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-*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43761 ***
+*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43761 ***
LÉON TOLSTOÏ
@@ -13964,5 +13964,4 @@ Préface de l'auteur
End of the Project Gutenberg EBook of La Pensée de l'Humanité, by Léon Tolstoï
-
*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43761 ***
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-The Project Gutenberg EBook of La Pense de l'Humanit, by Lon Tolsto
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: La Pense de l'Humanit
- Dernire oeuvre de L. Tolsto
-
-Author: Lon Tolsto
-
-Translator: Ely Halprine-Kaminsky
-
-Release Date: September 18, 2013 [EBook #43761]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSE DE L'HUMANIT ***
-
-
-
-
-Produced by Madeleine Fournier, Annemie Arnst & Marc
-D'Hooghe at http://www.freeliterature.org (Scans generously
-made available by Gallica, Bibliothque nationale de France)
-
-
-
-
-
-LON TOLSTO
-
-La Pense de l'Humanit
-
-Dernire oeuvre de L. Tolsto
-
-TRADUITE DU RUSSE
-
-PAR
-
-E. HALPRINE-KAMINSKY
-
-PARIS
-
-_L'DITION MODERNE--LIBRAIRIE AMBERT_
-
-47, RUE DE BERRI, 47
-
-1912
-
-
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-
-PRFACE DU TRADUCTEUR
-
-
-L'ouvrage de Lon Tolsto, dont nous prsentons ici au lecteur europen
-la premire traduction franaise, a une double porte. Il rsume les
-penses exprimes par les sages universellement reconnus et par les
-fondateurs des religions les plus rpandues de tous les temps et de
-tous les pays, penses sur le sens et le but suprme de la vie. C'est
-en cherchant son tour, durant son existence entire, le chemin de la
-vie, que le grand penseur russe s'est efforc de mettre profit ce
-qui avait t dit et crit avant lui sur l'ternel problme, pour sa
-propre ducation, d'abord, pour clairer les autres, ensuite, par des
-citations appropries. Le prsent ouvrage est le rsultat de ce travail
-formidable. C'est bien la pense de l'humanit reflchie par l'me de
-Tolsto.
-
-C'est, d'autre part, son oeuvre testamentaire, celle qu'il entoura de
-plus de soin durant ses dernires annes et dont il corrigeait les
-preuves jusqu' sur sa couche de mourant.
-
-Il avait dj prcdemment tabli plusieurs recueils analogues, sans
-avoir pu se dclarer satisfait. Ce fut, premirement: _Penses des
-sages pour chaque jour;_ puis: _Cercle de lecture,_ et, enfin: _Lectures
-quotidiennes_. Durant dix ans, l'auteur de ces recueils, dont chacun
-forme plusieurs volumes, ne cessait de les amender, de les coordonner
-sur un nouveau plan, et c'est de ce long travail prliminaire qu'est
-sorti enfin _Le Chemin de la vie_ dont nous croyons plus explicitement
-intituler la version franaise: _La Pense de l'Humanit_.
-
-L'ide de laisser avant de mourir la confirmation de sa doctrine par la
-collectivit de grands penseurs, le hantait avec une telle constance
-que toutes les fois o Tolsto croyait sa fin proche, son unique
-proccupation tait d'en activer la ralisation. L'un de ses disciples
-et plus proches amis, M. Gorbounov-Possadov, qui avait t charg
-par lui de publier les recueils numrs, raconte, dans sa prface
-l'dition russe du _Chemin de la vie_, ces dtails significatifs sur
-l'origine du premier recueil:
-
-Pendant la grave maladie dont L.N. Tolsto souffrait en janvier
-1903, alors que sa vie tait en danger et qu'il n'avait plus la force
-de s'adonner ses travaux habituels, il relisait l'Evangile et, en
-dtachant chaque jour les feuilles du calendrier suspendu la tte
-de son lit, parcourait les maximes empruntes aux grands penseurs que
-portaient les feuillets. Le calendrier tant puis et le malade n'ayant
-pas sous la main un autre pour le remplacer, Tolsto prouva le dsir
-d'tablir pour son usage personnel un recueil des penses pour sa
-lecture quotidienne. C'est ainsi que, durant sa maladie, il runit les
-lments pour son premier recueil.
-
-Rtabli, il ne cessa d'enrichir chaque nouveau recueil du produit de
-ses constantes recherches, utilisant toute pense qui avait sa valeur
-propre, sans se proccuper de la tendance de l'auteur, ft-il le prince
-Bismarck, tout rougi du sang de ses frres allemands et franais, en
-tmoignage, nous dit M. Gorbounov-Possadov, de ce fait que l'tincelle
-sacre subsiste mme chez le reprsentant le plus implacable du rgime
-de violence. Quantit de ses propres penses, soit extraites de ses
-ouvrages extrieurs, soit nouvellement rdiges, s'agglomraient
- celles des autres auteurs. Le tout tait dispos en lectures
-quotidiennes, pour tous les jours de l'anne.
-
-Pour le prsent travail, outre de nombreuses additions indites, il
-modifia cette disposition suivant un plan nouveau, plus rationnelle. Les
-penses sur le sens de la vie, sur nos passions bonnes et mauvaises, sur
-la conduite observer dans divers cas, etc., furent groupes en trente
-chapitres homognes, chacun traitant une seule question fondamentale.
-Cette division correspond donc un mois de lecture, au lieu de
-s'espacer sur l'anne entire. Tout en conservant ainsi son caractre
-de livre de chevet, le prsent ouvrage gagne en ordonnance, et cela
-d'autant plus que les chapitres sont disposs suivant le dveloppement
-logique de la doctrine de Tolsto.
-
-Rappelons, enfin, que l'ermite de Yasnaa Poliana avait mis une passion
-particulire la rdaction de son dernier travail. M. Gorbounov nous
-conte que, non content d'avoir refait plusieurs reprises le manuscrit,
-l'auteur multipliait les corrections en premire, en deuxime, en
-troisime preuves. En portant lui-mme les preuves corriges
-son diteur,--celui-ci demeurait alors dans le voisinage de Yasnaa
-Poliana,--Tolsto s'excusait avec un sourire contraint, comme si on
-l'avait pris en dfaut: J'ai encore tout barbouill. Pardonnez-moi, je
-ne recommencerai pas.
-
-La dernire fois, ajoute M. Gorbounov, j'ai apport Lon
-Nicolaevitch les preuves de deux fascicules de son ouvrage le 11
-novembre 1910 (trois jours avant la mort de Tolsto), Astapovo, o
-il se mourait. Il eut encore la force d'couter attentivement les
-renseignements que je lui ai apports sur la marche de l'impression des
-trente fascicules. J'ai ajout qu' tout hasard, je lui apportais la
-troisime preuve de deux fascicules; il me rpondit, d'une voix teinte
-et o perait le regret de son impuissance de se remettre son travail
-favori: Je n'ai pas la force.... Faites-le vous-mme.
-
-Nous sommes bien en prsence de l'expression dernire et la plus
-complte peut-tre de la doctrine du grand mort, confronte avec
-les penses de plus grands philosophes de l'humanit et de ses plus
-anciennes traditions. Tolsto cite, en effet, tous les livres sacrs
-connus de tous les pays: la _Bible, Vichnou-Pourana, Rama-Krichna_ et
-autres textes hindous; Bouddha, Lao-Tseu, Confucius et les Bramines;
-_l'Evangile_, les Aptres, le _Talmud_ et le _Coran;_ et aussi les
-plus antiques traditions: chinoises, hindoues, arabes, persanes, voire
-mexicaines d'avant la dcouverte de l'Amrique et quinze sicles avant
-l're chrtienne; les philosophes grecs Hraclite, Socrate, Platon,
-Xenophon et pictte, comme les romains Caton, Cicron, Snque,
-Juvnal, Marc-Aurle et Lactance; Basile-le-Grand et Jean Chrysostome;
-Mahomet, Saadi et Sad Ben-Hamed; Jean Huss, Erasme, Luther; Montaigne,
-Pascal, Fnelon, La Bruyre, Rousseau, Lamennais et Lamartine; Emerson,
-Bentham, Thomas More, Carlyle, Ruskin, Carpenter, Grant-Allen et Henry
-George; Kant, Lessing, Humboldt et Schopenhauer; Gogol, Hertzen et
-Dostoevsky, etc. etc., pour ne nommer que les livres et les auteurs les
-plus universellement connus et sans faire tat des sources que Tolsto
-n'indique pas, en raison de ce que les passages emprunts sont, comme il
-l'explique dans sa prface, interprts et non pas fidlement traduits
-par lui.
-
-/$
- E. HALPRINE-KAMINSKY.
-$/
-
-
-
-
-PRFACE DE L'AUTEUR
-
-
-Les penses recueillies ici, appartiennent aux auteurs les plus divers,
-depuis les crits des brahmanes, de Confucius, des bouddhistes jusqu'
-l'vangile, aux pitres et aux travaux de bien des penseurs, tant
-anciens que modernes. La plupart de ces penses ont t tellement
-modifies par mes traductions et adaptations, qu'il serait dplac de
-maintenir la signature de leurs auteurs. Les meilleures de ces penses
-ne sont pas de moi, mais des plus grands sages de l'univers.
-
- Lon Tolsto.
-
-
-
-
-
-
-La Pense de l'Humanit
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-DE LA FOI
-
-
-Pour vivre heureux, l'homme doit savoir ce qu'il peut et ce qu'il ne
-peut pas faire. Et seule la foi le lui apprend. La foi indique ce qu'est
-l'homme et pourquoi il est sur la terre. Cette foi a toujours exist et
-existe chez tous les hommes dous de raison.
-
-
-I.--_En quoi consiste la vritable foi_.
-
-1
-
-Afin de vivre d'une vie heureuse, l'homme doit comprendre ce qu'est la
-vie, ce qu'il peut et ce qu'il ne peut pas faire. Ceux qui furent les
-meilleurs et les plus sages parmi tous les peuples l'enseignrent de
-tout temps. Toutes les doctrines de ces sages se rejoignent par leur
-base. Et c'est cet ensemble des doctrines, rvlant le but de la vie
-humaine et la conduite observer, qui constitue la vritable religion.
-
-2
-
-Quel est la signification de l'univers dont je ne conois ni la fin
-ni le commencement? Que reprsente ma vie dans cet univers et comment
-dois-je vivre cette vie?
-
-La foi seule rpond ces questions.
-
-3
-
-La vraie religion a pour mission de rvler la loi qui prime toutes les
-lois humaines et qui est une pour tous les hommes.
-
-4
-
-Il peut exister plusieurs croyances errones, mais la vraie croyance est
-une.
-
- KANT.
-
-5
-
-Si ta foi a t effleure d'un doute, tu n'as plus la foi. La foi est
-alors seulement la foi, quand il ne te vient mme pas la pense qu'elle
-puisse tre mensongre.
-
-6
-
-Il existe deux sortes de croyances: la confiance qu'on accorde ce
-qu'affirment les hommes; c'est, la foi en l'humanit, et on en compte un
-grand nombre. L'autre croyance reconnat la dpendance dans laquelle on
-se trouve envers Celui qui nous a envoys dans ce monde. C'est la foi en
-Dieu, et il n'en existe qu'une pour tous.
-
-
-
-II.--_L'enseignement de la vraie foi est toujours clair et simple._
-
-1
-
-Croire--signifie avoir confiance en ce qui nous est rvl, sans nous
-demander pourquoi il en est ainsi et ce qu'il en rsultera. C'est en
-cela que rside la vraie foi. Elle nous apprend qui nous sommes et quels
-devoirs suscite en nous cette connaissance; mais elle reste muette sur
-les consquences et les rsultats des actes ordonns par elle.
-
-Si je crois en Dieu, point n'est besoin de connatre le but de mon
-obissance la volont divine, car je sais que Dieu est amour et que
-l'amour n'a qu'un but: le Bien.
-
-2
-
-La vritable loi de la vie est si simple, si claire et si comprhensible
-que les hommes n'ont pas d'excuse leur mauvaise vie sous prtexte
-d'ignorer cette loi. Si les hommes vivent contrairement la loi de la
-vraie vie ils rpudient la raison. Et c'est ce qu'ils font.
-
-3
-
-On dit que l'accomplissement de la volont divine est ardue. C'est faux.
-La loi de vie ne nous demande qu'amour envers notre prochain. Et l'amour
-n'est pas pnible, mais joyeux.
-
- D'aprs GRGOIRE SKOVORODA.
-
-4
-
-Le sentiment qu'prouve l'homme lorsqu'il dcouvre la vraie foi est
-semblable celui d'une personne faisant jaillir la lumire dans une
-chambre obscure. Tout s'claire et le bonheur remplit l'me.
-
-
-
-III.--_La vritable foi est dans l'amour de Dieu et de son prochain._
-
-1
-
-Aimez-vous les uns les autres comme je vous aime; tous vous
-reconnatront pour mes disciples, si vous vous aimez les uns les
-autres,--a dit le Christ. Il ne dit pas: si vous _croyez_ en ceci ou en
-cela, mais si vous _aimez_.--La foi chez diffrents hommes, diverses
-poques, peut varier, mais l'amour est invariable chez tous.
-
-La vraie foi est unique--c'est l'amour pour tout ce qui vit.
-
- YBRAHIM DE CORDOUE.
-
-3
-
-L'amour rend les hommes heureux, parce qu'il unit l'homme Dieu.
-
-4
-
-Le Christ a rvl aux hommes que l'_ternel_ n'tait pas la mme chose
-que le _futur_, mais que l'ternel, l'invisible, est en nous, dans cette
-vie mme, que nous devenons ternels lorsque nous sommes en communion
-avec le Dieu-Esprit en lequel tout vit et se meut.
-
-Nous parvenons cette ternit uniquement par l'amour.
-
-
-
-IV.--_La foi dirige la vie des hommes_.
-
-1
-
-Seul, celui qui agit selon ce qu'il considre comme loi de la vie,
-connat la loi de la vie.
-
-2
-
-Toute foi n'est qu'une rponse ceci: comment dois-je vivre dans le
-monde, non pas aux yeux des hommes, mais aux yeux de Celui qui m'a
-envoy sur la terre?
-
-3
-
-La vraie foi n'est pas de savoir bien parler de Dieu, de l'me, de ce
-qui a t et de ce qui sera, mais uniquement de bien savoir ce qu'il
-faut faire et ne pas faire dans cette vie.
-
- D'aprs KANT.
-
-4
-
-Si un homme prouve des malheurs dans la vie, c'est uniquement parce que
-cet homme n'a pas de foi. Il en est de mme pour tout un peuple. Si un
-peuple est malheureux, c'est parce qu'il a perdu la foi.
-
-5
-
-La vie des hommes est heureuse ou malheureuse, suivant leur conception
-de la vraie loi de la vie. Plus ils comprennent clairement cette loi,
-plus leur vie est heureuse; plus ils la comprennent faussement, plus
-leur vie est malheureuse.
-
-6
-
-Pour sortir des souillures du pch, de la dpravation et de la vie
-malheureuse,'il ne faut aux hommes qu'une chose, une religion dans
-laquelle ils ne vivraient pas, chacun pour soi, comme ils le font
-prsent, mais d'une vie commune, en reconnaissant tous la mme loi et
-le mme but. Alors seulement les hommes, en rptant les paroles de la
-prire du Seigneur: Que ton rgne arrive sur la terre comme au ciel
-pourraient esprer que le rgne de Dieu viendrait rellement sur la
-terre.
-
- D'aprs MAZZINI.
-
-7
-
-Si une religion nous apprend qu'il faut renoncer cette vie pour la vie
-ternelle, c'est une religion mensongre. On ne peut pas renoncer,
-cette vie pour la vie ternelle, pour cette raison que la vie ternelle
-existe dj dans cette vie.
-
- WEMANA indienne.
-
-8
-
-Plus la foi de l'homme est solide, plus sa vie est ferme. La vie d'un
-homme sans religion est celle d'une bte.
-
-
-
-V.--_La fausse religion._
-
-1
-
-La loi de la vie commandant d'aimer Dieu et son prochain est simple et
-claire: tout homme, ayant atteint l'ge de raison la conoit par son
-coeur. Par consquent, s'il n'y avait, pas de doctrines errones, tous
-les hommes reconnatraient cette loi, et le royaume des cieux serait sur
-la terre.
-
-Mais, partout et toujours, des faux docteurs ont appris aux hommes
-reconnatre comme loi de Dieu, ce qui n'est pas sa loi. Les multitudes
-ont accept ces fausses doctrines et se sont loignes de la vraie loi
-de la vie et de l'accomplissement de la vritable loi. Aussi, leur vie
-n'en est devenue que plus pnible et plus malheureuse.
-
-Il ne faut donc croire aucune doctrine, si elle n'est pas d'accord
-avec l'amour de Dieu et de son prochain.
-
-2
-
-Il ne faut pas croire que la religion est vraie parce qu'elle est
-vieille. Au contraire, plus les hommes vivent, plus la vraie loi de la
-vie leur devient claire. Supposer qu' notre poque, il faut continuer
-croire ce que croyaient nos grands-pres et aeux, c'est croire qu'un
-adulte peut continuer porter les vtements d'enfant.
-
-3
-
-Nous nous lamentons de ce que nous ne croyons plus en ce que croyaient
-nos pres. Il ne faut pas s'en dsoler, mais s'efforcer de crer une
-religion laquelle nous puissions croire aussi fermement que nos pres
-croyaient la leur.
-
- MARTINEAU.
-
-
-
-
-VI.--_Le culte extrieur._
-
-1
-
-La vraie foi est dans la croyance en une seule loi qui convient tous
-les hommes de l'univers.
-
-2
-
-La vraie religion enseigne de vivre dans le bien, en accord avec tous
-et d'agir envers son prochain comme on voudrait qu'on agisse envers nous.
-
-Cette vraie religion a t enseigne par tous les sages, par tous les
-saints de tous les peuples.
-
-
-
-VII._--L'ide de la rcompense pour la bonne conduite est incompatible
-avec la vraie foi._
-
-1
-
-Quiconque, pratique une religion seulement en vue des rcompenses
-qu'elle peut lui assurer pour ses bonnes oeuvres, ne fait pas preuve de
-foi mais de calcul, calcul toujours faux. Il est faux, parce que la
-vraie foi assure le bonheur dans le prsent uniquement, qu'elle ne donne
-et ne peut donner aucun bonheur dans l'avenir.
-
-2
-
-Un ouvrier cherchait s'embaucher. Il rencontra deux embaucheurs, qui,
-chacun de son ct, se mirent lui vanter leurs patrons. L'un lui dit
-que la place tait excellente. Il est vrai, que si tu ne contentes
-pas le patron, il te frappera, t'emprisonnera; mais si tu russis
-le satisfaire, tu ne pourras pas avoir de vie plus agrable. Quand tu
-auras fini ton temps de travail, tu auras ta retraite, tu vivras sans
-rien faire; des ftes, du vin, des friandises et promenades chaque jour.
-Plais-lui seulement; la vie sera telle que tu n'en peux imaginer de
-meilleure.
-
-L'autre embaucheur invita, son tour, l'ouvrier aller chez son
-patron, mais ne dit pas comment il serait rcompens; il ne pouvait
-mme pas dire o et comment vivaient les ouvriers et si le travail
-tait facile ou pnible; il affirma seulement que le matre tait bon,
-qu'il ne punissait personne et qu'il vivait lui-mme au milieu de ses
-employs.
-
-L'ouvrier rflchit: Le premier patron promet trop. Si tout tait vrai,
-il n'aurait pas besoin de tant promettre. En me laissant tenter par une
-vie grasse, je pourrai bien mal tomber. Le matre doit tre mchant,
-parce qu'il punit svrement ceux qui ne travaillent pas son gr;
-j'irai plutt chez l'autre; au moins, celui-ci ne promet rien, mais on
-dit qu'il est bon et qu'il vit au milieu de ses ouvriers.
-
-Il en est de mme des doctrines religieuses. Certains docteurs incitent
-les hommes bien faire en les intimidant par les punitions et en les
-attirant par des promesses de rcompenses dans l'autre monde o personne
-n'a t. D'autres enseignent seulement que l'amour, base de la vie, est
-en nous et que celui qui reconnat ce principe est heureux.
-
-3
-
-Si tu sers Dieu pour obtenir la jouissance ternelle, tu te sers
-toi-mme et non pas Dieu.
-
-
-
-VIII.--_La raison vrifie les dogmes de la foi._
-
-1
-
-On n'obtient pas la foi par la raison. Mais la raison nous est
-ncessaire pour contrler la religion qu'on nous enseigne.
-
-2
-
-Ne craignons pas de rejeter de notre religion tout ce qui est inutile,
-matriel, tangible, autant que ce qui est vague, indcis: plus nous
-purifierons le noyau spirituel, mieux nous comprendrons la vritable
-loi de la vie.
-
-3
-
-Celui qui ne croit pas tout ce que tout le monde croit autour de lui
-n'est pas un incroyant; tandis que celui qui pense et dit qu'il croit
-ce qu'il ne croit pas, est un vritable incroyant.
-
-
-
-IX.--_La conscience religieuse des hommes ne cesse de se perfectionner._
-
-1
-
-Nous devons nous servir des doctrines des anciens sages et des saints
-posant la loi de la vie, mais nous devons vrifier ce qu'ils nous
-apprennent: accepter ce qui est conforme la raison et rejeter ce qui
-lui est contraire.
-
-2
-
-Il est surprenant que la plupart des hommes restent fidles aux
-doctrines les plus anciennes, celles qui ne conviennent plus
-notre temps, tandis qu'ils rejettent et considrent comme inutiles et
-malfaisantes toutes les nouvelles doctrines. Ils oublient que si Dieu
-a rvl la vrit aux anciens, il demeure le mme et peut la rvler
-de la mme faon aux hommes qui ont vcu jadis et ceux qui vivent
-maintenant.
-
- D'aprs THOREAU[1].
-
-5
-
-La religion n'est pas vraie parce que les saints l'ont prche, mais les
-saints l'ont prche parce qu'elle est vraie.
-
- LESSING
-
-6
-
-Lorsque l'eau de pluie coule dans les chenaux, il nous semble que l'eau
-en vient. Mais l'eau tombe du ciel. Il en est de mme des doctrines des
-sages et des saints: il nous semble que ce sont ces derniers qui les ont
-formes; mais elles viennent de Dieu.
-
-D'aprs RAMA-KRICHNA
-
-
-[1] crivain amricain de l'cole d'Emerson (_Note du traducteur_).
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
-DE DIEU
-
-Outre la matire dont nous et l'univers sommes faits, nous connaissons
-encore quelque chose d'immatriel qui donne la vie notre corps et est
-uni lui. C'est cette chose immatrielle que nous appelons l'me. De
-mme, cette chose immatrielle qui n'est unie rien et qui donne la vie
- tout ce qui existe, est ce que nous appelons Dieu.
-
-I.--_L'homme dcouvre Dieu en soi-mme._
-
-1
-
-La base de toute religion est dans la reconnaissance, non seulement de
-tout ce que nous voyons et ressentons matriellement, mais encore de ce
-quelque chose d'invisible, d'immatriel qui nous donne la vie, nous et
- tout ce qui est tangible et matriel.
-
-2
-
-Je sais que j'ai en moi quelque chose sans quoi rien ne serait. C'est ce
-que j'appelle Dieu.
-
- D'aprs ANGLUS.
-
-3
-
-Tout homme, en rflchissant ce qu'il est, est forc de s'apercevoir
-qu'il n'est pas tout, mais une partie isole de _quelque chose_. L'ayant
-compris, l'homme pense gnralement que ce _quelque chose_ dont il est
-spar est le monde matriel qu'il voit: la terre sur laquelle il vit
-et o ont vcu ses anctres, et aussi le ciel, les toiles et le soleil
-qu'il aperoit. Mais en y rflchissant plus fond, ou en apprenant
-ce qu'en pensaient les sages de tout l'univers, il reconnat que ce
-_quelque chose_, dont les hommes se sentent spars, n'est pas le monde
-matriel qui s'tend l'infini, dans l'espace et dans le temps, mais
-quelque chose d'autre. Si l'homme rflchit encore et qu'il apprend
-ce qu'en pensaient galement les sages, il comprendra, que le monde
-matriel, qui n'a jamais commenc, ne finira jamais et ne peut avoir de
-limites, n'est pas rel, mais est une conception de notre cerveau et
-que, par suite, le _quelque chose_ dont nous nous sentons spars, n'a
-ni commencement ni fin, ni dans le temps ni dans l'espace, mais qu'il
-est immatriel et spirituel.
-
-Ce quelque chose de spirituel, que l'homme reconnat, comme son
-commencement, est ce que les sages appelaient et appellent Dieu.
-
-4
-
-On ne peut reconnatre Dieu qu'en soi-mme. Tant que tu ne l'as pas
-trouv en toi, tu ne le trouveras nulle part.
-
-Il n'y a pas de Dieu pour celui qui ne Le sens pas en soi.
-
-5
-
-Je sens en moi un tre spirituel spar de tout. Je sens le mme tre
-spirituel, galement spar de tout, dans les autres hommes. Mais si je
-le reconnais en moi et si je le reconnais dans les autres tres, il ne
-peut ne pas exister lui-mme. C'est cet tre existant par lui-mme que
-nous appelons Dieu.
-
-6
-
-Ce n'est pas toi qui vis: ce que tu considres comme toi est mort. Ce
-qui t'anime est Dieu.
-
- ANGLUS.
-
-7
-
-Ne pense pas gagner Dieu par tes actes; toutes les oeuvres sont nulles
-devant Dieu. Il ne faut pas gagner Dieu, mais tre Lui.
-
- ANGLUS.
-
-8
-
-Si nous ne voyions pas de nos yeux, si nous n'entendions pas de nos
-oreilles, si nous ne touchions pas de nos mains, nous ne saurions
-rien de ce qui est autour de nous. Mais si nous ne reconnaissions pas
-Dieu en nous-mmes, nous ne nous connatrions pas nous-mmes; nous ne
-connatrions pas en nous-mmes celui qui voit, qui entend le monde
-autour de soi.
-
-9
-
-Celui qui ne saura devenir fils de Dieu, restera jamais dans l'table
-avec le btail.
-
- ANGLUS.
-
-10
-
-Si je mne la vie du sicle, je peux me passer de Dieu. Mais je n'ai
-qu' rflchir d'o je suis issu, quand je suis n et o j'irai aprs ma
-mort, pour que je reconnaisse aussitt qu'il y a quelque chose dont je
-suis venu et o je vais. Il m'est impossible de ne pas reconnatre que
-je suis venu dans ce monde de quelque chose d'incomprhensible et que
-je vais vers quelque chose de tout aussi incomprhensible pour moi.
-
-C'est cet incomprhensible dont je viens et o je vais que j'appelle
-Dieu.
-
-11
-
-On dit que Dieu est l'amour et que l'amour est Dieu. On dit aussi que
-Dieu, est la raison et que la raison est Dieu. Tout cela n'est pas
-absolument exact. L'amour et la raison sont des qualits de Dieu que
-nous reconnaissons en nous-mmes, mais nous ne pouvons savoir ce qu'Il
-est par Lui-mme.
-
-12
-
-C'est bien de craindre Dieu, mais mieux encore est de L'aimer. Le mieux,
-c'est de Le ressusciter en soi.
-
-ANGLUS.
-
-13
-
-L'homme doit aimer; mais on ne peut aimer rellement que ce qui est
-parfait. Il doit donc exister quelque chose qui n'a pas de dfauts. Et
-il n'y a qu'un seul tre qui est sans dfaut: Dieu.
-
-14
-
-Si les hommes ne sont pas toujours d'accord sur ce qu'est Dieu, tous
-ceux qui croient rellement en Lui comprennent toujours de la mme faon
-ce que Dieu veut d'eux.
-
-15
-
-Dieu aime la solitude. Il n'entrera dans ton coeur que lorsqu'il y sera
-seul et que tu ne penseras qu' Lui.
-
- D'aprs ANGLUS.
-
-16
-
-Il existe un conte arabe que voici: En traversant le dsert, Mose
-entendit un ptre prier Dieu: O Seigneur! disait-il, comment faire pour
-Te rencontrer et devenir Ton esclave! Avec quelle joie je Te chausserai,
-je laverai, je baiserai Tes pieds, je peignerai Tes cheveux, je laverai
-Tes vtements, j'arrangerai Ta demeure et je T'apporterai le lait de
-mon troupeau! Mon coeur Te dsire! Mose, entendant ces paroles, se
-fcha contre le ptre et dit: Tu blasphmes. Dieu n'a pas de corps. Il
-n'a besoin ni de vtements, ni de demeure, ni de serviteur. Tu dis des
-sottises. Le ptre en fut attrist. Il ne pouvait se reprsenter Dieu
-sans corps et sans besoins matriels; il ne pouvait plus prier et servir
-Dieu, et il tomba dans le dsespoir. Alors Dieu dit Mose: Pourquoi
-as-tu loign de Moi Mon fidle esclave? Chaque homme a ses penses et
-ses termes. Ce qui est mal pour l'un est bien pour l'autre; ce qui est
-poison pour toi est miel pour un autre. Les paroles ne signifient rien.
-Je vois le coeur de celui qui s'adresse Moi.
-
-17
-
-Si l'homme ne sait pas qu'il respire l'air, il sait, lorsqu'il touffe
-qu'il lui manque quelque chose sans quoi il ne peut vivre. Il en est
-de mme de celui qui perd Dieu, bien qu'il ne sache pas ce qui le fait
-souffrir.
-
-II--_Tout homme dou de raison est forc de reconnatre Dieu._
-
-1
-
-Nous voyons aux cieux et dans chaque homme ce que nous appelons Dieu.
-
-Lorsqu'on hiver, pendant la nuit, tu regards le ciel, tu vois des
-toiles, encore des toiles et des toiles sans fin, et lorsque tu
-penses que chacune de ces toiles est nombre de fois plus grande que
-la terre o tu vis, que par-dessus les toiles que tu vois, il y a
-des centaines, des milliers, des millions d'autres toiles et de plus
-grandes encore et que ni les toiles, ni le ciel n'ont de fin, tu
-comprends que ce que nous ne pouvons concevoir existe.
-
-Lorsque nous regardons en nous-mmes et que nous voyons ce que nous
-appelons notre moi, lorsque nous y voyons quelque chose que nous ne
-pouvons pas comprendre non plus, mais que nous connaissons mieux que
-tout le reste et qui nous fait comprendre tout ce qui est, nous voyons
-dans notre moi, dans l'me, quelque chose de plus comprhensible et de
-plus grand que ce que nous voyons dans les cieux.
-
-C'est ce que nous voyons au ciel et ce que nous sentons en nous, en
-notre me, que nous appelons Dieu.
-
-2
-
-De tous temps, chez tous les peuples s'tait forme la foi en une force
-invisible gouvernant le monde.
-
-Les anciens attribuaient cette force la raison universelle, la
-nature, la vie, l'ternit; les chrtiens appellent cette force:
-esprit, Pre, Seigneur, raison, vrit.
-
-Le monde visible, changeant, est en quelque sorte l'ombre de cette force.
-
-De mme que Dieu est ternel, le monde visible, son ombre, est ternel.
-Seule la force invisible, Dieu, existe vritablement..
-
-SKOVORODA[1].
-
-3
-
-Il y a un tre sans lequel ni le ciel, ni la terre, ne seraient. Cet
-tre est paisible, immatriel; ses qualits s'appellent: amour et
-raison; mais l'tre lui-mme n'a pas de nom. Il est le plus loign et
-le plus proche.
-
- LAO-TSEU.
-
-4
-
-On demanda un homme: Pourquoi sait-il que Dieu existe? Il rpondit:
-Faut-il donc une chandelle pour voir l'aurore?
-
-5
-
-Si l'homme considre quelque chose comme grand, c'est qu'il ne voit pas
-les choses de la hauteur de Dieu.
-
- ANGLUS.
