blocs de calcaire ou de grès, parfois même de granit, posés sur -le sol presque sans fondations; les colonnes sont également en matériaux -appareillés et non plus monolithes, ce qui permet de leur donner de -beaucoup plus grandes dimensions. - -Les temples des dieux présentent souvent un tout extrêmement complexe, -provenant des adjonctions que les rois ont successivement apportées au -plan primitif; la chose est surtout évidente pour le grand temple d'Amon -à Karnak, dont l'ensemble mesure 400 mètres de longueur, et où presque -tous les rois du Nouvel Empire ont tenu à laisser une trace de leur -activité. Par contre les temples funéraires, bâtis par un seul souverain -et pour lui seul, qui sont construits suivant le même principe et sur le -même plan que ceux des dieux, sont beaucoup plus simples. Ces temples -funéraires situés dans la vallée, très loin des tombeaux eux-mêmes, qui -sont creusés dans la montagne, remplacent les anciennes chapelles -funéraires dépendant des pyramides, dont les dimensions étaient plus -restreintes et le plan très différent; il y a donc dans ce domaine un -changement très important à signaler, qui provient d'une évolution dans -les idées relatives à la vie future. Le seul temple funéraire qui -s'écarte du modèle ordinaire est le plus ancien, celui de Hatshepsou à -Deir-el-Bahari, avec ses terrasses, ses colonnades et son sanctuaire -creusé dans la montagne, sa décoration est du reste, comme celle des -autres temples, composée de scènes religieuses et de représentations des -événements saillants du règne. - -[Illustration: _Fig. 230._ Barque sacrée d'Amon, à Abydos.] - -Le culte ne se pratiquait pas de la même manière dans tous les temples, -mais il consistait toujours en un certain nombre de cérémonies -analogues; la principale, celle du culte journalier, était présidée en -principe par le roi lui-même, grand prêtre de tous les dieux d'Egypte, -en réalité par un prêtre auquel il déléguait ses pouvoirs. L'officiant -commençait par se purifier dans la cour du temple, revêtait les -ornements sacrés, s'avançait en grande pompe vers le sanctuaire où il -ouvrait la châsse divine; il se prosternait devant le dieu, l'adorait, -pratiquait les rites qui devaient faire descendre l'âme de la divinité -dans la statue, l'encensait, l'oignait, lui présentait des victuailles -diverses, en entremêlant tous ces gestes rituels d'hymnes et de formules -magiques; puis il prenait congé du dieu et refermait le naos. Dans les -grandes solennités, le dieu, monté sur sa barque et porté sur les -épaules des prêtres, sortait et se présentait au peuple massé dans les -salles hypostyles et les cours, faisait le tour du temple ou allait -voguer sur le lac sacré; parfois même, toujours accompagné d'un cortège -solennel, il s'en allait passer quelques jours dans un autre de ses -sanctuaires, ou faire une courte visite de cérémonie à l'un des dieux -ses voisins, ses parents ou ses amis. - - -_Tombeaux_ - -Le changement qui s'était accompli dans les coutumes funéraires est plus -sensible encore dans les tombeaux mêmes des rois; c'est sans doute -ensuite du pillage systématique des tombes, commis sous les Hyksos, -qu'on éprouva le besoin de changer le mode de sépulture et de rendre la -dernière retraite des rois aussi inaccessible et aussi secrète que -possible. On choisit dans ce but une vallée isolée et sauvage dans la -montagne de Thèbes et on y creusa ces tombeaux qui sont une des choses -les plus impressionnantes que l'Egypte nous ait léguées, vastes syringes -descendant tout droit dans le flanc de la montagne, recoupées de salles -de diverses grandeurs avant d'arriver à la chambre funéraire, au milieu -de laquelle se dresse un énorme sarcophage de granit. Les parois sont -couvertes d'inscriptions et de scènes en relief peint, d'une fraîcheur -et d'un travail admirables, toutes relatives aux cérémonies funéraires -et à la vie de l'autre monde, et représentant les êtres fantastiques que -le mort devait rencontrer dans les enfers. Une fois l'ensevelissement -terminé, on fermait l'entrée du tombeau et on la dissimulait aussi -soigneusement que possible avec des éboulis de roches, ce qui n'empêcha -pas les violateurs de sépultures d'y pénétrer et de faire main basse sur -les richesses amoncelées autour des rois défunts; à un moment donné, -sous la XXIme dynastie, on recueillit pieusement ce qui restait des -momies royales et de leur mobilier pour les enfermer pêle-mêle dans une -nouvelle cachette qui les a gardées jusqu'à nos jours, et n'a livré son -précieux dépôt qu'à des savants capables d'en faire le meilleur usage -scientifique: c'est ainsi que nous possédons maintenant les corps, -admirablement embaumés, de presque tous les grands rois de la deuxième -époque thébaine. - -[Illustration: _Fig. 231._ Plan du tombeau de Ramsès IV (d'après -LEFÉBURE. _Hypogées royaux de Thèbes_, II, 3, pl. I).] - -[Illustration: _Fig. 232._ Tombeau d'un particulier (photogr. de M. H. -Pieron).] - -Les tombeaux des simples particuliers sont presque tous des hypogées -creusés dans le flanc de la montagne, et le type mastaba est pour ainsi -dire complètement abandonné; les dimensions sont très variables, suivant -la position sociale et la richesse du propriétaire. Quant à la -décoration, elle est parfois sculptée, mais plus souvent peinte sur -enduit, vu la mauvaise qualité de la pierre dans la montagne de Thèbes -où la plupart de ces tombes sont creusées; cette décoration comporte, -non pas seulement comme autrefois des scènes de la vie usuelle, qui sont -placées dans la première chambre et traitées avec une liberté et une -fantaisie plus grande encore que dans les mastabas de l'Ancien Empire, -mais aussi, dans la salle du fond, des figurations relatives aux -funérailles et aux cérémonies accomplies à cette occasion. C'est là une -innovation très caractéristique, correspondant à celle que nous avons -déjà signalée pour les tombes royales. A l'ancienne théorie du Ka, du -double vivant au fond du tombeau, tend de plus en plus à se substituer -celle de l'âme divine qui peut, après la mort, entrer dans le séjour des -dieux; autrefois les rois seuls avaient ce privilège, maintenant les -simples mortels veulent le partager avec eux. C'est comme un mouvement -de démocratisation qui se fait jour peu à peu dans les domaines les plus -abstraits et jusqu'alors les plus réservés de la spéculation -philosophique au sujet de la vie d'outre-tombe. - -[Illustration: _Fig. 233._ Momie du roi Siphtah (d'après ELLIOT-SMITH. -_Royal Mummies_, pl. LXI).] - -Au fond de l'hypogée s'ouvre un puits vertical qui descend au caveau -funéraire, grossièrement taillé dans le rocher, où reposait la momie -embaumée de façon plus soignée qu'aux périodes antérieures, bien -enveloppée dans ses bandelettes et ses linceuls et couchée dans le -cercueil anthropoïde plus ou moins richement décoré de scènes funéraires -ou religieuses. Parfois ce cercueil est placé dans un autre cercueil de -même forme, parfois même un grand sarcophage rectangulaire, également en -bois peint, les renferme tous deux. La mode du masque en cartonnage a -disparu, mais souvent cet accessoire est remplacé par une planchette -ayant la forme du couvercle du cercueil et posée directement sur la -momie. Sur le sarcophage même, il n'y a plus que peu de textes; par -contre les grandes compositions ayant pour but d'assurer aux défunts la -vie d'outre-tombe, comme celles que nous appelons _Livre des Morts_ et -_Livre de l'Am-Douat_, sont écrites sur des rouleaux de papyrus placés, -soit sur la momie elle-même, soit auprès d'elle, dans une statuette de -bois. - -[Illustration: _Fig. 234._ Sarcophage, cercueils, caisse à canopes -(d'après MARIETTE. _Album du Musée de Boulaq_, pl. XV).] - -Dans le caveau, on trouve encore le coffret contenant les quatre vases -canopes où sont les viscères embaumés du mort, puis une caisse où sont -empilées en plus ou moins grand nombre les statuettes funéraires ou -_oushabtis_, statuettes mummiformes en pierre, en bois ou en terre -émaillée destinées à remplacer les statues de serviteurs de l'époque -précédente et les statues du mort lui-même. A côté de ces objets vient -s'entasser tout le mobilier funéraire: lits, chaises, fauteuils, -coffrets, vases pleins de parfums, vêtements, linges de toute sorte, -perruques et ustensiles de toilette, aliments divers, viandes, légumes -et fruits: il y a peu d'années, on a retrouvé une série complète de ces -objets dans une tombe de peu d'apparence, celle de l'ingénieur Kha et de -sa femme Merit, le tout dans un état de conservation si remarquable -qu'en se promenant dans la salle du musée de Turin où ces objets sont -installés, on est comme transporté à plus de 3000 ans en arrière et l'on -sent vivre encore autour de soi l'esprit de ces deux morts. Il en est de -même pour le mobilier, bien plus luxueux, des beaux-parents d'Amenophis -III, Youaa et Touâa, et surtout pour celui que contenait encore le -tombeau du roi Toutankhamon, et qui dépasse comme richesse et comme -splendeur tout ce qu'il était possible d'imaginer. - -C'est à Thèbes même, sur la rive gauche du fleuve, que se trouvent les -plus nombreux tombeaux du Nouvel Empire. Ceux qu'on rencontre ailleurs -que dans la capitale ne présentent pas de divergences bien -caractéristiques; il faut citer en particulier les tombes de Tell el -Amarna, restes de l'époque des rois hérétiques, creusées aussi dans le -rocher et décorées de bas-reliefs d'un style si particulier. - -A l'époque saïte on trouve non seulement le tombeau rupestre avec de -nombreuses salles, mais un nouveau modèle, celui de la chambre funéraire -unique, voûtée et décorée exclusivement de textes religieux; cette -chambre est construite au fond d'un immense puits de plus de 30 mètres -de profondeur, soigneusement comblé après les travaux, avec puits plus -petit situé à côté et permettant l'accès du tombeau au moment des -funérailles. Nous ne connaissons aucun tombeau royal de cette époque. - -Pendant cette période où l'on cherchait dans tous les domaines à revenir -aux anciennes coutumes, les grands sarcophages de pierre redeviennent à -la mode, mais ils sont généralement de forme anthropoïde et couverts -d'inscriptions. Les momies sont, à peu de chose près, semblables à -celles de l'époque thébaine, mais on recommence à les coiffer d'un -masque en cartonnage à figure humaine; ce n'est que plus tard, sous la -domination des Grecs et des Romains, qu'on en vint à orner le maillot -des momies d'un buste en plâtre colorié ou d'un panneau de bois peint à -la cire représentant le portrait du mort et fixé au moyen des derniers -tours de bandelettes. - - -_Sculpture_ - -Il n'est pas besoin d'une longue expérience pour distinguer les oeuvres -de la statuaire du Nouvel Empire de celles des époques antérieures, bien -que la pose du modèle et les lignes générales soient toujours à peu -près semblables. En plus des différences de costume qui sont très -appréciables, le style lui-même n'est plus exactement le même: alors que -les sculpteurs de l'Ancien et même du Moyen Empire s'appliquaient avant -tout à reproduire avec certitude la physionomie, l'expression même de -leur modèle, dans la mesure de leurs moyens, et souvent aux dépens du -reste du corps, ceux du Nouvel Empire ont une tendance moins réaliste et -cherchent surtout la grâce et l'élégance; les figures s'uniformisent et -n'ont plus un caractère aussi personnel, mais le corps entier est traité -avec le même soin que la tête, avec un souci beaucoup plus marqué du -modelé. Cette tendance est une tendance générale, qui n'exclut pas un -certain nombre d'oeuvres isolées, manifestations artistiques très -personnelles et de premier ordre. Le réalisme qui se fait jour à -l'époque des rois hérétiques est un peu un réalisme de convention, -puisque c'est la figure du roi qui reste le type dont les figures de ses -sujets doivent se rapprocher autant que possible. - -[Illustration: _Fig. 235._ Statue de Ramsès II (Musée de Turin).] - -[Illustration: _Fig. 236._ Ramsès II présentant une offrande (d'après -LEGRAIN. _Statues et statuettes_, II, pl. IV).] - -Nous possédons des statues royales extrêmement nombreuses, surtout -depuis que la cachette du temple de Karnak nous en a livré plusieurs -centaines. Presque toutes étaient à l'origine déposées dans les temples -et contribuaient à l'ornementation de ceux-ci; elles représentaient -alors le double du roi qui pouvait, en assistant régulièrement aux -cérémonies du culte, prendre sa part des offrandes présentées au dieu: -en échange du don de sa statue que le roi faisait au dieu, celui-ci -avait la charge de le nourrir dans l'autre monde. D'autres statues -étaient sans doute déposées dans les tombeaux pour jouer le rôle de -support du _Ka_, rôle que nous avons étudié plus haut. Il y avait des -statues de toutes les tailles, depuis la statuette de bronze de quelques -centimètres de haut, jusqu'aux colosses placés à la porte des temples, -devant les pylones, qui peuvent atteindre 20 mètres de hauteur; mais les -plus fréquentes sont celles qui sont à peu près de grandeur naturelle. -La matière aussi est très diverse: le bois, le métal, les pierres de -toute sorte et jusqu'à la brique recouverte d'enduit. La position la -plus fréquemment employée est la position classique du roi assis sur un -trône, les mains sur ses genoux; à côté de cela, on trouve