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@@ -0,0 +1,10487 @@
+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43924 ***
+
+Note de transcription:
+
+Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
+L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. Voir
+la note plus détaillée à la fin de ce livre.
+
+
+
+
+ HISTOIRE
+
+ DE LA
+
+ CIVILISATION ÉGYPTIENNE
+
+
+
+
+DU MÊME AUTEUR
+
+
+_Le livre de ce qu'il y a dans l'Hadès._ (Bibliothèque de l'Ecole
+des Hautes Etudes, t. XCVII.)--Paris, E. Bouillon, 1894.
+
+_Catalogue des Monuments et Inscriptions de l'Egypte antique_, t.
+I à III (en collaboration avec J. de Morgan, U. Bouriant, G.
+Legrain et A. Barsanti).--Vienne, Holzhausen, 1894-1909.
+
+_Mémoire sur les Fouilles de Licht_ (en collaboration avec J.-Et.
+Gautier). Mémoires de l'Institut français d'Archéologie orientale
+du Caire, t. VI.--Le Caire, 1902.
+
+_Monuments pour servir à l'étude du culte d'Atonou en Egypte_ (en
+collaboration avec U. Bouriant et G. Legrain). Mémoires de
+l'Institut français d'Archéologie orientale du Caire, t. VIII.--Le
+Caire, 1903.
+
+_Le Papyrus Prisse et ses variantes._--Paris, P. Geuthner, 1911.
+
+_Décoration égyptienne._ Plafonds et frises végétales du Nouvel
+Empire Thébain.--Paris, Eggimann, 1911.
+
+_Le tissage aux cartons et son utilisation décorative dans
+l'Egypte ancienne_ (en collaboration avec A. van
+Gennep.)--Neuchâtel, 1916.
+
+_Les frises d'objets des sarcophages du Moyen Empire._ Mémoires de
+l'Institut français d'Archéologie orientale du Caire, t.
+XLVII.--Le Caire, 1921.
+
+_Matériaux pour servir à l'établissement d'un dictionnaire
+d'archéologie égyptienne._ Bulletin de l'Institut français
+d'Archéologie orientale du Caire, t. XIX.--Le Caire, 1922.
+
+_L'Architecture et la décoration dans l'Ancienne Egypte_:
+
+ I. _Les temples memphites et thébains_;
+ II. _Les temples ramessides et saïtes_;
+ III. _Les temples ptolémaïques et romains._--Paris,
+ Morancé, 1921 et 1923.
+
+
+
+
+ GUSTAVE JEQUIER
+
+ PROFESSEUR D'ÉGYPTOLOGIE A L'UNIVERSITÉ DE NEUCHATEL
+ CORRESPONDANT DE L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES
+
+
+
+
+ HISTOIRE
+
+ DE LA CIVILISATION
+
+ ÉGYPTIENNE
+
+ DES ORIGINES A LA CONQUÊTE D'ALEXANDRE
+
+ Ouvrage orné de 265 gravures
+ Nouvelle édition revue
+
+[Illustration]
+
+ PAYOT, PARIS
+
+ 106, BOULEVARD ST-GERMAIN
+
+ 1925
+
+ _Tous droits réservés_
+
+
+_Premier tirage Juin 1913_
+
+_Deuxième tirage Décembre 1923_
+
+_Troisième tirage Janvier 1925_
+
+Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation réservés pour
+tous pays.
+
+Copyright 1913, by Payot & Cie.
+
+
+
+
+[Illustration: Le «Sheikh-el-Beled» (d'après MARIETTE. _Album du Musée
+de Boulaq_, pl. 18).]
+
+
+
+
+[Décoration]
+
+
+
+
+_PRÉFACE_
+
+
+_Une Egypte immuable, figée dans sa civilisation hiératique depuis
+l'aube la plus lointaine de l'histoire jusqu'au moment où elle tombe
+entre les mains des Grecs, une Egypte entièrement séparée du reste de
+l'humanité et n'ayant exercé aucune influence sur le développement du
+monde ancien, telle est la double légende qui, dans le public lettré
+d'aujourd'hui, est encore considérée presque comme un axiome, comme une
+de ces vérités élémentaires devant lesquelles on s'incline sans
+discuter. Et pourtant cette légende, si l'on en cherche l'origine,
+repose sur bien peu de chose, sur les impressions de quelques voyageurs
+qui parcoururent la vallée du Nil à une époque où l'état de la science
+ne permettait pas encore une étude rationnelle et fructueuse des
+monuments._
+
+_Les Grecs, si fiers de leur supériorité sur les autres peuples, n'ont
+cependant jamais rangé les Egyptiens parmi les barbares; bien plus, ils
+reconnaissent hautement, à l'occasion, la part prédominante de l'Egypte
+dans la naissance et le développement de leur propre civilisation et ne
+font aucune difficulté pour avouer qu'à la base même de la culture
+grecque, on trouve des racines égyptiennes. Il eût été du reste bien
+invraisemblable qu'un pays qui comme l'Egypte était arrivé à un très
+haut degré de civilisation alors que ses voisins en étaient encore à
+l'état primitif, n'exerçât pas sur eux une influence considérable. En
+effet, plus nous apprenons à connaître l'Egypte et les peuples
+méditerranéens anciens, plus nous retrouvons de traces de cette
+influence; tous ont puisé à cette source la force nécessaire pour se
+développer, et s'ils ont transformé ce qu'ils ont emprunté, chacun
+suivant son génie naturel, il n'en est pas moins vrai que c'est la
+civilisation égyptienne qui a le plus contribué à faire prospérer toutes
+les autres, et que par suite nous avons envers elle une lourde dette de
+reconnaissance._
+
+_Depuis la découverte des hiéroglyphes, tous les travaux entrepris au
+sujet des monuments anciens de l'Egypte montrent clairement que la
+civilisation de ce pays, comme partout ailleurs, eut ses alternatives de
+croissance, de grandeur et de décadence, et plus les travaux se
+spécialisent, plus les différences entre les époques s'accusent.
+Jusqu'ici cependant, la tendance de certains ouvrages d'ensemble a été
+d'insister sur la ligne générale, de chercher à présenter un tout
+homogène plutôt que de différencier les périodes, ce qui ne pouvait
+qu'accréditer toujours davantage dans le public la vieille légende de
+l'Egypte immuable._
+
+_Le but de ce petit livre est de réagir contre ces idées erronées,
+d'étudier successivement toutes les grandes étapes de la civilisation
+égyptienne, de montrer les progrès réalisés peu à peu malgré les
+secousses et les changements de régime, en groupant les résultats acquis
+autour d'un rapide aperçu de l'histoire elle-même, comme aussi
+d'indiquer la naissance des arts, des industries, des différentes
+branches de la civilisation égyptienne, leur expansion progressive dans
+les pays limitrophes, et la part qui leur revient dans le développement
+de la culture générale._
+
+ _G. J._
+
+[Décoration]
+
+
+
+
+[Illustration: _Fig. 1._ Quelques lignes de la Pierre de Rosette
+(d'après LEPSIUS. _Auswahl der wichtigsten Urkunden_, pl. XVII).]
+
+
+
+
+CHAPITRE PREMIER
+
+LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE
+
+
+Isolée comme est l'Egypte par la mer et les déserts, son développement
+devait être original. Ce pays favorisé par la nature, avec son climat
+chaud et son sol d'une fertilité exceptionnelle, toujours renouvelé par
+les inondations du Nil et livrant généreusement à l'homme tout ce qui
+peut lui être nécessaire pour vivre, était destiné à devenir un des
+berceaux de la civilisation; ici l'homme n'avait pas besoin, comme
+ailleurs, d'efforts répétés et incessants pour s'assurer une maigre
+subsistance et une existence précaire: il n'avait qu'à se laisser vivre
+et il lui suffisait d'un léger travail pour réaliser un sérieux progrès
+de bien-être. Défendue naturellement de trois côtés, par la Méditerranée
+et les déserts arabique et lybique, l'Egypte n'avait que peu de chose à
+craindre du côté de ses voisins plus ou moins turbulents et, à l'origine
+tout au moins, elle n'eut pas, semble-t-il, à subir de ces
+bouleversements qui arrêtent parfois pour longtemps une civilisation
+naissante. Ce n'est pas la lutte pour la vie qui est la cause du
+développement intellectuel et industriel des premiers Egyptiens, mais le
+besoin instinctif d'augmenter le bien-être dont la nature avait déjà
+largement pourvu les habitants de ce pays privilégié.
+
+Il ne faut pas songer à établir combien de siècles ou de milliers
+d'années dura cette période de travail latent, de développement
+progressif, à laquelle nous appliquons le terme peu précis de
+préhistorique. Toujours est-il que vers 4.000 avant J.-C, à une époque
+où la barbarie la plus absolue régnait sur le reste du monde et où seule
+la Babylonie, autre berceau de la civilisation, et peut-être aussi la
+Chine, pourraient montrer un état analogue, nous trouvons en Egypte un
+royaume constitué régulièrement et solidement, une race possédant une
+langue qui présente déjà certains caractères de décadence et une
+écriture compliquée mais parfaite en son genre, un peuple sachant
+utiliser tous les matériaux pour la construction de monuments
+importants, et déjà très avancé dans la connaissance et l'exercice des
+arts, un peuple industriel en possession des métaux et pour lequel
+l'agriculture et l'élevage du bétail n'ont plus de secrets. Une force
+pareille ne pouvait rester confinée dans un petit pays comme l'Egypte et
+devait nécessairement rayonner au dehors, les défenses naturelles, mer
+et déserts, ne pouvant entraver une expansion toute pacifique, et peu à
+peu le commerce s'établissait, vers le Soudan d'abord, sans doute, puis
+vers la Palestine et les pays situés plus au nord. Les fouilles récentes
+pratiquées en Crète montrent l'influence considérable qu'exerça l'Egypte
+sur les civilisations naissantes de la Grèce et de l'Archipel et cela
+dès l'Ancien Empire, donc pendant le quatrième millénaire avant J.-C.
+aussi bien que pendant la période mycénienne; ainsi se confirment les
+légendes où les Grecs reconnaissaient eux-mêmes le rôle qu'avait joué
+vis-à-vis de leurs ancêtres directs ce peuple paisible, industrieux,
+artiste et commerçant.
+
+
+_Sources classiques_
+
+Il y a cent ans, tout ce qu'on savait de l'Egypte antique, de son
+histoire et de sa religion aussi bien que de ses moeurs et coutumes, se
+réduisait aux données fournies par des écrivains étrangers au pays, en
+particulier par les auteurs classiques, à côté desquels il n'y a guère à
+signaler que les renseignements disséminés dans les livres de l'Ancien
+Testament. Parmi les Grecs qui écrivirent sur l'Egypte, le premier rang,
+tant par la date que par la valeur de son oeuvre, appartient sans
+contredit à Hérodote, qui nous trace un tableau des plus remarquables de
+l'état du pays à son époque, tableau plein de détails piquants saisis
+sur le vif par un observateur sûr et avisé, mais mélangés de contes
+invraisemblables, de racontars de toute sorte, recueillis avec le plus
+grand sérieux et une inlassable confiance dans les drogmans de son
+temps, qui étaient sans doute aussi peu instruits et aussi peu
+scrupuleux que de nos jours. Quoi qu'il en soit, et bien qu'il soit
+souvent difficile d'y distinguer le vrai du faux, cet ouvrage, qui forme
+l'ensemble le plus complet que nous aient donné les auteurs anciens sur
+l'Egypte, était et est encore considéré à juste titre comme la base de
+tout travail général sur les peuples de la vallée du Nil, et l'auteur de
+la phrase fameuse: «l'Egypte est un don du Nil» mérite de conserver, en
+ce qui concerne ce pays aussi, son titre de «père de l'histoire». Pour
+compléter les renseignements d'ordres si divers que donne Hérodote, on
+avait encore ceux que fournissent d'autres auteurs moins anciens--et
+parfois aussi moins dignes de foi--tels que Diodore de Sicile, Pline le
+Jeune, Strabon et certains historiens de second ordre dont quelques
+fragments seulement nous sont parvenus. Pour l'écriture sacrée, on
+pouvait consulter les Hiéroglyphiques d'Horapollon, et, pour la
+religion, Hermès Trismégiste et surtout le livre de Plutarque sur Isis
+et Osiris, qui est encore aujourd'hui le document le plus important, le
+tableau d'ensemble le plus parfait d'un des mythes fameux de l'antiquité
+orientale. Concernant l'histoire proprement dite enfin, on avait
+composé, sur la demande des Ptolémées, des ouvrages spéciaux donnant la
+liste des rois, la longueur de leurs règnes, quelques détails sur les
+plus importants d'entre eux, en somme une sorte de classification
+méthodique de l'histoire, basée sur des documents originaux. Telles
+étaient la liste d'Eratosthène dont quelques fragments nous sont
+parvenus, recueillis par Apollodore, puis d'après celui-ci par Georges
+le Syncelle, et surtout les Aegyptiaca de Manéthon. Ce livre, écrit au
+IIIme siècle avant notre ère, est aujourd'hui perdu, de même que son
+Livre de Sothis, qui traitait du même sujet, mais surtout au point de
+vue chronologique: des fragments en ont cependant été recueillis par
+Josèphe, ceux en particulier qui concernaient le séjour des Juifs en
+Egypte, tandis que certains auteurs, entre autres l'Africain et Eusèbe,
+en avaient tiré une sorte de résumé, d'_epitome_, donnant seulement la
+liste des dynasties, le nombre d'années pendant lequel elles régnèrent
+et, pour les plus illustres d'entre elles, les noms des rois et un bref
+récit de leur carrière. Au temps où l'on ne connaissait l'Egypte que par
+les auteurs grecs, cette sèche énumération de chiffres et de noms
+barbares, plus ou moins travestis, ne pouvait guère attirer l'attention
+des savants qui n'avaient aucun point de comparaison; depuis que nous
+sommes en possession des monuments originaux, ce petit opuscule, tronqué
+et mutilé, qui ne nous est parvenu que par ricochet, est devenu une des
+sources les plus précieuses de l'histoire d'Egypte, car on a pu
+reconnaître qu'il avait été composé d'après des documents authentiques,
+des listes comme celle du papyrus de Turin, et que la division en
+dynasties est parfaitement justifiée. Ce n'est toutefois pas impunément
+qu'un livre passe entre les mains de tant d'auteurs successifs qui se
+recopient les uns les autres. C'est par l'entremise de Georges le
+Syncelle que nous sont parvenus les extraits de l'Africain et d'Eusèbe,
+aussi les fragments de Manéthon contiennent-ils bien des incorrections,
+des transpositions, des erreurs de chiffres, et on ne peut en faire
+usage qu'avec la plus grande circonspection: ainsi les trente dynasties
+semblent d'après lui se succéder régulièrement, tandis que très
+probablement il y en eut de collatérales, ce qui peut diminuer, dans des
+proportions très importantes, la somme totale des années que dura la
+monarchie égyptienne.
+
+Cette rapide énumération des principaux auteurs grecs et latins qui ont
+parlé de l'Egypte suffira pour qu'on puisse se rendre compte de la
+valeur très réelle et en même temps de l'insuffisance de ces documents
+au point de vue de la connaissance du peuple qui habitait la vallée du
+Nil dans l'antiquité; quant aux nombreuses et très précieuses données
+que renferment les livres de l'Ancien Testament sur le séjour des
+Hébreux en Egypte et les relations des rois de Juda et d'Israël avec les
+Pharaons, elles sont trop connues pour qu'il soit nécessaire d'y revenir
+ici.
+
+
+_La description de l'Egypte_
+
+Voilà donc à quoi se réduisait, il y a un siècle, le bagage scientifique
+dont on pouvait disposer en ce qui concerne l'Egypte; quelques
+voyageurs, il est vrai, comme Chardin, Pockoke et d'autres, après avoir
+parcouru le pays, en avaient publié des descriptions, et parfois même
+copié les monuments anciens encore visibles, mais les reproductions
+qu'ils en donnent n'en sont que de grossières caricatures et ne peuvent
+donner qu'une idée parfaitement fausse de l'art et de l'écriture de
+l'Egypte antique. Quant aux essais d'interprétation d'hiéroglyphes,
+comme ceux du savant jésuite le P. Kircher, ce sont des ouvrages de
+fantaisie pure, fruit d'une imagination trop mystique, et qui, dénués de
+toute base scientifique sérieuse, ne peuvent plus aujourd'hui qu'attirer
+la curiosité de quelque bibliophile.
+
+En 1809 commença à paraître, sous le titre de _Description de l'Egypte_,
+le résultat des travaux des savants français que Bonaparte avait
+adjoints à son expédition de 1798 pour étudier à fond les richesses et
+les moeurs des habitants d'un pays dont il avait l'intention de faire le
+boulevard de la civilisation européenne. Les circonstances firent, il
+est vrai, échouer le programme politique du grand conquérant, mais son
+but scientifique fut rempli au delà de toute espérance, grâce à
+l'opiniâtreté et à la persévérance de ces hommes qui, travaillant dans
+les conditions les plus défavorables, réussirent à mener à bien, en deux
+années à peine, une des oeuvres les plus gigantesques qui aient jamais
+été entreprises dans le domaine de la science. Il s'agissait de relever
+tout ce qui concernait l'histoire naturelle du pays, zoologie,
+botanique, minéralogie, les moeurs et coutumes des habitants, les
+métiers, le commerce, l'agriculture, et une carte au cent millièmes de
+toute la vallée du Nil, d'Assouan à la mer, carte dont on se sert
+actuellement encore; quant aux antiquités, tous les monuments existant à
+cette époque furent relevés avec grand soin, et si on a pu faire aux
+savants français de la Commission d'Egypte le reproche d'avoir souvent
+sacrifié la copie des textes hiéroglyphiques à l'exactitude de
+l'architecture, il faut tenir compte de l'état de la science à ce
+moment-là et de la difficulté que devait présenter, à des dessinateurs,
+même très habiles, cette écriture absolument inconnue et l'innombrable
+quantité de ces inscriptions dans lesquelles il aurait fallu pouvoir
+faire un choix judicieux, inscriptions que les égyptologues modernes
+sont loin d'avoir encore toutes publiées. Cet immense ouvrage, avec ses
+neuf cents planches et ses nombreux volumes de mémoires, est bien oublié
+aujourd'hui, et l'on est loin d'avoir pour lui la reconnaissance qu'il
+mérite, car cette publication devait être le point de départ d'études
+toutes spéciales; on peut même dire qu'elle inaugurait pour la science
+de l'histoire une ère nouvelle, par la naissance de l'égyptologie.
+
+
+_Déchiffrement des hiéroglyphes_
+
+Parmi les monuments découverts et publiés par les membres de la
+Commission d'Egypte se trouvait l'inscription trilingue connue sous le
+nom de _pierre de Rosette_, avec son texte en hiéroglyphes, en démotique
+et en grec, qui n'était autre qu'un décret de Ptolémée Epiphane en
+faveur des temples d'Egypte. L'importance de ce document et le parti
+qu'on pouvait en tirer furent bien vite reconnus, et plusieurs savants
+se mirent à l'oeuvre, indépendamment les uns des autres, pour arriver à
+déchiffrer ces deux écritures inconnues. Sylvestre de Sacy et le Suédois
+Akerblad attaquèrent le texte démotique et finirent par en découvrir le
+mécanisme; l'Anglais Young se mit au texte hiéroglyphique qui était bien
+moins complet et présentait de beaucoup plus grandes difficultés; il
+eut l'intuition de la méthode à suivre, mais ne sut pas la mener
+jusqu'au bout, tandis qu'un jeune savant français, J.-Fr. Champollion,
+travaillant de son côté sur le même document avec une ténacité et une
+perspicacité admirables, arrivait à saisir la clef du système
+hiéroglyphique. Il établit de façon certaine la valeur, la fonction et
+le sens de chaque signe, reconnut avec l'aide de la langue copte,
+l'égyptien d'époque chrétienne, les groupes formant des mots, puis
+déchiffra les phrases. Accueillie avec une certaine méfiance lors de sa
+publication en 1822, cette découverte finit par être acceptée et
+reconnue du monde savant; l'égyptologie était née, et c'était au même
+homme qu'il appartenait de la développer, en établissant, toujours avec
+le même esprit de méthode, les bases de la science nouvelle. Ce jeune
+génie, car on ne peut trouver d'autre mot pour qualifier un homme qui
+n'eut son égal dans aucune autre branche des sciences historiques,
+mourut à quarante ans après avoir non seulement ressuscité l'écriture et
+la langue des anciens Egyptiens, mais encore reconstitué, dans les
+grandes lignes tout au moins, leur histoire, leur religion, leurs
+institutions, leurs moeurs, et la géographie ancienne de leur pays. Il
+restait sans doute encore beaucoup à découvrir, mais la voie était
+frayée et elle fut suivie, avec une certaine hésitation d'abord, puis
+avec toujours plus de sûreté, par une pleïade d'hommes de valeur qui
+sont arrivés à faire de l'égyptologie une science digne de marcher de
+pair avec ses aînées, celles qui concernent l'antiquité classique en
+particulier.
+
+Malgré leur nombre, les documents réunis par la Commission d'Egypte
+étaient très insuffisants, et Champollion, après avoir visité quelques
+collections publiques ou particulières d'objets rapportés d'Egypte,
+reconnut qu'il était absolument nécessaire d'aller sur place à la
+recherche de matériaux nouveaux, car il se sentait capable de faire un
+choix judicieux des monuments les plus importants et de les copier avec
+exactitude. Ses voeux furent exaucés et il put encore diriger lui-même
+l'expédition franco-toscane qui, grâce aux connaissances nouvelles qu'il
+avait acquises, devait devenir un vrai voyage de découvertes, et lui
+fournir une ample moisson de matériaux inconnus auparavant. La première
+publication sérieuse de textes égyptiens originaux ne put être faite
+qu'après la mort de Champollion.
+
+
+_Progrès de l'Egyptologie_
+
+En 1842, sous les auspices cette fois du gouvernement prussien, une
+nouvelle expédition, dirigée par Lepsius, partait pour l'Egypte à la
+recherche de textes historiques; cette mission fit un séjour de près de
+trois ans dans le pays et en rapporta une récolte encore plus abondante
+que celle de Champollion. Malgré le format monumental des douze volumes
+donnant les résultats de ces travaux, on pourrait appeler cet ouvrage,
+maintenant encore, le livre de chevet de tout égyptologue.
+
+A cette époque, on ne faisait pas encore de recherches sérieuses dans le
+sol même de la vallée du Nil; seuls quelques particuliers, désireux
+d'enrichir leurs collections de bibelots égyptiens, pillaient sans merci
+un certain nombre de tombeaux et de sites antiques, sans profit réel
+pour la science. Les fouilles méthodiques ne commencèrent qu'en 1850 par
+la découverte retentissante que fit un jeune savant français, Aug.
+Mariette, d'un des sanctuaires égyptiens les plus connus et les plus
+vénérés des anciens, le Sérapéum de Memphis, le tombeau souterrain des
+boeufs Apis. Encouragé par ce succès qui avait fait de lui une
+célébrité, Mariette se voua aux recherches dans le sol même de l'Egypte;
+il obtint du khédive l'autorisation de créer un Service des Antiquités
+et un musée d'antiquités égyptiennes, et dès lors ses fouilles
+continuèrent sans interruption d'une extrémité à l'autre de l'ancien
+royaume des Pharaons, alternant avec le déblaiement des temples enfouis.
+Des milliers de monuments nouveaux surgirent du sol et celui qui les
+découvrit cherchait en même temps à les mettre le plus vite possible à
+la disposition du monde savant par de grandes publications qui rendirent
+des services inappréciables. Peu à peu, les gouvernements étrangers
+voulurent aussi avoir leur part à ces travaux si fructueux et
+entreprirent eux-mêmes des fouilles; des sociétés scientifiques se
+créèrent dans le même but, et depuis quarante ans environ l'exploration
+du sol de l'Egypte est poussée avec une activité fébrile, et presque
+toujours le succès est venu couronner ces efforts.
+
+Pendant ce temps, d'autres savants, comme de Rougé et Chabas en France,
+Lepsius et Brugsch en Allemagne, Birch en Angleterre, pour ne citer que
+les principaux d'entre les disparus, et leurs élèves et émules,
+compulsaient les matériaux et en extrayaient méthodiquement ce qui
+pouvait être utile à la science; ainsi toutes les branches de
+l'égyptologie, avançant de front, faisaient d'année en année de sérieux
+progrès: la langue, la religion, l'histoire, livraient peu à peu leurs
+secrets. Pour ce qui est de l'histoire, en particulier, les limites de
+l'inconnu reculaient insensiblement: faute de documents originaux très
+anciens, Champollion, qui avait établi de façon à peu près définitive
+les règnes des Pharaons à partir du Nouvel Empire thébain, n'avait guère
+pu jeter au delà qu'un coup d'oeil d'ensemble. Lepsius fut l'initiateur
+en ce qui concerne la XIIme dynastie, une des époques les plus
+brillantes de l'histoire d'Egypte, et de Rougé s'avança le premier
+délibérément dans ce qu'on est convenu d'appeler l'Ancien Empire
+memphite, l'âge des constructeurs de pyramides. Une barrière qui
+semblait infranchissable s'élevait au seuil de cette époque, reléguant
+dans la légende les deux premières dynasties et tout ce qui pouvait les
+avoir précédées; ce n'est qu'à la fin du XIXe siècle que subitement, à
+la suite de plusieurs découvertes simultanées, la barrière s'écroula,
+ouvrant aux regards un champ nouveau qui reculait presque jusqu'à
+l'infini l'histoire du passé. Les études préhistoriques venaient se
+confondre avec celles des égyptologues et les compléter, et les
+recherches poussées dans ce sens, sur un terrain presque inépuisable,
+devaient donner des résultats autrement plus précis que dans tout autre,
+pays connu, en ce qui concerne ces périodes du début de la civilisation.
+
+
+_Listes royales_
+
+En plus des données des historiens anciens sur l'Egypte nous avons donc
+maintenant des documents qui proviennent du pays lui-même, documents
+innombrables mais de valeur très diverse, pouvant se classer en deux
+séries qu'on pourrait appeler, faute de meilleurs mots, les documents
+rétrospectifs et les documents contemporains.
+
+Tandis que ces derniers ont une valeur plutôt spéciale et ne se
+rapportent qu'à l'époque ou même au règne d'où ils émanent, les
+premiers, peu nombreux il est vrai, mais d'autant plus précieux, sont de
+vrais résumés d'histoire, datant d'époques très diverses. Ce sont
+d'abord les listes monumentales, tableaux provenant de temples ou de
+tombeaux, où l'on voit un roi adresser son hommage à toute la série de
+ses ancêtres, représentés en général par leur nom seulement, par leur
+cartouche royal, et rangés dans l'ordre chronologique; ou bien c'est un
+prêtre donnant la liste des rois au culte funéraire desquels il était
+commis: telles les deux listes d'Abydos dont l'une est encore en place,
+l'autre au Musée Britannique, la liste de Saqqarah au Musée du Caire, et
+la Chambre des Ancêtres de Karnak à la Bibliothèque Nationale de Paris.
+
+[Illustration: _Fig. 2._ La table royale d'Abydos (d'après une
+photographie).]
+
+[Illustration: _Fig. 3._ Fragments du papyrus royal de Turin (d'après
+LEPSIUS. _Auswahl_, pl. III).]
+
+Le papyrus royal de Turin, écrit au commencement du Nouvel Empire, avait
+une importance bien plus considérable encore: il donnait non seulement
+la liste complète de tous les rois ayant régné sur l'Egypte, y compris
+les dynasties divines, mais encore le nombre d'années de chaque règne et
+souvent l'âge du roi à sa mort; en plusieurs endroits il y avait en
+outre, en guise de récapitulation, la somme totale des années que dura
+une dynastie. C'est une chronologie complète embrassant deux mille ans
+d'histoire, et qui devait être absolument intacte et entière au moment
+de sa découverte, mais dans ce temps là, il y a près de cent ans, on ne
+prenait pas les mêmes soins qu'aujourd'hui des objets découverts au
+cours des fouilles; l'on dit que Drovetti, grand collectionneur
+d'antiquités, ayant trouvé ce papyrus dans des travaux qu'il faisait
+exécuter dans les tombeaux de Thèbes, et ne pouvant naturellement en
+soupçonner la valeur, le prit aussitôt sorti de terre, le mit dans un
+flacon à large col qui se trouvait dans la sacoche de sa selle, et
+rentra chez lui au galop. Le manuscrit ne put résister à un traitement
+aussi violent, et à l'arrivée il ne restait plus dans le flacon qu'un
+tas de fragments de papyrus, plus petits les uns que les autres; c'est
+dans cet état qu'ils parvinrent, en même temps que le reste de la
+collection Drovetti, au musée de Turin, où Champollion, qui les retrouva
+au fond d'une boîte, fut le premier à en signaler l'importance. Grâce à
+une néfaste négligence, ce monument de tout premier ordre avait perdu
+beaucoup de sa valeur; néanmoins les fragments qui ont pu être
+rassemblés et rétablis dans leur ordre primitif donnent, malgré les
+immenses lacunes provenant de morceaux disparus, des renseignements si
+importants que le papyrus royal de Turin peut à juste titre être
+considéré comme la base de toute étude chronologique sur l'Egypte depuis
+son origine jusqu'à l'époque troublée des Hyksos, entre 2.000 et 1.500
+avant notre ère.
+
+[Illustration: _Fig. 4._ Partie supérieure de la Pierre de Palerme
+(d'après NAVILLE. _Recueil de Travaux_, XXV, pl. I).]
+
+Il existait quelque part en Egypte, probablement dans le temple
+d'Héliopolis, la métropole religieuse qui se trouvait à peu de distance
+du Caire, un monument d'une importance plus considérable encore que le
+papyrus de Turin, bien qu'il y fût question des cinq premières dynasties
+seulement. C'était une grande dalle de pierre sur les deux faces de
+laquelle étaient gravés, dans de petites cases rangées en longues
+lignes, tous les événements, importants ou non, qui illustrèrent le
+règne de chaque roi, depuis la fondation du royaume d'Egypte par Ménès;
+à chaque année était réservée une case et en regard on avait noté la
+cote maxima de la crue du Nil. Le jour exact de la mort de chaque roi
+et celui du couronnement de son successeur étaient scrupuleusement
+indiqués. Le destin n'a pas voulu que ces annales, les plus vieilles du
+monde, parvinssent intactes jusqu'à nous; le fragment conservé
+aujourd'hui au musée de Palerme, et connu sous le nom de _pierre de
+Palerme_, constitue peut-être la dixième partie du monument complet. On
+a retrouvé récemment quelques autres morceaux de plus petites dimensions
+qui sont entrés dans les collections du musée du Caire, et qui
+paraissent provenir de duplicatas de ce document; ce fait permet
+d'espérer qu'une fois ou l'autre on découvrira d'autres fragments qui
+viendront combler les lacunes encore très considérables de ce texte, le
+plus important pour l'histoire des premières dynasties.
+
+
+_Documents historiques divers_
+
+Cette catégorie de sources historiques d'une importance capitale, est
+donc très peu abondante; à côté d'elle on possède la multitude
+innombrable et disparate des documents que j'ai appelés tout à l'heure
+les documents contemporains, et qui forme l'ensemble le plus hétéroclite
+qu'on puisse imaginer, depuis les scarabées de faïence jusqu'aux
+colosses de granit et aux bas-reliefs couvrant des surfaces immenses,
+depuis le tesson de pot ou le morceau de terre glaise desséchée jusqu'au
+bijou de l'art le plus exquis, depuis le fier obélisque jusqu'au plus
+humble chiffon de toile. Ce n'est parfois qu'un nom de roi ou une date
+de règne, parfois une stèle commémorant une expédition victorieuse ou un
+décret en faveur d'un temple ou bien la représentation figurée des
+guerres lointaines, des prisonniers et du butin que le roi vient offrir
+à ses dieux. Plus rarement nous avons l'histoire complète d'un règne,
+ainsi le résumé de la vie de Ramsès III qui est annexé à la liste des
+dons faits par lui aux temples d'Egypte, à la fin du grand papyrus
+Harris, ou le récit des campagnes de Thoutmès III, que ce roi, le plus
+puissant peut-être de tous les Pharaons, fit graver sur les murailles du
+temple de Karnak. Enfin nous possédons certains récits littéraires qui
+sont souvent de vrais contes fantastiques édifiés sur une base
+historique, le conte de Khoufou et des magiciens, celui d'Apopi et de
+Seqnenra, celui de la prise de Joppé, et surtout celui de Sinouhit,
+récits analogues à ceux qu'Hérodote nous raconte sur la fille de Khéops
+et sur les voleurs de Rhampsinite.
+
+A côté des monuments royaux, ceux des simples particuliers, grands
+seigneurs ou fonctionnaires, donnent souvent des généalogies qui
+permettent de contrôler l'histoire; ils fournissent même parfois, quand
+il s'agit d'un homme ayant joué un rôle important à la cour, dans
+l'administration ou dans l'armée, de véritables biographies qui, comme
+celles d'Ouna, de Herkhouf, d'Ahmès ou d'Anna, sont parmi les documents
+les plus précieux que nous ait légués l'Egypte antique.
+
+Enfin, dans un ordre d'idées un peu différent, une découverte heureuse,
+celle des tablettes de Tell-el-Amarna, nous a mis en possession d'une
+partie considérable de la correspondance diplomatique et administrative
+de deux rois de la fin de la XVIIIme dynastie, Amenophis III et
+Amenophis IV, avec leurs vassaux de la Syrie et de la Palestine, ainsi
+qu'avec les souverains indépendants de pays plus éloignés, comme
+l'Assyrie et le royaume de Mitanni. Cette correspondance écrite dans la
+langue de ces pays, en caractères cunéiformes, éclaire d'une lumière
+très vive tout l'état social et politique de l'Orient, treize siècles
+environ avant notre ère.
+
+Cette énumération, forcément incomplète, permet de se rendre compte du
+genre de documents que nous avons à notre disposition; quelque nombreux
+qu'ils soient, ces monuments ne nous donnent pas sans doute la
+possibilité de reconstituer l'histoire d'Egypte comme on l'a fait pour
+la Grèce et pour Rome. Ces peuples sont, il est vrai, plus rapprochés de
+nous dans le temps, et en outre ils ont l'immense avantage d'avoir eu
+des historiens. En Egypte rien de semblable, et il ne paraît pas que
+jamais un Egyptien ait songé à faire la description des événements qui
+se passaient de son temps et sous ses yeux, à les étudier et à les
+apprécier par lui-même; comme dans beaucoup de pays d'Orient, l'esprit
+de l'histoire n'existait pas dans l'Egypte ancienne.
+
+En somme, à part un certain nombre de règnes qui sont un peu mieux
+connus que les autres, ceux de quelques rois de la XIIme dynastie et du
+commencement du Nouvel Empire thébain, il nous manque presque tous les
+détails et un bon nombre de faits généraux, et nous ne pouvons dans ces
+circonstances songer à reconstituer entièrement l'histoire politique,
+administrative, diplomatique, militaire et commerciale du pays; nous
+devons nous contenter d'une histoire générale où quelques grands
+événements sont reliés par des noms, un squelette d'histoire, auquel il
+manque encore bien des éléments, mais qui constitue un ensemble des plus
+remarquables quand on songe qu'il s'étend sur une période de plus de
+4.000 ans, entièrement inconnue il y a peu de temps encore.
+
+
+_Chronologie_
+
+Malgré les données très précises de Manéthon et des fragments du papyrus
+de Turin, la chronologie égyptienne ne peut encore être établie de façon
+certaine, et cela pour deux raisons principales: la première est le fait
+que dans les époques de trouble il y eut souvent, non pas un seul
+souverain gouvernant tout le pays, mais deux ou même plusieurs rois
+règnant chacun sur une partie plus ou moins grande de l'Egypte; les
+chronographes énumèrent ces dynasties les unes à la suite des autres
+sans indiquer laquelle aurait dû légitimement occuper le trône des
+Pharaons, sans même dire qu'il s'agit de dynasties collatérales. Une
+cause d'erreurs plus grande encore c'est que les Egyptiens ont toujours
+vécu au jour le jour, qu'ils n'avaient pas d'ère ni de division normale
+du temps: les années se comptent à nouveau pour chaque règne à partir de
+l'avènement du roi; aucun lien chronologique n'existe donc entre les
+divers souverains, de sorte que non seulement la longueur des règnes,
+mais même l'ordre de succession reste souvent problématique. L'année
+égyptienne étant de 365 jours, se trouvait tous les quatre ans en retard
+d'un jour; pour remédier à cet inconvénient, on imagina l'institution
+des périodes sothiaques, périodes de 1.460 années ordinaires
+correspondant à 1.461 années réelles, au bout desquelles l'ordre
+régulier des saisons se trouvait rétabli. Nous ne savons du reste pas de
+quelle époque date cette réforme purement scientifique qui n'a jamais
+servi à l'établissement d'une ère, ni si elle est, comme beaucoup le
+prétendent, fort ancienne, car les astronomes égyptiens observèrent
+toujours avec beaucoup d'exactitude le lever héliaque de l'étoile
+Sothis, ou Sirius; pour nous cette réforme prête à des calculs fort
+compliqués sur la correspondance entre l'année vague et l'année réelle,
+calculs qui paraissent le plus souvent arbitraires. Il semble plus
+normal d'admettre, comme certains auteurs modernes, que les Egyptiens,
+voyant leurs mois et leurs saisons se déplacer peu à peu, les
+rétablissaient de temps à autre, artificiellement et sans règle fixe.
+Cette question très complexe est, comme on le voit, loin d'être
+élucidée: les périodes sothiaques, au lieu de simplifier les calculs
+chronologiques, n'ont d'autre résultat pour nous que d'y introduire une
+nouvelle inconnue et peut-être une nouvelle chance d'erreur.
+
+Ces raisons expliquent de façon suffisante les différences parfois
+considérables qui existent au point de vue des dates entre les divers
+historiens; les uns allongent démesurément la durée de l'histoire en
+ajoutant bout à bout toutes les dynasties connues, tandis que d'autres,
+procédant en sens inverse, la rétrécissent de façon très exagérée. Les
+premiers placent l'avènement de Ménès, le premier roi d'Egypte, en l'an
+5.510 avant J.-C, les autres, qui sont les plus en faveur aujourd'hui,
+en 3.315: il y a donc un écart de plus de deux mille ans entre ces deux
+appréciations extrêmes, et c'est très vraisemblablement dans cet
+intervalle que devrait se placer la vraie date de la fondation de la
+monarchie égyptienne. Sans avoir la prétention de vouloir trancher la
+question, je pense qu'en la fixant de façon approximative aux environs
+de l'an 4.000, on ne doit pas s'éloigner beaucoup de la vérité. Du reste
+pour tout ce qui est des périodes les plus reculées, il est prudent de
+s'abstenir de donner des chiffres précis, et préférable d'indiquer, et
+encore sous toutes réserves, les siècles et non les années. Ce n'est
+guère que pour le début du Nouvel Empire thébain que les égyptologues
+tombent à peu près d'accord pour le placer au commencement du XVIme
+siècle avant notre ère; la certitude absolue n'existe qu'à partir des
+rois saïtes, au VIIme siècle.
+
+
+_La civilisation égyptienne_
+
+L'Egypte a pour nous une importance bien plus considérable qu'on ne le
+suppose d'habitude, car c'est là qu'en somme nous devons chercher le
+berceau de notre civilisation: c'est en effet de la vallée du Nil
+qu'est sorti le germe qui, dans des contrées moins favorisées de la
+nature et sous un climat plus rude, devait se développer de façon
+inattendue, se transformer entièrement et prendre un essor incomparable,
+tandis que dans son pays d'origine il se modifiait à peine, son
+développement restant toujours normal et progressif, mais très lent; de
+là vient cette légende, bien difficile à déraciner aujourd'hui, d'une
+Egypte immuable comme les pyramides, n'ayant subi aucune variation
+pendant toute la durée du règne des Pharaons, légende qui repose sur une
+apparence seulement. Les besoins de l'homme, dans un pays aussi
+privilégié que l'Egypte, se réduisent à peu de chose; l'habitant des
+pays chauds est moins actif que celui des contrées où le climat est plus
+rigoureux, et une fois qu'il a trouvé, sans grandes difficultés, le
+nécessaire et même un peu de superflu, il est naturel qu'il se laisse
+aller à son indolence native et qu'il ne tende pas son énergie à
+chercher des perfectionnements de bien-être dont le besoin absolu ne se
+fait pas sentir. Il y a progrès néanmoins, et progrès très appréciable,
+dans des pays comme l'Egypte surtout, où nous pouvons maintenant
+comparer entre eux une si grande quantité de monuments d'époques très
+diverses. Nous constatons que chez ce peuple la civilisation, une fois
+sa voie tracée, la suit sans jamais s'en écarter; les bouleversements
+politiques n'arrivent même pas à la faire sortir du chemin montant en
+pente douce sur lequel elle s'est engagée. Ces grandes crises
+historiques nous permettent cependant de marquer dans l'histoire de la
+civilisation un certain nombre d'étapes et de discerner mieux, en les
+groupant par époques, les progrès réalisés au cours des siècles; nous
+sommes en effet assez documentés maintenant pour pouvoir apprécier de
+façon certaine et suivre pas à pas ces progrès qui ne sont pas
+apparents à première vue, mais qui sont beaucoup plus sensibles qu'on ne
+pouvait se l'imaginer il y a trente ans encore.
+
+Après avoir passé en revue les sources de l'histoire d'Egypte, il reste
+à donner un aperçu sommaire des documents que nous possédons sur les
+moeurs des Egyptiens, leur vie publique et privée, leurs institutions,
+leur industrie, leur commerce, en un mot leur civilisation. Les
+écrivains classiques nous ont fourni, ici comme pour l'histoire, un bon
+nombre de renseignements, Hérodote le premier, puis Diodore, Strabon et
+tous les autres, et ce qu'ils nous disent peut servir, soit à diriger
+nos recherches, soit à confirmer les données des monuments originaux. De
+même les études faites par les membres de la Commission d'Egypte et les
+observations des divers voyageurs du XVIIIme et du commencement du XIXme
+siècle sur les moeurs et coutumes des Egyptiens avant l'expansion de la
+civilisation européenne dans la vallée du Nil, nous fournissent de
+précieux points de comparaison et même souvent l'explication de bien des
+détails relatifs aux habitudes anciennes, sur lesquelles les monuments
+sont trop peu explicites.
+
+Au point de vue de la civilisation égyptienne, le nombre de documents
+originaux est considérable. En première ligne doivent être rangés les
+tableaux que les particuliers, grands seigneurs et fonctionnaires,
+faisaient sculpter ou peindre sur les murailles des chambres de leurs
+tombeaux, où étaient représentées en détail les scènes de la vie de tous
+les jours: ainsi le double du mort, son _moi_ immatériel, qui continuait
+à vivre comme un esprit impalpable au fond du tombeau, auprès de la
+momie, pouvait encore jouir en une certaine mesure de la vie de ce monde
+en contemplant ces scènes familières: les figurations de la vie
+suffisaient au délassement d'une ombre, de même que la représentation
+des aliments pouvait assurer éternellement sa subsistance. Des trois
+grandes époques de l'histoire, l'Ancien Empire memphite, le Moyen et le
+Nouvel Empire thébain, un grand nombre de ces tombeaux sont parvenus
+jusqu'à nous, plus ou moins intacts, les mastabas d'abord avec leurs
+bas-reliefs, puis les hypogées avec leurs peintures. On y voit, en
+premier lieu une population rurale, occupée à l'élevage des bestiaux
+aussi bien qu'aux travaux des champs, labourage, semailles, récolte des
+céréales, vendanges et jardinage; puis de nombreux tableaux de chasse et
+de pêche, et, à côté de cela, des représentations de gens de métier,
+potiers, métallurgistes, orfèvres, chaudronniers, menuisiers,
+charpentiers, maçons sculpteurs, peintres, corroyeurs, cordonniers; un
+peu plus loin les délassements, musique, danse et jeux, et à certaines
+époques, des jeux gymniques, des exercices militaires, des scènes de
+recrutement. Nous possédons de très nombreux exemples de chacune de ces
+représentations qui souvent sont exécutées avec une délicatesse et un
+art remarquables et dont les variantes nous permettent de comprendre les
+scènes dans leurs moindres détails et de reconstituer l'action avec une
+certitude presque absolue.
+
+Les fouilles ont mis à jour une grande quantité d'objets de toute espèce
+qui, pour les périodes très anciennes, suppléent à l'absence des
+représentations figurées et, pour les autres époques, les complètent. Ce
+sont des armes de toute sorte, depuis les lames de silex taillé jusqu'au
+poignard enrichi d'orfèvrerie, des outils d'agriculteurs, d'ouvriers, de
+gens de métier, puis des bijoux, des vêtements, des meubles, des vases,
+des instruments de musique, des ustensiles de ménage, bref tout ce qui
+était nécessaire à la vie, le tout conservé de la façon la plus
+merveilleuse dans un sol parfaitement à l'abri de l'humidité. Les outils
+préhistoriques se trouvent le plus souvent à la surface même du sol, à
+la lisière du désert, tandis que les autres objets, qui appartiennent
+aux époques historiques, proviennent soit des ruines des villes
+antiques, soit le plus souvent du fond des tombeaux, où ils avaient été
+déposés auprès du mort, toujours dans le but de placer autour de
+celui-ci ce qui pouvait lui être nécessaire pour sa vie d'outre-tombe. A
+certaines époques, on se contentait de peindre sur les parois de son
+sarcophage les divers objets qui devaient faire partie du mobilier
+funéraire, la représentation figurée pouvant remplacer l'objet lui-même.
+
+Les Egyptiens ont énormément écrit et toujours, grâce au climat de leur
+pays, beaucoup de leurs manuscrits nous sont parvenus, écrits sur des
+rouleaux de papyrus dans cette écriture cursive que nous avons
+l'habitude d'appeler _hiératique_; ce sont des lettres, des comptes, des
+contrats, des actes judiciaires, des traités de médecine ou de
+géographie, et surtout des compositions littéraires qui sont pleines de
+détails de toute sorte sur la vie ordinaire. Ainsi pour ne citer qu'un
+exemple, cette satire des métiers, où un scribe, afin de mieux faire
+valoir l'excellence de sa profession, dénigre successivement toutes les
+autres carrières et fait ressortir avec une ironie souvent mordante la
+condition pitoyable des gens qui pratiquent les divers métiers.
+
+Toutes ces données d'ordre si divers nous permettent de nous rendre un
+compte assez exact de ce qu'était la civilisation égyptienne: elles
+s'enchaînent naturellement avec les données historiques, et ainsi nous
+pouvons dès maintenant tracer pour chacune des grandes époques un
+tableau d'ensemble qui doit correspondre de bien près à la réalité, et
+reconstituer le développement chronologique de la civilisation
+égyptienne.
+
+[Illustration: _Fig. 5._ Panneau de la Salle des Ancêtres de Karnak
+(d'après LEPSIUS, _Auswahl_, pl. I).]
+
+
+
+
+[Illustration: _Fig. 6._ Rà dans la barque solaire (d'après BUDGE, _Pap.
+of Ani_, pl. XXII).]
+
+
+
+
+CHAPITRE II
+
+L'ÉGYPTE LÉGENDAIRE
+
+
+Avant d'aborder l'étude de ce qui nous est parvenu de l'Egypte
+archaïque, ou préhistorique, nous devons rechercher si, aux époques
+pharaoniques, les habitants du pays avaient conservé un souvenir de ces
+temps lointains, du début même de leur race, une légende parlant de ces
+périodes fabuleuses. Les textes ordinaires ne racontent rien de
+semblable et il est même bien rare qu'on y trouve mentionné le terme de
+_Shesou-Hor_, «les suivants d'Horus», qui désigne les rois mythiques
+prédécesseurs des dynasties historiques. Par contre les listes royales
+les plus développées, comme celles de Manéthon et du papyrus de Turin,
+nous ont conservé des données plus précises sur ces souverains
+antéhistoriques: la nomenclature des premiers d'entre eux, puis un bref
+aperçu des dynasties qui suivirent, avec le total des années de règne de
+chacune d'entre elles: ce sont d'abord des dieux, puis des demi-dieux,
+et enfin des hommes.
+
+A l'origine de l'histoire on a donc, ici comme partout, la légende, mais
+une légende dont le développement est loin d'avoir été aussi brillant
+que dans tant d'autres pays, une légende qui est restée la propriété des
+prêtres et des savants, non celle du peuple égyptien lui-même. N'ayant
+rien de poétique, cette tradition a pu se conserver plus pure et plus
+précise, mais on peut se demander si nous devons nous en féliciter, car
+entre les mains des prêtres, elle allait fatalement tomber dans le
+domaine théologique et symbolique, et le mythe religieux devait finir
+par absorber presque complètement le mythe historique, au point qu'il
+est le plus souvent difficile de délimiter les deux domaines. C'est dans
+un fatras de récits très plats et ennuyeux, souvent d'un mysticisme
+fantastique, que nous arrivons à grand'peine à distinguer les traits
+généraux de l'histoire primitive de l'Egypte.
+
+
+A. LES DYNASTIES DIVINES
+
+_Les dieux cosmiques_
+
+Les premiers rois furent, au dire de la légende, les grands dieux
+d'Egypte, suivant le cycle qui avait été établi dans le sanctuaire
+d'Héliopolis, une des plus anciennes métropoles religieuses du pays. Ce
+cycle se composait d'une ennéade, c'est-à-dire d'un groupe de neuf dieux
+et déesses, et fut adopté dès l'Ancien Empire par tous les autres
+centres religieux de la vallée du Nil, qui se contentèrent de mettre à
+sa tête leur dieu local. La liste que nous donne Manéthon, et qui doit
+être d'origine memphite, place donc au premier rang des rois-dieux
+Héphaistos, Ptah, le grand dieu de Memphis, le démiurge, celui qui forma
+l'homme du limon de la terre, qui le modela à la main, de même qu'à
+l'autre bout de l'Egypte, c'était Khnoum d'Eléphantine qui l'avait
+façonné sur le tour du potier. Cette mention du dieu créateur comme
+premier roi d'Egypte est une indication très précise du fait que les
+habitants de la vallée du Nil se considéraient comme autochtones et
+croyaient que le premier homme avait été créé dans le pays même. Au
+papyrus de Turin, le premier nom royal a disparu.
+
+[Illustration: _Fig. 7._ Ptah (d'après BUDGE, _Pap. of Ani_, pl.
+XXVII).]
+
+Nous ne savons rien de ce règne de Ptah, qui probablement, sitôt son
+oeuvre créatrice terminée, céda la place à son successeur Rà, le Soleil,
+le grand dieu d'Héliopolis et de la plupart des villes d'Egypte, chargé
+d'assurer l'existence et le développement de cette humanité primitive.
+Celui-ci, pendant son long règne, parcourait journellement ses domaines
+pour les constituer, les organiser et répandre sur ses sujets ses dons
+et ses bienfaits, mais tous ses efforts ne réussirent pas à lui attirer
+la reconnaissance de ces êtres primitifs, encore plus qu'à demi
+sauvages, ni même celle de ses descendants directs, les dieux, qui
+commençaient à se multiplier autour de lui. Ce roi-dieu était en une
+certaine mesure un homme, son grand âge l'avait considérablement
+affaibli, et, suivant les expressions pittoresques d'un texte égyptien,
+ses os étaient maintenant en argent, ses chairs en or, ses cheveux en
+lapis-lazuli; sa bouche tremblait, sa bave ruisselait vers la terre, sa
+salive dégouttait sur le sol. Profitant de cette décrépitude sénile,
+Isis, déesse de rang inférieur, employa les moyens les plus déloyaux
+pour lui arracher le talisman le plus précieux qui lui restât, le secret
+de son nom magique, grâce auquel elle comptait acquérir une puissance
+supérieure à celle des autres dieux. Les hommes eux-mêmes s'étant mis à
+conspirer contre leur débonnaire souverain, Rà se décida à faire un
+exemple, et après avoir consulté le conseil de famille, l'assemblée des
+dieux, il dépêcha Sekhet, la déesse à tête de lionne, avec ordre de les
+massacrer sans pitié, ce dont elle s'acquitta consciencieusement. La
+nuit seule l'arrêta dans sa course meurtrière, et Rà, contemplant le
+résultat obtenu, fut pris de pitié et résolut d'épargner le reste des
+humains; pour apaiser la déesse ivre de carnage, il fit mélanger de la
+bière et du suc de mandragores au sang des hommes et répandre à terre
+autour d'elle une quantité considérable de ce liquide. A son réveil,
+Sekhet aperçut ce breuvage, le but, s'adoucit, s'enivra et oublia ses
+victimes. Rà avait pardonné aux hommes qui se repentaient, mais, fatigué
+de régner, il abdiqua et choisit une retraite inaccessible sur le corps
+de la vache Nouït, déesse du ciel, sa fille; depuis lors, chaque jour,
+la barque qui le porte navigue sur les flancs de l'animal céleste pour
+se perdre à la nuit dans son corps même et reparaître le lendemain: le
+roi-dieu est devenu définitivement le dieu-soleil.
+
+[Illustration: _Fig. 8._ Sekhet (d'ap. DARESSY. _Statues et statuettes
+de divinités_, pl. LIII).]
+
+On discerne sans peine dans cette légende le souvenir d'un des
+cataclysmes qui bouleversèrent toute une partie du monde, comme ce
+déluge dont parlent les textes chaldéens aussi bien que la Bible, qui
+dévasta la Mésopotamie et les contrées avoisinantes tout au moins. Il
+était fort naturel que des désastres de cette nature fussent considérés
+comme le châtiment d'une humanité mauvaise et que, les dieux une fois
+apaisés, ils pardonnassent aux survivants et fissent avec eux un
+nouveau pacte, permettant à ces derniers de racheter leurs fautes par
+des sacrifices au lieu d'avoir à les expier par la mort des coupables.
+De même que Jahveh avait exigé de Noé un holocauste, Rà de même avant de
+monter au ciel, avait institué la coutume du sacrifice, première base du
+culte que les hommes devaient rendre aux dieux.
+
+[Illustration: _Fig. 9._ Nouït portant la barque solaire; Shou et Queb;
+Thot (d'après CHASSINAT. _La deuxième trouvaille de Deir el Bahari_, I,
+p. _29_).]
+
+Nous ne savons que bien peu de chose du règne des deux successeurs
+immédiats de Rà; il y a d'abord son fils Shou, l'atmosphère, le soutien
+du ciel, qui finit sa carrière de roi en remontant au séjour des dieux
+pendant une tempête terrible, puis son petit-fils Qeb, le dieu-terre,
+sur lequel nous n'avons que des mythes obscurs et d'un intérêt des plus
+médiocres. Ces deux rois-dieux, dont le rôle est très effacé, semblent
+représenter une période de transition pendant laquelle l'humanité se
+reconstitue après un bouleversement comme celui par lequel elle avait
+passé. C'était au troisième successeur de Rà, monté sur le trône après
+que Qeb fut rentré dans son palais pour devenir dieu à son tour, c'était
+à Osiris que devait appartenir la tâche glorieuse de faire passer le
+genre humain de l'état barbare et sauvage à un état de stabilité
+relative, de faire franchir, non seulement à l'Egypte, mais même au
+monde entier, la première grande étape de la civilisation.
+
+_Osiris et son cycle_
+
+Fils aîné de Queb, le dieu-terre, et de Nouït la déesse-ciel Osiris
+personnifie en même temps la végétation, la nature fertile de l'Egypte
+et l'eau vivificatrice du Nil. De même que le fleuve répand
+continuellement la richesse sur l'Egypte, Osiris, à peine sur le trône,
+met tous ses efforts à améliorer la condition des hommes; ces sauvages
+qui vivaient isolés, en lutte perpétuelle les uns avec les autres, il
+les groupe, forme des tribus, des états, fonde des villes; à ces hommes
+qui trouvaient péniblement une maigre subsistance dans la chasse et les
+produits naturels du sol, il enseigne l'agriculture, il leur donne les
+instruments de labour, il leur montre la manière de cultiver les
+céréales et la vigne, bref il les fixe au sol et leur fournit les
+moyens, non seulement d'y vivre, mais de s'y développer. A côté de lui,
+sa soeur Isis, qui est en même temps sa femme, le seconde admirablement
+dans son oeuvre, et mérite que son nom soit resté inséparable de celui
+de son mari: pendant que celui-ci établit l'état et la cité, elle
+constitue la famille, en instituant les liens du mariage; elle
+déshabitue les hommes de l'anthropophagie et leur apprend à moudre le
+grain entre deux pierres et à en faire du pain; elle leur donne, avec le
+métier à tisser, les moyens de se vêtir, et emploie pour soulager leurs
+maux la médecine et la magie. Osiris institua encore le culte des dieux,
+régla les cérémonies et les liturgies, puis voyant le résultat obtenu
+par toutes ses innovations, il résolut de répandre ailleurs qu'en Egypte
+les bienfaits de la civilisation; il remit la régence à Isis et partit à
+la conquête du monde, conquête toute pacifique où il se soumettait les
+hommes par la persuasion et la douceur, voyage triomphal semblable à
+celui du Dionysos grec, à la suite duquel l'ordre et la richesse
+s'établissaient dans tous les pays.
+
+[Illustration: _Fig. 10._ Osiris et Isis (d'après BUDGE. _Pap. of Ani_,
+pl. XXX).]
+
+Le dieu Set, auquel les Grecs ont donné le nom de Typhon, le propre
+frère d'Osiris, forme avec lui le contraste le plus absolu; on peut même
+dire qu'il en est l'exacte contre-partie: il représente non plus la
+terre fertile, mais le désert aride et brûlant, l'esprit barbare et
+sauvage à côté du génie bienfaisant, la réaction brutale cherchant à
+renverser les progrès de la civilisation. Tôt ou tard la guerre devait
+éclater entre deux êtres aussi dissemblables; en effet Set le rouge,
+jaloux de la gloire bien méritée que s'était acquise son frère jumeau,
+sans se révolter ouvertement contre lui, combina avec grand soin un
+piège perfide dans lequel Osiris tomba sans défiance: il l'enferma dans
+un coffre de bois et le jeta à la mer où il fut dévoré par les poissons,
+morceau par morceau, puis le meurtrier s'assit sur le trône de son
+frère, sans que personne songeât, au premier moment, à lui faire
+opposition.
+
+Accompagnée de quelques dieux qui lui étaient restés fidèles, Thot et
+Anubis en particulier, Isis s'enfuit et se réfugia dans les îles
+marécageuses situées à l'extrême nord du Delta, puis elle entreprit de
+longues et patientes recherches pour retrouver les restes de son mari
+qu'elle espérait, en magicienne experte, faire revenir à la vie. Peu à
+peu elle finit par en rassembler tous les morceaux, sauf un, qui avait
+été dévoré par le poisson oxyrhinque, et réussit à reconstituer son
+corps; malgré tous ses efforts, elle ne put le rappeler à la vie, mais
+elle obtint au moins une compensation, celle d'être fécondée par lui et
+de mettre au monde un fils, qui devait devenir le vengeur de son père et
+le continuateur de l'oeuvre interrompue par le crime de Set. Le petit
+Horus grandit, soigneusement caché par Isis dans ses marais
+impénétrables, et son premier soin, dès qu'il eut dépassé l'âge de
+l'enfance, fut de rendre à son père les derniers devoirs; aidé d'Anubis,
+il embauma le corps dont il fit la première momie, et institua les rites
+funéraires qui devaient assurer au mort la vie d'outre-tombe.
+
+Osiris était le premier roi qui eût été atteint par la mort, tandis que
+ses prédécesseurs étaient devenus dieux, de rois qu'ils étaient, sans
+cette brutale transition; grâce à la momification et surtout aux
+cérémonies qu'Horus lui consacra, il put enfin être déifié à son tour et
+jouir d'une vie nouvelle dans le séjour des morts où il était descendu;
+comme il avait été roi sur la terre il devint roi dans les enfers qu'il
+réussit à transformer, de même qu'il avait transformé le monde des
+vivants; son domaine particulier, les champs d'Ialou et les champs
+d'Hotpou, devint par ses soins un pays fertile et bien arrosé, au lieu
+d'être une sombre caverne, où le soleil de nuit vient à peine jeter
+pendant de fugitifs instants quelques rayons de lumière; c'est dans ce
+quartier privilégié de l'autre monde qu'Osiris reçoit ses féaux, les
+morts, qui viennent se présenter devant son tribunal, prémunis contre la
+damnation éternelle par les rites institués par Horus, et qui peuvent
+dès lors jouir d'une vie nouvelle, à peu près semblable à celle de la
+terre.
+
+[Illustration: _Fig. 11._ Anubis embaumeur (d'après BUDGE. _Pap. of
+Ani_, pl. XXXIV).]
+
+Tandis qu'il grandissait dans sa retraite, Horus se préparait à la lutte
+à outrance contre l'usurpateur: dès qu'il se sentit en force, il fondit
+sur lui avec impétuosité, escorté de ses fidèles, et fut tout de suite
+favorisé par le succès. Set, battu à plusieurs reprises, eut beau
+chercher à se sauver en se transformant, ainsi que ses compagnons, en
+monstres de toute sorte, tels qu'hippopotames ou crocodiles, il allait
+être anéanti définitivement, quand l'attitude équivoque d'Isis vint lui
+apporter un secours inespéré. La déesse, prise de pitié au dernier
+moment pour son ennemi et se souvenant qu'il était son frère, s'opposa à
+son écrasement, si bien qu'Horus, furieux contre sa mère, lui trancha la
+tête, ce à quoi, du reste, Thot remédia immédiatement en la remplaçant
+par une tête de vache. Tout eût été à recommencer entre les deux rivaux
+si Thot, s'instituant arbitre de la question, n'eût partagé le royaume
+en deux moitiés, dont il donna l'une à Horus, l'autre à Set.
+
+[Illustration: _Fig. 12._ Set et Horus réunissant les deux parties du
+pays sous l'autorité du roi (d'ap. GAUTIER-JÉQUIER. _Fouilles de Licht_,
+p. _37_).]
+
+J'ai cru devoir ne donner qu'un rapide résumé de cette partie de la
+légende qui en réalité, est beaucoup plus compliquée, étant le résultat
+d'une combinaison plus ou moins heureuse de deux mythes très différents
+l'un de l'autre et qui sont sans doute originaires, l'un de la Haute
+Egypte, l'autre du Delta. Le fils d'Isis et d'Osiris n'est en effet pas
+le seul à porter le nom d'Horus, et on trouve dans le panthéon égyptien
+une vingtaine d'Horus, sinon plus, d'origines très diverses. Il s'était
+formé autour d'un des plus importants d'entre eux, l'Horus d'Edfou, Hor
+Behoudit, divinité solaire, un mythe spécial qui raconte les péripéties
+d'une lutte analogue engagée avec un dieu du nord, nommé également Set.
+Nous avons donc, à côté du récit presque mythologique de la lutte
+perpétuelle du fleuve fécondant l'Egypte contre les empiètements de
+l'élément désertique qui peut être vaincu, mais non désarmé, une
+tradition toute différente qui a pour base les combats entre le sud et
+le nord, entre la population indigène et une tribu d'origine étrangère,
+mais de même race, qui cherchait à se fixer dans le pays, ces combats
+qui durèrent jusqu'au moment où Ménès réunit sous son sceptre toute la
+vallée du Nil. La conclusion même de l'histoire montre bien cette
+divergence d'origine, car si selon la légende osirienne, Thot donna à
+Horus le royaume du nord et à Set celui du sud, c'est justement le
+contraire que dit celle d'Edfou, où Horus devient roi de la
+Haute-Egypte, et Set roi du Delta. Cela explique aussi que le dieu Set,
+résultat d'une combinaison très ancienne de deux divinités absolument
+différentes d'origine, ait été, aux temps historiques, soit considéré
+comme un des grands dieux, placé à côté d'Horus et vénéré en
+conséquence, soit exécré comme un génie du mal, suivant qu'on le
+rattachait à l'un ou à l'autre des deux mythes.
+
+Horus, le dieu à tête de faucon ou d'épervier, est devenu aux époques
+historiques le protecteur tout spécial de la royauté égyptienne; le
+Pharaon se considère comme son descendant direct, comme son remplaçant
+sur la terre, et pour mieux affirmer cette relation intime avec le dieu,
+le roi fait toujours précéder le premier de ses noms, dans son
+protocole officiel, par le nom même du dieu, devenu un titre. Pour
+s'expliquer cette conception du roi comme nouvel Horus, il faut se
+reporter à l'organisation primitive de l'Egypte à l'époque
+préhistorique, à sa division en tribus, qui sera étudiée plus loin; pour
+le moment, il suffira de rappeler que le plus important de ces groupes
+ethniques, celui qui assura peu à peu sa prépondérance sur les autres,
+celui d'où sortirent les premiers rois d'Egypte, était précisément celui
+qui avait pour emblème le faucon, emblème qui finit par se transformer
+en dieu Horus. Nous aurions alors simplement dans le mythe de l'Horus
+d'Edfou le récit légendaire de l'expansion progressive du clan du
+faucon, mythe qui plus tard se serait greffé, par suite de la similitude
+des noms, sur l'épilogue de la légende osirienne.
+
+Les compagnons de l'Horus d'Edfou, ses principaux auxiliaires dans ses
+luttes contre Set, sont nommés les _Masniti_,--d'un mot qui signifie
+modeleur, ouvrier en métaux, aussi bien que piquier--qui sont artisans
+autant que guerriers; le dieu lui-même est armé d'une lance invincible,
+d'un épieu supérieur aux armes de ses adversaires, et qui lui assure la
+victoire. Ces données me paraissent être un souvenir de la découverte
+des métaux ou tout au moins de leur introduction en Egypte; c'est la
+tribu horienne qui les aurait connus la première et qui, par leur
+possession, se serait assuré la suprématie sur tout le pays. Dans le
+mythe parallèle d'Horus fils d'Isis, on ne trouve aucune donnée sur ce
+sujet.
+
+La liste que donne Manéthon des rois-dieux, s'arrête à Horus fils
+d'Isis; il se borne à ajouter que la dynastie continua jusqu'à Bidis,
+personnage qui nous est entièrement inconnu, pendant une somme totale de
+13.900 ans. Le papyrus de Turin était plus explicite, il indiquait pour
+chaque roi les années de son règne, et nous pouvons encore reconnaître,
+sur les fragments conservés, que Set occupa le trône pendant 200 ans, et
+Horus pendant 300 ans; puis venait Thot, qui régna 3.126 ans, et auquel
+succédait la déesse Maït, puis un nouvel Horus, dont la fin du nom est
+perdue. Avec Thot, le dieu des sciences et des lettres, on ne sort pas
+du mythe osirien, puisque nous le connaissons comme un des plus fermes
+soutiens d'Osiris lui-même pendant son règne, comme son assesseur au
+tribunal des enfers et comme l'arbitre entre Horus et Set, à la fin de
+la lutte. Ce règne de Thot n'a laissé aucune trace, mais il est à
+présumer, étant donné le caractère même de ce dieu, qu'il eut à
+continuer l'oeuvre de civilisation et surtout d'organisation et
+d'administration commencée par Osiris, interrompue par Set et rétablie
+par Horus. Le nom seul de Maït, déesse de la justice, parèdre de Thot,
+qui lui succède en qualité de roi d'Egypte, montre clairement qu'il
+s'agissait toujours de cette oeuvre de perfectionnement, moral autant
+que matériel, de l'humanité.
+
+
+B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MANES
+
+Après cette période divine, qui est celle de la constitution du pays, il
+en vient une autre qui paraît n'avoir pas été moins longue, mais qui a
+un caractère diffèrent: ici on ne trouve plus une série bien nette de
+rois-dieux ayant chacun sa personnalité marquée, mais des groupes
+d'êtres dont le rôle nous échappe aussi bien que le nom, et dont les
+Egyptiens eux-mêmes n'avaient gardé qu'un souvenir vague, des demi-dieux
+d'abord, puis de simples hommes, qui peuvent se répartir en cinq
+dynasties, au dire de Manéthon; les fragments de Turin confirment en une
+certaine mesure son témoignage.
+
+La première de ces dynasties mythiques, qui suivit immédiatement celle
+des dieux, se composait de demi-dieux qui régnèrent 1.255 ans en tout;
+les Egyptiens avaient conservé de ces souverains une liste qui était
+inscrite au papyrus de Turin, mais qui, à part un ou deux signes, a
+disparu entièrement aujourd'hui; cette liste devait se trouver aussi
+dans le livre original de Manéthon, mais les copistes ne nous l'ont pas
+transmise de façon très claire; les _Excerpta Barbari_ en ont conservé
+le premier nom, celui d'Anubis, et par là nous voyons que cette dynastie
+de demi-dieux se rattachait directement au cycle osirien, Anubis étant
+un fils d'Osiris et de Nephthys, son autre soeur, bien que celle-ci fût
+en réalité la femme de Set.
+
+La liste de neuf dieux, telle que nous la trouvons dans la copie de
+Georges le Syncelle, paraît très corrompue, et elle contient des
+répétitions de noms de divinités figurant déjà dans la première dynastie
+et qui sont extrêmement douteux: on peut reconnaître en effet, à travers
+les formes grecques de ces noms, Horus fils d'Isis, Anhour, Anubis,
+Khonsou, Horus d'Edfou, Ammon, Thot, Shou et Ammon-Rà, ce dernier
+revenant donc deux fois dans la même série. Ce chiffre de neuf dieux
+nous montre tout au moins que cette dynastie formait, comme la première,
+une ennéade, calquée sans doute sur la deuxième ennéade des dieux
+héliopolitains, que nous connaissons très peu.
+
+Ici je crois devoir intervertir l'ordre donné par Manéthon d'après la
+copie d'Eusèbe, qui place, après trois dynasties de rois-hommes, un
+groupe de mânes et de demi-dieux ayant régné ensemble pendant 5.813 ans;
+outre qu'il serait peu naturel de voir des êtres divins ou tout au moins
+semi-divins succéder à des hommes, nous voyons très clairement dans les
+fragments de Turin que ce sont ces derniers qui précédèrent
+immédiatement Ménès. La place normale de ces mânes semble donc être
+après la première dynastie des demi-dieux. On a reconnu dans ces
+_Nekyes_ ou mânes les _Khouou_ des textes religieux égyptiens, divinités
+secondaires qui constituent la troisième ennéade héliopolitaine, d'abord
+les quatre génies funéraires, les Enfants d'Horus, Amset, Hapi,
+Douamoutef et Kebhsenouf, puis un autre Horus, Khent-Khiti, et ses
+quatre fils.
+
+Après les dynasties divines et semi-divines, calquées sur le modèle des
+trois cycles de dieux héliopolitains, et qui servent en quelque sorte de
+cadre aux souvenirs relatifs à ces époques très anciennes, Manéthon en
+énumère trois autres qui sont composées de rois d'une essence plus
+rapprochée de la nôtre, et considérés sans doute comme de simples
+hommes: d'abord ce sont des rois dont il n'indique ni l'origine ni le
+nombre et qui régnèrent en tout 1.817 ans, puis trente rois memphites,
+pendant 1.790 ans et enfin dix rois thinites, dont les règnes successifs
+durèrent 350 ans. Au papyrus de Turin, la division de cette période
+était un peu différente, et dans le fragment qui s'y rapporte, on peut
+reconnaître qu'il avait parlé de six dynasties au moins; les noms des
+rois n'étaient pas donnés, mais seulement la mention qu'ils s'étaient
+succédé de père en fils et que parmi eux se trouvaient sept femmes ayant
+régné; les chiffres, donnant la somme des années de chaque dynastie,
+sont trop mutilés pour que nous puissions en tenir compte.
+
+
+C. LA CHRONIQUE LÉGENDAIRE
+
+En résumé, toute cette période fabuleuse se divisait en plusieurs
+époques, celle des dieux cosmogoniques et organisateurs de l'humanité,
+celle des demi-dieux dont le rôle très effacé a plutôt un caractère
+transitoire, et enfin celle des hommes-rois; pour les Egyptiens
+eux-mêmes, les souverains à partir de la IIme dynastie, donc les
+demi-dieux, les mânes et les hommes formaient un seul grand groupe,
+celui des _Shesou-Hor_, ou suivants d'Horus, auxquels Manéthon attribue
+une durée totale de règne de 11.000 ans, tandis que les dieux eux-mêmes
+auraient occupé le trône pendant 13.900 ans. Cela donnerait pour tous
+les rois antérieurs à Ménès une somme de 24.900 ans, chiffre qui
+paraissait très exagéré à Eusèbe, aussi préférait-il adopter
+l'explication de Panodore, que ces années n'étaient autres que des
+années lunaires de 30 jours, des mois, ce qui réduisait donc la durée
+des rois mythiques à 2.206 ans. Cette interprétation fantaisiste est du
+reste dénuée de tout fondement, et l'on voit qu'au papyrus de Turin il
+s'agit bien d'années ordinaires, d'années solaires; si les chiffres ne
+sont pas ici exactement les mêmes que ceux de Manéthon, ils leur
+correspondent dans les grandes lignes. La somme totale des règnes est en
+effet ici de 23.200 ans au lieu de 24.900, et sur des chiffres pareils
+l'écart n'est pas très considérable; pour la période des Shesou-Hor, le
+papyrus compte 13.420 ans, chiffre équivalant à peu près à celui que
+donne Manéthon pour les dieux, et il est possible qu'il y ait eu une
+interversion dans un des documents qu'il avait entre les mains. La
+question a du reste peu d'importance pour nous, puisqu'il s'agit de
+chiffres absolument fantaisistes.
+
+Les Egyptiens avaient donc au sujet de leurs origines une tradition qui
+nous paraît simple et pleine de renseignements précis, si nous la
+comparons à celles des autres peuples, souvent remplie de détails
+charmants et inutiles, de digressions qui nuisent à la clarté de
+l'ensemble, et font perdre facilement le fil conducteur. Ici c'est une
+légende pour ainsi dire quintessenciée, prenant le monde à ses débuts,
+l'humanité à sa création même, la suivant à travers les grandes
+commotions géologiques qui bouleversèrent la vallée du Nil avant le
+début de l'histoire. Nous pouvons, en coordonnant ces traditions, suivre
+les progrès, le travail lent, mais sûr, de la civilisation que les
+réactions brutales ne peuvent anéantir. Au commencement, ce sont les
+dieux qui dirigent le mouvement progressif de l'humanité qu'ils ont
+eux-mêmes mis en branle, puis peu à peu ils s'effacent, passant la main
+à des êtres moins sublimes, moins éloignés par leur nature même de la
+race qu'ils ont à gouverner, et enfin à de vrais hommes, arrachés
+définitivement à la sauvagerie primitive et capables en une certaine
+mesure, après des milliers d'années d'efforts, de s'affranchir de la
+tutelle directe des dieux. Ces débuts des hommes furent obscurs et sans
+doute difficiles, et il fallut encore de longs siècles avant que l'un
+d'entre eux pût saisir d'une main ferme les rênes du pouvoir et donner à
+l'Egypte cette puissante organisation qui devait durer plus longtemps
+que celle d'aucun autre pays. Les rois locaux antérieurs à Ménès n'ont
+pas laissé de traces dans l'histoire, mais il est possible qu'un certain
+nombre de leurs noms aient été conservés: en effet, au premier registre
+de la pierre de Palerme, on voit représentés toute une série de
+personnages portant la couronne rouge, l'insigne des rois de la Basse
+Egypte, au-dessus desquels sont gravés quelques signes qui peuvent fort
+bien être des noms, mais des noms bizarres qui ne ressemblent guère aux
+noms égyptiens ordinaires. Seka, Khaaou, Taou, Tesh, Neheb, Ouazand,
+Mekha. Ce serait le seul document précis relatif à la fin de la période
+légendaire, à ces rois memphites dont parle Manéthon. Quant aux rois de
+la Haute Egypte, leurs compétiteurs, peut-être devons-nous en
+reconnaître quelques-uns parmi les monuments d'Abydos qu'on attribue
+généralement à la Ire dynastie: il s'y trouve en effet quelques noms de
+rois difficiles à lire et à identifier et qui peuvent appartenir à
+certains des prédécesseurs immédiats de Ménès.
+
+[Illustration: _Fig. 13._ Les enfants d'Horus (d'après BUDGE. _Pap. of
+Ani_, pl. VIII).]
+
+
+
+
+[Illustration: _Fig. 14._ Poignard en silex (d'après J. de MORGAN.
+_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _174_).]
+
+
+
+
+CHAPITRE III
+
+L'ÉGYPTE ARCHAÏQUE
+
+
+Les grands travaux exécutés dans la vallée du Nil au cours du siècle
+dernier avaient amené la découverte d'un tel nombre de monuments datant
+des époques historiques, édifices, sculptures, peintures, objets d'art,
+inscriptions, instruments de toute sorte, que l'attention des
+égyptologues devait nécessairement se concentrer sur ces restes
+pharaoniques et ne pas aller chercher plus loin des documents dont,
+malgré leur abondance considérable, on connaissait à peine l'existence
+et dont surtout on ne pouvait encore soupçonner la valeur. On se
+contentait de relever les grands monuments apparents, temples ou
+tombeaux, de fouiller des nécropoles riches et le plus souvent bien
+connues, on ne se livrait pas encore à une exploration méthodique du
+pays et l'on n'accordait aucune attention à des objets sans grande
+apparence, les silex taillés, que dans d'autres contrées on recueille
+avec tant de soin et qu'ici on ne se donnait même pas la peine de
+ramasser. Il est vrai cependant que des archéologues, comme Arcelin et
+le Dr Hamy, au cours d'un voyage dans la vallée du Nil, en avaient réuni
+un certain nombre et avaient cru pouvoir parler du préhistorique
+égyptien et d'un âge de la pierre, d'après ces documents qui étaient du
+reste trop insuffisants pour qu'on pût en tirer des conclusions
+sérieuses; les égyptologues n'eurent donc pas de peine à leur prouver de
+la façon la plus péremptoire que ces instruments n'avaient rien de
+préhistorique: n'avait-on pas, en effet, trouvé des silex taillés dans
+des tombes de la XIIme dynastie?
+
+La question semblait donc jugée et, si invraisemblable que cela paraisse
+maintenant, on croyait qu'il n'existait en Egypte aucun monument, aucun
+objet datant d'une époque antérieure à celle du fabuleux Ménès: les deux
+premières dynasties humaines n'ayant laissé aucune trace autrement que
+dans la tradition, à plus forte raison la période qui les précédait
+devait-elle rester à jamais inconnue. On devait cependant admettre que
+dans un pays où tout se conserve, comme l'Egypte, il eût été naturel
+qu'on retrouvât quelque chose au moins des débuts d'une civilisation
+aussi originale, et on en était venu, pour expliquer en une certaine
+mesure cette lacune apparente, à émettre l'hypothèse que les ancêtres
+directs des Egyptiens avaient pu se développer ailleurs, dans le
+Bahr-bela-mà, par exemple, le fleuve sans eau, une vallée du désert
+libyque, ou bien dans le pays des Somâlis ou plus loin encore. Par
+conséquent, et malgré les affirmations catégoriques des Egyptiens
+d'époque historique, la civilisation égyptienne ne pouvait être
+autochtone: une lacune insondable devait précéder l'histoire, il ne
+pouvait être question de paléolithique ni de néolithique, l'Egypte
+n'avait jamais connu l'âge de la pierre, et tout au plus pouvait-on
+considérer les premières dynasties comme appartenant à la période du
+bronze.
+
+On en était là quand, vers 1896, cette théorie simpliste reçut de
+plusieurs côtés à la fois un choc qui devait non seulement l'ébranler,
+mais l'enterrer à tout jamais. A ce moment, des fouilles entreprises
+dans des endroits encore inexplorés vinrent révéler à MM. Petrie et
+Amélineau l'existence de civilisations très différentes de celles qu'on
+connaissait, tandis que les recherches plus méthodiques de M. de Morgan
+l'amenaient à la certitude qu'il s'agissait là d'une révélation
+inattendue, celle du préhistorique égyptien auquel personne ne voulait
+croire. Du même coup l'on voyait réapparaître les premiers habitants du
+pays avec leurs armes de silex, leur céramique très particulière, leurs
+tombeaux et même leurs villages, et les rois des deux dynasties encore
+inconnues, avec le métal et les premiers monuments de l'écriture
+hiéroglyphique. Les preuves étaient si évidentes qu'en peu de temps tous
+les égyptologues se rallièrent aux nouvelles théories établies par M. de
+Morgan, les confirmèrent et les complétèrent par d'autres recherches, si
+bien que maintenant on peut se rendre compte de façon à peu près
+certaine de ce qu'étaient les plus anciens occupants de la vallée du
+Nil.
+
+
+L'époque préhistorique ne se présente pas en Egypte, comme dans nos pays
+européens, avec des divisions nettement marquées qui sont caractérisées
+par les procédés employés dans la fabrication des armes et des outils et
+par la forme même de ces derniers. A peine peut-on faire un groupe
+distinct pour les instruments les plus anciens et les plus
+rudimentaires, qui correspondent à peu près comme type et comme taille
+à notre Chelléen, mais à partir de cette époque très reculée, tous les
+silex présentent à peu de chose près le même caractère: si nous les
+comparons aux silex européens, ils pourraient se ranger aussi bien dans
+les séries paléolithiques que dans le néolithique. Les noms de
+Moustérien, Solutréen, Magdalénien, qui s'appliquent chez nous à des
+périodes bien définies, très différentes les unes des autres, ne
+correspondent à rien en Egypte, et leur emploi n'aurait aucune raison
+d'être pour tout ce qui concerne les origines de ce pays.
+
+Si donc nous mettons à part une première période, celle du paléolithique
+proprement dit, une civilisation qui a dû être interrompue brusquement
+par un cataclysme quelconque, nous trouvons ensuite des séries de
+monuments préhistoriques qui, malgré leur grande variété, présentent une
+parfaite homogénéité. Les seules différences que nous pouvons remarquer
+dans la fabrication des outils de pierre sont de nature purement locale,
+ainsi les silex du Fayoum ne sont pas les mêmes que ceux de Negadah, pas
+plus que ceux d'Hélouan ne ressemblent à ceux d'Abydos ou d'autres
+endroits, mais il n'y a pas lieu de tirer de ce fait des conclusions au
+point de vue chronologique, car rien ne peut faire croire que les uns
+soient antérieurs aux autres. Les ateliers employaient des procédés
+légèrement différents, et surtout des modèles qui variaient d'un endroit
+à l'autre; les uns, dans les lieux où les habitants se livraient
+principalement à la chasse ou à la pêche, faisaient surtout des armes,
+couteaux, pointes de lances, de javelots ou de flèches, tandis que les
+autres, dans les centres agricoles, fabriquaient plutôt des outils, mais
+ces différences sont de nature géographique et non historique, et on ne
+peut en tenir compte pour scinder la période quaternaire en un plus ou
+moins grand nombre d'époques distinctes.
+
+L'évolution de la céramique, chez les peuples primitifs, suit toujours
+une marche parallèle à celle des instruments de pierre, et l'on peut,
+par ce moyen, contrôler les conclusions fournies au point de vue
+historique par l'étude de la forme et des procédés de fabrication des
+silex. Il en est de même en Egypte, c'est-à-dire que dans le domaine de
+la céramique archaïque, on remarque bien un développement, un progrès,
+mais cette transformation est lente, graduelle, sans secousses. Les
+anciens modèles cèdent la place à de nouveaux, mais pas de façon
+brusque; ils coexistent pendant longtemps et se retrouvent les uns à
+côté des autres dans les mêmes tombes. On peut arriver à constater que
+tel type est plus ancien que tel autre, on ne peut dire qu'il
+caractérise une époque ou une phase de la civilisation préhistorique. La
+céramique égyptienne est du reste tout à fait spéciale et très
+différente de toutes celles qu'on rencontre en Europe aux époques
+primitives, aussi n'y retrouve-t-on aucun des caractères spécifiques qui
+permettent aux préhistoriens de classer ces dernières: les potiers
+égyptiens avaient poussé cet art à un haut degré de perfection dès les
+plus anciens temps, et nous leur devons des séries très variées, tant au
+point de vue de la technique que de la forme et de la décoration.
+
+La céramique, qui est un des éléments les plus importants pour la
+classification des restes préhistoriques, ne donne donc lieu ici à aucun
+rapprochement, et nous devons nous en tenir aux données que nous
+fournissent les armes et les outils de pierre; or nous avons vu que tous
+ces objets sont en pierre taillée et qu'ils se rattachent, pour les
+formes comme pour les procédés de taille à nos instruments
+paléolithiques et néolithiques en silex, tout spécialement aux types du
+Solutréen et du Moustérien. Ce qui caractérise chez nous la période
+néolithique, l'âge de la pierre polie, manque absolument en Egypte: on
+a récolté dans ce pays, pendant ces dernières années, des centaines de
+mille et peut-être des millions de silex, et dans cette masse énorme on
+aurait peine à trouver cent haches polies, ou autres outils pouvant
+rentrer dans la même catégorie. Nous ne constatons cependant aucune
+solution de continuité entre la période dite préhistorique et celle des
+débuts de l'histoire, aussi pouvons-nous dire avec certitude que non
+seulement il n'y a pas de divisions spéciales à établir dans l'époque
+paléolithique, mais qu'il n'y a même pas lieu de distinguer celle-ci de
+l'âge néolithique. Si donc nous devions conserver ces deux noms qui ont
+une certaine valeur pratique pour la classification, il faudrait leur
+donner, pour tout ce qui concerne l'Egypte, un sens un peu différent de
+celui qu'ils ont pour l'Europe, réserver le mot paléolithique aux objets
+les plus anciens, à ceux qui pour la forme et la facture se rapprochent
+du chelléen, et ranger tout le reste dans l'âge néolithique ou même
+plutôt énéolithique qui précède immédiatement l'âge historique.
+
+Dans nos pays septentrionaux, où le développement des peuples suivit une
+marche toute différente, on range encore dans le préhistorique la
+période des métaux et l'on fait succéder l'âge du cuivre, l'âge du
+bronze, puis l'âge du fer, à celui de la pierre. Ici il n'y a aucune
+distinction semblable à établir puisque les dynasties thinites suivent
+immédiatement l'âge de la pierre, sans aucune transition apparente: les
+Egyptiens prédynastiques sont déjà en possession des métaux, ou tout au
+moins du cuivre qu'ils emploient presque sans alliage et qu'ils arrivent
+peu à peu à travailler avec la plus grande habileté, en même temps
+qu'ils poussent l'industrie du silex à un degré de perfection qui ne fut
+atteint en aucun endroit du monde. C'est donc au cours de l'époque
+précédant immédiatement l'histoire que les Egyptiens apprirent à
+connaître le cuivre, dont l'usage ne remplaça que très lentement celui
+de la pierre taillée; c'est aussi tout à fait graduellement que les
+métallurgistes arrivèrent à doser les alliages grâce auxquels ils
+devaient obtenir le bronze, très supérieur au cuivre pur. Quant au fer,
+nous n'avons aucun document qui nous permette de fixer l'époque à
+laquelle il fut introduit dans la vallée du Nil. Il n'y a donc en Egypte
+ni âge du cuivre, ni âge du bronze, ni âge du fer, à proprement parler:
+la première de ces trois divisions se confond avec la période
+prédynastique, et les deux autres, qui ne sont pas nettement
+caractérisées, appartiennent à l'époque historique.
+
+Ménès, le fondateur de la monarchie pharaonique, symbolise pour nous le
+début d'une civilisation nouvelle, l'organisation définitive du pays, et
+les premiers documents écrits qui paraissent à ce moment-là, montrent
+bien qu'une ère nouvelle commence. La transformation ne s'opéra
+cependant pas d'une façon subite dans tous les domaines, elle se fit
+graduellement, lentement, comme dans les périodes précédentes, car
+l'Egypte a toujours été et sera sans doute toujours le pays le moins
+révolutionnaire qu'il y ait au monde. Dans la vie civile surtout, que
+nous connaissons fort bien, puisque une grande quantité d'objets de
+toute sorte nous sont parvenus, le progrès est presque insensible, la
+céramique est à peu près la même qu'auparavant, à peine un peu détrônée
+par l'usage toujours plus répandu des vases de pierre, et l'on devait
+continuer pendant de longs siècles encore à fabriquer des armes et des
+outils en silex, bien qu'on connût déjà fort bien les instruments de
+métal, dont la supériorité était évidente. Enfin, si les rois et les
+grands personnages commencent à se faire construire des tombeaux
+monumentaux et adoptent des coutumes funéraires plus compliquées, les
+populations rurales continuent à creuser à la limite des sables du
+désert de petites fosses pour leurs morts, qu'ils ensevelissent
+accroupis et couchés sur le côté, ou démembrés complètement, avec le
+même mobilier funéraire que par le passé.
+
+J'ai employé jusqu'ici, pour désigner les âges primitifs de l'Egypte, le
+mot de préhistorique, mais, en ce qui concerne ce pays, ce mot a une
+signification trop précise et indique une scission trop nette avec le
+temps où commence l'histoire proprement dite; or, comme nous l'avons vu,
+cette scission n'existe pas en Egypte. Le terme d'âge de pierre ne
+convient pas non plus, puisque l'emploi des instruments de silex est
+encore constant sous les premières dynasties et se perpétue jusqu'au
+Moyen Empire. J'adopterai donc dorénavant un terme plus élastique et
+dont le sens est néanmoins très clair, celui de _période archaïque_,
+qu'on emploie maintenant de préférence, et je diviserai cette période en
+deux groupes comprenant, l'un, les âges les plus anciens, l'_éolithique_
+et le _paléolithique_, l'autre, l'époque beaucoup plus connue, précédant
+immédiatement les dynasties, et qu'on peut appeler _prédynastique_.
+
+
+_I. PALÉOLITHIQUE_
+
+Les vestiges des tout premiers habitants de l'Egypte sont rares et
+incertains. La tendance actuelle est de rechercher partout la trace de
+l'homme tertiaire; à défaut de preuves absolument convaincantes de son
+existence, comme le serait la découverte d'un squelette dans une couche
+géologique appartenant à cette période, on voudrait retrouver des
+indices de son activité sur la terre, aussi a-t-on créé la classe des
+_éolithes_, les instruments de l'homme antérieur à l'âge paléolithique.
+Ces éolithes sont de simples galets de silex ou des éclats accidentels
+sur lesquels on remarque ou croit remarquer des traces d'usage, et qui
+auraient été les premiers instruments de l'homme alors qu'il ne savait
+pas encore tailler la pierre et devait se contenter des éclats naturels,
+plus ou moins appropriés à ses besoins, qu'il trouvait sur le sol. Ce
+n'est pas ici le lieu de discuter cette théorie toute générale, qui est
+encore très sujette à controverse; nous nous bornerons à constater
+qu'elle a aussi été appliquée à l'Egypte et qu'on a recueilli dans ce
+pays un certain nombre d'échantillons de ces éolithes qui ont évidemment
+pu être employés par des hommes encore à l'état de sauvagerie, comme
+marteaux, grattoirs ou couteaux, bien que rien ne le prouve de façon
+absolue.
+
+[Illustration: _Fig. 15-18._ Instruments paléolithiques (d'après J. de
+MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _17_, _24_,
+_20_, _31_).]
+
+Les silex taillés du type chelléen se retrouvent non seulement en
+Europe, mais un peu partout, en Palestine, aux Indes, chez les Touaregs;
+on en rencontre aussi en Egypte, sinon en grande abondance, du moins
+assez fréquemment. L'objet le plus caractéristique de cette époque est,
+ici comme dans les autres gisements, le coup-de-poing, un grand galet de
+silex amygdaloïde, sur lequel on a enlevé par percussion de gros éclats,
+de manière qu'une des extrémités forme une pointe plus ou moins
+prononcée, tandis que l'autre reste arrondie et épaisse, et sert de
+poignée. A côté de cet instrument qui en même temps est une arme
+dangereuse, on trouve encore des outils plus petits, ayant pu servir de
+hachettes ou de racloirs; et surtout des pointes ou poinçons, parfois
+très aigus, du même travail un peu rudimentaire, sans retouches fines.
+
+Ces silex se trouvent soit à la surface du sol, sur les plateaux
+couronnant les premiers contreforts du désert et au sommet des petits
+monticules qui sont situés un peu au-dessous, soit dans les alluvions
+entraînées par les pluies jusque dans la vallée, très rarement dans la
+zone sablonneuse qui sépare les terres cultivables de la montagne. On en
+a découvert depuis les environs de la 1re cataracte jusque près du
+Caire, ainsi que sur les routes qui conduisent à travers le désert vers
+les oasis, et enfin, ce qui est plus important au point de vue de la
+date, dans les alluvions très anciennes, contemporaines du commencement
+de l'époque quaternaire, qui est en effet le moment où l'on place l'âge
+chelléen. D'après la position où ont été trouvés ces silex, on pourrait
+conclure que les Egyptiens primitifs habitaient de préférence, non pas
+dans la vallée même, mais sur les monticules avoisinants et sur la crête
+des montagnes peu élevées qui bordent le désert. Nulle part on ne voit
+de traces d'habitations construites; ils devaient donc vivre soit en
+plein air, soit sous de légers abris en branchages. C'est sur ces
+plateaux, où les indigènes trouvaient en abondance les rognons de silex
+qui servaient à la fabrication de leurs outils, qu'ils établissaient
+leurs ateliers de taille: ainsi le plateau qui sépare la Vallée des Rois
+du cirque de Deir-el-Bahari, en face de Louxor, où l'on trouve encore en
+quantité des éclats n'ayant sans doute jamais servi et qui doivent être
+considérés comme des déchets de fabrication. La réalité est sans doute
+un peu différente, et si nous ne sommes pas mieux renseignés sur cette
+population primitive, sur son habitat et ses coutumes funéraires, c'est
+pour la raison qu'elle est antérieure à un de ces bouleversements
+géologiques qui dévastèrent et dépeuplèrent une partie du monde et qui
+sont restés célèbres dans la tradition sous le nom de Déluge. L'Egypte
+en particulier fut atteinte, la vallée fut entièrement submergée pendant
+une période dont nous ne pouvons évaluer la durée et toute trace
+d'occupation humaine fut effacée; les hauts plateaux stériles et le
+désert émergeaient encore, mais nous ne savons si quelques restes de la
+population purent s'y maintenir pour former le noyau de la race
+égyptienne prédynastique, ou si celle-ci vint d'ailleurs quand la région
+redevint habitable.
+
+
+_II. PRÉDYNASTIQUE_
+
+A. MONUMENTS
+
+Autant cette première période est encore obscure, autant les documents
+abondent pour celle qui la suit, et qui, précédant immédiatement
+l'époque historique, est souvent désignée par le nom de _prédynastique_.
+Ces documents peuvent se classer en trois catégories, dont les données
+combinées nous fournissent des renseignements d'ensemble et même de
+détail sur l'état de la vallée du Nil avant les Pharaons. Ce sont
+d'abord les objets épars à la surface du sol, les silex, puis les
+vestiges des établissements humains, monticules de débris où l'on
+reconnaît la trace des villages primitifs, et enfin les tombeaux qui
+nous donnent, en plus des renseignements anthropologiques, des lots très
+considérables de céramique, l'élément le plus important pour la
+classification générale. Nous prendrons l'un après l'autre chacun de ces
+points avant d'aborder l'ethnographie proprement dite, l'étude de la
+race prédynastique et de sa civilisation.
+
+[Illustrations: _Fig. 19-21._ Haches et herminettes en silex (d'après J.
+de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _91_,
+_60_, _73_).]
+
+
+_Silex_
+
+Les couches sédimentaires qui bordent la vallée du Nil sont extrêmement
+riches en rognons de silex, qui atteignent parfois de très grandes
+dimensions; sur les plateaux, le sol est couvert de galets de silex,
+d'agate et de cornaline. Naturellement la qualité de la pierre varie
+suivant les endroits, mais partout elle se prête à la taille et les
+premiers habitants du pays avaient sous la main, d'un bout à l'autre du
+pays, la matière première de laquelle ils pouvaient tirer leurs armes et
+leurs outils. C'est vers le nord de l'Egypte, au Fayoum en particulier,
+que le silex est le moins abondant, mais les cailloux du diluvium
+peuvent le remplacer, et les indigènes en ont tiré un très bon parti.
+
+[Illustrations: _Fig. 22-25._ Couteaux et grattoirs en silex (d'après J.
+de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _106_,
+_123_, _98_, _153_).]
+
+Quelle que soit la matière employée, qu'il s'agisse du beau silex blond
+translucide d'Abydos, du silex brun de Louxor ou du grossier galet du
+Fayoum, le procédé de taille est toujours le même, et ne diffère pas de
+celui qui a été en usage dans le monde entier. Le _nucleus_, ou noyau
+préparé pour l'enlèvement des éclats, s'obtenait d'une façon très
+simple: on brisait une partie d'un rognon de silex ou d'un galet, de
+manière à déterminer une surface unie servant de plan de frappe, puis on
+enlevait des éclats normalement à cette surface, en se servant d'un
+percuteur, boule de pierre dure employée comme marteau; les premiers
+éclats, portant une partie de la gangue, étaient mis au rebut, et les
+suivants employés pour divers usages selon leur forme et leur dimension;
+ceux qui étaient longs et minces devenaient des couteaux, ceux qui
+étaient épais et larges, des haches ou des herminettes, les petits
+donnaient des ciseaux, des poinçons, des pointes de flèches; tous
+devaient subir de longues et soigneuses retouches. On travaillait ces
+éclats soit par percussion, soit par pression le long des arêtes au
+moyen d'un autre silex, et les Egyptiens étaient arrivés très loin dans
+cet art et modelaient pour ainsi dire leurs silex au moyen de ces
+petites retouches, de manière à leur donner exactement la forme voulue.
+A côté de ces instruments, certains éclats, très minces et naturellement
+tranchants, pouvaient être utilisés, presque sans retouches, comme
+outils, grattoirs ou couteaux.
+
+[Illustrations: _Fig. 26-29._ Pointes de flèches en silex (d'ap. J. de
+MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _176_, _190_,
+_181_, _185_).]
+
+On trouve de tout cela dans les gisements de silex égyptiens, sur la
+bande sablonneuse qui s'étend d'un bout à l'autre du pays, entre les
+terres arrosées et cultivées et les premiers contreforts de la montagne:
+d'abord les percuteurs, boules qui ont en général la grosseur d'une
+pomme et qui portent des traces très évidentes d'usage, puis les nuclei
+à tous les états, depuis celui qui a été mis au rebut après qu'on en eut
+détaché quelques éclats seulement, jusqu'à celui qui, complètement
+épuisé, n'est plus qu'un petit noyau conique à facettes; ensuite les
+éclats eux-mêmes, les uns, informes ou mal venus, rejetés comme
+inutilisables, les autres, très tranchants et sans retouches ou
+retravaillés seulement à une extrémité; enfin les outils brisés au cours
+de la fabrication par suite d'un accident, et ceux qui portent la trace
+d'un long emploi ou qui, très usés, ont été retaillés pour pouvoir être
+employés de nouveau.
+
+Chaque localité, chaque gisement a pour ainsi dire son propre type, ou
+ses types de silex taillés, et l'on ne peut en tirer des conclusions au
+point de vue de la classification chronologique; il est possible,
+probable même, que dans beaucoup de ces endroits, la fabrication se soit
+continuée sans grande modification, pendant des siècles ou des milliers
+d'années, comprenant non seulement toute la période archaïque, mais
+empiétant aussi sur les époques historiques. Nous aurons l'occasion de
+revenir plus loin sur les différents modèles d'outils et d'armes, sur
+leurs formes et leur emploi.
+
+
+_Villages_
+
+Dans les mêmes régions, en bordure de la vallée, à la lisière du désert,
+on remarque en certains endroits de légères surélévations qui se
+distinguent à peine du sable environnant par une teinte un peu plus
+foncée. Quelques coups de pioche suffisent pour constater qu'il y a là
+quelque chose de tout à fait analogue à ce que dans nos stations
+préhistoriques européennes, celles du Danemark en particulier, on
+appelle des _Kjoekkenmoeddings_, ou «débris de cuisine»; ce sont en
+effet des vestiges d'établissements humains, datant d'une époque où les
+populations étaient déjà plus ou moins sédentaires, mais où elles ne
+savaient pas encore construire de vraies maisons: ces restes sont
+beaucoup trop importants pour être ceux de simples campements
+provisoires et passagers, et contiennent des quantités de détritus qui
+ont dû mettre fort longtemps à s'amonceler. D'un autre côté on ne
+rencontre pas dans ces monticules de décombres la moindre trace de mur,
+ni en pierre, ni en briques crues, ni même en terre pilée: les
+constructions devaient donc être très légères, en bois ou même en
+branchages, de simples huttes du modèle le plus primitif, suffisantes du
+reste dans un climat aussi chaud.
+
+Ces amas de détritus ne renferment guère d'objets en bon état, à part
+quelques outils de silex, mais ils nous livrent des renseignements très
+importants sur la vie même de ces peuplades de l'Egypte prédynastique;
+os d'animaux d'après lesquels on peut, en partie, reconstituer la faune
+de l'Egypte à cette époque, excréments de bestiaux montrant qu'on
+s'occupait d'élevage, traces de céréales grâce auxquelles nous apprenons
+qu'on connaissait déjà l'agriculture. Ces documents qui ont si peu
+d'apparence et paraissent négligeables sont donc extrêmement précieux,
+puisqu'ils font connaître les occupations ordinaires, la nourriture, la
+vie privée des premiers Egyptiens.
+
+
+_Tombeaux_
+
+Si nous ne connaissons qu'un petit nombre de ces restes de villages,
+dont la plupart ont dû entièrement disparaître ou bien sont trop peu
+apparents pour qu'on puisse les distinguer, nous avons en revanche une
+quantité considérable de sépultures appartenant à la même époque. Ces
+tombes ne sont jamais isolées, mais forment des nécropoles plus ou moins
+vastes, situées elles aussi au bord du désert, près des terrains
+cultivés, donc à proximité immédiate des habitations des vivants: en
+effet, chaque fois que nous reconnaissons l'emplacement d'un
+kjoekkenmoedding, nous sommes sûrs de trouver à peu de distance,
+quelques centaines de mètres à peine, un cimetière qui est
+vraisemblablement celui des habitants du village.
+
+[Illustration: _Fig. 30._ Tombeau prédynastique (d'après AYRTON.
+_El-Mahasna_, pl. VI, fig. _26_).]
+
+Ces nécropoles d'un type tout spécial ont très longtemps passé
+inaperçues et elles semblent en effet, au premier abord, fort difficiles
+à reconnaître. C'est avec le jour frisant du soir ou du matin qu'on peut
+le mieux distinguer ces groupes de dépressions très légères, à peine
+perceptibles en plein soleil, qui sont à la surface plus ou moins
+inégale du terrain le seul indice extérieur des tombeaux archaïques. Les
+sépultures sont de simples fosses creusées dans les bancs de cailloux
+roulés qui s'étendent au pied de la montagne et qui forment un terrain
+suffisamment consistant pour qu'il ne fût pas nécessaire de soutenir,
+au moyen d'un mur ou d'un enduit, les bords de l'excavation: leur forme
+générale est irrégulière, à peu près ovale ou même presque ronde, et
+leur profondeur d'un mètre à deux au plus, tandis que l'ouverture
+dépasse à peine un mètre cinquante dans sa plus grande dimension. A côté
+de celles-là il en existait de plus grandes, à peu près rectangulaires
+et atteignant jusqu'à quatre mètres sur deux, sans que la profondeur en
+soit augmentée. Après l'ensevelissement, les grandes comme les petites
+fosses étaient simplement comblées avec du sable et des galets et se
+confondaient avec le terrain environnant; il n'y a jamais la moindre
+superstructure, pas même une pierre tombale.
+
+[Illustration: _Fig. 31._ Tombeau prédynastique (d'ap. J. de MORGAN.
+_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _464_).]
+
+Les dimensions des petites tombes, qui sont de beaucoup les plus
+nombreuses, ne permettaient pas d'y déposer le mort étendu tout de son
+long, comme on le fit plus tard pour les momies aux époques historiques;
+les coutumes funéraires étaient en effet très différentes et nous
+pouvons distinguer deux stages, deux modes d'ensevelissement qui
+semblent correspondre à deux périodes. Dans les plus anciennes
+sépultures, le mort est couché sur le côté gauche, dans la position
+dite embryonnaire ou assise, c'est-à-dire avec les membres repliés de
+manière que les mains se trouvent devant la figure, les genoux à la
+hauteur de la poitrine et les pieds près du bassin. Etant donnée
+l'orientation des tombeaux, qui du reste n'est pas partout
+rigoureusement exacte, la tête est généralement au sud la face tournée
+vers l'ouest.
+
+[Illustration: _Fig. 32._ Tombeau prédynastique (d'après J. de MORGAN.
+_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _468_).]
+
+Le deuxième mode d'inhumation, qui paraît être un peu plus récent,
+quoique appartenant toujours à la période prédynastique, est beaucoup
+plus curieux: ici, et la chose a été constatée dans de très nombreuses
+tombes, le corps était entièrement démembré avant d'être déposé dans la
+fosse; les os ne sont ni cassés ni coupés, mais ils sont placés
+pêle-mêle, et souvent il en manque un certain nombre. Il ne s'agit pas
+d'un dépècement du mort au moment du décès, ni de cannibalisme, comme on
+pourrait le croire, mais d'une coutume qui se retrouve ailleurs qu'en
+Egypte, dans tout le bassin de la Méditerranée, en Crète, dans les îles
+de l'Archipel, au sud de l'Italie, celle de l'inhumation secondaire: on
+enterrait provisoirement le mort, puis au bout de deux ou trois ans,
+quand les chairs s'étaient putréfiées et désagrégées, on l'exhumait et
+on rassemblait les os pour les déposer dans le tombeau définitif. La
+transition entre ces deux coutumes funéraires, qui paraissent si
+différentes, est marquée par certaines tombes où le corps est replié et
+couché sur le côté, mais où la tête est séparée du tronc et posée
+n'importe où, à côté du bassin, par exemple. Les vertèbres étant
+intactes, il ne peut être question de décapitation brutale, mais il
+s'agit sans doute simplement d'inhumations secondaires où l'on n'avait
+pas pratiqué la désarticulation complète.
+
+Avant de les déposer dans le tombeau, on cousait les corps dans des
+peaux de gazelle ou bien on les enveloppait dans des nattes de jonc; sur
+quelques os, on a même relevé des traces de bitume, et nous pouvons sans
+doute reconnaître dans ce fait la première tentative de momification.
+Dans les tombes à inhumation secondaire, les cadavres démembrés étaient
+parfois enfermés dans de très grands vases larges du bas, avec une
+petite ouverture seulement à la partie supérieure, ou dans de vraies
+cistes rectangulaires en argile crue. Ailleurs un vase d'une forme toute
+différente, sorte d'immense coupe très profonde, est posé à l'envers sur
+le corps replié et le recouvre complètement. Enfin, quelques-unes des
+grandes tombes renfermaient non pas un seul, mais deux et même trois
+cadavres, simplement posés les uns sur les autres, et dans les
+sépultures à inhumation secondaire on rencontre quelquefois deux crânes
+et un nombre d'os très insuffisant pour former deux corps, ou le
+contraire.
+
+Si, dans la plupart des nécropoles, les tombes à corps replié sont
+nettement séparées de celles à corps démembré, il en est d'autres où les
+divers types de sépulture sont mélangés, aussi ne pouvons-nous savoir
+avec une certitude absolue si ces deux modes d'inhumation appartiennent
+à deux races ou à deux époques différentes. Il semble cependant que nous
+devions adopter la deuxième hypothèse plutôt que la première, bien que
+les anthropologistes ne soient pas encore arrivés à des résultats très
+concluants au sujet de la question des races. Les os sont presque
+toujours bien conservés, et on a recueilli une très grande quantité de
+crânes en bon état, dont beaucoup même portent encore leurs cheveux, et
+qui peuvent être l'objet de mensurations très exactes, aussi
+pouvons-nous avoir l'espoir d'être une fois au clair sur cette question
+si importante.
+
+
+_Mobilier funéraire_
+
+Le mobilier funéraire est plus ou moins riche suivant les tombes, et
+comporte des objets de plusieurs espèces disposés au fond de la fosse,
+autour du mort. Le choix même de ces objets montre clairement que ces
+Egyptiens d'avant l'histoire se faisaient déjà des idées très précises
+sur la vie d'outre-tombe et croyaient à la survivance, sinon de l'âme,
+du moins de la personnalité des défunts: pour leur assurer la
+subsistance matérielle, la nourriture, on mettait à côté d'eux des vases
+contenant des vivres, des grains, des viandes, et sans doute aussi de
+l'eau ou d'autres liquides dont nous ne retrouvons naturellement plus
+trace; des armes leur permettaient de lutter contre les ennemis qu'ils
+pouvaient rencontrer dans l'autre monde, et des ornements de corps, de
+se parer comme ils le faisaient sur la terre.
+
+Les vivres que le mort emportait avec lui dans la tombe étaient surtout
+des viandes, et spécialement des têtes et des gigots de gazelle, dont on
+retrouve fréquemment les os à côté du squelette du défunt; les végétaux
+sont moins bien conservés, mais on reconnaît encore au fond des vases,
+et surtout des vases en terre grossière, des traces non équivoques de
+céréales, d'orge en particulier. Ces renseignements ne font du reste que
+confirmer ceux que nous donnent les kjoekkenmoeddings.
+
+On ne trouve pas des armes dans tous les tombeaux, et dans ceux qui en
+contiennent, elles ne sont jamais qu'en petit nombre; généralement même
+il n'y en a qu'une seule, placée à portée de la main du mort, devant sa
+figure. Ces armes sont par contre d'une grande beauté et d'une exécution
+très supérieure à celle des silex qu'on trouve à la surface du sol: ce
+sont le plus souvent de longues lances droites finement retouchées qui
+pouvaient servir de poignards, des couteaux légèrement recourbés, au
+tranchant très affilé, des pointes de lances ou de javelots à double
+pointe et à tranchant, ou de forme lancéolée, et parfois des pointes de
+flèches. Les outils tels que racloirs, grattoirs, poinçons, sont très
+rares dans les tombes, mais, par contre, on trouve des instruments de
+pêche, comme des harpons, et ce fait permet de supposer que les armes
+données au mort étaient destinées, non seulement à le mettre à même de
+réduire par la force les ennemis qui pouvaient se trouver sur son
+chemin, mais surtout à lui permettre de chasser et de pêcher dans
+l'autre monde, tant pour assurer sa subsistance que comme délassement.
+
+[Illustration: _Fig. 33._ Couteau en silex (d'après J. DE MORGAN.
+_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _128_).]
+
+Les objets d'ornement sont abondants, mais presque toujours très
+simples, exécutés de façon sommaire dans des matières qui n'ont rien de
+précieux: ainsi les colliers à plusieurs rangs qui tombaient sur la
+poitrine étaient composés de perles irrégulières de forme et de
+grosseur. Ces perles, en terre cuite, en calcaire, en pierres dures,
+telles que la cornaline, l'agate, le silex, étaient presque toujours
+travaillées de façon grossière et malhabile; on en trouve aussi qui sont
+faites de morceaux de coquilles ou de petits oursins fossiles, percés
+d'un trou. Les bracelets sont plus soignés, ils sont soit en nacre, soit
+en ivoire, et on les obtenait en sciant la partie inférieure d'une dent
+d'éléphant à l'endroit où elle est creuse, ou le bas d'une grande
+coquille univalve de la famille des trochidés; d'autres enfin sont en
+silex, évidés avec une dextérité qui montre jusqu'à quel point ces
+populations avaient poussé l'industrie de la pierre taillée. Les femmes
+portaient des peignes hauts et étroits en ivoire ou en os, dont la
+partie apparente, au-dessus de la chevelure, était généralement
+surmontée d'une figure ornementale. Enfin un certain nombre de
+pendeloques, percées d'un trou, également en os ou en ivoire, parfois en
+pierre, servaient en même temps d'ornements et d'amulettes.
+
+[Illustrations: _Fig. 34-36._--Plaques de schiste (d'après PETRIE.
+_Diospolis parva_, pl. XI et XII).]
+
+Dans beaucoup de sépultures on voit à côté de la tête du mort une plaque
+en schiste vert qui affecte les formes les plus diverses; les unes sont
+taillées en losange, en rectangle ou en carré, les autres découpées de
+manière à imiter le profil d'un animal, hippopotame, tortue, poisson,
+oiseau. La signification de ces objets est encore très incertaine, bien
+que d'habitude on les considère comme des palettes à broyer le fard vert
+qu'hommes et femmes se mettaient autour des yeux, à cause d'une petite
+dépression qui existe en effet sur certaines des plaques en losange et
+qui contient parfois des traces de couleur verte; la forme étrange
+donnée à beaucoup de ces plaques, le fait qu'elles sont percées d'un
+trou de suspension, les décorations animales gravées à la pointe, qui
+les ornent quelquefois, et surtout l'analogie avec les grandes plaques
+de schiste d'époque thinite, qui étaient couvertes de sculptures et se
+trouvaient déposées dans les sanctuaires et non dans les tombes,
+m'engagent à y voir des talismans ou des sortes de fétiches plutôt que
+des objets usuels.
+
+C'est sans doute aussi à titre de talisman qu'on déposait parfois dans
+les tombes des figurines d'hippopotame en argile: le monstre mis ainsi
+au service du mort pouvait lui rendre bien des services et le protéger
+de bien des dangers.
+
+
+_Céramique_
+
+C'est également des tombeaux que sont sorties ces séries
+extraordinairement complètes de vases qui nous permettent d'établir une
+certaine classification dans la période prédynastique, ou tout au moins
+de suivre en quelque mesure le développement de la civilisation. Toute
+cette céramique, qui est particulière à l'Egypte et qu'on ne peut
+comparer à celle d'aucun autre pays, dénote, dès l'apparition des plus
+anciens exemplaires, une habileté remarquable et une longue pratique du
+métier chez les potiers égyptiens: les vases sont absolument réguliers
+de forme et d'épaisseur et il faut un examen minutieux pour arriver à
+reconnaître qu'aucun n'a été fait au tour et que tous sont modelés à la
+main.
+
+[Illustrations: _Fig. 37-41._ Vases rouges à bord noir (d'après AYRTON.
+_El-Mahasna_, pl. XXVIII et XXX).]
+
+Le plus ancien type est celui de la poterie rouge à bord noir, qui est
+extrêmement fréquent et comprend des vases de plusieurs formes: la coupe
+profonde, le gobelet, le vase ovoïde à fond plat ou pointu, à large
+ouverture. Ces vases sont faits en une sorte d'argile très fine mélangée
+de sable, enduits à l'extérieur d'une légère couche d'hématite et
+lissés au polissoir, puis cuits dans un feu doux, posés l'ouverture en
+bas sur les cendres du fourneau; la cuisson faite de cette manière donne
+une pâte légère et friable; la couverte exposée à une chaleur plus forte
+près de l'orifice se désoxyde en cet endroit et devient d'un beau noir
+très brillant, tandis que le reste du vase garde la teinte rouge foncé.
+
+[Illustrations: _Fig. 42-46._ Poterie rouge (d'après AYRTON.
+_El-Mahasna_, pl. XXXI et XXXII, et PETRIE. _Diospolis parva_, pl.
+XIV).]
+
+La poterie rouge uniforme est exactement semblable à l'autre comme
+matière, mais le procédé de cuisson, un peu différent, empêche la
+formation du bord noir; tout le vase reste alors extérieurement d'une
+couleur absolument régulière, d'un beau rouge lustré. Ce type de poterie
+qui est, à peu de chose près, contemporain du type rouge à bords noirs,
+présente des formes un peu différentes: à côté de l'écuelle creuse et du
+vase ovoïde, on trouve la bouteille ventrue à fond plat et à col étroit
+et le petit vase globulaire. A un certain moment, on employa ce genre de
+céramique pour faire des vases de formes bizarres, les uns aplatis, les
+autres jumelés, d'autres encore en forme de poisson ou d'oiseau; ce ne
+fut du reste là qu'une mode qui ne se prolongea que sur une période
+assez brève.
+
+[Illustrations: _Fig. 47-49._ Vases rouges à décor blanc (d'après J. DE
+MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. II et III).]
+
+Un autre dérivé de cette céramique rouge, qui est presque aussi ancien
+qu'elle mais ne dura pas aussi longtemps, est la céramique rouge à décor
+blanc. Le fond est toujours d'un beau rouge lustré sur lequel se
+détache, en lignes blanches mates, une ornementation empruntée au
+travail de la vannerie, chevrons, lignes pointillées et entre-croisées,
+et parfois même quelques représentations animales très sommaires. Les
+formes employées de préférence pour ce genre de poterie sont les coupes
+profondes, arrondies ou à fond plat, et les vases allongés, renflés à la
+partie inférieure, parfois très étroits du haut.
+
+[Illustration: _Fig. 50_ et _51_. Vases à cordon (d'après AYRTON.
+_El-Mahasna_, pl. XXXIII).]
+
+La poterie blanche, qui est en réalité plutôt d'un jaune rosé est plus
+récente et se perpétue jusqu'à l'époque thinite. La pâte en est plus
+fine, en argile moins mélangée de sable, la cuisson meilleure; quant aux
+formes elles sont peu variées. Il n'y a en somme guère qu'un type, qui
+va en se transformant progressivement: les vases les plus anciens sont
+presque globulaires avec une ouverture très étroite et deux petites
+saillies serpentant sur la panse et formant anses. Peu à peu, la panse
+se rétrécit, l'ouverture s'agrandit, les saillies s'allongent et se
+rejoignent pour former un cordon circulaire en relief et finalement le
+vase devient cylindrique. Parfois il est décoré de traits rouges
+entre-croisés.
+
+[Illustrations: _Fig. 52-54._ Vases peints (d'après J. DE MORGAN.
+_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. V et VII).]
+
+[Illustration: _Fig. 55._ Vase peint (d'ap. PETRIE. _Naqada and Ballas_,
+pl. XXXIV, no _45_).]
+
+La classe la plus intéressante de la céramique archaïque est
+certainement celle des vases décorés de peintures rouges, qui sont
+semblables comme pâte et comme cuisson à ceux de la catégorie
+précédente, mais dont la facture est plus soignée et les formes
+différentes. Ces vases sont globulaires, souvent presque aussi larges
+que hauts, avec un fond plat, une ouverture assez large et de toutes
+petites anses percées d'un trou servant à les suspendre; d'autres sont
+sphéroïdes, un peu aplatis, et munis des mêmes petites anses. Ces
+derniers, décorés de cercles concentriques ou de points rouges, imitent
+les vases en pierre dure que nous voyons rarement à cette époque mais
+que nous retrouverons à la période thinite en grande abondance, tandis
+que les autres, qui portent de petits traits horizontaux ou des lignes
+droites ou sinueuses, rappellent plutôt les ouvrages en vannerie. Enfin
+sur les plus grands de ces vases, on trouve une décoration d'un
+caractère tout différent, mais toujours tracée en rouge au pinceau, avec
+une assez grande sûreté de main: ce sont soit des végétaux, des aloès
+plantés dans des vases, soit des théories d'animaux, autruches ou
+chèvres sauvages, soit encore des représentations qui paraissent figurer
+de grands bateaux avec leurs rames, leurs enseignes, leurs
+superstructures, plutôt que, comme on l'a cru, des villages ou des
+fermes.
+
+[Illustrations: _Fig. 56 et 57._ Poterie grossière (d'ap. J. DE MORGAN.
+_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _425_ et _433_).]
+
+Il faut encore citer deux autres classes de poteries, et d'abord celle
+des vases en terre brunâtre grossière, façonnés sans grand soin pour les
+usages de la vie courante, et qui affectent diverses formes; on ne voit
+guère ces pots et ces cruches que dans les derniers temps de la période
+archaïque. Quant aux vases en terre noire ou brun foncé, à décor incisé
+et rempli d'une pâte blanchâtre, dont on ne trouve que de rares
+exemplaires en Egypte, à cette époque aussi bien que sous l'Ancien et le
+Nouvel Empire, ils n'ont rien d'égyptien, mais appartiennent à un type
+connu, répandu surtout dans les pays au nord de la Méditerranée. Il
+s'agit donc d'objets d'importation dont ni la matière, ni la facture, ni
+la décoration en lignes droites irrégulières et en points, n'ont de
+rapport avec quoi que ce soit qui provienne de la vallée du Nil.
+
+Nous avons vu des vases en terre, de forme globulaire ou sphéroïde dont
+la décoration prétendait imiter la matière de ces vases en pierre dure
+que nous trouverons en grande abondance sous les deux premières
+dynasties. Ces vases de pierre devaient donc nécessairement exister à la
+période prédynastique, mais ceux qui nous sont parvenus sont en nombre
+extrêmement restreint. C'étaient sans doute des ustensiles très
+précieux, et cette raison suffit pour expliquer les imitations peintes.
+Par contre, les matières moins dures que le porphyre ou le basalte et
+qui se laissent plus facilement travailler, comme le calcaire et
+l'albâtre, sont déjà d'un emploi très fréquent, et les indigènes y ont
+taillé avec habileté des vases cylindriques et des coupes de toutes
+formes et de toutes dimensions.
+
+
+B. CIVILISATION
+
+Après avoir ainsi passé en revue les nombreux documents que nous
+possédons maintenant sur la période archaïque, il nous reste à voir
+quels sont les renseignements utiles que nous pouvons en tirer pour la
+connaissance des Egyptiens prédynastiques et de l'état de leur
+civilisation.
+
+
+_Le pays_
+
+Aujourd'hui la vallée du Nil forme une longue et étroite plaine de
+terres cultivables, bordée des deux côtés par le désert ou la montagne;
+tout le terrain irrigable est utilisé et uniformisé. Cet état est dû non
+seulement au Nil fertilisateur, mais encore et surtout à la main des
+hommes qui, après des siècles de travail, sont arrivés à rendre
+productif jusque dans ses moindres recoins leur fertile petit pays. Il
+n'en était pas ainsi aux époques primitives, et l'aspect de la contrée
+devait être, quoique dans le même cadre, absolument différent. Le Nil
+avait commencé par serpenter au fond de la vallée, sans cours fixe,
+coulant alternativement sur un bord ou sur l'autre; ce n'est que peu à
+peu qu'il se fraya une voie plus régulière au milieu des alluvions qu'il
+avait lui-même apportées. Le limon qu'il amenait avec lui chaque année
+se répandait bien sur toute la surface des terres inondées, mais grâce
+au sable et aux galets qu'il charriait en même temps et qui se
+déposaient dans le courant même du fleuve, son lit s'élevait
+graduellement, laissant ainsi en bordure de la vallée des terrains en
+contre-bas où se formaient de véritables marais remplis à nouveau chaque
+année par l'inondation; là se développait une végétation luxuriante de
+plantes d'eau, roseaux, papyrus, lotus, et, sur les bords, de vraies
+forêts d'arbres de toute espèce. Toute cette zone lacustre entretenait
+dans le pays, aujourd'hui si sec, une humidité permanente qui devait lui
+donner un caractère tout différent et le faire ressembler à ce qu'est
+maintenant le Haut Nil, le Nil des régions tropicales. Le climat du
+reste n'était pas non plus exactement le même qu'aujourd'hui, il devait
+être sensiblement plus chaud, car à côté des animaux qui vivent encore
+en Egypte et de ceux qui s'en sont retirés depuis peu, comme
+l'hippopotame et le crocodile, on y trouvait encore, à ces époques
+reculées, l'éléphant, la girafe et l'autruche.
+
+Pour la faune et la flore, l'Egypte, qui n'a plus maintenant que ses
+cultures et son désert, est un des pays les plus pauvres du monde, mais
+il n'en était certainement pas de même autrefois, grâce à ces régions
+fertiles et sauvages en même temps, que l'homme primitif ne pouvait
+encore utiliser autrement que pour la chasse et la pêche, et où se
+développaient librement les plantes et les animaux les plus variés.
+
+
+_La race_
+
+Comme je l'ai dit plus haut, les anthropologistes sont encore loin
+d'avoir établi de façon certaine la race à laquelle appartenaient les
+plus anciens habitants de l'Egypte. Nous pouvons cependant nous en faire
+une idée approximative: c'était une population brachycéphale et
+orthognathe au teint clair, aux cheveux lisses, bruns ou châtains, à la
+taille moyenne, se rapprochant par conséquent beaucoup de la race qui
+occupait aux époques les plus anciennes tout le bassin de la
+Méditerranée, et apparentée tout spécialement aux Libyens et aux
+Berbères. Ainsi on retrouve les mêmes coutumes funéraires, les mêmes
+modes de sépulture dans l'Egypte primitive et dans les îles grecques, en
+Grèce et jusqu'en Italie, ce qui peut faire supposer une parenté de race
+avec les hommes qui habitaient ces contrées avant l'invasion aryenne. On
+a constaté aussi certains éléments d'origine soudanaise ou plutôt
+nubienne, même quelques statuettes stéatopyges rappellent le type
+hottentot, mais ce ne sont là que des exceptions. Il n'y a rien non
+plus ici des races aryennes ni surtout des Sémites.
+
+Ces populations étaient paisibles et on n'a retrouvé que sur un très
+petit nombre des crânes étudiés des lésions comme on en verrait
+certainement beaucoup chez un peuple belliqueux. On a pu constater par
+contre sur les os des traces de deux maladies, la tuberculose et la
+syphilis.
+
+
+_Habitations_
+
+Dans les montagnes et les falaises souvent assez élevées qui bordent la
+vallée du Nil, il n'y a ni cavernes ni abris sous roche où les hommes
+primitifs aient pu s'établir à demeure. Le climat leur permettait de
+vivre en plein air et nous avons vu que ceux de l'époque chelléenne
+semblent s'être tenus de préférence sur les hauteurs, tandis que les
+hommes de la période dont nous nous occupons avaient des établissements
+durables à la lisière du désert. Dans ces villages, il n'y a pas trace
+d'enceinte construite, ce qui fait ressortir le caractère paisible de
+ces peuplades, ni de maisons en brique ou en pierre, et si nous voulons
+nous faire une idée de ce qu'étaient les habitations des indigènes, nous
+pouvons nous reporter à des modèles de petits édifices très anciens qui
+ont survécu par tradition religieuse dans les sanctuaires de différents
+dieux: c'étaient soit des huttes en branchages, coniques ou arrondies,
+comme en ont encore les nègres de l'Afrique centrale, soit des
+constructions légères en bois, avec un pilier à chaque angle et un toit
+plat ou légèrement bombé.
+
+[Illustration: _Fig. 58._ Sanctuaire primitif (d'après PETRIE. _Royal
+Tombs_, II, pl. X).]
+
+Dans les villages, qui s'étendent en général sur une superficie assez
+peu considérable, les habitants serraient leurs récoltes et gardaient à
+côté d'eux leurs bestiaux; à en juger par la place occupée, quelques
+familles seulement devaient constituer la population d'un de ces
+établissements.
+
+
+_Costume et parure_
+
+Dans l'antiquité, le costume des Egyptiens a toujours été très sommaire,
+à plus forte raison a-t-il dû en être de même à une époque si reculée.
+D'après des représentations un peu plus récentes, datant des dynasties
+thinites, on voit que les indigènes hommes devaient avoir pour tout
+vêtement l'objet bizarre qui devint plus tard l'insigne national des
+Libyens, l'étui phallique, sorte de longue gaine tombant de la ceinture
+jusque près des genoux. Des peintures de vases nous montrent des femmes
+vêtues de robes courtes, collantes, descendant à peine aux chevilles; le
+buste était nu, semble-t-il. Enfin, dans certaines statuettes d'ivoire,
+on reconnaît des hommes enveloppés d'un grand manteau qui les couvre des
+épaules aux pieds. Ces vêtements étaient sans doute, à l'origine, en
+peau, et peut-être, à une époque moins reculée, en étoffe.
+
+[Illustration: _Fig. 59._ Figurines d'ivoire d'époque archaïque
+(QUIBELL. _Hieraconpolis_, pl. IX et XI).]
+
+Comme parure, on portait, ainsi que nous l'avons vu, des bijoux
+grossiers, tels que des bracelets en ivoire, en nacre, en silex, des
+colliers à plusieurs rangs, en perles de pierre ou en coquilles, des
+pendeloques et des peignes ornés de découpures. Il faut signaler encore
+les tatouages, ou peintures corporelles dont certaines femmes, peut-être
+des danseuses, se couvraient tout le corps, et qui figuraient des lignes
+brisées ou des animaux.
+
+[Illustrations: _Fig. 60_ et _61_. Bracelet en silex et peigne en os
+(d'après J. DE MORGAN. _Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig.
+_334_ et _337_).]
+
+
+_Chasse et pêche_
+
+Nous avons vu les tout premiers habitants de l'Egypte déjà en possession
+d'une arme qui pouvait être redoutable, le coup-de-poing chelléen. Des
+besoins impérieux contraignent l'homme que la terre non cultivée ne peut
+nourrir, à faire usage de la force, tant pour se procurer sa subsistance
+aux dépens des autres êtres vivant à côté de lui, que pour se défendre
+contre ceux qui, physiquement plus forts, sont pour lui une menace
+permanente.
+
+Des Egyptiens prédynastiques, beaucoup d'armes nous sont également
+parvenues, armes de plusieurs catégories qui peuvent être employées
+indifféremment pour la chasse et pour la guerre. Parmi celles qu'on a
+coutume d'appeler armes de choc, il faut citer en première ligne celles
+qui n'ont pu se conserver, vu la matière dont elles sont faites, mais
+qui ont laissé un souvenir persistant jusqu'aux plus basses époques, les
+armes de bois, d'abord le long bâton, renflé dans le bas et pouvant
+servir de massue, puis le vrai casse-tête court et pesant; aux époques
+historiques ce sont encore ces armes traditionnelles mais hors d'usage,
+qu'on donne volontiers aux morts dans leurs tombeaux. A côté de ces
+bâtons on trouve les massues dont la tête de pierre dure, conique ou
+ovoïde, s'emmanchait sur un bâton court, et enfin les haches, dont nous
+avons de nombreuses séries, de forme plate, longue, épaisse ou mince, à
+un seul tranchant, l'autre extrémité étant destinée à se fixer dans une
+emmanchure de bois dont nous ne connaissons plus la forme. Quant aux
+haches polies et à celles qui, munies d'un étranglement servant à
+faciliter l'emmanchure, semblent plutôt une copie des haches de bronze,
+elles appartiennent probablement à l'époque suivante.
+
+[Illustration: _Fig. 62 et 63._ Massues (d'après J. DE MORGAN, _Rech.
+sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _320_, et PETRIE. _Diospolis parva_,
+pl. V).]
+
+Comme arme de main, nous avons le poignard long et mince, très finement
+retaillé, qui est parfois une pièce de toute beauté, et enfin comme
+armes de jet, les innombrables pointes qui, suivant leurs dimensions,
+appartenaient à des flèches ou à des javelines. Travaillées avec grand
+soin, ces pointes sont le plus souvent encore remarquablement aiguës et
+présentent toutes les formes usuelles, pointes à ailerons, à encoches au
+pédoncule, lancéolées, triangulaires, en croissant; un type cependant
+qui est particulier à l'Egypte et qui se perpétue assez tard est celui
+de la flèche à tranchant, destinée à faire une blessure plus large que
+profonde; ce modèle est aussi employé pour des javelots. Certaines
+pointes de plus grandes dimensions peuvent avoir appartenu à des lances
+(v. p. 62-65).
+
+[Illustration: _Fig. 64._ Harpon en os.]
