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diff --git a/43924-0.txt b/43924-0.txt new file mode 100644 index 0000000..0eccb38 --- /dev/null +++ b/43924-0.txt @@ -0,0 +1,10487 @@ +*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43924 *** + +Note de transcription: + +Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. +L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. Voir +la note plus détaillée à la fin de ce livre. + + + + + HISTOIRE + + DE LA + + CIVILISATION ÉGYPTIENNE + + + + +DU MÊME AUTEUR + + +_Le livre de ce qu'il y a dans l'Hadès._ (Bibliothèque de l'Ecole +des Hautes Etudes, t. XCVII.)--Paris, E. Bouillon, 1894. + +_Catalogue des Monuments et Inscriptions de l'Egypte antique_, t. +I à III (en collaboration avec J. de Morgan, U. Bouriant, G. +Legrain et A. Barsanti).--Vienne, Holzhausen, 1894-1909. + +_Mémoire sur les Fouilles de Licht_ (en collaboration avec J.-Et. +Gautier). Mémoires de l'Institut français d'Archéologie orientale +du Caire, t. VI.--Le Caire, 1902. + +_Monuments pour servir à l'étude du culte d'Atonou en Egypte_ (en +collaboration avec U. Bouriant et G. Legrain). Mémoires de +l'Institut français d'Archéologie orientale du Caire, t. VIII.--Le +Caire, 1903. + +_Le Papyrus Prisse et ses variantes._--Paris, P. Geuthner, 1911. + +_Décoration égyptienne._ Plafonds et frises végétales du Nouvel +Empire Thébain.--Paris, Eggimann, 1911. + +_Le tissage aux cartons et son utilisation décorative dans +l'Egypte ancienne_ (en collaboration avec A. van +Gennep.)--Neuchâtel, 1916. + +_Les frises d'objets des sarcophages du Moyen Empire._ Mémoires de +l'Institut français d'Archéologie orientale du Caire, t. +XLVII.--Le Caire, 1921. + +_Matériaux pour servir à l'établissement d'un dictionnaire +d'archéologie égyptienne._ Bulletin de l'Institut français +d'Archéologie orientale du Caire, t. XIX.--Le Caire, 1922. + +_L'Architecture et la décoration dans l'Ancienne Egypte_: + + I. _Les temples memphites et thébains_; + II. _Les temples ramessides et saïtes_; + III. _Les temples ptolémaïques et romains._--Paris, + Morancé, 1921 et 1923. + + + + + GUSTAVE JEQUIER + + PROFESSEUR D'ÉGYPTOLOGIE A L'UNIVERSITÉ DE NEUCHATEL + CORRESPONDANT DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES + + + + + HISTOIRE + + DE LA CIVILISATION + + ÉGYPTIENNE + + DES ORIGINES A LA CONQUÊTE D'ALEXANDRE + + Ouvrage orné de 265 gravures + Nouvelle édition revue + +[Illustration] + + PAYOT, PARIS + + 106, BOULEVARD ST-GERMAIN + + 1925 + + _Tous droits réservés_ + + +_Premier tirage Juin 1913_ + +_Deuxième tirage Décembre 1923_ + +_Troisième tirage Janvier 1925_ + +Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés pour +tous pays. + +Copyright 1913, by Payot & Cie. + + + + +[Illustration: Le «Sheikh-el-Beled» (d'après MARIETTE. _Album du Musée +de Boulaq_, pl. 18).] + + + + +[Décoration] + + + + +_PRÉFACE_ + + +_Une Egypte immuable, figée dans sa civilisation hiératique depuis +l'aube la plus lointaine de l'histoire jusqu'au moment où elle tombe +entre les mains des Grecs, une Egypte entièrement séparée du reste de +l'humanité et n'ayant exercé aucune influence sur le développement du +monde ancien, telle est la double légende qui, dans le public lettré +d'aujourd'hui, est encore considérée presque comme un axiome, comme une +de ces vérités élémentaires devant lesquelles on s'incline sans +discuter. Et pourtant cette légende, si l'on en cherche l'origine, +repose sur bien peu de chose, sur les impressions de quelques voyageurs +qui parcoururent la vallée du Nil à une époque où l'état de la science +ne permettait pas encore une étude rationnelle et fructueuse des +monuments._ + +_Les Grecs, si fiers de leur supériorité sur les autres peuples, n'ont +cependant jamais rangé les Egyptiens parmi les barbares; bien plus, ils +reconnaissent hautement, à l'occasion, la part prédominante de l'Egypte +dans la naissance et le développement de leur propre civilisation et ne +font aucune difficulté pour avouer qu'à la base même de la culture +grecque, on trouve des racines égyptiennes. Il eût été du reste bien +invraisemblable qu'un pays qui comme l'Egypte était arrivé à un très +haut degré de civilisation alors que ses voisins en étaient encore à +l'état primitif, n'exerçât pas sur eux une influence considérable. En +effet, plus nous apprenons à connaître l'Egypte et les peuples +méditerranéens anciens, plus nous retrouvons de traces de cette +influence; tous ont puisé à cette source la force nécessaire pour se +développer, et s'ils ont transformé ce qu'ils ont emprunté, chacun +suivant son génie naturel, il n'en est pas moins vrai que c'est la +civilisation égyptienne qui a le plus contribué à faire prospérer toutes +les autres, et que par suite nous avons envers elle une lourde dette de +reconnaissance._ + +_Depuis la découverte des hiéroglyphes, tous les travaux entrepris au +sujet des monuments anciens de l'Egypte montrent clairement que la +civilisation de ce pays, comme partout ailleurs, eut ses alternatives de +croissance, de grandeur et de décadence, et plus les travaux se +spécialisent, plus les différences entre les époques s'accusent. +Jusqu'ici cependant, la tendance de certains ouvrages d'ensemble a été +d'insister sur la ligne générale, de chercher à présenter un tout +homogène plutôt que de différencier les périodes, ce qui ne pouvait +qu'accréditer toujours davantage dans le public la vieille légende de +l'Egypte immuable._ + +_Le but de ce petit livre est de réagir contre ces idées erronées, +d'étudier successivement toutes les grandes étapes de la civilisation +égyptienne, de montrer les progrès réalisés peu à peu malgré les +secousses et les changements de régime, en groupant les résultats acquis +autour d'un rapide aperçu de l'histoire elle-même, comme aussi +d'indiquer la naissance des arts, des industries, des différentes +branches de la civilisation égyptienne, leur expansion progressive dans +les pays limitrophes, et la part qui leur revient dans le développement +de la culture générale._ + + _G. J._ + +[Décoration] + + + + +[Illustration: _Fig. 1._ Quelques lignes de la Pierre de Rosette +(d'après LEPSIUS. _Auswahl der wichtigsten Urkunden_, pl. XVII).] + + + + +CHAPITRE PREMIER + +LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE + + +Isolée comme est l'Egypte par la mer et les déserts, son développement +devait être original. Ce pays favorisé par la nature, avec son climat +chaud et son sol d'une fertilité exceptionnelle, toujours renouvelé par +les inondations du Nil et livrant généreusement à l'homme tout ce qui +peut lui être nécessaire pour vivre, était destiné à devenir un des +berceaux de la civilisation; ici l'homme n'avait pas besoin, comme +ailleurs, d'efforts répétés et incessants pour s'assurer une maigre +subsistance et une existence précaire: il n'avait qu'à se laisser vivre +et il lui suffisait d'un léger travail pour réaliser un sérieux progrès +de bien-être. Défendue naturellement de trois côtés, par la Méditerranée +et les déserts arabique et lybique, l'Egypte n'avait que peu de chose à +craindre du côté de ses voisins plus ou moins turbulents et, à l'origine +tout au moins, elle n'eut pas, semble-t-il, à subir de ces +bouleversements qui arrêtent parfois pour longtemps une civilisation +naissante. Ce n'est pas la lutte pour la vie qui est la cause du +développement intellectuel et industriel des premiers Egyptiens, mais le +besoin instinctif d'augmenter le bien-être dont la nature avait déjà +largement pourvu les habitants de ce pays privilégié. + +Il ne faut pas songer à établir combien de siècles ou de milliers +d'années dura cette période de travail latent, de développement +progressif, à laquelle nous appliquons le terme peu précis de +préhistorique. Toujours est-il que vers 4.000 avant J.-C, à une époque +où la barbarie la plus absolue régnait sur le reste du monde et où seule +la Babylonie, autre berceau de la civilisation, et peut-être aussi la +Chine, pourraient montrer un état analogue, nous trouvons en Egypte un +royaume constitué régulièrement et solidement, une race possédant une +langue qui présente déjà certains caractères de décadence et une +écriture compliquée mais parfaite en son genre, un peuple sachant +utiliser tous les matériaux pour la construction de monuments +importants, et déjà très avancé dans la connaissance et l'exercice des +arts, un peuple industriel en possession des métaux et pour lequel +l'agriculture et l'élevage du bétail n'ont plus de secrets. Une force +pareille ne pouvait rester confinée dans un petit pays comme l'Egypte et +devait nécessairement rayonner au dehors, les défenses naturelles, mer +et déserts, ne pouvant entraver une expansion toute pacifique, et peu à +peu le commerce s'établissait, vers le Soudan d'abord, sans doute, puis +vers la Palestine et les pays situés plus au nord. Les fouilles récentes +pratiquées en Crète montrent l'influence considérable qu'exerça l'Egypte +sur les civilisations naissantes de la Grèce et de l'Archipel et cela +dès l'Ancien Empire, donc pendant le quatrième millénaire avant J.-C. +aussi bien que pendant la période mycénienne; ainsi se confirment les +légendes où les Grecs reconnaissaient eux-mêmes le rôle qu'avait joué +vis-à-vis de leurs ancêtres directs ce peuple paisible, industrieux, +artiste et commerçant. + + +_Sources classiques_ + +Il y a cent ans, tout ce qu'on savait de l'Egypte antique, de son +histoire et de sa religion aussi bien que de ses moeurs et coutumes, se +réduisait aux données fournies par des écrivains étrangers au pays, en +particulier par les auteurs classiques, à côté desquels il n'y a guère à +signaler que les renseignements disséminés dans les livres de l'Ancien +Testament. Parmi les Grecs qui écrivirent sur l'Egypte, le premier rang, +tant par la date que par la valeur de son oeuvre, appartient sans +contredit à Hérodote, qui nous trace un tableau des plus remarquables de +l'état du pays à son époque, tableau plein de détails piquants saisis +sur le vif par un observateur sûr et avisé, mais mélangés de contes +invraisemblables, de racontars de toute sorte, recueillis avec le plus +grand sérieux et une inlassable confiance dans les drogmans de son +temps, qui étaient sans doute aussi peu instruits et aussi peu +scrupuleux que de nos jours. Quoi qu'il en soit, et bien qu'il soit +souvent difficile d'y distinguer le vrai du faux, cet ouvrage, qui forme +l'ensemble le plus complet que nous aient donné les auteurs anciens sur +l'Egypte, était et est encore considéré à juste titre comme la base de +tout travail général sur les peuples de la vallée du Nil, et l'auteur de +la phrase fameuse: «l'Egypte est un don du Nil» mérite de conserver, en +ce qui concerne ce pays aussi, son titre de «père de l'histoire». Pour +compléter les renseignements d'ordres si divers que donne Hérodote, on +avait encore ceux que fournissent d'autres auteurs moins anciens--et +parfois aussi moins dignes de foi--tels que Diodore de Sicile, Pline le +Jeune, Strabon et certains historiens de second ordre dont quelques +fragments seulement nous sont parvenus. Pour l'écriture sacrée, on +pouvait consulter les Hiéroglyphiques d'Horapollon, et, pour la +religion, Hermès Trismégiste et surtout le livre de Plutarque sur Isis +et Osiris, qui est encore aujourd'hui le document le plus important, le +tableau d'ensemble le plus parfait d'un des mythes fameux de l'antiquité +orientale. Concernant l'histoire proprement dite enfin, on avait +composé, sur la demande des Ptolémées, des ouvrages spéciaux donnant la +liste des rois, la longueur de leurs règnes, quelques détails sur les +plus importants d'entre eux, en somme une sorte de classification +méthodique de l'histoire, basée sur des documents originaux. Telles +étaient la liste d'Eratosthène dont quelques fragments nous sont +parvenus, recueillis par Apollodore, puis d'après celui-ci par Georges +le Syncelle, et surtout les Aegyptiaca de Manéthon. Ce livre, écrit au +IIIme siècle avant notre ère, est aujourd'hui perdu, de même que son +Livre de Sothis, qui traitait du même sujet, mais surtout au point de +vue chronologique: des fragments en ont cependant été recueillis par +Josèphe, ceux en particulier qui concernaient le séjour des Juifs en +Egypte, tandis que certains auteurs, entre autres l'Africain et Eusèbe, +en avaient tiré une sorte de résumé, d'_epitome_, donnant seulement la +liste des dynasties, le nombre d'années pendant lequel elles régnèrent +et, pour les plus illustres d'entre elles, les noms des rois et un bref +récit de leur carrière. Au temps où l'on ne connaissait l'Egypte que par +les auteurs grecs, cette sèche énumération de chiffres et de noms +barbares, plus ou moins travestis, ne pouvait guère attirer l'attention +des savants qui n'avaient aucun point de comparaison; depuis que nous +sommes en possession des monuments originaux, ce petit opuscule, tronqué +et mutilé, qui ne nous est parvenu que par ricochet, est devenu une des +sources les plus précieuses de l'histoire d'Egypte, car on a pu +reconnaître qu'il avait été composé d'après des documents authentiques, +des listes comme celle du papyrus de Turin, et que la division en +dynasties est parfaitement justifiée. Ce n'est toutefois pas impunément +qu'un livre passe entre les mains de tant d'auteurs successifs qui se +recopient les uns les autres. C'est par l'entremise de Georges le +Syncelle que nous sont parvenus les extraits de l'Africain et d'Eusèbe, +aussi les fragments de Manéthon contiennent-ils bien des incorrections, +des transpositions, des erreurs de chiffres, et on ne peut en faire +usage qu'avec la plus grande circonspection: ainsi les trente dynasties +semblent d'après lui se succéder régulièrement, tandis que très +probablement il y en eut de collatérales, ce qui peut diminuer, dans des +proportions très importantes, la somme totale des années que dura la +monarchie égyptienne. + +Cette rapide énumération des principaux auteurs grecs et latins qui ont +parlé de l'Egypte suffira pour qu'on puisse se rendre compte de la +valeur très réelle et en même temps de l'insuffisance de ces documents +au point de vue de la connaissance du peuple qui habitait la vallée du +Nil dans l'antiquité; quant aux nombreuses et très précieuses données +que renferment les livres de l'Ancien Testament sur le séjour des +Hébreux en Egypte et les relations des rois de Juda et d'Israël avec les +Pharaons, elles sont trop connues pour qu'il soit nécessaire d'y revenir +ici. + + +_La description de l'Egypte_ + +Voilà donc à quoi se réduisait, il y a un siècle, le bagage scientifique +dont on pouvait disposer en ce qui concerne l'Egypte; quelques +voyageurs, il est vrai, comme Chardin, Pockoke et d'autres, après avoir +parcouru le pays, en avaient publié des descriptions, et parfois même +copié les monuments anciens encore visibles, mais les reproductions +qu'ils en donnent n'en sont que de grossières caricatures et ne peuvent +donner qu'une idée parfaitement fausse de l'art et de l'écriture de +l'Egypte antique. Quant aux essais d'interprétation d'hiéroglyphes, +comme ceux du savant jésuite le P. Kircher, ce sont des ouvrages de +fantaisie pure, fruit d'une imagination trop mystique, et qui, dénués de +toute base scientifique sérieuse, ne peuvent plus aujourd'hui qu'attirer +la curiosité de quelque bibliophile. + +En 1809 commença à paraître, sous le titre de _Description de l'Egypte_, +le résultat des travaux des savants français que Bonaparte avait +adjoints à son expédition de 1798 pour étudier à fond les richesses et +les moeurs des habitants d'un pays dont il avait l'intention de faire le +boulevard de la civilisation européenne. Les circonstances firent, il +est vrai, échouer le programme politique du grand conquérant, mais son +but scientifique fut rempli au delà de toute espérance, grâce à +l'opiniâtreté et à la persévérance de ces hommes qui, travaillant dans +les conditions les plus défavorables, réussirent à mener à bien, en deux +années à peine, une des oeuvres les plus gigantesques qui aient jamais +été entreprises dans le domaine de la science. Il s'agissait de relever +tout ce qui concernait l'histoire naturelle du pays, zoologie, +botanique, minéralogie, les moeurs et coutumes des habitants, les +métiers, le commerce, l'agriculture, et une carte au cent millièmes de +toute la vallée du Nil, d'Assouan à la mer, carte dont on se sert +actuellement encore; quant aux antiquités, tous les monuments existant à +cette époque furent relevés avec grand soin, et si on a pu faire aux +savants français de la Commission d'Egypte le reproche d'avoir souvent +sacrifié la copie des textes hiéroglyphiques à l'exactitude de +l'architecture, il faut tenir compte de l'état de la science à ce +moment-là et de la difficulté que devait présenter, à des dessinateurs, +même très habiles, cette écriture absolument inconnue et l'innombrable +quantité de ces inscriptions dans lesquelles il aurait fallu pouvoir +faire un choix judicieux, inscriptions que les égyptologues modernes +sont loin d'avoir encore toutes publiées. Cet immense ouvrage, avec ses +neuf cents planches et ses nombreux volumes de mémoires, est bien oublié +aujourd'hui, et l'on est loin d'avoir pour lui la reconnaissance qu'il +mérite, car cette publication devait être le point de départ d'études +toutes spéciales; on peut même dire qu'elle inaugurait pour la science +de l'histoire une ère nouvelle, par la naissance de l'égyptologie. + + +_Déchiffrement des hiéroglyphes_ + +Parmi les monuments découverts et publiés par les membres de la +Commission d'Egypte se trouvait l'inscription trilingue connue sous le +nom de _pierre de Rosette_, avec son texte en hiéroglyphes, en démotique +et en grec, qui n'était autre qu'un décret de Ptolémée Epiphane en +faveur des temples d'Egypte. L'importance de ce document et le parti +qu'on pouvait en tirer furent bien vite reconnus, et plusieurs savants +se mirent à l'oeuvre, indépendamment les uns des autres, pour arriver à +déchiffrer ces deux écritures inconnues. Sylvestre de Sacy et le Suédois +Akerblad attaquèrent le texte démotique et finirent par en découvrir le +mécanisme; l'Anglais Young se mit au texte hiéroglyphique qui était bien +moins complet et présentait de beaucoup plus grandes difficultés; il +eut l'intuition de la méthode à suivre, mais ne sut pas la mener +jusqu'au bout, tandis qu'un jeune savant français, J.-Fr. Champollion, +travaillant de son côté sur le même document avec une ténacité et une +perspicacité admirables, arrivait à saisir la clef du système +hiéroglyphique. Il établit de façon certaine la valeur, la fonction et +le sens de chaque signe, reconnut avec l'aide de la langue copte, +l'égyptien d'époque chrétienne, les groupes formant des mots, puis +déchiffra les phrases. Accueillie avec une certaine méfiance lors de sa +publication en 1822, cette découverte finit par être acceptée et +reconnue du monde savant; l'égyptologie était née, et c'était au même +homme qu'il appartenait de la développer, en établissant, toujours avec +le même esprit de méthode, les bases de la science nouvelle. Ce jeune +génie, car on ne peut trouver d'autre mot pour qualifier un homme qui +n'eut son égal dans aucune autre branche des sciences historiques, +mourut à quarante ans après avoir non seulement ressuscité l'écriture et +la langue des anciens Egyptiens, mais encore reconstitué, dans les +grandes lignes tout au moins, leur histoire, leur religion, leurs +institutions, leurs moeurs, et la géographie ancienne de leur pays. Il +restait sans doute encore beaucoup à découvrir, mais la voie était +frayée et elle fut suivie, avec une certaine hésitation d'abord, puis +avec toujours plus de sûreté, par une pleïade d'hommes de valeur qui +sont arrivés à faire de l'égyptologie une science digne de marcher de +pair avec ses aînées, celles qui concernent l'antiquité classique en +particulier. + +Malgré leur nombre, les documents réunis par la Commission d'Egypte +étaient très insuffisants, et Champollion, après avoir visité quelques +collections publiques ou particulières d'objets rapportés d'Egypte, +reconnut qu'il était absolument nécessaire d'aller sur place à la +recherche de matériaux nouveaux, car il se sentait capable de faire un +choix judicieux des monuments les plus importants et de les copier avec +exactitude. Ses voeux furent exaucés et il put encore diriger lui-même +l'expédition franco-toscane qui, grâce aux connaissances nouvelles qu'il +avait acquises, devait devenir un vrai voyage de découvertes, et lui +fournir une ample moisson de matériaux inconnus auparavant. La première +publication sérieuse de textes égyptiens originaux ne put être faite +qu'après la mort de Champollion. + + +_Progrès de l'Egyptologie_ + +En 1842, sous les auspices cette fois du gouvernement prussien, une +nouvelle expédition, dirigée par Lepsius, partait pour l'Egypte à la +recherche de textes historiques; cette mission fit un séjour de près de +trois ans dans le pays et en rapporta une récolte encore plus abondante +que celle de Champollion. Malgré le format monumental des douze volumes +donnant les résultats de ces travaux, on pourrait appeler cet ouvrage, +maintenant encore, le livre de chevet de tout égyptologue. + +A cette époque, on ne faisait pas encore de recherches sérieuses dans le +sol même de la vallée du Nil; seuls quelques particuliers, désireux +d'enrichir leurs collections de bibelots égyptiens, pillaient sans merci +un certain nombre de tombeaux et de sites antiques, sans profit réel +pour la science. Les fouilles méthodiques ne commencèrent qu'en 1850 par +la découverte retentissante que fit un jeune savant français, Aug. +Mariette, d'un des sanctuaires égyptiens les plus connus et les plus +vénérés des anciens, le Sérapéum de Memphis, le tombeau souterrain des +boeufs Apis. Encouragé par ce succès qui avait fait de lui une +célébrité, Mariette se voua aux recherches dans le sol même de l'Egypte; +il obtint du khédive l'autorisation de créer un Service des Antiquités +et un musée d'antiquités égyptiennes, et dès lors ses fouilles +continuèrent sans interruption d'une extrémité à l'autre de l'ancien +royaume des Pharaons, alternant avec le déblaiement des temples enfouis. +Des milliers de monuments nouveaux surgirent du sol et celui qui les +découvrit cherchait en même temps à les mettre le plus vite possible à +la disposition du monde savant par de grandes publications qui rendirent +des services inappréciables. Peu à peu, les gouvernements étrangers +voulurent aussi avoir leur part à ces travaux si fructueux et +entreprirent eux-mêmes des fouilles; des sociétés scientifiques se +créèrent dans le même but, et depuis quarante ans environ l'exploration +du sol de l'Egypte est poussée avec une activité fébrile, et presque +toujours le succès est venu couronner ces efforts. + +Pendant ce temps, d'autres savants, comme de Rougé et Chabas en France, +Lepsius et Brugsch en Allemagne, Birch en Angleterre, pour ne citer que +les principaux d'entre les disparus, et leurs élèves et émules, +compulsaient les matériaux et en extrayaient méthodiquement ce qui +pouvait être utile à la science; ainsi toutes les branches de +l'égyptologie, avançant de front, faisaient d'année en année de sérieux +progrès: la langue, la religion, l'histoire, livraient peu à peu leurs +secrets. Pour ce qui est de l'histoire, en particulier, les limites de +l'inconnu reculaient insensiblement: faute de documents originaux très +anciens, Champollion, qui avait établi de façon à peu près définitive +les règnes des Pharaons à partir du Nouvel Empire thébain, n'avait guère +pu jeter au delà qu'un coup d'oeil d'ensemble. Lepsius fut l'initiateur +en ce qui concerne la XIIme dynastie, une des époques les plus +brillantes de l'histoire d'Egypte, et de Rougé s'avança le premier +délibérément dans ce qu'on est convenu d'appeler l'Ancien Empire +memphite, l'âge des constructeurs de pyramides. Une barrière qui +semblait infranchissable s'élevait au seuil de cette époque, reléguant +dans la légende les deux premières dynasties et tout ce qui pouvait les +avoir précédées; ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que subitement, à +la suite de plusieurs découvertes simultanées, la barrière s'écroula, +ouvrant aux regards un champ nouveau qui reculait presque jusqu'à +l'infini l'histoire du passé. Les études préhistoriques venaient se +confondre avec celles des égyptologues et les compléter, et les +recherches poussées dans ce sens, sur un terrain presque inépuisable, +devaient donner des résultats autrement plus précis que dans tout autre, +pays connu, en ce qui concerne ces périodes du début de la civilisation. + + +_Listes royales_ + +En plus des données des historiens anciens sur l'Egypte nous avons donc +maintenant des documents qui proviennent du pays lui-même, documents +innombrables mais de valeur très diverse, pouvant se classer en deux +séries qu'on pourrait appeler, faute de meilleurs mots, les documents +rétrospectifs et les documents contemporains. + +Tandis que ces derniers ont une valeur plutôt spéciale et ne se +rapportent qu'à l'époque ou même au règne d'où ils émanent, les +premiers, peu nombreux il est vrai, mais d'autant plus précieux, sont de +vrais résumés d'histoire, datant d'époques très diverses. Ce sont +d'abord les listes monumentales, tableaux provenant de temples ou de +tombeaux, où l'on voit un roi adresser son hommage à toute la série de +ses ancêtres, représentés en général par leur nom seulement, par leur +cartouche royal, et rangés dans l'ordre chronologique; ou bien c'est un +prêtre donnant la liste des rois au culte funéraire desquels il était +commis: telles les deux listes d'Abydos dont l'une est encore en place, +l'autre au Musée Britannique, la liste de Saqqarah au Musée du Caire, et +la Chambre des Ancêtres de Karnak à la Bibliothèque Nationale de Paris. + +[Illustration: _Fig. 2._ La table royale d'Abydos (d'après une +photographie).] + +[Illustration: _Fig. 3._ Fragments du papyrus royal de Turin (d'après +LEPSIUS. _Auswahl_, pl. III).] + +Le papyrus royal de Turin, écrit au commencement du Nouvel Empire, avait +une importance bien plus considérable encore: il donnait non seulement +la liste complète de tous les rois ayant régné sur l'Egypte, y compris +les dynasties divines, mais encore le nombre d'années de chaque règne et +souvent l'âge du roi à sa mort; en plusieurs endroits il y avait en +outre, en guise de récapitulation, la somme totale des années que dura +une dynastie. C'est une chronologie complète embrassant deux mille ans +d'histoire, et qui devait être absolument intacte et entière au moment +de sa découverte, mais dans ce temps là, il y a près de cent ans, on ne +prenait pas les mêmes soins qu'aujourd'hui des objets découverts au +cours des fouilles; l'on dit que Drovetti, grand collectionneur +d'antiquités, ayant trouvé ce papyrus dans des travaux qu'il faisait +exécuter dans les tombeaux de Thèbes, et ne pouvant naturellement en +soupçonner la valeur, le prit aussitôt sorti de terre, le mit dans un +flacon à large col qui se trouvait dans la sacoche de sa selle, et +rentra chez lui au galop. Le manuscrit ne put résister à un traitement +aussi violent, et à l'arrivée il ne restait plus dans le flacon qu'un +tas de fragments de papyrus, plus petits les uns que les autres; c'est +dans cet état qu'ils parvinrent, en même temps que le reste de la +collection Drovetti, au musée de Turin, où Champollion, qui les retrouva +au fond d'une boîte, fut le premier à en signaler l'importance. Grâce à +une néfaste négligence, ce monument de tout premier ordre avait perdu +beaucoup de sa valeur; néanmoins les fragments qui ont pu être +rassemblés et rétablis dans leur ordre primitif donnent, malgré les +immenses lacunes provenant de morceaux disparus, des renseignements si +importants que le papyrus royal de Turin peut à juste titre être +considéré comme la base de toute étude chronologique sur l'Egypte depuis +son origine jusqu'à l'époque troublée des Hyksos, entre 2.000 et 1.500 +avant notre ère. + +[Illustration: _Fig. 4._ Partie supérieure de la Pierre de Palerme +(d'après NAVILLE. _Recueil de Travaux_, XXV, pl. I).] + +Il existait quelque part en Egypte, probablement dans le temple +d'Héliopolis, la métropole religieuse qui se trouvait à peu de distance +du Caire, un monument d'une importance plus considérable encore que le +papyrus de Turin, bien qu'il y fût question des cinq premières dynasties +seulement. C'était une grande dalle de pierre sur les deux faces de +laquelle étaient gravés, dans de petites cases rangées en longues +lignes, tous les événements, importants ou non, qui illustrèrent le +règne de chaque roi, depuis la fondation du royaume d'Egypte par Ménès; +à chaque année était réservée une case et en regard on avait noté la +cote maxima de la crue du Nil. Le jour exact de la mort de chaque roi +et celui du couronnement de son successeur étaient scrupuleusement +indiqués. Le destin n'a pas voulu que ces annales, les plus vieilles du +monde, parvinssent intactes jusqu'à nous; le fragment conservé +aujourd'hui au musée de Palerme, et connu sous le nom de _pierre de +Palerme_, constitue peut-être la dixième partie du monument complet. On +a retrouvé récemment quelques autres morceaux de plus petites dimensions +qui sont entrés dans les collections du musée du Caire, et qui +paraissent provenir de duplicatas de ce document; ce fait permet +d'espérer qu'une fois ou l'autre on découvrira d'autres fragments qui +viendront combler les lacunes encore très considérables de ce texte, le +plus important pour l'histoire des premières dynasties. + + +_Documents historiques divers_ + +Cette catégorie de sources historiques d'une importance capitale, est +donc très peu abondante; à côté d'elle on possède la multitude +innombrable et disparate des documents que j'ai appelés tout à l'heure +les documents contemporains, et qui forme l'ensemble le plus hétéroclite +qu'on puisse imaginer, depuis les scarabées de faïence jusqu'aux +colosses de granit et aux bas-reliefs couvrant des surfaces immenses, +depuis le tesson de pot ou le morceau de terre glaise desséchée jusqu'au +bijou de l'art le plus exquis, depuis le fier obélisque jusqu'au plus +humble chiffon de toile. Ce n'est parfois qu'un nom de roi ou une date +de règne, parfois une stèle commémorant une expédition victorieuse ou un +décret en faveur d'un temple ou bien la représentation figurée des +guerres lointaines, des prisonniers et du butin que le roi vient offrir +à ses dieux. Plus rarement nous avons l'histoire complète d'un règne, +ainsi le résumé de la vie de Ramsès III qui est annexé à la liste des +dons faits par lui aux temples d'Egypte, à la fin du grand papyrus +Harris, ou le récit des campagnes de Thoutmès III, que ce roi, le plus +puissant peut-être de tous les Pharaons, fit graver sur les murailles du +temple de Karnak. Enfin nous possédons certains récits littéraires qui +sont souvent de vrais contes fantastiques édifiés sur une base +historique, le conte de Khoufou et des magiciens, celui d'Apopi et de +Seqnenra, celui de la prise de Joppé, et surtout celui de Sinouhit, +récits analogues à ceux qu'Hérodote nous raconte sur la fille de Khéops +et sur les voleurs de Rhampsinite. + +A côté des monuments royaux, ceux des simples particuliers, grands +seigneurs ou fonctionnaires, donnent souvent des généalogies qui +permettent de contrôler l'histoire; ils fournissent même parfois, quand +il s'agit d'un homme ayant joué un rôle important à la cour, dans +l'administration ou dans l'armée, de véritables biographies qui, comme +celles d'Ouna, de Herkhouf, d'Ahmès ou d'Anna, sont parmi les documents +les plus précieux que nous ait légués l'Egypte antique. + +Enfin, dans un ordre d'idées un peu différent, une découverte heureuse, +celle des tablettes de Tell-el-Amarna, nous a mis en possession d'une +partie considérable de la correspondance diplomatique et administrative +de deux rois de la fin de la XVIIIme dynastie, Amenophis III et +Amenophis IV, avec leurs vassaux de la Syrie et de la Palestine, ainsi +qu'avec les souverains indépendants de pays plus éloignés, comme +l'Assyrie et le royaume de Mitanni. Cette correspondance écrite dans la +langue de ces pays, en caractères cunéiformes, éclaire d'une lumière +très vive tout l'état social et politique de l'Orient, treize siècles +environ avant notre ère. + +Cette énumération, forcément incomplète, permet de se rendre compte du +genre de documents que nous avons à notre disposition; quelque nombreux +qu'ils soient, ces monuments ne nous donnent pas sans doute la +possibilité de reconstituer l'histoire d'Egypte comme on l'a fait pour +la Grèce et pour Rome. Ces peuples sont, il est vrai, plus rapprochés de +nous dans le temps, et en outre ils ont l'immense avantage d'avoir eu +des historiens. En Egypte rien de semblable, et il ne paraît pas que +jamais un Egyptien ait songé à faire la description des événements qui +se passaient de son temps et sous ses yeux, à les étudier et à les +apprécier par lui-même; comme dans beaucoup de pays d'Orient, l'esprit +de l'histoire n'existait pas dans l'Egypte ancienne. + +En somme, à part un certain nombre de règnes qui sont un peu mieux +connus que les autres, ceux de quelques rois de la XIIme dynastie et du +commencement du Nouvel Empire thébain, il nous manque presque tous les +détails et un bon nombre de faits généraux, et nous ne pouvons dans ces +circonstances songer à reconstituer entièrement l'histoire politique, +administrative, diplomatique, militaire et commerciale du pays; nous +devons nous contenter d'une histoire générale où quelques grands +événements sont reliés par des noms, un squelette d'histoire, auquel il +manque encore bien des éléments, mais qui constitue un ensemble des plus +remarquables quand on songe qu'il s'étend sur une période de plus de +4.000 ans, entièrement inconnue il y a peu de temps encore. + + +_Chronologie_ + +Malgré les données très précises de Manéthon et des fragments du papyrus +de Turin, la chronologie égyptienne ne peut encore être établie de façon +certaine, et cela pour deux raisons principales: la première est le fait +que dans les époques de trouble il y eut souvent, non pas un seul +souverain gouvernant tout le pays, mais deux ou même plusieurs rois +règnant chacun sur une partie plus ou moins grande de l'Egypte; les +chronographes énumèrent ces dynasties les unes à la suite des autres +sans indiquer laquelle aurait dû légitimement occuper le trône des +Pharaons, sans même dire qu'il s'agit de dynasties collatérales. Une +cause d'erreurs plus grande encore c'est que les Egyptiens ont toujours +vécu au jour le jour, qu'ils n'avaient pas d'ère ni de division normale +du temps: les années se comptent à nouveau pour chaque règne à partir de +l'avènement du roi; aucun lien chronologique n'existe donc entre les +divers souverains, de sorte que non seulement la longueur des règnes, +mais même l'ordre de succession reste souvent problématique. L'année +égyptienne étant de 365 jours, se trouvait tous les quatre ans en retard +d'un jour; pour remédier à cet inconvénient, on imagina l'institution +des périodes sothiaques, périodes de 1.460 années ordinaires +correspondant à 1.461 années réelles, au bout desquelles l'ordre +régulier des saisons se trouvait rétabli. Nous ne savons du reste pas de +quelle époque date cette réforme purement scientifique qui n'a jamais +servi à l'établissement d'une ère, ni si elle est, comme beaucoup le +prétendent, fort ancienne, car les astronomes égyptiens observèrent +toujours avec beaucoup d'exactitude le lever héliaque de l'étoile +Sothis, ou Sirius; pour nous cette réforme prête à des calculs fort +compliqués sur la correspondance entre l'année vague et l'année réelle, +calculs qui paraissent le plus souvent arbitraires. Il semble plus +normal d'admettre, comme certains auteurs modernes, que les Egyptiens, +voyant leurs mois et leurs saisons se déplacer peu à peu, les +rétablissaient de temps à autre, artificiellement et sans règle fixe. +Cette question très complexe est, comme on le voit, loin d'être +élucidée: les périodes sothiaques, au lieu de simplifier les calculs +chronologiques, n'ont d'autre résultat pour nous que d'y introduire une +nouvelle inconnue et peut-être une nouvelle chance d'erreur. + +Ces raisons expliquent de façon suffisante les différences parfois +considérables qui existent au point de vue des dates entre les divers +historiens; les uns allongent démesurément la durée de l'histoire en +ajoutant bout à bout toutes les dynasties connues, tandis que d'autres, +procédant en sens inverse, la rétrécissent de façon très exagérée. Les +premiers placent l'avènement de Ménès, le premier roi d'Egypte, en l'an +5.510 avant J.-C, les autres, qui sont les plus en faveur aujourd'hui, +en 3.315: il y a donc un écart de plus de deux mille ans entre ces deux +appréciations extrêmes, et c'est très vraisemblablement dans cet +intervalle que devrait se placer la vraie date de la fondation de la +monarchie égyptienne. Sans avoir la prétention de vouloir trancher la +question, je pense qu'en la fixant de façon approximative aux environs +de l'an 4.000, on ne doit pas s'éloigner beaucoup de la vérité. Du reste +pour tout ce qui est des périodes les plus reculées, il est prudent de +s'abstenir de donner des chiffres précis, et préférable d'indiquer, et +encore sous toutes réserves, les siècles et non les années. Ce n'est +guère que pour le début du Nouvel Empire thébain que les égyptologues +tombent à peu près d'accord pour le placer au commencement du XVIme +siècle avant notre ère; la certitude absolue n'existe qu'à partir des +rois saïtes, au VIIme siècle. + + +_La civilisation égyptienne_ + +L'Egypte a pour nous une importance bien plus considérable qu'on ne le +suppose d'habitude, car c'est là qu'en somme nous devons chercher le +berceau de notre civilisation: c'est en effet de la vallée du Nil +qu'est sorti le germe qui, dans des contrées moins favorisées de la +nature et sous un climat plus rude, devait se développer de façon +inattendue, se transformer entièrement et prendre un essor incomparable, +tandis que dans son pays d'origine il se modifiait à peine, son +développement restant toujours normal et progressif, mais très lent; de +là vient cette légende, bien difficile à déraciner aujourd'hui, d'une +Egypte immuable comme les pyramides, n'ayant subi aucune variation +pendant toute la durée du règne des Pharaons, légende qui repose sur une +apparence seulement. Les besoins de l'homme, dans un pays aussi +privilégié que l'Egypte, se réduisent à peu de chose; l'habitant des +pays chauds est moins actif que celui des contrées où le climat est plus +rigoureux, et une fois qu'il a trouvé, sans grandes difficultés, le +nécessaire et même un peu de superflu, il est naturel qu'il se laisse +aller à son indolence native et qu'il ne tende pas son énergie à +chercher des perfectionnements de bien-être dont le besoin absolu ne se +fait pas sentir. Il y a progrès néanmoins, et progrès très appréciable, +dans des pays comme l'Egypte surtout, où nous pouvons maintenant +comparer entre eux une si grande quantité de monuments d'époques très +diverses. Nous constatons que chez ce peuple la civilisation, une fois +sa voie tracée, la suit sans jamais s'en écarter; les bouleversements +politiques n'arrivent même pas à la faire sortir du chemin montant en +pente douce sur lequel elle s'est engagée. Ces grandes crises +historiques nous permettent cependant de marquer dans l'histoire de la +civilisation un certain nombre d'étapes et de discerner mieux, en les +groupant par époques, les progrès réalisés au cours des siècles; nous +sommes en effet assez documentés maintenant pour pouvoir apprécier de +façon certaine et suivre pas à pas ces progrès qui ne sont pas +apparents à première vue, mais qui sont beaucoup plus sensibles qu'on ne +pouvait se l'imaginer il y a trente ans encore. + +Après avoir passé en revue les sources de l'histoire d'Egypte, il reste +à donner un aperçu sommaire des documents que nous possédons sur les +moeurs des Egyptiens, leur vie publique et privée, leurs institutions, +leur industrie, leur commerce, en un mot leur civilisation. Les +écrivains classiques nous ont fourni, ici comme pour l'histoire, un bon +nombre de renseignements, Hérodote le premier, puis Diodore, Strabon et +tous les autres, et ce qu'ils nous disent peut servir, soit à diriger +nos recherches, soit à confirmer les données des monuments originaux. De +même les études faites par les membres de la Commission d'Egypte et les +observations des divers voyageurs du XVIIIme et du commencement du XIXme +siècle sur les moeurs et coutumes des Egyptiens avant l'expansion de la +civilisation européenne dans la vallée du Nil, nous fournissent de +précieux points de comparaison et même souvent l'explication de bien des +détails relatifs aux habitudes anciennes, sur lesquelles les monuments +sont trop peu explicites. + +Au point de vue de la civilisation égyptienne, le nombre de documents +originaux est considérable. En première ligne doivent être rangés les +tableaux que les particuliers, grands seigneurs et fonctionnaires, +faisaient sculpter ou peindre sur les murailles des chambres de leurs +tombeaux, où étaient représentées en détail les scènes de la vie de tous +les jours: ainsi le double du mort, son _moi_ immatériel, qui continuait +à vivre comme un esprit impalpable au fond du tombeau, auprès de la +momie, pouvait encore jouir en une certaine mesure de la vie de ce monde +en contemplant ces scènes familières: les figurations de la vie +suffisaient au délassement d'une ombre, de même que la représentation +des aliments pouvait assurer éternellement sa subsistance. Des trois +grandes époques de l'histoire, l'Ancien Empire memphite, le Moyen et le +Nouvel Empire thébain, un grand nombre de ces tombeaux sont parvenus +jusqu'à nous, plus ou moins intacts, les mastabas d'abord avec leurs +bas-reliefs, puis les hypogées avec leurs peintures. On y voit, en +premier lieu une population rurale, occupée à l'élevage des bestiaux +aussi bien qu'aux travaux des champs, labourage, semailles, récolte des +céréales, vendanges et jardinage; puis de nombreux tableaux de chasse et +de pêche, et, à côté de cela, des représentations de gens de métier, +potiers, métallurgistes, orfèvres, chaudronniers, menuisiers, +charpentiers, maçons sculpteurs, peintres, corroyeurs, cordonniers; un +peu plus loin les délassements, musique, danse et jeux, et à certaines +époques, des jeux gymniques, des exercices militaires, des scènes de +recrutement. Nous possédons de très nombreux exemples de chacune de ces +représentations qui souvent sont exécutées avec une délicatesse et un +art remarquables et dont les variantes nous permettent de comprendre les +scènes dans leurs moindres détails et de reconstituer l'action avec une +certitude presque absolue. + +Les fouilles ont mis à jour une grande quantité d'objets de toute espèce +qui, pour les périodes très anciennes, suppléent à l'absence des +représentations figurées et, pour les autres époques, les complètent. Ce +sont des armes de toute sorte, depuis les lames de silex taillé jusqu'au +poignard enrichi d'orfèvrerie, des outils d'agriculteurs, d'ouvriers, de +gens de métier, puis des bijoux, des vêtements, des meubles, des vases, +des instruments de musique, des ustensiles de ménage, bref tout ce qui +était nécessaire à la vie, le tout conservé de la façon la plus +merveilleuse dans un sol parfaitement à l'abri de l'humidité. Les outils +préhistoriques se trouvent le plus souvent à la surface même du sol, à +la lisière du désert, tandis que les autres objets, qui appartiennent +aux époques historiques, proviennent soit des ruines des villes +antiques, soit le plus souvent du fond des tombeaux, où ils avaient été +déposés auprès du mort, toujours dans le but de placer autour de +celui-ci ce qui pouvait lui être nécessaire pour sa vie d'outre-tombe. A +certaines époques, on se contentait de peindre sur les parois de son +sarcophage les divers objets qui devaient faire partie du mobilier +funéraire, la représentation figurée pouvant remplacer l'objet lui-même. + +Les Egyptiens ont énormément écrit et toujours, grâce au climat de leur +pays, beaucoup de leurs manuscrits nous sont parvenus, écrits sur des +rouleaux de papyrus dans cette écriture cursive que nous avons +l'habitude d'appeler _hiératique_; ce sont des lettres, des comptes, des +contrats, des actes judiciaires, des traités de médecine ou de +géographie, et surtout des compositions littéraires qui sont pleines de +détails de toute sorte sur la vie ordinaire. Ainsi pour ne citer qu'un +exemple, cette satire des métiers, où un scribe, afin de mieux faire +valoir l'excellence de sa profession, dénigre successivement toutes les +autres carrières et fait ressortir avec une ironie souvent mordante la +condition pitoyable des gens qui pratiquent les divers métiers. + +Toutes ces données d'ordre si divers nous permettent de nous rendre un +compte assez exact de ce qu'était la civilisation égyptienne: elles +s'enchaînent naturellement avec les données historiques, et ainsi nous +pouvons dès maintenant tracer pour chacune des grandes époques un +tableau d'ensemble qui doit correspondre de bien près à la réalité, et +reconstituer le développement chronologique de la civilisation +égyptienne. + +[Illustration: _Fig. 5._ Panneau de la Salle des Ancêtres de Karnak +(d'après LEPSIUS, _Auswahl_, pl. I).] + + + + +[Illustration: _Fig. 6._ Rà dans la barque solaire (d'après BUDGE, _Pap. +of Ani_, pl. XXII).] + + + + +CHAPITRE II + +L'ÉGYPTE LÉGENDAIRE + + +Avant d'aborder l'étude de ce qui nous est parvenu de l'Egypte +archaïque, ou préhistorique, nous devons rechercher si, aux époques +pharaoniques, les habitants du pays avaient conservé un souvenir de ces +temps lointains, du début même de leur race, une légende parlant de ces +périodes fabuleuses. Les textes ordinaires ne racontent rien de +semblable et il est même bien rare qu'on y trouve mentionné le terme de +_Shesou-Hor_, «les suivants d'Horus», qui désigne les rois mythiques +prédécesseurs des dynasties historiques. Par contre les listes royales +les plus développées, comme celles de Manéthon et du papyrus de Turin, +nous ont conservé des données plus précises sur ces souverains +antéhistoriques: la nomenclature des premiers d'entre eux, puis un bref +aperçu des dynasties qui suivirent, avec le total des années de règne de +chacune d'entre elles: ce sont d'abord des dieux, puis des demi-dieux, +et enfin des hommes. + +A l'origine de l'histoire on a donc, ici comme partout, la légende, mais +une légende dont le développement est loin d'avoir été aussi brillant +que dans tant d'autres pays, une légende qui est restée la propriété des +prêtres et des savants, non celle du peuple égyptien lui-même. N'ayant +rien de poétique, cette tradition a pu se conserver plus pure et plus +précise, mais on peut se demander si nous devons nous en féliciter, car +entre les mains des prêtres, elle allait fatalement tomber dans le +domaine théologique et symbolique, et le mythe religieux devait finir +par absorber presque complètement le mythe historique, au point qu'il +est le plus souvent difficile de délimiter les deux domaines. C'est dans +un fatras de récits très plats et ennuyeux, souvent d'un mysticisme +fantastique, que nous arrivons à grand'peine à distinguer les traits +généraux de l'histoire primitive de l'Egypte. + + +A. LES DYNASTIES DIVINES + +_Les dieux cosmiques_ + +Les premiers rois furent, au dire de la légende, les grands dieux +d'Egypte, suivant le cycle qui avait été établi dans le sanctuaire +d'Héliopolis, une des plus anciennes métropoles religieuses du pays. Ce +cycle se composait d'une ennéade, c'est-à-dire d'un groupe de neuf dieux +et déesses, et fut adopté dès l'Ancien Empire par tous les autres +centres religieux de la vallée du Nil, qui se contentèrent de mettre à +sa tête leur dieu local. La liste que nous donne Manéthon, et qui doit +être d'origine memphite, place donc au premier rang des rois-dieux +Héphaistos, Ptah, le grand dieu de Memphis, le démiurge, celui qui forma +l'homme du limon de la terre, qui le modela à la main, de même qu'à +l'autre bout de l'Egypte, c'était Khnoum d'Eléphantine qui l'avait +façonné sur le tour du potier. Cette mention du dieu créateur comme +premier roi d'Egypte est une indication très précise du fait que les +habitants de la vallée du Nil se considéraient comme autochtones et +croyaient que le premier homme avait été créé dans le pays même. Au +papyrus de Turin, le premier nom royal a disparu. + +[Illustration: _Fig. 7._ Ptah (d'après BUDGE, _Pap. of Ani_, pl. +XXVII).] + +Nous ne savons rien de ce règne de Ptah, qui probablement, sitôt son +oeuvre créatrice terminée, céda la place à son successeur Rà, le Soleil, +le grand dieu d'Héliopolis et de la plupart des villes d'Egypte, chargé +d'assurer l'existence et le développement de cette humanité primitive. +Celui-ci, pendant son long règne, parcourait journellement ses domaines +pour les constituer, les organiser et répandre sur ses sujets ses dons +et ses bienfaits, mais tous ses efforts ne réussirent pas à lui attirer +la reconnaissance de ces êtres primitifs, encore plus qu'à demi +sauvages, ni même celle de ses descendants directs, les dieux, qui +commençaient à se multiplier autour de lui. Ce roi-dieu était en une +certaine mesure un homme, son grand âge l'avait considérablement +affaibli, et, suivant les expressions pittoresques d'un texte égyptien, +ses os étaient maintenant en argent, ses chairs en or, ses cheveux en +lapis-lazuli; sa bouche tremblait, sa bave ruisselait vers la terre, sa +salive dégouttait sur le sol. Profitant de cette décrépitude sénile, +Isis, déesse de rang inférieur, employa les moyens les plus déloyaux +pour lui arracher le talisman le plus précieux qui lui restât, le secret +de son nom magique, grâce auquel elle comptait acquérir une puissance +supérieure à celle des autres dieux. Les hommes eux-mêmes s'étant mis à +conspirer contre leur débonnaire souverain, Rà se décida à faire un +exemple, et après avoir consulté le conseil de famille, l'assemblée des +dieux, il dépêcha Sekhet, la déesse à tête de lionne, avec ordre de les +massacrer sans pitié, ce dont elle s'acquitta consciencieusement. La +nuit seule l'arrêta dans sa course meurtrière, et Rà, contemplant le +résultat obtenu, fut pris de pitié et résolut d'épargner le reste des +humains; pour apaiser la déesse ivre de carnage, il fit mélanger de la +bière et du suc de mandragores au sang des hommes et répandre à terre +autour d'elle une quantité considérable de ce liquide. A son réveil, +Sekhet aperçut ce breuvage, le but, s'adoucit, s'enivra et oublia ses +victimes. Rà avait pardonné aux hommes qui se repentaient, mais, fatigué +de régner, il abdiqua et choisit une retraite inaccessible sur le corps +de la vache Nouït, déesse du ciel, sa fille; depuis lors, chaque jour, +la barque qui le porte navigue sur les flancs de l'animal céleste pour +se perdre à la nuit dans son corps même et reparaître le lendemain: le +roi-dieu est devenu définitivement le dieu-soleil. + +[Illustration: _Fig. 8._ Sekhet (d'ap. DARESSY. _Statues et statuettes +de divinités_, pl. LIII).] + +On discerne sans peine dans cette légende le souvenir d'un des +cataclysmes qui bouleversèrent toute une partie du monde, comme ce +déluge dont parlent les textes chaldéens aussi bien que la Bible, qui +dévasta la Mésopotamie et les contrées avoisinantes tout au moins. Il +était fort naturel que des désastres de cette nature fussent considérés +comme le châtiment d'une humanité mauvaise et que, les dieux une fois +apaisés, ils pardonnassent aux survivants et fissent avec eux un +nouveau pacte, permettant à ces derniers de racheter leurs fautes par +des sacrifices au lieu d'avoir à les expier par la mort des coupables. +De même que Jahveh avait exigé de Noé un holocauste, Rà de même avant de +monter au ciel, avait institué la coutume du sacrifice, première base du +culte que les hommes devaient rendre aux dieux. + +[Illustration: _Fig. 9._ Nouït portant la barque solaire; Shou et Queb; +Thot (d'après CHASSINAT. _La deuxième trouvaille de Deir el Bahari_, I, +p. _29_).] + +Nous ne savons que bien peu de chose du règne des deux successeurs +immédiats de Rà; il y a d'abord son fils Shou, l'atmosphère, le soutien +du ciel, qui finit sa carrière de roi en remontant au séjour des dieux +pendant une tempête terrible, puis son petit-fils Qeb, le dieu-terre, +sur lequel nous n'avons que des mythes obscurs et d'un intérêt des plus +médiocres. Ces deux rois-dieux, dont le rôle est très effacé, semblent +représenter une période de transition pendant laquelle l'humanité se +reconstitue après un bouleversement comme celui par lequel elle avait +passé. C'était au troisième successeur de Rà, monté sur le trône après +que Qeb fut rentré dans son palais pour devenir dieu à son tour, c'était +à Osiris que devait appartenir la tâche glorieuse de faire passer le +genre humain de l'état barbare et sauvage à un état de stabilité +relative, de faire franchir, non seulement à l'Egypte, mais même au +monde entier, la première grande étape de la civilisation. + +_Osiris et son cycle_ + +Fils aîné de Queb, le dieu-terre, et de Nouït la déesse-ciel Osiris +personnifie en même temps la végétation, la nature fertile de l'Egypte +et l'eau vivificatrice du Nil. De même que le fleuve répand +continuellement la richesse sur l'Egypte, Osiris, à peine sur le trône, +met tous ses efforts à améliorer la condition des hommes; ces sauvages +qui vivaient isolés, en lutte perpétuelle les uns avec les autres, il +les groupe, forme des tribus, des états, fonde des villes; à ces hommes +qui trouvaient péniblement une maigre subsistance dans la chasse et les +produits naturels du sol, il enseigne l'agriculture, il leur donne les +instruments de labour, il leur montre la manière de cultiver les +céréales et la vigne, bref il les fixe au sol et leur fournit les +moyens, non seulement d'y vivre, mais de s'y développer. A côté de lui, +sa soeur Isis, qui est en même temps sa femme, le seconde admirablement +dans son oeuvre, et mérite que son nom soit resté inséparable de celui +de son mari: pendant que celui-ci établit l'état et la cité, elle +constitue la famille, en instituant les liens du mariage; elle +déshabitue les hommes de l'anthropophagie et leur apprend à moudre le +grain entre deux pierres et à en faire du pain; elle leur donne, avec le +métier à tisser, les moyens de se vêtir, et emploie pour soulager leurs +maux la médecine et la magie. Osiris institua encore le culte des dieux, +régla les cérémonies et les liturgies, puis voyant le résultat obtenu +par toutes ses innovations, il résolut de répandre ailleurs qu'en Egypte +les bienfaits de la civilisation; il remit la régence à Isis et partit à +la conquête du monde, conquête toute pacifique où il se soumettait les +hommes par la persuasion et la douceur, voyage triomphal semblable à +celui du Dionysos grec, à la suite duquel l'ordre et la richesse +s'établissaient dans tous les pays. + +[Illustration: _Fig. 10._ Osiris et Isis (d'après BUDGE. _Pap. of Ani_, +pl. XXX).] + +Le dieu Set, auquel les Grecs ont donné le nom de Typhon, le propre +frère d'Osiris, forme avec lui le contraste le plus absolu; on peut même +dire qu'il en est l'exacte contre-partie: il représente non plus la +terre fertile, mais le désert aride et brûlant, l'esprit barbare et +sauvage à côté du génie bienfaisant, la réaction brutale cherchant à +renverser les progrès de la civilisation. Tôt ou tard la guerre devait +éclater entre deux êtres aussi dissemblables; en effet Set le rouge, +jaloux de la gloire bien méritée que s'était acquise son frère jumeau, +sans se révolter ouvertement contre lui, combina avec grand soin un +piège perfide dans lequel Osiris tomba sans défiance: il l'enferma dans +un coffre de bois et le jeta à la mer où il fut dévoré par les poissons, +morceau par morceau, puis le meurtrier s'assit sur le trône de son +frère, sans que personne songeât, au premier moment, à lui faire +opposition. + +Accompagnée de quelques dieux qui lui étaient restés fidèles, Thot et +Anubis en particulier, Isis s'enfuit et se réfugia dans les îles +marécageuses situées à l'extrême nord du Delta, puis elle entreprit de +longues et patientes recherches pour retrouver les restes de son mari +qu'elle espérait, en magicienne experte, faire revenir à la vie. Peu à +peu elle finit par en rassembler tous les morceaux, sauf un, qui avait +été dévoré par le poisson oxyrhinque, et réussit à reconstituer son +corps; malgré tous ses efforts, elle ne put le rappeler à la vie, mais +elle obtint au moins une compensation, celle d'être fécondée par lui et +de mettre au monde un fils, qui devait devenir le vengeur de son père et +le continuateur de l'oeuvre interrompue par le crime de Set. Le petit +Horus grandit, soigneusement caché par Isis dans ses marais +impénétrables, et son premier soin, dès qu'il eut dépassé l'âge de +l'enfance, fut de rendre à son père les derniers devoirs; aidé d'Anubis, +il embauma le corps dont il fit la première momie, et institua les rites +funéraires qui devaient assurer au mort la vie d'outre-tombe. + +Osiris était le premier roi qui eût été atteint par la mort, tandis que +ses prédécesseurs étaient devenus dieux, de rois qu'ils étaient, sans +cette brutale transition; grâce à la momification et surtout aux +cérémonies qu'Horus lui consacra, il put enfin être déifié à son tour et +jouir d'une vie nouvelle dans le séjour des morts où il était descendu; +comme il avait été roi sur la terre il devint roi dans les enfers qu'il +réussit à transformer, de même qu'il avait transformé le monde des +vivants; son domaine particulier, les champs d'Ialou et les champs +d'Hotpou, devint par ses soins un pays fertile et bien arrosé, au lieu +d'être une sombre caverne, où le soleil de nuit vient à peine jeter +pendant de fugitifs instants quelques rayons de lumière; c'est dans ce +quartier privilégié de l'autre monde qu'Osiris reçoit ses féaux, les +morts, qui viennent se présenter devant son tribunal, prémunis contre la +damnation éternelle par les rites institués par Horus, et qui peuvent +dès lors jouir d'une vie nouvelle, à peu près semblable à celle de la +terre. + +[Illustration: _Fig. 11._ Anubis embaumeur (d'après BUDGE. _Pap. of +Ani_, pl. XXXIV).] + +Tandis qu'il grandissait dans sa retraite, Horus se préparait à la lutte +à outrance contre l'usurpateur: dès qu'il se sentit en force, il fondit +sur lui avec impétuosité, escorté de ses fidèles, et fut tout de suite +favorisé par le succès. Set, battu à plusieurs reprises, eut beau +chercher à se sauver en se transformant, ainsi que ses compagnons, en +monstres de toute sorte, tels qu'hippopotames ou crocodiles, il allait +être anéanti définitivement, quand l'attitude équivoque d'Isis vint lui +apporter un secours inespéré. La déesse, prise de pitié au dernier +moment pour son ennemi et se souvenant qu'il était son frère, s'opposa à +son écrasement, si bien qu'Horus, furieux contre sa mère, lui trancha la +tête, ce à quoi, du reste, Thot remédia immédiatement en la remplaçant +par une tête de vache. Tout eût été à recommencer entre les deux rivaux +si Thot, s'instituant arbitre de la question, n'eût partagé le royaume +en deux moitiés, dont il donna l'une à Horus, l'autre à Set. + +[Illustration: _Fig. 12._ Set et Horus réunissant les deux parties du +pays sous l'autorité du roi (d'ap. GAUTIER-JÉQUIER. _Fouilles de Licht_, +p. _37_).] + +J'ai cru devoir ne donner qu'un rapide résumé de cette partie de la +légende qui en réalité, est beaucoup plus compliquée, étant le résultat +d'une combinaison plus ou moins heureuse de deux mythes très différents +l'un de l'autre et qui sont sans doute originaires, l'un de la Haute +Egypte, l'autre du Delta. Le fils d'Isis et d'Osiris n'est en effet pas +le seul à porter le nom d'Horus, et on trouve dans le panthéon égyptien +une vingtaine d'Horus, sinon plus, d'origines très diverses. Il s'était +formé autour d'un des plus importants d'entre eux, l'Horus d'Edfou, Hor +Behoudit, divinité solaire, un mythe spécial qui raconte les péripéties +d'une lutte analogue engagée avec un dieu du nord, nommé également Set. +Nous avons donc, à côté du récit presque mythologique de la lutte +perpétuelle du fleuve fécondant l'Egypte contre les empiètements de +l'élément désertique qui peut être vaincu, mais non désarmé, une +tradition toute différente qui a pour base les combats entre le sud et +le nord, entre la population indigène et une tribu d'origine étrangère, +mais de même race, qui cherchait à se fixer dans le pays, ces combats +qui durèrent jusqu'au moment où Ménès réunit sous son sceptre toute la +vallée du Nil. La conclusion même de l'histoire montre bien cette +divergence d'origine, car si selon la légende osirienne, Thot donna à +Horus le royaume du nord et à Set celui du sud, c'est justement le +contraire que dit celle d'Edfou, où Horus devient roi de la +Haute-Egypte, et Set roi du Delta. Cela explique aussi que le dieu Set, +résultat d'une combinaison très ancienne de deux divinités absolument +différentes d'origine, ait été, aux temps historiques, soit considéré +comme un des grands dieux, placé à côté d'Horus et vénéré en +conséquence, soit exécré comme un génie du mal, suivant qu'on le +rattachait à l'un ou à l'autre des deux mythes. + +Horus, le dieu à tête de faucon ou d'épervier, est devenu aux époques +historiques le protecteur tout spécial de la royauté égyptienne; le +Pharaon se considère comme son descendant direct, comme son remplaçant +sur la terre, et pour mieux affirmer cette relation intime avec le dieu, +le roi fait toujours précéder le premier de ses noms, dans son +protocole officiel, par le nom même du dieu, devenu un titre. Pour +s'expliquer cette conception du roi comme nouvel Horus, il faut se +reporter à l'organisation primitive de l'Egypte à l'époque +préhistorique, à sa division en tribus, qui sera étudiée plus loin; pour +le moment, il suffira de rappeler que le plus important de ces groupes +ethniques, celui qui assura peu à peu sa prépondérance sur les autres, +celui d'où sortirent les premiers rois d'Egypte, était précisément celui +qui avait pour emblème le faucon, emblème qui finit par se transformer +en dieu Horus. Nous aurions alors simplement dans le mythe de l'Horus +d'Edfou le récit légendaire de l'expansion progressive du clan du +faucon, mythe qui plus tard se serait greffé, par suite de la similitude +des noms, sur l'épilogue de la légende osirienne. + +Les compagnons de l'Horus d'Edfou, ses principaux auxiliaires dans ses +luttes contre Set, sont nommés les _Masniti_,--d'un mot qui signifie +modeleur, ouvrier en métaux, aussi bien que piquier--qui sont artisans +autant que guerriers; le dieu lui-même est armé d'une lance invincible, +d'un épieu supérieur aux armes de ses adversaires, et qui lui assure la +victoire. Ces données me paraissent être un souvenir de la découverte +des métaux ou tout au moins de leur introduction en Egypte; c'est la +tribu horienne qui les aurait connus la première et qui, par leur +possession, se serait assuré la suprématie sur tout le pays. Dans le +mythe parallèle d'Horus fils d'Isis, on ne trouve aucune donnée sur ce +sujet. + +La liste que donne Manéthon des rois-dieux, s'arrête à Horus fils +d'Isis; il se borne à ajouter que la dynastie continua jusqu'à Bidis, +personnage qui nous est entièrement inconnu, pendant une somme totale de +13.900 ans. Le papyrus de Turin était plus explicite, il indiquait pour +chaque roi les années de son règne, et nous pouvons encore reconnaître, +sur les fragments conservés, que Set occupa le trône pendant 200 ans, et +Horus pendant 300 ans; puis venait Thot, qui régna 3.126 ans, et auquel +succédait la déesse Maït, puis un nouvel Horus, dont la fin du nom est +perdue. Avec Thot, le dieu des sciences et des lettres, on ne sort pas +du mythe osirien, puisque nous le connaissons comme un des plus fermes +soutiens d'Osiris lui-même pendant son règne, comme son assesseur au +tribunal des enfers et comme l'arbitre entre Horus et Set, à la fin de +la lutte. Ce règne de Thot n'a laissé aucune trace, mais il est à +présumer, étant donné le caractère même de ce dieu, qu'il eut à +continuer l'oeuvre de civilisation et surtout d'organisation et +d'administration commencée par Osiris, interrompue par Set et rétablie +par Horus. Le nom seul de Maït, déesse de la justice, parèdre de Thot, +qui lui succède en qualité de roi d'Egypte, montre clairement qu'il +s'agissait toujours de cette oeuvre de perfectionnement, moral autant +que matériel, de l'humanité. + + +B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MANES + +Après cette période divine, qui est celle de la constitution du pays, il +en vient une autre qui paraît n'avoir pas été moins longue, mais qui a +un caractère diffèrent: ici on ne trouve plus une série bien nette de +rois-dieux ayant chacun sa personnalité marquée, mais des groupes +d'êtres dont le rôle nous échappe aussi bien que le nom, et dont les +Egyptiens eux-mêmes n'avaient gardé qu'un souvenir vague, des demi-dieux +d'abord, puis de simples hommes, qui peuvent se répartir en cinq +dynasties, au dire de Manéthon; les fragments de Turin confirment en une +certaine mesure son témoignage. + +La première de ces dynasties mythiques, qui suivit immédiatement celle +des dieux, se composait de demi-dieux qui régnèrent 1.255 ans en tout; +les Egyptiens avaient conservé de ces souverains une liste qui était +inscrite au papyrus de Turin, mais qui, à part un ou deux signes, a +disparu entièrement aujourd'hui; cette liste devait se trouver aussi +dans le livre original de Manéthon, mais les copistes ne nous l'ont pas +transmise de façon très claire; les _Excerpta Barbari_ en ont conservé +le premier nom, celui d'Anubis, et par là nous voyons que cette dynastie +de demi-dieux se rattachait directement au cycle osirien, Anubis étant +un fils d'Osiris et de Nephthys, son autre soeur, bien que celle-ci fût +en réalité la femme de Set. + +La liste de neuf dieux, telle que nous la trouvons dans la copie de +Georges le Syncelle, paraît très corrompue, et elle contient des +répétitions de noms de divinités figurant déjà dans la première dynastie +et qui sont extrêmement douteux: on peut reconnaître en effet, à travers +les formes grecques de ces noms, Horus fils d'Isis, Anhour, Anubis, +Khonsou, Horus d'Edfou, Ammon, Thot, Shou et Ammon-Rà, ce dernier +revenant donc deux fois dans la même série. Ce chiffre de neuf dieux +nous montre tout au moins que cette dynastie formait, comme la première, +une ennéade, calquée sans doute sur la deuxième ennéade des dieux +héliopolitains, que nous connaissons très peu. + +Ici je crois devoir intervertir l'ordre donné par Manéthon d'après la +copie d'Eusèbe, qui place, après trois dynasties de rois-hommes, un +groupe de mânes et de demi-dieux ayant régné ensemble pendant 5.813 ans; +outre qu'il serait peu naturel de voir des êtres divins ou tout au moins +semi-divins succéder à des hommes, nous voyons très clairement dans les +fragments de Turin que ce sont ces derniers qui précédèrent +immédiatement Ménès. La place normale de ces mânes semble donc être +après la première dynastie des demi-dieux. On a reconnu dans ces +_Nekyes_ ou mânes les _Khouou_ des textes religieux égyptiens, divinités +secondaires qui constituent la troisième ennéade héliopolitaine, d'abord +les quatre génies funéraires, les Enfants d'Horus, Amset, Hapi, +Douamoutef et Kebhsenouf, puis un autre Horus, Khent-Khiti, et ses +quatre fils. + +Après les dynasties divines et semi-divines, calquées sur le modèle des +trois cycles de dieux héliopolitains, et qui servent en quelque sorte de +cadre aux souvenirs relatifs à ces époques très anciennes, Manéthon en +énumère trois autres qui sont composées de rois d'une essence plus +rapprochée de la nôtre, et considérés sans doute comme de simples +hommes: d'abord ce sont des rois dont il n'indique ni l'origine ni le +nombre et qui régnèrent en tout 1.817 ans, puis trente rois memphites, +pendant 1.790 ans et enfin dix rois thinites, dont les règnes successifs +durèrent 350 ans. Au papyrus de Turin, la division de cette période +était un peu différente, et dans le fragment qui s'y rapporte, on peut +reconnaître qu'il avait parlé de six dynasties au moins; les noms des +rois n'étaient pas donnés, mais seulement la mention qu'ils s'étaient +succédé de père en fils et que parmi eux se trouvaient sept femmes ayant +régné; les chiffres, donnant la somme des années de chaque dynastie, +sont trop mutilés pour que nous puissions en tenir compte. + + +C. LA CHRONIQUE LÉGENDAIRE + +En résumé, toute cette période fabuleuse se divisait en plusieurs +époques, celle des dieux cosmogoniques et organisateurs de l'humanité, +celle des demi-dieux dont le rôle très effacé a plutôt un caractère +transitoire, et enfin celle des hommes-rois; pour les Egyptiens +eux-mêmes, les souverains à partir de la IIme dynastie, donc les +demi-dieux, les mânes et les hommes formaient un seul grand groupe, +celui des _Shesou-Hor_, ou suivants d'Horus, auxquels Manéthon attribue +une durée totale de règne de 11.000 ans, tandis que les dieux eux-mêmes +auraient occupé le trône pendant 13.900 ans. Cela donnerait pour tous +les rois antérieurs à Ménès une somme de 24.900 ans, chiffre qui +paraissait très exagéré à Eusèbe, aussi préférait-il adopter +l'explication de Panodore, que ces années n'étaient autres que des +années lunaires de 30 jours, des mois, ce qui réduisait donc la durée +des rois mythiques à 2.206 ans. Cette interprétation fantaisiste est du +reste dénuée de tout fondement, et l'on voit qu'au papyrus de Turin il +s'agit bien d'années ordinaires, d'années solaires; si les chiffres ne +sont pas ici exactement les mêmes que ceux de Manéthon, ils leur +correspondent dans les grandes lignes. La somme totale des règnes est en +effet ici de 23.200 ans au lieu de 24.900, et sur des chiffres pareils +l'écart n'est pas très considérable; pour la période des Shesou-Hor, le +papyrus compte 13.420 ans, chiffre équivalant à peu près à celui que +donne Manéthon pour les dieux, et il est possible qu'il y ait eu une +interversion dans un des documents qu'il avait entre les mains. La +question a du reste peu d'importance pour nous, puisqu'il s'agit de +chiffres absolument fantaisistes. + +Les Egyptiens avaient donc au sujet de leurs origines une tradition qui +nous paraît simple et pleine de renseignements précis, si nous la +comparons à celles des autres peuples, souvent remplie de détails +charmants et inutiles, de digressions qui nuisent à la clarté de +l'ensemble, et font perdre facilement le fil conducteur. Ici c'est une +légende pour ainsi dire quintessenciée, prenant le monde à ses débuts, +l'humanité à sa création même, la suivant à travers les grandes +commotions géologiques qui bouleversèrent la vallée du Nil avant le +début de l'histoire. Nous pouvons, en coordonnant ces traditions, suivre +les progrès, le travail lent, mais sûr, de la civilisation que les +réactions brutales ne peuvent anéantir. Au commencement, ce sont les +dieux qui dirigent le mouvement progressif de l'humanité qu'ils ont +eux-mêmes mis en branle, puis peu à peu ils s'effacent, passant la main +à des êtres moins sublimes, moins éloignés par leur nature même de la +race qu'ils ont à gouverner, et enfin à de vrais hommes, arrachés +définitivement à la sauvagerie primitive et capables en une certaine +mesure, après des milliers d'années d'efforts, de s'affranchir de la +tutelle directe des dieux. Ces débuts des hommes furent obscurs et sans +doute difficiles, et il fallut encore de longs siècles avant que l'un +d'entre eux pût saisir d'une main ferme les rênes du pouvoir et donner à +l'Egypte cette puissante organisation qui devait durer plus longtemps +que celle d'aucun autre pays. Les rois locaux antérieurs à Ménès n'ont +pas laissé de traces dans l'histoire, mais il est possible qu'un certain +nombre de leurs noms aient été conservés: en effet, au premier registre +de la pierre de Palerme, on voit représentés toute une série de +personnages portant la couronne rouge, l'insigne des rois de la Basse +Egypte, au-dessus desquels sont gravés quelques signes qui peuvent fort +bien être des noms, mais des noms bizarres qui ne ressemblent guère aux +noms égyptiens ordinaires. Seka, Khaaou, Taou, Tesh, Neheb, Ouazand, +Mekha. Ce serait le seul document précis relatif à la fin de la période +légendaire, à ces rois memphites dont parle Manéthon. Quant aux rois de +la Haute Egypte, leurs compétiteurs, peut-être devons-nous en +reconnaître quelques-uns parmi les monuments d'Abydos qu'on attribue +généralement à la Ire dynastie: il s'y trouve en effet quelques noms de +rois difficiles à lire et à identifier et qui peuvent appartenir à +certains des prédécesseurs immédiats de Ménès. + +[Illustration: _Fig. 13._ Les enfants d'Horus (d'après BUDGE. _Pap. of +Ani_, pl. VIII).] + + + + +[Illustration: _Fig. 14._ Poignard en silex (d'après J. de MORGAN. +_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _174_).] + + + + +CHAPITRE III + +L'ÉGYPTE ARCHAÏQUE + + +Les grands travaux exécutés dans la vallée du Nil au cours du siècle +dernier avaient amené la découverte d'un tel nombre de monuments datant +des époques historiques, édifices, sculptures, peintures, objets d'art, +inscriptions, instruments de toute sorte, que l'attention des +égyptologues devait nécessairement se concentrer sur ces restes +pharaoniques et ne pas aller chercher plus loin des documents dont, +malgré leur abondance considérable, on connaissait à peine l'existence +et dont surtout on ne pouvait encore soupçonner la valeur. On se +contentait de relever les grands monuments apparents, temples ou +tombeaux, de fouiller des nécropoles riches et le plus souvent bien +connues, on ne se livrait pas encore à une exploration méthodique du +pays et l'on n'accordait aucune attention à des objets sans grande +apparence, les silex taillés, que dans d'autres contrées on recueille +avec tant de soin et qu'ici on ne se donnait même pas la peine de +ramasser. Il est vrai cependant que des archéologues, comme Arcelin et +le Dr Hamy, au cours d'un voyage dans la vallée du Nil, en avaient réuni +un certain nombre et avaient cru pouvoir parler du préhistorique +égyptien et d'un âge de la pierre, d'après ces documents qui étaient du +reste trop insuffisants pour qu'on pût en tirer des conclusions +sérieuses; les égyptologues n'eurent donc pas de peine à leur prouver de +la façon la plus péremptoire que ces instruments n'avaient rien de +préhistorique: n'avait-on pas, en effet, trouvé des silex taillés dans +des tombes de la XIIme dynastie? + +La question semblait donc jugée et, si invraisemblable que cela paraisse +maintenant, on croyait qu'il n'existait en Egypte aucun monument, aucun +objet datant d'une époque antérieure à celle du fabuleux Ménès: les deux +premières dynasties humaines n'ayant laissé aucune trace autrement que +dans la tradition, à plus forte raison la période qui les précédait +devait-elle rester à jamais inconnue. On devait cependant admettre que +dans un pays où tout se conserve, comme l'Egypte, il eût été naturel +qu'on retrouvât quelque chose au moins des débuts d'une civilisation +aussi originale, et on en était venu, pour expliquer en une certaine +mesure cette lacune apparente, à émettre l'hypothèse que les ancêtres +directs des Egyptiens avaient pu se développer ailleurs, dans le +Bahr-bela-mà, par exemple, le fleuve sans eau, une vallée du désert +libyque, ou bien dans le pays des Somâlis ou plus loin encore. Par +conséquent, et malgré les affirmations catégoriques des Egyptiens +d'époque historique, la civilisation égyptienne ne pouvait être +autochtone: une lacune insondable devait précéder l'histoire, il ne +pouvait être question de paléolithique ni de néolithique, l'Egypte +n'avait jamais connu l'âge de la pierre, et tout au plus pouvait-on +considérer les premières dynasties comme appartenant à la période du +bronze. + +On en était là quand, vers 1896, cette théorie simpliste reçut de +plusieurs côtés à la fois un choc qui devait non seulement l'ébranler, +mais l'enterrer à tout jamais. A ce moment, des fouilles entreprises +dans des endroits encore inexplorés vinrent révéler à MM. Petrie et +Amélineau l'existence de civilisations très différentes de celles qu'on +connaissait, tandis que les recherches plus méthodiques de M. de Morgan +l'amenaient à la certitude qu'il s'agissait là d'une révélation +inattendue, celle du préhistorique égyptien auquel personne ne voulait +croire. Du même coup l'on voyait réapparaître les premiers habitants du +pays avec leurs armes de silex, leur céramique très particulière, leurs +tombeaux et même leurs villages, et les rois des deux dynasties encore +inconnues, avec le métal et les premiers monuments de l'écriture +hiéroglyphique. Les preuves étaient si évidentes qu'en peu de temps tous +les égyptologues se rallièrent aux nouvelles théories établies par M. de +Morgan, les confirmèrent et les complétèrent par d'autres recherches, si +bien que maintenant on peut se rendre compte de façon à peu près +certaine de ce qu'étaient les plus anciens occupants de la vallée du +Nil. + + +L'époque préhistorique ne se présente pas en Egypte, comme dans nos pays +européens, avec des divisions nettement marquées qui sont caractérisées +par les procédés employés dans la fabrication des armes et des outils et +par la forme même de ces derniers. A peine peut-on faire un groupe +distinct pour les instruments les plus anciens et les plus +rudimentaires, qui correspondent à peu près comme type et comme taille +à notre Chelléen, mais à partir de cette époque très reculée, tous les +silex présentent à peu de chose près le même caractère: si nous les +comparons aux silex européens, ils pourraient se ranger aussi bien dans +les séries paléolithiques que dans le néolithique. Les noms de +Moustérien, Solutréen, Magdalénien, qui s'appliquent chez nous à des +périodes bien définies, très différentes les unes des autres, ne +correspondent à rien en Egypte, et leur emploi n'aurait aucune raison +d'être pour tout ce qui concerne les origines de ce pays. + +Si donc nous mettons à part une première période, celle du paléolithique +proprement dit, une civilisation qui a dû être interrompue brusquement +par un cataclysme quelconque, nous trouvons ensuite des séries de +monuments préhistoriques qui, malgré leur grande variété, présentent une +parfaite homogénéité. Les seules différences que nous pouvons remarquer +dans la fabrication des outils de pierre sont de nature purement locale, +ainsi les silex du Fayoum ne sont pas les mêmes que ceux de Negadah, pas +plus que ceux d'Hélouan ne ressemblent à ceux d'Abydos ou d'autres +endroits, mais il n'y a pas lieu de tirer de ce fait des conclusions au +point de vue chronologique, car rien ne peut faire croire que les uns +soient antérieurs aux autres. Les ateliers employaient des procédés +légèrement différents, et surtout des modèles qui variaient d'un endroit +à l'autre; les uns, dans les lieux où les habitants se livraient +principalement à la chasse ou à la pêche, faisaient surtout des armes, +couteaux, pointes de lances, de javelots ou de flèches, tandis que les +autres, dans les centres agricoles, fabriquaient plutôt des outils, mais +ces différences sont de nature géographique et non historique, et on ne +peut en tenir compte pour scinder la période quaternaire en un plus ou +moins grand nombre d'époques distinctes. + +L'évolution de la céramique, chez les peuples primitifs, suit toujours +une marche parallèle à celle des instruments de pierre, et l'on peut, +par ce moyen, contrôler les conclusions fournies au point de vue +historique par l'étude de la forme et des procédés de fabrication des +silex. Il en est de même en Egypte, c'est-à-dire que dans le domaine de +la céramique archaïque, on remarque bien un développement, un progrès, +mais cette transformation est lente, graduelle, sans secousses. Les +anciens modèles cèdent la place à de nouveaux, mais pas de façon +brusque; ils coexistent pendant longtemps et se retrouvent les uns à +côté des autres dans les mêmes tombes. On peut arriver à constater que +tel type est plus ancien que tel autre, on ne peut dire qu'il +caractérise une époque ou une phase de la civilisation préhistorique. La +céramique égyptienne est du reste tout à fait spéciale et très +différente de toutes celles qu'on rencontre en Europe aux époques +primitives, aussi n'y retrouve-t-on aucun des caractères spécifiques qui +permettent aux préhistoriens de classer ces dernières: les potiers +égyptiens avaient poussé cet art à un haut degré de perfection dès les +plus anciens temps, et nous leur devons des séries très variées, tant au +point de vue de la technique que de la forme et de la décoration. + +La céramique, qui est un des éléments les plus importants pour la +classification des restes préhistoriques, ne donne donc lieu ici à aucun +rapprochement, et nous devons nous en tenir aux données que nous +fournissent les armes et les outils de pierre; or nous avons vu que tous +ces objets sont en pierre taillée et qu'ils se rattachent, pour les +formes comme pour les procédés de taille à nos instruments +paléolithiques et néolithiques en silex, tout spécialement aux types du +Solutréen et du Moustérien. Ce qui caractérise chez nous la période +néolithique, l'âge de la pierre polie, manque absolument en Egypte: on +a récolté dans ce pays, pendant ces dernières années, des centaines de +mille et peut-être des millions de silex, et dans cette masse énorme on +aurait peine à trouver cent haches polies, ou autres outils pouvant +rentrer dans la même catégorie. Nous ne constatons cependant aucune +solution de continuité entre la période dite préhistorique et celle des +débuts de l'histoire, aussi pouvons-nous dire avec certitude que non +seulement il n'y a pas de divisions spéciales à établir dans l'époque +paléolithique, mais qu'il n'y a même pas lieu de distinguer celle-ci de +l'âge néolithique. Si donc nous devions conserver ces deux noms qui ont +une certaine valeur pratique pour la classification, il faudrait leur +donner, pour tout ce qui concerne l'Egypte, un sens un peu différent de +celui qu'ils ont pour l'Europe, réserver le mot paléolithique aux objets +les plus anciens, à ceux qui pour la forme et la facture se rapprochent +du chelléen, et ranger tout le reste dans l'âge néolithique ou même +plutôt énéolithique qui précède immédiatement l'âge historique. + +Dans nos pays septentrionaux, où le développement des peuples suivit une +marche toute différente, on range encore dans le préhistorique la +période des métaux et l'on fait succéder l'âge du cuivre, l'âge du +bronze, puis l'âge du fer, à celui de la pierre. Ici il n'y a aucune +distinction semblable à établir puisque les dynasties thinites suivent +immédiatement l'âge de la pierre, sans aucune transition apparente: les +Egyptiens prédynastiques sont déjà en possession des métaux, ou tout au +moins du cuivre qu'ils emploient presque sans alliage et qu'ils arrivent +peu à peu à travailler avec la plus grande habileté, en même temps +qu'ils poussent l'industrie du silex à un degré de perfection qui ne fut +atteint en aucun endroit du monde. C'est donc au cours de l'époque +précédant immédiatement l'histoire que les Egyptiens apprirent à +connaître le cuivre, dont l'usage ne remplaça que très lentement celui +de la pierre taillée; c'est aussi tout à fait graduellement que les +métallurgistes arrivèrent à doser les alliages grâce auxquels ils +devaient obtenir le bronze, très supérieur au cuivre pur. Quant au fer, +nous n'avons aucun document qui nous permette de fixer l'époque à +laquelle il fut introduit dans la vallée du Nil. Il n'y a donc en Egypte +ni âge du cuivre, ni âge du bronze, ni âge du fer, à proprement parler: +la première de ces trois divisions se confond avec la période +prédynastique, et les deux autres, qui ne sont pas nettement +caractérisées, appartiennent à l'époque historique. + +Ménès, le fondateur de la monarchie pharaonique, symbolise pour nous le +début d'une civilisation nouvelle, l'organisation définitive du pays, et +les premiers documents écrits qui paraissent à ce moment-là, montrent +bien qu'une ère nouvelle commence. La transformation ne s'opéra +cependant pas d'une façon subite dans tous les domaines, elle se fit +graduellement, lentement, comme dans les périodes précédentes, car +l'Egypte a toujours été et sera sans doute toujours le pays le moins +révolutionnaire qu'il y ait au monde. Dans la vie civile surtout, que +nous connaissons fort bien, puisque une grande quantité d'objets de +toute sorte nous sont parvenus, le progrès est presque insensible, la +céramique est à peu près la même qu'auparavant, à peine un peu détrônée +par l'usage toujours plus répandu des vases de pierre, et l'on devait +continuer pendant de longs siècles encore à fabriquer des armes et des +outils en silex, bien qu'on connût déjà fort bien les instruments de +métal, dont la supériorité était évidente. Enfin, si les rois et les +grands personnages commencent à se faire construire des tombeaux +monumentaux et adoptent des coutumes funéraires plus compliquées, les +populations rurales continuent à creuser à la limite des sables du +désert de petites fosses pour leurs morts, qu'ils ensevelissent +accroupis et couchés sur le côté, ou démembrés complètement, avec le +même mobilier funéraire que par le passé. + +J'ai employé jusqu'ici, pour désigner les âges primitifs de l'Egypte, le +mot de préhistorique, mais, en ce qui concerne ce pays, ce mot a une +signification trop précise et indique une scission trop nette avec le +temps où commence l'histoire proprement dite; or, comme nous l'avons vu, +cette scission n'existe pas en Egypte. Le terme d'âge de pierre ne +convient pas non plus, puisque l'emploi des instruments de silex est +encore constant sous les premières dynasties et se perpétue jusqu'au +Moyen Empire. J'adopterai donc dorénavant un terme plus élastique et +dont le sens est néanmoins très clair, celui de _période archaïque_, +qu'on emploie maintenant de préférence, et je diviserai cette période en +deux groupes comprenant, l'un, les âges les plus anciens, l'_éolithique_ +et le _paléolithique_, l'autre, l'époque beaucoup plus connue, précédant +immédiatement les dynasties, et qu'on peut appeler _prédynastique_. + + +_I. PALÉOLITHIQUE_ + +Les vestiges des tout premiers habitants de l'Egypte sont rares et +incertains. La tendance actuelle est de rechercher partout la trace de +l'homme tertiaire; à défaut de preuves absolument convaincantes de son +existence, comme le serait la découverte d'un squelette dans une couche +géologique appartenant à cette période, on voudrait retrouver des +indices de son activité sur la terre, aussi a-t-on créé la classe des +_éolithes_, les instruments de l'homme antérieur à l'âge paléolithique. +Ces éolithes sont de simples galets de silex ou des éclats accidentels +sur lesquels on remarque ou croit remarquer des traces d'usage, et qui +auraient été les premiers instruments de l'homme alors qu'il ne savait +pas encore tailler la pierre et devait se contenter des éclats naturels, +plus ou moins appropriés à ses besoins, qu'il trouvait sur le sol. Ce +n'est pas ici le lieu de discuter cette théorie toute générale, qui est +encore très sujette à controverse; nous nous bornerons à constater +qu'elle a aussi été appliquée à l'Egypte et qu'on a recueilli dans ce +pays un certain nombre d'échantillons de ces éolithes qui ont évidemment +pu être employés par des hommes encore à l'état de sauvagerie, comme +marteaux, grattoirs ou couteaux, bien que rien ne le prouve de façon +absolue. + +[Illustration: _Fig. 15-18._ Instruments paléolithiques (d'après J. de +MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _17_, _24_, +_20_, _31_).] + +Les silex taillés du type chelléen se retrouvent non seulement en +Europe, mais un peu partout, en Palestine, aux Indes, chez les Touaregs; +on en rencontre aussi en Egypte, sinon en grande abondance, du moins +assez fréquemment. L'objet le plus caractéristique de cette époque est, +ici comme dans les autres gisements, le coup-de-poing, un grand galet de +silex amygdaloïde, sur lequel on a enlevé par percussion de gros éclats, +de manière qu'une des extrémités forme une pointe plus ou moins +prononcée, tandis que l'autre reste arrondie et épaisse, et sert de +poignée. A côté de cet instrument qui en même temps est une arme +dangereuse, on trouve encore des outils plus petits, ayant pu servir de +hachettes ou de racloirs; et surtout des pointes ou poinçons, parfois +très aigus, du même travail un peu rudimentaire, sans retouches fines. + +Ces silex se trouvent soit à la surface du sol, sur les plateaux +couronnant les premiers contreforts du désert et au sommet des petits +monticules qui sont situés un peu au-dessous, soit dans les alluvions +entraînées par les pluies jusque dans la vallée, très rarement dans la +zone sablonneuse qui sépare les terres cultivables de la montagne. On en +a découvert depuis les environs de la 1re cataracte jusque près du +Caire, ainsi que sur les routes qui conduisent à travers le désert vers +les oasis, et enfin, ce qui est plus important au point de vue de la +date, dans les alluvions très anciennes, contemporaines du commencement +de l'époque quaternaire, qui est en effet le moment où l'on place l'âge +chelléen. D'après la position où ont été trouvés ces silex, on pourrait +conclure que les Egyptiens primitifs habitaient de préférence, non pas +dans la vallée même, mais sur les monticules avoisinants et sur la crête +des montagnes peu élevées qui bordent le désert. Nulle part on ne voit +de traces d'habitations construites; ils devaient donc vivre soit en +plein air, soit sous de légers abris en branchages. C'est sur ces +plateaux, où les indigènes trouvaient en abondance les rognons de silex +qui servaient à la fabrication de leurs outils, qu'ils établissaient +leurs ateliers de taille: ainsi le plateau qui sépare la Vallée des Rois +du cirque de Deir-el-Bahari, en face de Louxor, où l'on trouve encore en +quantité des éclats n'ayant sans doute jamais servi et qui doivent être +considérés comme des déchets de fabrication. La réalité est sans doute +un peu différente, et si nous ne sommes pas mieux renseignés sur cette +population primitive, sur son habitat et ses coutumes funéraires, c'est +pour la raison qu'elle est antérieure à un de ces bouleversements +géologiques qui dévastèrent et dépeuplèrent une partie du monde et qui +sont restés célèbres dans la tradition sous le nom de Déluge. L'Egypte +en particulier fut atteinte, la vallée fut entièrement submergée pendant +une période dont nous ne pouvons évaluer la durée et toute trace +d'occupation humaine fut effacée; les hauts plateaux stériles et le +désert émergeaient encore, mais nous ne savons si quelques restes de la +population purent s'y maintenir pour former le noyau de la race +égyptienne prédynastique, ou si celle-ci vint d'ailleurs quand la région +redevint habitable. + + +_II. PRÉDYNASTIQUE_ + +A. MONUMENTS + +Autant cette première période est encore obscure, autant les documents +abondent pour celle qui la suit, et qui, précédant immédiatement +l'époque historique, est souvent désignée par le nom de _prédynastique_. +Ces documents peuvent se classer en trois catégories, dont les données +combinées nous fournissent des renseignements d'ensemble et même de +détail sur l'état de la vallée du Nil avant les Pharaons. Ce sont +d'abord les objets épars à la surface du sol, les silex, puis les +vestiges des établissements humains, monticules de débris où l'on +reconnaît la trace des villages primitifs, et enfin les tombeaux qui +nous donnent, en plus des renseignements anthropologiques, des lots très +considérables de céramique, l'élément le plus important pour la +classification générale. Nous prendrons l'un après l'autre chacun de ces +points avant d'aborder l'ethnographie proprement dite, l'étude de la +race prédynastique et de sa civilisation. + +[Illustrations: _Fig. 19-21._ Haches et herminettes en silex (d'après J. +de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _91_, +_60_, _73_).] + + +_Silex_ + +Les couches sédimentaires qui bordent la vallée du Nil sont extrêmement +riches en rognons de silex, qui atteignent parfois de très grandes +dimensions; sur les plateaux, le sol est couvert de galets de silex, +d'agate et de cornaline. Naturellement la qualité de la pierre varie +suivant les endroits, mais partout elle se prête à la taille et les +premiers habitants du pays avaient sous la main, d'un bout à l'autre du +pays, la matière première de laquelle ils pouvaient tirer leurs armes et +leurs outils. C'est vers le nord de l'Egypte, au Fayoum en particulier, +que le silex est le moins abondant, mais les cailloux du diluvium +peuvent le remplacer, et les indigènes en ont tiré un très bon parti. + +[Illustrations: _Fig. 22-25._ Couteaux et grattoirs en silex (d'après J. +de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _106_, +_123_, _98_, _153_).] + +Quelle que soit la matière employée, qu'il s'agisse du beau silex blond +translucide d'Abydos, du silex brun de Louxor ou du grossier galet du +Fayoum, le procédé de taille est toujours le même, et ne diffère pas de +celui qui a été en usage dans le monde entier. Le _nucleus_, ou noyau +préparé pour l'enlèvement des éclats, s'obtenait d'une façon très +simple: on brisait une partie d'un rognon de silex ou d'un galet, de +manière à déterminer une surface unie servant de plan de frappe, puis on +enlevait des éclats normalement à cette surface, en se servant d'un +percuteur, boule de pierre dure employée comme marteau; les premiers +éclats, portant une partie de la gangue, étaient mis au rebut, et les +suivants employés pour divers usages selon leur forme et leur dimension; +ceux qui étaient longs et minces devenaient des couteaux, ceux qui +étaient épais et larges, des haches ou des herminettes, les petits +donnaient des ciseaux, des poinçons, des pointes de flèches; tous +devaient subir de longues et soigneuses retouches. On travaillait ces +éclats soit par percussion, soit par pression le long des arêtes au +moyen d'un autre silex, et les Egyptiens étaient arrivés très loin dans +cet art et modelaient pour ainsi dire leurs silex au moyen de ces +petites retouches, de manière à leur donner exactement la forme voulue. +A côté de ces instruments, certains éclats, très minces et naturellement +tranchants, pouvaient être utilisés, presque sans retouches, comme +outils, grattoirs ou couteaux. + +[Illustrations: _Fig. 26-29._ Pointes de flèches en silex (d'ap. J. de +MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _176_, _190_, +_181_, _185_).] + +On trouve de tout cela dans les gisements de silex égyptiens, sur la +bande sablonneuse qui s'étend d'un bout à l'autre du pays, entre les +terres arrosées et cultivées et les premiers contreforts de la montagne: +d'abord les percuteurs, boules qui ont en général la grosseur d'une +pomme et qui portent des traces très évidentes d'usage, puis les nuclei +à tous les états, depuis celui qui a été mis au rebut après qu'on en eut +détaché quelques éclats seulement, jusqu'à celui qui, complètement +épuisé, n'est plus qu'un petit noyau conique à facettes; ensuite les +éclats eux-mêmes, les uns, informes ou mal venus, rejetés comme +inutilisables, les autres, très tranchants et sans retouches ou +retravaillés seulement à une extrémité; enfin les outils brisés au cours +de la fabrication par suite d'un accident, et ceux qui portent la trace +d'un long emploi ou qui, très usés, ont été retaillés pour pouvoir être +employés de nouveau. + +Chaque localité, chaque gisement a pour ainsi dire son propre type, ou +ses types de silex taillés, et l'on ne peut en tirer des conclusions au +point de vue de la classification chronologique; il est possible, +probable même, que dans beaucoup de ces endroits, la fabrication se soit +continuée sans grande modification, pendant des siècles ou des milliers +d'années, comprenant non seulement toute la période archaïque, mais +empiétant aussi sur les époques historiques. Nous aurons l'occasion de +revenir plus loin sur les différents modèles d'outils et d'armes, sur +leurs formes et leur emploi. + + +_Villages_ + +Dans les mêmes régions, en bordure de la vallée, à la lisière du désert, +on remarque en certains endroits de légères surélévations qui se +distinguent à peine du sable environnant par une teinte un peu plus +foncée. Quelques coups de pioche suffisent pour constater qu'il y a là +quelque chose de tout à fait analogue à ce que dans nos stations +préhistoriques européennes, celles du Danemark en particulier, on +appelle des _Kjoekkenmoeddings_, ou «débris de cuisine»; ce sont en +effet des vestiges d'établissements humains, datant d'une époque où les +populations étaient déjà plus ou moins sédentaires, mais où elles ne +savaient pas encore construire de vraies maisons: ces restes sont +beaucoup trop importants pour être ceux de simples campements +provisoires et passagers, et contiennent des quantités de détritus qui +ont dû mettre fort longtemps à s'amonceler. D'un autre côté on ne +rencontre pas dans ces monticules de décombres la moindre trace de mur, +ni en pierre, ni en briques crues, ni même en terre pilée: les +constructions devaient donc être très légères, en bois ou même en +branchages, de simples huttes du modèle le plus primitif, suffisantes du +reste dans un climat aussi chaud. + +Ces amas de détritus ne renferment guère d'objets en bon état, à part +quelques outils de silex, mais ils nous livrent des renseignements très +importants sur la vie même de ces peuplades de l'Egypte prédynastique; +os d'animaux d'après lesquels on peut, en partie, reconstituer la faune +de l'Egypte à cette époque, excréments de bestiaux montrant qu'on +s'occupait d'élevage, traces de céréales grâce auxquelles nous apprenons +qu'on connaissait déjà l'agriculture. Ces documents qui ont si peu +d'apparence et paraissent négligeables sont donc extrêmement précieux, +puisqu'ils font connaître les occupations ordinaires, la nourriture, la +vie privée des premiers Egyptiens. + + +_Tombeaux_ + +Si nous ne connaissons qu'un petit nombre de ces restes de villages, +dont la plupart ont dû entièrement disparaître ou bien sont trop peu +apparents pour qu'on puisse les distinguer, nous avons en revanche une +quantité considérable de sépultures appartenant à la même époque. Ces +tombes ne sont jamais isolées, mais forment des nécropoles plus ou moins +vastes, situées elles aussi au bord du désert, près des terrains +cultivés, donc à proximité immédiate des habitations des vivants: en +effet, chaque fois que nous reconnaissons l'emplacement d'un +kjoekkenmoedding, nous sommes sûrs de trouver à peu de distance, +quelques centaines de mètres à peine, un cimetière qui est +vraisemblablement celui des habitants du village. + +[Illustration: _Fig. 30._ Tombeau prédynastique (d'après AYRTON. +_El-Mahasna_, pl. VI, fig. _26_).] + +Ces nécropoles d'un type tout spécial ont très longtemps passé +inaperçues et elles semblent en effet, au premier abord, fort difficiles +à reconnaître. C'est avec le jour frisant du soir ou du matin qu'on peut +le mieux distinguer ces groupes de dépressions très légères, à peine +perceptibles en plein soleil, qui sont à la surface plus ou moins +inégale du terrain le seul indice extérieur des tombeaux archaïques. Les +sépultures sont de simples fosses creusées dans les bancs de cailloux +roulés qui s'étendent au pied de la montagne et qui forment un terrain +suffisamment consistant pour qu'il ne fût pas nécessaire de soutenir, +au moyen d'un mur ou d'un enduit, les bords de l'excavation: leur forme +générale est irrégulière, à peu près ovale ou même presque ronde, et +leur profondeur d'un mètre à deux au plus, tandis que l'ouverture +dépasse à peine un mètre cinquante dans sa plus grande dimension. A côté +de celles-là il en existait de plus grandes, à peu près rectangulaires +et atteignant jusqu'à quatre mètres sur deux, sans que la profondeur en +soit augmentée. Après l'ensevelissement, les grandes comme les petites +fosses étaient simplement comblées avec du sable et des galets et se +confondaient avec le terrain environnant; il n'y a jamais la moindre +superstructure, pas même une pierre tombale. + +[Illustration: _Fig. 31._ Tombeau prédynastique (d'ap. J. de MORGAN. +_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _464_).] + +Les dimensions des petites tombes, qui sont de beaucoup les plus +nombreuses, ne permettaient pas d'y déposer le mort étendu tout de son +long, comme on le fit plus tard pour les momies aux époques historiques; +les coutumes funéraires étaient en effet très différentes et nous +pouvons distinguer deux stages, deux modes d'ensevelissement qui +semblent correspondre à deux périodes. Dans les plus anciennes +sépultures, le mort est couché sur le côté gauche, dans la position +dite embryonnaire ou assise, c'est-à-dire avec les membres repliés de +manière que les mains se trouvent devant la figure, les genoux à la +hauteur de la poitrine et les pieds près du bassin. Etant donnée +l'orientation des tombeaux, qui du reste n'est pas partout +rigoureusement exacte, la tête est généralement au sud la face tournée +vers l'ouest. + +[Illustration: _Fig. 32._ Tombeau prédynastique (d'après J. de MORGAN. +_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _468_).] + +Le deuxième mode d'inhumation, qui paraît être un peu plus récent, +quoique appartenant toujours à la période prédynastique, est beaucoup +plus curieux: ici, et la chose a été constatée dans de très nombreuses +tombes, le corps était entièrement démembré avant d'être déposé dans la +fosse; les os ne sont ni cassés ni coupés, mais ils sont placés +pêle-mêle, et souvent il en manque un certain nombre. Il ne s'agit pas +d'un dépècement du mort au moment du décès, ni de cannibalisme, comme on +pourrait le croire, mais d'une coutume qui se retrouve ailleurs qu'en +Egypte, dans tout le bassin de la Méditerranée, en Crète, dans les îles +de l'Archipel, au sud de l'Italie, celle de l'inhumation secondaire: on +enterrait provisoirement le mort, puis au bout de deux ou trois ans, +quand les chairs s'étaient putréfiées et désagrégées, on l'exhumait et +on rassemblait les os pour les déposer dans le tombeau définitif. La +transition entre ces deux coutumes funéraires, qui paraissent si +différentes, est marquée par certaines tombes où le corps est replié et +couché sur le côté, mais où la tête est séparée du tronc et posée +n'importe où, à côté du bassin, par exemple. Les vertèbres étant +intactes, il ne peut être question de décapitation brutale, mais il +s'agit sans doute simplement d'inhumations secondaires où l'on n'avait +pas pratiqué la désarticulation complète. + +Avant de les déposer dans le tombeau, on cousait les corps dans des +peaux de gazelle ou bien on les enveloppait dans des nattes de jonc; sur +quelques os, on a même relevé des traces de bitume, et nous pouvons sans +doute reconnaître dans ce fait la première tentative de momification. +Dans les tombes à inhumation secondaire, les cadavres démembrés étaient +parfois enfermés dans de très grands vases larges du bas, avec une +petite ouverture seulement à la partie supérieure, ou dans de vraies +cistes rectangulaires en argile crue. Ailleurs un vase d'une forme toute +différente, sorte d'immense coupe très profonde, est posé à l'envers sur +le corps replié et le recouvre complètement. Enfin, quelques-unes des +grandes tombes renfermaient non pas un seul, mais deux et même trois +cadavres, simplement posés les uns sur les autres, et dans les +sépultures à inhumation secondaire on rencontre quelquefois deux crânes +et un nombre d'os très insuffisant pour former deux corps, ou le +contraire. + +Si, dans la plupart des nécropoles, les tombes à corps replié sont +nettement séparées de celles à corps démembré, il en est d'autres où les +divers types de sépulture sont mélangés, aussi ne pouvons-nous savoir +avec une certitude absolue si ces deux modes d'inhumation appartiennent +à deux races ou à deux époques différentes. Il semble cependant que nous +devions adopter la deuxième hypothèse plutôt que la première, bien que +les anthropologistes ne soient pas encore arrivés à des résultats très +concluants au sujet de la question des races. Les os sont presque +toujours bien conservés, et on a recueilli une très grande quantité de +crânes en bon état, dont beaucoup même portent encore leurs cheveux, et +qui peuvent être l'objet de mensurations très exactes, aussi +pouvons-nous avoir l'espoir d'être une fois au clair sur cette question +si importante. + + +_Mobilier funéraire_ + +Le mobilier funéraire est plus ou moins riche suivant les tombes, et +comporte des objets de plusieurs espèces disposés au fond de la fosse, +autour du mort. Le choix même de ces objets montre clairement que ces +Egyptiens d'avant l'histoire se faisaient déjà des idées très précises +sur la vie d'outre-tombe et croyaient à la survivance, sinon de l'âme, +du moins de la personnalité des défunts: pour leur assurer la +subsistance matérielle, la nourriture, on mettait à côté d'eux des vases +contenant des vivres, des grains, des viandes, et sans doute aussi de +l'eau ou d'autres liquides dont nous ne retrouvons naturellement plus +trace; des armes leur permettaient de lutter contre les ennemis qu'ils +pouvaient rencontrer dans l'autre monde, et des ornements de corps, de +se parer comme ils le faisaient sur la terre. + +Les vivres que le mort emportait avec lui dans la tombe étaient surtout +des viandes, et spécialement des têtes et des gigots de gazelle, dont on +retrouve fréquemment les os à côté du squelette du défunt; les végétaux +sont moins bien conservés, mais on reconnaît encore au fond des vases, +et surtout des vases en terre grossière, des traces non équivoques de +céréales, d'orge en particulier. Ces renseignements ne font du reste que +confirmer ceux que nous donnent les kjoekkenmoeddings. + +On ne trouve pas des armes dans tous les tombeaux, et dans ceux qui en +contiennent, elles ne sont jamais qu'en petit nombre; généralement même +il n'y en a qu'une seule, placée à portée de la main du mort, devant sa +figure. Ces armes sont par contre d'une grande beauté et d'une exécution +très supérieure à celle des silex qu'on trouve à la surface du sol: ce +sont le plus souvent de longues lances droites finement retouchées qui +pouvaient servir de poignards, des couteaux légèrement recourbés, au +tranchant très affilé, des pointes de lances ou de javelots à double +pointe et à tranchant, ou de forme lancéolée, et parfois des pointes de +flèches. Les outils tels que racloirs, grattoirs, poinçons, sont très +rares dans les tombes, mais, par contre, on trouve des instruments de +pêche, comme des harpons, et ce fait permet de supposer que les armes +données au mort étaient destinées, non seulement à le mettre à même de +réduire par la force les ennemis qui pouvaient se trouver sur son +chemin, mais surtout à lui permettre de chasser et de pêcher dans +l'autre monde, tant pour assurer sa subsistance que comme délassement. + +[Illustration: _Fig. 33._ Couteau en silex (d'après J. DE MORGAN. +_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _128_).] + +Les objets d'ornement sont abondants, mais presque toujours très +simples, exécutés de façon sommaire dans des matières qui n'ont rien de +précieux: ainsi les colliers à plusieurs rangs qui tombaient sur la +poitrine étaient composés de perles irrégulières de forme et de +grosseur. Ces perles, en terre cuite, en calcaire, en pierres dures, +telles que la cornaline, l'agate, le silex, étaient presque toujours +travaillées de façon grossière et malhabile; on en trouve aussi qui sont +faites de morceaux de coquilles ou de petits oursins fossiles, percés +d'un trou. Les bracelets sont plus soignés, ils sont soit en nacre, soit +en ivoire, et on les obtenait en sciant la partie inférieure d'une dent +d'éléphant à l'endroit où elle est creuse, ou le bas d'une grande +coquille univalve de la famille des trochidés; d'autres enfin sont en +silex, évidés avec une dextérité qui montre jusqu'à quel point ces +populations avaient poussé l'industrie de la pierre taillée. Les femmes +portaient des peignes hauts et étroits en ivoire ou en os, dont la +partie apparente, au-dessus de la chevelure, était généralement +surmontée d'une figure ornementale. Enfin un certain nombre de +pendeloques, percées d'un trou, également en os ou en ivoire, parfois en +pierre, servaient en même temps d'ornements et d'amulettes. + +[Illustrations: _Fig. 34-36._--Plaques de schiste (d'après PETRIE. +_Diospolis parva_, pl. XI et XII).] + +Dans beaucoup de sépultures on voit à côté de la tête du mort une plaque +en schiste vert qui affecte les formes les plus diverses; les unes sont +taillées en losange, en rectangle ou en carré, les autres découpées de +manière à imiter le profil d'un animal, hippopotame, tortue, poisson, +oiseau. La signification de ces objets est encore très incertaine, bien +que d'habitude on les considère comme des palettes à broyer le fard vert +qu'hommes et femmes se mettaient autour des yeux, à cause d'une petite +dépression qui existe en effet sur certaines des plaques en losange et +qui contient parfois des traces de couleur verte; la forme étrange +donnée à beaucoup de ces plaques, le fait qu'elles sont percées d'un +trou de suspension, les décorations animales gravées à la pointe, qui +les ornent quelquefois, et surtout l'analogie avec les grandes plaques +de schiste d'époque thinite, qui étaient couvertes de sculptures et se +trouvaient déposées dans les sanctuaires et non dans les tombes, +m'engagent à y voir des talismans ou des sortes de fétiches plutôt que +des objets usuels. + +C'est sans doute aussi à titre de talisman qu'on déposait parfois dans +les tombes des figurines d'hippopotame en argile: le monstre mis ainsi +au service du mort pouvait lui rendre bien des services et le protéger +de bien des dangers. + + +_Céramique_ + +C'est également des tombeaux que sont sorties ces séries +extraordinairement complètes de vases qui nous permettent d'établir une +certaine classification dans la période prédynastique, ou tout au moins +de suivre en quelque mesure le développement de la civilisation. Toute +cette céramique, qui est particulière à l'Egypte et qu'on ne peut +comparer à celle d'aucun autre pays, dénote, dès l'apparition des plus +anciens exemplaires, une habileté remarquable et une longue pratique du +métier chez les potiers égyptiens: les vases sont absolument réguliers +de forme et d'épaisseur et il faut un examen minutieux pour arriver à +reconnaître qu'aucun n'a été fait au tour et que tous sont modelés à la +main. + +[Illustrations: _Fig. 37-41._ Vases rouges à bord noir (d'après AYRTON. +_El-Mahasna_, pl. XXVIII et XXX).] + +Le plus ancien type est celui de la poterie rouge à bord noir, qui est +extrêmement fréquent et comprend des vases de plusieurs formes: la coupe +profonde, le gobelet, le vase ovoïde à fond plat ou pointu, à large +ouverture. Ces vases sont faits en une sorte d'argile très fine mélangée +de sable, enduits à l'extérieur d'une légère couche d'hématite et +lissés au polissoir, puis cuits dans un feu doux, posés l'ouverture en +bas sur les cendres du fourneau; la cuisson faite de cette manière donne +une pâte légère et friable; la couverte exposée à une chaleur plus forte +près de l'orifice se désoxyde en cet endroit et devient d'un beau noir +très brillant, tandis que le reste du vase garde la teinte rouge foncé. + +[Illustrations: _Fig. 42-46._ Poterie rouge (d'après AYRTON. +_El-Mahasna_, pl. XXXI et XXXII, et PETRIE. _Diospolis parva_, pl. +XIV).] + +La poterie rouge uniforme est exactement semblable à l'autre comme +matière, mais le procédé de cuisson, un peu différent, empêche la +formation du bord noir; tout le vase reste alors extérieurement d'une +couleur absolument régulière, d'un beau rouge lustré. Ce type de poterie +qui est, à peu de chose près, contemporain du type rouge à bords noirs, +présente des formes un peu différentes: à côté de l'écuelle creuse et du +vase ovoïde, on trouve la bouteille ventrue à fond plat et à col étroit +et le petit vase globulaire. A un certain moment, on employa ce genre de +céramique pour faire des vases de formes bizarres, les uns aplatis, les +autres jumelés, d'autres encore en forme de poisson ou d'oiseau; ce ne +fut du reste là qu'une mode qui ne se prolongea que sur une période +assez brève. + +[Illustrations: _Fig. 47-49._ Vases rouges à décor blanc (d'après J. DE +MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. II et III).] + +Un autre dérivé de cette céramique rouge, qui est presque aussi ancien +qu'elle mais ne dura pas aussi longtemps, est la céramique rouge à décor +blanc. Le fond est toujours d'un beau rouge lustré sur lequel se +détache, en lignes blanches mates, une ornementation empruntée au +travail de la vannerie, chevrons, lignes pointillées et entre-croisées, +et parfois même quelques représentations animales très sommaires. Les +formes employées de préférence pour ce genre de poterie sont les coupes +profondes, arrondies ou à fond plat, et les vases allongés, renflés à la +partie inférieure, parfois très étroits du haut. + +[Illustration: _Fig. 50_ et _51_. Vases à cordon (d'après AYRTON. +_El-Mahasna_, pl. XXXIII).] + +La poterie blanche, qui est en réalité plutôt d'un jaune rosé est plus +récente et se perpétue jusqu'à l'époque thinite. La pâte en est plus +fine, en argile moins mélangée de sable, la cuisson meilleure; quant aux +formes elles sont peu variées. Il n'y a en somme guère qu'un type, qui +va en se transformant progressivement: les vases les plus anciens sont +presque globulaires avec une ouverture très étroite et deux petites +saillies serpentant sur la panse et formant anses. Peu à peu, la panse +se rétrécit, l'ouverture s'agrandit, les saillies s'allongent et se +rejoignent pour former un cordon circulaire en relief et finalement le +vase devient cylindrique. Parfois il est décoré de traits rouges +entre-croisés. + +[Illustrations: _Fig. 52-54._ Vases peints (d'après J. DE MORGAN. +_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. V et VII).] + +[Illustration: _Fig. 55._ Vase peint (d'ap. PETRIE. _Naqada and Ballas_, +pl. XXXIV, no _45_).] + +La classe la plus intéressante de la céramique archaïque est +certainement celle des vases décorés de peintures rouges, qui sont +semblables comme pâte et comme cuisson à ceux de la catégorie +précédente, mais dont la facture est plus soignée et les formes +différentes. Ces vases sont globulaires, souvent presque aussi larges +que hauts, avec un fond plat, une ouverture assez large et de toutes +petites anses percées d'un trou servant à les suspendre; d'autres sont +sphéroïdes, un peu aplatis, et munis des mêmes petites anses. Ces +derniers, décorés de cercles concentriques ou de points rouges, imitent +les vases en pierre dure que nous voyons rarement à cette époque mais +que nous retrouverons à la période thinite en grande abondance, tandis +que les autres, qui portent de petits traits horizontaux ou des lignes +droites ou sinueuses, rappellent plutôt les ouvrages en vannerie. Enfin +sur les plus grands de ces vases, on trouve une décoration d'un +caractère tout différent, mais toujours tracée en rouge au pinceau, avec +une assez grande sûreté de main: ce sont soit des végétaux, des aloès +plantés dans des vases, soit des théories d'animaux, autruches ou +chèvres sauvages, soit encore des représentations qui paraissent figurer +de grands bateaux avec leurs rames, leurs enseignes, leurs +superstructures, plutôt que, comme on l'a cru, des villages ou des +fermes. + +[Illustrations: _Fig. 56 et 57._ Poterie grossière (d'ap. J. DE MORGAN. +_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _425_ et _433_).] + +Il faut encore citer deux autres classes de poteries, et d'abord celle +des vases en terre brunâtre grossière, façonnés sans grand soin pour les +usages de la vie courante, et qui affectent diverses formes; on ne voit +guère ces pots et ces cruches que dans les derniers temps de la période +archaïque. Quant aux vases en terre noire ou brun foncé, à décor incisé +et rempli d'une pâte blanchâtre, dont on ne trouve que de rares +exemplaires en Egypte, à cette époque aussi bien que sous l'Ancien et le +Nouvel Empire, ils n'ont rien d'égyptien, mais appartiennent à un type +connu, répandu surtout dans les pays au nord de la Méditerranée. Il +s'agit donc d'objets d'importation dont ni la matière, ni la facture, ni +la décoration en lignes droites irrégulières et en points, n'ont de +rapport avec quoi que ce soit qui provienne de la vallée du Nil. + +Nous avons vu des vases en terre, de forme globulaire ou sphéroïde dont +la décoration prétendait imiter la matière de ces vases en pierre dure +que nous trouverons en grande abondance sous les deux premières +dynasties. Ces vases de pierre devaient donc nécessairement exister à la +période prédynastique, mais ceux qui nous sont parvenus sont en nombre +extrêmement restreint. C'étaient sans doute des ustensiles très +précieux, et cette raison suffit pour expliquer les imitations peintes. +Par contre, les matières moins dures que le porphyre ou le basalte et +qui se laissent plus facilement travailler, comme le calcaire et +l'albâtre, sont déjà d'un emploi très fréquent, et les indigènes y ont +taillé avec habileté des vases cylindriques et des coupes de toutes +formes et de toutes dimensions. + + +B. CIVILISATION + +Après avoir ainsi passé en revue les nombreux documents que nous +possédons maintenant sur la période archaïque, il nous reste à voir +quels sont les renseignements utiles que nous pouvons en tirer pour la +connaissance des Egyptiens prédynastiques et de l'état de leur +civilisation. + + +_Le pays_ + +Aujourd'hui la vallée du Nil forme une longue et étroite plaine de +terres cultivables, bordée des deux côtés par le désert ou la montagne; +tout le terrain irrigable est utilisé et uniformisé. Cet état est dû non +seulement au Nil fertilisateur, mais encore et surtout à la main des +hommes qui, après des siècles de travail, sont arrivés à rendre +productif jusque dans ses moindres recoins leur fertile petit pays. Il +n'en était pas ainsi aux époques primitives, et l'aspect de la contrée +devait être, quoique dans le même cadre, absolument différent. Le Nil +avait commencé par serpenter au fond de la vallée, sans cours fixe, +coulant alternativement sur un bord ou sur l'autre; ce n'est que peu à +peu qu'il se fraya une voie plus régulière au milieu des alluvions qu'il +avait lui-même apportées. Le limon