le roi -debout, marchant ou tenant des enseignes divines, le roi agenouillé -présentant des vases d'offrandes, le roi prosterné, bref le roi dans -toutes les positions qu'il a l'habitude de prendre, soit en présence de -ses sujets, soit quand il célèbre le culte divin. - -[Illustration: _Fig. 237._ Statuette en bois du Musée de Turin (d'après -PETRIE. _Photographs_, no _278_).] - -Quelques grands personnages avaient le privilège de déposer, comme les -rois, leur propre statue dans un temple. Quant à l'usage qui consistait -à placer dans les tombeaux des statues du mort destinées à servir de -support à son double, il tend de plus en plus à disparaître; on trouve -bien encore des groupes taillés à même la roche du tombeau, représentant -le mari et la femme assis côte à côte, ou des statuettes de bois -finement sculptées, mais pas de façon constante. Nous avons déjà vu, à -propos des tombeaux eux-mêmes, qu'il s'était produit une évolution très -marquée dans les doctrines relatives à la vie de l'au-delà, et cette -évolution est encore plus sensible ici; la doctrine du _Ka_ ou du -double, remplacée par celle de l'âme, passe graduellement au second -plan. Cette âme ne vit pas dans le tombeau, elle entre dans le royaume -d'Osiris, dans ce canton riant et fertile de l'autre monde qu'on appelle -les champs d'Ialou, et les statuettes funéraires ou _oushabtis_, déjà -mentionnées plus haut, sont des espèces de serviteurs magiques qui -doivent lui assurer la nourriture en cultivant pour elle les champs -divins. - -[Illustration: _Fig. 238._ _Oushabtis_ du Nouvel Empire (d'ap. PETRIE. -_Photographs_, No _267_).] - -Après la grande époque thébaine, soit de la XXIme à la XXVme dynastie, -la statuaire se fait de plus en plus rare, mais les quelques exemples -qui nous en sont parvenus, en général de petites dimensions, nous -montrent un progrès constant dans la recherche patiente qui aboutira à -ce remarquable épanouissement de l'art sous les rois saïtes, la -renaissance du réalisme antique, mais d'un réalisme épuré, plein -d'élégance et de souplesse, ayant à son service une technique des plus -perfectionnée. - -[Illustration: _Fig. 239._ Groupe d'époque saïte (d'après MARIETTE. -_Album du Musée de Boulaq_, pl. X).] - -C'est aussi surtout à partir de l'époque saïte que se développe une -branche nouvelle de la statuaire: jusqu'alors le métal, et surtout le -bronze, était rarement employé par les sculpteurs; ils en usent -maintenant de préférence à toute autre matière, pour modeler des -statuettes de divinités qui nous sont parvenues en quantité -innombrables, témoignant ainsi d'une nouvelle transformation dans le -domaine religieux. Chacun sans doute voulait avoir dans sa maison -l'image de la divinité à laquelle il vouait un culte spécial, ce qui -n'était pas le cas aux époques antérieures. On faisait aussi parfois des -statuettes de rois ou de particuliers en bronze, mais en bronze incrusté -d'argent, et cela déjà sous les dynasties qui précédèrent les saïtes. - -[Illustration: _Fig. 240._ La reine Karomama Bronze incrusté (d'après -CHASSINAT. _Monuments Piot_, IV, pl. III).] - -Dans les bas-reliefs qui couvrent les parois de certains tombeaux, le -haut des stèles et divers autres monuments, on retrouve la même -recherche d'élégance et de grâce, la même perfection du modelé, qualités -réelles mais qui rendent ces bas-reliefs un peu moins puissants que ceux -des périodes antérieures, parfois moins expressifs. Dans les temples, où -la surface à couvrir était immense, la décoration est traitée -généralement d'une façon plus large, souvent plus sommaire, en relief à -l'intérieur du monument, en creux ou en relief dans le creux sur les -façades extérieures, en raison de la vive lumière et suivant une méthode -exclusivement égyptienne. - - -_Peinture_ - -De plus en plus la peinture tend à redevenir ce qu'elle était à -l'origine, un art indépendant, et à s'affranchir de la tutelle du -bas-relief dont elle est en réalité la soeur aînée. Les peintres ont -plus souvent l'occasion d'exercer leur talent, maintenant que les -tombeaux sont généralement creusés dans une roche friable, qui ne -permet pas l'emploi de la sculpture pour la décoration; ils ont acquis -une sûreté de main remarquable, et se laissent aller plus librement à -leur imagination et à leur fantaisie. Les scènes présentent toujours les -mêmes sujets, mais la manière de les traiter est plus personnelle, la -recherche du motif pittoresque plus fréquente; on continue néanmoins, -pour les principales figures tout au moins, à procéder par teintes -plates, simples, sans ombres, avec un léger sertissage noir ou rouge; -les détails sont faits en surcharge. Les motifs végétaux abondent, qu'il -s'agisse de bouquets ou de guirlandes faisant partie des scènes -elles-mêmes, de plantes agrémentant le paysage ou de frises courant au -haut des parois. Sur les plafonds, des motifs réguliers reproduisent les -modèles employés pour les étoffes ou la vannerie en couleur. - -[Illustration: _Fig. 241._ Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha (photogr. -de l'auteur).] - -[Illustration: _Fig. 242._ Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna -(photographie de l'auteur).] - -[Illustration: _Fig. 243._ Cueillette des raisins (tombeau de -Pehsoukher, Thèbes, XVIIIe dyn.).] - -C'est aussi la peinture qui contribue pour la plus large part à la -décoration des édifices civils, ainsi ces palais de Tell el Amarna et de -Medinet Habou, dont il ne reste que les dallages en stuc, où sont peints -avec une verve charmante des étangs entourés de buissons où s'ébattent -des animaux de tout genre. (Fig. _218_). - -Quant aux scènes peintes sur les très nombreux sarcophages de l'époque, -elles n'ont pas à proprement parler un caractère artistique. Par contre -les enluminures des papyrus funéraires, Livre des Morts ou compositions -mythologiques, sont souvent d'une réelle beauté. - - -_Arts industriels_ - -Les progrès continuent à s'affirmer pour tout ce qui rentre de près ou -de loin dans la catégorie des arts industriels, sauf cependant en ce qui -concerne les bijoux et les vases en pierre: le trésor d'Aahhotep et les -autres objets de parure du musée du Caire, même les splendides pièces du -Serapeum, aujourd'hui au Louvre, ne sont pas comparables, pour la -perfection du travail, aux bijoux de Dahchour, de la XIIme dynastie; les -procédés sont cependant les mêmes, sauf que dans l'incrustation, les -pierres sont toujours remplacées par des émaux et que la ciselure est -aussi moins fine et moins délicate. - -[Illustration: _Fig. 244._ Bijou de la XIXe dyn. (d'apr. MARIETTE. -_Serapeum_, pl. XII).] - -Les vases de pierre sont beaucoup moins nombreux qu'autrefois, et l'on -se contente le plus souvent de déposer dans les tombes de faux vases en -bois peint de manière à imiter les pierres les plus rares; il ne nous -est guère parvenu que des vases d'albâtre, très beaux du reste de forme -et de facture. Par contre les vases en métal sont de plus en plus en -faveur, et surtout les vases d'apparat en or et en argent, aux formes -les plus variées, importées en Egypte de Syrie, de Phénicie, de Crète et -des îles grecques; les peintures et les bas-reliefs nous permettent -d'apprécier ces merveilles d'orfèvrerie. - -[Illustration: _Fig. 245._ Vases d'albâtre. XVIIIe dynastie (d'après -PETRIE. _Photographs_, No _186_).] - -L'industrie de l'émail prend au Nouvel Empire un développement -inattendu; très habiles à manier cette matière, les ouvriers égyptiens -en font des vases de formes diverses, de ce beau bleu profond qui est -presque inimitable des statuettes funéraires, et plus tard quantité de -petites figurines de divinités, sans parler des innombrables perles et -autres objets de parure; enfin ils appliquent les émaux polychromes à la -décoration de certains édifices. C'est de cette époque aussi que date -l'invention du verre, non pas encore du verre soufflé, mais du verre -multicolore fondu, dont on faisait de charmants petits vases, à -décoration ondulée; ces vases étaient non seulement employés dans le -pays même, mais servaient surtout d'objets d'exportation et ont été -retrouvés un peu partout dans les pays méditerranéens. Il est reconnu -maintenant que cette importante invention, attribuée autrefois à tort -aux Phéniciens, doit être restituée aux Egyptiens. - -[Illustration: _Fig. 246._ Fauteuil en bois doré (d'après QUIBELL. _Tomb -of Yuaa_, pl. XXXII).] - -Les meubles sont généralement simples de lignes et de formes, sobres -d'ornementation, exactement appropriés à leur destination. Il en est -cependant de plus soignés de travail, qui ont appartenu à des rois ou à -des princes, et qui peuvent être considérés comme de véritables oeuvres -d'art; ce sont des fauteuils, des lits, des coffrets, même des chariots -dans lesquels n'entre pas seulement le travail de l'ébéniste, mais aussi -celui du stuqueur, qui les couvre de délicats bas-reliefs en gesso, et -celui de l'ouvrier en cuir qui les orne de panneaux en cuir repoussé ou -incrusté de diverses couleurs. - -Enfin les plus charmants peut-être des objets d'art sont de simples -ustensiles de toilette en bois sculpté ou ajouré, parfois en ivoire, -cuillères à parfums, pots à fard, oeuvres d'une fantaisie toute -personnelle, donnant la mesure de ce à quoi pouvaient arriver les -ouvriers d'art égyptiens. - - -C. CIVILISATION - -_Royauté_ - -Qu'il soit tout-puissant et maître d'un immense empire, ou réduit à une -seule petite province, le roi est toujours pour ses sujets un être -d'extraction divine dont l'autorité n'est pas contestable. Cette -autorité repose sur la pureté du sang royal, et nous voyons la plupart -des rois du Nouvel Empire attacher plus de prix encore que leurs -prédécesseurs à cette question, et épouser de préférence une demi-soeur, -née d'une mère plus noble que la leur, pour diminuer la quantité de sang -vulgaire qui s'était introduit dans leur race; parfois même un dieu se -chargeait d'infuser lui-même à l'enfant royal un sang divin plus pur -encore, comme cela eut lieu pour Aménophis III. Quand un usurpateur -montait sur le trône, il se hâtait d'épouser une princesse de lignée -royale et légitimait ainsi en quelque sorte son accession à la couronne. -Lors du morcellement de l'Empire, les roitelets qui se partagèrent le -pouvoir se rattachaient tous plus ou moins à la vieille race pharaonique -et avaient des droits sensiblement égaux, mais il était curieux de -constater que le sang royal le plus pur se conservait non plus chez des -Egyptiens, mais chez des nègres, comme Piânkhi l'Ethiopien et sa -famille. - -[Illustration: _Fig. 247._ Cuillère à parfums. Louvre (croquis de M. Th. -Delachaux).] - -La reine, ou plutôt la favorite, puisque souvent les rois eurent -plusieurs femmes, avait à côté de son époux une place très importante et -souvent une grosse influence; il arriva même à certaines d'entre elles -de monter sur le trône en qualité de roi d'Egypte. - - -_Gouvernement_ - -Au moment où les rois de la XVIIIme dynastie réunissent de nouveau -toutes les parties du pays sous leur sceptre, la féodalité a entièrement -disparu et l'administration est centralisée entre les mains d'un grand -vizir et d'un nombre considérable de fonctionnaires subalternes; le roi -garde du reste la haute main dans le gouvernement et tout se fait en son -nom, qu'il s'agisse de travaux publics, de finances, d'affaires -étrangères ou de commerce. La justice, comme autrefois, est entre les -mains d'une magistrature spéciale, et les provinces asiatiques sont -gouvernées par des indigènes sous la surveillance d'officiers égyptiens, -tandis que la Nubie est administrée par un vice-roi nommé par le pharaon -et qui est souvent un de ses fils. - -Nous avons vu l'influence grandissante du clergé d'Amon, arrêtée un -moment par la réforme de Khounaten, reprendre de plus belle, et les -grands prêtres se saisir successivement du pouvoir effectif, puis d'une -partie du pouvoir nominal. A partir de ce moment le pontificat cesse -d'être entre les mains d'une seule famille et chaque fois qu'une des -dynasties rivales prend la prédominance sur les autres, elle installe -sur le trône d'Amon un prince de sa race qui est plutôt un gouverneur de -la Haute Egypte qu'un grand prêtre. Enfin les rois éthiopiens suppriment -cette dignité et installent à Thèbes une grande prêtresse d'Amon, -princesse de la famille royale; les rois saïtes ne font que confirmer -cette charge en la confisquant au profit de leurs filles, afin que cet -état dans l'Etat demeure une force pour la couronne et non pas une -menace. - - -_Relations extérieures Commerce_ - -L'extension des frontières de l'Egypte vers le nord et le sud devait -nécessairement favoriser le commerce qui prend un développement -considérable dès le début du Nouvel Empire. Les produits étrangers -affluent dans la vallée du Nil, tant sous la forme de tributs livrés au -roi lui-même, que sous celle de marchandises d'échange, et là encore il -semble que tout se fasse par l'entremise du gouvernement. Ce ne sont pas -seulement les pays soumis à la suzeraineté de l'Egypte, comme la Syrie, -la Phénicie, la Palestine, la Nubie, qui y envoient leurs produits, mais -des contrées absolument indépendantes, comme Chypre, la Crète, les îles -grecques, le Soudan, le pays de Pount, grâce à des expéditions maritimes -qui avaient toujours un caractère