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-The Project Gutenberg EBook of Histoire de la civilisation égyptienne, by
-Gustave Jéquier
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: Histoire de la civilisation égyptienne
- Des origines à la conquête d'Alexandre
-
-Author: Gustave Jéquier
-
-Release Date: October 10, 2013 [EBook #43924]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE--CIVILIZATION EGYPTIENNE ***
-
-
-
-
-Produced by Júlio Reis, Bibimbop, Leonor Silva and the
-Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
-
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-
-Note de transcription:
-
-Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
-L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. Voir
-la note plus détaillée à la fin de ce livre.
-
-
-
-
- HISTOIRE
-
- DE LA
-
- CIVILISATION ÉGYPTIENNE
-
-
-
-
-DU MÊME AUTEUR
-
-
-_Le livre de ce qu'il y a dans l'Hadès._ (Bibliothèque de l'Ecole
-des Hautes Etudes, t. XCVII.)--Paris, E. Bouillon, 1894.
-
-_Catalogue des Monuments et Inscriptions de l'Egypte antique_, t.
-I à III (en collaboration avec J. de Morgan, U. Bouriant, G.
-Legrain et A. Barsanti).--Vienne, Holzhausen, 1894-1909.
-
-_Mémoire sur les Fouilles de Licht_ (en collaboration avec J.-Et.
-Gautier). Mémoires de l'Institut français d'Archéologie orientale
-du Caire, t. VI.--Le Caire, 1902.
-
-_Monuments pour servir à l'étude du culte d'Atonou en Egypte_ (en
-collaboration avec U. Bouriant et G. Legrain). Mémoires de
-l'Institut français d'Archéologie orientale du Caire, t. VIII.--Le
-Caire, 1903.
-
-_Le Papyrus Prisse et ses variantes._--Paris, P. Geuthner, 1911.
-
-_Décoration égyptienne._ Plafonds et frises végétales du Nouvel
-Empire Thébain.--Paris, Eggimann, 1911.
-
-_Le tissage aux cartons et son utilisation décorative dans
-l'Egypte ancienne_ (en collaboration avec A. van
-Gennep.)--Neuchâtel, 1916.
-
-_Les frises d'objets des sarcophages du Moyen Empire._ Mémoires de
-l'Institut français d'Archéologie orientale du Caire, t.
-XLVII.--Le Caire, 1921.
-
-_Matériaux pour servir à l'établissement d'un dictionnaire
-d'archéologie égyptienne._ Bulletin de l'Institut français
-d'Archéologie orientale du Caire, t. XIX.--Le Caire, 1922.
-
-_L'Architecture et la décoration dans l'Ancienne Egypte_:
-
- I. _Les temples memphites et thébains_;
- II. _Les temples ramessides et saïtes_;
- III. _Les temples ptolémaïques et romains._--Paris,
- Morancé, 1921 et 1923.
-
-
-
-
- GUSTAVE JEQUIER
-
- PROFESSEUR D'ÉGYPTOLOGIE A L'UNIVERSITÉ DE NEUCHATEL
- CORRESPONDANT DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES
-
-
-
-
- HISTOIRE
-
- DE LA CIVILISATION
-
- ÉGYPTIENNE
-
- DES ORIGINES A LA CONQUÊTE D'ALEXANDRE
-
- Ouvrage orné de 265 gravures
- Nouvelle édition revue
-
-[Illustration]
-
- PAYOT, PARIS
-
- 106, BOULEVARD ST-GERMAIN
-
- 1925
-
- _Tous droits réservés_
-
-
-_Premier tirage Juin 1913_
-
-_Deuxième tirage Décembre 1923_
-
-_Troisième tirage Janvier 1925_
-
-Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés pour
-tous pays.
-
-Copyright 1913, by Payot & Cie.
-
-
-
-
-[Illustration: Le «Sheikh-el-Beled» (d'après MARIETTE. _Album du Musée
-de Boulaq_, pl. 18).]
-
-
-
-
-[Décoration]
-
-
-
-
-_PRÉFACE_
-
-
-_Une Egypte immuable, figée dans sa civilisation hiératique depuis
-l'aube la plus lointaine de l'histoire jusqu'au moment où elle tombe
-entre les mains des Grecs, une Egypte entièrement séparée du reste de
-l'humanité et n'ayant exercé aucune influence sur le développement du
-monde ancien, telle est la double légende qui, dans le public lettré
-d'aujourd'hui, est encore considérée presque comme un axiome, comme une
-de ces vérités élémentaires devant lesquelles on s'incline sans
-discuter. Et pourtant cette légende, si l'on en cherche l'origine,
-repose sur bien peu de chose, sur les impressions de quelques voyageurs
-qui parcoururent la vallée du Nil à une époque où l'état de la science
-ne permettait pas encore une étude rationnelle et fructueuse des
-monuments._
-
-_Les Grecs, si fiers de leur supériorité sur les autres peuples, n'ont
-cependant jamais rangé les Egyptiens parmi les barbares; bien plus, ils
-reconnaissent hautement, à l'occasion, la part prédominante de l'Egypte
-dans la naissance et le développement de leur propre civilisation et ne
-font aucune difficulté pour avouer qu'à la base même de la culture
-grecque, on trouve des racines égyptiennes. Il eût été du reste bien
-invraisemblable qu'un pays qui comme l'Egypte était arrivé à un très
-haut degré de civilisation alors que ses voisins en étaient encore à
-l'état primitif, n'exerçât pas sur eux une influence considérable. En
-effet, plus nous apprenons à connaître l'Egypte et les peuples
-méditerranéens anciens, plus nous retrouvons de traces de cette
-influence; tous ont puisé à cette source la force nécessaire pour se
-développer, et s'ils ont transformé ce qu'ils ont emprunté, chacun
-suivant son génie naturel, il n'en est pas moins vrai que c'est la
-civilisation égyptienne qui a le plus contribué à faire prospérer toutes
-les autres, et que par suite nous avons envers elle une lourde dette de
-reconnaissance._
-
-_Depuis la découverte des hiéroglyphes, tous les travaux entrepris au
-sujet des monuments anciens de l'Egypte montrent clairement que la
-civilisation de ce pays, comme partout ailleurs, eut ses alternatives de
-croissance, de grandeur et de décadence, et plus les travaux se
-spécialisent, plus les différences entre les époques s'accusent.
-Jusqu'ici cependant, la tendance de certains ouvrages d'ensemble a été
-d'insister sur la ligne générale, de chercher à présenter un tout
-homogène plutôt que de différencier les périodes, ce qui ne pouvait
-qu'accréditer toujours davantage dans le public la vieille légende de
-l'Egypte immuable._
-
-_Le but de ce petit livre est de réagir contre ces idées erronées,
-d'étudier successivement toutes les grandes étapes de la civilisation
-égyptienne, de montrer les progrès réalisés peu à peu malgré les
-secousses et les changements de régime, en groupant les résultats acquis
-autour d'un rapide aperçu de l'histoire elle-même, comme aussi
-d'indiquer la naissance des arts, des industries, des différentes
-branches de la civilisation égyptienne, leur expansion progressive dans
-les pays limitrophes, et la part qui leur revient dans le développement
-de la culture générale._
-
- _G. J._
-
-[Décoration]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 1._ Quelques lignes de la Pierre de Rosette
-(d'après LEPSIUS. _Auswahl der wichtigsten Urkunden_, pl. XVII).]
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE
-
-
-Isolée comme est l'Egypte par la mer et les déserts, son développement
-devait être original. Ce pays favorisé par la nature, avec son climat
-chaud et son sol d'une fertilité exceptionnelle, toujours renouvelé par
-les inondations du Nil et livrant généreusement à l'homme tout ce qui
-peut lui être nécessaire pour vivre, était destiné à devenir un des
-berceaux de la civilisation; ici l'homme n'avait pas besoin, comme
-ailleurs, d'efforts répétés et incessants pour s'assurer une maigre
-subsistance et une existence précaire: il n'avait qu'à se laisser vivre
-et il lui suffisait d'un léger travail pour réaliser un sérieux progrès
-de bien-être. Défendue naturellement de trois côtés, par la Méditerranée
-et les déserts arabique et lybique, l'Egypte n'avait que peu de chose à
-craindre du côté de ses voisins plus ou moins turbulents et, à l'origine
-tout au moins, elle n'eut pas, semble-t-il, à subir de ces
-bouleversements qui arrêtent parfois pour longtemps une civilisation
-naissante. Ce n'est pas la lutte pour la vie qui est la cause du
-développement intellectuel et industriel des premiers Egyptiens, mais le
-besoin instinctif d'augmenter le bien-être dont la nature avait déjà
-largement pourvu les habitants de ce pays privilégié.
-
-Il ne faut pas songer à établir combien de siècles ou de milliers
-d'années dura cette période de travail latent, de développement
-progressif, à laquelle nous appliquons le terme peu précis de
-préhistorique. Toujours est-il que vers 4.000 avant J.-C, à une époque
-où la barbarie la plus absolue régnait sur le reste du monde et où seule
-la Babylonie, autre berceau de la civilisation, et peut-être aussi la
-Chine, pourraient montrer un état analogue, nous trouvons en Egypte un
-royaume constitué régulièrement et solidement, une race possédant une
-langue qui présente déjà certains caractères de décadence et une
-écriture compliquée mais parfaite en son genre, un peuple sachant
-utiliser tous les matériaux pour la construction de monuments
-importants, et déjà très avancé dans la connaissance et l'exercice des
-arts, un peuple industriel en possession des métaux et pour lequel
-l'agriculture et l'élevage du bétail n'ont plus de secrets. Une force
-pareille ne pouvait rester confinée dans un petit pays comme l'Egypte et
-devait nécessairement rayonner au dehors, les défenses naturelles, mer
-et déserts, ne pouvant entraver une expansion toute pacifique, et peu à
-peu le commerce s'établissait, vers le Soudan d'abord, sans doute, puis
-vers la Palestine et les pays situés plus au nord. Les fouilles récentes
-pratiquées en Crète montrent l'influence considérable qu'exerça l'Egypte
-sur les civilisations naissantes de la Grèce et de l'Archipel et cela
-dès l'Ancien Empire, donc pendant le quatrième millénaire avant J.-C.
-aussi bien que pendant la période mycénienne; ainsi se confirment les
-légendes où les Grecs reconnaissaient eux-mêmes le rôle qu'avait joué
-vis-à-vis de leurs ancêtres directs ce peuple paisible, industrieux,
-artiste et commerçant.
-
-
-_Sources classiques_
-
-Il y a cent ans, tout ce qu'on savait de l'Egypte antique, de son
-histoire et de sa religion aussi bien que de ses moeurs et coutumes, se
-réduisait aux données fournies par des écrivains étrangers au pays, en
-particulier par les auteurs classiques, à côté desquels il n'y a guère à
-signaler que les renseignements disséminés dans les livres de l'Ancien
-Testament. Parmi les Grecs qui écrivirent sur l'Egypte, le premier rang,
-tant par la date que par la valeur de son oeuvre, appartient sans
-contredit à Hérodote, qui nous trace un tableau des plus remarquables de
-l'état du pays à son époque, tableau plein de détails piquants saisis
-sur le vif par un observateur sûr et avisé, mais mélangés de contes
-invraisemblables, de racontars de toute sorte, recueillis avec le plus
-grand sérieux et une inlassable confiance dans les drogmans de son
-temps, qui étaient sans doute aussi peu instruits et aussi peu
-scrupuleux que de nos jours. Quoi qu'il en soit, et bien qu'il soit
-souvent difficile d'y distinguer le vrai du faux, cet ouvrage, qui forme
-l'ensemble le plus complet que nous aient donné les auteurs anciens sur
-l'Egypte, était et est encore considéré à juste titre comme la base de
-tout travail général sur les peuples de la vallée du Nil, et l'auteur de
-la phrase fameuse: «l'Egypte est un don du Nil» mérite de conserver, en
-ce qui concerne ce pays aussi, son titre de «père de l'histoire». Pour
-compléter les renseignements d'ordres si divers que donne Hérodote, on
-avait encore ceux que fournissent d'autres auteurs moins anciens--et
-parfois aussi moins dignes de foi--tels que Diodore de Sicile, Pline le
-Jeune, Strabon et certains historiens de second ordre dont quelques
-fragments seulement nous sont parvenus. Pour l'écriture sacrée, on
-pouvait consulter les Hiéroglyphiques d'Horapollon, et, pour la
-religion, Hermès Trismégiste et surtout le livre de Plutarque sur Isis
-et Osiris, qui est encore aujourd'hui le document le plus important, le
-tableau d'ensemble le plus parfait d'un des mythes fameux de l'antiquité
-orientale. Concernant l'histoire proprement dite enfin, on avait
-composé, sur la demande des Ptolémées, des ouvrages spéciaux donnant la
-liste des rois, la longueur de leurs règnes, quelques détails sur les
-plus importants d'entre eux, en somme une sorte de classification
-méthodique de l'histoire, basée sur des documents originaux. Telles
-étaient la liste d'Eratosthène dont quelques fragments nous sont
-parvenus, recueillis par Apollodore, puis d'après celui-ci par Georges
-le Syncelle, et surtout les Aegyptiaca de Manéthon. Ce livre, écrit au
-IIIme siècle avant notre ère, est aujourd'hui perdu, de même que son
-Livre de Sothis, qui traitait du même sujet, mais surtout au point de
-vue chronologique: des fragments en ont cependant été recueillis par
-Josèphe, ceux en particulier qui concernaient le séjour des Juifs en
-Egypte, tandis que certains auteurs, entre autres l'Africain et Eusèbe,
-en avaient tiré une sorte de résumé, d'_epitome_, donnant seulement la
-liste des dynasties, le nombre d'années pendant lequel elles régnèrent
-et, pour les plus illustres d'entre elles, les noms des rois et un bref
-récit de leur carrière. Au temps où l'on ne connaissait l'Egypte que par
-les auteurs grecs, cette sèche énumération de chiffres et de noms
-barbares, plus ou moins travestis, ne pouvait guère attirer l'attention
-des savants qui n'avaient aucun point de comparaison; depuis que nous
-sommes en possession des monuments originaux, ce petit opuscule, tronqué
-et mutilé, qui ne nous est parvenu que par ricochet, est devenu une des
-sources les plus précieuses de l'histoire d'Egypte, car on a pu
-reconnaître qu'il avait été composé d'après des documents authentiques,
-des listes comme celle du papyrus de Turin, et que la division en
-dynasties est parfaitement justifiée. Ce n'est toutefois pas impunément
-qu'un livre passe entre les mains de tant d'auteurs successifs qui se
-recopient les uns les autres. C'est par l'entremise de Georges le
-Syncelle que nous sont parvenus les extraits de l'Africain et d'Eusèbe,
-aussi les fragments de Manéthon contiennent-ils bien des incorrections,
-des transpositions, des erreurs de chiffres, et on ne peut en faire
-usage qu'avec la plus grande circonspection: ainsi les trente dynasties
-semblent d'après lui se succéder régulièrement, tandis que très
-probablement il y en eut de collatérales, ce qui peut diminuer, dans des
-proportions très importantes, la somme totale des années que dura la
-monarchie égyptienne.
-
-Cette rapide énumération des principaux auteurs grecs et latins qui ont
-parlé de l'Egypte suffira pour qu'on puisse se rendre compte de la
-valeur très réelle et en même temps de l'insuffisance de ces documents
-au point de vue de la connaissance du peuple qui habitait la vallée du
-Nil dans l'antiquité; quant aux nombreuses et très précieuses données
-que renferment les livres de l'Ancien Testament sur le séjour des
-Hébreux en Egypte et les relations des rois de Juda et d'Israël avec les
-Pharaons, elles sont trop connues pour qu'il soit nécessaire d'y revenir
-ici.
-
-
-_La description de l'Egypte_
-
-Voilà donc à quoi se réduisait, il y a un siècle, le bagage scientifique
-dont on pouvait disposer en ce qui concerne l'Egypte; quelques
-voyageurs, il est vrai, comme Chardin, Pockoke et d'autres, après avoir
-parcouru le pays, en avaient publié des descriptions, et parfois même
-copié les monuments anciens encore visibles, mais les reproductions
-qu'ils en donnent n'en sont que de grossières caricatures et ne peuvent
-donner qu'une idée parfaitement fausse de l'art et de l'écriture de
-l'Egypte antique. Quant aux essais d'interprétation d'hiéroglyphes,
-comme ceux du savant jésuite le P. Kircher, ce sont des ouvrages de
-fantaisie pure, fruit d'une imagination trop mystique, et qui, dénués de
-toute base scientifique sérieuse, ne peuvent plus aujourd'hui qu'attirer
-la curiosité de quelque bibliophile.
-
-En 1809 commença à paraître, sous le titre de _Description de l'Egypte_,
-le résultat des travaux des savants français que Bonaparte avait
-adjoints à son expédition de 1798 pour étudier à fond les richesses et
-les moeurs des habitants d'un pays dont il avait l'intention de faire le
-boulevard de la civilisation européenne. Les circonstances firent, il
-est vrai, échouer le programme politique du grand conquérant, mais son
-but scientifique fut rempli au delà de toute espérance, grâce à
-l'opiniâtreté et à la persévérance de ces hommes qui, travaillant dans
-les conditions les plus défavorables, réussirent à mener à bien, en deux
-années à peine, une des oeuvres les plus gigantesques qui aient jamais
-été entreprises dans le domaine de la science. Il s'agissait de relever
-tout ce qui concernait l'histoire naturelle du pays, zoologie,
-botanique, minéralogie, les moeurs et coutumes des habitants, les
-métiers, le commerce, l'agriculture, et une carte au cent millièmes de
-toute la vallée du Nil, d'Assouan à la mer, carte dont on se sert
-actuellement encore; quant aux antiquités, tous les monuments existant à
-cette époque furent relevés avec grand soin, et si on a pu faire aux
-savants français de la Commission d'Egypte le reproche d'avoir souvent
-sacrifié la copie des textes hiéroglyphiques à l'exactitude de
-l'architecture, il faut tenir compte de l'état de la science à ce
-moment-là et de la difficulté que devait présenter, à des dessinateurs,
-même très habiles, cette écriture absolument inconnue et l'innombrable
-quantité de ces inscriptions dans lesquelles il aurait fallu pouvoir
-faire un choix judicieux, inscriptions que les égyptologues modernes
-sont loin d'avoir encore toutes publiées. Cet immense ouvrage, avec ses
-neuf cents planches et ses nombreux volumes de mémoires, est bien oublié
-aujourd'hui, et l'on est loin d'avoir pour lui la reconnaissance qu'il
-mérite, car cette publication devait être le point de départ d'études
-toutes spéciales; on peut même dire qu'elle inaugurait pour la science
-de l'histoire une ère nouvelle, par la naissance de l'égyptologie.
-
-
-_Déchiffrement des hiéroglyphes_
-
-Parmi les monuments découverts et publiés par les membres de la
-Commission d'Egypte se trouvait l'inscription trilingue connue sous le
-nom de _pierre de Rosette_, avec son texte en hiéroglyphes, en démotique
-et en grec, qui n'était autre qu'un décret de Ptolémée Epiphane en
-faveur des temples d'Egypte. L'importance de ce document et le parti
-qu'on pouvait en tirer furent bien vite reconnus, et plusieurs savants
-se mirent à l'oeuvre, indépendamment les uns des autres, pour arriver à
-déchiffrer ces deux écritures inconnues. Sylvestre de Sacy et le Suédois
-Akerblad attaquèrent le texte démotique et finirent par en découvrir le
-mécanisme; l'Anglais Young se mit au texte hiéroglyphique qui était bien
-moins complet et présentait de beaucoup plus grandes difficultés; il
-eut l'intuition de la méthode à suivre, mais ne sut pas la mener
-jusqu'au bout, tandis qu'un jeune savant français, J.-Fr. Champollion,
-travaillant de son côté sur le même document avec une ténacité et une
-perspicacité admirables, arrivait à saisir la clef du système
-hiéroglyphique. Il établit de façon certaine la valeur, la fonction et
-le sens de chaque signe, reconnut avec l'aide de la langue copte,
-l'égyptien d'époque chrétienne, les groupes formant des mots, puis
-déchiffra les phrases. Accueillie avec une certaine méfiance lors de sa
-publication en 1822, cette découverte finit par être acceptée et
-reconnue du monde savant; l'égyptologie était née, et c'était au même
-homme qu'il appartenait de la développer, en établissant, toujours avec
-le même esprit de méthode, les bases de la science nouvelle. Ce jeune
-génie, car on ne peut trouver d'autre mot pour qualifier un homme qui
-n'eut son égal dans aucune autre branche des sciences historiques,
-mourut à quarante ans après avoir non seulement ressuscité l'écriture et
-la langue des anciens Egyptiens, mais encore reconstitué, dans les
-grandes lignes tout au moins, leur histoire, leur religion, leurs
-institutions, leurs moeurs, et la géographie ancienne de leur pays. Il
-restait sans doute encore beaucoup à découvrir, mais la voie était
-frayée et elle fut suivie, avec une certaine hésitation d'abord, puis
-avec toujours plus de sûreté, par une pleïade d'hommes de valeur qui
-sont arrivés à faire de l'égyptologie une science digne de marcher de
-pair avec ses aînées, celles qui concernent l'antiquité classique en
-particulier.
-
-Malgré leur nombre, les documents réunis par la Commission d'Egypte
-étaient très insuffisants, et Champollion, après avoir visité quelques
-collections publiques ou particulières d'objets rapportés d'Egypte,
-reconnut qu'il était absolument nécessaire d'aller sur place à la
-recherche de matériaux nouveaux, car il se sentait capable de faire un
-choix judicieux des monuments les plus importants et de les copier avec
-exactitude. Ses voeux furent exaucés et il put encore diriger lui-même
-l'expédition franco-toscane qui, grâce aux connaissances nouvelles qu'il
-avait acquises, devait devenir un vrai voyage de découvertes, et lui
-fournir une ample moisson de matériaux inconnus auparavant. La première
-publication sérieuse de textes égyptiens originaux ne put être faite
-qu'après la mort de Champollion.
-
-
-_Progrès de l'Egyptologie_
-
-En 1842, sous les auspices cette fois du gouvernement prussien, une
-nouvelle expédition, dirigée par Lepsius, partait pour l'Egypte à la
-recherche de textes historiques; cette mission fit un séjour de près de
-trois ans dans le pays et en rapporta une récolte encore plus abondante
-que celle de Champollion. Malgré le format monumental des douze volumes
-donnant les résultats de ces travaux, on pourrait appeler cet ouvrage,
-maintenant encore, le livre de chevet de tout égyptologue.
-
-A cette époque, on ne faisait pas encore de recherches sérieuses dans le
-sol même de la vallée du Nil; seuls quelques particuliers, désireux
-d'enrichir leurs collections de bibelots égyptiens, pillaient sans merci
-un certain nombre de tombeaux et de sites antiques, sans profit réel
-pour la science. Les fouilles méthodiques ne commencèrent qu'en 1850 par
-la découverte retentissante que fit un jeune savant français, Aug.
-Mariette, d'un des sanctuaires égyptiens les plus connus et les plus
-vénérés des anciens, le Sérapéum de Memphis, le tombeau souterrain des
-boeufs Apis. Encouragé par ce succès qui avait fait de lui une
-célébrité, Mariette se voua aux recherches dans le sol même de l'Egypte;
-il obtint du khédive l'autorisation de créer un Service des Antiquités
-et un musée d'antiquités égyptiennes, et dès lors ses fouilles
-continuèrent sans interruption d'une extrémité à l'autre de l'ancien
-royaume des Pharaons, alternant avec le déblaiement des temples enfouis.
-Des milliers de monuments nouveaux surgirent du sol et celui qui les
-découvrit cherchait en même temps à les mettre le plus vite possible à
-la disposition du monde savant par de grandes publications qui rendirent
-des services inappréciables. Peu à peu, les gouvernements étrangers
-voulurent aussi avoir leur part à ces travaux si fructueux et
-entreprirent eux-mêmes des fouilles; des sociétés scientifiques se
-créèrent dans le même but, et depuis quarante ans environ l'exploration
-du sol de l'Egypte est poussée avec une activité fébrile, et presque
-toujours le succès est venu couronner ces efforts.
-
-Pendant ce temps, d'autres savants, comme de Rougé et Chabas en France,
-Lepsius et Brugsch en Allemagne, Birch en Angleterre, pour ne citer que
-les principaux d'entre les disparus, et leurs élèves et émules,
-compulsaient les matériaux et en extrayaient méthodiquement ce qui
-pouvait être utile à la science; ainsi toutes les branches de
-l'égyptologie, avançant de front, faisaient d'année en année de sérieux
-progrès: la langue, la religion, l'histoire, livraient peu à peu leurs
-secrets. Pour ce qui est de l'histoire, en particulier, les limites de
-l'inconnu reculaient insensiblement: faute de documents originaux très
-anciens, Champollion, qui avait établi de façon à peu près définitive
-les règnes des Pharaons à partir du Nouvel Empire thébain, n'avait guère
-pu jeter au delà qu'un coup d'oeil d'ensemble. Lepsius fut l'initiateur
-en ce qui concerne la XIIme dynastie, une des époques les plus
-brillantes de l'histoire d'Egypte, et de Rougé s'avança le premier
-délibérément dans ce qu'on est convenu d'appeler l'Ancien Empire
-memphite, l'âge des constructeurs de pyramides. Une barrière qui
-semblait infranchissable s'élevait au seuil de cette époque, reléguant
-dans la légende les deux premières dynasties et tout ce qui pouvait les
-avoir précédées; ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que subitement, à
-la suite de plusieurs découvertes simultanées, la barrière s'écroula,
-ouvrant aux regards un champ nouveau qui reculait presque jusqu'à
-l'infini l'histoire du passé. Les études préhistoriques venaient se
-confondre avec celles des égyptologues et les compléter, et les
-recherches poussées dans ce sens, sur un terrain presque inépuisable,
-devaient donner des résultats autrement plus précis que dans tout autre,
-pays connu, en ce qui concerne ces périodes du début de la civilisation.
-
-
-_Listes royales_
-
-En plus des données des historiens anciens sur l'Egypte nous avons donc
-maintenant des documents qui proviennent du pays lui-même, documents
-innombrables mais de valeur très diverse, pouvant se classer en deux
-séries qu'on pourrait appeler, faute de meilleurs mots, les documents
-rétrospectifs et les documents contemporains.
-
-Tandis que ces derniers ont une valeur plutôt spéciale et ne se
-rapportent qu'à l'époque ou même au règne d'où ils émanent, les
-premiers, peu nombreux il est vrai, mais d'autant plus précieux, sont de
-vrais résumés d'histoire, datant d'époques très diverses. Ce sont
-d'abord les listes monumentales, tableaux provenant de temples ou de
-tombeaux, où l'on voit un roi adresser son hommage à toute la série de
-ses ancêtres, représentés en général par leur nom seulement, par leur
-cartouche royal, et rangés dans l'ordre chronologique; ou bien c'est un
-prêtre donnant la liste des rois au culte funéraire desquels il était
-commis: telles les deux listes d'Abydos dont l'une est encore en place,
-l'autre au Musée Britannique, la liste de Saqqarah au Musée du Caire, et
-la Chambre des Ancêtres de Karnak à la Bibliothèque Nationale de Paris.
-
-[Illustration: _Fig. 2._ La table royale d'Abydos (d'après une
-photographie).]
-
-[Illustration: _Fig. 3._ Fragments du papyrus royal de Turin (d'après
-LEPSIUS. _Auswahl_, pl. III).]
-
-Le papyrus royal de Turin, écrit au commencement du Nouvel Empire, avait
-une importance bien plus considérable encore: il donnait non seulement
-la liste complète de tous les rois ayant régné sur l'Egypte, y compris
-les dynasties divines, mais encore le nombre d'années de chaque règne et
-souvent l'âge du roi à sa mort; en plusieurs endroits il y avait en
-outre, en guise de récapitulation, la somme totale des années que dura
-une dynastie. C'est une chronologie complète embrassant deux mille ans
-d'histoire, et qui devait être absolument intacte et entière au moment
-de sa découverte, mais dans ce temps là, il y a près de cent ans, on ne
-prenait pas les mêmes soins qu'aujourd'hui des objets découverts au
-cours des fouilles; l'on dit que Drovetti, grand collectionneur
-d'antiquités, ayant trouvé ce papyrus dans des travaux qu'il faisait
-exécuter dans les tombeaux de Thèbes, et ne pouvant naturellement en
-soupçonner la valeur, le prit aussitôt sorti de terre, le mit dans un
-flacon à large col qui se trouvait dans la sacoche de sa selle, et
-rentra chez lui au galop. Le manuscrit ne put résister à un traitement
-aussi violent, et à l'arrivée il ne restait plus dans le flacon qu'un
-tas de fragments de papyrus, plus petits les uns que les autres; c'est
-dans cet état qu'ils parvinrent, en même temps que le reste de la
-collection Drovetti, au musée de Turin, où Champollion, qui les retrouva
-au fond d'une boîte, fut le premier à en signaler l'importance. Grâce à
-une néfaste négligence, ce monument de tout premier ordre avait perdu
-beaucoup de sa valeur; néanmoins les fragments qui ont pu être
-rassemblés et rétablis dans leur ordre primitif donnent, malgré les
-immenses lacunes provenant de morceaux disparus, des renseignements si
-importants que le papyrus royal de Turin peut à juste titre être
-considéré comme la base de toute étude chronologique sur l'Egypte depuis
-son origine jusqu'à l'époque troublée des Hyksos, entre 2.000 et 1.500
-avant notre ère.
-
-[Illustration: _Fig. 4._ Partie supérieure de la Pierre de Palerme
-(d'après NAVILLE. _Recueil de Travaux_, XXV, pl. I).]
-
-Il existait quelque part en Egypte, probablement dans le temple
-d'Héliopolis, la métropole religieuse qui se trouvait à peu de distance
-du Caire, un monument d'une importance plus considérable encore que le
-papyrus de Turin, bien qu'il y fût question des cinq premières dynasties
-seulement. C'était une grande dalle de pierre sur les deux faces de
-laquelle étaient gravés, dans de petites cases rangées en longues
-lignes, tous les événements, importants ou non, qui illustrèrent le
-règne de chaque roi, depuis la fondation du royaume d'Egypte par Ménès;
-à chaque année était réservée une case et en regard on avait noté la
-cote maxima de la crue du Nil. Le jour exact de la mort de chaque roi
-et celui du couronnement de son successeur étaient scrupuleusement
-indiqués. Le destin n'a pas voulu que ces annales, les plus vieilles du
-monde, parvinssent intactes jusqu'à nous; le fragment conservé
-aujourd'hui au musée de Palerme, et connu sous le nom de _pierre de
-Palerme_, constitue peut-être la dixième partie du monument complet. On
-a retrouvé récemment quelques autres morceaux de plus petites dimensions
-qui sont entrés dans les collections du musée du Caire, et qui
-paraissent provenir de duplicatas de ce document; ce fait permet
-d'espérer qu'une fois ou l'autre on découvrira d'autres fragments qui
-viendront combler les lacunes encore très considérables de ce texte, le
-plus important pour l'histoire des premières dynasties.
-
-
-_Documents historiques divers_
-
-Cette catégorie de sources historiques d'une importance capitale, est
-donc très peu abondante; à côté d'elle on possède la multitude
-innombrable et disparate des documents que j'ai appelés tout à l'heure
-les documents contemporains, et qui forme l'ensemble le plus hétéroclite
-qu'on puisse imaginer, depuis les scarabées de faïence jusqu'aux
-colosses de granit et aux bas-reliefs couvrant des surfaces immenses,
-depuis le tesson de pot ou le morceau de terre glaise desséchée jusqu'au
-bijou de l'art le plus exquis, depuis le fier obélisque jusqu'au plus
-humble chiffon de toile. Ce n'est parfois qu'un nom de roi ou une date
-de règne, parfois une stèle commémorant une expédition victorieuse ou un
-décret en faveur d'un temple ou bien la représentation figurée des
-guerres lointaines, des prisonniers et du butin que le roi vient offrir
-à ses dieux. Plus rarement nous avons l'histoire complète d'un règne,
-ainsi le résumé de la vie de Ramsès III qui est annexé à la liste des
-dons faits par lui aux temples d'Egypte, à la fin du grand papyrus
-Harris, ou le récit des campagnes de Thoutmès III, que ce roi, le plus
-puissant peut-être de tous les Pharaons, fit graver sur les murailles du
-temple de Karnak. Enfin nous possédons certains récits littéraires qui
-sont souvent de vrais contes fantastiques édifiés sur une base
-historique, le conte de Khoufou et des magiciens, celui d'Apopi et de
-Seqnenra, celui de la prise de Joppé, et surtout celui de Sinouhit,
-récits analogues à ceux qu'Hérodote nous raconte sur la fille de Khéops
-et sur les voleurs de Rhampsinite.
-
-A côté des monuments royaux, ceux des simples particuliers, grands
-seigneurs ou fonctionnaires, donnent souvent des généalogies qui
-permettent de contrôler l'histoire; ils fournissent même parfois, quand
-il s'agit d'un homme ayant joué un rôle important à la cour, dans
-l'administration ou dans l'armée, de véritables biographies qui, comme
-celles d'Ouna, de Herkhouf, d'Ahmès ou d'Anna, sont parmi les documents
-les plus précieux que nous ait légués l'Egypte antique.
-
-Enfin, dans un ordre d'idées un peu différent, une découverte heureuse,
-celle des tablettes de Tell-el-Amarna, nous a mis en possession d'une
-partie considérable de la correspondance diplomatique et administrative
-de deux rois de la fin de la XVIIIme dynastie, Amenophis III et
-Amenophis IV, avec leurs vassaux de la Syrie et de la Palestine, ainsi
-qu'avec les souverains indépendants de pays plus éloignés, comme
-l'Assyrie et le royaume de Mitanni. Cette correspondance écrite dans la
-langue de ces pays, en caractères cunéiformes, éclaire d'une lumière
-très vive tout l'état social et politique de l'Orient, treize siècles
-environ avant notre ère.
-
-Cette énumération, forcément incomplète, permet de se rendre compte du
-genre de documents que nous avons à notre disposition; quelque nombreux
-qu'ils soient, ces monuments ne nous donnent pas sans doute la
-possibilité de reconstituer l'histoire d'Egypte comme on l'a fait pour
-la Grèce et pour Rome. Ces peuples sont, il est vrai, plus rapprochés de
-nous dans le temps, et en outre ils ont l'immense avantage d'avoir eu
-des historiens. En Egypte rien de semblable, et il ne paraît pas que
-jamais un Egyptien ait songé à faire la description des événements qui
-se passaient de son temps et sous ses yeux, à les étudier et à les
-apprécier par lui-même; comme dans beaucoup de pays d'Orient, l'esprit
-de l'histoire n'existait pas dans l'Egypte ancienne.
-
-En somme, à part un certain nombre de règnes qui sont un peu mieux
-connus que les autres, ceux de quelques rois de la XIIme dynastie et du
-commencement du Nouvel Empire thébain, il nous manque presque tous les
-détails et un bon nombre de faits généraux, et nous ne pouvons dans ces
-circonstances songer à reconstituer entièrement l'histoire politique,
-administrative, diplomatique, militaire et commerciale du pays; nous
-devons nous contenter d'une histoire générale où quelques grands
-événements sont reliés par des noms, un squelette d'histoire, auquel il
-manque encore bien des éléments, mais qui constitue un ensemble des plus
-remarquables quand on songe qu'il s'étend sur une période de plus de
-4.000 ans, entièrement inconnue il y a peu de temps encore.
-
-
-_Chronologie_
-
-Malgré les données très précises de Manéthon et des fragments du papyrus
-de Turin, la chronologie égyptienne ne peut encore être établie de façon
-certaine, et cela pour deux raisons principales: la première est le fait
-que dans les époques de trouble il y eut souvent, non pas un seul
-souverain gouvernant tout le pays, mais deux ou même plusieurs rois
-règnant chacun sur une partie plus ou moins grande de l'Egypte; les
-chronographes énumèrent ces dynasties les unes à la suite des autres
-sans indiquer laquelle aurait dû légitimement occuper le trône des
-Pharaons, sans même dire qu'il s'agit de dynasties collatérales. Une
-cause d'erreurs plus grande encore c'est que les Egyptiens ont toujours
-vécu au jour le jour, qu'ils n'avaient pas d'ère ni de division normale
-du temps: les années se comptent à nouveau pour chaque règne à partir de
-l'avènement du roi; aucun lien chronologique n'existe donc entre les
-divers souverains, de sorte que non seulement la longueur des règnes,
-mais même l'ordre de succession reste souvent problématique. L'année
-égyptienne étant de 365 jours, se trouvait tous les quatre ans en retard
-d'un jour; pour remédier à cet inconvénient, on imagina l'institution
-des périodes sothiaques, périodes de 1.460 années ordinaires
-correspondant à 1.461 années réelles, au bout desquelles l'ordre
-régulier des saisons se trouvait rétabli. Nous ne savons du reste pas de
-quelle époque date cette réforme purement scientifique qui n'a jamais
-servi à l'établissement d'une ère, ni si elle est, comme beaucoup le
-prétendent, fort ancienne, car les astronomes égyptiens observèrent
-toujours avec beaucoup d'exactitude le lever héliaque de l'étoile
-Sothis, ou Sirius; pour nous cette réforme prête à des calculs fort
-compliqués sur la correspondance entre l'année vague et l'année réelle,
-calculs qui paraissent le plus souvent arbitraires. Il semble plus
-normal d'admettre, comme certains auteurs modernes, que les Egyptiens,
-voyant leurs mois et leurs saisons se déplacer peu à peu, les
-rétablissaient de temps à autre, artificiellement et sans règle fixe.
-Cette question très complexe est, comme on le voit, loin d'être
-élucidée: les périodes sothiaques, au lieu de simplifier les calculs
-chronologiques, n'ont d'autre résultat pour nous que d'y introduire une
-nouvelle inconnue et peut-être une nouvelle chance d'erreur.
-
-Ces raisons expliquent de façon suffisante les différences parfois
-considérables qui existent au point de vue des dates entre les divers
-historiens; les uns allongent démesurément la durée de l'histoire en
-ajoutant bout à bout toutes les dynasties connues, tandis que d'autres,
-procédant en sens inverse, la rétrécissent de façon très exagérée. Les
-premiers placent l'avènement de Ménès, le premier roi d'Egypte, en l'an
-5.510 avant J.-C, les autres, qui sont les plus en faveur aujourd'hui,
-en 3.315: il y a donc un écart de plus de deux mille ans entre ces deux
-appréciations extrêmes, et c'est très vraisemblablement dans cet
-intervalle que devrait se placer la vraie date de la fondation de la
-monarchie égyptienne. Sans avoir la prétention de vouloir trancher la
-question, je pense qu'en la fixant de façon approximative aux environs
-de l'an 4.000, on ne doit pas s'éloigner beaucoup de la vérité. Du reste
-pour tout ce qui est des périodes les plus reculées, il est prudent de
-s'abstenir de donner des chiffres précis, et préférable d'indiquer, et
-encore sous toutes réserves, les siècles et non les années. Ce n'est
-guère que pour le début du Nouvel Empire thébain que les égyptologues
-tombent à peu près d'accord pour le placer au commencement du XVIme
-siècle avant notre ère; la certitude absolue n'existe qu'à partir des
-rois saïtes, au VIIme siècle.
-
-
-_La civilisation égyptienne_
-
-L'Egypte a pour nous une importance bien plus considérable qu'on ne le
-suppose d'habitude, car c'est là qu'en somme nous devons chercher le
-berceau de notre civilisation: c'est en effet de la vallée du Nil
-qu'est sorti le germe qui, dans des contrées moins favorisées de la
-nature et sous un climat plus rude, devait se développer de façon
-inattendue, se transformer entièrement et prendre un essor incomparable,
-tandis que dans son pays d'origine il se modifiait à peine, son
-développement restant toujours normal et progressif, mais très lent; de
-là vient cette légende, bien difficile à déraciner aujourd'hui, d'une
-Egypte immuable comme les pyramides, n'ayant subi aucune variation
-pendant toute la durée du règne des Pharaons, légende qui repose sur une
-apparence seulement. Les besoins de l'homme, dans un pays aussi
-privilégié que l'Egypte, se réduisent à peu de chose; l'habitant des
-pays chauds est moins actif que celui des contrées où le climat est plus
-rigoureux, et une fois qu'il a trouvé, sans grandes difficultés, le
-nécessaire et même un peu de superflu, il est naturel qu'il se laisse
-aller à son indolence native et qu'il ne tende pas son énergie à
-chercher des perfectionnements de bien-être dont le besoin absolu ne se
-fait pas sentir. Il y a progrès néanmoins, et progrès très appréciable,
-dans des pays comme l'Egypte surtout, où nous pouvons maintenant
-comparer entre eux une si grande quantité de monuments d'époques très
-diverses. Nous constatons que chez ce peuple la civilisation, une fois
-sa voie tracée, la suit sans jamais s'en écarter; les bouleversements
-politiques n'arrivent même pas à la faire sortir du chemin montant en
-pente douce sur lequel elle s'est engagée. Ces grandes crises
-historiques nous permettent cependant de marquer dans l'histoire de la
-civilisation un certain nombre d'étapes et de discerner mieux, en les
-groupant par époques, les progrès réalisés au cours des siècles; nous
-sommes en effet assez documentés maintenant pour pouvoir apprécier de
-façon certaine et suivre pas à pas ces progrès qui ne sont pas
-apparents à première vue, mais qui sont beaucoup plus sensibles qu'on ne
-pouvait se l'imaginer il y a trente ans encore.
-
-Après avoir passé en revue les sources de l'histoire d'Egypte, il reste
-à donner un aperçu sommaire des documents que nous possédons sur les
-moeurs des Egyptiens, leur vie publique et privée, leurs institutions,
-leur industrie, leur commerce, en un mot leur civilisation. Les
-écrivains classiques nous ont fourni, ici comme pour l'histoire, un bon
-nombre de renseignements, Hérodote le premier, puis Diodore, Strabon et
-tous les autres, et ce qu'ils nous disent peut servir, soit à diriger
-nos recherches, soit à confirmer les données des monuments originaux. De
-même les études faites par les membres de la Commission d'Egypte et les
-observations des divers voyageurs du XVIIIme et du commencement du XIXme
-siècle sur les moeurs et coutumes des Egyptiens avant l'expansion de la
-civilisation européenne dans la vallée du Nil, nous fournissent de
-précieux points de comparaison et même souvent l'explication de bien des
-détails relatifs aux habitudes anciennes, sur lesquelles les monuments
-sont trop peu explicites.
-
-Au point de vue de la civilisation égyptienne, le nombre de documents
-originaux est considérable. En première ligne doivent être rangés les
-tableaux que les particuliers, grands seigneurs et fonctionnaires,
-faisaient sculpter ou peindre sur les murailles des chambres de leurs
-tombeaux, où étaient représentées en détail les scènes de la vie de tous
-les jours: ainsi le double du mort, son _moi_ immatériel, qui continuait
-à vivre comme un esprit impalpable au fond du tombeau, auprès de la
-momie, pouvait encore jouir en une certaine mesure de la vie de ce monde
-en contemplant ces scènes familières: les figurations de la vie
-suffisaient au délassement d'une ombre, de même que la représentation
-des aliments pouvait assurer éternellement sa subsistance. Des trois
-grandes époques de l'histoire, l'Ancien Empire memphite, le Moyen et le
-Nouvel Empire thébain, un grand nombre de ces tombeaux sont parvenus
-jusqu'à nous, plus ou moins intacts, les mastabas d'abord avec leurs
-bas-reliefs, puis les hypogées avec leurs peintures. On y voit, en
-premier lieu une population rurale, occupée à l'élevage des bestiaux
-aussi bien qu'aux travaux des champs, labourage, semailles, récolte des
-céréales, vendanges et jardinage; puis de nombreux tableaux de chasse et
-de pêche, et, à côté de cela, des représentations de gens de métier,
-potiers, métallurgistes, orfèvres, chaudronniers, menuisiers,
-charpentiers, maçons sculpteurs, peintres, corroyeurs, cordonniers; un
-peu plus loin les délassements, musique, danse et jeux, et à certaines
-époques, des jeux gymniques, des exercices militaires, des scènes de
-recrutement. Nous possédons de très nombreux exemples de chacune de ces
-représentations qui souvent sont exécutées avec une délicatesse et un
-art remarquables et dont les variantes nous permettent de comprendre les
-scènes dans leurs moindres détails et de reconstituer l'action avec une
-certitude presque absolue.
-
-Les fouilles ont mis à jour une grande quantité d'objets de toute espèce
-qui, pour les périodes très anciennes, suppléent à l'absence des
-représentations figurées et, pour les autres époques, les complètent. Ce
-sont des armes de toute sorte, depuis les lames de silex taillé jusqu'au
-poignard enrichi d'orfèvrerie, des outils d'agriculteurs, d'ouvriers, de
-gens de métier, puis des bijoux, des vêtements, des meubles, des vases,
-des instruments de musique, des ustensiles de ménage, bref tout ce qui
-était nécessaire à la vie, le tout conservé de la façon la plus
-merveilleuse dans un sol parfaitement à l'abri de l'humidité. Les outils
-préhistoriques se trouvent le plus souvent à la surface même du sol, à
-la lisière du désert, tandis que les autres objets, qui appartiennent
-aux époques historiques, proviennent soit des ruines des villes
-antiques, soit le plus souvent du fond des tombeaux, où ils avaient été
-déposés auprès du mort, toujours dans le but de placer autour de
-celui-ci ce qui pouvait lui être nécessaire pour sa vie d'outre-tombe. A
-certaines époques, on se contentait de peindre sur les parois de son
-sarcophage les divers objets qui devaient faire partie du mobilier
-funéraire, la représentation figurée pouvant remplacer l'objet lui-même.
-
-Les Egyptiens ont énormément écrit et toujours, grâce au climat de leur
-pays, beaucoup de leurs manuscrits nous sont parvenus, écrits sur des
-rouleaux de papyrus dans cette écriture cursive que nous avons
-l'habitude d'appeler _hiératique_; ce sont des lettres, des comptes, des
-contrats, des actes judiciaires, des traités de médecine ou de
-géographie, et surtout des compositions littéraires qui sont pleines de
-détails de toute sorte sur la vie ordinaire. Ainsi pour ne citer qu'un
-exemple, cette satire des métiers, où un scribe, afin de mieux faire
-valoir l'excellence de sa profession, dénigre successivement toutes les
-autres carrières et fait ressortir avec une ironie souvent mordante la
-condition pitoyable des gens qui pratiquent les divers métiers.
-
-Toutes ces données d'ordre si divers nous permettent de nous rendre un
-compte assez exact de ce qu'était la civilisation égyptienne: elles
-s'enchaînent naturellement avec les données historiques, et ainsi nous
-pouvons dès maintenant tracer pour chacune des grandes époques un
-tableau d'ensemble qui doit correspondre de bien près à la réalité, et
-reconstituer le développement chronologique de la civilisation
-égyptienne.
-
-[Illustration: _Fig. 5._ Panneau de la Salle des Ancêtres de Karnak
-(d'après LEPSIUS, _Auswahl_, pl. I).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 6._ Rà dans la barque solaire (d'après BUDGE, _Pap.
-of Ani_, pl. XXII).]
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
-L'ÉGYPTE LÉGENDAIRE
-
-
-Avant d'aborder l'étude de ce qui nous est parvenu de l'Egypte
-archaïque, ou préhistorique, nous devons rechercher si, aux époques
-pharaoniques, les habitants du pays avaient conservé un souvenir de ces
-temps lointains, du début même de leur race, une légende parlant de ces
-périodes fabuleuses. Les textes ordinaires ne racontent rien de
-semblable et il est même bien rare qu'on y trouve mentionné le terme de
-_Shesou-Hor_, «les suivants d'Horus», qui désigne les rois mythiques
-prédécesseurs des dynasties historiques. Par contre les listes royales
-les plus développées, comme celles de Manéthon et du papyrus de Turin,
-nous ont conservé des données plus précises sur ces souverains
-antéhistoriques: la nomenclature des premiers d'entre eux, puis un bref
-aperçu des dynasties qui suivirent, avec le total des années de règne de
-chacune d'entre elles: ce sont d'abord des dieux, puis des demi-dieux,
-et enfin des hommes.
-
-A l'origine de l'histoire on a donc, ici comme partout, la légende, mais
-une légende dont le développement est loin d'avoir été aussi brillant
-que dans tant d'autres pays, une légende qui est restée la propriété des
-prêtres et des savants, non celle du peuple égyptien lui-même. N'ayant
-rien de poétique, cette tradition a pu se conserver plus pure et plus
-précise, mais on peut se demander si nous devons nous en féliciter, car
-entre les mains des prêtres, elle allait fatalement tomber dans le
-domaine théologique et symbolique, et le mythe religieux devait finir
-par absorber presque complètement le mythe historique, au point qu'il
-est le plus souvent difficile de délimiter les deux domaines. C'est dans
-un fatras de récits très plats et ennuyeux, souvent d'un mysticisme
-fantastique, que nous arrivons à grand'peine à distinguer les traits
-généraux de l'histoire primitive de l'Egypte.
-
-
-A. LES DYNASTIES DIVINES
-
-_Les dieux cosmiques_
-
-Les premiers rois furent, au dire de la légende, les grands dieux
-d'Egypte, suivant le cycle qui avait été établi dans le sanctuaire
-d'Héliopolis, une des plus anciennes métropoles religieuses du pays. Ce
-cycle se composait d'une ennéade, c'est-à-dire d'un groupe de neuf dieux
-et déesses, et fut adopté dès l'Ancien Empire par tous les autres
-centres religieux de la vallée du Nil, qui se contentèrent de mettre à
-sa tête leur dieu local. La liste que nous donne Manéthon, et qui doit
-être d'origine memphite, place donc au premier rang des rois-dieux
-Héphaistos, Ptah, le grand dieu de Memphis, le démiurge, celui qui forma
-l'homme du limon de la terre, qui le modela à la main, de même qu'à
-l'autre bout de l'Egypte, c'était Khnoum d'Eléphantine qui l'avait
-façonné sur le tour du potier. Cette mention du dieu créateur comme
-premier roi d'Egypte est une indication très précise du fait que les
-habitants de la vallée du Nil se considéraient comme autochtones et
-croyaient que le premier homme avait été créé dans le pays même. Au
-papyrus de Turin, le premier nom royal a disparu.
-
-[Illustration: _Fig. 7._ Ptah (d'après BUDGE, _Pap. of Ani_, pl.
-XXVII).]
-
-Nous ne savons rien de ce règne de Ptah, qui probablement, sitôt son
-oeuvre créatrice terminée, céda la place à son successeur Rà, le Soleil,
-le grand dieu d'Héliopolis et de la plupart des villes d'Egypte, chargé
-d'assurer l'existence et le développement de cette humanité primitive.
-Celui-ci, pendant son long règne, parcourait journellement ses domaines
-pour les constituer, les organiser et répandre sur ses sujets ses dons
-et ses bienfaits, mais tous ses efforts ne réussirent pas à lui attirer
-la reconnaissance de ces êtres primitifs, encore plus qu'à demi
-sauvages, ni même celle de ses descendants directs, les dieux, qui
-commençaient à se multiplier autour de lui. Ce roi-dieu était en une
-certaine mesure un homme, son grand âge l'avait considérablement
-affaibli, et, suivant les expressions pittoresques d'un texte égyptien,
-ses os étaient maintenant en argent, ses chairs en or, ses cheveux en
-lapis-lazuli; sa bouche tremblait, sa bave ruisselait vers la terre, sa
-salive dégouttait sur le sol. Profitant de cette décrépitude sénile,
-Isis, déesse de rang inférieur, employa les moyens les plus déloyaux
-pour lui arracher le talisman le plus précieux qui lui restât, le secret
-de son nom magique, grâce auquel elle comptait acquérir une puissance
-supérieure à celle des autres dieux. Les hommes eux-mêmes s'étant mis à
-conspirer contre leur débonnaire souverain, Rà se décida à faire un
-exemple, et après avoir consulté le conseil de famille, l'assemblée des
-dieux, il dépêcha Sekhet, la déesse à tête de lionne, avec ordre de les
-massacrer sans pitié, ce dont elle s'acquitta consciencieusement. La
-nuit seule l'arrêta dans sa course meurtrière, et Rà, contemplant le
-résultat obtenu, fut pris de pitié et résolut d'épargner le reste des
-humains; pour apaiser la déesse ivre de carnage, il fit mélanger de la
-bière et du suc de mandragores au sang des hommes et répandre à terre
-autour d'elle une quantité considérable de ce liquide. A son réveil,
-Sekhet aperçut ce breuvage, le but, s'adoucit, s'enivra et oublia ses
-victimes. Rà avait pardonné aux hommes qui se repentaient, mais, fatigué
-de régner, il abdiqua et choisit une retraite inaccessible sur le corps
-de la vache Nouït, déesse du ciel, sa fille; depuis lors, chaque jour,
-la barque qui le porte navigue sur les flancs de l'animal céleste pour
-se perdre à la nuit dans son corps même et reparaître le lendemain: le
-roi-dieu est devenu définitivement le dieu-soleil.
-
-[Illustration: _Fig. 8._ Sekhet (d'ap. DARESSY. _Statues et statuettes
-de divinités_, pl. LIII).]
-
-On discerne sans peine dans cette légende le souvenir d'un des
-cataclysmes qui bouleversèrent toute une partie du monde, comme ce
-déluge dont parlent les textes chaldéens aussi bien que la Bible, qui
-dévasta la Mésopotamie et les contrées avoisinantes tout au moins. Il
-était fort naturel que des désastres de cette nature fussent considérés
-comme le châtiment d'une humanité mauvaise et que, les dieux une fois
-apaisés, ils pardonnassent aux survivants et fissent avec eux un
-nouveau pacte, permettant à ces derniers de racheter leurs fautes par
-des sacrifices au lieu d'avoir à les expier par la mort des coupables.
-De même que Jahveh avait exigé de Noé un holocauste, Rà de même avant de
-monter au ciel, avait institué la coutume du sacrifice, première base du
-culte que les hommes devaient rendre aux dieux.
-
-[Illustration: _Fig. 9._ Nouït portant la barque solaire; Shou et Queb;
-Thot (d'après CHASSINAT. _La deuxième trouvaille de Deir el Bahari_, I,
-p. _29_).]
-
-Nous ne savons que bien peu de chose du règne des deux successeurs
-immédiats de Rà; il y a d'abord son fils Shou, l'atmosphère, le soutien
-du ciel, qui finit sa carrière de roi en remontant au séjour des dieux
-pendant une tempête terrible, puis son petit-fils Qeb, le dieu-terre,
-sur lequel nous n'avons que des mythes obscurs et d'un intérêt des plus
-médiocres. Ces deux rois-dieux, dont le rôle est très effacé, semblent
-représenter une période de transition pendant laquelle l'humanité se
-reconstitue après un bouleversement comme celui par lequel elle avait
-passé. C'était au troisième successeur de Rà, monté sur le trône après
-que Qeb fut rentré dans son palais pour devenir dieu à son tour, c'était
-à Osiris que devait appartenir la tâche glorieuse de faire passer le
-genre humain de l'état barbare et sauvage à un état de stabilité
-relative, de faire franchir, non seulement à l'Egypte, mais même au
-monde entier, la première grande étape de la civilisation.
-
-_Osiris et son cycle_
-
-Fils aîné de Queb, le dieu-terre, et de Nouït la déesse-ciel Osiris
-personnifie en même temps la végétation, la nature fertile de l'Egypte
-et l'eau vivificatrice du Nil. De même que le fleuve répand
-continuellement la richesse sur l'Egypte, Osiris, à peine sur le trône,
-met tous ses efforts à améliorer la condition des hommes; ces sauvages
-qui vivaient isolés, en lutte perpétuelle les uns avec les autres, il
-les groupe, forme des tribus, des états, fonde des villes; à ces hommes
-qui trouvaient péniblement une maigre subsistance dans la chasse et les
-produits naturels du sol, il enseigne l'agriculture, il leur donne les
-instruments de labour, il leur montre la manière de cultiver les
-céréales et la vigne, bref il les fixe au sol et leur fournit les
-moyens, non seulement d'y vivre, mais de s'y développer. A côté de lui,
-sa soeur Isis, qui est en même temps sa femme, le seconde admirablement
-dans son oeuvre, et mérite que son nom soit resté inséparable de celui
-de son mari: pendant que celui-ci établit l'état et la cité, elle
-constitue la famille, en instituant les liens du mariage; elle
-déshabitue les hommes de l'anthropophagie et leur apprend à moudre le
-grain entre deux pierres et à en faire du pain; elle leur donne, avec le
-métier à tisser, les moyens de se vêtir, et emploie pour soulager leurs
-maux la médecine et la magie. Osiris institua encore le culte des dieux,
-régla les cérémonies et les liturgies, puis voyant le résultat obtenu
-par toutes ses innovations, il résolut de répandre ailleurs qu'en Egypte
-les bienfaits de la civilisation; il remit la régence à Isis et partit à
-la conquête du monde, conquête toute pacifique où il se soumettait les
-hommes par la persuasion et la douceur, voyage triomphal semblable à
-celui du Dionysos grec, à la suite duquel l'ordre et la richesse
-s'établissaient dans tous les pays.
-
-[Illustration: _Fig. 10._ Osiris et Isis (d'après BUDGE. _Pap. of Ani_,
-pl. XXX).]
-
-Le dieu Set, auquel les Grecs ont donné le nom de Typhon, le propre
-frère d'Osiris, forme avec lui le contraste le plus absolu; on peut même
-dire qu'il en est l'exacte contre-partie: il représente non plus la
-terre fertile, mais le désert aride et brûlant, l'esprit barbare et
-sauvage à côté du génie bienfaisant, la réaction brutale cherchant à
-renverser les progrès de la civilisation. Tôt ou tard la guerre devait
-éclater entre deux êtres aussi dissemblables; en effet Set le rouge,
-jaloux de la gloire bien méritée que s'était acquise son frère jumeau,
-sans se révolter ouvertement contre lui, combina avec grand soin un
-piège perfide dans lequel Osiris tomba sans défiance: il l'enferma dans
-un coffre de bois et le jeta à la mer où il fut dévoré par les poissons,
-morceau par morceau, puis le meurtrier s'assit sur le trône de son
-frère, sans que personne songeât, au premier moment, à lui faire
-opposition.
-
-Accompagnée de quelques dieux qui lui étaient restés fidèles, Thot et
-Anubis en particulier, Isis s'enfuit et se réfugia dans les îles
-marécageuses situées à l'extrême nord du Delta, puis elle entreprit de
-longues et patientes recherches pour retrouver les restes de son mari
-qu'elle espérait, en magicienne experte, faire revenir à la vie. Peu à
-peu elle finit par en rassembler tous les morceaux, sauf un, qui avait
-été dévoré par le poisson oxyrhinque, et réussit à reconstituer son
-corps; malgré tous ses efforts, elle ne put le rappeler à la vie, mais
-elle obtint au moins une compensation, celle d'être fécondée par lui et
-de mettre au monde un fils, qui devait devenir le vengeur de son père et
-le continuateur de l'oeuvre interrompue par le crime de Set. Le petit
-Horus grandit, soigneusement caché par Isis dans ses marais
-impénétrables, et son premier soin, dès qu'il eut dépassé l'âge de
-l'enfance, fut de rendre à son père les derniers devoirs; aidé d'Anubis,
-il embauma le corps dont il fit la première momie, et institua les rites
-funéraires qui devaient assurer au mort la vie d'outre-tombe.
-
-Osiris était le premier roi qui eût été atteint par la mort, tandis que
-ses prédécesseurs étaient devenus dieux, de rois qu'ils étaient, sans
-cette brutale transition; grâce à la momification et surtout aux
-cérémonies qu'Horus lui consacra, il put enfin être déifié à son tour et
-jouir d'une vie nouvelle dans le séjour des morts où il était descendu;
-comme il avait été roi sur la terre il devint roi dans les enfers qu'il
-réussit à transformer, de même qu'il avait transformé le monde des
-vivants; son domaine particulier, les champs d'Ialou et les champs
-d'Hotpou, devint par ses soins un pays fertile et bien arrosé, au lieu
-d'être une sombre caverne, où le soleil de nuit vient à peine jeter
-pendant de fugitifs instants quelques rayons de lumière; c'est dans ce
-quartier privilégié de l'autre monde qu'Osiris reçoit ses féaux, les
-morts, qui viennent se présenter devant son tribunal, prémunis contre la
-damnation éternelle par les rites institués par Horus, et qui peuvent
-dès lors jouir d'une vie nouvelle, à peu près semblable à celle de la
-terre.
-
-[Illustration: _Fig. 11._ Anubis embaumeur (d'après BUDGE. _Pap. of
-Ani_, pl. XXXIV).]
-
-Tandis qu'il grandissait dans sa retraite, Horus se préparait à la lutte
-à outrance contre l'usurpateur: dès qu'il se sentit en force, il fondit
-sur lui avec impétuosité, escorté de ses fidèles, et fut tout de suite
-favorisé par le succès. Set, battu à plusieurs reprises, eut beau
-chercher à se sauver en se transformant, ainsi que ses compagnons, en
-monstres de toute sorte, tels qu'hippopotames ou crocodiles, il allait
-être anéanti définitivement, quand l'attitude équivoque d'Isis vint lui
-apporter un secours inespéré. La déesse, prise de pitié au dernier
-moment pour son ennemi et se souvenant qu'il était son frère, s'opposa à
-son écrasement, si bien qu'Horus, furieux contre sa mère, lui trancha la
-tête, ce à quoi, du reste, Thot remédia immédiatement en la remplaçant
-par une tête de vache. Tout eût été à recommencer entre les deux rivaux
-si Thot, s'instituant arbitre de la question, n'eût partagé le royaume
-en deux moitiés, dont il donna l'une à Horus, l'autre à Set.
-
-[Illustration: _Fig. 12._ Set et Horus réunissant les deux parties du
-pays sous l'autorité du roi (d'ap. GAUTIER-JÉQUIER. _Fouilles de Licht_,
-p. _37_).]
-
-J'ai cru devoir ne donner qu'un rapide résumé de cette partie de la
-légende qui en réalité, est beaucoup plus compliquée, étant le résultat
-d'une combinaison plus ou moins heureuse de deux mythes très différents
-l'un de l'autre et qui sont sans doute originaires, l'un de la Haute
-Egypte, l'autre du Delta. Le fils d'Isis et d'Osiris n'est en effet pas
-le seul à porter le nom d'Horus, et on trouve dans le panthéon égyptien
-une vingtaine d'Horus, sinon plus, d'origines très diverses. Il s'était
-formé autour d'un des plus importants d'entre eux, l'Horus d'Edfou, Hor
-Behoudit, divinité solaire, un mythe spécial qui raconte les péripéties
-d'une lutte analogue engagée avec un dieu du nord, nommé également Set.
-Nous avons donc, à côté du récit presque mythologique de la lutte
-perpétuelle du fleuve fécondant l'Egypte contre les empiètements de
-l'élément désertique qui peut être vaincu, mais non désarmé, une
-tradition toute différente qui a pour base les combats entre le sud et
-le nord, entre la population indigène et une tribu d'origine étrangère,
-mais de même race, qui cherchait à se fixer dans le pays, ces combats
-qui durèrent jusqu'au moment où Ménès réunit sous son sceptre toute la
-vallée du Nil. La conclusion même de l'histoire montre bien cette
-divergence d'origine, car si selon la légende osirienne, Thot donna à
-Horus le royaume du nord et à Set celui du sud, c'est justement le
-contraire que dit celle d'Edfou, où Horus devient roi de la
-Haute-Egypte, et Set roi du Delta. Cela explique aussi que le dieu Set,
-résultat d'une combinaison très ancienne de deux divinités absolument
-différentes d'origine, ait été, aux temps historiques, soit considéré
-comme un des grands dieux, placé à côté d'Horus et vénéré en
-conséquence, soit exécré comme un génie du mal, suivant qu'on le
-rattachait à l'un ou à l'autre des deux mythes.
-
-Horus, le dieu à tête de faucon ou d'épervier, est devenu aux époques
-historiques le protecteur tout spécial de la royauté égyptienne; le
-Pharaon se considère comme son descendant direct, comme son remplaçant
-sur la terre, et pour mieux affirmer cette relation intime avec le dieu,
-le roi fait toujours précéder le premier de ses noms, dans son
-protocole officiel, par le nom même du dieu, devenu un titre. Pour
-s'expliquer cette conception du roi comme nouvel Horus, il faut se
-reporter à l'organisation primitive de l'Egypte à l'époque
-préhistorique, à sa division en tribus, qui sera étudiée plus loin; pour
-le moment, il suffira de rappeler que le plus important de ces groupes
-ethniques, celui qui assura peu à peu sa prépondérance sur les autres,
-celui d'où sortirent les premiers rois d'Egypte, était précisément celui
-qui avait pour emblème le faucon, emblème qui finit par se transformer
-en dieu Horus. Nous aurions alors simplement dans le mythe de l'Horus
-d'Edfou le récit légendaire de l'expansion progressive du clan du
-faucon, mythe qui plus tard se serait greffé, par suite de la similitude
-des noms, sur l'épilogue de la légende osirienne.
-
-Les compagnons de l'Horus d'Edfou, ses principaux auxiliaires dans ses
-luttes contre Set, sont nommés les _Masniti_,--d'un mot qui signifie
-modeleur, ouvrier en métaux, aussi bien que piquier--qui sont artisans
-autant que guerriers; le dieu lui-même est armé d'une lance invincible,
-d'un épieu supérieur aux armes de ses adversaires, et qui lui assure la
-victoire. Ces données me paraissent être un souvenir de la découverte
-des métaux ou tout au moins de leur introduction en Egypte; c'est la
-tribu horienne qui les aurait connus la première et qui, par leur
-possession, se serait assuré la suprématie sur tout le pays. Dans le
-mythe parallèle d'Horus fils d'Isis, on ne trouve aucune donnée sur ce
-sujet.