qu'il amenait avec lui chaque année +se répandait bien sur toute la surface des terres inondées, mais grâce +au sable et aux galets qu'il charriait en même temps et qui se +déposaient dans le courant même du fleuve, son lit s'élevait +graduellement, laissant ainsi en bordure de la vallée des terrains en +contre-bas où se formaient de véritables marais remplis à nouveau chaque +année par l'inondation; là se développait une végétation luxuriante de +plantes d'eau, roseaux, papyrus, lotus, et, sur les bords, de vraies +forêts d'arbres de toute espèce. Toute cette zone lacustre entretenait +dans le pays, aujourd'hui si sec, une humidité permanente qui devait lui +donner un caractère tout différent et le faire ressembler à ce qu'est +maintenant le Haut Nil, le Nil des régions tropicales. Le climat du +reste n'était pas non plus exactement le même qu'aujourd'hui, il devait +être sensiblement plus chaud, car à côté des animaux qui vivent encore +en Egypte et de ceux qui s'en sont retirés depuis peu, comme +l'hippopotame et le crocodile, on y trouvait encore, à ces époques +reculées, l'éléphant, la girafe et l'autruche. + +Pour la faune et la flore, l'Egypte, qui n'a plus maintenant que ses +cultures et son désert, est un des pays les plus pauvres du monde, mais +il n'en était certainement pas de même autrefois, grâce à ces régions +fertiles et sauvages en même temps, que l'homme primitif ne pouvait +encore utiliser autrement que pour la chasse et la pêche, et où se +développaient librement les plantes et les animaux les plus variés. + + +_La race_ + +Comme je l'ai dit plus haut, les anthropologistes sont encore loin +d'avoir établi de façon certaine la race à laquelle appartenaient les +plus anciens habitants de l'Egypte. Nous pouvons cependant nous en faire +une idée approximative: c'était une population brachycéphale et +orthognathe au teint clair, aux cheveux lisses, bruns ou châtains, à la +taille moyenne, se rapprochant par conséquent beaucoup de la race qui +occupait aux époques les plus anciennes tout le bassin de la +Méditerranée, et apparentée tout spécialement aux Libyens et aux +Berbères. Ainsi on retrouve les mêmes coutumes funéraires, les mêmes +modes de sépulture dans l'Egypte primitive et dans les îles grecques, en +Grèce et jusqu'en Italie, ce qui peut faire supposer une parenté de race +avec les hommes qui habitaient ces contrées avant l'invasion aryenne. On +a constaté aussi certains éléments d'origine soudanaise ou plutôt +nubienne, même quelques statuettes stéatopyges rappellent le type +hottentot, mais ce ne sont là que des exceptions. Il n'y a rien non +plus ici des races aryennes ni surtout des Sémites. + +Ces populations étaient paisibles et on n'a retrouvé que sur un très +petit nombre des crânes étudiés des lésions comme on en verrait +certainement beaucoup chez un peuple belliqueux. On a pu constater par +contre sur les os des traces de deux maladies, la tuberculose et la +syphilis. + + +_Habitations_ + +Dans les montagnes et les falaises souvent assez élevées qui bordent la +vallée du Nil, il n'y a ni cavernes ni abris sous roche où les hommes +primitifs aient pu s'établir à demeure. Le climat leur permettait de +vivre en plein air et nous avons vu que ceux de l'époque chelléenne +semblent s'être tenus de préférence sur les hauteurs, tandis que les +hommes de la période dont nous nous occupons avaient des établissements +durables à la lisière du désert. Dans ces villages, il n'y a pas trace +d'enceinte construite, ce qui fait ressortir le caractère paisible de +ces peuplades, ni de maisons en brique ou en pierre, et si nous voulons +nous faire une idée de ce qu'étaient les habitations des indigènes, nous +pouvons nous reporter à des modèles de petits édifices très anciens qui +ont survécu par tradition religieuse dans les sanctuaires de différents +dieux: c'étaient soit des huttes en branchages, coniques ou arrondies, +comme en ont encore les nègres de l'Afrique centrale, soit des +constructions légères en bois, avec un pilier à chaque angle et un toit +plat ou légèrement bombé. + +[Illustration: _Fig. 58._ Sanctuaire primitif (d'après PETRIE. _Royal +Tombs_, II, pl. X).] + +Dans les villages, qui s'étendent en général sur une superficie assez +peu considérable, les habitants serraient leurs récoltes et gardaient à +côté d'eux leurs bestiaux; à en juger par la place occupée, quelques +familles seulement devaient constituer la population d'un de ces +établissements. + + +_Costume et parure_ + +Dans l'antiquité, le costume des Egyptiens a toujours été très sommaire, +à plus forte raison a-t-il dû en être de même à une époque si reculée. +D'après des représentations un peu plus récentes, datant des dynasties +thinites, on voit que les indigènes hommes devaient avoir pour tout +vêtement l'objet bizarre qui devint plus tard l'insigne national des +Libyens, l'étui phallique, sorte de longue gaine tombant de la ceinture +jusque près des genoux. Des peintures de vases nous montrent des femmes +vêtues de robes courtes, collantes, descendant à peine aux chevilles; le +buste était nu, semble-t-il. Enfin, dans certaines statuettes d'ivoire, +on reconnaît des hommes enveloppés d'un grand manteau qui les couvre des +épaules aux pieds. Ces vêtements étaient sans doute, à l'origine, en +peau, et peut-être, à une époque moins reculée, en étoffe. + +[Illustration: _Fig. 59._ Figurines d'ivoire d'époque archaïque +(QUIBELL. _Hieraconpolis_, pl. IX et XI).] + +Comme parure, on portait, ainsi que nous l'avons vu, des bijoux +grossiers, tels que des bracelets en ivoire, en nacre, en silex, des +colliers à plusieurs rangs, en perles de pierre ou en coquilles, des +pendeloques et des peignes ornés de découpures. Il faut signaler encore +les tatouages, ou peintures corporelles dont certaines femmes, peut-être +des danseuses, se couvraient tout le corps, et qui figuraient des lignes +brisées ou des animaux. + +[Illustrations: _Fig. 60_ et _61_. Bracelet en silex et peigne en os +(d'après J. DE MORGAN. _Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. +_334_ et _337_).] + + +_Chasse et pêche_ + +Nous avons vu les tout premiers habitants de l'Egypte déjà en possession +d'une arme qui pouvait être redoutable, le coup-de-poing chelléen. Des +besoins impérieux contraignent l'homme que la terre non cultivée ne peut +nourrir, à faire usage de la force, tant pour se procurer sa subsistance +aux dépens des autres êtres vivant à côté de lui, que pour se défendre +contre ceux qui, physiquement plus forts, sont pour lui une menace +permanente. + +Des Egyptiens prédynastiques, beaucoup d'armes nous sont également +parvenues, armes de plusieurs catégories qui peuvent être employées +indifféremment pour la chasse et pour la guerre. Parmi celles qu'on a +coutume d'appeler armes de choc, il faut citer en première ligne celles +qui n'ont pu se conserver, vu la matière dont elles sont faites, mais +qui ont laissé un souvenir persistant jusqu'aux plus basses époques, les +armes de bois, d'abord le long bâton, renflé dans le bas et pouvant +servir de massue, puis le vrai casse-tête court et pesant; aux époques +historiques ce sont encore ces armes traditionnelles mais hors d'usage, +qu'on donne volontiers aux morts dans leurs tombeaux. A côté de ces +bâtons on trouve les massues dont la tête de pierre dure, conique ou +ovoïde, s'emmanchait sur un bâton court, et enfin les haches, dont nous +avons de nombreuses séries, de forme plate, longue, épaisse ou mince, à +un seul tranchant, l'autre extrémité étant destinée à se fixer dans une +emmanchure de bois dont nous ne connaissons plus la forme. Quant aux +haches polies et à celles qui, munies d'un étranglement servant à +faciliter l'emmanchure, semblent plutôt une copie des haches de bronze, +elles appartiennent probablement à l'époque suivante. + +[Illustration: _Fig. 62 et 63._ Massues (d'après J. DE MORGAN, _Rech. +sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _320_, et PETRIE. _Diospolis parva_, +pl. V).] + +Comme arme de main, nous avons le poignard long et mince, très finement +retaillé, qui est parfois une pièce de toute beauté, et enfin comme +armes de jet, les innombrables pointes qui, suivant leurs dimensions, +appartenaient à des flèches ou à des javelines. Travaillées avec grand +soin, ces pointes sont le plus souvent encore remarquablement aiguës et +présentent toutes les formes usuelles, pointes à ailerons, à encoches au +pédoncule, lancéolées, triangulaires, en croissant; un type cependant +qui est particulier à l'Egypte et qui se perpétue assez tard est celui +de la flèche à tranchant, destinée à faire une blessure plus large que +profonde; ce modèle est aussi employé pour des javelots. Certaines +pointes de plus grandes dimensions peuvent avoir appartenu à des lances +(v. p. 62-65). + +[Illustration: _Fig. 64._ Harpon en os.] + +Les indigènes avaient certainement encore, comme leurs successeurs, +d'autres moyens de se procurer du gibier, les pièges, les lacets, les +filets et peut-être le lasso, instruments qui naturellement n'ont pas +laissé de traces. En ce qui concerne la pêche, nous n'avons pas non plus +les filets, les nasses et les lignes qui devaient être déjà en usage à +cette époque, mais certains silex en forme de croissant peuvent avoir +servi d'hameçons pour les gros poissons, qu'on attaquait également avec +des harpons en os munis d'une pointe barbelée. Les poissons sont +extrêmement nombreux dans le Nil et devaient pulluler dans les marais +avoisinants; ils formaient sans doute la base même de la nourriture des +premiers Egyptiens, qui mangeaient aussi certains mollusques fluviatiles +tels que les unios et les anodontes. + +Quant au gibier, nous avons vu qu'il y avait en Egypte non seulement les +espèces qui y sont aujourd'hui, mais encore celles de l'Afrique +tropicale; ainsi l'homme pouvait chasser l'antilope, le boeuf sauvage et +la girafe aussi bien que la gazelle et le bouquetin, l'autruche comme +l'oie, le canard et la perdrix, mais ses armes primitives devaient lui +être de bien peu de secours vis-à-vis de l'éléphant, du rhinocéros, de +l'hippopotame et du crocodile, ou contre le lion et la panthère qui +infestaient encore la contrée. + + +_Elevage. Agriculture_ + +Les animaux sauvages pris vivants à la chasse, conservés d'abord comme +en-cas pour le moment où le gibier viendrait à manquer, furent vite +domestiqués; l'homme reconnut très tôt les services que ces bêtes +pouvaient lui rendre, et non seulement il les nourrit, mais encore les +dressa et les utilisa, recueillit leurs oeufs ou leur lait. Nous avons +dans les kjoekkenmoeddings de la Haute Egypte des traces non équivoques +d'élevage, les animaux domestiqués vivant côte à côte avec l'homme dans +ces villages primitifs. Comme quadrupèdes, il devait y avoir le boeuf, +l'antilope, la gazelle, la chèvre, sans doute l'âne; comme volatiles, +l'oie, le canard, la grue, le pigeon, et bien d'autres variétés sans +doute. + +L'agriculture est partout moins ancienne que l'élevage, et pour l'Egypte +nous ne pouvons savoir à quelle époque on commença à travailler le sol, +si ce fut à la fin seulement de la période prédynastique ou longtemps +avant: les grains trouvés dans les kjoekkenmoeddings ne sont pas datés +de façon exacte, et ceux des tombeaux sont difficilement identifiables. +Quant aux outils, le sol fertile de l'Egypte, détrempé et ameubli par +l'inondation, n'en nécessite pas de très puissants, aussi les houes et +les charrues de bois furent-elles en usage pendant toute la période +pharaonique; on n'en retrouve naturellement pas trace aux âges plus +anciens, mais par contre certains silex plats, sortes d'herminettes de +grande dimension, montrent des traces d'usure ne pouvant provenir que du +travail de la terre, et ne sont sans doute pas autre chose que des +houes. Enfin on retrouve de petits silex plats, dentelés et semblant +être des fragments de scies qui, s'emmanchant les uns à côté des autres +sur un bois recourbé, formaient des faucilles; cet outil, en usage +encore au Moyen Empire, est sans doute d'origine préhistorique, mais +nous ne pouvons dire avec certitude si certains des éléments retrouvés +datent vraiment de l'époque dont nous nous occupons en ce moment. Il +faut encore citer les moulins, pierres plates à surface incurvée où l'on +écrasait le grain. + + +_Navigation_ + +Le moyen de communication qui est de beaucoup le plus pratique dans une +vallée longue et étroite comme l'Egypte est sans contredit la voie +fluviale, et jusqu'à nos jours c'est le Nil seul qui a été utilisé à cet +effet, sauf pour de très courts trajets. Pour les populations primitives +surtout, ce mode de locomotion devait avoir de très grands avantages, +puisqu'il leur permettait de se transporter d'un point à un autre sans +avoir à courir les multiples dangers qui les menaçaient dans un pays +encore à moitié sauvage, infesté d'animaux contre lesquels ils n'avaient +que des moyens de défense insuffisants. Les premiers bateaux furent très +simples: on cueillait des roseaux ou des papyrus qu'on réunissait en +bottes et qu'on liait ensemble de manière à former un esquif à fond +arrondi, aux extrémités relevées en pointe, et qui, rendu imperméable au +moyen d'un enduit quelconque, formait une nacelle légère, insubmersible, +résistante et élastique. Ce modèle continua à être employé aux époques +historiques, surtout pour la chasse dans les marais. + +[Illustration: _Fig. 65._ Modèle de nacelle en terre cuite (d'après DE +MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _235_).] + +A côté de cela, les gens du pays possédaient des bateaux de beaucoup +plus grandes dimensions, peu profonds et relevés aux deux extrémités, +munis de rames et même de voiles carrées. + + +_Commerce extérieur_ + +Les indigènes avaient des rapports certains avec les côtes de la mer +Rouge, puisque dans leurs sépultures on trouve des bracelets et des +colliers faits en coquilles marines dont l'habitat est précisément dans +cette mer. La poterie noire à décor incisé, dont il a été parlé plus +haut, montre qu'ils avaient également des relations avec les autres +peuples méditerranéens, surtout avec ceux des îles grecques, et que, par +conséquent, il y avait déjà à cette époque des hommes osant s'aventurer +avec leurs bateaux en pleine mer. Une petite découverte faite en Crète +confirme l'existence de ces relations intercontinentales: on a trouvé à +Phaestos, sur la côte sud de la Crète, dans les couches les plus +profondes d'un gisement néolithique, un gros fragment de défense +d'éléphant; or sur le littoral nord de l'Afrique, il n'y a guère que +l'Egypte où l'éléphant ait pu vivre et nous avons vu qu'il y vivait en +effet. C'est donc d'Egypte, selon toute probabilité, que cet objet fut +transporté en Crète, à une époque antérieure à l'histoire. + +[Illustration: _Fig. 66._ Barque préhistorique (Graffito--d'après DE +MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _492_).] + + +_Arts et métiers_ + +L'architecture de bois étant seule en usage chez les indigènes de +l'époque archaïque, il ne nous en est naturellement rien parvenu; il est +cependant probable que ce fut vers la fin de cette période qu'on +commença à employer la brique crue, dont l'usage est si répandu sous la +Ire dynastie, mais les monuments ne nous permettent pas d'affirmer la +chose de manière absolue. + +La sculpture ne s'attaque pas encore à autre chose qu'aux petits objets, +peignes, pendeloques, ornements, auxquels on cherche à donner une forme +humaine ou animale, plaques de schiste qu'on découpe en silhouettes, +figurines de danseuses ou d'hippopotames qu'on modèle dans de l'argile +et qu'on fait cuire ensuite. Pendant ce temps, des chasseurs à l'affût +gravaient des images d'animaux sur les rochers qui les abritaient, d'un +trait encore malhabile, mais qui ne manque pas d'un certain caractère +pittoresque. Il en est de même pour la peinture sur vases: on remarque +dans ces figurations d'animaux, de végétaux, de bateaux, des qualités +ornementales qui contrastent avec la naïveté et souvent la barbarie de +l'exécution: les dessinateurs savent déjà reconnaître le trait +caractéristique de chaque être et de chaque objet, et dans ces croquis +enfantins on distingue le germe de ce qui fera plus tard l'originalité +de l'art égyptien, à la fois synthétique et décoratif. + +Nous avons déjà vu, en fait de gens de métier, les fabricants de silex +taillés, les potiers et les tourneurs de vases de pierre, les seuls +artisans qui nous aient laissé des traces abondantes de leur activité et +dont nous puissions arriver à reconnaître les procédés. Les autres +ouvriers se devinent plus qu'ils ne s'affirment, ainsi les charpentiers, +que signale la présence de nombreuses herminettes en silex, sorte de +haches plates ne pouvant servir qu'au travail du bois; quelques +fusaïoles nous révèlent aussi l'origine du travail des matières +textiles. + +Le cuivre fait son apparition au cours de la période prédynastique, +peut-être même à son début, mais les rares outils de métal trouvés dans +les sépultures sont encore rudimentaires et montrent que les +métallurgistes, qui deviendront si habiles aux âges suivants, en étaient +encore aux tâtonnements du début. + + +_Organisation sociale et politique_ + +Les indigènes de l'Egypte prédynastique ne vivaient plus isolés, mais en +société, et si nous ne savons rien de l'institution de la famille, nous +connaissons au moins leurs villages où plusieurs familles pouvaient +vivre côte à côte, et les nécropoles où ces populations sédentaires +réunissaient leurs morts. Certains indices montrent qu'il existait des +groupements plus importants, des tribus ayant chacune son insigne, sorte +de totem, représentant sans doute la divinité locale. Ces enseignes qui +devaient plus tard devenir l'emblème des nomes ou provinces de l'Egypte, +servaient de signe de ralliement à des tribus sans doute apparentées à +l'origine, mais qui devaient nécessairement entrer en compétition les +unes avec les autres, au fur et à mesure qu'elles se développaient; de +là des luttes sur lesquelles nous ne sommes renseignés que par la +légende, et qui aboutirent à l'établissement de la suprématie du clan +d'Horus sur toute la Haute Egypte, et du clan de Set sur le Delta. Ces +deux tribus, celle du faucon et celle du quadrupède au museau recourbé +et aux longues oreilles droites, étaient-elles autochtones ou +étrangères, c'est ce que nous ne saurons sans doute jamais avec +certitude, mais il est à présumer qu'elles durent leur supériorité à la +connaissance des métaux qui leur donnaient un immense avantage sur des +populations n'ayant que des armes de pierre. Quoi qu'il en soit, nous +pouvons croire que la période archaïque, très paisible à ses débuts, se +termina par de longues luttes qui aboutirent à la fondation des +royaumes du Midi et du Nord, royaumes qui rivalisèrent longtemps, +jusqu'au moment où l'un d'eux finit par absorber l'autre. + +[Illustration: _Fig. 67._ Hippopotame en terre cuite (d'après DE MORGAN. +_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _413_).] + + + + +[Illustration: _Fig. 68._ Vue perspective du tombeau de Negadah (d'après +J. DE MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _521_).] + + + + +CHAPITRE IV + +ÉPOQUE THINITE + +(De 4000 à 3400 av. J.-C. environ.) + + +Entre le moment où les indigènes que nous avons appris à connaître +habitaient paisiblement la Thébaïde, occupés de chasse et de pêche, +d'agriculture et d'élevage, et celui où Ménès constitue son royaume, il +n'y a pas de transition marquée, ni dans les monuments de la région +d'Abydos, berceau de la nouvelle monarchie, ni dans le reste de la Haute +Egypte. Ces deux époques se touchent, semble-t-il, et pourtant il s'est +accompli pendant le laps de temps qui les sépare et dont nous ignorons +la durée, une transformation profonde qui touche à tous les domaines: +une méthode nouvelle de gouvernement est inaugurée, l'écriture est +inventée, les constructions de briques remplacent l'architecture de +bois, le cuivre et même le bronze deviennent d'un usage courant, tandis +que la taille du silex et la fabrication des vases de pierre ont atteint +la perfection. Une transformation pareille demande de longs siècles ou +bien une intervention étrangère, aussi a-t-on tenté de l'expliquer de +diverses manières, sans avoir encore pu sortir du domaine des +hypothèses. + +En raison de certaines ressemblances très apparentes entre ce qui nous +est parvenu de l'Egypte thinite et ce que nous connaissons de la Chaldée +primitive, l'écriture hiéroglyphique, l'architecture en briques crues, +l'emploi du cylindre comme cachet, la forme de certains vases de pierre, +quelques savants ont voulu établir une communauté d'origine. Ils +supposent qu'à un moment donné, une tribu puissante venant de Chaldée ou +d'un autre pays qui serait aussi le berceau des Chaldéens, aurait +pénétré en Egypte par le Sud après avoir traversé la mer Rouge et le +désert, aurait soumis la vallée du Nil et répandu dans tout le pays les +bienfaits d'une civilisation supérieure à celle qui s'y était développée +naturellement. La tribu conquérante, le clan Horien, serait alors une +peuplade d'origine sémitique et Horus un dieu sémite, ce qui est bien +difficile à admettre, d'autant que, plus on étudie cette époque, plus on +constate le caractère vraiment original et purement africain de la +civilisation égyptienne. + +D'un autre côté, la légende parle de l'expédition d'Horus comme venant +du Sud; un texte très ancien donne même le nom de la tribu de laquelle +sortait la race royale, la race horienne, et cette tribu est une tribu +nubienne. Nous devons donc admettre qu'à un moment donné, peut-être peu +avant Ménès, peut-être bien des siècles plus tôt, une tribu méridionale, +mais d'une race apparentée à celle qui occupait le pays, vint +s'installer dans la vallée du Nil, qu'elle subjugua après un temps plus +ou moins long et dont nous ne pouvons évaluer la durée. Ce qui assura la +supériorité à ces conquérants, c'est le fait qu'ils connaissaient les +métaux, tandis que les indigènes en étaient encore à l'âge de la pierre, +mais il est bien peu probable qu'il faille attribuer aux envahisseurs +tous les progrès faits par la civilisation égyptienne aux débuts de la +période historique, entre autres l'invention de l'écriture. + +Presque tout ce qui nous est parvenu jusqu'ici de l'époque prédynastique +provient de la Haute Egypte, et nous n'avons pour ainsi dire aucun +document sur ce qu'était le Delta pendant cette période. Cette région +est cependant incomparablement plus riche que la Haute Egypte, et ses +habitants durent nécessairement précéder leurs frères du Sud dans la +voie de la civilisation; c'est dans les terres du Delta, plus fertiles +et mieux arrosées que toutes les autres, que l'agriculture devait naître +et se développer en premier lieu, et la légende nous en a conservé un +souvenir très précis: Osiris est un dieu du Delta, dont le centre est à +Mendès; Isis est également une déesse de la même région, ainsi que Set, +le dieu de la tribu la plus puissante de cette partie du pays. + +Le Delta était donc considéré par les Egyptiens eux-mêmes comme le +berceau de leur civilisation, à bon droit, semble-t-il. C'est à la +nature même du sol, entièrement cultivable, que nous devons de n'en +avoir pas retrouvé la moindre trace, car si dans la Haute Egypte les +habitations et les nécropoles étaient situées à la lisière du désert, +elles ne pouvaient être ici que sur des monticules artificiels +aujourd'hui recouverts par les alluvions et cultivés comme le reste du +pays. Il existe encore une autre preuve de l'avance que les indigènes +du Nord avaient sur ceux du Sud, preuve relative à l'organisation +sociale du pays: dans les listes de rois mythiques antérieurs à Ménès, +on ne voit que dix rois thinites pendant 350 ans, tandis que les trois +dynasties de rois du Nord avaient occupé le trône pendant des milliers +d'années. + +Il est difficile de se rendre compte comment les rois du Sud réussirent +à détrôner leurs voisins plus civilisés du Nord et à réunir tout le pays +sous leur sceptre, mais dans l'histoire les exemples sont fréquents d'un +peuple riche subjugué par un autre qui lui est très inférieur, et +toujours dans ces cas-là nous voyons que le vaincu finit par s'assimiler +le vainqueur et par l'absorber: la civilisation, un moment écrasée par +la force, reprend au bout de peu de temps son essor, activé par +l'infusion d'un sang nouveau. Il en fut de même ici, et comme dans le +mythe, Horus ne put achever sa conquête et dut faire un compromis avec +ses ennemis. Le Delta se vengeait généreusement d'avoir perdu son +autonomie en imposant à son vainqueur une civilisation très supérieure, +jusqu'au moment où il pourrait lui-même reprendre les rênes du pouvoir. + + +A. HISTOIRE ET TRADITION + +Originaires d'un des points les plus méridionaux du territoire égyptien, +les chefs de la tribu du faucon, qui avaient étendu leur pouvoir sur les +autres tribus de la Haute Egypte, choisirent comme lieu de résidence un +endroit plus central, situé plus au nord, en une région où la vallée +s'élargit et devient en même temps plus fertile. C'est là que s'éleva la +ville de Thinis, qui comme capitale politique de l'Egypte devait être +vite supplantée par les villes mieux situées, tandis que sa voisine, +Abydos, où les premiers rois creusèrent leurs tombeaux, devenait +rapidement la métropole religieuse de la Haute Egypte, le centre du +culte funéraire, la ville du dieu des morts. + +C'est à leur première capitale que les deux premières dynasties doivent +le nom sous lequel on les désigne couramment, celui de dynasties +thinites. Pour arriver à connaître leur histoire, nous pouvons +maintenant combiner les données des écrivains classiques et celles que +fournissent les listes ou les monuments égyptiens postérieurs, avec les +renseignements contemporains qui nous ont été livrés par les fouilles +récentes; nous avons la liste des rois, les chiffres indiquant la +longueur de leurs règnes, mais l'histoire proprement dite, +l'enchaînement des événements, nous fait encore défaut. Le relevé +officiel, année par année, de la pierre de Palerme, ne nous est pas +d'une grande utilité, car par le fait des cassures, nous ne savons +auxquels des rois attribuer les événements signalés, qui du reste ne se +rapportent le plus souvent qu'à des fêtes religieuses ou à des +fondations de temples. De plus, pour des raisons que nous examinerons +plus loin, il est souvent difficile d'établir la corrélation entre les +noms royaux tels que nous les donnent les listes et ceux qui se trouvent +sur les monuments contemporains. + +La première dynastie, au dire de Manéthon, compta huit rois et dura 263 +ans, la seconde, neuf rois qui occupèrent le trône pendant 302 ans. On +peut les placer, approximativement, entre 4.000 et 3.400 avant notre +ère. + +Dans ces deux groupes de souverains, la seule figure qui se détache sur +l'ensemble est celle du premier d'entre eux, Ménès, en égyptien Mena ou +Mini, le véritable fondateur de la royauté égyptienne. Nous ignorons +comment il s'y prit pour réunir sous son sceptre les deux parties du +pays, mais nous savons qu'aussitôt la chose faite, il s'empressa de +transporter le siège de son gouvernement à la frontière des deux +royaumes, fonda une ville nouvelle, à laquelle il donna son nom, +Memphis, Mennofer, et qui par sa position même devait rester bien +longtemps la capitale de l'Egypte. Après cela il s'occupa activement de +l'organisation de ses nouveaux états: il promulgua des lois, fonda des +temples, dirigea des expéditions contre les Libyens qui habitaient aux +confins de la vallée du Nil et qui cherchèrent toujours à s'y +réinstaller en maîtres. Son long règne, qui dura plus de soixante ans, +se termina par une fin tragique sur laquelle nous ne sommes que très +vaguement renseignés. + +Les successeurs immédiats de Ménès, ceux dont les noms, grécisés par +Manéthon, sont Athothis, Kenkenès, Ouenéphès, Ousaphaïs, Miébis, +Semempsès et Bienekhès, continuèrent son oeuvre, sans qu'aucun d'eux se +distinguât de façon particulière: ils s'occupèrent de législation, +d'administration intérieure, et réglèrent définitivement le culte des +dieux et le rituel des cérémonies; ils construisirent des temples, des +palais et d'autres édifices, ils guerroyèrent contre les Libyens et l'un +d'eux envoya au Sinaï la première expédition minière dont l'histoire ait +gardé le souvenir. Quelques-uns s'occupèrent même de science et +composèrent non seulement des ouvrages théologiques, mais aussi des +livres de médecine et d'anatomie. Sous les uns, diverses calamités +s'abattirent sur le pays, tandis que les autres jouirent d'années +prospères et tranquilles. + +Les rois de la IIme dynastie, Boethos, Kaiekhos, Binothris et les autres +ont une personnalité plus effacée encore, et il est difficile de les +identifier avec ceux que les monuments nous font connaître et qui ne +peuvent se ranger que dans cette période de l'histoire, Kha-Sekhemouï, +Neb-ra, Nenouter, Hotep-Sekhemouï et plusieurs autres encore. Aucun +événement important n'est relaté, même sur la pierre de Palerme, où les +mentions annuelles se rapportent toutes à des fêtes royales ou +religieuses, au dénombrement des bestiaux, à la construction de divers +édifices. On s'aperçoit néanmoins, en étudiant les courtes inscriptions +laissées par ces rois et en les comparant à celles de la dynastie +précédente, qu'il y a quelque chose de changé dans la titulature royale, +auparavant très simple. Il s'y introduit à plusieurs reprises un élément +nouveau, l'emblème du dieu Set, et ce simple fait montre que le sceptre +n'est plus aussi ferme entre les mains des souverains thinites, qu'ils +se rapprochent insensiblement, soit par des mariages, soit autrement, +des descendants des anciens rois du Nord; si quelques rois se font +ensevelir à Abydos, comme leurs ancêtres, les autres commencent à +creuser leurs tombeaux à Memphis même, où les traces de leur activité +deviennent de plus en plus fréquentes. Cette dynastie, encore nettement +thinite, tant par l'origine de ses rois que par le caractère de sa +civilisation, représente donc pour nous le commencement de la période de +transition pendant laquelle se prépare l'avènement de l'empire +memphite; cette période est assez longue, puisqu'elle embrasse encore la +IIIme dynastie qui, bien que memphite, se rattache étroitement à celle +qui la précède. + +[Illustration: _Fig. 69._ Tête de Kha-Sekhemouï (d'apr. QUIBELL. +_Hieraconpolis_, I, p. XXXIX).] + + +B. MONUMENTS + +Presque tous les monuments, petits ou grands, que nous possédons +maintenant, proviennent de la Haute Egypte, en particulier d'Abydos, de +Negadah et, un peu plus au sud, d'Hieraconpolis, la ville où était +probablement le centre le plus ancien en Egypte du clan d'Horus le +Faucon, avant son extension vers le nord. Enfin un certain nombre +d'inscriptions et de petits objets ont été trouvés dans les environs de +Memphis, mais, comme nous venons de le voir, ceux-ci datent seulement de +la fin de l'époque thinite. Nous devons passer en revue tous ces +documents avant d'aborder le tableau d'ensemble de la civilisation +pendant cette période. + + +_Tombeaux_ + +Les princes de Thinis avaient choisi pour y creuser leurs sépultures une +large plaine sablonneuse dominée par les montagnes où commence le désert +proprement dit, aux environs immédiats de leur première capitale, au +lieu qui deviendra plus tard la ville sacrée d'Abydos. Les plus +anciennes de ces tombes, celles qui appartiennent aux premiers rois de +la Ire dynastie, et même peut-être à quelques-uns de leurs prédécesseurs +immédiats, sont de grandes fosses rectangulaires creusées dans le sol du +désert, qui ne dépassent guère cinq mètres sur sept de côté, et trois de +profondeur environ; des murs en briques crues étaient élevés contre les +parois naturelles de la fosse et le tout était recouvert, au niveau du +sol sans doute, par un plancher de bois supporté par des piliers, +également en bois; une couche de sable devait rendre la tombe invisible. + +[Illustration: _Fig. 70._ Plan d'un tombeau royal à Abydos (d'après +PETRIE. _Royal Tombs_, I, pl. LX).] + +Avec un plan aussi simple, le tombeau du roi se distinguait à peine de +ceux de ses sujets, et nous voyons peu à peu les souverains chercher à +donner à leur dernière demeure un caractère plus grandiose. A partir du +milieu de la Ire dynastie, les proportions de ces tombeaux augmentent +sensiblement, en profondeur autant qu'en longueur et en largeur: on ne +se contente plus de murs en briques et d'un plafond de bois, on étend un +plancher sur le sol, on lambrisse les parois, et on finit même par +dessiner le long des murailles, au moyen de murs de refend, des séries +de niches profondes qui ont presque la dimension de petites chambres. +Enfin de grands escaliers en briques crues descendent jusqu'au fond de +la salle, et autour de celle-ci, dans un fossé moins profond, sont +construites des séries de petites chambres servant de magasins pour les +provisions funéraires et de sépulture aux gens de l'entourage immédiat +du roi. Un petit monticule de sable et de galets recouvrait autrefois le +trou, et au sommet une stèle portant en grands caractères le nom du roi +signalait de loin l'emplacement de son tombeau. + +[Illustration: _Fig. 71._ Stèle royale d'Abydos (d'après DE MORGAN. +_Rech. sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _797_).] + +Deux tombes seulement de rois de la IIme dynastie ont été retrouvées à +Abydos, toujours dans la même région, mais ces monuments se distinguent +très nettement des autres, par le fait surtout que la chambre funéraire +et toutes ses dépendances sont construites dans une seule et même +excavation, celle-ci pouvant atteindre des dimensions considérables. +Ainsi le tombeau de Kha-Sekhemouï, qui doit être un des derniers rois de +la dynastie, est construit sur un plan très allongé et n'a pas moins de +83 mètres de long, avec 58 pièces, parmi lesquelles la chambre +funéraire, placée au centre, est à peine plus importante que les autres. + +Le monument le plus remarquable de toute la période thinite est situé à +Négadah, entre Abydos et Louxor; c'est encore un tombeau, non plus un +tombeau souterrain, mais une construction entièrement apparente. En +voyant pour la première fois cet édifice qui est encore dans un état de +conservation relativement bon, nous crûmes être en présence d'un mastaba +de l'Ancien Empire et il fallut les fouilles méthodiques qu'entreprit +immédiatement M. de Morgan pour nous prouver que nous avions sous les +yeux un monument datant d'un des plus anciens rois de la Ire dynastie; +certains savants ont voulu identifier ce souverain à Ménès lui-même, +mais la découverte récente d'un fragment des annales de l'Ancien Empire +montre qu'il s'agit sans doute de son deuxième successeur, le roi +Atet-Kenkenès. + +Entièrement construit en briques crues, ce monument, dont la forme +générale est rectangulaire, a une longueur totale de 54 mètres, +exactement le double de sa largeur; un socle bas l'isole du terrain +environnant, et au-dessus de ce soubassement les murs s'élèvent, +présentant tout le long des quatre façades une série de petites niches +avec les retraits et les saillies que nous retrouverons plus tard dans +les stèles de l'Ancien Empire et qui ne font que reproduire les détails +décoratifs de l'architecture civile en briques et en bois. Aucune porte +ne permet de pénétrer dans l'intérieur, qui se compose d'un noyau +central contenant cinq pièces, dont la chambre funéraire, au milieu; +après l'ensevelissement, on avait muré les portes de ces chambres, puis +on avait édifié tout autour une série de pièces plus petites destinées à +servir de magasin, et enfin le mur extérieur avec ses niches, qui devait +clore définitivement le tombeau et le présenter aux regards sous la +forme d'un immense bloc architectural sans la moindre ouverture: au lieu +d'être enterré, comme d'habitude, le mort était emmuré. + +Enfin, dans les substructions du temple plus récent d'Hieraconpolis, on +a retrouvé un long mur circulaire, en pierres grossièrement assemblées, +qui représente sans doute l'enceinte du premier temple bâti en cet +endroit sous les dynasties thinites, ainsi que semblent le prouver un +montant de porte sculpté au nom du roi Kha-Sekhemouï et d'autres objets +de la même époque. On n'a jusqu'ici signalé aucun autre édifice royal, +temple ou tombeau de cette période. + +[Illustration: _Fig. 72._ Tombe d'époque thinite (d'après REISNER. +_Predynastic cemeteries_, I, pl. IV).] + +Quant aux tombeaux des particuliers, ils sont toujours d'une grande +simplicité: la fosse, un peu plus grande qu'autrefois, est rectangulaire +ou carrée, ses parois sont en général revêtues de briques crues, et un +plafond de bois ou de dalles de pierre recouvre le tout; elle comprend +parfois plusieurs chambres. Le mort y est le plus souvent couché sur le +côté gauche, la tête au sud, dans la position dite embryonnaire ou +assise; on ne rencontre que rarement des exemples de démembrement +complet, comme c'est le cas vers la fin de la période précédente, mais +on retrouve par contre souvent la petite tombe ovale et la tombe-ciste. + + +_Mobilier funéraire_ + +Les tombeaux royaux ne nous sont point parvenus intacts; ils n'étaient +pas suffisamment protégés, et les violateurs de sépultures y +pénétrèrent; puis des incendies éclatèrent dans ces constructions où le +bois entrait pour une grande part, et le mobilier funéraire en souffrit +considérablement. D'après ce qui en reste, nous pouvons néanmoins nous +faire une idée exacte de ce que ce mobilier devait être à l'origine, de +la variété et de la richesse des objets qui le composaient. + +[Illustration: _Fig. 73._ Jarre en terre (d'ap. PETRIE. _Abydos_, I, pl. +XXXII No _100_).] + +Les vases en terre sont de toutes formes et d'une grande abondance; tous +servaient à serrer des provisions, grains ou liquides, dont on a encore +retrouvé des traces, et étaient amoncelés dans les petites salles +annexes du tombeau, qui servaient de magasins; d'immenses jarres, +soigneusement fermées au moyen d'une écuelle et d'un bouchon d'argile, +et alignées les unes à côté des autres, contenaient du vin, peut-être +aussi de l'huile; dans d'autres pièces, des cruches plus petites ou de +grandes écuelles renfermaient du blé, de l'orge, des fruits, des +viandes. Tous ces vases étaient des objets d'un usage courant, vulgaire +même, et non des ustensiles de luxe; ils ne manquent pas d'un certain +galbe, d'une élégance de lignes qui se retrouve dans tout objet +provenant de l'ancienne Egypte, mais leur facture est sommaire, l'argile +employée est grossière, la cuisson souvent défectueuse. + +[Illustration: _Fig. 74 et 75._ Vases cylindriques en terre (d'ap. +AYRTON. _El-Mahasna_, pl. XXXIII).] + +Si la céramique, ravalée à des usages inférieurs, est moins soignée que +celle de la période prédynastique, nous remarquons par contre un progrès +immense réalisé dans l'industrie des vases de pierre: toute la vaisselle +des rois et des gens de qualité se composait en effet d'ustensiles +taillés avec une habileté incroyable, qui n'a jamais été égalée plus +tard, en aucun endroit et à aucune époque. Les ouvriers travaillent +indifféremment le calcaire, l'albâtre et le grès, le granit, la diorite, +la diabase et le porphyre, sans que jamais la pierre la plus dure semble +constituer pour eux le moindre obstacle. Ils s'attaquent même à +l'obsidienne et au cristal de roche et réussissent à en tirer des petits +vases et des coupes d'une perfection inouïe. Des instruments dont ils se +servaient pour venir à bout de ces chefs-d'oeuvre, nous ne connaissons +que le plus important, celui qui servait à évider l'intérieur du vase, +une sorte de vilebrequin à lame latérale, garni dans le haut d'un lourd +contrepoids servant de volant. + +[Illustration: _Fig. 76-79._ Coupes en pierre dure (d'après PETRIE. +_Royal Tombs_, II pl. XLVII, XLVIIB, XLVIII).] + +Au point de vue de la forme, la variété de ces vases est très grande. Il +y a d'abord la coupe, pour laquelle on employait de préférence +l'albâtre, le calcaire, le grès, le quartz, et qui servait en même temps +d'assiette et d'écuelle. Elle est plate ou plus ou moins profonde, +souvent même plus haute que large; son fond est plat ou arrondi, ses +parois généralement droites, mais parfois le rebord se retourne +légèrement vers l'intérieur. Puis les grandes jarres d'albâtre, imitées +du modèle très répandu de la poterie ordinaire, et dont quelques-unes +atteignent jusqu'à un mètre de hauteur; les vases globulaires à fond +plat et à petites anses, les uns minuscules, les autres de très grandes +dimensions; les vases sphéroïdes à rebord aplati et anses de suspension, +en granit, diorite ou porphyre, dont la panse est unie ou côtelée et qui +sont souvent de pures merveilles; enfin les nombreux vases cylindriques, +généralement en albâtre. On pourrait encore mentionner d'autres formes +moins courantes, entre autres les vases en forme d'animaux. Tous ces +modèles se retrouvent en très grande abondance dans les tombeaux des +rois et même dans ceux des particuliers de l'époque. Etant donnée la +matière employée, on pourrait encore faire rentrer dans cette catégorie +les petites tables d'albâtre, sorte de guéridons formés d'un disque +monté sur un pied très bas, qui servaient de tables à manger, et qui +deviennent surtout fréquentes à partir de l'Ancien Empire. + +[Illustration: _Fig. 80 et 81._ Vases de pierre (d'après PETRIE. _Royal +Tombs_, II, pl. XLIX, et l'original).] + +La faïence fait sa première apparition avec des vases, des plaquettes et +divers fragments en terre vernissée, à couverte d'un vert parfaitement +homogène, mais qui peut-être était bleu à l'origine; ce genre de faïence +devait continuer à être employé à toutes les époques du royaume +pharaonique. + +[Illustration: _Fig. 82 et 83._ Bracelets de la Ire dynastie (d'après +VERNIER. _Bijoux et orfèvrerie_, I, pl. V).] + +Vu leur fragilité même, beaucoup d'objets qui se trouvaient dans les +tombes royales ont disparu ou ne nous sont parvenus qu'à l'état de +fragments: ainsi tout ce qui était en bois ou en ivoire, figurines, +plaquettes, coffrets incrustés, meubles sculptés souvent ornés de pieds +de taureau ou de lion, d'un travail exquis. Un hasard heureux a fait +retrouver aussi de belles perles en or et des bracelets en or, améthyste +et grenat qui sont aussi bien composés qu'exécutés, et qui dénotent, +chez les bijoutiers de ce temps, une pratique du métier déjà très +grande. + +[Illustration: _Fig. 84._ Poignard en silex à poignée d'or (d'apr. J. DE +MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _136_).] + +Les progrès de la taille du silex sont au moins aussi remarquables que +ceux de la fabrication des vases en pierre dure. Les grands couteaux +recourbés du tombeau de Negadah et les longs éclats retaillés sur une +seule face, avec des retouches d'une régularité parfaite, ne sauraient +trouver leurs égaux en aucun pays du monde; ces derniers servaient de +poignards, et l'un d'eux est enveloppé sur une partie de sa longueur +d'une feuille d'or ciselé formant poignée. A côté de ces armes on +trouve, toujours dans les tombeaux des rois, un grand nombre de pointes +de flèches qui ne leur cèdent en rien pour la beauté de la forme et du +travail. + +[Illustration: _Fig. 85 et 86._ Pointes de flèches, Abydos (d'apr. DE +MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Eg._, I, fig. _210_, _219_).] + +Nous avons déjà vu çà et là, pendant l'époque précédente, des objets de +cuivre; à partir des premiers rois thinites, l'usage de ce métal est +très répandu. On s'en sert non seulement pour des outils ou des armes, +mais aussi pour des vases, grandes coupes creuses, vases globulaires +avec anse mobile ou aiguières verseuses à bec recourbé, qui témoignent +déjà d'une grande habileté en matière de chaudronnerie; les ouvriers +s'entendaient aussi bien à travailler à l'embouti qu'à souder et à river +les pièces ensemble. + +[Illustration: _Fig. 87._ Plaque de schiste (d'après LEGGE. _Proc. of +the Soc. of Bibl. Arch._, XXII pl. II).] + +Parfois encore les tombeaux des particuliers nous livrent de ces plaques +de schiste que nous avons signalées dans les sépultures prédynastiques, +mais on n'en a rencontré que rarement dans les tombes royales; l'usage +de ces objets dans le mobilier funéraire tendait à disparaître, par +contre on en employait d'analogues pour le service du culte divin. Ces +plaques de schiste d'un nouveau modèle, dont quelques-unes de très +grandes dimensions, sont couvertes de sculptures en bas-relief qui ont +pour nous non seulement de l'intérêt au point de vue artistique, mais +nous donnent encore souvent des renseignements historiques importants. +On y voit représentées, sous forme symbolique, une campagne victorieuse, +la destruction de cités ennemies, la soumission des vaincus, tandis que +sur d'autres on ne remarque que des animaux de toute sorte, en +particulier ces espèces de panthères dont le cou d'une longueur très +exagérée entoure le godet central qui paraît être la partie la plus +importante de la plaque, mais dont nous ne connaissons pas encore le but +exact. Quoi qu'il en soit, ces plaques de schiste sculptées, qui sont de +véritables oeuvres d'art, paraissent être des objets votifs, comme les +énormes masses d'armes votives en pierre, couvertes de bas reliefs, qui +étaient déposées dans le temple d'Hieraconpolis. + +[Illustration: _Fig. 88._ Statue archaïque, à Turin (d'ap. PETRIE. +_Photographs_, No _2_).] + +Ces monuments sont en somme les premiers bas-reliefs égyptiens; c'est de +la même époque que datent les premières oeuvres de la statuaire, qui, +bien que souvent un peu lourdes de forme, possèdent déjà la plupart des +qualités des statues de l'Ancien Empire. Ces objets sont du reste assez +rares: quelques statues de petites dimensions, de rois ou de +particuliers, des statuettes d'hommes ou de femmes en ivoire, et des +figurines en diverses matières, représentant des animaux. + + +_Inscriptions_ + +Parmi tous ces monuments, les plus importants pour nous, et de beaucoup, +sont ceux qui portent des inscriptions. Les plus anciens documents +écrits appartiennent aux premiers souverains ayant régné sur les deux +parties du pays, et l'invention de l'écriture, qui est la +caractéristique de l'époque thinite, ne semble pas avoir été de beaucoup +antérieure à ces débuts de l'histoire égyptienne. Il ne s'agit pas +encore de textes, à proprement parler, mais d'inscriptions très courtes +donnant des noms, des titres, et la mention sommaire, au moyen de +quelques signes seulement, d'événements importants. En la comparant à +celle des époques suivantes, on voit que cette écriture est encore dans +son enfance, mais en même temps on peut constater qu'elle a non +seulement le caractère pictographique propre à toutes les écritures +primitives, mais qu'elle possède déjà tous les éléments phonétiques et +alphabétiques qui constituent le système hiéroglyphique. Les signes ne +sont pas encore disposés suivant un ordre rigoureux, comme plus tard, +mais ils sont déjà dessinés avec une précision remarquable, et ceux qui +sont en usage à ce moment-là se modifieront à peine au cours des +siècles. L'Egyptien, profondément artiste, avait trouvé, presque sans +tâtonnement, semble-t-il, le type d'écriture qui lui convenait et +auquel il devait se tenir pendant des milliers d'années. + +[Illustration: _Fig. 89._ Tablette en ébène (d'ap. PETRIE. _Royal +Tombs_, I, pl. XV, no _16_).] + +Les documents écrits de la période thinite appartiennent pour ainsi dire +tous au roi lui-même ou à son entourage immédiat. Parmi les monuments +royaux, il faut citer en première ligne les grandes stèles de pierre +dressées sur les tombeaux et qui ne contenaient que le nom du roi en +grands caractères; il en est de même des montants de porte de +Kha-Sekhemouï au temple d'Hieraconpolis et des bas-reliefs du Sinaï où +le nom accompagne seul la figure de Mersekha massacrant ses ennemis. De +petites plaquettes en bois ou en ivoire, destinées à commémorer un +événement, une victoire, une cérémonie religieuse ou une inauguration +d'édifices, portaient, en plus des représentations figurées et du nom +royal, un très court texte explicatif. Enfin, sur la grande plaque de +schiste et les massues votives d'Hieraconpolis, il n'y a, à côté des +représentations, que le nom du roi, qui se retrouve également, isolé, +sur beaucoup de petits objets de toute espèce. + +[Illustration: _Fig. 90._ Empreinte de cylindre (d'après PETRIE. _Royal_ +Amenemhat III).] + +Chaque employé supérieur de l'administration avait son cachet officiel, +cylindre gravé en creux, portant son titre et son emploi, à côté du nom +du roi; ces cylindres servaient entre autres à sceller les produits dont +les fonctionnaires avaient la surveillance, et ils étaient apposés sur +les énormes bouchons d'argile fermant les grandes jarres où l'on +conservait les provisions destinées au roi mort. Ces empreintes, qui +sont le plus souvent encore très nettes, forment l'ensemble le plus +important et le plus varié des inscriptions de l'époque thinite. C'est +aussi, sans aucun doute, à des officiers royaux et à de grands +personnages de la cour qu'appartenaient les nombreuses petites stèles +portant simplement leur nom et indiquant la place de leur sépulture dans +les dépendances des tombeaux royaux. + +[Illustration: _Fig. 91._ Protocole du roi Amenemhat III.] + +Ce n'est pas sous la forme d'un cartouche ovale, comme on a l'habitude +de le voir dans tous les monuments depuis l'Ancien Empire, que se +présente ici le nom du roi: il est renfermé dans un rectangle terminé +dans le bas par un motif architectural et surmonté d'un faucon. Il est +nécessaire, pour expliquer cette différence qui peut paraître étrange au +premier abord, de jeter un coup d'oeil sur la titulature complète des +rois d'Egypte, à la bonne époque. A côté d'un nombre très variable +d'épithètes pompeuses où la fantaisie des scribes se donne libre +carrière, le protocole royal comporte cinq noms différents précédés +chacun d'un titre spécial; ainsi la titulature complète d'Amenemhat III, +un des derniers rois de la XIIme dynastie (fig. 91), se présente de la +façon suivante: + +Le premier de ces titres, celui dans lequel le faucon surmonte un +édifice où est gravé le nom, représente le nom sacré du roi, son nom +d'Horus, celui par lequel il affirme sa descendance divine, sa qualité +d'héritier légitime du dieu fondateur de la monarchie. Les deux suivants +ont moins d'importance et paraissent rarement isolés en dehors du +protocole complet. Quant aux deux derniers, avec les noms renfermés dans +des cartouches, ce sont, à l'époque classique, les vrais titres +officiels du roi, les seuls employés couramment pour désigner le +pharaon: l'un, que nous avons l'habitude d'appeler le prénom, est +surmonté du double titre «roi de la Haute et roi de la Basse Egypte»; +c'était le nom que se donnait le roi au moment de son couronnement, +tandis que son ancien nom de prince royal, son nom de famille en quelque +sorte, trouvait place dans le dernier cartouche, avec l'épithète «fils +du soleil», qui fait ressortir une fois de plus le caractère divin ou +semi-divin de la royauté. Tous ces titres n'ont ni la même origine ni la +même ancienneté. Le premier en date est aussi le premier de la série, +le nom d'Horus; jamais, sur leurs monuments, les premiers rois de la +première dynastie ne sont désignés par un autre nom que celui qui, +enfermé dans le rectangle qui figure le palais royal, est surmonté du +faucon, image du dieu Horus. Le souverain n'est donc pas appelé à +l'origine «le roi d'Egypte un tel» mais «l'Horus un tel»; plus tard, +sous la IIme dynastie, certains rois qui étaient sans doute originaires +de la Basse Egypte tentèrent, comme le fit Perabsen, de remplacer le +faucon par l'animal typhonien Set, et se nommèrent alors «le Set un tel» +(fig. 93); d'autres enfin réunirent les deux emblèmes divins, comme +Kha-Sekhemouï qui se donne le titre de: «Horus-Set-Kha-Sekhemouï» (fig. +94). + +[Illustration: _Fig. 92._ Noms de rois de la Ire dynastie.] + +[Illustrations: + _Fig. 93._ Nom du roi Perabsen. + _Fig. 94._ Nom du roi Kha-Sekhemouï. + _Fig. 95._ Nom du roi Den-Setouï.] + +Dès l'origine, cependant, les rois prirent le titre de «maître des +diadèmes du Sud et du Nord», titre qui vient se placer à côté du +premier, mais n'est pas accompagné d'un nom nouveau. Enfin, à partir du +milieu de la Ire dynastie, nous voyons apparaître un second nom tout à +fait différent de l'autre, avec le titre de «roi de la Haute et de la +Basse Egypte» (fig. 95). Ce nom n'est pas encore enfermé dans un +cartouche, comme cela aura lieu plus tard. Quant aux deux autres titres, +celui de «Horus d'or», ou de «Horus vainqueur», et celui de «fils du +soleil», ils ne paraissent que beaucoup plus tard, dans le courant de +l'Ancien Empire. + +Dans les listes royales d'époque postérieure, les pharaons, même les +plus anciens, sont toujours désignés par leurs noms de rois de la Haute +et de la Basse Egypte, jamais par leurs noms d'Horus. Or les monuments +de l'époque ne nous donnent la concordance entre les deux noms que pour +trois rois de la Ire dynastie: Den-Setouï (Ousaphaïs), Azab-Merbapa +(Miebis) et Mersekha-Semempsès. Pour tous les autres rois thinites, nous +n'avons que le nom d'Horus, ce qui rend leur assimilation assez +difficile; néanmoins, on est arrivé à les grouper de façon assez +satisfaisante. + + +C. CIVILISATION + +L'organisation de la royauté, l'invention de l'écriture, les débuts de +l'architecture, le développement des arts et de l'industrie marquent un +progrès immense de l'époque thinite sur la période précédente, une +transformation radicale dans l'état général du pays. Après avoir étudié +les monuments, il nous reste à passer aux conclusions que nous pouvons +en tirer quant à ce nouveau stage de la civilisation. + + +_Royauté_ + +Le roi est un Horus, donc non seulement un monarque de droit divin ou un +représentant du dieu sur la terre, mais un roi-dieu, planant en quelque +sorte au-dessus de l'humanité. Tout lui appartient ici-bas, tout gravite +autour de lui. Détenteur du pouvoir spirituel aussi bien que du pouvoir +temporel, il organise le culte des dieux, ses pères et ses frères, il +commence à leur faire construire de vrais temples au lieu des petits +édicules en bois entourés d'une enceinte ou des huttes en branchages qui +sont encore presque partout les sanctuaires des diverses divinités. +Quant à lui-même, il habite des palais dont le cadre qui entoure son nom +nous a conservé une image sommaire et, après sa mort, il repose dans un +tombeau somptueux, entouré d'un monceau de provisions pour l'éternité. +Les membres de sa famille paraissent à peine à côté de lui. + + +_Tribus_ + +La présence, à côté du roi, dans les grandes cérémonies, des enseignes +symboliques du faucon, du chacal, de l'ibis, semble indiquer que les +anciennes tribus subsistent toujours, non plus indépendantes, mais +devenues vassales de la couronne. Cependant ces emblèmes pourraient +aussi être de nature purement religieuse et s'appliquer à des divinités +plutôt qu'à des groupements de la population. + + +_Fonctionnaires_ + +Autour du roi se trouvaient une quantité de fonctionnaires, depuis ceux +qui étaient attachés à la personne même du souverain, le porte-sandales +et le porte-éventail, jusqu'aux chefs artisans qui semblent avoir eu une +position privilégiée. Puis venaient tous ceux qui étaient préposés aux +domaines royaux, qui surveillaient l'emmagasinage des récoltes et dont +les sceaux étaient apposés sur les bouchons des jarres à provisions. +Tous ces personnages forment l'entourage immédiat du roi et se font +enterrer à côté de lui, parfois même dans les dépendances de la +sépulture royale. Comme leur souverain, ils perpétuent le souvenir de +leur tombeau par une stèle placée au-dessus, en évidence, stèle où leur +nom seul est sommairement gravé sur une pierre à peine dégrossie. + + +_Peuple_ + +C'est dans les centres, et particulièrement autour du roi, que nous +pouvons suivre le développement de cette civilisation nouvelle: jusqu'à +quel point put-elle pénétrer dans la masse même de la population, chez +les habitants des campagnes? Les tombeaux de ceux-ci, disséminés le long +des coteaux de sable qui bordent la vallée, comme ceux de leurs +prédécesseurs, nous montrent à quoi nous en tenir à ce sujet et, somme +toute, nous voyons qu'à part quelques modifications de détails, la +situation du peuple n'a guère changé. Si les habitants du pays revêtent +maintenant leurs tombeaux de briques, ils les creusent toujours aux +mêmes endroits et leur donnent à peu près les mêmes dimensions +qu'auparavant. Le mobilier funéraire est le même, à peine un peu +modernisé quant à la forme des vases; les outils et les armes ne sont +pas modifiés et ce n'est encore que rarement qu'on voit paraître des +objets de cuivre à côté des silex taillés toujours en usage. + +Comme jadis, les habitants des campagnes ne se préoccupaient guère des +progrès de l'écriture ou de l'architecture, et vivaient de chasse et de +pêche, d'élevage et d'agriculture. Le cuivre fournissait aux pêcheurs un +nouvel engin, le petit hameçon, mais il changeait à peine l'armement des +chasseurs. L'agriculture était en progrès, sans doute grâce aux efforts +de l'administration royale. Le roi possédait-il lui-même des champs de +blé et d'orge d'où il tirait ses approvisionnements ou les +abandonnait-il aux cultivateurs moyennant une forte redevance en nature, +c'est ce dont nous ne pouvons nous rendre compte; peut-être y avait-il +des terres de la couronne et des terres privées, comme ce devait être le +cas plus tard. En tous cas le roi possédait des jardins spéciaux, enclos +de murs, qui étaient l'objet d'une surveillance particulière, et où l'on +cultivait entre autres la vigne. Les employés du gouvernement +apportaient aussi un soin particulier aux irrigations, notaient avec +soin la cote exacte de chaque crue du Nil, et faisaient creuser les +premiers canaux. + +Les artisans, les gens de métier, vivaient surtout dans les centres, +mais les habitants des campagnes fabriquaient eux-mêmes les objets dont +ils avaient besoin, en particulier ce qui concernait le vêtement. +Pendant que les hommes s'occupaient de chasse, de pêche et des travaux +des champs, les femmes se chargeaient de filer et de tisser la toile. + + +_Commerce extérieur_ + +La plupart des matières premières qu'employaient les Egyptiens +provenaient du pays même, mais d'autres devaient être cherchées plus +loin, souvent à de grandes distances. Ainsi certaines pierres dures, +employées pour fabriquer des vases ou des objets d'ornement, ne se +trouvent que dans des montagnes situées en plein désert; il en est de +même de l'or. Le roi envoyait-il des expéditions pour recueillir ces +matières précieuses, ou bien les nomades les apportaient-ils jusqu'en +Egypte, il nous est impossible de le savoir. Le cuivre venait de plus +loin vers le sud, et des gisements de turquoises, comme ceux du Sinaï, +étaient déjà exploités par les Egyptiens; peut-être aussi le commerce +extérieur en amenait-il dans le pays des quantités plus ou moins +considérables. + +L'obsidienne employée en Egypte provient de l'île de Milo, dans +l'Archipel, et ce fait montre qu'il continuait à y avoir entre les deux +peuples, malgré l'obstacle que leur opposait la mer, des relations +suivies; la présence de poterie égéenne dans les tombeaux royaux +d'Abydos est une preuve de plus du commerce qui se faisait à cette +époque sur la Méditerranée. + +La similitude très marquée qui existe entre certains objets de la +Chaldée primitive et les monuments de l'Egypte thinite a fait envisager +par certains savants la possibilité d'une origine commune des deux +races. Cette hypothèse, comme je l'ai dit plus haut, doit sans doute +être abandonnée, car la civilisation égyptienne est certainement +originale et africaine. Les infiltrations sémites qui ont pu se produire +dans la vallée du Nil sont beaucoup moins importantes qu'il ne le +paraissait d'abord et il se peut fort bien qu'elles soient dues +uniquement à des relations commerciales entre l'Egypte et les pays de +l'est et du sud-est, par la mer Rouge. Ainsi des voyageurs, des +commerçants peuvent avoir apporté d'Egypte en Chaldée ou de Chaldée en +Egypte, des cylindres servant de sceaux, et cette nouveauté ayant été +appréciée, la mode s'en sera répandue facilement; rien du reste ne +prouve que l'usage du cylindre ait été inventé en Mésopotamie plutôt que +dans la vallée du Nil. Il en est de même de certains petits vases à +parfums, spécialement de ceux à formes animales. + +Quant à la question de l'écriture, qui a été invoquée comme preuve de +l'origine commune des deux plus anciennes civilisations de l'Orient, +elle n'est pas suffisamment concluante. La première écriture d'un peuple +sortant de la barbarie est nécessairement pictographique, aussi +peut-elle avoir débuté indépendamment dans les deux pays; en effet les +signes hiéroglyphiques qui en Babylonie et en Egypte se ressemblent, +n'ont pas la même valeur phonétique, et appartiennent à deux langues +très différentes. Là l'écriture primitive se transforme rapidement, +devient linéaire, puis cunéiforme, tandis qu'en Egypte elle reste +pendant des milliers d'années une écriture hiéroglyphique. + +[Illustration: _Fig. 96._ Chien en ivoire (d'ap. DE MORGAN. _Rech. sur +les orig. de l'Egypte_, II, fig. _698_).] + + + + +[Illustration: _Fig. 97._ La Pyramide à degrés de Saqqarah.] + + + + +CHAPITRE V + +ANCIEN EMPIRE + +(De 3400 à 2200 av. J.-C. environ.) + + +Ce nom d'Ancien Empire, adopté dans un temps où l'on considérait comme +légendaires les deux dynasties thinites, s'applique à toute la période +où l'Egypte fut gouvernée par des rois du nord, Memphites ou +Héliopolitains, période de paix et de prospérité pour le pays qui +atteint peu à peu un très haut degré de développement dans tous les +domaines. C'est une succession de rois sages et puissants, dont +l'autorité n'est pas discutée et dont la politique consiste, non à +chercher au dehors des conquêtes et des aventures, mais à augmenter la +richesse du pays par ses propres moyens, en utilisant et en développant +toutes ses forces naturelles, autant celles du sol que celles de ses +habitants. + + +A. HISTOIRE + +L'Ancien Empire occupe dans l'histoire un laps de temps de 1200 ans +environ, et se place approximativement, puisque nous ne pouvons donner +de date exacte et que nous sommes obligés, dans le domaine +chronologique, de nous en tenir à des à peu près, entre 3400 et 2200 +avant notre ère; quatre dynasties se succèdent, puis vient une chute +brusque, une période de luttes intérieures, l'époque féodale, pendant +laquelle se prépare l'avènement du Moyen Empire thébain. + + +_IIIe dynastie_ + +Nous avons vu se produire, au cours de la IIme dynastie un certain +flottement; le royaume du nord, absorbé par Ménès et ses successeurs, se +ressaisit peu à peu et cherche à reprendre les rênes du pouvoir. Après +de longs efforts, les princes memphites arrivent à supplanter leurs +suzerains et à coiffer eux-mêmes la double couronne; il ne semble pas y +avoir eu de révolution ni de luttes sanglantes, la transition est trop +lente pour avoir été brutale et c'est sans doute en suite d'une série +d'alliances qu'une des familles finit par supplanter l'autre. Les rois +memphites se considèrent comme les héritiers directs et légitimes des +rois thinites. Loin de renier leurs prédécesseurs, ils continuent leur +oeuvre et prennent leurs titres sans aucune modification; ils deviennent +des Horus et non, comme on pourrait le croire, des Set, et se donnent +également les titres de «maître des diadèmes du Sud et du Nord» et de +«roi de la Haute et de la Basse Egypte». Ce dernier titre est suivi d'un +nom spécial, qui n'est pas encore enfermé dans un cartouche. Rien n'est +changé, ni dans l'organisation du pays, ni dans les moeurs; c'est encore +la période de transition dans laquelle rentrent également les rois +thinites de la IIme dynastie et les rois memphites de la IIIme, si +intimement liés malgré la différence de leur origine qu'il est souvent +difficile de distinguer sur les monuments contemporains ce qui +appartient aux uns plutôt qu'aux autres. + +Manéthon donne pour la IIIme dynastie neuf rois avec 214 ans de règne, +mais ses transcriptions de noms sont très fantaisistes et il est +difficile de les identifier avec les noms des neuf ou dix souverains que +nous connaissons d'après les monuments, et qui appartiennent +certainement à cette époque. Aucun événement saillant ne marqua le règne +de la plupart de ces rois, sauf une invasion libyenne sous le premier de +ceux-ci, le Nekherôphès des Grecs, le Babaï des listes, invasion qui se +termina, dit-on, par l'apparition d'un phénomène céleste devant lequel +les Libyens reculèrent épouvantés, sans combat. Les Egyptiens des +époques postérieures avaient cependant conservé très vivant le souvenir +de certains de ces souverains, Nebka, Djeser-Teta, Houni, mais surtout +du plus important d'entre eux qui est, à n'en pas douter, le vrai +fondateur de l'Empire memphite, Tosorthros, celui de Djeser qui porte le +nom d'Horus Nouterkha; auteur de livres scientifiques, il s'appliqua +surtout à développer l'écriture et l'architecture, et nous pouvons +constater le bien-fondé de cette légende car nous avons en effet de lui +des constructions très importantes, comme la pyramide à degrés de +Saqqarah, le plus ancien de ces immenses monuments funéraires, et, +immédiatement après son règne, les premières grandes stèles tombales +couvertes de textes. En outre la tradition lui attribuait certaines +fondations pieuses, comme l'organisation du culte d'Isis à Philae, que +relate tout au long une stèle de basse époque dans l'île de Sehel. Cette +figure bien réelle du roi Djeser domine et éclaire toute la IIIme +dynastie qui sans elle serait une des plus inconsistantes et des moins +connues de toute l'histoire d'Egypte. + + +_IVe dynastie_ + +Le passage d'une dynastie à l'autre s'opéra sans secousse, +naturellement; comme le dit un texte littéraire très ancien: «En ce +temps-là, la Majesté du roi Houni arriva au port (c'est-à-dire mourut) +et la Majesté du roi Snefrou s'éleva en roi bienfaisant, sur la terre +entière»; c'est une famille nouvelle recueillant l'héritage d'une +famille parente qui s'éteint. Les huit rois de cette dynastie, qui, +toujours d'après Manéthon, occupèrent le trône pendant 284 ans, nous ont +laissé des témoins indestructibles de leur puissance, les pyramides, +l'effort architectural le plus gigantesque qui ait jamais été tenté. + +[Illustration: _Fig. 98._ Bas-relief de Snefrou au Sinaï (d'après J. DE +MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. 594).] + +Avec le premier de ces rois, Snefrou, commence une période de grande +prospérité pour l'Egypte; les tombeaux des simples particuliers +deviennent de véritables monuments, et lui-même se fait construire deux +pyramides. La richesse est très grande dans le pays, conséquence d'une +administration sage et prévoyante, et les arts ne tâtonnent plus, ayant +atteint l'expression parfaite dont ils ne s'écarteront plus guère. De +son oeuvre personnelle, nous savons peu de chose, sinon qu'il organisa +de façon définitive l'exploitation des mines du Sinaï, fortifiant ainsi +la marche orientale de l'Egypte contre les incursions des bandes sémites +de la Syrie méridionale. + +[Illustration: _Fig. 99._ Khéops (d'après PETRIE. _Abydos_, II, pl. +XIV).] + +Son successeur, Khéops ou Khoufou, continua son oeuvre et fut plus +puissant encore. Le travail colossal nécessité par la construction de sa +pyramide avait rendu son nom légendaire, et les Grecs voyaient en lui un +tyran qui avait écrasé son peuple de corvées, tandis que les Egyptiens +vénéraient son souvenir, que son culte funéraire se perpétuait et qu'il +fut toujours considéré comme un des plus grands rois d'Egypte. Il fonda +des temples et continua d'encourager les travaux miniers au Sinaï. + +[Illustration: _Fig. 100._ Dadefra--Fouilles d'Abou-Roash--Louvre +(photographie de M. E. Chassinat).] + +[Illustration: _Fig. 101._ Khéfren (photogr. de E. Brugsch-Pacha).] + +Après la mort de Khéops des compétitions s'élevèrent dans sa famille, et +son premier successeur, Dadefra (Ratoïses), fut renversé après un règne +plus ou moins long, sa pyramide fut rasée, ses statues mises en +miettes, sa mémoire effacée presque complètement. Le frère de ce +dernier, Khefren ou Khafra, monta alors sur le trône, et si nous ne +savons rien de son oeuvre pendant son long règne, nous avons du moins de +lui des monuments extrêmement remarquables, sa pyramide, le grand sphinx +de Giseh et des statues qui sont de pures merveilles. La légende +transmise par Hérodote dit que lui aussi fut considéré comme un tyran +odieux et que, comme son père Khéops, sa dépouille mortelle fut arrachée +de son tombeau et mise en pièces par le peuple révolté, mais cette +légende ne repose sur aucune base sérieuse. + +[Illustration: _Fig. 102._ La grande pyramide et le sphinx de Gizeh.] + +[Illustration: _Fig. 103._ Mycérinus (d'après MASPERO. _Musée Egyptien_ +I, pl. IX).] + +Puis vint Menkaoura, le Mycérinus des Grecs, dont la réputation de +justice et de piété se perpétua jusqu'à la fin de l'empire pharaonique; +lui aussi se fit construire une pyramide et sculpter des statues +splendides, et continua l'exploitation des mines du Sinaï. Il fut le +dernier grand roi de sa race, ses successeurs nous sont à peine connus, +et la IVme dynastie finit sans que nous puissions nous rendre compte de +quelle manière; sans doute des rois incapables se virent peu à peu +supplanter par des personnages plus énergiques, plus populaires et +disposant d'un parti puissant. Un oracle avait prédit à Khéops que sa +famille allait disparaître et qu'après quelques générations une race +nouvelle, race d'origine divine, issue de Râ lui-même, le dieu-soleil, +monterait sur le trône à sa place. S'inclinant devant la volonté divine, +Khéops n'avait même pas songé à détruire pendant qu'ils étaient faibles +encore, les premiers représentants de cette famille qui devait +déposséder la sienne. + + +_Ve dynastie_ + +Avec l'avènement de ces nouveaux rois, originaires d'Héliopolis--et non +d'Eléphantine, comme le dit Manéthon,--qui se considèrent comme +engendrés par le dieu-soleil lui-même et adoptent définitivement dans +leur protocole le titre jusqu'alors peu employé de «fils de Râ», le +caractère théocratique de la royauté s'accuse de plus en plus. C'est le +triomphe des prêtres d'Héliopolis, métropole religieuse de la Basse +Egypte, les vrais fondateurs de la religion égyptienne, qui en arrivent +à grouper autour de leur dieu-soleil tous les dogmes locaux d'origine si +disparate, et à constituer un ensemble homogène, acceptable pour tous +les Egyptiens. Non contents de cette centralisation religieuse, ils +réussissent à mettre la main sur le pouvoir temporel, avec les neuf rois +de la Vme dynastie qui, au dire de Manéthon, régnèrent pendant 218 ans, +et même après ce temps, ces prêtres du soleil surent garder pendant de +longs siècles une influence prépondérante sur le pouvoir civil. + +[Illustration: _Fig. 104._ Neouserra (d'après MASPERO. _Musée Egyptien_, +I, pl. X).] + +Ouserkaf fut le premier de sa race; sans doute il dut réorganiser +l'administration sur de nouvelles bases, et si nous savons peu de choses +de lui, nous connaissons mieux ses successeurs qui continuèrent son +oeuvre. Sahoura d'abord, puis Neferarkara et Shepseskara, plus tard +Neouserra-An, Menkaouhor et Dadkara-Assa. Tous sont des monarques +puissants et d'une activité qui s'étend d'un bout à l'autre du royaume +et même au delà de ses frontières: ils contiennent les hordes libyennes +et soudanaises qui cherchent à s'introduire dans le pays, ils envoient +dans le sud de la Palestine des expéditions devant leur assurer la +suprématie effective sur des voisins instables qui pouvaient devenir +menaçants, ils reprennent de façon suivie les exploitations minières du +Sinaï, ils entretiennent sur la mer une flotte imposante qui doit +servir en même temps à développer le commerce égyptien et à imposer le +respect des pharaons dans les pays avoisinants. A l'intérieur, ils +construisent des pyramides qui, pour être moins colossales que celles de +leurs devanciers, leur sont supérieures au point de vue de la +décoration, et des temples monumentaux comme ceux qu'ils dédièrent au +soleil dans les environs de leur capitale. D'une manière générale, leur +administration, dont nous ne connaissons pas les détails ni même le +programme particulier, fut bienfaisante pour le pays dont la prospérité +augmente de plus en plus; la paix et l'ordre règnent dans toute la +vallée du Nil. Les prêtres exercent une influence considérable et tous +les hauts fonctionnaires se rattachent de près ou de loin au sacerdoce; +ils semblent du reste avoir travaillé non pas dans un but +d'accaparement, mais pour le bien général du pays. + +Le dernier roi de la dynastie, Ounas, n'est pas l'un des moins +importants et des moins puissants, et il termine dignement la série des +princes de sa famille; c'est sans doute parce qu'il n'eut pas de +descendants directs que le pouvoir passa après lui en d'autres mains, et +non ensuite d'un bouleversement politique. + + +_VIe dynastie_ + +Les rois memphites qui succèdent directement aux héliopolitains +continuent leur oeuvre, mais moins brillamment pour commencer, +semble-t-il, car nous ne savons presque rien de Teti et d'Ouserkara, les +deux premiers souverains d'une famille qui, d'après Manéthon, compta six +rois et 203 ans de règne. Après eux vient une courte période de gloire +sur laquelle nous sommes admirablement renseignés par de nombreux +monuments, et surtout par les biographies de certains hauts +fonctionnaires comme Ouna et Herkhouf, période que domine le roi Pepi +I, un des plus célèbres parmi les pharaons: son activité est intense, il +fait construire et travailler sur tous les points de l'Egypte et son nom +se retrouve à Tanis, à l'extrême nord du Delta, aussi bien que sur les +rochers de granit de la Ire cataracte, dans les mines du Sinaï comme +dans les carrières du Ouadi-Hammamat. Il s'occupe lui-même de +l'administration de la justice et des missions spéciales à donner aux +plus capables de ses sujets; il multiplie les décrets établissant les +droits des grands sanctuaires et instituant des fondations pieuses; il +rassemble une armée et des vaisseaux pour écraser les nomades asiatiques +redevenus menaçants et envoie des expéditions en Nubie pour assurer la +suprématie de l'Egypte sur le Haut Nil. + +[Illustration: _Fig. 105._ Pepi I (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II, +pl. LI).] + +[Illustration: _Fig. 106._ Merenra (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II, +pl. LV).] + +Ses successeurs voulurent continuer son oeuvre, mais son fils aîné +Merenra mourut jeune, et son autre fils Pepi II, qui eut un règne de 95 +ans, ne se montra pas à la hauteur de la situation, et la déchéance du +pouvoir central s'accusa rapidement. Deux ou trois rois réussirent +pendant quelque temps encore à maintenir le sceptre entre leurs mains, +puis disparurent après des règnes sans gloire, et avec eux prit fin +cette suite de familles puissantes et énergiques qui avait amené +l'Egypte à un si haut point de civilisation. + + +_La fin de l'empire memphite_ + +Ici commence une période très obscure, pour laquelle Manéthon continue +sa classification méthodique: C'est d'abord la VIIme dynastie, qui +représente sans doute un court interrègne, avec ses 70 rois ayant régné +pendant 70 jours, puis la VIIIme avec 27 rois memphites qui régnèrent +146 ans, rois dont l'histoire nous a à peine conservé quelques noms. Le +déclin, ou plutôt la chute du pouvoir royal est donc extraordinairement +brusque, surtout si l'on songe que cette chute n'a pas été déterminée +par une invasion, une conquête ou une révolution brutale; la cause en +est simplement dans le fait que les rois memphites exercèrent un pouvoir +tout pacifique et n'eurent jamais à s'appuyer sur une force militaire. +Quelques troupes peu nombreuses de mercenaires nubiens suffisaient pour +maintenir l'ordre, et quand il s'agissait d'une expédition au dehors, +les grands seigneurs amenaient chacun son petit contingent et l'on en +formait à la hâte une armée hétéroclite bien suffisante contre les +barbares plus mal organisés encore. Nous avons peine à comprendre que +des rois aient pu pendant plus de mille ans, sans armée, faire brillante +figure et accomplir une oeuvre aussi importante que les pharaons de +l'Ancien Empire; c'est une preuve remarquable de l'excellence d'un +gouvernement sage et droit, et de la puissance morale de tous ces +souverains. + +Ce système constituait cependant un danger permanent, et il était à +prévoir qu'à la première occasion favorable les grands seigneurs locaux +qui devaient fournir leurs contingents à la couronne, dans certaines +occasions, chercheraient à profiter de cette force qu'ils avaient +toujours sous la main, pour se rendre indépendants et pour s'emparer +eux-mêmes du pouvoir. La féodalité s'était constituée ainsi peu à peu, +guettant le moment où elle pourrait secouer cette autorité morale qui +pesait sur les princes des nomes et les réunissait, et c'est +probablement déjà à la fin du règne de Pepi II que ceux-ci commencèrent +à s'affranchir. Les plus puissants, apparentés sans doute à la famille +royale, se proclamèrent rois, groupant autour d'eux des seigneurs de +moindre importance, et ainsi les Memphites, les souverains légitimes, ne +conservèrent plus que le Delta, tandis qu'à côté d'eux s'élevaient deux +nouvelles dynasties, la IXme d'Héracléopolis, comprenant toute la +Moyenne Egypte, et la Xme qui est thébaine plutôt qu'héracléopolitaine, +comme le voudrait Manéthon, et qui absorba la Haute Egypte. De là des +luttes qui durèrent deux siècles au moins, donnant l'avantage tantôt aux +uns, tantôt aux autres. Puissamment secondés par les princes de Siout, +les rois héracléopolitains, les Khiti, les Kamerira l'emportèrent le +plus souvent, mais durent aussi s'effacer parfois devant une campagne +heureuse d'une des maisons rivales, comme celle qui permit au memphite +Neferkara de s'installer pour un temps à Koptos. Enfin les Thébains, les +Antef et les Mentouhotep, finissent par écraser leurs compétiteurs et +réalisent à nouveau l'unité politique du pays; c'est une ère nouvelle +qui commence, le Moyen Empire qui remplace l'Ancien. + + +B. MONUMENTS + +Les restes qui nous sont parvenus de l'Ancien Empire sont autrement +importants en nombre, en grandeur et en beauté, que ceux de la période +précédente. Les inscriptions sont nombreuses, souvent très développées, +et, placées à côté des innombrables représentations figurées, elles nous +permettent de pénétrer plus profondément dans la connaissance de la vie +des Egyptiens; nous n'en sommes plus réduits à des suppositions, nous +les voyons agir, nous les entendons parler, et une rapide revue des +monuments découverts nous permettra de nous faire une idée d'ensemble de +ce qu'était leur civilisation. + + +_Architecture_ + +Les progrès de l'architecture furent extrêmement rapides, surtout aux +débuts de l'empire memphite; nous avons vu, à la fin de la période +précédente, le système de construction en briques et bois, avec +couverture en bois; au commencement de la IIIme dynastie, les +architectes connaissent la voûte et l'emploient avec succès, puis ils se +mettent à la recherche de matériaux plus solides et plus durables que la +brique crue, et adoptent la pierre, au moins pour celles de leurs +constructions qui avaient pour eux le plus d'importance, les tombeaux et +les temples. Tout de suite ils se montrent passés maîtres dans cette +technique nouvelle et semblent se jouer des difficultés avec une +hardiesse et une aisance incroyables: dès la IVme dynastie, on ne trouve +déjà pour ainsi dire plus un édifice religieux ou funéraire en briques. +La dimension des matériaux permettant aux architectes de revenir à +l'ancien système de couverture plate, ils inventent le pilier et +l'architrave qui leur donnent la facilité de couvrir des espaces très +considérables; enfin sous la Vme dynastie paraît la colonne proprement +dite, avec toutes ses variétés. Les constructeurs ne se bornent pas à +assembler leurs matériaux avec une précision et une exactitude +remarquables, ils en calculent aussi en une certaine mesure la +résistance et s'entendent très bien à répartir également la pression des +masses. + +[Illustrations: + _Fig. 107 et 108._ Colonnes palmiforme et papyriforme (d'apr. + BORCHARDT. _Sahuré_, p. _44_; _Ne-user-Ré_, p. _64_). + _Fig. 109._ Colonne lotiforme--Abousir (photogr. de E. + Brugsch-Pacha).] + +Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, étaient des +édifices légers, en briques, en bois, ou même en terre pilée, qui tous +ont disparu sans laisser de traces. En fait d'architecture militaire, +nous n'avons guère que des forteresses comme celles d'Elkab et d'Abydos, +vastes quadrilatères formés par d'épaisses murailles de briques crues, +qui du reste ne sont pas datées de façon certaine. + + +_Temples_ + +Quant aux édifices religieux, les rois de l'Ancien Empire en avaient +construit un peu partout, et avaient remplacé les petits sanctuaires +primitifs par des constructions en pierre déjà très développées comme +plan; ces temples furent constamment remaniés, agrandis et embellis au +cours des âges, souvent même démolis pour être entièrement reconstruits, +aussi ne trouvons-nous plus guère que les arasements ou les fondations +des constructions originales, comme c'est le cas à Hieraconpolis, à +Abydos et à Memphis, ou encore des débris de murailles couverts de +bas-reliefs, comme les fragments de la chapelle de Djeser à Héliopolis. +Ce qui reste de ces temples suffit néanmoins pour nous montrer que +chacun avait son caractère spécial, approprié aux besoins du culte +local, et qu'on n'avait pas encore adopté, comme cela eut lieu plus +tard, un type uniforme pour tous les édifices cultuels. + +[Illustration: _Fig. 110._ Le temple du soleil à Abousir (d'apr. +BORCHARDT. _Das Re-Heiligtum des Kgs. Ne-Woser-Re_, pl. I).] + +Parmi tous ces modèles divers de temples, le plus original était celui +qui était consacré à Râ, le dieu-soleil d'Héliopolis: il consistait en +un énorme obélisque, lourd et trapu, monté sur la plateforme d'un grand +massif rectangulaire, tous deux en maçonnerie; un escalier ménagé dans +l'épaisseur du socle permettait d'atteindre la plateforme. Sur le devant +se trouvait un grand autel pour les offrandes, des cours avec bassins +destinés à des ablutions, et, dans un coin, une petite chapelle +précédée de deux stèles. Autour de tout cet ensemble, un mur de pierre +formait une enceinte rectangulaire, et un chemin couvert descendait +directement à la vallée, reliant le temple lui-même à un portique +monumental. Ici le dieu n'est pas dissimulé au fond d'un sanctuaire +accessible à quelques initiés seulement, comme c'est généralement le cas +en Egypte; il domine tout le temple de sa masse imposante, car c'est +l'obélisque lui-même qui est le symbole du dieu-soleil. + +Tous les rois de la Vme dynastie, les fils de Râ, tinrent à honneur de +consacrer à leur divin père un sanctuaire semblable, près de leur +capitale, à deux pas de leurs pyramides. Nous en connaissons au moins +cinq de nom; un seul nous est conservé, en ruines il est vrai, mais en +ruines encore très lisibles; c'est celui de Neouserra, mis au jour par +une mission allemande, près d'Abousir. Pour donner une idée de ses +dimensions, nous dirons que l'enceinte mesure plus de 100 mètres de +long. En outre cet étrange sanctuaire était accompagné d'une +reproduction monumentale, en briques crues, de la barque solaire, qui +n'a pas moins de 28 mètres de long, bateau fantastique qui semble +naviguer sur les sables du désert. + +Les fouilles exécutées à Abydos par une société anglaise, sous la +direction de M. Ed. Naville, ont révélé un temple tout différent et sans +doute plus ancien, le sanctuaire souterrain d'Osiris: ici la pièce +principale, couverte de dalles de granit supportées par des piliers +énormes, sans aucune décoration, consistait en une vaste plateforme +isolée du reste du monument par un fossé plein d'eau. Cette disposition +si particulière correspondait bien aux nécessités des mystères du grand +dieu des morts, avec leurs processions nautiques et leurs illuminations. + +Je ne sais trop si c'est parmi les édifices du culte qu'il faut ranger +un édifice plus étrange encore, unique en son genre, qui date +probablement de la IIIme dynastie et a été découvert par une mission +italienne, à Héliopolis même: c'est une construction circulaire +embrassant un espace dont le rayon est de 300 mètres, une sorte de +gigantesque anneau de 40 mètres d'épaisseur, en briques crues, percé à +l'intérieur de cinq nefs longitudinales supportées par des piliers et +des piédroits. L'usage de ce monument nous est absolument inconnu. + + +_Mastabas_ + +Pour l'architecture funéraire nous sommes mieux renseignés, étant en +possession d'une quantité considérable de tombeaux qui sont le plus +souvent dans un état de conservation remarquable, et nous pouvons suivre +pas à pas les améliorations, les modifications apportées dans ce genre +de constructions faites en vue de l'éternité. Le but des Egyptiens était +de s'assurer après la mort un lieu de repos qui fût pour eux le gage et +la condition de la vie éternelle, et ils sacrifiaient volontiers le +bien-être de leur existence terrestre, étape provisoire, à la +perpétuation de leur âme et de leur double; ce but, ils l'obtenaient en +partie par la connaissance des formules magiques qui faisaient d'eux les +égaux des dieux, en partie aussi en préservant des atteintes du temps et +des hommes leur corps physique, qui restait le support de leur être +immatériel. Plus le tombeau était profond, plus son entrée était +dissimulée et obstruée, plus grandes aussi étaient les chances de +conservation pour la momie. L'ombre du mort, son double, son _ka_, comme +disaient les Egyptiens, pouvait alors continuer à vivre dans la tombe, +mais il lui fallait l'image des aliments réels pour se nourrir, la +représentation des scènes de la vie usuelle pour se délasser ou tout au +moins pour s'occuper; à cet effet on prit à un certain moment le parti +de sculpter sur certaines parties des monuments funéraires ces +figurations si variées qui sont pour nous ce qu'elles étaient sans doute +pour les morts, une image fidèle de la vie des anciens Egyptiens. + +Les rois sont d'essence divine, par conséquent très au-dessus des +hommes, et il est naturel que leurs tombes ne soient pas disposées de la +même manière que celles de leurs sujets; nous avons donc dans +l'architecture deux groupes, celui des tombes privées et celui des +tombes royales, issus de conceptions un peu différentes du sort de l'âme +après la mort et qui se développent parallèlement, mais indépendamment +l'un de l'autre. + +[Illustration: _Fig. 111._ Plan d'un mastaba de la IVe dynastie (d'apr. +MARIETTE. _Monuments divers_, pl. XVI).] + +Pour les tombeaux des particuliers, nous avons vu à la fin de l'époque +thinite la fosse primitive tapissée de briques et flanquée d'un escalier +d'accès. Sous la IIIme dynastie, ce plan se développe encore; on ajoute +volontiers quelques petites chambres souterraines pour servir de +magasins, et au lieu de ne faire qu'amonceler un tas de terre ou de +sable sur la couverture du caveau, on commence à construire un massif de +maçonnerie. Dès lors la chambre funéraire s'enfonce plus profondément +sous terre, la descenderie en escalier est peu à peu remplacée par un +puits vertical. Ces massives constructions extérieures qui sont la +caractéristique des tombes privées de l'Ancien Empire, sont de forme +allongée, rectangulaire, d'une hauteur moyenne, et les Arabes, les +comparant aux bancs de briques sur lesquels ils s'installent, à la porte +de leurs maisons, les ont appelés _mastabas_ (bancs), mot qui a passé +dans le vocabulaire archéologique. + +[Illustration: _Fig. 112._ Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah (d'apr. une +photogr.; cf. CAPART. _Une rue de tombeaux_, pl. XCIV).] + +Les plus anciens de ces mastabas sont en briques crues, et à peine plus +grands que les chambres funéraires qu'ils abritent, mais leurs +dimensions augmentent rapidement. Sur la face est--car ces tombeaux sont +orientés à peu près exactement--se creusent une ou deux niches qui sont +censées être les portes de la tombe, par lesquelles l'âme peut rester en +quelque sorte en communication avec les vivants et revenir de temps à +autre se promener sur terre; c'est là que se font les cérémonies du +culte funéraire, là qu'on apporte au défunt les offrandes alimentaires. +Nue à l'origine, cette niche s'orne très anciennement déjà de montants +et de linteaux en pierre, sur lesquels on grave le nom et les titres du +mort avec une courte formule le plaçant sous la protection des dieux; +ainsi se forme peu à peu le type de la «fausse-porte», modèle courant de +la stèle funéraire sous l'Ancien Empire. Cette niche-stèle ou stèle +fausse-porte constitue donc à elle seule une chapelle funéraire en +miniature; dès la fin de la IIIme dynastie on accentue son caractère, +soit en la dissimulant derrière un mur qui court le long de la façade +est du mastaba et forme devant elle un long couloir étroit, soit en la +repoussant un peu plus profondément dans l'intérieur du massif de +briques, au fond d'une chambre minuscule, chambre qui affecte plus ou +moins la forme d'une croix. + +[Illustration: _Fig. 113._ Fausse-porte de la Vme dynastie (d'après +PAGET-PIRIE, _Tomb of Ptah-Hetep_, pl. XXXIX).] + +[Illustration: _Fig. 114 et 115._ Tables d'offrandes de l'Ancien Empire +(Musée du Caire; d'après des croquis de l'auteur).] + +A ce moment, c'est-à-dire sous Snefrou, au début de la IVme dynastie, on +voit apparaître dans le tombeau deux éléments nouveaux, la table +d'offrandes,--dalle de pierre d'une forme particulière placée à terre +devant la fausse-porte, sur laquelle on déposait des aliments ou des +représentations d'aliments et qui servait au mort de table à manger,--et +la cachette aux statues, le _serdab_, suivant le nom qui lui a été donné +par les Arabes et qui est maintenant consacré par l'usage. Ce serdab est +une petite pièce aveugle ménagée dans la maçonnerie du mastaba à côté de +la chambre à la stèle, mais sans aucune communication avec elle sauf, +parfois, une petite fente où l'on peut à peine passer la main; c'est là +qu'on entassait, en plus ou moins grand nombre, les statues faites à +l'image du défunt, statues qui pouvaient servir de support à son double +au cas où la momie elle-même viendrait à être détruite, et permettre à +ce corps spirituel de continuer à vivre son existence monotone +d'outre-tombe. Pour que ce double pût subsister, il lui fallait en effet +un support, un corps matériel sur lequel il pût se poser: une statue, +moins fragile que la dépouille mortelle, lui offrait une plus grande +garantie de survivance; une fois la momie et les statues détruites, le +double s'évanouissait et disparaissait définitivement. + +[Illustration: _Fig. 116._ Mastabas près de la grande pyramide (d'après +LEPSIUS. _Denkmaler_, I, pl. XV).] + +[Illustration: _Fig. 117._ Sarcophage de Khoufou-Ankh (d'apr. le _Musée +Egyptien_, I, pl. XXI).] + +Les sépultures des particuliers, tout au moins celles des grands +personnages, se groupent en général autour de celle de leur souverain; +ainsi, auprès des grandes pyramides, nous voyons de vraies villes de +tombeaux où les mastabas sont alignés régulièrement, séparés par de +grandes rues droites. A ce moment-là, sous la IVme dynastie, la +prospérité était grande dans le pays; les tombeaux aussi deviennent plus +riches et sont mieux aménagés: les mastabas sont maintenant construits +en pierre et non plus en briques, les dimensions des chambres augmentent +et souvent aussi leur nombre. Les parois de ces chambres offrent une +surface assez considérable pour qu'on songe à les utiliser, et l'on +commence à les décorer pour que le mort puisse en tirer profit; on y +sculpte des listes d'offrandes, des images d'aliments qui peuvent servir +à la nourriture du défunt, puis des scènes de la vie courante, grâce +auxquelles il pourra, non seulement se délasser, mais se procurer par +lui-même les aliments nécessaires. C'est dans ce double but qu'on y +représente les semailles, les moissons, les vendanges, l'élevage, la +pêche, la chasse, ainsi que les divers métiers qui devaient lui fournir +au fur et à mesure tous les objets pouvant lui être nécessaires ou +seulement utiles dans l'autre monde, les vêtements, les ustensiles, les +meubles, les parfums. Chacune de ces scènes est dominée par la figure du +mort surveillant les travailleurs, dont il se distingue par sa taille, +souvent triple de la leur, ou même davantage; à côté de lui paraissent +sa femme et ses enfants. Sous terre, dans un caveau grossièrement taillé +dans le rocher, la momie était étendue tout de son long dans un cercueil +de bois, enfermé lui-même, chez les plus riches, dans un grand +sarcophage rectangulaire en pierre dont la décoration tout +architecturale lui donne l'aspect d'une maison; le mobilier funéraire +est des plus sommaires. + +[Illustration: _Fig. 118._ Plan du tombeau de Ti (d'après MARIETTE. +_Mastabas_, p. _333_).] + +Pendant la Vme dynastie, le luxe des mastabas augmente encore; les +chambres deviennent plus nombreuses, parfois même une cour découverte +s'ouvre au milieu du monument, les salles les plus grandes sont pourvues +de piliers ou de colonnes, les bas-reliefs qui parfois sont de la plus +parfaite beauté couvrent les murailles, répétant avec beaucoup plus de +détails les scènes agricoles et industrielles dont j'ai parlé plus +haut, à côté desquelles on en voit d'autres qui représentent des jeux, +des danses, des fêtes de famille, voire des opérations chirurgicales; +ailleurs, ce sont des files de serviteurs apportant à leur maître les +produits du sol, des bateaux prêts à mettre à la voile et mille autres +détails pleins de vie et de variété. Jamais dans ces tombeaux on ne voit +une représentation d'ordre religieux, ni la figure d'un dieu, ni une +scène d'adoration; très rarement un tableau se rapporte aux funérailles: +on ne parle pas de la mort, et le propriétaire du tombeau est toujours +censé vivant, soit qu'il vaque à ses diverses occupations, soit qu'il +soit assis devant une table garnie, entourée d'un monceau de +victuailles. + +Sous la VIme dynastie, il n'y a aucun changement notable dans les +tombeaux des particuliers; la partie accessible du mastaba, celle où les +descendants du mort pouvaient venir périodiquement accomplir les +cérémonies funéraires et peut-être festoyer auprès de son ombre, comme +les Arabes modernes dans les cimetières, cette partie comporte toujours +la même décoration, mais certains grands personnages commencent à +réserver une portion des parois pour y graver l'histoire de leur vie, +leurs hauts faits et l'expression de la satisfaction du roi pour les +services rendus. Ces biographies sont pour nous un des plus précieux +legs de l'Ancien Empire memphite. + +Le mastaba est la tombe-type de l'Ancien Empire, mais dans certaines +régions, par suite de la nature même du sol, on commence à employer un +autre système de sépulture: pas de construction, les chambres sont +creusées dans la montagne et la décoration usuelle s'exécute sur la +roche elle-même; une porte communique avec l'extérieur, où la pente du +rocher a été plus ou moins ravalée de manière à ménager une petite +plateforme, et dans un coin de la dernière chambre, un puits descend +verticalement jusqu'au caveau où l'on déposait la momie. C'est la +première apparition de la tombe rupestre, de l'hypogée, type qui sera +presque seul employé aux époques suivantes. + + +_Pyramides_ + +Les tombeaux royaux diffèrent de ceux des simples particuliers par la +forme, par les dimensions et par la disposition intérieure et +extérieure. Ici aussi, une évolution s'accomplit, une transformation +très marquée pendant le cours de la période memphite. + +Les plus anciens de ces tombeaux, ceux de la IIIme dynastie, sont très +différents de ceux de la période thinite, presque uniquement +souterrains: ils comportent un immense mastaba rectangulaire en briques +crues sur la plateforme duquel s'ouvre une descenderie ou un escalier +très rapide aboutissant aux chambres funéraires; aucune décoration, ni à +l'intérieur ni à l'extérieur, pas même une stèle, semble-t-il. La +fameuse pyramide à degrés de Saqqarah, construite par Djeser, un des +derniers rois de cette dynastie, n'est pas encore à proprement parler +une pyramide, c'est un gigantesque mastaba en pierres, bâti sur un plan +rectangulaire et surmonté de toute une série de mastabas plus petits +formant comme des étages (fig. 97). Les chambres souterraines sont +malheureusement très bouleversées, mais nous voyons d'après un autre +monument de l'époque comment on devait procéder à leur construction: une +immense fosse rectangulaire était creusée dans le rocher, et une large +descenderie y aboutissait du côté nord; au fond de cette excavation on +installait le sarcophage de granit, on bâtissait les chambres, puis on +la comblait, et alors seulement on pouvait commencer à édifier le +mastaba ou la pyramide. + +[Illustration: _Fig. 119._ Pyramide de Meïdoum (d'après SPIEGELBERG. +_Gesch. der Aeg. Kunst_, p. _17_).] + +Sous la IVme dynastie, le premier tombeau que se fit construire Snefrou, +celui de Meïdoum, tient plus encore du mastaba que de la pyramide, mais +ce fut le même roi qui adopta peu après le type définitif de la pyramide +à base carrée et à faces triangulaires, avec le monument qu'il édifia +dans le désert de Dahchour; les chambres, très petites, sont à peu près +au niveau du sol, ensevelies sous l'énorme masse de maçonnerie, et on y +accède par un couloir en pente débouchant à mi-hauteur de la face nord +du monument. + +[Illustration: _Fig. 120._ Coupe de la pyramide de Khéops (d'après +PETRIE, _Pyramids of Giseh_, pl. IV).] + +Les successeurs de Snefrou reprirent ce modèle de monument funéraire et +l'adoptèrent pour eux-mêmes sans en modifier les grandes lignes, mais +en y apportant des perfectionnements notables; les problèmes techniques +les plus difficiles furent résolus avec une précision merveilleuse dans +les pyramides de Khéops, Khefren et Mycerinus, qui constituent chacune +un chef-d'oeuvre de construction, dont les dimensions colossales--la +plus grande mesurait plus de 146 m. de hauteur sur 227 m. de côté--ne +nuisent pas à la perfection des détails. Un revêtement de calcaire fin +et de granit bien poli recouvre la maçonnerie disposée en assises +régulières de blocs énormes; au-dessus des chambres, des chambrettes de +décharge sont destinées à soulager leur toiture du poids considérable +qui aurait pu les écraser; des conduits d'aération traversent le massif +tout entier. Chambres et couloirs sont tapissés de blocs gigantesques, +soigneusement polis et si admirablement appareillés qu'on ne peut encore +maintenant introduire une pointe de couteau dans les joints; en +plusieurs points, des herses de granit, placées dans un logement +spécial, retombaient après l'inhumation pour obstruer définitivement le +couloir dont l'issue à l'extérieur était fermée par un bloc de +revêtement semblable aux autres. Au milieu de la face est s'élevait la +chapelle, centre du culte funéraire, avec son sanctuaire, sa +cour-péristyle, ses vestibules, ses magasins, et au delà, de petites +pyramides recouvraient la dépouille mortelle des membres de la famille +royale. Un grand mur de pierre, formant une vaste enceinte carrée, +entourait cet ensemble et l'isolait du terrain environnant; une allée +couverte descendait de la porte de la chambre funéraire vers la vallée, +jusqu'à un monument qui servait de portique d'entrée et qui atteignait +parfois des dimensions imposantes, comme celui de la pyramide de +Khefren, mieux connu sous le nom de temple du Sphinx, avec ses énormes +piliers de granit rose et ses murailles d'albâtre. + +[Illustration: _Fig. 121._ Chapelle funéraire de Sahoura (d'après +BORCHARDT. _Grabdenkmal des Königs Sa-hu-re_).] + +Les pyramides de la Vme dynastie deviennent progressivement plus +petites, et la partie de la construction qui devait rester invisible, +l'appareillage de la masse même du monument, est moins soignée, aussi +s'est-il produit des tassements qui ont le plus souvent écrasé les +appartements funéraires. Par contre la chapelle funéraire, toujours +située sur la face est, prend plus d'importance, et son ornementation +est l'objet de soins tout particuliers: les lourds piliers carrés sont +remplacés par d'élégantes colonnes à chapiteaux palmiformes ou +papyriformes; dans les principales pièces, le sol et les soubassements +sont faits de grandes dalles de basalte, et, au-dessus, les murailles en +beau calcaire fin sont couvertes de bas-reliefs d'une facture très +délicate. Ces tableaux représentent les hauts faits du souverain, ses +expéditions, l'hommage que lui rendent ses ennemis; on y voit aussi le +roi à la pêche ou à la chasse, et l'image des dieux sous la protection +spéciale desquels il se place. Quant à la disposition générale, elle +est toujours la même; le portique situé au bord de la vallée donne accès +à l'allée couverte qui monte directement à la grande cour entourée d'une +colonnade, la partie publique du temple funéraire; plus loin les salles +des statues, les magasins, et une série de petites chambres conduisent, +après plusieurs détours, au sanctuaire où se dresse, contre la pyramide +elle-même, la grande stèle fausse-porte par laquelle le double du roi +était censé pouvoir sortir de son tombeau et venir bénéficier des +offrandes qu'on lui apportait. + +Une innovation très importante date du règne d'Ounas, le dernier roi de +la Vme dynastie; sans rien modifier à la disposition et à la +construction de la pyramide ou de la chapelle funéraire, Ounas, le +premier, songea à faire graver sur les parois absolument nues des +caveaux souterrains où devait être enfermée sa momie les textes +religieux qui pouvaient lui être utiles dans l'autre monde. Ce qui +devait survivre à un homme après sa mort, ce n'était guère, croyait-on à +cette époque, que son double, son corps spirituel, mais le roi, étant +d'une essence supérieure, a en lui quelque chose des dieux dont il +descend et qu'il doit aller retrouver quand il quittera la terre; il +possède donc une âme divine, mais pour que cette âme puisse s'identifier +aux dieux et devenir dieu à son tour, il faut qu'elle soit instruite de +sa nature divine et qu'elle soit à même d'en profiter et de se présenter +dignement devant ses pairs. Certains textes sacrés peuvent lui rendre ce +service: ces textes se trouvent dans les recueils où les prêtres +héliopolitains ont rassemblé toutes les vieilles formules magiques ou +religieuses du pays, recueil précieux qui nous laisse entrevoir le fond +de la pensée égyptienne sur la nature des dieux et sur le monde dans +lequel ils vivent, en même temps qu'ils nous renseignent sur les +origines de la langue. Ounas puisa donc largement dans ces textes dont +il couvrit les parois de la salle qui contenait son sarcophage, et les +chambres attenantes; ses successeurs, les rois de la VIme dynastie, y +firent des emprunts plus abondants encore et les gravèrent jusque dans +les couloirs d'accès. C'est à peu près tout ce qui reste de leurs +pyramides qui ne forment plus que d'immenses tas de décombres; les +chapelles funéraires ont disparu. Quant aux tombeaux des rois qui les +suivirent, ceux de l'époque féodale, ils ne sont pas parvenus jusqu'à +nous. + + +_Sculpture_ + +L'idée de la mort, vraie obsession pour les Egyptiens, les avait portés +de très bonne heure à rechercher tous les moyens d'éviter un +anéantissement complet de leurs personnes; de là le développement +incroyable de l'architecture funéraire qui prend dès ses débuts une +importance beaucoup plus considérable que l'architecture civile ou même +religieuse. De là aussi la naissance de la statuaire qui, à son origine, +est absolument indépendante de l'architecture et se développe +parallèlement à ce dernier art et avec non moins de succès. + +[Illustration: _Fig. 122._ Statue de Ra-Nofer (Le Caire--photographie de +M. Pieron).] + +Le Ka ou double, comme il a été dit plus haut, était une sorte de corps +spirituel, exactement semblable comme forme au corps matériel de l'homme +et capable de survivre à celui-ci pendant un temps illimité, à condition +toutefois d'avoir un support qui pût fixer son essence impondérable et +lui conserver une certaine consistance. Le support naturel du double +était le corps embaumé avec plus ou moins de soin et préservé ainsi de +la pourriture; mais cette momie restait néanmoins bien fragile, aussi +imagina-t-on de bonne heure de lui donner un remplaçant plus solide pour +le cas où elle viendrait à être détruite. On prit donc l'habitude de +déposer dans le tombeau, que ce fût celui d'un roi ou celui d'un simple +particulier, une image du mort, en bois ou en pierre, faite autant que +possible à sa ressemblance, parfois de grandeur naturelle, mais souvent +de dimensions plus modestes. Le personnage qu'elle représente est +debout, une jambe en avant, agenouillé ou accroupi à la manière des +scribes, ou encore assis sur une chaise massive, les pieds joints, les +mains sur les genoux. Souvent il est accompagné de sa femme, assise ou +debout à côté de lui et même parfois d'un ou deux de ses enfants; ces +groupes sont de vraies scènes de famille, d'une intimité charmante. + +[Illustration: _Fig. 123._ Scribe agenouillé (Le Caire. Photo de E. +Brugsch-Pacha).] + +Les statues memphites, à part les plus anciennes qui sont d'une facture +encore un peu malhabile, sont l'oeuvre de praticiens parfaitement sûrs +de leur métier et capables de donner l'expression voulue à leurs +figures, quelle que soit la matière qu'ils ont à travailler, bois, +albâtre, calcaire, granit ou diorite. Ce qu'ils cherchent, c'est à +rendre fidèlement la nature et à donner en même temps l'impression de +vie, de calme et de sérénité; ils ne fixent pas un aspect passager de +leur modèle, ils en font en quelque sorte une synthèse; ils ne +l'idéalisent pas, ils l'éternisent pour ainsi dire, et avec raison, car +leur oeuvre ne doit pas être un objet d'admiration pour le monde, mais +le support même d'un être vivant enseveli à jamais dans le tombeau, loin +des regards des hommes. + +[Illustration: _Fig. 124._ Groupe de l'Ancien Empire (Musée du Caire, No +_128_; photographie de l'auteur).] + +Pour donner plus de naturel à ces statues, on les peignait, celles du +moins qui ne sont pas taillées dans des matières de grand luxe. Parfois +le travail est également soigné de la tête aux pieds, mais il arrive +souvent que les membres inférieurs sont un peu négligés au profit du +haut du corps sur lequel se reporte toute l'attention du spectateur. La +tête est toujours plus poussée que le reste et acquiert une importance +toute particulière; les deux yeux, le plus souvent rapportés et formés +d'une pierre blanche avec pupille en métal sous une cornée de quartz, +dans un sertissage de bronze, donnent à la figure une vie, une +expression, un éclat inimitables; ainsi, pour ne citer que les plus +remarquables de ces statues, le Sheikh-el-Beled, le groupe de Rahotep et +de Nofrit, le scribe du Musée du Caire, celui du Louvre, sont des +chefs-d'oeuvre qui peuvent rivaliser avec les plus belles productions de +l'art de tous les temps et de tous les pays. + +[Illustration: _Fig. 125._ Tête du «Sheikh-el-Beled» (Musée du +Caire--photo. de E. Brugsch-Pacha).] + +[Illustration: _Fig. 126._ Tête du scribe accroupi du Musée du Caire +(photo. de E. Brugsch-Pacha).] + +C'est l'expression même de la vie qui se dégage des statues des simples +particuliers; quant à celles des rois il n'en est pas tout à fait de +même. Ici les sculpteurs devaient donner l'impression d'un être +supra-terrestre; dans ce but ils suppriment tout mouvement et placent le +pharaon sur un trône, assis dans une pose immobile qui a quelque chose +d'hiératique, tout en restant parfaitement naturelle. Ils n'ont plus +recours aux yeux artificiels et impriment sur les lèvres de leurs +modèles ce sourire énigmatique qui les auréole de mystère. Leurs rois, +les Khefren et les Mycérinus du Caire, le Dadefra du Louvre, sont +empreints de la majesté calme et sereine qui convient à un monarque fils +des dieux presque dieu lui-même. En ce qui concerne ces statues et +celles des particuliers, la IVme dynastie marque un effort et un progrès +incomparables. C'est une des plus belles époques de la statuaire +égyptienne, au point de vue de l'art aussi bien que du métier; des +statues comme le grand Khefren de diorite au Musée du Caire, montrent +qu'on savait triompher des matières les plus dures et les modeler dans +les moindres détails avec une délicatesse inouïe, sans jamais nuire à la +beauté et à la grandeur de l'ensemble, qui reste une pure merveille, à +tous les points de vue. + +[Illustration: _Fig. 127._ Statue de Khefren (d'après MASPERO. _Musée +Egyptien_, I, pl. VIII).] + +Un peu plus tard, sous la VIme dynastie sans doute, on commença à +employer pour les statues royales le type de l'homme debout. Le premier +et le plus bel exemple en est la statue de Pepi Ier accompagné de son +fils Merenra, qui est aussi la plus ancienne statue de bronze, où tout +au moins à revêtement de bronze que l'on possède (fig. 105 et 106); au +lieu d'une fonte pleine ou creuse, procédé employé à des époques moins +anciennes pour des monuments de plus petites dimensions, nous avons ici +d'épaisses feuilles de métal ajustées et martelées sur une âme de bois; +cette statue, actuellement au musée du Caire, est sensiblement plus +grande que nature. + +Si la sculpture en ronde-bosse est toujours, sous l'Ancien Empire, +absolument indépendante de l'architecture, il n'en est pas de même du +bas-relief, intimement lié à la construction, et dont le rôle primitif +est de constituer la partie décorative d'un monument. L'usage qu'on en +faisait, très modéré au début, ne tarda pas à se développer au fur et à +mesure que les tombeaux devenaient plus grands; c'est sous la Vme +dynastie, époque où non seulement on couvre de bas-reliefs des centaines +de mètres carrés de parois dans des tombeaux de dimensions moyennes, +mais où on commence aussi à en revêtir les murs intérieurs des temples, +que ce mode de sculpture arrive à son apogée, tant au point de vue +technique qu'au point de vue artistique. + +Pour les Egyptiens, le but du bas-relief est de reproduire avec autant +de clarté que d'exactitude, non seulement des figures d'individus +isolés, mais des scènes complètes avec de nombreux personnages en pleine +action, des animaux et des objets; il s'agit de ne pas sacrifier +l'ensemble au détail ni le détail à l'ensemble, et pour cela il faut +étudier séparément chacune des figures, les grouper et les équilibrer de +façon régulière afin d'obtenir une composition homogène et décorative. + +[Illustration: _Fig. 128._ Bas-relief du mastaba de Ptahhotep à Saqqarah +(photographie de M. Pieron).] + +Pour arriver à comprendre le bas-relief égyptien et l'apprécier comme il +le mérite, il faut en pénétrer les procédés de composition et faire +abstraction de certaines choses qui nous choquent ou tout au moins nous +gênent au premier abord parce qu'elles sont contraires à notre +conception moderne de l'art. Dans l'art égyptien, il n'y a pour ainsi +dire pas trace de perspective, et ce défaut se fait sentir de plusieurs +manières: tous les personnages d'une scène sont sur le même plan et ont +exactement la même grandeur; les tableaux se développent uniquement en +longueur, jamais en profondeur, formant ainsi de longues bandes qui se +superposent sans être nécessairement en rapport direct les unes avec les +autres. Ce manque de perspective se fait encore mieux sentir dans le +dessin même du corps humain: vus toujours de profil, les personnages ont +l'oeil et la poitrine qui se présentent de face, le ventre de trois +quarts, dans une stylisation un peu outrancière mais à laquelle on +s'habitue rapidement et qui pour les Egyptiens eux-mêmes avait +l'avantage de présenter chaque partie du corps sous son aspect le plus +caractéristique. Si ce défaut apparent est dû, à l'origine tout au +moins, à une certaine maladresse, il n'en est pas de même du manque +d'unité dans les proportions, qui est voulu. Pour indiquer la +supériorité du roi sur ses sujets, on le représente d'une taille très +supérieure à la leur, et de même, dans les tombes, la figure du mort est +toujours trois ou quatre fois plus grande que celles des hommes qui +vaquent sous ses yeux à leur office habituel. + +Au point de vue technique, les sculpteurs de bas-reliefs sont pour le +moins aussi habiles que ceux qui taillent les statues; leur dessin est +ferme et net, donnant des contours d'une précision remarquable, quelle +que soit la position du sujet. Les animaux qu'ils représentent ont des +silhouettes exquises de pureté et de ressemblance. Leur coup de ciseau +est parfaitement franc, sans repentirs, sans retouches, et ils modèlent +les corps en un relief imperceptible qui leur donne une très grande +distinction et beaucoup de délicatesse. + +La composition est toujours claire et bien ordonnée, équilibrée de +manière à donner à l'ensemble un caractère décoratif; les vides qui se +présentent naturellement entre les figures et au-dessus d'elles sont +remplis au moyen de courtes inscriptions hiéroglyphiques qui expliquent +la scène, en même temps qu'elles ajoutent à l'homogénéité du monument. + +Les sculpteurs de bas-reliefs n'étaient pas des artistes créateurs, mais +de simples artisans bien au courant de leur métier et doués souvent +d'une réelle originalité. Ils avaient à leur disposition un certain +nombre de modèles pour toutes les scènes qu'ils pouvaient avoir à +représenter et n'avaient plus qu'à les adapter à la place dont ils +disposaient, à les augmenter ou à les diminuer en supprimant ou en +ajoutant des personnages; ils pouvaient ainsi, sans sortir du cadre +traditionnel, donner libre cours à leur imagination et enrichir leurs +tableaux de figures originales et nouvelles. Pour une scène donnée, le +motif est toujours le même, l'interprétation toujours différente, et +c'est ce qui donne un charme tout particulier à ces successions de +tableaux qui couvrent les parois des tombeaux comme une gigantesque +tapisserie, harmonieuse dans l'ensemble et dans le détail. + + +_Peinture_ + +La polychromie était de règle pour la statuaire; il en était de même +pour les bas-reliefs qui devaient tous être peints de couleurs vives. +Dans les tombeaux très anciens, comme ceux de l'époque de Snefrou, qui +sont encore construits en briques, des peintures sur enduit remplacent +les bas-reliefs, reproduisant en teintes plates les mêmes scènes que +nous avons l'habitude de voir sculptées et enluminées dans les autres +tombes de l'Ancien Empire. La manière primitive de décorer ces monuments +était donc, à n'en pas douter, la peinture, et le bas-relief coloré +n'est que le développement normal de celle-ci, résultant du besoin de la +rendre plus durable en la reportant sur pierre et en dégageant du fond +chaque figure, chaque objet représenté; le bas-relief, avant de devenir +un art en soi, n'était que le support de la peinture. Rien de plus +naturel dès lors que de retrouver dans les scènes peintes les mêmes +compositions que dans les reliefs, avec les mêmes variantes +d'interprétation. Les procédés sont très simples: les couleurs minérales +délayées dans de l'eau, additionnée d'une sorte de gomme, sont étendues +en teintes plates sur un enduit sec, au moyen d'un pinceau; un trait +plus foncé sertit les figures; les détails étaient ajoutés après coup +quand ils étaient plus foncés, réservés quand ils étaient blancs. Les +peintures de Dahchour et de Meïdoum, qui datent du commencement de la +IVme dynastie, nous montrent les artistes égyptiens déjà en pleine +possession de leur métier, et il est certains de leurs panneaux qui sont +pleins de vie, de mouvement et de délicatesse. Pendant un certain temps +on négligea complètement la peinture pour la sculpture, et nous ne +trouvons des tombeaux peints sur enduit qu'en province, presque jamais +dans la capitale; ce n'est que plus tard, sous le Moyen et le Nouvel +Empire, que cet art reprendra un nouvel essor et accaparera de nouveau +la décoration intérieure des sépultures. + +[Illustration: _Fig. 129._ Peinture d'un tombeau de Meïdoum (d'après une +photographie de E. Brugsch-Pacha).] + + +_Objets usuels_ + +Depuis quatre ou cinq mille ans, les tombeaux de l'Ancien Empire +résistent victorieusement aux atteintes du temps et ils sont arrivés +jusqu'à nous avec leur décoration peinte ou sculptée, dans un état de +conservation très satisfaisant. Les violateurs de sépultures ne les ont +cependant point épargnés; dans l'antiquité déjà ils les ont visités, +ils sont descendus dans tous les caveaux funéraires, dans ceux des rois +comme dans ceux des simples particuliers, franchissant les obstacles les +plus sérieux, et ont pillé consciencieusement tout le mobilier +funéraire. Seules les statues de serdab qui ne pouvaient avoir aucune +valeur pour eux furent laissées dans leur cachette, ainsi que les tables +d'offrandes, grandes dalles sculptées devant la stèle fausse-porte. Les +meubles, les armes, les outils, les vêtements, les bijoux, tous les +objets usuels, en un mot, ont disparu et nous ne les connaissons que par +les représentations des reliefs et des peintures, représentations qui du +reste sont souvent très suffisantes. Les seuls objets qui nous soient +parvenus sont des vases en pierre ou en terre qui ne présentent pas avec +ceux de la période précédente des divergences très marquées. + + +_Inscriptions_ + +Depuis les dynasties thinites, époque où on ne l'employait qu'avec +parcimonie, l'écriture a fait d'immenses progrès; elle est +définitivement constituée, régularisée et ordonnée. C'est un instrument +parfait en son genre, bien qu'un peu compliqué, capable d'exprimer +toutes les nuances de la pensée, dans tous les domaines, et qui a en +même temps un caractère décoratif très marqué permettant de l'employer à +l'ornementation des monuments, soit isolément, soit à côté des +représentations figurées, pour les compléter, les équilibrer et les +expliquer. Quelques lignes d'hiéroglyphes, sur un objet quelconque, +suffisent à faire de lui un objet d'art, tant cette écriture est belle +par