officiel, l'Etat disposant seul de -moyens suffisants pour faire marcher le trafic extérieur; ainsi l'on -peut dire, presque avec certitude, que le gouvernement s'était réservé -le commerce international, ne laissant aux particuliers que le commerce -intérieur. A cet effet, des lois protégeaient les industries locales et -il était interdit aux ouvriers spécialistes de passer à l'étranger. -L'évaluation des marchandises se faisait en or ou en argent, au poids, -et on se servait pour les échanges d'anneaux de métal qui, n'étant pas -poinçonnés par l'Etat, devaient être pesés à nouveau chaque fois; le -plus souvent, du reste, on procédait simplement par échange de denrées, -après entente. - -[Illustration: _Fig. 248._ Syriens apportant des vases, XVIIIe dyn. -(photographie de l'auteur).] - -Quant à la nature des marchandises importées, c'étaient surtout, comme -autrefois, des matières premières, métaux, bois précieux, ivoire, peaux -et plumes, encens, et aussi des matières ouvrées, entre autres ces -merveilleux vases d'orfèvrerie dont nous avons déjà parlé. En échange, -on donnait de la verrerie, des émaux, sans doute des bijoux, en un mot -tous les produits de l'industrie égyptienne, mais surtout des grains. - - -_Vie civile Vêtement_ - -Il n'y a pas de transformation notable à enregistrer dans les conditions -de la vie ordinaire, qu'il s'agisse des grands personnages ou des gens -du commun; de même les habitations n'ont guère varié. Par contre le -costume subit un changement important: les gens du peuple ont bien -toujours le pagne simple enroulé autour des hanches, mais tout individu -appartenant à une classe un peu plus élevée porte par-dessus ce pagne -une ample robe en toile fine, parfois presque transparente, dont la -forme et la coupe sont variables. De même les femmes ne portent plus -volontiers la robe courte et étroite des anciens temps, mais un vêtement -analogue à celui des hommes, un peu plus collant néanmoins sur le buste, -élargi du bas et tombant jusqu'à terre; les manches sont parfois très -courtes, parfois longues et larges. L'un et l'autre sexe porte la -perruque, des bijoux aux couleurs vives, colliers, bracelets et -périscélides, et aux pieds de longues sandales en papyrus ou en cuir. Le -costume royal est sensiblement le même, bien qu'un peu plus riche, que -celui des sujets. - - -_Armée_ - -Les rois hyksos avaient amené de Syrie en Egypte le cheval, et cet -animal qui s'était rapidement acclimaté dans le pays, offrait aux -Egyptiens du Nouvel Empire un mode de locomotion nouveau; jamais ils ne -songèrent à le monter, semble-t-il, mais ils l'attelaient à de légers -chariots à deux roues avec lesquels les grands personnages faisaient -leurs tournées dans le pays. C'est cependant surtout au point de vue -militaire que l'introduction du cheval eut pour les Egyptiens une grande -importance, puisque désormais la charrerie joua dans leurs armées le -principal rôle et qu'elle fut pour beaucoup dans la conquête de la -Syrie. La méthode de combat subit donc une transformation: avant le choc -qui devait amener la fin d'une bataille, la charge des escadrons de -chars, les soldats qui montaient ces chars combattaient de loin avec -leurs grands arcs; c'est même la raison pour laquelle l'arc était devenu -l'arme favorite des rois. - -[Illustration: _Fig. 249._ Soldats égyptiens (Tombeau d'Amemheb. Thèbes. -XVIIIe dynastie).] - -L'infanterie est toujours composée en partie d'Egyptiens, en partie de -mercenaires étrangers qui sont sa véritable force, que ce soient, comme -sous les Thébains, des Soudanais, des Shardanes ou des Libyens, ou, -comme plus tard sous les Saïtes, des Grecs. Cette armée royale, déjà -instituée sous le Moyen Empire, a été complètement réorganisée en corps -d'armées bien distincts sous un commandement commun, mieux équipée et -mieux armée et surtout bien exercée. Après une campagne officiers et -soldats recevaient leur part du butin, souvent en captifs qui étaient -employés à la culture de terres mises par le gouvernement à la -disposition des soldats, et ces captifs, qui n'étaient pas de véritables -esclaves, se mêlaient rapidement à la population indigène. Le roi -décernait aussi, pour récompenser les hauts faits de guerre, de -véritables décorations et autres distinctions honorifiques. - - -_Marine_ - -Les rois d'Egypte avaient sous le Nouvel Empire une vraie marine de -guerre que nous voyons parfois jouer le rôle décisif dans une bataille, -mais c'était surtout la marine marchande qui, avec l'extension du -commerce, tendait à prendre toujours plus de développement. Les navires -destinés à la mer étaient semblables de forme et de gréement à ceux -employés sur le Nil, mais plus grands et plus solidement construits; ils -remontaient du reste le fleuve, même jusqu'à Thèbes, et ainsi nous -voyons sous Hatshepsou les mêmes bateaux charger des marchandises dans -le pays de Pount, au sud de la mer Rouge, et les débarquer dans le port -de la capitale: un canal souvent ensablé et aujourd'hui disparu, faisait -alors communiquer un des bras du Nil, dans le Delta, avec le fond du -golfe de Suez. Enfin les marins égyptiens donnent la mesure de leur -audace et de leurs capacités quand, sous Néchao, ils s'embarquent pour -leur grand voyage de découverte autour de l'Afrique, la première en date -de toutes les grandes expéditions maritimes. - -[Illustration: _Fig. 250._ Vaisseaux de l'expédition de Hatshepsou au -pays de Pount (d'après DUMICHEN. _Die Flotte einer äg. Königin_, pl. -III).] - - -_Agriculture. Elevage_ - -Le travail de la terre continue à faire de grands progrès; l'outillage -se perfectionne, on emploie maintenant des faucilles en métal et des -charrues plus puissantes; partout autour des villas on voit de beaux -jardins, pleins d'arbres fruitiers, de vignes et d'arbres d'agrément. -Partout on défriche pour les livrer à la culture les terrains qui -n'étaient autrefois que des pâturages, et cela naturellement aux dépens -de l'élevage, qui diminue dans de fortes proportions. On ne voit plus -que rarement de ces scènes si fréquentes sous l'Ancien Empire, qui -représentent des troupeaux d'animaux à demi sauvages sous la garde de -quelques pâtres, et les grandes inspections du bétail sont à peine -mentionnées; on n'emploie plus pour piétiner le terrain nouvellement -ensemencé des troupeaux entiers de chèvres ou de moutons, mais seulement -quelques porcs qu'on devait élever dans les fermes et non plus en pleine -campagne; l'âne n'est plus que rarement employé aux travaux des champs, -et ce sont généralement les hommes eux-mêmes qui transportent les -récoltes; le dépiquage du grain pour lequel les quelques boeufs, qui à -d'autres époques de l'année tirent la charrue, suffisent parfaitement, -se fait d'une façon un peu différente. L'Egypte, consciente de son rôle -commercial dans le monde oriental, qui est de l'approvisionner de -grains, consacre toutes ses forces à développer la culture au moyen de -la main d'oeuvre humaine, quitte à réduire au strict nécessaire tout ce -qui a rapport à l'élevage. Seule la race chevaline, nouvellement -introduite dans le pays, est l'objet de soins tout spéciaux, sous le -contrôle royal, et prospère si bien qu'on finit même, à certains -moments, par venir de Syrie chercher des chevaux en Egypte. Quant à la -question du chameau, elle n'est pas encore définitivement tranchée; il -semble néanmoins que si les Egyptiens l'ont connu, ils ne l'ont jamais -utilisé eux-mêmes, et que son acclimatation définitive dans le pays, où -il rend maintenant comme bête de somme des services inappréciables, ne -date que de la conquête musulmane. - -[Illustration: _Fig. 251._ Scènes de labour et de semailles (Tombeau de -Nakht. Thèbes. XVIIIe dynastie).] - - -_Pêche et chasse_ - - -Le défrichement progressif de la vallée du Nil avait fait disparaître -non seulement les pâturages, mais aussi les fourrés et les marécages qui -étaient pour les premiers Egyptiens de si beaux terrains de chasse et de -pêche. Avec les mêmes engins qu'autrefois, on ne pouvait plus guère -prendre du poisson que dans le fleuve et les canaux, et il ne se -trouvait plus que peu de ces étangs où les oiseaux migrateurs venaient -se prendre dans les grands filets; même les parcs de chasse des grands -seigneurs avaient presque tous disparu. Quand les rois chercheurs -d'aventures voulaient s'offrir les émotions d'une chasse mouvementée, -ils profitaient de leurs campagnes pour aller au loin, jusque sur les -bords de l'Euphrate, où ils trouvaient encore quelques éléphants, des -lions qu'ils abattaient par centaines et du gros gibier de toute sorte. - - -_Industrie_ - -A côté de l'agriculture, l'industrie continue à se perfectionner et nous -avons de nombreux tableaux qui nous montrent les ouvriers occupés à -leurs travaux ordinaires, que ce soient des ouvriers d'art ou des gens -de métier, tels que briquetiers, maçons, sculpteurs, peintres, -bijoutiers, joailliers, menuisiers, ébénistes, corroyeurs, cordonniers, -cordiers, chaudronniers, armuriers, forgerons, et d'autres encore. Leur -outillage est toujours aussi simple qu'aux périodes précédentes, presque -rudimentaire, sauf que les couteaux, ciseaux et poinçons de pierre ont -définitivement disparu pour faire place à des instruments de métal, -généralement en bronze, parfois en fer. - -[Illustration: _Fig. 252._ Atelier de chaudronnerie (d'ap. NEWBERRY. -_Life of Rekhmara_, pl. XVII et XVIII).] - - -_Langue et Littérature_ - -La conquête de la Syrie et les relations constantes qui s'étaient -établies de ce fait avec l'Asie antérieure, avaient exercé sur l'Egypte -même une influence considérable qui se remarque tout particulièrement -dans la langue. Un grand nombre de vocables nouveaux, empruntés aux -idiomes sémitiques, sont introduits dans le langage courant, soit pour -exprimer des idées nouvelles ou nommer des objets inconnus auparavant, -soit pour remplacer, sans raison apparente, de vieux mots égyptiens. Il -est de bon ton, pour un scribe, d'émailler ses lettres ou ses -compositions littéraires du plus grand nombre possible de mots d'origine -étrangère. C'est de ces langues sémitiques, plus répandues que -l'égyptien, qu'on se servait pour les relations extérieures, et toute la -correspondance du roi d'Egypte avec ses vassaux syriens se faisait dans -l'idiome même de ces peuplades, que sans doute beaucoup de gens à la -cour comprenaient parfaitement. - -[Illustration: _Fig. 253._ Atelier de Cordonniers (d'après NEWBERRY. -_Life of Rekhmara_, pl. XVIII).] - -Les textes du Nouvel Empire qui nous sont parvenus sont donc composés -dans une langue moins pure que ceux de l'époque précédente, mais ils -sont aussi, sinon plus variés, et beaucoup plus abondants. Ce sont -d'abord les écrits historiques ou officiels, les récits biographiques, -les comptes rendus d'une campagne ou d'une conquête, les décrets et les -actes royaux, les odes dithyrambiques à la louange d'un souverain, puis -les ouvrages plus spécialement littéraires, contes, poésies, recueils -de modèles de lettres dans lesquels les jeunes scribes apprenaient leur -métier, livres de morale, hymnes en l'honneur du roi ou des dieux, dont -plusieurs ont trouvé place dans la grande compilation à laquelle nous -avons donné le nom de Livre des Morts et qui contient du reste surtout -des morceaux plus anciens. Après cela vient encore la littérature -épistolaire proprement dite, les procès-verbaux judiciaires, les écrits -scientifiques et médicaux et les innombrables compositions magiques, -religieuses ou mythologiques. - -[Illustration: _Fig. 254._ Ostracon hiératique (d'après DARESSY. -_Ostraca_, pl. XLVI).] - -Certains de ces textes sont gravés ou peints sur les murailles des -temples, sur les stèles, sur les parois des tombeaux; d'autres, les plus -nombreux, sont écrits en hiératique, c'est-à-dire en cursive, sur des -rouleaux ou des feuilles de papyrus ou même parfois sur des tessons de -vases ou des morceaux de pierre, auxquels nous donnons le nom -d'_ostraca_. Les ouvrages religieux étaient déposés dans le tombeau, à -côté du mort, pour lui servir de viatique dans l'autre monde, et parfois -l'on y joignait aussi des textes littéraires pouvant lui offrir un -délassement dans sa vie d'outre-tombe, mais la plupart des papyrus ont -été retrouvés roulés et cachés dans des vases, au milieu des ruines de -maisons anciennes; c'était la manière de conserver les livres qui -étaient toujours en petit nombre chez les particuliers. Nous ne savons -s'il existait dans le palais du roi ou ailleurs, de vraies bibliothèques -où l'on conservait les ouvrages de prix, avant l'époque où les -Ptolémées réunirent dans celle d'Alexandrie tout ce qu'ils purent -récolter de manuscrits anciens, les égyptiens sans doute aussi bien que -les grecs. Le geste fanatique du calife Omar nous a privés d'une source -inestimable de documents. - -[Illustration: _Fig. 255._ Fragment d'un contrat démotique (d'après -SPIEGELBERG. _Die demotischen Papyrus_, pl. LVI).] - -Jusqu'au Nouvel Empire, les seuls modes d'écriture étaient les -hiéroglyphes, et l'hiératique qui devient de plus en plus cursif; à -partir de l'époque saïte, les scribes, à force de chercher à simplifier -leur calligraphie, en arrivent à tracer des signes qui ne rappellent -plus que vaguement les hiéroglyphes d'où ils sont dérivés, ni même -l'élégant hiératique de la bonne époque. Il s'agit