+
+Les indigènes avaient certainement encore, comme leurs successeurs,
+d'autres moyens de se procurer du gibier, les pièges, les lacets, les
+filets et peut-être le lasso, instruments qui naturellement n'ont pas
+laissé de traces. En ce qui concerne la pêche, nous n'avons pas non plus
+les filets, les nasses et les lignes qui devaient être déjà en usage à
+cette époque, mais certains silex en forme de croissant peuvent avoir
+servi d'hameçons pour les gros poissons, qu'on attaquait également avec
+des harpons en os munis d'une pointe barbelée. Les poissons sont
+extrêmement nombreux dans le Nil et devaient pulluler dans les marais
+avoisinants; ils formaient sans doute la base même de la nourriture des
+premiers Egyptiens, qui mangeaient aussi certains mollusques fluviatiles
+tels que les unios et les anodontes.
+
+Quant au gibier, nous avons vu qu'il y avait en Egypte non seulement les
+espèces qui y sont aujourd'hui, mais encore celles de l'Afrique
+tropicale; ainsi l'homme pouvait chasser l'antilope, le boeuf sauvage et
+la girafe aussi bien que la gazelle et le bouquetin, l'autruche comme
+l'oie, le canard et la perdrix, mais ses armes primitives devaient lui
+être de bien peu de secours vis-à-vis de l'éléphant, du rhinocéros, de
+l'hippopotame et du crocodile, ou contre le lion et la panthère qui
+infestaient encore la contrée.
+
+
+_Elevage. Agriculture_
+
+Les animaux sauvages pris vivants à la chasse, conservés d'abord comme
+en-cas pour le moment où le gibier viendrait à manquer, furent vite
+domestiqués; l'homme reconnut très tôt les services que ces bêtes
+pouvaient lui rendre, et non seulement il les nourrit, mais encore les
+dressa et les utilisa, recueillit leurs oeufs ou leur lait. Nous avons
+dans les kjoekkenmoeddings de la Haute Egypte des traces non équivoques
+d'élevage, les animaux domestiqués vivant côte à côte avec l'homme dans
+ces villages primitifs. Comme quadrupèdes, il devait y avoir le boeuf,
+l'antilope, la gazelle, la chèvre, sans doute l'âne; comme volatiles,
+l'oie, le canard, la grue, le pigeon, et bien d'autres variétés sans
+doute.
+
+L'agriculture est partout moins ancienne que l'élevage, et pour l'Egypte
+nous ne pouvons savoir à quelle époque on commença à travailler le sol,
+si ce fut à la fin seulement de la période prédynastique ou longtemps
+avant: les grains trouvés dans les kjoekkenmoeddings ne sont pas datés
+de façon exacte, et ceux des tombeaux sont difficilement identifiables.
+Quant aux outils, le sol fertile de l'Egypte, détrempé et ameubli par
+l'inondation, n'en nécessite pas de très puissants, aussi les houes et
+les charrues de bois furent-elles en usage pendant toute la période
+pharaonique; on n'en retrouve naturellement pas trace aux âges plus
+anciens, mais par contre certains silex plats, sortes d'herminettes de
+grande dimension, montrent des traces d'usure ne pouvant provenir que du
+travail de la terre, et ne sont sans doute pas autre chose que des
+houes. Enfin on retrouve de petits silex plats, dentelés et semblant
+être des fragments de scies qui, s'emmanchant les uns à côté des autres
+sur un bois recourbé, formaient des faucilles; cet outil, en usage
+encore au Moyen Empire, est sans doute d'origine préhistorique, mais
+nous ne pouvons dire avec certitude si certains des éléments retrouvés
+datent vraiment de l'époque dont nous nous occupons en ce moment. Il
+faut encore citer les moulins, pierres plates à surface incurvée où l'on
+écrasait le grain.
+
+
+_Navigation_
+
+Le moyen de communication qui est de beaucoup le plus pratique dans une
+vallée longue et étroite comme l'Egypte est sans contredit la voie
+fluviale, et jusqu'à nos jours c'est le Nil seul qui a été utilisé à cet
+effet, sauf pour de très courts trajets. Pour les populations primitives
+surtout, ce mode de locomotion devait avoir de très grands avantages,
+puisqu'il leur permettait de se transporter d'un point à un autre sans
+avoir à courir les multiples dangers qui les menaçaient dans un pays
+encore à moitié sauvage, infesté d'animaux contre lesquels ils n'avaient
+que des moyens de défense insuffisants. Les premiers bateaux furent très
+simples: on cueillait des roseaux ou des papyrus qu'on réunissait en
+bottes et qu'on liait ensemble de manière à former un esquif à fond
+arrondi, aux extrémités relevées en pointe, et qui, rendu imperméable au
+moyen d'un enduit quelconque, formait une nacelle légère, insubmersible,
+résistante et élastique. Ce modèle continua à être employé aux époques
+historiques, surtout pour la chasse dans les marais.
+
+[Illustration: _Fig. 65._ Modèle de nacelle en terre cuite (d'après DE
+MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _235_).]
+
+A côté de cela, les gens du pays possédaient des bateaux de beaucoup
+plus grandes dimensions, peu profonds et relevés aux deux extrémités,
+munis de rames et même de voiles carrées.
+
+
+_Commerce extérieur_
+
+Les indigènes avaient des rapports certains avec les côtes de la mer
+Rouge, puisque dans leurs sépultures on trouve des bracelets et des
+colliers faits en coquilles marines dont l'habitat est précisément dans
+cette mer. La poterie noire à décor incisé, dont il a été parlé plus
+haut, montre qu'ils avaient également des relations avec les autres
+peuples méditerranéens, surtout avec ceux des îles grecques, et que, par
+conséquent, il y avait déjà à cette époque des hommes osant s'aventurer
+avec leurs bateaux en pleine mer. Une petite découverte faite en Crète
+confirme l'existence de ces relations intercontinentales: on a trouvé à
+Phaestos, sur la côte sud de la Crète, dans les couches les plus
+profondes d'un gisement néolithique, un gros fragment de défense
+d'éléphant; or sur le littoral nord de l'Afrique, il n'y a guère que
+l'Egypte où l'éléphant ait pu vivre et nous avons vu qu'il y vivait en
+effet. C'est donc d'Egypte, selon toute probabilité, que cet objet fut
+transporté en Crète, à une époque antérieure à l'histoire.
+
+[Illustration: _Fig. 66._ Barque préhistorique (Graffito--d'après DE
+MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _492_).]
+
+
+_Arts et métiers_
+
+L'architecture de bois étant seule en usage chez les indigènes de
+l'époque archaïque, il ne nous en est naturellement rien parvenu; il est
+cependant probable que ce fut vers la fin de cette période qu'on
+commença à employer la brique crue, dont l'usage est si répandu sous la
+Ire dynastie, mais les monuments ne nous permettent pas d'affirmer la
+chose de manière absolue.
+
+La sculpture ne s'attaque pas encore à autre chose qu'aux petits objets,
+peignes, pendeloques, ornements, auxquels on cherche à donner une forme
+humaine ou animale, plaques de schiste qu'on découpe en silhouettes,
+figurines de danseuses ou d'hippopotames qu'on modèle dans de l'argile
+et qu'on fait cuire ensuite. Pendant ce temps, des chasseurs à l'affût
+gravaient des images d'animaux sur les rochers qui les abritaient, d'un
+trait encore malhabile, mais qui ne manque pas d'un certain caractère
+pittoresque. Il en est de même pour la peinture sur vases: on remarque
+dans ces figurations d'animaux, de végétaux, de bateaux, des qualités
+ornementales qui contrastent avec la naïveté et souvent la barbarie de
+l'exécution: les dessinateurs savent déjà reconnaître le trait
+caractéristique de chaque être et de chaque objet, et dans ces croquis
+enfantins on distingue le germe de ce qui fera plus tard l'originalité
+de l'art égyptien, à la fois synthétique et décoratif.
+
+Nous avons déjà vu, en fait de gens de métier, les fabricants de silex
+taillés, les potiers et les tourneurs de vases de pierre, les seuls
+artisans qui nous aient laissé des traces abondantes de leur activité et
+dont nous puissions arriver à reconnaître les procédés. Les autres
+ouvriers se devinent plus qu'ils ne s'affirment, ainsi les charpentiers,
+que signale la présence de nombreuses herminettes en silex, sorte de
+haches plates ne pouvant servir qu'au travail du bois; quelques
+fusaïoles nous révèlent aussi l'origine du travail des matières
+textiles.
+
+Le cuivre fait son apparition au cours de la période prédynastique,
+peut-être même à son début, mais les rares outils de métal trouvés dans
+les sépultures sont encore rudimentaires et montrent que les
+métallurgistes, qui deviendront si habiles aux âges suivants, en étaient
+encore aux tâtonnements du début.
+
+
+_Organisation sociale et politique_
+
+Les indigènes de l'Egypte prédynastique ne vivaient plus isolés, mais en
+société, et si nous ne savons rien de l'institution de la famille, nous
+connaissons au moins leurs villages où plusieurs familles pouvaient
+vivre côte à côte, et les nécropoles où ces populations sédentaires
+réunissaient leurs morts. Certains indices montrent qu'il existait des
+groupements plus importants, des tribus ayant chacune son insigne, sorte
+de totem, représentant sans doute la divinité locale. Ces enseignes qui
+devaient plus tard devenir l'emblème des nomes ou provinces de l'Egypte,
+servaient de signe de ralliement à des tribus sans doute apparentées à
+l'origine, mais qui devaient nécessairement entrer en compétition les
+unes avec les autres, au fur et à mesure qu'elles se développaient; de
+là des luttes sur lesquelles nous ne sommes renseignés que par la
+légende, et qui aboutirent à l'établissement de la suprématie du clan
+d'Horus sur toute la Haute Egypte, et du clan de Set sur le Delta. Ces
+deux tribus, celle du faucon et celle du quadrupède au museau recourbé
+et aux longues oreilles droites, étaient-elles autochtones ou
+étrangères, c'est ce que nous ne saurons sans doute jamais avec
+certitude, mais il est à présumer qu'elles durent leur supériorité à la
+connaissance des métaux qui leur donnaient un immense avantage sur des
+populations n'ayant que des armes de pierre. Quoi qu'il en soit, nous
+pouvons croire que la période archaïque, très paisible à ses débuts, se
+termina par de longues luttes qui aboutirent à la fondation des
+royaumes du Midi et du Nord, royaumes qui rivalisèrent longtemps,
+jusqu'au moment où l'un d'eux finit par absorber l'autre.
+
+[Illustration: _Fig. 67._ Hippopotame en terre cuite (d'après DE MORGAN.
+_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _413_).]
+
+
+
+
+[Illustration: _Fig. 68._ Vue perspective du tombeau de Negadah (d'après
+J. DE MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _521_).]
+
+
+
+
+CHAPITRE IV
+
+ÉPOQUE THINITE
+
+(De 4000 à 3400 av. J.-C. environ.)
+
+
+Entre le moment où les indigènes que nous avons appris à connaître
+habitaient paisiblement la Thébaïde, occupés de chasse et de pêche,
+d'agriculture et d'élevage, et celui où Ménès constitue son royaume, il
+n'y a pas de transition marquée, ni dans les monuments de la région
+d'Abydos, berceau de la nouvelle monarchie, ni dans le reste de la Haute
+Egypte. Ces deux époques se touchent, semble-t-il, et pourtant il s'est
+accompli pendant le laps de temps qui les sépare et dont nous ignorons
+la durée, une transformation profonde qui touche à tous les domaines:
+une méthode nouvelle de gouvernement est inaugurée, l'écriture est
+inventée, les constructions de briques remplacent l'architecture de
+bois, le cuivre et même le bronze deviennent d'un usage courant, tandis
+que la taille du silex et la fabrication des vases de pierre ont atteint
+la perfection. Une transformation pareille demande de longs siècles ou
+bien une intervention étrangère, aussi a-t-on tenté de l'expliquer de
+diverses manières, sans avoir encore pu sortir du domaine des
+hypothèses.
+
+En raison de certaines ressemblances très apparentes entre ce qui nous
+est parvenu de l'Egypte thinite et ce que nous connaissons de la Chaldée
+primitive, l'écriture hiéroglyphique, l'architecture en briques crues,
+l'emploi du cylindre comme cachet, la forme de certains vases de pierre,
+quelques savants ont voulu établir une communauté d'origine. Ils
+supposent qu'à un moment donné, une tribu puissante venant de Chaldée ou
+d'un autre pays qui serait aussi le berceau des Chaldéens, aurait
+pénétré en Egypte par le Sud après avoir traversé la mer Rouge et le
+désert, aurait soumis la vallée du Nil et répandu dans tout le pays les
+bienfaits d'une civilisation supérieure à celle qui s'y était développée
+naturellement. La tribu conquérante, le clan Horien, serait alors une
+peuplade d'origine sémitique et Horus un dieu sémite, ce qui est bien
+difficile à admettre, d'autant que, plus on étudie cette époque, plus on
+constate le caractère vraiment original et purement africain de la
+civilisation égyptienne.
+
+D'un autre côté, la légende parle de l'expédition d'Horus comme venant
+du Sud; un texte très ancien donne même le nom de la tribu de laquelle
+sortait la race royale, la race horienne, et cette tribu est une tribu
+nubienne. Nous devons donc admettre qu'à un moment donné, peut-être peu
+avant Ménès, peut-être bien des siècles plus tôt, une tribu méridionale,
+mais d'une race apparentée à celle qui occupait le pays, vint
+s'installer dans la vallée du Nil, qu'elle subjugua après un temps plus
+ou moins long et dont nous ne pouvons évaluer la durée. Ce qui assura la
+supériorité à ces conquérants, c'est le fait qu'ils connaissaient les
+métaux, tandis que les indigènes en étaient encore à l'âge de la pierre,
+mais il est bien peu probable qu'il faille attribuer aux envahisseurs
+tous les progrès faits par la civilisation égyptienne aux débuts de la
+période historique, entre autres l'invention de l'écriture.
+
+Presque tout ce qui nous est parvenu jusqu'ici de l'époque prédynastique
+provient de la Haute Egypte, et nous n'avons pour ainsi dire aucun
+document sur ce qu'était le Delta pendant cette période. Cette région
+est cependant incomparablement plus riche que la Haute Egypte, et ses
+habitants durent nécessairement précéder leurs frères du Sud dans la
+voie de la civilisation; c'est dans les terres du Delta, plus fertiles
+et mieux arrosées que toutes les autres, que l'agriculture devait naître
+et se développer en premier lieu, et la légende nous en a conservé un
+souvenir très précis: Osiris est un dieu du Delta, dont le centre est à
+Mendès; Isis est également une déesse de la même région, ainsi que Set,
+le dieu de la tribu la plus puissante de cette partie du pays.
+
+Le Delta était donc considéré par les Egyptiens eux-mêmes comme le
+berceau de leur civilisation, à bon droit, semble-t-il. C'est à la
+nature même du sol, entièrement cultivable, que nous devons de n'en
+avoir pas retrouvé la moindre trace, car si dans la Haute Egypte les
+habitations et les nécropoles étaient situées à la lisière du désert,
+elles ne pouvaient être ici que sur des monticules artificiels
+aujourd'hui recouverts par les alluvions et cultivés comme le reste du
+pays. Il existe encore une autre preuve de l'avance que les indigènes
+du Nord avaient sur ceux du Sud, preuve relative à l'organisation
+sociale du pays: dans les listes de rois mythiques antérieurs à Ménès,
+on ne voit que dix rois thinites pendant 350 ans, tandis que les trois
+dynasties de rois du Nord avaient occupé le trône pendant des milliers
+d'années.
+
+Il est difficile de se rendre compte comment les rois du Sud réussirent
+à détrôner leurs voisins plus civilisés du Nord et à réunir tout le pays
+sous leur sceptre, mais dans l'histoire les exemples sont fréquents d'un
+peuple riche subjugué par un autre qui lui est très inférieur, et
+toujours dans ces cas-là nous voyons que le vaincu finit par s'assimiler
+le vainqueur et par l'absorber: la civilisation, un moment écrasée par
+la force, reprend au bout de peu de temps son essor, activé par
+l'infusion d'un sang nouveau. Il en fut de même ici, et comme dans le
+mythe, Horus ne put achever sa conquête et dut faire un compromis avec
+ses ennemis. Le Delta se vengeait généreusement d'avoir perdu son
+autonomie en imposant à son vainqueur une civilisation très supérieure,
+jusqu'au moment où il pourrait lui-même reprendre les rênes du pouvoir.
+
+
+A. HISTOIRE ET TRADITION
+
+Originaires d'un des points les plus méridionaux du territoire égyptien,
+les chefs de la tribu du faucon, qui avaient étendu leur pouvoir sur les
+autres tribus de la Haute Egypte, choisirent comme lieu de résidence un
+endroit plus central, situé plus au nord, en une région où la vallée
+s'élargit et devient en même temps plus fertile. C'est là que s'éleva la
+ville de Thinis, qui comme capitale politique de l'Egypte devait être
+vite supplantée par les villes mieux situées, tandis que sa voisine,
+Abydos, où les premiers rois creusèrent leurs tombeaux, devenait
+rapidement la métropole religieuse de la Haute Egypte, le centre du
+culte funéraire, la ville du dieu des morts.
+
+C'est à leur première capitale que les deux premières dynasties doivent
+le nom sous lequel on les désigne couramment, celui de dynasties
+thinites. Pour arriver à connaître leur histoire, nous pouvons
+maintenant combiner les données des écrivains classiques et celles que
+fournissent les listes ou les monuments égyptiens postérieurs, avec les
+renseignements contemporains qui nous ont été livrés par les fouilles
+récentes; nous avons la liste des rois, les chiffres indiquant la
+longueur de leurs règnes, mais l'histoire proprement dite,
+l'enchaînement des événements, nous fait encore défaut. Le relevé
+officiel, année par année, de la pierre de Palerme, ne nous est pas
+d'une grande utilité, car par le fait des cassures, nous ne savons
+auxquels des rois attribuer les événements signalés, qui du reste ne se
+rapportent le plus souvent qu'à des fêtes religieuses ou à des
+fondations de temples. De plus, pour des raisons que nous examinerons
+plus loin, il est souvent difficile d'établir la corrélation entre les
+noms royaux tels que nous les donnent les listes et ceux qui se trouvent
+sur les monuments contemporains.
+
+La première dynastie, au dire de Manéthon, compta huit rois et dura 263
+ans, la seconde, neuf rois qui occupèrent le trône pendant 302 ans. On
+peut les placer, approximativement, entre 4.000 et 3.400 avant notre
+ère.
+
+Dans ces deux groupes de souverains, la seule figure qui se détache sur
+l'ensemble est celle du premier d'entre eux, Ménès, en égyptien Mena ou
+Mini, le véritable fondateur de la royauté égyptienne. Nous ignorons
+comment il s'y prit pour réunir sous son sceptre les deux parties du
+pays, mais nous savons qu'aussitôt la chose faite, il s'empressa de
+transporter le siège de son gouvernement à la frontière des deux
+royaumes, fonda une ville nouvelle, à laquelle il donna son nom,
+Memphis, Mennofer, et qui par sa position même devait rester bien
+longtemps la capitale de l'Egypte. Après cela il s'occupa activement de
+l'organisation de ses nouveaux états: il promulgua des lois, fonda des
+temples, dirigea des expéditions contre les Libyens qui habitaient aux
+confins de la vallée du Nil et qui cherchèrent toujours à s'y
+réinstaller en maîtres. Son long règne, qui dura plus de soixante ans,
+se termina par une fin tragique sur laquelle nous ne sommes que très
+vaguement renseignés.
+
+Les successeurs immédiats de Ménès, ceux dont les noms, grécisés par
+Manéthon, sont Athothis, Kenkenès, Ouenéphès, Ousaphaïs, Miébis,
+Semempsès et Bienekhès, continuèrent son oeuvre, sans qu'aucun d'eux se
+distinguât de façon particulière: ils s'occupèrent de législation,
+d'administration intérieure, et réglèrent définitivement le culte des
+dieux et le rituel des cérémonies; ils construisirent des temples, des
+palais et d'autres édifices, ils guerroyèrent contre les Libyens et l'un
+d'eux envoya au Sinaï la première expédition minière dont l'histoire ait
+gardé le souvenir. Quelques-uns s'occupèrent même de science et
+composèrent non seulement des ouvrages théologiques, mais aussi des
+livres de médecine et d'anatomie. Sous les uns, diverses calamités
+s'abattirent sur le pays, tandis que les autres jouirent d'années
+prospères et tranquilles.
+
+Les rois de la IIme dynastie, Boethos, Kaiekhos, Binothris et les autres
+ont une personnalité plus effacée encore, et il est difficile de les
+identifier avec ceux que les monuments nous font connaître et qui ne
+peuvent se ranger que dans cette période de l'histoire, Kha-Sekhemouï,
+Neb-ra, Nenouter, Hotep-Sekhemouï et plusieurs autres encore. Aucun
+événement important n'est relaté, même sur la pierre de Palerme, où les
+mentions annuelles se rapportent toutes à des fêtes royales ou
+religieuses, au dénombrement des bestiaux, à la construction de divers
+édifices. On s'aperçoit néanmoins, en étudiant les courtes inscriptions
+laissées par ces rois et en les comparant à celles de la dynastie
+précédente, qu'il y a quelque chose de changé dans la titulature royale,
+auparavant très simple. Il s'y introduit à plusieurs reprises un élément
+nouveau, l'emblème du dieu Set, et ce simple fait montre que le sceptre
+n'est plus aussi ferme entre les mains des souverains thinites, qu'ils
+se rapprochent insensiblement, soit par des mariages, soit autrement,
+des descendants des anciens rois du Nord; si quelques rois se font
+ensevelir à Abydos, comme leurs ancêtres, les autres commencent à
+creuser leurs tombeaux à Memphis même, où les traces de leur activité
+deviennent de plus en plus fréquentes. Cette dynastie, encore nettement
+thinite, tant par l'origine de ses rois que par le caractère de sa
+civilisation, représente donc pour nous le commencement de la période de
+transition pendant laquelle se prépare l'avènement de l'empire
+memphite; cette période est assez longue, puisqu'elle embrasse encore la
+IIIme dynastie qui, bien que memphite, se rattache étroitement à celle
+qui la précède.
+
+[Illustration: _Fig. 69._ Tête de Kha-Sekhemouï (d'apr. QUIBELL.
+_Hieraconpolis_, I, p. XXXIX).]
+
+
+B. MONUMENTS
+
+Presque tous les monuments, petits ou grands, que nous possédons
+maintenant, proviennent de la Haute Egypte, en particulier d'Abydos, de
+Negadah et, un peu plus au sud, d'Hieraconpolis, la ville où était
+probablement le centre le plus ancien en Egypte du clan d'Horus le
+Faucon, avant son extension vers le nord. Enfin un certain nombre
+d'inscriptions et de petits objets ont été trouvés dans les environs de
+Memphis, mais, comme nous venons de le voir, ceux-ci datent seulement de
+la fin de l'époque thinite. Nous devons passer en revue tous ces
+documents avant d'aborder le tableau d'ensemble de la civilisation
+pendant cette période.
+
+
+_Tombeaux_
+
+Les princes de Thinis avaient choisi pour y creuser leurs sépultures une
+large plaine sablonneuse dominée par les montagnes où commence le désert
+proprement dit, aux environs immédiats de leur première capitale, au
+lieu qui deviendra plus tard la ville sacrée d'Abydos. Les plus
+anciennes de ces tombes, celles qui appartiennent aux premiers rois de
+la Ire dynastie, et même peut-être à quelques-uns de leurs prédécesseurs
+immédiats, sont de grandes fosses rectangulaires creusées dans le sol du
+désert, qui ne dépassent guère cinq mètres sur sept de côté, et trois de
+profondeur environ; des murs en briques crues étaient élevés contre les
+parois naturelles de la fosse et le tout était recouvert, au niveau du
+sol sans doute, par un plancher de bois supporté par des piliers,
+également en bois; une couche de sable devait rendre la tombe invisible.
+
+[Illustration: _Fig. 70._ Plan d'un tombeau royal à Abydos (d'après
+PETRIE. _Royal Tombs_, I, pl. LX).]
+
+Avec un plan aussi simple, le tombeau du roi se distinguait à peine de
+ceux de ses sujets, et nous voyons peu à peu les souverains chercher à
+donner à leur dernière demeure un caractère plus grandiose. A partir du
+milieu de la Ire dynastie, les proportions de ces tombeaux augmentent
+sensiblement, en profondeur autant qu'en longueur et en largeur: on ne
+se contente plus de murs en briques et d'un plafond de bois, on étend un
+plancher sur le sol, on lambrisse les parois, et on finit même par
+dessiner le long des murailles, au moyen de murs de refend, des séries
+de niches profondes qui ont presque la dimension de petites chambres.
+Enfin de grands escaliers en briques crues descendent jusqu'au fond de
+la salle, et autour de celle-ci, dans un fossé moins profond, sont
+construites des séries de petites chambres servant de magasins pour les
+provisions funéraires et de sépulture aux gens de l'entourage immédiat
+du roi. Un petit monticule de sable et de galets recouvrait autrefois le
+trou, et au sommet une stèle portant en grands caractères le nom du roi
+signalait de loin l'emplacement de son tombeau.
+
+[Illustration: _Fig. 71._ Stèle royale d'Abydos (d'après DE MORGAN.
+_Rech. sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _797_).]
+
+Deux tombes seulement de rois de la IIme dynastie ont été retrouvées à
+Abydos, toujours dans la même région, mais ces monuments se distinguent
+très nettement des autres, par le fait surtout que la chambre funéraire
+et toutes ses dépendances sont construites dans une seule et même
+excavation, celle-ci pouvant atteindre des dimensions considérables.
+Ainsi le tombeau de Kha-Sekhemouï, qui doit être un des derniers rois de
+la dynastie, est construit sur un plan très allongé et n'a pas moins de
+83 mètres de long, avec 58 pièces, parmi lesquelles la chambre
+funéraire, placée au centre, est à peine plus importante que les autres.
+
+Le monument le plus remarquable de toute la période thinite est situé à
+Négadah, entre Abydos et Louxor; c'est encore un tombeau, non plus un
+tombeau souterrain, mais une construction entièrement apparente. En
+voyant pour la première fois cet édifice qui est encore dans un état de
+conservation relativement bon, nous crûmes être en présence d'un mastaba
+de l'Ancien Empire et il fallut les fouilles méthodiques qu'entreprit
+immédiatement M. de Morgan pour nous prouver que nous avions sous les
+yeux un monument datant d'un des plus anciens rois de la Ire dynastie;
+certains savants ont voulu identifier ce souverain à Ménès lui-même,
+mais la découverte récente d'un fragment des annales de l'Ancien Empire
+montre qu'il s'agit sans doute de son deuxième successeur, le roi
+Atet-Kenkenès.
+
+Entièrement construit en briques crues, ce monument, dont la forme
+générale est rectangulaire, a une longueur totale de 54 mètres,
+exactement le double de sa largeur; un socle bas l'isole du terrain
+environnant, et au-dessus de ce soubassement les murs s'élèvent,
+présentant tout le long des quatre façades une série de petites niches
+avec les retraits et les saillies que nous retrouverons plus tard dans
+les stèles de l'Ancien Empire et qui ne font que reproduire les détails
+décoratifs de l'architecture civile en briques et en bois. Aucune porte
+ne permet de pénétrer dans l'intérieur, qui se compose d'un noyau
+central contenant cinq pièces, dont la chambre funéraire, au milieu;
+après l'ensevelissement, on avait muré les portes de ces chambres, puis
+on avait édifié tout autour une série de pièces plus petites destinées à
+servir de magasin, et enfin le mur extérieur avec ses niches, qui devait
+clore définitivement le tombeau et le présenter aux regards sous la
+forme d'un immense bloc architectural sans la moindre ouverture: au lieu
+d'être enterré, comme d'habitude, le mort était emmuré.
+
+Enfin, dans les substructions du temple plus récent d'Hieraconpolis, on
+a retrouvé un long mur circulaire, en pierres grossièrement assemblées,
+qui représente sans doute l'enceinte du premier temple bâti en cet
+endroit sous les dynasties thinites, ainsi que semblent le prouver un
+montant de porte sculpté au nom du roi Kha-Sekhemouï et d'autres objets
+de la même époque. On n'a jusqu'ici signalé aucun autre édifice royal,
+temple ou tombeau de cette période.
+
+[Illustration: _Fig. 72._ Tombe d'époque thinite (d'après REISNER.
+_Predynastic cemeteries_, I, pl. IV).]
+
+Quant aux tombeaux des particuliers, ils sont toujours d'une grande
+simplicité: la fosse, un peu plus grande qu'autrefois, est rectangulaire
+ou carrée, ses parois sont en général revêtues de briques crues, et un
+plafond de bois ou de dalles de pierre recouvre le tout; elle comprend
+parfois plusieurs chambres. Le mort y est le plus souvent couché sur le
+côté gauche, la tête au sud, dans la position dite embryonnaire ou
+assise; on ne rencontre que rarement des exemples de démembrement
+complet, comme c'est le cas vers la fin de la période précédente, mais
+on retrouve par contre souvent la petite tombe ovale et la tombe-ciste.
+
+
+_Mobilier funéraire_
+
+Les tombeaux royaux ne nous sont point parvenus intacts; ils n'étaient
+pas suffisamment protégés, et les violateurs de sépultures y
+pénétrèrent; puis des incendies éclatèrent dans ces constructions où le
+bois entrait pour une grande part, et le mobilier funéraire en souffrit
+considérablement. D'après ce qui en reste, nous pouvons néanmoins nous
+faire une idée exacte de ce que ce mobilier devait être à l'origine, de
+la variété et de la richesse des objets qui le composaient.
+
+[Illustration: _Fig. 73._ Jarre en terre (d'ap. PETRIE. _Abydos_, I, pl.
+XXXII No _100_).]
+
+Les vases en terre sont de toutes formes et d'une grande abondance; tous
+servaient à serrer des provisions, grains ou liquides, dont on a encore
+retrouvé des traces, et étaient amoncelés dans les petites salles
+annexes du tombeau, qui servaient de magasins; d'immenses jarres,
+soigneusement fermées au moyen d'une écuelle et d'un bouchon d'argile,
+et alignées les unes à côté des autres, contenaient du vin, peut-être
+aussi de l'huile; dans d'autres pièces, des cruches plus petites ou de
+grandes écuelles renfermaient du blé, de l'orge, des fruits, des
+viandes. Tous ces vases étaient des objets d'un usage courant, vulgaire
+même, et non des ustensiles de luxe; ils ne manquent pas d'un certain
+galbe, d'une élégance de lignes qui se retrouve dans tout objet
+provenant de l'ancienne Egypte, mais leur facture est sommaire, l'argile
+employée est grossière, la cuisson souvent défectueuse.
+
+[Illustration: _Fig. 74 et 75._ Vases cylindriques en terre (d'ap.
+AYRTON. _El-Mahasna_, pl. XXXIII).]
+
+Si la céramique, ravalée à des usages inférieurs, est moins soignée que
+celle de la période prédynastique, nous remarquons par contre un progrès
+immense réalisé dans l'industrie des vases de pierre: toute la vaisselle
+des rois et des gens de qualité se composait en effet d'ustensiles
+taillés avec une habileté incroyable, qui n'a jamais été égalée plus
+tard, en aucun endroit et à aucune époque. Les ouvriers travaillent
+indifféremment le calcaire, l'albâtre et le grès, le granit, la diorite,
+la diabase et le porphyre, sans que jamais la pierre la plus dure semble
+constituer pour eux le moindre obstacle. Ils s'attaquent même à
+l'obsidienne et au cristal de roche et réussissent à en tirer des petits
+vases et des coupes d'une perfection inouïe. Des instruments dont ils se
+servaient pour venir à bout de ces chefs-d'oeuvre, nous ne connaissons
+que le plus important, celui qui servait à évider l'intérieur du vase,
+une sorte de vilebrequin à lame latérale, garni dans le haut d'un lourd
+contrepoids servant de volant.
+
+[Illustration: _Fig. 76-79._ Coupes en pierre dure (d'après PETRIE.
+_Royal Tombs_, II pl. XLVII, XLVIIB, XLVIII).]
+
+Au point de vue de la forme, la variété de ces vases est très grande. Il
+y a d'abord la coupe, pour laquelle on employait de préférence
+l'albâtre, le calcaire, le grès, le quartz, et qui servait en même temps
+d'assiette et d'écuelle. Elle est plate ou plus ou moins profonde,
+souvent même plus haute que large; son fond est plat ou arrondi, ses
+parois généralement droites, mais parfois le rebord se retourne
+légèrement vers l'intérieur. Puis les grandes jarres d'albâtre, imitées
+du modèle très répandu de la poterie ordinaire, et dont quelques-unes
+atteignent jusqu'à un mètre de hauteur; les vases globulaires à fond
+plat et à petites anses, les uns minuscules, les autres de très grandes
+dimensions; les vases sphéroïdes à rebord aplati et anses de suspension,
+en granit, diorite ou porphyre, dont la panse est unie ou côtelée et qui
+sont souvent de pures merveilles; enfin les nombreux vases cylindriques,
+généralement en albâtre. On pourrait encore mentionner d'autres formes
+moins courantes, entre autres les vases en forme d'animaux. Tous ces
+modèles se retrouvent en très grande abondance dans les tombeaux des
+rois et même dans ceux des particuliers de l'époque. Etant donnée la
+matière employée, on pourrait encore faire rentrer dans cette catégorie
+les petites tables d'albâtre, sorte de guéridons formés d'un disque
+monté sur un pied très bas, qui servaient de tables à manger, et qui
+deviennent surtout fréquentes à partir de l'Ancien Empire.
+
+[Illustration: _Fig. 80 et 81._ Vases de pierre (d'après PETRIE. _Royal
+Tombs_, II, pl. XLIX, et l'original).]
+
+La faïence fait sa première apparition avec des vases, des plaquettes et
+divers fragments en terre vernissée, à couverte d'un vert parfaitement
+homogène, mais qui peut-être était bleu à l'origine; ce genre de faïence
+devait continuer à être employé à toutes les époques du royaume
+pharaonique.
+
+[Illustration: _Fig. 82 et 83._ Bracelets de la Ire dynastie (d'après
+VERNIER. _Bijoux et orfèvrerie_, I, pl. V).]
+
+Vu leur fragilité même, beaucoup d'objets qui se trouvaient dans les
+tombes royales ont disparu ou ne nous sont parvenus qu'à l'état de
+fragments: ainsi tout ce qui était en bois ou en ivoire, figurines,
+plaquettes, coffrets incrustés, meubles sculptés souvent ornés de pieds
+de taureau ou de lion, d'un travail exquis. Un hasard heureux a fait
+retrouver aussi de belles perles en or et des bracelets en or, améthyste
+et grenat qui sont aussi bien composés qu'exécutés, et qui dénotent,
+chez les bijoutiers de ce temps, une pratique du métier déjà très
+grande.
+
+[Illustration: _Fig. 84._ Poignard en silex à poignée d'or (d'apr. J. DE
+MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _136_).]
+
+Les progrès de la taille du silex sont au moins aussi remarquables que
+ceux de la fabrication des vases en pierre dure. Les grands couteaux
+recourbés du tombeau de Negadah et les longs éclats retaillés sur une
+seule face, avec des retouches d'une régularité parfaite, ne sauraient
+trouver leurs égaux en aucun pays du monde; ces derniers servaient de
+poignards, et l'un d'eux est enveloppé sur une partie de sa longueur
+d'une feuille d'or ciselé formant poignée. A côté de ces armes on
+trouve, toujours dans les tombeaux des rois, un grand nombre de pointes
+de flèches qui ne leur cèdent en rien pour la beauté de la forme et du
+travail.
+
+[Illustration: _Fig. 85 et 86._ Pointes de flèches, Abydos (d'apr. DE
+MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Eg._, I, fig. _210_, _219_).]
+
+Nous avons déjà vu çà et là, pendant l'époque précédente, des objets de
+cuivre; à partir des premiers rois thinites, l'usage de ce métal est
+très répandu. On s'en sert non seulement pour des outils ou des armes,
+mais aussi pour des vases, grandes coupes creuses, vases globulaires
+avec anse mobile ou aiguières verseuses à bec recourbé, qui témoignent
+déjà d'une grande habileté en matière de chaudronnerie; les ouvriers
+s'entendaient aussi bien à travailler à l'embouti qu'à souder et à river
+les pièces ensemble.
+
+[Illustration: _Fig. 87._ Plaque de schiste (d'après LEGGE. _Proc. of
+the Soc. of Bibl. Arch._, XXII pl. II).]
+
+Parfois encore les tombeaux des particuliers nous livrent de ces plaques
+de schiste que nous avons signalées dans les sépultures prédynastiques,
+mais on n'en a rencontré que rarement dans les tombes royales; l'usage
+de ces objets dans le mobilier funéraire tendait à disparaître, par
+contre on en employait d'analogues pour le service du culte divin. Ces
+plaques de schiste d'un nouveau modèle, dont quelques-unes de très
+grandes dimensions, sont couvertes de sculptures en bas-relief qui ont
+pour nous non seulement de l'intérêt au point de vue artistique, mais
+nous donnent encore souvent des renseignements historiques importants.
+On y voit représentées, sous forme symbolique, une campagne victorieuse,
+la destruction de cités ennemies, la soumission des vaincus, tandis que
+sur d'autres on ne remarque que des animaux de toute sorte, en
+particulier ces espèces de panthères dont le cou d'une longueur très
+exagérée entoure le godet central qui paraît être la partie la plus
+importante de la plaque, mais dont nous ne connaissons pas encore le but
+exact. Quoi qu'il en soit, ces plaques de schiste sculptées, qui sont de
+véritables oeuvres d'art, paraissent être des objets votifs, comme les
+énormes masses d'armes votives en pierre, couvertes de bas reliefs, qui
+étaient déposées dans le temple d'Hieraconpolis.
+
+[Illustration: _Fig. 88._ Statue archaïque, à Turin (d'ap. PETRIE.
+_Photographs_, No _2_).]
+
+Ces monuments sont en somme les premiers bas-reliefs égyptiens; c'est de
+la même époque que datent les premières oeuvres de la statuaire, qui,
+bien que souvent un peu lourdes de forme, possèdent déjà la plupart des
+qualités des statues de l'Ancien Empire. Ces objets sont du reste assez
+rares: quelques statues de petites dimensions, de rois ou de
+particuliers, des statuettes d'hommes ou de femmes en ivoire, et des
+figurines en diverses matières, représentant des animaux.
+
+
+_Inscriptions_
+
+Parmi tous ces monuments, les plus importants pour nous, et de beaucoup,
+sont ceux qui portent des inscriptions. Les plus anciens documents
+écrits appartiennent aux premiers souverains ayant régné sur les deux
+parties du pays, et l'invention de l'écriture, qui est la
+caractéristique de l'époque thinite, ne semble pas avoir été de beaucoup
+antérieure à ces débuts de l'histoire égyptienne. Il ne s'agit pas
+encore de textes, à proprement parler, mais d'inscriptions très courtes
+donnant des noms, des titres, et la mention sommaire, au moyen de
+quelques signes seulement, d'événements importants. En la comparant à
+celle des époques suivantes, on voit que cette écriture est encore dans
+son enfance, mais en même temps on peut constater qu'elle a non
+seulement le caractère pictographique propre à toutes les écritures
+primitives, mais qu'elle possède déjà tous les éléments phonétiques et
+alphabétiques qui constituent le système hiéroglyphique. Les signes ne
+sont pas encore disposés suivant un ordre rigoureux, comme plus tard,
+mais ils sont déjà dessinés avec une précision remarquable, et ceux qui
+sont en usage à ce moment-là se modifieront à peine au cours des
+siècles. L'Egyptien, profondément artiste, avait trouvé, presque sans
+tâtonnement, semble-t-il, le type d'écriture qui lui convenait et
+auquel il devait se tenir pendant des milliers d'années.
+
+[Illustration: _Fig. 89._ Tablette en ébène (d'ap. PETRIE. _Royal
+Tombs_, I, pl. XV, no _16_).]
+
+Les documents écrits de la période thinite appartiennent pour ainsi dire
+tous au roi lui-même ou à son entourage immédiat. Parmi les monuments
+royaux, il faut citer en première ligne les grandes stèles de pierre
+dressées sur les tombeaux et qui ne contenaient que le nom du roi en
+grands caractères; il en est de même des montants de porte de
+Kha-Sekhemouï au temple d'Hieraconpolis et des bas-reliefs du Sinaï où
+le nom accompagne seul la figure de Mersekha massacrant ses ennemis. De
+petites plaquettes en bois ou en ivoire, destinées à commémorer un
+événement, une victoire, une cérémonie religieuse ou une inauguration
+d'édifices, portaient, en plus des représentations figurées et du nom
+royal, un très court texte explicatif. Enfin, sur la grande plaque de
+schiste et les massues votives d'Hieraconpolis, il n'y a, à côté des
+représentations, que le nom du roi, qui se retrouve également, isolé,
+sur beaucoup de petits objets de toute espèce.
+
+[Illustration: _Fig. 90._ Empreinte de cylindre (d'après PETRIE. _Royal_
+Amenemhat III).]
+
+Chaque employé supérieur de l'administration avait son cachet officiel,
+cylindre gravé en creux, portant son titre et son emploi, à côté du nom
+du roi; ces cylindres servaient entre autres à sceller les produits dont
+les fonctionnaires avaient la surveillance, et ils étaient apposés sur
+les énormes bouchons d'argile fermant les grandes jarres où l'on
+conservait les provisions destinées au roi mort. Ces empreintes, qui
+sont le plus souvent encore très nettes, forment l'ensemble le plus
+important et le plus varié des inscriptions de l'époque thinite. C'est
+aussi, sans aucun doute, à des officiers royaux et à de grands
+personnages de la cour qu'appartenaient les nombreuses petites stèles
+portant simplement leur nom et indiquant la place de leur sépulture dans
+les dépendances des tombeaux royaux.
+
+[Illustration: _Fig. 91._ Protocole du roi Amenemhat III.]
+
+Ce n'est pas sous la forme d'un cartouche ovale, comme on a l'habitude
+de le voir dans tous les monuments depuis l'Ancien Empire, que se
+présente ici le nom du roi: il est renfermé dans un rectangle terminé
+dans le bas par un motif architectural et surmonté d'un faucon. Il est
+nécessaire, pour expliquer cette différence qui peut paraître étrange au
+premier abord, de jeter un coup d'oeil sur la titulature complète des
+rois d'Egypte, à la bonne époque. A côté d'un nombre très variable
+d'épithètes pompeuses où la fantaisie des scribes se donne libre
+carrière, le protocole royal comporte cinq noms différents précédés
+chacun d'un titre spécial; ainsi la titulature complète d'Amenemhat III,
+un des derniers rois de la XIIme dynastie (fig. 91), se présente de la
+façon suivante:
+
+Le premier de ces titres, celui dans lequel le faucon surmonte un
+édifice où est gravé le nom, représente le nom sacré du roi, son nom
+d'Horus, celui par lequel il affirme sa descendance divine, sa qualité
+d'héritier légitime du dieu fondateur de la monarchie. Les deux suivants
+ont moins d'importance et paraissent rarement isolés en dehors du
+protocole complet. Quant aux deux derniers, avec les noms renfermés dans
+des cartouches, ce sont, à l'époque classique, les vrais titres
+officiels du roi, les seuls employés couramment pour désigner le
+pharaon: l'un, que nous avons l'habitude d'appeler le prénom, est
+surmonté du double titre «roi de la Haute et roi de la Basse Egypte»;
+c'était le nom que se donnait le roi au moment de son couronnement,
+tandis que son ancien nom de prince royal, son nom de famille en quelque
+sorte, trouvait place dans le dernier cartouche, avec l'épithète «fils
+du soleil», qui fait ressortir une fois de plus le caractère divin ou
+semi-divin de la royauté. Tous ces titres n'ont ni la même origine ni la
+même ancienneté. Le premier en date est aussi le premier de la série,
+le nom d'Horus; jamais, sur leurs monuments, les premiers rois de la
+première dynastie ne sont désignés par un autre nom que celui qui,
+enfermé dans le rectangle qui figure le palais royal, est surmonté du
+faucon, image du dieu Horus. Le souverain n'est donc pas appelé à
+l'origine «le roi d'Egypte un tel» mais «l'Horus un tel»; plus tard,
+sous la IIme dynastie, certains rois qui étaient sans doute originaires
+de la Basse Egypte tentèrent, comme le fit Perabsen, de remplacer le
+faucon par l'animal typhonien Set, et se nommèrent alors «le Set un tel»
+(fig. 93); d'autres enfin réunirent les deux emblèmes divins, comme
+Kha-Sekhemouï qui se donne le titre de: «Horus-Set-Kha-Sekhemouï» (fig.
+94).
+
+[Illustration: _Fig. 92._ Noms de rois de la Ire dynastie.]
+
+[Illustrations:
+ _Fig. 93._ Nom du roi Perabsen.
+ _Fig. 94._ Nom du roi Kha-Sekhemouï.
+ _Fig. 95._ Nom du roi Den-Setouï.]
+
+Dès l'origine, cependant, les rois prirent le titre de «maître des
+diadèmes du Sud et du Nord», titre qui vient se placer à côté du
+premier, mais n'est pas accompagné d'un nom nouveau. Enfin, à partir du
+milieu de la Ire dynastie, nous voyons apparaître un second nom tout à
+fait différent de l'autre, avec le titre de «roi de la Haute et de la
+Basse Egypte» (fig. 95). Ce nom n'est pas encore enfermé dans un
+cartouche, comme cela aura lieu plus tard. Quant aux deux autres titres,
+celui de «Horus d'or», ou de «Horus vainqueur», et celui de «fils du
+soleil», ils ne paraissent que beaucoup plus tard, dans le courant de
+l'Ancien Empire.
+
+Dans les listes royales d'époque postérieure, les pharaons, même les
+plus anciens, sont toujours désignés par leurs noms de rois de la Haute
+et de la Basse Egypte, jamais par leurs noms d'Horus. Or les monuments
+de l'époque ne nous donnent la concordance entre les deux noms que pour
+trois rois de la Ire dynastie: Den-Setouï (Ousaphaïs), Azab-Merbapa
+(Miebis) et Mersekha-Semempsès. Pour tous les autres rois thinites, nous
+n'avons que le nom d'Horus, ce qui rend leur assimilation assez
+difficile; néanmoins, on est arrivé à les grouper de façon assez
+satisfaisante.
+
+
+C. CIVILISATION
+
+L'organisation de la royauté, l'invention de l'écriture, les débuts de
+l'architecture, le développement des arts et de l'industrie marquent un
+progrès immense de l'époque thinite sur la période précédente, une
+transformation radicale dans l'état général du pays. Après avoir étudié
+les monuments, il nous reste à passer aux conclusions que nous pouvons
+en tirer quant à ce nouveau stage de la civilisation.
+
+
+_Royauté_
+
+Le roi est un Horus, donc non seulement un monarque de droit divin ou un
+représentant du dieu sur la terre, mais un roi-dieu, planant en quelque
+sorte au-dessus de l'humanité. Tout lui appartient ici-bas, tout gravite
+autour de lui. Détenteur du pouvoir spirituel aussi bien que du pouvoir
+temporel, il organise le culte des dieux, ses pères et ses frères, il
+commence à leur faire construire de vrais temples au lieu des petits
+édicules en bois entourés d'une enceinte ou des huttes en branchages qui
+sont encore presque partout les sanctuaires des diverses divinités.
+Quant à lui-même, il habite des palais dont le cadre qui entoure son nom
+nous a conservé une image sommaire et, après sa mort, il repose dans un
+tombeau somptueux, entouré d'un monceau de provisions pour l'éternité.
+Les membres de sa famille paraissent à peine à côté de lui.
+
+
+_Tribus_
+
+La présence, à côté du roi, dans les grandes cérémonies, des enseignes
+symboliques du faucon, du chacal, de l'ibis, semble indiquer que les
+anciennes tribus subsistent toujours, non plus indépendantes, mais
+devenues vassales de la couronne. Cependant ces emblèmes pourraient
+aussi être de nature purement religieuse et s'appliquer à des divinités
+plutôt qu'à des groupements de la population.
+
+
+_Fonctionnaires_
+
+Autour du roi se trouvaient une quantité de fonctionnaires, depuis ceux
+qui étaient attachés à la personne même du souverain, le porte-sandales
+et le porte-éventail, jusqu'aux chefs artisans qui semblent avoir eu une
+position privilégiée. Puis venaient tous ceux qui étaient préposés aux
+domaines royaux, qui surveillaient l'emmagasinage des récoltes et dont
+les sceaux étaient apposés sur les bouchons des jarres à provisions.
+Tous ces personnages forment l'entourage immédiat du roi et se font
+enterrer à côté de lui, parfois même dans les dépendances de la
+sépulture royale. Comme leur souverain, ils perpétuent le souvenir de
+leur tombeau par une stèle placée au-dessus, en évidence, stèle où leur
+nom seul est sommairement gravé sur une pierre à peine dégrossie.
+
+
+_Peuple_
+
+C'est dans les centres, et particulièrement autour du roi, que nous
+pouvons suivre le développement de cette civilisation nouvelle: jusqu'à
+quel point put-elle pénétrer dans la masse même de la population, chez
+les habitants des campagnes? Les tombeaux de ceux-ci, disséminés le long
+des coteaux de sable qui bordent la vallée, comme ceux de leurs
+prédécesseurs, nous montrent à quoi nous en tenir à ce sujet et, somme
+toute, nous voyons qu'à part quelques modifications de détails, la
+situation du peuple n'a guère changé. Si les habitants du pays revêtent
+maintenant leurs tombeaux de briques, ils les creusent toujours aux
+mêmes endroits et leur donnent à peu près les mêmes dimensions
+qu'auparavant. Le mobilier funéraire est le même, à peine un peu
+modernisé quant à la forme des vases; les outils et les armes ne sont
+pas modifiés et ce n'est encore que rarement qu'on voit paraître des
+objets de cuivre à côté des silex taillés toujours en usage.
+
+Comme jadis, les habitants des campagnes ne se préoccupaient guère des
+progrès de l'écriture ou de l'architecture, et vivaient de chasse et de
+pêche, d'élevage et d'agriculture. Le cuivre fournissait aux pêcheurs un
+nouvel engin, le petit hameçon, mais il changeait à peine l'armement des
+chasseurs. L'agriculture était en progrès, sans doute grâce aux efforts
+de l'administration royale. Le roi possédait-il lui-même des champs de
+blé et d'orge d'où il tirait ses approvisionnements ou les
+abandonnait-il aux cultivateurs moyennant une forte redevance en nature,
+c'est ce dont nous ne pouvons nous rendre compte; peut-être y avait-il
+des terres de la couronne et des terres privées, comme ce devait être le
+cas plus tard. En tous cas le roi possédait des jardins spéciaux, enclos
+de murs, qui étaient l'objet d'une surveillance particulière, et où l'on
+cultivait entre autres la vigne. Les employés du gouvernement
+apportaient aussi un soin particulier aux irrigations, notaient avec
+soin la cote exacte de chaque crue du Nil, et faisaient creuser les
+premiers canaux.
+
+Les artisans, les gens de métier, vivaient surtout dans les centres,
+mais les habitants des campagnes fabriquaient eux-mêmes les objets dont
+ils avaient besoin, en particulier ce qui concernait le vêtement.
+Pendant que les hommes s'occupaient de chasse, de pêche et des travaux
+des champs, les femmes se chargeaient de filer et de tisser la toile.
+
+
+_Commerce extérieur_
+
+La plupart des matières premières qu'employaient les Egyptiens
+provenaient du pays même, mais d'autres devaient être cherchées plus
+loin, souvent à de grandes distances. Ainsi certaines pierres dures,
+employées pour fabriquer des vases ou des objets d'ornement, ne se
+trouvent que dans des montagnes situées en plein désert; il en est de
+même de l'or. Le roi envoyait-il des expéditions pour recueillir ces
+matières précieuses, ou bien les nomades les apportaient-ils jusqu'en
+Egypte, il nous est impossible de le savoir. Le cuivre venait de plus
+loin vers le sud, et des gisements de turquoises, comme ceux du Sinaï,
+étaient déjà exploités par les Egyptiens; peut-être aussi le commerce
+extérieur en amenait-il dans le pays des quantités plus ou moins
+considérables.
+
+L'obsidienne employée en Egypte provient de l'île de Milo, dans
+l'Archipel, et ce fait montre qu'il continuait à y avoir entre les deux
+peuples, malgré l'obstacle que leur opposait la mer, des relations
+suivies; la présence de poterie égéenne dans les tombeaux royaux
+d'Abydos est une preuve de plus du commerce qui se faisait à cette
+époque sur la Méditerranée.
+
+La similitude très marquée qui existe entre certains objets de la
+Chaldée primitive et les monuments de l'Egypte thinite a fait envisager
+par certains savants la possibilité d'une origine commune des deux
+races. Cette hypothèse, comme je l'ai dit plus haut, doit sans doute
+être abandonnée, car la civilisation égyptienne est certainement
+originale et africaine. Les infiltrations sémites qui ont pu se produire
+dans la vallée du Nil sont beaucoup moins importantes qu'il ne le
+paraissait d'abord et il se peut fort bien qu'elles soient dues
+uniquement à des relations commerciales entre l'Egypte et les pays de
+l'est et du sud-est, par la mer Rouge. Ainsi des voyageurs, des
+commerçants peuvent avoir apporté d'Egypte en Chaldée ou de Chaldée en
+Egypte, des cylindres servant de sceaux, et cette nouveauté ayant été
+appréciée, la mode s'en sera répandue facilement; rien du reste ne
+prouve que l'usage du cylindre ait été inventé en Mésopotamie plutôt que
+dans la vallée du Nil. Il en est de même de certains petits vases à
+parfums, spécialement de ceux à formes animales.
+
+Quant à la question de l'écriture, qui a été invoquée comme preuve de
+l'origine commune des deux plus anciennes civilisations de l'Orient,
+elle n'est pas suffisamment concluante. La première écriture d'un peuple
+sortant de la barbarie est nécessairement pictographique, aussi
+peut-elle avoir débuté indépendamment dans les deux pays; en effet les
+signes hiéroglyphiques qui en Babylonie et en Egypte se ressemblent,
+n'ont pas la même valeur phonétique, et appartiennent à deux langues
+très différentes. Là l'écriture primitive se transforme rapidement,
+devient linéaire, puis cunéiforme, tandis qu'en Egypte elle reste
+pendant des milliers d'années une écriture hiéroglyphique.
+
+[Illustration: _Fig. 96._ Chien en ivoire (d'ap. DE MORGAN. _Rech. sur
+les orig. de l'Egypte_, II, fig. _698_).]
+
+
+
+
+[Illustration: _Fig. 97._ La Pyramide à degrés de Saqqarah.]
+
+
+
+
+CHAPITRE V
+
+ANCIEN EMPIRE
+
+(De 3400 à 2200 av. J.-C. environ.)
+
+
+Ce nom d'Ancien Empire, adopté dans un temps où l'on considérait comme
+légendaires les deux dynasties thinites, s'applique à toute la période
+où l'Egypte fut gouvernée par des rois du nord, Memphites ou
+Héliopolitains, période de paix et de prospérité pour le pays qui
+atteint peu à peu un très haut degré de développement dans tous les
+domaines. C'est une succession de rois sages et puissants, dont
+l'autorité n'est pas discutée et dont la politique consiste, non à
+chercher au dehors des conquêtes et des aventures, mais à augmenter la
+richesse du pays par ses propres moyens, en utilisant et en développant
+toutes ses forces naturelles, autant celles du sol que celles de ses
+habitants.
+
+
+A. HISTOIRE
+
+L'Ancien Empire occupe dans l'histoire un laps de temps de 1200 ans
+environ, et se place approximativement, puisque nous ne pouvons donner
+de date exacte et que nous sommes obligés, dans le domaine
+chronologique, de nous en tenir à des à peu près, entre 3400 et 2200
+avant notre ère; quatre dynasties se succèdent, puis vient une chute
+brusque, une période de luttes intérieures, l'époque féodale, pendant
+laquelle se prépare l'avènement du Moyen Empire thébain.
+
+
+_IIIe dynastie_
+
+Nous avons vu se produire, au cours de la IIme dynastie un certain
+flottement; le royaume du nord, absorbé par Ménès et ses successeurs, se
+ressaisit peu à peu et cherche à reprendre les rênes du pouvoir. Après
+de longs efforts, les princes memphites arrivent à supplanter leurs
+suzerains et à coiffer eux-mêmes la double couronne; il ne semble pas y
+avoir eu de révolution ni de luttes sanglantes, la transition est trop
+lente pour avoir été brutale et c'est sans doute en suite d'une série
+d'alliances qu'une des familles finit par supplanter l'autre. Les rois
+memphites se considèrent comme les héritiers directs et légitimes des
+rois thinites. Loin de renier leurs prédécesseurs, ils continuent leur
+oeuvre et prennent leurs titres sans aucune modification; ils deviennent
+des Horus et non, comme on pourrait le croire, des Set, et se donnent
+également les titres de «maître des diadèmes du Sud et du Nord» et de
+«roi de la Haute et de la Basse Egypte». Ce dernier titre est suivi d'un
+nom spécial, qui n'est pas encore enfermé dans un cartouche. Rien n'est
+changé, ni dans l'organisation du pays, ni dans les moeurs; c'est encore
+la période de transition dans laquelle rentrent également les rois
+thinites de la IIme dynastie et les rois memphites de la IIIme, si
+intimement liés malgré la différence de leur origine qu'il est souvent
+difficile de distinguer sur les monuments contemporains ce qui
+appartient aux uns plutôt qu'aux autres.
+
+Manéthon donne pour la IIIme dynastie neuf rois avec 214 ans de règne,
+mais ses transcriptions de noms sont très fantaisistes et il est
+difficile de les identifier avec les noms des neuf ou dix souverains que
+nous connaissons d'après les monuments, et qui appartiennent
+certainement à cette époque. Aucun événement saillant ne marqua le règne
+de la plupart de ces rois, sauf une invasion libyenne sous le premier de
+ceux-ci, le Nekherôphès des Grecs, le Babaï des listes, invasion qui se
+termina, dit-on, par l'apparition d'un phénomène céleste devant lequel
+les Libyens reculèrent épouvantés, sans combat. Les Egyptiens des
+époques postérieures avaient cependant conservé très vivant le souvenir
+de certains de ces souverains, Nebka, Djeser-Teta, Houni, mais surtout
+du plus important d'entre eux qui est, à n'en pas douter, le vrai
+fondateur de l'Empire memphite, Tosorthros, celui de Djeser qui porte le
+nom d'Horus Nouterkha; auteur de livres scientifiques, il s'appliqua
+surtout à développer l'écriture et l'architecture, et nous pouvons
+constater le bien-fondé de cette légende car nous avons en effet de lui
+des constructions très importantes, comme la pyramide à degrés de
+Saqqarah, le plus ancien de ces immenses monuments funéraires, et,
+immédiatement après son règne, les premières grandes stèles tombales
+couvertes de textes. En outre la tradition lui attribuait certaines
+fondations pieuses, comme l'organisation du culte d'Isis à Philae, que
+relate tout au long une stèle de basse époque dans l'île de Sehel. Cette
+figure bien réelle du roi Djeser domine et éclaire toute la IIIme
+dynastie qui sans elle serait une des plus inconsistantes et des moins
+connues de toute l'histoire d'Egypte.
+
+
+_IVe dynastie_
+
+Le passage d'une dynastie à l'autre s'opéra sans secousse,
+naturellement; comme le dit un texte littéraire très ancien: «En ce
+temps-là, la Majesté du roi Houni arriva au port (c'est-à-dire mourut)
+et la Majesté du roi Snefrou s'éleva en roi bienfaisant, sur la terre
+entière»; c'est une famille nouvelle recueillant l'héritage d'une
+famille parente qui s'éteint. Les huit rois de cette dynastie, qui,
+toujours d'après Manéthon, occupèrent le trône pendant 284 ans, nous ont
+laissé des témoins indestructibles de leur puissance, les pyramides,
+l'effort architectural le plus gigantesque qui ait jamais été tenté.
+
+[Illustration: _Fig. 98._ Bas-relief de Snefrou au Sinaï (d'après J. DE
+MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. 594).]
+
+Avec le premier de ces rois, Snefrou, commence une période de grande
+prospérité pour l'Egypte; les tombeaux des simples particuliers
+deviennent de véritables monuments, et lui-même se fait construire deux
+pyramides. La richesse est très grande dans le pays, conséquence d'une
+administration sage et prévoyante, et les arts ne tâtonnent plus, ayant
+atteint l'expression parfaite dont ils ne s'écarteront plus guère. De
+son oeuvre personnelle, nous savons peu de chose, sinon qu'il organisa
+de façon définitive l'exploitation des mines du Sinaï, fortifiant ainsi
+la marche orientale de l'Egypte contre les incursions des bandes sémites
+de la Syrie méridionale.
+
+[Illustration: _Fig. 99._ Khéops (d'après PETRIE. _Abydos_, II, pl.
+XIV).]
+
+Son successeur, Khéops ou Khoufou, continua son oeuvre et fut plus
+puissant encore. Le travail colossal nécessité par la construction de sa
+pyramide avait rendu son nom légendaire, et les Grecs voyaient en lui un
+tyran qui avait écrasé son peuple de corvées, tandis que les Egyptiens
+vénéraient son souvenir, que son culte funéraire se perpétuait et qu'il
+fut toujours considéré comme un des plus grands rois d'Egypte. Il fonda
+des temples et continua d'encourager les travaux miniers au Sinaï.
+
+[Illustration: _Fig. 100._ Dadefra--Fouilles d'Abou-Roash--Louvre
+(photographie de M. E. Chassinat).]
+
+[Illustration: _Fig. 101._ Khéfren (photogr. de E. Brugsch-Pacha).]
+
+Après la mort de Khéops des compétitions s'élevèrent dans sa famille, et
+son premier successeur, Dadefra (Ratoïses), fut renversé après un règne
+plus ou moins long, sa pyramide fut rasée, ses statues mises en
+miettes, sa mémoire effacée presque complètement. Le frère de ce
+dernier, Khefren ou Khafra, monta alors sur le trône, et si nous ne
+savons rien de son oeuvre pendant son long règne, nous avons du moins de
+lui des monuments extrêmement remarquables, sa pyramide, le grand sphinx
+de Giseh et des statues qui sont de pures merveilles. La légende
+transmise par Hérodote dit que lui aussi fut considéré comme un tyran
+odieux et que, comme son père Khéops, sa dépouille mortelle fut arrachée
+de son tombeau et mise en pièces par le peuple révolté, mais cette
+légende ne repose sur aucune base sérieuse.
+
+[Illustration: _Fig. 102._ La grande pyramide et le sphinx de Gizeh.]
+
+[Illustration: _Fig. 103._ Mycérinus (d'après MASPERO. _Musée Egyptien_
+I, pl. IX).]
+
+Puis vint Menkaoura, le Mycérinus des Grecs, dont la réputation de
+justice et de piété se perpétua jusqu'à la fin de l'empire pharaonique;
+lui aussi se fit construire une pyramide et sculpter des statues
+splendides, et continua l'exploitation des mines du Sinaï. Il fut le
+dernier grand roi de sa race, ses successeurs nous sont à peine connus,
+et la IVme dynastie finit sans que nous puissions nous rendre compte de
+quelle manière; sans doute des rois incapables se virent peu à peu
+supplanter par des personnages plus énergiques, plus populaires et
+disposant d'un parti puissant. Un oracle avait prédit à Khéops que sa
+famille allait disparaître et qu'après quelques générations une race
+nouvelle, race d'origine divine, issue de Râ lui-même, le dieu-soleil,
+monterait sur le trône à sa place. S'inclinant devant la volonté divine,
+Khéops n'avait même pas songé à détruire pendant qu'ils étaient faibles
+encore, les premiers représentants de cette famille qui devait
+déposséder la sienne.
+
+
+_Ve dynastie_
+
+Avec l'avènement de ces nouveaux rois, originaires d'Héliopolis--et non
+d'Eléphantine, comme le dit Manéthon,--qui se considèrent comme
+engendrés par le dieu-soleil lui-même et adoptent définitivement dans
+leur protocole le titre jusqu'alors peu employé de «fils de Râ», le
+caractère théocratique de la royauté s'accuse de plus en plus. C'est le
+triomphe des prêtres d'Héliopolis, métropole religieuse de la Basse
+Egypte, les vrais fondateurs de la religion égyptienne, qui en arrivent
+à grouper autour de leur dieu-soleil tous les dogmes locaux d'origine si
+disparate, et à constituer un ensemble homogène, acceptable pour tous
+les Egyptiens. Non contents de cette centralisation religieuse, ils
+réussissent à mettre la main sur le pouvoir temporel, avec les neuf rois
+de la Vme dynastie qui, au dire de Manéthon, régnèrent pendant 218 ans,
+et même après ce temps, ces prêtres du soleil surent garder pendant de
+longs siècles une influence prépondérante sur le pouvoir civil.
+
+[Illustration: _Fig. 104._ Neouserra (d'après MASPERO. _Musée Egyptien_,
+I, pl. X).]
+
+Ouserkaf fut le premier de sa race; sans doute il dut réorganiser
+l'administration sur de nouvelles bases, et si nous savons peu de choses
+de lui, nous connaissons mieux ses successeurs qui continuèrent son
+oeuvre. Sahoura d'abord, puis Neferarkara et Shepseskara, plus tard
+Neouserra-An, Menkaouhor et Dadkara-Assa. Tous sont des monarques
+puissants et d'une activité qui s'étend d'un bout à l'autre du royaume
+et même au delà de ses frontières: ils contiennent les hordes libyennes
+et soudanaises qui cherchent à s'introduire dans le pays, ils envoient
+dans le sud de la Palestine des expéditions devant leur assurer la
+suprématie effective sur des voisins instables qui pouvaient devenir
+menaçants, ils reprennent de façon suivie les exploitations minières du
+Sinaï, ils entretiennent sur la mer une flotte imposante qui doit
+servir en même temps à développer le commerce égyptien et à imposer le
+respect des pharaons dans les pays avoisinants. A l'intérieur, ils
+construisent des pyramides qui, pour être moins colossales que celles de
+leurs devanciers, leur sont supérieures au point de vue de la
+décoration, et des temples monumentaux comme ceux qu'ils dédièrent au
+soleil dans les environs de leur capitale. D'une manière générale, leur
+administration, dont nous ne connaissons pas les détails ni même le
+programme particulier, fut bienfaisante pour le pays dont la prospérité
+augmente de plus en plus; la paix et l'ordre règnent dans toute la
+vallée du Nil. Les prêtres exercent une influence considérable et tous
+les hauts fonctionnaires se rattachent de près ou de loin au sacerdoce;
+ils semblent du reste avoir travaillé non pas dans un but
+d'accaparement, mais pour le bien général du pays.
+
+Le dernier roi de la dynastie, Ounas, n'est pas l'un des moins
+importants et des moins puissants, et il termine dignement la série des
+princes de sa famille; c'est sans doute parce qu'il n'eut pas de
+descendants directs que le pouvoir passa après lui en d'autres mains, et
+non ensuite d'un bouleversement politique.
+
+
+_VIe dynastie_
+
+Les rois memphites qui succèdent directement aux héliopolitains
+continuent leur oeuvre, mais moins brillamment pour commencer,
+semble-t-il, car nous ne savons presque rien de Teti et d'Ouserkara, les
+deux premiers souverains d'une famille qui, d'après Manéthon, compta six
+rois et 203 ans de règne. Après eux vient une courte période de gloire
+sur laquelle nous sommes admirablement renseignés par de nombreux
+monuments, et surtout par les biographies de certains hauts
+fonctionnaires comme Ouna et Herkhouf, période que domine le roi Pepi
+I, un des plus célèbres parmi les pharaons: son activité est intense, il
+fait construire et travailler sur tous les points de l'Egypte et son nom
+se retrouve à Tanis, à l'extrême nord du Delta, aussi bien que sur les
+rochers de granit de la Ire cataracte, dans les mines du Sinaï comme
+dans les carrières du Ouadi-Hammamat. Il s'occupe lui-même de
+l'administration de la justice et des missions spéciales à donner aux
+plus capables de ses sujets; il multiplie les décrets établissant les
+droits des grands sanctuaires et instituant des fondations pieuses; il
+rassemble une armée et des vaisseaux pour écraser les nomades asiatiques
+redevenus menaçants et envoie des expéditions en Nubie pour assurer la
+suprématie de l'Egypte sur le Haut Nil.
+
+[Illustration: _Fig. 105._ Pepi I (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II,
+pl. LI).]
+
+[Illustration: _Fig. 106._ Merenra (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II,
+pl. LV).]
+
+Ses successeurs voulurent continuer son oeuvre, mais son fils aîné
+Merenra mourut jeune, et son autre fils Pepi II, qui eut un règne de 95
+ans, ne se montra pas à la hauteur de la situation, et la déchéance du
+pouvoir central s'accusa rapidement. Deux ou trois rois réussirent
+pendant quelque temps encore à maintenir le sceptre entre leurs mains,
+puis disparurent après des règnes sans gloire, et avec eux prit fin
+cette suite de familles puissantes et énergiques qui avait amené
+l'Egypte à un si haut point de civilisation.
+
+
+_La fin de l'empire memphite_
+
+Ici commence une période très obscure, pour laquelle Manéthon continue
+sa classification méthodique: C'est d'abord la VIIme dynastie, qui
+représente sans doute un court interrègne, avec ses 70 rois ayant régné
+pendant 70 jours, puis la VIIIme avec 27 rois memphites qui régnèrent
+146 ans, rois dont l'histoire nous a à peine conservé quelques noms. Le
+déclin, ou plutôt la chute du pouvoir royal est donc extraordinairement
+brusque, surtout si l'on songe que cette chute n'a pas été déterminée
+par une invasion, une conquête ou une révolution brutale; la cause en
+est simplement dans le fait que les rois memphites exercèrent un pouvoir
+tout pacifique et n'eurent jamais à s'appuyer sur une force militaire.
+Quelques troupes peu nombreuses de mercenaires nubiens suffisaient pour
+maintenir l'ordre, et quand il s'agissait d'une expédition au dehors,
+les grands seigneurs amenaient chacun son petit contingent et l'on en
+formait à la hâte une armée hétéroclite bien suffisante contre les
+barbares plus mal organisés encore. Nous avons peine à comprendre que
+des rois aient pu pendant plus de mille ans, sans armée, faire brillante
+figure et accomplir une oeuvre aussi importante que les pharaons de
+l'Ancien Empire; c'est une preuve remarquable de l'excellence d'un
+gouvernement sage et droit, et de la puissance morale de tous ces
+souverains.
+
+Ce système constituait cependant un danger permanent, et il était à
+prévoir qu'à la première occasion favorable les grands seigneurs locaux
+qui devaient fournir leurs contingents à la couronne, dans certaines
+occasions, chercheraient à profiter de cette force qu'ils avaient
+toujours sous la main, pour se rendre indépendants et pour s'emparer
+eux-mêmes du pouvoir. La féodalité s'était constituée ainsi peu à peu,
+guettant le moment où elle pourrait secouer cette autorité morale qui
+pesait sur les princes des nomes et les réunissait, et c'est
+probablement déjà à la fin du règne de Pepi II que ceux-ci commencèrent
+à s'affranchir. Les plus puissants, apparentés sans doute à la famille
+royale, se proclamèrent rois, groupant autour d'eux des seigneurs de
+moindre importance, et ainsi les Memphites, les souverains légitimes, ne
+conservèrent plus que le Delta, tandis qu'à côté d'eux s'élevaient deux
+nouvelles dynasties, la IXme d'Héracléopolis, comprenant toute la
+Moyenne Egypte, et la Xme qui est thébaine plutôt qu'héracléopolitaine,
+comme le voudrait Manéthon, et qui absorba la Haute Egypte. De là des
+luttes qui durèrent deux siècles au moins, donnant l'avantage tantôt aux
+uns, tantôt aux autres. Puissamment secondés par les princes de Siout,
+les rois héracléopolitains, les Khiti, les Kamerira l'emportèrent le
+plus souvent, mais durent aussi s'effacer parfois devant une campagne
+heureuse d'une des maisons rivales, comme celle qui permit au memphite
+Neferkara de s'installer pour un temps à Koptos. Enfin les Thébains, les
+Antef et les Mentouhotep, finissent par écraser leurs compétiteurs et
+réalisent à nouveau l'unité politique du pays; c'est une ère nouvelle
+qui commence, le Moyen Empire qui remplace l'Ancien.
+
+
+B. MONUMENTS
+
+Les restes qui nous sont parvenus de l'Ancien Empire sont autrement
+importants en nombre, en grandeur et en beauté, que ceux de la période
+précédente. Les inscriptions sont nombreuses, souvent très développées,
+et, placées à côté des innombrables représentations figurées, elles nous
+permettent de pénétrer plus profondément dans la connaissance de la vie
+des Egyptiens; nous n'en sommes plus réduits à des suppositions, nous
+les voyons agir, nous les entendons parler, et une rapide revue des
+monuments découverts nous permettra de nous faire une idée d'ensemble de
+ce qu'était leur civilisation.
+
+
+_Architecture_
+
+Les progrès de l'architecture furent extrêmement rapides, surtout aux
+débuts de l'empire memphite; nous avons vu, à la fin de la période
+précédente, le système de construction en briques et bois, avec
+couverture en bois; au commencement de la IIIme dynastie, les
+architectes connaissent la voûte et l'emploient avec succès, puis ils se
+mettent à la recherche de matériaux plus solides et plus durables que la
+brique crue, et adoptent la pierre, au moins pour celles de leurs
+constructions qui avaient pour eux le plus d'importance, les tombeaux et
+les temples. Tout de suite ils se montrent passés maîtres dans cette
+technique nouvelle et semblent se jouer des difficultés avec une
+hardiesse et une aisance incroyables: dès la IVme dynastie, on ne trouve
+déjà pour ainsi dire plus un édifice religieux ou funéraire en briques.
+La dimension des matériaux permettant aux architectes de revenir à
+l'ancien système de couverture plate, ils inventent le pilier et
+l'architrave qui leur donnent la facilité de couvrir des espaces très
+considérables; enfin sous la Vme dynastie paraît la colonne proprement
+dite, avec toutes ses variétés. Les constructeurs ne se bornent pas à
+assembler leurs matériaux avec une précision et une exactitude
+remarquables, ils en calculent aussi en une certaine mesure la
+résistance et s'entendent très bien à répartir également la pression des
+masses.
+
+[Illustrations:
+ _Fig. 107 et 108._ Colonnes palmiforme et papyriforme (d'apr.
+ BORCHARDT. _Sahuré_, p. _44_; _Ne-user-Ré_, p. _64_).
+ _Fig. 109._ Colonne lotiforme--Abousir (photogr. de E.
+ Brugsch-Pacha).]
+
+Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, étaient des
+édifices légers, en briques, en bois, ou même en terre pilée, qui tous
+ont disparu sans laisser de traces. En fait d'architecture militaire,
+nous n'avons guère que des forteresses comme celles d'Elkab et d'Abydos,
+vastes quadrilatères formés par d'épaisses murailles de briques crues,
+qui du reste ne sont pas datées de façon certaine.
+
+
+_Temples_
+
+Quant aux édifices religieux, les rois de l'Ancien Empire en avaient
+construit un peu partout, et avaient remplacé les petits sanctuaires
+primitifs par des constructions en pierre déjà très développées comme
+plan; ces temples furent constamment remaniés, agrandis et embellis au
+cours des âges, souvent même démolis pour être entièrement reconstruits,
+aussi ne trouvons-nous plus guère que les arasements ou les fondations
+des constructions originales, comme c'est le cas à Hieraconpolis, à
+Abydos et à Memphis, ou encore des débris de murailles couverts de
+bas-reliefs, comme les fragments de la chapelle de Djeser à Héliopolis.
+Ce qui reste de ces temples suffit néanmoins pour nous montrer que
+chacun avait son caractère spécial, approprié aux besoins du culte
+local, et qu'on n'avait pas encore adopté, comme cela eut lieu plus
+tard, un type uniforme pour tous les édifices cultuels.
+
+[Illustration: _Fig. 110._ Le temple du soleil à Abousir (d'apr.
+BORCHARDT. _Das Re-Heiligtum des Kgs. Ne-Woser-Re_, pl. I).]
+
+Parmi tous ces modèles divers de temples, le plus original était celui
+qui était consacré à Râ, le dieu-soleil d'Héliopolis: il consistait en
+un énorme obélisque, lourd et trapu, monté sur la plateforme d'un grand
+massif rectangulaire, tous deux en maçonnerie; un escalier ménagé dans
+l'épaisseur du socle permettait d'atteindre la plateforme. Sur le devant
+se trouvait un grand autel pour les offrandes, des cours avec bassins
+destinés à des ablutions, et, dans un coin, une petite chapelle
+précédée de deux stèles. Autour de tout cet ensemble, un mur de pierre
+formait une enceinte rectangulaire, et un chemin couvert descendait
+directement à la vallée, reliant le temple lui-même à un portique
+monumental. Ici le dieu n'est pas dissimulé au fond d'un sanctuaire
+accessible à quelques initiés seulement, comme c'est généralement le cas
+en Egypte; il domine tout le temple de sa masse imposante, car c'est
+l'obélisque lui-même qui est le symbole du dieu-soleil.
+
+Tous les rois de la Vme dynastie, les fils de Râ, tinrent à honneur de
+consacrer à leur divin père un sanctuaire semblable, près de leur
+capitale, à deux pas de leurs pyramides. Nous en connaissons au moins
+cinq de nom; un seul nous est conservé, en ruines il est vrai, mais en
+ruines encore très lisibles; c'est celui de Neouserra, mis au jour par
+une mission allemande, près d'Abousir. Pour donner une idée de ses
+dimensions, nous dirons que l'enceinte mesure plus de 100 mètres de
+long. En outre cet étrange sanctuaire était accompagné d'une
+reproduction monumentale, en briques crues, de la barque solaire, qui
+n'a pas moins de 28 mètres de long, bateau fantastique qui semble
+naviguer sur les sables du désert.
+
+Les fouilles exécutées à Abydos par une société anglaise, sous la
+direction de M. Ed. Naville, ont révélé un temple tout différent et sans
+doute plus ancien, le sanctuaire souterrain d'Osiris: ici la pièce
+principale, couverte de dalles de granit supportées par des piliers
+énormes, sans aucune décoration, consistait en une vaste plateforme
+isolée du reste du monument par un fossé plein d'eau. Cette disposition
+si particulière correspondait bien aux nécessités des mystères du grand
+dieu des morts, avec leurs processions nautiques et leurs illuminations.
+
+Je ne sais trop si c'est parmi les édifices du culte qu'il faut ranger
+un édifice plus étrange encore, unique en son genre, qui date
+probablement de la IIIme dynastie et a été découvert par une mission
+italienne, à Héliopolis même: c'est une construction circulaire
+embrassant un espace dont le rayon est de 300 mètres, une sorte de
+gigantesque anneau de 40 mètres d'épaisseur, en briques crues, percé à
+l'intérieur de cinq nefs longitudinales supportées par des piliers et
+des piédroits. L'usage de ce monument nous est absolument inconnu.
+
+
+_Mastabas_
+
+Pour l'architecture funéraire nous sommes mieux renseignés, étant en
+possession d'une quantité considérable de tombeaux qui sont le plus
+souvent dans un état de conservation remarquable, et nous pouvons suivre
+pas à pas les améliorations, les modifications apportées dans ce genre
+de constructions faites en vue de l'éternité. Le but des Egyptiens était
+de s'assurer après la mort un lieu de repos qui fût pour eux le gage et
+la condition de la vie éternelle, et ils sacrifiaient volontiers le
+bien-être de leur existence terrestre, étape provisoire, à la
+perpétuation de leur âme et de leur double; ce but, ils l'obtenaient en
+partie par la connaissance des formules magiques qui faisaient d'eux les
+égaux des dieux, en partie aussi en préservant des atteintes du temps et
+des hommes leur corps physique, qui restait le support de leur être
+immatériel. Plus le tombeau était profond, plus son entrée était
+dissimulée et obstruée, plus grandes aussi étaient les chances de
+conservation pour la momie. L'ombre du mort, son double, son _ka_, comme
+disaient les Egyptiens, pouvait alors continuer à vivre dans la tombe,
+mais il lui fallait l'image des aliments réels pour se nourrir, la
+représentation des scènes de la vie usuelle pour se délasser ou tout au
+moins pour s'occuper; à cet effet on prit à un certain moment le parti
+de sculpter sur certaines parties des monuments funéraires ces
+figurations si variées qui sont pour nous ce qu'elles étaient sans doute
+pour les morts, une image fidèle de la vie des anciens Egyptiens.
+
+Les rois sont d'essence divine, par conséquent très au-dessus des
+hommes, et il est naturel que leurs tombes ne soient pas disposées de la
+même manière que celles de leurs sujets; nous avons donc dans
+l'architecture deux groupes, celui des tombes privées et celui des
+tombes royales, issus de conceptions un peu différentes du sort de l'âme
+après la mort et qui se développent parallèlement, mais indépendamment
+l'un de l'autre.
+
+[Illustration: _Fig. 111._ Plan d'un mastaba de la IVe dynastie (d'apr.
+MARIETTE. _Monuments divers_, pl. XVI).]
+
+Pour les tombeaux des particuliers, nous avons vu à la fin de l'époque
+thinite la fosse primitive tapissée de briques et flanquée d'un escalier
+d'accès. Sous la IIIme dynastie, ce plan se développe encore; on ajoute
+volontiers quelques petites chambres souterraines pour servir de
+magasins, et au lieu de ne faire qu'amonceler un tas de terre ou de
+sable sur la couverture du caveau, on commence à construire un massif de
+maçonnerie. Dès lors la chambre funéraire s'enfonce plus profondément
+sous terre, la descenderie en escalier est peu à peu remplacée par un
+puits vertical. Ces massives constructions extérieures qui sont la
+caractéristique des tombes privées de l'Ancien Empire, sont de forme
+allongée, rectangulaire, d'une hauteur moyenne, et les Arabes, les
+comparant aux bancs de briques sur lesquels ils s'installent, à la porte
+de leurs maisons, les ont appelés _mastabas_ (bancs), mot qui a passé
+dans le vocabulaire archéologique.
+
+[Illustration: _Fig. 112._ Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah (d'apr. une
+photogr.; cf. CAPART. _Une rue de tombeaux_, pl. XCIV).]
+
+Les plus anciens de ces mastabas sont en briques crues, et à peine plus
+grands que les chambres funéraires qu'ils abritent, mais leurs
+dimensions augmentent rapidement. Sur la face est--car ces tombeaux sont
+orientés à peu près exactement--se creusent une ou deux niches qui sont
+censées être les portes de la tombe, par lesquelles l'âme peut rester en
+quelque sorte en communication avec les vivants et revenir de temps à
+autre se promener sur terre; c'est là que se font les cérémonies du
+culte funéraire, là qu'on apporte au défunt les offrandes alimentaires.
+Nue à l'origine, cette niche s'orne très anciennement déjà de montants
+et de linteaux en pierre, sur lesquels on grave le nom et les titres du
+mort avec une courte formule le plaçant sous la protection des dieux;
+ainsi se forme peu à peu le type de la «fausse-porte», modèle courant de
+la stèle funéraire sous l'Ancien Empire. Cette niche-stèle ou stèle
+fausse-porte constitue donc à elle seule une chapelle funéraire en
+miniature; dès la fin de la IIIme dynastie on accentue son caractère,
+soit en la dissimulant derrière un mur qui court le long de la façade
+est du mastaba et forme devant elle un long couloir étroit, soit en la
+repoussant un peu plus profondément dans l'intérieur du massif de
+briques, au fond d'une chambre minuscule, chambre qui affecte plus ou
+moins la forme d'une croix.
+
+[Illustration: _Fig. 113._ Fausse-porte de la Vme dynastie (d'après
+PAGET-PIRIE, _Tomb of Ptah-Hetep_, pl. XXXIX).]
+
+[Illustration: _Fig. 114 et 115._ Tables d'offrandes de l'Ancien Empire
+(Musée du Caire; d'après des croquis de l'auteur).]
+
+A ce moment, c'est-à-dire sous Snefrou, au début de la IVme dynastie, on
+voit apparaître dans le tombeau deux éléments nouveaux, la table
+d'offrandes,--dalle de pierre d'une forme particulière placée à terre
+devant la fausse-porte, sur laquelle on déposait des aliments ou des
+représentations d'aliments et qui servait au mort de table à manger,--et
+la cachette aux statues, le _serdab_, suivant le nom qui lui a été donné
+par les Arabes et qui est maintenant consacré par l'usage. Ce serdab est
+une petite pièce aveugle ménagée dans la maçonnerie du mastaba à côté de
+la chambre à la stèle, mais sans aucune communication avec elle sauf,
+parfois, une petite fente où l'on peut à peine passer la main; c'est là
+qu'on entassait, en plus ou moins grand nombre, les statues faites à
+l'image du défunt, statues qui pouvaient servir de support à son double
+au cas où la momie elle-même viendrait à être détruite, et permettre à
+ce corps spirituel de continuer à vivre son existence monotone
+d'outre-tombe. Pour que ce double pût subsister, il lui fallait en effet
+un support, un corps matériel sur lequel il pût se poser: une statue,
+moins fragile que la dépouille mortelle, lui offrait une plus grande
+garantie de survivance; une fois la momie et les statues détruites, le
+double s'évanouissait et disparaissait définitivement.
+
+[Illustration: _Fig. 116._ Mastabas près de la grande pyramide (d'après
+LEPSIUS. _Denkmaler_, I, pl. XV).]
+
+[Illustration: _Fig. 117._ Sarcophage de Khoufou-Ankh (d'apr. le _Musée
+Egyptien_, I, pl. XXI).]
+
+Les sépultures des particuliers, tout au moins celles des grands
+personnages, se groupent en général autour de celle de leur souverain;
+ainsi, auprès des grandes pyramides, nous voyons de vraies villes de
+tombeaux où les mastabas sont alignés régulièrement, séparés par de
+grandes rues droites. A ce moment-là, sous la IVme dynastie, la
+prospérité était grande dans le pays; les tombeaux aussi deviennent plus
+riches et sont mieux aménagés: les mastabas sont maintenant construits
+en pierre et non plus en briques, les dimensions des chambres augmentent
+et souvent aussi leur nombre. Les parois de ces chambres offrent une
+surface assez considérable pour qu'on songe à les utiliser, et l'on
+commence à les décorer pour que le mort puisse en tirer profit; on y
+sculpte des listes d'offrandes, des images d'aliments qui peuvent servir
+à la nourriture du défunt, puis des scènes de la vie courante, grâce
+auxquelles il pourra, non seulement se délasser, mais se procurer par
+lui-même les aliments nécessaires. C'est dans ce double but qu'on y
+représente les semailles, les moissons, les vendanges, l'élevage, la
+pêche, la chasse, ainsi que les divers métiers qui devaient lui fournir
+au fur et à mesure tous les objets pouvant lui être nécessaires ou
+seulement utiles dans l'autre monde, les vêtements, les ustensiles, les
+meubles, les parfums. Chacune de ces scènes est dominée par la figure du
+mort surveillant les travailleurs, dont il se distingue par sa taille,
+souvent triple de la leur, ou même davantage; à côté de lui paraissent
+sa femme et ses enfants. Sous terre, dans un caveau grossièrement taillé
+dans le rocher, la momie était étendue tout de son long dans un cercueil
+de bois, enfermé lui-même, chez les plus riches, dans un grand
+sarcophage rectangulaire en pierre dont la décoration tout
+architecturale lui donne l'aspect d'une maison; le mobilier funéraire
+est des plus sommaires.
+
+[Illustration: _Fig. 118._ Plan du tombeau de Ti (d'après MARIETTE.
+_Mastabas_, p. _333_).]
+
+Pendant la Vme dynastie, le luxe des mastabas augmente encore; les
+chambres deviennent plus nombreuses, parfois même une cour découverte
+s'ouvre au milieu du monument, les salles les plus grandes sont pourvues
+de piliers ou de colonnes, les bas-reliefs qui parfois sont de la plus
+parfaite beauté couvrent les murailles, répétant avec beaucoup plus de
+détails les scènes agricoles et industrielles dont j'ai parlé plus
+haut, à côté desquelles on en voit d'autres qui représentent des jeux,
+des danses, des fêtes de famille, voire des opérations chirurgicales;
+ailleurs, ce sont des files de serviteurs apportant à leur maître les
+produits du sol, des bateaux prêts à mettre à la voile et mille autres
+détails pleins de vie et de variété. Jamais dans ces tombeaux on ne voit
+une représentation d'ordre religieux, ni la figure d'un dieu, ni une
+scène d'adoration; très rarement un tableau se rapporte aux funérailles:
+on ne parle pas de la mort, et le propriétaire du tombeau est toujours
+censé vivant, soit qu'il vaque à ses diverses occupations, soit qu'il
+soit assis devant une table garnie, entourée d'un monceau de
+victuailles.
+
+Sous la VIme dynastie, il n'y a aucun changement notable dans les
+tombeaux des particuliers; la partie accessible du mastaba, celle où les
+descendants du mort pouvaient venir périodiquement accomplir les
+cérémonies funéraires et peut-être festoyer auprès de son ombre, comme
+les Arabes modernes dans les cimetières, cette partie comporte toujours
+la même décoration, mais certains grands personnages commencent à
+réserver une portion des parois pour y graver l'histoire de leur vie,
+leurs hauts faits et l'expression de la satisfaction du roi pour les
+services rendus. Ces biographies sont pour nous un des plus précieux
+legs de l'Ancien Empire memphite.
+
+Le mastaba est la tombe-type de l'Ancien Empire, mais dans certaines
+régions, par suite de la nature même du sol, on commence à employer un
+autre système de sépulture: pas de construction, les chambres sont
+creusées dans la montagne et la décoration usuelle s'exécute sur la
+roche elle-même; une porte communique avec l'extérieur, où la pente du
+rocher a été plus ou moins ravalée de manière à ménager une petite
+plateforme, et dans un coin de la dernière chambre, un puits descend
+verticalement jusqu'au caveau où l'on déposait la momie. C'est la
+première apparition de la tombe rupestre, de l'hypogée, type qui sera
+presque seul employé aux époques suivantes.
+
+
+_Pyramides_
+
+Les tombeaux royaux diffèrent de ceux des simples particuliers par la
+forme, par les dimensions et par la disposition intérieure et
+extérieure. Ici aussi, une évolution s'accomplit, une transformation
+très marquée pendant le cours de la période memphite.
+
+Les plus anciens de ces tombeaux, ceux de la IIIme dynastie, sont très
+différents de ceux de la période thinite, presque uniquement
+souterrains: ils comportent un immense mastaba rectangulaire en briques
+crues sur la plateforme duquel s'ouvre une descenderie ou un escalier
+très rapide aboutissant aux chambres funéraires; aucune décoration, ni à
+l'intérieur ni à l'extérieur, pas même une stèle, semble-t-il. La
+fameuse pyramide à degrés de Saqqarah, construite par Djeser, un des
+derniers rois de cette dynastie, n'est pas encore à proprement parler
+une pyramide, c'est un gigantesque mastaba en pierres, bâti sur un plan
+rectangulaire et surmonté de toute une série de mastabas plus petits
+formant comme des étages (fig. 97). Les chambres souterraines sont
+malheureusement très bouleversées, mais nous voyons d'après un autre
+monument de l'époque comment on devait procéder à leur construction: une
+immense fosse rectangulaire était creusée dans le rocher, et une large
+descenderie y aboutissait du côté nord; au fond de cette excavation on
+installait le sarcophage de granit, on bâtissait les chambres, puis on
+la comblait, et alors seulement on pouvait commencer à édifier le
+mastaba ou la pyramide.
+
+[Illustration: _Fig. 119._ Pyramide de Meïdoum (d'après SPIEGELBERG.
+_Gesch. der Aeg. Kunst_, p. _17_).]
+
+Sous la IVme dynastie, le premier tombeau que se fit construire Snefrou,
+celui de Meïdoum, tient plus encore du mastaba que de la pyramide, mais
+ce fut le même roi qui adopta peu après le type définitif de la pyramide
+à base carrée et à faces triangulaires, avec le monument qu'il édifia
+dans le désert de Dahchour; les chambres, très petites, sont à peu près
+au niveau du sol, ensevelies sous l'énorme masse de maçonnerie, et on y
+accède par un couloir en pente débouchant à mi-hauteur de la face nord
+du monument.
+
+[Illustration: _Fig. 120._ Coupe de la pyramide de Khéops (d'après
+PETRIE, _Pyramids of Giseh_, pl. IV).]
+
+Les successeurs de Snefrou reprirent ce modèle de monument funéraire et
+l'adoptèrent pour eux-mêmes sans en modifier les grandes lignes, mais
+en y apportant des perfectionnements notables; les problèmes techniques
+les plus difficiles furent résolus avec une précision merveilleuse dans
+les pyramides de Khéops, Khefren et Mycerinus, qui constituent chacune
+un chef-d'oeuvre de construction, dont les dimensions colossales--la
+plus grande mesurait plus de 146 m. de hauteur sur 227 m. de côté--ne
+nuisent pas à la perfection des détails. Un revêtement de calcaire fin
+et de granit bien poli recouvre la maçonnerie disposée en assises
+régulières de blocs énormes; au-dessus des chambres, des chambrettes de
+décharge sont destinées à soulager leur toiture du poids considérable
+qui aurait pu les écraser; des conduits d'aération traversent le massif
+tout entier. Chambres et couloirs sont tapissés de blocs gigantesques,
+soigneusement polis et si admirablement appareillés qu'on ne peut encore
+maintenant introduire une pointe de couteau dans les joints; en
+plusieurs points, des herses de granit, placées dans un logement
+spécial, retombaient après l'inhumation pour obstruer définitivement le
+couloir dont l'issue à l'extérieur était fermée par un bloc de
+revêtement semblable aux autres. Au milieu de la face est s'élevait la
+chapelle, centre du culte funéraire, avec son sanctuaire, sa
+cour-péristyle, ses vestibules, ses magasins, et au delà, de petites
+pyramides recouvraient la dépouille mortelle des membres de la famille
+royale. Un grand mur de pierre, formant une vaste enceinte carrée,
+entourait cet ensemble et l'isolait du terrain environnant; une allée
+couverte descendait de la porte de la chambre funéraire vers la vallée,
+jusqu'à un monument qui servait de portique d'entrée et qui atteignait
+parfois des dimensions imposantes, comme celui de la pyramide de
+Khefren, mieux connu sous le nom de temple du Sphinx, avec ses énormes
+piliers de granit rose et ses murailles d'albâtre.
+
+[Illustration: _Fig. 121._ Chapelle funéraire de Sahoura (d'après
+BORCHARDT. _Grabdenkmal des Königs Sa-hu-re_).]
+
+Les pyramides de la Vme dynastie deviennent progressivement plus
+petites, et la partie de la construction qui devait rester invisible,
+l'appareillage de la masse même du monument, est moins soignée, aussi
+s'est-il produit des tassements qui ont le plus souvent écrasé les
+appartements funéraires. Par contre la chapelle funéraire, toujours
+située sur la face est, prend plus d'importance, et son ornementation
+est l'objet de soins tout particuliers: les lourds piliers carrés sont
+remplacés par d'élégantes colonnes à chapiteaux palmiformes ou
+papyriformes; dans les principales pièces, le sol et les soubassements
+sont faits de grandes dalles de basalte, et, au-dessus, les murailles en
+beau calcaire fin sont couvertes de bas-reliefs d'une facture très
+délicate. Ces tableaux représentent les hauts faits du souverain, ses
+expéditions, l'hommage que lui rendent ses ennemis; on y voit aussi le
+roi à la pêche ou à la chasse, et l'image des dieux sous la protection
+spéciale desquels il se place. Quant à la disposition générale, elle
+est toujours la même; le portique situé au bord de la vallée donne accès
+à l'allée couverte qui monte directement à la grande cour entourée d'une
+colonnade, la partie publique du temple funéraire; plus loin les salles
+des statues, les magasins, et une série de petites chambres conduisent,
+après plusieurs détours, au sanctuaire où se dresse, contre la pyramide
+elle-même, la grande stèle fausse-porte par laquelle le double du roi
+était censé pouvoir sortir de son tombeau et venir bénéficier des
+offrandes qu'on lui apportait.
+
+Une innovation très importante date du règne d'Ounas, le dernier roi de
+la Vme dynastie; sans rien modifier à la disposition et à la
+construction de la pyramide ou de la chapelle funéraire, Ounas, le
+premier, songea à faire graver sur les parois absolument nues des
+caveaux souterrains où devait être enfermée sa momie les textes
+religieux qui pouvaient lui être utiles dans l'autre monde. Ce qui
+devait survivre à un homme après sa mort, ce n'était guère, croyait-on à
+cette époque, que son double, son corps spirituel, mais le roi, étant
+d'une essence supérieure, a en lui quelque chose des dieux dont il
+descend et qu'il doit aller retrouver quand il quittera la terre; il
+possède donc une âme divine, mais pour que cette âme puisse s'identifier
+aux dieux et devenir dieu à son tour, il faut qu'elle soit instruite de
+sa nature divine et qu'elle soit à même d'en profiter et de se présenter
+dignement devant ses pairs. Certains textes sacrés peuvent lui rendre ce
+service: ces textes se trouvent dans les recueils où les prêtres
+héliopolitains ont rassemblé toutes les vieilles formules magiques ou
+religieuses du pays, recueil précieux qui nous laisse entrevoir le fond
+de la pensée égyptienne sur la nature des dieux et sur le monde dans
+lequel ils vivent, en même temps qu'ils nous renseignent sur les
+origines de la langue. Ounas puisa donc largement dans ces textes dont
+il couvrit les parois de la salle qui contenait son sarcophage, et les
+chambres attenantes; ses successeurs, les rois de la VIme dynastie, y
+firent des emprunts plus abondants encore et les gravèrent jusque dans
+les couloirs d'accès. C'est à peu près tout ce qui reste de leurs
+pyramides qui ne forment plus que d'immenses tas de décombres; les
+chapelles funéraires ont disparu. Quant aux tombeaux des rois qui les
+suivirent, ceux de l'époque féodale, ils ne sont pas parvenus jusqu'à
+nous.
+
+
+_Sculpture_
+
+L'idée de la mort, vraie obsession pour les Egyptiens, les avait portés
+de très bonne heure à rechercher tous les moyens d'éviter un
+anéantissement complet de leurs personnes; de là le développement
+incroyable de l'architecture funéraire qui prend dès ses débuts une
+importance beaucoup plus considérable que l'architecture civile ou même
+religieuse. De là aussi la naissance de la statuaire qui, à son origine,
+est absolument indépendante de l'architecture et se développe
+parallèlement à ce dernier art et avec non moins de succès.
+
+[Illustration: _Fig. 122._ Statue de Ra-Nofer (Le Caire--photographie de
+M. Pieron).]
+
+Le Ka ou double, comme il a été dit plus haut, était une sorte de corps
+spirituel, exactement semblable comme forme au corps matériel de l'homme
+et capable de survivre à celui-ci pendant un temps illimité, à condition
+toutefois d'avoir un support qui pût fixer son essence impondérable et
+lui conserver une certaine consistance. Le support naturel du double
+était le corps embaumé avec plus ou moins de soin et préservé ainsi de
+la pourriture; mais cette momie restait néanmoins bien fragile, aussi
+imagina-t-on de bonne heure de lui donner un remplaçant plus solide pour
+le cas où elle viendrait à être détruite. On prit donc l'habitude de
+déposer dans le tombeau, que ce fût celui d'un roi ou celui d'un simple
+particulier, une image du mort, en bois ou en pierre, faite autant que
+possible à sa ressemblance, parfois de grandeur naturelle, mais souvent
+de dimensions plus modestes. Le personnage qu'elle représente est
+debout, une jambe en avant, agenouillé ou accroupi à la manière des
+scribes, ou encore assis sur une chaise massive, les pieds joints, les
+mains sur les genoux. Souvent il est accompagné de sa femme, assise ou
+debout à côté de lui et même parfois d'un ou deux de ses enfants; ces
+groupes sont de vraies scènes de famille, d'une intimité charmante.
+
+[Illustration: _Fig. 123._ Scribe agenouillé (Le Caire. Photo de E.
+Brugsch-Pacha).]
+
+Les statues memphites, à part les plus anciennes qui sont d'une facture
+encore un peu malhabile, sont l'oeuvre de praticiens parfaitement sûrs
+de leur métier et capables de donner l'expression voulue à leurs
+figures, quelle que soit la matière qu'ils ont à travailler, bois,
+albâtre, calcaire, granit ou diorite. Ce qu'ils cherchent, c'est à
+rendre fidèlement la nature et à donner en même temps l'impression de
+vie, de calme et de sérénité; ils ne fixent pas un aspect passager de
+leur modèle, ils en font en quelque sorte une synthèse; ils ne
+l'idéalisent pas, ils l'éternisent pour ainsi dire, et avec raison, car
+leur oeuvre ne doit pas être un objet d'admiration pour le monde, mais
+le support même d'un être vivant enseveli à jamais dans le tombeau, loin
+des regards des hommes.
+
+[Illustration: _Fig. 124._ Groupe de l'Ancien Empire (Musée du Caire, No
+_128_; photographie de l'auteur).]
+
+Pour donner plus de naturel à ces statues, on les peignait, celles du
+moins qui ne sont pas taillées dans des matières de grand luxe. Parfois
+le travail est également soigné de la tête aux pieds, mais il arrive
+souvent que les membres inférieurs sont un peu négligés au profit du
+haut du corps sur lequel se reporte toute l'attention du spectateur. La
+tête est toujours plus poussée que le reste et acquiert une importance
+toute particulière; les deux yeux, le plus souvent rapportés et formés
+d'une pierre blanche avec pupille en métal sous une cornée de quartz,
+dans un sertissage de bronze, donnent à la figure une vie, une
+expression, un éclat inimitables; ainsi, pour ne citer que les plus
+remarquables de ces statues, le Sheikh-el-Beled, le groupe de Rahotep et
+de Nofrit, le scribe du Musée du Caire, celui du Louvre, sont des
+chefs-d'oeuvre qui peuvent rivaliser avec les plus belles productions de
+l'art de tous les temps et de tous les pays.
+
+[Illustration: _Fig. 125._ Tête du «Sheikh-el-Beled» (Musée du
+Caire--photo. de E. Brugsch-Pacha).]
+
+[Illustration: _Fig. 126._ Tête du scribe accroupi du Musée du Caire
+(photo. de E. Brugsch-Pacha).]
+
+C'est l'expression même de la vie qui se dégage des statues des simples
+particuliers; quant à celles des rois il n'en est pas tout à fait de
+même. Ici les sculpteurs devaient donner l'impression d'un être
+supra-terrestre; dans ce but ils suppriment tout mouvement et placent le
+pharaon sur un trône, assis dans une pose immobile qui a quelque chose
+d'hiératique, tout en restant parfaitement naturelle. Ils n'ont plus
+recours aux yeux artificiels et impriment sur les lèvres de leurs
+modèles ce sourire énigmatique qui les auréole de mystère. Leurs rois,
+les Khefren et les Mycérinus du Caire, le Dadefra du Louvre, sont
+empreints de la majesté calme et sereine qui convient à un monarque fils
+des dieux presque dieu lui-même. En ce qui concerne ces statues et
+celles des particuliers, la IVme dynastie marque un effort et un progrès
+incomparables. C'est une des plus belles époques de la statuaire
+égyptienne, au point de vue de l'art aussi bien que du métier; des
+statues comme le grand Khefren de diorite au Musée du Caire, montrent
+qu'on savait triompher des matières les plus dures et les modeler dans
+les moindres détails avec une délicatesse inouïe, sans jamais nuire à la
+beauté et à la grandeur de l'ensemble, qui reste une pure merveille, à
+tous les points de vue.
+
+[Illustration: _Fig. 127._ Statue de Khefren (d'après MASPERO. _Musée
+Egyptien_, I, pl. VIII).]
+
+Un peu plus tard, sous la VIme dynastie sans doute, on commença à
+employer pour les statues royales le type de l'homme debout. Le premier
+et le plus bel exemple en est la statue de Pepi Ier accompagné de son
+fils Merenra, qui est aussi la plus ancienne statue de bronze, où tout
+au moins à revêtement de bronze que l'on possède (fig. 105 et 106); au
+lieu d'une fonte pleine ou creuse, procédé employé à des époques moins
+anciennes pour des monuments de plus petites dimensions, nous avons ici
+d'épaisses feuilles de métal ajustées et martelées sur une âme de bois;
+cette statue, actuellement au musée du Caire, est sensiblement plus
+grande que nature.
+
+Si la sculpture en ronde-bosse est toujours, sous l'Ancien Empire,
+absolument indépendante de l'architecture, il n'en est pas de même du
+bas-relief, intimement lié à la construction, et dont le rôle primitif
+est de constituer la partie décorative d'un monument. L'usage qu'on en
+faisait, très modéré au début, ne tarda pas à se développer au fur et à
+mesure que les tombeaux devenaient plus grands; c'est sous la Vme
+dynastie, époque où non seulement on couvre de bas-reliefs des centaines
+de mètres carrés de parois dans des tombeaux de dimensions moyennes,
+mais où on commence aussi à en revêtir les murs intérieurs des temples,
+que ce mode de sculpture arrive à son apogée, tant au point de vue
+technique qu'au point de vue artistique.
+
+Pour les Egyptiens, le but du bas-relief est de reproduire avec autant
+de clarté que d'exactitude, non seulement des figures d'individus
+isolés, mais des scènes complètes avec de nombreux personnages en pleine
+action, des animaux et des objets; il s'agit de ne pas sacrifier
+l'ensemble au détail ni le détail à l'ensemble, et pour cela il faut
+étudier séparément chacune des figures, les grouper et les équilibrer de
+façon régulière afin d'obtenir une composition homogène et décorative.
+
+[Illustration: _Fig. 128._ Bas-relief du mastaba de Ptahhotep à Saqqarah
+(photographie de M. Pieron).]
+
+Pour arriver à comprendre le bas-relief égyptien et l'apprécier comme il
+le mérite, il faut en pénétrer les procédés de composition et faire
+abstraction de certaines choses qui nous choquent ou tout au moins nous
+gênent au premier abord parce qu'elles sont contraires à notre
+conception moderne de l'art. Dans l'art égyptien, il n'y a pour ainsi
+dire pas trace de perspective, et ce défaut se fait sentir de plusieurs
+manières: tous les personnages d'une scène sont sur le même plan et ont
+exactement la même grandeur; les tableaux se développent uniquement en
+longueur, jamais en profondeur, formant ainsi de longues bandes qui se
+superposent sans être nécessairement en rapport direct les unes avec les
+autres. Ce manque de perspective se fait encore mieux sentir dans le
+dessin même du corps humain: vus toujours de profil, les personnages ont
+l'oeil et la poitrine qui se présentent de face, le ventre de trois
+quarts, dans une stylisation un peu outrancière mais à laquelle on
+s'habitue rapidement et qui pour les Egyptiens eux-mêmes avait
+l'avantage de présenter chaque partie du corps sous son aspect le plus
+caractéristique. Si ce défaut apparent est dû, à l'origine tout au
+moins, à une certaine maladresse, il n'en est pas de même du manque
+d'unité dans les proportions, qui est voulu. Pour indiquer la
+supériorité du roi sur ses sujets, on le représente d'une taille très
+supérieure à la leur, et de même, dans les tombes, la figure du mort est
+toujours trois ou quatre fois plus grande que celles des hommes qui
+vaquent sous ses yeux à leur office habituel.
+
+Au point de vue technique, les sculpteurs de bas-reliefs sont pour le
+moins aussi habiles que ceux qui taillent les statues; leur dessin est
+ferme et net, donnant des contours d'une précision remarquable, quelle
+que soit la position du sujet. Les animaux qu'ils représentent ont des
+silhouettes exquises de pureté et de ressemblance. Leur coup de ciseau
+est parfaitement franc, sans repentirs, sans retouches, et ils modèlent
+les corps en un relief imperceptible qui leur donne une très grande
+distinction et beaucoup de délicatesse.
+
+La composition est toujours claire et bien ordonnée, équilibrée de
+manière à donner à l'ensemble un caractère décoratif; les vides qui se
+présentent naturellement entre les figures et au-dessus d'elles sont
+remplis au moyen de courtes inscriptions hiéroglyphiques qui expliquent
+la scène, en même temps qu'elles ajoutent à l'homogénéité du monument.
+
+Les sculpteurs de bas-reliefs n'étaient pas des artistes créateurs, mais
+de simples artisans bien au courant de leur métier et doués souvent
+d'une réelle originalité. Ils avaient à leur disposition un certain
+nombre de modèles pour toutes les scènes qu'ils pouvaient avoir à
+représenter et n'avaient plus qu'à les adapter à la place dont ils
+disposaient, à les augmenter ou à les diminuer en supprimant ou en
+ajoutant des personnages; ils pouvaient ainsi, sans sortir du cadre
+traditionnel, donner libre cours à leur imagination et enrichir leurs
+tableaux de figures originales et nouvelles. Pour une scène donnée, le
+motif est toujours le même, l'interprétation toujours différente, et
+c'est ce qui donne un charme tout particulier à ces successions de
+tableaux qui couvrent les parois des tombeaux comme une gigantesque
+tapisserie, harmonieuse dans l'ensemble et dans le détail.
+
+
+_Peinture_
+
+La polychromie était de règle pour la statuaire; il en était de même
+pour les bas-reliefs qui devaient tous être peints de couleurs vives.
+Dans les tombeaux très anciens, comme ceux de l'époque de Snefrou, qui
+sont encore construits en briques, des peintures sur enduit remplacent
+les bas-reliefs, reproduisant en teintes plates les mêmes scènes que
+nous avons l'habitude de voir sculptées et enluminées dans les autres
+tombes de l'Ancien Empire. La manière primitive de décorer ces monuments
+était donc, à n'en pas douter, la peinture, et le bas-relief coloré
+n'est que le développement normal de celle-ci, résultant du besoin de la
+rendre plus durable en la reportant sur pierre et en dégageant du fond
+chaque figure, chaque objet représenté; le bas-relief, avant de devenir
+un art en soi, n'était que le support de la peinture. Rien de plus
+naturel dès lors que de retrouver dans les scènes peintes les mêmes
+compositions que dans les reliefs, avec les mêmes variantes
+d'interprétation. Les procédés sont très simples: les couleurs minérales
+délayées dans de l'eau, additionnée d'une sorte de gomme, sont étendues
+en teintes plates sur un enduit sec, au moyen d'un pinceau; un trait
+plus foncé sertit les figures; les détails étaient ajoutés après coup
+quand ils étaient plus foncés, réservés quand ils étaient blancs. Les
+peintures de Dahchour et de Meïdoum, qui datent du commencement de la
+IVme dynastie, nous montrent les artistes égyptiens déjà en pleine
+possession de leur métier, et il est certains de leurs panneaux qui sont
+pleins de vie, de mouvement et de délicatesse. Pendant un certain temps
+on négligea complètement la peinture pour la sculpture, et nous ne
+trouvons des tombeaux peints sur enduit qu'en province, presque jamais
+dans la capitale; ce n'est que plus tard, sous le Moyen et le Nouvel
+Empire, que cet art reprendra un nouvel essor et accaparera de nouveau
+la décoration intérieure des sépultures.
+
+[Illustration: _Fig. 129._ Peinture d'un tombeau de Meïdoum (d'après une
+photographie de E. Brugsch-Pacha).]
+
+
+_Objets usuels_
+
+Depuis quatre ou cinq mille ans, les tombeaux de l'Ancien Empire
+résistent victorieusement aux atteintes du temps et ils sont arrivés
+jusqu'à nous avec leur décoration peinte ou sculptée, dans un état de
+conservation très satisfaisant. Les violateurs de sépultures ne les ont
+cependant point épargnés; dans l'antiquité déjà ils les ont visités,
+ils sont descendus dans tous les caveaux funéraires, dans ceux des rois
+comme dans ceux des simples particuliers, franchissant les obstacles les
+plus sérieux, et ont pillé consciencieusement tout le mobilier
+funéraire. Seules les statues de serdab qui ne pouvaient avoir aucune
+valeur pour eux furent laissées dans leur cachette, ainsi que les tables
+d'offrandes, grandes dalles sculptées devant la stèle fausse-porte. Les
+meubles, les armes, les outils, les vêtements, les bijoux, tous les
+objets usuels, en un mot, ont disparu et nous ne les connaissons que par
+les représentations des reliefs et des peintures, représentations qui du
+reste sont souvent très suffisantes. Les seuls objets qui nous soient
+parvenus sont des vases en pierre ou en terre qui ne présentent pas avec
+ceux de la période précédente des divergences très marquées.
+
+
+_Inscriptions_
+
+Depuis les dynasties thinites, époque où on ne l'employait qu'avec
+parcimonie, l'écriture a fait d'immenses progrès; elle est
+définitivement constituée, régularisée et ordonnée. C'est un instrument
+parfait en son genre, bien qu'un peu compliqué, capable d'exprimer
+toutes les nuances de la pensée, dans tous les domaines, et qui a en
+même temps un caractère décoratif très marqué permettant de l'employer à
+l'ornementation des monuments, soit isolément, soit à côté des
+représentations figurées, pour les compléter, les équilibrer et les
+expliquer. Quelques lignes d'hiéroglyphes, sur un objet quelconque,
+suffisent à faire de lui un objet d'art, tant cette écriture est belle
+par elle-même.
+
+[Illustration: _Fig. 130._ Panneau de Hosi (d'ap. MARIETTE. _Album du
+Musée de Boulaq_, pl. XII).]
+
+L'écriture hiéroglyphique, en même temps utilitaire et ornementale, avec
+ses combinaisons de caractères alphabétiques, syllabiques et
+idéographiques, paraît à peu près sur tous les monuments de l'Ancien
+Empire, dans les tombeaux en particulier où nous l'avons vue se mêler
+aux bas-reliefs, s'incorporer à eux. Ce sont en général de courtes
+phrases, mises dans la bouche des personnages représentés dans la scène;
+ainsi il n'est pas rare de voir un ouvrier dire à son voisin: «tâche de
+te dépêcher» ou: «fais attention à ce que tu fais»; un moissonneur boit
+à même une cruche de bière en s'écriant: «ah! que c'est bon!» ailleurs
+c'est la chanson des laboureurs qui travaillent dans le terrain encore
+inondé: «Le piocheur est dans l'eau, parmi les poissons; il cause avec
+le silure, il échange des saluts avec l'oxyrhinque.» En d'autres parties
+de la tombe, à l'entrée, et surtout sur la stèle fausse-porte, on trouve
+le nom du mort, avec ses titres et de courtes formules adressées à
+divers dieux comme Osiris et Anubis, et plus loin la grande liste
+d'offrandes disposée en tableau. Dans les souterrains des tombes royales
+on voit, à partir d'un certain moment, les longs textes religieux se
+dérouler en colonnes serrées, et couvrir d'immenses surfaces de parois.
+J'ai déjà parlé des inscriptions historiques ou plutôt biographiques où
+un haut fonctionnaire raconte les péripéties de sa carrière et qui sont
+si précieuses pour nous; il faut encore signaler certains textes
+officiels, gravés sur pierre, des décrets du roi en faveur de certains
+temples, instituant des privilèges spéciaux, et nous aurons une idée
+générale de ce qu'il y avait sous l'Ancien Empire en fait d'inscriptions
+monumentales.
+
+Pour des compositions de longue haleine, des ouvrages scientifiques,
+médicaux, théologiques ou littéraires et sans doute aussi déjà pour la
+correspondance, on employait une autre matière que la pierre et une
+autre écriture que les hiéroglyphes. Les tiges de papyrus décortiquées,
+développées et écrasées, fournissaient des feuilles qui étaient pour les
+Egyptiens ce qu'est pour nous le papier, feuilles qu'on réunissait bout
+à bout pour en faire de longs rouleaux; au moyen d'un roseau taillé en
+pointe ou en pinceau, on y écrivait à l'encre en caractères cursifs qui
+sont une abréviation des hiéroglyphes et auxquels nous donnons le nom
+d'écriture hiératique. Cette écriture est disposée soit en colonnes
+verticales, soit en lignes horizontales écrites de droite à gauche. Vu
+la fragilité de la matière employée, il ne nous est parvenu que bien peu
+de manuscrits de l'Ancien Empire, assez toutefois pour que nous
+puissions juger que la méthode employée ne différait en rien de celle
+des époques postérieures.
+
+
+C. CIVILISATION
+
+_Royauté et Gouvernement_
+
+Bien que fils des dieux et dieu lui-même, le roi d'Egypte n'est pas,
+comme dans beaucoup de monarchies orientales, un despote paresseux et
+cruel, invisible au fond de son palais; il ne se borne pas non plus à
+donner tous ses soins à ce qui doit être la grande oeuvre monumentale de
+son règne, la construction de son tombeau. Il s'occupe activement et
+personnellement de son pays et de son peuple, il dirige lui-même toute
+l'administration, choisit les fonctionnaires, récompense les plus
+méritants, rend la justice. Il exerce sur ses sujets une activité
+bienveillante et semble être vraiment, pour l'Ancien Empire tout au
+moins, le «dieu bon», selon une des épithètes qu'on lui décerne le plus
+fréquemment. A côté de cela il trouve encore le temps de s'occuper de
+science et de composer lui-même des ouvrages de médecine ou de
+théologie. A l'exemple de leur père, les princes ne restent pas
+inactifs, ils font l'apprentissage du pouvoir en occupant dès leur jeune
+âge des postes importants dans l'administration.
+
+La maison du roi se compose d'une foule d'officiers de toute sorte,
+préposés les uns à la toilette, aux vêtements, aux parfums, les autres à
+la nourriture ou à la boisson, et de prêtres spéciaux attachés à la
+personne royale, ainsi que d'une garde du corps.
+
+Le roi n'est pas seul à assumer le pouvoir, il a sous ses ordres une
+administration compliquée et d'origine très ancienne; les fonctionnaires
+sont nombreux et se présentent à nous chacun avec une série de titres
+dont nous ne parvenons pas à découvrir l'exacte signification, mais qui
+montrent qu'un individu pouvait cumuler des charges de natures très
+diverses, religieuses, militaires, civiles et judiciaires. Ceux de ces
+personnages que nous connaissons le mieux sont naturellement ceux qui
+entouraient le roi de plus près et dont les tombeaux sont voisins du
+sien, les vizirs, les grands juges, les grands prêtres, les
+fonctionnaires de l'administration centrale. A côté et au-dessous d'eux
+il y avait la foule des fonctionnaires provinciaux. L'ancienne division
+politique du pays en clans ou tribus avait donné naissance, une fois
+l'oeuvre d'unification accomplie, à un certain nombre de provinces ou
+_nomes_ qui eurent chacun son administration propre, sous le contrôle
+du pouvoir central. Sous des rois dont l'autorité s'exerce sans
+contestation, cette organisation intérieure doit avoir ses avantages,
+mais si le sceptre tombe en des mains plus faibles elle ne peut que
+favoriser le démembrement du pays; nous avons vu que c'est en effet ce
+qui arriva: la naissance et le développement progressif de la féodalité,
+puis les rivalités des familles les plus puissantes et les luttes
+intestines, amenèrent la fin de l'Ancien Empire.
+
+Le haut gouvernement des nomes était donc un pouvoir féodal, très
+probablement entre les mains des descendants directs des anciens chefs
+de tribus. Quant à l'administration proprement dite, elle n'était pas le
+privilège d'une caste spéciale, mais était ouverte à tous; il suffisait
+d'avoir une bonne instruction, d'être scribe, de se montrer intelligent
+et habile, pour pouvoir atteindre à n'importe quelle fonction. Nous
+avons l'exemple de personnages d'humble extraction commençant par les
+charges les plus modestes pour monter progressivement aux plus hautes
+positions du royaume.
+
+Les prêtres pouvaient cumuler des fonctions civiles et des charges
+sacerdotales; ils pouvaient aussi, semble-t-il, se recruter parmi toutes
+les classes de la population et ne formaient pas une caste à part. Le
+roi était de droit souverain pontife de tout le pays et les grands
+seigneurs héréditaires étaient en même temps les grands prêtres des
+sacerdoces de leurs nomes.
+
+Nous avons donc, dans l'Egypte de l'Ancien Empire, un mélange
+extrêmement curieux de tous les modes de gouvernement: en haut, une
+monarchie absolue et théocratique, au-dessous une aristocratie
+héréditaire, féodale et terrienne, et enfin, tant pour les provinces
+que pour l'ensemble du pays, une administration accessible à tous,
+tenant en même temps de la démocratie et du mandarinat et ayant un
+caractère sacerdotal très marqué. Comment fonctionnaient tous ces
+rouages qui nous paraissent si peu compatibles les uns avec les autres?
+Nous ne pouvons nous en rendre compte d'une manière très précise, mais
+les résultats montrent que ce système de gouvernement n'était pas
+mauvais puisque non seulement il subsista pendant les longs siècles que
+dura l'empire memphite, mais encore fut repris au Moyen et au Nouvel
+Empire avec certaines modifications.
+
+
+_Relations extérieures_
+
+Les objets remontant à l'Ancien Empire sont si peu nombreux qu'il ne
+faut pas s'étonner si l'on n'en retrouve pas qui portent la marque d'une
+importation étrangère. Les relations commerciales avec les pays
+environnants, par terre comme par mer, ne s'étaient cependant pas
+interrompues, bien au contraire; on consommait beaucoup d'encens en
+Egypte, surtout pour les besoins du culte; or l'encens ne pouvant
+provenir que du sud de l'Arabie, de la côte des Somalis, du pays de
+Pount, comme on appelait ces régions, il devait donc arriver en Egypte
+par la Mer Rouge. Les mines du Sinaï ne sont pas assez riches en cuivre
+pour avoir pu fournir tout celui qu'on employait sous l'Ancien Empire,
+aussi est-il des plus probable que déjà à ce moment-là on le faisait
+venir de Chypre, comme aux époques suivantes. Le commerce, plus facile
+encore avec la Syrie, était sans doute plus développé de ce côté-là. Les
+pharaons avaient du reste sur cette contrée, ou du moins sur sa partie
+méridionale, certaines prétentions de suzeraineté, et nous les avons vus
+y envoyer à diverses reprises des expéditions armées. Le plus souvent
+ces expéditions remportaient des succès sur les indigènes et ramenaient
+un riche butin, pris par la force ou acquis par voie d'échange, mais
+parfois aussi elles échouaient piteusement, et se faisaient massacrer
+dans un guet-apens.
+
+Le Soudan et la Nubie n'étaient pas encore soumis, mais le gouvernement
+égyptien, qui recrutait des mercenaires parmi les tribus de ces régions,
+les considérait un peu comme des vassales et leur envoyait souvent de
+petites expéditions à demi militaires, à demi commerciales, chargées de
+recueillir l'allégeance des chefs et si possible un tribut, d'assurer la
+sécurité des routes et le respect du nom de l'Egypte, et de faire
+aboutir des opérations fructueuses par voie d'échange. Ces expéditions
+étaient le plus souvent dirigées par les gouverneurs du sud, les
+résidents égyptiens à Eléphantine, qui avaient la garde de la frontière:
+ces hauts fonctionnaires s'appliquèrent à laisser à la postérité le
+récit plus ou moins détaillé de leurs diverses missions. Ainsi nous
+voyons Herkhouf s'acquérir la faveur du roi pour lui avoir ramené du
+centre de l'Afrique un nain qui devait le divertir par ses danses
+bizarres: ce roi était Pepi II, alors encore un tout petit enfant.
+
+
+_Famille_
+
+Du haut en bas de l'échelle sociale, l'organisation de la famille a un
+caractère tout patriarcal, empreint de liberté, de bienveillance et
+d'intimité. Il suffit de jeter les yeux sur les nombreux groupes
+familiaux, bas-reliefs ou statues, pour juger des relations tendres
+qu'avaient entre eux époux, parents et enfants: on voit souvent la femme
+assise sur le même siège que son mari, ou debout à côté de lui, passant
+le bras autour de son cou tandis qu'il l'enlace étroitement et que les
+enfants se pressent autour d'eux. L'homme est le chef incontesté de la
+famille, il la dirige, la protège, la groupe autour de lui, sa vie
+durant; quant à la femme, elle jouit d'une position très privilégiée, en
+regard des autres femmes d'Orient: elle n'est pas enfermée dans un
+harem, elle est absolument libre de ses mouvements et de ses actions,
+elle accompagne partout son mari comme une égale, non comme une
+inférieure, elle exerce une autorité morale toute spéciale sur les
+enfants. Parmi ceux-ci, les filles ont les mêmes droits que les fils à
+l'héritage paternel.
+
+Dès l'Ancien Empire, l'Egyptien est certainement monogame; à peine
+trouve-t-on un ou deux grands personnages ayant à côté de leur femme
+légitime une concubine, dont les enfants ont du reste à peu près les
+mêmes droits que leurs frères. Seul le roi a en général plusieurs femmes
+dont l'une, «la grande épouse royale» a le pas sur les autres, étant
+sans doute de plus haute naissance, parfois même de race royale. Pour
+conserver aussi pur que possible le sang divin qui coule dans ses
+veines, le roi doit de préférence prendre une femme du même sang que
+lui, donc une proche parente. Sous le Nouvel Empire nous voyons le plus
+souvent le pharaon épouser sa soeur, parfois même sa fille; il en était
+sans doute de même pour les rois memphites. Ces unions qui nous
+paraissent monstrueuses n'avaient rien que de très naturel pour les
+Egyptiens, pour qui la pureté de la race avait une importance capitale.
+
+
+_Vêtement_
+
+Vu le climat de l'Egypte, les habitants de ce pays n'ont jamais éprouvé
+le besoin de s'habiller chaudement; le costume en usage sous l'Ancien
+Empire est particulièrement sommaire. Les hommes portent tous le pagne,
+plus ou moins grand suivant leur condition: pour les gens de bas étage,
+les mariniers par exemple, il se réduit à une ceinture garnie par devant
+de quelques petites lanières formant tablier, pour d'autres ouvriers
+c'est un morceau d'étoffe passant entre les jambes et fixé également à
+une ceinture. Le modèle ordinaire est composé d'une longue pièce de
+toile blanche enroulée étroitement autour de la partie moyenne du corps,
+soutenue par une ceinture et descendant presque jusqu'aux genoux. Chez
+les grands personnages ce vêtement prend plus d'importance: il n'est pas
+plus long, mais beaucoup plus ample, et la partie de devant, gaufrée à
+petits plis et empesée, forme une sorte de grand tablier triangulaire.
+En outre, les notables ont le plus souvent aux pieds des sandales,
+simples semelles plates, et autour du cou un large collier descendant
+sur la poitrine et composé généralement de perles en verroterie, parfois
+aussi de perles d'or. La tête est entièrement rasée, cheveux, barbe et
+moustaches, et, pour sortir, les grands personnages se coiffent d'une
+perruque plus ou moins volumineuse suivant la mode du jour, tandis que
+chez les gens du peuple cette perruque paraît n'être plus qu'une simple
+calotte feutrée, épousant les formes du crâne. Souvent une petite barbe
+postiche se fixe sous le menton des notables. Jamais on ne voit de
+manteau sur les épaules des particuliers; seul le roi, dans certaines
+cérémonies, porte un vêtement de forme particulière, très ample, sans
+manches, descendant du cou jusqu'aux genoux.
+
+[Illustration: _Fig. 131._ Costumes de l'Ancien Empire (d'apr. LEPSIUS.
+_Denkmäler_, II, pl. LXXIII).]
+
+Les femmes sont vêtues d'une robe absolument collante descendant de la
+naissance des seins jusqu'au bas des mollets; des bretelles la
+retiennent aux épaules. La gorge est couverte d'un large collier, et des
+anneaux de différentes formes ornent les bras et les chevilles. La
+chevelure, très abondante, retombe sur les épaules en une multitude de
+petites tresses; parfois un riche bandeau enserre cette coiffure
+au-dessus du front.
+
+[Illustration: _Fig. 132._ Ptahhetep à sa toilette (d'apr. PAGET-PIRIE.
+_Ptahhetep_, pl. XXII).]
+
+La toilette était chose importante pour les Egyptiens; ils se lavaient
+soigneusement, se faisaient oindre le corps d'huiles et de parfums. Les
+gens riches avaient des serviteurs qui les massaient et leur servaient
+de manicures, de pédicures, et sans doute aussi de coiffeurs. Avant et
+après le repas, on se lavait les mains et la bouche, comme cela se fait
+encore aujourd'hui en Orient.
+
+
+_Mobilier et Habitation_
+
+Les Egyptiens avaient l'habitude de s'accroupir à terre, sur des nattes,
+pour toutes les occupations sédentaires; c'était la position ordinaire
+des artisans à leur travail et des scribes en train d'écrire. Par
+contre, pour manger, ils s'asseyaient sur des chaises, des fauteuils ou
+même des divans à deux places, devant de petits guéridons ronds, hauts
+sur pied, où s'empilaient les victuailles. Ils couchaient dans des lits
+garnis de plusieurs matelas, de couvertures et de chevets en guise
+d'oreiller, lits à quatre pieds, assez élevés pour qu'on dût y monter à
+l'aide d'un petit escabeau. Le mobilier comportait encore un certain
+nombre de coffres de diverses dimensions, où l'on serrait le linge et
+les ustensiles de toute sorte. En ce qui concerne les habitations, nous
+n'avons guère de renseignements pour l'Ancien Empire; ce devaient être
+des constructions légères, en partie en briques crues ou en terre pilée,
+en partie en bois, avec des jours qu'on pouvait fermer, au moyen de
+tentures multicolores ou de nattes; comme plafond, des solives de bois
+de palmier, se touchant, supportaient une terrasse en terre battue.
+
+
+_Chasse et Pêche_
+
+Les grands marais remplis de poissons et d'oiseaux de toute sorte qui
+bordaient la vallée du Nil, fournissaient aux seigneurs égyptiens,
+grands amateurs de chasse et de pêche, un terrain incomparable. Ils s'y
+rendaient avec leurs gens qui sur place préparaient des nacelles légères
+en faisceaux de tiges de papyrus, dans lesquelles tout ce monde
+s'embarquait, pénétrant dans les fourrés marécageux. Le maître tenait
+d'une main des oiseaux captifs dont les cris servaient d'appeaux, tandis
+que de l'autre il brandissait son boumerang et le lançait adroitement
+sur le gibier, abattant l'un après l'autre le héron, l'oie, le canard,
+la grue, que ses gens allaient chercher dans les roseaux; puis il
+saisissait un harpon à double lame barbelée avec lequel il transperçait
+d'une main sûre les gros poissons passant à sa portée, qu'il relevait
+tout ruisselants d'eau. Cette arme puissante lui servait aussi à se
+défendre contre l'hippopotame qui aurait pu venir troubler sa promenade.
+
+[Illustration: _Fig. 133._ Chasse et pêche au marais (d'après DE MORGAN.
+_Catal. des Monum._, I, Assouan, p. _146_).]
+
+[Illustration: _Fig. 134._ Chasse au lasso (d'ap. DAVIES. _Ptahhetep_,
+I, pl. XXII).]
+
+Aux confins du désert, la chasse était plus fructueuse, mais plus
+difficile et plus dangereuse aussi; on y rencontrait la gazelle,
+l'antilope, le boeuf sauvage ainsi que le lion et la panthère. Le
+seigneur égyptien s'y aventurait rarement, mais il y envoyait certains
+de ses hommes, chasseurs de profession qui, accompagnés de leurs grands
+chiens, poursuivaient le gibier et l'attaquaient avec leurs flèches ou
+au lasso.
+
+[Illustration: _Fig. 135._ Chasse au filet (d'après CAPAET. _Une rue de
+tombeaux_, pl. XXXVI-XXXIX).]