elle-même. + +[Illustration: _Fig. 130._ Panneau de Hosi (d'ap. MARIETTE. _Album du +Musée de Boulaq_, pl. XII).] + +L'écriture hiéroglyphique, en même temps utilitaire et ornementale, avec +ses combinaisons de caractères alphabétiques, syllabiques et +idéographiques, paraît à peu près sur tous les monuments de l'Ancien +Empire, dans les tombeaux en particulier où nous l'avons vue se mêler +aux bas-reliefs, s'incorporer à eux. Ce sont en général de courtes +phrases, mises dans la bouche des personnages représentés dans la scène; +ainsi il n'est pas rare de voir un ouvrier dire à son voisin: «tâche de +te dépêcher» ou: «fais attention à ce que tu fais»; un moissonneur boit +à même une cruche de bière en s'écriant: «ah! que c'est bon!» ailleurs +c'est la chanson des laboureurs qui travaillent dans le terrain encore +inondé: «Le piocheur est dans l'eau, parmi les poissons; il cause avec +le silure, il échange des saluts avec l'oxyrhinque.» En d'autres parties +de la tombe, à l'entrée, et surtout sur la stèle fausse-porte, on trouve +le nom du mort, avec ses titres et de courtes formules adressées à +divers dieux comme Osiris et Anubis, et plus loin la grande liste +d'offrandes disposée en tableau. Dans les souterrains des tombes royales +on voit, à partir d'un certain moment, les longs textes religieux se +dérouler en colonnes serrées, et couvrir d'immenses surfaces de parois. +J'ai déjà parlé des inscriptions historiques ou plutôt biographiques où +un haut fonctionnaire raconte les péripéties de sa carrière et qui sont +si précieuses pour nous; il faut encore signaler certains textes +officiels, gravés sur pierre, des décrets du roi en faveur de certains +temples, instituant des privilèges spéciaux, et nous aurons une idée +générale de ce qu'il y avait sous l'Ancien Empire en fait d'inscriptions +monumentales. + +Pour des compositions de longue haleine, des ouvrages scientifiques, +médicaux, théologiques ou littéraires et sans doute aussi déjà pour la +correspondance, on employait une autre matière que la pierre et une +autre écriture que les hiéroglyphes. Les tiges de papyrus décortiquées, +développées et écrasées, fournissaient des feuilles qui étaient pour les +Egyptiens ce qu'est pour nous le papier, feuilles qu'on réunissait bout +à bout pour en faire de longs rouleaux; au moyen d'un roseau taillé en +pointe ou en pinceau, on y écrivait à l'encre en caractères cursifs qui +sont une abréviation des hiéroglyphes et auxquels nous donnons le nom +d'écriture hiératique. Cette écriture est disposée soit en colonnes +verticales, soit en lignes horizontales écrites de droite à gauche. Vu +la fragilité de la matière employée, il ne nous est parvenu que bien peu +de manuscrits de l'Ancien Empire, assez toutefois pour que nous +puissions juger que la méthode employée ne différait en rien de celle +des époques postérieures. + + +C. CIVILISATION + +_Royauté et Gouvernement_ + +Bien que fils des dieux et dieu lui-même, le roi d'Egypte n'est pas, +comme dans beaucoup de monarchies orientales, un despote paresseux et +cruel, invisible au fond de son palais; il ne se borne pas non plus à +donner tous ses soins à ce qui doit être la grande oeuvre monumentale de +son règne, la construction de son tombeau. Il s'occupe activement et +personnellement de son pays et de son peuple, il dirige lui-même toute +l'administration, choisit les fonctionnaires, récompense les plus +méritants, rend la justice. Il exerce sur ses sujets une activité +bienveillante et semble être vraiment, pour l'Ancien Empire tout au +moins, le «dieu bon», selon une des épithètes qu'on lui décerne le plus +fréquemment. A côté de cela il trouve encore le temps de s'occuper de +science et de composer lui-même des ouvrages de médecine ou de +théologie. A l'exemple de leur père, les princes ne restent pas +inactifs, ils font l'apprentissage du pouvoir en occupant dès leur jeune +âge des postes importants dans l'administration. + +La maison du roi se compose d'une foule d'officiers de toute sorte, +préposés les uns à la toilette, aux vêtements, aux parfums, les autres à +la nourriture ou à la boisson, et de prêtres spéciaux attachés à la +personne royale, ainsi que d'une garde du corps. + +Le roi n'est pas seul à assumer le pouvoir, il a sous ses ordres une +administration compliquée et d'origine très ancienne; les fonctionnaires +sont nombreux et se présentent à nous chacun avec une série de titres +dont nous ne parvenons pas à découvrir l'exacte signification, mais qui +montrent qu'un individu pouvait cumuler des charges de natures très +diverses, religieuses, militaires, civiles et judiciaires. Ceux de ces +personnages que nous connaissons le mieux sont naturellement ceux qui +entouraient le roi de plus près et dont les tombeaux sont voisins du +sien, les vizirs, les grands juges, les grands prêtres, les +fonctionnaires de l'administration centrale. A côté et au-dessous d'eux +il y avait la foule des fonctionnaires provinciaux. L'ancienne division +politique du pays en clans ou tribus avait donné naissance, une fois +l'oeuvre d'unification accomplie, à un certain nombre de provinces ou +_nomes_ qui eurent chacun son administration propre, sous le contrôle +du pouvoir central. Sous des rois dont l'autorité s'exerce sans +contestation, cette organisation intérieure doit avoir ses avantages, +mais si le sceptre tombe en des mains plus faibles elle ne peut que +favoriser le démembrement du pays; nous avons vu que c'est en effet ce +qui arriva: la naissance et le développement progressif de la féodalité, +puis les rivalités des familles les plus puissantes et les luttes +intestines, amenèrent la fin de l'Ancien Empire. + +Le haut gouvernement des nomes était donc un pouvoir féodal, très +probablement entre les mains des descendants directs des anciens chefs +de tribus. Quant à l'administration proprement dite, elle n'était pas le +privilège d'une caste spéciale, mais était ouverte à tous; il suffisait +d'avoir une bonne instruction, d'être scribe, de se montrer intelligent +et habile, pour pouvoir atteindre à n'importe quelle fonction. Nous +avons l'exemple de personnages d'humble extraction commençant par les +charges les plus modestes pour monter progressivement aux plus hautes +positions du royaume. + +Les prêtres pouvaient cumuler des fonctions civiles et des charges +sacerdotales; ils pouvaient aussi, semble-t-il, se recruter parmi toutes +les classes de la population et ne formaient pas une caste à part. Le +roi était de droit souverain pontife de tout le pays et les grands +seigneurs héréditaires étaient en même temps les grands prêtres des +sacerdoces de leurs nomes. + +Nous avons donc, dans l'Egypte de l'Ancien Empire, un mélange +extrêmement curieux de tous les modes de gouvernement: en haut, une +monarchie absolue et théocratique, au-dessous une aristocratie +héréditaire, féodale et terrienne, et enfin, tant pour les provinces +que pour l'ensemble du pays, une administration accessible à tous, +tenant en même temps de la démocratie et du mandarinat et ayant un +caractère sacerdotal très marqué. Comment fonctionnaient tous ces +rouages qui nous paraissent si peu compatibles les uns avec les autres? +Nous ne pouvons nous en rendre compte d'une manière très précise, mais +les résultats montrent que ce système de gouvernement n'était pas +mauvais puisque non seulement il subsista pendant les longs siècles que +dura l'empire memphite, mais encore fut repris au Moyen et au Nouvel +Empire avec certaines modifications. + + +_Relations extérieures_ + +Les objets remontant à l'Ancien Empire sont si peu nombreux qu'il ne +faut pas s'étonner si l'on n'en retrouve pas qui portent la marque d'une +importation étrangère. Les relations commerciales avec les pays +environnants, par terre comme par mer, ne s'étaient cependant pas +interrompues, bien au contraire; on consommait beaucoup d'encens en +Egypte, surtout pour les besoins du culte; or l'encens ne pouvant +provenir que du sud de l'Arabie, de la côte des Somalis, du pays de +Pount, comme on appelait ces régions, il devait donc arriver en Egypte +par la Mer Rouge. Les mines du Sinaï ne sont pas assez riches en cuivre +pour avoir pu fournir tout celui qu'on employait sous l'Ancien Empire, +aussi est-il des plus probable que déjà à ce moment-là on le faisait +venir de Chypre, comme aux époques suivantes. Le commerce, plus facile +encore avec la Syrie, était sans doute plus développé de ce côté-là. Les +pharaons avaient du reste sur cette contrée, ou du moins sur sa partie +méridionale, certaines prétentions de suzeraineté, et nous les avons vus +y envoyer à diverses reprises des expéditions armées. Le plus souvent +ces expéditions remportaient des succès sur les indigènes et ramenaient +un riche butin, pris par la force ou acquis par voie d'échange, mais +parfois aussi elles échouaient piteusement, et se faisaient massacrer +dans un guet-apens. + +Le Soudan et la Nubie n'étaient pas encore soumis, mais le gouvernement +égyptien, qui recrutait des mercenaires parmi les tribus de ces régions, +les considérait un peu comme des vassales et leur envoyait souvent de +petites expéditions à demi militaires, à demi commerciales, chargées de +recueillir l'allégeance des chefs et si possible un tribut, d'assurer la +sécurité des routes et le respect du nom de l'Egypte, et de faire +aboutir des opérations fructueuses par voie d'échange. Ces expéditions +étaient le plus souvent dirigées par les gouverneurs du sud, les +résidents égyptiens à Eléphantine, qui avaient la garde de la frontière: +ces hauts fonctionnaires s'appliquèrent à laisser à la postérité le +récit plus ou moins détaillé de leurs diverses missions. Ainsi nous +voyons Herkhouf s'acquérir la faveur du roi pour lui avoir ramené du +centre de l'Afrique un nain qui devait le divertir par ses danses +bizarres: ce roi était Pepi II, alors encore un tout petit enfant. + + +_Famille_ + +Du haut en bas de l'échelle sociale, l'organisation de la famille a un +caractère tout patriarcal, empreint de liberté, de bienveillance et +d'intimité. Il suffit de jeter les yeux sur les nombreux groupes +familiaux, bas-reliefs ou statues, pour juger des relations tendres +qu'avaient entre eux époux, parents et enfants: on voit souvent la femme +assise sur le même siège que son mari, ou debout à côté de lui, passant +le bras autour de son cou tandis qu'il l'enlace étroitement et que les +enfants se pressent autour d'eux. L'homme est le chef incontesté de la +famille, il la dirige, la protège, la groupe autour de lui, sa vie +durant; quant à la femme, elle jouit d'une position très privilégiée, en +regard des autres femmes d'Orient: elle n'est pas enfermée dans un +harem, elle est absolument libre de ses mouvements et de ses actions, +elle accompagne partout son mari comme une égale, non comme une +inférieure, elle exerce une autorité morale toute spéciale sur les +enfants. Parmi ceux-ci, les filles ont les mêmes droits que les fils à +l'héritage paternel. + +Dès l'Ancien Empire, l'Egyptien est certainement monogame; à peine +trouve-t-on un ou deux grands personnages ayant à côté de leur femme +légitime une concubine, dont les enfants ont du reste à peu près les +mêmes droits que leurs frères. Seul le roi a en général plusieurs femmes +dont l'une, «la grande épouse royale» a le pas sur les autres, étant +sans doute de plus haute naissance, parfois même de race royale. Pour +conserver aussi pur que possible le sang divin qui coule dans ses +veines, le roi doit de préférence prendre une femme du même sang que +lui, donc une proche parente. Sous le Nouvel Empire nous voyons le plus +souvent le pharaon épouser sa soeur, parfois même sa fille; il en était +sans doute de même pour les rois memphites. Ces unions qui nous +paraissent monstrueuses n'avaient rien que de très naturel pour les +Egyptiens, pour qui la pureté de la race avait une importance capitale. + + +_Vêtement_ + +Vu le climat de l'Egypte, les habitants de ce pays n'ont jamais éprouvé +le besoin de s'habiller chaudement; le costume en usage sous l'Ancien +Empire est particulièrement sommaire. Les hommes portent tous le pagne, +plus ou moins grand suivant leur condition: pour les gens de bas étage, +les mariniers par exemple, il se réduit à une ceinture garnie par devant +de quelques petites lanières formant tablier, pour d'autres ouvriers +c'est un morceau d'étoffe passant entre les jambes et fixé également à +une ceinture. Le modèle ordinaire est composé d'une longue pièce de +toile blanche enroulée étroitement autour de la partie moyenne du corps, +soutenue par une ceinture et descendant presque jusqu'aux genoux. Chez +les grands personnages ce vêtement prend plus d'importance: il n'est pas +plus long, mais beaucoup plus ample, et la partie de devant, gaufrée à +petits plis et empesée, forme une sorte de grand tablier triangulaire. +En outre, les notables ont le plus souvent aux pieds des sandales, +simples semelles plates, et autour du cou un large collier descendant +sur la poitrine et composé généralement de perles en verroterie, parfois +aussi de perles d'or. La tête est entièrement rasée, cheveux, barbe et +moustaches, et, pour sortir, les grands personnages se coiffent d'une +perruque plus ou moins volumineuse suivant la mode du jour, tandis que +chez les gens du peuple cette perruque paraît n'être plus qu'une simple +calotte feutrée, épousant les formes du crâne. Souvent une petite barbe +postiche se fixe sous le menton des notables. Jamais on ne voit de +manteau sur les épaules des particuliers; seul le roi, dans certaines +cérémonies, porte un vêtement de forme particulière, très ample, sans +manches, descendant du cou jusqu'aux genoux. + +[Illustration: _Fig. 131._ Costumes de l'Ancien Empire (d'apr. LEPSIUS. +_Denkmäler_, II, pl. LXXIII).] + +Les femmes sont vêtues d'une robe absolument collante descendant de la +naissance des seins jusqu'au bas des mollets; des bretelles la +retiennent aux épaules. La gorge est couverte d'un large collier, et des +anneaux de différentes formes ornent les bras et les chevilles. La +chevelure, très abondante, retombe sur les épaules en une multitude de +petites tresses; parfois un riche bandeau enserre cette coiffure +au-dessus du front. + +[Illustration: _Fig. 132._ Ptahhetep à sa toilette (d'apr. PAGET-PIRIE. +_Ptahhetep_, pl. XXII).] + +La toilette était chose importante pour les Egyptiens; ils se lavaient +soigneusement, se faisaient oindre le corps d'huiles et de parfums. Les +gens riches avaient des serviteurs qui les massaient et leur servaient +de manicures, de pédicures, et sans doute aussi de coiffeurs. Avant et +après le repas, on se lavait les mains et la bouche, comme cela se fait +encore aujourd'hui en Orient. + + +_Mobilier et Habitation_ + +Les Egyptiens avaient l'habitude de s'accroupir à terre, sur des nattes, +pour toutes les occupations sédentaires; c'était la position ordinaire +des artisans à leur travail et des scribes en train d'écrire. Par +contre, pour manger, ils s'asseyaient sur des chaises, des fauteuils ou +même des divans à deux places, devant de petits guéridons ronds, hauts +sur pied, où s'empilaient les victuailles. Ils couchaient dans des lits +garnis de plusieurs matelas, de couvertures et de chevets en guise +d'oreiller, lits à quatre pieds, assez élevés pour qu'on dût y monter à +l'aide d'un petit escabeau. Le mobilier comportait encore un certain +nombre de coffres de diverses dimensions, où l'on serrait le linge et +les ustensiles de toute sorte. En ce qui concerne les habitations, nous +n'avons guère de renseignements pour l'Ancien Empire; ce devaient être +des constructions légères, en partie en briques crues ou en terre pilée, +en partie en bois, avec des jours qu'on pouvait fermer, au moyen de +tentures multicolores ou de nattes; comme plafond, des solives de bois +de palmier, se touchant, supportaient une terrasse en terre battue. + + +_Chasse et Pêche_ + +Les grands marais remplis de poissons et d'oiseaux de toute sorte qui +bordaient la vallée du Nil, fournissaient aux seigneurs égyptiens, +grands amateurs de chasse et de pêche, un terrain incomparable. Ils s'y +rendaient avec leurs gens qui sur place préparaient des nacelles légères +en faisceaux de tiges de papyrus, dans lesquelles tout ce monde +s'embarquait, pénétrant dans les fourrés marécageux. Le maître tenait +d'une main des oiseaux captifs dont les cris servaient d'appeaux, tandis +que de l'autre il brandissait son boumerang et le lançait adroitement +sur le gibier, abattant l'un après l'autre le héron, l'oie, le canard, +la grue, que ses gens allaient chercher dans les roseaux; puis il +saisissait un harpon à double lame barbelée avec lequel il transperçait +d'une main sûre les gros poissons passant à sa portée, qu'il relevait +tout ruisselants d'eau. Cette arme puissante lui servait aussi à se +défendre contre l'hippopotame qui aurait pu venir troubler sa promenade. + +[Illustration: _Fig. 133._ Chasse et pêche au marais (d'après DE MORGAN. +_Catal. des Monum._, I, Assouan, p. _146_).] + +[Illustration: _Fig. 134._ Chasse au lasso (d'ap. DAVIES. _Ptahhetep_, +I, pl. XXII).] + +Aux confins du désert, la chasse était plus fructueuse, mais plus +difficile et plus dangereuse aussi; on y rencontrait la gazelle, +l'antilope, le boeuf sauvage ainsi que le lion et la panthère. Le +seigneur égyptien s'y aventurait rarement, mais il y envoyait certains +de ses hommes, chasseurs de profession qui, accompagnés de leurs grands +chiens, poursuivaient le gibier et l'attaquaient avec leurs flèches ou +au lasso. + +[Illustration: _Fig. 135._ Chasse au filet (d'après CAPAET. _Une rue de +tombeaux_, pl. XXXVI-XXXIX).] + +Il ne suffisait pas d'approvisionner le garde-manger, il fallait se +constituer une réserve vivante d'aliments et remplir la basse-cour. A +cette fin, au moment du passage des oiseaux migrateurs, on disposait sur +des étangs de grands filets tendus sur des cadres en bois et on attirait +le gibier au moyen d'appâts ou d'appeaux; une fois que le vol s'était +posé sur l'étang, un surveillant caché tout près de là donnait un +signal, d'autres hommes tiraient vivement sur une corde, le filet se +refermait sur les volatiles qu'on sortait avec précaution et qu'on +enfermait dans des cages pour les porter dans de grandes volières +grillées et munies de bassins d'eau, où on pouvait les conserver et les +engraisser. + +[Illustration: _Fig. 136._ Scènes de pêche (d'après DE MORGAN. +_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _518_).] + +Le Nil et ses dérivés fourmillent de poissons, dont la chair a été de +tous temps une grande ressource pour les habitants du pays; ceux-ci +employaient pour les prendre des moyens qui sont de tous les temps et de +tous les pays, des engins qu'ils avaient perfectionnés et dont ils +savaient tirer parti: d'abord la ligne, une ligne à main hérissée +d'hameçons à son extrémité, mais sans canne ni flotteur, puis le petit +filet à manche, le troubleau, puis les nasses, les grandes bouteilles en +osier qu'on déposait au fond de l'eau et qu'on relevait de temps en +temps. La pêche la plus productive était fournie par la seine, le grand +filet droit muni de plombs et de flotteurs, qu'on traînait à grand +renfort de bras dans des cours d'eau ou des étangs, de manière à +ramasser tout le poisson. Sitôt sortis de l'eau, les poissons étaient +ouverts, vidés, salés et étendus ou suspendus au soleil pour être +séchés. + +[Illustration: _Fig. 137._ Basse-cour (d'ap. VON BISSING. _Mast. des +Gem-ni-kai_, I, pl. IX).] + +Le nombre des animaux ainsi domestiqués s'accroissait sans cesse tant +par la reproduction naturelle que par l'apport de nouveaux individus +pris à la chasse. Nous venons de voir les oiseaux élevés en basse-cour, +nourris de grains ou engraissés au moyen de boulettes qu'on leur +introduisait de force dans le bec. On employait le même procédé pour +certains bestiaux de choix élevés à part des autres dans des fermes, +boeufs ou antilopes qu'on empâtait ainsi avec des aliments fabriqués au +fur et à mesure, parfois même des hyènes qu'on était obligé d'attacher +par les pattes et de renverser sur le dos pour leur faire avaler des +oies rôties; il semble en effet, quelque bizarre que cela puisse nous +paraître, que sous l'Ancien Empire les Egyptiens, pour varier leurs +menus, mangeaient parfois de la chair d'hyène. + + +_Elevage_ + +La grande masse du bétail vivait presque en liberté sous la garde de +bergers dans les terrains situés au delà des cultures, qui n'avaient +pas encore, comme aujourd'hui, absorbé tout le sol de la vallée; ces +animaux étaient presque sauvages, il fallait lier les jambes des vaches +pour les traire, et quant aux boeufs et taureaux, lorsqu'il s'agissait +de les capturer, on devait employer le lasso. De temps à autres, les +propriétaires allaient sur place inspecter leurs bestiaux ou se les +faisaient amener par troupes, pour en faire le compte. Le gouvernement +faisait de son côté procéder tous les deux ans au dénombrement général +des bestiaux, sur lesquels le roi prélevait sans doute une forte dîme; +cette opération était même considérée comme des plus importantes, car +elle servait de base aux calculs chronologiques: on ne disait pas, à +cette époque, «l'an 6 de tel roi», mais «l'année qui suit le 3e compte +de bestiaux de tel règne». A côté des boeufs et des vaches, il y avait +encore dans ces domaines ruraux du petit bétail, des chèvres et des +moutons; quant aux ânes, qu'on réunissait aussi en troupeaux, comme on +les employait fréquemment à toutes sortes de travaux, il est probable +qu'on les gardait à proximité des habitations plutôt que dans les +pâturages. + +[Illustration: _Fig. 138._ Engraissage des boeufs (d'après DE MORGAN. +_Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _521_).] + +[Illustration: _Fig. 139._ Antilopes. Engraissage des hyènes (d'après DE +MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _513_).] + +A côté de l'élevage, l'agriculture était en plein développement, et les +tableaux qui représentent des scènes de la vie des champs sont nombreux +dans les bas-reliefs des mastabas. La crue du Nil était soigneusement +observée et enregistrée dans les documents officiels; c'est donc qu'on +avait reconnu l'importance des irrigations, desquelles dépend la +fertilité du pays. Il est très probable que c'est de cette période que +datent les premiers de ces canaux qui apportent l'eau sur tous les +points de la vallée, et les digues qui la retiennent pour laisser +déposer le limon. + +[Illustration: _Fig. 140._ Labourage et semailles (d'après DAVIES. +_Sheikh Saïd_, pl. XVI).] + +[Illustration: _Fig. 141._ Scène de moisson (d'ap. LEPSIUS. _Denkmäler_, +II, pl. CVI).] + +[Illustration: _Fig. 142._ Dépiquage du grain (d'après MURRAY. _Saqqara +Mastabas_, I, pl. XI).] + +La principale culture est celle des céréales. Nous voyons les laboureurs +retourner le sol à l'aide de charrues très simples, à soc de bois, +attelées de deux boeufs, car il n'est pas nécessaire de travailler très +profondément cette terre meuble et grasse. Derrière eux viennent les +semeurs, jetant le grain à la volée, et immédiatement après, on amène +des troupeaux de chèvres et de moutons qui, pressés par des ouvriers +munis de courbaches, piétinent le champ ensemencé pour faire pénétrer le +grain. La moisson se fait au moyen de faucilles de bronze ou de bois +armées de lames de silex, avec lesquelles on scie la tige à mi-hauteur; +on lie les javelles en gerbe pour les charger sur des ânes qui bon gré +mal gré les transportent près de l'aire où on les empile en hautes +meules. Plus tard, quand la récolte est sèche, vient le dépiquage: les +gerbes sont déliées, étendues sur l'aire et foulées aux pieds par des +boeufs ou des ânes, et ce procédé a le double avantage de faire sortir +le grain et de hacher la paille qui, comme partout en Orient, sert de +fourrage. Les vanneuses ensuite jettent en l'air le grain et le passent +au crible, et enfin on mesure la récolte au boisseau et on l'enferme +dans les greniers. + +[Illustration: _Fig. 143._ Foulage et pressurage du raisin (d'après +PAGET-PIRIE. _Tomb of Ptahhetep_, pl. XXXIII).] + +La vigne se cultive en berceaux, dans des jardins; au moment de la +vendange, des hommes cueillent le raisin mûr, le mettent dans de grands +paniers et le portent tout à côté, sur le pressoir, sorte de grande auge +surélevée où la récolte est foulée aux pieds par d'autres ouvriers. Le +résidu est ensuite mis dans de grands sacs de forte toile, à chaque +extrémité desquels est passé un bâton, et on arrive encore à extraire +une bonne quantité de jus en tordant énergiquement ce pressoir +rudimentaire, opération qui nécessite une pittoresque gymnastique de la +part des cinq pressureurs. Enfin le moût est porté au cellier, dans de +grandes jarres qu'on ferme et qu'on scelle soigneusement. + +[Illustration: _Fig. 144._ Récolte du lin (d'après LEPSIUS. _Denkmäler_, +II, pl. CVII).] + +Les autres genres de culture, comme la récolte des figues que des hommes +ou parfois des singes vont cueillir dans les arbres, ou celle du lin, +qui se pratique par arrachage de la tige et non plus à la faucille, sont +plus rarement représentées. Enfin quelques scènes de jardinage montrent +des ouvriers arrosant soigneusement des carrés de légumes. + +[Illustration: _Fig. 145._ Tressage des nattes (d'après PERROT et +CHIPIEZ. _Histoire de l'Art_, I, p. _36_).] + +Les Egyptiens n'employaient pour leurs vêtements que de la toile de lin, +et déjà au début de la IVme dynastie ils étaient passés maîtres dans +l'art de filer et de tisser. Parmi les rares échantillons d'étoffes de +l'Ancien Empire qui nous sont parvenus, il y a surtout des toiles fines, +très fines même; certaines bandelettes de momies royales sont faites au +moyen de fil incomparablement plus fin que celui de n'importe quel tissu +moderne (un kilo de ce fil représenterait 12 à 18.000 mètres de +longueur, selon les calculs des spécialistes). Pour d'autres usages, en +particulier pour la fabrication de portières et tentures, on employait +des étoffes multicolores plus épaisses, où le tisserand, précurseur des +fabricants de tapis orientaux, obtenait par la disposition de ses fils +de couleur des compositions ornementales simples, mais du meilleur goût. + +Les vanniers faisaient déjà de ces paniers de toute forme qui sont +aujourd'hui une spécialité du Soudan égyptien, ouvrages de sparterie +très soignés et très fins, aux brins de couleurs heureusement alternés +et qui sont en même temps d'une solidité à toute épreuve. Les gens du +peuple étaient très habiles à ces sortes de travaux, ainsi les pâtres, +tout en surveillant leurs troupeaux, tressaient avec des joncs et +d'autres herbes les nattes dont ils faisaient usage, nattes si souples +qu'elles se roulaient comme des couvertures et se portaient aisément en +bandoulière. + +[Illustration: _Fig. 146._ Menuisiers. Tombeau de Mera (d'ap. un dessin +de l'auteur).] + +Dans d'autres tableaux nous voyons des cordiers tordant ou tournant +leurs cordes, des cordonniers assouplissant le cuir, le taillant et le +cousant, des menuisiers travaillant à des meubles de toute sorte avec la +scie, le maillet, le ciseau, l'herminette et le perçoir à archet. Plus +loin ce sont des sculpteurs et des peintres, des fabricants de vases de +pierre et des chaudronniers dont nous avons déjà passé en revue les +oeuvres, et enfin des bijoutiers pesant, fondant et coulant l'or, +calibrant et assemblant les pierres fines. + +[Illustration: _Fig. 147._ Orfèvres et joailliers (d'ap. DE MORGAN. +_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _527_).] + + +_Navigation_ + +On peut dire que les transports, sous l'Ancien Empire, se faisaient +uniquement par la voie fluviale. Sur terre, le seul moyen de locomotion +était la marche; les ânes servaient seulement de bêtes de somme, et il +est extrêmement rare que les hommes aient songé à monter sur leur dos. +Quant à la litière ou chaise à porteurs, c'était là un luxe que seuls +les grands seigneurs pouvaient s'offrir, quand ils allaient inspecter +leurs domaines. Sur l'eau, nous avons déjà vu les petites nacelles en +papyrus employées pour la chasse et la pêche; les autres bateaux +construits en bois étaient très variés de forme, qu'il s'agît des lourds +et solides bachots, munis de rames et de gouvernails, destinés à faire +de petits trajets et à transporter des marchandises ou des bestiaux, ou +bien des bateaux à rames et à voiles, qui dénotent déjà une grande +habitude de la navigation. Dès le début de la IVe dynastie, on employait +de façon constante, pour remonter le Nil, de longs bateaux aux +extrémités légèrement relevées, portant un gros mât formé de deux +madriers qui s'assujettissent dans les deux bordages et ne se réunissent +qu'à leur partie supérieure; une vergue se hisse au sommet de ce mât, +supportant une voile trapézoïde d'un modèle spécial commandée par deux +bras, gros cordages dont un homme assis à la poupe tient les extrémités. +Des gouvernails en forme de rames, en plus ou moins grand nombre +suivant les dimensions du bateau, servent à donner la direction. Un toit +léger, courant au-dessus du pont, fournit aux passagers un abri +suffisant. Pour descendre le fleuve, on pliait la voile, on abattait le +mât et le bateau suivait le fil du courant, actionné en outre par les +rames. Plus tard, vers la fin de l'Ancien Empire, on voit paraître un +nouveau modèle de barque, la grande nef pontée, au mât simple portant +une voile carrée soutenue par deux vergues; le mode de navigation ne +change du reste pas pour cela, et on continue, comme de nos jours +encore, à remonter le fleuve à la voile, à le redescendre à la rame. + +[Illustration: _Fig. 148._ Litière (d'après DAVIES. _Deir et Gebrawi_, +I, pl. VIII).] + +[Illustration: _Fig. 149._ Fabrication de nacelles (d'ap. DAVIES. +_Sheikh Saïd_, pl. XII).] + +[Illustration: _Fig. 150._ Barque. IVe dyn. (d'ap. JÉQUIER. _Bull. de +l'Inst. fr. du Caire_, t. IX, pl. III).] + +Les vaisseaux de mer, plus grands et plus forts sans doute que ceux du +Nil, en diffèrent à peine quant à la forme générale; les mâts, les +voiles, les gouvernails, les rames sont les mêmes, mais il n'y a aucune +superstructure, et un énorme câble, allant de la proue à la poupe, +assure la solidité de la charpente. + +[Illustration: _Fig. 151._ Scène du marché (d'apr. LEPSIUS. _Denkmäler_, +II, pl. XCVI).] + + +Pour avoir un tableau complet de l'état de l'Egypte à cette époque, il +faudrait approfondir encore bien des points sur lesquels nous sommes peu +documentés, ainsi la question très importante du commerce qui, faute de +numéraire, se faisait de gré à gré, par échange, suivant entente entre +les contractants, sans que nous sachions s'il y avait des boutiques ou +seulement des marchés périodiques dans les centres. Nous sommes aussi +assez mal renseignés sur l'exploitation des mines et des carrières et +sur le transport des gros matériaux, qui se faisait à bras d'hommes, sur +traîneaux, de la montagne au fleuve. Cette esquisse sommaire, suffisante +pour le moment, nous permettra de nous rendre compte de ce qu'était, +dans ses grandes lignes tout au moins, la civilisation de l'Egypte sous +les rois memphites et héliopolitains, période qui est la base même de +toute la civilisation pharaonique. Pour les époques suivantes nous +pourrons nous contenter de signaler les transformations, les +perfectionnements apportés au cours des siècles à cet état de choses, +par suite du travail intérieur ou des importations étrangères. + +[Illustration: _Fig. 152._ Forage de vases de pierre (d'ap. DE MORGAN. +_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _497_).] + + + + +[Illustration: _Fig. 153._ Sphinx du Moyen Empire (d'après LEGRAIN. +_Statues et statuettes_, I, pl. XX).] + + + + +CHAPITRE VI + +MOYEN EMPIRE + +(2200 à 1500 avant J.-C. environ.) + +A. HISTOIRE + + +_XIe dynastie_ + +Une période de troubles intérieurs comme celle qui termina l'Ancien +Empire ne pouvait se prolonger indéfiniment et devait aboutir à une +restauration de la monarchie sur des bases un peu différentes. Nous +avons vu les derniers rois memphites, qui ne disposaient pas d'une force +militaire sérieuse et qui sans doute n'avaient plus l'autorité morale de +leurs prédécesseurs, s'effacer peu à peu devant leurs compétiteurs, les +princes héracléopolitains; ceux-ci n'avaient cependant pas réussi, +malgré l'énergique appui de leurs vassaux, les dynastes de Siout, à +s'installer définitivement sur le trône d'Egypte, ni même à laisser un +nom durable. Pendant ce temps s'élevait dans le sud, dans une province +qui jusqu'alors n'avait joué aucun rôle, celle de Thèbes, une famille +nouvelle, au sang moins pur, mélangé d'éléments soudanais, famille +énergique poursuivant de père en fils, avec opiniâtreté, un seul but, la +restauration, à son profit, de l'unité du royaume égyptien. Ces +seigneurs qui portent tous le nom d'Antef ou de Mentouhotep, +commencèrent petitement: les plus anciens n'ont que leur titre de +monarque puis peu à peu ils s'arrogent le droit d'inscrire leur nom dans +un cartouche, ils se qualifient de rois de la Haute Egypte et finissent +par prendre la titulature complète des rois légitimes. Les premiers +n'étendaient leur domination que sur la moitié méridionale de la Haute +Egypte, mais en même temps ils avaient soumis la Nubie jusqu'à la +deuxième cataracte au moins; les derniers régnèrent sur toute la vallée +du Nil et poussèrent même plus loin, puisqu'ils entreprirent des +expéditions du côté du Sinaï et de la Syrie méridionale. + +[Illustration: _Fig. 154._ Mentouhotep IV (?) (d'apr. un bas-relief +provenant de Deir-el-Bahari).] + +L'ordre de succession de ces rois, qui forment la XIme dynastie, n'est +pas très clair; leur chronologie l'est encore moins: le papyrus de Turin +donne six rois ayant régné pendant plus de 160 ans, tandis que d'après +Manéthon il y aurait eu 16 rois et 43 ans de règne; il y a dans ces +chiffres des erreurs évidentes, puisque nous savons d'autre part que +certains de ces rois régnèrent au moins 50 ans; on peut donc supposer +que le papyrus ne nomme que les derniers rois de la série, ceux qui +pouvaient être considérés comme souverains légitimes, tandis que +Manéthon indique le nombre total des princes de la famille, et la somme +des années de règne des deux derniers seulement, ceux qui gouvernèrent +sans aucun doute tout le pays. Comme date, nous pouvons placer cette +XIme dynastie thébaine, de façon tout à fait approximative du reste, aux +environs de l'an 2.200 avant J.-C. + + +_XIIe dynastie_ + +Nous ne savons dans quelles conditions le dernier roi de cette dynastie, +Mentouhotep V Seankhkara, céda la place de gré ou de force à un homme du +nom d'Amenemhat, qui avait été grand-vizir sous un règne précédent et +qui était sans doute apparenté de près ou de loin à la famille royale. +Usurpateur ou non, le nouveau roi trouva devant lui de nombreux +adversaires qu'il finit par réduire, comme il sut plus tard déjouer un +complot des gens du palais qui en voulaient à sa vie. Amenemhat I était +non seulement un homme d'action, il était aussi un organisateur de +premier ordre, à en juger par l'oeuvre accomplie pendant les 30 ans que +dura son règne. Il supprime définitivement le régime féodal, l'autonomie +des petits princes locaux sur lesquels ses prédécesseurs avaient dû +s'appuyer pour gouverner, il reconstitue l'unité de l'Egypte sous un +seul sceptre, fait régner l'ordre et la paix dans tout le pays, recule +ses frontières grâce à des expéditions heureuses, et fonde une dynastie +qui devait régner 213 ans en tout, et être une des plus brillantes qui +aient occupé le trône de l'Egypte. + +[Illustration: _Fig. 155._ Senousrit I (photo. de E. Brugsch-Pacha).] + +La XIIme dynastie est donc d'origine thébaine, mais son centre politique +fut toujours celui qu'avait choisi le fondateur de la monarchie +égyptienne, Memphis, abandonnée depuis quelques siècles. C'est dans les +environs immédiats de l'antique capitale que les nouveaux rois +établirent leur résidence et qu'ils construisirent leurs tombeaux. Les +sept rois qui se succèdent de père en fils portent tous, soit le nom +d'Amenemhat, qui est celui du fondateur de la dynastie, soit celui de +Senousrit, qu'on lisait autrefois Ousertesen et qui est en réalité +l'origine du nom grec de Sesostris, ce héros plus légendaire que réel +sur la personne duquel se groupèrent aux basses époques tous les hauts +faits des rois du temps passé dont on avait conservé le souvenir. + +[Illustration: _Fig. 156._ Senousrit III (d'après LEGRAIN. _Statues et +statuettes_, I, pl. VI).] + +Les vrais Sésostris, ceux de l'histoire, sont du reste aussi des +guerriers et des conquérants, mais leur activité est surtout dirigée +vers le sud. Les plus célèbres d'entre eux, Senousrit I et Senousrit III +parachevèrent l'oeuvre entreprise par Amenemhat I, la conquête de la +Nubie: ils étendent l'autorité effective de l'Egypte jusqu'à la 2e +cataracte, c'est-à-dire reculent d'au moins 400 kilomètres les +frontières de leur royaume. La Nubie est devenue une province +égyptienne, administrée par des fonctionnaires spéciaux, avec de petites +garnisons cantonnées dans les points faibles du pays, où s'élèvent +d'importantes forteresses, celles de Semneh et de Koummeh en +particulier, qui gardent les deux rives de la cataracte, frontière +extrême de la nouvelle province. + +Les Pharaons de la XIIme dynastie, bien que très occupés du côté du +Soudan, ne négligent pas pour cela les autres contrées limitrophes; les +Libyens aussi bien que les Syriens habitant les confins de l'Egypte sont +refoulés ou assujettis, et la domination effective du roi s'étend sur +les Oasis, le Sinaï et les contrées désertiques où les travaux dans les +carrières et dans les mines peuvent s'effectuer en toute tranquillité. + +[Illustration: _Fig. 157._ Amenemhat III (d'après _Musée Egyptien_, II, +pl. XV).] + +Le dernier grand roi de la dynastie, Amenemhat III, attacha son nom à +une oeuvre gigantesque, la création dans le Fayoum,--petit territoire en +contre-bas de la vallée du Nil, du côté ouest,--d'un immense réservoir +destiné à régulariser les irrigations des environs de Memphis et de la +Basse Egypte. C'est le fameux lac Moeris mentionné par Hérodote et les +autres auteurs classiques, qui parlent en même temps avec admiration du +Labyrinthe, le palais construit sur ses bords. Quelle est dans ces +récits la proportion exacte de fable et de réalité, c'est ce qui n'a pu +être encore établi; toujours est-il que maintenant on ne voit plus, de +ce qui devait être jadis le lac Moeris, qu'un lac naturel sans +écoulement, le Birket-Karoun, et au lieu du Labyrinthe, des ruines de +villes, très étendues, mais qui n'ont rien de monumental, deux +pyramides, des colosses, un obélisque; ces restes de constructions +montrent bien l'importance des travaux entrepris par Amenemhat III dans +ce coin de pays, travaux qui furent, sinon aussi merveilleux que se +l'imaginaient les Grecs, du moins considérables. + + +_XIIIe et XIVe dynasties_ + +Deux règnes très courts et sans éclat, ceux d'Amenemhat IV et de la +reine Sebeknefrou clôturent cette période si glorieuse et si brillante +pendant laquelle l'Egypte avait atteint un degré de puissance très +supérieur à celui auquel elle était arrivée sous les plus grands rois de +l'Ancien Empire. Nous ne savons quelles sont les circonstances qui +amenèrent la chute de la XIIme dynastie, soit que la race se soit +éteinte naturellement, soit que ces deux derniers souverains aient fait +preuve d'incapacité et se soient laissés supplanter par des compétiteurs +puissants. Avec eux cesse, pour un temps du moins, l'unité de l'Egypte, +et nous nous trouvons en présence de deux familles rivales, l'une de +Thèbes, l'autre de Xoïs dans le Delta, qui forment la XIIIme et la XIVme +dynastie; il semble qu'à un moment donné cette dernière dynastie ait été +considérée comme seule légitime, mais d'un autre côté la puissance des +rois thébains de la XIIIme a certainement été plus grande. Du reste ces +deux séries de rois sont si enchevêtrées qu'on a peine à les distinguer +l'une de l'autre: les monuments de cette époque donnent bien des noms de +rois, rarement des dates, et jamais aucun détail sur le règne des divers +souverains ni sur l'ordre de succession; le papyrus de Turin donnait une +longue liste, malheureusement très fragmentée aujourd'hui, et ne paraît +pas avoir établi de distinction entre ces deux dynasties; les autres +listes royales ne mentionnent que très peu de noms de cette époque. +Enfin Manéthon ne cite pas un seul nom, mais donne à la XIIIme dynastie +60 rois et 453 ans de règne, et à la XIVme, 76 rois et 184 ans, chiffres +qui sont peut-être exagérés quant au nombre d'années, mais qui +paraissent correspondre à la réalité, en ce qui concerne le nombre de +rois qui occupèrent le trône. + +[Illustration: _Fig. 158._ Neferhotep. Bologne (d'ap. PETRIE. +_Photographs_, No _38_).] + +Nous sommes donc peu renseignés sur cette période, et c'est à peine s'il +convient de rappeler le souvenir des Neferhotep et des Sebekhotep, les +quelques souverains qui nous paraissent être les figures les plus +marquantes de la série et dont les règnes sont plus longs que ceux des +autres et les monuments que nous avons d'eux plus abondants et plus +importants. L'examen des noms mêmes de tous ces rois montre clairement +que ces deux dynasties ne se composent pas seulement de deux familles +homogènes, mais de groupes très différents d'origine ou d'individus +isolés qui se succèdent sans lien apparent, et ne sont même sans doute +pas tous de vrais Egyptiens; ainsi l'un d'eux s'appelle Nehasi, «le +nègre», et d'autres, comme Khendi et Khenzer, à en juger par leurs noms, +pourraient être d'origine babylonienne. + + +_Les Hyksos_ + +C'est précisément à cette époque, où l'Egypte n'était plus suffisamment +puissante pour résister aux ennemis du dehors, que surgirent les Hyksos +ou rois pasteurs, chefs de bandes ou de tribus sémites, originaires +sans doute de Palestine ou de Syrie, qui pénétrèrent dans la vallée du +Nil par la frontière nord-est, entre Péluse et Suez, s'établirent et se +fortifièrent dans le Delta, rayonnèrent de là dans tout le pays, y +établirent une autorité durable et s'arrogèrent même le titre officiel +de rois d'Egypte. Cette invasion est en somme le résultat d'une de ces +poussées des peuples d'Orient vers l'Occident qui sont si fréquentes +dans l'histoire et qui chaque fois amenèrent des perturbations +considérables; celle-ci fut déterminée par la descente des Elamites en +Mésopotamie, qui provoqua également le départ d'Abraham pour la +Palestine. + +[Illustration: _Fig. 159._ Tête d'un roi hyksos (d'apr. NAVILLE. +_Bubastis_, pl. XI).] + +La domination des rois pasteurs dura longtemps et s'exerça, suivant les +monuments, plus ou moins loin vers le sud, contrebalancée seulement par +un petit noyau qu'on pourrait qualifier de nationaliste et qui se +groupait dans la Thébaïde, autour des derniers rois de la XIIIme +dynastie, puis des princes qui fondent la XVIIme et préparent la +revanche qui doit inaugurer le Nouvel Empire. Ces étrangers s'étaient +rapidement égyptianisés; ils avaient adopté les coutumes de leurs sujets +plus civilisés qu'eux et cherchèrent à gouverner comme les anciens rois +autochtones, mais ils ne réussirent pas à laisser une trace vraiment +durable de leur passage au pouvoir. Nous ne connaissons aucun édifice +important qui puisse avoir été construit par eux, à part peut-être les +murs d'enceinte en briques de leur capitale, la ville fortifiée +d'Avaris, à l'est du Delta, et leurs noms ne nous sont parvenus que sur +quelques petits objets ou sur des statues antérieures qu'ils s'étaient +appropriées. Ils encouragèrent les sciences et la littérature, ainsi que +nous l'apprennent certains papyrus, mais d'un autre côté, il est bien +probable que c'est aux premiers de ces rois qu'il faut attribuer le +pillage systématique des tombeaux royaux antérieurs. + + +_XVIIe dynastie_ + +Enfin il s'éleva une nouvelle race de princes thébains qui, d'abord +vassaux des rois Hyksos, prirent en main la tâche de délivrer leur pays +de la domination étrangère. Leurs talents militaires, leur valeur +personnelle et sans doute surtout un mouvement intense du pays entier, +révolté contre ses oppresseurs, amenèrent rapidement la chute du royaume +des pasteurs. Refoulés de la Haute Egypte d'abord, puis du Delta même, +il ne resta bientôt plus aux pharaons sémites qu'un petit canton aux +confins du désert et leur retraite fortifiée d'Avaris, où ils tinrent +bon pendant un siècle encore. Cette période de lutte à outrance qui +coûta la vie à certains rois thébains, morts en pleine bataille, et qui +termine ce que nous avons coutume d'appeler le Moyen Empire, est une +période héroïque et glorieuse et les noms de ces rois qui affranchirent +leur pays du joug étranger, les Seknenra, les Kamès, les Ahmès, +mériteraient une place d'honneur dans l'histoire, si par malheur nous +n'étions si peu renseignés sur leur vie et leur oeuvre dont nous ne +faisons guère qu'entrevoir les résultats. + +[Illustration: _Fig. 160._ Poignard d'Apepi (Photographie +Brugsch-Pacha).] + +Telle est, dans ses grandes lignes, l'histoire du Moyen Empire thébain, +joint à la domination des Hyksos; sa chronologie est difficile à établir +et donne lieu encore aujourd'hui à des opinions très divergentes, car si +nous connaissons presque à un jour près la durée de la XIIme dynastie, +il n'en est pas de même pour les suivantes, qui régnèrent sans doute +collatéralement sur diverses parties du pays. Nous avons déjà vu que +Manéthon donne à la XIIIme dynastie thébaine 453 ans et à la XIVme +dynastie xoïte, 184 ans; il range les rois Hyksos dans deux dynasties +distinctes, la XVme et la XVIme, qui auraient régné, la première 284 ans +avec ses six rois qu'on retrouve sans peine sur les monuments +contemporains, les Salatis, les Bnôn, les Jannias et les Apophis, et +l'autre 511 ans avec 32 rois parfaitement inconnus. Enfin, toujours pour +Manéthon, la XVIIme dynastie, celle de la revanche, aurait eu deux +séries de rois, les uns hyksos, les autres thébains, ayant occupé les +trônes d'Egypte pendant 151 ans jusqu'à l'expulsion définitive des +Sémites. Si l'on met bout à bout tous ces chiffres, on obtient pour +l'intervalle qui sépare la XIIme dynastie du Nouvel Empire la somme +fantastique de 1.583 ans, qui paraît absolument inadmissible, surtout si +l'on songe que dans un pays comme l'Egypte, où presque tout se conserve, +une période aussi longue, même troublée, nous aurait transmis des +séries de documents autrement plus importantes que celles qui nous sont +parvenues. D'un autre côté, une théorie récente, très en vogue +aujourd'hui, et basée sur deux dates astronomiques qu'on voudrait +attribuer, l'une à un roi de la XIIme dynastie, l'autre au premier +souverain de la XVIIIme, réduit cet intervalle à 200 ans environ. Cette +théorie me paraît encore plus insoutenable que la précédente, car je ne +vois pas le moyen de faire tenir dans un espace de deux siècles un +nombre de 150 ou 200 rois au minimum, dont certains régnèrent, nous le +savons pertinemment, 40 et même 50 ans. La vérité est très probablement +entre ces deux théories extrêmes, et je suis tenté de me rattacher, au +moins dans ses grandes lignes, au système proposé par un égyptologue +norvégien, M. Lieblein, système qui peut se résumer somme suit: +l'invasion hyksos a lieu à la fin de la XIIme dynastie et entraîne sa +chute, après quoi une nouvelle famille thébaine, la XIIIme, prend +possession du trône; pendant ce temps les chefs pasteurs, maîtres de la +plus grande partie du pays, mais se sentant inférieurs comme +civilisation et n'osant encore se mettre personnellement à la tête du +gouvernement, intronisent d'abord des princes autochtones qui ne sont +autres que leurs créatures et leurs vassaux et qui constituent la XIVme +dynastie xoïte. Après ce laps de temps, se sentant suffisamment +égyptianisés, ils prennent eux-mêmes les rênes du pouvoir: c'est la XVme +dynastie; quant à la XVIme elle n'existe pas en réalité, c'est une +dynastie purement fictive, qui représente seulement la somme de la +domination des Hyksos jusqu'au moment où ces rois furent refoulés dans +Avaris. La XVIIme dynastie, avec sa double série de rois, caractérise le +siècle de l'expulsion. Ainsi, puisque la XIVme et la XVme dynasties sont +contemporaines de la XIIIme, et que la XVIme doit être supprimée, comme +faisant double emploi, nous n'avons plus qu'à additionner les chiffres +que donne Manéthon pour la XIVme, la XVme et la XVIIme, ce qui donne, +pour toute la période hyksos, 619 ans en tout. Il faudrait donc placer +la XIIme dynastie entre 2.300 et 2.100 environ, et l'époque des rois +pasteurs et de leurs compétiteurs égyptiens irait de 2100 à 1500 avant +notre ère. Je me contente de signaler ce résultat, non comme absolument +certain, mais comme assez satisfaisant. + +[Illustration: _Fig. 161._ Tête de la momie de Seqnenrà (d'après ELLIOT +SMITH. _Royal Mummies_, pl. II).] + + +B. MONUMENTS + +Si nous voulons nous faire une idée de ce qu'était la civilisation +égyptienne sous le Moyen Empire et des progrès qu'elle avait pu réaliser +depuis la période précédente, nous nous trouvons tout d'abord, de même +qu'en ce qui concerne l'histoire proprement dite, en présence de +documents extrêmement abondants appartenant à la fin de la XIme et à +toute la XIIme dynastie, puis d'une époque singulièrement silencieuse, +celle des luttes intestines suscitées par la présence des Hyksos. Ce +fait n'a rien que de très naturel et nous obligera, par conséquent, à ne +tenir compte dans ce tableau d'ensemble, que des monuments appartenant à +la période de gloire du premier empire thébain, de ceux qui se +rattachent aux règnes des Amenemhat et des Senousrit, ainsi que de leurs +prédécesseurs immédiats. + + +_Architecture_ + +Il ne reste pour ainsi dire rien des constructions religieuses édifiées +par les rois de la XIIme dynastie; les unes ont pu être détruites par +les Hyksos, tandis que les autres, les plus nombreuses, ont été reprises +par les rois de la XVIIIme dynastie, agrandies et si bien remaniées, que +dans les temples colossaux du Nouvel Empire on ne retrouve qu'à +grand'peine les traces du petit sanctuaire plus ancien qui en formait le +noyau; seules, avec quelques bas-reliefs, les colonnes ont survécu, de +belles colonnes monolithes en granit qui présentent, à peu de chose +près, les mêmes caractères artistiques que celles de l'Ancien Empire, à +quelque ordre qu'elles appartiennent, lotiforme, palmiforme ou +papyriforme. Des statues souvent colossales et des sphinx ornaient aussi +ces temples; on les trouve réemployés dans les constructions ultérieures +et portant bien souvent non pas le nom du roi qui les fit sculpter, +mais les cartouches de celui qui se les appropria après coup, suivant un +procédé qui paraissait tout naturel aux Egyptiens et que nous n'hésitons +pas à qualifier d'usurpation. + +[Illustration: _Fig. 162._ Reconstitution du monument de Mentouhotep II +(d'ap. NAVILLE. _The XIe dyn. Temple at Deir el Bahari_, II, pl. +XXIII).] + +Le grand monument qu'un des Mentouhotep de la XIme dynastie fit +construire au fond du cirque de Deir-el-Bahari et qui a été découvert et +déblayé ces dernières années par M. Naville, est un temple funéraire qui +n'était pas voué au culte des dieux, aussi ne fut-il guère remanié aux +époques ultérieures. C'est un édifice en terrasses avec rampe d'accès, +adossé à la montagne; des colonnades de piliers carrés entourent un +massif central qui était peut-être surmonté d'une pyramide, et derrière +lequel se trouvaient les naos consacrés aux princesses royales; au fond +du sanctuaire aujourd'hui détruit, un long couloir s'enfonçait dans le +rocher et aboutissait à une petite chambre qui contenait un grand naos +d'albâtre, destiné probablement à recevoir une statue de roi. + +[Illustration: _Fig. 163._ Pyramide de Senousrit III à Dahchour (d'après +J. DE MORGAN. _Fouilles à Dahchour_, I, pl. XII).] + +Les autres souverains de la XIme dynastie n'avaient que des tombeaux de +petites dimensions, assez semblables à ceux des simples particuliers; +les grands rois de la XIIme adoptèrent le mode de sépulture de leurs +prédécesseurs de l'Ancien Empire, la pyramide, sans toutefois chercher à +édifier des monuments aussi colossaux. A Licht et à Dahchour, de même +qu'à Hawara et à Illahoun, un revêtement très soigné, en calcaire et +même par places en granit, recouvre, ou plutôt recouvrait, puisqu'il a +en partie disparu, une maçonnerie plutôt défectueuse en pierre ou en +briques; les chambres funéraires sont non plus dans la pyramide même, +mais à une grande profondeur au-dessous de celle-ci, et les couloirs +habilement dissimulés n'ont pas empêché ces tombeaux d'être entièrement +pillés. A côté du monument royal, des caveaux étaient réservés aux +reines et aux princesses, caveaux d'où sont sortis les trésors +inestimables qui ont été trouvés il y a quelques années par le Service +des Antiquités de l'Egypte. Du côté est s'élevait la chapelle funéraire, +du type déjà connu, avec ses vestibules, sa cour centrale, son +sanctuaire et ses magasins; un grand mur encerclait le tout. + +Les fonctionnaires continuent à se faire ensevelir à côté de leur +souverain, mais leurs mastabas ne sont plus comparables à ceux de la +période précédente. Ce sont de simples massifs de maçonnerie de petites +dimensions, ornés d'une stèle sur la face est; la chambre funéraire se +trouve immédiatement au-dessous, et on y accède par un puits foré au +nord du monument extérieur. + +[Illustration: _Fig. 164._ Façade de tombeau à Beni-Hassan.] + +Les tombeaux des seigneurs provinciaux et des princes des nomes de la +Haute Egypte sont autrement plus originaux et plus intéressants pour +nous, puisque certains d'entre eux, ceux de Bersheh et surtout ceux de +Beni Hassan nous fournissent la plus merveilleuse série de documents +figurés concernant la vie publique et privée de l'époque. Ces monuments +appartiennent à la classe des hypogées ou tombeaux rupestres, comme +nous en avons déjà vu quelques-uns sous l'Ancien Empire; ils sont +entièrement creusés dans le rocher, à flanc de coteau, et les colonnes +qui soutiennent le plafond ne sont pas rapportées, mais ménagées dans la +masse même, au cours du travail d'excavation. Ces hypogées sont précédés +d'un portique largement ouvert du côté de la plaine du Nil, soutenu par +deux de ces piliers droits, sans chapiteau, aux arêtes abattues, qu'on a +pris longtemps, à cause de leur fût cannelé et de leur petit abaque +plat, pour la forme la plus ancienne de la colonne dorique; de là le nom +de «colonnes protodoriques» qui leur est resté. Une porte s'ouvre sur +une salle carrée de grandes dimensions, au plafond soutenu par quatre +colonnes ou davantage, et au fond de laquelle s'ouvre une niche +profonde, servant en quelque sorte de sanctuaire; un puits descend au +caveau funéraire. Les parois sont entièrement couvertes de peintures sur +enduit, plus complètes encore que les tableaux sculptés dans les +mastabas. Elles retracent avec une vie et un naturel souvent admirables, +les scènes les plus diverses de la vie des champs comme de celle des +gens de métier. + +[Illustration: _Fig. 165._ Tombeau de Beni-Hassan (d'après NEWBERRY. +_Beni Hassan_, I, pl. IV).] + +[Illustration: _Fig. 166._ Masque de momie (d'après CHASSINAT. _Fouilles +d'Assiout_, pl. XXVI).] + +Les personnages de moindre importance, qui ne pouvaient avoir une +sépulture aussi complète, se contentaient d'un simple caveau souterrain, +au fond d'un puits, et arrivaient à entasser dans cet étroit espace tout +ce qui pouvait leur être utile pour la vie de l'au-delà. L'art de la +momification en était encore à peu près au même point qu'à la période +memphite, et l'on se contentait sans doute de dessécher les corps au +moyen d'alun ou de natron, car de tous ceux qui nous sont parvenus, il +ne reste guère que les os. Le mort ainsi préparé, on l'enveloppait d'un +épais maillot de linges, de linceuls et de bandelettes; on plaçait +parfois sur le haut du corps un masque en cartonnage peint, et on le +couchait sur le côté, la tête appuyée sur un chevet, au fond d'un +sarcophage rectangulaire en bois, aux parois épaisses, couvertes de +peintures au dehors comme au dedans, et muni d'un couvercle plat ou +bombé. La décoration extérieure consiste le plus souvent en bandes de +grands hiéroglyphes entre lesquelles on peignait parfois toute une +ornementation architecturale montrant que le sarcophage était considéré +comme une maison, donc comme l'habitation même du mort, une maison d'un +modèle archaïque, construite en bois avec des stores en nattes de +couleur pour fermer les baies. A l'intérieur, on inscrivait de longs +textes funéraires analogues à ceux des pyramides et destinés à assurer +au défunt la sécurité dans le monde des enfers; au-dessus de ces textes +court une large frise où sont peints les objets qui devraient en réalité +figurer dans le mobilier funéraire: pièces de costume, coiffures, +bijoux, armes, sceptres, outils, vases, meubles, toujours suivant le +principe que la figuration d'un objet suffit pour remplacer l'objet +lui-même quand il s'agit d'une ombre, du double immatériel d'un homme. +Il arrive aussi qu'on voie déjà paraître, à l'intérieur du grand +sarcophage, le cercueil anthropoïde qui renferme la momie elle-même et +qui devient le modèle courant du sarcophage au Nouvel Empire; ce type de +cercueil n'est que le développement normal du masque funéraire habituel. + +[Illustration: _Fig. 167._ Momie du Moyen Empire (d'après +CHASSINAT-PALANQUE. _Fouilles d'Assiout_, pl. XXI).] + +[Illustration: _Fig. 168._ Sarcophage du Moyen Empire (d'après PETRIE. +_Gizeh and Rifeh_, pl. X.A).] + +[Illustration: _Fig. 169._ Intérieur d'un sarcophage (d'après LACAU. +_Sarcoph. ant. au Nouv. Emp._, pl. XXIV).] + +[Illustration: _Fig. 170._ Sarcophage anthropoïde (d'ap. PETRIE. _Gizeh +and Rifeh_, pl. X.B).] + +Quant au mobilier funéraire proprement dit, il est en général modeste. +Dans les tombeaux des princesses de la famille royale, on ne trouve +guère que la série des vases à onguents et à parfums, des sceptres et +une certaine quantité de bijoux, merveilles d'art et de goût, qui sont +parmi les plus belles choses que l'antiquité égyptienne nous ait +livrées. Chez les particuliers il y a d'abord la caisse carrée, +absolument indispensable du sarcophage, faite sur le même modèle que +lui, et contenant les quatre vases canopes, où l'on enfermait les +viscères du mort, puis quelques vases grossiers ayant contenu des +victuailles, enfin des imitations d'armes et des groupes de bois stuqué +et peint, représentant des scènes de la vie familière. Ces scènes sont +les mêmes qu'on voit figurer ailleurs, en bas-relief ou en peinture, sur +les parois des mastabas et des tombeaux rupestres, mais traitées avec +plus de naturel et de naïveté: nous y voyons représentés des cuisiniers, +des porteurs et des porteuses d'offrandes, la fabrication du pain et de +la bière, et surtout des bateaux, reproduction des grandes barques de +l'époque avec leur gréement complet et leur équipage. Malgré leur +facture souvent un peu grossière, ces petits monuments sont peut-être +l'image la plus parfaite, en tous cas la plus expressive, de la vie des +anciens Egyptiens. + +[Illustration: _Fig. 171._ Canope du Moyen Empire (d'ap. +GAUTIER-JÉQUIER. _Fouilles de Licht_, p. _68_).] + +[Illustration: _Fig. 172._ Statuette de serviteur (d'ap. le _Musée +Egyptien_, I, pl. XXXVIII).] + +La cachette aux statues, le _serdab_, n'existe plus dans la tombe du +Moyen Empire, et s'il se trouve encore dans le tombeau une statue du +mort, celle-ci n'est plus que très rarement en pierre, mais presque +toujours en bois et souvent de très petite dimension. Il y a ici +évidemment une évolution dans les idées funéraires: la notion du _ka_, +du double qui pour subsister a besoin d'un support à défaut du corps +lui-même, existe toujours, mais tend à se transformer; il semble qu'elle +se spiritualise en quelque sorte et qu'une petite image du mort, image +souvent informe, lui suffise, et cela plutôt par tradition que par +besoin réel. C'est à ce moment qu'on voit apparaître les premières +statuettes mummiformes représentant le défunt, prototypes des +innombrables statuettes funéraires ou _oushabtis_ du Nouvel Empire. + +[Illustration: _Fig. 173._ Modèle de barque (photographie de E. +Brugsch-Pacha).] + +[Illustration: _Fig. 174._ Statuette en bois (d'après GAUTIER-JÉQUIER. +_Fouilles de Licht_, p. _80_).] + +Pour les morts d'une classe moins élevée, ceux qu'on ensevelissait à +même le sol, on avait en certaines régions la coutume de poser au-dessus +de la tombe une petite maison en terre cuite, reproduction en miniature +de l'habitation des vivants, et qui devait servir de domicile à l'âme: +privée de ce pied-à-terre si sommaire, cette âme eût risqué d'errer sans +trêve à l'aventure et de disparaître misérablement. + +[Illustration: _Fig. 175._ _Statuette funéraire_ du Moyen Empire (d'apr. +PETRIE. _The Labyrinth_, pl. XXX).] + +Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, faites en briques +et en bois, et n'ayant aucune prétention à la durée, ont disparu presque +partout en Egypte; nous sommes un peu plus favorisés cependant pour le +Moyen Empire que pour les autres époques, puisqu'on a retrouvé au Fayoum +des restes importants d'agglomérations de maisons, vraies villes +composées de petites habitations en briques, serrées les unes contre les +autres et séparées par de longues rues droites; c'est là sans doute +qu'habitaient des ouvriers et des employés dont les papiers, restés +cachés dans le coin des chambres, sont parvenus jusqu'à nous: ces +précieux documents sur papyrus contenaient des écrits de toute sorte, +mais surtout des lettres et des comptes. + +[Illustration: _Fig. 176._ Modèle de maison en terre cuite (d'ap. +PETRIE. _Gizeh and Rifeh_, pl. XV).] + +Pour ce qui est de l'architecture militaire, de hautes et massives +forteresses en briques crues remplacent les simples enceintes formées +d'une épaisse muraille, en usage sous l'Ancien Empire. Nous avons, à la +frontière méridionale de la Nubie, deux bons exemples de ces +constructions, qui dominent de très haut le terrain environnant et qui +devaient opposer une très grande résistance à l'escalade et à la sape. +Le progrès réalisé dans ce domaine est très naturel et cela n'a rien +d'étonnant, puisque la monarchie égyptienne, à cette époque, a un +caractère militaire très prononcé et se distingue en cela très nettement +de celle de la période précédente. + +[Illustration: _Fig. 177._ Attaque d'une forteresse (d'après NEWBERRY. +_Beni Hasan_, II, pl. XV).] + + +_Sculpture_ + +La statuaire du Moyen Empire continue à suivre, presque sans s'en +écarter, les traditions des dynasties memphites; ses procédés sont +identiques, et c'est à peine si nous pouvons signaler un peu plus de +fini dans les parties qui étaient autrefois laissées le plus souvent à +l'état d'ébauches, les jambes et les pieds. Ce sont toujours les mêmes +formes, les mêmes attitudes, avec plus de délicatesse peut-être, mais +moins de puissance; on recherche moins la ressemblance exacte, réaliste, +de la figure à reproduire, qu'une sorte de portrait idéalisé qui n'a +plus sans doute que les caractères généraux de l'original: ainsi dans +les dix statues de Senousrit I découvertes à Licht, statues identiques +de dimension et de matière, sorties ensemble d'un même atelier, toutes +les têtes, qui à première vue paraissent semblables, sont dans le détail +très différentes les unes des autres et cependant les traits d'ensemble +restent les mêmes et se retrouvent aussi dans les autres statues du même +souverain. + +[Illustration: _Fig. 178._ Statues de Senousrit I.--Licht. (photographie +de M. Pieron).] + +[Illustration: _Fig. 179._ Statue du roi Hor (photographie de E. +Brugsch-Pacha).] + +Sous le Moyen Empire les statues sont beaucoup moins abondantes que sous +l'Ancien, car les particuliers, quelle que fût leur position, n'en +déposaient plus guère dans leur tombeau. Encore ces statues sont-elles +presque uniquement en bois, les unes de grandeur naturelle, d'autres +très petites. Seuls les très hauts personnages avaient le droit de +placer dans les temples une image faite à leur ressemblance; les rois +par contre y dressaient souvent des statues colossales en granit, dont +plusieurs sont parvenues jusqu'à nous, ainsi que les sphinx, également +en granit, qui bordaient les avenues de ces temples, sphinx dont la tête +était toujours un portrait plus ou moins fidèle du roi régnant. D'autres +statues, moins grandes, ornaient les parties apparentes des tombeaux +royaux et parfois même on déposait une statue du _ka_ ou du double dans +le caveau funéraire, près du sarcophage, comme dans les tombeaux des +simples particuliers. Telle la statue de bois du jeune roi Hor Aouabra, +qui fut probablement co-régent de son père Amenemhat III, monument +délicieux de travail, d'expression et de sentiment, qui restera un des +joyaux de l'art égyptien. + +Il n'y a pas non plus de grandes modifications à signaler dans la +manière de traiter le bas-relief; un dessin ferme et pur, un relief peu +marqué, un modelé très délicat, souvent à peine perceptible, sont les +caractères généraux de cette branche de la sculpture qui, comme la +statuaire, est toujours empreinte d'une grande distinction et d'une +remarquable noblesse d'allure. + + +_Peinture_ + +Nous avons vu, en parlant de l'Ancien Empire, que toute sculpture devait +être peinte, au moins en principe. La simple peinture sur enduit, qui ne +se distinguait pas à première vue du bas-relief polychrome, était +soumise aux mêmes lois que ce dernier quant à la disposition générale +et la composition, mais constituait un moyen d'expression singulièrement +plus rapide et économique. Pour les peintres du Moyen Empire, le souci +de la perfection artistique ne passe qu'en seconde ligne: ils donnent +libre cours à leur fantaisie, toujours maintenue, il est vrai, par une +certaine routine, dans le même procédé d'exécution, et ils s'appliquent +avant tout à rendre aussi vivant que possible le sujet qu'ils ont à +traiter. + +[Illustration: _Fig. 180._ Bas-relief de Koptos (d'après PETRIE. +_Koptos_, pl. IX).] + + +_Arts industriels_ + +La céramique ne présente aucun caractère spécial; de plus en plus les +vases en terre sont réservés aux usages vulgaires, et leur facture est +généralement peu soignée. Par contre les nombreux petits vases en pierre +dure qu'on continue à fabriquer et qui sont destinés à contenir des +parfums ou des onguents sont d'un travail extrêmement remarquable. Les +matières les plus précieuses sont employées pour cela: l'obsidienne, le +lapis-lazuli et la cornaline, aussi bien que l'albâtre, qui continue à +être d'un usage courant. L'usage des vases de bronze persiste aussi, +comme par le passé. + +[Illustration: _Fig. 181 et 182._ Vases en cornaline et lapis-lazuli +(d'ap. DE MORGAN. _Fouilles à Dahchour_, I, pl. XXV).] + +[Illustration: _Fig. 183._ Pectoral de Senousrit II (d'après DE MORGAN. +_Fouilles à Dahchour_, I, pl. XVI).] + +Dans la bijouterie et la joaillerie, les orfèvres de la XIIme dynastie +sont arrivés à un degré de perfection qui ne sera plus dépassé et qui +fait encore l'admiration de tous les spécialistes; ils taillent et +calibrent les pierres avec la plus grande précision, fondent et cisèlent +les métaux, emploient le filigrane. Mais leur triomphe incontestable est +le bijou ciselé, ajouré et champlevé, avec incrustations de pierres +telles que le lapis, la turquoise et la cornaline. La composition du +bijou est toujours digne de son exécution, qu'il s'agisse d'un minuscule +hiéroglyphe servant d'élément de collier, d'un pectoral pouvant être +considéré comme un vrai bas-relief historique en miniature, d'une garde +de poignard ou d'un diadème représentant une couronne de fleurs +naturelles. + +[Illustration: _Fig. 184._ Couronne en or (d'apr. DE MORGAN. _Dahchour_, +II, pl. IX).] + + +C. CIVILISATION + +_Royauté_ + +La première monarchie thébaine a un caractère très différent de celui +des dynasties memphites, qui était, comme nous l'avons vu, +essentiellement pacifique; de simples nomarques qu'ils étaient, les +princes de Thèbes avaient acquis le pouvoir suprême au prix de longues +luttes. Il était donc bien naturel qu'ils continuassent à faire de +l'armée leur principal soutien et que, pour ne pas la laisser inactive, +ils l'employassent à pacifier les contrées avoisinantes et à étendre les +frontières de l'Egypte. Les rois de la XIIme dynastie ne sont pas, à +proprement parler, des conquérants, mais des souverains dont le but est +d'assurer le tranquille développement de leur pays en tenant en respect +leurs voisins, nomades plus ou moins sauvages et toujours disposés à +faire des incursions dans la riche vallée du Nil, et en créant sur le +point le plus facilement accessible, le sud, une marche bien fortifiée. +Sitôt que cette activité militaire se ralentit, comme cela semble avoir +été le cas sous Amenemhat III et ses successeurs, les barbares, qui sont +ici les Hyksos, fondent sur le pays et le soumettent, en partie du +moins. Il faudra de longs siècles aux vrais Egyptiens pour les chasser +et reprendre le pouvoir, et ce nouvel apprentissage de la guerre sera +cause de l'avènement des grands conquérants de la XVIIIme dynastie. + +[Illustration: _Fig. 185._ Groupes de soldats d'un prince de Siout +(d'après MASPERO. _Musée Egyptien_, I, pl. XXXIII).] + +Pour assurer la transmission régulière des pouvoirs royaux de père en +fils et éviter les compétitions possibles, Amenemhat I, dans les +dernières années de son règne, associa au trône son fils Senousrit I qui +fut chargé de diriger l'armée et les expéditions en dehors de l'Egypte, +tandis que le vieux souverain continuait à s'occuper de la politique +intérieure. Tous les rois de la XIIme dynastie suivirent cet exemple et +prirent à un moment donné leur héritier présomptif comme co-régent. + + +_Gouvernement_ + +Le système féodal ne disparut pas dès l'avènement de la XIIme dynastie; +les princes des nomes, reconnaissant l'autorité supérieure et la +suzeraineté du roi, continuèrent à administrer comme auparavant leur +province, sur laquelle ils avaient des droits très étendus: le peuple +des campagnes, fellahs ou paysans, fournissait les soldats et pouvait +être réquisitionné pour toutes sortes de corvées, spécialement pour +les gros transports et les constructions; de lourdes redevances +pesaient sur eux, aussi bien sur les paysans soi-disant libres, que +sur les serfs et les tenanciers des domaines princiers. Les habitants +des villes jouissaient d'une plus grande liberté, tout en étant aussi +sous l'autorité directe du nomarque; dans ces cités se groupaient les +artisans, les scribes et les fonctionnaires de toute sorte, tous gens +d'une classe très supérieure au menu peuple des campagnes. Une légion +d'employés, inspecteurs, percepteurs, chacun ayant sa charge nettement +délimitée, veillait au bon fonctionnement de ces petits états, dont le +prince payait au roi une redevance régulière et lui fournissait des +troupes exercées, sur une simple réquisition; il avait sans doute à +ses côtés un représentant du souverain. Quant au pouvoir judiciaire, il +était presque entièrement entre les mains du pouvoir central. + +Cependant cet ordre de choses ne devait pas durer et la centralisation +s'opérait peu à peu. Vers la fin de la dynastie, les nomarques +disparaissent ou tout au moins leur rôle est si effacé qu'on ne les voit +plus paraître. Par contre le nombre des fonctionnaires royaux augmente +considérablement; ce sont eux maintenant qui sont chargés non seulement +de la justice, mais de toute l'administration civile et militaire, qui +perçoivent les redevances, tiennent constamment à jour les registres de +la population, du bétail et du cadastre, institution nécessaire dans un +pays comme l'Egypte, soumis aux empiétements d'un fleuve dont le cours +n'est pas encore définitivement fixé. + + +_Relations extérieures_ + +Nous avons vu la conquête de la Nubie, l'occupation des Oasis, la +pacification des contrées désertiques bordant l'Egypte et les campagnes +en Syrie; toutes ces opérations, qui furent la préoccupation constante +des rois de la XIIme dynastie, avaient eu pour résultat le développement +du commerce, favorisé par la tranquillité et la sécurité régnant aux +abords de l'Egypte. Les produits du Soudan et de la Syrie arrivent donc +dans la vallée du Nil, par caravanes, plus facilement que jamais; de +plus, les expéditions au pays de Pount, au pays des Somalis, d'où l'on +tirait l'encens, l'ivoire et d'autres objets précieux, paraissent être +devenues plus fréquentes, tant par eau, le long des côtes de la Mer +Rouge, que par la voie de terre, par le Soudan et l'Abyssinie. Il en est +de même pour les relations avec les îles grecques: la poterie dite de +Kamarès, qui provient certainement de ces régions se retrouve parfois +dans des tombes de la XIIme dynastie, et réciproquement on rencontre +souvent en Crète, en Grèce et jusqu'en Etrurie des objets appartenant au +premier empire thébain. + +[Illustration: _Fig. 186._ Nomades sémites (d'après NEWBERRY, _Beni +Hasan_, I, pl. XXXI).] + +Les marchandises importées en Egypte étaient surtout des matières +premières, et tout particulièrement les métaux, comme par le passé; en +échange, les Egyptiens livraient à leurs voisins toute sorte d'objets +ouvrés, et aussi du grain. Nous savons par les récits bibliques que la +vallée du Nil était un peu le grenier du monde oriental, et que dans les +années de disette ce n'était guère que là qu'on pouvait aller +s'approvisionner. C'est en effet sous le Moyen Empire que durent vivre +les patriarches qui, après avoir mené la vie des nomades en Palestine, +finirent par se fixer dans un petit district du Delta. Abraham dut venir +en Egypte pendant le règne de la XIIme dynastie, et c'est presque un +tableau de son arrivée avec sa famille et ses serviteurs, que cette +peinture célèbre de Beni Hassan, où l'on voit des fonctionnaires +égyptiens amener à leur prince une tribu de nomades sémites, avec leurs +lourds costumes bariolés, leurs bestiaux, leurs armes et leurs bagages +et apportant avec eux de l'antimoine et d'autres produits qu'ils +cherchent sans doute à échanger. L'arrivée de Joseph en Egypte, son +élévation aux plus hautes dignités et l'installation de sa famille au +pays de Goshen ou Kesem, dans les environs de la ville fortifiée +d'Avaris, doivent se placer sous un des rois hyksos, nous ne pouvons +savoir au juste lequel. Les noms égyptiens que donne le texte hébreu +peuvent être rapprochés de certains noms qui étaient en effet employés +sous le Moyen Empire et ne sont pas sans doute, comme on l'a cru pendant +longtemps, la transcription de noms saïtes, ce qui forcerait à reporter +la composition même du récit biblique à une très basse époque. Toute +cette série de récits constitue pour nous un précieux document pour la +connaissance des relations entre les Egyptiens et leurs voisins. + + +_Vie privée_ + +Il n'y a pas lieu de revenir sur l'organisation de la famille, pas plus +que sur les conditions de la vie privée qui continuent à être les mêmes, +à peu de chose près, que sous l'Ancien Empire. La nourriture aussi est +la même, ainsi que la manière de manger, et on attache toujours autant +d'importance aux soins de propreté. Une petite différence se remarque +dans le costume des hommes, car si les gens du peuple continuent à +porter le petit pagne court, celui des personnages de qualité s'allonge +et forme une sorte de jupon plus ou moins ample, descendant jusqu'aux +mollets ou même jusqu'aux chevilles; le grand manteau est d'un usage +fréquent, comme si le climat s'était refroidi, ce qui est du reste peu +probable. + +Nous connaissons les villes où habitaient les ouvriers et qui ont été +retrouvées au Fayoum, avec leurs petites maisons serrées les unes contre +les autres, avec leurs étroites rues droites; nous avons aussi des +modèles en terre cuite des maisons où vivaient les gens d'une classe un +peu supérieure: une cour entourée d'un mur, au milieu de laquelle se +trouvait un étang, précédait l'habitation, qui était elle-même de +dimensions assez restreintes; un péristyle à colonnes s'ouvrait +largement sur la cour, et les chambres se trouvaient au fond, derrière +cette galerie. L'escalier extérieur montait à la terrasse où +aboutissaient les grandes bouches à air destinées à la ventilation des +appartements et sur laquelle parfois de petites chambres étaient +construites (fig. 176). Il ne nous est resté aucune trace des palais +royaux ni de ceux des grands seigneurs. + + +_Chasse et pêche_ + +Les procédés de pêche et de chasse, de même que les engins employés, +sont les mêmes que sous l'Ancien Empire: le filet, la ligne et le harpon +pour la pêche, le lasso, l'arc, le boumerang, le filet et le piège +simple pour la chasse. Il faut cependant signaler le fait que les grands +seigneurs se constituaient des réserves de gros gibier, de vrais parcs +de chasse enclos de palissades et de treillages, où ils pouvaient à leur +gré et sans avoir la difficulté d'aller les chercher au loin dans le +désert, abattre à coups de flèches les boeufs sauvages, les lions, les +antilopes ou les autruches. + +[Illustration: _Fig. 187._ Parc de chasse (d'apr. NEWBERRY. _El +Bersheh_, I, pl. VII).] + + +_Agriculture et élevage_ + +L'agriculture étant une des principales ressources du pays, est toujours +l'objet d'une attention spéciale de la part du gouvernement; la quantité +des terrains cultivables augmente aux dépens des pâturages, grâce à une +méthode d'irrigation toujours en voie de développement. Nous ne savons +pas quels canaux furent creusés à cette époque, mais nous voyons des +rois comme Amenemhat III entreprendre des travaux considérables tels que +le lac Moeris qui était très vraisemblablement destiné, ainsi que +l'affirment les Grecs, à régulariser les irrigations dans la partie la +plus fertile du pays. Le même souverain fit établir un nilomètre sur les +rochers de la deuxième cataracte, à l'extrême frontière de ses états, +pour surveiller l'inondation et en prévoir d'avance les conséquences +pour l'Egypte. Grâce à tous ces efforts et bien que l'outillage ne se +fût guère amélioré, le rendement des terres augmentait dans de grandes +proportions et l'Egypte devenait le plus grand magasin de grain de +l'Orient. + +L'élevage tend à diminuer, et l'on ne trouve plus guère que dans +certains cantons où le sol est moins fertile qu'ailleurs et moins apte à +la culture, les immenses troupeaux de bétail à demi sauvage. Il était +réservé aux Hyksos d'introduire dans la faune domestique du pays un +nouvel animal, le cheval, innovation qui devait, comme nous le verrons, +avoir les conséquences les plus importantes pour l'Egypte. + +[Illustration: _Fig. 188._ Barque à voile carrée (VIe dyn.) (d'après +JÉQUIER. _Bull. de l'Institut franç. du Caire_, IX, pl. III).] + + +_Navigation_ + +L'augmentation des produits du sol devait nécessairement amener le +développement du commerce intérieur et, partant, de la navigation +fluviale, qui était aussi l'objet de la sollicitude du gouvernement, +puisque nous voyons un des rois faire exécuter de grands travaux pour +rendre navigable la première cataracte en y creusant un chenal +suffisamment profond. Les bateaux employés d'ordinaire sont les grandes +barques pontées à voile carrée, dont le modèle date de la fin de +l'Ancien Empire. Quant à la navigation sur la Méditerranée et la mer +Rouge, les documents que nous possédons sont insuffisants pour pouvoir +en faire une étude sérieuse, au moins en ce qui concerne le Moyen +Empire. Il est cependant probable qu'on employait pour cela des bateaux +plus grands et plus forts, mais du même modèle que ceux du Nil. + + +_Industrie_ + +Les scènes figurées, en bois stuqué, déposées au fond des caveaux +funéraires, de même que les tableaux peints dans les tombes, nous +montrent que, comme sous l'Ancien Empire, la population de l'Egypte ne +s'adonnait pas exclusivement à l'agriculture, mais que l'industrie y +était aussi en honneur. Les procédés employés sont toujours à peu près +les mêmes procédés simples tels qu'on les retrouve chez tous les peuples +jeunes, où l'on ne se livre pas à la grande industrie et où l'on ne +fabrique les objets qu'au fur et à mesure des besoins. + +[Illustration: _Fig. 189._ Menuisiers (d'ap. QUIBELL. _Excavations at +Saqqarah_, II, pl. XVII).] + +On remarque entre autres de nombreuses représentations de la fabrication +des étoffes: dans le gynécée même des grands seigneurs, des femmes sont +occupées à filer le lin tandis que d'autres se livrent au tissage; les +métiers employés par ces femmes sont de formes diverses, suivant le +genre d'étoffes qu'elles doivent faire, et ces métiers, d'un mécanisme +simple et pratique, leur permettaient de tisser des toiles d'une finesse +et d'une régularité remarquables, qu'on a retrouvées en grande quantité +dans les tombeaux. + +[Illustration: _Fig. 190._ Femmes filant et tissant (d'après NEWBERRY. +_Beni Hasan_, II, pl. IX).] + + +_Littérature_ + +De l'Ancien Empire, il ne nous est parvenu aucune oeuvre qu'on puisse +qualifier de littéraire: les textes des pyramides sont de nature +purement religieuse et magique, et les inscriptions tombales comme les +biographies sont des récits très simples qui ne témoignent d'aucune +recherche de style ou de composition. L'époque suivante nous a, par +contre, fourni une longue série d'ouvrages qui, s'ils ne sont pas très +étendus, ont du moins un caractère littéraire très marqué. Ces écrits +sont de toute sorte, de vrais poèmes comme le chant du harpiste ou le +dialogue d'un désespéré avec son âme, des contes comme l'histoire de +Sinouhit et celle du roi Khéops et des magiciens, des morceaux +d'éloquence comme la plaidoirie du paysan, des traités de morale comme +les préceptes de Kaqemna et de Ptahhotep. A côté de cela on trouve +encore de nombreux livres religieux ou magiques, des livres de médecine +et des traités scientifiques. Tous ces ouvrages sont composés dans une +langue très belle et très pure, encore exempte de tout élément étranger, +avec une recherche de style marquée, des phrases simples et claires dans +lesquelles on voit que les scribes égyptiens affectionnaient +l'allitération et le jeu de mots, tout en employant toujours le mot +propre. Ces papyrus, qui nous sont parvenus en très bon état de +conservation, ne constituent pas un des moindres titres de gloire du +Moyen Empire et c'est avec raison qu'on a pu dire de cette période +qu'elle est l'époque classique de la littérature égyptienne. + +[Illustration: _Fig. 191._ Une page du papyrus Prisse (d'après JÉQUIER. +_Le papyrus Prisse et ses variantes_, pl. V).] + +[Illustration: _Fig. 192._ Bijou de la XIIe dyn. (d'ap. DE MORGAN. +_Fouilles à Dahchour_, I, pl. XX).] + + + + +[Illustration: _Fig. 193._ Panneau du char triomphal de Thoutmès IV +(d'après CARTER-NEWBERRY. _Tomb of Thoutmosis IV_, pl. X).] + + + + +CHAPITRE VII + +NOUVEL EMPIRE + +(1500 à 332 avant J.-C.) + + +A. HISTOIRE + +La prise de la forteresse d'Avaris, le dernier retranchement des rois +hyksos dans le Delta, et l'expulsion définitive des souverains sémites +marque la date la plus importante peut-être de toute l'histoire +d'Egypte. Le grand mouvement national, après des siècles de luttes +stériles, avait enfin trouvé dans les princes de la XVIIme dynastie des +chefs capables de le mener à bien; leur triomphe inaugure une ère de +gloire et de puissance telle que l'Egypte n'en avait jamais connu +auparavant, et qui est l'apogée de l'empire pharaonique. Cette date, +plusieurs historiens l'indiquent avec précision, mais leurs données sont +loin de s'accorder, aussi me paraît-il plus prudent de donner ici encore +des chiffres approximatifs et de placer l'expulsion des Hyksos et le +début de la XVIIIme dynastie aux environs de l'an 1500. + + +_XIIIe dynastie_ + +Il n'y a aucune solution de continuité, pas même un changement de +famille régnante, entre la XVIIme et la XVIIIme dynastie; seule +l'expulsion des Hyksos en marque la séparation, et le roi qui réussit à +parachever la libération du sol égyptien, Ahmès, est en même temps le +dernier souverain de la XVIIme et le premier de la XVIIIme. Les +fragments de Manéthon qui indiquent comme composant cette dernière +dynastie 15 rois ayant régné 259 ans en tout, non compris Ahmès, +considéré ici comme appartenant au groupe précédent, contiennent +diverses confusions dans les noms de rois; plusieurs de ces souverains +sont dédoublés tandis que d'autres sont réunis sous un seul nom, mais +les chiffres que donne Manéthon correspondent assez bien aux indications +des monuments et leur total peut être considéré comme conforme à la +réalité. La XVIIIme dynastie se placerait donc, approximativement, et +avec un écart possible de 50 ans au plus, entre 1500 et 1200 avant J.-C. +Ahmès ne se borna pas à chasser les Hyksos d'Egypte; il les poursuivit +jusque dans la Syrie méridionale et leur infligea une nouvelle défaite +en s'emparant de la ville dans laquelle ils s'étaient réfugiés, et sans +doute les extermina définitivement, car ils ne reparaissent plus dans +l'histoire. + +[Illustration: _Fig. 194._ Aménophis I.--Turin (d'ap. PETRIE. +_Photographs_, No _75_).] + +L'empire une fois reconquis, il s'agissait de le réorganiser, car les +préoccupations militaires avaient sans doute absorbé, pendant le siècle +qui venait de s'écouler, toute l'activité des rois nationaux. Ce fut la +tâche du fils et successeur d'Ahmès, Aménophis I, qui s'en acquitta, +pendant son court règne de 13 ans, à la satisfaction universelle, +puisque après sa mort il fut divinisé non seulement de façon officielle, +comme tous les rois, mais par le peuple même de sa capitale: lui et sa +femme Ahmès Nofritari sont considérés comme les patrons de la nécropole +thébaine pendant tout le début du Nouvel Empire. Autant que nous pouvons +en juger, ses successeurs continuèrent son oeuvre et mirent tous leurs +soins à augmenter le bien-être du pays. + +Pendant ces longues luttes, l'Egypte était devenue une vraie puissance +militaire; elle possédait une armée bien exercée qu'on ne pouvait +laisser dans l'inaction. Cette armée n'était plus tout à fait la même +que jadis, elle possédait un élément nouveau, la charrerie, et les +Egyptiens avaient rapidement perfectionné cette arme, dont ils devaient +la connaissance aux rois hyksos, et qui était déjà depuis longtemps en +usage chez les Syriens. Les soldats qui montaient ces chars attelés de +deux chevaux combattaient de loin avec leurs flèches et leurs javelines, +et le choc de leurs escadrons compacts pouvait décider du sort des +batailles. L'infanterie était aussi mieux armée, le métal ayant partout +remplacé le silex des anciens temps, et beaucoup de soldats n'étaient +plus à moitié nus comme autrefois, mais vêtus de cottes capitonnées et +de bonnets rembourrés qui les préservaient dans une certaine mesure. + +[Illustration: _Fig. 195._ Tête de la momie de Thoutmès I (d'ap. +ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXII).] + +Aménophis I avait déjà employé son armée pour de petites expéditions de +frontières contre les Libyens et les nègres, mais ce fut son fils +Thoutmès I qui inaugura l'ère des grandes conquêtes; il envahit la Syrie +et la soumit en grande partie, jusqu'à l'Euphrate, où il posa des +stèles-frontières, puis il poussa avec ses armées très loin dans le +Soudan, sans négliger pour cela d'entreprendre dans l'Egypte même des +travaux importants. A sa mort, après une vingtaine d'années de règne, il +ne laissait pour lui succéder qu'un fils né d'une femme qui n'était pas +de souche royale, Thoutmès II, qui pour légitimer en quelque sorte son +accession au trône, dut épouser sa demi-soeur Hatshepsou, en qui coulait +un sang plus pur. Il continua l'oeuvre de son père, mais n'eut qu'un +règne très court. Après lui la couronne revenait à son très jeune fils +Thoutmès III, né aussi d'une femme de race non royale; sa tante +Hatshepsou profita de sa minorité pour s'emparer de la régence, régna +d'abord en son nom et à côté de lui, puis le relégua dans l'ombre et +s'arrogea le titre de roi d'Egypte. + +Sauf une grande expédition maritime au pays de Pount, expédition qui a +du reste un caractère nettement commercial et politique et aucunement +militaire, Hatshepsou concentra toute son activité sur l'Egypte +elle-même, qu'elle administra sagement, avec le concours de ministres +d'une réelle valeur, s'appliquant à faire disparaître les dernières +traces du néfaste passage des rois hyksos. Elle restaura des temples et +en construisit d'autres, comme celui de Deir el Bahari, qui était +consacré à son culte funéraire et qui, étant une des oeuvres artistiques +les plus remarquables de la dynastie, perpétue, aussi bien que le grand +obélisque de Karnak, le souvenir de cette reine qui sut mener à bien +l'oeuvre intérieure des rois ses prédécesseurs, la réorganisation du +pays. + +[Illustration: _Fig. 196._ Thoutmès III (d'apr. LEGRAIN. _Statues et +statuettes_, I, pl. XXX).] + +Thoutmès III étant arrivé à l'âge de raison, la régente, le «roi +Hatshepsou», comme elle s'appelait elle-même, lui fit épouser sa propre +fille, mais sans lui laisser pour cela la place à laquelle il aurait eu +droit; il était donc assez naturel qu'il conçut envers elle des +sentiments de rancune et que plus tard, quand il fut enfin maître du +pouvoir, il cherchât à diminuer ou même à faire disparaître le souvenir +de son illustre tante. Ce fait très simple a fait naître de longues +contestations parmi les égyptologues au sujet de l'ordre de succession +des premiers rois de la XVIIIme dynastie, et aujourd'hui les discussions +sur ce point n'ont pas encore cessé. + +Après 22 ans pendant lesquels Hatshepsou avait assumé les charges et les +bénéfices du pouvoir, Thoutmès III devait encore régner seul pendant 48 +ans; c'est non seulement un des plus longs règnes qu'enregistre +l'histoire d'Egypte, c'est encore le plus glorieux. Profitant de +quelques années où le joug égyptien avait pesé sur eux avec moins de +force, les princes syriens avaient sans doute reconquis en partie leur +indépendance; aussitôt sur le trône, Thoutmès prit en personne le +commandement de son armée, envahit la Palestine et la Syrie et commença +par une série de victoires cette suite de campagnes qui durent +recommencer chaque printemps, pendant près de vingt ans, jusqu'au moment +où l'autorité du pharaon fut établie de façon absolument effective sur +l'Asie antérieure jusqu'à l'Euphrate tout au moins. Les fils des +princes, emmenés comme otages, étaient une garantie de la fidélité de +leurs pères et de la rentrée régulière des tributs; du côté de la Nubie +il ne paraît pas y avoir eu de difficultés et les peuplades nègres +payaient régulièrement leurs redevances; Chypre, les îles grecques et le +pays de Pount envoyaient aussi leurs produits, peut-être pour faire acte +de vassalité, comme le disent les Egyptiens, mais plus probablement pour +en faire le commerce et obtenir des échanges. Jamais l'Egypte n'avait +été si puissante et si florissante; Thoutmès III puisa largement à ce +trésor qui se renouvelait sans cesse et s'en servit pour entreprendre +des constructions importantes sur tous les points de ses états, depuis +le fond du Soudan et les Oasis jusqu'aux confins de la Syrie, mais +surtout dans sa capitale, Thèbes, qu'il tint à honneur d'embellir et de +développer. C'est dans le temple d'Amon à Karnak, entre autres, +considérablement agrandi par lui, qu'il grava le récit de toutes ses +campagnes, cette source si précieuse pour l'histoire, en même temps que +l'image de la plupart de ses ancêtres. Toute la fin de son règne fut +consacrée à l'accomplissement de ces travaux pacifiques. + +[Illustration: _Fig. 197._ Tête de la momie de Thoutmès IV (d'après +ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXIX).] + +Aménophis II, son fils, puis Thoutmès IV, son petit-fils, lui +succédèrent sans égaler sa gloire; leurs règnes, de peu de durée, +n'offrent aucun événement mémorable: quelques expéditions en Syrie pour +réprimer des révoltes locales et introniser de nouveaux vassaux, ainsi +que des constructions de peu d'importance, comparées à celles de leur +illustre père et aïeul. + +[Illustration: _Fig. 198._ Sphinx d'Aménophis III (d'après LEGRAIN. +_Statues et statuettes_, I, pl. LIII).] + +C'est encore une grande figure que celle d'Aménophis III, fils de +Thoutmès IV, qui régna 37 ans, fut un habile diplomate, un politique et +un organisateur de grand talent, en même temps qu'un constructeur +infatigable, un guerrier et un chasseur ne redoutant aucun danger. Il +n'étendit pas les conquêtes de ses ancêtres, mais sut maintenir ses +vassaux dans l'obéissance et il ne semble pas qu'il y ait eu de son +temps la moindre tentative de révolte. Les gouverneurs locaux, qui sont +en général des indigènes, envoient à la cour leurs rapports réguliers, +et les rois voisins de l'Assyrie, de Babylone et de Mitanni cherchent à +entrer en faveur auprès du puissant pharaon, ainsi qu'en témoignent les +fameuses tablettes de Tell el Amarna, les archives de la politique +étrangère à cette époque. Les constructions monumentales deviennent de +plus en plus nombreuses, et les plus beaux temples d'Egypte datent +presque tous de ce règne, qui, au point de vue artistique, a une +importance capitale. Dans son oeuvre si complexe, Aménophis III était +admirablement secondé par son ministre, un homme qui mérita d'être plus +tard divinisé, Amenophis fils de Paapis. + + +_Les rois hérétiques_ + +Le personnage le plus énigmatique de toute l'histoire d'Egypte est le +fils et successeur de ce grand roi, celui qui commença par porter le nom +d'Aménophis IV; sa mère, la reine Thii, une Egyptienne de basse ou tout +au moins de moyenne naissance, avait déjà réussi à prendre à la cour de +son mari une place très importante et tout à fait inaccoutumée, et nous +devons sans doute attribuer à son influence la réforme religieuse qui +caractérise ce règne et qui devait amener une perturbation profonde dans +toute l'Egypte et le déclin rapide de cette glorieuse dynastie. La +principale cause de cette révolution profonde bien qu'éphémère, était la +raison politique: le clergé d'Amon, dieu de Thèbes, bien plus favorisé +par les grands conquérants que ceux des autres sanctuaires du pays, +était devenu singulièrement fort, et sa puissance pouvait +contre-balancer celle des rois, ce qui arriva du reste quelques siècles +plus tard. Désireux de se débarrasser du pouvoir de plus en plus +menaçant des grands prêtres d'Amon, et obéissant peut-être aussi à une +certaine tendance mystique de son caractère, Aménophis IV imagina un +moyen radical: il supprima purement et simplement le dieu de ses pères, +devenu gênant. Détruire les immenses sanctuaires construits par ses +ancêtres eût été au-dessus de ses forces, aussi se contenta-t-il de les +fermer, d'en chasser les prêtres, et de faire marteler le nom d'Amon +dans toutes les inscriptions, fût-ce même dans le cartouche de son père +ou dans le sien propre. Puis il abandonna Thèbes avec toute sa cour, et +fonda dans la Moyenne Egypte une ville nouvelle, sous les auspices du +nouveau dieu qu'il venait d'inventer et qui devait remplacer tous les +dieux d'Egypte, Aten, le disque solaire, ou plutôt le dieu tout-puissant +qui se manifeste par l'intermédiaire du soleil. Ce monothéisme en même +temps teinté mysticisme et de matérialisme correspondait trop peu aux +idées égyptiennes du temps pour pouvoir durer, mais il offre un intérêt +tout particulier, puisque nous n'avons dans toute l'antiquité classique +et orientale, aucun autre exemple d'une réforme religieuse analogue. +L'idée première de ce culte n'est cependant pas absolument originale +mais dérive du culte d'un des plus anciens dieux égyptiens, Rà +d'Héliopolis, le Soleil; il y a donc probablement aussi dans la réforme +d'Aménophis IV, une réaction des anciens dieux, ou tout au moins de +leur sacerdoce, contre le nouveau venu qui les avait supplantés tous, +Amon le dieu de Thèbes et des dynasties thébaines. + +[Illustration: _Fig. 199._ Buste de Khounaten (d'après BÉNÉDITE. _Monum. +Piot_, XIII, pl. I).] + +[Illustration: _Fig. 200._ Adoration d'Aten. Tell el Amarna (d'apr. une +photographie de l'auteur).] + +En même temps qu'il changeait de religion, le roi prenait un nouveau +nom, Khounaten, «la splendeur du disque solaire». Sa nouvelle capitale +de Khout-aten, «l'horizon du disque», avec ses grands palais, son +temple d'Aten, ses villas dont on a retrouvé les ruines, devait avoir un +aspect tout particulier, grâce à la nouvelle tendance artistique qui se +manifestait chez les sculpteurs et les peintres et qui était due sans +doute à l'inspiration du roi lui-même, réagissant jusque dans ce domaine +contre les habitudes et la routine. Les artistes égyptiens de l'époque +cherchent à faire disparaître de leurs oeuvres cette sorte de raideur et +de solennité qui de nos jours inspire encore à première vue, à ceux qui +ne sont pas initiés à l'art égyptien, un sentiment d'étonnement et même +de répulsion; ils serrent de plus près la nature dans la ligne comme +dans le mouvement, et dans leur inexpérience de ce nouveau mode +d'expression, ils en arrivent parfois à des exagérations qui produisent +une impression étrange. Ainsi la figure même du roi est représentée avec +le crâne démesurément long, le nez et le menton proéminents, le cou +mince, la poitrine étroite, le ventre et les cuisses énormes; les +membres de sa famille, les courtisans eux-mêmes imitent dans leurs +portraits ces formes étranges et on pourrait croire, à voir ce type +nouveau si répandu, que toute la population de l'Egypte s'est modifiée +d'un jour à l'autre. Il y a à côté de cela des scènes si parfaites de +sentiment et d'intimité, des décorations peintes d'une variété si +merveilleuse, que nous sommes obligés de reconnaître dans ces +représentants d'un art nouveau des artistes qui sont au moins égaux, +peut-être même supérieurs à leurs devanciers. + +[Illustration: _Fig. 201._ Peinture de Tell el Amarna (d'ap. PETRIE. +_Tell-el-Amarna_, pl. I).] + +[Illustration: _Fig. 202._ Tablette de Tell el Amarna (d'apr. SCHEIL. +_Bulletin de l'Inst. français du Caire_, II, pl. VIII).] + +L'intimité, ou tout au moins l'apparence d'intimité qui règne entre les +membres de la famille royale est une des choses qui contribuent +peut-être le plus à nous donner de la sympathie pour cet étrange +souverain qui prenait en tout le contre-pied de ses devanciers. Qu'il +sorte en voiture, la reine et les six princesses l'escortent; qu'il +reçoive des ambassadeurs étrangers, qu'il distribue des récompenses à +ses sujets, qu'il officie dans le temple d'Aten, toujours sa femme et +ses filles se tiennent à côté de lui, le caressant ou l'enlaçant +tendrement. + +[Illustration: _Fig. 203._ Toutankhamon (d'ap. LEGRAIN. _Statues et +statuettes_, I, pl. LVII).] + +Très occupé par cette transformation radicale du pays, suivant ses +doctrines et ses théories nouvelles, Khounaten n'eut pas le loisir de +surveiller activement ses possessions asiatiques; il eût fallu y envoyer +fréquemment des expéditions armées pour contenir les éléments toujours +plus ou moins en effervescence de ces populations auxquelles on avait +laissé une autonomie presque complète, et c'est justement ce qui ne fut +pas fait. Dans les lettres des gouverneurs de ces pays, qui se trouvent +parmi les tablettes de Tell el Amarna, nous voyons sans cesse des +demandes de secours contre les insurgés qui deviennent de jour en jour +plus forts, et les rois étrangers parlent à Khounaten sur un ton moins +humble et moins respectueux que dix ans plus tôt, à son père. Le lien se +relâchait peu à peu, l'empire si puissamment organisé commençait à +s'effriter, par suite du caprice d'un homme qui se croyait sans doute un +génie, mais qui n'avait pas compris qu'une transformation intégrale +comme la sienne serait fatalement préjudiciable au pays. + +[Illustration: _Fig. 204._ Horemheb (d'apr. LEGRAIN. _Statues et +statuettes_, I, pl. LX).] + +Nous ne savons pas exactement combien de temps régna Khounaten, mais sa +réforme ne lui survécut que peu d'années; ses deux successeurs +immédiats, qui étaient ses gendres, commencèrent par suivre la même voie +que lui, puis le second d'entre eux, auquel une découverte retentissante +vient de donner une renommée mondiale, fut forcé d'en revenir à la +tradition séculaire de l'Egypte, rouvrit les sanctuaires de Thèbes et +changea son nom de Toutankhaten en celui de Toutankhamon. Aucun fait +saillant n'illustra ces règnes, pas plus que celui d'Aï qui vint +ensuite. La grande tâche de la réorganisation devait incomber à un +autre, à un homme qui occupait depuis longtemps une haute position dans +le pays, qui devait appartenir de près ou de loin à la famille royale, +et qui monta sur le trône sous le nom d'Horemheb. Il fit des expéditions +en Nubie pour rétablir dans les pays du sud le prestige de l'Egypte, fit +des constructions en maints endroits et embellit les sanctuaires +désertés pendant un temps, mais surtout il rétablit en tous points +l'ancien ordre de choses et promulgua une série de lois pour réprimer la +violence et l'arbitraire, et assurer la protection des faibles. C'est +avec cette noble figure que se termine la XVIIIme dynastie. + + +_XIXe dynastie_ + +Le successeur d'Horemheb, Ramsès I, un ancien grand vizir qui n'était +sans doute pas apparenté à la famille royale, ne fit qu'une très courte +apparition sur le trône, vers 1250 probablement. Son fils Séti I est à +tous les points de vue un des plus grands parmi les pharaons. Il +consacra toutes les premières années d'un règne dont nous ignorons la +longueur, et qui dura peut-être un demi-siècle, à reprendre les colonies +asiatiques que possédait l'Egypte avant la crise des rois hérétiques. +Horemheb avait déjà rétabli son autorité sur la Nubie, et il lui suffit +d'une très brève campagne dans ce pays pour bien marquer sa puissance, +puis il se jeta avec toutes ses forces sur la Syrie, qu'il traversa +triomphalement du sud au nord, écrasant à plusieurs reprises les +indigènes qui avaient repris leur indépendance, et il atteignit les +confins du pays des Hittites en Asie Mineure et des royaumes de +Babylonie et d'Assyrie, sur le Haut Euphrate. Une expédition contre les +tribus libyennes du désert enleva à celles-ci toute velléité de faire +des incursions dans la vallée du Nil. L'Egypte avait en apparence, et +pour un temps du moins, reconquis toute sa puissance, et Séti pouvait +s'occuper en paix de travaux intérieurs; il nous est parvenu des témoins +très remarquables de cette activité parmi lesquels figurent son +tombeau, le temple d'Abydos et surtout la grande salle hypostyle de +Karnak, sur les parois extérieures de laquelle il fit sculpter en +tableaux immenses les péripéties de ses campagnes. + +[Illustration: _Fig. 205._ Tête de la momie de Séti I (d'après +ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, frontispice).] + +[Illustration: _Fig. 206._ Campagnes de Séti I (Temple de Karnak).] + +[Illustration: _Fig. 207._ Tête de la momie de Ramsès II (d'ap. +ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLIV).] + +De tous les anciens rois d'Egypte, le seul dont l'humanité ait conservé +un souvenir vivant est Ramsès II, fils de Séti I, qu'on confond +volontiers avec le légendaire Sesostris, et qui jouit en somme d'une +réputation très supérieure à son oeuvre. Il eut un très long règne, +construisit beaucoup, et, en plus de cela, il s'appropria sans le +moindre scrupule tous les monuments de ses prédécesseurs, effaçant même +parfois leurs cartouches pour y mettre le sien, aussi n'y a-t-il guère +de site antique en Egypte où l'on ne trouve son nom. Dès le début de son +règne il eut à lutter, dans les provinces asiatiques de son empire, +contre un royaume devenu progressivement très puissant et qui occupait +une grande partie de l'Asie Mineure, celui des Hittites. Il sut +habilement jouer d'un succès qu'il remporta dans sa première campagne et +où sa valeur personnelle avait décidé de la victoire; sur la façade de +tous ses temples, il fit sculpter cet épisode accompagné d'un poème +dithyrambique, le fameux poème de Pentaour, et acquit ainsi une auréole +de gloire qui est, sinon imméritée, du moins un peu surfaite. En effet, +son succès ne devait pas être décisif, et nous voyons Ramsès, quelques +années plus tard, conclure avec ces mêmes rois hittites un traité dont +il fait de nouveau très grand état et qui, à tout prendre, met sur un +pied d'égalité les deux parties contractantes au lieu d'assurer la +supériorité de l'Egypte. Ramsès sut du reste, semble-t-il, maintenir +l'intégrité de ses états, et l'orage qui s'approchait de ses frontières +n'éclata qu'après sa mort. + +[Illustration: _Fig. 208._ Tête de la momie de Menephtah (d'ap. +ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLVIII).] + +Un grand mouvement se préparait en effet contre l'Egypte; avec l'appui +des tribus libyennes cantonnées dans le désert, dans la Cyrénaïque et +peut-être plus loin encore, du côté de la Tunisie, certains peuples du +nord, venant des îles grecques et de la côte d'Asie Mineure, +traversèrent la mer, débarquèrent et tentèrent d'envahir la vallée du +Nil, dont le souverain était en ce moment Menephtah, le soi-disant +pharaon de l'Exode. Ce roi était le trentième fils de Ramsès II, auquel +il succéda étant lui-même déjà presque un vieillard, inhabile à conduire +des armées. Les généraux auxquels il délégua ses pouvoirs se +comportèrent vaillamment et repoussèrent l'invasion; plus tard, ils +firent une campagne victorieuse en Syrie, pays également menacé par les +ennemis de l'Egypte, et qui n'était sans doute déjà plus vassal des +pharaons, à en juger par les termes que Menephtah emploie en parlant des +habitants de la contrée, qu'il ne considère plus comme des sujets ou des +rebelles, mais comme des adversaires indépendants. Pendant quelques +siècles, la monarchie égyptienne avait fait de brillantes conquêtes et +les avait défendues âprement, mais elle n'avait pas le caractère d'une +puissance expansive et ses colonies asiatiques lui échappèrent sans que +nous puissions bien nous rendre compte de quelle façon. Désormais +l'Egypte sera réduite à son territoire africain, et si quelques rois, +d'un esprit plus aventureux, veulent plus tard tenter des expéditions +lointaines, leurs succès ne seront jamais que momentanés et n'auront +aucun lendemain. + +Ces victoires devaient être les derniers moments de gloire de la XIXme +dynastie, et la fin du règne de Menephtah se perd dans l'oubli; ses +successeurs, Seti II, Amenmesès, Taousert, Siphtah ne sont guère pour +nous que des noms, des êtres sans consistance historique. Peu à peu, +sous eux, l'Egypte était tombée en pleine anarchie; des hordes syriennes +s'étaient abattues sur le pays et le rançonnaient sans pitié. La +décadence était complète au XIme siècle avant notre ère. + + +_XXe dynastie_ + +L'Egypte devait secouer cependant encore une fois le joug des barbares, +grâce à la valeur et à l'opiniâtreté de Setnekht et de Ramsès III, les +fondateurs de la XXme dynastie; Setnekht, un parent sans doute des rois +de la XIXme, rétablit l'ordre dans le pays même, mais mourut après un +très court règne, laissant le trône à son fils Ramsès III. La coalition +des peuples de la mer et des Libyens, dissoute par la victoire de +Menephtah, s'était reformée et devenait de nouveau menaçante; c'était +une vraie émigration de nations entières qui se dirigeaient vers +l'Egypte en suivant la côte de la Syrie et de la Palestine; Ramsès les +attendait près de la frontière et les défit une première fois, mais ils +revinrent à la charge trois ans après et, dans la même journée, leur +flotte fut anéantie par celle du roi d'Egypte et leur armée repoussée +définitivement; cette fois-ci, les Libyens s'étaient mis aussi en +campagne et, Ramsès, immédiatement après sa victoire dans l'est, se +retourna contre eux et leur infligea à eux aussi une défaite +retentissante. Il n'avait plus rien à craindre du dehors et fut assez +sage pour ne pas passer de la défensive à une politique offensive; il se +consacra donc exclusivement au bien-être et au développement de son +pays, où la paix et la sécurité régnaient de nouveau. Il édifia des +monuments splendides, comme ceux de Medinet-Habou, protégea le commerce +et l'industrie et combla les temples de richesses. Grâce au grand +papyrus Harris, qui contient l'énumération de ses dons et un résumé +historique de son oeuvre, nous sommes admirablement renseignés sur son +règne. Ramsès III cherchait en tout à imiter son illustre ancêtre et +homonyme Ramsès II; si son règne fut de moitié plus court, trente-trois +ans à peine, l'oeuvre qu'il accomplit pendant ce temps est supérieure, +semble-t-il, à celle de son célèbre modèle, et elle eût été vraiment +durable s'il avait eu des successeurs dignes de lui; malheureusement +ceux-ci se montrèrent aussi incapables que les successeurs de Ramsès II +et la XXme dynastie finit comme la XIXme, tristement et sans gloire. Les +neuf rois qui se succèdent à des intervalles plus ou moins longs et qui +portent tous le nom glorieux de Ramsès sont comme les rois fainéants +entre les mains des maires du palais, des fantoches sans valeur +personnelle, absolument dépendants des prêtres d'Amon; ceux-ci avaient +repris la place prépondérante que Khounaten avait cherché à leur +enlever, cependant les rois représentaient encore le lien traditionnel +qui assurait l'unité de l'Egypte, menacée de tous côtés par des +ambitieux désireux de s'arroger une partie du pouvoir suprême. + +[Illustration: _Fig. 209._ Tête de la momie de Ramsès III (d'ap. +ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. LII).] + +[Illustration: _Fig. 210._ Bataille contre les Philistins (d'après +CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXX).] + +[Illustration: _Fig. 211._ Bataille navale sous Ramsès III (d'après +CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXXII).] + +La dislocation du pays commença en effet dès la disparition du dernier +de ces princes, Ramsès XII, détrôné sans doute par le grand prêtre +Hrihor, qui tenait depuis longtemps les rênes du pouvoir et voulait +porter lui-même la couronne. Une ère nouvelle commence, celle du +morcellement de l'Egypte, assez semblable en principe à la période +féodale qui sépare l'Ancien du Moyen Empire, à cette différence près que +ces roitelets vivent le plus souvent en bonne harmonie les uns avec les +autres, s'unissent par des mariages et se repassent sans dispute la +prééminence, suivant que l'une ou l'autre des familles a plus de +puissance sur le moment. Il semble que l'Egypte soit épuisée par son +effort politique et militaire et qu'elle se recueille, attendant des +jours meilleurs qui du reste ne pourront être aussi glorieux que par le +passé; pendant le début de cette période qui reste encore confuse, bien +qu'elle nous ait transmis une foule de documents, aucun ennemi sérieux, +venant du dehors, ne menace l'Egypte, mais aucun roi ne domine les +autres par ses actes ou par ses capacités. Cette époque est une époque +de médiocrité à tous les points de vue, pendant laquelle la +civilisation, comme les arts, végète sans se développer, et qui dura de +trois à quatre siècles. Il faudrait pouvoir en donner un vaste tableau +d'ensemble, chose qui n'est pas encore possible, les éléments étant +insuffisants, et nous devons nous borner à suivre la classification de +Manéthon en dynasties; chacune de ces dynasties semble d'après lui +former un tout indépendant, tandis qu'en réalité elle est intimement +liée aux autres, dans un enchevêtrement bien difficile à débrouiller. + + +_XXIe dynastie_ + +Avec Hrihor, les grands prêtres d'Amon s'étaient, comme cela devait +fatalement arriver, élevés sur le trône d'Egypte, mais à peine y +furent-ils qu'ils se trouvèrent en face de compétiteurs qui n'étaient +point négligeables: ceux-ci, moins puissants peut-être que les +rois-prêtres qui occupaient Thèbes, avaient pour eux leur naissance, +étant parents très rapprochés des souverains déchus. Leur centre était à +Tanis, à l'extrême nord-est du Delta, une ville à laquelle Ramsès II +avait donné une grande importance comme boulevard de l'Egypte du côté de +la Syrie. Ces rois, Smendès, Si-Amon, les Psousennès, firent avec ceux +de Thèbes une sorte de compromis et vécurent en bons termes avec Hrihor +comme avec ses descendants, les Pânkhi, les Pinodjem, les Masaherta, +dont plusieurs du reste se contentèrent de leur titre de grand pontife +tandis que d'autres revendiquaient le cartouche royal. La XXIme dynastie +est donc double, mi-partie tanite, mi-partie thébaine. + + +_XXIIe dynastie_ + +La force militaire des grands conquérants, dès la XVIIIme dynastie, +réside pour une bonne part dans les troupes mercenaires qu'ils prenaient +à leur service, nègres, Shardanes et Libyens, races qui toutes étaient +plus belliqueuses que les Egyptiens. Parmi tous ces étrangers défenseurs +de l'Egypte, la tribu libyenne des Mashaouash prit rapidement une place +prépondérante, et ses chefs une haute position à la cour, puisqu'ils +entrèrent même par des mariages dans la famille royale; un descendant de +ces chefs, résidant à Bubastis dans la Basse Egypte, Sheshonq, prit lui +aussi le titre de roi de la Haute et de la Basse Egypte, peut-être au +moment même où Hrihor et Smendès se proclamaient rois chacun de son +côté. Cette dynastie bubastite qui compte dans ses rangs des Sheshonq, +des Osorkon, des Takelot, des Nimrod, fut généralement plus puissante +que les autres familles régnantes et nous a laissé beaucoup plus de +monuments, entre autres ceux dont elle dota sa capitale de Bubastis; +souvent même ces rois occupèrent Thèbes, y installèrent des grands +prêtres pris dans leur famille et firent des travaux importants dans le +grand temple d'Amon; cependant nous ne voyons pas qu'il y ait jamais eu +de luttes violentes entre eux et les autres dynasties collatérales. Le +fondateur de la dynastie, Sheshonq I, manifesta des velléités +conquérantes et fit campagne en Judée: c'est le Sisak de la Bible, qui +vainquit Roboam et pilla Jérusalem. Certains de ses successeurs, comme +Osorkon I, le Zerakh de la Bible, eurent aussi maille à partir avec les +Juifs, mais à part cela leurs règnes ne renferment aucun événement +vraiment digne de mémoire. + +[Illustration: _Fig. 212._ Osorkon I (d'ap. GONINO. _Proc. of the Soc. +of Bibl. Arch._, VI, p. _205_).] + + +_XXIIIe dynastie_ + +Quand la première famille de rois tanites, la XXIme dynastie, +s'éteignit, une autre famille de même origine prit possession de son +trône, mais ne laissa dans l'histoire qu'une trace insignifiante. Elle +régna donc pendant les derniers temps de la XXIIme dynastie bubastite. A +cette époque se place un événement important, la conquête de l'Egypte +entière par le roi éthiopien Piânkhi Meri-Amon. Ce prince, qui +descendait des anciens rois d'Egypte et qui se considérait comme leur +légitime successeur, rêvait d'une restauration du royaume des pharaons +tel qu'il était à la grande époque. Il descendit le Nil avec une flotte +et une armée, s'empara successivement de toutes les villes et de toutes +les places fortes d'Egypte, malgré la résistance opiniâtre des derniers +rois de la XXIIme et de la XXIIIme dynastie, Nimrod et Osorkon, de +Tafnekht, roi de Saïs et d'une série de petits roitelets, qui tous +durent finir par se soumettre et le reconnaître comme leur suzerain. Il +rendit lui-même solennellement hommage aux dieux de l'Egypte, mais ne +s'attarda pas dans le pays et remonta dans sa patrie, à Napata, au fond +du Soudan. + +[Illustration: _Fig. 213._ Rois et princes faisant leur soumission à +Piânkhi (d'après MARIETTE. _Monuments divers_, pl. I).] + + +_XXIVe dynastie_ + +Le plus opiniâtre des adversaires de Piânkhi, Tafnekht, roi de Saïs, +s'arrogeait déjà, comme du reste les autres princes ses contemporains, +le protocole complet des rois d'Egypte. Son fils et successeur, +Bokenranf (Bocchoris), eut un pouvoir plus étendu et régna même quelques +années sur le pays entier, constituant à lui seul l'éphémère XXIVme +dynastie saïte. C'était un sage et un législateur, sur le compte duquel +la postérité racontait mainte anecdote. Comme guerrier, il tenta, en +Syrie, de s'opposer à la marche victorieuse de Sargon, roi d'Assyrie, +mais fut battu et dut s'estimer heureux que son royaume n'eût pas à +subir l'invasion. Peu après il fut attaqué, vaincu et mis à mort par le +roi éthiopien qui régnait encore à Thèbes, Sabacon. + + +_XXVe dynastie_ + +Piânkhi en effet, en rentrant en Ethiopie, avait laissé le royaume +reconquis par lui aux mains de membres de sa famille qui résidèrent à +Thèbes, mais qui n'eurent qu'une autorité très limitée jusqu'au jour où +l'un d'entre eux, Sabacon, se trouva maître de nouveau de tout le pays +par sa victoire sur Bocchoris. L'unité des deux royaumes pharaoniques +semblait reconstituée, mais elle ne devait pas être de longue durée. Un +ennemi nouveau, plus redoutable que tous ceux qu'avait jusque-là connus +l'Egypte, le roi d'Assyrie, qui était déjà maître d'une bonne partie de +la Syrie, s'avançait progressivement. La politique que suivirent à son +égard les rois éthiopiens de la XXVme dynastie, et du reste aussi les +autres princes égyptiens, ne fut pas très franche et varia presque d'une +année à l'autre. Sabacon commença prudemment par payer tribut à ce +puissant rival; son fils Shabatoka prit le parti contraire, marcha +contre Sennakhérib, fut complètement battu, et l'Egypte n'évita +l'invasion que grâce au mystérieux événement relaté par la Bible et par +Hérodote, cette peste qui anéantit en une nuit l'armée assyrienne dans +les environs de Jérusalem, à Lakish, en l'an 701. Peu après, Shabatoka +fut détrôné et tué par son suzerain, le nouveau roi d'Ethiopie Taharqa, +qui s'installa à sa place comme pharaon, et donna à l'Egypte quelques +années de prospérité; ayant noué des intrigues avec les peuples syriens, +il s'attira la colère d'Asarhaddon, roi d'Assyrie, qui cette fois +pénétra en Egypte, le vainquit, pilla Memphis et reçut l'hommage des +princes du Delta, auprès desquels il établit des gouverneurs, en 670. +Taharqa revint à la charge un peu plus tard, mais cette fois les armées +d'Assourbanipal, qui venait de succéder à son père, pénétrèrent jusqu'à +Thèbes et firent peser un joug plus lourd sur les princes de la Basse +Egypte qui avaient profité de l'occasion pour se révolter de nouveau. +Le successeur de Taharqa, Tanoutamon, tenta une fois encore de repousser +les Assyriens, reprit le pays jusqu'au Delta, puis finit aussi par être +refoulé au delà de la cataracte, après que Thèbes eut été mise à