d'un nouveau genre -d'écriture, auquel on a donné le nom de _démotique_ et qui finit par -être le seul employé à partir des rois perses, pour les lettres, les -contrats, les manuscrits de toute sorte, bref pour tout ce qui n'est pas -destiné à revêtir un caractère monumental. Ce passage de l'hiératique au -démotique correspond exactement à la fin de l'autonomie de l'Egypte. - - -C'est ce moment-là, quand des rois étrangers viennent définitivement -remplacer sur le trône des Pharaons les dynasties indigènes, que nous -pouvons considérer comme la fin de la civilisation égyptienne; celle-ci -végétera bien encore pendant quelques siècles, elle donnera même dans -certains domaines comme l'architecture par exemple, des manifestations -originales et vraiment égyptiennes, mais elle ne prospérera plus et -dégénérera rapidement. Cette vieille civilisation qui pendant tant de -siècles a rayonné sur le monde ancien, lui donnant généreusement tout ce -qu'il y avait de bon en elle, est submergée à son tour par les -civilisations nouvelles; l'infusion d'un sang jeune se fit sans doute à -trop haute dose et, loin de la renouveler, ne put qu'accélérer sa ruine. -Désormais l'Egypte ne sera plus qu'une province du monde hellénique, -puis du monde romain, au point de vue de la civilisation aussi bien que -de la politique. - -[Illustration: _Fig. 256._ Aménophis, fils de Paapis (d'après LEGRAIN. -_Statues et statuettes_, I, pl. LXXVI).] - - - - -[Illustration: _Fig. 257._ Repas et danseuses. Peinture d'un tombeau -thébain (XVIIIe dynastie).] - - - - -INDEX - -_Les chiffres indiquent les pages: les chiffres entre parenthèses les -gravures._ - - -A - - AAHHOTEP, 283. - - ABOUSIR, 138. - - ABRAHAM, 221. - - Abri, 63. - - ABYDOS, 95, 99, 102, 104, 121, 136, 137, 244, 267, 269. - - Acte, 295. - - Administration, 165-168, 219-220, 287. - - _Aegyptiaca_, 14. - - Aération, 150. - - AFRICAIN, 14, 15. - - Agate, 64, 74. - - Age du bronze, 58, 59. - - Age du cuivre, 58, 59. - - Age du fer, 58, 59. - - Age de la pierre, 55, 58. - - Agriculture, 32, 41, 68, 89, 95, 120, 179-182, 224, 292-293. - - AHMÈS I, 197, 230, 323. - - AHMÈS (amiral), 26. - - AHMÈS NOFRITARI, 231. - - Aï, 242. - - Aiguière, 111. - - Aire, 180. - - AKERBLAD, 17. - - Albâtre, 81, 108, 109, 155, 202, 216, 283, 284. - - ALEXANDRE, 258. - - ALEXANDRIE, 297. - - Aliment, 143, 175 (v. Nourriture, Offrandes). - - Aloès, 80. - - Alun, 206. - - AMASIS, 255, 256 (216). - - Ambassadeur, 240. - - _Am-Douat_, 274. - - Ame, 140, 141, 152, 211, 272, 278. - - AMÉLINEAU, 55. - - AMENEMHAT I, 191, 192, 219. - - AMENEMHAT III, 115, 193 (157), 194, 214, 218, 224. - - AMENEMHAT IV, 194. - - AMENMESES, 246. - - AMÉNOPHIS I, 231 (194), 232. - - AMÉNOPHIS II, 235. - - AMÉNOPHIS III, 26, 235-236 (198), 259, 265, 274, 286. - - AMÉNOPHIS IV, 26, 236, 237 (v. KHOUNATEN). - - AMÉNOPHIS, fils de PAAPIS, 236, 298. - - Améthyste, 110. - - AMON, 48, 235, 237, 238, 248, 250, 251, 268, 269, 287. - - AMSET, 49. - - AMYRTÉE, 257. - - Amulette, 75. - - Ancien Empire, 32, 81, 105, 109, 113, 123-187, 189, 194, 204, 212, - 214, 215, 222, 225, 227, 249, 276. - - Ancien Testament, 13, 15. - - Ane, 89, 179, 180, 181, 184, 293. - - ANHOUR, 48. - - ANNA, 26. - - Année, 28. - - ANTEF, 134, 190. - - Anthropoïde (cercueil ou sarcophage), 208 (170), 273 (234), 275. - - Anthropophagie, 41. - - Antilope, 88, 89, 174, 177, 178 (139), 224. - - Antimoine, 221. - - ANUBIS, 42, 43 (11), 48, 164. - - APEPI, 197 (v. APOPI). - - APOLLODORE, 14. - - APOPHIS, 198. - - APOPI, 26 (v. APEPI, APOPHIS). - - Appeau, 173, 175. - - APRIÈS, 255 (215), 256. - - ARABE, ARABIE, 140, 143, 147, 168. - - Arbre fruitier, 292. - - Arc, 224, 290 (v. Flèche). - - ARCELIN, 54. - - ARCHIPEL, 12, 71, 121 (v. GRECE). - - Architecture, 91, 96, 102-106, 120, 125, 135-153, 200-212, 260-275. - - Architrave, 135. - - Argent, 279, 284, 288. - - Arme, 32, 56, 59, 65, 74, 86, 88, 89, 120, 208, 290. - - Armée, 132, 133, 218, 289-291. - - Armurier, 294. - - ARYEN, 84. - - ASARHADDON, 253, 254. - - ASIE MINEURE, 243, 244, 245. - - Assiette, 108. - - Assise (position), 70, 106. - - ASSOURBANIPAL, 253, 254. - - ASSYRIE, 26, 236, 243, 252, 253, 254, 255. - - ATEN, 237, 238 (200), 240. - - ATHOTHIS, 100. - - Autel, 137. - - Autruche, 80, 83, 88, 224. - - AVARIS, 196, 197, 199, 222, 229. - - Avènement, 28. - - Avenue, 263. - - AZAB, 117. - - -B - - BABAÏ, 125. - - BABYLONE, BABYLONIE, 12, 122, 195, 236, 243, 255. - - Bachot, 185. - - BAHR BELA MA, 54. - - Bandeau, 172. - - Bandelette, 182, 206, 275. - - Barbe, 171, 172. - - Barque, 91 (66), 138, 209, 210 (173), 225 (188) (v. Bateau). - - Barque sacrée, 263, 269 (230). - - Barque solaire, 35 (6), 38, 39 (9), 138. - - Basalte, 81, 151. - - Bas-relief, 25, 32, 146, 158-161 (128), 201, 209, 214-215 (180), 263, - 267 (228, 229), 270, 279-280 (241-242). - - Basse-cour, 175, 177 (137). - - Bassin, 137. - - Bateau, 80, 92, 147, 185 (150), 209, 225, 226 (v. Barque, Vaisseau). - - Bâton, 87. - - BENI-HASSAN, 203, 204, 205 (164, 165), 221. - - BERBÈRE, 83. - - BERSHEH, 203. - - Bétail, Bestiaux, 68, 85, 221, 225, 293. - - Bible, 251, 253 (v. Ancien Testament). - - Bibliothèque, 296. - - Bibliothèque nationale (Paris), 22. - - Bidis, 46. - - BIÉNEKHÉS, 100. - - Bijou, 32, 85, 208, 216, 217 (183, 184), 228 (192), 283 (244), 289. - - Bijoutier, Bijouterie, 184 (147), 217, 294. - - BINOTHRIS, 100. - - Biographie, 26, 131, 147, 164, 228, 295. - - BIRCH, 20. - - BIRKET-KAROUN, 194. - - Blé, 107, 120 (v. Grain). - - BNÔN, 198. - - BOCCHORIS, 252, 253. - - BOÊTHOS, 100. - - Boeuf, 88, 89, 174, 177, 178 (138), 179, 180, 181, 224, 293. - - Bois, 91, 96, 103, 135, 173, 208, 211, 214, 260, 277, 285, 289. - - Boisseau, 181. - - Boisson, 166. - - BOKENRANF, 252. - - BONAPARTE, 16. - - Bonnet, 232. - - Bouchon, 107, 115, 119. - - Boulette, 177. - - Boumerang, 173, 224. - - Bouquet, 282. - - Bouquetin, 88. - - Bouteilles, 78. - - Bracelet, 75, 86 (60), 91, 110 (82, 83), 289. - - Brique, 92, 96, 102, 103, 104, 105, 135, 136, 138, 140, 143, 173, 196, - 203, 211, 260, 277, 294. - - Bronze, 96, 155, 158, 279, 294. - - BRUGSCH, 20. - - BUBASTIS, 250, 251. - - Buste, 275. - - -C - - Cachet, 115. - - Cachette, 276. - - Cadastre, 220. - - Cage, 175. - - CAIRE, 22, 25, 156, 157, 273, 283. - - Caisse à canopes, 209. - - Calcaire, 81, 108, 150, 151, 155, 203, 268. - - CAMBYSE, 256, 257. - - Canal, 120, 179, 224, 292, 293. - - Canard, 89, 174. - - Canope, 209 (171), 273 (234), 274. - - Captif, 291. - - CARCHEMIS, 255. - - CARIE, 254. - - Carrière, 187. - - Cartonnage, 206, 273, 275. - - Cartouche, 115, 116, 190, 202, 244. - - Casse-tête, 86. - - Caveau funéraire, 214, 273, 274 (v. Chambre funéraire). - - Ceinture, 171. - - Cellier, 182. - - Céramique, 57, 59, 76-81 (37-57) (v. Vase, Poterie). - - Cercueil, 146, 208, 273 (234), 274. - - Céréales, 68, 73, 180 (v. Blé, Grain, Orge). - - CHABAS, 20. - - Chacal, 118. - - Chaise, 154, 173, 274. - - CHALDÉE, 96, 122. - - Chambre des ancêtres, 22, 34 (5). - - Chambre funéraire, 140, 141, 145, 148, 150, 151 (v. Caveau funéraire). - - Chameau, 293. - - CHAMPOLLION, 18, 19, 20, 23. - - Champs d'Ialou et de Hotpou, 43, 278. - - Chapelle, 137, 143, 150, 151, 153, 203, 268. - - CHARDIN, 16. - - Char. Chariot, 229 (193), 231, 255, 290. - - Charrerie, 290. - - Charpentier, 92. - - Charrue, 89, 180, 292, 293. - - Chasse, 32, 41, 56, 74, 83-88, 89, 90, 92, 120, 146, 152, - 173-177 (133-135), 223 (187), 224, 263-294. - - Châsse, 269. - - Chaudronnier, 111, 183, 294 (252). - - Chelléen, 56, 62, 84, 86. - - Cheval, 225, 231, 289, 293. - - Chevet, 173, 206. - - Cheveux, 83, 171, 172. - - Chèvre, 80, 89, 179, 180, 293. - - CHINE, 12. - - Chronologie, 27-29, 49-52, 198-200. - - CHYPRE, 168, 234, 288. - - Cire, 275. - - Ciste funéraire, 72, 106. - - Ciseau, 66, 183. - - Ciselure, 283. - - Clan, 93, 166. - - Coffre, 173. - - Coffret, 110, 274, 283, 328 (262). - - Coiffeur, 172. - - Coiffure, 208 (v. Perruque). - - Collier, 74, 91, 171, 172, 217, 289. - - Colonnade, 262, 268. - - Colonne, 136 (107-109), 146, 151, 201, 204, 205, 260, 268. - - Colosse, 25, 263, 277. - - Commission d'Egypte, 16, 17, 18, 31. - - Commerce, 91, 121, 131, 248, 256, 287, 288, 289. - - Concubine, 170. - - Conte, 228, 296. - - Coquille, 74, 75, 86, 91. - - Cordage, 185. - - Cordier, 183. - - Cordonnier, 183, 294, 295 (253). - - Co-régence, 214, 219. - - Cornaline, 64, 74, 210, 217. - - Correspondance, 26, 165, 241, 295. - - Corroyeur, 294. - - Corvée, 219. - - Costume, 85, 170-172, 208, 222, 289 (v. Vêtement). - - Cotte capitonnée, 231. - - Couleurs, 161. - - Couloir, 150, 153. - - Coup-de-poing, 62, 86. - - Coupe, 76, 78 (v. Ecuelle). - - Cour, 152, 223, 260, 262, 263, 265 (224, 225). - - Couronne, 217 (184). - - Couteau, 56, 61, 65 (22-23), 66, 74 (33). - - Couverture, 173, 183. - - Crâne, 84. - - CRÈTE, 12, 71, 91, 221, 284, 288. - - Crible, 181. - - Cristal de roche, 108. - - Crocodile, 83, 88. - - Cruche, 80. - - Cuillère à parfums, 285, 286 (247). - - Cuir, 285, 289. - - Cuivre, 59, 93, 96, 111, 120, 121, 168. - - Culte, 41, 118, 125, 262, 268, 276. - - Cylindre, 96, 114 (90), 115, 122. - - CYRÉNAIQUE, 245. - - CYRUS, 256. - - -D - - DADEFRA, 127 (100), 157. - - DADKARA-ASSA, 130. - - DAHCHOUR, 149, 162, 203, 283. - - Dallage, 260 (218). - - Danse, 86, 92, 147, 299 (257). - - DAPHNAE, 261. - - DARIUS II, 257. - - Décret, 164. - - Défrichement, 292, 293. - - DEIR EL BAHARI, 63, 233, 268. - - Déluge, 38, 63. - - Démembrement, 71, 72, 106. - - Démotique, 297 (255). - - Dénombrement, 178, 179. - - DEN-SETOUI, 116, 117. - - Dépiquage, 180 (142), 293. - - Description de l'Egypte, 16. - - Destruction des hommes par les dieux, 38. - - Diabase, 108. - - Diadème, 217 (184). - - Digue, 179. - - DIODORE DE SICILE, 14, 31. - - DIONYSOS, 41. - - Diorite, 108, 155. - - Divan, 173. - - DJESER, 125, 137. - - Dodécarchie, 254. - - Domestication, 89. - - DOUAMOUTEF, 49. - - Double, 276, 278 (v. _Ka_). - - Drogman, 13. - - DROVETTI, 23. - - Dynasties, 14, 15, 24, 28. - - Dyn. divines, 36-47. - - Dyn. de demi-dieux et mânes, 47-49. - - Dyn. thinites (I et II), 54, 58, 81, 85, 95-122, 124. - - Dyn. III, 124-125, 140, 143. - - Dyn. IV, 125-129, 144, 149, 157, 162, 185. - - Dyn. V, 129-131, 146, 151-152. - - Dyn. VI, 131-133, 143, 147, 153, 155. - - Dyn. VII-X, 133, 134. - - Dyn. XI, 189-191, 200, 202. - - Dyn. XII, 27, 191-194, 198-200, 203, 218, 219, 221, 228, 283. - - Dyn. XIII, 194-195, 198-200. - - Dyn. XIV, 194-195, 198-200. - - Dyn. XV, 198-200. - - Dyn. XVI, 198-200. - - Dyn. XVII, 196, 198-200, 229, 230. - - Dyn. XVIII, 219, 230-242, 250, 259, 260, 287. - - Dyn. XIX, 242-246. - - Dyn. XX, 246-249, 260. - - Dyn. XXI, 250, 271, 279. - - Dyn. XXII, 250-261, 252. - - Dyn. XXIII, 251-252. - - Dyn. XXIV, 252. - - Dyn. XXV, 253-254, 279. - - Dyn. XXVI, 254-257 (v. SAIS). - - Dyn. XXVII-XXX, 257-258. - - -E - - Ebéniste, 285, 294. - - Echange, 186, 289. - - Ecriture, 95, 96, 97, 113-115, 118, 120, 122, 125, 163-165, 296-297. - - Ecuelle, 78, 107, 108 (v. Coupe, Assiette). - - ELAM, 254. - - Eléphant, 83, 88, 91, 294. - - ELÉPHANTINE, 36, 169. - - Elevage, 32, 68, 89, 120, 146, 177-179, 292-293. - - ELKAB, 136. - - Email, 283, 284, 289. - - Emblème, 46. - - Embryonnaire (position), 71. - - Enceinte, 150. - - Encens, 168, 220. - - Encre, 165. - - Enéolithique, 58. - - Enfant, 169, 170. - - Enfants d'Horus, 49, 52 (13). - - Engraissage, 177. - - Ennéade, 36, 48. - - Enseigne, 93, 118, 277. - - Eolithe, 61. - - ERATOSTHÈNE, 14. - - Ere, 28. - - Escabeau, 173. - - Escalier, 104, 137, 223. - - Etang, 260, 293. - - ETHIOPIE. ETHIOPIEN, 251, 252, 253, 254, 258, 287. - - Etoffe, 85, 226, 227, 282. - - ETRURIE, 221. - - Etui phallique, 85. - - EUPHRATE, 232, 234, 243, 294. - - EUSÈBE, 14, 16, 48, 50. - - _Excerpta Barbari_, 48. - - -F - - Famille, 41, 169-170. - - Fard, 75. - - Faucille, 89, 180, 292. - - Faucon, 115, 118. - - Faune, 83. - - Fausse-porte, 141, 142 (112, 113), 163. - - Fauteuil, 173, 274, 285 (246). - - Fayence, 109-110 (v. Email). - - FAYOUM, 65, 211. - - Femme, 169, 170, 289. - - Féodalité, 134, 167, 219, 287. - - Fer, 58, 59, 294. - - Ferme, 177. - - Figue, 182. - - Filage, 182, 227 (190). - - Filet, 88, 175, 176 (135, 136), 177, 224. - - Filigrane, 217. - - Flèche, 66 (26-29), 87, 175, 231. - - Flore, 83. - - Fonctionnaire, 119, 131, 219, 220, 287 (v. Administration). - - Forgeron, 294. - - Formule magique, 139, 152. - - Forteresse, 136, 212 (177), 261, 262. - - Foulage, 181 (143). - - Fourrage, 181. - - Frise, 282, 329 (263). - - Fruit, 107. - - Fusaïole, 92. - - -G - - Garde du corps, 166. - - Garde-manger, 175. - - Gazelle, 72, 73, 88, 89, 174. - - Génies funéraires, 49. - - GEORGES LE SYNCELLE, 14, 15. - - Gerbe, 180, 181. - - Girafe, 83, 88. - - Globulaire (vase), 109, 111. - - Gobelet, 76. - - Gomme, 162. - - GOSHEN, 222. - - Gouvernail, 185, 186. - - Grain, 89, 90, 107, 289, 293. - - Grand prêtre, 249, 250, 269, 287. - - Grand vizir, 287. - - Granit, 108, 150, 155, 214, 268. - - Grattoir, 61, 65 (24, 25), 66, 74. - - GRECE, GREC, ILES GRECQUES, 12, 13, 14, 27, 83, 91, 127, 220, 221, - 234, 245, 256, 261, 275, 284, 288, 290. - - Grenat, 110. - - Grenier, 181. - - Grès, 108, 268. - - Groupe, 154, 155 (124). - - Grue, 89, 174. - - Guéridon, 173. - - Guirlande, 282. - - -H - - Habitation, 63, 68, 84 (v. Maison). - - Hache, 62, 64 (19, 20), 66, 87, 92, 323 (261). - - HAKORIS, 