-
-6
-
-Je peux ne pas rflchir ce qu'est l'univers infini et ce qu'est mon
-me qui se connat elle-mme; mais si j'y pense, il m'est impossible de
-ne pas reconnatre ce que nous appelons Dieu.
-
-9
-
-Il y a en Amrique une petite fille aveugle et sourde-muette de
-naissance. On lui a appris lire et crire par le toucher. Lorsque sa
-matresse lui eut expliqu qu'il y avait un Dieu, la fillette rpondit
-qu'elle le savait, mais qu'elle ignorait son nom.
-
-III.--_La volont de Dieu._
-
-1
-
-Nous concevons Dieu moins par la raison que par notre sensation d'tre
-en Son pouvoir, tel un nourrisson dans les bras de sa mre.
-
-L'enfant ne sait pas qui le tient, le rchauffe, le nourrit, mais il
-sait que ce quelqu'un existe et non seulement il connat, mais il aime
-ce quelqu'un dont il dpend. Il en est de mme de l'homme.
-
-2
-
-Plus l'homme accomplit la volont de Dieu, plus il Le connat.
-
-Si l'homme n'accomplit pas la volont de Dieu, il ne Le connat pas du
-tout, bien qu'il dise Le connatre et qu'il L'_invoque_.
-
-3
-
-De mme qu'on ne peut reconnatre une chose qu'en s'en approchant, on ne
-peut connatre Dieu, qu'en s'approchant de Lui, et on ne peut le faire
-qu' l'aide de bonnes actions. Et plus l'homme s'habitue au bien, mieux
-il apprend connatre Dieu; et plus il apprend le connatre, plus il
-aime ses semblables.
-
-4
-
-Nous ne pouvons connatre Dieu. Tout ce que nous savons de Lui c'est Sa
-loi, Sa volont, telles qu'elles sont crites dans l'Evangile. De la
-connaissance de Sa loi, nous dduisons que Celui qui l'a faite existe,
-mais nous ne pouvons pas Le connatre Lui-mme. Nous ne savons au juste
-qu'une chose, c'est que nous devons accomplir la loi que Dieu nous a
-donne et que notre vie est d'autant, meilleure que nous suivons plus
-strictement cette loi.
-
-5
-
-Il est surprenant que je n'aie pu voir avant la simplicit de cette
-vrit qu'en dehors de ce monde et de notre vie, il y a quelqu'un,
-quelque chose qui sait pourquoi le monde existe et pourquoi nous y
-sommes, telles les bulles qui se forment dans l'eau bouillante et qui
-clatent et disparaissent.
-
-Oui, il se passe quelque chose en ce monde, grce tous les tres
-vivants, moi, ma vie. Autrement, pourquoi existeraient ce soleil,
-ces printemps, ces hivers et pourquoi ces souffrances, ces naissances et
-ces morts, ces bienfaits, ces crimes, pourquoi tous ces tres spars
-qui apparemment n'ont aucun sens pour moi et qui vivent de toutes leurs
-forces, qui se soucient tant de leur vie? La vie de tous ces tres me
-convainc parfaitement que tout cela est ncessaire quelque chose de
-raisonnable, de bon, mais qui ne m'est pas accessible.
-
-6
-
-Tant que l'homme chante, crie et dit devant tous: O Seigneur,
-Seigneur! c'est qu'il n'a pas trouv le Seigneur. Celui qui L'a trouv
-garde le silence.
-
- RAMA-KRICHNA.
-
-7
-
-Dans les mauvais moments, on ne sent pas Dieu, on doute de Lui. Mais
-le salut est toujours le mme: penser non Dieu, mais Sa loi et
-l'accomplir: aimer tout le monde.
-
-IV.--_On ne peut comprendre Dieu par la raison._
-
-1
-
-On peut sentir Dieu en soi, ce qui n'est pas difficile. Mais comprendre
-Dieu et savoir ce qu'Il est, est impossible et inutile.
-
-2
-
-On ne peut comprendre par la raison, que l'homme contient son me et
-Dieu; de mme, il est impossible de concevoir qu'il n'y ait pas de Dieu
-et que l'homme n'ait pas d'me.
-
- PASCAL.
-
-3
-
-Pourquoi suis-je spar de tout le reste et pourquoi sais-je que _tout_
-ce dont je suis spar existe, et pourquoi ne puis-je comprendre ce
-qu'est ce _tout_? Pourquoi moi change-t-il constamment? Je ne peux
-rien comprendre tout cela. Mais je ne puis m'empcher de penser
-que tout cela a un sens, qu'il y a un tre pour lequel tout cela est
-comprhensible, qui sait quoi tout cela sert.
-
-4
-
-Chacun peut sentir Dieu, et personne ne peut Le comprendre.
-
-C'est pourquoi ne cherchons pas Le comprendre, mais accomplissons sa
-volont, qui est de le sentir en soi avec plus d'intensit.
-
-5
-
-Si tes yeux sont aveugls par le soleil, tu ne dis pas qu'il n'y a
-pas de soleil. Tu ne diras pas non plus que Dieu n'existe pas parce
-que ta raison s'embrouille et se perd, lorsque tu veux comprendre le
-commencement et la cause de tout.
-
- D'aprs ANGLUS.
-
-6
-
-Pourquoi me demandes-tu mon nom?--dit Dieu Mose.--Si derrire ce
-qui se meut tu peux voir ce qui a toujours t, ce qui est et ce qui
-sera, tu Me connais. Mon nom est le mme que ma substance. Je suis rel.
-Je suis celui qui est.
-
-Celui qui veut savoir mon nom, ne me connat pas.
-
- SKOVORODA.
-
-7
-
-La raison qu'on ne peut concevoir n'est pas la raison ternelle; l'tre
-qu'on peut nommer n'est pas l'tre suprme.
-
-LAO-TSEU.
-
-8
-
-Si trange que soit le fait que je ne connaisse pas Dieu, j'ai toujours
-peur lorsque je suis sans Lui, et je ne suis tranquille que lorsque je
-suis avec lui. C'est plus trange encore que je n'aie point besoin de
-Le connatre mieux et davantage que je ne Le connais maintenant dans
-ma vie actuelle. Je peux et je voudrais me rapprocher de Lui; ma vie
-entire tend cela. Mais ce rapprochement n'augmente aucunement ma
-connaissance de Dieu. Toute tentative de mon imagination me dmontrant
-que je le conois (par exemple, lorsque je me l'imagine crateur ou
-misricordieux, ou quelque chose d'analogue) m'loigne de lui et arrte
-mon rapprochement de Lui. Mme le pronom Il, appliqu Dieu,
-dtruit en quelque sorte pour moi toute sa signification. Le mot Il le
-diminue.
-
-9
-
-Tout ce qu'on peut dire de Dieu ne Lui ressemble pas. On ne peut
-dpeindre Dieu par des paroles.
-
- ANGLUS.
-
-V.--_Du manque de foi en Dieu._
-
-1
-
-L'homme raisonnable trouve en lui-mme la conception de son me, de
-lui-mme et de l'me de l'univers, qui est Dieu; et en reconnaissant
-l'impossibilit d'amener ces conceptions la nettet complte, il
-s'arrte docilement devant elles, sans toucher ce qui les voile.
-
-Mais il y a eu et il y a encore des gens d'un esprit et d'une sagesse
-raffins et qui veulent expliquer la conception de Dieu par des paroles.
-Je ne condamne pas ces gens. Nanmoins, ils ont tort lorsqu'ils
-affirment qu'il n'y a pas de Dieu, et un pareil athisme ne peut durer.
-D'une faon ou d'une autre, l'homme aura toujours besoin de Dieu. Si Sa
-divinit s'tait rvle vous avec plus d'clat encore que jusqu'
-prsent, je suis convaincu que ceux qui contestent Dieu inventeraient de
-nouvelles subtilits pour Le nier. La raison se plie toujours devant les
-exigences du coeur.
-
- ROUSSEAU.
-
-2
-
-Penser qu'il n'y a pas de Dieu, revient au mme d'aprs Lao-Tseu, que de
-croire que l'air qui sort d'un soufflet, a le soufflet pour origine et
-que le soufflet pourrait fonctionner l o il n'y aurait pas d'air.
-
-3
-
-Lorsque les gens de mauvaise vie disent que Dieu, n'existe pas, ils ont
-raison: Dieu n'existe que pour ceux qui regardent de Son ct et se
-rapprochent de Lui. Mais pour celui qui s'est dtourn de Lui et s'en
-loigne, il ne peut y avoir de Dieu.
-
-4
-
-Deux catgories d'hommes connaissent Dieu. Ceux qui ont le coeur
-modeste--qu'ils soient sages ou sots--et ceux qui sont vraiment
-intelligents. Seuls, les hommes orgueilleux et d'intelligence mdiocre
-ne connaissent pas Dieu.
-
- PASCAL.
-
-5
-
-Mose dit Dieu: O te trouverai-je, Seigneur?--Dieu lui rpondit:
-Tu m'as dj trouv, si tu Me cherches.
-
-6
-
-Prouver que Dieu existe! Il ne peut y avoir rien de plus stupide que
-l'ide de prouver l'existence de Dieu. Le faire, c'est vouloir prouver
-la raison de sa vie. A qui? Comment? Pourquoi? Si Dieu n'existe pas, il
-n'y a rien. Or, comment ds lors prouver Son existence?
-
-7
-
-Dieu existe. Point n'est besoin de le prouver. Le faire, serait
-blasphmer; le nier, une folie. Dieu demeure dans notre conscience, dans
-la conception de l'humanit entire, dans la structure de l'univers.
-Seul un homme trs misrable ou trs dprav peut nier Dieu sous la
-vote du ciel toile, sur la tombe des tres chers ou devant la mort
-heureuse d'un martyr.
-
- MAZZINI.
-
-VI.--_L'amour de Dieu._
-
-Je ne comprends pas ce que signifie l'amour de Dieu. Peut-on aimer
-l'inconcevable et l'inconnu? On peut aimer son prochain, c'est
-comprhensible et bien. Mais aimer Dieu, ce sont des paroles vides
-de sens. Ainsi parlent bien des gens. Mais ceux qui le disent et le
-pensent se trompent lourdement: ils ne comprennent pas ce qu'est aimer
-son prochain--non pas un homme agrable ou qui nous est utile, mais
-indiffremment tout homme, quand mme il serait le plus dsagrable
-et le plus hostile. Seul, celui qui est le mme partout, peut aimer
-ainsi son prochain. De sorte que ce n'est pas l'amour de Dieu qui est
-incomprhensible, mais l'amour du prochain sans l'amour de Dieu.
-
-
-[1] Philosophe ukrainien du XVIIIe sicle dont l'exceptionnelle valeur
-ne fut que rcemment reconnue en Russie. (_N. du trad._)
-
-
-
-
-CHAPITRE III
-
-DE L'ME
-
-
-Nous appelons Dieu, l'impalpable, l'invisible, l'immatriel, celui qui
-donne la vie tout et qui existe. Nous appelons me le mme lment
-impalpable, invisible et immatriel, spar par le corps de tout le
-reste et que nous reconnaissons comme nous-mmes.
-
-
-I.--_Qu'est-ce que l'me?_
-
-1
-
-Si l'homme vit longtemps, il subit diverses transformations: il
-est enfant, puis adolescent, adulte, vieillard. Mais, malgr ses
-changements, il dit toujours moi en parlant de lui-mme. Et ce moi a
-toujours t le mme: dans l'enfant, dans l'adulte, dans le vieillard.
-C'est ce moi immuable que nous appelons me.
-
-2
-
-Si l'homme pense que tout ce qui l'entoure, tout l'univers infini, est
-tel qu'il le voit, il se trompe fort. L'homme connat tout ce qui est
-matriel uniquement parce qu'il a tels vue, oui toucher. Si ces sens
-taient autres, le monde entier serait diffrent. De sorte que nous ne
-savons pas et ne pouvons savoir quel est exactement le monde matriel
-o nous vivons. Ce que nous connaissons srement et entirement, c'est
-notre me.
-
-
-
-II.--_Le Moi spirituel._
-
-1
-
-Lorsque nous parlons de notre moi, nous n'entendons pas notre corps,
-mais ce qui le fait vivre. Qu'est-ce que le moi? Nous ne pouvons le
-dfinir par des paroles, mais nous le connaissons mieux que tout ce que
-nous savons. Car nous savons que si nous n'avions pas ce moi, nous
-ne saurions rien, nous n'aurions rien au monde, et nous n'aurions pas
-exist nous-mmes.
-
-2
-
-Lorsque je rflchis, il m'est plus difficile de comprendre ce qu'est
-mon corps que ce qu'est mon me. Le corps a beau nous tre proche, il
-nous est toujours _tranger_; seule l'me est _soi_.
-
-3
-
-Si l'homme ne sent pas l'me en soi, cela ne veut pas dire qu'il n'a
-pas d'me, mais cela prouve seulement qu'il n'a pas encore appris la
-connatre.
-
-4
-
-Tant que nous ne comprenons pas ce qui est en nous, quel intrt
-avons-nous savoir ce qui est en dehors de nous? Et peut-on connatre
-le monde avant de s'tre compris soi-mme? Celui qui est aveugle chez
-lui, peut-il voir lorsqu'il est chez les autres?
-
- SKOVORODA.
-
-5
-
-De mme que la bougie ne peut pas brler sans feu, l'homme ne peut pas
-vivre sans force spirituelle. L'esprit vit dans tous les hommes, mais
-tous les hommes ne le savent pas.
-
-La vie de ceux qui le savent est heureuse, et la vie de ceux qui
-l'ignorent est malheureuse.
-
-_Sagesse brahmane._
-
-
-
-III.--_L'me et le monde matriel._
-
-1
-
-Nous avons mesur la terre, le soleil, les toiles, les profondeurs
-des mers; nous descendons dans l'antre de la terre pour y chercher de
-l'or; nous avons trouv des rivires et des montagnes sur la lune; nous
-dcouvrons de nouveaux astres et connaissons leurs dimensions; nous
-nivelons des prcipices, nous construisons des machines compliques;
-chaque jour apporte de nouvelles et toujours de nouvelles inventions.
-Que ne savons-nous pas? que de choses nous pouvons faire! Seulement,
-il y a une chose absolument essentielle qui nous manque. Et nous ne
-saurions prciser ce que c'est. Nous sommes pareils un petit enfant:
-il sent qu'il n'est pas son aise, mais il ne sait pas pourquoi.
-
-Nous sommes malheureux, parce que nous savons beaucoup de choses
-inutiles et que nous ignorons l'essentiel, c'est nous-mmes. Nous ne
-connaissons pas ce qui est en nous. Si nous savions et si nous nous
-souvenions de ce qui est en nous, notre vie serait toute diffrente.
-
- D'aprs SKOVORODA.
-
-2
-
-Nous ne pouvons savoir ce qu'est en ralit tout ce qui est matriel
-en ce monde. Nous ne pouvons connatre parfaitement que ce qui est
-spirituel en nous-mmes, ce qui est nous-mmes et ce qui ne dpend ni de
-nos sentiments ni de nos penses.
-
-3
-
-Les hommes croient souvent que seules les choses qu'ils peuvent toucher
-de leurs mains existent. Bien au contraire: existe seulement ce qu'on ne
-peut voir, ni entendre, ni palper, ce que nous appelons notre moi--
-notre me.
-
-4
-
-Confucius disait: Le ciel et la terre sont grands, mais ils ont une
-couleur, une forme, une dimension, alors qu'en l'homme il y a quelque
-chose qui pense tout et qui n'a ni couleur, ni forme, ni dimension.
-De sorte que si tout l'univers tait mort, ce qui est en l'homme aurait
-donn la vie au monde.
-
-
-
-IV.--_Le ct spirituel et le ct charnel de l'homme._
-
-1
-
-Chacun de nous est un homme absolument distinct de tous les autres: un
-homme, une femme, un vieillard, un garon, une fille; et dans chacun de
-nous, comme dans tous, rside le mme tre spirituel. Chacun de nous
-est donc Jean ou Nathalie et en mme temps un tre spirituel qui est
-le mme dans tous les hommes. Et lorsque nous disons: _Je veux_, cela
-indique, parfois, ce que dsirent Jean et Nathalie, mais d'autres fois
-ce que veut l'tre spirituel qui est commun nous tous. Et il arrive,
-parfois, que Jean et Nathalie veulent quelque chose, mais que l'tre
-spirituel ne le veut pas et qu'il dsire tout autre chose.
-
-2
-
-Dire que ce que nous appelons nous-mmes n'est que notre chair, dire
-que ma raison, mon me, mon amour ne dpendent que de mon corps, c'est
-prtendre que notre corps n'est que la nourriture dont notre chair
-s'alimente.
-
-Il est vrai que mon corps n'est compos que d'aliments qu'il transforme,
-mais mon corps n'est pas aliment. Ceux-ci lui sont ncessaires pour
-vivre, mais ils ne sont pas le corps.
-
-Il en est de mme de l'me. Il est vrai que, sans ma chair, ce que
-j'appelle me n'existerait pas; mais mon me n'est pas mon corps.
-Celui-ci est ncessaire l'me, mais il n'est pas l'me.
-
-Si l'me n'existait pas, je ne saurais pas ce qu'est mon corps.
-
-Les lments de la vie ne sont pas dans le corps, mais dans l'me.
-
-3
-
-Lorsque nous disons: cela est arriv, cela arrivera ou cela pourra
-arriver, nous parlons de notre vie corporelle. Mais, en dehors de la vie
-corporelle qui a t et qui sera, nous reconnaissons en nous une autre
-vie: la vie spirituelle. Et cette vie-l n'a pas t, ne sera pas, mais
-est toujours. C'est cette vie qui est la vraie. L'homme est heureux
-lorsqu'il vit de la vie spirituelle, et non de la vie corporelle.
-
-4
-
-Le Christ apprend connatre l'homme qu'il y a en lui quelque chose
-qui le met au-dessus de cette vie, de ses misres, de ses craintes et de
-ses dsirs.
-
-L'homme qui a compris la doctrine du Christ se sent comme un oiseau qui,
-ignorant la prsence de ses ailes, aurait compris brusquement qu'il
-pouvait voler, tre libre et ne rien craindre.
-
-
-
-V.--_La conscience, voix de l'me._
-
-1
-
-Dans chaque homme il y a deux tres: l'un: aveugle, matriel;
-l'autre: voyant clair, spirituel. L'un--l'tre aveugle--mange, boit,
-travaille, se repose, se reproduit et fait tout comme une horloge
-rgle. L'autre--l'tre spirituel--ne fait rien lui-mme, mais ne fait
-qu'approuver ou dsapprouver les actes de l'tre aveugle et animal.
-
-On appelle conscience la partie claire, spirituelle de l'homme. Cette
-partie spirituelle agit de mme que les branches d'un compas. Celles-ci
-ne changent de place que lorsque celui qui tient les compas abandonne la
-direction qu'elles indiquent. Il en est de mme de la conscience: elle
-se tait tant que l'homme fait ce qu'il doit, mais ds qu'il abandonne la
-bonne voie, elle lui montre o et quel point il s'est tromp.
-
-2
-
-Lorsque nous apprenons qu'un homme a fait une mauvaise action, nous
-disons: il n'a pas de conscience. Qu'est-ce que la conscience? La
-conscience est la voix de l'tre unique et spirituel qui rside en nous
-tous.
-
-3
-
-La conscience, c'est la manifestation de l'tre spirituel qui vit dans
-tous les hommes. Et ce n'est que lorsqu'elle se manifeste qu'elle
-devient un directeur sr de la vie des hommes. Car souvent les hommes
-prennent pour la conscience non pas la manifestation de l'tre
-spirituel, mais simplement ce qui est considr comme bon ou mauvais par
-les gens dont ils sont entours.
-
-4
-
-La voix de la passion peut tre plus forte que celle de la conscience;
-mais elle est tout autre que la voix calme et persuasive de la
-conscience. Celle-ci est la voix de l'ternel, du divin qui vit en
-l'homme.
-
- CHANNING[1].
-
-5
-
-Le philosophe Kant disait que deux choses l'tonnaient le plus: les
-toiles au ciel et la loi du bien dans l'me humaine.
-
-6
-
-La vraie bont est en toi-mme, dans ton me. Celui qui cherche le bien
-en dehors de lui-mme, agit comme le ptre qui cherche dans son troupeau
-l'agneau qu'il a cach sur sa poitrine.
-
- VIMANA HINDOUE.
-
-VI.--_La divinit de l'me._
-
-1
-
-L'homme a, d'abord, le sentiment de la sparation de son essence du
-reste de sa substance, c'est--dire de sa chair; ensuite, la conscience
-de ce qui est spar, c'est--dire de son me; enfin, la conscience de
-ce dont cette base spirituelle de la vie est spare: la conscience du
-Tout, de Dieu.
-
-C'est prcisment cet lment, conscient d'tre spar du Tout, de Dieu,
-qui est l'unique tre spirituel qui vit en chaque homme.
-
-2
-
-Reconnatre qu'on est un tre _spar_, c'est reconnatre l'existence de
-ce dont on est spar, reconnatre l'existence du Tout, de Dieu.
-
-3
-
-En vrit, en vrit, je vous le dis: celui qui coute Ma parole et
-qui croit Celui qui m'a envoy, a la vie ternelle et il ne vient
-point en jugement, mais il est pass de la mort la vie. En vrit,
-en vrit, je vous le dis, le temps vient, et il est dj venu, que
-les morts entendront la voix du Fils de Dieu et que ceux qui l'auront
-entendue vivront. Car comme le Pre a la vie en lui-mme, il a aussi
-donn au Fils d'avoir la vie en lui-mme.
-
- JEAN, V, 24-25.
-
-4
-
-Une goutte qui tombe dans la mer, devient mer. L'me qui communie avec
-Dieu devient Dieu.
-
- ANGLUS
-
-5
-
-Lorsque l'homme dit une vrit, cela ne veut pas dire que la vrit
-mane de l'homme. Toute vrit vient de Dieu. Elle ne fait que passer
-par l'homme. Si elle passe par l'un plutt que par l'autre, c'est
-uniquement parce que cet homme a su se rendre suffisamment transparent
-pour que la vrit puisse passer travers lui.
-
- PASCAL.
-
-6
-
-Dieu dit: Je n'tais un trsor connu de personne. J'ai voulu tre connu,
-et j'ai cr l'homme.
-
- MAHOMET.
-
-7
-
-On ne peut pas comprendre Dieu par la raison. Si nous savons qu'il
-existe, ce n'est pas parce que nous le concevons par la raison, mais
-parce que nous le sentons en nous-mmes.
-
-L'homme, pour tre vritablement un homme, doit concevoir la prsence de
-Dieu en lui-mme.
-
-Demander si Dieu existe, serait demander si j'existe. Ce par quoi je
-vis, est Dieu.
-
-8
-
-Le corps est l'aliment de l'me; ce sont les chantiers qui servent
-construire la vraie vie.
-
-La plus grande joie que l'homme puisse concevoir, c'est la joie de
-reconnatre en soi un tre libre, raisonnable, aimant, et par consquent
-bienheureux de sentir Dieu en soi.
-
-9
-
-L'me est un verre; Dieu est la lumire qui pntre travers ce verre.
-
-10
-
-Il n'y a que moi et Toi. Si nous n'existions pas tous deux, il n'y
-aurait rien sur la terre.
-
- ANGLUS.
-
-11
-
-Il semble l'homme toujours entendre une voix derrire lui, mais il
-ne peut pas tourner la tte et voir celui qui parle. Cette voix parle
-toutes les langues, gouverne tous les hommes, mais personne n'a jamais
-vu celui qui parle. Ds que l'homme commence obir strictement cette
-voix et la recueille de faon ne pas la sparer de lui-mme dans
-ses penses, il sent que cette voix et lui font un; et plus l'homme
-considrera cette voix comme lui-mme, plus il sera heureux. Cette voix
-lui rvlera la vie bienheureuse, parce que cette voix est celle de Dieu
-dans l'homme.
-
- D'aprs EMMERSON.
-
-Dieu veut le bonheur de tous; or, si tu veux du bien tous,
-c'est--dire si tu aimes, Dieu vit en toi.
-
-13
-
-On dit: sauver son _me_. On ne peut sauver que ce qui peut prir. L'me
-ne peut pas prir parce qu'il n'y a qu'elle seule qui existe. Il ne faut
-pas la sauver, mais la purifier de ce qui l'obscurcit, la souille, il
-faut l'instruire pour que Dieu pntre de plus en plus en elle.
-
-14
-
-On dit: Aurais-tu oubli Dieu? C'est une bonne parole. Oublier Dieu,
-c'est oublier Celui qui vit en toi et par qui tu vis.
-
-15
-
-De mme que j'ai besoin de Dieu, Dieu a besoin de moi.
-
-16
-
-Lorsque tu t'affaiblis et que tu es malheureux, tu dois te rappeler
-que tu as une me et que tu peux vivre par elle. Mais au lieu de cela,
-nous nous imaginons que des hommes pareils nous-mmes peuvent nous
-rconforter.
-
- EMMERSON.
-
-17
-
-Celui qui est uni Dieu, ne doit pas craindre Dieu. Dieu ne saurait se
-faire de mal Lui-Mme.
-
-Les poissons de la rivire apprirent un jour que les hommes disaient
-qu'ils ne pouvaient vivre que dans l'eau. Et les poissons s'en
-tonnrent et se mirent s'interroger entre eux afin d'apprendre si
-quelqu'un savait ce que c'est que l'eau. Alors, un poisson intelligent
-dit: On raconte qu'il y a dans la mer un vieux et sage poisson qui
-sait tout; allons le trouver et demandons-lui ce qu'est l'eau. Et les
-poissons se dirigrent vers l'endroit de la mer o habitait le sage et
-lui demandrent ce qu'tait l'eau. Et le sage poisson dit: L'eau c'est
-ce qui nous fait vivre. Si vous ne la connaissez pas c'est parce que
-vous vivez dans l'eau et d'eau.
-
-De mme, il semble parfois aux hommes qu'ils ne savent pas ce qu'est
-Dieu, mais ils vivent eux-mmes en Lui.
-
- SOUFI[2].
-
-
-
-VII.--_La vie de l'homme n'est pas dans le corps, mais dans l'me, et
-non pas dans le corps et dans l'me, mais dans l'me seule._
-
-1
-
-Celui qui m'a envoy est vritable, et les choses que j'ai entendues
-de Lui, je les dis dans le monde.
-
-Ils ne comprirent point qu'Il parlait du Pre. Et Jsus leur dit:
-Lorsque vous aurez lev le Fils de l'Homme, vous connatrez qui Je
-suis, et que Je ne fais rien de Moi-mme, mais que Je dis les choses
-comme Mon Pre Me les a enseignes.
-
- JEAN, VIII, 26-28.
-
-lever le Fils de l'Homme, c'est avoir conscience de l'esprit qui vit en
-nous et l'lever au-dessus de la chair.
-
-2
-
-L'me et le corps sont ce que l'homme considre comme sien, ce dont il
-s'occupe constamment. Mais on doit savoir que le vrai toi n'est pas
-ton corps, mais ton me. Souviens-toi de cela, lve ton me au-dessus
-de ta chair, prserve-l de toute souillure humaine, ne permets pas ta
-chair de l'touffer--et tu auras une vie heureuse.
-
- MARC-AURLE.
-
-3
-
-On dit qu'on ne doit pas s'aimer soi-mme. Mais sans l'amour de
-soi-mme, il n'y aurait pas de vie. Il s'agit de savoir ce qu'il faut
-aimer en soi: son me ou son corps.
-
-4
-
-Il n'est pas de corps vigoureux qui n'aura jamais t malade; il
-n'est pas de richesses qui ne disparatront jamais; il n'est pas de
-pouvoir qui n'aura pas de fin. Si l'on consacre toute sa vie devenir
-vigoureux, riche, puissant, et qu'on arrive obtenir ce quoi l'on
-aspire, on devra tout de mme s'inquiter, craindre et s'attrister,
-parce qu'on verra tout ce qu'on a cherch dans sa vie vous chapper,
-parce qu'on constatera que l'on se fait vieux et que l'on approche de la
-mort.
-
-Que faire pour ne pas s'inquiter, pour ne pas avoir peur?
-
-Il n'y a qu'un seul moyen: il consiste consacrer sa vie non pas ce
-qui passe, mais ce qui ne prit pas et ne peut prir, l'esprit qui
-vit dans l'homme.
-
-5
-
-Accomplis ce que ton corps exige de toi: cherche obtenir la gloire,
-les honneurs, la richesse, et ta vie sera un enfer. Fais ce que veut
-l'esprit qui rside en toi: cherche l'humilit, la clmence, l'amour, et
-tu n'auras pas besoin de paradis. Le paradis sera dans ton me.
-
-6
-
-Tout homme a des devoirs envers le prochain et des devoirs envers
-lui-mme, envers l'esprit qui vit en lui; ces devoirs consistent ne
-pas souiller, ne pas supprimer, ne pas touffer cet esprit et le
-cultiver sans cesse.
-
-
-
-VIII--_Le vrai bonheur de l'homme n'est que la joie spirituelle._
-
-1
-
-L'homme vit par l'esprit et non par le corps. Lorsque l'homme le sait et
-qu'il a vou sa vie l'esprit et non au corps, on peut le mettre aux
-fers, le verrouiller derrire des lourdes portes, il sera toujours libre.
-
-2
-
-Tout homme connat deux vies: la vie charnelle et la vie spirituelle.
-Ds qu'elle atteint sa plnitude, la vie charnelle commence faiblir.
-Et elle faiblit de plus en plus et arrive la mort. La vie spirituelle,
-au contraire, grandit et devient toujours plus ferme, depuis la
-naissance jusqu' la mort.
-
-Si l'homme ne vivait que de la vie charnelle, toute son existence serait
-celle d'un condamn mort. S'il vivait pour son me, le bonheur qu'il y
-trouverait grandirait de jour en jour, et la mort ne l'effrayerait pas.
-
-3
-
-Pour mener une existence heureuse, point n'est besoin de savoir d'o tu
-es venu et ce que tu deviendras dans l'autre monde. Pense uniquement
-ce que veut ton me, et tu n'auras pas besoin de t'inquiter d'o tu es
-issu et ce qui t'arrivera aprs la mort. Tu n'auras pas besoin de tout
-cela, parce que tu prouveras le bonheur complet qui ne s'inquite ni du
-pass ni de l'avenir.
-
-4
-
-Lorsque le monde commena exister, la raison fut sa mre. Celui qui
-est conscient du fait que la base de sa vie est l'esprit, sait qu'il se
-trouve hors de tout danger. Lorsqu' la fin de sa vie, ses lvres se
-fermeront et les portes de ses sens retomberont, il n'prouvera aucune
-inquitude.
-
- LAO-TSEU
-
-
-[1] Thologien amricain. (_N. du trad._)
-
-[2] Confrrie musulmane. (_N. du trad._)
-
-
-
-
-CHAPITRE IV
-
-MME ME CHEZ TOUS
-
-
-Tous les tres vivants sont spars par leurs corps les uns des autres;
-mais l'origine la vie est la mme pour tous.
-
-I.--_La Conscience de la divinit de l'me unit les hommes._
-
-1
-
-La doctrine chrtienne rvle aux hommes que le mme principe spirituel
-vit en eux tous, qu'ils sont tous frres, et elle les unit ainsi pour
-une heureuse vie commune.
-
- LAMENNAIS.
-
-2
-
-Il ne suffit pas de se dire que chaque homme a la mme me que moi; il
-faut se dire qu'en chaque homme vit le mme principe qui vit en moi.
-Tous les hommes sont spars les uns des autres par leurs corps, mais
-ils sont tous unis par le mme principe spirituel qui donne la vie
-tout.
-
-3
-
-C'est un grand bonheur que d'tre en communion avec les hommes; mais
-comment faire pour s'unir tous? Je peux m'unir aux membres de ma
-famille; mais aux autres? Je peux m'unir mes amis, tous les Russes,
- tous mes coreligionnaires. Mais comment faire pour m'unir ceux
-que je ne connais pas, les trangers, ceux qui professent une autre
-religion? Il y a tant d'hommes et ils sont tous si diffrents! Comment
-faire?