sac. +Ceci se passait en 662; la domination assyrienne ne devait plus durer +que peu de temps, mais aucun roi éthiopien ne devait plus porter la +double couronne d'Egypte. + + +_XXVIe dynastie_ + +Parmi tous les princes et roitelets qui se partageaient le Delta et +formaient ce que les Grecs appelaient la dodécarchie, ceux de Saïs +avaient depuis Bocchoris une place dominante et prenaient toujours la +tête du mouvement, que ce mouvement fût dirigé contre les Ethiopiens ou +contre les Assyriens. Néchao, le véritable fondateur de cette nouvelle +dynastie saïte la XXVIme, avait déjà été reconnu par Asarhaddon, mais ce +fut son fils Psammétique qui, profitant de la retraite définitive de +Taharqa et de l'éloignement d'Assourbanipal, alors très occupé par sa +guerre contre l'Elam, arriva en un temps relativement court à affranchir +son pays de la domination étrangère, à en reconstituer l'unité et à lui +assurer de nouveau de longues années de prospérité et de gloire, comme +dans les beaux temps d'autrefois. + +[Illustration: _Fig. 214._ Psammétique I (d'après SCHÄFER. _Zeitsch. für +aegypt. Sprache_, XXXIII, p. _116_).] + +Ainsi que nous l'apprennent les historiens grecs, c'est en s'appuyant +sur des mercenaires ioniens et cariens que Psammétique I put obtenir ce +résultat et réunir tout le pouvoir dans sa main; certains soldats +égyptiens, blessés de cette préférence non déguisée qu'il accordait aux +soldats étrangers, l'abandonnèrent et s'expatrièrent, mais les autres +furent vite enrégimentés de nouveau. La puissance militaire de l'Egypte +était reconstituée, et le nouveau roi chercha d'abord à expérimenter sa +force en faisant des incursions en Syrie, puis adopta un autre système, +celui de fortifier ses frontières au nord-est et au sud pour pouvoir +s'occuper activement de réorganiser son royaume; son long règne lui +permit de mener à bien cette besogne. + +Le royaume d'Assyrie avait disparu, aussi le fils de Psammétique, Néchao +II voulut-il reprendre la vieille politique syrienne des pharaons +conquérants; son expédition fut d'abord couronnée de succès, mais après +une défaite terrible qui lui fut infligée à Carchemis par le roi de +Babylone, Nabuchodonosor, il dut se replier sur l'Egypte où son +vainqueur n'osa le poursuivre et il se voua, à son tour, au +développement intérieur de son royaume. Il s'occupa aussi activement de +sa marine, et c'est sur son ordre qu'eut lieu le fameux périple, le +voyage d'une flotte égyptienne autour de l'Afrique, partant de la mer +Rouge pour revenir par la Méditerranée. + +[Illustration: _Fig. 215._ Apriès (d'ap. PETRIE. _The Palace of Apries_, +pl. II).] + +Psammétique II, puis Apriès, continuèrent l'oeuvre de leurs devanciers +jusqu'au moment où ce dernier, après une expédition désastreuse contre +les Libyens, eut suscité une vraie révolution populaire qui le renversa +et le remplaça sur le trône par Amasis, un de ses généraux, sans doute +son parent. Nabuchodonosor profita de cette crise pour enlever à +l'Egypte tout ce qu'elle pouvait encore posséder en Syrie, mais n'osa +pas tenter de pénétrer dans la vallée du Nil, et Amasis, s'appuyant de +plus en plus sur les Grecs, continua l'oeuvre civilisatrice commencée +avant lui; c'est grâce à lui surtout que s'élevèrent sur le sol égyptien +des villes purement grecques comme Naucratis, et que le commerce et +l'industrie helléniques y prospérèrent, faisant pénétrer peu à peu un +nouvel esprit dans cette vieille civilisation, aussi la figure d'Amasis +est-elle restée très vivante chez les Grecs, et une foule d'histoires +sont venues se greffer sur son nom, qu'elles popularisent encore en ce +jour. Jamais l'Egypte, paraît-il, n'avait été si riche et si prospère +que sous son habile gouvernement; il l'avait rendue si forte que Cyrus +lui-même n'osa pas l'attaquer. Ce dernier lui ayant, dit-on, demandé sa +fille en mariage, Amasis lui aurait envoyé la fille du pharaon détrôné +Apriès; cette tromperie devint plus tard le prétexte des revendications +de Cambyse au trône d'Egypte et de l'envahissement de la vallée du Nil, +dès que le faible Psammétique III eut remplacé au pouvoir son père +Amasis. + +[Illustration: _Fig. 216._ Amasis (d'après PETRIE. _Meydum and Memphis_, +III, pl. XXIX).] + +La XXVIme dynastie, ou, comme nous l'appelons aussi pour bien la +distinguer du Nouvel Empire thébain avec lequel elle n'a plus aucun +rapport, l'époque saïte, présente un caractère tout particulier qu'on +peut qualifier d'un seul mot, celui de renaissance. Longtemps contenue, +l'Egypte s'épanouit de nouveau; dans tous les domaines, elle cherche à +retrouver ce qui a fait autrefois sa grandeur et sa force. Elle reprend +la vieille tradition à laquelle elle insuffle un peu de cet esprit +nouveau qui commence à se manifester grâce au contact permanent avec des +peuples plus jeunes. Trop tôt coupé par l'invasion persane, ce grand +effort qui se manifeste aussi bien au point de vue politique que dans le +domaine de l'art, n'eut pas le temps de donner tout ce qu'on eût été en +droit d'en attendre. + + +_Epoque perse (dynasties XXVII-XXX)_ + +L'histoire de la conquête de l'Egypte par Cambyse et des rois ses +successeurs, est trop connue pour qu'il y ait lieu d'y revenir ici. La +vallée du Nil est désormais englobée dans l'empire perse, et il est à +remarquer qu'elle ne fut jamais administrée comme les autres provinces +ou satrapies, mais qu'elle bénéficia de certains privilèges et conserva, +nominalement au moins, son ancienne organisation. Le grand roi se +considérait comme le légitime successeur des pharaons, il enfermait son +nom dans un cartouche, se donnait les titres de roi de la Haute et de la +Basse Egypte et même celui d'Horus, adorait officiellement tous les +dieux égyptiens et leur dressait des temples, mais toutes ces +prévenances ne suffirent pas à lui gagner le coeur de ses nouveaux +sujets qui aspiraient à la liberté et cherchèrent maintes fois à la +reconquérir. + +[Illustration: _Fig. 217._ Nectanébo I (d'apr. AYRTON. _Abydos_, III, +pl. XXVIII).] + +Les premières révoltes furent réprimées, mais enfin sous Darius II +Ochus, en 405, les Egyptiens secouèrent le joug et substituèrent à la +XXVIIme dynastie perse une série de dynasties indigènes, la XXVIIIme +d'abord, qui ne compte qu'un seul roi, Amyrtée, d'origine saïte, puis +la XXIXme, de Mendès, qui avec Nepherites et Hakoris acheva la +délivrance. Des luttes intestines marquèrent seules les courts règnes de +leurs successeurs qui furent détrônés en 379 par un prince originaire de +Sebennytos, Nekhthorheb ou Nectanébo I, le fondateur de la XXXme +dynastie. Ce roi, puis ses successeurs Téos et Nectanébo II, tout en +travaillant activement au bien-être intérieur du pays, eurent +continuellement à lutter contre les Perses qui voulaient reconquérir +leur province perdue. Pendant des années, avec le secours des +mercenaires grecs, ils bataillèrent avec héroïsme, mais ils finirent par +être écrasés sous le nombre, et en 342, le dernier roi égyptien +s'enfuyait en Ethiopie; l'antique monarchie avait jeté son dernier +éclat. + +Les Perses saccagèrent consciencieusement le pays qui, au cours de la +XXXme dynastie, s'était remis à prospérer, mais ils ne devaient jouir de +leur triomphe que dix ans à peine et quand Alexandre parut, il fut salué +comme un sauveur. C'était une Egypte toute nouvelle qui commençait, +l'Egypte grecque, désormais intimement liée à l'histoire du monde +méditerranéen, de ce monde à la civilisation duquel elle avait si +largement contribué. + + +_L'Exode des Hébreux_ + +Je dois ajouter encore un mot sur l'événement de l'histoire d'Egypte qui +nous est le plus familier, l'Exode des Hébreux; pour les Egyptiens +eux-mêmes, le fait n'était ni glorieux ni important, aussi ne faut-il +pas s'étonner qu'ils n'en font pas la moindre mention; dans les livres +de Moïse, le roi sous lequel eut lieu l'Exode n'est pas nommé, aussi la +date ne peut-elle être fixée de façon certaine. L'opinion +traditionnelle, presque universellement acceptée aujourd'hui, est que la +persécution des Juifs eut lieu à partir de Ramsès II et la sortie +d'Egypte sous Menephtah; cependant dans la stèle racontant son triomphe +en Syrie, en l'an 5, ce dernier roi parle d'Israël--le mot est écrit en +toutes lettres--comme étant fixé dans ce pays, et fortement atteint par +la victoire égyptienne. Il est bien difficile de concilier ce fait +précis avec la tradition. Une solution qui est à mon avis plus plausible +est celle de M. Lieblein qui reporte l'Exode vers la fin de la XVIIIme +dynastie: Thoutmès III serait le pharaon de l'oppression et les Juifs +auraient quitté l'Egypte sous Amenophis III; deux cents ans plus tard, +sous Menephtah, ils devaient donc être installés en Palestine. Ce +système a l'avantage d'expliquer la présence sur les frontières de la +Palestine, sous Amenophis IV, de tribus belliqueuses et envahissantes +que les lettres des gouverneurs appellent les Khabirou. Ces Khabirou +seraient simplement les Hébreux qui, sous la conduite de Josué, +commençaient la conquête de la terre promise. + + +B. MONUMENTS + +La masse énorme de monuments du Nouvel Empire qui nous sont parvenus +appartiennent presque tous à la période thébaine, tandis que celle des +rois du Delta est à peine représentée jusqu'à la XXVIme dynastie, +l'époque saïte, qui présente un caractère un peu différent. Ce sera donc +surtout d'après les documents thébains, de la XVIIIme à la XXme +dynastie, que nous étudierons maintenant la différence qui existe entre +le Nouvel Empire et les deux grandes périodes qui le précédèrent. + + +_Architecture_ + +En Orient, chaque roi nouveau se construit généralement une résidence +qui n'est pas destinée à durer beaucoup plus longtemps que lui. En +Egypte, les palais étaient des constructions légères en briques et bois, +couvrant un vaste espace, avec cours centrales, grandes pièces à +colonnes et chambres plus petites, bien aérées, dont la disposition +devait varier constamment; l'ornementation, qui se faisait sur stuc, +était souvent très riche; ainsi, dans les grandes salles d'apparat, le +sol, était couvert d'un enduit entièrement peint, représentant un étang +plein de poissons, entouré de touffes de plantes et de buissons couverts +de fleurs sur lesquels volent des multitudes d'oiseaux, thème décoratif +traité avec la fantaisie la plus charmante. + +[Illustration: _Fig. 218._ Fragment d'un dallage peint (d'après PETRIE. +_Tell-el-Amarna_, pl. II).] + +De même que leurs princes, les gens aisés cherchaient à avoir des +maisons fraîches et bien aérées, sortes de villas à un ou deux étages +placées au milieu de beaux jardins pleins d'arbres fruitiers et qui, +avec leurs pièces d'eau et la régularité de leur disposition, font +parfois penser aux jardins à la française. Les communs, greniers et +pressoir, sont à côté de la maison. + +[Illustration: _Fig. 219._ Maison et jardin (d'après BOUSSAC. _Le +Tombeau d'Anna_).] + +L'Egypte n'ayant pas d'invasion à craindre sous les rois thébains ne fit +aucune construction militaire; ce n'est que sous les Saïtes que nous +trouvons à la frontière des forteresses comme celle de Daphnae, destinée +à la garnison grecque, énorme massif de maçonnerie qui rappelle beaucoup +les forts du Moyen Empire. Les monuments nous font par contre connaître +les fortifications syriennes avec leurs terrasses et leurs créneaux, et +Ramsès III eut même la fantaisie de construire en avant de son temple +de Medinet-Habou, en souvenir de ses campagnes, un vrai fort syrien qui +est aujourd'hui admirablement conservé. + + +_Temples_ + +Les temples égyptiens du Nouvel Empire sont très nombreux et le plus +souvent de dimensions colossales; les dispositions de détails varient de +l'un à l'autre, mais le plan d'ensemble est toujours le même, et +comporte trois parties principales placées l'une derrière l'autre et +donnant au monument la forme d'un rectangle à peu près deux fois plus +long que large. En avant est une cour souvent entourée d'une colonnade +et précédée d'un double pylone très élevé, flanquant les deux côtés de +la porte centrale; puis vient la salle, ou les salles hypostyles où se +faisaient les cérémonies publiques du culte, et enfin le sanctuaire, +isolé par un couloir sur lequel s'ouvrent encore une série de pièces +secondaires destinées à servir de magasins ou de trésors. Dans ce +sanctuaire on conservait l'image sainte du dieu, enfermée dans un riche +naos ou placée sur une barque qu'on apportait devant la foule pendant +les grandes cérémonies. Devant le pylone se dressaient deux obélisques, +de hauts mâts portant des banderoles, et souvent des statues colossales +de rois; parfois une avenue bordée de sphinx y aboutissait; des statues +en plus ou moins grand nombre étaient déposées dans toutes les parties +du temple. + +[Illustration: _Fig. 220._ Pavillon de Ramsès III, à Medinet Habou.] + +[Illustration: _Fig. 221._ Plan du temple de Khonsou, à Karnak (d'apr. +LEPSIUS. _Denkmäler_, Text III, p. _54_).] + +Une riche décoration traitée en bas-relief ou en creux, et le plus +souvent rehaussée de couleur, couvre toutes les parois, tant à +l'extérieur qu'à l'intérieur; à l'intérieur, c'est-à-dire dans les +salles hypostyles aussi bien que dans les pièces accessibles aux prêtres +seuls, ce sont des scènes d'adoration, d'offrandes ou de cérémonies +cultuelles, tandis que dans les cours, sur les pylones et sur les murs +extérieurs, les rois faisaient de préférence représenter leurs hauts +faits guerriers et l'écrasement de leurs ennemis, avec des inscriptions +historiques, visibles ainsi pour tout le monde. + +[Illustration: _Fig. 222._ Pylone du temple de Louxor.] + +[Illustration: _Fig. 223._ Temple de Khonsou, à Karnak.] + +[Illustration: _Fig. 224._ Cour du temple de Louxor (Aménophis III).] + +[Illustration: _Fig. 225._ Cour du temple de Medinet-Habou (Ramsès +III).] + +[Illustration: _Fig. 226._ Salle hypostyle de Karnak (Séti I).] + +[Illustration: _Fig. 227._ Salle hypostyle du Ramessoum (Ramsès II).] + +[Illustration: _Fig. 228._ Bas-reliefs du temple de Karnak (Séti I).] + +[Illustration: _Fig. 229._ Bas-reliefs du temple de Séti I à Abydos.] + +Au point de vue construction, la maçonnerie est très soignée, formée de +grands blocs de calcaire ou de grès, parfois même de granit, posés sur +le sol presque sans fondations; les colonnes sont également en matériaux +appareillés et non plus monolithes, ce qui permet de leur donner de +beaucoup plus grandes dimensions. + +Les temples des dieux présentent souvent un tout extrêmement complexe, +provenant des adjonctions que les rois ont successivement apportées au +plan primitif; la chose est surtout évidente pour le grand temple d'Amon +à Karnak, dont l'ensemble mesure 400 mètres de longueur, et où presque +tous les rois du Nouvel Empire ont tenu à laisser une trace de leur +activité. Par contre les temples funéraires, bâtis par un seul souverain +et pour lui seul, qui sont construits suivant le même principe et sur le +même plan que ceux des dieux, sont beaucoup plus simples. Ces temples +funéraires situés dans la vallée, très loin des tombeaux eux-mêmes, qui +sont creusés dans la montagne, remplacent les anciennes chapelles +funéraires dépendant des pyramides, dont les dimensions étaient plus +restreintes et le plan très différent; il y a donc dans ce domaine un +changement très important à signaler, qui provient d'une évolution dans +les idées relatives à la vie future. Le seul temple funéraire qui +s'écarte du modèle ordinaire est le plus ancien, celui de Hatshepsou à +Deir-el-Bahari, avec ses terrasses, ses colonnades et son sanctuaire +creusé dans la montagne, sa décoration est du reste, comme celle des +autres temples, composée de scènes religieuses et de représentations des +événements saillants du règne. + +[Illustration: _Fig. 230._ Barque sacrée d'Amon, à Abydos.] + +Le culte ne se pratiquait pas de la même manière dans tous les temples, +mais il consistait toujours en un certain nombre de cérémonies +analogues; la principale, celle du culte journalier, était présidée en +principe par le roi lui-même, grand prêtre de tous les dieux d'Egypte, +en réalité par un prêtre auquel il déléguait ses pouvoirs. L'officiant +commençait par se purifier dans la cour du temple, revêtait les +ornements sacrés, s'avançait en grande pompe vers le sanctuaire où il +ouvrait la châsse divine; il se prosternait devant le dieu, l'adorait, +pratiquait les rites qui devaient faire descendre l'âme de la divinité +dans la statue, l'encensait, l'oignait, lui présentait des victuailles +diverses, en entremêlant tous ces gestes rituels d'hymnes et de formules +magiques; puis il prenait congé du dieu et refermait le naos. Dans les +grandes solennités, le dieu, monté sur sa barque et porté sur les +épaules des prêtres, sortait et se présentait au peuple massé dans les +salles hypostyles et les cours, faisait le tour du temple ou allait +voguer sur le lac sacré; parfois même, toujours accompagné d'un cortège +solennel, il s'en allait passer quelques jours dans un autre de ses +sanctuaires, ou faire une courte visite de cérémonie à l'un des dieux +ses voisins, ses parents ou ses amis. + + +_Tombeaux_ + +Le changement qui s'était accompli dans les coutumes funéraires est plus +sensible encore dans les tombeaux mêmes des rois; c'est sans doute +ensuite du pillage systématique des tombes, commis sous les Hyksos, +qu'on éprouva le besoin de changer le mode de sépulture et de rendre la +dernière retraite des rois aussi inaccessible et aussi secrète que +possible. On choisit dans ce but une vallée isolée et sauvage dans la +montagne de Thèbes et on y creusa ces tombeaux qui sont une des choses +les plus impressionnantes que l'Egypte nous ait léguées, vastes syringes +descendant tout droit dans le flanc de la montagne, recoupées de salles +de diverses grandeurs avant d'arriver à la chambre funéraire, au milieu +de laquelle se dresse un énorme sarcophage de granit. Les parois sont +couvertes d'inscriptions et de scènes en relief peint, d'une fraîcheur +et d'un travail admirables, toutes relatives aux cérémonies funéraires +et à la vie de l'autre monde, et représentant les êtres fantastiques que +le mort devait rencontrer dans les enfers. Une fois l'ensevelissement +terminé, on fermait l'entrée du tombeau et on la dissimulait aussi +soigneusement que possible avec des éboulis de roches, ce qui n'empêcha +pas les violateurs de sépultures d'y pénétrer et de faire main basse sur +les richesses amoncelées autour des rois défunts; à un moment donné, +sous la XXIme dynastie, on recueillit pieusement ce qui restait des +momies royales et de leur mobilier pour les enfermer pêle-mêle dans une +nouvelle cachette qui les a gardées jusqu'à nos jours, et n'a livré son +précieux dépôt qu'à des savants capables d'en faire le meilleur usage +scientifique: c'est ainsi que nous possédons maintenant les corps, +admirablement embaumés, de presque tous les grands rois de la deuxième +époque thébaine. + +[Illustration: _Fig. 231._ Plan du tombeau de Ramsès IV (d'après +LEFÉBURE. _Hypogées royaux de Thèbes_, II, 3, pl. I).] + +[Illustration: _Fig. 232._ Tombeau d'un particulier (photogr. de M. H. +Pieron).] + +Les tombeaux des simples particuliers sont presque tous des hypogées +creusés dans le flanc de la montagne, et le type mastaba est pour ainsi +dire complètement abandonné; les dimensions sont très variables, suivant +la position sociale et la richesse du propriétaire. Quant à la +décoration, elle est parfois sculptée, mais plus souvent peinte sur +enduit, vu la mauvaise qualité de la pierre dans la montagne de Thèbes +où la plupart de ces tombes sont creusées; cette décoration comporte, +non pas seulement comme autrefois des scènes de la vie usuelle, qui sont +placées dans la première chambre et traitées avec une liberté et une +fantaisie plus grande encore que dans les mastabas de l'Ancien Empire, +mais aussi, dans la salle du fond, des figurations relatives aux +funérailles et aux cérémonies accomplies à cette occasion. C'est là une +innovation très caractéristique, correspondant à celle que nous avons +déjà signalée pour les tombes royales. A l'ancienne théorie du Ka, du +double vivant au fond du tombeau, tend de plus en plus à se substituer +celle de l'âme divine qui peut, après la mort, entrer dans le séjour des +dieux; autrefois les rois seuls avaient ce privilège, maintenant les +simples mortels veulent le partager avec eux. C'est comme un mouvement +de démocratisation qui se fait jour peu à peu dans les domaines les plus +abstraits et jusqu'alors les plus réservés de la spéculation +philosophique au sujet de la vie d'outre-tombe. + +[Illustration: _Fig. 233._ Momie du roi Siphtah (d'après ELLIOT-SMITH. +_Royal Mummies_, pl. LXI).] + +Au fond de l'hypogée s'ouvre un puits vertical qui descend au caveau +funéraire, grossièrement taillé dans le rocher, où reposait la momie +embaumée de façon plus soignée qu'aux périodes antérieures, bien +enveloppée dans ses bandelettes et ses linceuls et couchée dans le +cercueil anthropoïde plus ou moins richement décoré de scènes funéraires +ou religieuses. Parfois ce cercueil est placé dans un autre cercueil de +même forme, parfois même un grand sarcophage rectangulaire, également en +bois peint, les renferme tous deux. La mode du masque en cartonnage a +disparu, mais souvent cet accessoire est remplacé par une planchette +ayant la forme du couvercle du cercueil et posée directement sur la +momie. Sur le sarcophage même, il n'y a plus que peu de textes; par +contre les grandes compositions ayant pour but d'assurer aux défunts la +vie d'outre-tombe, comme celles que nous appelons _Livre des Morts_ et +_Livre de l'Am-Douat_, sont écrites sur des rouleaux de papyrus placés, +soit sur la momie elle-même, soit auprès d'elle, dans une statuette de +bois. + +[Illustration: _Fig. 234._ Sarcophage, cercueils, caisse à canopes +(d'après MARIETTE. _Album du Musée de Boulaq_, pl. XV).] + +Dans le caveau, on trouve encore le coffret contenant les quatre vases +canopes où sont les viscères embaumés du mort, puis une caisse où sont +empilées en plus ou moins grand nombre les statuettes funéraires ou +_oushabtis_, statuettes mummiformes en pierre, en bois ou en terre +émaillée destinées à remplacer les statues de serviteurs de l'époque +précédente et les statues du mort lui-même. A côté de ces objets vient +s'entasser tout le mobilier funéraire: lits, chaises, fauteuils, +coffrets, vases pleins de parfums, vêtements, linges de toute sorte, +perruques et ustensiles de toilette, aliments divers, viandes, légumes +et fruits: il y a peu d'années, on a retrouvé une série complète de ces +objets dans une tombe de peu d'apparence, celle de l'ingénieur Kha et de +sa femme Merit, le tout dans un état de conservation si remarquable +qu'en se promenant dans la salle du musée de Turin où ces objets sont +installés, on est comme transporté à plus de 3000 ans en arrière et l'on +sent vivre encore autour de soi l'esprit de ces deux morts. Il en est de +même pour le mobilier, bien plus luxueux, des beaux-parents d'Amenophis +III, Youaa et Touâa, et surtout pour celui que contenait encore le +tombeau du roi Toutankhamon, et qui dépasse comme richesse et comme +splendeur tout ce qu'il était possible d'imaginer. + +C'est à Thèbes même, sur la rive gauche du fleuve, que se trouvent les +plus nombreux tombeaux du Nouvel Empire. Ceux qu'on rencontre ailleurs +que dans la capitale ne présentent pas de divergences bien +caractéristiques; il faut citer en particulier les tombes de Tell el +Amarna, restes de l'époque des rois hérétiques, creusées aussi dans le +rocher et décorées de bas-reliefs d'un style si particulier. + +A l'époque saïte on trouve non seulement le tombeau rupestre avec de +nombreuses salles, mais un nouveau modèle, celui de la chambre funéraire +unique, voûtée et décorée exclusivement de textes religieux; cette +chambre est construite au fond d'un immense puits de plus de 30 mètres +de profondeur, soigneusement comblé après les travaux, avec puits plus +petit situé à côté et permettant l'accès du tombeau au moment des +funérailles. Nous ne connaissons aucun tombeau royal de cette époque. + +Pendant cette période où l'on cherchait dans tous les domaines à revenir +aux anciennes coutumes, les grands sarcophages de pierre redeviennent à +la mode, mais ils sont généralement de forme anthropoïde et couverts +d'inscriptions. Les momies sont, à peu de chose près, semblables à +celles de l'époque thébaine, mais on recommence à les coiffer d'un +masque en cartonnage à figure humaine; ce n'est que plus tard, sous la +domination des Grecs et des Romains, qu'on en vint à orner le maillot +des momies d'un buste en plâtre colorié ou d'un panneau de bois peint à +la cire représentant le portrait du mort et fixé au moyen des derniers +tours de bandelettes. + + +_Sculpture_ + +Il n'est pas besoin d'une longue expérience pour distinguer les oeuvres +de la statuaire du Nouvel Empire de celles des époques antérieures, bien +que la pose du modèle et les lignes générales soient toujours à peu +près semblables. En plus des différences de costume qui sont très +appréciables, le style lui-même n'est plus exactement le même: alors que +les sculpteurs de l'Ancien et même du Moyen Empire s'appliquaient avant +tout à reproduire avec certitude la physionomie, l'expression même de +leur modèle, dans la mesure de leurs moyens, et souvent aux dépens du +reste du corps, ceux du Nouvel Empire ont une tendance moins réaliste et +cherchent surtout la grâce et l'élégance; les figures s'uniformisent et +n'ont plus un caractère aussi personnel, mais le corps entier est traité +avec le même soin que la tête, avec un souci beaucoup plus marqué du +modelé. Cette tendance est une tendance générale, qui n'exclut pas un +certain nombre d'oeuvres isolées, manifestations artistiques très +personnelles et de premier ordre. Le réalisme qui se fait jour à +l'époque des rois hérétiques est un peu un réalisme de convention, +puisque c'est la figure du roi qui reste le type dont les figures de ses +sujets doivent se rapprocher autant que possible. + +[Illustration: _Fig. 235._ Statue de Ramsès II (Musée de Turin).] + +[Illustration: _Fig. 236._ Ramsès II présentant une offrande (d'après +LEGRAIN. _Statues et statuettes_, II, pl. IV).] + +Nous possédons des statues royales extrêmement nombreuses, surtout +depuis que la cachette du temple de Karnak nous en a livré plusieurs +centaines. Presque toutes étaient à l'origine déposées dans les temples +et contribuaient à l'ornementation de ceux-ci; elles représentaient +alors le double du roi qui pouvait, en assistant régulièrement aux +cérémonies du culte, prendre sa part des offrandes présentées au dieu: +en échange du don de sa statue que le roi faisait au dieu, celui-ci +avait la charge de le nourrir dans l'autre monde. D'autres statues +étaient sans doute déposées dans les tombeaux pour jouer le rôle de +support du _Ka_, rôle que nous avons étudié plus haut. Il y avait des +statues de toutes les tailles, depuis la statuette de bronze de quelques +centimètres de haut, jusqu'aux colosses placés à la porte des temples, +devant les pylones, qui peuvent atteindre 20 mètres de hauteur; mais les +plus fréquentes sont celles qui sont à peu près de grandeur naturelle. +La matière aussi est très diverse: le bois, le métal, les pierres de +toute sorte et jusqu'à la brique recouverte d'enduit. La position la +plus fréquemment employée est la position classique du roi assis sur un +trône, les mains sur ses genoux; à côté de cela, on trouve le roi +debout, marchant ou tenant des enseignes divines, le roi agenouillé +présentant des vases d'offrandes, le roi prosterné, bref le roi dans +toutes les positions qu'il a l'habitude de prendre, soit en présence de +ses sujets, soit quand il célèbre le culte divin. + +[Illustration: _Fig. 237._ Statuette en bois du Musée de Turin (d'après +PETRIE. _Photographs_, no _278_).] + +Quelques grands personnages avaient le privilège de déposer, comme les +rois, leur propre statue dans un temple. Quant à l'usage qui consistait +à placer dans les tombeaux des statues du mort destinées à servir de +support à son double, il tend de plus en plus à disparaître; on trouve +bien encore des groupes taillés à même la roche du tombeau, représentant +le mari et la femme assis côte à côte, ou des statuettes de bois +finement sculptées, mais pas de façon constante. Nous avons déjà vu, à +propos des tombeaux eux-mêmes, qu'il s'était produit une évolution très +marquée dans les doctrines relatives à la vie de l'au-delà, et cette +évolution est encore plus sensible ici; la doctrine du _Ka_ ou du +double, remplacée par celle de l'âme, passe graduellement au second +plan. Cette âme ne vit pas dans le tombeau, elle entre dans le royaume +d'Osiris, dans ce canton riant et fertile de l'autre monde qu'on appelle +les champs d'Ialou, et les statuettes funéraires ou _oushabtis_, déjà +mentionnées plus haut, sont des espèces de serviteurs magiques qui +doivent lui assurer la nourriture en cultivant pour elle les champs +divins. + +[Illustration: _Fig. 238._ _Oushabtis_ du Nouvel Empire (d'ap. PETRIE. +_Photographs_, No _267_).] + +Après la grande époque thébaine, soit de la XXIme à la XXVme dynastie, +la statuaire se fait de plus en plus rare, mais les quelques exemples +qui nous en sont parvenus, en général de petites dimensions, nous +montrent un progrès constant dans la recherche patiente qui aboutira à +ce remarquable épanouissement de l'art sous les rois saïtes, la +renaissance du réalisme antique, mais d'un réalisme épuré, plein +d'élégance et de souplesse, ayant à son service une technique des plus +perfectionnée. + +[Illustration: _Fig. 239._ Groupe d'époque saïte (d'après MARIETTE. +_Album du Musée de Boulaq_, pl. X).] + +C'est aussi surtout à partir de l'époque saïte que se développe une +branche nouvelle de la statuaire: jusqu'alors le métal, et surtout le +bronze, était rarement employé par les sculpteurs; ils en usent +maintenant de préférence à toute autre matière, pour modeler des +statuettes de divinités qui nous sont parvenues en quantité +innombrables, témoignant ainsi d'une nouvelle transformation dans le +domaine religieux. Chacun sans doute voulait avoir dans sa maison +l'image de la divinité à laquelle il vouait un culte spécial, ce qui +n'était pas le cas aux époques antérieures. On faisait aussi parfois des +statuettes de rois ou de particuliers en bronze, mais en bronze incrusté +d'argent, et cela déjà sous les dynasties qui précédèrent les saïtes. + +[Illustration: _Fig. 240._ La reine Karomama Bronze incrusté (d'après +CHASSINAT. _Monuments Piot_, IV, pl. III).] + +Dans les bas-reliefs qui couvrent les parois de certains tombeaux, le +haut des stèles et divers autres monuments, on retrouve la même +recherche d'élégance et de grâce, la même perfection du modelé, qualités +réelles mais qui rendent ces bas-reliefs un peu moins puissants que ceux +des périodes antérieures, parfois moins expressifs. Dans les temples, où +la surface à couvrir était immense, la décoration est traitée +généralement d'une façon plus large, souvent plus sommaire, en relief à +l'intérieur du monument, en creux ou en relief dans le creux sur les +façades extérieures, en raison de la vive lumière et suivant une méthode +exclusivement égyptienne. + + +_Peinture_ + +De plus en plus la peinture tend à redevenir ce qu'elle était à +l'origine, un art indépendant, et à s'affranchir de la tutelle du +bas-relief dont elle est en réalité la soeur aînée. Les peintres ont +plus souvent l'occasion d'exercer leur talent, maintenant que les +tombeaux sont généralement creusés dans une roche friable, qui ne +permet pas l'emploi de la sculpture pour la décoration; ils ont acquis +une sûreté de main remarquable, et se laissent aller plus librement à +leur imagination et à leur fantaisie. Les scènes présentent toujours les +mêmes sujets, mais la manière de les traiter est plus personnelle, la +recherche du motif pittoresque plus fréquente; on continue néanmoins, +pour les principales figures tout au moins, à procéder par teintes +plates, simples, sans ombres, avec un léger sertissage noir ou rouge; +les détails sont faits en surcharge. Les motifs végétaux abondent, qu'il +s'agisse de bouquets ou de guirlandes faisant partie des scènes +elles-mêmes, de plantes agrémentant le paysage ou de frises courant au +haut des parois. Sur les plafonds, des motifs réguliers reproduisent les +modèles employés pour les étoffes ou la vannerie en couleur. + +[Illustration: _Fig. 241._ Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha (photogr. +de l'auteur).] + +[Illustration: _Fig. 242._ Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna +(photographie de l'auteur).] + +[Illustration: _Fig. 243._ Cueillette des raisins (tombeau de +Pehsoukher, Thèbes, XVIIIe dyn.).] + +C'est aussi la peinture qui contribue pour la plus large part à la +décoration des édifices civils, ainsi ces palais de Tell el Amarna et de +Medinet Habou, dont il ne reste que les dallages en stuc, où sont peints +avec une verve charmante des étangs entourés de buissons où s'ébattent +des animaux de tout genre. (Fig. _218_). + +Quant aux scènes peintes sur les très nombreux sarcophages de l'époque, +elles n'ont pas à proprement parler un caractère artistique. Par contre +les enluminures des papyrus funéraires, Livre des Morts ou compositions +mythologiques, sont souvent d'une réelle beauté. + + +_Arts industriels_ + +Les progrès continuent à s'affirmer pour tout ce qui rentre de près ou +de loin dans la catégorie des arts industriels, sauf cependant en ce qui +concerne les bijoux et les vases en pierre: le trésor d'Aahhotep et les +autres objets de parure du musée du Caire, même les splendides pièces du +Serapeum, aujourd'hui au Louvre, ne sont pas comparables, pour la +perfection du travail, aux bijoux de Dahchour, de la XIIme dynastie; les +procédés sont cependant les mêmes, sauf que dans l'incrustation, les +pierres sont toujours remplacées par des émaux et que la ciselure est +aussi moins fine et moins délicate. + +[Illustration: _Fig. 244._ Bijou de la XIXe dyn. (d'apr. MARIETTE. +_Serapeum_, pl. XII).] + +Les vases de pierre sont beaucoup moins nombreux qu'autrefois, et l'on +se contente le plus souvent de déposer dans les tombes de faux vases en +bois peint de manière à imiter les pierres les plus rares; il ne nous +est guère parvenu que des vases d'albâtre, très beaux du reste de forme +et de facture. Par contre les vases en métal sont de plus en plus en +faveur, et surtout les vases d'apparat en or et en argent, aux formes +les plus variées, importées en Egypte de Syrie, de Phénicie, de Crète et +des îles grecques; les peintures et les bas-reliefs nous permettent +d'apprécier ces merveilles d'orfèvrerie. + +[Illustration: _Fig. 245._ Vases d'albâtre. XVIIIe dynastie (d'après +PETRIE. _Photographs_, No _186_).] + +L'industrie de l'émail prend au Nouvel Empire un développement +inattendu; très habiles à manier cette matière, les ouvriers égyptiens +en font des vases de formes diverses, de ce beau bleu profond qui est +presque inimitable des statuettes funéraires, et plus tard quantité de +petites figurines de divinités, sans parler des innombrables perles et +autres objets de parure; enfin ils appliquent les émaux polychromes à la +décoration de certains édifices. C'est de cette époque aussi que date +l'invention du verre, non pas encore du verre soufflé, mais du verre +multicolore fondu, dont on faisait de charmants petits vases, à +décoration ondulée; ces vases étaient non seulement employés dans le +pays même, mais servaient surtout d'objets d'exportation et ont été +retrouvés un peu partout dans les pays méditerranéens. Il est reconnu +maintenant que cette importante invention, attribuée autrefois à tort +aux Phéniciens, doit être restituée aux Egyptiens. + +[Illustration: _Fig. 246._ Fauteuil en bois doré (d'après QUIBELL. _Tomb +of Yuaa_, pl. XXXII).] + +Les meubles sont généralement simples de lignes et de formes, sobres +d'ornementation, exactement appropriés à leur destination. Il en est +cependant de plus soignés de travail, qui ont appartenu à des rois ou à +des princes, et qui peuvent être considérés comme de véritables oeuvres +d'art; ce sont des fauteuils, des lits, des coffrets, même des chariots +dans lesquels n'entre pas seulement le travail de l'ébéniste, mais aussi +celui du stuqueur, qui les couvre de délicats bas-reliefs en gesso, et +celui de l'ouvrier en cuir qui les orne de panneaux en cuir repoussé ou +incrusté de diverses couleurs. + +Enfin les plus charmants peut-être des objets d'art sont de simples +ustensiles de toilette en bois sculpté ou ajouré, parfois en ivoire, +cuillères à parfums, pots à fard, oeuvres d'une fantaisie toute +personnelle, donnant la mesure de ce à quoi pouvaient arriver les +ouvriers d'art égyptiens. + + +C. CIVILISATION + +_Royauté_ + +Qu'il soit tout-puissant et maître d'un immense empire, ou réduit à une +seule petite province, le roi est toujours pour ses sujets un être +d'extraction divine dont l'autorité n'est pas contestable. Cette +autorité repose sur la pureté du sang royal, et nous voyons la plupart +des rois du Nouvel Empire attacher plus de prix encore que leurs +prédécesseurs à cette question, et épouser de préférence une demi-soeur, +née d'une mère plus noble que la leur, pour diminuer la quantité de sang +vulgaire qui s'était introduit dans leur race; parfois même un dieu se +chargeait d'infuser lui-même à l'enfant royal un sang divin plus pur +encore, comme cela eut lieu pour Aménophis III. Quand un usurpateur +montait sur le trône, il se hâtait d'épouser une princesse de lignée +royale et légitimait ainsi en quelque sorte son accession à la couronne. +Lors du morcellement de l'Empire, les roitelets qui se partagèrent le +pouvoir se rattachaient tous plus ou moins à la vieille race pharaonique +et avaient des droits sensiblement égaux, mais il était curieux de +constater que le sang royal le plus pur se conservait non plus chez des +Egyptiens, mais chez des nègres, comme Piânkhi l'Ethiopien et sa +famille. + +[Illustration: _Fig. 247._ Cuillère à parfums. Louvre (croquis de M. Th. +Delachaux).] + +La reine, ou plutôt la favorite, puisque souvent les rois eurent +plusieurs femmes, avait à côté de son époux une place très importante et +souvent une grosse influence; il arriva même à certaines d'entre elles +de monter sur le trône en qualité de roi d'Egypte. + + +_Gouvernement_ + +Au moment où les rois de la XVIIIme dynastie réunissent de nouveau +toutes les parties du pays sous leur sceptre, la féodalité a entièrement +disparu et l'administration est centralisée entre les mains d'un grand +vizir et d'un nombre considérable de fonctionnaires subalternes; le roi +garde du reste la haute main dans le gouvernement et tout se fait en son +nom, qu'il s'agisse de travaux publics, de finances, d'affaires +étrangères ou de commerce. La justice, comme autrefois, est entre les +mains d'une magistrature spéciale, et les provinces asiatiques sont +gouvernées par des indigènes sous la surveillance d'officiers égyptiens, +tandis que la Nubie est administrée par un vice-roi nommé par le pharaon +et qui est souvent un de ses fils. + +Nous avons vu l'influence grandissante du clergé d'Amon, arrêtée un +moment par la réforme de Khounaten, reprendre de plus belle, et les +grands prêtres se saisir successivement du pouvoir effectif, puis d'une +partie du pouvoir nominal. A partir de ce moment le pontificat cesse +d'être entre les mains d'une seule famille et chaque fois qu'une des +dynasties rivales prend la prédominance sur les autres, elle installe +sur le trône d'Amon un prince de sa race qui est plutôt un gouverneur de +la Haute Egypte qu'un grand prêtre. Enfin les rois éthiopiens suppriment +cette dignité et installent à Thèbes une grande prêtresse d'Amon, +princesse de la famille royale; les rois saïtes ne font que confirmer +cette charge en la confisquant au profit de leurs filles, afin que cet +état dans l'Etat demeure une force pour la couronne et non pas une +menace. + + +_Relations extérieures Commerce_ + +L'extension des frontières de l'Egypte vers le nord et le sud devait +nécessairement favoriser le commerce qui prend un développement +considérable dès le début du Nouvel Empire. Les produits étrangers +affluent dans la vallée du Nil, tant sous la forme de tributs livrés au +roi lui-même, que sous celle de marchandises d'échange, et là encore il +semble que tout se fasse par l'entremise du gouvernement. Ce ne sont pas +seulement les pays soumis à la suzeraineté de l'Egypte, comme la Syrie, +la Phénicie, la Palestine, la Nubie, qui y envoient leurs produits, mais +des contrées absolument indépendantes, comme Chypre, la Crète, les îles +grecques, le Soudan, le pays de Pount, grâce à des expéditions maritimes +qui avaient toujours un caractère officiel, l'Etat disposant seul de +moyens suffisants pour faire marcher le trafic extérieur; ainsi l'on +peut dire, presque avec certitude, que le gouvernement s'était réservé +le commerce international, ne laissant aux particuliers que le commerce +intérieur. A cet effet, des lois protégeaient les industries locales et +il était interdit aux ouvriers spécialistes de passer à l'étranger. +L'évaluation des marchandises se faisait en or ou en argent, au poids, +et on se servait pour les échanges d'anneaux de métal qui, n'étant pas +poinçonnés par l'Etat, devaient être pesés à nouveau chaque fois; le +plus souvent, du reste, on procédait simplement par échange de denrées, +après entente. + +[Illustration: _Fig. 248._ Syriens apportant des vases, XVIIIe dyn. +(photographie de l'auteur).] + +Quant à la nature des marchandises importées, c'étaient surtout, comme +autrefois, des matières premières, métaux, bois précieux, ivoire, peaux +et plumes, encens, et aussi des matières ouvrées, entre autres ces +merveilleux vases d'orfèvrerie dont nous avons déjà parlé. En échange, +on donnait de la verrerie, des émaux, sans doute des bijoux, en un mot +tous les produits de l'industrie égyptienne, mais surtout des grains. + + +_Vie civile Vêtement_ + +Il n'y a pas de transformation notable à enregistrer dans les conditions +de la vie ordinaire, qu'il s'agisse des grands personnages ou des gens +du commun; de même les habitations n'ont guère varié. Par contre le +costume subit un changement important: les gens du peuple ont bien +toujours le pagne simple enroulé autour des hanches, mais tout individu +appartenant à une classe un peu plus élevée porte par-dessus ce pagne +une ample robe en toile fine, parfois presque transparente, dont la +forme et la coupe sont variables. De même les femmes ne portent plus +volontiers la robe courte et étroite des anciens temps, mais un vêtement +analogue à celui des hommes, un peu plus collant néanmoins sur le buste, +élargi du bas et tombant jusqu'à terre; les manches sont parfois très +courtes, parfois longues et larges. L'un et l'autre sexe porte la +perruque, des bijoux aux couleurs vives, colliers, bracelets et +périscélides, et aux pieds de longues sandales en papyrus ou en cuir. Le +costume royal est sensiblement le même, bien qu'un peu plus riche, que +celui des sujets. + + +_Armée_ + +Les rois hyksos avaient amené de Syrie en Egypte le cheval, et cet +animal qui s'était rapidement acclimaté dans le pays, offrait aux +Egyptiens du Nouvel Empire un mode de locomotion nouveau; jamais ils ne +songèrent à le monter, semble-t-il, mais ils l'attelaient à de légers +chariots à deux roues avec lesquels les grands personnages faisaient +leurs tournées dans le pays. C'est cependant surtout au point de vue +militaire que l'introduction du cheval eut pour les Egyptiens une grande +importance, puisque désormais la charrerie joua dans leurs armées le +principal rôle et qu'elle fut pour beaucoup dans la conquête de la +Syrie. La méthode de combat subit donc une transformation: avant le choc +qui devait amener la fin d'une bataille, la charge des escadrons de +chars, les soldats qui montaient ces chars combattaient de loin avec +leurs grands arcs; c'est même la raison pour laquelle l'arc était devenu +l'arme favorite des rois. + +[Illustration: _Fig. 249._ Soldats égyptiens (Tombeau d'Amemheb. Thèbes. +XVIIIe dynastie).] + +L'infanterie est toujours composée en partie d'Egyptiens, en partie de +mercenaires étrangers qui sont sa véritable force, que ce soient, comme +sous les Thébains, des Soudanais, des Shardanes ou des Libyens, ou, +comme plus tard sous les Saïtes, des Grecs. Cette armée royale, déjà +instituée sous le Moyen Empire, a été complètement réorganisée en corps +d'armées bien distincts sous un commandement commun, mieux équipée et +mieux armée et surtout bien exercée. Après une campagne officiers et +soldats recevaient leur part du butin, souvent en captifs qui étaient +employés à la culture de terres mises par le gouvernement à la +disposition des soldats, et ces captifs, qui n'étaient pas de véritables +esclaves, se mêlaient rapidement à la population indigène. Le roi +décernait aussi, pour récompenser les hauts faits de guerre, de +véritables décorations et autres distinctions honorifiques. + + +_Marine_ + +Les rois d'Egypte avaient sous le Nouvel Empire une vraie marine de +guerre que nous voyons parfois jouer le rôle décisif dans une bataille, +mais c'était surtout la marine marchande qui, avec l'extension du +commerce, tendait à prendre toujours plus de développement. Les navires +destinés à la mer étaient semblables de forme et de gréement à ceux +employés sur le Nil, mais plus grands et plus solidement construits; ils +remontaient du reste le fleuve, même jusqu'à Thèbes, et ainsi nous +voyons sous Hatshepsou les mêmes bateaux charger des marchandises dans +le pays de Pount, au sud de la mer Rouge, et les débarquer dans le port +de la capitale: un canal souvent ensablé et aujourd'hui disparu, faisait +alors communiquer un des bras du Nil, dans le Delta, avec le fond du +golfe de Suez. Enfin les marins égyptiens donnent la mesure de leur +audace et de leurs capacités quand, sous Néchao, ils s'embarquent pour +leur grand voyage de découverte autour de l'Afrique, la première en date +de toutes les grandes expéditions maritimes. + +[Illustration: _Fig. 250._ Vaisseaux de l'expédition de Hatshepsou au +pays de Pount (d'après DUMICHEN. _Die Flotte einer äg. Königin_, pl. +III).] + + +_Agriculture. Elevage_ + +Le travail de la terre continue à faire de grands progrès; l'outillage +se perfectionne, on emploie maintenant des faucilles en métal et des +charrues plus puissantes; partout autour des villas on voit de beaux +jardins, pleins d'arbres fruitiers, de vignes et d'arbres d'agrément. +Partout on défriche pour les livrer à la culture les terrains qui +n'étaient autrefois que des pâturages, et cela naturellement aux dépens +de l'élevage, qui diminue dans de fortes proportions. On ne voit plus +que rarement de ces scènes si fréquentes sous l'Ancien Empire, qui +représentent des troupeaux d'animaux à demi sauvages sous la garde de +quelques pâtres, et les grandes inspections du bétail sont à peine +mentionnées; on n'emploie plus pour piétiner le terrain nouvellement +ensemencé des troupeaux entiers de chèvres ou de moutons, mais seulement +quelques porcs qu'on devait élever dans les fermes et non plus en pleine +campagne; l'âne n'est plus que rarement employé aux travaux des champs, +et ce sont généralement les hommes eux-mêmes qui transportent les +récoltes; le dépiquage du grain pour lequel les quelques boeufs, qui à +d'autres époques de l'année tirent la charrue, suffisent parfaitement, +se fait d'une façon un peu différente. L'Egypte, consciente de son rôle +commercial dans le monde oriental, qui est de l'approvisionner de +grains, consacre toutes ses forces à développer la culture au moyen de +la main d'oeuvre humaine, quitte à réduire au strict nécessaire tout ce +qui a rapport à l'élevage. Seule la race chevaline, nouvellement +introduite dans le pays, est l'objet de soins tout spéciaux, sous le +contrôle royal, et prospère si bien qu'on finit même, à certains +moments, par venir de Syrie chercher des chevaux en Egypte. Quant à la +question du chameau, elle n'est pas encore définitivement tranchée; il +semble néanmoins que si les Egyptiens l'ont connu, ils ne l'ont jamais +utilisé eux-mêmes, et que son acclimatation définitive dans le pays, où +il rend maintenant comme bête de somme des services inappréciables, ne +date que de la conquête musulmane. + +[Illustration: _Fig. 251._ Scènes de labour et de semailles (Tombeau de +Nakht. Thèbes. XVIIIe dynastie).] + + +_Pêche et chasse_ + + +Le défrichement progressif de la vallée du Nil avait fait disparaître +non seulement les pâturages, mais aussi les fourrés et les marécages qui +étaient pour les premiers Egyptiens de si beaux terrains de chasse et de +pêche. Avec les mêmes engins qu'autrefois, on ne pouvait plus guère +prendre du poisson que dans le fleuve et les canaux, et il ne se +trouvait plus que peu de ces étangs où les oiseaux migrateurs venaient +se prendre dans les grands filets; même les parcs de chasse des grands +seigneurs avaient presque tous disparu. Quand les rois chercheurs +d'aventures voulaient s'offrir les émotions d'une chasse mouvementée, +ils profitaient de leurs campagnes pour aller au loin, jusque sur les +bords de l'Euphrate, où ils trouvaient encore quelques éléphants, des +lions qu'ils abattaient par centaines et du gros gibier de toute sorte. + + +_Industrie_ + +A côté de l'agriculture, l'industrie continue à se perfectionner et nous +avons de nombreux tableaux qui nous montrent les ouvriers occupés à +leurs travaux ordinaires, que ce soient des ouvriers d'art ou des gens +de métier, tels que briquetiers, maçons, sculpteurs, peintres, +bijoutiers, joailliers, menuisiers, ébénistes, corroyeurs, cordonniers, +cordiers, chaudronniers, armuriers, forgerons, et d'autres encore. Leur +outillage est toujours aussi simple qu'aux périodes précédentes, presque +rudimentaire, sauf que les couteaux, ciseaux et poinçons de pierre ont +définitivement disparu pour faire place à des instruments de métal, +généralement en bronze, parfois en fer. + +[Illustration: _Fig. 252._ Atelier de chaudronnerie (d'ap. NEWBERRY. +_Life of Rekhmara_, pl. XVII et XVIII).] + + +_Langue et Littérature_ + +La conquête de la Syrie et les relations constantes qui s'étaient +établies de ce fait avec l'Asie antérieure, avaient exercé sur l'Egypte +même une influence considérable qui se remarque tout particulièrement +dans la langue. Un grand nombre de vocables nouveaux, empruntés aux +idiomes sémitiques, sont introduits dans le langage courant, soit pour +exprimer des idées nouvelles ou nommer des objets inconnus auparavant, +soit pour remplacer, sans raison apparente, de vieux mots égyptiens. Il +est de bon ton, pour un scribe, d'émailler ses lettres ou ses +compositions littéraires du plus grand nombre possible de mots d'origine +étrangère. C'est de ces langues sémitiques, plus répandues que +l'égyptien, qu'on se servait pour les relations extérieures, et toute la +correspondance du roi d'Egypte avec ses vassaux syriens se faisait dans +l'idiome même de ces peuplades, que sans doute beaucoup de gens à la +cour comprenaient parfaitement. + +[Illustration: _Fig. 253._ Atelier de Cordonniers (d'après NEWBERRY. +_Life of Rekhmara_, pl. XVIII).] + +Les textes du Nouvel Empire qui nous sont parvenus sont donc composés +dans une langue moins pure que ceux de l'époque précédente, mais ils +sont aussi, sinon plus variés, et beaucoup plus abondants. Ce sont +d'abord les écrits historiques ou officiels, les récits biographiques, +les comptes rendus d'une campagne ou d'une conquête, les décrets et les +actes royaux, les odes dithyrambiques à la louange d'un souverain, puis +les ouvrages plus spécialement littéraires, contes, poésies, recueils +de modèles de lettres dans lesquels les jeunes scribes apprenaient leur +métier, livres de morale, hymnes en l'honneur du roi ou des dieux, dont +plusieurs ont trouvé place dans la grande compilation à laquelle nous +avons donné le nom de Livre des Morts et qui contient du reste surtout +des morceaux plus anciens. Après cela vient encore la littérature +épistolaire proprement dite, les procès-verbaux judiciaires, les écrits +scientifiques et médicaux et les innombrables compositions magiques, +religieuses ou mythologiques. + +[Illustration: _Fig. 254._ Ostracon hiératique (d'après DARESSY. +_Ostraca_, pl. XLVI).] + +Certains de ces textes sont gravés ou peints sur les murailles des +temples, sur les stèles, sur les parois des tombeaux; d'autres, les plus +nombreux, sont écrits en hiératique, c'est-à-dire en cursive, sur des +rouleaux ou des feuilles de papyrus ou même parfois sur des tessons de +vases ou des morceaux de pierre, auxquels nous donnons le nom +d'_ostraca_. Les ouvrages religieux étaient déposés dans le tombeau, à +côté du mort, pour lui servir de viatique dans l'autre monde, et parfois +l'on y joignait aussi des textes littéraires pouvant lui offrir un +délassement dans sa vie d'outre-tombe, mais la plupart des papyrus ont +été retrouvés roulés et cachés dans des vases, au milieu des ruines de +maisons anciennes; c'était la manière de conserver les livres qui +étaient toujours en petit nombre chez les particuliers. Nous ne savons +s'il existait dans le palais du roi ou ailleurs, de vraies bibliothèques +où l'on conservait les ouvrages de prix, avant l'époque où les +Ptolémées réunirent dans celle d'Alexandrie tout ce qu'ils purent +récolter de manuscrits anciens, les égyptiens sans doute aussi bien que +les grecs. Le geste fanatique du calife Omar nous a privés d'une source +inestimable de documents. + +[Illustration: _Fig. 255._ Fragment d'un contrat démotique (d'après +SPIEGELBERG. _Die demotischen Papyrus_, pl. LVI).] + +Jusqu'au Nouvel Empire, les seuls modes d'écriture étaient les +hiéroglyphes, et l'hiératique qui devient de plus en plus cursif; à +partir de l'époque saïte, les scribes, à force de chercher à simplifier +leur calligraphie, en arrivent à tracer des signes qui ne rappellent +plus que vaguement les hiéroglyphes d'où ils sont dérivés, ni même +l'élégant hiératique de la bonne époque. Il s'agit d'un nouveau genre +d'écriture, auquel on a donné le nom de _démotique_ et qui finit par +être le seul employé à partir des rois perses, pour les lettres, les +contrats, les manuscrits de toute sorte, bref pour tout ce qui n'est pas +destiné à revêtir un caractère monumental. Ce passage de l'hiératique au +démotique correspond exactement à la fin de l'autonomie de l'Egypte. + + +C'est ce moment-là, quand des rois étrangers viennent définitivement +remplacer sur le trône des Pharaons les dynasties indigènes, que nous +pouvons considérer comme la fin de la civilisation égyptienne; celle-ci +végétera bien encore pendant quelques siècles, elle donnera même dans +certains domaines comme l'architecture par exemple, des manifestations +originales et vraiment égyptiennes, mais elle ne prospérera plus et +dégénérera rapidement. Cette vieille civilisation qui pendant tant de +siècles a rayonné sur le monde ancien, lui donnant généreusement tout ce +qu'il y avait de bon en elle, est submergée à son tour par les +civilisations nouvelles; l'infusion d'un sang jeune se fit sans doute à +trop haute dose et, loin de la renouveler, ne put qu'accélérer sa ruine. +Désormais l'Egypte ne sera plus qu'une province du monde hellénique, +puis du monde romain, au point de vue de la civilisation aussi bien que +de la politique. + +[Illustration: _Fig. 256._ Aménophis, fils de Paapis (d'après LEGRAIN. +_Statues et statuettes_, I, pl. LXXVI).] + + + + +[Illustration: _Fig. 257._ Repas et danseuses. Peinture d'un tombeau +thébain (XVIIIe dynastie).] + + + + +INDEX + +_Les chiffres indiquent les pages: les chiffres entre parenthèses les +gravures._ + + +A + + AAHHOTEP, 283. + + ABOUSIR, 138. + + ABRAHAM, 221. + + Abri, 63. + + ABYDOS, 95, 99, 102, 104, 121, 136, 137, 244, 267, 269. + + Acte, 295. + + Administration, 165-168, 219-220, 287. + + _Aegyptiaca_, 14. + + Aération, 150. + + AFRICAIN, 14, 15. + + Agate, 64, 74. + + Age du bronze, 58, 59. + + Age du cuivre, 58, 59. + + Age du fer, 58, 59. + + Age de la pierre, 55, 58. + + Agriculture, 32, 41, 68, 89, 95, 120, 179-182, 224, 292-293. + + AHMÈS I, 197, 230, 323. + + AHMÈS (amiral), 26. + + AHMÈS NOFRITARI, 231. + + Aï, 242. + + Aiguière, 111. + + Aire, 180. + + AKERBLAD, 17. + + Albâtre, 81, 108, 109, 155, 202, 216, 283, 284. + + ALEXANDRE, 258. + + ALEXANDRIE, 297. + + Aliment, 143, 175 (v. Nourriture, Offrandes). + + Aloès, 80. + + Alun, 206. + + AMASIS, 255, 256 (216). + + Ambassadeur, 240. + + _Am-Douat_, 274. + + Ame, 140, 141, 152, 211, 272, 278. + + AMÉLINEAU, 55. + + AMENEMHAT I, 191, 192, 219. + + AMENEMHAT III, 115, 193 (157), 194, 214, 218, 224. + + AMENEMHAT IV, 194. + + AMENMESES, 246. + + AMÉNOPHIS I, 231 (194), 232. + + AMÉNOPHIS II, 235. + + AMÉNOPHIS III, 26, 235-236 (198), 259, 265, 274, 286. + + AMÉNOPHIS IV, 26, 236, 237 (v. KHOUNATEN). + + AMÉNOPHIS, fils de PAAPIS, 236, 298. + + Améthyste, 110. + + AMON, 48, 235, 237, 238, 248, 250, 251, 268, 269, 287. + + AMSET, 49. + + AMYRTÉE, 257. + + Amulette, 75. + + Ancien Empire, 32, 81, 105, 109, 113, 123-187, 189, 194, 204, 212, + 214, 215, 222, 225, 227, 249, 276. + + Ancien Testament, 13, 15. + + Ane, 89, 179, 180, 181, 184, 293. + + ANHOUR, 48. + + ANNA, 26. + + Année, 28. + + ANTEF, 134, 190. + + Anthropoïde (cercueil ou sarcophage), 208 (170), 273 (234), 275. + + Anthropophagie, 41. + + Antilope, 88, 89, 174, 177, 178 (139), 224. + + Antimoine, 221. + + ANUBIS, 42, 43 (11), 48, 164. + + APEPI, 197 (v. APOPI). + + APOLLODORE, 14. + + APOPHIS, 198. + + APOPI, 26 (v. APEPI, APOPHIS). + + Appeau, 173, 175. + + APRIÈS, 255 (215), 256. + + ARABE, ARABIE, 140, 143, 147, 168. + + Arbre fruitier, 292. + + Arc, 224, 290 (v. Flèche). + + ARCELIN, 54. + + ARCHIPEL, 12, 71, 121 (v. GRECE). + + Architecture, 91, 96, 102-106, 120, 125, 135-153, 200-212, 260-275. + + Architrave, 135. + + Argent, 279, 284, 288. + + Arme, 32, 56, 59, 65, 74, 86, 88, 89, 120, 208, 290. + + Armée, 132, 133, 218, 289-291. + + Armurier, 294. + + ARYEN, 84. + + ASARHADDON, 253, 254. + + ASIE MINEURE, 243, 244, 245. + + Assiette, 108. + + Assise (position), 70, 106. + + ASSOURBANIPAL, 253, 254. + + ASSYRIE, 26, 236, 243, 252, 253, 254, 255. + + ATEN, 237, 238 (200), 240. + + ATHOTHIS, 100. + + Autel, 137. + + Autruche, 80, 83, 88, 224. + + AVARIS, 196, 197, 199, 222, 229. + + Avènement, 28. + + Avenue, 263. + + AZAB, 117. + + +B + + BABAÏ, 125. + + BABYLONE, BABYLONIE, 12, 122, 195, 236, 243, 255. + + Bachot, 185. + + BAHR BELA MA, 54. + + Bandeau, 172. + + Bandelette, 182, 206, 275. + + Barbe, 171, 172. + + Barque, 91 (66), 138, 209, 210 (173), 225 (188) (v. Bateau). + + Barque sacrée, 263, 269 (230). + + Barque solaire, 35 (6), 38, 39 (9), 138. + + Basalte, 81, 151. + + Bas-relief, 25, 32, 146, 158-161 (128), 201, 209, 214-215 (180), 263, + 267 (228, 229), 270, 279-280 (241-242). + + Basse-cour, 175, 177 (137). + + Bassin, 137. + + Bateau, 80, 92, 147, 185 (150), 209, 225, 226 (v. Barque, Vaisseau). + + Bâton, 87. + + BENI-HASSAN, 203, 204, 205 (164, 165), 221. + + BERBÈRE, 83. + + BERSHEH, 203. + + Bétail, Bestiaux, 68, 85, 221, 225, 293. + + Bible, 251, 253 (v. Ancien Testament). + + Bibliothèque, 296. + + Bibliothèque nationale (Paris), 22. + + Bidis, 46. + + BIÉNEKHÉS, 100. + + Bijou, 32, 85, 208, 216, 217 (183, 184), 228 (192), 283 (244), 289. + + Bijoutier, Bijouterie, 184 (147), 217, 294. + + BINOTHRIS, 100. + + Biographie, 26, 131, 147, 164, 228, 295. + + BIRCH, 20. + + BIRKET-KAROUN, 194. + + Blé, 107, 120 (v. Grain). + + BNÔN, 198. + + BOCCHORIS, 252, 253. + + BOÊTHOS, 100. + + Boeuf, 88, 89, 174, 177, 178 (138), 179, 180, 181, 224, 293. + + Bois, 91, 96, 103, 135, 173, 208, 211, 214, 260, 277, 285, 289. + + Boisseau, 181. + + Boisson, 166. + + BOKENRANF, 252. + + BONAPARTE, 16. + + Bonnet, 232. + + Bouchon, 107, 115, 119. + + Boulette, 177. + + Boumerang, 173, 224. + + Bouquet, 282. + + Bouquetin, 88. + + Bouteilles, 78. + + Bracelet, 75, 86 (60), 91, 110 (82, 83), 289. + + Brique, 92, 96, 102, 103, 104, 105, 135, 136, 138, 140, 143, 173, 196, + 203, 211, 260, 277, 294. + + Bronze, 96, 155, 158, 279, 294. + + BRUGSCH, 20. + + BUBASTIS, 250, 251. + + Buste, 275. + + +C + + Cachet, 115. + + Cachette, 276. + + Cadastre, 220. + + Cage, 175. + + CAIRE, 22, 25, 156, 157, 273, 283. + + Caisse à canopes, 209. + + Calcaire, 81, 108, 150, 151, 155, 203, 268. + + CAMBYSE, 256, 257. + + Canal, 120, 179, 224, 292, 293. + + Canard, 89, 174. + + Canope, 209 (171), 273 (234), 274. + + Captif, 291. + + CARCHEMIS, 255. + + CARIE, 254. + + Carrière, 187. + + Cartonnage, 206, 273, 275. + + Cartouche, 115, 116, 190, 202, 244. + + Casse-tête, 86. + + Caveau funéraire, 214, 273, 274 (v. Chambre funéraire). + + Ceinture, 171. + + Cellier, 182. + + Céramique, 57, 59, 76-81 (37-57) (v. Vase, Poterie). + + Cercueil, 146, 208, 273 (234), 274. + + Céréales, 68, 73, 180 (v. Blé, Grain, Orge). + + CHABAS, 20. + + Chacal, 118. + + Chaise, 154, 173, 274. + + CHALDÉE, 96, 122. + + Chambre des ancêtres, 22, 34 (5). + + Chambre funéraire, 140, 141, 145, 148, 150, 151 (v. Caveau funéraire). + + Chameau, 293. + + CHAMPOLLION, 18, 19, 20, 23. + + Champs d'Ialou et de Hotpou, 43, 278. + + Chapelle, 137, 143, 150, 151, 153, 203, 268. + + CHARDIN, 16. + + Char. Chariot, 229 (193), 231, 255, 290. + + Charrerie, 290. + + Charpentier, 92. + + Charrue, 89, 180, 292, 293. + + Chasse, 32, 41, 56, 74, 83-88, 89, 90, 92, 120, 146, 152, + 173-177 (133-135), 223 (187), 224, 263-294. + + Châsse, 269. + + Chaudronnier, 111, 183, 294 (252). + + Chelléen, 56, 62, 84, 86. + + Cheval, 225, 231, 289, 293. + + Chevet, 173, 206. + + Cheveux, 83, 171, 172. + + Chèvre, 80, 89, 179, 180, 293. + + CHINE, 12. + + Chronologie, 27-29, 49-52, 198-200. + + CHYPRE, 168, 234, 288. + + Cire, 275. + + Ciste funéraire, 72, 106. + + Ciseau, 66, 183. + + Ciselure, 283. + + Clan, 93, 166. + + Coffre, 173. + + Coffret, 110, 274, 283, 328 (262). + + Coiffeur, 172. + + Coiffure, 208 (v. Perruque). + + Collier, 74, 91, 171, 172, 217, 289. + + Colonnade, 262, 268. + + Colonne, 136 (107-109), 146, 151, 201, 204, 205, 260, 268. + + Colosse, 25, 263, 277. + + Commission d'Egypte, 16, 17, 18, 31. + + Commerce, 91, 121, 131, 248, 256, 287, 288, 289. + + Concubine, 170. + + Conte, 228, 296. + + Coquille, 74, 75, 86, 91. + + Cordage, 185. + + Cordier, 183. + + Cordonnier, 183, 294, 295 (253). + + Co-régence, 214, 219. + + Cornaline, 64, 74, 210, 217. + + Correspondance, 26, 165, 241, 295. + + Corroyeur, 294. + + Corvée, 219. + + Costume, 85, 170-172, 208, 222, 289 (v. Vêtement). + + Cotte capitonnée, 231. + + Couleurs, 161. + + Couloir, 150, 153. + + Coup-de-poing, 62, 86. + + Coupe, 76, 78 (v. Ecuelle). + + Cour, 152, 223, 260, 262, 263, 265 (224, 225). + + Couronne, 217 (184). + + Couteau, 56, 61, 65 (22-23), 66, 74 (33). + + Couverture, 173, 183. + + Crâne, 84. + + CRÈTE, 12, 71, 91, 221, 284, 288. + + Crible, 181. + + Cristal de roche, 108. + + Crocodile, 83, 88. + + Cruche, 80. + + Cuillère à parfums, 285, 286 (247). + + Cuir, 285, 289. + + Cuivre, 59, 93, 96, 111, 120, 121, 168. + + Culte, 41, 118, 125, 262, 268, 276. + + Cylindre, 96, 114 (90), 115, 122. + + CYRÉNAIQUE, 245. + + CYRUS, 256. + + +D + + DADEFRA, 127 (100), 157. + + DADKARA-ASSA, 130. + + DAHCHOUR, 149, 162, 203, 283. + + Dallage, 260 (218). + + Danse, 86, 92, 147, 299 (257). + + DAPHNAE, 261. + + DARIUS II, 257. + + Décret, 164. + + Défrichement, 292, 293. + + DEIR EL BAHARI, 63, 233, 268. + + Déluge, 38, 63. + + Démembrement, 71, 72, 106. + + Démotique, 297 (255). + + Dénombrement, 178, 179. + + DEN-SETOUI, 116, 117. + + Dépiquage, 180 (142), 293. + + Description de l'Egypte, 16. + + Destruction des hommes par les dieux, 38. + + Diabase, 108. + + Diadème, 217 (184). + + Digue, 179. + + DIODORE DE SICILE, 14, 31. + + DIONYSOS, 41. + + Diorite, 108, 155. + + Divan, 173. + + DJESER, 125, 137. + + Dodécarchie, 254. + + Domestication, 89. + + DOUAMOUTEF, 49. + + Double, 276, 278 (v. _Ka_). + + Drogman, 13. + + DROVETTI, 23. + + Dynasties, 14, 15, 24, 28. + + Dyn. divines, 36-47. + + Dyn. de demi-dieux et mânes, 47-49. + + Dyn. thinites (I et II), 54, 58, 81, 85, 95-122, 124. + + Dyn. III, 124-125, 140, 143. + + Dyn. IV, 125-129, 144, 149, 157, 162, 185. + + Dyn. V, 129-131, 146, 151-152. + + Dyn. VI, 131-133, 143, 147, 153, 155. + + Dyn. VII-X, 133, 134. + + Dyn. XI, 189-191, 200, 202. + + Dyn. XII, 27, 191-194, 198-200, 203, 218, 219, 221, 228, 283. + + Dyn. XIII, 194-195, 198-200. + + Dyn. XIV, 194-195, 198-200. + + Dyn. XV, 198-200. + + Dyn. XVI, 198-200. + + Dyn. XVII, 196, 198-200, 229, 230. + + Dyn. XVIII, 219, 230-242, 250, 259, 260, 287. + + Dyn. XIX, 242-246. + + Dyn. XX, 246-249, 260. + + Dyn. XXI, 250, 271, 279. + + Dyn. XXII, 250-261, 252. + + Dyn. XXIII, 251-252. + + Dyn. XXIV, 252. + + Dyn. XXV, 253-254, 279. + + Dyn. XXVI, 254-257 (v. SAIS). + + Dyn. XXVII-XXX, 257-258. + + +E + + Ebéniste, 285, 294. + + Echange, 186, 289. + + Ecriture, 95, 96, 97, 113-115, 118, 120, 122, 125, 163-165, 296-297. + + Ecuelle, 78, 107, 108 (v. Coupe, Assiette). + + ELAM, 254. + + Eléphant, 83, 88, 91, 294. + + ELÉPHANTINE, 36, 169. + + Elevage, 32, 68, 89, 120, 146, 177-179, 292-293. + + ELKAB, 136. + + Email, 283, 284, 289. + + Emblème, 46. + + Embryonnaire (position), 71. + + Enceinte, 150. + + Encens, 168, 220. + + Encre, 165. + + Enéolithique, 58. + + Enfant, 169, 170. + + Enfants d'Horus, 49, 52 (13). + + Engraissage, 177. + + Ennéade, 36, 48. + + Enseigne, 93, 118, 277. + + Eolithe, 61. + + ERATOSTHÈNE, 14. + + Ere, 28. + + Escabeau, 173. + + Escalier, 104, 137, 223. + + Etang, 260, 293. + + ETHIOPIE. ETHIOPIEN, 251, 252, 253, 254, 258, 287. + + Etoffe, 85, 226, 227, 282. + + ETRURIE, 221. + + Etui phallique, 85. + + EUPHRATE, 232, 234, 243, 294. + + EUSÈBE, 14, 16, 48, 50. + + _Excerpta Barbari_, 48. + + +F + + Famille, 41, 169-170. + + Fard, 75. + + Faucille, 89, 180, 292. + + Faucon, 115, 118. + + Faune, 83. + + Fausse-porte, 141, 142 (112, 113), 163. + + Fauteuil, 173, 274, 285 (246). + + Fayence, 109-110 (v. Email). + + FAYOUM, 65, 211. + + Femme, 169, 170, 289. + + Féodalité, 134, 167, 219, 287. + + Fer, 58, 59, 294. + + Ferme, 177. + + Figue, 182. + + Filage, 182, 227 (190). + + Filet, 88, 175, 176 (135, 136), 177, 224. + + Filigrane, 217. + + Flèche, 66 (26-29), 87, 175, 231. + + Flore, 83. + + Fonctionnaire, 119, 131, 219, 220, 287 (v. Administration). + + Forgeron, 294. + + Formule magique, 139, 152. + + Forteresse, 136, 212 (177), 261, 262. + + Foulage, 181 (143). + + Fourrage, 181. + + Frise, 282, 329 (263). + + Fruit, 107. + + Fusaïole, 92. + + +G + + Garde du corps, 166. + + Garde-manger, 175. + + Gazelle, 72, 73, 88, 89, 174. + + Génies funéraires, 49. + + GEORGES LE SYNCELLE, 14, 15. + + Gerbe, 180, 181. + + Girafe, 83, 88. + + Globulaire (vase), 109, 111. + + Gobelet, 76. + + Gomme, 162. + + GOSHEN, 222. + + Gouvernail, 185, 186. + + Grain, 89, 90, 107, 289, 293. + + Grand prêtre, 249, 250, 269, 287. + + Grand vizir, 287. + + Granit, 108, 150, 155, 214, 268. + + Grattoir, 61, 65 (24, 25), 66, 74. + + GRECE, GREC, ILES GRECQUES, 12, 13, 14, 27, 83, 91, 127, 220, 221, + 234, 245, 256, 261, 275, 284, 288, 290. + + Grenat, 110. + + Grenier, 181. + + Grès, 108, 268. + + Groupe, 154, 155 (124). + + Grue, 89, 174. + + Guéridon, 173. + + Guirlande, 282. + + +H + + Habitation, 63, 68, 84 (v. Maison). + + Hache, 62, 64 (19, 20), 66, 87, 92, 323 (261). + + HAKORIS, 258. + + Hameçon, 88, 120, 175. + + HAMY, 54. + + HAPI, 49. + + Harpiste, 228. + + Harpon, 74, 88 (64), 174, 224. + + HATSHEPSOU, 232, 233, 268, 291. + + HAWARA, 203. + + HÉBREUX, 15, 259. + + HÉLIOPOLIS, 36, 37, 48, 49, 123, 129, 137, 139, 237. + + Hématite, 77. + + HÉRACLÉOPOLIS, 134, 189. + + HERKHOUF, 26, 131, 169. + + Herminette, 64 (21), 66, 92, 183. + + HÉRODOTE, 13, 31, 128, 193, 253. + + Héron, 173. + + HIÉRACONPOLIS, 102, 105, 114, 137. + + Hiératique, 33, 165, 296, 297. + + Hiéroglyphes, 122, 163-165, 207, 297. + + Hiérophyphiques d'Horapollon, 14. + + Hippopotame, 76, 83, 88, 92, 94 (67), 174. + + HITTITES, 243, 244, 245. + + HOR-AOUABRA, 214 (179). + + HORAPOLLON, 14. + + HOREMHEB, 241 (204), 242. + + HORUS, 42, 43, 44, 43 (12), 46, 47, 48, 93, 96, 98, 102, 124, 257. + + HOTEP-SEKHEMOUI, 101. + + Houe, 89. + + HOUNI, 125, 126. + + HRIHOR, 249, 250. + + Huile, 107. + + Hutte, 68, 84. + + Hyène, 177, 178 (139). + + HYKSOS, 24, 195-197, 198, 200, 218, 222, 229, 230, 231, 233, 270, 289. + + Hymne, 296. + + Hypogée, 32, 147-148, 204, 271, 273. + + Hypostyle, 244, 262, 263, 266 (226, 227), 269. + + +I + + IALOU, 43, 278. + + IANNIAS, 198. + + Ibis, 118. + + ILLAHOUN, 203. + + Importation, 221. + + Incrustation, 279, 283, 285. + + INDES, 62. + + Industrie, 92, 120, 182-184, 226-227, 248, 256, 294. + + Inhumation secondaire, 72. + + Inondation, 82, 224. + + Inscription, 113-118, 160. + + Inspecteur, 219. + + IONIE, 254. + + Isis, 37, 40 (10), 41, 42, 44, 46, 48, 97, 125. + + ISRAEL, 15, 259. + + ITALIE, 71, 83. + + Ivoire, 75, 86, 122, 220, 285, 289. + + +J + + JAHVEH, 39. + + Jardin, Jardinage, 120, 182, 261, 292. + + Jarre, 107 (73), 115, 119, 182. + + Javeline, 231. + + JÉRUSALEM, 253. + + Jeu, 32, 147. + + Jeux gymniques, 32. + + Joaillerie, 184 (147), 217, 294. + + JOPPÉ, 26. + + JOSEPH, 222. + + JOSÈPHE, 14. + + JOSUÉ, 259. + + JUDÉE, JUIFS, 14, 15, 251. + + Juge, 166. + + Jupon, 222. + + Justice, 220, 287. + + +K + + _Ka_, 139, 144, 152, 153, 210, 214, 277, 278. + + KAIEKHOS, 100. + + KAMARES, 220. + + KAMERIRA, 134. + + KAMÈS, 197. + + KAQEMNA, 228. + + KARNAK, 22, 34, 233, 235, 243, 244, 264 (223), 266 (226), 267 (228), + 268, 276. + + KAROMAMA, 280 (240). + + KEBHSENOUF, 49. + + KENKENÈS, 100. + + KESEM, 222. + + KIRCHER, 16. + + KHA, 274. + + KHAAOU, 51. + + KHABIROU, 259. + + KHAFRA, 128 (v. KHEFREN). + + KHA-M-HA, 280. + + KHA-SEKHEMOUI, 101 (69), 104, 106, 114, 116 (94), 117. + + KHEFREN, 127 (101), 128, 150, 157 (127). + + KHENDI, 195. + + KHENT-KHITI, 49. + + KHENZER, 195. + + KHÉOPS, 126 (99), 127, 128, 129, 149, 180, 228 (v. KHOUFOU). + + KHITI, 134. + + KHNOUM, 36. + + KHONSOU, 48, 263 (221), 264 (223). + + KHOUFOU, 26, 127. + + KHOUNATEN, 236 (199), 238, 241, 248, 287. + + KHOUT-ATEN, 238. + + KHOUOU, 49. + + _Kjoekkenmoedding_, 68, 69, 73, 89. + + KOPTOS, 134. + + KOUMMEH, 193. + + +L + + Labour, 164, 179 (140), 180, 292 (251). + + Labyrinthe, 193, 194. + + LAC MOERIS, 193, 194, 224. + + Lac sacré, 270. + + Lacet, 88. + + Lait, 89. + + LAKISH, 253. + + Lambrissage, 103. + + Langue, 228, 294, 295. + + Lapis-Lazuli, 216, 217. + + Lasso, 88, 175, 178, 224. + + Légume, 182. + + LEPSIUS, 19, 20. + + Lettre, 241, 296. + + LIBYE, LIBYEN, 83, 85, 100, 125, 130, 193, 232, 243, 245, 247, 250, + 255, 290. + + LICHT, 203, 213. + + LIEBLEIN, 199, 259. + + Ligne, 88, 175, 224. + + Lin, 181 (144). + + Linceul, 206. + + Linge, 274. + + Lion, 88, 174, 224, 294. + + Liste d'offrandes, 164. + + Liste royale, 14, 21-25 (2, 3, 5), 117. + + Lit, 173, 274, 285. + + Litière, 184 (148). + + Littérature, 165, 197, 227-228, 294-296. + + Liturgie, 41. + + Livre des Morts, 274, 283, 296. + + Livre de Sothis, 14. + + Lotiforme (colonne), 136 (109), 201. + + Louvre (musée), 156, 157, 283. + + LOUXOR, 63, 264 (222), 265 (224). + + +M + + Maçon, 294. + + Magasin, 104, 105, 140, 150, 152, 211. + + Magdalénien, 56. + + Magie, 41, 228. + + Maillet, 183. + + Maillot, 206. + + Maison, 84, 173, 208, 211, 212 (176), 222, 261 (219). + + MAÏT, 47. + + MANÉTHON, 14, 15, 27, 35, 36, 46, 47, 48, 49, 50, 99, 100, 125, 126, + 129, 130, 131, 133, 134, 190, 191, 195, 198, 200, 230, 249. + + Manicure, 172. + + Manteau, 85, 172, 222. + + Marais, 82, 173. + + Marche, 186 (151), 187. + + Mariage, 41, 286. + + MARIETTE, 19. + + Marine, 291-292 (250) (v. Navigation). + + Marteau, 61. + + MASAHERTA, 250. + + MASHAOUASH, 250. + + _Masniti_, 46. + + Masque, 205 (166), 206, 273, 275. + + Massue, 87 (62-63). + + Mastaba, 32, 139-148, 203, 209, 272. + + Mât, 185, 186, 263. + + Matelas, 173. + + Médecine, 41, 100, 165, 166, 296. + + MEDINET HABOU, 247, 262 (220), 265 (225), 282. + + MÉDITERRANÉE, 71, 81, 83, 91, 121, 225, 255, 284. + + MEIDOUM, 148, 162. + + MEKHA, 51. + + MEMPHIS, 36, 100, 101, 102, 123, 124, 125, 133, 134, 137, 192, 193, + 253. + + MENDES, 97, 258. + + MÉNÈS, 29, 44, 50, 51, 52, 54, 59, 95, 96, 98, 99, 100, 124. + + MENEPHTAH, 245-246 (208), 247, 259. + + MENKAOUHOR, 130. + + MENKAOURA, 128 (v. MYCÉRINUS). + + MENTOUHOTEP, 134, 190 (154), 191, 201, 202. + + Menuisier, 183 (146), 226 (189), 294. + + MERBAPA, 117. + + Mercenaires, 133, 254, 258, 290. + + MERENRA, 132 (106), 158. + + MERIT, 274. + + MER ROUGE, 91, 96, 121, 168, 220, 226, 255, 292. + + MERSEKHA, 114, 117. + + MÉSOPOTAMIE, 122. + + Métal, 46, 58, 221, 277, 279, 289, 294. + + Métallurgie, 93. + + Métier, 32, 182 (v. Industrie). + + Métier à tisser, 41, 227 (190). + + Meuble, 32, 110, 146, 183, 285. + + Meule, 180. + + MIÈBIS, 100, 117. + + MILO, 121. + + Mine, 187. + + MITANNI, 26, 236. + + Mobilier funéraire, 33, 73-76, 120, 146, 163, 208, 271, 274. + + MOERIS (lac), 193, 194, 224. + + Moïse, 259. + + Moisson, 145, 164, 180 (141), 313 (259). + + Mollusque, 88. + + Momie, 42, 139, 144, 146, 154, 206 (167), 272 (233), 273, 275. + + DE MORGAN, 55, 105. + + Moulin, 90. + + Moustaches, 171. + + Moustérien, 56, 57. + + Mouton, 179, 180, 293. + + Moyen Empire, 32, 124, 134, 162, 189, 228, 249, 276, 290. + + Mur, 196. + + Musée Britannique, 22. + + Musique, 32. + + MYCÉRINUS, 128, 129 (103), 150. + + +N + + NABUCHODONOSOR, 255. + + Nacelle, 90 (65), 173, 185 (149). + + Nacre, 75, 85. + + Nain, 169. + + Naos, 202, 263, 269. + + NAPATA, 252. + + Nasse, 88, 177. + + Natron, 206. + + Natte, 72, 173, 182 (145), 183, 208. + + Navigation, 90, 184-186, 225-226 (v. Marine). + + NAVILLE, 202. + + Navire, 291. + + NEBKA, 125. + + NEB-RA, 101. + + NÉCHAO I, 254. + + NÉCHAO II, 255, 292. + + Nécropole, 69, 72, 93. + + NECTANÉBO I, 258 (217). + + NECTANÉBO II, 258. + + Nef, 186. + + NEFERARKARA, 130. + + NEFERHOTEP, 195 (158). + + NEFERKARA, 134. + + NEGADAH, 95, 102, 104-105. + + Nègre, 195, 232, 234. + + NEHASI, 195. + + NEHEB, 51. + + NEKHÉROPHÈS, 125. + + NEKHTHORHEB, 258 (217). + + _Nekyes_, 49. + + NENOUTER, 101. + + Néolithique, 54, 58. + + NEOUSERRA-AN, 130 (104), 138. + + NEPHERITÉS, 258. + + NEPHTHYS, 48. + + Niche, 103, 105, 141. + + NIL, 82 et _passim_. + + Nilomètre, 224. + + NIMROD, 251, 252. + + Noé, 39. + + Nom d'Horus, 116, 118. + + Nomarque, 218, 219, 220. + + Nome, 166, 167. + + NOUIT, 38, 39 (9). + + Nourriture, 166, 222. + + NOUTERKHA, 125. + + Nouvel Empire, 27, 29, 32, 81, 162, 200, 208, 210, 229-298. + + NUBIE, 132, 169, 190, 192, 193, 212, 234, 242, 243, 287, 288. + + _Nucléus_, 65, 67. + + +O + + Oasis, 62, 193. + + Obélisque, 137, 138, 233, 263. + + Obsidienne, 108, 121, 216. + + Ode, 295. + + OEuf, 89. + + Offrandes, 141, 145, 276. + + Oie, 89, 174, 177. + + Oiseau, 75, 173, 175, 294. + + OMAR, 297. + + Opération chirurgicale, 147. + + Or, 110, 111, 121, 184, 217, 284, 288. + + Oracle, 129. + + Orfèvrerie, 217, 284 (v. Bijouterie, Joaillerie). + + Orge, 73, 107, 120. + + Ornement de corps, 73, 74 (v. Bijou). + + OSIRIS, 40 (10), 41, 42, 47, 48, 97, 164. + + OSORKON, 250-251 (212), 252. + + Ostracon, 296 (254). + + Otage, 234. + + OUADI-HAMMAMAT, 132. + + OUAZAND, 51. + + OUÉNÉPHÉS, 100. + + OUNA, 26, 131. + + OUNAS, 131, 152. + + Oursin, 75. + + OUSAPHAIS, 100. + + OUSERKARA, 131. + + OUSERKAF, 130. + + OUSERTESEN, 192 (v. SENOUSRIT). + + _Oushabti_, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 328 (262). + + Outil, 32, 56, 57, 59, 65, 66, 67, 120. + + Oxyrhinque, 164. + + +P + + PAAPIS, 236, 298. + + Pagne, 170-171, 222, 289. + + Paille, 181. + + Palais, 118, 136, 211, 224, 260, 282. + + Paléolithique, 54, 57, 58, 60. + + PALESTINE, 12, 26, 62, 130, 234, 247, 259, 288. + + Palette, 75. + + Palmiforme (colonne), 136 (107), 201. + + PANKHI, 250. + + Panodore, 50. + + Panthère, 88, 112, 174. + + Papyriforme (colonne), 136 (108), 201. + + Papyrus, 33, 90, 165, 197, 227 (191), 228, 274, 283, 296. + + Papyrus Harris, 26, 248. + + Papyrus royal de Turin, 15, 22-24 (3), 27, 35, 37, 46, 47, 48, 49, 50, + 194. + + Parc de chasse, 223 (187), 224, 294. + + Parfum, 146, 166, 208, 216. + + Patriarches, 221. + + Pâturage, 292, 293. + + Paysan, 219, 228. + + Peau, 72, 85, 289. + + Pêche, 32, 56, 74, 88, 95, 120, 146, 181, 173-177 (136), 224, 293-294. + + Pectoral, 216 (183), 217. + + Pédicure, 172. + + Peigne, 75, 86 (61), 92. + + Peintre, 183. + + Peinture, 32, 161-162, 215-216, 280-283, 294. + + PÉLUSE, 196. + + Pendeloque, 75, 92. + + PENTAOUR, 244. + + PÉPI I, 132 (105), 157. + + PÉPI II, 132-133, 134, 169. + + PERABSEN, 116, 117. + + Percepteur, 219. + + Perçoir, 183. + + Percuteur, 66, 67. + + Perdrix, 88. + + Période sothiaque, 28. + + Périple, 255, 292. + + Périscélide, 289. + + Péristyle, 223. + + Perles, 74, 86, 110, 284. + + Perruque, 171, 274, 289. + + PERSE, 257, 258. + + Perspective, 159, 160. + + PETRIE, 55. + + PHÉNICIE, 284, 288. + + PHILAE, 125. + + PHILISTINS, 247. + + PIANKHI, 251, 252 (213), 253, 286. + + Piédroit, 139. + + Piège, 88. + + Pierre de Palerme, 24-25 (4), 99-101. + + Pierre de Rosette, 11 (1), 17. + + Pigeon, 89. + + Pilier, 135, 139, 146, 151, 202, 204. + + Pinceau, 162. + + PINODJEM, 250. + + Plafond, 282. + + Plancher, 103. + + Planchette, 273 (234). + + Plaque de schiste, 75 (34-36), 76, 111, 112 (87), 114. + + Plaquette, 110, 114 (89). + + Plateforme, 137, 147. + + Plâtre, 275. + + PLINE LE JEUNE, 14. + + Plume, 289. + + PLUTARQUE, 14. + + POCKOKE, 16. + + Poème, 228, 244. + + Poésie, 296. + + Poignard, 53 (14), 74, 87, 110 (84), 111, 197 (160), 217. + + Poinçon, 62, 66, 74. + + Pointe de flèche, 56, 66 (26-29), 87, 111 (85-86). + + Pointe de javelot, 56, 87, 88. + + Pointe de lance, 56, 88. + + Poisson, 75, 88, 164, 173, 174, 175, 177, 293. + + Polissoir, 77. + + Polychromie, 161. + + Porc, 293. + + Porphyre, 81, 108. + + Porte-éventail, 119. + + Porte-sandales, 119. + + Portière, 182. + + Portique, 138, 150, 152, 204. + + Poterie égéenne, 121. + + Potier, 92. + + POUNT, 168, 220, 232, 234, 288, 292. + + Prédynastique, 60, 63-94. + + Préhistorique, 21, 35, 54. + + Pressoir, 181 (143). + + Prêtre, 129, 130, 131, 166, 237. + + Protocole, 115-118. + + PSAMMÉTIQUE I, 254 (214), 255. + + PSAMMÉTIQUE II, 255. + + PSAMMÉTIQUE III, 256. + + PSOUSENNÈS, 250. + + PTAH, 36-37 (7). + + PTAHHOTEP, 228. + + PTOLÉMÉES, 14, 17, 297. + + Puits, 205, 275. + + Pylône, 262, 263, 264 (222, 223), 277. + + Pyramides, 123 (97), 125, 126, 127, 128 (102), 129, 131, 138, + 148-153 (119-120), 202 (163), 203, 268. + + +Q + + QEB, 39 (9), 40. + + Quartz, 108. + + +R + + RA, 35 (6), 37-39, 137, 138, 237. + + Racloir, 62, 74 (v. Grattoir). + + Raisin, 181 (143), 282 (243). + + Rame, 80, 186. + + RAMESSEUM, 266 (227). + + RAMSÈS I, 242. + + RAMSÈS II, 244-245 (207), 248, 250, 259, 266, 276 (235), 277 (236). + + RAMSÈS III, 25, 246-248 (209), 261. + + RAMSÈS IV-XII, 248-249, 270. + + RATOISÈS, 127. + + Récolte, 85, 180. + + Recrutement, 32. + + Régence, 232. + + Registre, 220. + + Réquisition, 219. + + RHAMPSINITE, 26. + + Rhinocéros, 88. + + Rites funéraires, 42. + + Robe, 85, 172, 289. + + ROBOAM, 251. + + ROME, 27, 275. + + Roseau, 90. + + DE ROUGÉ, 20. + + Royauté, 115, 165-167, 217-219, 285-286. + + +S + + SABACON, 252, 253. + + DE SACY, 17. + + SAHOURA, 130, 151. + + SAIS, SAITE, 252, 254, 257, 258, 260, 261, 275, 279, 290. + + SALATIS, 198. + + Sanctuaire, 84, 262, 263, 268, 269, 270 (v. Temple, Chapelle). + + Sandale, 171, 289. + + SAQQARAH, 123, 125. + + Sarcophage, 33, 145 (117), 146, 149, 153, 206, 207 (168-169), 209, + 270, 273 (234), 274, 275 (v. Cercueil, Anthropoïde). + + SARGON, 252. + + Satire des métiers, 33. + + Scarabée, 25. + + Sceau, 119. + + Sceptre, 208. + + Scie, 183. + + Science, 100, 165, 197, 228, 296. + + Scribe, 33, 154 (123), 156 (126), 167. + + Sculpture, Sculpteur, 92, 112, 153, 161, 183, 212-215, 275-281, 294. + + SEANKHKARA, 191. + + SEBEKHOTEP, 195. + + SEBEKNEFROU, 194. + + SEBENNYTOS, 258. + + SEKA, 51. + + SEKHET, 38 (8). + + Semailles, 145, 179, 180, 292 (251). + + SEMEMPSÈS, 100, 117. + + SÉMITE, 84, 96, 121, 127, 221 (186). + + Sémitisme, 295. + + SEMNEH, 193. + + SENOUSRIT I, 191 (155), 192, 213, 219. + + SENOUSRIT II, 216 (183). + + SENOUSRIT III, 192 (156). + + SENNAKHÉRIB, 253. + + SEQNENRA, 26, 197, 198 (161). + + Sérapéum, 19, 283. + + _Serdab_, 143, 163, 210. + + Serf, 219. + + Sertissage, 282. + + Service des Antiquités, 20. + + SÉSOSTRIS, 192, 244. + + SET, 41, 42, 43, 44, 45 (12), 46, 47, 48, 93, 97, 101, 117, 124. + + SÉTI I, 242-244 (205), 266, 267. + + SÉTI II, 246. + + SETNEKHT, 246-247. + + SHABATOKA, 253. + + SHARDANE, 250, 290. + + _Sheikh-el-Beled_, 6 (frontispice), 156 (125). + + SHEPSESKARA, 130. + + SHESHONQ, 250, 251. + + _Shesou-Hor_, 35, 50. + + SHOU, 39 (9), 48. + + SI-AMON, 250. + + Silex, 32, 53-67 (14-29), 74, 75, 86 (60), 92, 96, 110 (84), + 111 (85-86), 120, 231. + + Silure, 164. + + SINAI, 100, 114, 121, 127, 129, 130, 132, 168, 190, 193. + + Singe, 182. + + SINOUHIT, 26, 228. + + SIOUT, 134, 189, 218. + + SIPHTAH, 246, 272 (233). + + SISAK, 251. + + SMENDÈS, 250. + + SNEFROU, 126, 143, 149, 161. + + Soldat, 218 (185), 290 (249). + + Soleil, 130 (v. Ra). + + Solutréen, 56, 57. + + SOMALIS, 54, 168, 220. + + SOTHIS, 28. + + Soubassement, 105. + + SOUDAN, 12, 83, 130, 169, 193, 220, 232, 234, 252, 288, 290. + + Sphéroïde (vase), 109 (80). + + Sphinx, 128, 150, 189 (153), 201, 214, 263. + + Statue, 112, 113, 144, 152, 153-158, 160, 197, 201, 202, 210, 213, + 214. + + Statuette, 210, 211 (174). + + Statuette funéraire, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 284. + + Stéatopygie, 84. + + Stèle, 104, 105, 114, 115, 119, 125, 138, 141, 143, 203, 280, 296. + + Store, 208. + + STRABON, 14, 31. + + Stuc, 260, 285. + + SUEZ, 196. + + Syphilis, 84. + + SYRIE, SYRIEN, 26, 127, 168, 190, 193, 220, 232, 234, 235, 243, 245, + 246, 247, 250, 252, 253, 255, 284, 288, 289, 290, 293, 294. + + Syringe, 270. + + +T + + Table d'offrandes, 143 (114, 115), 163. + + Tablette, 26, 236, 240 (202). + + TAFNEKHT, 252. + + TAHARQA, 253, 254. + + TAKELOT, 251. + + Talisman, 76. + + TANIS, 132, 250. + + TANOUTAMON, 254. + + TAOUSERT, 246. + + Tapis, 183. + + Tatouage, 86. + + TEKA, 51. + + TELL EL AMARNA, 26, 236, 237, 238, 239, 240, 241, 275, 281, 282. + + Temple, 106, 118, 131, 135, 136-138, 200, 201, 214, 233, 236, 262-270, + 276, 280. + + Tenture, 182. + + TÉOS, 258. + + Terrasse, 202, 268. + + Terre cuite, 74. + + TESH, 51. + + TETI, 131. + + Textes religieux, 164, 208, 227, 228. + + THEBES, 134, 190, 192, 194, 196, 200, 218, 235, 237, 238, 242, 250, + 251, 252, 253, 254, 261, 274, 287, 290, 291. + + Théologie, 165, 166. + + THII, 236. + + THINIS, 49, 98, 102. + + THOT, 39 (9), 42, 44, 45, 47, 48. + + THOUTMÈS I, 232 (195). + + THOUTMÈS II, 232. + + THOUTMÈS III, 26, 232, 233 (196), 259. + + THOUTMÈS IV, 229, 234 (197), 235. + + Tissage, 92, 182, 227 (190). + + Titulature, 101, 115-118, 124. + + Toilette, 166, 172 (132). + + Toit, 186. + + Tombeau, 31, 32, 33, 59, 64, 69, 76, 102-106, 119, 126, 135, 139-153, + 154, 158, 161, 162, 202-211, 268, 270-275, 277, 278, 280, 296. + + Tortue, 75. + + TOSORTHROS, 125. + + Totem, 93. + + TOUAA, 274. + + TOUAREGS, 62. + + TOUTANKHAMON, 240 (203), 242, 274. + + Traîneau, 187. + + Traité, 245. + + Transport, 219. + + Trésor, 263. + + Tribu, 41, 46 (v. Clan). + + Tribunal d'Osiris, 43. + + Troubleau, 177. + + Troupeau, 292, 293. + + Tuberculose, 84. + + TUNISIE, 245. + + TURIN, 23, 274. + + Turquoise, 217. + + TYPHON, 41. + + +U + + Ustensile, 32, 146, 274, 285. + + +V + + Vache, 178. + + Vaisseau, 186. + + Vannage, 181, 322 (260). + + Vannerie, 78, 80, 183, 282. + + Vase à parfum, 274. + + Vase en bois, 283. + + Vase en émail et en verre, 284. + + Vase en métal, 217, 283-284, 289. + + Vase en pierre, 59, 81, 92, 107-109, 163, 183, 187, 121, 208, 216-283, + 284. + + Vase en terre, 32, 73, 76-81, 107-108, 163, 209, 216. + + Vendange, 146, 181. + + Ventilation, 223. + + Vergue, 185. + + Verre, 284. + + Vêtement, 32, 41, 120, 146, 166, 170-171, 222, 274 (v. Costume). + + Viande, 73, 107. + + Vigne, 120, 181, 282 (243). + + Village, 64, 67-68, 80, 84, 93. + + Vilebrequin, 108. + + Ville, 41, 211, 219, 222. + + Vin, 107. + + Vizir, 166. + + Voile, 185, 186, 225. + + +X + + XOIS, 194. + + +Y + + YOUAA, 274. + + YOUNG, 17. + + +Z + + ZERAKH, 251. + +[Illustration: _Fig. 258._ Tête de femme (XVIIIe dynastie).] + + + + +[Illustration: _Fig. 259._ Moissonneurs portant la récolte (Tombeau +d'Anna, Thèbes, XVIIIe dynastie).] + + + + +BIBLIOGRAPHIE + +Liste des principaux ouvrages concernant les divers domaines de +l'Egyptologie. Les titres précédés d'un astérique sont ceux des livres +qu'on peut se procurer le plus facilement. + + +A. OUVRAGES GÉNÉRAUX + +I. HISTOIRE + + *FR. W. VON BISSING. _Geschichte Aegyptens im Umriss._ Berlin 1904. + + *J. H. BREASTED. _A History of Egypt._ New-York 1905. + + H. BRUGSCH. _Geschichte Aegyptens unter den + Pharaonen._ Leipzig 1877. + + *E. A. WALLIS BUDGE. _A History of Egypt._ 8 vol. + (Books on Egypt and Chaldaea IX-XVI.) Londres 1902. + + FR. LENORMANT. _Histoire Ancienne de l'Orient_. + T. II et III. Les Egyptiens (9e édit.). Paris 1887. + + *J. LIEBLEIN. _Recherches sur l'histoire et la + civilisation de l'ancienne Egypte._ Leipzig 1910-11. + + -- _Recherches sur la chronologie égyptienne._ Christiania 1873. + + F. J. LAUTH. _Aus Aegyptens Vorzeit._ Berlin 1881. + + G. MASPERO. _Histoire ancienne des peuples de + l'Orient classique._ 3 vol. Paris 1895-99. + + -- _Histoire ancienne des peuples de l'Orient_. + 1 vol. 6e édit. Paris 1904. + + ED. MEYER. _Geschichte des Altertums_ I et II. + (En cours de publication.) Stuttgart 1909. + + -- _Histoire de l'Antiquité._ I-VIII. + (En cours de publ.) Paris 1912. + + -- _Aegyptische Chronologie._ Berlin 1904. + + *W. FL. PETRIE. _A History of Egypt_. 3 vol. Londres 1899-1905. + + G. F. UNGER. _Chronologie des Manetho._ Berlin 1867. + + A. WIEDMANN. _Aegyptische Geschichte._ Gotha 1884. + + +LISTES ROYALES + + E. BRUGSCH et U. BOURIANT. _Le Livre des rois._ Le Caire 1887. + + E. A. WALLIS BUDGE. _The Book of the Kings of Egypt._ + 3 vol. Londres 1908. + + H. GAUTHIER. _Le Livre des rois d'Egypte._ 5 vol. + (Mém. de l'Inst. fr. d'Arch. orient. du Caire, + t. XVII-XXI.) Le Caire 1907-1918. + + C. R. LEPSIUS. _Königsbuch der alten Aegypter._ + 2 vol. Berlin 1858. + + +2. GÉOGRAPHIE + + E. AMÉLINEAU. _La géographie de l'Egypte à l'époque + copte._ Paris 1893. + + *K. BÆDEKER (G. STEINDORFF). _Egypte et Soudan._ + (3e édit. franç.) Leipzig 1898. + + *G. BENEDITE. _Egypte_ (Guide Joanne.) Paris 1900-1905. + + H. BRUGSCH. _Geographische Inschriften + altägyptischer Denkmäler._ 3 vol. Leipzig 1857-1860. + + -- _Dictionnaire géographique de l'ancienne Egypte._ Leipzig 1879. + + J. F. CHAMPOLLION. _L'Egypte sous les Pharaons._ + 2 vol. Paris 1814. + + J. DUMICHEN. _Geographie des alten Aegyptens_ + (dans MEYER. _Gesch. Aeg._ 1re edit.) Berlin 1887. + + -- _Zur Geographie des alten Aegyptens._ Leipzig 1894. + + J. DE ROUGÉ. _Géographie ancienne de la Basse + Egypte._ Leipzig 1894. + + _An atlas of ancient Egypt._ (Publ. of the Egypt + Exploration Fund.) Londres 1894. + + E. SCHIAPARELLI. _La Geografia dell'Africa + orientale._ Rome 1916. + + +3. RELATIONS EXTÉRIEURES + + F. W. VON BISSING. _Der Anteil der aegyptischen + Kunst am Kunstleben der Völker._ Munich 1912. + + W. M. MULLER. _Asien und Europa nach aegyptischen + Denkmälern._ Leipzig 1893. + + -- _Egyptological Researches_ (2 vol.). Washington 1906-1910. + + *W. M. FL. PETRIE. _Egypt and Israel._ Londres 1911. + + R. WEILL. _Recueil des inscriptions égyptiennes + du Sinaï._ Paris 1904. + + +4. CIVILISATION + + H. BRUGSCH. _Die Aegyptologie._ Leipzig 1891. + + F. CHABAS. _Etudes sur l'Antiquité historique._ + (3e édit.) Paris 1873. + + *AD. ERMAN-RANCKE. _Aegypten und aegyptisches + Leben im Altertum_ (2e édit.). Tübingen 1923. + + *V. LORET. _L'Egypte au temps des Pharaons._ Paris 1889. + + *G. MASPERO. _Lectures historiques._ Paris 1890. + + J. ROSELLINI. _I Monumenti dell'Egitto e della + Nubia._ (Vol. IV-VIII. Monumenti civili.). Pise 1843-36. + + *H. SCHNEIDER. _Kultur und Denken der alten + Aegypter._ Leipzig 1909. + + J. GARDNER WILKINSON. _The Manners and Customs of the + ancient Egyptians._ (4e éd. par S. BIRCH.) 3 vol. Londres 1878. + + A. WIEDEMANN. _Herodots zweites Buch._ Leipzig 1890. + + W. WRESZINSKI. _Atlas zur altägyptischen + Kulturgeschichte._ Leipzig 1914. + + +5. ART + + F. W. VON BISSING. _Denkmäler aegyptischer + Sculptur._ 1 vol. et 2 atlas. Leipzig 1908-13. + + L. BORCHARDT. _Die aegyptische Pflanzensäule._ Berlin 1897. + + J. CAPART. _L'art égyptien._ 2 vol. de planches. Bruxelles 1909-11. + + -- _Leçons sur l'art égyptien._ Bruxelles 1920. + + A. CHOISY. _L'art de bâtir chez les Egyptiens._ Paris 1904. + + G. FOUCART. _Histoire de l'ordre lotiforme._ Paris 1897. + + G. JÉQUIER. _Décoration égyptienne._ Paris 1911. + + -- _Les temples memphites et thébains._ Paris 1921. + + -- _Les temples ramessides et saïtes._ Paris 1923. + + -- _Les temples ptolémaïques et romains._ (sous presse). + + *G. MASPERO. _L'archéologie égyptienne._ Paris 1887. + + *-- _Egypte_ (collection «Ars una»). Paris 1912. + + G. PERROT ET CH. CHIPIEZ. _Histoire de l'Art + dans l'Antiquité._ I _Egypte._ Paris 1882. + + *W. M. FL. PETRIE. _Egyptian Decorative Art._ Londres 1895. + + *-- _Arts and Crafts of ancient Egypt._ Edimbourg 1909. + + *H. SCHAFER. _Von ägyptischer Kunst._ 2 vol. Leipzig 1920. + + *W. SPIEGELBERG. _Geschichte der aegyptischen + Kunst._ Leipzig 1903. + + +6. ÉCRITURE + +HIÉROGLYPHES + + PH. BERGER. _Histoire de l'écriture dans + l'antiquité_, p. 90-104. Paris 1891. + + F. LL. GRIFFITH. _Beni Hasan_ III. Londres 1896. + + -- _Hieroglyphs._ Londres 1898. + + -- _The Mastaba of Ptahhetep and Akhethetep._ I. Londres 1900. + + M. A. MURRAY. _Saqqara Mastabas_ I. Londres 1905. + + +HIÉRATIQUE + + AD. ERMAN. _Die Märchen des Papyrus Westcar_, t. II. Berlin 1890. + + S. LEVI. _Raccolta dei Signi ieratici egizi._ Turin 1882. + + G. MOLLER. _Hieratische Palaeographie._ 3 vol. Leipzig 1909-1913. + + +DÉMOTIQUE + + H. BRUGSCH. _Grammaire démotique._ Paris 1855. + + +7. LANGUE + +GRAMMAIRE + + H. BRUGSCH. _Hieroglyphische Grammatik._ Leipzig 1872. + + J. F. CHAMPOLLION. _Grammaire égyptienne._ Paris 1836. + + E. DRIOTON. _Cours de grammaire égyptienne._ Nancy 1922. + + AD. ERMAN. _Aegyptische Grammatik_ (3e éd.) Berlin 1911. + + V. LORET. _Manuel de la langue égyptienne._ Paris 1889. + + E. DE ROUGÉ. _Chrestomathie égyptienne_, 4 vol. Paris 1867-76. + + K. SETHE. _Das aegyptische Verbum._ 3 vol. Leipzig 1899. + + +DICTIONNAIRE + + H. BRUGSCH. _Hieroglyphisch-demotisches Wörterbuch._ + Vol. I-IV et suppl. Vol. V-VII. Leipzig 1867-82. + + AD. ERMAN, H. GRAPOW. _Aegyptisches Handwörterbuch._ Berlin 1904. + + S. LEVI. _Vocabolario geroglifico-copto-ebraico._ + Vol. I-IV et suppl. Vol. VII-VIII. Turin 1887-94. + + P. PIERRET. _Vocabulaire hiéroglyphique._ Paris 1875. + + +8. LITTÉRATURE + + *J. BREASTED. _Ancient Records of Egypt_, 5 vol. Chicago 1906-07. + + G. MASPERO. _Etudes égyptiennes._ Vol. I. Paris 1879. + + -- _Du genre épistolaire chez les Egyptiens._ Paris 1872. + + *-- _Les Contes populaires de l'Egypte ancienne._ + (4e édit.). Paris 1911. + + W. M. MULLER. _Die Liebespoesie der alten Aegypter._ Leipzig 1899. + + _Records of the Past._ Vol. II, IV, VI, VIII, X, XII. + Londres 1874-81. + + +9. RELIGION + + H. BRUGSCH. _Religion und Mythologie der alten + Aegypter._ Leipzig 1888. + + E. A. WALLIS BUDGE. _The Gods of the Egyptians_ + (2 vol.). Londres 1904. + + -- _Osiris and the Egyptian Resurrection_ (2 vol.). Londres 1911. + + *AD. ERMAN. _Die aegyptische Religion._ Berlin 1905. + + G. MASPERO. _Etudes de Mythologie et d'Archéologie + égyptiennes._ (Vol. I-VI. Bibliothèque + Egyptologique, t. I, II, VIII, IX, XXVII, XXVIII.) Paris 1893-1912. + + *ED. NAVILLE. _La Religion des Anciens Egyptiens_ + (Annales du Musée Guimet. Bibl. de Vulgarisation + t. XXIII.) Paris 1906. + + *W. M. FL. PETRIE. _Religion and Conscience in + Egypt._ Londres 1898. + + *_Personal Religion in Egypt before Christianity._ Londres 1909. + + P. PIERRET. _Essai sur la Mythologie égyptienne._ Paris 1879. + + *G. STEINDORF. _The Religion of the ancient + Egyptians._ New-York 1905. + + V. VON STRAUSS UND TORNEY. _Der altaegyptische + Götterglaube._ 2 vol. Heidelberg 1889. + + *A. WIEDEMANN. _Die Religion der alten Aegypter._ Münster 1890. + + +RITES + + *E. A. W. BUDGE. _The Liturgy of funerary + offerings_ (Books on Egypt and Chaldaea. Vol. XXV). Londres 1909. + + *-- _The Book of Opening the Mouth._ 2 vol. + (_ibid._ Vol. XXVI et XXVII). Londres 1909. + + H. KEES. _Der Opfertanz des aegyptischen Königs._ Leipzig 1912. + + E. LEFÉBURE. _Rites égyptiens._ (Publ. de l'Ecole + des Lettres d'Alger. IV.) Paris 1890. + + *A. MORET. _Du caractère religieux de la royauté + pharaonique_. (Annales du Musée Guimet. Bibl. + d'Etudes, t. XV.). Paris 1902. + + *-- _Le Rituel du Culte divin journalier en Egypte_ + (_ibid._ t. XIV). Paris 1902. + + E. SCHIAPARELLI. _Il Libro dei Funerali degli + antichi Egiziani_, 3 vol. et atlas de planches. Turin 1882. + + G. MASPERO. _Le rituel du sacrifice funéraire._ + Bibliothèque égyptologique I. p. 283-324. Paris 1893. + + +TEXTES ANCIENS + + + 1. _Livre des pyramides._ + + G. MASPERO. _Les Inscriptions des Pyramides de + Saqqarah._ (Extrait du Recueil de Travaux.) Paris 1894. + + K. SETHE. _Die altaegyptischen Pyramidentexte._ (En + cours de publication. 4 vol. parus.) Leipzig 1908. sq. + + + 2. _Textes funéraires du Moyen Empire._ + + P. LACAU. _Textes religieux._ (Parait dans le + Recueil de travaux. Vol. XXVI et suiv.) Paris 1904 sq. + + R. LEPSIUS. _Aelteste Texte des Todtenbuchs._ Berlin 1867. + + + 3. _Livre des morts._ + + *E. A. WALLIS BUDGE. _The Book of the Dead._ 3 vol. + (Texte, traduction et index.) Londres 1898. + + *P. LE PAGE RENOUF. _The Book of the Dead._ + Translation and commentary (Life-Work, vol. IV.) Paris 1907. + + R. LEPSIUS. _Das Todtenbuch der Aegypter._ Leipzig 1842. + + ED. SAVILLE. _Das aegyptische Totenbuch der_ + XVIII-XX. _Dyn_. 3 vol. Berlin 1886. + + G. MASPERO. _Le livre des morts._ Bibliothèque + égyptol. I. p. 325-387. Paris 1893. + + *P. PIERRET. _Le Livre des morts._ (2e édit.) trad. Paris 1907. + + W. PLEYTE. _Chapitres supplémentaires du Livre des + morts._ 3 vol. Leide 1881. + + *E. DE ROUGÉ. _Etudes sur le Rituel funéraire des + anciens Egyptiens._ Bibl. égyptol. XXIII. Paris 1910. + + + 4. _Livre de l'Am.-Douat._ + + G. JÉQUIER. _Le livre de ce qu'il y a dans l'Hadès._ Paris 1894. + + R. V. LANZONE. _Le domicile des Esprits._ Paris 1879. + + E. 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LORET. _Les fêtes d'Osiris au mois de Khoïak._ + (Recueil de travaux III-V.) Paris 1882-84. + + G. MASPERO. _Hymne au Nil._ Le Caire 1912. + + E. NAVILLE. _Textes relatifs au Mythe d'Horus._ Leipzig 1870. + + -- _La Litanie du Soleil._ Leipzig 1875. + + -- _La destruction des hommes par les dieux._ + (Transaction of the Soc. of Bibl. Arch. + IV et VIII.) Londres 1875-85. + + + 6. _Textes magiques._ + + F. CHABAS. _Le papyrus magique Harris._ Chalon 1860. + + AD. ERMAN. _Zaubersprüche für Mutter und Kind._ Berlin 1901. + + G. DARESSY. _Textes et dessins magiques._ + (Catal. gén. du Musée du Caire.) Le Caire 1903. + + W. GOLENISCHEFF. _Die Metternichstele._ Leipzig 1877. + + +10. PUBLICATIONS DE TEXTES + +MONUMENTS + + H. BRUGSCH. _Recueil de monuments égyptiens._ 6 vol. Leipzig 1861-83. + + -- _Thésaurus inscriptionum aegyptiacarum._ 6 vol. Leipzig 1883-91. + + J. F. CHAMPOLLION. _Monuments de l'Egypte et de la + Nubie._ 4 vol. de planches et 2 vol. + de texte. Paris 1835 sq. + + J. DUMICHEN. _Historische Inschriften altägyptischer + Denkmäler._ 2 vol. Leipzig 1867. + + -- _Altägyptische Kalenderinschriften._ Leipzig 1866. + + -- _Altägyptische Tempelinschriften._ 2 vol. Leipzig 1867. + + R. LEPSIUS. _Denkmaler aus Aegypten und Aethiopien._ + Planches 12 vol. Texte 5 vol. Berlin 1840 sq. + + J. ROSELLINI. _Monumenti dell'Egitto e della Nubia._ + Planches 3 vol. Texte 9 vol. Pise 1832-44. + + R. DE ROUGÉ. _Inscriptions hiéroglyphiques copiées + en Egypte._ 4 vol. Paris 1877-79. + + _Description de l'Egypte._ 1re édit. Planches. + 14 vol. Texte. 9 vol. Paris 1809 sq. + 2e édit. Planches 11 vol. Texte 26 vol. Paris 1821 sq. + + _Urkunden des aegyptischen Altertums._ En cours + de publication. Leipzig 1903 sq. + + _Archaelogical Survey of Egypt._ 24 vol. parus. Londres 1890 sq. + + +FOUILLES + + _Egypt Exploration Fund._ 37 vol. parus. Londres 1883 sq. + + _Egypt Research Account. British school of + Archaeology._ 18 vol. parus. Londres 1898 sq. + + _Deutsche Orient Gesellschaft._ Leipzig 1908 sq. + + _Services des Antiquités de l'Egypte._ + (Comptes rendus de fouilles). Le Caire 1894 sq. + + W. M. FLINDERS PETRIE. Publications diverses. Londres 1896 sq. + + +MUSÉES + + _Catalogue général des antiquités égyptiennes + du Musée du Caire._ 59 vol. parus depuis 1901. + + _Beschreibung der aegyptischen Sammlung .... in + Leiden._ 11 vol. parus depuis 1907. + + _Aegyptische Inschriften aus den Kg. Museen zu + Berlin._ 2 vol. parus depuis 1901. + + C. LEEMANS. _Monuments égyptiens du Musée + d'Antiquités des Pays-Bas_ à Leide. Leide 1832 sq. + + P. PIERRET. _Recueil d'inscriptions inédites du + Musée égyptien du Louvre._ 2 vol. Paris 1874-78. + + E. SCHIAPARELLI. _Museo archeologico di + Firenze.--Antichita Egizie._ Rome 1887. + + +PAPYRUS + + _Select papyri in the hieratic character from the + British Museum._ Londres 1841-60. + + _Hieratische Papyrus aus den kg. Museum zu Berlin._ + 5 vol. parus. Leipzig 1901 sq. + + S. BIRCH. _Inscriptions in the hieratic and demotic + character_ (British Museum). Londres 1868. + + -- _Facsimile of an egyptian hieratic papyrus of the + reign of Ramses_ III. Londres 1876. + + TH. DEVÉRIA. _Le papyrus judiciaire de Turin et les + papyrus Lee et Rollin_ (Bibliothèque + égyptologique V). Paris 1897. + + G. EBERS. _Papyros Ebers._ 2 vol. Leipzig 1875. + + A. EISENLOHR. _Ein mathematisches Handbuch der alten + Aegypter._ 2 vol. Leipzig 1877. + + AD. ERMAN. _Die Märchen des Papyrus Westcar_ (2 vol.). Berlin 1890. + + -- _Gespräch eines Lebensmüden mit seiner Seele._ Berlin 1896. + + A. GARDINER. _Egyptian hieratic texts._ + (En cours de publication.) Leipzig 1911 sq. + + -- _Admonitions of an aegyptian Sage._ Leipzig 1909. + + F. LL. GRIFFITH. _Hieratic papyri from Kahun + and Gurob._ Londres 1898. + + G. JÉQUIER. _Le Papyrus Prisse et ses variantes._ Paris 1910. + + A. MARIETTE. _Les papyrus égyptiens du Musée + de Boulaq._ Paris 1872-77. + + W. PLEYTE et F. ROSSI. _Les papyrus de Turin._ 2 vol. Leide 1869-76. + + G. REISNER. _The Hearst medical papyrus._ Leipzig 1905. + + W. WRESZINSKI. _Der grosse medizinische Papyrus des + Berliner Museums._ Leipzig 1909. + + +11. MÉMOIRES EN SÉRIES + + Mémoires publiés par les membres de la Mission + archéologique française au Caire. (16 vol.). Paris 1884-1897. + + Mémoires publiés par les membres de l'Institut + français d'archéologie orientale du Caire + (45 vol. parus). Le Caire 1902 sq. + + Bibliothèque égyptologique, contenant les oeuvres + des égyptologues français (25 volumes parus). Paris 1893 sq. + + Untersuchungen zur Geschichte und Altertumskunde + Aegyptens. (6 vol. parus.). Leipzig 1896 sq. + + Recueil d'Etudes égyptologiques dédiées à la mémoire + de J.-F. Champollion. Paris 1922. + + +12. PÉRIODIQUES + + Ancient Egypt. Londres dès 1914. + + Annales du Service des Antiquités de l'Egypte. Le Caire dès 1900. + + Bulletin de l'Institut français d'archéologie + orientale. Le Caire dès 1901. + + Journal of Aegyptian archeology. Londres dès 1914. + + Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne. + (Vol. I-III.) Paris 1872-77. + + Recueil de travaux relatifs à la philologie et à + l'archéologie égyptiennes et assyriennes. Paris dès 1870. + + Revue égyptologique. Paris dès 1880. + + Society of Biblical Archaeology. Transactions I-IX. + Londres 1872-93. Proceedings I-XL. Londres 1879-1918. + + Sphinx. Revue critique. (Vol. I-XXI.) Upsala 1897-1918. + + Zeitschrift für aegyptische Sprache und + Altertumskunde. Leipzig dès 1863. + + +B. OUVRAGES SPÉCIAUX + +1. ÉPOQUES PRÉDYNASTIQUE ET THINITE + + E. AMÉLINEAU. _Les nouvelles fouilles d'Abydos._ 4 vol. + Paris 1899 sq. + + -- _Le tombeau d'Osiris._ Paris 1899. + + E. AYRTON. _Predynastic cemetery at El Mahasna._ Londres 1911. + + J. CAPART. _Les débuts de l'art en Egypte._ Bruxelles 1909. + + J. GARSTANG. _Mahasna and Bet-Khallaf._ Londres 1902. + + J. DE MORGAN. _Recherches sur les Origines de + l'Egypte._ 2 vol. Paris 1896-97. + + W. M. FL. PETRIE, J. E. QUIBELL. _Nagada and Ballas._ Londres 1896. + + FL. PETRIE. _The Royal Tombs of the earliest dyn._ + 2 vol. Londres 1900-01. + + -- _Diospolis parva._ Londres 1901. + + -- _Abydos._ 2 vol. Londres 1902-03. + + J. E. QUIBELL. _Hieraconpolis._ 2 vol. Londres 1900 sq. + + -- _Archaïc objects_ (catal. gén. du Caire). Le Caire 1905. + + D. RANDALL-MACIVER. _El-Amrah and Abydos._ Londres 1902. + + G. REISNER. _The early dynastie cemeteries of + Naga-ed-Dêr._ Leipzig 1908. + + K. SETHE. _Beitrage zur ältesten Geschichte Aegyptens._ Leipzig 1905. + + R. WEIL. _Des monuments et de l'histoire des_ IIe + et IIIe _dynasties égyptiennes._ Paris 1908. + + +2. ANCIEN EMPIRE + + F. W. VON BISSING. _Die Mastaba des Gem-ni-kai._ 2 vol. + Berlin 1905 sq. + + -- _Das Rè-Heiligtum des Königs Ne-Woser-Rè._ 2 vol. Berlin 1905 sq. + + L. BORCHARDT. _Das Grabdenkmal des Königs Ne-User-Re._ Berlin 1907. + + -- _Das Grabdenkmal des Königs Nefer-ir-ke-Re._ Berlin 1909. + + -- _Das Grabdenkmal des Königs Sa-hu-Re._ 2 vol. Berlin 1910-13. + + J. CAPART. _Une rue de tombeaux à Saqqarah._ 2 vol. Bruxelles 1907. + + N. DE G. DAVIES. _Ptahhetep and Akhethetep._ 2 vol. Londres 1900. + + -- _The Rock-tombs of Sheikh-Said._ Londres 1901. + + -- _The Rock-tombs of Deir-el-Gebrawi._ 2 vol. Londres 1902. + + A. MARIETTE. _Les Mastabas de l'Ancien Empire._ Paris 1889. + + M. A. MURRAY. _Saqqara Mastaba_ I. Londres 1904. + + W. M. FL. PETRIE. _Medum._ Londres 1893. + + -- _Deshasheh._ Londres 1898. + + E. DE ROUGÉ. _Recherches sur les monuments qu'on peut + attribuer aux six premières dynasties de Manéthon._ Paris 1866. + + +3. MOYEN EMPIRE + + E. CHASSINAT et CH. PALANQUE. _Une campagne de + fouilles dans la nécropole d'Assiout._ Le Caire 1911. + + N. DE G. DAVIES, A. GARDINER. _The tomb of Antefoker._ Londres 1920. + + J. GARSTANG. _The Burial Customs of Ancient Egypt._ Londres 1907. + + J. E. GAUTIER, G. JEQUIER. _Mémoire sur les fouilles + de Licht._ Caire 1902. + + F. LL. GRIFFITH. _The Inscriptions of Siut and + Der-Rifeh._ Londres 1889. + + P. LACAU. _Sarcophages antérieurs au Nouvel Empire + thébain_ (2 vol.). Le Caire 1904. + + H. O. LANGE et H. SCHAEFER. _Grab und Denksteine + des Mittleren Reichs._ 4 vol. Berlin dès 1902. + + A. C. MACE, H. E. WINLOCK. _The Tomb of Senebtisi + at Lisht._ New-York 1916. + + J. DE MORGAN. _Fouilles à Dahchour._ 2 vol. Vienne 1895-1903. + + ED. NAVILLE. _The_ XIth _dynasty Temple at + Deir-el-Bahari._ 3 vol. Londres 1907 sq. + + P. E. NEWBERRY. _Beni Hasan._ 4 vol. Londres 1892 sq. + + -- _El Bersheh._ 2 vol. Londres 1894 sq. + + H. SCHÆFER. _Priestergräber .... vom Totentempel des + Ne-User-Rè._ Leipzig 1908. + + G. STEINDORFF. _Grabfunde des Mittleren Reichs._ + 2 vol. Berlin 1896 sq. + + +4. NOUVEL EMPIRE + + N. DE G. DAVIES. _The Rock-tombs of El-Amarna_ + (6 vol.). Londres 1903 sq. + + -- GARDINER. _The tomb of Amenemhèt._ Londres 1915. + + -- _The Tomb of Nakht at Thèbes._ New-York 1917. + + P. LACAU. _Stèles du Nouvel Empire._ Le Caire 1909. + + A. MARIETTE. _Abydos_ I. Paris 1880. + + -- _Karnak._ Leipzig 1875. + + ED. NAVILLE. _The Temple of Deir-el-Bahari._ 7 vol. Londres 1900. + + P. E. NEWBERRY. _The life of Rekmara._ Londres 1900. + + Mis OF NORTHAMPTON, W. SPIEGELBERG, P. NEWBERRY. + _Excavations in the Theban necropolis._ Londres 1908. + + K. SETHE. _Urkunden der_ XVIIIe _dynastie._ 4 vol. Leipzig 1906 sq. + + Mém. de la Mission archéologique française au Caire, + t. V. Paris 1894. + +[Illustration: _Fig. 260._ Vanneurs (tombeau de Nakht. Thèbes XVIIIe +dynastie).] + + + + +[Illustration: _Fig. 261._ Haches d'Ahmès I. d'après MARIETTE. _Album du +Musée de Boulaq_, pl. XXXI.] + + + + +TABLE DES GRAVURES + + + Pages + + Le «_Sheikh-el-beled_» statue en bois de l'Ancien Empire + (frontispice). + 1. Quelques lignes de la Pierre de Rosette 11 + 2. La table royale d'Abydos 22 + 3. Fragments du papyrus royal de Turin 23 + 4. Partie supérieure de la Pierre de Palerme 24 + 5. Panneau de la Salle des Ancêtres de Karnak 34 + 6. Rà dans la barque solaire 35 + 7. Ptah 37 + 8. Sekhet 38 + 9. Nouït portant la barque solaire: Shou et Qeb; Thot 39 + 10. Osiris et Isis 40 + 11. Anubis embaumeur 43 + 12. Set et Horus réunissant les deux parties du pays sous + l'autorité du roi 45 + 13. Les Enfants d'Horus 52 + 14. Poignard en silex 53 + 15-18. Instruments paléolithiques 61 + 19-21. Haches et herminette en silex 64 + 22-25. Couteaux et grattoirs en silex 65 + 26-29. Pointes de flèches en silex 66 + 30. Tombeau prédynastique 69 + 31. Tombeau prédynastique 70 + 32. Tombeau prédynastique 71 + 33. Couteau en silex 74 + 34-36. Plaques de schiste 75 + 37-41. Vases rouges à bord noir 77 + 42-46. Poterie rouge 77 + 47-49. Vases rouges à décor blanc 78 + 50-51. Vases à cordon 79 + 52-54. Vases peints 79 + 55. Vase peint 80 + 56-57. Poterie grossière 81 + 58. Sanctuaire primitif 84 + 59. Figurines d'ivoire d'époque archaïque 85 + 60. Bracelet en silex 86 + 61. Peigne en os 86 + 62-63. Massues 87 + 64. Harpon en os 88 + 65. Modèle de nacelle en terre cuite 90 + 66. Barque préhistorique. Graffito 91 + 67. Hippopotame en terre cuite 94 + 68. Vue perspective du tombeau de Negadah 95 + 69. Tête de Kha-Sekhemouï 101 + 70. Plan d'un tombeau royal à Abydos 103 + 71. Stèle royale d'Abydos 104 + 72. Tombe d'époque thinite 106 + 73. Jarre en terre 107 + 74-75. Vases cylindriques en terre 108 + 76-79. Coupes en pierre dure 108 + 80-81. Vases de pierre 109 + 82-83. Bracelets de la Ire dynastie 110 + 84. Poignard en silex à poignée d'or 110 + 85-86. Pointes de flèches 111 + 87. Plaque de schiste 112 + 88. Statue archaïque, Turin 112 + 89. Tablette en ébène 114 + 90. Empreinte de cylindre 114 + 91. Protocole du roi Amenemhat III 115 + 92. Noms de rois de la Ire dynastie 116 + 93. Nom du roi Perabsen 116 + 94. Nom du roi Kha-Sekhemouï 116 + 95. Nom du roi Den-Setouï 116 + 96. Chien en ivoire 122 + 97. La pyramide à degrés de Saqqarah 123 + 98. Bas-relief de Snefrou au Sinaï 126 + 99. Khéops 126 + 100. Dadefra 127 + 101. Khefren 127 + 102. La grande pyramide et le sphinx de Gizeh 128 + 103. Mycérinus 129 + 104. Neouserra 130 + 105. Pepi I 132 + 106. Merenra 132 + 107. Colonne palmiforme 136 + 108. Colonne papyriforme 136 + 109. Colonne lotiforme 136 + 110. Le temple du Soleil à Abousir 137 + 111. Plan d'un mastaba de la IVme dynastie 140 + 112. Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah 141 + 113. Fausse-porte de la Vme dynastie 142 + 114-115. Tables d'offrandes de l'Ancien Empire 143 + 116. Mastabas près de la grande pyramide 144 + 117. Sarcophage de Khoufou-Ankh 145 + 118. Plan du tombeau de Ti 146 + 119. Pyramide de Moïdoum 148 + 120. Coupe de la pyramide de Khéops 149 + 121. Chapelle funéraire de Sahoura 151 + 122. Statue de Ra-Nofer 153 + 123. Scribe agenouillé 154 + 124. Groupe de l'Ancien Empire 155 + 125. Tête du Sheikh-el-Beled 156 + 126. Tête du scribe accroupi (Musée du Caire) 156 + 127. Statue de Khefren 157 + 128. Bas relief du Mastaba de Ptahhotep à Saqqarah 159 + 129. Peinture d'un tombeau de Meïdoum 162 + 130. Panneau de Hosi 164 + 131. Costumes de l'Ancien Empire 171 + 132. Ptahhotep à sa toilette 172 + 133. Chasse et pêche au marais 174 + 134. Chasse au lasso 174 + 135. Chasse au filet 175 + 136. Scènes de pêche 176 + 137. Basse-cour 177 + 138. Engraissage des boeufs 178 + 139. Antilopes. Engraissage des hyènes 178 + 140. Labourage et semailles 179 + 141. Scène de moisson 180 + 142. Dépiquage du grain 180 + 143. Foulage et pressurage du raisin 181 + 144. Récolte du lin 181 + 145. Tressage de nattes 182 + 146. Menuisiers 183 + 147. Orfèvres et Joailliers 184 + 148. Litière 184 + 149. Fabrication de nacelles 185 + 150. Barque (IVme dynastie) 185 + 151. Scène de marché 186 + 152. Forage de vases de pierre 187 + 153. Sphinx du Moyen Empire 189 + 154. Mentouhotep IV (?) 190 + 155. Senousrit I 191 + 156. Senousrit III 192 + 157. Amenemhat III 193 + 158. Neferhotep 195 + 159. Tête d'un roi hyksos 196 + 160. Poignard d'Apepi 197 + 161. Tête de la momie de Seqnenra 198 + 162. Reconstitution du monument de Mentouhotep II 201 + 163. Pyramide de Senousrit III à Dahchour 202 + 164. Façade de tombeau à Beni Hassan 204 + 165. Tombeau de Beni Hassan 205 + 166. Masque de momie 205 + 167. Momie du Moyen Empire 206 + 168. Sarcophage du Moyen Empire 206 + 169. Intérieur d'un sarcophage 207 + 170. Sarcophage anthropoïde 208 + 171. Canope du Moyen Empire 209 + 172. Statuette de serviteur 209 + 173. Modèle de barque 210 + 174. Statuette de bois 211 + 175. _Oushabti_ du Moyen Empire 211 + 176. Modèle de maison en terre cuite 212 + 177. Attaque d'une forteresse 212 + 178. Statues de Senousrit I. Licht 213 + 179. Statue du roi Hor 214 + 180. Bas-relief de Koptos 215 + 181. Vase en cornaline 216 + 182. Vase en lapis-lazuli 216 + 183. Pectoral de Senousrit II 216 + 184. Couronne en or 217 + 185. Groupes de soldats d'un prince de Siout 218 + 186. Nomades sémites 221 + 187. Parc de chasse 223 + 188. Barque à voile carrée 225 + 189. Menuisiers 226 + 190. Femmes filant et tissant 227 + 191. Une page du papyrus Prisse 227 + 192. Bijou de la XIIme dynastie 228 + 193. Panneau du char triomphal de Thoutmès IV 229 + 194. Aménophis I, Turin 231 + 195. Tête de la momie de Thoutmès I 232 + 196. Thoutmès III 233 + 197. Tête de la momie de Thoutmès IV 234 + 198. Sphinx d'Aménophis III 235 + 199. Buste de Khounaten 236 + 200. Adoration d'Aten. Tell el Amarna 238 + 201. Peinture de Tell el Amarna 239 + 202. Tablette de Tell el Amarna 240 + 203. Toutankhamon 240 + 204. Horemheb 241 + 205. Tête de la momie de Séti I 242 + 206. Campagnes de Séti I (Temple de Karnak) 243 + 207. Tête de la momie de Ramsès II 244 + 208. Tête de la momie de Menephtah 245 + 209. Tête de la momie de Ramsès III 246 + 210. Bataille contre les Philistins 247 + 211. Bataille navale sous Ramsès III 248 + 212. Osorkon I 251 + 213. Rois et princes faisant leur soumission à Piânkhi 252 + 214. Psammétique I 254 + 215. Apriès 255 + 216. Amasis 256 + 217. Nectanébo I 258 + 218. Fragment d'un dallage peint 260 + 219. Maison et jardin 261 + 220. Pavillon de Ramsès III à Medinet-Habou 262 + 221. Plan du temple de Khonsou à Karnak 263 + 222. Pylone du temple de Louxor 264 + 223. Temple de Khonsou à Karnak 264 + 224. Cour du temple de Louxor (Aménophis III) 265 + 225. Cour du temple de Medinet-Habou (Ramsès III) 265 + 226. Salle hypostyle de Karnak (Séti I) 266 + 227. Salle hypostyle du Ramesseum (Ramsès II) 266 + 228. Bas-relief du temple de Karnak (Séti I) 267 + 229. Bas-relief du temple de Séti I à Abydos 267 + 230. Barque sacrée d'Amon à Abydos 269 + 231. Plan du tombeau de Ramsès IV 270 + 232. Tombeau d'un particulier 271 + 233. Momie de Siphtah 272 + 234. Sarcophage, cercueils, caisse à canopes 273 + 235. Statue de Ramsès II, à Turin 276 + 236. Ramsès II présentant une offrande 277 + 237. Statuette en bois du musée de Turin 277 + 238. _Oushabtis_ du Nouvel Empire 278 + 239. Groupe d'époque saïte 279 + 240. La reine Karomama. Bronze incrusté 280 + 241. Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha 280 + 242. Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna 281 + 243. Cueillette des raisins 282 + 244. Bijou de la XIXme dynastie 283 + 245. Vases d'albâtre. (XVIIIme dynastie) 284 + 246. Fauteuil en bois doré 285 + 247. Cuillère à parfums 286 + 248. Syriens apportant des vases 288 + 249. Soldats égyptiens 290 + 250. Vaisseaux de l'expédition de Hatshepsou au pays de Pount 291 + 251. Scènes de labour et de semailles 292 + 252. Atelier de chaudronnerie 294 + 253. Atelier de cordonniers 295 + 254. Ostracon hiératique 296 + 255. Fragment d'un contrat démotique 297 + 256. Aménophis fils de Paapis 298 + 257. Repas et danseuses 299 + 258. Tête de femme (XVIIIme dynastie) 312 + 259. Moissonneurs portant la récolte 313 + 260. Vanneurs 322 + 261. Haches d'Ahmès I 323 + 262. Coffret à oushabtis. Turin 328 + 263. Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIme dyn. 329 + 264. Buste de princesse (XIXme dynastie) 332 + + +La vignette de la couverture représente un sphinx de Thoutmès III, au +Musée du Caire, d'après une photographie de E. Brugsch-Pacha. + +[Illustration: _Fig. 262._ Coffret à oushabtis. Turin (d'ap. PETRIE. +_Photographs_, No 183).] + + + + +[Illustration: _Fig. 263._ Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIe +dynastie (d'après JÉQUIER. _Décor égypt_., pl. XXXIII).] + + + + +TABLE DES MATIÈRES + + + Pages + + Préface 9 + + Chap. I. LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE 11 + + _Sources classiques_ 13 + _La Description de l'Egypte_ 16 + _Déchiffrement des hiéroglyphes_ 17 + _Progrès de l'égyptologie_ 19 + _Listes royales_ 21 + _Documents historiques divers_ 25 + _Chronologie_ 27 + _La civilisation égyptienne_ 29 + + Chap. II. L'ÉGYPTE LÉGENDAIRE 35 + + A. LES DYNASTIES DIVINES 36 + + _Les dieux cosmiques_ 36 + _Osiris et son cycle_ 40 + + B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MÂNES 47 + + C. LA CHRONOLOGIE LÉGENDAIRE 49 + + Chap. III. L'ÉGYPTE ARCHAIQUE 53 + + I. Paléolithique 60 + + II. Prédynastique 63 + + A. MONUMENTS 63 + + _Silex_ 64 + _Villages_ 67 + _Tombeaux_ 68 + _Mobilier funéraire_ 73 + _Céramique_ 76 + + B. CIVILISATION 81 + + _Le pays_ 82 + _La race_ 83 + _Habitations_ 84 + _Costume et parure_ 85 + _Chasse et pêche_ 86 + _Elevage. Agriculture_ 89 + _Navigation_ 90 + _Commerce extérieur_ 91 + _Arts et métiers_ 91 + _Organisation sociale et politique_ 93 + + Chap. IV. ÉPOQUE THINITE (De 4000 à 3400 av. J.-C. env.) 95 + + A. HISTOIRE ET TRADITION 98 + + B. MONUMENTS 102 + + _Tombeaux_ 102 + _Mobilier funéraire_ 106 + _Inscriptions_ 113 + + C. CIVILISATION 118 + + _Royauté_ 118 + _Tribus_ 118 + _Fonctionnaires_ 119 + _Peuple_ 119 + _Commerce extérieur_ 121 + + Chap. V. ANCIEN EMPIRE (De 3400 à 2200 av. J.-C. env.) 123 + + A. HISTOIRE 123 + + _IIIme dynastie_ 124 + _IVme dynastie_ 125 + _Vme dynastie_ 129 + _VIme dynastie_ 131 + _La fin de l'empire memphite_ 133 + + B. MONUMENTS 135 + + _Architecture_ 135 + _Temples_ 136 + _Mastabas_ 139 + _Pyramides_ 148 + _Sculpture_ 153 + _Peinture_ 161 + _Objets usuels_ 162 + _Inscriptions_ 163 + + C. CIVILISATION 165 + + _Royauté et gouvernement_ 165 + _Relations extérieures_ 168 + _Famille_ 169 + _Vêtement_ 170 + _Mobilier. Habitation_ 173 + _Chasse et pêche_ 173 + _Elevage_ 177 + _Agriculture_ 179 + _Métiers_ 182 + _Navigation_ 184 + + Chap. VI. MOYEN EMPIRE (De 2200 à 1500 av. J.-C. env.) 189 + + A. HISTOIRE 189 + + _XIme dynastie_ 189 + _XIIme dynastie_ 191 + _XIIIme et XIVme dynasties_ 194 + _Les Hyksos_ 195 + _XVIIme dynastie_ 197 + _Chronologie_ 198 + + B. MONUMENTS 200 + + _Architecture_ 200 + _Sculpture_ 212 + _Peinture_ 215 + _Arts industriels_ 216 + + C. CIVILISATION 217 + + _Royauté_ 217 + _Gouvernement_ 219 + _Relations extérieures_ 220 + _Vie privée_ 222 + _Chasse et pêche_ 224 + _Agriculture et élevage_ 224 + _Navigation_ 225 + _Industrie_ 226 + _Littérature_ 227 + + Chap. VII. NOUVEL EMPIRE (De 1500 à 332 av. J.-C.) 229 + + A. HISTOIRE 229 + + _XVIIIme dynastie_ 230 + _Les rois hérétiques_ 236 + _XIXme dynastie_ 242 + _XXme dynastie_ 246 + _XXIme dynastie_ 250 + _XXIIme dynastie_ 250 + _XXIIIme dynastie_ 251 + _XXIVme dynastie_ 252 + _XXVme dynastie_ 253 + _XXVIme dynastie_ 254 + _Epoque perse_ (dynasties XXVII à XXX) 257 + _L'Exode des Hébreux_ 259 + + B. MONUMENTS 259 + + _Architecture_ 260 + _Temples_ 262 + _Tombeaux_ 270 + _Sculpture_ 275 + _Peinture_ 280 + _Arts industriels_ 283 + + C. CIVILISATION 285 + + _Royauté_ 285 + _Gouvernement_ 287 + _Relations extérieures. Commerce_ 287 + _Vie civile. Vêtement_ 289 + _Armée_ 289 + _Marine_ 291 + _Agriculture. Elevage_ 292 + _Pêche et chasse_ 293 + _Industrie_ 294 + _Langue et littérature_ 294 + + INDEX 299 + + BIBLIOGRAPHIE 313 + + TABLE DES GRAVURES 323 + +[Illustration: _Fig. 264._ Buste de princesse (XIXe dyn.) photographie +de E. Brugsch-Pacha.] + + + + + ACHEVÉ D'IMPRIMER + LE DIX FÉVRIER MIL NEUF CENT VINGT-CINQ + PAR LA + SOCIÉTÉ D'IMPRIMERIE D'AMBILLY S. A. + A ANNEMASSE (HAUTE-SAVOIE) + POUR LA LIBRAIRIE PAYOT--PARIS + + + * * * * * + + +Note de transcription détaillée: + +Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées. +L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. En +particulier: + + - les années sont parfois écrites avec un séparateur de milliers, + parfois sans, + - beaucoup de noms propres ont une accentuation et capitalisation + variable, comme pour Amenophis / Aménophis, + Ne-User-Rè / Ne-user-Ré / Ne-user-Re ou encore ka / Ka. + +En revanche, la ponctuation dans les notes et la bibliographie a été +harmonisée afin d'en améliorer la présentation. + +Les notes en marge, qui denotaient une nouvelle section ont été +intégrées au texte, en tant que titre de section. + + + + + +End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la civilisation égyptienne, by +Gustave Jéquier + +*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43924 *** diff --git a/43924-8.txt b/43924-8.txt deleted file mode 100644 index c2286d3..0000000 --- a/43924-8.txt +++ /dev/null @@ -1,10876 +0,0 @@ -The Project Gutenberg EBook of Histoire de la civilisation gyptienne, by -Gustave Jquier - -This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with -almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - - -Title: Histoire de la civilisation gyptienne - Des origines la conqute d'Alexandre - -Author: Gustave Jquier - -Release Date: October 10, 2013 [EBook #43924] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE--CIVILIZATION EGYPTIENNE *** - - - - -Produced by Jlio Reis, Bibimbop, Leonor Silva and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net - - - - - - - - - -Note de transcription: - -Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges. -L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise. Voir -la note plus dtaille la fin de ce livre. - - - - - HISTOIRE - - DE LA - - CIVILISATION GYPTIENNE - - - - -DU MME AUTEUR - - -_Le livre de ce qu'il y a dans l'Hads._ (Bibliothque de l'Ecole -des Hautes Etudes, t. XCVII.)