258. - - Hameçon, 88, 120, 175. - - HAMY, 54. - - HAPI, 49. - - Harpiste, 228. - - Harpon, 74, 88 (64), 174, 224. - - HATSHEPSOU, 232, 233, 268, 291. - - HAWARA, 203. - - HÉBREUX, 15, 259. - - HÉLIOPOLIS, 36, 37, 48, 49, 123, 129, 137, 139, 237. - - Hématite, 77. - - HÉRACLÉOPOLIS, 134, 189. - - HERKHOUF, 26, 131, 169. - - Herminette, 64 (21), 66, 92, 183. - - HÉRODOTE, 13, 31, 128, 193, 253. - - Héron, 173. - - HIÉRACONPOLIS, 102, 105, 114, 137. - - Hiératique, 33, 165, 296, 297. - - Hiéroglyphes, 122, 163-165, 207, 297. - - Hiérophyphiques d'Horapollon, 14. - - Hippopotame, 76, 83, 88, 92, 94 (67), 174. - - HITTITES, 243, 244, 245. - - HOR-AOUABRA, 214 (179). - - HORAPOLLON, 14. - - HOREMHEB, 241 (204), 242. - - HORUS, 42, 43, 44, 43 (12), 46, 47, 48, 93, 96, 98, 102, 124, 257. - - HOTEP-SEKHEMOUI, 101. - - Houe, 89. - - HOUNI, 125, 126. - - HRIHOR, 249, 250. - - Huile, 107. - - Hutte, 68, 84. - - Hyène, 177, 178 (139). - - HYKSOS, 24, 195-197, 198, 200, 218, 222, 229, 230, 231, 233, 270, 289. - - Hymne, 296. - - Hypogée, 32, 147-148, 204, 271, 273. - - Hypostyle, 244, 262, 263, 266 (226, 227), 269. - - -I - - IALOU, 43, 278. - - IANNIAS, 198. - - Ibis, 118. - - ILLAHOUN, 203. - - Importation, 221. - - Incrustation, 279, 283, 285. - - INDES, 62. - - Industrie, 92, 120, 182-184, 226-227, 248, 256, 294. - - Inhumation secondaire, 72. - - Inondation, 82, 224. - - Inscription, 113-118, 160. - - Inspecteur, 219. - - IONIE, 254. - - Isis, 37, 40 (10), 41, 42, 44, 46, 48, 97, 125. - - ISRAEL, 15, 259. - - ITALIE, 71, 83. - - Ivoire, 75, 86, 122, 220, 285, 289. - - -J - - JAHVEH, 39. - - Jardin, Jardinage, 120, 182, 261, 292. - - Jarre, 107 (73), 115, 119, 182. - - Javeline, 231. - - JÉRUSALEM, 253. - - Jeu, 32, 147. - - Jeux gymniques, 32. - - Joaillerie, 184 (147), 217, 294. - - JOPPÉ, 26. - - JOSEPH, 222. - - JOSÈPHE, 14. - - JOSUÉ, 259. - - JUDÉE, JUIFS, 14, 15, 251. - - Juge, 166. - - Jupon, 222. - - Justice, 220, 287. - - -K - - _Ka_, 139, 144, 152, 153, 210, 214, 277, 278. - - KAIEKHOS, 100. - - KAMARES, 220. - - KAMERIRA, 134. - - KAMÈS, 197. - - KAQEMNA, 228. - - KARNAK, 22, 34, 233, 235, 243, 244, 264 (223), 266 (226), 267 (228), - 268, 276. - - KAROMAMA, 280 (240). - - KEBHSENOUF, 49. - - KENKENÈS, 100. - - KESEM, 222. - - KIRCHER, 16. - - KHA, 274. - - KHAAOU, 51. - - KHABIROU, 259. - - KHAFRA, 128 (v. KHEFREN). - - KHA-M-HA, 280. - - KHA-SEKHEMOUI, 101 (69), 104, 106, 114, 116 (94), 117. - - KHEFREN, 127 (101), 128, 150, 157 (127). - - KHENDI, 195. - - KHENT-KHITI, 49. - - KHENZER, 195. - - KHÉOPS, 126 (99), 127, 128, 129, 149, 180, 228 (v. KHOUFOU). - - KHITI, 134. - - KHNOUM, 36. - - KHONSOU, 48, 263 (221), 264 (223). - - KHOUFOU, 26, 127. - - KHOUNATEN, 236 (199), 238, 241, 248, 287. - - KHOUT-ATEN, 238. - - KHOUOU, 49. - - _Kjoekkenmoedding_, 68, 69, 73, 89. - - KOPTOS, 134. - - KOUMMEH, 193. - - -L - - Labour, 164, 179 (140), 180, 292 (251). - - Labyrinthe, 193, 194. - - LAC MOERIS, 193, 194, 224. - - Lac sacré, 270. - - Lacet, 88. - - Lait, 89. - - LAKISH, 253. - - Lambrissage, 103. - - Langue, 228, 294, 295. - - Lapis-Lazuli, 216, 217. - - Lasso, 88, 175, 178, 224. - - Légume, 182. - - LEPSIUS, 19, 20. - - Lettre, 241, 296. - - LIBYE, LIBYEN, 83, 85, 100, 125, 130, 193, 232, 243, 245, 247, 250, - 255, 290. - - LICHT, 203, 213. - - LIEBLEIN, 199, 259. - - Ligne, 88, 175, 224. - - Lin, 181 (144). - - Linceul, 206. - - Linge, 274. - - Lion, 88, 174, 224, 294. - - Liste d'offrandes, 164. - - Liste royale, 14, 21-25 (2, 3, 5), 117. - - Lit, 173, 274, 285. - - Litière, 184 (148). - - Littérature, 165, 197, 227-228, 294-296. - - Liturgie, 41. - - Livre des Morts, 274, 283, 296. - - Livre de Sothis, 14. - - Lotiforme (colonne), 136 (109), 201. - - Louvre (musée), 156, 157, 283. - - LOUXOR, 63, 264 (222), 265 (224). - - -M - - Maçon, 294. - - Magasin, 104, 105, 140, 150, 152, 211. - - Magdalénien, 56. - - Magie, 41, 228. - - Maillet, 183. - - Maillot, 206. - - Maison, 84, 173, 208, 211, 212 (176), 222, 261 (219). - - MAÏT, 47. - - MANÉTHON, 14, 15, 27, 35, 36, 46, 47, 48, 49, 50, 99, 100, 125, 126, - 129, 130, 131, 133, 134, 190, 191, 195, 198, 200, 230, 249. - - Manicure, 172. - - Manteau, 85, 172, 222. - - Marais, 82, 173. - - Marche, 186 (151), 187. - - Mariage, 41, 286. - - MARIETTE, 19. - - Marine, 291-292 (250) (v. Navigation). - - Marteau, 61. - - MASAHERTA, 250. - - MASHAOUASH, 250. - - _Masniti_, 46. - - Masque, 205 (166), 206, 273, 275. - - Massue, 87 (62-63). - - Mastaba, 32, 139-148, 203, 209, 272. - - Mât, 185, 186, 263. - - Matelas, 173. - - Médecine, 41, 100, 165, 166, 296. - - MEDINET HABOU, 247, 262 (220), 265 (225), 282. - - MÉDITERRANÉE, 71, 81, 83, 91, 121, 225, 255, 284. - - MEIDOUM, 148, 162. - - MEKHA, 51. - - MEMPHIS, 36, 100, 101, 102, 123, 124, 125, 133, 134, 137, 192, 193, - 253. - - MENDES, 97, 258. - - MÉNÈS, 29, 44, 50, 51, 52, 54, 59, 95, 96, 98, 99, 100, 124. - - MENEPHTAH, 245-246 (208), 247, 259. - - MENKAOUHOR, 130. - - MENKAOURA, 128 (v. MYCÉRINUS). - - MENTOUHOTEP, 134, 190 (154), 191, 201, 202. - - Menuisier, 183 (146), 226 (189), 294. - - MERBAPA, 117. - - Mercenaires, 133, 254, 258, 290. - - MERENRA, 132 (106), 158. - - MERIT, 274. - - MER ROUGE, 91, 96, 121, 168, 220, 226, 255, 292. - - MERSEKHA, 114, 117. - - MÉSOPOTAMIE, 122. - - Métal, 46, 58, 221, 277, 279, 289, 294. - - Métallurgie, 93. - - Métier, 32, 182 (v. Industrie). - - Métier à tisser, 41, 227 (190). - - Meuble, 32, 110, 146, 183, 285. - - Meule, 180. - - MIÈBIS, 100, 117. - - MILO, 121. - - Mine, 187. - - MITANNI, 26, 236. - - Mobilier funéraire, 33, 73-76, 120, 146, 163, 208, 271, 274. - - MOERIS (lac), 193, 194, 224. - - Moïse, 259. - - Moisson, 145, 164, 180 (141), 313 (259). - - Mollusque, 88. - - Momie, 42, 139, 144, 146, 154, 206 (167), 272 (233), 273, 275. - - DE MORGAN, 55, 105. - - Moulin, 90. - - Moustaches, 171. - - Moustérien, 56, 57. - - Mouton, 179, 180, 293. - - Moyen Empire, 32, 124, 134, 162, 189, 228, 249, 276, 290. - - Mur, 196. - - Musée Britannique, 22. - - Musique, 32. - - MYCÉRINUS, 128, 129 (103), 150. - - -N - - NABUCHODONOSOR, 255. - - Nacelle, 90 (65), 173, 185 (149). - - Nacre, 75, 85. - - Nain, 169. - - Naos, 202, 263, 269. - - NAPATA, 252. - - Nasse, 88, 177. - - Natron, 206. - - Natte, 72, 173, 182 (145), 183, 208. - - Navigation, 90, 184-186, 225-226 (v. Marine). - - NAVILLE, 202. - - Navire, 291. - - NEBKA, 125. - - NEB-RA, 101. - - NÉCHAO I, 254. - - NÉCHAO II, 255, 292. - - Nécropole, 69, 72, 93. - - NECTANÉBO I, 258 (217). - - NECTANÉBO II, 258. - - Nef, 186. - - NEFERARKARA, 130. - - NEFERHOTEP, 195 (158). - - NEFERKARA, 134. - - NEGADAH, 95, 102, 104-105. - - Nègre, 195, 232, 234. - - NEHASI, 195. - - NEHEB, 51. - - NEKHÉROPHÈS, 125. - - NEKHTHORHEB, 258 (217). - - _Nekyes_, 49. - - NENOUTER, 101. - - Néolithique, 54, 58. - - NEOUSERRA-AN, 130 (104), 138. - - NEPHERITÉS, 258. - - NEPHTHYS, 48. - - Niche, 103, 105, 141. - - NIL, 82 et _passim_. - - Nilomètre, 224. - - NIMROD, 251, 252. - - Noé, 39. - - Nom d'Horus, 116, 118. - - Nomarque, 218, 219, 220. - - Nome, 166, 167. - - NOUIT, 38, 39 (9). - - Nourriture, 166, 222. - - NOUTERKHA, 125. - - Nouvel Empire, 27, 29, 32, 81, 162, 200, 208, 210, 229-298. - - NUBIE, 132, 169, 190, 192, 193, 212, 234, 242, 243, 287, 288. - - _Nucléus_, 65, 67. - - -O - - Oasis, 62, 193. - - Obélisque, 137, 138, 233, 263. - - Obsidienne, 108, 121, 216. - - Ode, 295. - - OEuf, 89. - - Offrandes, 141, 145, 276. - - Oie, 89, 174, 177. - - Oiseau, 75, 173, 175, 294. - - OMAR, 297. - - Opération chirurgicale, 147. - - Or, 110, 111, 121, 184, 217, 284, 288. - - Oracle, 129. - - Orfèvrerie, 217, 284 (v. Bijouterie, Joaillerie). - - Orge, 73, 107, 120. - - Ornement de corps, 73, 74 (v. Bijou). - - OSIRIS, 40 (10), 41, 42, 47, 48, 97, 164. - - OSORKON, 250-251 (212), 252. - - Ostracon, 296 (254). - - Otage, 234. - - OUADI-HAMMAMAT, 132. - - OUAZAND, 51. - - OUÉNÉPHÉS, 100. - - OUNA, 26, 131. - - OUNAS, 131, 152. - - Oursin, 75. - - OUSAPHAIS, 100. - - OUSERKARA, 131. - - OUSERKAF, 130. - - OUSERTESEN, 192 (v. SENOUSRIT). - - _Oushabti_, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 328 (262). - - Outil, 32, 56, 57, 59, 65, 66, 67, 120. - - Oxyrhinque, 164. - - -P - - PAAPIS, 236, 298. - - Pagne, 170-171, 222, 289. - - Paille, 181. - - Palais, 118, 136, 211, 224, 260, 282. - - Paléolithique, 54, 57, 58, 60. - - PALESTINE, 12, 26, 62, 130, 234, 247, 259, 288. - - Palette, 75. - - Palmiforme (colonne), 136 (107), 201. - - PANKHI, 250. - - Panodore, 50. - - Panthère, 88, 112, 174. - - Papyriforme (colonne), 136 (108), 201. - - Papyrus, 33, 90, 165, 197, 227 (191), 228, 274, 283, 296. - - Papyrus Harris, 26, 248. - - Papyrus royal de Turin, 15, 22-24 (3), 27, 35, 37, 46, 47, 48, 49, 50, - 194. - - Parc de chasse, 223 (187), 224, 294. - - Parfum, 146, 166, 208, 216. - - Patriarches, 221. - - Pâturage, 292, 293. - - Paysan, 219, 228. - - Peau, 72, 85, 289. - - Pêche, 32, 56, 74, 88, 95, 120, 146, 181, 173-177 (136), 224, 293-294. - - Pectoral, 216 (183), 217. - - Pédicure, 172. - - Peigne, 75, 86 (61), 92. - - Peintre, 183. - - Peinture, 32, 161-162, 215-216, 280-283, 294. - - PÉLUSE, 196. - - Pendeloque, 75, 92. - - PENTAOUR, 244. - - PÉPI I, 132 (105), 157. - - PÉPI II, 132-133, 134, 169. - - PERABSEN, 116, 117. - - Percepteur, 219. - - Perçoir, 183. - - Percuteur, 66, 67. - - Perdrix, 88. - - Période sothiaque, 28. - - Périple, 255, 292. - - Périscélide, 289. - - Péristyle, 223. - - Perles, 74, 86, 110, 284. - - Perruque, 171, 274, 289. - - PERSE, 257, 258. - - Perspective, 159, 160. - - PETRIE, 55. - - PHÉNICIE, 284, 288. - - PHILAE, 125. - - PHILISTINS, 247. - - PIANKHI, 251, 252 (213), 253, 286. - - Piédroit, 139. - - Piège, 88. - - Pierre de Palerme, 24-25 (4), 99-101. - - Pierre de Rosette, 11 (1), 17. - - Pigeon, 89. - - Pilier, 135, 139, 146, 151, 202, 204. - - Pinceau, 162. - - PINODJEM, 250. - - Plafond, 282. - - Plancher, 103. - - Planchette, 273 (234). - - Plaque de schiste, 75 (34-36), 76, 111, 112 (87), 114. - - Plaquette, 110, 114 (89). - - Plateforme, 137, 147. - - Plâtre, 275. - - PLINE LE JEUNE, 14. - - Plume, 289. - - PLUTARQUE, 14. - - POCKOKE, 16. - - Poème, 228, 244. - - Poésie, 296. - - Poignard, 53 (14), 74, 87, 110 (84), 111, 197 (160), 217. - - Poinçon, 62, 66, 74. - - Pointe de flèche, 56, 66 (26-29), 87, 111 (85-86). - - Pointe de javelot, 56, 87, 88. - - Pointe de lance, 56, 88. - - Poisson, 75, 88, 164, 173, 174, 175, 177, 293. - - Polissoir, 77. - - Polychromie, 161. - - Porc, 293. - - Porphyre, 81, 108. - - Porte-éventail, 119. - - Porte-sandales, 119. - - Portière, 182. - - Portique, 138, 150, 152, 204. - - Poterie égéenne, 121. - - Potier, 92. - - POUNT, 168, 220, 232, 234, 288, 292. - - Prédynastique, 60, 63-94. - - Préhistorique, 21, 35, 54. - - Pressoir, 181 (143). - - Prêtre, 129, 130, 131, 166, 237. - - Protocole, 115-118. - - PSAMMÉTIQUE I, 254 (214), 255. - - PSAMMÉTIQUE II, 255. - - PSAMMÉTIQUE III, 256. - - PSOUSENNÈS, 250. - - PTAH, 36-37 (7). - - PTAHHOTEP, 228. - - PTOLÉMÉES, 14, 17, 297. - - Puits, 205, 275. - - Pylône, 262, 263, 264 (222, 223), 277. - - Pyramides, 123 (97), 125, 126, 127, 128 (102), 129, 131, 138, - 148-153 (119-120), 202 (163), 203, 268. - - -Q - - QEB, 39 (9), 40. - - Quartz, 108. - - -R - - RA, 35 (6), 37-39, 137, 138, 237. - - Racloir, 62, 74 (v. Grattoir). - - Raisin, 181 (143), 282 (243). - - Rame, 80, 186. - - RAMESSEUM, 266 (227). - - RAMSÈS I, 242. - - RAMSÈS II, 244-245 (207), 248, 250, 259, 266, 276 (235), 277 (236). - - RAMSÈS III, 25, 246-248 (209), 261. - - RAMSÈS IV-XII, 248-249, 270. - - RATOISÈS, 127. - - Récolte, 85, 180. - - Recrutement, 32. - - Régence, 232. - - Registre, 220. - - Réquisition, 219. - - RHAMPSINITE, 26. - - Rhinocéros, 88. - - Rites funéraires, 42. - - Robe, 85, 172, 289. - - ROBOAM, 251. - - ROME, 27, 275. - - Roseau, 90. - - DE ROUGÉ, 20. - - Royauté, 115, 165-167, 217-219, 285-286. - - -S - - SABACON, 252, 253. - - DE SACY, 17. - - SAHOURA, 130, 151. - - SAIS, SAITE, 252, 254, 257, 258, 260, 261, 275, 279, 290. - - SALATIS, 198. - - Sanctuaire, 84, 262, 263, 268, 269, 270 (v. Temple, Chapelle). - - Sandale, 171, 289. - - SAQQARAH, 123, 125. - - Sarcophage, 33, 145 (117), 146, 149, 153, 206, 207 (168-169), 209, - 270, 273 (234), 274, 275 (v. Cercueil, Anthropoïde). - - SARGON, 252. - - Satire des métiers, 33. - - Scarabée, 25. - - Sceau, 119. - - Sceptre, 208. - - Scie, 183. - - Science, 100, 165, 197, 228, 296. - - Scribe, 33, 154 (123), 156 (126), 167. - - Sculpture, Sculpteur, 92, 112, 153, 161, 183, 212-215, 275-281, 294. - - SEANKHKARA, 191. - - SEBEKHOTEP, 195. - - SEBEKNEFROU, 194. - - SEBENNYTOS, 258. - - SEKA, 51. - - SEKHET, 38 (8). - - Semailles, 145, 179, 180, 292 (251). - - SEMEMPSÈS, 100, 117. - - SÉMITE, 84, 96, 121, 127, 221 (186). - - Sémitisme, 295. - - SEMNEH, 193. - - SENOUSRIT I, 191 (155), 192, 213, 219. - - SENOUSRIT II, 216 (183). - - SENOUSRIT III, 192 (156). - - SENNAKHÉRIB, 253. - - SEQNENRA, 26, 197, 198 (161). - - Sérapéum, 19, 283. - - _Serdab_, 143, 163, 210. - - Serf, 219. - - Sertissage, 282. - - Service des Antiquités, 20. - - SÉSOSTRIS, 192, 244. - - SET, 41, 42, 43, 44, 45 (12), 46, 47, 48, 93, 97, 101, 117, 124. - - SÉTI I, 242-244 (205), 266, 267. - - SÉTI II, 246. - - SETNEKHT, 246-247. - - SHABATOKA, 253. - - SHARDANE, 250, 290. - - _Sheikh-el-Beled_, 6 (frontispice), 156 (125). - - SHEPSESKARA, 