-
-La liste que donne Manéthon des rois-dieux, s'arrête à Horus fils
-d'Isis; il se borne à ajouter que la dynastie continua jusqu'à Bidis,
-personnage qui nous est entièrement inconnu, pendant une somme totale de
-13.900 ans. Le papyrus de Turin était plus explicite, il indiquait pour
-chaque roi les années de son règne, et nous pouvons encore reconnaître,
-sur les fragments conservés, que Set occupa le trône pendant 200 ans, et
-Horus pendant 300 ans; puis venait Thot, qui régna 3.126 ans, et auquel
-succédait la déesse Maït, puis un nouvel Horus, dont la fin du nom est
-perdue. Avec Thot, le dieu des sciences et des lettres, on ne sort pas
-du mythe osirien, puisque nous le connaissons comme un des plus fermes
-soutiens d'Osiris lui-même pendant son règne, comme son assesseur au
-tribunal des enfers et comme l'arbitre entre Horus et Set, à la fin de
-la lutte. Ce règne de Thot n'a laissé aucune trace, mais il est à
-présumer, étant donné le caractère même de ce dieu, qu'il eut à
-continuer l'oeuvre de civilisation et surtout d'organisation et
-d'administration commencée par Osiris, interrompue par Set et rétablie
-par Horus. Le nom seul de Maït, déesse de la justice, parèdre de Thot,
-qui lui succède en qualité de roi d'Egypte, montre clairement qu'il
-s'agissait toujours de cette oeuvre de perfectionnement, moral autant
-que matériel, de l'humanité.
-
-
-B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MANES
-
-Après cette période divine, qui est celle de la constitution du pays, il
-en vient une autre qui paraît n'avoir pas été moins longue, mais qui a
-un caractère diffèrent: ici on ne trouve plus une série bien nette de
-rois-dieux ayant chacun sa personnalité marquée, mais des groupes
-d'êtres dont le rôle nous échappe aussi bien que le nom, et dont les
-Egyptiens eux-mêmes n'avaient gardé qu'un souvenir vague, des demi-dieux
-d'abord, puis de simples hommes, qui peuvent se répartir en cinq
-dynasties, au dire de Manéthon; les fragments de Turin confirment en une
-certaine mesure son témoignage.
-
-La première de ces dynasties mythiques, qui suivit immédiatement celle
-des dieux, se composait de demi-dieux qui régnèrent 1.255 ans en tout;
-les Egyptiens avaient conservé de ces souverains une liste qui était
-inscrite au papyrus de Turin, mais qui, à part un ou deux signes, a
-disparu entièrement aujourd'hui; cette liste devait se trouver aussi
-dans le livre original de Manéthon, mais les copistes ne nous l'ont pas
-transmise de façon très claire; les _Excerpta Barbari_ en ont conservé
-le premier nom, celui d'Anubis, et par là nous voyons que cette dynastie
-de demi-dieux se rattachait directement au cycle osirien, Anubis étant
-un fils d'Osiris et de Nephthys, son autre soeur, bien que celle-ci fût
-en réalité la femme de Set.
-
-La liste de neuf dieux, telle que nous la trouvons dans la copie de
-Georges le Syncelle, paraît très corrompue, et elle contient des
-répétitions de noms de divinités figurant déjà dans la première dynastie
-et qui sont extrêmement douteux: on peut reconnaître en effet, à travers
-les formes grecques de ces noms, Horus fils d'Isis, Anhour, Anubis,
-Khonsou, Horus d'Edfou, Ammon, Thot, Shou et Ammon-Rà, ce dernier
-revenant donc deux fois dans la même série. Ce chiffre de neuf dieux
-nous montre tout au moins que cette dynastie formait, comme la première,
-une ennéade, calquée sans doute sur la deuxième ennéade des dieux
-héliopolitains, que nous connaissons très peu.
-
-Ici je crois devoir intervertir l'ordre donné par Manéthon d'après la
-copie d'Eusèbe, qui place, après trois dynasties de rois-hommes, un
-groupe de mânes et de demi-dieux ayant régné ensemble pendant 5.813 ans;
-outre qu'il serait peu naturel de voir des êtres divins ou tout au moins
-semi-divins succéder à des hommes, nous voyons très clairement dans les
-fragments de Turin que ce sont ces derniers qui précédèrent
-immédiatement Ménès. La place normale de ces mânes semble donc être
-après la première dynastie des demi-dieux. On a reconnu dans ces
-_Nekyes_ ou mânes les _Khouou_ des textes religieux égyptiens, divinités
-secondaires qui constituent la troisième ennéade héliopolitaine, d'abord
-les quatre génies funéraires, les Enfants d'Horus, Amset, Hapi,
-Douamoutef et Kebhsenouf, puis un autre Horus, Khent-Khiti, et ses
-quatre fils.
-
-Après les dynasties divines et semi-divines, calquées sur le modèle des
-trois cycles de dieux héliopolitains, et qui servent en quelque sorte de
-cadre aux souvenirs relatifs à ces époques très anciennes, Manéthon en
-énumère trois autres qui sont composées de rois d'une essence plus
-rapprochée de la nôtre, et considérés sans doute comme de simples
-hommes: d'abord ce sont des rois dont il n'indique ni l'origine ni le
-nombre et qui régnèrent en tout 1.817 ans, puis trente rois memphites,
-pendant 1.790 ans et enfin dix rois thinites, dont les règnes successifs
-durèrent 350 ans. Au papyrus de Turin, la division de cette période
-était un peu différente, et dans le fragment qui s'y rapporte, on peut
-reconnaître qu'il avait parlé de six dynasties au moins; les noms des
-rois n'étaient pas donnés, mais seulement la mention qu'ils s'étaient
-succédé de père en fils et que parmi eux se trouvaient sept femmes ayant
-régné; les chiffres, donnant la somme des années de chaque dynastie,
-sont trop mutilés pour que nous puissions en tenir compte.
-
-
-C. LA CHRONIQUE LÉGENDAIRE
-
-En résumé, toute cette période fabuleuse se divisait en plusieurs
-époques, celle des dieux cosmogoniques et organisateurs de l'humanité,
-celle des demi-dieux dont le rôle très effacé a plutôt un caractère
-transitoire, et enfin celle des hommes-rois; pour les Egyptiens
-eux-mêmes, les souverains à partir de la IIme dynastie, donc les
-demi-dieux, les mânes et les hommes formaient un seul grand groupe,
-celui des _Shesou-Hor_, ou suivants d'Horus, auxquels Manéthon attribue
-une durée totale de règne de 11.000 ans, tandis que les dieux eux-mêmes
-auraient occupé le trône pendant 13.900 ans. Cela donnerait pour tous
-les rois antérieurs à Ménès une somme de 24.900 ans, chiffre qui
-paraissait très exagéré à Eusèbe, aussi préférait-il adopter
-l'explication de Panodore, que ces années n'étaient autres que des
-années lunaires de 30 jours, des mois, ce qui réduisait donc la durée
-des rois mythiques à 2.206 ans. Cette interprétation fantaisiste est du
-reste dénuée de tout fondement, et l'on voit qu'au papyrus de Turin il
-s'agit bien d'années ordinaires, d'années solaires; si les chiffres ne
-sont pas ici exactement les mêmes que ceux de Manéthon, ils leur
-correspondent dans les grandes lignes. La somme totale des règnes est en
-effet ici de 23.200 ans au lieu de 24.900, et sur des chiffres pareils
-l'écart n'est pas très considérable; pour la période des Shesou-Hor, le
-papyrus compte 13.420 ans, chiffre équivalant à peu près à celui que
-donne Manéthon pour les dieux, et il est possible qu'il y ait eu une
-interversion dans un des documents qu'il avait entre les mains. La
-question a du reste peu d'importance pour nous, puisqu'il s'agit de
-chiffres absolument fantaisistes.
-
-Les Egyptiens avaient donc au sujet de leurs origines une tradition qui
-nous paraît simple et pleine de renseignements précis, si nous la
-comparons à celles des autres peuples, souvent remplie de détails
-charmants et inutiles, de digressions qui nuisent à la clarté de
-l'ensemble, et font perdre facilement le fil conducteur. Ici c'est une
-légende pour ainsi dire quintessenciée, prenant le monde à ses débuts,
-l'humanité à sa création même, la suivant à travers les grandes
-commotions géologiques qui bouleversèrent la vallée du Nil avant le
-début de l'histoire. Nous pouvons, en coordonnant ces traditions, suivre
-les progrès, le travail lent, mais sûr, de la civilisation que les
-réactions brutales ne peuvent anéantir. Au commencement, ce sont les
-dieux qui dirigent le mouvement progressif de l'humanité qu'ils ont
-eux-mêmes mis en branle, puis peu à peu ils s'effacent, passant la main
-à des êtres moins sublimes, moins éloignés par leur nature même de la
-race qu'ils ont à gouverner, et enfin à de vrais hommes, arrachés
-définitivement à la sauvagerie primitive et capables en une certaine
-mesure, après des milliers d'années d'efforts, de s'affranchir de la
-tutelle directe des dieux. Ces débuts des hommes furent obscurs et sans
-doute difficiles, et il fallut encore de longs siècles avant que l'un
-d'entre eux pût saisir d'une main ferme les rênes du pouvoir et donner à
-l'Egypte cette puissante organisation qui devait durer plus longtemps
-que celle d'aucun autre pays. Les rois locaux antérieurs à Ménès n'ont
-pas laissé de traces dans l'histoire, mais il est possible qu'un certain
-nombre de leurs noms aient été conservés: en effet, au premier registre
-de la pierre de Palerme, on voit représentés toute une série de
-personnages portant la couronne rouge, l'insigne des rois de la Basse
-Egypte, au-dessus desquels sont gravés quelques signes qui peuvent fort
-bien être des noms, mais des noms bizarres qui ne ressemblent guère aux
-noms égyptiens ordinaires. Seka, Khaaou, Taou, Tesh, Neheb, Ouazand,
-Mekha. Ce serait le seul document précis relatif à la fin de la période
-légendaire, à ces rois memphites dont parle Manéthon. Quant aux rois de
-la Haute Egypte, leurs compétiteurs, peut-être devons-nous en
-reconnaître quelques-uns parmi les monuments d'Abydos qu'on attribue
-généralement à la Ire dynastie: il s'y trouve en effet quelques noms de
-rois difficiles à lire et à identifier et qui peuvent appartenir à
-certains des prédécesseurs immédiats de Ménès.
-
-[Illustration: _Fig. 13._ Les enfants d'Horus (d'après BUDGE. _Pap. of
-Ani_, pl. VIII).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 14._ Poignard en silex (d'après J. de MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _174_).]
-
-
-
-
-CHAPITRE III
-
-L'ÉGYPTE ARCHAÏQUE
-
-
-Les grands travaux exécutés dans la vallée du Nil au cours du siècle
-dernier avaient amené la découverte d'un tel nombre de monuments datant
-des époques historiques, édifices, sculptures, peintures, objets d'art,
-inscriptions, instruments de toute sorte, que l'attention des
-égyptologues devait nécessairement se concentrer sur ces restes
-pharaoniques et ne pas aller chercher plus loin des documents dont,
-malgré leur abondance considérable, on connaissait à peine l'existence
-et dont surtout on ne pouvait encore soupçonner la valeur. On se
-contentait de relever les grands monuments apparents, temples ou
-tombeaux, de fouiller des nécropoles riches et le plus souvent bien
-connues, on ne se livrait pas encore à une exploration méthodique du
-pays et l'on n'accordait aucune attention à des objets sans grande
-apparence, les silex taillés, que dans d'autres contrées on recueille
-avec tant de soin et qu'ici on ne se donnait même pas la peine de
-ramasser. Il est vrai cependant que des archéologues, comme Arcelin et
-le Dr Hamy, au cours d'un voyage dans la vallée du Nil, en avaient réuni
-un certain nombre et avaient cru pouvoir parler du préhistorique
-égyptien et d'un âge de la pierre, d'après ces documents qui étaient du
-reste trop insuffisants pour qu'on pût en tirer des conclusions
-sérieuses; les égyptologues n'eurent donc pas de peine à leur prouver de
-la façon la plus péremptoire que ces instruments n'avaient rien de
-préhistorique: n'avait-on pas, en effet, trouvé des silex taillés dans
-des tombes de la XIIme dynastie?
-
-La question semblait donc jugée et, si invraisemblable que cela paraisse
-maintenant, on croyait qu'il n'existait en Egypte aucun monument, aucun
-objet datant d'une époque antérieure à celle du fabuleux Ménès: les deux
-premières dynasties humaines n'ayant laissé aucune trace autrement que
-dans la tradition, à plus forte raison la période qui les précédait
-devait-elle rester à jamais inconnue. On devait cependant admettre que
-dans un pays où tout se conserve, comme l'Egypte, il eût été naturel
-qu'on retrouvât quelque chose au moins des débuts d'une civilisation
-aussi originale, et on en était venu, pour expliquer en une certaine
-mesure cette lacune apparente, à émettre l'hypothèse que les ancêtres
-directs des Egyptiens avaient pu se développer ailleurs, dans le
-Bahr-bela-mà, par exemple, le fleuve sans eau, une vallée du désert
-libyque, ou bien dans le pays des Somâlis ou plus loin encore. Par
-conséquent, et malgré les affirmations catégoriques des Egyptiens
-d'époque historique, la civilisation égyptienne ne pouvait être
-autochtone: une lacune insondable devait précéder l'histoire, il ne
-pouvait être question de paléolithique ni de néolithique, l'Egypte
-n'avait jamais connu l'âge de la pierre, et tout au plus pouvait-on
-considérer les premières dynasties comme appartenant à la période du
-bronze.
-
-On en était là quand, vers 1896, cette théorie simpliste reçut de
-plusieurs côtés à la fois un choc qui devait non seulement l'ébranler,
-mais l'enterrer à tout jamais. A ce moment, des fouilles entreprises
-dans des endroits encore inexplorés vinrent révéler à MM. Petrie et
-Amélineau l'existence de civilisations très différentes de celles qu'on
-connaissait, tandis que les recherches plus méthodiques de M. de Morgan
-l'amenaient à la certitude qu'il s'agissait là d'une révélation
-inattendue, celle du préhistorique égyptien auquel personne ne voulait
-croire. Du même coup l'on voyait réapparaître les premiers habitants du
-pays avec leurs armes de silex, leur céramique très particulière, leurs
-tombeaux et même leurs villages, et les rois des deux dynasties encore
-inconnues, avec le métal et les premiers monuments de l'écriture
-hiéroglyphique. Les preuves étaient si évidentes qu'en peu de temps tous
-les égyptologues se rallièrent aux nouvelles théories établies par M. de
-Morgan, les confirmèrent et les complétèrent par d'autres recherches, si
-bien que maintenant on peut se rendre compte de façon à peu près
-certaine de ce qu'étaient les plus anciens occupants de la vallée du
-Nil.
-
-
-L'époque préhistorique ne se présente pas en Egypte, comme dans nos pays
-européens, avec des divisions nettement marquées qui sont caractérisées
-par les procédés employés dans la fabrication des armes et des outils et
-par la forme même de ces derniers. A peine peut-on faire un groupe
-distinct pour les instruments les plus anciens et les plus
-rudimentaires, qui correspondent à peu près comme type et comme taille
-à notre Chelléen, mais à partir de cette époque très reculée, tous les
-silex présentent à peu de chose près le même caractère: si nous les
-comparons aux silex européens, ils pourraient se ranger aussi bien dans
-les séries paléolithiques que dans le néolithique. Les noms de
-Moustérien, Solutréen, Magdalénien, qui s'appliquent chez nous à des
-périodes bien définies, très différentes les unes des autres, ne
-correspondent à rien en Egypte, et leur emploi n'aurait aucune raison
-d'être pour tout ce qui concerne les origines de ce pays.
-
-Si donc nous mettons à part une première période, celle du paléolithique
-proprement dit, une civilisation qui a dû être interrompue brusquement
-par un cataclysme quelconque, nous trouvons ensuite des séries de
-monuments préhistoriques qui, malgré leur grande variété, présentent une
-parfaite homogénéité. Les seules différences que nous pouvons remarquer
-dans la fabrication des outils de pierre sont de nature purement locale,
-ainsi les silex du Fayoum ne sont pas les mêmes que ceux de Negadah, pas
-plus que ceux d'Hélouan ne ressemblent à ceux d'Abydos ou d'autres
-endroits, mais il n'y a pas lieu de tirer de ce fait des conclusions au
-point de vue chronologique, car rien ne peut faire croire que les uns
-soient antérieurs aux autres. Les ateliers employaient des procédés
-légèrement différents, et surtout des modèles qui variaient d'un endroit
-à l'autre; les uns, dans les lieux où les habitants se livraient
-principalement à la chasse ou à la pêche, faisaient surtout des armes,
-couteaux, pointes de lances, de javelots ou de flèches, tandis que les
-autres, dans les centres agricoles, fabriquaient plutôt des outils, mais
-ces différences sont de nature géographique et non historique, et on ne
-peut en tenir compte pour scinder la période quaternaire en un plus ou
-moins grand nombre d'époques distinctes.
-
-L'évolution de la céramique, chez les peuples primitifs, suit toujours
-une marche parallèle à celle des instruments de pierre, et l'on peut,
-par ce moyen, contrôler les conclusions fournies au point de vue
-historique par l'étude de la forme et des procédés de fabrication des
-silex. Il en est de même en Egypte, c'est-à-dire que dans le domaine de
-la céramique archaïque, on remarque bien un développement, un progrès,
-mais cette transformation est lente, graduelle, sans secousses. Les
-anciens modèles cèdent la place à de nouveaux, mais pas de façon
-brusque; ils coexistent pendant longtemps et se retrouvent les uns à
-côté des autres dans les mêmes tombes. On peut arriver à constater que
-tel type est plus ancien que tel autre, on ne peut dire qu'il
-caractérise une époque ou une phase de la civilisation préhistorique. La
-céramique égyptienne est du reste tout à fait spéciale et très
-différente de toutes celles qu'on rencontre en Europe aux époques
-primitives, aussi n'y retrouve-t-on aucun des caractères spécifiques qui
-permettent aux préhistoriens de classer ces dernières: les potiers
-égyptiens avaient poussé cet art à un haut degré de perfection dès les
-plus anciens temps, et nous leur devons des séries très variées, tant au
-point de vue de la technique que de la forme et de la décoration.
-
-La céramique, qui est un des éléments les plus importants pour la
-classification des restes préhistoriques, ne donne donc lieu ici à aucun
-rapprochement, et nous devons nous en tenir aux données que nous
-fournissent les armes et les outils de pierre; or nous avons vu que tous
-ces objets sont en pierre taillée et qu'ils se rattachent, pour les
-formes comme pour les procédés de taille à nos instruments
-paléolithiques et néolithiques en silex, tout spécialement aux types du
-Solutréen et du Moustérien. Ce qui caractérise chez nous la période
-néolithique, l'âge de la pierre polie, manque absolument en Egypte: on
-a récolté dans ce pays, pendant ces dernières années, des centaines de
-mille et peut-être des millions de silex, et dans cette masse énorme on
-aurait peine à trouver cent haches polies, ou autres outils pouvant
-rentrer dans la même catégorie. Nous ne constatons cependant aucune
-solution de continuité entre la période dite préhistorique et celle des
-débuts de l'histoire, aussi pouvons-nous dire avec certitude que non
-seulement il n'y a pas de divisions spéciales à établir dans l'époque
-paléolithique, mais qu'il n'y a même pas lieu de distinguer celle-ci de
-l'âge néolithique. Si donc nous devions conserver ces deux noms qui ont
-une certaine valeur pratique pour la classification, il faudrait leur
-donner, pour tout ce qui concerne l'Egypte, un sens un peu différent de
-celui qu'ils ont pour l'Europe, réserver le mot paléolithique aux objets
-les plus anciens, à ceux qui pour la forme et la facture se rapprochent
-du chelléen, et ranger tout le reste dans l'âge néolithique ou même
-plutôt énéolithique qui précède immédiatement l'âge historique.
-
-Dans nos pays septentrionaux, où le développement des peuples suivit une
-marche toute différente, on range encore dans le préhistorique la
-période des métaux et l'on fait succéder l'âge du cuivre, l'âge du
-bronze, puis l'âge du fer, à celui de la pierre. Ici il n'y a aucune
-distinction semblable à établir puisque les dynasties thinites suivent
-immédiatement l'âge de la pierre, sans aucune transition apparente: les
-Egyptiens prédynastiques sont déjà en possession des métaux, ou tout au
-moins du cuivre qu'ils emploient presque sans alliage et qu'ils arrivent
-peu à peu à travailler avec la plus grande habileté, en même temps
-qu'ils poussent l'industrie du silex à un degré de perfection qui ne fut
-atteint en aucun endroit du monde. C'est donc au cours de l'époque
-précédant immédiatement l'histoire que les Egyptiens apprirent à
-connaître le cuivre, dont l'usage ne remplaça que très lentement celui
-de la pierre taillée; c'est aussi tout à fait graduellement que les
-métallurgistes arrivèrent à doser les alliages grâce auxquels ils
-devaient obtenir le bronze, très supérieur au cuivre pur. Quant au fer,
-nous n'avons aucun document qui nous permette de fixer l'époque à
-laquelle il fut introduit dans la vallée du Nil. Il n'y a donc en Egypte
-ni âge du cuivre, ni âge du bronze, ni âge du fer, à proprement parler:
-la première de ces trois divisions se confond avec la période
-prédynastique, et les deux autres, qui ne sont pas nettement
-caractérisées, appartiennent à l'époque historique.
-
-Ménès, le fondateur de la monarchie pharaonique, symbolise pour nous le
-début d'une civilisation nouvelle, l'organisation définitive du pays, et
-les premiers documents écrits qui paraissent à ce moment-là, montrent
-bien qu'une ère nouvelle commence. La transformation ne s'opéra
-cependant pas d'une façon subite dans tous les domaines, elle se fit
-graduellement, lentement, comme dans les périodes précédentes, car
-l'Egypte a toujours été et sera sans doute toujours le pays le moins
-révolutionnaire qu'il y ait au monde. Dans la vie civile surtout, que
-nous connaissons fort bien, puisque une grande quantité d'objets de
-toute sorte nous sont parvenus, le progrès est presque insensible, la
-céramique est à peu près la même qu'auparavant, à peine un peu détrônée
-par l'usage toujours plus répandu des vases de pierre, et l'on devait
-continuer pendant de longs siècles encore à fabriquer des armes et des
-outils en silex, bien qu'on connût déjà fort bien les instruments de
-métal, dont la supériorité était évidente. Enfin, si les rois et les
-grands personnages commencent à se faire construire des tombeaux
-monumentaux et adoptent des coutumes funéraires plus compliquées, les
-populations rurales continuent à creuser à la limite des sables du
-désert de petites fosses pour leurs morts, qu'ils ensevelissent
-accroupis et couchés sur le côté, ou démembrés complètement, avec le
-même mobilier funéraire que par le passé.
-
-J'ai employé jusqu'ici, pour désigner les âges primitifs de l'Egypte, le
-mot de préhistorique, mais, en ce qui concerne ce pays, ce mot a une
-signification trop précise et indique une scission trop nette avec le
-temps où commence l'histoire proprement dite; or, comme nous l'avons vu,
-cette scission n'existe pas en Egypte. Le terme d'âge de pierre ne
-convient pas non plus, puisque l'emploi des instruments de silex est
-encore constant sous les premières dynasties et se perpétue jusqu'au
-Moyen Empire. J'adopterai donc dorénavant un terme plus élastique et
-dont le sens est néanmoins très clair, celui de _période archaïque_,
-qu'on emploie maintenant de préférence, et je diviserai cette période en
-deux groupes comprenant, l'un, les âges les plus anciens, l'_éolithique_
-et le _paléolithique_, l'autre, l'époque beaucoup plus connue, précédant
-immédiatement les dynasties, et qu'on peut appeler _prédynastique_.
-
-
-_I. PALÉOLITHIQUE_
-
-Les vestiges des tout premiers habitants de l'Egypte sont rares et
-incertains. La tendance actuelle est de rechercher partout la trace de
-l'homme tertiaire; à défaut de preuves absolument convaincantes de son
-existence, comme le serait la découverte d'un squelette dans une couche
-géologique appartenant à cette période, on voudrait retrouver des
-indices de son activité sur la terre, aussi a-t-on créé la classe des
-_éolithes_, les instruments de l'homme antérieur à l'âge paléolithique.
-Ces éolithes sont de simples galets de silex ou des éclats accidentels
-sur lesquels on remarque ou croit remarquer des traces d'usage, et qui
-auraient été les premiers instruments de l'homme alors qu'il ne savait
-pas encore tailler la pierre et devait se contenter des éclats naturels,
-plus ou moins appropriés à ses besoins, qu'il trouvait sur le sol. Ce
-n'est pas ici le lieu de discuter cette théorie toute générale, qui est
-encore très sujette à controverse; nous nous bornerons à constater
-qu'elle a aussi été appliquée à l'Egypte et qu'on a recueilli dans ce
-pays un certain nombre d'échantillons de ces éolithes qui ont évidemment
-pu être employés par des hommes encore à l'état de sauvagerie, comme
-marteaux, grattoirs ou couteaux, bien que rien ne le prouve de façon
-absolue.
-
-[Illustration: _Fig. 15-18._ Instruments paléolithiques (d'après J. de
-MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _17_, _24_,
-_20_, _31_).]
-
-Les silex taillés du type chelléen se retrouvent non seulement en
-Europe, mais un peu partout, en Palestine, aux Indes, chez les Touaregs;
-on en rencontre aussi en Egypte, sinon en grande abondance, du moins
-assez fréquemment. L'objet le plus caractéristique de cette époque est,
-ici comme dans les autres gisements, le coup-de-poing, un grand galet de
-silex amygdaloïde, sur lequel on a enlevé par percussion de gros éclats,
-de manière qu'une des extrémités forme une pointe plus ou moins
-prononcée, tandis que l'autre reste arrondie et épaisse, et sert de
-poignée. A côté de cet instrument qui en même temps est une arme
-dangereuse, on trouve encore des outils plus petits, ayant pu servir de
-hachettes ou de racloirs; et surtout des pointes ou poinçons, parfois
-très aigus, du même travail un peu rudimentaire, sans retouches fines.
-
-Ces silex se trouvent soit à la surface du sol, sur les plateaux
-couronnant les premiers contreforts du désert et au sommet des petits
-monticules qui sont situés un peu au-dessous, soit dans les alluvions
-entraînées par les pluies jusque dans la vallée, très rarement dans la
-zone sablonneuse qui sépare les terres cultivables de la montagne. On en
-a découvert depuis les environs de la 1re cataracte jusque près du
-Caire, ainsi que sur les routes qui conduisent à travers le désert vers
-les oasis, et enfin, ce qui est plus important au point de vue de la
-date, dans les alluvions très anciennes, contemporaines du commencement
-de l'époque quaternaire, qui est en effet le moment où l'on place l'âge
-chelléen. D'après la position où ont été trouvés ces silex, on pourrait
-conclure que les Egyptiens primitifs habitaient de préférence, non pas
-dans la vallée même, mais sur les monticules avoisinants et sur la crête
-des montagnes peu élevées qui bordent le désert. Nulle part on ne voit
-de traces d'habitations construites; ils devaient donc vivre soit en
-plein air, soit sous de légers abris en branchages. C'est sur ces
-plateaux, où les indigènes trouvaient en abondance les rognons de silex
-qui servaient à la fabrication de leurs outils, qu'ils établissaient
-leurs ateliers de taille: ainsi le plateau qui sépare la Vallée des Rois
-du cirque de Deir-el-Bahari, en face de Louxor, où l'on trouve encore en
-quantité des éclats n'ayant sans doute jamais servi et qui doivent être
-considérés comme des déchets de fabrication. La réalité est sans doute
-un peu différente, et si nous ne sommes pas mieux renseignés sur cette
-population primitive, sur son habitat et ses coutumes funéraires, c'est
-pour la raison qu'elle est antérieure à un de ces bouleversements
-géologiques qui dévastèrent et dépeuplèrent une partie du monde et qui
-sont restés célèbres dans la tradition sous le nom de Déluge. L'Egypte
-en particulier fut atteinte, la vallée fut entièrement submergée pendant
-une période dont nous ne pouvons évaluer la durée et toute trace
-d'occupation humaine fut effacée; les hauts plateaux stériles et le
-désert émergeaient encore, mais nous ne savons si quelques restes de la
-population purent s'y maintenir pour former le noyau de la race
-égyptienne prédynastique, ou si celle-ci vint d'ailleurs quand la région
-redevint habitable.
-
-
-_II. PRÉDYNASTIQUE_
-
-A. MONUMENTS
-
-Autant cette première période est encore obscure, autant les documents
-abondent pour celle qui la suit, et qui, précédant immédiatement
-l'époque historique, est souvent désignée par le nom de _prédynastique_.
-Ces documents peuvent se classer en trois catégories, dont les données
-combinées nous fournissent des renseignements d'ensemble et même de
-détail sur l'état de la vallée du Nil avant les Pharaons. Ce sont
-d'abord les objets épars à la surface du sol, les silex, puis les
-vestiges des établissements humains, monticules de débris où l'on
-reconnaît la trace des villages primitifs, et enfin les tombeaux qui
-nous donnent, en plus des renseignements anthropologiques, des lots très
-considérables de céramique, l'élément le plus important pour la
-classification générale. Nous prendrons l'un après l'autre chacun de ces
-points avant d'aborder l'ethnographie proprement dite, l'étude de la
-race prédynastique et de sa civilisation.
-
-[Illustrations: _Fig. 19-21._ Haches et herminettes en silex (d'après J.
-de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _91_,
-_60_, _73_).]
-
-
-_Silex_
-
-Les couches sédimentaires qui bordent la vallée du Nil sont extrêmement
-riches en rognons de silex, qui atteignent parfois de très grandes
-dimensions; sur les plateaux, le sol est couvert de galets de silex,
-d'agate et de cornaline. Naturellement la qualité de la pierre varie
-suivant les endroits, mais partout elle se prête à la taille et les
-premiers habitants du pays avaient sous la main, d'un bout à l'autre du
-pays, la matière première de laquelle ils pouvaient tirer leurs armes et
-leurs outils. C'est vers le nord de l'Egypte, au Fayoum en particulier,
-que le silex est le moins abondant, mais les cailloux du diluvium
-peuvent le remplacer, et les indigènes en ont tiré un très bon parti.
-
-[Illustrations: _Fig. 22-25._ Couteaux et grattoirs en silex (d'après J.
-de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _106_,
-_123_, _98_, _153_).]
-
-Quelle que soit la matière employée, qu'il s'agisse du beau silex blond
-translucide d'Abydos, du silex brun de Louxor ou du grossier galet du
-Fayoum, le procédé de taille est toujours le même, et ne diffère pas de
-celui qui a été en usage dans le monde entier. Le _nucleus_, ou noyau
-préparé pour l'enlèvement des éclats, s'obtenait d'une façon très
-simple: on brisait une partie d'un rognon de silex ou d'un galet, de
-manière à déterminer une surface unie servant de plan de frappe, puis on
-enlevait des éclats normalement à cette surface, en se servant d'un
-percuteur, boule de pierre dure employée comme marteau; les premiers
-éclats, portant une partie de la gangue, étaient mis au rebut, et les
-suivants employés pour divers usages selon leur forme et leur dimension;
-ceux qui étaient longs et minces devenaient des couteaux, ceux qui
-étaient épais et larges, des haches ou des herminettes, les petits
-donnaient des ciseaux, des poinçons, des pointes de flèches; tous
-devaient subir de longues et soigneuses retouches. On travaillait ces
-éclats soit par percussion, soit par pression le long des arêtes au
-moyen d'un autre silex, et les Egyptiens étaient arrivés très loin dans
-cet art et modelaient pour ainsi dire leurs silex au moyen de ces
-petites retouches, de manière à leur donner exactement la forme voulue.
-A côté de ces instruments, certains éclats, très minces et naturellement
-tranchants, pouvaient être utilisés, presque sans retouches, comme
-outils, grattoirs ou couteaux.
-
-[Illustrations: _Fig. 26-29._ Pointes de flèches en silex (d'ap. J. de
-MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _176_, _190_,
-_181_, _185_).]
-
-On trouve de tout cela dans les gisements de silex égyptiens, sur la
-bande sablonneuse qui s'étend d'un bout à l'autre du pays, entre les
-terres arrosées et cultivées et les premiers contreforts de la montagne:
-d'abord les percuteurs, boules qui ont en général la grosseur d'une
-pomme et qui portent des traces très évidentes d'usage, puis les nuclei
-à tous les états, depuis celui qui a été mis au rebut après qu'on en eut
-détaché quelques éclats seulement, jusqu'à celui qui, complètement
-épuisé, n'est plus qu'un petit noyau conique à facettes; ensuite les
-éclats eux-mêmes, les uns, informes ou mal venus, rejetés comme
-inutilisables, les autres, très tranchants et sans retouches ou
-retravaillés seulement à une extrémité; enfin les outils brisés au cours
-de la fabrication par suite d'un accident, et ceux qui portent la trace
-d'un long emploi ou qui, très usés, ont été retaillés pour pouvoir être
-employés de nouveau.
-
-Chaque localité, chaque gisement a pour ainsi dire son propre type, ou
-ses types de silex taillés, et l'on ne peut en tirer des conclusions au
-point de vue de la classification chronologique; il est possible,
-probable même, que dans beaucoup de ces endroits, la fabrication se soit
-continuée sans grande modification, pendant des siècles ou des milliers
-d'années, comprenant non seulement toute la période archaïque, mais
-empiétant aussi sur les époques historiques. Nous aurons l'occasion de
-revenir plus loin sur les différents modèles d'outils et d'armes, sur
-leurs formes et leur emploi.
-
-
-_Villages_
-
-Dans les mêmes régions, en bordure de la vallée, à la lisière du désert,
-on remarque en certains endroits de légères surélévations qui se
-distinguent à peine du sable environnant par une teinte un peu plus
-foncée. Quelques coups de pioche suffisent pour constater qu'il y a là
-quelque chose de tout à fait analogue à ce que dans nos stations
-préhistoriques européennes, celles du Danemark en particulier, on
-appelle des _Kjoekkenmoeddings_, ou «débris de cuisine»; ce sont en
-effet des vestiges d'établissements humains, datant d'une époque où les
-populations étaient déjà plus ou moins sédentaires, mais où elles ne
-savaient pas encore construire de vraies maisons: ces restes sont
-beaucoup trop importants pour être ceux de simples campements
-provisoires et passagers, et contiennent des quantités de détritus qui
-ont dû mettre fort longtemps à s'amonceler. D'un autre côté on ne
-rencontre pas dans ces monticules de décombres la moindre trace de mur,
-ni en pierre, ni en briques crues, ni même en terre pilée: les
-constructions devaient donc être très légères, en bois ou même en
-branchages, de simples huttes du modèle le plus primitif, suffisantes du
-reste dans un climat aussi chaud.
-
-Ces amas de détritus ne renferment guère d'objets en bon état, à part
-quelques outils de silex, mais ils nous livrent des renseignements très
-importants sur la vie même de ces peuplades de l'Egypte prédynastique;
-os d'animaux d'après lesquels on peut, en partie, reconstituer la faune
-de l'Egypte à cette époque, excréments de bestiaux montrant qu'on
-s'occupait d'élevage, traces de céréales grâce auxquelles nous apprenons
-qu'on connaissait déjà l'agriculture. Ces documents qui ont si peu
-d'apparence et paraissent négligeables sont donc extrêmement précieux,
-puisqu'ils font connaître les occupations ordinaires, la nourriture, la
-vie privée des premiers Egyptiens.
-
-
-_Tombeaux_
-
-Si nous ne connaissons qu'un petit nombre de ces restes de villages,
-dont la plupart ont dû entièrement disparaître ou bien sont trop peu
-apparents pour qu'on puisse les distinguer, nous avons en revanche une
-quantité considérable de sépultures appartenant à la même époque. Ces
-tombes ne sont jamais isolées, mais forment des nécropoles plus ou moins
-vastes, situées elles aussi au bord du désert, près des terrains
-cultivés, donc à proximité immédiate des habitations des vivants: en
-effet, chaque fois que nous reconnaissons l'emplacement d'un
-kjoekkenmoedding, nous sommes sûrs de trouver à peu de distance,
-quelques centaines de mètres à peine, un cimetière qui est
-vraisemblablement celui des habitants du village.
-
-[Illustration: _Fig. 30._ Tombeau prédynastique (d'après AYRTON.
-_El-Mahasna_, pl. VI, fig. _26_).]
-
-Ces nécropoles d'un type tout spécial ont très longtemps passé
-inaperçues et elles semblent en effet, au premier abord, fort difficiles
-à reconnaître. C'est avec le jour frisant du soir ou du matin qu'on peut
-le mieux distinguer ces groupes de dépressions très légères, à peine
-perceptibles en plein soleil, qui sont à la surface plus ou moins
-inégale du terrain le seul indice extérieur des tombeaux archaïques. Les
-sépultures sont de simples fosses creusées dans les bancs de cailloux
-roulés qui s'étendent au pied de la montagne et qui forment un terrain
-suffisamment consistant pour qu'il ne fût pas nécessaire de soutenir,
-au moyen d'un mur ou d'un enduit, les bords de l'excavation: leur forme
-générale est irrégulière, à peu près ovale ou même presque ronde, et
-leur profondeur d'un mètre à deux au plus, tandis que l'ouverture
-dépasse à peine un mètre cinquante dans sa plus grande dimension. A côté
-de celles-là il en existait de plus grandes, à peu près rectangulaires
-et atteignant jusqu'à quatre mètres sur deux, sans que la profondeur en
-soit augmentée. Après l'ensevelissement, les grandes comme les petites
-fosses étaient simplement comblées avec du sable et des galets et se
-confondaient avec le terrain environnant; il n'y a jamais la moindre
-superstructure, pas même une pierre tombale.
-
-[Illustration: _Fig. 31._ Tombeau prédynastique (d'ap. J. de MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _464_).]
-
-Les dimensions des petites tombes, qui sont de beaucoup les plus
-nombreuses, ne permettaient pas d'y déposer le mort étendu tout de son
-long, comme on le fit plus tard pour les momies aux époques historiques;
-les coutumes funéraires étaient en effet très différentes et nous
-pouvons distinguer deux stages, deux modes d'ensevelissement qui
-semblent correspondre à deux périodes. Dans les plus anciennes
-sépultures, le mort est couché sur le côté gauche, dans la position
-dite embryonnaire ou assise, c'est-à-dire avec les membres repliés de
-manière que les mains se trouvent devant la figure, les genoux à la
-hauteur de la poitrine et les pieds près du bassin. Etant donnée
-l'orientation des tombeaux, qui du reste n'est pas partout
-rigoureusement exacte, la tête est généralement au sud la face tournée
-vers l'ouest.
-
-[Illustration: _Fig. 32._ Tombeau prédynastique (d'après J. de MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _468_).]
-
-Le deuxième mode d'inhumation, qui paraît être un peu plus récent,
-quoique appartenant toujours à la période prédynastique, est beaucoup
-plus curieux: ici, et la chose a été constatée dans de très nombreuses
-tombes, le corps était entièrement démembré avant d'être déposé dans la
-fosse; les os ne sont ni cassés ni coupés, mais ils sont placés
-pêle-mêle, et souvent il en manque un certain nombre. Il ne s'agit pas
-d'un dépècement du mort au moment du décès, ni de cannibalisme, comme on
-pourrait le croire, mais d'une coutume qui se retrouve ailleurs qu'en
-Egypte, dans tout le bassin de la Méditerranée, en Crète, dans les îles
-de l'Archipel, au sud de l'Italie, celle de l'inhumation secondaire: on
-enterrait provisoirement le mort, puis au bout de deux ou trois ans,
-quand les chairs s'étaient putréfiées et désagrégées, on l'exhumait et
-on rassemblait les os pour les déposer dans le tombeau définitif. La
-transition entre ces deux coutumes funéraires, qui paraissent si
-différentes, est marquée par certaines tombes où le corps est replié et
-couché sur le côté, mais où la tête est séparée du tronc et posée
-n'importe où, à côté du bassin, par exemple. Les vertèbres étant
-intactes, il ne peut être question de décapitation brutale, mais il
-s'agit sans doute simplement d'inhumations secondaires où l'on n'avait
-pas pratiqué la désarticulation complète.
-
-Avant de les déposer dans le tombeau, on cousait les corps dans des
-peaux de gazelle ou bien on les enveloppait dans des nattes de jonc; sur
-quelques os, on a même relevé des traces de bitume, et nous pouvons sans
-doute reconnaître dans ce fait la première tentative de momification.
-Dans les tombes à inhumation secondaire, les cadavres démembrés étaient
-parfois enfermés dans de très grands vases larges du bas, avec une
-petite ouverture seulement à la partie supérieure, ou dans de vraies
-cistes rectangulaires en argile crue. Ailleurs un vase d'une forme toute
-différente, sorte d'immense coupe très profonde, est posé à l'envers sur
-le corps replié et le recouvre complètement. Enfin, quelques-unes des
-grandes tombes renfermaient non pas un seul, mais deux et même trois
-cadavres, simplement posés les uns sur les autres, et dans les
-sépultures à inhumation secondaire on rencontre quelquefois deux crânes
-et un nombre d'os très insuffisant pour former deux corps, ou le
-contraire.
-
-Si, dans la plupart des nécropoles, les tombes à corps replié sont
-nettement séparées de celles à corps démembré, il en est d'autres où les
-divers types de sépulture sont mélangés, aussi ne pouvons-nous savoir
-avec une certitude absolue si ces deux modes d'inhumation appartiennent
-à deux races ou à deux époques différentes. Il semble cependant que nous
-devions adopter la deuxième hypothèse plutôt que la première, bien que
-les anthropologistes ne soient pas encore arrivés à des résultats très
-concluants au sujet de la question des races. Les os sont presque
-toujours bien conservés, et on a recueilli une très grande quantité de
-crânes en bon état, dont beaucoup même portent encore leurs cheveux, et
-qui peuvent être l'objet de mensurations très exactes, aussi
-pouvons-nous avoir l'espoir d'être une fois au clair sur cette question
-si importante.
-
-
-_Mobilier funéraire_
-
-Le mobilier funéraire est plus ou moins riche suivant les tombes, et
-comporte des objets de plusieurs espèces disposés au fond de la fosse,
-autour du mort. Le choix même de ces objets montre clairement que ces
-Egyptiens d'avant l'histoire se faisaient déjà des idées très précises
-sur la vie d'outre-tombe et croyaient à la survivance, sinon de l'âme,
-du moins de la personnalité des défunts: pour leur assurer la
-subsistance matérielle, la nourriture, on mettait à côté d'eux des vases
-contenant des vivres, des grains, des viandes, et sans doute aussi de
-l'eau ou d'autres liquides dont nous ne retrouvons naturellement plus
-trace; des armes leur permettaient de lutter contre les ennemis qu'ils
-pouvaient rencontrer dans l'autre monde, et des ornements de corps, de
-se parer comme ils le faisaient sur la terre.
-
-Les vivres que le mort emportait avec lui dans la tombe étaient surtout
-des viandes, et spécialement des têtes et des gigots de gazelle, dont on
-retrouve fréquemment les os à côté du squelette du défunt; les végétaux
-sont moins bien conservés, mais on reconnaît encore au fond des vases,
-et surtout des vases en terre grossière, des traces non équivoques de
-céréales, d'orge en particulier. Ces renseignements ne font du reste que
-confirmer ceux que nous donnent les kjoekkenmoeddings.
-
-On ne trouve pas des armes dans tous les tombeaux, et dans ceux qui en
-contiennent, elles ne sont jamais qu'en petit nombre; généralement même
-il n'y en a qu'une seule, placée à portée de la main du mort, devant sa
-figure. Ces armes sont par contre d'une grande beauté et d'une exécution
-très supérieure à celle des silex qu'on trouve à la surface du sol: ce
-sont le plus souvent de longues lances droites finement retouchées qui
-pouvaient servir de poignards, des couteaux légèrement recourbés, au
-tranchant très affilé, des pointes de lances ou de javelots à double
-pointe et à tranchant, ou de forme lancéolée, et parfois des pointes de
-flèches. Les outils tels que racloirs, grattoirs, poinçons, sont très
-rares dans les tombes, mais, par contre, on trouve des instruments de
-pêche, comme des harpons, et ce fait permet de supposer que les armes
-données au mort étaient destinées, non seulement à le mettre à même de
-réduire par la force les ennemis qui pouvaient se trouver sur son
-chemin, mais surtout à lui permettre de chasser et de pêcher dans
-l'autre monde, tant pour assurer sa subsistance que comme délassement.
-
-[Illustration: _Fig. 33._ Couteau en silex (d'après J. DE MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _128_).]
-
-Les objets d'ornement sont abondants, mais presque toujours très
-simples, exécutés de façon sommaire dans des matières qui n'ont rien de
-précieux: ainsi les colliers à plusieurs rangs qui tombaient sur la
-poitrine étaient composés de perles irrégulières de forme et de
-grosseur. Ces perles, en terre cuite, en calcaire, en pierres dures,
-telles que la cornaline, l'agate, le silex, étaient presque toujours
-travaillées de façon grossière et malhabile; on en trouve aussi qui sont
-faites de morceaux de coquilles ou de petits oursins fossiles, percés
-d'un trou. Les bracelets sont plus soignés, ils sont soit en nacre, soit
-en ivoire, et on les obtenait en sciant la partie inférieure d'une dent
-d'éléphant à l'endroit où elle est creuse, ou le bas d'une grande
-coquille univalve de la famille des trochidés; d'autres enfin sont en
-silex, évidés avec une dextérité qui montre jusqu'à quel point ces
-populations avaient poussé l'industrie de la pierre taillée. Les femmes
-portaient des peignes hauts et étroits en ivoire ou en os, dont la
-partie apparente, au-dessus de la chevelure, était généralement
-surmontée d'une figure ornementale. Enfin un certain nombre de
-pendeloques, percées d'un trou, également en os ou en ivoire, parfois en
-pierre, servaient en même temps d'ornements et d'amulettes.
-
-[Illustrations: _Fig. 34-36._--Plaques de schiste (d'après PETRIE.
-_Diospolis parva_, pl. XI et XII).]
-
-Dans beaucoup de sépultures on voit à côté de la tête du mort une plaque
-en schiste vert qui affecte les formes les plus diverses; les unes sont
-taillées en losange, en rectangle ou en carré, les autres découpées de
-manière à imiter le profil d'un animal, hippopotame, tortue, poisson,
-oiseau. La signification de ces objets est encore très incertaine, bien
-que d'habitude on les considère comme des palettes à broyer le fard vert
-qu'hommes et femmes se mettaient autour des yeux, à cause d'une petite
-dépression qui existe en effet sur certaines des plaques en losange et
-qui contient parfois des traces de couleur verte; la forme étrange
-donnée à beaucoup de ces plaques, le fait qu'elles sont percées d'un
-trou de suspension, les décorations animales gravées à la pointe, qui
-les ornent quelquefois, et surtout l'analogie avec les grandes plaques
-de schiste d'époque thinite, qui étaient couvertes de sculptures et se
-trouvaient déposées dans les sanctuaires et non dans les tombes,
-m'engagent à y voir des talismans ou des sortes de fétiches plutôt que
-des objets usuels.
-
-C'est sans doute aussi à titre de talisman qu'on déposait parfois dans
-les tombes des figurines d'hippopotame en argile: le monstre mis ainsi
-au service du mort pouvait lui rendre bien des services et le protéger
-de bien des dangers.
-
-
-_Céramique_
-
-C'est également des tombeaux que sont sorties ces séries
-extraordinairement complètes de vases qui nous permettent d'établir une
-certaine classification dans la période prédynastique, ou tout au moins
-de suivre en quelque mesure le développement de la civilisation. Toute
-cette céramique, qui est particulière à l'Egypte et qu'on ne peut
-comparer à celle d'aucun autre pays, dénote, dès l'apparition des plus
-anciens exemplaires, une habileté remarquable et une longue pratique du
-métier chez les potiers égyptiens: les vases sont absolument réguliers
-de forme et d'épaisseur et il faut un examen minutieux pour arriver à
-reconnaître qu'aucun n'a été fait au tour et que tous sont modelés à la
-main.
-
-[Illustrations: _Fig. 37-41._ Vases rouges à bord noir (d'après AYRTON.
-_El-Mahasna_, pl. XXVIII et XXX).]
-
-Le plus ancien type est celui de la poterie rouge à bord noir, qui est
-extrêmement fréquent et comprend des vases de plusieurs formes: la coupe
-profonde, le gobelet, le vase ovoïde à fond plat ou pointu, à large
-ouverture. Ces vases sont faits en une sorte d'argile très fine mélangée
-de sable, enduits à l'extérieur d'une légère couche d'hématite et
-lissés au polissoir, puis cuits dans un feu doux, posés l'ouverture en
-bas sur les cendres du fourneau; la cuisson faite de cette manière donne
-une pâte légère et friable; la couverte exposée à une chaleur plus forte
-près de l'orifice se désoxyde en cet endroit et devient d'un beau noir
-très brillant, tandis que le reste du vase garde la teinte rouge foncé.
-
-[Illustrations: _Fig. 42-46._ Poterie rouge (d'après AYRTON.
-_El-Mahasna_, pl. XXXI et XXXII, et PETRIE. _Diospolis parva_, pl.
-XIV).]
-
-La poterie rouge uniforme est exactement semblable à l'autre comme
-matière, mais le procédé de cuisson, un peu différent, empêche la
-formation du bord noir; tout le vase reste alors extérieurement d'une
-couleur absolument régulière, d'un beau rouge lustré. Ce type de poterie
-qui est, à peu de chose près, contemporain du type rouge à bords noirs,
-présente des formes un peu différentes: à côté de l'écuelle creuse et du
-vase ovoïde, on trouve la bouteille ventrue à fond plat et à col étroit
-et le petit vase globulaire. A un certain moment, on employa ce genre de
-céramique pour faire des vases de formes bizarres, les uns aplatis, les
-autres jumelés, d'autres encore en forme de poisson ou d'oiseau; ce ne
-fut du reste là qu'une mode qui ne se prolongea que sur une période
-assez brève.
-
-[Illustrations: _Fig. 47-49._ Vases rouges à décor blanc (d'après J. DE
-MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. II et III).]
-
-Un autre dérivé de cette céramique rouge, qui est presque aussi ancien
-qu'elle mais ne dura pas aussi longtemps, est la céramique rouge à décor
-blanc. Le fond est toujours d'un beau rouge lustré sur lequel se
-détache, en lignes blanches mates, une ornementation empruntée au
-travail de la vannerie, chevrons, lignes pointillées et entre-croisées,
-et parfois même quelques représentations animales très sommaires. Les
-formes employées de préférence pour ce genre de poterie sont les coupes
-profondes, arrondies ou à fond plat, et les vases allongés, renflés à la
-partie inférieure, parfois très étroits du haut.
-
-[Illustration: _Fig. 50_ et _51_. Vases à cordon (d'après AYRTON.
-_El-Mahasna_, pl. XXXIII).]
-
-La poterie blanche, qui est en réalité plutôt d'un jaune rosé est plus
-récente et se perpétue jusqu'à l'époque thinite. La pâte en est plus
-fine, en argile moins mélangée de sable, la cuisson meilleure; quant aux
-formes elles sont peu variées. Il n'y a en somme guère qu'un type, qui
-va en se transformant progressivement: les vases les plus anciens sont
-presque globulaires avec une ouverture très étroite et deux petites
-saillies serpentant sur la panse et formant anses. Peu à peu, la panse
-se rétrécit, l'ouverture s'agrandit, les saillies s'allongent et se
-rejoignent pour former un cordon circulaire en relief et finalement le
-vase devient cylindrique. Parfois il est décoré de traits rouges
-entre-croisés.
-
-[Illustrations: _Fig. 52-54._ Vases peints (d'après J. DE MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. V et VII).]
-
-[Illustration: _Fig. 55._ Vase peint (d'ap. PETRIE. _Naqada and Ballas_,
-pl. XXXIV, no _45_).]
-
-La classe la plus intéressante de la céramique archaïque est
-certainement celle des vases décorés de peintures rouges, qui sont
-semblables comme pâte et comme cuisson à ceux de la catégorie
-précédente, mais dont la facture est plus soignée et les formes
-différentes. Ces vases sont globulaires, souvent presque aussi larges
-que hauts, avec un fond plat, une ouverture assez large et de toutes
-petites anses percées d'un trou servant à les suspendre; d'autres sont
-sphéroïdes, un peu aplatis, et munis des mêmes petites anses. Ces
-derniers, décorés de cercles concentriques ou de points rouges, imitent
-les vases en pierre dure que nous voyons rarement à cette époque mais
-que nous retrouverons à la période thinite en grande abondance, tandis
-que les autres, qui portent de petits traits horizontaux ou des lignes
-droites ou sinueuses, rappellent plutôt les ouvrages en vannerie. Enfin
-sur les plus grands de ces vases, on trouve une décoration d'un
-caractère tout différent, mais toujours tracée en rouge au pinceau, avec
-une assez grande sûreté de main: ce sont soit des végétaux, des aloès
-plantés dans des vases, soit des théories d'animaux, autruches ou
-chèvres sauvages, soit encore des représentations qui paraissent figurer
-de grands bateaux avec leurs rames, leurs enseignes, leurs
-superstructures, plutôt que, comme on l'a cru, des villages ou des
-fermes.
-
-[Illustrations: _Fig. 56 et 57._ Poterie grossière (d'ap. J. DE MORGAN.
-_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _425_ et _433_).]
-
-Il faut encore citer deux autres classes de poteries, et d'abord celle
-des vases en terre brunâtre grossière, façonnés sans grand soin pour les
-usages de la vie courante, et qui affectent diverses formes; on ne voit
-guère ces pots et ces cruches que dans les derniers temps de la période
-archaïque. Quant aux vases en terre noire ou brun foncé, à décor incisé
-et rempli d'une pâte blanchâtre, dont on ne trouve que de rares
-exemplaires en Egypte, à cette époque aussi bien que sous l'Ancien et le
-Nouvel Empire, ils n'ont rien d'égyptien, mais appartiennent à un type
-connu, répandu surtout dans les pays au nord de la Méditerranée. Il
-s'agit donc d'objets d'importation dont ni la matière, ni la facture, ni
-la décoration en lignes droites irrégulières et en points, n'ont de
-rapport avec quoi que ce soit qui provienne de la vallée du Nil.
-
-Nous avons vu des vases en terre, de forme globulaire ou sphéroïde dont
-la décoration prétendait imiter la matière de ces vases en pierre dure
-que nous trouverons en grande abondance sous les deux premières
-dynasties. Ces vases de pierre devaient donc nécessairement exister à la
-période prédynastique, mais ceux qui nous sont parvenus sont en nombre
-extrêmement restreint. C'étaient sans doute des ustensiles très
-précieux, et cette raison suffit pour expliquer les imitations peintes.
-Par contre, les matières moins dures que le porphyre ou le basalte et
-qui se laissent plus facilement travailler, comme le calcaire et
-l'albâtre, sont déjà d'un emploi très fréquent, et les indigènes y ont
-taillé avec habileté des vases cylindriques et des coupes de toutes
-formes et de toutes dimensions.
-
-
-B. CIVILISATION
-
-Après avoir ainsi passé en revue les nombreux documents que nous
-possédons maintenant sur la période archaïque, il nous reste à voir
-quels sont les renseignements utiles que nous pouvons en tirer pour la
-connaissance des Egyptiens prédynastiques et de l'état de leur
-civilisation.
-
-
-_Le pays_
-
-Aujourd'hui la vallée du Nil forme une longue et étroite plaine de
-terres cultivables, bordée des deux côtés par le désert ou la montagne;
-tout le terrain irrigable est utilisé et uniformisé. Cet état est dû non
-seulement au Nil fertilisateur, mais encore et surtout à la main des
-hommes qui, après des siècles de travail, sont arrivés à rendre
-productif jusque dans ses moindres recoins leur fertile petit pays. Il
-n'en était pas ainsi aux époques primitives, et l'aspect de la contrée
-devait être, quoique dans le même cadre, absolument différent. Le Nil
-avait commencé par serpenter au fond de la vallée, sans cours fixe,
-coulant alternativement sur un bord ou sur l'autre; ce n'est que peu à
-peu qu'il se fraya une voie plus régulière au milieu des alluvions qu'il
-avait lui-même apportées. Le limon qu'il amenait avec lui chaque année
-se répandait bien sur toute la surface des terres inondées, mais grâce
-au sable et aux galets qu'il charriait en même temps et qui se
-déposaient dans le courant même du fleuve, son lit s'élevait
-graduellement, laissant ainsi en bordure de la vallée des terrains en
-contre-bas où se formaient de véritables marais remplis à nouveau chaque
-année par l'inondation; là se développait une végétation luxuriante de
-plantes d'eau, roseaux, papyrus, lotus, et, sur les bords, de vraies
-forêts d'arbres de toute espèce. Toute cette zone lacustre entretenait
-dans le pays, aujourd'hui si sec, une humidité permanente qui devait lui
-donner un caractère tout différent et le faire ressembler à ce qu'est
-maintenant le Haut Nil, le Nil des régions tropicales. Le climat du
-reste n'était pas non plus exactement le même qu'aujourd'hui, il devait
-être sensiblement plus chaud, car à côté des animaux qui vivent encore
-en Egypte et de ceux qui s'en sont retirés depuis peu, comme
-l'hippopotame et le crocodile, on y trouvait encore, à ces époques
-reculées, l'éléphant, la girafe et l'autruche.
-
-Pour la faune et la flore, l'Egypte, qui n'a plus maintenant que ses
-cultures et son désert, est un des pays les plus pauvres du monde, mais
-il n'en était certainement pas de même autrefois, grâce à ces régions
-fertiles et sauvages en même temps, que l'homme primitif ne pouvait
-encore utiliser autrement que pour la chasse et la pêche, et où se
-développaient librement les plantes et les animaux les plus variés.
-
-
-_La race_
-
-Comme je l'ai dit plus haut, les anthropologistes sont encore loin
-d'avoir établi de façon certaine la race à laquelle appartenaient les
-plus anciens habitants de l'Egypte. Nous pouvons cependant nous en faire
-une idée approximative: c'était une population brachycéphale et
-orthognathe au teint clair, aux cheveux lisses, bruns ou châtains, à la
-taille moyenne, se rapprochant par conséquent beaucoup de la race qui
-occupait aux époques les plus anciennes tout le bassin de la
-Méditerranée, et apparentée tout spécialement aux Libyens et aux
-Berbères. Ainsi on retrouve les mêmes coutumes funéraires, les mêmes
-modes de sépulture dans l'Egypte primitive et dans les îles grecques, en
-Grèce et jusqu'en Italie, ce qui peut faire supposer une parenté de race
-avec les hommes qui habitaient ces contrées avant l'invasion aryenne. On
-a constaté aussi certains éléments d'origine soudanaise ou plutôt
-nubienne, même quelques statuettes stéatopyges rappellent le type
-hottentot, mais ce ne sont là que des exceptions. Il n'y a rien non
-plus ici des races aryennes ni surtout des Sémites.
-
-Ces populations étaient paisibles et on n'a retrouvé que sur un très
-petit nombre des crânes étudiés des lésions comme on en verrait
-certainement beaucoup chez un peuple belliqueux. On a pu constater par
-contre sur les os des traces de deux maladies, la tuberculose et la
-syphilis.
-
-
-_Habitations_
-
-Dans les montagnes et les falaises souvent assez élevées qui bordent la
-vallée du Nil, il n'y a ni cavernes ni abris sous roche où les hommes
-primitifs aient pu s'établir à demeure. Le climat leur permettait de
-vivre en plein air et nous avons vu que ceux de l'époque chelléenne
-semblent s'être tenus de préférence sur les hauteurs, tandis que les
-hommes de la période dont nous nous occupons avaient des établissements
-durables à la lisière du désert. Dans ces villages, il n'y a pas trace
-d'enceinte construite, ce qui fait ressortir le caractère paisible de
-ces peuplades, ni de maisons en brique ou en pierre, et si nous voulons
-nous faire une idée de ce qu'étaient les habitations des indigènes, nous
-pouvons nous reporter à des modèles de petits édifices très anciens qui
-ont survécu par tradition religieuse dans les sanctuaires de différents
-dieux: c'étaient soit des huttes en branchages, coniques ou arrondies,
-comme en ont encore les nègres de l'Afrique centrale, soit des
-constructions légères en bois, avec un pilier à chaque angle et un toit
-plat ou légèrement bombé.
-
-[Illustration: _Fig. 58._ Sanctuaire primitif (d'après PETRIE. _Royal
-Tombs_, II, pl. X).]
-
-Dans les villages, qui s'étendent en général sur une superficie assez
-peu considérable, les habitants serraient leurs récoltes et gardaient à
-côté d'eux leurs bestiaux; à en juger par la place occupée, quelques
-familles seulement devaient constituer la population d'un de ces
-établissements.
-
-
-_Costume et parure_
-
-Dans l'antiquité, le costume des Egyptiens a toujours été très sommaire,
-à plus forte raison a-t-il dû en être de même à une époque si reculée.
-D'après des représentations un peu plus récentes, datant des dynasties
-thinites, on voit que les indigènes hommes devaient avoir pour tout
-vêtement l'objet bizarre qui devint plus tard l'insigne national des
-Libyens, l'étui phallique, sorte de longue gaine tombant de la ceinture
-jusque près des genoux. Des peintures de vases nous montrent des femmes
-vêtues de robes courtes, collantes, descendant à peine aux chevilles; le
-buste était nu, semble-t-il. Enfin, dans certaines statuettes d'ivoire,
-on reconnaît des hommes enveloppés d'un grand manteau qui les couvre des
-épaules aux pieds. Ces vêtements étaient sans doute, à l'origine, en
-peau, et peut-être, à une époque moins reculée, en étoffe.
-
-[Illustration: _Fig. 59._ Figurines d'ivoire d'époque archaïque
-(QUIBELL. _Hieraconpolis_, pl. IX et XI).]
-
-Comme parure, on portait, ainsi que nous l'avons vu, des bijoux
-grossiers, tels que des bracelets en ivoire, en nacre, en silex, des
-colliers à plusieurs rangs, en perles de pierre ou en coquilles, des
-pendeloques et des peignes ornés de découpures. Il faut signaler encore
-les tatouages, ou peintures corporelles dont certaines femmes, peut-être
-des danseuses, se couvraient tout le corps, et qui figuraient des lignes
-brisées ou des animaux.
-
-[Illustrations: _Fig. 60_ et _61_. Bracelet en silex et peigne en os
-(d'après J. DE MORGAN. _Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig.
-_334_ et _337_).]
-
-
-_Chasse et pêche_
-
-Nous avons vu les tout premiers habitants de l'Egypte déjà en possession
-d'une arme qui pouvait être redoutable, le coup-de-poing chelléen. Des
-besoins impérieux contraignent l'homme que la terre non cultivée ne peut
-nourrir, à faire usage de la force, tant pour se procurer sa subsistance
-aux dépens des autres êtres vivant à côté de lui, que pour se défendre
-contre ceux qui, physiquement plus forts, sont pour lui une menace
-permanente.
-
-Des Egyptiens prédynastiques, beaucoup d'armes nous sont également
-parvenues, armes de plusieurs catégories qui peuvent être employées
-indifféremment pour la chasse et pour la guerre. Parmi celles qu'on a
-coutume d'appeler armes de choc, il faut citer en première ligne celles
-qui n'ont pu se conserver, vu la matière dont elles sont faites, mais
-qui ont laissé un souvenir persistant jusqu'aux plus basses époques, les
-armes de bois, d'abord le long bâton, renflé dans le bas et pouvant
-servir de massue, puis le vrai casse-tête court et pesant; aux époques
-historiques ce sont encore ces armes traditionnelles mais hors d'usage,
-qu'on donne volontiers aux morts dans leurs tombeaux. A côté de ces
-bâtons on trouve les massues dont la tête de pierre dure, conique ou
-ovoïde, s'emmanchait sur un bâton court, et enfin les haches, dont nous
-avons de nombreuses séries, de forme plate, longue, épaisse ou mince, à
-un seul tranchant, l'autre extrémité étant destinée à se fixer dans une
-emmanchure de bois dont nous ne connaissons plus la forme. Quant aux
-haches polies et à celles qui, munies d'un étranglement servant à
-faciliter l'emmanchure, semblent plutôt une copie des haches de bronze,
-elles appartiennent probablement à l'époque suivante.
-
-[Illustration: _Fig. 62 et 63._ Massues (d'après J. DE MORGAN, _Rech.
-sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _320_, et PETRIE. _Diospolis parva_,
-pl. V).]
-
-Comme arme de main, nous avons le poignard long et mince, très finement
-retaillé, qui est parfois une pièce de toute beauté, et enfin comme
-armes de jet, les innombrables pointes qui, suivant leurs dimensions,
-appartenaient à des flèches ou à des javelines. Travaillées avec grand
-soin, ces pointes sont le plus souvent encore remarquablement aiguës et
-présentent toutes les formes usuelles, pointes à ailerons, à encoches au
-pédoncule, lancéolées, triangulaires, en croissant; un type cependant
-qui est particulier à l'Egypte et qui se perpétue assez tard est celui
-de la flèche à tranchant, destinée à faire une blessure plus large que
-profonde; ce modèle est aussi employé pour des javelots. Certaines
-pointes de plus grandes dimensions peuvent avoir appartenu à des lances
-(v. p. 62-65).