--Paris, E. Bouillon, 1894. - -_Catalogue des Monuments et Inscriptions de l'Egypte antique_, t. -I III (en collaboration avec J. de Morgan, U. Bouriant, G. -Legrain et A. Barsanti).--Vienne, Holzhausen, 1894-1909. - -_Mmoire sur les Fouilles de Licht_ (en collaboration avec J.-Et. -Gautier). Mmoires de l'Institut franais d'Archologie orientale -du Caire, t. VI.--Le Caire, 1902. - -_Monuments pour servir l'tude du culte d'Atonou en Egypte_ (en -collaboration avec U. Bouriant et G. Legrain). Mmoires de -l'Institut franais d'Archologie orientale du Caire, t. VIII.--Le -Caire, 1903. - -_Le Papyrus Prisse et ses variantes._--Paris, P. Geuthner, 1911. - -_Dcoration gyptienne._ Plafonds et frises vgtales du Nouvel -Empire Thbain.--Paris, Eggimann, 1911. - -_Le tissage aux cartons et son utilisation dcorative dans -l'Egypte ancienne_ (en collaboration avec A. van -Gennep.)--Neuchtel, 1916. - -_Les frises d'objets des sarcophages du Moyen Empire._ Mmoires de -l'Institut franais d'Archologie orientale du Caire, t. -XLVII.--Le Caire, 1921. - -_Matriaux pour servir l'tablissement d'un dictionnaire -d'archologie gyptienne._ Bulletin de l'Institut franais -d'Archologie orientale du Caire, t. XIX.--Le Caire, 1922. - -_L'Architecture et la dcoration dans l'Ancienne Egypte_: - - I. _Les temples memphites et thbains_; - II. _Les temples ramessides et sates_; - III. _Les temples ptolmaques et romains._--Paris, - Moranc, 1921 et 1923. - - - - - GUSTAVE JEQUIER - - PROFESSEUR D'GYPTOLOGIE A L'UNIVERSIT DE NEUCHATEL - CORRESPONDANT DE L'ACADMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES - - - - - HISTOIRE - - DE LA CIVILISATION - - GYPTIENNE - - DES ORIGINES A LA CONQUTE D'ALEXANDRE - - Ouvrage orn de 265 gravures - Nouvelle dition revue - -[Illustration] - - PAYOT, PARIS - - 106, BOULEVARD ST-GERMAIN - - 1925 - - _Tous droits rservs_ - - -_Premier tirage Juin 1913_ - -_Deuxime tirage Dcembre 1923_ - -_Troisime tirage Janvier 1925_ - -Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation rservs pour -tous pays. - -Copyright 1913, by Payot & Cie. - - - - -[Illustration: Le Sheikh-el-Beled (d'aprs MARIETTE. _Album du Muse -de Boulaq_, pl. 18).] - - - - -[Dcoration] - - - - -_PRFACE_ - - -_Une Egypte immuable, fige dans sa civilisation hiratique depuis -l'aube la plus lointaine de l'histoire jusqu'au moment o elle tombe -entre les mains des Grecs, une Egypte entirement spare du reste de -l'humanit et n'ayant exerc aucune influence sur le dveloppement du -monde ancien, telle est la double lgende qui, dans le public lettr -d'aujourd'hui, est encore considre presque comme un axiome, comme une -de ces vrits lmentaires devant lesquelles on s'incline sans -discuter. Et pourtant cette lgende, si l'on en cherche l'origine, -repose sur bien peu de chose, sur les impressions de quelques voyageurs -qui parcoururent la valle du Nil une poque o l'tat de la science -ne permettait pas encore une tude rationnelle et fructueuse des -monuments._ - -_Les Grecs, si fiers de leur supriorit sur les autres peuples, n'ont -cependant jamais rang les Egyptiens parmi les barbares; bien plus, ils -reconnaissent hautement, l'occasion, la part prdominante de l'Egypte -dans la naissance et le dveloppement de leur propre civilisation et ne -font aucune difficult pour avouer qu' la base mme de la culture -grecque, on trouve des racines gyptiennes. Il et t du reste bien -invraisemblable qu'un pays qui comme l'Egypte tait arriv un trs -haut degr de civilisation alors que ses voisins en taient encore -l'tat primitif, n'exert pas sur eux une influence considrable. En -effet, plus nous apprenons connatre l'Egypte et les peuples -mditerranens anciens, plus nous retrouvons de traces de cette -influence; tous ont puis cette source la force ncessaire pour se -dvelopper, et s'ils ont transform ce qu'ils ont emprunt, chacun -suivant son gnie naturel, il n'en est pas moins vrai que c'est la -civilisation gyptienne qui a le plus contribu faire prosprer toutes -les autres, et que par suite nous avons envers elle une lourde dette de -reconnaissance._ - -_Depuis la dcouverte des hiroglyphes, tous les travaux entrepris au -sujet des monuments anciens de l'Egypte montrent clairement que la -civilisation de ce pays, comme partout ailleurs, eut ses alternatives de -croissance, de grandeur et de dcadence, et plus les travaux se -spcialisent, plus les diffrences entre les poques s'accusent. -Jusqu'ici cependant, la tendance de certains ouvrages d'ensemble a t -d'insister sur la ligne gnrale, de chercher prsenter un tout -homogne plutt que de diffrencier les priodes, ce qui ne pouvait -qu'accrditer toujours davantage dans le public la vieille lgende de -l'Egypte immuable._ - -_Le but de ce petit livre est de ragir contre ces ides errones, -d'tudier successivement toutes les grandes tapes de la civilisation -gyptienne, de montrer les progrs raliss peu peu malgr les -secousses et les changements de rgime, en groupant les rsultats acquis -autour d'un rapide aperu de l'histoire elle-mme, comme aussi -d'indiquer la naissance des arts, des industries, des diffrentes -branches de la civilisation gyptienne, leur expansion progressive dans -les pays limitrophes, et la part qui leur revient dans le dveloppement -de la culture gnrale._ - - _G. J._ - -[Dcoration] - - - - -[Illustration: _Fig. 1._ Quelques lignes de la Pierre de Rosette -(d'aprs LEPSIUS. _Auswahl der wichtigsten Urkunden_, pl. XVII).] - - - - -CHAPITRE PREMIER - -LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'GYPTE - - -Isole comme est l'Egypte par la mer et les dserts, son dveloppement -devait tre original. Ce pays favoris par la nature, avec son climat -chaud et son sol d'une fertilit exceptionnelle, toujours renouvel par -les inondations du Nil et livrant gnreusement l'homme tout ce qui -peut lui tre ncessaire pour vivre, tait destin devenir un des -berceaux de la civilisation; ici l'homme n'avait pas besoin, comme -ailleurs, d'efforts rpts et incessants pour s'assurer une maigre -subsistance et une existence prcaire: il n'avait qu' se laisser vivre -et il lui suffisait d'un lger travail pour raliser un srieux progrs -de bien-tre. Dfendue naturellement de trois cts, par la Mditerrane -et les dserts arabique et lybique, l'Egypte n'avait que peu de chose -craindre du ct de ses voisins plus ou moins turbulents et, l'origine -tout au moins, elle n'eut pas, semble-t-il, subir de ces -bouleversements qui arrtent parfois pour longtemps une civilisation -naissante. Ce n'est pas la lutte pour la vie qui est la cause du -dveloppement intellectuel et industriel des premiers Egyptiens, mais le -besoin instinctif d'augmenter le bien-tre dont la nature avait dj -largement pourvu les habitants de ce pays privilgi. - -Il ne faut pas songer tablir combien de sicles ou de milliers -d'annes dura cette priode de travail latent, de dveloppement -progressif, laquelle nous appliquons le terme peu prcis de -prhistorique. Toujours est-il que vers 4.000 avant J.-C, une poque -o la barbarie la plus absolue rgnait sur le reste du monde et o seule -la Babylonie, autre berceau de la civilisation, et peut-tre aussi la -Chine, pourraient montrer un tat analogue, nous trouvons en Egypte un -royaume constitu rgulirement et solidement, une race possdant une -langue qui prsente dj certains caractres de dcadence et une -criture complique mais parfaite en son genre, un peuple sachant -utiliser tous les matriaux pour la construction de monuments -importants, et dj trs avanc dans la connaissance et l'exercice des -arts, un peuple industriel en possession des mtaux et pour lequel -l'agriculture et l'levage du btail n'ont plus de secrets. Une force -pareille ne pouvait rester confine dans un petit pays comme l'Egypte et -devait ncessairement rayonner au dehors, les dfenses naturelles, mer -et dserts, ne pouvant entraver une expansion toute pacifique, et peu -peu le commerce s'tablissait, vers le Soudan d'abord, sans doute, puis -vers la Palestine et les pays situs plus au nord. Les fouilles rcentes -pratiques en Crte montrent l'influence considrable qu'exera l'Egypte -sur les civilisations naissantes de la Grce et de l'Archipel et cela -ds l'Ancien Empire, donc pendant le quatrime millnaire avant J.-C. -aussi bien que pendant la priode mycnienne; ainsi se confirment les -lgendes o les Grecs reconnaissaient eux-mmes le rle qu'avait jou -vis--vis de leurs anctres directs ce peuple paisible, industrieux, -artiste et commerant. - - -_Sources classiques_ - -Il y a cent ans, tout ce qu'on savait de l'Egypte antique, de son -histoire et de sa religion aussi bien que de ses moeurs et coutumes, se -rduisait aux donnes fournies par des crivains trangers au pays, en -particulier par les auteurs classiques, ct desquels il n'y a gure -signaler que les renseignements dissmins dans les livres de l'Ancien -Testament. Parmi les Grecs qui crivirent sur l'Egypte, le premier rang, -tant par la date que par la valeur de son oeuvre, appartient sans -contredit Hrodote, qui nous trace un tableau des plus remarquables de -l'tat du pays son poque, tableau plein de dtails piquants saisis -sur le vif par un observateur sr et avis, mais mlangs de contes -invraisemblables, de racontars de toute sorte, recueillis avec le plus -grand srieux et une inlassable confiance dans les drogmans de son -temps, qui taient sans doute aussi peu instruits et aussi peu -scrupuleux que de nos jours. Quoi qu'il en soit, et bien qu'il soit -souvent difficile d'y distinguer le vrai du faux, cet ouvrage, qui forme -l'ensemble le plus complet que nous aient donn les auteurs anciens sur -l'Egypte, tait et est encore considr juste titre comme la base de -tout travail gnral sur les peuples de la valle du Nil, et l'auteur de -la phrase fameuse: l'Egypte est un don du Nil mrite de conserver, en -ce qui concerne ce pays aussi, son titre de pre de l'histoire. Pour -complter les renseignements d'ordres si divers que donne Hrodote, on -avait encore ceux que fournissent d'autres auteurs moins anciens--et -parfois aussi moins dignes de foi--tels que Diodore de Sicile, Pline le -Jeune, Strabon et certains historiens de second ordre dont quelques -fragments seulement nous sont parvenus. Pour l'criture sacre, on -pouvait consulter les Hiroglyphiques d'Horapollon, et, pour la -religion, Herms Trismgiste et surtout le livre de Plutarque sur Isis -et Osiris, qui est encore aujourd'hui le document le plus important, le -tableau d'ensemble le plus parfait d'un des mythes fameux de l'antiquit -orientale. Concernant l'histoire proprement dite enfin, on avait -compos, sur la demande des Ptolmes, des ouvrages spciaux donnant la -liste des rois, la longueur de leurs rgnes, quelques dtails sur les -plus importants d'entre eux, en somme une sorte de classification -mthodique de l'histoire, base sur des documents originaux. Telles -taient la liste d'Eratosthne dont quelques fragments nous sont -parvenus, recueillis par Apollodore, puis d'aprs celui-ci par Georges -le Syncelle, et surtout les Aegyptiaca de Manthon. Ce livre, crit au -IIIme sicle avant notre re, est aujourd'hui perdu, de mme que son -Livre de Sothis, qui traitait du mme sujet, mais surtout au point de -vue chronologique: des fragments en ont cependant t recueillis par -Josphe, ceux en particulier qui concernaient le sjour des Juifs en -Egypte, tandis que certains auteurs, entre autres l'Africain et Eusbe, -en avaient tir une sorte de rsum, d'_epitome_, donnant seulement la -liste des dynasties, le nombre d'annes pendant lequel elles rgnrent -et, pour les plus illustres d'entre elles, les noms des rois et un bref -rcit de leur carrire. Au temps o l'on ne connaissait l'Egypte que par -les auteurs grecs, cette sche numration de chiffres et de noms -barbares, plus ou moins travestis, ne pouvait gure attirer l'attention -des savants qui n'avaient aucun point de comparaison; depuis que nous -sommes en possession des monuments originaux, ce petit opuscule, tronqu -et mutil, qui ne nous est parvenu que par ricochet, est devenu une des -sources les plus prcieuses de l'histoire d'Egypte, car on a pu -reconnatre qu'il avait t compos d'aprs des documents authentiques, -des listes comme celle du papyrus de Turin, et que la division en -dynasties est parfaitement justifie. Ce n'est toutefois pas impunment -qu'un livre passe entre les mains de tant d'auteurs successifs qui se -recopient les uns les autres. C'est par l'entremise de Georges le -Syncelle que nous sont parvenus les extraits de l'Africain et d'Eusbe, -aussi les fragments de Manthon contiennent-ils bien des incorrections, -des transpositions, des erreurs de chiffres, et on ne peut en faire -usage qu'avec la plus grande circonspection: ainsi les trente dynasties -semblent d'aprs lui se succder rgulirement, tandis que trs -probablement il y en eut de collatrales, ce qui peut diminuer, dans des -proportions trs importantes, la somme totale des annes que dura la -monarchie gyptienne. - -Cette rapide numration des principaux auteurs grecs et latins qui ont -parl de l'Egypte suffira pour qu'on puisse se rendre compte de la -valeur trs relle et en mme temps de l'insuffisance de ces documents -au point de vue de la connaissance du peuple qui habitait la valle du -Nil dans l'antiquit; quant aux nombreuses et trs prcieuses donnes -que renferment les livres de l'Ancien Testament sur le sjour des -Hbreux en Egypte et les relations des rois de Juda et d'Isral avec les -Pharaons, elles sont trop connues pour qu'il soit ncessaire d'y revenir -ici. - - -_La description de l'Egypte_ - -Voil donc quoi se rduisait, il y a un sicle, le bagage scientifique -dont on pouvait disposer en ce qui concerne l'Egypte; quelques -voyageurs, il est vrai, comme Chardin, Pockoke et d'autres, aprs avoir -parcouru le pays, en avaient publi des descriptions, et parfois mme -copi les monuments anciens encore visibles, mais les reproductions -qu'ils en donnent n'en sont que de grossires caricatures et ne peuvent -donner qu'une ide parfaitement fausse de l'art et de l'criture de -l'Egypte antique. Quant aux essais d'interprtation d'hiroglyphes, -comme ceux du savant jsuite le P. Kircher, ce sont des ouvrages de -fantaisie pure, fruit d'une imagination trop mystique, et qui, dnus de -toute base scientifique srieuse, ne peuvent plus aujourd'hui qu'attirer -la curiosit de quelque bibliophile. - -En 1809 commena paratre, sous le titre de _Description de l'Egypte_, -le rsultat des travaux des savants franais que Bonaparte avait -adjoints son expdition de 1798 pour tudier fond les richesses et -les moeurs des habitants d'un pays dont il avait l'intention de faire le -boulevard de la civilisation europenne. Les circonstances firent, il -est vrai, chouer le programme politique du grand conqurant, mais son -but scientifique fut rempli au del de toute esprance, grce -l'opinitret et la persvrance de ces hommes qui, travaillant dans -les conditions les plus dfavorables, russirent mener bien, en deux -annes peine, une des oeuvres les plus gigantesques qui aient jamais -t entreprises dans le domaine de la science. Il s'agissait de relever -tout ce qui concernait l'histoire naturelle du pays, zoologie, -botanique, minralogie, les moeurs et coutumes des habitants, les -mtiers, le commerce, l'agriculture, et une carte au cent millimes de -toute la valle du Nil, d'Assouan la mer, carte dont on se sert -actuellement encore; quant aux antiquits, tous les monuments existant -cette poque furent relevs avec grand soin, et si on a pu faire aux -savants franais de la Commission d'Egypte le reproche d'avoir souvent -sacrifi la copie des textes hiroglyphiques l'exactitude de -l'architecture, il faut tenir compte de l'tat de la science ce -moment-l et de la difficult que devait prsenter, des dessinateurs, -mme trs habiles, cette criture absolument inconnue et l'innombrable -quantit de ces inscriptions dans lesquelles il aurait fallu pouvoir -faire un choix judicieux, inscriptions que les gyptologues modernes -sont loin d'avoir encore toutes publies. Cet immense ouvrage, avec ses -neuf cents planches et ses nombreux volumes de mmoires, est bien oubli -aujourd'hui, et l'on est loin d'avoir pour lui la reconnaissance qu'il -mrite, car cette publication devait tre le point de dpart d'tudes -toutes spciales; on peut mme dire qu'elle inaugurait pour la science -de l'histoire une re nouvelle, par la naissance de l'gyptologie. - - -_Dchiffrement des hiroglyphes_ - -Parmi les monuments dcouverts et publis par les membres de la -Commission d'Egypte se trouvait l'inscription trilingue connue sous le -nom de _pierre de Rosette_, avec son texte en hiroglyphes, en dmotique -et en grec, qui n'tait autre qu'un dcret de Ptolme Epiphane en -faveur des temples d'Egypte. L'importance de ce document et le parti -qu'on pouvait en tirer furent bien vite reconnus, et plusieurs savants -se mirent l'oeuvre, indpendamment les uns des autres, pour arriver -dchiffrer ces deux critures inconnues. Sylvestre de Sacy et le Sudois -Akerblad attaqurent le texte dmotique et finirent par en dcouvrir le -mcanisme; l'Anglais Young se mit au texte hiroglyphique qui tait bien -moins complet et prsentait de beaucoup plus grandes difficults; il -eut l'intuition de la mthode suivre, mais ne sut pas la mener -jusqu'au bout, tandis qu'un jeune savant franais, J.-Fr. Champollion, -travaillant de son ct sur le mme document avec une tnacit et une -perspicacit admirables, arrivait saisir la clef du systme -hiroglyphique. Il tablit de faon certaine la valeur, la fonction et -le sens de chaque signe, reconnut avec l'aide de la langue copte, -l'gyptien d'poque chrtienne, les groupes formant des mots, puis -dchiffra les phrases. Accueillie avec une certaine mfiance lors de sa -publication en 1822, cette dcouverte finit par tre accepte et -reconnue du monde savant; l'gyptologie tait ne, et c'tait au mme -homme qu'il appartenait de la dvelopper, en tablissant, toujours avec -le mme esprit de mthode, les bases de la science nouvelle. Ce jeune -gnie, car on ne peut trouver d'autre mot pour qualifier un homme qui -n'eut son gal dans aucune autre branche des sciences historiques, -mourut quarante ans aprs avoir non seulement ressuscit l'criture et -la langue des anciens Egyptiens, mais encore reconstitu, dans les -grandes lignes tout au moins, leur histoire, leur religion, leurs -institutions, leurs moeurs, et la gographie ancienne de leur pays. Il -restait sans doute encore beaucoup dcouvrir, mais la voie tait -fraye et elle fut suivie, avec une certaine hsitation d'abord, puis -avec toujours plus de sret, par une pleade d'hommes de valeur qui -sont arrivs faire de l'gyptologie une science digne de marcher de -pair avec ses anes, celles qui concernent l'antiquit classique en -particulier. - -Malgr leur nombre, les documents runis par la Commission d'Egypte -taient trs insuffisants, et Champollion, aprs avoir visit quelques -collections publiques ou particulires d'objets rapports d'Egypte, -reconnut qu'il tait absolument ncessaire d'aller sur place la -recherche de matriaux nouveaux, car il se sentait capable de faire un -choix judicieux des monuments les plus importants et de les copier avec -exactitude. Ses voeux furent exaucs et il put encore diriger lui-mme -l'expdition franco-toscane qui, grce aux connaissances nouvelles qu'il -avait acquises, devait devenir un vrai voyage de dcouvertes, et lui -fournir une ample moisson de matriaux inconnus auparavant. La premire -publication srieuse de textes gyptiens originaux ne put tre faite -qu'aprs la mort de Champollion. - - -_Progrs de l'Egyptologie_ - -En 1842, sous les auspices cette fois du gouvernement prussien, une -nouvelle expdition, dirige par Lepsius, partait pour l'Egypte la -recherche de textes historiques; cette mission fit un sjour de prs de -trois ans dans le pays et en rapporta une rcolte encore plus abondante -que celle de Champollion. Malgr le format monumental des douze volumes -donnant les rsultats de ces travaux, on pourrait appeler cet ouvrage, -maintenant encore, le livre de chevet de tout gyptologue. - -A cette poque, on ne faisait pas encore de recherches srieuses dans le -sol mme de la valle du Nil; seuls quelques particuliers, dsireux -d'enrichir leurs collections de bibelots gyptiens, pillaient sans merci -un certain nombre de tombeaux et de sites antiques, sans profit rel -pour la science. Les fouilles mthodiques ne commencrent qu'en 1850 par -la dcouverte retentissante que fit un jeune savant franais, Aug. -Mariette, d'un des sanctuaires gyptiens les plus connus et les plus -vnrs des anciens, le Srapum de Memphis, le tombeau souterrain des -boeufs Apis. Encourag par ce succs qui avait fait de lui une -clbrit, Mariette se voua aux recherches dans le sol mme de l'Egypte; -il obtint du khdive l'autorisation de crer un Service des Antiquits -et un muse d'antiquits gyptiennes, et ds lors ses fouilles -continurent sans interruption d'une extrmit l'autre de l'ancien -royaume des Pharaons, alternant avec le dblaiement des temples enfouis. -Des milliers de monuments nouveaux surgirent du sol et celui qui les -dcouvrit cherchait en mme temps les mettre le plus vite possible -la disposition du monde savant par de grandes publications qui rendirent -des services inapprciables. Peu peu, les gouvernements trangers -voulurent aussi avoir leur part ces travaux si fructueux et -entreprirent eux-mmes des fouilles; des socits scientifiques se -crrent dans le mme but, et depuis quarante ans environ l'exploration -du sol de l'Egypte est pousse avec une activit fbrile, et presque -toujours le succs est venu couronner ces efforts. - -Pendant ce temps, d'autres savants, comme de Roug et Chabas en France, -Lepsius et Brugsch en Allemagne, Birch en Angleterre, pour ne citer que -les principaux d'entre les disparus, et leurs lves et mules, -compulsaient les matriaux et en extrayaient mthodiquement ce qui -pouvait tre utile la science; ainsi toutes les branches de -l'gyptologie, avanant de front, faisaient d'anne en anne de srieux -progrs: la langue, la religion, l'histoire, livraient peu peu leurs -secrets. Pour ce qui est de l'histoire, en particulier, les limites de -l'inconnu reculaient insensiblement: faute de documents originaux trs -anciens, Champollion, qui avait tabli de faon peu prs dfinitive -les rgnes des Pharaons partir du Nouvel Empire thbain, n'avait gure -pu jeter au del qu'un coup d'oeil d'ensemble. Lepsius fut l'initiateur -en ce qui concerne la XIIme dynastie, une des poques les plus -brillantes de l'histoire d'Egypte, et de Roug s'avana le premier -dlibrment dans ce qu'on est convenu d'appeler l'Ancien Empire -memphite, l'ge des constructeurs de pyramides. Une barrire qui -semblait infranchissable s'levait au seuil de cette poque, relguant -dans la lgende les deux premires dynasties et tout ce qui pouvait les -avoir prcdes; ce n'est qu' la fin du XIXe sicle que subitement, -la suite de plusieurs dcouvertes simultanes, la barrire s'croula, -ouvrant aux regards un champ nouveau qui reculait presque jusqu' -l'infini l'histoire du pass. Les tudes prhistoriques venaient se -confondre avec celles des gyptologues et les complter, et les -recherches pousses dans ce sens, sur un terrain presque inpuisable, -devaient donner des rsultats autrement plus prcis que dans tout autre, -pays connu, en ce qui concerne ces priodes du dbut de la civilisation. - - -_Listes royales_ - -En plus des donnes des historiens anciens sur l'Egypte nous avons donc -maintenant des documents qui proviennent du pays lui-mme, documents -innombrables mais de valeur trs diverse, pouvant se classer en deux -sries qu'on pourrait appeler, faute de meilleurs mots, les documents -rtrospectifs et les documents contemporains. - -Tandis que ces derniers ont une valeur plutt spciale et ne se -rapportent qu' l'poque ou mme au rgne d'o ils manent, les -premiers, peu nombreux il est vrai, mais d'autant plus prcieux, sont de -vrais rsums d'histoire, datant d'poques trs diverses. Ce sont -d'abord les listes monumentales, tableaux provenant de temples ou de -tombeaux, o l'on voit un roi adresser son hommage toute la srie de -ses anctres, reprsents en gnral par leur nom seulement, par leur -cartouche royal, et rangs dans l'ordre chronologique; ou bien c'est un -prtre donnant la liste des rois au culte funraire desquels il tait -commis: telles les deux listes d'Abydos dont l'une est encore en place, -l'autre au Muse Britannique, la liste de Saqqarah au Muse du Caire, et -la Chambre des Anctres de Karnak la Bibliothque Nationale de Paris. - -[Illustration: _Fig. 2._ La table royale d'Abydos (d'aprs une -photographie).] - -[Illustration: _Fig. 3._ Fragments du papyrus royal de Turin (d'aprs -LEPSIUS. _Auswahl_, pl. III).] - -Le papyrus royal de Turin, crit au commencement du Nouvel Empire, avait -une importance bien plus considrable encore: il donnait non seulement -la liste complte de tous les rois ayant rgn sur l'Egypte, y compris -les dynasties divines, mais encore le nombre d'annes de chaque rgne et -souvent l'ge du roi sa mort; en plusieurs endroits il y avait en -outre, en guise de rcapitulation, la somme totale des annes que dura -une dynastie. C'est une chronologie complte embrassant deux mille ans -d'histoire, et qui devait tre absolument intacte et entire au moment -de sa dcouverte, mais dans ce temps l, il y a prs de cent ans, on ne -prenait pas les mmes soins qu'aujourd'hui des objets dcouverts au -cours des fouilles; l'on dit que Drovetti, grand collectionneur -d'antiquits, ayant trouv ce papyrus dans des travaux qu'il faisait -excuter dans les tombeaux de Thbes, et ne pouvant naturellement en -souponner la valeur, le prit aussitt sorti de terre, le mit dans un -flacon large col qui se trouvait dans la sacoche de sa selle, et -rentra chez lui au galop. Le manuscrit ne put rsister un traitement -aussi violent, et l'arrive il ne restait plus dans le flacon qu'un -tas de fragments de papyrus, plus petits les uns que les autres; c'est -dans cet tat qu'ils parvinrent, en mme temps que le reste de la -collection Drovetti, au muse de Turin, o Champollion, qui les retrouva -au fond d'une bote, fut le premier en signaler l'importance. Grce -une nfaste ngligence, ce monument de tout premier ordre avait perdu -beaucoup de sa valeur; nanmoins les fragments qui ont pu tre -rassembls et rtablis dans leur ordre primitif donnent, malgr les -immenses lacunes provenant de morceaux disparus, des renseignements si -importants que le papyrus royal de Turin peut juste titre tre -considr comme la base de toute tude chronologique sur l'Egypte depuis -son origine jusqu' l'poque trouble des Hyksos, entre 2.000 et 1.500 -avant notre re. - -[Illustration: _Fig. 4._ Partie suprieure de la Pierre de Palerme -(d'aprs NAVILLE. _Recueil de Travaux_, XXV, pl. I).] - -Il existait quelque part en Egypte, probablement dans le temple -d'Hliopolis, la mtropole religieuse qui se trouvait peu de distance -du Caire, un monument d'une importance plus considrable encore que le -papyrus de Turin, bien qu'il y ft question des cinq premires dynasties -seulement. C'tait une grande dalle de pierre sur les deux faces de -laquelle taient gravs, dans de petites cases ranges en longues -lignes, tous les vnements, importants ou non, qui illustrrent le -rgne de chaque roi, depuis la fondation du royaume d'Egypte par Mns; - chaque anne tait rserve une case et en regard on avait not la -cote maxima de la crue du Nil. Le jour exact de la mort de chaque roi -et celui du couronnement de son successeur taient scrupuleusement -indiqus. Le destin n'a pas voulu que ces annales, les plus vieilles du -monde, parvinssent intactes jusqu' nous; le fragment conserv -aujourd'hui au muse de Palerme, et connu sous le nom de _pierre de -Palerme_, constitue peut-tre la dixime partie du monument complet. On -a retrouv rcemment quelques autres morceaux de plus petites dimensions -qui sont entrs dans les collections du muse du Caire, et qui -paraissent provenir de duplicatas de ce document; ce fait permet -d'esprer qu'une fois ou l'autre on dcouvrira d'autres fragments qui -viendront combler les lacunes encore trs considrables de ce texte, le -plus important pour l'histoire des premires dynasties. - - -_Documents historiques divers_ - -Cette catgorie de sources historiques d'une importance capitale, est -donc trs peu abondante; ct d'elle on possde la multitude -innombrable et disparate des documents que j'ai appels tout l'heure -les documents contemporains, et qui forme l'ensemble le plus htroclite -qu'on puisse imaginer, depuis les scarabes de faence jusqu'aux -colosses de granit et aux bas-reliefs couvrant des surfaces immenses, -depuis le tesson de pot ou le morceau de terre glaise dessche jusqu'au -bijou de l'art le plus exquis, depuis le fier oblisque jusqu'au plus -humble chiffon de toile. Ce n'est parfois qu'un nom de roi ou une date -de rgne, parfois une stle commmorant une expdition victorieuse ou un -dcret en faveur d'un temple ou bien la reprsentation figure des -guerres lointaines, des prisonniers et du butin que le roi vient offrir - ses dieux. Plus rarement nous avons l'histoire complte d'un rgne, -ainsi le rsum de la vie de Ramss III qui est annex la liste des -dons faits par lui aux temples d'Egypte, la fin du grand papyrus -Harris, ou le rcit des campagnes de Thoutms III, que ce roi, le plus -puissant peut-tre de tous les Pharaons, fit graver sur les murailles du -temple de Karnak. Enfin nous possdons certains rcits littraires qui -sont souvent de vrais contes fantastiques difis sur une base -historique, le conte de Khoufou et des magiciens, celui d'Apopi et de -Seqnenra, celui de la prise de Jopp, et surtout celui de Sinouhit, -rcits analogues ceux qu'Hrodote nous raconte sur la fille de Khops -et sur les voleurs de Rhampsinite. - -A ct des monuments royaux, ceux des simples particuliers, grands -seigneurs ou fonctionnaires, donnent souvent des gnalogies qui -permettent de contrler l'histoire; ils fournissent mme parfois, quand -il s'agit d'un homme ayant jou un rle important la cour, dans -l'administration ou dans l'arme, de vritables biographies qui, comme -celles d'Ouna, de Herkhouf, d'Ahms ou d'Anna, sont parmi les documents -les plus prcieux que nous ait lgus l'Egypte antique. - -Enfin, dans un ordre d'ides un peu diffrent, une dcouverte heureuse, -celle des tablettes de Tell-el-Amarna, nous a mis en possession d'une -partie considrable de la correspondance diplomatique et administrative -de deux rois de la fin de la XVIIIme dynastie, Amenophis III et -Amenophis IV, avec leurs vassaux de la Syrie et de la Palestine, ainsi -qu'avec les souverains indpendants de pays plus loigns, comme -l'Assyrie et le royaume de Mitanni. Cette correspondance crite dans la -langue de ces pays, en caractres cuniformes, claire d'une lumire -trs vive tout l'tat social et politique de l'Orient, treize sicles -environ avant notre re. - -Cette numration, forcment incomplte, permet de se rendre compte du -genre de documents que nous avons notre disposition; quelque nombreux -qu'ils soient, ces monuments ne nous donnent pas sans doute la -possibilit de reconstituer l'histoire d'Egypte comme on l'a fait pour -la Grce et pour Rome. Ces peuples sont, il est vrai, plus rapprochs de -nous dans le temps, et en outre ils ont l'immense avantage d'avoir eu -des historiens. En Egypte rien de semblable, et il ne parat pas que -jamais un Egyptien ait song faire la description des vnements qui -se passaient de son temps et sous ses yeux, les tudier et les -apprcier par lui-mme; comme dans beaucoup de pays d'Orient, l'esprit -de l'histoire n'existait pas dans l'Egypte ancienne. - -En somme, part un certain nombre de rgnes qui sont un peu mieux -connus que les autres, ceux de quelques rois de la XIIme dynastie et du -commencement du Nouvel Empire thbain, il nous manque presque tous les -dtails et un bon nombre de faits gnraux, et nous ne pouvons dans ces -circonstances songer reconstituer entirement l'histoire politique, -administrative, diplomatique, militaire et commerciale du pays; nous -devons nous contenter d'une histoire gnrale o quelques grands -vnements sont relis par des noms, un squelette d'histoire, auquel il -manque encore bien des lments, mais qui constitue un ensemble des plus -remarquables quand on songe qu'il s'tend sur une priode de plus de -4.000 ans, entirement inconnue il y a peu de temps encore. - - -_Chronologie_ - -Malgr les donnes trs prcises de Manthon et des fragments du papyrus -de Turin, la chronologie gyptienne ne peut encore tre tablie de faon -certaine, et cela pour deux raisons principales: la premire est le fait -que dans les poques de trouble il y eut souvent, non pas un seul -souverain gouvernant tout le pays, mais deux ou mme plusieurs rois -rgnant chacun sur une partie plus ou moins grande de l'Egypte; les -chronographes numrent ces dynasties les unes la suite des autres -sans indiquer laquelle aurait d lgitimement occuper le trne des -Pharaons, sans mme dire qu'il s'agit de dynasties collatrales. Une -cause d'erreurs plus grande encore c'est que les Egyptiens ont toujours -vcu au jour le jour, qu'ils n'avaient pas d're ni de division normale -du temps: les annes se comptent nouveau pour chaque rgne partir de -l'avnement du roi; aucun lien chronologique n'existe donc entre les -divers souverains, de sorte que non seulement la longueur des rgnes, -mais mme l'ordre de succession reste souvent problmatique. L'anne -gyptienne tant de 365 jours, se trouvait tous les quatre ans en retard -d'un jour; pour remdier cet inconvnient, on imagina l'institution -des priodes sothiaques, priodes de 1.460 annes ordinaires -correspondant 1.461 annes relles, au bout desquelles l'ordre -rgulier des saisons se trouvait rtabli. Nous ne savons du reste pas de -quelle poque date cette rforme purement scientifique qui n'a jamais -servi l'tablissement d'une re, ni si elle est, comme beaucoup le -prtendent, fort ancienne, car les astronomes gyptiens observrent -toujours avec beaucoup d'exactitude le lever hliaque de l'toile -Sothis, ou Sirius; pour nous cette rforme prte des calculs fort -compliqus sur la correspondance entre l'anne vague et l'anne relle, -calculs qui paraissent le plus souvent arbitraires. Il semble plus -normal d'admettre, comme certains auteurs modernes, que les Egyptiens, -voyant leurs mois et leurs saisons se dplacer peu peu, les -rtablissaient de temps autre, artificiellement et sans rgle fixe. -Cette question trs complexe est, comme on le voit, loin d'tre -lucide: les priodes sothiaques, au lieu de simplifier les calculs -chronologiques, n'ont d'autre rsultat pour nous que d'y introduire une -nouvelle inconnue et peut-tre une nouvelle chance d'erreur. - -Ces raisons expliquent de faon suffisante les diffrences parfois -considrables qui existent au point de vue des dates entre les divers -historiens; les uns allongent dmesurment la dure de l'histoire en -ajoutant bout bout toutes les dynasties connues, tandis que d'autres, -procdant en sens inverse, la rtrcissent de faon trs exagre. Les -premiers placent l'avnement de Mns, le premier roi d'Egypte, en l'an -5.510 avant J.-C, les autres, qui sont les plus en faveur aujourd'hui, -en 3.315: il y a donc un cart de plus de deux mille ans entre ces deux -apprciations extrmes, et c'est trs vraisemblablement dans cet -intervalle que devrait se placer la vraie date de la fondation de la -monarchie gyptienne. Sans avoir la prtention de vouloir trancher la -question, je pense qu'en la fixant de faon approximative aux environs -de l'an 4.000, on ne doit pas s'loigner beaucoup de la vrit. Du reste -pour tout ce qui est des priodes les plus recules, il est prudent de -s'abstenir de donner des chiffres prcis, et prfrable d'indiquer, et -encore sous toutes rserves, les sicles et non les annes. Ce n'est -gure que pour le dbut du Nouvel Empire thbain que les gyptologues -tombent peu prs d'accord pour le placer au commencement du XVIme -sicle avant notre re; la certitude absolue n'existe qu' partir des -rois sates, au VIIme sicle. - - -_La civilisation gyptienne_ - -L'Egypte a pour nous une importance bien plus considrable qu'on ne le -suppose d'habitude, car c'est l qu'en somme nous devons chercher le -berceau de notre civilisation: c'est en effet de la valle du Nil -qu'est sorti le germe qui, dans des contres moins favorises de la -nature et sous un climat plus rude, devait se dvelopper de faon -inattendue, se transformer entirement et prendre un essor incomparable, -tandis que dans son pays d'origine il se modifiait peine, son -dveloppement restant toujours normal et progressif, mais trs lent; de -l vient cette lgende, bien difficile draciner aujourd'hui, d'une -Egypte immuable comme les pyramides, n'ayant subi aucune variation -pendant toute la dure du rgne des Pharaons, lgende qui repose sur une -apparence seulement. Les besoins de l'homme, dans un pays aussi -privilgi que l'Egypte, se rduisent peu de chose; l'habitant des -pays chauds est moins actif que celui des contres o le climat est plus -rigoureux, et une fois qu'il a trouv, sans grandes difficults, le -ncessaire et mme un peu de superflu, il est naturel qu'il se laisse -aller son indolence native et qu'il ne tende pas son nergie -chercher des perfectionnements de bien-tre dont le besoin absolu ne se -fait pas sentir. Il y a progrs nanmoins, et progrs trs apprciable, -dans des pays comme l'Egypte surtout, o nous pouvons maintenant -comparer entre eux une si grande quantit de monuments d'poques trs -diverses. Nous constatons que chez ce peuple la civilisation, une fois -sa voie trace, la suit sans jamais s'en carter; les bouleversements -politiques n'arrivent mme pas la faire sortir du chemin montant en -pente douce sur lequel elle s'est engage. Ces grandes crises -historiques nous permettent cependant de marquer dans l'histoire de la -civilisation un certain nombre d'tapes et de discerner mieux, en les -groupant par poques, les progrs raliss au cours des sicles; nous -sommes en effet assez documents maintenant pour pouvoir apprcier de -faon certaine et suivre pas pas ces progrs qui ne sont pas -apparents premire vue, mais qui sont beaucoup plus sensibles qu'on ne -pouvait se l'imaginer il y a trente ans encore. - -Aprs avoir pass en revue les sources de l'histoire d'Egypte, il reste - donner un aperu sommaire des documents que nous possdons sur les -moeurs des Egyptiens, leur vie publique et prive, leurs institutions, -leur industrie, leur commerce, en un mot leur civilisation. Les -crivains classiques nous ont fourni, ici comme pour l'histoire, un bon -nombre de renseignements, Hrodote le premier, puis Diodore, Strabon et -tous les autres, et ce qu'ils nous disent peut servir, soit diriger -nos recherches, soit confirmer les donnes des monuments originaux. De -mme les tudes faites par les membres de la Commission d'Egypte et les -observations des divers voyageurs du XVIIIme et du commencement du XIXme -sicle sur les moeurs et coutumes des Egyptiens avant l'expansion de la -civilisation europenne dans la valle du Nil, nous fournissent de -prcieux points de comparaison et mme souvent l'explication de bien des -dtails relatifs aux habitudes anciennes, sur lesquelles les monuments -sont trop peu explicites. - -Au point de vue de la civilisation gyptienne, le nombre de documents -originaux est considrable. En premire ligne doivent tre rangs les -tableaux que les particuliers, grands seigneurs et fonctionnaires, -faisaient sculpter ou peindre sur les murailles des chambres de leurs -tombeaux, o taient reprsentes en dtail les scnes de la vie de tous -les jours: ainsi le double du mort, son _moi_ immatriel, qui continuait - vivre comme un esprit impalpable au fond du tombeau, auprs de la -momie, pouvait encore jouir en une certaine mesure de la vie de ce monde -en contemplant ces scnes familires: les figurations de la vie -suffisaient au dlassement d'une ombre, de mme que la reprsentation -des aliments pouvait assurer ternellement sa subsistance. Des trois -grandes poques de l'histoire, l'Ancien Empire memphite, le Moyen et le -Nouvel Empire thbain, un grand nombre de ces tombeaux sont parvenus -jusqu' nous, plus ou moins intacts, les mastabas d'abord avec leurs -bas-reliefs, puis les hypoges avec leurs peintures. On y voit, en -premier lieu une population rurale, occupe l'levage des bestiaux -aussi bien qu'aux travaux des champs, labourage, semailles, rcolte des -crales, vendanges et jardinage; puis de nombreux tableaux de chasse et -de pche, et, ct de cela, des reprsentations de gens de mtier, -potiers, mtallurgistes, orfvres, chaudronniers, menuisiers, -charpentiers, maons sculpteurs, peintres, corroyeurs, cordonniers; un -peu plus loin les dlassements, musique, danse et jeux, et certaines -poques, des jeux gymniques, des exercices militaires, des scnes de -recrutement. Nous possdons de trs nombreux exemples de chacune de ces -reprsentations qui souvent sont excutes avec une dlicatesse et un -art remarquables et dont les variantes nous permettent de comprendre les -scnes dans leurs moindres dtails et de reconstituer l'action avec une -certitude presque absolue. - -Les fouilles ont mis jour une grande quantit d'objets de toute espce -qui, pour les priodes trs anciennes, supplent l'absence des -reprsentations figures et, pour les autres poques, les compltent. Ce -sont des armes de toute sorte, depuis les lames de silex taill jusqu'au -poignard enrichi d'orfvrerie, des outils d'agriculteurs, d'ouvriers, de -gens de mtier, puis des bijoux, des vtements, des meubles, des vases, -des instruments de musique, des ustensiles de mnage, bref tout ce qui -tait ncessaire la vie, le tout conserv de la faon la plus -merveilleuse dans un sol parfaitement l'abri de l'humidit. Les outils -prhistoriques se trouvent le plus souvent la surface mme du sol, -la lisire du dsert, tandis que les autres objets, qui appartiennent -aux poques historiques, proviennent soit des ruines des villes -antiques, soit le plus souvent du fond des tombeaux, o ils avaient t -dposs auprs du mort, toujours dans le but de placer autour de -celui-ci ce qui pouvait lui tre ncessaire pour sa vie d'outre-tombe. A -certaines poques, on se contentait de peindre sur les parois de son -sarcophage les divers objets qui devaient faire partie du mobilier -funraire, la reprsentation figure pouvant remplacer l'objet lui-mme. - -Les Egyptiens ont normment crit et toujours, grce au climat de leur -pays, beaucoup de leurs manuscrits nous sont parvenus, crits sur des -rouleaux de papyrus dans cette criture cursive que nous avons -l'habitude d'appeler _hiratique_; ce sont des lettres, des comptes, des -contrats, des actes judiciaires, des traits de mdecine ou de -gographie, et surtout des compositions littraires qui sont pleines de -dtails de toute sorte sur la vie ordinaire. Ainsi pour ne citer qu'un -exemple, cette satire des mtiers, o un scribe, afin de mieux faire -valoir l'excellence de sa profession, dnigre successivement toutes les -autres carrires et fait ressortir avec une ironie souvent mordante la -condition pitoyable des gens qui pratiquent les divers mtiers. - -Toutes ces donnes d'ordre si divers nous permettent de nous rendre un -compte assez exact de ce qu'tait la civilisation gyptienne: elles -s'enchanent naturellement avec les donnes historiques, et ainsi nous -pouvons ds maintenant tracer pour chacune des grandes poques un -tableau d'ensemble qui doit correspondre de bien prs la ralit, et -reconstituer le dveloppement chronologique de la civilisation -gyptienne. - -[Illustration: _Fig. 5._ Panneau de la Salle des Anctres de Karnak -(d'aprs LEPSIUS, _Auswahl_, pl. I).] - - - - -[Illustration: _Fig. 6._ R dans la barque solaire (d'aprs BUDGE, _Pap. -of Ani_, pl. XXII).] - - - - -CHAPITRE II - -L'GYPTE LGENDAIRE - - -Avant d'aborder l'tude de ce qui nous est parvenu de l'Egypte -archaque, ou prhistorique, nous devons rechercher si, aux poques -pharaoniques, les habitants du pays avaient conserv un souvenir de ces -temps lointains, du dbut mme de leur race, une lgende parlant de ces -priodes fabuleuses. Les textes ordinaires ne racontent rien de -semblable et il est mme bien rare qu'on y trouve mentionn le terme de -_Shesou-Hor_, les suivants d'Horus, qui dsigne les rois mythiques -prdcesseurs des dynasties historiques. Par contre les listes royales -les plus dveloppes, comme celles de Manthon et du papyrus de Turin, -nous ont conserv des donnes plus prcises sur ces souverains -anthistoriques: la nomenclature des premiers d'entre eux, puis un bref -aperu des dynasties qui suivirent, avec le total des annes de rgne de -chacune d'entre elles: ce sont d'abord des dieux, puis des demi-dieux, -et enfin des hommes. - -A l'origine de l'histoire on a donc, ici comme partout, la lgende, mais -une lgende dont le dveloppement est loin d'avoir t aussi brillant -que dans tant d'autres pays, une lgende qui est reste la proprit des -prtres et des savants, non celle du peuple gyptien lui-mme. N'ayant -rien de potique, cette tradition a pu se conserver plus pure et plus -prcise, mais on peut se demander si nous devons nous en fliciter, car -entre les mains des prtres, elle allait fatalement tomber dans le -domaine thologique et symbolique, et le mythe religieux devait finir -par absorber presque compltement le mythe historique, au point qu'il -est le plus souvent difficile de dlimiter les deux domaines. C'est dans -un fatras de rcits trs plats et ennuyeux, souvent d'un mysticisme -fantastique, que nous arrivons grand'peine distinguer les traits -gnraux de l'histoire primitive de l'Egypte. - - -A. LES DYNASTIES DIVINES - -_Les dieux cosmiques_ - -Les premiers rois furent, au dire de la lgende, les grands dieux -d'Egypte, suivant le cycle qui avait t tabli dans le sanctuaire -d'Hliopolis, une des plus anciennes mtropoles religieuses du pays. Ce -cycle se composait d'une ennade, c'est--dire d'un groupe de neuf dieux -et desses, et fut adopt ds l'Ancien Empire par tous les autres -centres religieux de la valle du Nil, qui se contentrent de mettre -sa tte leur dieu local. La liste que nous donne Manthon, et qui doit -tre d'origine memphite, place donc au premier rang des rois-dieux -Hphaistos, Ptah, le grand dieu de Memphis, le dmiurge, celui qui forma -l'homme du limon de la terre, qui le modela la main, de mme qu' -l'autre bout de l'Egypte, c'tait Khnoum d'Elphantine qui l'avait -faonn sur le tour du potier. Cette mention du dieu crateur comme -premier roi d'Egypte est une indication trs prcise du fait que les -habitants de la valle du Nil se considraient comme autochtones et -croyaient que le premier homme avait t cr dans le pays mme. Au -papyrus de Turin, le premier nom royal a disparu. - -[Illustration: _Fig. 7._ Ptah (d'aprs BUDGE, _Pap. of Ani_, pl. -XXVII).] - -Nous ne savons rien de ce rgne de Ptah, qui probablement, sitt son -oeuvre cratrice termine, cda la place son successeur R, le Soleil, -le grand dieu d'Hliopolis et de la plupart des villes d'Egypte, charg -d'assurer l'existence et le dveloppement de cette humanit primitive. -Celui-ci, pendant son long rgne, parcourait journellement ses domaines -pour les constituer, les organiser et rpandre sur ses sujets ses dons -et ses bienfaits, mais tous ses efforts ne russirent pas lui attirer -la reconnaissance de ces tres primitifs, encore plus qu' demi -sauvages, ni mme celle de ses descendants directs, les dieux, qui -commenaient se multiplier autour de lui. Ce roi-dieu tait en une -certaine mesure un homme, son grand ge l'avait considrablement -affaibli, et, suivant les expressions pittoresques d'un texte gyptien, -ses os taient maintenant en argent, ses chairs en or, ses cheveux en -lapis-lazuli; sa bouche tremblait, sa bave ruisselait vers la terre, sa -salive dgouttait sur le sol. Profitant de cette dcrpitude snile, -Isis, desse de rang infrieur, employa les moyens les plus dloyaux -pour lui arracher le talisman le plus prcieux qui lui restt, le secret -de son nom magique, grce auquel elle comptait acqurir une puissance -suprieure celle des autres dieux. Les hommes eux-mmes s'tant mis -conspirer contre leur dbonnaire souverain, R se dcida faire un -exemple, et aprs avoir consult le conseil de famille, l'assemble des -dieux, il dpcha Sekhet, la desse tte de lionne, avec ordre de les -massacrer sans piti, ce dont elle s'acquitta consciencieusement. La -nuit seule l'arrta dans sa course meurtrire, et R, contemplant le -rsultat obtenu, fut pris de piti et rsolut d'pargner le reste des -humains; pour apaiser la desse ivre de carnage, il fit mlanger de la -bire et du suc de mandragores au sang des hommes et rpandre terre -autour d'elle une quantit considrable de ce liquide. A son rveil, -Sekhet aperut ce breuvage, le but, s'adoucit, s'enivra et oublia ses -victimes. R avait pardonn aux hommes qui se repentaient, mais, fatigu -de rgner, il abdiqua et choisit une retraite inaccessible sur le corps -de la vache Nout, desse du ciel, sa fille; depuis lors, chaque jour, -la barque qui le porte navigue sur les flancs de l'animal cleste pour -se perdre la nuit dans son corps mme et reparatre le lendemain: le -roi-dieu est devenu dfinitivement le dieu-soleil. - -[Illustration: _Fig. 8._ Sekhet (d'ap. DARESSY. _Statues et statuettes -de divinits_, pl. LIII).] - -On discerne sans peine dans cette lgende le souvenir d'un des -cataclysmes qui bouleversrent toute une partie du monde, comme ce -dluge dont parlent les textes chaldens aussi bien que la Bible, qui -dvasta la Msopotamie et les contres avoisinantes tout au moins. Il -tait fort naturel que des dsastres de cette nature fussent considrs -comme le chtiment d'une humanit mauvaise et que, les dieux une fois -apaiss, ils pardonnassent aux survivants et fissent avec eux un -nouveau pacte, permettant ces derniers de racheter leurs fautes par -des sacrifices au lieu d'avoir les expier par la mort des coupables. -De mme que Jahveh avait exig de No un holocauste, R de mme avant de -monter au ciel, avait institu la coutume du sacrifice, premire base du -culte que les hommes devaient rendre aux dieux. - -[Illustration: _Fig. 9._ Nout portant la barque solaire; Shou et Queb; -Thot (d'aprs CHASSINAT. _La deuxime trouvaille de Deir el Bahari_, I, -p. _29_).] - -Nous ne savons que bien peu de chose du rgne des deux successeurs -immdiats de R; il y a d'abord son fils Shou, l'atmosphre, le soutien -du ciel, qui finit sa carrire de roi en remontant au sjour des dieux -pendant une tempte terrible, puis son petit-fils Qeb, le dieu-terre, -sur lequel nous n'avons que des mythes obscurs et d'un intrt des plus -mdiocres. Ces deux rois-dieux, dont le rle est trs effac, semblent -reprsenter une priode de transition pendant laquelle l'humanit se -reconstitue aprs un bouleversement comme celui par lequel elle avait -pass. C'tait au troisime successeur de R, mont sur le trne aprs -que Qeb fut rentr dans son palais pour devenir dieu son tour, c'tait - Osiris que devait appartenir la tche glorieuse de faire passer le -genre humain de l'tat barbare et sauvage un tat de stabilit -relative, de faire franchir, non seulement l'Egypte, mais mme au -monde entier, la premire grande tape de la civilisation. - -_Osiris et son cycle_ - -Fils an de Queb, le dieu-terre, et de Nout la desse-ciel Osiris -personnifie en mme temps la vgtation, la nature fertile de l'Egypte -et l'eau vivificatrice du Nil. De mme que le fleuve rpand -continuellement la richesse sur l'Egypte, Osiris, peine sur le trne, -met tous ses efforts amliorer la condition des hommes; ces sauvages -qui vivaient isols, en lutte perptuelle les uns avec les autres, il -les groupe, forme des tribus, des tats, fonde des villes; ces hommes -qui trouvaient pniblement une maigre subsistance dans la chasse et les -produits naturels du sol, il enseigne l'agriculture, il leur donne les -instruments de labour, il leur montre la manire de cultiver les -crales et la vigne, bref il les fixe au sol et leur fournit les -moyens, non seulement d'y vivre, mais de s'y dvelopper. A ct de lui, -sa soeur Isis, qui est en mme temps sa femme, le seconde admirablement -dans son oeuvre, et mrite que son nom soit rest insparable de celui -de son mari: pendant que celui-ci tablit l'tat et la cit, elle -constitue la famille, en instituant les liens du mariage; elle -dshabitue les hommes de l'anthropophagie et leur apprend moudre le -grain entre deux pierres et en faire du pain; elle leur donne, avec le -mtier tisser, les moyens de se vtir, et emploie pour soulager leurs -maux la mdecine et la magie. Osiris institua encore le culte des dieux, -rgla les crmonies et les liturgies, puis voyant le rsultat obtenu -par toutes ses innovations, il rsolut de rpandre ailleurs qu'en Egypte -les bienfaits de la civilisation; il remit la rgence Isis et partit -la conqute du monde, conqute toute pacifique o il se soumettait les -hommes par la persuasion et la douceur, voyage triomphal semblable -celui du Dionysos grec, la suite duquel l'ordre et la richesse -s'tablissaient dans tous les pays. - -[Illustration: _Fig. 10._ Osiris et Isis (d'aprs BUDGE. _Pap. of Ani_, -pl. XXX).] - -Le dieu Set, auquel les Grecs ont donn le nom de Typhon, le propre -frre d'Osiris, forme avec lui le contraste le plus absolu; on peut mme -dire qu'il en est l'exacte contre-partie: il reprsente non plus la -terre fertile, mais le dsert aride et brlant, l'esprit barbare et -sauvage ct du gnie bienfaisant, la raction brutale cherchant -renverser les progrs de la civilisation. Tt ou tard la guerre devait -clater entre deux tres aussi dissemblables; en effet Set le rouge, -jaloux de la gloire bien mrite que s'tait acquise son frre jumeau, -sans se rvolter ouvertement contre lui, combina avec grand soin un -pige perfide dans lequel Osiris tomba sans dfiance: il l'enferma dans -un coffre de bois et le jeta la mer o il fut dvor par les poissons, -morceau par morceau, puis le meurtrier s'assit sur le trne de son -frre, sans que personne songet, au premier moment, lui faire -opposition. - -Accompagne de quelques dieux qui lui taient rests fidles, Thot et -Anubis en particulier, Isis s'enfuit et se rfugia dans les les -marcageuses situes l'extrme nord du Delta, puis elle entreprit de -longues et patientes recherches pour retrouver les restes de son mari -qu'elle esprait, en magicienne experte, faire revenir la vie. Peu -peu elle finit par en rassembler tous les morceaux, sauf un, qui avait -t dvor par le poisson oxyrhinque, et russit reconstituer son -corps; malgr tous ses efforts, elle ne put le rappeler la vie, mais -elle obtint au moins une compensation, celle d'tre fconde par lui et -de mettre au monde un fils, qui devait devenir le vengeur de son pre et -le continuateur de l'oeuvre interrompue par le crime de Set. Le petit -Horus grandit, soigneusement cach par Isis dans ses marais -impntrables, et son premier soin, ds qu'il eut dpass l'ge de -l'enfance, fut de rendre son pre les derniers devoirs; aid d'Anubis, -il embauma le corps dont il fit la premire momie, et institua les rites -funraires qui devaient assurer au mort la vie d'outre-tombe. - -Osiris tait le premier roi qui et t atteint par la mort, tandis que -ses prdcesseurs taient devenus dieux, de rois qu'ils taient, sans -cette brutale transition; grce la momification et surtout aux -crmonies qu'Horus lui consacra, il put enfin tre difi son tour et -jouir d'une vie nouvelle dans le sjour des morts o il tait descendu; -comme il avait t roi sur la terre il devint roi dans les enfers qu'il -russit transformer, de mme qu'il avait transform le monde des -vivants; son domaine particulier, les champs d'Ialou et les champs -d'Hotpou, devint par ses soins un pays fertile et bien arros, au lieu -d'tre une sombre caverne, o le soleil de nuit vient peine jeter -pendant de fugitifs instants quelques rayons de lumire; c'est dans ce -quartier privilgi de l'autre monde qu'Osiris reoit ses faux, les -morts, qui viennent se prsenter devant son tribunal, prmunis contre la -damnation ternelle par les rites institus par Horus, et qui peuvent -ds lors jouir d'une vie nouvelle, peu prs semblable celle de la -terre. - -[Illustration: _Fig. 11._ Anubis embaumeur (d'aprs BUDGE. _Pap. of -Ani_, pl. XXXIV).] - -Tandis qu'il grandissait dans sa retraite, Horus se prparait la lutte - outrance contre l'usurpateur: ds qu'il se sentit en force, il fondit -sur lui avec imptuosit, escort de ses fidles, et fut tout de suite -favoris par le succs. Set, battu plusieurs reprises, eut beau -chercher se sauver en se transformant, ainsi que ses compagnons, en -monstres de toute sorte, tels qu'hippopotames ou crocodiles, il allait -tre ananti dfinitivement, quand l'attitude quivoque d'Isis vint lui -apporter un secours inespr. La desse, prise de piti au dernier -moment pour son ennemi et se souvenant qu'il tait son frre, s'opposa -son crasement, si bien qu'Horus, furieux contre sa mre, lui trancha la -tte, ce quoi, du reste, Thot remdia immdiatement en la remplaant -par une tte de vache. Tout et t recommencer entre les deux rivaux -si Thot, s'instituant arbitre de la question, n'et partag le royaume -en deux moitis, dont il donna l'une Horus, l'autre Set. - -[Illustration: _Fig. 12._ Set et Horus runissant les deux parties du -pays sous l'autorit du roi (d'ap. GAUTIER-JQUIER. _Fouilles de Licht_, -p. _37_).] - -J'ai cru devoir ne donner qu'un rapide rsum de cette partie de la -lgende qui en ralit, est beaucoup plus complique, tant le rsultat -d'une combinaison plus ou moins heureuse de deux mythes trs diffrents -l'un de l'autre et qui sont sans doute originaires, l'un de la Haute -Egypte, l'autre du Delta. Le fils d'Isis et d'Osiris n'est en effet pas -le seul porter le nom d'Horus, et on trouve dans le panthon gyptien -une vingtaine d'Horus, sinon plus, d'origines trs diverses. Il s'tait -form autour d'un des plus importants d'entre eux, l'Horus d'Edfou, Hor -Behoudit, divinit solaire, un mythe spcial qui raconte les pripties -d'une lutte analogue engage avec un dieu du nord, nomm galement Set. -Nous avons donc, ct du rcit presque mythologique de la lutte -perptuelle du fleuve fcondant l'Egypte contre les empitements de -l'lment dsertique qui peut tre vaincu, mais non dsarm, une -tradition toute diffrente qui a pour base les combats entre le sud et -le nord, entre la population indigne et une tribu d'origine trangre, -mais de mme race, qui cherchait se fixer dans le pays, ces combats -qui durrent jusqu'au moment o Mns runit sous son sceptre toute la -valle du Nil. La conclusion mme de l'histoire montre bien cette -divergence d'origine, car si selon la lgende osirienne, Thot donna -Horus le royaume du nord et Set celui du sud, c'est justement le -contraire que dit celle d'Edfou, o Horus devient roi de la -Haute-Egypte, et Set roi du Delta. Cela explique aussi que le dieu Set, -rsultat d'une combinaison trs ancienne de deux divinits absolument -diffrentes d'origine, ait t, aux temps historiques, soit considr -comme un des grands dieux, plac ct d'Horus et vnr en -consquence, soit excr comme un gnie du mal, suivant qu'on le -rattachait l'un ou l'autre des deux mythes. - -Horus, le dieu tte de faucon ou d'pervier, est devenu aux poques -historiques le protecteur tout spcial de la royaut gyptienne; le -Pharaon se considre comme son descendant direct, comme son remplaant -sur la terre, et pour mieux affirmer cette relation intime avec le dieu, -le roi fait toujours prcder le premier de ses noms, dans son -protocole officiel, par le nom mme du dieu, devenu un titre. Pour -s'expliquer cette conception du roi comme nouvel Horus, il faut se -reporter l'organisation primitive de l'Egypte l'poque -prhistorique, sa division en tribus, qui sera tudie plus loin; pour -le moment, il suffira de rappeler que le plus important de ces groupes -ethniques, celui qui assura peu peu sa prpondrance sur les autres, -celui d'o sortirent les premiers rois d'Egypte, tait prcisment celui -qui avait pour emblme le faucon, emblme qui finit par se transformer -en dieu Horus. Nous aurions alors simplement dans le mythe de l'Horus -d'Edfou le rcit lgendaire de l'expansion progressive du clan du -faucon, mythe qui plus tard se serait greff, par suite de la similitude -des noms, sur l'pilogue de la lgende osirienne. - -Les compagnons de l'Horus d'Edfou, ses principaux auxiliaires dans ses -luttes contre Set, sont nomms les _Masniti_,--d'un mot qui signifie -modeleur, ouvrier en mtaux, aussi bien que piquier--qui sont artisans -autant que guerriers; le dieu lui-mme est arm d'une lance invincible, -d'un pieu suprieur aux armes de ses adversaires, et qui lui assure la -victoire. Ces donnes me paraissent tre un souvenir de la dcouverte -des mtaux ou tout au moins de leur introduction en Egypte; c'est la -tribu horienne qui les aurait connus la premire et qui, par leur -possession, se serait assur la suprmatie sur tout le pays. Dans le -mythe parallle d'Horus fils d'Isis, on ne trouve aucune donne sur ce -sujet. - -La liste que donne Manthon des rois-dieux, s'arrte Horus fils -d'Isis; il se borne ajouter que la dynastie continua jusqu' Bidis, -personnage qui nous est entirement inconnu, pendant une somme totale de -13.900 ans. Le papyrus de Turin tait plus explicite, il indiquait pour -chaque roi les annes de son rgne, et nous pouvons encore reconnatre, -sur les fragments conservs, que Set occupa le trne pendant 200 ans, et -Horus pendant 300 ans; puis venait Thot, qui rgna 3.126 ans, et auquel -succdait la desse Mat, puis un nouvel Horus, dont la fin du nom est -perdue. Avec Thot, le dieu des sciences et des lettres, on ne sort pas -du mythe osirien, puisque nous le connaissons comme un des plus fermes -soutiens d'Osiris lui-mme pendant son rgne, comme son assesseur au -tribunal des enfers et comme l'arbitre entre Horus et Set, la fin de -la lutte. Ce rgne de Thot n'a laiss aucune trace, mais il est -prsumer, tant donn le caractre mme de ce dieu, qu'il eut -continuer l'oeuvre de civilisation et surtout d'organisation et -d'administration commence par Osiris, interrompue par Set et rtablie -par Horus. Le nom seul de Mat, desse de la justice, pardre de Thot, -qui lui succde en qualit de roi d'Egypte, montre clairement qu'il -s'agissait toujours de cette oeuvre de perfectionnement, moral autant -que matriel, de l'humanit. - - -B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MANES - -Aprs cette priode divine, qui est celle de la constitution du pays, il -en vient une autre qui parat n'avoir pas t moins longue, mais qui a -un caractre diffrent: ici on ne trouve plus une srie bien nette de -rois-dieux ayant chacun sa personnalit marque, mais des groupes -d'tres dont le rle nous chappe aussi bien que le nom, et dont les -Egyptiens eux-mmes n'avaient gard qu'un souvenir vague, des demi-dieux -d'abord, puis de simples hommes, qui peuvent se rpartir en cinq -dynasties, au dire de Manthon; les fragments de Turin confirment en une -certaine mesure son tmoignage. - -La premire de ces dynasties mythiques, qui suivit immdiatement celle -des dieux, se composait de demi-dieux qui rgnrent 1.255 ans en tout; -les Egyptiens avaient conserv de ces souverains une liste qui tait -inscrite au papyrus de Turin, mais qui, part un ou deux signes, a -disparu entirement aujourd'hui; cette liste devait se trouver aussi -dans le livre original de Manthon, mais les copistes ne nous l'ont pas -transmise de faon trs claire; les _Excerpta Barbari_ en ont conserv -le premier nom, celui d'Anubis, et par l nous voyons que cette dynastie -de demi-dieux se rattachait directement au cycle osirien, Anubis tant -un fils d'Osiris et de Nephthys, son autre soeur, bien que celle-ci ft -en ralit la femme de Set. - -La liste de neuf dieux, telle que nous la trouvons dans la copie de -Georges le Syncelle, parat trs corrompue, et elle contient des -rptitions de noms de divinits figurant dj dans la premire dynastie -et qui sont extrmement douteux: on peut reconnatre en effet, travers -les formes grecques de ces noms, Horus fils d'Isis, Anhour, Anubis, -Khonsou, Horus d'Edfou, Ammon, Thot, Shou et Ammon-R, ce dernier -revenant donc deux fois dans la mme srie. Ce chiffre de neuf dieux -nous montre tout au moins que cette dynastie formait, comme la premire, -une ennade, calque sans doute sur la deuxime ennade des dieux -hliopolitains, que nous connaissons trs peu. - -Ici je crois devoir intervertir l'ordre donn par Manthon d'aprs la -copie d'Eusbe, qui place, aprs trois dynasties de rois-hommes, un -groupe de mnes et de demi-dieux ayant rgn ensemble pendant 5.813 ans; -outre qu'il serait peu naturel de voir des tres divins ou tout au moins -semi-divins succder des hommes, nous voyons trs clairement dans les -fragments de Turin que ce sont ces derniers qui prcdrent -immdiatement Mns. La place normale de ces mnes semble donc tre -aprs la premire dynastie des demi-dieux. On a reconnu dans ces -_Nekyes_ ou mnes les _Khouou_ des textes religieux gyptiens, divinits -secondaires qui constituent la troisime ennade hliopolitaine, d'abord -les quatre gnies funraires, les Enfants d'Horus, Amset, Hapi, -Douamoutef et Kebhsenouf, puis un autre Horus, Khent-Khiti, et ses -quatre fils. - -Aprs les dynasties divines et semi-divines, calques sur le modle des -trois cycles de dieux hliopolitains, et qui servent en quelque sorte de -cadre aux souvenirs relatifs ces poques trs anciennes, Manthon en -numre trois autres qui sont composes de rois d'une essence plus -rapproche de la ntre, et considrs sans doute comme de simples -hommes: d'abord ce sont des rois dont il n'indique ni l'origine ni le -nombre et qui rgnrent en tout 1.817 ans, puis trente rois memphites, -pendant 1.790 ans et enfin dix rois thinites, dont les rgnes successifs -durrent 350 ans. Au papyrus de Turin, la division de cette priode -tait un peu diffrente, et dans le fragment qui s'y rapporte, on peut -reconnatre qu'il avait parl de six dynasties au moins; les noms des -rois n'taient pas donns, mais seulement la mention qu'ils s'taient -succd de pre en fils et que parmi eux se trouvaient sept femmes ayant -rgn; les chiffres, donnant la somme des annes de chaque dynastie, -sont trop mutils pour que nous puissions en tenir compte. - - -C. LA CHRONIQUE LGENDAIRE - -En rsum, toute cette priode fabuleuse se divisait en plusieurs -poques, celle des dieux cosmogoniques et organisateurs de l'humanit, -celle des demi-dieux dont le rle trs effac a plutt un caractre -transitoire, et enfin celle des hommes-rois; pour les Egyptiens -eux-mmes, les souverains partir de la IIme dynastie, donc les -demi-dieux, les mnes et les hommes formaient un seul grand groupe, -celui des _Shesou-Hor_, ou suivants d'Horus, auxquels Manthon attribue -une dure totale de rgne de 11.000 ans, tandis que les dieux eux-mmes -auraient occup le trne pendant 13.900 ans. Cela donnerait pour tous -les rois antrieurs Mns une somme de 24.900 ans, chiffre qui -paraissait trs exagr Eusbe, aussi prfrait-il adopter -l'explication de Panodore, que ces annes n'taient autres que des -annes lunaires de 30 jours, des mois, ce qui rduisait donc la dure -des rois mythiques 2.206 ans. Cette interprtation fantaisiste est du -reste dnue de tout fondement, et l'on voit qu'au papyrus de Turin il -s'agit bien d'annes ordinaires, d'annes solaires; si les chiffres ne -sont pas ici exactement les mmes que ceux de Manthon, ils leur -correspondent dans les grandes lignes. La somme totale des rgnes est en -effet ici de 23.200 ans au lieu de 24.900, et sur des chiffres pareils -l'cart n'est pas trs considrable; pour la priode des Shesou-Hor, le -papyrus compte 13.420 ans, chiffre quivalant peu prs celui que -donne Manthon pour les dieux, et il est possible qu'il y ait eu une -interversion dans un des documents qu'il avait entre les mains. La -question a du reste peu d'importance pour nous, puisqu'il s'agit de -chiffres absolument fantaisistes. - -Les Egyptiens avaient donc au sujet de leurs origines une tradition qui -nous parat simple et pleine de renseignements prcis, si nous la -comparons celles des autres peuples, souvent remplie de dtails -charmants et inutiles, de digressions qui nuisent la clart de -l'ensemble, et font perdre facilement le fil conducteur. Ici c'est une -lgende pour ainsi dire quintessencie, prenant le monde ses dbuts, -l'humanit sa cration mme, la suivant travers les grandes -commotions gologiques qui bouleversrent la valle du Nil avant le -dbut de l'histoire. Nous pouvons, en coordonnant ces traditions, suivre -les progrs, le travail lent, mais sr, de la civilisation que les -ractions brutales ne peuvent anantir. Au commencement, ce sont les -dieux qui dirigent le mouvement progressif de l'humanit qu'ils ont -eux-mmes mis en branle, puis peu peu ils s'effacent, passant la main - des tres moins sublimes, moins loigns par leur nature mme de la -race qu'ils ont gouverner, et enfin de vrais hommes, arrachs -dfinitivement la sauvagerie primitive et capables en une certaine -mesure, aprs des milliers d'annes d'efforts, de s'affranchir de la -tutelle directe des dieux. Ces dbuts des hommes furent obscurs et sans -doute difficiles, et il fallut encore de longs sicles avant que l'un -d'entre eux pt saisir d'une main ferme les rnes du pouvoir et donner -l'Egypte cette puissante organisation qui devait durer plus longtemps -que celle d'aucun autre pays. Les rois locaux antrieurs Mns n'ont -pas laiss de traces dans l'histoire, mais il est possible qu'un certain -nombre de leurs noms aient t conservs: en effet, au premier registre -de la pierre de Palerme, on voit reprsents toute une srie de -personnages portant la couronne rouge, l'insigne des rois de la Basse -Egypte, au-dessus desquels sont gravs quelques signes qui peuvent fort -bien tre des noms, mais des noms bizarres qui ne ressemblent gure aux -noms gyptiens ordinaires. Seka, Khaaou, Taou, Tesh, Neheb, Ouazand, -Mekha. Ce serait le seul document prcis relatif la fin de la priode -lgendaire, ces rois memphites dont parle Manthon. Quant aux rois de -la Haute Egypte, leurs comptiteurs, peut-tre devons-nous en -reconnatre quelques-uns parmi les monuments d'Abydos qu'on attribue -gnralement la Ire dynastie: il s'y trouve en effet quelques noms de -rois difficiles lire et identifier et qui peuvent appartenir -certains des prdcesseurs immdiats de Mns. - -[Illustration: _Fig. 13._ Les enfants d'Horus (d'aprs BUDGE. _Pap. of -Ani_, pl. VIII).] - - - - -[Illustration: _Fig. 14._ Poignard en silex (d'aprs J. de MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _174_).] - - - - -CHAPITRE III - -L'GYPTE ARCHAQUE - - -Les grands travaux excuts dans la valle du Nil au cours du sicle -dernier avaient amen la dcouverte d'un tel nombre de monuments datant -des poques historiques, difices, sculptures, peintures, objets d'art, -inscriptions, instruments de toute sorte, que l'attention des -gyptologues devait ncessairement se concentrer sur ces restes -pharaoniques et ne pas aller chercher plus loin des documents dont, -malgr leur abondance considrable, on connaissait peine l'existence -et dont surtout on ne pouvait encore souponner la valeur. On se -contentait de relever les grands monuments apparents, temples ou -tombeaux, de fouiller des ncropoles riches et le plus souvent bien -connues, on ne se livrait pas encore une exploration mthodique du -pays et l'on n'accordait aucune attention des objets sans grande -apparence, les silex taills, que dans d'autres contres on recueille -avec tant de soin et qu'ici on ne se donnait mme pas la peine de -ramasser. Il est vrai cependant que des archologues, comme Arcelin et -le Dr Hamy, au cours d'un voyage dans la valle du Nil, en avaient runi -un certain nombre et avaient cru pouvoir parler du prhistorique -gyptien et d'un ge de la pierre, d'aprs ces documents qui taient du -reste trop insuffisants pour qu'on pt en tirer des conclusions -srieuses; les gyptologues n'eurent donc pas de peine leur prouver de -la faon la plus premptoire que ces instruments n'avaient rien de -prhistorique: n'avait-on pas, en effet, trouv des silex taills dans -des tombes de la XIIme dynastie? - -La question semblait donc juge et, si invraisemblable que cela paraisse -maintenant, on croyait qu'il n'existait en Egypte aucun monument, aucun -objet datant d'une poque antrieure celle du fabuleux Mns: les deux -premires dynasties humaines n'ayant laiss aucune trace autrement que -dans la tradition, plus forte raison la priode qui les prcdait -devait-elle rester jamais inconnue. On devait cependant admettre que -dans un pays o tout se conserve, comme l'Egypte, il et t naturel -qu'on retrouvt quelque chose au moins des dbuts d'une civilisation -aussi originale, et on en tait venu, pour expliquer en une certaine -mesure cette lacune apparente, mettre l'hypothse que les anctres -directs des Egyptiens avaient pu se dvelopper ailleurs, dans le -Bahr-bela-m, par exemple, le fleuve sans eau, une valle du dsert -libyque, ou bien dans le pays des Somlis ou plus loin encore. Par -consquent, et malgr les affirmations catgoriques des Egyptiens -d'poque historique, la civilisation gyptienne ne pouvait tre -autochtone: une lacune insondable devait prcder l'histoire, il ne -pouvait tre question de palolithique ni de nolithique, l'Egypte -n'avait jamais connu l'ge de la pierre, et tout au plus pouvait-on -considrer les premires dynasties comme appartenant la priode du -bronze. - -On en tait l quand, vers 1896, cette thorie simpliste reut de -plusieurs cts la fois un choc qui devait non seulement l'branler, -mais l'enterrer tout jamais. A ce moment, des fouilles entreprises -dans des endroits encore inexplors vinrent rvler MM. Petrie et -Amlineau l'existence de civilisations trs diffrentes de celles qu'on -connaissait, tandis que les recherches plus mthodiques de M. de Morgan -l'amenaient la certitude qu'il s'agissait l d'une rvlation -inattendue, celle du prhistorique gyptien auquel personne ne voulait -croire. Du mme coup l'on voyait rapparatre les premiers habitants du -pays avec leurs armes de silex, leur cramique trs particulire, leurs -tombeaux et mme leurs villages, et les rois des deux dynasties encore -inconnues, avec le mtal et les premiers monuments de l'criture -hiroglyphique. Les preuves taient si videntes qu'en peu de temps tous -les gyptologues se rallirent aux nouvelles thories tablies par M. de -Morgan, les confirmrent et les compltrent par d'autres recherches, si -bien que maintenant on peut se rendre compte de faon peu prs -certaine de ce qu'taient les plus anciens occupants de la valle du -Nil. - - -L'poque prhistorique ne se prsente pas en Egypte, comme dans nos pays -europens, avec des divisions nettement marques qui sont caractrises -par les procds employs dans la fabrication des armes et des outils et -par la forme mme de ces derniers. A peine peut-on faire un groupe -distinct pour les instruments les plus anciens et les plus -rudimentaires, qui correspondent peu prs comme type et comme taille - notre Chellen, mais partir de cette poque trs recule, tous les -silex prsentent peu de chose prs le mme caractre: si nous les -comparons aux silex europens, ils pourraient se ranger aussi bien dans -les sries palolithiques que dans le nolithique. Les noms de -Moustrien, Solutren, Magdalnien, qui s'appliquent chez nous des -priodes bien dfinies, trs diffrentes les unes des autres, ne -correspondent rien en Egypte, et leur emploi n'aurait aucune raison -d'tre pour tout ce qui concerne les origines de ce pays. - -Si donc nous mettons part une premire priode, celle du palolithique -proprement dit, une civilisation qui a d tre interrompue brusquement -par un cataclysme quelconque, nous trouvons ensuite des sries de -monuments prhistoriques qui, malgr leur grande varit, prsentent une -parfaite homognit. Les seules diffrences que nous pouvons remarquer -dans la fabrication des outils de pierre sont de nature purement locale, -ainsi les silex du Fayoum ne sont pas les mmes que ceux de Negadah, pas -plus que ceux d'Hlouan ne ressemblent ceux d'Abydos ou d'autres -endroits, mais il n'y a pas lieu de tirer de ce fait des conclusions au -point de vue chronologique, car rien ne peut faire croire que les uns -soient antrieurs aux autres. Les ateliers employaient des procds -lgrement diffrents, et surtout des modles qui variaient d'un endroit - l'autre; les uns, dans les lieux o les habitants se livraient -principalement la chasse ou la pche, faisaient surtout des armes, -couteaux, pointes de lances, de javelots ou de flches, tandis que les -autres, dans les centres agricoles, fabriquaient plutt des outils, mais -ces diffrences sont de nature gographique et non historique, et on ne -peut en tenir compte pour scinder la priode quaternaire en un plus ou -moins grand nombre d'poques distinctes. - -L'volution de la cramique, chez les peuples primitifs, suit toujours -une marche parallle celle des instruments de pierre, et l'on peut, -par ce moyen, contrler les conclusions fournies au point de vue -historique par l'tude de la forme et des procds de fabrication des -silex. Il en est de mme en Egypte, c'est--dire que dans le domaine de -la cramique archaque, on remarque bien un dveloppement, un progrs, -mais cette transformation est lente, graduelle, sans secousses. Les -anciens modles cdent la place de nouveaux, mais pas de faon -brusque; ils coexistent pendant longtemps et se retrouvent les uns -ct des autres dans les mmes tombes. On peut arriver constater que -tel type est plus ancien que tel autre, on ne peut dire qu'il -caractrise une poque ou une phase de la civilisation prhistorique. La -cramique gyptienne est du reste tout fait spciale et trs -diffrente de toutes celles qu'on rencontre en Europe aux poques -primitives, aussi n'y retrouve-t-on aucun des caractres spcifiques qui -permettent aux prhistoriens de classer ces dernires: les potiers -gyptiens avaient pouss cet art un haut degr de perfection ds les -plus anciens temps, et nous leur devons des sries trs varies, tant au -point de vue de la technique que de la forme et de la dcoration. - -La cramique, qui est un des lments les plus importants pour la -classification des restes prhistoriques, ne donne donc lieu ici aucun -rapprochement, et nous devons nous en tenir aux donnes que nous -fournissent les armes et les outils de pierre; or nous avons vu que tous -ces objets sont en pierre taille et qu'ils se rattachent, pour les -formes comme pour les procds de taille nos instruments -palolithiques et nolithiques en silex, tout spcialement aux types du -Solutren et du Moustrien. Ce qui caractrise chez nous la priode -nolithique, l'ge de la pierre polie, manque absolument en Egypte: on -a rcolt dans ce pays, pendant ces dernires annes, des centaines de -mille et peut-tre des millions de silex, et dans cette masse norme on -aurait peine trouver cent haches polies, ou autres outils pouvant -rentrer dans la mme catgorie. Nous ne constatons cependant aucune -solution de continuit entre la priode dite prhistorique et celle des -dbuts de l'histoire, aussi pouvons-nous dire avec certitude que non -seulement il n'y a pas de divisions spciales tablir dans l'poque -palolithique, mais qu'il n'y a mme pas lieu de distinguer celle-ci de -l'ge nolithique. Si donc nous devions conserver ces deux noms qui ont -une certaine valeur pratique pour la classification, il faudrait leur -donner, pour tout ce qui concerne l'Egypte, un sens un peu diffrent de -celui qu'ils ont pour l'Europe, rserver le mot palolithique aux objets -les plus anciens, ceux qui pour la forme et la facture se rapprochent -du chellen, et ranger tout le reste dans l'ge nolithique ou mme -plutt nolithique qui prcde immdiatement l'ge historique. - -Dans nos pays septentrionaux, o le dveloppement des peuples suivit une -marche toute diffrente, on range encore dans le prhistorique la -priode des mtaux et l'on fait succder l'ge du cuivre, l'ge du -bronze, puis l'ge du fer, celui de la pierre. Ici il n'y a aucune -distinction semblable tablir puisque les dynasties thinites suivent -immdiatement l'ge de la pierre, sans aucune transition apparente: les -Egyptiens prdynastiques sont dj en possession des mtaux, ou tout au -moins du cuivre qu'ils emploient presque sans alliage et qu'ils arrivent -peu peu travailler avec la plus grande habilet, en mme temps -qu'ils poussent l'industrie du silex un degr de perfection qui ne fut -atteint en aucun endroit du monde. C'est donc au cours de l'poque -prcdant immdiatement l'histoire que les Egyptiens apprirent -connatre le cuivre, dont l'usage ne remplaa que trs lentement celui -de la pierre taille; c'est aussi tout fait graduellement que les -mtallurgistes arrivrent doser les alliages grce auxquels ils -devaient obtenir le bronze, trs suprieur au cuivre pur. Quant au fer, -nous n'avons aucun document qui nous permette de fixer l'poque -laquelle il fut introduit dans la valle du Nil. Il n'y a donc en Egypte -ni ge du cuivre, ni ge du bronze, ni ge du fer, proprement parler: -la premire de ces trois divisions se confond avec la priode -prdynastique, et les deux autres, qui ne sont pas nettement -caractrises, appartiennent l'poque historique. - -Mns, le fondateur de la monarchie pharaonique, symbolise pour nous le -dbut d'une civilisation nouvelle, l'organisation dfinitive du pays, et -les premiers documents crits qui paraissent ce moment-l, montrent -bien qu'une re nouvelle commence. La transformation ne s'opra -cependant pas d'une faon subite dans tous les domaines, elle se fit -graduellement, lentement, comme dans les priodes prcdentes, car -l'Egypte a toujours t et sera sans doute toujours le pays le moins -rvolutionnaire qu'il y ait au monde. Dans la vie civile surtout, que -nous connaissons fort bien, puisque une grande quantit d'objets de -toute sorte nous sont parvenus, le progrs est presque insensible, la -cramique est peu prs la mme qu'auparavant, peine un peu dtrne -par l'usage toujours plus rpandu des vases de pierre, et l'on devait -continuer pendant de longs sicles encore fabriquer des armes et des -outils en silex, bien qu'on connt dj fort bien les instruments de -mtal, dont la supriorit tait vidente. Enfin, si les rois et les -grands personnages commencent se faire construire des tombeaux -monumentaux et adoptent des coutumes funraires plus compliques, les -populations rurales continuent creuser la limite des sables du -dsert de petites fosses pour leurs morts, qu'ils ensevelissent -accroupis et couchs sur le ct, ou dmembrs compltement, avec le -mme mobilier funraire que par le pass. - -J'ai employ jusqu'ici, pour dsigner les ges primitifs de l'Egypte, le -mot de prhistorique, mais, en ce qui concerne ce pays, ce mot a une -signification trop prcise et indique une scission trop nette avec le -temps o commence l'histoire proprement dite; or, comme nous l'avons vu, -cette scission n'existe pas en Egypte. Le terme d'ge de pierre ne -convient pas non plus, puisque l'emploi des instruments de silex est -encore constant sous les premires dynasties et se perptue jusqu'au -Moyen Empire. J'adopterai donc dornavant un terme plus lastique et -dont le sens est nanmoins trs clair, celui de _priode archaque_, -qu'on emploie maintenant de prfrence, et je diviserai cette priode en -deux groupes comprenant, l'un, les ges les plus anciens, l'_olithique_ -et le _palolithique_, l'autre, l'poque beaucoup plus connue, prcdant -immdiatement les dynasties, et qu'on peut appeler _prdynastique_. - - -_I. PALOLITHIQUE_ - -Les vestiges des tout premiers habitants de l'Egypte sont rares et -incertains. La tendance actuelle est de rechercher partout la trace de -l'homme tertiaire; dfaut de preuves absolument convaincantes de son -existence, comme le serait la dcouverte d'un squelette dans une couche -gologique appartenant cette priode, on voudrait retrouver des -indices de son activit sur la terre, aussi a-t-on cr la classe des -_olithes_, les instruments de l'homme antrieur l'ge palolithique. -Ces olithes sont de simples galets de silex ou des clats accidentels -sur lesquels on remarque ou croit remarquer des traces d'usage, et qui -auraient t les premiers instruments de l'homme alors qu'il ne savait -pas encore tailler la pierre et devait se contenter des clats naturels, -plus ou moins appropris ses besoins, qu'il trouvait sur le sol. Ce -n'est pas ici le lieu de discuter cette thorie toute gnrale, qui est -encore trs sujette controverse; nous nous bornerons constater -qu'elle a aussi t applique l'Egypte et qu'on a recueilli dans ce -pays un certain nombre d'chantillons de ces olithes qui ont videmment -pu tre employs par des hommes encore l'tat de sauvagerie, comme -marteaux, grattoirs ou couteaux, bien que rien ne le prouve de faon -absolue. - -[Illustration: _Fig. 15-18._ Instruments palolithiques (d'aprs J. de -MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _17_, _24_, -_20_, _31_).] - -Les silex taills du type chellen se retrouvent non seulement en -Europe, mais un peu partout, en Palestine, aux Indes, chez les Touaregs; -on en rencontre aussi en Egypte, sinon en grande abondance, du moins -assez frquemment. L'objet le plus caractristique de cette poque est, -ici comme dans les autres gisements, le coup-de-poing, un grand galet de -silex amygdalode, sur lequel on a enlev par percussion de gros clats, -de manire qu'une des extrmits forme une pointe plus ou moins -prononce, tandis que l'autre reste arrondie et paisse, et sert de -poigne. A ct de cet instrument qui en mme temps est une arme -dangereuse, on trouve encore des outils plus petits, ayant pu servir de -hachettes ou de racloirs; et surtout des pointes ou poinons, parfois -trs aigus, du mme travail un peu rudimentaire, sans retouches fines. - -Ces silex se trouvent soit la surface du sol, sur les plateaux -couronnant les premiers contreforts du dsert et au sommet des petits -monticules qui sont situs un peu au-dessous, soit dans les alluvions -entranes par les pluies jusque dans la valle, trs rarement dans la -zone sablonneuse qui spare les terres cultivables de la montagne. On en -a dcouvert depuis les environs de la 1re cataracte jusque prs du -Caire, ainsi que sur les routes qui conduisent travers le dsert vers -les oasis, et enfin, ce qui est plus important au point de vue de la -date, dans les alluvions trs anciennes, contemporaines du commencement -de l'poque quaternaire, qui est en effet le moment o l'on place l'ge -chellen. D'aprs la position o ont t trouvs ces silex, on pourrait -conclure que les Egyptiens primitifs habitaient de prfrence, non pas -dans la valle mme, mais sur les monticules avoisinants et sur la crte -des montagnes peu leves qui bordent le dsert. Nulle part on ne voit -de traces d'habitations construites; ils devaient donc vivre soit en -plein air, soit sous de lgers abris en branchages. C'est sur ces -plateaux, o les indignes trouvaient en abondance les rognons de silex -qui servaient la fabrication de leurs outils, qu'ils tablissaient -leurs ateliers de taille: ainsi le plateau qui spare la Valle des Rois -du cirque de Deir-el-Bahari, en face de Louxor, o l'on trouve encore en -quantit des clats n'ayant sans doute jamais servi et qui doivent tre -considrs comme des dchets de fabrication. La ralit est sans doute -un peu diffrente, et si nous ne sommes pas mieux renseigns sur cette -population primitive, sur son habitat et ses coutumes funraires, c'est -pour la raison qu'elle est antrieure un de ces bouleversements -gologiques qui dvastrent et dpeuplrent une partie du monde et qui -sont rests clbres dans la tradition sous le nom de Dluge. L'Egypte -en particulier fut atteinte, la valle fut entirement submerge pendant -une priode dont nous ne pouvons valuer la dure et toute trace -d'occupation humaine fut efface; les hauts plateaux striles et le -dsert mergeaient encore, mais nous ne savons si quelques restes de la -population purent s'y maintenir pour former le noyau de la race -gyptienne prdynastique, ou si celle-ci vint d'ailleurs quand la rgion -redevint habitable. - - -_II. PRDYNASTIQUE_ - -A. MONUMENTS - -Autant cette premire priode est encore obscure, autant les documents -abondent pour celle qui la suit, et qui, prcdant immdiatement -l'poque historique, est souvent dsigne par le nom de _prdynastique_. -Ces documents peuvent se classer en trois catgories, dont les donnes -combines nous fournissent des renseignements d'ensemble et mme de -dtail sur l'tat de la valle du Nil avant les Pharaons. Ce sont -d'abord les objets pars la surface du sol, les silex, puis les -vestiges des tablissements humains, monticules de dbris o l'on -reconnat la trace des villages primitifs, et enfin les tombeaux qui -nous donnent, en plus des renseignements anthropologiques, des lots trs -considrables de cramique, l'lment le plus important pour la -classification gnrale. Nous prendrons l'un aprs l'autre chacun de ces -points avant d'aborder l'ethnographie proprement dite, l'tude de la -race prdynastique et de sa civilisation. - -[Illustrations: _Fig. 19-21._ Haches et herminettes en silex (d'aprs J. -de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _91_, -_60_, _73_).] - - -_Silex_ - -Les couches sdimentaires qui bordent la valle du Nil sont extrmement -riches en rognons de silex, qui atteignent parfois de trs grandes -dimensions; sur les plateaux, le sol est couvert de galets de silex, -d'agate et de cornaline. Naturellement la qualit de la pierre varie -suivant les endroits, mais partout elle se prte la taille et les -premiers habitants du pays avaient sous la main, d'un bout l'autre du -pays, la matire premire de laquelle ils pouvaient tirer leurs armes et -leurs outils. C'est vers le nord de l'Egypte, au Fayoum en particulier, -que le silex est le moins abondant, mais les cailloux du diluvium -peuvent le remplacer, et les indignes en ont tir un trs bon parti. - -[Illustrations: _Fig. 22-25._ Couteaux et grattoirs en silex (d'aprs J. -de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _106_, -_123_, _98_, _153_).] - -Quelle que soit la matire employe, qu'il s'agisse du beau silex blond -translucide d'Abydos, du silex brun de Louxor ou du grossier galet du -Fayoum, le procd de taille est toujours le mme, et ne diffre pas de -celui qui a t en usage dans le monde entier. Le _nucleus_, ou noyau -prpar pour l'enlvement des clats, s'obtenait d'une faon trs -simple: on brisait une partie d'un rognon de silex ou d'un galet, de -manire dterminer une surface unie servant de plan de frappe, puis on -enlevait des clats normalement cette surface, en se servant d'un -percuteur, boule de pierre dure employe comme marteau; les premiers -clats, portant une partie de la gangue, taient mis au rebut, et les -suivants employs pour divers usages selon leur forme et leur dimension; -ceux qui taient longs et minces devenaient des couteaux, ceux qui -taient pais et larges, des haches ou des herminettes, les petits -donnaient des ciseaux, des poinons, des pointes de flches; tous -devaient subir de longues et soigneuses retouches. On travaillait ces -clats soit par percussion, soit par pression le long des artes au -moyen d'un autre silex, et les Egyptiens taient arrivs trs loin dans -cet art et modelaient pour ainsi dire leurs silex au moyen de ces -petites retouches, de manire leur donner exactement la forme voulue. -A ct de ces instruments, certains clats, trs minces et naturellement -tranchants, pouvaient tre utiliss, presque sans retouches, comme -outils, grattoirs ou couteaux. - -[Illustrations: _Fig. 26-29._ Pointes de flches en silex (d'ap. J. de -MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _176_, _190_, -_181_, _185_).] - -On trouve de tout cela dans les gisements de silex gyptiens, sur la -bande sablonneuse qui s'tend d'un bout l'autre du pays, entre les -terres arroses et cultives et les premiers contreforts de la montagne: -d'abord les percuteurs, boules qui ont en gnral la grosseur d'une -pomme et qui portent des traces trs videntes d'usage, puis les nuclei - tous les tats, depuis celui qui a t mis au rebut aprs qu'on en eut -dtach quelques clats seulement, jusqu' celui qui, compltement -puis, n'est plus qu'un petit noyau conique facettes; ensuite les -clats eux-mmes, les uns, informes ou mal venus, rejets comme -inutilisables, les autres, trs tranchants et sans retouches ou -retravaills seulement une extrmit; enfin les outils briss au cours -de la fabrication par suite d'un accident, et ceux qui portent la trace -d'un long emploi ou qui, trs uss, ont t retaills pour pouvoir tre -employs de nouveau. - -Chaque localit, chaque gisement a pour ainsi dire son propre type, ou -ses types de silex taills, et l'on ne peut en tirer des conclusions au -point de vue de la classification chronologique; il est possible, -probable mme, que dans beaucoup de ces endroits, la fabrication se soit -continue sans grande modification, pendant des sicles ou des milliers -d'annes, comprenant non seulement toute la priode archaque, mais -empitant aussi sur les poques historiques. Nous aurons l'occasion de -revenir plus loin sur les diffrents modles d'outils et d'armes, sur -leurs formes et leur emploi. - - -_Villages_ - -Dans les mmes rgions, en bordure de la valle, la lisire du dsert, -on remarque en certains endroits de lgres surlvations qui se -distinguent peine du sable environnant par une teinte un peu plus -fonce. Quelques coups de pioche suffisent pour constater qu'il y a l -quelque chose de tout fait analogue ce que dans nos stations -prhistoriques europennes, celles du Danemark en particulier, on -appelle des _Kjoekkenmoeddings_, ou dbris de cuisine; ce sont en -effet des vestiges d'tablissements humains, datant d'une poque o les -populations taient dj plus ou moins sdentaires, mais o elles ne -savaient pas encore construire de vraies maisons: ces restes sont -beaucoup trop importants pour tre ceux de simples campements -provisoires et passagers, et contiennent des quantits de dtritus qui -ont d mettre fort longtemps s'amonceler. D'un autre ct on ne -rencontre pas dans ces monticules de dcombres la moindre trace de mur, -ni en pierre, ni en briques crues, ni mme en terre pile: les -constructions devaient donc tre trs lgres, en bois ou mme en -branchages, de simples huttes du modle le plus primitif, suffisantes du -reste dans un climat aussi chaud. - -Ces amas de dtritus ne renferment gure d'objets en bon tat, part -quelques outils de silex, mais ils nous livrent des renseignements trs -importants sur la vie mme de ces peuplades de l'Egypte prdynastique; -os d'animaux d'aprs lesquels on peut, en partie, reconstituer la faune -de l'Egypte cette poque, excrments de bestiaux montrant qu'on -s'occupait d'levage, traces de crales grce auxquelles nous apprenons -qu'on connaissait dj l'agriculture. Ces documents qui ont si peu -d'apparence et paraissent ngligeables sont donc extrmement prcieux, -puisqu'ils font connatre les occupations ordinaires, la nourriture, la -vie prive des premiers Egyptiens. - - -_Tombeaux_ - -Si nous ne connaissons qu'un petit nombre de ces restes de villages, -dont la plupart ont d entirement disparatre ou bien sont trop peu -apparents pour qu'on puisse les distinguer, nous avons en revanche une -quantit considrable de spultures appartenant la mme poque. Ces -tombes ne sont jamais isoles, mais forment des ncropoles plus ou moins -vastes, situes elles aussi au bord du dsert, prs des terrains -cultivs, donc proximit immdiate des habitations des vivants: en -effet, chaque fois que nous reconnaissons l'emplacement d'un -kjoekkenmoedding, nous sommes srs de trouver peu de distance, -quelques centaines de mtres peine, un cimetire qui est -vraisemblablement celui des habitants du village. - -[Illustration: _Fig. 30._ Tombeau prdynastique (d'aprs AYRTON. -_El-Mahasna_, pl. VI, fig. _26_).] - -Ces ncropoles d'un type tout spcial ont trs longtemps pass -inaperues et elles semblent en effet, au premier abord, fort difficiles - reconnatre. C'est avec le jour frisant du soir ou du matin qu'on peut -le mieux distinguer ces groupes de dpressions trs lgres, peine -perceptibles en plein soleil, qui sont la surface plus ou moins -ingale du terrain le seul indice extrieur des tombeaux archaques. Les -spultures sont de simples fosses creuses dans les bancs de cailloux -rouls qui s'tendent au pied de la montagne et qui forment un terrain -suffisamment consistant pour qu'il ne ft pas ncessaire de soutenir, -au moyen d'un mur ou d'un enduit, les bords de l'excavation: leur forme -gnrale est irrgulire, peu prs ovale ou mme presque ronde, et -leur profondeur d'un mtre deux au plus, tandis que l'ouverture -dpasse peine un mtre cinquante dans sa plus grande dimension. A ct -de celles-l il en existait de plus grandes, peu prs rectangulaires -et atteignant jusqu' quatre mtres sur deux, sans que la profondeur en -soit augmente. Aprs l'ensevelissement, les grandes comme les petites -fosses taient simplement combles avec du sable et des galets et se -confondaient avec le terrain environnant; il n'y a jamais la moindre -superstructure, pas mme une pierre tombale. - -[Illustration: _Fig. 31._ Tombeau prdynastique (d'ap. J. de MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _464_).] - -Les dimensions des petites tombes, qui sont de beaucoup les plus -nombreuses, ne permettaient pas d'y dposer le mort tendu tout de son -long, comme on le fit plus tard pour les momies aux poques historiques; -les coutumes funraires taient en effet trs diffrentes et nous -pouvons distinguer deux stages, deux modes d'ensevelissement qui -semblent correspondre deux priodes. Dans les plus anciennes -spultures, le mort est couch sur le ct gauche, dans la position -dite embryonnaire ou assise, c'est--dire avec les membres replis de -manire que les mains se trouvent devant la figure, les genoux la -hauteur de la poitrine et les pieds prs du bassin. Etant donne -l'orientation des tombeaux, qui du reste n'est pas partout -rigoureusement exacte, la tte est gnralement au sud la face tourne -vers l'ouest. - -[Illustration: _Fig. 32._ Tombeau prdynastique (d'aprs J. de MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _468_).] - -Le deuxime mode d'inhumation, qui parat tre un peu plus rcent, -quoique appartenant toujours la priode prdynastique, est beaucoup -plus curieux: ici, et la chose a t constate dans de trs nombreuses -tombes, le corps tait entirement dmembr avant d'tre dpos dans la -fosse; les os ne sont ni casss ni coups, mais ils sont placs -ple-mle, et souvent il en manque un certain nombre. Il ne s'agit pas -d'un dpcement du mort au moment du dcs, ni de cannibalisme, comme on -pourrait le croire, mais d'une coutume qui se retrouve ailleurs qu'en -Egypte, dans tout le bassin de la Mditerrane, en Crte, dans les les -de l'Archipel, au sud de l'Italie, celle de l'inhumation secondaire: on -enterrait provisoirement le mort, puis au bout de deux ou trois ans, -quand les chairs s'taient putrfies et dsagrges, on l'exhumait et -on rassemblait les os pour les dposer dans le tombeau dfinitif. La -transition entre ces deux coutumes funraires, qui paraissent si -diffrentes, est marque par certaines tombes o le corps est repli et -couch sur le ct, mais o la tte est spare du tronc et pose -n'importe o, ct du bassin, par exemple. Les vertbres tant -intactes, il ne peut tre question de dcapitation brutale, mais il -s'agit sans doute simplement d'inhumations secondaires o l'on n'avait -pas pratiqu la dsarticulation complte. - -Avant de les dposer dans le tombeau, on cousait les corps dans des -peaux de gazelle ou bien on les enveloppait dans des nattes de jonc; sur -quelques os, on a mme relev des traces de bitume, et nous pouvons sans -doute reconnatre dans ce fait la premire tentative de momification. -Dans les tombes inhumation secondaire, les cadavres dmembrs taient -parfois enferms dans de trs grands vases larges du bas, avec une -petite ouverture seulement la partie suprieure, ou dans de vraies -cistes rectangulaires en argile crue. Ailleurs un vase d'une forme toute -diffrente, sorte d'immense coupe trs profonde, est pos l'envers sur -le corps repli et le recouvre compltement. Enfin, quelques-unes des -grandes tombes renfermaient non pas un seul, mais deux et mme trois -cadavres, simplement poss les uns sur les autres, et dans les -spultures inhumation secondaire on rencontre quelquefois deux crnes -et un nombre d'os trs insuffisant pour former deux corps, ou le -contraire. - -Si, dans la plupart des ncropoles, les tombes corps repli sont -nettement spares de celles corps dmembr, il en est d'autres o les -divers types de spulture sont mlangs, aussi ne pouvons-nous savoir -avec une certitude absolue si ces deux modes d'inhumation appartiennent - deux races ou deux poques diffrentes. Il semble cependant que nous -devions adopter la deuxime hypothse plutt que la premire, bien que -les anthropologistes ne soient pas encore arrivs des rsultats trs -concluants au sujet de la question des races. Les os sont presque -toujours bien conservs, et on a recueilli une trs grande quantit de -crnes en bon tat, dont beaucoup mme portent encore leurs cheveux, et -qui peuvent tre l'objet de mensurations trs exactes, aussi -pouvons-nous avoir l'espoir d'tre une fois au clair sur cette question -si importante. - - -_Mobilier funraire_ - -Le mobilier funraire est plus ou moins riche suivant les tombes, et -comporte des objets de plusieurs espces disposs au fond de la fosse, -autour du mort. Le choix mme de ces objets montre clairement que ces -Egyptiens d'avant l'histoire se faisaient dj des ides trs prcises -sur la vie d'outre-tombe et croyaient la survivance, sinon de l'me, -du moins de la personnalit des dfunts: pour leur assurer la -subsistance matrielle, la nourriture, on mettait ct d'eux des vases -contenant des vivres, des grains, des viandes, et sans doute aussi de -l'eau ou d'autres liquides dont nous ne retrouvons naturellement plus -trace; des armes leur permettaient de lutter contre les ennemis qu'ils -pouvaient rencontrer dans l'autre monde, et des ornements de corps, de -se parer comme ils le faisaient sur la terre. - -Les vivres que le mort emportait avec lui dans la tombe taient surtout -des viandes, et spcialement des ttes et des gigots de gazelle, dont on -retrouve frquemment les os ct du squelette du dfunt; les vgtaux -sont moins bien conservs, mais on reconnat encore au fond des vases, -et surtout des vases en terre grossire, des traces non quivoques de -crales, d'orge en particulier. Ces renseignements ne font du reste que -confirmer ceux que nous donnent les kjoekkenmoeddings. - -On ne trouve pas des armes dans tous les tombeaux, et dans ceux qui en -contiennent, elles ne sont jamais qu'en petit nombre; gnralement mme -il n'y en a qu'une seule, place porte de la main du mort, devant sa -figure. Ces armes sont par contre d'une grande beaut et d'une excution -trs suprieure celle des silex qu'on trouve la surface du sol: ce -sont le plus souvent de longues lances droites finement retouches qui -pouvaient servir de poignards, des couteaux lgrement recourbs, au -tranchant trs affil, des pointes de lances ou de javelots double -pointe et tranchant, ou de forme lancole, et parfois des pointes de -flches. Les outils tels que racloirs, grattoirs, poinons, sont trs -rares dans les tombes, mais, par contre, on trouve des instruments de -pche, comme des harpons, et ce fait permet de supposer que les armes -donnes au mort taient destines, non seulement le mettre mme de -rduire par la force les ennemis qui pouvaient se trouver sur son -chemin, mais surtout lui permettre de chasser et de pcher dans -l'autre monde, tant pour assurer sa subsistance que comme dlassement. - -[Illustration: _Fig. 33._ Couteau en silex (d'aprs J. DE MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _128_).] - -Les objets d'ornement sont abondants, mais presque toujours trs -simples, excuts de faon sommaire dans des matires qui n'ont rien de -prcieux: ainsi les colliers plusieurs rangs qui tombaient sur la -poitrine taient composs de perles irrgulires de forme et de -grosseur. Ces perles, en terre cuite, en calcaire, en pierres dures, -telles que la cornaline, l'agate, le silex, taient presque toujours -travailles de faon grossire et malhabile; on en trouve aussi qui sont -faites de morceaux de coquilles ou de petits oursins fossiles, percs -d'un trou. Les bracelets sont plus soigns, ils sont soit en nacre, soit -en ivoire, et on les obtenait en sciant la partie infrieure d'une dent -d'lphant l'endroit o elle est creuse, ou le bas d'une grande -coquille univalve de la famille des trochids; d'autres enfin sont en -silex, vids avec une dextrit qui montre jusqu' quel point ces -populations avaient pouss l'industrie de la pierre taille. Les femmes -portaient des peignes hauts et troits en ivoire ou en os, dont la -partie apparente, au-dessus de la chevelure, tait gnralement -surmonte d'une figure ornementale. Enfin un certain nombre de -pendeloques, perces d'un trou, galement en os ou en ivoire, parfois en -pierre, servaient en mme temps d'ornements et d'amulettes. - -[Illustrations: _Fig. 34-36._--Plaques de schiste (d'aprs PETRIE. -_Diospolis parva_, pl. XI et XII).] - -Dans beaucoup de spultures on voit ct de la tte du mort une plaque -en schiste vert qui affecte les formes les plus diverses; les unes sont -tailles en losange, en rectangle ou en carr, les autres dcoupes de -manire imiter le profil d'un animal, hippopotame, tortue, poisson, -oiseau. La signification de ces objets est encore trs incertaine, bien -que d'habitude on les considre comme des palettes broyer le fard vert -qu'hommes et femmes se mettaient autour des yeux, cause d'une petite -dpression qui existe en effet sur certaines des plaques en losange et -qui contient parfois des traces de couleur verte; la forme trange -donne beaucoup de ces plaques, le fait qu'elles sont perces d'un -trou de suspension, les dcorations animales graves la pointe, qui -les ornent quelquefois, et surtout l'analogie avec les grandes plaques -de schiste d'poque thinite, qui taient couvertes de sculptures et se -trouvaient dposes dans les sanctuaires et non dans les tombes, -m'engagent y voir des talismans ou des sortes de ftiches plutt que -des objets usuels. - -C'est sans doute aussi titre de talisman qu'on dposait parfois dans -les tombes des figurines d'hippopotame en argile: le monstre mis ainsi -au service du mort pouvait lui rendre bien des services et le protger -de bien des dangers. - - -_Cramique_ - -C'est galement des tombeaux que sont sorties ces sries -extraordinairement compltes de vases qui nous permettent d'tablir une -certaine classification dans la priode prdynastique, ou tout au moins -de suivre en quelque mesure le dveloppement de la civilisation. Toute -cette cramique, qui est particulire l'Egypte et qu'on ne peut -comparer celle d'aucun autre pays, dnote, ds l'apparition des plus -anciens exemplaires, une habilet remarquable et une longue pratique du -mtier chez les potiers gyptiens: les vases sont absolument rguliers -de forme et d'paisseur et il faut un examen minutieux pour arriver -reconnatre qu'aucun n'a t fait au tour et que tous sont models la -main. - -[Illustrations: _Fig. 37-41._ Vases rouges bord noir (d'aprs AYRTON. -_El-Mahasna_, pl. XXVIII et XXX).] - -Le plus ancien type est celui de la poterie rouge bord noir, qui est -extrmement frquent et comprend des vases de plusieurs formes: la coupe -profonde, le gobelet, le vase ovode fond plat ou pointu, large -ouverture. Ces vases sont faits en une sorte d'argile trs fine mlange -de sable, enduits l'extrieur d'une lgre couche d'hmatite et -lisss au polissoir, puis cuits dans un feu doux, poss l'ouverture en -bas sur les cendres du fourneau; la cuisson faite de cette manire donne -une pte lgre et friable; la couverte expose une chaleur plus forte -prs de l'orifice se dsoxyde en cet endroit et devient d'un beau noir -trs brillant, tandis que le reste du vase garde la teinte rouge fonc. - -[Illustrations: _Fig. 42-46._ Poterie rouge (d'aprs AYRTON. -_El-Mahasna_, pl. XXXI et XXXII, et PETRIE. _Diospolis parva_, pl. -XIV).] - -La poterie rouge uniforme est exactement semblable l'autre comme -matire, mais le procd de cuisson, un peu diffrent, empche la -formation du bord noir; tout le vase reste alors extrieurement d'une -couleur absolument rgulire, d'un beau rouge lustr. Ce type de poterie -qui est, peu de chose prs, contemporain du type rouge bords noirs, -prsente des formes un peu diffrentes: ct de l'cuelle creuse et du -vase ovode, on trouve la bouteille ventrue fond plat et col troit -et le petit vase globulaire. A un certain moment, on employa ce genre de -cramique pour faire des vases de formes bizarres, les uns aplatis, les -autres jumels, d'autres encore en forme de poisson ou d'oiseau; ce ne -fut du reste l qu'une mode qui ne se prolongea que sur une priode -assez brve. - -[Illustrations: _Fig. 47-49._ Vases rouges dcor blanc (d'aprs J. DE -MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. II et III).] - -Un autre driv de cette cramique rouge, qui est presque aussi ancien -qu'elle mais ne dura pas aussi longtemps, est la cramique rouge dcor -blanc. Le fond est toujours d'un beau rouge lustr sur lequel se -dtache, en lignes blanches mates, une ornementation emprunte au -travail de la vannerie, chevrons, lignes pointilles et entre-croises, -et parfois mme quelques reprsentations animales trs sommaires. Les -formes employes de prfrence pour ce genre de poterie sont les coupes -profondes, arrondies ou fond plat, et les vases allongs, renfls la -partie infrieure, parfois trs troits du haut. - -[Illustration: _Fig. 50_ et _51_. Vases cordon (d'aprs AYRTON. -_El-Mahasna_, pl. XXXIII).] - -La poterie blanche, qui est en ralit plutt d'un jaune ros est plus -rcente et se perptue jusqu' l'poque thinite. La pte en est plus -fine, en argile moins mlange de sable, la cuisson meilleure; quant aux -formes elles sont peu varies. Il n'y a en somme gure qu'un type, qui -va en se transformant progressivement: les vases les plus anciens sont -presque globulaires avec une ouverture trs troite et deux petites -saillies serpentant sur la panse et formant anses. Peu peu, la panse -se rtrcit, l'ouverture s'agrandit, les saillies s'allongent et se -rejoignent pour former un cordon circulaire en relief et finalement le -vase devient cylindrique. Parfois il est dcor de traits rouges -entre-croiss. - -[Illustrations: _Fig. 52-54._ Vases peints (d'aprs J. DE MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. V et VII).] - -[Illustration: _Fig. 55._ Vase peint (d'ap. PETRIE. _Naqada and Ballas_, -pl. XXXIV, no _45_).] - -La classe la plus intressante de la cramique archaque est -certainement celle des vases dcors de peintures rouges, qui sont -semblables comme pte et comme cuisson ceux de la catgorie -prcdente, mais dont la facture est plus soigne et les formes -diffrentes. Ces vases sont globulaires, souvent presque aussi larges -que hauts, avec un fond plat, une ouverture assez large et de toutes -petites anses perces d'un trou servant les suspendre; d'autres sont -sphrodes, un peu aplatis, et munis des mmes petites anses. Ces -derniers, dcors de cercles concentriques ou de points rouges, imitent -les vases en pierre dure que nous voyons rarement cette poque mais -que nous retrouverons la priode thinite en grande abondance, tandis -que les autres, qui portent de petits traits horizontaux ou des lignes -droites ou sinueuses, rappellent plutt les ouvrages en vannerie. Enfin -sur les plus grands de ces vases, on trouve une dcoration d'un -caractre tout diffrent, mais toujours trace en rouge au pinceau, avec -une assez grande sret de main: ce sont soit des vgtaux, des alos -plants dans des vases, soit des thories d'animaux, autruches ou -chvres sauvages, soit encore des reprsentations qui paraissent figurer -de grands bateaux avec leurs rames, leurs enseignes, leurs -superstructures, plutt que, comme on l'a cru, des villages ou des -fermes. - -[Illustrations: _Fig. 56 et 57._ Poterie grossire (d'ap. J. DE MORGAN. -_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _425_ et _433_).] - -Il faut encore citer deux autres classes de poteries, et d'abord celle -des vases en terre bruntre grossire, faonns sans grand soin pour les -usages de la vie courante, et qui affectent diverses formes; on ne voit -gure ces pots et ces cruches que dans les derniers temps de la priode -archaque. Quant aux vases en terre noire ou brun fonc, dcor incis -et rempli d'une pte blanchtre, dont on ne trouve que de rares -exemplaires en Egypte, cette poque aussi bien que sous l'Ancien et le -Nouvel Empire, ils n'ont rien d'gyptien, mais appartiennent un type -connu, rpandu surtout dans les pays au nord de la Mditerrane. Il -s'agit donc d'objets d'importation dont ni la matire, ni la facture, ni -la dcoration en lignes droites irrgulires et en points, n'ont de -rapport avec quoi que ce soit qui provienne de la valle du Nil. - -Nous avons vu des vases en terre, de forme globulaire ou sphrode dont -la dcoration prtendait imiter la matire de ces vases en pierre dure -que nous trouverons en grande abondance sous les deux premires -dynasties. Ces vases de pierre devaient donc ncessairement exister la -priode prdynastique, mais ceux qui nous sont parvenus sont en nombre -extrmement restreint. C'taient sans doute des ustensiles trs -prcieux, et cette raison suffit pour expliquer les imitations peintes. -Par contre, les matires moins dures que le porphyre ou le basalte et -qui se laissent plus facilement travailler, comme le calcaire et -l'albtre, sont dj d'un emploi trs frquent, et les indignes y ont -taill avec habilet des vases cylindriques et des coupes de toutes -formes et de toutes dimensions. - - -B. CIVILISATION - -Aprs avoir ainsi pass en revue les nombreux documents que nous -possdons maintenant sur la priode archaque, il nous reste voir -quels sont les renseignements utiles que nous pouvons en tirer pour la -connaissance des Egyptiens prdynastiques et de l'tat de leur -civilisation. - - -_Le pays_ - -Aujourd'hui la valle du Nil forme une longue et troite plaine de -terres cultivables, borde des deux cts par le dsert ou la montagne; -tout le terrain irrigable est utilis et uniformis. Cet tat est d non -seulement au Nil fertilisateur, mais encore et surtout la main des -hommes qui, aprs des sicles de travail, sont arrivs rendre -productif jusque dans ses moindres recoins leur fertile petit pays. Il -n'en tait pas ainsi aux poques primitives, et l'aspect de la contre -devait tre, quoique dans le mme cadre, absolument diffrent. Le Nil -avait commenc par serpenter au fond de la valle, sans cours fixe, -coulant alternativement sur un bord ou sur l'autre; ce n'est que peu -peu qu'il se fraya une voie plus rgulire au milieu des alluvions qu'il -avait lui-mme apportes. Le limon qu'il amenait avec lui chaque anne -se rpandait bien sur toute la surface des terres inondes, mais grce -au sable et aux galets qu'il charriait en mme temps et qui se -dposaient dans le courant mme du fleuve, son lit s'levait -graduellement, laissant ainsi en bordure de la valle des terrains en -contre-bas o se formaient de vritables marais remplis nouveau chaque -anne par l'inondation; l se dveloppait une vgtation luxuriante de -plantes d'eau, roseaux, papyrus, lotus, et, sur les bords, de vraies -forts d'arbres de toute espce. Toute cette zone lacustre entretenait -dans le pays, aujourd'hui si sec, une humidit permanente qui devait lui -donner un caractre tout diffrent et le faire ressembler ce qu'est -maintenant le Haut Nil, le Nil des rgions tropicales. Le climat du -reste n'tait pas non plus exactement le mme qu'aujourd'hui, il devait -tre sensiblement plus chaud, car ct des animaux qui vivent encore -en Egypte et de ceux qui s'en sont retirs depuis peu, comme -l'hippopotame et le crocodile, on y trouvait encore, ces poques -recules, l'lphant, la girafe et l'autruche. - -Pour la faune et la flore, l'Egypte, qui n'a plus maintenant que ses -cultures et son dsert, est un des pays les plus pauvres du monde, mais -il n'en tait certainement pas de mme autrefois, grce ces rgions -fertiles et sauvages en mme temps, que l'homme primitif ne pouvait -encore utiliser autrement que pour la chasse et la pche, et o se -dveloppaient librement les plantes et les animaux les plus varis. - - -_La race_ - -Comme je l'ai dit plus haut, les anthropologistes sont encore loin -d'avoir tabli de faon certaine la race laquelle appartenaient les -plus anciens habitants de l'Egypte. Nous pouvons cependant nous en faire -une ide approximative: c'tait une population brachycphale et -orthognathe au teint clair, aux cheveux lisses, bruns ou chtains, la -taille moyenne, se rapprochant par consquent beaucoup de la race qui -occupait aux poques les plus anciennes tout le bassin de la -Mditerrane, et apparente tout spcialement aux Libyens et aux -Berbres. Ainsi on retrouve les mmes coutumes funraires, les mmes -modes de spulture dans l'Egypte primitive et dans les les grecques, en -Grce et jusqu'en Italie, ce qui peut faire supposer une parent de race -avec les hommes qui habitaient ces contres avant l'invasion aryenne. On -a constat aussi certains lments d'origine soudanaise ou plutt -nubienne, mme quelques statuettes statopyges rappellent le type -hottentot, mais ce ne sont l que des exceptions. Il n'y a rien non -plus ici des races aryennes ni surtout des Smites. - -Ces populations taient paisibles et on n'a retrouv que sur un trs -petit nombre des crnes tudis des lsions comme on en verrait -certainement beaucoup chez un peuple belliqueux. On a pu constater par -contre sur les os des traces de deux maladies, la tuberculose et la -syphilis. - - -_Habitations_ - -Dans les montagnes et les falaises souvent assez leves qui bordent la -valle du Nil, il n'y a ni cavernes ni abris sous roche o les hommes -primitifs aient pu s'tablir demeure. Le climat leur permettait de -vivre en plein air et nous avons vu que ceux de l'poque chellenne -semblent s'tre tenus de prfrence sur les hauteurs, tandis que les -hommes de la priode dont nous nous occupons avaient des tablissements -durables la lisire du dsert. Dans ces villages, il n'y a pas trace -d'enceinte construite, ce qui fait ressortir le caractre paisible de -ces peuplades, ni de maisons en brique ou en pierre, et si nous voulons -nous faire une ide de ce qu'taient les habitations des indignes, nous -pouvons nous reporter des modles de petits difices trs anciens qui -ont survcu par tradition religieuse dans les sanctuaires de diffrents -dieux: c'taient soit des huttes en branchages, coniques ou arrondies, -comme en ont encore les ngres de l'Afrique centrale, soit des -constructions lgres en bois, avec un pilier chaque angle et un toit -plat ou lgrement bomb. - -[Illustration: _Fig. 58._ Sanctuaire primitif (d'aprs PETRIE. _Royal -Tombs_, II, pl. X).] - -Dans les villages, qui s'tendent en gnral sur une superficie assez -peu considrable, les habitants serraient leurs rcoltes et gardaient -ct d'eux leurs bestiaux; en juger par la place occupe, quelques -familles seulement devaient constituer la population d'un de ces -tablissements. - - -_Costume et parure_ - -Dans l'antiquit, le costume des Egyptiens a toujours t trs sommaire, - plus forte raison a-t-il d en tre de mme une poque si recule. -D'aprs des reprsentations un peu plus rcentes, datant des dynasties -thinites, on voit que les indignes hommes devaient avoir pour tout -vtement l'objet bizarre qui devint plus tard l'insigne national des -Libyens, l'tui phallique, sorte de longue gaine tombant de la ceinture -jusque prs des genoux. Des peintures de vases nous montrent des femmes -vtues de robes courtes, collantes, descendant peine aux chevilles; le -buste tait nu, semble-t-il. Enfin, dans certaines statuettes d'ivoire, -on reconnat des hommes envelopps d'un grand manteau qui les couvre des -paules aux pieds. Ces vtements taient sans doute, l'origine, en -peau, et peut-tre, une poque moins recule, en toffe. - -[Illustration: _Fig. 59._ Figurines d'ivoire d'poque archaque -(QUIBELL. _Hieraconpolis_, pl. IX et XI).] - -Comme parure, on portait, ainsi que nous l'avons vu, des bijoux -grossiers, tels que des bracelets en ivoire, en nacre, en silex, des -colliers plusieurs rangs, en perles de pierre ou en coquilles, des -pendeloques et des peignes orns de dcoupures. Il faut signaler encore -les tatouages, ou peintures corporelles dont certaines femmes, peut-tre -des danseuses, se couvraient tout le corps, et qui figuraient des lignes -brises ou des animaux. - -[Illustrations: _Fig. 60_ et _61_. Bracelet en silex et peigne en os -(d'aprs J. DE MORGAN. _Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. -_334_ et _337_).] - - -_Chasse et pche_ - -Nous avons vu les tout premiers habitants de l'Egypte dj en possession -d'une arme qui pouvait tre redoutable, le coup-de-poing chellen. Des -besoins imprieux contraignent l'homme que la terre non cultive ne peut -nourrir, faire usage de la force, tant pour se procurer sa subsistance -aux dpens des autres tres vivant ct de lui, que pour se dfendre -contre ceux qui, physiquement plus forts, sont pour lui une menace -permanente. - -Des Egyptiens prdynastiques, beaucoup d'armes nous sont galement -parvenues, armes de plusieurs catgories qui peuvent tre employes -indiffremment pour la chasse et pour la guerre. Parmi celles qu'on a -coutume d'appeler armes de choc, il faut citer en premire ligne celles -qui n'ont pu se conserver, vu la matire dont elles sont faites, mais -qui ont laiss un souvenir persistant jusqu'aux plus basses poques, les -armes de bois, d'abord le long bton, renfl dans le bas et pouvant -servir de massue, puis le vrai casse-tte court et pesant; aux poques -historiques ce sont encore ces armes traditionnelles mais hors d'usage, -qu'on donne volontiers aux morts dans leurs tombeaux. A ct de ces -btons on trouve les massues dont la tte de pierre dure, conique ou -ovode, s'emmanchait sur un bton court, et enfin les haches, dont nous -avons de nombreuses sries, de forme plate, longue, paisse ou mince, -un seul tranchant, l'autre extrmit tant destine se fixer dans une -emmanchure de bois dont nous ne connaissons plus la forme. Quant aux -haches polies et celles qui, munies d'un tranglement servant -faciliter l'emmanchure, semblent plutt une copie des haches de bronze, -elles appartiennent probablement l'poque suivante. - -[Illustration: _Fig. 62 et 63._ Massues (d'aprs J. DE MORGAN, _Rech. -sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _320_, et PETRIE. _Diospolis parva_, -pl. V).] - -Comme arme de main, nous avons le poignard long et mince, trs finement -retaill, qui est parfois une pice de toute beaut, et enfin comme -armes de jet, les innombrables pointes qui, suivant leurs dimensions, -appartenaient des flches ou des javelines. Travailles avec grand -soin, ces pointes sont le plus souvent encore remarquablement aigus et -prsentent toutes les formes usuelles, pointes ailerons, encoches au -pdoncule, lancoles, triangulaires, en croissant; un type cependant -qui est particulier l'Egypte et qui se perptue assez tard est celui -de la flche tranchant, destine faire une blessure plus large que -profonde; ce modle est aussi employ pour des javelots. Certaines -pointes de plus grandes dimensions peuvent avoir appartenu des lances -(v. p. 62-65). - -[Illustration: _Fig. 64._ Harpon en os.] - -Les indignes avaient certainement encore, comme leurs successeurs, -d'autres moyens de se procurer du gibier, les piges, les lacets, les -filets et peut-tre le lasso, instruments qui naturellement n'ont pas -laiss de traces. En ce qui concerne la pche, nous n'avons pas non plus -les filets, les nasses et les lignes qui devaient tre dj en usage -cette poque, mais certains silex en forme de croissant peuvent avoir -servi d'hameons pour les gros poissons, qu'on attaquait galement avec -des harpons en os munis d'une pointe barbele. Les poissons sont -extrmement nombreux dans le Nil et devaient pulluler dans les marais -avoisinants; ils formaient sans doute la base mme de la nourriture des -premiers Egyptiens, qui mangeaient aussi certains mollusques fluviatiles -tels que les unios et les anodontes. - -Quant au gibier, nous avons vu qu'il y avait en Egypte non seulement les -espces qui y sont aujourd'hui, mais encore celles de l'Afrique -tropicale; ainsi l'homme pouvait chasser l'antilope, le boeuf sauvage et -la girafe aussi bien que la gazelle et le bouquetin, l'autruche comme -l'oie, le canard et la perdrix, mais ses armes primitives devaient lui -tre de bien peu de secours vis--vis de l'lphant, du rhinocros, de -l'hippopotame et du crocodile, ou contre le lion et la panthre qui -infestaient encore la contre. - - -_Elevage. Agriculture_ - -Les animaux sauvages pris vivants la chasse, conservs d'abord comme -en-cas pour le moment o le gibier viendrait manquer, furent vite -domestiqus; l'homme reconnut trs tt les services que ces btes -pouvaient lui rendre, et non seulement il les nourrit, mais encore les -dressa et les utilisa, recueillit leurs oeufs ou leur lait. Nous avons -dans les kjoekkenmoeddings de la Haute Egypte des traces non quivoques -d'levage, les animaux domestiqus vivant cte cte avec l'homme dans -ces villages primitifs. Comme quadrupdes, il devait y avoir le boeuf, -l'antilope, la gazelle, la chvre, sans doute l'ne; comme volatiles, -l'oie, le canard, la grue, le pigeon, et bien d'autres varits sans -doute. - -L'agriculture est partout moins ancienne que l'levage, et pour l'Egypte -nous ne pouvons savoir quelle poque on commena travailler le sol, -si ce fut la fin seulement de la priode prdynastique ou longtemps -avant: les grains trouvs dans les kjoekkenmoeddings ne sont pas dats -de faon exacte, et ceux des tombeaux sont difficilement identifiables. -Quant aux outils, le sol fertile de l'Egypte, dtremp et ameubli par -l'inondation, n'en ncessite pas de trs puissants, aussi les houes et -les charrues de bois furent-elles en usage pendant toute la priode -pharaonique; on n'en retrouve naturellement pas trace aux ges plus -anciens, mais par contre certains silex plats, sortes d'herminettes de -grande dimension, montrent des traces d'usure ne pouvant provenir que du -travail de la terre, et ne sont sans doute pas autre chose que des -houes. Enfin on retrouve de petits silex plats, dentels et semblant -tre des fragments de scies qui, s'emmanchant les uns ct des autres -sur un bois recourb, formaient des faucilles; cet outil, en usage -encore au Moyen Empire, est sans doute d'origine prhistorique, mais -nous ne pouvons dire avec certitude si certains des lments retrouvs -datent vraiment de l'poque dont nous nous occupons en ce moment. Il -faut encore citer les moulins, pierres plates surface incurve o l'on -crasait le grain. - - -_Navigation_ - -Le moyen de communication qui est de beaucoup le plus pratique dans une -valle longue et troite comme l'Egypte est sans contredit la voie -fluviale, et jusqu' nos jours c'est le Nil seul qui a t utilis cet -effet, sauf pour de trs courts trajets. Pour les populations primitives -surtout, ce mode de locomotion devait avoir de trs grands avantages, -puisqu'il leur permettait de se transporter d'un point un autre sans -avoir courir les multiples dangers qui les menaaient dans un pays -encore moiti sauvage, infest d'animaux contre lesquels ils n'avaient -que des moyens de dfense insuffisants. Les premiers bateaux furent trs -simples: on cueillait des roseaux ou des papyrus qu'on runissait en -bottes et qu'on liait ensemble de manire former un esquif fond -arrondi, aux extrmits releves en pointe, et qui, rendu impermable au -moyen d'un enduit quelconque, formait une nacelle lgre, insubmersible, -rsistante et lastique. Ce modle continua tre employ aux poques -historiques, surtout pour la chasse dans les marais. - -[Illustration: _Fig. 65._ Modle de nacelle en terre cuite (d'aprs DE -MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _235_).] - -A ct de cela, les gens du pays possdaient des bateaux de beaucoup -plus grandes dimensions, peu profonds et relevs aux deux extrmits, -munis de rames et mme de voiles carres. - - -_Commerce extrieur_ - -Les indignes avaient des rapports certains avec les ctes de la mer -Rouge, puisque dans leurs spultures on trouve des bracelets et des -colliers faits en coquilles marines dont l'habitat est prcisment dans -cette mer. La poterie noire dcor incis, dont il a t parl plus -haut, montre qu'ils avaient galement des relations avec les autres -peuples mditerranens, surtout avec ceux des les grecques, et que, par -consquent, il y avait dj cette poque des hommes osant s'aventurer -avec leurs bateaux en pleine mer. Une petite dcouverte faite en Crte -confirme l'existence de ces relations intercontinentales: on a trouv -Phaestos, sur la cte sud de la Crte, dans les couches les plus -profondes d'un gisement nolithique, un gros fragment de dfense -d'lphant; or sur le littoral nord de l'Afrique, il n'y a gure que -l'Egypte o l'lphant ait pu vivre et nous avons vu qu'il y vivait en -effet. C'est donc d'Egypte, selon toute probabilit, que cet objet fut -transport en Crte, une poque antrieure l'histoire. - -[Illustration: _Fig. 66._ Barque prhistorique (Graffito--d'aprs DE -MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _492_).] - - -_Arts et mtiers_ - -L'architecture de bois tant seule en usage chez les indignes de -l'poque archaque, il ne nous en est naturellement rien parvenu; il est -cependant probable que ce fut vers la fin de cette priode qu'on -commena employer la brique crue, dont l'usage est si rpandu sous la -Ire dynastie, mais les monuments ne nous permettent pas d'affirmer la -chose de manire absolue. - -La sculpture ne s'attaque pas encore autre chose qu'aux petits objets, -peignes, pendeloques, ornements, auxquels on cherche donner une forme -humaine ou animale, plaques de schiste qu'on dcoupe en silhouettes, -figurines de danseuses ou d'hippopotames qu'on modle dans de l'argile -et qu'on fait cuire ensuite. Pendant ce temps, des chasseurs l'afft -gravaient des images d'animaux sur les rochers qui les abritaient, d'un -trait encore malhabile, mais qui ne manque pas d'un certain caractre -pittoresque. Il en est de mme pour la peinture sur vases: on remarque -dans ces figurations d'animaux, de vgtaux, de bateaux, des qualits -ornementales qui contrastent avec la navet et souvent la barbarie de -l'excution: les dessinateurs savent dj reconnatre le trait -caractristique de chaque tre et de chaque objet, et dans ces croquis -enfantins on distingue le germe de ce qui fera plus tard l'originalit -de l'art gyptien, la fois synthtique et dcoratif. - -Nous avons dj vu, en fait de gens de mtier, les fabricants de silex -taills, les potiers et les tourneurs de vases de pierre, les seuls -artisans qui nous aient laiss des traces abondantes de leur activit et -dont nous puissions arriver reconnatre les procds. Les autres -ouvriers se devinent plus qu'ils ne s'affirment, ainsi les charpentiers, -que signale la prsence de nombreuses herminettes en silex, sorte de -haches plates ne pouvant servir qu'au travail du bois; quelques -fusaoles nous rvlent aussi l'origine du travail des matires -textiles. - -Le cuivre fait son apparition au cours de la priode prdynastique, -peut-tre mme son dbut, mais les rares outils de mtal trouvs dans -les spultures sont encore rudimentaires et montrent que les -mtallurgistes, qui deviendront si habiles aux ges suivants, en taient -encore aux ttonnements du dbut. - - -_Organisation sociale et politique_ - -Les indignes de l'Egypte prdynastique ne vivaient plus isols, mais en -socit, et si nous ne savons rien de l'institution de la famille, nous -connaissons au moins leurs villages o plusieurs familles pouvaient -vivre cte cte, et les ncropoles o ces populations sdentaires -runissaient leurs morts. Certains indices montrent qu'il existait des -groupements plus importants, des tribus ayant chacune son insigne, sorte -de totem, reprsentant sans doute la divinit locale. Ces enseignes qui -devaient plus tard devenir l'emblme des nomes ou provinces de l'Egypte, -servaient de signe de ralliement des tribus sans doute apparentes -l'origine, mais qui devaient ncessairement entrer en comptition les -unes avec les autres, au fur et mesure qu'elles se dveloppaient; de -l des luttes sur lesquelles nous ne sommes renseigns que par la -lgende, et qui aboutirent l'tablissement de la suprmatie du clan -d'Horus sur toute la Haute Egypte, et du clan de Set sur le Delta. Ces -deux tribus, celle du faucon et celle du quadrupde au museau recourb -et aux longues oreilles droites, taient-elles autochtones ou -trangres, c'est ce que nous ne saurons sans doute jamais avec -certitude, mais il est prsumer qu'elles durent leur supriorit la -connaissance des mtaux qui leur donnaient un immense avantage sur des -populations n'ayant que des armes de pierre. Quoi qu'il en soit, nous -pouvons croire que la priode archaque, trs paisible ses dbuts, se -termina par de longues luttes qui aboutirent la fondation des -royaumes du Midi et du Nord, royaumes qui rivalisrent longtemps, -jusqu'au moment o l'un d'eux finit par absorber l'autre. - -[Illustration: _Fig. 67._ Hippopotame en terre cuite (d'aprs DE MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _413_).] - - - - -[Illustration: _Fig. 68._ Vue perspective du tombeau de Negadah (d'aprs -J. DE MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _521_).] - - - - -CHAPITRE IV - -POQUE THINITE - -(De 4000 3400 av. J.