130. - - SHESHONQ, 250, 251. - - _Shesou-Hor_, 35, 50. - - SHOU, 39 (9), 48. - - SI-AMON, 250. - - Silex, 32, 53-67 (14-29), 74, 75, 86 (60), 92, 96, 110 (84), - 111 (85-86), 120, 231. - - Silure, 164. - - SINAI, 100, 114, 121, 127, 129, 130, 132, 168, 190, 193. - - Singe, 182. - - SINOUHIT, 26, 228. - - SIOUT, 134, 189, 218. - - SIPHTAH, 246, 272 (233). - - SISAK, 251. - - SMENDÈS, 250. - - SNEFROU, 126, 143, 149, 161. - - Soldat, 218 (185), 290 (249). - - Soleil, 130 (v. Ra). - - Solutréen, 56, 57. - - SOMALIS, 54, 168, 220. - - SOTHIS, 28. - - Soubassement, 105. - - SOUDAN, 12, 83, 130, 169, 193, 220, 232, 234, 252, 288, 290. - - Sphéroïde (vase), 109 (80). - - Sphinx, 128, 150, 189 (153), 201, 214, 263. - - Statue, 112, 113, 144, 152, 153-158, 160, 197, 201, 202, 210, 213, - 214. - - Statuette, 210, 211 (174). - - Statuette funéraire, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 284. - - Stéatopygie, 84. - - Stèle, 104, 105, 114, 115, 119, 125, 138, 141, 143, 203, 280, 296. - - Store, 208. - - STRABON, 14, 31. - - Stuc, 260, 285. - - SUEZ, 196. - - Syphilis, 84. - - SYRIE, SYRIEN, 26, 127, 168, 190, 193, 220, 232, 234, 235, 243, 245, - 246, 247, 250, 252, 253, 255, 284, 288, 289, 290, 293, 294. - - Syringe, 270. - - -T - - Table d'offrandes, 143 (114, 115), 163. - - Tablette, 26, 236, 240 (202). - - TAFNEKHT, 252. - - TAHARQA, 253, 254. - - TAKELOT, 251. - - Talisman, 76. - - TANIS, 132, 250. - - TANOUTAMON, 254. - - TAOUSERT, 246. - - Tapis, 183. - - Tatouage, 86. - - TEKA, 51. - - TELL EL AMARNA, 26, 236, 237, 238, 239, 240, 241, 275, 281, 282. - - Temple, 106, 118, 131, 135, 136-138, 200, 201, 214, 233, 236, 262-270, - 276, 280. - - Tenture, 182. - - TÉOS, 258. - - Terrasse, 202, 268. - - Terre cuite, 74. - - TESH, 51. - - TETI, 131. - - Textes religieux, 164, 208, 227, 228. - - THEBES, 134, 190, 192, 194, 196, 200, 218, 235, 237, 238, 242, 250, - 251, 252, 253, 254, 261, 274, 287, 290, 291. - - Théologie, 165, 166. - - THII, 236. - - THINIS, 49, 98, 102. - - THOT, 39 (9), 42, 44, 45, 47, 48. - - THOUTMÈS I, 232 (195). - - THOUTMÈS II, 232. - - THOUTMÈS III, 26, 232, 233 (196), 259. - - THOUTMÈS IV, 229, 234 (197), 235. - - Tissage, 92, 182, 227 (190). - - Titulature, 101, 115-118, 124. - - Toilette, 166, 172 (132). - - Toit, 186. - - Tombeau, 31, 32, 33, 59, 64, 69, 76, 102-106, 119, 126, 135, 139-153, - 154, 158, 161, 162, 202-211, 268, 270-275, 277, 278, 280, 296. - - Tortue, 75. - - TOSORTHROS, 125. - - Totem, 93. - - TOUAA, 274. - - TOUAREGS, 62. - - TOUTANKHAMON, 240 (203), 242, 274. - - Traîneau, 187. - - Traité, 245. - - Transport, 219. - - Trésor, 263. - - Tribu, 41, 46 (v. Clan). - - Tribunal d'Osiris, 43. - - Troubleau, 177. - - Troupeau, 292, 293. - - Tuberculose, 84. - - TUNISIE, 245. - - TURIN, 23, 274. - - Turquoise, 217. - - TYPHON, 41. - - -U - - Ustensile, 32, 146, 274, 285. - - -V - - Vache, 178. - - Vaisseau, 186. - - Vannage, 181, 322 (260). - - Vannerie, 78, 80, 183, 282. - - Vase à parfum, 274. - - Vase en bois, 283. - - Vase en émail et en verre, 284. - - Vase en métal, 217, 283-284, 289. - - Vase en pierre, 59, 81, 92, 107-109, 163, 183, 187, 121, 208, 216-283, - 284. - - Vase en terre, 32, 73, 76-81, 107-108, 163, 209, 216. - - Vendange, 146, 181. - - Ventilation, 223. - - Vergue, 185. - - Verre, 284. - - Vêtement, 32, 41, 120, 146, 166, 170-171, 222, 274 (v. Costume). - - Viande, 73, 107. - - Vigne, 120, 181, 282 (243). - - Village, 64, 67-68, 80, 84, 93. - - Vilebrequin, 108. - - Ville, 41, 211, 219, 222. - - Vin, 107. - - Vizir, 166. - - Voile, 185, 186, 225. - - -X - - XOIS, 194. - - -Y - - YOUAA, 274. - - YOUNG, 17. - - -Z - - ZERAKH, 251. - -[Illustration: _Fig. 258._ Tête de femme (XVIIIe dynastie).] - - - - -[Illustration: _Fig. 259._ Moissonneurs portant la récolte (Tombeau -d'Anna, Thèbes, XVIIIe dynastie).] - - - - -BIBLIOGRAPHIE - -Liste des principaux ouvrages concernant les divers domaines de -l'Egyptologie. Les titres précédés d'un astérique sont ceux des livres -qu'on peut se procurer le plus facilement. - - -A. OUVRAGES GÉNÉRAUX - -I. HISTOIRE - - *FR. W. VON BISSING. _Geschichte Aegyptens im Umriss._ Berlin 1904. - - *J. H. BREASTED. _A History of Egypt._ New-York 1905. - - H. BRUGSCH. _Geschichte Aegyptens unter den - Pharaonen._ Leipzig 1877. - - *E. A. WALLIS BUDGE. _A History of Egypt._ 8 vol. - (Books on Egypt and Chaldaea IX-XVI.) Londres 1902. - - FR. LENORMANT. _Histoire Ancienne de l'Orient_. - T. II et III. Les Egyptiens (9e édit.). Paris 1887. - - *J. LIEBLEIN. _Recherches sur l'histoire et la - civilisation de l'ancienne Egypte._ Leipzig 1910-11. - - -- _Recherches sur la chronologie égyptienne._ Christiania 1873. - - F. J. LAUTH. _Aus Aegyptens Vorzeit._ Berlin 1881. - - G. MASPERO. _Histoire ancienne des peuples de - l'Orient classique._ 3 vol. Paris 1895-99. - - -- _Histoire ancienne des peuples de l'Orient_. - 1 vol. 6e édit. Paris 1904. - - ED. MEYER. _Geschichte des Altertums_ I et II. - (En cours de publication.) Stuttgart 1909. - - -- _Histoire de l'Antiquité._ I-VIII. - (En cours de publ.) Paris 1912. - - -- _Aegyptische Chronologie._ Berlin 1904. - - *W. FL. PETRIE. _A History of Egypt_. 3 vol. Londres 1899-1905. - - G. F. UNGER. _Chronologie des Manetho._ Berlin 1867. - - A. WIEDMANN. _Aegyptische Geschichte._ Gotha 1884. - - -LISTES ROYALES - - E. BRUGSCH et U. BOURIANT. _Le Livre des rois._ Le Caire 1887. - - E. A. WALLIS BUDGE. _The Book of the Kings of Egypt._ - 3 vol. Londres 1908. - - H. GAUTHIER. _Le Livre des rois d'Egypte._ 5 vol. - (Mém. de l'Inst. fr. d'Arch. orient. du Caire, - t. XVII-XXI.) Le Caire 1907-1918. - - C. R. LEPSIUS. _Königsbuch der alten Aegypter._ - 2 vol. Berlin 1858. - - -2. GÉOGRAPHIE - - E. AMÉLINEAU. _La géographie de l'Egypte à l'époque - copte._ Paris 1893. - - *K. BÆDEKER (G. STEINDORFF). _Egypte et Soudan._ - (3e édit. franç.) Leipzig 1898. - - *G. BENEDITE. _Egypte_ (Guide Joanne.) Paris 1900-1905. - - H. BRUGSCH. _Geographische Inschriften - altägyptischer Denkmäler._ 3 vol. Leipzig 1857-1860. - - -- _Dictionnaire géographique de l'ancienne Egypte._ Leipzig 1879. - - J. F. CHAMPOLLION. _L'Egypte sous les Pharaons._ - 2 vol. Paris 1814. - - J. DUMICHEN. _Geographie des alten Aegyptens_ - (dans MEYER. _Gesch. Aeg._ 1re edit.) Berlin 1887. - - -- _Zur Geographie des alten Aegyptens._ Leipzig 1894. - - J. DE ROUGÉ. _Géographie ancienne de la Basse - Egypte._ Leipzig 1894. - - _An atlas of ancient Egypt._ (Publ. of the Egypt - Exploration Fund.) Londres 1894. - - E. SCHIAPARELLI. _La Geografia dell'Africa - orientale._ Rome 1916. - - -3. RELATIONS EXTÉRIEURES - - F. W. VON BISSING. _Der Anteil der aegyptischen - Kunst am Kunstleben der Völker._ Munich 1912. - - W. M. MULLER. _Asien und Europa nach aegyptischen - Denkmälern._ Leipzig 1893. - - -- _Egyptological Researches_ (2 vol.). Washington 1906-1910. - - *W. M. FL. PETRIE. _Egypt and Israel._ Londres 1911. - - R. WEILL. _Recueil des inscriptions égyptiennes - du Sinaï._ Paris 1904. - - -4. CIVILISATION - - H. BRUGSCH. _Die Aegyptologie._ Leipzig 1891. - - F. CHABAS. _Etudes sur l'Antiquité historique._ - (3e édit.) Paris 1873. - - *AD. ERMAN-RANCKE. _Aegypten und aegyptisches - Leben im Altertum_ (2e édit.). Tübingen 1923. - - *V. LORET. _L'Egypte au temps des Pharaons._ Paris 1889. - - *G. MASPERO. _Lectures historiques._ Paris 1890. - - J. ROSELLINI. _I Monumenti dell'Egitto e della - Nubia._ (Vol. IV-VIII. Monumenti civili.). Pise 1843-36. - - *H. SCHNEIDER. _Kultur und Denken der alten - Aegypter._ Leipzig 1909. - - J. GARDNER WILKINSON. _The Manners and Customs of the - ancient Egyptians._ (4e éd. par S. BIRCH.) 3 vol. Londres 1878. - - A. WIEDEMANN. _Herodots zweites Buch._ Leipzig 1890. - - W. WRESZINSKI. _Atlas zur altägyptischen - Kulturgeschichte._ Leipzig 1914. - - -5. ART - - F. W. VON BISSING. _Denkmäler aegyptischer - Sculptur._ 1 vol. et 2 atlas. Leipzig 1908-13. - - L. BORCHARDT. _Die aegyptische Pflanzensäule._ Berlin 1897. - - J. CAPART. _L'art égyptien._ 2 vol. de planches. Bruxelles 1909-11. - - -- _Leçons sur l'art égyptien._ Bruxelles 1920. - - A. CHOISY. _L'art de bâtir chez les Egyptiens._ Paris 1904. - - G. FOUCART. _Histoire de l'ordre lotiforme._ Paris 1897. - - G. JÉQUIER. _Décoration égyptienne._ Paris 1911. - - -- _Les temples memphites et thébains._ Paris 1921. - - -- _Les temples ramessides et saïtes._ Paris 1923. - - -- _Les temples ptolémaïques et romains._ (sous presse). - - *G. MASPERO. _L'archéologie égyptienne._ Paris 1887. - - *-- _Egypte_ (collection «Ars una»). Paris 1912. - - G. PERROT ET CH. CHIPIEZ. _Histoire de l'Art - dans l'Antiquité._ I _Egypte._ Paris 1882. - - *W. M. FL. PETRIE. _Egyptian Decorative Art._ Londres 1895. - - *-- _Arts and Crafts of ancient Egypt._ Edimbourg 1909. - - *H. SCHAFER. _Von ägyptischer Kunst._ 2 vol. Leipzig 1920. - - *W. SPIEGELBERG. _Geschichte der aegyptischen - Kunst._ Leipzig 1903. - - -6. ÉCRITURE - -HIÉROGLYPHES - - PH. BERGER. _Histoire de l'écriture dans - l'antiquité_, p. 90-104. Paris 1891. - - F. LL. GRIFFITH. _Beni Hasan_ III. Londres 1896. - - -- _Hieroglyphs._ Londres 1898. - - -- _The Mastaba of Ptahhetep and Akhethetep._ I. Londres 1900. - - M. A. MURRAY. _Saqqara Mastabas_ I. Londres 1905. - - -HIÉRATIQUE - - AD. ERMAN. _Die Märchen des Papyrus Westcar_, t. II. Berlin 1890. - - S. LEVI. _Raccolta dei Signi ieratici egizi._ Turin 1882. - - G. MOLLER. _Hieratische Palaeographie._ 3 vol. Leipzig 1909-1913. - - -DÉMOTIQUE - - H. BRUGSCH. _Grammaire démotique._ Paris 1855. - - -7. LANGUE - -GRAMMAIRE - - H. BRUGSCH. _Hieroglyphische Grammatik._ Leipzig 1872. - - J. F. CHAMPOLLION. _Grammaire égyptienne._ Paris 1836. - - E. DRIOTON. _Cours de grammaire égyptienne._ Nancy 1922. - - AD. ERMAN. _Aegyptische Grammatik_ (3e éd.) Berlin 1911. - - V. LORET. _Manuel de la langue égyptienne._ Paris 1889. - - E. DE ROUGÉ. _Chrestomathie égyptienne_, 4 vol. Paris 1867-76. - - K. SETHE. _Das aegyptische Verbum._ 3 vol. Leipzig 1899. - - -DICTIONNAIRE - - H. BRUGSCH. _Hieroglyphisch-demotisches Wörterbuch._ - Vol. I-IV et suppl. Vol. V-VII. Leipzig 1867-82. - - AD. ERMAN, H. GRAPOW. _Aegyptisches Handwörterbuch._ Berlin 1904. - - S. LEVI. _Vocabolario geroglifico-copto-ebraico._ - Vol. I-IV et suppl. Vol. VII-VIII. Turin 1887-94. - - P. PIERRET. _Vocabulaire hiéroglyphique._ Paris 1875. - - -8. LITTÉRATURE - - *J. BREASTED. _Ancient Records of Egypt_, 5 vol. Chicago 1906-07. - - G. MASPERO. _Etudes égyptiennes._ Vol. I. Paris 1879. - - -- _Du genre épistolaire chez les Egyptiens._ Paris 1872. - - *-- _Les Contes populaires de l'Egypte ancienne._ - (4e édit.). Paris 1911. - - W. M. MULLER. _Die Liebespoesie der alten Aegypter._ Leipzig 1899. - - _Records of the Past._ Vol. II, IV, VI, VIII, X, XII. - Londres 1874-81. - - -9. RELIGION - - H. BRUGSCH. _Religion und Mythologie der alten - Aegypter._ Leipzig 1888. - - E. A. WALLIS BUDGE. _The Gods of the Egyptians_ - (2 vol.). Londres 1904. - - -- _Osiris and the Egyptian Resurrection_ (2 vol.). Londres 1911. - - *AD. ERMAN. _Die aegyptische Religion._ Berlin 1905. - - G. MASPERO. _Etudes de Mythologie et d'Archéologie - égyptiennes._ (Vol. I-VI. Bibliothèque - Egyptologique, t. I, II, VIII, IX, XXVII, XXVIII.) Paris 1893-1912. - - *ED. NAVILLE. _La Religion des Anciens Egyptiens_ - (Annales du Musée Guimet. Bibl. de Vulgarisation - t. XXIII.) Paris 1906. - - *W. M. FL. PETRIE. _Religion and Conscience in - Egypt._ Londres 1898. - - *_Personal Religion in Egypt before Christianity._ Londres 1909. - - P. PIERRET. _Essai sur la Mythologie égyptienne._ Paris 1879. - - *G. STEINDORF. _The Religion of the ancient - Egyptians._ New-York 1905. - - V. VON STRAUSS UND TORNEY. _Der altaegyptische - Götterglaube._ 2 vol. Heidelberg 1889. - - *A. WIEDEMANN. _Die Religion der alten Aegypter._ Münster 1890. - - -RITES - - *E. A. W. BUDGE. _The Liturgy of funerary - offerings_ (Books on Egypt and Chaldaea. Vol. XXV). Londres 1909. - - *-- _The Book of Opening the Mouth._ 2 vol. - (_ibid._ Vol. XXVI et XXVII). Londres 1909. - - H. KEES. _Der Opfertanz des aegyptischen Königs._ Leipzig 1912. - - E. LEFÉBURE. _Rites égyptiens._ (Publ. de l'Ecole - des Lettres d'Alger. IV.) Paris 1890. - - *A. MORET. _Du caractère religieux de la royauté - pharaonique_. (Annales du Musée Guimet. Bibl. - d'Etudes, t. XV.). Paris 1902. - - *-- _Le Rituel du Culte divin journalier en Egypte_ - (_ibid._ t. XIV). Paris 1902. - - E. SCHIAPARELLI. _Il Libro dei Funerali degli - antichi Egiziani_, 3 vol. et atlas de planches. Turin 1882. - - G. MASPERO. _Le rituel du sacrifice funéraire._ - Bibliothèque égyptologique I. p. 283-324. Paris 1893. - - -TEXTES ANCIENS - - - 1. _Livre des pyramides._ - - G. MASPERO. _Les Inscriptions des Pyramides de - Saqqarah._ (Extrait du Recueil de Travaux.) Paris 1894. - - K. SETHE. _Die altaegyptischen Pyramidentexte._ (En - cours de publication. 4 vol. parus.) Leipzig 1908. sq. - - - 2. _Textes funéraires du Moyen Empire._ - - P. LACAU. _Textes religieux._ (Parait dans le - Recueil de travaux. Vol. XXVI et suiv.) Paris 1904 sq. - - R. LEPSIUS. _Aelteste Texte des Todtenbuchs._ Berlin 1867. - - - 3. _Livre des morts._ - - *E. A. WALLIS BUDGE. _The Book of the Dead._ 3 vol. - (Texte, traduction et index.) Londres 1898. - - *P. LE PAGE RENOUF. _The Book of the Dead._ - Translation and commentary (Life-Work, vol. IV.) Paris 1907. - - R. LEPSIUS. _Das Todtenbuch der Aegypter._ Leipzig 1842. - - ED. SAVILLE. _Das aegyptische Totenbuch der_ - XVIII-XX. _Dyn_. 