-
-Il n'existe qu'un moyen: oublier les hommes, ne pas penser s'unir
-eux, et ne songer qu' s'unir au seul principe spirituel qui vit en moi
-et en tous les hommes.
-
-4
-
-On dit que chaque homme peut tre trs bon et trs mauvais et qu'il
-manifeste l'un ou l'autre sentiment suivant ses dispositions. C'est
-parfaitement exact.
-
-La vue des souffrances d'autrui provoque, non seulement chez des
-personnes diffrentes, mais chez le mme homme des sentiments absolument
-contradictoires: parfois, la compassion, et, parfois, une sorte de
-mauvais plaisir qui va jusqu' la plus cruelle mchancet.
-
-J'ai eu l'occasion de le constater sur moi-mme: tantt j'avais pour
-tous les tres une profonde compassion, tantt j'prouvais la plus
-grande indiffrence, et, parfois, de la haine mme.
-
-Cela, prouve clairement que nous avons deux faons, absolument opposes,
-de concevoir les choses: l'une, quand nous nous considrons comme des
-tres spars, quand tous les tres nous sont absolument trangers et
-qu'ils ne sont pas moi. Dans ce cas, nous ne pouvons prouver pour
-eux autre chose que de l'indiffrence, de l'envie, de la haine, de la
-malveillance.
-
-L'autre faon de concevoir est dans la conscience de notre unit avec
-tous. Dans ce cas, tous les tres sont pour nous ce qu'est noire moi,
-et alors, ils suscitent notre amour pour eux.
-
-L'une nous spare les uns des autres comme par un mur infranchissable,
-l'autre dtruit ce mur, et nous ne faisons qu'un. La premire nous
-apprend reconnatre que tous les autres tres ne sont pas moi, la
-seconde nous enseigne que tous les tres sont le mme moi que celui
-que je sens en moi-mme.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-5
-
-Plus l'homme vit pour son me, plus il sent son unit avec tous les
-tres vivants. Vis pour ton corps, et tu seras seul parmi des trangers;
-vis pour ton me, et tous te seront parents.
-
-6
-
-Un fleuve ne ressemble pas un tang, un tang un tonneau et un
-tonneau un seau d'eau. Mais dans un tang, dans un fleuve, dans un
-tonneau et dans un seau il y a la mme eau. De mme, tous les gens sont
-diffrents, mais l'esprit qui vit en eux tous est le mme.
-
-7
-
-L'homme ne comprend sa vie que lorsqu'il se voit dans chacun de ses
-semblables.
-
-8
-
-L'essentiel dans la doctrine du Christ c'est qu'il considrait tous les
-hommes comme frres. Dans chaque homme, il voyait un frre et, pour
-cette raison, aimait chacun, quel qu'il soit et qui que ce soit. Il ne
-s'occupait pas de son extrieur, mais de l'intrieur. Il ne voyait pas
-le corps, mais, travers les beaux habits du riche et les haillons du
-misrable, il voyait l'me immortelle. Dans l'homme le plus dprav, il
-apercevait ce qui pouvait transformer l'tre le plus dchu en l'homme
-sublime, aussi grand et aussi saint qu'il l'tait lui-mme.
-
-9
-
-Lorsque l'homme ne voit pas dans chacun le mme esprit qui l'unit tous
-les hommes, il vit comme dans un rve. Celui qui voit Dieu et lui-mme
-dans chacun, vit rellement.
-
-
-
-II--_Le mme principe spirituel vit non seulement dans tous les hommes,
-mais aussi dans tout ce qui vit._
-
-1
-
-Nous sentons dans notre for intrieur que ce par quoi nous vivons, ce
-que nous appelons notre vrai moi, est le mme non seulement dans
-chaque homme, mais aussi dans un chien, un cheval, une souris, une
-poule, un moineau, une abeille, et mme dans une plante.
-
-2
-
-Quand on prtend que les animaux nous sont absolument trangers, on peut
-en dire autant des sauvages, des noirs et des jaunes. Et si l'on estime
-que ces hommes nous sont trangers, ils ont absolument le mme droit de
-considrer les blancs comme des trangers. Quel est donc notre prochain?
-II ne peut y avoir qu'une seule rponse cette question: ne demande
-pas qui est ton prochain, mais agis envers tout ce qui vit comme tu
-voudrais que l'on agisse envers toi-mme.
-
-3
-
-Tout ce qui vit, craint les souffrances; tout ce qui vit, craint la
-mort. Reconnais-toi non seulement dans un homme, mais aussi dans chaque
-tre vivant; ne tue pas et ne cause pas de souffrance ni de mort. Tout
-ce qui vit veut la mme chose que toi; reconnais-toi donc dans chaque
-tre vivant.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-4
-
-L'homme n'est pas suprieur aux btes parce qu'il les fait souffrir,
-mais parce qu'il est capable de les plaindre. Et il a piti des btes,
-car il sent vivre en elles ce qui vit galement en lui.
-
-5
-
-La piti pour tout ce qui vit, est plus ncessaire que tout le reste
-pour pouvoir avancer vers la vertu. Un homme bon ne peut manquer de
-piti. Si un homme est injuste et mchant, il est srement impitoyable.
-Sans piti pour tout ce qui vit, il ne peut y avoir de vertu.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-6
-
-On peut se dshabituer de la piti envers les btes. Cela se remarque
-tout particulirement la chasse. Les hommes bons qui y prennent
-got, tourmentent et tuent les btes sans remarquer la cruaut qu'ils
-commettent.
-
-7
-
-Le commandement: Tu ne tueras point ne se rapporte pas l'homme
-seul, mais tout ce qui vit. Ce commandement avait t grav dans le
-coeur de l'homme avant d'tre inscrit sur la table.
-
-8
-
-Les hommes considrent qu'il n'y a pas de mal se nourrir de la chair
-animale, parce qu'on les a persuads que Dieu l'avait permis. C'est
-faux. On a beau assurer qu'il n'y a pas de pch de tuer et dmanger
-les animaux, il est grav dans le coeur de l'homme, mieux que dans tous
-les livres, qu'il faut avoir piti des animaux et qu'on ne doit pas
-les tuer, au mme titre que les hommes. Nous le savons tous, si nous
-n'touffons pas la voix de la conscience.
-
-9
-
-Si seulement tous ceux qui mangent les animaux, les tuaient eux-mmes,
-un grand nombre parmi eux auraient renonc la viande.
-
-10
-
-Nous sommes tonns de voir qu'il y ait eu et qu'il y a encore des
-hommes qui tuent leurs semblables pour les manger. Mais le temps viendra
-o nos petits enfants s'tonneront que leurs grands pres aient tu,
-tous les jours, des millions d'animaux pour les manger, alors qu'on peut
-avoir une nourriture saine et substantielle en se servant des fruits de
-la terre.
-
-11
-
-On peut se dshabituer de toute piti, mme envers les hommes, et on
-peut s'habituer avoir piti mme d'un insecte.
-
-Plus l'homme est pitoyable, mieux cela vaut pour son me.
-
-Comment s'abstenir de tuer la mouche ou la puce? Chacun de nos
-mouvements supprime malgr nous la vie des tres que nous ne voyons
-pas, dit-on gnralement pour justifier la cruaut humaine envers les
-animaux. Ceux qui parlent ainsi oublient qu'il n'est pas donn l'homme
-d'arriver la perfection en toutes choses. La tche de l'homme est de
-se rapprocher de la perfection. Il en est de mme lorsqu'il s'agit de
-la compassion envers les btes. Nous ne pouvons pas vivre sans faire
-mourir d'autres tres, mais nous pouvons avoir pour eux plus ou moins de
-compassion. Et plus nous en aurons, mieux cela vaudra pour notre me.
-
-
-
-III.--_Plus les hommes sont bons, mieux ils conoivent l'unit du
-principe divin qui vit en eux._
-
-1
-
-Pourquoi sommes-nous tout joyeux quand nous avons accompli une bonne
-action? Parce que chaque bonne action nous confirme que notre vrai moi
- ne se borne pas notre personne seule, mais qu'il existe en tout ce
-qui vit.
-
-Lorsqu'on vit pour soi-mme, on ne vit que d'une parcelle de son vrai
-moi. Lorsqu'on vit pour les autres, on sent son moi s'tendre.
-
-Si tu vis pour toi seul, tu te sens entour d'ennemis, tu sens le
-bonheur de chacun entraver le tien. Vis pour les autres, et tu te
-sentiras entour d'amis et le bonheur de chacun deviendra ton bonheur
-toi.
-
-2
-
-L'homme ne trouve le bonheur qu'en servant son prochain. Et il l'y
-trouve parce qu'en rendant service ses prochains, il communie avec
-l'Esprit Divin qui vit en eux.
-
-3
-
-Toute bonne action vritable, celle que l'homme accomplit avec
-dsintressement et en ne pensant qu'au malheur d'autrui, serait un fait
-tonnant et inconcevable, s'il n'tait pas aussi naturel et familier
-l'homme.
-
-En effet, pourquoi se priver de quelque chose, s'inquiter, se dranger
-pour un tranger, un homme comme il y en a tant sur la terre? On ne peut
-pas expliquer cela autrement que par le fait que la personne qui fait du
-bien, sait que celui pour qui elle le fait n'est pas un tre isol de
-tous, mais le mme tre qu'elle, mais sous un autre aspect.
-
- D'aprs SCHOPENHAUER.
-
-4
-
-Lorsqu'on vit de la vie spirituelle, on prouve des souffrances morales
-chaque fois qu'on se spare des hommes. Pourquoi cette souffrance? Parce
-que, de mme que la souffrance physique dmontre le danger qui menace la
-vie corporelle, la souffrance morale dmontre le danger qui menace la
-vie spirituelle de l'homme.
-
-5
-
-Un sage hindou disait: En toi, en moi, en tous les tres vivants vit un
-seul et mme esprit vital; et voici que tu te fches contre moi, tu ne
-m'aimes pas. Souviens-toi que toi et moi, nous sommes un. Qui que tu
-sois, toi et moi, nous ne faisons qu'un.
-
-6
-
-Bien qu'un homme soit mchant, injuste, bte et dsagrable,
-souviens-toi qu'en ne le respectant plus, tu romps non seulement tout
-lien avec lui seul, mais avec tout le monde spirituel.
-
-7
-
-Pour qu'il te soit facile de vivre avec chaque homme, pense ce qui
-t'unit lui et non pas ce qui te spare de lui.
-
-IV.--_Les consquences rsultant de la conception de l'unit de l'me de
-tous les hommes._
-
-1
-
-Il ne peut y avoir et il n'y aura pas de libert et de bonheur
-vritable, tant que les hommes n'auront pas compris leur unit. Si
-seulement les hommes avaient compris cette vrit essentielle du
-christianisme,--la communaut spirituelle de tous les hommes--leur vie
-se serait transforme, et il s'tablirait entre eux des rapports que
-nous ne saurions imaginer maintenant. Les insultes, les peines, les
-humiliations que nous faisons subir aux hommes-frres nous auraient
-rvolts plus que les plus grands crimes actuels.
-
-Oui, il nous faut une nouvelle rvlation, non pas sur le paradis et
-l'enfer, mais sur l'esprit qui vit en nous.
-
- CHANNING.
-
-2
-
-L'amour appelle l'amour. Cela ne peut tre autrement parce qu'en se
-rvlant en toi, Dieu se rvle galement en un autre homme.
-
-3
-
-La branche coupe de son noeud est, par cela mme, spare de l'arbre
-entier. De mme l'homme qui rompt avec un autre homme, se dtache de
-toute l'humanit. Seulement, la branche est coupe par un bras tranger,
-alors que, par son mpris, l'homme se dtache de son prochain, sans
-penser que, par cela mme, il se dtache de toute l'humanit.
-
- MARC-AURLE.
-
-4
-
-Il n'y a pas de mauvaise action pour laquelle soit seul puni celui
-qui l'a faite. Nous ne pouvons nous isoler de faon ce que notre
-mchancet ne se rpande pas sur les autres hommes. Nos actions, bonnes
-et mauvaises, sont comme nos enfants: elles vivent et agissent non plus
-par notre volont, mais par elles-mmes.
-
- GEORGE ELLIOT.
-
-5
-
-La vie des hommes est pnible uniquement parce qu'ils ne savent pas que
-l'me, qui est en chacun de nous, vit dans tous les hommes. C'est de l
-que provient l'animosit, que les uns sont riches, les autres pauvres,
-les uns sont matres, les autres ouvriers; de l que vient l'envie, la
-haine et tous les tourments humains.
-
-
-
-
-CHAPITRE V
-
-DE L'AMOUR
-
-
-L'me humaine, isole par le corps aussi bien de Dieu que des autres
-tres, tend se runir ce dont elle est spare.
-
-L'me s'unit Dieu par la conscience progressive de la prsence de Dieu
-en soi, alors qu'elle s'unit aux mes des autres par des manifestations
-d'amour de plus en plus videntes.
-
-
-I. _L'Amour unit les hommes Dieu et aux autres tres._
-
-1
-
-Jsus dit au lgiste: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton
-coeur, de toute ton me et de tout ton esprit. C'est le premier et le
-plus grand des commandements.
-
-Le second est: aime ton prochain comme toi-mme, rpondit l'homme de
-loi au Christ, et Jsus lui dit: Tu as bien rpondu; agis donc comme tu
-l'as dit, c'est--dire, aime Dieu et ton prochain et tu vivras bien.
-
-2
-
-Vous tes bien malheureux, vous, les gens du monde! Les chagrins et les
-inquitudes sont au-dessus de vos ttes et sous vos pieds, droite et
- gauche, et vous tes des nigmes pour vous-mmes. Et vous resterez
-toujours nigmes si vous ne devenez pas joyeux et affectueux comme les
-enfants. Alors seulement vous Me connatrez et, m'ayant connu, vous vous
-comprendrez vous-mmes et vous pourrez vous gouverner.
-
-Alors seulement, lorsque vous regarderez le monde travers votre me,
-tout sera joie pour vous sur la terre et en vous-mmes.
-
-_Soutes bouddhistes._
-
-3
-
-On ne peut aimer que la perfection.
-
-Il faut donc, pour aimer: ou bien considrer comme parfait ce qui ne
-l'est pas, ou bien aimer ce qui est parfait, c'est--dire Dieu. Si l'on
-considre comme parfait ce qui ne l'est pas, l'erreur se rvlera tt ou
-tard et l'amour ne sera plus. Mais l'amour de Dieu, c'est--dire de la
-perfection, ne peut pas finir.
-
-4
-
-Dieu est amour; celui qui demeure dans la charit, demeure en Dieu et
-Dieu en lui. Personne n'a jamais vu Dieu; mais si nous nous aimons les
-uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est accompli en
-nous. Si quelqu'un dit: J'aime Dieu et qu'il hasse son frre, c'est
-un menteur. Car celui qui n'aime point son frre qu'il voit, comment
-peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? Frres, aimons-nous les uns les
-autres, car l'amour vient de Dieu, et quiconque aime, est n de Dieu et
-connat Dieu, car Dieu est amour.
-
-D'aprs la 1<sup>re</sup> pitre de saint Jean.
-
-5
-
-Les hommes ne peuvent communier rellement qu'en Dieu. Pour se
-rencontrer, les hommes n'ont pas besoin de se croiser, ils doivent
-simplement se diriger vers Dieu.
-
-S'il y avait un grand temple o la lumire ne pntrerait que d'en haut
-et du centre, les hommes, pour se rencontrer dans ce temple, n'auraient
-qu' se diriger vers la lumire. Il en est de mme dans le monde: si
-tous les hommes allaient, Dieu, ils se rencontreraient tous.
-
-6
-
-Il n'y a rien de plus agrable que de se savoir aim. Mais, chose
-extraordinaire! pour qu'on nous aime il est inutile de rendre service
-aux autres: il suffit de se rapprocher de Dieu. Rapproche-toi de Dieu et
-ne pense pas aux hommes, et les hommes t'aimeront.
-
-7
-
-Celui qui prtend aimer Dieu tout en n'aimant pas son prochain, trompe
-les hommes. Celui qui prtend aimer son prochain et n'aime pas Dieu, se
-trompe lui-mme.
-
-8
-
-On dit que le jour du jugement dernier arrivera et que le bon Dieu se
-fchera. Mais un Dieu bon ne peut faire que du bien.
-
-De toutes les religions existantes, il n'y en a qu'une seule vraie,
-celle qui dit que Dieu est amour. Et l'amour ne peut donner que le
-bonheur.
-
-Ne crains rien: pendant ta vie et aprs ta mort, il ne peut y avoir que
-l'amour.
-
- _Traduit du persan._
-
-9
-
-Vivre selon les prceptes de Dieu c'est tre pareil Dieu. Et, pour
-tre pareil Dieu, il faut ne rien craindre et ne rien dsirer pour
-soi. Et pour ne rien craindre et ne rien dsirer pour soi, il n'y a qu'
-aimer.
-
-Les uns disent: rentre en toi-mme et tu trouveras le repos. Toute la
-vrit n'est pas l.
-
-D'autres disent, au contraire: sors de toi-mme; tche de t'oublier
-et de trouver le bonheur dans les plaisirs. Ceci n'est pas vrai non
-plus. Ce n'est pas vrai pour cette seule raison qu'on ne peut pas se
-dbarrasser des maladies par les plaisirs. Le repos et le bonheur ne
-sont ni en nous, ni en dehors de nous, ils sont en Dieu. Et Dieu est en
-nous et hors nous. Aime Dieu, car c'est en Dieu que tu trouveras ce que
-tu cherches.
-
- PASCAL.
-
-
-
-II.--_De mme que le corps a besoin de nourriture et souffre lorsqu'il
-en est priv, l'me a besoin d'amour et souffre en son absence._
-
-1
-
-Tous les corps sont attirs par la terre et les uns par les autres. De
-mme toutes les mes sont attires vers Dieu et les unes vers les autres.
-
-2
-
-Tous les gens vivent, non pas parce qu'ils pensent eux-mmes, mais
-parce que l'amour est le propre des hommes.
-
-Afin que les hommes ne vivent pas chacun pour soi, mais tous pour la
-mme cause, Dieu ne leur a pas rvl ce qu'il faut chacun d'eux, mais
-leur a dit seulement ce qu'il leur fallait tous.
-
-Afin que les hommes sachent ce qu'il leur faut tous, Il a pntr dans
-leurs mes et s'y est manifest en amour.
-
-3
-
-Tous les malheurs des hommes ne sont pas causs par les mauvaises
-rcoltes, les incendies, les brigands, mais simplement parce qu'ils
-vivent en dsaccord.--Ils sont en dsaccord, parce qu'ils ne croient pas
- la voix de l'amour qui vit en eux et qui les appelle s'unir.
-
-4
-
-Tant que l'homme vit d'une vie matrielle, il lui semble qu'il est
-spar des autres hommes parce que cela est ainsi et ne peut tre
-autrement. Mais ds qu'il commence vivre d'une vie spirituelle, il
-s'tonne, ne comprend pas, jusqu' en souffrir, pourquoi il est spar
-des autres hommes, et il cherche s'unir eux. L'amour seul unit les
-hommes.
-
-5
-
-La vie de chaque homme consiste devenir meilleur chaque anne, chaque
-mois, chaque jour. Plus les gens deviennent meilleurs et plus ils
-s'unissent, plus leur vie est meilleure.
-
-6
-
-Si nous tenions fermement nous rallier aux hommes l o nous sommes
-d'accord avec eux, sans exiger leur consentement sur les points o nous
-ne sommes pas d'accord, nous serions bien plus prs du Christ que ceux
-qui, tout en se qualifiant de chrtiens, se dtachent, au nom du Christ,
-des hommes d'une autre religion, en exigeant qu'ils soient d'accord avec
-ce qui leur semble tre la vrit.
-
-Aimez vos ennemis, et vous n'en n'aurez point.
-
-_Actes des Aptres._
-
-
-
-III.--_L'amour n'est vrai que lorsqu'il se rpand sur tout._
-
-1
-
-Dieu voulait que nous fussions heureux et, dans ce but, il nous a donn
-le besoin du bonheur; seulement, il voulait que nous soyons heureux
-tous, et non pas quelques-uns, et pour cela il nous a donn le besoin
-d'aimer. Il s'ensuit que les hommes ne seront heureux que lorsqu'ils
-s'aimeront tous les uns les autres.
-
-2
-
-Snque disait que tout ce que nous voyons, tout ce qui vit n'est qu'un
-seul corps; tels les bras, les jambes, l'estomac, les os, nous sommes
-les parties de ce corps. Tous, nous sommes venus au monde de la mme
-faon; tous, nous voulons notre bonheur; tous nous savons que nous
-ferions mieux de nous entr'aider que de nous exterminer et tous nous
-avons un germe d'amour les uns pour les autres. Comme des pierres,
-nous formons une mme route et nous nous croulerons, si nous ne nous
-soutenons pas.
-
-3
-
-Si nous aimons ceux qui nous plaisent, qui nous louent, qui nous font du
-bien, nous les aimons pour nous-mmes. Le vritable amour est celui qui
-nous fait aimer non pour notre plaisir, mais pour le bien des hommes que
-nous aimons; nous devons les aimer, non pas parce qu'ils sont agrables
-ou utiles, mais parce que dans chaque homme nous reconnaissons l'esprit
-qui vit en nous.
-
-Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons aimer, comme nous l'a appris le
-Christ, non seulement ceux qui nous aiment, mais aussi ceux qui nous
-hassent: nos ennemis.
-
-4
-
-Tche d'aimer celui que tu n'aimais pas, que tu blmais, qui t'a
-offens. Si tu y russis, tu connatras une sensation nouvelle de joie.
-De mme que la clart clate aprs les tnbres, la lumire de l'amour
-s'allumera avec plus d'intensit et plus joyeusement en toi, aprs
-s'tre libr de l'inimiti.
-
-5
-
-Le meilleur des hommes est celui qui aime _tous_ et qui fait du bien
-tous, qu'ils soient bons ou mchants.
-
- MAHOMET.
-
-6
-
-Je suis triste, ennuy, seul. Mais qui donc t'a ordonn de fuir tous
-les hommes et de te murer dans la prison de ton misrable et ennuyeux
-moi.
-
-7
-
-Agis de faon pouvoir dire chacun: fais comme moi.
-
- D'aprs KANT.
-
-8
-
-Tant que je n'aurai pas vu observer le plus grand commandement du
-Christ--l'amour envers les ennemis--je ne croirai pas que ceux qui se
-qualifient de chrtiens le soient effectivement.
-
- LESSING.
-
-
-
-IV.--_On ne peut aimer rellement que l'me._
-
-1
-
-Tous les hommes ne dsirent, qu'une seule chose, c'est de bien vivre.
-C'est pourquoi, depuis les temps les plus anciens, partout et toujours,
-les sages et les saints ont pens et appris aux hommes comment il
-fallait vivre pour tre heureux. Et toutes les poques et dans tous
-les pays, les sages et les saints ont enseign aux hommes la mme
-doctrine.
-
-Cette doctrine est brve et simple:
-
-Tous les hommes vivent par le mme esprit, mais sont spars, dans cette
-vie, par leurs corps; s'ils en sont convaincus, ils doivent s'unir les
-uns aux autres par l'amour. S'ils ne le comprennent pas et s'imaginent
-qu'ils vivent uniquement par leurs corps, ils se querellent entre eux et
-sont malheureux.
-
-Toute la doctrine est dans la recommandation de faire ce qui unit les
-hommes et de ne pas faire ce qui les dsunit. Il est facile d'avoir foi
-en cette doctrine parce qu'elle demeure dans le coeur de chaque homme.
-
-
-
-V.--_L'amour est un sentiment naturel l'homme._
-
-1
-
-L'homme aime aussi naturellement que l'eau descend la pente.
-
-_Proverbe oriental._
-
-2
-
-Pour que l'abeille vive selon sa nature, elle doit voler, le serpent
-ramper, le poisson nager, l'homme aimer. Par consquent, si l'homme fait
-du mal son prochain au lieu de lui faire du bien, cela parat aussi
-trange que si le poisson se mettait voler et l'oiseau nager.
-
-3
-
-Le cheval, par sa course rapide, fuit l'ennemi. Il est malheureux non
-pas lorsqu'il ne peut pas crier comme un coq, mais lorsqu'il perd ce qui
-lui est acquis: la facult de courir.
-
-Le sens le plus prcieux pour le chien est son flair. Il est malheureux
-lorsqu'il le perd, et non lorsqu'il voit qu'il ne peut pas voler.
-
-De mme l'homme est malheureux, non quand il est impuissant matriser
-un ours, un lion, ou de mauvaises gens, mais quand il perd ce qu'il a de
-plus cher: sa nature spirituelle, sa facult d'aimer.
-
-On n'a pas regretter quand on meurt, quand on a perdu son argent, sa
-proprit, sa maison--tout cela n'appartient pas l'homme. On doit
-regretter quand l'homme perd son bien rel, son plus grand bonheur: la
-facult d'aimer.
-
-4
-
-On demanda un philosophe chinois: qu'est-ce que la science? Il
-rpondit: C'est connatre les hommes.
-
-On lui demanda: Qu'est-ce que la vertu? Il rpondit: C'est aimer les
-hommes.
-
-5
-
-Un philosophe hindou disait: De mme qu'une mre soigne son unique
-enfant, le dorlote, le garde et l'lve, l'homme doit lever et garder
-en soi ce qu'il a de plus cher au monde: l'amour pour tout ce qui
-vit. Toutes les religions nous l'enseignent: celle des Bramines, des
-Bouddhistes, des Hbreux, des Chinois, des Chrtiens, des Mahomtans.
-C'est pourquoi, la chose la plus ncessaire au monde est d'apprendre
-aimer.
-
-6
-
-Les Chinois ont eu leurs philosophes tels que Confucius, Lao-Tseu et un
-autre sage, peu connu, du nom de Mi-Ti.
-
-Mi-Ti enseignait qu'il ne fallait pas inculquer aux hommes le respect
-de la force, de la richesse, de la bravoure, mais de l'amour seul. Il
-disait: On lve les hommes de faon ce qu'ils considrent que la
-richesse et la gloire sont au-dessus de tout et ils ne songent qu'
-gagner le plus possible de gloire et de richesses; il faut les lever de
-faon ce qu'ils placent l'amour au-dessus de tout et que, dans la vie
-quotidienne, ils s'habituent aimer les hommes et consacrer toutes
-les forces apprendre aimer.
-
-Mi-Ti n'a pas t cout. Mendz, un lve de Confucius, contredit
-Mi-Ti, en assurant qu'on ne saurait vivre uniquement d'amour. Et
-les Chinois suivirent Mendz. 500 ans s'coulrent ainsi, lorsque
-Jsus vint enseigner aux hommes ce qu'avait dj dit Mi-Ti, mais
-avec plus de force et de clart. Bien que personne ne conteste cette
-doctrine d'amour, les disciples du Christ ne suivent toujours pas son
-enseignement. Mais le moment viendra--et il est proche--o les hommes ne
-pourront pas faire autrement que de suivre cette doctrine, parce que son
-germe se trouve dans tous les coeurs, alors que la non observation de ses
-prceptes rendra les gens de plus en plus malheureux.
-
-
-
-VI.--_L'amour seul donne le bonheur rel._
-
-1
-
-Tu veux du bien, tu auras ce que tu dsires, condition que tu veuilles
-le bien qui est bon pour tous. Ce bonheur ne se gagne que par l'amour.
-
-2
-
-Celui qui veut conserver sa vie, la perdra, et celui qui donne sa vie
-pour le bien, la conservera. L'homme n'a pas de profit gagner le
-monde entier s'il fait du tort son me. Ainsi parlait Jsus. De
-mme parlait le paen Marc-Aurle: me, quand donc seras-tu le chef du
-corps? Quand te dbarrasseras-tu des dsirs et des peines charnelles,
-et pourras-tu te passer des services de ce que les hommes te servent de
-leur vie ou de leur mort! Quand comprendras-tu que le vrai bonheur est
-toujours en ton pouvoir et qu'il est l'amour pour tous les hommes?
-
-3
-
-Celui qui dit qu'il est dans la lumire et qui hait son frre, est
-encore prsent dans les tnbres. Celui qui aime son frre demeure
-dans la lumire et ne craint nulle tentation. Mais celui qui hait son
-frre est dans les tnbres, marche dans les tnbres et ne sait o il
-va, parce que les tnbres ont aveugl ses yeux.... Aimons, non par la
-parole et la langue, mais par les actes et la vrit. C'est cela que
-nous reconnaissons la vrit et que nous tranquillisons nos coeurs.
-
- 1<sup>re</sup> pitre de saint JEAN.
-
-4
-
-Je ne sais pas lequel des chefs des religions a raison, et je ne puis le
-savoir d'une faon certaine; mais je sais pertinemment que le mieux que
-je puis faire, c'est de dvelopper l'amour en moi; de cela je ne puis
-en douter. Je ne puis en douter parce qu'en se dveloppant, mon amour
-augmente mon bonheur.
-
-5
-
-Nous savons trouver tout; il n'y a que nous-mmes que nous ne sachions
-pas trouver. Chose trange! L'homme vit sur la terre pendant de
-nombreuses annes sans remarquer quel moment il prouve le plus de
-satisfaction. S'il s'en apercevait, il verrait clairement en quoi
-consiste son vrai bonheur; il saurait qu'il ne se sent son aise
-que lorsqu'il a l'amour dans l'me. C'est que nous ne mditons pas
-assez pour nous en apercevoir. Nous avons perverti notre raison et ne
-cherchons plus connatre ce qui seul nous est ncessaire.
-
-Si nous nous tions arrts un seul instant au milieu du tourbillon de
-la vie qui nous emporte, si nous tions rentrs en nous-mmes, nous
-aurions compris o est notre bonheur.
-
-Notre corps est faible, impur, mortel; mais il recle un trsor divin:
-l'esprit immortel. Il nous suffirait d'avoir conscience de cet esprit
-intrieur pour nous mettre aimer les hommes, et, en les aimant, nous
-aurons tout ce que notre coeur dsire: le bonheur.
-
- SKOVORODA.
-
-6
-
-Nous n'obtenons le bonheur corporel, tous les plaisirs, qu'au dtriment
-des autres hommes. Par contre, nous n'augmentons le bien spirituel, le
-bien de l'amour qu'en augmentant le bonheur d'autrui.
-
-7
-
-Tous nos perfectionnements de la vie matrielle: les chemins de fer,
-le tlgraphe, les machines peuvent servir l'union des hommes et
-les rapprocher du royaume de Dieu. Mais le malheur est que les hommes
-se passionnent pour ces perfectionnements et s'imaginent que s'ils
-construisent beaucoup de ces engins, ils peuvent se rapprocher de Dieu.
-C'est une aussi grosse erreur que si l'homme avait toujours travaill
-le mme terrain sans songer y semer quelque chose. Pour que toutes
-ces machines soient utiles, il faut que les hommes perfectionnent leur
-me, y cultivent l'amour. Car sans amour, le tlphone, le tlgraphe,
-les machines volantes, loin de nous rapprocher, nous divisent de plus en
-plus.
-
-8
-
-L'homme est misrable et ridicule lorsqu'il cherche ce qu'il a sur
-le dos. Il est tout aussi misrable et ridicule lorsqu'il cherche le
-bonheur, sans savoir qu'il le trouvera dans l'amour qui est dans son
-coeur.
-
-Ne regardez pas le monde et les oeuvres des hommes, mais jetez un regard
-dans votre me, et vous y trouverez, le bonheur que vous cherchez l o
-il n'est pas; vous trouverez l'amour et vous saurez que ce bonheur est
-si grand que celui qui l'a, ne peut plus rien dsirer.
-
- KRISHNA.
-
-9
-
-Fais du bien tes amis pour qu'ils t'aiment davantage, fais-en tes
-ennemis pour qu'ils deviennent tes amis.