-
-[Illustration: _Fig. 64._ Harpon en os.]
-
-Les indigènes avaient certainement encore, comme leurs successeurs,
-d'autres moyens de se procurer du gibier, les pièges, les lacets, les
-filets et peut-être le lasso, instruments qui naturellement n'ont pas
-laissé de traces. En ce qui concerne la pêche, nous n'avons pas non plus
-les filets, les nasses et les lignes qui devaient être déjà en usage à
-cette époque, mais certains silex en forme de croissant peuvent avoir
-servi d'hameçons pour les gros poissons, qu'on attaquait également avec
-des harpons en os munis d'une pointe barbelée. Les poissons sont
-extrêmement nombreux dans le Nil et devaient pulluler dans les marais
-avoisinants; ils formaient sans doute la base même de la nourriture des
-premiers Egyptiens, qui mangeaient aussi certains mollusques fluviatiles
-tels que les unios et les anodontes.
-
-Quant au gibier, nous avons vu qu'il y avait en Egypte non seulement les
-espèces qui y sont aujourd'hui, mais encore celles de l'Afrique
-tropicale; ainsi l'homme pouvait chasser l'antilope, le boeuf sauvage et
-la girafe aussi bien que la gazelle et le bouquetin, l'autruche comme
-l'oie, le canard et la perdrix, mais ses armes primitives devaient lui
-être de bien peu de secours vis-à-vis de l'éléphant, du rhinocéros, de
-l'hippopotame et du crocodile, ou contre le lion et la panthère qui
-infestaient encore la contrée.
-
-
-_Elevage. Agriculture_
-
-Les animaux sauvages pris vivants à la chasse, conservés d'abord comme
-en-cas pour le moment où le gibier viendrait à manquer, furent vite
-domestiqués; l'homme reconnut très tôt les services que ces bêtes
-pouvaient lui rendre, et non seulement il les nourrit, mais encore les
-dressa et les utilisa, recueillit leurs oeufs ou leur lait. Nous avons
-dans les kjoekkenmoeddings de la Haute Egypte des traces non équivoques
-d'élevage, les animaux domestiqués vivant côte à côte avec l'homme dans
-ces villages primitifs. Comme quadrupèdes, il devait y avoir le boeuf,
-l'antilope, la gazelle, la chèvre, sans doute l'âne; comme volatiles,
-l'oie, le canard, la grue, le pigeon, et bien d'autres variétés sans
-doute.
-
-L'agriculture est partout moins ancienne que l'élevage, et pour l'Egypte
-nous ne pouvons savoir à quelle époque on commença à travailler le sol,
-si ce fut à la fin seulement de la période prédynastique ou longtemps
-avant: les grains trouvés dans les kjoekkenmoeddings ne sont pas datés
-de façon exacte, et ceux des tombeaux sont difficilement identifiables.
-Quant aux outils, le sol fertile de l'Egypte, détrempé et ameubli par
-l'inondation, n'en nécessite pas de très puissants, aussi les houes et
-les charrues de bois furent-elles en usage pendant toute la période
-pharaonique; on n'en retrouve naturellement pas trace aux âges plus
-anciens, mais par contre certains silex plats, sortes d'herminettes de
-grande dimension, montrent des traces d'usure ne pouvant provenir que du
-travail de la terre, et ne sont sans doute pas autre chose que des
-houes. Enfin on retrouve de petits silex plats, dentelés et semblant
-être des fragments de scies qui, s'emmanchant les uns à côté des autres
-sur un bois recourbé, formaient des faucilles; cet outil, en usage
-encore au Moyen Empire, est sans doute d'origine préhistorique, mais
-nous ne pouvons dire avec certitude si certains des éléments retrouvés
-datent vraiment de l'époque dont nous nous occupons en ce moment. Il
-faut encore citer les moulins, pierres plates à surface incurvée où l'on
-écrasait le grain.
-
-
-_Navigation_
-
-Le moyen de communication qui est de beaucoup le plus pratique dans une
-vallée longue et étroite comme l'Egypte est sans contredit la voie
-fluviale, et jusqu'à nos jours c'est le Nil seul qui a été utilisé à cet
-effet, sauf pour de très courts trajets. Pour les populations primitives
-surtout, ce mode de locomotion devait avoir de très grands avantages,
-puisqu'il leur permettait de se transporter d'un point à un autre sans
-avoir à courir les multiples dangers qui les menaçaient dans un pays
-encore à moitié sauvage, infesté d'animaux contre lesquels ils n'avaient
-que des moyens de défense insuffisants. Les premiers bateaux furent très
-simples: on cueillait des roseaux ou des papyrus qu'on réunissait en
-bottes et qu'on liait ensemble de manière à former un esquif à fond
-arrondi, aux extrémités relevées en pointe, et qui, rendu imperméable au
-moyen d'un enduit quelconque, formait une nacelle légère, insubmersible,
-résistante et élastique. Ce modèle continua à être employé aux époques
-historiques, surtout pour la chasse dans les marais.
-
-[Illustration: _Fig. 65._ Modèle de nacelle en terre cuite (d'après DE
-MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _235_).]
-
-A côté de cela, les gens du pays possédaient des bateaux de beaucoup
-plus grandes dimensions, peu profonds et relevés aux deux extrémités,
-munis de rames et même de voiles carrées.
-
-
-_Commerce extérieur_
-
-Les indigènes avaient des rapports certains avec les côtes de la mer
-Rouge, puisque dans leurs sépultures on trouve des bracelets et des
-colliers faits en coquilles marines dont l'habitat est précisément dans
-cette mer. La poterie noire à décor incisé, dont il a été parlé plus
-haut, montre qu'ils avaient également des relations avec les autres
-peuples méditerranéens, surtout avec ceux des îles grecques, et que, par
-conséquent, il y avait déjà à cette époque des hommes osant s'aventurer
-avec leurs bateaux en pleine mer. Une petite découverte faite en Crète
-confirme l'existence de ces relations intercontinentales: on a trouvé à
-Phaestos, sur la côte sud de la Crète, dans les couches les plus
-profondes d'un gisement néolithique, un gros fragment de défense
-d'éléphant; or sur le littoral nord de l'Afrique, il n'y a guère que
-l'Egypte où l'éléphant ait pu vivre et nous avons vu qu'il y vivait en
-effet. C'est donc d'Egypte, selon toute probabilité, que cet objet fut
-transporté en Crète, à une époque antérieure à l'histoire.
-
-[Illustration: _Fig. 66._ Barque préhistorique (Graffito--d'après DE
-MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _492_).]
-
-
-_Arts et métiers_
-
-L'architecture de bois étant seule en usage chez les indigènes de
-l'époque archaïque, il ne nous en est naturellement rien parvenu; il est
-cependant probable que ce fut vers la fin de cette période qu'on
-commença à employer la brique crue, dont l'usage est si répandu sous la
-Ire dynastie, mais les monuments ne nous permettent pas d'affirmer la
-chose de manière absolue.
-
-La sculpture ne s'attaque pas encore à autre chose qu'aux petits objets,
-peignes, pendeloques, ornements, auxquels on cherche à donner une forme
-humaine ou animale, plaques de schiste qu'on découpe en silhouettes,
-figurines de danseuses ou d'hippopotames qu'on modèle dans de l'argile
-et qu'on fait cuire ensuite. Pendant ce temps, des chasseurs à l'affût
-gravaient des images d'animaux sur les rochers qui les abritaient, d'un
-trait encore malhabile, mais qui ne manque pas d'un certain caractère
-pittoresque. Il en est de même pour la peinture sur vases: on remarque
-dans ces figurations d'animaux, de végétaux, de bateaux, des qualités
-ornementales qui contrastent avec la naïveté et souvent la barbarie de
-l'exécution: les dessinateurs savent déjà reconnaître le trait
-caractéristique de chaque être et de chaque objet, et dans ces croquis
-enfantins on distingue le germe de ce qui fera plus tard l'originalité
-de l'art égyptien, à la fois synthétique et décoratif.
-
-Nous avons déjà vu, en fait de gens de métier, les fabricants de silex
-taillés, les potiers et les tourneurs de vases de pierre, les seuls
-artisans qui nous aient laissé des traces abondantes de leur activité et
-dont nous puissions arriver à reconnaître les procédés. Les autres
-ouvriers se devinent plus qu'ils ne s'affirment, ainsi les charpentiers,
-que signale la présence de nombreuses herminettes en silex, sorte de
-haches plates ne pouvant servir qu'au travail du bois; quelques
-fusaïoles nous révèlent aussi l'origine du travail des matières
-textiles.
-
-Le cuivre fait son apparition au cours de la période prédynastique,
-peut-être même à son début, mais les rares outils de métal trouvés dans
-les sépultures sont encore rudimentaires et montrent que les
-métallurgistes, qui deviendront si habiles aux âges suivants, en étaient
-encore aux tâtonnements du début.
-
-
-_Organisation sociale et politique_
-
-Les indigènes de l'Egypte prédynastique ne vivaient plus isolés, mais en
-société, et si nous ne savons rien de l'institution de la famille, nous
-connaissons au moins leurs villages où plusieurs familles pouvaient
-vivre côte à côte, et les nécropoles où ces populations sédentaires
-réunissaient leurs morts. Certains indices montrent qu'il existait des
-groupements plus importants, des tribus ayant chacune son insigne, sorte
-de totem, représentant sans doute la divinité locale. Ces enseignes qui
-devaient plus tard devenir l'emblème des nomes ou provinces de l'Egypte,
-servaient de signe de ralliement à des tribus sans doute apparentées à
-l'origine, mais qui devaient nécessairement entrer en compétition les
-unes avec les autres, au fur et à mesure qu'elles se développaient; de
-là des luttes sur lesquelles nous ne sommes renseignés que par la
-légende, et qui aboutirent à l'établissement de la suprématie du clan
-d'Horus sur toute la Haute Egypte, et du clan de Set sur le Delta. Ces
-deux tribus, celle du faucon et celle du quadrupède au museau recourbé
-et aux longues oreilles droites, étaient-elles autochtones ou
-étrangères, c'est ce que nous ne saurons sans doute jamais avec
-certitude, mais il est à présumer qu'elles durent leur supériorité à la
-connaissance des métaux qui leur donnaient un immense avantage sur des
-populations n'ayant que des armes de pierre. Quoi qu'il en soit, nous
-pouvons croire que la période archaïque, très paisible à ses débuts, se
-termina par de longues luttes qui aboutirent à la fondation des
-royaumes du Midi et du Nord, royaumes qui rivalisèrent longtemps,
-jusqu'au moment où l'un d'eux finit par absorber l'autre.
-
-[Illustration: _Fig. 67._ Hippopotame en terre cuite (d'après DE MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _413_).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 68._ Vue perspective du tombeau de Negadah (d'après
-J. DE MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _521_).]
-
-
-
-
-CHAPITRE IV
-
-ÉPOQUE THINITE
-
-(De 4000 à 3400 av. J.-C. environ.)
-
-
-Entre le moment où les indigènes que nous avons appris à connaître
-habitaient paisiblement la Thébaïde, occupés de chasse et de pêche,
-d'agriculture et d'élevage, et celui où Ménès constitue son royaume, il
-n'y a pas de transition marquée, ni dans les monuments de la région
-d'Abydos, berceau de la nouvelle monarchie, ni dans le reste de la Haute
-Egypte. Ces deux époques se touchent, semble-t-il, et pourtant il s'est
-accompli pendant le laps de temps qui les sépare et dont nous ignorons
-la durée, une transformation profonde qui touche à tous les domaines:
-une méthode nouvelle de gouvernement est inaugurée, l'écriture est
-inventée, les constructions de briques remplacent l'architecture de
-bois, le cuivre et même le bronze deviennent d'un usage courant, tandis
-que la taille du silex et la fabrication des vases de pierre ont atteint
-la perfection. Une transformation pareille demande de longs siècles ou
-bien une intervention étrangère, aussi a-t-on tenté de l'expliquer de
-diverses manières, sans avoir encore pu sortir du domaine des
-hypothèses.
-
-En raison de certaines ressemblances très apparentes entre ce qui nous
-est parvenu de l'Egypte thinite et ce que nous connaissons de la Chaldée
-primitive, l'écriture hiéroglyphique, l'architecture en briques crues,
-l'emploi du cylindre comme cachet, la forme de certains vases de pierre,
-quelques savants ont voulu établir une communauté d'origine. Ils
-supposent qu'à un moment donné, une tribu puissante venant de Chaldée ou
-d'un autre pays qui serait aussi le berceau des Chaldéens, aurait
-pénétré en Egypte par le Sud après avoir traversé la mer Rouge et le
-désert, aurait soumis la vallée du Nil et répandu dans tout le pays les
-bienfaits d'une civilisation supérieure à celle qui s'y était développée
-naturellement. La tribu conquérante, le clan Horien, serait alors une
-peuplade d'origine sémitique et Horus un dieu sémite, ce qui est bien
-difficile à admettre, d'autant que, plus on étudie cette époque, plus on
-constate le caractère vraiment original et purement africain de la
-civilisation égyptienne.
-
-D'un autre côté, la légende parle de l'expédition d'Horus comme venant
-du Sud; un texte très ancien donne même le nom de la tribu de laquelle
-sortait la race royale, la race horienne, et cette tribu est une tribu
-nubienne. Nous devons donc admettre qu'à un moment donné, peut-être peu
-avant Ménès, peut-être bien des siècles plus tôt, une tribu méridionale,
-mais d'une race apparentée à celle qui occupait le pays, vint
-s'installer dans la vallée du Nil, qu'elle subjugua après un temps plus
-ou moins long et dont nous ne pouvons évaluer la durée. Ce qui assura la
-supériorité à ces conquérants, c'est le fait qu'ils connaissaient les
-métaux, tandis que les indigènes en étaient encore à l'âge de la pierre,
-mais il est bien peu probable qu'il faille attribuer aux envahisseurs
-tous les progrès faits par la civilisation égyptienne aux débuts de la
-période historique, entre autres l'invention de l'écriture.
-
-Presque tout ce qui nous est parvenu jusqu'ici de l'époque prédynastique
-provient de la Haute Egypte, et nous n'avons pour ainsi dire aucun
-document sur ce qu'était le Delta pendant cette période. Cette région
-est cependant incomparablement plus riche que la Haute Egypte, et ses
-habitants durent nécessairement précéder leurs frères du Sud dans la
-voie de la civilisation; c'est dans les terres du Delta, plus fertiles
-et mieux arrosées que toutes les autres, que l'agriculture devait naître
-et se développer en premier lieu, et la légende nous en a conservé un
-souvenir très précis: Osiris est un dieu du Delta, dont le centre est à
-Mendès; Isis est également une déesse de la même région, ainsi que Set,
-le dieu de la tribu la plus puissante de cette partie du pays.
-
-Le Delta était donc considéré par les Egyptiens eux-mêmes comme le
-berceau de leur civilisation, à bon droit, semble-t-il. C'est à la
-nature même du sol, entièrement cultivable, que nous devons de n'en
-avoir pas retrouvé la moindre trace, car si dans la Haute Egypte les
-habitations et les nécropoles étaient situées à la lisière du désert,
-elles ne pouvaient être ici que sur des monticules artificiels
-aujourd'hui recouverts par les alluvions et cultivés comme le reste du
-pays. Il existe encore une autre preuve de l'avance que les indigènes
-du Nord avaient sur ceux du Sud, preuve relative à l'organisation
-sociale du pays: dans les listes de rois mythiques antérieurs à Ménès,
-on ne voit que dix rois thinites pendant 350 ans, tandis que les trois
-dynasties de rois du Nord avaient occupé le trône pendant des milliers
-d'années.
-
-Il est difficile de se rendre compte comment les rois du Sud réussirent
-à détrôner leurs voisins plus civilisés du Nord et à réunir tout le pays
-sous leur sceptre, mais dans l'histoire les exemples sont fréquents d'un
-peuple riche subjugué par un autre qui lui est très inférieur, et
-toujours dans ces cas-là nous voyons que le vaincu finit par s'assimiler
-le vainqueur et par l'absorber: la civilisation, un moment écrasée par
-la force, reprend au bout de peu de temps son essor, activé par
-l'infusion d'un sang nouveau. Il en fut de même ici, et comme dans le
-mythe, Horus ne put achever sa conquête et dut faire un compromis avec
-ses ennemis. Le Delta se vengeait généreusement d'avoir perdu son
-autonomie en imposant à son vainqueur une civilisation très supérieure,
-jusqu'au moment où il pourrait lui-même reprendre les rênes du pouvoir.
-
-
-A. HISTOIRE ET TRADITION
-
-Originaires d'un des points les plus méridionaux du territoire égyptien,
-les chefs de la tribu du faucon, qui avaient étendu leur pouvoir sur les
-autres tribus de la Haute Egypte, choisirent comme lieu de résidence un
-endroit plus central, situé plus au nord, en une région où la vallée
-s'élargit et devient en même temps plus fertile. C'est là que s'éleva la
-ville de Thinis, qui comme capitale politique de l'Egypte devait être
-vite supplantée par les villes mieux situées, tandis que sa voisine,
-Abydos, où les premiers rois creusèrent leurs tombeaux, devenait
-rapidement la métropole religieuse de la Haute Egypte, le centre du
-culte funéraire, la ville du dieu des morts.
-
-C'est à leur première capitale que les deux premières dynasties doivent
-le nom sous lequel on les désigne couramment, celui de dynasties
-thinites. Pour arriver à connaître leur histoire, nous pouvons
-maintenant combiner les données des écrivains classiques et celles que
-fournissent les listes ou les monuments égyptiens postérieurs, avec les
-renseignements contemporains qui nous ont été livrés par les fouilles
-récentes; nous avons la liste des rois, les chiffres indiquant la
-longueur de leurs règnes, mais l'histoire proprement dite,
-l'enchaînement des événements, nous fait encore défaut. Le relevé
-officiel, année par année, de la pierre de Palerme, ne nous est pas
-d'une grande utilité, car par le fait des cassures, nous ne savons
-auxquels des rois attribuer les événements signalés, qui du reste ne se
-rapportent le plus souvent qu'à des fêtes religieuses ou à des
-fondations de temples. De plus, pour des raisons que nous examinerons
-plus loin, il est souvent difficile d'établir la corrélation entre les
-noms royaux tels que nous les donnent les listes et ceux qui se trouvent
-sur les monuments contemporains.
-
-La première dynastie, au dire de Manéthon, compta huit rois et dura 263
-ans, la seconde, neuf rois qui occupèrent le trône pendant 302 ans. On
-peut les placer, approximativement, entre 4.000 et 3.400 avant notre
-ère.
-
-Dans ces deux groupes de souverains, la seule figure qui se détache sur
-l'ensemble est celle du premier d'entre eux, Ménès, en égyptien Mena ou
-Mini, le véritable fondateur de la royauté égyptienne. Nous ignorons
-comment il s'y prit pour réunir sous son sceptre les deux parties du
-pays, mais nous savons qu'aussitôt la chose faite, il s'empressa de
-transporter le siège de son gouvernement à la frontière des deux
-royaumes, fonda une ville nouvelle, à laquelle il donna son nom,
-Memphis, Mennofer, et qui par sa position même devait rester bien
-longtemps la capitale de l'Egypte. Après cela il s'occupa activement de
-l'organisation de ses nouveaux états: il promulgua des lois, fonda des
-temples, dirigea des expéditions contre les Libyens qui habitaient aux
-confins de la vallée du Nil et qui cherchèrent toujours à s'y
-réinstaller en maîtres. Son long règne, qui dura plus de soixante ans,
-se termina par une fin tragique sur laquelle nous ne sommes que très
-vaguement renseignés.
-
-Les successeurs immédiats de Ménès, ceux dont les noms, grécisés par
-Manéthon, sont Athothis, Kenkenès, Ouenéphès, Ousaphaïs, Miébis,
-Semempsès et Bienekhès, continuèrent son oeuvre, sans qu'aucun d'eux se
-distinguât de façon particulière: ils s'occupèrent de législation,
-d'administration intérieure, et réglèrent définitivement le culte des
-dieux et le rituel des cérémonies; ils construisirent des temples, des
-palais et d'autres édifices, ils guerroyèrent contre les Libyens et l'un
-d'eux envoya au Sinaï la première expédition minière dont l'histoire ait
-gardé le souvenir. Quelques-uns s'occupèrent même de science et
-composèrent non seulement des ouvrages théologiques, mais aussi des
-livres de médecine et d'anatomie. Sous les uns, diverses calamités
-s'abattirent sur le pays, tandis que les autres jouirent d'années
-prospères et tranquilles.
-
-Les rois de la IIme dynastie, Boethos, Kaiekhos, Binothris et les autres
-ont une personnalité plus effacée encore, et il est difficile de les
-identifier avec ceux que les monuments nous font connaître et qui ne
-peuvent se ranger que dans cette période de l'histoire, Kha-Sekhemouï,
-Neb-ra, Nenouter, Hotep-Sekhemouï et plusieurs autres encore. Aucun
-événement important n'est relaté, même sur la pierre de Palerme, où les
-mentions annuelles se rapportent toutes à des fêtes royales ou
-religieuses, au dénombrement des bestiaux, à la construction de divers
-édifices. On s'aperçoit néanmoins, en étudiant les courtes inscriptions
-laissées par ces rois et en les comparant à celles de la dynastie
-précédente, qu'il y a quelque chose de changé dans la titulature royale,
-auparavant très simple. Il s'y introduit à plusieurs reprises un élément
-nouveau, l'emblème du dieu Set, et ce simple fait montre que le sceptre
-n'est plus aussi ferme entre les mains des souverains thinites, qu'ils
-se rapprochent insensiblement, soit par des mariages, soit autrement,
-des descendants des anciens rois du Nord; si quelques rois se font
-ensevelir à Abydos, comme leurs ancêtres, les autres commencent à
-creuser leurs tombeaux à Memphis même, où les traces de leur activité
-deviennent de plus en plus fréquentes. Cette dynastie, encore nettement
-thinite, tant par l'origine de ses rois que par le caractère de sa
-civilisation, représente donc pour nous le commencement de la période de
-transition pendant laquelle se prépare l'avènement de l'empire
-memphite; cette période est assez longue, puisqu'elle embrasse encore la
-IIIme dynastie qui, bien que memphite, se rattache étroitement à celle
-qui la précède.
-
-[Illustration: _Fig. 69._ Tête de Kha-Sekhemouï (d'apr. QUIBELL.
-_Hieraconpolis_, I, p. XXXIX).]
-
-
-B. MONUMENTS
-
-Presque tous les monuments, petits ou grands, que nous possédons
-maintenant, proviennent de la Haute Egypte, en particulier d'Abydos, de
-Negadah et, un peu plus au sud, d'Hieraconpolis, la ville où était
-probablement le centre le plus ancien en Egypte du clan d'Horus le
-Faucon, avant son extension vers le nord. Enfin un certain nombre
-d'inscriptions et de petits objets ont été trouvés dans les environs de
-Memphis, mais, comme nous venons de le voir, ceux-ci datent seulement de
-la fin de l'époque thinite. Nous devons passer en revue tous ces
-documents avant d'aborder le tableau d'ensemble de la civilisation
-pendant cette période.
-
-
-_Tombeaux_
-
-Les princes de Thinis avaient choisi pour y creuser leurs sépultures une
-large plaine sablonneuse dominée par les montagnes où commence le désert
-proprement dit, aux environs immédiats de leur première capitale, au
-lieu qui deviendra plus tard la ville sacrée d'Abydos. Les plus
-anciennes de ces tombes, celles qui appartiennent aux premiers rois de
-la Ire dynastie, et même peut-être à quelques-uns de leurs prédécesseurs
-immédiats, sont de grandes fosses rectangulaires creusées dans le sol du
-désert, qui ne dépassent guère cinq mètres sur sept de côté, et trois de
-profondeur environ; des murs en briques crues étaient élevés contre les
-parois naturelles de la fosse et le tout était recouvert, au niveau du
-sol sans doute, par un plancher de bois supporté par des piliers,
-également en bois; une couche de sable devait rendre la tombe invisible.
-
-[Illustration: _Fig. 70._ Plan d'un tombeau royal à Abydos (d'après
-PETRIE. _Royal Tombs_, I, pl. LX).]
-
-Avec un plan aussi simple, le tombeau du roi se distinguait à peine de
-ceux de ses sujets, et nous voyons peu à peu les souverains chercher à
-donner à leur dernière demeure un caractère plus grandiose. A partir du
-milieu de la Ire dynastie, les proportions de ces tombeaux augmentent
-sensiblement, en profondeur autant qu'en longueur et en largeur: on ne
-se contente plus de murs en briques et d'un plafond de bois, on étend un
-plancher sur le sol, on lambrisse les parois, et on finit même par
-dessiner le long des murailles, au moyen de murs de refend, des séries
-de niches profondes qui ont presque la dimension de petites chambres.
-Enfin de grands escaliers en briques crues descendent jusqu'au fond de
-la salle, et autour de celle-ci, dans un fossé moins profond, sont
-construites des séries de petites chambres servant de magasins pour les
-provisions funéraires et de sépulture aux gens de l'entourage immédiat
-du roi. Un petit monticule de sable et de galets recouvrait autrefois le
-trou, et au sommet une stèle portant en grands caractères le nom du roi
-signalait de loin l'emplacement de son tombeau.
-
-[Illustration: _Fig. 71._ Stèle royale d'Abydos (d'après DE MORGAN.
-_Rech. sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _797_).]
-
-Deux tombes seulement de rois de la IIme dynastie ont été retrouvées à
-Abydos, toujours dans la même région, mais ces monuments se distinguent
-très nettement des autres, par le fait surtout que la chambre funéraire
-et toutes ses dépendances sont construites dans une seule et même
-excavation, celle-ci pouvant atteindre des dimensions considérables.
-Ainsi le tombeau de Kha-Sekhemouï, qui doit être un des derniers rois de
-la dynastie, est construit sur un plan très allongé et n'a pas moins de
-83 mètres de long, avec 58 pièces, parmi lesquelles la chambre
-funéraire, placée au centre, est à peine plus importante que les autres.
-
-Le monument le plus remarquable de toute la période thinite est situé à
-Négadah, entre Abydos et Louxor; c'est encore un tombeau, non plus un
-tombeau souterrain, mais une construction entièrement apparente. En
-voyant pour la première fois cet édifice qui est encore dans un état de
-conservation relativement bon, nous crûmes être en présence d'un mastaba
-de l'Ancien Empire et il fallut les fouilles méthodiques qu'entreprit
-immédiatement M. de Morgan pour nous prouver que nous avions sous les
-yeux un monument datant d'un des plus anciens rois de la Ire dynastie;
-certains savants ont voulu identifier ce souverain à Ménès lui-même,
-mais la découverte récente d'un fragment des annales de l'Ancien Empire
-montre qu'il s'agit sans doute de son deuxième successeur, le roi
-Atet-Kenkenès.
-
-Entièrement construit en briques crues, ce monument, dont la forme
-générale est rectangulaire, a une longueur totale de 54 mètres,
-exactement le double de sa largeur; un socle bas l'isole du terrain
-environnant, et au-dessus de ce soubassement les murs s'élèvent,
-présentant tout le long des quatre façades une série de petites niches
-avec les retraits et les saillies que nous retrouverons plus tard dans
-les stèles de l'Ancien Empire et qui ne font que reproduire les détails
-décoratifs de l'architecture civile en briques et en bois. Aucune porte
-ne permet de pénétrer dans l'intérieur, qui se compose d'un noyau
-central contenant cinq pièces, dont la chambre funéraire, au milieu;
-après l'ensevelissement, on avait muré les portes de ces chambres, puis
-on avait édifié tout autour une série de pièces plus petites destinées à
-servir de magasin, et enfin le mur extérieur avec ses niches, qui devait
-clore définitivement le tombeau et le présenter aux regards sous la
-forme d'un immense bloc architectural sans la moindre ouverture: au lieu
-d'être enterré, comme d'habitude, le mort était emmuré.
-
-Enfin, dans les substructions du temple plus récent d'Hieraconpolis, on
-a retrouvé un long mur circulaire, en pierres grossièrement assemblées,
-qui représente sans doute l'enceinte du premier temple bâti en cet
-endroit sous les dynasties thinites, ainsi que semblent le prouver un
-montant de porte sculpté au nom du roi Kha-Sekhemouï et d'autres objets
-de la même époque. On n'a jusqu'ici signalé aucun autre édifice royal,
-temple ou tombeau de cette période.
-
-[Illustration: _Fig. 72._ Tombe d'époque thinite (d'après REISNER.
-_Predynastic cemeteries_, I, pl. IV).]
-
-Quant aux tombeaux des particuliers, ils sont toujours d'une grande
-simplicité: la fosse, un peu plus grande qu'autrefois, est rectangulaire
-ou carrée, ses parois sont en général revêtues de briques crues, et un
-plafond de bois ou de dalles de pierre recouvre le tout; elle comprend
-parfois plusieurs chambres. Le mort y est le plus souvent couché sur le
-côté gauche, la tête au sud, dans la position dite embryonnaire ou
-assise; on ne rencontre que rarement des exemples de démembrement
-complet, comme c'est le cas vers la fin de la période précédente, mais
-on retrouve par contre souvent la petite tombe ovale et la tombe-ciste.
-
-
-_Mobilier funéraire_
-
-Les tombeaux royaux ne nous sont point parvenus intacts; ils n'étaient
-pas suffisamment protégés, et les violateurs de sépultures y
-pénétrèrent; puis des incendies éclatèrent dans ces constructions où le
-bois entrait pour une grande part, et le mobilier funéraire en souffrit
-considérablement. D'après ce qui en reste, nous pouvons néanmoins nous
-faire une idée exacte de ce que ce mobilier devait être à l'origine, de
-la variété et de la richesse des objets qui le composaient.
-
-[Illustration: _Fig. 73._ Jarre en terre (d'ap. PETRIE. _Abydos_, I, pl.
-XXXII No _100_).]
-
-Les vases en terre sont de toutes formes et d'une grande abondance; tous
-servaient à serrer des provisions, grains ou liquides, dont on a encore
-retrouvé des traces, et étaient amoncelés dans les petites salles
-annexes du tombeau, qui servaient de magasins; d'immenses jarres,
-soigneusement fermées au moyen d'une écuelle et d'un bouchon d'argile,
-et alignées les unes à côté des autres, contenaient du vin, peut-être
-aussi de l'huile; dans d'autres pièces, des cruches plus petites ou de
-grandes écuelles renfermaient du blé, de l'orge, des fruits, des
-viandes. Tous ces vases étaient des objets d'un usage courant, vulgaire
-même, et non des ustensiles de luxe; ils ne manquent pas d'un certain
-galbe, d'une élégance de lignes qui se retrouve dans tout objet
-provenant de l'ancienne Egypte, mais leur facture est sommaire, l'argile
-employée est grossière, la cuisson souvent défectueuse.
-
-[Illustration: _Fig. 74 et 75._ Vases cylindriques en terre (d'ap.
-AYRTON. _El-Mahasna_, pl. XXXIII).]
-
-Si la céramique, ravalée à des usages inférieurs, est moins soignée que
-celle de la période prédynastique, nous remarquons par contre un progrès
-immense réalisé dans l'industrie des vases de pierre: toute la vaisselle
-des rois et des gens de qualité se composait en effet d'ustensiles
-taillés avec une habileté incroyable, qui n'a jamais été égalée plus
-tard, en aucun endroit et à aucune époque. Les ouvriers travaillent
-indifféremment le calcaire, l'albâtre et le grès, le granit, la diorite,
-la diabase et le porphyre, sans que jamais la pierre la plus dure semble
-constituer pour eux le moindre obstacle. Ils s'attaquent même à
-l'obsidienne et au cristal de roche et réussissent à en tirer des petits
-vases et des coupes d'une perfection inouïe. Des instruments dont ils se
-servaient pour venir à bout de ces chefs-d'oeuvre, nous ne connaissons
-que le plus important, celui qui servait à évider l'intérieur du vase,
-une sorte de vilebrequin à lame latérale, garni dans le haut d'un lourd
-contrepoids servant de volant.
-
-[Illustration: _Fig. 76-79._ Coupes en pierre dure (d'après PETRIE.
-_Royal Tombs_, II pl. XLVII, XLVIIB, XLVIII).]
-
-Au point de vue de la forme, la variété de ces vases est très grande. Il
-y a d'abord la coupe, pour laquelle on employait de préférence
-l'albâtre, le calcaire, le grès, le quartz, et qui servait en même temps
-d'assiette et d'écuelle. Elle est plate ou plus ou moins profonde,
-souvent même plus haute que large; son fond est plat ou arrondi, ses
-parois généralement droites, mais parfois le rebord se retourne
-légèrement vers l'intérieur. Puis les grandes jarres d'albâtre, imitées
-du modèle très répandu de la poterie ordinaire, et dont quelques-unes
-atteignent jusqu'à un mètre de hauteur; les vases globulaires à fond
-plat et à petites anses, les uns minuscules, les autres de très grandes
-dimensions; les vases sphéroïdes à rebord aplati et anses de suspension,
-en granit, diorite ou porphyre, dont la panse est unie ou côtelée et qui
-sont souvent de pures merveilles; enfin les nombreux vases cylindriques,
-généralement en albâtre. On pourrait encore mentionner d'autres formes
-moins courantes, entre autres les vases en forme d'animaux. Tous ces
-modèles se retrouvent en très grande abondance dans les tombeaux des
-rois et même dans ceux des particuliers de l'époque. Etant donnée la
-matière employée, on pourrait encore faire rentrer dans cette catégorie
-les petites tables d'albâtre, sorte de guéridons formés d'un disque
-monté sur un pied très bas, qui servaient de tables à manger, et qui
-deviennent surtout fréquentes à partir de l'Ancien Empire.
-
-[Illustration: _Fig. 80 et 81._ Vases de pierre (d'après PETRIE. _Royal
-Tombs_, II, pl. XLIX, et l'original).]
-
-La faïence fait sa première apparition avec des vases, des plaquettes et
-divers fragments en terre vernissée, à couverte d'un vert parfaitement
-homogène, mais qui peut-être était bleu à l'origine; ce genre de faïence
-devait continuer à être employé à toutes les époques du royaume
-pharaonique.
-
-[Illustration: _Fig. 82 et 83._ Bracelets de la Ire dynastie (d'après
-VERNIER. _Bijoux et orfèvrerie_, I, pl. V).]
-
-Vu leur fragilité même, beaucoup d'objets qui se trouvaient dans les
-tombes royales ont disparu ou ne nous sont parvenus qu'à l'état de
-fragments: ainsi tout ce qui était en bois ou en ivoire, figurines,
-plaquettes, coffrets incrustés, meubles sculptés souvent ornés de pieds
-de taureau ou de lion, d'un travail exquis. Un hasard heureux a fait
-retrouver aussi de belles perles en or et des bracelets en or, améthyste
-et grenat qui sont aussi bien composés qu'exécutés, et qui dénotent,
-chez les bijoutiers de ce temps, une pratique du métier déjà très
-grande.
-
-[Illustration: _Fig. 84._ Poignard en silex à poignée d'or (d'apr. J. DE
-MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _136_).]
-
-Les progrès de la taille du silex sont au moins aussi remarquables que
-ceux de la fabrication des vases en pierre dure. Les grands couteaux
-recourbés du tombeau de Negadah et les longs éclats retaillés sur une
-seule face, avec des retouches d'une régularité parfaite, ne sauraient
-trouver leurs égaux en aucun pays du monde; ces derniers servaient de
-poignards, et l'un d'eux est enveloppé sur une partie de sa longueur
-d'une feuille d'or ciselé formant poignée. A côté de ces armes on
-trouve, toujours dans les tombeaux des rois, un grand nombre de pointes
-de flèches qui ne leur cèdent en rien pour la beauté de la forme et du
-travail.
-
-[Illustration: _Fig. 85 et 86._ Pointes de flèches, Abydos (d'apr. DE
-MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Eg._, I, fig. _210_, _219_).]
-
-Nous avons déjà vu çà et là, pendant l'époque précédente, des objets de
-cuivre; à partir des premiers rois thinites, l'usage de ce métal est
-très répandu. On s'en sert non seulement pour des outils ou des armes,
-mais aussi pour des vases, grandes coupes creuses, vases globulaires
-avec anse mobile ou aiguières verseuses à bec recourbé, qui témoignent
-déjà d'une grande habileté en matière de chaudronnerie; les ouvriers
-s'entendaient aussi bien à travailler à l'embouti qu'à souder et à river
-les pièces ensemble.
-
-[Illustration: _Fig. 87._ Plaque de schiste (d'après LEGGE. _Proc. of
-the Soc. of Bibl. Arch._, XXII pl. II).]
-
-Parfois encore les tombeaux des particuliers nous livrent de ces plaques
-de schiste que nous avons signalées dans les sépultures prédynastiques,
-mais on n'en a rencontré que rarement dans les tombes royales; l'usage
-de ces objets dans le mobilier funéraire tendait à disparaître, par
-contre on en employait d'analogues pour le service du culte divin. Ces
-plaques de schiste d'un nouveau modèle, dont quelques-unes de très
-grandes dimensions, sont couvertes de sculptures en bas-relief qui ont
-pour nous non seulement de l'intérêt au point de vue artistique, mais
-nous donnent encore souvent des renseignements historiques importants.
-On y voit représentées, sous forme symbolique, une campagne victorieuse,
-la destruction de cités ennemies, la soumission des vaincus, tandis que
-sur d'autres on ne remarque que des animaux de toute sorte, en
-particulier ces espèces de panthères dont le cou d'une longueur très
-exagérée entoure le godet central qui paraît être la partie la plus
-importante de la plaque, mais dont nous ne connaissons pas encore le but
-exact. Quoi qu'il en soit, ces plaques de schiste sculptées, qui sont de
-véritables oeuvres d'art, paraissent être des objets votifs, comme les
-énormes masses d'armes votives en pierre, couvertes de bas reliefs, qui
-étaient déposées dans le temple d'Hieraconpolis.
-
-[Illustration: _Fig. 88._ Statue archaïque, à Turin (d'ap. PETRIE.
-_Photographs_, No _2_).]
-
-Ces monuments sont en somme les premiers bas-reliefs égyptiens; c'est de
-la même époque que datent les premières oeuvres de la statuaire, qui,
-bien que souvent un peu lourdes de forme, possèdent déjà la plupart des
-qualités des statues de l'Ancien Empire. Ces objets sont du reste assez
-rares: quelques statues de petites dimensions, de rois ou de
-particuliers, des statuettes d'hommes ou de femmes en ivoire, et des
-figurines en diverses matières, représentant des animaux.
-
-
-_Inscriptions_
-
-Parmi tous ces monuments, les plus importants pour nous, et de beaucoup,
-sont ceux qui portent des inscriptions. Les plus anciens documents
-écrits appartiennent aux premiers souverains ayant régné sur les deux
-parties du pays, et l'invention de l'écriture, qui est la
-caractéristique de l'époque thinite, ne semble pas avoir été de beaucoup
-antérieure à ces débuts de l'histoire égyptienne. Il ne s'agit pas
-encore de textes, à proprement parler, mais d'inscriptions très courtes
-donnant des noms, des titres, et la mention sommaire, au moyen de
-quelques signes seulement, d'événements importants. En la comparant à
-celle des époques suivantes, on voit que cette écriture est encore dans
-son enfance, mais en même temps on peut constater qu'elle a non
-seulement le caractère pictographique propre à toutes les écritures
-primitives, mais qu'elle possède déjà tous les éléments phonétiques et
-alphabétiques qui constituent le système hiéroglyphique. Les signes ne
-sont pas encore disposés suivant un ordre rigoureux, comme plus tard,
-mais ils sont déjà dessinés avec une précision remarquable, et ceux qui
-sont en usage à ce moment-là se modifieront à peine au cours des
-siècles. L'Egyptien, profondément artiste, avait trouvé, presque sans
-tâtonnement, semble-t-il, le type d'écriture qui lui convenait et
-auquel il devait se tenir pendant des milliers d'années.
-
-[Illustration: _Fig. 89._ Tablette en ébène (d'ap. PETRIE. _Royal
-Tombs_, I, pl. XV, no _16_).]
-
-Les documents écrits de la période thinite appartiennent pour ainsi dire
-tous au roi lui-même ou à son entourage immédiat. Parmi les monuments
-royaux, il faut citer en première ligne les grandes stèles de pierre
-dressées sur les tombeaux et qui ne contenaient que le nom du roi en
-grands caractères; il en est de même des montants de porte de
-Kha-Sekhemouï au temple d'Hieraconpolis et des bas-reliefs du Sinaï où
-le nom accompagne seul la figure de Mersekha massacrant ses ennemis. De
-petites plaquettes en bois ou en ivoire, destinées à commémorer un
-événement, une victoire, une cérémonie religieuse ou une inauguration
-d'édifices, portaient, en plus des représentations figurées et du nom
-royal, un très court texte explicatif. Enfin, sur la grande plaque de
-schiste et les massues votives d'Hieraconpolis, il n'y a, à côté des
-représentations, que le nom du roi, qui se retrouve également, isolé,
-sur beaucoup de petits objets de toute espèce.
-
-[Illustration: _Fig. 90._ Empreinte de cylindre (d'après PETRIE. _Royal_
-Amenemhat III).]
-
-Chaque employé supérieur de l'administration avait son cachet officiel,
-cylindre gravé en creux, portant son titre et son emploi, à côté du nom
-du roi; ces cylindres servaient entre autres à sceller les produits dont
-les fonctionnaires avaient la surveillance, et ils étaient apposés sur
-les énormes bouchons d'argile fermant les grandes jarres où l'on
-conservait les provisions destinées au roi mort. Ces empreintes, qui
-sont le plus souvent encore très nettes, forment l'ensemble le plus
-important et le plus varié des inscriptions de l'époque thinite. C'est
-aussi, sans aucun doute, à des officiers royaux et à de grands
-personnages de la cour qu'appartenaient les nombreuses petites stèles
-portant simplement leur nom et indiquant la place de leur sépulture dans
-les dépendances des tombeaux royaux.
-
-[Illustration: _Fig. 91._ Protocole du roi Amenemhat III.]
-
-Ce n'est pas sous la forme d'un cartouche ovale, comme on a l'habitude
-de le voir dans tous les monuments depuis l'Ancien Empire, que se
-présente ici le nom du roi: il est renfermé dans un rectangle terminé
-dans le bas par un motif architectural et surmonté d'un faucon. Il est
-nécessaire, pour expliquer cette différence qui peut paraître étrange au
-premier abord, de jeter un coup d'oeil sur la titulature complète des
-rois d'Egypte, à la bonne époque. A côté d'un nombre très variable
-d'épithètes pompeuses où la fantaisie des scribes se donne libre
-carrière, le protocole royal comporte cinq noms différents précédés
-chacun d'un titre spécial; ainsi la titulature complète d'Amenemhat III,
-un des derniers rois de la XIIme dynastie (fig. 91), se présente de la
-façon suivante:
-
-Le premier de ces titres, celui dans lequel le faucon surmonte un
-édifice où est gravé le nom, représente le nom sacré du roi, son nom
-d'Horus, celui par lequel il affirme sa descendance divine, sa qualité
-d'héritier légitime du dieu fondateur de la monarchie. Les deux suivants
-ont moins d'importance et paraissent rarement isolés en dehors du
-protocole complet. Quant aux deux derniers, avec les noms renfermés dans
-des cartouches, ce sont, à l'époque classique, les vrais titres
-officiels du roi, les seuls employés couramment pour désigner le
-pharaon: l'un, que nous avons l'habitude d'appeler le prénom, est
-surmonté du double titre «roi de la Haute et roi de la Basse Egypte»;
-c'était le nom que se donnait le roi au moment de son couronnement,
-tandis que son ancien nom de prince royal, son nom de famille en quelque
-sorte, trouvait place dans le dernier cartouche, avec l'épithète «fils
-du soleil», qui fait ressortir une fois de plus le caractère divin ou
-semi-divin de la royauté. Tous ces titres n'ont ni la même origine ni la
-même ancienneté. Le premier en date est aussi le premier de la série,
-le nom d'Horus; jamais, sur leurs monuments, les premiers rois de la
-première dynastie ne sont désignés par un autre nom que celui qui,
-enfermé dans le rectangle qui figure le palais royal, est surmonté du
-faucon, image du dieu Horus. Le souverain n'est donc pas appelé à
-l'origine «le roi d'Egypte un tel» mais «l'Horus un tel»; plus tard,
-sous la IIme dynastie, certains rois qui étaient sans doute originaires
-de la Basse Egypte tentèrent, comme le fit Perabsen, de remplacer le
-faucon par l'animal typhonien Set, et se nommèrent alors «le Set un tel»
-(fig. 93); d'autres enfin réunirent les deux emblèmes divins, comme
-Kha-Sekhemouï qui se donne le titre de: «Horus-Set-Kha-Sekhemouï» (fig.
-94).
-
-[Illustration: _Fig. 92._ Noms de rois de la Ire dynastie.]
-
-[Illustrations:
- _Fig. 93._ Nom du roi Perabsen.
- _Fig. 94._ Nom du roi Kha-Sekhemouï.
- _Fig. 95._ Nom du roi Den-Setouï.]
-
-Dès l'origine, cependant, les rois prirent le titre de «maître des
-diadèmes du Sud et du Nord», titre qui vient se placer à côté du
-premier, mais n'est pas accompagné d'un nom nouveau. Enfin, à partir du
-milieu de la Ire dynastie, nous voyons apparaître un second nom tout à
-fait différent de l'autre, avec le titre de «roi de la Haute et de la
-Basse Egypte» (fig. 95). Ce nom n'est pas encore enfermé dans un
-cartouche, comme cela aura lieu plus tard. Quant aux deux autres titres,
-celui de «Horus d'or», ou de «Horus vainqueur», et celui de «fils du
-soleil», ils ne paraissent que beaucoup plus tard, dans le courant de
-l'Ancien Empire.
-
-Dans les listes royales d'époque postérieure, les pharaons, même les
-plus anciens, sont toujours désignés par leurs noms de rois de la Haute
-et de la Basse Egypte, jamais par leurs noms d'Horus. Or les monuments
-de l'époque ne nous donnent la concordance entre les deux noms que pour
-trois rois de la Ire dynastie: Den-Setouï (Ousaphaïs), Azab-Merbapa
-(Miebis) et Mersekha-Semempsès. Pour tous les autres rois thinites, nous
-n'avons que le nom d'Horus, ce qui rend leur assimilation assez
-difficile; néanmoins, on est arrivé à les grouper de façon assez
-satisfaisante.
-
-
-C. CIVILISATION
-
-L'organisation de la royauté, l'invention de l'écriture, les débuts de
-l'architecture, le développement des arts et de l'industrie marquent un
-progrès immense de l'époque thinite sur la période précédente, une
-transformation radicale dans l'état général du pays. Après avoir étudié
-les monuments, il nous reste à passer aux conclusions que nous pouvons
-en tirer quant à ce nouveau stage de la civilisation.
-
-
-_Royauté_
-
-Le roi est un Horus, donc non seulement un monarque de droit divin ou un
-représentant du dieu sur la terre, mais un roi-dieu, planant en quelque
-sorte au-dessus de l'humanité. Tout lui appartient ici-bas, tout gravite
-autour de lui. Détenteur du pouvoir spirituel aussi bien que du pouvoir
-temporel, il organise le culte des dieux, ses pères et ses frères, il
-commence à leur faire construire de vrais temples au lieu des petits
-édicules en bois entourés d'une enceinte ou des huttes en branchages qui
-sont encore presque partout les sanctuaires des diverses divinités.
-Quant à lui-même, il habite des palais dont le cadre qui entoure son nom
-nous a conservé une image sommaire et, après sa mort, il repose dans un
-tombeau somptueux, entouré d'un monceau de provisions pour l'éternité.
-Les membres de sa famille paraissent à peine à côté de lui.
-
-
-_Tribus_
-
-La présence, à côté du roi, dans les grandes cérémonies, des enseignes
-symboliques du faucon, du chacal, de l'ibis, semble indiquer que les
-anciennes tribus subsistent toujours, non plus indépendantes, mais
-devenues vassales de la couronne. Cependant ces emblèmes pourraient
-aussi être de nature purement religieuse et s'appliquer à des divinités
-plutôt qu'à des groupements de la population.
-
-
-_Fonctionnaires_
-
-Autour du roi se trouvaient une quantité de fonctionnaires, depuis ceux
-qui étaient attachés à la personne même du souverain, le porte-sandales
-et le porte-éventail, jusqu'aux chefs artisans qui semblent avoir eu une
-position privilégiée. Puis venaient tous ceux qui étaient préposés aux
-domaines royaux, qui surveillaient l'emmagasinage des récoltes et dont
-les sceaux étaient apposés sur les bouchons des jarres à provisions.
-Tous ces personnages forment l'entourage immédiat du roi et se font
-enterrer à côté de lui, parfois même dans les dépendances de la
-sépulture royale. Comme leur souverain, ils perpétuent le souvenir de
-leur tombeau par une stèle placée au-dessus, en évidence, stèle où leur
-nom seul est sommairement gravé sur une pierre à peine dégrossie.
-
-
-_Peuple_
-
-C'est dans les centres, et particulièrement autour du roi, que nous
-pouvons suivre le développement de cette civilisation nouvelle: jusqu'à
-quel point put-elle pénétrer dans la masse même de la population, chez
-les habitants des campagnes? Les tombeaux de ceux-ci, disséminés le long
-des coteaux de sable qui bordent la vallée, comme ceux de leurs
-prédécesseurs, nous montrent à quoi nous en tenir à ce sujet et, somme
-toute, nous voyons qu'à part quelques modifications de détails, la
-situation du peuple n'a guère changé. Si les habitants du pays revêtent
-maintenant leurs tombeaux de briques, ils les creusent toujours aux
-mêmes endroits et leur donnent à peu près les mêmes dimensions
-qu'auparavant. Le mobilier funéraire est le même, à peine un peu
-modernisé quant à la forme des vases; les outils et les armes ne sont
-pas modifiés et ce n'est encore que rarement qu'on voit paraître des
-objets de cuivre à côté des silex taillés toujours en usage.
-
-Comme jadis, les habitants des campagnes ne se préoccupaient guère des
-progrès de l'écriture ou de l'architecture, et vivaient de chasse et de
-pêche, d'élevage et d'agriculture. Le cuivre fournissait aux pêcheurs un
-nouvel engin, le petit hameçon, mais il changeait à peine l'armement des
-chasseurs. L'agriculture était en progrès, sans doute grâce aux efforts
-de l'administration royale. Le roi possédait-il lui-même des champs de
-blé et d'orge d'où il tirait ses approvisionnements ou les
-abandonnait-il aux cultivateurs moyennant une forte redevance en nature,
-c'est ce dont nous ne pouvons nous rendre compte; peut-être y avait-il
-des terres de la couronne et des terres privées, comme ce devait être le
-cas plus tard. En tous cas le roi possédait des jardins spéciaux, enclos
-de murs, qui étaient l'objet d'une surveillance particulière, et où l'on
-cultivait entre autres la vigne. Les employés du gouvernement
-apportaient aussi un soin particulier aux irrigations, notaient avec
-soin la cote exacte de chaque crue du Nil, et faisaient creuser les
-premiers canaux.
-
-Les artisans, les gens de métier, vivaient surtout dans les centres,
-mais les habitants des campagnes fabriquaient eux-mêmes les objets dont
-ils avaient besoin, en particulier ce qui concernait le vêtement.
-Pendant que les hommes s'occupaient de chasse, de pêche et des travaux
-des champs, les femmes se chargeaient de filer et de tisser la toile.
-
-
-_Commerce extérieur_
-
-La plupart des matières premières qu'employaient les Egyptiens
-provenaient du pays même, mais d'autres devaient être cherchées plus
-loin, souvent à de grandes distances. Ainsi certaines pierres dures,
-employées pour fabriquer des vases ou des objets d'ornement, ne se
-trouvent que dans des montagnes situées en plein désert; il en est de
-même de l'or. Le roi envoyait-il des expéditions pour recueillir ces
-matières précieuses, ou bien les nomades les apportaient-ils jusqu'en
-Egypte, il nous est impossible de le savoir. Le cuivre venait de plus
-loin vers le sud, et des gisements de turquoises, comme ceux du Sinaï,
-étaient déjà exploités par les Egyptiens; peut-être aussi le commerce
-extérieur en amenait-il dans le pays des quantités plus ou moins
-considérables.
-
-L'obsidienne employée en Egypte provient de l'île de Milo, dans
-l'Archipel, et ce fait montre qu'il continuait à y avoir entre les deux
-peuples, malgré l'obstacle que leur opposait la mer, des relations
-suivies; la présence de poterie égéenne dans les tombeaux royaux
-d'Abydos est une preuve de plus du commerce qui se faisait à cette
-époque sur la Méditerranée.
-
-La similitude très marquée qui existe entre certains objets de la
-Chaldée primitive et les monuments de l'Egypte thinite a fait envisager
-par certains savants la possibilité d'une origine commune des deux
-races. Cette hypothèse, comme je l'ai dit plus haut, doit sans doute
-être abandonnée, car la civilisation égyptienne est certainement
-originale et africaine. Les infiltrations sémites qui ont pu se produire
-dans la vallée du Nil sont beaucoup moins importantes qu'il ne le
-paraissait d'abord et il se peut fort bien qu'elles soient dues
-uniquement à des relations commerciales entre l'Egypte et les pays de
-l'est et du sud-est, par la mer Rouge. Ainsi des voyageurs, des
-commerçants peuvent avoir apporté d'Egypte en Chaldée ou de Chaldée en
-Egypte, des cylindres servant de sceaux, et cette nouveauté ayant été
-appréciée, la mode s'en sera répandue facilement; rien du reste ne
-prouve que l'usage du cylindre ait été inventé en Mésopotamie plutôt que
-dans la vallée du Nil. Il en est de même de certains petits vases à
-parfums, spécialement de ceux à formes animales.
-
-Quant à la question de l'écriture, qui a été invoquée comme preuve de
-l'origine commune des deux plus anciennes civilisations de l'Orient,
-elle n'est pas suffisamment concluante. La première écriture d'un peuple
-sortant de la barbarie est nécessairement pictographique, aussi
-peut-elle avoir débuté indépendamment dans les deux pays; en effet les
-signes hiéroglyphiques qui en Babylonie et en Egypte se ressemblent,
-n'ont pas la même valeur phonétique, et appartiennent à deux langues
-très différentes. Là l'écriture primitive se transforme rapidement,
-devient linéaire, puis cunéiforme, tandis qu'en Egypte elle reste
-pendant des milliers d'années une écriture hiéroglyphique.
-
-[Illustration: _Fig. 96._ Chien en ivoire (d'ap. DE MORGAN. _Rech. sur
-les orig. de l'Egypte_, II, fig. _698_).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 97._ La Pyramide à degrés de Saqqarah.]
-
-
-
-
-CHAPITRE V
-
-ANCIEN EMPIRE
-
-(De 3400 à 2200 av. J.-C. environ.)
-
-
-Ce nom d'Ancien Empire, adopté dans un temps où l'on considérait comme
-légendaires les deux dynasties thinites, s'applique à toute la période
-où l'Egypte fut gouvernée par des rois du nord, Memphites ou
-Héliopolitains, période de paix et de prospérité pour le pays qui
-atteint peu à peu un très haut degré de développement dans tous les
-domaines. C'est une succession de rois sages et puissants, dont
-l'autorité n'est pas discutée et dont la politique consiste, non à
-chercher au dehors des conquêtes et des aventures, mais à augmenter la
-richesse du pays par ses propres moyens, en utilisant et en développant
-toutes ses forces naturelles, autant celles du sol que celles de ses
-habitants.
-
-
-A. HISTOIRE
-
-L'Ancien Empire occupe dans l'histoire un laps de temps de 1200 ans
-environ, et se place approximativement, puisque nous ne pouvons donner
-de date exacte et que nous sommes obligés, dans le domaine
-chronologique, de nous en tenir à des à peu près, entre 3400 et 2200
-avant notre ère; quatre dynasties se succèdent, puis vient une chute
-brusque, une période de luttes intérieures, l'époque féodale, pendant
-laquelle se prépare l'avènement du Moyen Empire thébain.
-
-
-_IIIe dynastie_
-
-Nous avons vu se produire, au cours de la IIme dynastie un certain
-flottement; le royaume du nord, absorbé par Ménès et ses successeurs, se
-ressaisit peu à peu et cherche à reprendre les rênes du pouvoir. Après
-de longs efforts, les princes memphites arrivent à supplanter leurs
-suzerains et à coiffer eux-mêmes la double couronne; il ne semble pas y
-avoir eu de révolution ni de luttes sanglantes, la transition est trop
-lente pour avoir été brutale et c'est sans doute en suite d'une série
-d'alliances qu'une des familles finit par supplanter l'autre. Les rois
-memphites se considèrent comme les héritiers directs et légitimes des
-rois thinites. Loin de renier leurs prédécesseurs, ils continuent leur
-oeuvre et prennent leurs titres sans aucune modification; ils deviennent
-des Horus et non, comme on pourrait le croire, des Set, et se donnent
-également les titres de «maître des diadèmes du Sud et du Nord» et de
-«roi de la Haute et de la Basse Egypte». Ce dernier titre est suivi d'un
-nom spécial, qui n'est pas encore enfermé dans un cartouche. Rien n'est
-changé, ni dans l'organisation du pays, ni dans les moeurs; c'est encore
-la période de transition dans laquelle rentrent également les rois
-thinites de la IIme dynastie et les rois memphites de la IIIme, si
-intimement liés malgré la différence de leur origine qu'il est souvent
-difficile de distinguer sur les monuments contemporains ce qui
-appartient aux uns plutôt qu'aux autres.
-
-Manéthon donne pour la IIIme dynastie neuf rois avec 214 ans de règne,
-mais ses transcriptions de noms sont très fantaisistes et il est
-difficile de les identifier avec les noms des neuf ou dix souverains que
-nous connaissons d'après les monuments, et qui appartiennent
-certainement à cette époque. Aucun événement saillant ne marqua le règne
-de la plupart de ces rois, sauf une invasion libyenne sous le premier de
-ceux-ci, le Nekherôphès des Grecs, le Babaï des listes, invasion qui se
-termina, dit-on, par l'apparition d'un phénomène céleste devant lequel
-les Libyens reculèrent épouvantés, sans combat. Les Egyptiens des
-époques postérieures avaient cependant conservé très vivant le souvenir
-de certains de ces souverains, Nebka, Djeser-Teta, Houni, mais surtout
-du plus important d'entre eux qui est, à n'en pas douter, le vrai
-fondateur de l'Empire memphite, Tosorthros, celui de Djeser qui porte le
-nom d'Horus Nouterkha; auteur de livres scientifiques, il s'appliqua
-surtout à développer l'écriture et l'architecture, et nous pouvons
-constater le bien-fondé de cette légende car nous avons en effet de lui
-des constructions très importantes, comme la pyramide à degrés de
-Saqqarah, le plus ancien de ces immenses monuments funéraires, et,
-immédiatement après son règne, les premières grandes stèles tombales
-couvertes de textes. En outre la tradition lui attribuait certaines
-fondations pieuses, comme l'organisation du culte d'Isis à Philae, que
-relate tout au long une stèle de basse époque dans l'île de Sehel. Cette
-figure bien réelle du roi Djeser domine et éclaire toute la IIIme
-dynastie qui sans elle serait une des plus inconsistantes et des moins
-connues de toute l'histoire d'Egypte.
-
-
-_IVe dynastie_
-
-Le passage d'une dynastie à l'autre s'opéra sans secousse,
-naturellement; comme le dit un texte littéraire très ancien: «En ce
-temps-là, la Majesté du roi Houni arriva au port (c'est-à-dire mourut)
-et la Majesté du roi Snefrou s'éleva en roi bienfaisant, sur la terre
-entière»; c'est une famille nouvelle recueillant l'héritage d'une
-famille parente qui s'éteint. Les huit rois de cette dynastie, qui,
-toujours d'après Manéthon, occupèrent le trône pendant 284 ans, nous ont
-laissé des témoins indestructibles de leur puissance, les pyramides,
-l'effort architectural le plus gigantesque qui ait jamais été tenté.
-
-[Illustration: _Fig. 98._ Bas-relief de Snefrou au Sinaï (d'après J. DE
-MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. 594).]
-
-Avec le premier de ces rois, Snefrou, commence une période de grande
-prospérité pour l'Egypte; les tombeaux des simples particuliers
-deviennent de véritables monuments, et lui-même se fait construire deux
-pyramides. La richesse est très grande dans le pays, conséquence d'une
-administration sage et prévoyante, et les arts ne tâtonnent plus, ayant
-atteint l'expression parfaite dont ils ne s'écarteront plus guère. De
-son oeuvre personnelle, nous savons peu de chose, sinon qu'il organisa
-de façon définitive l'exploitation des mines du Sinaï, fortifiant ainsi
-la marche orientale de l'Egypte contre les incursions des bandes sémites
-de la Syrie méridionale.
-
-[Illustration: _Fig. 99._ Khéops (d'après PETRIE. _Abydos_, II, pl.
-XIV).]
-
-Son successeur, Khéops ou Khoufou, continua son oeuvre et fut plus
-puissant encore. Le travail colossal nécessité par la construction de sa
-pyramide avait rendu son nom légendaire, et les Grecs voyaient en lui un
-tyran qui avait écrasé son peuple de corvées, tandis que les Egyptiens
-vénéraient son souvenir, que son culte funéraire se perpétuait et qu'il
-fut toujours considéré comme un des plus grands rois d'Egypte. Il fonda
-des temples et continua d'encourager les travaux miniers au Sinaï.
-
-[Illustration: _Fig. 100._ Dadefra--Fouilles d'Abou-Roash--Louvre
-(photographie de M. E. Chassinat).]
-
-[Illustration: _Fig. 101._ Khéfren (photogr. de E. Brugsch-Pacha).]
-
-Après la mort de Khéops des compétitions s'élevèrent dans sa famille, et
-son premier successeur, Dadefra (Ratoïses), fut renversé après un règne
-plus ou moins long, sa pyramide fut rasée, ses statues mises en
-miettes, sa mémoire effacée presque complètement. Le frère de ce
-dernier, Khefren ou Khafra, monta alors sur le trône, et si nous ne
-savons rien de son oeuvre pendant son long règne, nous avons du moins de
-lui des monuments extrêmement remarquables, sa pyramide, le grand sphinx
-de Giseh et des statues qui sont de pures merveilles. La légende
-transmise par Hérodote dit que lui aussi fut considéré comme un tyran
-odieux et que, comme son père Khéops, sa dépouille mortelle fut arrachée
-de son tombeau et mise en pièces par le peuple révolté, mais cette
-légende ne repose sur aucune base sérieuse.
-
-[Illustration: _Fig. 102._ La grande pyramide et le sphinx de Gizeh.]
-
-[Illustration: _Fig. 103._ Mycérinus (d'après MASPERO. _Musée Egyptien_
-I, pl. IX).]
-
-Puis vint Menkaoura, le Mycérinus des Grecs, dont la réputation de
-justice et de piété se perpétua jusqu'à la fin de l'empire pharaonique;
-lui aussi se fit construire une pyramide et sculpter des statues
-splendides, et continua l'exploitation des mines du Sinaï. Il fut le
-dernier grand roi de sa race, ses successeurs nous sont à peine connus,
-et la IVme dynastie finit sans que nous puissions nous rendre compte de
-quelle manière; sans doute des rois incapables se virent peu à peu
-supplanter par des personnages plus énergiques, plus populaires et
-disposant d'un parti puissant. Un oracle avait prédit à Khéops que sa
-famille allait disparaître et qu'après quelques générations une race
-nouvelle, race d'origine divine, issue de Râ lui-même, le dieu-soleil,
-monterait sur le trône à sa place. S'inclinant devant la volonté divine,
-Khéops n'avait même pas songé à détruire pendant qu'ils étaient faibles
-encore, les premiers représentants de cette famille qui devait
-déposséder la sienne.
-
-
-_Ve dynastie_
-
-Avec l'avènement de ces nouveaux rois, originaires d'Héliopolis--et non
-d'Eléphantine, comme le dit Manéthon,--qui se considèrent comme
-engendrés par le dieu-soleil lui-même et adoptent définitivement dans
-leur protocole le titre jusqu'alors peu employé de «fils de Râ», le
-caractère théocratique de la royauté s'accuse de plus en plus. C'est le
-triomphe des prêtres d'Héliopolis, métropole religieuse de la Basse
-Egypte, les vrais fondateurs de la religion égyptienne, qui en arrivent
-à grouper autour de leur dieu-soleil tous les dogmes locaux d'origine si
-disparate, et à constituer un ensemble homogène, acceptable pour tous
-les Egyptiens. Non contents de cette centralisation religieuse, ils
-réussissent à mettre la main sur le pouvoir temporel, avec les neuf rois
-de la Vme dynastie qui, au dire de Manéthon, régnèrent pendant 218 ans,
-et même après ce temps, ces prêtres du soleil surent garder pendant de
-longs siècles une influence prépondérante sur le pouvoir civil.
-
-[Illustration: _Fig. 104._ Neouserra (d'après MASPERO. _Musée Egyptien_,
-I, pl. X).]