3 vol. Berlin 1886. - - G. MASPERO. _Le livre des morts._ Bibliothèque - égyptol. I. p. 325-387. Paris 1893. - - *P. PIERRET. _Le Livre des morts._ (2e édit.) trad. Paris 1907. - - W. PLEYTE. _Chapitres supplémentaires du Livre des - morts._ 3 vol. Leide 1881. - - *E. DE ROUGÉ. _Etudes sur le Rituel funéraire des - anciens Egyptiens._ Bibl. égyptol. XXIII. Paris 1910. - - - 4. _Livre de l'Am.-Douat._ - - G. JÉQUIER. _Le livre de ce qu'il y a dans l'Hadès._ Paris 1894. - - R. V. LANZONE. _Le domicile des Esprits._ Paris 1879. - - E. LEFÉBURE. _Le Tombeau de Seti Ier_ (Mém. de la - Mission franç. au Caire, t. II.) Paris 1886. - - G. MASPERO. _Les Hypogées royaux de Thèbes._ - (Bibliothèque égyptol. II, p. 1-181.) Paris 1893. - - - 5. _Ouvrages divers._ - - E. VON BERGMANN. _Das Buch vom Durchwandeln der - Ewigkeit._ Vienne 1877. - - E. CHASSINAT. _Le livre de protéger la barque divine._ - (Recueil de travaux XVI. p. 105-122.) Paris 1894. - - -- _Etude sur quelques textes de provenance thébaine._ - (Bulletin de l'Inst. fr. d'arch. or. du Caire, - III. 129-163.) Le Caire 1903. - - J. DE HORRACK. _Les lamentations d'Isis et de - Nephthys._ Paris 1866. - - -- _Le livre des respirations._ Paris 1877. - - H. JUNKER. _Die Stundenwachen in den - Osiris-Mysterien._ Vienne 1910. - - -- _Die Onurislegende._ Vienne 1917. - - J. LIEBLEIN. _Le livre égyptien «Que mon nom - fleurisse»._ Leipzig 1895. - - E. GRÉBAUT. _Hymne à Ammon-Râ._ Paris 1874. - - H. KEES. _Der Opfertanz des aegyptischen Königs._ Leipzig 1912. - - V. LORET. _Les fêtes d'Osiris au mois de Khoïak._ - (Recueil de travaux III-V.) Paris 1882-84. - - G. MASPERO. _Hymne au Nil._ Le Caire 1912. - - E. NAVILLE. _Textes relatifs au Mythe d'Horus._ Leipzig 1870. - - -- _La Litanie du Soleil._ Leipzig 1875. - - -- _La destruction des hommes par les dieux._ - (Transaction of the Soc. of Bibl. Arch. - IV et VIII.) Londres 1875-85. - - - 6. _Textes magiques._ - - F. CHABAS. _Le papyrus magique Harris._ Chalon 1860. - - AD. ERMAN. _Zaubersprüche für Mutter und Kind._ Berlin 1901. - - G. DARESSY. _Textes et dessins magiques._ - (Catal. gén. du Musée du Caire.) Le Caire 1903. - - W. GOLENISCHEFF. _Die Metternichstele._ Leipzig 1877. - - -10. PUBLICATIONS DE TEXTES - -MONUMENTS - - H. BRUGSCH. _Recueil de monuments égyptiens._ 6 vol. Leipzig 1861-83. - - -- _Thésaurus inscriptionum aegyptiacarum._ 6 vol. Leipzig 1883-91. - - J. F. CHAMPOLLION. _Monuments de l'Egypte et de la - Nubie._ 4 vol. de planches et 2 vol. - de texte. Paris 1835 sq. - - J. DUMICHEN. _Historische Inschriften altägyptischer - Denkmäler._ 2 vol. Leipzig 1867. - - -- _Altägyptische Kalenderinschriften._ Leipzig 1866. - - -- _Altägyptische Tempelinschriften._ 2 vol. Leipzig 1867. - - R. LEPSIUS. _Denkmaler aus Aegypten und Aethiopien._ - Planches 12 vol. Texte 5 vol. Berlin 1840 sq. - - J. ROSELLINI. _Monumenti dell'Egitto e della Nubia._ - Planches 3 vol. Texte 9 vol. Pise 1832-44. - - R. DE ROUGÉ. _Inscriptions hiéroglyphiques copiées - en Egypte._ 4 vol. Paris 1877-79. - - _Description de l'Egypte._ 1re édit. Planches. - 14 vol. Texte. 9 vol. Paris 1809 sq. - 2e édit. Planches 11 vol. Texte 26 vol. Paris 1821 sq. - - _Urkunden des aegyptischen Altertums._ En cours - de publication. Leipzig 1903 sq. - - _Archaelogical Survey of Egypt._ 24 vol. parus. Londres 1890 sq. - - -FOUILLES - - _Egypt Exploration Fund._ 37 vol. parus. Londres 1883 sq. - - _Egypt Research Account. British school of - Archaeology._ 18 vol. parus. Londres 1898 sq. - - _Deutsche Orient Gesellschaft._ Leipzig 1908 sq. - - _Services des Antiquités de l'Egypte._ - (Comptes rendus de fouilles). Le Caire 1894 sq. - - W. M. FLINDERS PETRIE. Publications diverses. Londres 1896 sq. - - -MUSÉES - - _Catalogue général des antiquités égyptiennes - du Musée du Caire._ 59 vol. parus depuis 1901. - - _Beschreibung der aegyptischen Sammlung .... in - Leiden._ 11 vol. parus depuis 1907. - - _Aegyptische Inschriften aus den Kg. Museen zu - Berlin._ 2 vol. parus depuis 1901. - - C. LEEMANS. _Monuments égyptiens du Musée - d'Antiquités des Pays-Bas_ à Leide. Leide 1832 sq. - - P. PIERRET. _Recueil d'inscriptions inédites du - Musée égyptien du Louvre._ 2 vol. Paris 1874-78. - - E. SCHIAPARELLI. _Museo archeologico di - Firenze.--Antichita Egizie._ Rome 1887. - - -PAPYRUS - - _Select papyri in the hieratic character from the - British Museum._ Londres 1841-60. - - _Hieratische Papyrus aus den kg. Museum zu Berlin._ - 5 vol. parus. Leipzig 1901 sq. - - S. BIRCH. _Inscriptions in the hieratic and demotic - character_ (British Museum). Londres 1868. - - -- _Facsimile of an egyptian hieratic papyrus of the - reign of Ramses_ III. Londres 1876. - - TH. DEVÉRIA. _Le papyrus judiciaire de Turin et les - papyrus Lee et Rollin_ (Bibliothèque - égyptologique V). Paris 1897. - - G. EBERS. _Papyros Ebers._ 2 vol. Leipzig 1875. - - A. EISENLOHR. _Ein mathematisches Handbuch der alten - Aegypter._ 2 vol. Leipzig 1877. - - AD. ERMAN. _Die Märchen des Papyrus Westcar_ (2 vol.). Berlin 1890. - - -- _Gespräch eines Lebensmüden mit seiner Seele._ Berlin 1896. - - A. GARDINER. _Egyptian hieratic texts._ - (En cours de publication.) Leipzig 1911 sq. - - -- _Admonitions of an aegyptian Sage._ Leipzig 1909. - - F. LL. GRIFFITH. _Hieratic papyri from Kahun - and Gurob._ Londres 1898. - - G. JÉQUIER. _Le Papyrus Prisse et ses variantes._ Paris 1910. - - A. MARIETTE. _Les papyrus égyptiens du Musée - de Boulaq._ Paris 1872-77. - - W. PLEYTE et F. ROSSI. _Les papyrus de Turin._ 2 vol. Leide 1869-76. - - G. REISNER. _The Hearst medical papyrus._ Leipzig 1905. - - W. WRESZINSKI. _Der grosse medizinische Papyrus des - Berliner Museums._ Leipzig 1909. - - -11. MÉMOIRES EN SÉRIES - - Mémoires publiés par les membres de la Mission - archéologique française au Caire. (16 vol.). Paris 1884-1897. - - Mémoires publiés par les membres de l'Institut - français d'archéologie orientale du Caire - (45 vol. parus). Le Caire 1902 sq. - - Bibliothèque égyptologique, contenant les oeuvres - des égyptologues français (25 volumes parus). Paris 1893 sq. - - Untersuchungen zur Geschichte und Altertumskunde - Aegyptens. (6 vol. parus.). Leipzig 1896 sq. - - Recueil d'Etudes égyptologiques dédiées à la mémoire - de J.-F. Champollion. Paris 1922. - - -12. PÉRIODIQUES - - Ancient Egypt. Londres dès 1914. - - Annales du Service des Antiquités de l'Egypte. Le Caire dès 1900. - - Bulletin de l'Institut français d'archéologie - orientale. Le Caire dès 1901. - - Journal of Aegyptian archeology. Londres dès 1914. - - Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne. - (Vol. I-III.) Paris 1872-77. - - Recueil de travaux relatifs à la philologie et à - l'archéologie égyptiennes et assyriennes. Paris dès 1870. - - Revue égyptologique. Paris dès 1880. - - Society of Biblical Archaeology. Transactions I-IX. - Londres 1872-93. Proceedings I-XL. Londres 1879-1918. - - Sphinx. Revue critique. (Vol. I-XXI.) Upsala 1897-1918. - - Zeitschrift für aegyptische Sprache und - Altertumskunde. Leipzig dès 1863. - - -B. OUVRAGES SPÉCIAUX - -1. ÉPOQUES PRÉDYNASTIQUE ET THINITE - - E. AMÉLINEAU. _Les nouvelles fouilles d'Abydos._ 4 vol. - Paris 1899 sq. - - -- _Le tombeau d'Osiris._ Paris 1899. - - E. AYRTON. _Predynastic cemetery at El Mahasna._ Londres 1911. - - J. CAPART. _Les débuts de l'art en Egypte._ Bruxelles 1909. - - J. GARSTANG. _Mahasna and Bet-Khallaf._ Londres 1902. - - J. DE MORGAN. _Recherches sur les Origines de - l'Egypte._ 2 vol. Paris 1896-97. - - W. M. FL. PETRIE, J. E. QUIBELL. _Nagada and Ballas._ Londres 1896. - - FL. PETRIE. _The Royal Tombs of the earliest dyn._ - 2 vol. Londres 1900-01. - - -- _Diospolis parva._ Londres 1901. - - -- _Abydos._ 2 vol. Londres 1902-03. - - J. E. QUIBELL. _Hieraconpolis._ 2 vol. Londres 1900 sq. - - -- _Archaïc objects_ (catal. gén. du Caire). Le Caire 1905. - - D. RANDALL-MACIVER. _El-Amrah and Abydos._ Londres 1902. - - G. REISNER. _The early dynastie cemeteries of - Naga-ed-Dêr._ Leipzig 1908. - - K. SETHE. _Beitrage zur ältesten Geschichte Aegyptens._ Leipzig 1905. - - R. WEIL. _Des monuments et de l'histoire des_ IIe - et IIIe _dynasties égyptiennes._ Paris 1908. - - -2. ANCIEN EMPIRE - - F. W. VON BISSING. _Die Mastaba des Gem-ni-kai._ 2 vol. - Berlin 1905 sq. - - -- _Das Rè-Heiligtum des Königs Ne-Woser-Rè._ 2 vol. Berlin 1905 sq. - - L. BORCHARDT. _Das Grabdenkmal des Königs Ne-User-Re._ Berlin 1907. - - -- _Das Grabdenkmal des Königs Nefer-ir-ke-Re._ Berlin 1909. - - -- _Das Grabdenkmal des Königs Sa-hu-Re._ 2 vol. Berlin 1910-13. - - J. CAPART. _Une rue de tombeaux à Saqqarah._ 2 vol. Bruxelles 1907. - - N. DE G. DAVIES. _Ptahhetep and Akhethetep._ 2 vol. Londres 1900. - - -- _The Rock-tombs of Sheikh-Said._ Londres 1901. - - -- _The Rock-tombs of Deir-el-Gebrawi._ 2 vol. Londres 1902. - - A. MARIETTE. _Les Mastabas de l'Ancien Empire._ Paris 1889. - - M. A. MURRAY. _Saqqara Mastaba_ I. Londres 1904. - - W. M. FL. PETRIE. _Medum._ Londres 1893. - - -- _Deshasheh._ Londres 1898. - - E. DE ROUGÉ. _Recherches sur les monuments qu'on peut - attribuer aux six premières dynasties de Manéthon._ Paris 1866. - - -3. MOYEN EMPIRE - - E. CHASSINAT et CH. PALANQUE. _Une campagne de - fouilles dans la nécropole d'Assiout._ Le Caire 1911. - - N. DE G. DAVIES, A. GARDINER. _The tomb of Antefoker._ Londres 1920. - - J. GARSTANG. _The Burial Customs of Ancient Egypt._ Londres 1907. - - J. E. GAUTIER, G. JEQUIER. _Mémoire sur les fouilles - de Licht._ Caire 1902. - - F. LL. GRIFFITH. _The Inscriptions of Siut and - Der-Rifeh._ Londres 1889. - - P. LACAU. _Sarcophages antérieurs au Nouvel Empire - thébain_ (2 vol.). Le Caire 1904. - - H. O. LANGE et H. SCHAEFER. _Grab und Denksteine - des Mittleren Reichs._ 4 vol. Berlin dès 1902. - - A. C. MACE, H. E. WINLOCK. _The Tomb of Senebtisi - at Lisht._ New-York 1916. - - J. DE MORGAN. _Fouilles à Dahchour._ 2 vol. Vienne 1895-1903. - - ED. NAVILLE. _The_ XIth _dynasty Temple at - Deir-el-Bahari._ 3 vol. Londres 1907 sq. - - P. E. NEWBERRY. _Beni Hasan._ 4 vol. Londres 1892 sq. - - -- _El Bersheh._ 2 vol. Londres 1894 sq. - - H. SCHÆFER. _Priestergräber .... vom Totentempel des - Ne-User-Rè._ Leipzig 1908. - - G. STEINDORFF. _Grabfunde des Mittleren Reichs._ - 2 vol. Berlin 1896 sq. - - -4. NOUVEL EMPIRE - - N. DE G. DAVIES. _The Rock-tombs of El-Amarna_ - (6 vol.). Londres 1903 sq. - - -- GARDINER. _The tomb of Amenemhèt._ Londres 1915. - - -- _The Tomb of Nakht at Thèbes._ New-York 1917. - - P. LACAU. _Stèles du Nouvel Empire._ Le Caire 1909. - - A. MARIETTE. _Abydos_ I. Paris 1880. - - -- _Karnak._ Leipzig 1875. - - ED. NAVILLE. _The Temple of Deir-el-Bahari._ 7 vol. Londres 1900. - - P. E. NEWBERRY. _The life of Rekmara._ Londres 1900. - - Mis OF NORTHAMPTON, W. SPIEGELBERG, P. NEWBERRY. - _Excavations in the Theban necropolis._ Londres 1908. - - K. SETHE. _Urkunden der_ XVIIIe _dynastie._ 4 vol. Leipzig 1906 sq. - - Mém. de la Mission archéologique française au Caire, - t. V. Paris 1894. - -[Illustration: _Fig. 260._ Vanneurs (tombeau de Nakht. Thèbes XVIIIe -dynastie).] - - - - -[Illustration: _Fig. 261._ Haches d'Ahmès I. d'après MARIETTE. _Album du -Musée de Boulaq_, pl. XXXI.] - - - - -TABLE DES GRAVURES - - - Pages - - Le «_Sheikh-el-beled_» statue en bois de l'Ancien Empire - (frontispice). - 1. Quelques lignes de la Pierre de Rosette 11 - 2. La table royale d'Abydos 22 - 3. Fragments du papyrus royal de Turin 23 - 4. Partie supérieure de la Pierre de Palerme 24 - 5. Panneau de la Salle des Ancêtres de Karnak 34 - 6. Rà dans la barque solaire 35 - 7. Ptah 37 - 8. Sekhet 38 - 9. Nouït portant la barque solaire: Shou et Qeb; Thot 39 - 10. Osiris et Isis 40 - 11. Anubis embaumeur 43 - 12. Set et Horus réunissant les deux parties du pays sous - l'autorité du roi 45 - 13. Les Enfants d'Horus 52 - 14. Poignard en silex 53 - 15-18. Instruments paléolithiques 61 - 19-21. Haches et herminette en silex 64 - 22-25. Couteaux et grattoirs en silex 65 - 26-29. Pointes de flèches en silex 66 - 30. Tombeau prédynastique 69 - 31. Tombeau prédynastique 70 - 32. Tombeau prédynastique 71 - 33. Couteau en silex 74 - 34-36. Plaques de schiste 75 - 37-41. Vases rouges à bord noir 77 - 42-46. Poterie rouge 77 - 47-49. Vases rouges à décor blanc 78 - 50-51. Vases à cordon 79 - 52-54. Vases peints 79 - 55. Vase peint 80 - 56-57. Poterie grossière 81 - 58. Sanctuaire primitif 84 - 59. Figurines d'ivoire d'époque archaïque 85 - 60. Bracelet en silex 86 - 61. Peigne en os 86 - 62-63. Massues 87 - 64. Harpon en os 88 - 65. Modèle de nacelle en terre cuite 90 - 66. Barque préhistorique. Graffito 91 - 67. Hippopotame en terre cuite 94 - 68. Vue perspective du tombeau de Negadah 95 - 69. Tête de Kha-Sekhemouï 101 - 70. Plan d'un tombeau royal à Abydos 103 - 71. Stèle royale d'Abydos 104 - 72. Tombe d'époque thinite 106 - 73. Jarre en terre 107 - 74-75. Vases cylindriques en terre 108 - 76-79. Coupes en pierre dure 108 - 80-81. Vases de pierre 109 - 82-83. Bracelets de la Ire dynastie 110 - 84. Poignard en silex à poignée d'or 110 - 85-86. Pointes de flèches 111 - 87. Plaque de schiste 112 - 88. Statue archaïque, Turin 112 - 89. Tablette en ébène 114 - 90. Empreinte de cylindre 114 - 91. Protocole du roi Amenemhat III 115 - 92. Noms de rois de la Ire dynastie 116 - 93. Nom du roi Perabsen 116 - 94. Nom du roi Kha-Sekhemouï 116 - 95. Nom du roi Den-Setouï 116 - 96. Chien en ivoire 122 - 97. La pyramide à degrés de Saqqarah 123 - 98. Bas-relief de Snefrou au Sinaï 126 - 99. Khéops 126 - 100. Dadefra 127 - 101. Khefren 127 - 102. La grande pyramide et le sphinx de Gizeh 128 - 103. Mycérinus 129 - 104. Neouserra 130 - 105. Pepi I 132 - 106. Merenra 132 - 107. Colonne palmiforme 136 - 108. Colonne papyriforme 136 - 109. Colonne lotiforme 136 - 110. Le temple du Soleil à Abousir 137 - 111. Plan d'un mastaba de la IVme dynastie 140 - 112. Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah 141 - 113. Fausse-porte de la Vme dynastie 142 - 114-115. Tables d'offrandes de l'Ancien Empire 143 - 116. Mastabas près de la grande pyramide 144 - 117. Sarcophage de Khoufou-Ankh 145 - 118. Plan du tombeau de Ti 146 - 119. Pyramide de Moïdoum 148 - 120. Coupe de la pyramide de Khéops 149 - 121. Chapelle funéraire de Sahoura 151 - 122. Statue de Ra-Nofer 153 - 123. Scribe agenouillé 154 - 124. Groupe de l'Ancien Empire 155 - 125. Tête du Sheikh-el-Beled 156 - 126. Tête du scribe accroupi (Musée du Caire) 156 - 127. Statue de Khefren 157 - 128. Bas relief du Mastaba de Ptahhotep à Saqqarah 159 - 129. Peinture d'un tombeau de Meïdoum 162 - 130. Panneau de Hosi 164 - 131. Costumes de l'Ancien Empire 171 - 132. Ptahhotep à sa toilette 172 - 133. Chasse et pêche au marais 174 - 134. Chasse au lasso 174 - 135. Chasse au filet 175 - 136. Scènes de pêche 176 - 137. Basse-cour 177 - 138. Engraissage des boeufs 178 - 139. Antilopes. Engraissage des hyènes 178 - 140. Labourage et semailles 179 - 141. Scène de moisson 180 - 142. Dépiquage du grain 180 - 143. Foulage et pressurage du raisin 181 - 144. Récolte du lin 181 - 145. Tressage de nattes 182 - 146. Menuisiers 183 - 147. Orfèvres et Joailliers 184 - 148. Litière 184 - 149. Fabrication de nacelles 185 - 150. Barque (IVme dynastie) 185 - 151. Scène de marché 186 - 152. Forage de vases de pierre 187 - 153. Sphinx du Moyen Empire 189 - 154. Mentouhotep IV (?) 190 - 155. Senousrit I 191 - 156. Senousrit III 192 - 157. Amenemhat III 193 - 158. Neferhotep 195 - 159. Tête d'un roi hyksos 196 - 160. Poignard d'Apepi 197 - 161. Tête de la momie de Seqnenra 198 - 162. Reconstitution du monument de Mentouhotep II 201 - 163. Pyramide de Senousrit III à Dahchour 202 - 164. Façade de tombeau à Beni Hassan 204 - 165. Tombeau de Beni Hassan 205 - 166. Masque de momie 205 - 167. Momie du Moyen Empire 206 - 168. Sarcophage du Moyen Empire 206 - 169. Intérieur d'un sarcophage 207 - 170. Sarcophage anthropoïde 208 - 171. Canope du Moyen Empire 209 - 172. Statuette de serviteur 209 - 173. Modèle de barque 210 - 174. Statuette de bois 211 - 175. _Oushabti_ du Moyen Empire 211 - 176. Modèle de maison en terre cuite 212 - 177. Attaque d'une forteresse 212 - 178. Statues de Senousrit I. Licht 213 - 179. Statue du roi Hor 214 - 180. Bas-relief de Koptos 215 - 181. Vase en cornaline 216 - 182. Vase en lapis-lazuli 216 - 183. Pectoral de Senousrit II 216 - 184. Couronne en or 217 - 185. Groupes de soldats d'un prince de Siout 218 - 186. Nomades sémites 221 - 187. Parc de chasse 223 - 188. Barque à voile carrée 225 - 189. Menuisiers 226 - 190. Femmes filant et tissant 227 - 191. Une page du papyrus Prisse 227 - 192. Bijou de la XIIme dynastie 228 - 193. Panneau du char triomphal de Thoutmès IV 229 - 194. Aménophis I, Turin 231 - 195. Tête de la momie de Thoutmès I 232 - 196. Thoutmès III 233 - 197. Tête de la momie de Thoutmès IV 234 - 198. Sphinx d'Aménophis III 235 - 199. Buste de Khounaten 236 - 200. Adoration d'Aten. Tell el Amarna 238 - 201. Peinture de Tell el Amarna 239 - 202. Tablette de Tell el Amarna 240 - 203. Toutankhamon 240 - 204. Horemheb 241 - 205. Tête de la momie de Séti I 242 - 206. Campagnes de Séti I (Temple de Karnak) 243 - 207. Tête de la momie de Ramsès II 244 - 208. Tête de la momie de Menephtah 245 - 209. Tête de la momie de Ramsès III 246 - 210. Bataille contre les Philistins 247 - 211. Bataille navale sous Ramsès III 248 - 212. Osorkon I 251 - 213. Rois et princes faisant leur soumission à Piânkhi 252 - 214. Psammétique I 254 - 215. Apriès 255 - 216. Amasis 256 - 217. Nectanébo I 258 - 218. Fragment d'un dallage peint 260 - 219. Maison et jardin 261 - 220. Pavillon de Ramsès III à Medinet-Habou 262 - 221. Plan du temple de Khonsou à Karnak 263 - 222. Pylone du temple de Louxor 264 - 223. Temple de Khonsou à Karnak 264 - 224. Cour du temple de Louxor (Aménophis III) 265 - 225. Cour du temple de Medinet-Habou (Ramsès III) 265 - 226. Salle hypostyle de Karnak (Séti I) 266 - 227. Salle hypostyle du Ramesseum (Ramsès II) 266 - 228. Bas-relief du temple de Karnak (Séti I) 267 - 229. Bas-relief du temple de Séti I à Abydos 267 - 230. Barque sacrée d'Amon à Abydos 269 - 231. Plan du tombeau de Ramsès IV 270 - 232. Tombeau d'un particulier 271 - 233. Momie de Siphtah 272 - 234. Sarcophage, cercueils, caisse à canopes 273 - 235. Statue de Ramsès II, à Turin 276 - 236. Ramsès II présentant une offrande 277 - 237. Statuette en bois du musée de Turin 277 - 238. _Oushabtis_ du Nouvel Empire 278 - 239. Groupe d'époque saïte 279 - 240. La reine Karomama. Bronze incrusté 280 - 241. Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha 280 - 242. Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna 281 - 243. Cueillette des raisins 282 - 244. Bijou de la XIXme dynastie 283 - 245. Vases d'albâtre. (XVIIIme dynastie) 284 - 246. Fauteuil en bois doré 285 - 247. Cuillère à parfums 286 - 248. Syriens apportant des vases 288 - 249. Soldats égyptiens 290 - 250. Vaisseaux de l'expédition de Hatshepsou au pays de Pount 291 - 251. Scènes de labour et de semailles 292 - 252. Atelier de chaudronnerie 294 - 253. Atelier de cordonniers 295 - 254. Ostracon hiératique 296 - 255. Fragment d'un contrat démotique 297 - 256. Aménophis fils de Paapis 298 - 257. Repas et danseuses 299 - 258. Tête de femme (XVIIIme dynastie) 312 - 259. Moissonneurs portant la récolte 313 - 260. Vanneurs 322 - 261. Haches d'Ahmès I 323 - 262. Coffret à oushabtis. Turin 328 - 263. Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIme dyn. 329 - 264. Buste de princesse (XIXme dynastie) 332 - - -La vignette de la couverture représente un sphinx de Thoutmès III, au -Musée du Caire, d'après une photographie de E. Brugsch-Pacha. - -[Illustration: _Fig. 262._ Coffret à oushabtis. Turin (d'ap. PETRIE. -_Photographs_, No 183).] - - - - -[Illustration: _Fig. 263._ Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIe -dynastie (d'après JÉQUIER. _Décor égypt_., pl. XXXIII).] - - - - -TABLE DES MATIÈRES - - - Pages - - Préface 9 - - Chap. I. LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE 11 - - _Sources classiques_ 13 - _La Description de l'Egypte_ 16 - _Déchiffrement des hiéroglyphes_ 17 - _Progrès de l'égyptologie_ 19 - _Listes royales_ 21 - _Documents historiques divers_ 25 - _Chronologie_ 27 - _La civilisation égyptienne_ 29 - - Chap. II. L'ÉGYPTE LÉGENDAIRE 35 - - A. LES DYNASTIES DIVINES 36 - - _Les dieux cosmiques_ 36 - _Osiris et son cycle_ 40 - - B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MÂNES 47 - - C. LA CHRONOLOGIE LÉGENDAIRE 49 - - Chap. III. L'ÉGYPTE ARCHAIQUE 53 - - I. Paléolithique 60 - - II. Prédynastique 63 - - A. MONUMENTS 63 - - _Silex_ 64 - _Villages_ 67 - _Tombeaux_ 68 - _Mobilier funéraire_ 73 - _Céramique_ 76 - - B. CIVILISATION 81 - - _Le pays_ 82 - _La race_ 83 - _Habitations_ 84 - _Costume et parure_ 85 - _Chasse et pêche_ 86 - _Elevage. Agriculture_ 89 - _Navigation_ 90 - _Commerce extérieur_ 91 - _Arts et métiers_ 91 - _Organisation sociale et politique_ 93 - - Chap. IV. ÉPOQUE THINITE (De 4000 à 3400 av. J.-C. env.) 95 - - A. HISTOIRE ET TRADITION 98 - - B. MONUMENTS 102 - - _Tombeaux_ 102 - _Mobilier funéraire_ 106 - _Inscriptions_ 113 - - C. CIVILISATION 118 - - _Royauté_ 118 - _Tribus_ 118 - _Fonctionnaires_ 119 - _Peuple_ 119 - _Commerce extérieur_ 121 - - Chap. V. ANCIEN EMPIRE (De 3400 à 2200 av. J.-C. env.) 123 - - A. HISTOIRE 123 - - _IIIme dynastie_ 124 - _IVme dynastie_ 125 - _Vme dynastie_ 129 - _VIme dynastie_ 131 - _La fin de l'empire memphite_ 133 - - B. MONUMENTS 135 - - _Architecture_ 135 - _Temples_ 136 - _Mastabas_ 139 - _Pyramides_ 148 - _Sculpture_ 153 - _Peinture_ 161 - _Objets usuels_ 162 - _Inscriptions_ 163 - - C. CIVILISATION 165 - - _Royauté et gouvernement_ 165 - _Relations extérieures_ 168 - _Famille_ 169 - _Vêtement_ 170 - _Mobilier. Habitation_ 173 - _Chasse et pêche_ 173 - _Elevage_ 177 - _Agriculture_ 179 - _Métiers_ 182 - _Navigation_ 184 - - Chap. VI. MOYEN EMPIRE (De 2200 à 1500 av. J.-C. env.) 189 - - A. HISTOIRE 189 - - _XIme dynastie_ 189 - _XIIme dynastie_ 191 - _XIIIme et XIVme dynasties_ 194 - _Les Hyksos_ 195 - _XVIIme dynastie_ 197 - _Chronologie_ 198 - - B. MONUMENTS 200 - - _Architecture_ 200 - _Sculpture_ 212 - _Peinture_ 215 - _Arts industriels_ 216 - - C. CIVILISATION 217 - - _Royauté_ 217 - _Gouvernement_ 219 - _Relations extérieures_ 220 - _Vie privée_ 222 - _Chasse et pêche_ 224 - _Agriculture et élevage_ 224 - _Navigation_ 225 - _Industrie_ 226 - _Littérature_ 227 - - Chap. VII. NOUVEL EMPIRE (De 1500 à 332 av. J.-C.) 229 - - A. HISTOIRE 229 - - _XVIIIme dynastie_ 230 - _Les rois hérétiques_ 236 - _XIXme dynastie_ 242 - _XXme dynastie_ 246 - _XXIme dynastie_ 250 - _XXIIme dynastie_ 250 - _XXIIIme dynastie_ 251 - _XXIVme dynastie_ 252 - _XXVme dynastie_ 253 - _XXVIme dynastie_ 254 - _Epoque perse_ (dynasties XXVII à XXX) 257 - _L'Exode des Hébreux_ 259 - - B. MONUMENTS 259 - - _Architecture_ 260 - _Temples_ 262 - _Tombeaux_ 270 - _Sculpture_ 275 - _Peinture_ 280 - _Arts industriels_ 283 - - C. CIVILISATION 285 - - _Royauté_ 285 - _Gouvernement_ 287 - _Relations extérieures. Commerce_ 287 - _Vie civile. Vêtement_ 289 - _Armée_ 289 - _Marine_ 291 - _Agriculture. Elevage_ 292 - _Pêche et chasse_ 293 - _Industrie_ 294 - _Langue et littérature_ 294 - - INDEX 299 - - BIBLIOGRAPHIE 313 - - TABLE DES GRAVURES 323 - -[Illustration: _Fig. 264._ Buste de princesse (XIXe dyn.) photographie -de E. Brugsch-Pacha.] - - - - - ACHEVÉ D'IMPRIMER - LE DIX FÉVRIER MIL NEUF CENT VINGT-CINQ - PAR LA - SOCIÉTÉ D'IMPRIMERIE D'AMBILLY S. A. - A ANNEMASSE (HAUTE-SAVOIE) - POUR LA LIBRAIRIE PAYOT--PARIS - - - * * * * * - - -Note de transcription détaillée: - -Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. -L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. En -particulier: - - - les années sont parfois écrites avec un séparateur de milliers, - parfois sans, - - beaucoup de noms propres ont une accentuation et capitalisation - variable, comme pour Amenophis / Aménophis, - Ne-User-Rè / Ne-user-Ré / Ne-user-Re ou encore ka / Ka. - -En revanche, la ponctuation dans les notes et la bibliographie a été -harmonisée afin d'en améliorer la présentation. - -Les notes en marge, qui denotaient une nouvelle section ont été -intégrées au texte, en tant que titre de section. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la civilisation égyptienne, by -Gustave Jéquier - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE--CIVILIZATION EGYPTIENNE *** - -***** This file should be named 43924-8.txt or 43924-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/3/9/2/43924/ - -Produced by Júlio Reis, Bibimbop, Leonor Silva and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. Special rules, -set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to -copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to -protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project -Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you -charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you -do not charge anything for copies of this eBook, complying with the -rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose -such as creation of derivative works, reports, performances and -research. They may be modified and printed and given away--you may do -practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is -subject to the trademark license, especially commercial -redistribution. - - - -*** START: FULL LICENSE *** - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project -Gutenberg-tm License available with this file or online at - www.gutenberg.org/license. - - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm -electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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There are a lot of things you can do with Project -Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement -and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic -works. See paragraph 1.E below. - -1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation" -or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project -Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the -collection are in the public domain in the United States. If an -individual work is in the public domain in the United States and you are -located in the United States, we do not claim a right to prevent you from -copying, distributing, performing, displaying or creating derivative -works based on the work as long as all references to Project Gutenberg -are removed. 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Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. 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