+
+Il ne suffisait pas d'approvisionner le garde-manger, il fallait se
+constituer une réserve vivante d'aliments et remplir la basse-cour. A
+cette fin, au moment du passage des oiseaux migrateurs, on disposait sur
+des étangs de grands filets tendus sur des cadres en bois et on attirait
+le gibier au moyen d'appâts ou d'appeaux; une fois que le vol s'était
+posé sur l'étang, un surveillant caché tout près de là donnait un
+signal, d'autres hommes tiraient vivement sur une corde, le filet se
+refermait sur les volatiles qu'on sortait avec précaution et qu'on
+enfermait dans des cages pour les porter dans de grandes volières
+grillées et munies de bassins d'eau, où on pouvait les conserver et les
+engraisser.
+
+[Illustration: _Fig. 136._ Scènes de pêche (d'après DE MORGAN.
+_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _518_).]
+
+Le Nil et ses dérivés fourmillent de poissons, dont la chair a été de
+tous temps une grande ressource pour les habitants du pays; ceux-ci
+employaient pour les prendre des moyens qui sont de tous les temps et de
+tous les pays, des engins qu'ils avaient perfectionnés et dont ils
+savaient tirer parti: d'abord la ligne, une ligne à main hérissée
+d'hameçons à son extrémité, mais sans canne ni flotteur, puis le petit
+filet à manche, le troubleau, puis les nasses, les grandes bouteilles en
+osier qu'on déposait au fond de l'eau et qu'on relevait de temps en
+temps. La pêche la plus productive était fournie par la seine, le grand
+filet droit muni de plombs et de flotteurs, qu'on traînait à grand
+renfort de bras dans des cours d'eau ou des étangs, de manière à
+ramasser tout le poisson. Sitôt sortis de l'eau, les poissons étaient
+ouverts, vidés, salés et étendus ou suspendus au soleil pour être
+séchés.
+
+[Illustration: _Fig. 137._ Basse-cour (d'ap. VON BISSING. _Mast. des
+Gem-ni-kai_, I, pl. IX).]
+
+Le nombre des animaux ainsi domestiqués s'accroissait sans cesse tant
+par la reproduction naturelle que par l'apport de nouveaux individus
+pris à la chasse. Nous venons de voir les oiseaux élevés en basse-cour,
+nourris de grains ou engraissés au moyen de boulettes qu'on leur
+introduisait de force dans le bec. On employait le même procédé pour
+certains bestiaux de choix élevés à part des autres dans des fermes,
+boeufs ou antilopes qu'on empâtait ainsi avec des aliments fabriqués au
+fur et à mesure, parfois même des hyènes qu'on était obligé d'attacher
+par les pattes et de renverser sur le dos pour leur faire avaler des
+oies rôties; il semble en effet, quelque bizarre que cela puisse nous
+paraître, que sous l'Ancien Empire les Egyptiens, pour varier leurs
+menus, mangeaient parfois de la chair d'hyène.
+
+
+_Elevage_
+
+La grande masse du bétail vivait presque en liberté sous la garde de
+bergers dans les terrains situés au delà des cultures, qui n'avaient
+pas encore, comme aujourd'hui, absorbé tout le sol de la vallée; ces
+animaux étaient presque sauvages, il fallait lier les jambes des vaches
+pour les traire, et quant aux boeufs et taureaux, lorsqu'il s'agissait
+de les capturer, on devait employer le lasso. De temps à autres, les
+propriétaires allaient sur place inspecter leurs bestiaux ou se les
+faisaient amener par troupes, pour en faire le compte. Le gouvernement
+faisait de son côté procéder tous les deux ans au dénombrement général
+des bestiaux, sur lesquels le roi prélevait sans doute une forte dîme;
+cette opération était même considérée comme des plus importantes, car
+elle servait de base aux calculs chronologiques: on ne disait pas, à
+cette époque, «l'an 6 de tel roi», mais «l'année qui suit le 3e compte
+de bestiaux de tel règne». A côté des boeufs et des vaches, il y avait
+encore dans ces domaines ruraux du petit bétail, des chèvres et des
+moutons; quant aux ânes, qu'on réunissait aussi en troupeaux, comme on
+les employait fréquemment à toutes sortes de travaux, il est probable
+qu'on les gardait à proximité des habitations plutôt que dans les
+pâturages.
+
+[Illustration: _Fig. 138._ Engraissage des boeufs (d'après DE MORGAN.
+_Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _521_).]
+
+[Illustration: _Fig. 139._ Antilopes. Engraissage des hyènes (d'après DE
+MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _513_).]
+
+A côté de l'élevage, l'agriculture était en plein développement, et les
+tableaux qui représentent des scènes de la vie des champs sont nombreux
+dans les bas-reliefs des mastabas. La crue du Nil était soigneusement
+observée et enregistrée dans les documents officiels; c'est donc qu'on
+avait reconnu l'importance des irrigations, desquelles dépend la
+fertilité du pays. Il est très probable que c'est de cette période que
+datent les premiers de ces canaux qui apportent l'eau sur tous les
+points de la vallée, et les digues qui la retiennent pour laisser
+déposer le limon.
+
+[Illustration: _Fig. 140._ Labourage et semailles (d'après DAVIES.
+_Sheikh Saïd_, pl. XVI).]
+
+[Illustration: _Fig. 141._ Scène de moisson (d'ap. LEPSIUS. _Denkmäler_,
+II, pl. CVI).]
+
+[Illustration: _Fig. 142._ Dépiquage du grain (d'après MURRAY. _Saqqara
+Mastabas_, I, pl. XI).]
+
+La principale culture est celle des céréales. Nous voyons les laboureurs
+retourner le sol à l'aide de charrues très simples, à soc de bois,
+attelées de deux boeufs, car il n'est pas nécessaire de travailler très
+profondément cette terre meuble et grasse. Derrière eux viennent les
+semeurs, jetant le grain à la volée, et immédiatement après, on amène
+des troupeaux de chèvres et de moutons qui, pressés par des ouvriers
+munis de courbaches, piétinent le champ ensemencé pour faire pénétrer le
+grain. La moisson se fait au moyen de faucilles de bronze ou de bois
+armées de lames de silex, avec lesquelles on scie la tige à mi-hauteur;
+on lie les javelles en gerbe pour les charger sur des ânes qui bon gré
+mal gré les transportent près de l'aire où on les empile en hautes
+meules. Plus tard, quand la récolte est sèche, vient le dépiquage: les
+gerbes sont déliées, étendues sur l'aire et foulées aux pieds par des
+boeufs ou des ânes, et ce procédé a le double avantage de faire sortir
+le grain et de hacher la paille qui, comme partout en Orient, sert de
+fourrage. Les vanneuses ensuite jettent en l'air le grain et le passent
+au crible, et enfin on mesure la récolte au boisseau et on l'enferme
+dans les greniers.
+
+[Illustration: _Fig. 143._ Foulage et pressurage du raisin (d'après
+PAGET-PIRIE. _Tomb of Ptahhetep_, pl. XXXIII).]
+
+La vigne se cultive en berceaux, dans des jardins; au moment de la
+vendange, des hommes cueillent le raisin mûr, le mettent dans de grands
+paniers et le portent tout à côté, sur le pressoir, sorte de grande auge
+surélevée où la récolte est foulée aux pieds par d'autres ouvriers. Le
+résidu est ensuite mis dans de grands sacs de forte toile, à chaque
+extrémité desquels est passé un bâton, et on arrive encore à extraire
+une bonne quantité de jus en tordant énergiquement ce pressoir
+rudimentaire, opération qui nécessite une pittoresque gymnastique de la
+part des cinq pressureurs. Enfin le moût est porté au cellier, dans de
+grandes jarres qu'on ferme et qu'on scelle soigneusement.
+
+[Illustration: _Fig. 144._ Récolte du lin (d'après LEPSIUS. _Denkmäler_,
+II, pl. CVII).]
+
+Les autres genres de culture, comme la récolte des figues que des hommes
+ou parfois des singes vont cueillir dans les arbres, ou celle du lin,
+qui se pratique par arrachage de la tige et non plus à la faucille, sont
+plus rarement représentées. Enfin quelques scènes de jardinage montrent
+des ouvriers arrosant soigneusement des carrés de légumes.
+
+[Illustration: _Fig. 145._ Tressage des nattes (d'après PERROT et
+CHIPIEZ. _Histoire de l'Art_, I, p. _36_).]
+
+Les Egyptiens n'employaient pour leurs vêtements que de la toile de lin,
+et déjà au début de la IVme dynastie ils étaient passés maîtres dans
+l'art de filer et de tisser. Parmi les rares échantillons d'étoffes de
+l'Ancien Empire qui nous sont parvenus, il y a surtout des toiles fines,
+très fines même; certaines bandelettes de momies royales sont faites au
+moyen de fil incomparablement plus fin que celui de n'importe quel tissu
+moderne (un kilo de ce fil représenterait 12 à 18.000 mètres de
+longueur, selon les calculs des spécialistes). Pour d'autres usages, en
+particulier pour la fabrication de portières et tentures, on employait
+des étoffes multicolores plus épaisses, où le tisserand, précurseur des
+fabricants de tapis orientaux, obtenait par la disposition de ses fils
+de couleur des compositions ornementales simples, mais du meilleur goût.
+
+Les vanniers faisaient déjà de ces paniers de toute forme qui sont
+aujourd'hui une spécialité du Soudan égyptien, ouvrages de sparterie
+très soignés et très fins, aux brins de couleurs heureusement alternés
+et qui sont en même temps d'une solidité à toute épreuve. Les gens du
+peuple étaient très habiles à ces sortes de travaux, ainsi les pâtres,
+tout en surveillant leurs troupeaux, tressaient avec des joncs et
+d'autres herbes les nattes dont ils faisaient usage, nattes si souples
+qu'elles se roulaient comme des couvertures et se portaient aisément en
+bandoulière.
+
+[Illustration: _Fig. 146._ Menuisiers. Tombeau de Mera (d'ap. un dessin
+de l'auteur).]
+
+Dans d'autres tableaux nous voyons des cordiers tordant ou tournant
+leurs cordes, des cordonniers assouplissant le cuir, le taillant et le
+cousant, des menuisiers travaillant à des meubles de toute sorte avec la
+scie, le maillet, le ciseau, l'herminette et le perçoir à archet. Plus
+loin ce sont des sculpteurs et des peintres, des fabricants de vases de
+pierre et des chaudronniers dont nous avons déjà passé en revue les
+oeuvres, et enfin des bijoutiers pesant, fondant et coulant l'or,
+calibrant et assemblant les pierres fines.
+
+[Illustration: _Fig. 147._ Orfèvres et joailliers (d'ap. DE MORGAN.
+_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _527_).]
+
+
+_Navigation_
+
+On peut dire que les transports, sous l'Ancien Empire, se faisaient
+uniquement par la voie fluviale. Sur terre, le seul moyen de locomotion
+était la marche; les ânes servaient seulement de bêtes de somme, et il
+est extrêmement rare que les hommes aient songé à monter sur leur dos.
+Quant à la litière ou chaise à porteurs, c'était là un luxe que seuls
+les grands seigneurs pouvaient s'offrir, quand ils allaient inspecter
+leurs domaines. Sur l'eau, nous avons déjà vu les petites nacelles en
+papyrus employées pour la chasse et la pêche; les autres bateaux
+construits en bois étaient très variés de forme, qu'il s'agît des lourds
+et solides bachots, munis de rames et de gouvernails, destinés à faire
+de petits trajets et à transporter des marchandises ou des bestiaux, ou
+bien des bateaux à rames et à voiles, qui dénotent déjà une grande
+habitude de la navigation. Dès le début de la IVe dynastie, on employait
+de façon constante, pour remonter le Nil, de longs bateaux aux
+extrémités légèrement relevées, portant un gros mât formé de deux
+madriers qui s'assujettissent dans les deux bordages et ne se réunissent
+qu'à leur partie supérieure; une vergue se hisse au sommet de ce mât,
+supportant une voile trapézoïde d'un modèle spécial commandée par deux
+bras, gros cordages dont un homme assis à la poupe tient les extrémités.
+Des gouvernails en forme de rames, en plus ou moins grand nombre
+suivant les dimensions du bateau, servent à donner la direction. Un toit
+léger, courant au-dessus du pont, fournit aux passagers un abri
+suffisant. Pour descendre le fleuve, on pliait la voile, on abattait le
+mât et le bateau suivait le fil du courant, actionné en outre par les
+rames. Plus tard, vers la fin de l'Ancien Empire, on voit paraître un
+nouveau modèle de barque, la grande nef pontée, au mât simple portant
+une voile carrée soutenue par deux vergues; le mode de navigation ne
+change du reste pas pour cela, et on continue, comme de nos jours
+encore, à remonter le fleuve à la voile, à le redescendre à la rame.
+
+[Illustration: _Fig. 148._ Litière (d'après DAVIES. _Deir et Gebrawi_,
+I, pl. VIII).]
+
+[Illustration: _Fig. 149._ Fabrication de nacelles (d'ap. DAVIES.
+_Sheikh Saïd_, pl. XII).]
+
+[Illustration: _Fig. 150._ Barque. IVe dyn. (d'ap. JÉQUIER. _Bull. de
+l'Inst. fr. du Caire_, t. IX, pl. III).]
+
+Les vaisseaux de mer, plus grands et plus forts sans doute que ceux du
+Nil, en diffèrent à peine quant à la forme générale; les mâts, les
+voiles, les gouvernails, les rames sont les mêmes, mais il n'y a aucune
+superstructure, et un énorme câble, allant de la proue à la poupe,
+assure la solidité de la charpente.
+
+[Illustration: _Fig. 151._ Scène du marché (d'apr. LEPSIUS. _Denkmäler_,
+II, pl. XCVI).]
+
+
+Pour avoir un tableau complet de l'état de l'Egypte à cette époque, il
+faudrait approfondir encore bien des points sur lesquels nous sommes peu
+documentés, ainsi la question très importante du commerce qui, faute de
+numéraire, se faisait de gré à gré, par échange, suivant entente entre
+les contractants, sans que nous sachions s'il y avait des boutiques ou
+seulement des marchés périodiques dans les centres. Nous sommes aussi
+assez mal renseignés sur l'exploitation des mines et des carrières et
+sur le transport des gros matériaux, qui se faisait à bras d'hommes, sur
+traîneaux, de la montagne au fleuve. Cette esquisse sommaire, suffisante
+pour le moment, nous permettra de nous rendre compte de ce qu'était,
+dans ses grandes lignes tout au moins, la civilisation de l'Egypte sous
+les rois memphites et héliopolitains, période qui est la base même de
+toute la civilisation pharaonique. Pour les époques suivantes nous
+pourrons nous contenter de signaler les transformations, les
+perfectionnements apportés au cours des siècles à cet état de choses,
+par suite du travail intérieur ou des importations étrangères.
+
+[Illustration: _Fig. 152._ Forage de vases de pierre (d'ap. DE MORGAN.
+_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _497_).]
+
+
+
+
+[Illustration: _Fig. 153._ Sphinx du Moyen Empire (d'après LEGRAIN.
+_Statues et statuettes_, I, pl. XX).]
+
+
+
+
+CHAPITRE VI
+
+MOYEN EMPIRE
+
+(2200 à 1500 avant J.-C. environ.)
+
+A. HISTOIRE
+
+
+_XIe dynastie_
+
+Une période de troubles intérieurs comme celle qui termina l'Ancien
+Empire ne pouvait se prolonger indéfiniment et devait aboutir à une
+restauration de la monarchie sur des bases un peu différentes. Nous
+avons vu les derniers rois memphites, qui ne disposaient pas d'une force
+militaire sérieuse et qui sans doute n'avaient plus l'autorité morale de
+leurs prédécesseurs, s'effacer peu à peu devant leurs compétiteurs, les
+princes héracléopolitains; ceux-ci n'avaient cependant pas réussi,
+malgré l'énergique appui de leurs vassaux, les dynastes de Siout, à
+s'installer définitivement sur le trône d'Egypte, ni même à laisser un
+nom durable. Pendant ce temps s'élevait dans le sud, dans une province
+qui jusqu'alors n'avait joué aucun rôle, celle de Thèbes, une famille
+nouvelle, au sang moins pur, mélangé d'éléments soudanais, famille
+énergique poursuivant de père en fils, avec opiniâtreté, un seul but, la
+restauration, à son profit, de l'unité du royaume égyptien. Ces
+seigneurs qui portent tous le nom d'Antef ou de Mentouhotep,
+commencèrent petitement: les plus anciens n'ont que leur titre de
+monarque puis peu à peu ils s'arrogent le droit d'inscrire leur nom dans
+un cartouche, ils se qualifient de rois de la Haute Egypte et finissent
+par prendre la titulature complète des rois légitimes. Les premiers
+n'étendaient leur domination que sur la moitié méridionale de la Haute
+Egypte, mais en même temps ils avaient soumis la Nubie jusqu'à la
+deuxième cataracte au moins; les derniers régnèrent sur toute la vallée
+du Nil et poussèrent même plus loin, puisqu'ils entreprirent des
+expéditions du côté du Sinaï et de la Syrie méridionale.
+
+[Illustration: _Fig. 154._ Mentouhotep IV (?) (d'apr. un bas-relief
+provenant de Deir-el-Bahari).]
+
+L'ordre de succession de ces rois, qui forment la XIme dynastie, n'est
+pas très clair; leur chronologie l'est encore moins: le papyrus de Turin
+donne six rois ayant régné pendant plus de 160 ans, tandis que d'après
+Manéthon il y aurait eu 16 rois et 43 ans de règne; il y a dans ces
+chiffres des erreurs évidentes, puisque nous savons d'autre part que
+certains de ces rois régnèrent au moins 50 ans; on peut donc supposer
+que le papyrus ne nomme que les derniers rois de la série, ceux qui
+pouvaient être considérés comme souverains légitimes, tandis que
+Manéthon indique le nombre total des princes de la famille, et la somme
+des années de règne des deux derniers seulement, ceux qui gouvernèrent
+sans aucun doute tout le pays. Comme date, nous pouvons placer cette
+XIme dynastie thébaine, de façon tout à fait approximative du reste, aux
+environs de l'an 2.200 avant J.-C.
+
+
+_XIIe dynastie_
+
+Nous ne savons dans quelles conditions le dernier roi de cette dynastie,
+Mentouhotep V Seankhkara, céda la place de gré ou de force à un homme du
+nom d'Amenemhat, qui avait été grand-vizir sous un règne précédent et
+qui était sans doute apparenté de près ou de loin à la famille royale.
+Usurpateur ou non, le nouveau roi trouva devant lui de nombreux
+adversaires qu'il finit par réduire, comme il sut plus tard déjouer un
+complot des gens du palais qui en voulaient à sa vie. Amenemhat I était
+non seulement un homme d'action, il était aussi un organisateur de
+premier ordre, à en juger par l'oeuvre accomplie pendant les 30 ans que
+dura son règne. Il supprime définitivement le régime féodal, l'autonomie
+des petits princes locaux sur lesquels ses prédécesseurs avaient dû
+s'appuyer pour gouverner, il reconstitue l'unité de l'Egypte sous un
+seul sceptre, fait régner l'ordre et la paix dans tout le pays, recule
+ses frontières grâce à des expéditions heureuses, et fonde une dynastie
+qui devait régner 213 ans en tout, et être une des plus brillantes qui
+aient occupé le trône de l'Egypte.
+
+[Illustration: _Fig. 155._ Senousrit I (photo. de E. Brugsch-Pacha).]
+
+La XIIme dynastie est donc d'origine thébaine, mais son centre politique
+fut toujours celui qu'avait choisi le fondateur de la monarchie
+égyptienne, Memphis, abandonnée depuis quelques siècles. C'est dans les
+environs immédiats de l'antique capitale que les nouveaux rois
+établirent leur résidence et qu'ils construisirent leurs tombeaux. Les
+sept rois qui se succèdent de père en fils portent tous, soit le nom
+d'Amenemhat, qui est celui du fondateur de la dynastie, soit celui de
+Senousrit, qu'on lisait autrefois Ousertesen et qui est en réalité
+l'origine du nom grec de Sesostris, ce héros plus légendaire que réel
+sur la personne duquel se groupèrent aux basses époques tous les hauts
+faits des rois du temps passé dont on avait conservé le souvenir.
+
+[Illustration: _Fig. 156._ Senousrit III (d'après LEGRAIN. _Statues et
+statuettes_, I, pl. VI).]
+
+Les vrais Sésostris, ceux de l'histoire, sont du reste aussi des
+guerriers et des conquérants, mais leur activité est surtout dirigée
+vers le sud. Les plus célèbres d'entre eux, Senousrit I et Senousrit III
+parachevèrent l'oeuvre entreprise par Amenemhat I, la conquête de la
+Nubie: ils étendent l'autorité effective de l'Egypte jusqu'à la 2e
+cataracte, c'est-à-dire reculent d'au moins 400 kilomètres les
+frontières de leur royaume. La Nubie est devenue une province
+égyptienne, administrée par des fonctionnaires spéciaux, avec de petites
+garnisons cantonnées dans les points faibles du pays, où s'élèvent
+d'importantes forteresses, celles de Semneh et de Koummeh en
+particulier, qui gardent les deux rives de la cataracte, frontière
+extrême de la nouvelle province.
+
+Les Pharaons de la XIIme dynastie, bien que très occupés du côté du
+Soudan, ne négligent pas pour cela les autres contrées limitrophes; les
+Libyens aussi bien que les Syriens habitant les confins de l'Egypte sont
+refoulés ou assujettis, et la domination effective du roi s'étend sur
+les Oasis, le Sinaï et les contrées désertiques où les travaux dans les
+carrières et dans les mines peuvent s'effectuer en toute tranquillité.
+
+[Illustration: _Fig. 157._ Amenemhat III (d'après _Musée Egyptien_, II,
+pl. XV).]
+
+Le dernier grand roi de la dynastie, Amenemhat III, attacha son nom à
+une oeuvre gigantesque, la création dans le Fayoum,--petit territoire en
+contre-bas de la vallée du Nil, du côté ouest,--d'un immense réservoir
+destiné à régulariser les irrigations des environs de Memphis et de la
+Basse Egypte. C'est le fameux lac Moeris mentionné par Hérodote et les
+autres auteurs classiques, qui parlent en même temps avec admiration du
+Labyrinthe, le palais construit sur ses bords. Quelle est dans ces
+récits la proportion exacte de fable et de réalité, c'est ce qui n'a pu
+être encore établi; toujours est-il que maintenant on ne voit plus, de
+ce qui devait être jadis le lac Moeris, qu'un lac naturel sans
+écoulement, le Birket-Karoun, et au lieu du Labyrinthe, des ruines de
+villes, très étendues, mais qui n'ont rien de monumental, deux
+pyramides, des colosses, un obélisque; ces restes de constructions
+montrent bien l'importance des travaux entrepris par Amenemhat III dans
+ce coin de pays, travaux qui furent, sinon aussi merveilleux que se
+l'imaginaient les Grecs, du moins considérables.
+
+
+_XIIIe et XIVe dynasties_
+
+Deux règnes très courts et sans éclat, ceux d'Amenemhat IV et de la
+reine Sebeknefrou clôturent cette période si glorieuse et si brillante
+pendant laquelle l'Egypte avait atteint un degré de puissance très
+supérieur à celui auquel elle était arrivée sous les plus grands rois de
+l'Ancien Empire. Nous ne savons quelles sont les circonstances qui
+amenèrent la chute de la XIIme dynastie, soit que la race se soit
+éteinte naturellement, soit que ces deux derniers souverains aient fait
+preuve d'incapacité et se soient laissés supplanter par des compétiteurs
+puissants. Avec eux cesse, pour un temps du moins, l'unité de l'Egypte,
+et nous nous trouvons en présence de deux familles rivales, l'une de
+Thèbes, l'autre de Xoïs dans le Delta, qui forment la XIIIme et la XIVme
+dynastie; il semble qu'à un moment donné cette dernière dynastie ait été
+considérée comme seule légitime, mais d'un autre côté la puissance des
+rois thébains de la XIIIme a certainement été plus grande. Du reste ces
+deux séries de rois sont si enchevêtrées qu'on a peine à les distinguer
+l'une de l'autre: les monuments de cette époque donnent bien des noms de
+rois, rarement des dates, et jamais aucun détail sur le règne des divers
+souverains ni sur l'ordre de succession; le papyrus de Turin donnait une
+longue liste, malheureusement très fragmentée aujourd'hui, et ne paraît
+pas avoir établi de distinction entre ces deux dynasties; les autres
+listes royales ne mentionnent que très peu de noms de cette époque.
+Enfin Manéthon ne cite pas un seul nom, mais donne à la XIIIme dynastie
+60 rois et 453 ans de règne, et à la XIVme, 76 rois et 184 ans, chiffres
+qui sont peut-être exagérés quant au nombre d'années, mais qui
+paraissent correspondre à la réalité, en ce qui concerne le nombre de
+rois qui occupèrent le trône.
+
+[Illustration: _Fig. 158._ Neferhotep. Bologne (d'ap. PETRIE.
+_Photographs_, No _38_).]
+
+Nous sommes donc peu renseignés sur cette période, et c'est à peine s'il
+convient de rappeler le souvenir des Neferhotep et des Sebekhotep, les
+quelques souverains qui nous paraissent être les figures les plus
+marquantes de la série et dont les règnes sont plus longs que ceux des
+autres et les monuments que nous avons d'eux plus abondants et plus
+importants. L'examen des noms mêmes de tous ces rois montre clairement
+que ces deux dynasties ne se composent pas seulement de deux familles
+homogènes, mais de groupes très différents d'origine ou d'individus
+isolés qui se succèdent sans lien apparent, et ne sont même sans doute
+pas tous de vrais Egyptiens; ainsi l'un d'eux s'appelle Nehasi, «le
+nègre», et d'autres, comme Khendi et Khenzer, à en juger par leurs noms,
+pourraient être d'origine babylonienne.
+
+
+_Les Hyksos_
+
+C'est précisément à cette époque, où l'Egypte n'était plus suffisamment
+puissante pour résister aux ennemis du dehors, que surgirent les Hyksos
+ou rois pasteurs, chefs de bandes ou de tribus sémites, originaires
+sans doute de Palestine ou de Syrie, qui pénétrèrent dans la vallée du
+Nil par la frontière nord-est, entre Péluse et Suez, s'établirent et se
+fortifièrent dans le Delta, rayonnèrent de là dans tout le pays, y
+établirent une autorité durable et s'arrogèrent même le titre officiel
+de rois d'Egypte. Cette invasion est en somme le résultat d'une de ces
+poussées des peuples d'Orient vers l'Occident qui sont si fréquentes
+dans l'histoire et qui chaque fois amenèrent des perturbations
+considérables; celle-ci fut déterminée par la descente des Elamites en
+Mésopotamie, qui provoqua également le départ d'Abraham pour la
+Palestine.
+
+[Illustration: _Fig. 159._ Tête d'un roi hyksos (d'apr. NAVILLE.
+_Bubastis_, pl. XI).]
+
+La domination des rois pasteurs dura longtemps et s'exerça, suivant les
+monuments, plus ou moins loin vers le sud, contrebalancée seulement par
+un petit noyau qu'on pourrait qualifier de nationaliste et qui se
+groupait dans la Thébaïde, autour des derniers rois de la XIIIme
+dynastie, puis des princes qui fondent la XVIIme et préparent la
+revanche qui doit inaugurer le Nouvel Empire. Ces étrangers s'étaient
+rapidement égyptianisés; ils avaient adopté les coutumes de leurs sujets
+plus civilisés qu'eux et cherchèrent à gouverner comme les anciens rois
+autochtones, mais ils ne réussirent pas à laisser une trace vraiment
+durable de leur passage au pouvoir. Nous ne connaissons aucun édifice
+important qui puisse avoir été construit par eux, à part peut-être les
+murs d'enceinte en briques de leur capitale, la ville fortifiée
+d'Avaris, à l'est du Delta, et leurs noms ne nous sont parvenus que sur
+quelques petits objets ou sur des statues antérieures qu'ils s'étaient
+appropriées. Ils encouragèrent les sciences et la littérature, ainsi que
+nous l'apprennent certains papyrus, mais d'un autre côté, il est bien
+probable que c'est aux premiers de ces rois qu'il faut attribuer le
+pillage systématique des tombeaux royaux antérieurs.
+
+
+_XVIIe dynastie_
+
+Enfin il s'éleva une nouvelle race de princes thébains qui, d'abord
+vassaux des rois Hyksos, prirent en main la tâche de délivrer leur pays
+de la domination étrangère. Leurs talents militaires, leur valeur
+personnelle et sans doute surtout un mouvement intense du pays entier,
+révolté contre ses oppresseurs, amenèrent rapidement la chute du royaume
+des pasteurs. Refoulés de la Haute Egypte d'abord, puis du Delta même,
+il ne resta bientôt plus aux pharaons sémites qu'un petit canton aux
+confins du désert et leur retraite fortifiée d'Avaris, où ils tinrent
+bon pendant un siècle encore. Cette période de lutte à outrance qui
+coûta la vie à certains rois thébains, morts en pleine bataille, et qui
+termine ce que nous avons coutume d'appeler le Moyen Empire, est une
+période héroïque et glorieuse et les noms de ces rois qui affranchirent
+leur pays du joug étranger, les Seknenra, les Kamès, les Ahmès,
+mériteraient une place d'honneur dans l'histoire, si par malheur nous
+n'étions si peu renseignés sur leur vie et leur oeuvre dont nous ne
+faisons guère qu'entrevoir les résultats.
+
+[Illustration: _Fig. 160._ Poignard d'Apepi (Photographie
+Brugsch-Pacha).]
+
+Telle est, dans ses grandes lignes, l'histoire du Moyen Empire thébain,
+joint à la domination des Hyksos; sa chronologie est difficile à établir
+et donne lieu encore aujourd'hui à des opinions très divergentes, car si
+nous connaissons presque à un jour près la durée de la XIIme dynastie,
+il n'en est pas de même pour les suivantes, qui régnèrent sans doute
+collatéralement sur diverses parties du pays. Nous avons déjà vu que
+Manéthon donne à la XIIIme dynastie thébaine 453 ans et à la XIVme
+dynastie xoïte, 184 ans; il range les rois Hyksos dans deux dynasties
+distinctes, la XVme et la XVIme, qui auraient régné, la première 284 ans
+avec ses six rois qu'on retrouve sans peine sur les monuments
+contemporains, les Salatis, les Bnôn, les Jannias et les Apophis, et
+l'autre 511 ans avec 32 rois parfaitement inconnus. Enfin, toujours pour
+Manéthon, la XVIIme dynastie, celle de la revanche, aurait eu deux
+séries de rois, les uns hyksos, les autres thébains, ayant occupé les
+trônes d'Egypte pendant 151 ans jusqu'à l'expulsion définitive des
+Sémites. Si l'on met bout à bout tous ces chiffres, on obtient pour
+l'intervalle qui sépare la XIIme dynastie du Nouvel Empire la somme
+fantastique de 1.583 ans, qui paraît absolument inadmissible, surtout si
+l'on songe que dans un pays comme l'Egypte, où presque tout se conserve,
+une période aussi longue, même troublée, nous aurait transmis des
+séries de documents autrement plus importantes que celles qui nous sont
+parvenues. D'un autre côté, une théorie récente, très en vogue
+aujourd'hui, et basée sur deux dates astronomiques qu'on voudrait
+attribuer, l'une à un roi de la XIIme dynastie, l'autre au premier
+souverain de la XVIIIme, réduit cet intervalle à 200 ans environ. Cette
+théorie me paraît encore plus insoutenable que la précédente, car je ne
+vois pas le moyen de faire tenir dans un espace de deux siècles un
+nombre de 150 ou 200 rois au minimum, dont certains régnèrent, nous le
+savons pertinemment, 40 et même 50 ans. La vérité est très probablement
+entre ces deux théories extrêmes, et je suis tenté de me rattacher, au
+moins dans ses grandes lignes, au système proposé par un égyptologue
+norvégien, M. Lieblein, système qui peut se résumer somme suit:
+l'invasion hyksos a lieu à la fin de la XIIme dynastie et entraîne sa
+chute, après quoi une nouvelle famille thébaine, la XIIIme, prend
+possession du trône; pendant ce temps les chefs pasteurs, maîtres de la
+plus grande partie du pays, mais se sentant inférieurs comme
+civilisation et n'osant encore se mettre personnellement à la tête du
+gouvernement, intronisent d'abord des princes autochtones qui ne sont
+autres que leurs créatures et leurs vassaux et qui constituent la XIVme
+dynastie xoïte. Après ce laps de temps, se sentant suffisamment
+égyptianisés, ils prennent eux-mêmes les rênes du pouvoir: c'est la XVme
+dynastie; quant à la XVIme elle n'existe pas en réalité, c'est une
+dynastie purement fictive, qui représente seulement la somme de la
+domination des Hyksos jusqu'au moment où ces rois furent refoulés dans
+Avaris. La XVIIme dynastie, avec sa double série de rois, caractérise le
+siècle de l'expulsion. Ainsi, puisque la XIVme et la XVme dynasties sont
+contemporaines de la XIIIme, et que la XVIme doit être supprimée, comme
+faisant double emploi, nous n'avons plus qu'à additionner les chiffres
+que donne Manéthon pour la XIVme, la XVme et la XVIIme, ce qui donne,
+pour toute la période hyksos, 619 ans en tout. Il faudrait donc placer
+la XIIme dynastie entre 2.300 et 2.100 environ, et l'époque des rois
+pasteurs et de leurs compétiteurs égyptiens irait de 2100 à 1500 avant
+notre ère. Je me contente de signaler ce résultat, non comme absolument
+certain, mais comme assez satisfaisant.
+
+[Illustration: _Fig. 161._ Tête de la momie de Seqnenrà (d'après ELLIOT
+SMITH. _Royal Mummies_, pl. II).]
+
+
+B. MONUMENTS
+
+Si nous voulons nous faire une idée de ce qu'était la civilisation
+égyptienne sous le Moyen Empire et des progrès qu'elle avait pu réaliser
+depuis la période précédente, nous nous trouvons tout d'abord, de même
+qu'en ce qui concerne l'histoire proprement dite, en présence de
+documents extrêmement abondants appartenant à la fin de la XIme et à
+toute la XIIme dynastie, puis d'une époque singulièrement silencieuse,
+celle des luttes intestines suscitées par la présence des Hyksos. Ce
+fait n'a rien que de très naturel et nous obligera, par conséquent, à ne
+tenir compte dans ce tableau d'ensemble, que des monuments appartenant à
+la période de gloire du premier empire thébain, de ceux qui se
+rattachent aux règnes des Amenemhat et des Senousrit, ainsi que de leurs
+prédécesseurs immédiats.
+
+
+_Architecture_
+
+Il ne reste pour ainsi dire rien des constructions religieuses édifiées
+par les rois de la XIIme dynastie; les unes ont pu être détruites par
+les Hyksos, tandis que les autres, les plus nombreuses, ont été reprises
+par les rois de la XVIIIme dynastie, agrandies et si bien remaniées, que
+dans les temples colossaux du Nouvel Empire on ne retrouve qu'à
+grand'peine les traces du petit sanctuaire plus ancien qui en formait le
+noyau; seules, avec quelques bas-reliefs, les colonnes ont survécu, de
+belles colonnes monolithes en granit qui présentent, à peu de chose
+près, les mêmes caractères artistiques que celles de l'Ancien Empire, à
+quelque ordre qu'elles appartiennent, lotiforme, palmiforme ou
+papyriforme. Des statues souvent colossales et des sphinx ornaient aussi
+ces temples; on les trouve réemployés dans les constructions ultérieures
+et portant bien souvent non pas le nom du roi qui les fit sculpter,
+mais les cartouches de celui qui se les appropria après coup, suivant un
+procédé qui paraissait tout naturel aux Egyptiens et que nous n'hésitons
+pas à qualifier d'usurpation.
+
+[Illustration: _Fig. 162._ Reconstitution du monument de Mentouhotep II
+(d'ap. NAVILLE. _The XIe dyn. Temple at Deir el Bahari_, II, pl.
+XXIII).]
+
+Le grand monument qu'un des Mentouhotep de la XIme dynastie fit
+construire au fond du cirque de Deir-el-Bahari et qui a été découvert et
+déblayé ces dernières années par M. Naville, est un temple funéraire qui
+n'était pas voué au culte des dieux, aussi ne fut-il guère remanié aux
+époques ultérieures. C'est un édifice en terrasses avec rampe d'accès,
+adossé à la montagne; des colonnades de piliers carrés entourent un
+massif central qui était peut-être surmonté d'une pyramide, et derrière
+lequel se trouvaient les naos consacrés aux princesses royales; au fond
+du sanctuaire aujourd'hui détruit, un long couloir s'enfonçait dans le
+rocher et aboutissait à une petite chambre qui contenait un grand naos
+d'albâtre, destiné probablement à recevoir une statue de roi.
+
+[Illustration: _Fig. 163._ Pyramide de Senousrit III à Dahchour (d'après
+J. DE MORGAN. _Fouilles à Dahchour_, I, pl. XII).]
+
+Les autres souverains de la XIme dynastie n'avaient que des tombeaux de
+petites dimensions, assez semblables à ceux des simples particuliers;
+les grands rois de la XIIme adoptèrent le mode de sépulture de leurs
+prédécesseurs de l'Ancien Empire, la pyramide, sans toutefois chercher à
+édifier des monuments aussi colossaux. A Licht et à Dahchour, de même
+qu'à Hawara et à Illahoun, un revêtement très soigné, en calcaire et
+même par places en granit, recouvre, ou plutôt recouvrait, puisqu'il a
+en partie disparu, une maçonnerie plutôt défectueuse en pierre ou en
+briques; les chambres funéraires sont non plus dans la pyramide même,
+mais à une grande profondeur au-dessous de celle-ci, et les couloirs
+habilement dissimulés n'ont pas empêché ces tombeaux d'être entièrement
+pillés. A côté du monument royal, des caveaux étaient réservés aux
+reines et aux princesses, caveaux d'où sont sortis les trésors
+inestimables qui ont été trouvés il y a quelques années par le Service
+des Antiquités de l'Egypte. Du côté est s'élevait la chapelle funéraire,
+du type déjà connu, avec ses vestibules, sa cour centrale, son
+sanctuaire et ses magasins; un grand mur encerclait le tout.
+
+Les fonctionnaires continuent à se faire ensevelir à côté de leur
+souverain, mais leurs mastabas ne sont plus comparables à ceux de la
+période précédente. Ce sont de simples massifs de maçonnerie de petites
+dimensions, ornés d'une stèle sur la face est; la chambre funéraire se
+trouve immédiatement au-dessous, et on y accède par un puits foré au
+nord du monument extérieur.
+
+[Illustration: _Fig. 164._ Façade de tombeau à Beni-Hassan.]
+
+Les tombeaux des seigneurs provinciaux et des princes des nomes de la
+Haute Egypte sont autrement plus originaux et plus intéressants pour
+nous, puisque certains d'entre eux, ceux de Bersheh et surtout ceux de
+Beni Hassan nous fournissent la plus merveilleuse série de documents
+figurés concernant la vie publique et privée de l'époque. Ces monuments
+appartiennent à la classe des hypogées ou tombeaux rupestres, comme
+nous en avons déjà vu quelques-uns sous l'Ancien Empire; ils sont
+entièrement creusés dans le rocher, à flanc de coteau, et les colonnes
+qui soutiennent le plafond ne sont pas rapportées, mais ménagées dans la
+masse même, au cours du travail d'excavation. Ces hypogées sont précédés
+d'un portique largement ouvert du côté de la plaine du Nil, soutenu par
+deux de ces piliers droits, sans chapiteau, aux arêtes abattues, qu'on a
+pris longtemps, à cause de leur fût cannelé et de leur petit abaque
+plat, pour la forme la plus ancienne de la colonne dorique; de là le nom
+de «colonnes protodoriques» qui leur est resté. Une porte s'ouvre sur
+une salle carrée de grandes dimensions, au plafond soutenu par quatre
+colonnes ou davantage, et au fond de laquelle s'ouvre une niche
+profonde, servant en quelque sorte de sanctuaire; un puits descend au
+caveau funéraire. Les parois sont entièrement couvertes de peintures sur
+enduit, plus complètes encore que les tableaux sculptés dans les
+mastabas. Elles retracent avec une vie et un naturel souvent admirables,
+les scènes les plus diverses de la vie des champs comme de celle des
+gens de métier.
+
+[Illustration: _Fig. 165._ Tombeau de Beni-Hassan (d'après NEWBERRY.
+_Beni Hassan_, I, pl. IV).]
+
+[Illustration: _Fig. 166._ Masque de momie (d'après CHASSINAT. _Fouilles
+d'Assiout_, pl. XXVI).]
+
+Les personnages de moindre importance, qui ne pouvaient avoir une
+sépulture aussi complète, se contentaient d'un simple caveau souterrain,
+au fond d'un puits, et arrivaient à entasser dans cet étroit espace tout
+ce qui pouvait leur être utile pour la vie de l'au-delà. L'art de la
+momification en était encore à peu près au même point qu'à la période
+memphite, et l'on se contentait sans doute de dessécher les corps au
+moyen d'alun ou de natron, car de tous ceux qui nous sont parvenus, il
+ne reste guère que les os. Le mort ainsi préparé, on l'enveloppait d'un
+épais maillot de linges, de linceuls et de bandelettes; on plaçait
+parfois sur le haut du corps un masque en cartonnage peint, et on le
+couchait sur le côté, la tête appuyée sur un chevet, au fond d'un
+sarcophage rectangulaire en bois, aux parois épaisses, couvertes de
+peintures au dehors comme au dedans, et muni d'un couvercle plat ou
+bombé. La décoration extérieure consiste le plus souvent en bandes de
+grands hiéroglyphes entre lesquelles on peignait parfois toute une
+ornementation architecturale montrant que le sarcophage était considéré
+comme une maison, donc comme l'habitation même du mort, une maison d'un
+modèle archaïque, construite en bois avec des stores en nattes de
+couleur pour fermer les baies. A l'intérieur, on inscrivait de longs
+textes funéraires analogues à ceux des pyramides et destinés à assurer
+au défunt la sécurité dans le monde des enfers; au-dessus de ces textes
+court une large frise où sont peints les objets qui devraient en réalité
+figurer dans le mobilier funéraire: pièces de costume, coiffures,
+bijoux, armes, sceptres, outils, vases, meubles, toujours suivant le
+principe que la figuration d'un objet suffit pour remplacer l'objet
+lui-même quand il s'agit d'une ombre, du double immatériel d'un homme.
+Il arrive aussi qu'on voie déjà paraître, à l'intérieur du grand
+sarcophage, le cercueil anthropoïde qui renferme la momie elle-même et
+qui devient le modèle courant du sarcophage au Nouvel Empire; ce type de
+cercueil n'est que le développement normal du masque funéraire habituel.
+
+[Illustration: _Fig. 167._ Momie du Moyen Empire (d'après
+CHASSINAT-PALANQUE. _Fouilles d'Assiout_, pl. XXI).]
+
+[Illustration: _Fig. 168._ Sarcophage du Moyen Empire (d'après PETRIE.
+_Gizeh and Rifeh_, pl. X.A).]
+
+[Illustration: _Fig. 169._ Intérieur d'un sarcophage (d'après LACAU.
+_Sarcoph. ant. au Nouv. Emp._, pl. XXIV).]
+
+[Illustration: _Fig. 170._ Sarcophage anthropoïde (d'ap. PETRIE. _Gizeh
+and Rifeh_, pl. X.B).]
+
+Quant au mobilier funéraire proprement dit, il est en général modeste.
+Dans les tombeaux des princesses de la famille royale, on ne trouve
+guère que la série des vases à onguents et à parfums, des sceptres et
+une certaine quantité de bijoux, merveilles d'art et de goût, qui sont
+parmi les plus belles choses que l'antiquité égyptienne nous ait
+livrées. Chez les particuliers il y a d'abord la caisse carrée,
+absolument indispensable du sarcophage, faite sur le même modèle que
+lui, et contenant les quatre vases canopes, où l'on enfermait les
+viscères du mort, puis quelques vases grossiers ayant contenu des
+victuailles, enfin des imitations d'armes et des groupes de bois stuqué
+et peint, représentant des scènes de la vie familière. Ces scènes sont
+les mêmes qu'on voit figurer ailleurs, en bas-relief ou en peinture, sur
+les parois des mastabas et des tombeaux rupestres, mais traitées avec
+plus de naturel et de naïveté: nous y voyons représentés des cuisiniers,
+des porteurs et des porteuses d'offrandes, la fabrication du pain et de
+la bière, et surtout des bateaux, reproduction des grandes barques de
+l'époque avec leur gréement complet et leur équipage. Malgré leur
+facture souvent un peu grossière, ces petits monuments sont peut-être
+l'image la plus parfaite, en tous cas la plus expressive, de la vie des
+anciens Egyptiens.
+
+[Illustration: _Fig. 171._ Canope du Moyen Empire (d'ap.
+GAUTIER-JÉQUIER. _Fouilles de Licht_, p. _68_).]
+
+[Illustration: _Fig. 172._ Statuette de serviteur (d'ap. le _Musée
+Egyptien_, I, pl. XXXVIII).]
+
+La cachette aux statues, le _serdab_, n'existe plus dans la tombe du
+Moyen Empire, et s'il se trouve encore dans le tombeau une statue du
+mort, celle-ci n'est plus que très rarement en pierre, mais presque
+toujours en bois et souvent de très petite dimension. Il y a ici
+évidemment une évolution dans les idées funéraires: la notion du _ka_,
+du double qui pour subsister a besoin d'un support à défaut du corps
+lui-même, existe toujours, mais tend à se transformer; il semble qu'elle
+se spiritualise en quelque sorte et qu'une petite image du mort, image
+souvent informe, lui suffise, et cela plutôt par tradition que par
+besoin réel. C'est à ce moment qu'on voit apparaître les premières
+statuettes mummiformes représentant le défunt, prototypes des
+innombrables statuettes funéraires ou _oushabtis_ du Nouvel Empire.
+
+[Illustration: _Fig. 173._ Modèle de barque (photographie de E.
+Brugsch-Pacha).]
+
+[Illustration: _Fig. 174._ Statuette en bois (d'après GAUTIER-JÉQUIER.
+_Fouilles de Licht_, p. _80_).]
+
+Pour les morts d'une classe moins élevée, ceux qu'on ensevelissait à
+même le sol, on avait en certaines régions la coutume de poser au-dessus
+de la tombe une petite maison en terre cuite, reproduction en miniature
+de l'habitation des vivants, et qui devait servir de domicile à l'âme:
+privée de ce pied-à-terre si sommaire, cette âme eût risqué d'errer sans
+trêve à l'aventure et de disparaître misérablement.
+
+[Illustration: _Fig. 175._ _Statuette funéraire_ du Moyen Empire (d'apr.
+PETRIE. _The Labyrinth_, pl. XXX).]
+
+Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, faites en briques
+et en bois, et n'ayant aucune prétention à la durée, ont disparu presque
+partout en Egypte; nous sommes un peu plus favorisés cependant pour le
+Moyen Empire que pour les autres époques, puisqu'on a retrouvé au Fayoum
+des restes importants d'agglomérations de maisons, vraies villes
+composées de petites habitations en briques, serrées les unes contre les
+autres et séparées par de longues rues droites; c'est là sans doute
+qu'habitaient des ouvriers et des employés dont les papiers, restés
+cachés dans le coin des chambres, sont parvenus jusqu'à nous: ces
+précieux documents sur papyrus contenaient des écrits de toute sorte,
+mais surtout des lettres et des comptes.
+
+[Illustration: _Fig. 176._ Modèle de maison en terre cuite (d'ap.
+PETRIE. _Gizeh and Rifeh_, pl. XV).]
+
+Pour ce qui est de l'architecture militaire, de hautes et massives
+forteresses en briques crues remplacent les simples enceintes formées
+d'une épaisse muraille, en usage sous l'Ancien Empire. Nous avons, à la
+frontière méridionale de la Nubie, deux bons exemples de ces
+constructions, qui dominent de très haut le terrain environnant et qui
+devaient opposer une très grande résistance à l'escalade et à la sape.
+Le progrès réalisé dans ce domaine est très naturel et cela n'a rien
+d'étonnant, puisque la monarchie égyptienne, à cette époque, a un
+caractère militaire très prononcé et se distingue en cela très nettement
+de celle de la période précédente.
+
+[Illustration: _Fig. 177._ Attaque d'une forteresse (d'après NEWBERRY.
+_Beni Hasan_, II, pl. XV).]
+
+
+_Sculpture_
+
+La statuaire du Moyen Empire continue à suivre, presque sans s'en
+écarter, les traditions des dynasties memphites; ses procédés sont
+identiques, et c'est à peine si nous pouvons signaler un peu plus de
+fini dans les parties qui étaient autrefois laissées le plus souvent à
+l'état d'ébauches, les jambes et les pieds. Ce sont toujours les mêmes
+formes, les mêmes attitudes, avec plus de délicatesse peut-être, mais
+moins de puissance; on recherche moins la ressemblance exacte, réaliste,
+de la figure à reproduire, qu'une sorte de portrait idéalisé qui n'a
+plus sans doute que les caractères généraux de l'original: ainsi dans
+les dix statues de Senousrit I découvertes à Licht, statues identiques
+de dimension et de matière, sorties ensemble d'un même atelier, toutes
+les têtes, qui à première vue paraissent semblables, sont dans le détail
+très différentes les unes des autres et cependant les traits d'ensemble
+restent les mêmes et se retrouvent aussi dans les autres statues du même
+souverain.
+
+[Illustration: _Fig. 178._ Statues de Senousrit I.--Licht. (photographie
+de M. Pieron).]
+
+[Illustration: _Fig. 179._ Statue du roi Hor (photographie de E.
+Brugsch-Pacha).]
+
+Sous le Moyen Empire les statues sont beaucoup moins abondantes que sous
+l'Ancien, car les particuliers, quelle que fût leur position, n'en
+déposaient plus guère dans leur tombeau. Encore ces statues sont-elles
+presque uniquement en bois, les unes de grandeur naturelle, d'autres
+très petites. Seuls les très hauts personnages avaient le droit de
+placer dans les temples une image faite à leur ressemblance; les rois
+par contre y dressaient souvent des statues colossales en granit, dont
+plusieurs sont parvenues jusqu'à nous, ainsi que les sphinx, également
+en granit, qui bordaient les avenues de ces temples, sphinx dont la tête
+était toujours un portrait plus ou moins fidèle du roi régnant. D'autres
+statues, moins grandes, ornaient les parties apparentes des tombeaux
+royaux et parfois même on déposait une statue du _ka_ ou du double dans
+le caveau funéraire, près du sarcophage, comme dans les tombeaux des
+simples particuliers. Telle la statue de bois du jeune roi Hor Aouabra,
+qui fut probablement co-régent de son père Amenemhat III, monument
+délicieux de travail, d'expression et de sentiment, qui restera un des
+joyaux de l'art égyptien.
+
+Il n'y a pas non plus de grandes modifications à signaler dans la
+manière de traiter le bas-relief; un dessin ferme et pur, un relief peu
+marqué, un modelé très délicat, souvent à peine perceptible, sont les
+caractères généraux de cette branche de la sculpture qui, comme la
+statuaire, est toujours empreinte d'une grande distinction et d'une
+remarquable noblesse d'allure.
+
+
+_Peinture_
+
+Nous avons vu, en parlant de l'Ancien Empire, que toute sculpture devait
+être peinte, au moins en principe. La simple peinture sur enduit, qui ne
+se distinguait pas à première vue du bas-relief polychrome, était
+soumise aux mêmes lois que ce dernier quant à la disposition générale
+et la composition, mais constituait un moyen d'expression singulièrement
+plus rapide et économique. Pour les peintres du Moyen Empire, le souci
+de la perfection artistique ne passe qu'en seconde ligne: ils donnent
+libre cours à leur fantaisie, toujours maintenue, il est vrai, par une
+certaine routine, dans le même procédé d'exécution, et ils s'appliquent
+avant tout à rendre aussi vivant que possible le sujet qu'ils ont à
+traiter.
+
+[Illustration: _Fig. 180._ Bas-relief de Koptos (d'après PETRIE.
+_Koptos_, pl. IX).]
+
+
+_Arts industriels_
+
+La céramique ne présente aucun caractère spécial; de plus en plus les
+vases en terre sont réservés aux usages vulgaires, et leur facture est
+généralement peu soignée. Par contre les nombreux petits vases en pierre
+dure qu'on continue à fabriquer et qui sont destinés à contenir des
+parfums ou des onguents sont d'un travail extrêmement remarquable. Les
+matières les plus précieuses sont employées pour cela: l'obsidienne, le
+lapis-lazuli et la cornaline, aussi bien que l'albâtre, qui continue à
+être d'un usage courant. L'usage des vases de bronze persiste aussi,
+comme par le passé.
+
+[Illustration: _Fig. 181 et 182._ Vases en cornaline et lapis-lazuli
+(d'ap. DE MORGAN. _Fouilles à Dahchour_, I, pl. XXV).]
+
+[Illustration: _Fig. 183._ Pectoral de Senousrit II (d'après DE MORGAN.
+_Fouilles à Dahchour_, I, pl. XVI).]
+
+Dans la bijouterie et la joaillerie, les orfèvres de la XIIme dynastie
+sont arrivés à un degré de perfection qui ne sera plus dépassé et qui
+fait encore l'admiration de tous les spécialistes; ils taillent et
+calibrent les pierres avec la plus grande précision, fondent et cisèlent
+les métaux, emploient le filigrane. Mais leur triomphe incontestable est
+le bijou ciselé, ajouré et champlevé, avec incrustations de pierres
+telles que le lapis, la turquoise et la cornaline. La composition du
+bijou est toujours digne de son exécution, qu'il s'agisse d'un minuscule
+hiéroglyphe servant d'élément de collier, d'un pectoral pouvant être
+considéré comme un vrai bas-relief historique en miniature, d'une garde
+de poignard ou d'un diadème représentant une couronne de fleurs
+naturelles.
+
+[Illustration: _Fig. 184._ Couronne en or (d'apr. DE MORGAN. _Dahchour_,
+II, pl. IX).]
+
+
+C. CIVILISATION
+
+_Royauté_
+
+La première monarchie thébaine a un caractère très différent de celui
+des dynasties memphites, qui était, comme nous l'avons vu,
+essentiellement pacifique; de simples nomarques qu'ils étaient, les
+princes de Thèbes avaient acquis le pouvoir suprême au prix de longues
+luttes. Il était donc bien naturel qu'ils continuassent à faire de
+l'armée leur principal soutien et que, pour ne pas la laisser inactive,
+ils l'employassent à pacifier les contrées avoisinantes et à étendre les
+frontières de l'Egypte. Les rois de la XIIme dynastie ne sont pas, à
+proprement parler, des conquérants, mais des souverains dont le but est
+d'assurer le tranquille développement de leur pays en tenant en respect
+leurs voisins, nomades plus ou moins sauvages et toujours disposés à
+faire des incursions dans la riche vallée du Nil, et en créant sur le
+point le plus facilement accessible, le sud, une marche bien fortifiée.
+Sitôt que cette activité militaire se ralentit, comme cela semble avoir
+été le cas sous Amenemhat III et ses successeurs, les barbares, qui sont
+ici les Hyksos, fondent sur le pays et le soumettent, en partie du
+moins. Il faudra de longs siècles aux vrais Egyptiens pour les chasser
+et reprendre le pouvoir, et ce nouvel apprentissage de la guerre sera
+cause de l'avènement des grands conquérants de la XVIIIme dynastie.
+
+[Illustration: _Fig. 185._ Groupes de soldats d'un prince de Siout
+(d'après MASPERO. _Musée Egyptien_, I, pl. XXXIII).]
+
+Pour assurer la transmission régulière des pouvoirs royaux de père en
+fils et éviter les compétitions possibles, Amenemhat I, dans les
+dernières années de son règne, associa au trône son fils Senousrit I qui
+fut chargé de diriger l'armée et les expéditions en dehors de l'Egypte,
+tandis que le vieux souverain continuait à s'occuper de la politique
+intérieure. Tous les rois de la XIIme dynastie suivirent cet exemple et
+prirent à un moment donné leur héritier présomptif comme co-régent.
+
+
+_Gouvernement_
+
+Le système féodal ne disparut pas dès l'avènement de la XIIme dynastie;
+les princes des nomes, reconnaissant l'autorité supérieure et la
+suzeraineté du roi, continuèrent à administrer comme auparavant leur
+province, sur laquelle ils avaient des droits très étendus: le peuple
+des campagnes, fellahs ou paysans, fournissait les soldats et pouvait
+être réquisitionné pour toutes sortes de corvées, spécialement pour
+les gros transports et les constructions; de lourdes redevances
+pesaient sur eux, aussi bien sur les paysans soi-disant libres, que
+sur les serfs et les tenanciers des domaines princiers. Les habitants
+des villes jouissaient d'une plus grande liberté, tout en étant aussi
+sous l'autorité directe du nomarque; dans ces cités se groupaient les
+artisans, les scribes et les fonctionnaires de toute sorte, tous gens
+d'une classe très supérieure au menu peuple des campagnes. Une légion
+d'employés, inspecteurs, percepteurs, chacun ayant sa charge nettement
+délimitée, veillait au bon fonctionnement de ces petits états, dont le
+prince payait au roi une redevance régulière et lui fournissait des
+troupes exercées, sur une simple réquisition; il avait sans doute à
+ses côtés un représentant du souverain. Quant au pouvoir judiciaire, il
+était presque entièrement entre les mains du pouvoir central.
+
+Cependant cet ordre de choses ne devait pas durer et la centralisation
+s'opérait peu à peu. Vers la fin de la dynastie, les nomarques
+disparaissent ou tout au moins leur rôle est si effacé qu'on ne les voit
+plus paraître. Par contre le nombre des fonctionnaires royaux augmente
+considérablement; ce sont eux maintenant qui sont chargés non seulement
+de la justice, mais de toute l'administration civile et militaire, qui
+perçoivent les redevances, tiennent constamment à jour les registres de
+la population, du bétail et du cadastre, institution nécessaire dans un
+pays comme l'Egypte, soumis aux empiétements d'un fleuve dont le cours
+n'est pas encore définitivement fixé.
+
+
+_Relations extérieures_
+
+Nous avons vu la conquête de la Nubie, l'occupation des Oasis, la
+pacification des contrées désertiques bordant l'Egypte et les campagnes
+en Syrie; toutes ces opérations, qui furent la préoccupation constante
+des rois de la XIIme dynastie, avaient eu pour résultat le développement
+du commerce, favorisé par la tranquillité et la sécurité régnant aux
+abords de l'Egypte. Les produits du Soudan et de la Syrie arrivent donc
+dans la vallée du Nil, par caravanes, plus facilement que jamais; de
+plus, les expéditions au pays de Pount, au pays des Somalis, d'où l'on
+tirait l'encens, l'ivoire et d'autres objets précieux, paraissent être
+devenues plus fréquentes, tant par eau, le long des côtes de la Mer
+Rouge, que par la voie de terre, par le Soudan et l'Abyssinie. Il en est
+de même pour les relations avec les îles grecques: la poterie dite de
+Kamarès, qui provient certainement de ces régions se retrouve parfois
+dans des tombes de la XIIme dynastie, et réciproquement on rencontre
+souvent en Crète, en Grèce et jusqu'en Etrurie des objets appartenant au
+premier empire thébain.
+
+[Illustration: _Fig. 186._ Nomades sémites (d'après NEWBERRY, _Beni
+Hasan_, I, pl. XXXI).]
+
+Les marchandises importées en Egypte étaient surtout des matières
+premières, et tout particulièrement les métaux, comme par le passé; en
+échange, les Egyptiens livraient à leurs voisins toute sorte d'objets
+ouvrés, et aussi du grain. Nous savons par les récits bibliques que la
+vallée du Nil était un peu le grenier du monde oriental, et que dans les
+années de disette ce n'était guère que là qu'on pouvait aller
+s'approvisionner. C'est en effet sous le Moyen Empire que durent vivre
+les patriarches qui, après avoir mené la vie des nomades en Palestine,
+finirent par se fixer dans un petit district du Delta. Abraham dut venir
+en Egypte pendant le règne de la XIIme dynastie, et c'est presque un
+tableau de son arrivée avec sa famille et ses serviteurs, que cette
+peinture célèbre de Beni Hassan, où l'on voit des fonctionnaires
+égyptiens amener à leur prince une tribu de nomades sémites, avec leurs
+lourds costumes bariolés, leurs bestiaux, leurs armes et leurs bagages
+et apportant avec eux de l'antimoine et d'autres produits qu'ils
+cherchent sans doute à échanger. L'arrivée de Joseph en Egypte, son
+élévation aux plus hautes dignités et l'installation de sa famille au
+pays de Goshen ou Kesem, dans les environs de la ville fortifiée
+d'Avaris, doivent se placer sous un des rois hyksos, nous ne pouvons
+savoir au juste lequel. Les noms égyptiens que donne le texte hébreu
+peuvent être rapprochés de certains noms qui étaient en effet employés
+sous le Moyen Empire et ne sont pas sans doute, comme on l'a cru pendant
+longtemps, la transcription de noms saïtes, ce qui forcerait à reporter
+la composition même du récit biblique à une très basse époque. Toute
+cette série de récits constitue pour nous un précieux document pour la
+connaissance des relations entre les Egyptiens et leurs voisins.
+
+
+_Vie privée_
+
+Il n'y a pas lieu de revenir sur l'organisation de la famille, pas plus
+que sur les conditions de la vie privée qui continuent à être les mêmes,
+à peu de chose près, que sous l'Ancien Empire. La nourriture aussi est
+la même, ainsi que la manière de manger, et on attache toujours autant
+d'importance aux soins de propreté. Une petite différence se remarque
+dans le costume des hommes, car si les gens du peuple continuent à
+porter le petit pagne court, celui des personnages de qualité s'allonge
+et forme une sorte de jupon plus ou moins ample, descendant jusqu'aux
+mollets ou même jusqu'aux chevilles; le grand manteau est d'un usage
+fréquent, comme si le climat s'était refroidi, ce qui est du reste peu
+probable.
+
+Nous connaissons les villes où habitaient les ouvriers et qui ont été
+retrouvées au Fayoum, avec leurs petites maisons serrées les unes contre
+les autres, avec leurs étroites rues droites; nous avons aussi des
+modèles en terre cuite des maisons où vivaient les gens d'une classe un
+peu supérieure: une cour entourée d'un mur, au milieu de laquelle se
+trouvait un étang, précédait l'habitation, qui était elle-même de
+dimensions assez restreintes; un péristyle à colonnes s'ouvrait
+largement sur la cour, et les chambres se trouvaient au fond, derrière
+cette galerie. L'escalier extérieur montait à la terrasse où
+aboutissaient les grandes bouches à air destinées à la ventilation des
+appartements et sur laquelle parfois de petites chambres étaient
+construites (fig. 176). Il ne nous est resté aucune trace des palais
+royaux ni de ceux des grands seigneurs.
+
+
+_Chasse et pêche_
+
+Les procédés de pêche et de chasse, de même que les engins employés,
+sont les mêmes que sous l'Ancien Empire: le filet, la ligne et le harpon
+pour la pêche, le lasso, l'arc, le boumerang, le filet et le piège
+simple pour la chasse. Il faut cependant signaler le fait que les grands
+seigneurs se constituaient des réserves de gros gibier, de vrais parcs
+de chasse enclos de palissades et de treillages, où ils pouvaient à leur
+gré et sans avoir la difficulté d'aller les chercher au loin dans le
+désert, abattre à coups de flèches les boeufs sauvages, les lions, les
+antilopes ou les autruches.
+
+[Illustration: _Fig. 187._ Parc de chasse (d'apr. NEWBERRY. _El
+Bersheh_, I, pl. VII).]
+
+
+_Agriculture et élevage_
+
+L'agriculture étant une des principales ressources du pays, est toujours
+l'objet d'une attention spéciale de la part du gouvernement; la quantité
+des terrains cultivables augmente aux dépens des pâturages, grâce à une
+méthode d'irrigation toujours en voie de développement. Nous ne savons
+pas quels canaux furent creusés à cette époque, mais nous voyons des
+rois comme Amenemhat III entreprendre des travaux considérables tels que
+le lac Moeris qui était très vraisemblablement destiné, ainsi que
+l'affirment les Grecs, à régulariser les irrigations dans la partie la
+plus fertile du pays. Le même souverain fit établir un nilomètre sur les
+rochers de la deuxième cataracte, à l'extrême frontière de ses états,
+pour surveiller l'inondation et en prévoir d'avance les conséquences
+pour l'Egypte. Grâce à tous ces efforts et bien que l'outillage ne se
+fût guère amélioré, le rendement des terres augmentait dans de grandes
+proportions et l'Egypte devenait le plus grand magasin de grain de
+l'Orient.
+
+L'élevage tend à diminuer, et l'on ne trouve plus guère que dans
+certains cantons où le sol est moins fertile qu'ailleurs et moins apte à
+la culture, les immenses troupeaux de bétail à demi sauvage. Il était
+réservé aux Hyksos d'introduire dans la faune domestique du pays un
+nouvel animal, le cheval, innovation qui devait, comme nous le verrons,
+avoir les conséquences les plus importantes pour l'Egypte.
+
+[Illustration: _Fig. 188._ Barque à voile carrée (VIe dyn.) (d'après
+JÉQUIER. _Bull. de l'Institut franç. du Caire_, IX, pl. III).]
+
+
+_Navigation_
+
+L'augmentation des produits du sol devait nécessairement amener le
+développement du commerce intérieur et, partant, de la navigation
+fluviale, qui était aussi l'objet de la sollicitude du gouvernement,
+puisque nous voyons un des rois faire exécuter de grands travaux pour
+rendre navigable la première cataracte en y creusant un chenal
+suffisamment profond. Les bateaux employés d'ordinaire sont les grandes
+barques pontées à voile carrée, dont le modèle date de la fin de
+l'Ancien Empire. Quant à la navigation sur la Méditerranée et la mer
+Rouge, les documents que nous possédons sont insuffisants pour pouvoir
+en faire une étude sérieuse, au moins en ce qui concerne le Moyen
+Empire. Il est cependant probable qu'on employait pour cela des bateaux
+plus grands et plus forts, mais du même modèle que ceux du Nil.
+
+
+_Industrie_
+
+Les scènes figurées, en bois stuqué, déposées au fond des caveaux
+funéraires, de même que les tableaux peints dans les tombes, nous
+montrent que, comme sous l'Ancien Empire, la population de l'Egypte ne
+s'adonnait pas exclusivement à l'agriculture, mais que l'industrie y
+était aussi en honneur. Les procédés employés sont toujours à peu près
+les mêmes procédés simples tels qu'on les retrouve chez tous les peuples
+jeunes, où l'on ne se livre pas à la grande industrie et où l'on ne
+fabrique les objets qu'au fur et à mesure des besoins.
+
+[Illustration: _Fig. 189._ Menuisiers (d'ap. QUIBELL. _Excavations at
+Saqqarah_, II, pl. XVII).]
+
+On remarque entre autres de nombreuses représentations de la fabrication
+des étoffes: dans le gynécée même des grands seigneurs, des femmes sont
+occupées à filer le lin tandis que d'autres se livrent au tissage; les
+métiers employés par ces femmes sont de formes diverses, suivant le
+genre d'étoffes qu'elles doivent faire, et ces métiers, d'un mécanisme
+simple et pratique, leur permettaient de tisser des toiles d'une finesse
+et d'une régularité remarquables, qu'on a retrouvées en grande quantité
+dans les tombeaux.
+
+[Illustration: _Fig. 190._ Femmes filant et tissant (d'après NEWBERRY.
+_Beni Hasan_, II, pl. IX).]
+
+
+_Littérature_
+
+De l'Ancien Empire, il ne nous est parvenu aucune oeuvre qu'on puisse
+qualifier de littéraire: les textes des pyramides sont de nature
+purement religieuse et magique, et les inscriptions tombales comme les
+biographies sont des récits très simples qui ne témoignent d'aucune
+recherche de style ou de composition. L'époque suivante nous a, par
+contre, fourni une longue série d'ouvrages qui, s'ils ne sont pas très
+étendus, ont du moins un caractère littéraire très marqué. Ces écrits
+sont de toute sorte, de vrais poèmes comme le chant du harpiste ou le
+dialogue d'un désespéré avec son âme, des contes comme l'histoire de
+Sinouhit et celle du roi Khéops et des magiciens, des morceaux
+d'éloquence comme la plaidoirie du paysan, des traités de morale comme
+les préceptes de Kaqemna et de Ptahhotep. A côté de cela on trouve
+encore de nombreux livres religieux ou magiques, des livres de médecine
+et des traités scientifiques. Tous ces ouvrages sont composés dans une
+langue très belle et très pure, encore exempte de tout élément étranger,
+avec une recherche de style marquée, des phrases simples et claires dans
+lesquelles on voit que les scribes égyptiens affectionnaient
+l'allitération et le jeu de mots, tout en employant toujours le mot
+propre. Ces papyrus, qui nous sont parvenus en très bon état de
+conservation, ne constituent pas un des moindres titres de gloire du
+Moyen Empire et c'est avec raison qu'on a pu dire de cette période
+qu'elle est l'époque classique de la littérature égyptienne.
+
+[Illustration: _Fig. 191._ Une page du papyrus Prisse (d'après JÉQUIER.
+_Le papyrus Prisse et ses variantes_, pl. V).]
+
+[Illustration: _Fig. 192._ Bijou de la XIIe dyn. (d'ap. DE MORGAN.
+_Fouilles à Dahchour_, I, pl. XX).]
+
+
+
+
+[Illustration: _Fig. 193._ Panneau du char triomphal de Thoutmès IV
+(d'après CARTER-NEWBERRY. _Tomb of Thoutmosis IV_, pl. X).]
+
+
+
+
+CHAPITRE VII
+
+NOUVEL EMPIRE
+
+(1500 à 332 avant J.-C.)
+
+
+A. HISTOIRE
+
+La prise de la forteresse d'Avaris, le dernier retranchement des rois
+hyksos dans le Delta, et l'expulsion définitive des souverains sémites
+marque la date la plus importante peut-être de toute l'histoire
+d'Egypte. Le grand mouvement national, après des siècles de luttes
+stériles, avait enfin trouvé dans les princes de la XVIIme dynastie des
+chefs capables de le mener à bien; leur triomphe inaugure une ère de
+gloire et de puissance telle que l'Egypte n'en avait jamais connu
+auparavant, et qui est l'apogée de l'empire pharaonique. Cette date,
+plusieurs historiens l'indiquent avec précision, mais leurs données sont
+loin de s'accorder, aussi me paraît-il plus prudent de donner ici encore
+des chiffres approximatifs et de placer l'expulsion des Hyksos et le
+début de la XVIIIme dynastie aux environs de l'an 1500.
+
+
+_XIIIe dynastie_
+
+Il n'y a aucune solution de continuité, pas même un changement de
+famille régnante, entre la XVIIme et la XVIIIme dynastie; seule
+l'expulsion des Hyksos en marque la séparation, et le roi qui réussit à
+parachever la libération du sol égyptien, Ahmès, est en même temps le
+dernier souverain de la XVIIme et le premier de la XVIIIme. Les
+fragments de Manéthon qui indiquent comme composant cette dernière
+dynastie 15 rois ayant régné 259 ans en tout, non compris Ahmès,
+considéré ici comme appartenant au groupe précédent, contiennent
+diverses confusions dans les noms de rois; plusieurs de ces souverains
+sont dédoublés tandis que d'autres sont réunis sous un seul nom, mais
+les chiffres que donne Manéthon correspondent assez bien aux indications
+des monuments et leur total peut être considéré comme conforme à la
+réalité. La XVIIIme dynastie se placerait donc, approximativement, et
+avec un écart possible de 50 ans au plus, entre 1500 et 1200 avant J.-C.
+Ahmès ne se borna pas à chasser les Hyksos d'Egypte; il les poursuivit
+jusque dans la Syrie méridionale et leur infligea une nouvelle défaite
+en s'emparant de la ville dans laquelle ils s'étaient réfugiés, et sans
+doute les extermina définitivement, car ils ne reparaissent plus dans
+l'histoire.
+
+[Illustration: _Fig. 194._ Aménophis I.--Turin (d'ap. PETRIE.
+_Photographs_, No _75_).]
+
+L'empire une fois reconquis, il s'agissait de le réorganiser, car les
+préoccupations militaires avaient sans doute absorbé, pendant le siècle
+qui venait de s'écouler, toute l'activité des rois nationaux. Ce fut la
+tâche du fils et successeur d'Ahmès, Aménophis I, qui s'en acquitta,
+pendant son court règne de 13 ans, à la satisfaction universelle,
+puisque après sa mort il fut divinisé non seulement de façon officielle,
+comme tous les rois, mais par le peuple même de sa capitale: lui et sa
+femme Ahmès Nofritari sont considérés comme les patrons de la nécropole
+thébaine pendant tout le début du Nouvel Empire. Autant que nous pouvons
+en juger, ses successeurs continuèrent son oeuvre et mirent tous leurs
+soins à augmenter le bien-être du pays.
+
+Pendant ces longues luttes, l'Egypte était devenue une vraie puissance
+militaire; elle possédait une armée bien exercée qu'on ne pouvait
+laisser dans l'inaction. Cette armée n'était plus tout à fait la même
+que jadis, elle possédait un élément nouveau, la charrerie, et les
+Egyptiens avaient rapidement perfectionné cette arme, dont ils devaient
+la connaissance aux rois hyksos, et qui était déjà depuis longtemps en
+usage chez les Syriens. Les soldats qui montaient ces chars attelés de
+deux chevaux combattaient de loin avec leurs flèches et leurs javelines,
+et le choc de leurs escadrons compacts pouvait décider du sort des
+batailles. L'infanterie était aussi mieux armée, le métal ayant partout
+remplacé le silex des anciens temps, et beaucoup de soldats n'étaient
+plus à moitié nus comme autrefois, mais vêtus de cottes capitonnées et
+de bonnets rembourrés qui les préservaient dans une certaine mesure.
+
+[Illustration: _Fig. 195._ Tête de la momie de Thoutmès I (d'ap.
+ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXII).]
+
+Aménophis I avait déjà employé son armée pour de petites expéditions de
+frontières contre les Libyens et les nègres, mais ce fut son fils
+Thoutmès I qui inaugura l'ère des grandes conquêtes; il envahit la Syrie
+et la soumit en grande partie, jusqu'à l'Euphrate, où il posa des
+stèles-frontières, puis il poussa avec ses armées très loin dans le
+Soudan, sans négliger pour cela d'entreprendre dans l'Egypte même des
+travaux importants. A sa mort, après une vingtaine d'années de règne, il
+ne laissait pour lui succéder qu'un fils né d'une femme qui n'était pas
+de souche royale, Thoutmès II, qui pour légitimer en quelque sorte son
+accession au trône, dut épouser sa demi-soeur Hatshepsou, en qui coulait
+un sang plus pur. Il continua l'oeuvre de son père, mais n'eut qu'un
+règne très court. Après lui la couronne revenait à son très jeune fils
+Thoutmès III, né aussi d'une femme de race non royale; sa tante
+Hatshepsou profita de sa minorité pour s'emparer de la régence, régna
+d'abord en son nom et à côté de lui, puis le relégua dans l'ombre et
+s'arrogea le titre de roi d'Egypte.
+
+Sauf une grande expédition maritime au pays de Pount, expédition qui a
+du reste un caractère nettement commercial et politique et aucunement
+militaire, Hatshepsou concentra toute son activité sur l'Egypte
+elle-même, qu'elle administra sagement, avec le concours de ministres
+d'une réelle valeur, s'appliquant à faire disparaître les dernières
+traces du néfaste passage des rois hyksos. Elle restaura des temples et
+en construisit d'autres, comme celui de Deir el Bahari, qui était
+consacré à son culte funéraire et qui, étant une des oeuvres artistiques
+les plus remarquables de la dynastie, perpétue, aussi bien que le grand
+obélisque de Karnak, le souvenir de cette reine qui sut mener à bien
+l'oeuvre intérieure des rois ses prédécesseurs, la réorganisation du
+pays.
+
+[Illustration: _Fig. 196._ Thoutmès III (d'apr. LEGRAIN. _Statues et
+statuettes_, I, pl. XXX).]
+
+Thoutmès III étant arrivé à l'âge de raison, la régente, le «roi
+Hatshepsou», comme elle s'appelait elle-même, lui fit épouser sa propre
+fille, mais sans lui laisser pour cela la place à laquelle il aurait eu
+droit; il était donc assez naturel qu'il conçut envers elle des
+sentiments de rancune et que plus tard, quand il fut enfin maître du
+pouvoir, il cherchât à diminuer ou même à faire disparaître le souvenir
+de son illustre tante. Ce fait très simple a fait naître de longues
+contestations parmi les égyptologues au sujet de l'ordre de succession
+des premiers rois de la XVIIIme dynastie, et aujourd'hui les discussions
+sur ce point n'ont pas encore cessé.
+
+Après 22 ans pendant lesquels Hatshepsou avait assumé les charges et les
+bénéfices du pouvoir, Thoutmès III devait encore régner seul pendant 48
+ans; c'est non seulement un des plus longs règnes qu'enregistre
+l'histoire d'Egypte, c'est encore le plus glorieux. Profitant de
+quelques années où le joug égyptien avait pesé sur eux avec moins de
+force, les princes syriens avaient sans doute reconquis en partie leur
+indépendance; aussitôt sur le trône, Thoutmès prit en personne le
+commandement de son armée, envahit la Palestine et la Syrie et commença
+par une série de victoires cette suite de campagnes qui durent
+recommencer chaque printemps, pendant près de vingt ans, jusqu'au moment
+où l'autorité du pharaon fut établie de façon absolument effective sur
+l'Asie antérieure jusqu'à l'Euphrate tout au moins. Les fils des
+princes, emmenés comme otages, étaient une garantie de la fidélité de
+leurs pères et de la rentrée régulière des tributs; du côté de la Nubie
+il ne paraît pas y avoir eu de difficultés et les peuplades nègres
+payaient régulièrement leurs redevances; Chypre, les îles grecques et le
+pays de Pount envoyaient aussi leurs produits, peut-être pour faire acte
+de vassalité, comme le disent les Egyptiens, mais plus probablement pour
+en faire le commerce et obtenir des échanges. Jamais l'Egypte n'avait
+été si puissante et si florissante; Thoutmès III puisa largement à ce
+trésor qui se renouvelait sans cesse et s'en servit pour entreprendre
+des constructions importantes sur tous les points de ses états, depuis
+le fond du Soudan et les Oasis jusqu'aux confins de la Syrie, mais
+surtout dans sa capitale, Thèbes, qu'il tint à honneur d'embellir et de
+développer. C'est dans le temple d'Amon à Karnak, entre autres,
+considérablement agrandi par lui, qu'il grava le récit de toutes ses
+campagnes, cette source si précieuse pour l'histoire, en même temps que
+l'image de la plupart de ses ancêtres. Toute la fin de son règne fut
+consacrée à l'accomplissement de ces travaux pacifiques.
+
+[Illustration: _Fig. 197._ Tête de la momie de Thoutmès IV (d'après
+ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXIX).]
+
+Aménophis II, son fils, puis Thoutmès IV, son petit-fils, lui
+succédèrent sans égaler sa gloire; leurs règnes, de peu de durée,
+n'offrent aucun événement mémorable: quelques expéditions en Syrie pour
+réprimer des révoltes locales et introniser de nouveaux vassaux, ainsi
+que des constructions de peu d'importance, comparées à celles de leur
+illustre père et aïeul.
+
+[Illustration: _Fig. 198._ Sphinx d'Aménophis III (d'après LEGRAIN.
+_Statues et statuettes_, I, pl. LIII).]
+
+C'est encore une grande figure que celle d'Aménophis III, fils de
+Thoutmès IV, qui régna 37 ans, fut un habile diplomate, un politique et
+un organisateur de grand talent, en même temps qu'un constructeur
+infatigable, un guerrier et un chasseur ne redoutant aucun danger. Il
+n'étendit pas les conquêtes de ses ancêtres, mais sut maintenir ses
+vassaux dans l'obéissance et il ne semble pas qu'il y ait eu de son
+temps la moindre tentative de révolte. Les gouverneurs locaux, qui sont
+en général des indigènes, envoient à la cour leurs rapports réguliers,
+et les rois voisins de l'Assyrie, de Babylone et de Mitanni cherchent à
+entrer en faveur auprès du puissant pharaon, ainsi qu'en témoignent les
+fameuses tablettes de Tell el Amarna, les archives de la politique
+étrangère à cette époque. Les constructions monumentales deviennent de
+plus en plus nombreuses, et les plus beaux temples d'Egypte datent
+presque tous de ce règne, qui, au point de vue artistique, a une
+importance capitale. Dans son oeuvre si complexe, Aménophis III était
+admirablement secondé par son ministre, un homme qui mérita d'être plus
+tard divinisé, Amenophis fils de Paapis.
+
+
+_Les rois hérétiques_
+
+Le personnage le plus énigmatique de toute l'histoire d'Egypte est le
+fils et successeur de ce grand roi, celui qui commença par porter le nom
+d'Aménophis IV; sa mère, la reine Thii, une Egyptienne de basse ou tout
+au moins de moyenne naissance, avait déjà réussi à prendre à la cour de
+son mari une place très importante et tout à fait inaccoutumée, et nous
+devons sans doute attribuer à son influence la réforme religieuse qui
+caractérise ce règne et qui devait amener une perturbation profonde dans
+toute l'Egypte et le déclin rapide de cette glorieuse dynastie. La
+principale cause de cette révolution profonde bien qu'éphémère, était la
+raison politique: le clergé d'Amon, dieu de Thèbes, bien plus favorisé
+par les grands conquérants que ceux des autres sanctuaires du pays,
+était devenu singulièrement fort, et sa puissance pouvait
+contre-balancer celle des rois, ce qui arriva du reste quelques siècles
+plus tard. Désireux de se débarrasser du pouvoir de plus en plus
+menaçant des grands prêtres d'Amon, et obéissant peut-être aussi à une
+certaine tendance mystique de son caractère, Aménophis IV imagina un
+moyen radical: il supprima purement et simplement le dieu de ses pères,
+devenu gênant. Détruire les immenses sanctuaires construits par ses
+ancêtres eût été au-dessus de ses forces, aussi se contenta-t-il de les
+fermer, d'en chasser les prêtres, et de faire marteler le nom d'Amon
+dans toutes les inscriptions, fût-ce même dans le cartouche de son père
+ou dans le sien propre. Puis il abandonna Thèbes avec toute sa cour, et
+fonda dans la Moyenne Egypte une ville nouvelle, sous les auspices du
+nouveau dieu qu'il venait d'inventer et qui devait remplacer tous les
+dieux d'Egypte, Aten, le disque solaire, ou plutôt le dieu tout-puissant
+qui se manifeste par l'intermédiaire du soleil. Ce monothéisme en même
+temps teinté mysticisme et de matérialisme correspondait trop peu aux
+idées égyptiennes du temps pour pouvoir durer, mais il offre un intérêt
+tout particulier, puisque nous n'avons dans toute l'antiquité classique
+et orientale, aucun autre exemple d'une réforme religieuse analogue.
+L'idée première de ce culte n'est cependant pas absolument originale
+mais dérive du culte d'un des plus anciens dieux égyptiens, Rà
+d'Héliopolis, le Soleil; il y a donc probablement aussi dans la réforme
+d'Aménophis IV, une réaction des anciens dieux, ou tout au moins de
+leur sacerdoce, contre le nouveau venu qui les avait supplantés tous,
+Amon le dieu de Thèbes et des dynasties thébaines.
+
+[Illustration: _Fig. 199._ Buste de Khounaten (d'après BÉNÉDITE. _Monum.
+Piot_, XIII, pl. I).]
+
+[Illustration: _Fig. 200._ Adoration d'Aten. Tell el Amarna (d'apr. une
+photographie de l'auteur).]
+
+En même temps qu'il changeait de religion, le roi prenait un nouveau
+nom, Khounaten, «la splendeur du disque solaire». Sa nouvelle capitale
+de Khout-aten, «l'horizon du disque», avec ses grands palais, son
+temple d'Aten, ses villas dont on a retrouvé les ruines, devait avoir un
+aspect tout particulier, grâce à la nouvelle tendance artistique qui se
+manifestait chez les sculpteurs et les peintres et qui était due sans
+doute à l'inspiration du roi lui-même, réagissant jusque dans ce domaine
+contre les habitudes et la routine. Les artistes égyptiens de l'époque
+cherchent à faire disparaître de leurs oeuvres cette sorte de raideur et
+de solennité qui de nos jours inspire encore à première vue, à ceux qui
+ne sont pas initiés à l'art égyptien, un sentiment d'étonnement et même
+de répulsion; ils serrent de plus près la nature dans la ligne comme
+dans le mouvement, et dans leur inexpérience de ce nouveau mode
+d'expression, ils en arrivent parfois à des exagérations qui produisent
+une impression étrange. Ainsi la figure même du roi est représentée avec
+le crâne démesurément long, le nez et le menton proéminents, le cou
+mince, la poitrine étroite, le ventre et les cuisses énormes; les
+membres de sa famille, les courtisans eux-mêmes imitent dans leurs
+portraits ces formes étranges et on pourrait croire, à voir ce type
+nouveau si répandu, que toute la population de l'Egypte s'est modifiée
+d'un jour à l'autre. Il y a à côté de cela des scènes si parfaites de
+sentiment et d'intimité, des décorations peintes d'une variété si
+merveilleuse, que nous sommes obligés de reconnaître dans ces
+représentants d'un art nouveau des artistes qui sont au moins égaux,
+peut-être même supérieurs à leurs devanciers.
+
+[Illustration: _Fig. 201._ Peinture de Tell el Amarna (d'ap. PETRIE.
+_Tell-el-Amarna_, pl. I).]
+
+[Illustration: _Fig. 202._ Tablette de Tell el Amarna (d'apr. SCHEIL.
+_Bulletin de l'Inst. français du Caire_, II, pl. VIII).]
+
+L'intimité, ou tout au moins l'apparence d'intimité qui règne entre les
+membres de la famille royale est une des choses qui contribuent
+peut-être le plus à nous donner de la sympathie pour cet étrange
+souverain qui prenait en tout le contre-pied de ses devanciers. Qu'il
+sorte en voiture, la reine et les six princesses l'escortent; qu'il
+reçoive des ambassadeurs étrangers, qu'il distribue des récompenses à
+ses sujets, qu'il officie dans le temple d'Aten, toujours sa femme et
+ses filles se tiennent à côté de lui, le caressant ou l'enlaçant
+tendrement.
+
+[Illustration: _Fig. 203._ Toutankhamon (d'ap. LEGRAIN. _Statues et
+statuettes_, I, pl. LVII).]
+
+Très occupé par cette transformation radicale du pays, suivant ses
+doctrines et ses théories nouvelles, Khounaten n'eut pas le loisir de
+surveiller activement ses possessions asiatiques; il eût fallu y envoyer
+fréquemment des expéditions armées pour contenir les éléments toujours
+plus ou moins en effervescence de ces populations auxquelles on avait
+laissé une autonomie presque complète, et c'est justement ce qui ne fut
+pas fait. Dans les lettres des gouverneurs de ces pays, qui se trouvent
+parmi les tablettes de Tell el Amarna, nous voyons sans cesse des
+demandes de secours contre les insurgés qui deviennent de jour en jour
+plus forts, et les rois étrangers parlent à Khounaten sur un ton moins
+humble et moins respectueux que dix ans plus tôt, à son père. Le lien se
+relâchait peu à peu, l'empire si puissamment organisé commençait à
+s'effriter, par suite du caprice d'un homme qui se croyait sans doute un
+génie, mais qui n'avait pas compris qu'une transformation intégrale
+comme la sienne serait fatalement préjudiciable au pays.
+
+[Illustration: _Fig. 204._ Horemheb (d'apr. LEGRAIN. _Statues et
+statuettes_, I, pl. LX).]
+
+Nous ne savons pas exactement combien de temps régna Khounaten, mais sa
+réforme ne lui survécut que peu d'années; ses deux successeurs
+immédiats, qui étaient ses gendres, commencèrent par suivre la même voie
+que lui, puis le second d'entre eux, auquel une découverte retentissante
+vient de donner une renommée mondiale, fut forcé d'en revenir à la
+tradition séculaire de l'Egypte, rouvrit les sanctuaires de Thèbes et
+changea son nom de Toutankhaten en celui de Toutankhamon. Aucun fait
+saillant n'illustra ces règnes, pas plus que celui d'Aï qui vint
+ensuite. La grande tâche de la réorganisation devait incomber à un
+autre, à un homme qui occupait depuis longtemps une haute position dans
+le pays, qui devait appartenir de près ou de loin à la famille royale,
+et qui monta sur le trône sous le nom d'Horemheb. Il fit des expéditions
+en Nubie pour rétablir dans les pays du sud le prestige de l'Egypte, fit
+des constructions en maints endroits et embellit les sanctuaires
+désertés pendant un temps, mais surtout il rétablit en tous points
+l'ancien ordre de choses et promulgua une série de lois pour réprimer la
+violence et l'arbitraire, et assurer la protection des faibles. C'est
+avec cette noble figure que se termine la XVIIIme dynastie.
+
+
+_XIXe dynastie_
+
+Le successeur d'Horemheb, Ramsès I, un ancien grand vizir qui n'était
+sans doute pas apparenté à la famille royale, ne fit qu'une très courte
+apparition sur le trône, vers 1250 probablement. Son fils Séti I est à
+tous les points de vue un des plus grands parmi les pharaons. Il
+consacra toutes les premières années d'un règne dont nous ignorons la
+longueur, et qui dura peut-être un demi-siècle, à reprendre les colonies
+asiatiques que possédait l'Egypte avant la crise des rois hérétiques.
+Horemheb avait déjà rétabli son autorité sur la Nubie, et il lui suffit
+d'une très brève campagne dans ce pays pour bien marquer sa puissance,
+puis il se jeta avec toutes ses forces sur la Syrie, qu'il traversa
+triomphalement du sud au nord, écrasant à plusieurs reprises les
+indigènes qui avaient repris leur indépendance, et il atteignit les
+confins du pays des Hittites en Asie Mineure et des royaumes de
+Babylonie et d'Assyrie, sur le Haut Euphrate. Une expédition contre les
+tribus libyennes du désert enleva à celles-ci toute velléité de faire
+des incursions dans la vallée du Nil. L'Egypte avait en apparence, et
+pour un temps du moins, reconquis toute sa puissance, et Séti pouvait
+s'occuper en paix de travaux intérieurs; il nous est parvenu des témoins
+très remarquables de cette activité parmi lesquels figurent son
+tombeau, le temple d'Abydos et surtout la grande salle hypostyle de
+Karnak, sur les parois extérieures de laquelle il fit sculpter en
+tableaux immenses les péripéties de ses campagnes.
+
+[Illustration: _Fig. 205._ Tête de la momie de Séti I (d'après
+ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, frontispice).]
+
+[Illustration: _Fig. 206._ Campagnes de Séti I (Temple de Karnak).]
+
+[Illustration: _Fig. 207._ Tête de la momie de Ramsès II (d'ap.
+ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLIV).]
+
+De tous les anciens rois d'Egypte, le seul dont l'humanité ait conservé
+un souvenir vivant est Ramsès II, fils de Séti I, qu'on confond
+volontiers avec le légendaire Sesostris, et qui jouit en somme d'une
+réputation très supérieure à son oeuvre. Il eut un très long règne,
+construisit beaucoup, et, en plus de cela, il s'appropria sans le
+moindre scrupule tous les monuments de ses prédécesseurs, effaçant même
+parfois leurs cartouches pour y mettre le sien, aussi n'y a-t-il guère
+de site antique en Egypte où l'on ne trouve son nom. Dès le début de son
+règne il eut à lutter, dans les provinces asiatiques de son empire,
+contre un royaume devenu progressivement très puissant et qui occupait
+une grande partie de l'Asie Mineure, celui des Hittites. Il sut
+habilement jouer d'un succès qu'il remporta dans sa première campagne et
+où sa valeur personnelle avait décidé de la victoire; sur la façade de
+tous ses temples, il fit sculpter cet épisode accompagné d'un poème
+dithyrambique, le fameux poème de Pentaour, et acquit ainsi une auréole
+de gloire qui est, sinon imméritée, du moins un peu surfaite. En effet,
+son succès ne devait pas être décisif, et nous voyons Ramsès, quelques
+années plus tard, conclure avec ces mêmes rois hittites un traité dont
+il fait de nouveau très grand état et qui, à tout prendre, met sur un
+pied d'égalité les deux parties contractantes au lieu d'assurer la
+supériorité de l'Egypte. Ramsès sut du reste, semble-t-il, maintenir
+l'intégrité de ses états, et l'orage qui s'approchait de ses frontières
+n'éclata qu'après sa mort.
+
+[Illustration: _Fig. 208._ Tête de la momie de Menephtah (d'ap.
+ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLVIII).]
+
+Un grand mouvement se préparait en effet contre l'Egypte; avec l'appui
+des tribus libyennes cantonnées dans le désert, dans la Cyrénaïque et
+peut-être plus loin encore, du côté de la Tunisie, certains peuples du
+nord, venant des îles grecques et de la côte d'Asie Mineure,
+traversèrent la mer, débarquèrent et tentèrent d'envahir la vallée du
+Nil, dont le souverain était en ce moment Menephtah, le soi-disant
+pharaon de l'Exode. Ce roi était le trentième fils de Ramsès II, auquel
+il succéda étant lui-même déjà presque un vieillard, inhabile à conduire
+des armées. Les généraux auxquels il délégua ses pouvoirs se
+comportèrent vaillamment et repoussèrent l'invasion; plus tard, ils
+firent une campagne victorieuse en Syrie, pays également menacé par les
+ennemis de l'Egypte, et qui n'était sans doute déjà plus vassal des
+pharaons, à en juger par les termes que Menephtah emploie en parlant des
+habitants de la contrée, qu'il ne considère plus comme des sujets ou des
+rebelles, mais comme des adversaires indépendants. Pendant quelques
+siècles, la monarchie égyptienne avait fait de brillantes conquêtes et
+les avait défendues âprement, mais elle n'avait pas le caractère d'une
+puissance expansive et ses colonies asiatiques lui échappèrent sans que
+nous puissions bien nous rendre compte de quelle façon. Désormais
+l'Egypte sera réduite à son territoire africain, et si quelques rois,
+d'un esprit plus aventureux, veulent plus tard tenter des expéditions
+lointaines, leurs succès ne seront jamais que momentanés et n'auront
+aucun lendemain.
+
+Ces victoires devaient être les derniers moments de gloire de la XIXme
+dynastie, et la fin du règne de Menephtah se perd dans l'oubli; ses
+successeurs, Seti II, Amenmesès, Taousert, Siphtah ne sont guère pour
+nous que des noms, des êtres sans consistance historique. Peu à peu,
+sous eux, l'Egypte était tombée en pleine anarchie; des hordes syriennes
+s'étaient abattues sur le pays et le rançonnaient sans pitié. La
+décadence était complète au XIme siècle avant notre ère.
+
+
+_XXe dynastie_
+
+L'Egypte devait secouer cependant encore une fois le joug des barbares,
+grâce à la valeur et à l'opiniâtreté de Setnekht et de Ramsès III, les
+fondateurs de la XXme dynastie; Setnekht, un parent sans doute des rois
+de la XIXme, rétablit l'ordre dans le pays même, mais mourut après un
+très court règne, laissant le trône à son fils Ramsès III. La coalition
+des peuples de la mer et des Libyens, dissoute par la victoire de
+Menephtah, s'était reformée et devenait de nouveau menaçante; c'était
+une vraie émigration de nations entières qui se dirigeaient vers
+l'Egypte en suivant la côte de la Syrie et de la Palestine; Ramsès les
+attendait près de la frontière et les défit une première fois, mais ils
+revinrent à la charge trois ans après et, dans la même journée, leur
+flotte fut anéantie par celle du roi d'Egypte et leur armée repoussée
+définitivement; cette fois-ci, les Libyens s'étaient mis aussi en
+campagne et, Ramsès, immédiatement après sa victoire dans l'est, se
+retourna contre eux et leur infligea à eux aussi une défaite
+retentissante. Il n'avait plus rien à craindre du dehors et fut assez
+sage pour ne pas passer de la défensive à une politique offensive; il se
+consacra donc exclusivement au bien-être et au développement de son
+pays, où la paix et la sécurité régnaient de nouveau. Il édifia des
+monuments splendides, comme ceux de Medinet-Habou, protégea le commerce
+et l'industrie et combla les temples de richesses. Grâce au grand
+papyrus Harris, qui contient l'énumération de ses dons et un résumé
+historique de son oeuvre, nous sommes admirablement renseignés sur son
+règne. Ramsès III cherchait en tout à imiter son illustre ancêtre et
+homonyme Ramsès II; si son règne fut de moitié plus court, trente-trois
+ans à peine, l'oeuvre qu'il accomplit pendant ce temps est supérieure,
+semble-t-il, à celle de son célèbre modèle, et elle eût été vraiment
+durable s'il avait eu des successeurs dignes de lui; malheureusement
+ceux-ci se montrèrent aussi incapables que les successeurs de Ramsès II
+et la XXme dynastie finit comme la XIXme, tristement et sans gloire. Les
+neuf rois qui se succèdent à des intervalles plus ou moins longs et qui
+portent tous le nom glorieux de Ramsès sont comme les rois fainéants
+entre les mains des maires du palais, des fantoches sans valeur
+personnelle, absolument dépendants des prêtres d'Amon; ceux-ci avaient
+repris la place prépondérante que Khounaten avait cherché à leur
+enlever, cependant les rois représentaient encore le lien traditionnel
+qui assurait l'unité de l'Egypte, menacée de tous côtés par des
+ambitieux désireux de s'arroger une partie du pouvoir suprême.
+
+[Illustration: _Fig. 209._ Tête de la momie de Ramsès III (d'ap.
+ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. LII).]
+
+[Illustration: _Fig. 210._ Bataille contre les Philistins (d'après
+CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXX).]
+
+[Illustration: _Fig. 211._ Bataille navale sous Ramsès III (d'après
+CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXXII).]
+
+La dislocation du pays commença en effet dès la disparition du dernier
+de ces princes, Ramsès XII, détrôné sans doute par le grand prêtre
+Hrihor, qui tenait depuis longtemps les rênes du pouvoir et voulait
+porter lui-même la couronne. Une ère nouvelle commence, celle du
+morcellement de l'Egypte, assez semblable en principe à la période
+féodale qui sépare l'Ancien du Moyen Empire, à cette différence près que
+ces roitelets vivent le plus souvent en bonne harmonie les uns avec les
+autres, s'unissent par des mariages et se repassent sans dispute la
+prééminence, suivant que l'une ou l'autre des familles a plus de
+puissance sur le moment. Il semble que l'Egypte soit épuisée par son
+effort politique et militaire et qu'elle se recueille, attendant des
+jours meilleurs qui du reste ne pourront être aussi glorieux que par le
+passé; pendant le début de cette période qui reste encore confuse, bien
+qu'elle nous ait transmis une foule de documents, aucun ennemi sérieux,
+venant du dehors, ne menace l'Egypte, mais aucun roi ne domine les
+autres par ses actes ou par ses capacités. Cette époque est une époque
+de médiocrité à tous les points de vue, pendant laquelle la
+civilisation, comme les arts, végète sans se développer, et qui dura de
+trois à quatre siècles. Il faudrait pouvoir en donner un vaste tableau
+d'ensemble, chose qui n'est pas encore possible, les éléments étant
+insuffisants, et nous devons nous borner à suivre la classification de
+Manéthon en dynasties; chacune de ces dynasties semble d'après lui
+former un tout indépendant, tandis qu'en réalité elle est intimement
+liée aux autres, dans un enchevêtrement bien difficile à débrouiller.
+
+
+_XXIe dynastie_
+
+Avec Hrihor, les grands prêtres d'Amon s'étaient, comme cela devait
+fatalement arriver, élevés sur le trône d'Egypte, mais à peine y
+furent-ils qu'ils se trouvèrent en face de compétiteurs qui n'étaient
+point négligeables: ceux-ci, moins puissants peut-être que les
+rois-prêtres qui occupaient Thèbes, avaient pour eux leur naissance,
+étant parents très rapprochés des souverains déchus. Leur centre était à
+Tanis, à l'extrême nord-est du Delta, une ville à laquelle Ramsès II
+avait donné une grande importance comme boulevard de l'Egypte du côté de
+la Syrie. Ces rois, Smendès, Si-Amon, les Psousennès, firent avec ceux
+de Thèbes une sorte de compromis et vécurent en bons termes avec Hrihor
+comme avec ses descendants, les Pânkhi, les Pinodjem, les Masaherta,
+dont plusieurs du reste se contentèrent de leur titre de grand pontife
+tandis que d'autres revendiquaient le cartouche royal. La XXIme dynastie
+est donc double, mi-partie tanite, mi-partie thébaine.
+
+
+_XXIIe dynastie_
+
+La force militaire des grands conquérants, dès la XVIIIme dynastie,
+réside pour une bonne part dans les troupes mercenaires qu'ils prenaient
+à leur service, nègres, Shardanes et Libyens, races qui toutes étaient
+plus belliqueuses que les Egyptiens. Parmi tous ces étrangers défenseurs
+de l'Egypte, la tribu libyenne des Mashaouash prit rapidement une place
+prépondérante, et ses chefs une haute position à la cour, puisqu'ils
+entrèrent même par des mariages dans la famille royale; un descendant de
+ces chefs, résidant à Bubastis dans la Basse Egypte, Sheshonq, prit lui
+aussi le titre de roi de la Haute et de la Basse Egypte, peut-être au
+moment même où Hrihor et Smendès se proclamaient rois chacun de son
+côté. Cette dynastie bubastite qui compte dans ses rangs des Sheshonq,
+des Osorkon, des Takelot, des Nimrod, fut généralement plus puissante
+que les autres familles régnantes et nous a laissé beaucoup plus de
+monuments, entre autres ceux dont elle dota sa capitale de Bubastis;
+souvent même ces rois occupèrent Thèbes, y installèrent des grands
+prêtres pris dans leur famille et firent des travaux importants dans le
+grand temple d'Amon; cependant nous ne voyons pas qu'il y ait jamais eu
+de luttes violentes entre eux et les autres dynasties collatérales. Le
+fondateur de la dynastie, Sheshonq I, manifesta des velléités
+conquérantes et fit campagne en Judée: c'est le Sisak de la Bible, qui
+vainquit Roboam et pilla Jérusalem. Certains de ses successeurs, comme
+Osorkon I, le Zerakh de la Bible, eurent aussi maille à partir avec les
+Juifs, mais à part cela leurs règnes ne renferment aucun événement
+vraiment digne de mémoire.
+
+[Illustration: _Fig. 212._ Osorkon I (d'ap. GONINO. _Proc. of the Soc.
+of Bibl. Arch._, VI, p. _205_).]
+
+
+_XXIIIe dynastie_
+
+Quand la première famille de rois tanites, la XXIme dynastie,
+s'éteignit, une autre famille de même origine prit possession de son
+trône, mais ne laissa dans l'histoire qu'une trace insignifiante. Elle
+régna donc pendant les derniers temps de la XXIIme dynastie bubastite. A
+cette époque se place un événement important, la conquête de l'Egypte
+entière par le roi éthiopien Piânkhi Meri-Amon. Ce prince, qui
+descendait des anciens rois d'Egypte et qui se considérait comme leur
+légitime successeur, rêvait d'une restauration du royaume des pharaons
+tel qu'il était à la grande époque. Il descendit le Nil avec une flotte
+et une armée, s'empara successivement de toutes les villes et de toutes
+les places fortes d'Egypte, malgré la résistance opiniâtre des derniers
+rois de la XXIIme et de la XXIIIme dynastie, Nimrod et Osorkon, de
+Tafnekht, roi de Saïs et d'une série de petits roitelets, qui tous
+durent finir par se soumettre et le reconnaître comme leur suzerain. Il
+rendit lui-même solennellement hommage aux dieux de l'Egypte, mais ne
+s'attarda pas dans le pays et remonta dans sa patrie, à Napata, au fond
+du Soudan.
+
+[Illustration: _Fig. 213._ Rois et princes faisant leur soumission à
+Piânkhi (d'après MARIETTE. _Monuments divers_, pl. I).]
+
+
+_XXIVe dynastie_
+
+Le plus opiniâtre des adversaires de Piânkhi, Tafnekht, roi de Saïs,
+s'arrogeait déjà, comme du reste les autres princes ses contemporains,
+le protocole complet des rois d'Egypte. Son fils et successeur,
+Bokenranf (Bocchoris), eut un pouvoir plus étendu et régna même quelques
+années sur le pays entier, constituant à lui seul l'éphémère XXIVme
+dynastie saïte. C'était un sage et un législateur, sur le compte duquel
+la postérité racontait mainte anecdote. Comme guerrier, il tenta, en
+Syrie, de s'opposer à la marche victorieuse de Sargon, roi d'Assyrie,
+mais fut battu et dut s'estimer heureux que son royaume n'eût pas à
+subir l'invasion. Peu après il fut attaqué, vaincu et mis à mort par le
+roi éthiopien qui régnait encore à Thèbes, Sabacon.
+
+
+_XXVe dynastie_
+
+Piânkhi en effet, en rentrant en Ethiopie, avait laissé le royaume
+reconquis par lui aux mains de membres de sa famille qui résidèrent à
+Thèbes, mais qui n'eurent qu'une autorité très limitée jusqu'au jour où
+l'un d'entre eux, Sabacon, se trouva maître de nouveau de tout le pays
+par sa victoire sur Bocchoris. L'unité des deux royaumes pharaoniques
+semblait reconstituée, mais elle ne devait pas être de longue durée. Un
+ennemi nouveau, plus redoutable que tous ceux qu'avait jusque-là connus
+l'Egypte, le roi d'Assyrie, qui était déjà maître d'une bonne partie de
+la Syrie, s'avançait progressivement. La politique que suivirent à son
+égard les rois éthiopiens de la XXVme dynastie, et du reste aussi les
+autres princes égyptiens, ne fut pas très franche et varia presque d'une
+année à l'autre. Sabacon commença prudemment par payer tribut à ce
+puissant rival; son fils Shabatoka prit le parti contraire, marcha
+contre Sennakhérib, fut complètement battu, et l'Egypte n'évita
+l'invasion que grâce au mystérieux événement relaté par la Bible et par
+Hérodote, cette peste qui anéantit en une nuit l'armée assyrienne dans
+les environs de Jérusalem, à Lakish, en l'an 701. Peu après, Shabatoka
+fut détrôné et tué par son suzerain, le nouveau roi d'Ethiopie Taharqa,
+qui s'installa à sa place comme pharaon, et donna à l'Egypte quelques
+années de prospérité; ayant noué des intrigues avec les peuples syriens,
+il s'attira la colère d'Asarhaddon, roi d'Assyrie, qui cette fois
+pénétra en Egypte, le vainquit, pilla Memphis et reçut l'hommage des
+princes du Delta, auprès desquels il établit des gouverneurs, en 670.
+Taharqa revint à la charge un peu plus tard, mais cette fois les armées
+d'Assourbanipal, qui venait de succéder à son père, pénétrèrent jusqu'à
+Thèbes et firent peser un joug plus lourd sur les princes de la Basse
+Egypte qui avaient profité de l'occasion pour se révolter de nouveau.
+Le successeur de Taharqa, Tanoutamon, tenta une fois encore de repousser
+les Assyriens, reprit le pays jusqu'au Delta, puis finit aussi par être
+refoulé au delà de la cataracte, après que Thèbes eut été mise à sac.
+Ceci se passait en 662; la domination assyrienne ne devait plus durer
+que peu de temps, mais aucun roi éthiopien ne devait plus porter la
+double couronne d'Egypte.
+
+
+_XXVIe dynastie_
+
+Parmi tous les princes et roitelets qui se partageaient le Delta et
+formaient ce que les Grecs appelaient la dodécarchie, ceux de Saïs
+avaient depuis Bocchoris une place dominante et prenaient toujours la
+tête du mouvement, que ce mouvement fût dirigé contre les Ethiopiens ou
+contre les Assyriens. Néchao, le véritable fondateur de cette nouvelle
+dynastie saïte la XXVIme, avait déjà été reconnu par Asarhaddon, mais ce
+fut son fils Psammétique qui, profitant de la retraite définitive de
+Taharqa et de l'éloignement d'Assourbanipal, alors très occupé par sa
+guerre contre l'Elam, arriva en un temps relativement court à affranchir
+son pays de la domination étrangère, à en reconstituer l'unité et à lui
+assurer de nouveau de longues années de prospérité et de gloire, comme
+dans les beaux temps d'autrefois.
+
+[Illustration: _Fig. 214._ Psammétique I (d'après SCHÄFER. _Zeitsch. für
+aegypt. Sprache_, XXXIII, p. _116_).]
+
+Ainsi que nous l'apprennent les historiens grecs, c'est en s'appuyant
+sur des mercenaires ioniens et cariens que Psammétique I put obtenir ce
+résultat et réunir tout le pouvoir dans sa main; certains soldats
+égyptiens, blessés de cette préférence non déguisée qu'il accordait aux
+soldats étrangers, l'abandonnèrent et s'expatrièrent, mais les autres
+furent vite enrégimentés de nouveau. La puissance militaire de l'Egypte
+était reconstituée, et le nouveau roi chercha d'abord à expérimenter sa
+force en faisant des incursions en Syrie, puis adopta un autre système,
+celui de fortifier ses frontières au nord-est et au sud pour pouvoir
+s'occuper activement de réorganiser son royaume; son long règne lui
+permit de mener à bien cette besogne.
+
+Le royaume d'Assyrie avait disparu, aussi le fils de Psammétique, Néchao
+II voulut-il reprendre la vieille politique syrienne des pharaons
+conquérants; son expédition fut d'abord couronnée de succès, mais après
+une défaite terrible qui lui fut infligée à Carchemis par le roi de
+Babylone, Nabuchodonosor, il dut se replier sur l'Egypte où son
+vainqueur n'osa le poursuivre et il se voua, à son tour, au
+développement intérieur de son royaume. Il s'occupa aussi activement de
+sa marine, et c'est sur son ordre qu'eut lieu le fameux périple, le
+voyage d'une flotte égyptienne autour de l'Afrique, partant de la mer
+Rouge pour revenir par la Méditerranée.
+
+[Illustration: _Fig. 215._ Apriès (d'ap. PETRIE. _The Palace of Apries_,
+pl. II).]
+
+Psammétique II, puis Apriès, continuèrent l'oeuvre de leurs devanciers
+jusqu'au moment où ce dernier, après une expédition désastreuse contre
+les Libyens, eut suscité une vraie révolution populaire qui le renversa
+et le remplaça sur le trône par Amasis, un de ses généraux, sans doute
+son parent. Nabuchodonosor profita de cette crise pour enlever à
+l'Egypte tout ce qu'elle pouvait encore posséder en Syrie, mais n'osa
+pas tenter de pénétrer dans la vallée du Nil, et Amasis, s'appuyant de
+plus en plus sur les Grecs, continua l'oeuvre civilisatrice commencée
+avant lui; c'est grâce à lui surtout que s'élevèrent sur le sol égyptien
+des villes purement grecques comme Naucratis, et que le commerce et
+l'industrie helléniques y prospérèrent, faisant pénétrer peu à peu un
+nouvel esprit dans cette vieille civilisation, aussi la figure d'Amasis
+est-elle restée très vivante chez les Grecs, et une foule d'histoires
+sont venues se greffer sur son nom, qu'elles popularisent encore en ce
+jour. Jamais l'Egypte, paraît-il, n'avait été si riche et si prospère
+que sous son habile gouvernement; il l'avait rendue si forte que Cyrus
+lui-même n'osa pas l'attaquer. Ce dernier lui ayant, dit-on, demandé sa
+fille en mariage, Amasis lui aurait envoyé la fille du pharaon détrôné
+Apriès; cette tromperie devint plus tard le prétexte des revendications
+de Cambyse au trône d'Egypte et de l'envahissement de la vallée du Nil,
+dès que le faible Psammétique III eut remplacé au pouvoir son père
+Amasis.
+
+[Illustration: _Fig. 216._ Amasis (d'après PETRIE. _Meydum and Memphis_,
+III, pl. XXIX).]
+
+La XXVIme dynastie, ou, comme nous l'appelons aussi pour bien la
+distinguer du Nouvel Empire thébain avec lequel elle n'a plus aucun
+rapport, l'époque saïte, présente un caractère tout particulier qu'on
+peut qualifier d'un seul mot, celui de renaissance. Longtemps contenue,
+l'Egypte s'épanouit de nouveau; dans tous les domaines, elle cherche à
+retrouver ce qui a fait autrefois sa grandeur et sa force. Elle reprend
+la vieille tradition à laquelle elle insuffle un peu de cet esprit
+nouveau qui commence à se manifester grâce au contact permanent avec des
+peuples plus jeunes. Trop tôt coupé par l'invasion persane, ce grand
+effort qui se manifeste aussi bien au point de vue politique que dans le
+domaine de l'art, n'eut pas le temps de donner tout ce qu'on eût été en
+droit d'en attendre.
+
+
+_Epoque perse (dynasties XXVII-XXX)_
+
+L'histoire de la conquête de l'Egypte par Cambyse et des rois ses
+successeurs, est trop connue pour qu'il y ait lieu d'y revenir ici. La
+vallée du Nil est désormais englobée dans l'empire perse, et il est à
+remarquer qu'elle ne fut jamais administrée comme les autres provinces
+ou satrapies, mais qu'elle bénéficia de certains privilèges et conserva,
+nominalement au moins, son ancienne organisation. Le grand roi se
+considérait comme le légitime successeur des pharaons, il enfermait son
+nom dans un cartouche, se donnait les titres de roi de la Haute et de la
+Basse Egypte et même celui d'Horus, adorait officiellement tous les
+dieux égyptiens et leur dressait des temples, mais toutes ces
+prévenances ne suffirent pas à lui gagner le coeur de ses nouveaux
+sujets qui aspiraient à la liberté et cherchèrent maintes fois à la
+reconquérir.
+
+[Illustration: _Fig. 217._ Nectanébo I (d'apr. AYRTON. _Abydos_, III,
+pl. XXVIII).]
+
+Les premières révoltes furent réprimées, mais enfin sous Darius II
+Ochus, en 405, les Egyptiens secouèrent le joug et substituèrent à la
+XXVIIme dynastie perse une série de dynasties indigènes, la XXVIIIme
+d'abord, qui ne compte qu'un seul roi, Amyrtée, d'origine saïte, puis
+la XXIXme, de Mendès, qui avec Nepherites et Hakoris acheva la
+délivrance. Des luttes intestines marquèrent seules les courts règnes de
+leurs successeurs qui furent détrônés en 379 par un prince originaire de
+Sebennytos, Nekhthorheb ou Nectanébo I, le fondateur de la XXXme
+dynastie. Ce roi, puis ses successeurs Téos et Nectanébo II, tout en
+travaillant activement au bien-être intérieur du pays, eurent
+continuellement à lutter contre les Perses qui voulaient reconquérir
+leur province perdue. Pendant des années, avec le secours des
+mercenaires grecs, ils bataillèrent avec héroïsme, mais ils finirent par
+être écrasés sous le nombre, et en 342, le dernier roi égyptien
+s'enfuyait en Ethiopie; l'antique monarchie avait jeté son dernier
+éclat.
+
+Les Perses saccagèrent consciencieusement le pays qui, au cours de la
+XXXme dynastie, s'était remis à prospérer, mais ils ne devaient jouir de
+leur triomphe que dix ans à peine et quand Alexandre parut, il fut salué
+comme un sauveur. C'était une Egypte toute nouvelle qui commençait,
+l'Egypte grecque, désormais intimement liée à l'histoire du monde
+méditerranéen, de ce monde à la civilisation duquel elle avait si
+largement contribué.
+
+
+_L'Exode des Hébreux_
+
+Je dois ajouter encore un mot sur l'événement de l'histoire d'Egypte qui
+nous est le plus familier, l'Exode des Hébreux; pour les Egyptiens
+eux-mêmes, le fait n'était ni glorieux ni important, aussi ne faut-il
+pas s'étonner qu'ils n'en font pas la moindre mention; dans les livres
+de Moïse, le roi sous lequel eut lieu l'Exode n'est pas nommé, aussi la
+date ne peut-elle être fixée de façon certaine. L'opinion
+traditionnelle, presque universellement acceptée aujourd'hui, est que la
+persécution des Juifs eut lieu à partir de Ramsès II et la sortie
+d'Egypte sous Menephtah; cependant dans la stèle racontant son triomphe
+en Syrie, en l'an 5, ce dernier roi parle d'Israël--le mot est écrit en
+toutes lettres--comme étant fixé dans ce pays, et fortement atteint par
+la victoire égyptienne. Il est bien difficile de concilier ce fait
+précis avec la tradition. Une solution qui est à mon avis plus plausible
+est celle de M. Lieblein qui reporte l'Exode vers la fin de la XVIIIme
+dynastie: Thoutmès III serait le pharaon de l'oppression et les Juifs
+auraient quitté l'Egypte sous Amenophis III; deux cents ans plus tard,
+sous Menephtah, ils devaient donc être installés en Palestine. Ce
+système a l'avantage d'expliquer la présence sur les frontières de la
+Palestine, sous Amenophis IV, de tribus belliqueuses et envahissantes
+que les lettres des gouverneurs appellent les Khabirou. Ces Khabirou
+seraient simplement les Hébreux qui, sous la conduite de Josué,
+commençaient la conquête de la terre promise.
+
+
+B. MONUMENTS
+
+La masse énorme de monuments du Nouvel Empire qui nous sont parvenus
+appartiennent presque tous à la période thébaine, tandis que celle des
+rois du Delta est à peine représentée jusqu'à la XXVIme dynastie,
+l'époque saïte, qui présente un caractère un peu différent. Ce sera donc
+surtout d'après les documents thébains, de la XVIIIme à la XXme
+dynastie, que nous étudierons maintenant la différence qui existe entre
+le Nouvel Empire et les deux grandes périodes qui le précédèrent.
+
+
+_Architecture_
+
+En Orient, chaque roi nouveau se construit généralement une résidence
+qui n'est pas destinée à durer beaucoup plus longtemps que lui. En
+Egypte, les palais étaient des constructions légères en briques et bois,
+couvrant un vaste espace, avec cours centrales, grandes pièces à
+colonnes et chambres plus petites, bien aérées, dont la disposition
+devait varier constamment; l'ornementation, qui se faisait sur stuc,
+était souvent très riche; ainsi, dans les grandes salles d'apparat, le
+sol, était couvert d'un enduit entièrement peint, représentant un étang
+plein de poissons, entouré de touffes de plantes et de buissons couverts
+de fleurs sur lesquels volent des multitudes d'oiseaux, thème décoratif
+traité avec la fantaisie la plus charmante.
+
+[Illustration: _Fig. 218._ Fragment d'un dallage peint (d'après PETRIE.
+_Tell-el-Amarna_, pl. II).]
+
+De même que leurs princes, les gens aisés cherchaient à avoir des
+maisons fraîches et bien aérées, sortes de villas à un ou deux étages
+placées au milieu de beaux jardins pleins d'arbres fruitiers et qui,
+avec leurs pièces d'eau et la régularité de leur disposition, font
+parfois penser aux jardins à la française. Les communs, greniers et
+pressoir, sont à côté de la maison.
+
+[Illustration: _Fig. 219._ Maison et jardin (d'après BOUSSAC. _Le
+Tombeau d'Anna_).]
+
+L'Egypte n'ayant pas d'invasion à craindre sous les rois thébains ne fit
+aucune construction militaire; ce n'est que sous les Saïtes que nous
+trouvons à la frontière des forteresses comme celle de Daphnae, destinée
+à la garnison grecque, énorme massif de maçonnerie qui rappelle beaucoup
+les forts du Moyen Empire. Les monuments nous font par contre connaître
+les fortifications syriennes avec leurs terrasses et leurs créneaux, et
+Ramsès III eut même la fantaisie de construire en avant de son temple
+de Medinet-Habou, en souvenir de ses campagnes, un vrai fort syrien qui
+est aujourd'hui admirablement conservé.
+
+
+_Temples_
+
+Les temples égyptiens du Nouvel Empire sont très nombreux et le plus
+souvent de dimensions colossales; les dispositions de détails varient de
+l'un à l'autre, mais le plan d'ensemble est toujours le même, et
+comporte trois parties principales placées l'une derrière l'autre et
+donnant au monument la forme d'un rectangle à peu près deux fois plus
+long que large. En avant est une cour souvent entourée d'une colonnade
+et précédée d'un double pylone très élevé, flanquant les deux côtés de
+la porte centrale; puis vient la salle, ou les salles hypostyles où se
+faisaient les cérémonies publiques du culte, et enfin le sanctuaire,
+isolé par un couloir sur lequel s'ouvrent encore une série de pièces
+secondaires destinées à servir de magasins ou de trésors. Dans ce
+sanctuaire on conservait l'image sainte du dieu, enfermée dans un riche
+naos ou placée sur une barque qu'on apportait devant la foule pendant
+les grandes cérémonies. Devant le pylone se dressaient deux obélisques,
+de hauts mâts portant des banderoles, et souvent des statues colossales
+de rois; parfois une avenue bordée de sphinx y aboutissait; des statues
+en plus ou moins grand nombre étaient déposées dans toutes les parties
+du temple.
+
+[Illustration: _Fig. 220._ Pavillon de Ramsès III, à Medinet Habou.]
+
+[Illustration: _Fig. 221._ Plan du temple de Khonsou, à Karnak (d'apr.
+LEPSIUS. _Denkmäler_, Text III, p. _54_).]
+
+Une riche décoration traitée en bas-relief ou en creux, et le plus
+souvent rehaussée de couleur, couvre toutes les parois, tant à
+l'extérieur qu'à l'intérieur; à l'intérieur, c'est-à-dire dans les
+salles hypostyles aussi bien que dans les pièces accessibles aux prêtres
+seuls, ce sont des scènes d'adoration, d'offrandes ou de cérémonies
+cultuelles, tandis que dans les cours, sur les pylones et sur les murs
+extérieurs, les rois faisaient de préférence représenter leurs hauts
+faits guerriers et l'écrasement de leurs ennemis, avec des inscriptions
+historiques, visibles ainsi pour tout le monde.
+
+[Illustration: _Fig. 222._ Pylone du temple de Louxor.]
+
+[Illustration: _Fig. 223._ Temple de Khonsou, à Karnak.]
+
+[Illustration: _Fig. 224._ Cour du temple de Louxor (Aménophis III).]
+
+[Illustration: _Fig. 225._ Cour du temple de Medinet-Habou (Ramsès
+III).]
+
+[Illustration: _Fig. 226._ Salle hypostyle de Karnak (Séti I).]
+
+[Illustration: _Fig. 227._ Salle hypostyle du Ramessoum (Ramsès II).]
+
+[Illustration: _Fig. 228._ Bas-reliefs du temple de Karnak (Séti I).]
+
+[Illustration: _Fig. 229._ Bas-reliefs du temple de Séti I à Abydos.]
+
+Au point de vue construction, la maçonnerie est très soignée, formée de
+grands blocs de calcaire ou de grès, parfois même de granit, posés sur
+le sol presque sans fondations; les colonnes sont également en matériaux
+appareillés et non plus monolithes, ce qui permet de leur donner de
+beaucoup plus grandes dimensions.
+
+Les temples des dieux présentent souvent un tout extrêmement complexe,
+provenant des adjonctions que les rois ont successivement apportées au
+plan primitif; la chose est surtout évidente pour le grand temple d'Amon
+à Karnak, dont l'ensemble mesure 400 mètres de longueur, et où presque
+tous les rois du Nouvel Empire ont tenu à laisser une trace de leur
+activité. Par contre les temples funéraires, bâtis par un seul souverain
+et pour lui seul, qui sont construits suivant le même principe et sur le
+même plan que ceux des dieux, sont beaucoup plus simples. Ces temples
+funéraires situés dans la vallée, très loin des tombeaux eux-mêmes, qui
+sont creusés dans la montagne, remplacent les anciennes chapelles
+funéraires dépendant des pyramides, dont les dimensions étaient plus
+restreintes et le plan très différent; il y a donc dans ce domaine un
+changement très important à signaler, qui provient d'une évolution dans
+les idées relatives à la vie future. Le seul temple funéraire qui
+s'écarte du modèle ordinaire est le plus ancien, celui de Hatshepsou à
+Deir-el-Bahari, avec ses terrasses, ses colonnades et son sanctuaire
+creusé dans la montagne, sa décoration est du reste, comme celle des
+autres temples, composée de scènes religieuses et de représentations des
+événements saillants du règne.
+
+[Illustration: _Fig. 230._ Barque sacrée d'Amon, à Abydos.]
+
+Le culte ne se pratiquait pas de la même manière dans tous les temples,
+mais il consistait toujours en un certain nombre de cérémonies
+analogues; la principale, celle du culte journalier, était présidée en
+principe par le roi lui-même, grand prêtre de tous les dieux d'Egypte,
+en réalité par un prêtre auquel il déléguait ses pouvoirs. L'officiant
+commençait par se purifier dans la cour du temple, revêtait les
+ornements sacrés, s'avançait en grande pompe vers le sanctuaire où il
+ouvrait la châsse divine; il se prosternait devant le dieu, l'adorait,
+pratiquait les rites qui devaient faire descendre l'âme de la divinité
+dans la statue, l'encensait, l'oignait, lui présentait des victuailles
+diverses, en entremêlant tous ces gestes rituels d'hymnes et de formules
+magiques; puis il prenait congé du dieu et refermait le naos. Dans les
+grandes solennités, le dieu, monté sur sa barque et porté sur les
+épaules des prêtres, sortait et se présentait au peuple massé dans les
+salles hypostyles et les cours, faisait le tour du temple ou allait
+voguer sur le lac sacré; parfois même, toujours accompagné d'un cortège
+solennel, il s'en allait passer quelques jours dans un autre de ses
+sanctuaires, ou faire une courte visite de cérémonie à l'un des dieux
+ses voisins, ses parents ou ses amis.
+
+
+_Tombeaux_
+
+Le changement qui s'était accompli dans les coutumes funéraires est plus
+sensible encore dans les tombeaux mêmes des rois; c'est sans doute
+ensuite du pillage systématique des tombes, commis sous les Hyksos,
+qu'on éprouva le besoin de changer le mode de sépulture et de rendre la
+dernière retraite des rois aussi inaccessible et aussi secrète que
+possible. On choisit dans ce but une vallée isolée et sauvage dans la
+montagne de Thèbes et on y creusa ces tombeaux qui sont une des choses
+les plus impressionnantes que l'Egypte nous ait léguées, vastes syringes
+descendant tout droit dans le flanc de la montagne, recoupées de salles
+de diverses grandeurs avant d'arriver à la chambre funéraire, au milieu
+de laquelle se dresse un énorme sarcophage de granit. Les parois sont
+couvertes d'inscriptions et de scènes en relief peint, d'une fraîcheur
+et d'un travail admirables, toutes relatives aux cérémonies funéraires
+et à la vie de l'autre monde, et représentant les êtres fantastiques que
+le mort devait rencontrer dans les enfers. Une fois l'ensevelissement
+terminé, on fermait l'entrée du tombeau et on la dissimulait aussi
+soigneusement que possible avec des éboulis de roches, ce qui n'empêcha
+pas les violateurs de sépultures d'y pénétrer et de faire main basse sur
+les richesses amoncelées autour des rois défunts; à un moment donné,
+sous la XXIme dynastie, on recueillit pieusement ce qui restait des
+momies royales et de leur mobilier pour les enfermer pêle-mêle dans une
+nouvelle cachette qui les a gardées jusqu'à nos jours, et n'a livré son
+précieux dépôt qu'à des savants capables d'en faire le meilleur usage
+scientifique: c'est ainsi que nous possédons maintenant les corps,
+admirablement embaumés, de presque tous les grands rois de la deuxième
+époque thébaine.
+
+[Illustration: _Fig. 231._ Plan du tombeau de Ramsès IV (d'après
+LEFÉBURE. _Hypogées royaux de Thèbes_, II, 3, pl. I).]
+
+[Illustration: _Fig. 232._ Tombeau d'un particulier (photogr. de M. H.
+Pieron).]
+
+Les tombeaux des simples particuliers sont presque tous des hypogées
+creusés dans le flanc de la montagne, et le type mastaba est pour ainsi
+dire complètement abandonné; les dimensions sont très variables, suivant
+la position sociale et la richesse du propriétaire. Quant à la
+décoration, elle est parfois sculptée, mais plus souvent peinte sur
+enduit, vu la mauvaise qualité de la pierre dans la montagne de Thèbes
+où la plupart de ces tombes sont creusées; cette décoration comporte,
+non pas seulement comme autrefois des scènes de la vie usuelle, qui sont
+placées dans la première chambre et traitées avec une liberté et une
+fantaisie plus grande encore que dans les mastabas de l'Ancien Empire,
+mais aussi, dans la salle du fond, des figurations relatives aux
+funérailles et aux cérémonies accomplies à cette occasion. C'est là une
+innovation très caractéristique, correspondant à celle que nous avons
+déjà signalée pour les tombes royales. A l'ancienne théorie du Ka, du
+double vivant au fond du tombeau, tend de plus en plus à se substituer
+celle de l'âme divine qui peut, après la mort, entrer dans le séjour des
+dieux; autrefois les rois seuls avaient ce privilège, maintenant les
+simples mortels veulent le partager avec eux. C'est comme un mouvement
+de démocratisation qui se fait jour peu à peu dans les domaines les plus
+abstraits et jusqu'alors les plus réservés de la spéculation
+philosophique au sujet de la vie d'outre-tombe.
+
+[Illustration: _Fig. 233._ Momie du roi Siphtah (d'après ELLIOT-SMITH.
+_Royal Mummies_, pl. LXI).]
+
+Au fond de l'hypogée s'ouvre un puits vertical qui descend au caveau
+funéraire, grossièrement taillé dans le rocher, où reposait la momie
+embaumée de façon plus soignée qu'aux périodes antérieures, bien
+enveloppée dans ses bandelettes et ses linceuls et couchée dans le
+cercueil anthropoïde plus ou moins richement décoré de scènes funéraires
+ou religieuses. Parfois ce cercueil est placé dans un autre cercueil de
+même forme, parfois même un grand sarcophage rectangulaire, également en
+bois peint, les renferme tous deux. La mode du masque en cartonnage a
+disparu, mais souvent cet accessoire est remplacé par une planchette
+ayant la forme du couvercle du cercueil et posée directement sur la
+momie. Sur le sarcophage même, il n'y a plus que peu de textes; par
+contre les grandes compositions ayant pour but d'assurer aux défunts la
+vie d'outre-tombe, comme celles que nous appelons _Livre des Morts_ et
+_Livre de l'Am-Douat_, sont écrites sur des rouleaux de papyrus placés,
+soit sur la momie elle-même, soit auprès d'elle, dans une statuette de
+bois.
+
+[Illustration: _Fig. 234._ Sarcophage, cercueils, caisse à canopes
+(d'après MARIETTE. _Album du Musée de Boulaq_, pl. XV).]