-C. environ.) - - -Entre le moment o les indignes que nous avons appris connatre -habitaient paisiblement la Thbade, occups de chasse et de pche, -d'agriculture et d'levage, et celui o Mns constitue son royaume, il -n'y a pas de transition marque, ni dans les monuments de la rgion -d'Abydos, berceau de la nouvelle monarchie, ni dans le reste de la Haute -Egypte. Ces deux poques se touchent, semble-t-il, et pourtant il s'est -accompli pendant le laps de temps qui les spare et dont nous ignorons -la dure, une transformation profonde qui touche tous les domaines: -une mthode nouvelle de gouvernement est inaugure, l'criture est -invente, les constructions de briques remplacent l'architecture de -bois, le cuivre et mme le bronze deviennent d'un usage courant, tandis -que la taille du silex et la fabrication des vases de pierre ont atteint -la perfection. Une transformation pareille demande de longs sicles ou -bien une intervention trangre, aussi a-t-on tent de l'expliquer de -diverses manires, sans avoir encore pu sortir du domaine des -hypothses. - -En raison de certaines ressemblances trs apparentes entre ce qui nous -est parvenu de l'Egypte thinite et ce que nous connaissons de la Chalde -primitive, l'criture hiroglyphique, l'architecture en briques crues, -l'emploi du cylindre comme cachet, la forme de certains vases de pierre, -quelques savants ont voulu tablir une communaut d'origine. Ils -supposent qu' un moment donn, une tribu puissante venant de Chalde ou -d'un autre pays qui serait aussi le berceau des Chaldens, aurait -pntr en Egypte par le Sud aprs avoir travers la mer Rouge et le -dsert, aurait soumis la valle du Nil et rpandu dans tout le pays les -bienfaits d'une civilisation suprieure celle qui s'y tait dveloppe -naturellement. La tribu conqurante, le clan Horien, serait alors une -peuplade d'origine smitique et Horus un dieu smite, ce qui est bien -difficile admettre, d'autant que, plus on tudie cette poque, plus on -constate le caractre vraiment original et purement africain de la -civilisation gyptienne. - -D'un autre ct, la lgende parle de l'expdition d'Horus comme venant -du Sud; un texte trs ancien donne mme le nom de la tribu de laquelle -sortait la race royale, la race horienne, et cette tribu est une tribu -nubienne. Nous devons donc admettre qu' un moment donn, peut-tre peu -avant Mns, peut-tre bien des sicles plus tt, une tribu mridionale, -mais d'une race apparente celle qui occupait le pays, vint -s'installer dans la valle du Nil, qu'elle subjugua aprs un temps plus -ou moins long et dont nous ne pouvons valuer la dure. Ce qui assura la -supriorit ces conqurants, c'est le fait qu'ils connaissaient les -mtaux, tandis que les indignes en taient encore l'ge de la pierre, -mais il est bien peu probable qu'il faille attribuer aux envahisseurs -tous les progrs faits par la civilisation gyptienne aux dbuts de la -priode historique, entre autres l'invention de l'criture. - -Presque tout ce qui nous est parvenu jusqu'ici de l'poque prdynastique -provient de la Haute Egypte, et nous n'avons pour ainsi dire aucun -document sur ce qu'tait le Delta pendant cette priode. Cette rgion -est cependant incomparablement plus riche que la Haute Egypte, et ses -habitants durent ncessairement prcder leurs frres du Sud dans la -voie de la civilisation; c'est dans les terres du Delta, plus fertiles -et mieux arroses que toutes les autres, que l'agriculture devait natre -et se dvelopper en premier lieu, et la lgende nous en a conserv un -souvenir trs prcis: Osiris est un dieu du Delta, dont le centre est -Mends; Isis est galement une desse de la mme rgion, ainsi que Set, -le dieu de la tribu la plus puissante de cette partie du pays. - -Le Delta tait donc considr par les Egyptiens eux-mmes comme le -berceau de leur civilisation, bon droit, semble-t-il. C'est la -nature mme du sol, entirement cultivable, que nous devons de n'en -avoir pas retrouv la moindre trace, car si dans la Haute Egypte les -habitations et les ncropoles taient situes la lisire du dsert, -elles ne pouvaient tre ici que sur des monticules artificiels -aujourd'hui recouverts par les alluvions et cultivs comme le reste du -pays. Il existe encore une autre preuve de l'avance que les indignes -du Nord avaient sur ceux du Sud, preuve relative l'organisation -sociale du pays: dans les listes de rois mythiques antrieurs Mns, -on ne voit que dix rois thinites pendant 350 ans, tandis que les trois -dynasties de rois du Nord avaient occup le trne pendant des milliers -d'annes. - -Il est difficile de se rendre compte comment les rois du Sud russirent - dtrner leurs voisins plus civiliss du Nord et runir tout le pays -sous leur sceptre, mais dans l'histoire les exemples sont frquents d'un -peuple riche subjugu par un autre qui lui est trs infrieur, et -toujours dans ces cas-l nous voyons que le vaincu finit par s'assimiler -le vainqueur et par l'absorber: la civilisation, un moment crase par -la force, reprend au bout de peu de temps son essor, activ par -l'infusion d'un sang nouveau. Il en fut de mme ici, et comme dans le -mythe, Horus ne put achever sa conqute et dut faire un compromis avec -ses ennemis. Le Delta se vengeait gnreusement d'avoir perdu son -autonomie en imposant son vainqueur une civilisation trs suprieure, -jusqu'au moment o il pourrait lui-mme reprendre les rnes du pouvoir. - - -A. HISTOIRE ET TRADITION - -Originaires d'un des points les plus mridionaux du territoire gyptien, -les chefs de la tribu du faucon, qui avaient tendu leur pouvoir sur les -autres tribus de la Haute Egypte, choisirent comme lieu de rsidence un -endroit plus central, situ plus au nord, en une rgion o la valle -s'largit et devient en mme temps plus fertile. C'est l que s'leva la -ville de Thinis, qui comme capitale politique de l'Egypte devait tre -vite supplante par les villes mieux situes, tandis que sa voisine, -Abydos, o les premiers rois creusrent leurs tombeaux, devenait -rapidement la mtropole religieuse de la Haute Egypte, le centre du -culte funraire, la ville du dieu des morts. - -C'est leur premire capitale que les deux premires dynasties doivent -le nom sous lequel on les dsigne couramment, celui de dynasties -thinites. Pour arriver connatre leur histoire, nous pouvons -maintenant combiner les donnes des crivains classiques et celles que -fournissent les listes ou les monuments gyptiens postrieurs, avec les -renseignements contemporains qui nous ont t livrs par les fouilles -rcentes; nous avons la liste des rois, les chiffres indiquant la -longueur de leurs rgnes, mais l'histoire proprement dite, -l'enchanement des vnements, nous fait encore dfaut. Le relev -officiel, anne par anne, de la pierre de Palerme, ne nous est pas -d'une grande utilit, car par le fait des cassures, nous ne savons -auxquels des rois attribuer les vnements signals, qui du reste ne se -rapportent le plus souvent qu' des ftes religieuses ou des -fondations de temples. De plus, pour des raisons que nous examinerons -plus loin, il est souvent difficile d'tablir la corrlation entre les -noms royaux tels que nous les donnent les listes et ceux qui se trouvent -sur les monuments contemporains. - -La premire dynastie, au dire de Manthon, compta huit rois et dura 263 -ans, la seconde, neuf rois qui occuprent le trne pendant 302 ans. On -peut les placer, approximativement, entre 4.000 et 3.400 avant notre -re. - -Dans ces deux groupes de souverains, la seule figure qui se dtache sur -l'ensemble est celle du premier d'entre eux, Mns, en gyptien Mena ou -Mini, le vritable fondateur de la royaut gyptienne. Nous ignorons -comment il s'y prit pour runir sous son sceptre les deux parties du -pays, mais nous savons qu'aussitt la chose faite, il s'empressa de -transporter le sige de son gouvernement la frontire des deux -royaumes, fonda une ville nouvelle, laquelle il donna son nom, -Memphis, Mennofer, et qui par sa position mme devait rester bien -longtemps la capitale de l'Egypte. Aprs cela il s'occupa activement de -l'organisation de ses nouveaux tats: il promulgua des lois, fonda des -temples, dirigea des expditions contre les Libyens qui habitaient aux -confins de la valle du Nil et qui cherchrent toujours s'y -rinstaller en matres. Son long rgne, qui dura plus de soixante ans, -se termina par une fin tragique sur laquelle nous ne sommes que trs -vaguement renseigns. - -Les successeurs immdiats de Mns, ceux dont les noms, grciss par -Manthon, sont Athothis, Kenkens, Ouenphs, Ousaphas, Mibis, -Semempss et Bienekhs, continurent son oeuvre, sans qu'aucun d'eux se -distingut de faon particulire: ils s'occuprent de lgislation, -d'administration intrieure, et rglrent dfinitivement le culte des -dieux et le rituel des crmonies; ils construisirent des temples, des -palais et d'autres difices, ils guerroyrent contre les Libyens et l'un -d'eux envoya au Sina la premire expdition minire dont l'histoire ait -gard le souvenir. Quelques-uns s'occuprent mme de science et -composrent non seulement des ouvrages thologiques, mais aussi des -livres de mdecine et d'anatomie. Sous les uns, diverses calamits -s'abattirent sur le pays, tandis que les autres jouirent d'annes -prospres et tranquilles. - -Les rois de la IIme dynastie, Boethos, Kaiekhos, Binothris et les autres -ont une personnalit plus efface encore, et il est difficile de les -identifier avec ceux que les monuments nous font connatre et qui ne -peuvent se ranger que dans cette priode de l'histoire, Kha-Sekhemou, -Neb-ra, Nenouter, Hotep-Sekhemou et plusieurs autres encore. Aucun -vnement important n'est relat, mme sur la pierre de Palerme, o les -mentions annuelles se rapportent toutes des ftes royales ou -religieuses, au dnombrement des bestiaux, la construction de divers -difices. On s'aperoit nanmoins, en tudiant les courtes inscriptions -laisses par ces rois et en les comparant celles de la dynastie -prcdente, qu'il y a quelque chose de chang dans la titulature royale, -auparavant trs simple. Il s'y introduit plusieurs reprises un lment -nouveau, l'emblme du dieu Set, et ce simple fait montre que le sceptre -n'est plus aussi ferme entre les mains des souverains thinites, qu'ils -se rapprochent insensiblement, soit par des mariages, soit autrement, -des descendants des anciens rois du Nord; si quelques rois se font -ensevelir Abydos, comme leurs anctres, les autres commencent -creuser leurs tombeaux Memphis mme, o les traces de leur activit -deviennent de plus en plus frquentes. Cette dynastie, encore nettement -thinite, tant par l'origine de ses rois que par le caractre de sa -civilisation, reprsente donc pour nous le commencement de la priode de -transition pendant laquelle se prpare l'avnement de l'empire -memphite; cette priode est assez longue, puisqu'elle embrasse encore la -IIIme dynastie qui, bien que memphite, se rattache troitement celle -qui la prcde. - -[Illustration: _Fig. 69._ Tte de Kha-Sekhemou (d'apr. QUIBELL. -_Hieraconpolis_, I, p. XXXIX).] - - -B. MONUMENTS - -Presque tous les monuments, petits ou grands, que nous possdons -maintenant, proviennent de la Haute Egypte, en particulier d'Abydos, de -Negadah et, un peu plus au sud, d'Hieraconpolis, la ville o tait -probablement le centre le plus ancien en Egypte du clan d'Horus le -Faucon, avant son extension vers le nord. Enfin un certain nombre -d'inscriptions et de petits objets ont t trouvs dans les environs de -Memphis, mais, comme nous venons de le voir, ceux-ci datent seulement de -la fin de l'poque thinite. Nous devons passer en revue tous ces -documents avant d'aborder le tableau d'ensemble de la civilisation -pendant cette priode. - - -_Tombeaux_ - -Les princes de Thinis avaient choisi pour y creuser leurs spultures une -large plaine sablonneuse domine par les montagnes o commence le dsert -proprement dit, aux environs immdiats de leur premire capitale, au -lieu qui deviendra plus tard la ville sacre d'Abydos. Les plus -anciennes de ces tombes, celles qui appartiennent aux premiers rois de -la Ire dynastie, et mme peut-tre quelques-uns de leurs prdcesseurs -immdiats, sont de grandes fosses rectangulaires creuses dans le sol du -dsert, qui ne dpassent gure cinq mtres sur sept de ct, et trois de -profondeur environ; des murs en briques crues taient levs contre les -parois naturelles de la fosse et le tout tait recouvert, au niveau du -sol sans doute, par un plancher de bois support par des piliers, -galement en bois; une couche de sable devait rendre la tombe invisible. - -[Illustration: _Fig. 70._ Plan d'un tombeau royal Abydos (d'aprs -PETRIE. _Royal Tombs_, I, pl. LX).] - -Avec un plan aussi simple, le tombeau du roi se distinguait peine de -ceux de ses sujets, et nous voyons peu peu les souverains chercher -donner leur dernire demeure un caractre plus grandiose. A partir du -milieu de la Ire dynastie, les proportions de ces tombeaux augmentent -sensiblement, en profondeur autant qu'en longueur et en largeur: on ne -se contente plus de murs en briques et d'un plafond de bois, on tend un -plancher sur le sol, on lambrisse les parois, et on finit mme par -dessiner le long des murailles, au moyen de murs de refend, des sries -de niches profondes qui ont presque la dimension de petites chambres. -Enfin de grands escaliers en briques crues descendent jusqu'au fond de -la salle, et autour de celle-ci, dans un foss moins profond, sont -construites des sries de petites chambres servant de magasins pour les -provisions funraires et de spulture aux gens de l'entourage immdiat -du roi. Un petit monticule de sable et de galets recouvrait autrefois le -trou, et au sommet une stle portant en grands caractres le nom du roi -signalait de loin l'emplacement de son tombeau. - -[Illustration: _Fig. 71._ Stle royale d'Abydos (d'aprs DE MORGAN. -_Rech. sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _797_).] - -Deux tombes seulement de rois de la IIme dynastie ont t retrouves -Abydos, toujours dans la mme rgion, mais ces monuments se distinguent -trs nettement des autres, par le fait surtout que la chambre funraire -et toutes ses dpendances sont construites dans une seule et mme -excavation, celle-ci pouvant atteindre des dimensions considrables. -Ainsi le tombeau de Kha-Sekhemou, qui doit tre un des derniers rois de -la dynastie, est construit sur un plan trs allong et n'a pas moins de -83 mtres de long, avec 58 pices, parmi lesquelles la chambre -funraire, place au centre, est peine plus importante que les autres. - -Le monument le plus remarquable de toute la priode thinite est situ -Ngadah, entre Abydos et Louxor; c'est encore un tombeau, non plus un -tombeau souterrain, mais une construction entirement apparente. En -voyant pour la premire fois cet difice qui est encore dans un tat de -conservation relativement bon, nous crmes tre en prsence d'un mastaba -de l'Ancien Empire et il fallut les fouilles mthodiques qu'entreprit -immdiatement M. de Morgan pour nous prouver que nous avions sous les -yeux un monument datant d'un des plus anciens rois de la Ire dynastie; -certains savants ont voulu identifier ce souverain Mns lui-mme, -mais la dcouverte rcente d'un fragment des annales de l'Ancien Empire -montre qu'il s'agit sans doute de son deuxime successeur, le roi -Atet-Kenkens. - -Entirement construit en briques crues, ce monument, dont la forme -gnrale est rectangulaire, a une longueur totale de 54 mtres, -exactement le double de sa largeur; un socle bas l'isole du terrain -environnant, et au-dessus de ce soubassement les murs s'lvent, -prsentant tout le long des quatre faades une srie de petites niches -avec les retraits et les saillies que nous retrouverons plus tard dans -les stles de l'Ancien Empire et qui ne font que reproduire les dtails -dcoratifs de l'architecture civile en briques et en bois. Aucune porte -ne permet de pntrer dans l'intrieur, qui se compose d'un noyau -central contenant cinq pices, dont la chambre funraire, au milieu; -aprs l'ensevelissement, on avait mur les portes de ces chambres, puis -on avait difi tout autour une srie de pices plus petites destines -servir de magasin, et enfin le mur extrieur avec ses niches, qui devait -clore dfinitivement le tombeau et le prsenter aux regards sous la -forme d'un immense bloc architectural sans la moindre ouverture: au lieu -d'tre enterr, comme d'habitude, le mort tait emmur. - -Enfin, dans les substructions du temple plus rcent d'Hieraconpolis, on -a retrouv un long mur circulaire, en pierres grossirement assembles, -qui reprsente sans doute l'enceinte du premier temple bti en cet -endroit sous les dynasties thinites, ainsi que semblent le prouver un -montant de porte sculpt au nom du roi Kha-Sekhemou et d'autres objets -de la mme poque. On n'a jusqu'ici signal aucun autre difice royal, -temple ou tombeau de cette priode. - -[Illustration: _Fig. 72._ Tombe d'poque thinite (d'aprs REISNER. -_Predynastic cemeteries_, I, pl. IV).] - -Quant aux tombeaux des particuliers, ils sont toujours d'une grande -simplicit: la fosse, un peu plus grande qu'autrefois, est rectangulaire -ou carre, ses parois sont en gnral revtues de briques crues, et un -plafond de bois ou de dalles de pierre recouvre le tout; elle comprend -parfois plusieurs chambres. Le mort y est le plus souvent couch sur le -ct gauche, la tte au sud, dans la position dite embryonnaire ou -assise; on ne rencontre que rarement des exemples de dmembrement -complet, comme c'est le cas vers la fin de la priode prcdente, mais -on retrouve par contre souvent la petite tombe ovale et la tombe-ciste. - - -_Mobilier funraire_ - -Les tombeaux royaux ne nous sont point parvenus intacts; ils n'taient -pas suffisamment protgs, et les violateurs de spultures y -pntrrent; puis des incendies clatrent dans ces constructions o le -bois entrait pour une grande part, et le mobilier funraire en souffrit -considrablement. D'aprs ce qui en reste, nous pouvons nanmoins nous -faire une ide exacte de ce que ce mobilier devait tre l'origine, de -la varit et de la richesse des objets qui le composaient. - -[Illustration: _Fig. 73._ Jarre en terre (d'ap. PETRIE. _Abydos_, I, pl. -XXXII No _100_).] - -Les vases en terre sont de toutes formes et d'une grande abondance; tous -servaient serrer des provisions, grains ou liquides, dont on a encore -retrouv des traces, et taient amoncels dans les petites salles -annexes du tombeau, qui servaient de magasins; d'immenses jarres, -soigneusement fermes au moyen d'une cuelle et d'un bouchon d'argile, -et alignes les unes ct des autres, contenaient du vin, peut-tre -aussi de l'huile; dans d'autres pices, des cruches plus petites ou de -grandes cuelles renfermaient du bl, de l'orge, des fruits, des -viandes. Tous ces vases taient des objets d'un usage courant, vulgaire -mme, et non des ustensiles de luxe; ils ne manquent pas d'un certain -galbe, d'une lgance de lignes qui se retrouve dans tout objet -provenant de l'ancienne Egypte, mais leur facture est sommaire, l'argile -employe est grossire, la cuisson souvent dfectueuse. - -[Illustration: _Fig. 74 et 75._ Vases cylindriques en terre (d'ap. -AYRTON. _El-Mahasna_, pl. XXXIII).] - -Si la cramique, ravale des usages infrieurs, est moins soigne que -celle de la priode prdynastique, nous remarquons par contre un progrs -immense ralis dans l'industrie des vases de pierre: toute la vaisselle -des rois et des gens de qualit se composait en effet d'ustensiles -taills avec une habilet incroyable, qui n'a jamais t gale plus -tard, en aucun endroit et aucune poque. Les ouvriers travaillent -indiffremment le calcaire, l'albtre et le grs, le granit, la diorite, -la diabase et le porphyre, sans que jamais la pierre la plus dure semble -constituer pour eux le moindre obstacle. Ils s'attaquent mme -l'obsidienne et au cristal de roche et russissent en tirer des petits -vases et des coupes d'une perfection inoue. Des instruments dont ils se -servaient pour venir bout de ces chefs-d'oeuvre, nous ne connaissons -que le plus important, celui qui servait vider l'intrieur du vase, -une sorte de vilebrequin lame latrale, garni dans le haut d'un lourd -contrepoids servant de volant. - -[Illustration: _Fig. 76-79._ Coupes en pierre dure (d'aprs PETRIE. -_Royal Tombs_, II pl. XLVII, XLVIIB, XLVIII).] - -Au point de vue de la forme, la varit de ces vases est trs grande. Il -y a d'abord la coupe, pour laquelle on employait de prfrence -l'albtre, le calcaire, le grs, le quartz, et qui servait en mme temps -d'assiette et d'cuelle. Elle est plate ou plus ou moins profonde, -souvent mme plus haute que large; son fond est plat ou arrondi, ses -parois gnralement droites, mais parfois le rebord se retourne -lgrement vers l'intrieur. Puis les grandes jarres d'albtre, imites -du modle trs rpandu de la poterie ordinaire, et dont quelques-unes -atteignent jusqu' un mtre de hauteur; les vases globulaires fond -plat et petites anses, les uns minuscules, les autres de trs grandes -dimensions; les vases sphrodes rebord aplati et anses de suspension, -en granit, diorite ou porphyre, dont la panse est unie ou ctele et qui -sont souvent de pures merveilles; enfin les nombreux vases cylindriques, -gnralement en albtre. On pourrait encore mentionner d'autres formes -moins courantes, entre autres les vases en forme d'animaux. Tous ces -modles se retrouvent en trs grande abondance dans les tombeaux des -rois et mme dans ceux des particuliers de l'poque. Etant donne la -matire employe, on pourrait encore faire rentrer dans cette catgorie -les petites tables d'albtre, sorte de guridons forms d'un disque -mont sur un pied trs bas, qui servaient de tables manger, et qui -deviennent surtout frquentes partir de l'Ancien Empire. - -[Illustration: _Fig. 80 et 81._ Vases de pierre (d'aprs PETRIE. _Royal -Tombs_, II, pl. XLIX, et l'original).] - -La faence fait sa premire apparition avec des vases, des plaquettes et -divers fragments en terre vernisse, couverte d'un vert parfaitement -homogne, mais qui peut-tre tait bleu l'origine; ce genre de faence -devait continuer tre employ toutes les poques du royaume -pharaonique. - -[Illustration: _Fig. 82 et 83._ Bracelets de la Ire dynastie (d'aprs -VERNIER. _Bijoux et orfvrerie_, I, pl. V).] - -Vu leur fragilit mme, beaucoup d'objets qui se trouvaient dans les -tombes royales ont disparu ou ne nous sont parvenus qu' l'tat de -fragments: ainsi tout ce qui tait en bois ou en ivoire, figurines, -plaquettes, coffrets incrusts, meubles sculpts souvent orns de pieds -de taureau ou de lion, d'un travail exquis. Un hasard heureux a fait -retrouver aussi de belles perles en or et des bracelets en or, amthyste -et grenat qui sont aussi bien composs qu'excuts, et qui dnotent, -chez les bijoutiers de ce temps, une pratique du mtier dj trs -grande. - -[Illustration: _Fig. 84._ Poignard en silex poigne d'or (d'apr. J. DE -MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _136_).] - -Les progrs de la taille du silex sont au moins aussi remarquables que -ceux de la fabrication des vases en pierre dure. Les grands couteaux -recourbs du tombeau de Negadah et les longs clats retaills sur une -seule face, avec des retouches d'une rgularit parfaite, ne sauraient -trouver leurs gaux en aucun pays du monde; ces derniers servaient de -poignards, et l'un d'eux est envelopp sur une partie de sa longueur -d'une feuille d'or cisel formant poigne. A ct de ces armes on -trouve, toujours dans les tombeaux des rois, un grand nombre de pointes -de flches qui ne leur cdent en rien pour la beaut de la forme et du -travail. - -[Illustration: _Fig. 85 et 86._ Pointes de flches, Abydos (d'apr. DE -MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Eg._, I, fig. _210_, _219_).] - -Nous avons dj vu et l, pendant l'poque prcdente, des objets de -cuivre; partir des premiers rois thinites, l'usage de ce mtal est -trs rpandu. On s'en sert non seulement pour des outils ou des armes, -mais aussi pour des vases, grandes coupes creuses, vases globulaires -avec anse mobile ou aiguires verseuses bec recourb, qui tmoignent -dj d'une grande habilet en matire de chaudronnerie; les ouvriers -s'entendaient aussi bien travailler l'embouti qu' souder et river -les pices ensemble. - -[Illustration: _Fig. 87._ Plaque de schiste (d'aprs LEGGE. _Proc. of -the Soc. of Bibl. Arch._, XXII pl. II).] - -Parfois encore les tombeaux des particuliers nous livrent de ces plaques -de schiste que nous avons signales dans les spultures prdynastiques, -mais on n'en a rencontr que rarement dans les tombes royales; l'usage -de ces objets dans le mobilier funraire tendait disparatre, par -contre on en employait d'analogues pour le service du culte divin. Ces -plaques de schiste d'un nouveau modle, dont quelques-unes de trs -grandes dimensions, sont couvertes de sculptures en bas-relief qui ont -pour nous non seulement de l'intrt au point de vue artistique, mais -nous donnent encore souvent des renseignements historiques importants. -On y voit reprsentes, sous forme symbolique, une campagne victorieuse, -la destruction de cits ennemies, la soumission des vaincus, tandis que -sur d'autres on ne remarque que des animaux de toute sorte, en -particulier ces espces de panthres dont le cou d'une longueur trs -exagre entoure le godet central qui parat tre la partie la plus -importante de la plaque, mais dont nous ne connaissons pas encore le but -exact. Quoi qu'il en soit, ces plaques de schiste sculptes, qui sont de -vritables oeuvres d'art, paraissent tre des objets votifs, comme les -normes masses d'armes votives en pierre, couvertes de bas reliefs, qui -taient dposes dans le temple d'Hieraconpolis. - -[Illustration: _Fig. 88._ Statue archaque, Turin (d'ap. PETRIE. -_Photographs_, No _2_).] - -Ces monuments sont en somme les premiers bas-reliefs gyptiens; c'est de -la mme poque que datent les premires oeuvres de la statuaire, qui, -bien que souvent un peu lourdes de forme, possdent dj la plupart des -qualits des statues de l'Ancien Empire. Ces objets sont du reste assez -rares: quelques statues de petites dimensions, de rois ou de -particuliers, des statuettes d'hommes ou de femmes en ivoire, et des -figurines en diverses matires, reprsentant des animaux. - - -_Inscriptions_ - -Parmi tous ces monuments, les plus importants pour nous, et de beaucoup, -sont ceux qui portent des inscriptions. Les plus anciens documents -crits appartiennent aux premiers souverains ayant rgn sur les deux -parties du pays, et l'invention de l'criture, qui est la -caractristique de l'poque thinite, ne semble pas avoir t de beaucoup -antrieure ces dbuts de l'histoire gyptienne. Il ne s'agit pas -encore de textes, proprement parler, mais d'inscriptions trs courtes -donnant des noms, des titres, et la mention sommaire, au moyen de -quelques signes seulement, d'vnements importants. En la comparant -celle des poques suivantes, on voit que cette criture est encore dans -son enfance, mais en mme temps on peut constater qu'elle a non -seulement le caractre pictographique propre toutes les critures -primitives, mais qu'elle possde dj tous les lments phontiques et -alphabtiques qui constituent le systme hiroglyphique. Les signes ne -sont pas encore disposs suivant un ordre rigoureux, comme plus tard, -mais ils sont dj dessins avec une prcision remarquable, et ceux qui -sont en usage ce moment-l se modifieront peine au cours des -sicles. L'Egyptien, profondment artiste, avait trouv, presque sans -ttonnement, semble-t-il, le type d'criture qui lui convenait et -auquel il devait se tenir pendant des milliers d'annes. - -[Illustration: _Fig. 89._ Tablette en bne (d'ap. PETRIE. _Royal -Tombs_, I, pl. XV, no _16_).] - -Les documents crits de la priode thinite appartiennent pour ainsi dire -tous au roi lui-mme ou son entourage immdiat. Parmi les monuments -royaux, il faut citer en premire ligne les grandes stles de pierre -dresses sur les tombeaux et qui ne contenaient que le nom du roi en -grands caractres; il en est de mme des montants de porte de -Kha-Sekhemou au temple d'Hieraconpolis et des bas-reliefs du Sina o -le nom accompagne seul la figure de Mersekha massacrant ses ennemis. De -petites plaquettes en bois ou en ivoire, destines commmorer un -vnement, une victoire, une crmonie religieuse ou une inauguration -d'difices, portaient, en plus des reprsentations figures et du nom -royal, un trs court texte explicatif. Enfin, sur la grande plaque de -schiste et les massues votives d'Hieraconpolis, il n'y a, ct des -reprsentations, que le nom du roi, qui se retrouve galement, isol, -sur beaucoup de petits objets de toute espce. - -[Illustration: _Fig. 90._ Empreinte de cylindre (d'aprs PETRIE. _Royal_ -Amenemhat III).] - -Chaque employ suprieur de l'administration avait son cachet officiel, -cylindre grav en creux, portant son titre et son emploi, ct du nom -du roi; ces cylindres servaient entre autres sceller les produits dont -les fonctionnaires avaient la surveillance, et ils taient apposs sur -les normes bouchons d'argile fermant les grandes jarres o l'on -conservait les provisions destines au roi mort. Ces empreintes, qui -sont le plus souvent encore trs nettes, forment l'ensemble le plus -important et le plus vari des inscriptions de l'poque thinite. C'est -aussi, sans aucun doute, des officiers royaux et de grands -personnages de la cour qu'appartenaient les nombreuses petites stles -portant simplement leur nom et indiquant la place de leur spulture dans -les dpendances des tombeaux royaux. - -[Illustration: _Fig. 91._ Protocole du roi Amenemhat III.] - -Ce n'est pas sous la forme d'un cartouche ovale, comme on a l'habitude -de le voir dans tous les monuments depuis l'Ancien Empire, que se -prsente ici le nom du roi: il est renferm dans un rectangle termin -dans le bas par un motif architectural et surmont d'un faucon. Il est -ncessaire, pour expliquer cette diffrence qui peut paratre trange au -premier abord, de jeter un coup d'oeil sur la titulature complte des -rois d'Egypte, la bonne poque. A ct d'un nombre trs variable -d'pithtes pompeuses o la fantaisie des scribes se donne libre -carrire, le protocole royal comporte cinq noms diffrents prcds -chacun d'un titre spcial; ainsi la titulature complte d'Amenemhat III, -un des derniers rois de la XIIme dynastie (fig. 91), se prsente de la -faon suivante: - -Le premier de ces titres, celui dans lequel le faucon surmonte un -difice o est grav le nom, reprsente le nom sacr du roi, son nom -d'Horus, celui par lequel il affirme sa descendance divine, sa qualit -d'hritier lgitime du dieu fondateur de la monarchie. Les deux suivants -ont moins d'importance et paraissent rarement isols en dehors du -protocole complet. Quant aux deux derniers, avec les noms renferms dans -des cartouches, ce sont, l'poque classique, les vrais titres -officiels du roi, les seuls employs couramment pour dsigner le -pharaon: l'un, que nous avons l'habitude d'appeler le prnom, est -surmont du double titre roi de la Haute et roi de la Basse Egypte; -c'tait le nom que se donnait le roi au moment de son couronnement, -tandis que son ancien nom de prince royal, son nom de famille en quelque -sorte, trouvait place dans le dernier cartouche, avec l'pithte fils -du soleil, qui fait ressortir une fois de plus le caractre divin ou -semi-divin de la royaut. Tous ces titres n'ont ni la mme origine ni la -mme anciennet. Le premier en date est aussi le premier de la srie, -le nom d'Horus; jamais, sur leurs monuments, les premiers rois de la -premire dynastie ne sont dsigns par un autre nom que celui qui, -enferm dans le rectangle qui figure le palais royal, est surmont du -faucon, image du dieu Horus. Le souverain n'est donc pas appel -l'origine le roi d'Egypte un tel mais l'Horus un tel; plus tard, -sous la IIme dynastie, certains rois qui taient sans doute originaires -de la Basse Egypte tentrent, comme le fit Perabsen, de remplacer le -faucon par l'animal typhonien Set, et se nommrent alors le Set un tel -(fig. 93); d'autres enfin runirent les deux emblmes divins, comme -Kha-Sekhemou qui se donne le titre de: Horus-Set-Kha-Sekhemou (fig. -94). - -[Illustration: _Fig. 92._ Noms de rois de la Ire dynastie.] - -[Illustrations: - _Fig. 93._ Nom du roi Perabsen. - _Fig. 94._ Nom du roi Kha-Sekhemou. - _Fig. 95._ Nom du roi Den-Setou.] - -Ds l'origine, cependant, les rois prirent le titre de matre des -diadmes du Sud et du Nord, titre qui vient se placer ct du -premier, mais n'est pas accompagn d'un nom nouveau. Enfin, partir du -milieu de la Ire dynastie, nous voyons apparatre un second nom tout -fait diffrent de l'autre, avec le titre de roi de la Haute et de la -Basse Egypte (fig. 95). Ce nom n'est pas encore enferm dans un -cartouche, comme cela aura lieu plus tard. Quant aux deux autres titres, -celui de Horus d'or, ou de Horus vainqueur, et celui de fils du -soleil, ils ne paraissent que beaucoup plus tard, dans le courant de -l'Ancien Empire. - -Dans les listes royales d'poque postrieure, les pharaons, mme les -plus anciens, sont toujours dsigns par leurs noms de rois de la Haute -et de la Basse Egypte, jamais par leurs noms d'Horus. Or les monuments -de l'poque ne nous donnent la concordance entre les deux noms que pour -trois rois de la Ire dynastie: Den-Setou (Ousaphas), Azab-Merbapa -(Miebis) et Mersekha-Semempss. Pour tous les autres rois thinites, nous -n'avons que le nom d'Horus, ce qui rend leur assimilation assez -difficile; nanmoins, on est arriv les grouper de faon assez -satisfaisante. - - -C. CIVILISATION - -L'organisation de la royaut, l'invention de l'criture, les dbuts de -l'architecture, le dveloppement des arts et de l'industrie marquent un -progrs immense de l'poque thinite sur la priode prcdente, une -transformation radicale dans l'tat gnral du pays. Aprs avoir tudi -les monuments, il nous reste passer aux conclusions que nous pouvons -en tirer quant ce nouveau stage de la civilisation. - - -_Royaut_ - -Le roi est un Horus, donc non seulement un monarque de droit divin ou un -reprsentant du dieu sur la terre, mais un roi-dieu, planant en quelque -sorte au-dessus de l'humanit. Tout lui appartient ici-bas, tout gravite -autour de lui. Dtenteur du pouvoir spirituel aussi bien que du pouvoir -temporel, il organise le culte des dieux, ses pres et ses frres, il -commence leur faire construire de vrais temples au lieu des petits -dicules en bois entours d'une enceinte ou des huttes en branchages qui -sont encore presque partout les sanctuaires des diverses divinits. -Quant lui-mme, il habite des palais dont le cadre qui entoure son nom -nous a conserv une image sommaire et, aprs sa mort, il repose dans un -tombeau somptueux, entour d'un monceau de provisions pour l'ternit. -Les membres de sa famille paraissent peine ct de lui. - - -_Tribus_ - -La prsence, ct du roi, dans les grandes crmonies, des enseignes -symboliques du faucon, du chacal, de l'ibis, semble indiquer que les -anciennes tribus subsistent toujours, non plus indpendantes, mais -devenues vassales de la couronne. Cependant ces emblmes pourraient -aussi tre de nature purement religieuse et s'appliquer des divinits -plutt qu' des groupements de la population. - - -_Fonctionnaires_ - -Autour du roi se trouvaient une quantit de fonctionnaires, depuis ceux -qui taient attachs la personne mme du souverain, le porte-sandales -et le porte-ventail, jusqu'aux chefs artisans qui semblent avoir eu une -position privilgie. Puis venaient tous ceux qui taient prposs aux -domaines royaux, qui surveillaient l'emmagasinage des rcoltes et dont -les sceaux taient apposs sur les bouchons des jarres provisions. -Tous ces personnages forment l'entourage immdiat du roi et se font -enterrer ct de lui, parfois mme dans les dpendances de la -spulture royale. Comme leur souverain, ils perptuent le souvenir de -leur tombeau par une stle place au-dessus, en vidence, stle o leur -nom seul est sommairement grav sur une pierre peine dgrossie. - - -_Peuple_ - -C'est dans les centres, et particulirement autour du roi, que nous -pouvons suivre le dveloppement de cette civilisation nouvelle: jusqu' -quel point put-elle pntrer dans la masse mme de la population, chez -les habitants des campagnes? Les tombeaux de ceux-ci, dissmins le long -des coteaux de sable qui bordent la valle, comme ceux de leurs -prdcesseurs, nous montrent quoi nous en tenir ce sujet et, somme -toute, nous voyons qu' part quelques modifications de dtails, la -situation du peuple n'a gure chang. Si les habitants du pays revtent -maintenant leurs tombeaux de briques, ils les creusent toujours aux -mmes endroits et leur donnent peu prs les mmes dimensions -qu'auparavant. Le mobilier funraire est le mme, peine un peu -modernis quant la forme des vases; les outils et les armes ne sont -pas modifis et ce n'est encore que rarement qu'on voit paratre des -objets de cuivre ct des silex taills toujours en usage. - -Comme jadis, les habitants des campagnes ne se proccupaient gure des -progrs de l'criture ou de l'architecture, et vivaient de chasse et de -pche, d'levage et d'agriculture. Le cuivre fournissait aux pcheurs un -nouvel engin, le petit hameon, mais il changeait peine l'armement des -chasseurs. L'agriculture tait en progrs, sans doute grce aux efforts -de l'administration royale. Le roi possdait-il lui-mme des champs de -bl et d'orge d'o il tirait ses approvisionnements ou les -abandonnait-il aux cultivateurs moyennant une forte redevance en nature, -c'est ce dont nous ne pouvons nous rendre compte; peut-tre y avait-il -des terres de la couronne et des terres prives, comme ce devait tre le -cas plus tard. En tous cas le roi possdait des jardins spciaux, enclos -de murs, qui taient l'objet d'une surveillance particulire, et o l'on -cultivait entre autres la vigne. Les employs du gouvernement -apportaient aussi un soin particulier aux irrigations, notaient avec -soin la cote exacte de chaque crue du Nil, et faisaient creuser les -premiers canaux. - -Les artisans, les gens de mtier, vivaient surtout dans les centres, -mais les habitants des campagnes fabriquaient eux-mmes les objets dont -ils avaient besoin, en particulier ce qui concernait le vtement. -Pendant que les hommes s'occupaient de chasse, de pche et des travaux -des champs, les femmes se chargeaient de filer et de tisser la toile. - - -_Commerce extrieur_ - -La plupart des matires premires qu'employaient les Egyptiens -provenaient du pays mme, mais d'autres devaient tre cherches plus -loin, souvent de grandes distances. Ainsi certaines pierres dures, -employes pour fabriquer des vases ou des objets d'ornement, ne se -trouvent que dans des montagnes situes en plein dsert; il en est de -mme de l'or. Le roi envoyait-il des expditions pour recueillir ces -matires prcieuses, ou bien les nomades les apportaient-ils jusqu'en -Egypte, il nous est impossible de le savoir. Le cuivre venait de plus -loin vers le sud, et des gisements de turquoises, comme ceux du Sina, -taient dj exploits par les Egyptiens; peut-tre aussi le commerce -extrieur en amenait-il dans le pays des quantits plus ou moins -considrables. - -L'obsidienne employe en Egypte provient de l'le de Milo, dans -l'Archipel, et ce fait montre qu'il continuait y avoir entre les deux -peuples, malgr l'obstacle que leur opposait la mer, des relations -suivies; la prsence de poterie genne dans les tombeaux royaux -d'Abydos est une preuve de plus du commerce qui se faisait cette -poque sur la Mditerrane. - -La similitude trs marque qui existe entre certains objets de la -Chalde primitive et les monuments de l'Egypte thinite a fait envisager -par certains savants la possibilit d'une origine commune des deux -races. Cette hypothse, comme je l'ai dit plus haut, doit sans doute -tre abandonne, car la civilisation gyptienne est certainement -originale et africaine. Les infiltrations smites qui ont pu se produire -dans la valle du Nil sont beaucoup moins importantes qu'il ne le -paraissait d'abord et il se peut fort bien qu'elles soient dues -uniquement des relations commerciales entre l'Egypte et les pays de -l'est et du sud-est, par la mer Rouge. Ainsi des voyageurs, des -commerants peuvent avoir apport d'Egypte en Chalde ou de Chalde en -Egypte, des cylindres servant de sceaux, et cette nouveaut ayant t -apprcie, la mode s'en sera rpandue facilement; rien du reste ne -prouve que l'usage du cylindre ait t invent en Msopotamie plutt que -dans la valle du Nil. Il en est de mme de certains petits vases -parfums, spcialement de ceux formes animales. - -Quant la question de l'criture, qui a t invoque comme preuve de -l'origine commune des deux plus anciennes civilisations de l'Orient, -elle n'est pas suffisamment concluante. La premire criture d'un peuple -sortant de la barbarie est ncessairement pictographique, aussi -peut-elle avoir dbut indpendamment dans les deux pays; en effet les -signes hiroglyphiques qui en Babylonie et en Egypte se ressemblent, -n'ont pas la mme valeur phontique, et appartiennent deux langues -trs diffrentes. L l'criture primitive se transforme rapidement, -devient linaire, puis cuniforme, tandis qu'en Egypte elle reste -pendant des milliers d'annes une criture hiroglyphique. - -[Illustration: _Fig. 96._ Chien en ivoire (d'ap. DE MORGAN. _Rech. sur -les orig. de l'Egypte_, II, fig. _698_).] - - - - -[Illustration: _Fig. 97._ La Pyramide degrs de Saqqarah.] - - - - -CHAPITRE V - -ANCIEN EMPIRE - -(De 3400 2200 av. J.-C. environ.) - - -Ce nom d'Ancien Empire, adopt dans un temps o l'on considrait comme -lgendaires les deux dynasties thinites, s'applique toute la priode -o l'Egypte fut gouverne par des rois du nord, Memphites ou -Hliopolitains, priode de paix et de prosprit pour le pays qui -atteint peu peu un trs haut degr de dveloppement dans tous les -domaines. C'est une succession de rois sages et puissants, dont -l'autorit n'est pas discute et dont la politique consiste, non -chercher au dehors des conqutes et des aventures, mais augmenter la -richesse du pays par ses propres moyens, en utilisant et en dveloppant -toutes ses forces naturelles, autant celles du sol que celles de ses -habitants. - - -A. HISTOIRE - -L'Ancien Empire occupe dans l'histoire un laps de temps de 1200 ans -environ, et se place approximativement, puisque nous ne pouvons donner -de date exacte et que nous sommes obligs, dans le domaine -chronologique, de nous en tenir des peu prs, entre 3400 et 2200 -avant notre re; quatre dynasties se succdent, puis vient une chute -brusque, une priode de luttes intrieures, l'poque fodale, pendant -laquelle se prpare l'avnement du Moyen Empire thbain. - - -_IIIe dynastie_ - -Nous avons vu se produire, au cours de la IIme dynastie un certain -flottement; le royaume du nord, absorb par Mns et ses successeurs, se -ressaisit peu peu et cherche reprendre les rnes du pouvoir. Aprs -de longs efforts, les princes memphites arrivent supplanter leurs -suzerains et coiffer eux-mmes la double couronne; il ne semble pas y -avoir eu de rvolution ni de luttes sanglantes, la transition est trop -lente pour avoir t brutale et c'est sans doute en suite d'une srie -d'alliances qu'une des familles finit par supplanter l'autre. Les rois -memphites se considrent comme les hritiers directs et lgitimes des -rois thinites. Loin de renier leurs prdcesseurs, ils continuent leur -oeuvre et prennent leurs titres sans aucune modification; ils deviennent -des Horus et non, comme on pourrait le croire, des Set, et se donnent -galement les titres de matre des diadmes du Sud et du Nord et de -roi de la Haute et de la Basse Egypte. Ce dernier titre est suivi d'un -nom spcial, qui n'est pas encore enferm dans un cartouche. Rien n'est -chang, ni dans l'organisation du pays, ni dans les moeurs; c'est encore -la priode de transition dans laquelle rentrent galement les rois -thinites de la IIme dynastie et les rois memphites de la IIIme, si -intimement lis malgr la diffrence de leur origine qu'il est souvent -difficile de distinguer sur les monuments contemporains ce qui -appartient aux uns plutt qu'aux autres. - -Manthon donne pour la IIIme dynastie neuf rois avec 214 ans de rgne, -mais ses transcriptions de noms sont trs fantaisistes et il est -difficile de les identifier avec les noms des neuf ou dix souverains que -nous connaissons d'aprs les monuments, et qui appartiennent -certainement cette poque. Aucun vnement saillant ne marqua le rgne -de la plupart de ces rois, sauf une invasion libyenne sous le premier de -ceux-ci, le Nekherphs des Grecs, le Baba des listes, invasion qui se -termina, dit-on, par l'apparition d'un phnomne cleste devant lequel -les Libyens reculrent pouvants, sans combat. Les Egyptiens des -poques postrieures avaient cependant conserv trs vivant le souvenir -de certains de ces souverains, Nebka, Djeser-Teta, Houni, mais surtout -du plus important d'entre eux qui est, n'en pas douter, le vrai -fondateur de l'Empire memphite, Tosorthros, celui de Djeser qui porte le -nom d'Horus Nouterkha; auteur de livres scientifiques, il s'appliqua -surtout dvelopper l'criture et l'architecture, et nous pouvons -constater le bien-fond de cette lgende car nous avons en effet de lui -des constructions trs importantes, comme la pyramide degrs de -Saqqarah, le plus ancien de ces immenses monuments funraires, et, -immdiatement aprs son rgne, les premires grandes stles tombales -couvertes de textes. En outre la tradition lui attribuait certaines -fondations pieuses, comme l'organisation du culte d'Isis Philae, que -relate tout au long une stle de basse poque dans l'le de Sehel. Cette -figure bien relle du roi Djeser domine et claire toute la IIIme -dynastie qui sans elle serait une des plus inconsistantes et des moins -connues de toute l'histoire d'Egypte. - - -_IVe dynastie_ - -Le passage d'une dynastie l'autre s'opra sans secousse, -naturellement; comme le dit un texte littraire trs ancien: En ce -temps-l, la Majest du roi Houni arriva au port (c'est--dire mourut) -et la Majest du roi Snefrou s'leva en roi bienfaisant, sur la terre -entire; c'est une famille nouvelle recueillant l'hritage d'une -famille parente qui s'teint. Les huit rois de cette dynastie, qui, -toujours d'aprs Manthon, occuprent le trne pendant 284 ans, nous ont -laiss des tmoins indestructibles de leur puissance, les pyramides, -l'effort architectural le plus gigantesque qui ait jamais t tent. - -[Illustration: _Fig. 98._ Bas-relief de Snefrou au Sina (d'aprs J. DE -MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. 594).] - -Avec le premier de ces rois, Snefrou, commence une priode de grande -prosprit pour l'Egypte; les tombeaux des simples particuliers -deviennent de vritables monuments, et lui-mme se fait construire deux -pyramides. La richesse est trs grande dans le pays, consquence d'une -administration sage et prvoyante, et les arts ne ttonnent plus, ayant -atteint l'expression parfaite dont ils ne s'carteront plus gure. De -son oeuvre personnelle, nous savons peu de chose, sinon qu'il organisa -de faon dfinitive l'exploitation des mines du Sina, fortifiant ainsi -la marche orientale de l'Egypte contre les incursions des bandes smites -de la Syrie mridionale. - -[Illustration: _Fig. 99._ Khops (d'aprs PETRIE. _Abydos_, II, pl. -XIV).] - -Son successeur, Khops ou Khoufou, continua son oeuvre et fut plus -puissant encore. Le travail colossal ncessit par la construction de sa -pyramide avait rendu son nom lgendaire, et les Grecs voyaient en lui un -tyran qui avait cras son peuple de corves, tandis que les Egyptiens -vnraient son souvenir, que son culte funraire se perptuait et qu'il -fut toujours considr comme un des plus grands rois d'Egypte. Il fonda -des temples et continua d'encourager les travaux miniers au Sina. - -[Illustration: _Fig. 100._ Dadefra--Fouilles d'Abou-Roash--Louvre -(photographie de M. E. Chassinat).] - -[Illustration: _Fig. 101._ Khfren (photogr. de E. Brugsch-Pacha).] - -Aprs la mort de Khops des comptitions s'levrent dans sa famille, et -son premier successeur, Dadefra (Ratoses), fut renvers aprs un rgne -plus ou moins long, sa pyramide fut rase, ses statues mises en -miettes, sa mmoire efface presque compltement. Le frre de ce -dernier, Khefren ou Khafra, monta alors sur le trne, et si nous ne -savons rien de son oeuvre pendant son long rgne, nous avons du moins de -lui des monuments extrmement remarquables, sa pyramide, le grand sphinx -de Giseh et des statues qui sont de pures merveilles. La lgende -transmise par Hrodote dit que lui aussi fut considr comme un tyran -odieux et que, comme son pre Khops, sa dpouille mortelle fut arrache -de son tombeau et mise en pices par le peuple rvolt, mais cette -lgende ne repose sur aucune base srieuse. - -[Illustration: _Fig. 102._ La grande pyramide et le sphinx de Gizeh.] - -[Illustration: _Fig. 103._ Mycrinus (d'aprs MASPERO. _Muse Egyptien_ -I, pl. IX).] - -Puis vint Menkaoura, le Mycrinus des Grecs, dont la rputation de -justice et de pit se perptua jusqu' la fin de l'empire pharaonique; -lui aussi se fit construire une pyramide et sculpter des statues -splendides, et continua l'exploitation des mines du Sina. Il fut le -dernier grand roi de sa race, ses successeurs nous sont peine connus, -et la IVme dynastie finit sans que nous puissions nous rendre compte de -quelle manire; sans doute des rois incapables se virent peu peu -supplanter par des personnages plus nergiques, plus populaires et -disposant d'un parti puissant. Un oracle avait prdit Khops que sa -famille allait disparatre et qu'aprs quelques gnrations une race -nouvelle, race d'origine divine, issue de R lui-mme, le dieu-soleil, -monterait sur le trne sa place. S'inclinant devant la volont divine, -Khops n'avait mme pas song dtruire pendant qu'ils taient faibles -encore, les premiers reprsentants de cette famille qui devait -dpossder la sienne. - - -_Ve dynastie_ - -Avec l'avnement de ces nouveaux rois, originaires d'Hliopolis--et non -d'Elphantine, comme le dit Manthon,--qui se considrent comme -engendrs par le dieu-soleil lui-mme et adoptent dfinitivement dans -leur protocole le titre jusqu'alors peu employ de fils de R, le -caractre thocratique de la royaut s'accuse de plus en plus. C'est le -triomphe des prtres d'Hliopolis, mtropole religieuse de la Basse -Egypte, les vrais fondateurs de la religion gyptienne, qui en arrivent - grouper autour de leur dieu-soleil tous les dogmes locaux d'origine si -disparate, et constituer un ensemble homogne, acceptable pour tous -les Egyptiens. Non contents de cette centralisation religieuse, ils -russissent mettre la main sur le pouvoir temporel, avec les neuf rois -de la Vme dynastie qui, au dire de Manthon, rgnrent pendant 218 ans, -et mme aprs ce temps, ces prtres du soleil surent garder pendant de -longs sicles une influence prpondrante sur le pouvoir civil. - -[Illustration: _Fig. 104._ Neouserra (d'aprs MASPERO. _Muse Egyptien_, -I, pl. X).] - -Ouserkaf fut le premier de sa race; sans doute il dut rorganiser -l'administration sur de nouvelles bases, et si nous savons peu de choses -de lui, nous connaissons mieux ses successeurs qui continurent son -oeuvre. Sahoura d'abord, puis Neferarkara et Shepseskara, plus tard -Neouserra-An, Menkaouhor et Dadkara-Assa. Tous sont des monarques -puissants et d'une activit qui s'tend d'un bout l'autre du royaume -et mme au del de ses frontires: ils contiennent les hordes libyennes -et soudanaises qui cherchent s'introduire dans le pays, ils envoient -dans le sud de la Palestine des expditions devant leur assurer la -suprmatie effective sur des voisins instables qui pouvaient devenir -menaants, ils reprennent de faon suivie les exploitations minires du -Sina, ils entretiennent sur la mer une flotte imposante qui doit -servir en mme temps dvelopper le commerce gyptien et imposer le -respect des pharaons dans les pays avoisinants. A l'intrieur, ils -construisent des pyramides qui, pour tre moins colossales que celles de -leurs devanciers, leur sont suprieures au point de vue de la -dcoration, et des temples monumentaux comme ceux qu'ils ddirent au -soleil dans les environs de leur capitale. D'une manire gnrale, leur -administration, dont nous ne connaissons pas les dtails ni mme le -programme particulier, fut bienfaisante pour le pays dont la prosprit -augmente de plus en plus; la paix et l'ordre rgnent dans toute la -valle du Nil. Les prtres exercent une influence considrable et tous -les hauts fonctionnaires se rattachent de prs ou de loin au sacerdoce; -ils semblent du reste avoir travaill non pas dans un but -d'accaparement, mais pour le bien gnral du pays. - -Le dernier roi de la dynastie, Ounas, n'est pas l'un des moins -importants et des moins puissants, et il termine dignement la srie des -princes de sa famille; c'est sans doute parce qu'il n'eut pas de -descendants directs que le pouvoir passa aprs lui en d'autres mains, et -non ensuite d'un bouleversement politique. - - -_VIe dynastie_ - -Les rois memphites qui succdent directement aux hliopolitains -continuent leur oeuvre, mais moins brillamment pour commencer, -semble-t-il, car nous ne savons presque rien de Teti et d'Ouserkara, les -deux premiers souverains d'une famille qui, d'aprs Manthon, compta six -rois et 203 ans de rgne. Aprs eux vient une courte priode de gloire -sur laquelle nous sommes admirablement renseigns par de nombreux -monuments, et surtout par les biographies de certains hauts -fonctionnaires comme Ouna et Herkhouf, priode que domine le roi Pepi -I, un des plus clbres parmi les pharaons: son activit est intense, il -fait construire et travailler sur tous les points de l'Egypte et son nom -se retrouve Tanis, l'extrme nord du Delta, aussi bien que sur les -rochers de granit de la Ire cataracte, dans les mines du Sina comme -dans les carrires du Ouadi-Hammamat. Il s'occupe lui-mme de -l'administration de la justice et des missions spciales donner aux -plus capables de ses sujets; il multiplie les dcrets tablissant les -droits des grands sanctuaires et instituant des fondations pieuses; il -rassemble une arme et des vaisseaux pour craser les nomades asiatiques -redevenus menaants et envoie des expditions en Nubie pour assurer la -suprmatie de l'Egypte sur le Haut Nil. - -[Illustration: _Fig. 105._ Pepi I (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II, -pl. LI).] - -[Illustration: _Fig. 106._ Merenra (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II, -pl. LV).] - -Ses successeurs voulurent continuer son oeuvre, mais son fils an -Merenra mourut jeune, et son autre fils Pepi II, qui eut un rgne de 95 -ans, ne se montra pas la hauteur de la situation, et la dchance du -pouvoir central s'accusa rapidement. Deux ou trois rois russirent -pendant quelque temps encore maintenir le sceptre entre leurs mains, -puis disparurent aprs des rgnes sans gloire, et avec eux prit fin -cette suite de familles puissantes et nergiques qui avait amen -l'Egypte un si haut point de civilisation. - - -_La fin de l'empire memphite_ - -Ici commence une priode trs obscure, pour laquelle Manthon continue -sa classification mthodique: C'est d'abord la VIIme dynastie, qui -reprsente sans doute un court interrgne, avec ses 70 rois ayant rgn -pendant 70 jours, puis la VIIIme avec 27 rois memphites qui rgnrent -146 ans, rois dont l'histoire nous a peine conserv quelques noms. Le -dclin, ou plutt la chute du pouvoir royal est donc extraordinairement -brusque, surtout si l'on songe que cette chute n'a pas t dtermine -par une invasion, une conqute ou une rvolution brutale; la cause en -est simplement dans le fait que les rois memphites exercrent un pouvoir -tout pacifique et n'eurent jamais s'appuyer sur une force militaire. -Quelques troupes peu nombreuses de mercenaires nubiens suffisaient pour -maintenir l'ordre, et quand il s'agissait d'une expdition au dehors, -les grands seigneurs amenaient chacun son petit contingent et l'on en -formait la hte une arme htroclite bien suffisante contre les -barbares plus mal organiss encore. Nous avons peine comprendre que -des rois aient pu pendant plus de mille ans, sans arme, faire brillante -figure et accomplir une oeuvre aussi importante que les pharaons de -l'Ancien Empire; c'est une preuve remarquable de l'excellence d'un -gouvernement sage et droit, et de la puissance morale de tous ces -souverains. - -Ce systme constituait cependant un danger permanent, et il tait -prvoir qu' la premire occasion favorable les grands seigneurs locaux -qui devaient fournir leurs contingents la couronne, dans certaines -occasions, chercheraient profiter de cette force qu'ils avaient -toujours sous la main, pour se rendre indpendants et pour s'emparer -eux-mmes du pouvoir. La fodalit s'tait constitue ainsi peu peu, -guettant le moment o elle pourrait secouer cette autorit morale qui -pesait sur les princes des nomes et les runissait, et c'est -probablement dj la fin du rgne de Pepi II que ceux-ci commencrent - s'affranchir. Les plus puissants, apparents sans doute la famille -royale, se proclamrent rois, groupant autour d'eux des seigneurs de -moindre importance, et ainsi les Memphites, les souverains lgitimes, ne -conservrent plus que le Delta, tandis qu' ct d'eux s'levaient deux -nouvelles dynasties, la IXme d'Hraclopolis, comprenant toute la -Moyenne Egypte, et la Xme qui est thbaine plutt qu'hraclopolitaine, -comme le voudrait Manthon, et qui absorba la Haute Egypte. De l des -luttes qui durrent deux sicles au moins, donnant l'avantage tantt aux -uns, tantt aux autres. Puissamment seconds par les princes de Siout, -les rois hraclopolitains, les Khiti, les Kamerira l'emportrent le -plus souvent, mais durent aussi s'effacer parfois devant une campagne -heureuse d'une des maisons rivales, comme celle qui permit au memphite -Neferkara de s'installer pour un temps Koptos. Enfin les Thbains, les -Antef et les Mentouhotep, finissent par craser leurs comptiteurs et -ralisent nouveau l'unit politique du pays; c'est une re nouvelle -qui commence, le Moyen Empire qui remplace l'Ancien. - - -B. MONUMENTS - -Les restes qui nous sont parvenus de l'Ancien Empire sont autrement -importants en nombre, en grandeur et en beaut, que ceux de la priode -prcdente. Les inscriptions sont nombreuses, souvent trs dveloppes, -et, places ct des innombrables reprsentations figures, elles nous -permettent de pntrer plus profondment dans la connaissance de la vie -des Egyptiens; nous n'en sommes plus rduits des suppositions, nous -les voyons agir, nous les entendons parler, et une rapide revue des -monuments dcouverts nous permettra de nous faire une ide d'ensemble de -ce qu'tait leur civilisation. - - -_Architecture_ - -Les progrs de l'architecture furent extrmement rapides, surtout aux -dbuts de l'empire memphite; nous avons vu, la fin de la priode -prcdente, le systme de construction en briques et bois, avec -couverture en bois; au commencement de la IIIme dynastie, les -architectes connaissent la vote et l'emploient avec succs, puis ils se -mettent la recherche de matriaux plus solides et plus durables que la -brique crue, et adoptent la pierre, au moins pour celles de leurs -constructions qui avaient pour eux le plus d'importance, les tombeaux et -les temples. Tout de suite ils se montrent passs matres dans cette -technique nouvelle et semblent se jouer des difficults avec une -hardiesse et une aisance incroyables: ds la IVme dynastie, on ne trouve -dj pour ainsi dire plus un difice religieux ou funraire en briques. -La dimension des matriaux permettant aux architectes de revenir -l'ancien systme de couverture plate, ils inventent le pilier et -l'architrave qui leur donnent la facilit de couvrir des espaces trs -considrables; enfin sous la Vme dynastie parat la colonne proprement -dite, avec toutes ses varits. Les constructeurs ne se bornent pas -assembler leurs matriaux avec une prcision et une exactitude -remarquables, ils en calculent aussi en une certaine mesure la -rsistance et s'entendent trs bien rpartir galement la pression des -masses. - -[Illustrations: - _Fig. 107 et 108._ Colonnes palmiforme et papyriforme (d'apr. - BORCHARDT. _Sahur_, p. _44_; _Ne-user-R_, p. _64_). - _Fig. 109._ Colonne lotiforme--Abousir (photogr. de E. - Brugsch-Pacha).] - -Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, taient des -difices lgers, en briques, en bois, ou mme en terre pile, qui tous -ont disparu sans laisser de traces. En fait d'architecture militaire, -nous n'avons gure que des forteresses comme celles d'Elkab et d'Abydos, -vastes quadrilatres forms par d'paisses murailles de briques crues, -qui du reste ne sont pas dates de faon certaine. - - -_Temples_ - -Quant aux difices religieux, les rois de l'Ancien Empire en avaient -construit un peu partout, et avaient remplac les petits sanctuaires -primitifs par des constructions en pierre dj trs dveloppes comme -plan; ces temples furent constamment remanis, agrandis et embellis au -cours des ges, souvent mme dmolis pour tre entirement reconstruits, -aussi ne trouvons-nous plus gure que les arasements ou les fondations -des constructions originales, comme c'est le cas Hieraconpolis, -Abydos et Memphis, ou encore des dbris de murailles couverts de -bas-reliefs, comme les fragments de la chapelle de Djeser Hliopolis. -Ce qui reste de ces temples suffit nanmoins pour nous montrer que -chacun avait son caractre spcial, appropri aux besoins du culte -local, et qu'on n'avait pas encore adopt, comme cela eut lieu plus -tard, un type uniforme pour tous les difices cultuels. - -[Illustration: _Fig. 110._ Le temple du soleil Abousir (d'apr. -BORCHARDT. _Das Re-Heiligtum des Kgs. Ne-Woser-Re_, pl. I).] - -Parmi tous ces modles divers de temples, le plus original tait celui -qui tait consacr R, le dieu-soleil d'Hliopolis: il consistait en -un norme oblisque, lourd et trapu, mont sur la plateforme d'un grand -massif rectangulaire, tous deux en maonnerie; un escalier mnag dans -l'paisseur du socle permettait d'atteindre la plateforme. Sur le devant -se trouvait un grand autel pour les offrandes, des cours avec bassins -destins des ablutions, et, dans un coin, une petite chapelle -prcde de deux stles. Autour de tout cet ensemble, un mur de pierre -formait une enceinte rectangulaire, et un chemin couvert descendait -directement la valle, reliant le temple lui-mme un portique -monumental. Ici le dieu n'est pas dissimul au fond d'un sanctuaire -accessible quelques initis seulement, comme c'est gnralement le cas -en Egypte; il domine tout le temple de sa masse imposante, car c'est -l'oblisque lui-mme qui est le symbole du dieu-soleil. - -Tous les rois de la Vme dynastie, les fils de R, tinrent honneur de -consacrer leur divin pre un sanctuaire semblable, prs de leur -capitale, deux pas de leurs pyramides. Nous en connaissons au moins -cinq de nom; un seul nous est conserv, en ruines il est vrai, mais en -ruines encore trs lisibles; c'est celui de Neouserra, mis au jour par -une mission allemande, prs d'Abousir. Pour donner une ide de ses -dimensions, nous dirons que l'enceinte mesure plus de 100 mtres de -long. En outre cet trange sanctuaire tait accompagn d'une -reproduction monumentale, en briques crues, de la barque solaire, qui -n'a pas moins de 28 mtres de long, bateau fantastique qui semble -naviguer sur les sables du dsert. - -Les fouilles excutes Abydos par une socit anglaise, sous la -direction de M. Ed. Naville, ont rvl un temple tout diffrent et sans -doute plus ancien, le sanctuaire souterrain d'Osiris: ici la pice -principale, couverte de dalles de granit supportes par des piliers -normes, sans aucune dcoration, consistait en une vaste plateforme -isole du reste du monument par un foss plein d'eau. Cette disposition -si particulire correspondait bien aux ncessits des mystres du grand -dieu des morts, avec leurs processions nautiques et leurs illuminations. - -Je ne sais trop si c'est parmi les difices du culte qu'il faut ranger -un difice plus trange encore, unique en son genre, qui date -probablement de la IIIme dynastie et a t dcouvert par une mission -italienne, Hliopolis mme: c'est une construction circulaire -embrassant un espace dont le rayon est de 300 mtres, une sorte de -gigantesque anneau de 40 mtres d'paisseur, en briques crues, perc -l'intrieur de cinq nefs longitudinales supportes par des piliers et -des pidroits. L'usage de ce monument nous est absolument inconnu. - - -_Mastabas_ - -Pour l'architecture funraire nous sommes mieux renseigns, tant en -possession d'une quantit considrable de tombeaux qui sont le plus -souvent dans un tat de conservation remarquable, et nous pouvons suivre -pas pas les amliorations, les modifications apportes dans ce genre -de constructions faites en vue de l'ternit. Le but des Egyptiens tait -de s'assurer aprs la mort un lieu de repos qui ft pour eux le gage et -la condition de la vie ternelle, et ils sacrifiaient volontiers le -bien-tre de leur existence terrestre, tape provisoire, la -perptuation de leur me et de leur double; ce but, ils l'obtenaient en -partie par la connaissance des formules magiques qui faisaient d'eux les -gaux des dieux, en partie aussi en prservant des atteintes du temps et -des hommes leur corps physique, qui restait le support de leur tre -immatriel. Plus le tombeau tait profond, plus son entre tait -dissimule et obstrue, plus grandes aussi taient les chances de -conservation pour la momie. L'ombre du mort, son double, son _ka_, comme -disaient les Egyptiens, pouvait alors continuer vivre dans la tombe, -mais il lui fallait l'image des aliments rels pour se nourrir, la -reprsentation des scnes de la vie usuelle pour se dlasser ou tout au -moins pour s'occuper; cet effet on prit un certain moment le parti -de sculpter sur certaines parties des monuments funraires ces -figurations si varies qui sont pour nous ce qu'elles taient sans doute -pour les morts, une image fidle de la vie des anciens Egyptiens. - -Les rois sont d'essence divine, par consquent trs au-dessus des -hommes, et il est naturel que leurs tombes ne soient pas disposes de la -mme manire que celles de leurs sujets; nous avons donc dans -l'architecture deux groupes, celui des tombes prives et celui des -tombes royales, issus de conceptions un peu diffrentes du sort de l'me -aprs la mort et qui se dveloppent paralllement, mais indpendamment -l'un de l'autre. - -[Illustration: _Fig. 111._ Plan d'un mastaba de la IVe dynastie (d'apr. -MARIETTE. _Monuments divers_, pl. XVI).] - -Pour les tombeaux des particuliers, nous avons vu la fin de l'poque -thinite la fosse primitive tapisse de briques et flanque d'un escalier -d'accs. Sous la IIIme dynastie, ce plan se dveloppe encore; on ajoute -volontiers quelques petites chambres souterraines pour servir de -magasins, et au lieu de ne faire qu'amonceler un tas de terre ou de -sable sur la couverture du caveau, on commence construire un massif de -maonnerie. Ds lors la chambre funraire s'enfonce plus profondment -sous terre, la descenderie en escalier est peu peu remplace par un -puits vertical. Ces massives constructions extrieures qui sont la -caractristique des tombes prives de l'Ancien Empire, sont de forme -allonge, rectangulaire, d'une hauteur moyenne, et les Arabes, les -comparant aux bancs de briques sur lesquels ils s'installent, la porte -de leurs maisons, les ont appels _mastabas_ (bancs), mot qui a pass -dans le vocabulaire archologique. - -[Illustration: _Fig. 112._ Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah (d'apr. une -photogr.; cf. CAPART. _Une rue de tombeaux_, pl. XCIV).] - -Les plus anciens de ces mastabas sont en briques crues, et peine plus -grands que les chambres funraires qu'ils abritent, mais leurs -dimensions augmentent rapidement. Sur la face est--car ces tombeaux sont -orients peu prs exactement--se creusent une ou deux niches qui sont -censes tre les portes de la tombe, par lesquelles l'me peut rester en -quelque sorte en communication avec les vivants et revenir de temps -autre se promener sur terre; c'est l que se font les crmonies du -culte funraire, l qu'on apporte au dfunt les offrandes alimentaires. -Nue l'origine, cette niche s'orne trs anciennement dj de montants -et de linteaux en pierre, sur lesquels on grave le nom et les titres du -mort avec une courte formule le plaant sous la protection des dieux; -ainsi se forme peu peu le type de la fausse-porte, modle courant de -la stle funraire sous l'Ancien Empire. Cette niche-stle ou stle -fausse-porte constitue donc elle seule une chapelle funraire en -miniature; ds la fin de la IIIme dynastie on accentue son caractre, -soit en la dissimulant derrire un mur qui court le long de la faade -est du mastaba et forme devant elle un long couloir troit, soit en la -repoussant un peu plus profondment dans l'intrieur du massif de -briques, au fond d'une chambre minuscule, chambre qui affecte plus ou -moins la forme d'une croix. - -[Illustration: _Fig. 113._ Fausse-porte de la Vme dynastie (d'aprs -PAGET-PIRIE, _Tomb of Ptah-Hetep_, pl. XXXIX).] - -[Illustration: _Fig. 114 et 115._ Tables d'offrandes de l'Ancien Empire -(Muse du Caire; d'aprs des croquis de l'auteur).] - -A ce moment, c'est--dire sous Snefrou, au dbut de la IVme dynastie, on -voit apparatre dans le tombeau deux lments nouveaux, la table -d'offrandes,--dalle de pierre d'une forme particulire place terre -devant la fausse-porte, sur laquelle on dposait des aliments ou des -reprsentations d'aliments et qui servait au mort de table manger,--et -la cachette aux statues, le _serdab_, suivant le nom qui lui a t donn -par les Arabes et qui est maintenant consacr par l'usage. Ce serdab est -une petite pice aveugle mnage dans la maonnerie du mastaba ct de -la chambre la stle, mais sans aucune communication avec elle sauf, -parfois, une petite fente o l'on peut peine passer la main; c'est l -qu'on entassait, en plus ou moins grand nombre, les statues faites -l'image du dfunt, statues qui pouvaient servir de support son double -au cas o la momie elle-mme viendrait tre dtruite, et permettre -ce corps spirituel de continuer vivre son existence monotone -d'outre-tombe. Pour que ce double pt subsister, il lui fallait en effet -un support, un corps matriel sur lequel il pt se poser: une statue, -moins fragile que la dpouille mortelle, lui offrait une plus grande -garantie de survivance; une fois la momie et les statues dtruites, le -double s'vanouissait et disparaissait dfinitivement. - -[Illustration: _Fig. 116._ Mastabas prs de la grande pyramide (d'aprs -LEPSIUS. _Denkmaler_, I, pl. XV).] - -[Illustration: _Fig. 117._ Sarcophage de Khoufou-Ankh (d'apr. le _Muse -Egyptien_, I, pl. XXI).] - -Les spultures des particuliers, tout au moins celles des grands -personnages, se groupent en gnral autour de celle de leur souverain; -ainsi, auprs des grandes pyramides, nous voyons de vraies villes de -tombeaux o les mastabas sont aligns rgulirement, spars par de -grandes rues droites. A ce moment-l, sous la IVme dynastie, la -prosprit tait grande dans le pays; les tombeaux aussi deviennent plus -riches et sont mieux amnags: les mastabas sont maintenant construits -en pierre et non plus en briques, les dimensions des chambres augmentent -et souvent aussi leur nombre. Les parois de ces chambres offrent une -surface assez considrable pour qu'on songe les utiliser, et l'on -commence les dcorer pour que le mort puisse en tirer profit; on y -sculpte des listes d'offrandes, des images d'aliments qui peuvent servir - la nourriture du dfunt, puis des scnes de la vie courante, grce -auxquelles il pourra, non seulement se dlasser, mais se procurer par -lui-mme les aliments ncessaires. C'est dans ce double but qu'on y -reprsente les semailles, les moissons, les vendanges, l'levage, la -pche, la chasse, ainsi que les divers mtiers qui devaient lui fournir -au fur et mesure tous les objets pouvant lui tre ncessaires ou -seulement utiles dans l'autre monde, les vtements, les ustensiles, les -meubles, les parfums. Chacune de ces scnes est domine par la figure du -mort surveillant les travailleurs, dont il se distingue par sa taille, -souvent triple de la leur, ou mme davantage; ct de lui paraissent -sa femme et ses enfants. Sous terre, dans un caveau grossirement taill -dans le rocher, la momie tait tendue tout de son long dans un cercueil -de bois, enferm lui-mme, chez les plus riches, dans un grand -sarcophage rectangulaire en pierre dont la dcoration tout -architecturale lui donne l'aspect d'une maison; le mobilier funraire -est des plus sommaires. - -[Illustration: _Fig. 118._ Plan du tombeau de Ti (d'aprs MARIETTE. -_Mastabas_, p. _333_).] - -Pendant la Vme dynastie, le luxe des mastabas augmente encore; les -chambres deviennent plus nombreuses, parfois mme une cour dcouverte -s'ouvre au milieu du monument, les salles les plus grandes sont pourvues -de piliers ou de colonnes, les bas-reliefs qui parfois sont de la plus -parfaite beaut couvrent les murailles, rptant avec beaucoup plus de -dtails les scnes agricoles et industrielles dont j'ai parl plus -haut, ct desquelles on en voit d'autres qui reprsentent des jeux, -des danses, des ftes de famille, voire des oprations chirurgicales; -ailleurs, ce sont des files de serviteurs apportant leur matre les -produits du sol, des bateaux prts mettre la voile et mille autres -dtails pleins de vie et de varit. Jamais dans ces tombeaux on ne voit -une reprsentation d'ordre religieux, ni la figure d'un dieu, ni une -scne d'adoration; trs rarement un tableau se rapporte aux funrailles: -on ne parle pas de la mort, et le propritaire du tombeau est toujours -cens vivant, soit qu'il vaque ses diverses occupations, soit qu'il -soit assis devant une table garnie, entoure d'un monceau de -victuailles. - -Sous la VIme dynastie, il n'y a aucun changement notable dans les -tombeaux des particuliers; la partie accessible du mastaba, celle o les -descendants du mort pouvaient venir priodiquement accomplir les -crmonies funraires et peut-tre festoyer auprs de son ombre, comme -les Arabes modernes dans les cimetires, cette partie comporte toujours -la mme dcoration, mais certains grands personnages commencent -rserver une portion des parois pour y graver l'histoire de leur vie, -leurs hauts faits et l'expression de la satisfaction du roi pour les -services rendus. Ces biographies sont pour nous un des plus prcieux -legs de l'Ancien Empire memphite. - -Le mastaba est la tombe-type de l'Ancien Empire, mais dans certaines -rgions, par suite de la nature mme du sol, on commence employer un -autre systme de spulture: pas de construction, les chambres sont -creuses dans la montagne et la dcoration usuelle s'excute sur la -roche elle-mme; une porte communique avec l'extrieur, o la pente du -rocher a t plus ou moins ravale de manire mnager une petite -plateforme, et dans un coin de la dernire chambre, un puits descend -verticalement jusqu'au caveau o l'on dposait la momie. C'est la -premire apparition de la tombe rupestre, de l'hypoge, type qui sera -presque seul employ aux poques suivantes. - - -_Pyramides_ - -Les tombeaux royaux diffrent de ceux des simples particuliers par la -forme, par les dimensions et par la disposition intrieure et -extrieure. Ici aussi, une volution s'accomplit, une transformation -trs marque pendant le cours de la priode memphite. - -Les plus anciens de ces tombeaux, ceux de la IIIme dynastie, sont trs -diffrents de ceux de la priode thinite, presque uniquement -souterrains: ils comportent un immense mastaba rectangulaire en briques -crues sur la plateforme duquel s'ouvre une descenderie ou un escalier -trs rapide aboutissant aux chambres funraires; aucune dcoration, ni -l'intrieur ni l'extrieur, pas mme une stle, semble-t-il. La -fameuse pyramide degrs de Saqqarah, construite par Djeser, un des -derniers rois de cette dynastie, n'est pas encore proprement parler -une pyramide, c'est un gigantesque mastaba en pierres, bti sur un plan -rectangulaire et surmont de toute une srie de mastabas plus petits -formant comme des tages (fig. 97). Les chambres souterraines sont -malheureusement trs bouleverses, mais nous voyons d'aprs un autre -monument de l'poque comment on devait procder leur construction: une -immense fosse rectangulaire tait creuse dans le rocher, et une large -descenderie y aboutissait du ct nord; au fond de cette excavation on -installait le sarcophage de granit, on btissait les chambres, puis on -la comblait, et alors seulement on pouvait commencer difier le -mastaba ou la pyramide. - -[Illustration: _Fig. 119._ Pyramide de Medoum (d'aprs SPIEGELBERG. -_Gesch. der Aeg. Kunst_, p. _17_).] - -Sous la IVme dynastie, le premier tombeau que se fit construire Snefrou, -celui de Medoum, tient plus encore du mastaba que de la pyramide, mais -ce fut le mme roi qui adopta peu aprs le type dfinitif de la pyramide - base carre et faces triangulaires, avec le monument qu'il difia -dans le dsert de Dahchour; les chambres, trs petites, sont peu prs -au niveau du sol, ensevelies sous l'norme masse de maonnerie, et on y -accde par un couloir en pente dbouchant mi-hauteur de la face nord -du monument. - -[Illustration: _Fig. 120._ Coupe de la pyramide de Khops (d'aprs -PETRIE, _Pyramids of Giseh_, pl. IV).] - -Les successeurs de Snefrou reprirent ce modle de monument funraire et -l'adoptrent pour eux-mmes sans en modifier les grandes lignes, mais -en y apportant des perfectionnements notables; les problmes techniques -les plus difficiles furent rsolus avec une prcision merveilleuse dans -les pyramides de Khops, Khefren et Mycerinus, qui constituent chacune -un chef-d'oeuvre de construction, dont les dimensions colossales--la -plus grande mesurait plus de 146 m. de hauteur sur 227 m. de ct--ne -nuisent pas la perfection des dtails. Un revtement de calcaire fin -et de granit bien poli recouvre la maonnerie dispose en assises -rgulires de blocs normes; au-dessus des chambres, des chambrettes de -dcharge sont destines soulager leur toiture du poids considrable -qui aurait pu les craser; des conduits d'aration traversent le massif -tout entier. Chambres et couloirs sont tapisss de blocs gigantesques, -soigneusement polis et si admirablement appareills qu'on ne peut encore -maintenant introduire une pointe de couteau dans les joints; en -plusieurs points, des herses de granit, places dans un logement -spcial, retombaient aprs l'inhumation pour obstruer dfinitivement le -couloir dont l'issue l'extrieur tait ferme par un bloc de -revtement semblable aux autres. Au milieu de la face est s'levait la -chapelle, centre du culte funraire, avec son sanctuaire, sa -cour-pristyle, ses vestibules, ses magasins, et au del, de petites -pyramides recouvraient la dpouille mortelle des membres de la famille -royale. Un grand mur de pierre, formant une vaste enceinte carre, -entourait cet ensemble et l'isolait du terrain environnant; une alle -couverte descendait de la porte de la chambre funraire vers la valle, -jusqu' un monument qui servait de portique d'entre et qui atteignait -parfois des dimensions imposantes, comme celui de la pyramide de -Khefren, mieux connu sous le nom de temple du Sphinx, avec ses normes -piliers de granit rose et ses murailles d'albtre. - -[Illustration: _Fig. 121._ Chapelle funraire de Sahoura (d'aprs -BORCHARDT. _Grabdenkmal des Knigs Sa-hu-re_).] - -Les pyramides de la Vme dynastie deviennent progressivement plus -petites, et la partie de la construction qui devait rester invisible, -l'appareillage de la masse mme du monument, est moins soigne, aussi -s'est-il produit des tassements qui ont le plus souvent cras les -appartements funraires. Par contre la chapelle funraire, toujours -situe sur la face est, prend plus d'importance, et son ornementation -est l'objet de soins tout particuliers: les lourds piliers carrs sont -remplacs par d'lgantes colonnes chapiteaux palmiformes ou -papyriformes; dans les principales pices, le sol et les soubassements -sont faits de grandes dalles de basalte, et, au-dessus, les murailles en -beau calcaire fin sont couvertes de bas-reliefs d'une facture trs -dlicate. Ces tableaux reprsentent les hauts faits du souverain, ses -expditions, l'hommage que lui rendent ses ennemis; on y voit aussi le -roi la pche ou la chasse, et l'image des dieux sous la protection -spciale desquels il se place. Quant la disposition gnrale, elle -est toujours la mme; le portique situ au bord de la valle donne accs - l'alle couverte qui monte directement la grande cour entoure d'une -colonnade, la partie publique du temple funraire; plus loin les salles -des statues, les magasins, et une srie de petites chambres conduisent, -aprs plusieurs dtours, au sanctuaire o se dresse, contre la pyramide -elle-mme, la grande stle fausse-porte par laquelle le double du roi -tait cens pouvoir sortir de son tombeau et venir bnficier des -offrandes qu'on lui apportait. - -Une innovation trs importante date du rgne d'Ounas, le dernier roi de -la Vme dynastie; sans rien modifier la disposition et la -construction de la pyramide ou de la chapelle funraire, Ounas, le -premier, songea faire graver sur les parois absolument nues des -caveaux souterrains o devait tre enferme sa momie les textes -religieux qui pouvaient lui tre utiles dans l'autre monde. Ce qui -devait survivre un homme aprs sa mort, ce n'tait gure, croyait-on -cette poque, que son double, son corps spirituel, mais le roi, tant -d'une essence suprieure, a en lui quelque chose des dieux dont il -descend et qu'il doit aller retrouver quand il quittera la terre; il -possde donc une me divine, mais pour que cette me puisse s'identifier -aux dieux et devenir dieu son tour, il faut qu'elle soit instruite de -sa nature divine et qu'elle soit mme d'en profiter et de se prsenter -dignement devant ses pairs. Certains textes sacrs peuvent lui rendre ce -service: ces textes se trouvent dans les recueils o les prtres -hliopolitains ont rassembl toutes les vieilles formules magiques ou -religieuses du pays, recueil prcieux qui nous laisse entrevoir le fond -de la pense gyptienne sur la nature des dieux et sur le monde dans -lequel ils vivent, en mme temps qu'ils nous renseignent sur les -origines de la langue. Ounas puisa donc largement dans ces textes dont -il couvrit les parois de la salle qui contenait son sarcophage, et les -chambres attenantes; ses successeurs, les rois de la VIme dynastie, y -firent des emprunts plus abondants encore et les gravrent jusque dans -les couloirs d'accs. C'est peu prs tout ce qui reste de leurs -pyramides qui ne forment plus que d'immenses tas de dcombres; les -chapelles funraires ont disparu. Quant aux tombeaux des rois qui les -suivirent, ceux de l'poque fodale, ils ne sont pas parvenus jusqu' -nous. - - -_Sculpture_ - -L'ide de la mort, vraie obsession pour les Egyptiens, les avait ports -de trs bonne heure rechercher tous les moyens d'viter un -anantissement complet de leurs personnes; de l le dveloppement -incroyable de l'architecture funraire qui prend ds ses dbuts une -importance beaucoup plus considrable que l'architecture civile ou mme -religieuse. De l aussi la naissance de la statuaire qui, son origine, -est absolument indpendante de l'architecture et se dveloppe -paralllement ce dernier art et avec non moins de succs. - -[Illustration: _Fig. 122._ Statue de Ra-Nofer (Le Caire--photographie de -M. Pieron).] - -Le Ka ou double, comme il a t dit plus haut, tait une sorte de corps -spirituel, exactement semblable comme forme au corps matriel de l'homme -et capable de survivre celui-ci pendant un temps illimit, condition -toutefois d'avoir un support qui pt fixer son essence impondrable et -lui conserver une certaine consistance. Le support naturel du double -tait le corps embaum avec plus ou moins de soin et prserv ainsi de -la pourriture; mais cette momie restait nanmoins bien fragile, aussi -imagina-t-on de bonne heure de lui donner un remplaant plus solide pour -le cas o elle viendrait tre dtruite. On prit donc l'habitude de -dposer dans le tombeau, que ce ft celui d'un roi ou celui d'un simple -particulier, une image du mort, en bois ou en pierre, faite autant que -possible sa ressemblance, parfois de grandeur naturelle, mais souvent -de dimensions plus modestes. Le personnage qu'elle reprsente est -debout, une jambe en avant, agenouill ou accroupi la manire des -scribes, ou encore assis sur une chaise massive, les pieds joints, les -mains sur les genoux. Souvent il est accompagn de sa femme, assise ou -debout ct de lui et mme parfois d'un ou deux de ses enfants; ces -groupes sont de vraies scnes de famille, d'une intimit charmante. - -[Illustration: _Fig. 123._ Scribe agenouill (Le Caire. Photo de E. -Brugsch-Pacha).] - -Les statues memphites, part les plus anciennes qui sont d'une facture -encore un peu malhabile, sont l'oeuvre de praticiens parfaitement srs -de leur mtier et capables de donner l'expression voulue leurs -figures, quelle que soit la matire qu'ils ont travailler, bois, -albtre, calcaire, granit ou diorite. Ce qu'ils cherchent, c'est -rendre fidlement la nature et donner en mme temps l'impression de -vie, de calme et de srnit; ils ne fixent pas un aspect passager de -leur modle, ils en font en quelque sorte une synthse; ils ne -l'idalisent pas, ils l'ternisent pour ainsi dire, et avec raison, car -leur oeuvre ne doit pas tre un objet d'admiration pour le monde, mais -le support mme d'un tre vivant enseveli jamais dans le tombeau, loin -des regards des hommes. - -[Illustration: _Fig. 124._ Groupe de l'Ancien Empire (Muse du Caire, No -_128_; photographie de l'auteur).] - -Pour donner plus de naturel ces statues, on les peignait, celles du -moins qui ne sont pas tailles dans des matires de grand luxe. Parfois -le travail est galement soign de la tte aux pieds, mais il arrive -souvent que les membres infrieurs sont un peu ngligs au profit du -haut du corps sur lequel se reporte toute l'attention du spectateur. La -tte est toujours plus pousse que le reste et acquiert une importance -toute particulire; les deux yeux, le plus souvent rapports et forms -d'une pierre blanche avec pupille en mtal sous une corne de quartz, -dans un sertissage de bronze, donnent la figure une vie, une -expression, un clat inimitables; ainsi, pour ne citer que les plus -remarquables de ces statues, le Sheikh-el-Beled, le groupe de Rahotep et -de Nofrit, le scribe du Muse du Caire, celui du Louvre, sont des -chefs-d'oeuvre qui peuvent rivaliser avec les plus belles productions de -l'art de tous les temps et de tous les pays. - -[Illustration: _Fig. 125._ Tte du Sheikh-el-Beled (Muse du -Caire--photo. de E. Brugsch-Pacha).] - -[Illustration: _Fig. 126._ Tte du scribe accroupi du Muse du Caire -(photo. de E. Brugsch-Pacha).] - -C'est l'expression mme de la vie qui se dgage des statues des simples -particuliers; quant celles des rois il n'en est pas tout fait de -mme. Ici les sculpteurs devaient donner l'impression d'un tre -supra-terrestre; dans ce but ils suppriment tout mouvement et placent le -pharaon sur un trne, assis dans une pose immobile qui a quelque chose -d'hiratique, tout en restant parfaitement naturelle. Ils n'ont plus -recours aux yeux artificiels et impriment sur les lvres de leurs -modles ce sourire nigmatique qui les aurole de mystre. Leurs rois, -les Khefren et les Mycrinus du Caire, le Dadefra du Louvre, sont -empreints de la majest calme et sereine qui convient un monarque fils -des dieux presque dieu lui-mme. En ce qui concerne ces statues et -celles des particuliers, la IVme dynastie marque un effort et un progrs -incomparables. C'est une des plus belles poques de la statuaire -gyptienne, au point de vue de l'art aussi bien que du mtier; des -statues comme le grand Khefren de diorite au Muse du Caire, montrent -qu'on savait triompher des matires les plus dures et les modeler dans -les moindres dtails avec une dlicatesse inoue, sans jamais nuire la -beaut et la grandeur de l'ensemble, qui reste une pure merveille, -tous les points de vue. - -[Illustration: _Fig. 127._ Statue de Khefren (d'aprs MASPERO. _Muse -Egyptien_, I, pl. VIII).] - -Un peu plus tard, sous la VIme dynastie sans doute, on commena -employer pour les statues royales le type de l'homme debout. Le premier -et le plus bel exemple en est la statue de Pepi Ier accompagn de son -fils Merenra, qui est aussi la plus ancienne statue de bronze, o tout -au moins revtement de bronze que l'on possde (fig. 105 et 106); au -lieu d'une fonte pleine ou creuse, procd employ des poques moins -anciennes pour des monuments de plus petites dimensions, nous avons ici -d'paisses feuilles de mtal ajustes et marteles sur une me de bois; -cette statue, actuellement au muse du Caire, est sensiblement plus -grande que nature. - -Si la sculpture en ronde-bosse est toujours, sous l'Ancien Empire, -absolument indpendante de l'architecture, il n'en est pas de mme du -bas-relief, intimement li la construction, et dont le rle primitif -est de constituer la partie dcorative d'un monument. L'usage qu'on en -faisait, trs modr au dbut, ne tarda pas se dvelopper au fur et -mesure que les tombeaux devenaient plus grands; c'est sous la Vme -dynastie, poque o non seulement on couvre de bas-reliefs des centaines -de mtres carrs de parois dans des tombeaux de dimensions moyennes, -mais o on commence aussi en revtir les murs intrieurs des temples, -que ce mode de sculpture arrive son apoge, tant au point de vue -technique qu'au point de vue artistique. - -Pour les Egyptiens, le but du bas-relief est de reproduire avec autant -de clart que d'exactitude, non seulement des figures d'individus -isols, mais des scnes compltes avec de nombreux personnages en pleine -action, des animaux et des objets; il s'agit de ne pas sacrifier -l'ensemble au dtail ni le dtail l'ensemble, et pour cela il faut -tudier sparment chacune des figures, les grouper et les quilibrer de -faon rgulire afin d'obtenir une composition homogne et dcorative. - -[Illustration: _Fig. 128._ Bas-relief du mastaba de Ptahhotep Saqqarah -(photographie de M. Pieron).] - -Pour arriver comprendre le bas-relief gyptien et l'apprcier comme il -le mrite, il faut en pntrer les procds de composition et faire -abstraction de certaines choses qui nous choquent ou tout au moins nous -gnent au premier abord parce qu'elles sont contraires notre -conception moderne de l'art. Dans l'art gyptien, il n'y a pour ainsi -dire pas trace de perspective, et ce dfaut se fait sentir de plusieurs -manires: tous les personnages d'une scne sont sur le mme plan et ont -exactement la mme grandeur; les tableaux se dveloppent uniquement en -longueur, jamais en profondeur, formant ainsi de longues bandes qui se -superposent sans tre ncessairement en rapport direct les unes avec les -autres. Ce manque de perspective se fait encore mieux sentir dans le -dessin mme du corps humain: vus toujours de profil, les personnages ont -l'oeil et la poitrine qui se prsentent de face, le ventre de trois -quarts, dans une stylisation un peu outrancire mais laquelle on -s'habitue rapidement et qui pour les Egyptiens eux-mmes avait -l'avantage de prsenter chaque partie du corps sous son aspect le plus -caractristique. Si ce dfaut apparent est d, l'origine tout au -moins, une certaine maladresse, il n'en est pas de mme du manque -d'unit dans les proportions, qui est voulu. Pour indiquer la -supriorit du roi sur ses sujets, on le reprsente d'une taille trs -suprieure la leur, et de mme, dans les tombes, la figure du mort est -toujours trois ou quatre fois plus grande que celles des hommes qui -vaquent sous ses yeux leur office habituel. - -Au point de vue technique, les sculpteurs de bas-reliefs sont pour le -moins aussi habiles que ceux qui taillent les statues; leur dessin est -ferme et net, donnant des contours d'une prcision remarquable, quelle -que soit la position du sujet. Les animaux qu'ils reprsentent ont des -silhouettes exquises de puret et de ressemblance. Leur coup de ciseau -est parfaitement franc, sans repentirs, sans retouches, et ils modlent -les corps en un relief imperceptible qui leur donne une trs grande -distinction et beaucoup de dlicatesse. - -La composition est toujours claire et bien ordonne, quilibre de -manire donner l'ensemble un caractre dcoratif; les vides qui se -prsentent naturellement entre les figures et au-dessus d'elles sont -remplis au moyen de courtes inscriptions hiroglyphiques qui expliquent -la scne, en mme temps qu'elles ajoutent l'homognit du monument. - -Les sculpteurs de bas-reliefs n'taient pas des artistes crateurs, mais -de simples artisans bien au courant de leur mtier et dous souvent -d'une relle originalit. Ils avaient leur disposition un certain -nombre de modles pour toutes les scnes qu'ils pouvaient avoir -reprsenter et n'avaient plus qu' les adapter la place dont ils -disposaient, les augmenter ou les diminuer en supprimant ou en -ajoutant des personnages; ils pouvaient ainsi, sans sortir du cadre -traditionnel, donner libre cours leur imagination et enrichir leurs -tableaux de figures originales et nouvelles. Pour une scne donne, le -motif est toujours le mme, l'interprtation toujours diffrente, et -c'est ce qui donne un charme tout particulier ces successions de -tableaux qui couvrent les parois des tombeaux comme une gigantesque -tapisserie, harmonieuse dans l'ensemble et dans le dtail. - - -_Peinture_ - -La polychromie tait de rgle pour la statuaire; il en tait de mme -pour les bas-reliefs qui devaient tous tre peints de couleurs vives. -Dans les tombeaux trs anciens, comme ceux de l'poque de Snefrou, qui -sont encore construits en briques, des peintures sur enduit remplacent -les bas-reliefs, reproduisant en teintes plates les mmes scnes que -nous avons l'habitude de voir sculptes et enlumines dans les autres -tombes de l'Ancien Empire. La manire primitive de dcorer ces monuments -tait donc, n'en pas douter, la peinture, et le bas-relief color -n'est que le dveloppement normal de celle-ci, rsultant du besoin de la -rendre plus durable en la reportant sur pierre et en dgageant du fond -chaque figure, chaque objet reprsent; le bas-relief, avant de devenir -un art en soi, n'tait que le support de la peinture. Rien de plus -naturel ds lors que de retrouver dans les scnes peintes les mmes -compositions que dans les reliefs, avec les mmes variantes -d'interprtation. Les procds sont trs simples: les couleurs minrales -dlayes dans de l'eau, additionne d'une sorte de gomme, sont tendues -en teintes plates sur un enduit sec, au moyen d'un pinceau; un trait -plus fonc sertit les figures; les dtails taient ajouts aprs coup -quand ils taient plus foncs, rservs quand ils taient blancs. Les -peintures de Dahchour et de Medoum, qui datent du commencement de la -IVme dynastie, nous montrent les artistes gyptiens dj en pleine -possession de leur mtier, et il est certains de leurs panneaux qui sont -pleins de vie, de mouvement et de dlicatesse. Pendant un certain temps -on ngligea compltement la peinture pour la sculpture, et nous ne -trouvons des tombeaux peints sur enduit qu'en province, presque jamais -dans la capitale; ce n'est que plus tard, sous le Moyen et le Nouvel -Empire, que cet art reprendra un nouvel essor et accaparera de nouveau -la dcoration intrieure des spultures. - -[Illustration: _Fig. 129._ Peinture d'un tombeau de Medoum (d'aprs une -photographie de E. Brugsch-Pacha).] - - -_Objets usuels_ - -Depuis quatre ou cinq mille ans, les tombeaux de l'Ancien Empire -rsistent victorieusement aux atteintes du temps et ils sont arrivs -jusqu' nous avec leur dcoration peinte ou sculpte, dans un tat de -conservation trs satisfaisant. Les violateurs de spultures ne les ont -cependant point pargns; dans l'antiquit dj ils les ont visits, -ils sont descendus dans tous les caveaux funraires, dans ceux des rois -comme dans ceux des simples particuliers, franchissant les obstacles les -plus srieux, et ont pill consciencieusement tout le mobilier -funraire. Seules les statues de serdab qui ne pouvaient avoir aucune -valeur pour eux furent laisses dans leur cachette, ainsi que les tables -d'offrandes, grandes dalles sculptes devant la stle fausse-porte. Les -meubles, les armes, les outils, les vtements, les bijoux, tous les -objets usuels, en un mot, ont disparu et nous ne les connaissons que par -les reprsentations des reliefs et des peintures, reprsentations qui du -reste sont souvent trs suffisantes. Les seuls objets qui nous soient -parvenus sont des vases en pierre ou en terre qui ne prsentent pas avec -ceux de la priode prcdente des divergences trs marques. - - -_Inscriptions_ - -Depuis les dynasties thinites, poque o on ne l'employait qu'avec -parcimonie, l'criture a fait d'immenses progrs; elle est -dfinitivement constitue, rgularise et ordonne. C'est un instrument -parfait en son genre, bien qu'un peu compliqu, capable d'exprimer -toutes les nuances de la pense, dans tous les domaines, et qui a en -mme temps un caractre dcoratif trs marqu permettant de l'employer -l'ornementation des monuments, soit isolment, soit ct des -reprsentations figures, pour les complter, les quilibrer et les -expliquer. Quelques lignes d'hiroglyphes, sur un objet quelconque, -suffisent faire de lui un objet d'art, tant cette criture est belle -par elle-mme. - -[Illustration: _Fig. 130._ Panneau de Hosi (d'ap. MARIETTE. _Album du -Muse de Boulaq_, pl. XII).] - -L'criture hiroglyphique, en mme temps utilitaire et ornementale, avec -ses combinaisons de caractres alphabtiques, syllabiques et -idographiques, parat peu prs sur tous les monuments de l'Ancien -Empire, dans les tombeaux en particulier o nous l'avons vue se mler -aux bas-reliefs, s'incorporer eux. Ce sont en gnral de courtes -phrases, mises dans la bouche des personnages reprsents dans la scne; -ainsi il n'est pas rare de voir un ouvrier dire son voisin: tche de -te dpcher ou: fais attention ce que tu fais; un moissonneur boit - mme une cruche de bire en s'criant: ah! que c'est bon! ailleurs -c'est la chanson des laboureurs qui travaillent dans le terrain encore -inond: Le piocheur est dans l'eau, parmi les poissons; il cause avec -le silure, il change des saluts avec l'oxyrhinque. En d'autres parties -de la tombe, l'entre, et surtout sur la stle fausse-porte, on trouve -le nom du mort, avec ses titres et de courtes formules adresses -divers dieux comme Osiris et Anubis, et plus loin la grande liste -d'offrandes dispose en tableau. Dans les souterrains des tombes royales -on voit, partir d'un certain moment, les longs textes religieux se -drouler en colonnes serres, et couvrir d'immenses surfaces de parois. -J'ai dj parl des inscriptions historiques ou plutt biographiques o -un haut fonctionnaire raconte les pripties de sa carrire et qui sont -si prcieuses pour nous; il faut encore signaler certains textes -officiels, gravs sur pierre, des dcrets du roi en faveur de certains -temples, instituant des privilges spciaux, et nous aurons une ide -gnrale de ce qu'il y avait sous l'Ancien Empire en fait d'inscriptions -monumentales. - -Pour des compositions de longue haleine, des ouvrages scientifiques, -mdicaux, thologiques ou littraires et sans doute aussi dj pour la -correspondance, on employait une autre matire que la pierre et une -autre criture que les hiroglyphes. Les tiges de papyrus dcortiques, -dveloppes et crases, fournissaient des feuilles qui taient pour les -Egyptiens ce qu'est pour nous le papier, feuilles qu'on runissait bout - bout pour en faire de longs rouleaux; au moyen d'un roseau taill en -pointe ou en pinceau, on y crivait l'encre en caractres cursifs qui -sont une abrviation des hiroglyphes et auxquels nous donnons le nom -d'criture hiratique. Cette criture est dispose soit en colonnes -verticales, soit en lignes horizontales crites de droite gauche. Vu -la fragilit de la matire employe, il ne nous est parvenu que bien peu -de manuscrits de l'Ancien Empire, assez toutefois pour que nous -puissions juger que la mthode employe ne diffrait en rien de celle -des poques postrieures. - - -C. CIVILISATION - -_Royaut et Gouvernement_ - -Bien que fils des dieux et dieu lui-mme, le roi d'Egypte n'est pas, -comme dans beaucoup de monarchies orientales, un despote paresseux et -cruel, invisible au fond de son palais; il ne se borne pas non plus -donner tous ses soins ce qui doit tre la grande oeuvre monumentale de -son rgne, la construction de son tombeau. Il s'occupe activement et -personnellement de son pays et de son peuple, il dirige lui-mme toute -l'administration, choisit les fonctionnaires, rcompense les plus -mritants, rend la justice. Il exerce sur ses sujets une activit -bienveillante et semble tre vraiment, pour l'Ancien Empire tout au -moins, le dieu bon, selon une des pithtes qu'on lui dcerne le plus -frquemment. A ct de cela il trouve encore le temps de s'occuper de -science et de composer lui-mme des ouvrages de mdecine ou de -thologie. A l'exemple de leur pre, les princes ne restent pas -inactifs, ils font l'apprentissage du pouvoir en occupant ds leur jeune -ge des postes importants dans l'administration. - -La maison du roi se compose d'une foule d'officiers de toute sorte, -prposs les uns la toilette, aux vtements, aux parfums, les autres -la nourriture ou la boisson, et de prtres spciaux attachs la -personne royale, ainsi que d'une garde du corps. - -Le roi n'est pas seul assumer le pouvoir, il a sous ses ordres une -administration complique et d'origine trs ancienne; les fonctionnaires -sont nombreux et se prsentent nous chacun avec une srie de titres -dont nous ne parvenons pas dcouvrir l'exacte signification, mais qui -montrent qu'un individu pouvait cumuler des charges de natures trs -diverses, religieuses, militaires, civiles et judiciaires. Ceux de ces -personnages que nous connaissons le mieux sont naturellement ceux qui -entouraient le roi de plus prs et dont les tombeaux sont voisins du -sien, les vizirs, les grands juges, les grands prtres, les -fonctionnaires de l'administration centrale. A ct et au-dessous d'eux -il y avait la foule des fonctionnaires provinciaux. L'ancienne division -politique du pays en clans ou tribus avait donn naissance, une fois -l'oeuvre d'unification accomplie, un certain nombre de provinces ou -_nomes_ qui eurent chacun son administration propre, sous le contrle -du pouvoir central. Sous des rois dont l'autorit s'exerce sans -contestation, cette organisation intrieure doit avoir ses avantages, -mais si le sceptre tombe en des mains plus faibles elle ne peut que -favoriser le dmembrement du pays; nous avons vu que c'est en effet ce -qui arriva: la naissance et le dveloppement progressif de la fodalit, -puis les rivalits des familles les plus puissantes et les luttes -intestines, amenrent la fin de l'Ancien Empire. - -Le haut gouvernement des nomes tait donc un pouvoir fodal, trs -probablement entre les mains des descendants directs des anciens chefs -de tribus. Quant l'administration proprement dite, elle n'tait pas le -privilge d'une caste spciale, mais tait ouverte tous; il suffisait -d'avoir une bonne instruction, d'tre scribe, de se montrer intelligent -et habile, pour pouvoir atteindre n'importe quelle fonction. Nous -avons l'exemple de personnages d'humble extraction commenant par les -charges les plus modestes pour monter progressivement aux plus hautes -positions du royaume. - -Les prtres pouvaient cumuler des fonctions civiles et des charges -sacerdotales; ils pouvaient aussi, semble-t-il, se recruter parmi toutes -les classes de la population et ne formaient pas une caste part. Le -roi tait de droit souverain pontife de tout le pays et les grands -seigneurs hrditaires taient en mme temps les grands prtres des -sacerdoces de leurs nomes. - -Nous avons donc, dans l'Egypte de l'Ancien Empire, un mlange -extrmement curieux de tous les modes de gouvernement: en haut, une -monarchie absolue et thocratique, au-dessous une aristocratie -hrditaire, fodale et terrienne, et enfin, tant pour les provinces -que pour l'ensemble du pays, une administration accessible tous, -tenant en mme temps de la dmocratie et du mandarinat et ayant un -caractre sacerdotal trs marqu. Comment fonctionnaient tous ces -rouages qui nous paraissent si peu compatibles les uns avec les autres? -Nous ne pouvons nous en rendre compte d'une manire trs prcise, mais -les rsultats montrent que ce systme de gouvernement n'tait pas -mauvais puisque non seulement il subsista pendant les longs sicles que -dura l'empire memphite, mais encore fut repris au Moyen et au Nouvel -Empire avec certaines modifications. - - -_Relations extrieures_ - -Les objets remontant l'Ancien Empire sont si peu nombreux qu'il ne -faut pas s'tonner si l'on n'en retrouve pas qui portent la marque d'une -importation trangre. Les relations commerciales avec les pays -environnants, par terre comme par mer, ne s'taient cependant pas -interrompues, bien au contraire; on consommait beaucoup d'encens en -Egypte, surtout pour les besoins du culte; or l'encens ne pouvant -provenir que du sud de l'Arabie, de la cte des Somalis, du pays de -Pount, comme on appelait ces rgions, il devait donc arriver en Egypte -par la Mer Rouge. Les mines du Sina ne sont pas assez riches en cuivre -pour avoir pu fournir tout celui qu'on employait sous l'Ancien Empire, -aussi est-il des plus probable que dj ce moment-l on le faisait -venir de Chypre, comme aux poques suivantes. Le commerce, plus facile -encore avec la