-
- KLEOVODLOS[1].
-
-10
-
-On dit: quel profit y a-t-il faire du bien aux gens qui vous paient
-par le mal? Si tu aimes celui qui tu fais le bien, tu as dj reu ta
-rcompense par ton amour pour lui, et tu en auras une plus grande encore
-dans ton me si tu supportes avec amour le mal qu'il le fait.
-
-11
-
-Quand nous aimons nos frres nous savons que nous sommes passs de la
-mort la vie. Celui qui hait son frre n'a pas la vie ternelle qui est
-en lui.
-
-D'aprs le 1<sup>er</sup> pitre de JEAN, III.
-
-12
-
-Oui, le temps viendra bientt, celui-l mme dont le Christ disait qu'il
-souffrait en l'attendant, le temps o les hommes seront fiers, non pas
-de la domination sur les autres et de la spoliation du fruit de leur
-travail, non pas de la crainte et de l'envie qu'ils provoquent, mais
-fiers de leur amour pour tous et heureux de cette sensation qui les
-libre de tout mal, malgr les peines qu'on peut leur causer.
-
-13
-
-L'amour donne et ne reoit rien.
-
-
-[1] L'un des sept sages de la Grce; il vivait au VI<sup>e</sup> sicle
-avant J.-C. (_Note du trad._).
-
-
-
-
-CHAPITRE VI
-
-PCHS, TENTATIONS, SUPERSTITIONS
-
-
-La vie humaine serait un bonheur continuel si les superstitions, les
-tentations et les pchs n'avaient pas priv les hommes de ce bien qui
-leur est accessible. Le pch est l'encouragement aux dsirs charnels;
-les tentations sont la conception errone que l'homme a de ses relations
-avec le monde; les superstitions sont les fausses doctrines acceptes
-sur parole.
-
-
-I.--_La vraie vie n'est pas dans le corps, mais dans l'me._
-
-1
-
-Le terme de pch, dans le langage populaire, est employ par le
-laboureur lorsque la charrue lui chappe des mains, et qu'elle sort du
-sillon sans retourner la terre.
-
-Il en est de mme dans la vie. Le pch est la dviation du corps humain
-de la bonne voie et son impuissance, par suite, d'accomplir son devoir.
-
-2
-
-Dans leur jeunesse, lorsqu'ils ne connaissent pas le but rel de la vie
-qui est la communion dans l'amour, les hommes pensent que le but est de
-satisfaire leurs dsirs charnels. Il n'y aurait pas grand mal, si cette
-illusion n'tait qu'une erreur de la raison; mais le malheur est que
-l'assouvissement des dsirs charnels souille l'me et que celle-ci perd
-la facult de trouver son bonheur dans l'amour.
-
-N'est-ce pas vouloir puiser de l'eau potable avec un rcipient bien
-souill pralablement?
-
-3
-
-Tu voudrais procurer ton corps les plus grands plaisirs. Mais ton
-corps, vivra-t-il longtemps? Se soucier des plaisirs charnels, c'est
-construire sa maison sur de la glace. Quelle joie pourrait-on attendre
-d'une telle vie, quel repos? Ne crains-tu pas constamment que, tt ou
-tard, la glace fondra, que, tt ou tard, tu devras abandonner ton corps
-mortel?
-
-Transporte donc ta maison sur la terre ferme; travaille ce qui
-ne meurt pas: perfectionne ton me, dbarrasse-toi des pchs, des
-tentations et des superstitions.
-
- D'aprs SKOVORODA.
-
-4
-
-L'enfant ne sent pas encore son me et ne sent pas ce qu'prouve
-l'adulte lorsqu'il entend deux voix contradictoires parler en lui. L'une
-dit: mange toi-mme et l'autre: donne celui qui demande. L'une
-dit: venge-toi, et l'autre: pardonne. L'une dit: crois ce que
-disent les autres, et l'autre: rflchis toi-mme.
-
-Plus l'homme devient g, plus il entend ces deux voix contradictoires:
-l'une est la voix du corps, l'autre celle de l'esprit. Et celui qui
-s'habituera entendre la voix de l'me, sera heureux.
-
-5
-
-Nul ne peut servir deux matres: car ou il hara l'un et aimera l'autre,
-ou il s'attachera l'un et mprisera l'autre. Vous ne pouvez servir
-Dieu et Mamon.
-
- MATTH., VI, 24.
-
-6
-
-On ne peut avoir soin en mme temps de son me et de son corps. Si tu
-veux des plaisirs charnels, renonce ton me; si tu veux prserver ton
-me, renonce aux plaisirs charnels. Sinon, tu sera tiraill tantt d'un
-ct, tantt de l'autre, et tu n'auras ni l'un ni l'autre.
-
-7
-
-L'homme cherche s'assurer la libert afin de soustraire son corps
-toute entrave et de pouvoir agir sa guise. C'est l une grande erreur.
-Les moyens par lesquels les hommes cherchent dlier leur corps de
-toute entrave: la richesse, la puissance, la bonne rputation, tout
-cela n'assure pas la libert souhaite; au contraire, cela ne fait que
-les lier davantage. Pour acqurir une libert plus grande, les hommes
-construisent une prison de leurs pchs, tentations et superstitions et
-s'y enferment.
-
-
-
-II.--_Qu'est-ce que le Pch?_
-
-1
-
-La doctrine des Bouddhistes enseigne cinq commandements principaux. Le
-premier: ne tue sciemment nul tre vivant. Le deuxime: ne t'approprie
-pas ce qu'autrui considre comme son bien. Le troisime: sois chaste.
-Le quatrime: ne dis pas le contraire de la vrit. Le cinquime: ne
-te grise ni de boissons, ni de fume. Les Bouddhistes considrent donc
-comme pchs: le meurtre, le vol, la fornication, l'ivrognerie, le
-mensonge.
-
-2
-
-La doctrine vanglique ne recommande que deux prceptes, tous deux
-ayant trait l'amour. Lorsque l'homme de loi, pour prouver le Christ,
-lui demanda:--Matre quel est le grand commandement de la loi? Jsus
-rpondit:--Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de
-toute ton me et de toute la pense. C'est l le premier et le grand
-commandement. Et voici le second qui lui est semblable: Tu aimeras ton
-prochain comme toi-mme.
-
-C'est pourquoi, d'aprs la doctrine chrtienne, tout ce qui est en
-dsaccord avec ces deux commandements, est pch.
-
-3
-
-Les hommes ne sont pas punis cause de leurs pchs, mais par les
-pchs mmes. C'est l le plus pnible et le plus sr des chtiments.
-
-Il arrive qu'un imposteur ou un mchant vit et meurt dans l'opulence
-et les honneurs; mais ceci ne signifie nullement qu'il a chapp au
-chtiment d pour ses pchs. Et le chtiment ne se produira pas
-quelque part o personne n'a jamais t et n'ira jamais, mais ici mme.
-Cet homme est dj puni par ce fait que chaque nouveau pch l'loign
-de plus en plus du vrai bonheur, de l'amour, et qu'il devient de moins
-en moins heureux. De mme qu'un ivrogne, qu'il soit puni par les hommes
-ou non, l'est dj coup sr, parce que, indpendamment de son mal de
-tte immdiat d l'ivresse, il est puni par les souffrances qui le
-tenaillent mesure qu'il s'adonne l'ivrognerie.
-
-4
-
-Si l'on s'imagine que l'on peut se dbarrasser de ses pchs dans cette
-vie, on se trompe grossirement. L'homme peut avoir plus ou moins de
-pchs, mais il ne saurait tre impeccable. Il ne le saurait, parce que
-toute notre vie se passe dans l'effort de nous librer de nos pchs et
-c'est l seulement qu'est le vrai bonheur.
-
-
-
-III.--_Les Tentations et les Superstitions._
-
-1
-
-Le but de l'homme dans cette vie est d'accomplir la volont de Dieu.
-Celle-ci commande l'homme de dvelopper et de manifester l'amour qui
-est en lui. Que peut faire l'homme pour manifester cet amour? Supprimer
-tout ce qui l'entrave. Qu'est-ce qui l'entrave? Les pchs.
-
-De sorte que pour accomplir la volont divine, l'homme n'a qu'une chose
- faire: se librer de ses pchs.
-
-2
-
-Pcher est l'oeuvre humaine; justifier les pchs est oeuvre diabolique.
-
-3
-
-Tant que l'homme est sans raison, il vit comme une bte et il n'est pas
-responsable de la suite de ses actes, bons ou mauvais. Mais le moment
-arrive o il devient capable de rflexion et peut distinguer entre ce
-qu'il doit et ce qu'il ne doit pas faire. Or, au lieu de comprendre que
-la raison lui est donne pour discerner le bien et le mal, il l'emploie
-souvent justifier le mal qui lui est agrable et auquel il est habitu.
-
-C'est ce qui engendre les tentations et les superstitions dont le monde
-souffre le plus.
-
-4
-
-C'est mal quand l'homme se croit sans pchs et n'a pas besoin de
-faire d'efforts sur lui-mme. Mais c'est tout aussi mal quand l'homme
-s'imagine tre n dans les pchs, tre condamn mourir combl de
-pchs et qu'il ne servirait rien de faire des efforts pour s'en
-dbarrasser. Les deux erreurs sont galement funestes.
-
-5
-
-C'est mal quand l'homme qui vit parmi les pcheurs ne voit ni ses
-propres pchs, ni ceux des autres; mais c'est plus mal encore quand
-l'homme voit les pchs des autres et ne remarque pas les siens.
-
-6
-
-Dans chaque existence, il arrive un moment o le corps vieillit,
-s'affaiblit, devient de moins en moins exigeant, tandis que le moi
-spirituel grandit de plus en plus. Alors, ceux qui sont habitus
-satisfaire leurs dsirs corporels imaginent, afin de ne pas renoncer
- leurs habitudes, des sductions et des superstitions qui leur
-permettent de vivre en pcheurs. Mais ils ont beau faire de garantir
-leur corps contre le moi spirituel, ce moi vainc toujours, ne
-serait-ce que dans les derniers moments de la vie.
-
-7
-
-D'abord, le pch est un tranger dans notre me; puis, il en est
-l'hte; et lorsque nous nous habituons lui, il y devient comme le
-matre de la maison.
-
-8
-
-Celui qui commet un pch pour la premire fois ressent toujours sa
-faute; celui qui pche plusieurs reprises,--surtout lorsque les gens
-qui l'entourent commettent le mme pch,--tombe dans la tentation et ne
-sent plus son pch.
-
-9
-
-Lorsqu'un homme a commis un pch et s'en rend compte, il a deux issues:
-l'une de reconnatre sa faute, et de s'efforcer ne plus recommencer;
-l'autre est de chercher savoir ce que les gens pensent du pch qu'il
-a commis, et si ces gens ne le blment pas, de continuer pcher.
-
-Tous le font, pourquoi donc ne ferai-je pas comme tout le monde?
-Lorsque l'homme s'engage sur cette pente, il ne s'aperoit plus qu'il
-s'loigne chaque jour davantage de la bonne voie.
-
-10
-
-Les tentations doivent exister sur la terre, a dit le Christ. Je crois
-que le sens de cette sentence est que la connaissance de la vrit ne
-suffit pas pour dtourner les hommes du mal et pour les attirer vers le
-bien.
-
-Pour que la plupart des hommes puisse connatre la vrit, il est
-indispensable d'tre amen, par les pchs, les tentations et les
-superstitions, au dernier degr de l'erreur et la souffrance qui
-s'ensuit.
-
-11
-
-Les pchs viennent du corps; les tentations, de l'opinion publique; les
-superstitions, du manque d confiance en son propre jugement.
-
-
-
-IV.--_L'oeuvre essentielle de la vie de l'homme est de se dbarrasser des
-pchs, des tentations, et des superstitions._
-
-1
-
-L'homme se rjouit lorsque son corps sort de la captivit, de la prison.
-Comment donc ne serait-il pas heureux lorsqu'il se dbarrasse des
-pchs, des tentations et des superstitions qui tenaient son me en
-captivit?
-
-2
-
-Admettons que les hommes ne sachent vivre que de la vie bestiale, qu'ils
-ne luttent pas contre leurs passions--quelle vie horrible ce serait,
-quelle haine il y aurait entre tous les hommes, quelle dbauche, quelle
-cruaut! C'est parce que les hommes connaissent leurs faiblesses et
-leurs passions et luttent contre elles, qu'ils peuvent vivre ensemble.
-
-3
-
-La vie de l'homme, qu'il le veuille ou non, tend le dbarrasser de
-plus en plus de ses pchs. Celui qui le comprend, y contribue de ses
-efforts, et la vie d'un tel homme est facile, parce qu'elle est en
-accord avec ce qui se produit en lui.
-
-4
-
-Les enfants ne sont pas encore habitus aux pchs et tout pch leur
-rpugne. Les adultes sont dj tombs dans la tentation et ils pchent
-sans s'en rendre compte.
-
-5
-
-Deux femmes vinrent trouver un vieillard pour lui demander conseil.
-L'une se considrait comme une grande pcheresse. Etant jeune encore,
-elle avait tromp son mari et vivait dans un tourment continuel.
-L'autre, ayant toujours vcu selon les bonnes rgles, ne se reprochait
-aucune faute marquante et tait satisfaite d'elle-mme.
-
-Le vieillard interrogea les deux femmes sur leur vie. L'une, tout en
-larmes lui avoua son grand pch. Elle le trouvait si grand qu'elle ne
-croyait pas mriter le pardon; l'autre dclara qu'elle ne reconnaissait
-aucun pch particulier. Le vieillard dit la premire:
-
---Va derrire le clos et trouve-moi une grande pierre, la plus grande
-que lu pourras soulever, et apporte-la.
-
---Et toi, dit-il celle qui ne se connaissait pas de grands pchs,
-apporte-moi aussi des pierres, autant que tu pourras en porter, mais des
-petites.
-
-Les femmes excutrent l'ordre du vieillard. L'une apporta un grand
-bloc, l'autre, tout un sac de cailloux.
-
-Le vieillard examina les pierres et dit:
-
---Voici ce que vous allez faire maintenant: rapportez les pierres l o
-vous les avez prises, et lorsque vous l'aurez fait, revenez me trouver.
-
-Les femmes s'en furent excuter l'ordre du vieillard. La premire
-trouva facilement l'endroit o elle avait pris la pierre et la remit
- sa place. La seconde, n'arrivant pas se rappeler les places o
-se trouvaient chacune de ses pierres, revint avec son sac vers le
-vieillard, sans avoir excut son ordre.
-
---Il en est de mme pour les pchs, dit le vieillard. Tu as pu
-remettre, sans difficult, une grande et lourde pierre son ancienne
-place, parce que tu te souvenais o tu l'avais prise. Quant toi, tu
-n'as pu le faire, parce que tu ne te souvenais plus o tu avais pris les
-petites pierres.
-
-Puis, se tournant de nouveau vers la premire, il ajouta:
-
---Tu te souvenais de ta faute, tu supportais les reproches des gens et
-ceux de ta conscience, tu t'humiliais, et tu t'es libre ainsi des
-consquences de ton pch. Quant toi, dit-il la femme qui avait
-rapport les cailloux, n'ayant commis que des petites fautes, tu ne t'en
-souvenais plus, tu ne t'en repentais pas, tu t'es habitue vivre dans
-les pchs et, en blmant les fautes d'autrui, tu t'es enlize de plus
-en plus dans les tiennes.
-
-6
-
-C'est une grande erreur que de croire la possibilit de se dbarrasser
-d'un pch par la foi ou le pardon des hommes. On ne peut en aucune
-faon se librer d'un pch; on peut seulement le reconnatre et tcher
-de ne plus le rpter.
-
-7
-
-Ne sois jamais lche devant le pch, ne te dis pas: je ne peux pas
-faire autrement, je suis habitu, je suis faible. Tant que tu vis, tu
-peux toujours lutter contre le pch et le vaincre, sinon aujourd'hui,
-demain; sinon demain, aprs-demain; sinon aprs demain, srement avant
-ta mort. Mais si tu renonces d'avance la lutte, tu renonces au sens
-fondamental de la vie.
-
-8
-
-L'tre chez qui est absente la conscience de son unit avec Dieu et avec
-tout ce qui vit est sans pchs. Tels sont l'animal, la plante.
-
-Au contraire, l'homme reconnat la prsence simultane en lui de la bte
-et de Dieu; c'est pourquoi il ne saurait tre sans pchs. Nous disons
-que les enfants sont innocents. Ce n'est pas exact. L'enfant n'est pas
-innocent. Il a moins de pchs que l'adulte, mais il a dj des pchs
-charnels. De mme un homme de sainte vie n'est pas sans pchs. Un saint
-a commis moins de pchs, mais il en a commis quand mme: sans pchs il
-n'y a pas de vie.
-
-9
-
-Pour s'habituer lutter contre le pch, il est utile de cesser, de
-temps en temps, ses occupations habituelles, afin de voir si l'on est
-matre de son corps, ou si c'est le corps qui est le matre.
-
-
-
-V.--_L'importance des pchs, des tentations, des superstitions, et des
-fausses doctrines dans la manifestation de la vie spirituelle._
-
-1
-
-Ceux qui croient que Dieu a cr le monde demandent souvent: pourquoi
-Dieu a-t-il cr l'homme tel qu'il soit oblig de pcher? Cela revient
- demander pourquoi Dieu a cr la femme qui, pour avoir un enfant,
-doit souffrir, accoucher, l'allaiter, l'lever? Ne serait-ce pas plus
-simple si Dieu lui donnait des enfants tout faits, sans accouchement,
-sans allaitement, sans peines ni soucis? Aucune mre ne posera cette
-question, car l'enfant lui est cher prcisment par ce que c'est dans
-les tourments de l'accouchement, de l'allaitement, de l'ducation, des
-soucis qu'tait la plus grande joie de sa vie.
-
-Il en est de mme de la vie humaine: les pchs, les tentations, les
-superstitions, la lutte et la victoire obtenue sur eux constituent tout
-le sens et toute la joie de la vie.
-
-2
-
-Il est trs pnible l'homme de connatre ses pchs: en revanche,
-il prouve une grande joie sentir qu'il s'en dbarrasse. S'il n'y
-avait pas de nuit, nous ne pourrions pas nous rjouir l'apparition
-du soleil; s'il n'y avait pas de pch, l'homme ne connatrait pas les
-joies d'une vie exemplaire.
-
-3
-
-Si l'homme n'avait pas d'me, il ne connatrait pas les pchs; et s'il
-n'y avait pas de pchs, l'homme ne saurait pas qu'il possde une me.
-
-4
-
-Les pchs, les tentations et les superstitions constituent le terreau
-qui doit recouvrir les semences de l'amour pour qu'elles puissent lever.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII
-
-DES EXCS
-
-
-Le seul et unique bonheur de l'homme est dans l'amour. Mais il est priv
-de ce bien, lorsqu'au lieu de dvelopper en lui l'amour, il augmente et
-encourage les exigences de son corps.
-
-
-I.--_Tout le superflu dont jouit le corps est nuisible, tant au corps
-qu' l'me._
-
-1
-
-Il ne faut satisfaire les besoins du corps que dans les limites du
-ncessaire. Imaginer de nouveaux plaisirs pour le corps, c'est vivre
-rebours, c'est--dire mettre l'me au service du corps, au lieu du corps
-au service de l'me.
-
-2
-
-Moins on a de besoins, plus la vie est heureuse; c'est l une ancienne
-vrit qui est loin d'tre accepte par tout le monde.
-
-3
-
-Plus tu t'habitues au luxe, plus tu te soumets la servitude; car plus
-tu auras de besoins, plus tu limiteras ta libert. La libert absolue
-consiste n'avoir besoin de rien, et celle plus limite est de n'avoir
-besoin que de peu.
-
- JEAN CHRYSOSTOME.
-
-4.
-
-On pche envers les hommes et l'on pche envers soi-mme. Les pchs
-envers les hommes viennent de ce qu'on ne respecte pas l'Esprit Divin
-chez son semblable. Les pchs envers soi-mme, de ce qu'on ne respecte
-pas l'Esprit Divin en soi-mme.
-
-5
-
-Si tu veux vivre tranquille et libre, dshabitue-toi de ce dont tu peux
-te passer.
-
-6
-
-Tout ce qui est ncessaire au corps est facile obtenir. Il n'est
-difficile de se procurer que ce qui n'est pas ncessaire.
-
-7
-
-C'est bon d'avoir ce qu'on dsire; mais c'est mieux de ne rien dsirer
-de plus de ce qu'on a.
-
- MENEDEM.
-
-8
-
-Si tu te portes bien et que tu as travaill jusqu' sentir la fatigue,
-l'eau et le pain te paratront meilleurs qu'au riche ses mets choisis,
-ta paillasse plus moelleuse que tous les lits ressorts, et ta blouse
-de travail te sera plus agrable que tous les vtements de velours.
-
-9
-
-Socrate s'abstenait de toute nourriture qui flattait, seulement le
-got, ne mangeait que juste pour satisfaire sa faim, et recommandait
-ses lves de suivre son exemple. Il disait que les excs de boisson et
-de nourriture taient trs nuisibles non seulement au corps, mais aussi
- l'me, et il conseillait de sortir de table ayant encore faim. Il
-leur rappelait l'histoire du sage Ulysse et de la fe Circ qui n'a pu
-ensorceler Ulysse uniquement parce qu'il n'avait pas mang l'excs,
-alors que tous ses compagnons furent mtamorphoss par elle en pourceaux
-ds qu'ils se sont empiffrs de mets dlicats.
-
-10
-
-La plupart des hommes d'aujourd'hui sont persuads que le bonheur est
-de flatter les exigences corporelles. Cet tat d'esprit est rvl
-par l'extension de la doctrine socialiste. D'aprs cette doctrine,
-l'homme dont les besoins sont peu dvelopps est une brute, tandis que
-l'accroissement des besoins est le premier indice de l'homme civilis,
-indice de la conscience de sa dignit. Les hommes de notre temps ont
-tel point foi en cette fausse doctrine qu'ils ne font que railler les
-sages qui voyaient le bien de l'homme dans la diminution de ses besoins.
-
-11
-
-Voyez comment voudrait vivre l'esclave. Il veut, tout d'abord, qu'on le
-mette en libert. Il pense que, sans cela, il ne peut tre ni libre,
-ni heureux. Il dit: Si on m'avait donn la libert, j'aurais t
-immdiatement heureux. Je ne serais plus oblig d'excuter les caprices,
-ni de gagner les bonnes grces de mon matre; je pourrais parler qui
-me plaira, comme mon gal; je pourrais aller o je voudrais sans eu
-demander la permission personne.
-
-Mais aussitt qu'il est en libert, il se met chercher qui il
-pourrait bien flatter pour mieux dner. Pour y parvenir, il est prt
-toutes les bassesses. Et ds qu'il russit s'installer auprs d'un
-homme riche, il retombe dans le mme esclavage que celui d'o il voulait
-tant sortir.
-
-Lorsqu'un tel homme commence s'enrichir, il prend une matresse et
-retombe auprs d'elle dans une servitude pire encore. Riche, il possde
-moins de libert encore, et alors il souffre et pleure. Et lorsqu'il
-est trs malheureux, il se rappelle sa servitude d'autrefois et dit:
-Je n'tais vraiment pas mal chez mon matre. Je n'avais aucun souci,
-j'tais vtu, chauss, nourri, et lorsque j'tais malade on me soignait.
-Le travail n'tait pas trop difficile. Tandis que maintenant, j'ai tant
- faire. Je n'avais alors qu'un seul matre; maintenant, j'en ai un grand
-nombre. Que de gens satisfaire!
-
- PICTTE.
-
-
-
-II.--_L'Insatiabilit des passions charnelles._
-
-1
-
-Pour entretenir la vie, notre corps a besoin de peu; tandis que les
-caprices de notre corps ne peuvent jamais tre contents.
-
-2
-
-Flatter le corps, lui assurer le superflus, est une grande erreur.
-En effet, la vie de luxe n'augmente pas, mais diminue le plaisir de
-manger, de se reposer, de dormir, de s'habiller, de se loger. Si l'on
-mange trop, ou sans avoir faim, l'estomac se dlabre et on n'a pas de
-got la nourriture. Si l'on roule en voiture quand il est facile de
-faire le mme trajet pied, si l'on s'habitue un lit moelleux, une
-nourriture dlicate et recherche, une installation luxueuse, si l'on
-est habitu faire faire aux autres ce que l'on peut faire soi-mme, on
-n'a plus de plaisir se reposer aprs le travail, avoir chaud aprs
-le froid, bien dormir, et l'on ne fait que s'affaiblir de plus en plus
-et diminuer ses joies, sa paix et sa libert.
-
-5
-
-Les hommes devraient prendre exemple sur les btes pour savoir traiter
-leur corps. Ds que l'animal a ce qui est ncessaire son corps, il se
-calme. Pour l'homme, il ne suffit pas de contenter sa faim, de pouvoir
-s'abriter; il invente continuellement de nouveaux plats et de nouvelles
-boissons, construit des palais, fabrique une grande quantit d'objets
-inutiles qui ne le rendent que plus malheureux.
-
-
-
-III.--_Pch d'intemprance dans la nourriture._
-
-1
-
-Un sage disait: Je remercie Dieu de nous avoir rendu facile tout ce
-qui est ncessaire, et difficile tout ce qui ne l'est pas. C'est juste
-surtout pour la nourriture; celle qui est ncessaire l'homme pour
-qu'il se porte bien et puisse travailler est simple et bon march: le
-pain, les fruits, les lgumes, l'eau. On en trouve partout.
-
-Seuls les plats compliqus sont difficiles prparer. Non seulement ils
-sont difficiles prparer, mais encore ils sont nuisibles.
-
-2
-
-On meurt plus rarement de faim que de la bonne chair.
-
-3
-
-Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger.
-
-4
-
-Sans la gourmandise, nul oiseau ne serait pris dans les filets de
-l'oiseleur. On prend les gens au mme appt. Le ventre--c'est comme des
-chanes aux mains et des fers aux pieds. Celui qui est esclave de son
-ventre reste toujours esclave. Si tu veux tre libre, commence te
-librer de ton ventre. Mange pour calmer ta faim, et non pour y trouver
-du plaisir.
-
- D'aprs SAADI.
-
-
-
-IV.--_Le pch de manger de la viande._
-
-1
-
-Pythagore ne mangeait pas de viande. Lorsqu'on demandait Plutarque,
-qui avait dcrit la vie de Pythagore, pourquoi celui-ci ne mangeait pas
-de viande, il rpondait qu'il s'tonnait non pas de ce que Pythagore ne
-mangeait pas de viande, mais de ce qu'il y avait, encore des gens qui,
-au lieu de se nourrir de graines, de lgumes et de fruits, captivent des
-tres vivants et les tuent pour les manger.
-
-2
-
-Tu ne tueras point ne se rapporte pas uniquement au meurtre de
-l'homme, mais de tout ce qui vit. Ce commandement avait t grav dans
-le coeur de l'homme avant de l'tre au Sina.
-
-3
-
-La compassion pour les animaux est si troitement lie la bont que
-l'on peut affirmer avec assurance que celui qui est cruel pour les
-btes, ne peut avoir bon coeur.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-4
-
-Ne lve pas ta main sur ton frre et ne verse pas le sang des tres qui
-peuplent la terre: hommes, animaux domestiques, btes fauves et oiseaux;
-des profondeurs de ton me s'lve une voix qui le dfend de rpandre le
-sang, car le sang c'est la vie, et tu ne peux pas rendre la vie.
-
- LAMARTINE.
-
-5
-
-Les joies que la piti et la compassion pour les animaux donnent
- l'homme rachtent au centuple les plaisirs dont, il se prive en
-renonant la chasse et la chair abattue.
-
-
-
-V.--_Pch de la griserie: vin, tabac, opium, etc._
-
-1
-
-Pour pouvoir bien vivre, les hommes ont surtout besoin de leur raison.
-Ils devraient donc tenir tout particulirement leur saine raison.
-Pourtant, ils trouvent du plaisir l'touffer par le vin, le tabac et
-l'opium, et c'est parce qu'ils dsirent mener une mauvaise vie et que
-leur raison non obscurcie leur montre que leur vie est mauvaise.
-
-2
-
-Pourquoi les hommes, ayant des habitudes diffrentes, gardent-ils
-l'habitude de fumer et de boire? Parce que la plupart parmi eux sont
-mcontents de leur vie. Ils en sont mcontents parce qu'ils-recherchent
-les plaisirs charnels sans jamais pouvoir les satisfaire. C'est
-pourquoi les pauvres comme les riches cherchent l'oubli dans l'ivresse.
-
-3
-
-Si l'homme mange trop, il lui est difficile de ne pas tre paresseux.
-S'il boit des boissons grisantes, il lui est difficile de rester chaste.
-
-4
-
-Personne ne s'est jamais enivr ni gris de fume pour accomplir une
-bonne action: travailler, prendre une dcision, soigner un malade, prier
-Dieu. Mais la plupart des mauvaises actions sont faites dans un tat
-d'brit.
-
-Ce n'est pas un crime de se griser; mais c'est crer l'tat qui dispose
-au crime.
-
-
-
-VI.--_Servir le corps, c'est nuire l'me._
-
-1
-
-Si un homme a beaucoup plus qu'il ne lui faut, c'est que d'autres
-manquent du ncessaire.
-
-2
-
-Qui est plus heureux: celui qui se nourrit par son travail juste assez
-pour ne pas avoir faim, s'habille pour ne pas rester nu, se loge pour ne
-pas souffrir de la pluie et du froid; ou bien celui qui se procure une
-bonne nourriture, des vtements riches et une habitation luxueuse par la
-mendicit, la servilit, ou par l'escroquerie et la force?
-
-3
-
-Si nous n'avions pas invent le luxe, tous ceux qui sont maintenant dans
-la misre pourraient vivre sans manquer de rien, et les riches sans
-craindre pour leur vie ou leurs richesses.
-
-4
-
-De mme que le premier principe de la sagesse est la connaissance de
-soi-mme, parce que celui qui se connat peut connatre les autres, de
-mme le premier principe de la charit est de se contenter de peu, car
-seul celui qui se contente de peu, peut tre charitable.
-
- J. RUSKIN.
-
-5
-
-Les grands penseurs et les saints taient sobres et chastes.
-
-6
-
-De mme que la fume chasse les abeilles de leur ruche, la voracit et
-l'ivrognerie chassent les meilleures forces spirituelles.
-
- BASILE LE GRAND.
-
-7
-
-Ne tuez pas votre coeur par des excs de nourriture et de boisson.
-
- MAHOMET.
-
-
-
-VII--_Seul celui qui est matre de ses dsirs charnels est libre._
-
-1
-
-Lorsque l'homme vit, non pour l'me mais pour le corps, il imite un
-oiseau qui irait d'un endroit l'autre sur ses faibles pattes, au lieu
-de voler en toute libert sur ses ailes.
-
-2
-
-Vous dites que la bonne chair, les vtements riches et le luxe sont
-le bonheur. Moi, je crois que la plus grande flicit est de ne rien
-dsirer, et, afin de se rapprocher de ce bonheur suprme, il faut,
-s'habituer avoir besoin de peu.
-
- SOCRATE.
-
-3
-
-Personne ne s'est jamais repenti d'avoir vcu trop simplement.
-
-4
-
-Ce qui arrive l'estomac lorsqu'on le bourre jusqu' l'indigestion,
-arrive quand il y a excs dans les distractions. Plus les hommes
-s'vertuent d'augmenter le plaisir de manger, en inventant des plats
-raffins, plus l'estomac s'affaiblit et plus le plaisir d'absorber la
-nourriture diminue. Plus les gens s'efforcent augmenter le plaisir des
-distractions par des jeux compliqus, plus leur facult de goter ce
-plaisir s'affaiblit.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII
-
-DE LA LUBRICIT
-
-
-Le principe divin demeure dans tous les tres humains, femmes et hommes.