+
+Dans le caveau, on trouve encore le coffret contenant les quatre vases
+canopes où sont les viscères embaumés du mort, puis une caisse où sont
+empilées en plus ou moins grand nombre les statuettes funéraires ou
+_oushabtis_, statuettes mummiformes en pierre, en bois ou en terre
+émaillée destinées à remplacer les statues de serviteurs de l'époque
+précédente et les statues du mort lui-même. A côté de ces objets vient
+s'entasser tout le mobilier funéraire: lits, chaises, fauteuils,
+coffrets, vases pleins de parfums, vêtements, linges de toute sorte,
+perruques et ustensiles de toilette, aliments divers, viandes, légumes
+et fruits: il y a peu d'années, on a retrouvé une série complète de ces
+objets dans une tombe de peu d'apparence, celle de l'ingénieur Kha et de
+sa femme Merit, le tout dans un état de conservation si remarquable
+qu'en se promenant dans la salle du musée de Turin où ces objets sont
+installés, on est comme transporté à plus de 3000 ans en arrière et l'on
+sent vivre encore autour de soi l'esprit de ces deux morts. Il en est de
+même pour le mobilier, bien plus luxueux, des beaux-parents d'Amenophis
+III, Youaa et Touâa, et surtout pour celui que contenait encore le
+tombeau du roi Toutankhamon, et qui dépasse comme richesse et comme
+splendeur tout ce qu'il était possible d'imaginer.
+
+C'est à Thèbes même, sur la rive gauche du fleuve, que se trouvent les
+plus nombreux tombeaux du Nouvel Empire. Ceux qu'on rencontre ailleurs
+que dans la capitale ne présentent pas de divergences bien
+caractéristiques; il faut citer en particulier les tombes de Tell el
+Amarna, restes de l'époque des rois hérétiques, creusées aussi dans le
+rocher et décorées de bas-reliefs d'un style si particulier.
+
+A l'époque saïte on trouve non seulement le tombeau rupestre avec de
+nombreuses salles, mais un nouveau modèle, celui de la chambre funéraire
+unique, voûtée et décorée exclusivement de textes religieux; cette
+chambre est construite au fond d'un immense puits de plus de 30 mètres
+de profondeur, soigneusement comblé après les travaux, avec puits plus
+petit situé à côté et permettant l'accès du tombeau au moment des
+funérailles. Nous ne connaissons aucun tombeau royal de cette époque.
+
+Pendant cette période où l'on cherchait dans tous les domaines à revenir
+aux anciennes coutumes, les grands sarcophages de pierre redeviennent à
+la mode, mais ils sont généralement de forme anthropoïde et couverts
+d'inscriptions. Les momies sont, à peu de chose près, semblables à
+celles de l'époque thébaine, mais on recommence à les coiffer d'un
+masque en cartonnage à figure humaine; ce n'est que plus tard, sous la
+domination des Grecs et des Romains, qu'on en vint à orner le maillot
+des momies d'un buste en plâtre colorié ou d'un panneau de bois peint à
+la cire représentant le portrait du mort et fixé au moyen des derniers
+tours de bandelettes.
+
+
+_Sculpture_
+
+Il n'est pas besoin d'une longue expérience pour distinguer les oeuvres
+de la statuaire du Nouvel Empire de celles des époques antérieures, bien
+que la pose du modèle et les lignes générales soient toujours à peu
+près semblables. En plus des différences de costume qui sont très
+appréciables, le style lui-même n'est plus exactement le même: alors que
+les sculpteurs de l'Ancien et même du Moyen Empire s'appliquaient avant
+tout à reproduire avec certitude la physionomie, l'expression même de
+leur modèle, dans la mesure de leurs moyens, et souvent aux dépens du
+reste du corps, ceux du Nouvel Empire ont une tendance moins réaliste et
+cherchent surtout la grâce et l'élégance; les figures s'uniformisent et
+n'ont plus un caractère aussi personnel, mais le corps entier est traité
+avec le même soin que la tête, avec un souci beaucoup plus marqué du
+modelé. Cette tendance est une tendance générale, qui n'exclut pas un
+certain nombre d'oeuvres isolées, manifestations artistiques très
+personnelles et de premier ordre. Le réalisme qui se fait jour à
+l'époque des rois hérétiques est un peu un réalisme de convention,
+puisque c'est la figure du roi qui reste le type dont les figures de ses
+sujets doivent se rapprocher autant que possible.
+
+[Illustration: _Fig. 235._ Statue de Ramsès II (Musée de Turin).]
+
+[Illustration: _Fig. 236._ Ramsès II présentant une offrande (d'après
+LEGRAIN. _Statues et statuettes_, II, pl. IV).]
+
+Nous possédons des statues royales extrêmement nombreuses, surtout
+depuis que la cachette du temple de Karnak nous en a livré plusieurs
+centaines. Presque toutes étaient à l'origine déposées dans les temples
+et contribuaient à l'ornementation de ceux-ci; elles représentaient
+alors le double du roi qui pouvait, en assistant régulièrement aux
+cérémonies du culte, prendre sa part des offrandes présentées au dieu:
+en échange du don de sa statue que le roi faisait au dieu, celui-ci
+avait la charge de le nourrir dans l'autre monde. D'autres statues
+étaient sans doute déposées dans les tombeaux pour jouer le rôle de
+support du _Ka_, rôle que nous avons étudié plus haut. Il y avait des
+statues de toutes les tailles, depuis la statuette de bronze de quelques
+centimètres de haut, jusqu'aux colosses placés à la porte des temples,
+devant les pylones, qui peuvent atteindre 20 mètres de hauteur; mais les
+plus fréquentes sont celles qui sont à peu près de grandeur naturelle.
+La matière aussi est très diverse: le bois, le métal, les pierres de
+toute sorte et jusqu'à la brique recouverte d'enduit. La position la
+plus fréquemment employée est la position classique du roi assis sur un
+trône, les mains sur ses genoux; à côté de cela, on trouve le roi
+debout, marchant ou tenant des enseignes divines, le roi agenouillé
+présentant des vases d'offrandes, le roi prosterné, bref le roi dans
+toutes les positions qu'il a l'habitude de prendre, soit en présence de
+ses sujets, soit quand il célèbre le culte divin.
+
+[Illustration: _Fig. 237._ Statuette en bois du Musée de Turin (d'après
+PETRIE. _Photographs_, no _278_).]
+
+Quelques grands personnages avaient le privilège de déposer, comme les
+rois, leur propre statue dans un temple. Quant à l'usage qui consistait
+à placer dans les tombeaux des statues du mort destinées à servir de
+support à son double, il tend de plus en plus à disparaître; on trouve
+bien encore des groupes taillés à même la roche du tombeau, représentant
+le mari et la femme assis côte à côte, ou des statuettes de bois
+finement sculptées, mais pas de façon constante. Nous avons déjà vu, à
+propos des tombeaux eux-mêmes, qu'il s'était produit une évolution très
+marquée dans les doctrines relatives à la vie de l'au-delà, et cette
+évolution est encore plus sensible ici; la doctrine du _Ka_ ou du
+double, remplacée par celle de l'âme, passe graduellement au second
+plan. Cette âme ne vit pas dans le tombeau, elle entre dans le royaume
+d'Osiris, dans ce canton riant et fertile de l'autre monde qu'on appelle
+les champs d'Ialou, et les statuettes funéraires ou _oushabtis_, déjà
+mentionnées plus haut, sont des espèces de serviteurs magiques qui
+doivent lui assurer la nourriture en cultivant pour elle les champs
+divins.
+
+[Illustration: _Fig. 238._ _Oushabtis_ du Nouvel Empire (d'ap. PETRIE.
+_Photographs_, No _267_).]
+
+Après la grande époque thébaine, soit de la XXIme à la XXVme dynastie,
+la statuaire se fait de plus en plus rare, mais les quelques exemples
+qui nous en sont parvenus, en général de petites dimensions, nous
+montrent un progrès constant dans la recherche patiente qui aboutira à
+ce remarquable épanouissement de l'art sous les rois saïtes, la
+renaissance du réalisme antique, mais d'un réalisme épuré, plein
+d'élégance et de souplesse, ayant à son service une technique des plus
+perfectionnée.
+
+[Illustration: _Fig. 239._ Groupe d'époque saïte (d'après MARIETTE.
+_Album du Musée de Boulaq_, pl. X).]
+
+C'est aussi surtout à partir de l'époque saïte que se développe une
+branche nouvelle de la statuaire: jusqu'alors le métal, et surtout le
+bronze, était rarement employé par les sculpteurs; ils en usent
+maintenant de préférence à toute autre matière, pour modeler des
+statuettes de divinités qui nous sont parvenues en quantité
+innombrables, témoignant ainsi d'une nouvelle transformation dans le
+domaine religieux. Chacun sans doute voulait avoir dans sa maison
+l'image de la divinité à laquelle il vouait un culte spécial, ce qui
+n'était pas le cas aux époques antérieures. On faisait aussi parfois des
+statuettes de rois ou de particuliers en bronze, mais en bronze incrusté
+d'argent, et cela déjà sous les dynasties qui précédèrent les saïtes.
+
+[Illustration: _Fig. 240._ La reine Karomama Bronze incrusté (d'après
+CHASSINAT. _Monuments Piot_, IV, pl. III).]
+
+Dans les bas-reliefs qui couvrent les parois de certains tombeaux, le
+haut des stèles et divers autres monuments, on retrouve la même
+recherche d'élégance et de grâce, la même perfection du modelé, qualités
+réelles mais qui rendent ces bas-reliefs un peu moins puissants que ceux
+des périodes antérieures, parfois moins expressifs. Dans les temples, où
+la surface à couvrir était immense, la décoration est traitée
+généralement d'une façon plus large, souvent plus sommaire, en relief à
+l'intérieur du monument, en creux ou en relief dans le creux sur les
+façades extérieures, en raison de la vive lumière et suivant une méthode
+exclusivement égyptienne.
+
+
+_Peinture_
+
+De plus en plus la peinture tend à redevenir ce qu'elle était à
+l'origine, un art indépendant, et à s'affranchir de la tutelle du
+bas-relief dont elle est en réalité la soeur aînée. Les peintres ont
+plus souvent l'occasion d'exercer leur talent, maintenant que les
+tombeaux sont généralement creusés dans une roche friable, qui ne
+permet pas l'emploi de la sculpture pour la décoration; ils ont acquis
+une sûreté de main remarquable, et se laissent aller plus librement à
+leur imagination et à leur fantaisie. Les scènes présentent toujours les
+mêmes sujets, mais la manière de les traiter est plus personnelle, la
+recherche du motif pittoresque plus fréquente; on continue néanmoins,
+pour les principales figures tout au moins, à procéder par teintes
+plates, simples, sans ombres, avec un léger sertissage noir ou rouge;
+les détails sont faits en surcharge. Les motifs végétaux abondent, qu'il
+s'agisse de bouquets ou de guirlandes faisant partie des scènes
+elles-mêmes, de plantes agrémentant le paysage ou de frises courant au
+haut des parois. Sur les plafonds, des motifs réguliers reproduisent les
+modèles employés pour les étoffes ou la vannerie en couleur.
+
+[Illustration: _Fig. 241._ Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha (photogr.
+de l'auteur).]
+
+[Illustration: _Fig. 242._ Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna
+(photographie de l'auteur).]
+
+[Illustration: _Fig. 243._ Cueillette des raisins (tombeau de
+Pehsoukher, Thèbes, XVIIIe dyn.).]
+
+C'est aussi la peinture qui contribue pour la plus large part à la
+décoration des édifices civils, ainsi ces palais de Tell el Amarna et de
+Medinet Habou, dont il ne reste que les dallages en stuc, où sont peints
+avec une verve charmante des étangs entourés de buissons où s'ébattent
+des animaux de tout genre. (Fig. _218_).
+
+Quant aux scènes peintes sur les très nombreux sarcophages de l'époque,
+elles n'ont pas à proprement parler un caractère artistique. Par contre
+les enluminures des papyrus funéraires, Livre des Morts ou compositions
+mythologiques, sont souvent d'une réelle beauté.
+
+
+_Arts industriels_
+
+Les progrès continuent à s'affirmer pour tout ce qui rentre de près ou
+de loin dans la catégorie des arts industriels, sauf cependant en ce qui
+concerne les bijoux et les vases en pierre: le trésor d'Aahhotep et les
+autres objets de parure du musée du Caire, même les splendides pièces du
+Serapeum, aujourd'hui au Louvre, ne sont pas comparables, pour la
+perfection du travail, aux bijoux de Dahchour, de la XIIme dynastie; les
+procédés sont cependant les mêmes, sauf que dans l'incrustation, les
+pierres sont toujours remplacées par des émaux et que la ciselure est
+aussi moins fine et moins délicate.
+
+[Illustration: _Fig. 244._ Bijou de la XIXe dyn. (d'apr. MARIETTE.
+_Serapeum_, pl. XII).]
+
+Les vases de pierre sont beaucoup moins nombreux qu'autrefois, et l'on
+se contente le plus souvent de déposer dans les tombes de faux vases en
+bois peint de manière à imiter les pierres les plus rares; il ne nous
+est guère parvenu que des vases d'albâtre, très beaux du reste de forme
+et de facture. Par contre les vases en métal sont de plus en plus en
+faveur, et surtout les vases d'apparat en or et en argent, aux formes
+les plus variées, importées en Egypte de Syrie, de Phénicie, de Crète et
+des îles grecques; les peintures et les bas-reliefs nous permettent
+d'apprécier ces merveilles d'orfèvrerie.
+
+[Illustration: _Fig. 245._ Vases d'albâtre. XVIIIe dynastie (d'après
+PETRIE. _Photographs_, No _186_).]
+
+L'industrie de l'émail prend au Nouvel Empire un développement
+inattendu; très habiles à manier cette matière, les ouvriers égyptiens
+en font des vases de formes diverses, de ce beau bleu profond qui est
+presque inimitable des statuettes funéraires, et plus tard quantité de
+petites figurines de divinités, sans parler des innombrables perles et
+autres objets de parure; enfin ils appliquent les émaux polychromes à la
+décoration de certains édifices. C'est de cette époque aussi que date
+l'invention du verre, non pas encore du verre soufflé, mais du verre
+multicolore fondu, dont on faisait de charmants petits vases, à
+décoration ondulée; ces vases étaient non seulement employés dans le
+pays même, mais servaient surtout d'objets d'exportation et ont été
+retrouvés un peu partout dans les pays méditerranéens. Il est reconnu
+maintenant que cette importante invention, attribuée autrefois à tort
+aux Phéniciens, doit être restituée aux Egyptiens.
+
+[Illustration: _Fig. 246._ Fauteuil en bois doré (d'après QUIBELL. _Tomb
+of Yuaa_, pl. XXXII).]
+
+Les meubles sont généralement simples de lignes et de formes, sobres
+d'ornementation, exactement appropriés à leur destination. Il en est
+cependant de plus soignés de travail, qui ont appartenu à des rois ou à
+des princes, et qui peuvent être considérés comme de véritables oeuvres
+d'art; ce sont des fauteuils, des lits, des coffrets, même des chariots
+dans lesquels n'entre pas seulement le travail de l'ébéniste, mais aussi
+celui du stuqueur, qui les couvre de délicats bas-reliefs en gesso, et
+celui de l'ouvrier en cuir qui les orne de panneaux en cuir repoussé ou
+incrusté de diverses couleurs.
+
+Enfin les plus charmants peut-être des objets d'art sont de simples
+ustensiles de toilette en bois sculpté ou ajouré, parfois en ivoire,
+cuillères à parfums, pots à fard, oeuvres d'une fantaisie toute
+personnelle, donnant la mesure de ce à quoi pouvaient arriver les
+ouvriers d'art égyptiens.
+
+
+C. CIVILISATION
+
+_Royauté_
+
+Qu'il soit tout-puissant et maître d'un immense empire, ou réduit à une
+seule petite province, le roi est toujours pour ses sujets un être
+d'extraction divine dont l'autorité n'est pas contestable. Cette
+autorité repose sur la pureté du sang royal, et nous voyons la plupart
+des rois du Nouvel Empire attacher plus de prix encore que leurs
+prédécesseurs à cette question, et épouser de préférence une demi-soeur,
+née d'une mère plus noble que la leur, pour diminuer la quantité de sang
+vulgaire qui s'était introduit dans leur race; parfois même un dieu se
+chargeait d'infuser lui-même à l'enfant royal un sang divin plus pur
+encore, comme cela eut lieu pour Aménophis III. Quand un usurpateur
+montait sur le trône, il se hâtait d'épouser une princesse de lignée
+royale et légitimait ainsi en quelque sorte son accession à la couronne.
+Lors du morcellement de l'Empire, les roitelets qui se partagèrent le
+pouvoir se rattachaient tous plus ou moins à la vieille race pharaonique
+et avaient des droits sensiblement égaux, mais il était curieux de
+constater que le sang royal le plus pur se conservait non plus chez des
+Egyptiens, mais chez des nègres, comme Piânkhi l'Ethiopien et sa
+famille.
+
+[Illustration: _Fig. 247._ Cuillère à parfums. Louvre (croquis de M. Th.
+Delachaux).]
+
+La reine, ou plutôt la favorite, puisque souvent les rois eurent
+plusieurs femmes, avait à côté de son époux une place très importante et
+souvent une grosse influence; il arriva même à certaines d'entre elles
+de monter sur le trône en qualité de roi d'Egypte.
+
+
+_Gouvernement_
+
+Au moment où les rois de la XVIIIme dynastie réunissent de nouveau
+toutes les parties du pays sous leur sceptre, la féodalité a entièrement
+disparu et l'administration est centralisée entre les mains d'un grand
+vizir et d'un nombre considérable de fonctionnaires subalternes; le roi
+garde du reste la haute main dans le gouvernement et tout se fait en son
+nom, qu'il s'agisse de travaux publics, de finances, d'affaires
+étrangères ou de commerce. La justice, comme autrefois, est entre les
+mains d'une magistrature spéciale, et les provinces asiatiques sont
+gouvernées par des indigènes sous la surveillance d'officiers égyptiens,
+tandis que la Nubie est administrée par un vice-roi nommé par le pharaon
+et qui est souvent un de ses fils.
+
+Nous avons vu l'influence grandissante du clergé d'Amon, arrêtée un
+moment par la réforme de Khounaten, reprendre de plus belle, et les
+grands prêtres se saisir successivement du pouvoir effectif, puis d'une
+partie du pouvoir nominal. A partir de ce moment le pontificat cesse
+d'être entre les mains d'une seule famille et chaque fois qu'une des
+dynasties rivales prend la prédominance sur les autres, elle installe
+sur le trône d'Amon un prince de sa race qui est plutôt un gouverneur de
+la Haute Egypte qu'un grand prêtre. Enfin les rois éthiopiens suppriment
+cette dignité et installent à Thèbes une grande prêtresse d'Amon,
+princesse de la famille royale; les rois saïtes ne font que confirmer
+cette charge en la confisquant au profit de leurs filles, afin que cet
+état dans l'Etat demeure une force pour la couronne et non pas une
+menace.
+
+
+_Relations extérieures Commerce_
+
+L'extension des frontières de l'Egypte vers le nord et le sud devait
+nécessairement favoriser le commerce qui prend un développement
+considérable dès le début du Nouvel Empire. Les produits étrangers
+affluent dans la vallée du Nil, tant sous la forme de tributs livrés au
+roi lui-même, que sous celle de marchandises d'échange, et là encore il
+semble que tout se fasse par l'entremise du gouvernement. Ce ne sont pas
+seulement les pays soumis à la suzeraineté de l'Egypte, comme la Syrie,
+la Phénicie, la Palestine, la Nubie, qui y envoient leurs produits, mais
+des contrées absolument indépendantes, comme Chypre, la Crète, les îles
+grecques, le Soudan, le pays de Pount, grâce à des expéditions maritimes
+qui avaient toujours un caractère officiel, l'Etat disposant seul de
+moyens suffisants pour faire marcher le trafic extérieur; ainsi l'on
+peut dire, presque avec certitude, que le gouvernement s'était réservé
+le commerce international, ne laissant aux particuliers que le commerce
+intérieur. A cet effet, des lois protégeaient les industries locales et
+il était interdit aux ouvriers spécialistes de passer à l'étranger.
+L'évaluation des marchandises se faisait en or ou en argent, au poids,
+et on se servait pour les échanges d'anneaux de métal qui, n'étant pas
+poinçonnés par l'Etat, devaient être pesés à nouveau chaque fois; le
+plus souvent, du reste, on procédait simplement par échange de denrées,
+après entente.
+
+[Illustration: _Fig. 248._ Syriens apportant des vases, XVIIIe dyn.
+(photographie de l'auteur).]
+
+Quant à la nature des marchandises importées, c'étaient surtout, comme
+autrefois, des matières premières, métaux, bois précieux, ivoire, peaux
+et plumes, encens, et aussi des matières ouvrées, entre autres ces
+merveilleux vases d'orfèvrerie dont nous avons déjà parlé. En échange,
+on donnait de la verrerie, des émaux, sans doute des bijoux, en un mot
+tous les produits de l'industrie égyptienne, mais surtout des grains.
+
+
+_Vie civile Vêtement_
+
+Il n'y a pas de transformation notable à enregistrer dans les conditions
+de la vie ordinaire, qu'il s'agisse des grands personnages ou des gens
+du commun; de même les habitations n'ont guère varié. Par contre le
+costume subit un changement important: les gens du peuple ont bien
+toujours le pagne simple enroulé autour des hanches, mais tout individu
+appartenant à une classe un peu plus élevée porte par-dessus ce pagne
+une ample robe en toile fine, parfois presque transparente, dont la
+forme et la coupe sont variables. De même les femmes ne portent plus
+volontiers la robe courte et étroite des anciens temps, mais un vêtement
+analogue à celui des hommes, un peu plus collant néanmoins sur le buste,
+élargi du bas et tombant jusqu'à terre; les manches sont parfois très
+courtes, parfois longues et larges. L'un et l'autre sexe porte la
+perruque, des bijoux aux couleurs vives, colliers, bracelets et
+périscélides, et aux pieds de longues sandales en papyrus ou en cuir. Le
+costume royal est sensiblement le même, bien qu'un peu plus riche, que
+celui des sujets.
+
+
+_Armée_
+
+Les rois hyksos avaient amené de Syrie en Egypte le cheval, et cet
+animal qui s'était rapidement acclimaté dans le pays, offrait aux
+Egyptiens du Nouvel Empire un mode de locomotion nouveau; jamais ils ne
+songèrent à le monter, semble-t-il, mais ils l'attelaient à de légers
+chariots à deux roues avec lesquels les grands personnages faisaient
+leurs tournées dans le pays. C'est cependant surtout au point de vue
+militaire que l'introduction du cheval eut pour les Egyptiens une grande
+importance, puisque désormais la charrerie joua dans leurs armées le
+principal rôle et qu'elle fut pour beaucoup dans la conquête de la
+Syrie. La méthode de combat subit donc une transformation: avant le choc
+qui devait amener la fin d'une bataille, la charge des escadrons de
+chars, les soldats qui montaient ces chars combattaient de loin avec
+leurs grands arcs; c'est même la raison pour laquelle l'arc était devenu
+l'arme favorite des rois.
+
+[Illustration: _Fig. 249._ Soldats égyptiens (Tombeau d'Amemheb. Thèbes.
+XVIIIe dynastie).]
+
+L'infanterie est toujours composée en partie d'Egyptiens, en partie de
+mercenaires étrangers qui sont sa véritable force, que ce soient, comme
+sous les Thébains, des Soudanais, des Shardanes ou des Libyens, ou,
+comme plus tard sous les Saïtes, des Grecs. Cette armée royale, déjà
+instituée sous le Moyen Empire, a été complètement réorganisée en corps
+d'armées bien distincts sous un commandement commun, mieux équipée et
+mieux armée et surtout bien exercée. Après une campagne officiers et
+soldats recevaient leur part du butin, souvent en captifs qui étaient
+employés à la culture de terres mises par le gouvernement à la
+disposition des soldats, et ces captifs, qui n'étaient pas de véritables
+esclaves, se mêlaient rapidement à la population indigène. Le roi
+décernait aussi, pour récompenser les hauts faits de guerre, de
+véritables décorations et autres distinctions honorifiques.
+
+
+_Marine_
+
+Les rois d'Egypte avaient sous le Nouvel Empire une vraie marine de
+guerre que nous voyons parfois jouer le rôle décisif dans une bataille,
+mais c'était surtout la marine marchande qui, avec l'extension du
+commerce, tendait à prendre toujours plus de développement. Les navires
+destinés à la mer étaient semblables de forme et de gréement à ceux
+employés sur le Nil, mais plus grands et plus solidement construits; ils
+remontaient du reste le fleuve, même jusqu'à Thèbes, et ainsi nous
+voyons sous Hatshepsou les mêmes bateaux charger des marchandises dans
+le pays de Pount, au sud de la mer Rouge, et les débarquer dans le port
+de la capitale: un canal souvent ensablé et aujourd'hui disparu, faisait
+alors communiquer un des bras du Nil, dans le Delta, avec le fond du
+golfe de Suez. Enfin les marins égyptiens donnent la mesure de leur
+audace et de leurs capacités quand, sous Néchao, ils s'embarquent pour
+leur grand voyage de découverte autour de l'Afrique, la première en date
+de toutes les grandes expéditions maritimes.
+
+[Illustration: _Fig. 250._ Vaisseaux de l'expédition de Hatshepsou au
+pays de Pount (d'après DUMICHEN. _Die Flotte einer äg. Königin_, pl.
+III).]
+
+
+_Agriculture. Elevage_
+
+Le travail de la terre continue à faire de grands progrès; l'outillage
+se perfectionne, on emploie maintenant des faucilles en métal et des
+charrues plus puissantes; partout autour des villas on voit de beaux
+jardins, pleins d'arbres fruitiers, de vignes et d'arbres d'agrément.
+Partout on défriche pour les livrer à la culture les terrains qui
+n'étaient autrefois que des pâturages, et cela naturellement aux dépens
+de l'élevage, qui diminue dans de fortes proportions. On ne voit plus
+que rarement de ces scènes si fréquentes sous l'Ancien Empire, qui
+représentent des troupeaux d'animaux à demi sauvages sous la garde de
+quelques pâtres, et les grandes inspections du bétail sont à peine
+mentionnées; on n'emploie plus pour piétiner le terrain nouvellement
+ensemencé des troupeaux entiers de chèvres ou de moutons, mais seulement
+quelques porcs qu'on devait élever dans les fermes et non plus en pleine
+campagne; l'âne n'est plus que rarement employé aux travaux des champs,
+et ce sont généralement les hommes eux-mêmes qui transportent les
+récoltes; le dépiquage du grain pour lequel les quelques boeufs, qui à
+d'autres époques de l'année tirent la charrue, suffisent parfaitement,
+se fait d'une façon un peu différente. L'Egypte, consciente de son rôle
+commercial dans le monde oriental, qui est de l'approvisionner de
+grains, consacre toutes ses forces à développer la culture au moyen de
+la main d'oeuvre humaine, quitte à réduire au strict nécessaire tout ce
+qui a rapport à l'élevage. Seule la race chevaline, nouvellement
+introduite dans le pays, est l'objet de soins tout spéciaux, sous le
+contrôle royal, et prospère si bien qu'on finit même, à certains
+moments, par venir de Syrie chercher des chevaux en Egypte. Quant à la
+question du chameau, elle n'est pas encore définitivement tranchée; il
+semble néanmoins que si les Egyptiens l'ont connu, ils ne l'ont jamais
+utilisé eux-mêmes, et que son acclimatation définitive dans le pays, où
+il rend maintenant comme bête de somme des services inappréciables, ne
+date que de la conquête musulmane.
+
+[Illustration: _Fig. 251._ Scènes de labour et de semailles (Tombeau de
+Nakht. Thèbes. XVIIIe dynastie).]
+
+
+_Pêche et chasse_
+
+
+Le défrichement progressif de la vallée du Nil avait fait disparaître
+non seulement les pâturages, mais aussi les fourrés et les marécages qui
+étaient pour les premiers Egyptiens de si beaux terrains de chasse et de
+pêche. Avec les mêmes engins qu'autrefois, on ne pouvait plus guère
+prendre du poisson que dans le fleuve et les canaux, et il ne se
+trouvait plus que peu de ces étangs où les oiseaux migrateurs venaient
+se prendre dans les grands filets; même les parcs de chasse des grands
+seigneurs avaient presque tous disparu. Quand les rois chercheurs
+d'aventures voulaient s'offrir les émotions d'une chasse mouvementée,
+ils profitaient de leurs campagnes pour aller au loin, jusque sur les
+bords de l'Euphrate, où ils trouvaient encore quelques éléphants, des
+lions qu'ils abattaient par centaines et du gros gibier de toute sorte.
+
+
+_Industrie_
+
+A côté de l'agriculture, l'industrie continue à se perfectionner et nous
+avons de nombreux tableaux qui nous montrent les ouvriers occupés à
+leurs travaux ordinaires, que ce soient des ouvriers d'art ou des gens
+de métier, tels que briquetiers, maçons, sculpteurs, peintres,
+bijoutiers, joailliers, menuisiers, ébénistes, corroyeurs, cordonniers,
+cordiers, chaudronniers, armuriers, forgerons, et d'autres encore. Leur
+outillage est toujours aussi simple qu'aux périodes précédentes, presque
+rudimentaire, sauf que les couteaux, ciseaux et poinçons de pierre ont
+définitivement disparu pour faire place à des instruments de métal,
+généralement en bronze, parfois en fer.
+
+[Illustration: _Fig. 252._ Atelier de chaudronnerie (d'ap. NEWBERRY.
+_Life of Rekhmara_, pl. XVII et XVIII).]
+
+
+_Langue et Littérature_
+
+La conquête de la Syrie et les relations constantes qui s'étaient
+établies de ce fait avec l'Asie antérieure, avaient exercé sur l'Egypte
+même une influence considérable qui se remarque tout particulièrement
+dans la langue. Un grand nombre de vocables nouveaux, empruntés aux
+idiomes sémitiques, sont introduits dans le langage courant, soit pour
+exprimer des idées nouvelles ou nommer des objets inconnus auparavant,
+soit pour remplacer, sans raison apparente, de vieux mots égyptiens. Il
+est de bon ton, pour un scribe, d'émailler ses lettres ou ses
+compositions littéraires du plus grand nombre possible de mots d'origine
+étrangère. C'est de ces langues sémitiques, plus répandues que
+l'égyptien, qu'on se servait pour les relations extérieures, et toute la
+correspondance du roi d'Egypte avec ses vassaux syriens se faisait dans
+l'idiome même de ces peuplades, que sans doute beaucoup de gens à la
+cour comprenaient parfaitement.
+
+[Illustration: _Fig. 253._ Atelier de Cordonniers (d'après NEWBERRY.
+_Life of Rekhmara_, pl. XVIII).]
+
+Les textes du Nouvel Empire qui nous sont parvenus sont donc composés
+dans une langue moins pure que ceux de l'époque précédente, mais ils
+sont aussi, sinon plus variés, et beaucoup plus abondants. Ce sont
+d'abord les écrits historiques ou officiels, les récits biographiques,
+les comptes rendus d'une campagne ou d'une conquête, les décrets et les
+actes royaux, les odes dithyrambiques à la louange d'un souverain, puis
+les ouvrages plus spécialement littéraires, contes, poésies, recueils
+de modèles de lettres dans lesquels les jeunes scribes apprenaient leur
+métier, livres de morale, hymnes en l'honneur du roi ou des dieux, dont
+plusieurs ont trouvé place dans la grande compilation à laquelle nous
+avons donné le nom de Livre des Morts et qui contient du reste surtout
+des morceaux plus anciens. Après cela vient encore la littérature
+épistolaire proprement dite, les procès-verbaux judiciaires, les écrits
+scientifiques et médicaux et les innombrables compositions magiques,
+religieuses ou mythologiques.
+
+[Illustration: _Fig. 254._ Ostracon hiératique (d'après DARESSY.
+_Ostraca_, pl. XLVI).]
+
+Certains de ces textes sont gravés ou peints sur les murailles des
+temples, sur les stèles, sur les parois des tombeaux; d'autres, les plus
+nombreux, sont écrits en hiératique, c'est-à-dire en cursive, sur des
+rouleaux ou des feuilles de papyrus ou même parfois sur des tessons de
+vases ou des morceaux de pierre, auxquels nous donnons le nom
+d'_ostraca_. Les ouvrages religieux étaient déposés dans le tombeau, à
+côté du mort, pour lui servir de viatique dans l'autre monde, et parfois
+l'on y joignait aussi des textes littéraires pouvant lui offrir un
+délassement dans sa vie d'outre-tombe, mais la plupart des papyrus ont
+été retrouvés roulés et cachés dans des vases, au milieu des ruines de
+maisons anciennes; c'était la manière de conserver les livres qui
+étaient toujours en petit nombre chez les particuliers. Nous ne savons
+s'il existait dans le palais du roi ou ailleurs, de vraies bibliothèques
+où l'on conservait les ouvrages de prix, avant l'époque où les
+Ptolémées réunirent dans celle d'Alexandrie tout ce qu'ils purent
+récolter de manuscrits anciens, les égyptiens sans doute aussi bien que
+les grecs. Le geste fanatique du calife Omar nous a privés d'une source
+inestimable de documents.
+
+[Illustration: _Fig. 255._ Fragment d'un contrat démotique (d'après
+SPIEGELBERG. _Die demotischen Papyrus_, pl. LVI).]
+
+Jusqu'au Nouvel Empire, les seuls modes d'écriture étaient les
+hiéroglyphes, et l'hiératique qui devient de plus en plus cursif; à
+partir de l'époque saïte, les scribes, à force de chercher à simplifier
+leur calligraphie, en arrivent à tracer des signes qui ne rappellent
+plus que vaguement les hiéroglyphes d'où ils sont dérivés, ni même
+l'élégant hiératique de la bonne époque. Il s'agit d'un nouveau genre
+d'écriture, auquel on a donné le nom de _démotique_ et qui finit par
+être le seul employé à partir des rois perses, pour les lettres, les
+contrats, les manuscrits de toute sorte, bref pour tout ce qui n'est pas
+destiné à revêtir un caractère monumental. Ce passage de l'hiératique au
+démotique correspond exactement à la fin de l'autonomie de l'Egypte.
+
+
+C'est ce moment-là, quand des rois étrangers viennent définitivement
+remplacer sur le trône des Pharaons les dynasties indigènes, que nous
+pouvons considérer comme la fin de la civilisation égyptienne; celle-ci
+végétera bien encore pendant quelques siècles, elle donnera même dans
+certains domaines comme l'architecture par exemple, des manifestations
+originales et vraiment égyptiennes, mais elle ne prospérera plus et
+dégénérera rapidement. Cette vieille civilisation qui pendant tant de
+siècles a rayonné sur le monde ancien, lui donnant généreusement tout ce
+qu'il y avait de bon en elle, est submergée à son tour par les
+civilisations nouvelles; l'infusion d'un sang jeune se fit sans doute à
+trop haute dose et, loin de la renouveler, ne put qu'accélérer sa ruine.
+Désormais l'Egypte ne sera plus qu'une province du monde hellénique,
+puis du monde romain, au point de vue de la civilisation aussi bien que
+de la politique.
+
+[Illustration: _Fig. 256._ Aménophis, fils de Paapis (d'après LEGRAIN.
+_Statues et statuettes_, I, pl. LXXVI).]
+
+
+
+
+[Illustration: _Fig. 257._ Repas et danseuses. Peinture d'un tombeau
+thébain (XVIIIe dynastie).]
+
+
+
+
+INDEX
+
+_Les chiffres indiquent les pages: les chiffres entre parenthèses les
+gravures._
+
+
+A
+
+ AAHHOTEP, 283.
+
+ ABOUSIR, 138.
+
+ ABRAHAM, 221.
+
+ Abri, 63.
+
+ ABYDOS, 95, 99, 102, 104, 121, 136, 137, 244, 267, 269.
+
+ Acte, 295.
+
+ Administration, 165-168, 219-220, 287.
+
+ _Aegyptiaca_, 14.
+
+ Aération, 150.
+
+ AFRICAIN, 14, 15.
+
+ Agate, 64, 74.
+
+ Age du bronze, 58, 59.
+
+ Age du cuivre, 58, 59.
+
+ Age du fer, 58, 59.
+
+ Age de la pierre, 55, 58.
+
+ Agriculture, 32, 41, 68, 89, 95, 120, 179-182, 224, 292-293.
+
+ AHMÈS I, 197, 230, 323.
+
+ AHMÈS (amiral), 26.
+
+ AHMÈS NOFRITARI, 231.
+
+ Aï, 242.
+
+ Aiguière, 111.
+
+ Aire, 180.
+
+ AKERBLAD, 17.
+
+ Albâtre, 81, 108, 109, 155, 202, 216, 283, 284.
+
+ ALEXANDRE, 258.
+
+ ALEXANDRIE, 297.
+
+ Aliment, 143, 175 (v. Nourriture, Offrandes).
+
+ Aloès, 80.
+
+ Alun, 206.
+
+ AMASIS, 255, 256 (216).
+
+ Ambassadeur, 240.
+
+ _Am-Douat_, 274.
+
+ Ame, 140, 141, 152, 211, 272, 278.
+
+ AMÉLINEAU, 55.
+
+ AMENEMHAT I, 191, 192, 219.
+
+ AMENEMHAT III, 115, 193 (157), 194, 214, 218, 224.
+
+ AMENEMHAT IV, 194.
+
+ AMENMESES, 246.
+
+ AMÉNOPHIS I, 231 (194), 232.
+
+ AMÉNOPHIS II, 235.
+
+ AMÉNOPHIS III, 26, 235-236 (198), 259, 265, 274, 286.
+
+ AMÉNOPHIS IV, 26, 236, 237 (v. KHOUNATEN).
+
+ AMÉNOPHIS, fils de PAAPIS, 236, 298.
+
+ Améthyste, 110.
+
+ AMON, 48, 235, 237, 238, 248, 250, 251, 268, 269, 287.
+
+ AMSET, 49.
+
+ AMYRTÉE, 257.
+
+ Amulette, 75.
+
+ Ancien Empire, 32, 81, 105, 109, 113, 123-187, 189, 194, 204, 212,
+ 214, 215, 222, 225, 227, 249, 276.
+
+ Ancien Testament, 13, 15.
+
+ Ane, 89, 179, 180, 181, 184, 293.
+
+ ANHOUR, 48.
+
+ ANNA, 26.
+
+ Année, 28.
+
+ ANTEF, 134, 190.
+
+ Anthropoïde (cercueil ou sarcophage), 208 (170), 273 (234), 275.
+
+ Anthropophagie, 41.
+
+ Antilope, 88, 89, 174, 177, 178 (139), 224.
+
+ Antimoine, 221.
+
+ ANUBIS, 42, 43 (11), 48, 164.
+
+ APEPI, 197 (v. APOPI).
+
+ APOLLODORE, 14.
+
+ APOPHIS, 198.
+
+ APOPI, 26 (v. APEPI, APOPHIS).
+
+ Appeau, 173, 175.
+
+ APRIÈS, 255 (215), 256.
+
+ ARABE, ARABIE, 140, 143, 147, 168.
+
+ Arbre fruitier, 292.
+
+ Arc, 224, 290 (v. Flèche).
+
+ ARCELIN, 54.
+
+ ARCHIPEL, 12, 71, 121 (v. GRECE).
+
+ Architecture, 91, 96, 102-106, 120, 125, 135-153, 200-212, 260-275.
+
+ Architrave, 135.
+
+ Argent, 279, 284, 288.
+
+ Arme, 32, 56, 59, 65, 74, 86, 88, 89, 120, 208, 290.
+
+ Armée, 132, 133, 218, 289-291.
+
+ Armurier, 294.
+
+ ARYEN, 84.
+
+ ASARHADDON, 253, 254.
+
+ ASIE MINEURE, 243, 244, 245.
+
+ Assiette, 108.
+
+ Assise (position), 70, 106.
+
+ ASSOURBANIPAL, 253, 254.
+
+ ASSYRIE, 26, 236, 243, 252, 253, 254, 255.
+
+ ATEN, 237, 238 (200), 240.
+
+ ATHOTHIS, 100.
+
+ Autel, 137.
+
+ Autruche, 80, 83, 88, 224.
+
+ AVARIS, 196, 197, 199, 222, 229.
+
+ Avènement, 28.
+
+ Avenue, 263.
+
+ AZAB, 117.
+
+
+B
+
+ BABAÏ, 125.
+
+ BABYLONE, BABYLONIE, 12, 122, 195, 236, 243, 255.
+
+ Bachot, 185.
+
+ BAHR BELA MA, 54.
+
+ Bandeau, 172.
+
+ Bandelette, 182, 206, 275.
+
+ Barbe, 171, 172.
+
+ Barque, 91 (66), 138, 209, 210 (173), 225 (188) (v. Bateau).
+
+ Barque sacrée, 263, 269 (230).
+
+ Barque solaire, 35 (6), 38, 39 (9), 138.
+
+ Basalte, 81, 151.
+
+ Bas-relief, 25, 32, 146, 158-161 (128), 201, 209, 214-215 (180), 263,
+ 267 (228, 229), 270, 279-280 (241-242).
+
+ Basse-cour, 175, 177 (137).
+
+ Bassin, 137.
+
+ Bateau, 80, 92, 147, 185 (150), 209, 225, 226 (v. Barque, Vaisseau).
+
+ Bâton, 87.
+
+ BENI-HASSAN, 203, 204, 205 (164, 165), 221.
+
+ BERBÈRE, 83.
+
+ BERSHEH, 203.
+
+ Bétail, Bestiaux, 68, 85, 221, 225, 293.
+
+ Bible, 251, 253 (v. Ancien Testament).
+
+ Bibliothèque, 296.
+
+ Bibliothèque nationale (Paris), 22.
+
+ Bidis, 46.
+
+ BIÉNEKHÉS, 100.
+
+ Bijou, 32, 85, 208, 216, 217 (183, 184), 228 (192), 283 (244), 289.
+
+ Bijoutier, Bijouterie, 184 (147), 217, 294.
+
+ BINOTHRIS, 100.
+
+ Biographie, 26, 131, 147, 164, 228, 295.
+
+ BIRCH, 20.
+
+ BIRKET-KAROUN, 194.
+
+ Blé, 107, 120 (v. Grain).
+
+ BNÔN, 198.
+
+ BOCCHORIS, 252, 253.
+
+ BOÊTHOS, 100.
+
+ Boeuf, 88, 89, 174, 177, 178 (138), 179, 180, 181, 224, 293.
+
+ Bois, 91, 96, 103, 135, 173, 208, 211, 214, 260, 277, 285, 289.
+
+ Boisseau, 181.
+
+ Boisson, 166.
+
+ BOKENRANF, 252.
+
+ BONAPARTE, 16.
+
+ Bonnet, 232.
+
+ Bouchon, 107, 115, 119.
+
+ Boulette, 177.
+
+ Boumerang, 173, 224.
+
+ Bouquet, 282.
+
+ Bouquetin, 88.
+
+ Bouteilles, 78.
+
+ Bracelet, 75, 86 (60), 91, 110 (82, 83), 289.
+
+ Brique, 92, 96, 102, 103, 104, 105, 135, 136, 138, 140, 143, 173, 196,
+ 203, 211, 260, 277, 294.
+
+ Bronze, 96, 155, 158, 279, 294.
+
+ BRUGSCH, 20.
+
+ BUBASTIS, 250, 251.
+
+ Buste, 275.
+
+
+C
+
+ Cachet, 115.
+
+ Cachette, 276.
+
+ Cadastre, 220.
+
+ Cage, 175.
+
+ CAIRE, 22, 25, 156, 157, 273, 283.
+
+ Caisse à canopes, 209.
+
+ Calcaire, 81, 108, 150, 151, 155, 203, 268.
+
+ CAMBYSE, 256, 257.
+
+ Canal, 120, 179, 224, 292, 293.
+
+ Canard, 89, 174.
+
+ Canope, 209 (171), 273 (234), 274.
+
+ Captif, 291.
+
+ CARCHEMIS, 255.
+
+ CARIE, 254.
+
+ Carrière, 187.
+
+ Cartonnage, 206, 273, 275.
+
+ Cartouche, 115, 116, 190, 202, 244.
+
+ Casse-tête, 86.
+
+ Caveau funéraire, 214, 273, 274 (v. Chambre funéraire).
+
+ Ceinture, 171.
+
+ Cellier, 182.
+
+ Céramique, 57, 59, 76-81 (37-57) (v. Vase, Poterie).
+
+ Cercueil, 146, 208, 273 (234), 274.
+
+ Céréales, 68, 73, 180 (v. Blé, Grain, Orge).
+
+ CHABAS, 20.
+
+ Chacal, 118.
+
+ Chaise, 154, 173, 274.
+
+ CHALDÉE, 96, 122.
+
+ Chambre des ancêtres, 22, 34 (5).
+
+ Chambre funéraire, 140, 141, 145, 148, 150, 151 (v. Caveau funéraire).
+
+ Chameau, 293.
+
+ CHAMPOLLION, 18, 19, 20, 23.
+
+ Champs d'Ialou et de Hotpou, 43, 278.
+
+ Chapelle, 137, 143, 150, 151, 153, 203, 268.
+
+ CHARDIN, 16.
+
+ Char. Chariot, 229 (193), 231, 255, 290.
+
+ Charrerie, 290.
+
+ Charpentier, 92.
+
+ Charrue, 89, 180, 292, 293.
+
+ Chasse, 32, 41, 56, 74, 83-88, 89, 90, 92, 120, 146, 152,
+ 173-177 (133-135), 223 (187), 224, 263-294.
+
+ Châsse, 269.
+
+ Chaudronnier, 111, 183, 294 (252).
+
+ Chelléen, 56, 62, 84, 86.
+
+ Cheval, 225, 231, 289, 293.
+
+ Chevet, 173, 206.
+
+ Cheveux, 83, 171, 172.
+
+ Chèvre, 80, 89, 179, 180, 293.
+
+ CHINE, 12.
+
+ Chronologie, 27-29, 49-52, 198-200.
+
+ CHYPRE, 168, 234, 288.
+
+ Cire, 275.
+
+ Ciste funéraire, 72, 106.
+
+ Ciseau, 66, 183.
+
+ Ciselure, 283.
+
+ Clan, 93, 166.
+
+ Coffre, 173.
+
+ Coffret, 110, 274, 283, 328 (262).
+
+ Coiffeur, 172.
+
+ Coiffure, 208 (v. Perruque).
+
+ Collier, 74, 91, 171, 172, 217, 289.
+
+ Colonnade, 262, 268.
+
+ Colonne, 136 (107-109), 146, 151, 201, 204, 205, 260, 268.
+
+ Colosse, 25, 263, 277.
+
+ Commission d'Egypte, 16, 17, 18, 31.
+
+ Commerce, 91, 121, 131, 248, 256, 287, 288, 289.
+
+ Concubine, 170.
+
+ Conte, 228, 296.
+
+ Coquille, 74, 75, 86, 91.
+
+ Cordage, 185.
+
+ Cordier, 183.
+
+ Cordonnier, 183, 294, 295 (253).
+
+ Co-régence, 214, 219.
+
+ Cornaline, 64, 74, 210, 217.
+
+ Correspondance, 26, 165, 241, 295.
+
+ Corroyeur, 294.
+
+ Corvée, 219.
+
+ Costume, 85, 170-172, 208, 222, 289 (v. Vêtement).
+
+ Cotte capitonnée, 231.
+
+ Couleurs, 161.
+
+ Couloir, 150, 153.
+
+ Coup-de-poing, 62, 86.
+
+ Coupe, 76, 78 (v. Ecuelle).
+
+ Cour, 152, 223, 260, 262, 263, 265 (224, 225).
+
+ Couronne, 217 (184).
+
+ Couteau, 56, 61, 65 (22-23), 66, 74 (33).
+
+ Couverture, 173, 183.
+
+ Crâne, 84.
+
+ CRÈTE, 12, 71, 91, 221, 284, 288.
+
+ Crible, 181.
+
+ Cristal de roche, 108.
+
+ Crocodile, 83, 88.
+
+ Cruche, 80.
+
+ Cuillère à parfums, 285, 286 (247).
+
+ Cuir, 285, 289.
+
+ Cuivre, 59, 93, 96, 111, 120, 121, 168.
+
+ Culte, 41, 118, 125, 262, 268, 276.
+
+ Cylindre, 96, 114 (90), 115, 122.
+
+ CYRÉNAIQUE, 245.
+
+ CYRUS, 256.
+
+
+D
+
+ DADEFRA, 127 (100), 157.
+
+ DADKARA-ASSA, 130.
+
+ DAHCHOUR, 149, 162, 203, 283.
+
+ Dallage, 260 (218).
+
+ Danse, 86, 92, 147, 299 (257).
+
+ DAPHNAE, 261.
+
+ DARIUS II, 257.
+
+ Décret, 164.
+
+ Défrichement, 292, 293.
+
+ DEIR EL BAHARI, 63, 233, 268.
+
+ Déluge, 38, 63.
+
+ Démembrement, 71, 72, 106.
+
+ Démotique, 297 (255).
+
+ Dénombrement, 178, 179.
+
+ DEN-SETOUI, 116, 117.
+
+ Dépiquage, 180 (142), 293.
+
+ Description de l'Egypte, 16.
+
+ Destruction des hommes par les dieux, 38.
+
+ Diabase, 108.
+
+ Diadème, 217 (184).
+
+ Digue, 179.
+
+ DIODORE DE SICILE, 14, 31.
+
+ DIONYSOS, 41.
+
+ Diorite, 108, 155.
+
+ Divan, 173.
+
+ DJESER, 125, 137.
+
+ Dodécarchie, 254.
+
+ Domestication, 89.
+
+ DOUAMOUTEF, 49.
+
+ Double, 276, 278 (v. _Ka_).
+
+ Drogman, 13.
+
+ DROVETTI, 23.
+
+ Dynasties, 14, 15, 24, 28.
+
+ Dyn. divines, 36-47.
+
+ Dyn. de demi-dieux et mânes, 47-49.
+
+ Dyn. thinites (I et II), 54, 58, 81, 85, 95-122, 124.
+
+ Dyn. III, 124-125, 140, 143.
+
+ Dyn. IV, 125-129, 144, 149, 157, 162, 185.
+
+ Dyn. V, 129-131, 146, 151-152.
+
+ Dyn. VI, 131-133, 143, 147, 153, 155.
+
+ Dyn. VII-X, 133, 134.
+
+ Dyn. XI, 189-191, 200, 202.
+
+ Dyn. XII, 27, 191-194, 198-200, 203, 218, 219, 221, 228, 283.
+
+ Dyn. XIII, 194-195, 198-200.
+
+ Dyn. XIV, 194-195, 198-200.
+
+ Dyn. XV, 198-200.
+
+ Dyn. XVI, 198-200.
+
+ Dyn. XVII, 196, 198-200, 229, 230.
+
+ Dyn. XVIII, 219, 230-242, 250, 259, 260, 287.
+
+ Dyn. XIX, 242-246.
+
+ Dyn. XX, 246-249, 260.
+
+ Dyn. XXI, 250, 271, 279.
+
+ Dyn. XXII, 250-261, 252.
+
+ Dyn. XXIII, 251-252.
+
+ Dyn. XXIV, 252.
+
+ Dyn. XXV, 253-254, 279.
+
+ Dyn. XXVI, 254-257 (v. SAIS).
+
+ Dyn. XXVII-XXX, 257-258.
+
+
+E
+
+ Ebéniste, 285, 294.
+
+ Echange, 186, 289.
+
+ Ecriture, 95, 96, 97, 113-115, 118, 120, 122, 125, 163-165, 296-297.
+
+ Ecuelle, 78, 107, 108 (v. Coupe, Assiette).
+
+ ELAM, 254.
+
+ Eléphant, 83, 88, 91, 294.
+
+ ELÉPHANTINE, 36, 169.
+
+ Elevage, 32, 68, 89, 120, 146, 177-179, 292-293.
+
+ ELKAB, 136.
+
+ Email, 283, 284, 289.
+
+ Emblème, 46.
+
+ Embryonnaire (position), 71.
+
+ Enceinte, 150.
+
+ Encens, 168, 220.
+
+ Encre, 165.
+
+ Enéolithique, 58.
+
+ Enfant, 169, 170.
+
+ Enfants d'Horus, 49, 52 (13).
+
+ Engraissage, 177.
+
+ Ennéade, 36, 48.
+
+ Enseigne, 93, 118, 277.
+
+ Eolithe, 61.
+
+ ERATOSTHÈNE, 14.
+
+ Ere, 28.
+
+ Escabeau, 173.
+
+ Escalier, 104, 137, 223.
+
+ Etang, 260, 293.
+
+ ETHIOPIE. ETHIOPIEN, 251, 252, 253, 254, 258, 287.
+
+ Etoffe, 85, 226, 227, 282.
+
+ ETRURIE, 221.
+
+ Etui phallique, 85.
+
+ EUPHRATE, 232, 234, 243, 294.
+
+ EUSÈBE, 14, 16, 48, 50.
+
+ _Excerpta Barbari_, 48.
+
+
+F
+
+ Famille, 41, 169-170.
+
+ Fard, 75.
+
+ Faucille, 89, 180, 292.
+
+ Faucon, 115, 118.
+
+ Faune, 83.
+
+ Fausse-porte, 141, 142 (112, 113), 163.
+
+ Fauteuil, 173, 274, 285 (246).
+
+ Fayence, 109-110 (v. Email).
+
+ FAYOUM, 65, 211.
+
+ Femme, 169, 170, 289.
+
+ Féodalité, 134, 167, 219, 287.
+
+ Fer, 58, 59, 294.
+
+ Ferme, 177.
+
+ Figue, 182.
+
+ Filage, 182, 227 (190).
+
+ Filet, 88, 175, 176 (135, 136), 177, 224.
+
+ Filigrane, 217.
+
+ Flèche, 66 (26-29), 87, 175, 231.
+
+ Flore, 83.
+
+ Fonctionnaire, 119, 131, 219, 220, 287 (v. Administration).
+
+ Forgeron, 294.
+
+ Formule magique, 139, 152.
+
+ Forteresse, 136, 212 (177), 261, 262.
+
+ Foulage, 181 (143).
+
+ Fourrage, 181.
+
+ Frise, 282, 329 (263).
+
+ Fruit, 107.
+
+ Fusaïole, 92.
+
+
+G
+
+ Garde du corps, 166.
+
+ Garde-manger, 175.
+
+ Gazelle, 72, 73, 88, 89, 174.
+
+ Génies funéraires, 49.
+
+ GEORGES LE SYNCELLE, 14, 15.
+
+ Gerbe, 180, 181.
+
+ Girafe, 83, 88.
+
+ Globulaire (vase), 109, 111.
+
+ Gobelet, 76.
+
+ Gomme, 162.
+
+ GOSHEN, 222.
+
+ Gouvernail, 185, 186.
+
+ Grain, 89, 90, 107, 289, 293.
+
+ Grand prêtre, 249, 250, 269, 287.
+
+ Grand vizir, 287.
+
+ Granit, 108, 150, 155, 214, 268.
+
+ Grattoir, 61, 65 (24, 25), 66, 74.
+
+ GRECE, GREC, ILES GRECQUES, 12, 13, 14, 27, 83, 91, 127, 220, 221,
+ 234, 245, 256, 261, 275, 284, 288, 290.
+
+ Grenat, 110.
+
+ Grenier, 181.
+
+ Grès, 108, 268.
+
+ Groupe, 154, 155 (124).
+
+ Grue, 89, 174.
+
+ Guéridon, 173.
+
+ Guirlande, 282.
+
+
+H
+
+ Habitation, 63, 68, 84 (v. Maison).
+
+ Hache, 62, 64 (19, 20), 66, 87, 92, 323 (261).
+
+ HAKORIS, 258.
+
+ Hameçon, 88, 120, 175.
+
+ HAMY, 54.
+
+ HAPI, 49.
+
+ Harpiste, 228.
+
+ Harpon, 74, 88 (64), 174, 224.
+
+ HATSHEPSOU, 232, 233, 268, 291.
+
+ HAWARA, 203.
+
+ HÉBREUX, 15, 259.
+
+ HÉLIOPOLIS, 36, 37, 48, 49, 123, 129, 137, 139, 237.
+
+ Hématite, 77.
+
+ HÉRACLÉOPOLIS, 134, 189.
+
+ HERKHOUF, 26, 131, 169.
+
+ Herminette, 64 (21), 66, 92, 183.
+
+ HÉRODOTE, 13, 31, 128, 193, 253.
+
+ Héron, 173.
+
+ HIÉRACONPOLIS, 102, 105, 114, 137.
+
+ Hiératique, 33, 165, 296, 297.
+
+ Hiéroglyphes, 122, 163-165, 207, 297.
+
+ Hiérophyphiques d'Horapollon, 14.
+
+ Hippopotame, 76, 83, 88, 92, 94 (67), 174.
+
+ HITTITES, 243, 244, 245.
+
+ HOR-AOUABRA, 214 (179).
+
+ HORAPOLLON, 14.
+
+ HOREMHEB, 241 (204), 242.
+
+ HORUS, 42, 43, 44, 43 (12), 46, 47, 48, 93, 96, 98, 102, 124, 257.
+
+ HOTEP-SEKHEMOUI, 101.
+
+ Houe, 89.
+
+ HOUNI, 125, 126.
+
+ HRIHOR, 249, 250.
+
+ Huile, 107.
+
+ Hutte, 68, 84.
+
+ Hyène, 177, 178 (139).
+
+ HYKSOS, 24, 195-197, 198, 200, 218, 222, 229, 230, 231, 233, 270, 289.
+
+ Hymne, 296.
+
+ Hypogée, 32, 147-148, 204, 271, 273.
+
+ Hypostyle, 244, 262, 263, 266 (226, 227), 269.
+
+
+I
+
+ IALOU, 43, 278.
+
+ IANNIAS, 198.
+
+ Ibis, 118.
+
+ ILLAHOUN, 203.
+
+ Importation, 221.
+
+ Incrustation, 279, 283, 285.
+
+ INDES, 62.
+
+ Industrie, 92, 120, 182-184, 226-227, 248, 256, 294.
+
+ Inhumation secondaire, 72.
+
+ Inondation, 82, 224.
+
+ Inscription, 113-118, 160.
+
+ Inspecteur, 219.
+
+ IONIE, 254.
+
+ Isis, 37, 40 (10), 41, 42, 44, 46, 48, 97, 125.
+
+ ISRAEL, 15, 259.
+
+ ITALIE, 71, 83.
+
+ Ivoire, 75, 86, 122, 220, 285, 289.
+
+
+J
+
+ JAHVEH, 39.
+
+ Jardin, Jardinage, 120, 182, 261, 292.
+
+ Jarre, 107 (73), 115, 119, 182.
+
+ Javeline, 231.
+
+ JÉRUSALEM, 253.
+
+ Jeu, 32, 147.
+
+ Jeux gymniques, 32.
+
+ Joaillerie, 184 (147), 217, 294.
+
+ JOPPÉ, 26.
+
+ JOSEPH, 222.
+
+ JOSÈPHE, 14.
+
+ JOSUÉ, 259.
+
+ JUDÉE, JUIFS, 14, 15, 251.
+
+ Juge, 166.
+
+ Jupon, 222.
+
+ Justice, 220, 287.
+
+
+K
+
+ _Ka_, 139, 144, 152, 153, 210, 214, 277, 278.
+
+ KAIEKHOS, 100.
+
+ KAMARES, 220.
+
+ KAMERIRA, 134.
+
+ KAMÈS, 197.
+
+ KAQEMNA, 228.
+
+ KARNAK, 22, 34, 233, 235, 243, 244, 264 (223), 266 (226), 267 (228),
+ 268, 276.
+
+ KAROMAMA, 280 (240).
+
+ KEBHSENOUF, 49.
+
+ KENKENÈS, 100.
+
+ KESEM, 222.
+
+ KIRCHER, 16.
+
+ KHA, 274.
+
+ KHAAOU, 51.
+
+ KHABIROU, 259.
+
+ KHAFRA, 128 (v. KHEFREN).
+
+ KHA-M-HA, 280.
+
+ KHA-SEKHEMOUI, 101 (69), 104, 106, 114, 116 (94), 117.
+
+ KHEFREN, 127 (101), 128, 150, 157 (127).
+
+ KHENDI, 195.
+
+ KHENT-KHITI, 49.
+
+ KHENZER, 195.
+
+ KHÉOPS, 126 (99), 127, 128, 129, 149, 180, 228 (v. KHOUFOU).
+
+ KHITI, 134.
+
+ KHNOUM, 36.
+
+ KHONSOU, 48, 263 (221), 264 (223).
+
+ KHOUFOU, 26, 127.
+
+ KHOUNATEN, 236 (199), 238, 241, 248, 287.
+
+ KHOUT-ATEN, 238.
+
+ KHOUOU, 49.
+
+ _Kjoekkenmoedding_, 68, 69, 73, 89.
+
+ KOPTOS, 134.
+
+ KOUMMEH, 193.
+
+
+L
+
+ Labour, 164, 179 (140), 180, 292 (251).
+
+ Labyrinthe, 193, 194.
+
+ LAC MOERIS, 193, 194, 224.
+
+ Lac sacré, 270.
+
+ Lacet, 88.
+
+ Lait, 89.
+
+ LAKISH, 253.
+
+ Lambrissage, 103.
+
+ Langue, 228, 294, 295.
+
+ Lapis-Lazuli, 216, 217.
+
+ Lasso, 88, 175, 178, 224.
+
+ Légume, 182.
+
+ LEPSIUS, 19, 20.
+
+ Lettre, 241, 296.
+
+ LIBYE, LIBYEN, 83, 85, 100, 125, 130, 193, 232, 243, 245, 247, 250,
+ 255, 290.
+
+ LICHT, 203, 213.
+
+ LIEBLEIN, 199, 259.
+
+ Ligne, 88, 175, 224.
+
+ Lin, 181 (144).
+
+ Linceul, 206.
+
+ Linge, 274.
+
+ Lion, 88, 174, 224, 294.
+
+ Liste d'offrandes, 164.
+
+ Liste royale, 14, 21-25 (2, 3, 5), 117.
+
+ Lit, 173, 274, 285.
+
+ Litière, 184 (148).
+
+ Littérature, 165, 197, 227-228, 294-296.
+
+ Liturgie, 41.
+
+ Livre des Morts, 274, 283, 296.
+
+ Livre de Sothis, 14.
+
+ Lotiforme (colonne), 136 (109), 201.
+
+ Louvre (musée), 156, 157, 283.
+
+ LOUXOR, 63, 264 (222), 265 (224).
+
+
+M
+
+ Maçon, 294.
+
+ Magasin, 104, 105, 140, 150, 152, 211.
+
+ Magdalénien, 56.
+
+ Magie, 41, 228.
+
+ Maillet, 183.
+
+ Maillot, 206.
+
+ Maison, 84, 173, 208, 211, 212 (176), 222, 261 (219).
+
+ MAÏT, 47.
+
+ MANÉTHON, 14, 15, 27, 35, 36, 46, 47, 48, 49, 50, 99, 100, 125, 126,
+ 129, 130, 131, 133, 134, 190, 191, 195, 198, 200, 230, 249.
+
+ Manicure, 172.
+
+ Manteau, 85, 172, 222.
+
+ Marais, 82, 173.
+
+ Marche, 186 (151), 187.
+
+ Mariage, 41, 286.
+
+ MARIETTE, 19.
+
+ Marine, 291-292 (250) (v. Navigation).
+
+ Marteau, 61.
+
+ MASAHERTA, 250.
+
+ MASHAOUASH, 250.
+
+ _Masniti_, 46.
+
+ Masque, 205 (166), 206, 273, 275.
+
+ Massue, 87 (62-63).
+
+ Mastaba, 32, 139-148, 203, 209, 272.
+
+ Mât, 185, 186, 263.
+
+ Matelas, 173.
+
+ Médecine, 41, 100, 165, 166, 296.
+
+ MEDINET HABOU, 247, 262 (220), 265 (225), 282.
+
+ MÉDITERRANÉE, 71, 81, 83, 91, 121, 225, 255, 284.
+
+ MEIDOUM, 148, 162.
+
+ MEKHA, 51.
+
+ MEMPHIS, 36, 100, 101, 102, 123, 124, 125, 133, 134, 137, 192, 193,
+ 253.
+
+ MENDES, 97, 258.
+
+ MÉNÈS, 29, 44, 50, 51, 52, 54, 59, 95, 96, 98, 99, 100, 124.
+
+ MENEPHTAH, 245-246 (208), 247, 259.
+
+ MENKAOUHOR, 130.
+
+ MENKAOURA, 128 (v. MYCÉRINUS).
+
+ MENTOUHOTEP, 134, 190 (154), 191, 201, 202.
+
+ Menuisier, 183 (146), 226 (189), 294.
+
+ MERBAPA, 117.
+
+ Mercenaires, 133, 254, 258, 290.
+
+ MERENRA, 132 (106), 158.
+
+ MERIT, 274.
+
+ MER ROUGE, 91, 96, 121, 168, 220, 226, 255, 292.
+
+ MERSEKHA, 114, 117.
+
+ MÉSOPOTAMIE, 122.
+
+ Métal, 46, 58, 221, 277, 279, 289, 294.
+
+ Métallurgie, 93.
+
+ Métier, 32, 182 (v. Industrie).
+
+ Métier à tisser, 41, 227 (190).
+
+ Meuble, 32, 110, 146, 183, 285.
+
+ Meule, 180.
+
+ MIÈBIS, 100, 117.
+
+ MILO, 121.
+
+ Mine, 187.
+
+ MITANNI, 26, 236.
+
+ Mobilier funéraire, 33, 73-76, 120, 146, 163, 208, 271, 274.
+
+ MOERIS (lac), 193, 194, 224.
+
+ Moïse, 259.
+
+ Moisson, 145, 164, 180 (141), 313 (259).
+
+ Mollusque, 88.
+
+ Momie, 42, 139, 144, 146, 154, 206 (167), 272 (233), 273, 275.
+
+ DE MORGAN, 55, 105.
+
+ Moulin, 90.
+
+ Moustaches, 171.
+
+ Moustérien, 56, 57.
+
+ Mouton, 179, 180, 293.
+
+ Moyen Empire, 32, 124, 134, 162, 189, 228, 249, 276, 290.
+
+ Mur, 196.
+
+ Musée Britannique, 22.
+
+ Musique, 32.
+
+ MYCÉRINUS, 128, 129 (103), 150.
+
+
+N
+
+ NABUCHODONOSOR, 255.
+
+ Nacelle, 90 (65), 173, 185 (149).
+
+ Nacre, 75, 85.
+
+ Nain, 169.
+
+ Naos, 202, 263, 269.
+
+ NAPATA, 252.
+
+ Nasse, 88, 177.
+
+ Natron, 206.
+
+ Natte, 72, 173, 182 (145), 183, 208.
+
+ Navigation, 90, 184-186, 225-226 (v. Marine).
+
+ NAVILLE, 202.
+
+ Navire, 291.
+
+ NEBKA, 125.
+
+ NEB-RA, 101.
+
+ NÉCHAO I, 254.
+
+ NÉCHAO II, 255, 292.
+
+ Nécropole, 69, 72, 93.
+
+ NECTANÉBO I, 258 (217).
+
+ NECTANÉBO II, 258.
+
+ Nef, 186.
+
+ NEFERARKARA, 130.
+
+ NEFERHOTEP, 195 (158).
+
+ NEFERKARA, 134.
+
+ NEGADAH, 95, 102, 104-105.
+
+ Nègre, 195, 232, 234.
+
+ NEHASI, 195.
+
+ NEHEB, 51.
+
+ NEKHÉROPHÈS, 125.
+
+ NEKHTHORHEB, 258 (217).
+
+ _Nekyes_, 49.
+
+ NENOUTER, 101.
+
+ Néolithique, 54, 58.
+
+ NEOUSERRA-AN, 130 (104), 138.
+
+ NEPHERITÉS, 258.
+
+ NEPHTHYS, 48.
+
+ Niche, 103, 105, 141.
+
+ NIL, 82 et _passim_.
+
+ Nilomètre, 224.
+
+ NIMROD, 251, 252.
+
+ Noé, 39.
+
+ Nom d'Horus, 116, 118.
+
+ Nomarque, 218, 219, 220.
+
+ Nome, 166, 167.
+
+ NOUIT, 38, 39 (9).
+
+ Nourriture, 166, 222.
+
+ NOUTERKHA, 125.
+
+ Nouvel Empire, 27, 29, 32, 81, 162, 200, 208, 210, 229-298.
+
+ NUBIE, 132, 169, 190, 192, 193, 212, 234, 242, 243, 287, 288.
+
+ _Nucléus_, 65, 67.
+
+
+O
+
+ Oasis, 62, 193.
+
+ Obélisque, 137, 138, 233, 263.
+
+ Obsidienne, 108, 121, 216.
+
+ Ode, 295.
+
+ OEuf, 89.
+
+ Offrandes, 141, 145, 276.
+
+ Oie, 89, 174, 177.
+
+ Oiseau, 75, 173, 175, 294.
+
+ OMAR, 297.
+
+ Opération chirurgicale, 147.
+
+ Or, 110, 111, 121, 184, 217, 284, 288.
+
+ Oracle, 129.
+
+ Orfèvrerie, 217, 284 (v. Bijouterie, Joaillerie).
+
+ Orge, 73, 107, 120.
+
+ Ornement de corps, 73, 74 (v. Bijou).
+
+ OSIRIS, 40 (10), 41, 42, 47, 48, 97, 164.
+
+ OSORKON, 250-251 (212), 252.
+
+ Ostracon, 296 (254).
+
+ Otage, 234.
+
+ OUADI-HAMMAMAT, 132.
+
+ OUAZAND, 51.
+
+ OUÉNÉPHÉS, 100.
+
+ OUNA, 26, 131.
+
+ OUNAS, 131, 152.
+
+ Oursin, 75.
+
+ OUSAPHAIS, 100.
+
+ OUSERKARA, 131.
+
+ OUSERKAF, 130.
+
+ OUSERTESEN, 192 (v. SENOUSRIT).
+
+ _Oushabti_, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 328 (262).
+
+ Outil, 32, 56, 57, 59, 65, 66, 67, 120.
+
+ Oxyrhinque, 164.
+
+
+P
+
+ PAAPIS, 236, 298.
+
+ Pagne, 170-171, 222, 289.
+
+ Paille, 181.
+
+ Palais, 118, 136, 211, 224, 260, 282.
+
+ Paléolithique, 54, 57, 58, 60.
+
+ PALESTINE, 12, 26, 62, 130, 234, 247, 259, 288.
+
+ Palette, 75.
+
+ Palmiforme (colonne), 136 (107), 201.
+
+ PANKHI, 250.
+
+ Panodore, 50.
+
+ Panthère, 88, 112, 174.
+
+ Papyriforme (colonne), 136 (108), 201.
+
+ Papyrus, 33, 90, 165, 197, 227 (191), 228, 274, 283, 296.
+
+ Papyrus Harris, 26, 248.
+
+ Papyrus royal de Turin, 15, 22-24 (3), 27, 35, 37, 46, 47, 48, 49, 50,
+ 194.
+
+ Parc de chasse, 223 (187), 224, 294.
+
+ Parfum, 146, 166, 208, 216.
+
+ Patriarches, 221.
+
+ Pâturage, 292, 293.
+
+ Paysan, 219, 228.
+
+ Peau, 72, 85, 289.
+
+ Pêche, 32, 56, 74, 88, 95, 120, 146, 181, 173-177 (136), 224, 293-294.
+
+ Pectoral, 216 (183), 217.
+
+ Pédicure, 172.
+
+ Peigne, 75, 86 (61), 92.
+
+ Peintre, 183.
+
+ Peinture, 32, 161-162, 215-216, 280-283, 294.
+
+ PÉLUSE, 196.
+
+ Pendeloque, 75, 92.
+
+ PENTAOUR, 244.
+
+ PÉPI I, 132 (105), 157.
+
+ PÉPI II, 132-133, 134, 169.
+
+ PERABSEN, 116, 117.
+
+ Percepteur, 219.
+
+ Perçoir, 183.
+
+ Percuteur, 66, 67.
+
+ Perdrix, 88.
+
+ Période sothiaque, 28.
+
+ Périple, 255, 292.
+
+ Périscélide, 289.
+
+ Péristyle, 223.
+
+ Perles, 74, 86, 110, 284.
+
+ Perruque, 171, 274, 289.
+
+ PERSE, 257, 258.
+
+ Perspective, 159, 160.
+
+ PETRIE, 55.
+
+ PHÉNICIE, 284, 288.
+
+ PHILAE, 125.
+
+ PHILISTINS, 247.
+
+ PIANKHI, 251, 252 (213), 253, 286.
+
+ Piédroit, 139.
+
+ Piège, 88.
+
+ Pierre de Palerme, 24-25 (4), 99-101.
+
+ Pierre de Rosette, 11 (1), 17.
+
+ Pigeon, 89.
+
+ Pilier, 135, 139, 146, 151, 202, 204.
+
+ Pinceau, 162.
+
+ PINODJEM, 250.
+
+ Plafond, 282.
+
+ Plancher, 103.
+
+ Planchette, 273 (234).
+
+ Plaque de schiste, 75 (34-36), 76, 111, 112 (87), 114.
+
+ Plaquette, 110, 114 (89).
+
+ Plateforme, 137, 147.
+
+ Plâtre, 275.
+
+ PLINE LE JEUNE, 14.
+
+ Plume, 289.
+
+ PLUTARQUE, 14.
+
+ POCKOKE, 16.
+
+ Poème, 228, 244.
+
+ Poésie, 296.
+
+ Poignard, 53 (14), 74, 87, 110 (84), 111, 197 (160), 217.
+
+ Poinçon, 62, 66, 74.
+
+ Pointe de flèche, 56, 66 (26-29), 87, 111 (85-86).
+
+ Pointe de javelot, 56, 87, 88.
+
+ Pointe de lance, 56, 88.
+
+ Poisson, 75, 88, 164, 173, 174, 175, 177, 293.
+
+ Polissoir, 77.
+
+ Polychromie, 161.
+
+ Porc, 293.
+
+ Porphyre, 81, 108.
+
+ Porte-éventail, 119.
+
+ Porte-sandales, 119.
+
+ Portière, 182.
+
+ Portique, 138, 150, 152, 204.
+
+ Poterie égéenne, 121.
+
+ Potier, 92.
+
+ POUNT, 168, 220, 232, 234, 288, 292.
+
+ Prédynastique, 60, 63-94.
+
+ Préhistorique, 21, 35, 54.
+
+ Pressoir, 181 (143).
+
+ Prêtre, 129, 130, 131, 166, 237.
+
+ Protocole, 115-118.
+
+ PSAMMÉTIQUE I, 254 (214), 255.
+
+ PSAMMÉTIQUE II, 255.
+
+ PSAMMÉTIQUE III, 256.
+
+ PSOUSENNÈS, 250.
+
+ PTAH, 36-37 (7).
+
+ PTAHHOTEP, 228.
+
+ PTOLÉMÉES, 14, 17, 297.
+
+ Puits, 205, 275.
+
+ Pylône, 262, 263, 264 (222, 223), 277.
+
+ Pyramides, 123 (97), 125, 126, 127, 128 (102), 129, 131, 138,
+ 148-153 (119-120), 202 (163), 203, 268.
+
+
+Q
+
+ QEB, 39 (9), 40.
+
+ Quartz, 108.
+
+
+R
+
+ RA, 35 (6), 37-39, 137, 138, 237.
+
+ Racloir, 62, 74 (v. Grattoir).
+
+ Raisin, 181 (143), 282 (243).
+
+ Rame, 80, 186.
+
+ RAMESSEUM, 266 (227).
+
+ RAMSÈS I, 242.
+
+ RAMSÈS II, 244-245 (207), 248, 250, 259, 266, 276 (235), 277 (236).
+
+ RAMSÈS III, 25, 246-248 (209), 261.
+
+ RAMSÈS IV-XII, 248-249, 270.
+
+ RATOISÈS, 127.
+
+ Récolte, 85, 180.
+
+ Recrutement, 32.
+
+ Régence, 232.
+
+ Registre, 220.
+
+ Réquisition, 219.
+
+ RHAMPSINITE, 26.
+
+ Rhinocéros, 88.
+
+ Rites funéraires, 42.
+
+ Robe, 85, 172, 289.
+
+ ROBOAM, 251.
+
+ ROME, 27, 275.
+
+ Roseau, 90.
+
+ DE ROUGÉ, 20.
+
+ Royauté, 115, 165-167, 217-219, 285-286.
+
+
+S
+
+ SABACON, 252, 253.
+
+ DE SACY, 17.
+
+ SAHOURA, 130, 151.
+
+ SAIS, SAITE, 252, 254, 257, 258, 260, 261, 275, 279, 290.
+
+ SALATIS, 198.
+
+ Sanctuaire, 84, 262, 263, 268, 269, 270 (v. Temple, Chapelle).
+
+ Sandale, 171, 289.
+
+ SAQQARAH, 123, 125.
+
+ Sarcophage, 33, 145 (117), 146, 149, 153, 206, 207 (168-169), 209,
+ 270, 273 (234), 274, 275 (v. Cercueil, Anthropoïde).
+
+ SARGON, 252.
+
+ Satire des métiers, 33.
+
+ Scarabée, 25.
+
+ Sceau, 119.
+
+ Sceptre, 208.
+
+ Scie, 183.
+
+ Science, 100, 165, 197, 228, 296.
+
+ Scribe, 33, 154 (123), 156 (126), 167.
+
+ Sculpture, Sculpteur, 92, 112, 153, 161, 183, 212-215, 275-281, 294.
+
+ SEANKHKARA, 191.
+
+ SEBEKHOTEP, 195.
+
+ SEBEKNEFROU, 194.
+
+ SEBENNYTOS, 258.
+
+ SEKA, 51.
+
+ SEKHET, 38 (8).
+
+ Semailles, 145, 179, 180, 292 (251).
+
+ SEMEMPSÈS, 100, 117.
+
+ SÉMITE, 84, 96, 121, 127, 221 (186).
+
+ Sémitisme, 295.
+
+ SEMNEH, 193.
+
+ SENOUSRIT I, 191 (155), 192, 213, 219.
+
+ SENOUSRIT II, 216 (183).
+
+ SENOUSRIT III, 192 (156).
+
+ SENNAKHÉRIB, 253.
+
+ SEQNENRA, 26, 197, 198 (161).
+
+ Sérapéum, 19, 283.
+
+ _Serdab_, 143, 163, 210.
+
+ Serf, 219.
+
+ Sertissage, 282.
+
+ Service des Antiquités, 20.
+
+ SÉSOSTRIS, 192, 244.
+
+ SET, 41, 42, 43, 44, 45 (12), 46, 47, 48, 93, 97, 101, 117, 124.
+
+ SÉTI I, 242-244 (205), 266, 267.
+
+ SÉTI II, 246.
+
+ SETNEKHT, 246-247.
+
+ SHABATOKA, 253.
+
+ SHARDANE, 250, 290.
+
+ _Sheikh-el-Beled_, 6 (frontispice), 156 (125).
+
+ SHEPSESKARA, 130.
+
+ SHESHONQ, 250, 251.
+
+ _Shesou-Hor_, 35, 50.
+
+ SHOU, 39 (9), 48.
+
+ SI-AMON, 250.
+
+ Silex, 32, 53-67 (14-29), 74, 75, 86 (60), 92, 96, 110 (84),
+ 111 (85-86), 120, 231.
+
+ Silure, 164.
+
+ SINAI, 100, 114, 121, 127, 129, 130, 132, 168, 190, 193.
+
+ Singe, 182.
+
+ SINOUHIT, 26, 228.
+
+ SIOUT, 134, 189, 218.
+
+ SIPHTAH, 246, 272 (233).
+
+ SISAK, 251.
+
+ SMENDÈS, 250.
+
+ SNEFROU, 126, 143, 149, 161.
+
+ Soldat, 218 (185), 290 (249).
+
+ Soleil, 130 (v. Ra).
+
+ Solutréen, 56, 57.
+
+ SOMALIS, 54, 168, 220.
+
+ SOTHIS, 28.
+
+ Soubassement, 105.
+
+ SOUDAN, 12, 83, 130, 169, 193, 220, 232, 234, 252, 288, 290.
+
+ Sphéroïde (vase), 109 (80).
+
+ Sphinx, 128, 150, 189 (153), 201, 214, 263.
+
+ Statue, 112, 113, 144, 152, 153-158, 160, 197, 201, 202, 210, 213,
+ 214.
+
+ Statuette, 210, 211 (174).
+
+ Statuette funéraire, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 284.
+
+ Stéatopygie, 84.
+
+ Stèle, 104, 105, 114, 115, 119, 125, 138, 141, 143, 203, 280, 296.
+
+ Store, 208.
+
+ STRABON, 14, 31.
+
+ Stuc, 260, 285.
+
+ SUEZ, 196.
+
+ Syphilis, 84.
+
+ SYRIE, SYRIEN, 26, 127, 168, 190, 193, 220, 232, 234, 235, 243, 245,
+ 246, 247, 250, 252, 253, 255, 284, 288, 289, 290, 293, 294.
+
+ Syringe, 270.
+
+
+T
+
+ Table d'offrandes, 143 (114, 115), 163.
+
+ Tablette, 26, 236, 240 (202).
+
+ TAFNEKHT, 252.
+
+ TAHARQA, 253, 254.
+
+ TAKELOT, 251.
+
+ Talisman, 76.
+
+ TANIS, 132, 250.
+
+ TANOUTAMON, 254.
+
+ TAOUSERT, 246.
+
+ Tapis, 183.
+
+ Tatouage, 86.
+
+ TEKA, 51.
+
+ TELL EL AMARNA, 26, 236, 237, 238, 239, 240, 241, 275, 281, 282.
+
+ Temple, 106, 118, 131, 135, 136-138, 200, 201, 214, 233, 236, 262-270,
+ 276, 280.
+
+ Tenture, 182.
+
+ TÉOS, 258.
+
+ Terrasse, 202, 268.
+
+ Terre cuite, 74.
+
+ TESH, 51.
+
+ TETI, 131.
+
+ Textes religieux, 164, 208, 227, 228.
+
+ THEBES, 134, 190, 192, 194, 196, 200, 218, 235, 237, 238, 242, 250,
+ 251, 252, 253, 254, 261, 274, 287, 290, 291.
+
+ Théologie, 165, 166.
+
+ THII, 236.
+
+ THINIS, 49, 98, 102.
+
+ THOT, 39 (9), 42, 44, 45, 47, 48.
+
+ THOUTMÈS I, 232 (195).
+
+ THOUTMÈS II, 232.
+
+ THOUTMÈS III, 26, 232, 233 (196), 259.
+
+ THOUTMÈS IV, 229, 234 (197), 235.
+
+ Tissage, 92, 182, 227 (190).
+
+ Titulature, 101, 115-118, 124.
+
+ Toilette, 166, 172 (132).
+
+ Toit, 186.
+
+ Tombeau, 31, 32, 33, 59, 64, 69, 76, 102-106, 119, 126, 135, 139-153,
+ 154, 158, 161, 162, 202-211, 268, 270-275, 277, 278, 280, 296.
+
+ Tortue, 75.
+
+ TOSORTHROS, 125.
+
+ Totem, 93.
+
+ TOUAA, 274.
+
+ TOUAREGS, 62.
+
+ TOUTANKHAMON, 240 (203), 242, 274.
+
+ Traîneau, 187.
+
+ Traité, 245.
+
+ Transport, 219.
+
+ Trésor, 263.
+
+ Tribu, 41, 46 (v. Clan).
+
+ Tribunal d'Osiris, 43.
+
+ Troubleau, 177.
+
+ Troupeau, 292, 293.
+
+ Tuberculose, 84.
+
+ TUNISIE, 245.
+
+ TURIN, 23, 274.
+
+ Turquoise, 217.
+
+ TYPHON, 41.
+
+
+U
+
+ Ustensile, 32, 146, 274, 285.
+
+
+V
+
+ Vache, 178.
+
+ Vaisseau, 186.
+
+ Vannage, 181, 322 (260).
+
+ Vannerie, 78, 80, 183, 282.
+
+ Vase à parfum, 274.
+
+ Vase en bois, 283.
+
+ Vase en émail et en verre, 284.
+
+ Vase en métal, 217, 283-284, 289.
+
+ Vase en pierre, 59, 81, 92, 107-109, 163, 183, 187, 121, 208, 216-283,
+ 284.
+
+ Vase en terre, 32, 73, 76-81, 107-108, 163, 209, 216.
+
+ Vendange, 146, 181.
+
+ Ventilation, 223.
+
+ Vergue, 185.
+
+ Verre, 284.
+
+ Vêtement, 32, 41, 120, 146, 166, 170-171, 222, 274 (v. Costume).
+
+ Viande, 73, 107.
+
+ Vigne, 120, 181, 282 (243).
+
+ Village, 64, 67-68, 80, 84, 93.
+
+ Vilebrequin, 108.
+
+ Ville, 41, 211, 219, 222.
+
+ Vin, 107.
+
+ Vizir, 166.
+
+ Voile, 185, 186, 225.
+
+
+X
+
+ XOIS, 194.
+
+
+Y
+
+ YOUAA, 274.
+
+ YOUNG, 17.
+
+
+Z
+
+ ZERAKH, 251.
+
+[Illustration: _Fig. 258._ Tête de femme (XVIIIe dynastie).]
+
+
+
+
+[Illustration: _Fig. 259._ Moissonneurs portant la récolte (Tombeau
+d'Anna, Thèbes, XVIIIe dynastie).]
+
+
+
+
+BIBLIOGRAPHIE
+
+Liste des principaux ouvrages concernant les divers domaines de
+l'Egyptologie. Les titres précédés d'un astérique sont ceux des livres
+qu'on peut se procurer le plus facilement.
+
+
+A. OUVRAGES GÉNÉRAUX
+
+I. HISTOIRE
+
+ *FR. W. VON BISSING. _Geschichte Aegyptens im Umriss._ Berlin 1904.
+
+ *J. H. BREASTED. _A History of Egypt._ New-York 1905.
+
+ H. BRUGSCH. _Geschichte Aegyptens unter den
+ Pharaonen._ Leipzig 1877.
+
+ *E. A. WALLIS BUDGE. _A History of Egypt._ 8 vol.
+ (Books on Egypt and Chaldaea IX-XVI.) Londres 1902.
+
+ FR. LENORMANT. _Histoire Ancienne de l'Orient_.
+ T. II et III. Les Egyptiens (9e édit.). Paris 1887.
+
+ *J. LIEBLEIN. _Recherches sur l'histoire et la
+ civilisation de l'ancienne Egypte._ Leipzig 1910-11.
+
+ -- _Recherches sur la chronologie égyptienne._ Christiania 1873.
+
+ F. J. LAUTH. _Aus Aegyptens Vorzeit._ Berlin 1881.
+
+ G. MASPERO. _Histoire ancienne des peuples de
+ l'Orient classique._ 3 vol. Paris 1895-99.
+
+ -- _Histoire ancienne des peuples de l'Orient_.
+ 1 vol. 6e édit. Paris 1904.
+
+ ED. MEYER. _Geschichte des Altertums_ I et II.
+ (En cours de publication.) Stuttgart 1909.
+
+ -- _Histoire de l'Antiquité._ I-VIII.
+ (En cours de publ.) Paris 1912.
+
+ -- _Aegyptische Chronologie._ Berlin 1904.
+
+ *W. FL. PETRIE. _A History of Egypt_. 3 vol. Londres 1899-1905.
+
+ G. F. UNGER. _Chronologie des Manetho._ Berlin 1867.
+
+ A. WIEDMANN. _Aegyptische Geschichte._ Gotha 1884.
+
+
+LISTES ROYALES
+
+ E. BRUGSCH et U. BOURIANT. _Le Livre des rois._ Le Caire 1887.
+
+ E. A. WALLIS BUDGE. _The Book of the Kings of Egypt._
+ 3 vol. Londres 1908.
+
+ H. GAUTHIER. _Le Livre des rois d'Egypte._ 5 vol.
+ (Mém. de l'Inst. fr. d'Arch. orient. du Caire,
+ t. XVII-XXI.) Le Caire 1907-1918.
+
+ C. R. LEPSIUS. _Königsbuch der alten Aegypter._
+ 2 vol. Berlin 1858.
+
+
+2. GÉOGRAPHIE
+
+ E. AMÉLINEAU. _La géographie de l'Egypte à l'époque
+ copte._ Paris 1893.
+
+ *K. BÆDEKER (G. STEINDORFF). _Egypte et Soudan._
+ (3e édit. franç.) Leipzig 1898.
+
+ *G. BENEDITE. _Egypte_ (Guide Joanne.) Paris 1900-1905.
+
+ H. BRUGSCH. _Geographische Inschriften
+ altägyptischer Denkmäler._ 3 vol. Leipzig 1857-1860.
+
+ -- _Dictionnaire géographique de l'ancienne Egypte._ Leipzig 1879.
+
+ J. F. CHAMPOLLION. _L'Egypte sous les Pharaons._
+ 2 vol. Paris 1814.
+
+ J. DUMICHEN. _Geographie des alten Aegyptens_
+ (dans MEYER. _Gesch. Aeg._ 1re edit.) Berlin 1887.
+
+ -- _Zur Geographie des alten Aegyptens._ Leipzig 1894.
+
+ J. DE ROUGÉ. _Géographie ancienne de la Basse
+ Egypte._ Leipzig 1894.
+
+ _An atlas of ancient Egypt._ (Publ. of the Egypt
+ Exploration Fund.) Londres 1894.
+
+ E. SCHIAPARELLI. _La Geografia dell'Africa
+ orientale._ Rome 1916.
+
+
+3. RELATIONS EXTÉRIEURES
+
+ F. W. VON BISSING. _Der Anteil der aegyptischen
+ Kunst am Kunstleben der Völker._ Munich 1912.
+
+ W. M. MULLER. _Asien und Europa nach aegyptischen
+ Denkmälern._ Leipzig 1893.
+
+ -- _Egyptological Researches_ (2 vol.). Washington 1906-1910.
+
+ *W. M. FL. PETRIE. _Egypt and Israel._ Londres 1911.
+
+ R. WEILL. _Recueil des inscriptions égyptiennes
+ du Sinaï._ Paris 1904.
+
+
+4. CIVILISATION
+
+ H. BRUGSCH. _Die Aegyptologie._ Leipzig 1891.
+
+ F. CHABAS. _Etudes sur l'Antiquité historique._
+ (3e édit.) Paris 1873.
+
+ *AD. ERMAN-RANCKE. _Aegypten und aegyptisches
+ Leben im Altertum_ (2e édit.). Tübingen 1923.
+
+ *V. LORET. _L'Egypte au temps des Pharaons._ Paris 1889.
+
+ *G. MASPERO. _Lectures historiques._ Paris 1890.
+
+ J. ROSELLINI. _I Monumenti dell'Egitto e della
+ Nubia._ (Vol. IV-VIII. Monumenti civili.). Pise 1843-36.
+
+ *H. SCHNEIDER. _Kultur und Denken der alten
+ Aegypter._ Leipzig 1909.
+
+ J. GARDNER WILKINSON. _The Manners and Customs of the
+ ancient Egyptians._ (4e éd. par S. BIRCH.) 3 vol. Londres 1878.
+
+ A. WIEDEMANN. _Herodots zweites Buch._ Leipzig 1890.
+
+ W. WRESZINSKI. _Atlas zur altägyptischen
+ Kulturgeschichte._ Leipzig 1914.
+
+
+5. ART
+
+ F. W. VON BISSING. _Denkmäler aegyptischer
+ Sculptur._ 1 vol. et 2 atlas. Leipzig 1908-13.
+
+ L. BORCHARDT. _Die aegyptische Pflanzensäule._ Berlin 1897.
+
+ J. CAPART. _L'art égyptien._ 2 vol. de planches. Bruxelles 1909-11.
+
+ -- _Leçons sur l'art égyptien._ Bruxelles 1920.
+
+ A. CHOISY. _L'art de bâtir chez les Egyptiens._ Paris 1904.
+
+ G. FOUCART. _Histoire de l'ordre lotiforme._ Paris 1897.
+
+ G. JÉQUIER. _Décoration égyptienne._ Paris 1911.
+
+ -- _Les temples memphites et thébains._ Paris 1921.
+
+ -- _Les temples ramessides et saïtes._ Paris 1923.
+
+ -- _Les temples ptolémaïques et romains._ (sous presse).
+
+ *G. MASPERO. _L'archéologie égyptienne._ Paris 1887.
+
+ *-- _Egypte_ (collection «Ars una»). Paris 1912.
+
+ G. PERROT ET CH. CHIPIEZ. _Histoire de l'Art
+ dans l'Antiquité._ I _Egypte._ Paris 1882.
+
+ *W. M. FL. PETRIE. _Egyptian Decorative Art._ Londres 1895.
+
+ *-- _Arts and Crafts of ancient Egypt._ Edimbourg 1909.
+
+ *H. SCHAFER. _Von ägyptischer Kunst._ 2 vol. Leipzig 1920.
+
+ *W. SPIEGELBERG. _Geschichte der aegyptischen
+ Kunst._ Leipzig 1903.
+
+
+6. ÉCRITURE
+
+HIÉROGLYPHES
+
+ PH. BERGER. _Histoire de l'écriture dans
+ l'antiquité_, p. 90-104. Paris 1891.
+
+ F. LL. GRIFFITH. _Beni Hasan_ III. Londres 1896.
+
+ -- _Hieroglyphs._ Londres 1898.
+
+ -- _The Mastaba of Ptahhetep and Akhethetep._ I. Londres 1900.
+
+ M. A. MURRAY. _Saqqara Mastabas_ I. Londres 1905.
+
+
+HIÉRATIQUE
+
+ AD. ERMAN. _Die Märchen des Papyrus Westcar_, t. II. Berlin 1890.
+
+ S. LEVI. _Raccolta dei Signi ieratici egizi._ Turin 1882.
+
+ G. MOLLER. _Hieratische Palaeographie._ 3 vol. Leipzig 1909-1913.
+
+
+DÉMOTIQUE
+
+ H. BRUGSCH. _Grammaire démotique._ Paris 1855.
+
+
+7. LANGUE
+
+GRAMMAIRE
+
+ H. BRUGSCH. _Hieroglyphische Grammatik._ Leipzig 1872.
+
+ J. F. CHAMPOLLION. _Grammaire égyptienne._ Paris 1836.
+
+ E. DRIOTON. _Cours de grammaire égyptienne._ Nancy 1922.
+
+ AD. ERMAN. _Aegyptische Grammatik_ (3e éd.) Berlin 1911.
+
+ V. LORET. _Manuel de la langue égyptienne._ Paris 1889.
+
+ E. DE ROUGÉ. _Chrestomathie égyptienne_, 4 vol. Paris 1867-76.
+
+ K. SETHE. _Das aegyptische Verbum._ 3 vol. Leipzig 1899.
+
+
+DICTIONNAIRE
+
+ H. BRUGSCH. _Hieroglyphisch-demotisches Wörterbuch._
+ Vol. I-IV et suppl. Vol. V-VII. Leipzig 1867-82.
+
+ AD. ERMAN, H. GRAPOW. _Aegyptisches Handwörterbuch._ Berlin 1904.
+
+ S. LEVI. _Vocabolario geroglifico-copto-ebraico._
+ Vol. I-IV et suppl. Vol. VII-VIII. Turin 1887-94.
+
+ P. PIERRET. _Vocabulaire hiéroglyphique._ Paris 1875.
+
+
+8. LITTÉRATURE
+
+ *J. BREASTED. _Ancient Records of Egypt_, 5 vol. Chicago 1906-07.
+
+ G. MASPERO. _Etudes égyptiennes._ Vol. I. Paris 1879.
+
+ -- _Du genre épistolaire chez les Egyptiens._ Paris 1872.
+
+ *-- _Les Contes populaires de l'Egypte ancienne._
+ (4e édit.). Paris 1911.
+
+ W. M. MULLER. _Die Liebespoesie der alten Aegypter._ Leipzig 1899.
+
+ _Records of the Past._ Vol. II, IV, VI, VIII, X, XII.
+ Londres 1874-81.
+
+
+9. RELIGION
+
+ H. BRUGSCH. _Religion und Mythologie der alten
+ Aegypter._ Leipzig 1888.
+
+ E. A. WALLIS BUDGE. _The Gods of the Egyptians_
+ (2 vol.). Londres 1904.
+
+ -- _Osiris and the Egyptian Resurrection_ (2 vol.). Londres 1911.
+
+ *AD. ERMAN. _Die aegyptische Religion._ Berlin 1905.
+
+ G. MASPERO. _Etudes de Mythologie et d'Archéologie
+ égyptiennes._ (Vol. I-VI. Bibliothèque
+ Egyptologique, t. I, II, VIII, IX, XXVII, XXVIII.) Paris 1893-1912.
+
+ *ED. NAVILLE. _La Religion des Anciens Egyptiens_
+ (Annales du Musée Guimet. Bibl. de Vulgarisation
+ t. XXIII.) Paris 1906.
+
+ *W. M. FL. PETRIE. _Religion and Conscience in
+ Egypt._ Londres 1898.
+
+ *_Personal Religion in Egypt before Christianity._ Londres 1909.
+
+ P. PIERRET. _Essai sur la Mythologie égyptienne._ Paris 1879.
+
+ *G. STEINDORF. _The Religion of the ancient
+ Egyptians._ New-York 1905.
+
+ V. VON STRAUSS UND TORNEY. _Der altaegyptische
+ Götterglaube._ 2 vol. Heidelberg 1889.
+
+ *A. WIEDEMANN. _Die Religion der alten Aegypter._ Münster 1890.
+
+
+RITES
+
+ *E. A. W. BUDGE. _The Liturgy of funerary
+ offerings_ (Books on Egypt and Chaldaea. Vol. XXV). Londres 1909.
+
+ *-- _The Book of Opening the Mouth._ 2 vol.
+ (_ibid._ Vol. XXVI et XXVII). Londres 1909.
+
+ H. KEES. _Der Opfertanz des aegyptischen Königs._ Leipzig 1912.
+
+ E. LEFÉBURE. _Rites égyptiens._ (Publ. de l'Ecole
+ des Lettres d'Alger. IV.) Paris 1890.
+
+ *A. MORET. _Du caractère religieux de la royauté
+ pharaonique_. (Annales du Musée Guimet. Bibl.
+ d'Etudes, t. XV.). Paris 1902.
+
+ *-- _Le Rituel du Culte divin journalier en Egypte_
+ (_ibid._ t. XIV). Paris 1902.
+
+ E. SCHIAPARELLI. _Il Libro dei Funerali degli
+ antichi Egiziani_, 3 vol. et atlas de planches. Turin 1882.
+
+ G. MASPERO. _Le rituel du sacrifice funéraire._
+ Bibliothèque égyptologique I. p. 283-324. Paris 1893.
+
+
+TEXTES ANCIENS
+
+
+ 1. _Livre des pyramides._
+
+ G. MASPERO. _Les Inscriptions des Pyramides de
+ Saqqarah._ (Extrait du Recueil de Travaux.) Paris 1894.
+
+ K. SETHE. _Die altaegyptischen Pyramidentexte._ (En
+ cours de publication. 4 vol. parus.) Leipzig 1908. sq.
+
+
+ 2. _Textes funéraires du Moyen Empire._
+
+ P. LACAU. _Textes religieux._ (Parait dans le
+ Recueil de travaux. Vol. XXVI et suiv.) Paris 1904 sq.
+
+ R. LEPSIUS. _Aelteste Texte des Todtenbuchs._ Berlin 1867.
+
+
+ 3. _Livre des morts._
+
+ *E. A. WALLIS BUDGE. _The Book of the Dead._ 3 vol.
+ (Texte, traduction et index.) Londres 1898.
+
+ *P. LE PAGE RENOUF. _The Book of the Dead._
+ Translation and commentary (Life-Work, vol. IV.) Paris 1907.
+
+ R. LEPSIUS. _Das Todtenbuch der Aegypter._ Leipzig 1842.
+
+ ED. SAVILLE. _Das aegyptische Totenbuch der_
+ XVIII-XX. _Dyn_. 3 vol. Berlin 1886.
+
+ G. MASPERO. _Le livre des morts._ Bibliothèque
+ égyptol. I. p. 325-387. Paris 1893.
+
+ *P. PIERRET. _Le Livre des morts._ (2e édit.) trad. Paris 1907.
+
+ W. PLEYTE. _Chapitres supplémentaires du Livre des
+ morts._ 3 vol. Leide 1881.
+
+ *E. DE ROUGÉ. _Etudes sur le Rituel funéraire des
+ anciens Egyptiens._ Bibl. égyptol. XXIII. Paris 1910.
+
+
+ 4. _Livre de l'Am.-Douat._
+
+ G. JÉQUIER. _Le livre de ce qu'il y a dans l'Hadès._ Paris 1894.
+
+ R. V. LANZONE. _Le domicile des Esprits._ Paris 1879.
+
+ E. LEFÉBURE. _Le Tombeau de Seti Ier_ (Mém. de la
+ Mission franç. au Caire, t. II.) Paris 1886.
+
+ G. MASPERO. _Les Hypogées royaux de Thèbes._
+ (Bibliothèque égyptol. II, p. 1-181.) Paris 1893.
+
+
+ 5. _Ouvrages divers._
+
+ E. VON BERGMANN. _Das Buch vom Durchwandeln der
+ Ewigkeit._ Vienne 1877.
+
+ E. CHASSINAT. _Le livre de protéger la barque divine._
+ (Recueil de travaux XVI. p. 105-122.) Paris 1894.
+
+ -- _Etude sur quelques textes de provenance thébaine._
+ (Bulletin de l'Inst. fr. d'arch. or. du Caire,
+ III. 129-163.) Le Caire 1903.
+
+ J. DE HORRACK. _Les lamentations d'Isis et de
+ Nephthys._ Paris 1866.
+
+ -- _Le livre des respirations._ Paris 1877.
+
+ H. JUNKER. _Die Stundenwachen in den
+ Osiris-Mysterien._ Vienne 1910.
+
+ -- _Die Onurislegende._ Vienne 1917.
+
+ J. LIEBLEIN. _Le livre égyptien «Que mon nom
+ fleurisse»._ Leipzig 1895.
+
+ E. GRÉBAUT. _Hymne à Ammon-Râ._ Paris 1874.
+
+ H. KEES. _Der Opfertanz des aegyptischen Königs._ Leipzig 1912.
+
+ V. LORET. _Les fêtes d'Osiris au mois de Khoïak._
+ (Recueil de travaux III-V.) Paris 1882-84.
+
+ G. MASPERO. _Hymne au Nil._ Le Caire 1912.
+
+ E. NAVILLE. _Textes relatifs au Mythe d'Horus._ Leipzig 1870.
+
+ -- _La Litanie du Soleil._ Leipzig 1875.
+
+ -- _La destruction des hommes par les dieux._
+ (Transaction of the Soc. of Bibl. Arch.
+ IV et VIII.) Londres 1875-85.
+
+
+ 6. _Textes magiques._
+
+ F. CHABAS. _Le papyrus magique Harris._ Chalon 1860.
+
+ AD. ERMAN. _Zaubersprüche für Mutter und Kind._ Berlin 1901.
+
+ G. DARESSY. _Textes et dessins magiques._
+ (Catal. gén. du Musée du Caire.) Le Caire 1903.
+
+ W. GOLENISCHEFF. _Die Metternichstele._ Leipzig 1877.
+
+
+10. PUBLICATIONS DE TEXTES
+
+MONUMENTS
+
+ H. BRUGSCH. _Recueil de monuments égyptiens._ 6 vol. Leipzig 1861-83.
+
+ -- _Thésaurus inscriptionum aegyptiacarum._ 6 vol. Leipzig 1883-91.
+
+ J. F. CHAMPOLLION. _Monuments de l'Egypte et de la
+ Nubie._ 4 vol. de planches et 2 vol.
+ de texte. Paris 1835 sq.
+
+ J. DUMICHEN. _Historische Inschriften altägyptischer
+ Denkmäler._ 2 vol. Leipzig 1867.
+
+ -- _Altägyptische Kalenderinschriften._ Leipzig 1866.
+
+ -- _Altägyptische Tempelinschriften._ 2 vol. Leipzig 1867.
+
+ R. LEPSIUS. _Denkmaler aus Aegypten und Aethiopien._
+ Planches 12 vol. Texte 5 vol. Berlin 1840 sq.
+
+ J. ROSELLINI. _Monumenti dell'Egitto e della Nubia._
+ Planches 3 vol. Texte 9 vol. Pise 1832-44.
+
+ R. DE ROUGÉ. _Inscriptions hiéroglyphiques copiées
+ en Egypte._ 4 vol. Paris 1877-79.
+
+ _Description de l'Egypte._ 1re édit. Planches.
+ 14 vol. Texte. 9 vol. Paris 1809 sq.
+ 2e édit. Planches 11 vol. Texte 26 vol. Paris 1821 sq.
+
+ _Urkunden des aegyptischen Altertums._ En cours
+ de publication. Leipzig 1903 sq.
+
+ _Archaelogical Survey of Egypt._ 24 vol. parus. Londres 1890 sq.
+
+
+FOUILLES
+
+ _Egypt Exploration Fund._ 37 vol. parus. Londres 1883 sq.
+
+ _Egypt Research Account. British school of
+ Archaeology._ 18 vol. parus. Londres 1898 sq.
+
+ _Deutsche Orient Gesellschaft._ Leipzig 1908 sq.
+
+ _Services des Antiquités de l'Egypte._
+ (Comptes rendus de fouilles). Le Caire 1894 sq.
+
+ W. M. FLINDERS PETRIE. Publications diverses. Londres 1896 sq.
+
+
+MUSÉES
+
+ _Catalogue général des antiquités égyptiennes
+ du Musée du Caire._ 59 vol. parus depuis 1901.
+
+ _Beschreibung der aegyptischen Sammlung .... in
+ Leiden._ 11 vol. parus depuis 1907.
+
+ _Aegyptische Inschriften aus den Kg. Museen zu
+ Berlin._ 2 vol. parus depuis 1901.
+
+ C. LEEMANS. _Monuments égyptiens du Musée
+ d'Antiquités des Pays-Bas_ à Leide. Leide 1832 sq.
+
+ P. PIERRET. _Recueil d'inscriptions inédites du
+ Musée égyptien du Louvre._ 2 vol. Paris 1874-78.
+
+ E. SCHIAPARELLI. _Museo archeologico di
+ Firenze.--Antichita Egizie._ Rome 1887.
+
+
+PAPYRUS
+
+ _Select papyri in the hieratic character from the
+ British Museum._ Londres 1841-60.
+
+ _Hieratische Papyrus aus den kg. Museum zu Berlin._
+ 5 vol. parus. Leipzig 1901 sq.
+
+ S. BIRCH. _Inscriptions in the hieratic and demotic
+ character_ (British Museum). Londres 1868.
+
+ -- _Facsimile of an egyptian hieratic papyrus of the
+ reign of Ramses_ III. Londres 1876.
+
+ TH. DEVÉRIA. _Le papyrus judiciaire de Turin et les
+ papyrus Lee et Rollin_ (Bibliothèque
+ égyptologique V). Paris 1897.
+
+ G. EBERS. _Papyros Ebers._ 2 vol. Leipzig 1875.
+
+ A. EISENLOHR. _Ein mathematisches Handbuch der alten
+ Aegypter._ 2 vol. Leipzig 1877.
+
+ AD. ERMAN. _Die Märchen des Papyrus Westcar_ (2 vol.). Berlin 1890.
+
+ -- _Gespräch eines Lebensmüden mit seiner Seele._ Berlin 1896.
+
+ A. GARDINER. _Egyptian hieratic texts._
+ (En cours de publication.) Leipzig 1911 sq.
+
+ -- _Admonitions of an aegyptian Sage._ Leipzig 1909.
+
+ F. LL. GRIFFITH. _Hieratic papyri from Kahun
+ and Gurob._ Londres 1898.
+
+ G. JÉQUIER. _Le Papyrus Prisse et ses variantes._ Paris 1910.
+
+ A. MARIETTE. _Les papyrus égyptiens du Musée
+ de Boulaq._ Paris 1872-77.
+
+ W. PLEYTE et F. ROSSI. _Les papyrus de Turin._ 2 vol. Leide 1869-76.
+
+ G. REISNER. _The Hearst medical papyrus._ Leipzig 1905.
+
+ W. WRESZINSKI. _Der grosse medizinische Papyrus des
+ Berliner Museums._ Leipzig 1909.
+
+
+11. MÉMOIRES EN SÉRIES
+
+ Mémoires publiés par les membres de la Mission
+ archéologique française au Caire. (16 vol.). Paris 1884-1897.
+
+ Mémoires publiés par les membres de l'Institut
+ français d'archéologie orientale du Caire
+ (45 vol. parus). Le Caire 1902 sq.
+
+ Bibliothèque égyptologique, contenant les oeuvres
+ des égyptologues français (25 volumes parus). Paris 1893 sq.
+
+ Untersuchungen zur Geschichte und Altertumskunde
+ Aegyptens. (6 vol. parus.). Leipzig 1896 sq.
+
+ Recueil d'Etudes égyptologiques dédiées à la mémoire
+ de J.-F. Champollion. Paris 1922.
+
+
+12. PÉRIODIQUES
+
+ Ancient Egypt. Londres dès 1914.
+
+ Annales du Service des Antiquités de l'Egypte. Le Caire dès 1900.
+
+ Bulletin de l'Institut français d'archéologie
+ orientale. Le Caire dès 1901.
+
+ Journal of Aegyptian archeology. Londres dès 1914.
+
+ Mélanges d'archéologie égyptienne et assyrienne.
+ (Vol. I-III.) Paris 1872-77.
+
+ Recueil de travaux relatifs à la philologie et à
+ l'archéologie égyptiennes et assyriennes. Paris dès 1870.
+
+ Revue égyptologique. Paris dès 1880.
+
+ Society of Biblical Archaeology. Transactions I-IX.
+ Londres 1872-93. Proceedings I-XL. Londres 1879-1918.
+
+ Sphinx. Revue critique. (Vol. I-XXI.) Upsala 1897-1918.
+
+ Zeitschrift für aegyptische Sprache und
+ Altertumskunde. Leipzig dès 1863.
+
+
+B. OUVRAGES SPÉCIAUX
+
+1. ÉPOQUES PRÉDYNASTIQUE ET THINITE
+
+ E. AMÉLINEAU. _Les nouvelles fouilles d'Abydos._ 4 vol.
+ Paris 1899 sq.
+
+ -- _Le tombeau d'Osiris._ Paris 1899.
+
+ E. AYRTON. _Predynastic cemetery at El Mahasna._ Londres 1911.
+
+ J. CAPART. _Les débuts de l'art en Egypte._ Bruxelles 1909.
+
+ J. GARSTANG. _Mahasna and Bet-Khallaf._ Londres 1902.
+
+ J. DE MORGAN. _Recherches sur les Origines de
+ l'Egypte._ 2 vol. Paris 1896-97.
+
+ W. M. FL. PETRIE, J. E. QUIBELL. _Nagada and Ballas._ Londres 1896.
+
+ FL. PETRIE. _The Royal Tombs of the earliest dyn._
+ 2 vol. Londres 1900-01.
+
+ -- _Diospolis parva._ Londres 1901.
+
+ -- _Abydos._ 2 vol. Londres 1902-03.
+
+ J. E. QUIBELL. _Hieraconpolis._ 2 vol. Londres 1900 sq.
+
+ -- _Archaïc objects_ (catal. gén. du Caire). Le Caire 1905.
+
+ D. RANDALL-MACIVER. _El-Amrah and Abydos._ Londres 1902.
+
+ G. REISNER. _The early dynastie cemeteries of
+ Naga-ed-Dêr._ Leipzig 1908.
+
+ K. SETHE. _Beitrage zur ältesten Geschichte Aegyptens._ Leipzig 1905.
+
+ R. WEIL. _Des monuments et de l'histoire des_ IIe
+ et IIIe _dynasties égyptiennes._ Paris 1908.
+
+
+2. ANCIEN EMPIRE
+
+ F. W. VON BISSING. _Die Mastaba des Gem-ni-kai._ 2 vol.
+ Berlin 1905 sq.
+
+ -- _Das Rè-Heiligtum des Königs Ne-Woser-Rè._ 2 vol. Berlin 1905 sq.
+
+ L. BORCHARDT. _Das Grabdenkmal des Königs Ne-User-Re._ Berlin 1907.
+
+ -- _Das Grabdenkmal des Königs Nefer-ir-ke-Re._ Berlin 1909.
+
+ -- _Das Grabdenkmal des Königs Sa-hu-Re._ 2 vol. Berlin 1910-13.
+
+ J. CAPART. _Une rue de tombeaux à Saqqarah._ 2 vol. Bruxelles 1907.
+
+ N. DE G. DAVIES. _Ptahhetep and Akhethetep._ 2 vol. Londres 1900.
+
+ -- _The Rock-tombs of Sheikh-Said._ Londres 1901.
+
+ -- _The Rock-tombs of Deir-el-Gebrawi._ 2 vol. Londres 1902.
+
+ A. MARIETTE. _Les Mastabas de l'Ancien Empire._ Paris 1889.
+
+ M. A. MURRAY. _Saqqara Mastaba_ I. Londres 1904.
+
+ W. M. FL. PETRIE. _Medum._ Londres 1893.
+
+ -- _Deshasheh._ Londres 1898.
+
+ E. DE ROUGÉ. _Recherches sur les monuments qu'on peut
+ attribuer aux six premières dynasties de Manéthon._ Paris 1866.
+
+
+3. MOYEN EMPIRE
+
+ E. CHASSINAT et CH. PALANQUE. _Une campagne de
+ fouilles dans la nécropole d'Assiout._ Le Caire 1911.
+
+ N. DE G. DAVIES, A. GARDINER. _The tomb of Antefoker._ Londres 1920.
+
+ J. GARSTANG. _The Burial Customs of Ancient Egypt._ Londres 1907.
+
+ J. E. GAUTIER, G. JEQUIER. _Mémoire sur les fouilles
+ de Licht._ Caire 1902.
+
+ F. LL. GRIFFITH. _The Inscriptions of Siut and
+ Der-Rifeh._ Londres 1889.
+
+ P. LACAU. _Sarcophages antérieurs au Nouvel Empire
+ thébain_ (2 vol.). Le Caire 1904.
+
+ H. O. LANGE et H. SCHAEFER. _Grab und Denksteine
+ des Mittleren Reichs._ 4 vol. Berlin dès 1902.
+
+ A. C. MACE, H. E. WINLOCK. _The Tomb of Senebtisi
+ at Lisht._ New-York 1916.
+
+ J. DE MORGAN. _Fouilles à Dahchour._ 2 vol. Vienne 1895-1903.
+
+ ED. NAVILLE. _The_ XIth _dynasty Temple at
+ Deir-el-Bahari._ 3 vol. Londres 1907 sq.
+
+ P. E. NEWBERRY. _Beni Hasan._ 4 vol. Londres 1892 sq.
+
+ -- _El Bersheh._ 2 vol. Londres 1894 sq.
+
+ H. SCHÆFER. _Priestergräber .... vom Totentempel des
+ Ne-User-Rè._ Leipzig 1908.
+
+ G. STEINDORFF. _Grabfunde des Mittleren Reichs._
+ 2 vol. Berlin 1896 sq.
+
+
+4. NOUVEL EMPIRE
+
+ N. DE G. DAVIES. _The Rock-tombs of El-Amarna_
+ (6 vol.). Londres 1903 sq.
+
+ -- GARDINER. _The tomb of Amenemhèt._ Londres 1915.
+
+ -- _The Tomb of Nakht at Thèbes._ New-York 1917.
+
+ P. LACAU. _Stèles du Nouvel Empire._ Le Caire 1909.
+
+ A. MARIETTE. _Abydos_ I. Paris 1880.
+
+ -- _Karnak._ Leipzig 1875.
+
+ ED. NAVILLE. _The Temple of Deir-el-Bahari._ 7 vol. Londres 1900.
+
+ P. E. NEWBERRY. _The life of Rekmara._ Londres 1900.
+
+ Mis OF NORTHAMPTON, W. SPIEGELBERG, P. NEWBERRY.
+ _Excavations in the Theban necropolis._ Londres 1908.
+
+ K. SETHE. _Urkunden der_ XVIIIe _dynastie._ 4 vol. Leipzig 1906 sq.
+
+ Mém. de la Mission archéologique française au Caire,
+ t. V. Paris 1894.
+
+[Illustration: _Fig. 260._ Vanneurs (tombeau de Nakht. Thèbes XVIIIe
+dynastie).]
+
+
+
+
+[Illustration: _Fig. 261._ Haches d'Ahmès I. d'après MARIETTE. _Album du
+Musée de Boulaq_, pl. XXXI.]
+
+
+
+
+TABLE DES GRAVURES
+
+
+ Pages
+
+ Le «_Sheikh-el-beled_» statue en bois de l'Ancien Empire
+ (frontispice).
+ 1. Quelques lignes de la Pierre de Rosette 11
+ 2. La table royale d'Abydos 22
+ 3. Fragments du papyrus royal de Turin 23
+ 4. Partie supérieure de la Pierre de Palerme 24
+ 5. Panneau de la Salle des Ancêtres de Karnak 34
+ 6. Rà dans la barque solaire 35
+ 7. Ptah 37
+ 8. Sekhet 38
+ 9. Nouït portant la barque solaire: Shou et Qeb; Thot 39
+ 10. Osiris et Isis 40
+ 11. Anubis embaumeur 43
+ 12. Set et Horus réunissant les deux parties du pays sous
+ l'autorité du roi 45
+ 13. Les Enfants d'Horus 52
+ 14. Poignard en silex 53
+ 15-18. Instruments paléolithiques 61
+ 19-21. Haches et herminette en silex 64
+ 22-25. Couteaux et grattoirs en silex 65
+ 26-29. Pointes de flèches en silex 66
+ 30. Tombeau prédynastique 69
+ 31. Tombeau prédynastique 70
+ 32. Tombeau prédynastique 71
+ 33. Couteau en silex 74
+ 34-36. Plaques de schiste 75
+ 37-41. Vases rouges à bord noir 77
+ 42-46. Poterie rouge 77
+ 47-49. Vases rouges à décor blanc 78
+ 50-51. Vases à cordon 79
+ 52-54. Vases peints 79
+ 55. Vase peint 80
+ 56-57. Poterie grossière 81
+ 58. Sanctuaire primitif 84
+ 59. Figurines d'ivoire d'époque archaïque 85
+ 60. Bracelet en silex 86
+ 61. Peigne en os 86
+ 62-63. Massues 87
+ 64. Harpon en os 88
+ 65. Modèle de nacelle en terre cuite 90
+ 66. Barque préhistorique. Graffito 91
+ 67. Hippopotame en terre cuite 94
+ 68. Vue perspective du tombeau de Negadah 95
+ 69. Tête de Kha-Sekhemouï 101
+ 70. Plan d'un tombeau royal à Abydos 103
+ 71. Stèle royale d'Abydos 104
+ 72. Tombe d'époque thinite 106
+ 73. Jarre en terre 107
+ 74-75. Vases cylindriques en terre 108
+ 76-79. Coupes en pierre dure 108
+ 80-81. Vases de pierre 109
+ 82-83. Bracelets de la Ire dynastie 110
+ 84. Poignard en silex à poignée d'or 110
+ 85-86. Pointes de flèches 111
+ 87. Plaque de schiste 112
+ 88. Statue archaïque, Turin 112
+ 89. Tablette en ébène 114
+ 90. Empreinte de cylindre 114
+ 91. Protocole du roi Amenemhat III 115
+ 92. Noms de rois de la Ire dynastie 116
+ 93. Nom du roi Perabsen 116
+ 94. Nom du roi Kha-Sekhemouï 116
+ 95. Nom du roi Den-Setouï 116
+ 96. Chien en ivoire 122
+ 97. La pyramide à degrés de Saqqarah 123
+ 98. Bas-relief de Snefrou au Sinaï 126
+ 99. Khéops 126
+ 100. Dadefra 127
+ 101. Khefren 127
+ 102. La grande pyramide et le sphinx de Gizeh 128
+ 103. Mycérinus 129
+ 104. Neouserra 130
+ 105. Pepi I 132
+ 106. Merenra 132
+ 107. Colonne palmiforme 136
+ 108. Colonne papyriforme 136
+ 109. Colonne lotiforme 136
+ 110. Le temple du Soleil à Abousir 137
+ 111. Plan d'un mastaba de la IVme dynastie 140
+ 112. Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah 141
+ 113. Fausse-porte de la Vme dynastie 142
+ 114-115. Tables d'offrandes de l'Ancien Empire 143
+ 116. Mastabas près de la grande pyramide 144
+ 117. Sarcophage de Khoufou-Ankh 145
+ 118. Plan du tombeau de Ti 146
+ 119. Pyramide de Moïdoum 148
+ 120. Coupe de la pyramide de Khéops 149
+ 121. Chapelle funéraire de Sahoura 151
+ 122. Statue de Ra-Nofer 153
+ 123. Scribe agenouillé 154
+ 124. Groupe de l'Ancien Empire 155
+ 125. Tête du Sheikh-el-Beled 156
+ 126. Tête du scribe accroupi (Musée du Caire) 156
+ 127. Statue de Khefren 157
+ 128. Bas relief du Mastaba de Ptahhotep à Saqqarah 159
+ 129. Peinture d'un tombeau de Meïdoum 162
+ 130. Panneau de Hosi 164
+ 131. Costumes de l'Ancien Empire 171
+ 132. Ptahhotep à sa toilette 172
+ 133. Chasse et pêche au marais 174
+ 134. Chasse au lasso 174
+ 135. Chasse au filet 175
+ 136. Scènes de pêche 176
+ 137. Basse-cour 177
+ 138. Engraissage des boeufs 178
+ 139. Antilopes. Engraissage des hyènes 178
+ 140. Labourage et semailles 179
+ 141. Scène de moisson 180
+ 142. Dépiquage du grain 180
+ 143. Foulage et pressurage du raisin 181
+ 144. Récolte du lin 181
+ 145. Tressage de nattes 182
+ 146. Menuisiers 183
+ 147. Orfèvres et Joailliers 184
+ 148. Litière 184
+ 149. Fabrication de nacelles 185
+ 150. Barque (IVme dynastie) 185
+ 151. Scène de marché 186
+ 152. Forage de vases de pierre 187
+ 153. Sphinx du Moyen Empire 189
+ 154. Mentouhotep IV (?) 190
+ 155. Senousrit I 191
+ 156. Senousrit III 192
+ 157. Amenemhat III 193
+ 158. Neferhotep 195
+ 159. Tête d'un roi hyksos 196
+ 160. Poignard d'Apepi 197
+ 161. Tête de la momie de Seqnenra 198
+ 162. Reconstitution du monument de Mentouhotep II 201
+ 163. Pyramide de Senousrit III à Dahchour 202
+ 164. Façade de tombeau à Beni Hassan 204
+ 165. Tombeau de Beni Hassan 205
+ 166. Masque de momie 205
+ 167. Momie du Moyen Empire 206
+ 168. Sarcophage du Moyen Empire 206
+ 169. Intérieur d'un sarcophage 207
+ 170. Sarcophage anthropoïde 208
+ 171. Canope du Moyen Empire 209
+ 172. Statuette de serviteur 209
+ 173. Modèle de barque 210
+ 174. Statuette de bois 211
+ 175. _Oushabti_ du Moyen Empire 211
+ 176. Modèle de maison en terre cuite 212
+ 177. Attaque d'une forteresse 212
+ 178. Statues de Senousrit I. Licht 213
+ 179. Statue du roi Hor 214
+ 180. Bas-relief de Koptos 215
+ 181. Vase en cornaline 216
+ 182. Vase en lapis-lazuli 216
+ 183. Pectoral de Senousrit II 216
+ 184. Couronne en or 217
+ 185. Groupes de soldats d'un prince de Siout 218
+ 186. Nomades sémites 221
+ 187. Parc de chasse 223
+ 188. Barque à voile carrée 225
+ 189. Menuisiers 226
+ 190. Femmes filant et tissant 227
+ 191. Une page du papyrus Prisse 227
+ 192. Bijou de la XIIme dynastie 228
+ 193. Panneau du char triomphal de Thoutmès IV 229
+ 194. Aménophis I, Turin 231
+ 195. Tête de la momie de Thoutmès I 232
+ 196. Thoutmès III 233
+ 197. Tête de la momie de Thoutmès IV 234
+ 198. Sphinx d'Aménophis III 235
+ 199. Buste de Khounaten 236
+ 200. Adoration d'Aten. Tell el Amarna 238
+ 201. Peinture de Tell el Amarna 239
+ 202. Tablette de Tell el Amarna 240
+ 203. Toutankhamon 240
+ 204. Horemheb 241
+ 205. Tête de la momie de Séti I 242
+ 206. Campagnes de Séti I (Temple de Karnak) 243
+ 207. Tête de la momie de Ramsès II 244
+ 208. Tête de la momie de Menephtah 245
+ 209. Tête de la momie de Ramsès III 246
+ 210. Bataille contre les Philistins 247
+ 211. Bataille navale sous Ramsès III 248
+ 212. Osorkon I 251
+ 213. Rois et princes faisant leur soumission à Piânkhi 252
+ 214. Psammétique I 254
+ 215. Apriès 255
+ 216. Amasis 256
+ 217. Nectanébo I 258
+ 218. Fragment d'un dallage peint 260
+ 219. Maison et jardin 261
+ 220. Pavillon de Ramsès III à Medinet-Habou 262
+ 221. Plan du temple de Khonsou à Karnak 263
+ 222. Pylone du temple de Louxor 264
+ 223. Temple de Khonsou à Karnak 264
+ 224. Cour du temple de Louxor (Aménophis III) 265
+ 225. Cour du temple de Medinet-Habou (Ramsès III) 265
+ 226. Salle hypostyle de Karnak (Séti I) 266
+ 227. Salle hypostyle du Ramesseum (Ramsès II) 266
+ 228. Bas-relief du temple de Karnak (Séti I) 267
+ 229. Bas-relief du temple de Séti I à Abydos 267
+ 230. Barque sacrée d'Amon à Abydos 269
+ 231. Plan du tombeau de Ramsès IV 270
+ 232. Tombeau d'un particulier 271
+ 233. Momie de Siphtah 272
+ 234. Sarcophage, cercueils, caisse à canopes 273
+ 235. Statue de Ramsès II, à Turin 276
+ 236. Ramsès II présentant une offrande 277
+ 237. Statuette en bois du musée de Turin 277
+ 238. _Oushabtis_ du Nouvel Empire 278
+ 239. Groupe d'époque saïte 279
+ 240. La reine Karomama. Bronze incrusté 280
+ 241. Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha 280
+ 242. Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna 281
+ 243. Cueillette des raisins 282
+ 244. Bijou de la XIXme dynastie 283
+ 245. Vases d'albâtre. (XVIIIme dynastie) 284
+ 246. Fauteuil en bois doré 285
+ 247. Cuillère à parfums 286
+ 248. Syriens apportant des vases 288
+ 249. Soldats égyptiens 290
+ 250. Vaisseaux de l'expédition de Hatshepsou au pays de Pount 291
+ 251. Scènes de labour et de semailles 292
+ 252. Atelier de chaudronnerie 294
+ 253. Atelier de cordonniers 295
+ 254. Ostracon hiératique 296
+ 255. Fragment d'un contrat démotique 297
+ 256. Aménophis fils de Paapis 298
+ 257. Repas et danseuses 299
+ 258. Tête de femme (XVIIIme dynastie) 312
+ 259. Moissonneurs portant la récolte 313
+ 260. Vanneurs 322
+ 261. Haches d'Ahmès I 323
+ 262. Coffret à oushabtis. Turin 328
+ 263. Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIme dyn. 329
+ 264. Buste de princesse (XIXme dynastie) 332
+
+
+La vignette de la couverture représente un sphinx de Thoutmès III, au
+Musée du Caire, d'après une photographie de E. Brugsch-Pacha.
+
+[Illustration: _Fig. 262._ Coffret à oushabtis. Turin (d'ap. PETRIE.
+_Photographs_, No 183).]
+
+
+
+
+[Illustration: _Fig. 263._ Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIe
+dynastie (d'après JÉQUIER. _Décor égypt_., pl. XXXIII).]
+
+
+
+
+TABLE DES MATIÈRES
+
+
+ Pages
+
+ Préface 9
+
+ Chap. I. LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'ÉGYPTE 11
+
+ _Sources classiques_ 13
+ _La Description de l'Egypte_ 16
+ _Déchiffrement des hiéroglyphes_ 17
+ _Progrès de l'égyptologie_ 19
+ _Listes royales_ 21
+ _Documents historiques divers_ 25
+ _Chronologie_ 27
+ _La civilisation égyptienne_ 29
+
+ Chap. II. L'ÉGYPTE LÉGENDAIRE 35
+
+ A. LES DYNASTIES DIVINES 36
+
+ _Les dieux cosmiques_ 36
+ _Osiris et son cycle_ 40
+
+ B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MÂNES 47
+
+ C. LA CHRONOLOGIE LÉGENDAIRE 49
+
+ Chap. III. L'ÉGYPTE ARCHAIQUE 53
+
+ I. Paléolithique 60
+
+ II. Prédynastique 63
+
+ A. MONUMENTS 63
+
+ _Silex_ 64
+ _Villages_ 67
+ _Tombeaux_ 68
+ _Mobilier funéraire_ 73
+ _Céramique_ 76
+
+ B. CIVILISATION 81
+
+ _Le pays_ 82
+ _La race_ 83
+ _Habitations_ 84
+ _Costume et parure_ 85
+ _Chasse et pêche_ 86
+ _Elevage. Agriculture_ 89
+ _Navigation_ 90
+ _Commerce extérieur_ 91
+ _Arts et métiers_ 91
+ _Organisation sociale et politique_ 93
+
+ Chap. IV. ÉPOQUE THINITE (De 4000 à 3400 av. J.-C. env.) 95
+
+ A. HISTOIRE ET TRADITION 98
+
+ B. MONUMENTS 102
+
+ _Tombeaux_ 102
+ _Mobilier funéraire_ 106
+ _Inscriptions_ 113
+
+ C. CIVILISATION 118
+
+ _Royauté_ 118
+ _Tribus_ 118
+ _Fonctionnaires_ 119
+ _Peuple_ 119
+ _Commerce extérieur_ 121
+
+ Chap. V. ANCIEN EMPIRE (De 3400 à 2200 av. J.-C. env.) 123
+
+ A. HISTOIRE 123
+
+ _IIIme dynastie_ 124
+ _IVme dynastie_ 125
+ _Vme dynastie_ 129
+ _VIme dynastie_ 131
+ _La fin de l'empire memphite_ 133
+
+ B. MONUMENTS 135
+
+ _Architecture_ 135
+ _Temples_ 136
+ _Mastabas_ 139
+ _Pyramides_ 148
+ _Sculpture_ 153
+ _Peinture_ 161
+ _Objets usuels_ 162
+ _Inscriptions_ 163
+
+ C. CIVILISATION 165
+
+ _Royauté et gouvernement_ 165
+ _Relations extérieures_ 168
+ _Famille_ 169
+ _Vêtement_ 170
+ _Mobilier. Habitation_ 173
+ _Chasse et pêche_ 173
+ _Elevage_ 177
+ _Agriculture_ 179
+ _Métiers_ 182
+ _Navigation_ 184
+
+ Chap. VI. MOYEN EMPIRE (De 2200 à 1500 av. J.-C. env.) 189
+
+ A. HISTOIRE 189
+
+ _XIme dynastie_ 189
+ _XIIme dynastie_ 191
+ _XIIIme et XIVme dynasties_ 194
+ _Les Hyksos_ 195
+ _XVIIme dynastie_ 197
+ _Chronologie_ 198
+
+ B. MONUMENTS 200
+
+ _Architecture_ 200
+ _Sculpture_ 212
+ _Peinture_ 215
+ _Arts industriels_ 216
+
+ C. CIVILISATION 217
+
+ _Royauté_ 217
+ _Gouvernement_ 219
+ _Relations extérieures_ 220
+ _Vie privée_ 222
+ _Chasse et pêche_ 224
+ _Agriculture et élevage_ 224
+ _Navigation_ 225
+ _Industrie_ 226
+ _Littérature_ 227
+
+ Chap. VII. NOUVEL EMPIRE (De 1500 à 332 av. J.-C.) 229
+
+ A. HISTOIRE 229
+
+ _XVIIIme dynastie_ 230
+ _Les rois hérétiques_ 236
+ _XIXme dynastie_ 242
+ _XXme dynastie_ 246
+ _XXIme dynastie_ 250
+ _XXIIme dynastie_ 250
+ _XXIIIme dynastie_ 251
+ _XXIVme dynastie_ 252
+ _XXVme dynastie_ 253
+ _XXVIme dynastie_ 254
+ _Epoque perse_ (dynasties XXVII à XXX) 257
+ _L'Exode des Hébreux_ 259
+
+ B. MONUMENTS 259
+
+ _Architecture_ 260
+ _Temples_ 262
+ _Tombeaux_ 270
+ _Sculpture_ 275
+ _Peinture_ 280
+ _Arts industriels_ 283
+
+ C. CIVILISATION 285
+
+ _Royauté_ 285
+ _Gouvernement_ 287
+ _Relations extérieures. Commerce_ 287
+ _Vie civile. Vêtement_ 289
+ _Armée_ 289
+ _Marine_ 291
+ _Agriculture. Elevage_ 292
+ _Pêche et chasse_ 293
+ _Industrie_ 294
+ _Langue et littérature_ 294
+
+ INDEX 299
+
+ BIBLIOGRAPHIE 313
+
+ TABLE DES GRAVURES 323
+
+[Illustration: _Fig. 264._ Buste de princesse (XIXe dyn.) photographie
+de E. Brugsch-Pacha.]