-
-Ouserkaf fut le premier de sa race; sans doute il dut réorganiser
-l'administration sur de nouvelles bases, et si nous savons peu de choses
-de lui, nous connaissons mieux ses successeurs qui continuèrent son
-oeuvre. Sahoura d'abord, puis Neferarkara et Shepseskara, plus tard
-Neouserra-An, Menkaouhor et Dadkara-Assa. Tous sont des monarques
-puissants et d'une activité qui s'étend d'un bout à l'autre du royaume
-et même au delà de ses frontières: ils contiennent les hordes libyennes
-et soudanaises qui cherchent à s'introduire dans le pays, ils envoient
-dans le sud de la Palestine des expéditions devant leur assurer la
-suprématie effective sur des voisins instables qui pouvaient devenir
-menaçants, ils reprennent de façon suivie les exploitations minières du
-Sinaï, ils entretiennent sur la mer une flotte imposante qui doit
-servir en même temps à développer le commerce égyptien et à imposer le
-respect des pharaons dans les pays avoisinants. A l'intérieur, ils
-construisent des pyramides qui, pour être moins colossales que celles de
-leurs devanciers, leur sont supérieures au point de vue de la
-décoration, et des temples monumentaux comme ceux qu'ils dédièrent au
-soleil dans les environs de leur capitale. D'une manière générale, leur
-administration, dont nous ne connaissons pas les détails ni même le
-programme particulier, fut bienfaisante pour le pays dont la prospérité
-augmente de plus en plus; la paix et l'ordre règnent dans toute la
-vallée du Nil. Les prêtres exercent une influence considérable et tous
-les hauts fonctionnaires se rattachent de près ou de loin au sacerdoce;
-ils semblent du reste avoir travaillé non pas dans un but
-d'accaparement, mais pour le bien général du pays.
-
-Le dernier roi de la dynastie, Ounas, n'est pas l'un des moins
-importants et des moins puissants, et il termine dignement la série des
-princes de sa famille; c'est sans doute parce qu'il n'eut pas de
-descendants directs que le pouvoir passa après lui en d'autres mains, et
-non ensuite d'un bouleversement politique.
-
-
-_VIe dynastie_
-
-Les rois memphites qui succèdent directement aux héliopolitains
-continuent leur oeuvre, mais moins brillamment pour commencer,
-semble-t-il, car nous ne savons presque rien de Teti et d'Ouserkara, les
-deux premiers souverains d'une famille qui, d'après Manéthon, compta six
-rois et 203 ans de règne. Après eux vient une courte période de gloire
-sur laquelle nous sommes admirablement renseignés par de nombreux
-monuments, et surtout par les biographies de certains hauts
-fonctionnaires comme Ouna et Herkhouf, période que domine le roi Pepi
-I, un des plus célèbres parmi les pharaons: son activité est intense, il
-fait construire et travailler sur tous les points de l'Egypte et son nom
-se retrouve à Tanis, à l'extrême nord du Delta, aussi bien que sur les
-rochers de granit de la Ire cataracte, dans les mines du Sinaï comme
-dans les carrières du Ouadi-Hammamat. Il s'occupe lui-même de
-l'administration de la justice et des missions spéciales à donner aux
-plus capables de ses sujets; il multiplie les décrets établissant les
-droits des grands sanctuaires et instituant des fondations pieuses; il
-rassemble une armée et des vaisseaux pour écraser les nomades asiatiques
-redevenus menaçants et envoie des expéditions en Nubie pour assurer la
-suprématie de l'Egypte sur le Haut Nil.
-
-[Illustration: _Fig. 105._ Pepi I (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II,
-pl. LI).]
-
-[Illustration: _Fig. 106._ Merenra (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II,
-pl. LV).]
-
-Ses successeurs voulurent continuer son oeuvre, mais son fils aîné
-Merenra mourut jeune, et son autre fils Pepi II, qui eut un règne de 95
-ans, ne se montra pas à la hauteur de la situation, et la déchéance du
-pouvoir central s'accusa rapidement. Deux ou trois rois réussirent
-pendant quelque temps encore à maintenir le sceptre entre leurs mains,
-puis disparurent après des règnes sans gloire, et avec eux prit fin
-cette suite de familles puissantes et énergiques qui avait amené
-l'Egypte à un si haut point de civilisation.
-
-
-_La fin de l'empire memphite_
-
-Ici commence une période très obscure, pour laquelle Manéthon continue
-sa classification méthodique: C'est d'abord la VIIme dynastie, qui
-représente sans doute un court interrègne, avec ses 70 rois ayant régné
-pendant 70 jours, puis la VIIIme avec 27 rois memphites qui régnèrent
-146 ans, rois dont l'histoire nous a à peine conservé quelques noms. Le
-déclin, ou plutôt la chute du pouvoir royal est donc extraordinairement
-brusque, surtout si l'on songe que cette chute n'a pas été déterminée
-par une invasion, une conquête ou une révolution brutale; la cause en
-est simplement dans le fait que les rois memphites exercèrent un pouvoir
-tout pacifique et n'eurent jamais à s'appuyer sur une force militaire.
-Quelques troupes peu nombreuses de mercenaires nubiens suffisaient pour
-maintenir l'ordre, et quand il s'agissait d'une expédition au dehors,
-les grands seigneurs amenaient chacun son petit contingent et l'on en
-formait à la hâte une armée hétéroclite bien suffisante contre les
-barbares plus mal organisés encore. Nous avons peine à comprendre que
-des rois aient pu pendant plus de mille ans, sans armée, faire brillante
-figure et accomplir une oeuvre aussi importante que les pharaons de
-l'Ancien Empire; c'est une preuve remarquable de l'excellence d'un
-gouvernement sage et droit, et de la puissance morale de tous ces
-souverains.
-
-Ce système constituait cependant un danger permanent, et il était à
-prévoir qu'à la première occasion favorable les grands seigneurs locaux
-qui devaient fournir leurs contingents à la couronne, dans certaines
-occasions, chercheraient à profiter de cette force qu'ils avaient
-toujours sous la main, pour se rendre indépendants et pour s'emparer
-eux-mêmes du pouvoir. La féodalité s'était constituée ainsi peu à peu,
-guettant le moment où elle pourrait secouer cette autorité morale qui
-pesait sur les princes des nomes et les réunissait, et c'est
-probablement déjà à la fin du règne de Pepi II que ceux-ci commencèrent
-à s'affranchir. Les plus puissants, apparentés sans doute à la famille
-royale, se proclamèrent rois, groupant autour d'eux des seigneurs de
-moindre importance, et ainsi les Memphites, les souverains légitimes, ne
-conservèrent plus que le Delta, tandis qu'à côté d'eux s'élevaient deux
-nouvelles dynasties, la IXme d'Héracléopolis, comprenant toute la
-Moyenne Egypte, et la Xme qui est thébaine plutôt qu'héracléopolitaine,
-comme le voudrait Manéthon, et qui absorba la Haute Egypte. De là des
-luttes qui durèrent deux siècles au moins, donnant l'avantage tantôt aux
-uns, tantôt aux autres. Puissamment secondés par les princes de Siout,
-les rois héracléopolitains, les Khiti, les Kamerira l'emportèrent le
-plus souvent, mais durent aussi s'effacer parfois devant une campagne
-heureuse d'une des maisons rivales, comme celle qui permit au memphite
-Neferkara de s'installer pour un temps à Koptos. Enfin les Thébains, les
-Antef et les Mentouhotep, finissent par écraser leurs compétiteurs et
-réalisent à nouveau l'unité politique du pays; c'est une ère nouvelle
-qui commence, le Moyen Empire qui remplace l'Ancien.
-
-
-B. MONUMENTS
-
-Les restes qui nous sont parvenus de l'Ancien Empire sont autrement
-importants en nombre, en grandeur et en beauté, que ceux de la période
-précédente. Les inscriptions sont nombreuses, souvent très développées,
-et, placées à côté des innombrables représentations figurées, elles nous
-permettent de pénétrer plus profondément dans la connaissance de la vie
-des Egyptiens; nous n'en sommes plus réduits à des suppositions, nous
-les voyons agir, nous les entendons parler, et une rapide revue des
-monuments découverts nous permettra de nous faire une idée d'ensemble de
-ce qu'était leur civilisation.
-
-
-_Architecture_
-
-Les progrès de l'architecture furent extrêmement rapides, surtout aux
-débuts de l'empire memphite; nous avons vu, à la fin de la période
-précédente, le système de construction en briques et bois, avec
-couverture en bois; au commencement de la IIIme dynastie, les
-architectes connaissent la voûte et l'emploient avec succès, puis ils se
-mettent à la recherche de matériaux plus solides et plus durables que la
-brique crue, et adoptent la pierre, au moins pour celles de leurs
-constructions qui avaient pour eux le plus d'importance, les tombeaux et
-les temples. Tout de suite ils se montrent passés maîtres dans cette
-technique nouvelle et semblent se jouer des difficultés avec une
-hardiesse et une aisance incroyables: dès la IVme dynastie, on ne trouve
-déjà pour ainsi dire plus un édifice religieux ou funéraire en briques.
-La dimension des matériaux permettant aux architectes de revenir à
-l'ancien système de couverture plate, ils inventent le pilier et
-l'architrave qui leur donnent la facilité de couvrir des espaces très
-considérables; enfin sous la Vme dynastie paraît la colonne proprement
-dite, avec toutes ses variétés. Les constructeurs ne se bornent pas à
-assembler leurs matériaux avec une précision et une exactitude
-remarquables, ils en calculent aussi en une certaine mesure la
-résistance et s'entendent très bien à répartir également la pression des
-masses.
-
-[Illustrations:
- _Fig. 107 et 108._ Colonnes palmiforme et papyriforme (d'apr.
- BORCHARDT. _Sahuré_, p. _44_; _Ne-user-Ré_, p. _64_).
- _Fig. 109._ Colonne lotiforme--Abousir (photogr. de E.
- Brugsch-Pacha).]
-
-Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, étaient des
-édifices légers, en briques, en bois, ou même en terre pilée, qui tous
-ont disparu sans laisser de traces. En fait d'architecture militaire,
-nous n'avons guère que des forteresses comme celles d'Elkab et d'Abydos,
-vastes quadrilatères formés par d'épaisses murailles de briques crues,
-qui du reste ne sont pas datées de façon certaine.
-
-
-_Temples_
-
-Quant aux édifices religieux, les rois de l'Ancien Empire en avaient
-construit un peu partout, et avaient remplacé les petits sanctuaires
-primitifs par des constructions en pierre déjà très développées comme
-plan; ces temples furent constamment remaniés, agrandis et embellis au
-cours des âges, souvent même démolis pour être entièrement reconstruits,
-aussi ne trouvons-nous plus guère que les arasements ou les fondations
-des constructions originales, comme c'est le cas à Hieraconpolis, à
-Abydos et à Memphis, ou encore des débris de murailles couverts de
-bas-reliefs, comme les fragments de la chapelle de Djeser à Héliopolis.
-Ce qui reste de ces temples suffit néanmoins pour nous montrer que
-chacun avait son caractère spécial, approprié aux besoins du culte
-local, et qu'on n'avait pas encore adopté, comme cela eut lieu plus
-tard, un type uniforme pour tous les édifices cultuels.
-
-[Illustration: _Fig. 110._ Le temple du soleil à Abousir (d'apr.
-BORCHARDT. _Das Re-Heiligtum des Kgs. Ne-Woser-Re_, pl. I).]
-
-Parmi tous ces modèles divers de temples, le plus original était celui
-qui était consacré à Râ, le dieu-soleil d'Héliopolis: il consistait en
-un énorme obélisque, lourd et trapu, monté sur la plateforme d'un grand
-massif rectangulaire, tous deux en maçonnerie; un escalier ménagé dans
-l'épaisseur du socle permettait d'atteindre la plateforme. Sur le devant
-se trouvait un grand autel pour les offrandes, des cours avec bassins
-destinés à des ablutions, et, dans un coin, une petite chapelle
-précédée de deux stèles. Autour de tout cet ensemble, un mur de pierre
-formait une enceinte rectangulaire, et un chemin couvert descendait
-directement à la vallée, reliant le temple lui-même à un portique
-monumental. Ici le dieu n'est pas dissimulé au fond d'un sanctuaire
-accessible à quelques initiés seulement, comme c'est généralement le cas
-en Egypte; il domine tout le temple de sa masse imposante, car c'est
-l'obélisque lui-même qui est le symbole du dieu-soleil.
-
-Tous les rois de la Vme dynastie, les fils de Râ, tinrent à honneur de
-consacrer à leur divin père un sanctuaire semblable, près de leur
-capitale, à deux pas de leurs pyramides. Nous en connaissons au moins
-cinq de nom; un seul nous est conservé, en ruines il est vrai, mais en
-ruines encore très lisibles; c'est celui de Neouserra, mis au jour par
-une mission allemande, près d'Abousir. Pour donner une idée de ses
-dimensions, nous dirons que l'enceinte mesure plus de 100 mètres de
-long. En outre cet étrange sanctuaire était accompagné d'une
-reproduction monumentale, en briques crues, de la barque solaire, qui
-n'a pas moins de 28 mètres de long, bateau fantastique qui semble
-naviguer sur les sables du désert.
-
-Les fouilles exécutées à Abydos par une société anglaise, sous la
-direction de M. Ed. Naville, ont révélé un temple tout différent et sans
-doute plus ancien, le sanctuaire souterrain d'Osiris: ici la pièce
-principale, couverte de dalles de granit supportées par des piliers
-énormes, sans aucune décoration, consistait en une vaste plateforme
-isolée du reste du monument par un fossé plein d'eau. Cette disposition
-si particulière correspondait bien aux nécessités des mystères du grand
-dieu des morts, avec leurs processions nautiques et leurs illuminations.
-
-Je ne sais trop si c'est parmi les édifices du culte qu'il faut ranger
-un édifice plus étrange encore, unique en son genre, qui date
-probablement de la IIIme dynastie et a été découvert par une mission
-italienne, à Héliopolis même: c'est une construction circulaire
-embrassant un espace dont le rayon est de 300 mètres, une sorte de
-gigantesque anneau de 40 mètres d'épaisseur, en briques crues, percé à
-l'intérieur de cinq nefs longitudinales supportées par des piliers et
-des piédroits. L'usage de ce monument nous est absolument inconnu.
-
-
-_Mastabas_
-
-Pour l'architecture funéraire nous sommes mieux renseignés, étant en
-possession d'une quantité considérable de tombeaux qui sont le plus
-souvent dans un état de conservation remarquable, et nous pouvons suivre
-pas à pas les améliorations, les modifications apportées dans ce genre
-de constructions faites en vue de l'éternité. Le but des Egyptiens était
-de s'assurer après la mort un lieu de repos qui fût pour eux le gage et
-la condition de la vie éternelle, et ils sacrifiaient volontiers le
-bien-être de leur existence terrestre, étape provisoire, à la
-perpétuation de leur âme et de leur double; ce but, ils l'obtenaient en
-partie par la connaissance des formules magiques qui faisaient d'eux les
-égaux des dieux, en partie aussi en préservant des atteintes du temps et
-des hommes leur corps physique, qui restait le support de leur être
-immatériel. Plus le tombeau était profond, plus son entrée était
-dissimulée et obstruée, plus grandes aussi étaient les chances de
-conservation pour la momie. L'ombre du mort, son double, son _ka_, comme
-disaient les Egyptiens, pouvait alors continuer à vivre dans la tombe,
-mais il lui fallait l'image des aliments réels pour se nourrir, la
-représentation des scènes de la vie usuelle pour se délasser ou tout au
-moins pour s'occuper; à cet effet on prit à un certain moment le parti
-de sculpter sur certaines parties des monuments funéraires ces
-figurations si variées qui sont pour nous ce qu'elles étaient sans doute
-pour les morts, une image fidèle de la vie des anciens Egyptiens.
-
-Les rois sont d'essence divine, par conséquent très au-dessus des
-hommes, et il est naturel que leurs tombes ne soient pas disposées de la
-même manière que celles de leurs sujets; nous avons donc dans
-l'architecture deux groupes, celui des tombes privées et celui des
-tombes royales, issus de conceptions un peu différentes du sort de l'âme
-après la mort et qui se développent parallèlement, mais indépendamment
-l'un de l'autre.
-
-[Illustration: _Fig. 111._ Plan d'un mastaba de la IVe dynastie (d'apr.
-MARIETTE. _Monuments divers_, pl. XVI).]
-
-Pour les tombeaux des particuliers, nous avons vu à la fin de l'époque
-thinite la fosse primitive tapissée de briques et flanquée d'un escalier
-d'accès. Sous la IIIme dynastie, ce plan se développe encore; on ajoute
-volontiers quelques petites chambres souterraines pour servir de
-magasins, et au lieu de ne faire qu'amonceler un tas de terre ou de
-sable sur la couverture du caveau, on commence à construire un massif de
-maçonnerie. Dès lors la chambre funéraire s'enfonce plus profondément
-sous terre, la descenderie en escalier est peu à peu remplacée par un
-puits vertical. Ces massives constructions extérieures qui sont la
-caractéristique des tombes privées de l'Ancien Empire, sont de forme
-allongée, rectangulaire, d'une hauteur moyenne, et les Arabes, les
-comparant aux bancs de briques sur lesquels ils s'installent, à la porte
-de leurs maisons, les ont appelés _mastabas_ (bancs), mot qui a passé
-dans le vocabulaire archéologique.
-
-[Illustration: _Fig. 112._ Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah (d'apr. une
-photogr.; cf. CAPART. _Une rue de tombeaux_, pl. XCIV).]
-
-Les plus anciens de ces mastabas sont en briques crues, et à peine plus
-grands que les chambres funéraires qu'ils abritent, mais leurs
-dimensions augmentent rapidement. Sur la face est--car ces tombeaux sont
-orientés à peu près exactement--se creusent une ou deux niches qui sont
-censées être les portes de la tombe, par lesquelles l'âme peut rester en
-quelque sorte en communication avec les vivants et revenir de temps à
-autre se promener sur terre; c'est là que se font les cérémonies du
-culte funéraire, là qu'on apporte au défunt les offrandes alimentaires.
-Nue à l'origine, cette niche s'orne très anciennement déjà de montants
-et de linteaux en pierre, sur lesquels on grave le nom et les titres du
-mort avec une courte formule le plaçant sous la protection des dieux;
-ainsi se forme peu à peu le type de la «fausse-porte», modèle courant de
-la stèle funéraire sous l'Ancien Empire. Cette niche-stèle ou stèle
-fausse-porte constitue donc à elle seule une chapelle funéraire en
-miniature; dès la fin de la IIIme dynastie on accentue son caractère,
-soit en la dissimulant derrière un mur qui court le long de la façade
-est du mastaba et forme devant elle un long couloir étroit, soit en la
-repoussant un peu plus profondément dans l'intérieur du massif de
-briques, au fond d'une chambre minuscule, chambre qui affecte plus ou
-moins la forme d'une croix.
-
-[Illustration: _Fig. 113._ Fausse-porte de la Vme dynastie (d'après
-PAGET-PIRIE, _Tomb of Ptah-Hetep_, pl. XXXIX).]
-
-[Illustration: _Fig. 114 et 115._ Tables d'offrandes de l'Ancien Empire
-(Musée du Caire; d'après des croquis de l'auteur).]
-
-A ce moment, c'est-à-dire sous Snefrou, au début de la IVme dynastie, on
-voit apparaître dans le tombeau deux éléments nouveaux, la table
-d'offrandes,--dalle de pierre d'une forme particulière placée à terre
-devant la fausse-porte, sur laquelle on déposait des aliments ou des
-représentations d'aliments et qui servait au mort de table à manger,--et
-la cachette aux statues, le _serdab_, suivant le nom qui lui a été donné
-par les Arabes et qui est maintenant consacré par l'usage. Ce serdab est
-une petite pièce aveugle ménagée dans la maçonnerie du mastaba à côté de
-la chambre à la stèle, mais sans aucune communication avec elle sauf,
-parfois, une petite fente où l'on peut à peine passer la main; c'est là
-qu'on entassait, en plus ou moins grand nombre, les statues faites à
-l'image du défunt, statues qui pouvaient servir de support à son double
-au cas où la momie elle-même viendrait à être détruite, et permettre à
-ce corps spirituel de continuer à vivre son existence monotone
-d'outre-tombe. Pour que ce double pût subsister, il lui fallait en effet
-un support, un corps matériel sur lequel il pût se poser: une statue,
-moins fragile que la dépouille mortelle, lui offrait une plus grande
-garantie de survivance; une fois la momie et les statues détruites, le
-double s'évanouissait et disparaissait définitivement.
-
-[Illustration: _Fig. 116._ Mastabas près de la grande pyramide (d'après
-LEPSIUS. _Denkmaler_, I, pl. XV).]
-
-[Illustration: _Fig. 117._ Sarcophage de Khoufou-Ankh (d'apr. le _Musée
-Egyptien_, I, pl. XXI).]
-
-Les sépultures des particuliers, tout au moins celles des grands
-personnages, se groupent en général autour de celle de leur souverain;
-ainsi, auprès des grandes pyramides, nous voyons de vraies villes de
-tombeaux où les mastabas sont alignés régulièrement, séparés par de
-grandes rues droites. A ce moment-là, sous la IVme dynastie, la
-prospérité était grande dans le pays; les tombeaux aussi deviennent plus
-riches et sont mieux aménagés: les mastabas sont maintenant construits
-en pierre et non plus en briques, les dimensions des chambres augmentent
-et souvent aussi leur nombre. Les parois de ces chambres offrent une
-surface assez considérable pour qu'on songe à les utiliser, et l'on
-commence à les décorer pour que le mort puisse en tirer profit; on y
-sculpte des listes d'offrandes, des images d'aliments qui peuvent servir
-à la nourriture du défunt, puis des scènes de la vie courante, grâce
-auxquelles il pourra, non seulement se délasser, mais se procurer par
-lui-même les aliments nécessaires. C'est dans ce double but qu'on y
-représente les semailles, les moissons, les vendanges, l'élevage, la
-pêche, la chasse, ainsi que les divers métiers qui devaient lui fournir
-au fur et à mesure tous les objets pouvant lui être nécessaires ou
-seulement utiles dans l'autre monde, les vêtements, les ustensiles, les
-meubles, les parfums. Chacune de ces scènes est dominée par la figure du
-mort surveillant les travailleurs, dont il se distingue par sa taille,
-souvent triple de la leur, ou même davantage; à côté de lui paraissent
-sa femme et ses enfants. Sous terre, dans un caveau grossièrement taillé
-dans le rocher, la momie était étendue tout de son long dans un cercueil
-de bois, enfermé lui-même, chez les plus riches, dans un grand
-sarcophage rectangulaire en pierre dont la décoration tout
-architecturale lui donne l'aspect d'une maison; le mobilier funéraire
-est des plus sommaires.
-
-[Illustration: _Fig. 118._ Plan du tombeau de Ti (d'après MARIETTE.
-_Mastabas_, p. _333_).]
-
-Pendant la Vme dynastie, le luxe des mastabas augmente encore; les
-chambres deviennent plus nombreuses, parfois même une cour découverte
-s'ouvre au milieu du monument, les salles les plus grandes sont pourvues
-de piliers ou de colonnes, les bas-reliefs qui parfois sont de la plus
-parfaite beauté couvrent les murailles, répétant avec beaucoup plus de
-détails les scènes agricoles et industrielles dont j'ai parlé plus
-haut, à côté desquelles on en voit d'autres qui représentent des jeux,
-des danses, des fêtes de famille, voire des opérations chirurgicales;
-ailleurs, ce sont des files de serviteurs apportant à leur maître les
-produits du sol, des bateaux prêts à mettre à la voile et mille autres
-détails pleins de vie et de variété. Jamais dans ces tombeaux on ne voit
-une représentation d'ordre religieux, ni la figure d'un dieu, ni une
-scène d'adoration; très rarement un tableau se rapporte aux funérailles:
-on ne parle pas de la mort, et le propriétaire du tombeau est toujours
-censé vivant, soit qu'il vaque à ses diverses occupations, soit qu'il
-soit assis devant une table garnie, entourée d'un monceau de
-victuailles.
-
-Sous la VIme dynastie, il n'y a aucun changement notable dans les
-tombeaux des particuliers; la partie accessible du mastaba, celle où les
-descendants du mort pouvaient venir périodiquement accomplir les
-cérémonies funéraires et peut-être festoyer auprès de son ombre, comme
-les Arabes modernes dans les cimetières, cette partie comporte toujours
-la même décoration, mais certains grands personnages commencent à
-réserver une portion des parois pour y graver l'histoire de leur vie,
-leurs hauts faits et l'expression de la satisfaction du roi pour les
-services rendus. Ces biographies sont pour nous un des plus précieux
-legs de l'Ancien Empire memphite.
-
-Le mastaba est la tombe-type de l'Ancien Empire, mais dans certaines
-régions, par suite de la nature même du sol, on commence à employer un
-autre système de sépulture: pas de construction, les chambres sont
-creusées dans la montagne et la décoration usuelle s'exécute sur la
-roche elle-même; une porte communique avec l'extérieur, où la pente du
-rocher a été plus ou moins ravalée de manière à ménager une petite
-plateforme, et dans un coin de la dernière chambre, un puits descend
-verticalement jusqu'au caveau où l'on déposait la momie. C'est la
-première apparition de la tombe rupestre, de l'hypogée, type qui sera
-presque seul employé aux époques suivantes.
-
-
-_Pyramides_
-
-Les tombeaux royaux diffèrent de ceux des simples particuliers par la
-forme, par les dimensions et par la disposition intérieure et
-extérieure. Ici aussi, une évolution s'accomplit, une transformation
-très marquée pendant le cours de la période memphite.
-
-Les plus anciens de ces tombeaux, ceux de la IIIme dynastie, sont très
-différents de ceux de la période thinite, presque uniquement
-souterrains: ils comportent un immense mastaba rectangulaire en briques
-crues sur la plateforme duquel s'ouvre une descenderie ou un escalier
-très rapide aboutissant aux chambres funéraires; aucune décoration, ni à
-l'intérieur ni à l'extérieur, pas même une stèle, semble-t-il. La
-fameuse pyramide à degrés de Saqqarah, construite par Djeser, un des
-derniers rois de cette dynastie, n'est pas encore à proprement parler
-une pyramide, c'est un gigantesque mastaba en pierres, bâti sur un plan
-rectangulaire et surmonté de toute une série de mastabas plus petits
-formant comme des étages (fig. 97). Les chambres souterraines sont
-malheureusement très bouleversées, mais nous voyons d'après un autre
-monument de l'époque comment on devait procéder à leur construction: une
-immense fosse rectangulaire était creusée dans le rocher, et une large
-descenderie y aboutissait du côté nord; au fond de cette excavation on
-installait le sarcophage de granit, on bâtissait les chambres, puis on
-la comblait, et alors seulement on pouvait commencer à édifier le
-mastaba ou la pyramide.
-
-[Illustration: _Fig. 119._ Pyramide de Meïdoum (d'après SPIEGELBERG.
-_Gesch. der Aeg. Kunst_, p. _17_).]
-
-Sous la IVme dynastie, le premier tombeau que se fit construire Snefrou,
-celui de Meïdoum, tient plus encore du mastaba que de la pyramide, mais
-ce fut le même roi qui adopta peu après le type définitif de la pyramide
-à base carrée et à faces triangulaires, avec le monument qu'il édifia
-dans le désert de Dahchour; les chambres, très petites, sont à peu près
-au niveau du sol, ensevelies sous l'énorme masse de maçonnerie, et on y
-accède par un couloir en pente débouchant à mi-hauteur de la face nord
-du monument.
-
-[Illustration: _Fig. 120._ Coupe de la pyramide de Khéops (d'après
-PETRIE, _Pyramids of Giseh_, pl. IV).]
-
-Les successeurs de Snefrou reprirent ce modèle de monument funéraire et
-l'adoptèrent pour eux-mêmes sans en modifier les grandes lignes, mais
-en y apportant des perfectionnements notables; les problèmes techniques
-les plus difficiles furent résolus avec une précision merveilleuse dans
-les pyramides de Khéops, Khefren et Mycerinus, qui constituent chacune
-un chef-d'oeuvre de construction, dont les dimensions colossales--la
-plus grande mesurait plus de 146 m. de hauteur sur 227 m. de côté--ne
-nuisent pas à la perfection des détails. Un revêtement de calcaire fin
-et de granit bien poli recouvre la maçonnerie disposée en assises
-régulières de blocs énormes; au-dessus des chambres, des chambrettes de
-décharge sont destinées à soulager leur toiture du poids considérable
-qui aurait pu les écraser; des conduits d'aération traversent le massif
-tout entier. Chambres et couloirs sont tapissés de blocs gigantesques,
-soigneusement polis et si admirablement appareillés qu'on ne peut encore
-maintenant introduire une pointe de couteau dans les joints; en
-plusieurs points, des herses de granit, placées dans un logement
-spécial, retombaient après l'inhumation pour obstruer définitivement le
-couloir dont l'issue à l'extérieur était fermée par un bloc de
-revêtement semblable aux autres. Au milieu de la face est s'élevait la
-chapelle, centre du culte funéraire, avec son sanctuaire, sa
-cour-péristyle, ses vestibules, ses magasins, et au delà, de petites
-pyramides recouvraient la dépouille mortelle des membres de la famille
-royale. Un grand mur de pierre, formant une vaste enceinte carrée,
-entourait cet ensemble et l'isolait du terrain environnant; une allée
-couverte descendait de la porte de la chambre funéraire vers la vallée,
-jusqu'à un monument qui servait de portique d'entrée et qui atteignait
-parfois des dimensions imposantes, comme celui de la pyramide de
-Khefren, mieux connu sous le nom de temple du Sphinx, avec ses énormes
-piliers de granit rose et ses murailles d'albâtre.
-
-[Illustration: _Fig. 121._ Chapelle funéraire de Sahoura (d'après
-BORCHARDT. _Grabdenkmal des Königs Sa-hu-re_).]
-
-Les pyramides de la Vme dynastie deviennent progressivement plus
-petites, et la partie de la construction qui devait rester invisible,
-l'appareillage de la masse même du monument, est moins soignée, aussi
-s'est-il produit des tassements qui ont le plus souvent écrasé les
-appartements funéraires. Par contre la chapelle funéraire, toujours
-située sur la face est, prend plus d'importance, et son ornementation
-est l'objet de soins tout particuliers: les lourds piliers carrés sont
-remplacés par d'élégantes colonnes à chapiteaux palmiformes ou
-papyriformes; dans les principales pièces, le sol et les soubassements
-sont faits de grandes dalles de basalte, et, au-dessus, les murailles en
-beau calcaire fin sont couvertes de bas-reliefs d'une facture très
-délicate. Ces tableaux représentent les hauts faits du souverain, ses
-expéditions, l'hommage que lui rendent ses ennemis; on y voit aussi le
-roi à la pêche ou à la chasse, et l'image des dieux sous la protection
-spéciale desquels il se place. Quant à la disposition générale, elle
-est toujours la même; le portique situé au bord de la vallée donne accès
-à l'allée couverte qui monte directement à la grande cour entourée d'une
-colonnade, la partie publique du temple funéraire; plus loin les salles
-des statues, les magasins, et une série de petites chambres conduisent,
-après plusieurs détours, au sanctuaire où se dresse, contre la pyramide
-elle-même, la grande stèle fausse-porte par laquelle le double du roi
-était censé pouvoir sortir de son tombeau et venir bénéficier des
-offrandes qu'on lui apportait.
-
-Une innovation très importante date du règne d'Ounas, le dernier roi de
-la Vme dynastie; sans rien modifier à la disposition et à la
-construction de la pyramide ou de la chapelle funéraire, Ounas, le
-premier, songea à faire graver sur les parois absolument nues des
-caveaux souterrains où devait être enfermée sa momie les textes
-religieux qui pouvaient lui être utiles dans l'autre monde. Ce qui
-devait survivre à un homme après sa mort, ce n'était guère, croyait-on à
-cette époque, que son double, son corps spirituel, mais le roi, étant
-d'une essence supérieure, a en lui quelque chose des dieux dont il
-descend et qu'il doit aller retrouver quand il quittera la terre; il
-possède donc une âme divine, mais pour que cette âme puisse s'identifier
-aux dieux et devenir dieu à son tour, il faut qu'elle soit instruite de
-sa nature divine et qu'elle soit à même d'en profiter et de se présenter
-dignement devant ses pairs. Certains textes sacrés peuvent lui rendre ce
-service: ces textes se trouvent dans les recueils où les prêtres
-héliopolitains ont rassemblé toutes les vieilles formules magiques ou
-religieuses du pays, recueil précieux qui nous laisse entrevoir le fond
-de la pensée égyptienne sur la nature des dieux et sur le monde dans
-lequel ils vivent, en même temps qu'ils nous renseignent sur les
-origines de la langue. Ounas puisa donc largement dans ces textes dont
-il couvrit les parois de la salle qui contenait son sarcophage, et les
-chambres attenantes; ses successeurs, les rois de la VIme dynastie, y
-firent des emprunts plus abondants encore et les gravèrent jusque dans
-les couloirs d'accès. C'est à peu près tout ce qui reste de leurs
-pyramides qui ne forment plus que d'immenses tas de décombres; les
-chapelles funéraires ont disparu. Quant aux tombeaux des rois qui les
-suivirent, ceux de l'époque féodale, ils ne sont pas parvenus jusqu'à
-nous.
-
-
-_Sculpture_
-
-L'idée de la mort, vraie obsession pour les Egyptiens, les avait portés
-de très bonne heure à rechercher tous les moyens d'éviter un
-anéantissement complet de leurs personnes; de là le développement
-incroyable de l'architecture funéraire qui prend dès ses débuts une
-importance beaucoup plus considérable que l'architecture civile ou même
-religieuse. De là aussi la naissance de la statuaire qui, à son origine,
-est absolument indépendante de l'architecture et se développe
-parallèlement à ce dernier art et avec non moins de succès.
-
-[Illustration: _Fig. 122._ Statue de Ra-Nofer (Le Caire--photographie de
-M. Pieron).]
-
-Le Ka ou double, comme il a été dit plus haut, était une sorte de corps
-spirituel, exactement semblable comme forme au corps matériel de l'homme
-et capable de survivre à celui-ci pendant un temps illimité, à condition
-toutefois d'avoir un support qui pût fixer son essence impondérable et
-lui conserver une certaine consistance. Le support naturel du double
-était le corps embaumé avec plus ou moins de soin et préservé ainsi de
-la pourriture; mais cette momie restait néanmoins bien fragile, aussi
-imagina-t-on de bonne heure de lui donner un remplaçant plus solide pour
-le cas où elle viendrait à être détruite. On prit donc l'habitude de
-déposer dans le tombeau, que ce fût celui d'un roi ou celui d'un simple
-particulier, une image du mort, en bois ou en pierre, faite autant que
-possible à sa ressemblance, parfois de grandeur naturelle, mais souvent
-de dimensions plus modestes. Le personnage qu'elle représente est
-debout, une jambe en avant, agenouillé ou accroupi à la manière des
-scribes, ou encore assis sur une chaise massive, les pieds joints, les
-mains sur les genoux. Souvent il est accompagné de sa femme, assise ou
-debout à côté de lui et même parfois d'un ou deux de ses enfants; ces
-groupes sont de vraies scènes de famille, d'une intimité charmante.
-
-[Illustration: _Fig. 123._ Scribe agenouillé (Le Caire. Photo de E.
-Brugsch-Pacha).]
-
-Les statues memphites, à part les plus anciennes qui sont d'une facture
-encore un peu malhabile, sont l'oeuvre de praticiens parfaitement sûrs
-de leur métier et capables de donner l'expression voulue à leurs
-figures, quelle que soit la matière qu'ils ont à travailler, bois,
-albâtre, calcaire, granit ou diorite. Ce qu'ils cherchent, c'est à
-rendre fidèlement la nature et à donner en même temps l'impression de
-vie, de calme et de sérénité; ils ne fixent pas un aspect passager de
-leur modèle, ils en font en quelque sorte une synthèse; ils ne
-l'idéalisent pas, ils l'éternisent pour ainsi dire, et avec raison, car
-leur oeuvre ne doit pas être un objet d'admiration pour le monde, mais
-le support même d'un être vivant enseveli à jamais dans le tombeau, loin
-des regards des hommes.
-
-[Illustration: _Fig. 124._ Groupe de l'Ancien Empire (Musée du Caire, No
-_128_; photographie de l'auteur).]
-
-Pour donner plus de naturel à ces statues, on les peignait, celles du
-moins qui ne sont pas taillées dans des matières de grand luxe. Parfois
-le travail est également soigné de la tête aux pieds, mais il arrive
-souvent que les membres inférieurs sont un peu négligés au profit du
-haut du corps sur lequel se reporte toute l'attention du spectateur. La
-tête est toujours plus poussée que le reste et acquiert une importance
-toute particulière; les deux yeux, le plus souvent rapportés et formés
-d'une pierre blanche avec pupille en métal sous une cornée de quartz,
-dans un sertissage de bronze, donnent à la figure une vie, une
-expression, un éclat inimitables; ainsi, pour ne citer que les plus
-remarquables de ces statues, le Sheikh-el-Beled, le groupe de Rahotep et
-de Nofrit, le scribe du Musée du Caire, celui du Louvre, sont des
-chefs-d'oeuvre qui peuvent rivaliser avec les plus belles productions de
-l'art de tous les temps et de tous les pays.
-
-[Illustration: _Fig. 125._ Tête du «Sheikh-el-Beled» (Musée du
-Caire--photo. de E. Brugsch-Pacha).]
-
-[Illustration: _Fig. 126._ Tête du scribe accroupi du Musée du Caire
-(photo. de E. Brugsch-Pacha).]
-
-C'est l'expression même de la vie qui se dégage des statues des simples
-particuliers; quant à celles des rois il n'en est pas tout à fait de
-même. Ici les sculpteurs devaient donner l'impression d'un être
-supra-terrestre; dans ce but ils suppriment tout mouvement et placent le
-pharaon sur un trône, assis dans une pose immobile qui a quelque chose
-d'hiératique, tout en restant parfaitement naturelle. Ils n'ont plus
-recours aux yeux artificiels et impriment sur les lèvres de leurs
-modèles ce sourire énigmatique qui les auréole de mystère. Leurs rois,
-les Khefren et les Mycérinus du Caire, le Dadefra du Louvre, sont
-empreints de la majesté calme et sereine qui convient à un monarque fils
-des dieux presque dieu lui-même. En ce qui concerne ces statues et
-celles des particuliers, la IVme dynastie marque un effort et un progrès
-incomparables. C'est une des plus belles époques de la statuaire
-égyptienne, au point de vue de l'art aussi bien que du métier; des
-statues comme le grand Khefren de diorite au Musée du Caire, montrent
-qu'on savait triompher des matières les plus dures et les modeler dans
-les moindres détails avec une délicatesse inouïe, sans jamais nuire à la
-beauté et à la grandeur de l'ensemble, qui reste une pure merveille, à
-tous les points de vue.
-
-[Illustration: _Fig. 127._ Statue de Khefren (d'après MASPERO. _Musée
-Egyptien_, I, pl. VIII).]
-
-Un peu plus tard, sous la VIme dynastie sans doute, on commença à
-employer pour les statues royales le type de l'homme debout. Le premier
-et le plus bel exemple en est la statue de Pepi Ier accompagné de son
-fils Merenra, qui est aussi la plus ancienne statue de bronze, où tout
-au moins à revêtement de bronze que l'on possède (fig. 105 et 106); au
-lieu d'une fonte pleine ou creuse, procédé employé à des époques moins
-anciennes pour des monuments de plus petites dimensions, nous avons ici
-d'épaisses feuilles de métal ajustées et martelées sur une âme de bois;
-cette statue, actuellement au musée du Caire, est sensiblement plus
-grande que nature.
-
-Si la sculpture en ronde-bosse est toujours, sous l'Ancien Empire,
-absolument indépendante de l'architecture, il n'en est pas de même du
-bas-relief, intimement lié à la construction, et dont le rôle primitif
-est de constituer la partie décorative d'un monument. L'usage qu'on en
-faisait, très modéré au début, ne tarda pas à se développer au fur et à
-mesure que les tombeaux devenaient plus grands; c'est sous la Vme
-dynastie, époque où non seulement on couvre de bas-reliefs des centaines
-de mètres carrés de parois dans des tombeaux de dimensions moyennes,
-mais où on commence aussi à en revêtir les murs intérieurs des temples,
-que ce mode de sculpture arrive à son apogée, tant au point de vue
-technique qu'au point de vue artistique.
-
-Pour les Egyptiens, le but du bas-relief est de reproduire avec autant
-de clarté que d'exactitude, non seulement des figures d'individus
-isolés, mais des scènes complètes avec de nombreux personnages en pleine
-action, des animaux et des objets; il s'agit de ne pas sacrifier
-l'ensemble au détail ni le détail à l'ensemble, et pour cela il faut
-étudier séparément chacune des figures, les grouper et les équilibrer de
-façon régulière afin d'obtenir une composition homogène et décorative.
-
-[Illustration: _Fig. 128._ Bas-relief du mastaba de Ptahhotep à Saqqarah
-(photographie de M. Pieron).]
-
-Pour arriver à comprendre le bas-relief égyptien et l'apprécier comme il
-le mérite, il faut en pénétrer les procédés de composition et faire
-abstraction de certaines choses qui nous choquent ou tout au moins nous
-gênent au premier abord parce qu'elles sont contraires à notre
-conception moderne de l'art. Dans l'art égyptien, il n'y a pour ainsi
-dire pas trace de perspective, et ce défaut se fait sentir de plusieurs
-manières: tous les personnages d'une scène sont sur le même plan et ont
-exactement la même grandeur; les tableaux se développent uniquement en
-longueur, jamais en profondeur, formant ainsi de longues bandes qui se
-superposent sans être nécessairement en rapport direct les unes avec les
-autres. Ce manque de perspective se fait encore mieux sentir dans le
-dessin même du corps humain: vus toujours de profil, les personnages ont
-l'oeil et la poitrine qui se présentent de face, le ventre de trois
-quarts, dans une stylisation un peu outrancière mais à laquelle on
-s'habitue rapidement et qui pour les Egyptiens eux-mêmes avait
-l'avantage de présenter chaque partie du corps sous son aspect le plus
-caractéristique. Si ce défaut apparent est dû, à l'origine tout au
-moins, à une certaine maladresse, il n'en est pas de même du manque
-d'unité dans les proportions, qui est voulu. Pour indiquer la
-supériorité du roi sur ses sujets, on le représente d'une taille très
-supérieure à la leur, et de même, dans les tombes, la figure du mort est
-toujours trois ou quatre fois plus grande que celles des hommes qui
-vaquent sous ses yeux à leur office habituel.
-
-Au point de vue technique, les sculpteurs de bas-reliefs sont pour le
-moins aussi habiles que ceux qui taillent les statues; leur dessin est
-ferme et net, donnant des contours d'une précision remarquable, quelle
-que soit la position du sujet. Les animaux qu'ils représentent ont des
-silhouettes exquises de pureté et de ressemblance. Leur coup de ciseau
-est parfaitement franc, sans repentirs, sans retouches, et ils modèlent
-les corps en un relief imperceptible qui leur donne une très grande
-distinction et beaucoup de délicatesse.
-
-La composition est toujours claire et bien ordonnée, équilibrée de
-manière à donner à l'ensemble un caractère décoratif; les vides qui se
-présentent naturellement entre les figures et au-dessus d'elles sont
-remplis au moyen de courtes inscriptions hiéroglyphiques qui expliquent
-la scène, en même temps qu'elles ajoutent à l'homogénéité du monument.
-
-Les sculpteurs de bas-reliefs n'étaient pas des artistes créateurs, mais
-de simples artisans bien au courant de leur métier et doués souvent
-d'une réelle originalité. Ils avaient à leur disposition un certain
-nombre de modèles pour toutes les scènes qu'ils pouvaient avoir à
-représenter et n'avaient plus qu'à les adapter à la place dont ils
-disposaient, à les augmenter ou à les diminuer en supprimant ou en
-ajoutant des personnages; ils pouvaient ainsi, sans sortir du cadre
-traditionnel, donner libre cours à leur imagination et enrichir leurs
-tableaux de figures originales et nouvelles. Pour une scène donnée, le
-motif est toujours le même, l'interprétation toujours différente, et
-c'est ce qui donne un charme tout particulier à ces successions de
-tableaux qui couvrent les parois des tombeaux comme une gigantesque
-tapisserie, harmonieuse dans l'ensemble et dans le détail.
-
-
-_Peinture_
-
-La polychromie était de règle pour la statuaire; il en était de même
-pour les bas-reliefs qui devaient tous être peints de couleurs vives.
-Dans les tombeaux très anciens, comme ceux de l'époque de Snefrou, qui
-sont encore construits en briques, des peintures sur enduit remplacent
-les bas-reliefs, reproduisant en teintes plates les mêmes scènes que
-nous avons l'habitude de voir sculptées et enluminées dans les autres
-tombes de l'Ancien Empire. La manière primitive de décorer ces monuments
-était donc, à n'en pas douter, la peinture, et le bas-relief coloré
-n'est que le développement normal de celle-ci, résultant du besoin de la
-rendre plus durable en la reportant sur pierre et en dégageant du fond
-chaque figure, chaque objet représenté; le bas-relief, avant de devenir
-un art en soi, n'était que le support de la peinture. Rien de plus
-naturel dès lors que de retrouver dans les scènes peintes les mêmes
-compositions que dans les reliefs, avec les mêmes variantes
-d'interprétation. Les procédés sont très simples: les couleurs minérales
-délayées dans de l'eau, additionnée d'une sorte de gomme, sont étendues
-en teintes plates sur un enduit sec, au moyen d'un pinceau; un trait
-plus foncé sertit les figures; les détails étaient ajoutés après coup
-quand ils étaient plus foncés, réservés quand ils étaient blancs. Les
-peintures de Dahchour et de Meïdoum, qui datent du commencement de la
-IVme dynastie, nous montrent les artistes égyptiens déjà en pleine
-possession de leur métier, et il est certains de leurs panneaux qui sont
-pleins de vie, de mouvement et de délicatesse. Pendant un certain temps
-on négligea complètement la peinture pour la sculpture, et nous ne
-trouvons des tombeaux peints sur enduit qu'en province, presque jamais
-dans la capitale; ce n'est que plus tard, sous le Moyen et le Nouvel
-Empire, que cet art reprendra un nouvel essor et accaparera de nouveau
-la décoration intérieure des sépultures.
-
-[Illustration: _Fig. 129._ Peinture d'un tombeau de Meïdoum (d'après une
-photographie de E. Brugsch-Pacha).]
-
-
-_Objets usuels_
-
-Depuis quatre ou cinq mille ans, les tombeaux de l'Ancien Empire
-résistent victorieusement aux atteintes du temps et ils sont arrivés
-jusqu'à nous avec leur décoration peinte ou sculptée, dans un état de
-conservation très satisfaisant. Les violateurs de sépultures ne les ont
-cependant point épargnés; dans l'antiquité déjà ils les ont visités,
-ils sont descendus dans tous les caveaux funéraires, dans ceux des rois
-comme dans ceux des simples particuliers, franchissant les obstacles les
-plus sérieux, et ont pillé consciencieusement tout le mobilier
-funéraire. Seules les statues de serdab qui ne pouvaient avoir aucune
-valeur pour eux furent laissées dans leur cachette, ainsi que les tables
-d'offrandes, grandes dalles sculptées devant la stèle fausse-porte. Les
-meubles, les armes, les outils, les vêtements, les bijoux, tous les
-objets usuels, en un mot, ont disparu et nous ne les connaissons que par
-les représentations des reliefs et des peintures, représentations qui du
-reste sont souvent très suffisantes. Les seuls objets qui nous soient
-parvenus sont des vases en pierre ou en terre qui ne présentent pas avec
-ceux de la période précédente des divergences très marquées.
-
-
-_Inscriptions_
-
-Depuis les dynasties thinites, époque où on ne l'employait qu'avec
-parcimonie, l'écriture a fait d'immenses progrès; elle est
-définitivement constituée, régularisée et ordonnée. C'est un instrument
-parfait en son genre, bien qu'un peu compliqué, capable d'exprimer
-toutes les nuances de la pensée, dans tous les domaines, et qui a en
-même temps un caractère décoratif très marqué permettant de l'employer à
-l'ornementation des monuments, soit isolément, soit à côté des
-représentations figurées, pour les compléter, les équilibrer et les
-expliquer. Quelques lignes d'hiéroglyphes, sur un objet quelconque,
-suffisent à faire de lui un objet d'art, tant cette écriture est belle
-par elle-même.
-
-[Illustration: _Fig. 130._ Panneau de Hosi (d'ap. MARIETTE. _Album du
-Musée de Boulaq_, pl. XII).]
-
-L'écriture hiéroglyphique, en même temps utilitaire et ornementale, avec
-ses combinaisons de caractères alphabétiques, syllabiques et
-idéographiques, paraît à peu près sur tous les monuments de l'Ancien
-Empire, dans les tombeaux en particulier où nous l'avons vue se mêler
-aux bas-reliefs, s'incorporer à eux. Ce sont en général de courtes
-phrases, mises dans la bouche des personnages représentés dans la scène;
-ainsi il n'est pas rare de voir un ouvrier dire à son voisin: «tâche de
-te dépêcher» ou: «fais attention à ce que tu fais»; un moissonneur boit
-à même une cruche de bière en s'écriant: «ah! que c'est bon!» ailleurs
-c'est la chanson des laboureurs qui travaillent dans le terrain encore
-inondé: «Le piocheur est dans l'eau, parmi les poissons; il cause avec
-le silure, il échange des saluts avec l'oxyrhinque.» En d'autres parties
-de la tombe, à l'entrée, et surtout sur la stèle fausse-porte, on trouve
-le nom du mort, avec ses titres et de courtes formules adressées à
-divers dieux comme Osiris et Anubis, et plus loin la grande liste
-d'offrandes disposée en tableau. Dans les souterrains des tombes royales
-on voit, à partir d'un certain moment, les longs textes religieux se
-dérouler en colonnes serrées, et couvrir d'immenses surfaces de parois.
-J'ai déjà parlé des inscriptions historiques ou plutôt biographiques où
-un haut fonctionnaire raconte les péripéties de sa carrière et qui sont
-si précieuses pour nous; il faut encore signaler certains textes
-officiels, gravés sur pierre, des décrets du roi en faveur de certains
-temples, instituant des privilèges spéciaux, et nous aurons une idée
-générale de ce qu'il y avait sous l'Ancien Empire en fait d'inscriptions
-monumentales.
-
-Pour des compositions de longue haleine, des ouvrages scientifiques,
-médicaux, théologiques ou littéraires et sans doute aussi déjà pour la
-correspondance, on employait une autre matière que la pierre et une
-autre écriture que les hiéroglyphes. Les tiges de papyrus décortiquées,
-développées et écrasées, fournissaient des feuilles qui étaient pour les
-Egyptiens ce qu'est pour nous le papier, feuilles qu'on réunissait bout
-à bout pour en faire de longs rouleaux; au moyen d'un roseau taillé en
-pointe ou en pinceau, on y écrivait à l'encre en caractères cursifs qui
-sont une abréviation des hiéroglyphes et auxquels nous donnons le nom
-d'écriture hiératique. Cette écriture est disposée soit en colonnes
-verticales, soit en lignes horizontales écrites de droite à gauche. Vu
-la fragilité de la matière employée, il ne nous est parvenu que bien peu
-de manuscrits de l'Ancien Empire, assez toutefois pour que nous
-puissions juger que la méthode employée ne différait en rien de celle
-des époques postérieures.
-
-
-C. CIVILISATION
-
-_Royauté et Gouvernement_
-
-Bien que fils des dieux et dieu lui-même, le roi d'Egypte n'est pas,
-comme dans beaucoup de monarchies orientales, un despote paresseux et
-cruel, invisible au fond de son palais; il ne se borne pas non plus à
-donner tous ses soins à ce qui doit être la grande oeuvre monumentale de
-son règne, la construction de son tombeau. Il s'occupe activement et
-personnellement de son pays et de son peuple, il dirige lui-même toute
-l'administration, choisit les fonctionnaires, récompense les plus
-méritants, rend la justice. Il exerce sur ses sujets une activité
-bienveillante et semble être vraiment, pour l'Ancien Empire tout au
-moins, le «dieu bon», selon une des épithètes qu'on lui décerne le plus
-fréquemment. A côté de cela il trouve encore le temps de s'occuper de
-science et de composer lui-même des ouvrages de médecine ou de
-théologie. A l'exemple de leur père, les princes ne restent pas
-inactifs, ils font l'apprentissage du pouvoir en occupant dès leur jeune
-âge des postes importants dans l'administration.
-
-La maison du roi se compose d'une foule d'officiers de toute sorte,
-préposés les uns à la toilette, aux vêtements, aux parfums, les autres à
-la nourriture ou à la boisson, et de prêtres spéciaux attachés à la
-personne royale, ainsi que d'une garde du corps.
-
-Le roi n'est pas seul à assumer le pouvoir, il a sous ses ordres une
-administration compliquée et d'origine très ancienne; les fonctionnaires
-sont nombreux et se présentent à nous chacun avec une série de titres
-dont nous ne parvenons pas à découvrir l'exacte signification, mais qui
-montrent qu'un individu pouvait cumuler des charges de natures très
-diverses, religieuses, militaires, civiles et judiciaires. Ceux de ces
-personnages que nous connaissons le mieux sont naturellement ceux qui
-entouraient le roi de plus près et dont les tombeaux sont voisins du
-sien, les vizirs, les grands juges, les grands prêtres, les
-fonctionnaires de l'administration centrale. A côté et au-dessous d'eux
-il y avait la foule des fonctionnaires provinciaux. L'ancienne division
-politique du pays en clans ou tribus avait donné naissance, une fois
-l'oeuvre d'unification accomplie, à un certain nombre de provinces ou
-_nomes_ qui eurent chacun son administration propre, sous le contrôle
-du pouvoir central. Sous des rois dont l'autorité s'exerce sans
-contestation, cette organisation intérieure doit avoir ses avantages,
-mais si le sceptre tombe en des mains plus faibles elle ne peut que
-favoriser le démembrement du pays; nous avons vu que c'est en effet ce
-qui arriva: la naissance et le développement progressif de la féodalité,
-puis les rivalités des familles les plus puissantes et les luttes
-intestines, amenèrent la fin de l'Ancien Empire.
-
-Le haut gouvernement des nomes était donc un pouvoir féodal, très
-probablement entre les mains des descendants directs des anciens chefs
-de tribus. Quant à l'administration proprement dite, elle n'était pas le
-privilège d'une caste spéciale, mais était ouverte à tous; il suffisait
-d'avoir une bonne instruction, d'être scribe, de se montrer intelligent
-et habile, pour pouvoir atteindre à n'importe quelle fonction. Nous
-avons l'exemple de personnages d'humble extraction commençant par les
-charges les plus modestes pour monter progressivement aux plus hautes
-positions du royaume.
-
-Les prêtres pouvaient cumuler des fonctions civiles et des charges
-sacerdotales; ils pouvaient aussi, semble-t-il, se recruter parmi toutes
-les classes de la population et ne formaient pas une caste à part. Le
-roi était de droit souverain pontife de tout le pays et les grands
-seigneurs héréditaires étaient en même temps les grands prêtres des
-sacerdoces de leurs nomes.
-
-Nous avons donc, dans l'Egypte de l'Ancien Empire, un mélange
-extrêmement curieux de tous les modes de gouvernement: en haut, une
-monarchie absolue et théocratique, au-dessous une aristocratie
-héréditaire, féodale et terrienne, et enfin, tant pour les provinces
-que pour l'ensemble du pays, une administration accessible à tous,
-tenant en même temps de la démocratie et du mandarinat et ayant un
-caractère sacerdotal très marqué. Comment fonctionnaient tous ces
-rouages qui nous paraissent si peu compatibles les uns avec les autres?
-Nous ne pouvons nous en rendre compte d'une manière très précise, mais
-les résultats montrent que ce système de gouvernement n'était pas
-mauvais puisque non seulement il subsista pendant les longs siècles que
-dura l'empire memphite, mais encore fut repris au Moyen et au Nouvel
-Empire avec certaines modifications.
-
-
-_Relations extérieures_
-
-Les objets remontant à l'Ancien Empire sont si peu nombreux qu'il ne
-faut pas s'étonner si l'on n'en retrouve pas qui portent la marque d'une
-importation étrangère. Les relations commerciales avec les pays
-environnants, par terre comme par mer, ne s'étaient cependant pas
-interrompues, bien au contraire; on consommait beaucoup d'encens en
-Egypte, surtout pour les besoins du culte; or l'encens ne pouvant
-provenir que du sud de l'Arabie, de la côte des Somalis, du pays de
-Pount, comme on appelait ces régions, il devait donc arriver en Egypte
-par la Mer Rouge. Les mines du Sinaï ne sont pas assez riches en cuivre
-pour avoir pu fournir tout celui qu'on employait sous l'Ancien Empire,
-aussi est-il des plus probable que déjà à ce moment-là on le faisait
-venir de Chypre, comme aux époques suivantes. Le commerce, plus facile
-encore avec la Syrie, était sans doute plus développé de ce côté-là. Les
-pharaons avaient du reste sur cette contrée, ou du moins sur sa partie
-méridionale, certaines prétentions de suzeraineté, et nous les avons vus
-y envoyer à diverses reprises des expéditions armées. Le plus souvent
-ces expéditions remportaient des succès sur les indigènes et ramenaient
-un riche butin, pris par la force ou acquis par voie d'échange, mais
-parfois aussi elles échouaient piteusement, et se faisaient massacrer
-dans un guet-apens.
-
-Le Soudan et la Nubie n'étaient pas encore soumis, mais le gouvernement
-égyptien, qui recrutait des mercenaires parmi les tribus de ces régions,
-les considérait un peu comme des vassales et leur envoyait souvent de
-petites expéditions à demi militaires, à demi commerciales, chargées de
-recueillir l'allégeance des chefs et si possible un tribut, d'assurer la
-sécurité des routes et le respect du nom de l'Egypte, et de faire
-aboutir des opérations fructueuses par voie d'échange. Ces expéditions
-étaient le plus souvent dirigées par les gouverneurs du sud, les
-résidents égyptiens à Eléphantine, qui avaient la garde de la frontière:
-ces hauts fonctionnaires s'appliquèrent à laisser à la postérité le
-récit plus ou moins détaillé de leurs diverses missions. Ainsi nous
-voyons Herkhouf s'acquérir la faveur du roi pour lui avoir ramené du
-centre de l'Afrique un nain qui devait le divertir par ses danses
-bizarres: ce roi était Pepi II, alors encore un tout petit enfant.
-
-
-_Famille_
-
-Du haut en bas de l'échelle sociale, l'organisation de la famille a un
-caractère tout patriarcal, empreint de liberté, de bienveillance et
-d'intimité. Il suffit de jeter les yeux sur les nombreux groupes
-familiaux, bas-reliefs ou statues, pour juger des relations tendres
-qu'avaient entre eux époux, parents et enfants: on voit souvent la femme
-assise sur le même siège que son mari, ou debout à côté de lui, passant
-le bras autour de son cou tandis qu'il l'enlace étroitement et que les
-enfants se pressent autour d'eux. L'homme est le chef incontesté de la
-famille, il la dirige, la protège, la groupe autour de lui, sa vie
-durant; quant à la femme, elle jouit d'une position très privilégiée, en
-regard des autres femmes d'Orient: elle n'est pas enfermée dans un
-harem, elle est absolument libre de ses mouvements et de ses actions,
-elle accompagne partout son mari comme une égale, non comme une
-inférieure, elle exerce une autorité morale toute spéciale sur les
-enfants. Parmi ceux-ci, les filles ont les mêmes droits que les fils à
-l'héritage paternel.
-
-Dès l'Ancien Empire, l'Egyptien est certainement monogame; à peine
-trouve-t-on un ou deux grands personnages ayant à côté de leur femme
-légitime une concubine, dont les enfants ont du reste à peu près les
-mêmes droits que leurs frères. Seul le roi a en général plusieurs femmes
-dont l'une, «la grande épouse royale» a le pas sur les autres, étant
-sans doute de plus haute naissance, parfois même de race royale. Pour
-conserver aussi pur que possible le sang divin qui coule dans ses
-veines, le roi doit de préférence prendre une femme du même sang que
-lui, donc une proche parente. Sous le Nouvel Empire nous voyons le plus
-souvent le pharaon épouser sa soeur, parfois même sa fille; il en était
-sans doute de même pour les rois memphites. Ces unions qui nous
-paraissent monstrueuses n'avaient rien que de très naturel pour les
-Egyptiens, pour qui la pureté de la race avait une importance capitale.
-
-
-_Vêtement_
-
-Vu le climat de l'Egypte, les habitants de ce pays n'ont jamais éprouvé
-le besoin de s'habiller chaudement; le costume en usage sous l'Ancien
-Empire est particulièrement sommaire. Les hommes portent tous le pagne,
-plus ou moins grand suivant leur condition: pour les gens de bas étage,
-les mariniers par exemple, il se réduit à une ceinture garnie par devant
-de quelques petites lanières formant tablier, pour d'autres ouvriers
-c'est un morceau d'étoffe passant entre les jambes et fixé également à
-une ceinture. Le modèle ordinaire est composé d'une longue pièce de
-toile blanche enroulée étroitement autour de la partie moyenne du corps,
-soutenue par une ceinture et descendant presque jusqu'aux genoux. Chez
-les grands personnages ce vêtement prend plus d'importance: il n'est pas
-plus long, mais beaucoup plus ample, et la partie de devant, gaufrée à
-petits plis et empesée, forme une sorte de grand tablier triangulaire.
-En outre, les notables ont le plus souvent aux pieds des sandales,
-simples semelles plates, et autour du cou un large collier descendant
-sur la poitrine et composé généralement de perles en verroterie, parfois
-aussi de perles d'or. La tête est entièrement rasée, cheveux, barbe et
-moustaches, et, pour sortir, les grands personnages se coiffent d'une
-perruque plus ou moins volumineuse suivant la mode du jour, tandis que
-chez les gens du peuple cette perruque paraît n'être plus qu'une simple
-calotte feutrée, épousant les formes du crâne. Souvent une petite barbe
-postiche se fixe sous le menton des notables. Jamais on ne voit de
-manteau sur les épaules des particuliers; seul le roi, dans certaines
-cérémonies, porte un vêtement de forme particulière, très ample, sans
-manches, descendant du cou jusqu'aux genoux.
-
-[Illustration: _Fig. 131._ Costumes de l'Ancien Empire (d'apr. LEPSIUS.
-_Denkmäler_, II, pl. LXXIII).]
-
-Les femmes sont vêtues d'une robe absolument collante descendant de la
-naissance des seins jusqu'au bas des mollets; des bretelles la
-retiennent aux épaules. La gorge est couverte d'un large collier, et des
-anneaux de différentes formes ornent les bras et les chevilles. La
-chevelure, très abondante, retombe sur les épaules en une multitude de
-petites tresses; parfois un riche bandeau enserre cette coiffure
-au-dessus du front.
-
-[Illustration: _Fig. 132._ Ptahhetep à sa toilette (d'apr. PAGET-PIRIE.
-_Ptahhetep_, pl. XXII).]
-
-La toilette était chose importante pour les Egyptiens; ils se lavaient
-soigneusement, se faisaient oindre le corps d'huiles et de parfums. Les
-gens riches avaient des serviteurs qui les massaient et leur servaient
-de manicures, de pédicures, et sans doute aussi de coiffeurs. Avant et
-après le repas, on se lavait les mains et la bouche, comme cela se fait
-encore aujourd'hui en Orient.
-
-
-_Mobilier et Habitation_
-
-Les Egyptiens avaient l'habitude de s'accroupir à terre, sur des nattes,
-pour toutes les occupations sédentaires; c'était la position ordinaire
-des artisans à leur travail et des scribes en train d'écrire. Par
-contre, pour manger, ils s'asseyaient sur des chaises, des fauteuils ou
-même des divans à deux places, devant de petits guéridons ronds, hauts
-sur pied, où s'empilaient les victuailles. Ils couchaient dans des lits
-garnis de plusieurs matelas, de couvertures et de chevets en guise
-d'oreiller, lits à quatre pieds, assez élevés pour qu'on dût y monter à
-l'aide d'un petit escabeau. Le mobilier comportait encore un certain
-nombre de coffres de diverses dimensions, où l'on serrait le linge et
-les ustensiles de toute sorte. En ce qui concerne les habitations, nous
-n'avons guère de renseignements pour l'Ancien Empire; ce devaient être
-des constructions légères, en partie en briques crues ou en terre pilée,
-en partie en bois, avec des jours qu'on pouvait fermer, au moyen de
-tentures multicolores ou de nattes; comme plafond, des solives de bois
-de palmier, se touchant, supportaient une terrasse en terre battue.
-
-
-_Chasse et Pêche_
-
-Les grands marais remplis de poissons et d'oiseaux de toute sorte qui
-bordaient la vallée du Nil, fournissaient aux seigneurs égyptiens,
-grands amateurs de chasse et de pêche, un terrain incomparable. Ils s'y
-rendaient avec leurs gens qui sur place préparaient des nacelles légères
-en faisceaux de tiges de papyrus, dans lesquelles tout ce monde
-s'embarquait, pénétrant dans les fourrés marécageux. Le maître tenait
-d'une main des oiseaux captifs dont les cris servaient d'appeaux, tandis
-que de l'autre il brandissait son boumerang et le lançait adroitement
-sur le gibier, abattant l'un après l'autre le héron, l'oie, le canard,
-la grue, que ses gens allaient chercher dans les roseaux; puis il
-saisissait un harpon à double lame barbelée avec lequel il transperçait
-d'une main sûre les gros poissons passant à sa portée, qu'il relevait
-tout ruisselants d'eau. Cette arme puissante lui servait aussi à se
-défendre contre l'hippopotame qui aurait pu venir troubler sa promenade.
-
-[Illustration: _Fig. 133._ Chasse et pêche au marais (d'après DE MORGAN.
-_Catal. des Monum._, I, Assouan, p. _146_).]
-
-[Illustration: _Fig. 134._ Chasse au lasso (d'ap. DAVIES. _Ptahhetep_,
-I, pl. XXII).]