-C'est donc un grand pch que de considrer les porteurs de ce principe
-comme un moyen de plaisir sensuel.
-
-Pour l'homme, chaque femme doit tre, avant tout, une soeur, et l'homme
-pour la femme, un frre.
-
-
-I.--_On doit tendre la complte chastet._
-
-1
-
-Il est bon de vivre honntement mari, mais il vaut mieux encore de ne
-jamais se marier. Peu de gens en sont capables. Mais celui qui le peut
-est heureux.
-
-2
-
-Les gens qui se marient lorsqu'ils peuvent s'en passer, agissent comme
-celui qui tombe sans avoir trbuch. Si l'on trbuche et que l'on tombe,
-il n'y a rien y faire, mais si l'on n'a pas trbuch, pourquoi tomber
-exprs? Si tu peux vivre chaste, sans pcher, il est prfrable de ne
-pas te marier.
-
-3
-
-C'est une erreur de croire que la chastet est contraire la nature
-humaine. La chastet est possible et donne bien plus de bonheur qu'un
-mariage, mme heureux.
-
-4
-
-Les excs de nourriture sont funestes une vie honnte; mais les excs
-sexuels le sont plus encore. C'est pourquoi moins l'homme s'adonne
-aux uns et aux autres, mieux cela vaut pour sa vie spirituelle. La
-diffrence entre les uns et les autres est toutefois trs sensible. En
-renonant entirement la nourriture, l'homme ne peut prolonger sa vie,
-alors qu'en renonant au besoin sexuel, il ne supprime ni sa vie, ni la
-vie de son espce qui ne dpend pas de lui seul.
-
-5
-
-Celui qui n'est pas mari, s'occupe des choses du Seigneur pour plaire
-au Seigneur. Mais celui qui est mari s'occupe des choses du monde pour
-plaire sa femme. Il y a cette diffrence entre la femme marie et la
-vierge, que celle qui n'est pas marie s'occupe des choses du Seigneur
-pour tre sainte de corps et d'esprit, tandis que celle qui est marie
-s'occupe des choses du monde pour plaire son mari.
-
- I COR., 7, 33.
-
-6
-
-Si les gens se marient avec la conviction qu'ils servent ainsi Dieu et
-les hommes en prolongeant l'espce humaine, ils s'abusent. Au lieu de
-se marier pour augmenter le nombre des enfants, ils feraient bien mieux
-de concourir au sauvetage de millions de petits tres qui prissent de
-misre et manquent de soins.
-
-7
-
-Bien que trs peu d'hommes puissent atteindre une chastet absolue,
-chacun doit comprendre et se rappeler qu'il peut toujours tre plus
-chaste qu'il ne l'a t, et que plus l'homme se rapproche de la chastet
-absolue, plus il sera heureux lui-mme et pourra concourir au bonheur
-des autres.
-
-8
-
-On dit que si tous taient chastes, le genre humain s'teindrait. Or,
-suivant l'Eglise, la fin du monde doit arriver; de mme suivant la
-science, la vie humaine et notre plante mme doivent avoir une fin.
-
-Pourquoi ds lors nous rvolter l'ide qu'une vie morale amnerait
-galement le genre humain sa fin?
-
-En ralit, l'extinction ou la prolongation du genre humain ne doit
-pas nous proccuper. Chacun de nous ne doit avoir qu'un souci: vivre
-honntement, ce qui, pour le dsir sexuel, veut dire s'efforcer d'tre
-aussi chaste que possible.
-
-9
-
-Un savant a calcul que si l'humanit continue se doubler tous les
-50 ans, suivant la progression actuelle, dans 7.000 ans un couple aura
-produit tant d'hommes qu'en les entassant l'un contre l'autre sur toute
-l'tendue du globe, une 27<sup>e</sup> partie seulement de tous les
-hommes pourrait s'y placer.
-
-Pour viter cette alternative, il n'y a qu'un moyen, celui indiqu par
-tous les sages de la terre et qui s'accorde avec les aspirations de
-l'me humaine: la chastet; il faut tendre la plus grande chastet
-ralisable.
-
-10
-
-Vous avez entendu qu'il a t dit aux anciens (dit le Christ en citant
-les paroles de la loi de Mose): tu ne commettras point d'adultre. Mais
-moi, je vous dis, que quiconque regarde une femme pour la convoiter, a
-dj commis un adultre avec elle clans son coeur. (MATTH., V, 27-28).
-
-Ces paroles ne peuvent signifier autre chose que la possibilit pour
-l'homme d'aspirer la chastet absolue.
-
-Comment la raliser? objectera-t-on. Si les hommes deviennent
-entirement chastes, le genre humain disparatra. Mais en parlant
-ainsi, on oublie qu'indiquer la perfection laquelle l'homme doit
-tendre, ce n'est point exiger la perfection absolue. Il n'est pas donn
- l'homme d'atteindre la perfection en aucune chose. La destine de
-l'homme est dans la marche vers la perfection.
-
-
-
-II.--_Le pch de luxure._
-
-1
-
-Un homme non dprav prouve toujours du dgot et de la honte parler
-des rapports sexuels et y penser. Garde ce sentiment. Ce n'est pas
-sans raison que ce sentiment est propre l'homme. Il l'aide se
-contenir de l'impudicit et rester chaste.
-
-2
-
-On dsigne par le mme mot l'amour spirituel,--pour Dieu et son
-prochain,--et l'amour charnel de l'homme pour la femme et de la femme
-pour l'homme.
-
-C'est une grande erreur. Il n'y a rien de commun entre ces sentiments.
-Le premier,--l'amour spirituel pour Dieu et son prochain--est la voix de
-Dieu; le second--l'amour entre homme et femme--est la voix de la bte.
-
-3
-
-La loi de Dieu consiste aimer Dieu et son prochain, c'est--dire, tous
-les hommes sans distinction. Dans l'amour sexuel, l'homme aime une femme
-plus que tous et la femme n'aime qu'un seul homme. Il s'ensuit le plus
-souvent que l'amour sexuel empche l'homme d'observer la loi divine.
-
-
-
-III._--Malheurs provoqus par la licence sexuelle._
-
-1
-
-Tant que tu n'as pas extermin dans sa racine le dsir sexuel que tu
-prouves pour une femme, ton esprit sera li aux choses de la terre,
-comme le veau-ttard est li sa mre.
-
-Les gens pris de dsir s'agitent comme un livre pris dans un pige. Ds
-qu'ils sont pris dans les filets de la passion charnelle, ils restent
-longtemps sans pouvoir se dbarrasser des souffrances.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-2
-
-Le papillon de nuit vole vers la lumire parce qu'il ne sait pas qu'il
-se brlera les ailes; le poisson avale l'amorce parce qu'il ne sait
-pas que cela le fera prir. Mais nous savons que le dsir sexuel nous
-engluera, nous fera srement prir; malgr cela, nous nous y abandonnons.
-
-3
-
-De mme que les feux follets des marcages conduisent les hommes aux
-fondrires, puis disparaissent; les plaisirs sexuels illusionnent
-l'homme.
-
-Il s'gare, empoisonne son existence et, lorsqu'il se dgrise, il
-n'aperoit mme plus le mirage auquel il avait sacrifi une partie de sa
-vie.
-
- D'aprs SCHOPENHAUER.
-
-
-
-IV.--_Altitude criminelle des conducteurs d'mes dans la question
-sexuelle._
-
-1
-
-Pour bien comprendre toute l'immoralit, tout esprit anti-chrtien de la
-vie des peuples chrtiens, il suffit de se rappeler que la situation des
-femmes qui vivent du vice est reconnue et rglemente dans tous les pays.
-
-2
-
-Les gens riches se sont fait une conviction partage par la fausse
-science, suivant laquelle les rapports sexuels seraient indispensables;
-seulement, le mariage n'tant pas toujours possible, les rapports
-sexuels n'engageraient rien, sauf les payer, et seraient absolument
-naturels. Cette conviction est devenue tellement gnrale et
-inbranlable que les parents, sur les conseils d'un mdecin, organisent
-la dbauche pour leurs enfants, et les institutions dont le seul but
-est de s'occuper du bien-tre des citoyens, autorisent l'existence d'une
-classe de femmes qui doivent prir moralement et physiquement, pour
-satisfaire la dpravation de l'homme.
-
-3
-
-Parler de l'utilit ou de la nocivit des rapports sexuels, reviendrait
- demander s'il est utile ou nuisible de boire le sangd'autrui.
-
-
-
-V.--_Lutte contre le pch sexuel._
-
-1
-
-L'homme, comme l'animal, est oblig de lutter contre les autres tres
-et se reproduire pour assurer l'existence de son espce. Mais, crature
-doue de raison et d'amour, l'homme ne doit pas lutter contre les autres
-tres et ne doit pas penser se reproduire; il doit rester chaste. De
-la combinaison de ces deux aspirations contraires rsulte la vie humaine
-telle qu'elle doit l'tre.
-
-2
-
-La lutte contre le dsir sexuel est la lutte la plus difficile, et
-il n'y a pas de situation ni d'ge, except l'enfance et la profonde
-vieillesse, o l'homme en est libr. C'est pourquoi tout adulte, homme
-ou femme, doit surveiller l'ennemi qui n'attend qu'une occasion propice
-pour attaquer.
-
-3
-
-De mme que nous devons prendre sur les animaux l'exemple de temprance
-dans la nourriture: ne manger que lorsqu'on a faim et sans en abuser,
-nous devons les imiter dans nos rapports sexuels: s'abstenir comme
-eux jusqu' l'ge de pubert, ne s'y adonner que lorsqu'on y est
-irrsistiblement attir et s'abstenir encore ds que la conception se
-manifeste.
-
-
-
-VI.--_Le Mariage._
-
-1
-
-Il est bon l'homme de ne point toucher la femme. Mais, pour ne pas
-commettre d'adultre, que chacun ait sa femme et que chaque femme ait
-son mari.
-
- I COR., VII, 1-2.
-
-2
-
-La doctrine chrtienne ne donne pas les mmes rgles pour tout et pour
-tous; elle ne fait qu'indiquer la perfection vers laquelle il faut
-tendre. Il en est ainsi pour la question sexuelle: la perfection, c'est
-la chastet absolue. Tout effort vers la chastet absolue constitue une
-observation plus ou moins grande d la doctrine.
-
-3
-
-Pour toucher une cible, il faut viser plus loin. De mme pour que le
-mariage soit indissoluble et les deux poux fidles l'un l'autre, il
-faut que tous deux tendent la chastet.
-
-4
-
-Si l'homme cherche le plaisir dans les rapports sexuels, mme entre
-poux, ainsi que cela arrive parmi nous, il tombera srement dans le
-vice.
-
-5
-
-La cohabitation entre homme et femme ayant des enfants pour rsultat
-est le mariage rel; toutes les crmonies extrieures ne font pas le
-mariage, mais ne s'emploient que pour reconnatre comme mariage une
-seule union entre beaucoup d'autres.
-
-6
-
-La vritable doctrine chrtienne ne contient aucune allusion
-l'institution du mariage. Aussi, les chrtiens de notre temps qui s'en
-aperoivent, mais ne voient pas l'idal du Christ (qui est la chastet
-absolue) parce qu'il leur est voil par l'Eglise, demeurent, quant au
-mariage, sans aucune rgle de conduite. C'est cela que tient le fait,
-trange au premier abord, que chez les peuples professant des doctrines
-bien moins leves que le christianisme, mais possdant une dfinition
-exacte du mariage, l'esprit de famille, la fidlit conjugale sont bien
-plus dvelopps que chez les soi-disant chrtiens.
-
-Les peuples qui professent des doctrines infrieures au christianisme
-admettent le concubinage, la polygamie et la polyandrie dans certaines
-limites, mais ils vitent en revanche la dpravation qui se rvle par
-le concubinage, la polygamie et la polyandrie qui rgnent parmi les
-chrtiens et sont masqus par la monogamie apparente.
-
-7
-
-Pour que le mariage soit un acte sage et moral, il faut:
-
-_Primo:_ Ne pas penser que chaque homme ou chaque femme doit absolument
-se marier, mais se dire, au contraire, qu'il est prfrable de rester
-pur pour que rien ne nous empche de consacrer toutes nos forces
-servir Dieu.
-
-_Secundo_: Considrer les rapports sexuels comme un mariage indissoluble.
-(MATTH., XIX, 4-7).
-
-_Tertio_: Ne pas considrer le mariage comme un encouragement la
-satisfaction des dsirs charnels, mais comme un pch qui doit tre
-expi par l'accomplissement des devoirs de famille.
-
-
-
-VII--_Les enfants servent l'expiation du pch mortel._
-
-1
-
-Si les hommes pouvaient atteindre la perfection et devenir chastes, le
-genre humain s'teindrait et n'aurait plus de raison d'exister sur la
-terre, parce que les hommes seraient devenus pareils aux anges qui ne
-se marient pas, comme il est dit dans l'Evangile. Mais tant que les
-hommes ne sont pas arrivs la perfection, ils doivent produire leur
-progniture pour qu'en se perfectionnant, la postrit puisse atteindre
- la perfection laquelle l'homme tend.
-
-2
-
-Le mariage, le vrai mariage qui a pour mission la production et
-l'ducation des enfants, est un moyen indirect de servir Dieu par les
-enfants. Si je n'ai pas fait ce que je pouvais et devais faire, mes
-enfants le feront.
-
-C'est pourquoi les gens qui se marient prouvent toujours un certain
-apaisement. Ils ont le sentiment de la possibilit de transmettre une
-partie de leurs obligations leurs enfants venir. Mais ce sentiment
-n'est lgitime qu'au cas o les poux lvent leurs enfants de faon
-qu'ils ne soient pas une entrave l'oeuvre divine, mais ses ouvriers. La
-conviction que si je n'ai pas pu me consacrer entirement au service de
-Dieu, je ferai tout mon possible pour que mes enfants le fassent--cette
-conviction donne un sens moral au mariage ainsi qu' l'ducation des
-enfants.
-
-3
-
-Bnie soit l'enfance qui, au milieu des cruauts de la terre, laisse
-entrevoir un peu de ciel! Les 80.000 naissances quotidiennes dont parle
-la statistique, constituent le dbordement d'innocence et de fracheur,
-luttant non seulement contre l'extinction de l'espce, mais encore
-contre la corruption humaine et contre une infection gnrale par le
-vice. Tous les bons sentiments veills par le berceau et l'enfance
-sont un des mystres de la grande Providence; supprimez cette rose
-vivifiante, et la rafale des passions gostes schera, comme par le
-feu, la socit humaine.
-
-Si l'humanit se composait d'un milliard d'tres immortels, dont le
-nombre ne pourrait ni augmenter ni diminuer, o serions-nous et que
-serions-nous, Grand Dieu! Nous serions incontestablement mille fois plus
-savants, mais aussi mille fois plus mauvais.
-
-Bnie soit l'enfance pour le bonheur qu'elle donne elle-mme, pour le
-bien qu'elle fait sans le savoir et sans le vouloir en obligeant, en
-permettant de l'aimer! Ce n'est que grce elle que nous apercevons une
-parcelle de paradis sur terre. Bnie soit galement la mort! Les anges
-n'ont pas besoin de natre, ni de mourir pour vivre; mais, pour les
-hommes, l'un et l'autre sont ncessaires, indispensables.
-
- AMIEL.
-
-5
-
-Les gens riches, qui considrent les enfants comme une entrave au
-plaisir, un accident malheureux ou une sorte de jouissance quand il en
-nat un nombre fix l'avance, ne les lvent pas en vue de la mission
-humaine qu'ils auront accomplir en tant qu'tres intelligents et
-affectueux, mais en vue des plaisirs qu'ils peuvent donner leurs
-parents. Les enfants de tels parents sont, pour la plupart, entours de
-soins en vue de les rendre propres, blancs, rassasis, beaux, et, par
-consquent, douillets et sensuels.
-
-Les costumes, les lectures, les spectacles, la musique, la danse, la
-bonne chair, tout l'arrangement de leur existence, depuis les images sur
-les botes, jusqu'aux romans, nouvelles et pomes, ne fait qu'exciter
-leur sensualit, ce qui suscite chez les enfants des classes aises les
-plus bas vices et les maladies sexuelles.
-
-
-
-
-CHAPITRE IX
-
-DE L'OISIVET
-
-
-Il est injuste de demander aux hommes plus de travail qu'on ne peut
-leur en donner soi-mme. Mais comme on ne saurait peser si on donne aux
-autres plus qu'on ne leur demande, qu'en outre, on peut tout moment
-faiblir ou tomber malade et qu'on devra alors prendre sans donner, on
-doit, tant qu'on a des forces, tcher de travailler pour les autres le
-plus possible et leur demander le moins de travail possible.
-
-
-I.--_L'homme commet un grand pch s'il profite du travail d'autrui sans
-travailler lui-mme._
-
-1
-
-Celui qui ne veut pas travailler n'a pas le droit de manger.
-
- Aptre PAUL.
-
-2
-
-En te servant de n'importe quel objet, souviens-toi que c'est le produit
-du travail humain et que, lorsque tu dpenses, supprimes ou abmes cet
-objet, tu dpenses le travail et parfois la vie humaine.
-
-3
-
-Celui qui ne se nourrit pas de son propre travail et fait travailler les
-autres pour soi est un cannibal.
-
-_Sagesse orientale._
-
-4
-
-Toute la morale chrtienne en son application pratique se rduit
-considrer tous les hommes comme des frres, tre l'gal de tous; et
-pour arriver cela, il faut, avant tout, cesser de faire travailler
-les autres pour soi et, dans l'organisation sociale actuelle, profiter
-le moins possible du produit du travail des autres, de tout ce qui
-s'acquiert pour de l'argent, dpenser le moins d'argent et vivre le plus
-simplement possible.
-
-5
-
-Ne fais pas faire aux autres ce que tu peux faire toi-mme. Que chacun
-balaye devant sa porte. Si chacun agit ainsi, toute la rue sera propre.
-
-6
-
-Quelle est la meilleure nourriture? Celle que vous avez gagne vous-mme.
-
- MAHOMET.
-
-7
-
-Il est trs utile pour les gens riches d'abandonner pour un certain
-temps leur vie luxueuse et de vivre, ne serait-ce que quelques jours,
-comme les ouvriers, en faisant soi-mme tout ce que les salaris font
-chez les gens riches; si le riche faisait ainsi, il verrait le grand
-pch qu'il commet en faisant travailler les autres.
-
-8
-
-Ceux qui vivent dans le luxe ne peuvent pas aimer les hommes. Ils
-ne le peuvent pas, parce que tout ce dont ils se servent est fait
-contre-coeur, par ncessit, souvent avec des maldictions, par ceux
-qu'ils forcent les servir. Pour que ces gens-l puissent aimer leurs
-prochains, ils doivent tout d'abord cesser de les tourmenter.
-
-
-
-II.--_La loi du travail n'est pas pnible, mais agrable accomplir._
-
-1
-
-Tu mangeras ton pain la sueur de ton front. C'est une loi immuable. De
-mme que la femme obit la loi de l'enfantement dans la souffrance,
-l'homme doit obir la loi dure du travail. La femme ne peut se librer
-de son sort. Si elle adopte un enfant qui n'est pas n d'elle, ce sera,
-malgr tout, un tranger et elle sera prive des joies de la maternit.
-Il en est de mme pour le travail des hommes. Lorsqu'un homme mange le
-pain qu'il n'a pas gagn, il se prive des joies du travail.
-
- BONDAREV[1].
-
-2
-
-L'homme craint la mort laquelle il est soumis. L'homme qui ne connat
-ni le bien ni le mal semble plus heureux, mais il est irrsistiblement
-attir les connatre.
-
-L'homme aime l'oisivet et la satisfaction des dsirs sans souffrances,
-mais ce n'est que le travail et les souffrances qui lui donnent la vie,
- lui et toute son espce.
-
-3
-
-C'est une grande erreur que de supposer que les hommes peuvent avoir une
-vie spirituelle leve, alors que leur corps demeure dans le luxe et
-l'oisivet. Le corps est toujours le premier lve de l'me.
-
- THOREAU.
-
-4
-
-Si l'homme vit seul et se dispense de la loi du travail, il en est
-immdiatement puni par le fait que son corps s'anmie et s'affaiblit. Si
-l'homme vit dans l'oisivet et force les autres travailler pour lui,
-il s'en trouve immdiatement puni par ce fait que son me s'obscurcit et
-s'abaisse.
-
-5
-
-L'homme vit d'une vie spirituelle et d'une vie matrielle. Il y a une
-loi pour la vie spirituelle et une autre pour la vie matrielle. La loi
-de la vie matrielle, c'est le travail, et la loi de la vie spirituelle,
-c'est l'amour. Si l'homme droge la loi matrielle, celle du travail,
-il drogera invitablement la loi spirituelle, celle de l'Amour.
-
-6
-
-Bien que les habits offerts par le roi soient magnifiques, ceux qu'on
-se fait soi-mme sont meilleurs: bien que la nourriture des riches soit
-bonne, le pain que l'on gagne soi-mme est le meilleur plat.
-
- SAADI.
-
-7
-
-La puissance divine galise les hommes: elle prend ceux qui ont
-beaucoup et donne ceux qui ont peu. L'homme riche a plus de choses,
-mais elles lui donnent moins de plaisir. Le pauvre a moins de choses,
-mais plus de plaisir. L'eau puise la source et une crote de pain
-semblent bien meilleures au pauvre travailleur, que les mets et les
-boissons les plus chers le paraissent l'oisif. Le riche blas ne
-trouve plus got rien. Pour le travailleur, la nourriture, la boisson
-et le repos sont chaque fois un plaisir nouveau.
-
-8
-
-L'enfer est cach par les plaisirs, le paradis par le travail et les
-malheurs.
-
- MAHOMET.
-
-9
-
-Sans travail manuel, il n'y a pas de corps sain, il n'y a pas non plus
-de penses saines.
-
-10
-
-Si tu veux toujours tre de bonne humeur, travaille jusqu' la fatigue,
-mais non pas au-dessus de tes forces. L'oisivet rend les gens
-mcontents et mchants. Il en est de mme lorsqu'on travaille trop.
-
-11
-
-La meilleure et la plus pure joie est celle du repos aprs le travail.
-
- KANT.
-
-
-
-III.--_Le meilleur travail est le travail agricole._
-
-1
-
-Tous les hommes reconnatront avec le temps la vrit comprise depuis
-longtemps par les grands esprits de tous les peuples; la plus grande
-vertu de l'humanit consiste dans la soumission aux lois de l'tre
-suprme. Tu es cendre et tu redeviendras cendre. C'est la premire loi
-que nous apprenons sur notre vie; la deuxime loi commande la culture de
-la terre dont nous sommes issus et laquelle nous retournerons. C'est
-en cultivant cette terre avec l'amour pour des btes et des plantes que
-cette culture exige, que l'homme comprend et vit le mieux sa vie.
-
- J. RUSKIN.
-
-2
-
-L'agriculture n'est pas l'une des occupations propres l'homme.
-L'agriculture est une occupation propre tous les hommes; ce travail
-leur donne le plus de libert et le plus d'honneur.
-
-3
-
-La terre dit celui qui ne la cultive pas: parce que tu ne me
-travailles pas de la main droite et de la main gauche, tu resteras
-ternellement la porte des hommes avec tous les autres qumandeurs; tu
-n'auras jamais que les restes des riches.
-
- ZOROASTRE.
-
-4
-
-La vie des hommes de notre temps est organise de faon que la plus
-grande rmunration est obtenue pour un travail vain et inutile: dans
-les confiseries, les fabriques de tabacs, les pharmacies, les banques,
-le commerce, la littrature, la musique, etc.; et l'on paie bien moins
-le travail agricole. Si l'on attache de l'importance la rmunration
-pcuniaire, cet tat de choses est trs injuste. Mais si l'on envisage
-principalement la joie du travail, son influence sur la sant corporelle
-et ses attraits naturels, c'est trs juste.
-
-5
-
-Le travail manuel, le travail agricole surtout, est utile non seulement
-au corps, mais encore l'me. Les gens qui ne travaillent pas de leurs
-mains, prouvent des difficults comprendre sainement les choses.
-Ils ne cessent de penser, de parler, d'couter ou de lire. L'esprit
-n'a pas de repos, il s'irrite et s'embrouille. Le travail agricole est
-utile, parce qu'en outre du repos qu'il offre l'homme, il lui permet
-d'envisager sainement, simplement et clairement la situation de l'homme
-dans la vie.
-
-6
-
-J'aime les paysans. Ils ne sont pas assez instruits pour raisonner
-faussement.
-
- MONTAIGNE.
-
-
-
-IV.--_Ce qu'on appelle la division du travail, n'est qu'une excuse de
-l'oisivet._
-
-1
-
-Ces derniers temps on parle beaucoup d'une des raisons principales
-du succs obtenu par les hommes dans la production et la division du
-travail. Nous disons: division du travail; mais cette expression n'est
-pas juste. Dans notre socit, ce n'est pas le travail qui est divis,
-mais les hommes; ils sont diviss, rduits en petites parcelles d'homme.
-A la fabrique, un homme ne fait qu'une infime partie de l'objet; de
-sorte que la partie d'initiative laisse l'homme ne suffit pas pour
-faire toute une pingle ou tout un clou; il s'puise faire un bout
-d'pingle ou la tte d'un clou. C'est vrai qu'il serait bon et dsirable
-de fabriquer un grand nombre d'pingles par jour; mais si nous pouvions
-voir seulement de quel sable nous les frottons, nous aurions rflchi
-que ce n'est pas avantageux, pour cette raison que nous les frottons
-avec le sable de l'me humaine.
-
-On peut tourmenter les hommes, les mettre aux fers, les atteler comme
-des btes, les tuer comme des mouches en t, et cependant, dans un
-sens, dans le meilleur, ces hommes peuvent rester libres. Mais craser
-leurs mes immortelles, les trangler et transformer les gens en
-machines--c'est la vraie servitude. Seule cette humiliation, cette
-transformation des hommes en machines force les ouvriers lutter
-dsesprment et inutilement pour leur libert dont ils ne conoivent
-pas le sens eux-mmes. Leur animosit n'est pas provoque par la faim,
-ni par les atteintes l'amour propre (ces deux causes ont toujours
-produit leur effet, mais les bases de la socit n'ont jamais t aussi
-branle que maintenant). Cela ne tient pas ce que les ouvriers se
-nourrissent mal, mais ce qu'ils n'ont pas de plaisir au travail par
-lequel ils gagnent leur pain; ce qui fait qu'ils considrent la richesse
-comme l'unique moyen de plaisir. Ils souffrent moins du mpris que
-leur tmoignent les classes imprieuses que du mpris qu'ils ont pour
-eux-mmes, parce que le travail auquel ils sont condamns les humilie,
-les dprave, les amoindrit. Jamais plus qu'aujourd'hui les classes
-suprieures n'ont tmoign autant de sympathie et d'affection pour
-les classes infrieures, et, cependant, elles n'ont jamais t autant
-mprises par celles-ci.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-2
-
-L'homme, comme l'animal, doit besogner, employer ses mains et ses pieds.
-Il peut forcer les autres faire ce qui lui est ncessaire, mais il
-devra quand mme dpenser quelque chose ses forces corporelles. S'il
-ne travaille pas des choses utiles, raisonnables, il travaillera des
-choses inutiles et stupides. C'est ce qui se produit, en effet, parmi
-les classes aises.
-
-3
-
-Les classes oisives excusent leur fainantise par ce qu'elles s'occupent
-des arts et des sciences ncessaires au peuple. Ces gens se chargent
-d'en fournir ceux qui travaillent; malheureusement, ce qu'ils
-apportent au peuple en fait de science et d'art, est une fausse science
-et un faux art. Aussi, au lieu de rcompenser le peuple de son travail,
-la science et l'art qu'on lui offre ne font que le tromper et le
-dpraver.
-
-4
-
-Un Europen vantait devant un Chinois les avantages de la production
-mcanique: Elle libre l'homme du travail disait l'Europen. La
-libration du travail serait un grand malheur, rpondit le Chinois. Sans
-travail il n'y a pas de bonheur possible.
-
-5
-
-L'homme ne peut acqurir la richesse que par trois moyens: le travail,
-la mendicit et le vol. Ceux qui peinent gagnent peu, justement parce
-qu'une trop grande part revient aux mendiants et aux voleurs.
-
- HENRY GEORGE.
-
-
-
-V.--_Les occupations des gens qui se sont librs de la loi du travail
-sont toujours vaines et inutiles._
-
-1
-
-De mme qu'un cheval tournant une roue incline ne peut pas s'arrter et
-doit toujours avancer, l'homme ne peut pas rester oisif. Par consquent,
-un homme qui travaille a tout autant de mrite qu'un cheval mont sur
-une roue et qui remue les jambes. L'important n'est pas dans le fait que
-l'homme travaille, mais quoi il travaille.
-
-2
-
-Ceux qui se sont dispenss du travail manuel peuvent tre intelligents,
-mais rarement raisonnables. Si l'on crit, imprime et enseignelant de
-futilits dans nos coles, si notre littrature, notre musique, nos
-tableaux sont si subtils, si peu comprhensibles pour tous, c'est parce
-que tous ceux qui s'en occupent se sont librs du travail manuel et
-mnent une vie oisive.
-
- D'aprs EMERSON.
-
-3
-
-Les hommes cherchent le plaisir d'un ct et d'autre parce qu'ils
-sentent le vide de leur existence, mais ne sentent pas encore le vide du
-nouveau plaisir qui les attire.
-
- PASCAL.
-
-4
-
-Personne n'a encore calcul les millions de journes de dur travail
-et, peut-tre des milliers de vies qui se dpensent prparer les
-distractions. C'est pour cette raison que les distractions de notre
-monde ne sont pas joyeuses.
-
-
-
-VI.--_Le mal de l'oisivet._
-
-1
-
-On ne peut avoir honte d'aucun travail mme du plus malpropre; seule
-l'oisivet doit faire honte.
-
-2
-
-Les gens oisifs et riches n'ont qu'un souci--c'est de tirer orgueil de
-leur luxe. Ils sentent que, sans cela, tous les mpriseraient comme ils
-le mritent.
-
-3
-
-Honte l'homme qui l'on doit conseiller de prendre sur la fourmi
-l'exemple de l'amour pour le travail. Doublement honteux lui quand il
-ne suit pas ce conseil.
-
- _Le Talmud._
-
-4
-
-L'oisivet devrait figurer parmi les tourments de l'enfer, et c'est elle
-qui se trouve place parmi les joies du paradis.
-
- MONTAIGNE.
-
-5
-
-Celui qui ne fait rien a toujours de nombreux aides.
-
-6
-
-Ne fais jamais faire par les autres ce que tu peux faire toi-mme.
-
-7
-
-Le doute, la tristesse, l'abattement, l'indignation, le dsespoir, tous
-ces dmons veillent sur l'homme, et ds qu'il mne une vie oisive, ils
-l'attaquent. Le moyen le plus sr de se protger contre ces dmons,
-c'est un travail corporel assidu. Ds que l'homme se met cette
-besogne, aucun dmon n'ose plus l'approcher et ne fait que grogner de
-loin.
-
- CARLYLE.
-
-8
-
-Le dmon, lorsqu'il pche les hommes la ligne, se sert de diffrentes
-amorces. Mais l'homme oisif n'a pas besoin d'amorce, il se fait prendre
-sans amorce.
-
-9
-
-Il est prfrable de prendre une corde, d'aller chercher du bois dans la
-fort et de le vendre pour acheter du pain que de demander aux gens de
-vous en donner. Si l'on vous refuse, vous en aurez du dpit; si on vous
-le donne ce sera pis encore: vous aurez honte.
-
- MAHOMET.
-
-10
-
-Il y avait une fois deux frres; l'un travaillait chez un seigneur,
-l'autre vivait du travail de ses mains. Le frre riche dit un jour au
-pauvre:
-
---Pourquoi ne vas-tu pas travailler chez le seigneur? Tu ne connatrais
-pas de besogne pnible.