+
+
+
+
+ ACHEVÉ D'IMPRIMER
+ LE DIX FÉVRIER MIL NEUF CENT VINGT-CINQ
+ PAR LA
+ SOCIÉTÉ D'IMPRIMERIE D'AMBILLY S. A.
+ A ANNEMASSE (HAUTE-SAVOIE)
+ POUR LA LIBRAIRIE PAYOT--PARIS
+
+
+ * * * * *
+
+
+Note de transcription détaillée:
+
+Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été corrigées.
+L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été harmonisée. En
+particulier:
+
+ - les années sont parfois écrites avec un séparateur de milliers,
+ parfois sans,
+ - beaucoup de noms propres ont une accentuation et capitalisation
+ variable, comme pour Amenophis / Aménophis,
+ Ne-User-Rè / Ne-user-Ré / Ne-user-Re ou encore ka / Ka.
+
+En revanche, la ponctuation dans les notes et la bibliographie a été
+harmonisée afin d'en améliorer la présentation.
+
+Les notes en marge, qui denotaient une nouvelle section ont été
+intégrées au texte, en tant que titre de section.
+
+
+
+
+
+End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la civilisation égyptienne, by
+Gustave Jéquier
+
+*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43924 ***
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@@ -1,10876 +0,0 @@
-The Project Gutenberg EBook of Histoire de la civilisation gyptienne, by
-Gustave Jquier
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
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-
-Title: Histoire de la civilisation gyptienne
- Des origines la conqute d'Alexandre
-
-Author: Gustave Jquier
-
-Release Date: October 10, 2013 [EBook #43924]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE--CIVILIZATION EGYPTIENNE ***
-
-
-
-
-Produced by Jlio Reis, Bibimbop, Leonor Silva and the
-Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
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-
-Note de transcription:
-
-Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges.
-L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise. Voir
-la note plus dtaille la fin de ce livre.
-
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- HISTOIRE
-
- DE LA
-
- CIVILISATION GYPTIENNE
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-DU MME AUTEUR
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-_Le livre de ce qu'il y a dans l'Hads._ (Bibliothque de l'Ecole
-des Hautes Etudes, t. XCVII.)--Paris, E. Bouillon, 1894.
-
-_Catalogue des Monuments et Inscriptions de l'Egypte antique_, t.
-I III (en collaboration avec J. de Morgan, U. Bouriant, G.
-Legrain et A. Barsanti).--Vienne, Holzhausen, 1894-1909.
-
-_Mmoire sur les Fouilles de Licht_ (en collaboration avec J.-Et.
-Gautier). Mmoires de l'Institut franais d'Archologie orientale
-du Caire, t. VI.--Le Caire, 1902.
-
-_Monuments pour servir l'tude du culte d'Atonou en Egypte_ (en
-collaboration avec U. Bouriant et G. Legrain). Mmoires de
-l'Institut franais d'Archologie orientale du Caire, t. VIII.--Le
-Caire, 1903.
-
-_Le Papyrus Prisse et ses variantes._--Paris, P. Geuthner, 1911.
-
-_Dcoration gyptienne._ Plafonds et frises vgtales du Nouvel
-Empire Thbain.--Paris, Eggimann, 1911.
-
-_Le tissage aux cartons et son utilisation dcorative dans
-l'Egypte ancienne_ (en collaboration avec A. van
-Gennep.)--Neuchtel, 1916.
-
-_Les frises d'objets des sarcophages du Moyen Empire._ Mmoires de
-l'Institut franais d'Archologie orientale du Caire, t.
-XLVII.--Le Caire, 1921.
-
-_Matriaux pour servir l'tablissement d'un dictionnaire
-d'archologie gyptienne._ Bulletin de l'Institut franais
-d'Archologie orientale du Caire, t. XIX.--Le Caire, 1922.
-
-_L'Architecture et la dcoration dans l'Ancienne Egypte_:
-
- I. _Les temples memphites et thbains_;
- II. _Les temples ramessides et sates_;
- III. _Les temples ptolmaques et romains._--Paris,
- Moranc, 1921 et 1923.
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- GUSTAVE JEQUIER
-
- PROFESSEUR D'GYPTOLOGIE A L'UNIVERSIT DE NEUCHATEL
- CORRESPONDANT DE L'ACADMIE DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES
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- HISTOIRE
-
- DE LA CIVILISATION
-
- GYPTIENNE
-
- DES ORIGINES A LA CONQUTE D'ALEXANDRE
-
- Ouvrage orn de 265 gravures
- Nouvelle dition revue
-
-[Illustration]
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- PAYOT, PARIS
-
- 106, BOULEVARD ST-GERMAIN
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- 1925
-
- _Tous droits rservs_
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-_Premier tirage Juin 1913_
-
-_Deuxime tirage Dcembre 1923_
-
-_Troisime tirage Janvier 1925_
-
-Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation rservs pour
-tous pays.
-
-Copyright 1913, by Payot & Cie.
-
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-[Illustration: Le Sheikh-el-Beled (d'aprs MARIETTE. _Album du Muse
-de Boulaq_, pl. 18).]
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-[Dcoration]
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-
-_PRFACE_
-
-
-_Une Egypte immuable, fige dans sa civilisation hiratique depuis
-l'aube la plus lointaine de l'histoire jusqu'au moment o elle tombe
-entre les mains des Grecs, une Egypte entirement spare du reste de
-l'humanit et n'ayant exerc aucune influence sur le dveloppement du
-monde ancien, telle est la double lgende qui, dans le public lettr
-d'aujourd'hui, est encore considre presque comme un axiome, comme une
-de ces vrits lmentaires devant lesquelles on s'incline sans
-discuter. Et pourtant cette lgende, si l'on en cherche l'origine,
-repose sur bien peu de chose, sur les impressions de quelques voyageurs
-qui parcoururent la valle du Nil une poque o l'tat de la science
-ne permettait pas encore une tude rationnelle et fructueuse des
-monuments._
-
-_Les Grecs, si fiers de leur supriorit sur les autres peuples, n'ont
-cependant jamais rang les Egyptiens parmi les barbares; bien plus, ils
-reconnaissent hautement, l'occasion, la part prdominante de l'Egypte
-dans la naissance et le dveloppement de leur propre civilisation et ne
-font aucune difficult pour avouer qu' la base mme de la culture
-grecque, on trouve des racines gyptiennes. Il et t du reste bien
-invraisemblable qu'un pays qui comme l'Egypte tait arriv un trs
-haut degr de civilisation alors que ses voisins en taient encore
-l'tat primitif, n'exert pas sur eux une influence considrable. En
-effet, plus nous apprenons connatre l'Egypte et les peuples
-mditerranens anciens, plus nous retrouvons de traces de cette
-influence; tous ont puis cette source la force ncessaire pour se
-dvelopper, et s'ils ont transform ce qu'ils ont emprunt, chacun
-suivant son gnie naturel, il n'en est pas moins vrai que c'est la
-civilisation gyptienne qui a le plus contribu faire prosprer toutes
-les autres, et que par suite nous avons envers elle une lourde dette de
-reconnaissance._
-
-_Depuis la dcouverte des hiroglyphes, tous les travaux entrepris au
-sujet des monuments anciens de l'Egypte montrent clairement que la
-civilisation de ce pays, comme partout ailleurs, eut ses alternatives de
-croissance, de grandeur et de dcadence, et plus les travaux se
-spcialisent, plus les diffrences entre les poques s'accusent.
-Jusqu'ici cependant, la tendance de certains ouvrages d'ensemble a t
-d'insister sur la ligne gnrale, de chercher prsenter un tout
-homogne plutt que de diffrencier les priodes, ce qui ne pouvait
-qu'accrditer toujours davantage dans le public la vieille lgende de
-l'Egypte immuable._
-
-_Le but de ce petit livre est de ragir contre ces ides errones,
-d'tudier successivement toutes les grandes tapes de la civilisation
-gyptienne, de montrer les progrs raliss peu peu malgr les
-secousses et les changements de rgime, en groupant les rsultats acquis
-autour d'un rapide aperu de l'histoire elle-mme, comme aussi
-d'indiquer la naissance des arts, des industries, des diffrentes
-branches de la civilisation gyptienne, leur expansion progressive dans
-les pays limitrophes, et la part qui leur revient dans le dveloppement
-de la culture gnrale._
-
- _G. J._
-
-[Dcoration]
-
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-
-[Illustration: _Fig. 1._ Quelques lignes de la Pierre de Rosette
-(d'aprs LEPSIUS. _Auswahl der wichtigsten Urkunden_, pl. XVII).]
-
-
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'GYPTE
-
-
-Isole comme est l'Egypte par la mer et les dserts, son dveloppement
-devait tre original. Ce pays favoris par la nature, avec son climat
-chaud et son sol d'une fertilit exceptionnelle, toujours renouvel par
-les inondations du Nil et livrant gnreusement l'homme tout ce qui
-peut lui tre ncessaire pour vivre, tait destin devenir un des
-berceaux de la civilisation; ici l'homme n'avait pas besoin, comme
-ailleurs, d'efforts rpts et incessants pour s'assurer une maigre
-subsistance et une existence prcaire: il n'avait qu' se laisser vivre
-et il lui suffisait d'un lger travail pour raliser un srieux progrs
-de bien-tre. Dfendue naturellement de trois cts, par la Mditerrane
-et les dserts arabique et lybique, l'Egypte n'avait que peu de chose
-craindre du ct de ses voisins plus ou moins turbulents et, l'origine
-tout au moins, elle n'eut pas, semble-t-il, subir de ces
-bouleversements qui arrtent parfois pour longtemps une civilisation
-naissante. Ce n'est pas la lutte pour la vie qui est la cause du
-dveloppement intellectuel et industriel des premiers Egyptiens, mais le
-besoin instinctif d'augmenter le bien-tre dont la nature avait dj
-largement pourvu les habitants de ce pays privilgi.
-
-Il ne faut pas songer tablir combien de sicles ou de milliers
-d'annes dura cette priode de travail latent, de dveloppement
-progressif, laquelle nous appliquons le terme peu prcis de
-prhistorique. Toujours est-il que vers 4.000 avant J.-C, une poque
-o la barbarie la plus absolue rgnait sur le reste du monde et o seule
-la Babylonie, autre berceau de la civilisation, et peut-tre aussi la
-Chine, pourraient montrer un tat analogue, nous trouvons en Egypte un
-royaume constitu rgulirement et solidement, une race possdant une
-langue qui prsente dj certains caractres de dcadence et une
-criture complique mais parfaite en son genre, un peuple sachant
-utiliser tous les matriaux pour la construction de monuments
-importants, et dj trs avanc dans la connaissance et l'exercice des
-arts, un peuple industriel en possession des mtaux et pour lequel
-l'agriculture et l'levage du btail n'ont plus de secrets. Une force
-pareille ne pouvait rester confine dans un petit pays comme l'Egypte et
-devait ncessairement rayonner au dehors, les dfenses naturelles, mer
-et dserts, ne pouvant entraver une expansion toute pacifique, et peu
-peu le commerce s'tablissait, vers le Soudan d'abord, sans doute, puis
-vers la Palestine et les pays situs plus au nord. Les fouilles rcentes
-pratiques en Crte montrent l'influence considrable qu'exera l'Egypte
-sur les civilisations naissantes de la Grce et de l'Archipel et cela
-ds l'Ancien Empire, donc pendant le quatrime millnaire avant J.-C.
-aussi bien que pendant la priode mycnienne; ainsi se confirment les
-lgendes o les Grecs reconnaissaient eux-mmes le rle qu'avait jou
-vis--vis de leurs anctres directs ce peuple paisible, industrieux,
-artiste et commerant.
-
-
-_Sources classiques_
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-Il y a cent ans, tout ce qu'on savait de l'Egypte antique, de son
-histoire et de sa religion aussi bien que de ses moeurs et coutumes, se
-rduisait aux donnes fournies par des crivains trangers au pays, en
-particulier par les auteurs classiques, ct desquels il n'y a gure
-signaler que les renseignements dissmins dans les livres de l'Ancien
-Testament. Parmi les Grecs qui crivirent sur l'Egypte, le premier rang,
-tant par la date que par la valeur de son oeuvre, appartient sans
-contredit Hrodote, qui nous trace un tableau des plus remarquables de
-l'tat du pays son poque, tableau plein de dtails piquants saisis
-sur le vif par un observateur sr et avis, mais mlangs de contes
-invraisemblables, de racontars de toute sorte, recueillis avec le plus
-grand srieux et une inlassable confiance dans les drogmans de son
-temps, qui taient sans doute aussi peu instruits et aussi peu
-scrupuleux que de nos jours. Quoi qu'il en soit, et bien qu'il soit
-souvent difficile d'y distinguer le vrai du faux, cet ouvrage, qui forme
-l'ensemble le plus complet que nous aient donn les auteurs anciens sur
-l'Egypte, tait et est encore considr juste titre comme la base de
-tout travail gnral sur les peuples de la valle du Nil, et l'auteur de
-la phrase fameuse: l'Egypte est un don du Nil mrite de conserver, en
-ce qui concerne ce pays aussi, son titre de pre de l'histoire. Pour
-complter les renseignements d'ordres si divers que donne Hrodote, on
-avait encore ceux que fournissent d'autres auteurs moins anciens--et
-parfois aussi moins dignes de foi--tels que Diodore de Sicile, Pline le
-Jeune, Strabon et certains historiens de second ordre dont quelques
-fragments seulement nous sont parvenus. Pour l'criture sacre, on
-pouvait consulter les Hiroglyphiques d'Horapollon, et, pour la
-religion, Herms Trismgiste et surtout le livre de Plutarque sur Isis
-et Osiris, qui est encore aujourd'hui le document le plus important, le
-tableau d'ensemble le plus parfait d'un des mythes fameux de l'antiquit
-orientale. Concernant l'histoire proprement dite enfin, on avait
-compos, sur la demande des Ptolmes, des ouvrages spciaux donnant la
-liste des rois, la longueur de leurs rgnes, quelques dtails sur les
-plus importants d'entre eux, en somme une sorte de classification
-mthodique de l'histoire, base sur des documents originaux. Telles
-taient la liste d'Eratosthne dont quelques fragments nous sont
-parvenus, recueillis par Apollodore, puis d'aprs celui-ci par Georges
-le Syncelle, et surtout les Aegyptiaca de Manthon. Ce livre, crit au
-IIIme sicle avant notre re, est aujourd'hui perdu, de mme que son
-Livre de Sothis, qui traitait du mme sujet, mais surtout au point de
-vue chronologique: des fragments en ont cependant t recueillis par
-Josphe, ceux en particulier qui concernaient le sjour des Juifs en
-Egypte, tandis que certains auteurs, entre autres l'Africain et Eusbe,
-en avaient tir une sorte de rsum, d'_epitome_, donnant seulement la
-liste des dynasties, le nombre d'annes pendant lequel elles rgnrent
-et, pour les plus illustres d'entre elles, les noms des rois et un bref
-rcit de leur carrire. Au temps o l'on ne connaissait l'Egypte que par
-les auteurs grecs, cette sche numration de chiffres et de noms
-barbares, plus ou moins travestis, ne pouvait gure attirer l'attention
-des savants qui n'avaient aucun point de comparaison; depuis que nous
-sommes en possession des monuments originaux, ce petit opuscule, tronqu
-et mutil, qui ne nous est parvenu que par ricochet, est devenu une des
-sources les plus prcieuses de l'histoire d'Egypte, car on a pu
-reconnatre qu'il avait t compos d'aprs des documents authentiques,
-des listes comme celle du papyrus de Turin, et que la division en
-dynasties est parfaitement justifie. Ce n'est toutefois pas impunment
-qu'un livre passe entre les mains de tant d'auteurs successifs qui se
-recopient les uns les autres. C'est par l'entremise de Georges le
-Syncelle que nous sont parvenus les extraits de l'Africain et d'Eusbe,
-aussi les fragments de Manthon contiennent-ils bien des incorrections,
-des transpositions, des erreurs de chiffres, et on ne peut en faire
-usage qu'avec la plus grande circonspection: ainsi les trente dynasties
-semblent d'aprs lui se succder rgulirement, tandis que trs
-probablement il y en eut de collatrales, ce qui peut diminuer, dans des
-proportions trs importantes, la somme totale des annes que dura la
-monarchie gyptienne.
-
-Cette rapide numration des principaux auteurs grecs et latins qui ont
-parl de l'Egypte suffira pour qu'on puisse se rendre compte de la
-valeur trs relle et en mme temps de l'insuffisance de ces documents
-au point de vue de la connaissance du peuple qui habitait la valle du
-Nil dans l'antiquit; quant aux nombreuses et trs prcieuses donnes
-que renferment les livres de l'Ancien Testament sur le sjour des
-Hbreux en Egypte et les relations des rois de Juda et d'Isral avec les
-Pharaons, elles sont trop connues pour qu'il soit ncessaire d'y revenir
-ici.
-
-
-_La description de l'Egypte_
-
-Voil donc quoi se rduisait, il y a un sicle, le bagage scientifique
-dont on pouvait disposer en ce qui concerne l'Egypte; quelques
-voyageurs, il est vrai, comme Chardin, Pockoke et d'autres, aprs avoir
-parcouru le pays, en avaient publi des descriptions, et parfois mme
-copi les monuments anciens encore visibles, mais les reproductions
-qu'ils en donnent n'en sont que de grossires caricatures et ne peuvent
-donner qu'une ide parfaitement fausse de l'art et de l'criture de
-l'Egypte antique. Quant aux essais d'interprtation d'hiroglyphes,
-comme ceux du savant jsuite le P. Kircher, ce sont des ouvrages de
-fantaisie pure, fruit d'une imagination trop mystique, et qui, dnus de
-toute base scientifique srieuse, ne peuvent plus aujourd'hui qu'attirer
-la curiosit de quelque bibliophile.
-
-En 1809 commena paratre, sous le titre de _Description de l'Egypte_,
-le rsultat des travaux des savants franais que Bonaparte avait
-adjoints son expdition de 1798 pour tudier fond les richesses et
-les moeurs des habitants d'un pays dont il avait l'intention de faire le
-boulevard de la civilisation europenne. Les circonstances firent, il
-est vrai, chouer le programme politique du grand conqurant, mais son
-but scientifique fut rempli au del de toute esprance, grce
-l'opinitret et la persvrance de ces hommes qui, travaillant dans
-les conditions les plus dfavorables, russirent mener bien, en deux
-annes peine, une des oeuvres les plus gigantesques qui aient jamais
-t entreprises dans le domaine de la science. Il s'agissait de relever
-tout ce qui concernait l'histoire naturelle du pays, zoologie,
-botanique, minralogie, les moeurs et coutumes des habitants, les
-mtiers, le commerce, l'agriculture, et une carte au cent millimes de
-toute la valle du Nil, d'Assouan la mer, carte dont on se sert
-actuellement encore; quant aux antiquits, tous les monuments existant
-cette poque furent relevs avec grand soin, et si on a pu faire aux
-savants franais de la Commission d'Egypte le reproche d'avoir souvent
-sacrifi la copie des textes hiroglyphiques l'exactitude de
-l'architecture, il faut tenir compte de l'tat de la science ce
-moment-l et de la difficult que devait prsenter, des dessinateurs,
-mme trs habiles, cette criture absolument inconnue et l'innombrable
-quantit de ces inscriptions dans lesquelles il aurait fallu pouvoir
-faire un choix judicieux, inscriptions que les gyptologues modernes
-sont loin d'avoir encore toutes publies. Cet immense ouvrage, avec ses
-neuf cents planches et ses nombreux volumes de mmoires, est bien oubli
-aujourd'hui, et l'on est loin d'avoir pour lui la reconnaissance qu'il
-mrite, car cette publication devait tre le point de dpart d'tudes
-toutes spciales; on peut mme dire qu'elle inaugurait pour la science
-de l'histoire une re nouvelle, par la naissance de l'gyptologie.
-
-
-_Dchiffrement des hiroglyphes_
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-Parmi les monuments dcouverts et publis par les membres de la
-Commission d'Egypte se trouvait l'inscription trilingue connue sous le
-nom de _pierre de Rosette_, avec son texte en hiroglyphes, en dmotique
-et en grec, qui n'tait autre qu'un dcret de Ptolme Epiphane en
-faveur des temples d'Egypte. L'importance de ce document et le parti
-qu'on pouvait en tirer furent bien vite reconnus, et plusieurs savants
-se mirent l'oeuvre, indpendamment les uns des autres, pour arriver
-dchiffrer ces deux critures inconnues. Sylvestre de Sacy et le Sudois
-Akerblad attaqurent le texte dmotique et finirent par en dcouvrir le
-mcanisme; l'Anglais Young se mit au texte hiroglyphique qui tait bien
-moins complet et prsentait de beaucoup plus grandes difficults; il
-eut l'intuition de la mthode suivre, mais ne sut pas la mener
-jusqu'au bout, tandis qu'un jeune savant franais, J.-Fr. Champollion,
-travaillant de son ct sur le mme document avec une tnacit et une
-perspicacit admirables, arrivait saisir la clef du systme
-hiroglyphique. Il tablit de faon certaine la valeur, la fonction et
-le sens de chaque signe, reconnut avec l'aide de la langue copte,
-l'gyptien d'poque chrtienne, les groupes formant des mots, puis
-dchiffra les phrases. Accueillie avec une certaine mfiance lors de sa
-publication en 1822, cette dcouverte finit par tre accepte et
-reconnue du monde savant; l'gyptologie tait ne, et c'tait au mme
-homme qu'il appartenait de la dvelopper, en tablissant, toujours avec
-le mme esprit de mthode, les bases de la science nouvelle. Ce jeune
-gnie, car on ne peut trouver d'autre mot pour qualifier un homme qui
-n'eut son gal dans aucune autre branche des sciences historiques,
-mourut quarante ans aprs avoir non seulement ressuscit l'criture et
-la langue des anciens Egyptiens, mais encore reconstitu, dans les
-grandes lignes tout au moins, leur histoire, leur religion, leurs
-institutions, leurs moeurs, et la gographie ancienne de leur pays. Il
-restait sans doute encore beaucoup dcouvrir, mais la voie tait
-fraye et elle fut suivie, avec une certaine hsitation d'abord, puis
-avec toujours plus de sret, par une pleade d'hommes de valeur qui
-sont arrivs faire de l'gyptologie une science digne de marcher de
-pair avec ses anes, celles qui concernent l'antiquit classique en
-particulier.
-
-Malgr leur nombre, les documents runis par la Commission d'Egypte
-taient trs insuffisants, et Champollion, aprs avoir visit quelques
-collections publiques ou particulires d'objets rapports d'Egypte,
-reconnut qu'il tait absolument ncessaire d'aller sur place la
-recherche de matriaux nouveaux, car il se sentait capable de faire un
-choix judicieux des monuments les plus importants et de les copier avec
-exactitude. Ses voeux furent exaucs et il put encore diriger lui-mme
-l'expdition franco-toscane qui, grce aux connaissances nouvelles qu'il
-avait acquises, devait devenir un vrai voyage de dcouvertes, et lui
-fournir une ample moisson de matriaux inconnus auparavant. La premire
-publication srieuse de textes gyptiens originaux ne put tre faite
-qu'aprs la mort de Champollion.
-
-
-_Progrs de l'Egyptologie_
-
-En 1842, sous les auspices cette fois du gouvernement prussien, une
-nouvelle expdition, dirige par Lepsius, partait pour l'Egypte la
-recherche de textes historiques; cette mission fit un sjour de prs de
-trois ans dans le pays et en rapporta une rcolte encore plus abondante
-que celle de Champollion. Malgr le format monumental des douze volumes
-donnant les rsultats de ces travaux, on pourrait appeler cet ouvrage,
-maintenant encore, le livre de chevet de tout gyptologue.
-
-A cette poque, on ne faisait pas encore de recherches srieuses dans le
-sol mme de la valle du Nil; seuls quelques particuliers, dsireux
-d'enrichir leurs collections de bibelots gyptiens, pillaient sans merci
-un certain nombre de tombeaux et de sites antiques, sans profit rel
-pour la science. Les fouilles mthodiques ne commencrent qu'en 1850 par
-la dcouverte retentissante que fit un jeune savant franais, Aug.
-Mariette, d'un des sanctuaires gyptiens les plus connus et les plus
-vnrs des anciens, le Srapum de Memphis, le tombeau souterrain des
-boeufs Apis. Encourag par ce succs qui avait fait de lui une
-clbrit, Mariette se voua aux recherches dans le sol mme de l'Egypte;
-il obtint du khdive l'autorisation de crer un Service des Antiquits
-et un muse d'antiquits gyptiennes, et ds lors ses fouilles
-continurent sans interruption d'une extrmit l'autre de l'ancien
-royaume des Pharaons, alternant avec le dblaiement des temples enfouis.
-Des milliers de monuments nouveaux surgirent du sol et celui qui les
-dcouvrit cherchait en mme temps les mettre le plus vite possible
-la disposition du monde savant par de grandes publications qui rendirent
-des services inapprciables. Peu peu, les gouvernements trangers
-voulurent aussi avoir leur part ces travaux si fructueux et
-entreprirent eux-mmes des fouilles; des socits scientifiques se
-crrent dans le mme but, et depuis quarante ans environ l'exploration
-du sol de l'Egypte est pousse avec une activit fbrile, et presque
-toujours le succs est venu couronner ces efforts.
-
-Pendant ce temps, d'autres savants, comme de Roug et Chabas en France,
-Lepsius et Brugsch en Allemagne, Birch en Angleterre, pour ne citer que
-les principaux d'entre les disparus, et leurs lves et mules,
-compulsaient les matriaux et en extrayaient mthodiquement ce qui
-pouvait tre utile la science; ainsi toutes les branches de
-l'gyptologie, avanant de front, faisaient d'anne en anne de srieux
-progrs: la langue, la religion, l'histoire, livraient peu peu leurs
-secrets. Pour ce qui est de l'histoire, en particulier, les limites de
-l'inconnu reculaient insensiblement: faute de documents originaux trs
-anciens, Champollion, qui avait tabli de faon peu prs dfinitive
-les rgnes des Pharaons partir du Nouvel Empire thbain, n'avait gure
-pu jeter au del qu'un coup d'oeil d'ensemble. Lepsius fut l'initiateur
-en ce qui concerne la XIIme dynastie, une des poques les plus
-brillantes de l'histoire d'Egypte, et de Roug s'avana le premier
-dlibrment dans ce qu'on est convenu d'appeler l'Ancien Empire
-memphite, l'ge des constructeurs de pyramides. Une barrire qui
-semblait infranchissable s'levait au seuil de cette poque, relguant
-dans la lgende les deux premires dynasties et tout ce qui pouvait les
-avoir prcdes; ce n'est qu' la fin du XIXe sicle que subitement,
-la suite de plusieurs dcouvertes simultanes, la barrire s'croula,
-ouvrant aux regards un champ nouveau qui reculait presque jusqu'
-l'infini l'histoire du pass. Les tudes prhistoriques venaient se
-confondre avec celles des gyptologues et les complter, et les
-recherches pousses dans ce sens, sur un terrain presque inpuisable,
-devaient donner des rsultats autrement plus prcis que dans tout autre,
-pays connu, en ce qui concerne ces priodes du dbut de la civilisation.
-
-
-_Listes royales_
-
-En plus des donnes des historiens anciens sur l'Egypte nous avons donc
-maintenant des documents qui proviennent du pays lui-mme, documents
-innombrables mais de valeur trs diverse, pouvant se classer en deux
-sries qu'on pourrait appeler, faute de meilleurs mots, les documents
-rtrospectifs et les documents contemporains.
-
-Tandis que ces derniers ont une valeur plutt spciale et ne se
-rapportent qu' l'poque ou mme au rgne d'o ils manent, les
-premiers, peu nombreux il est vrai, mais d'autant plus prcieux, sont de
-vrais rsums d'histoire, datant d'poques trs diverses. Ce sont
-d'abord les listes monumentales, tableaux provenant de temples ou de
-tombeaux, o l'on voit un roi adresser son hommage toute la srie de
-ses anctres, reprsents en gnral par leur nom seulement, par leur
-cartouche royal, et rangs dans l'ordre chronologique; ou bien c'est un
-prtre donnant la liste des rois au culte funraire desquels il tait
-commis: telles les deux listes d'Abydos dont l'une est encore en place,
-l'autre au Muse Britannique, la liste de Saqqarah au Muse du Caire, et
-la Chambre des Anctres de Karnak la Bibliothque Nationale de Paris.
-
-[Illustration: _Fig. 2._ La table royale d'Abydos (d'aprs une
-photographie).]
-
-[Illustration: _Fig. 3._ Fragments du papyrus royal de Turin (d'aprs
-LEPSIUS. _Auswahl_, pl. III).]
-
-Le papyrus royal de Turin, crit au commencement du Nouvel Empire, avait
-une importance bien plus considrable encore: il donnait non seulement
-la liste complte de tous les rois ayant rgn sur l'Egypte, y compris
-les dynasties divines, mais encore le nombre d'annes de chaque rgne et
-souvent l'ge du roi sa mort; en plusieurs endroits il y avait en
-outre, en guise de rcapitulation, la somme totale des annes que dura
-une dynastie. C'est une chronologie complte embrassant deux mille ans
-d'histoire, et qui devait tre absolument intacte et entire au moment
-de sa dcouverte, mais dans ce temps l, il y a prs de cent ans, on ne
-prenait pas les mmes soins qu'aujourd'hui des objets dcouverts au
-cours des fouilles; l'on dit que Drovetti, grand collectionneur
-d'antiquits, ayant trouv ce papyrus dans des travaux qu'il faisait
-excuter dans les tombeaux de Thbes, et ne pouvant naturellement en
-souponner la valeur, le prit aussitt sorti de terre, le mit dans un
-flacon large col qui se trouvait dans la sacoche de sa selle, et
-rentra chez lui au galop. Le manuscrit ne put rsister un traitement
-aussi violent, et l'arrive il ne restait plus dans le flacon qu'un
-tas de fragments de papyrus, plus petits les uns que les autres; c'est
-dans cet tat qu'ils parvinrent, en mme temps que le reste de la
-collection Drovetti, au muse de Turin, o Champollion, qui les retrouva
-au fond d'une bote, fut le premier en signaler l'importance. Grce
-une nfaste ngligence, ce monument de tout premier ordre avait perdu
-beaucoup de sa valeur; nanmoins les fragments qui ont pu tre
-rassembls et rtablis dans leur ordre primitif donnent, malgr les
-immenses lacunes provenant de morceaux disparus, des renseignements si
-importants que le papyrus royal de Turin peut juste titre tre
-considr comme la base de toute tude chronologique sur l'Egypte depuis
-son origine jusqu' l'poque trouble des Hyksos, entre 2.000 et 1.500
-avant notre re.
-
-[Illustration: _Fig. 4._ Partie suprieure de la Pierre de Palerme
-(d'aprs NAVILLE. _Recueil de Travaux_, XXV, pl. I).]
-
-Il existait quelque part en Egypte, probablement dans le temple
-d'Hliopolis, la mtropole religieuse qui se trouvait peu de distance
-du Caire, un monument d'une importance plus considrable encore que le
-papyrus de Turin, bien qu'il y ft question des cinq premires dynasties
-seulement. C'tait une grande dalle de pierre sur les deux faces de
-laquelle taient gravs, dans de petites cases ranges en longues
-lignes, tous les vnements, importants ou non, qui illustrrent le
-rgne de chaque roi, depuis la fondation du royaume d'Egypte par Mns;
- chaque anne tait rserve une case et en regard on avait not la
-cote maxima de la crue du Nil. Le jour exact de la mort de chaque roi
-et celui du couronnement de son successeur taient scrupuleusement
-indiqus. Le destin n'a pas voulu que ces annales, les plus vieilles du
-monde, parvinssent intactes jusqu' nous; le fragment conserv
-aujourd'hui au muse de Palerme, et connu sous le nom de _pierre de
-Palerme_, constitue peut-tre la dixime partie du monument complet. On
-a retrouv rcemment quelques autres morceaux de plus petites dimensions
-qui sont entrs dans les collections du muse du Caire, et qui
-paraissent provenir de duplicatas de ce document; ce fait permet
-d'esprer qu'une fois ou l'autre on dcouvrira d'autres fragments qui
-viendront combler les lacunes encore trs considrables de ce texte, le
-plus important pour l'histoire des premires dynasties.
-
-
-_Documents historiques divers_
-
-Cette catgorie de sources historiques d'une importance capitale, est
-donc trs peu abondante; ct d'elle on possde la multitude
-innombrable et disparate des documents que j'ai appels tout l'heure
-les documents contemporains, et qui forme l'ensemble le plus htroclite
-qu'on puisse imaginer, depuis les scarabes de faence jusqu'aux
-colosses de granit et aux bas-reliefs couvrant des surfaces immenses,
-depuis le tesson de pot ou le morceau de terre glaise dessche jusqu'au
-bijou de l'art le plus exquis, depuis le fier oblisque jusqu'au plus
-humble chiffon de toile. Ce n'est parfois qu'un nom de roi ou une date
-de rgne, parfois une stle commmorant une expdition victorieuse ou un
-dcret en faveur d'un temple ou bien la reprsentation figure des
-guerres lointaines, des prisonniers et du butin que le roi vient offrir
- ses dieux. Plus rarement nous avons l'histoire complte d'un rgne,
-ainsi le rsum de la vie de Ramss III qui est annex la liste des
-dons faits par lui aux temples d'Egypte, la fin du grand papyrus
-Harris, ou le rcit des campagnes de Thoutms III, que ce roi, le plus
-puissant peut-tre de tous les Pharaons, fit graver sur les murailles du
-temple de Karnak. Enfin nous possdons certains rcits littraires qui
-sont souvent de vrais contes fantastiques difis sur une base
-historique, le conte de Khoufou et des magiciens, celui d'Apopi et de
-Seqnenra, celui de la prise de Jopp, et surtout celui de Sinouhit,
-rcits analogues ceux qu'Hrodote nous raconte sur la fille de Khops
-et sur les voleurs de Rhampsinite.
-
-A ct des monuments royaux, ceux des simples particuliers, grands
-seigneurs ou fonctionnaires, donnent souvent des gnalogies qui
-permettent de contrler l'histoire; ils fournissent mme parfois, quand
-il s'agit d'un homme ayant jou un rle important la cour, dans
-l'administration ou dans l'arme, de vritables biographies qui, comme
-celles d'Ouna, de Herkhouf, d'Ahms ou d'Anna, sont parmi les documents
-les plus prcieux que nous ait lgus l'Egypte antique.
-
-Enfin, dans un ordre d'ides un peu diffrent, une dcouverte heureuse,
-celle des tablettes de Tell-el-Amarna, nous a mis en possession d'une
-partie considrable de la correspondance diplomatique et administrative
-de deux rois de la fin de la XVIIIme dynastie, Amenophis III et
-Amenophis IV, avec leurs vassaux de la Syrie et de la Palestine, ainsi
-qu'avec les souverains indpendants de pays plus loigns, comme
-l'Assyrie et le royaume de Mitanni. Cette correspondance crite dans la
-langue de ces pays, en caractres cuniformes, claire d'une lumire
-trs vive tout l'tat social et politique de l'Orient, treize sicles
-environ avant notre re.
-
-Cette numration, forcment incomplte, permet de se rendre compte du
-genre de documents que nous avons notre disposition; quelque nombreux
-qu'ils soient, ces monuments ne nous donnent pas sans doute la
-possibilit de reconstituer l'histoire d'Egypte comme on l'a fait pour
-la Grce et pour Rome. Ces peuples sont, il est vrai, plus rapprochs de
-nous dans le temps, et en outre ils ont l'immense avantage d'avoir eu
-des historiens. En Egypte rien de semblable, et il ne parat pas que
-jamais un Egyptien ait song faire la description des vnements qui
-se passaient de son temps et sous ses yeux, les tudier et les
-apprcier par lui-mme; comme dans beaucoup de pays d'Orient, l'esprit
-de l'histoire n'existait pas dans l'Egypte ancienne.
-
-En somme, part un certain nombre de rgnes qui sont un peu mieux
-connus que les autres, ceux de quelques rois de la XIIme dynastie et du
-commencement du Nouvel Empire thbain, il nous manque presque tous les
-dtails et un bon nombre de faits gnraux, et nous ne pouvons dans ces
-circonstances songer reconstituer entirement l'histoire politique,
-administrative, diplomatique, militaire et commerciale du pays; nous
-devons nous contenter d'une histoire gnrale o quelques grands
-vnements sont relis par des noms, un squelette d'histoire, auquel il
-manque encore bien des lments, mais qui constitue un ensemble des plus
-remarquables quand on songe qu'il s'tend sur une priode de plus de
-4.000 ans, entirement inconnue il y a peu de temps encore.
-
-
-_Chronologie_
-
-Malgr les donnes trs prcises de Manthon et des fragments du papyrus
-de Turin, la chronologie gyptienne ne peut encore tre tablie de faon
-certaine, et cela pour deux raisons principales: la premire est le fait
-que dans les poques de trouble il y eut souvent, non pas un seul
-souverain gouvernant tout le pays, mais deux ou mme plusieurs rois
-rgnant chacun sur une partie plus ou moins grande de l'Egypte; les
-chronographes numrent ces dynasties les unes la suite des autres
-sans indiquer laquelle aurait d lgitimement occuper le trne des
-Pharaons, sans mme dire qu'il s'agit de dynasties collatrales. Une
-cause d'erreurs plus grande encore c'est que les Egyptiens ont toujours
-vcu au jour le jour, qu'ils n'avaient pas d're ni de division normale
-du temps: les annes se comptent nouveau pour chaque rgne partir de
-l'avnement du roi; aucun lien chronologique n'existe donc entre les
-divers souverains, de sorte que non seulement la longueur des rgnes,
-mais mme l'ordre de succession reste souvent problmatique. L'anne
-gyptienne tant de 365 jours, se trouvait tous les quatre ans en retard
-d'un jour; pour remdier cet inconvnient, on imagina l'institution
-des priodes sothiaques, priodes de 1.460 annes ordinaires
-correspondant 1.461 annes relles, au bout desquelles l'ordre
-rgulier des saisons se trouvait rtabli. Nous ne savons du reste pas de
-quelle poque date cette rforme purement scientifique qui n'a jamais
-servi l'tablissement d'une re, ni si elle est, comme beaucoup le
-prtendent, fort ancienne, car les astronomes gyptiens observrent
-toujours avec beaucoup d'exactitude le lever hliaque de l'toile
-Sothis, ou Sirius; pour nous cette rforme prte des calculs fort
-compliqus sur la correspondance entre l'anne vague et l'anne relle,
-calculs qui paraissent le plus souvent arbitraires. Il semble plus
-normal d'admettre, comme certains auteurs modernes, que les Egyptiens,
-voyant leurs mois et leurs saisons se dplacer peu peu, les
-rtablissaient de temps autre, artificiellement et sans rgle fixe.
-Cette question trs complexe est, comme on le voit, loin d'tre
-lucide: les priodes sothiaques, au lieu de simplifier les calculs
-chronologiques, n'ont d'autre rsultat pour nous que d'y introduire une
-nouvelle inconnue et peut-tre une nouvelle chance d'erreur.
-
-Ces raisons expliquent de faon suffisante les diffrences parfois
-considrables qui existent au point de vue des dates entre les divers
-historiens; les uns allongent dmesurment la dure de l'histoire en
-ajoutant bout bout toutes les dynasties connues, tandis que d'autres,
-procdant en sens inverse, la rtrcissent de faon trs exagre. Les
-premiers placent l'avnement de Mns, le premier roi d'Egypte, en l'an
-5.510 avant J.-C, les autres, qui sont les plus en faveur aujourd'hui,
-en 3.315: il y a donc un cart de plus de deux mille ans entre ces deux
-apprciations extrmes, et c'est trs vraisemblablement dans cet
-intervalle que devrait se placer la vraie date de la fondation de la
-monarchie gyptienne. Sans avoir la prtention de vouloir trancher la
-question, je pense qu'en la fixant de faon approximative aux environs
-de l'an 4.000, on ne doit pas s'loigner beaucoup de la vrit. Du reste
-pour tout ce qui est des priodes les plus recules, il est prudent de
-s'abstenir de donner des chiffres prcis, et prfrable d'indiquer, et
-encore sous toutes rserves, les sicles et non les annes. Ce n'est
-gure que pour le dbut du Nouvel Empire thbain que les gyptologues
-tombent peu prs d'accord pour le placer au commencement du XVIme
-sicle avant notre re; la certitude absolue n'existe qu' partir des
-rois sates, au VIIme sicle.
-
-
-_La civilisation gyptienne_
-
-L'Egypte a pour nous une importance bien plus considrable qu'on ne le
-suppose d'habitude, car c'est l qu'en somme nous devons chercher le
-berceau de notre civilisation: c'est en effet de la valle du Nil
-qu'est sorti le germe qui, dans des contres moins favorises de la
-nature et sous un climat plus rude, devait se dvelopper de faon
-inattendue, se transformer entirement et prendre un essor incomparable,
-tandis que dans son pays d'origine il se modifiait peine, son
-dveloppement restant toujours normal et progressif, mais trs lent; de
-l vient cette lgende, bien difficile draciner aujourd'hui, d'une
-Egypte immuable comme les pyramides, n'ayant subi aucune variation
-pendant toute la dure du rgne des Pharaons, lgende qui repose sur une
-apparence seulement. Les besoins de l'homme, dans un pays aussi
-privilgi que l'Egypte, se rduisent peu de chose; l'habitant des
-pays chauds est moins actif que celui des contres o le climat est plus
-rigoureux, et une fois qu'il a trouv, sans grandes difficults, le
-ncessaire et mme un peu de superflu, il est naturel qu'il se laisse
-aller son indolence native et qu'il ne tende pas son nergie
-chercher des perfectionnements de bien-tre dont le besoin absolu ne se
-fait pas sentir. Il y a progrs nanmoins, et progrs trs apprciable,
-dans des pays comme l'Egypte surtout, o nous pouvons maintenant
-comparer entre eux une si grande quantit de monuments d'poques trs
-diverses. Nous constatons que chez ce peuple la civilisation, une fois
-sa voie trace, la suit sans jamais s'en carter; les bouleversements
-politiques n'arrivent mme pas la faire sortir du chemin montant en
-pente douce sur lequel elle s'est engage. Ces grandes crises
-historiques nous permettent cependant de marquer dans l'histoire de la
-civilisation un certain nombre d'tapes et de discerner mieux, en les
-groupant par poques, les progrs raliss au cours des sicles; nous
-sommes en effet assez documents maintenant pour pouvoir apprcier de
-faon certaine et suivre pas pas ces progrs qui ne sont pas
-apparents premire vue, mais qui sont beaucoup plus sensibles qu'on ne
-pouvait se l'imaginer il y a trente ans encore.
-
-Aprs avoir pass en revue les sources de l'histoire d'Egypte, il reste
- donner un aperu sommaire des documents que nous possdons sur les
-moeurs des Egyptiens, leur vie publique et prive, leurs institutions,
-leur industrie, leur commerce, en un mot leur civilisation. Les
-crivains classiques nous ont fourni, ici comme pour l'histoire, un bon
-nombre de renseignements, Hrodote le premier, puis Diodore, Strabon et
-tous les autres, et ce qu'ils nous disent peut servir, soit diriger
-nos recherches, soit confirmer les donnes des monuments originaux. De
-mme les tudes faites par les membres de la Commission d'Egypte et les
-observations des divers voyageurs du XVIIIme et du commencement du XIXme
-sicle sur les moeurs et coutumes des Egyptiens avant l'expansion de la
-civilisation europenne dans la valle du Nil, nous fournissent de
-prcieux points de comparaison et mme souvent l'explication de bien des
-dtails relatifs aux habitudes anciennes, sur lesquelles les monuments
-sont trop peu explicites.
-
-Au point de vue de la civilisation gyptienne, le nombre de documents
-originaux est considrable. En premire ligne doivent tre rangs les
-tableaux que les particuliers, grands seigneurs et fonctionnaires,
-faisaient sculpter ou peindre sur les murailles des chambres de leurs
-tombeaux, o taient reprsentes en dtail les scnes de la vie de tous
-les jours: ainsi le double du mort, son _moi_ immatriel, qui continuait
- vivre comme un esprit impalpable au fond du tombeau, auprs de la
-momie, pouvait encore jouir en une certaine mesure de la vie de ce monde
-en contemplant ces scnes familires: les figurations de la vie
-suffisaient au dlassement d'une ombre, de mme que la reprsentation
-des aliments pouvait assurer ternellement sa subsistance. Des trois
-grandes poques de l'histoire, l'Ancien Empire memphite, le Moyen et le
-Nouvel Empire thbain, un grand nombre de ces tombeaux sont parvenus
-jusqu' nous, plus ou moins intacts, les mastabas d'abord avec leurs
-bas-reliefs, puis les hypoges avec leurs peintures. On y voit, en
-premier lieu une population rurale, occupe l'levage des bestiaux
-aussi bien qu'aux travaux des champs, labourage, semailles, rcolte des
-crales, vendanges et jardinage; puis de nombreux tableaux de chasse et
-de pche, et, ct de cela, des reprsentations de gens de mtier,
-potiers, mtallurgistes, orfvres, chaudronniers, menuisiers,
-charpentiers, maons sculpteurs, peintres, corroyeurs, cordonniers; un
-peu plus loin les dlassements, musique, danse et jeux, et certaines
-poques, des jeux gymniques, des exercices militaires, des scnes de
-recrutement. Nous possdons de trs nombreux exemples de chacune de ces
-reprsentations qui souvent sont excutes avec une dlicatesse et un
-art remarquables et dont les variantes nous permettent de comprendre les
-scnes dans leurs moindres dtails et de reconstituer l'action avec une
-certitude presque absolue.
-
-Les fouilles ont mis jour une grande quantit d'objets de toute espce
-qui, pour les priodes trs anciennes, supplent l'absence des
-reprsentations figures et, pour les autres poques, les compltent. Ce
-sont des armes de toute sorte, depuis les lames de silex taill jusqu'au
-poignard enrichi d'orfvrerie, des outils d'agriculteurs, d'ouvriers, de
-gens de mtier, puis des bijoux, des vtements, des meubles, des vases,
-des instruments de musique, des ustensiles de mnage, bref tout ce qui
-tait ncessaire la vie, le tout conserv de la faon la plus
-merveilleuse dans un sol parfaitement l'abri de l'humidit. Les outils
-prhistoriques se trouvent le plus souvent la surface mme du sol,
-la lisire du dsert, tandis que les autres objets, qui appartiennent
-aux poques historiques, proviennent soit des ruines des villes
-antiques, soit le plus souvent du fond des tombeaux, o ils avaient t
-dposs auprs du mort, toujours dans le but de placer autour de
-celui-ci ce qui pouvait lui tre ncessaire pour sa vie d'outre-tombe. A
-certaines poques, on se contentait de peindre sur les parois de son
-sarcophage les divers objets qui devaient faire partie du mobilier
-funraire, la reprsentation figure pouvant remplacer l'objet lui-mme.
-
-Les Egyptiens ont normment crit et toujours, grce au climat de leur
-pays, beaucoup de leurs manuscrits nous sont parvenus, crits sur des
-rouleaux de papyrus dans cette criture cursive que nous avons
-l'habitude d'appeler _hiratique_; ce sont des lettres, des comptes, des
-contrats, des actes judiciaires, des traits de mdecine ou de
-gographie, et surtout des compositions littraires qui sont pleines de
-dtails de toute sorte sur la vie ordinaire. Ainsi pour ne citer qu'un
-exemple, cette satire des mtiers, o un scribe, afin de mieux faire
-valoir l'excellence de sa profession, dnigre successivement toutes les
-autres carrires et fait ressortir avec une ironie souvent mordante la
-condition pitoyable des gens qui pratiquent les divers mtiers.
-
-Toutes ces donnes d'ordre si divers nous permettent de nous rendre un
-compte assez exact de ce qu'tait la civilisation gyptienne: elles
-s'enchanent naturellement avec les donnes historiques, et ainsi nous
-pouvons ds maintenant tracer pour chacune des grandes poques un
-tableau d'ensemble qui doit correspondre de bien prs la ralit, et
-reconstituer le dveloppement chronologique de la civilisation
-gyptienne.
-
-[Illustration: _Fig. 5._ Panneau de la Salle des Anctres de Karnak
-(d'aprs LEPSIUS, _Auswahl_, pl. I).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 6._ R dans la barque solaire (d'aprs BUDGE, _Pap.
-of Ani_, pl. XXII).]
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
-L'GYPTE LGENDAIRE
-
-
-Avant d'aborder l'tude de ce qui nous est parvenu de l'Egypte
-archaque, ou prhistorique, nous devons rechercher si, aux poques
-pharaoniques, les habitants du pays avaient conserv un souvenir de ces
-temps lointains, du dbut mme de leur race, une lgende parlant de ces
-priodes fabuleuses. Les textes ordinaires ne racontent rien de
-semblable et il est mme bien rare qu'on y trouve mentionn le terme de
-_Shesou-Hor_, les suivants d'Horus, qui dsigne les rois mythiques
-prdcesseurs des dynasties historiques. Par contre les listes royales
-les plus dveloppes, comme celles de Manthon et du papyrus de Turin,
-nous ont conserv des donnes plus prcises sur ces souverains
-anthistoriques: la nomenclature des premiers d'entre eux, puis un bref
-aperu des dynasties qui suivirent, avec le total des annes de rgne de
-chacune d'entre elles: ce sont d'abord des dieux, puis des demi-dieux,
-et enfin des hommes.
-
-A l'origine de l'histoire on a donc, ici comme partout, la lgende, mais
-une lgende dont le dveloppement est loin d'avoir t aussi brillant
-que dans tant d'autres pays, une lgende qui est reste la proprit des
-prtres et des savants, non celle du peuple gyptien lui-mme. N'ayant
-rien de potique, cette tradition a pu se conserver plus pure et plus
-prcise, mais on peut se demander si nous devons nous en fliciter, car
-entre les mains des prtres, elle allait fatalement tomber dans le
-domaine thologique et symbolique, et le mythe religieux devait finir
-par absorber presque compltement le mythe historique, au point qu'il
-est le plus souvent difficile de dlimiter les deux domaines. C'est dans
-un fatras de rcits trs plats et ennuyeux, souvent d'un mysticisme
-fantastique, que nous arrivons grand'peine distinguer les traits
-gnraux de l'histoire primitive de l'Egypte.
-
-
-A. LES DYNASTIES DIVINES
-
-_Les dieux cosmiques_
-
-Les premiers rois furent, au dire de la lgende, les grands dieux
-d'Egypte, suivant le cycle qui avait t tabli dans le sanctuaire
-d'Hliopolis, une des plus anciennes mtropoles religieuses du pays. Ce
-cycle se composait d'une ennade, c'est--dire d'un groupe de neuf dieux
-et desses, et fut adopt ds l'Ancien Empire par tous les autres
-centres religieux de la valle du Nil, qui se contentrent de mettre
-sa tte leur dieu local. La liste que nous donne Manthon, et qui doit
-tre d'origine memphite, place donc au premier rang des rois-dieux
-Hphaistos, Ptah, le grand dieu de Memphis, le dmiurge, celui qui forma
-l'homme du limon de la terre, qui le modela la main, de mme qu'
-l'autre bout de l'Egypte, c'tait Khnoum d'Elphantine qui l'avait
-faonn sur le tour du potier. Cette mention du dieu crateur comme
-premier roi d'Egypte est une indication trs prcise du fait que les
-habitants de la valle du Nil se considraient comme autochtones et
-croyaient que le premier homme avait t cr dans le pays mme. Au
-papyrus de Turin, le premier nom royal a disparu.
-
-[Illustration: _Fig. 7._ Ptah (d'aprs BUDGE, _Pap. of Ani_, pl.
-XXVII).]
-
-Nous ne savons rien de ce rgne de Ptah, qui probablement, sitt son
-oeuvre cratrice termine, cda la place son successeur R, le Soleil,
-le grand dieu d'Hliopolis et de la plupart des villes d'Egypte, charg
-d'assurer l'existence et le dveloppement de cette humanit primitive.
-Celui-ci, pendant son long rgne, parcourait journellement ses domaines
-pour les constituer, les organiser et rpandre sur ses sujets ses dons
-et ses bienfaits, mais tous ses efforts ne russirent pas lui attirer
-la reconnaissance de ces tres primitifs, encore plus qu' demi
-sauvages, ni mme celle de ses descendants directs, les dieux, qui
-commenaient se multiplier autour de lui. Ce roi-dieu tait en une
-certaine mesure un homme, son grand ge l'avait considrablement
-affaibli, et, suivant les expressions pittoresques d'un texte gyptien,
-ses os taient maintenant en argent, ses chairs en or, ses cheveux en
-lapis-lazuli; sa bouche tremblait, sa bave ruisselait vers la terre, sa
-salive dgouttait sur le sol. Profitant de cette dcrpitude snile,
-Isis, desse de rang infrieur, employa les moyens les plus dloyaux
-pour lui arracher le talisman le plus prcieux qui lui restt, le secret
-de son nom magique, grce auquel elle comptait acqurir une puissance
-suprieure celle des autres dieux. Les hommes eux-mmes s'tant mis
-conspirer contre leur dbonnaire souverain, R se dcida faire un
-exemple, et aprs avoir consult le conseil de famille, l'assemble des
-dieux, il dpcha Sekhet, la desse tte de lionne, avec ordre de les
-massacrer sans piti, ce dont elle s'acquitta consciencieusement. La
-nuit seule l'arrta dans sa course meurtrire, et R, contemplant le
-rsultat obtenu, fut pris de piti et rsolut d'pargner le reste des
-humains; pour apaiser la desse ivre de carnage, il fit mlanger de la
-bire et du suc de mandragores au sang des hommes et rpandre terre
-autour d'elle une quantit considrable de ce liquide. A son rveil,
-Sekhet aperut ce breuvage, le but, s'adoucit, s'enivra et oublia ses
-victimes. R avait pardonn aux hommes qui se repentaient, mais, fatigu
-de rgner, il abdiqua et choisit une retraite inaccessible sur le corps
-de la vache Nout, desse du ciel, sa fille; depuis lors, chaque jour,
-la barque qui le porte navigue sur les flancs de l'animal cleste pour
-se perdre la nuit dans son corps mme et reparatre le lendemain: le
-roi-dieu est devenu dfinitivement le dieu-soleil.
-
-[Illustration: _Fig. 8._ Sekhet (d'ap. DARESSY. _Statues et statuettes
-de divinits_, pl. LIII).]
-
-On discerne sans peine dans cette lgende le souvenir d'un des
-cataclysmes qui bouleversrent toute une partie du monde, comme ce
-dluge dont parlent les textes chaldens aussi bien que la Bible, qui
-dvasta la Msopotamie et les contres avoisinantes tout au moins. Il
-tait fort naturel que des dsastres de cette nature fussent considrs
-comme le chtiment d'une humanit mauvaise et que, les dieux une fois
-apaiss, ils pardonnassent aux survivants et fissent avec eux un
-nouveau pacte, permettant ces derniers de racheter leurs fautes par
-des sacrifices au lieu d'avoir les expier par la mort des coupables.
-De mme que Jahveh avait exig de No un holocauste, R de mme avant de
-monter au ciel, avait institu la coutume du sacrifice, premire base du
-culte que les hommes devaient rendre aux dieux.
-
-[Illustration: _Fig. 9._ Nout portant la barque solaire; Shou et Queb;
-Thot (d'aprs CHASSINAT. _La deuxime trouvaille de Deir el Bahari_, I,
-p. _29_).]
-
-Nous ne savons que bien peu de chose du rgne des deux successeurs
-immdiats de R; il y a d'abord son fils Shou, l'atmosphre, le soutien
-du ciel, qui finit sa carrire de roi en remontant au sjour des dieux
-pendant une tempte terrible, puis son petit-fils Qeb, le dieu-terre,
-sur lequel nous n'avons que des mythes obscurs et d'un intrt des plus
-mdiocres. Ces deux rois-dieux, dont le rle est trs effac, semblent
-reprsenter une priode de transition pendant laquelle l'humanit se
-reconstitue aprs un bouleversement comme celui par lequel elle avait
-pass. C'tait au troisime successeur de R, mont sur le trne aprs
-que Qeb fut rentr dans son palais pour devenir dieu son tour, c'tait
- Osiris que devait appartenir la tche glorieuse de faire passer le
-genre humain de l'tat barbare et sauvage un tat de stabilit
-relative, de faire franchir, non seulement l'Egypte, mais mme au
-monde entier, la premire grande tape de la civilisation.
-
-_Osiris et son cycle_
-
-Fils an de Queb, le dieu-terre, et de Nout la desse-ciel Osiris
-personnifie en mme temps la vgtation, la nature fertile de l'Egypte
-et l'eau vivificatrice du Nil. De mme que le fleuve rpand
-continuellement la richesse sur l'Egypte, Osiris, peine sur le trne,
-met tous ses efforts amliorer la condition des hommes; ces sauvages
-qui vivaient isols, en lutte perptuelle les uns avec les autres, il
-les groupe, forme des tribus, des tats, fonde des villes; ces hommes
-qui trouvaient pniblement une maigre subsistance dans la chasse et les
-produits naturels du sol, il enseigne l'agriculture, il leur donne les
-instruments de labour, il leur montre la manire de cultiver les
-crales et la vigne, bref il les fixe au sol et leur fournit les
-moyens, non seulement d'y vivre, mais de s'y dvelopper. A ct de lui,
-sa soeur Isis, qui est en mme temps sa femme, le seconde admirablement
-dans son oeuvre, et mrite que son nom soit rest insparable de celui
-de son mari: pendant que celui-ci tablit l'tat et la cit, elle
-constitue la famille, en instituant les liens du mariage; elle
-dshabitue les hommes de l'anthropophagie et leur apprend moudre le
-grain entre deux pierres et en faire du pain; elle leur donne, avec le
-mtier tisser, les moyens de se vtir, et emploie pour soulager leurs
-maux la mdecine et la magie. Osiris institua encore le culte des dieux,
-rgla les crmonies et les liturgies, puis voyant le rsultat obtenu
-par toutes ses innovations, il rsolut de rpandre ailleurs qu'en Egypte
-les bienfaits de la civilisation; il remit la rgence Isis et partit
-la conqute du monde, conqute toute pacifique o il se soumettait les
-hommes par la persuasion et la douceur, voyage triomphal semblable
-celui du Dionysos grec, la suite duquel l'ordre et la richesse
-s'tablissaient dans tous les pays.
-
-[Illustration: _Fig. 10._ Osiris et Isis (d'aprs BUDGE. _Pap. of Ani_,
-pl. XXX).]
-
-Le dieu Set, auquel les Grecs ont donn le nom de Typhon, le propre
-frre d'Osiris, forme avec lui le contraste le plus absolu; on peut mme
-dire qu'il en est l'exacte contre-partie: il reprsente non plus la
-terre fertile, mais le dsert aride et brlant, l'esprit barbare et
-sauvage ct du gnie bienfaisant, la raction brutale cherchant
-renverser les progrs de la civilisation. Tt ou tard la guerre devait
-clater entre deux tres aussi dissemblables; en effet Set le rouge,
-jaloux de la gloire bien mrite que s'tait acquise son frre jumeau,
-sans se rvolter ouvertement contre lui, combina avec grand soin un
-pige perfide dans lequel Osiris tomba sans dfiance: il l'enferma dans
-un coffre de bois et le jeta la mer o il fut dvor par les poissons,
-morceau par morceau, puis le meurtrier s'assit sur le trne de son
-frre, sans que personne songet, au premier moment, lui faire
-opposition.
-
-Accompagne de quelques dieux qui lui taient rests fidles, Thot et
-Anubis en particulier, Isis s'enfuit et se rfugia dans les les
-marcageuses situes l'extrme nord du Delta, puis elle entreprit de
-longues et patientes recherches pour retrouver les restes de son mari
-qu'elle esprait, en magicienne experte, faire revenir la vie. Peu
-peu elle finit par en rassembler tous les morceaux, sauf un, qui avait
-t dvor par le poisson oxyrhinque, et russit reconstituer son
-corps; malgr tous ses efforts, elle ne put le rappeler la vie, mais
-elle obtint au moins une compensation, celle d'tre fconde par lui et
-de mettre au monde un fils, qui devait devenir le vengeur de son pre et
-le continuateur de l'oeuvre interrompue par le crime de Set. Le petit
-Horus grandit, soigneusement cach par Isis dans ses marais
-impntrables, et son premier soin, ds qu'il eut dpass l'ge de
-l'enfance, fut de rendre son pre les derniers devoirs; aid d'Anubis,
-il embauma le corps dont il fit la premire momie, et institua les rites
-funraires qui devaient assurer au mort la vie d'outre-tombe.
-
-Osiris tait le premier roi qui et t atteint par la mort, tandis que
-ses prdcesseurs taient devenus dieux, de rois qu'ils taient, sans
-cette brutale transition; grce la momification et surtout aux
-crmonies qu'Horus lui consacra, il put enfin tre difi son tour et
-jouir d'une vie nouvelle dans le sjour des morts o il tait descendu;
-comme il avait t roi sur la terre il devint roi dans les enfers qu'il
-russit transformer, de mme qu'il avait transform le monde des
-vivants; son domaine particulier, les champs d'Ialou et les champs
-d'Hotpou, devint par ses soins un pays fertile et bien arros, au lieu
-d'tre une sombre caverne, o le soleil de nuit vient peine jeter
-pendant de fugitifs instants quelques rayons de lumire; c'est dans ce
-quartier privilgi de l'autre monde qu'Osiris reoit ses faux, les
-morts, qui viennent se prsenter devant son tribunal, prmunis contre la
-damnation ternelle par les rites institus par Horus, et qui peuvent
-ds lors jouir d'une vie nouvelle, peu prs semblable celle de la
-terre.
-
-[Illustration: _Fig. 11._ Anubis embaumeur (d'aprs BUDGE. _Pap. of
-Ani_, pl. XXXIV).]
-
-Tandis qu'il grandissait dans sa retraite, Horus se prparait la lutte
- outrance contre l'usurpateur: ds qu'il se sentit en force, il fondit
-sur lui avec imptuosit, escort de ses fidles, et fut tout de suite
-favoris par le succs. Set, battu plusieurs reprises, eut beau
-chercher se sauver en se transformant, ainsi que ses compagnons, en
-monstres de toute sorte, tels qu'hippopotames ou crocodiles, il allait
-tre ananti dfinitivement, quand l'attitude quivoque d'Isis vint lui
-apporter un secours inespr. La desse, prise de piti au dernier
-moment pour son ennemi et se souvenant qu'il tait son frre, s'opposa
-son crasement, si bien qu'Horus, furieux contre sa mre, lui trancha la
-tte, ce quoi, du reste, Thot remdia immdiatement en la remplaant
-par une tte de vache. Tout et t recommencer entre les deux rivaux
-si Thot, s'instituant arbitre de la question, n'et partag le royaume
-en deux moitis, dont il donna l'une Horus, l'autre Set.
-
-[Illustration: _Fig. 12._ Set et Horus runissant les deux parties du
-pays sous l'autorit du roi (d'ap. GAUTIER-JQUIER. _Fouilles de Licht_,
-p. _37_).]
-
-J'ai cru devoir ne donner qu'un rapide rsum de cette partie de la
-lgende qui en ralit, est beaucoup plus complique, tant le rsultat
-d'une combinaison plus ou moins heureuse de deux mythes trs diffrents
-l'un de l'autre et qui sont sans doute originaires, l'un de la Haute
-Egypte, l'autre du Delta. Le fils d'Isis et d'Osiris n'est en effet pas
-le seul porter le nom d'Horus, et on trouve dans le panthon gyptien
-une vingtaine d'Horus, sinon plus, d'origines trs diverses. Il s'tait
-form autour d'un des plus importants d'entre eux, l'Horus d'Edfou, Hor
-Behoudit, divinit solaire, un mythe spcial qui raconte les pripties
-d'une lutte analogue engage avec un dieu du nord, nomm galement Set.
-Nous avons donc, ct du rcit presque mythologique de la lutte
-perptuelle du fleuve fcondant l'Egypte contre les empitements de
-l'lment dsertique qui peut tre vaincu, mais non dsarm, une
-tradition toute diffrente qui a pour base les combats entre le sud et
-le nord, entre la population indigne et une tribu d'origine trangre,
-mais de mme race, qui cherchait se fixer dans le pays, ces combats
-qui durrent jusqu'au moment o Mns runit sous son sceptre toute la
-valle du Nil. La conclusion mme de l'histoire montre bien cette
-divergence d'origine, car si selon la lgende osirienne, Thot donna
-Horus le royaume du nord et Set celui du sud, c'est justement le
-contraire que dit celle d'Edfou, o Horus devient roi de la
-Haute-Egypte, et Set roi du Delta. Cela explique aussi que le dieu Set,
-rsultat d'une combinaison trs ancienne de deux divinits absolument
-diffrentes d'origine, ait t, aux temps historiques, soit considr
-comme un des grands dieux, plac ct d'Horus et vnr en
-consquence, soit excr comme un gnie du mal, suivant qu'on le
-rattachait l'un ou l'autre des deux mythes.
-
-Horus, le dieu tte de faucon ou d'pervier, est devenu aux poques
-historiques le protecteur tout spcial de la royaut gyptienne; le
-Pharaon se considre comme son descendant direct, comme son remplaant
-sur la terre, et pour mieux affirmer cette relation intime avec le dieu,
-le roi fait toujours prcder le premier de ses noms, dans son
-protocole officiel, par le nom mme du dieu, devenu un titre. Pour
-s'expliquer cette conception du roi comme nouvel Horus, il faut se
-reporter l'organisation primitive de l'Egypte l'poque
-prhistorique, sa division en tribus, qui sera tudie plus loin; pour
-le moment, il suffira de rappeler que le plus important de ces groupes
-ethniques, celui qui assura peu peu sa prpondrance sur les autres,
-celui d'o sortirent les premiers rois d'Egypte, tait prcisment celui
-qui avait pour emblme le faucon, emblme qui finit par se transformer
-en dieu Horus. Nous aurions alors simplement dans le mythe de l'Horus
-d'Edfou le rcit lgendaire de l'expansion progressive du clan du
-faucon, mythe qui plus tard se serait greff, par suite de la similitude
-des noms, sur l'pilogue de la lgende osirienne.
-
-Les compagnons de l'Horus d'Edfou, ses principaux auxiliaires dans ses
-luttes contre Set, sont nomms les _Masniti_,--d'un mot qui signifie
-modeleur, ouvrier en mtaux, aussi bien que piquier--qui sont artisans
-autant que guerriers; le dieu lui-mme est arm d'une lance invincible,
-d'un pieu suprieur aux armes de ses adversaires, et qui lui assure la
-victoire. Ces donnes me paraissent tre un souvenir de la dcouverte
-des mtaux ou tout au moins de leur introduction en Egypte; c'est la
-tribu horienne qui les aurait connus la premire et qui, par leur
-possession, se serait assur la suprmatie sur tout le pays. Dans le
-mythe parallle d'Horus fils d'Isis, on ne trouve aucune donne sur ce
-sujet.
-
-La liste que donne Manthon des rois-dieux, s'arrte Horus fils
-d'Isis; il se borne ajouter que la dynastie continua jusqu' Bidis,
-personnage qui nous est entirement inconnu, pendant une somme totale de
-13.900 ans. Le papyrus de Turin tait plus explicite, il indiquait pour
-chaque roi les annes de son rgne, et nous pouvons encore reconnatre,
-sur les fragments conservs, que Set occupa le trne pendant 200 ans, et
-Horus pendant 300 ans; puis venait Thot, qui rgna 3.126 ans, et auquel
-succdait la desse Mat, puis un nouvel Horus, dont la fin du nom est
-perdue. Avec Thot, le dieu des sciences et des lettres, on ne sort pas
-du mythe osirien, puisque nous le connaissons comme un des plus fermes
-soutiens d'Osiris lui-mme pendant son rgne, comme son assesseur au
-tribunal des enfers et comme l'arbitre entre Horus et Set, la fin de
-la lutte. Ce rgne de Thot n'a laiss aucune trace, mais il est
-prsumer, tant donn le caractre mme de ce dieu, qu'il eut
-continuer l'oeuvre de civilisation et surtout d'organisation et
-d'administration commence par Osiris, interrompue par Set et rtablie
-par Horus. Le nom seul de Mat, desse de la justice, pardre de Thot,
-qui lui succde en qualit de roi d'Egypte, montre clairement qu'il
-s'agissait toujours de cette oeuvre de perfectionnement, moral autant
-que matriel, de l'humanit.
-
-
-B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MANES
-
-Aprs cette priode divine, qui est celle de la constitution du pays, il
-en vient une autre qui parat n'avoir pas t moins longue, mais qui a
-un caractre diffrent: ici on ne trouve plus une srie bien nette de
-rois-dieux ayant chacun sa personnalit marque, mais des groupes
-d'tres dont le rle nous chappe aussi bien que le nom, et dont les
-Egyptiens eux-mmes n'avaient gard qu'un souvenir vague, des demi-dieux
-d'abord, puis de simples hommes, qui peuvent se rpartir en cinq
-dynasties, au dire de Manthon; les fragments de Turin confirment en une
-certaine mesure son tmoignage.
-
-La premire de ces dynasties mythiques, qui suivit immdiatement celle
-des dieux, se composait de demi-dieux qui rgnrent 1.255 ans en tout;
-les Egyptiens avaient conserv de ces souverains une liste qui tait
-inscrite au papyrus de Turin, mais qui, part un ou deux signes, a
-disparu entirement aujourd'hui; cette liste devait se trouver aussi
-dans le livre original de Manthon, mais les copistes ne nous l'ont pas
-transmise de faon trs claire; les _Excerpta Barbari_ en ont conserv
-le premier nom, celui d'Anubis, et par l nous voyons que cette dynastie
-de demi-dieux se rattachait directement au cycle osirien, Anubis tant
-un fils d'Osiris et de Nephthys, son autre soeur, bien que celle-ci ft
-en ralit la femme de Set.
-
-La liste de neuf dieux, telle que nous la trouvons dans la copie de
-Georges le Syncelle, parat trs corrompue, et elle contient des
-rptitions de noms de divinits figurant dj dans la premire dynastie
-et qui sont extrmement douteux: on peut reconnatre en effet, travers
-les formes grecques de ces noms, Horus fils d'Isis, Anhour, Anubis,
-Khonsou, Horus d'Edfou, Ammon, Thot, Shou et Ammon-R, ce dernier
-revenant donc deux fois dans la mme srie. Ce chiffre de neuf dieux
-nous montre tout au moins que cette dynastie formait, comme la premire,
-une ennade, calque sans doute sur la deuxime ennade des dieux
-hliopolitains, que nous connaissons trs peu.
-
-Ici je crois devoir intervertir l'ordre donn par Manthon d'aprs la
-copie d'Eusbe, qui place, aprs trois dynasties de rois-hommes, un
-groupe de mnes et de demi-dieux ayant rgn ensemble pendant 5.813 ans;
-outre qu'il serait peu naturel de voir des tres divins ou tout au moins
-semi-divins succder des hommes, nous voyons trs clairement dans les
-fragments de Turin que ce sont ces derniers qui prcdrent
-immdiatement Mns. La place normale de ces mnes semble donc tre
-aprs la premire dynastie des demi-dieux. On a reconnu dans ces
-_Nekyes_ ou mnes les _Khouou_ des textes religieux gyptiens, divinits
-secondaires qui constituent la troisime ennade hliopolitaine, d'abord
-les quatre gnies funraires, les Enfants d'Horus, Amset, Hapi,
-Douamoutef et Kebhsenouf, puis un autre Horus, Khent-Khiti, et ses
-quatre fils.
-
-Aprs les dynasties divines et semi-divines, calques sur le modle des
-trois cycles de dieux hliopolitains, et qui servent en quelque sorte de
-cadre aux souvenirs relatifs ces poques trs anciennes, Manthon en
-numre trois autres qui sont composes de rois d'une essence plus
-rapproche de la ntre, et considrs sans doute comme de simples
-hommes: d'abord ce sont des rois dont il n'indique ni l'origine ni le
-nombre et qui rgnrent en tout 1.817 ans, puis trente rois memphites,
-pendant 1.790 ans et enfin dix rois thinites, dont les rgnes successifs
-durrent 350 ans. Au papyrus de Turin, la division de cette priode
-tait un peu diffrente, et dans le fragment qui s'y rapporte, on peut
-reconnatre qu'il avait parl de six dynasties au moins; les noms des
-rois n'taient pas donns, mais seulement la mention qu'ils s'taient
-succd de pre en fils et que parmi eux se trouvaient sept femmes ayant
-rgn; les chiffres, donnant la somme des annes de chaque dynastie,
-sont trop mutils pour que nous puissions en tenir compte.
-
-
-C. LA CHRONIQUE LGENDAIRE
-
-En rsum, toute cette priode fabuleuse se divisait en plusieurs
-poques, celle des dieux cosmogoniques et organisateurs de l'humanit,
-celle des demi-dieux dont le rle trs effac a plutt un caractre
-transitoire, et enfin celle des hommes-rois; pour les Egyptiens
-eux-mmes, les souverains partir de la IIme dynastie, donc les
-demi-dieux, les mnes et les hommes formaient un seul grand groupe,
-celui des _Shesou-Hor_, ou suivants d'Horus, auxquels Manthon attribue
-une dure totale de rgne de 11.000 ans, tandis que les dieux eux-mmes
-auraient occup le trne pendant 13.900 ans. Cela donnerait pour tous
-les rois antrieurs Mns une somme de 24.900 ans, chiffre qui
-paraissait trs exagr Eusbe, aussi prfrait-il adopter
-l'explication de Panodore, que ces annes n'taient autres que des
-annes lunaires de 30 jours, des mois, ce qui rduisait donc la dure
-des rois mythiques 2.206 ans. Cette interprtation fantaisiste est du
-reste dnue de tout fondement, et l'on voit qu'au papyrus de Turin il
-s'agit bien d'annes ordinaires, d'annes solaires; si les chiffres ne
-sont pas ici exactement les mmes que ceux de Manthon, ils leur
-correspondent dans les grandes lignes. La somme totale des rgnes est en
-effet ici de 23.200 ans au lieu de 24.900, et sur des chiffres pareils
-l'cart n'est pas trs considrable; pour la priode des Shesou-Hor, le
-papyrus compte 13.420 ans, chiffre quivalant peu prs celui que
-donne Manthon pour les dieux, et il est possible qu'il y ait eu une
-interversion dans un des documents qu'il avait entre les mains. La
-question a du reste peu d'importance pour nous, puisqu'il s'agit de
-chiffres absolument fantaisistes.
-
-Les Egyptiens avaient donc au sujet de leurs origines une tradition qui
-nous parat simple et pleine de renseignements prcis, si nous la
-comparons celles des autres peuples, souvent remplie de dtails
-charmants et inutiles, de digressions qui nuisent la clart de
-l'ensemble, et font perdre facilement le fil conducteur. Ici c'est une
-lgende pour ainsi dire quintessencie, prenant le monde ses dbuts,
-l'humanit sa cration mme, la suivant travers les grandes
-commotions gologiques qui bouleversrent la valle du Nil avant le
-dbut de l'histoire. Nous pouvons, en coordonnant ces traditions, suivre
-les progrs, le travail lent, mais sr, de la civilisation que les
-ractions brutales ne peuvent anantir. Au commencement, ce sont les
-dieux qui dirigent le mouvement progressif de l'humanit qu'ils ont
-eux-mmes mis en branle, puis peu peu ils s'effacent, passant la main
- des tres moins sublimes, moins loigns par leur nature mme de la
-race qu'ils ont gouverner, et enfin de vrais hommes, arrachs
-dfinitivement la sauvagerie primitive et capables en une certaine
-mesure, aprs des milliers d'annes d'efforts, de s'affranchir de la
-tutelle directe des dieux. Ces dbuts des hommes furent obscurs et sans
-doute difficiles, et il fallut encore de longs sicles avant que l'un
-d'entre eux pt saisir d'une main ferme les rnes du pouvoir et donner
-l'Egypte cette puissante organisation qui devait durer plus longtemps
-que celle d'aucun autre pays. Les rois locaux antrieurs Mns n'ont
-pas laiss de traces dans l'histoire, mais il est possible qu'un certain
-nombre de leurs noms aient t conservs: en effet, au premier registre
-de la pierre de Palerme, on voit reprsents toute une srie de
-personnages portant la couronne rouge, l'insigne des rois de la Basse
-Egypte, au-dessus desquels sont gravs quelques signes qui peuvent fort
-bien tre des noms, mais des noms bizarres qui ne ressemblent gure aux
-noms gyptiens ordinaires. Seka, Khaaou, Taou, Tesh, Neheb, Ouazand,
-Mekha. Ce serait le seul document prcis relatif la fin de la priode
-lgendaire, ces rois memphites dont parle Manthon. Quant aux rois de
-la Haute Egypte, leurs comptiteurs, peut-tre devons-nous en
-reconnatre quelques-uns parmi les monuments d'Abydos qu'on attribue
-gnralement la Ire dynastie: il s'y trouve en effet quelques noms de
-rois difficiles lire et identifier et qui peuvent appartenir
-certains des prdcesseurs immdiats de Mns.
-
-[Illustration: _Fig. 13._ Les enfants d'Horus (d'aprs BUDGE. _Pap. of
-Ani_, pl. VIII).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 14._ Poignard en silex (d'aprs J. de MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _174_).]
-
-
-
-
-CHAPITRE III
-
-L'GYPTE ARCHAQUE
-
-
-Les grands travaux excuts dans la valle du Nil au cours du sicle
-dernier avaient amen la dcouverte d'un tel nombre de monuments datant
-des poques historiques, difices, sculptures, peintures, objets d'art,
-inscriptions, instruments de toute sorte, que l'attention des
-gyptologues devait ncessairement se concentrer sur ces restes
-pharaoniques et ne pas aller chercher plus loin des documents dont,
-malgr leur abondance considrable, on connaissait peine l'existence
-et dont surtout on ne pouvait encore souponner la valeur. On se
-contentait de relever les grands monuments apparents, temples ou
-tombeaux, de fouiller des ncropoles riches et le plus souvent bien
-connues, on ne se livrait pas encore une exploration mthodique du
-pays et l'on n'accordait aucune attention des objets sans grande
-apparence, les silex taills, que dans d'autres contres on recueille
-avec tant de soin et qu'ici on ne se donnait mme pas la peine de
-ramasser. Il est vrai cependant que des archologues, comme Arcelin et
-le Dr Hamy, au cours d'un voyage dans la valle du Nil, en avaient runi
-un certain nombre et avaient cru pouvoir parler du prhistorique
-gyptien et d'un ge de la pierre, d'aprs ces documents qui taient du
-reste trop insuffisants pour qu'on pt en tirer des conclusions
-srieuses; les gyptologues n'eurent donc pas de peine leur prouver de
-la faon la plus premptoire que ces instruments n'avaient rien de
-prhistorique: n'avait-on pas, en effet, trouv des silex taills dans
-des tombes de la XIIme dynastie?
-
-La question semblait donc juge et, si invraisemblable que cela paraisse
-maintenant, on croyait qu'il n'existait en Egypte aucun monument, aucun
-objet datant d'une poque antrieure celle du fabuleux Mns: les deux
-premires dynasties humaines n'ayant laiss aucune trace autrement que
-dans la tradition, plus forte raison la priode qui les prcdait
-devait-elle rester jamais inconnue. On devait cependant admettre que
-dans un pays o tout se conserve, comme l'Egypte, il et t naturel
-qu'on retrouvt quelque chose au moins des dbuts d'une civilisation
-aussi originale, et on en tait venu, pour expliquer en une certaine
-mesure cette lacune apparente, mettre l'hypothse que les anctres
-directs des Egyptiens avaient pu se dvelopper ailleurs, dans le
-Bahr-bela-m, par exemple, le fleuve sans eau, une valle du dsert
-libyque, ou bien dans le pays des Somlis ou plus loin encore. Par
-consquent, et malgr les affirmations catgoriques des Egyptiens
-d'poque historique, la civilisation gyptienne ne pouvait tre
-autochtone: une lacune insondable devait prcder l'histoire, il ne
-pouvait tre question de palolithique ni de nolithique, l'Egypte
-n'avait jamais connu l'ge de la pierre, et tout au plus pouvait-on
-considrer les premires dynasties comme appartenant la priode du
-bronze.
-
-On en tait l quand, vers 1896, cette thorie simpliste reut de
-plusieurs cts la fois un choc qui devait non seulement l'branler,
-mais l'enterrer tout jamais. A ce moment, des fouilles entreprises
-dans des endroits encore inexplors vinrent rvler MM. Petrie et
-Amlineau l'existence de civilisations trs diffrentes de celles qu'on
-connaissait, tandis que les recherches plus mthodiques de M. de Morgan
-l'amenaient la certitude qu'il s'agissait l d'une rvlation
-inattendue, celle du prhistorique gyptien auquel personne ne voulait
-croire. Du mme coup l'on voyait rapparatre les premiers habitants du
-pays avec leurs armes de silex, leur cramique trs particulire, leurs
-tombeaux et mme leurs villages, et les rois des deux dynasties encore
-inconnues, avec le mtal et les premiers monuments de l'criture
-hiroglyphique. Les preuves taient si videntes qu'en peu de temps tous
-les gyptologues se rallirent aux nouvelles thories tablies par M. de
-Morgan, les confirmrent et les compltrent par d'autres recherches, si
-bien que maintenant on peut se rendre compte de faon peu prs
-certaine de ce qu'taient les plus anciens occupants de la valle du
-Nil.
-
-
-L'poque prhistorique ne se prsente pas en Egypte, comme dans nos pays
-europens, avec des divisions nettement marques qui sont caractrises
-par les procds employs dans la fabrication des armes et des outils et
-par la forme mme de ces derniers. A peine peut-on faire un groupe
-distinct pour les instruments les plus anciens et les plus
-rudimentaires, qui correspondent peu prs comme type et comme taille
- notre Chellen, mais partir de cette poque trs recule, tous les
-silex prsentent peu de chose prs le mme caractre: si nous les
-comparons aux silex europens, ils pourraient se ranger aussi bien dans
-les sries palolithiques que dans le nolithique. Les noms de
-Moustrien, Solutren, Magdalnien, qui s'appliquent chez nous des
-priodes bien dfinies, trs diffrentes les unes des autres, ne
-correspondent rien en Egypte, et leur emploi n'aurait aucune raison
-d'tre pour tout ce qui concerne les origines de ce pays.
-
-Si donc nous mettons part une premire priode, celle du palolithique
-proprement dit, une civilisation qui a d tre interrompue brusquement
-par un cataclysme quelconque, nous trouvons ensuite des sries de
-monuments prhistoriques qui, malgr leur grande varit, prsentent une
-parfaite homognit. Les seules diffrences que nous pouvons remarquer
-dans la fabrication des outils de pierre sont de nature purement locale,
-ainsi les silex du Fayoum ne sont pas les mmes que ceux de Negadah, pas
-plus que ceux d'Hlouan ne ressemblent ceux d'Abydos ou d'autres
-endroits, mais il n'y a pas lieu de tirer de ce fait des conclusions au
-point de vue chronologique, car rien ne peut faire croire que les uns
-soient antrieurs aux autres. Les ateliers employaient des procds
-lgrement diffrents, et surtout des modles qui variaient d'un endroit
- l'autre; les uns, dans les lieux o les habitants se livraient
-principalement la chasse ou la pche, faisaient surtout des armes,
-couteaux, pointes de lances, de javelots ou de flches, tandis que les
-autres, dans les centres agricoles, fabriquaient plutt des outils, mais
-ces diffrences sont de nature gographique et non historique, et on ne
-peut en tenir compte pour scinder la priode quaternaire en un plus ou
-moins grand nombre d'poques distinctes.
-
-L'volution de la cramique, chez les peuples primitifs, suit toujours
-une marche parallle celle des instruments de pierre, et l'on peut,
-par ce moyen, contrler les conclusions fournies au point de vue
-historique par l'tude de la forme et des procds de fabrication des
-silex. Il en est de mme en Egypte, c'est--dire que dans le domaine de
-la cramique archaque, on remarque bien un dveloppement, un progrs,
-mais cette transformation est lente, graduelle, sans secousses. Les
-anciens modles cdent la place de nouveaux, mais pas de faon
-brusque; ils coexistent pendant longtemps et se retrouvent les uns
-ct des autres dans les mmes tombes. On peut arriver constater que
-tel type est plus ancien que tel autre, on ne peut dire qu'il
-caractrise une poque ou une phase de la civilisation prhistorique. La
-cramique gyptienne est du reste tout fait spciale et trs
-diffrente de toutes celles qu'on rencontre en Europe aux poques
-primitives, aussi n'y retrouve-t-on aucun des caractres spcifiques qui
-permettent aux prhistoriens de classer ces dernires: les potiers
-gyptiens avaient pouss cet art un haut degr de perfection ds les
-plus anciens temps, et nous leur devons des sries trs varies, tant au
-point de vue de la technique que de la forme et de la dcoration.
-
-La cramique, qui est un des lments les plus importants pour la
-classification des restes prhistoriques, ne donne donc lieu ici aucun
-rapprochement, et nous devons nous en tenir aux donnes que nous
-fournissent les armes et les outils de pierre; or nous avons vu que tous
-ces objets sont en pierre taille et qu'ils se rattachent, pour les
-formes comme pour les procds de taille nos instruments
-palolithiques et nolithiques en silex, tout spcialement aux types du
-Solutren et du Moustrien. Ce qui caractrise chez nous la priode
-nolithique, l'ge de la pierre polie, manque absolument en Egypte: on
-a rcolt dans ce pays, pendant ces dernires annes, des centaines de
-mille et peut-tre des millions de silex, et dans cette masse norme on
-aurait peine trouver cent haches polies, ou autres outils pouvant
-rentrer dans la mme catgorie. Nous ne constatons cependant aucune
-solution de continuit entre la priode dite prhistorique et celle des
-dbuts de l'histoire, aussi pouvons-nous dire avec certitude que non
-seulement il n'y a pas de divisions spciales tablir dans l'poque
-palolithique, mais qu'il n'y a mme pas lieu de distinguer celle-ci de
-l'ge nolithique. Si donc nous devions conserver ces deux noms qui ont
-une certaine valeur pratique pour la classification, il faudrait leur
-donner, pour tout ce qui concerne l'Egypte, un sens un peu diffrent de
-celui qu'ils ont pour l'Europe, rserver le mot palolithique aux objets
-les plus anciens, ceux qui pour la forme et la facture se rapprochent
-du chellen, et ranger tout le reste dans l'ge nolithique ou mme
-plutt nolithique qui prcde immdiatement l'ge historique.
-
-Dans nos pays septentrionaux, o le dveloppement des peuples suivit une
-marche toute diffrente, on range encore dans le prhistorique la
-priode des mtaux et l'on fait succder l'ge du cuivre, l'ge du
-bronze, puis l'ge du fer, celui de la pierre. Ici il n'y a aucune
-distinction semblable tablir puisque les dynasties thinites suivent
-immdiatement l'ge de la pierre, sans aucune transition apparente: les
-Egyptiens prdynastiques sont dj en possession des mtaux, ou tout au
-moins du cuivre qu'ils emploient presque sans alliage et qu'ils arrivent
-peu peu travailler avec la plus grande habilet, en mme temps
-qu'ils poussent l'industrie du silex un degr de perfection qui ne fut
-atteint en aucun endroit du monde. C'est donc au cours de l'poque
-prcdant immdiatement l'histoire que les Egyptiens apprirent
-connatre le cuivre, dont l'usage ne remplaa que trs lentement celui
-de la pierre taille; c'est aussi tout fait graduellement que les
-mtallurgistes arrivrent doser les alliages grce auxquels ils
-devaient obtenir le bronze, trs suprieur au cuivre pur. Quant au fer,
-nous n'avons aucun document qui nous permette de fixer l'poque
-laquelle il fut introduit dans la valle du Nil. Il n'y a donc en Egypte
-ni ge du cuivre, ni ge du bronze, ni ge du fer, proprement parler:
-la premire de ces trois divisions se confond avec la priode
-prdynastique, et les deux autres, qui ne sont pas nettement
-caractrises, appartiennent l'poque historique.
-
-Mns, le fondateur de la monarchie pharaonique, symbolise pour nous le
-dbut d'une civilisation nouvelle, l'organisation dfinitive du pays, et
-les premiers documents crits qui paraissent ce moment-l, montrent
-bien qu'une re nouvelle commence. La transformation ne s'opra
-cependant pas d'une faon subite dans tous les domaines, elle se fit
-graduellement, lentement, comme dans les priodes prcdentes, car
-l'Egypte a toujours t et sera sans doute toujours le pays le moins
-rvolutionnaire qu'il y ait au monde. Dans la vie civile surtout, que
-nous connaissons fort bien, puisque une grande quantit d'objets de
-toute sorte nous sont parvenus, le progrs est presque insensible, la
-cramique est peu prs la mme qu'auparavant, peine un peu dtrne
-par l'usage toujours plus rpandu des vases de pierre, et l'on devait
-continuer pendant de longs sicles encore fabriquer des armes et des
-outils en silex, bien qu'on connt dj fort bien les instruments de
-mtal, dont la supriorit tait vidente. Enfin, si les rois et les
-grands personnages commencent se faire construire des tombeaux
-monumentaux et adoptent des coutumes funraires plus compliques, les
-populations rurales continuent creuser la limite des sables du
-dsert de petites fosses pour leurs morts, qu'ils ensevelissent
-accroupis et couchs sur le ct, ou dmembrs compltement, avec le
-mme mobilier funraire que par le pass.
-
-J'ai employ jusqu'ici, pour dsigner les ges primitifs de l'Egypte, le
-mot de prhistorique, mais, en ce qui concerne ce pays, ce mot a une
-signification trop prcise et indique une scission trop nette avec le
-temps o commence l'histoire proprement dite; or, comme nous l'avons vu,
-cette scission n'existe pas en Egypte. Le terme d'ge de pierre ne
-convient pas non plus, puisque l'emploi des instruments de silex est
-encore constant sous les premires dynasties et se perptue jusqu'au
-Moyen Empire. J'adopterai donc dornavant un terme plus lastique et
-dont le sens est nanmoins trs clair, celui de _priode archaque_,
-qu'on emploie maintenant de prfrence, et je diviserai cette priode en
-deux groupes comprenant, l'un, les ges les plus anciens, l'_olithique_
-et le _palolithique_, l'autre, l'poque beaucoup plus connue, prcdant
-immdiatement les dynasties, et qu'on peut appeler _prdynastique_.
-
-
-_I. PALOLITHIQUE_
-
-Les vestiges des tout premiers habitants de l'Egypte sont rares et
-incertains. La tendance actuelle est de rechercher partout la trace de
-l'homme tertiaire; dfaut de preuves absolument convaincantes de son
-existence, comme le serait la dcouverte d'un squelette dans une couche
-gologique appartenant cette priode, on voudrait retrouver des
-indices de son activit sur la terre, aussi a-t-on cr la classe des
-_olithes_, les instruments de l'homme antrieur l'ge palolithique.
-Ces olithes sont de simples galets de silex ou des clats accidentels
-sur lesquels on remarque ou croit remarquer des traces d'usage, et qui
-auraient t les premiers instruments de l'homme alors qu'il ne savait
-pas encore tailler la pierre et devait se contenter des clats naturels,
-plus ou moins appropris ses besoins, qu'il trouvait sur le sol. Ce
-n'est pas ici le lieu de discuter cette thorie toute gnrale, qui est
-encore trs sujette controverse; nous nous bornerons constater
-qu'elle a aussi t applique l'Egypte et qu'on a recueilli dans ce
-pays un certain nombre d'chantillons de ces olithes qui ont videmment
-pu tre employs par des hommes encore l'tat de sauvagerie, comme
-marteaux, grattoirs ou couteaux, bien que rien ne le prouve de faon
-absolue.
-
-[Illustration: _Fig. 15-18._ Instruments palolithiques (d'aprs J. de
-MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _17_, _24_,
-_20_, _31_).]
-
-Les silex taills du type chellen se retrouvent non seulement en
-Europe, mais un peu partout, en Palestine, aux Indes, chez les Touaregs;
-on en rencontre aussi en Egypte, sinon en grande abondance, du moins
-assez frquemment. L'objet le plus caractristique de cette poque est,
-ici comme dans les autres gisements, le coup-de-poing, un grand galet de
-silex amygdalode, sur lequel on a enlev par percussion de gros clats,
-de manire qu'une des extrmits forme une pointe plus ou moins
-prononce, tandis que l'autre reste arrondie et paisse, et sert de
-poigne. A ct de cet instrument qui en mme temps est une arme
-dangereuse, on trouve encore des outils plus petits, ayant pu servir de
-hachettes ou de racloirs; et surtout des pointes ou poinons, parfois
-trs aigus, du mme travail un peu rudimentaire, sans retouches fines.
-
-Ces silex se trouvent soit la surface du sol, sur les plateaux
-couronnant les premiers contreforts du dsert et au sommet des petits
-monticules qui sont situs un peu au-dessous, soit dans les alluvions
-entranes par les pluies jusque dans la valle, trs rarement dans la
-zone sablonneuse qui spare les terres cultivables de la montagne. On en
-a dcouvert depuis les environs de la 1re cataracte jusque prs du
-Caire, ainsi que sur les routes qui conduisent travers le dsert vers
-les oasis, et enfin, ce qui est plus important au point de vue de la
-date, dans les alluvions trs anciennes, contemporaines du commencement
-de l'poque quaternaire, qui est en effet le moment o l'on place l'ge
-chellen. D'aprs la position o ont t trouvs ces silex, on pourrait
-conclure que les Egyptiens primitifs habitaient de prfrence, non pas
-dans la valle mme, mais sur les monticules avoisinants et sur la crte
-des montagnes peu leves qui bordent le dsert. Nulle part on ne voit
-de traces d'habitations construites; ils devaient donc vivre soit en
-plein air, soit sous de lgers abris en branchages. C'est sur ces
-plateaux, o les indignes trouvaient en abondance les rognons de silex
-qui servaient la fabrication de leurs outils, qu'ils tablissaient
-leurs ateliers de taille: ainsi le plateau qui spare la Valle des Rois
-du cirque de Deir-el-Bahari, en face de Louxor, o l'on trouve encore en
-quantit des clats n'ayant sans doute jamais servi et qui doivent tre
-considrs comme des dchets de fabrication. La ralit est sans doute
-un peu diffrente, et si nous ne sommes pas mieux renseigns sur cette
-population primitive, sur son habitat et ses coutumes funraires, c'est
-pour la raison qu'elle est antrieure un de ces bouleversements
-gologiques qui dvastrent et dpeuplrent une partie du monde et qui
-sont rests clbres dans la tradition sous le nom de Dluge. L'Egypte
-en particulier fut atteinte, la valle fut entirement submerge pendant
-une priode dont nous ne pouvons valuer la dure et toute trace
-d'occupation humaine fut efface; les hauts plateaux striles et le
-dsert mergeaient encore, mais nous ne savons si quelques restes de la
-population purent s'y maintenir pour former le noyau de la race
-gyptienne prdynastique, ou si celle-ci vint d'ailleurs quand la rgion
-redevint habitable.
-
-
-_II. PRDYNASTIQUE_
-
-A. MONUMENTS
-
-Autant cette premire priode est encore obscure, autant les documents
-abondent pour celle qui la suit, et qui, prcdant immdiatement
-l'poque historique, est souvent dsigne par le nom de _prdynastique_.
-Ces documents peuvent se classer en trois catgories, dont les donnes
-combines nous fournissent des renseignements d'ensemble et mme de
-dtail sur l'tat de la valle du Nil avant les Pharaons. Ce sont
-d'abord les objets pars la surface du sol, les silex, puis les
-vestiges des tablissements humains, monticules de dbris o l'on
-reconnat la trace des villages primitifs, et enfin les tombeaux qui
-nous donnent, en plus des renseignements anthropologiques, des lots trs
-considrables de cramique, l'lment le plus important pour la
-classification gnrale. Nous prendrons l'un aprs l'autre chacun de ces
-points avant d'aborder l'ethnographie proprement dite, l'tude de la
-race prdynastique et de sa civilisation.
-
-[Illustrations: _Fig. 19-21._ Haches et herminettes en silex (d'aprs J.
-de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _91_,
-_60_, _73_).]
-
-
-_Silex_
-
-Les couches sdimentaires qui bordent la valle du Nil sont extrmement
-riches en rognons de silex, qui atteignent parfois de trs grandes
-dimensions; sur les plateaux, le sol est couvert de galets de silex,
-d'agate et de cornaline. Naturellement la qualit de la pierre varie
-suivant les endroits, mais partout elle se prte la taille et les
-premiers habitants du pays avaient sous la main, d'un bout l'autre du
-pays, la matire premire de laquelle ils pouvaient tirer leurs armes et
-leurs outils. C'est vers le nord de l'Egypte, au Fayoum en particulier,
-que le silex est le moins abondant, mais les cailloux du diluvium
-peuvent le remplacer, et les indignes en ont tir un trs bon parti.
-
-[Illustrations: _Fig. 22-25._ Couteaux et grattoirs en silex (d'aprs J.
-de MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _106_,
-_123_, _98_, _153_).]
-
-Quelle que soit la matire employe, qu'il s'agisse du beau silex blond
-translucide d'Abydos, du silex brun de Louxor ou du grossier galet du
-Fayoum, le procd de taille est toujours le mme, et ne diffre pas de
-celui qui a t en usage dans le monde entier. Le _nucleus_, ou noyau
-prpar pour l'enlvement des clats, s'obtenait d'une faon trs
-simple: on brisait une partie d'un rognon de silex ou d'un galet, de
-manire dterminer une surface unie servant de plan de frappe, puis on
-enlevait des clats normalement cette surface, en se servant d'un
-percuteur, boule de pierre dure employe comme marteau; les premiers
-clats, portant une partie de la gangue, taient mis au rebut, et les
-suivants employs pour divers usages selon leur forme et leur dimension;
-ceux qui taient longs et minces devenaient des couteaux, ceux qui
-taient pais et larges, des haches ou des herminettes, les petits
-donnaient des ciseaux, des poinons, des pointes de flches; tous
-devaient subir de longues et soigneuses retouches. On travaillait ces
-clats soit par percussion, soit par pression le long des artes au
-moyen d'un autre silex, et les Egyptiens taient arrivs trs loin dans
-cet art et modelaient pour ainsi dire leurs silex au moyen de ces
-petites retouches, de manire leur donner exactement la forme voulue.
-A ct de ces instruments, certains clats, trs minces et naturellement
-tranchants, pouvaient tre utiliss, presque sans retouches, comme
-outils, grattoirs ou couteaux.
-
-[Illustrations: _Fig. 26-29._ Pointes de flches en silex (d'ap. J. de
-MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _176_, _190_,
-_181_, _185_).]
-
-On trouve de tout cela dans les gisements de silex gyptiens, sur la
-bande sablonneuse qui s'tend d'un bout l'autre du pays, entre les
-terres arroses et cultives et les premiers contreforts de la montagne:
-d'abord les percuteurs, boules qui ont en gnral la grosseur d'une
-pomme et qui portent des traces trs videntes d'usage, puis les nuclei
- tous les tats, depuis celui qui a t mis au rebut aprs qu'on en eut
-dtach quelques clats seulement, jusqu' celui qui, compltement
-puis, n'est plus qu'un petit noyau conique facettes; ensuite les
-clats eux-mmes, les uns, informes ou mal venus, rejets comme
-inutilisables, les autres, trs tranchants et sans retouches ou
-retravaills seulement une extrmit; enfin les outils briss au cours
-de la fabrication par suite d'un accident, et ceux qui portent la trace
-d'un long emploi ou qui, trs uss, ont t retaills pour pouvoir tre
-employs de nouveau.
-
-Chaque localit, chaque gisement a pour ainsi dire son propre type, ou
-ses types de silex taills, et l'on ne peut en tirer des conclusions au
-point de vue de la classification chronologique; il est possible,
-probable mme, que dans beaucoup de ces endroits, la fabrication se soit
-continue sans grande modification, pendant des sicles ou des milliers
-d'annes, comprenant non seulement toute la priode archaque, mais
-empitant aussi sur les poques historiques. Nous aurons l'occasion de
-revenir plus loin sur les diffrents modles d'outils et d'armes, sur
-leurs formes et leur emploi.
-
-
-_Villages_
-
-Dans les mmes rgions, en bordure de la valle, la lisire du dsert,
-on remarque en certains endroits de lgres surlvations qui se
-distinguent peine du sable environnant par une teinte un peu plus
-fonce. Quelques coups de pioche suffisent pour constater qu'il y a l
-quelque chose de tout fait analogue ce que dans nos stations
-prhistoriques europennes, celles du Danemark en particulier, on
-appelle des _Kjoekkenmoeddings_, ou dbris de cuisine; ce sont en
-effet des vestiges d'tablissements humains, datant d'une poque o les
-populations taient dj plus ou moins sdentaires, mais o elles ne
-savaient pas encore construire de vraies maisons: ces restes sont
-beaucoup trop importants pour tre ceux de simples campements
-provisoires et passagers, et contiennent des quantits de dtritus qui
-ont d mettre fort longtemps s'amonceler. D'un autre ct on ne
-rencontre pas dans ces monticules de dcombres la moindre trace de mur,
-ni en pierre, ni en briques crues, ni mme en terre pile: les
-constructions devaient donc tre trs lgres, en bois ou mme en
-branchages, de simples huttes du modle le plus primitif, suffisantes du
-reste dans un climat aussi chaud.
-
-Ces amas de dtritus ne renferment gure d'objets en bon tat, part
-quelques outils de silex, mais ils nous livrent des renseignements trs
-importants sur la vie mme de ces peuplades de l'Egypte prdynastique;
-os d'animaux d'aprs lesquels on peut, en partie, reconstituer la faune
-de l'Egypte cette poque, excrments de bestiaux montrant qu'on
-s'occupait d'levage, traces de crales grce auxquelles nous apprenons
-qu'on connaissait dj l'agriculture. Ces documents qui ont si peu
-d'apparence et paraissent ngligeables sont donc extrmement prcieux,
-puisqu'ils font connatre les occupations ordinaires, la nourriture, la
-vie prive des premiers Egyptiens.
-
-
-_Tombeaux_
-
-Si nous ne connaissons qu'un petit nombre de ces restes de villages,
-dont la plupart ont d entirement disparatre ou bien sont trop peu
-apparents pour qu'on puisse les distinguer, nous avons en revanche une
-quantit considrable de spultures appartenant la mme poque. Ces
-tombes ne sont jamais isoles, mais forment des ncropoles plus ou moins
-vastes, situes elles aussi au bord du dsert, prs des terrains
-cultivs, donc proximit immdiate des habitations des vivants: en
-effet, chaque fois que nous reconnaissons l'emplacement d'un
-kjoekkenmoedding, nous sommes srs de trouver peu de distance,
-quelques centaines de mtres peine, un cimetire qui est
-vraisemblablement celui des habitants du village.
-
-[Illustration: _Fig. 30._ Tombeau prdynastique (d'aprs AYRTON.
-_El-Mahasna_, pl. VI, fig. _26_).]
-
-Ces ncropoles d'un type tout spcial ont trs longtemps pass
-inaperues et elles semblent en effet, au premier abord, fort difficiles
- reconnatre. C'est avec le jour frisant du soir ou du matin qu'on peut
-le mieux distinguer ces groupes de dpressions trs lgres, peine
-perceptibles en plein soleil, qui sont la surface plus ou moins
-ingale du terrain le seul indice extrieur des tombeaux archaques. Les
-spultures sont de simples fosses creuses dans les bancs de cailloux
-rouls qui s'tendent au pied de la montagne et qui forment un terrain
-suffisamment consistant pour qu'il ne ft pas ncessaire de soutenir,
-au moyen d'un mur ou d'un enduit, les bords de l'excavation: leur forme
-gnrale est irrgulire, peu prs ovale ou mme presque ronde, et
-leur profondeur d'un mtre deux au plus, tandis que l'ouverture
-dpasse peine un mtre cinquante dans sa plus grande dimension. A ct
-de celles-l il en existait de plus grandes, peu prs rectangulaires
-et atteignant jusqu' quatre mtres sur deux, sans que la profondeur en
-soit augmente. Aprs l'ensevelissement, les grandes comme les petites
-fosses taient simplement combles avec du sable et des galets et se
-confondaient avec le terrain environnant; il n'y a jamais la moindre
-superstructure, pas mme une pierre tombale.
-
-[Illustration: _Fig. 31._ Tombeau prdynastique (d'ap. J. de MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _464_).]
-
-Les dimensions des petites tombes, qui sont de beaucoup les plus
-nombreuses, ne permettaient pas d'y dposer le mort tendu tout de son
-long, comme on le fit plus tard pour les momies aux poques historiques;
-les coutumes funraires taient en effet trs diffrentes et nous
-pouvons distinguer deux stages, deux modes d'ensevelissement qui
-semblent correspondre deux priodes. Dans les plus anciennes
-spultures, le mort est couch sur le ct gauche, dans la position
-dite embryonnaire ou assise, c'est--dire avec les membres replis de
-manire que les mains se trouvent devant la figure, les genoux la
-hauteur de la poitrine et les pieds prs du bassin. Etant donne
-l'orientation des tombeaux, qui du reste n'est pas partout
-rigoureusement exacte, la tte est gnralement au sud la face tourne
-vers l'ouest.
-
-[Illustration: _Fig. 32._ Tombeau prdynastique (d'aprs J. de MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _468_).]
-
-Le deuxime mode d'inhumation, qui parat tre un peu plus rcent,
-quoique appartenant toujours la priode prdynastique, est beaucoup
-plus curieux: ici, et la chose a t constate dans de trs nombreuses
-tombes, le corps tait entirement dmembr avant d'tre dpos dans la
-fosse; les os ne sont ni casss ni coups, mais ils sont placs
-ple-mle, et souvent il en manque un certain nombre. Il ne s'agit pas
-d'un dpcement du mort au moment du dcs, ni de cannibalisme, comme on
-pourrait le croire, mais d'une coutume qui se retrouve ailleurs qu'en
-Egypte, dans tout le bassin de la Mditerrane, en Crte, dans les les
-de l'Archipel, au sud de l'Italie, celle de l'inhumation secondaire: on
-enterrait provisoirement le mort, puis au bout de deux ou trois ans,
-quand les chairs s'taient putrfies et dsagrges, on l'exhumait et
-on rassemblait les os pour les dposer dans le tombeau dfinitif. La
-transition entre ces deux coutumes funraires, qui paraissent si
-diffrentes, est marque par certaines tombes o le corps est repli et
-couch sur le ct, mais o la tte est spare du tronc et pose
-n'importe o, ct du bassin, par exemple. Les vertbres tant
-intactes, il ne peut tre question de dcapitation brutale, mais il
-s'agit sans doute simplement d'inhumations secondaires o l'on n'avait
-pas pratiqu la dsarticulation complte.
-
-Avant de les dposer dans le tombeau, on cousait les corps dans des
-peaux de gazelle ou bien on les enveloppait dans des nattes de jonc; sur
-quelques os, on a mme relev des traces de bitume, et nous pouvons sans
-doute reconnatre dans ce fait la premire tentative de momification.
-Dans les tombes inhumation secondaire, les cadavres dmembrs taient
-parfois enferms dans de trs grands vases larges du bas, avec une
-petite ouverture seulement la partie suprieure, ou dans de vraies
-cistes rectangulaires en argile crue. Ailleurs un vase d'une forme toute
-diffrente, sorte d'immense coupe trs profonde, est pos l'envers sur
-le corps repli et le recouvre compltement. Enfin, quelques-unes des
-grandes tombes renfermaient non pas un seul, mais deux et mme trois
-cadavres, simplement poss les uns sur les autres, et dans les
-spultures inhumation secondaire on rencontre quelquefois deux crnes
-et un nombre d'os trs insuffisant pour former deux corps, ou le
-contraire.
-
-Si, dans la plupart des ncropoles, les tombes corps repli sont
-nettement spares de celles corps dmembr, il en est d'autres o les
-divers types de spulture sont mlangs, aussi ne pouvons-nous savoir
-avec une certitude absolue si ces deux modes d'inhumation appartiennent
- deux races ou deux poques diffrentes. Il semble cependant que nous
-devions adopter la deuxime hypothse plutt que la premire, bien que
-les anthropologistes ne soient pas encore arrivs des rsultats trs
-concluants au sujet de la question des races. Les os sont presque
-toujours bien conservs, et on a recueilli une trs grande quantit de
-crnes en bon tat, dont beaucoup mme portent encore leurs cheveux, et
-qui peuvent tre l'objet de mensurations trs exactes, aussi
-pouvons-nous avoir l'espoir d'tre une fois au clair sur cette question
-si importante.
-
-
-_Mobilier funraire_
-
-Le mobilier funraire est plus ou moins riche suivant les tombes, et
-comporte des objets de plusieurs espces disposs au fond de la fosse,
-autour du mort. Le choix mme de ces objets montre clairement que ces
-Egyptiens d'avant l'histoire se faisaient dj des ides trs prcises
-sur la vie d'outre-tombe et croyaient la survivance, sinon de l'me,
-du moins de la personnalit des dfunts: pour leur assurer la
-subsistance matrielle, la nourriture, on mettait ct d'eux des vases
-contenant des vivres, des grains, des viandes, et sans doute aussi de
-l'eau ou d'autres liquides dont nous ne retrouvons naturellement plus
-trace; des armes leur permettaient de lutter contre les ennemis qu'ils
-pouvaient rencontrer dans l'autre monde, et des ornements de corps, de
-se parer comme ils le faisaient sur la terre.
-
-Les vivres que le mort emportait avec lui dans la tombe taient surtout
-des viandes, et spcialement des ttes et des gigots de gazelle, dont on
-retrouve frquemment les os ct du squelette du dfunt; les vgtaux
-sont moins bien conservs, mais on reconnat encore au fond des vases,
-et surtout des vases en terre grossire, des traces non quivoques de
-crales, d'orge en particulier. Ces renseignements ne font du reste que
-confirmer ceux que nous donnent les kjoekkenmoeddings.
-
-On ne trouve pas des armes dans tous les tombeaux, et dans ceux qui en
-contiennent, elles ne sont jamais qu'en petit nombre; gnralement mme
-il n'y en a qu'une seule, place porte de la main du mort, devant sa
-figure. Ces armes sont par contre d'une grande beaut et d'une excution
-trs suprieure celle des silex qu'on trouve la surface du sol: ce
-sont le plus souvent de longues lances droites finement retouches qui
-pouvaient servir de poignards, des couteaux lgrement recourbs, au
-tranchant trs affil, des pointes de lances ou de javelots double
-pointe et tranchant, ou de forme lancole, et parfois des pointes de
-flches. Les outils tels que racloirs, grattoirs, poinons, sont trs
-rares dans les tombes, mais, par contre, on trouve des instruments de
-pche, comme des harpons, et ce fait permet de supposer que les armes
-donnes au mort taient destines, non seulement le mettre mme de
-rduire par la force les ennemis qui pouvaient se trouver sur son
-chemin, mais surtout lui permettre de chasser et de pcher dans
-l'autre monde, tant pour assurer sa subsistance que comme dlassement.
-
-[Illustration: _Fig. 33._ Couteau en silex (d'aprs J. DE MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _128_).]
-
-Les objets d'ornement sont abondants, mais presque toujours trs
-simples, excuts de faon sommaire dans des matires qui n'ont rien de
-prcieux: ainsi les colliers plusieurs rangs qui tombaient sur la
-poitrine taient composs de perles irrgulires de forme et de
-grosseur. Ces perles, en terre cuite, en calcaire, en pierres dures,
-telles que la cornaline, l'agate, le silex, taient presque toujours
-travailles de faon grossire et malhabile; on en trouve aussi qui sont
-faites de morceaux de coquilles ou de petits oursins fossiles, percs
-d'un trou. Les bracelets sont plus soigns, ils sont soit en nacre, soit
-en ivoire, et on les obtenait en sciant la partie infrieure d'une dent
-d'lphant l'endroit o elle est creuse, ou le bas d'une grande
-coquille univalve de la famille des trochids; d'autres enfin sont en
-silex, vids avec une dextrit qui montre jusqu' quel point ces
-populations avaient pouss l'industrie de la pierre taille. Les femmes
-portaient des peignes hauts et troits en ivoire ou en os, dont la
-partie apparente, au-dessus de la chevelure, tait gnralement
-surmonte d'une figure ornementale. Enfin un certain nombre de
-pendeloques, perces d'un trou, galement en os ou en ivoire, parfois en
-pierre, servaient en mme temps d'ornements et d'amulettes.
-
-[Illustrations: _Fig. 34-36._--Plaques de schiste (d'aprs PETRIE.
-_Diospolis parva_, pl. XI et XII).]
-
-Dans beaucoup de spultures on voit ct de la tte du mort une plaque
-en schiste vert qui affecte les formes les plus diverses; les unes sont
-tailles en losange, en rectangle ou en carr, les autres dcoupes de
-manire imiter le profil d'un animal, hippopotame, tortue, poisson,
-oiseau. La signification de ces objets est encore trs incertaine, bien
-que d'habitude on les considre comme des palettes broyer le fard vert
-qu'hommes et femmes se mettaient autour des yeux, cause d'une petite
-dpression qui existe en effet sur certaines des plaques en losange et
-qui contient parfois des traces de couleur verte; la forme trange
-donne beaucoup de ces plaques, le fait qu'elles sont perces d'un
-trou de suspension, les dcorations animales graves la pointe, qui
-les ornent quelquefois, et surtout l'analogie avec les grandes plaques
-de schiste d'poque thinite, qui taient couvertes de sculptures et se
-trouvaient dposes dans les sanctuaires et non dans les tombes,
-m'engagent y voir des talismans ou des sortes de ftiches plutt que
-des objets usuels.
-
-C'est sans doute aussi titre de talisman qu'on dposait parfois dans
-les tombes des figurines d'hippopotame en argile: le monstre mis ainsi
-au service du mort pouvait lui rendre bien des services et le protger
-de bien des dangers.
-
-
-_Cramique_
-
-C'est galement des tombeaux que sont sorties ces sries
-extraordinairement compltes de vases qui nous permettent d'tablir une
-certaine classification dans la priode prdynastique, ou tout au moins
-de suivre en quelque mesure le dveloppement de la civilisation. Toute
-cette cramique, qui est particulire l'Egypte et qu'on ne peut
-comparer celle d'aucun autre pays, dnote, ds l'apparition des plus
-anciens exemplaires, une habilet remarquable et une longue pratique du
-mtier chez les potiers gyptiens: les vases sont absolument rguliers
-de forme et d'paisseur et il faut un examen minutieux pour arriver
-reconnatre qu'aucun n'a t fait au tour et que tous sont models la
-main.
-
-[Illustrations: _Fig. 37-41._ Vases rouges bord noir (d'aprs AYRTON.
-_El-Mahasna_, pl. XXVIII et XXX).]
-
-Le plus ancien type est celui de la poterie rouge bord noir, qui est
-extrmement frquent et comprend des vases de plusieurs formes: la coupe
-profonde, le gobelet, le vase ovode fond plat ou pointu, large
-ouverture. Ces vases sont faits en une sorte d'argile trs fine mlange
-de sable, enduits l'extrieur d'une lgre couche d'hmatite et
-lisss au polissoir, puis cuits dans un feu doux, poss l'ouverture en
-bas sur les cendres du fourneau; la cuisson faite de cette manire donne
-une pte lgre et friable; la couverte expose une chaleur plus forte
-prs de l'orifice se dsoxyde en cet endroit et devient d'un beau noir
-trs brillant, tandis que le reste du vase garde la teinte rouge fonc.
-
-[Illustrations: _Fig. 42-46._ Poterie rouge (d'aprs AYRTON.
-_El-Mahasna_, pl. XXXI et XXXII, et PETRIE. _Diospolis parva_, pl.
-XIV).]
-
-La poterie rouge uniforme est exactement semblable l'autre comme
-matire, mais le procd de cuisson, un peu diffrent, empche la
-formation du bord noir; tout le vase reste alors extrieurement d'une
-couleur absolument rgulire, d'un beau rouge lustr. Ce type de poterie
-qui est, peu de chose prs, contemporain du type rouge bords noirs,
-prsente des formes un peu diffrentes: ct de l'cuelle creuse et du
-vase ovode, on trouve la bouteille ventrue fond plat et col troit
-et le petit vase globulaire. A un certain moment, on employa ce genre de
-cramique pour faire des vases de formes bizarres, les uns aplatis, les
-autres jumels, d'autres encore en forme de poisson ou d'oiseau; ce ne
-fut du reste l qu'une mode qui ne se prolongea que sur une priode
-assez brve.
-
-[Illustrations: _Fig. 47-49._ Vases rouges dcor blanc (d'aprs J. DE
-MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. II et III).]
-
-Un autre driv de cette cramique rouge, qui est presque aussi ancien
-qu'elle mais ne dura pas aussi longtemps, est la cramique rouge dcor
-blanc. Le fond est toujours d'un beau rouge lustr sur lequel se
-dtache, en lignes blanches mates, une ornementation emprunte au
-travail de la vannerie, chevrons, lignes pointilles et entre-croises,
-et parfois mme quelques reprsentations animales trs sommaires. Les
-formes employes de prfrence pour ce genre de poterie sont les coupes
-profondes, arrondies ou fond plat, et les vases allongs, renfls la
-partie infrieure, parfois trs troits du haut.
-
-[Illustration: _Fig. 50_ et _51_. Vases cordon (d'aprs AYRTON.
-_El-Mahasna_, pl. XXXIII).]
-
-La poterie blanche, qui est en ralit plutt d'un jaune ros est plus
-rcente et se perptue jusqu' l'poque thinite. La pte en est plus
-fine, en argile moins mlange de sable, la cuisson meilleure; quant aux
-formes elles sont peu varies. Il n'y a en somme gure qu'un type, qui
-va en se transformant progressivement: les vases les plus anciens sont
-presque globulaires avec une ouverture trs troite et deux petites
-saillies serpentant sur la panse et formant anses. Peu peu, la panse
-se rtrcit, l'ouverture s'agrandit, les saillies s'allongent et se
-rejoignent pour former un cordon circulaire en relief et finalement le
-vase devient cylindrique. Parfois il est dcor de traits rouges
-entre-croiss.
-
-[Illustrations: _Fig. 52-54._ Vases peints (d'aprs J. DE MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, pl. V et VII).]
-
-[Illustration: _Fig. 55._ Vase peint (d'ap. PETRIE. _Naqada and Ballas_,
-pl. XXXIV, no _45_).]
-
-La classe la plus intressante de la cramique archaque est
-certainement celle des vases dcors de peintures rouges, qui sont
-semblables comme pte et comme cuisson ceux de la catgorie
-prcdente, mais dont la facture est plus soigne et les formes
-diffrentes. Ces vases sont globulaires, souvent presque aussi larges
-que hauts, avec un fond plat, une ouverture assez large et de toutes
-petites anses perces d'un trou servant les suspendre; d'autres sont
-sphrodes, un peu aplatis, et munis des mmes petites anses. Ces
-derniers, dcors de cercles concentriques ou de points rouges, imitent
-les vases en pierre dure que nous voyons rarement cette poque mais
-que nous retrouverons la priode thinite en grande abondance, tandis
-que les autres, qui portent de petits traits horizontaux ou des lignes
-droites ou sinueuses, rappellent plutt les ouvrages en vannerie. Enfin
-sur les plus grands de ces vases, on trouve une dcoration d'un
-caractre tout diffrent, mais toujours trace en rouge au pinceau, avec
-une assez grande sret de main: ce sont soit des vgtaux, des alos
-plants dans des vases, soit des thories d'animaux, autruches ou
-chvres sauvages, soit encore des reprsentations qui paraissent figurer
-de grands bateaux avec leurs rames, leurs enseignes, leurs
-superstructures, plutt que, comme on l'a cru, des villages ou des
-fermes.
-
-[Illustrations: _Fig. 56 et 57._ Poterie grossire (d'ap. J. DE MORGAN.
-_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _425_ et _433_).]
-
-Il faut encore citer deux autres classes de poteries, et d'abord celle
-des vases en terre bruntre grossire, faonns sans grand soin pour les
-usages de la vie courante, et qui affectent diverses formes; on ne voit
-gure ces pots et ces cruches que dans les derniers temps de la priode
-archaque. Quant aux vases en terre noire ou brun fonc, dcor incis
-et rempli d'une pte blanchtre, dont on ne trouve que de rares
-exemplaires en Egypte, cette poque aussi bien que sous l'Ancien et le
-Nouvel Empire, ils n'ont rien d'gyptien, mais appartiennent un type
-connu, rpandu surtout dans les pays au nord de la Mditerrane. Il
-s'agit donc d'objets d'importation dont ni la matire, ni la facture, ni
-la dcoration en lignes droites irrgulires et en points, n'ont de
-rapport avec quoi que ce soit qui provienne de la valle du Nil.
-
-Nous avons vu des vases en terre, de forme globulaire ou sphrode dont
-la dcoration prtendait imiter la matire de ces vases en pierre dure
-que nous trouverons en grande abondance sous les deux premires
-dynasties. Ces vases de pierre devaient donc ncessairement exister la
-priode prdynastique, mais ceux qui nous sont parvenus sont en nombre
-extrmement restreint. C'taient sans doute des ustensiles trs
-prcieux, et cette raison suffit pour expliquer les imitations peintes.
-Par contre, les matires moins dures que le porphyre ou le basalte et
-qui se laissent plus facilement travailler, comme le calcaire et
-l'albtre, sont dj d'un emploi trs frquent, et les indignes y ont
-taill avec habilet des vases cylindriques et des coupes de toutes
-formes et de toutes dimensions.
-
-
-B. CIVILISATION
-
-Aprs avoir ainsi pass en revue les nombreux documents que nous
-possdons maintenant sur la priode archaque, il nous reste voir
-quels sont les renseignements utiles que nous pouvons en tirer pour la
-connaissance des Egyptiens prdynastiques et de l'tat de leur
-civilisation.
-
-
-_Le pays_
-
-Aujourd'hui la valle du Nil forme une longue et troite plaine de
-terres cultivables, borde des deux cts par le dsert ou la montagne;
-tout le terrain irrigable est utilis et uniformis. Cet tat est d non
-seulement au Nil fertilisateur, mais encore et surtout la main des
-hommes qui, aprs des sicles de travail, sont arrivs rendre
-productif jusque dans ses moindres recoins leur fertile petit pays. Il
-n'en tait pas ainsi aux poques primitives, et l'aspect de la contre
-devait tre, quoique dans le mme cadre, absolument diffrent. Le Nil
-avait commenc par serpenter au fond de la valle, sans cours fixe,
-coulant alternativement sur un bord ou sur l'autre; ce n'est que peu
-peu qu'il se fraya une voie plus rgulire au milieu des alluvions qu'il
-avait lui-mme apportes. Le limon qu'il amenait avec lui chaque anne
-se rpandait bien sur toute la surface des terres inondes, mais grce
-au sable et aux galets qu'il charriait en mme temps et qui se
-dposaient dans le courant mme du fleuve, son lit s'levait
-graduellement, laissant ainsi en bordure de la valle des terrains en
-contre-bas o se formaient de vritables marais remplis nouveau chaque
-anne par l'inondation; l se dveloppait une vgtation luxuriante de
-plantes d'eau, roseaux, papyrus, lotus, et, sur les bords, de vraies
-forts d'arbres de toute espce. Toute cette zone lacustre entretenait
-dans le pays, aujourd'hui si sec, une humidit permanente qui devait lui
-donner un caractre tout diffrent et le faire ressembler ce qu'est
-maintenant le Haut Nil, le Nil des rgions tropicales. Le climat du
-reste n'tait pas non plus exactement le mme qu'aujourd'hui, il devait
-tre sensiblement plus chaud, car ct des animaux qui vivent encore
-en Egypte et de ceux qui s'en sont retirs depuis peu, comme
-l'hippopotame et le crocodile, on y trouvait encore, ces poques
-recules, l'lphant, la girafe et l'autruche.
-
-Pour la faune et la flore, l'Egypte, qui n'a plus maintenant que ses
-cultures et son dsert, est un des pays les plus pauvres du monde, mais
-il n'en tait certainement pas de mme autrefois, grce ces rgions
-fertiles et sauvages en mme temps, que l'homme primitif ne pouvait
-encore utiliser autrement que pour la chasse et la pche, et o se
-dveloppaient librement les plantes et les animaux les plus varis.
-
-
-_La race_
-
-Comme je l'ai dit plus haut, les anthropologistes sont encore loin
-d'avoir tabli de faon certaine la race laquelle appartenaient les
-plus anciens habitants de l'Egypte. Nous pouvons cependant nous en faire
-une ide approximative: c'tait une population brachycphale et
-orthognathe au teint clair, aux cheveux lisses, bruns ou chtains, la
-taille moyenne, se rapprochant par consquent beaucoup de la race qui
-occupait aux poques les plus anciennes tout le bassin de la
-Mditerrane, et apparente tout spcialement aux Libyens et aux
-Berbres. Ainsi on retrouve les mmes coutumes funraires, les mmes
-modes de spulture dans l'Egypte primitive et dans les les grecques, en
-Grce et jusqu'en Italie, ce qui peut faire supposer une parent de race
-avec les hommes qui habitaient ces contres avant l'invasion aryenne. On
-a constat aussi certains lments d'origine soudanaise ou plutt
-nubienne, mme quelques statuettes statopyges rappellent le type
-hottentot, mais ce ne sont l que des exceptions. Il n'y a rien non
-plus ici des races aryennes ni surtout des Smites.
-
-Ces populations taient paisibles et on n'a retrouv que sur un trs
-petit nombre des crnes tudis des lsions comme on en verrait
-certainement beaucoup chez un peuple belliqueux. On a pu constater par
-contre sur les os des traces de deux maladies, la tuberculose et la
-syphilis.
-
-
-_Habitations_
-
-Dans les montagnes et les falaises souvent assez leves qui bordent la
-valle du Nil, il n'y a ni cavernes ni abris sous roche o les hommes
-primitifs aient pu s'tablir demeure. Le climat leur permettait de
-vivre en plein air et nous avons vu que ceux de l'poque chellenne
-semblent s'tre tenus de prfrence sur les hauteurs, tandis que les
-hommes de la priode dont nous nous occupons avaient des tablissements
-durables la lisire du dsert. Dans ces villages, il n'y a pas trace
-d'enceinte construite, ce qui fait ressortir le caractre paisible de
-ces peuplades, ni de maisons en brique ou en pierre, et si nous voulons
-nous faire une ide de ce qu'taient les habitations des indignes, nous
-pouvons nous reporter des modles de petits difices trs anciens qui
-ont survcu par tradition religieuse dans les sanctuaires de diffrents
-dieux: c'taient soit des huttes en branchages, coniques ou arrondies,
-comme en ont encore les ngres de l'Afrique centrale, soit des
-constructions lgres en bois, avec un pilier chaque angle et un toit
-plat ou lgrement bomb.
-
-[Illustration: _Fig. 58._ Sanctuaire primitif (d'aprs PETRIE. _Royal
-Tombs_, II, pl. X).]
-
-Dans les villages, qui s'tendent en gnral sur une superficie assez
-peu considrable, les habitants serraient leurs rcoltes et gardaient
-ct d'eux leurs bestiaux; en juger par la place occupe, quelques
-familles seulement devaient constituer la population d'un de ces
-tablissements.
-
-
-_Costume et parure_
-
-Dans l'antiquit, le costume des Egyptiens a toujours t trs sommaire,
- plus forte raison a-t-il d en tre de mme une poque si recule.
-D'aprs des reprsentations un peu plus rcentes, datant des dynasties
-thinites, on voit que les indignes hommes devaient avoir pour tout
-vtement l'objet bizarre qui devint plus tard l'insigne national des
-Libyens, l'tui phallique, sorte de longue gaine tombant de la ceinture
-jusque prs des genoux. Des peintures de vases nous montrent des femmes
-vtues de robes courtes, collantes, descendant peine aux chevilles; le
-buste tait nu, semble-t-il. Enfin, dans certaines statuettes d'ivoire,
-on reconnat des hommes envelopps d'un grand manteau qui les couvre des
-paules aux pieds. Ces vtements taient sans doute, l'origine, en
-peau, et peut-tre, une poque moins recule, en toffe.
-
-[Illustration: _Fig. 59._ Figurines d'ivoire d'poque archaque
-(QUIBELL. _Hieraconpolis_, pl. IX et XI).]
-
-Comme parure, on portait, ainsi que nous l'avons vu, des bijoux
-grossiers, tels que des bracelets en ivoire, en nacre, en silex, des
-colliers plusieurs rangs, en perles de pierre ou en coquilles, des
-pendeloques et des peignes orns de dcoupures. Il faut signaler encore
-les tatouages, ou peintures corporelles dont certaines femmes, peut-tre
-des danseuses, se couvraient tout le corps, et qui figuraient des lignes
-brises ou des animaux.
-
-[Illustrations: _Fig. 60_ et _61_. Bracelet en silex et peigne en os
-(d'aprs J. DE MORGAN. _Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig.
-_334_ et _337_).]
-
-
-_Chasse et pche_
-
-Nous avons vu les tout premiers habitants de l'Egypte dj en possession
-d'une arme qui pouvait tre redoutable, le coup-de-poing chellen. Des
-besoins imprieux contraignent l'homme que la terre non cultive ne peut
-nourrir, faire usage de la force, tant pour se procurer sa subsistance
-aux dpens des autres tres vivant ct de lui, que pour se dfendre
-contre ceux qui, physiquement plus forts, sont pour lui une menace
-permanente.