Syrie, tait sans doute plus dvelopp de ce ct-l. Les -pharaons avaient du reste sur cette contre, ou du moins sur sa partie -mridionale, certaines prtentions de suzerainet, et nous les avons vus -y envoyer diverses reprises des expditions armes. Le plus souvent -ces expditions remportaient des succs sur les indignes et ramenaient -un riche butin, pris par la force ou acquis par voie d'change, mais -parfois aussi elles chouaient piteusement, et se faisaient massacrer -dans un guet-apens. - -Le Soudan et la Nubie n'taient pas encore soumis, mais le gouvernement -gyptien, qui recrutait des mercenaires parmi les tribus de ces rgions, -les considrait un peu comme des vassales et leur envoyait souvent de -petites expditions demi militaires, demi commerciales, charges de -recueillir l'allgeance des chefs et si possible un tribut, d'assurer la -scurit des routes et le respect du nom de l'Egypte, et de faire -aboutir des oprations fructueuses par voie d'change. Ces expditions -taient le plus souvent diriges par les gouverneurs du sud, les -rsidents gyptiens Elphantine, qui avaient la garde de la frontire: -ces hauts fonctionnaires s'appliqurent laisser la postrit le -rcit plus ou moins dtaill de leurs diverses missions. Ainsi nous -voyons Herkhouf s'acqurir la faveur du roi pour lui avoir ramen du -centre de l'Afrique un nain qui devait le divertir par ses danses -bizarres: ce roi tait Pepi II, alors encore un tout petit enfant. - - -_Famille_ - -Du haut en bas de l'chelle sociale, l'organisation de la famille a un -caractre tout patriarcal, empreint de libert, de bienveillance et -d'intimit. Il suffit de jeter les yeux sur les nombreux groupes -familiaux, bas-reliefs ou statues, pour juger des relations tendres -qu'avaient entre eux poux, parents et enfants: on voit souvent la femme -assise sur le mme sige que son mari, ou debout ct de lui, passant -le bras autour de son cou tandis qu'il l'enlace troitement et que les -enfants se pressent autour d'eux. L'homme est le chef incontest de la -famille, il la dirige, la protge, la groupe autour de lui, sa vie -durant; quant la femme, elle jouit d'une position trs privilgie, en -regard des autres femmes d'Orient: elle n'est pas enferme dans un -harem, elle est absolument libre de ses mouvements et de ses actions, -elle accompagne partout son mari comme une gale, non comme une -infrieure, elle exerce une autorit morale toute spciale sur les -enfants. Parmi ceux-ci, les filles ont les mmes droits que les fils -l'hritage paternel. - -Ds l'Ancien Empire, l'Egyptien est certainement monogame; peine -trouve-t-on un ou deux grands personnages ayant ct de leur femme -lgitime une concubine, dont les enfants ont du reste peu prs les -mmes droits que leurs frres. Seul le roi a en gnral plusieurs femmes -dont l'une, la grande pouse royale a le pas sur les autres, tant -sans doute de plus haute naissance, parfois mme de race royale. Pour -conserver aussi pur que possible le sang divin qui coule dans ses -veines, le roi doit de prfrence prendre une femme du mme sang que -lui, donc une proche parente. Sous le Nouvel Empire nous voyons le plus -souvent le pharaon pouser sa soeur, parfois mme sa fille; il en tait -sans doute de mme pour les rois memphites. Ces unions qui nous -paraissent monstrueuses n'avaient rien que de trs naturel pour les -Egyptiens, pour qui la puret de la race avait une importance capitale. - - -_Vtement_ - -Vu le climat de l'Egypte, les habitants de ce pays n'ont jamais prouv -le besoin de s'habiller chaudement; le costume en usage sous l'Ancien -Empire est particulirement sommaire. Les hommes portent tous le pagne, -plus ou moins grand suivant leur condition: pour les gens de bas tage, -les mariniers par exemple, il se rduit une ceinture garnie par devant -de quelques petites lanires formant tablier, pour d'autres ouvriers -c'est un morceau d'toffe passant entre les jambes et fix galement -une ceinture. Le modle ordinaire est compos d'une longue pice de -toile blanche enroule troitement autour de la partie moyenne du corps, -soutenue par une ceinture et descendant presque jusqu'aux genoux. Chez -les grands personnages ce vtement prend plus d'importance: il n'est pas -plus long, mais beaucoup plus ample, et la partie de devant, gaufre -petits plis et empese, forme une sorte de grand tablier triangulaire. -En outre, les notables ont le plus souvent aux pieds des sandales, -simples semelles plates, et autour du cou un large collier descendant -sur la poitrine et compos gnralement de perles en verroterie, parfois -aussi de perles d'or. La tte est entirement rase, cheveux, barbe et -moustaches, et, pour sortir, les grands personnages se coiffent d'une -perruque plus ou moins volumineuse suivant la mode du jour, tandis que -chez les gens du peuple cette perruque parat n'tre plus qu'une simple -calotte feutre, pousant les formes du crne. Souvent une petite barbe -postiche se fixe sous le menton des notables. Jamais on ne voit de -manteau sur les paules des particuliers; seul le roi, dans certaines -crmonies, porte un vtement de forme particulire, trs ample, sans -manches, descendant du cou jusqu'aux genoux. - -[Illustration: _Fig. 131._ Costumes de l'Ancien Empire (d'apr. LEPSIUS. -_Denkmler_, II, pl. LXXIII).] - -Les femmes sont vtues d'une robe absolument collante descendant de la -naissance des seins jusqu'au bas des mollets; des bretelles la -retiennent aux paules. La gorge est couverte d'un large collier, et des -anneaux de diffrentes formes ornent les bras et les chevilles. La -chevelure, trs abondante, retombe sur les paules en une multitude de -petites tresses; parfois un riche bandeau enserre cette coiffure -au-dessus du front. - -[Illustration: _Fig. 132._ Ptahhetep sa toilette (d'apr. PAGET-PIRIE. -_Ptahhetep_, pl. XXII).] - -La toilette tait chose importante pour les Egyptiens; ils se lavaient -soigneusement, se faisaient oindre le corps d'huiles et de parfums. Les -gens riches avaient des serviteurs qui les massaient et leur servaient -de manicures, de pdicures, et sans doute aussi de coiffeurs. Avant et -aprs le repas, on se lavait les mains et la bouche, comme cela se fait -encore aujourd'hui en Orient. - - -_Mobilier et Habitation_ - -Les Egyptiens avaient l'habitude de s'accroupir terre, sur des nattes, -pour toutes les occupations sdentaires; c'tait la position ordinaire -des artisans leur travail et des scribes en train d'crire. Par -contre, pour manger, ils s'asseyaient sur des chaises, des fauteuils ou -mme des divans deux places, devant de petits guridons ronds, hauts -sur pied, o s'empilaient les victuailles. Ils couchaient dans des lits -garnis de plusieurs matelas, de couvertures et de chevets en guise -d'oreiller, lits quatre pieds, assez levs pour qu'on dt y monter -l'aide d'un petit escabeau. Le mobilier comportait encore un certain -nombre de coffres de diverses dimensions, o l'on serrait le linge et -les ustensiles de toute sorte. En ce qui concerne les habitations, nous -n'avons gure de renseignements pour l'Ancien Empire; ce devaient tre -des constructions lgres, en partie en briques crues ou en terre pile, -en partie en bois, avec des jours qu'on pouvait fermer, au moyen de -tentures multicolores ou de nattes; comme plafond, des solives de bois -de palmier, se touchant, supportaient une terrasse en terre battue. - - -_Chasse et Pche_ - -Les grands marais remplis de poissons et d'oiseaux de toute sorte qui -bordaient la valle du Nil, fournissaient aux seigneurs gyptiens, -grands amateurs de chasse et de pche, un terrain incomparable. Ils s'y -rendaient avec leurs gens qui sur place prparaient des nacelles lgres -en faisceaux de tiges de papyrus, dans lesquelles tout ce monde -s'embarquait, pntrant dans les fourrs marcageux. Le matre tenait -d'une main des oiseaux captifs dont les cris servaient d'appeaux, tandis -que de l'autre il brandissait son boumerang et le lanait adroitement -sur le gibier, abattant l'un aprs l'autre le hron, l'oie, le canard, -la grue, que ses gens allaient chercher dans les roseaux; puis il -saisissait un harpon double lame barbele avec lequel il transperait -d'une main sre les gros poissons passant sa porte, qu'il relevait -tout ruisselants d'eau. Cette arme puissante lui servait aussi se -dfendre contre l'hippopotame qui aurait pu venir troubler sa promenade. - -[Illustration: _Fig. 133._ Chasse et pche au marais (d'aprs DE MORGAN. -_Catal. des Monum._, I, Assouan, p. _146_).] - -[Illustration: _Fig. 134._ Chasse au lasso (d'ap. DAVIES. _Ptahhetep_, -I, pl. XXII).] - -Aux confins du dsert, la chasse tait plus fructueuse, mais plus -difficile et plus dangereuse aussi; on y rencontrait la gazelle, -l'antilope, le boeuf sauvage ainsi que le lion et la panthre. Le -seigneur gyptien s'y aventurait rarement, mais il y envoyait certains -de ses hommes, chasseurs de profession qui, accompagns de leurs grands -chiens, poursuivaient le gibier et l'attaquaient avec leurs flches ou -au lasso. - -[Illustration: _Fig. 135._ Chasse au filet (d'aprs CAPAET. _Une rue de -tombeaux_, pl. XXXVI-XXXIX).] - -Il ne suffisait pas d'approvisionner le garde-manger, il fallait se -constituer une rserve vivante d'aliments et remplir la basse-cour. A -cette fin, au moment du passage des oiseaux migrateurs, on disposait sur -des tangs de grands filets tendus sur des cadres en bois et on attirait -le gibier au moyen d'appts ou d'appeaux; une fois que le vol s'tait -pos sur l'tang, un surveillant cach tout prs de l donnait un -signal, d'autres hommes tiraient vivement sur une corde, le filet se -refermait sur les volatiles qu'on sortait avec prcaution et qu'on -enfermait dans des cages pour les porter dans de grandes volires -grilles et munies de bassins d'eau, o on pouvait les conserver et les -engraisser. - -[Illustration: _Fig. 136._ Scnes de pche (d'aprs DE MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _518_).] - -Le Nil et ses drivs fourmillent de poissons, dont la chair a t de -tous temps une grande ressource pour les habitants du pays; ceux-ci -employaient pour les prendre des moyens qui sont de tous les temps et de -tous les pays, des engins qu'ils avaient perfectionns et dont ils -savaient tirer parti: d'abord la ligne, une ligne main hrisse -d'hameons son extrmit, mais sans canne ni flotteur, puis le petit -filet manche, le troubleau, puis les nasses, les grandes bouteilles en -osier qu'on dposait au fond de l'eau et qu'on relevait de temps en -temps. La pche la plus productive tait fournie par la seine, le grand -filet droit muni de plombs et de flotteurs, qu'on tranait grand -renfort de bras dans des cours d'eau ou des tangs, de manire -ramasser tout le poisson. Sitt sortis de l'eau, les poissons taient -ouverts, vids, sals et tendus ou suspendus au soleil pour tre -schs. - -[Illustration: _Fig. 137._ Basse-cour (d'ap. VON BISSING. _Mast. des -Gem-ni-kai_, I, pl. IX).] - -Le nombre des animaux ainsi domestiqus s'accroissait sans cesse tant -par la reproduction naturelle que par l'apport de nouveaux individus -pris la chasse. Nous venons de voir les oiseaux levs en basse-cour, -nourris de grains ou engraisss au moyen de boulettes qu'on leur -introduisait de force dans le bec. On employait le mme procd pour -certains bestiaux de choix levs part des autres dans des fermes, -boeufs ou antilopes qu'on emptait ainsi avec des aliments fabriqus au -fur et mesure, parfois mme des hynes qu'on tait oblig d'attacher -par les pattes et de renverser sur le dos pour leur faire avaler des -oies rties; il semble en effet, quelque bizarre que cela puisse nous -paratre, que sous l'Ancien Empire les Egyptiens, pour varier leurs -menus, mangeaient parfois de la chair d'hyne. - - -_Elevage_ - -La grande masse du btail vivait presque en libert sous la garde de -bergers dans les terrains situs au del des cultures, qui n'avaient -pas encore, comme aujourd'hui, absorb tout le sol de la valle; ces -animaux taient presque sauvages, il fallait lier les jambes des vaches -pour les traire, et quant aux boeufs et taureaux, lorsqu'il s'agissait -de les capturer, on devait employer le lasso. De temps autres, les -propritaires allaient sur place inspecter leurs bestiaux ou se les -faisaient amener par troupes, pour en faire le compte. Le gouvernement -faisait de son ct procder tous les deux ans au dnombrement gnral -des bestiaux, sur lesquels le roi prlevait sans doute une forte dme; -cette opration tait mme considre comme des plus importantes, car -elle servait de base aux calculs chronologiques: on ne disait pas, -cette poque, l'an 6 de tel roi, mais l'anne qui suit le 3e compte -de bestiaux de tel rgne. A ct des boeufs et des vaches, il y avait -encore dans ces domaines ruraux du petit btail, des chvres et des -moutons; quant aux nes, qu'on runissait aussi en troupeaux, comme on -les employait frquemment toutes sortes de travaux, il est probable -qu'on les gardait proximit des habitations plutt que dans les -pturages. - -[Illustration: _Fig. 138._ Engraissage des boeufs (d'aprs DE MORGAN. -_Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _521_).] - -[Illustration: _Fig. 139._ Antilopes. Engraissage des hynes (d'aprs DE -MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _513_).] - -A ct de l'levage, l'agriculture tait en plein dveloppement, et les -tableaux qui reprsentent des scnes de la vie des champs sont nombreux -dans les bas-reliefs des mastabas. La crue du Nil tait soigneusement -observe et enregistre dans les documents officiels; c'est donc qu'on -avait reconnu l'importance des irrigations, desquelles dpend la -fertilit du pays. Il est trs probable que c'est de cette priode que -datent les premiers de ces canaux qui apportent l'eau sur tous les -points de la valle, et les digues qui la retiennent pour laisser -dposer le limon. - -[Illustration: _Fig. 140._ Labourage et semailles (d'aprs DAVIES. -_Sheikh Sad_, pl. XVI).] - -[Illustration: _Fig. 141._ Scne de moisson (d'ap. LEPSIUS. _Denkmler_, -II, pl. CVI).] - -[Illustration: _Fig. 142._ Dpiquage du grain (d'aprs MURRAY. _Saqqara -Mastabas_, I, pl. XI).] - -La principale culture est celle des crales. Nous voyons les laboureurs -retourner le sol l'aide de charrues trs simples, soc de bois, -atteles de deux boeufs, car il n'est pas ncessaire de travailler trs -profondment cette terre meuble et grasse. Derrire eux viennent les -semeurs, jetant le grain la vole, et immdiatement aprs, on amne -des troupeaux de chvres et de moutons qui, presss par des ouvriers -munis de courbaches, pitinent le champ ensemenc pour faire pntrer le -grain. La moisson se fait au moyen de faucilles de bronze ou de bois -armes de lames de silex, avec lesquelles on scie la tige mi-hauteur; -on lie les javelles en gerbe pour les charger sur des nes qui bon gr -mal gr les transportent prs de l'aire o on les empile en hautes -meules. Plus tard, quand la rcolte est sche, vient le dpiquage: les -gerbes sont dlies, tendues sur l'aire et foules aux pieds par des -boeufs ou des nes, et ce procd a le double avantage de faire sortir -le grain et de hacher la paille qui, comme partout en Orient, sert de -fourrage. Les vanneuses ensuite jettent en l'air le grain et le passent -au crible, et enfin on mesure la rcolte au boisseau et on l'enferme -dans les greniers. - -[Illustration: _Fig. 143._ Foulage et pressurage du raisin (d'aprs -PAGET-PIRIE. _Tomb of Ptahhetep_, pl. XXXIII).] - -La vigne se cultive en berceaux, dans des jardins; au moment de la -vendange, des hommes cueillent le raisin mr, le mettent dans de grands -paniers et le portent tout ct, sur le pressoir, sorte de grande auge -surleve o la rcolte est foule aux pieds par d'autres ouvriers. Le -rsidu est ensuite mis dans de grands sacs de forte toile, chaque -extrmit desquels est pass un bton, et on arrive encore extraire -une bonne quantit de jus en tordant nergiquement ce pressoir -rudimentaire, opration qui ncessite une pittoresque gymnastique de la -part des cinq pressureurs. Enfin le mot est port au cellier, dans de -grandes jarres qu'on ferme et qu'on scelle soigneusement. - -[Illustration: _Fig. 144._ Rcolte du lin (d'aprs LEPSIUS. _Denkmler_, -II, pl. CVII).] - -Les autres genres de culture, comme la rcolte des figues que des hommes -ou parfois des singes vont cueillir dans les arbres, ou celle du lin, -qui se pratique par arrachage de la tige et non plus la faucille, sont -plus rarement reprsentes. Enfin quelques scnes de jardinage montrent -des ouvriers arrosant soigneusement des carrs de lgumes. - -[Illustration: _Fig. 145._ Tressage des nattes (d'aprs PERROT et -CHIPIEZ. _Histoire de l'Art_, I, p. _36_).] - -Les Egyptiens n'employaient pour leurs vtements que de la toile de lin, -et dj au dbut de la IVme dynastie ils taient passs matres dans -l'art de filer et de tisser. Parmi les rares chantillons d'toffes de -l'Ancien Empire qui nous sont parvenus, il y a surtout des toiles fines, -trs fines mme; certaines bandelettes de momies royales sont faites au -moyen de fil incomparablement plus fin que celui de n'importe quel tissu -moderne (un kilo de ce fil reprsenterait 12 18.000 mtres de -longueur, selon les calculs des spcialistes). Pour d'autres usages, en -particulier pour la fabrication de portires et tentures, on employait -des toffes multicolores plus paisses, o le tisserand, prcurseur des -fabricants de tapis orientaux, obtenait par la disposition de ses fils -de couleur des compositions ornementales simples, mais du meilleur got. - -Les vanniers faisaient dj de ces paniers de toute forme qui sont -aujourd'hui une spcialit du Soudan gyptien, ouvrages de sparterie -trs soigns et trs fins, aux brins de couleurs heureusement alterns -et qui sont en mme temps d'une solidit toute preuve. Les gens du -peuple taient trs habiles ces sortes de travaux, ainsi les ptres, -tout en surveillant leurs troupeaux, tressaient avec des joncs et -d'autres herbes les nattes dont ils faisaient usage, nattes si souples -qu'elles se roulaient comme des couvertures et se portaient aisment en -bandoulire. - -[Illustration: _Fig. 146._ Menuisiers. Tombeau de Mera (d'ap. un dessin -de l'auteur).] - -Dans d'autres tableaux nous voyons des cordiers tordant ou tournant -leurs cordes, des cordonniers assouplissant le cuir, le taillant et le -cousant, des menuisiers travaillant des meubles de toute sorte avec la -scie, le maillet, le ciseau, l'herminette et le peroir archet. Plus -loin ce sont des sculpteurs et des peintres, des fabricants de vases de -pierre et des chaudronniers dont nous avons dj pass en revue les -oeuvres, et enfin des bijoutiers pesant, fondant et coulant l'or, -calibrant et assemblant les pierres fines. - -[Illustration: _Fig. 147._ Orfvres et joailliers (d'ap. DE MORGAN. -_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _527_).] - - -_Navigation_ - -On peut dire que les transports, sous l'Ancien Empire, se faisaient -uniquement par la voie fluviale. Sur terre, le seul moyen de locomotion -tait la marche; les nes servaient seulement de btes de somme, et il -est extrmement rare que les hommes aient song monter sur leur dos. -Quant la litire ou chaise porteurs, c'tait l un luxe que seuls -les grands seigneurs pouvaient s'offrir, quand ils allaient inspecter -leurs domaines. Sur l'eau, nous avons dj vu les petites nacelles en -papyrus employes pour la chasse et la pche; les autres bateaux -construits en bois taient trs varis de forme, qu'il s'agt des lourds -et solides bachots, munis de rames et de gouvernails, destins faire -de petits trajets et transporter des marchandises ou des bestiaux, ou -bien des bateaux rames et voiles, qui dnotent dj une grande -habitude de la navigation. Ds le dbut de la IVe dynastie, on employait -de faon constante, pour remonter le Nil, de longs bateaux aux -extrmits lgrement releves, portant un gros mt form de deux -madriers qui s'assujettissent dans les deux bordages et ne se runissent -qu' leur partie suprieure; une vergue se hisse au sommet de ce mt, -supportant une voile trapzode d'un modle spcial commande par deux -bras, gros cordages dont un homme assis la poupe tient les extrmits. -Des gouvernails en forme de rames, en plus ou moins grand nombre -suivant les dimensions du bateau, servent donner la direction. Un toit -lger, courant au-dessus du pont, fournit aux passagers un abri -suffisant. Pour descendre le fleuve, on pliait la voile, on abattait le -mt et le bateau suivait le fil du courant, actionn en outre par les -rames. Plus tard, vers la fin de l'Ancien Empire, on voit paratre un -nouveau modle de barque, la grande nef ponte, au mt simple portant -une voile carre soutenue par deux vergues; le mode de navigation ne -change du reste pas pour cela, et on continue, comme de nos jours -encore, remonter le fleuve la voile, le redescendre la rame. - -[Illustration: _Fig. 148._ Litire (d'aprs DAVIES. _Deir et Gebrawi_, -I, pl. VIII).] - -[Illustration: _Fig. 149._ Fabrication de nacelles (d'ap. DAVIES. -_Sheikh Sad_, pl. XII).] - -[Illustration: _Fig. 150._ Barque. IVe dyn. (d'ap. JQUIER. _Bull. de -l'Inst. fr. du Caire_, t. IX, pl. III).] - -Les vaisseaux de mer, plus grands et plus forts sans doute que ceux du -Nil, en diffrent peine quant la forme gnrale; les mts, les -voiles, les gouvernails, les rames sont les mmes, mais il n'y a aucune -superstructure, et un norme cble, allant de la proue la poupe, -assure la solidit de la charpente. - -[Illustration: _Fig. 151._ Scne du march (d'apr. LEPSIUS. _Denkmler_, -II, pl. XCVI).] - - -Pour avoir un tableau complet de l'tat de l'Egypte cette poque, il -faudrait approfondir encore bien des points sur lesquels nous sommes peu -documents, ainsi la question trs importante du commerce qui, faute de -numraire, se faisait de gr gr, par change, suivant entente entre -les contractants, sans que nous sachions s'il y avait des boutiques ou -seulement des marchs priodiques dans les centres. Nous sommes aussi -assez mal renseigns sur l'exploitation des mines et des carrires et -sur le transport des gros matriaux, qui se faisait bras d'hommes, sur -traneaux, de la montagne au fleuve. Cette esquisse sommaire, suffisante -pour le moment, nous permettra de nous rendre compte de ce qu'tait, -dans ses grandes lignes tout au moins, la civilisation de l'Egypte sous -les rois memphites et hliopolitains, priode qui est la base mme de -toute la civilisation pharaonique. Pour les poques suivantes nous -pourrons nous contenter de signaler les transformations, les -perfectionnements apports au cours des sicles cet tat de choses, -par suite du travail intrieur ou des importations trangres. - -[Illustration: _Fig. 152._ Forage de vases de pierre (d'ap. DE MORGAN. -_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _497_).] - - - - -[Illustration: _Fig. 153._ Sphinx du Moyen Empire (d'aprs LEGRAIN. -_Statues et statuettes_, I, pl. XX).] - - - - -CHAPITRE VI - -MOYEN EMPIRE - -(2200 1500 avant J.-C. environ.) - -A. HISTOIRE - - -_XIe dynastie_ - -Une priode de troubles intrieurs comme celle qui termina l'Ancien -Empire ne pouvait se prolonger indfiniment et devait aboutir une -restauration de la monarchie sur des bases un peu diffrentes. Nous -avons vu les derniers rois memphites, qui ne disposaient pas d'une force -militaire srieuse et qui sans doute n'avaient plus l'autorit morale de -leurs prdcesseurs, s'effacer peu peu devant leurs comptiteurs, les -princes hraclopolitains; ceux-ci n'avaient cependant pas russi, -malgr l'nergique appui de leurs vassaux, les dynastes de Siout, -s'installer dfinitivement sur le trne d'Egypte, ni mme laisser un -nom durable. Pendant ce temps s'levait dans le sud, dans une province -qui jusqu'alors n'avait jou aucun rle, celle de Thbes, une famille -nouvelle, au sang moins pur, mlang d'lments soudanais, famille -nergique poursuivant de pre en fils, avec opinitret, un seul but, la -restauration, son profit, de l'unit du royaume gyptien. Ces -seigneurs qui portent tous le nom d'Antef ou de Mentouhotep, -commencrent petitement: les plus anciens n'ont que leur titre de -monarque puis peu peu ils s'arrogent le droit d'inscrire leur nom dans -un cartouche, ils se qualifient de rois de la Haute Egypte et finissent -par prendre la titulature complte des rois lgitimes. Les premiers -n'tendaient leur domination que sur la moiti mridionale de la Haute -Egypte, mais en mme temps ils avaient soumis la Nubie jusqu' la -deuxime cataracte au moins; les derniers rgnrent sur toute la valle -du Nil et poussrent mme plus loin, puisqu'ils entreprirent des -expditions du ct du Sina et de la Syrie mridionale. - -[Illustration: _Fig. 154._ Mentouhotep IV (?) (d'apr. un bas-relief -provenant de Deir-el-Bahari).] - -L'ordre de succession de ces rois, qui forment la XIme dynastie, n'est -pas trs clair; leur chronologie l'est encore moins: le papyrus de Turin -donne six rois ayant rgn pendant plus de 160 ans, tandis que d'aprs -Manthon il y aurait eu 16 rois et 43 ans de rgne; il y a dans ces -chiffres des erreurs videntes, puisque nous savons d'autre part que -certains de ces rois rgnrent au moins 50 ans; on peut donc supposer -que le papyrus ne nomme que les derniers rois de la srie, ceux qui -pouvaient tre considrs comme souverains lgitimes, tandis que -Manthon indique le nombre total des princes de la famille, et la somme -des annes de rgne des deux derniers seulement, ceux qui gouvernrent -sans aucun doute tout le pays. Comme date, nous pouvons placer cette -XIme dynastie thbaine, de faon tout fait approximative du reste, aux -environs de l'an 2.200 avant J.-C. - - -_XIIe dynastie_ - -Nous ne savons dans quelles conditions le dernier roi de cette dynastie, -Mentouhotep V Seankhkara, cda la place de gr ou de force un homme du -nom d'Amenemhat, qui avait t grand-vizir sous un rgne prcdent et -qui tait sans doute apparent de prs ou de loin la famille royale. -Usurpateur ou non, le nouveau roi trouva devant lui de nombreux -adversaires qu'il finit par rduire, comme il sut plus tard djouer un -complot des gens du palais qui en voulaient sa vie. Amenemhat I tait -non seulement un homme d'action, il tait aussi un organisateur de -premier ordre, en juger par l'oeuvre accomplie pendant les 30 ans que -dura son rgne. Il supprime dfinitivement le rgime fodal, l'autonomie -des petits princes locaux sur lesquels ses prdcesseurs avaient d -s'appuyer pour gouverner, il reconstitue l'unit de l'Egypte sous un -seul sceptre, fait rgner l'ordre et la paix dans tout le pays, recule -ses frontires grce des expditions heureuses, et fonde une dynastie -qui devait rgner 213 ans en tout, et tre une des plus brillantes qui -aient occup le trne de l'Egypte. - -[Illustration: _Fig. 155._ Senousrit I (photo. de E. Brugsch-Pacha).] - -La XIIme dynastie est donc d'origine thbaine, mais son centre politique -fut toujours celui qu'avait choisi le fondateur de la monarchie -gyptienne, Memphis, abandonne depuis quelques sicles. C'est dans les -environs immdiats de l'antique capitale que les nouveaux rois -tablirent leur rsidence et qu'ils construisirent leurs tombeaux. Les -sept rois qui se succdent de pre en fils portent tous, soit le nom -d'Amenemhat, qui est celui du fondateur de la dynastie, soit celui de -Senousrit, qu'on lisait autrefois Ousertesen et qui est en ralit -l'origine du nom grec de Sesostris, ce hros plus lgendaire que rel -sur la personne duquel se grouprent aux basses poques tous les hauts -faits des rois du temps pass dont on avait conserv le souvenir. - -[Illustration: _Fig. 156._ Senousrit III (d'aprs LEGRAIN. _Statues et -statuettes_, I, pl. VI).] - -Les vrais Ssostris, ceux de l'histoire, sont du reste aussi des -guerriers et des conqurants, mais leur activit est surtout dirige -vers le sud. Les plus clbres d'entre eux, Senousrit I et Senousrit III -parachevrent l'oeuvre entreprise par Amenemhat I, la conqute de la -Nubie: ils tendent l'autorit effective de l'Egypte jusqu' la 2e -cataracte, c'est--dire reculent d'au moins 400 kilomtres les -frontires de leur royaume. La Nubie est devenue une province -gyptienne, administre par des fonctionnaires spciaux, avec de petites -garnisons cantonnes dans les points faibles du pays, o s'lvent -d'importantes forteresses, celles de Semneh et de Koummeh en -particulier, qui gardent les deux rives de la cataracte, frontire -extrme de la nouvelle province. - -Les Pharaons de la XIIme dynastie, bien que trs occups du ct du -Soudan, ne ngligent pas pour cela les autres contres limitrophes; les -Libyens aussi bien que les Syriens habitant les confins de l'Egypte sont -refouls ou assujettis, et la domination effective du roi s'tend sur -les Oasis, le Sina et les contres dsertiques o les travaux dans les -carrires et dans les mines peuvent s'effectuer en toute tranquillit. - -[Illustration: _Fig. 157._ Amenemhat III (d'aprs _Muse Egyptien_, II, -pl. XV).] - -Le dernier grand roi de la dynastie, Amenemhat III, attacha son nom -une oeuvre gigantesque, la cration dans le Fayoum,--petit territoire en -contre-bas de la valle du Nil, du ct ouest,--d'un immense rservoir -destin rgulariser les irrigations des environs de Memphis et de la -Basse Egypte. C'est le fameux lac Moeris mentionn par Hrodote et les -autres auteurs classiques, qui parlent en mme temps avec admiration du -Labyrinthe, le palais construit sur ses bords. Quelle est dans ces -rcits la proportion exacte de fable et de ralit, c'est ce qui n'a pu -tre encore tabli; toujours est-il que maintenant on ne voit plus, de -ce qui devait tre jadis le lac Moeris, qu'un lac naturel sans -coulement, le Birket-Karoun, et au lieu du Labyrinthe, des ruines de -villes, trs tendues, mais qui n'ont rien de monumental, deux -pyramides, des colosses, un oblisque; ces restes de constructions -montrent bien l'importance des travaux entrepris par Amenemhat III dans -ce coin de pays, travaux qui furent, sinon aussi merveilleux que se -l'imaginaient les Grecs, du moins considrables. - - -_XIIIe et XIVe dynasties_ - -Deux rgnes trs courts et sans clat, ceux d'Amenemhat IV et de la -reine Sebeknefrou clturent cette priode si glorieuse et si brillante -pendant laquelle l'Egypte avait atteint un degr de puissance trs -suprieur celui auquel elle tait arrive sous les plus grands rois de -l'Ancien Empire. Nous ne savons quelles sont les circonstances qui -amenrent la chute de la XIIme dynastie, soit que la race se soit -teinte naturellement, soit que ces deux derniers souverains aient fait -preuve d'incapacit et se soient laisss supplanter par des comptiteurs -puissants. Avec eux cesse, pour un temps du moins, l'unit de l'Egypte, -et nous nous trouvons en prsence de deux familles rivales, l'une de -Thbes, l'autre de Xos dans le Delta, qui forment la XIIIme et la XIVme -dynastie; il semble qu' un moment donn cette dernire dynastie ait t -considre comme seule lgitime, mais d'un autre ct la puissance des -rois thbains de la XIIIme a certainement t plus grande. Du reste ces -deux sries de rois sont si enchevtres qu'on a peine les distinguer -l'une de l'autre: les monuments de cette poque donnent bien des noms de -rois, rarement des dates, et jamais aucun dtail sur le rgne des divers -souverains ni sur l'ordre de succession; le papyrus de Turin donnait une -longue liste, malheureusement trs fragmente aujourd'hui, et ne parat -pas avoir tabli de distinction entre ces deux dynasties; les autres -listes royales ne mentionnent que trs peu de noms de cette poque. -Enfin Manthon ne cite pas un seul nom, mais donne la XIIIme dynastie -60 rois et 453 ans de rgne, et la XIVme, 76 rois et 184 ans, chiffres -qui sont peut-tre exagrs quant au nombre d'annes, mais qui -paraissent correspondre la ralit, en ce qui concerne le nombre de -rois qui occuprent le trne. - -[Illustration: _Fig. 158._ Neferhotep. Bologne (d'ap. PETRIE. -_Photographs_, No _38_).] - -Nous sommes donc peu renseigns sur cette priode, et c'est peine s'il -convient de rappeler le souvenir des Neferhotep et des Sebekhotep, les -quelques souverains qui nous paraissent tre les figures les plus -marquantes de la srie et dont les rgnes sont plus longs que ceux des -autres et les monuments que nous avons d'eux plus abondants et plus -importants. L'examen des noms mmes de tous ces rois montre clairement -que ces deux dynasties ne se composent pas seulement de deux familles -homognes, mais de groupes trs diffrents d'origine ou d'individus -isols qui se succdent sans lien apparent, et ne sont mme sans doute -pas tous de vrais Egyptiens; ainsi l'un d'eux s'appelle Nehasi, le -ngre, et d'autres, comme Khendi et Khenzer, en juger par leurs noms, -pourraient tre d'origine babylonienne. - - -_Les Hyksos_ - -C'est prcisment cette poque, o l'Egypte n'tait plus suffisamment -puissante pour rsister aux ennemis du dehors, que surgirent les Hyksos -ou rois pasteurs, chefs de bandes ou de tribus smites, originaires -sans doute de Palestine ou de Syrie, qui pntrrent dans la valle du -Nil par la frontire nord-est, entre Pluse et Suez, s'tablirent et se -fortifirent dans le Delta, rayonnrent de l dans tout le pays, y -tablirent une autorit durable et s'arrogrent mme le titre officiel -de rois d'Egypte. Cette invasion est en somme le rsultat d'une de ces -pousses des peuples d'Orient vers l'Occident qui sont si frquentes -dans l'histoire et qui chaque fois amenrent des perturbations -considrables; celle-ci fut dtermine par la descente des Elamites en -Msopotamie, qui provoqua galement le dpart d'Abraham pour la -Palestine. - -[Illustration: _Fig. 159._ Tte d'un roi hyksos (d'apr. NAVILLE. -_Bubastis_, pl. XI).] - -La domination des rois pasteurs dura longtemps et s'exera, suivant les -monuments, plus ou moins loin vers le sud, contrebalance seulement par -un petit noyau qu'on pourrait qualifier de nationaliste et qui se -groupait dans la Thbade, autour des derniers rois de la XIIIme -dynastie, puis des princes qui fondent la XVIIme et prparent la -revanche qui doit inaugurer le Nouvel Empire. Ces trangers s'taient -rapidement gyptianiss; ils avaient adopt les coutumes de leurs sujets -plus civiliss qu'eux et cherchrent gouverner comme les anciens rois -autochtones, mais ils ne russirent pas laisser une trace vraiment -durable de leur passage au pouvoir. Nous ne connaissons aucun difice -important qui puisse avoir t construit par eux, part peut-tre les -murs d'enceinte en briques de leur capitale, la ville fortifie -d'Avaris, l'est du Delta, et leurs noms ne nous sont parvenus que sur -quelques petits objets ou sur des statues antrieures qu'ils s'taient -appropries. Ils encouragrent les sciences et la littrature, ainsi que -nous l'apprennent certains papyrus, mais d'un autre ct, il est bien -probable que c'est aux premiers de ces rois qu'il faut attribuer le -pillage systmatique des tombeaux royaux antrieurs. - - -_XVIIe dynastie_ - -Enfin il s'leva une nouvelle race de princes thbains qui, d'abord -vassaux des rois Hyksos, prirent en main la tche de dlivrer leur pays -de la domination trangre. Leurs talents militaires, leur valeur -personnelle et sans doute surtout un mouvement intense du pays entier, -rvolt contre ses oppresseurs, amenrent rapidement la chute du royaume -des pasteurs. Refouls de la Haute Egypte d'abord, puis du Delta mme, -il ne resta bientt plus aux pharaons smites qu'un petit canton aux -confins du dsert et leur retraite fortifie d'Avaris, o ils tinrent -bon pendant un sicle encore. Cette priode de lutte outrance qui -cota la vie certains rois thbains, morts en pleine bataille, et qui -termine ce que nous avons coutume d'appeler le Moyen Empire, est une -priode hroque et glorieuse et les noms de ces rois qui affranchirent -leur pays du joug tranger, les Seknenra, les Kams, les Ahms, -mriteraient une place d'honneur dans l'histoire, si par malheur nous -n'tions si peu renseigns sur leur vie et leur oeuvre dont nous ne -faisons gure qu'entrevoir les rsultats. - -[Illustration: _Fig. 160._ Poignard d'Apepi (Photographie -Brugsch-Pacha).] - -Telle est, dans ses grandes lignes, l'histoire du Moyen Empire thbain, -joint la domination des Hyksos; sa chronologie est difficile tablir -et donne lieu encore aujourd'hui des opinions trs divergentes, car si -nous connaissons presque un jour prs la dure de la XIIme dynastie, -il n'en est pas de mme pour les suivantes, qui rgnrent sans doute -collatralement sur diverses parties du pays. Nous avons dj vu que -Manthon donne la XIIIme dynastie thbaine 453 ans et la XIVme -dynastie xote, 184 ans; il range les rois Hyksos dans deux dynasties -distinctes, la XVme et la XVIme, qui auraient rgn, la premire 284 ans -avec ses six rois qu'on retrouve sans peine sur les monuments -contemporains, les Salatis, les Bnn, les Jannias et les Apophis, et -l'autre 511 ans avec 32 rois parfaitement inconnus. Enfin, toujours pour -Manthon, la XVIIme dynastie, celle de la revanche, aurait eu deux -sries de rois, les uns hyksos, les autres thbains, ayant occup les -trnes d'Egypte pendant 151 ans jusqu' l'expulsion dfinitive des -Smites. Si l'on met bout bout tous ces chiffres, on obtient pour -l'intervalle qui spare la XIIme dynastie du Nouvel Empire la somme -fantastique de 1.583 ans, qui parat absolument inadmissible, surtout si -l'on songe que dans un pays comme l'Egypte, o presque tout se conserve, -une priode aussi longue, mme trouble, nous aurait transmis des -sries de documents autrement plus importantes que celles qui nous sont -parvenues. D'un autre ct, une thorie rcente, trs en vogue -aujourd'hui, et base sur deux dates astronomiques qu'on voudrait -attribuer, l'une un roi de la XIIme dynastie, l'autre au premier -souverain de la XVIIIme, rduit cet intervalle 200 ans environ. Cette -thorie me parat encore plus insoutenable que la prcdente, car je ne -vois pas le moyen de faire tenir dans un espace de deux sicles un -nombre de 150 ou 200 rois au minimum, dont certains rgnrent, nous le -savons pertinemment, 40 et mme 50 ans. La vrit est trs probablement -entre ces deux thories extrmes, et je suis tent de me rattacher, au -moins dans ses grandes lignes, au systme propos par un gyptologue -norvgien, M. Lieblein, systme qui peut se rsumer somme suit: -l'invasion hyksos a lieu la fin de la XIIme dynastie et entrane sa -chute, aprs quoi une nouvelle famille thbaine, la XIIIme, prend -possession du trne; pendant ce temps les chefs pasteurs, matres de la -plus grande partie du pays, mais se sentant infrieurs comme -civilisation et n'osant encore se mettre personnellement la tte du -gouvernement, intronisent d'abord des princes autochtones qui ne sont -autres que leurs cratures et leurs vassaux et qui constituent la XIVme -dynastie xote. Aprs ce laps de temps, se sentant suffisamment -gyptianiss, ils prennent eux-mmes les rnes du pouvoir: c'est la XVme -dynastie; quant la XVIme elle n'existe pas en ralit, c'est une -dynastie purement fictive, qui reprsente seulement la somme de la -domination des Hyksos jusqu'au moment o ces rois furent refouls dans -Avaris. La XVIIme dynastie, avec sa double srie de rois, caractrise le -sicle de l'expulsion. Ainsi, puisque la XIVme et la XVme dynasties sont -contemporaines de la XIIIme, et que la XVIme doit tre supprime, comme -faisant double emploi, nous n'avons plus qu' additionner les chiffres -que donne Manthon pour la XIVme, la XVme et la XVIIme, ce qui donne, -pour toute la priode hyksos, 619 ans en tout. Il faudrait donc placer -la XIIme dynastie entre 2.300 et 2.100 environ, et l'poque des rois -pasteurs et de leurs comptiteurs gyptiens irait de 2100 1500 avant -notre re. Je me contente de signaler ce rsultat, non comme absolument -certain, mais comme assez satisfaisant. - -[Illustration: _Fig. 161._ Tte de la momie de Seqnenr (d'aprs ELLIOT -SMITH. _Royal Mummies_, pl. II).] - - -B. MONUMENTS - -Si nous voulons nous faire une ide de ce qu'tait la civilisation -gyptienne sous le Moyen Empire et des progrs qu'elle avait pu raliser -depuis la priode prcdente, nous nous trouvons tout d'abord, de mme -qu'en ce qui concerne l'histoire proprement dite, en prsence de -documents extrmement abondants appartenant la fin de la XIme et -toute la XIIme dynastie, puis d'une poque singulirement silencieuse, -celle des luttes intestines suscites par la prsence des Hyksos. Ce -fait n'a rien que de trs naturel et nous obligera, par consquent, ne -tenir compte dans ce tableau d'ensemble, que des monuments appartenant -la priode de gloire du premier empire thbain, de ceux qui se -rattachent aux rgnes des Amenemhat et des Senousrit, ainsi que de leurs -prdcesseurs immdiats. - - -_Architecture_ - -Il ne reste pour ainsi dire rien des constructions religieuses difies -par les rois de la XIIme dynastie; les unes ont pu tre dtruites par -les Hyksos, tandis que les autres, les plus nombreuses, ont t reprises -par les rois de la XVIIIme dynastie, agrandies et si bien remanies, que -dans les temples colossaux du Nouvel Empire on ne retrouve qu' -grand'peine les traces du petit sanctuaire plus ancien qui en formait le -noyau; seules, avec quelques bas-reliefs, les colonnes ont survcu, de -belles colonnes monolithes en granit qui prsentent, peu de chose -prs, les mmes caractres artistiques que celles de l'Ancien Empire, -quelque ordre qu'elles appartiennent, lotiforme, palmiforme ou -papyriforme. Des statues souvent colossales et des sphinx ornaient aussi -ces temples; on les trouve remploys dans les constructions ultrieures -et portant bien souvent non pas le nom du roi qui les fit sculpter, -mais les cartouches de celui qui se les appropria aprs coup, suivant un -procd qui paraissait tout naturel aux Egyptiens et que nous n'hsitons -pas qualifier d'usurpation. - -[Illustration: _Fig. 162._ Reconstitution du monument de Mentouhotep II -(d'ap. NAVILLE. _The XIe dyn. Temple at Deir el Bahari_, II, pl. -XXIII).] - -Le grand monument qu'un des Mentouhotep de la XIme dynastie fit -construire au fond du cirque de Deir-el-Bahari et qui a t dcouvert et -dblay ces dernires annes par M. Naville, est un temple funraire qui -n'tait pas vou au culte des dieux, aussi ne fut-il gure remani aux -poques ultrieures. C'est un difice en terrasses avec rampe d'accs, -adoss la montagne; des colonnades de piliers carrs entourent un -massif central qui tait peut-tre surmont d'une pyramide, et derrire -lequel se trouvaient les naos consacrs aux princesses royales; au fond -du sanctuaire aujourd'hui dtruit, un long couloir s'enfonait dans le -rocher et aboutissait une petite chambre qui contenait un grand naos -d'albtre, destin probablement recevoir une statue de roi. - -[Illustration: _Fig. 163._ Pyramide de Senousrit III Dahchour (d'aprs -J. DE MORGAN. _Fouilles Dahchour_, I, pl. XII).] - -Les autres souverains de la XIme dynastie n'avaient que des tombeaux de -petites dimensions, assez semblables ceux des simples particuliers; -les grands rois de la XIIme adoptrent le mode de spulture de leurs -prdcesseurs de l'Ancien Empire, la pyramide, sans toutefois chercher -difier des monuments aussi colossaux. A Licht et Dahchour, de mme -qu' Hawara et Illahoun, un revtement trs soign, en calcaire et -mme par places en granit, recouvre, ou plutt recouvrait, puisqu'il a -en partie disparu, une maonnerie plutt dfectueuse en pierre ou en -briques; les chambres funraires sont non plus dans la pyramide mme, -mais une grande profondeur au-dessous de celle-ci, et les couloirs -habilement dissimuls n'ont pas empch ces tombeaux d'tre entirement -pills. A ct du monument royal, des caveaux taient rservs aux -reines et aux princesses, caveaux d'o sont sortis les trsors -inestimables qui ont t trouvs il y a quelques annes par le Service -des Antiquits de l'Egypte. Du ct est s'levait la chapelle funraire, -du type dj connu, avec ses vestibules, sa cour centrale, son -sanctuaire et ses magasins; un grand mur encerclait le tout. - -Les fonctionnaires continuent se faire ensevelir ct de leur -souverain, mais leurs mastabas ne sont plus comparables ceux de la -priode prcdente. Ce sont de simples massifs de maonnerie de petites -dimensions, orns d'une stle sur la face est; la chambre funraire se -trouve immdiatement au-dessous, et on y accde par un puits for au -nord du monument extrieur. - -[Illustration: _Fig. 164._ Faade de tombeau Beni-Hassan.] - -Les tombeaux des seigneurs provinciaux et des princes des nomes de la -Haute Egypte sont autrement plus originaux et plus intressants pour -nous, puisque certains d'entre eux, ceux de Bersheh et surtout ceux de -Beni Hassan nous fournissent la plus merveilleuse srie de documents -figurs concernant la vie publique et prive de l'poque. Ces monuments -appartiennent la classe des hypoges ou tombeaux rupestres, comme -nous en avons dj vu quelques-uns sous l'Ancien Empire; ils sont -entirement creuss dans le rocher, flanc de coteau, et les colonnes -qui soutiennent le plafond ne sont pas rapportes, mais mnages dans la -masse mme, au cours du travail d'excavation. Ces hypoges sont prcds -d'un portique largement ouvert du ct de la plaine du Nil, soutenu par -deux de ces piliers droits, sans chapiteau, aux artes abattues, qu'on a -pris longtemps, cause de leur ft cannel et de leur petit abaque -plat, pour la forme la plus ancienne de la colonne dorique; de l le nom -de colonnes protodoriques qui leur est rest. Une porte s'ouvre sur -une salle carre de grandes dimensions, au plafond soutenu par quatre -colonnes ou davantage, et au fond de laquelle s'ouvre une niche -profonde, servant en quelque sorte de sanctuaire; un puits descend au -caveau funraire. Les parois sont entirement couvertes de peintures sur -enduit, plus compltes encore que les tableaux sculpts dans les -mastabas. Elles retracent avec une vie et un naturel souvent admirables, -les scnes les plus diverses de la vie des champs comme de celle des -gens de mtier. - -[Illustration: _Fig. 165._ Tombeau de Beni-Hassan (d'aprs NEWBERRY. -_Beni Hassan_, I, pl. IV).] - -[Illustration: _Fig. 166._ Masque de momie (d'aprs CHASSINAT. _Fouilles -d'Assiout_, pl. XXVI).] - -Les personnages de moindre importance, qui ne pouvaient avoir une -spulture aussi complte, se contentaient d'un simple caveau souterrain, -au fond d'un puits, et arrivaient entasser dans cet troit espace tout -ce qui pouvait leur tre utile pour la vie de l'au-del. L'art de la -momification en tait encore peu prs au mme point qu' la priode -memphite, et l'on se contentait sans doute de desscher les corps au -moyen d'alun ou de natron, car de tous ceux qui nous sont parvenus, il -ne reste gure que les os. Le mort ainsi prpar, on l'enveloppait d'un -pais maillot de linges, de linceuls et de bandelettes; on plaait -parfois sur le haut du corps un masque en cartonnage peint, et on le -couchait sur le ct, la tte appuye sur un chevet, au fond d'un -sarcophage rectangulaire en bois, aux parois paisses, couvertes de -peintures au dehors comme au dedans, et muni d'un couvercle plat ou -bomb. La dcoration extrieure consiste le plus souvent en bandes de -grands hiroglyphes entre lesquelles on peignait parfois toute une -ornementation architecturale montrant que le sarcophage tait considr -comme une maison, donc comme l'habitation mme du mort, une maison d'un -modle archaque, construite en bois avec des stores en nattes de -couleur pour fermer les baies. A l'intrieur, on inscrivait de longs -textes funraires analogues ceux des pyramides et destins assurer -au dfunt la scurit dans le monde des enfers; au-dessus de ces textes -court une large frise o sont peints les objets qui devraient en ralit -figurer dans le mobilier funraire: pices de costume, coiffures, -bijoux, armes, sceptres, outils, vases, meubles, toujours suivant le -principe que la figuration d'un objet suffit pour remplacer l'objet -lui-mme quand il s'agit d'une ombre, du double immatriel d'un homme. -Il arrive aussi qu'on voie dj paratre, l'intrieur du grand -sarcophage, le cercueil anthropode qui renferme la momie elle-mme et -qui devient le modle courant du sarcophage au Nouvel Empire; ce type de -cercueil n'est que le dveloppement normal du masque funraire habituel. - -[Illustration: _Fig. 167._ Momie du Moyen Empire (d'aprs -CHASSINAT-PALANQUE. _Fouilles d'Assiout_, pl. XXI).] - -[Illustration: _Fig. 168._ Sarcophage du Moyen Empire (d'aprs PETRIE. -_Gizeh and Rifeh_, pl. X.A).] - -[Illustration: _Fig. 169._ Intrieur d'un sarcophage (d'aprs LACAU. -_Sarcoph. ant. au Nouv. Emp._, pl. XXIV).] - -[Illustration: _Fig. 170._ Sarcophage anthropode (d'ap. PETRIE. _Gizeh -and Rifeh_, pl. X.B).] - -Quant au mobilier funraire proprement dit, il est en gnral modeste. -Dans les tombeaux des princesses de la famille royale, on ne trouve -gure que la srie des vases onguents et parfums, des sceptres et -une certaine quantit de bijoux, merveilles d'art et de got, qui sont -parmi les plus belles choses que l'antiquit gyptienne nous ait -livres. Chez les particuliers il y a d'abord la caisse carre, -absolument indispensable du sarcophage, faite sur le mme modle que -lui, et contenant les quatre vases canopes, o l'on enfermait les -viscres du mort, puis quelques vases grossiers ayant contenu des -victuailles, enfin des imitations d'armes et des groupes de bois stuqu -et peint, reprsentant des scnes de la vie familire. Ces scnes sont -les mmes qu'on voit figurer ailleurs, en bas-relief ou en peinture, sur -les parois des mastabas et des tombeaux rupestres, mais traites avec -plus de naturel et de navet: nous y voyons reprsents des cuisiniers, -des porteurs et des porteuses d'offrandes, la fabrication du pain et de -la bire, et surtout des bateaux, reproduction des grandes barques de -l'poque avec leur grement complet et leur quipage. Malgr leur -facture souvent un peu grossire, ces petits monuments sont peut-tre -l'image la plus parfaite, en tous cas la plus expressive, de la vie des -anciens Egyptiens. - -[Illustration: _Fig. 171._ Canope du Moyen Empire (d'ap. -GAUTIER-JQUIER. _Fouilles de Licht_, p. _68_).] - -[Illustration: _Fig. 172._ Statuette de serviteur (d'ap. le _Muse -Egyptien_, I, pl. XXXVIII).] - -La cachette aux statues, le _serdab_, n'existe plus dans la tombe du -Moyen Empire, et s'il se trouve encore dans le tombeau une statue du -mort, celle-ci n'est plus que trs rarement en pierre, mais presque -toujours en bois et souvent de trs petite dimension. Il y a ici -videmment une volution dans les ides funraires: la notion du _ka_, -du double qui pour subsister a besoin d'un support dfaut du corps -lui-mme, existe toujours, mais tend se transformer; il semble qu'elle -se spiritualise en quelque sorte et qu'une petite image du mort, image -souvent informe, lui suffise, et cela plutt par tradition que par -besoin rel. C'est ce moment qu'on voit apparatre les premires -statuettes mummiformes reprsentant le dfunt, prototypes des -innombrables statuettes funraires ou _oushabtis_ du Nouvel Empire. - -[Illustration: _Fig. 173._ Modle de barque (photographie de E. -Brugsch-Pacha).] - -[Illustration: _Fig. 174._ Statuette en bois (d'aprs GAUTIER-JQUIER. -_Fouilles de Licht_, p. _80_).] - -Pour les morts d'une classe moins leve, ceux qu'on ensevelissait -mme le sol, on avait en certaines rgions la coutume de poser au-dessus -de la tombe une petite maison en terre cuite, reproduction en miniature -de l'habitation des vivants, et qui devait servir de domicile l'me: -prive de ce pied--terre si sommaire, cette me et risqu d'errer sans -trve l'aventure et de disparatre misrablement. - -[Illustration: _Fig. 175._ _Statuette funraire_ du Moyen Empire (d'apr. -PETRIE. _The Labyrinth_, pl. XXX).] - -Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, faites en briques -et en bois, et n'ayant aucune prtention la dure, ont disparu presque -partout en Egypte; nous sommes un peu plus favoriss cependant pour le -Moyen Empire que pour les autres poques, puisqu'on a retrouv au Fayoum -des restes importants d'agglomrations de maisons, vraies villes -composes de petites habitations en briques, serres les unes contre les -autres et spares par de longues rues droites; c'est l sans doute -qu'habitaient des ouvriers et des employs dont les papiers, rests -cachs dans le coin des chambres, sont parvenus jusqu' nous: ces -prcieux documents sur papyrus contenaient des crits de toute sorte, -mais surtout des lettres et des comptes. - -[Illustration: _Fig. 176._ Modle de maison en terre cuite (d'ap. -PETRIE. _Gizeh and Rifeh_, pl. XV).] - -Pour ce qui est de l'architecture militaire, de hautes et massives -forteresses en briques crues remplacent les simples enceintes formes -d'une paisse muraille, en usage sous l'Ancien Empire. Nous avons, la -frontire mridionale de la Nubie, deux bons exemples de ces -constructions, qui dominent de trs haut le terrain environnant et qui -devaient opposer une trs grande rsistance l'escalade et la sape. -Le progrs ralis dans ce domaine est trs naturel et cela n'a rien -d'tonnant, puisque la monarchie gyptienne, cette poque, a un -caractre militaire trs prononc et se distingue en cela trs nettement -de celle de la priode prcdente. - -[Illustration: _Fig. 177._ Attaque d'une forteresse (d'aprs NEWBERRY. -_Beni Hasan_, II, pl. XV).] - - -_Sculpture_ - -La statuaire du Moyen Empire continue suivre, presque sans s'en -carter, les traditions des dynasties memphites; ses procds sont -identiques, et c'est peine si nous pouvons signaler un peu plus de -fini dans les parties qui taient autrefois laisses le plus souvent -l'tat d'bauches, les jambes et les pieds. Ce sont toujours les mmes -formes, les mmes attitudes, avec plus de dlicatesse peut-tre, mais -moins de puissance; on recherche moins la ressemblance exacte, raliste, -de la figure reproduire, qu'une sorte de portrait idalis qui n'a -plus sans doute que les caractres gnraux de l'original: ainsi dans -les dix statues de Senousrit I dcouvertes Licht, statues identiques -de dimension et de matire, sorties ensemble d'un mme atelier, toutes -les ttes, qui premire vue paraissent semblables, sont dans le dtail -trs diffrentes les unes des autres et cependant les traits d'ensemble -restent les mmes et se retrouvent aussi dans les autres statues du mme -souverain. - -[Illustration: _Fig. 178._ Statues de Senousrit I.--Licht. (photographie -de M. Pieron).] - -[Illustration: _Fig. 179._ Statue du roi Hor (photographie de E. -Brugsch-Pacha).] - -Sous le Moyen Empire les statues sont beaucoup moins abondantes que sous -l'Ancien, car les particuliers, quelle que ft leur position, n'en -dposaient plus gure dans leur tombeau. Encore ces statues sont-elles -presque uniquement en bois, les unes de grandeur naturelle, d'autres -trs petites. Seuls les trs hauts personnages avaient le droit de -placer dans les temples une image faite leur ressemblance; les rois -par contre y dressaient souvent des statues colossales en granit, dont -plusieurs sont parvenues jusqu' nous, ainsi que les sphinx, galement -en granit, qui bordaient les avenues de ces temples, sphinx dont la tte -tait toujours un portrait plus ou moins fidle du roi rgnant. D'autres -statues, moins grandes, ornaient les parties apparentes des tombeaux -royaux et parfois mme on dposait une statue du _ka_ ou du double dans -le caveau funraire, prs du sarcophage, comme dans les tombeaux des -simples particuliers. Telle la statue de bois du jeune roi Hor Aouabra, -qui fut probablement co-rgent de son pre Amenemhat III, monument -dlicieux de travail, d'expression et de sentiment, qui restera un des -joyaux de l'art gyptien. - -Il n'y a pas non plus de grandes modifications signaler dans la -manire de traiter le bas-relief; un dessin ferme et pur, un relief peu -marqu, un model trs dlicat, souvent peine perceptible, sont les -caractres gnraux de cette branche de la sculpture qui, comme la -statuaire, est toujours empreinte d'une grande distinction et d'une -remarquable noblesse d'allure. - - -_Peinture_ - -Nous avons vu, en parlant de l'Ancien Empire, que toute sculpture devait -tre peinte, au moins en principe. La simple peinture sur enduit, qui ne -se distinguait pas premire vue du bas-relief polychrome, tait -soumise aux mmes lois que ce dernier quant la disposition gnrale -et la composition, mais constituait un moyen d'expression singulirement -plus rapide et conomique. Pour les peintres du Moyen Empire, le souci -de la perfection artistique ne passe qu'en seconde ligne: ils donnent -libre cours leur fantaisie, toujours maintenue, il est vrai, par une -certaine routine, dans le mme procd d'excution, et ils s'appliquent -avant tout rendre aussi vivant que possible le sujet qu'ils ont -traiter. - -[Illustration: _Fig. 180._ Bas-relief de Koptos (d'aprs PETRIE. -_Koptos_, pl. IX).] - - -_Arts industriels_ - -La cramique ne prsente aucun caractre spcial; de plus en plus les -vases en terre sont rservs aux usages vulgaires, et leur facture est -gnralement peu soigne. Par contre les nombreux petits vases en pierre -dure qu'on continue fabriquer et qui sont destins contenir des -parfums ou des onguents sont d'un travail extrmement remarquable. Les -matires les plus prcieuses sont employes pour cela: l'obsidienne, le -lapis-lazuli et la cornaline, aussi bien que l'albtre, qui continue -tre d'un usage courant. L'usage des vases de bronze persiste aussi, -comme par le pass. - -[Illustration: _Fig. 181 et 182._ Vases en cornaline et lapis-lazuli -(d'ap. DE MORGAN. _Fouilles Dahchour_, I, pl. XXV).] - -[Illustration: _Fig. 183._ Pectoral de Senousrit II (d'aprs DE MORGAN. -_Fouilles Dahchour_, I, pl. XVI).] - -Dans la bijouterie et la joaillerie, les orfvres de la XIIme dynastie -sont arrivs un degr de perfection qui ne sera plus dpass et qui -fait encore l'admiration de tous les spcialistes; ils taillent et -calibrent les pierres avec la plus grande prcision, fondent et cislent -les mtaux, emploient le filigrane. Mais leur triomphe incontestable est -le bijou cisel, ajour et champlev, avec incrustations de pierres -telles que le lapis, la turquoise et la cornaline. La composition du -bijou est toujours digne de son excution, qu'il s'agisse d'un minuscule -hiroglyphe servant d'lment de collier, d'un pectoral pouvant tre -considr comme un vrai bas-relief historique en miniature, d'une garde -de poignard ou d'un diadme reprsentant une couronne de fleurs -naturelles. - -[Illustration: _Fig. 184._ Couronne en or (d'apr. DE MORGAN. _Dahchour_, -II, pl. IX).] - - -C. CIVILISATION - -_Royaut_ - -La premire monarchie thbaine a un caractre trs diffrent de celui -des dynasties memphites, qui tait, comme nous l'avons vu, -essentiellement pacifique; de simples nomarques qu'ils taient, les -princes de Thbes avaient acquis le pouvoir suprme au prix de longues -luttes. Il tait donc bien naturel qu'ils continuassent faire de -l'arme leur principal soutien et que, pour ne pas la laisser inactive, -ils l'employassent pacifier les contres avoisinantes et tendre les -frontires de l'Egypte. Les rois de la XIIme dynastie ne sont pas, -proprement parler, des conqurants, mais des souverains dont le but est -d'assurer le tranquille dveloppement de leur pays en tenant en respect -leurs voisins, nomades plus ou moins sauvages et toujours disposs -faire des incursions dans la riche valle du Nil, et en crant sur le -point le plus facilement accessible, le sud, une marche bien fortifie. -Sitt que cette activit militaire se ralentit, comme cela semble avoir -t le cas sous Amenemhat III et ses successeurs, les barbares, qui sont -ici les Hyksos, fondent sur le pays et le soumettent, en partie du -moins. Il faudra de longs sicles aux vrais Egyptiens pour les chasser -et reprendre le pouvoir, et ce nouvel apprentissage de la guerre sera -cause de l'avnement des grands conqurants de la XVIIIme dynastie. - -[Illustration: _Fig. 185._ Groupes de soldats d'un prince de Siout -(d'aprs MASPERO. _Muse Egyptien_, I, pl. XXXIII).] - -Pour assurer la transmission rgulire des pouvoirs royaux de pre en -fils et viter les comptitions possibles, Amenemhat I, dans les -dernires annes de son rgne, associa au trne son fils Senousrit I qui -fut charg de diriger l'arme et les expditions en dehors de l'Egypte, -tandis que le vieux souverain continuait s'occuper de la politique -intrieure. Tous les rois de la XIIme dynastie suivirent cet exemple et -prirent un moment donn leur hritier prsomptif comme co-rgent. - - -_Gouvernement_ - -Le systme fodal ne disparut pas ds l'avnement de la XIIme dynastie; -les princes des nomes, reconnaissant l'autorit suprieure et la -suzerainet du roi, continurent administrer comme auparavant leur -province, sur laquelle ils avaient des droits trs tendus: le peuple -des campagnes, fellahs ou paysans, fournissait les soldats et pouvait -tre rquisitionn pour toutes sortes de corves, spcialement pour -les gros transports et les constructions; de lourdes redevances -pesaient sur eux, aussi bien sur les paysans soi-disant libres, que -sur les serfs et les tenanciers des domaines princiers. Les habitants -des villes jouissaient d'une plus grande libert, tout en tant aussi -sous l'autorit directe du nomarque; dans ces cits se groupaient les -artisans, les scribes et les fonctionnaires de toute sorte, tous gens -d'une classe trs suprieure au menu peuple des campagnes. Une lgion -d'employs, inspecteurs, percepteurs, chacun ayant sa charge nettement -dlimite, veillait au bon fonctionnement de ces petits tats, dont le -prince payait au roi une redevance rgulire et lui fournissait des -troupes exerces, sur une simple rquisition; il avait sans doute -ses cts un reprsentant du souverain. Quant au pouvoir judiciaire, il -tait presque entirement entre les mains du pouvoir central. - -Cependant cet ordre de choses ne devait pas durer et la centralisation -s'oprait peu peu. Vers la fin de la dynastie, les nomarques -disparaissent ou tout au moins leur rle est si effac qu'on ne les voit -plus paratre. Par contre le nombre des fonctionnaires royaux augmente -considrablement; ce sont eux maintenant qui sont chargs non seulement -de la justice, mais de toute l'administration civile et militaire, qui -peroivent les redevances, tiennent constamment jour les registres de -la population, du btail et du cadastre, institution ncessaire dans un -pays comme l'Egypte, soumis aux empitements d'un fleuve dont le cours -n'est pas encore dfinitivement fix. - - -_Relations extrieures_ - -Nous avons vu la conqute de la Nubie, l'occupation des Oasis, la -pacification des contres dsertiques bordant l'Egypte et les campagnes -en Syrie; toutes ces oprations, qui furent la proccupation constante -des rois de la XIIme dynastie, avaient eu pour rsultat le dveloppement -du commerce, favoris par la tranquillit et la scurit rgnant aux -abords de l'Egypte. Les produits du Soudan et de la Syrie arrivent donc -dans la valle du Nil, par caravanes, plus facilement que jamais; de -plus, les expditions au pays de Pount, au pays des Somalis, d'o l'on -tirait l'encens, l'ivoire et d'autres objets prcieux, paraissent tre -devenues plus frquentes, tant par eau, le long des ctes de la Mer -Rouge, que par la voie de terre, par le Soudan et l'Abyssinie. Il en est -de mme pour les relations avec les les grecques: la poterie dite de -Kamars, qui provient certainement de ces rgions se retrouve parfois -dans des tombes de la XIIme dynastie, et rciproquement on rencontre -souvent en Crte, en Grce et jusqu'en Etrurie des objets appartenant au -premier empire thbain. - -[Illustration: _Fig. 186._ Nomades smites (d'aprs NEWBERRY, _Beni -Hasan_, I, pl. XXXI).] - -Les marchandises importes en Egypte taient surtout des matires -premires, et tout particulirement les mtaux, comme par le pass; en -change, les Egyptiens livraient leurs voisins toute sorte d'objets -ouvrs, et aussi du grain. Nous savons par les rcits bibliques que la -valle du Nil tait un peu le grenier du monde oriental, et que dans les -annes de disette ce n'tait gure que l qu'on pouvait aller -s'approvisionner. C'est en effet sous le Moyen Empire que durent vivre -les patriarches qui, aprs avoir men la vie des nomades en Palestine, -finirent par se fixer dans un petit district du Delta. Abraham dut venir -en Egypte pendant le rgne de la XIIme dynastie, et c'est presque un -tableau de son arrive avec sa famille et ses serviteurs, que cette -peinture clbre de Beni Hassan, o l'on voit des fonctionnaires -gyptiens amener leur prince une tribu de nomades smites, avec leurs -lourds costumes bariols, leurs bestiaux, leurs armes et leurs bagages -et apportant avec eux de l'antimoine et d'autres produits qu'ils -cherchent sans doute changer. L'arrive de Joseph en Egypte, son -lvation aux plus hautes dignits et l'installation de sa famille au -pays de Goshen ou Kesem, dans les environs de la ville fortifie -d'Avaris, doivent se placer sous un des rois hyksos, nous ne pouvons -savoir au juste lequel. Les noms gyptiens que donne le texte hbreu -peuvent tre rapprochs de certains noms qui taient en effet employs -sous le Moyen Empire et ne sont pas sans doute, comme on l'a cru pendant -longtemps, la transcription de noms sates, ce qui forcerait reporter -la composition mme du rcit biblique une trs basse poque. Toute -cette srie de rcits constitue pour nous un prcieux document pour la -connaissance des relations entre les Egyptiens et leurs voisins. - - -_Vie prive_ - -Il n'y a pas lieu de revenir sur l'organisation de la famille, pas plus -que sur les conditions de la vie prive qui continuent tre les mmes, - peu de chose prs, que sous l'Ancien Empire. La nourriture aussi est -la mme, ainsi que la manire de manger, et on attache toujours autant -d'importance aux soins de propret. Une petite diffrence se remarque -dans le costume des hommes, car si les gens du peuple continuent -porter le petit pagne court, celui des personnages de qualit s'allonge -et forme une sorte de jupon plus ou moins ample, descendant jusqu'aux -mollets ou mme jusqu'aux chevilles; le grand manteau est d'un usage -frquent, comme si le climat s'tait refroidi, ce qui est du reste peu -probable. - -Nous connaissons les villes o habitaient les ouvriers et qui ont t -retrouves au Fayoum, avec leurs petites maisons serres les unes contre -les autres, avec leurs troites rues droites; nous avons aussi des -modles en terre cuite des maisons o vivaient les gens d'une classe un -peu suprieure: une cour entoure d'un mur, au milieu de laquelle se -trouvait un tang, prcdait l'habitation, qui tait elle-mme de -dimensions assez restreintes; un pristyle colonnes s'ouvrait -largement sur la cour, et les chambres se trouvaient au fond, derrire -cette galerie. L'escalier extrieur montait la terrasse o -aboutissaient les grandes bouches air destines la ventilation des -appartements et sur laquelle parfois de petites chambres taient -construites (fig. 176). Il ne nous est rest aucune trace des palais -royaux ni de ceux des grands seigneurs. - - -_Chasse et pche_ - -Les procds de pche et de chasse, de mme que les engins employs, -sont les mmes que sous l'Ancien Empire: le filet, la ligne et le harpon -pour la pche, le lasso, l'arc, le boumerang, le filet et le pige -simple pour la chasse. Il faut cependant signaler le fait que les grands -seigneurs se constituaient des rserves de gros gibier, de vrais parcs -de chasse enclos de palissades et de treillages, o ils pouvaient leur -gr et sans avoir la difficult d'aller les chercher au loin dans le -dsert, abattre coups de flches les boeufs sauvages, les lions, les -antilopes ou les autruches. - -[Illustration: _Fig. 187._ Parc de chasse (d'apr. NEWBERRY. _El -Bersheh_, I, pl. VII).] - - -_Agriculture et levage_ - -L'agriculture tant une des principales ressources du pays, est toujours -l'objet d'une attention spciale de la part du gouvernement; la quantit -des terrains cultivables augmente aux dpens des pturages, grce une -mthode d'irrigation toujours en voie de dveloppement. Nous ne savons -pas quels canaux furent creuss cette poque, mais nous voyons des -rois comme Amenemhat III entreprendre des travaux considrables tels que -le lac Moeris qui tait trs vraisemblablement destin, ainsi que -l'affirment les Grecs, rgulariser les irrigations dans la partie la -plus fertile du pays. Le mme souverain fit tablir un nilomtre sur les -rochers de la deuxime cataracte, l'extrme frontire de ses tats, -pour surveiller l'inondation et en prvoir d'avance les consquences -pour l'Egypte. Grce tous ces efforts et bien que l'outillage ne se -ft gure amlior, le rendement des terres augmentait dans de grandes -proportions et l'Egypte devenait le plus grand magasin de grain de -l'Orient. - -L'levage tend diminuer, et l'on ne trouve plus gure que dans -certains cantons o le sol est moins fertile qu'ailleurs et moins apte -la culture, les immenses troupeaux de btail demi sauvage. Il tait -rserv aux Hyksos d'introduire dans la faune domestique du pays un -nouvel animal, le cheval, innovation qui devait, comme nous le verrons, -avoir les consquences les plus importantes pour l'Egypte. - -[Illustration: _Fig. 188._ Barque voile carre (VIe dyn.) (d'aprs -JQUIER. _Bull. de l'Institut fran. du Caire_, IX, pl. III).] - - -_Navigation_ - -L'augmentation des produits du sol devait ncessairement amener le -dveloppement du commerce intrieur et, partant, de la navigation -fluviale, qui tait aussi l'objet de la sollicitude du gouvernement, -puisque nous voyons un des rois faire excuter de grands travaux pour -rendre navigable la premire cataracte en y creusant un chenal -suffisamment profond. Les bateaux employs d'ordinaire sont les grandes -barques pontes voile carre, dont le modle date de la fin de -l'Ancien Empire. Quant la navigation sur la Mditerrane et la mer -Rouge, les documents que nous possdons sont insuffisants pour pouvoir -en faire une tude srieuse, au moins en ce qui concerne le Moyen -Empire. Il est cependant probable qu'on employait pour cela des bateaux -plus grands et plus forts, mais du mme modle que ceux du Nil. - - -_Industrie_ - -Les scnes figures, en bois stuqu, dposes au fond des caveaux -funraires, de mme que les tableaux peints dans les tombes, nous -montrent que, comme sous l'Ancien Empire, la population de l'Egypte ne -s'adonnait pas exclusivement l'agriculture, mais que l'industrie y -tait aussi en honneur. Les procds employs sont toujours peu prs -les mmes procds simples tels qu'on les retrouve chez tous les peuples -jeunes, o l'on ne se livre pas la grande industrie et o l'on ne -fabrique les objets qu'au fur et mesure des besoins. - -[Illustration: _Fig. 189._ Menuisiers (d'ap. QUIBELL. _Excavations at -Saqqarah_, II, pl. XVII).] - -On remarque entre autres de nombreuses reprsentations de la fabrication -des toffes: dans le gynce mme des grands seigneurs, des femmes sont -occupes filer le lin tandis que d'autres se livrent au tissage; les -mtiers employs par ces femmes sont de formes diverses, suivant le -genre d'toffes qu'elles doivent faire, et ces mtiers, d'un mcanisme -simple et pratique, leur permettaient de tisser des toiles d'une finesse -et d'une rgularit remarquables, qu'on a retrouves en grande quantit -dans les tombeaux. - -[Illustration: _Fig. 190._ Femmes filant et tissant (d'aprs NEWBERRY. -_Beni Hasan_, II, pl. IX).] - - -_Littrature_ - -De l'Ancien Empire, il ne nous est parvenu aucune oeuvre qu'on puisse -qualifier de littraire: les textes des pyramides sont de nature -purement religieuse et magique, et les inscriptions tombales comme les -biographies sont des rcits trs simples qui ne tmoignent d'aucune -recherche de style ou de composition. L'poque suivante nous a, par -contre, fourni une longue srie d'ouvrages qui, s'ils ne sont pas trs -tendus, ont du moins un caractre littraire trs marqu. Ces crits -sont de toute sorte, de vrais pomes comme le chant du harpiste ou le -dialogue d'un dsespr avec son me, des contes comme l'histoire de -Sinouhit et celle du roi Khops et des magiciens, des morceaux -d'loquence comme la plaidoirie du paysan, des traits de morale comme -les prceptes de Kaqemna et de Ptahhotep. A ct de cela on trouve -encore de nombreux livres religieux ou magiques, des livres de mdecine -et des traits scientifiques. Tous ces ouvrages sont composs dans une -langue trs belle et trs pure, encore exempte de tout lment tranger, -avec une recherche de style marque, des phrases simples et claires dans -lesquelles on voit que les scribes gyptiens affectionnaient -l'allitration et le jeu de mots, tout en employant toujours le mot -propre. Ces papyrus, qui nous sont parvenus en trs bon tat de -conservation, ne constituent pas un des moindres titres de gloire du -Moyen Empire et c'est avec raison qu'on a pu dire de cette priode -qu'elle est l'poque classique de la littrature gyptienne. - -[Illustration: _Fig. 191._ Une page du papyrus Prisse (d'aprs JQUIER. -_Le papyrus Prisse et ses variantes_, pl. V).] - -[Illustration: _Fig. 192._ Bijou de la XIIe dyn. (d'ap. DE MORGAN. -_Fouilles Dahchour_, I, pl. XX).] - - - - -[Illustration: _Fig. 193._ Panneau du char triomphal de Thoutms IV -(d'aprs CARTER-NEWBERRY. _Tomb of Thoutmosis IV_, pl. X).] - - - - -CHAPITRE VII - -NOUVEL EMPIRE - -(1500 332 avant J.-C.) - - -A. HISTOIRE - -La prise de la forteresse d'Avaris, le dernier retranchement des rois -hyksos dans le Delta, et l'expulsion dfinitive des souverains smites -marque la date la plus importante peut-tre de toute l'histoire -d'Egypte. Le grand mouvement national, aprs des sicles de luttes -striles, avait enfin trouv dans les princes de la XVIIme dynastie des -chefs capables de le mener bien; leur triomphe inaugure une re de -gloire et de puissance telle que l'Egypte n'en avait jamais connu -auparavant, et qui est l'apoge de l'empire pharaonique. Cette date, -plusieurs historiens l'indiquent avec prcision, mais leurs donnes sont -loin de s'accorder, aussi me parat-il plus prudent de donner ici encore -des chiffres approximatifs et de placer l'expulsion des Hyksos et le -dbut de la XVIIIme dynastie aux environs de l'an 1500. - - -_XIIIe dynastie_ - -Il n'y a aucune solution de continuit, pas mme un changement de -famille rgnante, entre la XVIIme et la XVIIIme dynastie; seule -l'expulsion des Hyksos en marque la sparation, et le roi qui russit -parachever la libration du sol gyptien, Ahms, est en mme temps le -dernier souverain de la XVIIme et le premier de la XVIIIme. Les -fragments de Manthon qui indiquent comme composant cette dernire -dynastie 15 rois ayant rgn 259 ans en tout, non compris Ahms, -considr ici comme appartenant au groupe prcdent, contiennent -diverses confusions dans les noms de rois; plusieurs de ces souverains -sont ddoubls tandis que d'autres sont runis sous un seul nom, mais -les chiffres que donne Manthon correspondent assez bien aux indications -des monuments et leur total peut tre considr comme conforme la -ralit. La XVIIIme dynastie se placerait donc, approximativement, et -avec un cart possible de 50 ans au plus, entre 1500 et 1200 avant J.-C. -Ahms ne se borna pas chasser les Hyksos d'Egypte; il les poursuivit -jusque dans la Syrie mridionale et leur infligea une nouvelle dfaite -en s'emparant de la ville dans laquelle ils s'taient rfugis, et sans -doute les extermina dfinitivement, car ils ne reparaissent plus dans -l'histoire. - -[Illustration: _Fig. 194._ Amnophis I.--Turin (d'ap. PETRIE. -_Photographs_, No _75_).] - -L'empire une fois reconquis, il s'agissait de le rorganiser, car les -proccupations militaires avaient sans doute absorb, pendant le sicle -qui venait de s'couler, toute l'activit des rois nationaux. Ce fut la -tche du fils et successeur d'Ahms, Amnophis I, qui s'en acquitta, -pendant son court rgne de 13 ans, la satisfaction universelle, -puisque aprs sa mort il fut divinis non seulement de faon officielle, -comme tous les rois, mais par le peuple mme de sa capitale: lui et sa -femme Ahms Nofritari sont considrs comme les patrons de la ncropole -thbaine pendant tout le dbut du Nouvel Empire. Autant que nous pouvons -en juger, ses successeurs continurent son oeuvre et mirent tous leurs -soins augmenter le bien-tre du pays. - -Pendant ces longues luttes, l'Egypte tait devenue une vraie puissance -militaire; elle possdait une arme bien exerce qu'on ne pouvait -laisser dans l'inaction. Cette arme n'tait plus tout fait la mme -que jadis, elle possdait un lment nouveau, la charrerie, et les -Egyptiens avaient rapidement perfectionn cette arme, dont ils devaient -la connaissance aux rois hyksos, et qui tait dj depuis longtemps en -usage chez les Syriens. Les soldats qui montaient ces chars attels de -deux chevaux combattaient de loin avec leurs flches et leurs javelines, -et le choc de leurs escadrons compacts pouvait dcider du sort des -batailles. L'infanterie tait aussi mieux arme, le mtal ayant partout -remplac le silex des anciens temps, et beaucoup de soldats n'taient -plus moiti nus comme autrefois, mais vtus de cottes capitonnes et -de bonnets rembourrs qui les prservaient dans une certaine mesure. - -[Illustration: _Fig. 195._ Tte de la momie de Thoutms I (d'ap. -ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXII).] - -Amnophis I avait dj employ son arme pour de petites expditions de -frontires contre les Libyens et les ngres, mais ce fut son fils -Thoutms I qui inaugura l're des grandes conqutes; il envahit la Syrie -et la soumit en grande partie, jusqu' l'Euphrate, o il posa des -stles-frontires, puis il poussa avec ses armes trs loin dans le -Soudan, sans ngliger pour cela d'entreprendre dans l'Egypte mme des -travaux importants. A sa mort, aprs une vingtaine d'annes de rgne, il -ne laissait pour lui succder qu'un fils n d'une femme qui n'tait pas -de souche royale, Thoutms II, qui pour lgitimer en quelque sorte son -accession au trne, dut pouser sa demi-soeur Hatshepsou, en qui coulait -un sang plus pur. Il continua l'oeuvre de son pre, mais n'eut qu'un -rgne trs court. Aprs lui la couronne revenait son trs jeune fils -Thoutms III, n aussi d'une femme de race non royale; sa tante -Hatshepsou profita de sa minorit pour s'emparer de la rgence, rgna -d'abord en son nom et ct de lui, puis le relgua dans l'ombre et -s'arrogea le titre de roi d'Egypte. - -Sauf une grande expdition maritime au pays de Pount, expdition qui a -du reste un caractre nettement commercial et politique et aucunement -militaire, Hatshepsou concentra toute son activit sur l'Egypte -elle-mme, qu'elle administra sagement, avec le concours de ministres -d'une relle valeur, s'appliquant faire disparatre les dernires -traces du nfaste passage des rois hyksos. Elle restaura des temples et -en construisit d'autres, comme celui de Deir el Bahari, qui tait -consacr son culte funraire et qui, tant une des oeuvres artistiques -les plus remarquables de la dynastie, perptue, aussi bien que le grand -oblisque de Karnak, le souvenir de cette reine qui sut mener bien -l'oeuvre intrieure des rois ses prdcesseurs, la rorganisation du -pays. - -[Illustration: _Fig. 196._ Thoutms III (d'apr. LEGRAIN. _Statues et -statuettes_, I, pl. XXX).] - -Thoutms III tant arriv l'ge de raison, la rgente, le roi -Hatshepsou, comme elle s'appelait elle-mme, lui fit pouser sa propre -fille, mais sans lui laisser pour cela la place laquelle il aurait eu -droit; il tait donc assez naturel qu'il conut envers elle des -sentiments de rancune et que plus tard, quand il fut enfin matre du -pouvoir, il chercht diminuer ou mme faire disparatre le souvenir -de son illustre tante. Ce fait trs simple a fait natre de longues -contestations parmi les gyptologues au sujet de l'ordre de succession -des premiers rois de la XVIIIme dynastie, et aujourd'hui les discussions -sur ce point n'ont pas encore cess. - -Aprs 22 ans pendant lesquels Hatshepsou avait assum les charges et les -bnfices du pouvoir, Thoutms III devait encore rgner seul pendant 48 -ans; c'est non seulement un des plus longs rgnes qu'enregistre -l'histoire d'Egypte, c'est encore le plus glorieux. Profitant de -quelques annes o le joug gyptien avait pes sur eux avec moins de -force, les princes syriens avaient sans doute reconquis en partie leur -indpendance; aussitt sur le trne, Thoutms prit en personne le -commandement de son arme, envahit la Palestine et la Syrie et commena -par une srie de victoires cette suite de campagnes qui durent -recommencer chaque printemps, pendant prs de vingt ans, jusqu'au moment -o l'autorit du pharaon fut tablie de faon absolument effective sur -l'Asie antrieure jusqu' l'Euphrate tout au moins. Les fils des -princes, emmens comme otages, taient une garantie de la fidlit de -leurs pres et de la rentre rgulire des tributs; du ct de la Nubie -il ne parat pas y avoir eu de difficults et les peuplades ngres -payaient rgulirement leurs redevances; Chypre, les les grecques et le -pays de Pount envoyaient aussi leurs produits, peut-tre pour faire acte -de vassalit, comme le disent les Egyptiens, mais plus probablement pour -en faire le commerce et obtenir des changes. Jamais l'Egypte n'avait -t si puissante et si florissante; Thoutms III puisa largement ce -trsor qui se renouvelait sans cesse et s'en servit pour entreprendre -des constructions importantes sur tous les points de ses tats, depuis -le fond du Soudan et les Oasis jusqu'aux confins de la Syrie, mais -surtout dans sa capitale, Thbes, qu'il tint honneur d'embellir et de -dvelopper. C'est dans le temple d'Amon Karnak, entre autres, -considrablement agrandi par lui, qu'il grava le rcit de toutes ses -campagnes, cette source si prcieuse pour l'histoire, en mme temps que -l'image de la plupart de ses anctres. Toute la fin de son rgne fut -consacre l'accomplissement de ces travaux pacifiques. - -[Illustration: _Fig. 197._ Tte de la momie de Thoutms IV (d'aprs -ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXIX).] - -Amnophis II, son fils, puis Thoutms IV, son petit-fils, lui -succdrent sans galer sa gloire; leurs rgnes, de peu de dure, -n'offrent aucun vnement mmorable: quelques expditions en Syrie pour -rprimer des rvoltes locales et introniser de nouveaux vassaux, ainsi -que des constructions de peu d'importance, compares celles de leur -illustre pre et aeul. - -[Illustration: _Fig. 198._ Sphinx d'Amnophis III (d'aprs LEGRAIN. -_Statues et statuettes_, I, pl. LIII).] - -C'est encore une grande figure que celle d'Amnophis III, fils de -Thoutms IV, qui rgna 37 ans, fut un habile diplomate, un politique et -un organisateur de grand talent, en mme temps qu'un constructeur -infatigable, un guerrier et un chasseur ne redoutant aucun danger. Il -n'tendit pas les conqutes de ses anctres, mais sut maintenir ses -vassaux dans l'obissance et il ne semble pas qu'il y ait eu de son -temps la moindre tentative de rvolte. Les gouverneurs locaux, qui sont -en gnral des indignes, envoient la cour leurs rapports rguliers, -et les rois voisins de l'Assyrie, de Babylone et de Mitanni cherchent -entrer en faveur auprs du puissant pharaon, ainsi qu'en tmoignent les -fameuses tablettes de Tell el Amarna, les archives de la politique -trangre cette poque. Les constructions monumentales deviennent de -plus en plus nombreuses, et les plus beaux temples d'Egypte datent -presque tous de ce rgne, qui, au point de vue artistique, a une -importance capitale. Dans son oeuvre si complexe, Amnophis III tait -admirablement second par son ministre, un homme qui mrita d'tre plus -tard divinis, Amenophis fils de Paapis. - - -_Les rois hrtiques_ - -Le personnage le plus nigmatique de toute l'histoire d'Egypte est le -fils et successeur de ce grand roi, celui qui commena par porter le nom -d'Amnophis IV; sa mre, la reine Thii, une Egyptienne de basse ou tout -au moins de moyenne naissance, avait dj russi prendre la cour de -son mari une place trs importante et tout fait inaccoutume, et nous -devons sans doute attribuer son influence la rforme religieuse qui -caractrise ce rgne et qui devait amener une perturbation profonde dans -toute l'Egypte et le dclin rapide de cette glorieuse dynastie. La -principale cause de cette rvolution profonde bien qu'phmre, tait la -raison politique: le clerg d'Amon, dieu de Thbes, bien plus favoris -par les grands conqurants que ceux des autres sanctuaires du pays, -tait devenu singulirement fort, et sa puissance pouvait -contre-balancer celle des rois, ce qui arriva du reste quelques sicles -plus tard. Dsireux de se dbarrasser du pouvoir de plus en plus -menaant des grands prtres d'Amon, et obissant peut-tre aussi une -certaine tendance mystique de son caractre, Amnophis IV imagina un -moyen radical: il supprima purement et simplement le dieu de ses pres, -devenu gnant. Dtruire les immenses sanctuaires construits par ses -anctres et t au-dessus de ses forces, aussi se contenta-t-il de les -fermer, d'en chasser les prtres, et de faire marteler le nom d'Amon -dans toutes les inscriptions, ft-ce mme dans le cartouche de son pre -ou dans le sien propre. Puis il abandonna Thbes avec toute sa cour, et -fonda dans la Moyenne Egypte une ville nouvelle, sous les auspices du -nouveau dieu qu'il venait d'inventer et qui devait remplacer tous les -dieux d'Egypte, Aten, le disque solaire, ou plutt le dieu tout-puissant -qui se manifeste par l'intermdiaire du soleil. Ce monothisme en mme -temps teint mysticisme et de matrialisme correspondait trop peu aux -ides gyptiennes du temps pour pouvoir durer, mais il offre un intrt -tout particulier, puisque nous n'avons dans toute l'antiquit classique -et orientale, aucun autre exemple d'une rforme religieuse analogue. -L'ide premire de ce culte n'est cependant pas absolument originale -mais drive du culte d'un des plus anciens dieux gyptiens, R -d'Hliopolis, le Soleil; il y a donc probablement aussi dans la rforme -d'Amnophis IV, une raction des anciens dieux, ou tout au moins de -leur sacerdoce, contre le nouveau venu qui les avait supplants tous, -Amon le dieu de Thbes et des dynasties thbaines. - -[Illustration: _Fig. 199._ Buste de Khounaten (d'aprs BNDITE. _Monum. -Piot_, XIII, pl. I).] - -[Illustration: _Fig. 200._ Adoration d'Aten. Tell el Amarna (d'apr. une -photographie de l'auteur).] - -En mme temps qu'il changeait de religion, le roi prenait un nouveau -nom, Khounaten, la splendeur du disque solaire. Sa nouvelle capitale -de Khout-aten, l'horizon du disque, avec ses grands palais, son -temple d'Aten, ses villas dont on a retrouv les ruines, devait avoir un -aspect tout particulier, grce la nouvelle tendance artistique qui se -manifestait chez les sculpteurs et les peintres et qui tait due sans -doute l'inspiration du roi lui-mme, ragissant jusque dans ce domaine -contre les habitudes et la routine. Les artistes gyptiens de l'poque -cherchent faire disparatre de leurs oeuvres cette sorte de raideur et -de solennit qui de nos jours inspire encore premire vue, ceux qui -ne sont pas initis l'art gyptien, un sentiment d'tonnement et mme -de rpulsion; ils serrent de plus prs la nature dans la ligne comme -dans le mouvement, et dans leur inexprience de ce nouveau mode -d'expression, ils en arrivent parfois des exagrations qui produisent -une impression trange. Ainsi la figure mme du roi est reprsente avec -le crne dmesurment long, le nez et le menton prominents, le cou -mince, la poitrine troite, le ventre et les cuisses normes; les -membres de sa famille, les courtisans eux-mmes imitent dans leurs -portraits ces formes tranges et on pourrait croire, voir ce type -nouveau si rpandu, que toute la population de l'Egypte s'est modifie -d'un jour l'autre. Il y a ct de cela des scnes si parfaites de -sentiment et d'intimit, des dcorations peintes d'une varit si -merveilleuse, que nous sommes obligs de reconnatre dans ces -reprsentants d'un art nouveau des artistes qui sont au moins gaux, -peut-tre mme suprieurs leurs devanciers. - -[Illustration: _Fig. 201._ Peinture de Tell el Amarna (d'ap. PETRIE. -_Tell-el-Amarna_, pl. I).] - -[Illustration: _Fig. 202._ Tablette de Tell el Amarna (d'apr. SCHEIL. -_Bulletin de l'Inst. franais du Caire_, II, pl. VIII).] - -L'intimit, ou tout au moins l'apparence d'intimit qui rgne entre les -membres de la famille royale est une des choses qui contribuent -peut-tre le plus nous donner de la sympathie pour cet trange -souverain qui prenait en tout le contre-pied de ses devanciers. Qu'il -sorte en voiture, la reine et les six princesses l'escortent; qu'il -reoive des ambassadeurs trangers, qu'il distribue des rcompenses -ses sujets, qu'il officie dans le temple d'Aten, toujours sa femme et -ses filles se tiennent ct de lui, le caressant ou l'enlaant -tendrement. - -[Illustration: _Fig. 203._ Toutankhamon (d'ap. LEGRAIN. _Statues et -statuettes_, I, pl. LVII).] - -Trs occup par cette transformation radicale du pays, suivant ses -doctrines et ses thories nouvelles, Khounaten n'eut pas le loisir de -surveiller activement ses possessions asiatiques; il et fallu y envoyer -frquemment des expditions armes pour contenir les lments toujours -plus ou moins en effervescence de ces populations auxquelles on avait -laiss une autonomie presque complte, et c'est justement ce qui ne fut -pas fait. Dans les lettres des gouverneurs de ces pays, qui se trouvent -parmi les tablettes de Tell el Amarna, nous voyons sans cesse des -demandes de secours contre les insurgs qui deviennent de jour en jour -plus forts, et les rois trangers parlent Khounaten sur un ton moins -humble et moins respectueux que dix ans plus tt, son pre. Le lien se -relchait peu peu, l'empire si puissamment organis commenait -s'effriter, par suite du caprice d'un homme qui se croyait sans doute un -gnie, mais qui n'avait pas compris qu'une transformation intgrale -comme la sienne serait fatalement prjudiciable au pays. - -[Illustration: _Fig. 204._ Horemheb (d'apr. LEGRAIN. _Statues et -statuettes_, I, pl. LX).] - -Nous ne savons pas exactement combien de temps rgna Khounaten, mais sa -rforme ne lui survcut que peu d'annes; ses deux successeurs -immdiats, qui taient ses gendres, commencrent par suivre la mme voie -que lui, puis le second d'entre eux, auquel une dcouverte retentissante -vient de donner une renomme mondiale, fut forc d'en revenir la -tradition sculaire de l'Egypte, rouvrit les sanctuaires de Thbes et -changea son nom de Toutankhaten en celui de Toutankhamon. Aucun fait -saillant n'illustra ces rgnes, pas plus que celui d'A qui vint -ensuite. La grande tche de la rorganisation devait incomber un -autre, un homme qui occupait depuis longtemps une haute position dans -le pays, qui devait appartenir de prs ou de loin la famille royale, -et qui monta sur le trne sous le nom d'Horemheb. Il fit des expditions -en Nubie pour rtablir dans les pays du sud le prestige de l'Egypte, fit -des constructions en maints endroits et embellit les sanctuaires -dserts pendant un temps, mais surtout il rtablit en tous points -l'ancien ordre de choses et promulgua une srie de lois pour rprimer la -violence et l'arbitraire, et assurer la protection des faibles. C'est -avec cette noble figure que se termine la XVIIIme dynastie. - - -_XIXe dynastie_ - -Le successeur d'Horemheb, Ramss I, un ancien grand vizir qui n'tait -sans doute pas apparent la famille royale, ne fit qu'une trs courte -apparition sur le trne, vers 1250 probablement. Son fils Sti I est -tous les points de vue un des plus grands parmi les pharaons. Il -consacra toutes les premires annes d'un rgne dont nous ignorons la -longueur, et qui dura peut-tre un demi-sicle, reprendre les colonies -asiatiques que possdait l'Egypte avant la crise des rois hrtiques. -Horemheb avait dj rtabli son autorit sur la Nubie, et il lui suffit -d'une trs brve campagne dans ce pays pour bien marquer sa puissance, -puis il se jeta avec toutes ses forces sur la Syrie, qu'il traversa -triomphalement du sud au nord, crasant plusieurs reprises les -indignes qui avaient repris leur indpendance, et il atteignit les -confins du pays des Hittites en Asie Mineure et des royaumes de -Babylonie et d'Assyrie, sur le Haut Euphrate. Une expdition contre les -tribus libyennes du dsert enleva celles-ci toute vellit de faire -des incursions dans la valle du Nil. L'Egypte avait en apparence, et -pour un temps du moins, reconquis toute sa puissance, et Sti pouvait -s'occuper en paix de travaux intrieurs; il nous est parvenu des tmoins -trs remarquables de cette activit parmi lesquels figurent son -tombeau, le temple d'Abydos et surtout la grande salle hypostyle de -Karnak, sur les parois extrieures de laquelle il fit sculpter en -tableaux immenses les pripties de ses campagnes. - -[Illustration: _Fig. 205._ Tte de la momie de Sti I (d'aprs -ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, frontispice).] - -[Illustration: _Fig. 206._ Campagnes de Sti I (Temple de Karnak).] - -[Illustration: _Fig. 207._ Tte de la momie de Ramss II (d'ap. -ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLIV).] - -De tous les anciens rois d'Egypte, le seul dont l'humanit ait conserv -un souvenir vivant est Ramss II, fils de Sti I, qu'on confond -volontiers avec le lgendaire Sesostris, et qui jouit en somme d'une -rputation trs suprieure son oeuvre. Il eut un trs long rgne, -construisit beaucoup, et, en plus de cela, il s'appropria sans le -moindre scrupule tous les monuments de ses prdcesseurs, effaant mme -parfois leurs cartouches pour y mettre le sien, aussi n'y a-t-il gure -de site antique en Egypte o l'on ne trouve son nom. Ds le dbut de son -rgne il eut lutter, dans les provinces asiatiques de son empire, -contre un royaume devenu progressivement trs puissant et qui occupait -une grande partie de l'Asie Mineure, celui des Hittites. Il sut -habilement jouer d'un succs qu'il remporta dans sa premire campagne et -o sa valeur personnelle avait dcid de la victoire; sur la faade de -tous ses temples, il fit sculpter cet pisode accompagn d'un pome -dithyrambique, le fameux pome de Pentaour, et acquit ainsi une aurole -de gloire qui est, sinon immrite, du moins un peu surfaite. En effet, -son succs ne devait pas tre dcisif, et nous voyons Ramss, quelques -annes plus tard, conclure avec ces mmes rois hittites un trait dont -il fait de nouveau trs grand tat et qui, tout prendre, met sur un -pied d'galit les deux parties contractantes au lieu d'assurer la -supriorit de l'Egypte. Ramss sut du reste, semble-t-il, maintenir -l'intgrit de ses tats, et l'orage qui s'approchait de ses frontires -n'clata qu'aprs sa mort. - -[Illustration: _Fig. 208._ Tte de la momie de Menephtah (d'ap. -ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLVIII).] - -Un grand mouvement se prparait en effet contre l'Egypte; avec l'appui -des tribus libyennes cantonnes dans le dsert, dans la Cyrnaque et -peut-tre plus loin encore, du ct de la Tunisie, certains peuples du -nord, venant des les grecques et de la cte d'Asie Mineure, -traversrent la mer, dbarqurent et tentrent d'envahir la valle du -Nil, dont le souverain tait en ce moment Menephtah, le soi-disant -pharaon de l'Exode. Ce roi tait le trentime fils de Ramss II, auquel -il succda tant lui-mme dj presque un vieillard, inhabile conduire -des armes. Les gnraux auxquels il dlgua ses pouvoirs se -comportrent vaillamment et repoussrent l'invasion; plus tard, ils -firent une campagne victorieuse en Syrie, pays galement menac par les -ennemis de l'Egypte, et qui n'tait sans doute dj plus vassal des -pharaons, en juger par les termes que Menephtah emploie en parlant des -habitants de la contre, qu'il ne considre plus comme des sujets ou des -rebelles, mais comme des adversaires indpendants. Pendant quelques -sicles, la monarchie gyptienne avait fait de brillantes conqutes et -les avait dfendues prement, mais elle n'avait pas le caractre d'une -puissance expansive et ses colonies asiatiques lui chapprent sans que -nous puissions bien nous rendre compte de quelle faon. Dsormais -l'Egypte sera rduite son territoire africain, et si quelques rois, -d'un esprit plus aventureux, veulent plus tard tenter des expditions -lointaines, leurs succs ne seront jamais que momentans et n'auront -aucun lendemain. - -Ces victoires devaient tre les derniers moments de gloire de la XIXme -dynastie, et la fin du rgne de Menephtah se perd dans l'oubli; ses -successeurs, Seti II, Amenmess, Taousert, Siphtah ne sont gure pour -nous que des noms, des tres sans consistance historique. Peu peu, -sous eux, l'Egypte tait tombe en pleine anarchie; des hordes syriennes -s'taient abattues sur le pays et le ranonnaient sans piti. La -dcadence tait complte au XIme sicle avant notre re. - - -_XXe dynastie_ - -L'Egypte devait secouer cependant encore une fois le joug des barbares, -grce la valeur et l'opinitret de Setnekht et de Ramss III, les -fondateurs de la XXme dynastie; Setnekht, un parent sans doute des rois -de la XIXme, rtablit l'ordre dans le pays mme, mais mourut aprs un -trs court rgne, laissant le trne son fils Ramss III. La coalition -des peuples de la mer et des Libyens, dissoute par la victoire de -Menephtah, s'tait reforme et devenait de nouveau menaante; c'tait -une vraie migration de nations entires qui se dirigeaient vers -l'Egypte en suivant la cte de la Syrie et de la Palestine; Ramss les -attendait prs de la frontire et les dfit une premire fois, mais ils -revinrent la charge trois ans aprs et, dans la mme journe, leur -flotte fut anantie par celle du roi d'Egypte et leur arme repousse -dfinitivement; cette fois-ci, les Libyens s'taient mis aussi en -campagne et, Ramss, immdiatement aprs sa victoire dans l'est, se -retourna contre eux et leur infligea eux aussi une dfaite -retentissante. Il n'avait plus rien craindre du dehors et fut assez -sage pour ne pas passer de la dfensive une politique offensive; il se -consacra donc exclusivement au bien-tre et au dveloppement de son -pays, o la paix et la scurit rgnaient de nouveau. Il difia des -monuments splendides, comme ceux de Medinet-Habou, protgea le commerce -et l'industrie et combla les temples de richesses. Grce au grand -papyrus Harris, qui contient l'numration de ses dons et un rsum -historique de son oeuvre, nous sommes admirablement renseigns sur son -rgne. Ramss III cherchait en tout imiter son illustre anctre et -homonyme Ramss II; si son rgne fut de moiti plus court, trente-trois -ans peine, l'oeuvre qu'il accomplit pendant ce temps est suprieure, -semble-t-il, celle de son clbre modle, et elle et t vraiment -durable s'il avait eu des successeurs dignes de lui; malheureusement -ceux-ci se montrrent aussi incapables que les successeurs de Ramss II -et la XXme dynastie finit comme la XIXme, tristement et sans gloire. Les -neuf rois qui se succdent des intervalles plus ou moins longs et qui -portent tous le nom glorieux de Ramss sont comme les rois fainants -entre les mains des maires du palais, des fantoches sans valeur -personnelle, absolument dpendants des prtres d'Amon; ceux-ci avaient -repris la place prpondrante que Khounaten avait cherch leur -enlever, cependant les rois reprsentaient encore le lien traditionnel -qui assurait l'unit de l'Egypte, menace de tous cts par des -ambitieux dsireux de s'arroger une partie du pouvoir suprme. - -[Illustration: _Fig. 209._ Tte de la momie de Ramss III (d'ap. -ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. LII).] - -[Illustration: _Fig. 210._ Bataille contre les Philistins (d'aprs -CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXX).] - -[Illustration: _Fig. 211._ Bataille navale sous Ramss III (d'aprs -CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXXII).] - -La dislocation du pays commena en effet ds la disparition du dernier -de ces princes, Ramss XII, dtrn sans doute par le grand prtre -Hrihor, qui tenait depuis longtemps les rnes du pouvoir et voulait -porter lui-mme la couronne. Une re nouvelle commence, celle du -morcellement de l'Egypte, assez semblable en principe la priode -fodale qui spare l'Ancien du Moyen Empire, cette diffrence prs que -ces roitelets vivent le plus souvent en bonne harmonie les uns avec les -autres, s'unissent par des mariages et se repassent sans dispute la -prminence, suivant que l'une ou l'autre des familles a plus de -puissance sur le moment. Il semble que l'Egypte soit puise par son -effort politique et militaire et qu'elle se recueille, attendant des -jours meilleurs qui du reste ne pourront tre aussi glorieux que par le -pass; pendant le dbut de cette priode qui reste encore confuse, bien -qu'elle nous ait transmis une foule de documents, aucun ennemi srieux, -venant du dehors, ne menace l'Egypte, mais aucun roi ne domine les -autres par ses actes ou par ses capacits. Cette poque est une poque -de mdiocrit tous les points de vue, pendant laquelle la -civilisation, comme les arts, vgte sans se dvelopper, et qui dura de -trois quatre sicles. Il faudrait pouvoir en donner un vaste tableau -d'ensemble, chose qui n'est pas encore possible, les lments tant -insuffisants, et nous devons nous borner suivre la classification de -Manthon en dynasties; chacune de ces dynasties semble d'aprs lui -former un tout indpendant, tandis qu'en ralit elle est intimement -lie aux autres, dans un enchevtrement bien difficile dbrouiller. - - -_XXIe dynastie_ - -Avec Hrihor, les grands prtres d'Amon s'taient, comme cela devait -fatalement arriver, levs sur le trne d'Egypte, mais peine y -furent-ils qu'ils se trouvrent en face de comptiteurs qui n'taient -point ngligeables: ceux-ci, moins puissants peut-tre que les -rois-prtres qui occupaient Thbes, avaient pour eux leur naissance, -tant parents trs rapprochs des souverains dchus. Leur centre tait -Tanis, l'extrme nord-est du Delta, une ville laquelle Ramss II -avait donn une grande importance comme boulevard de l'Egypte du ct de -la Syrie. Ces rois, Smends, Si-Amon, les Psousenns, firent avec ceux -de Thbes une sorte de compromis et vcurent en bons termes avec Hrihor -comme avec ses descendants, les Pnkhi, les Pinodjem, les Masaherta, -dont plusieurs du reste se contentrent de leur titre de grand pontife -tandis que d'autres revendiquaient le cartouche royal. La XXIme dynastie -est donc double, mi-partie tanite, mi-partie thbaine. - - -_XXIIe dynastie_ - -La force militaire des grands conqurants, ds la XVIIIme dynastie, -rside pour une bonne part dans les troupes mercenaires qu'ils prenaient - leur service, ngres, Shardanes et Libyens, races qui toutes taient -plus belliqueuses que les Egyptiens. Parmi tous ces trangers dfenseurs -de l'Egypte, la tribu libyenne des Mashaouash prit rapidement une place -prpondrante, et ses chefs une haute position la cour, puisqu'ils -entrrent mme par des mariages dans la famille royale; un descendant de -ces chefs, rsidant Bubastis dans la Basse Egypte, Sheshonq, prit lui -aussi le titre de roi de la Haute et de la Basse Egypte, peut-tre au -moment mme o Hrihor et Smends se proclamaient rois chacun de son -ct. Cette dynastie bubastite qui compte dans ses rangs des Sheshonq, -des Osorkon, des Takelot, des Nimrod, fut gnralement plus puissante -que les autres familles rgnantes et nous a laiss beaucoup plus de -monuments, entre autres ceux dont elle dota sa capitale de Bubastis; -souvent mme ces rois occuprent Thbes, y installrent des grands -prtres pris dans leur famille et firent des travaux importants dans le -grand temple d'Amon; cependant nous ne voyons pas qu'il y ait jamais eu -de luttes violentes entre eux et les autres dynasties collatrales. Le -fondateur de la dynastie, Sheshonq I, manifesta des vellits -conqurantes et fit campagne en Jude: c'est le Sisak de la Bible, qui -vainquit Roboam et pilla Jrusalem. Certains de ses successeurs, comme -Osorkon I, le Zerakh de la Bible, eurent aussi maille partir avec les -Juifs, mais part cela leurs rgnes ne renferment aucun vnement -vraiment digne de mmoire. - -[Illustration: _Fig. 212._ Osorkon I (d'ap. GONINO. _Proc. of the Soc. -of Bibl. Arch._, VI, p. _205_).] - - -_XXIIIe dynastie_ - -Quand la premire famille de rois tanites, la XXIme dynastie, -s'teignit, une autre famille de mme origine prit possession de son -trne, mais ne laissa dans l'histoire qu'une trace insignifiante. Elle -rgna donc pendant les derniers temps de la XXIIme dynastie bubastite. A -cette poque se place un vnement important, la conqute de l'Egypte -entire par le roi thiopien Pinkhi Meri-Amon. Ce prince, qui -descendait des anciens rois d'Egypte et qui se considrait comme leur -lgitime successeur, rvait d'une restauration du royaume des pharaons -tel qu'il tait la grande poque. Il descendit le Nil avec une flotte -et une arme, s'empara successivement de toutes les villes et de toutes -les places fortes d'Egypte, malgr la rsistance opinitre des derniers -rois de la XXIIme et de la XXIIIme dynastie, Nimrod et Osorkon, de -Tafnekht, roi de Sas et d'une srie de petits roitelets, qui tous -durent finir par se soumettre et le reconnatre comme leur suzerain. Il -rendit lui-mme solennellement hommage aux dieux de l'Egypte, mais ne -s'attarda pas dans le pays et remonta dans sa patrie, Napata, au fond -du Soudan. - -[Illustration: _Fig. 213._ Rois et princes faisant leur soumission -Pinkhi (d'aprs MARIETTE. _Monuments divers_, pl. I).] - - -_XXIVe dynastie_ - -Le plus opinitre des adversaires de Pinkhi, Tafnekht, roi de Sas, -s'arrogeait dj, comme du reste les autres princes ses contemporains, -le protocole complet des rois d'Egypte. Son fils et successeur, -Bokenranf (Bocchoris), eut un pouvoir plus tendu et rgna mme quelques -annes sur le pays entier, constituant lui seul l'phmre XXIVme -dynastie sate. C'tait un sage et un lgislateur, sur le compte duquel -la postrit racontait mainte anecdote. Comme guerrier, il tenta, en -Syrie, de s'opposer la marche victorieuse de Sargon, roi d'Assyrie, -mais fut battu et dut s'estimer heureux que son royaume n'et pas -subir l'invasion. Peu aprs il fut attaqu, vaincu et mis mort par le -roi thiopien qui rgnait encore Thbes, Sabacon. - - -_XXVe dynastie_ - -Pinkhi en effet, en rentrant en Ethiopie, avait laiss le royaume -reconquis par lui aux mains de membres de sa famille qui rsidrent -Thbes, mais qui n'eurent qu'une autorit trs limite jusqu'au jour o -l'un d'entre eux, Sabacon, se trouva matre de nouveau de tout le pays -par sa victoire sur Bocchoris. L'unit des deux royaumes pharaoniques -semblait reconstitue, mais elle ne devait pas tre de longue dure. Un -ennemi nouveau, plus redoutable que tous ceux qu'avait jusque-l connus -l'Egypte, le roi d'Assyrie, qui tait dj matre d'une bonne partie de -la Syrie, s'avanait progressivement. La politique que suivirent son -gard les rois thiopiens de la XXVme dynastie, et du reste aussi les -autres princes gyptiens, ne fut pas trs franche et varia presque d'une -anne l'autre. Sabacon commena prudemment par payer tribut ce -puissant rival; son fils Shabatoka prit le parti contraire, marcha -contre Sennakhrib, fut compltement battu, et l'Egypte n'vita -l'invasion que grce au mystrieux vnement relat par la Bible et par -Hrodote, cette peste qui anantit en une nuit l'arme assyrienne dans -les environs de Jrusalem, Lakish, en l'an 701. Peu aprs, Shabatoka -fut dtrn et tu par son suzerain, le nouveau roi d'Ethiopie Taharqa, -qui s'installa sa place comme pharaon, et donna l'Egypte quelques -annes de prosprit; ayant nou des intrigues avec les peuples syriens, -il s'attira la colre d'Asarhaddon, roi d'Assyrie, qui cette fois -pntra en Egypte, le vainquit, pilla Memphis et reut l'hommage des -princes du Delta, auprs desquels il tablit des gouverneurs, en 670. -Taharqa revint la charge un peu plus tard, mais cette fois les armes -d'Assourbanipal, qui venait de succder son pre, pntrrent jusqu' -Thbes et firent peser un joug plus lourd sur les princes de la Basse -Egypte qui avaient profit de l'occasion pour se rvolter de nouveau. -Le successeur de Taharqa, Tanoutamon, tenta une fois encore de repousser -les Assyriens, reprit le pays jusqu'au Delta, puis finit aussi par tre -refoul au del de la cataracte, aprs que Thbes eut t mise sac. -Ceci se passait en 662; la domination assyrienne ne devait plus durer -que peu de temps, mais aucun roi thiopien ne devait plus porter la -double couronne d'Egypte. - - -_XXVIe dynastie_ - -Parmi tous les princes et roitelets qui se partageaient le Delta et -formaient ce que les Grecs appelaient la dodcarchie, ceux de Sas -avaient depuis Bocchoris une place dominante et prenaient toujours la -tte du mouvement, que ce mouvement ft dirig contre les Ethiopiens ou -contre les Assyriens. Nchao, le vritable fondateur de cette nouvelle -dynastie sate la XXVIme, avait dj t reconnu par Asarhaddon, mais ce -fut son fils Psammtique qui, profitant de la retraite dfinitive de -Taharqa et de l'loignement d'Assourbanipal, alors trs occup par sa -guerre contre l'Elam, arriva en un temps relativement court affranchir -son pays de la domination trangre, en reconstituer l'unit et lui -assurer de nouveau de longues annes de prosprit et de gloire, comme -dans les beaux temps d'autrefois. - -[Illustration: _Fig. 214._ Psammtique I (d'aprs SCHFER. _Zeitsch. fr -aegypt. Sprache_, XXXIII, p. _116_).] - -Ainsi que nous l'apprennent les historiens grecs, c'est en s'appuyant -sur des mercenaires ioniens et cariens que Psammtique I put obtenir ce -rsultat et runir tout le pouvoir dans sa main; certains soldats -gyptiens, blesss de cette prfrence non dguise qu'il accordait aux -soldats trangers, l'abandonnrent et s'expatrirent, mais les autres -furent vite enrgiments de nouveau. La puissance militaire de l'Egypte -tait reconstitue, et le nouveau roi chercha d'abord exprimenter sa -force en faisant des incursions en Syrie, puis adopta un autre systme, -celui de fortifier ses frontires au nord-est et au sud pour pouvoir -s'occuper activement de rorganiser son royaume; son long rgne lui -permit de mener bien cette besogne. - -Le royaume d'Assyrie avait disparu, aussi le fils de Psammtique, Nchao -II voulut-il reprendre la vieille politique syrienne des pharaons -conqurants; son expdition fut d'abord couronne de succs, mais aprs -une dfaite terrible qui lui fut inflige Carchemis par le roi de -Babylone, Nabuchodonosor, il dut se replier sur l'Egypte o son -vainqueur n'osa le poursuivre et il se voua, son tour, au -dveloppement intrieur de son royaume. Il s'occupa aussi activement de -sa marine, et c'est sur son ordre qu'eut lieu le fameux priple, le -voyage d'une flotte gyptienne autour de l'Afrique, partant de la mer -Rouge pour revenir par la Mditerrane. - -[Illustration: _Fig. 215._ Apris (d'ap. PETRIE. _The Palace of Apries_, -pl. II).] - -Psammtique II, puis Apris, continurent l'oeuvre de leurs devanciers -jusqu'au moment o ce dernier, aprs une expdition dsastreuse contre -les Libyens, eut suscit une vraie rvolution populaire qui le renversa -et le remplaa sur le trne par Amasis, un de ses gnraux, sans doute -son parent. Nabuchodonosor profita de cette crise pour enlever -l'Egypte tout ce qu'elle pouvait encore possder en Syrie, mais n'osa -pas tenter de pntrer dans la valle du Nil, et Amasis, s'appuyant de -plus en plus sur les Grecs, continua l'oeuvre civilisatrice commence -avant lui; c'est grce lui surtout que s'levrent sur le sol gyptien -des villes purement grecques comme Naucratis, et que le commerce et -l'industrie hellniques y prosprrent, faisant pntrer peu peu un -nouvel esprit dans cette vieille civilisation, aussi la figure d'Amasis -est-elle reste trs vivante chez les Grecs, et une foule d'histoires -sont venues se greffer sur son nom, qu'elles popularisent encore en ce -jour. Jamais l'Egypte, parat-il, n'avait t si riche et si prospre -que sous son habile gouvernement; il l'avait rendue si forte que Cyrus -lui-mme n'osa pas l'attaquer. Ce dernier lui ayant, dit-on, demand sa -fille en mariage, Amasis lui aurait envoy la fille du pharaon dtrn -Apris; cette tromperie devint plus tard le prtexte des revendications -de Cambyse au trne d'Egypte et de l'envahissement de la valle du Nil, -ds que le faible Psammtique III eut remplac au pouvoir son pre -Amasis. - -[Illustration: _Fig. 216._ Amasis (d'aprs PETRIE. _Meydum and Memphis_, -III, pl. XXIX).] - -La XXVIme dynastie, ou, comme nous l'appelons aussi pour bien la -distinguer du Nouvel Empire thbain avec lequel elle n'a plus aucun -rapport, l'poque sate, prsente un caractre tout particulier qu'on -peut qualifier d'un seul mot, celui de renaissance. Longtemps contenue, -l'Egypte s'panouit de nouveau; dans tous les domaines, elle cherche -retrouver ce qui a fait autrefois sa grandeur et sa force. Elle reprend -la vieille tradition laquelle elle insuffle un peu de cet esprit -nouveau qui commence se manifester grce au contact permanent avec des -peuples plus jeunes. Trop tt coup par l'invasion persane, ce grand -effort qui se manifeste aussi bien au point de vue politique que dans le -domaine de l'art, n'eut pas le temps de donner tout ce qu'on et t en -droit d'en attendre. - - -_Epoque perse (dynasties XXVII-XXX)_ - -L'histoire de la conqute de l'Egypte par Cambyse et des rois ses -successeurs, est trop connue pour qu'il y ait lieu d'y revenir ici. La -valle du Nil est dsormais englobe dans l'empire perse, et il est -remarquer qu'elle ne fut jamais administre comme les autres provinces -ou satrapies, mais qu'elle bnficia de certains privilges et conserva, -nominalement au moins, son ancienne organisation. Le grand roi se -considrait comme le lgitime successeur des pharaons, il enfermait son -nom dans un cartouche, se donnait les titres de roi de la Haute et de la -Basse Egypte et mme celui d'Horus, adorait officiellement tous les -dieux gyptiens et leur dressait des temples, mais toutes ces -prvenances ne suffirent pas lui gagner le coeur de ses nouveaux -sujets qui aspiraient la libert et cherchrent maintes fois la -reconqurir. - -[Illustration: _Fig. 217._ Nectanbo I (d'apr. AYRTON. _Abydos_, III, -pl. XXVIII).] - -Les premires rvoltes furent rprimes, mais enfin sous Darius II -Ochus, en 405, les Egyptiens secourent le joug et substiturent la -XXVIIme dynastie perse une srie de dynasties indignes, la XXVIIIme -d'abord, qui ne compte qu'un seul roi, Amyrte, d'origine sate, puis -la XXIXme, de Mends, qui avec Nepherites et Hakoris acheva la -dlivrance. Des luttes intestines marqurent seules les courts rgnes de -leurs successeurs qui furent dtrns en 379 par un prince originaire de -Sebennytos, Nekhthorheb ou Nectanbo I, le fondateur de la XXXme -dynastie. Ce roi, puis ses successeurs Tos et Nectanbo II, tout en -travaillant activement au bien-tre intrieur du pays, eurent -continuellement lutter contre les Perses qui voulaient reconqurir -leur province perdue. Pendant des annes, avec le secours des -mercenaires grecs, ils bataillrent avec hrosme, mais ils finirent par -tre crass sous le nombre, et en 342, le dernier roi gyptien -s'enfuyait en Ethiopie; l'antique monarchie avait jet son dernier -clat. - -Les Perses saccagrent consciencieusement le pays qui, au cours de la -XXXme dynastie, s'tait remis prosprer, mais ils ne devaient jouir de -leur triomphe que dix ans peine et quand Alexandre parut, il fut salu -comme un sauveur. C'tait une Egypte toute nouvelle qui commenait, -l'Egypte grecque, dsormais intimement lie l'histoire du monde -mditerranen, de ce monde la civilisation duquel elle avait si -largement contribu. - - -_L'Exode des Hbreux_ - -Je dois ajouter encore un mot sur l'vnement de l'histoire d'Egypte qui -nous est le plus familier, l'Exode des Hbreux; pour les Egyptiens -eux-mmes, le fait n'tait ni glorieux ni important, aussi ne faut-il -pas s'tonner qu'ils n'en font pas la moindre mention; dans les livres -de Mose, le roi sous lequel eut lieu l'Exode n'est pas nomm, aussi la -date ne peut-elle tre fixe de faon certaine. L'opinion -traditionnelle, presque universellement accepte aujourd'hui, est que la -perscution des Juifs eut lieu partir de Ramss II et la sortie -d'Egypte sous Menephtah; cependant dans la stle racontant son triomphe -en Syrie, en l'an 5, ce dernier roi parle d'Isral--le mot est crit en -toutes lettres--comme tant fix dans ce pays, et fortement atteint par -la victoire gyptienne. Il est bien difficile de concilier ce fait -prcis avec la tradition. Une solution qui est mon avis plus plausible -est celle de M. Lieblein qui reporte l'Exode vers la fin de la XVIIIme -dynastie: Thoutms III serait le pharaon de l'oppression et les Juifs -auraient quitt l'Egypte sous Amenophis III; deux cents ans plus tard, -sous Menephtah, ils devaient donc tre installs en Palestine. Ce -systme a l'avantage d'expliquer la prsence sur les frontires de la -Palestine, sous Amenophis IV, de tribus belliqueuses et envahissantes -que les lettres des gouverneurs appellent les Khabirou. Ces Khabirou -seraient simplement les Hbreux qui, sous la conduite de Josu, -commenaient la conqute de la terre promise. - - -B. MONUMENTS - -La masse norme de monuments du Nouvel Empire qui nous sont parvenus -appartiennent presque tous la priode thbaine, tandis que celle des -rois du Delta est peine reprsente jusqu' la XXVIme dynastie, -l'poque sate, qui prsente un caractre un peu diffrent. Ce sera donc -surtout d'aprs les documents thbains, de la XVIIIme la XXme -dynastie, que nous tudierons maintenant la diffrence qui existe entre -le Nouvel Empire et les deux grandes priodes qui le prcdrent. - - -_Architecture_ - -En Orient, chaque roi nouveau se construit gnralement une rsidence -qui n'est pas destine durer beaucoup plus longtemps que lui. En -Egypte, les palais taient des constructions lgres en briques et bois, -couvrant un vaste espace, avec cours centrales, grandes pices -colonnes et chambres plus petites, bien ares, dont la disposition -devait varier constamment; l'ornementation, qui se faisait sur stuc, -tait souvent trs riche; ainsi, dans les grandes salles d'apparat, le -sol, tait couvert d'un enduit entirement peint, reprsentant un tang -plein de poissons, entour de touffes de plantes et de buissons couverts -de fleurs sur lesquels volent des multitudes d'oiseaux, thme dcoratif -trait avec la fantaisie la plus charmante. - -[Illustration: _Fig. 218._ Fragment d'un dallage peint (d'aprs PETRIE. -_Tell-el-Amarna_, pl. II).] - -De mme que leurs princes, les gens aiss cherchaient avoir des -maisons fraches et bien ares, sortes de villas un ou deux tages -places au milieu de beaux jardins pleins d'arbres fruitiers et qui, -avec leurs pices d'eau et la rgularit de leur disposition, font -parfois penser aux jardins la franaise. Les communs, greniers et -pressoir, sont ct de la maison. - -[Illustration: _Fig. 219._ Maison et jardin (d'aprs BOUSSAC. _Le -Tombeau d'Anna_).] - -L'Egypte n'ayant pas d'invasion craindre sous les rois thbains ne fit -aucune construction militaire; ce n'est que sous les Sates que nous -trouvons la frontire des forteresses comme celle de Daphnae, destine - la garnison grecque, norme massif de maonnerie qui rappelle beaucoup -les forts du Moyen Empire. Les monuments nous font par contre connatre -les fortifications syriennes avec leurs terrasses et leurs crneaux, et -Ramss III eut mme la fantaisie de construire en avant de son temple -de Medinet-Habou, en souvenir de ses campagnes, un vrai fort syrien qui -est aujourd'hui admirablement conserv. - - -_Temples_ - -Les temples gyptiens du Nouvel Empire sont trs nombreux et le plus -souvent de dimensions colossales; les dispositions de dtails varient de -l'un l'autre, mais le plan d'ensemble est toujours le mme, et -comporte trois parties principales places l'une derrire l'autre et -donnant au monument la forme d'un rectangle peu prs deux fois plus -long que large. En avant est une cour souvent entoure d'une colonnade -et prcde d'un double pylone trs lev, flanquant les deux cts de -la porte centrale; puis