-
-A cela le pauvre rpliqua:
-
---Pourquoi ne travailles-tu pas? Tu ne connatrais pas d'humiliation ni
-de servitude.
-
-Les sages disent qu'il est prfrable de manger tranquillement le pain
-qu'on a gagn, que de porter une charpe d'or et d'tre le serviteur
-d'un autre. Il est prfrable de ptrir la chaux et l'argile de ses
-mains, que de joindre ses mains sur la poitrine en signe d'humilit.
-
- SAADI.
-
-11
-
-Ne pas rester la porte des riches et ne pas parler d'une voix de
-qumandeur--c'est la meilleure vie. Et, afin que cela n'arrive pas, il
-ne faut pas craindre le travail.
-
- HOTOPADEZ hindou.
-
-12
-
-Si tu ne veux pas travailler, humilie-toi, ou opprime les autres.
-
-13
-
-L'aumne d'une pauvre veuve est gale aux plus riches dons, avec cette
-diffrence qu'elle est la vraie charit.
-
-Seuls les pauvres qui travaillent peuvent avoir la joie de la charit.
-Les riches, les oisifs, en sont privs.
-
-
-
-[1] Paysan russe, auteur d'un ouvrage sur la loi du travail. Tolsto a
-connu l'auteur et comment son ouvrage. (N. du trad.)
-
-
-
-
-CHAPITRE X
-
-DE LA CUPIDIT
-
-
-Le pch de cupidit est dans l'accumulation d'une quantit toujours
-grandissante d'objets ou d'argent ncessaires aux autres hommes, et de
-garder ces objets ou cet argent afin de jouir sa guise du travail
-d'autrui.
-
-
-I--_Le pch du riche._
-
-1
-
-Dans notre socit, un homme ne peut pas dormir sans payer sa place.
-L'air, l'eau, la lumire du soleil ne lui appartiennent que sur la
-grand'route.... L'unique droit reconnu chez nous, c'est de marcher sur
-cette grand'route jusqu' ce que l'on commence chanceler de fatigue,
-parce qu'on ne peut s'arrter et que l'on doit marcher toujours.
-
- GRANT ALLEN[1].
-
-2
-
-Dix hommes bons s'tendent et dorment paisiblement sur le mme feutre,
-mais deux riches ne peuvent pas vivre en paix dans dix chambres. Si un
-homme de coeur trouve une miche de pain, il en donne la moiti celui
-qui a faim. Mais lorsqu'un conqurant conquiert une partie du monde, il
-ne se tranquillise pas tant qu'il n'en n'a pas pris une autre partie
-encore.
-
-3
-
-Les riches ont quinze chambres pour trois personnes, et il ne peuvent
-pas laisser un mendiant se chauffer et coucher chez eux.
-
-Le paysan a une chaumire de sept mtres pour sept personnes; mais il
-laisse volontiers entrer un voyageur en disant: Dieu nous ordonne de
-partager.
-
-4
-
-Les riches et les pauvres se compltent les uns les autres. Quand il y a
-des riches, il y a et il doit y avoir des pauvres. Quand existe le luxe
-effrn, existe et doit exister l'affreuse misre qui force ceux qui
-n'ont rien tre au service du luxe.
-
-Le Christ aimait les pauvres et s'loignait des riches.
-
-Dans le royaume de vrit qu'Il prchait, les riches et les pauvres
-seraient galement impossibles.
-
- HENRY GEORGE.
-
-5
-
-Le vagabond est le complment indispensable du millionnaire.
-
- HENRY GEORGE.
-
-6
-
-Les plaisirs des riches sont obtenus par les larmes des pauvres.
-
-7
-
-Lorsque les riches parlent du bonheur social, je ne doute pas qu'ils
-forment sous ce prtexte un complot en vue d'assurer leurs intrts.
-
- THOMAS MORE.
-
-8
-
-Les honntes gens ne sont jamais riches. Les gens riches ne sont jamais
-honntes.
-
- LAO-TSEU.
-
-9
-
-Ne vole pas un pauvre parce qu'il est pauvre, dit Salomon. Pourtant,
-ce pillage du pauvre parce qu'il est pauvre est une chose trs
-ordinaire: le riche profite toujours de la misre du pauvre pour le
-forcer travailler pour lui, ou bien pour lui acheter ses produits
-vil prix.
-
-On dvalise rarement les riches sur les grand'routes, parce qu'il est
-dangereux de voler un riche, alors qu'on peut dvaliser un pauvre sans
-aucun risque.
-
- D'aprs JOHN RUSKIN.
-
-10
-
-Les gens qui appartiennent aux classes ouvrires tchent le plus souvent
-de passer dans la classe des gens aiss qui vivent du travail d'autrui.
-Ils appellent a se joindre aux bonnes gens, alors qu'il faudrait dire
-quitter les bonnes gens pour les mchants.
-
-La richesse est un grand pch devant Dieu, la pauvret l'est devant les
-hommes.
-
- Proverbe russe.
-
-
-
-II.--_-L'homme et la terre._
-
-1
-
-Etant issu de la terre, la terre m'est donne pour que j'y prenne tout
-ce qu'il me faut pour cultiver et ensemencer, et j'ai le droit de
-rclamer ma part.
-
-Montrez-moi donc o elle est.
-
- EMERSON.
-
-2
-
-La terre est notre mre tous; elle nous nourrit, nous donne asile,
-nous rjouit et nous chauffe; depuis notre naissance et jusqu'au moment
-o nous nous endormons du dernier sommeil sur son coeur de mre, elle
-nous caresse constamment de son treinte affectueuse.
-
-Et voici que les gens parlent de sa vente; et elle prsente, en effet,
-notre poque vnale, un article de ngoce, elle est vendue et achete.
-
-Mais la vente de la terre cre par le Crateur cleste est une norme
-ineptie. La terre ne peut appartenir qu'au Dieu tout-puissant et
-tous les fils des hommes qui la travaillent, de mme qu' ceux qui la
-travailleront dans l'avenir.
-
-Elle est la proprit non seulement d'une seule gnration, mais de
-toutes les gnrations passes, futures et prsentes qui la travaillent.
-
- CARLYLE.
-
-3
-
-Nous occupons une le sur laquelle nous vivons des produits de nos
-mains. Un marin naufrag est rejet sur notre cte. A-t-il le mme droit
-naturel que nous d'occuper sur les mmes bases que nous, une parcelle de
-terre pour s'y nourrir de son travail? Il semblerait que ce droit est
-incontestable. Et cependant, combien d'hommes naissent sur notre plante
-auxquels les gens qui y vivent refusent ce droit.
-
- DE LAVELEYE.
-
-
-
-III.--_Les consquences nuisibles de la richesse._
-
-1
-
-Les hommes se plaignent d'tre pauvres et s'efforcent, par tous les
-moyens, d'arriver la richesse; cependant, la misre et la pauvret
-donnent aux gens la fermet et la force, alors que les excs et le luxe
-les affaiblissent et les amnent leur perte.
-
-Les pauvres ont tort de vouloir changer l'indigence utile au corps et
-l'me contre la richesse qui est nuisible au corps et l'me.
-
-2
-
-Si le pauvre a des peines, le riche en a doublement.
-
-3
-
-Le riche est malheureux; d'abord, parce qu'il craint toujours pour ses
-richesses, ensuite, parce que plus il a de biens, plus il a de soucis et
-d'affaires. Mais il est surtout malheureux parce qu'il ne peut se lier
-qu'avec des riches comme lui, qui sont peu nombreux, et non avec les
-pauvres qui sont la majorit. S'il se lie avec un pauvre, il voit trop
-nettement son pch, et il ne peut pas ne pas en avoir honte.
-
-4
-
-La richesse a l'or, la pauvret a la joie.
-
- Proverbe.
-
-5
-
-La richesse habitue les gens l'orgueil, la cruaut, l'ignorance
-prsomptueuse et la dbauche.
-
-6
-
-Seul un homme riche peut tre insensible et indiffrent au malheur
-d'autrui.
-
- Le _Talmud._
-
-7
-
-La misre assagit, la richesse abtit. Les chiens eux-mmes deviennent
-enrags force de trop bien manger.
-
- Proverbe russe.
-
-8
-
-Celui qui est charitable n'est jamais riche. Le riche n'est srement pas
-charitable.
-
- Proverbe mandchourien.
-
-9
-
-Les gens cherchent la richesse; s'ils savaient seulement combien ils
-perdent de bont en gagnant l'opulence et en vivant au milieu d'elle,
-ils auraient cherch s'en dbarrasser avec le mme zle qu'ils mettent
- l'acqurir.
-
-10
-
-Le moment est proche o les hommes cesseront de croire que la richesse
-donne le bonheur et comprendront, enfin, la simple vrit qu'en gagnant
-et en conservant leur richesse, ils rendent plus malheureuse et non
-meilleure l'existence des autres et la leur.
-
-
-
-IV.--_On ne doit pas envier la richesse, mais en avoir honte._
-
-1
-
-Il ne faut pas respecter et envier les riches, mais les plaindre et
-s'loigner d'eux. Quant au riche, il ne doit pas tre fier de ses biens,
-mais honteux.
-
-2
-
-Si le pauvre envie le riche, il ne vaut pas mieux que lui.
-
-3
-
-L'orgueil des riches est mauvais, mais l'envie des pauvres n'est pas
-moins mauvaise. Combien il y a de pauvres qui, tout en blmant les
-riches, agissent de mme qu'eux envers ceux qui sont plus pauvres
-qu'eux-mmes!
-
-
-
-V.--_L'excuse de la richesse._
-
-1
-
-Si tu as des revenus sans travailler, il y a srement quelqu'un qui
-travaille sans tre pay.
-
-2
-
-Seul celui qui est sr de n'tre pas un homme comme tous les autres,
-mais meilleur qu'eux, peut possder des richesses au milieu des pauvres
-et avoir la conscience tranquille. Seule la pense qu'il est meilleur
-que les autres peut justifier un tel homme ses propres yeux. Et,
-chose extraordinaire, la possession des richesses, qui devrait rendre
-un tel homme honteux, est pour lui la principale justification de sa
-supriorit sur les autres hommes. Je jouis de la richesse parce que je
-suis meilleur que les autres. Et je suis meilleur que les autres parce
-que je jouis de la richesse, se dit-il.
-
-3
-
-Rien ne prouve aussi clairement la fausset de la religion professe
-parmi nous que ce fait que les hommes qui se considrent comme chrtiens
-peuvent non seulement jouir de leurs richesses, au milieu des pauvres,
-mais encore en tre fiers.
-
-4
-
-L'une des erreurs les plus frquentes et les plus significatives que les
-hommes commettent, est de croire comme bon ce qu'ils aiment. Ils aiment
-la richesse, et bien que le mal de la richesse soit vident, ils se
-persuadent que la richesse est bonne.
-
-5
-
-Est-ce que Dieu a donn quelque chose l'un, sans le donner l'autre?
-Est-ce que notre Pre commun a exclu l'un de ses enfants? Vous qui
-exigez le droit exclusif de profiter de ses dons, montrez le testament
-par lequel il aurait priv les autres frres de son hritage.
-
- LAMENNAIS.
-
-6
-
-Il semblerait que, connaissant l'affreuse misre des ouvriers qui
-meurent de privations et d'excs de travail (et il est impossible de ne
-pas le savoir), les gens riches, qui profitent de ce travail homicide,
-seraient forcs de s'en mouvoir. Cependant, ces gens riches, libraux,
-humanitaires, trs sensibles non seulement aux souffrances des hommes,
-mais celles des btes, cherchent s'enrichir davantage, c'est--dire
- profiter de plus en plus du travail des autres et le font en toute
-srnit.
-
-Cette srnit des riches est due l'intervention d'une nouvelle
-science dnomme conomie politique, qui a pos des lois en vertu
-desquelles la rpartition du travail et la jouissance de ses produits
-dpendent de l'offre et de la demande, du capital, de la rente, du taux
-des salaires, des bnfices, etc.
-
-Il a t crit sur ce thme, en peu de temps, un nombre incalculable de
-traits, de brochures; il a t fait des cours et des confrences, et on
-en crit et on confrencie encore l'infini.
-
-Bien que la plupart des gens ignorent les dtails de ces explications
-rassurantes de la science, ils savent quand mme que cette explication
-existe, que les savants, des gens subtils, ne cessent de dmontrer que
-l'ordre de choses actuel est tel qu'il doit tre, et que l'on peut se
-laisser vivre tranquillement dans cet tat de choses, sans essayer de le
-modifier.
-
-Ce n'est qu'ainsi qu'on peut expliquer l'aveuglement surprenant
-dans lequel se trouvent les hommes sensibles de notre socit, qui
-plaignent sincrement, les animaux, mais qui, la conscience tranquille,
-s'attaquent la vie de leurs semblables.
-
-
-
-VI._--Pour atteindre le bonheur, l'homme ne doit pas se soucier de
-l'accroissement de son avoir, mais de l'amour qui est en lui._
-
-1
-
-Gagne une richesse que personne ne pourra te prendre, qu'elle te reste
-mme aprs la mort et qu'elle ne diminue ni ne tarisse jamais. Cette
-richesse--c'est ton me.
-
- Proverbe hindou.
-
-2
-
-Les gens se soucient mille fois plus d'augmenter leurs richesses que de
-dvelopper leur raison. Pourtant chacun devrait comprendre qu'il vaut
-bien mieux pour son bonheur conserver ce qui est en lui que ce qui est
-chez lui.
-
- D'aprs SCHOPENHAUER.
-
-3
-
-Et il leur dit celte parabole: Les terres d'un riche donnrent, une
-abondante rcolte; et ce riche se demanda: Que ferai-je? Je n'ai pas
-assez de place pour serrer ma rcolte. Voici, dit-il, ce que je ferai:
-j'abatterai mes greniers, j'en btirai de plus grands, et j'y amasserai
-toute ma rcolte et tous mes biens. Puis je dirai mon me: Mon me,
-tu as beaucoup de biens en rserve pour plusieurs annes; repose-toi,
-mange, bois et rjouis-toi. Mais Dieu lui dit: Insens, celte nuit
-mme ton me te sera prise, et ce que tu as amass, qui cela
-appartiendra-t-il?
-
- Luc, XII, 16-20.
-
-4
-
-Pourquoi l'homme voudrait-il tre riche? Pourquoi lui faut-il des
-chevaux de race, de riches habits, de magnifiques chambres, des droits
-d'entre dans les lieux de distractions?
-
-Parce qu'il manque de vie spirituelle.
-
-Donnez cet nomme une vie spirituelle, et il n'aura besoin de rien.
-
- EMERSON.
-
-5
-
-De mme qu'un vtement riche embarrasse les mouvements du corps, la
-richesse entrave les mouvements de l'me.
-
-
-
-VII.--_La lutte contre de pch de cupidit._
-
-1
-
-Celui qui possde moins qu'il ne veut avoir doit se souvenir qu'il a
-plus qu'il ne mrite.
-
- LICHTENBERG.
-
-2 On peut viter la misre par deux moyens: augmenter son avoir, ou
-bien apprendre se contenter de peu. Augmenter les richesses n'est pas
-toujours possible, et c'est presque toujours malhonnte; tandis que
-diminuer nos caprices est toujours en notre pouvoir et est salutaire
-notre me.
-
-3
-
-Le pire voleur n'est pas celui qui a pris ce qui lui est ncessaire,
-mais bien celui qui garde sans en donner aux autres ce dont il n'a pas
-besoin.
-
-4
-
-Celui qui aurait des biens de ce monde et qui, voyant son frre dans le
-besoin, lui fermerait son coeur, comment l'amour de Dieu demeurerait-il
-en lui? Mes enfants, n'aimons pas en paroles, mais en actes et par la
-vrit! I. JEAN, III, 17-18.
-
-Pour qu'un riche n'aime pas en paroles mais en actes et par la vrit
-il doit donner celui qui demande, ainsi que l'a dit le Christ. Et
-si l'on donne celui qui demande, toute richesse s'puise bientt. Et
-ds que l'homme cesse d'tre riche, il lui arrive ce que Jsus a dit au
-jeune homme, c'est--dire que ce qui empchait le jeune homme riche de
-le suivre n'existe plus.
-
-5
-
-La charit est vritable seulement quand tu t'es priv en la faisant.
-C'est alors que celui qui reoit un don matriel, reoit galement un
-don spirituel. Et si ton don n'est pas un sacrifice, mais le rsultat de
-la surabondance, il ne fait qu'irriter celui qui le reoit.
-
-6
-
-Les opulents bienfaiteurs ne voient pas ce qu'ils donnent au pauvre, ils
-l'enlvent souvent des mains de plus pauvres encore.
-
-
-[1] Moraliste anglais _(N. du tr.)_
-
-
-
-
-CHAPITRE XI
-
-DE LA COLRE
-
-
-I.--_Pch de malveillance._
-
-1
-
-Il a t dit aux anciens: Tu ne tueras point, et celui qui tuera sera
-jug (Exode, XX, 13). Mais moi je vous dis que quiconque se met en
-colre contre son frre sera jug.
-
- MATTH., V, 21-22.
-
-2
-
-Si tu prouves une douleur dans le corps, tu sais que quelque chose
-n'est pas en bon tat: ou tu fais ce que tu ne devrais pas faire, ou
-bien lu ne fais pas ce que tu devrais faire. Il en est de mme de la vie
-spirituelle. Si tu te sens triste, irrit, sache que quelque chose est
-en mauvais tat: ou tu aimes ce qu'il ne faudrait pas aimer, ou bien tu
-n'aimes pas ce qu'il faudrait aimer.
-
-3
-
-Les pchs de la gourmandise, de l'oisivet, de la volupt, sont mauvais
-par eux-mmes. Mais ces pchs sont surtout reprhensibles parce qu'ils
-engendrent le pire des pchs: la malveillance, l'iniquit envers les
-gens.
-
-4
-
-Ce ne sont pas les pillages, les assassinats, les excutions qui sont
-effrayants. Qu'est-ce que le pillage? C'est le passage de la proprit
-des uns aux autres. Cela a toujours exist, cela sera toujours, et il
-n'y a rien d'effrayant cela.
-
-Que sont les excutions, les assassinats? C'est le passage des hommes de
-la vie la mort. Ces passages ont t, sont et seront toujours, et cela
-n'a galement rien, d'effrayant. Ce qu'il y a de rellement effrayant,
-c'est la haine des hommes qui engendre le brigandage, le vol, le meurtre.
-
-
-
-II.--_L'absurdit de la colre._
-
-1
-
-Les Bouddhistes disent que tout pch vient de la btise. Cela est
-juste pour tous les pchs, mais surtout pour l'inimiti. Le pcheur,
-l'oiseleur se fche contre le poisson ou l'oiseau parce qu'il ne l'a pas
-pris, et moi je me fche contre l'homme, parce qu'il fait ce dont il
-a besoin pour lui, et non pas ce que je voudrais de lui. N'est-ce pas
-galement stupide?
-
-2
-
-Un homme t'a offens. Tu t'es fch contre lui. L'affaire est termine.
-Mais la colre contre cet homme s'est fige dans ton coeur, et lorsque
-tu penses lui, tu t'irrites. Comme si le diable, qui est toujours
-en faction la porte de ton coeur, avait profit de l'heure o tu as
-ressenti ta colre contre cet homme; comme si elle lui eut ouvert la
-porte, qu'il eut bondi dans ton coeur et qu'il y ft matre, maintenant.
-Chasse-le. Et l'avenir, sois plus prudent, n'ouvre pas la porte par
-laquelle il entre.
-
-3
-
-Plus l'homme se croit haut plac, plus facilement il s'irrite contre les
-gens. Plus l'homme est modeste, plus il est bon et se fche moins.
-
-4
-
-Ne pense pas que la vertu consiste dans la bravoure et la force. Si tu
-peux te placer au-dessus de la colre, pardonner et aimer celui qui t'a
-offens, tu auras fait le mieux de ce qu'un homme peut faire.
-
- DJERBELOTE, persan.
-
-5
-
-Il est vrai, que tu n'as peut-tre pas la force de ne pas te fcher
-contre celui qui t'a offens, outrag. Mais tu peux toujours le
-contenir, ne manifester ta colre ni en paroles ni en actes.
-
-6
-
-La colre ment toujours de l'impuissance.
-
-
-
-III.--_La colre contre les hommes nos frres est draisonnable parce
-que le mme Dieu vit en nous tous._
-
-1
-
-On doit s'observer depuis le matin et se dire: tout l'heure, je
-pourrai avoir affaire un homme insolent, effront, importun,
-hypocrite, nerveux. Il y a souvent des gens comme a. Ils ne savent pas
-ce qui est bien et ce qui est mal. Mais si je sais, moi, o est le bien
-et le mal, si je comprends que le mal pour moi ne peut venir que de la
-mauvaise action que j'ai commise moi-mme, aucun mauvais homme ne peut
-me nuire. Personne ne peut me forcer faire mal. Si je pense encore que
-tout homme m'est proche, non par le sang et la chair, mais par l'esprit,
-que le mme Esprit divin vit en chacun de nous, je ne peux pas me fcher
-contre un tre qui m'est proche. Je sais donc que nous sommes crs l'un
-pour l'autre, que nous sommes appels nous entr'aider comme les mains,
-les pieds, les yeux et les dents s'aident entre eux et servent le corps
-entier; comment puis-je me dtourner de mon prochain si, contrairement
-sa vraie nature, il me fait du mal.
-
- MARC-AURLE
-
-2
-
-Si tu t'es fch contre un homme, c'est que tu menais une vie charnelle,
-et non pas une vie spirituelle. Si tu vivais selon la volont divine,
-personne ne pourrait t'offenser, car on ne peut offenser Dieu, et Dieu,
-le Dieu qui est en toi, ne peut se fcher.
-
-3
-
-On ne doit ni trop mpriser ni trop respecter aucun homme.
-
-Si tu le mprises, tu ne pourras pas apprcier le bien qu'il y a en lui;
-si tu l'honores trop, tu exigeras trop de lui.
-
-Pour ne pas se tromper, il faut mpriser le ct charnel autant chez
-autrui qu'en soi-mme et respecter l'homme comme un tre spirituel en
-qui demeure l'esprit divin.
-
-
-
-IV.--_Plus l'homme se diminue, mieux il vaut._
-
-1
-
-On dit qu'un homme de bien ne peut pas faire autrement que de se fcher
-contre les mchants. Mais si cela est ainsi, plus l'homme est bon
-comparativement aux autres, plus il doit se mettre en colre contre eux;
-en ralit, plus un homme est bon, plus il est doux et bon pour tous les
-autres hommes. Cela tient ce qu'un homme bon se souvient que lui aussi
-a souvent pch, et que s'il s'irrite contre les mchants, il doit, tout
-d'abord, s'irriter contre lui-mme.
-
- SNQUE.
-
-2
-
-Un homme raisonnable ne peut pas se fcher contre les hommes mchants et
-draisonnables.
-
---Comment puis-je ne pas me fcher s'ils sont voleurs et filous? dis-tu.
-
---Qu'est-ce qu'un voleur et un filou? C'est un homme qui s'est gar.
-On doit non pas se fcher contre un tel homme, mais le plaindre. Si tu
-peux, persuade-le que ce n'est pas bon pour lui-mme de vivre comme il
-vit, et il cessera de faire le mal. S'il ne le comprend pas encore, quoi
-d'tonnant qu'il vive ainsi.
-
-Tu diras que ces gens l doivent tre punis.
-
-Si un homme a mal aux yeux et qu'il est devenu aveugle, tu ne diras pas
-qu'il faut l'en punir. Pourquoi donc veux-tu punir celui qui est priv
-de quelque chose de bien plus prcieux que les yeux, qui est priv du
-plus grand bonheur qui existe, celui de savoir vivre raisonnablement?
-
-On ne doit pas se fcher contre ces gens, mais les plaindre.
-
-Aie piti de ces malheureux et tche de faire en sorte que leurs
-garements ne t'irritent pas. Souviens-toi combien souvent tu t'es
-tromp et tu as pch toi-mme, et fche-toi plutt contre toi-mme de
-ce que ton me renferme tant d'inimiti et de mchancet.
-
- PICTTE.
-
-3
-
-Tu dis que tu n'es entour que de mauvaises gens. Si tu penses ainsi,
-c'est une preuve certaine que tu es mchant toi-mme.
-
-4
-
-Souvent les gens croient se faire valoir en remarquant les dfauts des
-autres; mais ils ne font que montrer leur faiblesse.
-
-Plus l'homme est bon et intelligent, plus il voit le bien chez les
-autres; plus il est bte et mchant, plus il voit les dfauts des autres.
-
-5
-
-Il est vrai, qu'il est difficile de se montrer bon envers un vicieux,
-un menteur, surtout s'il vous offense; mais c'est prcisment envers de
-pareils hommes qu'on doit tre bon, et pour eux, et pour soi.
-
-6
-
-Lorsqu'on se fche contre quelqu'un, on cherche gnralement justifier
-sa colre et, ne voir que le mal en la personne contre laquelle on
-s'irrite; et l'on ne fait qu'augmenter son inimiti. Alors, qu'au
-contraire, plus on est irrit, plus on doit chercher le bien que peut
-contenir celui contre qui on s'irrite. Et lorsqu'on russit dcouvrir
-le bien et aimer un tel homme, non seulement on apaise sa colre, mais
-encore on prouve une joie profonde.
-
-7
-
-Si tu veux reprocher un homme ses incohrences, ne qualifie pas ses
-actes ou ses paroles de sottises, ne dis et ne pense pas que ce qu'il a
-fait ou dit n'a aucun sens. Au contraire, suppose toujours qu'il voulait
-faire ou dire quelque chose de raisonnable et tche de le prouver.
-Il faut s'efforcer de dcouvrir les ides errones qui ont tromp
-l'homme et les lui faire voir de faon ce qu'il arrive lui-mme
-la conclusion, qui est qu'il se trompe. On ne peut persuader un homme
-que par sa propre raison. De mme, on ne peut persuader un homme de
-l'immoralit de son acte que par son sentiment moral. Il ne faut pas
-supposer que l'homme le plus vicieux ne puisse pas devenir un tre
-vertueux et libre.
-
- D'aprs KANT.
-
-6
-
-Si tu te fches contre un homme parce qu'il a commis un acte que nous
-considrons comme reprhensible, tche de savoir pourquoi il a fait ce
-que nous considrons comme mauvais. Ds que tu l'auras compris, tu ne
-seras plus fch, parce qu'on ne peut se fcher de ce que la pierre
-tombe du haut en bas et non de bas en haut.
-
-
-
-V.--_La ncessit de l'amour pour la communion entre les hommes._
-
-1
-
-Pour que tes relations avec les hommes ne soient pas un sujet de
-souffrance pour toi et pour eux, n'entre pas en rapports avec les gens
-si tu n'prouves pas d'affection pour eux.
-
-2
-
-Sans amour, on ne peut manier que les objets; sans amour, on peut
-abattre des arbres, faire des briques, forger le fer; on ne peut sans
-amour traiter les hommes.
-
-Si tu n'prouves pas d'amour pour les hommes, occupe-toi de toi-mme,
-manie des choses, ce que tu voudras, mais laisse les hommes tranquilles.
-Ds que tu te permettras de les traiter sans amour, tu deviendras non
-pas un homme, mais une bte, tu leur nuiras et tu seras malheureux
-toi-mme.
-
-3
-
-Lorsqu'on voit des gens toujours mcontents, critiquant, tout et tout le
-monde, on a envie de leur dire: Le but de votre existence n'est pas de
-dvoiler l'absurdit de la vie, de la critiquer, de vous fcher et de
-mourir. Cela n'est pas possible. Rflchissez; vous ne devriez pas vous
-fcher, ni critiquer, mais travailler rparer le mal que vous voyez.
-
-Si vous voulez faire disparatre le mal que vous voyez vous n'y
-arriverez certainement pas par l'inimiti, mais uniquement par la
-bienveillance envers tous les hommes, car ce sentiment vit toujours en
-nous et vous le sentirez aussitt que vous cesserez de l'touffer en
-vous.
-
-4
-
-Il faut nous habituer tre mcontents d'un autre homme de la mme
-faon, qu'il nous arrive d'tre mcontents de nous-mmes. Cela nous
-arrive lorsque nous ne sommes pas satisfaits d'un de nos actes, et non
-de notre me. Il faut agir de mme l'gard des autres: critiquer
-leurs actes, et les aimer eux-mmes.
-
-5
-
-Pour ne pas faire tort son prochain, pour l'aimer, il faut s'habituer
- ne pas dire de mal ni de lui, ni lui, et pour y parvenir, il faut
-s'habituer ne pas penser mal de lui, ne pas laisser pntrer dans
-notre me le sentiment de malveillance.
-
-6
-
-Peux-tu te fcher contre un homme parce qu'il a des plaies purulentes?
-Ce n'est pas sa faute si l'aspect de ses plaies est dsagrable.
-Comporte-toi de mme envers les vices d'autruis.
-
-Mais tu diras que l'homme a une raison pour comprendre et corriger ses
-vices. C'est juste. Par consquent, toi aussi, tu as une raison et tu
-peux rflchir que tu ne dois pas le fcher contre l'homme en raison
-de ses vices, mais au contraire, tu dois l'efforcer d'veiller sa
-conscience en le traitant avec bont et intelligence, sans colre, sans
-impatience et sans orgueil.
-
- MARC-AURLE.
-
-7
-
-Il y a des gens qui aiment se fcher. Ils sont toujours occups
-quelque chose et toujours heureux de l'occasion de brusquer, de gronder
-celui qui s'adresse eux pour quelque affaire. Ces gens-l sont trs
-dsagrables, mais il faut se souvenir qu'ils sont trs malheureux, ne
-connaissent pas la joie de la bonne humeur, et c'est pourquoi, il ne
-faut pas se fcher contre eux, mais les plaindre.
-
-8
-
-On ne peut mieux calmer une colre, mme juste, qu'en disant celui qui
-se fche que celui contre lequel il se fche, n'est qu'un malheureux. La
-pluie a le mme effet sur le feu que la compassion sur la colre.
-
-9
-
-L'homme qui dsire faire du tort son ennemi, n'a qu' s'imaginer qu'il
-lui a dj fait mal et qu'il souffre de corps et d'me; il n'a qu' se
-l'imaginer et comprendre que tout cela est l'oeuvre de nos mains, pour
-que, l'ide des souffrances de l'ennemi, l'homme le plus mchant cesse
-de garder sa rancune.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-
-
-VI.--_La lutte contre le pch de malveillance._
-
-1
-
-On me blme, je suis ennuy, j'ai de la peine. Comment me dbarrasser de
-ce sentiment dsagrable? D'abord, par l'_humilit_; quand on connat
-sa faiblesse, on ne se fche pas de ce que les autres la montrent. Ce
-n'est pas aimable de leur part, mais ils ont raison. Ensuite, par le
-_raisonnement_; car, en dfinitive, on reste toujours ce qu'on a t, et
-si l'on avait trop de vnration pour soi-mme, on aurait qu' modifier
-son opinion. Enfin, et principalement, par le _pardon_; il n'y a qu'un
-seul moyen pour ne pas har ceux qui nous font du mal et nous offensent,
-c'est de leur faire du bien. Si l'on ne parvient pas les changer, du
-moins, arrive-t-on se matriser soi-mme.
-
- AMIEL.
-
-2
-
-La meilleure boisson qu'un homme peut boire est la mauvaise parole qu'il
-a dj sur les lvres; qu'il ne la laisse pas, chapper et l'avale.
-
- MAHOMET.
-
-3
-
-Comprends bien et souviens-toi que tout homme agit toujours au mieux de
-ses propres intrts.
-
-Si tu y penses toujours, tu ne te fcheras contre personne, tu ne
-reprocheras rien personne, tu ne gronderas personne; car si quelqu'un
-a rellement du profit faire ce qui t'est dsagrable, il a raison et
-il ne peut agir autrement. S'il se trompe et ne se fait du tort qu'
-lui-mme, tant pis pour lui; on doit le plaindre et non se fcher contre
-lui.