-
-Des Egyptiens prdynastiques, beaucoup d'armes nous sont galement
-parvenues, armes de plusieurs catgories qui peuvent tre employes
-indiffremment pour la chasse et pour la guerre. Parmi celles qu'on a
-coutume d'appeler armes de choc, il faut citer en premire ligne celles
-qui n'ont pu se conserver, vu la matire dont elles sont faites, mais
-qui ont laiss un souvenir persistant jusqu'aux plus basses poques, les
-armes de bois, d'abord le long bton, renfl dans le bas et pouvant
-servir de massue, puis le vrai casse-tte court et pesant; aux poques
-historiques ce sont encore ces armes traditionnelles mais hors d'usage,
-qu'on donne volontiers aux morts dans leurs tombeaux. A ct de ces
-btons on trouve les massues dont la tte de pierre dure, conique ou
-ovode, s'emmanchait sur un bton court, et enfin les haches, dont nous
-avons de nombreuses sries, de forme plate, longue, paisse ou mince,
-un seul tranchant, l'autre extrmit tant destine se fixer dans une
-emmanchure de bois dont nous ne connaissons plus la forme. Quant aux
-haches polies et celles qui, munies d'un tranglement servant
-faciliter l'emmanchure, semblent plutt une copie des haches de bronze,
-elles appartiennent probablement l'poque suivante.
-
-[Illustration: _Fig. 62 et 63._ Massues (d'aprs J. DE MORGAN, _Rech.
-sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _320_, et PETRIE. _Diospolis parva_,
-pl. V).]
-
-Comme arme de main, nous avons le poignard long et mince, trs finement
-retaill, qui est parfois une pice de toute beaut, et enfin comme
-armes de jet, les innombrables pointes qui, suivant leurs dimensions,
-appartenaient des flches ou des javelines. Travailles avec grand
-soin, ces pointes sont le plus souvent encore remarquablement aigus et
-prsentent toutes les formes usuelles, pointes ailerons, encoches au
-pdoncule, lancoles, triangulaires, en croissant; un type cependant
-qui est particulier l'Egypte et qui se perptue assez tard est celui
-de la flche tranchant, destine faire une blessure plus large que
-profonde; ce modle est aussi employ pour des javelots. Certaines
-pointes de plus grandes dimensions peuvent avoir appartenu des lances
-(v. p. 62-65).
-
-[Illustration: _Fig. 64._ Harpon en os.]
-
-Les indignes avaient certainement encore, comme leurs successeurs,
-d'autres moyens de se procurer du gibier, les piges, les lacets, les
-filets et peut-tre le lasso, instruments qui naturellement n'ont pas
-laiss de traces. En ce qui concerne la pche, nous n'avons pas non plus
-les filets, les nasses et les lignes qui devaient tre dj en usage
-cette poque, mais certains silex en forme de croissant peuvent avoir
-servi d'hameons pour les gros poissons, qu'on attaquait galement avec
-des harpons en os munis d'une pointe barbele. Les poissons sont
-extrmement nombreux dans le Nil et devaient pulluler dans les marais
-avoisinants; ils formaient sans doute la base mme de la nourriture des
-premiers Egyptiens, qui mangeaient aussi certains mollusques fluviatiles
-tels que les unios et les anodontes.
-
-Quant au gibier, nous avons vu qu'il y avait en Egypte non seulement les
-espces qui y sont aujourd'hui, mais encore celles de l'Afrique
-tropicale; ainsi l'homme pouvait chasser l'antilope, le boeuf sauvage et
-la girafe aussi bien que la gazelle et le bouquetin, l'autruche comme
-l'oie, le canard et la perdrix, mais ses armes primitives devaient lui
-tre de bien peu de secours vis--vis de l'lphant, du rhinocros, de
-l'hippopotame et du crocodile, ou contre le lion et la panthre qui
-infestaient encore la contre.
-
-
-_Elevage. Agriculture_
-
-Les animaux sauvages pris vivants la chasse, conservs d'abord comme
-en-cas pour le moment o le gibier viendrait manquer, furent vite
-domestiqus; l'homme reconnut trs tt les services que ces btes
-pouvaient lui rendre, et non seulement il les nourrit, mais encore les
-dressa et les utilisa, recueillit leurs oeufs ou leur lait. Nous avons
-dans les kjoekkenmoeddings de la Haute Egypte des traces non quivoques
-d'levage, les animaux domestiqus vivant cte cte avec l'homme dans
-ces villages primitifs. Comme quadrupdes, il devait y avoir le boeuf,
-l'antilope, la gazelle, la chvre, sans doute l'ne; comme volatiles,
-l'oie, le canard, la grue, le pigeon, et bien d'autres varits sans
-doute.
-
-L'agriculture est partout moins ancienne que l'levage, et pour l'Egypte
-nous ne pouvons savoir quelle poque on commena travailler le sol,
-si ce fut la fin seulement de la priode prdynastique ou longtemps
-avant: les grains trouvs dans les kjoekkenmoeddings ne sont pas dats
-de faon exacte, et ceux des tombeaux sont difficilement identifiables.
-Quant aux outils, le sol fertile de l'Egypte, dtremp et ameubli par
-l'inondation, n'en ncessite pas de trs puissants, aussi les houes et
-les charrues de bois furent-elles en usage pendant toute la priode
-pharaonique; on n'en retrouve naturellement pas trace aux ges plus
-anciens, mais par contre certains silex plats, sortes d'herminettes de
-grande dimension, montrent des traces d'usure ne pouvant provenir que du
-travail de la terre, et ne sont sans doute pas autre chose que des
-houes. Enfin on retrouve de petits silex plats, dentels et semblant
-tre des fragments de scies qui, s'emmanchant les uns ct des autres
-sur un bois recourb, formaient des faucilles; cet outil, en usage
-encore au Moyen Empire, est sans doute d'origine prhistorique, mais
-nous ne pouvons dire avec certitude si certains des lments retrouvs
-datent vraiment de l'poque dont nous nous occupons en ce moment. Il
-faut encore citer les moulins, pierres plates surface incurve o l'on
-crasait le grain.
-
-
-_Navigation_
-
-Le moyen de communication qui est de beaucoup le plus pratique dans une
-valle longue et troite comme l'Egypte est sans contredit la voie
-fluviale, et jusqu' nos jours c'est le Nil seul qui a t utilis cet
-effet, sauf pour de trs courts trajets. Pour les populations primitives
-surtout, ce mode de locomotion devait avoir de trs grands avantages,
-puisqu'il leur permettait de se transporter d'un point un autre sans
-avoir courir les multiples dangers qui les menaaient dans un pays
-encore moiti sauvage, infest d'animaux contre lesquels ils n'avaient
-que des moyens de dfense insuffisants. Les premiers bateaux furent trs
-simples: on cueillait des roseaux ou des papyrus qu'on runissait en
-bottes et qu'on liait ensemble de manire former un esquif fond
-arrondi, aux extrmits releves en pointe, et qui, rendu impermable au
-moyen d'un enduit quelconque, formait une nacelle lgre, insubmersible,
-rsistante et lastique. Ce modle continua tre employ aux poques
-historiques, surtout pour la chasse dans les marais.
-
-[Illustration: _Fig. 65._ Modle de nacelle en terre cuite (d'aprs DE
-MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _235_).]
-
-A ct de cela, les gens du pays possdaient des bateaux de beaucoup
-plus grandes dimensions, peu profonds et relevs aux deux extrmits,
-munis de rames et mme de voiles carres.
-
-
-_Commerce extrieur_
-
-Les indignes avaient des rapports certains avec les ctes de la mer
-Rouge, puisque dans leurs spultures on trouve des bracelets et des
-colliers faits en coquilles marines dont l'habitat est prcisment dans
-cette mer. La poterie noire dcor incis, dont il a t parl plus
-haut, montre qu'ils avaient galement des relations avec les autres
-peuples mditerranens, surtout avec ceux des les grecques, et que, par
-consquent, il y avait dj cette poque des hommes osant s'aventurer
-avec leurs bateaux en pleine mer. Une petite dcouverte faite en Crte
-confirme l'existence de ces relations intercontinentales: on a trouv
-Phaestos, sur la cte sud de la Crte, dans les couches les plus
-profondes d'un gisement nolithique, un gros fragment de dfense
-d'lphant; or sur le littoral nord de l'Afrique, il n'y a gure que
-l'Egypte o l'lphant ait pu vivre et nous avons vu qu'il y vivait en
-effet. C'est donc d'Egypte, selon toute probabilit, que cet objet fut
-transport en Crte, une poque antrieure l'histoire.
-
-[Illustration: _Fig. 66._ Barque prhistorique (Graffito--d'aprs DE
-MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _492_).]
-
-
-_Arts et mtiers_
-
-L'architecture de bois tant seule en usage chez les indignes de
-l'poque archaque, il ne nous en est naturellement rien parvenu; il est
-cependant probable que ce fut vers la fin de cette priode qu'on
-commena employer la brique crue, dont l'usage est si rpandu sous la
-Ire dynastie, mais les monuments ne nous permettent pas d'affirmer la
-chose de manire absolue.
-
-La sculpture ne s'attaque pas encore autre chose qu'aux petits objets,
-peignes, pendeloques, ornements, auxquels on cherche donner une forme
-humaine ou animale, plaques de schiste qu'on dcoupe en silhouettes,
-figurines de danseuses ou d'hippopotames qu'on modle dans de l'argile
-et qu'on fait cuire ensuite. Pendant ce temps, des chasseurs l'afft
-gravaient des images d'animaux sur les rochers qui les abritaient, d'un
-trait encore malhabile, mais qui ne manque pas d'un certain caractre
-pittoresque. Il en est de mme pour la peinture sur vases: on remarque
-dans ces figurations d'animaux, de vgtaux, de bateaux, des qualits
-ornementales qui contrastent avec la navet et souvent la barbarie de
-l'excution: les dessinateurs savent dj reconnatre le trait
-caractristique de chaque tre et de chaque objet, et dans ces croquis
-enfantins on distingue le germe de ce qui fera plus tard l'originalit
-de l'art gyptien, la fois synthtique et dcoratif.
-
-Nous avons dj vu, en fait de gens de mtier, les fabricants de silex
-taills, les potiers et les tourneurs de vases de pierre, les seuls
-artisans qui nous aient laiss des traces abondantes de leur activit et
-dont nous puissions arriver reconnatre les procds. Les autres
-ouvriers se devinent plus qu'ils ne s'affirment, ainsi les charpentiers,
-que signale la prsence de nombreuses herminettes en silex, sorte de
-haches plates ne pouvant servir qu'au travail du bois; quelques
-fusaoles nous rvlent aussi l'origine du travail des matires
-textiles.
-
-Le cuivre fait son apparition au cours de la priode prdynastique,
-peut-tre mme son dbut, mais les rares outils de mtal trouvs dans
-les spultures sont encore rudimentaires et montrent que les
-mtallurgistes, qui deviendront si habiles aux ges suivants, en taient
-encore aux ttonnements du dbut.
-
-
-_Organisation sociale et politique_
-
-Les indignes de l'Egypte prdynastique ne vivaient plus isols, mais en
-socit, et si nous ne savons rien de l'institution de la famille, nous
-connaissons au moins leurs villages o plusieurs familles pouvaient
-vivre cte cte, et les ncropoles o ces populations sdentaires
-runissaient leurs morts. Certains indices montrent qu'il existait des
-groupements plus importants, des tribus ayant chacune son insigne, sorte
-de totem, reprsentant sans doute la divinit locale. Ces enseignes qui
-devaient plus tard devenir l'emblme des nomes ou provinces de l'Egypte,
-servaient de signe de ralliement des tribus sans doute apparentes
-l'origine, mais qui devaient ncessairement entrer en comptition les
-unes avec les autres, au fur et mesure qu'elles se dveloppaient; de
-l des luttes sur lesquelles nous ne sommes renseigns que par la
-lgende, et qui aboutirent l'tablissement de la suprmatie du clan
-d'Horus sur toute la Haute Egypte, et du clan de Set sur le Delta. Ces
-deux tribus, celle du faucon et celle du quadrupde au museau recourb
-et aux longues oreilles droites, taient-elles autochtones ou
-trangres, c'est ce que nous ne saurons sans doute jamais avec
-certitude, mais il est prsumer qu'elles durent leur supriorit la
-connaissance des mtaux qui leur donnaient un immense avantage sur des
-populations n'ayant que des armes de pierre. Quoi qu'il en soit, nous
-pouvons croire que la priode archaque, trs paisible ses dbuts, se
-termina par de longues luttes qui aboutirent la fondation des
-royaumes du Midi et du Nord, royaumes qui rivalisrent longtemps,
-jusqu'au moment o l'un d'eux finit par absorber l'autre.
-
-[Illustration: _Fig. 67._ Hippopotame en terre cuite (d'aprs DE MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _413_).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 68._ Vue perspective du tombeau de Negadah (d'aprs
-J. DE MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Egypte_, II, fig. _521_).]
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-CHAPITRE IV
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-POQUE THINITE
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-(De 4000 3400 av. J.-C. environ.)
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-Entre le moment o les indignes que nous avons appris connatre
-habitaient paisiblement la Thbade, occups de chasse et de pche,
-d'agriculture et d'levage, et celui o Mns constitue son royaume, il
-n'y a pas de transition marque, ni dans les monuments de la rgion
-d'Abydos, berceau de la nouvelle monarchie, ni dans le reste de la Haute
-Egypte. Ces deux poques se touchent, semble-t-il, et pourtant il s'est
-accompli pendant le laps de temps qui les spare et dont nous ignorons
-la dure, une transformation profonde qui touche tous les domaines:
-une mthode nouvelle de gouvernement est inaugure, l'criture est
-invente, les constructions de briques remplacent l'architecture de
-bois, le cuivre et mme le bronze deviennent d'un usage courant, tandis
-que la taille du silex et la fabrication des vases de pierre ont atteint
-la perfection. Une transformation pareille demande de longs sicles ou
-bien une intervention trangre, aussi a-t-on tent de l'expliquer de
-diverses manires, sans avoir encore pu sortir du domaine des
-hypothses.
-
-En raison de certaines ressemblances trs apparentes entre ce qui nous
-est parvenu de l'Egypte thinite et ce que nous connaissons de la Chalde
-primitive, l'criture hiroglyphique, l'architecture en briques crues,
-l'emploi du cylindre comme cachet, la forme de certains vases de pierre,
-quelques savants ont voulu tablir une communaut d'origine. Ils
-supposent qu' un moment donn, une tribu puissante venant de Chalde ou
-d'un autre pays qui serait aussi le berceau des Chaldens, aurait
-pntr en Egypte par le Sud aprs avoir travers la mer Rouge et le
-dsert, aurait soumis la valle du Nil et rpandu dans tout le pays les
-bienfaits d'une civilisation suprieure celle qui s'y tait dveloppe
-naturellement. La tribu conqurante, le clan Horien, serait alors une
-peuplade d'origine smitique et Horus un dieu smite, ce qui est bien
-difficile admettre, d'autant que, plus on tudie cette poque, plus on
-constate le caractre vraiment original et purement africain de la
-civilisation gyptienne.
-
-D'un autre ct, la lgende parle de l'expdition d'Horus comme venant
-du Sud; un texte trs ancien donne mme le nom de la tribu de laquelle
-sortait la race royale, la race horienne, et cette tribu est une tribu
-nubienne. Nous devons donc admettre qu' un moment donn, peut-tre peu
-avant Mns, peut-tre bien des sicles plus tt, une tribu mridionale,
-mais d'une race apparente celle qui occupait le pays, vint
-s'installer dans la valle du Nil, qu'elle subjugua aprs un temps plus
-ou moins long et dont nous ne pouvons valuer la dure. Ce qui assura la
-supriorit ces conqurants, c'est le fait qu'ils connaissaient les
-mtaux, tandis que les indignes en taient encore l'ge de la pierre,
-mais il est bien peu probable qu'il faille attribuer aux envahisseurs
-tous les progrs faits par la civilisation gyptienne aux dbuts de la
-priode historique, entre autres l'invention de l'criture.
-
-Presque tout ce qui nous est parvenu jusqu'ici de l'poque prdynastique
-provient de la Haute Egypte, et nous n'avons pour ainsi dire aucun
-document sur ce qu'tait le Delta pendant cette priode. Cette rgion
-est cependant incomparablement plus riche que la Haute Egypte, et ses
-habitants durent ncessairement prcder leurs frres du Sud dans la
-voie de la civilisation; c'est dans les terres du Delta, plus fertiles
-et mieux arroses que toutes les autres, que l'agriculture devait natre
-et se dvelopper en premier lieu, et la lgende nous en a conserv un
-souvenir trs prcis: Osiris est un dieu du Delta, dont le centre est
-Mends; Isis est galement une desse de la mme rgion, ainsi que Set,
-le dieu de la tribu la plus puissante de cette partie du pays.
-
-Le Delta tait donc considr par les Egyptiens eux-mmes comme le
-berceau de leur civilisation, bon droit, semble-t-il. C'est la
-nature mme du sol, entirement cultivable, que nous devons de n'en
-avoir pas retrouv la moindre trace, car si dans la Haute Egypte les
-habitations et les ncropoles taient situes la lisire du dsert,
-elles ne pouvaient tre ici que sur des monticules artificiels
-aujourd'hui recouverts par les alluvions et cultivs comme le reste du
-pays. Il existe encore une autre preuve de l'avance que les indignes
-du Nord avaient sur ceux du Sud, preuve relative l'organisation
-sociale du pays: dans les listes de rois mythiques antrieurs Mns,
-on ne voit que dix rois thinites pendant 350 ans, tandis que les trois
-dynasties de rois du Nord avaient occup le trne pendant des milliers
-d'annes.
-
-Il est difficile de se rendre compte comment les rois du Sud russirent
- dtrner leurs voisins plus civiliss du Nord et runir tout le pays
-sous leur sceptre, mais dans l'histoire les exemples sont frquents d'un
-peuple riche subjugu par un autre qui lui est trs infrieur, et
-toujours dans ces cas-l nous voyons que le vaincu finit par s'assimiler
-le vainqueur et par l'absorber: la civilisation, un moment crase par
-la force, reprend au bout de peu de temps son essor, activ par
-l'infusion d'un sang nouveau. Il en fut de mme ici, et comme dans le
-mythe, Horus ne put achever sa conqute et dut faire un compromis avec
-ses ennemis. Le Delta se vengeait gnreusement d'avoir perdu son
-autonomie en imposant son vainqueur une civilisation trs suprieure,
-jusqu'au moment o il pourrait lui-mme reprendre les rnes du pouvoir.
-
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-A. HISTOIRE ET TRADITION
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-Originaires d'un des points les plus mridionaux du territoire gyptien,
-les chefs de la tribu du faucon, qui avaient tendu leur pouvoir sur les
-autres tribus de la Haute Egypte, choisirent comme lieu de rsidence un
-endroit plus central, situ plus au nord, en une rgion o la valle
-s'largit et devient en mme temps plus fertile. C'est l que s'leva la
-ville de Thinis, qui comme capitale politique de l'Egypte devait tre
-vite supplante par les villes mieux situes, tandis que sa voisine,
-Abydos, o les premiers rois creusrent leurs tombeaux, devenait
-rapidement la mtropole religieuse de la Haute Egypte, le centre du
-culte funraire, la ville du dieu des morts.
-
-C'est leur premire capitale que les deux premires dynasties doivent
-le nom sous lequel on les dsigne couramment, celui de dynasties
-thinites. Pour arriver connatre leur histoire, nous pouvons
-maintenant combiner les donnes des crivains classiques et celles que
-fournissent les listes ou les monuments gyptiens postrieurs, avec les
-renseignements contemporains qui nous ont t livrs par les fouilles
-rcentes; nous avons la liste des rois, les chiffres indiquant la
-longueur de leurs rgnes, mais l'histoire proprement dite,
-l'enchanement des vnements, nous fait encore dfaut. Le relev
-officiel, anne par anne, de la pierre de Palerme, ne nous est pas
-d'une grande utilit, car par le fait des cassures, nous ne savons
-auxquels des rois attribuer les vnements signals, qui du reste ne se
-rapportent le plus souvent qu' des ftes religieuses ou des
-fondations de temples. De plus, pour des raisons que nous examinerons
-plus loin, il est souvent difficile d'tablir la corrlation entre les
-noms royaux tels que nous les donnent les listes et ceux qui se trouvent
-sur les monuments contemporains.
-
-La premire dynastie, au dire de Manthon, compta huit rois et dura 263
-ans, la seconde, neuf rois qui occuprent le trne pendant 302 ans. On
-peut les placer, approximativement, entre 4.000 et 3.400 avant notre
-re.
-
-Dans ces deux groupes de souverains, la seule figure qui se dtache sur
-l'ensemble est celle du premier d'entre eux, Mns, en gyptien Mena ou
-Mini, le vritable fondateur de la royaut gyptienne. Nous ignorons
-comment il s'y prit pour runir sous son sceptre les deux parties du
-pays, mais nous savons qu'aussitt la chose faite, il s'empressa de
-transporter le sige de son gouvernement la frontire des deux
-royaumes, fonda une ville nouvelle, laquelle il donna son nom,
-Memphis, Mennofer, et qui par sa position mme devait rester bien
-longtemps la capitale de l'Egypte. Aprs cela il s'occupa activement de
-l'organisation de ses nouveaux tats: il promulgua des lois, fonda des
-temples, dirigea des expditions contre les Libyens qui habitaient aux
-confins de la valle du Nil et qui cherchrent toujours s'y
-rinstaller en matres. Son long rgne, qui dura plus de soixante ans,
-se termina par une fin tragique sur laquelle nous ne sommes que trs
-vaguement renseigns.
-
-Les successeurs immdiats de Mns, ceux dont les noms, grciss par
-Manthon, sont Athothis, Kenkens, Ouenphs, Ousaphas, Mibis,
-Semempss et Bienekhs, continurent son oeuvre, sans qu'aucun d'eux se
-distingut de faon particulire: ils s'occuprent de lgislation,
-d'administration intrieure, et rglrent dfinitivement le culte des
-dieux et le rituel des crmonies; ils construisirent des temples, des
-palais et d'autres difices, ils guerroyrent contre les Libyens et l'un
-d'eux envoya au Sina la premire expdition minire dont l'histoire ait
-gard le souvenir. Quelques-uns s'occuprent mme de science et
-composrent non seulement des ouvrages thologiques, mais aussi des
-livres de mdecine et d'anatomie. Sous les uns, diverses calamits
-s'abattirent sur le pays, tandis que les autres jouirent d'annes
-prospres et tranquilles.
-
-Les rois de la IIme dynastie, Boethos, Kaiekhos, Binothris et les autres
-ont une personnalit plus efface encore, et il est difficile de les
-identifier avec ceux que les monuments nous font connatre et qui ne
-peuvent se ranger que dans cette priode de l'histoire, Kha-Sekhemou,
-Neb-ra, Nenouter, Hotep-Sekhemou et plusieurs autres encore. Aucun
-vnement important n'est relat, mme sur la pierre de Palerme, o les
-mentions annuelles se rapportent toutes des ftes royales ou
-religieuses, au dnombrement des bestiaux, la construction de divers
-difices. On s'aperoit nanmoins, en tudiant les courtes inscriptions
-laisses par ces rois et en les comparant celles de la dynastie
-prcdente, qu'il y a quelque chose de chang dans la titulature royale,
-auparavant trs simple. Il s'y introduit plusieurs reprises un lment
-nouveau, l'emblme du dieu Set, et ce simple fait montre que le sceptre
-n'est plus aussi ferme entre les mains des souverains thinites, qu'ils
-se rapprochent insensiblement, soit par des mariages, soit autrement,
-des descendants des anciens rois du Nord; si quelques rois se font
-ensevelir Abydos, comme leurs anctres, les autres commencent
-creuser leurs tombeaux Memphis mme, o les traces de leur activit
-deviennent de plus en plus frquentes. Cette dynastie, encore nettement
-thinite, tant par l'origine de ses rois que par le caractre de sa
-civilisation, reprsente donc pour nous le commencement de la priode de
-transition pendant laquelle se prpare l'avnement de l'empire
-memphite; cette priode est assez longue, puisqu'elle embrasse encore la
-IIIme dynastie qui, bien que memphite, se rattache troitement celle
-qui la prcde.
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-[Illustration: _Fig. 69._ Tte de Kha-Sekhemou (d'apr. QUIBELL.
-_Hieraconpolis_, I, p. XXXIX).]
-
-
-B. MONUMENTS
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-Presque tous les monuments, petits ou grands, que nous possdons
-maintenant, proviennent de la Haute Egypte, en particulier d'Abydos, de
-Negadah et, un peu plus au sud, d'Hieraconpolis, la ville o tait
-probablement le centre le plus ancien en Egypte du clan d'Horus le
-Faucon, avant son extension vers le nord. Enfin un certain nombre
-d'inscriptions et de petits objets ont t trouvs dans les environs de
-Memphis, mais, comme nous venons de le voir, ceux-ci datent seulement de
-la fin de l'poque thinite. Nous devons passer en revue tous ces
-documents avant d'aborder le tableau d'ensemble de la civilisation
-pendant cette priode.
-
-
-_Tombeaux_
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-Les princes de Thinis avaient choisi pour y creuser leurs spultures une
-large plaine sablonneuse domine par les montagnes o commence le dsert
-proprement dit, aux environs immdiats de leur premire capitale, au
-lieu qui deviendra plus tard la ville sacre d'Abydos. Les plus
-anciennes de ces tombes, celles qui appartiennent aux premiers rois de
-la Ire dynastie, et mme peut-tre quelques-uns de leurs prdcesseurs
-immdiats, sont de grandes fosses rectangulaires creuses dans le sol du
-dsert, qui ne dpassent gure cinq mtres sur sept de ct, et trois de
-profondeur environ; des murs en briques crues taient levs contre les
-parois naturelles de la fosse et le tout tait recouvert, au niveau du
-sol sans doute, par un plancher de bois support par des piliers,
-galement en bois; une couche de sable devait rendre la tombe invisible.
-
-[Illustration: _Fig. 70._ Plan d'un tombeau royal Abydos (d'aprs
-PETRIE. _Royal Tombs_, I, pl. LX).]
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-Avec un plan aussi simple, le tombeau du roi se distinguait peine de
-ceux de ses sujets, et nous voyons peu peu les souverains chercher
-donner leur dernire demeure un caractre plus grandiose. A partir du
-milieu de la Ire dynastie, les proportions de ces tombeaux augmentent
-sensiblement, en profondeur autant qu'en longueur et en largeur: on ne
-se contente plus de murs en briques et d'un plafond de bois, on tend un
-plancher sur le sol, on lambrisse les parois, et on finit mme par
-dessiner le long des murailles, au moyen de murs de refend, des sries
-de niches profondes qui ont presque la dimension de petites chambres.
-Enfin de grands escaliers en briques crues descendent jusqu'au fond de
-la salle, et autour de celle-ci, dans un foss moins profond, sont
-construites des sries de petites chambres servant de magasins pour les
-provisions funraires et de spulture aux gens de l'entourage immdiat
-du roi. Un petit monticule de sable et de galets recouvrait autrefois le
-trou, et au sommet une stle portant en grands caractres le nom du roi
-signalait de loin l'emplacement de son tombeau.
-
-[Illustration: _Fig. 71._ Stle royale d'Abydos (d'aprs DE MORGAN.
-_Rech. sur les origines de l'Egypte_, II, fig. _797_).]
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-Deux tombes seulement de rois de la IIme dynastie ont t retrouves
-Abydos, toujours dans la mme rgion, mais ces monuments se distinguent
-trs nettement des autres, par le fait surtout que la chambre funraire
-et toutes ses dpendances sont construites dans une seule et mme
-excavation, celle-ci pouvant atteindre des dimensions considrables.
-Ainsi le tombeau de Kha-Sekhemou, qui doit tre un des derniers rois de
-la dynastie, est construit sur un plan trs allong et n'a pas moins de
-83 mtres de long, avec 58 pices, parmi lesquelles la chambre
-funraire, place au centre, est peine plus importante que les autres.
-
-Le monument le plus remarquable de toute la priode thinite est situ
-Ngadah, entre Abydos et Louxor; c'est encore un tombeau, non plus un
-tombeau souterrain, mais une construction entirement apparente. En
-voyant pour la premire fois cet difice qui est encore dans un tat de
-conservation relativement bon, nous crmes tre en prsence d'un mastaba
-de l'Ancien Empire et il fallut les fouilles mthodiques qu'entreprit
-immdiatement M. de Morgan pour nous prouver que nous avions sous les
-yeux un monument datant d'un des plus anciens rois de la Ire dynastie;
-certains savants ont voulu identifier ce souverain Mns lui-mme,
-mais la dcouverte rcente d'un fragment des annales de l'Ancien Empire
-montre qu'il s'agit sans doute de son deuxime successeur, le roi
-Atet-Kenkens.
-
-Entirement construit en briques crues, ce monument, dont la forme
-gnrale est rectangulaire, a une longueur totale de 54 mtres,
-exactement le double de sa largeur; un socle bas l'isole du terrain
-environnant, et au-dessus de ce soubassement les murs s'lvent,
-prsentant tout le long des quatre faades une srie de petites niches
-avec les retraits et les saillies que nous retrouverons plus tard dans
-les stles de l'Ancien Empire et qui ne font que reproduire les dtails
-dcoratifs de l'architecture civile en briques et en bois. Aucune porte
-ne permet de pntrer dans l'intrieur, qui se compose d'un noyau
-central contenant cinq pices, dont la chambre funraire, au milieu;
-aprs l'ensevelissement, on avait mur les portes de ces chambres, puis
-on avait difi tout autour une srie de pices plus petites destines
-servir de magasin, et enfin le mur extrieur avec ses niches, qui devait
-clore dfinitivement le tombeau et le prsenter aux regards sous la
-forme d'un immense bloc architectural sans la moindre ouverture: au lieu
-d'tre enterr, comme d'habitude, le mort tait emmur.
-
-Enfin, dans les substructions du temple plus rcent d'Hieraconpolis, on
-a retrouv un long mur circulaire, en pierres grossirement assembles,
-qui reprsente sans doute l'enceinte du premier temple bti en cet
-endroit sous les dynasties thinites, ainsi que semblent le prouver un
-montant de porte sculpt au nom du roi Kha-Sekhemou et d'autres objets
-de la mme poque. On n'a jusqu'ici signal aucun autre difice royal,
-temple ou tombeau de cette priode.
-
-[Illustration: _Fig. 72._ Tombe d'poque thinite (d'aprs REISNER.
-_Predynastic cemeteries_, I, pl. IV).]
-
-Quant aux tombeaux des particuliers, ils sont toujours d'une grande
-simplicit: la fosse, un peu plus grande qu'autrefois, est rectangulaire
-ou carre, ses parois sont en gnral revtues de briques crues, et un
-plafond de bois ou de dalles de pierre recouvre le tout; elle comprend
-parfois plusieurs chambres. Le mort y est le plus souvent couch sur le
-ct gauche, la tte au sud, dans la position dite embryonnaire ou
-assise; on ne rencontre que rarement des exemples de dmembrement
-complet, comme c'est le cas vers la fin de la priode prcdente, mais
-on retrouve par contre souvent la petite tombe ovale et la tombe-ciste.
-
-
-_Mobilier funraire_
-
-Les tombeaux royaux ne nous sont point parvenus intacts; ils n'taient
-pas suffisamment protgs, et les violateurs de spultures y
-pntrrent; puis des incendies clatrent dans ces constructions o le
-bois entrait pour une grande part, et le mobilier funraire en souffrit
-considrablement. D'aprs ce qui en reste, nous pouvons nanmoins nous
-faire une ide exacte de ce que ce mobilier devait tre l'origine, de
-la varit et de la richesse des objets qui le composaient.
-
-[Illustration: _Fig. 73._ Jarre en terre (d'ap. PETRIE. _Abydos_, I, pl.
-XXXII No _100_).]
-
-Les vases en terre sont de toutes formes et d'une grande abondance; tous
-servaient serrer des provisions, grains ou liquides, dont on a encore
-retrouv des traces, et taient amoncels dans les petites salles
-annexes du tombeau, qui servaient de magasins; d'immenses jarres,
-soigneusement fermes au moyen d'une cuelle et d'un bouchon d'argile,
-et alignes les unes ct des autres, contenaient du vin, peut-tre
-aussi de l'huile; dans d'autres pices, des cruches plus petites ou de
-grandes cuelles renfermaient du bl, de l'orge, des fruits, des
-viandes. Tous ces vases taient des objets d'un usage courant, vulgaire
-mme, et non des ustensiles de luxe; ils ne manquent pas d'un certain
-galbe, d'une lgance de lignes qui se retrouve dans tout objet
-provenant de l'ancienne Egypte, mais leur facture est sommaire, l'argile
-employe est grossire, la cuisson souvent dfectueuse.
-
-[Illustration: _Fig. 74 et 75._ Vases cylindriques en terre (d'ap.
-AYRTON. _El-Mahasna_, pl. XXXIII).]
-
-Si la cramique, ravale des usages infrieurs, est moins soigne que
-celle de la priode prdynastique, nous remarquons par contre un progrs
-immense ralis dans l'industrie des vases de pierre: toute la vaisselle
-des rois et des gens de qualit se composait en effet d'ustensiles
-taills avec une habilet incroyable, qui n'a jamais t gale plus
-tard, en aucun endroit et aucune poque. Les ouvriers travaillent
-indiffremment le calcaire, l'albtre et le grs, le granit, la diorite,
-la diabase et le porphyre, sans que jamais la pierre la plus dure semble
-constituer pour eux le moindre obstacle. Ils s'attaquent mme
-l'obsidienne et au cristal de roche et russissent en tirer des petits
-vases et des coupes d'une perfection inoue. Des instruments dont ils se
-servaient pour venir bout de ces chefs-d'oeuvre, nous ne connaissons
-que le plus important, celui qui servait vider l'intrieur du vase,
-une sorte de vilebrequin lame latrale, garni dans le haut d'un lourd
-contrepoids servant de volant.
-
-[Illustration: _Fig. 76-79._ Coupes en pierre dure (d'aprs PETRIE.
-_Royal Tombs_, II pl. XLVII, XLVIIB, XLVIII).]
-
-Au point de vue de la forme, la varit de ces vases est trs grande. Il
-y a d'abord la coupe, pour laquelle on employait de prfrence
-l'albtre, le calcaire, le grs, le quartz, et qui servait en mme temps
-d'assiette et d'cuelle. Elle est plate ou plus ou moins profonde,
-souvent mme plus haute que large; son fond est plat ou arrondi, ses
-parois gnralement droites, mais parfois le rebord se retourne
-lgrement vers l'intrieur. Puis les grandes jarres d'albtre, imites
-du modle trs rpandu de la poterie ordinaire, et dont quelques-unes
-atteignent jusqu' un mtre de hauteur; les vases globulaires fond
-plat et petites anses, les uns minuscules, les autres de trs grandes
-dimensions; les vases sphrodes rebord aplati et anses de suspension,
-en granit, diorite ou porphyre, dont la panse est unie ou ctele et qui
-sont souvent de pures merveilles; enfin les nombreux vases cylindriques,
-gnralement en albtre. On pourrait encore mentionner d'autres formes
-moins courantes, entre autres les vases en forme d'animaux. Tous ces
-modles se retrouvent en trs grande abondance dans les tombeaux des
-rois et mme dans ceux des particuliers de l'poque. Etant donne la
-matire employe, on pourrait encore faire rentrer dans cette catgorie
-les petites tables d'albtre, sorte de guridons forms d'un disque
-mont sur un pied trs bas, qui servaient de tables manger, et qui
-deviennent surtout frquentes partir de l'Ancien Empire.
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-[Illustration: _Fig. 80 et 81._ Vases de pierre (d'aprs PETRIE. _Royal
-Tombs_, II, pl. XLIX, et l'original).]
-
-La faence fait sa premire apparition avec des vases, des plaquettes et
-divers fragments en terre vernisse, couverte d'un vert parfaitement
-homogne, mais qui peut-tre tait bleu l'origine; ce genre de faence
-devait continuer tre employ toutes les poques du royaume
-pharaonique.
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-[Illustration: _Fig. 82 et 83._ Bracelets de la Ire dynastie (d'aprs
-VERNIER. _Bijoux et orfvrerie_, I, pl. V).]
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-Vu leur fragilit mme, beaucoup d'objets qui se trouvaient dans les
-tombes royales ont disparu ou ne nous sont parvenus qu' l'tat de
-fragments: ainsi tout ce qui tait en bois ou en ivoire, figurines,
-plaquettes, coffrets incrusts, meubles sculpts souvent orns de pieds
-de taureau ou de lion, d'un travail exquis. Un hasard heureux a fait
-retrouver aussi de belles perles en or et des bracelets en or, amthyste
-et grenat qui sont aussi bien composs qu'excuts, et qui dnotent,
-chez les bijoutiers de ce temps, une pratique du mtier dj trs
-grande.
-
-[Illustration: _Fig. 84._ Poignard en silex poigne d'or (d'apr. J. DE
-MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _136_).]
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-Les progrs de la taille du silex sont au moins aussi remarquables que
-ceux de la fabrication des vases en pierre dure. Les grands couteaux
-recourbs du tombeau de Negadah et les longs clats retaills sur une
-seule face, avec des retouches d'une rgularit parfaite, ne sauraient
-trouver leurs gaux en aucun pays du monde; ces derniers servaient de
-poignards, et l'un d'eux est envelopp sur une partie de sa longueur
-d'une feuille d'or cisel formant poigne. A ct de ces armes on
-trouve, toujours dans les tombeaux des rois, un grand nombre de pointes
-de flches qui ne leur cdent en rien pour la beaut de la forme et du
-travail.
-
-[Illustration: _Fig. 85 et 86._ Pointes de flches, Abydos (d'apr. DE
-MORGAN. _Rech. sur les orig. de l'Eg._, I, fig. _210_, _219_).]
-
-Nous avons dj vu et l, pendant l'poque prcdente, des objets de
-cuivre; partir des premiers rois thinites, l'usage de ce mtal est
-trs rpandu. On s'en sert non seulement pour des outils ou des armes,
-mais aussi pour des vases, grandes coupes creuses, vases globulaires
-avec anse mobile ou aiguires verseuses bec recourb, qui tmoignent
-dj d'une grande habilet en matire de chaudronnerie; les ouvriers
-s'entendaient aussi bien travailler l'embouti qu' souder et river
-les pices ensemble.
-
-[Illustration: _Fig. 87._ Plaque de schiste (d'aprs LEGGE. _Proc. of
-the Soc. of Bibl. Arch._, XXII pl. II).]
-
-Parfois encore les tombeaux des particuliers nous livrent de ces plaques
-de schiste que nous avons signales dans les spultures prdynastiques,
-mais on n'en a rencontr que rarement dans les tombes royales; l'usage
-de ces objets dans le mobilier funraire tendait disparatre, par
-contre on en employait d'analogues pour le service du culte divin. Ces
-plaques de schiste d'un nouveau modle, dont quelques-unes de trs
-grandes dimensions, sont couvertes de sculptures en bas-relief qui ont
-pour nous non seulement de l'intrt au point de vue artistique, mais
-nous donnent encore souvent des renseignements historiques importants.
-On y voit reprsentes, sous forme symbolique, une campagne victorieuse,
-la destruction de cits ennemies, la soumission des vaincus, tandis que
-sur d'autres on ne remarque que des animaux de toute sorte, en
-particulier ces espces de panthres dont le cou d'une longueur trs
-exagre entoure le godet central qui parat tre la partie la plus
-importante de la plaque, mais dont nous ne connaissons pas encore le but
-exact. Quoi qu'il en soit, ces plaques de schiste sculptes, qui sont de
-vritables oeuvres d'art, paraissent tre des objets votifs, comme les
-normes masses d'armes votives en pierre, couvertes de bas reliefs, qui
-taient dposes dans le temple d'Hieraconpolis.
-
-[Illustration: _Fig. 88._ Statue archaque, Turin (d'ap. PETRIE.
-_Photographs_, No _2_).]
-
-Ces monuments sont en somme les premiers bas-reliefs gyptiens; c'est de
-la mme poque que datent les premires oeuvres de la statuaire, qui,
-bien que souvent un peu lourdes de forme, possdent dj la plupart des
-qualits des statues de l'Ancien Empire. Ces objets sont du reste assez
-rares: quelques statues de petites dimensions, de rois ou de
-particuliers, des statuettes d'hommes ou de femmes en ivoire, et des
-figurines en diverses matires, reprsentant des animaux.
-
-
-_Inscriptions_
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-Parmi tous ces monuments, les plus importants pour nous, et de beaucoup,
-sont ceux qui portent des inscriptions. Les plus anciens documents
-crits appartiennent aux premiers souverains ayant rgn sur les deux
-parties du pays, et l'invention de l'criture, qui est la
-caractristique de l'poque thinite, ne semble pas avoir t de beaucoup
-antrieure ces dbuts de l'histoire gyptienne. Il ne s'agit pas
-encore de textes, proprement parler, mais d'inscriptions trs courtes
-donnant des noms, des titres, et la mention sommaire, au moyen de
-quelques signes seulement, d'vnements importants. En la comparant
-celle des poques suivantes, on voit que cette criture est encore dans
-son enfance, mais en mme temps on peut constater qu'elle a non
-seulement le caractre pictographique propre toutes les critures
-primitives, mais qu'elle possde dj tous les lments phontiques et
-alphabtiques qui constituent le systme hiroglyphique. Les signes ne
-sont pas encore disposs suivant un ordre rigoureux, comme plus tard,
-mais ils sont dj dessins avec une prcision remarquable, et ceux qui
-sont en usage ce moment-l se modifieront peine au cours des
-sicles. L'Egyptien, profondment artiste, avait trouv, presque sans
-ttonnement, semble-t-il, le type d'criture qui lui convenait et
-auquel il devait se tenir pendant des milliers d'annes.
-
-[Illustration: _Fig. 89._ Tablette en bne (d'ap. PETRIE. _Royal
-Tombs_, I, pl. XV, no _16_).]
-
-Les documents crits de la priode thinite appartiennent pour ainsi dire
-tous au roi lui-mme ou son entourage immdiat. Parmi les monuments
-royaux, il faut citer en premire ligne les grandes stles de pierre
-dresses sur les tombeaux et qui ne contenaient que le nom du roi en
-grands caractres; il en est de mme des montants de porte de
-Kha-Sekhemou au temple d'Hieraconpolis et des bas-reliefs du Sina o
-le nom accompagne seul la figure de Mersekha massacrant ses ennemis. De
-petites plaquettes en bois ou en ivoire, destines commmorer un
-vnement, une victoire, une crmonie religieuse ou une inauguration
-d'difices, portaient, en plus des reprsentations figures et du nom
-royal, un trs court texte explicatif. Enfin, sur la grande plaque de
-schiste et les massues votives d'Hieraconpolis, il n'y a, ct des
-reprsentations, que le nom du roi, qui se retrouve galement, isol,
-sur beaucoup de petits objets de toute espce.
-
-[Illustration: _Fig. 90._ Empreinte de cylindre (d'aprs PETRIE. _Royal_
-Amenemhat III).]
-
-Chaque employ suprieur de l'administration avait son cachet officiel,
-cylindre grav en creux, portant son titre et son emploi, ct du nom
-du roi; ces cylindres servaient entre autres sceller les produits dont
-les fonctionnaires avaient la surveillance, et ils taient apposs sur
-les normes bouchons d'argile fermant les grandes jarres o l'on
-conservait les provisions destines au roi mort. Ces empreintes, qui
-sont le plus souvent encore trs nettes, forment l'ensemble le plus
-important et le plus vari des inscriptions de l'poque thinite. C'est
-aussi, sans aucun doute, des officiers royaux et de grands
-personnages de la cour qu'appartenaient les nombreuses petites stles
-portant simplement leur nom et indiquant la place de leur spulture dans
-les dpendances des tombeaux royaux.
-
-[Illustration: _Fig. 91._ Protocole du roi Amenemhat III.]
-
-Ce n'est pas sous la forme d'un cartouche ovale, comme on a l'habitude
-de le voir dans tous les monuments depuis l'Ancien Empire, que se
-prsente ici le nom du roi: il est renferm dans un rectangle termin
-dans le bas par un motif architectural et surmont d'un faucon. Il est
-ncessaire, pour expliquer cette diffrence qui peut paratre trange au
-premier abord, de jeter un coup d'oeil sur la titulature complte des
-rois d'Egypte, la bonne poque. A ct d'un nombre trs variable
-d'pithtes pompeuses o la fantaisie des scribes se donne libre
-carrire, le protocole royal comporte cinq noms diffrents prcds
-chacun d'un titre spcial; ainsi la titulature complte d'Amenemhat III,
-un des derniers rois de la XIIme dynastie (fig. 91), se prsente de la
-faon suivante:
-
-Le premier de ces titres, celui dans lequel le faucon surmonte un
-difice o est grav le nom, reprsente le nom sacr du roi, son nom
-d'Horus, celui par lequel il affirme sa descendance divine, sa qualit
-d'hritier lgitime du dieu fondateur de la monarchie. Les deux suivants
-ont moins d'importance et paraissent rarement isols en dehors du
-protocole complet. Quant aux deux derniers, avec les noms renferms dans
-des cartouches, ce sont, l'poque classique, les vrais titres
-officiels du roi, les seuls employs couramment pour dsigner le
-pharaon: l'un, que nous avons l'habitude d'appeler le prnom, est
-surmont du double titre roi de la Haute et roi de la Basse Egypte;
-c'tait le nom que se donnait le roi au moment de son couronnement,
-tandis que son ancien nom de prince royal, son nom de famille en quelque
-sorte, trouvait place dans le dernier cartouche, avec l'pithte fils
-du soleil, qui fait ressortir une fois de plus le caractre divin ou
-semi-divin de la royaut. Tous ces titres n'ont ni la mme origine ni la
-mme anciennet. Le premier en date est aussi le premier de la srie,
-le nom d'Horus; jamais, sur leurs monuments, les premiers rois de la
-premire dynastie ne sont dsigns par un autre nom que celui qui,
-enferm dans le rectangle qui figure le palais royal, est surmont du
-faucon, image du dieu Horus. Le souverain n'est donc pas appel
-l'origine le roi d'Egypte un tel mais l'Horus un tel; plus tard,
-sous la IIme dynastie, certains rois qui taient sans doute originaires
-de la Basse Egypte tentrent, comme le fit Perabsen, de remplacer le
-faucon par l'animal typhonien Set, et se nommrent alors le Set un tel
-(fig. 93); d'autres enfin runirent les deux emblmes divins, comme
-Kha-Sekhemou qui se donne le titre de: Horus-Set-Kha-Sekhemou (fig.
-94).
-
-[Illustration: _Fig. 92._ Noms de rois de la Ire dynastie.]
-
-[Illustrations:
- _Fig. 93._ Nom du roi Perabsen.
- _Fig. 94._ Nom du roi Kha-Sekhemou.
- _Fig. 95._ Nom du roi Den-Setou.]
-
-Ds l'origine, cependant, les rois prirent le titre de matre des
-diadmes du Sud et du Nord, titre qui vient se placer ct du
-premier, mais n'est pas accompagn d'un nom nouveau. Enfin, partir du
-milieu de la Ire dynastie, nous voyons apparatre un second nom tout
-fait diffrent de l'autre, avec le titre de roi de la Haute et de la
-Basse Egypte (fig. 95). Ce nom n'est pas encore enferm dans un
-cartouche, comme cela aura lieu plus tard. Quant aux deux autres titres,
-celui de Horus d'or, ou de Horus vainqueur, et celui de fils du
-soleil, ils ne paraissent que beaucoup plus tard, dans le courant de
-l'Ancien Empire.
-
-Dans les listes royales d'poque postrieure, les pharaons, mme les
-plus anciens, sont toujours dsigns par leurs noms de rois de la Haute
-et de la Basse Egypte, jamais par leurs noms d'Horus. Or les monuments
-de l'poque ne nous donnent la concordance entre les deux noms que pour
-trois rois de la Ire dynastie: Den-Setou (Ousaphas), Azab-Merbapa
-(Miebis) et Mersekha-Semempss. Pour tous les autres rois thinites, nous
-n'avons que le nom d'Horus, ce qui rend leur assimilation assez
-difficile; nanmoins, on est arriv les grouper de faon assez
-satisfaisante.
-
-
-C. CIVILISATION
-
-L'organisation de la royaut, l'invention de l'criture, les dbuts de
-l'architecture, le dveloppement des arts et de l'industrie marquent un
-progrs immense de l'poque thinite sur la priode prcdente, une
-transformation radicale dans l'tat gnral du pays. Aprs avoir tudi
-les monuments, il nous reste passer aux conclusions que nous pouvons
-en tirer quant ce nouveau stage de la civilisation.
-
-
-_Royaut_
-
-Le roi est un Horus, donc non seulement un monarque de droit divin ou un
-reprsentant du dieu sur la terre, mais un roi-dieu, planant en quelque
-sorte au-dessus de l'humanit. Tout lui appartient ici-bas, tout gravite
-autour de lui. Dtenteur du pouvoir spirituel aussi bien que du pouvoir
-temporel, il organise le culte des dieux, ses pres et ses frres, il
-commence leur faire construire de vrais temples au lieu des petits
-dicules en bois entours d'une enceinte ou des huttes en branchages qui
-sont encore presque partout les sanctuaires des diverses divinits.
-Quant lui-mme, il habite des palais dont le cadre qui entoure son nom
-nous a conserv une image sommaire et, aprs sa mort, il repose dans un
-tombeau somptueux, entour d'un monceau de provisions pour l'ternit.
-Les membres de sa famille paraissent peine ct de lui.
-
-
-_Tribus_
-
-La prsence, ct du roi, dans les grandes crmonies, des enseignes
-symboliques du faucon, du chacal, de l'ibis, semble indiquer que les
-anciennes tribus subsistent toujours, non plus indpendantes, mais
-devenues vassales de la couronne. Cependant ces emblmes pourraient
-aussi tre de nature purement religieuse et s'appliquer des divinits
-plutt qu' des groupements de la population.
-
-
-_Fonctionnaires_
-
-Autour du roi se trouvaient une quantit de fonctionnaires, depuis ceux
-qui taient attachs la personne mme du souverain, le porte-sandales
-et le porte-ventail, jusqu'aux chefs artisans qui semblent avoir eu une
-position privilgie. Puis venaient tous ceux qui taient prposs aux
-domaines royaux, qui surveillaient l'emmagasinage des rcoltes et dont
-les sceaux taient apposs sur les bouchons des jarres provisions.
-Tous ces personnages forment l'entourage immdiat du roi et se font
-enterrer ct de lui, parfois mme dans les dpendances de la
-spulture royale. Comme leur souverain, ils perptuent le souvenir de
-leur tombeau par une stle place au-dessus, en vidence, stle o leur
-nom seul est sommairement grav sur une pierre peine dgrossie.
-
-
-_Peuple_
-
-C'est dans les centres, et particulirement autour du roi, que nous
-pouvons suivre le dveloppement de cette civilisation nouvelle: jusqu'
-quel point put-elle pntrer dans la masse mme de la population, chez
-les habitants des campagnes? Les tombeaux de ceux-ci, dissmins le long
-des coteaux de sable qui bordent la valle, comme ceux de leurs
-prdcesseurs, nous montrent quoi nous en tenir ce sujet et, somme
-toute, nous voyons qu' part quelques modifications de dtails, la
-situation du peuple n'a gure chang. Si les habitants du pays revtent
-maintenant leurs tombeaux de briques, ils les creusent toujours aux
-mmes endroits et leur donnent peu prs les mmes dimensions
-qu'auparavant. Le mobilier funraire est le mme, peine un peu
-modernis quant la forme des vases; les outils et les armes ne sont
-pas modifis et ce n'est encore que rarement qu'on voit paratre des
-objets de cuivre ct des silex taills toujours en usage.
-
-Comme jadis, les habitants des campagnes ne se proccupaient gure des
-progrs de l'criture ou de l'architecture, et vivaient de chasse et de
-pche, d'levage et d'agriculture. Le cuivre fournissait aux pcheurs un
-nouvel engin, le petit hameon, mais il changeait peine l'armement des
-chasseurs. L'agriculture tait en progrs, sans doute grce aux efforts
-de l'administration royale. Le roi possdait-il lui-mme des champs de
-bl et d'orge d'o il tirait ses approvisionnements ou les
-abandonnait-il aux cultivateurs moyennant une forte redevance en nature,
-c'est ce dont nous ne pouvons nous rendre compte; peut-tre y avait-il
-des terres de la couronne et des terres prives, comme ce devait tre le
-cas plus tard. En tous cas le roi possdait des jardins spciaux, enclos
-de murs, qui taient l'objet d'une surveillance particulire, et o l'on
-cultivait entre autres la vigne. Les employs du gouvernement
-apportaient aussi un soin particulier aux irrigations, notaient avec
-soin la cote exacte de chaque crue du Nil, et faisaient creuser les
-premiers canaux.
-
-Les artisans, les gens de mtier, vivaient surtout dans les centres,
-mais les habitants des campagnes fabriquaient eux-mmes les objets dont
-ils avaient besoin, en particulier ce qui concernait le vtement.
-Pendant que les hommes s'occupaient de chasse, de pche et des travaux
-des champs, les femmes se chargeaient de filer et de tisser la toile.
-
-
-_Commerce extrieur_
-
-La plupart des matires premires qu'employaient les Egyptiens
-provenaient du pays mme, mais d'autres devaient tre cherches plus
-loin, souvent de grandes distances. Ainsi certaines pierres dures,
-employes pour fabriquer des vases ou des objets d'ornement, ne se
-trouvent que dans des montagnes situes en plein dsert; il en est de
-mme de l'or. Le roi envoyait-il des expditions pour recueillir ces
-matires prcieuses, ou bien les nomades les apportaient-ils jusqu'en
-Egypte, il nous est impossible de le savoir. Le cuivre venait de plus
-loin vers le sud, et des gisements de turquoises, comme ceux du Sina,
-taient dj exploits par les Egyptiens; peut-tre aussi le commerce
-extrieur en amenait-il dans le pays des quantits plus ou moins
-considrables.
-
-L'obsidienne employe en Egypte provient de l'le de Milo, dans
-l'Archipel, et ce fait montre qu'il continuait y avoir entre les deux
-peuples, malgr l'obstacle que leur opposait la mer, des relations
-suivies; la prsence de poterie genne dans les tombeaux royaux
-d'Abydos est une preuve de plus du commerce qui se faisait cette
-poque sur la Mditerrane.
-
-La similitude trs marque qui existe entre certains objets de la
-Chalde primitive et les monuments de l'Egypte thinite a fait envisager
-par certains savants la possibilit d'une origine commune des deux
-races. Cette hypothse, comme je l'ai dit plus haut, doit sans doute
-tre abandonne, car la civilisation gyptienne est certainement
-originale et africaine. Les infiltrations smites qui ont pu se produire
-dans la valle du Nil sont beaucoup moins importantes qu'il ne le
-paraissait d'abord et il se peut fort bien qu'elles soient dues
-uniquement des relations commerciales entre l'Egypte et les pays de
-l'est et du sud-est, par la mer Rouge. Ainsi des voyageurs, des
-commerants peuvent avoir apport d'Egypte en Chalde ou de Chalde en
-Egypte, des cylindres servant de sceaux, et cette nouveaut ayant t
-apprcie, la mode s'en sera rpandue facilement; rien du reste ne
-prouve que l'usage du cylindre ait t invent en Msopotamie plutt que
-dans la valle du Nil. Il en est de mme de certains petits vases
-parfums, spcialement de ceux formes animales.
-
-Quant la question de l'criture, qui a t invoque comme preuve de
-l'origine commune des deux plus anciennes civilisations de l'Orient,
-elle n'est pas suffisamment concluante. La premire criture d'un peuple
-sortant de la barbarie est ncessairement pictographique, aussi
-peut-elle avoir dbut indpendamment dans les deux pays; en effet les
-signes hiroglyphiques qui en Babylonie et en Egypte se ressemblent,
-n'ont pas la mme valeur phontique, et appartiennent deux langues
-trs diffrentes. L l'criture primitive se transforme rapidement,
-devient linaire, puis cuniforme, tandis qu'en Egypte elle reste
-pendant des milliers d'annes une criture hiroglyphique.
-
-[Illustration: _Fig. 96._ Chien en ivoire (d'ap. DE MORGAN. _Rech. sur
-les orig. de l'Egypte_, II, fig. _698_).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 97._ La Pyramide degrs de Saqqarah.]
-
-
-
-
-CHAPITRE V
-
-ANCIEN EMPIRE
-
-(De 3400 2200 av. J.-C. environ.)
-
-
-Ce nom d'Ancien Empire, adopt dans un temps o l'on considrait comme
-lgendaires les deux dynasties thinites, s'applique toute la priode
-o l'Egypte fut gouverne par des rois du nord, Memphites ou
-Hliopolitains, priode de paix et de prosprit pour le pays qui
-atteint peu peu un trs haut degr de dveloppement dans tous les
-domaines. C'est une succession de rois sages et puissants, dont
-l'autorit n'est pas discute et dont la politique consiste, non
-chercher au dehors des conqutes et des aventures, mais augmenter la
-richesse du pays par ses propres moyens, en utilisant et en dveloppant
-toutes ses forces naturelles, autant celles du sol que celles de ses
-habitants.
-
-
-A. HISTOIRE
-
-L'Ancien Empire occupe dans l'histoire un laps de temps de 1200 ans
-environ, et se place approximativement, puisque nous ne pouvons donner
-de date exacte et que nous sommes obligs, dans le domaine
-chronologique, de nous en tenir des peu prs, entre 3400 et 2200
-avant notre re; quatre dynasties se succdent, puis vient une chute
-brusque, une priode de luttes intrieures, l'poque fodale, pendant
-laquelle se prpare l'avnement du Moyen Empire thbain.
-
-
-_IIIe dynastie_
-
-Nous avons vu se produire, au cours de la IIme dynastie un certain
-flottement; le royaume du nord, absorb par Mns et ses successeurs, se
-ressaisit peu peu et cherche reprendre les rnes du pouvoir. Aprs
-de longs efforts, les princes memphites arrivent supplanter leurs
-suzerains et coiffer eux-mmes la double couronne; il ne semble pas y
-avoir eu de rvolution ni de luttes sanglantes, la transition est trop
-lente pour avoir t brutale et c'est sans doute en suite d'une srie
-d'alliances qu'une des familles finit par supplanter l'autre. Les rois
-memphites se considrent comme les hritiers directs et lgitimes des
-rois thinites. Loin de renier leurs prdcesseurs, ils continuent leur
-oeuvre et prennent leurs titres sans aucune modification; ils deviennent
-des Horus et non, comme on pourrait le croire, des Set, et se donnent
-galement les titres de matre des diadmes du Sud et du Nord et de
-roi de la Haute et de la Basse Egypte. Ce dernier titre est suivi d'un
-nom spcial, qui n'est pas encore enferm dans un cartouche. Rien n'est
-chang, ni dans l'organisation du pays, ni dans les moeurs; c'est encore
-la priode de transition dans laquelle rentrent galement les rois
-thinites de la IIme dynastie et les rois memphites de la IIIme, si
-intimement lis malgr la diffrence de leur origine qu'il est souvent
-difficile de distinguer sur les monuments contemporains ce qui
-appartient aux uns plutt qu'aux autres.
-
-Manthon donne pour la IIIme dynastie neuf rois avec 214 ans de rgne,
-mais ses transcriptions de noms sont trs fantaisistes et il est
-difficile de les identifier avec les noms des neuf ou dix souverains que
-nous connaissons d'aprs les monuments, et qui appartiennent
-certainement cette poque. Aucun vnement saillant ne marqua le rgne
-de la plupart de ces rois, sauf une invasion libyenne sous le premier de
-ceux-ci, le Nekherphs des Grecs, le Baba des listes, invasion qui se
-termina, dit-on, par l'apparition d'un phnomne cleste devant lequel
-les Libyens reculrent pouvants, sans combat. Les Egyptiens des
-poques postrieures avaient cependant conserv trs vivant le souvenir
-de certains de ces souverains, Nebka, Djeser-Teta, Houni, mais surtout
-du plus important d'entre eux qui est, n'en pas douter, le vrai
-fondateur de l'Empire memphite, Tosorthros, celui de Djeser qui porte le
-nom d'Horus Nouterkha; auteur de livres scientifiques, il s'appliqua
-surtout dvelopper l'criture et l'architecture, et nous pouvons
-constater le bien-fond de cette lgende car nous avons en effet de lui
-des constructions trs importantes, comme la pyramide degrs de
-Saqqarah, le plus ancien de ces immenses monuments funraires, et,
-immdiatement aprs son rgne, les premires grandes stles tombales
-couvertes de textes. En outre la tradition lui attribuait certaines
-fondations pieuses, comme l'organisation du culte d'Isis Philae, que
-relate tout au long une stle de basse poque dans l'le de Sehel. Cette
-figure bien relle du roi Djeser domine et claire toute la IIIme
-dynastie qui sans elle serait une des plus inconsistantes et des moins
-connues de toute l'histoire d'Egypte.
-
-
-_IVe dynastie_
-
-Le passage d'une dynastie l'autre s'opra sans secousse,
-naturellement; comme le dit un texte littraire trs ancien: En ce
-temps-l, la Majest du roi Houni arriva au port (c'est--dire mourut)
-et la Majest du roi Snefrou s'leva en roi bienfaisant, sur la terre
-entire; c'est une famille nouvelle recueillant l'hritage d'une
-famille parente qui s'teint. Les huit rois de cette dynastie, qui,
-toujours d'aprs Manthon, occuprent le trne pendant 284 ans, nous ont
-laiss des tmoins indestructibles de leur puissance, les pyramides,
-l'effort architectural le plus gigantesque qui ait jamais t tent.
-
-[Illustration: _Fig. 98._ Bas-relief de Snefrou au Sina (d'aprs J. DE
-MORGAN. _Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. 594).]
-
-Avec le premier de ces rois, Snefrou, commence une priode de grande
-prosprit pour l'Egypte; les tombeaux des simples particuliers
-deviennent de vritables monuments, et lui-mme se fait construire deux
-pyramides. La richesse est trs grande dans le pays, consquence d'une
-administration sage et prvoyante, et les arts ne ttonnent plus, ayant
-atteint l'expression parfaite dont ils ne s'carteront plus gure. De
-son oeuvre personnelle, nous savons peu de chose, sinon qu'il organisa
-de faon dfinitive l'exploitation des mines du Sina, fortifiant ainsi
-la marche orientale de l'Egypte contre les incursions des bandes smites
-de la Syrie mridionale.
-
-[Illustration: _Fig. 99._ Khops (d'aprs PETRIE. _Abydos_, II, pl.
-XIV).]
-
-Son successeur, Khops ou Khoufou, continua son oeuvre et fut plus
-puissant encore. Le travail colossal ncessit par la construction de sa
-pyramide avait rendu son nom lgendaire, et les Grecs voyaient en lui un
-tyran qui avait cras son peuple de corves, tandis que les Egyptiens
-vnraient son souvenir, que son culte funraire se perptuait et qu'il
-fut toujours considr comme un des plus grands rois d'Egypte. Il fonda
-des temples et continua d'encourager les travaux miniers au Sina.
-
-[Illustration: _Fig. 100._ Dadefra--Fouilles d'Abou-Roash--Louvre
-(photographie de M. E. Chassinat).]
-
-[Illustration: _Fig. 101._ Khfren (photogr. de E. Brugsch-Pacha).]
-
-Aprs la mort de Khops des comptitions s'levrent dans sa famille, et
-son premier successeur, Dadefra (Ratoses), fut renvers aprs un rgne
-plus ou moins long, sa pyramide fut rase, ses statues mises en
-miettes, sa mmoire efface presque compltement. Le frre de ce
-dernier, Khefren ou Khafra, monta alors sur le trne, et si nous ne
-savons rien de son oeuvre pendant son long rgne, nous avons du moins de
-lui des monuments extrmement remarquables, sa pyramide, le grand sphinx
-de Giseh et des statues qui sont de pures merveilles. La lgende
-transmise par Hrodote dit que lui aussi fut considr comme un tyran
-odieux et que, comme son pre Khops, sa dpouille mortelle fut arrache
-de son tombeau et mise en pices par le peuple rvolt, mais cette
-lgende ne repose sur aucune base srieuse.
-
-[Illustration: _Fig. 102._ La grande pyramide et le sphinx de Gizeh.]
-
-[Illustration: _Fig. 103._ Mycrinus (d'aprs MASPERO. _Muse Egyptien_
-I, pl. IX).]
-
-Puis vint Menkaoura, le Mycrinus des Grecs, dont la rputation de
-justice et de pit se perptua jusqu' la fin de l'empire pharaonique;
-lui aussi se fit construire une pyramide et sculpter des statues
-splendides, et continua l'exploitation des mines du Sina. Il fut le
-dernier grand roi de sa race, ses successeurs nous sont peine connus,
-et la IVme dynastie finit sans que nous puissions nous rendre compte de
-quelle manire; sans doute des rois incapables se virent peu peu
-supplanter par des personnages plus nergiques, plus populaires et
-disposant d'un parti puissant. Un oracle avait prdit Khops que sa
-famille allait disparatre et qu'aprs quelques gnrations une race
-nouvelle, race d'origine divine, issue de R lui-mme, le dieu-soleil,
-monterait sur le trne sa place. S'inclinant devant la volont divine,
-Khops n'avait mme pas song dtruire pendant qu'ils taient faibles
-encore, les premiers reprsentants de cette famille qui devait
-dpossder la sienne.
-
-
-_Ve dynastie_
-
-Avec l'avnement de ces nouveaux rois, originaires d'Hliopolis--et non
-d'Elphantine, comme le dit Manthon,--qui se considrent comme
-engendrs par le dieu-soleil lui-mme et adoptent dfinitivement dans
-leur protocole le titre jusqu'alors peu employ de fils de R, le
-caractre thocratique de la royaut s'accuse de plus en plus. C'est le
-triomphe des prtres d'Hliopolis, mtropole religieuse de la Basse
-Egypte, les vrais fondateurs de la religion gyptienne, qui en arrivent
- grouper autour de leur dieu-soleil tous les dogmes locaux d'origine si
-disparate, et constituer un ensemble homogne, acceptable pour tous
-les Egyptiens. Non contents de cette centralisation religieuse, ils
-russissent mettre la main sur le pouvoir temporel, avec les neuf rois
-de la Vme dynastie qui, au dire de Manthon, rgnrent pendant 218 ans,
-et mme aprs ce temps, ces prtres du soleil surent garder pendant de
-longs sicles une influence prpondrante sur le pouvoir civil.
-
-[Illustration: _Fig. 104._ Neouserra (d'aprs MASPERO. _Muse Egyptien_,
-I, pl. X).]
-
-Ouserkaf fut le premier de sa race; sans doute il dut rorganiser
-l'administration sur de nouvelles bases, et si nous savons peu de choses
-de lui, nous connaissons mieux ses successeurs qui continurent son
-oeuvre. Sahoura d'abord, puis Neferarkara et Shepseskara, plus tard
-Neouserra-An, Menkaouhor et Dadkara-Assa. Tous sont des monarques
-puissants et d'une activit qui s'tend d'un bout l'autre du royaume
-et mme au del de ses frontires: ils contiennent les hordes libyennes
-et soudanaises qui cherchent s'introduire dans le pays, ils envoient
-dans le sud de la Palestine des expditions devant leur assurer la
-suprmatie effective sur des voisins instables qui pouvaient devenir
-menaants, ils reprennent de faon suivie les exploitations minires du
-Sina, ils entretiennent sur la mer une flotte imposante qui doit
-servir en mme temps dvelopper le commerce gyptien et imposer le
-respect des pharaons dans les pays avoisinants. A l'intrieur, ils
-construisent des pyramides qui, pour tre moins colossales que celles de
-leurs devanciers, leur sont suprieures au point de vue de la
-dcoration, et des temples monumentaux comme ceux qu'ils ddirent au
-soleil dans les environs de leur capitale. D'une manire gnrale, leur
-administration, dont nous ne connaissons pas les dtails ni mme le
-programme particulier, fut bienfaisante pour le pays dont la prosprit
-augmente de plus en plus; la paix et l'ordre rgnent dans toute la
-valle du Nil. Les prtres exercent une influence considrable et tous
-les hauts fonctionnaires se rattachent de prs ou de loin au sacerdoce;
-ils semblent du reste avoir travaill non pas dans un but
-d'accaparement, mais pour le bien gnral du pays.
-
-Le dernier roi de la dynastie, Ounas, n'est pas l'un des moins
-importants et des moins puissants, et il termine dignement la srie des
-princes de sa famille; c'est sans doute parce qu'il n'eut pas de
-descendants directs que le pouvoir passa aprs lui en d'autres mains, et
-non ensuite d'un bouleversement politique.
-
-
-_VIe dynastie_
-
-Les rois memphites qui succdent directement aux hliopolitains
-continuent leur oeuvre, mais moins brillamment pour commencer,
-semble-t-il, car nous ne savons presque rien de Teti et d'Ouserkara, les
-deux premiers souverains d'une famille qui, d'aprs Manthon, compta six
-rois et 203 ans de rgne. Aprs eux vient une courte priode de gloire
-sur laquelle nous sommes admirablement renseigns par de nombreux
-monuments, et surtout par les biographies de certains hauts
-fonctionnaires comme Ouna et Herkhouf, priode que domine le roi Pepi
-I, un des plus clbres parmi les pharaons: son activit est intense, il
-fait construire et travailler sur tous les points de l'Egypte et son nom
-se retrouve Tanis, l'extrme nord du Delta, aussi bien que sur les
-rochers de granit de la Ire cataracte, dans les mines du Sina comme
-dans les carrires du Ouadi-Hammamat. Il s'occupe lui-mme de
-l'administration de la justice et des missions spciales donner aux
-plus capables de ses sujets; il multiplie les dcrets tablissant les
-droits des grands sanctuaires et instituant des fondations pieuses; il
-rassemble une arme et des vaisseaux pour craser les nomades asiatiques
-redevenus menaants et envoie des expditions en Nubie pour assurer la
-suprmatie de l'Egypte sur le Haut Nil.
-
-[Illustration: _Fig. 105._ Pepi I (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II,
-pl. LI).]
-
-[Illustration: _Fig. 106._ Merenra (d'ap. QUIBELL. _Hieraconpolis_, II,
-pl. LV).]
-
-Ses successeurs voulurent continuer son oeuvre, mais son fils an
-Merenra mourut jeune, et son autre fils Pepi II, qui eut un rgne de 95
-ans, ne se montra pas la hauteur de la situation, et la dchance du
-pouvoir central s'accusa rapidement. Deux ou trois rois russirent
-pendant quelque temps encore maintenir le sceptre entre leurs mains,
-puis disparurent aprs des rgnes sans gloire, et avec eux prit fin
-cette suite de familles puissantes et nergiques qui avait amen
-l'Egypte un si haut point de civilisation.
-
-
-_La fin de l'empire memphite_
-
-Ici commence une priode trs obscure, pour laquelle Manthon continue
-sa classification mthodique: C'est d'abord la VIIme dynastie, qui
-reprsente sans doute un court interrgne, avec ses 70 rois ayant rgn
-pendant 70 jours, puis la VIIIme avec 27 rois memphites qui rgnrent
-146 ans, rois dont l'histoire nous a peine conserv quelques noms. Le
-dclin, ou plutt la chute du pouvoir royal est donc extraordinairement
-brusque, surtout si l'on songe que cette chute n'a pas t dtermine
-par une invasion, une conqute ou une rvolution brutale; la cause en
-est simplement dans le fait que les rois memphites exercrent un pouvoir
-tout pacifique et n'eurent jamais s'appuyer sur une force militaire.
-Quelques troupes peu nombreuses de mercenaires nubiens suffisaient pour
-maintenir l'ordre, et quand il s'agissait d'une expdition au dehors,
-les grands seigneurs amenaient chacun son petit contingent et l'on en
-formait la hte une arme htroclite bien suffisante contre les
-barbares plus mal organiss encore. Nous avons peine comprendre que
-des rois aient pu pendant plus de mille ans, sans arme, faire brillante
-figure et accomplir une oeuvre aussi importante que les pharaons de
-l'Ancien Empire; c'est une preuve remarquable de l'excellence d'un
-gouvernement sage et droit, et de la puissance morale de tous ces
-souverains.
-
-Ce systme constituait cependant un danger permanent, et il tait
-prvoir qu' la premire occasion favorable les grands seigneurs locaux
-qui devaient fournir leurs contingents la couronne, dans certaines
-occasions, chercheraient profiter de cette force qu'ils avaient
-toujours sous la main, pour se rendre indpendants et pour s'emparer
-eux-mmes du pouvoir. La fodalit s'tait constitue ainsi peu peu,
-guettant le moment o elle pourrait secouer cette autorit morale qui
-pesait sur les princes des nomes et les runissait, et c'est
-probablement dj la fin du rgne de Pepi II que ceux-ci commencrent
- s'affranchir. Les plus puissants, apparents sans doute la famille
-royale, se proclamrent rois, groupant autour d'eux des seigneurs de
-moindre importance, et ainsi les Memphites, les souverains lgitimes, ne
-conservrent plus que le Delta, tandis qu' ct d'eux s'levaient deux
-nouvelles dynasties, la IXme d'Hraclopolis, comprenant toute la
-Moyenne Egypte, et la Xme qui est thbaine plutt qu'hraclopolitaine,
-comme le voudrait Manthon, et qui absorba la Haute Egypte. De l des
-luttes qui durrent deux sicles au moins, donnant l'avantage tantt aux
-uns, tantt aux autres. Puissamment seconds par les princes de Siout,
-les rois hraclopolitains, les Khiti, les Kamerira l'emportrent le
-plus souvent, mais durent aussi s'effacer parfois devant une campagne
-heureuse d'une des maisons rivales, comme celle qui permit au memphite
-Neferkara de s'installer pour un temps Koptos. Enfin les Thbains, les
-Antef et les Mentouhotep, finissent par craser leurs comptiteurs et
-ralisent nouveau l'unit politique du pays; c'est une re nouvelle
-qui commence, le Moyen Empire qui remplace l'Ancien.
-
-
-B. MONUMENTS
-
-Les restes qui nous sont parvenus de l'Ancien Empire sont autrement
-importants en nombre, en grandeur et en beaut, que ceux de la priode
-prcdente. Les inscriptions sont nombreuses, souvent trs dveloppes,
-et, places ct des innombrables reprsentations figures, elles nous
-permettent de pntrer plus profondment dans la connaissance de la vie
-des Egyptiens; nous n'en sommes plus rduits des suppositions, nous
-les voyons agir, nous les entendons parler, et une rapide revue des
-monuments dcouverts nous permettra de nous faire une ide d'ensemble de
-ce qu'tait leur civilisation.
-
-
-_Architecture_
-
-Les progrs de l'architecture furent extrmement rapides, surtout aux
-dbuts de l'empire memphite; nous avons vu, la fin de la priode
-prcdente, le systme de construction en briques et bois, avec
-couverture en bois; au commencement de la IIIme dynastie, les
-architectes connaissent la vote et l'emploient avec succs, puis ils se
-mettent la recherche de matriaux plus solides et plus durables que la
-brique crue, et adoptent la pierre, au moins pour celles de leurs
-constructions qui avaient pour eux le plus d'importance, les tombeaux et
-les temples. Tout de suite ils se montrent passs matres dans cette
-technique nouvelle et semblent se jouer des difficults avec une
-hardiesse et une aisance incroyables: ds la IVme dynastie, on ne trouve
-dj pour ainsi dire plus un difice religieux ou funraire en briques.
-La dimension des matriaux permettant aux architectes de revenir
-l'ancien systme de couverture plate, ils inventent le pilier et
-l'architrave qui leur donnent la facilit de couvrir des espaces trs
-considrables; enfin sous la Vme dynastie parat la colonne proprement
-dite, avec toutes ses varits. Les constructeurs ne se bornent pas
-assembler leurs matriaux avec une prcision et une exactitude
-remarquables, ils en calculent aussi en une certaine mesure la
-rsistance et s'entendent trs bien rpartir galement la pression des
-masses.
-
-[Illustrations:
- _Fig. 107 et 108._ Colonnes palmiforme et papyriforme (d'apr.
- BORCHARDT. _Sahur_, p. _44_; _Ne-user-R_, p. _64_).
- _Fig. 109._ Colonne lotiforme--Abousir (photogr. de E.
- Brugsch-Pacha).]
-
-Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, taient des
-difices lgers, en briques, en bois, ou mme en terre pile, qui tous
-ont disparu sans laisser de traces. En fait d'architecture militaire,
-nous n'avons gure que des forteresses comme celles d'Elkab et d'Abydos,
-vastes quadrilatres forms par d'paisses murailles de briques crues,
-qui du reste ne sont pas dates de faon certaine.
-
-
-_Temples_
-
-Quant aux difices religieux, les rois de l'Ancien Empire en avaient
-construit un peu partout, et avaient remplac les petits sanctuaires
-primitifs par des constructions en pierre dj trs dveloppes comme
-plan; ces temples furent constamment remanis, agrandis et embellis au
-cours des ges, souvent mme dmolis pour tre entirement reconstruits,
-aussi ne trouvons-nous plus gure que les arasements ou les fondations
-des constructions originales, comme c'est le cas Hieraconpolis,
-Abydos et Memphis, ou encore des dbris de murailles couverts de
-bas-reliefs, comme les fragments de la chapelle de Djeser Hliopolis.
-Ce qui reste de ces temples suffit nanmoins pour nous montrer que
-chacun avait son caractre spcial, appropri aux besoins du culte
-local, et qu'on n'avait pas encore adopt, comme cela eut lieu plus
-tard, un type uniforme pour tous les difices cultuels.
-
-[Illustration: _Fig. 110._ Le temple du soleil Abousir (d'apr.
-BORCHARDT. _Das Re-Heiligtum des Kgs. Ne-Woser-Re_, pl. I).]
-
-Parmi tous ces modles divers de temples, le plus original tait celui
-qui tait consacr R, le dieu-soleil d'Hliopolis: il consistait en
-un norme oblisque, lourd et trapu, mont sur la plateforme d'un grand
-massif rectangulaire, tous deux en maonnerie; un escalier mnag dans
-l'paisseur du socle permettait d'atteindre la plateforme. Sur le devant
-se trouvait un grand autel pour les offrandes, des cours avec bassins
-destins des ablutions, et, dans un coin, une petite chapelle
-prcde de deux stles. Autour de tout cet ensemble, un mur de pierre
-formait une enceinte rectangulaire, et un chemin couvert descendait
-directement la valle, reliant le temple lui-mme un portique
-monumental. Ici le dieu n'est pas dissimul au fond d'un sanctuaire
-accessible quelques initis seulement, comme c'est gnralement le cas
-en Egypte; il domine tout le temple de sa masse imposante, car c'est
-l'oblisque lui-mme qui est le symbole du dieu-soleil.
-
-Tous les rois de la Vme dynastie, les fils de R, tinrent honneur de
-consacrer leur divin pre un sanctuaire semblable, prs de leur
-capitale, deux pas de leurs pyramides. Nous en connaissons au moins
-cinq de nom; un seul nous est conserv, en ruines il est vrai, mais en
-ruines encore trs lisibles; c'est celui de Neouserra, mis au jour par
-une mission allemande, prs d'Abousir. Pour donner une ide de ses
-dimensions, nous dirons que l'enceinte mesure plus de 100 mtres de
-long. En outre cet trange sanctuaire tait accompagn d'une
-reproduction monumentale, en briques crues, de la barque solaire, qui
-n'a pas moins de 28 mtres de long, bateau fantastique qui semble
-naviguer sur les sables du dsert.
-
-Les fouilles excutes Abydos par une socit anglaise, sous la
-direction de M. Ed. Naville, ont rvl un temple tout diffrent et sans
-doute plus ancien, le sanctuaire souterrain d'Osiris: ici la pice
-principale, couverte de dalles de granit supportes par des piliers
-normes, sans aucune dcoration, consistait en une vaste plateforme
-isole du reste du monument par un foss plein d'eau. Cette disposition
-si particulire correspondait bien aux ncessits des mystres du grand
-dieu des morts, avec leurs processions nautiques et leurs illuminations.
-
-Je ne sais trop si c'est parmi les difices du culte qu'il faut ranger
-un difice plus trange encore, unique en son genre, qui date
-probablement de la IIIme dynastie et a t dcouvert par une mission
-italienne, Hliopolis mme: c'est une construction circulaire
-embrassant un espace dont le rayon est de 300 mtres, une sorte de
-gigantesque anneau de 40 mtres d'paisseur, en briques crues, perc
-l'intrieur de cinq nefs longitudinales supportes par des piliers et
-des pidroits. L'usage de ce monument nous est absolument inconnu.
-
-
-_Mastabas_
-
-Pour l'architecture funraire nous sommes mieux renseigns, tant en
-possession d'une quantit considrable de tombeaux qui sont le plus
-souvent dans un tat de conservation remarquable, et nous pouvons suivre
-pas pas les amliorations, les modifications apportes dans ce genre
-de constructions faites en vue de l'ternit. Le but des Egyptiens tait
-de s'assurer aprs la mort un lieu de repos qui ft pour eux le gage et
-la condition de la vie ternelle, et ils sacrifiaient volontiers le
-bien-tre de leur existence terrestre, tape provisoire, la
-perptuation de leur me et de leur double; ce but, ils l'obtenaient en
-partie par la connaissance des formules magiques qui faisaient d'eux les
-gaux des dieux, en partie aussi en prservant des atteintes du temps et
-des hommes leur corps physique, qui restait le support de leur tre
-immatriel. Plus le tombeau tait profond, plus son entre tait
-dissimule et obstrue, plus grandes aussi taient les chances de
-conservation pour la momie. L'ombre du mort, son double, son _ka_, comme
-disaient les Egyptiens, pouvait alors continuer vivre dans la tombe,
-mais il lui fallait l'image des aliments rels pour se nourrir, la
-reprsentation des scnes de la vie usuelle pour se dlasser ou tout au
-moins pour s'occuper; cet effet on prit un certain moment le parti
-de sculpter sur certaines parties des monuments funraires ces
-figurations si varies qui sont pour nous ce qu'elles taient sans doute
-pour les morts, une image fidle de la vie des anciens Egyptiens.
-
-Les rois sont d'essence divine, par consquent trs au-dessus des
-hommes, et il est naturel que leurs tombes ne soient pas disposes de la
-mme manire que celles de leurs sujets; nous avons donc dans
-l'architecture deux groupes, celui des tombes prives et celui des
-tombes royales, issus de conceptions un peu diffrentes du sort de l'me
-aprs la mort et qui se dveloppent paralllement, mais indpendamment
-l'un de l'autre.
-
-[Illustration: _Fig. 111._ Plan d'un mastaba de la IVe dynastie (d'apr.
-MARIETTE. _Monuments divers_, pl. XVI).]
-
-Pour les tombeaux des particuliers, nous avons vu la fin de l'poque
-thinite la fosse primitive tapisse de briques et flanque d'un escalier
-d'accs. Sous la IIIme dynastie, ce plan se dveloppe encore; on ajoute
-volontiers quelques petites chambres souterraines pour servir de
-magasins, et au lieu de ne faire qu'amonceler un tas de terre ou de
-sable sur la couverture du caveau, on commence construire un massif de
-maonnerie. Ds lors la chambre funraire s'enfonce plus profondment
-sous terre, la descenderie en escalier est peu peu remplace par un
-puits vertical. Ces massives constructions extrieures qui sont la
-caractristique des tombes prives de l'Ancien Empire, sont de forme
-allonge, rectangulaire, d'une hauteur moyenne, et les Arabes, les
-comparant aux bancs de briques sur lesquels ils s'installent, la porte
-de leurs maisons, les ont appels _mastabas_ (bancs), mot qui a pass
-dans le vocabulaire archologique.
-
-[Illustration: _Fig. 112._ Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah (d'apr. une
-photogr.; cf. CAPART. _Une rue de tombeaux_, pl. XCIV).]
-
-Les plus anciens de ces mastabas sont en briques crues, et peine plus
-grands que les chambres funraires qu'ils abritent, mais leurs
-dimensions augmentent rapidement. Sur la face est--car ces tombeaux sont
-orients peu prs exactement--se creusent une ou deux niches qui sont
-censes tre les portes de la tombe, par lesquelles l'me peut rester en
-quelque sorte en communication avec les vivants et revenir de temps
-autre se promener sur terre; c'est l que se font les crmonies du
-culte funraire, l qu'on apporte au dfunt les offrandes alimentaires.
-Nue l'origine, cette niche s'orne trs anciennement dj de montants
-et de linteaux en pierre, sur lesquels on grave le nom et les titres du
-mort avec une courte formule le plaant sous la protection des dieux;
-ainsi se forme peu peu le type de la fausse-porte, modle courant de
-la stle funraire sous l'Ancien Empire. Cette niche-stle ou stle
-fausse-porte constitue donc elle seule une chapelle funraire en
-miniature; ds la fin de la IIIme dynastie on accentue son caractre,
-soit en la dissimulant derrire un mur qui court le long de la faade
-est du mastaba et forme devant elle un long couloir troit, soit en la
-repoussant un peu plus profondment dans l'intrieur du massif de
-briques, au fond d'une chambre minuscule, chambre qui affecte plus ou
-moins la forme d'une croix.
-
-[Illustration: _Fig. 113._ Fausse-porte de la Vme dynastie (d'aprs
-PAGET-PIRIE, _Tomb of Ptah-Hetep_, pl. XXXIX).]
-
-[Illustration: _Fig. 114 et 115._ Tables d'offrandes de l'Ancien Empire
-(Muse du Caire; d'aprs des croquis de l'auteur).]
-
-A ce moment, c'est--dire sous Snefrou, au dbut de la IVme dynastie, on
-voit apparatre dans le tombeau deux lments nouveaux, la table
-d'offrandes,--dalle de pierre d'une forme particulire place terre
-devant la fausse-porte, sur laquelle on dposait des aliments ou des
-reprsentations d'aliments et qui servait au mort de table manger,--et
-la cachette aux statues, le _serdab_, suivant le nom qui lui a t donn
-par les Arabes et qui est maintenant consacr par l'usage. Ce serdab est
-une petite pice aveugle mnage dans la maonnerie du mastaba ct de
-la chambre la stle, mais sans aucune communication avec elle sauf,
-parfois, une petite fente o l'on peut peine passer la main; c'est l
-qu'on entassait, en plus ou moins grand nombre, les statues faites
-l'image du dfunt, statues qui pouvaient servir de support son double
-au cas o la momie elle-mme viendrait tre dtruite, et permettre
-ce corps spirituel de continuer vivre son existence monotone
-d'outre-tombe. Pour que ce double pt subsister, il lui fallait en effet
-un support, un corps matriel sur lequel il pt se poser: une statue,
-moins fragile que la dpouille mortelle, lui offrait une plus grande
-garantie de survivance; une fois la momie et les statues dtruites, le
-double s'vanouissait et disparaissait dfinitivement.
-
-[Illustration: _Fig. 116._ Mastabas prs de la grande pyramide (d'aprs
-LEPSIUS. _Denkmaler_, I, pl. XV).]
-
-[Illustration: _Fig. 117._ Sarcophage de Khoufou-Ankh (d'apr. le _Muse
-Egyptien_, I, pl. XXI).]
-
-Les spultures des particuliers, tout au moins celles des grands
-personnages, se groupent en gnral autour de celle de leur souverain;
-ainsi, auprs des grandes pyramides, nous voyons de vraies villes de
-tombeaux o les mastabas sont aligns rgulirement, spars par de
-grandes rues droites. A ce moment-l, sous la IVme dynastie, la
-prosprit tait grande dans le pays; les tombeaux aussi deviennent plus
-riches et sont mieux amnags: les mastabas sont maintenant construits
-en pierre et non plus en briques, les dimensions des chambres augmentent
-et souvent aussi leur nombre. Les parois de ces chambres offrent une
-surface assez considrable pour qu'on songe les utiliser, et l'on
-commence les dcorer pour que le mort puisse en tirer profit; on y
-sculpte des listes d'offrandes, des images d'aliments qui peuvent servir
- la nourriture du dfunt, puis des scnes de la vie courante, grce
-auxquelles il pourra, non seulement se dlasser, mais se procurer par
-lui-mme les aliments ncessaires. C'est dans ce double but qu'on y
-reprsente les semailles, les moissons, les vendanges, l'levage, la
-pche, la chasse, ainsi que les divers mtiers qui devaient lui fournir
-au fur et mesure tous les objets pouvant lui tre ncessaires ou
-seulement utiles dans l'autre monde, les vtements, les ustensiles, les
-meubles, les parfums. Chacune de ces scnes est domine par la figure du
-mort surveillant les travailleurs, dont il se distingue par sa taille,
-souvent triple de la leur, ou mme davantage; ct de lui paraissent
-sa femme et ses enfants. Sous terre, dans un caveau grossirement taill
-dans le rocher, la momie tait tendue tout de son long dans un cercueil
-de bois, enferm lui-mme, chez les plus riches, dans un grand
-sarcophage rectangulaire en pierre dont la dcoration tout
-architecturale lui donne l'aspect d'une maison; le mobilier funraire
-est des plus sommaires.
-
-[Illustration: _Fig. 118._ Plan du tombeau de Ti (d'aprs MARIETTE.
-_Mastabas_, p. _333_).]
-
-Pendant la Vme dynastie, le luxe des mastabas augmente encore; les
-chambres deviennent plus nombreuses, parfois mme une cour dcouverte
-s'ouvre au milieu du monument, les salles les plus grandes sont pourvues
-de piliers ou de colonnes, les bas-reliefs qui parfois sont de la plus
-parfaite beaut couvrent les murailles, rptant avec beaucoup plus de
-dtails les scnes agricoles et industrielles dont j'ai parl plus
-haut, ct desquelles on en voit d'autres qui reprsentent des jeux,
-des danses, des ftes de famille, voire des oprations chirurgicales;
-ailleurs, ce sont des files de serviteurs apportant leur matre les
-produits du sol, des bateaux prts mettre la voile et mille autres
-dtails pleins de vie et de varit. Jamais dans ces tombeaux on ne voit
-une reprsentation d'ordre religieux, ni la figure d'un dieu, ni une
-scne d'adoration; trs rarement un tableau se rapporte aux funrailles:
-on ne parle pas de la mort, et le propritaire du tombeau est toujours
-cens vivant, soit qu'il vaque ses diverses occupations, soit qu'il
-soit assis devant une table garnie, entoure d'un monceau de
-victuailles.
-
-Sous la VIme dynastie, il n'y a aucun changement notable dans les
-tombeaux des particuliers; la partie accessible du mastaba, celle o les
-descendants du mort pouvaient venir priodiquement accomplir les
-crmonies funraires et peut-tre festoyer auprs de son ombre, comme
-les Arabes modernes dans les cimetires, cette partie comporte toujours
-la mme dcoration, mais certains grands personnages commencent
-rserver une portion des parois pour y graver l'histoire de leur vie,
-leurs hauts faits et l'expression de la satisfaction du roi pour les
-services rendus. Ces biographies sont pour nous un des plus prcieux
-legs de l'Ancien Empire memphite.
-
-Le mastaba est la tombe-type de l'Ancien Empire, mais dans certaines
-rgions, par suite de la nature mme du sol, on commence employer un
-autre systme de spulture: pas de construction, les chambres sont
-creuses dans la montagne et la dcoration usuelle s'excute sur la
-roche elle-mme; une porte communique avec l'extrieur, o la pente du
-rocher a t plus ou moins ravale de manire mnager une petite
-plateforme, et dans un coin de la dernire chambre, un puits descend
-verticalement jusqu'au caveau o l'on dposait la momie. C'est la
-premire apparition de la tombe rupestre, de l'hypoge, type qui sera
-presque seul employ aux poques suivantes.
-
-
-_Pyramides_
-
-Les tombeaux royaux diffrent de ceux des simples particuliers par la
-forme, par les dimensions et par la disposition intrieure et
-extrieure. Ici aussi, une volution s'accomplit, une transformation
-trs marque pendant le cours de la priode memphite.
-
-Les plus anciens de ces tombeaux, ceux de la IIIme dynastie, sont trs
-diffrents de ceux de la priode thinite, presque uniquement
-souterrains: ils comportent un immense mastaba rectangulaire en briques
-crues sur la plateforme duquel s'ouvre une descenderie ou un escalier
-trs rapide aboutissant aux chambres funraires; aucune dcoration, ni
-l'intrieur ni l'extrieur, pas mme une stle, semble-t-il. La
-fameuse pyramide degrs de Saqqarah, construite par Djeser, un des
-derniers rois de cette dynastie, n'est pas encore proprement parler
-une pyramide, c'est un gigantesque mastaba en pierres, bti sur un plan
-rectangulaire et surmont de toute une srie de mastabas plus petits
-formant comme des tages (fig. 97). Les chambres souterraines sont
-malheureusement trs bouleverses, mais nous voyons d'aprs un autre
-monument de l'poque comment on devait procder leur construction: une
-immense fosse rectangulaire tait creuse dans le rocher, et une large
-descenderie y aboutissait du ct nord; au fond de cette excavation on
-installait le sarcophage de granit, on btissait les chambres, puis on
-la comblait, et alors seulement on pouvait commencer difier le
-mastaba ou la pyramide.
-
-[Illustration: _Fig. 119._ Pyramide de Medoum (d'aprs SPIEGELBERG.
-_Gesch. der Aeg. Kunst_, p. _17_).]
-
-Sous la IVme dynastie, le premier tombeau que se fit construire Snefrou,
-celui de Medoum, tient plus encore du mastaba que de la pyramide, mais
-ce fut le mme roi qui adopta peu aprs le type dfinitif de la pyramide
- base carre et faces triangulaires, avec le monument qu'il difia
-dans le dsert de Dahchour; les chambres, trs petites, sont peu prs
-au niveau du sol, ensevelies sous l'norme masse de maonnerie, et on y
-accde par un couloir en pente dbouchant mi-hauteur de la face nord
-du monument.
-
-[Illustration: _Fig. 120._ Coupe de la pyramide de Khops (d'aprs
-PETRIE, _Pyramids of Giseh_, pl. IV).]
-
-Les successeurs de Snefrou reprirent ce modle de monument funraire et
-l'adoptrent pour eux-mmes sans en modifier les grandes lignes, mais
-en y apportant des perfectionnements notables; les problmes techniques
-les plus difficiles furent rsolus avec une prcision merveilleuse dans
-les pyramides de Khops, Khefren et Mycerinus, qui constituent chacune
-un chef-d'oeuvre de construction, dont les dimensions colossales--la
-plus grande mesurait plus de 146 m. de hauteur sur 227 m. de ct--ne
-nuisent pas la perfection des dtails. Un revtement de calcaire fin
-et de granit bien poli recouvre la maonnerie dispose en assises
-rgulires de blocs normes; au-dessus des chambres, des chambrettes de
-dcharge sont destines soulager leur toiture du poids considrable
-qui aurait pu les craser; des conduits d'aration traversent le massif
-tout entier. Chambres et couloirs sont tapisss de blocs gigantesques,
-soigneusement polis et si admirablement appareills qu'on ne peut encore
-maintenant introduire une pointe de couteau dans les joints; en
-plusieurs points, des herses de granit, places dans un logement
-spcial, retombaient aprs l'inhumation pour obstruer dfinitivement le
-couloir dont l'issue l'extrieur tait ferme par un bloc de
-revtement semblable aux autres. Au milieu de la face est s'levait la
-chapelle, centre du culte funraire, avec son sanctuaire, sa
-cour-pristyle, ses vestibules, ses magasins, et au del, de petites
-pyramides recouvraient la dpouille mortelle des membres de la famille
-royale. Un grand mur de pierre, formant une vaste enceinte carre,
-entourait cet ensemble et l'isolait du terrain environnant; une alle
-couverte descendait de la porte de la chambre funraire vers la valle,
-jusqu' un monument qui servait de portique d'entre et qui atteignait
-parfois des dimensions imposantes, comme celui de la pyramide de
-Khefren, mieux connu sous le nom de temple du Sphinx, avec ses normes
-piliers de granit rose et ses murailles d'albtre.
-
-[Illustration: _Fig. 121._ Chapelle funraire de Sahoura (d'aprs
-BORCHARDT. _Grabdenkmal des Knigs Sa-hu-re_).]
-
-Les pyramides de la Vme dynastie deviennent progressivement plus
-petites, et la partie de la construction qui devait rester invisible,
-l'appareillage de la masse mme du monument, est moins soigne, aussi
-s'est-il produit des tassements qui ont le plus souvent cras les
-appartements funraires. Par contre la chapelle funraire, toujours
-situe sur la face est, prend plus d'importance, et son ornementation
-est l'objet de soins tout particuliers: les lourds piliers carrs sont
-remplacs par d'lgantes colonnes chapiteaux palmiformes ou
-papyriformes; dans les principales pices, le sol et les soubassements
-sont faits de grandes dalles de basalte, et, au-dessus, les murailles en
-beau calcaire fin sont couvertes de bas-reliefs d'une facture trs
-dlicate. Ces tableaux reprsentent les hauts faits du souverain, ses
-expditions, l'hommage que lui rendent ses ennemis; on y voit aussi le
-roi la pche ou la chasse, et l'image des dieux sous la protection
-spciale desquels il se place. Quant la disposition gnrale, elle
-est toujours la mme; le portique situ au bord de la valle donne accs
- l'alle couverte qui monte directement la grande cour entoure d'une
-colonnade, la partie publique du temple funraire; plus loin les salles
-des statues, les magasins, et une srie de petites chambres conduisent,
-aprs plusieurs dtours, au sanctuaire o se dresse, contre la pyramide
-elle-mme, la grande stle fausse-porte par laquelle le double du roi
-tait cens pouvoir sortir de son tombeau et venir bnficier des
-offrandes qu'on lui apportait.
-
-Une innovation trs importante date du rgne d'Ounas, le dernier roi de
-la Vme dynastie; sans rien modifier la disposition et la
-construction de la pyramide ou de la chapelle funraire, Ounas, le
-premier, songea faire graver sur les parois absolument nues des
-caveaux souterrains o devait tre enferme sa momie les textes
-religieux qui pouvaient lui tre utiles dans l'autre monde. Ce qui
-devait survivre un homme aprs sa mort, ce n'tait gure, croyait-on
-cette poque, que son double, son corps spirituel, mais le roi, tant
-d'une essence suprieure, a en lui quelque chose des dieux dont il
-descend et qu'il doit aller retrouver quand il quittera la terre; il
-possde donc une me divine, mais pour que cette me puisse s'identifier
-aux dieux et devenir dieu son tour, il faut qu'elle soit instruite de
-sa nature divine et qu'elle soit mme d'en profiter et de se prsenter
-dignement devant ses pairs. Certains textes sacrs peuvent lui rendre ce
-service: ces textes se trouvent dans les recueils o les prtres
-hliopolitains ont rassembl toutes les vieilles formules magiques ou
-religieuses du pays, recueil prcieux qui nous laisse entrevoir le fond
-de la pense gyptienne sur la nature des dieux et sur le monde dans
-lequel ils vivent, en mme temps qu'ils nous renseignent sur les
-origines de la langue. Ounas puisa donc largement dans ces textes dont
-il couvrit les parois de la salle qui contenait son sarcophage, et les
-chambres attenantes; ses successeurs, les rois de la VIme dynastie, y
-firent des emprunts plus abondants encore et les gravrent jusque dans
-les couloirs d'accs. C'est peu prs tout ce qui reste de leurs
-pyramides qui ne forment plus que d'immenses tas de dcombres; les
-chapelles funraires ont disparu. Quant aux tombeaux des rois qui les
-suivirent, ceux de l'poque fodale, ils ne sont pas parvenus jusqu'
-nous.
-
-
-_Sculpture_
-
-L'ide de la mort, vraie obsession pour les Egyptiens, les avait ports
-de trs bonne heure rechercher tous les moyens d'viter un
-anantissement complet de leurs personnes; de l le dveloppement
-incroyable de l'architecture funraire qui prend ds ses dbuts une
-importance beaucoup plus considrable que l'architecture civile ou mme
-religieuse. De l aussi la naissance de la statuaire qui, son origine,
-est absolument indpendante de l'architecture et se dveloppe
-paralllement ce dernier art et avec non moins de succs.
-
-[Illustration: _Fig. 122._ Statue de Ra-Nofer (Le Caire--photographie de
-M. Pieron).]
-
-Le Ka ou double, comme il a t dit plus haut, tait une sorte de corps
-spirituel, exactement semblable comme forme au corps matriel de l'homme
-et capable de survivre celui-ci pendant un temps illimit, condition
-toutefois d'avoir un support qui pt fixer son essence impondrable et
-lui conserver une certaine consistance. Le support naturel du double
-tait le corps embaum avec plus ou moins de soin et prserv ainsi de
-la pourriture; mais cette momie restait nanmoins bien fragile, aussi
-imagina-t-on de bonne heure de lui donner un remplaant plus solide pour
-le cas o elle viendrait tre dtruite. On prit donc l'habitude de
-dposer dans le tombeau, que ce ft celui d'un roi ou celui d'un simple
-particulier, une image du mort, en bois ou en pierre, faite autant que
-possible sa ressemblance, parfois de grandeur naturelle, mais souvent
-de dimensions plus modestes. Le personnage qu'elle reprsente est
-debout, une jambe en avant, agenouill ou accroupi la manire des
-scribes, ou encore assis sur une chaise massive, les pieds joints, les
-mains sur les genoux. Souvent il est accompagn de sa femme, assise ou
-debout ct de lui et mme parfois d'un ou deux de ses enfants; ces
-groupes sont de vraies scnes de famille, d'une intimit charmante.
-
-[Illustration: _Fig. 123._ Scribe agenouill (Le Caire. Photo de E.
-Brugsch-Pacha).]
-
-Les statues memphites, part les plus anciennes qui sont d'une facture
-encore un peu malhabile, sont l'oeuvre de praticiens parfaitement srs
-de leur mtier et capables de donner l'expression voulue leurs
-figures, quelle que soit la matire qu'ils ont travailler, bois,
-albtre, calcaire, granit ou diorite. Ce qu'ils cherchent, c'est
-rendre fidlement la nature et donner en mme temps l'impression de
-vie, de calme et de srnit; ils ne fixent pas un aspect passager de
-leur modle, ils en font en quelque sorte une synthse; ils ne
-l'idalisent pas, ils l'ternisent pour ainsi dire, et avec raison, car
-leur oeuvre ne doit pas tre un objet d'admiration pour le monde, mais
-le support mme d'un tre vivant enseveli jamais dans le tombeau, loin
-des regards des hommes.
-
-[Illustration: _Fig. 124._ Groupe de l'Ancien Empire (Muse du Caire, No
-_128_; photographie de l'auteur).]
-
-Pour donner plus de naturel ces statues, on les peignait, celles du
-moins qui ne sont pas tailles dans des matires de grand luxe. Parfois
-le travail est galement soign de la tte aux pieds, mais il arrive
-souvent que les membres infrieurs sont un peu ngligs au profit du
-haut du corps sur lequel se reporte toute l'attention du spectateur. La
-tte est toujours plus pousse que le reste et acquiert une importance
-toute particulire; les deux yeux, le plus souvent rapports et forms
-d'une pierre blanche avec pupille en mtal sous une corne de quartz,
-dans un sertissage de bronze, donnent la figure une vie, une
-expression, un clat inimitables; ainsi, pour ne citer que les plus
-remarquables de ces statues, le Sheikh-el-Beled, le groupe de Rahotep et
-de Nofrit, le scribe du Muse du Caire, celui du Louvre, sont des
-chefs-d'oeuvre qui peuvent rivaliser avec les plus belles productions de
-l'art de tous les temps et de tous les pays.
-
-[Illustration: _Fig. 125._ Tte du Sheikh-el-Beled (Muse du
-Caire--photo. de E. Brugsch-Pacha).]
-
-[Illustration: _Fig. 126._ Tte du scribe accroupi du Muse du Caire
-(photo. de E. Brugsch-Pacha).]
-
-C'est l'expression mme de la vie qui se dgage des statues des simples
-particuliers; quant celles des rois il n'en est pas tout fait de
-mme. Ici les sculpteurs devaient donner l'impression d'un tre
-supra-terrestre; dans ce but ils suppriment tout mouvement et placent le
-pharaon sur un trne, assis dans une pose immobile qui a quelque chose
-d'hiratique, tout en restant parfaitement naturelle. Ils n'ont plus
-recours aux yeux artificiels et impriment sur les lvres de leurs
-modles ce sourire nigmatique qui les aurole de mystre. Leurs rois,
-les Khefren et les Mycrinus du Caire, le Dadefra du Louvre, sont
-empreints de la majest calme et sereine qui convient un monarque fils
-des dieux presque dieu lui-mme. En ce qui concerne ces statues et
-celles des particuliers, la IVme dynastie marque un effort et un progrs
-incomparables. C'est une des plus belles poques de la statuaire
-gyptienne, au point de vue de l'art aussi bien que du mtier; des
-statues comme le grand Khefren de diorite au Muse du Caire, montrent
-qu'on savait triompher des matires les plus dures et les modeler dans
-les moindres dtails avec une dlicatesse inoue, sans jamais nuire la
-beaut et la grandeur de l'ensemble, qui reste une pure merveille,
-tous les points de vue.
-
-[Illustration: _Fig. 127._ Statue de Khefren (d'aprs MASPERO. _Muse
-Egyptien_, I, pl. VIII).]
-
-Un peu plus tard, sous la VIme dynastie sans doute, on commena
-employer pour les statues royales le type de l'homme debout. Le premier
-et le plus bel exemple en est la statue de Pepi Ier accompagn de son
-fils Merenra, qui est aussi la plus ancienne statue de bronze, o tout
-au moins revtement de bronze que l'on possde (fig. 105 et 106); au
-lieu d'une fonte pleine ou creuse, procd employ des poques moins
-anciennes pour des monuments de plus petites dimensions, nous avons ici
-d'paisses feuilles de mtal ajustes et marteles sur une me de bois;
-cette statue, actuellement au muse du Caire, est sensiblement plus
-grande que nature.
-
-Si la sculpture en ronde-bosse est toujours, sous l'Ancien Empire,
-absolument indpendante de l'architecture, il n'en est pas de mme du
-bas-relief, intimement li la construction, et dont le rle primitif
-est de constituer la partie dcorative d'un monument. L'usage qu'on en
-faisait, trs modr au dbut, ne tarda pas se dvelopper au fur et
-mesure que les tombeaux devenaient plus grands; c'est sous la Vme
-dynastie, poque o non seulement on couvre de bas-reliefs des centaines
-de mtres carrs de parois dans des tombeaux de dimensions moyennes,
-mais o on commence aussi en revtir les murs intrieurs des temples,
-que ce mode de sculpture arrive son apoge, tant au point de vue
-technique qu'au point de vue artistique.
-
-Pour les Egyptiens, le but du bas-relief est de reproduire avec autant
-de clart que d'exactitude, non seulement des figures d'individus
-isols, mais des scnes compltes avec de nombreux personnages en pleine
-action, des animaux et des objets; il s'agit de ne pas sacrifier
-l'ensemble au dtail ni le dtail l'ensemble, et pour cela il faut
-tudier sparment chacune des figures, les grouper et les quilibrer de
-faon rgulire afin d'obtenir une composition homogne et dcorative.
-
-[Illustration: _Fig. 128._ Bas-relief du mastaba de Ptahhotep Saqqarah
-(photographie de M. Pieron).]
-
-Pour arriver comprendre le bas-relief gyptien et l'apprcier comme il
-le mrite, il faut en pntrer les procds de composition et faire
-abstraction de certaines choses qui nous choquent ou tout au moins nous
-gnent au premier abord parce qu'elles sont contraires notre
-conception moderne de l'art. Dans l'art gyptien, il n'y a pour ainsi
-dire pas trace de perspective, et ce dfaut se fait sentir de plusieurs
-manires: tous les personnages d'une scne sont sur le mme plan et ont
-exactement la mme grandeur; les tableaux se dveloppent uniquement en
-longueur, jamais en profondeur, formant ainsi de longues bandes qui se
-superposent sans tre ncessairement en rapport direct les unes avec les
-autres. Ce manque de perspective se fait encore mieux sentir dans le
-dessin mme du corps humain: vus toujours de profil, les personnages ont
-l'oeil et la poitrine qui se prsentent de face, le ventre de trois
-quarts, dans une stylisation un peu outrancire mais laquelle on
-s'habitue rapidement et qui pour les Egyptiens eux-mmes avait
-l'avantage de prsenter chaque partie du corps sous son aspect le plus
-caractristique. Si ce dfaut apparent est d, l'origine tout au
-moins, une certaine maladresse, il n'en est pas de mme du manque
-d'unit dans les proportions, qui est voulu. Pour indiquer la
-supriorit du roi sur ses sujets, on le reprsente d'une taille trs
-suprieure la leur, et de mme, dans les tombes, la figure du mort est
-toujours trois ou quatre fois plus grande que celles des hommes qui
-vaquent sous ses yeux leur office habituel.
-
-Au point de vue technique, les sculpteurs de bas-reliefs sont pour le
-moins aussi habiles que ceux qui taillent les statues; leur dessin est
-ferme et net, donnant des contours d'une prcision remarquable, quelle
-que soit la position du sujet. Les animaux qu'ils reprsentent ont des
-silhouettes exquises de puret et de ressemblance. Leur coup de ciseau
-est parfaitement franc, sans repentirs, sans retouches, et ils modlent
-les corps en un relief imperceptible qui leur donne une trs grande
-distinction et beaucoup de dlicatesse.
-
-La composition est toujours claire et bien ordonne, quilibre de
-manire donner l'ensemble un caractre dcoratif; les vides qui se
-prsentent naturellement entre les figures et au-dessus d'elles sont
-remplis au moyen de courtes inscriptions hiroglyphiques qui expliquent
-la scne, en mme temps qu'elles ajoutent l'homognit du monument.
-
-Les sculpteurs de bas-reliefs n'taient pas des artistes crateurs, mais
-de simples artisans bien au courant de leur mtier et dous souvent
-d'une relle originalit. Ils avaient leur disposition un certain
-nombre de modles pour toutes les scnes qu'ils pouvaient avoir
-reprsenter et n'avaient plus qu' les adapter la place dont ils
-disposaient, les augmenter ou les diminuer en supprimant ou en
-ajoutant des personnages; ils pouvaient ainsi, sans sortir du cadre
-traditionnel, donner libre cours leur imagination et enrichir leurs
-tableaux de figures originales et nouvelles. Pour une scne donne, le
-motif est toujours le mme, l'interprtation toujours diffrente, et
-c'est ce qui donne un charme tout particulier ces successions de
-tableaux qui couvrent les parois des tombeaux comme une gigantesque
-tapisserie, harmonieuse dans l'ensemble et dans le dtail.
-
-
-_Peinture_
-
-La polychromie tait de rgle pour la statuaire; il en tait de mme
-pour les bas-reliefs qui devaient tous tre peints de couleurs vives.
-Dans les tombeaux trs anciens, comme ceux de l'poque de Snefrou, qui
-sont encore construits en briques, des peintures sur enduit remplacent
-les bas-reliefs, reproduisant en teintes plates les mmes scnes que
-nous avons l'habitude de voir sculptes et enlumines dans les autres
-tombes de l'Ancien Empire. La manire primitive de dcorer ces monuments
-tait donc, n'en pas douter, la peinture, et le bas-relief color
-n'est que le dveloppement normal de celle-ci, rsultant du besoin de la
-rendre plus durable en la reportant sur pierre et en dgageant du fond
-chaque figure, chaque objet reprsent; le bas-relief, avant de devenir
-un art en soi, n'tait que le support de la peinture. Rien de plus
-naturel ds lors que de retrouver dans les scnes peintes les mmes
-compositions que dans les reliefs, avec les mmes variantes
-d'interprtation. Les procds sont trs simples: les couleurs minrales
-dlayes dans de l'eau, additionne d'une sorte de gomme, sont tendues
-en teintes plates sur un enduit sec, au moyen d'un pinceau; un trait
-plus fonc sertit les figures; les dtails taient ajouts aprs coup
-quand ils taient plus foncs, rservs quand ils taient blancs. Les
-peintures de Dahchour et de Medoum, qui datent du commencement de la
-IVme dynastie, nous montrent les artistes gyptiens dj en pleine
-possession de leur mtier, et il est certains de leurs panneaux qui sont
-pleins de vie, de mouvement et de dlicatesse. Pendant un certain temps
-on ngligea compltement la peinture pour la sculpture, et nous ne
-trouvons des tombeaux peints sur enduit qu'en province, presque jamais
-dans la capitale; ce n'est que plus tard, sous le Moyen et le Nouvel
-Empire, que cet art reprendra un nouvel essor et accaparera de nouveau
-la dcoration intrieure des spultures.
-
-[Illustration: _Fig. 129._ Peinture d'un tombeau de Medoum (d'aprs une
-photographie de E. Brugsch-Pacha).]
-
-
-_Objets usuels_
-
-Depuis quatre ou cinq mille ans, les tombeaux de l'Ancien Empire
-rsistent victorieusement aux atteintes du temps et ils sont arrivs
-jusqu' nous avec leur dcoration peinte ou sculpte, dans un tat de
-conservation trs satisfaisant. Les violateurs de spultures ne les ont
-cependant point pargns; dans l'antiquit dj ils les ont visits,
-ils sont descendus dans tous les caveaux funraires, dans ceux des rois
-comme dans ceux des simples particuliers, franchissant les obstacles les
-plus srieux, et ont pill consciencieusement tout le mobilier
-funraire. Seules les statues de serdab qui ne pouvaient avoir aucune
-valeur pour eux furent laisses dans leur cachette, ainsi que les tables
-d'offrandes, grandes dalles sculptes devant la stle fausse-porte. Les
-meubles, les armes, les outils, les vtements, les bijoux, tous les
-objets usuels, en un mot, ont disparu et nous ne les connaissons que par
-les reprsentations des reliefs et des peintures, reprsentations qui du
-reste sont souvent trs suffisantes. Les seuls objets qui nous soient
-parvenus sont des vases en pierre ou en terre qui ne prsentent pas avec
-ceux de la priode prcdente des divergences trs marques.
-
-
-_Inscriptions_
-
-Depuis les dynasties thinites, poque o on ne l'employait qu'avec
-parcimonie, l'criture a fait d'immenses progrs; elle est
-dfinitivement constitue, rgularise et ordonne. C'est un instrument
-parfait en son genre, bien qu'un peu compliqu, capable d'exprimer
-toutes les nuances de la pense, dans tous les domaines, et qui a en
-mme temps un caractre dcoratif trs marqu permettant de l'employer
-l'ornementation des monuments, soit isolment, soit ct des
-reprsentations figures, pour les complter, les quilibrer et les
-expliquer. Quelques lignes d'hiroglyphes, sur un objet quelconque,
-suffisent faire de lui un objet d'art, tant cette criture est belle
-par elle-mme.
-
-[Illustration: _Fig. 130._ Panneau de Hosi (d'ap. MARIETTE. _Album du
-Muse de Boulaq_, pl. XII).]
-
-L'criture hiroglyphique, en mme temps utilitaire et ornementale, avec
-ses combinaisons de caractres alphabtiques, syllabiques et
-idographiques, parat peu prs sur tous les monuments de l'Ancien
-Empire, dans les tombeaux en particulier o nous l'avons vue se mler
-aux bas-reliefs, s'incorporer eux. Ce sont en gnral de courtes
-phrases, mises dans la bouche des personnages reprsents dans la scne;
-ainsi il n'est pas rare de voir un ouvrier dire son voisin: tche de
-te dpcher ou: fais attention ce que tu fais; un moissonneur boit
- mme une cruche de bire en s'criant: ah! que c'est bon! ailleurs
-c'est la chanson des laboureurs qui travaillent dans le terrain encore
-inond: Le piocheur est dans l'eau, parmi les poissons; il cause avec
-le silure, il change des saluts avec l'oxyrhinque. En d'autres parties
-de la tombe, l'entre, et surtout sur la stle fausse-porte, on trouve
-le nom du mort, avec ses titres et de courtes formules adresses
-divers dieux comme Osiris et Anubis, et plus loin la grande liste
-d'offrandes dispose en tableau. Dans les souterrains des tombes royales
-on voit, partir d'un certain moment, les longs textes religieux se
-drouler en colonnes serres, et couvrir d'immenses surfaces de parois.
-J'ai dj parl des inscriptions historiques ou plutt biographiques o
-un haut fonctionnaire raconte les pripties de sa carrire et qui sont
-si prcieuses pour nous; il faut encore signaler certains textes
-officiels, gravs sur pierre, des dcrets du roi en faveur de certains
-temples, instituant des privilges spciaux, et nous aurons une ide
-gnrale de ce qu'il y avait sous l'Ancien Empire en fait d'inscriptions
-monumentales.
-
-Pour des compositions de longue haleine, des ouvrages scientifiques,
-mdicaux, thologiques ou littraires et sans doute aussi dj pour la
-correspondance, on employait une autre matire que la pierre et une
-autre criture que les hiroglyphes. Les tiges de papyrus dcortiques,
-dveloppes et crases, fournissaient des feuilles qui taient pour les
-Egyptiens ce qu'est pour nous le papier, feuilles qu'on runissait bout
- bout pour en faire de longs rouleaux; au moyen d'un roseau taill en
-pointe ou en pinceau, on y crivait l'encre en caractres cursifs qui
-sont une abrviation des hiroglyphes et auxquels nous donnons le nom
-d'criture hiratique. Cette criture est dispose soit en colonnes
-verticales, soit en lignes horizontales crites de droite gauche. Vu
-la fragilit de la matire employe, il ne nous est parvenu que bien peu
-de manuscrits de l'Ancien Empire, assez toutefois pour que nous
-puissions juger que la mthode employe ne diffrait en rien de celle
-des poques postrieures.
-
-
-C. CIVILISATION
-
-_Royaut et Gouvernement_
-
-Bien que fils des dieux et dieu lui-mme, le roi d'Egypte n'est pas,
-comme dans beaucoup de monarchies orientales, un despote paresseux et
-cruel, invisible au fond de son palais; il ne se borne pas non plus
-donner tous ses soins ce qui doit tre la grande oeuvre monumentale de
-son rgne, la construction de son tombeau. Il s'occupe activement et
-personnellement de son pays et de son peuple, il dirige lui-mme toute
-l'administration, choisit les fonctionnaires, rcompense les plus
-mritants, rend la justice. Il exerce sur ses sujets une activit
-bienveillante et semble tre vraiment, pour l'Ancien Empire tout au
-moins, le dieu bon, selon une des pithtes qu'on lui dcerne le plus
-frquemment. A ct de cela il trouve encore le temps de s'occuper de
-science et de composer lui-mme des ouvrages de mdecine ou de
-thologie. A l'exemple de leur pre, les princes ne restent pas
-inactifs, ils font l'apprentissage du pouvoir en occupant ds leur jeune
-ge des postes importants dans l'administration.
-
-La maison du roi se compose d'une foule d'officiers de toute sorte,
-prposs les uns la toilette, aux vtements, aux parfums, les autres
-la nourriture ou la boisson, et de prtres spciaux attachs la
-personne royale, ainsi que d'une garde du corps.
-
-Le roi n'est pas seul assumer le pouvoir, il a sous ses ordres une
-administration complique et d'origine trs ancienne; les fonctionnaires
-sont nombreux et se prsentent nous chacun avec une srie de titres
-dont nous ne parvenons pas dcouvrir l'exacte signification, mais qui
-montrent qu'un individu pouvait cumuler des charges de natures trs
-diverses, religieuses, militaires, civiles et judiciaires. Ceux de ces
-personnages que nous connaissons le mieux sont naturellement ceux qui
-entouraient le roi de plus prs et dont les tombeaux sont voisins du
-sien, les vizirs, les grands juges, les grands prtres, les
-fonctionnaires de l'administration centrale. A ct et au-dessous d'eux
-il y avait la foule des fonctionnaires provinciaux. L'ancienne division
-politique du pays en clans ou tribus avait donn naissance, une fois
-l'oeuvre d'unification accomplie, un certain nombre de provinces ou
-_nomes_ qui eurent chacun son administration propre, sous le contrle
-du pouvoir central. Sous des rois dont l'autorit s'exerce sans
-contestation, cette organisation intrieure doit avoir ses avantages,
-mais si le sceptre tombe en des mains plus faibles elle ne peut que
-favoriser le dmembrement du pays; nous avons vu que c'est en effet ce
-qui arriva: la naissance et le dveloppement progressif de la fodalit,
-puis les rivalits des familles les plus puissantes et les luttes
-intestines, amenrent la fin de l'Ancien Empire.
-
-Le haut gouvernement des nomes tait donc un pouvoir fodal, trs
-probablement entre les mains des descendants directs des anciens chefs
-de tribus. Quant l'administration proprement dite, elle n'tait pas le
-privilge d'une caste spciale, mais tait ouverte tous; il suffisait
-d'avoir une bonne instruction, d'tre scribe, de se montrer intelligent
-et habile, pour pouvoir atteindre n'importe quelle fonction. Nous
-avons l'exemple de personnages d'humble extraction commenant par les
-charges les plus modestes pour monter progressivement aux plus hautes
-positions du royaume.
-
-Les prtres pouvaient cumuler des fonctions civiles et des charges
-sacerdotales; ils pouvaient aussi, semble-t-il, se recruter parmi toutes
-les classes de la population et ne formaient pas une caste part. Le
-roi tait de droit souverain pontife de tout le pays et les grands
-seigneurs hrditaires taient en mme temps les grands prtres des
-sacerdoces de leurs nomes.
-
-Nous avons donc, dans l'Egypte de l'Ancien Empire, un mlange
-extrmement curieux de tous les modes de gouvernement: en haut, une
-monarchie absolue et thocratique, au-dessous une aristocratie
-hrditaire, fodale et terrienne, et enfin, tant pour les provinces
-que pour l'ensemble du pays, une administration accessible tous,
-tenant en mme temps de la dmocratie et du mandarinat et ayant un
-caractre sacerdotal trs marqu. Comment fonctionnaient tous ces
-rouages qui nous paraissent si peu compatibles les uns avec les autres?
-Nous ne pouvons nous en rendre compte d'une manire trs prcise, mais
-les rsultats montrent que ce systme de gouvernement n'tait pas
-mauvais puisque non seulement il subsista pendant les longs sicles que
-dura l'empire memphite, mais encore fut repris au Moyen et au Nouvel
-Empire avec certaines modifications.
-
-
-_Relations extrieures_
-
-Les objets remontant l'Ancien Empire sont si peu nombreux qu'il ne
-faut pas s'tonner si l'on n'en retrouve pas qui portent la marque d'une
-importation trangre. Les relations commerciales avec les pays
-environnants, par terre comme par mer, ne s'taient cependant pas
-interrompues, bien au contraire; on consommait beaucoup d'encens en
-Egypte, surtout pour les besoins du culte; or l'encens ne pouvant
-provenir que du sud de l'Arabie, de la cte des Somalis, du pays de
-Pount, comme on appelait ces rgions, il devait donc arriver en Egypte
-par la Mer Rouge. Les mines du Sina ne sont pas assez riches en cuivre
-pour avoir pu fournir tout celui qu'on employait sous l'Ancien Empire,
-aussi est-il des plus probable que dj ce moment-l on le faisait
-venir de Chypre, comme aux poques suivantes. Le commerce, plus facile
-encore avec la Syrie, tait sans doute plus dvelopp de ce ct-l. Les
-pharaons avaient du reste sur cette contre, ou du moins sur sa partie
-mridionale, certaines prtentions de suzerainet, et nous les avons vus
-y envoyer diverses reprises des expditions armes. Le plus souvent
-ces expditions remportaient des succs sur les indignes et ramenaient
-un riche butin, pris par la force ou acquis par voie d'change, mais
-parfois aussi elles chouaient piteusement, et se faisaient massacrer
-dans un guet-apens.
-
-Le Soudan et la Nubie n'taient pas encore soumis, mais le gouvernement
-gyptien, qui recrutait des mercenaires parmi les tribus de ces rgions,
-les considrait un peu comme des vassales et leur envoyait souvent de
-petites expditions demi militaires, demi commerciales, charges de
-recueillir l'allgeance des chefs et si possible un tribut, d'assurer la
-scurit des routes et le respect du nom de l'Egypte, et de faire
-aboutir des oprations fructueuses par voie d'change. Ces expditions
-taient le plus souvent diriges par les gouverneurs du sud, les
-rsidents gyptiens Elphantine, qui avaient la garde de la frontire:
-ces hauts fonctionnaires s'appliqurent laisser la postrit le
-rcit plus ou moins dtaill de leurs diverses missions. Ainsi nous
-voyons Herkhouf s'acqurir la faveur du roi pour lui avoir ramen du
-centre de l'Afrique un nain qui devait le divertir par ses danses
-bizarres: ce roi tait Pepi II, alors encore un tout petit enfant.
-
-
-_Famille_
-
-Du haut en bas de l'chelle sociale, l'organisation de la famille a un
-caractre tout patriarcal, empreint de libert, de bienveillance et
-d'intimit. Il suffit de jeter les yeux sur les nombreux groupes
-familiaux, bas-reliefs ou statues, pour juger des relations tendres
-qu'avaient entre eux poux, parents et enfants: on voit souvent la femme
-assise sur le mme sige que son mari, ou debout ct de lui, passant
-le bras autour de son cou tandis qu'il l'enlace troitement et que les
-enfants se pressent autour d'eux. L'homme est le chef incontest de la
-famille, il la dirige, la protge, la groupe autour de lui, sa vie
-durant; quant la femme, elle jouit d'une position trs privilgie, en
-regard des autres femmes d'Orient: elle n'est pas enferme dans un
-harem, elle est absolument libre de ses mouvements et de ses actions,
-elle accompagne partout son mari comme une gale, non comme une
-infrieure, elle exerce une autorit morale toute spciale sur les
-enfants. Parmi ceux-ci, les filles ont les mmes droits que les fils
-l'hritage paternel.
-
-Ds l'Ancien Empire, l'Egyptien est certainement monogame; peine
-trouve-t-on un ou deux grands personnages ayant ct de leur femme
-lgitime une concubine, dont les enfants ont du reste peu prs les
-mmes droits que leurs frres. Seul le roi a en gnral plusieurs femmes
-dont l'une, la grande pouse royale a le pas sur les autres, tant
-sans doute de plus haute naissance, parfois mme de race royale. Pour
-conserver aussi pur que possible le sang divin qui coule dans ses
-veines, le roi doit de prfrence prendre une femme du mme sang que
-lui, donc une proche parente. Sous le Nouvel Empire nous voyons le plus
-souvent le pharaon pouser sa soeur, parfois mme sa fille; il en tait
-sans doute de mme pour les rois memphites. Ces unions qui nous
-paraissent monstrueuses n'avaient rien que de trs naturel pour les
-Egyptiens, pour qui la puret de la race avait une importance capitale.
-
-
-_Vtement_
-
-Vu le climat de l'Egypte, les habitants de ce pays n'ont jamais prouv
-le besoin de s'habiller chaudement; le costume en usage sous l'Ancien
-Empire est particulirement sommaire. Les hommes portent tous le pagne,
-plus ou moins grand suivant leur condition: pour les gens de bas tage,
-les mariniers par exemple, il se rduit une ceinture garnie par devant
-de quelques petites lanires formant tablier, pour d'autres ouvriers
-c'est un morceau d'toffe passant entre les jambes et fix galement
-une ceinture. Le modle ordinaire est compos d'une longue pice de
-toile blanche enroule troitement autour de la partie moyenne du corps,
-soutenue par une ceinture et descendant presque jusqu'aux genoux. Chez
-les grands personnages ce vtement prend plus d'importance: il n'est pas
-plus long, mais beaucoup plus ample, et la partie de devant, gaufre
-petits plis et empese, forme une sorte de grand tablier triangulaire.
-En outre, les notables ont le plus souvent aux pieds des sandales,
-simples semelles plates, et autour du cou un large collier descendant
-sur la poitrine et compos gnralement de perles en verroterie, parfois
-aussi de perles d'or. La tte est entirement rase, cheveux, barbe et
-moustaches, et, pour sortir, les grands personnages se coiffent d'une
-perruque plus ou moins volumineuse suivant la mode du jour, tandis que
-chez les gens du peuple cette perruque parat n'tre plus qu'une simple
-calotte feutre, pousant les formes du crne. Souvent une petite barbe
-postiche se fixe sous le menton des notables. Jamais on ne voit de
-manteau sur les paules des particuliers; seul le roi, dans certaines
-crmonies, porte un vtement de forme particulire, trs ample, sans
-manches, descendant du cou jusqu'aux genoux.
-
-[Illustration: _Fig. 131._ Costumes de l'Ancien Empire (d'apr. LEPSIUS.
-_Denkmler_, II, pl. LXXIII).]
-
-Les femmes sont vtues d'une robe absolument collante descendant de la
-naissance des seins jusqu'au bas des mollets; des bretelles la
-retiennent aux paules. La gorge est couverte d'un large collier, et des
-anneaux de diffrentes formes ornent les bras et les chevilles. La
-chevelure, trs abondante, retombe sur les paules en une multitude de
-petites tresses; parfois un riche bandeau enserre cette coiffure
-au-dessus du front.
-
-[Illustration: _Fig. 132._ Ptahhetep sa toilette (d'apr. PAGET-PIRIE.
-_Ptahhetep_, pl. XXII).]
-
-La toilette tait chose importante pour les Egyptiens; ils se lavaient
-soigneusement, se faisaient oindre le corps d'huiles et de parfums. Les
-gens riches avaient des serviteurs qui les massaient et leur servaient
-de manicures, de pdicures, et sans doute aussi de coiffeurs. Avant et
-aprs le repas, on se lavait les mains et la bouche, comme cela se fait
-encore aujourd'hui en Orient.
-
-
-_Mobilier et Habitation_
-
-Les Egyptiens avaient l'habitude de s'accroupir terre, sur des nattes,
-pour toutes les occupations sdentaires; c'tait la position ordinaire
-des artisans leur travail et des scribes en train d'crire. Par
-contre, pour manger, ils s'asseyaient sur des chaises, des fauteuils ou
-mme des divans deux places, devant de petits guridons ronds, hauts
-sur pied, o s'empilaient les victuailles. Ils couchaient dans des lits
-garnis de plusieurs matelas, de couvertures et de chevets en guise
-d'oreiller, lits quatre pieds, assez levs pour qu'on dt y monter
-l'aide d'un petit escabeau. Le mobilier comportait encore un certain
-nombre de coffres de diverses dimensions, o l'on serrait le linge et
-les ustensiles de toute sorte. En ce qui concerne les habitations, nous
-n'avons gure de renseignements pour l'Ancien Empire; ce devaient tre
-des constructions lgres, en partie en briques crues ou en terre pile,
-en partie en bois, avec des jours qu'on pouvait fermer, au moyen de
-tentures multicolores ou de nattes; comme plafond, des solives de bois
-de palmier, se touchant, supportaient une terrasse en terre battue.
-
-
-_Chasse et Pche_
-
-Les grands marais remplis de poissons et d'oiseaux de toute sorte qui
-bordaient la valle du Nil, fournissaient aux seigneurs gyptiens,
-grands amateurs de chasse et de pche, un terrain incomparable. Ils s'y
-rendaient avec leurs gens qui sur place prparaient des nacelles lgres
-en faisceaux de tiges de papyrus, dans lesquelles tout ce monde
-s'embarquait, pntrant dans les fourrs marcageux. Le matre tenait
-d'une main des oiseaux captifs dont les cris servaient d'appeaux, tandis
-que de l'autre il brandissait son boumerang et le lanait adroitement
-sur le gibier, abattant l'un aprs l'autre le hron, l'oie, le canard,
-la grue, que ses gens allaient chercher dans les roseaux; puis il
-saisissait un harpon double lame barbele avec lequel il transperait
-d'une main sre les gros poissons passant sa porte, qu'il relevait
-tout ruisselants d'eau. Cette arme puissante lui servait aussi se
-dfendre contre l'hippopotame qui aurait pu venir troubler sa promenade.