-
-Aux confins du désert, la chasse était plus fructueuse, mais plus
-difficile et plus dangereuse aussi; on y rencontrait la gazelle,
-l'antilope, le boeuf sauvage ainsi que le lion et la panthère. Le
-seigneur égyptien s'y aventurait rarement, mais il y envoyait certains
-de ses hommes, chasseurs de profession qui, accompagnés de leurs grands
-chiens, poursuivaient le gibier et l'attaquaient avec leurs flèches ou
-au lasso.
-
-[Illustration: _Fig. 135._ Chasse au filet (d'après CAPAET. _Une rue de
-tombeaux_, pl. XXXVI-XXXIX).]
-
-Il ne suffisait pas d'approvisionner le garde-manger, il fallait se
-constituer une réserve vivante d'aliments et remplir la basse-cour. A
-cette fin, au moment du passage des oiseaux migrateurs, on disposait sur
-des étangs de grands filets tendus sur des cadres en bois et on attirait
-le gibier au moyen d'appâts ou d'appeaux; une fois que le vol s'était
-posé sur l'étang, un surveillant caché tout près de là donnait un
-signal, d'autres hommes tiraient vivement sur une corde, le filet se
-refermait sur les volatiles qu'on sortait avec précaution et qu'on
-enfermait dans des cages pour les porter dans de grandes volières
-grillées et munies de bassins d'eau, où on pouvait les conserver et les
-engraisser.
-
-[Illustration: _Fig. 136._ Scènes de pêche (d'après DE MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _518_).]
-
-Le Nil et ses dérivés fourmillent de poissons, dont la chair a été de
-tous temps une grande ressource pour les habitants du pays; ceux-ci
-employaient pour les prendre des moyens qui sont de tous les temps et de
-tous les pays, des engins qu'ils avaient perfectionnés et dont ils
-savaient tirer parti: d'abord la ligne, une ligne à main hérissée
-d'hameçons à son extrémité, mais sans canne ni flotteur, puis le petit
-filet à manche, le troubleau, puis les nasses, les grandes bouteilles en
-osier qu'on déposait au fond de l'eau et qu'on relevait de temps en
-temps. La pêche la plus productive était fournie par la seine, le grand
-filet droit muni de plombs et de flotteurs, qu'on traînait à grand
-renfort de bras dans des cours d'eau ou des étangs, de manière à
-ramasser tout le poisson. Sitôt sortis de l'eau, les poissons étaient
-ouverts, vidés, salés et étendus ou suspendus au soleil pour être
-séchés.
-
-[Illustration: _Fig. 137._ Basse-cour (d'ap. VON BISSING. _Mast. des
-Gem-ni-kai_, I, pl. IX).]
-
-Le nombre des animaux ainsi domestiqués s'accroissait sans cesse tant
-par la reproduction naturelle que par l'apport de nouveaux individus
-pris à la chasse. Nous venons de voir les oiseaux élevés en basse-cour,
-nourris de grains ou engraissés au moyen de boulettes qu'on leur
-introduisait de force dans le bec. On employait le même procédé pour
-certains bestiaux de choix élevés à part des autres dans des fermes,
-boeufs ou antilopes qu'on empâtait ainsi avec des aliments fabriqués au
-fur et à mesure, parfois même des hyènes qu'on était obligé d'attacher
-par les pattes et de renverser sur le dos pour leur faire avaler des
-oies rôties; il semble en effet, quelque bizarre que cela puisse nous
-paraître, que sous l'Ancien Empire les Egyptiens, pour varier leurs
-menus, mangeaient parfois de la chair d'hyène.
-
-
-_Elevage_
-
-La grande masse du bétail vivait presque en liberté sous la garde de
-bergers dans les terrains situés au delà des cultures, qui n'avaient
-pas encore, comme aujourd'hui, absorbé tout le sol de la vallée; ces
-animaux étaient presque sauvages, il fallait lier les jambes des vaches
-pour les traire, et quant aux boeufs et taureaux, lorsqu'il s'agissait
-de les capturer, on devait employer le lasso. De temps à autres, les
-propriétaires allaient sur place inspecter leurs bestiaux ou se les
-faisaient amener par troupes, pour en faire le compte. Le gouvernement
-faisait de son côté procéder tous les deux ans au dénombrement général
-des bestiaux, sur lesquels le roi prélevait sans doute une forte dîme;
-cette opération était même considérée comme des plus importantes, car
-elle servait de base aux calculs chronologiques: on ne disait pas, à
-cette époque, «l'an 6 de tel roi», mais «l'année qui suit le 3e compte
-de bestiaux de tel règne». A côté des boeufs et des vaches, il y avait
-encore dans ces domaines ruraux du petit bétail, des chèvres et des
-moutons; quant aux ânes, qu'on réunissait aussi en troupeaux, comme on
-les employait fréquemment à toutes sortes de travaux, il est probable
-qu'on les gardait à proximité des habitations plutôt que dans les
-pâturages.
-
-[Illustration: _Fig. 138._ Engraissage des boeufs (d'après DE MORGAN.
-_Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _521_).]
-
-[Illustration: _Fig. 139._ Antilopes. Engraissage des hyènes (d'après DE
-MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _513_).]
-
-A côté de l'élevage, l'agriculture était en plein développement, et les
-tableaux qui représentent des scènes de la vie des champs sont nombreux
-dans les bas-reliefs des mastabas. La crue du Nil était soigneusement
-observée et enregistrée dans les documents officiels; c'est donc qu'on
-avait reconnu l'importance des irrigations, desquelles dépend la
-fertilité du pays. Il est très probable que c'est de cette période que
-datent les premiers de ces canaux qui apportent l'eau sur tous les
-points de la vallée, et les digues qui la retiennent pour laisser
-déposer le limon.
-
-[Illustration: _Fig. 140._ Labourage et semailles (d'après DAVIES.
-_Sheikh Saïd_, pl. XVI).]
-
-[Illustration: _Fig. 141._ Scène de moisson (d'ap. LEPSIUS. _Denkmäler_,
-II, pl. CVI).]
-
-[Illustration: _Fig. 142._ Dépiquage du grain (d'après MURRAY. _Saqqara
-Mastabas_, I, pl. XI).]
-
-La principale culture est celle des céréales. Nous voyons les laboureurs
-retourner le sol à l'aide de charrues très simples, à soc de bois,
-attelées de deux boeufs, car il n'est pas nécessaire de travailler très
-profondément cette terre meuble et grasse. Derrière eux viennent les
-semeurs, jetant le grain à la volée, et immédiatement après, on amène
-des troupeaux de chèvres et de moutons qui, pressés par des ouvriers
-munis de courbaches, piétinent le champ ensemencé pour faire pénétrer le
-grain. La moisson se fait au moyen de faucilles de bronze ou de bois
-armées de lames de silex, avec lesquelles on scie la tige à mi-hauteur;
-on lie les javelles en gerbe pour les charger sur des ânes qui bon gré
-mal gré les transportent près de l'aire où on les empile en hautes
-meules. Plus tard, quand la récolte est sèche, vient le dépiquage: les
-gerbes sont déliées, étendues sur l'aire et foulées aux pieds par des
-boeufs ou des ânes, et ce procédé a le double avantage de faire sortir
-le grain et de hacher la paille qui, comme partout en Orient, sert de
-fourrage. Les vanneuses ensuite jettent en l'air le grain et le passent
-au crible, et enfin on mesure la récolte au boisseau et on l'enferme
-dans les greniers.
-
-[Illustration: _Fig. 143._ Foulage et pressurage du raisin (d'après
-PAGET-PIRIE. _Tomb of Ptahhetep_, pl. XXXIII).]
-
-La vigne se cultive en berceaux, dans des jardins; au moment de la
-vendange, des hommes cueillent le raisin mûr, le mettent dans de grands
-paniers et le portent tout à côté, sur le pressoir, sorte de grande auge
-surélevée où la récolte est foulée aux pieds par d'autres ouvriers. Le
-résidu est ensuite mis dans de grands sacs de forte toile, à chaque
-extrémité desquels est passé un bâton, et on arrive encore à extraire
-une bonne quantité de jus en tordant énergiquement ce pressoir
-rudimentaire, opération qui nécessite une pittoresque gymnastique de la
-part des cinq pressureurs. Enfin le moût est porté au cellier, dans de
-grandes jarres qu'on ferme et qu'on scelle soigneusement.
-
-[Illustration: _Fig. 144._ Récolte du lin (d'après LEPSIUS. _Denkmäler_,
-II, pl. CVII).]
-
-Les autres genres de culture, comme la récolte des figues que des hommes
-ou parfois des singes vont cueillir dans les arbres, ou celle du lin,
-qui se pratique par arrachage de la tige et non plus à la faucille, sont
-plus rarement représentées. Enfin quelques scènes de jardinage montrent
-des ouvriers arrosant soigneusement des carrés de légumes.
-
-[Illustration: _Fig. 145._ Tressage des nattes (d'après PERROT et
-CHIPIEZ. _Histoire de l'Art_, I, p. _36_).]
-
-Les Egyptiens n'employaient pour leurs vêtements que de la toile de lin,
-et déjà au début de la IVme dynastie ils étaient passés maîtres dans
-l'art de filer et de tisser. Parmi les rares échantillons d'étoffes de
-l'Ancien Empire qui nous sont parvenus, il y a surtout des toiles fines,
-très fines même; certaines bandelettes de momies royales sont faites au
-moyen de fil incomparablement plus fin que celui de n'importe quel tissu
-moderne (un kilo de ce fil représenterait 12 à 18.000 mètres de
-longueur, selon les calculs des spécialistes). Pour d'autres usages, en
-particulier pour la fabrication de portières et tentures, on employait
-des étoffes multicolores plus épaisses, où le tisserand, précurseur des
-fabricants de tapis orientaux, obtenait par la disposition de ses fils
-de couleur des compositions ornementales simples, mais du meilleur goût.
-
-Les vanniers faisaient déjà de ces paniers de toute forme qui sont
-aujourd'hui une spécialité du Soudan égyptien, ouvrages de sparterie
-très soignés et très fins, aux brins de couleurs heureusement alternés
-et qui sont en même temps d'une solidité à toute épreuve. Les gens du
-peuple étaient très habiles à ces sortes de travaux, ainsi les pâtres,
-tout en surveillant leurs troupeaux, tressaient avec des joncs et
-d'autres herbes les nattes dont ils faisaient usage, nattes si souples
-qu'elles se roulaient comme des couvertures et se portaient aisément en
-bandoulière.
-
-[Illustration: _Fig. 146._ Menuisiers. Tombeau de Mera (d'ap. un dessin
-de l'auteur).]
-
-Dans d'autres tableaux nous voyons des cordiers tordant ou tournant
-leurs cordes, des cordonniers assouplissant le cuir, le taillant et le
-cousant, des menuisiers travaillant à des meubles de toute sorte avec la
-scie, le maillet, le ciseau, l'herminette et le perçoir à archet. Plus
-loin ce sont des sculpteurs et des peintres, des fabricants de vases de
-pierre et des chaudronniers dont nous avons déjà passé en revue les
-oeuvres, et enfin des bijoutiers pesant, fondant et coulant l'or,
-calibrant et assemblant les pierres fines.
-
-[Illustration: _Fig. 147._ Orfèvres et joailliers (d'ap. DE MORGAN.
-_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _527_).]
-
-
-_Navigation_
-
-On peut dire que les transports, sous l'Ancien Empire, se faisaient
-uniquement par la voie fluviale. Sur terre, le seul moyen de locomotion
-était la marche; les ânes servaient seulement de bêtes de somme, et il
-est extrêmement rare que les hommes aient songé à monter sur leur dos.
-Quant à la litière ou chaise à porteurs, c'était là un luxe que seuls
-les grands seigneurs pouvaient s'offrir, quand ils allaient inspecter
-leurs domaines. Sur l'eau, nous avons déjà vu les petites nacelles en
-papyrus employées pour la chasse et la pêche; les autres bateaux
-construits en bois étaient très variés de forme, qu'il s'agît des lourds
-et solides bachots, munis de rames et de gouvernails, destinés à faire
-de petits trajets et à transporter des marchandises ou des bestiaux, ou
-bien des bateaux à rames et à voiles, qui dénotent déjà une grande
-habitude de la navigation. Dès le début de la IVe dynastie, on employait
-de façon constante, pour remonter le Nil, de longs bateaux aux
-extrémités légèrement relevées, portant un gros mât formé de deux
-madriers qui s'assujettissent dans les deux bordages et ne se réunissent
-qu'à leur partie supérieure; une vergue se hisse au sommet de ce mât,
-supportant une voile trapézoïde d'un modèle spécial commandée par deux
-bras, gros cordages dont un homme assis à la poupe tient les extrémités.
-Des gouvernails en forme de rames, en plus ou moins grand nombre
-suivant les dimensions du bateau, servent à donner la direction. Un toit
-léger, courant au-dessus du pont, fournit aux passagers un abri
-suffisant. Pour descendre le fleuve, on pliait la voile, on abattait le
-mât et le bateau suivait le fil du courant, actionné en outre par les
-rames. Plus tard, vers la fin de l'Ancien Empire, on voit paraître un
-nouveau modèle de barque, la grande nef pontée, au mât simple portant
-une voile carrée soutenue par deux vergues; le mode de navigation ne
-change du reste pas pour cela, et on continue, comme de nos jours
-encore, à remonter le fleuve à la voile, à le redescendre à la rame.
-
-[Illustration: _Fig. 148._ Litière (d'après DAVIES. _Deir et Gebrawi_,
-I, pl. VIII).]
-
-[Illustration: _Fig. 149._ Fabrication de nacelles (d'ap. DAVIES.
-_Sheikh Saïd_, pl. XII).]
-
-[Illustration: _Fig. 150._ Barque. IVe dyn. (d'ap. JÉQUIER. _Bull. de
-l'Inst. fr. du Caire_, t. IX, pl. III).]
-
-Les vaisseaux de mer, plus grands et plus forts sans doute que ceux du
-Nil, en diffèrent à peine quant à la forme générale; les mâts, les
-voiles, les gouvernails, les rames sont les mêmes, mais il n'y a aucune
-superstructure, et un énorme câble, allant de la proue à la poupe,
-assure la solidité de la charpente.
-
-[Illustration: _Fig. 151._ Scène du marché (d'apr. LEPSIUS. _Denkmäler_,
-II, pl. XCVI).]
-
-
-Pour avoir un tableau complet de l'état de l'Egypte à cette époque, il
-faudrait approfondir encore bien des points sur lesquels nous sommes peu
-documentés, ainsi la question très importante du commerce qui, faute de
-numéraire, se faisait de gré à gré, par échange, suivant entente entre
-les contractants, sans que nous sachions s'il y avait des boutiques ou
-seulement des marchés périodiques dans les centres. Nous sommes aussi
-assez mal renseignés sur l'exploitation des mines et des carrières et
-sur le transport des gros matériaux, qui se faisait à bras d'hommes, sur
-traîneaux, de la montagne au fleuve. Cette esquisse sommaire, suffisante
-pour le moment, nous permettra de nous rendre compte de ce qu'était,
-dans ses grandes lignes tout au moins, la civilisation de l'Egypte sous
-les rois memphites et héliopolitains, période qui est la base même de
-toute la civilisation pharaonique. Pour les époques suivantes nous
-pourrons nous contenter de signaler les transformations, les
-perfectionnements apportés au cours des siècles à cet état de choses,
-par suite du travail intérieur ou des importations étrangères.
-
-[Illustration: _Fig. 152._ Forage de vases de pierre (d'ap. DE MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _497_).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 153._ Sphinx du Moyen Empire (d'après LEGRAIN.
-_Statues et statuettes_, I, pl. XX).]
-
-
-
-
-CHAPITRE VI
-
-MOYEN EMPIRE
-
-(2200 à 1500 avant J.-C. environ.)
-
-A. HISTOIRE
-
-
-_XIe dynastie_
-
-Une période de troubles intérieurs comme celle qui termina l'Ancien
-Empire ne pouvait se prolonger indéfiniment et devait aboutir à une
-restauration de la monarchie sur des bases un peu différentes. Nous
-avons vu les derniers rois memphites, qui ne disposaient pas d'une force
-militaire sérieuse et qui sans doute n'avaient plus l'autorité morale de
-leurs prédécesseurs, s'effacer peu à peu devant leurs compétiteurs, les
-princes héracléopolitains; ceux-ci n'avaient cependant pas réussi,
-malgré l'énergique appui de leurs vassaux, les dynastes de Siout, à
-s'installer définitivement sur le trône d'Egypte, ni même à laisser un
-nom durable. Pendant ce temps s'élevait dans le sud, dans une province
-qui jusqu'alors n'avait joué aucun rôle, celle de Thèbes, une famille
-nouvelle, au sang moins pur, mélangé d'éléments soudanais, famille
-énergique poursuivant de père en fils, avec opiniâtreté, un seul but, la
-restauration, à son profit, de l'unité du royaume égyptien. Ces
-seigneurs qui portent tous le nom d'Antef ou de Mentouhotep,
-commencèrent petitement: les plus anciens n'ont que leur titre de
-monarque puis peu à peu ils s'arrogent le droit d'inscrire leur nom dans
-un cartouche, ils se qualifient de rois de la Haute Egypte et finissent
-par prendre la titulature complète des rois légitimes. Les premiers
-n'étendaient leur domination que sur la moitié méridionale de la Haute
-Egypte, mais en même temps ils avaient soumis la Nubie jusqu'à la
-deuxième cataracte au moins; les derniers régnèrent sur toute la vallée
-du Nil et poussèrent même plus loin, puisqu'ils entreprirent des
-expéditions du côté du Sinaï et de la Syrie méridionale.
-
-[Illustration: _Fig. 154._ Mentouhotep IV (?) (d'apr. un bas-relief
-provenant de Deir-el-Bahari).]
-
-L'ordre de succession de ces rois, qui forment la XIme dynastie, n'est
-pas très clair; leur chronologie l'est encore moins: le papyrus de Turin
-donne six rois ayant régné pendant plus de 160 ans, tandis que d'après
-Manéthon il y aurait eu 16 rois et 43 ans de règne; il y a dans ces
-chiffres des erreurs évidentes, puisque nous savons d'autre part que
-certains de ces rois régnèrent au moins 50 ans; on peut donc supposer
-que le papyrus ne nomme que les derniers rois de la série, ceux qui
-pouvaient être considérés comme souverains légitimes, tandis que
-Manéthon indique le nombre total des princes de la famille, et la somme
-des années de règne des deux derniers seulement, ceux qui gouvernèrent
-sans aucun doute tout le pays. Comme date, nous pouvons placer cette
-XIme dynastie thébaine, de façon tout à fait approximative du reste, aux
-environs de l'an 2.200 avant J.-C.
-
-
-_XIIe dynastie_
-
-Nous ne savons dans quelles conditions le dernier roi de cette dynastie,
-Mentouhotep V Seankhkara, céda la place de gré ou de force à un homme du
-nom d'Amenemhat, qui avait été grand-vizir sous un règne précédent et
-qui était sans doute apparenté de près ou de loin à la famille royale.
-Usurpateur ou non, le nouveau roi trouva devant lui de nombreux
-adversaires qu'il finit par réduire, comme il sut plus tard déjouer un
-complot des gens du palais qui en voulaient à sa vie. Amenemhat I était
-non seulement un homme d'action, il était aussi un organisateur de
-premier ordre, à en juger par l'oeuvre accomplie pendant les 30 ans que
-dura son règne. Il supprime définitivement le régime féodal, l'autonomie
-des petits princes locaux sur lesquels ses prédécesseurs avaient dû
-s'appuyer pour gouverner, il reconstitue l'unité de l'Egypte sous un
-seul sceptre, fait régner l'ordre et la paix dans tout le pays, recule
-ses frontières grâce à des expéditions heureuses, et fonde une dynastie
-qui devait régner 213 ans en tout, et être une des plus brillantes qui
-aient occupé le trône de l'Egypte.
-
-[Illustration: _Fig. 155._ Senousrit I (photo. de E. Brugsch-Pacha).]
-
-La XIIme dynastie est donc d'origine thébaine, mais son centre politique
-fut toujours celui qu'avait choisi le fondateur de la monarchie
-égyptienne, Memphis, abandonnée depuis quelques siècles. C'est dans les
-environs immédiats de l'antique capitale que les nouveaux rois
-établirent leur résidence et qu'ils construisirent leurs tombeaux. Les
-sept rois qui se succèdent de père en fils portent tous, soit le nom
-d'Amenemhat, qui est celui du fondateur de la dynastie, soit celui de
-Senousrit, qu'on lisait autrefois Ousertesen et qui est en réalité
-l'origine du nom grec de Sesostris, ce héros plus légendaire que réel
-sur la personne duquel se groupèrent aux basses époques tous les hauts
-faits des rois du temps passé dont on avait conservé le souvenir.
-
-[Illustration: _Fig. 156._ Senousrit III (d'après LEGRAIN. _Statues et
-statuettes_, I, pl. VI).]
-
-Les vrais Sésostris, ceux de l'histoire, sont du reste aussi des
-guerriers et des conquérants, mais leur activité est surtout dirigée
-vers le sud. Les plus célèbres d'entre eux, Senousrit I et Senousrit III
-parachevèrent l'oeuvre entreprise par Amenemhat I, la conquête de la
-Nubie: ils étendent l'autorité effective de l'Egypte jusqu'à la 2e
-cataracte, c'est-à-dire reculent d'au moins 400 kilomètres les
-frontières de leur royaume. La Nubie est devenue une province
-égyptienne, administrée par des fonctionnaires spéciaux, avec de petites
-garnisons cantonnées dans les points faibles du pays, où s'élèvent
-d'importantes forteresses, celles de Semneh et de Koummeh en
-particulier, qui gardent les deux rives de la cataracte, frontière
-extrême de la nouvelle province.
-
-Les Pharaons de la XIIme dynastie, bien que très occupés du côté du
-Soudan, ne négligent pas pour cela les autres contrées limitrophes; les
-Libyens aussi bien que les Syriens habitant les confins de l'Egypte sont
-refoulés ou assujettis, et la domination effective du roi s'étend sur
-les Oasis, le Sinaï et les contrées désertiques où les travaux dans les
-carrières et dans les mines peuvent s'effectuer en toute tranquillité.
-
-[Illustration: _Fig. 157._ Amenemhat III (d'après _Musée Egyptien_, II,
-pl. XV).]
-
-Le dernier grand roi de la dynastie, Amenemhat III, attacha son nom à
-une oeuvre gigantesque, la création dans le Fayoum,--petit territoire en
-contre-bas de la vallée du Nil, du côté ouest,--d'un immense réservoir
-destiné à régulariser les irrigations des environs de Memphis et de la
-Basse Egypte. C'est le fameux lac Moeris mentionné par Hérodote et les
-autres auteurs classiques, qui parlent en même temps avec admiration du
-Labyrinthe, le palais construit sur ses bords. Quelle est dans ces
-récits la proportion exacte de fable et de réalité, c'est ce qui n'a pu
-être encore établi; toujours est-il que maintenant on ne voit plus, de
-ce qui devait être jadis le lac Moeris, qu'un lac naturel sans
-écoulement, le Birket-Karoun, et au lieu du Labyrinthe, des ruines de
-villes, très étendues, mais qui n'ont rien de monumental, deux
-pyramides, des colosses, un obélisque; ces restes de constructions
-montrent bien l'importance des travaux entrepris par Amenemhat III dans
-ce coin de pays, travaux qui furent, sinon aussi merveilleux que se
-l'imaginaient les Grecs, du moins considérables.
-
-
-_XIIIe et XIVe dynasties_
-
-Deux règnes très courts et sans éclat, ceux d'Amenemhat IV et de la
-reine Sebeknefrou clôturent cette période si glorieuse et si brillante
-pendant laquelle l'Egypte avait atteint un degré de puissance très
-supérieur à celui auquel elle était arrivée sous les plus grands rois de
-l'Ancien Empire. Nous ne savons quelles sont les circonstances qui
-amenèrent la chute de la XIIme dynastie, soit que la race se soit
-éteinte naturellement, soit que ces deux derniers souverains aient fait
-preuve d'incapacité et se soient laissés supplanter par des compétiteurs
-puissants. Avec eux cesse, pour un temps du moins, l'unité de l'Egypte,
-et nous nous trouvons en présence de deux familles rivales, l'une de
-Thèbes, l'autre de Xoïs dans le Delta, qui forment la XIIIme et la XIVme
-dynastie; il semble qu'à un moment donné cette dernière dynastie ait été
-considérée comme seule légitime, mais d'un autre côté la puissance des
-rois thébains de la XIIIme a certainement été plus grande. Du reste ces
-deux séries de rois sont si enchevêtrées qu'on a peine à les distinguer
-l'une de l'autre: les monuments de cette époque donnent bien des noms de
-rois, rarement des dates, et jamais aucun détail sur le règne des divers
-souverains ni sur l'ordre de succession; le papyrus de Turin donnait une
-longue liste, malheureusement très fragmentée aujourd'hui, et ne paraît
-pas avoir établi de distinction entre ces deux dynasties; les autres
-listes royales ne mentionnent que très peu de noms de cette époque.
-Enfin Manéthon ne cite pas un seul nom, mais donne à la XIIIme dynastie
-60 rois et 453 ans de règne, et à la XIVme, 76 rois et 184 ans, chiffres
-qui sont peut-être exagérés quant au nombre d'années, mais qui
-paraissent correspondre à la réalité, en ce qui concerne le nombre de
-rois qui occupèrent le trône.
-
-[Illustration: _Fig. 158._ Neferhotep. Bologne (d'ap. PETRIE.
-_Photographs_, No _38_).]
-
-Nous sommes donc peu renseignés sur cette période, et c'est à peine s'il
-convient de rappeler le souvenir des Neferhotep et des Sebekhotep, les
-quelques souverains qui nous paraissent être les figures les plus
-marquantes de la série et dont les règnes sont plus longs que ceux des
-autres et les monuments que nous avons d'eux plus abondants et plus
-importants. L'examen des noms mêmes de tous ces rois montre clairement
-que ces deux dynasties ne se composent pas seulement de deux familles
-homogènes, mais de groupes très différents d'origine ou d'individus
-isolés qui se succèdent sans lien apparent, et ne sont même sans doute
-pas tous de vrais Egyptiens; ainsi l'un d'eux s'appelle Nehasi, «le
-nègre», et d'autres, comme Khendi et Khenzer, à en juger par leurs noms,
-pourraient être d'origine babylonienne.
-
-
-_Les Hyksos_
-
-C'est précisément à cette époque, où l'Egypte n'était plus suffisamment
-puissante pour résister aux ennemis du dehors, que surgirent les Hyksos
-ou rois pasteurs, chefs de bandes ou de tribus sémites, originaires
-sans doute de Palestine ou de Syrie, qui pénétrèrent dans la vallée du
-Nil par la frontière nord-est, entre Péluse et Suez, s'établirent et se
-fortifièrent dans le Delta, rayonnèrent de là dans tout le pays, y
-établirent une autorité durable et s'arrogèrent même le titre officiel
-de rois d'Egypte. Cette invasion est en somme le résultat d'une de ces
-poussées des peuples d'Orient vers l'Occident qui sont si fréquentes
-dans l'histoire et qui chaque fois amenèrent des perturbations
-considérables; celle-ci fut déterminée par la descente des Elamites en
-Mésopotamie, qui provoqua également le départ d'Abraham pour la
-Palestine.
-
-[Illustration: _Fig. 159._ Tête d'un roi hyksos (d'apr. NAVILLE.
-_Bubastis_, pl. XI).]
-
-La domination des rois pasteurs dura longtemps et s'exerça, suivant les
-monuments, plus ou moins loin vers le sud, contrebalancée seulement par
-un petit noyau qu'on pourrait qualifier de nationaliste et qui se
-groupait dans la Thébaïde, autour des derniers rois de la XIIIme
-dynastie, puis des princes qui fondent la XVIIme et préparent la
-revanche qui doit inaugurer le Nouvel Empire. Ces étrangers s'étaient
-rapidement égyptianisés; ils avaient adopté les coutumes de leurs sujets
-plus civilisés qu'eux et cherchèrent à gouverner comme les anciens rois
-autochtones, mais ils ne réussirent pas à laisser une trace vraiment
-durable de leur passage au pouvoir. Nous ne connaissons aucun édifice
-important qui puisse avoir été construit par eux, à part peut-être les
-murs d'enceinte en briques de leur capitale, la ville fortifiée
-d'Avaris, à l'est du Delta, et leurs noms ne nous sont parvenus que sur
-quelques petits objets ou sur des statues antérieures qu'ils s'étaient
-appropriées. Ils encouragèrent les sciences et la littérature, ainsi que
-nous l'apprennent certains papyrus, mais d'un autre côté, il est bien
-probable que c'est aux premiers de ces rois qu'il faut attribuer le
-pillage systématique des tombeaux royaux antérieurs.
-
-
-_XVIIe dynastie_
-
-Enfin il s'éleva une nouvelle race de princes thébains qui, d'abord
-vassaux des rois Hyksos, prirent en main la tâche de délivrer leur pays
-de la domination étrangère. Leurs talents militaires, leur valeur
-personnelle et sans doute surtout un mouvement intense du pays entier,
-révolté contre ses oppresseurs, amenèrent rapidement la chute du royaume
-des pasteurs. Refoulés de la Haute Egypte d'abord, puis du Delta même,
-il ne resta bientôt plus aux pharaons sémites qu'un petit canton aux
-confins du désert et leur retraite fortifiée d'Avaris, où ils tinrent
-bon pendant un siècle encore. Cette période de lutte à outrance qui
-coûta la vie à certains rois thébains, morts en pleine bataille, et qui
-termine ce que nous avons coutume d'appeler le Moyen Empire, est une
-période héroïque et glorieuse et les noms de ces rois qui affranchirent
-leur pays du joug étranger, les Seknenra, les Kamès, les Ahmès,
-mériteraient une place d'honneur dans l'histoire, si par malheur nous
-n'étions si peu renseignés sur leur vie et leur oeuvre dont nous ne
-faisons guère qu'entrevoir les résultats.
-
-[Illustration: _Fig. 160._ Poignard d'Apepi (Photographie
-Brugsch-Pacha).]
-
-Telle est, dans ses grandes lignes, l'histoire du Moyen Empire thébain,
-joint à la domination des Hyksos; sa chronologie est difficile à établir
-et donne lieu encore aujourd'hui à des opinions très divergentes, car si
-nous connaissons presque à un jour près la durée de la XIIme dynastie,
-il n'en est pas de même pour les suivantes, qui régnèrent sans doute
-collatéralement sur diverses parties du pays. Nous avons déjà vu que
-Manéthon donne à la XIIIme dynastie thébaine 453 ans et à la XIVme
-dynastie xoïte, 184 ans; il range les rois Hyksos dans deux dynasties
-distinctes, la XVme et la XVIme, qui auraient régné, la première 284 ans
-avec ses six rois qu'on retrouve sans peine sur les monuments
-contemporains, les Salatis, les Bnôn, les Jannias et les Apophis, et
-l'autre 511 ans avec 32 rois parfaitement inconnus. Enfin, toujours pour
-Manéthon, la XVIIme dynastie, celle de la revanche, aurait eu deux
-séries de rois, les uns hyksos, les autres thébains, ayant occupé les
-trônes d'Egypte pendant 151 ans jusqu'à l'expulsion définitive des
-Sémites. Si l'on met bout à bout tous ces chiffres, on obtient pour
-l'intervalle qui sépare la XIIme dynastie du Nouvel Empire la somme
-fantastique de 1.583 ans, qui paraît absolument inadmissible, surtout si
-l'on songe que dans un pays comme l'Egypte, où presque tout se conserve,
-une période aussi longue, même troublée, nous aurait transmis des
-séries de documents autrement plus importantes que celles qui nous sont
-parvenues. D'un autre côté, une théorie récente, très en vogue
-aujourd'hui, et basée sur deux dates astronomiques qu'on voudrait
-attribuer, l'une à un roi de la XIIme dynastie, l'autre au premier
-souverain de la XVIIIme, réduit cet intervalle à 200 ans environ. Cette
-théorie me paraît encore plus insoutenable que la précédente, car je ne
-vois pas le moyen de faire tenir dans un espace de deux siècles un
-nombre de 150 ou 200 rois au minimum, dont certains régnèrent, nous le
-savons pertinemment, 40 et même 50 ans. La vérité est très probablement
-entre ces deux théories extrêmes, et je suis tenté de me rattacher, au
-moins dans ses grandes lignes, au système proposé par un égyptologue
-norvégien, M. Lieblein, système qui peut se résumer somme suit:
-l'invasion hyksos a lieu à la fin de la XIIme dynastie et entraîne sa
-chute, après quoi une nouvelle famille thébaine, la XIIIme, prend
-possession du trône; pendant ce temps les chefs pasteurs, maîtres de la
-plus grande partie du pays, mais se sentant inférieurs comme
-civilisation et n'osant encore se mettre personnellement à la tête du
-gouvernement, intronisent d'abord des princes autochtones qui ne sont
-autres que leurs créatures et leurs vassaux et qui constituent la XIVme
-dynastie xoïte. Après ce laps de temps, se sentant suffisamment
-égyptianisés, ils prennent eux-mêmes les rênes du pouvoir: c'est la XVme
-dynastie; quant à la XVIme elle n'existe pas en réalité, c'est une
-dynastie purement fictive, qui représente seulement la somme de la
-domination des Hyksos jusqu'au moment où ces rois furent refoulés dans
-Avaris. La XVIIme dynastie, avec sa double série de rois, caractérise le
-siècle de l'expulsion. Ainsi, puisque la XIVme et la XVme dynasties sont
-contemporaines de la XIIIme, et que la XVIme doit être supprimée, comme
-faisant double emploi, nous n'avons plus qu'à additionner les chiffres
-que donne Manéthon pour la XIVme, la XVme et la XVIIme, ce qui donne,
-pour toute la période hyksos, 619 ans en tout. Il faudrait donc placer
-la XIIme dynastie entre 2.300 et 2.100 environ, et l'époque des rois
-pasteurs et de leurs compétiteurs égyptiens irait de 2100 à 1500 avant
-notre ère. Je me contente de signaler ce résultat, non comme absolument
-certain, mais comme assez satisfaisant.
-
-[Illustration: _Fig. 161._ Tête de la momie de Seqnenrà (d'après ELLIOT
-SMITH. _Royal Mummies_, pl. II).]
-
-
-B. MONUMENTS
-
-Si nous voulons nous faire une idée de ce qu'était la civilisation
-égyptienne sous le Moyen Empire et des progrès qu'elle avait pu réaliser
-depuis la période précédente, nous nous trouvons tout d'abord, de même
-qu'en ce qui concerne l'histoire proprement dite, en présence de
-documents extrêmement abondants appartenant à la fin de la XIme et à
-toute la XIIme dynastie, puis d'une époque singulièrement silencieuse,
-celle des luttes intestines suscitées par la présence des Hyksos. Ce
-fait n'a rien que de très naturel et nous obligera, par conséquent, à ne
-tenir compte dans ce tableau d'ensemble, que des monuments appartenant à
-la période de gloire du premier empire thébain, de ceux qui se
-rattachent aux règnes des Amenemhat et des Senousrit, ainsi que de leurs
-prédécesseurs immédiats.
-
-
-_Architecture_
-
-Il ne reste pour ainsi dire rien des constructions religieuses édifiées
-par les rois de la XIIme dynastie; les unes ont pu être détruites par
-les Hyksos, tandis que les autres, les plus nombreuses, ont été reprises
-par les rois de la XVIIIme dynastie, agrandies et si bien remaniées, que
-dans les temples colossaux du Nouvel Empire on ne retrouve qu'à
-grand'peine les traces du petit sanctuaire plus ancien qui en formait le
-noyau; seules, avec quelques bas-reliefs, les colonnes ont survécu, de
-belles colonnes monolithes en granit qui présentent, à peu de chose
-près, les mêmes caractères artistiques que celles de l'Ancien Empire, à
-quelque ordre qu'elles appartiennent, lotiforme, palmiforme ou
-papyriforme. Des statues souvent colossales et des sphinx ornaient aussi
-ces temples; on les trouve réemployés dans les constructions ultérieures
-et portant bien souvent non pas le nom du roi qui les fit sculpter,
-mais les cartouches de celui qui se les appropria après coup, suivant un
-procédé qui paraissait tout naturel aux Egyptiens et que nous n'hésitons
-pas à qualifier d'usurpation.
-
-[Illustration: _Fig. 162._ Reconstitution du monument de Mentouhotep II
-(d'ap. NAVILLE. _The XIe dyn. Temple at Deir el Bahari_, II, pl.
-XXIII).]
-
-Le grand monument qu'un des Mentouhotep de la XIme dynastie fit
-construire au fond du cirque de Deir-el-Bahari et qui a été découvert et
-déblayé ces dernières années par M. Naville, est un temple funéraire qui
-n'était pas voué au culte des dieux, aussi ne fut-il guère remanié aux
-époques ultérieures. C'est un édifice en terrasses avec rampe d'accès,
-adossé à la montagne; des colonnades de piliers carrés entourent un
-massif central qui était peut-être surmonté d'une pyramide, et derrière
-lequel se trouvaient les naos consacrés aux princesses royales; au fond
-du sanctuaire aujourd'hui détruit, un long couloir s'enfonçait dans le
-rocher et aboutissait à une petite chambre qui contenait un grand naos
-d'albâtre, destiné probablement à recevoir une statue de roi.
-
-[Illustration: _Fig. 163._ Pyramide de Senousrit III à Dahchour (d'après
-J. DE MORGAN. _Fouilles à Dahchour_, I, pl. XII).]
-
-Les autres souverains de la XIme dynastie n'avaient que des tombeaux de
-petites dimensions, assez semblables à ceux des simples particuliers;
-les grands rois de la XIIme adoptèrent le mode de sépulture de leurs
-prédécesseurs de l'Ancien Empire, la pyramide, sans toutefois chercher à
-édifier des monuments aussi colossaux. A Licht et à Dahchour, de même
-qu'à Hawara et à Illahoun, un revêtement très soigné, en calcaire et
-même par places en granit, recouvre, ou plutôt recouvrait, puisqu'il a
-en partie disparu, une maçonnerie plutôt défectueuse en pierre ou en
-briques; les chambres funéraires sont non plus dans la pyramide même,
-mais à une grande profondeur au-dessous de celle-ci, et les couloirs
-habilement dissimulés n'ont pas empêché ces tombeaux d'être entièrement
-pillés. A côté du monument royal, des caveaux étaient réservés aux
-reines et aux princesses, caveaux d'où sont sortis les trésors
-inestimables qui ont été trouvés il y a quelques années par le Service
-des Antiquités de l'Egypte. Du côté est s'élevait la chapelle funéraire,
-du type déjà connu, avec ses vestibules, sa cour centrale, son
-sanctuaire et ses magasins; un grand mur encerclait le tout.
-
-Les fonctionnaires continuent à se faire ensevelir à côté de leur
-souverain, mais leurs mastabas ne sont plus comparables à ceux de la
-période précédente. Ce sont de simples massifs de maçonnerie de petites
-dimensions, ornés d'une stèle sur la face est; la chambre funéraire se
-trouve immédiatement au-dessous, et on y accède par un puits foré au
-nord du monument extérieur.
-
-[Illustration: _Fig. 164._ Façade de tombeau à Beni-Hassan.]
-
-Les tombeaux des seigneurs provinciaux et des princes des nomes de la
-Haute Egypte sont autrement plus originaux et plus intéressants pour
-nous, puisque certains d'entre eux, ceux de Bersheh et surtout ceux de
-Beni Hassan nous fournissent la plus merveilleuse série de documents
-figurés concernant la vie publique et privée de l'époque. Ces monuments
-appartiennent à la classe des hypogées ou tombeaux rupestres, comme
-nous en avons déjà vu quelques-uns sous l'Ancien Empire; ils sont
-entièrement creusés dans le rocher, à flanc de coteau, et les colonnes
-qui soutiennent le plafond ne sont pas rapportées, mais ménagées dans la
-masse même, au cours du travail d'excavation. Ces hypogées sont précédés
-d'un portique largement ouvert du côté de la plaine du Nil, soutenu par
-deux de ces piliers droits, sans chapiteau, aux arêtes abattues, qu'on a
-pris longtemps, à cause de leur fût cannelé et de leur petit abaque
-plat, pour la forme la plus ancienne de la colonne dorique; de là le nom
-de «colonnes protodoriques» qui leur est resté. Une porte s'ouvre sur
-une salle carrée de grandes dimensions, au plafond soutenu par quatre
-colonnes ou davantage, et au fond de laquelle s'ouvre une niche
-profonde, servant en quelque sorte de sanctuaire; un puits descend au
-caveau funéraire. Les parois sont entièrement couvertes de peintures sur
-enduit, plus complètes encore que les tableaux sculptés dans les
-mastabas. Elles retracent avec une vie et un naturel souvent admirables,
-les scènes les plus diverses de la vie des champs comme de celle des
-gens de métier.
-
-[Illustration: _Fig. 165._ Tombeau de Beni-Hassan (d'après NEWBERRY.
-_Beni Hassan_, I, pl. IV).]
-
-[Illustration: _Fig. 166._ Masque de momie (d'après CHASSINAT. _Fouilles
-d'Assiout_, pl. XXVI).]
-
-Les personnages de moindre importance, qui ne pouvaient avoir une
-sépulture aussi complète, se contentaient d'un simple caveau souterrain,
-au fond d'un puits, et arrivaient à entasser dans cet étroit espace tout
-ce qui pouvait leur être utile pour la vie de l'au-delà. L'art de la
-momification en était encore à peu près au même point qu'à la période
-memphite, et l'on se contentait sans doute de dessécher les corps au
-moyen d'alun ou de natron, car de tous ceux qui nous sont parvenus, il
-ne reste guère que les os. Le mort ainsi préparé, on l'enveloppait d'un
-épais maillot de linges, de linceuls et de bandelettes; on plaçait
-parfois sur le haut du corps un masque en cartonnage peint, et on le
-couchait sur le côté, la tête appuyée sur un chevet, au fond d'un
-sarcophage rectangulaire en bois, aux parois épaisses, couvertes de
-peintures au dehors comme au dedans, et muni d'un couvercle plat ou
-bombé. La décoration extérieure consiste le plus souvent en bandes de
-grands hiéroglyphes entre lesquelles on peignait parfois toute une
-ornementation architecturale montrant que le sarcophage était considéré
-comme une maison, donc comme l'habitation même du mort, une maison d'un
-modèle archaïque, construite en bois avec des stores en nattes de
-couleur pour fermer les baies. A l'intérieur, on inscrivait de longs
-textes funéraires analogues à ceux des pyramides et destinés à assurer
-au défunt la sécurité dans le monde des enfers; au-dessus de ces textes
-court une large frise où sont peints les objets qui devraient en réalité
-figurer dans le mobilier funéraire: pièces de costume, coiffures,
-bijoux, armes, sceptres, outils, vases, meubles, toujours suivant le
-principe que la figuration d'un objet suffit pour remplacer l'objet
-lui-même quand il s'agit d'une ombre, du double immatériel d'un homme.
-Il arrive aussi qu'on voie déjà paraître, à l'intérieur du grand
-sarcophage, le cercueil anthropoïde qui renferme la momie elle-même et
-qui devient le modèle courant du sarcophage au Nouvel Empire; ce type de
-cercueil n'est que le développement normal du masque funéraire habituel.
-
-[Illustration: _Fig. 167._ Momie du Moyen Empire (d'après
-CHASSINAT-PALANQUE. _Fouilles d'Assiout_, pl. XXI).]
-
-[Illustration: _Fig. 168._ Sarcophage du Moyen Empire (d'après PETRIE.
-_Gizeh and Rifeh_, pl. X.A).]
-
-[Illustration: _Fig. 169._ Intérieur d'un sarcophage (d'après LACAU.
-_Sarcoph. ant. au Nouv. Emp._, pl. XXIV).]
-
-[Illustration: _Fig. 170._ Sarcophage anthropoïde (d'ap. PETRIE. _Gizeh
-and Rifeh_, pl. X.B).]
-
-Quant au mobilier funéraire proprement dit, il est en général modeste.
-Dans les tombeaux des princesses de la famille royale, on ne trouve
-guère que la série des vases à onguents et à parfums, des sceptres et
-une certaine quantité de bijoux, merveilles d'art et de goût, qui sont
-parmi les plus belles choses que l'antiquité égyptienne nous ait
-livrées. Chez les particuliers il y a d'abord la caisse carrée,
-absolument indispensable du sarcophage, faite sur le même modèle que
-lui, et contenant les quatre vases canopes, où l'on enfermait les
-viscères du mort, puis quelques vases grossiers ayant contenu des
-victuailles, enfin des imitations d'armes et des groupes de bois stuqué
-et peint, représentant des scènes de la vie familière. Ces scènes sont
-les mêmes qu'on voit figurer ailleurs, en bas-relief ou en peinture, sur
-les parois des mastabas et des tombeaux rupestres, mais traitées avec
-plus de naturel et de naïveté: nous y voyons représentés des cuisiniers,
-des porteurs et des porteuses d'offrandes, la fabrication du pain et de
-la bière, et surtout des bateaux, reproduction des grandes barques de
-l'époque avec leur gréement complet et leur équipage. Malgré leur
-facture souvent un peu grossière, ces petits monuments sont peut-être
-l'image la plus parfaite, en tous cas la plus expressive, de la vie des
-anciens Egyptiens.
-
-[Illustration: _Fig. 171._ Canope du Moyen Empire (d'ap.
-GAUTIER-JÉQUIER. _Fouilles de Licht_, p. _68_).]
-
-[Illustration: _Fig. 172._ Statuette de serviteur (d'ap. le _Musée
-Egyptien_, I, pl. XXXVIII).]
-
-La cachette aux statues, le _serdab_, n'existe plus dans la tombe du
-Moyen Empire, et s'il se trouve encore dans le tombeau une statue du
-mort, celle-ci n'est plus que très rarement en pierre, mais presque
-toujours en bois et souvent de très petite dimension. Il y a ici
-évidemment une évolution dans les idées funéraires: la notion du _ka_,
-du double qui pour subsister a besoin d'un support à défaut du corps
-lui-même, existe toujours, mais tend à se transformer; il semble qu'elle
-se spiritualise en quelque sorte et qu'une petite image du mort, image
-souvent informe, lui suffise, et cela plutôt par tradition que par
-besoin réel. C'est à ce moment qu'on voit apparaître les premières
-statuettes mummiformes représentant le défunt, prototypes des
-innombrables statuettes funéraires ou _oushabtis_ du Nouvel Empire.
-
-[Illustration: _Fig. 173._ Modèle de barque (photographie de E.
-Brugsch-Pacha).]
-
-[Illustration: _Fig. 174._ Statuette en bois (d'après GAUTIER-JÉQUIER.
-_Fouilles de Licht_, p. _80_).]
-
-Pour les morts d'une classe moins élevée, ceux qu'on ensevelissait à
-même le sol, on avait en certaines régions la coutume de poser au-dessus
-de la tombe une petite maison en terre cuite, reproduction en miniature
-de l'habitation des vivants, et qui devait servir de domicile à l'âme:
-privée de ce pied-à-terre si sommaire, cette âme eût risqué d'errer sans
-trêve à l'aventure et de disparaître misérablement.
-
-[Illustration: _Fig. 175._ _Statuette funéraire_ du Moyen Empire (d'apr.
-PETRIE. _The Labyrinth_, pl. XXX).]
-
-Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, faites en briques
-et en bois, et n'ayant aucune prétention à la durée, ont disparu presque
-partout en Egypte; nous sommes un peu plus favorisés cependant pour le
-Moyen Empire que pour les autres époques, puisqu'on a retrouvé au Fayoum
-des restes importants d'agglomérations de maisons, vraies villes
-composées de petites habitations en briques, serrées les unes contre les
-autres et séparées par de longues rues droites; c'est là sans doute
-qu'habitaient des ouvriers et des employés dont les papiers, restés
-cachés dans le coin des chambres, sont parvenus jusqu'à nous: ces
-précieux documents sur papyrus contenaient des écrits de toute sorte,
-mais surtout des lettres et des comptes.
-
-[Illustration: _Fig. 176._ Modèle de maison en terre cuite (d'ap.
-PETRIE. _Gizeh and Rifeh_, pl. XV).]
-
-Pour ce qui est de l'architecture militaire, de hautes et massives
-forteresses en briques crues remplacent les simples enceintes formées
-d'une épaisse muraille, en usage sous l'Ancien Empire. Nous avons, à la
-frontière méridionale de la Nubie, deux bons exemples de ces
-constructions, qui dominent de très haut le terrain environnant et qui
-devaient opposer une très grande résistance à l'escalade et à la sape.
-Le progrès réalisé dans ce domaine est très naturel et cela n'a rien
-d'étonnant, puisque la monarchie égyptienne, à cette époque, a un
-caractère militaire très prononcé et se distingue en cela très nettement
-de celle de la période précédente.
-
-[Illustration: _Fig. 177._ Attaque d'une forteresse (d'après NEWBERRY.
-_Beni Hasan_, II, pl. XV).]
-
-
-_Sculpture_
-
-La statuaire du Moyen Empire continue à suivre, presque sans s'en
-écarter, les traditions des dynasties memphites; ses procédés sont
-identiques, et c'est à peine si nous pouvons signaler un peu plus de
-fini dans les parties qui étaient autrefois laissées le plus souvent à
-l'état d'ébauches, les jambes et les pieds. Ce sont toujours les mêmes
-formes, les mêmes attitudes, avec plus de délicatesse peut-être, mais
-moins de puissance; on recherche moins la ressemblance exacte, réaliste,
-de la figure à reproduire, qu'une sorte de portrait idéalisé qui n'a
-plus sans doute que les caractères généraux de l'original: ainsi dans
-les dix statues de Senousrit I découvertes à Licht, statues identiques
-de dimension et de matière, sorties ensemble d'un même atelier, toutes
-les têtes, qui à première vue paraissent semblables, sont dans le détail
-très différentes les unes des autres et cependant les traits d'ensemble
-restent les mêmes et se retrouvent aussi dans les autres statues du même
-souverain.
-
-[Illustration: _Fig. 178._ Statues de Senousrit I.--Licht. (photographie
-de M. Pieron).]
-
-[Illustration: _Fig. 179._ Statue du roi Hor (photographie de E.
-Brugsch-Pacha).]
-
-Sous le Moyen Empire les statues sont beaucoup moins abondantes que sous
-l'Ancien, car les particuliers, quelle que fût leur position, n'en
-déposaient plus guère dans leur tombeau. Encore ces statues sont-elles
-presque uniquement en bois, les unes de grandeur naturelle, d'autres
-très petites. Seuls les très hauts personnages avaient le droit de
-placer dans les temples une image faite à leur ressemblance; les rois
-par contre y dressaient souvent des statues colossales en granit, dont
-plusieurs sont parvenues jusqu'à nous, ainsi que les sphinx, également
-en granit, qui bordaient les avenues de ces temples, sphinx dont la tête
-était toujours un portrait plus ou moins fidèle du roi régnant. D'autres
-statues, moins grandes, ornaient les parties apparentes des tombeaux
-royaux et parfois même on déposait une statue du _ka_ ou du double dans
-le caveau funéraire, près du sarcophage, comme dans les tombeaux des
-simples particuliers. Telle la statue de bois du jeune roi Hor Aouabra,
-qui fut probablement co-régent de son père Amenemhat III, monument
-délicieux de travail, d'expression et de sentiment, qui restera un des
-joyaux de l'art égyptien.
-
-Il n'y a pas non plus de grandes modifications à signaler dans la
-manière de traiter le bas-relief; un dessin ferme et pur, un relief peu
-marqué, un modelé très délicat, souvent à peine perceptible, sont les
-caractères généraux de cette branche de la sculpture qui, comme la
-statuaire, est toujours empreinte d'une grande distinction et d'une
-remarquable noblesse d'allure.
-
-
-_Peinture_
-
-Nous avons vu, en parlant de l'Ancien Empire, que toute sculpture devait
-être peinte, au moins en principe. La simple peinture sur enduit, qui ne
-se distinguait pas à première vue du bas-relief polychrome, était
-soumise aux mêmes lois que ce dernier quant à la disposition générale
-et la composition, mais constituait un moyen d'expression singulièrement
-plus rapide et économique. Pour les peintres du Moyen Empire, le souci
-de la perfection artistique ne passe qu'en seconde ligne: ils donnent
-libre cours à leur fantaisie, toujours maintenue, il est vrai, par une
-certaine routine, dans le même procédé d'exécution, et ils s'appliquent
-avant tout à rendre aussi vivant que possible le sujet qu'ils ont à
-traiter.
-
-[Illustration: _Fig. 180._ Bas-relief de Koptos (d'après PETRIE.
-_Koptos_, pl. IX).]
-
-
-_Arts industriels_
-
-La céramique ne présente aucun caractère spécial; de plus en plus les
-vases en terre sont réservés aux usages vulgaires, et leur facture est
-généralement peu soignée. Par contre les nombreux petits vases en pierre
-dure qu'on continue à fabriquer et qui sont destinés à contenir des
-parfums ou des onguents sont d'un travail extrêmement remarquable. Les
-matières les plus précieuses sont employées pour cela: l'obsidienne, le
-lapis-lazuli et la cornaline, aussi bien que l'albâtre, qui continue à
-être d'un usage courant. L'usage des vases de bronze persiste aussi,
-comme par le passé.
-
-[Illustration: _Fig. 181 et 182._ Vases en cornaline et lapis-lazuli
-(d'ap. DE MORGAN. _Fouilles à Dahchour_, I, pl. XXV).]
-
-[Illustration: _Fig. 183._ Pectoral de Senousrit II (d'après DE MORGAN.
-_Fouilles à Dahchour_, I, pl. XVI).]
-
-Dans la bijouterie et la joaillerie, les orfèvres de la XIIme dynastie
-sont arrivés à un degré de perfection qui ne sera plus dépassé et qui
-fait encore l'admiration de tous les spécialistes; ils taillent et
-calibrent les pierres avec la plus grande précision, fondent et cisèlent
-les métaux, emploient le filigrane. Mais leur triomphe incontestable est
-le bijou ciselé, ajouré et champlevé, avec incrustations de pierres
-telles que le lapis, la turquoise et la cornaline. La composition du
-bijou est toujours digne de son exécution, qu'il s'agisse d'un minuscule
-hiéroglyphe servant d'élément de collier, d'un pectoral pouvant être
-considéré comme un vrai bas-relief historique en miniature, d'une garde
-de poignard ou d'un diadème représentant une couronne de fleurs
-naturelles.
-
-[Illustration: _Fig. 184._ Couronne en or (d'apr. DE MORGAN. _Dahchour_,
-II, pl. IX).]
-
-
-C. CIVILISATION
-
-_Royauté_
-
-La première monarchie thébaine a un caractère très différent de celui
-des dynasties memphites, qui était, comme nous l'avons vu,
-essentiellement pacifique; de simples nomarques qu'ils étaient, les
-princes de Thèbes avaient acquis le pouvoir suprême au prix de longues
-luttes. Il était donc bien naturel qu'ils continuassent à faire de
-l'armée leur principal soutien et que, pour ne pas la laisser inactive,
-ils l'employassent à pacifier les contrées avoisinantes et à étendre les
-frontières de l'Egypte. Les rois de la XIIme dynastie ne sont pas, à
-proprement parler, des conquérants, mais des souverains dont le but est
-d'assurer le tranquille développement de leur pays en tenant en respect
-leurs voisins, nomades plus ou moins sauvages et toujours disposés à
-faire des incursions dans la riche vallée du Nil, et en créant sur le
-point le plus facilement accessible, le sud, une marche bien fortifiée.
-Sitôt que cette activité militaire se ralentit, comme cela semble avoir
-été le cas sous Amenemhat III et ses successeurs, les barbares, qui sont
-ici les Hyksos, fondent sur le pays et le soumettent, en partie du
-moins. Il faudra de longs siècles aux vrais Egyptiens pour les chasser
-et reprendre le pouvoir, et ce nouvel apprentissage de la guerre sera
-cause de l'avènement des grands conquérants de la XVIIIme dynastie.
-
-[Illustration: _Fig. 185._ Groupes de soldats d'un prince de Siout
-(d'après MASPERO. _Musée Egyptien_, I, pl. XXXIII).]
-
-Pour assurer la transmission régulière des pouvoirs royaux de père en
-fils et éviter les compétitions possibles, Amenemhat I, dans les
-dernières années de son règne, associa au trône son fils Senousrit I qui
-fut chargé de diriger l'armée et les expéditions en dehors de l'Egypte,
-tandis que le vieux souverain continuait à s'occuper de la politique
-intérieure. Tous les rois de la XIIme dynastie suivirent cet exemple et
-prirent à un moment donné leur héritier présomptif comme co-régent.
-
-
-_Gouvernement_
-
-Le système féodal ne disparut pas dès l'avènement de la XIIme dynastie;
-les princes des nomes, reconnaissant l'autorité supérieure et la
-suzeraineté du roi, continuèrent à administrer comme auparavant leur
-province, sur laquelle ils avaient des droits très étendus: le peuple
-des campagnes, fellahs ou paysans, fournissait les soldats et pouvait
-être réquisitionné pour toutes sortes de corvées, spécialement pour
-les gros transports et les constructions; de lourdes redevances
-pesaient sur eux, aussi bien sur les paysans soi-disant libres, que
-sur les serfs et les tenanciers des domaines princiers. Les habitants
-des villes jouissaient d'une plus grande liberté, tout en étant aussi
-sous l'autorité directe du nomarque; dans ces cités se groupaient les
-artisans, les scribes et les fonctionnaires de toute sorte, tous gens
-d'une classe très supérieure au menu peuple des campagnes. Une légion
-d'employés, inspecteurs, percepteurs, chacun ayant sa charge nettement
-délimitée, veillait au bon fonctionnement de ces petits états, dont le
-prince payait au roi une redevance régulière et lui fournissait des
-troupes exercées, sur une simple réquisition; il avait sans doute à
-ses côtés un représentant du souverain. Quant au pouvoir judiciaire, il
-était presque entièrement entre les mains du pouvoir central.
-
-Cependant cet ordre de choses ne devait pas durer et la centralisation
-s'opérait peu à peu. Vers la fin de la dynastie, les nomarques
-disparaissent ou tout au moins leur rôle est si effacé qu'on ne les voit
-plus paraître. Par contre le nombre des fonctionnaires royaux augmente
-considérablement; ce sont eux maintenant qui sont chargés non seulement
-de la justice, mais de toute l'administration civile et militaire, qui
-perçoivent les redevances, tiennent constamment à jour les registres de
-la population, du bétail et du cadastre, institution nécessaire dans un
-pays comme l'Egypte, soumis aux empiétements d'un fleuve dont le cours
-n'est pas encore définitivement fixé.
-
-
-_Relations extérieures_
-
-Nous avons vu la conquête de la Nubie, l'occupation des Oasis, la
-pacification des contrées désertiques bordant l'Egypte et les campagnes
-en Syrie; toutes ces opérations, qui furent la préoccupation constante
-des rois de la XIIme dynastie, avaient eu pour résultat le développement
-du commerce, favorisé par la tranquillité et la sécurité régnant aux
-abords de l'Egypte. Les produits du Soudan et de la Syrie arrivent donc
-dans la vallée du Nil, par caravanes, plus facilement que jamais; de
-plus, les expéditions au pays de Pount, au pays des Somalis, d'où l'on
-tirait l'encens, l'ivoire et d'autres objets précieux, paraissent être
-devenues plus fréquentes, tant par eau, le long des côtes de la Mer
-Rouge, que par la voie de terre, par le Soudan et l'Abyssinie. Il en est
-de même pour les relations avec les îles grecques: la poterie dite de
-Kamarès, qui provient certainement de ces régions se retrouve parfois
-dans des tombes de la XIIme dynastie, et réciproquement on rencontre
-souvent en Crète, en Grèce et jusqu'en Etrurie des objets appartenant au
-premier empire thébain.
-
-[Illustration: _Fig. 186._ Nomades sémites (d'après NEWBERRY, _Beni
-Hasan_, I, pl. XXXI).]
-
-Les marchandises importées en Egypte étaient surtout des matières
-premières, et tout particulièrement les métaux, comme par le passé; en
-échange, les Egyptiens livraient à leurs voisins toute sorte d'objets
-ouvrés, et aussi du grain. Nous savons par les récits bibliques que la
-vallée du Nil était un peu le grenier du monde oriental, et que dans les
-années de disette ce n'était guère que là qu'on pouvait aller
-s'approvisionner. C'est en effet sous le Moyen Empire que durent vivre
-les patriarches qui, après avoir mené la vie des nomades en Palestine,
-finirent par se fixer dans un petit district du Delta. Abraham dut venir
-en Egypte pendant le règne de la XIIme dynastie, et c'est presque un
-tableau de son arrivée avec sa famille et ses serviteurs, que cette
-peinture célèbre de Beni Hassan, où l'on voit des fonctionnaires
-égyptiens amener à leur prince une tribu de nomades sémites, avec leurs
-lourds costumes bariolés, leurs bestiaux, leurs armes et leurs bagages
-et apportant avec eux de l'antimoine et d'autres produits qu'ils
-cherchent sans doute à échanger. L'arrivée de Joseph en Egypte, son
-élévation aux plus hautes dignités et l'installation de sa famille au
-pays de Goshen ou Kesem, dans les environs de la ville fortifiée
-d'Avaris, doivent se placer sous un des rois hyksos, nous ne pouvons
-savoir au juste lequel. Les noms égyptiens que donne le texte hébreu
-peuvent être rapprochés de certains noms qui étaient en effet employés
-sous le Moyen Empire et ne sont pas sans doute, comme on l'a cru pendant
-longtemps, la transcription de noms saïtes, ce qui forcerait à reporter
-la composition même du récit biblique à une très basse époque. Toute
-cette série de récits constitue pour nous un précieux document pour la
-connaissance des relations entre les Egyptiens et leurs voisins.
-
-
-_Vie privée_
-
-Il n'y a pas lieu de revenir sur l'organisation de la famille, pas plus
-que sur les conditions de la vie privée qui continuent à être les mêmes,
-à peu de chose près, que sous l'Ancien Empire. La nourriture aussi est
-la même, ainsi que la manière de manger, et on attache toujours autant
-d'importance aux soins de propreté. Une petite différence se remarque
-dans le costume des hommes, car si les gens du peuple continuent à
-porter le petit pagne court, celui des personnages de qualité s'allonge
-et forme une sorte de jupon plus ou moins ample, descendant jusqu'aux
-mollets ou même jusqu'aux chevilles; le grand manteau est d'un usage
-fréquent, comme si le climat s'était refroidi, ce qui est du reste peu
-probable.
-
-Nous connaissons les villes où habitaient les ouvriers et qui ont été
-retrouvées au Fayoum, avec leurs petites maisons serrées les unes contre
-les autres, avec leurs étroites rues droites; nous avons aussi des
-modèles en terre cuite des maisons où vivaient les gens d'une classe un
-peu supérieure: une cour entourée d'un mur, au milieu de laquelle se
-trouvait un étang, précédait l'habitation, qui était elle-même de
-dimensions assez restreintes; un péristyle à colonnes s'ouvrait
-largement sur la cour, et les chambres se trouvaient au fond, derrière
-cette galerie. L'escalier extérieur montait à la terrasse où
-aboutissaient les grandes bouches à air destinées à la ventilation des
-appartements et sur laquelle parfois de petites chambres étaient
-construites (fig. 176). Il ne nous est resté aucune trace des palais
-royaux ni de ceux des grands seigneurs.
-
-
-_Chasse et pêche_
-
-Les procédés de pêche et de chasse, de même que les engins employés,
-sont les mêmes que sous l'Ancien Empire: le filet, la ligne et le harpon
-pour la pêche, le lasso, l'arc, le boumerang, le filet et le piège
-simple pour la chasse. Il faut cependant signaler le fait que les grands
-seigneurs se constituaient des réserves de gros gibier, de vrais parcs
-de chasse enclos de palissades et de treillages, où ils pouvaient à leur
-gré et sans avoir la difficulté d'aller les chercher au loin dans le
-désert, abattre à coups de flèches les boeufs sauvages, les lions, les
-antilopes ou les autruches.
-
-[Illustration: _Fig. 187._ Parc de chasse (d'apr. NEWBERRY. _El
-Bersheh_, I, pl. VII).]
-
-
-_Agriculture et élevage_
-
-L'agriculture étant une des principales ressources du pays, est toujours
-l'objet d'une attention spéciale de la part du gouvernement; la quantité
-des terrains cultivables augmente aux dépens des pâturages, grâce à une
-méthode d'irrigation toujours en voie de développement. Nous ne savons
-pas quels canaux furent creusés à cette époque, mais nous voyons des
-rois comme Amenemhat III entreprendre des travaux considérables tels que
-le lac Moeris qui était très vraisemblablement destiné, ainsi que
-l'affirment les Grecs, à régulariser les irrigations dans la partie la
-plus fertile du pays. Le même souverain fit établir un nilomètre sur les
-rochers de la deuxième cataracte, à l'extrême frontière de ses états,
-pour surveiller l'inondation et en prévoir d'avance les conséquences
-pour l'Egypte. Grâce à tous ces efforts et bien que l'outillage ne se
-fût guère amélioré, le rendement des terres augmentait dans de grandes
-proportions et l'Egypte devenait le plus grand magasin de grain de
-l'Orient.
-
-L'élevage tend à diminuer, et l'on ne trouve plus guère que dans
-certains cantons où le sol est moins fertile qu'ailleurs et moins apte à
-la culture, les immenses troupeaux de bétail à demi sauvage. Il était
-réservé aux Hyksos d'introduire dans la faune domestique du pays un
-nouvel animal, le cheval, innovation qui devait, comme nous le verrons,
-avoir les conséquences les plus importantes pour l'Egypte.