-
- PICTTE.
-
-4
-
-Souvenons-nous que tous nous redeviendrons poussire, et soyons humbles
-et modestes.
-
- D'aprs SAADI.
-
-
-
-VII.--_La malveillance nuit toujours celui qui la ressent._
-
-1
-
-Bien que la colre soit nuisible aux autres, elle fait surtout du tort
- celui qui se fche. La colre est toujours plus nuisible que la chose
-pour laquelle on se fche.
-
-2
-
-Il y a des gens qui aiment se fcher, qui s'irritent et font du mal aux
-autres sans aucune raison. On peut comprendre pourquoi un avare offense
-les autres: il veut s'emparer de leur bien pour s'enrichir; il fait du
-mal aux gens dans son propre intrt. Un mchant homme fait du tort aux
-autres sans aucun bnfice personnel. Quelle folie!
-
- D'aprs SOCRATE.
-
-3
-
-Ne pas faire de mal, pas mme ses ennemis, est une grande vertu.
-
-Celui qui cherche faire prir les autres, prit srement lui-mme.
-
-Ne fais pas de mal. La pauvret ne peut excuser le mal. Si tu fais du
-mal, tu seras plus pauvre encore.
-
-Les gens peuvent viter les consquences de la mchancet de leurs
-ennemis, mais ils n'viteront jamais les consquences de leurs pchs.
-Cette ombre les poursuivra pas pas, jusqu' ce qu'elle les fasse prir.
-
-Que celui qui ne veut pas vivre triste et malheureux ne fasse pas de
-tort aux autres.
-
-Si l'homme se veut du bien, qu'il ne fasse pas le moindre mal.
-
- _Kouran_ hindou.
-
-4
-
-tre vertueux, c'est avoir l'me libre. Les gens qui s'irritent
-continuellement contre quelqu'un, qui craignent constamment quelque
-chose et qui s'adonnent aux passions, ne peuvent avoir l'me libre.
-Celui qui ne peut pas avoir l'me libre ne verra pas en regardant,
-n'entendra pas en coutant, ne sentira pas de got en mangeant.
-
- CONFUCIUS.
-
-5
-
-Goutte goutte, le seau se remplit; de mme l'homme s'emplit de colre,
-bien qu'il la ramasse petit petit, lorsqu'il se permet de s'irriter
-contre les gens. Le mal revient celui qui le commet, de mme que la
-poussire jete contre le vent.
-
-Ni au ciel, ni dans la mer, ni dans les profondeurs des montagnes, il
-n'y a de place dans tout l'univers, o l'homme pourrait se dbarrasser
-de la mchancet qui est dans son coeur. Souviens-t-en.
-
- DJAMAPADA.
-
-6
-
-La loi hindoue dit: De mme qu'il est juste qu'il fasse froid en hiver
-et chaud en t, il est juste qu'un mauvais homme soit malheureux et un
-bon heureux. Que personne n'entame de querelle, bien qu'il soit offens
-et qu'il souffre; que personne n'offense, ni par un acte, ni par une
-parole, ni par une pense. Tout cela prive l'homme du vrai bonheur.
-
-7
-
-Lorsque je sais que la colre me prive du vrai bonheur, je ne peux plus
-chercher consciemment querelle aux autres; je ne peux pas, ainsi que je
-le faisais avant, me rjouir de mon pch, en tre fier, l'encourager,
-le justifier, me donner de l'importance et me croire raisonnable,
-considrer les autres comme nuls, perdus, insenss; je ne peux plus
-maintenant, en sentant que je me laisse emporter par la colre, ne
-pas reconnatre que j'en suis seul coupable, et ne pas tcher de me
-rconcilier avec ceux qui me cherchent querelle.
-
-Mais cela ne suffit pas. Si je sais maintenant que la colre est un
-mal pour mon me, je sais aussi ce qui me conduit au mal. C'est
-que j'oublie que la mme chose vit en moi et en tous les hommes. Je
-vois maintenant que l'habitude de se distinguer des autres hommes et
-de se considrer comme tant suprieur eux--est l'une des raisons
-principales de mon inimiti.
-
-En repassant ma vie coule, je vois que je n'ai jamais laiss
-s'accrotre mon sentiment d'inimiti envers les gens que je considrais
-suprieurs moi, et je ne les offensais jamais. Mais, par contre, le
-moindre acte de celui que je considrais comme mon infrieur provoquait
-ma colre, et plus je me considrais suprieur, plus il m'tait facile
-de l'offenser. Parfois mme, rien que l'ide de l'infriorit de
-l'homme, provoquait dj une offense de ma part.
-
-8
-
-Un jour d'hiver Franois, accompagn du frre Lon se rendait de Prouse
- Porcioncule. Il gelait, et tous deux tremblaient de froid. Franois
-appela Lon qui marchait devant, et lui dit: O frre Lon, Dieu veuille
-que nos frres donnent par toute la terre, l'exemple de la vie de
-saintet. Note, cependant, que ce n'est pas l qu'est la joie parfaite.
-
-Un peu plus loin, Franois appela encore une fois Lon et lui dit:
-
-Note encore que si nos frres gurissent les malades, chassent le
-diable, rendent la vue aux aveugles font ressusciter les morts, ce n'est
-pas l non plus que sera la joie parfaite.
-
-Encore plus loin, Franois appela de nouveau Lon et lui dit: Note
-encore frre Lon, brebis du Seigneur, que si nous avions appris le
-langage des anges, si nous connaissions le cours des toiles, si tous
-les trsors de la terre nous taient apparus, et que si nous avions
-compris tous les mystres de la vie des oiseaux, des poissons, des
-btes, des gens, des arbres, des pierres et des eaux, note que cela non
-plus ne serait pas une joie parfaite.
-
-Et un peu plus loin, Franois appela encore une fois Lon et lui dit:
-Note encore que si nous tions des prdicateurs, qui parviendraient
-ramener tous les payens au Christianisme, note que l encore, il n'y
-aurait pas de joie parfaite.
-
-Alors le frre Lon dit Franois:
-
---En quoi donc consiste la joie parfaite?
-
-Et Franois rpondit: En ceci: lorsque nous arriverons Porcioncule
-sales, mouills, transis de froid et affams, et que nous demanderons
-de nous donner asile, le portier nous dira: Pourquoi tranez-vous,
-vagabonds, par les chemins, pourquoi tentez-vous les gens, pourquoi
-voulez-vous l'aumne des pauvres; allez-vous en d'ici, et il ne nous
-ouvrira pas. Si nous ne nous offensons pas et que nous pensons avec
-humilit et amour que le portier a raison, et que mouills, gels, et
-affams, nous restons jusqu'au matin dans la neige et l'humidit sans
-murmurer contre le portier, c'est alors, frre Lon, que sera la joie
-parfaite.
-
-
-
-
-CHAPITRE XII
-
-DE L'ORGUEIL
-
-
-Il est difficile de se dbarrasser des pchs, surtout lorsque les
-tentations les encouragent. Telle est la tentation de l'orgueil.
-
-
-I.--_L'absurdit de l'orgueil._
-
-1
-
-Les gens fiers sont tellement occups prcher aux autres qu'ils n'ont
-pas le temps de penser eux-mmes; au reste, ils le croient inutile;
-ils sont parfaits tels qu'ils sont. C'est pourquoi, plus ils prchent
-aux autres, plus ils tombent bas eux-mmes.
-
-2
-
-De mme que l'homme ne peut pas se soulever lui-mme, il ne peut pas se
-glorifier lui-mme.
-
-3
-
-La fiert est mauvaise parce que les gens sont fiers de ce dont on doit
-avoir honte: de la richesse, de la gloire, des honneurs.
-
-4
-
-Si vous tes plus-fort, plus riche, plus instruit que les autres, tchez
-de venir en aide aux gens avec ce que vous avez de plus qu'eux. Si
-vous tes plus fort, aidez les faibles; si vous tes plus intelligent,
-aidez ceux qui ne le sont pas; si vous tes instruit, aidez ceux qui le
-sont moins; si vous tes riche, aidez ceux qui sont pauvres. Mais les
-orgueilleux ne raisonnent pas ainsi. Ils pensent que s'ils possdent ce
-que les autres n'ont pas, ils n'ont pas besoin de partager avec ceux-ci,
-mais n'ont qu' se vanter devant eux.
-
-5
-
-Ce n'est pas bien si l'homme, au lieu d'aimer ses frres, se fche
-contre eux. Mais c'est pis encore lorsque quelqu'un se persuade qu'il
-n'est pas un homme comme les autres, mais meilleur qu'eux et, par
-consquent, qu'il peut traiter les gens autrement qu'il ne voudrait tre
-trait lui-mme.
-
-6
-
-C'est stupide lorsque des gens tirent vanit de leur visage, de leur
-corps, mais c'est plus stupide encore lorsqu'ils sont fiers de leurs
-parents, de leurs anctres, de leurs amis, de leur classe, de leur
-peuple.
-
-Une grande partie du mal, dans ce monde, vient de ce sot orgueil.
-C'est de l que proviennent les querelles entre les hommes, entre les
-familles, et les guerres entre les peuples.
-
-7
-
-La btise peut exister sans l'orgueil; mais l'orgueil ne va jamais sans
-la btise.
-
-8
-
-Prenez l'exemple des eaux qui coulent dans les profondeurs des mers et
-dans les cavits des montagnes: les ruisseaux descendent avec bruit,
-mais la mer sans fin est muette, elle se balance peine.
-
- _Les Soutes_ bouddhistes.
-
-9
-
-Plus la substance est lgre et moins elle est dense, plus elle occupe
-de place. Il en est de mme de l'orgueil.
-
-10
-
-Une mauvaise roue grince plus fort, un pi vide s'lve plus haut, Il en
-est de mme d'un homme mauvais et vain.
-
-11
-
-Plus l'homme est content de lui-mme, moins il possde ce dont on peut
-tre fier.
-
-12
-
-Un homme fier est comme couvert d'une corce de glace. Aucun bon
-sentiment ne peut pntrer travers cette corce.
-
-13
-
-Le plus sot des hommes est plus facile clairer qu'un orgueilleux.
-
-14
-
-Si les gens fiers pouvaient seulement savoir ce que pensent d'eux ceux
-qui profitent de leur fiert, ils cesseraient d'tre fiers.
-
-
-
-II.--_L'orgueil national_
-
-1
-
-Se croire meilleur que les autres est mal et stupide, nous le savons
-tous. Considrer sa famille comme la meilleure de toutes, est plus mal
-et plus stupide encore; et, cependant, non seulement nous ne nous en
-rendons pas compte, mais encore nous y voyons un mrite particulier.
-Considrer son peuple comme le meilleur entre tous est la chose la plus
-stupide qui puisse exister. Or, loin d'tre juge comme mauvaise, cette
-prsomption apparat comme une grande vertu.
-
-2
-
-Les gens se querellent entre eux et savent que ce n'est pas bien. Alors,
-pour se donner le change eux-mmes et pour touffer leur conscience,
-ils inventent des excuses leur animosit. L'une de ces excuses est
-que je suis meilleur que les autres hommes; seulement, ceux-ci ne le
-comprennent pas, et c'est pourquoi je ne puis m'entendre avec eux.
-Une autre excuse, c'est que ma famille est meilleure que les autres
-familles; la troisime, que ma classe est meilleure que les autres
-classes; la quatrime, que mon peuple est meilleur que les autres
-peuples.
-
-Rien ne dsunit les hommes autant que l'orgueil, qu'il soit celui de
-l'individu, de la famille, de la classe ou de la nation.
-
-III.--_Un homme n'a pas de raison de s'enorgueillir devant les autres,
-parce que le mme Esprit vit dans tous les hommes._
-
-1
-
-L'homme se trouve meilleur que les autres quand il considre uniquement
-la vie charnelle: seul le corps peut tre plus fort, plus grand,
-meilleur qu'un autre. Mais si l'homme a une vie spirituelle, il ne peut
-se considrer meilleur que les autres, car l'me est la mme chez tous.
-
-2
-
-On donne aux hommes les titres d'excellence, de grandeur, d'minence,
-de monsieur, de pre, etc., alors qu'un seul titre convient tous et
-n'offense personne: frre, soeur.
-
-Ce terme est bon pour cette raison encore qu'il nous rappelle Le Pre
-pour qui nous sommes tous frres et soeurs.
-
-3
-
-L'homme a raison s'il crot que, dans tout l'univers, if n'y a pas un
-seul tre qui soit au-dessus de lui; mais il se trompe s'il pense qu'il
-y a sur la terre un seul homme qui soit au-dessous de lui.
-
-4
-
-C'est bien pour un homme de se respecter parce que l'Esprit de Dieu vit
-en lui; mais c'est mal quand il est fier de ce qu'il a d'humain: de son
-esprit, de sa sagesse, de sa distinction, de sa richesse, de ses bonnes
-oeuvres.
-
-5
-
-L'homme est bon lorsqu'il lve trs haut son moi spirituel, divin;
-mais il est affreux lorsqu'il veut lever au-dessus des hommes son moi
-charnel, vaniteux, ambitieux et exclusif.
-
-6
-
-Si l'homme est fier des marques de distinctions extrieures, il ne fait
-que montrer ainsi qu'il ne comprend pas son mrite intrieur qui, en
-comparaison de toutes les marques extrieures de distinction, est comme
-le soleil par rapport la bougie.
-
-Un homme ne doit pas se vanter devant les autres. Il ne le doit pas,
-parce que la chose la plus prcieuse en lui, c'est son me et que
-personne, sauf Dieu, ne connat le prix de l'me humaine.
-
-8
-
-La fiert n'est pas du tout la mme chose que la conscience de la
-dignit d'homme. Les faux honneurs et les fausses louanges augmentent la
-fiert, alors qu'au contraire, les fausses humiliations et le faux blme
-augmentent la conscience de la dignit.
-
-
-
-IV.--_Consquences de la tentation de l'orgueil._
-
-1
-
-De mme que les mauvaises herbes qui poussent parmi le bl, boivent
-l'eau et le jus de la terre et empchent le soleil de pntrer jusqu'au
-bl, l'orgueil absorbe toutes les forces de l'homme et lui cache la
-lumire de la vrit.
-
-2
-
-La conscience du pch est souvent plus utile l'homme qu'une bonne
-action: la conscience du pch humilie l'homme, alors qu'une bonne
-action augmente souvent sa fiert.
-
-3
-
-Il y a bien des punitions pour un orgueilleux; mais la punition
-principale et la plus douloureuse est le fait que, malgr tous les
-mrites qu'il pourrait avoir et tous ses efforts les gens ne l'aiment
-pas.
-
-4
-
-Ds que je me rjouis en disant: comme je suis bon, c'est fini, je tombe
-dans l'abme.
-
-5
-
-L'orgueilleux veut se distinguer des autres et se prive ainsi de la
-meilleure joie de la vie, de la communication libre et joyeuse avec les
-hommes.
-
-6
-
-L'orgueilleux craint toute critique. Il la craint parce qu'il sent que
-sa grandeur n'est pas solide, qu'elle ne tient que jusqu'au moment o il
-n'y a pas le moindre petit trou dans le ballon qui le gonfle.
-
-7
-
-L'orgueil pourrait encore se comprendre s'il plaisait aux gens et les
-attirait. Mais il n'y a pas de dfaut qui loigne davantage.
-
-8
-
-L'assurance tonne les gens au dbut. Et, les premiers temps, ils
-attribuent l'homme confiant en lui-mme exactement la mme importance
-que celle qu'il se donne. Mais l'tonnement passe vite. Les gens sont
-bientt dsenchants et ils paient par le mpris pour avoir t
-tromps.
-
-
-
-V.--_La lutte contre la tentation de l'orgueil._
-
-1
-
-Il y aurait bien moins de mal sur la terre si le sentiment de l'orgueil
-n'existait pas. Comment se dbarrasser de cette cause du mal? Il n'y
-a qu'un moyen: le travail de chacun sur lui-mme. Les tentations de
-l'orgueil ne disparaissent que lorsque nous extirpons en nous cette
-profonde racine du mal. S'il vit dans notre coeur, comment pouvons-nous
-esprer qu'il mourra dans les coeurs des autres hommes? C'est pourquoi,
-la seule chose que nous puissions faire pour notre bien et pour le bien
-des autres, c'est de tarir en nous cette source du mal dont les autres
-souffrent.
-
-Aucune amlioration n'est possible, tant que chacun n'aura commenc cet
-amendement de lui-mme.
-
- D'aprs LAMENNAIS.
-
-2
-
-Il n'est facile de vivre avec un homme que si on ne se considre pas
-comme suprieur et meilleur que lui; et qu'on ne le croit ni suprieur
-ou ni meilleur que soi-mme.
-
-3
-
-Le but principal de la vie est le perfectionnement de l'me. Mais
-l'orgueilleux se croit toujours trs bon. C'est pour cette raison que
-l'orgueil est particulirement nuisible. Il empche de travailler
-l'oeuvre principale de la vie humaine: devenir meilleur.
-
-4
-
-Mais que le plus grand d'entre vous soit votre serviteur. Car
-quiconque s'lvera sera abaiss, et quiconque s'abaissera sera lev.
-(MATTH., XXIII, 11-12.)
-
-Celui qui s'lve dans l'opinion des gens sera abaiss, car celui
-que l'on croit bon, sage, charitable, ne s'efforcera pas de devenir
-meilleur, plus sage, plus charitable.
-
-Mais celui qui s'abaisse sera lev, car celui qui se croit mauvais
-s'efforcera de devenir meilleur, plus charitable, plus sage.
-
-Les prsomptueux font ce que ferait le piton si, au lieu de marcher,
-il s'tait hiss sur des chasses. Sur les chasses on est plus haut,
-la boue ne vous atteint pas, les pas sont plus grands, mais le malheur
-est qu'on ne peut aller loin ainsi, sans compter que l'on risque
-continuellement de tomber dans la boue, de faire rire les gens et de
-rester en arrire.
-
-Il en est de mme des vaniteux. Ils restent bien en arrire de ceux qui
-ne s'lvent pas au-dessus de leur taille et, en outre, ils tombent
-souvent de leurs chasses et deviennent la rise de fous.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIII
-
-DE L'INGALIT
-
-
-La base de la vie de l'homme, est le sjour en lui de l'esprit divin,
-gal chez tous les hommes. Et c'est pourquoi les hommes sont tous gaux
-entre eux.
-
-
-I.--_De la tentation de l'ingalit._
-
-1
-
-Autrefois, les hommes croyaient qu'ils taient d'origine diffrente,
-appartenant aux tribus de Cham ou celles de Japhet, et que les uns
-devaient tre matres et les autres esclaves. Ils reconnaissaient cette
-division en matres et en esclaves parce qu'ils croyaient qu'elle avait
-t institue par Dieu. Cette superstition vulgaire et pernicieuse
-subsiste encore, mais sous un autre aspect.
-
-2
-
-Il suffit de jeter un coup d'oeil sur la vie des peuples chrtiens,
-diviss en classes, pour tre frapp du degr effrayant d'ingalit
-auquel sont arrivs les gens qui professent la loi du christianisme
-et mettent en avant le mensonge de l'galit. Parmi ces classes, les
-unes passent leur vie entire dans un travail abrutissant, inutile et
-meurtrier, les autres sont blases des plaisirs de tous genres.
-
-3
-
-L'une des croyances les plus anciennes et les plus profondes comme ide,
-tait celle des Hindous. La raison pour laquelle elle n'est pas devenue
-une croyance universelle et n'a pas donn la vie des hommes les fruits
-qu'elle pouvait apporter, est que ses matres ont estim que les hommes
-n'taient pas gaux et les ont diviss en castes. Pour les gens qui se
-croient ingaux, il ne peut y avoir de vrai religion.
-
-4
-
-On pourrait comprendre que les gens se croient ingaux parce que l'un
-est plus fort, plus grand que l'autre, ou plus intelligent, ou plus
-hardi, ou plus savant ou meilleur. Mais ce n'est pas ainsi que l'on
-distingue les hommes habituellement. On estime que les hommes ne sont
-pas gaux parce que l'un s'appelle comte et l'autre paysan, que l'un
-porte des vtements riches et l'autre des sabots.
-
-5
-
-Les hommes de notre poque comprennent dj que l'ingalit des hommes
-est une superstition et ils la blment intrieurement. Mais ceux qui en
-retirent un profit ne se dcident pas s'en sparer, tandis que ceux
-pour qui elle est dsavantageuse ne savent pas comment la supprimer.
-
-6
-
-Les gens se sont habitus diviser les hommes en gens distingus et
-non distingus, valeureux et lches, instruits et non instruits, et ils
-se sont si bien accoutums ce classement, qu'ils croient, en ralit,
-que les uns peuvent tre meilleurs que les autres, parce que les uns
-sont placs par les hommes dans une catgorie et les autres dans une
-autre.
-
-7
-
-Rien que la coutume admise chez les gens riches de tendre la main aux
-uns et de ne pas la tendre aux autres, de faire entrer les uns au salon
-et de recevoir les autres dans l'anti-chambre, prouve combien les gens
-sont loin de reconnatre l'galit entre eux.
-
-8
-
-Si la superstition de l'ingalit n'existait pas, les hommes ne
-pourraient jamais commettre tous les forfaits qu'ils commettent sans
-cesse, uniquement parce qu'ils n'admettent pas que tous les hommes sont
-gaux.
-
-
-
-II.--_Les excuses de l'ingalit._
-
-1
-
-Rien ne donne tant d'assurance que la camaraderie pour accomplir des
-mauvaises actions, et cela par le fait que quelques hommes seulement
-s'unissent entre eux, en laissant tous les autres l'cart.
-
-2
-
-Ceux qui se font valoir devant les autres sont tout autant fautifs de
-l'ingalit des hommes que ceux qui se croient, infrieurs aux gens qui
-se vantent devant eux.
-
-3
-
-Nous sommes tonns de voir combien ce que nous appelons maintenant
-le christianisme est loin de ce que prchait Jsus, et combien notre
-vie est loin du christianisme. Et, cependant, cela pouvait-il tre
-autrement lorsqu'il s'agissait d'une doctrine qui, au milieu des gens
-qui croyaient que Dieu a divis les hommes en matres et esclaves,
-en fidles et infidles, en riches et pauvres, apprenait aux gens la
-vraie galit, disant que tous les hommes tait fils de Dieu, que tous
-sont frres, que la vie de tous taient galement sacre. Les gens qui
-embrassrent la doctrine du Christ ne pouvaient choisir qu'entre ces
-deux alternatives: modifier toute l'ancienne organisation sociale, ou
-dnaturer la doctrine. Ils ont choisi la dernire.
-
-
-
-III.--_Tous les hommes sont frres._
-
-1
-
-Il est stupide de voir un homme se croire meilleur que tous les autres,
-mais c'est plus stupide encore de voir tout un peuple s'estimer meilleur
-que les autres peuples. Et chaque peuple, la plus grande partie de
-chaque peuple, vit dans cette affreuse, sotte et mauvaise superstition.
-
-2
-
-On comprend qu'un Juif, un Grec, un Romain non seulement ait maintenu
-l'indpendance de son peuple par le meurtre, mais encore ait cherch
- soumettre les autres peuples par les mmes procds; il croyait que
-son peuple tait le vrai peuple bon, charitable et aim de Dieu, et
-que tous les autres taient des Philistins, des barbares. Les hommes du
-Moyen ge pouvaient galement le croire; on pouvait le croire nagure
-encore, la fin du sicle dernier. Mais, notre poque, nous ne
-pouvons plus le croire.
-
-3
-
-L'homme qui comprend le sens et la signification de la vie est forc de
-sentir son galit et sa fraternit avec tous les hommes non seulement
-de son peuple, mais de tous les peuples.
-
-4
-
-Chaque homme, avant d'tre autrichien, serbe, turc, chinois, est un
-homme, c'est--dire un tre raisonnable et aimant dont l'unique mission
-est de remplir sa destine pendant le court laps de temps qu'il doit
-vivre en ce monde. Cette mission est d'aimer tous les hommes.
-
-5
-
-Un enfant accueille un autre, indpendamment de la classe de la religion
-ou de la nationalit laquelle il appartient, d'un sourire bienveillant
-qui exprime la joie. L'homme adulte qui devrait tre plus raisonnable
-que l'enfant, se demande, avant d'entrer en relations avec un autre,
-quelle est sa classe, sa religion, sa nationalit et le traite de faon
-ou d'autre, suivant sa classe, sa nationalit. Le Christ disait bien:
-soyez comme les enfants.
-
-6
-
-Le Christ a appris aux hommes que la distinction entre leur peuple et
-les peuples trangers tait une supercherie et un mal. Ayant compris
-cela, le chrtien ne peut plus concevoir un sentiment d'inimiti pour
-d'autres peuples; il ne peut plus excuser, ainsi qu'il le faisait
-auparavant, les actes de cruaut l'gard des peuples trangers, par
-le fait que ces peuples taient pires que le sien. Le chrtien ne peut
-pas ignorer que sa distinction des autres peuples est un mal, que cette
-distinction est une tentation, et, par consquent, il ne peut plus se
-laisser abuser, ainsi qu'il le faisait auparavant.
-
-Le chrtien ne peut pas ignorer que son bonheur est li, non pas
-celui des hommes de son peuple seul, mais au bonheur des hommes de tout
-l'univers; il sait que son union avec tous les hommes ne peut tre
-rompue par la frontire et les rglements relatifs sa nationalit. Il
-sait que tous les hommes sont frres partout, et sont, par consquent,
-tous gaux.
-
-
-
-IV.--_Tous les hommes sont gaux._
-
-1
-
-L'galit, c'est la reconnaissance tous les hommes de droits gaux
-aux bienfaits de la nature de leur vie en commun et au respect de la
-personnalit humaine.
-
-2
-
-La loi de l'galit des hommes renferme toutes les lois morales; c'est
-le point auquel ces lois ne peuvent atteindre, mais vers lequel elles
-convergent toutes.
-
- E. CARPENTER.
-
-3
-
-Le vrai moi de l'homme est spirituel. Et ce moi est le mme en tous.
-Alors comment les hommes pourraient-ils ne pas tre gaux?
-
-4
-
-Et un jour la mre et les frres de Jsus-Christ vinrent chez lui, mais
-ne purent le voir parce qu'il y avait beaucoup de monde autour de Lui.
-Et un homme les aperut, et il s'approcha de Lui et dit: Les gens de Ta
-famille, Ta mre et Tes frres sont dehors et veulent te voir. Mais,
-Jsus dit:--Ma mre et mes frres sont ceux qui ont compris la volont
-de mon Pre et qui l'accomplissent.
-
-Les paroles de Jsus signifient que pour un homme raisonnable qui
-comprend sa destination, il ne peut y avoir de diffrence ou d'avantages
-entre les uns et les autres.
-
-5
-
-Nous sommes mcontents de la vie parce que nous ne cherchons pas le
-bonheur l o il nous est donn.
-
-C'est l la raison de toutes les tentations.
-
-Le bonheur incomparable de la vie, avec toutes ses joies, nous est
-donn. Et nous disons: nous avons peu de joies. On nous donne le plus
-grand bonheur de la vie: la communion entre tous les hommes, mais nous
-disons: je veux mon bonheur moi, celui de ma famille, celui de mon
-peuple.
-
-
-
-V.--_Pourquoi tous les hommes sont gaux._
-
-1
-
-Seul celui qui ignore que Dieu vit en lui, peut attribuer certaines
-gens plus d'importance qu'aux autres.
-
-2
-
-Lorsque l'homme aime les uns plus que les autres, il aime d'un amour
-humain. Pour l'amour divin, tous les hommes sont gaux.
-
-3
-
-Le mme sentiment d'attendrissement tout particulier que nous prouvons
-indiffremment la vue d'un nouveau-n, aussi bien qu' la vue d'un
-tre humain qui vient de mourir, indpendamment de la classe laquelle
-il appartient, nous dmontre notre conscience inne de l'galit de tous
-les hommes.
-
-4
-
-Si l'on considre tous les hommes comme ses gaux, cela ne veut pas dire
-que l'on est aussi fort, aussi agile, aussi intelligent, aussi instruit,
-aussi bon que les autres; cela veut dire qu'il y a en toi la chose la
-plus importante au monde qui est la mme en tous les hommes: l'Esprit de
-Dieu.
-
-5
-
-Dire que les hommes ne sont pas gaux, serait prtendre que le feu de la
-chemine, de l'incendie, de la bougie n'est pas le mme. L'esprit divin
-vit en chaque homme. Comment pouvons-nous faire une diffrence entre les
-porteurs du mme principe?
-
-Un feu a pris, l'autre prend seulement; mais le feu est le mme et nous
-nous comportons envers chaque feu de la mme faon.
-
-VI.--_La reconnaissance de l'galit de tous les hommes est possible et
-l'humanit s'y rapproche._
-
-1
-
-Les hommes s'occupent tablir l'galit devant leurs lois, mais ils
-ne veulent rien savoir de l'galit tablie par la loi ternelle qu'ils
-transgressent par leur loi.
-
-2
-
-Ne devrions-nous pas nous efforcer d'organiser notre vie de faon ce
-que l'lvation sur les degrs de l'chelle sociale ne sduise pas les
-hommes, mais les effraye; car cette lvation les prive de l'un des
-principaux bienfaits de la vie: des rapports gaux entre tous les hommes.
-
- D'aprs RUSKIN.
-
-3
-
-On dit que l'galit est impossible. Il faudrait dire au contraire:
-l'ingalit est impossible parmi les chrtiens.
-
-On ne peut pas faire qu'un homme grand, devienne petit, un fort faible,
-un intelligent sot, un ardent froid, mais on peut et on doit galement
-aimer et respecter un petit comme un grand, un faible comme un fort, un
-sage comme un sot.
-
-4
-
-On dit toujours que les uns sont plus forts, les autres plus faibles,
-que les uns sont plus intelligents, les autres plus btes. C'est
-prcisment parce que les uns sont plus intelligents, ou plus forts que
-les autres, dit Lichtenberg, que l'galit des droits des hommes est
-ncessaire. Si, outre l'ingalit intellectuelle et physique, il y avait
-encore l'ingalit des droits, l'oppression des faibles par les forts
-serait encore plus grande.
-
-5
-
-Ne crois pas que l'galit est impossible, ou bien qu'elle ne puisse
-tre ralise dans un avenir trs loign. Apprends-la chez les
-enfants. Elle peut exister ds prsent pour chaque homme. Toi-mme,
-tu peux tablir dans ta vie l'galit envers tous les gens que tu
-rencontres. Seulement, ne tmoigne pas de respect particulier ceux
-qui se croient grands et haut placs, mais traite surtout avec le
-mme respect ceux que l'on considre comme petits et placs au bas de
-l'chelle sociale.
-
-
-
-VII.--_Tous les hommes sont gaux pour celui qui vit de la vie
-spirituelle._
-
-1
-
-Pour le chrtien l'amour est un sentiment qui veut le bonheur de tous
-les hommes. Pour bien des gens le mot amour exprime un sentiment
-absolument contraire, parce qu'ils l'envisagent sous son aspect animal:
-c'est le sentiment qui force la mre, pour le bien de son enfant,
-ravir, en prenant une nourrice, le lait de sa mre un autre enfant; un
-pre arracher le dernier morceau ceux qui ont faim pour le donner
- ses enfants; celui qui aime une femme, la faire souffrir en la
-sduisant, ou, par jalousie, causer sa perte et la sienne; le sentiment
-qui dtermine les gens du mme clan nuire ceux des camps trangers
-ou ennemis; celui qui pousse les hommes outrags dans leur orgueil
-national couvrir les champs de bataille de morts et de blesss.
-Ces sentiments ne sont pas de l'amour, car ceux qui les prouvent ne
-reconnaissent pas tous les hommes comme gaux. Et sans la reconnaissance
-de l'galit des hommes, il ne peut y avoir de vritable amour.