-
-[Illustration: _Fig. 133._ Chasse et pche au marais (d'aprs DE MORGAN.
-_Catal. des Monum._, I, Assouan, p. _146_).]
-
-[Illustration: _Fig. 134._ Chasse au lasso (d'ap. DAVIES. _Ptahhetep_,
-I, pl. XXII).]
-
-Aux confins du dsert, la chasse tait plus fructueuse, mais plus
-difficile et plus dangereuse aussi; on y rencontrait la gazelle,
-l'antilope, le boeuf sauvage ainsi que le lion et la panthre. Le
-seigneur gyptien s'y aventurait rarement, mais il y envoyait certains
-de ses hommes, chasseurs de profession qui, accompagns de leurs grands
-chiens, poursuivaient le gibier et l'attaquaient avec leurs flches ou
-au lasso.
-
-[Illustration: _Fig. 135._ Chasse au filet (d'aprs CAPAET. _Une rue de
-tombeaux_, pl. XXXVI-XXXIX).]
-
-Il ne suffisait pas d'approvisionner le garde-manger, il fallait se
-constituer une rserve vivante d'aliments et remplir la basse-cour. A
-cette fin, au moment du passage des oiseaux migrateurs, on disposait sur
-des tangs de grands filets tendus sur des cadres en bois et on attirait
-le gibier au moyen d'appts ou d'appeaux; une fois que le vol s'tait
-pos sur l'tang, un surveillant cach tout prs de l donnait un
-signal, d'autres hommes tiraient vivement sur une corde, le filet se
-refermait sur les volatiles qu'on sortait avec prcaution et qu'on
-enfermait dans des cages pour les porter dans de grandes volires
-grilles et munies de bassins d'eau, o on pouvait les conserver et les
-engraisser.
-
-[Illustration: _Fig. 136._ Scnes de pche (d'aprs DE MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _518_).]
-
-Le Nil et ses drivs fourmillent de poissons, dont la chair a t de
-tous temps une grande ressource pour les habitants du pays; ceux-ci
-employaient pour les prendre des moyens qui sont de tous les temps et de
-tous les pays, des engins qu'ils avaient perfectionns et dont ils
-savaient tirer parti: d'abord la ligne, une ligne main hrisse
-d'hameons son extrmit, mais sans canne ni flotteur, puis le petit
-filet manche, le troubleau, puis les nasses, les grandes bouteilles en
-osier qu'on dposait au fond de l'eau et qu'on relevait de temps en
-temps. La pche la plus productive tait fournie par la seine, le grand
-filet droit muni de plombs et de flotteurs, qu'on tranait grand
-renfort de bras dans des cours d'eau ou des tangs, de manire
-ramasser tout le poisson. Sitt sortis de l'eau, les poissons taient
-ouverts, vids, sals et tendus ou suspendus au soleil pour tre
-schs.
-
-[Illustration: _Fig. 137._ Basse-cour (d'ap. VON BISSING. _Mast. des
-Gem-ni-kai_, I, pl. IX).]
-
-Le nombre des animaux ainsi domestiqus s'accroissait sans cesse tant
-par la reproduction naturelle que par l'apport de nouveaux individus
-pris la chasse. Nous venons de voir les oiseaux levs en basse-cour,
-nourris de grains ou engraisss au moyen de boulettes qu'on leur
-introduisait de force dans le bec. On employait le mme procd pour
-certains bestiaux de choix levs part des autres dans des fermes,
-boeufs ou antilopes qu'on emptait ainsi avec des aliments fabriqus au
-fur et mesure, parfois mme des hynes qu'on tait oblig d'attacher
-par les pattes et de renverser sur le dos pour leur faire avaler des
-oies rties; il semble en effet, quelque bizarre que cela puisse nous
-paratre, que sous l'Ancien Empire les Egyptiens, pour varier leurs
-menus, mangeaient parfois de la chair d'hyne.
-
-
-_Elevage_
-
-La grande masse du btail vivait presque en libert sous la garde de
-bergers dans les terrains situs au del des cultures, qui n'avaient
-pas encore, comme aujourd'hui, absorb tout le sol de la valle; ces
-animaux taient presque sauvages, il fallait lier les jambes des vaches
-pour les traire, et quant aux boeufs et taureaux, lorsqu'il s'agissait
-de les capturer, on devait employer le lasso. De temps autres, les
-propritaires allaient sur place inspecter leurs bestiaux ou se les
-faisaient amener par troupes, pour en faire le compte. Le gouvernement
-faisait de son ct procder tous les deux ans au dnombrement gnral
-des bestiaux, sur lesquels le roi prlevait sans doute une forte dme;
-cette opration tait mme considre comme des plus importantes, car
-elle servait de base aux calculs chronologiques: on ne disait pas,
-cette poque, l'an 6 de tel roi, mais l'anne qui suit le 3e compte
-de bestiaux de tel rgne. A ct des boeufs et des vaches, il y avait
-encore dans ces domaines ruraux du petit btail, des chvres et des
-moutons; quant aux nes, qu'on runissait aussi en troupeaux, comme on
-les employait frquemment toutes sortes de travaux, il est probable
-qu'on les gardait proximit des habitations plutt que dans les
-pturages.
-
-[Illustration: _Fig. 138._ Engraissage des boeufs (d'aprs DE MORGAN.
-_Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _521_).]
-
-[Illustration: _Fig. 139._ Antilopes. Engraissage des hynes (d'aprs DE
-MORGAN. _Rech. sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _513_).]
-
-A ct de l'levage, l'agriculture tait en plein dveloppement, et les
-tableaux qui reprsentent des scnes de la vie des champs sont nombreux
-dans les bas-reliefs des mastabas. La crue du Nil tait soigneusement
-observe et enregistre dans les documents officiels; c'est donc qu'on
-avait reconnu l'importance des irrigations, desquelles dpend la
-fertilit du pays. Il est trs probable que c'est de cette priode que
-datent les premiers de ces canaux qui apportent l'eau sur tous les
-points de la valle, et les digues qui la retiennent pour laisser
-dposer le limon.
-
-[Illustration: _Fig. 140._ Labourage et semailles (d'aprs DAVIES.
-_Sheikh Sad_, pl. XVI).]
-
-[Illustration: _Fig. 141._ Scne de moisson (d'ap. LEPSIUS. _Denkmler_,
-II, pl. CVI).]
-
-[Illustration: _Fig. 142._ Dpiquage du grain (d'aprs MURRAY. _Saqqara
-Mastabas_, I, pl. XI).]
-
-La principale culture est celle des crales. Nous voyons les laboureurs
-retourner le sol l'aide de charrues trs simples, soc de bois,
-atteles de deux boeufs, car il n'est pas ncessaire de travailler trs
-profondment cette terre meuble et grasse. Derrire eux viennent les
-semeurs, jetant le grain la vole, et immdiatement aprs, on amne
-des troupeaux de chvres et de moutons qui, presss par des ouvriers
-munis de courbaches, pitinent le champ ensemenc pour faire pntrer le
-grain. La moisson se fait au moyen de faucilles de bronze ou de bois
-armes de lames de silex, avec lesquelles on scie la tige mi-hauteur;
-on lie les javelles en gerbe pour les charger sur des nes qui bon gr
-mal gr les transportent prs de l'aire o on les empile en hautes
-meules. Plus tard, quand la rcolte est sche, vient le dpiquage: les
-gerbes sont dlies, tendues sur l'aire et foules aux pieds par des
-boeufs ou des nes, et ce procd a le double avantage de faire sortir
-le grain et de hacher la paille qui, comme partout en Orient, sert de
-fourrage. Les vanneuses ensuite jettent en l'air le grain et le passent
-au crible, et enfin on mesure la rcolte au boisseau et on l'enferme
-dans les greniers.
-
-[Illustration: _Fig. 143._ Foulage et pressurage du raisin (d'aprs
-PAGET-PIRIE. _Tomb of Ptahhetep_, pl. XXXIII).]
-
-La vigne se cultive en berceaux, dans des jardins; au moment de la
-vendange, des hommes cueillent le raisin mr, le mettent dans de grands
-paniers et le portent tout ct, sur le pressoir, sorte de grande auge
-surleve o la rcolte est foule aux pieds par d'autres ouvriers. Le
-rsidu est ensuite mis dans de grands sacs de forte toile, chaque
-extrmit desquels est pass un bton, et on arrive encore extraire
-une bonne quantit de jus en tordant nergiquement ce pressoir
-rudimentaire, opration qui ncessite une pittoresque gymnastique de la
-part des cinq pressureurs. Enfin le mot est port au cellier, dans de
-grandes jarres qu'on ferme et qu'on scelle soigneusement.
-
-[Illustration: _Fig. 144._ Rcolte du lin (d'aprs LEPSIUS. _Denkmler_,
-II, pl. CVII).]
-
-Les autres genres de culture, comme la rcolte des figues que des hommes
-ou parfois des singes vont cueillir dans les arbres, ou celle du lin,
-qui se pratique par arrachage de la tige et non plus la faucille, sont
-plus rarement reprsentes. Enfin quelques scnes de jardinage montrent
-des ouvriers arrosant soigneusement des carrs de lgumes.
-
-[Illustration: _Fig. 145._ Tressage des nattes (d'aprs PERROT et
-CHIPIEZ. _Histoire de l'Art_, I, p. _36_).]
-
-Les Egyptiens n'employaient pour leurs vtements que de la toile de lin,
-et dj au dbut de la IVme dynastie ils taient passs matres dans
-l'art de filer et de tisser. Parmi les rares chantillons d'toffes de
-l'Ancien Empire qui nous sont parvenus, il y a surtout des toiles fines,
-trs fines mme; certaines bandelettes de momies royales sont faites au
-moyen de fil incomparablement plus fin que celui de n'importe quel tissu
-moderne (un kilo de ce fil reprsenterait 12 18.000 mtres de
-longueur, selon les calculs des spcialistes). Pour d'autres usages, en
-particulier pour la fabrication de portires et tentures, on employait
-des toffes multicolores plus paisses, o le tisserand, prcurseur des
-fabricants de tapis orientaux, obtenait par la disposition de ses fils
-de couleur des compositions ornementales simples, mais du meilleur got.
-
-Les vanniers faisaient dj de ces paniers de toute forme qui sont
-aujourd'hui une spcialit du Soudan gyptien, ouvrages de sparterie
-trs soigns et trs fins, aux brins de couleurs heureusement alterns
-et qui sont en mme temps d'une solidit toute preuve. Les gens du
-peuple taient trs habiles ces sortes de travaux, ainsi les ptres,
-tout en surveillant leurs troupeaux, tressaient avec des joncs et
-d'autres herbes les nattes dont ils faisaient usage, nattes si souples
-qu'elles se roulaient comme des couvertures et se portaient aisment en
-bandoulire.
-
-[Illustration: _Fig. 146._ Menuisiers. Tombeau de Mera (d'ap. un dessin
-de l'auteur).]
-
-Dans d'autres tableaux nous voyons des cordiers tordant ou tournant
-leurs cordes, des cordonniers assouplissant le cuir, le taillant et le
-cousant, des menuisiers travaillant des meubles de toute sorte avec la
-scie, le maillet, le ciseau, l'herminette et le peroir archet. Plus
-loin ce sont des sculpteurs et des peintres, des fabricants de vases de
-pierre et des chaudronniers dont nous avons dj pass en revue les
-oeuvres, et enfin des bijoutiers pesant, fondant et coulant l'or,
-calibrant et assemblant les pierres fines.
-
-[Illustration: _Fig. 147._ Orfvres et joailliers (d'ap. DE MORGAN.
-_Recherches sur les orig. de l'Egypte_, I, fig. _527_).]
-
-
-_Navigation_
-
-On peut dire que les transports, sous l'Ancien Empire, se faisaient
-uniquement par la voie fluviale. Sur terre, le seul moyen de locomotion
-tait la marche; les nes servaient seulement de btes de somme, et il
-est extrmement rare que les hommes aient song monter sur leur dos.
-Quant la litire ou chaise porteurs, c'tait l un luxe que seuls
-les grands seigneurs pouvaient s'offrir, quand ils allaient inspecter
-leurs domaines. Sur l'eau, nous avons dj vu les petites nacelles en
-papyrus employes pour la chasse et la pche; les autres bateaux
-construits en bois taient trs varis de forme, qu'il s'agt des lourds
-et solides bachots, munis de rames et de gouvernails, destins faire
-de petits trajets et transporter des marchandises ou des bestiaux, ou
-bien des bateaux rames et voiles, qui dnotent dj une grande
-habitude de la navigation. Ds le dbut de la IVe dynastie, on employait
-de faon constante, pour remonter le Nil, de longs bateaux aux
-extrmits lgrement releves, portant un gros mt form de deux
-madriers qui s'assujettissent dans les deux bordages et ne se runissent
-qu' leur partie suprieure; une vergue se hisse au sommet de ce mt,
-supportant une voile trapzode d'un modle spcial commande par deux
-bras, gros cordages dont un homme assis la poupe tient les extrmits.
-Des gouvernails en forme de rames, en plus ou moins grand nombre
-suivant les dimensions du bateau, servent donner la direction. Un toit
-lger, courant au-dessus du pont, fournit aux passagers un abri
-suffisant. Pour descendre le fleuve, on pliait la voile, on abattait le
-mt et le bateau suivait le fil du courant, actionn en outre par les
-rames. Plus tard, vers la fin de l'Ancien Empire, on voit paratre un
-nouveau modle de barque, la grande nef ponte, au mt simple portant
-une voile carre soutenue par deux vergues; le mode de navigation ne
-change du reste pas pour cela, et on continue, comme de nos jours
-encore, remonter le fleuve la voile, le redescendre la rame.
-
-[Illustration: _Fig. 148._ Litire (d'aprs DAVIES. _Deir et Gebrawi_,
-I, pl. VIII).]
-
-[Illustration: _Fig. 149._ Fabrication de nacelles (d'ap. DAVIES.
-_Sheikh Sad_, pl. XII).]
-
-[Illustration: _Fig. 150._ Barque. IVe dyn. (d'ap. JQUIER. _Bull. de
-l'Inst. fr. du Caire_, t. IX, pl. III).]
-
-Les vaisseaux de mer, plus grands et plus forts sans doute que ceux du
-Nil, en diffrent peine quant la forme gnrale; les mts, les
-voiles, les gouvernails, les rames sont les mmes, mais il n'y a aucune
-superstructure, et un norme cble, allant de la proue la poupe,
-assure la solidit de la charpente.
-
-[Illustration: _Fig. 151._ Scne du march (d'apr. LEPSIUS. _Denkmler_,
-II, pl. XCVI).]
-
-
-Pour avoir un tableau complet de l'tat de l'Egypte cette poque, il
-faudrait approfondir encore bien des points sur lesquels nous sommes peu
-documents, ainsi la question trs importante du commerce qui, faute de
-numraire, se faisait de gr gr, par change, suivant entente entre
-les contractants, sans que nous sachions s'il y avait des boutiques ou
-seulement des marchs priodiques dans les centres. Nous sommes aussi
-assez mal renseigns sur l'exploitation des mines et des carrires et
-sur le transport des gros matriaux, qui se faisait bras d'hommes, sur
-traneaux, de la montagne au fleuve. Cette esquisse sommaire, suffisante
-pour le moment, nous permettra de nous rendre compte de ce qu'tait,
-dans ses grandes lignes tout au moins, la civilisation de l'Egypte sous
-les rois memphites et hliopolitains, priode qui est la base mme de
-toute la civilisation pharaonique. Pour les poques suivantes nous
-pourrons nous contenter de signaler les transformations, les
-perfectionnements apports au cours des sicles cet tat de choses,
-par suite du travail intrieur ou des importations trangres.
-
-[Illustration: _Fig. 152._ Forage de vases de pierre (d'ap. DE MORGAN.
-_Recherches sur les origines de l'Egypte_, I, fig. _497_).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 153._ Sphinx du Moyen Empire (d'aprs LEGRAIN.
-_Statues et statuettes_, I, pl. XX).]
-
-
-
-
-CHAPITRE VI
-
-MOYEN EMPIRE
-
-(2200 1500 avant J.-C. environ.)
-
-A. HISTOIRE
-
-
-_XIe dynastie_
-
-Une priode de troubles intrieurs comme celle qui termina l'Ancien
-Empire ne pouvait se prolonger indfiniment et devait aboutir une
-restauration de la monarchie sur des bases un peu diffrentes. Nous
-avons vu les derniers rois memphites, qui ne disposaient pas d'une force
-militaire srieuse et qui sans doute n'avaient plus l'autorit morale de
-leurs prdcesseurs, s'effacer peu peu devant leurs comptiteurs, les
-princes hraclopolitains; ceux-ci n'avaient cependant pas russi,
-malgr l'nergique appui de leurs vassaux, les dynastes de Siout,
-s'installer dfinitivement sur le trne d'Egypte, ni mme laisser un
-nom durable. Pendant ce temps s'levait dans le sud, dans une province
-qui jusqu'alors n'avait jou aucun rle, celle de Thbes, une famille
-nouvelle, au sang moins pur, mlang d'lments soudanais, famille
-nergique poursuivant de pre en fils, avec opinitret, un seul but, la
-restauration, son profit, de l'unit du royaume gyptien. Ces
-seigneurs qui portent tous le nom d'Antef ou de Mentouhotep,
-commencrent petitement: les plus anciens n'ont que leur titre de
-monarque puis peu peu ils s'arrogent le droit d'inscrire leur nom dans
-un cartouche, ils se qualifient de rois de la Haute Egypte et finissent
-par prendre la titulature complte des rois lgitimes. Les premiers
-n'tendaient leur domination que sur la moiti mridionale de la Haute
-Egypte, mais en mme temps ils avaient soumis la Nubie jusqu' la
-deuxime cataracte au moins; les derniers rgnrent sur toute la valle
-du Nil et poussrent mme plus loin, puisqu'ils entreprirent des
-expditions du ct du Sina et de la Syrie mridionale.
-
-[Illustration: _Fig. 154._ Mentouhotep IV (?) (d'apr. un bas-relief
-provenant de Deir-el-Bahari).]
-
-L'ordre de succession de ces rois, qui forment la XIme dynastie, n'est
-pas trs clair; leur chronologie l'est encore moins: le papyrus de Turin
-donne six rois ayant rgn pendant plus de 160 ans, tandis que d'aprs
-Manthon il y aurait eu 16 rois et 43 ans de rgne; il y a dans ces
-chiffres des erreurs videntes, puisque nous savons d'autre part que
-certains de ces rois rgnrent au moins 50 ans; on peut donc supposer
-que le papyrus ne nomme que les derniers rois de la srie, ceux qui
-pouvaient tre considrs comme souverains lgitimes, tandis que
-Manthon indique le nombre total des princes de la famille, et la somme
-des annes de rgne des deux derniers seulement, ceux qui gouvernrent
-sans aucun doute tout le pays. Comme date, nous pouvons placer cette
-XIme dynastie thbaine, de faon tout fait approximative du reste, aux
-environs de l'an 2.200 avant J.-C.
-
-
-_XIIe dynastie_
-
-Nous ne savons dans quelles conditions le dernier roi de cette dynastie,
-Mentouhotep V Seankhkara, cda la place de gr ou de force un homme du
-nom d'Amenemhat, qui avait t grand-vizir sous un rgne prcdent et
-qui tait sans doute apparent de prs ou de loin la famille royale.
-Usurpateur ou non, le nouveau roi trouva devant lui de nombreux
-adversaires qu'il finit par rduire, comme il sut plus tard djouer un
-complot des gens du palais qui en voulaient sa vie. Amenemhat I tait
-non seulement un homme d'action, il tait aussi un organisateur de
-premier ordre, en juger par l'oeuvre accomplie pendant les 30 ans que
-dura son rgne. Il supprime dfinitivement le rgime fodal, l'autonomie
-des petits princes locaux sur lesquels ses prdcesseurs avaient d
-s'appuyer pour gouverner, il reconstitue l'unit de l'Egypte sous un
-seul sceptre, fait rgner l'ordre et la paix dans tout le pays, recule
-ses frontires grce des expditions heureuses, et fonde une dynastie
-qui devait rgner 213 ans en tout, et tre une des plus brillantes qui
-aient occup le trne de l'Egypte.
-
-[Illustration: _Fig. 155._ Senousrit I (photo. de E. Brugsch-Pacha).]
-
-La XIIme dynastie est donc d'origine thbaine, mais son centre politique
-fut toujours celui qu'avait choisi le fondateur de la monarchie
-gyptienne, Memphis, abandonne depuis quelques sicles. C'est dans les
-environs immdiats de l'antique capitale que les nouveaux rois
-tablirent leur rsidence et qu'ils construisirent leurs tombeaux. Les
-sept rois qui se succdent de pre en fils portent tous, soit le nom
-d'Amenemhat, qui est celui du fondateur de la dynastie, soit celui de
-Senousrit, qu'on lisait autrefois Ousertesen et qui est en ralit
-l'origine du nom grec de Sesostris, ce hros plus lgendaire que rel
-sur la personne duquel se grouprent aux basses poques tous les hauts
-faits des rois du temps pass dont on avait conserv le souvenir.
-
-[Illustration: _Fig. 156._ Senousrit III (d'aprs LEGRAIN. _Statues et
-statuettes_, I, pl. VI).]
-
-Les vrais Ssostris, ceux de l'histoire, sont du reste aussi des
-guerriers et des conqurants, mais leur activit est surtout dirige
-vers le sud. Les plus clbres d'entre eux, Senousrit I et Senousrit III
-parachevrent l'oeuvre entreprise par Amenemhat I, la conqute de la
-Nubie: ils tendent l'autorit effective de l'Egypte jusqu' la 2e
-cataracte, c'est--dire reculent d'au moins 400 kilomtres les
-frontires de leur royaume. La Nubie est devenue une province
-gyptienne, administre par des fonctionnaires spciaux, avec de petites
-garnisons cantonnes dans les points faibles du pays, o s'lvent
-d'importantes forteresses, celles de Semneh et de Koummeh en
-particulier, qui gardent les deux rives de la cataracte, frontire
-extrme de la nouvelle province.
-
-Les Pharaons de la XIIme dynastie, bien que trs occups du ct du
-Soudan, ne ngligent pas pour cela les autres contres limitrophes; les
-Libyens aussi bien que les Syriens habitant les confins de l'Egypte sont
-refouls ou assujettis, et la domination effective du roi s'tend sur
-les Oasis, le Sina et les contres dsertiques o les travaux dans les
-carrires et dans les mines peuvent s'effectuer en toute tranquillit.
-
-[Illustration: _Fig. 157._ Amenemhat III (d'aprs _Muse Egyptien_, II,
-pl. XV).]
-
-Le dernier grand roi de la dynastie, Amenemhat III, attacha son nom
-une oeuvre gigantesque, la cration dans le Fayoum,--petit territoire en
-contre-bas de la valle du Nil, du ct ouest,--d'un immense rservoir
-destin rgulariser les irrigations des environs de Memphis et de la
-Basse Egypte. C'est le fameux lac Moeris mentionn par Hrodote et les
-autres auteurs classiques, qui parlent en mme temps avec admiration du
-Labyrinthe, le palais construit sur ses bords. Quelle est dans ces
-rcits la proportion exacte de fable et de ralit, c'est ce qui n'a pu
-tre encore tabli; toujours est-il que maintenant on ne voit plus, de
-ce qui devait tre jadis le lac Moeris, qu'un lac naturel sans
-coulement, le Birket-Karoun, et au lieu du Labyrinthe, des ruines de
-villes, trs tendues, mais qui n'ont rien de monumental, deux
-pyramides, des colosses, un oblisque; ces restes de constructions
-montrent bien l'importance des travaux entrepris par Amenemhat III dans
-ce coin de pays, travaux qui furent, sinon aussi merveilleux que se
-l'imaginaient les Grecs, du moins considrables.
-
-
-_XIIIe et XIVe dynasties_
-
-Deux rgnes trs courts et sans clat, ceux d'Amenemhat IV et de la
-reine Sebeknefrou clturent cette priode si glorieuse et si brillante
-pendant laquelle l'Egypte avait atteint un degr de puissance trs
-suprieur celui auquel elle tait arrive sous les plus grands rois de
-l'Ancien Empire. Nous ne savons quelles sont les circonstances qui
-amenrent la chute de la XIIme dynastie, soit que la race se soit
-teinte naturellement, soit que ces deux derniers souverains aient fait
-preuve d'incapacit et se soient laisss supplanter par des comptiteurs
-puissants. Avec eux cesse, pour un temps du moins, l'unit de l'Egypte,
-et nous nous trouvons en prsence de deux familles rivales, l'une de
-Thbes, l'autre de Xos dans le Delta, qui forment la XIIIme et la XIVme
-dynastie; il semble qu' un moment donn cette dernire dynastie ait t
-considre comme seule lgitime, mais d'un autre ct la puissance des
-rois thbains de la XIIIme a certainement t plus grande. Du reste ces
-deux sries de rois sont si enchevtres qu'on a peine les distinguer
-l'une de l'autre: les monuments de cette poque donnent bien des noms de
-rois, rarement des dates, et jamais aucun dtail sur le rgne des divers
-souverains ni sur l'ordre de succession; le papyrus de Turin donnait une
-longue liste, malheureusement trs fragmente aujourd'hui, et ne parat
-pas avoir tabli de distinction entre ces deux dynasties; les autres
-listes royales ne mentionnent que trs peu de noms de cette poque.
-Enfin Manthon ne cite pas un seul nom, mais donne la XIIIme dynastie
-60 rois et 453 ans de rgne, et la XIVme, 76 rois et 184 ans, chiffres
-qui sont peut-tre exagrs quant au nombre d'annes, mais qui
-paraissent correspondre la ralit, en ce qui concerne le nombre de
-rois qui occuprent le trne.
-
-[Illustration: _Fig. 158._ Neferhotep. Bologne (d'ap. PETRIE.
-_Photographs_, No _38_).]
-
-Nous sommes donc peu renseigns sur cette priode, et c'est peine s'il
-convient de rappeler le souvenir des Neferhotep et des Sebekhotep, les
-quelques souverains qui nous paraissent tre les figures les plus
-marquantes de la srie et dont les rgnes sont plus longs que ceux des
-autres et les monuments que nous avons d'eux plus abondants et plus
-importants. L'examen des noms mmes de tous ces rois montre clairement
-que ces deux dynasties ne se composent pas seulement de deux familles
-homognes, mais de groupes trs diffrents d'origine ou d'individus
-isols qui se succdent sans lien apparent, et ne sont mme sans doute
-pas tous de vrais Egyptiens; ainsi l'un d'eux s'appelle Nehasi, le
-ngre, et d'autres, comme Khendi et Khenzer, en juger par leurs noms,
-pourraient tre d'origine babylonienne.
-
-
-_Les Hyksos_
-
-C'est prcisment cette poque, o l'Egypte n'tait plus suffisamment
-puissante pour rsister aux ennemis du dehors, que surgirent les Hyksos
-ou rois pasteurs, chefs de bandes ou de tribus smites, originaires
-sans doute de Palestine ou de Syrie, qui pntrrent dans la valle du
-Nil par la frontire nord-est, entre Pluse et Suez, s'tablirent et se
-fortifirent dans le Delta, rayonnrent de l dans tout le pays, y
-tablirent une autorit durable et s'arrogrent mme le titre officiel
-de rois d'Egypte. Cette invasion est en somme le rsultat d'une de ces
-pousses des peuples d'Orient vers l'Occident qui sont si frquentes
-dans l'histoire et qui chaque fois amenrent des perturbations
-considrables; celle-ci fut dtermine par la descente des Elamites en
-Msopotamie, qui provoqua galement le dpart d'Abraham pour la
-Palestine.
-
-[Illustration: _Fig. 159._ Tte d'un roi hyksos (d'apr. NAVILLE.
-_Bubastis_, pl. XI).]
-
-La domination des rois pasteurs dura longtemps et s'exera, suivant les
-monuments, plus ou moins loin vers le sud, contrebalance seulement par
-un petit noyau qu'on pourrait qualifier de nationaliste et qui se
-groupait dans la Thbade, autour des derniers rois de la XIIIme
-dynastie, puis des princes qui fondent la XVIIme et prparent la
-revanche qui doit inaugurer le Nouvel Empire. Ces trangers s'taient
-rapidement gyptianiss; ils avaient adopt les coutumes de leurs sujets
-plus civiliss qu'eux et cherchrent gouverner comme les anciens rois
-autochtones, mais ils ne russirent pas laisser une trace vraiment
-durable de leur passage au pouvoir. Nous ne connaissons aucun difice
-important qui puisse avoir t construit par eux, part peut-tre les
-murs d'enceinte en briques de leur capitale, la ville fortifie
-d'Avaris, l'est du Delta, et leurs noms ne nous sont parvenus que sur
-quelques petits objets ou sur des statues antrieures qu'ils s'taient
-appropries. Ils encouragrent les sciences et la littrature, ainsi que
-nous l'apprennent certains papyrus, mais d'un autre ct, il est bien
-probable que c'est aux premiers de ces rois qu'il faut attribuer le
-pillage systmatique des tombeaux royaux antrieurs.
-
-
-_XVIIe dynastie_
-
-Enfin il s'leva une nouvelle race de princes thbains qui, d'abord
-vassaux des rois Hyksos, prirent en main la tche de dlivrer leur pays
-de la domination trangre. Leurs talents militaires, leur valeur
-personnelle et sans doute surtout un mouvement intense du pays entier,
-rvolt contre ses oppresseurs, amenrent rapidement la chute du royaume
-des pasteurs. Refouls de la Haute Egypte d'abord, puis du Delta mme,
-il ne resta bientt plus aux pharaons smites qu'un petit canton aux
-confins du dsert et leur retraite fortifie d'Avaris, o ils tinrent
-bon pendant un sicle encore. Cette priode de lutte outrance qui
-cota la vie certains rois thbains, morts en pleine bataille, et qui
-termine ce que nous avons coutume d'appeler le Moyen Empire, est une
-priode hroque et glorieuse et les noms de ces rois qui affranchirent
-leur pays du joug tranger, les Seknenra, les Kams, les Ahms,
-mriteraient une place d'honneur dans l'histoire, si par malheur nous
-n'tions si peu renseigns sur leur vie et leur oeuvre dont nous ne
-faisons gure qu'entrevoir les rsultats.
-
-[Illustration: _Fig. 160._ Poignard d'Apepi (Photographie
-Brugsch-Pacha).]
-
-Telle est, dans ses grandes lignes, l'histoire du Moyen Empire thbain,
-joint la domination des Hyksos; sa chronologie est difficile tablir
-et donne lieu encore aujourd'hui des opinions trs divergentes, car si
-nous connaissons presque un jour prs la dure de la XIIme dynastie,
-il n'en est pas de mme pour les suivantes, qui rgnrent sans doute
-collatralement sur diverses parties du pays. Nous avons dj vu que
-Manthon donne la XIIIme dynastie thbaine 453 ans et la XIVme
-dynastie xote, 184 ans; il range les rois Hyksos dans deux dynasties
-distinctes, la XVme et la XVIme, qui auraient rgn, la premire 284 ans
-avec ses six rois qu'on retrouve sans peine sur les monuments
-contemporains, les Salatis, les Bnn, les Jannias et les Apophis, et
-l'autre 511 ans avec 32 rois parfaitement inconnus. Enfin, toujours pour
-Manthon, la XVIIme dynastie, celle de la revanche, aurait eu deux
-sries de rois, les uns hyksos, les autres thbains, ayant occup les
-trnes d'Egypte pendant 151 ans jusqu' l'expulsion dfinitive des
-Smites. Si l'on met bout bout tous ces chiffres, on obtient pour
-l'intervalle qui spare la XIIme dynastie du Nouvel Empire la somme
-fantastique de 1.583 ans, qui parat absolument inadmissible, surtout si
-l'on songe que dans un pays comme l'Egypte, o presque tout se conserve,
-une priode aussi longue, mme trouble, nous aurait transmis des
-sries de documents autrement plus importantes que celles qui nous sont
-parvenues. D'un autre ct, une thorie rcente, trs en vogue
-aujourd'hui, et base sur deux dates astronomiques qu'on voudrait
-attribuer, l'une un roi de la XIIme dynastie, l'autre au premier
-souverain de la XVIIIme, rduit cet intervalle 200 ans environ. Cette
-thorie me parat encore plus insoutenable que la prcdente, car je ne
-vois pas le moyen de faire tenir dans un espace de deux sicles un
-nombre de 150 ou 200 rois au minimum, dont certains rgnrent, nous le
-savons pertinemment, 40 et mme 50 ans. La vrit est trs probablement
-entre ces deux thories extrmes, et je suis tent de me rattacher, au
-moins dans ses grandes lignes, au systme propos par un gyptologue
-norvgien, M. Lieblein, systme qui peut se rsumer somme suit:
-l'invasion hyksos a lieu la fin de la XIIme dynastie et entrane sa
-chute, aprs quoi une nouvelle famille thbaine, la XIIIme, prend
-possession du trne; pendant ce temps les chefs pasteurs, matres de la
-plus grande partie du pays, mais se sentant infrieurs comme
-civilisation et n'osant encore se mettre personnellement la tte du
-gouvernement, intronisent d'abord des princes autochtones qui ne sont
-autres que leurs cratures et leurs vassaux et qui constituent la XIVme
-dynastie xote. Aprs ce laps de temps, se sentant suffisamment
-gyptianiss, ils prennent eux-mmes les rnes du pouvoir: c'est la XVme
-dynastie; quant la XVIme elle n'existe pas en ralit, c'est une
-dynastie purement fictive, qui reprsente seulement la somme de la
-domination des Hyksos jusqu'au moment o ces rois furent refouls dans
-Avaris. La XVIIme dynastie, avec sa double srie de rois, caractrise le
-sicle de l'expulsion. Ainsi, puisque la XIVme et la XVme dynasties sont
-contemporaines de la XIIIme, et que la XVIme doit tre supprime, comme
-faisant double emploi, nous n'avons plus qu' additionner les chiffres
-que donne Manthon pour la XIVme, la XVme et la XVIIme, ce qui donne,
-pour toute la priode hyksos, 619 ans en tout. Il faudrait donc placer
-la XIIme dynastie entre 2.300 et 2.100 environ, et l'poque des rois
-pasteurs et de leurs comptiteurs gyptiens irait de 2100 1500 avant
-notre re. Je me contente de signaler ce rsultat, non comme absolument
-certain, mais comme assez satisfaisant.
-
-[Illustration: _Fig. 161._ Tte de la momie de Seqnenr (d'aprs ELLIOT
-SMITH. _Royal Mummies_, pl. II).]
-
-
-B. MONUMENTS
-
-Si nous voulons nous faire une ide de ce qu'tait la civilisation
-gyptienne sous le Moyen Empire et des progrs qu'elle avait pu raliser
-depuis la priode prcdente, nous nous trouvons tout d'abord, de mme
-qu'en ce qui concerne l'histoire proprement dite, en prsence de
-documents extrmement abondants appartenant la fin de la XIme et
-toute la XIIme dynastie, puis d'une poque singulirement silencieuse,
-celle des luttes intestines suscites par la prsence des Hyksos. Ce
-fait n'a rien que de trs naturel et nous obligera, par consquent, ne
-tenir compte dans ce tableau d'ensemble, que des monuments appartenant
-la priode de gloire du premier empire thbain, de ceux qui se
-rattachent aux rgnes des Amenemhat et des Senousrit, ainsi que de leurs
-prdcesseurs immdiats.
-
-
-_Architecture_
-
-Il ne reste pour ainsi dire rien des constructions religieuses difies
-par les rois de la XIIme dynastie; les unes ont pu tre dtruites par
-les Hyksos, tandis que les autres, les plus nombreuses, ont t reprises
-par les rois de la XVIIIme dynastie, agrandies et si bien remanies, que
-dans les temples colossaux du Nouvel Empire on ne retrouve qu'
-grand'peine les traces du petit sanctuaire plus ancien qui en formait le
-noyau; seules, avec quelques bas-reliefs, les colonnes ont survcu, de
-belles colonnes monolithes en granit qui prsentent, peu de chose
-prs, les mmes caractres artistiques que celles de l'Ancien Empire,
-quelque ordre qu'elles appartiennent, lotiforme, palmiforme ou
-papyriforme. Des statues souvent colossales et des sphinx ornaient aussi
-ces temples; on les trouve remploys dans les constructions ultrieures
-et portant bien souvent non pas le nom du roi qui les fit sculpter,
-mais les cartouches de celui qui se les appropria aprs coup, suivant un
-procd qui paraissait tout naturel aux Egyptiens et que nous n'hsitons
-pas qualifier d'usurpation.
-
-[Illustration: _Fig. 162._ Reconstitution du monument de Mentouhotep II
-(d'ap. NAVILLE. _The XIe dyn. Temple at Deir el Bahari_, II, pl.
-XXIII).]
-
-Le grand monument qu'un des Mentouhotep de la XIme dynastie fit
-construire au fond du cirque de Deir-el-Bahari et qui a t dcouvert et
-dblay ces dernires annes par M. Naville, est un temple funraire qui
-n'tait pas vou au culte des dieux, aussi ne fut-il gure remani aux
-poques ultrieures. C'est un difice en terrasses avec rampe d'accs,
-adoss la montagne; des colonnades de piliers carrs entourent un
-massif central qui tait peut-tre surmont d'une pyramide, et derrire
-lequel se trouvaient les naos consacrs aux princesses royales; au fond
-du sanctuaire aujourd'hui dtruit, un long couloir s'enfonait dans le
-rocher et aboutissait une petite chambre qui contenait un grand naos
-d'albtre, destin probablement recevoir une statue de roi.
-
-[Illustration: _Fig. 163._ Pyramide de Senousrit III Dahchour (d'aprs
-J. DE MORGAN. _Fouilles Dahchour_, I, pl. XII).]
-
-Les autres souverains de la XIme dynastie n'avaient que des tombeaux de
-petites dimensions, assez semblables ceux des simples particuliers;
-les grands rois de la XIIme adoptrent le mode de spulture de leurs
-prdcesseurs de l'Ancien Empire, la pyramide, sans toutefois chercher
-difier des monuments aussi colossaux. A Licht et Dahchour, de mme
-qu' Hawara et Illahoun, un revtement trs soign, en calcaire et
-mme par places en granit, recouvre, ou plutt recouvrait, puisqu'il a
-en partie disparu, une maonnerie plutt dfectueuse en pierre ou en
-briques; les chambres funraires sont non plus dans la pyramide mme,
-mais une grande profondeur au-dessous de celle-ci, et les couloirs
-habilement dissimuls n'ont pas empch ces tombeaux d'tre entirement
-pills. A ct du monument royal, des caveaux taient rservs aux
-reines et aux princesses, caveaux d'o sont sortis les trsors
-inestimables qui ont t trouvs il y a quelques annes par le Service
-des Antiquits de l'Egypte. Du ct est s'levait la chapelle funraire,
-du type dj connu, avec ses vestibules, sa cour centrale, son
-sanctuaire et ses magasins; un grand mur encerclait le tout.
-
-Les fonctionnaires continuent se faire ensevelir ct de leur
-souverain, mais leurs mastabas ne sont plus comparables ceux de la
-priode prcdente. Ce sont de simples massifs de maonnerie de petites
-dimensions, orns d'une stle sur la face est; la chambre funraire se
-trouve immdiatement au-dessous, et on y accde par un puits for au
-nord du monument extrieur.
-
-[Illustration: _Fig. 164._ Faade de tombeau Beni-Hassan.]
-
-Les tombeaux des seigneurs provinciaux et des princes des nomes de la
-Haute Egypte sont autrement plus originaux et plus intressants pour
-nous, puisque certains d'entre eux, ceux de Bersheh et surtout ceux de
-Beni Hassan nous fournissent la plus merveilleuse srie de documents
-figurs concernant la vie publique et prive de l'poque. Ces monuments
-appartiennent la classe des hypoges ou tombeaux rupestres, comme
-nous en avons dj vu quelques-uns sous l'Ancien Empire; ils sont
-entirement creuss dans le rocher, flanc de coteau, et les colonnes
-qui soutiennent le plafond ne sont pas rapportes, mais mnages dans la
-masse mme, au cours du travail d'excavation. Ces hypoges sont prcds
-d'un portique largement ouvert du ct de la plaine du Nil, soutenu par
-deux de ces piliers droits, sans chapiteau, aux artes abattues, qu'on a
-pris longtemps, cause de leur ft cannel et de leur petit abaque
-plat, pour la forme la plus ancienne de la colonne dorique; de l le nom
-de colonnes protodoriques qui leur est rest. Une porte s'ouvre sur
-une salle carre de grandes dimensions, au plafond soutenu par quatre
-colonnes ou davantage, et au fond de laquelle s'ouvre une niche
-profonde, servant en quelque sorte de sanctuaire; un puits descend au
-caveau funraire. Les parois sont entirement couvertes de peintures sur
-enduit, plus compltes encore que les tableaux sculpts dans les
-mastabas. Elles retracent avec une vie et un naturel souvent admirables,
-les scnes les plus diverses de la vie des champs comme de celle des
-gens de mtier.
-
-[Illustration: _Fig. 165._ Tombeau de Beni-Hassan (d'aprs NEWBERRY.
-_Beni Hassan_, I, pl. IV).]
-
-[Illustration: _Fig. 166._ Masque de momie (d'aprs CHASSINAT. _Fouilles
-d'Assiout_, pl. XXVI).]
-
-Les personnages de moindre importance, qui ne pouvaient avoir une
-spulture aussi complte, se contentaient d'un simple caveau souterrain,
-au fond d'un puits, et arrivaient entasser dans cet troit espace tout
-ce qui pouvait leur tre utile pour la vie de l'au-del. L'art de la
-momification en tait encore peu prs au mme point qu' la priode
-memphite, et l'on se contentait sans doute de desscher les corps au
-moyen d'alun ou de natron, car de tous ceux qui nous sont parvenus, il
-ne reste gure que les os. Le mort ainsi prpar, on l'enveloppait d'un
-pais maillot de linges, de linceuls et de bandelettes; on plaait
-parfois sur le haut du corps un masque en cartonnage peint, et on le
-couchait sur le ct, la tte appuye sur un chevet, au fond d'un
-sarcophage rectangulaire en bois, aux parois paisses, couvertes de
-peintures au dehors comme au dedans, et muni d'un couvercle plat ou
-bomb. La dcoration extrieure consiste le plus souvent en bandes de
-grands hiroglyphes entre lesquelles on peignait parfois toute une
-ornementation architecturale montrant que le sarcophage tait considr
-comme une maison, donc comme l'habitation mme du mort, une maison d'un
-modle archaque, construite en bois avec des stores en nattes de
-couleur pour fermer les baies. A l'intrieur, on inscrivait de longs
-textes funraires analogues ceux des pyramides et destins assurer
-au dfunt la scurit dans le monde des enfers; au-dessus de ces textes
-court une large frise o sont peints les objets qui devraient en ralit
-figurer dans le mobilier funraire: pices de costume, coiffures,
-bijoux, armes, sceptres, outils, vases, meubles, toujours suivant le
-principe que la figuration d'un objet suffit pour remplacer l'objet
-lui-mme quand il s'agit d'une ombre, du double immatriel d'un homme.
-Il arrive aussi qu'on voie dj paratre, l'intrieur du grand
-sarcophage, le cercueil anthropode qui renferme la momie elle-mme et
-qui devient le modle courant du sarcophage au Nouvel Empire; ce type de
-cercueil n'est que le dveloppement normal du masque funraire habituel.
-
-[Illustration: _Fig. 167._ Momie du Moyen Empire (d'aprs
-CHASSINAT-PALANQUE. _Fouilles d'Assiout_, pl. XXI).]
-
-[Illustration: _Fig. 168._ Sarcophage du Moyen Empire (d'aprs PETRIE.
-_Gizeh and Rifeh_, pl. X.A).]
-
-[Illustration: _Fig. 169._ Intrieur d'un sarcophage (d'aprs LACAU.
-_Sarcoph. ant. au Nouv. Emp._, pl. XXIV).]
-
-[Illustration: _Fig. 170._ Sarcophage anthropode (d'ap. PETRIE. _Gizeh
-and Rifeh_, pl. X.B).]
-
-Quant au mobilier funraire proprement dit, il est en gnral modeste.
-Dans les tombeaux des princesses de la famille royale, on ne trouve
-gure que la srie des vases onguents et parfums, des sceptres et
-une certaine quantit de bijoux, merveilles d'art et de got, qui sont
-parmi les plus belles choses que l'antiquit gyptienne nous ait
-livres. Chez les particuliers il y a d'abord la caisse carre,
-absolument indispensable du sarcophage, faite sur le mme modle que
-lui, et contenant les quatre vases canopes, o l'on enfermait les
-viscres du mort, puis quelques vases grossiers ayant contenu des
-victuailles, enfin des imitations d'armes et des groupes de bois stuqu
-et peint, reprsentant des scnes de la vie familire. Ces scnes sont
-les mmes qu'on voit figurer ailleurs, en bas-relief ou en peinture, sur
-les parois des mastabas et des tombeaux rupestres, mais traites avec
-plus de naturel et de navet: nous y voyons reprsents des cuisiniers,
-des porteurs et des porteuses d'offrandes, la fabrication du pain et de
-la bire, et surtout des bateaux, reproduction des grandes barques de
-l'poque avec leur grement complet et leur quipage. Malgr leur
-facture souvent un peu grossire, ces petits monuments sont peut-tre
-l'image la plus parfaite, en tous cas la plus expressive, de la vie des
-anciens Egyptiens.
-
-[Illustration: _Fig. 171._ Canope du Moyen Empire (d'ap.
-GAUTIER-JQUIER. _Fouilles de Licht_, p. _68_).]
-
-[Illustration: _Fig. 172._ Statuette de serviteur (d'ap. le _Muse
-Egyptien_, I, pl. XXXVIII).]
-
-La cachette aux statues, le _serdab_, n'existe plus dans la tombe du
-Moyen Empire, et s'il se trouve encore dans le tombeau une statue du
-mort, celle-ci n'est plus que trs rarement en pierre, mais presque
-toujours en bois et souvent de trs petite dimension. Il y a ici
-videmment une volution dans les ides funraires: la notion du _ka_,
-du double qui pour subsister a besoin d'un support dfaut du corps
-lui-mme, existe toujours, mais tend se transformer; il semble qu'elle
-se spiritualise en quelque sorte et qu'une petite image du mort, image
-souvent informe, lui suffise, et cela plutt par tradition que par
-besoin rel. C'est ce moment qu'on voit apparatre les premires
-statuettes mummiformes reprsentant le dfunt, prototypes des
-innombrables statuettes funraires ou _oushabtis_ du Nouvel Empire.
-
-[Illustration: _Fig. 173._ Modle de barque (photographie de E.
-Brugsch-Pacha).]
-
-[Illustration: _Fig. 174._ Statuette en bois (d'aprs GAUTIER-JQUIER.
-_Fouilles de Licht_, p. _80_).]
-
-Pour les morts d'une classe moins leve, ceux qu'on ensevelissait
-mme le sol, on avait en certaines rgions la coutume de poser au-dessus
-de la tombe une petite maison en terre cuite, reproduction en miniature
-de l'habitation des vivants, et qui devait servir de domicile l'me:
-prive de ce pied--terre si sommaire, cette me et risqu d'errer sans
-trve l'aventure et de disparatre misrablement.
-
-[Illustration: _Fig. 175._ _Statuette funraire_ du Moyen Empire (d'apr.
-PETRIE. _The Labyrinth_, pl. XXX).]
-
-Les constructions civiles, palais, maisons, magasins, faites en briques
-et en bois, et n'ayant aucune prtention la dure, ont disparu presque
-partout en Egypte; nous sommes un peu plus favoriss cependant pour le
-Moyen Empire que pour les autres poques, puisqu'on a retrouv au Fayoum
-des restes importants d'agglomrations de maisons, vraies villes
-composes de petites habitations en briques, serres les unes contre les
-autres et spares par de longues rues droites; c'est l sans doute
-qu'habitaient des ouvriers et des employs dont les papiers, rests
-cachs dans le coin des chambres, sont parvenus jusqu' nous: ces
-prcieux documents sur papyrus contenaient des crits de toute sorte,
-mais surtout des lettres et des comptes.
-
-[Illustration: _Fig. 176._ Modle de maison en terre cuite (d'ap.
-PETRIE. _Gizeh and Rifeh_, pl. XV).]
-
-Pour ce qui est de l'architecture militaire, de hautes et massives
-forteresses en briques crues remplacent les simples enceintes formes
-d'une paisse muraille, en usage sous l'Ancien Empire. Nous avons, la
-frontire mridionale de la Nubie, deux bons exemples de ces
-constructions, qui dominent de trs haut le terrain environnant et qui
-devaient opposer une trs grande rsistance l'escalade et la sape.
-Le progrs ralis dans ce domaine est trs naturel et cela n'a rien
-d'tonnant, puisque la monarchie gyptienne, cette poque, a un
-caractre militaire trs prononc et se distingue en cela trs nettement
-de celle de la priode prcdente.
-
-[Illustration: _Fig. 177._ Attaque d'une forteresse (d'aprs NEWBERRY.
-_Beni Hasan_, II, pl. XV).]
-
-
-_Sculpture_
-
-La statuaire du Moyen Empire continue suivre, presque sans s'en
-carter, les traditions des dynasties memphites; ses procds sont
-identiques, et c'est peine si nous pouvons signaler un peu plus de
-fini dans les parties qui taient autrefois laisses le plus souvent
-l'tat d'bauches, les jambes et les pieds. Ce sont toujours les mmes
-formes, les mmes attitudes, avec plus de dlicatesse peut-tre, mais
-moins de puissance; on recherche moins la ressemblance exacte, raliste,
-de la figure reproduire, qu'une sorte de portrait idalis qui n'a
-plus sans doute que les caractres gnraux de l'original: ainsi dans
-les dix statues de Senousrit I dcouvertes Licht, statues identiques
-de dimension et de matire, sorties ensemble d'un mme atelier, toutes
-les ttes, qui premire vue paraissent semblables, sont dans le dtail
-trs diffrentes les unes des autres et cependant les traits d'ensemble
-restent les mmes et se retrouvent aussi dans les autres statues du mme
-souverain.
-
-[Illustration: _Fig. 178._ Statues de Senousrit I.--Licht. (photographie
-de M. Pieron).]
-
-[Illustration: _Fig. 179._ Statue du roi Hor (photographie de E.
-Brugsch-Pacha).]
-
-Sous le Moyen Empire les statues sont beaucoup moins abondantes que sous
-l'Ancien, car les particuliers, quelle que ft leur position, n'en
-dposaient plus gure dans leur tombeau. Encore ces statues sont-elles
-presque uniquement en bois, les unes de grandeur naturelle, d'autres
-trs petites. Seuls les trs hauts personnages avaient le droit de
-placer dans les temples une image faite leur ressemblance; les rois
-par contre y dressaient souvent des statues colossales en granit, dont
-plusieurs sont parvenues jusqu' nous, ainsi que les sphinx, galement
-en granit, qui bordaient les avenues de ces temples, sphinx dont la tte
-tait toujours un portrait plus ou moins fidle du roi rgnant. D'autres
-statues, moins grandes, ornaient les parties apparentes des tombeaux
-royaux et parfois mme on dposait une statue du _ka_ ou du double dans
-le caveau funraire, prs du sarcophage, comme dans les tombeaux des
-simples particuliers. Telle la statue de bois du jeune roi Hor Aouabra,
-qui fut probablement co-rgent de son pre Amenemhat III, monument
-dlicieux de travail, d'expression et de sentiment, qui restera un des
-joyaux de l'art gyptien.
-
-Il n'y a pas non plus de grandes modifications signaler dans la
-manire de traiter le bas-relief; un dessin ferme et pur, un relief peu
-marqu, un model trs dlicat, souvent peine perceptible, sont les
-caractres gnraux de cette branche de la sculpture qui, comme la
-statuaire, est toujours empreinte d'une grande distinction et d'une
-remarquable noblesse d'allure.
-
-
-_Peinture_
-
-Nous avons vu, en parlant de l'Ancien Empire, que toute sculpture devait
-tre peinte, au moins en principe. La simple peinture sur enduit, qui ne
-se distinguait pas premire vue du bas-relief polychrome, tait
-soumise aux mmes lois que ce dernier quant la disposition gnrale
-et la composition, mais constituait un moyen d'expression singulirement
-plus rapide et conomique. Pour les peintres du Moyen Empire, le souci
-de la perfection artistique ne passe qu'en seconde ligne: ils donnent
-libre cours leur fantaisie, toujours maintenue, il est vrai, par une
-certaine routine, dans le mme procd d'excution, et ils s'appliquent
-avant tout rendre aussi vivant que possible le sujet qu'ils ont
-traiter.
-
-[Illustration: _Fig. 180._ Bas-relief de Koptos (d'aprs PETRIE.
-_Koptos_, pl. IX).]
-
-
-_Arts industriels_
-
-La cramique ne prsente aucun caractre spcial; de plus en plus les
-vases en terre sont rservs aux usages vulgaires, et leur facture est
-gnralement peu soigne. Par contre les nombreux petits vases en pierre
-dure qu'on continue fabriquer et qui sont destins contenir des
-parfums ou des onguents sont d'un travail extrmement remarquable. Les
-matires les plus prcieuses sont employes pour cela: l'obsidienne, le
-lapis-lazuli et la cornaline, aussi bien que l'albtre, qui continue
-tre d'un usage courant. L'usage des vases de bronze persiste aussi,
-comme par le pass.
-
-[Illustration: _Fig. 181 et 182._ Vases en cornaline et lapis-lazuli
-(d'ap. DE MORGAN. _Fouilles Dahchour_, I, pl. XXV).]
-
-[Illustration: _Fig. 183._ Pectoral de Senousrit II (d'aprs DE MORGAN.
-_Fouilles Dahchour_, I, pl. XVI).]
-
-Dans la bijouterie et la joaillerie, les orfvres de la XIIme dynastie
-sont arrivs un degr de perfection qui ne sera plus dpass et qui
-fait encore l'admiration de tous les spcialistes; ils taillent et
-calibrent les pierres avec la plus grande prcision, fondent et cislent
-les mtaux, emploient le filigrane. Mais leur triomphe incontestable est
-le bijou cisel, ajour et champlev, avec incrustations de pierres
-telles que le lapis, la turquoise et la cornaline. La composition du
-bijou est toujours digne de son excution, qu'il s'agisse d'un minuscule
-hiroglyphe servant d'lment de collier, d'un pectoral pouvant tre
-considr comme un vrai bas-relief historique en miniature, d'une garde
-de poignard ou d'un diadme reprsentant une couronne de fleurs
-naturelles.
-
-[Illustration: _Fig. 184._ Couronne en or (d'apr. DE MORGAN. _Dahchour_,
-II, pl. IX).]
-
-
-C. CIVILISATION
-
-_Royaut_
-
-La premire monarchie thbaine a un caractre trs diffrent de celui
-des dynasties memphites, qui tait, comme nous l'avons vu,
-essentiellement pacifique; de simples nomarques qu'ils taient, les
-princes de Thbes avaient acquis le pouvoir suprme au prix de longues
-luttes. Il tait donc bien naturel qu'ils continuassent faire de
-l'arme leur principal soutien et que, pour ne pas la laisser inactive,
-ils l'employassent pacifier les contres avoisinantes et tendre les
-frontires de l'Egypte. Les rois de la XIIme dynastie ne sont pas,
-proprement parler, des conqurants, mais des souverains dont le but est
-d'assurer le tranquille dveloppement de leur pays en tenant en respect
-leurs voisins, nomades plus ou moins sauvages et toujours disposs
-faire des incursions dans la riche valle du Nil, et en crant sur le
-point le plus facilement accessible, le sud, une marche bien fortifie.
-Sitt que cette activit militaire se ralentit, comme cela semble avoir
-t le cas sous Amenemhat III et ses successeurs, les barbares, qui sont
-ici les Hyksos, fondent sur le pays et le soumettent, en partie du
-moins. Il faudra de longs sicles aux vrais Egyptiens pour les chasser
-et reprendre le pouvoir, et ce nouvel apprentissage de la guerre sera
-cause de l'avnement des grands conqurants de la XVIIIme dynastie.
-
-[Illustration: _Fig. 185._ Groupes de soldats d'un prince de Siout
-(d'aprs MASPERO. _Muse Egyptien_, I, pl. XXXIII).]
-
-Pour assurer la transmission rgulire des pouvoirs royaux de pre en
-fils et viter les comptitions possibles, Amenemhat I, dans les
-dernires annes de son rgne, associa au trne son fils Senousrit I qui
-fut charg de diriger l'arme et les expditions en dehors de l'Egypte,
-tandis que le vieux souverain continuait s'occuper de la politique
-intrieure. Tous les rois de la XIIme dynastie suivirent cet exemple et
-prirent un moment donn leur hritier prsomptif comme co-rgent.
-
-
-_Gouvernement_
-
-Le systme fodal ne disparut pas ds l'avnement de la XIIme dynastie;
-les princes des nomes, reconnaissant l'autorit suprieure et la
-suzerainet du roi, continurent administrer comme auparavant leur
-province, sur laquelle ils avaient des droits trs tendus: le peuple
-des campagnes, fellahs ou paysans, fournissait les soldats et pouvait
-tre rquisitionn pour toutes sortes de corves, spcialement pour
-les gros transports et les constructions; de lourdes redevances
-pesaient sur eux, aussi bien sur les paysans soi-disant libres, que
-sur les serfs et les tenanciers des domaines princiers. Les habitants
-des villes jouissaient d'une plus grande libert, tout en tant aussi
-sous l'autorit directe du nomarque; dans ces cits se groupaient les
-artisans, les scribes et les fonctionnaires de toute sorte, tous gens
-d'une classe trs suprieure au menu peuple des campagnes. Une lgion
-d'employs, inspecteurs, percepteurs, chacun ayant sa charge nettement
-dlimite, veillait au bon fonctionnement de ces petits tats, dont le
-prince payait au roi une redevance rgulire et lui fournissait des
-troupes exerces, sur une simple rquisition; il avait sans doute
-ses cts un reprsentant du souverain. Quant au pouvoir judiciaire, il
-tait presque entirement entre les mains du pouvoir central.
-
-Cependant cet ordre de choses ne devait pas durer et la centralisation
-s'oprait peu peu. Vers la fin de la dynastie, les nomarques
-disparaissent ou tout au moins leur rle est si effac qu'on ne les voit
-plus paratre. Par contre le nombre des fonctionnaires royaux augmente
-considrablement; ce sont eux maintenant qui sont chargs non seulement
-de la justice, mais de toute l'administration civile et militaire, qui
-peroivent les redevances, tiennent constamment jour les registres de
-la population, du btail et du cadastre, institution ncessaire dans un
-pays comme l'Egypte, soumis aux empitements d'un fleuve dont le cours
-n'est pas encore dfinitivement fix.
-
-
-_Relations extrieures_
-
-Nous avons vu la conqute de la Nubie, l'occupation des Oasis, la
-pacification des contres dsertiques bordant l'Egypte et les campagnes
-en Syrie; toutes ces oprations, qui furent la proccupation constante
-des rois de la XIIme dynastie, avaient eu pour rsultat le dveloppement
-du commerce, favoris par la tranquillit et la scurit rgnant aux
-abords de l'Egypte. Les produits du Soudan et de la Syrie arrivent donc
-dans la valle du Nil, par caravanes, plus facilement que jamais; de
-plus, les expditions au pays de Pount, au pays des Somalis, d'o l'on
-tirait l'encens, l'ivoire et d'autres objets prcieux, paraissent tre
-devenues plus frquentes, tant par eau, le long des ctes de la Mer
-Rouge, que par la voie de terre, par le Soudan et l'Abyssinie. Il en est
-de mme pour les relations avec les les grecques: la poterie dite de
-Kamars, qui provient certainement de ces rgions se retrouve parfois
-dans des tombes de la XIIme dynastie, et rciproquement on rencontre
-souvent en Crte, en Grce et jusqu'en Etrurie des objets appartenant au
-premier empire thbain.
-
-[Illustration: _Fig. 186._ Nomades smites (d'aprs NEWBERRY, _Beni
-Hasan_, I, pl. XXXI).]
-
-Les marchandises importes en Egypte taient surtout des matires
-premires, et tout particulirement les mtaux, comme par le pass; en
-change, les Egyptiens livraient leurs voisins toute sorte d'objets
-ouvrs, et aussi du grain. Nous savons par les rcits bibliques que la
-valle du Nil tait un peu le grenier du monde oriental, et que dans les
-annes de disette ce n'tait gure que l qu'on pouvait aller
-s'approvisionner. C'est en effet sous le Moyen Empire que durent vivre
-les patriarches qui, aprs avoir men la vie des nomades en Palestine,
-finirent par se fixer dans un petit district du Delta. Abraham dut venir
-en Egypte pendant le rgne de la XIIme dynastie, et c'est presque un
-tableau de son arrive avec sa famille et ses serviteurs, que cette
-peinture clbre de Beni Hassan, o l'on voit des fonctionnaires
-gyptiens amener leur prince une tribu de nomades smites, avec leurs
-lourds costumes bariols, leurs bestiaux, leurs armes et leurs bagages
-et apportant avec eux de l'antimoine et d'autres produits qu'ils
-cherchent sans doute changer. L'arrive de Joseph en Egypte, son
-lvation aux plus hautes dignits et l'installation de sa famille au
-pays de Goshen ou Kesem, dans les environs de la ville fortifie
-d'Avaris, doivent se placer sous un des rois hyksos, nous ne pouvons
-savoir au juste lequel. Les noms gyptiens que donne le texte hbreu
-peuvent tre rapprochs de certains noms qui taient en effet employs
-sous le Moyen Empire et ne sont pas sans doute, comme on l'a cru pendant
-longtemps, la transcription de noms sates, ce qui forcerait reporter
-la composition mme du rcit biblique une trs basse poque. Toute
-cette srie de rcits constitue pour nous un prcieux document pour la
-connaissance des relations entre les Egyptiens et leurs voisins.
-
-
-_Vie prive_
-
-Il n'y a pas lieu de revenir sur l'organisation de la famille, pas plus
-que sur les conditions de la vie prive qui continuent tre les mmes,
- peu de chose prs, que sous l'Ancien Empire. La nourriture aussi est
-la mme, ainsi que la manire de manger, et on attache toujours autant
-d'importance aux soins de propret. Une petite diffrence se remarque
-dans le costume des hommes, car si les gens du peuple continuent
-porter le petit pagne court, celui des personnages de qualit s'allonge
-et forme une sorte de jupon plus ou moins ample, descendant jusqu'aux
-mollets ou mme jusqu'aux chevilles; le grand manteau est d'un usage
-frquent, comme si le climat s'tait refroidi, ce qui est du reste peu
-probable.
-
-Nous connaissons les villes o habitaient les ouvriers et qui ont t
-retrouves au Fayoum, avec leurs petites maisons serres les unes contre
-les autres, avec leurs troites rues droites; nous avons aussi des
-modles en terre cuite des maisons o vivaient les gens d'une classe un
-peu suprieure: une cour entoure d'un mur, au milieu de laquelle se
-trouvait un tang, prcdait l'habitation, qui tait elle-mme de
-dimensions assez restreintes; un pristyle colonnes s'ouvrait
-largement sur la cour, et les chambres se trouvaient au fond, derrire
-cette galerie. L'escalier extrieur montait la terrasse o
-aboutissaient les grandes bouches air destines la ventilation des
-appartements et sur laquelle parfois de petites chambres taient
-construites (fig. 176). Il ne nous est rest aucune trace des palais
-royaux ni de ceux des grands seigneurs.
-
-
-_Chasse et pche_
-
-Les procds de pche et de chasse, de mme que les engins employs,
-sont les mmes que sous l'Ancien Empire: le filet, la ligne et le harpon
-pour la pche, le lasso, l'arc, le boumerang, le filet et le pige
-simple pour la chasse. Il faut cependant signaler le fait que les grands
-seigneurs se constituaient des rserves de gros gibier, de vrais parcs
-de chasse enclos de palissades et de treillages, o ils pouvaient leur
-gr et sans avoir la difficult d'aller les chercher au loin dans le
-dsert, abattre coups de flches les boeufs sauvages, les lions, les
-antilopes ou les autruches.
-
-[Illustration: _Fig. 187._ Parc de chasse (d'apr. NEWBERRY. _El
-Bersheh_, I, pl. VII).]
-
-
-_Agriculture et levage_
-
-L'agriculture tant une des principales ressources du pays, est toujours
-l'objet d'une attention spciale de la part du gouvernement; la quantit
-des terrains cultivables augmente aux dpens des pturages, grce une
-mthode d'irrigation toujours en voie de dveloppement. Nous ne savons
-pas quels canaux furent creuss cette poque, mais nous voyons des
-rois comme Amenemhat III entreprendre des travaux considrables tels que
-le lac Moeris qui tait trs vraisemblablement destin, ainsi que
-l'affirment les Grecs, rgulariser les irrigations dans la partie la
-plus fertile du pays. Le mme souverain fit tablir un nilomtre sur les
-rochers de la deuxime cataracte, l'extrme frontire de ses tats,
-pour surveiller l'inondation et en prvoir d'avance les consquences
-pour l'Egypte. Grce tous ces efforts et bien que l'outillage ne se
-ft gure amlior, le rendement des terres augmentait dans de grandes
-proportions et l'Egypte devenait le plus grand magasin de grain de
-l'Orient.
-
-L'levage tend diminuer, et l'on ne trouve plus gure que dans
-certains cantons o le sol est moins fertile qu'ailleurs et moins apte
-la culture, les immenses troupeaux de btail demi sauvage. Il tait
-rserv aux Hyksos d'introduire dans la faune domestique du pays un
-nouvel animal, le cheval, innovation qui devait, comme nous le verrons,
-avoir les consquences les plus importantes pour l'Egypte.
-
-[Illustration: _Fig. 188._ Barque voile carre (VIe dyn.) (d'aprs
-JQUIER. _Bull. de l'Institut fran. du Caire_, IX, pl. III).]
-
-
-_Navigation_
-
-L'augmentation des produits du sol devait ncessairement amener le
-dveloppement du commerce intrieur et, partant, de la navigation
-fluviale, qui tait aussi l'objet de la sollicitude du gouvernement,
-puisque nous voyons un des rois faire excuter de grands travaux pour
-rendre navigable la premire cataracte en y creusant un chenal
-suffisamment profond. Les bateaux employs d'ordinaire sont les grandes
-barques pontes voile carre, dont le modle date de la fin de
-l'Ancien Empire. Quant la navigation sur la Mditerrane et la mer
-Rouge, les documents que nous possdons sont insuffisants pour pouvoir
-en faire une tude srieuse, au moins en ce qui concerne le Moyen
-Empire. Il est cependant probable qu'on employait pour cela des bateaux
-plus grands et plus forts, mais du mme modle que ceux du Nil.
-
-
-_Industrie_
-
-Les scnes figures, en bois stuqu, dposes au fond des caveaux
-funraires, de mme que les tableaux peints dans les tombes, nous
-montrent que, comme sous l'Ancien Empire, la population de l'Egypte ne
-s'adonnait pas exclusivement l'agriculture, mais que l'industrie y
-tait aussi en honneur. Les procds employs sont toujours peu prs
-les mmes procds simples tels qu'on les retrouve chez tous les peuples
-jeunes, o l'on ne se livre pas la grande industrie et o l'on ne
-fabrique les objets qu'au fur et mesure des besoins.
-
-[Illustration: _Fig. 189._ Menuisiers (d'ap. QUIBELL. _Excavations at
-Saqqarah_, II, pl. XVII).]
-
-On remarque entre autres de nombreuses reprsentations de la fabrication
-des toffes: dans le gynce mme des grands seigneurs, des femmes sont
-occupes filer le lin tandis que d'autres se livrent au tissage; les
-mtiers employs par ces femmes sont de formes diverses, suivant le
-genre d'toffes qu'elles doivent faire, et ces mtiers, d'un mcanisme
-simple et pratique, leur permettaient de tisser des toiles d'une finesse
-et d'une rgularit remarquables, qu'on a retrouves en grande quantit
-dans les tombeaux.
-
-[Illustration: _Fig. 190._ Femmes filant et tissant (d'aprs NEWBERRY.
-_Beni Hasan_, II, pl. IX).]
-
-
-_Littrature_
-
-De l'Ancien Empire, il ne nous est parvenu aucune oeuvre qu'on puisse
-qualifier de littraire: les textes des pyramides sont de nature
-purement religieuse et magique, et les inscriptions tombales comme les
-biographies sont des rcits trs simples qui ne tmoignent d'aucune
-recherche de style ou de composition. L'poque suivante nous a, par
-contre, fourni une longue srie d'ouvrages qui, s'ils ne sont pas trs
-tendus, ont du moins un caractre littraire trs marqu. Ces crits
-sont de toute sorte, de vrais pomes comme le chant du harpiste ou le
-dialogue d'un dsespr avec son me, des contes comme l'histoire de
-Sinouhit et celle du roi Khops et des magiciens, des morceaux
-d'loquence comme la plaidoirie du paysan, des traits de morale comme
-les prceptes de Kaqemna et de Ptahhotep. A ct de cela on trouve
-encore de nombreux livres religieux ou magiques, des livres de mdecine
-et des traits scientifiques. Tous ces ouvrages sont composs dans une
-langue trs belle et trs pure, encore exempte de tout lment tranger,
-avec une recherche de style marque, des phrases simples et claires dans
-lesquelles on voit que les scribes gyptiens affectionnaient
-l'allitration et le jeu de mots, tout en employant toujours le mot
-propre. Ces papyrus, qui nous sont parvenus en trs bon tat de
-conservation, ne constituent pas un des moindres titres de gloire du
-Moyen Empire et c'est avec raison qu'on a pu dire de cette priode
-qu'elle est l'poque classique de la littrature gyptienne.
-
-[Illustration: _Fig. 191._ Une page du papyrus Prisse (d'aprs JQUIER.
-_Le papyrus Prisse et ses variantes_, pl. V).]
-
-[Illustration: _Fig. 192._ Bijou de la XIIe dyn. (d'ap. DE MORGAN.
-_Fouilles Dahchour_, I, pl. XX).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 193._ Panneau du char triomphal de Thoutms IV
-(d'aprs CARTER-NEWBERRY. _Tomb of Thoutmosis IV_, pl. X).]
-
-
-
-
-CHAPITRE VII
-
-NOUVEL EMPIRE
-
-(1500 332 avant J.-C.)
-
-
-A. HISTOIRE
-
-La prise de la forteresse d'Avaris, le dernier retranchement des rois
-hyksos dans le Delta, et l'expulsion dfinitive des souverains smites
-marque la date la plus importante peut-tre de toute l'histoire
-d'Egypte. Le grand mouvement national, aprs des sicles de luttes
-striles, avait enfin trouv dans les princes de la XVIIme dynastie des
-chefs capables de le mener bien; leur triomphe inaugure une re de
-gloire et de puissance telle que l'Egypte n'en avait jamais connu
-auparavant, et qui est l'apoge de l'empire pharaonique. Cette date,
-plusieurs historiens l'indiquent avec prcision, mais leurs donnes sont
-loin de s'accorder, aussi me parat-il plus prudent de donner ici encore
-des chiffres approximatifs et de placer l'expulsion des Hyksos et le
-dbut de la XVIIIme dynastie aux environs de l'an 1500.
-
-
-_XIIIe dynastie_
-
-Il n'y a aucune solution de continuit, pas mme un changement de
-famille rgnante, entre la XVIIme et la XVIIIme dynastie; seule
-l'expulsion des Hyksos en marque la sparation, et le roi qui russit
-parachever la libration du sol gyptien, Ahms, est en mme temps le
-dernier souverain de la XVIIme et le premier de la XVIIIme. Les
-fragments de Manthon qui indiquent comme composant cette dernire
-dynastie 15 rois ayant rgn 259 ans en tout, non compris Ahms,
-considr ici comme appartenant au groupe prcdent, contiennent
-diverses confusions dans les noms de rois; plusieurs de ces souverains
-sont ddoubls tandis que d'autres sont runis sous un seul nom, mais
-les chiffres que donne Manthon correspondent assez bien aux indications
-des monuments et leur total peut tre considr comme conforme la
-ralit. La XVIIIme dynastie se placerait donc, approximativement, et
-avec un cart possible de 50 ans au plus, entre 1500 et 1200 avant J.-C.
-Ahms ne se borna pas chasser les Hyksos d'Egypte; il les poursuivit
-jusque dans la Syrie mridionale et leur infligea une nouvelle dfaite
-en s'emparant de la ville dans laquelle ils s'taient rfugis, et sans
-doute les extermina dfinitivement, car ils ne reparaissent plus dans
-l'histoire.
-
-[Illustration: _Fig. 194._ Amnophis I.--Turin (d'ap. PETRIE.
-_Photographs_, No _75_).]
-
-L'empire une fois reconquis, il s'agissait de le rorganiser, car les
-proccupations militaires avaient sans doute absorb, pendant le sicle
-qui venait de s'couler, toute l'activit des rois nationaux. Ce fut la
-tche du fils et successeur d'Ahms, Amnophis I, qui s'en acquitta,
-pendant son court rgne de 13 ans, la satisfaction universelle,
-puisque aprs sa mort il fut divinis non seulement de faon officielle,
-comme tous les rois, mais par le peuple mme de sa capitale: lui et sa
-femme Ahms Nofritari sont considrs comme les patrons de la ncropole
-thbaine pendant tout le dbut du Nouvel Empire. Autant que nous pouvons
-en juger, ses successeurs continurent son oeuvre et mirent tous leurs
-soins augmenter le bien-tre du pays.
-
-Pendant ces longues luttes, l'Egypte tait devenue une vraie puissance
-militaire; elle possdait une arme bien exerce qu'on ne pouvait
-laisser dans l'inaction. Cette arme n'tait plus tout fait la mme
-que jadis, elle possdait un lment nouveau, la charrerie, et les
-Egyptiens avaient rapidement perfectionn cette arme, dont ils devaient
-la connaissance aux rois hyksos, et qui tait dj depuis longtemps en
-usage chez les Syriens. Les soldats qui montaient ces chars attels de
-deux chevaux combattaient de loin avec leurs flches et leurs javelines,
-et le choc de leurs escadrons compacts pouvait dcider du sort des
-batailles. L'infanterie tait aussi mieux arme, le mtal ayant partout
-remplac le silex des anciens temps, et beaucoup de soldats n'taient
-plus moiti nus comme autrefois, mais vtus de cottes capitonnes et
-de bonnets rembourrs qui les prservaient dans une certaine mesure.
-
-[Illustration: _Fig. 195._ Tte de la momie de Thoutms I (d'ap.
-ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXII).]
-
-Amnophis I avait dj employ son arme pour de petites expditions de
-frontires contre les Libyens et les ngres, mais ce fut son fils
-Thoutms I qui inaugura l're des grandes conqutes; il envahit la Syrie
-et la soumit en grande partie, jusqu' l'Euphrate, o il posa des
-stles-frontires, puis il poussa avec ses armes trs loin dans le
-Soudan, sans ngliger pour cela d'entreprendre dans l'Egypte mme des
-travaux importants. A sa mort, aprs une vingtaine d'annes de rgne, il
-ne laissait pour lui succder qu'un fils n d'une femme qui n'tait pas
-de souche royale, Thoutms II, qui pour lgitimer en quelque sorte son
-accession au trne, dut pouser sa demi-soeur Hatshepsou, en qui coulait
-un sang plus pur. Il continua l'oeuvre de son pre, mais n'eut qu'un
-rgne trs court. Aprs lui la couronne revenait son trs jeune fils
-Thoutms III, n aussi d'une femme de race non royale; sa tante
-Hatshepsou profita de sa minorit pour s'emparer de la rgence, rgna
-d'abord en son nom et ct de lui, puis le relgua dans l'ombre et
-s'arrogea le titre de roi d'Egypte.
-
-Sauf une grande expdition maritime au pays de Pount, expdition qui a
-du reste un caractre nettement commercial et politique et aucunement
-militaire, Hatshepsou concentra toute son activit sur l'Egypte
-elle-mme, qu'elle administra sagement, avec le concours de ministres
-d'une relle valeur, s'appliquant faire disparatre les dernires
-traces du nfaste passage des rois hyksos. Elle restaura des temples et
-en construisit d'autres, comme celui de Deir el Bahari, qui tait
-consacr son culte funraire et qui, tant une des oeuvres artistiques
-les plus remarquables de la dynastie, perptue, aussi bien que le grand
-oblisque de Karnak, le souvenir de cette reine qui sut mener bien
-l'oeuvre intrieure des rois ses prdcesseurs, la rorganisation du
-pays.
-
-[Illustration: _Fig. 196._ Thoutms III (d'apr. LEGRAIN. _Statues et
-statuettes_, I, pl. XXX).]
-
-Thoutms III tant arriv l'ge de raison, la rgente, le roi
-Hatshepsou, comme elle s'appelait elle-mme, lui fit pouser sa propre
-fille, mais sans lui laisser pour cela la place laquelle il aurait eu
-droit; il tait donc assez naturel qu'il conut envers elle des
-sentiments de rancune et que plus tard, quand il fut enfin matre du
-pouvoir, il chercht diminuer ou mme faire disparatre le souvenir
-de son illustre tante. Ce fait trs simple a fait natre de longues
-contestations parmi les gyptologues au sujet de l'ordre de succession
-des premiers rois de la XVIIIme dynastie, et aujourd'hui les discussions
-sur ce point n'ont pas encore cess.
-
-Aprs 22 ans pendant lesquels Hatshepsou avait assum les charges et les
-bnfices du pouvoir, Thoutms III devait encore rgner seul pendant 48
-ans; c'est non seulement un des plus longs rgnes qu'enregistre
-l'histoire d'Egypte, c'est encore le plus glorieux. Profitant de
-quelques annes o le joug gyptien avait pes sur eux avec moins de
-force, les princes syriens avaient sans doute reconquis en partie leur
-indpendance; aussitt sur le trne, Thoutms prit en personne le
-commandement de son arme, envahit la Palestine et la Syrie et commena
-par une srie de victoires cette suite de campagnes qui durent
-recommencer chaque printemps, pendant prs de vingt ans, jusqu'au moment
-o l'autorit du pharaon fut tablie de faon absolument effective sur
-l'Asie antrieure jusqu' l'Euphrate tout au moins. Les fils des
-princes, emmens comme otages, taient une garantie de la fidlit de
-leurs pres et de la rentre rgulire des tributs; du ct de la Nubie
-il ne parat pas y avoir eu de difficults et les peuplades ngres
-payaient rgulirement leurs redevances; Chypre, les les grecques et le
-pays de Pount envoyaient aussi leurs produits, peut-tre pour faire acte
-de vassalit, comme le disent les Egyptiens, mais plus probablement pour
-en faire le commerce et obtenir des changes. Jamais l'Egypte n'avait
-t si puissante et si florissante; Thoutms III puisa largement ce
-trsor qui se renouvelait sans cesse et s'en servit pour entreprendre
-des constructions importantes sur tous les points de ses tats, depuis
-le fond du Soudan et les Oasis jusqu'aux confins de la Syrie, mais
-surtout dans sa capitale, Thbes, qu'il tint honneur d'embellir et de
-dvelopper. C'est dans le temple d'Amon Karnak, entre autres,
-considrablement agrandi par lui, qu'il grava le rcit de toutes ses
-campagnes, cette source si prcieuse pour l'histoire, en mme temps que
-l'image de la plupart de ses anctres. Toute la fin de son rgne fut
-consacre l'accomplissement de ces travaux pacifiques.
-
-[Illustration: _Fig. 197._ Tte de la momie de Thoutms IV (d'aprs
-ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XXIX).]
-
-Amnophis II, son fils, puis Thoutms IV, son petit-fils, lui
-succdrent sans galer sa gloire; leurs rgnes, de peu de dure,
-n'offrent aucun vnement mmorable: quelques expditions en Syrie pour
-rprimer des rvoltes locales et introniser de nouveaux vassaux, ainsi
-que des constructions de peu d'importance, compares celles de leur
-illustre pre et aeul.
-
-[Illustration: _Fig. 198._ Sphinx d'Amnophis III (d'aprs LEGRAIN.
-_Statues et statuettes_, I, pl. LIII).]
-
-C'est encore une grande figure que celle d'Amnophis III, fils de
-Thoutms IV, qui rgna 37 ans, fut un habile diplomate, un politique et
-un organisateur de grand talent, en mme temps qu'un constructeur
-infatigable, un guerrier et un chasseur ne redoutant aucun danger. Il
-n'tendit pas les conqutes de ses anctres, mais sut maintenir ses
-vassaux dans l'obissance et il ne semble pas qu'il y ait eu de son
-temps la moindre tentative de rvolte. Les gouverneurs locaux, qui sont
-en gnral des indignes, envoient la cour leurs rapports rguliers,
-et les rois voisins de l'Assyrie, de Babylone et de Mitanni cherchent
-entrer en faveur auprs du puissant pharaon, ainsi qu'en tmoignent les
-fameuses tablettes de Tell el Amarna, les archives de la politique
-trangre cette poque. Les constructions monumentales deviennent de
-plus en plus nombreuses, et les plus beaux temples d'Egypte datent
-presque tous de ce rgne, qui, au point de vue artistique, a une
-importance capitale. Dans son oeuvre si complexe, Amnophis III tait
-admirablement second par son ministre, un homme qui mrita d'tre plus
-tard divinis, Amenophis fils de Paapis.
-
-
-_Les rois hrtiques_
-
-Le personnage le plus nigmatique de toute l'histoire d'Egypte est le
-fils et successeur de ce grand roi, celui qui commena par porter le nom
-d'Amnophis IV; sa mre, la reine Thii, une Egyptienne de basse ou tout
-au moins de moyenne naissance, avait dj russi prendre la cour de
-son mari une place trs importante et tout fait inaccoutume, et nous
-devons sans doute attribuer son influence la rforme religieuse qui
-caractrise ce rgne et qui devait amener une perturbation profonde dans
-toute l'Egypte et le dclin rapide de cette glorieuse dynastie. La
-principale cause de cette rvolution profonde bien qu'phmre, tait la
-raison politique: le clerg d'Amon, dieu de Thbes, bien plus favoris
-par les grands conqurants que ceux des autres sanctuaires du pays,
-tait devenu singulirement fort, et sa puissance pouvait
-contre-balancer celle des rois, ce qui arriva du reste quelques sicles
-plus tard. Dsireux de se dbarrasser du pouvoir de plus en plus
-menaant des grands prtres d'Amon, et obissant peut-tre aussi une
-certaine tendance mystique de son caractre, Amnophis IV imagina un
-moyen radical: il supprima purement et simplement le dieu de ses pres,
-devenu gnant. Dtruire les immenses sanctuaires construits par ses
-anctres et t au-dessus de ses forces, aussi se contenta-t-il de les
-fermer, d'en chasser les prtres, et de faire marteler le nom d'Amon
-dans toutes les inscriptions, ft-ce mme dans le cartouche de son pre
-ou dans le sien propre. Puis il abandonna Thbes avec toute sa cour, et
-fonda dans la Moyenne Egypte une ville nouvelle, sous les auspices du
-nouveau dieu qu'il venait d'inventer et qui devait remplacer tous les
-dieux d'Egypte, Aten, le disque solaire, ou plutt le dieu tout-puissant
-qui se manifeste par l'intermdiaire du soleil. Ce monothisme en mme
-temps teint mysticisme et de matrialisme correspondait trop peu aux
-ides gyptiennes du temps pour pouvoir durer, mais il offre un intrt
-tout particulier, puisque nous n'avons dans toute l'antiquit classique
-et orientale, aucun autre exemple d'une rforme religieuse analogue.
-L'ide premire de ce culte n'est cependant pas absolument originale
-mais drive du culte d'un des plus anciens dieux gyptiens, R
-d'Hliopolis, le Soleil; il y a donc probablement aussi dans la rforme
-d'Amnophis IV, une raction des anciens dieux, ou tout au moins de
-leur sacerdoce, contre le nouveau venu qui les avait supplants tous,
-Amon le dieu de Thbes et des dynasties thbaines.
-
-[Illustration: _Fig. 199._ Buste de Khounaten (d'aprs BNDITE. _Monum.
-Piot_, XIII, pl. I).]
-
-[Illustration: _Fig. 200._ Adoration d'Aten. Tell el Amarna (d'apr. une
-photographie de l'auteur).]
-
-En mme temps qu'il changeait de religion, le roi prenait un nouveau
-nom, Khounaten, la splendeur du disque solaire. Sa nouvelle capitale
-de Khout-aten, l'horizon du disque, avec ses grands palais, son
-temple d'Aten, ses villas dont on a retrouv les ruines, devait avoir un
-aspect tout particulier, grce la nouvelle tendance artistique qui se
-manifestait chez les sculpteurs et les peintres et qui tait due sans
-doute l'inspiration du roi lui-mme, ragissant jusque dans ce domaine
-contre les habitudes et la routine. Les artistes gyptiens de l'poque
-cherchent faire disparatre de leurs oeuvres cette sorte de raideur et
-de solennit qui de nos jours inspire encore premire vue, ceux qui
-ne sont pas initis l'art gyptien, un sentiment d'tonnement et mme
-de rpulsion; ils serrent de plus prs la nature dans la ligne comme
-dans le mouvement, et dans leur inexprience de ce nouveau mode
-d'expression, ils en arrivent parfois des exagrations qui produisent
-une impression trange. Ainsi la figure mme du roi est reprsente avec
-le crne dmesurment long, le nez et le menton prominents, le cou
-mince, la poitrine troite, le ventre et les cuisses normes; les
-membres de sa famille, les courtisans eux-mmes imitent dans leurs
-portraits ces formes tranges et on pourrait croire, voir ce type
-nouveau si rpandu, que toute la population de l'Egypte s'est modifie
-d'un jour l'autre. Il y a ct de cela des scnes si parfaites de
-sentiment et d'intimit, des dcorations peintes d'une varit si
-merveilleuse, que nous sommes obligs de reconnatre dans ces
-reprsentants d'un art nouveau des artistes qui sont au moins gaux,
-peut-tre mme suprieurs leurs devanciers.
-
-[Illustration: _Fig. 201._ Peinture de Tell el Amarna (d'ap. PETRIE.
-_Tell-el-Amarna_, pl. I).]
-
-[Illustration: _Fig. 202._ Tablette de Tell el Amarna (d'apr. SCHEIL.
-_Bulletin de l'Inst. franais du Caire_, II, pl. VIII).]
-
-L'intimit, ou tout au moins l'apparence d'intimit qui rgne entre les
-membres de la famille royale est une des choses qui contribuent
-peut-tre le plus nous donner de la sympathie pour cet trange
-souverain qui prenait en tout le contre-pied de ses devanciers. Qu'il
-sorte en voiture, la reine et les six princesses l'escortent; qu'il
-reoive des ambassadeurs trangers, qu'il distribue des rcompenses
-ses sujets, qu'il officie dans le temple d'Aten, toujours sa femme et
-ses filles se tiennent ct de lui, le caressant ou l'enlaant
-tendrement.
-
-[Illustration: _Fig. 203._ Toutankhamon (d'ap. LEGRAIN. _Statues et
-statuettes_, I, pl. LVII).]
-
-Trs occup par cette transformation radicale du pays, suivant ses
-doctrines et ses thories nouvelles, Khounaten n'eut pas le loisir de
-surveiller activement ses possessions asiatiques; il et fallu y envoyer
-frquemment des expditions armes pour contenir les lments toujours
-plus ou moins en effervescence de ces populations auxquelles on avait
-laiss une autonomie presque complte, et c'est justement ce qui ne fut
-pas fait. Dans les lettres des gouverneurs de ces pays, qui se trouvent
-parmi les tablettes de Tell el Amarna, nous voyons sans cesse des
-demandes de secours contre les insurgs qui deviennent de jour en jour
-plus forts, et les rois trangers parlent Khounaten sur un ton moins
-humble et moins respectueux que dix ans plus tt, son pre. Le lien se
-relchait peu peu, l'empire si puissamment organis commenait
-s'effriter, par suite du caprice d'un homme qui se croyait sans doute un
-gnie, mais qui n'avait pas compris qu'une transformation intgrale
-comme la sienne serait fatalement prjudiciable au pays.
-
-[Illustration: _Fig. 204._ Horemheb (d'apr. LEGRAIN. _Statues et
-statuettes_, I, pl. LX).]
-
-Nous ne savons pas exactement combien de temps rgna Khounaten, mais sa
-rforme ne lui survcut que peu d'annes; ses deux successeurs
-immdiats, qui taient ses gendres, commencrent par suivre la mme voie
-que lui, puis le second d'entre eux, auquel une dcouverte retentissante
-vient de donner une renomme mondiale, fut forc d'en revenir la
-tradition sculaire de l'Egypte, rouvrit les sanctuaires de Thbes et
-changea son nom de Toutankhaten en celui de Toutankhamon. Aucun fait
-saillant n'illustra ces rgnes, pas plus que celui d'A qui vint
-ensuite. La grande tche de la rorganisation devait incomber un
-autre, un homme qui occupait depuis longtemps une haute position dans
-le pays, qui devait appartenir de prs ou de loin la famille royale,
-et qui monta sur le trne sous le nom d'Horemheb. Il fit des expditions
-en Nubie pour rtablir dans les pays du sud le prestige de l'Egypte, fit
-des constructions en maints endroits et embellit les sanctuaires
-dserts pendant un temps, mais surtout il rtablit en tous points
-l'ancien ordre de choses et promulgua une srie de lois pour rprimer la
-violence et l'arbitraire, et assurer la protection des faibles. C'est
-avec cette noble figure que se termine la XVIIIme dynastie.
-
-
-_XIXe dynastie_
-
-Le successeur d'Horemheb, Ramss I, un ancien grand vizir qui n'tait
-sans doute pas apparent la famille royale, ne fit qu'une trs courte
-apparition sur le trne, vers 1250 probablement. Son fils Sti I est
-tous les points de vue un des plus grands parmi les pharaons. Il
-consacra toutes les premires annes d'un rgne dont nous ignorons la
-longueur, et qui dura peut-tre un demi-sicle, reprendre les colonies
-asiatiques que possdait l'Egypte avant la crise des rois hrtiques.
-Horemheb avait dj rtabli son autorit sur la Nubie, et il lui suffit
-d'une trs brve campagne dans ce pays pour bien marquer sa puissance,
-puis il se jeta avec toutes ses forces sur la Syrie, qu'il traversa
-triomphalement du sud au nord, crasant plusieurs reprises les
-indignes qui avaient repris leur indpendance, et il atteignit les
-confins du pays des Hittites en Asie Mineure et des royaumes de
-Babylonie et d'Assyrie, sur le Haut Euphrate. Une expdition contre les
-tribus libyennes du dsert enleva celles-ci toute vellit de faire
-des incursions dans la valle du Nil. L'Egypte avait en apparence, et
-pour un temps du moins, reconquis toute sa puissance, et Sti pouvait
-s'occuper en paix de travaux intrieurs; il nous est parvenu des tmoins
-trs remarquables de cette activit parmi lesquels figurent son
-tombeau, le temple d'Abydos et surtout la grande salle hypostyle de
-Karnak, sur les parois extrieures de laquelle il fit sculpter en
-tableaux immenses les pripties de ses campagnes.
-
-[Illustration: _Fig. 205._ Tte de la momie de Sti I (d'aprs
-ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, frontispice).]
-
-[Illustration: _Fig. 206._ Campagnes de Sti I (Temple de Karnak).]
-
-[Illustration: _Fig. 207._ Tte de la momie de Ramss II (d'ap.
-ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLIV).]
-
-De tous les anciens rois d'Egypte, le seul dont l'humanit ait conserv
-un souvenir vivant est Ramss II, fils de Sti I, qu'on confond
-volontiers avec le lgendaire Sesostris, et qui jouit en somme d'une
-rputation trs suprieure son oeuvre. Il eut un trs long rgne,
-construisit beaucoup, et, en plus de cela, il s'appropria sans le
-moindre scrupule tous les monuments de ses prdcesseurs, effaant mme
-parfois leurs cartouches pour y mettre le sien, aussi n'y a-t-il gure
-de site antique en Egypte o l'on ne trouve son nom. Ds le dbut de son
-rgne il eut lutter, dans les provinces asiatiques de son empire,
-contre un royaume devenu progressivement trs puissant et qui occupait
-une grande partie de l'Asie Mineure, celui des Hittites. Il sut
-habilement jouer d'un succs qu'il remporta dans sa premire campagne et
-o sa valeur personnelle avait dcid de la victoire; sur la faade de
-tous ses temples, il fit sculpter cet pisode accompagn d'un pome
-dithyrambique, le fameux pome de Pentaour, et acquit ainsi une aurole
-de gloire qui est, sinon immrite, du moins un peu surfaite. En effet,
-son succs ne devait pas tre dcisif, et nous voyons Ramss, quelques
-annes plus tard, conclure avec ces mmes rois hittites un trait dont
-il fait de nouveau trs grand tat et qui, tout prendre, met sur un
-pied d'galit les deux parties contractantes au lieu d'assurer la
-supriorit de l'Egypte. Ramss sut du reste, semble-t-il, maintenir
-l'intgrit de ses tats, et l'orage qui s'approchait de ses frontires
-n'clata qu'aprs sa mort.
-
-[Illustration: _Fig. 208._ Tte de la momie de Menephtah (d'ap.
-ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. XLVIII).]
-
-Un grand mouvement se prparait en effet contre l'Egypte; avec l'appui
-des tribus libyennes cantonnes dans le dsert, dans la Cyrnaque et
-peut-tre plus loin encore, du ct de la Tunisie, certains peuples du
-nord, venant des les grecques et de la cte d'Asie Mineure,
-traversrent la mer, dbarqurent et tentrent d'envahir la valle du
-Nil, dont le souverain tait en ce moment Menephtah, le soi-disant
-pharaon de l'Exode. Ce roi tait le trentime fils de Ramss II, auquel
-il succda tant lui-mme dj presque un vieillard, inhabile conduire
-des armes. Les gnraux auxquels il dlgua ses pouvoirs se
-comportrent vaillamment et repoussrent l'invasion; plus tard, ils
-firent une campagne victorieuse en Syrie, pays galement menac par les
-ennemis de l'Egypte, et qui n'tait sans doute dj plus vassal des
-pharaons, en juger par les termes que Menephtah emploie en parlant des
-habitants de la contre, qu'il ne considre plus comme des sujets ou des
-rebelles, mais comme des adversaires indpendants. Pendant quelques
-sicles, la monarchie gyptienne avait fait de brillantes conqutes et
-les avait dfendues prement, mais elle n'avait pas le caractre d'une
-puissance expansive et ses colonies asiatiques lui chapprent sans que
-nous puissions bien nous rendre compte de quelle faon. Dsormais
-l'Egypte sera rduite son territoire africain, et si quelques rois,
-d'un esprit plus aventureux, veulent plus tard tenter des expditions
-lointaines, leurs succs ne seront jamais que momentans et n'auront
-aucun lendemain.
-
-Ces victoires devaient tre les derniers moments de gloire de la XIXme
-dynastie, et la fin du rgne de Menephtah se perd dans l'oubli; ses
-successeurs, Seti II, Amenmess, Taousert, Siphtah ne sont gure pour
-nous que des noms, des tres sans consistance historique. Peu peu,
-sous eux, l'Egypte tait tombe en pleine anarchie; des hordes syriennes
-s'taient abattues sur le pays et le ranonnaient sans piti. La
-dcadence tait complte au XIme sicle avant notre re.
-
-
-_XXe dynastie_
-
-L'Egypte devait secouer cependant encore une fois le joug des barbares,
-grce la valeur et l'opinitret de Setnekht et de Ramss III, les
-fondateurs de la XXme dynastie; Setnekht, un parent sans doute des rois
-de la XIXme, rtablit l'ordre dans le pays mme, mais mourut aprs un
-trs court rgne, laissant le trne son fils Ramss III. La coalition
-des peuples de la mer et des Libyens, dissoute par la victoire de
-Menephtah, s'tait reforme et devenait de nouveau menaante; c'tait
-une vraie migration de nations entires qui se dirigeaient vers
-l'Egypte en suivant la cte de la Syrie et de la Palestine; Ramss les
-attendait prs de la frontire et les dfit une premire fois, mais ils
-revinrent la charge trois ans aprs et, dans la mme journe, leur
-flotte fut anantie par celle du roi d'Egypte et leur arme repousse
-dfinitivement; cette fois-ci, les Libyens s'taient mis aussi en
-campagne et, Ramss, immdiatement aprs sa victoire dans l'est, se
-retourna contre eux et leur infligea eux aussi une dfaite
-retentissante. Il n'avait plus rien craindre du dehors et fut assez
-sage pour ne pas passer de la dfensive une politique offensive; il se
-consacra donc exclusivement au bien-tre et au dveloppement de son
-pays, o la paix et la scurit rgnaient de nouveau. Il difia des
-monuments splendides, comme ceux de Medinet-Habou, protgea le commerce
-et l'industrie et combla les temples de richesses. Grce au grand
-papyrus Harris, qui contient l'numration de ses dons et un rsum
-historique de son oeuvre, nous sommes admirablement renseigns sur son
-rgne. Ramss III cherchait en tout imiter son illustre anctre et
-homonyme Ramss II; si son rgne fut de moiti plus court, trente-trois
-ans peine, l'oeuvre qu'il accomplit pendant ce temps est suprieure,
-semble-t-il, celle de son clbre modle, et elle et t vraiment
-durable s'il avait eu des successeurs dignes de lui; malheureusement
-ceux-ci se montrrent aussi incapables que les successeurs de Ramss II
-et la XXme dynastie finit comme la XIXme, tristement et sans gloire. Les
-neuf rois qui se succdent des intervalles plus ou moins longs et qui
-portent tous le nom glorieux de Ramss sont comme les rois fainants
-entre les mains des maires du palais, des fantoches sans valeur
-personnelle, absolument dpendants des prtres d'Amon; ceux-ci avaient
-repris la place prpondrante que Khounaten avait cherch leur
-enlever, cependant les rois reprsentaient encore le lien traditionnel
-qui assurait l'unit de l'Egypte, menace de tous cts par des
-ambitieux dsireux de s'arroger une partie du pouvoir suprme.
-
-[Illustration: _Fig. 209._ Tte de la momie de Ramss III (d'ap.
-ELLIOT-SMITH. _Royal Mummies_, pl. LII).]
-
-[Illustration: _Fig. 210._ Bataille contre les Philistins (d'aprs
-CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXX).]
-
-[Illustration: _Fig. 211._ Bataille navale sous Ramss III (d'aprs
-CHAMPOLLION. _Monuments_, pl. CCXXII).]
-
-La dislocation du pays commena en effet ds la disparition du dernier
-de ces princes, Ramss XII, dtrn sans doute par le grand prtre
-Hrihor, qui tenait depuis longtemps les rnes du pouvoir et voulait
-porter lui-mme la couronne. Une re nouvelle commence, celle du
-morcellement de l'Egypte, assez semblable en principe la priode
-fodale qui spare l'Ancien du Moyen Empire, cette diffrence prs que
-ces roitelets vivent le plus souvent en bonne harmonie les uns avec les
-autres, s'unissent par des mariages et se repassent sans dispute la
-prminence, suivant que l'une ou l'autre des familles a plus de
-puissance sur le moment. Il semble que l'Egypte soit puise par son
-effort politique et militaire et qu'elle se recueille, attendant des
-jours meilleurs qui du reste ne pourront tre aussi glorieux que par le
-pass; pendant le dbut de cette priode qui reste encore confuse, bien
-qu'elle nous ait transmis une foule de documents, aucun ennemi srieux,
-venant du dehors, ne menace l'Egypte, mais aucun roi ne domine les
-autres par ses actes ou par ses capacits. Cette poque est une poque
-de mdiocrit tous les points de vue, pendant laquelle la
-civilisation, comme les arts, vgte sans se dvelopper, et qui dura de
-trois quatre sicles. Il faudrait pouvoir en donner un vaste tableau
-d'ensemble, chose qui n'est pas encore possible, les lments tant
-insuffisants, et nous devons nous borner suivre la classification de
-Manthon en dynasties; chacune de ces dynasties semble d'aprs lui
-former un tout indpendant, tandis qu'en ralit elle est intimement
-lie aux autres, dans un enchevtrement bien difficile dbrouiller.
-
-
-_XXIe dynastie_
-
-Avec Hrihor, les grands prtres d'Amon s'taient, comme cela devait
-fatalement arriver, levs sur le trne d'Egypte, mais peine y
-furent-ils qu'ils se trouvrent en face de comptiteurs qui n'taient
-point ngligeables: ceux-ci, moins puissants peut-tre que les
-rois-prtres qui occupaient Thbes, avaient pour eux leur naissance,
-tant parents trs rapprochs des souverains dchus. Leur centre tait
-Tanis, l'extrme nord-est du Delta, une ville laquelle Ramss II
-avait donn une grande importance comme boulevard de l'Egypte du ct de
-la Syrie. Ces rois, Smends, Si-Amon, les Psousenns, firent avec ceux
-de Thbes une sorte de compromis et vcurent en bons termes avec Hrihor
-comme avec ses descendants, les Pnkhi, les Pinodjem, les Masaherta,
-dont plusieurs du reste se contentrent de leur titre de grand pontife
-tandis que d'autres revendiquaient le cartouche royal. La XXIme dynastie
-est donc double, mi-partie tanite, mi-partie thbaine.
-
-
-_XXIIe dynastie_
-
-La force militaire des grands conqurants, ds la XVIIIme dynastie,
-rside pour une bonne part dans les troupes mercenaires qu'ils prenaient
- leur service, ngres, Shardanes et Libyens, races qui toutes taient
-plus belliqueuses que les Egyptiens. Parmi tous ces trangers dfenseurs
-de l'Egypte, la tribu libyenne des Mashaouash prit rapidement une place
-prpondrante, et ses chefs une haute position la cour, puisqu'ils
-entrrent mme par des mariages dans la famille royale; un descendant de
-ces chefs, rsidant Bubastis dans la Basse Egypte, Sheshonq, prit lui
-aussi le titre de roi de la Haute et de la Basse Egypte, peut-tre au
-moment mme o Hrihor et Smends se proclamaient rois chacun de son
-ct. Cette dynastie bubastite qui compte dans ses rangs des Sheshonq,
-des Osorkon, des Takelot, des Nimrod, fut gnralement plus puissante
-que les autres familles rgnantes et nous a laiss beaucoup plus de
-monuments, entre autres ceux dont elle dota sa capitale de Bubastis;
-souvent mme ces rois occuprent Thbes, y installrent des grands
-prtres pris dans leur famille et firent des travaux importants dans le
-grand temple d'Amon; cependant nous ne voyons pas qu'il y ait jamais eu
-de luttes violentes entre eux et les autres dynasties collatrales. Le
-fondateur de la dynastie, Sheshonq I, manifesta des vellits
-conqurantes et fit campagne en Jude: c'est le Sisak de la Bible, qui
-vainquit Roboam et pilla Jrusalem. Certains de ses successeurs, comme
-Osorkon I, le Zerakh de la Bible, eurent aussi maille partir avec les
-Juifs, mais part cela leurs rgnes ne renferment aucun vnement
-vraiment digne de mmoire.
-
-[Illustration: _Fig. 212._ Osorkon I (d'ap. GONINO. _Proc. of the Soc.
-of Bibl. Arch._, VI, p. _205_).]
-
-
-_XXIIIe dynastie_
-
-Quand la premire famille de rois tanites, la XXIme dynastie,
-s'teignit, une autre famille de mme origine prit possession de son
-trne, mais ne laissa dans l'histoire qu'une trace insignifiante. Elle
-rgna donc pendant les derniers temps de la XXIIme dynastie bubastite. A
-cette poque se place un vnement important, la conqute de l'Egypte
-entire par le roi thiopien Pinkhi Meri-Amon. Ce prince, qui
-descendait des anciens rois d'Egypte et qui se considrait comme leur
-lgitime successeur, rvait d'une restauration du royaume des pharaons
-tel qu'il tait la grande poque. Il descendit le Nil avec une flotte
-et une arme, s'empara successivement de toutes les villes et de toutes
-les places fortes d'Egypte, malgr la rsistance opinitre des derniers
-rois de la XXIIme et de la XXIIIme dynastie, Nimrod et Osorkon, de
-Tafnekht, roi de Sas et d'une srie de petits roitelets, qui tous
-durent finir par se soumettre et le reconnatre comme leur suzerain. Il
-rendit lui-mme solennellement hommage aux dieux de l'Egypte, mais ne
-s'attarda pas dans le pays et remonta dans sa patrie, Napata, au fond
-du Soudan.
-
-[Illustration: _Fig. 213._ Rois et princes faisant leur soumission
-Pinkhi (d'aprs MARIETTE. _Monuments divers_, pl. I).]
-
-
-_XXIVe dynastie_
-
-Le plus opinitre des adversaires de Pinkhi, Tafnekht, roi de Sas,
-s'arrogeait dj, comme du reste les autres princes ses contemporains,
-le protocole complet des rois d'Egypte. Son fils et successeur,
-Bokenranf (Bocchoris), eut un pouvoir plus tendu et rgna mme quelques
-annes sur le pays entier, constituant lui seul l'phmre XXIVme
-dynastie sate. C'tait un sage et un lgislateur, sur le compte duquel
-la postrit racontait mainte anecdote. Comme guerrier, il tenta, en
-Syrie, de s'opposer la marche victorieuse de Sargon, roi d'Assyrie,
-mais fut battu et dut s'estimer heureux que son royaume n'et pas
-subir l'invasion. Peu aprs il fut attaqu, vaincu et mis mort par le
-roi thiopien qui rgnait encore Thbes, Sabacon.
-
-
-_XXVe dynastie_
-
-Pinkhi en effet, en rentrant en Ethiopie, avait laiss le royaume
-reconquis par lui aux mains de membres de sa famille qui rsidrent
-Thbes, mais qui n'eurent qu'une autorit trs limite jusqu'au jour o
-l'un d'entre eux, Sabacon, se trouva matre de nouveau de tout le pays
-par sa victoire sur Bocchoris. L'unit des deux royaumes pharaoniques
-semblait reconstitue, mais elle ne devait pas tre de longue dure. Un
-ennemi nouveau, plus redoutable que tous ceux qu'avait jusque-l connus
-l'Egypte, le roi d'Assyrie, qui tait dj matre d'une bonne partie de
-la Syrie, s'avanait progressivement. La politique que suivirent son
-gard les rois thiopiens de la XXVme dynastie, et du reste aussi les
-autres princes gyptiens, ne fut pas trs franche et varia presque d'une
-anne l'autre. Sabacon commena prudemment par payer tribut ce
-puissant rival; son fils Shabatoka prit le parti contraire, marcha
-contre Sennakhrib, fut compltement battu, et l'Egypte n'vita
-l'invasion que grce au mystrieux vnement relat par la Bible et par
-Hrodote, cette peste qui anantit en une nuit l'arme assyrienne dans
-les environs de Jrusalem, Lakish, en l'an 701. Peu aprs, Shabatoka
-fut dtrn et tu par son suzerain, le nouveau roi d'Ethiopie Taharqa,
-qui s'installa sa place comme pharaon, et donna l'Egypte quelques
-annes de prosprit; ayant nou des intrigues avec les peuples syriens,
-il s'attira la colre d'Asarhaddon, roi d'Assyrie, qui cette fois
-pntra en Egypte, le vainquit, pilla Memphis et reut l'hommage des
-princes du Delta, auprs desquels il tablit des gouverneurs, en 670.
-Taharqa revint la charge un peu plus tard, mais cette fois les armes
-d'Assourbanipal, qui venait de succder son pre, pntrrent jusqu'
-Thbes et firent peser un joug plus lourd sur les princes de la Basse
-Egypte qui avaient profit de l'occasion pour se rvolter de nouveau.
-Le successeur de Taharqa, Tanoutamon, tenta une fois encore de repousser
-les Assyriens, reprit le pays jusqu'au Delta, puis finit aussi par tre
-refoul au del de la cataracte, aprs que Thbes eut t mise sac.
-Ceci se passait en 662; la domination assyrienne ne devait plus durer
-que peu de temps, mais aucun roi thiopien ne devait plus porter la
-double couronne d'Egypte.
-
-
-_XXVIe dynastie_
-
-Parmi tous les princes et roitelets qui se partageaient le Delta et
-formaient ce que les Grecs appelaient la dodcarchie, ceux de Sas
-avaient depuis Bocchoris une place dominante et prenaient toujours la
-tte du mouvement, que ce mouvement ft dirig contre les Ethiopiens ou
-contre les Assyriens. Nchao, le vritable fondateur de cette nouvelle
-dynastie sate la XXVIme, avait dj t reconnu par Asarhaddon, mais ce
-fut son fils Psammtique qui, profitant de la retraite dfinitive de
-Taharqa et de l'loignement d'Assourbanipal, alors trs occup par sa
-guerre contre l'Elam, arriva en un temps relativement court affranchir
-son pays de la domination trangre, en reconstituer l'unit et lui
-assurer de nouveau de longues annes de prosprit et de gloire, comme
-dans les beaux temps d'autrefois.
-
-[Illustration: _Fig. 214._ Psammtique I (d'aprs SCHFER. _Zeitsch. fr
-aegypt. Sprache_, XXXIII, p. _116_).]
-
-Ainsi que nous l'apprennent les historiens grecs, c'est en s'appuyant
-sur des mercenaires ioniens et cariens que Psammtique I put obtenir ce
-rsultat et runir tout le pouvoir dans sa main; certains soldats
-gyptiens, blesss de cette prfrence non dguise qu'il accordait aux
-soldats trangers, l'abandonnrent et s'expatrirent, mais les autres
-furent vite enrgiments de nouveau. La puissance militaire de l'Egypte
-tait reconstitue, et le nouveau roi chercha d'abord exprimenter sa
-force en faisant des incursions en Syrie, puis adopta un autre systme,
-celui de fortifier ses frontires au nord-est et au sud pour pouvoir
-s'occuper activement de rorganiser son royaume; son long rgne lui
-permit de mener bien cette besogne.
-
-Le royaume d'Assyrie avait disparu, aussi le fils de Psammtique, Nchao
-II voulut-il reprendre la vieille politique syrienne des pharaons
-conqurants; son expdition fut d'abord couronne de succs, mais aprs
-une dfaite terrible qui lui fut inflige Carchemis par le roi de
-Babylone, Nabuchodonosor, il dut se replier sur l'Egypte o son
-vainqueur n'osa le poursuivre et il se voua, son tour, au
-dveloppement intrieur de son royaume. Il s'occupa aussi activement de
-sa marine, et c'est sur son ordre qu'eut lieu le fameux priple, le
-voyage d'une flotte gyptienne autour de l'Afrique, partant de la mer
-Rouge pour revenir par la Mditerrane.
-
-[Illustration: _Fig. 215._ Apris (d'ap. PETRIE. _The Palace of Apries_,
-pl. II).]
-
-Psammtique II, puis Apris, continurent l'oeuvre de leurs devanciers
-jusqu'au moment o ce dernier, aprs une expdition dsastreuse contre
-les Libyens, eut suscit une vraie rvolution populaire qui le renversa
-et le remplaa sur le trne par Amasis, un de ses gnraux, sans doute
-son parent. Nabuchodonosor profita de cette crise pour enlever
-l'Egypte tout ce qu'elle pouvait encore possder en Syrie, mais n'osa
-pas tenter de pntrer dans la valle du Nil, et Amasis, s'appuyant de
-plus en plus sur les Grecs, continua l'oeuvre civilisatrice commence
-avant lui; c'est grce lui surtout que s'levrent sur le sol gyptien
-des villes purement grecques comme Naucratis, et que le commerce et
-l'industrie hellniques y prosprrent, faisant pntrer peu peu un
-nouvel esprit dans cette vieille civilisation, aussi la figure d'Amasis
-est-elle reste trs vivante chez les Grecs, et une foule d'histoires
-sont venues se greffer sur son nom, qu'elles popularisent encore en ce
-jour. Jamais l'Egypte, parat-il, n'avait t si riche et si prospre
-que sous son habile gouvernement; il l'avait rendue si forte que Cyrus
-lui-mme n'osa pas l'attaquer. Ce dernier lui ayant, dit-on, demand sa
-fille en mariage, Amasis lui aurait envoy la fille du pharaon dtrn
-Apris; cette tromperie devint plus tard le prtexte des revendications
-de Cambyse au trne d'Egypte et de l'envahissement de la valle du Nil,
-ds que le faible Psammtique III eut remplac au pouvoir son pre
-Amasis.
-
-[Illustration: _Fig. 216._ Amasis (d'aprs PETRIE. _Meydum and Memphis_,
-III, pl. XXIX).]
-
-La XXVIme dynastie, ou, comme nous l'appelons aussi pour bien la
-distinguer du Nouvel Empire thbain avec lequel elle n'a plus aucun
-rapport, l'poque sate, prsente un caractre tout particulier qu'on
-peut qualifier d'un seul mot, celui de renaissance. Longtemps contenue,
-l'Egypte s'panouit de nouveau; dans tous les domaines, elle cherche
-retrouver ce qui a fait autrefois sa grandeur et sa force. Elle reprend
-la vieille tradition laquelle elle insuffle un peu de cet esprit
-nouveau qui commence se manifester grce au contact permanent avec des
-peuples plus jeunes. Trop tt coup par l'invasion persane, ce grand
-effort qui se manifeste aussi bien au point de vue politique que dans le
-domaine de l'art, n'eut pas le temps de donner tout ce qu'on et t en
-droit d'en attendre.
-
-
-_Epoque perse (dynasties XXVII-XXX)_
-
-L'histoire de la conqute de l'Egypte par Cambyse et des rois ses
-successeurs, est trop connue pour qu'il y ait lieu d'y revenir ici. La
-valle du Nil est dsormais englobe dans l'empire perse, et il est
-remarquer qu'elle ne fut jamais administre comme les autres provinces
-ou satrapies, mais qu'elle bnficia de certains privilges et conserva,
-nominalement au moins, son ancienne organisation. Le grand roi se
-considrait comme le lgitime successeur des pharaons, il enfermait son
-nom dans un cartouche, se donnait les titres de roi de la Haute et de la
-Basse Egypte et mme celui d'Horus, adorait officiellement tous les
-dieux gyptiens et leur dressait des temples, mais toutes ces
-prvenances ne suffirent pas lui gagner le coeur de ses nouveaux
-sujets qui aspiraient la libert et cherchrent maintes fois la
-reconqurir.
-
-[Illustration: _Fig. 217._ Nectanbo I (d'apr. AYRTON. _Abydos_, III,
-pl. XXVIII).]
-
-Les premires rvoltes furent rprimes, mais enfin sous Darius II
-Ochus, en 405, les Egyptiens secourent le joug et substiturent la
-XXVIIme dynastie perse une srie de dynasties indignes, la XXVIIIme
-d'abord, qui ne compte qu'un seul roi, Amyrte, d'origine sate, puis
-la XXIXme, de Mends, qui avec Nepherites et Hakoris acheva la
-dlivrance. Des luttes intestines marqurent seules les courts rgnes de
-leurs successeurs qui furent dtrns en 379 par un prince originaire de
-Sebennytos, Nekhthorheb ou Nectanbo I, le fondateur de la XXXme
-dynastie. Ce roi, puis ses successeurs Tos et Nectanbo II, tout en
-travaillant activement au bien-tre intrieur du pays, eurent
-continuellement lutter contre les Perses qui voulaient reconqurir
-leur province perdue. Pendant des annes, avec le secours des
-mercenaires grecs, ils bataillrent avec hrosme, mais ils finirent par
-tre crass sous le nombre, et en 342, le dernier roi gyptien
-s'enfuyait en Ethiopie; l'antique monarchie avait jet son dernier
-clat.
-
-Les Perses saccagrent consciencieusement le pays qui, au cours de la
-XXXme dynastie, s'tait remis prosprer, mais ils ne devaient jouir de
-leur triomphe que dix ans peine et quand Alexandre parut, il fut salu
-comme un sauveur. C'tait une Egypte toute nouvelle qui commenait,
-l'Egypte grecque, dsormais intimement lie l'histoire du monde
-mditerranen, de ce monde la civilisation duquel elle avait si
-largement contribu.
-
-
-_L'Exode des Hbreux_
-
-Je dois ajouter encore un mot sur l'vnement de l'histoire d'Egypte qui
-nous est le plus familier, l'Exode des Hbreux; pour les Egyptiens
-eux-mmes, le fait n'tait ni glorieux ni important, aussi ne faut-il
-pas s'tonner qu'ils n'en font pas la moindre mention; dans les livres
-de Mose, le roi sous lequel eut lieu l'Exode n'est pas nomm, aussi la
-date ne peut-elle tre fixe de faon certaine. L'opinion
-traditionnelle, presque universellement accepte aujourd'hui, est que la
-perscution des Juifs eut lieu partir de Ramss II et la sortie
-d'Egypte sous Menephtah; cependant dans la stle racontant son triomphe
-en Syrie, en l'an 5, ce dernier roi parle d'Isral--le mot est crit en
-toutes lettres--comme tant fix dans ce pays, et fortement atteint par
-la victoire gyptienne. Il est bien difficile de concilier ce fait
-prcis avec la tradition. Une solution qui est mon avis plus plausible
-est celle de M. Lieblein qui reporte l'Exode vers la fin de la XVIIIme
-dynastie: Thoutms III serait le pharaon de l'oppression et les Juifs
-auraient quitt l'Egypte sous Amenophis III; deux cents ans plus tard,
-sous Menephtah, ils devaient donc tre installs en Palestine. Ce
-systme a l'avantage d'expliquer la prsence sur les frontires de la
-Palestine, sous Amenophis IV, de tribus belliqueuses et envahissantes
-que les lettres des gouverneurs appellent les Khabirou. Ces Khabirou
-seraient simplement les Hbreux qui, sous la conduite de Josu,
-commenaient la conqute de la terre promise.
-
-
-B. MONUMENTS
-
-La masse norme de monuments du Nouvel Empire qui nous sont parvenus
-appartiennent presque tous la priode thbaine, tandis que celle des
-rois du Delta est peine reprsente jusqu' la XXVIme dynastie,
-l'poque sate, qui prsente un caractre un peu diffrent. Ce sera donc
-surtout d'aprs les documents thbains, de la XVIIIme la XXme
-dynastie, que nous tudierons maintenant la diffrence qui existe entre
-le Nouvel Empire et les deux grandes priodes qui le prcdrent.
-
-
-_Architecture_
-
-En Orient, chaque roi nouveau se construit gnralement une rsidence
-qui n'est pas destine durer beaucoup plus longtemps que lui. En
-Egypte, les palais taient des constructions lgres en briques et bois,
-couvrant un vaste espace, avec cours centrales, grandes pices
-colonnes et chambres plus petites, bien ares, dont la disposition
-devait varier constamment; l'ornementation, qui se faisait sur stuc,
-tait souvent trs riche; ainsi, dans les grandes salles d'apparat, le
-sol, tait couvert d'un enduit entirement peint, reprsentant un tang
-plein de poissons, entour de touffes de plantes et de buissons couverts
-de fleurs sur lesquels volent des multitudes d'oiseaux, thme dcoratif
-trait avec la fantaisie la plus charmante.
-
-[Illustration: _Fig. 218._ Fragment d'un dallage peint (d'aprs PETRIE.
-_Tell-el-Amarna_, pl. II).]
-
-De mme que leurs princes, les gens aiss cherchaient avoir des
-maisons fraches et bien ares, sortes de villas un ou deux tages
-places au milieu de beaux jardins pleins d'arbres fruitiers et qui,
-avec leurs pices d'eau et la rgularit de leur disposition, font
-parfois penser aux jardins la franaise. Les communs, greniers et
-pressoir, sont ct de la maison.
-
-[Illustration: _Fig. 219._ Maison et jardin (d'aprs BOUSSAC. _Le
-Tombeau d'Anna_).]
-
-L'Egypte n'ayant pas d'invasion craindre sous les rois thbains ne fit
-aucune construction militaire; ce n'est que sous les Sates que nous
-trouvons la frontire des forteresses comme celle de Daphnae, destine
- la garnison grecque, norme massif de maonnerie qui rappelle beaucoup
-les forts du Moyen Empire. Les monuments nous font par contre connatre
-les fortifications syriennes avec leurs terrasses et leurs crneaux, et
-Ramss III eut mme la fantaisie de construire en avant de son temple
-de Medinet-Habou, en souvenir de ses campagnes, un vrai fort syrien qui
-est aujourd'hui admirablement conserv.
-
-
-_Temples_
-
-Les temples gyptiens du Nouvel Empire sont trs nombreux et le plus
-souvent de dimensions colossales; les dispositions de dtails varient de
-l'un l'autre, mais le plan d'ensemble est toujours le mme, et
-comporte trois parties principales places l'une derrire l'autre et
-donnant au monument la forme d'un rectangle peu prs deux fois plus
-long que large. En avant est une cour souvent entoure d'une colonnade
-et prcde d'un double pylone trs lev, flanquant les deux cts de
-la porte centrale; puis vient la salle, ou les salles hypostyles o se
-faisaient les crmonies publiques du culte, et enfin le sanctuaire,
-isol par un couloir sur lequel s'ouvrent encore une srie de pices
-secondaires destines servir de magasins ou de trsors. Dans ce
-sanctuaire on conservait l'image sainte du dieu, enferme dans un riche
-naos ou place sur une barque qu'on apportait devant la foule pendant
-les grandes crmonies. Devant le pylone se dressaient deux oblisques,
-de hauts mts portant des banderoles, et souvent des statues colossales
-de rois; parfois une avenue borde de sphinx y aboutissait; des statues
-en plus ou moins grand nombre taient dposes dans toutes les parties
-du temple.
-
-[Illustration: _Fig. 220._ Pavillon de Ramss III, Medinet Habou.]
-
-[Illustration: _Fig. 221._ Plan du temple de Khonsou, Karnak (d'apr.
-LEPSIUS. _Denkmler_, Text III, p. _54_).]
-
-Une riche dcoration traite en bas-relief ou en creux, et le plus
-souvent rehausse de couleur, couvre toutes les parois, tant
-l'extrieur qu' l'intrieur; l'intrieur, c'est--dire dans les
-salles hypostyles aussi bien que dans les pices accessibles aux prtres
-seuls, ce sont des scnes d'adoration, d'offrandes ou de crmonies
-cultuelles, tandis que dans les cours, sur les pylones et sur les murs
-extrieurs, les rois faisaient de prfrence reprsenter leurs hauts
-faits guerriers et l'crasement de leurs ennemis, avec des inscriptions
-historiques, visibles ainsi pour tout le monde.
-
-[Illustration: _Fig. 222._ Pylone du temple de Louxor.]
-
-[Illustration: _Fig. 223._ Temple de Khonsou, Karnak.]
-
-[Illustration: _Fig. 224._ Cour du temple de Louxor (Amnophis III).]
-
-[Illustration: _Fig. 225._ Cour du temple de Medinet-Habou (Ramss
-III).]
-
-[Illustration: _Fig. 226._ Salle hypostyle de Karnak (Sti I).]
-
-[Illustration: _Fig. 227._ Salle hypostyle du Ramessoum (Ramss II).]
-
-[Illustration: _Fig. 228._ Bas-reliefs du temple de Karnak (Sti I).]
-
-[Illustration: _Fig. 229._ Bas-reliefs du temple de Sti I Abydos.]
-
-Au point de vue construction, la maonnerie est trs soigne, forme de
-grands blocs de calcaire ou de grs, parfois mme de granit, poss sur
-le sol presque sans fondations; les colonnes sont galement en matriaux
-appareills et non plus monolithes, ce qui permet de leur donner de
-beaucoup plus grandes dimensions.
-
-Les temples des dieux prsentent souvent un tout extrmement complexe,
-provenant des adjonctions que les rois ont successivement apportes au
-plan primitif; la chose est surtout vidente pour le grand temple d'Amon
- Karnak, dont l'ensemble mesure 400 mtres de longueur, et o presque
-tous les rois du Nouvel Empire ont tenu laisser une trace de leur
-activit. Par contre les temples funraires, btis par un seul souverain
-et pour lui seul, qui sont construits suivant le mme principe et sur le
-mme plan que ceux des dieux, sont beaucoup plus simples. Ces temples
-funraires situs dans la valle, trs loin des tombeaux eux-mmes, qui
-sont creuss dans la montagne, remplacent les anciennes chapelles
-funraires dpendant des pyramides, dont les dimensions taient plus
-restreintes et le plan trs diffrent; il y a donc dans ce domaine un
-changement trs important signaler, qui provient d'une volution dans
-les ides relatives la vie future. Le seul temple funraire qui
-s'carte du modle ordinaire est le plus ancien, celui de Hatshepsou
-Deir-el-Bahari, avec ses terrasses, ses colonnades et son sanctuaire
-creus dans la montagne, sa dcoration est du reste, comme celle des
-autres temples, compose de scnes religieuses et de reprsentations des
-vnements saillants du rgne.
-
-[Illustration: _Fig. 230._ Barque sacre d'Amon, Abydos.]
-
-Le culte ne se pratiquait pas de la mme manire dans tous les temples,
-mais il consistait toujours en un certain nombre de crmonies
-analogues; la principale, celle du culte journalier, tait prside en
-principe par le roi lui-mme, grand prtre de tous les dieux d'Egypte,
-en ralit par un prtre auquel il dlguait ses pouvoirs. L'officiant
-commenait par se purifier dans la cour du temple, revtait les
-ornements sacrs, s'avanait en grande pompe vers le sanctuaire o il
-ouvrait la chsse divine; il se prosternait devant le dieu, l'adorait,
-pratiquait les rites qui devaient faire descendre l'me de la divinit
-dans la statue, l'encensait, l'oignait, lui prsentait des victuailles
-diverses, en entremlant tous ces gestes rituels d'hymnes et de formules
-magiques; puis il prenait cong du dieu et refermait le naos. Dans les
-grandes solennits, le dieu, mont sur sa barque et port sur les
-paules des prtres, sortait et se prsentait au peuple mass dans les
-salles hypostyles et les cours, faisait le tour du temple ou allait
-voguer sur le lac sacr; parfois mme, toujours accompagn d'un cortge
-solennel, il s'en allait passer quelques jours dans un autre de ses
-sanctuaires, ou faire une courte visite de crmonie l'un des dieux
-ses voisins, ses parents ou ses amis.
-
-
-_Tombeaux_
-
-Le changement qui s'tait accompli dans les coutumes funraires est plus
-sensible encore dans les tombeaux mmes des rois; c'est sans doute
-ensuite du pillage systmatique des tombes, commis sous les Hyksos,
-qu'on prouva le besoin de changer le mode de spulture et de rendre la
-dernire retraite des rois aussi inaccessible et aussi secrte que
-possible. On choisit dans ce but une valle isole et sauvage dans la
-montagne de Thbes et on y creusa ces tombeaux qui sont une des choses
-les plus impressionnantes que l'Egypte nous ait lgues, vastes syringes
-descendant tout droit dans le flanc de la montagne, recoupes de salles
-de diverses grandeurs avant d'arriver la chambre funraire, au milieu
-de laquelle se dresse un norme sarcophage de granit. Les parois sont
-couvertes d'inscriptions et de scnes en relief peint, d'une fracheur
-et d'un travail admirables, toutes relatives aux crmonies funraires
-et la vie de l'autre monde, et reprsentant les tres fantastiques que
-le mort devait rencontrer dans les enfers. Une fois l'ensevelissement
-termin, on fermait l'entre du tombeau et on la dissimulait aussi
-soigneusement que possible avec des boulis de roches, ce qui n'empcha
-pas les violateurs de spultures d'y pntrer et de faire main basse sur
-les richesses amonceles autour des rois dfunts; un moment donn,
-sous la XXIme dynastie, on recueillit pieusement ce qui restait des
-momies royales et de leur mobilier pour les enfermer ple-mle dans une
-nouvelle cachette qui les a gardes jusqu' nos jours, et n'a livr son
-prcieux dpt qu' des savants capables d'en faire le meilleur usage
-scientifique: c'est ainsi que nous possdons maintenant les corps,
-admirablement embaums, de presque tous les grands rois de la deuxime
-poque thbaine.
-
-[Illustration: _Fig. 231._ Plan du tombeau de Ramss IV (d'aprs
-LEFBURE. _Hypoges royaux de Thbes_, II, 3, pl. I).]
-
-[Illustration: _Fig. 232._ Tombeau d'un particulier (photogr. de M. H.
-Pieron).]
-
-Les tombeaux des simples particuliers sont presque tous des hypoges
-creuss dans le flanc de la montagne, et le type mastaba est pour ainsi
-dire compltement abandonn; les dimensions sont trs variables, suivant
-la position sociale et la richesse du propritaire. Quant la
-dcoration, elle est parfois sculpte, mais plus souvent peinte sur
-enduit, vu la mauvaise qualit de la pierre dans la montagne de Thbes
-o la plupart de ces tombes sont creuses; cette dcoration comporte,
-non pas seulement comme autrefois des scnes de la vie usuelle, qui sont
-places dans la premire chambre et traites avec une libert et une
-fantaisie plus grande encore que dans les mastabas de l'Ancien Empire,
-mais aussi, dans la salle du fond, des figurations relatives aux
-funrailles et aux crmonies accomplies cette occasion. C'est l une
-innovation trs caractristique, correspondant celle que nous avons
-dj signale pour les tombes royales. A l'ancienne thorie du Ka, du
-double vivant au fond du tombeau, tend de plus en plus se substituer
-celle de l'me divine qui peut, aprs la mort, entrer dans le sjour des
-dieux; autrefois les rois seuls avaient ce privilge, maintenant les
-simples mortels veulent le partager avec eux. C'est comme un mouvement
-de dmocratisation qui se fait jour peu peu dans les domaines les plus
-abstraits et jusqu'alors les plus rservs de la spculation
-philosophique au sujet de la vie d'outre-tombe.
-
-[Illustration: _Fig. 233._ Momie du roi Siphtah (d'aprs ELLIOT-SMITH.
-_Royal Mummies_, pl. LXI).]
-
-Au fond de l'hypoge s'ouvre un puits vertical qui descend au caveau
-funraire, grossirement taill dans le rocher, o reposait la momie
-embaume de faon plus soigne qu'aux priodes antrieures, bien
-enveloppe dans ses bandelettes et ses linceuls et couche dans le
-cercueil anthropode plus ou moins richement dcor de scnes funraires
-ou religieuses. Parfois ce cercueil est plac dans un autre cercueil de
-mme forme, parfois mme un grand sarcophage rectangulaire, galement en
-bois peint, les renferme tous deux. La mode du masque en cartonnage a
-disparu, mais souvent cet accessoire est remplac par une planchette
-ayant la forme du couvercle du cercueil et pose directement sur la
-momie. Sur le sarcophage mme, il n'y a plus que peu de textes; par
-contre les grandes compositions ayant pour but d'assurer aux dfunts la
-vie d'outre-tombe, comme celles que nous appelons _Livre des Morts_ et
-_Livre de l'Am-Douat_, sont crites sur des rouleaux de papyrus placs,
-soit sur la momie elle-mme, soit auprs d'elle, dans une statuette de
-bois.
-
-[Illustration: _Fig. 234._ Sarcophage, cercueils, caisse canopes
-(d'aprs MARIETTE. _Album du Muse de Boulaq_, pl. XV).]