-
-[Illustration: _Fig. 188._ Barque à voile carrée (VIe dyn.) (d'après
-JÉQUIER. _Bull. de l'Institut franç. du Caire_, IX, pl. III).]
-
-
-_Navigation_
-
-L'augmentation des produits du sol devait nécessairement amener le
-développement du commerce intérieur et, partant, de la navigation
-fluviale, qui était aussi l'objet de la sollicitude du gouvernement,
-puisque nous voyons un des rois faire exécuter de grands travaux pour
-rendre navigable la première cataracte en y creusant un chenal
-suffisamment profond. Les bateaux employés d'ordinaire sont les grandes
-barques pontées à voile carrée, dont le modèle date de la fin de
-l'Ancien Empire. Quant à la navigation sur la Méditerranée et la mer
-Rouge, les documents que nous possédons sont insuffisants pour pouvoir
-en faire une étude sérieuse, au moins en ce qui concerne le Moyen
-Empire. Il est cependant probable qu'on employait pour cela des bateaux
-plus grands et plus forts, mais du même modèle que ceux du Nil.
-
-
-_Industrie_
-
-Les scènes figurées, en bois stuqué, déposées au fond des caveaux
-funéraires, de même que les tableaux peints dans les tombes, nous
-montrent que, comme sous l'Ancien Empire, la population de l'Egypte ne
-s'adonnait pas exclusivement à l'agriculture, mais que l'industrie y
-était aussi en honneur. Les procédés employés sont toujours à peu près
-les mêmes procédés simples tels qu'on les retrouve chez tous les peuples
-jeunes, où l'on ne se livre pas à la grande industrie et où l'on ne
-fabrique les objets qu'au fur et à mesure des besoins.
-
-[Illustration: _Fig. 189._ Menuisiers (d'ap. QUIBELL. _Excavations at
-Saqqarah_, II, pl. XVII).]
-
-On remarque entre autres de nombreuses représentations de la fabrication
-des étoffes: dans le gynécée même des grands seigneurs, des femmes sont
-occupées à filer le lin tandis que d'autres se livrent au tissage; les
-métiers employés par ces femmes sont de formes diverses, suivant le
-genre d'étoffes qu'elles doivent faire, et ces métiers, d'un mécanisme
-simple et pratique, leur permettaient de tisser des toiles d'une finesse
-et d'une régularité remarquables, qu'on a retrouvées en grande quantité
-dans les tombeaux.
-
-[Illustration: _Fig. 190._ Femmes filant et tissant (d'après NEWBERRY.
-_Beni Hasan_, II, pl. IX).]
-
-
-_Littérature_
-
-De l'Ancien Empire, il ne nous est parvenu aucune oeuvre qu'on puisse
-qualifier de littéraire: les textes des pyramides sont de nature
-purement religieuse et magique, et les inscriptions tombales comme les
-biographies sont des récits très simples qui ne témoignent d'aucune
-recherche de style ou de composition. L'époque suivante nous a, par
-contre, fourni une longue série d'ouvrages qui, s'ils ne sont pas très
-étendus, ont du moins un caractère littéraire très marqué. Ces écrits
-sont de toute sorte, de vrais poèmes comme le chant du harpiste ou le
-dialogue d'un désespéré avec son âme, des contes comme l'histoire de
-Sinouhit et celle du roi Khéops et des magiciens, des morceaux
-d'éloquence comme la plaidoirie du paysan, des traités de morale comme
-les préceptes de Kaqemna et de Ptahhotep. A côté de cela on trouve
-encore de nombreux livres religieux ou magiques, des livres de médecine
-et des traités scientifiques. Tous ces ouvrages sont composés dans une
-langue très belle et très pure, encore exempte de tout élément étranger,
-avec une recherche de style marquée, des phrases simples et claires dans
-lesquelles on voit que les scribes égyptiens affectionnaient
-l'allitération et le jeu de mots, tout en employant toujours le mot
-propre. Ces papyrus, qui nous sont parvenus en très bon état de
-conservation, ne constituent pas un des moindres titres de gloire du
-Moyen Empire et c'est avec raison qu'on a pu dire de cette période
-qu'elle est l'époque classique de la littérature égyptienne.
-
-[Illustration: _Fig. 191._ Une page du papyrus Prisse (d'après JÉQUIER.
-_Le papyrus Prisse et ses variantes_, pl. V).]
-
-[Illustration: _Fig. 192._ Bijou de la XIIe dyn. (d'ap. DE MORGAN.
-_Fouilles à Dahchour_, I, pl. XX).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 193._ Panneau du char triomphal de Thoutmès IV
-(d'après CARTER-NEWBERRY. _Tomb of Thoutmosis IV_, pl. X).]
-
-
-
-
-CHAPITRE VII
-
-NOUVEL EMPIRE
-
-(1500 à 332 avant J.-C.)
-
-
-A. HISTOIRE
-
-La prise de la forteresse d'Avaris, le dernier retranchement des rois
-hyksos dans le Delta, et l'expulsion définitive des souverains sémites
-marque la date la plus importante peut-être de toute l'histoire
-d'Egypte. Le grand mouvement national, après des siècles de luttes
-stériles, avait enfin trouvé dans les princes de la XVIIme dynastie des
-chefs capables de le mener à bien; leur triomphe inaugure une ère de
-gloire et de puissance telle que l'Egypte n'en avait jamais connu
-auparavant, et qui est l'apogée de l'empire pharaonique. Cette date,
-plusieurs historiens l'indiquent avec précision, mais leurs données sont
-loin de s'accorder, aussi me paraît-il plus prudent de donner ici encore
-des chiffres approximatifs et de placer l'expulsion des Hyksos et le
-début de la XVIIIme dynastie aux environs de l'an 1500.
-
-
-_XIIIe dynastie_
-
-Il n'y a aucune solution de continuité, pas même un changement de
-famille régnante, entre la XVIIme et la XVIIIme dynastie; seule
-l'expulsion des Hyksos en marque la séparation, et le roi qui réussit à
-parachever la libération du sol égyptien, Ahmès, est en même temps le
-dernier souverain de la XVIIme et le premier de la XVIIIme. Les
-fragments de Manéthon qui indiquent comme composant cette dernière
-dynastie 15 rois ayant régné 259 ans en tout, non compris Ahmès,
-considéré ici comme appartenant au groupe précédent, contiennent
-diverses confusions dans les noms de rois; plusieurs de ces souverains
-sont dédoublés tandis que d'autres sont réunis sous un seul nom, mais
-les chiffres que donne Manéthon correspondent assez bien aux indications
-des monuments et leur total peut être considéré comme conforme à la
-réalité. La XVIIIme dynastie se placerait donc, approximativement, et
-avec un écart possible de 50 ans au plus, entre 1500 et 1200 avant J.-C.
-Ahmès ne se borna pas à chasser les Hyksos d'Egypte; il les poursuivit
-jusque dans la Syrie méridionale et leur infligea une nouvelle défaite
-en s'emparant de la ville dans laquelle ils s'étaient réfugiés, et sans
-doute les extermina définitivement, car ils ne reparaissent plus dans
-l'histoire.
-
-[Illustration: _Fig. 194._ Aménophis I.--Turin (d'ap. PETRIE.
-_Photographs_, No _75_).]
-
-L'empire une fois reconquis, il s'agissait de le réorganiser, car les
-préoccupations militaires avaient sans doute absorbé, pendant le siècle
-qui venait de s'écouler, toute l'activité des rois nationaux. Ce fut la
-tâche du fils et successeur d'Ahmès, Aménophis I, qui s'en acquitta,
-pendant son court règne de 13 ans, à la satisfaction universelle,
-puisque après sa mort il fut divinisé non seulement de façon officielle,
-comme tous les rois, mais par le peuple même de sa capitale: lui et sa
-femme Ahmès Nofritari sont considérés comme les patrons de la nécropole
-thébaine pendant tout le début du Nouvel Empire. Autant que nous pouvons
-en juger, ses successeurs continuèrent son oeuvre et mirent tous leurs
-soins à augmenter le bien-être du pays.
-
-Pendant ces longues luttes, l'Egypte était devenue une vraie puissance
-militaire; elle possédait une armée bien exercée qu'on ne pouvait
-laisser dans l'inaction. Cette armée n'était plus tout à fait la même
-que jadis, elle possédait un élément nouveau, la charrerie, et les
-Egyptiens avaient rapidement perfectionné cette arme, dont ils devaient
-la connaissance aux rois hyksos, et qui était déjà depuis longtemps en
-usage chez les Syriens. Les soldats qui montaient ces chars attelés de
-deux chevaux combattaient de loin avec leurs flèches et leurs javelines,
-et le choc de leurs escadrons compacts pouvait décider du sort des
-batailles. L'infanterie était aussi mieux armée, le métal ayant partout
-remplacé le silex des anciens temps, et beaucoup de soldats n'étaient
-plus à moitié nus comme autrefois, mais vêtus de cottes capitonnées et
-de bonnets rembourrés qui les préservaient dans une certaine mesure.
-
-[Illustration: _Fig. 195._ Tête de la momie de Thoutmès I (d'ap.
-ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXII).]
-
-Aménophis I avait déjà employé son armée pour de petites expéditions de
-frontières contre les Libyens et les nègres, mais ce fut son fils
-Thoutmès I qui inaugura l'ère des grandes conquêtes; il envahit la Syrie
-et la soumit en grande partie, jusqu'à l'Euphrate, où il posa des
-stèles-frontières, puis il poussa avec ses armées très loin dans le
-Soudan, sans négliger pour cela d'entreprendre dans l'Egypte même des
-travaux importants. A sa mort, après une vingtaine d'années de règne, il
-ne laissait pour lui succéder qu'un fils né d'une femme qui n'était pas
-de souche royale, Thoutmès II, qui pour légitimer en quelque sorte son
-accession au trône, dut épouser sa demi-soeur Hatshepsou, en qui coulait
-un sang plus pur. Il continua l'oeuvre de son père, mais n'eut qu'un
-règne très court. Après lui la couronne revenait à son très jeune fils
-Thoutmès III, né aussi d'une femme de race non royale; sa tante
-Hatshepsou profita de sa minorité pour s'emparer de la régence, régna
-d'abord en son nom et à côté de lui, puis le relégua dans l'ombre et
-s'arrogea le titre de roi d'Egypte.
-
-Sauf une grande expédition maritime au pays de Pount, expédition qui a
-du reste un caractère nettement commercial et politique et aucunement
-militaire, Hatshepsou concentra toute son activité sur l'Egypte
-elle-même, qu'elle administra sagement, avec le concours de ministres
-d'une réelle valeur, s'appliquant à faire disparaître les dernières
-traces du néfaste passage des rois hyksos. Elle restaura des temples et
-en construisit d'autres, comme celui de Deir el Bahari, qui était
-consacré à son culte funéraire et qui, étant une des oeuvres artistiques
-les plus remarquables de la dynastie, perpétue, aussi bien que le grand
-obélisque de Karnak, le souvenir de cette reine qui sut mener à bien
-l'oeuvre intérieure des rois ses prédécesseurs, la réorganisation du
-pays.
-
-[Illustration: _Fig. 196._ Thoutmès III (d'apr. LEGRAIN. _Statues et
-statuettes_, I, pl. XXX).]
-
-Thoutmès III étant arrivé à l'âge de raison, la régente, le «roi
-Hatshepsou», comme elle s'appelait elle-même, lui fit épouser sa propre
-fille, mais sans lui laisser pour cela la place à laquelle il aurait eu
-droit; il était donc assez naturel qu'il conçut envers elle des
-sentiments de rancune et que plus tard, quand il fut enfin maître du
-pouvoir, il cherchât à diminuer ou même à faire disparaître le souvenir
-de son illustre tante. Ce fait très simple a fait naître de longues
-contestations parmi les égyptologues au sujet de l'ordre de succession
-des premiers rois de la XVIIIme dynastie, et aujourd'hui les discussions
-sur ce point n'ont pas encore cessé.
-
-Après 22 ans pendant lesquels Hatshepsou avait assumé les charges et les
-bénéfices du pouvoir, Thoutmès III devait encore régner seul pendant 48
-ans; c'est non seulement un des plus longs règnes qu'enregistre
-l'histoire d'Egypte, c'est encore le plus glorieux. Profitant de
-quelques années où le joug égyptien avait pesé sur eux avec moins de
-force, les princes syriens avaient sans doute reconquis en partie leur
-indépendance; aussitôt sur le trône, Thoutmès prit en personne le
-commandement de son armée, envahit la Palestine et la Syrie et commença
-par une série de victoires cette suite de campagnes qui durent
-recommencer chaque printemps, pendant près de vingt ans, jusqu'au moment
-où l'autorité du pharaon fut établie de façon absolument effective sur
-l'Asie antérieure jusqu'à l'Euphrate tout au moins. Les fils des
-princes, emmenés comme otages, étaient une garantie de la fidélité de
-leurs pères et de la rentrée régulière des tributs; du côté de la Nubie
-il ne paraît pas y avoir eu de difficultés et les peuplades nègres
-payaient régulièrement leurs redevances; Chypre, les îles grecques et le
-pays de Pount envoyaient aussi leurs produits, peut-être pour faire acte
-de vassalité, comme le disent les Egyptiens, mais plus probablement pour
-en faire le commerce et obtenir des échanges. Jamais l'Egypte n'avait
-été si puissante et si florissante; Thoutmès III puisa largement à ce
-trésor qui se renouvelait sans cesse et s'en servit pour entreprendre
-des constructions importantes sur tous les points de ses états, depuis
-le fond du Soudan et les Oasis jusqu'aux confins de la Syrie, mais
-surtout dans sa capitale, Thèbes, qu'il tint à honneur d'embellir et de
-développer. C'est dans le temple d'Amon à Karnak, entre autres,
-considérablement agrandi par lui, qu'il grava le récit de toutes ses
-campagnes, cette source si précieuse pour l'histoire, en même temps que
-l'image de la plupart de ses ancêtres. Toute la fin de son règne fut
-consacrée à l'accomplissement de ces travaux pacifiques.
-
-[Illustration: _Fig. 197._ Tête de la momie de Thoutmès IV (d'après
-ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXIX).]
-
-Aménophis II, son fils, puis Thoutmès IV, son petit-fils, lui
-succédèrent sans égaler sa gloire; leurs règnes, de peu de durée,
-n'offrent aucun événement mémorable: quelques expéditions en Syrie pour
-réprimer des révoltes locales et introniser de nouveaux vassaux, ainsi
-que des constructions de peu d'importance, comparées à celles de leur
-illustre père et aïeul.
-
-[Illustration: _Fig. 198._ Sphinx d'Aménophis III (d'après LEGRAIN.
-_Statues et statuettes_, I, pl. LIII).]
-
-C'est encore une grande figure que celle d'Aménophis III, fils de
-Thoutmès IV, qui régna 37 ans, fut un habile diplomate, un politique et
-un organisateur de grand talent, en même temps qu'un constructeur
-infatigable, un guerrier et un chasseur ne redoutant aucun danger. Il
-n'étendit pas les conquêtes de ses ancêtres, mais sut maintenir ses
-vassaux dans l'obéissance et il ne semble pas qu'il y ait eu de son
-temps la moindre tentative de révolte. Les gouverneurs locaux, qui sont
-en général des indigènes, envoient à la cour leurs rapports réguliers,
-et les rois voisins de l'Assyrie, de Babylone et de Mitanni cherchent à
-entrer en faveur auprès du puissant pharaon, ainsi qu'en témoignent les
-fameuses tablettes de Tell el Amarna, les archives de la politique
-étrangère à cette époque. Les constructions monumentales deviennent de
-plus en plus nombreuses, et les plus beaux temples d'Egypte datent
-presque tous de ce règne, qui, au point de vue artistique, a une
-importance capitale. Dans son oeuvre si complexe, Aménophis III était
-admirablement secondé par son ministre, un homme qui mérita d'être plus
-tard divinisé, Amenophis fils de Paapis.
-
-
-_Les rois hérétiques_
-
-Le personnage le plus énigmatique de toute l'histoire d'Egypte est le
-fils et successeur de ce grand roi, celui qui commença par porter le nom
-d'Aménophis IV; sa mère, la reine Thii, une Egyptienne de basse ou tout
-au moins de moyenne naissance, avait déjà réussi à prendre à la cour de
-son mari une place très importante et tout à fait inaccoutumée, et nous
-devons sans doute attribuer à son influence la réforme religieuse qui
-caractérise ce règne et qui devait amener une perturbation profonde dans
-toute l'Egypte et le déclin rapide de cette glorieuse dynastie. La
-principale cause de cette révolution profonde bien qu'éphémère, était la
-raison politique: le clergé d'Amon, dieu de Thèbes, bien plus favorisé
-par les grands conquérants que ceux des autres sanctuaires du pays,
-était devenu singulièrement fort, et sa puissance pouvait
-contre-balancer celle des rois, ce qui arriva du reste quelques siècles
-plus tard. Désireux de se débarrasser du pouvoir de plus en plus
-menaçant des grands prêtres d'Amon, et obéissant peut-être aussi à une
-certaine tendance mystique de son caractère, Aménophis IV imagina un
-moyen radical: il supprima purement et simplement le dieu de ses pères,
-devenu gênant. Détruire les immenses sanctuaires construits par ses
-ancêtres eût été au-dessus de ses forces, aussi se contenta-t-il de les
-fermer, d'en chasser les prêtres, et de faire marteler le nom d'Amon
-dans toutes les inscriptions, fût-ce même dans le cartouche de son père
-ou dans le sien propre. Puis il abandonna Thèbes avec toute sa cour, et
-fonda dans la Moyenne Egypte une ville nouvelle, sous les auspices du
-nouveau dieu qu'il venait d'inventer et qui devait remplacer tous les
-dieux d'Egypte, Aten, le disque solaire, ou plutôt le dieu tout-puissant
-qui se manifeste par l'intermédiaire du soleil. Ce monothéisme en même
-temps teinté mysticisme et de matérialisme correspondait trop peu aux
-idées égyptiennes du temps pour pouvoir durer, mais il offre un intérêt
-tout particulier, puisque nous n'avons dans toute l'antiquité classique
-et orientale, aucun autre exemple d'une réforme religieuse analogue.
-L'idée première de ce culte n'est cependant pas absolument originale
-mais dérive du culte d'un des plus anciens dieux égyptiens, Rà
-d'Héliopolis, le Soleil; il y a donc probablement aussi dans la réforme
-d'Aménophis IV, une réaction des anciens dieux, ou tout au moins de
-leur sacerdoce, contre le nouveau venu qui les avait supplantés tous,
-Amon le dieu de Thèbes et des dynasties thébaines.
-
-[Illustration: _Fig. 199._ Buste de Khounaten (d'après BÉNÉDITE. _Monum.
-Piot_, XIII, pl. I).]
-
-[Illustration: _Fig. 200._ Adoration d'Aten. Tell el Amarna (d'apr. une
-photographie de l'auteur).]
-
-En même temps qu'il changeait de religion, le roi prenait un nouveau
-nom, Khounaten, «la splendeur du disque solaire». Sa nouvelle capitale
-de Khout-aten, «l'horizon du disque», avec ses grands palais, son
-temple d'Aten, ses villas dont on a retrouvé les ruines, devait avoir un
-aspect tout particulier, grâce à la nouvelle tendance artistique qui se
-manifestait chez les sculpteurs et les peintres et qui était due sans
-doute à l'inspiration du roi lui-même, réagissant jusque dans ce domaine
-contre les habitudes et la routine. Les artistes égyptiens de l'époque
-cherchent à faire disparaître de leurs oeuvres cette sorte de raideur et
-de solennité qui de nos jours inspire encore à première vue, à ceux qui
-ne sont pas initiés à l'art égyptien, un sentiment d'étonnement et même
-de répulsion; ils serrent de plus près la nature dans la ligne comme
-dans le mouvement, et dans leur inexpérience de ce nouveau mode
-d'expression, ils en arrivent parfois à des exagérations qui produisent
-une impression étrange. Ainsi la figure même du roi est représentée avec
-le crâne démesurément long, le nez et le menton proéminents, le cou
-mince, la poitrine étroite, le ventre et les cuisses énormes; les
-membres de sa famille, les courtisans eux-mêmes imitent dans leurs
-portraits ces formes étranges et on pourrait croire, à voir ce type
-nouveau si répandu, que toute la population de l'Egypte s'est modifiée
-d'un jour à l'autre. Il y a à côté de cela des scènes si parfaites de
-sentiment et d'intimité, des décorations peintes d'une variété si
-merveilleuse, que nous sommes obligés de reconnaître dans ces
-représentants d'un art nouveau des artistes qui sont au moins égaux,
-peut-être même supérieurs à leurs devanciers.
-
-[Illustration: _Fig. 201._ Peinture de Tell el Amarna (d'ap. PETRIE.
-_Tell-el-Amarna_, pl. I).]
-
-[Illustration: _Fig. 202._ Tablette de Tell el Amarna (d'apr. SCHEIL.
-_Bulletin de l'Inst. français du Caire_, II, pl. VIII).]
-
-L'intimité, ou tout au moins l'apparence d'intimité qui règne entre les
-membres de la famille royale est une des choses qui contribuent
-peut-être le plus à nous donner de la sympathie pour cet étrange
-souverain qui prenait en tout le contre-pied de ses devanciers. Qu'il
-sorte en voiture, la reine et les six princesses l'escortent; qu'il
-reçoive des ambassadeurs étrangers, qu'il distribue des récompenses à
-ses sujets, qu'il officie dans le temple d'Aten, toujours sa femme et
-ses filles se tiennent à côté de lui, le caressant ou l'enlaçant
-tendrement.
-
-[Illustration: _Fig. 203._ Toutankhamon (d'ap. LEGRAIN. _Statues et
-statuettes_, I, pl. LVII).]
-
-Très occupé par cette transformation radicale du pays, suivant ses
-doctrines et ses théories nouvelles, Khounaten n'eut pas le loisir de
-surveiller activement ses possessions asiatiques; il eût fallu y envoyer
-fréquemment des expéditions armées pour contenir les éléments toujours
-plus ou moins en effervescence de ces populations auxquelles on avait
-laissé une autonomie presque complète, et c'est justement ce qui ne fut
-pas fait. Dans les lettres des gouverneurs de ces pays, qui se trouvent
-parmi les tablettes de Tell el Amarna, nous voyons sans cesse des
-demandes de secours contre les insurgés qui deviennent de jour en jour
-plus forts, et les rois étrangers parlent à Khounaten sur un ton moins
-humble et moins respectueux que dix ans plus tôt, à son père. Le lien se
-relâchait peu à peu, l'empire si puissamment organisé commençait à
-s'effriter, par suite du caprice d'un homme qui se croyait sans doute un
-génie, mais qui n'avait pas compris qu'une transformation intégrale
-comme la sienne serait fatalement préjudiciable au pays.
-
-[Illustration: _Fig. 204._ Horemheb (d'apr. LEGRAIN. _Statues et
-statuettes_, I, pl. LX).]
-
-Nous ne savons pas exactement combien de temps régna Khounaten, mais sa
-réforme ne lui survécut que peu d'années; ses deux successeurs
-immédiats, qui étaient ses gendres, commencèrent par suivre la même voie
-que lui, puis le second d'entre eux, auquel une découverte retentissante
-vient de donner une renommée mondiale, fut forcé d'en revenir à la
-tradition séculaire de l'Egypte, rouvrit les sanctuaires de Thèbes et
-changea son nom de Toutankhaten en celui de Toutankhamon. Aucun fait
-saillant n'illustra ces règnes, pas plus que celui d'Aï qui vint
-ensuite. La grande tâche de la réorganisation devait incomber à un
-autre, à un homme qui occupait depuis longtemps une haute position dans
-le pays, qui devait appartenir de près ou de loin à la famille royale,
-et qui monta sur le trône sous le nom d'Horemheb. Il fit des expéditions
-en Nubie pour rétablir dans les pays du sud le prestige de l'Egypte, fit
-des constructions en maints endroits et embellit les sanctuaires
-désertés pendant un temps, mais surtout il rétablit en tous points
-l'ancien ordre de choses et promulgua une série de lois pour réprimer la
-violence et l'arbitraire, et assurer la protection des faibles. C'est
-avec cette noble figure que se termine la XVIIIme dynastie.
-
-
-_XIXe dynastie_
-
-Le successeur d'Horemheb, Ramsès I, un ancien grand vizir qui n'était
-sans doute pas apparenté à la famille royale, ne fit qu'une très courte
-apparition sur le trône, vers 1250 probablement. Son fils Séti I est à
-tous les points de vue un des plus grands parmi les pharaons. Il
-consacra toutes les premières années d'un règne dont nous ignorons la
-longueur, et qui dura peut-être un demi-siècle, à reprendre les colonies
-asiatiques que possédait l'Egypte avant la crise des rois hérétiques.
-Horemheb avait déjà rétabli son autorité sur la Nubie, et il lui suffit
-d'une très brève campagne dans ce pays pour bien marquer sa puissance,
-puis il se jeta avec toutes ses forces sur la Syrie, qu'il traversa
-triomphalement du sud au nord, écrasant à plusieurs reprises les
-indigènes qui avaient repris leur indépendance, et il atteignit les
-confins du pays des Hittites en Asie Mineure et des royaumes de
-Babylonie et d'Assyrie, sur le Haut Euphrate. Une expédition contre les
-tribus libyennes du désert enleva à celles-ci toute velléité de faire
-des incursions dans la vallée du Nil. L'Egypte avait en apparence, et
-pour un temps du moins, reconquis toute sa puissance, et Séti pouvait
-s'occuper en paix de travaux intérieurs; il nous est parvenu des témoins
-très remarquables de cette activité parmi lesquels figurent son
-tombeau, le temple d'Abydos et surtout la grande salle hypostyle de
-Karnak, sur les parois extérieures de laquelle il fit sculpter en
-tableaux immenses les péripéties de ses campagnes.
-
-[Illustration: _Fig. 205._ Tête de la momie de Séti I (d'après
-ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, frontispice).]
-
-[Illustration: _Fig. 206._ Campagnes de Séti I (Temple de Karnak).]
-
-[Illustration: _Fig. 207._ Tête de la momie de Ramsès II (d'ap.
-ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLIV).]
-
-De tous les anciens rois d'Egypte, le seul dont l'humanité ait conservé
-un souvenir vivant est Ramsès II, fils de Séti I, qu'on confond
-volontiers avec le légendaire Sesostris, et qui jouit en somme d'une
-réputation très supérieure à son oeuvre. Il eut un très long règne,
-construisit beaucoup, et, en plus de cela, il s'appropria sans le
-moindre scrupule tous les monuments de ses prédécesseurs, effaçant même
-parfois leurs cartouches pour y mettre le sien, aussi n'y a-t-il guère
-de site antique en Egypte où l'on ne trouve son nom. Dès le début de son
-règne il eut à lutter, dans les provinces asiatiques de son empire,
-contre un royaume devenu progressivement très puissant et qui occupait
-une grande partie de l'Asie Mineure, celui des Hittites. Il sut
-habilement jouer d'un succès qu'il remporta dans sa première campagne et
-où sa valeur personnelle avait décidé de la victoire; sur la façade de
-tous ses temples, il fit sculpter cet épisode accompagné d'un poème
-dithyrambique, le fameux poème de Pentaour, et acquit ainsi une auréole
-de gloire qui est, sinon imméritée, du moins un peu surfaite. En effet,
-son succès ne devait pas être décisif, et nous voyons Ramsès, quelques
-années plus tard, conclure avec ces mêmes rois hittites un traité dont
-il fait de nouveau très grand état et qui, à tout prendre, met sur un
-pied d'égalité les deux parties contractantes au lieu d'assurer la
-supériorité de l'Egypte. Ramsès sut du reste, semble-t-il, maintenir
-l'intégrité de ses états, et l'orage qui s'approchait de ses frontières
-n'éclata qu'après sa mort.
-
-[Illustration: _Fig. 208._ Tête de la momie de Menephtah (d'ap.
-ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLVIII).]
-
-Un grand mouvement se préparait en effet contre l'Egypte; avec l'appui
-des tribus libyennes cantonnées dans le désert, dans la Cyrénaïque et
-peut-être plus loin encore, du côté de la Tunisie, certains peuples du
-nord, venant des îles grecques et de la côte d'Asie Mineure,
-traversèrent la mer, débarquèrent et tentèrent d'envahir la vallée du
-Nil, dont le souverain était en ce moment Menephtah, le soi-disant
-pharaon de l'Exode. Ce roi était le trentième fils de Ramsès II, auquel
-il succéda étant lui-même déjà presque un vieillard, inhabile à conduire
-des armées. Les généraux auxquels il délégua ses pouvoirs se
-comportèrent vaillamment et repoussèrent l'invasion; plus tard, ils
-firent une campagne victorieuse en Syrie, pays également menacé par les
-ennemis de l'Egypte, et qui n'était sans doute déjà plus vassal des
-pharaons, à en juger par les termes que Menephtah emploie en parlant des
-habitants de la contrée, qu'il ne considère plus comme des sujets ou des
-rebelles, mais comme des adversaires indépendants. Pendant quelques
-siècles, la monarchie égyptienne avait fait de brillantes conquêtes et
-les avait défendues âprement, mais elle n'avait pas le caractère d'une
-puissance expansive et ses colonies asiatiques lui échappèrent sans que
-nous puissions bien nous rendre compte de quelle façon. Désormais
-l'Egypte sera réduite à son territoire africain, et si quelques rois,
-d'un esprit plus aventureux, veulent plus tard tenter des expéditions
-lointaines, leurs succès ne seront jamais que momentanés et n'auront
-aucun lendemain.
-
-Ces victoires devaient être les derniers moments de gloire de la XIXme
-dynastie, et la fin du règne de Menephtah se perd dans l'oubli; ses
-successeurs, Seti II, Amenmesès, Taousert, Siphtah ne sont guère pour
-nous que des noms, des êtres sans consistance historique. Peu à peu,
-sous eux, l'Egypte était tombée en pleine anarchie; des hordes syriennes
-s'étaient abattues sur le pays et le rançonnaient sans pitié. La
-décadence était complète au XIme siècle avant notre ère.
-
-
-_XXe dynastie_
-
-L'Egypte devait secouer cependant encore une fois le joug des barbares,
-grâce à la valeur et à l'opiniâtreté de Setnekht et de Ramsès III, les
-fondateurs de la XXme dynastie; Setnekht, un parent sans doute des rois
-de la XIXme, rétablit l'ordre dans le pays même, mais mourut après un
-très court règne, laissant le trône à son fils Ramsès III. La coalition
-des peuples de la mer et des Libyens, dissoute par la victoire de
-Menephtah, s'était reformée et devenait de nouveau menaçante; c'était
-une vraie émigration de nations entières qui se dirigeaient vers
-l'Egypte en suivant la côte de la Syrie et de la Palestine; Ramsès les
-attendait près de la frontière et les défit une première fois, mais ils
-revinrent à la charge trois ans après et, dans la même journée, leur
-flotte fut anéantie par celle du roi d'Egypte et leur armée repoussée
-définitivement; cette fois-ci, les Libyens s'étaient mis aussi en
-campagne et, Ramsès, immédiatement après sa victoire dans l'est, se
-retourna contre eux et leur infligea à eux aussi une défaite
-retentissante. Il n'avait plus rien à craindre du dehors et fut assez
-sage pour ne pas passer de la défensive à une politique offensive; il se
-consacra donc exclusivement au bien-être et au développement de son
-pays, où la paix et la sécurité régnaient de nouveau. Il édifia des
-monuments splendides, comme ceux de Medinet-Habou, protégea le commerce
-et l'industrie et combla les temples de richesses. Grâce au grand
-papyrus Harris, qui contient l'énumération de ses dons et un résumé
-historique de son oeuvre, nous sommes admirablement renseignés sur son
-règne. Ramsès III cherchait en tout à imiter son illustre ancêtre et
-homonyme Ramsès II; si son règne fut de moitié plus court, trente-trois
-ans à peine, l'oeuvre qu'il accomplit pendant ce temps est supérieure,
-semble-t-il, à celle de son célèbre modèle, et elle eût été vraiment
-durable s'il avait eu des successeurs dignes de lui; malheureusement
-ceux-ci se montrèrent aussi incapables que les successeurs de Ramsès II
-et la XXme dynastie finit comme la XIXme, tristement et sans gloire. Les
-neuf rois qui se succèdent à des intervalles plus ou moins longs et qui
-portent tous le nom glorieux de Ramsès sont comme les rois fainéants
-entre les mains des maires du palais, des fantoches sans valeur
-personnelle, absolument dépendants des prêtres d'Amon; ceux-ci avaient
-repris la place prépondérante que Khounaten avait cherché à leur
-enlever, cependant les rois représentaient encore le lien traditionnel
-qui assurait l'unité de l'Egypte, menacée de tous côtés par des
-ambitieux désireux de s'arroger une partie du pouvoir suprême.
-
-[Illustration: _Fig. 209._ Tête de la momie de Ramsès III (d'ap.
-ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. LII).]
-
-[Illustration: _Fig. 210._ Bataille contre les Philistins (d'après
-CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXX).]
-
-[Illustration: _Fig. 211._ Bataille navale sous Ramsès III (d'après
-CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXXII).]
-
-La dislocation du pays commença en effet dès la disparition du dernier
-de ces princes, Ramsès XII, détrôné sans doute par le grand prêtre
-Hrihor, qui tenait depuis longtemps les rênes du pouvoir et voulait
-porter lui-même la couronne. Une ère nouvelle commence, celle du
-morcellement de l'Egypte, assez semblable en principe à la période
-féodale qui sépare l'Ancien du Moyen Empire, à cette différence près que
-ces roitelets vivent le plus souvent en bonne harmonie les uns avec les
-autres, s'unissent par des mariages et se repassent sans dispute la
-prééminence, suivant que l'une ou l'autre des familles a plus de
-puissance sur le moment. Il semble que l'Egypte soit épuisée par son
-effort politique et militaire et qu'elle se recueille, attendant des
-jours meilleurs qui du reste ne pourront être aussi glorieux que par le
-passé; pendant le début de cette période qui reste encore confuse, bien
-qu'elle nous ait transmis une foule de documents, aucun ennemi sérieux,
-venant du dehors, ne menace l'Egypte, mais aucun roi ne domine les
-autres par ses actes ou par ses capacités. Cette époque est une époque
-de médiocrité à tous les points de vue, pendant laquelle la
-civilisation, comme les arts, végète sans se développer, et qui dura de
-trois à quatre siècles. Il faudrait pouvoir en donner un vaste tableau
-d'ensemble, chose qui n'est pas encore possible, les éléments étant
-insuffisants, et nous devons nous borner à suivre la classification de
-Manéthon en dynasties; chacune de ces dynasties semble d'après lui
-former un tout indépendant, tandis qu'en réalité elle est intimement
-liée aux autres, dans un enchevêtrement bien difficile à débrouiller.
-
-
-_XXIe dynastie_
-
-Avec Hrihor, les grands prêtres d'Amon s'étaient, comme cela devait
-fatalement arriver, élevés sur le trône d'Egypte, mais à peine y
-furent-ils qu'ils se trouvèrent en face de compétiteurs qui n'étaient
-point négligeables: ceux-ci, moins puissants peut-être que les
-rois-prêtres qui occupaient Thèbes, avaient pour eux leur naissance,
-étant parents très rapprochés des souverains déchus. Leur centre était à
-Tanis, à l'extrême nord-est du Delta, une ville à laquelle Ramsès II
-avait donné une grande importance comme boulevard de l'Egypte du côté de
-la Syrie. Ces rois, Smendès, Si-Amon, les Psousennès, firent avec ceux
-de Thèbes une sorte de compromis et vécurent en bons termes avec Hrihor
-comme avec ses descendants, les Pânkhi, les Pinodjem, les Masaherta,
-dont plusieurs du reste se contentèrent de leur titre de grand pontife
-tandis que d'autres revendiquaient le cartouche royal. La XXIme dynastie
-est donc double, mi-partie tanite, mi-partie thébaine.
-
-
-_XXIIe dynastie_
-
-La force militaire des grands conquérants, dès la XVIIIme dynastie,
-réside pour une bonne part dans les troupes mercenaires qu'ils prenaient
-à leur service, nègres, Shardanes et Libyens, races qui toutes étaient
-plus belliqueuses que les Egyptiens. Parmi tous ces étrangers défenseurs
-de l'Egypte, la tribu libyenne des Mashaouash prit rapidement une place
-prépondérante, et ses chefs une haute position à la cour, puisqu'ils
-entrèrent même par des mariages dans la famille royale; un descendant de
-ces chefs, résidant à Bubastis dans la Basse Egypte, Sheshonq, prit lui
-aussi le titre de roi de la Haute et de la Basse Egypte, peut-être au
-moment même où Hrihor et Smendès se proclamaient rois chacun de son
-côté. Cette dynastie bubastite qui compte dans ses rangs des Sheshonq,
-des Osorkon, des Takelot, des Nimrod, fut généralement plus puissante
-que les autres familles régnantes et nous a laissé beaucoup plus de
-monuments, entre autres ceux dont elle dota sa capitale de Bubastis;
-souvent même ces rois occupèrent Thèbes, y installèrent des grands
-prêtres pris dans leur famille et firent des travaux importants dans le
-grand temple d'Amon; cependant nous ne voyons pas qu'il y ait jamais eu
-de luttes violentes entre eux et les autres dynasties collatérales. Le
-fondateur de la dynastie, Sheshonq I, manifesta des velléités
-conquérantes et fit campagne en Judée: c'est le Sisak de la Bible, qui
-vainquit Roboam et pilla Jérusalem. Certains de ses successeurs, comme
-Osorkon I, le Zerakh de la Bible, eurent aussi maille à partir avec les
-Juifs, mais à part cela leurs règnes ne renferment aucun événement
-vraiment digne de mémoire.
-
-[Illustration: _Fig. 212._ Osorkon I (d'ap. GONINO. _Proc. of the Soc.
-of Bibl. Arch._, VI, p. _205_).]
-
-
-_XXIIIe dynastie_
-
-Quand la première famille de rois tanites, la XXIme dynastie,
-s'éteignit, une autre famille de même origine prit possession de son
-trône, mais ne laissa dans l'histoire qu'une trace insignifiante. Elle
-régna donc pendant les derniers temps de la XXIIme dynastie bubastite. A
-cette époque se place un événement important, la conquête de l'Egypte
-entière par le roi éthiopien Piânkhi Meri-Amon. Ce prince, qui
-descendait des anciens rois d'Egypte et qui se considérait comme leur
-légitime successeur, rêvait d'une restauration du royaume des pharaons
-tel qu'il était à la grande époque. Il descendit le Nil avec une flotte
-et une armée, s'empara successivement de toutes les villes et de toutes
-les places fortes d'Egypte, malgré la résistance opiniâtre des derniers
-rois de la XXIIme et de la XXIIIme dynastie, Nimrod et Osorkon, de
-Tafnekht, roi de Saïs et d'une série de petits roitelets, qui tous
-durent finir par se soumettre et le reconnaître comme leur suzerain. Il
-rendit lui-même solennellement hommage aux dieux de l'Egypte, mais ne
-s'attarda pas dans le pays et remonta dans sa patrie, à Napata, au fond
-du Soudan.
-
-[Illustration: _Fig. 213._ Rois et princes faisant leur soumission à
-Piânkhi (d'après MARIETTE. _Monuments divers_, pl. I).]
-
-
-_XXIVe dynastie_
-
-Le plus opiniâtre des adversaires de Piânkhi, Tafnekht, roi de Saïs,
-s'arrogeait déjà, comme du reste les autres princes ses contemporains,
-le protocole complet des rois d'Egypte. Son fils et successeur,
-Bokenranf (Bocchoris), eut un pouvoir plus étendu et régna même quelques
-années sur le pays entier, constituant à lui seul l'éphémère XXIVme
-dynastie saïte. C'était un sage et un législateur, sur le compte duquel
-la postérité racontait mainte anecdote. Comme guerrier, il tenta, en
-Syrie, de s'opposer à la marche victorieuse de Sargon, roi d'Assyrie,
-mais fut battu et dut s'estimer heureux que son royaume n'eût pas à
-subir l'invasion. Peu après il fut attaqué, vaincu et mis à mort par le
-roi éthiopien qui régnait encore à Thèbes, Sabacon.
-
-
-_XXVe dynastie_
-
-Piânkhi en effet, en rentrant en Ethiopie, avait laissé le royaume
-reconquis par lui aux mains de membres de sa famille qui résidèrent à
-Thèbes, mais qui n'eurent qu'une autorité très limitée jusqu'au jour où
-l'un d'entre eux, Sabacon, se trouva maître de nouveau de tout le pays
-par sa victoire sur Bocchoris. L'unité des deux royaumes pharaoniques
-semblait reconstituée, mais elle ne devait pas être de longue durée. Un
-ennemi nouveau, plus redoutable que tous ceux qu'avait jusque-là connus
-l'Egypte, le roi d'Assyrie, qui était déjà maître d'une bonne partie de
-la Syrie, s'avançait progressivement. La politique que suivirent à son
-égard les rois éthiopiens de la XXVme dynastie, et du reste aussi les
-autres princes égyptiens, ne fut pas très franche et varia presque d'une
-année à l'autre. Sabacon commença prudemment par payer tribut à ce
-puissant rival; son fils Shabatoka prit le parti contraire, marcha
-contre Sennakhérib, fut complètement battu, et l'Egypte n'évita
-l'invasion que grâce au mystérieux événement relaté par la Bible et par
-Hérodote, cette peste qui anéantit en une nuit l'armée assyrienne dans
-les environs de Jérusalem, à Lakish, en l'an 701. Peu après, Shabatoka
-fut détrôné et tué par son suzerain, le nouveau roi d'Ethiopie Taharqa,
-qui s'installa à sa place comme pharaon, et donna à l'Egypte quelques
-années de prospérité; ayant noué des intrigues avec les peuples syriens,
-il s'attira la colère d'Asarhaddon, roi d'Assyrie, qui cette fois
-pénétra en Egypte, le vainquit, pilla Memphis et reçut l'hommage des
-princes du Delta, auprès desquels il établit des gouverneurs, en 670.
-Taharqa revint à la charge un peu plus tard, mais cette fois les armées
-d'Assourbanipal, qui venait de succéder à son père, pénétrèrent jusqu'à
-Thèbes et firent peser un joug plus lourd sur les princes de la Basse
-Egypte qui avaient profité de l'occasion pour se révolter de nouveau.
-Le successeur de Taharqa, Tanoutamon, tenta une fois encore de repousser
-les Assyriens, reprit le pays jusqu'au Delta, puis finit aussi par être
-refoulé au delà de la cataracte, après que Thèbes eut été mise à sac.
-Ceci se passait en 662; la domination assyrienne ne devait plus durer
-que peu de temps, mais aucun roi éthiopien ne devait plus porter la
-double couronne d'Egypte.
-
-
-_XXVIe dynastie_
-
-Parmi tous les princes et roitelets qui se partageaient le Delta et
-formaient ce que les Grecs appelaient la dodécarchie, ceux de Saïs
-avaient depuis Bocchoris une place dominante et prenaient toujours la
-tête du mouvement, que ce mouvement fût dirigé contre les Ethiopiens ou
-contre les Assyriens. Néchao, le véritable fondateur de cette nouvelle
-dynastie saïte la XXVIme, avait déjà été reconnu par Asarhaddon, mais ce
-fut son fils Psammétique qui, profitant de la retraite définitive de
-Taharqa et de l'éloignement d'Assourbanipal, alors très occupé par sa
-guerre contre l'Elam, arriva en un temps relativement court à affranchir
-son pays de la domination étrangère, à en reconstituer l'unité et à lui
-assurer de nouveau de longues années de prospérité et de gloire, comme
-dans les beaux temps d'autrefois.
-
-[Illustration: _Fig. 214._ Psammétique I (d'après SCHÄFER. _Zeitsch. für
-aegypt. Sprache_, XXXIII, p. _116_).]
-
-Ainsi que nous l'apprennent les historiens grecs, c'est en s'appuyant
-sur des mercenaires ioniens et cariens que Psammétique I put obtenir ce
-résultat et réunir tout le pouvoir dans sa main; certains soldats
-égyptiens, blessés de cette préférence non déguisée qu'il accordait aux
-soldats étrangers, l'abandonnèrent et s'expatrièrent, mais les autres
-furent vite enrégimentés de nouveau. La puissance militaire de l'Egypte
-était reconstituée, et le nouveau roi chercha d'abord à expérimenter sa
-force en faisant des incursions en Syrie, puis adopta un autre système,
-celui de fortifier ses frontières au nord-est et au sud pour pouvoir
-s'occuper activement de réorganiser son royaume; son long règne lui
-permit de mener à bien cette besogne.
-
-Le royaume d'Assyrie avait disparu, aussi le fils de Psammétique, Néchao
-II voulut-il reprendre la vieille politique syrienne des pharaons
-conquérants; son expédition fut d'abord couronnée de succès, mais après
-une défaite terrible qui lui fut infligée à Carchemis par le roi de
-Babylone, Nabuchodonosor, il dut se replier sur l'Egypte où son
-vainqueur n'osa le poursuivre et il se voua, à son tour, au
-développement intérieur de son royaume. Il s'occupa aussi activement de
-sa marine, et c'est sur son ordre qu'eut lieu le fameux périple, le
-voyage d'une flotte égyptienne autour de l'Afrique, partant de la mer
-Rouge pour revenir par la Méditerranée.
-
-[Illustration: _Fig. 215._ Apriès (d'ap. PETRIE. _The Palace of Apries_,
-pl. II).]
-
-Psammétique II, puis Apriès, continuèrent l'oeuvre de leurs devanciers
-jusqu'au moment où ce dernier, après une expédition désastreuse contre
-les Libyens, eut suscité une vraie révolution populaire qui le renversa
-et le remplaça sur le trône par Amasis, un de ses généraux, sans doute
-son parent. Nabuchodonosor profita de cette crise pour enlever à
-l'Egypte tout ce qu'elle pouvait encore posséder en Syrie, mais n'osa
-pas tenter de pénétrer dans la vallée du Nil, et Amasis, s'appuyant de
-plus en plus sur les Grecs, continua l'oeuvre civilisatrice commencée
-avant lui; c'est grâce à lui surtout que s'élevèrent sur le sol égyptien
-des villes purement grecques comme Naucratis, et que le commerce et
-l'industrie helléniques y prospérèrent, faisant pénétrer peu à peu un
-nouvel esprit dans cette vieille civilisation, aussi la figure d'Amasis
-est-elle restée très vivante chez les Grecs, et une foule d'histoires
-sont venues se greffer sur son nom, qu'elles popularisent encore en ce
-jour. Jamais l'Egypte, paraît-il, n'avait été si riche et si prospère
-que sous son habile gouvernement; il l'avait rendue si forte que Cyrus
-lui-même n'osa pas l'attaquer. Ce dernier lui ayant, dit-on, demandé sa
-fille en mariage, Amasis lui aurait envoyé la fille du pharaon détrôné
-Apriès; cette tromperie devint plus tard le prétexte des revendications
-de Cambyse au trône d'Egypte et de l'envahissement de la vallée du Nil,
-dès que le faible Psammétique III eut remplacé au pouvoir son père
-Amasis.
-
-[Illustration: _Fig. 216._ Amasis (d'après PETRIE. _Meydum and Memphis_,
-III, pl. XXIX).]
-
-La XXVIme dynastie, ou, comme nous l'appelons aussi pour bien la
-distinguer du Nouvel Empire thébain avec lequel elle n'a plus aucun
-rapport, l'époque saïte, présente un caractère tout particulier qu'on
-peut qualifier d'un seul mot, celui de renaissance. Longtemps contenue,
-l'Egypte s'épanouit de nouveau; dans tous les domaines, elle cherche à
-retrouver ce qui a fait autrefois sa grandeur et sa force. Elle reprend
-la vieille tradition à laquelle elle insuffle un peu de cet esprit
-nouveau qui commence à se manifester grâce au contact permanent avec des
-peuples plus jeunes. Trop tôt coupé par l'invasion persane, ce grand
-effort qui se manifeste aussi bien au point de vue politique que dans le
-domaine de l'art, n'eut pas le temps de donner tout ce qu'on eût été en
-droit d'en attendre.
-
-
-_Epoque perse (dynasties XXVII-XXX)_
-
-L'histoire de la conquête de l'Egypte par Cambyse et des rois ses
-successeurs, est trop connue pour qu'il y ait lieu d'y revenir ici. La
-vallée du Nil est désormais englobée dans l'empire perse, et il est à
-remarquer qu'elle ne fut jamais administrée comme les autres provinces
-ou satrapies, mais qu'elle bénéficia de certains privilèges et conserva,
-nominalement au moins, son ancienne organisation. Le grand roi se
-considérait comme le légitime successeur des pharaons, il enfermait son
-nom dans un cartouche, se donnait les titres de roi de la Haute et de la
-Basse Egypte et même celui d'Horus, adorait officiellement tous les
-dieux égyptiens et leur dressait des temples, mais toutes ces
-prévenances ne suffirent pas à lui gagner le coeur de ses nouveaux
-sujets qui aspiraient à la liberté et cherchèrent maintes fois à la
-reconquérir.
-
-[Illustration: _Fig. 217._ Nectanébo I (d'apr. AYRTON. _Abydos_, III,
-pl. XXVIII).]
-
-Les premières révoltes furent réprimées, mais enfin sous Darius II
-Ochus, en 405, les Egyptiens secouèrent le joug et substituèrent à la
-XXVIIme dynastie perse une série de dynasties indigènes, la XXVIIIme
-d'abord, qui ne compte qu'un seul roi, Amyrtée, d'origine saïte, puis
-la XXIXme, de Mendès, qui avec Nepherites et Hakoris acheva la
-délivrance. Des luttes intestines marquèrent seules les courts règnes de
-leurs successeurs qui furent détrônés en 379 par un prince originaire de
-Sebennytos, Nekhthorheb ou Nectanébo I, le fondateur de la XXXme
-dynastie. Ce roi, puis ses successeurs Téos et Nectanébo II, tout en
-travaillant activement au bien-être intérieur du pays, eurent
-continuellement à lutter contre les Perses qui voulaient reconquérir
-leur province perdue. Pendant des années, avec le secours des
-mercenaires grecs, ils bataillèrent avec héroïsme, mais ils finirent par
-être écrasés sous le nombre, et en 342, le dernier roi égyptien
-s'enfuyait en Ethiopie; l'antique monarchie avait jeté son dernier
-éclat.
-
-Les Perses saccagèrent consciencieusement le pays qui, au cours de la
-XXXme dynastie, s'était remis à prospérer, mais ils ne devaient jouir de
-leur triomphe que dix ans à peine et quand Alexandre parut, il fut salué
-comme un sauveur. C'était une Egypte toute nouvelle qui commençait,
-l'Egypte grecque, désormais intimement liée à l'histoire du monde
-méditerranéen, de ce monde à la civilisation duquel elle avait si
-largement contribué.
-
-
-_L'Exode des Hébreux_
-
-Je dois ajouter encore un mot sur l'événement de l'histoire d'Egypte qui
-nous est le plus familier, l'Exode des Hébreux; pour les Egyptiens
-eux-mêmes, le fait n'était ni glorieux ni important, aussi ne faut-il
-pas s'étonner qu'ils n'en font pas la moindre mention; dans les livres
-de Moïse, le roi sous lequel eut lieu l'Exode n'est pas nommé, aussi la
-date ne peut-elle être fixée de façon certaine. L'opinion
-traditionnelle, presque universellement acceptée aujourd'hui, est que la
-persécution des Juifs eut lieu à partir de Ramsès II et la sortie
-d'Egypte sous Menephtah; cependant dans la stèle racontant son triomphe
-en Syrie, en l'an 5, ce dernier roi parle d'Israël--le mot est écrit en
-toutes lettres--comme étant fixé dans ce pays, et fortement atteint par
-la victoire égyptienne. Il est bien difficile de concilier ce fait
-précis avec la tradition. Une solution qui est à mon avis plus plausible
-est celle de M. Lieblein qui reporte l'Exode vers la fin de la XVIIIme
-dynastie: Thoutmès III serait le pharaon de l'oppression et les Juifs
-auraient quitté l'Egypte sous Amenophis III; deux cents ans plus tard,
-sous Menephtah, ils devaient donc être installés en Palestine. Ce
-système a l'avantage d'expliquer la présence sur les frontières de la
-Palestine, sous Amenophis IV, de tribus belliqueuses et envahissantes
-que les lettres des gouverneurs appellent les Khabirou. Ces Khabirou
-seraient simplement les Hébreux qui, sous la conduite de Josué,
-commençaient la conquête de la terre promise.
-
-
-B. MONUMENTS
-
-La masse énorme de monuments du Nouvel Empire qui nous sont parvenus
-appartiennent presque tous à la période thébaine, tandis que celle des
-rois du Delta est à peine représentée jusqu'à la XXVIme dynastie,
-l'époque saïte, qui présente un caractère un peu différent. Ce sera donc
-surtout d'après les documents thébains, de la XVIIIme à la XXme
-dynastie, que nous étudierons maintenant la différence qui existe entre
-le Nouvel Empire et les deux grandes périodes qui le précédèrent.
-
-
-_Architecture_
-
-En Orient, chaque roi nouveau se construit généralement une résidence
-qui n'est pas destinée à durer beaucoup plus longtemps que lui. En
-Egypte, les palais étaient des constructions légères en briques et bois,
-couvrant un vaste espace, avec cours centrales, grandes pièces à
-colonnes et chambres plus petites, bien aérées, dont la disposition
-devait varier constamment; l'ornementation, qui se faisait sur stuc,
-était souvent très riche; ainsi, dans les grandes salles d'apparat, le
-sol, était couvert d'un enduit entièrement peint, représentant un étang
-plein de poissons, entouré de touffes de plantes et de buissons couverts
-de fleurs sur lesquels volent des multitudes d'oiseaux, thème décoratif
-traité avec la fantaisie la plus charmante.
-
-[Illustration: _Fig. 218._ Fragment d'un dallage peint (d'après PETRIE.
-_Tell-el-Amarna_, pl. II).]
-
-De même que leurs princes, les gens aisés cherchaient à avoir des
-maisons fraîches et bien aérées, sortes de villas à un ou deux étages
-placées au milieu de beaux jardins pleins d'arbres fruitiers et qui,
-avec leurs pièces d'eau et la régularité de leur disposition, font
-parfois penser aux jardins à la française. Les communs, greniers et
-pressoir, sont à côté de la maison.
-
-[Illustration: _Fig. 219._ Maison et jardin (d'après BOUSSAC. _Le
-Tombeau d'Anna_).]
-
-L'Egypte n'ayant pas d'invasion à craindre sous les rois thébains ne fit
-aucune construction militaire; ce n'est que sous les Saïtes que nous
-trouvons à la frontière des forteresses comme celle de Daphnae, destinée
-à la garnison grecque, énorme massif de maçonnerie qui rappelle beaucoup
-les forts du Moyen Empire. Les monuments nous font par contre connaître
-les fortifications syriennes avec leurs terrasses et leurs créneaux, et
-Ramsès III eut même la fantaisie de construire en avant de son temple
-de Medinet-Habou, en souvenir de ses campagnes, un vrai fort syrien qui
-est aujourd'hui admirablement conservé.
-
-
-_Temples_
-
-Les temples égyptiens du Nouvel Empire sont très nombreux et le plus
-souvent de dimensions colossales; les dispositions de détails varient de
-l'un à l'autre, mais le plan d'ensemble est toujours le même, et
-comporte trois parties principales placées l'une derrière l'autre et
-donnant au monument la forme d'un rectangle à peu près deux fois plus
-long que large. En avant est une cour souvent entourée d'une colonnade
-et précédée d'un double pylone très élevé, flanquant les deux côtés de
-la porte centrale; puis vient la salle, ou les salles hypostyles où se
-faisaient les cérémonies publiques du culte, et enfin le sanctuaire,
-isolé par un couloir sur lequel s'ouvrent encore une série de pièces
-secondaires destinées à servir de magasins ou de trésors. Dans ce
-sanctuaire on conservait l'image sainte du dieu, enfermée dans un riche
-naos ou placée sur une barque qu'on apportait devant la foule pendant
-les grandes cérémonies. Devant le pylone se dressaient deux obélisques,
-de hauts mâts portant des banderoles, et souvent des statues colossales
-de rois; parfois une avenue bordée de sphinx y aboutissait; des statues
-en plus ou moins grand nombre étaient déposées dans toutes les parties
-du temple.
-
-[Illustration: _Fig. 220._ Pavillon de Ramsès III, à Medinet Habou.]
-
-[Illustration: _Fig. 221._ Plan du temple de Khonsou, à Karnak (d'apr.
-LEPSIUS. _Denkmäler_, Text III, p. _54_).]
-
-Une riche décoration traitée en bas-relief ou en creux, et le plus
-souvent rehaussée de couleur, couvre toutes les parois, tant à
-l'extérieur qu'à l'intérieur; à l'intérieur, c'est-à-dire dans les
-salles hypostyles aussi bien que dans les pièces accessibles aux prêtres
-seuls, ce sont des scènes d'adoration, d'offrandes ou de cérémonies
-cultuelles, tandis que dans les cours, sur les pylones et sur les murs
-extérieurs, les rois faisaient de préférence représenter leurs hauts
-faits guerriers et l'écrasement de leurs ennemis, avec des inscriptions
-historiques, visibles ainsi pour tout le monde.
-
-[Illustration: _Fig. 222._ Pylone du temple de Louxor.]
-
-[Illustration: _Fig. 223._ Temple de Khonsou, à Karnak.]
-
-[Illustration: _Fig. 224._ Cour du temple de Louxor (Aménophis III).]
-
-[Illustration: _Fig. 225._ Cour du temple de Medinet-Habou (Ramsès
-III).]
-
-[Illustration: _Fig. 226._ Salle hypostyle de Karnak (Séti I).]
-
-[Illustration: _Fig. 227._ Salle hypostyle du Ramessoum (Ramsès II).]
-
-[Illustration: _Fig. 228._ Bas-reliefs du temple de Karnak (Séti I).]
-
-[Illustration: _Fig. 229._ Bas-reliefs du temple de Séti I à Abydos.]
-
-Au point de vue construction, la maçonnerie est très soignée, formée de
-grands blocs de calcaire ou de grès, parfois même de granit, posés sur
-le sol presque sans fondations; les colonnes sont également en matériaux
-appareillés et non plus monolithes, ce qui permet de leur donner de
-beaucoup plus grandes dimensions.
-
-Les temples des dieux présentent souvent un tout extrêmement complexe,
-provenant des adjonctions que les rois ont successivement apportées au
-plan primitif; la chose est surtout évidente pour le grand temple d'Amon
-à Karnak, dont l'ensemble mesure 400 mètres de longueur, et où presque
-tous les rois du Nouvel Empire ont tenu à laisser une trace de leur
-activité. Par contre les temples funéraires, bâtis par un seul souverain
-et pour lui seul, qui sont construits suivant le même principe et sur le
-même plan que ceux des dieux, sont beaucoup plus simples. Ces temples
-funéraires situés dans la vallée, très loin des tombeaux eux-mêmes, qui
-sont creusés dans la montagne, remplacent les anciennes chapelles
-funéraires dépendant des pyramides, dont les dimensions étaient plus
-restreintes et le plan très différent; il y a donc dans ce domaine un
-changement très important à signaler, qui provient d'une évolution dans
-les idées relatives à la vie future. Le seul temple funéraire qui
-s'écarte du modèle ordinaire est le plus ancien, celui de Hatshepsou à
-Deir-el-Bahari, avec ses terrasses, ses colonnades et son sanctuaire
-creusé dans la montagne, sa décoration est du reste, comme celle des
-autres temples, composée de scènes religieuses et de représentations des
-événements saillants du règne.
-
-[Illustration: _Fig. 230._ Barque sacrée d'Amon, à Abydos.]
-
-Le culte ne se pratiquait pas de la même manière dans tous les temples,
-mais il consistait toujours en un certain nombre de cérémonies
-analogues; la principale, celle du culte journalier, était présidée en
-principe par le roi lui-même, grand prêtre de tous les dieux d'Egypte,
-en réalité par un prêtre auquel il déléguait ses pouvoirs. L'officiant
-commençait par se purifier dans la cour du temple, revêtait les
-ornements sacrés, s'avançait en grande pompe vers le sanctuaire où il
-ouvrait la châsse divine; il se prosternait devant le dieu, l'adorait,
-pratiquait les rites qui devaient faire descendre l'âme de la divinité
-dans la statue, l'encensait, l'oignait, lui présentait des victuailles
-diverses, en entremêlant tous ces gestes rituels d'hymnes et de formules
-magiques; puis il prenait congé du dieu et refermait le naos. Dans les
-grandes solennités, le dieu, monté sur sa barque et porté sur les
-épaules des prêtres, sortait et se présentait au peuple massé dans les
-salles hypostyles et les cours, faisait le tour du temple ou allait
-voguer sur le lac sacré; parfois même, toujours accompagné d'un cortège
-solennel, il s'en allait passer quelques jours dans un autre de ses
-sanctuaires, ou faire une courte visite de cérémonie à l'un des dieux
-ses voisins, ses parents ou ses amis.
-
-
-_Tombeaux_
-
-Le changement qui s'était accompli dans les coutumes funéraires est plus
-sensible encore dans les tombeaux mêmes des rois; c'est sans doute
-ensuite du pillage systématique des tombes, commis sous les Hyksos,
-qu'on éprouva le besoin de changer le mode de sépulture et de rendre la
-dernière retraite des rois aussi inaccessible et aussi secrète que
-possible. On choisit dans ce but une vallée isolée et sauvage dans la
-montagne de Thèbes et on y creusa ces tombeaux qui sont une des choses
-les plus impressionnantes que l'Egypte nous ait léguées, vastes syringes
-descendant tout droit dans le flanc de la montagne, recoupées de salles
-de diverses grandeurs avant d'arriver à la chambre funéraire, au milieu
-de laquelle se dresse un énorme sarcophage de granit. Les parois sont
-couvertes d'inscriptions et de scènes en relief peint, d'une fraîcheur
-et d'un travail admirables, toutes relatives aux cérémonies funéraires
-et à la vie de l'autre monde, et représentant les êtres fantastiques que
-le mort devait rencontrer dans les enfers. Une fois l'ensevelissement
-terminé, on fermait l'entrée du tombeau et on la dissimulait aussi
-soigneusement que possible avec des éboulis de roches, ce qui n'empêcha
-pas les violateurs de sépultures d'y pénétrer et de faire main basse sur
-les richesses amoncelées autour des rois défunts; à un moment donné,
-sous la XXIme dynastie, on recueillit pieusement ce qui restait des
-momies royales et de leur mobilier pour les enfermer pêle-mêle dans une
-nouvelle cachette qui les a gardées jusqu'à nos jours, et n'a livré son
-précieux dépôt qu'à des savants capables d'en faire le meilleur usage
-scientifique: c'est ainsi que nous possédons maintenant les corps,
-admirablement embaumés, de presque tous les grands rois de la deuxième
-époque thébaine.
-
-[Illustration: _Fig. 231._ Plan du tombeau de Ramsès IV (d'après
-LEFÉBURE. _Hypogées royaux de Thèbes_, II, 3, pl. I).]
-
-[Illustration: _Fig. 232._ Tombeau d'un particulier (photogr. de M. H.
-Pieron).]
-
-Les tombeaux des simples particuliers sont presque tous des hypogées
-creusés dans le flanc de la montagne, et le type mastaba est pour ainsi
-dire complètement abandonné; les dimensions sont très variables, suivant
-la position sociale et la richesse du propriétaire. Quant à la
-décoration, elle est parfois sculptée, mais plus souvent peinte sur
-enduit, vu la mauvaise qualité de la pierre dans la montagne de Thèbes
-où la plupart de ces tombes sont creusées; cette décoration comporte,
-non pas seulement comme autrefois des scènes de la vie usuelle, qui sont
-placées dans la première chambre et traitées avec une liberté et une
-fantaisie plus grande encore que dans les mastabas de l'Ancien Empire,
-mais aussi, dans la salle du fond, des figurations relatives aux
-funérailles et aux cérémonies accomplies à cette occasion. C'est là une
-innovation très caractéristique, correspondant à celle que nous avons
-déjà signalée pour les tombes royales. A l'ancienne théorie du Ka, du
-double vivant au fond du tombeau, tend de plus en plus à se substituer
-celle de l'âme divine qui peut, après la mort, entrer dans le séjour des
-dieux; autrefois les rois seuls avaient ce privilège, maintenant les
-simples mortels veulent le partager avec eux. C'est comme un mouvement
-de démocratisation qui se fait jour peu à peu dans les domaines les plus
-abstraits et jusqu'alors les plus réservés de la spéculation
-philosophique au sujet de la vie d'outre-tombe.
-
-[Illustration: _Fig. 233._ Momie du roi Siphtah (d'après ELLIOT-SMITH.
-_Royal Mummies_, pl. LXI).]
-
-Au fond de l'hypogée s'ouvre un puits vertical qui descend au caveau
-funéraire, grossièrement taillé dans le rocher, où reposait la momie
-embaumée de façon plus soignée qu'aux périodes antérieures, bien
-enveloppée dans ses bandelettes et ses linceuls et couchée dans le
-cercueil anthropoïde plus ou moins richement décoré de scènes funéraires
-ou religieuses. Parfois ce cercueil est placé dans un autre cercueil de
-même forme, parfois même un grand sarcophage rectangulaire, également en
-bois peint, les renferme tous deux. La mode du masque en cartonnage a
-disparu, mais souvent cet accessoire est remplacé par une planchette
-ayant la forme du couvercle du cercueil et posée directement sur la
-momie. Sur le sarcophage même, il n'y a plus que peu de textes; par
-contre les grandes compositions ayant pour but d'assurer aux défunts la
-vie d'outre-tombe, comme celles que nous appelons _Livre des Morts_ et
-_Livre de l'Am-Douat_, sont écrites sur des rouleaux de papyrus placés,
-soit sur la momie elle-même, soit auprès d'elle, dans une statuette de
-bois.