vient la salle, ou les salles hypostyles o se -faisaient les crmonies publiques du culte, et enfin le sanctuaire, -isol par un couloir sur lequel s'ouvrent encore une srie de pices -secondaires destines servir de magasins ou de trsors. Dans ce -sanctuaire on conservait l'image sainte du dieu, enferme dans un riche -naos ou place sur une barque qu'on apportait devant la foule pendant -les grandes crmonies. Devant le pylone se dressaient deux oblisques, -de hauts mts portant des banderoles, et souvent des statues colossales -de rois; parfois une avenue borde de sphinx y aboutissait; des statues -en plus ou moins grand nombre taient dposes dans toutes les parties -du temple. - -[Illustration: _Fig. 220._ Pavillon de Ramss III, Medinet Habou.] - -[Illustration: _Fig. 221._ Plan du temple de Khonsou, Karnak (d'apr. -LEPSIUS. _Denkmler_, Text III, p. _54_).] - -Une riche dcoration traite en bas-relief ou en creux, et le plus -souvent rehausse de couleur, couvre toutes les parois, tant -l'extrieur qu' l'intrieur; l'intrieur, c'est--dire dans les -salles hypostyles aussi bien que dans les pices accessibles aux prtres -seuls, ce sont des scnes d'adoration, d'offrandes ou de crmonies -cultuelles, tandis que dans les cours, sur les pylones et sur les murs -extrieurs, les rois faisaient de prfrence reprsenter leurs hauts -faits guerriers et l'crasement de leurs ennemis, avec des inscriptions -historiques, visibles ainsi pour tout le monde. - -[Illustration: _Fig. 222._ Pylone du temple de Louxor.] - -[Illustration: _Fig. 223._ Temple de Khonsou, Karnak.] - -[Illustration: _Fig. 224._ Cour du temple de Louxor (Amnophis III).] - -[Illustration: _Fig. 225._ Cour du temple de Medinet-Habou (Ramss -III).] - -[Illustration: _Fig. 226._ Salle hypostyle de Karnak (Sti I).] - -[Illustration: _Fig. 227._ Salle hypostyle du Ramessoum (Ramss II).] - -[Illustration: _Fig. 228._ Bas-reliefs du temple de Karnak (Sti I).] - -[Illustration: _Fig. 229._ Bas-reliefs du temple de Sti I Abydos.] - -Au point de vue construction, la maonnerie est trs soigne, forme de -grands blocs de calcaire ou de grs, parfois mme de granit, poss sur -le sol presque sans fondations; les colonnes sont galement en matriaux -appareills et non plus monolithes, ce qui permet de leur donner de -beaucoup plus grandes dimensions. - -Les temples des dieux prsentent souvent un tout extrmement complexe, -provenant des adjonctions que les rois ont successivement apportes au -plan primitif; la chose est surtout vidente pour le grand temple d'Amon - Karnak, dont l'ensemble mesure 400 mtres de longueur, et o presque -tous les rois du Nouvel Empire ont tenu laisser une trace de leur -activit. Par contre les temples funraires, btis par un seul souverain -et pour lui seul, qui sont construits suivant le mme principe et sur le -mme plan que ceux des dieux, sont beaucoup plus simples. Ces temples -funraires situs dans la valle, trs loin des tombeaux eux-mmes, qui -sont creuss dans la montagne, remplacent les anciennes chapelles -funraires dpendant des pyramides, dont les dimensions taient plus -restreintes et le plan trs diffrent; il y a donc dans ce domaine un -changement trs important signaler, qui provient d'une volution dans -les ides relatives la vie future. Le seul temple funraire qui -s'carte du modle ordinaire est le plus ancien, celui de Hatshepsou -Deir-el-Bahari, avec ses terrasses, ses colonnades et son sanctuaire -creus dans la montagne, sa dcoration est du reste, comme celle des -autres temples, compose de scnes religieuses et de reprsentations des -vnements saillants du rgne. - -[Illustration: _Fig. 230._ Barque sacre d'Amon, Abydos.] - -Le culte ne se pratiquait pas de la mme manire dans tous les temples, -mais il consistait toujours en un certain nombre de crmonies -analogues; la principale, celle du culte journalier, tait prside en -principe par le roi lui-mme, grand prtre de tous les dieux d'Egypte, -en ralit par un prtre auquel il dlguait ses pouvoirs. L'officiant -commenait par se purifier dans la cour du temple, revtait les -ornements sacrs, s'avanait en grande pompe vers le sanctuaire o il -ouvrait la chsse divine; il se prosternait devant le dieu, l'adorait, -pratiquait les rites qui devaient faire descendre l'me de la divinit -dans la statue, l'encensait, l'oignait, lui prsentait des victuailles -diverses, en entremlant tous ces gestes rituels d'hymnes et de formules -magiques; puis il prenait cong du dieu et refermait le naos. Dans les -grandes solennits, le dieu, mont sur sa barque et port sur les -paules des prtres, sortait et se prsentait au peuple mass dans les -salles hypostyles et les cours, faisait le tour du temple ou allait -voguer sur le lac sacr; parfois mme, toujours accompagn d'un cortge -solennel, il s'en allait passer quelques jours dans un autre de ses -sanctuaires, ou faire une courte visite de crmonie l'un des dieux -ses voisins, ses parents ou ses amis. - - -_Tombeaux_ - -Le changement qui s'tait accompli dans les coutumes funraires est plus -sensible encore dans les tombeaux mmes des rois; c'est sans doute -ensuite du pillage systmatique des tombes, commis sous les Hyksos, -qu'on prouva le besoin de changer le mode de spulture et de rendre la -dernire retraite des rois aussi inaccessible et aussi secrte que -possible. On choisit dans ce but une valle isole et sauvage dans la -montagne de Thbes et on y creusa ces tombeaux qui sont une des choses -les plus impressionnantes que l'Egypte nous ait lgues, vastes syringes -descendant tout droit dans le flanc de la montagne, recoupes de salles -de diverses grandeurs avant d'arriver la chambre funraire, au milieu -de laquelle se dresse un norme sarcophage de granit. Les parois sont -couvertes d'inscriptions et de scnes en relief peint, d'une fracheur -et d'un travail admirables, toutes relatives aux crmonies funraires -et la vie de l'autre monde, et reprsentant les tres fantastiques que -le mort devait rencontrer dans les enfers. Une fois l'ensevelissement -termin, on fermait l'entre du tombeau et on la dissimulait aussi -soigneusement que possible avec des boulis de roches, ce qui n'empcha -pas les violateurs de spultures d'y pntrer et de faire main basse sur -les richesses amonceles autour des rois dfunts; un moment donn, -sous la XXIme dynastie, on recueillit pieusement ce qui restait des -momies royales et de leur mobilier pour les enfermer ple-mle dans une -nouvelle cachette qui les a gardes jusqu' nos jours, et n'a livr son -prcieux dpt qu' des savants capables d'en faire le meilleur usage -scientifique: c'est ainsi que nous possdons maintenant les corps, -admirablement embaums, de presque tous les grands rois de la deuxime -poque thbaine. - -[Illustration: _Fig. 231._ Plan du tombeau de Ramss IV (d'aprs -LEFBURE. _Hypoges royaux de Thbes_, II, 3, pl. I).] - -[Illustration: _Fig. 232._ Tombeau d'un particulier (photogr. de M. H. -Pieron).] - -Les tombeaux des simples particuliers sont presque tous des hypoges -creuss dans le flanc de la montagne, et le type mastaba est pour ainsi -dire compltement abandonn; les dimensions sont trs variables, suivant -la position sociale et la richesse du propritaire. Quant la -dcoration, elle est parfois sculpte, mais plus souvent peinte sur -enduit, vu la mauvaise qualit de la pierre dans la montagne de Thbes -o la plupart de ces tombes sont creuses; cette dcoration comporte, -non pas seulement comme autrefois des scnes de la vie usuelle, qui sont -places dans la premire chambre et traites avec une libert et une -fantaisie plus grande encore que dans les mastabas de l'Ancien Empire, -mais aussi, dans la salle du fond, des figurations relatives aux -funrailles et aux crmonies accomplies cette occasion. C'est l une -innovation trs caractristique, correspondant celle que nous avons -dj signale pour les tombes royales. A l'ancienne thorie du Ka, du -double vivant au fond du tombeau, tend de plus en plus se substituer -celle de l'me divine qui peut, aprs la mort, entrer dans le sjour des -dieux; autrefois les rois seuls avaient ce privilge, maintenant les -simples mortels veulent le partager avec eux. C'est comme un mouvement -de dmocratisation qui se fait jour peu peu dans les domaines les plus -abstraits et jusqu'alors les plus rservs de la spculation -philosophique au sujet de la vie d'outre-tombe. - -[Illustration: _Fig. 233._ Momie du roi Siphtah (d'aprs ELLIOT-SMITH. -_Royal Mummies_, pl. LXI).] - -Au fond de l'hypoge s'ouvre un puits vertical qui descend au caveau -funraire, grossirement taill dans le rocher, o reposait la momie -embaume de faon plus soigne qu'aux priodes antrieures, bien -enveloppe dans ses bandelettes et ses linceuls et couche dans le -cercueil anthropode plus ou moins richement dcor de scnes funraires -ou religieuses. Parfois ce cercueil est plac dans un autre cercueil de -mme forme, parfois mme un grand sarcophage rectangulaire, galement en -bois peint, les renferme tous deux. La mode du masque en cartonnage a -disparu, mais souvent cet accessoire est remplac par une planchette -ayant la forme du couvercle du cercueil et pose directement sur la -momie. Sur le sarcophage mme, il n'y a plus que peu de textes; par -contre les grandes compositions ayant pour but d'assurer aux dfunts la -vie d'outre-tombe, comme celles que nous appelons _Livre des Morts_ et -_Livre de l'Am-Douat_, sont crites sur des rouleaux de papyrus placs, -soit sur la momie elle-mme, soit auprs d'elle, dans une statuette de -bois. - -[Illustration: _Fig. 234._ Sarcophage, cercueils, caisse canopes -(d'aprs MARIETTE. _Album du Muse de Boulaq_, pl. XV).] - -Dans le caveau, on trouve encore le coffret contenant les quatre vases -canopes o sont les viscres embaums du mort, puis une caisse o sont -empiles en plus ou moins grand nombre les statuettes funraires ou -_oushabtis_, statuettes mummiformes en pierre, en bois ou en terre -maille destines remplacer les statues de serviteurs de l'poque -prcdente et les statues du mort lui-mme. A ct de ces objets vient -s'entasser tout le mobilier funraire: lits, chaises, fauteuils, -coffrets, vases pleins de parfums, vtements, linges de toute sorte, -perruques et ustensiles de toilette, aliments divers, viandes, lgumes -et fruits: il y a peu d'annes, on a retrouv une srie complte de ces -objets dans une tombe de peu d'apparence, celle de l'ingnieur Kha et de -sa femme Merit, le tout dans un tat de conservation si remarquable -qu'en se promenant dans la salle du muse de Turin o ces objets sont -installs, on est comme transport plus de 3000 ans en arrire et l'on -sent vivre encore autour de soi l'esprit de ces deux morts. Il en est de -mme pour le mobilier, bien plus luxueux, des beaux-parents d'Amenophis -III, Youaa et Toua, et surtout pour celui que contenait encore le -tombeau du roi Toutankhamon, et qui dpasse comme richesse et comme -splendeur tout ce qu'il tait possible d'imaginer. - -C'est Thbes mme, sur la rive gauche du fleuve, que se trouvent les -plus nombreux tombeaux du Nouvel Empire. Ceux qu'on rencontre ailleurs -que dans la capitale ne prsentent pas de divergences bien -caractristiques; il faut citer en particulier les tombes de Tell el -Amarna, restes de l'poque des rois hrtiques, creuses aussi dans le -rocher et dcores de bas-reliefs d'un style si particulier. - -A l'poque sate on trouve non seulement le tombeau rupestre avec de -nombreuses salles, mais un nouveau modle, celui de la chambre funraire -unique, vote et dcore exclusivement de textes religieux; cette -chambre est construite au fond d'un immense puits de plus de 30 mtres -de profondeur, soigneusement combl aprs les travaux, avec puits plus -petit situ ct et permettant l'accs du tombeau au moment des -funrailles. Nous ne connaissons aucun tombeau royal de cette poque. - -Pendant cette priode o l'on cherchait dans tous les domaines revenir -aux anciennes coutumes, les grands sarcophages de pierre redeviennent -la mode, mais ils sont gnralement de forme anthropode et couverts -d'inscriptions. Les momies sont, peu de chose prs, semblables -celles de l'poque thbaine, mais on recommence les coiffer d'un -masque en cartonnage figure humaine; ce n'est que plus tard, sous la -domination des Grecs et des Romains, qu'on en vint orner le maillot -des momies d'un buste en pltre colori ou d'un panneau de bois peint -la cire reprsentant le portrait du mort et fix au moyen des derniers -tours de bandelettes. - - -_Sculpture_ - -Il n'est pas besoin d'une longue exprience pour distinguer les oeuvres -de la statuaire du Nouvel Empire de celles des poques antrieures, bien -que la pose du modle et les lignes gnrales soient toujours peu -prs semblables. En plus des diffrences de costume qui sont trs -apprciables, le style lui-mme n'est plus exactement le mme: alors que -les sculpteurs de l'Ancien et mme du Moyen Empire s'appliquaient avant -tout reproduire avec certitude la physionomie, l'expression mme de -leur modle, dans la mesure de leurs moyens, et souvent aux dpens du -reste du corps, ceux du Nouvel Empire ont une tendance moins raliste et -cherchent surtout la grce et l'lgance; les figures s'uniformisent et -n'ont plus un caractre aussi personnel, mais le corps entier est trait -avec le mme soin que la tte, avec un souci beaucoup plus marqu du -model. Cette tendance est une tendance gnrale, qui n'exclut pas un -certain nombre d'oeuvres isoles, manifestations artistiques trs -personnelles et de premier ordre. Le ralisme qui se fait jour -l'poque des rois hrtiques est un peu un ralisme de convention, -puisque c'est la figure du roi qui reste le type dont les figures de ses -sujets doivent se rapprocher autant que possible. - -[Illustration: _Fig. 235._ Statue de Ramss II (Muse de Turin).] - -[Illustration: _Fig. 236._ Ramss II prsentant une offrande (d'aprs -LEGRAIN. _Statues et statuettes_, II, pl. IV).] - -Nous possdons des statues royales extrmement nombreuses, surtout -depuis que la cachette du temple de Karnak nous en a livr plusieurs -centaines. Presque toutes taient l'origine dposes dans les temples -et contribuaient l'ornementation de ceux-ci; elles reprsentaient -alors le double du roi qui pouvait, en assistant rgulirement aux -crmonies du culte, prendre sa part des offrandes prsentes au dieu: -en change du don de sa statue que le roi faisait au dieu, celui-ci -avait la charge de le nourrir dans l'autre monde. D'autres statues -taient sans doute dposes dans les tombeaux pour jouer le rle de -support du _Ka_, rle que nous avons tudi plus haut. Il y avait des -statues de toutes les tailles, depuis la statuette de bronze de quelques -centimtres de haut, jusqu'aux colosses placs la porte des temples, -devant les pylones, qui peuvent atteindre 20 mtres de hauteur; mais les -plus frquentes sont celles qui sont peu prs de grandeur naturelle. -La matire aussi est trs diverse: le bois, le mtal, les pierres de -toute sorte et jusqu' la brique recouverte d'enduit. La position la -plus frquemment employe est la position classique du roi assis sur un -trne, les mains sur ses genoux; ct de cela, on trouve le roi -debout, marchant ou tenant des enseignes divines, le roi agenouill -prsentant des vases d'offrandes, le roi prostern, bref le roi dans -toutes les positions qu'il a l'habitude de prendre, soit en prsence de -ses sujets, soit quand il clbre le culte divin. - -[Illustration: _Fig. 237._ Statuette en bois du Muse de Turin (d'aprs -PETRIE. _Photographs_, no _278_).] - -Quelques grands personnages avaient le privilge de dposer, comme les -rois, leur propre statue dans un temple. Quant l'usage qui consistait - placer dans les tombeaux des statues du mort destines servir de -support son double, il tend de plus en plus disparatre; on trouve -bien encore des groupes taills mme la roche du tombeau, reprsentant -le mari et la femme assis cte cte, ou des statuettes de bois -finement sculptes, mais pas de faon constante. Nous avons dj vu, -propos des tombeaux eux-mmes, qu'il s'tait produit une volution trs -marque dans les doctrines relatives la vie de l'au-del, et cette -volution est encore plus sensible ici; la doctrine du _Ka_ ou du -double, remplace par celle de l'me, passe graduellement au second -plan. Cette me ne vit pas dans le tombeau, elle entre dans le royaume -d'Osiris, dans ce canton riant et fertile de l'autre monde qu'on appelle -les champs d'Ialou, et les statuettes funraires ou _oushabtis_, dj -mentionnes plus haut, sont des espces de serviteurs magiques qui -doivent lui assurer la nourriture en cultivant pour elle les champs -divins. - -[Illustration: _Fig. 238._ _Oushabtis_ du Nouvel Empire (d'ap. PETRIE. -_Photographs_, No _267_).] - -Aprs la grande poque thbaine, soit de la XXIme la XXVme dynastie, -la statuaire se fait de plus en plus rare, mais les quelques exemples -qui nous en sont parvenus, en gnral de petites dimensions, nous -montrent un progrs constant dans la recherche patiente qui aboutira -ce remarquable panouissement de l'art sous les rois sates, la -renaissance du ralisme antique, mais d'un ralisme pur, plein -d'lgance et de souplesse, ayant son service une technique des plus -perfectionne. - -[Illustration: _Fig. 239._ Groupe d'poque sate (d'aprs MARIETTE. -_Album du Muse de Boulaq_, pl. X).] - -C'est aussi surtout partir de l'poque sate que se dveloppe une -branche nouvelle de la statuaire: jusqu'alors le mtal, et surtout le -bronze, tait rarement employ par les sculpteurs; ils en usent -maintenant de prfrence toute autre matire, pour modeler des -statuettes de divinits qui nous sont parvenues en quantit -innombrables, tmoignant ainsi d'une nouvelle transformation dans le -domaine religieux. Chacun sans doute voulait avoir dans sa maison -l'image de la divinit laquelle il vouait un culte spcial, ce qui -n'tait pas le cas aux poques antrieures. On faisait aussi parfois des -statuettes de rois ou de particuliers en bronze, mais en bronze incrust -d'argent, et cela dj sous les dynasties qui prcdrent les sates. - -[Illustration: _Fig. 240._ La reine Karomama Bronze incrust (d'aprs -CHASSINAT. _Monuments Piot_, IV, pl. III).] - -Dans les bas-reliefs qui couvrent les parois de certains tombeaux, le -haut des stles et divers autres monuments, on retrouve la mme -recherche d'lgance et de grce, la mme perfection du model, qualits -relles mais qui rendent ces bas-reliefs un peu moins puissants que ceux -des priodes antrieures, parfois moins expressifs. Dans les temples, o -la surface couvrir tait immense, la dcoration est traite -gnralement d'une faon plus large, souvent plus sommaire, en relief -l'intrieur du monument, en creux ou en relief dans le creux sur les -faades extrieures, en raison de la vive lumire et suivant une mthode -exclusivement gyptienne. - - -_Peinture_ - -De plus en plus la peinture tend redevenir ce qu'elle tait -l'origine, un art indpendant, et s'affranchir de la tutelle du -bas-relief dont elle est en ralit la soeur ane. Les peintres ont -plus souvent l'occasion d'exercer leur talent, maintenant que les -tombeaux sont gnralement creuss dans une roche friable, qui ne -permet pas l'emploi de la sculpture pour la dcoration; ils ont acquis -une sret de main remarquable, et se laissent aller plus librement -leur imagination et leur fantaisie. Les scnes prsentent toujours les -mmes sujets, mais la manire de les traiter est plus personnelle, la -recherche du motif pittoresque plus frquente; on continue nanmoins, -pour les principales figures tout au moins, procder par teintes -plates, simples, sans ombres, avec un lger sertissage noir ou rouge; -les dtails sont faits en surcharge. Les motifs vgtaux abondent, qu'il -s'agisse de bouquets ou de guirlandes faisant partie des scnes -elles-mmes, de plantes agrmentant le paysage ou de frises courant au -haut des parois. Sur les plafonds, des motifs rguliers reproduisent les -modles employs pour les toffes ou la vannerie en couleur. - -[Illustration: _Fig. 241._ Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha (photogr. -de l'auteur).] - -[Illustration: _Fig. 242._ Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna -(photographie de l'auteur).] - -[Illustration: _Fig. 243._ Cueillette des raisins (tombeau de -Pehsoukher, Thbes, XVIIIe dyn.).] - -C'est aussi la peinture qui contribue pour la plus large part la -dcoration des difices civils, ainsi ces palais de Tell el Amarna et de -Medinet Habou, dont il ne reste que les dallages en stuc, o sont peints -avec une verve charmante des tangs entours de buissons o s'battent -des animaux de tout genre. (Fig. _218_). - -Quant aux scnes peintes sur les trs nombreux sarcophages de l'poque, -elles n'ont pas proprement parler un caractre artistique. Par contre -les enluminures des papyrus funraires, Livre des Morts ou compositions -mythologiques, sont souvent d'une relle beaut. - - -_Arts industriels_ - -Les progrs continuent s'affirmer pour tout ce qui rentre de prs ou -de loin dans la catgorie des arts industriels, sauf cependant en ce qui -concerne les bijoux et les vases en pierre: le trsor d'Aahhotep et les -autres objets de parure du muse du Caire, mme les splendides pices du -Serapeum, aujourd'hui au Louvre, ne sont pas comparables, pour la -perfection du travail, aux bijoux de Dahchour, de la XIIme dynastie; les -procds sont cependant les mmes, sauf que dans l'incrustation, les -pierres sont toujours remplaces par des maux et que la ciselure est -aussi moins fine et moins dlicate. - -[Illustration: _Fig. 244._ Bijou de la XIXe dyn. (d'apr. MARIETTE. -_Serapeum_, pl. XII).] - -Les vases de pierre sont beaucoup moins nombreux qu'autrefois, et l'on -se contente le plus souvent de dposer dans les tombes de faux vases en -bois peint de manire imiter les pierres les plus rares; il ne nous -est gure parvenu que des vases d'albtre, trs beaux du reste de forme -et de facture. Par contre les vases en mtal sont de plus en plus en -faveur, et surtout les vases d'apparat en or et en argent, aux formes -les plus varies, importes en Egypte de Syrie, de Phnicie, de Crte et -des les grecques; les peintures et les bas-reliefs nous permettent -d'apprcier ces merveilles d'orfvrerie. - -[Illustration: _Fig. 245._ Vases d'albtre. XVIIIe dynastie (d'aprs -PETRIE. _Photographs_, No _186_).] - -L'industrie de l'mail prend au Nouvel Empire un dveloppement -inattendu; trs habiles manier cette matire, les ouvriers gyptiens -en font des vases de formes diverses, de ce beau bleu profond qui est -presque inimitable des statuettes funraires, et plus tard quantit de -petites figurines de divinits, sans parler des innombrables perles et -autres objets de parure; enfin ils appliquent les maux polychromes la -dcoration de certains difices. C'est de cette poque aussi que date -l'invention du verre, non pas encore du verre souffl, mais du verre -multicolore fondu, dont on faisait de charmants petits vases, -dcoration ondule; ces vases taient non seulement employs dans le -pays mme, mais servaient surtout d'objets d'exportation et ont t -retrouvs un peu partout dans les pays mditerranens. Il est reconnu -maintenant que cette importante invention, attribue autrefois tort -aux Phniciens, doit tre restitue aux Egyptiens. - -[Illustration: _Fig. 246._ Fauteuil en bois dor (d'aprs QUIBELL. _Tomb -of Yuaa_, pl. XXXII).] - -Les meubles sont gnralement simples de lignes et de formes, sobres -d'ornementation, exactement appropris leur destination. Il en est -cependant de plus soigns de travail, qui ont appartenu des rois ou -des princes, et qui peuvent tre considrs comme de vritables oeuvres -d'art; ce sont des fauteuils, des lits, des coffrets, mme des chariots -dans lesquels n'entre pas seulement le travail de l'bniste, mais aussi -celui du stuqueur, qui les couvre de dlicats bas-reliefs en gesso, et -celui de l'ouvrier en cuir qui les orne de panneaux en cuir repouss ou -incrust de diverses couleurs. - -Enfin les plus charmants peut-tre des objets d'art sont de simples -ustensiles de toilette en bois sculpt ou ajour, parfois en ivoire, -cuillres parfums, pots fard, oeuvres d'une fantaisie toute -personnelle, donnant la mesure de ce quoi pouvaient arriver les -ouvriers d'art gyptiens. - - -C. CIVILISATION - -_Royaut_ - -Qu'il soit tout-puissant et matre d'un immense empire, ou rduit une -seule petite province, le roi est toujours pour ses sujets un tre -d'extraction divine dont l'autorit n'est pas contestable. Cette -autorit repose sur la puret du sang royal, et nous voyons la plupart -des rois du Nouvel Empire attacher plus de prix encore que leurs -prdcesseurs cette question, et pouser de prfrence une demi-soeur, -ne d'une mre plus noble que la leur, pour diminuer la quantit de sang -vulgaire qui s'tait introduit dans leur race; parfois mme un dieu se -chargeait d'infuser lui-mme l'enfant royal un sang divin plus pur -encore, comme cela eut lieu pour Amnophis III. Quand un usurpateur -montait sur le trne, il se htait d'pouser une princesse de ligne -royale et lgitimait ainsi en quelque sorte son accession la couronne. -Lors du morcellement de l'Empire, les roitelets qui se partagrent le -pouvoir se rattachaient tous plus ou moins la vieille race pharaonique -et avaient des droits sensiblement gaux, mais il tait curieux de -constater que le sang royal le plus pur se conservait non plus chez des -Egyptiens, mais chez des ngres, comme Pinkhi l'Ethiopien et sa -famille. - -[Illustration: _Fig. 247._ Cuillre parfums. Louvre (croquis de M. Th. -Delachaux).] - -La reine, ou plutt la favorite, puisque souvent les rois eurent -plusieurs femmes, avait ct de son poux une place trs importante et -souvent une grosse influence; il arriva mme certaines d'entre elles -de monter sur le trne en qualit de roi d'Egypte. - - -_Gouvernement_ - -Au moment o les rois de la XVIIIme dynastie runissent de nouveau -toutes les parties du pays sous leur sceptre, la fodalit a entirement -disparu et l'administration est centralise entre les mains d'un grand -vizir et d'un nombre considrable de fonctionnaires subalternes; le roi -garde du reste la haute main dans le gouvernement et tout se fait en son -nom, qu'il s'agisse de travaux publics, de finances, d'affaires -trangres ou de commerce. La justice, comme autrefois, est entre les -mains d'une magistrature spciale, et les provinces asiatiques sont -gouvernes par des indignes sous la surveillance d'officiers gyptiens, -tandis que la Nubie est administre par un vice-roi nomm par le pharaon -et qui est souvent un de ses fils. - -Nous avons vu l'influence grandissante du clerg d'Amon, arrte un -moment par la rforme de Khounaten, reprendre de plus belle, et les -grands prtres se saisir successivement du pouvoir effectif, puis d'une -partie du pouvoir nominal. A partir de ce moment le pontificat cesse -d'tre entre les mains d'une seule famille et chaque fois qu'une des -dynasties rivales prend la prdominance sur les autres, elle installe -sur le trne d'Amon un prince de sa race qui est plutt un gouverneur de -la Haute Egypte qu'un grand prtre. Enfin les rois thiopiens suppriment -cette dignit et installent Thbes une grande prtresse d'Amon, -princesse de la famille royale; les rois sates ne font que confirmer -cette charge en la confisquant au profit de leurs filles, afin que cet -tat dans l'Etat demeure une force pour la couronne et non pas une -menace. - - -_Relations extrieures Commerce_ - -L'extension des frontires de l'Egypte vers le nord et le sud devait -ncessairement favoriser le commerce qui prend un dveloppement -considrable ds le dbut du Nouvel Empire. Les produits trangers -affluent dans la valle du Nil, tant sous la forme de tributs livrs au -roi lui-mme, que sous celle de marchandises d'change, et l encore il -semble que tout se fasse par l'entremise du gouvernement. Ce ne sont pas -seulement les pays soumis la suzerainet de l'Egypte, comme la Syrie, -la Phnicie, la Palestine, la Nubie, qui y envoient leurs produits, mais -des contres absolument indpendantes, comme Chypre, la Crte, les les -grecques, le Soudan, le pays de Pount, grce des expditions maritimes -qui avaient toujours un caractre officiel, l'Etat disposant seul de -moyens suffisants pour faire marcher le trafic extrieur; ainsi l'on -peut dire, presque avec certitude, que le gouvernement s'tait rserv -le commerce international, ne laissant aux particuliers que le commerce -intrieur. A cet effet, des lois protgeaient les industries locales et -il tait interdit aux ouvriers spcialistes de passer l'tranger. -L'valuation des marchandises se faisait en or ou en argent, au poids, -et on se servait pour les changes d'anneaux de mtal qui, n'tant pas -poinonns par l'Etat, devaient tre pess nouveau chaque fois; le -plus souvent, du reste, on procdait simplement par change de denres, -aprs entente. - -[Illustration: _Fig. 248._ Syriens apportant des vases, XVIIIe dyn. -(photographie de l'auteur).] - -Quant la nature des marchandises importes, c'taient surtout, comme -autrefois, des matires premires, mtaux, bois prcieux, ivoire, peaux -et plumes, encens, et aussi des matires ouvres, entre autres ces -merveilleux vases d'orfvrerie dont nous avons dj parl. En change, -on donnait de la verrerie, des maux, sans doute des bijoux, en un mot -tous les produits de l'industrie gyptienne, mais surtout des grains. - - -_Vie civile Vtement_ - -Il n'y a pas de transformation notable enregistrer dans les conditions -de la vie ordinaire, qu'il s'agisse des grands personnages ou des gens -du commun; de mme les habitations n'ont gure vari. Par contre le -costume subit un changement important: les gens du peuple ont bien -toujours le pagne simple enroul autour des hanches, mais tout individu -appartenant une classe un peu plus leve porte par-dessus ce pagne -une ample robe en toile fine, parfois presque transparente, dont la -forme et la coupe sont variables. De mme les femmes ne portent plus -volontiers la robe courte et troite des anciens temps, mais un vtement -analogue celui des hommes, un peu plus collant nanmoins sur le buste, -largi du bas et tombant jusqu' terre; les manches sont parfois trs -courtes, parfois longues et larges. L'un et l'autre sexe porte la -perruque, des bijoux aux couleurs vives, colliers, bracelets et -prisclides, et aux pieds de longues sandales en papyrus ou en cuir. Le -costume royal est sensiblement le mme, bien qu'un peu plus riche, que -celui des sujets. - - -_Arme_ - -Les rois hyksos avaient amen de Syrie en Egypte le cheval, et cet -animal qui s'tait rapidement acclimat dans le pays, offrait aux -Egyptiens du Nouvel Empire un mode de locomotion nouveau; jamais ils ne -songrent le monter, semble-t-il, mais ils l'attelaient de lgers -chariots deux roues avec lesquels les grands personnages faisaient -leurs tournes dans le pays. C'est cependant surtout au point de vue -militaire que l'introduction du cheval eut pour les Egyptiens une grande -importance, puisque dsormais la charrerie joua dans leurs armes le -principal rle et qu'elle fut pour beaucoup dans la conqute de la -Syrie. La mthode de combat subit donc une transformation: avant le choc -qui devait amener la fin d'une bataille, la charge des escadrons de -chars, les soldats qui montaient ces chars combattaient de loin avec -leurs grands arcs; c'est mme la raison pour laquelle l'arc tait devenu -l'arme favorite des rois. - -[Illustration: _Fig. 249._ Soldats gyptiens (Tombeau d'Amemheb. Thbes. -XVIIIe dynastie).] - -L'infanterie est toujours compose en partie d'Egyptiens, en partie de -mercenaires trangers qui sont sa vritable force, que ce soient, comme -sous les Thbains, des Soudanais, des Shardanes ou des Libyens, ou, -comme plus tard sous les Sates, des Grecs. Cette arme royale, dj -institue sous le Moyen Empire, a t compltement rorganise en corps -d'armes bien distincts sous un commandement commun, mieux quipe et -mieux arme et surtout bien exerce. Aprs une campagne officiers et -soldats recevaient leur part du butin, souvent en captifs qui taient -employs la culture de terres mises par le gouvernement la -disposition des soldats, et ces captifs, qui n'taient pas de vritables -esclaves, se mlaient rapidement la population indigne. Le roi -dcernait aussi, pour rcompenser les hauts faits de guerre, de -vritables dcorations et autres distinctions honorifiques. - - -_Marine_ - -Les rois d'Egypte avaient sous le Nouvel Empire une vraie marine de -guerre que nous voyons parfois jouer le rle dcisif dans une bataille, -mais c'tait surtout la marine marchande qui, avec l'extension du -commerce, tendait prendre toujours plus de dveloppement. Les navires -destins la mer taient semblables de forme et de grement ceux -employs sur le Nil, mais plus grands et plus solidement construits; ils -remontaient du reste le fleuve, mme jusqu' Thbes, et ainsi nous -voyons sous Hatshepsou les mmes bateaux charger des marchandises dans -le pays de Pount, au sud de la mer Rouge, et les dbarquer dans le port -de la capitale: un canal souvent ensabl et aujourd'hui disparu, faisait -alors communiquer un des bras du Nil, dans le Delta, avec le fond du -golfe de Suez. Enfin les marins gyptiens donnent la mesure de leur -audace et de leurs capacits quand, sous Nchao, ils s'embarquent pour -leur grand voyage de dcouverte autour de l'Afrique, la premire en date -de toutes les grandes expditions maritimes. - -[Illustration: _Fig. 250._ Vaisseaux de l'expdition de Hatshepsou au -pays de Pount (d'aprs DUMICHEN. _Die Flotte einer g. Knigin_, pl. -III).] - - -_Agriculture. Elevage_ - -Le travail de la terre continue faire de grands progrs; l'outillage -se perfectionne, on emploie maintenant des faucilles en mtal et des -charrues plus puissantes; partout autour des villas on voit de beaux -jardins, pleins d'arbres fruitiers, de vignes et d'arbres d'agrment. -Partout on dfriche pour les livrer la culture les terrains qui -n'taient autrefois que des pturages, et cela naturellement aux dpens -de l'levage, qui diminue dans de fortes proportions. On ne voit plus -que rarement de ces scnes si frquentes sous l'Ancien Empire, qui -reprsentent des troupeaux d'animaux demi sauvages sous la garde de -quelques ptres, et les grandes inspections du btail sont peine -mentionnes; on n'emploie plus pour pitiner le terrain nouvellement -ensemenc des troupeaux entiers de chvres ou de moutons, mais seulement -quelques porcs qu'on devait lever dans les fermes et non plus en pleine -campagne; l'ne n'est plus que rarement employ aux travaux des champs, -et ce sont gnralement les hommes eux-mmes qui transportent les -rcoltes; le dpiquage du grain pour lequel les quelques boeufs, qui -d'autres poques de l'anne tirent la charrue, suffisent parfaitement, -se fait d'une faon un peu diffrente. L'Egypte, consciente de son rle -commercial dans le monde oriental, qui est de l'approvisionner de -grains, consacre toutes ses forces dvelopper la culture au moyen de -la main d'oeuvre humaine, quitte rduire au strict ncessaire tout ce -qui a rapport l'levage. Seule la race chevaline, nouvellement -introduite dans le pays, est l'objet de soins tout spciaux, sous le -contrle royal, et prospre si bien qu'on finit mme, certains -moments, par venir de Syrie chercher des chevaux en Egypte. Quant la -question du chameau, elle n'est pas encore dfinitivement tranche; il -semble nanmoins que si les Egyptiens l'ont connu, ils ne l'ont jamais -utilis eux-mmes, et que son acclimatation dfinitive dans le pays, o -il rend maintenant comme bte de somme des services inapprciables, ne -date que de la conqute musulmane. - -[Illustration: _Fig. 251._ Scnes de labour et de semailles (Tombeau de -Nakht. Thbes. XVIIIe dynastie).] - - -_Pche et chasse_ - - -Le dfrichement progressif de la valle du Nil avait fait disparatre -non seulement les pturages, mais aussi les fourrs et les marcages qui -taient pour les premiers Egyptiens de si beaux terrains de chasse et de -pche. Avec les mmes engins qu'autrefois, on ne pouvait plus gure -prendre du poisson que dans le fleuve et les canaux, et il ne se -trouvait plus que peu de ces tangs o les oiseaux migrateurs venaient -se prendre dans les grands filets; mme les parcs de chasse des grands -seigneurs avaient presque tous disparu. Quand les rois chercheurs -d'aventures voulaient s'offrir les motions d'une chasse mouvemente, -ils profitaient de leurs campagnes pour aller au loin, jusque sur les -bords de l'Euphrate, o ils trouvaient encore quelques lphants, des -lions qu'ils abattaient par centaines et du gros gibier de toute sorte. - - -_Industrie_ - -A ct de l'agriculture, l'industrie continue se perfectionner et nous -avons de nombreux tableaux qui nous montrent les ouvriers occups -leurs travaux ordinaires, que ce soient des ouvriers d'art ou des gens -de mtier, tels que briquetiers, maons, sculpteurs, peintres, -bijoutiers, joailliers, menuisiers, bnistes, corroyeurs, cordonniers, -cordiers, chaudronniers, armuriers, forgerons, et d'autres encore. Leur -outillage est toujours aussi simple qu'aux priodes prcdentes, presque -rudimentaire, sauf que les couteaux, ciseaux et poinons de pierre ont -dfinitivement disparu pour faire place des instruments de mtal, -gnralement en bronze, parfois en fer. - -[Illustration: _Fig. 252._ Atelier de chaudronnerie (d'ap. NEWBERRY. -_Life of Rekhmara_, pl. XVII et XVIII).] - - -_Langue et Littrature_ - -La conqute de la Syrie et les relations constantes qui s'taient -tablies de ce fait avec l'Asie antrieure, avaient exerc sur l'Egypte -mme une influence considrable qui se remarque tout particulirement -dans la langue. Un grand nombre de vocables nouveaux, emprunts aux -idiomes smitiques, sont introduits dans le langage courant, soit pour -exprimer des ides nouvelles ou nommer des objets inconnus auparavant, -soit pour remplacer, sans raison apparente, de vieux mots gyptiens. Il -est de bon ton, pour un scribe, d'mailler ses lettres ou ses -compositions littraires du plus grand nombre possible de mots d'origine -trangre. C'est de ces langues smitiques, plus rpandues que -l'gyptien, qu'on se servait pour les relations extrieures, et toute la -correspondance du roi d'Egypte avec ses vassaux syriens se faisait dans -l'idiome mme de ces peuplades, que sans doute beaucoup de gens la -cour comprenaient parfaitement. - -[Illustration: _Fig. 253._ Atelier de Cordonniers (d'aprs NEWBERRY. -_Life of Rekhmara_, pl. XVIII).] - -Les textes du Nouvel Empire qui nous sont parvenus sont donc composs -dans une langue moins pure que ceux de l'poque prcdente, mais ils -sont aussi, sinon plus varis, et beaucoup plus abondants. Ce sont -d'abord les crits historiques ou officiels, les rcits biographiques, -les comptes rendus d'une campagne ou d'une conqute, les dcrets et les -actes royaux, les odes dithyrambiques la louange d'un souverain, puis -les ouvrages plus spcialement littraires, contes, posies, recueils -de modles de lettres dans lesquels les jeunes scribes apprenaient leur -mtier, livres de morale, hymnes en l'honneur du roi ou des dieux, dont -plusieurs ont trouv place dans la grande compilation laquelle nous -avons donn le nom de Livre des Morts et qui contient du reste surtout -des morceaux plus anciens. Aprs cela vient encore la littrature -pistolaire proprement dite, les procs-verbaux judiciaires, les crits -scientifiques et mdicaux et les innombrables compositions magiques, -religieuses ou mythologiques. - -[Illustration: _Fig. 254._ Ostracon hiratique (d'aprs DARESSY. -_Ostraca_, pl. XLVI).] - -Certains de ces textes sont gravs ou peints sur les murailles des -temples, sur les stles, sur les parois des tombeaux; d'autres, les plus -nombreux, sont crits en hiratique, c'est--dire en cursive, sur des -rouleaux ou des feuilles de papyrus ou mme parfois sur des tessons de -vases ou des morceaux de pierre, auxquels nous donnons le nom -d'_ostraca_. Les ouvrages religieux taient dposs dans le tombeau, -ct du mort, pour lui servir de viatique dans l'autre monde, et parfois -l'on y joignait aussi des textes littraires pouvant lui offrir un -dlassement dans sa vie d'outre-tombe, mais la plupart des papyrus ont -t retrouvs rouls et cachs dans des vases, au milieu des ruines de -maisons anciennes; c'tait la manire de conserver les livres qui -taient toujours en petit nombre chez les particuliers. Nous ne savons -s'il existait dans le palais du roi ou ailleurs, de vraies bibliothques -o l'on conservait les ouvrages de prix, avant l'poque o les -Ptolmes runirent dans celle d'Alexandrie tout ce qu'ils purent -rcolter de manuscrits anciens, les gyptiens sans doute aussi bien que -les grecs. Le geste fanatique du calife Omar nous a privs d'une source -inestimable de documents. - -[Illustration: _Fig. 255._ Fragment d'un contrat dmotique (d'aprs -SPIEGELBERG. _Die demotischen Papyrus_, pl. LVI).] - -Jusqu'au Nouvel Empire, les seuls modes d'criture taient les -hiroglyphes, et l'hiratique qui devient de plus en plus cursif; -partir de l'poque sate, les scribes, force de chercher simplifier -leur calligraphie, en arrivent tracer des signes qui ne rappellent -plus que vaguement les hiroglyphes d'o ils sont drivs, ni mme -l'lgant hiratique de la bonne poque. Il s'agit d'un nouveau genre -d'criture, auquel on a donn le nom de _dmotique_ et qui finit par -tre le seul employ partir des rois perses, pour les lettres, les -contrats, les manuscrits de toute sorte, bref pour tout ce qui n'est pas -destin revtir un caractre monumental. Ce passage de l'hiratique au -dmotique correspond exactement la fin de l'autonomie de l'Egypte. - - -C'est ce moment-l, quand des rois trangers viennent dfinitivement -remplacer sur le trne des Pharaons les dynasties indignes, que nous -pouvons considrer comme la fin de la civilisation gyptienne; celle-ci -vgtera bien encore pendant quelques sicles, elle donnera mme dans -certains domaines comme l'architecture par exemple, des manifestations -originales et vraiment gyptiennes, mais elle ne prosprera plus et -dgnrera rapidement. Cette vieille civilisation qui pendant tant de -sicles a rayonn sur le monde ancien, lui donnant gnreusement tout ce -qu'il y avait de bon en elle, est submerge son tour par les -civilisations nouvelles; l'infusion d'un sang jeune se fit sans doute -trop haute dose et, loin de la renouveler, ne put qu'acclrer sa ruine. -Dsormais l'Egypte ne sera plus qu'une province du monde hellnique, -puis du monde romain, au point de vue de la civilisation aussi bien que -de la politique. - -[Illustration: _Fig. 256._ Amnophis, fils de Paapis (d'aprs LEGRAIN. -_Statues et statuettes_, I, pl. LXXVI).] - - - - -[Illustration: _Fig. 257._ Repas et danseuses. Peinture d'un tombeau -thbain (XVIIIe dynastie).] - - - - -INDEX - -_Les chiffres indiquent les pages: les chiffres entre parenthses les -gravures._ - - -A - - AAHHOTEP, 283. - - ABOUSIR, 138. - - ABRAHAM, 221. - - Abri, 63. - - ABYDOS, 95, 99, 102, 104, 121, 136, 137, 244, 267, 269. - - Acte, 295. - - Administration, 165-168, 219-220, 287. - - _Aegyptiaca_, 14. - - Aration, 150. - - AFRICAIN, 14, 15. - - Agate, 64, 74. - - Age du bronze, 58, 59. - - Age du cuivre, 58, 59. - - Age du fer, 58, 59. - - Age de la pierre, 55, 58. - - Agriculture, 32, 41, 68, 89, 95, 120, 179-182, 224, 292-293. - - AHMS I, 197, 230, 323. - - AHMS (amiral), 26. - - AHMS NOFRITARI, 231. - - A, 242. - - Aiguire, 111. - - Aire, 180. - - AKERBLAD, 17. - - Albtre, 81, 108, 109, 155, 202, 216, 283, 284. - - ALEXANDRE, 258. - - ALEXANDRIE, 297. - - Aliment, 143, 175 (v. Nourriture, Offrandes). - - Alos, 80. - - Alun, 206. - - AMASIS, 255, 256 (216). - - Ambassadeur, 240. - - _Am-Douat_, 274. - - Ame, 140, 141, 152, 211, 272, 278. - - AMLINEAU, 55. - - AMENEMHAT I, 191, 192, 219. - - AMENEMHAT III, 115, 193 (157), 194, 214, 218, 224. - - AMENEMHAT IV, 194. - - AMENMESES, 246. - - AMNOPHIS I, 231 (194), 232. - - AMNOPHIS II, 235. - - AMNOPHIS III, 26, 235-236 (198), 259, 265, 274, 286. - - AMNOPHIS IV, 26, 236, 237 (v. KHOUNATEN). - - AMNOPHIS, fils de PAAPIS, 236, 298. - - Amthyste, 110. - - AMON, 48, 235, 237, 238, 248, 250, 251, 268, 269, 287. - - AMSET, 49. - - AMYRTE, 257. - - Amulette, 75. - - Ancien Empire, 32, 81, 105, 109, 113, 123-187, 189, 194, 204, 212, - 214, 215, 222, 225, 227, 249, 276. - - Ancien Testament, 13, 15. - - Ane, 89, 179, 180, 181, 184, 293. - - ANHOUR, 48. - - ANNA, 26. - - Anne, 28. - - ANTEF, 134, 190. - - Anthropode (cercueil ou sarcophage), 208 (170), 273 (234), 275. - - Anthropophagie, 41. - - Antilope, 88, 89, 174, 177, 178 (139), 224. - - Antimoine, 221. - - ANUBIS, 42, 43 (11), 48, 164. - - APEPI, 197 (v. APOPI). - - APOLLODORE, 14. - - APOPHIS, 198. - - APOPI, 26 (v. APEPI, APOPHIS). - - Appeau, 173, 175. - - APRIS, 255 (215), 256. - - ARABE, ARABIE, 140, 143, 147, 168. - - Arbre fruitier, 292. - - Arc, 224, 290 (v. Flche). - - ARCELIN, 54. - - ARCHIPEL, 12, 71, 121 (v. GRECE). - - Architecture, 91, 96, 102-106, 120, 125, 135-153, 200-212, 260-275. - - Architrave, 135. - - Argent, 279, 284, 288. - - Arme, 32, 56, 59, 65, 74, 86, 88, 89, 120, 208, 290. - - Arme, 132, 133, 218, 289-291. - - Armurier, 294. - - ARYEN, 84. - - ASARHADDON, 253, 254. - - ASIE MINEURE, 243, 244, 245. - - Assiette, 108. - - Assise (position), 70, 106. - - ASSOURBANIPAL, 253, 254. - - ASSYRIE, 26, 236, 243, 252, 253, 254, 255. - - ATEN, 237, 238 (200), 240. - - ATHOTHIS, 100. - - Autel, 137. - - Autruche, 80, 83, 88, 224. - - AVARIS, 196, 197, 199, 222, 229. - - Avnement, 28. - - Avenue, 263. - - AZAB, 117. - - -B - - BABA, 125. - - BABYLONE, BABYLONIE, 12, 122, 195, 236, 243, 255. - - Bachot, 185. - - BAHR BELA MA, 54. - - Bandeau, 172. - - Bandelette, 182, 206, 275. - - Barbe, 171, 172. - - Barque, 91 (66), 138, 209, 210 (173), 225 (188) (v. Bateau). - - Barque sacre, 263, 269 (230). - - Barque solaire, 35 (6), 38, 39 (9), 138. - - Basalte, 81, 151. - - Bas-relief, 25, 32, 146, 158-161 (128), 201, 209, 214-215 (180), 263, - 267 (228, 229), 270, 279-280 (241-242). - - Basse-cour, 175, 177 (137). - - Bassin, 137. - - Bateau, 80, 92, 147, 185 (150), 209, 225, 226 (v. Barque, Vaisseau). - - Bton, 87. - - BENI-HASSAN, 203, 204, 205 (164, 165), 221. - - BERBRE, 83. - - BERSHEH, 203. - - Btail, Bestiaux, 68, 85, 221, 225, 293. - - Bible, 251, 253 (v. Ancien Testament). - - Bibliothque, 296. - - Bibliothque nationale (Paris), 22. - - Bidis, 46. - - BINEKHS, 100. - - Bijou, 32, 85, 208, 216, 217 (183, 184), 228 (192), 283 (244), 289. - - Bijoutier, Bijouterie, 184 (147), 217, 294. - - BINOTHRIS, 100. - - Biographie, 26, 131, 147, 164, 228, 295. - - BIRCH, 20. - - BIRKET-KAROUN, 194. - - Bl, 107, 120 (v. Grain). - - BNN, 198. - - BOCCHORIS, 252, 253. - - BOTHOS, 100. - - Boeuf, 88, 89, 174, 177, 178 (138), 179, 180, 181, 224, 293. - - Bois, 91, 96, 103, 135, 173, 208, 211, 214, 260, 277, 285, 289. - - Boisseau, 181. - - Boisson, 166. - - BOKENRANF, 252. - - BONAPARTE, 16. - - Bonnet, 232. - - Bouchon, 107, 115, 119. - - Boulette, 177. - - Boumerang, 173, 224. - - Bouquet, 282. - - Bouquetin, 88. - - Bouteilles, 78. - - Bracelet, 75, 86 (60), 91, 110 (82, 83), 289. - - Brique, 92, 96, 102, 103, 104, 105, 135, 136, 138, 140, 143, 173, 196, - 203, 211, 260, 277, 294. - - Bronze, 96, 155, 158, 279, 294. - - BRUGSCH, 20. - - BUBASTIS, 250, 251. - - Buste, 275. - - -C - - Cachet, 115. - - Cachette, 276. - - Cadastre, 220. - - Cage, 175. - - CAIRE, 22, 25, 156, 157, 273, 283. - - Caisse canopes, 209. - - Calcaire, 81, 108, 150, 151, 155, 203, 268. - - CAMBYSE, 256, 257. - - Canal, 120, 179, 224, 292, 293. - - Canard, 89, 174. - - Canope, 209 (171), 273 (234), 274. - - Captif, 291. - - CARCHEMIS, 255. - - CARIE, 254. - - Carrire, 187. - - Cartonnage, 206, 273, 275. - - Cartouche, 115, 116, 190, 202, 244. - - Casse-tte, 86. - - Caveau funraire, 214, 273, 274 (v. Chambre funraire). - - Ceinture, 171. - - Cellier, 182. - - Cramique, 57, 59, 76-81 (37-57) (v. Vase, Poterie). - - Cercueil, 146, 208, 273 (234), 274. - - Crales, 68, 73, 180 (v. Bl, Grain, Orge). - - CHABAS, 20. - - Chacal, 118. - - Chaise, 154, 173, 274. - - CHALDE, 96, 122. - - Chambre des anctres, 22, 34 (5). - - Chambre funraire, 140, 141, 145, 148, 150, 151 (v. Caveau funraire). - - Chameau, 293. - - CHAMPOLLION, 18, 19, 20, 23. - - Champs d'Ialou et de Hotpou, 43, 278. - - Chapelle, 137, 143, 150, 151, 153, 203, 268. - - CHARDIN, 16. - - Char. Chariot, 229 (193), 231, 255, 290. - - Charrerie, 290. - - Charpentier, 92. - - Charrue, 89, 180, 292, 293. - - Chasse, 32, 41, 56, 74, 83-88, 89, 90, 92, 120, 146, 152, - 173-177 (133-135), 223 (187), 224, 263-294. - - Chsse, 269. - - Chaudronnier, 111, 183, 294 (252). - - Chellen, 56, 62, 84, 86. - - Cheval, 225, 231, 289, 293. - - Chevet, 173, 206. - - Cheveux, 83, 171, 172. - - Chvre, 80, 89, 179, 180, 293. - - CHINE, 12. - - Chronologie, 27-29, 49-52, 198-200. - - CHYPRE, 168, 234, 288. - - Cire, 275. - - Ciste funraire, 72, 106. - - Ciseau, 66, 183. - - Ciselure, 283. - - Clan, 93, 166. - - Coffre, 173. - - Coffret, 110, 274, 283, 328 (262). - - Coiffeur, 172. - - Coiffure, 208 (v. Perruque). - - Collier, 74, 91, 171, 172, 217, 289. - - Colonnade, 262, 268. - - Colonne, 136 (107-109), 146, 151, 201, 204, 205, 260, 268. - - Colosse, 25, 263, 277. - - Commission d'Egypte, 16, 17, 18, 31. - - Commerce, 91, 121, 131, 248, 256, 287, 288, 289. - - Concubine, 170. - - Conte, 228, 296. - - Coquille, 74, 75, 86, 91. - - Cordage, 185. - - Cordier, 183. - - Cordonnier, 183, 294, 295 (253). - - Co-rgence, 214, 219. - - Cornaline, 64, 74, 210, 217. - - Correspondance, 26, 165, 241, 295. - - Corroyeur, 294. - - Corve, 219. - - Costume, 85, 170-172, 208, 222, 289 (v. Vtement). - - Cotte capitonne, 231. - - Couleurs, 161. - - Couloir, 150, 153. - - Coup-de-poing, 62, 86. - - Coupe, 76, 78 (v. Ecuelle). - - Cour, 152, 223, 260, 262, 263, 265 (224, 225). - - Couronne, 217 (184). - - Couteau, 56, 61, 65 (22-23), 66, 74 (33). - - Couverture, 173, 183. - - Crne, 84. - - CRTE, 12, 71, 91, 221, 284, 288. - - Crible, 181. - - Cristal de roche, 108. - - Crocodile, 83, 88. - - Cruche, 80. - - Cuillre parfums, 285, 286 (247). - - Cuir, 285, 289. - - Cuivre, 59, 93, 96, 111, 120, 121, 168. - - Culte, 41, 118, 125, 262, 268, 276. - - Cylindre, 96, 114 (90), 115, 122. - - CYRNAIQUE, 245. - - CYRUS, 256. - - -D - - DADEFRA, 127 (100), 157. - - DADKARA-ASSA, 130. - - DAHCHOUR, 149, 162, 203, 283. - - Dallage, 260 (218). - - Danse, 86, 92, 147, 299 (257). - - DAPHNAE, 261. - - DARIUS II, 257. - - Dcret, 164. - - Dfrichement, 292, 293. - - DEIR EL BAHARI, 63, 233, 268. - - Dluge, 38, 63. - - Dmembrement, 71, 72, 106. - - Dmotique, 297 (255). - - Dnombrement, 178, 179. - - DEN-SETOUI, 116, 117. - - Dpiquage, 180 (142), 293. - - Description de l'Egypte, 16. - - Destruction des hommes par les dieux, 38. - - Diabase, 108. - - Diadme, 217 (184). - - Digue, 179. - - DIODORE DE SICILE, 14, 31. - - DIONYSOS, 41. - - Diorite, 108, 155. - - Divan, 173. - - DJESER, 125, 137. - - Dodcarchie, 254. - - Domestication, 89. - - DOUAMOUTEF, 49. - - Double, 276, 278 (v. _Ka_). - - Drogman, 13. - - DROVETTI, 23. - - Dynasties, 14, 15, 24, 28. - - Dyn. divines, 36-47. - - Dyn. de demi-dieux et mnes, 47-49. - - Dyn. thinites (I et II), 54, 58, 81, 85, 95-122, 124. - - Dyn. III, 124-125, 140, 143. - - Dyn. IV, 125-129, 144, 149, 157, 162, 185. - - Dyn. V, 129-131, 146, 151-152. - - Dyn. VI, 131-133, 143, 147, 153, 155. - - Dyn. VII-X, 133, 134. - - Dyn. XI, 189-191, 200, 202. - - Dyn. XII, 27, 191-194, 198-200, 203, 218, 219, 221, 228, 283. - - Dyn. XIII, 194-195, 198-200. - - Dyn. XIV, 194-195, 198-200. - - Dyn. XV, 198-200. - - Dyn. XVI, 198-200. - - Dyn. XVII, 196, 198-200, 229, 230. - - Dyn. XVIII, 219, 230-242, 250, 259, 260, 287. - - Dyn. XIX, 242-246. - - Dyn. XX, 246-249, 260. - - Dyn. XXI, 250, 271, 279. - - Dyn. XXII, 250-261, 252. - - Dyn. XXIII, 251-252. - - Dyn. XXIV, 252. - - Dyn. XXV, 253-254, 279. - - Dyn. XXVI, 254-257 (v. SAIS). - - Dyn. XXVII-XXX, 257-258. - - -E - - Ebniste, 285, 294. - - Echange, 186, 289. - - Ecriture, 95, 96, 97, 113-115, 118, 120, 122, 125, 163-165, 296-297. - - Ecuelle, 78, 107, 108 (v. Coupe, Assiette). - - ELAM, 254. - - Elphant, 83, 88, 91, 294. - - ELPHANTINE, 36, 169. - - Elevage, 32, 68, 89, 120, 146, 177-179, 292-293. - - ELKAB, 136. - - Email, 283, 284, 289. - - Emblme, 46. - - Embryonnaire (position), 71. - - Enceinte, 150. - - Encens, 168, 220. - - Encre, 165. - - Enolithique, 58. - - Enfant, 169, 170. - - Enfants d'Horus, 49, 52 (13). - - Engraissage, 177. - - Ennade, 36, 48. - - Enseigne, 93, 118, 277. - - Eolithe, 61. - - ERATOSTHNE, 14. - - Ere, 28. - - Escabeau, 173. - - Escalier, 104, 137, 223. - - Etang, 260, 293. - - ETHIOPIE. ETHIOPIEN, 251, 252, 253, 254, 258, 287. - - Etoffe, 85, 226, 227, 282. - - ETRURIE, 221. - - Etui phallique, 85. - - EUPHRATE, 232, 234, 243, 294. - - EUSBE, 14, 16, 48, 50. - - _Excerpta Barbari_, 48. - - -F - - Famille, 41, 169-170. - - Fard, 75. - - Faucille, 89, 180, 292. - - Faucon, 115, 118. - - Faune, 83. - - Fausse-porte, 141, 142 (112, 113), 163. - - Fauteuil, 173, 274, 285 (246). - - Fayence, 109-110 (v. Email). - - FAYOUM, 65, 211. - - Femme, 169, 170, 289. - - Fodalit, 134, 167, 219, 287. - - Fer, 58, 59, 294. - - Ferme, 177. - - Figue, 182. - - Filage, 182, 227 (190). - - Filet, 88, 175, 176 (135, 136), 177, 224. - - Filigrane, 217. - - Flche, 66 (26-29), 87, 175, 231. - - Flore, 83. - - Fonctionnaire, 119, 131, 219, 220, 287 (v. Administration). - - Forgeron, 294. - - Formule magique, 139, 152. - - Forteresse, 136, 212 (177), 261, 262. - - Foulage, 181 (143). - - Fourrage, 181. - - Frise, 282, 329 (263). - - Fruit, 107. - - Fusaole, 92. - - -G - - Garde du corps, 166. - - Garde-manger, 175. - - Gazelle, 72, 73, 88, 89, 174. - - Gnies funraires, 49. - - GEORGES LE SYNCELLE, 14, 15. - - Gerbe, 180, 181. - - Girafe, 83, 88. - - Globulaire (vase), 109, 111. - - Gobelet, 76. - - Gomme, 162. - - GOSHEN, 222. - - Gouvernail, 185, 186. - - Grain, 89, 90, 107, 289, 293. - - Grand prtre, 249, 250, 269, 287. - - Grand vizir, 287. - - Granit, 108, 150, 155, 214, 268. - - Grattoir, 61, 65 (24, 25), 66, 74. - - GRECE, GREC, ILES GRECQUES, 12, 13, 14, 27, 83, 91, 127, 220, 221, - 234, 245, 256, 261, 275, 284, 288, 290. - - Grenat, 110. - - Grenier, 181. - - Grs, 108, 268. - - Groupe, 154, 155 (124). - - Grue, 89, 174. - - Guridon, 173. - - Guirlande, 282. - - -H - - Habitation, 63, 68, 84 (v. Maison). - - Hache, 62, 64 (19, 20), 66, 87, 92, 323 (261). - - HAKORIS, 258. - - Hameon, 88, 120, 175. - - HAMY, 54. - - HAPI, 49. - - Harpiste, 228. - - Harpon, 74, 88 (64), 174, 224. - - HATSHEPSOU, 232, 233, 268, 291. - - HAWARA, 203. - - HBREUX, 15, 259. - - HLIOPOLIS, 36, 37, 48, 49, 123, 129, 137, 139, 237. - - Hmatite, 77. - - HRACLOPOLIS, 134, 189. - - HERKHOUF, 26, 131, 169. - - Herminette, 64 (21), 66, 92, 183. - - HRODOTE, 13, 31, 128, 193, 253. - - Hron, 173. - - HIRACONPOLIS, 102, 105, 114, 137. - - Hiratique, 33, 165, 296, 297. - - Hiroglyphes, 122, 163-165, 207, 297. - - Hirophyphiques d'Horapollon, 14. - - Hippopotame, 76, 83, 88, 92, 94 (67), 174. - - HITTITES, 243, 244, 245. - - HOR-AOUABRA, 214 (179). - - HORAPOLLON, 14. - - HOREMHEB, 241 (204), 242. - - HORUS, 42, 43, 44, 43 (12), 46, 47, 48, 93, 96, 98, 102, 124, 257. - - HOTEP-SEKHEMOUI, 101. - - Houe, 89. - - HOUNI, 125, 126. - - HRIHOR, 249, 250. - - Huile, 107. - - Hutte, 68, 84. - - Hyne, 177, 178 (139). - - HYKSOS, 24, 195-197, 198, 200, 218, 222, 229, 230, 231, 233, 270, 289. - - Hymne, 296. - - Hypoge, 32, 147-148, 204, 271, 273. - - Hypostyle, 244, 262, 263, 266 (226, 227), 269. - - -I - - IALOU, 43, 278. - - IANNIAS, 198. - - Ibis, 118. - - ILLAHOUN, 203. - - Importation, 221. - - Incrustation, 279, 283, 285. - - INDES, 62. - - Industrie, 92, 120, 182-184, 226-227, 248, 256, 294. - - Inhumation secondaire, 72. - - Inondation, 82, 224. - - Inscription, 113-118, 160. - - Inspecteur, 219. - - IONIE, 254. - - Isis, 37, 40 (10), 41, 42, 44, 46, 48, 97, 125. - - ISRAEL, 15, 259. - - ITALIE, 71, 83. - - Ivoire, 75, 86, 122, 220, 285, 289. - - -J - - JAHVEH, 39. - - Jardin, Jardinage, 120, 182, 261, 292. - - Jarre, 107 (73), 115, 119, 182. - - Javeline, 231. - - JRUSALEM, 253. - - Jeu, 32, 147. - - Jeux gymniques, 32. - - Joaillerie, 184 (147), 217, 294. - - JOPP, 26. - - JOSEPH, 222. - - JOSPHE, 14. - - JOSU, 259. - - JUDE, JUIFS, 14, 15, 251. - - Juge, 166. - - Jupon, 222. - - Justice, 220, 287. - - -K - - _Ka_, 139, 144, 152, 153, 210, 214, 277, 278. - - KAIEKHOS, 100. - - KAMARES, 220. - - KAMERIRA, 134. - - KAMS, 197. - - KAQEMNA, 228. - - KARNAK, 22, 34, 233, 235, 243, 244, 264 (223), 266 (226), 267 (228), - 268, 276. - - KAROMAMA, 280 (240). - - KEBHSENOUF, 49. - - KENKENS, 100. - - KESEM, 222. - - KIRCHER, 16. - - KHA, 274. - - KHAAOU, 51. - - KHABIROU, 259. - - KHAFRA, 128 (v. KHEFREN). - - KHA-M-HA, 280. - - KHA-SEKHEMOUI, 101 (69), 104, 106, 114, 116 (94), 117. - - KHEFREN, 127 (101), 128, 150, 157 (127). - - KHENDI, 195. - - KHENT-KHITI, 49. - - KHENZER, 195. - - KHOPS, 126 (99), 127, 128, 129, 149, 180, 228 (v. KHOUFOU). - - KHITI, 134. - - KHNOUM, 36. - - KHONSOU, 48, 263 (221), 264 (223). - - KHOUFOU, 26, 127. - - KHOUNATEN, 236 (199), 238, 241, 248, 287. - - KHOUT-ATEN, 238. - - KHOUOU, 49. - - _Kjoekkenmoedding_, 68, 69, 73, 89. - - KOPTOS, 134. - - KOUMMEH, 193. - - -L - - Labour, 164, 179 (140), 180, 292 (251). - - Labyrinthe, 193, 194. - - LAC MOERIS, 193, 194, 224. - - Lac sacr, 270. - - Lacet, 88. - - Lait, 89. - - LAKISH, 253. - - Lambrissage, 103. - - Langue, 228, 294, 295. - - Lapis-Lazuli, 216, 217. - - Lasso, 88, 175, 178, 224. - - Lgume, 182. - - LEPSIUS, 19, 20. - - Lettre, 241, 296. - - LIBYE, LIBYEN, 83, 85, 100, 125, 130, 193, 232, 243, 245, 247, 250, - 255, 290. - - LICHT, 203, 213. - - LIEBLEIN, 199, 259. - - Ligne, 88, 175, 224. - - Lin, 181 (144). - - Linceul, 206. - - Linge, 274. - - Lion, 88, 174, 224, 294. - - Liste d'offrandes, 164. - - Liste royale, 14, 21-25 (2, 3, 5), 117. - - Lit, 173, 274, 285. - - Litire, 184 (148). - - Littrature, 165, 197, 227-228, 294-296. - - Liturgie, 41. - - Livre des Morts, 274, 283, 296. - - Livre de Sothis, 14. - - Lotiforme (colonne), 136 (109), 201. - - Louvre (muse), 156, 157, 283. - - LOUXOR, 63, 264 (222), 265 (224). - - -M - - Maon, 294. - - Magasin, 104, 105, 140, 150, 152, 211. - - Magdalnien, 56. - - Magie, 41, 228. - - Maillet, 183. - - Maillot, 206. - - Maison, 84, 173, 208, 211, 212 (176), 222, 261 (219). - - MAT, 47. - - MANTHON, 14, 15, 27, 35, 36, 46, 47, 48, 49, 50, 99, 100, 125, 126, - 129, 130, 131, 133, 134, 190, 191, 195, 198, 200, 230, 249. - - Manicure, 172. - - Manteau, 85, 172, 222. - - Marais, 82, 173. - - Marche, 186 (151), 187. - - Mariage, 41, 286. - - MARIETTE, 19. - - Marine, 291-292 (250) (v. Navigation). - - Marteau, 61. - - MASAHERTA, 250. - - MASHAOUASH, 250. - - _Masniti_, 46. - - Masque, 205 (166), 206, 273, 275. - - Massue, 87 (62-63). - - Mastaba, 32, 139-148, 203, 209, 272. - - Mt, 185, 186, 263. - - Matelas, 173. - - Mdecine, 41, 100, 165, 166, 296. - - MEDINET HABOU, 247, 262 (220), 265 (225), 282. - - MDITERRANE, 71, 81, 83, 91, 121, 225, 255, 284. - - MEIDOUM, 148, 162. - - MEKHA, 51. - - MEMPHIS, 36, 100, 101, 102, 123, 124, 125, 133, 134, 137, 192, 193, - 253. - - MENDES, 97, 258. - - MNS, 29, 44, 50, 51, 52, 54, 59, 95, 96, 98, 99, 100, 124. - - MENEPHTAH, 245-246 (208), 247, 259. - - MENKAOUHOR, 130. - - MENKAOURA, 128 (v. MYCRINUS). - - MENTOUHOTEP, 134, 190 (154), 191, 201, 202. - - Menuisier, 183 (146), 226 (189), 294. - - MERBAPA, 117. - - Mercenaires, 133, 254, 258, 290. - - MERENRA, 132 (106), 158. - - MERIT, 274. - - MER ROUGE, 91, 96, 121, 168, 220, 226, 255, 292. - - MERSEKHA, 114, 117. - - MSOPOTAMIE, 122. - - Mtal, 46, 58, 221, 277, 279, 289, 294. - - Mtallurgie, 93. - - Mtier, 32, 182 (v. Industrie). - - Mtier tisser, 41, 227 (190). - - Meuble, 32, 110, 146, 183, 285. - - Meule, 180. - - MIBIS, 100, 117. - - MILO, 121. - - Mine, 187. - - MITANNI, 26, 236. - - Mobilier funraire, 33, 73-76, 120, 146, 163, 208, 271, 274. - - MOERIS (lac), 193, 194, 224. - - Mose, 259. - - Moisson, 145, 164, 180 (141), 313 (259). - - Mollusque, 88. - - Momie, 42, 139, 144, 146, 154, 206 (167), 272 (233), 273, 275. - - DE MORGAN, 55, 105. - - Moulin, 90. - - Moustaches, 171. - - Moustrien, 56, 57. - - Mouton, 179, 180, 293. - - Moyen Empire, 32, 124, 134, 162, 189, 228, 249, 276, 290. - - Mur, 196. - - Muse Britannique, 22. - - Musique, 32. - - MYCRINUS, 128, 129 (103), 150. - - -N - - NABUCHODONOSOR, 255. - - Nacelle, 90 (65), 173, 185 (149). - - Nacre, 75, 85. - - Nain, 169. - - Naos, 202, 263, 269. - - NAPATA, 252. - - Nasse, 88, 177. - - Natron, 206. - - Natte, 72, 173, 182 (145), 183, 208. - - Navigation, 90, 184-186, 225-226 (v. Marine). - - NAVILLE, 202. - - Navire, 291. - - NEBKA, 125. - - NEB-RA, 101. - - NCHAO I, 254. - - NCHAO II, 255, 292. - - Ncropole, 69, 72, 93. - - NECTANBO I, 258 (217). - - NECTANBO II, 258. - - Nef, 186. - - NEFERARKARA, 130. - - NEFERHOTEP, 195 (158). - - NEFERKARA, 134. - - NEGADAH, 95, 102, 104-105. - - Ngre, 195, 232, 234. - - NEHASI, 195. - - NEHEB, 51. - - NEKHROPHS, 125. - - NEKHTHORHEB, 258 (217). - - _Nekyes_, 49. - - NENOUTER, 101. - - Nolithique, 54, 58. - - NEOUSERRA-AN, 130 (104), 138. - - NEPHERITS, 258. - - NEPHTHYS, 48. - - Niche, 103, 105, 141. - - NIL, 82 et _passim_. - - Nilomtre, 224. - - NIMROD, 251, 252. - - No, 39. - - Nom d'Horus, 116, 118. - - Nomarque, 218, 219, 220. - - Nome, 166, 167. - - NOUIT, 38, 39 (9). - - Nourriture, 166, 222. - - NOUTERKHA, 125. - - Nouvel Empire, 27, 29, 32, 81, 162, 200, 208, 210, 229-298. - - NUBIE, 132, 169, 190, 192, 193, 212, 234, 242, 243, 287, 288. - - _Nuclus_, 65, 67. - - -O - - Oasis, 62, 193. - - Oblisque, 137, 138, 233, 263. - - Obsidienne, 108, 121, 216. - - Ode, 295. - - OEuf, 89. - - Offrandes, 141, 145, 276. - - Oie, 89, 174, 177. - - Oiseau, 75, 173, 175, 294. - - OMAR, 297. - - Opration chirurgicale, 147. - - Or, 110, 111, 121, 184, 217, 284, 288. - - Oracle, 129. - - Orfvrerie, 217, 284 (v. Bijouterie, Joaillerie). - - Orge, 73, 107, 120. - - Ornement de corps, 73, 74 (v. Bijou). - - OSIRIS, 40 (10), 41, 42, 47, 48, 97, 164. - - OSORKON, 250-251 (212), 252. - - Ostracon, 296 (254). - - Otage, 234. - - OUADI-HAMMAMAT, 132. - - OUAZAND, 51. - - OUNPHS, 100. - - OUNA, 26, 131. - - OUNAS, 131, 152. - - Oursin, 75. - - OUSAPHAIS, 100. - - OUSERKARA, 131. - - OUSERKAF, 130. - - OUSERTESEN, 192 (v. SENOUSRIT). - - _Oushabti_, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 328 (262). - - Outil, 32, 56, 57, 59, 65, 66, 67, 120. - - Oxyrhinque, 164. - - -P - - PAAPIS, 236, 298. - - Pagne, 170-171, 222, 289. - - Paille, 181. - - Palais, 118, 136, 211, 224, 260, 282. - - Palolithique, 54, 57, 58, 60. - - PALESTINE, 12, 26, 62, 130, 234, 247, 259, 288. - - Palette, 75. - - Palmiforme (colonne), 136 (107), 201. - - PANKHI, 250. - - Panodore, 50. - - Panthre, 88, 112, 174. - - Papyriforme (colonne), 136 (108), 201. - - Papyrus, 33, 90, 165, 197, 227 (191), 228, 274, 283, 296. - - Papyrus Harris, 26, 248. - - Papyrus royal de Turin, 15, 22-24 (3), 27, 35, 37, 46, 47, 48, 49, 50, - 194. - - Parc de chasse, 223 (187), 224, 294. - - Parfum, 146, 166, 208, 216. - - Patriarches, 221. - - Pturage, 292, 293. - - Paysan, 219, 228. - - Peau, 72, 85, 289. - - Pche, 32, 56, 74, 88, 95, 120, 146, 181, 173-177 (136), 224, 293-294. - - Pectoral, 216 (183), 217. - - Pdicure, 172. - - Peigne, 75, 86 (61), 92. - - Peintre, 183. - - Peinture, 32, 161-162, 215-216, 280-283, 294. - - PLUSE, 196. - - Pendeloque, 75, 92. - - PENTAOUR, 244. - - PPI I, 132 (105), 157. - - PPI II, 132-133, 134, 169. - - PERABSEN, 116, 117. - - Percepteur, 219. - - Peroir, 183. - - Percuteur, 66, 67. - - Perdrix, 88. - - Priode sothiaque, 28. - - Priple, 255, 292. - - Prisclide, 289. - - Pristyle, 223. - - Perles, 74, 86, 110, 284. - - Perruque, 171, 274, 289. - - PERSE, 257, 258. - - Perspective, 159, 160. - - PETRIE, 55. - - PHNICIE, 284, 288. - - PHILAE, 125. - - PHILISTINS, 247. - - PIANKHI, 251, 252 (213), 253, 286. - - Pidroit, 139. - - Pige, 88. - - Pierre de Palerme, 24-25 (4), 99-101. - - Pierre de Rosette, 11 (1), 17. - - Pigeon, 89. - - Pilier, 135, 139, 146, 151, 202, 204. - - Pinceau, 162. - - PINODJEM, 250. - - Plafond, 282. - - Plancher, 103. - - Planchette, 273 (234). - - Plaque de schiste, 75 (34-36), 76, 111, 112 (87), 114. - - Plaquette, 110, 114 (89). - - Plateforme, 137, 147. - - Pltre, 275. - - PLINE LE JEUNE, 14. - - Plume, 289. - - PLUTARQUE, 14. - - POCKOKE, 16. - - Pome, 228, 244. - - Posie, 296. - - Poignard, 53 (14), 74, 87, 110 (84), 111, 197 (160), 217. - - Poinon, 62, 66, 74. - - Pointe de flche, 56, 66 (26-29), 87, 111 (85-86). - - Pointe de javelot, 56, 87, 88. - - Pointe de lance, 56, 88. - - Poisson, 75, 88, 164, 173, 174, 175, 177, 293. - - Polissoir, 77. - - Polychromie, 161. - - Porc, 293. - - Porphyre, 81, 108. - - Porte-ventail, 119. - - Porte-sandales, 119. - - Portire, 182. - - Portique, 138, 150, 152, 204. - - Poterie genne, 121. - - Potier, 92. - - POUNT, 168, 220, 232, 234, 288, 292. - - Prdynastique, 60, 63-94. - - Prhistorique, 21, 35, 54. - - Pressoir, 181 (143). - - Prtre, 129, 130, 131, 166, 237. - - Protocole, 115-118. - - PSAMMTIQUE I, 254 (214), 255. - - PSAMMTIQUE II, 255. - - PSAMMTIQUE III, 256. - - PSOUSENNS, 250. - - PTAH, 36-37 (7). - - PTAHHOTEP, 228. - - PTOLMES, 14, 17, 297. - - Puits, 205, 275. - - Pylne, 262, 263, 264 (222, 223), 277. - - Pyramides, 123 (97), 125, 126, 127, 128 (102), 129, 131, 138, - 148-153 (119-120), 202 (163), 203, 268. - - -Q - - QEB, 39 (9), 40. - - Quartz, 108. - - -R - - RA, 35 (6), 37-39, 137, 138, 237. - - Racloir, 62, 74 (v. Grattoir). - - Raisin, 181 (143), 282 (243). - - Rame, 80, 186. - - RAMESSEUM, 266 (227). - - RAMSS I, 242. - - RAMSS II, 244-245 (207), 248, 250, 259, 266, 276 (235), 277 (236). - - RAMSS III, 25, 246-248 (209), 261. - - RAMSS IV-XII, 248-249, 270. - - RATOISS, 127. - - Rcolte, 85, 180. - - Recrutement, 32. - - Rgence, 232. - - Registre, 220. - - Rquisition, 219. - - RHAMPSINITE, 26. - - Rhinocros, 88. - - Rites funraires, 42. - - Robe, 85, 172, 289. - - ROBOAM, 251. - - ROME, 27, 275. - - Roseau, 90. - - DE ROUG, 20. - - Royaut, 115, 165-167, 217-219, 285-286. - - -S - - SABACON, 252, 253. - - DE SACY, 17. - - SAHOURA, 130, 151. - - SAIS, SAITE, 252, 254, 257, 258, 260, 261, 275, 279, 290. - - SALATIS, 198. - - Sanctuaire, 84, 262, 263, 268, 269, 270 (v. Temple, Chapelle). - - Sandale, 171, 289. - - SAQQARAH, 123, 125. - - Sarcophage, 33, 145 (117), 146, 149, 153, 206, 207 (168-169), 209, - 270, 273 (234), 274, 275 (v. Cercueil, Anthropode). - - SARGON, 252. - - Satire des mtiers, 33. - - Scarabe, 25. - - Sceau, 119. - - Sceptre, 208. - - Scie, 183. - - Science, 100, 165, 197, 228, 296. - - Scribe, 33, 154 (123), 156 (126), 167. - - Sculpture, Sculpteur, 92, 112, 153, 161, 183, 212-215, 275-281, 294. - - SEANKHKARA, 191. - - SEBEKHOTEP, 195. - - SEBEKNEFROU, 194. - - SEBENNYTOS, 258. - - SEKA, 51. - - SEKHET, 38 (8). - - Semailles, 145, 179, 180, 292 (251). - - SEMEMPSS, 100, 117. - - SMITE, 84, 96, 121, 127, 221 (186). - - Smitisme, 295. - - SEMNEH, 193. - - SENOUSRIT I, 191 (155), 192, 213, 219. - - SENOUSRIT II, 216 (183). - - SENOUSRIT III, 192 (156). - - SENNAKHRIB, 253. - - SEQNENRA, 26, 197, 198 (161). - - Srapum, 19, 283. - - _Serdab_, 143, 163, 210. - - Serf, 219. - - Sertissage, 282. - - Service des Antiquits, 20. - - SSOSTRIS, 192, 244. - - SET, 41, 42, 43, 44, 45 (12), 46, 47, 48, 93, 97, 101, 117, 124. - - STI I, 242-244 (205), 266, 267. - - STI II, 246. - - SETNEKHT, 246-247. - - SHABATOKA, 253. - - SHARDANE, 250, 290. - - _Sheikh-el-Beled_, 6 (frontispice), 156 (125). - - SHEPSESKARA, 130. - - SHESHONQ, 250, 251. - - _Shesou-Hor_, 35, 50. - - SHOU, 39 (9), 48. - - SI-AMON, 250. - - Silex, 32, 53-67 (14-29), 74, 75, 86 (60), 92, 96, 110 (84), - 111 (85-86), 120, 231. - - Silure, 164. - - SINAI, 100, 114, 121, 127, 129, 130, 132, 168, 190, 193. - - Singe, 182. - - SINOUHIT, 26, 228. - - SIOUT, 134, 189, 218. - - SIPHTAH, 246, 272 (233). - - SISAK, 251. - - SMENDS, 250. - - SNEFROU, 126, 143, 149, 161. - - Soldat, 218 (185), 290 (249). - - Soleil, 130 (v. Ra). - - Solutren, 56, 57. - - SOMALIS, 54, 168, 220. - - SOTHIS, 28. - - Soubassement, 105. - - SOUDAN, 12, 83, 130, 169, 193, 220, 232, 234, 252, 288, 290. - - Sphrode (vase), 109 (80). - - Sphinx, 128, 150, 189 (153), 201, 214, 263. - - Statue, 112, 113, 144, 152, 153-158, 160, 197, 201, 202, 210, 213, - 214. - - Statuette, 210, 211 (174). - - Statuette funraire, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 284. - - Statopygie, 84. - - Stle, 104, 105, 114, 115, 119, 125, 138, 141, 143, 203, 280, 296. - - Store, 208. - - STRABON, 14, 31. - - Stuc, 260, 285. - - SUEZ, 196. - - Syphilis, 84. - - SYRIE, SYRIEN, 26, 127, 168, 190, 193, 220, 232, 234, 235, 243, 245, - 246, 247, 250, 252, 253, 255, 284, 288, 289, 290, 293, 294. - - Syringe, 270. - - -T - - Table d'offrandes, 143 (114, 115), 163. - - Tablette, 26, 236, 240 (202). - - TAFNEKHT, 252. - - TAHARQA, 253, 254. - - TAKELOT, 251. - - Talisman, 76. - - TANIS, 132, 250. - - TANOUTAMON, 254. - - TAOUSERT, 246. - - Tapis, 183. - - Tatouage, 86. - - TEKA, 51. - - TELL EL AMARNA, 26, 236, 237, 238, 239, 240, 241, 275, 281, 282. - - Temple, 106, 118, 131, 135, 136-138, 200, 201, 214, 233, 236, 262-270, - 276, 280. - - Tenture, 182. - - TOS, 258. - - Terrasse, 202, 268. - - Terre cuite, 74. - - TESH, 51. - - TETI, 131. - - Textes religieux, 164, 208, 227, 228. - - THEBES, 134, 190, 192, 194, 196, 200, 218, 235, 237, 238, 242, 250, - 251, 252, 253, 254, 261, 274, 287, 290, 291. - - Thologie, 165, 166. - - THII, 236. - - THINIS, 49, 98, 102. - - THOT, 39 (9), 42, 44, 45, 47, 48. - - THOUTMS I, 232 (195). - - THOUTMS II, 232. - - THOUTMS III, 26, 232, 233 (196), 259. - - THOUTMS IV, 229, 234 (197), 235. - - Tissage, 92, 182, 227 (190). - - Titulature, 101, 115-118, 124. - - Toilette, 166, 172 (132). - - Toit, 186. - - Tombeau, 31, 32, 33, 59, 64, 69, 76, 102-106, 119, 126, 135, 139-153, - 154, 158, 161, 162, 202-211, 268, 270-275, 277, 278, 280, 296. - - Tortue, 75. - - TOSORTHROS, 125. - - Totem, 93. - - TOUAA, 274. - - TOUAREGS, 62. - - TOUTANKHAMON, 240 (203), 242, 274. - - Traneau, 187. - - Trait, 245. - - Transport, 219. - - Trsor, 263. - - Tribu, 41, 46 (v. Clan). - - Tribunal d'Osiris, 43. - - Troubleau, 177. - - Troupeau, 292, 293. - - Tuberculose, 84. - - TUNISIE, 245. - - TURIN, 23, 274. - - Turquoise, 217. - - TYPHON, 41. - - -U - - Ustensile, 32, 146, 274, 285. - - -V - - Vache, 178. - - Vaisseau, 186. - - Vannage, 181, 322 (260). - - Vannerie, 78, 80, 183, 282. - - Vase parfum, 274. - - Vase en bois, 283. - - Vase en mail et en verre, 284. - - Vase en mtal, 217, 283-284, 289. - - Vase en pierre, 59, 81, 92, 107-109, 163, 183, 187, 121, 208, 216-283, - 284. - - Vase en terre, 32, 73, 76-81, 107-108, 163, 209, 216. - - Vendange, 146, 181. - - Ventilation, 223. - - Vergue, 185. - - Verre, 284. - - Vtement, 32, 41, 120, 146, 166, 170-171, 222, 274 (v. Costume). - - Viande, 73, 107. - - Vigne, 120, 181, 282 (243). - - Village, 64, 67-68, 80, 84, 93. - - Vilebrequin, 108. - - Ville, 41, 211, 219, 222. - - Vin, 107. - - Vizir, 166. - - Voile, 185, 186, 225. - - -X - - XOIS, 194. - - -Y - - YOUAA, 274. - - YOUNG, 17. - - -Z - - ZERAKH, 251. - -[Illustration: _Fig. 258._ Tte de femme (XVIIIe dynastie).] - - - - -[Illustration: _Fig. 259._ Moissonneurs portant la rcolte (Tombeau -d'Anna, Thbes, XVIIIe dynastie).] - - - - -BIBLIOGRAPHIE - -Liste des principaux ouvrages concernant les divers domaines de -l'Egyptologie. Les titres prcds d'un astrique sont ceux des livres -qu'on peut se procurer le plus facilement. - - -A. OUVRAGES GNRAUX - -I. HISTOIRE - - *FR. W. VON BISSING. _Geschichte Aegyptens im Umriss._ Berlin 1904. - - *J. H. BREASTED. _A History of Egypt._ New-York 1905. - - H. BRUGSCH. _Geschichte Aegyptens unter den - Pharaonen._ Leipzig 1877. - - *E. A. WALLIS BUDGE. _A History of Egypt._ 8 vol. - (Books on Egypt and Chaldaea IX-XVI.) Londres 1902. - - FR. LENORMANT. _Histoire Ancienne de l'Orient_. - T. II et III. Les Egyptiens (9e dit.). Paris 1887. - - *J. LIEBLEIN. _Recherches sur l'histoire et la - civilisation de l'ancienne Egypte._ Leipzig 1910-11. - - -- _Recherches sur la chronologie gyptienne._ Christiania 1873. - - F. J. LAUTH. _Aus Aegyptens Vorzeit._ Berlin 1881. - - G. MASPERO. _Histoire ancienne des peuples de - l'Orient classique._ 3 vol. Paris 1895-99. - - -- _Histoire ancienne des peuples de l'Orient_. - 1 vol. 6e dit. Paris 1904. - - ED. MEYER. _Geschichte des Altertums_ I et II. - (En cours de publication.) Stuttgart 1909. - - -- _Histoire de l'Antiquit._ I-VIII. - (En cours de publ.) Paris 1912. - - -- _Aegyptische Chronologie._ Berlin 1904. - - *W. FL. PETRIE. _A History of Egypt_. 3 vol. Londres 1899-1905. - - G. F. UNGER. _Chronologie des Manetho._ Berlin 1867. - - A. WIEDMANN. _Aegyptische Geschichte._ Gotha 1884. - - -LISTES ROYALES - - E. BRUGSCH et U. BOURIANT. _Le Livre des rois._ Le Caire 1887. - - E. A. WALLIS BUDGE. _The Book of the Kings of Egypt._ - 3 vol. Londres 1908. - - H. GAUTHIER. _Le Livre des rois d'Egypte._ 5 vol. - (Mm. de l'Inst. fr. d'Arch. orient. du Caire, - t. XVII-XXI.) Le Caire 1907-1918. - - C. R. LEPSIUS. _Knigsbuch der alten Aegypter._ - 2 vol. Berlin 1858. - - -2. GOGRAPHIE - - E. AMLINEAU. _La gographie de l'Egypte l'poque - copte._ Paris 1893. - - *K. BDEKER (G. STEINDORFF). _Egypte et Soudan._ - (3e dit. fran.) Leipzig 1898. - - *G. BENEDITE. _Egypte_ (Guide Joanne.) Paris 1900-1905. - - H. BRUGSCH. _Geographische Inschriften - altgyptischer Denkmler._ 3 vol. Leipzig 1857-1860. - - -- _Dictionnaire gographique de l'ancienne Egypte._ Leipzig 1879. - - J. F. CHAMPOLLION. _L'Egypte sous les Pharaons._ - 2 vol. Paris 1814. - - J. DUMICHEN. _Geographie des alten Aegyptens_ - (dans MEYER. _Gesch. Aeg._ 1re edit.) Berlin 1887. - - -- _Zur Geographie des alten Aegyptens._ Leipzig 1894. - - J. DE ROUG. _Gographie ancienne de la Basse - Egypte._ Leipzig 1894. - - _An atlas of ancient Egypt._ (Publ. of the Egypt - Exploration Fund.) Londres 1894. - - E. SCHIAPARELLI. _La Geografia dell'Africa - orientale._ Rome 1916. - - -3. RELATIONS EXTRIEURES - - F. W. VON BISSING. _Der Anteil der aegyptischen - Kunst am Kunstleben der Vlker._ Munich 1912. - - W. M. MULLER. _Asien und Europa nach aegyptischen - Denkmlern._ Leipzig 1893. - - -- _Egyptological Researches_ (2 vol.). Washington 1906-1910. - - *W. M. FL. PETRIE. _Egypt and Israel._ Londres 1911. - - R. WEILL. _Recueil des inscriptions gyptiennes - du Sina._ Paris 1904. - - -4. CIVILISATION - - H. BRUGSCH. _Die Aegyptologie._ Leipzig 1891. - - F. CHABAS. _Etudes sur l'Antiquit historique._ - (3e dit.) Paris 1873. - - *AD. ERMAN-RANCKE. _Aegypten und aegyptisches - Leben im Altertum_ (2e dit.). Tbingen 1923. - - *V. LORET. _L'Egypte au temps des Pharaons._ Paris 1889. - - *G. MASPERO. _Lectures historiques._ Paris 1890. - - J. ROSELLINI. _I Monumenti dell'Egitto e della - Nubia._ (Vol. IV-VIII. Monumenti civili.). Pise 1843-36. - - *H. SCHNEIDER. _Kultur und Denken der alten - Aegypter._ Leipzig 1909. - - J. GARDNER WILKINSON. _The Manners and Customs of the - ancient Egyptians._ (4e d. par S. BIRCH.) 3 vol. Londres 1878. - - A. WIEDEMANN. _Herodots zweites Buch._ Leipzig 1890. - - W. WRESZINSKI. _Atlas zur altgyptischen - Kulturgeschichte._ Leipzig 1914. - - -5. ART - - F. W. VON BISSING. _Denkmler aegyptischer - Sculptur._ 1 vol. et 2 atlas. Leipzig 1908-13. - - L. BORCHARDT. _Die aegyptische Pflanzensule._ Berlin 1897. - - J. CAPART. _L'art gyptien._ 2 vol. de planches. Bruxelles 1909-11. - - -- _Leons sur l'art gyptien._ Bruxelles 1920. - - A. CHOISY. _L'art de btir chez les Egyptiens._ Paris 1904. - - G. FOUCART. _Histoire de l'ordre lotiforme._ Paris 1897. - - G. JQUIER. _Dcoration gyptienne._ Paris 1911. - - -- _Les temples memphites et thbains._ Paris 1921. - - -- _Les temples ramessides et sates._ Paris 1923. - - -- _Les temples ptolmaques et romains._ (sous presse). - - *G. MASPERO. _L'archologie gyptienne._ Paris 1887. - - *-- _Egypte_ (collection Ars una). Paris 1912. - - G. PERROT ET CH. CHIPIEZ. _Histoire de l'Art - dans l'Antiquit._ I _Egypte._ Paris 1882. - - *W. M. FL. PETRIE. _Egyptian Decorative Art._ Londres 1895. - - *-- _Arts and Crafts of ancient Egypt._ Edimbourg 1909. - - *H. SCHAFER. _Von gyptischer Kunst._ 2 vol. Leipzig 1920. - - *W. SPIEGELBERG. _Geschichte der aegyptischen - Kunst._ Leipzig 1903. - - -6. CRITURE - -HIROGLYPHES - - PH. BERGER. _Histoire de l'criture dans - l'antiquit_, p. 90-104. Paris 1891. - - F. LL. GRIFFITH. _Beni Hasan_ III. Londres 1896. - - -- _Hieroglyphs._ Londres 1898. - - -- _The Mastaba of Ptahhetep and Akhethetep._ I. Londres 1900. - - M. A. MURRAY. _Saqqara Mastabas_ I. Londres 1905. - - -HIRATIQUE - - AD. ERMAN. _Die Mrchen des Papyrus Westcar_, t. II. Berlin 1890. - - S. LEVI. _Raccolta dei Signi ieratici egizi._ Turin 1882. - - G. MOLLER. _Hieratische Palaeographie._ 3 vol. Leipzig 1909-1913. - - -DMOTIQUE - - H. BRUGSCH. _Grammaire dmotique._ Paris 1855. - - -7. LANGUE - -GRAMMAIRE - - H. BRUGSCH. _Hieroglyphische Grammatik._ Leipzig 1872. - - J. F. CHAMPOLLION. _Grammaire gyptienne._ Paris 1836. - - E. DRIOTON. _Cours de grammaire gyptienne._ Nancy 1922. - - AD. ERMAN. _Aegyptische Grammatik_ (3e d.) Berlin 1911. - - V. LORET. _Manuel de la langue gyptienne._ Paris 1889. - - E. DE ROUG. _Chrestomathie gyptienne_, 4 vol. Paris 1867-76. - - K. SETHE. _Das aegyptische Verbum._ 3 vol. Leipzig 1899. - - -DICTIONNAIRE - - H. BRUGSCH. _Hieroglyphisch-demotisches Wrterbuch._ - Vol. I-IV et suppl. Vol. V-VII. Leipzig 1867-82. - - AD. ERMAN, H. GRAPOW. _Aegyptisches Handwrterbuch._ Berlin 1904. - - S. LEVI. _Vocabolario geroglifico-copto-ebraico._ - Vol. I-IV et suppl. Vol. VII-VIII. Turin 1887-94. - - P. PIERRET. _Vocabulaire hiroglyphique._ Paris 1875. - - -8. LITTRATURE - - *J. BREASTED. _Ancient Records of Egypt_, 5 vol. Chicago 1906-07. - - G. MASPERO. _Etudes gyptiennes._ Vol. I. Paris 1879. - - -- _Du genre pistolaire chez les Egyptiens._ Paris 1872. - - *-- _Les Contes populaires de l'Egypte ancienne._ - (4e dit.). Paris 1911. - - W. M. MULLER. _Die Liebespoesie der alten Aegypter._ Leipzig 1899. - - _Records of the Past._ Vol. II, IV, VI, VIII, X, XII. - Londres 1874-81. - - -9. RELIGION - - H. BRUGSCH. _Religion und Mythologie der alten - Aegypter._ Leipzig 1888. - - E. A. WALLIS BUDGE. _The Gods of the Egyptians_ - (2 vol.). Londres 1904. - - -- _Osiris and the Egyptian Resurrection_ (2 vol.). Londres 1911. - - *AD. ERMAN. _Die aegyptische Religion._ Berlin 1905. - - G. MASPERO. _Etudes de Mythologie et d'Archologie - gyptiennes._ (Vol. I-VI. Bibliothque - Egyptologique, t. I, II, VIII, IX, XXVII, XXVIII.) Paris 1893-1912. - - *ED. NAVILLE. _La Religion des Anciens Egyptiens_ - (Annales du Muse Guimet. Bibl. de Vulgarisation - t. XXIII.) Paris 1906. - - *W. M. FL. PETRIE. _Religion and Conscience in - Egypt._ Londres 1898. - - *_Personal Religion in Egypt before Christianity._ Londres 1909. - - P. PIERRET. _Essai sur la Mythologie gyptienne._ Paris 1879. - - *G. STEINDORF. _The Religion of the ancient - Egyptians._ New-York 1905. - - V. VON STRAUSS UND TORNEY. _Der altaegyptische - Gtterglaube._ 2 vol. Heidelberg 1889. - - *A. WIEDEMANN. _Die Religion der alten Aegypter._ Mnster 1890. - - -RITES - - *E. A. W. BUDGE. _The Liturgy of funerary - offerings_ (Books on Egypt and Chaldaea. Vol. XXV). Londres 1909. - - *-- _The Book of Opening the Mouth._ 2 vol. - (_ibid._ Vol. XXVI et XXVII). Londres 1909. - - H. KEES. _Der Opfertanz des aegyptischen Knigs._ Leipzig 1912. - - E. LEFBURE. _Rites gyptiens._ (Publ. de l'Ecole - des Lettres d'Alger. IV.) Paris 1890. - - *A. MORET. _Du caractre religieux de la royaut - pharaonique_. (Annales du Muse Guimet. Bibl. - d'Etudes, t. XV.). Paris 1902. - - *-- _Le Rituel du Culte divin journalier en Egypte_ - (_ibid._ t. XIV). Paris 1902. - - E. SCHIAPARELLI. _Il Libro dei Funerali degli - antichi Egiziani_, 3 vol. et atlas de planches. Turin 1882. - - G. MASPERO. _Le rituel du sacrifice funraire._ - Bibliothque gyptologique I. p. 283-324. Paris 1893. - - -TEXTES ANCIENS - - - 1. _Livre des pyramides._ - - G. MASPERO. _Les Inscriptions des Pyramides de - Saqqarah._ (Extrait du Recueil de Travaux.) Paris 1894. - - K. SETHE. _Die altaegyptischen Pyramidentexte._ (En - cours de publication. 4 vol. parus.) Leipzig 1908. sq. - - - 2. _Textes funraires du Moyen Empire._ - - P. LACAU. _Textes religieux._ (Parait dans le - Recueil de travaux. Vol. XXVI et suiv.) Paris 1904 sq. - - R. LEPSIUS. _Aelteste Texte des Todtenbuchs._ Berlin 1867. - - - 3. _Livre des morts._ - - *E. A. WALLIS BUDGE. _The Book of the Dead._ 3 vol. - (Texte, traduction et index.) Londres 1898. - - *P. LE PAGE RENOUF. _The Book of the Dead._ - Translation and commentary (Life-Work, vol. IV.) Paris 1907. - - R. LEPSIUS. _Das Todtenbuch der Aegypter._ Leipzig 1842. - - ED. SAVILLE. _Das aegyptische Totenbuch der_ - XVIII-XX. _Dyn_. 3 vol. Berlin 1886. - - G. MASPERO. _Le livre des morts._ Bibliothque - gyptol. I. p. 325-387. Paris 1893. - - *P. PIERRET. _Le Livre des morts._ (2e dit.) trad. Paris 1907. - - W. PLEYTE. _Chapitres supplmentaires du Livre des - morts._ 3 vol. Leide 1881. - - *E. DE ROUG. _Etudes sur le Rituel funraire des - anciens Egyptiens._ Bibl. gyptol. XXIII. Paris 1910. - - - 4. _Livre de l'Am.-Douat._ - - G. JQUIER. _Le livre de ce qu'il y a dans l'Hads._ Paris 1894. - - R. V. LANZONE. _Le domicile des Esprits._ Paris 1879. - - E. LEFBURE. _Le Tombeau de Seti Ier_ (Mm. de la - Mission fran. au Caire, t. II.) Paris 1886. - - G. MASPERO. _Les Hypoges royaux de Thbes._ - (Bibliothque gyptol. II, p. 1-181.) Paris 1893. - - - 5. _Ouvrages divers._ - - E. VON BERGMANN. _Das Buch vom Durchwandeln der - Ewigkeit._ Vienne 1877. - - E. CHASSINAT. _Le livre de protger la barque divine._ - (Recueil de travaux XVI. p. 105-122.) Paris 1894. - - -- _Etude sur quelques textes de provenance thbaine._ - (Bulletin de l'Inst. fr. d'arch. or. du Caire, - III. 129-163.) Le Caire 1903. - - J. DE HORRACK. _Les lamentations d'Isis et de - Nephthys._ Paris 1866. - - -- _Le livre des respirations._ Paris 1877. - - H. JUNKER. _Die Stundenwachen in den - Osiris-Mysterien._ Vienne 1910. - - -- _Die Onurislegende._ Vienne 1917. - - J. LIEBLEIN. _Le livre gyptien Que mon nom - fleurisse._ Leipzig 1895. - - E. GRBAUT. _Hymne Ammon-R._ Paris 1874. - - H. KEES. _Der Opfertanz des aegyptischen Knigs._ Leipzig 1912. - - V. LORET. _Les ftes d'Osiris au mois de Khoak._ - (Recueil de travaux III-V.) Paris 1882-84. - - G. MASPERO. _Hymne au Nil._ Le Caire 1912. - - E. NAVILLE. _Textes relatifs au Mythe d'Horus._ Leipzig 1870. - - -- _La Litanie du Soleil._ Leipzig 1875. - - -- _La destruction des hommes par les dieux._ - (Transaction of the Soc. of Bibl. Arch. - IV et VIII.) Londres 1875-85. - - - 6. _Textes magiques._ - - F. CHABAS. _Le papyrus magique Harris._ Chalon 1860. - - AD. ERMAN. _Zaubersprche fr Mutter und Kind._ Berlin 1901. - - G. DARESSY. _Textes et dessins magiques._ - (Catal. gn. du Muse du Caire.) Le Caire 1903. - - W. GOLENISCHEFF. _Die Metternichstele._ Leipzig 1877. - - -10. PUBLICATIONS DE TEXTES - -MONUMENTS - - H. BRUGSCH. _Recueil de monuments gyptiens._ 6 vol. Leipzig 1861-83. - - -- _Thsaurus inscriptionum aegyptiacarum._ 6 vol. Leipzig 1883-91. - - J. F. CHAMPOLLION. _Monuments de l'Egypte et de la - Nubie._ 4 vol. de planches et 2 vol. - de texte. Paris 1835 sq. - - J. DUMICHEN. _Historische Inschriften altgyptischer - Denkmler._ 2 vol. Leipzig 1867. - - -- _Altgyptische Kalenderinschriften._ Leipzig 1866. - - -- _Altgyptische Tempelinschriften._ 2 vol. Leipzig 1867. - - R. LEPSIUS. _Denkmaler aus Aegypten und Aethiopien._ - Planches 12 vol. Texte 5 vol. Berlin 1840 sq. - - J. ROSELLINI. _Monumenti dell'Egitto e della Nubia._ - Planches 3 vol. Texte 9 vol. Pise 1832-44. - - R. DE ROUG. _Inscriptions hiroglyphiques copies - en Egypte._ 4 vol. Paris 1877-79. - - _Description de l'Egypte._ 1re dit. Planches. - 14 vol. Texte. 9 vol. Paris 1809 sq. - 2e dit. Planches 11 vol. Texte 26 vol. Paris 1821 sq. - - _Urkunden des aegyptischen Altertums._ En cours - de publication. Leipzig 1903 sq. - - _Archaelogical Survey of Egypt._ 24 vol. parus. Londres 1890 sq. - - -FOUILLES - - _Egypt Exploration Fund._ 37 vol. parus. Londres 1883 sq. - - _Egypt Research Account. British school of - Archaeology._ 18 vol. parus. Londres 1898 sq. - - _Deutsche Orient Gesellschaft._ Leipzig 1908 sq. - - _Services des Antiquits de l'Egypte._ - (Comptes rendus de fouilles). Le Caire 1894 sq. - - W. M. FLINDERS PETRIE. Publications diverses. Londres 1896 sq. - - -MUSES - - _Catalogue gnral des antiquits gyptiennes - du Muse du Caire._ 59 vol. parus depuis 1901. - - _Beschreibung der aegyptischen Sammlung .... in - Leiden._ 11 vol. parus depuis 1907. - - _Aegyptische Inschriften aus den Kg. Museen zu - Berlin._ 2 vol. parus depuis 1901. - - C. LEEMANS. _Monuments gyptiens du Muse - d'Antiquits des Pays-Bas_ Leide. Leide 1832 sq. - - P. PIERRET. _Recueil d'inscriptions indites du - Muse gyptien du Louvre._ 2 vol. Paris 1874-78. - - E. SCHIAPARELLI. _Museo archeologico di - Firenze.--Antichita Egizie._ Rome 1887. - - -PAPYRUS - - _Select papyri in the hieratic character from the - British Museum._ Londres 1841-60. - - _Hieratische Papyrus aus den kg. Museum zu Berlin._ - 5 vol. parus. Leipzig 1901 sq. - - S. BIRCH. _Inscriptions in the hieratic and demotic - character_ (British Museum). Londres 1868. - - -- _Facsimile of an egyptian hieratic papyrus of the - reign of Ramses_ III. Londres 1876. - - TH. DEVRIA. _Le papyrus judiciaire de Turin et les - papyrus Lee et Rollin_ (Bibliothque - gyptologique V). Paris 1897. - - G. EBERS. _Papyros Ebers._ 2 vol. Leipzig 1875. - - A. EISENLOHR. _Ein mathematisches Handbuch der alten - Aegypter._ 2 vol. Leipzig 1877. - - AD. ERMAN. _Die Mrchen des Papyrus Westcar_ (2 vol.). Berlin 1890. - - -- _Gesprch eines Lebensmden mit seiner Seele._ Berlin 1896. - - A. GARDINER. _Egyptian hieratic texts._ - (En cours de publication.) Leipzig 1911 sq. - - -- _Admonitions of an aegyptian Sage._ Leipzig 1909. - - F. LL. GRIFFITH. _Hieratic papyri from Kahun - and Gurob._ Londres 1898. - - G. JQUIER. _Le Papyrus Prisse et ses variantes._ Paris 1910. - - A. MARIETTE. _Les papyrus gyptiens du Muse - de Boulaq._ Paris 1872-77. - - W. PLEYTE et F. ROSSI. _Les papyrus de Turin._ 2 vol. Leide 1869-76. - - G. REISNER. _The Hearst medical papyrus._ Leipzig 1905. - - W. WRESZINSKI. _Der grosse medizinische Papyrus des - Berliner Museums._ Leipzig 1909. - - -11. MMOIRES EN SRIES - - Mmoires publis par les membres de la Mission - archologique franaise au Caire. (16 vol.). Paris 1884-1897. - - Mmoires publis par les membres de l'Institut - franais d'archologie orientale du Caire - (45 vol. parus). Le Caire 1902 sq. - - Bibliothque gyptologique, contenant les oeuvres - des gyptologues franais (25 volumes parus). Paris 1893 sq. - - Untersuchungen zur Geschichte und Altertumskunde - Aegyptens. (6 vol. parus.). Leipzig 1896 sq. - - Recueil d'Etudes gyptologiques ddies la mmoire - de J.-F. Champollion. Paris 1922. - - -12. PRIODIQUES - - Ancient Egypt. Londres ds 1914. - - Annales du Service des Antiquits de l'Egypte. Le Caire ds 1900. - - Bulletin de l'Institut franais d'archologie - orientale. Le Caire ds 1901. - - Journal of Aegyptian archeology. Londres ds 1914. - - Mlanges d'archologie gyptienne et assyrienne. - (Vol. I-III.) Paris 1872-77. - - Recueil de travaux relatifs la philologie et - l'archologie gyptiennes et assyriennes. Paris ds 1870. - - Revue gyptologique. Paris ds 1880. - - Society of Biblical Archaeology. Transactions I-IX. - Londres 1872-93. Proceedings I-XL. Londres 1879-1918. - - Sphinx. Revue critique. (Vol. I-XXI.) Upsala 1897-1918. - - Zeitschrift fr aegyptische Sprache und - Altertumskunde. Leipzig ds 1863. - - -B. OUVRAGES SPCIAUX - -1. POQUES PRDYNASTIQUE ET THINITE - - E. AMLINEAU. _Les nouvelles fouilles d'Abydos._ 4 vol. - Paris 1899 sq. - - -- _Le tombeau d'Osiris._ Paris 1899. - - E. AYRTON. _Predynastic cemetery at El Mahasna._ Londres 1911. - - J. CAPART. _Les dbuts de l'art en Egypte._ Bruxelles 1909. - - J. GARSTANG. _Mahasna and Bet-Khallaf._ Londres 1902. - - J. DE MORGAN. _Recherches sur les Origines de - l'Egypte._ 2 vol. Paris 1896-97. - - W. M. FL. PETRIE, J. E. QUIBELL. _Nagada and Ballas._ Londres 1896. - - FL. PETRIE. _The Royal Tombs of the earliest dyn._ - 2 vol. Londres 1900-01. - - -- _Diospolis parva._ Londres 1901. - - -- _Abydos._ 2 vol. Londres 1902-03. - - J. E. QUIBELL. _Hieraconpolis._ 2 vol. Londres 1900 sq. - - -- _Archac objects_ (catal. gn. du Caire). Le Caire 1905. - - D. RANDALL-MACIVER. _El-Amrah and Abydos._ Londres 1902. - - G. REISNER. _The early dynastie cemeteries of - Naga-ed-Dr._ Leipzig 1908. - - K. SETHE. _Beitrage zur ltesten Geschichte Aegyptens._ Leipzig 1905. - - R. WEIL. _Des monuments et de l'histoire des_ IIe - et IIIe _dynasties gyptiennes._ Paris 1908. - - -2. ANCIEN EMPIRE - - F. W. VON BISSING. _Die Mastaba des Gem-ni-kai._ 2 vol. - Berlin 1905 sq. - - -- _Das R-Heiligtum des Knigs Ne-Woser-R._ 2 vol. Berlin 1905 sq. - - L. BORCHARDT. _Das Grabdenkmal des Knigs Ne-User-Re._ Berlin 1907. - - -- _Das Grabdenkmal des Knigs Nefer-ir-ke-Re._ Berlin 1909. - - -- _Das Grabdenkmal des Knigs Sa-hu-Re._ 2 vol. Berlin 1910-13. - - J. CAPART. _Une rue de tombeaux Saqqarah._ 2 vol. Bruxelles 1907. - - N. DE G. DAVIES. _Ptahhetep and Akhethetep._ 2 vol. Londres 1900. - - -- _The Rock-tombs of Sheikh-Said._ Londres 1901. - - -- _The Rock-tombs of Deir-el-Gebrawi._ 2 vol. Londres 1902. - - A. MARIETTE. _Les Mastabas de l'Ancien Empire._ Paris 1889. - - M. A. MURRAY. _Saqqara Mastaba_ I. Londres 1904. - - W. M. FL. PETRIE. _Medum._ Londres 1893. - - -- _Deshasheh._ Londres 1898. - - E. DE ROUG. _Recherches sur les monuments qu'on peut - attribuer aux six premires dynasties de Manthon._ Paris 1866. - - -3. MOYEN EMPIRE - - E. CHASSINAT et CH. PALANQUE. _Une campagne de - fouilles dans la ncropole d'Assiout._ Le Caire 1911. - - N. DE G. DAVIES, A. GARDINER. _The tomb of Antefoker._ Londres 1920. - - J. GARSTANG. _The Burial Customs of Ancient Egypt._ Londres 1907. - - J. E. GAUTIER, G. JEQUIER. _Mmoire sur les fouilles - de Licht._ Caire 1902. - - F. LL. GRIFFITH. _The Inscriptions of Siut and - Der-Rifeh._ Londres 1889. - - P. LACAU. _Sarcophages antrieurs au Nouvel Empire - thbain_ (2 vol.). Le Caire 1904. - - H. O. LANGE et H. SCHAEFER. _Grab und Denksteine - des Mittleren Reichs._ 4 vol. Berlin ds 1902. - - A. C. MACE, H. E. WINLOCK. _The Tomb of Senebtisi - at Lisht._ New-York 1916. - - J. DE MORGAN. _Fouilles Dahchour._ 2 vol. Vienne 1895-1903. - - ED. NAVILLE. _The_ XIth _dynasty Temple at - Deir-el-Bahari._ 3 vol. Londres 1907 sq. - - P. E. NEWBERRY. _Beni Hasan._ 4 vol. Londres 1892 sq. - - -- _El Bersheh._ 2 vol. Londres 1894 sq. - - H. SCHFER. _Priestergrber .... vom Totentempel des - Ne-User-R._ Leipzig 1908. - - G. STEINDORFF. _Grabfunde des Mittleren Reichs._ - 2 vol. Berlin 1896 sq. - - -4. NOUVEL EMPIRE - - N. DE G. DAVIES. _The Rock-tombs of El-Amarna_ - (6 vol.). Londres 1903 sq. - - -- GARDINER. _The tomb of Amenemht._ Londres 1915. - - -- _The Tomb of Nakht at Thbes._ New-York 1917. - - P. LACAU. _Stles du Nouvel Empire._ Le Caire 1909. - - A. MARIETTE. _Abydos_ I. Paris 1880. - - -- _Karnak._ Leipzig 1875. - - ED. NAVILLE. _The Temple of Deir-el-Bahari._ 7 vol. Londres 1900. - - P. E. NEWBERRY. _The life of Rekmara._ Londres 1900. - - Mis OF NORTHAMPTON, W. SPIEGELBERG, P. NEWBERRY. - _Excavations in the Theban necropolis._ Londres 1908. - - K. SETHE. _Urkunden der_ XVIIIe _dynastie._ 4 vol. Leipzig 1906 sq. - - Mm. de la Mission archologique franaise au Caire, - t. V. Paris 1894. - -[Illustration: _Fig. 260._ Vanneurs (tombeau de Nakht. Thbes XVIIIe -dynastie).] - - - - -[Illustration: _Fig. 261._ Haches d'Ahms I. d'aprs MARIETTE. _Album du -Muse de Boulaq_, pl. XXXI.] - - - - -TABLE DES GRAVURES - - - Pages - - Le _Sheikh-el-beled_ statue en bois de l'Ancien Empire - (frontispice). - 1. Quelques lignes de la Pierre de Rosette 11 - 2. La table royale d'Abydos 22 - 3. Fragments du papyrus royal de Turin 23 - 4. Partie suprieure de la Pierre de Palerme 24 - 5. Panneau de la Salle des Anctres de Karnak 34 - 6. R dans la barque solaire 35 - 7. Ptah 37 - 8. Sekhet 38 - 9. Nout portant la barque solaire: Shou et Qeb; Thot 39 - 10. Osiris et Isis 40 - 11. Anubis embaumeur 43 - 12. Set et Horus runissant les deux parties du pays sous - l'autorit du roi 45 - 13. Les Enfants d'Horus 52 - 14. Poignard en silex 53 - 15-18. Instruments palolithiques 61 - 19-21. Haches et herminette en silex 64 - 22-25. Couteaux et grattoirs en silex 65 - 26-29. Pointes de flches en silex 66 - 30. Tombeau prdynastique 69 - 31. Tombeau prdynastique 70 - 32. Tombeau prdynastique 71 - 33. Couteau en silex 74 - 34-36. Plaques de schiste 75 - 37-41. Vases rouges bord noir 77 - 42-46. Poterie rouge 77 - 47-49. Vases rouges dcor blanc 78 - 50-51. Vases cordon 79 - 52-54. Vases peints 79 - 55. Vase peint 80 - 56-57. Poterie grossire 81 - 58. Sanctuaire primitif 84 - 59. Figurines d'ivoire d'poque archaque 85 - 60. Bracelet en silex 86 - 61. Peigne en os 86 - 62-63. Massues 87 - 64. Harpon en os 88 - 65. Modle de nacelle en terre cuite 90 - 66. Barque prhistorique. Graffito 91 - 67. Hippopotame en terre cuite 94 - 68. Vue perspective du tombeau de Negadah 95 - 69. Tte de Kha-Sekhemou 101 - 70. Plan d'un tombeau royal Abydos 103 - 71. Stle royale d'Abydos 104 - 72. Tombe d'poque thinite 106 - 73. Jarre en terre 107 - 74-75. Vases cylindriques en terre 108 - 76-79. Coupes en pierre dure 108 - 80-81. Vases de pierre 109 - 82-83. Bracelets de la Ire dynastie 110 - 84. Poignard en silex poigne d'or 110 - 85-86. Pointes de flches 111 - 87. Plaque de schiste 112 - 88. Statue archaque, Turin 112 - 89. Tablette en bne 114 - 90. Empreinte de cylindre 114 - 91. Protocole du roi Amenemhat III 115 - 92. Noms de rois de la Ire dynastie 116 - 93. Nom du roi Perabsen 116 - 94. Nom du roi Kha-Sekhemou 116 - 95. Nom du roi Den-Setou 116 - 96. Chien en ivoire 122 - 97. La pyramide degrs de Saqqarah 123 - 98. Bas-relief de Snefrou au Sina 126 - 99. Khops 126 - 100. Dadefra 127 - 101. Khefren 127 - 102. La grande pyramide et le sphinx de Gizeh 128 - 103. Mycrinus 129 - 104. Neouserra 130 - 105. Pepi I 132 - 106. Merenra 132 - 107. Colonne palmiforme 136 - 108. Colonne papyriforme 136 - 109. Colonne lotiforme 136 - 110. Le temple du Soleil Abousir 137 - 111. Plan d'un mastaba de la IVme dynastie 140 - 112. Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah 141 - 113. Fausse-porte de la Vme dynastie 142 - 114-115. Tables d'offrandes de l'Ancien Empire 143 - 116. Mastabas prs de la grande pyramide 144 - 117. Sarcophage de Khoufou-Ankh 145 - 118. Plan du tombeau de Ti 146 - 119. Pyramide de Modoum 148 - 120. Coupe de la pyramide de Khops 149 - 121. Chapelle funraire de Sahoura 151 - 122. Statue de Ra-Nofer 153 - 123. Scribe agenouill 154 - 124. Groupe de l'Ancien Empire 155 - 125. Tte du Sheikh-el-Beled 156 - 126. Tte du scribe accroupi (Muse du Caire) 156 - 127. Statue de Khefren 157 - 128. Bas relief du Mastaba de Ptahhotep Saqqarah 159 - 129. Peinture d'un tombeau de Medoum 162 - 130. Panneau de Hosi 164 - 131. Costumes de l'Ancien Empire 171 - 132. Ptahhotep sa toilette 172 - 133. Chasse et pche au marais 174 - 134. Chasse au lasso 174 - 135. Chasse au filet 175 - 136. Scnes de pche 176 - 137. Basse-cour 177 - 138. Engraissage des boeufs 178 - 139. Antilopes. Engraissage des hynes 178 - 140. Labourage et semailles 179 - 141. Scne de moisson 180 - 142. Dpiquage du grain 180 - 143. Foulage et pressurage du raisin 181 - 144. Rcolte du lin 181 - 145. Tressage de nattes 182 - 146. Menuisiers 183 - 147. Orfvres et Joailliers 184 - 148. Litire 184 - 149. Fabrication de nacelles 185 - 150. Barque (IVme dynastie) 185 - 151. Scne de march 186 - 152. Forage de vases de pierre 187 - 153. Sphinx du Moyen Empire 189 - 154. Mentouhotep IV (?) 190 - 155. Senousrit I 191 - 156. Senousrit III 192 - 157. Amenemhat III 193 - 158. Neferhotep 195 - 159. Tte d'un roi hyksos 196 - 160. Poignard d'Apepi 197 - 161. Tte de la momie de Seqnenra 198 - 162. Reconstitution du monument de Mentouhotep II 201 - 163. Pyramide de Senousrit III Dahchour 202 - 164. Faade de tombeau Beni Hassan 204 - 165. Tombeau de Beni Hassan 205 - 166. Masque de momie 205 - 167. Momie du Moyen Empire 206 - 168. Sarcophage du Moyen Empire 206 - 169. Intrieur d'un sarcophage 207 - 170. Sarcophage anthropode 208 - 171. Canope du Moyen Empire 209 - 172. Statuette de serviteur 209 - 173. Modle de barque 210 - 174. Statuette de bois 211 - 175. _Oushabti_ du Moyen Empire 211 - 176. Modle de maison en terre cuite 212 - 177. Attaque d'une forteresse 212 - 178. Statues de Senousrit I. Licht 213 - 179. Statue du roi Hor 214 - 180. Bas-relief de Koptos 215 - 181. Vase en cornaline 216 - 182. Vase en lapis-lazuli 216 - 183. Pectoral de Senousrit II 216 - 184. Couronne en or 217 - 185. Groupes de soldats d'un prince de Siout 218 - 186. Nomades smites 221 - 187. Parc de chasse 223 - 188. Barque voile carre 225 - 189. Menuisiers 226 - 190. Femmes filant et tissant 227 - 191. Une page du papyrus Prisse 227 - 192. Bijou de la XIIme dynastie 228 - 193. Panneau du char triomphal de Thoutms IV 229 - 194. Amnophis I, Turin 231 - 195. Tte de la momie de Thoutms I 232 - 196. Thoutms III 233 - 197. Tte de la momie de Thoutms IV 234 - 198. Sphinx d'Amnophis III 235 - 199. Buste de Khounaten 236 - 200. Adoration d'Aten. Tell el Amarna 238 - 201. Peinture de Tell el Amarna 239 - 202. Tablette de Tell el Amarna 240 - 203. Toutankhamon 240 - 204. Horemheb 241 - 205. Tte de la momie de Sti I 242 - 206. Campagnes de Sti I (Temple de Karnak) 243 - 207. Tte de la momie de Ramss II 244 - 208. Tte de la momie de Menephtah 245 - 209. Tte de la momie de Ramss III 246 - 210. Bataille contre les Philistins 247 - 211. Bataille navale sous Ramss III 248 - 212. Osorkon I 251 - 213. Rois et princes faisant leur soumission Pinkhi 252 - 214. Psammtique I 254 - 215. Apris 255 - 216. Amasis 256 - 217. Nectanbo I 258 - 218. Fragment d'un dallage peint 260 - 219. Maison et jardin 261 - 220. Pavillon de Ramss III Medinet-Habou 262 - 221. Plan du temple de Khonsou Karnak 263 - 222. Pylone du temple de Louxor 264 - 223. Temple de Khonsou Karnak 264 - 224. Cour du temple de Louxor (Amnophis III) 265 - 225. Cour du temple de Medinet-Habou (Ramss III) 265 - 226. Salle hypostyle de Karnak (Sti I) 266 - 227. Salle hypostyle du Ramesseum (Ramss II) 266 - 228. Bas-relief du temple de Karnak (Sti I) 267 - 229. Bas-relief du temple de Sti I Abydos 267 - 230. Barque sacre d'Amon Abydos 269 - 231. Plan du tombeau de Ramss IV 270 - 232. Tombeau d'un particulier 271 - 233. Momie de Siphtah 272 - 234. Sarcophage, cercueils, caisse canopes 273 - 235. Statue de Ramss II, Turin 276 - 236. Ramss II prsentant une offrande 277 - 237. Statuette en bois du muse de Turin 277 - 238. _Oushabtis_ du Nouvel Empire 278 - 239. Groupe d'poque sate 279 - 240. La reine Karomama. Bronze incrust 280 - 241. Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha 280 - 242. Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna 281 - 243. Cueillette des raisins 282 - 244. Bijou de la XIXme dynastie 283 - 245. Vases d'albtre. (XVIIIme dynastie) 284 - 246. Fauteuil en bois dor 285 - 247. Cuillre parfums 286 - 248. Syriens apportant des vases 288 - 249. Soldats gyptiens 290 - 250. Vaisseaux de l'expdition de Hatshepsou au pays de Pount 291 - 251. Scnes de labour et de semailles 292 - 252. Atelier de chaudronnerie 294 - 253. Atelier de cordonniers 295 - 254. Ostracon hiratique 296 - 255. Fragment d'un contrat dmotique 297 - 256. Amnophis fils de Paapis 298 - 257. Repas et danseuses 299 - 258. Tte de femme (XVIIIme dynastie) 312 - 259. Moissonneurs portant la rcolte 313 - 260. Vanneurs 322 - 261. Haches d'Ahms I 323 - 262. Coffret oushabtis. Turin 328 - 263. Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIme dyn. 329 - 264. Buste de princesse (XIXme dynastie) 332 - - -La vignette de la couverture reprsente un sphinx de Thoutms III, au -Muse du Caire, d'aprs une photographie de E. Brugsch-Pacha. - -[Illustration: _Fig. 262._ Coffret oushabtis. Turin (d'ap. PETRIE. -_Photographs_, No 183).] - - - - -[Illustration: _Fig. 263._ Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIe -dynastie (d'aprs JQUIER. _Dcor gypt_., pl. XXXIII).] - - - - -TABLE DES MATIRES - - - Pages - - Prface 9 - - Chap. I. LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'GYPTE 11 - - _Sources classiques_ 13 - _La Description de l'Egypte_ 16 - _Dchiffrement des hiroglyphes_ 17 - _Progrs de l'gyptologie_ 19 - _Listes royales_ 21 - _Documents historiques divers_ 25 - _Chronologie_ 27 - _La civilisation gyptienne_ 29 - - Chap. II. L'GYPTE LGENDAIRE 35 - - A. LES DYNASTIES DIVINES 36 - - _Les dieux cosmiques_ 36 - _Osiris et son cycle_ 40 - - B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MNES 47 - - C. LA CHRONOLOGIE LGENDAIRE 49 - - Chap. III. L'GYPTE ARCHAIQUE 53 - - I. Palolithique 60 - - II. Prdynastique 63 - - A. MONUMENTS 63 - - _Silex_ 64 - _Villages_ 67 - _Tombeaux_ 68 - _Mobilier funraire_ 73 - _Cramique_ 76 - - B. CIVILISATION 81 - - _Le pays_ 82 - _La race_ 83 - _Habitations_ 84 - _Costume et parure_ 85 - _Chasse et pche_ 86 - _Elevage. Agriculture_ 89 - _Navigation_ 90 - _Commerce extrieur_ 91 - _Arts et mtiers_ 91 - _Organisation sociale et politique_ 93 - - Chap. IV. POQUE THINITE (De 4000 3400 av. J.-C. env.) 95 - - A. HISTOIRE ET TRADITION 98 - - B. MONUMENTS 102 - - _Tombeaux_ 102 - _Mobilier funraire_ 106 - _Inscriptions_ 113 - - C. CIVILISATION 118 - - _Royaut_ 118 - _Tribus_ 118 - _Fonctionnaires_ 119 - _Peuple_ 119 - _Commerce extrieur_ 121 - - Chap. V. ANCIEN EMPIRE (De 3400 2200 av. J.-C. env.) 123 - - A. HISTOIRE 123 - - _IIIme dynastie_ 124 - _IVme dynastie_ 125 - _Vme dynastie_ 129 - _VIme dynastie_ 131 - _La fin de l'empire memphite_ 133 - - B. MONUMENTS 135 - - _Architecture_ 135 - _Temples_ 136 - _Mastabas_ 139 - _Pyramides_ 148 - _Sculpture_ 153 - _Peinture_ 161 - _Objets usuels_ 162 - _Inscriptions_ 163 - - C. CIVILISATION 165 - - _Royaut et gouvernement_ 165 - _Relations extrieures_ 168 - _Famille_ 169 - _Vtement_ 170 - _Mobilier. Habitation_ 173 - _Chasse et pche_ 173 - _Elevage_ 177 - _Agriculture_ 179 - _Mtiers_ 182 - _Navigation_ 184 - - Chap. VI. MOYEN EMPIRE (De 2200 1500 av. J.-C. env.) 189 - - A. HISTOIRE 189 - - _XIme dynastie_ 189 - _XIIme dynastie_ 191 - _XIIIme et XIVme dynasties_ 194 - _Les Hyksos_ 195 - _XVIIme dynastie_ 197 - _Chronologie_ 198 - - B. MONUMENTS 200 - - _Architecture_ 200 - _Sculpture_ 212 - _Peinture_ 215 - _Arts industriels_ 216 - - C. CIVILISATION 217 - - _Royaut_ 217 - _Gouvernement_ 219 - _Relations extrieures_ 220 - _Vie prive_ 222 - _Chasse et pche_ 224 - _Agriculture et levage_ 224 - _Navigation_ 225 - _Industrie_ 226 - _Littrature_ 227 - - Chap. VII. NOUVEL EMPIRE (De 1500 332 av. J.-C.) 229 - - A. HISTOIRE 229 - - _XVIIIme dynastie_ 230 - _Les rois hrtiques_ 236 - _XIXme dynastie_ 242 - _XXme dynastie_ 246 - _XXIme dynastie_ 250 - _XXIIme dynastie_ 250 - _XXIIIme dynastie_ 251 - _XXIVme dynastie_ 252 - _XXVme dynastie_ 253 - _XXVIme dynastie_ 254 - _Epoque perse_ (dynasties XXVII XXX) 257 - _L'Exode des Hbreux_ 259 - - B. MONUMENTS 259 - - _Architecture_ 260 - _Temples_ 262 - _Tombeaux_ 270 - _Sculpture_ 275 - _Peinture_ 280 - _Arts industriels_ 283 - - C. CIVILISATION 285 - - _Royaut_ 285 - _Gouvernement_ 287 - _Relations extrieures. Commerce_ 287 - _Vie civile. Vtement_ 289 - _Arme_ 289 - _Marine_ 291 - _Agriculture. Elevage_ 292 - _Pche et chasse_ 293 - _Industrie_ 294 - _Langue et littrature_ 294 - - INDEX 299 - - BIBLIOGRAPHIE 313 - - TABLE DES GRAVURES 323 - -[Illustration: _Fig. 264._ Buste de princesse (XIXe dyn.) photographie -de E. Brugsch-Pacha.] - - - - - ACHEV D'IMPRIMER - LE DIX FVRIER MIL NEUF CENT VINGT-CINQ - PAR LA - SOCIT D'IMPRIMERIE D'AMBILLY S. A. - A ANNEMASSE (HAUTE-SAVOIE) - POUR LA LIBRAIRIE PAYOT--PARIS - - - * * * * * - - -Note de transcription dtaille: - -Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges. -L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise. En -particulier: - - - les annes sont parfois crites avec un sparateur de milliers, - parfois sans, - - beaucoup de noms propres ont une accentuation et capitalisation - variable, comme pour Amenophis / Amnophis, - Ne-User-R / Ne-user-R / Ne-user-Re ou encore ka / Ka. - -En revanche, la ponctuation dans les notes et la bibliographie a t -harmonise afin d'en amliorer la prsentation. - -Les notes en marge, qui denotaient une nouvelle section ont t -intgres au texte, en tant que titre de section. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la civilisation gyptienne, by -Gustave Jquier - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE--CIVILIZATION EGYPTIENNE *** - -***** This file should be named 43924-8.txt or 43924-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/3/9/2/43924/ - -Produced by Jlio Reis, Bibimbop, Leonor Silva and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable -effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread -public domain works in creating the Project Gutenberg-tm -collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic -works, and the medium on which they may be stored, may contain -"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or -corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual -property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a -computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by -your equipment. - -1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right -of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project -Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project -Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all -liability to you for damages, costs and expenses, including legal -fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT -LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE -PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE -TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE -LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR -INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH -DAMAGE. - -1.F.3. LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a -defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can -receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a -written explanation to the person you received the work from. If you -received the work on a physical medium, you must return the medium with -your written explanation. The person or entity that provided you with -the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a -refund. If you received the work electronically, the person or entity -providing it to you may choose to give you a second opportunity to -receive the work electronically in lieu of a refund. If the second copy -is also defective, you may demand a refund in writing without further -opportunities to fix the problem. - -1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth -in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER -WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO -WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. - -1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied -warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. -If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the -law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be -interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by -the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any -provision of this agreement shall not void the remaining provisions. - -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance -with this agreement, and any volunteers associated with the production, -promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, -harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, -that arise directly or indirectly from any of the following which you do -or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm -work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any -Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. - - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of computers -including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists -because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from -people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. -To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 -and the Foundation information page at www.gutenberg.org - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive -Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent -permitted by U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. -Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered -throughout numerous locations. Its business office is located at 809 -North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email -contact links and up to date contact information can be found at the -Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To -SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any -particular state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. -To donate, please visit: www.gutenberg.org/donate - - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic -works. - -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm -concept of a library of electronic works that could be freely shared -with anyone. For forty years, he produced and distributed Project -Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. -unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily -keep eBooks in compliance with any particular paper edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search facility: - - www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. diff --git a/43924-8.zip b/43924-8.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index b21673f..0000000 --- a/43924-8.zip +++ /dev/null diff --git a/43924-h.zip b/43924-h.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index 41403eb..0000000 --- a/43924-h.zip +++ /dev/null diff --git a/43924-h/43924-h.htm b/43924-h/43924-h.htm index bee6269..13b8a55 100644 --- a/43924-h/43924-h.htm +++ b/43924-h/43924-h.htm @@ -2,7 +2,7 @@ "http://www.w3.org/TR/xhtml1/DTD/xhtml1-strict.dtd"> <html xmlns="http://www.w3.org/1999/xhtml" xml:lang="fr" lang="fr"> <head> - <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=utf-8" /> + <meta http-equiv="Content-Type" content="text/html;charset=UTF-8" /> <meta http-equiv="Content-Style-Type" content="text/css" /> <title> Histoire de la civilisation Égyptienne, by Gustave Jéquier @@ -277,45 +277,7 @@ div.figsub { </style> </head> <body> - - -<pre> - -The Project Gutenberg EBook of Histoire de la civilisation égyptienne, by -Gustave Jéquier - -This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with -almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - - -Title: Histoire de la civilisation égyptienne - Des origines à la conquête d'Alexandre - -Author: Gustave Jéquier - -Release Date: October 10, 2013 [EBook #43924] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE--CIVILIZATION EGYPTIENNE *** - - - - -Produced by Júlio Reis, Bibimbop, Leonor Silva and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net - - - - - - -</pre> - +<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43924 ***</div> <!-- Note sur les images: @@ -13422,381 +13384,6 @@ le confort du lecteur.</p> </div> - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la civilisation égyptienne, by -Gustave Jéquier - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE--CIVILIZATION EGYPTIENNE *** - -***** This file should be named 43924-h.htm or 43924-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/3/9/2/43924/ - -Produced by Júlio Reis, Bibimbop, Leonor Silva and the -Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. Special rules, -set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to -copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to -protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project -Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you -charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you -do not charge anything for copies of this eBook, complying with the -rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose -such as creation of derivative works, reports, performances and -research. They may be modified and printed and given away--you may do -practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is -subject to the trademark license, especially commercial -redistribution. - - - -*** START: FULL LICENSE *** - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project -Gutenberg-tm License available with this file or online at - www.gutenberg.org/license. - - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm -electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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Of course, we hope that you will support the Project -Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by -freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of -this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with -the work. You can easily comply with the terms of this agreement by -keeping this work in the same format with its attached full Project -Gutenberg-tm License when you share it without charge with others. - -1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern -what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in -a constant state of change. If you are outside the United States, check -the laws of your country in addition to the terms of this agreement -before downloading, copying, displaying, performing, distributing or -creating derivative works based on this work or any other Project -Gutenberg-tm work. 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Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable -effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread -public domain works in creating the Project Gutenberg-tm -collection. Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic -works, and the medium on which they may be stored, may contain -"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or -corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual -property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a -computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by -your equipment. - -1.F.2. LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right -of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project -Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project -Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all -liability to you for damages, costs and expenses, including legal -fees. YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT -LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE -PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3. YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE -TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE -LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR -INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH -DAMAGE. - -1.F.3. 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Except for the limited right of replacement or refund set forth -in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER -WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO -WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE. - -1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied -warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages. -If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the -law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be -interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by -the applicable state law. The invalidity or unenforceability of any -provision of this agreement shall not void the remaining provisions. - -1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the -trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone -providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance -with this agreement, and any volunteers associated with the production, -promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works, -harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees, -that arise directly or indirectly from any of the following which you do -or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm -work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any -Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause. - - -Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm - -Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of -electronic works in formats readable by the widest variety of computers -including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists -because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from -people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. -To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 -and the Foundation information page at www.gutenberg.org - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive -Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent -permitted by U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. -Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered -throughout numerous locations. Its business office is located at 809 -North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email -contact links and up to date contact information can be found at the -Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact - -For additional contact information: - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. To -SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any -particular state visit www.gutenberg.org/donate - -While we cannot and do not solicit contributions from states where we -have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition -against accepting unsolicited donations from donors in such states who -approach us with offers to donate. - -International donations are gratefully accepted, but we cannot make -any statements concerning tax treatment of donations received from -outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff. - -Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation -methods and addresses. Donations are accepted in a number of other -ways including checks, online payments and credit card donations. -To donate, please visit: www.gutenberg.org/donate - - -Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic -works. - -Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm -concept of a library of electronic works that could be freely shared -with anyone. For forty years, he produced and distributed Project -Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. -unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily -keep eBooks in compliance with any particular paper edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search facility: - - www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - - -</pre> - +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43924 ***</div> </body> </html> |