-
-Dans le caveau, on trouve encore le coffret contenant les quatre vases
-canopes o sont les viscres embaums du mort, puis une caisse o sont
-empiles en plus ou moins grand nombre les statuettes funraires ou
-_oushabtis_, statuettes mummiformes en pierre, en bois ou en terre
-maille destines remplacer les statues de serviteurs de l'poque
-prcdente et les statues du mort lui-mme. A ct de ces objets vient
-s'entasser tout le mobilier funraire: lits, chaises, fauteuils,
-coffrets, vases pleins de parfums, vtements, linges de toute sorte,
-perruques et ustensiles de toilette, aliments divers, viandes, lgumes
-et fruits: il y a peu d'annes, on a retrouv une srie complte de ces
-objets dans une tombe de peu d'apparence, celle de l'ingnieur Kha et de
-sa femme Merit, le tout dans un tat de conservation si remarquable
-qu'en se promenant dans la salle du muse de Turin o ces objets sont
-installs, on est comme transport plus de 3000 ans en arrire et l'on
-sent vivre encore autour de soi l'esprit de ces deux morts. Il en est de
-mme pour le mobilier, bien plus luxueux, des beaux-parents d'Amenophis
-III, Youaa et Toua, et surtout pour celui que contenait encore le
-tombeau du roi Toutankhamon, et qui dpasse comme richesse et comme
-splendeur tout ce qu'il tait possible d'imaginer.
-
-C'est Thbes mme, sur la rive gauche du fleuve, que se trouvent les
-plus nombreux tombeaux du Nouvel Empire. Ceux qu'on rencontre ailleurs
-que dans la capitale ne prsentent pas de divergences bien
-caractristiques; il faut citer en particulier les tombes de Tell el
-Amarna, restes de l'poque des rois hrtiques, creuses aussi dans le
-rocher et dcores de bas-reliefs d'un style si particulier.
-
-A l'poque sate on trouve non seulement le tombeau rupestre avec de
-nombreuses salles, mais un nouveau modle, celui de la chambre funraire
-unique, vote et dcore exclusivement de textes religieux; cette
-chambre est construite au fond d'un immense puits de plus de 30 mtres
-de profondeur, soigneusement combl aprs les travaux, avec puits plus
-petit situ ct et permettant l'accs du tombeau au moment des
-funrailles. Nous ne connaissons aucun tombeau royal de cette poque.
-
-Pendant cette priode o l'on cherchait dans tous les domaines revenir
-aux anciennes coutumes, les grands sarcophages de pierre redeviennent
-la mode, mais ils sont gnralement de forme anthropode et couverts
-d'inscriptions. Les momies sont, peu de chose prs, semblables
-celles de l'poque thbaine, mais on recommence les coiffer d'un
-masque en cartonnage figure humaine; ce n'est que plus tard, sous la
-domination des Grecs et des Romains, qu'on en vint orner le maillot
-des momies d'un buste en pltre colori ou d'un panneau de bois peint
-la cire reprsentant le portrait du mort et fix au moyen des derniers
-tours de bandelettes.
-
-
-_Sculpture_
-
-Il n'est pas besoin d'une longue exprience pour distinguer les oeuvres
-de la statuaire du Nouvel Empire de celles des poques antrieures, bien
-que la pose du modle et les lignes gnrales soient toujours peu
-prs semblables. En plus des diffrences de costume qui sont trs
-apprciables, le style lui-mme n'est plus exactement le mme: alors que
-les sculpteurs de l'Ancien et mme du Moyen Empire s'appliquaient avant
-tout reproduire avec certitude la physionomie, l'expression mme de
-leur modle, dans la mesure de leurs moyens, et souvent aux dpens du
-reste du corps, ceux du Nouvel Empire ont une tendance moins raliste et
-cherchent surtout la grce et l'lgance; les figures s'uniformisent et
-n'ont plus un caractre aussi personnel, mais le corps entier est trait
-avec le mme soin que la tte, avec un souci beaucoup plus marqu du
-model. Cette tendance est une tendance gnrale, qui n'exclut pas un
-certain nombre d'oeuvres isoles, manifestations artistiques trs
-personnelles et de premier ordre. Le ralisme qui se fait jour
-l'poque des rois hrtiques est un peu un ralisme de convention,
-puisque c'est la figure du roi qui reste le type dont les figures de ses
-sujets doivent se rapprocher autant que possible.
-
-[Illustration: _Fig. 235._ Statue de Ramss II (Muse de Turin).]
-
-[Illustration: _Fig. 236._ Ramss II prsentant une offrande (d'aprs
-LEGRAIN. _Statues et statuettes_, II, pl. IV).]
-
-Nous possdons des statues royales extrmement nombreuses, surtout
-depuis que la cachette du temple de Karnak nous en a livr plusieurs
-centaines. Presque toutes taient l'origine dposes dans les temples
-et contribuaient l'ornementation de ceux-ci; elles reprsentaient
-alors le double du roi qui pouvait, en assistant rgulirement aux
-crmonies du culte, prendre sa part des offrandes prsentes au dieu:
-en change du don de sa statue que le roi faisait au dieu, celui-ci
-avait la charge de le nourrir dans l'autre monde. D'autres statues
-taient sans doute dposes dans les tombeaux pour jouer le rle de
-support du _Ka_, rle que nous avons tudi plus haut. Il y avait des
-statues de toutes les tailles, depuis la statuette de bronze de quelques
-centimtres de haut, jusqu'aux colosses placs la porte des temples,
-devant les pylones, qui peuvent atteindre 20 mtres de hauteur; mais les
-plus frquentes sont celles qui sont peu prs de grandeur naturelle.
-La matire aussi est trs diverse: le bois, le mtal, les pierres de
-toute sorte et jusqu' la brique recouverte d'enduit. La position la
-plus frquemment employe est la position classique du roi assis sur un
-trne, les mains sur ses genoux; ct de cela, on trouve le roi
-debout, marchant ou tenant des enseignes divines, le roi agenouill
-prsentant des vases d'offrandes, le roi prostern, bref le roi dans
-toutes les positions qu'il a l'habitude de prendre, soit en prsence de
-ses sujets, soit quand il clbre le culte divin.
-
-[Illustration: _Fig. 237._ Statuette en bois du Muse de Turin (d'aprs
-PETRIE. _Photographs_, no _278_).]
-
-Quelques grands personnages avaient le privilge de dposer, comme les
-rois, leur propre statue dans un temple. Quant l'usage qui consistait
- placer dans les tombeaux des statues du mort destines servir de
-support son double, il tend de plus en plus disparatre; on trouve
-bien encore des groupes taills mme la roche du tombeau, reprsentant
-le mari et la femme assis cte cte, ou des statuettes de bois
-finement sculptes, mais pas de faon constante. Nous avons dj vu,
-propos des tombeaux eux-mmes, qu'il s'tait produit une volution trs
-marque dans les doctrines relatives la vie de l'au-del, et cette
-volution est encore plus sensible ici; la doctrine du _Ka_ ou du
-double, remplace par celle de l'me, passe graduellement au second
-plan. Cette me ne vit pas dans le tombeau, elle entre dans le royaume
-d'Osiris, dans ce canton riant et fertile de l'autre monde qu'on appelle
-les champs d'Ialou, et les statuettes funraires ou _oushabtis_, dj
-mentionnes plus haut, sont des espces de serviteurs magiques qui
-doivent lui assurer la nourriture en cultivant pour elle les champs
-divins.
-
-[Illustration: _Fig. 238._ _Oushabtis_ du Nouvel Empire (d'ap. PETRIE.
-_Photographs_, No _267_).]
-
-Aprs la grande poque thbaine, soit de la XXIme la XXVme dynastie,
-la statuaire se fait de plus en plus rare, mais les quelques exemples
-qui nous en sont parvenus, en gnral de petites dimensions, nous
-montrent un progrs constant dans la recherche patiente qui aboutira
-ce remarquable panouissement de l'art sous les rois sates, la
-renaissance du ralisme antique, mais d'un ralisme pur, plein
-d'lgance et de souplesse, ayant son service une technique des plus
-perfectionne.
-
-[Illustration: _Fig. 239._ Groupe d'poque sate (d'aprs MARIETTE.
-_Album du Muse de Boulaq_, pl. X).]
-
-C'est aussi surtout partir de l'poque sate que se dveloppe une
-branche nouvelle de la statuaire: jusqu'alors le mtal, et surtout le
-bronze, tait rarement employ par les sculpteurs; ils en usent
-maintenant de prfrence toute autre matire, pour modeler des
-statuettes de divinits qui nous sont parvenues en quantit
-innombrables, tmoignant ainsi d'une nouvelle transformation dans le
-domaine religieux. Chacun sans doute voulait avoir dans sa maison
-l'image de la divinit laquelle il vouait un culte spcial, ce qui
-n'tait pas le cas aux poques antrieures. On faisait aussi parfois des
-statuettes de rois ou de particuliers en bronze, mais en bronze incrust
-d'argent, et cela dj sous les dynasties qui prcdrent les sates.
-
-[Illustration: _Fig. 240._ La reine Karomama Bronze incrust (d'aprs
-CHASSINAT. _Monuments Piot_, IV, pl. III).]
-
-Dans les bas-reliefs qui couvrent les parois de certains tombeaux, le
-haut des stles et divers autres monuments, on retrouve la mme
-recherche d'lgance et de grce, la mme perfection du model, qualits
-relles mais qui rendent ces bas-reliefs un peu moins puissants que ceux
-des priodes antrieures, parfois moins expressifs. Dans les temples, o
-la surface couvrir tait immense, la dcoration est traite
-gnralement d'une faon plus large, souvent plus sommaire, en relief
-l'intrieur du monument, en creux ou en relief dans le creux sur les
-faades extrieures, en raison de la vive lumire et suivant une mthode
-exclusivement gyptienne.
-
-
-_Peinture_
-
-De plus en plus la peinture tend redevenir ce qu'elle tait
-l'origine, un art indpendant, et s'affranchir de la tutelle du
-bas-relief dont elle est en ralit la soeur ane. Les peintres ont
-plus souvent l'occasion d'exercer leur talent, maintenant que les
-tombeaux sont gnralement creuss dans une roche friable, qui ne
-permet pas l'emploi de la sculpture pour la dcoration; ils ont acquis
-une sret de main remarquable, et se laissent aller plus librement
-leur imagination et leur fantaisie. Les scnes prsentent toujours les
-mmes sujets, mais la manire de les traiter est plus personnelle, la
-recherche du motif pittoresque plus frquente; on continue nanmoins,
-pour les principales figures tout au moins, procder par teintes
-plates, simples, sans ombres, avec un lger sertissage noir ou rouge;
-les dtails sont faits en surcharge. Les motifs vgtaux abondent, qu'il
-s'agisse de bouquets ou de guirlandes faisant partie des scnes
-elles-mmes, de plantes agrmentant le paysage ou de frises courant au
-haut des parois. Sur les plafonds, des motifs rguliers reproduisent les
-modles employs pour les toffes ou la vannerie en couleur.
-
-[Illustration: _Fig. 241._ Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha (photogr.
-de l'auteur).]
-
-[Illustration: _Fig. 242._ Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna
-(photographie de l'auteur).]
-
-[Illustration: _Fig. 243._ Cueillette des raisins (tombeau de
-Pehsoukher, Thbes, XVIIIe dyn.).]
-
-C'est aussi la peinture qui contribue pour la plus large part la
-dcoration des difices civils, ainsi ces palais de Tell el Amarna et de
-Medinet Habou, dont il ne reste que les dallages en stuc, o sont peints
-avec une verve charmante des tangs entours de buissons o s'battent
-des animaux de tout genre. (Fig. _218_).
-
-Quant aux scnes peintes sur les trs nombreux sarcophages de l'poque,
-elles n'ont pas proprement parler un caractre artistique. Par contre
-les enluminures des papyrus funraires, Livre des Morts ou compositions
-mythologiques, sont souvent d'une relle beaut.
-
-
-_Arts industriels_
-
-Les progrs continuent s'affirmer pour tout ce qui rentre de prs ou
-de loin dans la catgorie des arts industriels, sauf cependant en ce qui
-concerne les bijoux et les vases en pierre: le trsor d'Aahhotep et les
-autres objets de parure du muse du Caire, mme les splendides pices du
-Serapeum, aujourd'hui au Louvre, ne sont pas comparables, pour la
-perfection du travail, aux bijoux de Dahchour, de la XIIme dynastie; les
-procds sont cependant les mmes, sauf que dans l'incrustation, les
-pierres sont toujours remplaces par des maux et que la ciselure est
-aussi moins fine et moins dlicate.
-
-[Illustration: _Fig. 244._ Bijou de la XIXe dyn. (d'apr. MARIETTE.
-_Serapeum_, pl. XII).]
-
-Les vases de pierre sont beaucoup moins nombreux qu'autrefois, et l'on
-se contente le plus souvent de dposer dans les tombes de faux vases en
-bois peint de manire imiter les pierres les plus rares; il ne nous
-est gure parvenu que des vases d'albtre, trs beaux du reste de forme
-et de facture. Par contre les vases en mtal sont de plus en plus en
-faveur, et surtout les vases d'apparat en or et en argent, aux formes
-les plus varies, importes en Egypte de Syrie, de Phnicie, de Crte et
-des les grecques; les peintures et les bas-reliefs nous permettent
-d'apprcier ces merveilles d'orfvrerie.
-
-[Illustration: _Fig. 245._ Vases d'albtre. XVIIIe dynastie (d'aprs
-PETRIE. _Photographs_, No _186_).]
-
-L'industrie de l'mail prend au Nouvel Empire un dveloppement
-inattendu; trs habiles manier cette matire, les ouvriers gyptiens
-en font des vases de formes diverses, de ce beau bleu profond qui est
-presque inimitable des statuettes funraires, et plus tard quantit de
-petites figurines de divinits, sans parler des innombrables perles et
-autres objets de parure; enfin ils appliquent les maux polychromes la
-dcoration de certains difices. C'est de cette poque aussi que date
-l'invention du verre, non pas encore du verre souffl, mais du verre
-multicolore fondu, dont on faisait de charmants petits vases,
-dcoration ondule; ces vases taient non seulement employs dans le
-pays mme, mais servaient surtout d'objets d'exportation et ont t
-retrouvs un peu partout dans les pays mditerranens. Il est reconnu
-maintenant que cette importante invention, attribue autrefois tort
-aux Phniciens, doit tre restitue aux Egyptiens.
-
-[Illustration: _Fig. 246._ Fauteuil en bois dor (d'aprs QUIBELL. _Tomb
-of Yuaa_, pl. XXXII).]
-
-Les meubles sont gnralement simples de lignes et de formes, sobres
-d'ornementation, exactement appropris leur destination. Il en est
-cependant de plus soigns de travail, qui ont appartenu des rois ou
-des princes, et qui peuvent tre considrs comme de vritables oeuvres
-d'art; ce sont des fauteuils, des lits, des coffrets, mme des chariots
-dans lesquels n'entre pas seulement le travail de l'bniste, mais aussi
-celui du stuqueur, qui les couvre de dlicats bas-reliefs en gesso, et
-celui de l'ouvrier en cuir qui les orne de panneaux en cuir repouss ou
-incrust de diverses couleurs.
-
-Enfin les plus charmants peut-tre des objets d'art sont de simples
-ustensiles de toilette en bois sculpt ou ajour, parfois en ivoire,
-cuillres parfums, pots fard, oeuvres d'une fantaisie toute
-personnelle, donnant la mesure de ce quoi pouvaient arriver les
-ouvriers d'art gyptiens.
-
-
-C. CIVILISATION
-
-_Royaut_
-
-Qu'il soit tout-puissant et matre d'un immense empire, ou rduit une
-seule petite province, le roi est toujours pour ses sujets un tre
-d'extraction divine dont l'autorit n'est pas contestable. Cette
-autorit repose sur la puret du sang royal, et nous voyons la plupart
-des rois du Nouvel Empire attacher plus de prix encore que leurs
-prdcesseurs cette question, et pouser de prfrence une demi-soeur,
-ne d'une mre plus noble que la leur, pour diminuer la quantit de sang
-vulgaire qui s'tait introduit dans leur race; parfois mme un dieu se
-chargeait d'infuser lui-mme l'enfant royal un sang divin plus pur
-encore, comme cela eut lieu pour Amnophis III. Quand un usurpateur
-montait sur le trne, il se htait d'pouser une princesse de ligne
-royale et lgitimait ainsi en quelque sorte son accession la couronne.
-Lors du morcellement de l'Empire, les roitelets qui se partagrent le
-pouvoir se rattachaient tous plus ou moins la vieille race pharaonique
-et avaient des droits sensiblement gaux, mais il tait curieux de
-constater que le sang royal le plus pur se conservait non plus chez des
-Egyptiens, mais chez des ngres, comme Pinkhi l'Ethiopien et sa
-famille.
-
-[Illustration: _Fig. 247._ Cuillre parfums. Louvre (croquis de M. Th.
-Delachaux).]
-
-La reine, ou plutt la favorite, puisque souvent les rois eurent
-plusieurs femmes, avait ct de son poux une place trs importante et
-souvent une grosse influence; il arriva mme certaines d'entre elles
-de monter sur le trne en qualit de roi d'Egypte.
-
-
-_Gouvernement_
-
-Au moment o les rois de la XVIIIme dynastie runissent de nouveau
-toutes les parties du pays sous leur sceptre, la fodalit a entirement
-disparu et l'administration est centralise entre les mains d'un grand
-vizir et d'un nombre considrable de fonctionnaires subalternes; le roi
-garde du reste la haute main dans le gouvernement et tout se fait en son
-nom, qu'il s'agisse de travaux publics, de finances, d'affaires
-trangres ou de commerce. La justice, comme autrefois, est entre les
-mains d'une magistrature spciale, et les provinces asiatiques sont
-gouvernes par des indignes sous la surveillance d'officiers gyptiens,
-tandis que la Nubie est administre par un vice-roi nomm par le pharaon
-et qui est souvent un de ses fils.
-
-Nous avons vu l'influence grandissante du clerg d'Amon, arrte un
-moment par la rforme de Khounaten, reprendre de plus belle, et les
-grands prtres se saisir successivement du pouvoir effectif, puis d'une
-partie du pouvoir nominal. A partir de ce moment le pontificat cesse
-d'tre entre les mains d'une seule famille et chaque fois qu'une des
-dynasties rivales prend la prdominance sur les autres, elle installe
-sur le trne d'Amon un prince de sa race qui est plutt un gouverneur de
-la Haute Egypte qu'un grand prtre. Enfin les rois thiopiens suppriment
-cette dignit et installent Thbes une grande prtresse d'Amon,
-princesse de la famille royale; les rois sates ne font que confirmer
-cette charge en la confisquant au profit de leurs filles, afin que cet
-tat dans l'Etat demeure une force pour la couronne et non pas une
-menace.
-
-
-_Relations extrieures Commerce_
-
-L'extension des frontires de l'Egypte vers le nord et le sud devait
-ncessairement favoriser le commerce qui prend un dveloppement
-considrable ds le dbut du Nouvel Empire. Les produits trangers
-affluent dans la valle du Nil, tant sous la forme de tributs livrs au
-roi lui-mme, que sous celle de marchandises d'change, et l encore il
-semble que tout se fasse par l'entremise du gouvernement. Ce ne sont pas
-seulement les pays soumis la suzerainet de l'Egypte, comme la Syrie,
-la Phnicie, la Palestine, la Nubie, qui y envoient leurs produits, mais
-des contres absolument indpendantes, comme Chypre, la Crte, les les
-grecques, le Soudan, le pays de Pount, grce des expditions maritimes
-qui avaient toujours un caractre officiel, l'Etat disposant seul de
-moyens suffisants pour faire marcher le trafic extrieur; ainsi l'on
-peut dire, presque avec certitude, que le gouvernement s'tait rserv
-le commerce international, ne laissant aux particuliers que le commerce
-intrieur. A cet effet, des lois protgeaient les industries locales et
-il tait interdit aux ouvriers spcialistes de passer l'tranger.
-L'valuation des marchandises se faisait en or ou en argent, au poids,
-et on se servait pour les changes d'anneaux de mtal qui, n'tant pas
-poinonns par l'Etat, devaient tre pess nouveau chaque fois; le
-plus souvent, du reste, on procdait simplement par change de denres,
-aprs entente.
-
-[Illustration: _Fig. 248._ Syriens apportant des vases, XVIIIe dyn.
-(photographie de l'auteur).]
-
-Quant la nature des marchandises importes, c'taient surtout, comme
-autrefois, des matires premires, mtaux, bois prcieux, ivoire, peaux
-et plumes, encens, et aussi des matires ouvres, entre autres ces
-merveilleux vases d'orfvrerie dont nous avons dj parl. En change,
-on donnait de la verrerie, des maux, sans doute des bijoux, en un mot
-tous les produits de l'industrie gyptienne, mais surtout des grains.
-
-
-_Vie civile Vtement_
-
-Il n'y a pas de transformation notable enregistrer dans les conditions
-de la vie ordinaire, qu'il s'agisse des grands personnages ou des gens
-du commun; de mme les habitations n'ont gure vari. Par contre le
-costume subit un changement important: les gens du peuple ont bien
-toujours le pagne simple enroul autour des hanches, mais tout individu
-appartenant une classe un peu plus leve porte par-dessus ce pagne
-une ample robe en toile fine, parfois presque transparente, dont la
-forme et la coupe sont variables. De mme les femmes ne portent plus
-volontiers la robe courte et troite des anciens temps, mais un vtement
-analogue celui des hommes, un peu plus collant nanmoins sur le buste,
-largi du bas et tombant jusqu' terre; les manches sont parfois trs
-courtes, parfois longues et larges. L'un et l'autre sexe porte la
-perruque, des bijoux aux couleurs vives, colliers, bracelets et
-prisclides, et aux pieds de longues sandales en papyrus ou en cuir. Le
-costume royal est sensiblement le mme, bien qu'un peu plus riche, que
-celui des sujets.
-
-
-_Arme_
-
-Les rois hyksos avaient amen de Syrie en Egypte le cheval, et cet
-animal qui s'tait rapidement acclimat dans le pays, offrait aux
-Egyptiens du Nouvel Empire un mode de locomotion nouveau; jamais ils ne
-songrent le monter, semble-t-il, mais ils l'attelaient de lgers
-chariots deux roues avec lesquels les grands personnages faisaient
-leurs tournes dans le pays. C'est cependant surtout au point de vue
-militaire que l'introduction du cheval eut pour les Egyptiens une grande
-importance, puisque dsormais la charrerie joua dans leurs armes le
-principal rle et qu'elle fut pour beaucoup dans la conqute de la
-Syrie. La mthode de combat subit donc une transformation: avant le choc
-qui devait amener la fin d'une bataille, la charge des escadrons de
-chars, les soldats qui montaient ces chars combattaient de loin avec
-leurs grands arcs; c'est mme la raison pour laquelle l'arc tait devenu
-l'arme favorite des rois.
-
-[Illustration: _Fig. 249._ Soldats gyptiens (Tombeau d'Amemheb. Thbes.
-XVIIIe dynastie).]
-
-L'infanterie est toujours compose en partie d'Egyptiens, en partie de
-mercenaires trangers qui sont sa vritable force, que ce soient, comme
-sous les Thbains, des Soudanais, des Shardanes ou des Libyens, ou,
-comme plus tard sous les Sates, des Grecs. Cette arme royale, dj
-institue sous le Moyen Empire, a t compltement rorganise en corps
-d'armes bien distincts sous un commandement commun, mieux quipe et
-mieux arme et surtout bien exerce. Aprs une campagne officiers et
-soldats recevaient leur part du butin, souvent en captifs qui taient
-employs la culture de terres mises par le gouvernement la
-disposition des soldats, et ces captifs, qui n'taient pas de vritables
-esclaves, se mlaient rapidement la population indigne. Le roi
-dcernait aussi, pour rcompenser les hauts faits de guerre, de
-vritables dcorations et autres distinctions honorifiques.
-
-
-_Marine_
-
-Les rois d'Egypte avaient sous le Nouvel Empire une vraie marine de
-guerre que nous voyons parfois jouer le rle dcisif dans une bataille,
-mais c'tait surtout la marine marchande qui, avec l'extension du
-commerce, tendait prendre toujours plus de dveloppement. Les navires
-destins la mer taient semblables de forme et de grement ceux
-employs sur le Nil, mais plus grands et plus solidement construits; ils
-remontaient du reste le fleuve, mme jusqu' Thbes, et ainsi nous
-voyons sous Hatshepsou les mmes bateaux charger des marchandises dans
-le pays de Pount, au sud de la mer Rouge, et les dbarquer dans le port
-de la capitale: un canal souvent ensabl et aujourd'hui disparu, faisait
-alors communiquer un des bras du Nil, dans le Delta, avec le fond du
-golfe de Suez. Enfin les marins gyptiens donnent la mesure de leur
-audace et de leurs capacits quand, sous Nchao, ils s'embarquent pour
-leur grand voyage de dcouverte autour de l'Afrique, la premire en date
-de toutes les grandes expditions maritimes.
-
-[Illustration: _Fig. 250._ Vaisseaux de l'expdition de Hatshepsou au
-pays de Pount (d'aprs DUMICHEN. _Die Flotte einer g. Knigin_, pl.
-III).]
-
-
-_Agriculture. Elevage_
-
-Le travail de la terre continue faire de grands progrs; l'outillage
-se perfectionne, on emploie maintenant des faucilles en mtal et des
-charrues plus puissantes; partout autour des villas on voit de beaux
-jardins, pleins d'arbres fruitiers, de vignes et d'arbres d'agrment.
-Partout on dfriche pour les livrer la culture les terrains qui
-n'taient autrefois que des pturages, et cela naturellement aux dpens
-de l'levage, qui diminue dans de fortes proportions. On ne voit plus
-que rarement de ces scnes si frquentes sous l'Ancien Empire, qui
-reprsentent des troupeaux d'animaux demi sauvages sous la garde de
-quelques ptres, et les grandes inspections du btail sont peine
-mentionnes; on n'emploie plus pour pitiner le terrain nouvellement
-ensemenc des troupeaux entiers de chvres ou de moutons, mais seulement
-quelques porcs qu'on devait lever dans les fermes et non plus en pleine
-campagne; l'ne n'est plus que rarement employ aux travaux des champs,
-et ce sont gnralement les hommes eux-mmes qui transportent les
-rcoltes; le dpiquage du grain pour lequel les quelques boeufs, qui
-d'autres poques de l'anne tirent la charrue, suffisent parfaitement,
-se fait d'une faon un peu diffrente. L'Egypte, consciente de son rle
-commercial dans le monde oriental, qui est de l'approvisionner de
-grains, consacre toutes ses forces dvelopper la culture au moyen de
-la main d'oeuvre humaine, quitte rduire au strict ncessaire tout ce
-qui a rapport l'levage. Seule la race chevaline, nouvellement
-introduite dans le pays, est l'objet de soins tout spciaux, sous le
-contrle royal, et prospre si bien qu'on finit mme, certains
-moments, par venir de Syrie chercher des chevaux en Egypte. Quant la
-question du chameau, elle n'est pas encore dfinitivement tranche; il
-semble nanmoins que si les Egyptiens l'ont connu, ils ne l'ont jamais
-utilis eux-mmes, et que son acclimatation dfinitive dans le pays, o
-il rend maintenant comme bte de somme des services inapprciables, ne
-date que de la conqute musulmane.
-
-[Illustration: _Fig. 251._ Scnes de labour et de semailles (Tombeau de
-Nakht. Thbes. XVIIIe dynastie).]
-
-
-_Pche et chasse_
-
-
-Le dfrichement progressif de la valle du Nil avait fait disparatre
-non seulement les pturages, mais aussi les fourrs et les marcages qui
-taient pour les premiers Egyptiens de si beaux terrains de chasse et de
-pche. Avec les mmes engins qu'autrefois, on ne pouvait plus gure
-prendre du poisson que dans le fleuve et les canaux, et il ne se
-trouvait plus que peu de ces tangs o les oiseaux migrateurs venaient
-se prendre dans les grands filets; mme les parcs de chasse des grands
-seigneurs avaient presque tous disparu. Quand les rois chercheurs
-d'aventures voulaient s'offrir les motions d'une chasse mouvemente,
-ils profitaient de leurs campagnes pour aller au loin, jusque sur les
-bords de l'Euphrate, o ils trouvaient encore quelques lphants, des
-lions qu'ils abattaient par centaines et du gros gibier de toute sorte.
-
-
-_Industrie_
-
-A ct de l'agriculture, l'industrie continue se perfectionner et nous
-avons de nombreux tableaux qui nous montrent les ouvriers occups
-leurs travaux ordinaires, que ce soient des ouvriers d'art ou des gens
-de mtier, tels que briquetiers, maons, sculpteurs, peintres,
-bijoutiers, joailliers, menuisiers, bnistes, corroyeurs, cordonniers,
-cordiers, chaudronniers, armuriers, forgerons, et d'autres encore. Leur
-outillage est toujours aussi simple qu'aux priodes prcdentes, presque
-rudimentaire, sauf que les couteaux, ciseaux et poinons de pierre ont
-dfinitivement disparu pour faire place des instruments de mtal,
-gnralement en bronze, parfois en fer.
-
-[Illustration: _Fig. 252._ Atelier de chaudronnerie (d'ap. NEWBERRY.
-_Life of Rekhmara_, pl. XVII et XVIII).]
-
-
-_Langue et Littrature_
-
-La conqute de la Syrie et les relations constantes qui s'taient
-tablies de ce fait avec l'Asie antrieure, avaient exerc sur l'Egypte
-mme une influence considrable qui se remarque tout particulirement
-dans la langue. Un grand nombre de vocables nouveaux, emprunts aux
-idiomes smitiques, sont introduits dans le langage courant, soit pour
-exprimer des ides nouvelles ou nommer des objets inconnus auparavant,
-soit pour remplacer, sans raison apparente, de vieux mots gyptiens. Il
-est de bon ton, pour un scribe, d'mailler ses lettres ou ses
-compositions littraires du plus grand nombre possible de mots d'origine
-trangre. C'est de ces langues smitiques, plus rpandues que
-l'gyptien, qu'on se servait pour les relations extrieures, et toute la
-correspondance du roi d'Egypte avec ses vassaux syriens se faisait dans
-l'idiome mme de ces peuplades, que sans doute beaucoup de gens la
-cour comprenaient parfaitement.
-
-[Illustration: _Fig. 253._ Atelier de Cordonniers (d'aprs NEWBERRY.
-_Life of Rekhmara_, pl. XVIII).]
-
-Les textes du Nouvel Empire qui nous sont parvenus sont donc composs
-dans une langue moins pure que ceux de l'poque prcdente, mais ils
-sont aussi, sinon plus varis, et beaucoup plus abondants. Ce sont
-d'abord les crits historiques ou officiels, les rcits biographiques,
-les comptes rendus d'une campagne ou d'une conqute, les dcrets et les
-actes royaux, les odes dithyrambiques la louange d'un souverain, puis
-les ouvrages plus spcialement littraires, contes, posies, recueils
-de modles de lettres dans lesquels les jeunes scribes apprenaient leur
-mtier, livres de morale, hymnes en l'honneur du roi ou des dieux, dont
-plusieurs ont trouv place dans la grande compilation laquelle nous
-avons donn le nom de Livre des Morts et qui contient du reste surtout
-des morceaux plus anciens. Aprs cela vient encore la littrature
-pistolaire proprement dite, les procs-verbaux judiciaires, les crits
-scientifiques et mdicaux et les innombrables compositions magiques,
-religieuses ou mythologiques.
-
-[Illustration: _Fig. 254._ Ostracon hiratique (d'aprs DARESSY.
-_Ostraca_, pl. XLVI).]
-
-Certains de ces textes sont gravs ou peints sur les murailles des
-temples, sur les stles, sur les parois des tombeaux; d'autres, les plus
-nombreux, sont crits en hiratique, c'est--dire en cursive, sur des
-rouleaux ou des feuilles de papyrus ou mme parfois sur des tessons de
-vases ou des morceaux de pierre, auxquels nous donnons le nom
-d'_ostraca_. Les ouvrages religieux taient dposs dans le tombeau,
-ct du mort, pour lui servir de viatique dans l'autre monde, et parfois
-l'on y joignait aussi des textes littraires pouvant lui offrir un
-dlassement dans sa vie d'outre-tombe, mais la plupart des papyrus ont
-t retrouvs rouls et cachs dans des vases, au milieu des ruines de
-maisons anciennes; c'tait la manire de conserver les livres qui
-taient toujours en petit nombre chez les particuliers. Nous ne savons
-s'il existait dans le palais du roi ou ailleurs, de vraies bibliothques
-o l'on conservait les ouvrages de prix, avant l'poque o les
-Ptolmes runirent dans celle d'Alexandrie tout ce qu'ils purent
-rcolter de manuscrits anciens, les gyptiens sans doute aussi bien que
-les grecs. Le geste fanatique du calife Omar nous a privs d'une source
-inestimable de documents.
-
-[Illustration: _Fig. 255._ Fragment d'un contrat dmotique (d'aprs
-SPIEGELBERG. _Die demotischen Papyrus_, pl. LVI).]
-
-Jusqu'au Nouvel Empire, les seuls modes d'criture taient les
-hiroglyphes, et l'hiratique qui devient de plus en plus cursif;
-partir de l'poque sate, les scribes, force de chercher simplifier
-leur calligraphie, en arrivent tracer des signes qui ne rappellent
-plus que vaguement les hiroglyphes d'o ils sont drivs, ni mme
-l'lgant hiratique de la bonne poque. Il s'agit d'un nouveau genre
-d'criture, auquel on a donn le nom de _dmotique_ et qui finit par
-tre le seul employ partir des rois perses, pour les lettres, les
-contrats, les manuscrits de toute sorte, bref pour tout ce qui n'est pas
-destin revtir un caractre monumental. Ce passage de l'hiratique au
-dmotique correspond exactement la fin de l'autonomie de l'Egypte.
-
-
-C'est ce moment-l, quand des rois trangers viennent dfinitivement
-remplacer sur le trne des Pharaons les dynasties indignes, que nous
-pouvons considrer comme la fin de la civilisation gyptienne; celle-ci
-vgtera bien encore pendant quelques sicles, elle donnera mme dans
-certains domaines comme l'architecture par exemple, des manifestations
-originales et vraiment gyptiennes, mais elle ne prosprera plus et
-dgnrera rapidement. Cette vieille civilisation qui pendant tant de
-sicles a rayonn sur le monde ancien, lui donnant gnreusement tout ce
-qu'il y avait de bon en elle, est submerge son tour par les
-civilisations nouvelles; l'infusion d'un sang jeune se fit sans doute
-trop haute dose et, loin de la renouveler, ne put qu'acclrer sa ruine.
-Dsormais l'Egypte ne sera plus qu'une province du monde hellnique,
-puis du monde romain, au point de vue de la civilisation aussi bien que
-de la politique.
-
-[Illustration: _Fig. 256._ Amnophis, fils de Paapis (d'aprs LEGRAIN.
-_Statues et statuettes_, I, pl. LXXVI).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 257._ Repas et danseuses. Peinture d'un tombeau
-thbain (XVIIIe dynastie).]
-
-
-
-
-INDEX
-
-_Les chiffres indiquent les pages: les chiffres entre parenthses les
-gravures._
-
-
-A
-
- AAHHOTEP, 283.
-
- ABOUSIR, 138.
-
- ABRAHAM, 221.
-
- Abri, 63.
-
- ABYDOS, 95, 99, 102, 104, 121, 136, 137, 244, 267, 269.
-
- Acte, 295.
-
- Administration, 165-168, 219-220, 287.
-
- _Aegyptiaca_, 14.
-
- Aration, 150.
-
- AFRICAIN, 14, 15.
-
- Agate, 64, 74.
-
- Age du bronze, 58, 59.
-
- Age du cuivre, 58, 59.
-
- Age du fer, 58, 59.
-
- Age de la pierre, 55, 58.
-
- Agriculture, 32, 41, 68, 89, 95, 120, 179-182, 224, 292-293.
-
- AHMS I, 197, 230, 323.
-
- AHMS (amiral), 26.
-
- AHMS NOFRITARI, 231.
-
- A, 242.
-
- Aiguire, 111.
-
- Aire, 180.
-
- AKERBLAD, 17.
-
- Albtre, 81, 108, 109, 155, 202, 216, 283, 284.
-
- ALEXANDRE, 258.
-
- ALEXANDRIE, 297.
-
- Aliment, 143, 175 (v. Nourriture, Offrandes).
-
- Alos, 80.
-
- Alun, 206.
-
- AMASIS, 255, 256 (216).
-
- Ambassadeur, 240.
-
- _Am-Douat_, 274.
-
- Ame, 140, 141, 152, 211, 272, 278.
-
- AMLINEAU, 55.
-
- AMENEMHAT I, 191, 192, 219.
-
- AMENEMHAT III, 115, 193 (157), 194, 214, 218, 224.
-
- AMENEMHAT IV, 194.
-
- AMENMESES, 246.
-
- AMNOPHIS I, 231 (194), 232.
-
- AMNOPHIS II, 235.
-
- AMNOPHIS III, 26, 235-236 (198), 259, 265, 274, 286.
-
- AMNOPHIS IV, 26, 236, 237 (v. KHOUNATEN).
-
- AMNOPHIS, fils de PAAPIS, 236, 298.
-
- Amthyste, 110.
-
- AMON, 48, 235, 237, 238, 248, 250, 251, 268, 269, 287.
-
- AMSET, 49.
-
- AMYRTE, 257.
-
- Amulette, 75.
-
- Ancien Empire, 32, 81, 105, 109, 113, 123-187, 189, 194, 204, 212,
- 214, 215, 222, 225, 227, 249, 276.
-
- Ancien Testament, 13, 15.
-
- Ane, 89, 179, 180, 181, 184, 293.
-
- ANHOUR, 48.
-
- ANNA, 26.
-
- Anne, 28.
-
- ANTEF, 134, 190.
-
- Anthropode (cercueil ou sarcophage), 208 (170), 273 (234), 275.
-
- Anthropophagie, 41.
-
- Antilope, 88, 89, 174, 177, 178 (139), 224.
-
- Antimoine, 221.
-
- ANUBIS, 42, 43 (11), 48, 164.
-
- APEPI, 197 (v. APOPI).
-
- APOLLODORE, 14.
-
- APOPHIS, 198.
-
- APOPI, 26 (v. APEPI, APOPHIS).
-
- Appeau, 173, 175.
-
- APRIS, 255 (215), 256.
-
- ARABE, ARABIE, 140, 143, 147, 168.
-
- Arbre fruitier, 292.
-
- Arc, 224, 290 (v. Flche).
-
- ARCELIN, 54.
-
- ARCHIPEL, 12, 71, 121 (v. GRECE).
-
- Architecture, 91, 96, 102-106, 120, 125, 135-153, 200-212, 260-275.
-
- Architrave, 135.
-
- Argent, 279, 284, 288.
-
- Arme, 32, 56, 59, 65, 74, 86, 88, 89, 120, 208, 290.
-
- Arme, 132, 133, 218, 289-291.
-
- Armurier, 294.
-
- ARYEN, 84.
-
- ASARHADDON, 253, 254.
-
- ASIE MINEURE, 243, 244, 245.
-
- Assiette, 108.
-
- Assise (position), 70, 106.
-
- ASSOURBANIPAL, 253, 254.
-
- ASSYRIE, 26, 236, 243, 252, 253, 254, 255.
-
- ATEN, 237, 238 (200), 240.
-
- ATHOTHIS, 100.
-
- Autel, 137.
-
- Autruche, 80, 83, 88, 224.
-
- AVARIS, 196, 197, 199, 222, 229.
-
- Avnement, 28.
-
- Avenue, 263.
-
- AZAB, 117.
-
-
-B
-
- BABA, 125.
-
- BABYLONE, BABYLONIE, 12, 122, 195, 236, 243, 255.
-
- Bachot, 185.
-
- BAHR BELA MA, 54.
-
- Bandeau, 172.
-
- Bandelette, 182, 206, 275.
-
- Barbe, 171, 172.
-
- Barque, 91 (66), 138, 209, 210 (173), 225 (188) (v. Bateau).
-
- Barque sacre, 263, 269 (230).
-
- Barque solaire, 35 (6), 38, 39 (9), 138.
-
- Basalte, 81, 151.
-
- Bas-relief, 25, 32, 146, 158-161 (128), 201, 209, 214-215 (180), 263,
- 267 (228, 229), 270, 279-280 (241-242).
-
- Basse-cour, 175, 177 (137).
-
- Bassin, 137.
-
- Bateau, 80, 92, 147, 185 (150), 209, 225, 226 (v. Barque, Vaisseau).
-
- Bton, 87.
-
- BENI-HASSAN, 203, 204, 205 (164, 165), 221.
-
- BERBRE, 83.
-
- BERSHEH, 203.
-
- Btail, Bestiaux, 68, 85, 221, 225, 293.
-
- Bible, 251, 253 (v. Ancien Testament).
-
- Bibliothque, 296.
-
- Bibliothque nationale (Paris), 22.
-
- Bidis, 46.
-
- BINEKHS, 100.
-
- Bijou, 32, 85, 208, 216, 217 (183, 184), 228 (192), 283 (244), 289.
-
- Bijoutier, Bijouterie, 184 (147), 217, 294.
-
- BINOTHRIS, 100.
-
- Biographie, 26, 131, 147, 164, 228, 295.
-
- BIRCH, 20.
-
- BIRKET-KAROUN, 194.
-
- Bl, 107, 120 (v. Grain).
-
- BNN, 198.
-
- BOCCHORIS, 252, 253.
-
- BOTHOS, 100.
-
- Boeuf, 88, 89, 174, 177, 178 (138), 179, 180, 181, 224, 293.
-
- Bois, 91, 96, 103, 135, 173, 208, 211, 214, 260, 277, 285, 289.
-
- Boisseau, 181.
-
- Boisson, 166.
-
- BOKENRANF, 252.
-
- BONAPARTE, 16.
-
- Bonnet, 232.
-
- Bouchon, 107, 115, 119.
-
- Boulette, 177.
-
- Boumerang, 173, 224.
-
- Bouquet, 282.
-
- Bouquetin, 88.
-
- Bouteilles, 78.
-
- Bracelet, 75, 86 (60), 91, 110 (82, 83), 289.
-
- Brique, 92, 96, 102, 103, 104, 105, 135, 136, 138, 140, 143, 173, 196,
- 203, 211, 260, 277, 294.
-
- Bronze, 96, 155, 158, 279, 294.
-
- BRUGSCH, 20.
-
- BUBASTIS, 250, 251.
-
- Buste, 275.
-
-
-C
-
- Cachet, 115.
-
- Cachette, 276.
-
- Cadastre, 220.
-
- Cage, 175.
-
- CAIRE, 22, 25, 156, 157, 273, 283.
-
- Caisse canopes, 209.
-
- Calcaire, 81, 108, 150, 151, 155, 203, 268.
-
- CAMBYSE, 256, 257.
-
- Canal, 120, 179, 224, 292, 293.
-
- Canard, 89, 174.
-
- Canope, 209 (171), 273 (234), 274.
-
- Captif, 291.
-
- CARCHEMIS, 255.
-
- CARIE, 254.
-
- Carrire, 187.
-
- Cartonnage, 206, 273, 275.
-
- Cartouche, 115, 116, 190, 202, 244.
-
- Casse-tte, 86.
-
- Caveau funraire, 214, 273, 274 (v. Chambre funraire).
-
- Ceinture, 171.
-
- Cellier, 182.
-
- Cramique, 57, 59, 76-81 (37-57) (v. Vase, Poterie).
-
- Cercueil, 146, 208, 273 (234), 274.
-
- Crales, 68, 73, 180 (v. Bl, Grain, Orge).
-
- CHABAS, 20.
-
- Chacal, 118.
-
- Chaise, 154, 173, 274.
-
- CHALDE, 96, 122.
-
- Chambre des anctres, 22, 34 (5).
-
- Chambre funraire, 140, 141, 145, 148, 150, 151 (v. Caveau funraire).
-
- Chameau, 293.
-
- CHAMPOLLION, 18, 19, 20, 23.
-
- Champs d'Ialou et de Hotpou, 43, 278.
-
- Chapelle, 137, 143, 150, 151, 153, 203, 268.
-
- CHARDIN, 16.
-
- Char. Chariot, 229 (193), 231, 255, 290.
-
- Charrerie, 290.
-
- Charpentier, 92.
-
- Charrue, 89, 180, 292, 293.
-
- Chasse, 32, 41, 56, 74, 83-88, 89, 90, 92, 120, 146, 152,
- 173-177 (133-135), 223 (187), 224, 263-294.
-
- Chsse, 269.
-
- Chaudronnier, 111, 183, 294 (252).
-
- Chellen, 56, 62, 84, 86.
-
- Cheval, 225, 231, 289, 293.
-
- Chevet, 173, 206.
-
- Cheveux, 83, 171, 172.
-
- Chvre, 80, 89, 179, 180, 293.
-
- CHINE, 12.
-
- Chronologie, 27-29, 49-52, 198-200.
-
- CHYPRE, 168, 234, 288.
-
- Cire, 275.
-
- Ciste funraire, 72, 106.
-
- Ciseau, 66, 183.
-
- Ciselure, 283.
-
- Clan, 93, 166.
-
- Coffre, 173.
-
- Coffret, 110, 274, 283, 328 (262).
-
- Coiffeur, 172.
-
- Coiffure, 208 (v. Perruque).
-
- Collier, 74, 91, 171, 172, 217, 289.
-
- Colonnade, 262, 268.
-
- Colonne, 136 (107-109), 146, 151, 201, 204, 205, 260, 268.
-
- Colosse, 25, 263, 277.
-
- Commission d'Egypte, 16, 17, 18, 31.
-
- Commerce, 91, 121, 131, 248, 256, 287, 288, 289.
-
- Concubine, 170.
-
- Conte, 228, 296.
-
- Coquille, 74, 75, 86, 91.
-
- Cordage, 185.
-
- Cordier, 183.
-
- Cordonnier, 183, 294, 295 (253).
-
- Co-rgence, 214, 219.
-
- Cornaline, 64, 74, 210, 217.
-
- Correspondance, 26, 165, 241, 295.
-
- Corroyeur, 294.
-
- Corve, 219.
-
- Costume, 85, 170-172, 208, 222, 289 (v. Vtement).
-
- Cotte capitonne, 231.
-
- Couleurs, 161.
-
- Couloir, 150, 153.
-
- Coup-de-poing, 62, 86.
-
- Coupe, 76, 78 (v. Ecuelle).
-
- Cour, 152, 223, 260, 262, 263, 265 (224, 225).
-
- Couronne, 217 (184).
-
- Couteau, 56, 61, 65 (22-23), 66, 74 (33).
-
- Couverture, 173, 183.
-
- Crne, 84.
-
- CRTE, 12, 71, 91, 221, 284, 288.
-
- Crible, 181.
-
- Cristal de roche, 108.
-
- Crocodile, 83, 88.
-
- Cruche, 80.
-
- Cuillre parfums, 285, 286 (247).
-
- Cuir, 285, 289.
-
- Cuivre, 59, 93, 96, 111, 120, 121, 168.
-
- Culte, 41, 118, 125, 262, 268, 276.
-
- Cylindre, 96, 114 (90), 115, 122.
-
- CYRNAIQUE, 245.
-
- CYRUS, 256.
-
-
-D
-
- DADEFRA, 127 (100), 157.
-
- DADKARA-ASSA, 130.
-
- DAHCHOUR, 149, 162, 203, 283.
-
- Dallage, 260 (218).
-
- Danse, 86, 92, 147, 299 (257).
-
- DAPHNAE, 261.
-
- DARIUS II, 257.
-
- Dcret, 164.
-
- Dfrichement, 292, 293.
-
- DEIR EL BAHARI, 63, 233, 268.
-
- Dluge, 38, 63.
-
- Dmembrement, 71, 72, 106.
-
- Dmotique, 297 (255).
-
- Dnombrement, 178, 179.
-
- DEN-SETOUI, 116, 117.
-
- Dpiquage, 180 (142), 293.
-
- Description de l'Egypte, 16.
-
- Destruction des hommes par les dieux, 38.
-
- Diabase, 108.
-
- Diadme, 217 (184).
-
- Digue, 179.
-
- DIODORE DE SICILE, 14, 31.
-
- DIONYSOS, 41.
-
- Diorite, 108, 155.
-
- Divan, 173.
-
- DJESER, 125, 137.
-
- Dodcarchie, 254.
-
- Domestication, 89.
-
- DOUAMOUTEF, 49.
-
- Double, 276, 278 (v. _Ka_).
-
- Drogman, 13.
-
- DROVETTI, 23.
-
- Dynasties, 14, 15, 24, 28.
-
- Dyn. divines, 36-47.
-
- Dyn. de demi-dieux et mnes, 47-49.
-
- Dyn. thinites (I et II), 54, 58, 81, 85, 95-122, 124.
-
- Dyn. III, 124-125, 140, 143.
-
- Dyn. IV, 125-129, 144, 149, 157, 162, 185.
-
- Dyn. V, 129-131, 146, 151-152.
-
- Dyn. VI, 131-133, 143, 147, 153, 155.
-
- Dyn. VII-X, 133, 134.
-
- Dyn. XI, 189-191, 200, 202.
-
- Dyn. XII, 27, 191-194, 198-200, 203, 218, 219, 221, 228, 283.
-
- Dyn. XIII, 194-195, 198-200.
-
- Dyn. XIV, 194-195, 198-200.
-
- Dyn. XV, 198-200.
-
- Dyn. XVI, 198-200.
-
- Dyn. XVII, 196, 198-200, 229, 230.
-
- Dyn. XVIII, 219, 230-242, 250, 259, 260, 287.
-
- Dyn. XIX, 242-246.
-
- Dyn. XX, 246-249, 260.
-
- Dyn. XXI, 250, 271, 279.
-
- Dyn. XXII, 250-261, 252.
-
- Dyn. XXIII, 251-252.
-
- Dyn. XXIV, 252.
-
- Dyn. XXV, 253-254, 279.
-
- Dyn. XXVI, 254-257 (v. SAIS).
-
- Dyn. XXVII-XXX, 257-258.
-
-
-E
-
- Ebniste, 285, 294.
-
- Echange, 186, 289.
-
- Ecriture, 95, 96, 97, 113-115, 118, 120, 122, 125, 163-165, 296-297.
-
- Ecuelle, 78, 107, 108 (v. Coupe, Assiette).
-
- ELAM, 254.
-
- Elphant, 83, 88, 91, 294.
-
- ELPHANTINE, 36, 169.
-
- Elevage, 32, 68, 89, 120, 146, 177-179, 292-293.
-
- ELKAB, 136.
-
- Email, 283, 284, 289.
-
- Emblme, 46.
-
- Embryonnaire (position), 71.
-
- Enceinte, 150.
-
- Encens, 168, 220.
-
- Encre, 165.
-
- Enolithique, 58.
-
- Enfant, 169, 170.
-
- Enfants d'Horus, 49, 52 (13).
-
- Engraissage, 177.
-
- Ennade, 36, 48.
-
- Enseigne, 93, 118, 277.
-
- Eolithe, 61.
-
- ERATOSTHNE, 14.
-
- Ere, 28.
-
- Escabeau, 173.
-
- Escalier, 104, 137, 223.
-
- Etang, 260, 293.
-
- ETHIOPIE. ETHIOPIEN, 251, 252, 253, 254, 258, 287.
-
- Etoffe, 85, 226, 227, 282.
-
- ETRURIE, 221.
-
- Etui phallique, 85.
-
- EUPHRATE, 232, 234, 243, 294.
-
- EUSBE, 14, 16, 48, 50.
-
- _Excerpta Barbari_, 48.
-
-
-F
-
- Famille, 41, 169-170.
-
- Fard, 75.
-
- Faucille, 89, 180, 292.
-
- Faucon, 115, 118.
-
- Faune, 83.
-
- Fausse-porte, 141, 142 (112, 113), 163.
-
- Fauteuil, 173, 274, 285 (246).
-
- Fayence, 109-110 (v. Email).
-
- FAYOUM, 65, 211.
-
- Femme, 169, 170, 289.
-
- Fodalit, 134, 167, 219, 287.
-
- Fer, 58, 59, 294.
-
- Ferme, 177.
-
- Figue, 182.
-
- Filage, 182, 227 (190).
-
- Filet, 88, 175, 176 (135, 136), 177, 224.
-
- Filigrane, 217.
-
- Flche, 66 (26-29), 87, 175, 231.
-
- Flore, 83.
-
- Fonctionnaire, 119, 131, 219, 220, 287 (v. Administration).
-
- Forgeron, 294.
-
- Formule magique, 139, 152.
-
- Forteresse, 136, 212 (177), 261, 262.
-
- Foulage, 181 (143).
-
- Fourrage, 181.
-
- Frise, 282, 329 (263).
-
- Fruit, 107.
-
- Fusaole, 92.
-
-
-G
-
- Garde du corps, 166.
-
- Garde-manger, 175.
-
- Gazelle, 72, 73, 88, 89, 174.
-
- Gnies funraires, 49.
-
- GEORGES LE SYNCELLE, 14, 15.
-
- Gerbe, 180, 181.
-
- Girafe, 83, 88.
-
- Globulaire (vase), 109, 111.
-
- Gobelet, 76.
-
- Gomme, 162.
-
- GOSHEN, 222.
-
- Gouvernail, 185, 186.
-
- Grain, 89, 90, 107, 289, 293.
-
- Grand prtre, 249, 250, 269, 287.
-
- Grand vizir, 287.
-
- Granit, 108, 150, 155, 214, 268.
-
- Grattoir, 61, 65 (24, 25), 66, 74.
-
- GRECE, GREC, ILES GRECQUES, 12, 13, 14, 27, 83, 91, 127, 220, 221,
- 234, 245, 256, 261, 275, 284, 288, 290.
-
- Grenat, 110.
-
- Grenier, 181.
-
- Grs, 108, 268.
-
- Groupe, 154, 155 (124).
-
- Grue, 89, 174.
-
- Guridon, 173.
-
- Guirlande, 282.
-
-
-H
-
- Habitation, 63, 68, 84 (v. Maison).
-
- Hache, 62, 64 (19, 20), 66, 87, 92, 323 (261).
-
- HAKORIS, 258.
-
- Hameon, 88, 120, 175.
-
- HAMY, 54.
-
- HAPI, 49.
-
- Harpiste, 228.
-
- Harpon, 74, 88 (64), 174, 224.
-
- HATSHEPSOU, 232, 233, 268, 291.
-
- HAWARA, 203.
-
- HBREUX, 15, 259.
-
- HLIOPOLIS, 36, 37, 48, 49, 123, 129, 137, 139, 237.
-
- Hmatite, 77.
-
- HRACLOPOLIS, 134, 189.
-
- HERKHOUF, 26, 131, 169.
-
- Herminette, 64 (21), 66, 92, 183.
-
- HRODOTE, 13, 31, 128, 193, 253.
-
- Hron, 173.
-
- HIRACONPOLIS, 102, 105, 114, 137.
-
- Hiratique, 33, 165, 296, 297.
-
- Hiroglyphes, 122, 163-165, 207, 297.
-
- Hirophyphiques d'Horapollon, 14.
-
- Hippopotame, 76, 83, 88, 92, 94 (67), 174.
-
- HITTITES, 243, 244, 245.
-
- HOR-AOUABRA, 214 (179).
-
- HORAPOLLON, 14.
-
- HOREMHEB, 241 (204), 242.
-
- HORUS, 42, 43, 44, 43 (12), 46, 47, 48, 93, 96, 98, 102, 124, 257.
-
- HOTEP-SEKHEMOUI, 101.
-
- Houe, 89.
-
- HOUNI, 125, 126.
-
- HRIHOR, 249, 250.
-
- Huile, 107.
-
- Hutte, 68, 84.
-
- Hyne, 177, 178 (139).
-
- HYKSOS, 24, 195-197, 198, 200, 218, 222, 229, 230, 231, 233, 270, 289.
-
- Hymne, 296.
-
- Hypoge, 32, 147-148, 204, 271, 273.
-
- Hypostyle, 244, 262, 263, 266 (226, 227), 269.
-
-
-I
-
- IALOU, 43, 278.
-
- IANNIAS, 198.
-
- Ibis, 118.
-
- ILLAHOUN, 203.
-
- Importation, 221.
-
- Incrustation, 279, 283, 285.
-
- INDES, 62.
-
- Industrie, 92, 120, 182-184, 226-227, 248, 256, 294.
-
- Inhumation secondaire, 72.
-
- Inondation, 82, 224.
-
- Inscription, 113-118, 160.
-
- Inspecteur, 219.
-
- IONIE, 254.
-
- Isis, 37, 40 (10), 41, 42, 44, 46, 48, 97, 125.
-
- ISRAEL, 15, 259.
-
- ITALIE, 71, 83.
-
- Ivoire, 75, 86, 122, 220, 285, 289.
-
-
-J
-
- JAHVEH, 39.
-
- Jardin, Jardinage, 120, 182, 261, 292.
-
- Jarre, 107 (73), 115, 119, 182.
-
- Javeline, 231.
-
- JRUSALEM, 253.
-
- Jeu, 32, 147.
-
- Jeux gymniques, 32.
-
- Joaillerie, 184 (147), 217, 294.
-
- JOPP, 26.
-
- JOSEPH, 222.
-
- JOSPHE, 14.
-
- JOSU, 259.
-
- JUDE, JUIFS, 14, 15, 251.
-
- Juge, 166.
-
- Jupon, 222.
-
- Justice, 220, 287.
-
-
-K
-
- _Ka_, 139, 144, 152, 153, 210, 214, 277, 278.
-
- KAIEKHOS, 100.
-
- KAMARES, 220.
-
- KAMERIRA, 134.
-
- KAMS, 197.
-
- KAQEMNA, 228.
-
- KARNAK, 22, 34, 233, 235, 243, 244, 264 (223), 266 (226), 267 (228),
- 268, 276.
-
- KAROMAMA, 280 (240).
-
- KEBHSENOUF, 49.
-
- KENKENS, 100.
-
- KESEM, 222.
-
- KIRCHER, 16.
-
- KHA, 274.
-
- KHAAOU, 51.
-
- KHABIROU, 259.
-
- KHAFRA, 128 (v. KHEFREN).
-
- KHA-M-HA, 280.
-
- KHA-SEKHEMOUI, 101 (69), 104, 106, 114, 116 (94), 117.
-
- KHEFREN, 127 (101), 128, 150, 157 (127).
-
- KHENDI, 195.
-
- KHENT-KHITI, 49.
-
- KHENZER, 195.
-
- KHOPS, 126 (99), 127, 128, 129, 149, 180, 228 (v. KHOUFOU).
-
- KHITI, 134.
-
- KHNOUM, 36.
-
- KHONSOU, 48, 263 (221), 264 (223).
-
- KHOUFOU, 26, 127.
-
- KHOUNATEN, 236 (199), 238, 241, 248, 287.
-
- KHOUT-ATEN, 238.
-
- KHOUOU, 49.
-
- _Kjoekkenmoedding_, 68, 69, 73, 89.
-
- KOPTOS, 134.
-
- KOUMMEH, 193.
-
-
-L
-
- Labour, 164, 179 (140), 180, 292 (251).
-
- Labyrinthe, 193, 194.
-
- LAC MOERIS, 193, 194, 224.
-
- Lac sacr, 270.
-
- Lacet, 88.
-
- Lait, 89.
-
- LAKISH, 253.
-
- Lambrissage, 103.
-
- Langue, 228, 294, 295.
-
- Lapis-Lazuli, 216, 217.
-
- Lasso, 88, 175, 178, 224.
-
- Lgume, 182.
-
- LEPSIUS, 19, 20.
-
- Lettre, 241, 296.
-
- LIBYE, LIBYEN, 83, 85, 100, 125, 130, 193, 232, 243, 245, 247, 250,
- 255, 290.
-
- LICHT, 203, 213.
-
- LIEBLEIN, 199, 259.
-
- Ligne, 88, 175, 224.
-
- Lin, 181 (144).
-
- Linceul, 206.
-
- Linge, 274.
-
- Lion, 88, 174, 224, 294.
-
- Liste d'offrandes, 164.
-
- Liste royale, 14, 21-25 (2, 3, 5), 117.
-
- Lit, 173, 274, 285.
-
- Litire, 184 (148).
-
- Littrature, 165, 197, 227-228, 294-296.
-
- Liturgie, 41.
-
- Livre des Morts, 274, 283, 296.
-
- Livre de Sothis, 14.
-
- Lotiforme (colonne), 136 (109), 201.
-
- Louvre (muse), 156, 157, 283.
-
- LOUXOR, 63, 264 (222), 265 (224).
-
-
-M
-
- Maon, 294.
-
- Magasin, 104, 105, 140, 150, 152, 211.
-
- Magdalnien, 56.
-
- Magie, 41, 228.
-
- Maillet, 183.
-
- Maillot, 206.
-
- Maison, 84, 173, 208, 211, 212 (176), 222, 261 (219).
-
- MAT, 47.
-
- MANTHON, 14, 15, 27, 35, 36, 46, 47, 48, 49, 50, 99, 100, 125, 126,
- 129, 130, 131, 133, 134, 190, 191, 195, 198, 200, 230, 249.
-
- Manicure, 172.
-
- Manteau, 85, 172, 222.
-
- Marais, 82, 173.
-
- Marche, 186 (151), 187.
-
- Mariage, 41, 286.
-
- MARIETTE, 19.
-
- Marine, 291-292 (250) (v. Navigation).
-
- Marteau, 61.
-
- MASAHERTA, 250.
-
- MASHAOUASH, 250.
-
- _Masniti_, 46.
-
- Masque, 205 (166), 206, 273, 275.
-
- Massue, 87 (62-63).
-
- Mastaba, 32, 139-148, 203, 209, 272.
-
- Mt, 185, 186, 263.
-
- Matelas, 173.
-
- Mdecine, 41, 100, 165, 166, 296.
-
- MEDINET HABOU, 247, 262 (220), 265 (225), 282.
-
- MDITERRANE, 71, 81, 83, 91, 121, 225, 255, 284.
-
- MEIDOUM, 148, 162.
-
- MEKHA, 51.
-
- MEMPHIS, 36, 100, 101, 102, 123, 124, 125, 133, 134, 137, 192, 193,
- 253.
-
- MENDES, 97, 258.
-
- MNS, 29, 44, 50, 51, 52, 54, 59, 95, 96, 98, 99, 100, 124.
-
- MENEPHTAH, 245-246 (208), 247, 259.
-
- MENKAOUHOR, 130.
-
- MENKAOURA, 128 (v. MYCRINUS).
-
- MENTOUHOTEP, 134, 190 (154), 191, 201, 202.
-
- Menuisier, 183 (146), 226 (189), 294.
-
- MERBAPA, 117.
-
- Mercenaires, 133, 254, 258, 290.
-
- MERENRA, 132 (106), 158.
-
- MERIT, 274.
-
- MER ROUGE, 91, 96, 121, 168, 220, 226, 255, 292.
-
- MERSEKHA, 114, 117.
-
- MSOPOTAMIE, 122.
-
- Mtal, 46, 58, 221, 277, 279, 289, 294.
-
- Mtallurgie, 93.
-
- Mtier, 32, 182 (v. Industrie).
-
- Mtier tisser, 41, 227 (190).
-
- Meuble, 32, 110, 146, 183, 285.
-
- Meule, 180.
-
- MIBIS, 100, 117.
-
- MILO, 121.
-
- Mine, 187.
-
- MITANNI, 26, 236.
-
- Mobilier funraire, 33, 73-76, 120, 146, 163, 208, 271, 274.
-
- MOERIS (lac), 193, 194, 224.
-
- Mose, 259.
-
- Moisson, 145, 164, 180 (141), 313 (259).
-
- Mollusque, 88.
-
- Momie, 42, 139, 144, 146, 154, 206 (167), 272 (233), 273, 275.
-
- DE MORGAN, 55, 105.
-
- Moulin, 90.
-
- Moustaches, 171.
-
- Moustrien, 56, 57.
-
- Mouton, 179, 180, 293.
-
- Moyen Empire, 32, 124, 134, 162, 189, 228, 249, 276, 290.
-
- Mur, 196.
-
- Muse Britannique, 22.
-
- Musique, 32.
-
- MYCRINUS, 128, 129 (103), 150.
-
-
-N
-
- NABUCHODONOSOR, 255.
-
- Nacelle, 90 (65), 173, 185 (149).
-
- Nacre, 75, 85.
-
- Nain, 169.
-
- Naos, 202, 263, 269.
-
- NAPATA, 252.
-
- Nasse, 88, 177.
-
- Natron, 206.
-
- Natte, 72, 173, 182 (145), 183, 208.
-
- Navigation, 90, 184-186, 225-226 (v. Marine).
-
- NAVILLE, 202.
-
- Navire, 291.
-
- NEBKA, 125.
-
- NEB-RA, 101.
-
- NCHAO I, 254.
-
- NCHAO II, 255, 292.
-
- Ncropole, 69, 72, 93.
-
- NECTANBO I, 258 (217).
-
- NECTANBO II, 258.
-
- Nef, 186.
-
- NEFERARKARA, 130.
-
- NEFERHOTEP, 195 (158).
-
- NEFERKARA, 134.
-
- NEGADAH, 95, 102, 104-105.
-
- Ngre, 195, 232, 234.
-
- NEHASI, 195.
-
- NEHEB, 51.
-
- NEKHROPHS, 125.
-
- NEKHTHORHEB, 258 (217).
-
- _Nekyes_, 49.
-
- NENOUTER, 101.
-
- Nolithique, 54, 58.
-
- NEOUSERRA-AN, 130 (104), 138.
-
- NEPHERITS, 258.
-
- NEPHTHYS, 48.
-
- Niche, 103, 105, 141.
-
- NIL, 82 et _passim_.
-
- Nilomtre, 224.
-
- NIMROD, 251, 252.
-
- No, 39.
-
- Nom d'Horus, 116, 118.
-
- Nomarque, 218, 219, 220.
-
- Nome, 166, 167.
-
- NOUIT, 38, 39 (9).
-
- Nourriture, 166, 222.
-
- NOUTERKHA, 125.
-
- Nouvel Empire, 27, 29, 32, 81, 162, 200, 208, 210, 229-298.
-
- NUBIE, 132, 169, 190, 192, 193, 212, 234, 242, 243, 287, 288.
-
- _Nuclus_, 65, 67.
-
-
-O
-
- Oasis, 62, 193.
-
- Oblisque, 137, 138, 233, 263.
-
- Obsidienne, 108, 121, 216.
-
- Ode, 295.
-
- OEuf, 89.
-
- Offrandes, 141, 145, 276.
-
- Oie, 89, 174, 177.
-
- Oiseau, 75, 173, 175, 294.
-
- OMAR, 297.
-
- Opration chirurgicale, 147.
-
- Or, 110, 111, 121, 184, 217, 284, 288.
-
- Oracle, 129.
-
- Orfvrerie, 217, 284 (v. Bijouterie, Joaillerie).
-
- Orge, 73, 107, 120.
-
- Ornement de corps, 73, 74 (v. Bijou).
-
- OSIRIS, 40 (10), 41, 42, 47, 48, 97, 164.
-
- OSORKON, 250-251 (212), 252.
-
- Ostracon, 296 (254).
-
- Otage, 234.
-
- OUADI-HAMMAMAT, 132.
-
- OUAZAND, 51.
-
- OUNPHS, 100.
-
- OUNA, 26, 131.
-
- OUNAS, 131, 152.
-
- Oursin, 75.
-
- OUSAPHAIS, 100.
-
- OUSERKARA, 131.
-
- OUSERKAF, 130.
-
- OUSERTESEN, 192 (v. SENOUSRIT).
-
- _Oushabti_, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 328 (262).
-
- Outil, 32, 56, 57, 59, 65, 66, 67, 120.
-
- Oxyrhinque, 164.
-
-
-P
-
- PAAPIS, 236, 298.
-
- Pagne, 170-171, 222, 289.
-
- Paille, 181.
-
- Palais, 118, 136, 211, 224, 260, 282.
-
- Palolithique, 54, 57, 58, 60.
-
- PALESTINE, 12, 26, 62, 130, 234, 247, 259, 288.
-
- Palette, 75.
-
- Palmiforme (colonne), 136 (107), 201.
-
- PANKHI, 250.
-
- Panodore, 50.
-
- Panthre, 88, 112, 174.
-
- Papyriforme (colonne), 136 (108), 201.
-
- Papyrus, 33, 90, 165, 197, 227 (191), 228, 274, 283, 296.
-
- Papyrus Harris, 26, 248.
-
- Papyrus royal de Turin, 15, 22-24 (3), 27, 35, 37, 46, 47, 48, 49, 50,
- 194.
-
- Parc de chasse, 223 (187), 224, 294.
-
- Parfum, 146, 166, 208, 216.
-
- Patriarches, 221.
-
- Pturage, 292, 293.
-
- Paysan, 219, 228.
-
- Peau, 72, 85, 289.
-
- Pche, 32, 56, 74, 88, 95, 120, 146, 181, 173-177 (136), 224, 293-294.
-
- Pectoral, 216 (183), 217.
-
- Pdicure, 172.
-
- Peigne, 75, 86 (61), 92.
-
- Peintre, 183.
-
- Peinture, 32, 161-162, 215-216, 280-283, 294.
-
- PLUSE, 196.
-
- Pendeloque, 75, 92.
-
- PENTAOUR, 244.
-
- PPI I, 132 (105), 157.
-
- PPI II, 132-133, 134, 169.
-
- PERABSEN, 116, 117.
-
- Percepteur, 219.
-
- Peroir, 183.
-
- Percuteur, 66, 67.
-
- Perdrix, 88.
-
- Priode sothiaque, 28.
-
- Priple, 255, 292.
-
- Prisclide, 289.
-
- Pristyle, 223.
-
- Perles, 74, 86, 110, 284.
-
- Perruque, 171, 274, 289.
-
- PERSE, 257, 258.
-
- Perspective, 159, 160.
-
- PETRIE, 55.
-
- PHNICIE, 284, 288.
-
- PHILAE, 125.
-
- PHILISTINS, 247.
-
- PIANKHI, 251, 252 (213), 253, 286.
-
- Pidroit, 139.
-
- Pige, 88.
-
- Pierre de Palerme, 24-25 (4), 99-101.
-
- Pierre de Rosette, 11 (1), 17.
-
- Pigeon, 89.
-
- Pilier, 135, 139, 146, 151, 202, 204.
-
- Pinceau, 162.
-
- PINODJEM, 250.
-
- Plafond, 282.
-
- Plancher, 103.
-
- Planchette, 273 (234).
-
- Plaque de schiste, 75 (34-36), 76, 111, 112 (87), 114.
-
- Plaquette, 110, 114 (89).
-
- Plateforme, 137, 147.
-
- Pltre, 275.
-
- PLINE LE JEUNE, 14.
-
- Plume, 289.
-
- PLUTARQUE, 14.
-
- POCKOKE, 16.
-
- Pome, 228, 244.
-
- Posie, 296.
-
- Poignard, 53 (14), 74, 87, 110 (84), 111, 197 (160), 217.
-
- Poinon, 62, 66, 74.
-
- Pointe de flche, 56, 66 (26-29), 87, 111 (85-86).
-
- Pointe de javelot, 56, 87, 88.
-
- Pointe de lance, 56, 88.
-
- Poisson, 75, 88, 164, 173, 174, 175, 177, 293.
-
- Polissoir, 77.
-
- Polychromie, 161.
-
- Porc, 293.
-
- Porphyre, 81, 108.
-
- Porte-ventail, 119.
-
- Porte-sandales, 119.
-
- Portire, 182.
-
- Portique, 138, 150, 152, 204.
-
- Poterie genne, 121.
-
- Potier, 92.
-
- POUNT, 168, 220, 232, 234, 288, 292.
-
- Prdynastique, 60, 63-94.
-
- Prhistorique, 21, 35, 54.
-
- Pressoir, 181 (143).
-
- Prtre, 129, 130, 131, 166, 237.
-
- Protocole, 115-118.
-
- PSAMMTIQUE I, 254 (214), 255.
-
- PSAMMTIQUE II, 255.
-
- PSAMMTIQUE III, 256.
-
- PSOUSENNS, 250.
-
- PTAH, 36-37 (7).
-
- PTAHHOTEP, 228.
-
- PTOLMES, 14, 17, 297.
-
- Puits, 205, 275.
-
- Pylne, 262, 263, 264 (222, 223), 277.
-
- Pyramides, 123 (97), 125, 126, 127, 128 (102), 129, 131, 138,
- 148-153 (119-120), 202 (163), 203, 268.
-
-
-Q
-
- QEB, 39 (9), 40.
-
- Quartz, 108.
-
-
-R
-
- RA, 35 (6), 37-39, 137, 138, 237.
-
- Racloir, 62, 74 (v. Grattoir).
-
- Raisin, 181 (143), 282 (243).
-
- Rame, 80, 186.
-
- RAMESSEUM, 266 (227).
-
- RAMSS I, 242.
-
- RAMSS II, 244-245 (207), 248, 250, 259, 266, 276 (235), 277 (236).
-
- RAMSS III, 25, 246-248 (209), 261.
-
- RAMSS IV-XII, 248-249, 270.
-
- RATOISS, 127.
-
- Rcolte, 85, 180.
-
- Recrutement, 32.
-
- Rgence, 232.
-
- Registre, 220.
-
- Rquisition, 219.
-
- RHAMPSINITE, 26.
-
- Rhinocros, 88.
-
- Rites funraires, 42.
-
- Robe, 85, 172, 289.
-
- ROBOAM, 251.
-
- ROME, 27, 275.
-
- Roseau, 90.
-
- DE ROUG, 20.
-
- Royaut, 115, 165-167, 217-219, 285-286.
-
-
-S
-
- SABACON, 252, 253.
-
- DE SACY, 17.
-
- SAHOURA, 130, 151.
-
- SAIS, SAITE, 252, 254, 257, 258, 260, 261, 275, 279, 290.
-
- SALATIS, 198.
-
- Sanctuaire, 84, 262, 263, 268, 269, 270 (v. Temple, Chapelle).
-
- Sandale, 171, 289.
-
- SAQQARAH, 123, 125.
-
- Sarcophage, 33, 145 (117), 146, 149, 153, 206, 207 (168-169), 209,
- 270, 273 (234), 274, 275 (v. Cercueil, Anthropode).
-
- SARGON, 252.
-
- Satire des mtiers, 33.
-
- Scarabe, 25.
-
- Sceau, 119.
-
- Sceptre, 208.
-
- Scie, 183.
-
- Science, 100, 165, 197, 228, 296.
-
- Scribe, 33, 154 (123), 156 (126), 167.
-
- Sculpture, Sculpteur, 92, 112, 153, 161, 183, 212-215, 275-281, 294.
-
- SEANKHKARA, 191.
-
- SEBEKHOTEP, 195.
-
- SEBEKNEFROU, 194.
-
- SEBENNYTOS, 258.
-
- SEKA, 51.
-
- SEKHET, 38 (8).
-
- Semailles, 145, 179, 180, 292 (251).
-
- SEMEMPSS, 100, 117.
-
- SMITE, 84, 96, 121, 127, 221 (186).
-
- Smitisme, 295.
-
- SEMNEH, 193.
-
- SENOUSRIT I, 191 (155), 192, 213, 219.
-
- SENOUSRIT II, 216 (183).
-
- SENOUSRIT III, 192 (156).
-
- SENNAKHRIB, 253.
-
- SEQNENRA, 26, 197, 198 (161).
-
- Srapum, 19, 283.
-
- _Serdab_, 143, 163, 210.
-
- Serf, 219.
-
- Sertissage, 282.
-
- Service des Antiquits, 20.
-
- SSOSTRIS, 192, 244.
-
- SET, 41, 42, 43, 44, 45 (12), 46, 47, 48, 93, 97, 101, 117, 124.
-
- STI I, 242-244 (205), 266, 267.
-
- STI II, 246.
-
- SETNEKHT, 246-247.
-
- SHABATOKA, 253.
-
- SHARDANE, 250, 290.
-
- _Sheikh-el-Beled_, 6 (frontispice), 156 (125).
-
- SHEPSESKARA, 130.
-
- SHESHONQ, 250, 251.
-
- _Shesou-Hor_, 35, 50.
-
- SHOU, 39 (9), 48.
-
- SI-AMON, 250.
-
- Silex, 32, 53-67 (14-29), 74, 75, 86 (60), 92, 96, 110 (84),
- 111 (85-86), 120, 231.
-
- Silure, 164.
-
- SINAI, 100, 114, 121, 127, 129, 130, 132, 168, 190, 193.
-
- Singe, 182.
-
- SINOUHIT, 26, 228.
-
- SIOUT, 134, 189, 218.
-
- SIPHTAH, 246, 272 (233).
-
- SISAK, 251.
-
- SMENDS, 250.
-
- SNEFROU, 126, 143, 149, 161.
-
- Soldat, 218 (185), 290 (249).
-
- Soleil, 130 (v. Ra).
-
- Solutren, 56, 57.
-
- SOMALIS, 54, 168, 220.
-
- SOTHIS, 28.
-
- Soubassement, 105.
-
- SOUDAN, 12, 83, 130, 169, 193, 220, 232, 234, 252, 288, 290.
-
- Sphrode (vase), 109 (80).
-
- Sphinx, 128, 150, 189 (153), 201, 214, 263.
-
- Statue, 112, 113, 144, 152, 153-158, 160, 197, 201, 202, 210, 213,
- 214.
-
- Statuette, 210, 211 (174).
-
- Statuette funraire, 210, 211 (175), 274, 278 (238), 284.
-
- Statopygie, 84.
-
- Stle, 104, 105, 114, 115, 119, 125, 138, 141, 143, 203, 280, 296.
-
- Store, 208.
-
- STRABON, 14, 31.
-
- Stuc, 260, 285.
-
- SUEZ, 196.
-
- Syphilis, 84.
-
- SYRIE, SYRIEN, 26, 127, 168, 190, 193, 220, 232, 234, 235, 243, 245,
- 246, 247, 250, 252, 253, 255, 284, 288, 289, 290, 293, 294.
-
- Syringe, 270.
-
-
-T
-
- Table d'offrandes, 143 (114, 115), 163.
-
- Tablette, 26, 236, 240 (202).
-
- TAFNEKHT, 252.
-
- TAHARQA, 253, 254.
-
- TAKELOT, 251.
-
- Talisman, 76.
-
- TANIS, 132, 250.
-
- TANOUTAMON, 254.
-
- TAOUSERT, 246.
-
- Tapis, 183.
-
- Tatouage, 86.
-
- TEKA, 51.
-
- TELL EL AMARNA, 26, 236, 237, 238, 239, 240, 241, 275, 281, 282.
-
- Temple, 106, 118, 131, 135, 136-138, 200, 201, 214, 233, 236, 262-270,
- 276, 280.
-
- Tenture, 182.
-
- TOS, 258.
-
- Terrasse, 202, 268.
-
- Terre cuite, 74.
-
- TESH, 51.
-
- TETI, 131.
-
- Textes religieux, 164, 208, 227, 228.
-
- THEBES, 134, 190, 192, 194, 196, 200, 218, 235, 237, 238, 242, 250,
- 251, 252, 253, 254, 261, 274, 287, 290, 291.
-
- Thologie, 165, 166.
-
- THII, 236.
-
- THINIS, 49, 98, 102.
-
- THOT, 39 (9), 42, 44, 45, 47, 48.
-
- THOUTMS I, 232 (195).
-
- THOUTMS II, 232.
-
- THOUTMS III, 26, 232, 233 (196), 259.
-
- THOUTMS IV, 229, 234 (197), 235.
-
- Tissage, 92, 182, 227 (190).
-
- Titulature, 101, 115-118, 124.
-
- Toilette, 166, 172 (132).
-
- Toit, 186.
-
- Tombeau, 31, 32, 33, 59, 64, 69, 76, 102-106, 119, 126, 135, 139-153,
- 154, 158, 161, 162, 202-211, 268, 270-275, 277, 278, 280, 296.
-
- Tortue, 75.
-
- TOSORTHROS, 125.
-
- Totem, 93.
-
- TOUAA, 274.
-
- TOUAREGS, 62.
-
- TOUTANKHAMON, 240 (203), 242, 274.
-
- Traneau, 187.
-
- Trait, 245.
-
- Transport, 219.
-
- Trsor, 263.
-
- Tribu, 41, 46 (v. Clan).
-
- Tribunal d'Osiris, 43.
-
- Troubleau, 177.
-
- Troupeau, 292, 293.
-
- Tuberculose, 84.
-
- TUNISIE, 245.
-
- TURIN, 23, 274.
-
- Turquoise, 217.
-
- TYPHON, 41.
-
-
-U
-
- Ustensile, 32, 146, 274, 285.
-
-
-V
-
- Vache, 178.
-
- Vaisseau, 186.
-
- Vannage, 181, 322 (260).
-
- Vannerie, 78, 80, 183, 282.
-
- Vase parfum, 274.
-
- Vase en bois, 283.
-
- Vase en mail et en verre, 284.
-
- Vase en mtal, 217, 283-284, 289.
-
- Vase en pierre, 59, 81, 92, 107-109, 163, 183, 187, 121, 208, 216-283,
- 284.
-
- Vase en terre, 32, 73, 76-81, 107-108, 163, 209, 216.
-
- Vendange, 146, 181.
-
- Ventilation, 223.
-
- Vergue, 185.
-
- Verre, 284.
-
- Vtement, 32, 41, 120, 146, 166, 170-171, 222, 274 (v. Costume).
-
- Viande, 73, 107.
-
- Vigne, 120, 181, 282 (243).
-
- Village, 64, 67-68, 80, 84, 93.
-
- Vilebrequin, 108.
-
- Ville, 41, 211, 219, 222.
-
- Vin, 107.
-
- Vizir, 166.
-
- Voile, 185, 186, 225.
-
-
-X
-
- XOIS, 194.
-
-
-Y
-
- YOUAA, 274.
-
- YOUNG, 17.
-
-
-Z
-
- ZERAKH, 251.
-
-[Illustration: _Fig. 258._ Tte de femme (XVIIIe dynastie).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 259._ Moissonneurs portant la rcolte (Tombeau
-d'Anna, Thbes, XVIIIe dynastie).]
-
-
-
-
-BIBLIOGRAPHIE
-
-Liste des principaux ouvrages concernant les divers domaines de
-l'Egyptologie. Les titres prcds d'un astrique sont ceux des livres
-qu'on peut se procurer le plus facilement.
-
-
-A. OUVRAGES GNRAUX
-
-I. HISTOIRE
-
- *FR. W. VON BISSING. _Geschichte Aegyptens im Umriss._ Berlin 1904.
-
- *J. H. BREASTED. _A History of Egypt._ New-York 1905.
-
- H. BRUGSCH. _Geschichte Aegyptens unter den
- Pharaonen._ Leipzig 1877.
-
- *E. A. WALLIS BUDGE. _A History of Egypt._ 8 vol.
- (Books on Egypt and Chaldaea IX-XVI.) Londres 1902.
-
- FR. LENORMANT. _Histoire Ancienne de l'Orient_.
- T. II et III. Les Egyptiens (9e dit.). Paris 1887.
-
- *J. LIEBLEIN. _Recherches sur l'histoire et la
- civilisation de l'ancienne Egypte._ Leipzig 1910-11.
-
- -- _Recherches sur la chronologie gyptienne._ Christiania 1873.
-
- F. J. LAUTH. _Aus Aegyptens Vorzeit._ Berlin 1881.
-
- G. MASPERO. _Histoire ancienne des peuples de
- l'Orient classique._ 3 vol. Paris 1895-99.
-
- -- _Histoire ancienne des peuples de l'Orient_.
- 1 vol. 6e dit. Paris 1904.
-
- ED. MEYER. _Geschichte des Altertums_ I et II.
- (En cours de publication.) Stuttgart 1909.
-
- -- _Histoire de l'Antiquit._ I-VIII.
- (En cours de publ.) Paris 1912.
-
- -- _Aegyptische Chronologie._ Berlin 1904.
-
- *W. FL. PETRIE. _A History of Egypt_. 3 vol. Londres 1899-1905.
-
- G. F. UNGER. _Chronologie des Manetho._ Berlin 1867.
-
- A. WIEDMANN. _Aegyptische Geschichte._ Gotha 1884.
-
-
-LISTES ROYALES
-
- E. BRUGSCH et U. BOURIANT. _Le Livre des rois._ Le Caire 1887.
-
- E. A. WALLIS BUDGE. _The Book of the Kings of Egypt._
- 3 vol. Londres 1908.
-
- H. GAUTHIER. _Le Livre des rois d'Egypte._ 5 vol.
- (Mm. de l'Inst. fr. d'Arch. orient. du Caire,
- t. XVII-XXI.) Le Caire 1907-1918.
-
- C. R. LEPSIUS. _Knigsbuch der alten Aegypter._
- 2 vol. Berlin 1858.
-
-
-2. GOGRAPHIE
-
- E. AMLINEAU. _La gographie de l'Egypte l'poque
- copte._ Paris 1893.
-
- *K. BDEKER (G. STEINDORFF). _Egypte et Soudan._
- (3e dit. fran.) Leipzig 1898.
-
- *G. BENEDITE. _Egypte_ (Guide Joanne.) Paris 1900-1905.
-
- H. BRUGSCH. _Geographische Inschriften
- altgyptischer Denkmler._ 3 vol. Leipzig 1857-1860.
-
- -- _Dictionnaire gographique de l'ancienne Egypte._ Leipzig 1879.
-
- J. F. CHAMPOLLION. _L'Egypte sous les Pharaons._
- 2 vol. Paris 1814.
-
- J. DUMICHEN. _Geographie des alten Aegyptens_
- (dans MEYER. _Gesch. Aeg._ 1re edit.) Berlin 1887.
-
- -- _Zur Geographie des alten Aegyptens._ Leipzig 1894.
-
- J. DE ROUG. _Gographie ancienne de la Basse
- Egypte._ Leipzig 1894.
-
- _An atlas of ancient Egypt._ (Publ. of the Egypt
- Exploration Fund.) Londres 1894.
-
- E. SCHIAPARELLI. _La Geografia dell'Africa
- orientale._ Rome 1916.
-
-
-3. RELATIONS EXTRIEURES
-
- F. W. VON BISSING. _Der Anteil der aegyptischen
- Kunst am Kunstleben der Vlker._ Munich 1912.
-
- W. M. MULLER. _Asien und Europa nach aegyptischen
- Denkmlern._ Leipzig 1893.
-
- -- _Egyptological Researches_ (2 vol.). Washington 1906-1910.
-
- *W. M. FL. PETRIE. _Egypt and Israel._ Londres 1911.
-
- R. WEILL. _Recueil des inscriptions gyptiennes
- du Sina._ Paris 1904.
-
-
-4. CIVILISATION
-
- H. BRUGSCH. _Die Aegyptologie._ Leipzig 1891.
-
- F. CHABAS. _Etudes sur l'Antiquit historique._
- (3e dit.) Paris 1873.
-
- *AD. ERMAN-RANCKE. _Aegypten und aegyptisches
- Leben im Altertum_ (2e dit.). Tbingen 1923.
-
- *V. LORET. _L'Egypte au temps des Pharaons._ Paris 1889.
-
- *G. MASPERO. _Lectures historiques._ Paris 1890.
-
- J. ROSELLINI. _I Monumenti dell'Egitto e della
- Nubia._ (Vol. IV-VIII. Monumenti civili.). Pise 1843-36.
-
- *H. SCHNEIDER. _Kultur und Denken der alten
- Aegypter._ Leipzig 1909.
-
- J. GARDNER WILKINSON. _The Manners and Customs of the
- ancient Egyptians._ (4e d. par S. BIRCH.) 3 vol. Londres 1878.
-
- A. WIEDEMANN. _Herodots zweites Buch._ Leipzig 1890.
-
- W. WRESZINSKI. _Atlas zur altgyptischen
- Kulturgeschichte._ Leipzig 1914.
-
-
-5. ART
-
- F. W. VON BISSING. _Denkmler aegyptischer
- Sculptur._ 1 vol. et 2 atlas. Leipzig 1908-13.
-
- L. BORCHARDT. _Die aegyptische Pflanzensule._ Berlin 1897.
-
- J. CAPART. _L'art gyptien._ 2 vol. de planches. Bruxelles 1909-11.
-
- -- _Leons sur l'art gyptien._ Bruxelles 1920.
-
- A. CHOISY. _L'art de btir chez les Egyptiens._ Paris 1904.
-
- G. FOUCART. _Histoire de l'ordre lotiforme._ Paris 1897.
-
- G. JQUIER. _Dcoration gyptienne._ Paris 1911.
-
- -- _Les temples memphites et thbains._ Paris 1921.
-
- -- _Les temples ramessides et sates._ Paris 1923.
-
- -- _Les temples ptolmaques et romains._ (sous presse).
-
- *G. MASPERO. _L'archologie gyptienne._ Paris 1887.
-
- *-- _Egypte_ (collection Ars una). Paris 1912.
-
- G. PERROT ET CH. CHIPIEZ. _Histoire de l'Art
- dans l'Antiquit._ I _Egypte._ Paris 1882.
-
- *W. M. FL. PETRIE. _Egyptian Decorative Art._ Londres 1895.
-
- *-- _Arts and Crafts of ancient Egypt._ Edimbourg 1909.
-
- *H. SCHAFER. _Von gyptischer Kunst._ 2 vol. Leipzig 1920.
-
- *W. SPIEGELBERG. _Geschichte der aegyptischen
- Kunst._ Leipzig 1903.
-
-
-6. CRITURE
-
-HIROGLYPHES
-
- PH. BERGER. _Histoire de l'criture dans
- l'antiquit_, p. 90-104. Paris 1891.
-
- F. LL. GRIFFITH. _Beni Hasan_ III. Londres 1896.
-
- -- _Hieroglyphs._ Londres 1898.
-
- -- _The Mastaba of Ptahhetep and Akhethetep._ I. Londres 1900.
-
- M. A. MURRAY. _Saqqara Mastabas_ I. Londres 1905.
-
-
-HIRATIQUE
-
- AD. ERMAN. _Die Mrchen des Papyrus Westcar_, t. II. Berlin 1890.
-
- S. LEVI. _Raccolta dei Signi ieratici egizi._ Turin 1882.
-
- G. MOLLER. _Hieratische Palaeographie._ 3 vol. Leipzig 1909-1913.
-
-
-DMOTIQUE
-
- H. BRUGSCH. _Grammaire dmotique._ Paris 1855.
-
-
-7. LANGUE
-
-GRAMMAIRE
-
- H. BRUGSCH. _Hieroglyphische Grammatik._ Leipzig 1872.
-
- J. F. CHAMPOLLION. _Grammaire gyptienne._ Paris 1836.
-
- E. DRIOTON. _Cours de grammaire gyptienne._ Nancy 1922.
-
- AD. ERMAN. _Aegyptische Grammatik_ (3e d.) Berlin 1911.
-
- V. LORET. _Manuel de la langue gyptienne._ Paris 1889.
-
- E. DE ROUG. _Chrestomathie gyptienne_, 4 vol. Paris 1867-76.
-
- K. SETHE. _Das aegyptische Verbum._ 3 vol. Leipzig 1899.
-
-
-DICTIONNAIRE
-
- H. BRUGSCH. _Hieroglyphisch-demotisches Wrterbuch._
- Vol. I-IV et suppl. Vol. V-VII. Leipzig 1867-82.
-
- AD. ERMAN, H. GRAPOW. _Aegyptisches Handwrterbuch._ Berlin 1904.
-
- S. LEVI. _Vocabolario geroglifico-copto-ebraico._
- Vol. I-IV et suppl. Vol. VII-VIII. Turin 1887-94.
-
- P. PIERRET. _Vocabulaire hiroglyphique._ Paris 1875.
-
-
-8. LITTRATURE
-
- *J. BREASTED. _Ancient Records of Egypt_, 5 vol. Chicago 1906-07.
-
- G. MASPERO. _Etudes gyptiennes._ Vol. I. Paris 1879.
-
- -- _Du genre pistolaire chez les Egyptiens._ Paris 1872.
-
- *-- _Les Contes populaires de l'Egypte ancienne._
- (4e dit.). Paris 1911.
-
- W. M. MULLER. _Die Liebespoesie der alten Aegypter._ Leipzig 1899.
-
- _Records of the Past._ Vol. II, IV, VI, VIII, X, XII.
- Londres 1874-81.
-
-
-9. RELIGION
-
- H. BRUGSCH. _Religion und Mythologie der alten
- Aegypter._ Leipzig 1888.
-
- E. A. WALLIS BUDGE. _The Gods of the Egyptians_
- (2 vol.). Londres 1904.
-
- -- _Osiris and the Egyptian Resurrection_ (2 vol.). Londres 1911.
-
- *AD. ERMAN. _Die aegyptische Religion._ Berlin 1905.
-
- G. MASPERO. _Etudes de Mythologie et d'Archologie
- gyptiennes._ (Vol. I-VI. Bibliothque
- Egyptologique, t. I, II, VIII, IX, XXVII, XXVIII.) Paris 1893-1912.
-
- *ED. NAVILLE. _La Religion des Anciens Egyptiens_
- (Annales du Muse Guimet. Bibl. de Vulgarisation
- t. XXIII.) Paris 1906.
-
- *W. M. FL. PETRIE. _Religion and Conscience in
- Egypt._ Londres 1898.
-
- *_Personal Religion in Egypt before Christianity._ Londres 1909.
-
- P. PIERRET. _Essai sur la Mythologie gyptienne._ Paris 1879.
-
- *G. STEINDORF. _The Religion of the ancient
- Egyptians._ New-York 1905.
-
- V. VON STRAUSS UND TORNEY. _Der altaegyptische
- Gtterglaube._ 2 vol. Heidelberg 1889.
-
- *A. WIEDEMANN. _Die Religion der alten Aegypter._ Mnster 1890.
-
-
-RITES
-
- *E. A. W. BUDGE. _The Liturgy of funerary
- offerings_ (Books on Egypt and Chaldaea. Vol. XXV). Londres 1909.
-
- *-- _The Book of Opening the Mouth._ 2 vol.
- (_ibid._ Vol. XXVI et XXVII). Londres 1909.
-
- H. KEES. _Der Opfertanz des aegyptischen Knigs._ Leipzig 1912.
-
- E. LEFBURE. _Rites gyptiens._ (Publ. de l'Ecole
- des Lettres d'Alger. IV.) Paris 1890.
-
- *A. MORET. _Du caractre religieux de la royaut
- pharaonique_. (Annales du Muse Guimet. Bibl.
- d'Etudes, t. XV.). Paris 1902.
-
- *-- _Le Rituel du Culte divin journalier en Egypte_
- (_ibid._ t. XIV). Paris 1902.
-
- E. SCHIAPARELLI. _Il Libro dei Funerali degli
- antichi Egiziani_, 3 vol. et atlas de planches. Turin 1882.
-
- G. MASPERO. _Le rituel du sacrifice funraire._
- Bibliothque gyptologique I. p. 283-324. Paris 1893.
-
-
-TEXTES ANCIENS
-
-
- 1. _Livre des pyramides._
-
- G. MASPERO. _Les Inscriptions des Pyramides de
- Saqqarah._ (Extrait du Recueil de Travaux.) Paris 1894.
-
- K. SETHE. _Die altaegyptischen Pyramidentexte._ (En
- cours de publication. 4 vol. parus.) Leipzig 1908. sq.
-
-
- 2. _Textes funraires du Moyen Empire._
-
- P. LACAU. _Textes religieux._ (Parait dans le
- Recueil de travaux. Vol. XXVI et suiv.) Paris 1904 sq.
-
- R. LEPSIUS. _Aelteste Texte des Todtenbuchs._ Berlin 1867.
-
-
- 3. _Livre des morts._
-
- *E. A. WALLIS BUDGE. _The Book of the Dead._ 3 vol.
- (Texte, traduction et index.) Londres 1898.
-
- *P. LE PAGE RENOUF. _The Book of the Dead._
- Translation and commentary (Life-Work, vol. IV.) Paris 1907.
-
- R. LEPSIUS. _Das Todtenbuch der Aegypter._ Leipzig 1842.
-
- ED. SAVILLE. _Das aegyptische Totenbuch der_
- XVIII-XX. _Dyn_. 3 vol. Berlin 1886.
-
- G. MASPERO. _Le livre des morts._ Bibliothque
- gyptol. I. p. 325-387. Paris 1893.
-
- *P. PIERRET. _Le Livre des morts._ (2e dit.) trad. Paris 1907.
-
- W. PLEYTE. _Chapitres supplmentaires du Livre des
- morts._ 3 vol. Leide 1881.
-
- *E. DE ROUG. _Etudes sur le Rituel funraire des
- anciens Egyptiens._ Bibl. gyptol. XXIII. Paris 1910.
-
-
- 4. _Livre de l'Am.-Douat._
-
- G. JQUIER. _Le livre de ce qu'il y a dans l'Hads._ Paris 1894.
-
- R. V. LANZONE. _Le domicile des Esprits._ Paris 1879.
-
- E. LEFBURE. _Le Tombeau de Seti Ier_ (Mm. de la
- Mission fran. au Caire, t. II.) Paris 1886.
-
- G. MASPERO. _Les Hypoges royaux de Thbes._
- (Bibliothque gyptol. II, p. 1-181.) Paris 1893.
-
-
- 5. _Ouvrages divers._
-
- E. VON BERGMANN. _Das Buch vom Durchwandeln der
- Ewigkeit._ Vienne 1877.
-
- E. CHASSINAT. _Le livre de protger la barque divine._
- (Recueil de travaux XVI. p. 105-122.) Paris 1894.
-
- -- _Etude sur quelques textes de provenance thbaine._
- (Bulletin de l'Inst. fr. d'arch. or. du Caire,
- III. 129-163.) Le Caire 1903.
-
- J. DE HORRACK. _Les lamentations d'Isis et de
- Nephthys._ Paris 1866.
-
- -- _Le livre des respirations._ Paris 1877.
-
- H. JUNKER. _Die Stundenwachen in den
- Osiris-Mysterien._ Vienne 1910.
-
- -- _Die Onurislegende._ Vienne 1917.
-
- J. LIEBLEIN. _Le livre gyptien Que mon nom
- fleurisse._ Leipzig 1895.
-
- E. GRBAUT. _Hymne Ammon-R._ Paris 1874.
-
- H. KEES. _Der Opfertanz des aegyptischen Knigs._ Leipzig 1912.
-
- V. LORET. _Les ftes d'Osiris au mois de Khoak._
- (Recueil de travaux III-V.) Paris 1882-84.
-
- G. MASPERO. _Hymne au Nil._ Le Caire 1912.
-
- E. NAVILLE. _Textes relatifs au Mythe d'Horus._ Leipzig 1870.
-
- -- _La Litanie du Soleil._ Leipzig 1875.
-
- -- _La destruction des hommes par les dieux._
- (Transaction of the Soc. of Bibl. Arch.
- IV et VIII.) Londres 1875-85.
-
-
- 6. _Textes magiques._
-
- F. CHABAS. _Le papyrus magique Harris._ Chalon 1860.
-
- AD. ERMAN. _Zaubersprche fr Mutter und Kind._ Berlin 1901.
-
- G. DARESSY. _Textes et dessins magiques._
- (Catal. gn. du Muse du Caire.) Le Caire 1903.
-
- W. GOLENISCHEFF. _Die Metternichstele._ Leipzig 1877.
-
-
-10. PUBLICATIONS DE TEXTES
-
-MONUMENTS
-
- H. BRUGSCH. _Recueil de monuments gyptiens._ 6 vol. Leipzig 1861-83.
-
- -- _Thsaurus inscriptionum aegyptiacarum._ 6 vol. Leipzig 1883-91.
-
- J. F. CHAMPOLLION. _Monuments de l'Egypte et de la
- Nubie._ 4 vol. de planches et 2 vol.
- de texte. Paris 1835 sq.
-
- J. DUMICHEN. _Historische Inschriften altgyptischer
- Denkmler._ 2 vol. Leipzig 1867.
-
- -- _Altgyptische Kalenderinschriften._ Leipzig 1866.
-
- -- _Altgyptische Tempelinschriften._ 2 vol. Leipzig 1867.
-
- R. LEPSIUS. _Denkmaler aus Aegypten und Aethiopien._
- Planches 12 vol. Texte 5 vol. Berlin 1840 sq.
-
- J. ROSELLINI. _Monumenti dell'Egitto e della Nubia._
- Planches 3 vol. Texte 9 vol. Pise 1832-44.
-
- R. DE ROUG. _Inscriptions hiroglyphiques copies
- en Egypte._ 4 vol. Paris 1877-79.
-
- _Description de l'Egypte._ 1re dit. Planches.
- 14 vol. Texte. 9 vol. Paris 1809 sq.
- 2e dit. Planches 11 vol. Texte 26 vol. Paris 1821 sq.
-
- _Urkunden des aegyptischen Altertums._ En cours
- de publication. Leipzig 1903 sq.
-
- _Archaelogical Survey of Egypt._ 24 vol. parus. Londres 1890 sq.
-
-
-FOUILLES
-
- _Egypt Exploration Fund._ 37 vol. parus. Londres 1883 sq.
-
- _Egypt Research Account. British school of
- Archaeology._ 18 vol. parus. Londres 1898 sq.
-
- _Deutsche Orient Gesellschaft._ Leipzig 1908 sq.
-
- _Services des Antiquits de l'Egypte._
- (Comptes rendus de fouilles). Le Caire 1894 sq.
-
- W. M. FLINDERS PETRIE. Publications diverses. Londres 1896 sq.
-
-
-MUSES
-
- _Catalogue gnral des antiquits gyptiennes
- du Muse du Caire._ 59 vol. parus depuis 1901.
-
- _Beschreibung der aegyptischen Sammlung .... in
- Leiden._ 11 vol. parus depuis 1907.
-
- _Aegyptische Inschriften aus den Kg. Museen zu
- Berlin._ 2 vol. parus depuis 1901.
-
- C. LEEMANS. _Monuments gyptiens du Muse
- d'Antiquits des Pays-Bas_ Leide. Leide 1832 sq.
-
- P. PIERRET. _Recueil d'inscriptions indites du
- Muse gyptien du Louvre._ 2 vol. Paris 1874-78.
-
- E. SCHIAPARELLI. _Museo archeologico di
- Firenze.--Antichita Egizie._ Rome 1887.
-
-
-PAPYRUS
-
- _Select papyri in the hieratic character from the
- British Museum._ Londres 1841-60.
-
- _Hieratische Papyrus aus den kg. Museum zu Berlin._
- 5 vol. parus. Leipzig 1901 sq.
-
- S. BIRCH. _Inscriptions in the hieratic and demotic
- character_ (British Museum). Londres 1868.
-
- -- _Facsimile of an egyptian hieratic papyrus of the
- reign of Ramses_ III. Londres 1876.
-
- TH. DEVRIA. _Le papyrus judiciaire de Turin et les
- papyrus Lee et Rollin_ (Bibliothque
- gyptologique V). Paris 1897.
-
- G. EBERS. _Papyros Ebers._ 2 vol. Leipzig 1875.
-
- A. EISENLOHR. _Ein mathematisches Handbuch der alten
- Aegypter._ 2 vol. Leipzig 1877.
-
- AD. ERMAN. _Die Mrchen des Papyrus Westcar_ (2 vol.). Berlin 1890.
-
- -- _Gesprch eines Lebensmden mit seiner Seele._ Berlin 1896.
-
- A. GARDINER. _Egyptian hieratic texts._
- (En cours de publication.) Leipzig 1911 sq.
-
- -- _Admonitions of an aegyptian Sage._ Leipzig 1909.
-
- F. LL. GRIFFITH. _Hieratic papyri from Kahun
- and Gurob._ Londres 1898.
-
- G. JQUIER. _Le Papyrus Prisse et ses variantes._ Paris 1910.
-
- A. MARIETTE. _Les papyrus gyptiens du Muse
- de Boulaq._ Paris 1872-77.
-
- W. PLEYTE et F. ROSSI. _Les papyrus de Turin._ 2 vol. Leide 1869-76.
-
- G. REISNER. _The Hearst medical papyrus._ Leipzig 1905.
-
- W. WRESZINSKI. _Der grosse medizinische Papyrus des
- Berliner Museums._ Leipzig 1909.
-
-
-11. MMOIRES EN SRIES
-
- Mmoires publis par les membres de la Mission
- archologique franaise au Caire. (16 vol.). Paris 1884-1897.
-
- Mmoires publis par les membres de l'Institut
- franais d'archologie orientale du Caire
- (45 vol. parus). Le Caire 1902 sq.
-
- Bibliothque gyptologique, contenant les oeuvres
- des gyptologues franais (25 volumes parus). Paris 1893 sq.
-
- Untersuchungen zur Geschichte und Altertumskunde
- Aegyptens. (6 vol. parus.). Leipzig 1896 sq.
-
- Recueil d'Etudes gyptologiques ddies la mmoire
- de J.-F. Champollion. Paris 1922.
-
-
-12. PRIODIQUES
-
- Ancient Egypt. Londres ds 1914.
-
- Annales du Service des Antiquits de l'Egypte. Le Caire ds 1900.
-
- Bulletin de l'Institut franais d'archologie
- orientale. Le Caire ds 1901.
-
- Journal of Aegyptian archeology. Londres ds 1914.
-
- Mlanges d'archologie gyptienne et assyrienne.
- (Vol. I-III.) Paris 1872-77.
-
- Recueil de travaux relatifs la philologie et
- l'archologie gyptiennes et assyriennes. Paris ds 1870.
-
- Revue gyptologique. Paris ds 1880.
-
- Society of Biblical Archaeology. Transactions I-IX.
- Londres 1872-93. Proceedings I-XL. Londres 1879-1918.
-
- Sphinx. Revue critique. (Vol. I-XXI.) Upsala 1897-1918.
-
- Zeitschrift fr aegyptische Sprache und
- Altertumskunde. Leipzig ds 1863.
-
-
-B. OUVRAGES SPCIAUX
-
-1. POQUES PRDYNASTIQUE ET THINITE
-
- E. AMLINEAU. _Les nouvelles fouilles d'Abydos._ 4 vol.
- Paris 1899 sq.
-
- -- _Le tombeau d'Osiris._ Paris 1899.
-
- E. AYRTON. _Predynastic cemetery at El Mahasna._ Londres 1911.
-
- J. CAPART. _Les dbuts de l'art en Egypte._ Bruxelles 1909.
-
- J. GARSTANG. _Mahasna and Bet-Khallaf._ Londres 1902.
-
- J. DE MORGAN. _Recherches sur les Origines de
- l'Egypte._ 2 vol. Paris 1896-97.
-
- W. M. FL. PETRIE, J. E. QUIBELL. _Nagada and Ballas._ Londres 1896.
-
- FL. PETRIE. _The Royal Tombs of the earliest dyn._
- 2 vol. Londres 1900-01.
-
- -- _Diospolis parva._ Londres 1901.
-
- -- _Abydos._ 2 vol. Londres 1902-03.
-
- J. E. QUIBELL. _Hieraconpolis._ 2 vol. Londres 1900 sq.
-
- -- _Archac objects_ (catal. gn. du Caire). Le Caire 1905.
-
- D. RANDALL-MACIVER. _El-Amrah and Abydos._ Londres 1902.
-
- G. REISNER. _The early dynastie cemeteries of
- Naga-ed-Dr._ Leipzig 1908.
-
- K. SETHE. _Beitrage zur ltesten Geschichte Aegyptens._ Leipzig 1905.
-
- R. WEIL. _Des monuments et de l'histoire des_ IIe
- et IIIe _dynasties gyptiennes._ Paris 1908.
-
-
-2. ANCIEN EMPIRE
-
- F. W. VON BISSING. _Die Mastaba des Gem-ni-kai._ 2 vol.
- Berlin 1905 sq.
-
- -- _Das R-Heiligtum des Knigs Ne-Woser-R._ 2 vol. Berlin 1905 sq.
-
- L. BORCHARDT. _Das Grabdenkmal des Knigs Ne-User-Re._ Berlin 1907.
-
- -- _Das Grabdenkmal des Knigs Nefer-ir-ke-Re._ Berlin 1909.
-
- -- _Das Grabdenkmal des Knigs Sa-hu-Re._ 2 vol. Berlin 1910-13.
-
- J. CAPART. _Une rue de tombeaux Saqqarah._ 2 vol. Bruxelles 1907.
-
- N. DE G. DAVIES. _Ptahhetep and Akhethetep._ 2 vol. Londres 1900.
-
- -- _The Rock-tombs of Sheikh-Said._ Londres 1901.
-
- -- _The Rock-tombs of Deir-el-Gebrawi._ 2 vol. Londres 1902.
-
- A. MARIETTE. _Les Mastabas de l'Ancien Empire._ Paris 1889.
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- M. A. MURRAY. _Saqqara Mastaba_ I. Londres 1904.
-
- W. M. FL. PETRIE. _Medum._ Londres 1893.
-
- -- _Deshasheh._ Londres 1898.
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- E. DE ROUG. _Recherches sur les monuments qu'on peut
- attribuer aux six premires dynasties de Manthon._ Paris 1866.
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-
-3. MOYEN EMPIRE
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- E. CHASSINAT et CH. PALANQUE. _Une campagne de
- fouilles dans la ncropole d'Assiout._ Le Caire 1911.
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- N. DE G. DAVIES, A. GARDINER. _The tomb of Antefoker._ Londres 1920.
-
- J. GARSTANG. _The Burial Customs of Ancient Egypt._ Londres 1907.
-
- J. E. GAUTIER, G. JEQUIER. _Mmoire sur les fouilles
- de Licht._ Caire 1902.
-
- F. LL. GRIFFITH. _The Inscriptions of Siut and
- Der-Rifeh._ Londres 1889.
-
- P. LACAU. _Sarcophages antrieurs au Nouvel Empire
- thbain_ (2 vol.). Le Caire 1904.
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- H. O. LANGE et H. SCHAEFER. _Grab und Denksteine
- des Mittleren Reichs._ 4 vol. Berlin ds 1902.
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- A. C. MACE, H. E. WINLOCK. _The Tomb of Senebtisi
- at Lisht._ New-York 1916.
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- J. DE MORGAN. _Fouilles Dahchour._ 2 vol. Vienne 1895-1903.
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- ED. NAVILLE. _The_ XIth _dynasty Temple at
- Deir-el-Bahari._ 3 vol. Londres 1907 sq.
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- P. E. NEWBERRY. _Beni Hasan._ 4 vol. Londres 1892 sq.
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- -- _El Bersheh._ 2 vol. Londres 1894 sq.
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- H. SCHFER. _Priestergrber .... vom Totentempel des
- Ne-User-R._ Leipzig 1908.
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- G. STEINDORFF. _Grabfunde des Mittleren Reichs._
- 2 vol. Berlin 1896 sq.
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-4. NOUVEL EMPIRE
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- N. DE G. DAVIES. _The Rock-tombs of El-Amarna_
- (6 vol.). Londres 1903 sq.
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- -- GARDINER. _The tomb of Amenemht._ Londres 1915.
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- -- _The Tomb of Nakht at Thbes._ New-York 1917.
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- P. LACAU. _Stles du Nouvel Empire._ Le Caire 1909.
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- A. MARIETTE. _Abydos_ I. Paris 1880.
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- ED. NAVILLE. _The Temple of Deir-el-Bahari._ 7 vol. Londres 1900.
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- P. E. NEWBERRY. _The life of Rekmara._ Londres 1900.
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- Mis OF NORTHAMPTON, W. SPIEGELBERG, P. NEWBERRY.
- _Excavations in the Theban necropolis._ Londres 1908.
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- K. SETHE. _Urkunden der_ XVIIIe _dynastie._ 4 vol. Leipzig 1906 sq.
-
- Mm. de la Mission archologique franaise au Caire,
- t. V. Paris 1894.
-
-[Illustration: _Fig. 260._ Vanneurs (tombeau de Nakht. Thbes XVIIIe
-dynastie).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 261._ Haches d'Ahms I. d'aprs MARIETTE. _Album du
-Muse de Boulaq_, pl. XXXI.]
-
-
-
-
-TABLE DES GRAVURES
-
-
- Pages
-
- Le _Sheikh-el-beled_ statue en bois de l'Ancien Empire
- (frontispice).
- 1. Quelques lignes de la Pierre de Rosette 11
- 2. La table royale d'Abydos 22
- 3. Fragments du papyrus royal de Turin 23
- 4. Partie suprieure de la Pierre de Palerme 24
- 5. Panneau de la Salle des Anctres de Karnak 34
- 6. R dans la barque solaire 35
- 7. Ptah 37
- 8. Sekhet 38
- 9. Nout portant la barque solaire: Shou et Qeb; Thot 39
- 10. Osiris et Isis 40
- 11. Anubis embaumeur 43
- 12. Set et Horus runissant les deux parties du pays sous
- l'autorit du roi 45
- 13. Les Enfants d'Horus 52
- 14. Poignard en silex 53
- 15-18. Instruments palolithiques 61
- 19-21. Haches et herminette en silex 64
- 22-25. Couteaux et grattoirs en silex 65
- 26-29. Pointes de flches en silex 66
- 30. Tombeau prdynastique 69
- 31. Tombeau prdynastique 70
- 32. Tombeau prdynastique 71
- 33. Couteau en silex 74
- 34-36. Plaques de schiste 75
- 37-41. Vases rouges bord noir 77
- 42-46. Poterie rouge 77
- 47-49. Vases rouges dcor blanc 78
- 50-51. Vases cordon 79
- 52-54. Vases peints 79
- 55. Vase peint 80
- 56-57. Poterie grossire 81
- 58. Sanctuaire primitif 84
- 59. Figurines d'ivoire d'poque archaque 85
- 60. Bracelet en silex 86
- 61. Peigne en os 86
- 62-63. Massues 87
- 64. Harpon en os 88
- 65. Modle de nacelle en terre cuite 90
- 66. Barque prhistorique. Graffito 91
- 67. Hippopotame en terre cuite 94
- 68. Vue perspective du tombeau de Negadah 95
- 69. Tte de Kha-Sekhemou 101
- 70. Plan d'un tombeau royal Abydos 103
- 71. Stle royale d'Abydos 104
- 72. Tombe d'poque thinite 106
- 73. Jarre en terre 107
- 74-75. Vases cylindriques en terre 108
- 76-79. Coupes en pierre dure 108
- 80-81. Vases de pierre 109
- 82-83. Bracelets de la Ire dynastie 110
- 84. Poignard en silex poigne d'or 110
- 85-86. Pointes de flches 111
- 87. Plaque de schiste 112
- 88. Statue archaque, Turin 112
- 89. Tablette en bne 114
- 90. Empreinte de cylindre 114
- 91. Protocole du roi Amenemhat III 115
- 92. Noms de rois de la Ire dynastie 116
- 93. Nom du roi Perabsen 116
- 94. Nom du roi Kha-Sekhemou 116
- 95. Nom du roi Den-Setou 116
- 96. Chien en ivoire 122
- 97. La pyramide degrs de Saqqarah 123
- 98. Bas-relief de Snefrou au Sina 126
- 99. Khops 126
- 100. Dadefra 127
- 101. Khefren 127
- 102. La grande pyramide et le sphinx de Gizeh 128
- 103. Mycrinus 129
- 104. Neouserra 130
- 105. Pepi I 132
- 106. Merenra 132
- 107. Colonne palmiforme 136
- 108. Colonne papyriforme 136
- 109. Colonne lotiforme 136
- 110. Le temple du Soleil Abousir 137
- 111. Plan d'un mastaba de la IVme dynastie 140
- 112. Fausse-porte de Nefer-Seshem-Ptah 141
- 113. Fausse-porte de la Vme dynastie 142
- 114-115. Tables d'offrandes de l'Ancien Empire 143
- 116. Mastabas prs de la grande pyramide 144
- 117. Sarcophage de Khoufou-Ankh 145
- 118. Plan du tombeau de Ti 146
- 119. Pyramide de Modoum 148
- 120. Coupe de la pyramide de Khops 149
- 121. Chapelle funraire de Sahoura 151
- 122. Statue de Ra-Nofer 153
- 123. Scribe agenouill 154
- 124. Groupe de l'Ancien Empire 155
- 125. Tte du Sheikh-el-Beled 156
- 126. Tte du scribe accroupi (Muse du Caire) 156
- 127. Statue de Khefren 157
- 128. Bas relief du Mastaba de Ptahhotep Saqqarah 159
- 129. Peinture d'un tombeau de Medoum 162
- 130. Panneau de Hosi 164
- 131. Costumes de l'Ancien Empire 171
- 132. Ptahhotep sa toilette 172
- 133. Chasse et pche au marais 174
- 134. Chasse au lasso 174
- 135. Chasse au filet 175
- 136. Scnes de pche 176
- 137. Basse-cour 177
- 138. Engraissage des boeufs 178
- 139. Antilopes. Engraissage des hynes 178
- 140. Labourage et semailles 179
- 141. Scne de moisson 180
- 142. Dpiquage du grain 180
- 143. Foulage et pressurage du raisin 181
- 144. Rcolte du lin 181
- 145. Tressage de nattes 182
- 146. Menuisiers 183
- 147. Orfvres et Joailliers 184
- 148. Litire 184
- 149. Fabrication de nacelles 185
- 150. Barque (IVme dynastie) 185
- 151. Scne de march 186
- 152. Forage de vases de pierre 187
- 153. Sphinx du Moyen Empire 189
- 154. Mentouhotep IV (?) 190
- 155. Senousrit I 191
- 156. Senousrit III 192
- 157. Amenemhat III 193
- 158. Neferhotep 195
- 159. Tte d'un roi hyksos 196
- 160. Poignard d'Apepi 197
- 161. Tte de la momie de Seqnenra 198
- 162. Reconstitution du monument de Mentouhotep II 201
- 163. Pyramide de Senousrit III Dahchour 202
- 164. Faade de tombeau Beni Hassan 204
- 165. Tombeau de Beni Hassan 205
- 166. Masque de momie 205
- 167. Momie du Moyen Empire 206
- 168. Sarcophage du Moyen Empire 206
- 169. Intrieur d'un sarcophage 207
- 170. Sarcophage anthropode 208
- 171. Canope du Moyen Empire 209
- 172. Statuette de serviteur 209
- 173. Modle de barque 210
- 174. Statuette de bois 211
- 175. _Oushabti_ du Moyen Empire 211
- 176. Modle de maison en terre cuite 212
- 177. Attaque d'une forteresse 212
- 178. Statues de Senousrit I. Licht 213
- 179. Statue du roi Hor 214
- 180. Bas-relief de Koptos 215
- 181. Vase en cornaline 216
- 182. Vase en lapis-lazuli 216
- 183. Pectoral de Senousrit II 216
- 184. Couronne en or 217
- 185. Groupes de soldats d'un prince de Siout 218
- 186. Nomades smites 221
- 187. Parc de chasse 223
- 188. Barque voile carre 225
- 189. Menuisiers 226
- 190. Femmes filant et tissant 227
- 191. Une page du papyrus Prisse 227
- 192. Bijou de la XIIme dynastie 228
- 193. Panneau du char triomphal de Thoutms IV 229
- 194. Amnophis I, Turin 231
- 195. Tte de la momie de Thoutms I 232
- 196. Thoutms III 233
- 197. Tte de la momie de Thoutms IV 234
- 198. Sphinx d'Amnophis III 235
- 199. Buste de Khounaten 236
- 200. Adoration d'Aten. Tell el Amarna 238
- 201. Peinture de Tell el Amarna 239
- 202. Tablette de Tell el Amarna 240
- 203. Toutankhamon 240
- 204. Horemheb 241
- 205. Tte de la momie de Sti I 242
- 206. Campagnes de Sti I (Temple de Karnak) 243
- 207. Tte de la momie de Ramss II 244
- 208. Tte de la momie de Menephtah 245
- 209. Tte de la momie de Ramss III 246
- 210. Bataille contre les Philistins 247
- 211. Bataille navale sous Ramss III 248
- 212. Osorkon I 251
- 213. Rois et princes faisant leur soumission Pinkhi 252
- 214. Psammtique I 254
- 215. Apris 255
- 216. Amasis 256
- 217. Nectanbo I 258
- 218. Fragment d'un dallage peint 260
- 219. Maison et jardin 261
- 220. Pavillon de Ramss III Medinet-Habou 262
- 221. Plan du temple de Khonsou Karnak 263
- 222. Pylone du temple de Louxor 264
- 223. Temple de Khonsou Karnak 264
- 224. Cour du temple de Louxor (Amnophis III) 265
- 225. Cour du temple de Medinet-Habou (Ramss III) 265
- 226. Salle hypostyle de Karnak (Sti I) 266
- 227. Salle hypostyle du Ramesseum (Ramss II) 266
- 228. Bas-relief du temple de Karnak (Sti I) 267
- 229. Bas-relief du temple de Sti I Abydos 267
- 230. Barque sacre d'Amon Abydos 269
- 231. Plan du tombeau de Ramss IV 270
- 232. Tombeau d'un particulier 271
- 233. Momie de Siphtah 272
- 234. Sarcophage, cercueils, caisse canopes 273
- 235. Statue de Ramss II, Turin 276
- 236. Ramss II prsentant une offrande 277
- 237. Statuette en bois du muse de Turin 277
- 238. _Oushabtis_ du Nouvel Empire 278
- 239. Groupe d'poque sate 279
- 240. La reine Karomama. Bronze incrust 280
- 241. Bas-relief du tombeau de Kha-m-ha 280
- 242. Bas-relief d'un tombeau de Tell el Amarna 281
- 243. Cueillette des raisins 282
- 244. Bijou de la XIXme dynastie 283
- 245. Vases d'albtre. (XVIIIme dynastie) 284
- 246. Fauteuil en bois dor 285
- 247. Cuillre parfums 286
- 248. Syriens apportant des vases 288
- 249. Soldats gyptiens 290
- 250. Vaisseaux de l'expdition de Hatshepsou au pays de Pount 291
- 251. Scnes de labour et de semailles 292
- 252. Atelier de chaudronnerie 294
- 253. Atelier de cordonniers 295
- 254. Ostracon hiratique 296
- 255. Fragment d'un contrat dmotique 297
- 256. Amnophis fils de Paapis 298
- 257. Repas et danseuses 299
- 258. Tte de femme (XVIIIme dynastie) 312
- 259. Moissonneurs portant la rcolte 313
- 260. Vanneurs 322
- 261. Haches d'Ahms I 323
- 262. Coffret oushabtis. Turin 328
- 263. Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIme dyn. 329
- 264. Buste de princesse (XIXme dynastie) 332
-
-
-La vignette de la couverture reprsente un sphinx de Thoutms III, au
-Muse du Caire, d'aprs une photographie de E. Brugsch-Pacha.
-
-[Illustration: _Fig. 262._ Coffret oushabtis. Turin (d'ap. PETRIE.
-_Photographs_, No 183).]
-
-
-
-
-[Illustration: _Fig. 263._ Frise peinte dans un tombeau de la XVIIIe
-dynastie (d'aprs JQUIER. _Dcor gypt_., pl. XXXIII).]
-
-
-
-
-TABLE DES MATIRES
-
-
- Pages
-
- Prface 9
-
- Chap. I. LES SOURCES DE L'HISTOIRE D'GYPTE 11
-
- _Sources classiques_ 13
- _La Description de l'Egypte_ 16
- _Dchiffrement des hiroglyphes_ 17
- _Progrs de l'gyptologie_ 19
- _Listes royales_ 21
- _Documents historiques divers_ 25
- _Chronologie_ 27
- _La civilisation gyptienne_ 29
-
- Chap. II. L'GYPTE LGENDAIRE 35
-
- A. LES DYNASTIES DIVINES 36
-
- _Les dieux cosmiques_ 36
- _Osiris et son cycle_ 40
-
- B. LES DYNASTIES DES DEMI-DIEUX ET DES MNES 47
-
- C. LA CHRONOLOGIE LGENDAIRE 49
-
- Chap. III. L'GYPTE ARCHAIQUE 53
-
- I. Palolithique 60
-
- II. Prdynastique 63
-
- A. MONUMENTS 63
-
- _Silex_ 64
- _Villages_ 67
- _Tombeaux_ 68
- _Mobilier funraire_ 73
- _Cramique_ 76
-
- B. CIVILISATION 81
-
- _Le pays_ 82
- _La race_ 83
- _Habitations_ 84
- _Costume et parure_ 85
- _Chasse et pche_ 86
- _Elevage. Agriculture_ 89
- _Navigation_ 90
- _Commerce extrieur_ 91
- _Arts et mtiers_ 91
- _Organisation sociale et politique_ 93
-
- Chap. IV. POQUE THINITE (De 4000 3400 av. J.-C. env.) 95
-
- A. HISTOIRE ET TRADITION 98
-
- B. MONUMENTS 102
-
- _Tombeaux_ 102
- _Mobilier funraire_ 106
- _Inscriptions_ 113
-
- C. CIVILISATION 118
-
- _Royaut_ 118
- _Tribus_ 118
- _Fonctionnaires_ 119
- _Peuple_ 119
- _Commerce extrieur_ 121
-
- Chap. V. ANCIEN EMPIRE (De 3400 2200 av. J.-C. env.) 123
-
- A. HISTOIRE 123
-
- _IIIme dynastie_ 124
- _IVme dynastie_ 125
- _Vme dynastie_ 129
- _VIme dynastie_ 131
- _La fin de l'empire memphite_ 133
-
- B. MONUMENTS 135
-
- _Architecture_ 135
- _Temples_ 136
- _Mastabas_ 139
- _Pyramides_ 148
- _Sculpture_ 153
- _Peinture_ 161
- _Objets usuels_ 162
- _Inscriptions_ 163
-
- C. CIVILISATION 165
-
- _Royaut et gouvernement_ 165
- _Relations extrieures_ 168
- _Famille_ 169
- _Vtement_ 170
- _Mobilier. Habitation_ 173
- _Chasse et pche_ 173
- _Elevage_ 177
- _Agriculture_ 179
- _Mtiers_ 182
- _Navigation_ 184
-
- Chap. VI. MOYEN EMPIRE (De 2200 1500 av. J.-C. env.) 189
-
- A. HISTOIRE 189
-
- _XIme dynastie_ 189
- _XIIme dynastie_ 191
- _XIIIme et XIVme dynasties_ 194
- _Les Hyksos_ 195
- _XVIIme dynastie_ 197
- _Chronologie_ 198
-
- B. MONUMENTS 200
-
- _Architecture_ 200
- _Sculpture_ 212
- _Peinture_ 215
- _Arts industriels_ 216
-
- C. CIVILISATION 217
-
- _Royaut_ 217
- _Gouvernement_ 219
- _Relations extrieures_ 220
- _Vie prive_ 222
- _Chasse et pche_ 224
- _Agriculture et levage_ 224
- _Navigation_ 225
- _Industrie_ 226
- _Littrature_ 227
-
- Chap. VII. NOUVEL EMPIRE (De 1500 332 av. J.-C.) 229
-
- A. HISTOIRE 229
-
- _XVIIIme dynastie_ 230
- _Les rois hrtiques_ 236
- _XIXme dynastie_ 242
- _XXme dynastie_ 246
- _XXIme dynastie_ 250
- _XXIIme dynastie_ 250
- _XXIIIme dynastie_ 251
- _XXIVme dynastie_ 252
- _XXVme dynastie_ 253
- _XXVIme dynastie_ 254
- _Epoque perse_ (dynasties XXVII XXX) 257
- _L'Exode des Hbreux_ 259
-
- B. MONUMENTS 259
-
- _Architecture_ 260
- _Temples_ 262
- _Tombeaux_ 270
- _Sculpture_ 275
- _Peinture_ 280
- _Arts industriels_ 283
-
- C. CIVILISATION 285
-
- _Royaut_ 285
- _Gouvernement_ 287
- _Relations extrieures. Commerce_ 287
- _Vie civile. Vtement_ 289
- _Arme_ 289
- _Marine_ 291
- _Agriculture. Elevage_ 292
- _Pche et chasse_ 293
- _Industrie_ 294
- _Langue et littrature_ 294
-
- INDEX 299
-
- BIBLIOGRAPHIE 313
-
- TABLE DES GRAVURES 323
-
-[Illustration: _Fig. 264._ Buste de princesse (XIXe dyn.) photographie
-de E. Brugsch-Pacha.]
-
-
-
-
- ACHEV D'IMPRIMER
- LE DIX FVRIER MIL NEUF CENT VINGT-CINQ
- PAR LA
- SOCIT D'IMPRIMERIE D'AMBILLY S. A.
- A ANNEMASSE (HAUTE-SAVOIE)
- POUR LA LIBRAIRIE PAYOT--PARIS
-
-
- * * * * *
-
-
-Note de transcription dtaille:
-
-Les erreurs clairement introduites par le typographe ont t corriges.
-L'orthographe d'origine a t conserve et n'a pas t harmonise. En
-particulier:
-
- - les annes sont parfois crites avec un sparateur de milliers,
- parfois sans,
- - beaucoup de noms propres ont une accentuation et capitalisation
- variable, comme pour Amenophis / Amnophis,
- Ne-User-R / Ne-user-R / Ne-user-Re ou encore ka / Ka.
-
-En revanche, la ponctuation dans les notes et la bibliographie a t
-harmonise afin d'en amliorer la prsentation.
-
-Les notes en marge, qui denotaient une nouvelle section ont t
-intgres au texte, en tant que titre de section.
-
-
-
-
-
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-Gustave Jquier
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
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-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
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-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation information page at www.gutenberg.org
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
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-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
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-
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-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
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-works.
-
-Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
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-with anyone. For forty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
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-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
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-Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
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-
-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
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<title>
Histoire de la civilisation Égyptienne, by Gustave Jéquier
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-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of Histoire de la civilisation égyptienne, by
-Gustave Jéquier
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: Histoire de la civilisation égyptienne
- Des origines à la conquête d'Alexandre
-
-Author: Gustave Jéquier
-
-Release Date: October 10, 2013 [EBook #43924]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE--CIVILIZATION EGYPTIENNE ***
-
-
-
-
-Produced by Júlio Reis, Bibimbop, Leonor Silva and the
-Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
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Note sur les images:
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-<pre>
-
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-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Histoire de la civilisation égyptienne, by
-Gustave Jéquier
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK HISTOIRE--CIVILIZATION EGYPTIENNE ***
-
-***** This file should be named 43924-h.htm or 43924-h.zip *****
-This and all associated files of various formats will be found in:
- http://www.gutenberg.org/4/3/9/2/43924/
-
-Produced by Júlio Reis, Bibimbop, Leonor Silva and the
-Online Distributed Proofreading Team at http://www.pgdp.net
-
-
-Updated editions will replace the previous one--the old editions
-will be renamed.
-
-Creating the works from public domain print editions means that no
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-(and you!) can copy and distribute it in the United States without
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-
-
-*** START: FULL LICENSE ***
-
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-
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-
-1.B. "Project Gutenberg" is a registered trademark. It may only be
-used on or associated in any way with an electronic work by people who
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-works. See paragraph 1.E below.
-
-1.C. The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
-or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
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-individual work is in the public domain in the United States and you are
-located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
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-are removed. Of course, we hope that you will support the Project
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-this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
-the work. You can easily comply with the terms of this agreement by
-keeping this work in the same format with its attached full Project
-Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.
-
-1.D. The copyright laws of the place where you are located also govern
-what you can do with this work. Copyright laws in most countries are in
-a constant state of change. If you are outside the United States, check
-the laws of your country in addition to the terms of this agreement
-before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
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-
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-
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-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-1.E.2. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
-from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
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-and distributed to anyone in the United States without paying any fees
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-through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
-Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
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-
-1.E.3. If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
-with the permission of the copyright holder, your use and distribution
-must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
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