-
-[Illustration: _Fig. 234._ Sarcophage, cercueils, caisse à canopes
-(d'après MARIETTE. _Album du Musée de Boulaq_, pl. XV).]
-
-Dans le caveau, on trouve encore le coffret contenant les quatre vases
-canopes où sont les viscères embaumés du mort, puis une caisse où sont
-empilées en plus ou moins grand nombre les statuettes funéraires ou
-_oushabtis_, statuettes mummiformes en pierre, en bois ou en terre
-émaillée destinées à remplacer les statues de serviteurs de l'époque
-précédente et les statues du mort lui-même. A côté de ces objets vient
-s'entasser tout le mobilier funéraire: lits, chaises, fauteuils,
-coffrets, vases pleins de parfums, vêtements, linges de toute sorte,
-perruques et ustensiles de toilette, aliments divers, viandes, légumes
-et fruits: il y a peu d'années, on a retrouvé une série complète de ces
-objets dans une tombe de peu d'apparence, celle de l'ingénieur Kha et de
-sa femme Merit, le tout dans un état de conservation si remarquable
-qu'en se promenant dans la salle du musée de Turin où ces objets sont
-installés, on est comme transporté à plus de 3000 ans en arrière et l'on
-sent vivre encore autour de soi l'esprit de ces deux morts. Il en est de
-même pour le mobilier, bien plus luxueux, des beaux-parents d'Amenophis
-III, Youaa et Touâa, et surtout pour celui que contenait encore le
-tombeau du roi Toutankhamon, et qui dépasse comme richesse et comme
-splendeur tout ce qu'il était possible d'imaginer.
-
-C'est à Thèbes même, sur la rive gauche du fleuve, que se trouvent les
-plus nombreux tombeaux du Nouvel Empire. Ceux qu'on rencontre ailleurs
-que dans la capitale ne présentent pas de divergences bien
-caractéristiques; il faut citer en particulier les tombes de Tell el
-Amarna, restes de l'époque des rois hérétiques, creusées aussi dans le
-rocher et décorées de bas-reliefs d'un style si particulier.
-
-A l'époque saïte on trouve non seulement le tombeau rupestre avec de
-nombreuses salles, mais un nouveau modèle, celui de la chambre funéraire
-unique, voûtée et décorée exclusivement de textes religieux; cette
-chambre est construite au fond d'un immense puits de plus de 30 mètres
-de profondeur, soigneusement comblé après les travaux, avec puits plus
-petit situé à côté et permettant l'accès du tombeau au moment des
-funérailles. Nous ne connaissons aucun tombeau royal de cette époque.
-
-Pendant cette période où l'on cherchait dans tous les domaines à revenir
-aux anciennes coutumes, les grands sarcophages de pierre redeviennent à
-la mode, mais ils sont généralement de forme anthropoïde et couverts
-d'inscriptions. Les momies sont, à peu de chose près, semblables à
-celles de l'époque thébaine, mais on recommence à les coiffer d'un
-masque en cartonnage à figure humaine; ce n'est que plus tard, sous la
-domination des Grecs et des Romains, qu'on en vint à orner le maillot
-des momies d'un buste en plâtre colorié ou d'un panneau de bois peint à
-la cire représentant le portrait du mort et fixé au moyen des derniers
-tours de bandelettes.
-
-
-_Sculpture_
-
-Il n'est pas besoin d'une longue expérience pour distinguer les oeuvres
-de la statuaire du Nouvel Empire de celles des époques antérieures, bien
-que la pose du modèle et les lignes générales soient toujours à peu
-près semblables. En plus des différences de costume qui sont très
-appréciables, le style lui-même n'est plus exactement le même: alors que
-les sculpteurs de l'Ancien et même du Moyen Empire s'appliquaient avant
-tout à reproduire avec certitude la physionomie, l'expression même de
-leur modèle, dans la mesure de leurs moyens, et souvent aux dépens du
-reste du corps, ceux du Nouvel Empire ont une tendance moins réaliste et
-cherchent surtout la grâce et l'élégance; les figures s'uniformisent et
-n'ont plus un caractère aussi personnel, mais le corps entier est traité
-avec le même soin que la tête, avec un souci beaucoup plus marqué du
-modelé. Cette tendance est une tendance générale, qui n'exclut pas un
-certain nombre d'oeuvres isolées, manifestations artistiques très
-personnelles et de premier ordre. Le réalisme qui se fait jour à
-l'époque des rois hérétiques est un peu un réalisme de convention,
-puisque c'est la figure du roi qui reste le type dont les figures de ses
-sujets doivent se rapprocher autant que possible.
-
-[Illustration: _Fig. 235._ Statue de Ramsès II (Musée de Turin).]
-
-[Illustration: _Fig. 236._ Ramsès II présentant une offrande (d'après
-LEGRAIN. _Statues et statuettes_, II, pl. IV).]
-
-Nous possédons des statues royales extrêmement nombreuses, surtout
-depuis que la cachette du temple de Karnak nous en a livré plusieurs
-centaines. Presque toutes étaient à l'origine déposées dans les temples
-et contribuaient à l'ornementation de ceux-ci; elles représentaient
-alors le double du roi qui pouvait, en assistant régulièrement aux
-cérémonies du culte, prendre sa part des offrandes présentées au dieu:
-en échange du don de sa statue que le roi faisait au dieu, celui-ci
-avait la charge de le nourrir dans l'autre monde. D'autres statues
-étaient sans doute déposées dans les tombeaux pour jouer le rôle de
-support du _Ka_, rôle que nous avons étudié plus haut. Il y avait des
-statues de toutes les tailles, depuis la statuette de bronze de quelques
-centimètres de haut, jusqu'aux colosses placés à la porte des temples,
-devant les pylones, qui peuvent atteindre 20 mètres de hauteur; mais les
-plus fréquentes sont celles qui sont à peu près de grandeur naturelle.
-La matière aussi est très diverse: le bois, le métal, les pierres de
-toute sorte et jusqu'à la brique recouverte d'enduit. La position la
-plus fréquemment employée est la position classique du roi assis sur un
-trône, les mains sur ses genoux; à côté de cela, on trouve le roi
-debout, marchant ou tenant des enseignes divines, le roi agenouillé
-présentant des vases d'offrandes, le roi prosterné, bref le roi dans
-toutes les positions qu'il a l'habitude de prendre, soit en présence de
-ses sujets, soit quand il célèbre le culte divin.
-
-[Illustration: _Fig. 237._ Statuette en bois du Musée de Turin (d'après
-PETRIE. _Photographs_, no _278_).]
-
-Quelques grands personnages avaient le privilège de déposer, comme les
-rois, leur propre statue dans un temple. Quant à l'usage qui consistait
-à placer dans les tombeaux des statues du mort destinées à servir de
-support à son double, il tend de plus en plus à disparaître; on trouve
-bien encore des groupes taillés à même la roche du tombeau, représentant
-le mari et la femme assis côte à côte, ou des statuettes de bois
-finement sculptées, mais pas de façon constante. Nous avons déjà vu, à
-propos des tombeaux eux-mêmes, qu'il s'était produit une évolution très
-marquée dans les doctrines relatives à la vie de l'au-delà, et cette
-évolution est encore plus sensible ici; la doctrine du _Ka_ ou du
-double, remplacée par celle de l'âme, passe graduellement au second
-plan. Cette âme ne vit pas dans le tombeau, elle entre dans le royaume
-d'Osiris, dans ce canton riant et fertile de l'autre monde qu'on appelle
-les champs d'Ialou, et les statuettes funéraires ou _oushabtis_, déjà
-mentionnées plus haut, sont des espèces de serviteurs magiques qui
-doivent lui assurer la nourriture en cultivant pour elle les champs
-divins.
-
-[Illustration: _Fig. 238._ _Oushabtis_ du Nouvel Empire (d'ap. PETRIE.
-_Photographs_, No _267_).]
-
-Après la grande époque thébaine, soit de la XXIme à la XXVme dynastie,
-la statuaire se fait de plus en plus rare, mais les quelques exemples
-qui nous en sont parvenus, en général de petites dimensions, nous
-montrent un progrès constant dans la recherche patiente qui aboutira à
-ce remarquable épanouissement de l'art sous les rois saïtes, la
-renaissance du réalisme antique, mais d'un réalisme épuré, plein
-d'élégance et de souplesse, ayant à son service une technique des plus
-perfectionnée.
-
-[Illustration: _Fig. 239._ Groupe d'époque saïte (d'après MARIETTE.
-_Album du Musée de Boulaq_, pl. X).]
-
-C'est aussi surtout à partir de l'époque saïte que se développe une
-branche nouvelle de la statuaire: jusqu'alors le métal, et surtout le
-bronze, était rarement employé par les sculpteurs; ils en usent
-maintenant de préférence à toute autre matière, pour modeler des
-statuettes de divinités qui nous sont parvenues en quantité
-innombrables, témoignant ainsi d'une nouvelle transformation dans le
-domaine religieux. Chacun sans doute voulait avoir dans sa maison
-l'image de la divinité à laquelle il vouait un culte spécial, ce qui
-n'était pas le cas aux époques antérieures. On faisait aussi parfois des
-statuettes de rois ou de particuliers en bronze, mais en bronze incrusté
-d'argent, et cela déjà sous les dynasties qui précédèrent les saïtes.
-
-[Illustration: _Fig. 240._ La reine Karomama Bronze incrusté (d'après
-CHASSINAT. _Monuments Piot_, IV, pl. III).]
-
-Dans les bas-reliefs qui couvrent les parois de certains tombeaux, le
-haut des stèles et divers autres monuments, on retrouve la même
-recherche d'élégance et de grâce, la même perfection du modelé, qualités
-réelles mais qui rendent ces bas-reliefs un peu moins puissants que ceux
-des périodes antérieures, parfois moins expressifs. Dans les temples, où
-la surface à couvrir était immense, la décoration est traitée
-généralement d'une façon plus large, souvent plus sommaire, en relief à
-l'intérieur du monument, en creux ou en relief dans le creux sur les
-façades extérieures, en raison de la vive lumière et suivant une méthode
-exclusivement égyptienne.
-
-
-_Peinture_
-
-De plus en plus la peinture tend à redevenir ce qu'elle était à
-l'origine, un art indépendant, et à s'affranchir de la tutelle du
-bas-relief dont elle est en réalité la soeur aînée. Les peintres ont
-plus souvent l'occasion d'exercer leur talent, maintenant que les
-tombeaux sont généralement creusés dans une roche friable, qui ne
-permet pas l'emploi de la sculpture pour la décoration; ils ont acquis
-une sûreté de main remarquable, et se laissent aller plus librement à
-leur imagination et à leur fantaisie. Les scènes présentent toujours les
-mêmes sujets, mais la manière de les traiter est plus personnelle, la
-recherche du motif pittoresque plus fréquente; on continue néanmoins,
-pour les principales figures tout au moins, à procéder par teintes
-plates, simples, sans ombres, avec un léger sertissage noir ou rouge;
-les détails sont faits en surcharge. Les motifs végétaux abondent, qu'il
-s'agisse de bouquets ou de guirlandes faisant partie des scènes
-elles-mêmes, de plantes agrémentant le paysage ou de frises courant au
-haut des parois. Sur les plafonds, des motifs réguliers reproduisent les
-modèles employés pour les étoffes ou la vannerie en couleur.
-
-[Illustration: _Fig. 241._ Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha (photogr.
-de l'auteur).]
-
-[Illustration: _Fig. 242._ Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna
-(photographie de l'auteur).]
-
-[Illustration: _Fig. 243._ Cueillette des raisins (tombeau de
-Pehsoukher, Thèbes, XVIIIe dyn.).]
-
-C'est aussi la peinture qui contribue pour la plus large part à la
-décoration des édifices civils, ainsi ces palais de Tell el Amarna et de
-Medinet Habou, dont il ne reste que les dallages en stuc, où sont peints
-avec une verve charmante des étangs entourés de buissons où s'ébattent
-des animaux de tout genre. (Fig. _218_).
-
-Quant aux scènes peintes sur les très nombreux sarcophages de l'époque,
-elles n'ont pas à proprement parler un caractère artistique. Par contre
-les enluminures des papyrus funéraires, Livre des Morts ou compositions
-mythologiques, sont souvent d'une réelle beauté.
-
-
-_Arts industriels_
-
-Les progrès continuent à s'affirmer pour tout ce qui rentre de près ou
-de loin dans la catégorie des arts industriels, sauf cependant en ce qui
-concerne les bijoux et les vases en pierre: le trésor d'Aahhotep et les
-autres objets de parure du musée du Caire, même les splendides pièces du
-Serapeum, aujourd'hui au Louvre, ne sont pas comparables, pour la
-perfection du travail, aux bijoux de Dahchour, de la XIIme dynastie; les
-procédés sont cependant les mêmes, sauf que dans l'incrustation, les
-pierres sont toujours remplacées par des émaux et que la ciselure est
-aussi moins fine et moins délicate.
-
-[Illustration: _Fig. 244._ Bijou de la XIXe dyn. (d'apr. MARIETTE.
-_Serapeum_, pl. XII).]
-
-Les vases de pierre sont beaucoup moins nombreux qu'autrefois, et l'on
-se contente le plus souvent de déposer dans les tombes de faux vases en
-bois peint de manière à imiter les pierres les plus rares; il ne nous
-est guère parvenu que des vases d'albâtre, très beaux du reste de forme
-et de facture. Par contre les vases en métal sont de plus en plus en
-faveur, et surtout les vases d'apparat en or et en argent, aux formes
-les plus variées, importées en Egypte de Syrie, de Phénicie, de Crète et
-des îles grecques; les peintures et les bas-reliefs nous permettent
-d'apprécier ces merveilles d'orfèvrerie.
-
-[Illustration: _Fig. 245._ Vases d'albâtre. XVIIIe dynastie (d'après
-PETRIE. _Photographs_, No _186_).]
-
-L'industrie de l'émail prend au Nouvel Empire un développement
-inattendu; très habiles à manier cette matière, les ouvriers égyptiens
-en font des vases de formes diverses, de ce beau bleu profond qui est
-presque inimitable des statuettes funéraires, et plus tard quantité de
-petites figurines de divinités, sans parler des innombrables perles et
-autres objets de parure; enfin ils appliquent les émaux polychromes à la
-décoration de certains édifices. C'est de cette époque aussi que date
-l'invention du verre, non pas encore du verre soufflé, mais du verre
-multicolore fondu, dont on faisait de charmants petits vases, à
-décoration ondulée; ces vases étaient non seulement employés dans le
-pays même, mais servaient surtout d'objets d'exportation et ont été
-retrouvés un peu partout dans les pays méditerranéens. Il est reconnu
-maintenant que cette importante invention, attribuée autrefois à tort
-aux Phéniciens, doit être restituée aux Egyptiens.
-
-[Illustration: _Fig. 246._ Fauteuil en bois doré (d'après QUIBELL. _Tomb
-of Yuaa_, pl. XXXII).]
-
-Les meubles sont généralement simples de lignes et de formes, sobres
-d'ornementation, exactement appropriés à leur destination. Il en est
-cependant de plus soignés de travail, qui ont appartenu à des rois ou à
-des princes, et qui peuvent être considérés comme de véritables oeuvres
-d'art; ce sont des fauteuils, des lits, des coffrets, même des chariots
-dans lesquels n'entre pas seulement le travail de l'ébéniste, mais aussi
-celui du stuqueur, qui les couvre de délicats bas-reliefs en gesso, et
-celui de l'ouvrier en cuir qui les orne de panneaux en cuir repoussé ou
-incrusté de diverses couleurs.
-
-Enfin les plus charmants peut-être des objets d'art sont de simples
-ustensiles de toilette en bois sculpté ou ajouré, parfois en ivoire,
-cuillères à parfums, pots à fard, oeuvres d'une fantaisie toute
-personnelle, donnant la mesure de ce à quoi pouvaient arriver les
-ouvriers d'art égyptiens.
-
-
-C. CIVILISATION
-
-_Royauté_
-
-Qu'il soit tout-puissant et maître d'un immense empire, ou réduit à une
-seule petite province, le roi est toujours pour ses sujets un être
-d'extraction divine dont l'autorité n'est pas contestable. Cette
-autorité repose sur la pureté du sang royal, et nous voyons la plupart
-des rois du Nouvel Empire attacher plus de prix encore que leurs
-prédécesseurs à cette question, et épouser de préférence une demi-soeur,
-née d'une mère plus noble que la leur, pour diminuer la quantité de sang
-vulgaire qui s'était introduit dans leur race; parfois même un dieu se
-chargeait d'infuser lui-même à l'enfant royal un sang divin plus pur
-encore, comme cela eut lieu pour Aménophis III. Quand un usurpateur
-montait sur le trône, il se hâtait d'épouser une princesse de lignée
-royale et légitimait ainsi en quelque sorte son accession à la couronne.
-Lors du morcellement de l'Empire, les roitelets qui se partagèrent le
-pouvoir se rattachaient tous plus ou moins à la vieille race pharaonique
-et avaient des droits sensiblement égaux, mais il était curieux de
-constater que le sang royal le plus pur se conservait non plus chez des
-Egyptiens, mais chez des nègres, comme Piânkhi l'Ethiopien et sa
-famille.
-
-[Illustration: _Fig. 247._ Cuillère à parfums. Louvre (croquis de M. Th.
-Delachaux).]
-
-La reine, ou plutôt la favorite, puisque souvent les rois eurent
-plusieurs femmes, avait à côté de son époux une place très importante et
-souvent une grosse influence; il arriva même à certaines d'entre elles
-de monter sur le trône en qualité de roi d'Egypte.
-
-
-_Gouvernement_
-
-Au moment où les rois de la XVIIIme dynastie réunissent de nouveau
-toutes les parties du pays sous leur sceptre, la féodalité a entièrement
-disparu et l'administration est centralisée entre les mains d'un grand
-vizir et d'un nombre considérable de fonctionnaires subalternes; le roi
-garde du reste la haute main dans le gouvernement et tout se fait en son
-nom, qu'il s'agisse de travaux publics, de finances, d'affaires
-étrangères ou de commerce. La justice, comme autrefois, est entre les
-mains d'une magistrature spéciale, et les provinces asiatiques sont
-gouvernées par des indigènes sous la surveillance d'officiers égyptiens,
-tandis que la Nubie est administrée par un vice-roi nommé par le pharaon
-et qui est souvent un de ses fils.
-
-Nous avons vu l'influence grandissante du clergé d'Amon, arrêtée un
-moment par la réforme de Khounaten, reprendre de plus belle, et les
-grands prêtres se saisir successivement du pouvoir effectif, puis d'une
-partie du pouvoir nominal. A partir de ce moment le pontificat cesse
-d'être entre les mains d'une seule famille et chaque fois qu'une des
-dynasties rivales prend la prédominance sur les autres, elle installe
-sur le trône d'Amon un prince de sa race qui est plutôt un gouverneur de
-la Haute Egypte qu'un grand prêtre. Enfin les rois éthiopiens suppriment
-cette dignité et installent à Thèbes une grande prêtresse d'Amon,
-princesse de la famille royale; les rois saïtes ne font que confirmer
-cette charge en la confisquant au profit de leurs filles, afin que cet
-état dans l'Etat demeure une force pour la couronne et non pas une
-menace.
-
-
-_Relations extérieures Commerce_
-
-L'extension des frontières de l'Egypte vers le nord et le sud devait
-nécessairement favoriser le commerce qui prend un développement
-considérable dès le début du Nouvel Empire. Les produits étrangers
-affluent dans la vallée du Nil, tant sous la forme de tributs livrés au
-roi lui-même, que sous celle de marchandises d'échange, et là encore il
-semble que tout se fasse par l'entremise du gouvernement. Ce ne sont pas
-seulement les pays soumis à la suzeraineté de l'Egypte, comme la Syrie,
-la Phénicie, la Palestine, la Nubie, qui y envoient leurs produits, mais
-des contrées absolument indépendantes, comme Chypre, la Crète, les îles
-grecques, le Soudan, le pays de Pount, grâce à des expéditions maritimes
-qui avaient toujours un caractère officiel, l'Etat disposant seul de
-moyens suffisants pour faire marcher le trafic extérieur; ainsi l'on
-peut dire, presque avec certitude, que le gouvernement s'était réservé
-le commerce international, ne laissant aux particuliers que le commerce
-intérieur. A cet effet, des lois protégeaient les industries locales et
-il était interdit aux ouvriers spécialistes de passer à l'étranger.
-L'évaluation des marchandises se faisait en or ou en argent, au poids,
-et on se servait pour les échanges d'anneaux de métal qui, n'étant pas
-poinçonnés par l'Etat, devaient être pesés à nouveau chaque fois; le
-plus souvent, du reste, on procédait simplement par échange de denrées,
-après entente.
-
-[Illustration: _Fig. 248._ Syriens apportant des vases, XVIIIe dyn.
-(photographie de l'auteur).]
-
-Quant à la nature des marchandises importées, c'étaient surtout, comme
-autrefois, des matières premières, métaux, bois précieux, ivoire, peaux
-et plumes, encens, et aussi des matières ouvrées, entre autres ces
-merveilleux vases d'orfèvrerie dont nous avons déjà parlé. En échange,
-on donnait de la verrerie, des émaux, sans doute des bijoux, en un mot
-tous les produits de l'industrie égyptienne, mais surtout des grains.
-
-
-_Vie civile Vêtement_
-
-Il n'y a pas de transformation notable à enregistrer dans les conditions
-de la vie ordinaire, qu'il s'agisse des grands personnages ou des gens
-du commun; de même les habitations n'ont guère varié. Par contre le
-costume subit un changement important: les gens du peuple ont bien
-toujours le pagne simple enroulé autour des hanches, mais tout individu
-appartenant à une classe un peu plus élevée porte par-dessus ce pagne
-une ample robe en toile fine, parfois presque transparente, dont la
-forme et la coupe sont variables. De même les femmes ne portent plus
-volontiers la robe courte et étroite des anciens temps, mais un vêtement
-analogue à celui des hommes, un peu plus collant néanmoins sur le buste,
-élargi du bas et tombant jusqu'à terre; les manches sont parfois très
-courtes, parfois longues et larges. L'un et l'autre sexe porte la
-perruque, des bijoux aux couleurs vives, colliers, bracelets et
-périscélides, et aux pieds de longues sandales en papyrus ou en cuir. Le
-costume royal est sensiblement le même, bien qu'un peu plus riche, que
-celui des sujets.
-
-
-_Armée_
-
-Les rois hyksos avaient amené de Syrie en Egypte le cheval, et cet
-animal qui s'était rapidement acclimaté dans le pays, offrait aux
-Egyptiens du Nouvel Empire un mode de locomotion nouveau; jamais ils ne
-songèrent à le monter, semble-t-il, mais ils l'attelaient à de légers
-chariots à deux roues avec lesquels les grands personnages faisaient
-leurs tournées dans le pays. C'est cependant surtout au point de vue
-militaire que l'introduction du cheval eut pour les Egyptiens une grande
-importance, puisque désormais la charrerie joua dans leurs armées le
-principal rôle et qu'elle fut pour beaucoup dans la conquête de la
-Syrie. La méthode de combat subit donc une transformation: avant le choc
-qui devait amener la fin d'une bataille, la charge des escadrons de
-chars, les soldats qui montaient ces chars combattaient de loin avec
-leurs grands arcs; c'est même la raison pour laquelle l'arc était devenu
-l'arme favorite des rois.
-
-[Illustration: _Fig. 249._ Soldats égyptiens (Tombeau d'Amemheb. Thèbes.
-XVIIIe dynastie).]
-
-L'infanterie est toujours composée en partie d'Egyptiens, en partie de
-mercenaires étrangers qui sont sa véritable force, que ce soient, comme
-sous les Thébains, des Soudanais, des Shardanes ou des Libyens, ou,
-comme plus tard sous les Saïtes, des Grecs. Cette armée royale, déjà
-instituée sous le Moyen Empire, a été complètement réorganisée en corps
-d'armées bien distincts sous un commandement commun, mieux équipée et
-mieux armée et surtout bien exercée. Après une campagne officiers et
-soldats recevaient leur part du butin, souvent en captifs qui étaient
-employés à la culture de terres mises par le gouvernement à la
-disposition des soldats, et ces captifs, qui n'étaient pas de véritables
-esclaves, se mêlaient rapidement à la population indigène. Le roi
-décernait aussi, pour récompenser les hauts faits de guerre, de
-véritables décorations et autres distinctions honorifiques.
-
-
-_Marine_
-
-Les rois d'Egypte avaient sous le Nouvel Empire une vraie marine de
-guerre que nous voyons parfois jouer le rôle décisif dans une bataille,
-mais c'était surtout la marine marchande qui, avec l'extension du
-commerce, tendait à prendre toujours plus de développement. Les navires
-destinés à la mer étaient semblables de forme et de gréement à ceux
-employés sur le Nil, mais plus grands et plus solidement construits; ils
-remontaient du reste le fleuve, même jusqu'à Thèbes, et ainsi nous
-voyons sous Hatshepsou les mêmes bateaux charger des marchandises dans
-le pays de Pount, au sud de la mer Rouge, et les débarquer dans le port
-de la capitale: un canal souvent ensablé et aujourd'hui disparu, faisait
-alors communiquer un des bras du Nil, dans le Delta, avec le fond du
-golfe de Suez. Enfin les marins égyptiens donnent la mesure de leur
-audace et de leurs capacités quand, sous Néchao, ils s'embarquent pour
-leur grand voyage de découverte autour de l'Afrique, la première en date
-de toutes les grandes expéditions maritimes.
-
-[Illustration: _Fig. 250._ Vaisseaux de l'expédition de Hatshepsou au
-pays de Pount (d'après DUMICHEN. _Die Flotte einer äg. Königin_, pl.
-III).]
-
-
-_Agriculture. Elevage_
-
-Le travail de la terre continue à faire de grands progrès; l'outillage
-se perfectionne, on emploie maintenant des faucilles en métal et des
-charrues plus puissantes; partout autour des villas on voit de beaux
-jardins, pleins d'arbres fruitiers, de vignes et d'arbres d'agrément.
-Partout on défriche pour les livrer à la culture les terrains qui
-n'étaient autrefois que des pâturages, et cela naturellement aux dépens
-de l'élevage, qui diminue dans de fortes proportions. On ne voit plus
-que rarement de ces scènes si fréquentes sous l'Ancien Empire, qui
-représentent des troupeaux d'animaux à demi sauvages sous la garde de
-quelques pâtres, et les grandes inspections du bétail sont à peine
-mentionnées; on n'emploie plus pour piétiner le terrain nouvellement
-ensemencé des troupeaux entiers de chèvres ou de moutons, mais seulement
-quelques porcs qu'on devait élever dans les fermes et non plus en pleine
-campagne; l'âne n'est plus que rarement employé aux travaux des champs,
-et ce sont généralement les hommes eux-mêmes qui transportent les
-récoltes; le dépiquage du grain pour lequel les quelques boeufs, qui à
-d'autres époques de l'année tirent la charrue, suffisent parfaitement,
-se fait d'une façon un peu différente. L'Egypte, consciente de son rôle
-commercial dans le monde oriental, qui est de l'approvisionner de
-grains, consacre toutes ses forces à développer la culture au moyen de
-la main d'oeuvre humaine, quitte à réduire au strict nécessaire tout ce
-qui a rapport à l'élevage. Seule la race chevaline, nouvellement
-introduite dans le pays, est l'objet de soins tout spéciaux, sous le
-contrôle royal, et prospère si bien qu'on finit même, à certains
-moments, par venir de Syrie chercher des chevaux en Egypte. Quant à la
-question du chameau, elle n'est pas encore définitivement tranchée; il
-semble néanmoins que si les Egyptiens l'ont connu, ils ne l'ont jamais
-utilisé eux-mêmes, et que son acclimatation définitive dans le pays, où
-il rend maintenant comme bête de somme des services inappréciables, ne
-date que de la conquête musulmane.
-
-[Illustration: _Fig. 251._ Scènes de labour et de semailles (Tombeau de
-Nakht. Thèbes. XVIIIe dynastie).]
-
-
-_Pêche et chasse_
-
-
-Le défrichement progressif de la vallée du Nil avait fait disparaître
-non seulement les pâturages, mais aussi les fourrés et les marécages qui
-étaient pour les premiers Egyptiens de si beaux terrains de chasse et de
-pêche. Avec les mêmes engins qu'autrefois, on ne pouvait plus guère
-prendre du poisson que dans le fleuve et les canaux, et il ne se
-trouvait plus que peu de ces étangs où les oiseaux migrateurs venaient
-se prendre dans les grands filets; même les parcs de chasse des grands
-seigneurs avaient presque tous disparu. Quand les rois chercheurs
-d'aventures voulaient s'offrir les émotions d'une chasse mouvementée,
-ils profitaient de leurs campagnes pour aller au loin, jusque sur les
-bords de l'Euphrate, où ils trouvaient encore quelques éléphants, des
-lions qu'ils abattaient par centaines et du gros gibier de toute sorte.
-
-
-_Industrie_
-
-A côté de l'agriculture, l'industrie continue à se perfectionner et nous
-avons de nombreux tableaux qui nous montrent les ouvriers occupés à
-leurs travaux ordinaires, que ce soient des ouvriers d'art ou des gens
-de métier, tels que briquetiers, maçons, sculpteurs, peintres,
-bijoutiers, joailliers, menuisiers, ébénistes, corroyeurs, cordonniers,
-cordiers, chaudronniers, armuriers, forgerons, et d'autres encore. Leur
-outillage est toujours aussi simple qu'aux périodes précédentes, presque
-rudimentaire, sauf que les couteaux, ciseaux et poinçons de pierre ont
-définitivement disparu pour faire place à des instruments de métal,
-généralement en bronze, parfois en fer.
-
-[Illustration: _Fig. 252._ Atelier de chaudronnerie (d'ap. NEWBERRY.
-_Life of Rekhmara_, pl. XVII et XVIII).]
-
-
-_Langue et Littérature_
-
-La conquête de la Syrie et les relations constantes qui s'étaient
-établies de ce fait avec l'Asie antérieure, avaient exercé sur l'Egypte
-même une influence considérable qui se remarque tout particulièrement
-dans la langue. Un grand nombre de vocables nouveaux, empruntés aux
-idiomes sémitiques, sont introduits dans le langage courant, soit pour
-exprimer des idées nouvelles ou nommer des objets inconnus auparavant,
-soit pour remplacer, sans raison apparente, de vieux mots égyptiens. Il
-est de bon ton, pour un scribe, d'émailler ses lettres ou ses
-compositions littéraires du plus grand nombre possible de mots d'origine
-étrangère. C'est de ces langues sémitiques, plus répandues que
-l'égyptien, qu'on se servait pour les relations extérieures, et toute la
-correspondance du roi d'Egypte avec ses vassaux syriens se faisait dans
-l'idiome même de ces peuplades, que sans doute beaucoup de gens à la
-cour comprenaient parfaitement.
-
-[Illustration: _Fig. 253._ Atelier de Cordonniers (d'après NEWBERRY.
-_Life of Rekhmara_, pl. XVIII).]
-
-Les textes du Nouvel Empire qui nous sont parvenus sont donc composés
-dans une langue moins pure que ceux de l'époque précédente, mais ils
-sont aussi, sinon plus variés, et beaucoup plus abondants. Ce sont
-d'abord les écrits historiques ou officiels, les récits biographiques,
-les comptes rendus d'une campagne ou d'une conquête, les décrets et les
-actes royaux, les odes dithyrambiques à la louange d'un souverain, puis
-les ouvrages plus spécialement littéraires, contes, poésies, recueils
-de modèles de lettres dans lesquels les jeunes scribes apprenaient leur
-métier, livres de morale, hymnes en l'honneur du roi ou des dieux, dont
-plusieurs ont trouvé place dans la grande compilation à laquelle nous
-avons donné le nom de Livre des Morts et qui contient du reste surtout
-des morceaux plus anciens. Après cela vient encore la littérature
-épistolaire proprement dite, les procès-verbaux judiciaires, les écrits
-scientifiques et médicaux et les innombrables compositions magiques,
-religieuses ou mythologiques.
-
-[Illustration: _Fig. 254._ Ostracon hiératique (d'après DARESSY.
-_Ostraca_, pl. XLVI).]
-
-Certains de ces textes sont gravés ou peints sur les murailles des
-temples, sur les stèles, sur les parois des tombeaux; d'autres, les plus
-nombreux, sont écrits en hiératique, c'est-à-dire en cursive, sur des
-rouleaux ou des feuilles de papyrus ou même parfois sur des tessons de
-vases ou des morceaux de pierre, auxquels nous donnons le nom
-d'_ostraca_. Les ouvrages religieux étaient déposés dans le tombeau, à
-côté du mort, pour lui servir de viatique dans l'autre monde, et parfois
-l'on y joignait aussi des textes littéraires pouvant lui offrir un
-délassement dans sa vie d'outre-tombe, mais la plupart des papyrus ont
-été retrouvés roulés et cachés dans des vases, au milieu des ruines de
-maisons anciennes; c'était la manière de conserver les livres qui
-étaient toujours en petit nombre chez les particuliers. Nous ne savons
-s'il existait dans le palais du roi ou ailleurs, de vraies bibliothèques
-où l'on conservait les ouvrages de prix, avant l'époque où les
-Ptolémées réunirent dans celle d'Alexandrie tout ce qu'ils purent
-récolter de manuscrits anciens, les égyptiens sans doute aussi bien que
-les grecs. Le geste fanatique du calife Omar nous a privés d'une source
-inestimable de documents.
-
-[Illustration: _Fig. 255._ Fragment d'un contrat démotique (d'après
-SPIEGELBERG. _Die demotischen Papyrus_, pl. LVI).]
-
-Jusqu'au Nouvel Empire, les seuls modes d'écriture étaient les
-hiéroglyphes, et l'hiératique qui devient de plus en plus cursif; à
-partir de l'époque saïte, les scribes, à force de chercher à simplifier
-leur calligraphie, en arrivent à tracer des signes qui ne rappellent
-plus que vaguement les hiéroglyphes d'où ils sont dérivés, ni même
-l'élégant hiératique de la bonne époque. Il s'agit d'un nouveau genre
-d'écriture, auquel on a donné le nom de _démotique_ et qui finit par
-être le seul employé à partir des rois perses, pour les lettres, les
-contrats, les manuscrits de toute sorte, bref pour tout ce qui n'est pas
-destiné à revêtir un caractère monumental. Ce passage de l'hiératique au
-démotique correspond exactement à la fin de l'autonomie de l'Egypte.
-
-
-C'est ce moment-là, quand des rois étrangers viennent définitivement
-remplacer sur le trône des Pharaons les dynasties indigènes, que nous
-pouvons considérer comme la fin de la civilisation égyptienne; celle-ci
-végétera bien encore pendant quelques siècles, elle donnera même dans
-certains domaines comme l'architecture par exemple, des manifestations
-originales et vraiment égyptiennes, mais elle ne prospérera plus et
-dégénérera rapidement. Cette vieille civilisation qui pendant tant de
-siècles a rayonné sur le monde ancien, lui donnant généreusement tout ce
-qu'il y avait de bon en elle, est submergée à son tour par les
-civilisations nouvelles; l'infusion d'un sang jeune se fit sans doute à
-trop haute dose et, loin de la renouveler, ne put qu'accélérer sa ruine.
-Désormais l'Egypte ne sera plus qu'une province du monde hellénique,
-puis du monde romain, au point de vue de la civilisation aussi bien que
-de la politique.
-
-[Illustration: _Fig. 256._ Aménophis, fils de Paapis (d'après LEGRAIN.
-_Statues et statuettes_, I, pl. LXXVI).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 257._ Repas et danseuses. Peinture d'un tombeau
-thébain (XVIIIe dynastie).]
-
-
-
-
-INDEX
-
-_Les chiffres indiquent les pages: les chiffres entre parenthèses les
-gravures._
-
-
-A
-
- AAHHOTEP, 283.
-
- ABOUSIR, 138.
-
- ABRAHAM, 221.
-
- Abri, 63.
-
- ABYDOS, 95, 99, 102, 104, 121, 136, 137, 244, 267, 269.
-
- Acte, 295.
-
- Administration, 165-168, 219-220, 287.
-
- _Aegyptiaca_, 14.
-
- Aération, 150.
-
- AFRICAIN, 14, 15.
-
- Agate, 64, 74.
-
- Age du bronze, 58, 59.
-
- Age du cuivre, 58, 59.
-
- Age du fer, 58, 59.
-
- Age de la pierre, 55, 58.
-
- Agriculture, 32, 41, 68, 89, 95, 120, 179-182, 224, 292-293.
-
- AHMÈS I, 197, 230, 323.
-
- AHMÈS (amiral), 26.
-
- AHMÈS NOFRITARI, 231.
-
- Aï, 242.
-
- Aiguière, 111.
-
- Aire, 180.
-
- AKERBLAD, 17.
-
- Albâtre, 81, 108, 109, 155, 202, 216, 283, 284.
-
- ALEXANDRE, 258.
-
- ALEXANDRIE, 297.
-
- Aliment, 143, 175 (v. Nourriture, Offrandes).
-
- Aloès, 80.
-
- Alun, 206.
-
- AMASIS, 255, 256 (216).
-
- Ambassadeur, 240.
-
- _Am-Douat_, 274.
-
- Ame, 140, 141, 152, 211, 272, 278.
-
- AMÉLINEAU, 55.
-
- AMENEMHAT I, 191, 192, 219.
-
- AMENEMHAT III, 115, 193 (157), 194, 214, 218, 224.
-
- AMENEMHAT IV, 194.
-
- AMENMESES, 246.
-
- AMÉNOPHIS I, 231 (194), 232.
-
- AMÉNOPHIS II, 235.
-
- AMÉNOPHIS III, 26, 235-236 (198), 259, 265, 274, 286.
-
- AMÉNOPHIS IV, 26, 236, 237 (v. KHOUNATEN).
-
- AMÉNOPHIS, fils de PAAPIS, 236, 298.
-
- Améthyste, 110.
-
- AMON, 48, 235, 237, 238, 248, 250, 251, 268, 269, 287.
-
- AMSET, 49.
-
- AMYRTÉE, 257.
-
- Amulette, 75.
-
- Ancien Empire, 32, 81, 105, 109, 113, 123-187, 189, 194, 204, 212,
- 214, 215, 222, 225, 227, 249, 276.
-
- Ancien Testament, 13, 15.
-
- Ane, 89, 179, 180, 181, 184, 293.
-
- ANHOUR, 48.
-
- ANNA, 26.
-
- Année, 28.
-
- ANTEF, 134, 190.
-
- Anthropoïde (cercueil ou sarcophage), 208 (170), 273 (234), 275.
-
- Anthropophagie, 41.
-
- Antilope, 88, 89, 174, 177, 178 (139), 224.
-
- Antimoine, 221.
-
- ANUBIS, 42, 43 (11), 48, 164.
-
- APEPI, 197 (v. APOPI).
-
- APOLLODORE, 14.
-
- APOPHIS, 198.
-
- APOPI, 26 (v. APEPI, APOPHIS).
-
- Appeau, 173, 175.
-
- APRIÈS, 255 (215), 256.
-
- ARABE, ARABIE, 140, 143, 147, 168.
-
- Arbre fruitier, 292.
-
- Arc, 224, 290 (v. Flèche).
-
- ARCELIN, 54.
-
- ARCHIPEL, 12, 71, 121 (v. GRECE).
-
- Architecture, 91, 96, 102-106, 120, 125, 135-153, 200-212, 260-275.
-
- Architrave, 135.
-
- Argent, 279, 284, 288.
-
- Arme, 32, 56, 59, 65, 74, 86, 88, 89, 120, 208, 290.
-
- Armée, 132, 133, 218, 289-291.
-
- Armurier, 294.
-
- ARYEN, 84.
-
- ASARHADDON, 253, 254.
-
- ASIE MINEURE, 243, 244, 245.
-
- Assiette, 108.
-
- Assise (position), 70, 106.
-
- ASSOURBANIPAL, 253, 254.
-
- ASSYRIE, 26, 236, 243, 252, 253, 254, 255.
-
- ATEN, 237, 238 (200), 240.
-
- ATHOTHIS, 100.
-
- Autel, 137.
-
- Autruche, 80, 83, 88, 224.
-
- AVARIS, 196, 197, 199, 222, 229.
-
- Avènement, 28.
-
- Avenue, 263.
-
- AZAB, 117.
-
-
-B
-
- BABAÏ, 125.
-
- BABYLONE, BABYLONIE, 12, 122, 195, 236, 243, 255.
-
- Bachot, 185.
-
- BAHR BELA MA, 54.
-
- Bandeau, 172.
-
- Bandelette, 182, 206, 275.
-
- Barbe, 171, 172.
-
- Barque, 91 (66), 138, 209, 210 (173), 225 (188) (v. Bateau).
-
- Barque sacrée, 263, 269 (230).
-
- Barque solaire, 35 (6), 38, 39 (9), 138.
-
- Basalte, 81, 151.
-
- Bas-relief, 25, 32, 146, 158-161 (128), 201, 209, 214-215 (180), 263,
- 267 (228, 229), 270, 279-280 (241-242).
-
- Basse-cour, 175, 177 (137).
-
- Bassin, 137.
-
- Bateau, 80, 92, 147, 185 (150), 209, 225, 226 (v. Barque, Vaisseau).
-
- Bâton, 87.
-
- BENI-HASSAN, 203, 204, 205 (164, 165), 221.
-
- BERBÈRE, 83.
-
- BERSHEH, 203.
-
- Bétail, Bestiaux, 68, 85, 221, 225, 293.
-
- Bible, 251, 253 (v. Ancien Testament).
-
- Bibliothèque, 296.
-
- Bibliothèque nationale (Paris), 22.
-
- Bidis, 46.
-
- BIÉNEKHÉS, 100.
-
- Bijou, 32, 85, 208, 216, 217 (183, 184), 228 (192), 283 (244), 289.
-
- Bijoutier, Bijouterie, 184 (147), 217, 294.
-
- BINOTHRIS, 100.
-
- Biographie, 26, 131, 147, 164, 228, 295.
-
- BIRCH, 20.
-
- BIRKET-KAROUN, 194.
-
- Blé, 107, 120 (v. Grain).
-
- BNÔN, 198.
-
- BOCCHORIS, 252, 253.
-
- BOÊTHOS, 100.
-
- Boeuf, 88, 89, 174, 177, 178 (138), 179, 180, 181, 224, 293.
-
- Bois, 91, 96, 103, 135, 173, 208, 211, 214, 260, 277, 285, 289.
-
- Boisseau, 181.
-
- Boisson, 166.
-
- BOKENRANF, 252.
-
- BONAPARTE, 16.
-
- Bonnet, 232.
-
- Bouchon, 107, 115, 119.
-
- Boulette, 177.
-
- Boumerang, 173, 224.
-
- Bouquet, 282.
-
- Bouquetin, 88.
-
- Bouteilles, 78.
-
- Bracelet, 75, 86 (60), 91, 110 (82, 83), 289.
-
- Brique, 92, 96, 102, 103, 104, 105, 135, 136, 138, 140, 143, 173, 196,
- 203, 211, 260, 277, 294.
-
- Bronze, 96, 155, 158, 279, 294.
-
- BRUGSCH, 20.
-
- BUBASTIS, 250, 251.
-
- Buste, 275.
-
-
-C
-
- Cachet, 115.
-
- Cachette, 276.
-
- Cadastre, 220.
-
- Cage, 175.
-
- CAIRE, 22, 25, 156, 157, 273, 283.
-
- Caisse à canopes, 209.
-
- Calcaire, 81, 108, 150, 151, 155, 203, 268.
-
- CAMBYSE, 256, 257.
-
- Canal, 120, 179, 224, 292, 293.
-
- Canard, 89, 174.
-
- Canope, 209 (171), 273 (234), 274.
-
- Captif, 291.
-
- CARCHEMIS, 255.
-
- CARIE, 254.
-
- Carrière, 187.
-
- Cartonnage, 206, 273, 275.
-
- Cartouche, 115, 116, 190, 202, 244.
-
- Casse-tête, 86.
-
- Caveau funéraire, 214, 273, 274 (v. Chambre funéraire).
-
- Ceinture, 171.
-
- Cellier, 182.
-
- Céramique, 57, 59, 76-81 (37-57) (v. Vase, Poterie).
-
- Cercueil, 146, 208, 273 (234), 274.
-
- Céréales, 68, 73, 180 (v. Blé, Grain, Orge).
-
- CHABAS, 20.
-
- Chacal, 118.
-
- Chaise, 154, 173, 274.
-
- CHALDÉE, 96, 122.
-
- Chambre des ancêtres, 22, 34 (5).
-
- Chambre funéraire, 140, 141, 145, 148, 150, 151 (v. Caveau funéraire).
-
- Chameau, 293.
-
- CHAMPOLLION, 18, 19, 20, 23.
-
- Champs d'Ialou et de Hotpou, 43, 278.
-
- Chapelle, 137, 143, 150, 151, 153, 203, 268.
-
- CHARDIN, 16.
-
- Char. Chariot, 229 (193), 231, 255, 290.
-
- Charrerie, 290.
-
- Charpentier, 92.
-
- Charrue, 89, 180, 292, 293.
-
- Chasse, 32, 41, 56, 74, 83-88, 89, 90, 92, 120, 146, 152,
- 173-177 (133-135), 223 (187), 224, 263-294.
-
- Châsse, 269.
-
- Chaudronnier, 111, 183, 294 (252).
-
- Chelléen, 56, 62, 84, 86.
-
- Cheval, 225, 231, 289, 293.
-
- Chevet, 173, 206.
-
- Cheveux, 83, 171, 172.
-
- Chèvre, 80, 89, 179, 180, 293.
-
- CHINE, 12.
-
- Chronologie, 27-29, 49-52, 198-200.
-
- CHYPRE, 168, 234, 288.
-
- Cire, 275.
-
- Ciste funéraire, 72, 106.
-
- Ciseau, 66, 183.
-
- Ciselure, 283.
-
- Clan, 93, 166.
-
- Coffre, 173.
-
- Coffret, 110, 274, 283, 328 (262).
-
- Coiffeur, 172.
-
- Coiffure, 208 (v. Perruque).
-
- Collier, 74, 91, 171, 172, 217, 289.
-
- Colonnade, 262, 268.
-
- Colonne, 136 (107-109), 146, 151, 201, 204, 205, 260, 268.
-
- Colosse, 25, 263, 277.
-
- Commission d'Egypte, 16, 17, 18, 31.
-
- Commerce, 91, 121, 131, 248, 256, 287, 288, 289.
-
- Concubine, 170.
-
- Conte, 228, 296.
-
- Coquille, 74, 75, 86, 91.
-
- Cordage, 185.
-
- Cordier, 183.
-
- Cordonnier, 183, 294, 295 (253).
-
- Co-régence, 214, 219.
-
- Cornaline, 64, 74, 210, 217.
-
- Correspondance, 26, 165, 241, 295.
-
- Corroyeur, 294.
-
- Corvée, 219.
-
- Costume, 85, 170-172, 208, 222, 289 (v. Vêtement).
-
- Cotte capitonnée, 231.
-
- Couleurs, 161.
-
- Couloir, 150, 153.
-
- Coup-de-poing, 62, 86.
-
- Coupe, 76, 78 (v. Ecuelle).
-
- Cour, 152, 223, 260, 262, 263, 265 (224, 225).
-
- Couronne, 217 (184).
-
- Couteau, 56, 61, 65 (22-23), 66, 74 (33).
-
- Couverture, 173, 183.
-
- Crâne, 84.
-
- CRÈTE, 12, 71, 91, 221, 284, 288.
-
- Crible, 181.
-
- Cristal de roche, 108.
-
- Crocodile, 83, 88.
-
- Cruche, 80.
-
- Cuillère à parfums, 285, 286 (247).
-
- Cuir, 285, 289.
-
- Cuivre, 59, 93, 96, 111, 120, 121, 168.
-
- Culte, 41, 118, 125, 262, 268, 276.
-
- Cylindre, 96, 114 (90), 115, 122.
-
- CYRÉNAIQUE, 245.
-
- CYRUS, 256.
-
-
-D
-
- DADEFRA, 127 (100), 157.
-
- DADKARA-ASSA, 130.
-
- DAHCHOUR, 149, 162, 203, 283.
-
- Dallage, 260 (218).
-
- Danse, 86, 92, 147, 299 (257).
-
- DAPHNAE, 261.
-
- DARIUS II, 257.
-
- Décret, 164.
-
- Défrichement, 292, 293.
-
- DEIR EL BAHARI, 63, 233, 268.
-
- Déluge, 38, 63.
-
- Démembrement, 71, 72, 106.
-
- Démotique, 297 (255).
-
- Dénombrement, 178, 179.
-
- DEN-SETOUI, 116, 117.
-
- Dépiquage, 180 (142), 293.
-
- Description de l'Egypte, 16.
-
- Destruction des hommes par les dieux, 38.
-
- Diabase, 108.
-
- Diadème, 217 (184).
-
- Digue, 179.
-
- DIODORE DE SICILE, 14, 31.
-
- DIONYSOS, 41.
-
- Diorite, 108, 155.
-
- Divan, 173.
-
- DJESER, 125, 137.
-
- Dodécarchie, 254.
-
- Domestication, 89.
-
- DOUAMOUTEF, 49.
-
- Double, 276, 278 (v. _Ka_).
-
- Drogman, 13.
-
- DROVETTI, 23.
-
- Dynasties, 14, 15, 24, 28.
-
- Dyn. divines, 36-47.
-
- Dyn. de demi-dieux et mânes, 47-49.
-
- Dyn. thinites (I et II), 54, 58, 81, 85, 95-122, 124.
-
- Dyn. III, 124-125, 140, 143.
-
- Dyn. IV, 125-129, 144, 149, 157, 162, 185.
-
- Dyn. V, 129-131, 146, 151-152.
-
- Dyn. VI, 131-133, 143, 147, 153, 155.
-
- Dyn. VII-X, 133, 134.
-
- Dyn. XI, 189-191, 200, 202.
-
- Dyn. XII, 27, 191-194, 198-200, 203, 218, 219, 221, 228, 283.
-
- Dyn. XIII, 194-195, 198-200.
-
- Dyn. XIV, 194-195, 198-200.
-
- Dyn. XV, 198-200.
-
- Dyn. XVI, 198-200.
-
- Dyn. XVII, 196, 198-200, 229, 230.
-
- Dyn. XVIII, 219, 230-242, 250, 259, 260, 287.
-
- Dyn. XIX, 242-246.
-
- Dyn. XX, 246-249, 260.
-
- Dyn. XXI, 250, 271, 279.
-
- Dyn. XXII, 250-261, 252.
-
- Dyn. XXIII, 251-252.
-
- Dyn. XXIV, 252.
-
- Dyn. XXV, 253-254, 279.
-
- Dyn. XXVI, 254-257 (v. SAIS).
-
- Dyn. XXVII-XXX, 257-258.
-
-
-E
-
- Ebéniste, 285, 294.
-
- Echange, 186, 289.
-
- Ecriture, 95, 96, 97, 113-115, 118, 120, 122, 125, 163-165, 296-297.
-
- Ecuelle, 78, 107, 108 (v. Coupe, Assiette).
-
- ELAM, 254.
-
- Eléphant, 83, 88, 91, 294.
-
- ELÉPHANTINE, 36, 169.
-
- Elevage, 32, 68, 89, 120, 146, 177-179, 292-293.
-
- ELKAB, 136.
-
- Email, 283, 284, 289.
-
- Emblème, 46.
-
- Embryonnaire (position), 71.
-
- Enceinte, 150.
-
- Encens, 168, 220.
-
- Encre, 165.
-
- Enéolithique, 58.
-
- Enfant, 169, 170.
-
- Enfants d'Horus, 49, 52 (13).
-
- Engraissage, 177.
-
- Ennéade, 36, 48.
-
- Enseigne, 93, 118, 277.
-
- Eolithe, 61.
-
- ERATOSTHÈNE, 14.
-
- Ere, 28.
-
- Escabeau, 173.
-
- Escalier, 104, 137, 223.
-
- Etang, 260, 293.
-
- ETHIOPIE. ETHIOPIEN, 251, 252, 253, 254, 258, 287.
-
- Etoffe, 85, 226, 227, 282.
-
- ETRURIE, 221.
-
- Etui phallique, 85.
-
- EUPHRATE, 232, 234, 243, 294.
-
- EUSÈBE, 14, 16, 48, 50.
-
- _Excerpta Barbari_, 48.
-
-
-F
-
- Famille, 41, 169-170.
-
- Fard, 75.
-
- Faucille, 89, 180, 292.
-
- Faucon, 115, 118.
-
- Faune, 83.
-
- Fausse-porte, 141, 142 (112, 113), 163.
-
- Fauteuil, 173, 274, 285 (246).
-
- Fayence, 109-110 (v. Email).
-
- FAYOUM, 65, 211.
-
- Femme, 169, 170, 289.
-
- Féodalité, 134, 167, 219, 287.
-
- Fer, 58, 59, 294.
-
- Ferme, 177.
-
- Figue, 182.
-
- Filage, 182, 227 (190).
-
- Filet, 88, 175, 176 (135, 136), 177, 224.
-
- Filigrane, 217.
-
- Flèche, 66 (26-29), 87, 175, 231.
-
- Flore, 83.
-
- Fonctionnaire, 119, 131, 219, 220, 287 (v. Administration).
-
- Forgeron, 294.
-
- Formule magique, 139, 152.
-
- Forteresse, 136, 212 (177), 261, 262.
-
- Foulage, 181 (143).
-
- Fourrage, 181.
-
- Frise, 282, 329 (263).
-
- Fruit, 107.
-
- Fusaïole, 92.
-
-
-G
-
- Garde du corps, 166.
-
- Garde-manger, 175.
-
- Gazelle, 72, 73, 88, 89, 174.
-
- Génies funéraires, 49.
-
- GEORGES LE SYNCELLE, 14, 15.
-
- Gerbe, 180, 181.
-
- Girafe, 83, 88.
-
- Globulaire (vase), 109, 111.
-
- Gobelet, 76.
-
- Gomme, 162.
-
- GOSHEN, 222.
-
- Gouvernail, 185, 186.
-
- Grain, 89, 90, 107, 289, 293.
-
- Grand prêtre, 249, 250, 269, 287.
-
- Grand vizir, 287.
-
- Granit, 108, 150, 155, 214, 268.
-
- Grattoir, 61, 65 (24, 25), 66, 74.
-
- GRECE, GREC, ILES GRECQUES, 12, 13, 14, 27, 83, 91, 127, 220, 221,
- 234, 245, 256, 261, 275, 284, 288, 290.
-
- Grenat, 110.
-
- Grenier, 181.
-
- Grès, 108, 268.
-
- Groupe, 154, 155 (124).
-
- Grue, 89, 174.
-
- Guéridon, 173.
-
- Guirlande, 282.
-
-
-H
-
- Habitation, 63, 68, 84 (v. Maison).
-
- Hache, 62, 64 (19, 20), 66, 87, 92, 323 (261).
-
- HAKORIS, 258.
-
- Hameçon, 88, 120, 175.
-
- HAMY, 54.
-
- HAPI, 49.
-
- Harpiste, 228.
-
- Harpon, 74, 88 (64), 174, 224.
-
- HATSHEPSOU, 232, 233, 268, 291.
-
- HAWARA, 203.
-
- HÉBREUX, 15, 259.
-
- HÉLIOPOLIS, 36, 37, 48, 49, 123, 129, 137, 139, 237.
-
- Hématite, 77.
-
- HÉRACLÉOPOLIS, 134, 189.
-
- HERKHOUF, 26, 131, 169.
-
- Herminette, 64 (21), 66, 92, 183.
-
- HÉRODOTE, 13, 31, 128, 193, 253.
-
- Héron, 173.
-
- HIÉRACONPOLIS, 102, 105, 114, 137.
-
- Hiératique, 33, 165, 296, 297.
-
- Hiéroglyphes, 122, 163-165, 207, 297.
-
- Hiérophyphiques d'Horapollon, 14.
-
- Hippopotame, 76, 83, 88, 92, 94 (67), 174.
-
- HITTITES, 243, 244, 245.
-
- HOR-AOUABRA, 214 (179).
-
- HORAPOLLON, 14.
-
- HOREMHEB, 241 (204), 242.
-
- HORUS, 42, 43, 44, 43 (12), 46, 47, 48, 93, 96, 98, 102, 124, 257.
-
- HOTEP-SEKHEMOUI, 101.
-
- Houe, 89.
-
- HOUNI, 125, 126.
-
- HRIHOR, 249, 250.
-
- Huile, 107.
-
- Hutte, 68, 84.
-
- Hyène, 177, 178 (139).
-
- HYKSOS, 24, 195-197, 198, 200, 218, 222, 229, 230, 231, 233, 270, 289.
-
- Hymne, 296.
-
- Hypogée, 32, 147-148, 204, 271, 273.
-
- Hypostyle, 244, 262, 263, 266 (226, 227), 269.
-
-
-I
-
- IALOU, 43, 278.
-
- IANNIAS, 198.
-
- Ibis, 118.
-
- ILLAHOUN, 203.
-
- Importation, 221.
-
- Incrustation, 279, 283, 285.
-
- INDES, 62.
-
- Industrie, 92, 120, 182-184, 226-227, 248, 256, 294.
-
- Inhumation secondaire, 72.
-
- Inondation, 82, 224.
-
- Inscription, 113-118, 160.
-
- Inspecteur, 219.
-
- IONIE, 254.
-
- Isis, 37, 40 (10), 41, 42, 44, 46, 48, 97, 125.
-
- ISRAEL, 15, 259.
-
- ITALIE, 71, 83.
-
- Ivoire, 75, 86, 122, 220, 285, 289.
-
-
-J
-
- JAHVEH, 39.
-
- Jardin, Jardinage, 120, 182, 261, 292.
-
- Jarre, 107 (73), 115, 119, 182.
-
- Javeline, 231.
-
- JÉRUSALEM, 253.
-
- Jeu, 32, 147.
-
- Jeux gymniques, 32.
-
- Joaillerie, 184 (147), 217, 294.
-
- JOPPÉ, 26.
-
- JOSEPH, 222.
-
- JOSÈPHE, 14.
-
- JOSUÉ, 259.
-
- JUDÉE, JUIFS, 14, 15, 251.
-
- Juge, 166.
-
- Jupon, 222.
-
- Justice, 220, 287.
-
-
-K
-
- _Ka_, 139, 144, 152, 153, 210, 214, 277, 278.
-
- KAIEKHOS, 100.
-
- KAMARES, 220.
-
- KAMERIRA, 134.
-
- KAMÈS, 197.
-
- KAQEMNA, 228.
-
- KARNAK, 22, 34, 233, 235, 243, 244, 264 (223), 266 (226), 267 (228),
- 268, 276.
-
- KAROMAMA, 280 (240).
-
- KEBHSENOUF, 49.
-
- KENKENÈS, 100.
-
- KESEM, 222.
-
- KIRCHER, 16.
-
- KHA, 274.
-
- KHAAOU, 51.
-
- KHABIROU, 259.
-
- KHAFRA, 128 (v. KHEFREN).
-
- KHA-M-HA, 280.
-
- KHA-SEKHEMOUI, 101 (69), 104, 106, 114, 116 (94), 117.
-
- KHEFREN, 127 (101), 128, 150, 157 (127).
-
- KHENDI, 195.
-
- KHENT-KHITI, 49.
-
- KHENZER, 195.
-
- KHÉOPS, 126 (99), 127, 128, 129, 149, 180, 228 (v. KHOUFOU).
-
- KHITI, 134.
-
- KHNOUM, 36.
-
- KHONSOU, 48, 263 (221), 264 (223).
-
- KHOUFOU, 26, 127.
-
- KHOUNATEN, 236 (199), 238, 241, 248, 287.
-
- KHOUT-ATEN, 238.
-
- KHOUOU, 49.
-
- _Kjoekkenmoedding_, 68, 69, 73, 89.
-
- KOPTOS, 134.
-
- KOUMMEH, 193.
-
-
-L
-
- Labour, 164, 179 (140), 180, 292 (251).
-
- Labyrinthe, 193, 194.
-
- LAC MOERIS, 193, 194, 224.
-
- Lac sacré, 270.
-
- Lacet, 88.
-
- Lait, 89.
-
- LAKISH, 253.
-
- Lambrissage, 103.
-
- Langue, 228, 294, 295.
-
- Lapis-Lazuli, 216, 217.
-
- Lasso, 88, 175, 178, 224.
-
- Légume, 182.
-
- LEPSIUS, 19, 20.
-
- Lettre, 241, 296.
-
- LIBYE, LIBYEN, 83, 85, 100, 125, 130, 193, 232, 243, 245, 247, 250,
- 255, 290.
-
- LICHT, 203, 213.
-
- LIEBLEIN, 199, 259.
-
- Ligne, 88, 175, 224.
-
- Lin, 181 (144).
-
- Linceul, 206.
-
- Linge, 274.
-
- Lion, 88, 174, 224, 294.
-
- Liste d'offrandes, 164.
-
- Liste royale, 14, 21-25 (2, 3, 5), 117.
-
- Lit, 173, 274, 285.
-
- Litière, 184 (148).
-
- Littérature, 165, 197, 227-228, 294-296.
-
- Liturgie, 41.
-
- Livre des Morts, 274, 283, 296.
-
- Livre de Sothis, 14.
-
- Lotiforme (colonne), 136 (109), 201.
-
- Louvre (musée), 156, 157, 283.
-
- LOUXOR, 63, 264 (222), 265 (224).
-
-
-M
-
- Maçon, 294.
-
- Magasin, 104, 105, 140, 150, 152, 211.
-
- Magdalénien, 56.
-
- Magie, 41, 228.
-
- Maillet, 183.
-
- Maillot, 206.
-
- Maison, 84, 173, 208, 211, 212 (176), 222, 261 (219).
-
- MAÏT, 47.
-
- MANÉTHON, 14, 15, 27, 35, 36, 46, 47, 48, 49, 50, 99, 100, 125, 126,
- 129, 130, 131, 133, 134, 190, 191, 195, 198, 200, 230, 249.
-
- Manicure, 172.
-
- Manteau, 85, 172, 222.
-
- Marais, 82, 173.
-
- Marche, 186 (151), 187.
-
- Mariage, 41, 286.
-
- MARIETTE, 19.
-
- Marine, 291-292 (250) (v. Navigation).
-
- Marteau, 61.
-
- MASAHERTA, 250.
-
- MASHAOUASH, 250.
-
- _Masniti_, 46.
-
- Masque, 205 (166), 206, 273, 275.
-
- Massue, 87 (62-63).
-
- Mastaba, 32, 139-148, 203, 209, 272.
-
- Mât, 185, 186, 263.
-
- Matelas, 173.
-
- Médecine, 41, 100, 165, 166, 296.
-
- MEDINET HABOU, 247, 262 (220), 265 (225), 282.
-
- MÉDITERRANÉE, 71, 81, 83, 91, 121, 225, 255, 284.
-
- MEIDOUM, 148, 162.
-
- MEKHA, 51.
-
- MEMPHIS, 36, 100, 101, 102, 123, 124, 125, 133, 134, 137, 192, 193,
- 253.
-
- MENDES, 97, 258.
-
- MÉNÈS, 29, 44, 50, 51, 52, 54, 59, 95, 96, 98, 99, 100, 124.
-
- MENEPHTAH, 245-246 (208), 247, 259.
-
- MENKAOUHOR, 130.
-
- MENKAOURA, 128 (v. MYCÉRINUS).
-
- MENTOUHOTEP, 134, 190 (154), 191, 201, 202.
-
- Menuisier, 183 (146), 226 (189), 294.
-
- MERBAPA, 117.
-
- Mercenaires, 133, 254, 258, 290.
-
- MERENRA, 132 (106), 158.
-
- MERIT, 274.
-
- MER ROUGE, 91, 96, 121, 168, 220, 226, 255, 292.
-
- MERSEKHA, 114, 117.
-
- MÉSOPOTAMIE, 122.
-
- Métal, 46, 58, 221, 277, 279, 289, 294.
-
- Métallurgie, 93.
-
- Métier, 32, 182 (v. Industrie).
-
- Métier à tisser, 41, 227 (190).
-
- Meuble, 32, 110, 146, 183, 285.
-
- Meule, 180.
-
- MIÈBIS, 100, 117.
-
- MILO, 121.
-
- Mine, 187.
-
- MITANNI, 26, 236.
-
- Mobilier funéraire, 33, 73-76, 120, 146, 163, 208, 271, 274.
-
- MOERIS (lac), 193, 194, 224.
-
- Moïse, 259.
-
- Moisson, 145, 164, 180 (141), 313 (259).
-
- Mollusque, 88.
-
- Momie, 42, 139, 144, 146, 154, 206 (167), 272 (233), 273, 275.
-
- DE MORGAN, 55, 105.
-
- Moulin, 90.
-
- Moustaches, 171.
-
- Moustérien, 56, 57.
-
- Mouton, 179, 180, 293.
-
- Moyen Empire, 32, 124, 134, 162, 189, 228, 249, 276, 290.
-
- Mur, 196.
-
- Musée Britannique, 22.
-
- Musique, 32.
-
- MYCÉRINUS, 128, 129 (103), 150.
-
-
-N
-
- NABUCHODONOSOR, 255.
-
- Nacelle, 90 (65), 173, 185 (149).
-
- Nacre, 75, 85.
-
- Nain, 169.
-
- Naos, 202, 263, 269.
-
- NAPATA, 252.
-
- Nasse, 88, 177.
-
- Natron, 206.
-
- Natte, 72, 173, 182 (145), 183, 208.
-
- Navigation, 90, 184-186, 225-226 (v. Marine).
-
- NAVILLE, 202.
-
- Navire, 291.
-
- NEBKA, 125.
-
- NEB-RA, 101.
-
- NÉCHAO I, 254.
-
- NÉCHAO II, 255, 292.
-
- Nécropole, 69, 72, 93.
-
- NECTANÉBO I, 258 (217).
-
- NECTANÉBO II, 258.
-
- Nef, 186.
-
- NEFERARKARA, 130.
-
- NEFERHOTEP, 195 (158).
-
- NEFERKARA, 134.
-
- NEGADAH, 95, 102, 104-105.
-
- Nègre, 195, 232, 234.
-
- NEHASI, 195.
-
- NEHEB, 51.
-
- NEKHÉROPHÈS, 125.
-
- NEKHTHORHEB, 258 (217).
-
- _Nekyes_, 49.
-
- NENOUTER, 101.
-
- Néolithique, 54, 58.
-
- NEOUSERRA-AN, 130 (104), 138.
-
- NEPHERITÉS, 258.
-
- NEPHTHYS, 48.
-
- Niche, 103, 105, 141.
-
- NIL, 82 et _passim_.
-
- Nilomètre, 224.
-
- NIMROD, 251, 252.
-
- Noé, 39.
-
- Nom d'Horus, 116, 118.
-
- Nomarque, 218, 219, 220.
-
- Nome, 166, 167.
-
- NOUIT, 38, 39 (9).
-
- Nourriture, 166, 222.
-
- NOUTERKHA, 125.
-
- Nouvel Empire, 27, 29, 32, 81, 162, 200, 208, 210, 229-298.
-
- NUBIE, 132, 169, 190, 192, 193, 212, 234, 242, 243, 287, 288.
-
- _Nucléus_, 65, 67.
-
-
-O
-
- Oasis, 62, 193.
-
- Obélisque, 137, 138, 233, 263.
-
- Obsidienne, 108, 121, 216.
-
- Ode, 295.
-
- OEuf, 89.
-
- Offrandes, 141, 145, 276.
-
- Oie, 89, 174, 177.
-
- Oiseau, 75, 173, 175, 294.
-
- OMAR, 297.
-
- Opération chirurgicale, 147.
-
- Or, 110, 111, 121, 184, 217, 284, 288.
-
- Oracle, 129.
-
- Orfèvrerie, 217, 284 (v. Bijouterie, Joaillerie).
-
- Orge, 73, 107, 120.
-
- Ornement de corps, 73, 74 (v. Bijou).
-
- OSIRIS, 40 (10), 41, 42, 47, 48, 97, 164.
-
- OSORKON, 250-251 (212), 252.
-
- Ostracon, 296 (254).
-
- Otage, 234.
-
- OUADI-HAMMAMAT, 132.
-
- OUAZAND, 51.
-
- OUÉNÉPHÉS, 100.
-
- OUNA, 26, 131.
-
- OUNAS, 131, 152.
-
- Oursin, 75.
-
- OUSAPHAIS, 100.
-
- OUSERKARA, 131.
-
- OUSERKAF, 130.
-
- OUSERTESEN, 192 (v. SENOUSRIT).
-
- _Oushabti_, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 328 (262).
-
- Outil, 32, 56, 57, 59, 65, 66, 67, 120.
-
- Oxyrhinque, 164.
-
-
-P
-
- PAAPIS, 236, 298.
-
- Pagne, 170-171, 222, 289.
-
- Paille, 181.
-
- Palais, 118, 136, 211, 224, 260, 282.
-
- Paléolithique, 54, 57, 58, 60.
-
- PALESTINE, 12, 26, 62, 130, 234, 247, 259, 288.
-
- Palette, 75.
-
- Palmiforme (colonne), 136 (107), 201.
-
- PANKHI, 250.
-
- Panodore, 50.
-
- Panthère, 88, 112, 174.
-
- Papyriforme (colonne), 136 (108), 201.
-
- Papyrus, 33, 90, 165, 197, 227 (191), 228, 274, 283, 296.
-
- Papyrus Harris, 26, 248.
-
- Papyrus royal de Turin, 15, 22-24 (3), 27, 35, 37, 46, 47, 48, 49, 50,
- 194.
-
- Parc de chasse, 223 (187), 224, 294.
-
- Parfum, 146, 166, 208, 216.
-
- Patriarches, 221.
-
- Pâturage, 292, 293.
-
- Paysan, 219, 228.
-
- Peau, 72, 85, 289.
-
- Pêche, 32, 56, 74, 88, 95, 120, 146, 181, 173-177 (136), 224, 293-294.
-
- Pectoral, 216 (183), 217.
-
- Pédicure, 172.
-
- Peigne, 75, 86 (61), 92.
-
- Peintre, 183.
-
- Peinture, 32, 161-162, 215-216, 280-283, 294.
-
- PÉLUSE, 196.
-
- Pendeloque, 75, 92.
-
- PENTAOUR, 244.
-
- PÉPI I, 132 (105), 157.
-
- PÉPI II, 132-133, 134, 169.
-
- PERABSEN, 116, 117.
-
- Percepteur, 219.
-
- Perçoir, 183.
-
- Percuteur, 66, 67.
-
- Perdrix, 88.
-
- Période sothiaque, 28.
-
- Périple, 255, 292.
-
- Périscélide, 289.
-
- Péristyle, 223.
-
- Perles, 74, 86, 110, 284.
-
- Perruque, 171, 274, 289.
-
- PERSE, 257, 258.
-
- Perspective, 159, 160.
-
- PETRIE, 55.
-
- PHÉNICIE, 284, 288.
-
- PHILAE, 125.
-
- PHILISTINS, 247.
-
- PIANKHI, 251, 252 (213), 253, 286.
-
- Piédroit, 139.
-
- Piège, 88.
-
- Pierre de Palerme, 24-25 (4), 99-101.
-
- Pierre de Rosette, 11 (1), 17.
-
- Pigeon, 89.
-
- Pilier, 135, 139, 146, 151, 202, 204.
-
- Pinceau, 162.
-
- PINODJEM, 250.
-
- Plafond, 282.
-
- Plancher, 103.
-
- Planchette, 273 (234).
-
- Plaque de schiste, 75 (34-36), 76, 111, 112 (87), 114.
-
- Plaquette, 110, 114 (89).
-
- Plateforme, 137, 147.
-
- Plâtre, 275.
-
- PLINE LE JEUNE, 14.
-
- Plume, 289.
-
- PLUTARQUE, 14.
-
- POCKOKE, 16.
-
- Poème, 228, 244.
-
- Poésie, 296.
-
- Poignard, 53 (14), 74, 87, 110 (84), 111, 197 (160), 217.
-
- Poinçon, 62, 66, 74.
-
- Pointe de flèche, 56, 66 (26-29), 87, 111 (85-86).
-
- Pointe de javelot, 56, 87, 88.
-
- Pointe de lance, 56, 88.
-
- Poisson, 75, 88, 164, 173, 174, 175, 177, 293.
-
- Polissoir, 77.
-
- Polychromie, 161.
-
- Porc, 293.
-
- Porphyre, 81, 108.
-
- Porte-éventail, 119.
-
- Porte-sandales, 119.
-
- Portière, 182.
-
- Portique, 138, 150, 152, 204.
-
- Poterie égéenne, 121.
-
- Potier, 92.
-
- POUNT, 168, 220, 232, 234, 288, 292.
-
- Prédynastique, 60, 63-94.
-
- Préhistorique, 21, 35, 54.
-
- Pressoir, 181 (143).
-
- Prêtre, 129, 130, 131, 166, 237.
-
- Protocole, 115-118.
-
- PSAMMÉTIQUE I, 254 (214), 255.
-
- PSAMMÉTIQUE II, 255.
-
- PSAMMÉTIQUE III, 256.
-
- PSOUSENNÈS, 250.
-
- PTAH, 36-37 (7).
-
- PTAHHOTEP, 228.
-
- PTOLÉMÉES, 14, 17, 297.
-
- Puits, 205, 275.
-
- Pylône, 262, 263, 264 (222, 223), 277.
-
- Pyramides, 123 (97), 125, 126, 127, 128 (102), 129, 131, 138,
- 148-153 (119-120), 202 (163), 203, 268.
-
-
-Q
-
- QEB, 39 (9), 40.
-
- Quartz, 108.
-
-
-R
-
- RA, 35 (6), 37-39, 137, 138, 237.
-
- Racloir, 62, 74 (v. Grattoir).
-
- Raisin, 181 (143), 282 (243).
-
- Rame, 80, 186.
-
- RAMESSEUM, 266 (227).
-
- RAMSÈS I, 242.
-
- RAMSÈS II, 244-245 (207), 248, 250, 259, 266, 276 (235), 277 (236).
-
- RAMSÈS III, 25, 246-248 (209), 261.
-
- RAMSÈS IV-XII, 248-249, 270.
-
- RATOISÈS, 127.
-
- Récolte, 85, 180.
-
- Recrutement, 32.
-
- Régence, 232.
-
- Registre, 220.
-
- Réquisition, 219.
-
- RHAMPSINITE, 26.
-
- Rhinocéros, 88.
-
- Rites funéraires, 42.
-
- Robe, 85, 172, 289.
-
- ROBOAM, 251.
-
- ROME, 27, 275.
-
- Roseau, 90.
-
- DE ROUGÉ, 20.
-
- Royauté, 115, 165-167, 217-219, 285-286.
-
-
-S
-
- SABACON, 252, 253.
-
- DE SACY, 17.
-
- SAHOURA, 130, 151.
-
- SAIS, SAITE, 252, 254, 257, 258, 260, 261, 275, 279, 290.
-
- SALATIS, 198.
-
- Sanctuaire, 84, 262, 263, 268, 269, 270 (v. Temple, Chapelle).
-
- Sandale, 171, 289.
-
- SAQQARAH, 123, 125.
-
- Sarcophage, 33, 145 (117), 146, 149, 153, 206, 207 (168-169), 209,
- 270, 273 (234), 274, 275 (v. Cercueil, Anthropoïde).
-
- SARGON, 252.
-
- Satire des métiers, 33.
-
- Scarabée, 25.
-
- Sceau, 119.
-
- Sceptre, 208.
-
- Scie, 183.
-
- Science, 100, 165, 197, 228, 296.
-
- Scribe, 33, 154 (123), 156 (126), 167.
-
- Sculpture, Sculpteur, 92, 112, 153, 161, 183, 212-215, 275-281, 294.
-
- SEANKHKARA, 191.
-
- SEBEKHOTEP, 195.
-
- SEBEKNEFROU, 194.
-
- SEBENNYTOS, 258.
-
- SEKA, 51.
-
- SEKHET, 38 (8).
-
- Semailles, 145, 179, 180, 292 (251).
-
- SEMEMPSÈS, 100, 117.
-
- SÉMITE, 84, 96, 121, 127, 221 (186).
-
- Sémitisme, 295.
-
- SEMNEH, 193.
-
- SENOUSRIT I, 191 (155), 192, 213, 219.
-
- SENOUSRIT II, 216 (183).
-
- SENOUSRIT III, 192 (156).
-
- SENNAKHÉRIB, 253.
-
- SEQNENRA, 26, 197, 198 (161).
-
- Sérapéum, 19, 283.
-
- _Serdab_, 143, 163, 210.
-
- Serf, 219.
-
- Sertissage, 282.
-
- Service des Antiquités, 20.
-
- SÉSOSTRIS, 192, 244.
-
- SET, 41, 42, 43, 44, 45 (12), 46, 47, 48, 93, 97, 101, 117, 124.
-
- SÉTI I, 242-244 (205), 266, 267.
-
- SÉTI II, 246.
-
- SETNEKHT, 246-247.
-
- SHABATOKA, 253.
-
- SHARDANE, 250, 290.
-
- _Sheikh-el-Beled_, 6 (frontispice), 156 (125).
-
- SHEPSESKARA, 130.
-
- SHESHONQ, 250, 251.
-
- _Shesou-Hor_, 35, 50.
-
- SHOU, 39 (9), 48.
-
- SI-AMON, 250.
-
- Silex, 32, 53-67 (14-29), 74, 75, 86 (60), 92, 96, 110 (84),
- 111 (85-86), 120, 231.
-
- Silure, 164.
-
- SINAI, 100, 114, 121, 127, 129, 130, 132, 168, 190, 193.
-
- Singe, 182.
-
- SINOUHIT, 26, 228.
-
- SIOUT, 134, 189, 218.
-
- SIPHTAH, 246, 272 (233).
-
- SISAK, 251.
-
- SMENDÈS, 250.
-
- SNEFROU, 126, 143, 149, 161.
-
- Soldat, 218 (185), 290 (249).
-
- Soleil, 130 (v. Ra).
-
- Solutréen, 56, 57.
-
- SOMALIS, 54, 168, 220.
-
- SOTHIS, 28.
-
- Soubassement, 105.
-
- SOUDAN, 12, 83, 130, 169, 193, 220, 232, 234, 252, 288, 290.
-
- Sphéroïde (vase), 109 (80).
-
- Sphinx, 128, 150, 189 (153), 201, 214, 263.
-
- Statue, 112, 113, 144, 152, 153-158, 160, 197, 201, 202, 210, 213,
- 214.
-
- Statuette, 210, 211 (174).
-
- Statuette funéraire, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 284.
-
- Stéatopygie, 84.
-
- Stèle, 104, 105, 114, 115, 119, 125, 138, 141, 143, 203, 280, 296.
-
- Store, 208.
-
- STRABON, 14, 31.
-
- Stuc, 260, 285.
-
- SUEZ, 196.
-
- Syphilis, 84.
-
- SYRIE, SYRIEN, 26, 127, 168, 190, 193, 220, 232, 234, 235, 243, 245,
- 246, 247, 250, 252, 253, 255, 284, 288, 289, 290, 293, 294.
-
- Syringe, 270.
-
-
-T
-
- Table d'offrandes, 143 (114, 115), 163.
-
- Tablette, 26, 236, 240 (202).
-
- TAFNEKHT, 252.
-
- TAHARQA, 253, 254.
-
- TAKELOT, 251.
-
- Talisman, 76.
-
- TANIS, 132, 250.
-
- TANOUTAMON, 254.
-
- TAOUSERT, 246.
-
- Tapis, 183.
-
- Tatouage, 86.
-
- TEKA, 51.
-
- TELL EL AMARNA, 26, 236, 237, 238, 239, 240, 241, 275, 281, 282.
-
- Temple, 106, 118, 131, 135, 136-138, 200, 201, 214, 233, 236, 262-270,
- 276, 280.
-
- Tenture, 182.
-
- TÉOS, 258.
-
- Terrasse, 202, 268.
-
- Terre cuite, 74.
-
- TESH, 51.
-
- TETI, 131.
-
- Textes religieux, 164, 208, 227, 228.
-
- THEBES, 134, 190, 192, 194, 196, 200, 218, 235, 237, 238, 242, 250,
- 251, 252, 253, 254, 261, 274, 287, 290, 291.
-
- Théologie, 165, 166.
-
- THII, 236.
-
- THINIS, 49, 98, 102.
-
- THOT, 39 (9), 42, 44, 45, 47, 48.
-
- THOUTMÈS I, 232 (195).
-
- THOUTMÈS II, 232.
-
- THOUTMÈS III, 26, 232, 233 (196), 259.
-
- THOUTMÈS IV, 229, 234 (197), 235.
-
- Tissage, 92, 182, 227 (190).
-
- Titulature, 101, 115-118, 124.
-
- Toilette, 166, 172 (132).
-
- Toit, 186.
-
- Tombeau, 31, 32, 33, 59, 64, 69, 76, 102-106, 119, 126, 135, 139-153,
- 154, 158, 161, 162, 202-211, 268, 270-275, 277, 278, 280, 296.
-
- Tortue, 75.
-
- TOSORTHROS, 125.
-
- Totem, 93.
-
- TOUAA, 274.
-
- TOUAREGS, 62.
-
- TOUTANKHAMON, 240 (203), 242, 274.
-
- Traîneau, 187.
-
- Traité, 245.
-
- Transport, 219.
-
- Trésor, 263.
-
- Tribu, 41, 46 (v. Clan).
-
- Tribunal d'Osiris, 43.
-
- Troubleau, 177.
-
- Troupeau, 292, 293.
-
- Tuberculose, 84.
-
- TUNISIE, 245.
-
- TURIN, 23, 274.
-
- Turquoise, 217.
-
- TYPHON, 41.
-
-
-U
-
- Ustensile, 32, 146, 274, 285.
-
-
-V
-
- Vache, 178.
-
- Vaisseau, 186.
-
- Vannage, 181, 322 (260).
-
- Vannerie, 78, 80, 183, 282.
-
- Vase à parfum, 274.
-
- Vase en bois, 283.
-
- Vase en émail et en verre, 284.
-
- Vase en métal, 217, 283-284, 289.
-
- Vase en pierre, 59, 81, 92, 107-109, 163, 183, 187, 121, 208, 216-283,
- 284.
-
- Vase en terre, 32, 73, 76-81, 107-108, 163, 209, 216.
-
- Vendange, 146, 181.
-
- Ventilation, 223.
-
- Vergue, 185.
-
- Verre, 284.
-
- Vêtement, 32, 41, 120, 146, 166, 170-171, 222, 274 (v. Costume).
-
- Viande, 73, 107.
-
- Vigne, 120, 181, 282 (243).
-
- Village, 64, 67-68, 80, 84, 93.
-
- Vilebrequin, 108.
-
- Ville, 41, 211, 219, 222.
-
- Vin, 107.
-
- Vizir, 166.
-
- Voile, 185, 186, 225.
-
-
-X
-
- XOIS, 194.
-
-
-Y
-
- YOUAA, 274.
-
- YOUNG, 17.
-
-
-Z
-
- ZERAKH, 251.
-
-[Illustration: _Fig. 258._ Tête de femme (XVIIIe dynastie).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 259._ Moissonneurs portant la récolte (Tombeau
-d'Anna, Thèbes, XVIIIe dynastie).]
-
-
-
-
-BIBLIOGRAPHIE
-
-Liste des principaux ouvrages concernant les divers domaines de
-l'Egyptologie. Les titres précédés d'un astérique sont ceux des livres
-qu'on peut se procurer le plus facilement.
-
-
-A. OUVRAGES GÉNÉRAUX
-
-I. HISTOIRE
-
- *FR. W. VON BISSING. _Geschichte Aegyptens im Umriss._ Berlin 1904.
-
- *J. H. BREASTED. _A History of Egypt._ New-York 1905.
-
- H. BRUGSCH. _Geschichte Aegyptens unter den
- Pharaonen._ Leipzig 1877.
-
- *E. A. WALLIS BUDGE. _A History of Egypt._ 8 vol.
- (Books on Egypt and Chaldaea IX-XVI.) Londres 1902.
-
- FR. LENORMANT. _Histoire Ancienne de l'Orient_.
- T. II et III. Les Egyptiens (9e édit.). Paris 1887.
-
- *J. LIEBLEIN. _Recherches sur l'histoire et la
- civilisation de l'ancienne Egypte._ Leipzig 1910-11.
-
- -- _Recherches sur la chronologie égyptienne._ Christiania 1873.
-
- F. J. LAUTH. _Aus Aegyptens Vorzeit._ Berlin 1881.
-
- G. MASPERO. _Histoire ancienne des peuples de
- l'Orient classique._ 3 vol. Paris 1895-99.
-
- -- _Histoire ancienne des peuples de l'Orient_.
- 1 vol. 6e édit. Paris 1904.
-
- ED. MEYER. _Geschichte des Altertums_ I et II.
- (En cours de publication.) Stuttgart 1909.
-
- -- _Histoire de l'Antiquité._ I-VIII.
- (En cours de publ.) Paris 1912.
-
- -- _Aegyptische Chronologie._ Berlin 1904.
-
- *W. FL. PETRIE. _A History of Egypt_. 3 vol. Londres 1899-1905.
-
- G. F. UNGER. _Chronologie des Manetho._ Berlin 1867.
-
- A. WIEDMANN. _Aegyptische Geschichte._ Gotha 1884.
-
-
-LISTES ROYALES
-
- E. BRUGSCH et U. BOURIANT. _Le Livre des rois._ Le Caire 1887.
-
- E. A. WALLIS BUDGE. _The Book of the Kings of Egypt._
- 3 vol. Londres 1908.
-
- H. GAUTHIER. _Le Livre des rois d'Egypte._ 5 vol.
- (Mém. de l'Inst. fr. d'Arch. orient. du Caire,
- t. XVII-XXI.) Le Caire 1907-1918.
-
- C. R. LEPSIUS. _Königsbuch der alten Aegypter._
- 2 vol. Berlin 1858.
-
-
-2. GÉOGRAPHIE
-
- E. AMÉLINEAU. _La géographie de l'Egypte à l'époque
- copte._ Paris 1893.
-
- *K. BÆDEKER (G. STEINDORFF). _Egypte et Soudan._
- (3e édit. franç.) Leipzig 1898.
-
- *G. BENEDITE. _Egypte_ (Guide Joanne.) Paris 1900-1905.
-
- H. BRUGSCH. _Geographische Inschriften
- altägyptischer Denkmäler._ 3 vol. Leipzig 1857-1860.
-
- -- _Dictionnaire géographique de l'ancienne Egypte._ Leipzig 1879.
-
- J. F. CHAMPOLLION. _L'Egypte sous les Pharaons._
- 2 vol. Paris 1814.
-
- J. DUMICHEN. _Geographie des alten Aegyptens_
- (dans MEYER. _Gesch. Aeg._ 1re edit.) Berlin 1887.
-
- -- _Zur Geographie des alten Aegyptens._ Leipzig 1894.
-
- J. DE ROUGÉ. _Géographie ancienne de la Basse
- Egypte._ Leipzig 1894.
-
- _An atlas of ancient Egypt._ (Publ. of the Egypt
- Exploration Fund.) Londres 1894.
-
- E. SCHIAPARELLI. _La Geografia dell'Africa
- orientale._ Rome 1916.
-
-
-3. RELATIONS EXTÉRIEURES
-
- F. W. VON BISSING. _Der Anteil der aegyptischen
- Kunst am Kunstleben der Völker._ Munich 1912.
-
- W. M. MULLER. _Asien und Europa nach aegyptischen
- Denkmälern._ Leipzig 1893.
-
- -- _Egyptological Researches_ (2 vol.). Washington 1906-1910.
-
- *W. M. FL. PETRIE. _Egypt and Israel._ Londres 1911.
-
- R. WEILL. _Recueil des inscriptions égyptiennes
- du Sinaï._ Paris 1904.
-
-
-4. CIVILISATION
-
- H. BRUGSCH. _Die Aegyptologie._ Leipzig 1891.
-
- F. CHABAS. _Etudes sur l'Antiquité historique._
- (3e édit.) Paris 1873.
-
- *AD. ERMAN-RANCKE. _Aegypten und aegyptisches
- Leben im Altertum_ (2e édit.). Tübingen 1923.
-
- *V. LORET. _L'Egypte au temps des Pharaons._ Paris 1889.
-
- *G. MASPERO. _Lectures historiques._ Paris 1890.
-
- J. ROSELLINI. _I Monumenti dell'Egitto e della
- Nubia._ (Vol. IV-VIII. Monumenti civili.). Pise 1843-36.
-
- *H. SCHNEIDER. _Kultur und Denken der alten
- Aegypter._ Leipzig 1909.
-
- J. GARDNER WILKINSON. _The Manners and Customs of the
- ancient Egyptians._ (4e éd. par S. BIRCH.) 3 vol. Londres 1878.
-
- A. WIEDEMANN. _Herodots zweites Buch._ Leipzig 1890.
-
- W. WRESZINSKI. _Atlas zur altägyptischen
- Kulturgeschichte._ Leipzig 1914.
-
-
-5. ART
-
- F. W. VON BISSING. _Denkmäler aegyptischer
- Sculptur._ 1 vol. et 2 atlas. Leipzig 1908-13.
-
- L. BORCHARDT. _Die aegyptische Pflanzensäule._ Berlin 1897.
-
- J. CAPART. _L'art égyptien._ 2 vol. de planches. Bruxelles 1909-11.
-
- -- _Leçons sur l'art égyptien._ Bruxelles 1920.
-
- A. CHOISY. _L'art de bâtir chez les Egyptiens._ Paris 1904.
-
- G. FOUCART. _Histoire de l'ordre lotiforme._ Paris 1897.
-
- G. JÉQUIER. _Décoration égyptienne._ Paris 1911.
-
- -- _Les temples memphites et thébains._ Paris 1921.
-
- -- _Les temples ramessides et saïtes._ Paris 1923.
-
- -- _Les temples ptolémaïques et romains._ (sous presse).
-
- *G. MASPERO. _L'archéologie égyptienne._ Paris 1887.
-
- *-- _Egypte_ (collection «Ars una»). Paris 1912.
-
- G. PERROT ET CH. CHIPIEZ. _Histoire de l'Art
- dans l'Antiquité._ I _Egypte._ Paris 1882.
-
- *W. M. FL. PETRIE. _Egyptian Decorative Art._ Londres 1895.
-
- *-- _Arts and Crafts of ancient Egypt._ Edimbourg 1909.
-
- *H. SCHAFER. _Von ägyptischer Kunst._ 2 vol. Leipzig 1920.
-
- *W. SPIEGELBERG. _Geschichte der aegyptischen
- Kunst._ Leipzig 1903.
-
-
-6. ÉCRITURE
-
-HIÉROGLYPHES
-
- PH. BERGER. _Histoire de l'écriture dans
- l'antiquité_, p. 90-104. Paris 1891.
-
- F. LL. GRIFFITH. _Beni Hasan_ III. Londres 1896.
-
- -- _Hieroglyphs._ Londres 1898.
-
- -- _The Mastaba of Ptahhetep and Akhethetep._ I. Londres 1900.
-
- M. A. MURRAY. _Saqqara Mastabas_ I. Londres 1905.
-
-
-HIÉRATIQUE
-
- AD. ERMAN. _Die Märchen des Papyrus Westcar_, t. II. Berlin 1890.
-
- S. LEVI. _Raccolta dei Signi ieratici egizi._ Turin 1882.
-
- G. MOLLER. _Hieratische Palaeographie._ 3 vol. Leipzig 1909-1913.
-
-
-DÉMOTIQUE
-
- H. BRUGSCH. _Grammaire démotique._ Paris 1855.
-
-
-7. LANGUE
-
-GRAMMAIRE
-
- H. BRUGSCH. _Hieroglyphische Grammatik._ Leipzig 1872.
-
- J. F. CHAMPOLLION. _Grammaire égyptienne._ Paris 1836.
-
- E. DRIOTON. _Cours de grammaire égyptienne._ Nancy 1922.
-
- AD. ERMAN. _Aegyptische Grammatik_ (3e éd.) Berlin 1911.
-
- V. LORET. _Manuel de la langue égyptienne._ Paris 1889.
-
- E. DE ROUGÉ. _Chrestomathie égyptienne_, 4 vol. Paris 1867-76.
-
- K. SETHE. _Das aegyptische Verbum._ 3 vol. Leipzig 1899.
-
-
-DICTIONNAIRE
-
- H. BRUGSCH. _Hieroglyphisch-demotisches Wörterbuch._
- Vol. I-IV et suppl. Vol. V-VII. Leipzig 1867-82.
-
- AD. ERMAN, H. GRAPOW. _Aegyptisches Handwörterbuch._ Berlin 1904.
-
- S. LEVI. _Vocabolario geroglifico-copto-ebraico._
- Vol. I-IV et suppl. Vol. VII-VIII. Turin 1887-94.
-
- P. PIERRET. _Vocabulaire hiéroglyphique._ Paris 1875.
-
-
-8. LITTÉRATURE
-
- *J. BREASTED. _Ancient Records of Egypt_, 5 vol. Chicago 1906-07.
-
- G. MASPERO. _Etudes égyptiennes._ Vol. I. Paris 1879.
-
- -- _Du genre épistolaire chez les Egyptiens._ Paris 1872.
-
- *-- _Les Contes populaires de l'Egypte ancienne._
- (4e édit.). Paris 1911.
-
- W. M. MULLER. _Die Liebespoesie der alten Aegypter._ Leipzig 1899.
-
- _Records of the Past._ Vol. II, IV, VI, VIII, X, XII.
- Londres 1874-81.
-
-
-9. RELIGION
-
- H. BRUGSCH. _Religion und Mythologie der alten
- Aegypter._ Leipzig 1888.
-
- E. A. WALLIS BUDGE. _The Gods of the Egyptians_
- (2 vol.). Londres 1904.
-
- -- _Osiris and the Egyptian Resurrection_ (2 vol.). Londres 1911.
-
- *AD. ERMAN. _Die aegyptische Religion._ Berlin 1905.
-
- G. MASPERO. _Etudes de Mythologie et d'Archéologie
- égyptiennes._ (Vol. I-VI. Bibliothèque
- Egyptologique, t. I, II, VIII, IX, XXVII, XXVIII.) Paris 1893-1912.
-
- *ED. NAVILLE. _La Religion des Anciens Egyptiens_
- (Annales du Musée Guimet. Bibl. de Vulgarisation
- t. XXIII.) Paris 1906.
-
- *W. M. FL. PETRIE. _Religion and Conscience in
- Egypt._ Londres 1898.
-
- *_Personal Religion in Egypt before Christianity._ Londres 1909.
-
- P. PIERRET. _Essai sur la Mythologie égyptienne._ Paris 1879.
-
- *G. STEINDORF. _The Religion of the ancient
- Egyptians._ New-York 1905.
-
- V. VON STRAUSS UND TORNEY. _Der altaegyptische
- Götterglaube._ 2 vol. Heidelberg 1889.
-
- *A. WIEDEMANN. _Die Religion der alten Aegypter._ Münster 1890.
-
-
-RITES
-
- *E. A. W. BUDGE. _The Liturgy of funerary
- offerings_ (Books on Egypt and Chaldaea. Vol. XXV). Londres 1909.
-
- *-- _The Book of Opening the Mouth._ 2 vol.
- (_ibid._ Vol. XXVI et XXVII). Londres 1909.
-
- H. KEES. _Der Opfertanz des aegyptischen Königs._ Leipzig 1912.
-
- E. LEFÉBURE. _Rites égyptiens._ (Publ. de l'Ecole
- des Lettres d'Alger. IV.) Paris 1890.
-
- *A. MORET. _Du caractère religieux de la royauté
- pharaonique_. (Annales du Musée Guimet. Bibl.
- d'Etudes, t. XV.). Paris 1902.
-
- *-- _Le Rituel du Culte divin journalier en Egypte_
- (_ibid._ t. XIV). Paris 1902.
-
- E. SCHIAPARELLI. _Il Libro dei Funerali degli
- antichi Egiziani_, 3 vol. et atlas de planches. Turin 1882.
-
- G. MASPERO. _Le rituel du sacrifice funéraire._
- Bibliothèque égyptologique I. p. 283-324. Paris 1893.
-
-
-TEXTES ANCIENS
-
-
- 1. _Livre des pyramides._
-
- G. MASPERO. _Les Inscriptions des Pyramides de
- Saqqarah._ (Extrait du Recueil de Travaux.) Paris 1894.
-
- K. SETHE. _Die altaegyptischen Pyramidentexte._ (En
- cours de publication. 4 vol. parus.) Leipzig 1908. sq.
-
-
- 2. _Textes funéraires du Moyen Empire._
-
- P. LACAU. _Textes religieux._ (Parait dans le
- Recueil de travaux. Vol. XXVI et suiv.) Paris 1904 sq.
-
- R. LEPSIUS. _Aelteste Texte des Todtenbuchs._ Berlin 1867.
-
-
- 3. _Livre des morts._
-
- *E. A. WALLIS BUDGE. _The Book of the Dead._ 3 vol.
- (Texte, traduction et index.) Londres 1898.
-
- *P. LE PAGE RENOUF. _The Book of the Dead._
- Translation and commentary (Life-Work, vol. IV.) Paris 1907.
-
- R. LEPSIUS. _Das Todtenbuch der Aegypter._ Leipzig 1842.
-
- ED. SAVILLE. _Das aegyptische Totenbuch der_
- XVIII-XX. _Dyn_. 3 vol. Berlin 1886.
-
- G. MASPERO. _Le livre des morts._ Bibliothèque
- égyptol. I. p. 325-387. Paris 1893.
-
- *P. PIERRET. _Le Livre des morts._ (2e édit.) trad. Paris 1907.
-
- W. PLEYTE. _Chapitres supplémentaires du Livre des
- morts._ 3 vol. Leide 1881.
-
- *E. DE ROUGÉ. _Etudes sur le Rituel funéraire des
- anciens Egyptiens._ Bibl. égyptol. XXIII. Paris 1910.
-
-
- 4. _Livre de l'Am.-Douat._
-
- G. JÉQUIER. _Le livre de ce qu'il y a dans l'Hadès._ Paris 1894.
-
- R. V. LANZONE. _Le domicile des Esprits._ Paris 1879.
-
- E. LEFÉBURE. _Le Tombeau de Seti Ier_ (Mém. de la
- Mission franç. au Caire, t. II.) Paris 1886.
-
- G. MASPERO. _Les Hypogées royaux de Thèbes._
- (Bibliothèque égyptol. II, p. 1-181.) Paris 1893.
-
-
- 5. _Ouvrages divers._
-
- E. VON BERGMANN. _Das Buch vom Durchwandeln der
- Ewigkeit._ Vienne 1877.
-
- E. CHASSINAT. _Le livre de protéger la barque divine._
- (Recueil de travaux XVI. p. 105-122.) Paris 1894.
-
- -- _Etude sur quelques textes de provenance thébaine._
- (Bulletin de l'Inst. fr. d'arch. or. du Caire,
- III. 129-163.) Le Caire 1903.
-
- J. DE HORRACK. _Les lamentations d'Isis et de
- Nephthys._ Paris 1866.
-
- -- _Le livre des respirations._ Paris 1877.
-
- H. JUNKER. _Die Stundenwachen in den
- Osiris-Mysterien._ Vienne 1910.
-
- -- _Die Onurislegende._ Vienne 1917.
-
- J. LIEBLEIN. _Le livre égyptien «Que mon nom
- fleurisse»._ Leipzig 1895.
-
- E. GRÉBAUT. _Hymne à Ammon-Râ._ Paris 1874.
-
- H. KEES. _Der Opfertanz des aegyptischen Königs._ Leipzig 1912.
-
- V. LORET. _Les fêtes d'Osiris au mois de Khoïak._
- (Recueil de travaux III-V.) Paris 1882-84.
-
- G. MASPERO. _Hymne au Nil._ Le Caire 1912.
-
- E. NAVILLE. _Textes relatifs au Mythe d'Horus._ Leipzig 1870.
-
- -- _La Litanie du Soleil._ Leipzig 1875.
-
- -- _La destruction des hommes par les dieux._
- (Transaction of the Soc. of Bibl. Arch.
- IV et VIII.) Londres 1875-85.
-
-
- 6. _Textes magiques._
-
- F. CHABAS. _Le papyrus magique Harris._ Chalon 1860.
-
- AD. ERMAN. _Zaubersprüche für Mutter und Kind._ Berlin 1901.
-
- G. DARESSY. _Textes et dessins magiques._
- (Catal. gén. du Musée du Caire.) Le Caire 1903.
-
- W. GOLENISCHEFF. _Die Metternichstele._ Leipzig 1877.
-
-
-10. PUBLICATIONS DE TEXTES
-
-MONUMENTS
-
- H. BRUGSCH. _Recueil de monuments égyptiens._ 6 vol. Leipzig 1861-83.
-
- -- _Thésaurus inscriptionum aegyptiacarum._ 6 vol. Leipzig 1883-91.
-
- J. F. CHAMPOLLION. _Monuments de l'Egypte et de la
- Nubie._ 4 vol. de planches et 2 vol.
- de texte. Paris 1835 sq.
-
- J. DUMICHEN. _Historische Inschriften altägyptischer
- Denkmäler._ 2 vol. Leipzig 1867.
-
- -- _Altägyptische Kalenderinschriften._ Leipzig 1866.
-
- -- _Altägyptische Tempelinschriften._ 2 vol. Leipzig 1867.
-
- R. LEPSIUS. _Denkmaler aus Aegypten und Aethiopien._
- Planches 12 vol. Texte 5 vol. Berlin 1840 sq.
-
- J. ROSELLINI. _Monumenti dell'Egitto e della Nubia._
- Planches 3 vol. Texte 9 vol. Pise 1832-44.
-
- R. DE ROUGÉ. _Inscriptions hiéroglyphiques copiées
- en Egypte._ 4 vol. Paris 1877-79.
-
- _Description de l'Egypte._ 1re édit. Planches.
- 14 vol. Texte. 9 vol. Paris 1809 sq.
- 2e édit. Planches 11 vol. Texte 26 vol. Paris 1821 sq.
-
- _Urkunden des aegyptischen Altertums._ En cours
- de publication. Leipzig 1903 sq.
-
- _Archaelogical Survey of Egypt._ 24 vol. parus. Londres 1890 sq.
-
-
-FOUILLES
-
- _Egypt Exploration Fund._ 37 vol. parus. Londres 1883 sq.
-
- _Egypt Research Account. British school of
- Archaeology._ 18 vol. parus. Londres 1898 sq.
-
- _Deutsche Orient Gesellschaft._ Leipzig 1908 sq.
-
- _Services des Antiquités de l'Egypte._
- (Comptes rendus de fouilles). Le Caire 1894 sq.
-
- W. M. FLINDERS PETRIE. Publications diverses. Londres 1896 sq.
-
-
-MUSÉES
-
- _Catalogue général des antiquités égyptiennes
- du Musée du Caire._ 59 vol. parus depuis 1901.
-
- _Beschreibung der aegyptischen Sammlung .... in
- Leiden._ 11 vol. parus depuis 1907.
-
- _Aegyptische Inschriften aus den Kg. Museen zu
- Berlin._ 2 vol. parus depuis 1901.
-
- C. LEEMANS. _Monuments égyptiens du Musée
- d'Antiquités des Pays-Bas_ à Leide. Leide 1832 sq.
-
- P. PIERRET. _Recueil d'inscriptions inédites du
- Musée égyptien du Louvre._ 2 vol. Paris 1874-78.
-
- E. SCHIAPARELLI. _Museo archeologico di
- Firenze.--Antichita Egizie._ Rome 1887.
-
-
-PAPYRUS
-
- _Select papyri in the hieratic character from the
- British Museum._ Londres 1841-60.
-
- _Hieratische Papyrus aus den kg. Museum zu Berlin._
- 5 vol. parus. Leipzig 1901 sq.
-
- S. BIRCH. _Inscriptions in the hieratic and demotic
- character_ (British Museum). Londres 1868.
-
- -- _Facsimile of an egyptian hieratic papyrus of the
- reign of Ramses_ III. Londres 1876.
-
- TH. DEVÉRIA. _Le papyrus judiciaire de Turin et les
- papyrus Lee et Rollin_ (Bibliothèque
- égyptologique V). Paris 1897.
-
- G. EBERS. _Papyros Ebers._ 2 vol. Leipzig 1875.
-
- A. EISENLOHR. _Ein mathematisches Handbuch der alten
- Aegypter._ 2 vol. Leipzig 1877.
-
- AD. ERMAN. _Die Märchen des Papyrus Westcar_ (2 vol.). Berlin 1890.
-
- -- _Gespräch eines Lebensmüden mit seiner Seele._ Berlin 1896.
-
- A. GARDINER. _Egyptian hieratic texts._
- (En cours de publication.) Leipzig 1911 sq.
-
- -- _Admonitions of an aegyptian Sage._ Leipzig 1909.
-
- F. LL. GRIFFITH. _Hieratic papyri from Kahun
- and Gurob._ Londres 1898.
-
- G. JÉQUIER. _Le Papyrus Prisse et ses variantes._ Paris 1910.
-
- A. MARIETTE. _Les papyrus égyptiens du Musée
- de Boulaq._ Paris 1872-77.
-
- W. PLEYTE et F. ROSSI. _Les papyrus de Turin._ 2 vol. Leide 1869-76.
-
- G. REISNER. _The Hearst medical papyrus._ Leipzig 1905.
-
- W. WRESZINSKI. _Der grosse medizinische Papyrus des
- Berliner Museums._ Leipzig 1909.
-
-
-11. MÉMOIRES EN SÉRIES
-
- Mémoires publiés par les membres de la Mission
- archéologique française au Caire. (16 vol.). Paris 1884-1897.
-
- Mémoires publiés par les membres de l'Institut
- français d'archéologie orientale du Caire
- (45 vol. parus). Le Caire 1902 sq.
-
- Bibliothèque égyptologique, contenant les oeuvres
- des égyptologues français (25 volumes parus). Paris 1893 sq.
-
- Untersuchungen zur Geschichte und Altertumskunde
- Aegyptens. (6 vol. parus.). Leipzig 1896 sq.
-
- Recueil d'Etudes égyptologiques dédiées à la mémoire
- de J.-F. Champollion. Paris 1922.
-
-
-12. PÉRIODIQUES
-
- Ancient Egypt. Londres dès 1914.
-
- Annales du Service des Antiquités de l'Egypte. Le Caire dès 1900.
-
- Bulletin de l'Institut français d'archéologie
- orientale. Le Caire dès 1901.
-
- Journal of Aegyptian archeology. Londres dès 1914.
-
- Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne.
- (Vol. I-III.) Paris 1872-77.
-
- Recueil de travaux relatifs à la philologie et à
- l'archéologie égyptiennes et assyriennes. Paris dès 1870.
-
- Revue égyptologique. Paris dès 1880.
-
- Society of Biblical Archaeology. Transactions I-IX.
- Londres 1872-93. Proceedings I-XL. Londres 1879-1918.
-
- Sphinx. Revue critique. (Vol. I-XXI.) Upsala 1897-1918.
-
- Zeitschrift für aegyptische Sprache und
- Altertumskunde. Leipzig dès 1863.
-
-
-B. OUVRAGES SPÉCIAUX
-
-1. ÉPOQUES PRÉDYNASTIQUE ET THINITE
-
- E. AMÉLINEAU. _Les nouvelles fouilles d'Abydos._ 4 vol.
- Paris 1899 sq.
-
- -- _Le tombeau d'Osiris._ Paris 1899.
-
- E. AYRTON. _Predynastic cemetery at El Mahasna._ Londres 1911.
-
- J. CAPART. _Les débuts de l'art en Egypte._ Bruxelles 1909.
-
- J. GARSTANG. _Mahasna and Bet-Khallaf._ Londres 1902.
-
- J. DE MORGAN. _Recherches sur les Origines de
- l'Egypte._ 2 vol. Paris 1896-97.
-
- W. M. FL. PETRIE, J. E. QUIBELL. _Nagada and Ballas._ Londres 1896.
-
- FL. PETRIE. _The Royal Tombs of the earliest dyn._
- 2 vol. Londres 1900-01.
-
- -- _Diospolis parva._ Londres 1901.
-
- -- _Abydos._ 2 vol. Londres 1902-03.
-
- J. E. QUIBELL. _Hieraconpolis._ 2 vol. Londres 1900 sq.
-
- -- _Archaïc objects_ (catal. gén. du Caire). Le Caire 1905.
-
- D. RANDALL-MACIVER. _El-Amrah and Abydos._ Londres 1902.
-
- G. REISNER. _The early dynastie cemeteries of
- Naga-ed-Dêr._ Leipzig 1908.
-
- K. SETHE. _Beitrage zur ältesten Geschichte Aegyptens._ Leipzig 1905.
-
- R. WEIL. _Des monuments et de l'histoire des_ IIe
- et IIIe _dynasties égyptiennes._ Paris 1908.
-
-
-2. ANCIEN EMPIRE
-
- F. W. VON BISSING. _Die Mastaba des Gem-ni-kai._ 2 vol.
- Berlin 1905 sq.
-
- -- _Das Rè-Heiligtum des Königs Ne-Woser-Rè._ 2 vol. Berlin 1905 sq.
-
- L. BORCHARDT. _Das Grabdenkmal des Königs Ne-User-Re._ Berlin 1907.
-
- -- _Das Grabdenkmal des Königs Nefer-ir-ke-Re._ Berlin 1909.
-
- -- _Das Grabdenkmal des Königs Sa-hu-Re._ 2 vol. Berlin 1910-13.
-
- J. CAPART. _Une rue de tombeaux à Saqqarah._ 2 vol. Bruxelles 1907.
-
- N. DE G. DAVIES. _Ptahhetep and Akhethetep._ 2 vol. Londres 1900.
-
- -- _The Rock-tombs of Sheikh-Said._ Londres 1901.
-
- -- _The Rock-tombs of Deir-el-Gebrawi._ 2 vol. Londres 1902.
-
- A. MARIETTE. _Les Mastabas de l'Ancien Empire._ Paris 1889.
-
- M. A. MURRAY. _Saqqara Mastaba_ I. Londres 1904.
-
- W. M. FL. PETRIE. _Medum._ Londres 1893.
-
- -- _Deshasheh._ Londres 1898.
-
- E. DE ROUGÉ. _Recherches sur les monuments qu'on peut
- attribuer aux six premières dynasties de Manéthon._ Paris 1866.
-
-
-3. MOYEN EMPIRE
-
- E. CHASSINAT et CH. PALANQUE. _Une campagne de
- fouilles dans la nécropole d'Assiout._ Le Caire 1911.
-
- N. DE G. DAVIES, A. GARDINER. _The tomb of Antefoker._ Londres 1920.
-
- J. GARSTANG. _The Burial Customs of Ancient Egypt._ Londres 1907.
-
- J. E. GAUTIER, G. JEQUIER. _Mémoire sur les fouilles
- de Licht._ Caire 1902.
-
- F. LL. GRIFFITH. _The Inscriptions of Siut and
- Der-Rifeh._ Londres 1889.
-
- P. LACAU. _Sarcophages antérieurs au Nouvel Empire
- thébain_ (2 vol.). Le Caire 1904.
-
- H. O. LANGE et H. SCHAEFER. _Grab und Denksteine
- des Mittleren Reichs._ 4 vol. Berlin dès 1902.
-
- A. C. MACE, H. E. WINLOCK. _The Tomb of Senebtisi
- at Lisht._ New-York 1916.
-
- J. DE MORGAN. _Fouilles à Dahchour._ 2 vol. Vienne 1895-1903.
-
- ED. NAVILLE. _The_ XIth _dynasty Temple at
- Deir-el-Bahari._ 3 vol. Londres 1907 sq.
-
- P. E. NEWBERRY. _Beni Hasan._ 4 vol. Londres 1892 sq.
-
- -- _El Bersheh._ 2 vol. Londres 1894 sq.
-
- H. SCHÆFER. _Priestergräber .... vom Totentempel des
- Ne-User-Rè._ Leipzig 1908.
-
- G. STEINDORFF. _Grabfunde des Mittleren Reichs._
- 2 vol. Berlin 1896 sq.
-
-
-4. NOUVEL EMPIRE
-
- N. DE G. DAVIES. _The Rock-tombs of El-Amarna_
- (6 vol.). Londres 1903 sq.
-
- -- GARDINER. _The tomb of Amenemhèt._ Londres 1915.
-
- -- _The Tomb of Nakht at Thèbes._ New-York 1917.
-
- P. LACAU. _Stèles du Nouvel Empire._ Le Caire 1909.
-
- A. MARIETTE. _Abydos_ I. Paris 1880.
-
- -- _Karnak._ Leipzig 1875.
-
- ED. NAVILLE. _The Temple of Deir-el-Bahari._ 7 vol. Londres 1900.
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- P. E. NEWBERRY. _The life of Rekmara._ Londres 1900.
-
- Mis OF NORTHAMPTON, W. SPIEGELBERG, P. NEWBERRY.
- _Excavations in the Theban necropolis._ Londres 1908.
-
- K. SETHE. _Urkunden der_ XVIIIe _dynastie._ 4 vol. Leipzig 1906 sq.
-
- Mém. de la Mission archéologique française au Caire,
- t. V. Paris 1894.
-
-[Illustration: _Fig. 260._ Vanneurs (tombeau de Nakht. Thèbes XVIIIe
-dynastie).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 261._ Haches d'Ahmès I. d'après MARIETTE. _Album du
-Musée de Boulaq_, pl. XXXI.]
-
-
-
-
-TABLE DES GRAVURES
-
-
- Pages
-
- Le «_Sheikh-el-beled_» statue en bois de l'Ancien Empire
- (frontispice).
- 1. Quelques lignes de la Pierre de Rosette 11
- 2. La table royale d'Abydos 22
- 3. Fragments du papyrus royal de Turin 23
- 4. Partie supérieure de la Pierre de Palerme 24
- 5. Panneau de la Salle des Ancêtres de Karnak 34
- 6. Rà dans la barque solaire 35
- 7. Ptah 37
- 8. Sekhet 38
- 9. Nouït portant la barque solaire: Shou et Qeb; Thot 39
- 10. Osiris et Isis 40
- 11. Anubis embaumeur 43
- 12. Set et Horus réunissant les deux parties du pays sous
- l'autorité du roi 45
- 13. Les Enfants d'Horus 52
- 14. Poignard en silex 53
- 15-18. Instruments paléolithiques 61
- 19-21. Haches et herminette en silex 64
- 22-25. Couteaux et grattoirs en silex 65
- 26-29. Pointes de flèches en silex 66
- 30. Tombeau prédynastique 69
- 31. Tombeau prédynastique 70
- 32. Tombeau prédynastique 71
- 33. Couteau en silex 74
- 34-36. Plaques de schiste 75
- 37-41. Vases rouges à bord noir 77
- 42-46. Poterie rouge 77
- 47-49. Vases rouges à décor blanc 78
- 50-51. Vases à cordon 79
- 52-54. Vases peints 79
- 55. Vase peint 80
- 56-57. Poterie grossière 81
- 58. Sanctuaire primitif 84
- 59. Figurines d'ivoire d'époque archaïque 85
- 60. Bracelet en silex 86
- 61. Peigne en os 86
- 62-63. Massues 87
- 64. Harpon en os 88
- 65. Modèle de nacelle en terre cuite 90
- 66. Barque préhistorique. Graffito 91
- 67. Hippopotame en terre cuite 94
- 68. Vue perspective du tombeau de Negadah 95
- 69. Tête de Kha-Sekhemouï 101
- 70. Plan d'un tombeau royal à Abydos 103
- 71. Stèle royale d'Abydos 104
- 72. Tombe d'époque thinite 106
- 73. Jarre en terre 107
- 74-75. Vases cylindriques en terre 108
- 76-79. Coupes en pierre dure 108
- 80-81. Vases de pierre 109
- 82-83. Bracelets de la Ire dynastie 110
- 84. Poignard en silex à poignée d'or 110
- 85-86. Pointes de flèches 111
- 87. Plaque de schiste 112
- 88. Statue archaïque, Turin 112
- 89. Tablette en ébène 114
- 90. Empreinte de cylindre 114
- 91. Protocole du roi Amenemhat III 115
- 92. Noms de rois de la Ire dynastie 116
- 93. Nom du roi Perabsen 116
- 94. Nom du roi Kha-Sekhemouï 116
- 95. Nom du roi Den-Setouï 116
- 96. Chien en ivoire 122
- 97. La pyramide à degrés de Saqqarah 123
- 98. Bas-relief de Snefrou au Sinaï 126
- 99. Khéops 126
- 100. Dadefra 127
- 101. Khefren 127
- 102. La grande pyramide et le sphinx de Gizeh 128
- 103. Mycérinus 129
- 104. Neouserra 130
- 105. Pepi I 132
- 106. Merenra 132
- 107. Colonne palmiforme 136
- 108. Colonne papyriforme 136
- 109. Colonne lotiforme 136
- 110. Le temple du Soleil à Abousir 137
- 111. Plan d'un mastaba de la IVme dynastie 140
- 112. Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah 141
- 113. Fausse-porte de la Vme dynastie 142
- 114-115. Tables d'offrandes de l'Ancien Empire 143
- 116. Mastabas près de la grande pyramide 144
- 117. Sarcophage de Khoufou-Ankh 145
- 118. Plan du tombeau de Ti 146
- 119. Pyramide de Moïdoum 148
- 120. Coupe de la pyramide de Khéops 149
- 121. Chapelle funéraire de Sahoura 151
- 122. Statue de Ra-Nofer 153
- 123. Scribe agenouillé 154
- 124. Groupe de l'Ancien Empire 155
- 125. Tête du Sheikh-el-Beled 156
- 126. Tête du scribe accroupi (Musée du Caire) 156
- 127. Statue de Khefren 157
- 128. Bas relief du Mastaba de Ptahhotep à Saqqarah 159
- 129. Peinture d'un tombeau de Meïdoum 162
- 130. Panneau de Hosi 164
- 131. Costumes de l'Ancien Empire 171
- 132. Ptahhotep à sa toilette 172
- 133. Chasse et pêche au marais 174
- 134. Chasse au lasso 174
- 135. Chasse au filet 175
- 136. Scènes de pêche 176
- 137. Basse-cour 177
- 138. Engraissage des boeufs 178
- 139. Antilopes. Engraissage des hyènes 178
- 140. Labourage et semailles 179
- 141. Scène de moisson 180
- 142. Dépiquage du grain 180
- 143. Foulage et pressurage du raisin 181
- 144. Récolte du lin 181
- 145. Tressage de nattes 182
- 146. Menuisiers 183
- 147. Orfèvres et Joailliers 184
- 148. Litière 184
- 149. Fabrication de nacelles 185
- 150. Barque (IVme dynastie) 185
- 151. Scène de marché 186
- 152. Forage de vases de pierre 187
- 153. Sphinx du Moyen Empire 189
- 154. Mentouhotep IV (?) 190
- 155. Senousrit I 191
- 156. Senousrit III 192
- 157. Amenemhat III 193
- 158. Neferhotep 195
- 159. Tête d'un roi hyksos 196
- 160. Poignard d'Apepi 197
- 161. Tête de la momie de Seqnenra 198
- 162. Reconstitution du monument de Mentouhotep II 201
- 163. Pyramide de Senousrit III à Dahchour 202
- 164. Façade de tombeau à Beni Hassan 204
- 165. Tombeau de Beni Hassan 205
- 166. Masque de momie 205
- 167. Momie du Moyen Empire 206
- 168. Sarcophage du Moyen Empire 206
- 169. Intérieur d'un sarcophage 207
- 170. Sarcophage anthropoïde 208
- 171. Canope du Moyen Empire 209
- 172. Statuette de serviteur 209
- 173. Modèle de barque 210
- 174. Statuette de bois 211
- 175. _Oushabti_ du Moyen Empire 211
- 176. Modèle de maison en terre cuite 212
- 177. Attaque d'une forteresse 212
- 178. Statues de Senousrit I. Licht 213
- 179. Statue du roi Hor 214
- 180. Bas-relief de Koptos 215
- 181. Vase en cornaline 216
- 182. Vase en lapis-lazuli 216
- 183. Pectoral de Senousrit II 216
- 184. Couronne en or 217
- 185. Groupes de soldats d'un prince de Siout 218
- 186. Nomades sémites 221
- 187. Parc de chasse 223
- 188. Barque à voile carrée 225
- 189. Menuisiers 226
- 190. Femmes filant et tissant 227
- 191. Une page du papyrus Prisse 227
- 192. Bijou de la XIIme dynastie 228
- 193. Panneau du char triomphal de Thoutmès IV 229
- 194. Aménophis I, Turin 231
- 195. Tête de la momie de Thoutmès I 232
- 196. Thoutmès III 233
- 197. Tête de la momie de Thoutmès IV 234
- 198. Sphinx d'Aménophis III 235
- 199. Buste de Khounaten 236
- 200. Adoration d'Aten. Tell el Amarna 238
- 201. Peinture de Tell el Amarna 239
- 202. Tablette de Tell el Amarna 240
- 203. Toutankhamon 240
- 204. Horemheb 241
- 205. Tête de la momie de Séti I 242
- 206. Campagnes de Séti I (Temple de Karnak) 243
- 207. Tête de la momie de Ramsès II 244
- 208. Tête de la momie de Menephtah 245
- 209. Tête de la momie de Ramsès III 246
- 210. Bataille contre les Philistins 247
- 211. Bataille navale sous Ramsès III 248
- 212. Osorkon I 251
- 213. Rois et princes faisant leur soumission à Piânkhi 252
- 214. Psammétique I 254
- 215. Apriès 255
- 216. Amasis 256
- 217. Nectanébo I 258
- 218. Fragment d'un dallage peint 260
- 219. Maison et jardin 261
- 220. Pavillon de Ramsès III à Medinet-Habou 262
- 221. Plan du temple de Khonsou à Karnak 263
- 222. Pylone du temple de Louxor 264
- 223. Temple de Khonsou à Karnak 264
- 224. Cour du temple de Louxor (Aménophis III) 265
- 225. Cour du temple de Medinet-Habou (Ramsès III) 265
- 226. Salle hypostyle de Karnak (Séti I) 266
- 227. Salle hypostyle du Ramesseum (Ramsès II) 266
- 228. Bas-relief du temple de Karnak (Séti I) 267
- 229. Bas-relief du temple de Séti I à Abydos 267
- 230. Barque sacrée d'Amon à Abydos 269
- 231. Plan du tombeau de Ramsès IV 270
- 232. Tombeau d'un particulier 271
- 233. Momie de Siphtah 272
- 234. Sarcophage, cercueils, caisse à canopes 273
- 235. Statue de Ramsès II, à Turin 276
- 236. Ramsès II présentant une offrande 277
- 237. Statuette en bois du musée de Turin 277
- 238. _Oushabtis_ du Nouvel Empire 278
- 239. Groupe d'époque saïte 279
- 240. La reine Karomama. Bronze incrusté 280
- 241. Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha 280
- 242. Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna 281
- 243. Cueillette des raisins 282
- 244. Bijou de la XIXme dynastie 283
- 245. Vases d'albâtre. (XVIIIme dynastie) 284
- 246. Fauteuil en bois doré 285
- 247. Cuillère à parfums 286
- 248. Syriens apportant des vases 288
- 249. Soldats égyptiens 290
- 250. Vaisseaux de l'expédition de Hatshepsou au pays de Pount 291
- 251. Scènes de labour et de semailles 292
- 252. Atelier de chaudronnerie 294
- 253. Atelier de cordonniers 295
- 254. Ostracon hiératique 296
- 255. Fragment d'un contrat démotique 297
- 256. Aménophis fils de Paapis 298
- 257. Repas et danseuses 299
- 258. Tête de femme (XVIIIme dynastie) 312
- 259. Moissonneurs portant la récolte 313
- 260. Vanneurs 322
- 261. Haches d'Ahmès I 323
- 262. Coffret à oushabtis. Turin 328
- 263. Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIme dyn. 329
- 264. Buste de princesse (XIXme dynastie) 332
-
-
-La vignette de la couverture représente un sphinx de Thoutmès III, au
-Musée du Caire, d'après une photographie de E. Brugsch-Pacha.
-
-[Illustration: _Fig. 262._ Coffret à oushabtis. Turin (d'ap. PETRIE.
-_Photographs_, No 183).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 263._ Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIe
-dynastie (d'après JÉQUIER. _Décor égypt_., pl. XXXIII).]
-
-
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-
- Pages
-
- Préface 9
-
- Chap. I. LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE 11
-
- _Sources classiques_ 13
- _La Description de l'Egypte_ 16
- _Déchiffrement des hiéroglyphes_ 17
- _Progrès de l'égyptologie_ 19
- _Listes royales_ 21
- _Documents historiques divers_ 25
- _Chronologie_ 27
- _La civilisation égyptienne_ 29
-
- Chap. II. L'ÉGYPTE LÉGENDAIRE 35
-
- A. LES DYNASTIES DIVINES 36
-
- _Les dieux cosmiques_ 36
- _Osiris et son cycle_ 40
-
- B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MÂNES 47
-
- C. LA CHRONOLOGIE LÉGENDAIRE 49
-
- Chap. III. L'ÉGYPTE ARCHAIQUE 53
-
- I. Paléolithique 60
-
- II. Prédynastique 63
-
- A. MONUMENTS 63
-
- _Silex_ 64
- _Villages_ 67
- _Tombeaux_ 68
- _Mobilier funéraire_ 73
- _Céramique_ 76
-
- B. CIVILISATION 81
-
- _Le pays_ 82
- _La race_ 83
- _Habitations_ 84
- _Costume et parure_ 85
- _Chasse et pêche_ 86
- _Elevage. Agriculture_ 89
- _Navigation_ 90
- _Commerce extérieur_ 91
- _Arts et métiers_ 91
- _Organisation sociale et politique_ 93
-
- Chap. IV. ÉPOQUE THINITE (De 4000 à 3400 av. J.-C. env.) 95
-
- A. HISTOIRE ET TRADITION 98
-
- B. MONUMENTS 102
-
- _Tombeaux_ 102
- _Mobilier funéraire_ 106
- _Inscriptions_ 113
-
- C. CIVILISATION 118
-
- _Royauté_ 118
- _Tribus_ 118
- _Fonctionnaires_ 119
- _Peuple_ 119
- _Commerce extérieur_ 121
-
- Chap. V. ANCIEN EMPIRE (De 3400 à 2200 av. J.-C. env.) 123
-
- A. HISTOIRE 123
-
- _IIIme dynastie_ 124
- _IVme dynastie_ 125
- _Vme dynastie_ 129
- _VIme dynastie_ 131
- _La fin de l'empire memphite_ 133
-
- B. MONUMENTS 135
-
- _Architecture_ 135
- _Temples_ 136
- _Mastabas_ 139
- _Pyramides_ 148
- _Sculpture_ 153
- _Peinture_ 161
- _Objets usuels_ 162
- _Inscriptions_ 163
-
- C. CIVILISATION 165
-
- _Royauté et gouvernement_ 165
- _Relations extérieures_ 168
- _Famille_ 169
- _Vêtement_ 170
- _Mobilier. Habitation_ 173
- _Chasse et pêche_ 173
- _Elevage_ 177
- _Agriculture_ 179
- _Métiers_ 182
- _Navigation_ 184
-
- Chap. VI. MOYEN EMPIRE (De 2200 à 1500 av. J.-C. env.) 189
-
- A. HISTOIRE 189
-
- _XIme dynastie_ 189
- _XIIme dynastie_ 191
- _XIIIme et XIVme dynasties_ 194
- _Les Hyksos_ 195
- _XVIIme dynastie_ 197
- _Chronologie_ 198
-
- B. MONUMENTS 200
-
- _Architecture_ 200
- _Sculpture_ 212
- _Peinture_ 215
- _Arts industriels_ 216
-
- C. CIVILISATION 217
-
- _Royauté_ 217
- _Gouvernement_ 219
- _Relations extérieures_ 220
- _Vie privée_ 222
- _Chasse et pêche_ 224
- _Agriculture et élevage_ 224
- _Navigation_ 225
- _Industrie_ 226
- _Littérature_ 227
-
- Chap. VII. NOUVEL EMPIRE (De 1500 à 332 av. J.-C.) 229
-
- A. HISTOIRE 229
-
- _XVIIIme dynastie_ 230
- _Les rois hérétiques_ 236
- _XIXme dynastie_ 242
- _XXme dynastie_ 246
- _XXIme dynastie_ 250
- _XXIIme dynastie_ 250
- _XXIIIme dynastie_ 251
- _XXIVme dynastie_ 252
- _XXVme dynastie_ 253
- _XXVIme dynastie_ 254
- _Epoque perse_ (dynasties XXVII à XXX) 257
- _L'Exode des Hébreux_ 259
-
- B. MONUMENTS 259
-
- _Architecture_ 260
- _Temples_ 262
- _Tombeaux_ 270
- _Sculpture_ 275
- _Peinture_ 280
- _Arts industriels_ 283
-
- C. CIVILISATION 285
-
- _Royauté_ 285
- _Gouvernement_ 287
- _Relations extérieures. Commerce_ 287
- _Vie civile. Vêtement_ 289
- _Armée_ 289
- _Marine_ 291
- _Agriculture. Elevage_ 292
- _Pêche et chasse_ 293
- _Industrie_ 294
- _Langue et littérature_ 294
-
- INDEX 299
-
- BIBLIOGRAPHIE 313
-
- TABLE DES GRAVURES 323
-
-[Illustration: _Fig. 264._ Buste de princesse (XIXe dyn.) photographie
-de E. Brugsch-Pacha.]
-
-
-
-
- ACHEVÉ D'IMPRIMER
- LE DIX FÉVRIER MIL NEUF CENT VINGT-CINQ
- PAR LA
- SOCIÉTÉ D'IMPRIMERIE D'AMBILLY S. A.
- A ANNEMASSE (HAUTE-SAVOIE)
- POUR LA LIBRAIRIE PAYOT--PARIS
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-
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-Note de transcription détaillée:
-
-Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
-L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. En
-particulier:
-
- - les années sont parfois écrites avec un séparateur de milliers,
- parfois sans,
- - beaucoup de noms propres ont une accentuation et capitalisation
- variable, comme pour Amenophis / Aménophis,
- Ne-User-Rè / Ne-user-Ré / Ne-user-Re ou encore ka / Ka.
-
-En revanche, la ponctuation dans les notes et la bibliographie a été
-harmonisée afin d'en améliorer la présentation.
-
-Les notes en marge, qui denotaient une nouvelle section ont été
-intégrées au texte, en tant que titre de section.
-
-
-
-
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-Gustave Jéquier
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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-
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-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
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-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation information page at www.gutenberg.org
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
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-contact links and up to date contact information can be found at the
-Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact
-
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-
-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
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-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
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