-
-2
-
-On ne peut combiner l'ingalit avec l'amour. L'amour est comme le
-soleil qui claire indiffremment tout ce qui tombe sous ses rayons.
-Quand l'amour luit sur l'un et exclut l'autre, cela montre qu'il n'est
-pas amour, mais seulement quelque chose qui lui ressemble.
-
-3
-
-Il est difficile d'aimer galement tous les hommes; mais pour la raison
-que cela est difficile, on ne peut pas dire qu'on ne doit pas s'efforcer
-de le raliser.
-
-Tout ce qui est bien est difficile.
-
-4
-
-Plus les hommes sont ingaux par leurs qualits, plus on doit se donner
-de la peine pour les traiter d'une faon gale.
-
-5
-
-En toi, en moi, en chacun de nous demeure le Dieu de la vie. Tu as tort
-de te fcher contre moi, de ne pas supporter mon approche: sache, que
-nous sommes tous gaux.
-
- MAKHMUD HASCHA _hindou._
-
-
-
-
-CHAPITRE XIV
-
-DE LA VIOLENCE
-
-
-Une des raisons principales des malheurs des hommes est de croire
-la possibilit d'amliorer, d'organiser la vie des autres hommes en
-recourant la violence.
-
-
-I.--_La violence de l'homme exerce sur l'homme._
-
-1
-
-L'erreur de croire que les hommes peuvent, par la force, organiser la
-vie de leurs pareils, provient non de l'invention de cette duperie par
-tel ou tel, mais de ce que, pousss par leurs passions, les hommes
-avaient commenc par violenter leurs semblables, puis ont cherch une
-excus cette violence.
-
-2
-
-Les hommes voient qu'il y a quelque chose de mauvais dans leur vie,
-qu'il y a quelque chose amliorer. Mais nous ne pouvons amliorer
-que ce qui est en notre pouvoir: nous-mme. A cette fin, il faut tout
-d'abord reconnatre que nous ne sommes pas bons, et on n'en a pas envie.
-Ds lors, toute notre attention se concentre non pas sur ce qui est
-en noire pouvoir: notre me, mais sur les conditions extrieures qui
-ne sont pas en notre pouvoir et dont la modification ne pourrait pas
-plus amliorer la situation des hommes que le transvasement du vin
-d'un rcipient dans un autre ne peut changer sa qualit. De l, la vie
-oisive, d'abord, puis, nuisible, prsomptueuse (nous corrigeons les
-autres hommes) et mchante (on peut tuer les hommes qui entravent le
-bonheur gnral).
-
-3
-
-On croit forcer les gens bien vivre en employant la contrainte, alors
-que l'on montre soi-mme l'exemple de la mauvaise vie en recourant
-la violence. Les hommes sont dans la boue et, au lieu de tcher d'en
-sortir, ils apprennent aux autres ce qu'il faut faire pour ne pas se
-salir.
-
-4
-
-Il est facile d'organiser la vie des autres, parce que si nous
-l'organisons mal, ce n'est pas nous qui en souffrons, mais les autres.
-
-5
-
-Seul celui qui ne croit pas en Dieu peut s'imaginer que des gens pareils
- lui peuvent organiser sa vie de faon ce qu'elle soit meilleure.
-
-6
-
-L'erreur de croire qu'il y des gens qui peuvent organiser la vie des
-autres est effrayante parce qu'avec celle croyance, plus les gens sont
-pervers, plus ils sont estims.
-
-7
-
-Lorsque les gens disent que tous doivent vivre en paix, n'offenser
-personne, alors qu'eux-mmes forcent les gens, non par la douceur, mais
-par la violence, vivre comme ils veulent; c'est comme s'ils disaient:
-faites ce que nous disons, mais non ce que nous faisons. On peut
-craindre ces gens-l, mais on ne peut pas avoir foi en eux.
-
-
-
-II.--_La lutte contre le mal par la violence est inadmissible parce que
-les hommes conoivent le mal diffremment._
-
-1
-
-Etant donn que chaque homme dtermine le mal sa manire, il
-semblerait vident que si chacun combat le mal par la violence, cela
-ne peut qu'augmenter le mal au lieu de le diminuer. Si Jean estime que
-Pierre n'agit pas bien et se croit en droit de faire du mal Pierre,
-celui-ci prend le mme droit de faire du mal Jean, et le mal ne fait
-qu'augmenter.
-
-Mais chose trange: tout en pntrant les lois du mouvement des toiles,
-les hommes ne comprennent pas une vrit aussi vidente. Pourquoi? Parce
-qu'ils croient que la violence est bienfaisante.
-
-2
-
-La doctrine conformment laquelle l'homme ne peut et ne doit jamais
-faire violence pour arriver ce qui lui semble bien, est juste pour
-cette simple raison que tous les hommes n'entendent pas le bien et
-le mal de la mme faon. Ce que l'un considre comme mal est douteux
-(d'autres le considrent comme bien), tandis que la violence dont il use
-afin de supprimer le mal: coups, blessures, entraves la libert, mort,
-est incontestablement un mal.
-
-3
-
-Le plus grand mal de la superstition suivant laquelle on peut organiser
-la vie des autres, par la violence, rside en ce fait, qu'aussitt qu'un
-homme se permet d'user de violence l'gard d'un seul pour le bien de
-tous, il n'y a plus de borne au mal qu'il pourrait commettre. C'est la
-mme superstition qui justifiait dans les temps passs, les tortures,
-l'inquisition, le servage, et notre poque, les guerres qui font prir
-des millions d'hommes.
-
-
-
-III.--_L'inefficacit de la violence._
-
-1
-
-Forcer les gens par la violence cesser de faire le mal revient au mme
-que de poser une digue sur une rivire, et de se rjouir que, l'eau
-soit devenue moins profonde derrire la digue. De mme que la rivire
-inondera la digue en son temps et coulera comme par le pass, les hommes
-qui font le mal ne cesseront pas de le faire, mais attendront simplement
-une occasion propice.
-
-2
-
-Celui qui exerce sur nous la violence semble nous priver de nos droits,
-et c'est pourquoi, nous le dtestons. Par contre, nous aimons comme nos
-bienfaiteurs ceux qui savent nous convaincre. Ce n'est pas le sage,
-mais l'homme grossier et ignorant qui a recours la violence. Pour
-employer la force, il faut de nombreux collaborateurs; pour convaincre,
-on n'a besoin de personne. Celui qui se sent suffisamment fort pour
-agir sur la raison n'aura pas recours la violence. Seuls ceux qui se
-reconnaissent incapables de persuader, usent de violence.
-
- D'aprs SOCRATE.
-
-3
-
-Contraindre les gens faire ce qui me semble bon, est le meilleur moyen
-de les en dgoter.
-
-4
-
-Chacun sait combien il est difficile de modifier sa vie et de devenir
-tel que l'on voudrait. Mais lorsqu'il s'agit des autres, il nous semble
-qu'il suffit seulement d'ordonner et d'effrayer pour que les autres
-deviennent tels que nous dsirerions qu'ils soient.
-
-5
-
-S'il est possible de soumettre les hommes l'quiter par la violence,
-cela ne veut pas dire qu'il soit juste de soumettre les hommes par la
-violence.
-
- PASCAL.
-
-
-
-IV.--_L'erreur d'organiser la vie par la violence._
-
-1
-
-Il a dj t fait, tant de sacrifices sur l'autel du Dieu de la
-violence qu'on aurait pu peupler de ces victimes vingt plantes de la
-grandeur de la terre; mais est-on arriv au moindre rsultat? A aucun,
-sinon ce fait que la situation des peuples empire de plus en plus.
-Malgr tout, la violence demeure toujours l'idole. Devant, son autel,
-baign de sang, l'humanit semble vouloir se prosterner jusqu' la
-consommation des sicles, au son du tambour; au bruit des canons et des
-gmissements humains.
-
- ADIN BALLOU.
-
-2
-
-L'instinct de conservation est la premire loi de la nature disent
-ceux qui nient la loi de la non-rsistance.
-
-D'accord, mais qu'en rsulte-t-il? demandai-je!
-
-Il en rsulte que la dfense contre ce qui menace est galement
-une loi de la nature. Et de l, cette conclusion que la lutte et,
-sa consquence, la disparition du plus faible, est une loi de la
-nature; et cette loi justifie incontestablement la guerre, la violence
-et la vengeance; de sorte que la consquence de l'instinct de
-conservation,--est que la dfense est lgitime; par suite, la doctrine
-qui dfend l'emploi de la violence est errone, comme tant contraire
-la nature et aux conditions de la vie sur la terre.
-
---Je suis d'accord que l'instinct de conservation est la premire loi
-de la nature, et qu'il incite la dfense. Je suis d'accord que les
-hommes, l'instar des organismes infrieurs, luttent ordinairement
-les uns contre les autres, s'offensent et s'entre-tuent mme, sous le
-prtexte de se dfendre et de se venger. Mais j'y vois uniquement que
-la plupart des hommes, malgr la loi humaine suprieure qui leur est
-rvle continuent malheureusement vivre suivant la loi bestiale, et
-se privent ainsi du moyen de dfense le plus efficace: de payer le mal
-par le bien, ce dont ils auraient pu profiter s'ils n'avaient pas suivi
-la loi bestiale de la violence, mais la loi humaine de l'amour.
-
- ADIN BALLOU.
-
-3
-
-Il est certain que la violence et le meurtre rvoltent l'homme et que
-son premier mouvement est d'y opposer la violence et le meurtre. Un
-tel procd, bien qu'il se rapproche de celui employ par les animaux
-et soit peu efficace, n'a rien d'insens ni de contradictoire. Mais il
-n'en est pas de mme lorsqu'il s'agit de justifier ces procds. Ds
-que les gens qui organisent notre vie, veulent excuser ces actes par
-une argumentation raisonnable, il devient indispensable d'chaffauder
-des inventions ingnieuses et complexes afin de masquer l'ineptie d'une
-pareille tentative.
-
-Le moyen principal de justification est de citer l'exemple d'un brigand
-imaginaire qui torture et assassine des innocents devant nous.
-
-Vous pouvez vous sacrifier en vertu de votre conviction sur
-l'illgalit de la violence, mais cette fois vous sacrifiez la vie d'un
-autre, disent les dfenseurs de la violence.
-
-Mais d'abord, un tel brigand est un cas exceptionnel; bien des gens
-peuvent vivre des centaines d'annes sans rencontrer un brigand qui
-tuerait des innocents devant eux. Pourquoi baserai-je les rglements
-de ma vie sur cette invention? En envisageant la vie relle et non pas
-des inventions, nous apercevons tout autre chose. Nous voyons des gens,
-et nous-mmes, accomplissant les actions les plus cruelles, et cela
-non pas isolement, comme ce brigand imaginaire, mais en commun avec
-d'autres personnes, et non pas parce que nous serions des malfaiteurs
-comme le dit brigand, mais parce que nous nous trouvons sous l'influence
-de la superstition suivant laquelle la violence est lgitime. Ensuite,
-nous voyons que les actions les plus cruelles viennent non pas du
-brigand imaginaire, mais de gens qui fondent leur conduite sur
-l'existence imaginaire de ce brigand. De sorte que l'homme qui rflchit
-reconnatrait que la cause du mal ne rside nullement en ce brigand
-imaginaire, mais dans la cruelle erreur qui incite faire un mal rel
-en vertu d'un mal imaginaire.
-
-
-
-V.--_Les consquences nfastes de la superstition de la violence._
-
-1
-
-Le mal dont les gens croient se dfendre par la violence est
-incomparablement moindre que celui qu'ils se font en se dfendant par la
-violence.
-
-2
-
-Non seulement le Christ, mais tous les sages de l'univers, et les
-Brahmanes, et les Bouddhistes, et les Taoistes, et les savants grecs,
-ont enseign que les gens raisonnables devaient payer le mal par le bien
-et non par le mal. Mais ceux qui vivent eux-mmes de la violence disent
-que ce n'est pas possible, que la vie serait ainsi plus malheureuse. Et
-ils ont raison pour eux-mmes, mais non pas pour ceux qu'ils violentent.
-
-3
-
-Il est difficile d'observer la doctrine de la non-rsistance au mal par
-la violence; mais est-il plus facile d'observer celle de la lutte et de
-la vengeance?
-
-Pour obtenir une rponse cette question, ouvrez l'histoire de
-n'importe quel peuple et lisez la description de l'une des cent mille
-batailles que les hommes se sont livres pour obir la loi de la
-lutte. Au cours de ces guerres ont t tu des milliards d'hommes, si
-bien que pendant une seule on a sacrifi un plus grand nombre de vies,
-support plus de souffrances qu'il ne s'en accumulerait pendant des
-sicles en ne rsistant pas au mal.
-
-4
-
-La violence provoque la colre, et celui qui en use pour se dfendre non
-seulement n'y trouve pas une garantie, mais s'expose le plus souvent
- des dangers plus grands encore. Aussi, employer la violence pour sa
-garantie est un mauvais calcul.
-
-5
-
-Toute violence ne dsarme pas l'homme, mais ne fait que l'irriter
-davantage. Il est donc vident que la violence ne saurait amliorer la
-vie des hommes.
-
-6
-
-La violence assure un semblant de justice, tandis qu'elle loigne les
-hommes de la possibilit de mener une vie juste sans violence.
-
-7
-
-Pourquoi le christianisme a-t-il t perverti? Pourquoi la moralit
-est-elle tombe si bas? Il n'y a qu'une seule raison cela; la foi en
-l'efficacit du rgime de violence.
-
-VI.--_Seule la non-rsistance au mal par la violence permet l'humanit
-de substituer la loi de l'amour la loi de la violence._
-
-1
-
-La signification des paroles: Vous avez entendu qu'il a t dit:
-oeil pour oeil, dent pour dent. Mais moi je vous dis: ne rsiste pas
-au mchant. Et celui qui te frappera etc., est absolument claire et
-n'exige aucune explication ni commentaire. Il est impossible de ne
-pas comprendre que ces paroles signifient que le Christ, en reniant
-l'ancienne loi de violence: oeil pour oeil dent pour dent, renie par
-cela mme tout l'ordre des choses fonde sur cette loi, et institue
-une nouvelle loi d'amour entre tous les hommes sans distinction et,
-par cela mme, une nouvelle organisation sociale qui n'est plus fonde
-sur la violence, mais sur l'amour universel. Alors, comprenant cette
-doctrine dans son vritable sens et prvoyant que sa mise en pratique
-fera disparatre tous leurs privilges et avantages, certains hommes ont
-crucifi le Christ et continuent crucifier ses disciples. D'autres
-hommes ayant galement compris le sens rel de la doctrine sont alls et
-vont encore la croix, en rapprochant de plus en plus le moment de la
-nouvelle organisation de la vie fonde sur la loi de l'amour.
-
-2
-
-La doctrine de la non-rsistance au mal par le mal n'est pas une
-nouvelle loi, mais simplement le signalement de la dviation de la loi
-de l'amour, savoir que toute admission de violence contre son prochain,
-que ce soit sous prtexte de vengeance ou sous celui de la libration de
-soi-mme ou de son prochain du mal, est incompatible avec l'amour.
-
-3
-
-Rien n'entrave l'amlioration de la vie humaine tant que le dsir des
-hommes d'amliorer leur vie par des actes de violence. Et la violence
-des uns envers les autres, nous dtourne plus que tout de la seule chose
-qui pourrait amliorer notre vie: l'effort sur nous-mmes pour devenir
-meilleurs.
-
-4
-
-Moins l'homme est satisfait de lui-mme et de sa vie intrieure, plus
-il se fait remarquer dans la vie extrieure, publique.
-
-Afin de ne pas tomber dans cette erreur, l'homme doit comprendre et se
-souvenir qu'il n'a pas le pouvoir et qu'il n'est pas appel organiser
-la vie des autres, mais qu'il doit s'occuper, comme tous les hommes,
-uniquement de son perfectionnement intrieur que cela seulement est en
-son pouvoir et que cette conduite seule peut avoir une action sur la vie
-des autres.
-
-5
-
-Si les hommes consacraient le temps et les forces dpenss aujourd'hui
- l'organisation de la vie des autres la lutte de chacun contre
-ses propres pchs, le but qu'ils veulent atteindre--la meilleure
-organisation de la vie--serait bien vite ralis.
-
-6
-
-Lorsqu'on demandait Socrate o il tait n, il disait: sur la terre.
-Lorsqu'on lui demandait de quel pays il tait; il rpondait: du pays
-universel.
-
-Nous devons nous souvenir que, devant Dieu, nous sommes tous les
-habitants de la mme terre, et que nous sommes tous sous le pouvoir
-suprme de la loi divine.
-
-Cette loi est toujours la mme pour tous les hommes.
-
-7
-
-Aucun homme ne peut tre ni un instrument, ni un but. L est sa dignit
-d'homme. Et de mme qu'il ne peut disposer de sa personne aucun prix
-(ce qui serait contraire sa dignit), il n'a pas le droit de disposer
-de la vie d'autrui; autrement dit, il doit reconnatre la dignit
-humaine de chaque homme, et c'est pourquoi, il doit exprimer son respect
- chaque homme.
-
- KANT.
-
-8
-
-A quoi servirait aux hommes la raison, si l'on ne peut les influencer
-que par la violence?
-
-9
-
-Chose trange! L'homme se rvolte la vue du mal venant du dehors, des
-autres, du mal qu'il ne peut supprimer; mais il ne lutte pas contre son
-propre mal, bien que cela soit toujours en son pouvoir.
-
- MARC-AURLE.
-
-10
-
-On peut instruire les autres en leur rvlant la vrit et en leur
-donnant l'exemple du bien, et non pas en les forant faire ce que nous
-voulons.
-
-11
-
-Si, au lieu de vouloir sauver l'humanit, chacun travaillait son
-propre salut et au lieu de vouloir librer l'humanit, tentait de se
-librer soi-mme,--combien on aurait fait pour le salut et la libration
-de l'humanit.
-
- HERZEN[1].
-
-12
-
-Accomplis ton oeuvre de vie en perfectionnant et en amliorant ton me,
-et sois persuad que ce n'est qu'ainsi que tu pourras contribuer de la
-faon la plus fconde l'amlioration de te vie commune des hommes.
-
-13
-
-Notre vie serait belle si nous avions aperu seulement ce qui dtruit
-notre bonheur. Et c'est la superstition de la violence qui ne peut nous
-donner ce bonheur qui le dtruit.
-
-
-
-VIII.--_Interprtation errone du commandement du Christ interdisant
-d'user de la violence contre le mal._
-
-1
-
-La base de l'organisation sociale des paens tait la vengeance et la
-violence. Cela devait tre ainsi. Il semblerait, par contre, que l'amour
-et la renonciation la violence auraient d invitablement tre la
-base de notre socit. Cependant, la violence rgne toujours. Pourquoi?
-Parce que ce qui est profess au nom du Christ n'est pas la doctrine du
-Christ.
-
-2
-
-Doit-on comprendre les paroles du Christ sur l'amour envers ceux qui
-nous hassent, envers nos ennemis, amour qui n'admet aucune violence,
-comme elles ont t dites, c'est--dire commandant l'humilit et
-l'amour, ou bien doit-on les comprendre autrement? Et si c'est
-autrement, on doit dire comment. Or, personne ne le fait. Pourquoi?
-Parce que ceux qui se disent chrtiens veulent cacher eux-mmes et
-aux autres le sens vritable de la doctrine du Christ commandant le
-changement profond de leur vie. Or, l'ordre actuel leur est profitable.
-
-3
-
-Chose trange: ceux qui reconnaissent la doctrine du Christ se rvoltent
-contre la rgle qui n'admet en aucun cas la violence.
-
-L'homme qui reconnat que le sens et l'oeuvre de la vie est dans
-l'amour, se rvolte parce qu'on lui indique cet effet une voie sre,
-en mme temps que les erreurs les plus dangereuses qui pourraient le
-dtourner de cette voie. C'est comme si le marin s'indignait contre
-l'indication de la bonne direction au milieu des bancs de sables et
-de rcifs. Pourquoi cette contrainte? Il se peut que j'aie besoin
-d'chouer sur un banc de sable. Les gens parlent de mme lorsqu'ils
-s'indignent contre la dfense d'employer la violence et de rendre le mal
-pour le mal.
-
-
-[1] Clbre crivain russe, migr l'tranger. (_N. du Tr._)
-
-
-
-
-CHAPITRE XV
-
-DU CHTIMENT
-
-
-Chez l'animal, le mal provoque le mal. N'ayant pas de frein pour
-se matriser, l'animal cherche rendre le mal pour le mal, sans
-s'apercevoir que le mal accrot invitablement le mal. L'homme, pourvu
-de raison, ne peut pas lui, ne pas s'en rendre compte et doit, par
-suite, savoir se contenir. Malheureusement, sa nature bestiale l'emporte
-souvent sur sa raison et il emploie cette mme raison justifier le mal
-qu'il commet en le qualifiant de chtiment, de punition.
-
-
-I.--_Le chtiment n'atteint jamais le but par lequel on le justifie._
-
-1
-
-On affirme qu'on peut rendre le mal pour le mal dans un but de
-correction. C'est une erreur. On rend le mal pour le mal, non pour
-corriger les hommes, mais pour se venger. On ne peut corriger le mal par
-le mal.
-
-2
-
-Punir veut dire en russe: donner une leon. Or, on ne peut enseigner
-que par la bonne parole et le bon exemple. Lorsqu'on rend le mal pour le
-mal on n'instruit pas, mais on dprave.
-
-3
-
-L'erreur qu'on peut supprimer le mal par la punition est tout
-particulirement dangereuse, pour cette raison que les gens qui
-commettent ainsi le mal considrent que cela est non seulement permis,
-mais encore bienfaisant.
-
-4
-
-Par la punition, par la menace du chtiment on peut effrayer l'homme, le
-retenir du mal pour un temps, mais on ne peut le corriger.
-
-5
-
-La plus grande partie des malheurs des gens provient de ce que les
-hommes--pcheurs--se sont reconnu le droit de punir.
-
-6
-
-La preuve la plus clatante de ce que sous le nom de science on
-entend souvent des choses insignifiantes, voire monstrueuses, est dans
-l'existence d'une science de punitions, c'est--dire visant l'acte le
-plus grossier qu'un homme puisse commettre.
-
-
-
-II.--_Superstition de l'efficacit de la vengeance._
-
-1
-
-De mme qu'il existe des superstitions d'idoltrie, de prsages, de
-culte extrieur, etc., il existe chez les hommes une superstition
-universelle en vertu de laquelle les uns peuvent contraindre les autres
- mener une bonne vie. Les premires superstitions commencent
-disparatre ou ont disparu, mais celle qui fait croire la possibilit
-de rendre les hommes heureux par le chtiment des mauvais, continue
-tre reconnue de tous, et l'on commet en son nom les plus grands crimes.
-
-2
-
-Alors les scribes et les pharisiens Lui amenrent une femme surprise
-en adultre et, l'ayant place au milieu d'eux, Lui dirent: Matre,
-cette femme a t surprise en flagrant dlit d'adultre. Or, Mose
-nous a ordonn dans sa loi, de lapider de telles femmes. Et toi, qu'en
-dis-tu? Ils disaient cela pour L'prouver, afin de pouvoir L'accuser.
-Mais Jsus, s'tant baiss, se mit crire de son doigt sur le sable.
-Et comme ils continuaient L'interroger, Il se releva et leur dit;--Que
-celui de vous qui est sans pch lui jette le premier la pierre. Et
-s'tant de nouveau baiss il se remit crire sur le sable. Quand ils
-entendirent cela, dnoncs par leur conscience, ils se retirrent l'un
-aprs l'autre, en commenant par les plus notables jusqu'aux derniers,
-et Jsus lut laiss seul avec la femme. Alors Jsus s'tant relev et ne
-voyant personne que la femme, lui dit:--Femme, o sont tes accusateurs?
-Personne ne t'a-t-il condamne? Elle dit: Personne, Seigneur; Jsus lui
-dit: Je ne te condamne pas non plus; va et ne pche plus.
-
- JEAN VIII, 3-11.
-
-3
-
-Les hommes font du mal par mchancet pour se venger d'une offense, par
-une fausse notion des moyens de se protger; puis, afin de se justifier,
-ils persuadent les autres et eux-mmes qu'ils agissent ainsi afin de
-corriger celui qui leur a fait du mal.
-
-4
-
-Un certain ordre subsiste dans notre socit, non pas parce qu'on
-inflige des punitions ceux qui troublent cet ordre, mais parce que,
-malgr la mauvaise influence de ces chtiments, les hommes s'aiment et
-ont piti quand mme les uns des autres.
-
-5
-
-Le chtiment est nuisible, moins parce qu'il irrite celui qu'on punit,
-que parce qu'il dprave celui qui punit.
-
-
-
-III.--_La vengeance dans les rapports individuels._
-
-1
-
-Punir un homme pour ses mauvaises actions revient au mme que de
-chauffer le feu. Tout homme qui a fait le mal est dj puni, parce qu'il
-est priv de tranquillit, est tourment par sa conscience. Mais si sa
-conscience ne le tourmente pas, toutes les punitions que les hommes
-peuvent lui infliger ne le corrigeront pas, mais ne feront que l'irriter
-davantage.
-
-2
-
-Le vrai chtiment pour chaque mauvaise action est celui qui se produit
-dans l'me du criminel mme, et qui est dans l'abaissement de sa facult
-de jouir des bienfaits de la vie.
-
-3
-
-Un homme a fait le mal. Et voil qu'un autre homme ou des hommes, ne
-trouvent rien de mieux que de commettre une nouvelle mauvaise action
-qu'ils qualifient de chtiment.
-
-4
-
-On tue un ours en suspendant une grosse bche une corde au-dessus
-d'une auge remplie de miel. L'ours repousse la bche pour manger
-le miel. La bche revient et lui donne un coup, l'ours se fche et
-repousse la bche plus fort; elle le frappe plus fort encore. Et cela
-dure jusqu' ce que la bche tue l'ours. Les hommes agissent de mme
-lorsqu'ils rendent le mal pour le mal. Est-il possible que les hommes ne
-puissent tre plus raisonnables qu'un ours?
-
-
-
-IV.--_La vengeance dans les rapports sociaux._
-
-1
-
-La thse sur la rationalit du chtiment non seulement n'a pas contribu
-et ne contribue pas la bonne ducation des enfants, la meilleure
-organisation des socits et la moralit de ceux qui croient au
-chtiment dans l'autre monde, mais encore a caus et cause des malheurs
-innombrables: elle endurcit les enfants, affaiblit les liens sociaux et
-dprave les hommes par les promesses de l'enfer en privant la vertu de
-son fondement principal.
-
-2
-
-Si les hommes ne croient pas qu'il faut rendre le bien pour le mal,
-c'est uniquement en raison de ce fait qu'on les a habitus, depuis leur
-enfance, croire qu'en ne rendant pas le mal, aucun ordre social ne
-saurait exister.
-
-3
-
-S'il est vrai que les hommes bons souhaitent de voir cesser tous les
-mfaits: vols, misre, meurtres, tous les crimes qui souillent la vie
-humaine, ils doivent comprendre qu'on ne saurait y parvenir par la lutte
-et la vengeance. Toute chose engendre une chose son image et tant que
-nous ne neutralisons pas les offenses et les violences des malfaiteurs
-par des actes absolument contraires et que nous continuons agir comme
-eux, nous ne ferons qu'encourager et cultiver en eux tout le mal que
-nous dsirons supprimer. Nous arriverons redonner au mal un aspect
-diffrent, mais le fond restera.
-
- D'aprs BALLOU.
-
-4
-
-Des dizaines, des centaines d'annes s'couleront peut-tre, mais il
-viendra un temps o nos petits enfants s'tonneront de nos chtiments
-comme nous nous tonnons aujourd'hui des autodafs et des tortures.
-Comment pouvaient-ils ne pas voir l'ineptie, la cruaut, l'inutilit de
-ce qu'ils faisaient diront nos descendants.
-
-V.--_Dans les rapports personnels des hommes, la vengeance doit faire
-place l'amour fraternel et le mal ne sera plus enray par la violence._
-
-1
-
-Que faire lorsqu'un homme se fche contre toi et te fait du mal? On peut
-faire bien des choses, mais il ne faut srement pas en faire une; il ne
-faut pas faire de mal, c'est--dire la mme chose qu'il t'a fait.
-
-2
-
-Ne dites pas que si les gens vous font des bienfaits, vous leur en ferez
-aussi, et que si les gens vous humilient, vous les humilierez aussi;
-mais agissez ainsi: si les gens vous font des bienfaits, faites-leur en
-aussi, et s'ils vous humilient, ne les humiliez pas.
-
- MAHOMET.
-
-3
-
-La doctrine d'amour n'admettant pas la violence est utile non seulement
-parce que c'est bien pour l'homme et pour son me de subir le mal, et de
-rendre le bien pour le mal, mais encore parce que seul le bien arrte
-le mal, l'teint, ne lui permet pas de se propager. La vraie doctrine
-d'amour est salutaire parce qu'elle ne permet pas au mal de s'teindre.
-
-4
-
-Il y a assez longtemps que les hommes ont commenc comprendre
-l'incompatibilit du chtiment avec l'essence suprieure de l'me
-humaine, et qu'ils ont commenc imaginer diffrentes doctrines qui
-permettent de justifier ce penchant bestial. Les uns disent que le
-chtiment est ncessaire pour effrayer; les autres, qu'il est ncessaire
-pour corriger, les troisimes pour instaurer la justice. Mais toutes ces
-doctrines ne sont qu'un amas de vaines paroles parce qu'elles n'ont pour
-base que de mauvais sentiments: la vengeance, la peur, l'gosme, la
-haine. On invente bien des choses, mais on ne se dcide pas faire une
-seule chose utile: ne rien faire; laisser celui qui a pch se repentir
-ou ne pas se repentir, se corriger ou ne pas se corriger; quant ceux
-qui imaginent ces doctrines et ceux qui les mettent en pratique, ils
-n'ont qu' laisser les autres tranquilles et avoir eux-mmes une bonne
-conduite.
-
-5
-
-Rponds au mal par le bien et tu feras disparatre chez le mchant tout
-le plaisir qu'il voit au mal.
-
-6
-
-Rien ne rjouit les hommes tant que de voir qu'on leur pardonne, et rien
-ne procure plus de joie celui qui le fait.
-
-7
-
-La bont vainct tout, et elle-mme est invincible.
-
-8
-
-On peut rsister tout hormis la bont.
-
- D'aprs ROUSSEAU.
-
-9
-
-Rendez le mal pour le bien; pardonnez tous, alors seulement il n'y
-aura plus de mal sur la terre. Peut-tre n'auras-tu pas la force de le
-faire; mais sache qu'il ne faut dsirer que cela, qu'il ne faut aspirer
-qu' cela, car cela seul nous sauvera du mal dont nous souffrons tous.
-
-10
-
-Dieu estime le plus celui qui pardonne l'offense, surtout lorsque
-l'offenseur est au pouvoir de l'offens.
-
- MAHOMET.
-
-11
-
-Alors Pierre, s'tant approch de Lui, dit: Seigneur, combien de fois
-pardonnerai-je mon frre lorsqu'il pchera contre moi? Sera-ce jusqu'
-sept fois? Jsus lui rpondit: je ne te dis pas jusqu' sept fois, mais
-jusqu' septante fois sept fois.
-
- (MATTH., XVIII, 21, 22)
-
-12
-
-Lorsqu'on pardonne, il ne s'agit pas de dire: je pardonne, mais il
-faut extirper de son coeur le mauvais sentiment que l'on prouve
-l'gard de l'offenseur. Et pour le faire, il faut se souvenir de ses
-propres pchs; alors on dcouvrira srement en soi des actes plus
-reprhensibles que ceux pour lesquels on se fche.
-
-13
-
-La doctrine d'aprs laquelle, on ne peut se venger quand on aime,
-est tellement claire qu'elle dcoule elle-mme du sens gnral de
-cette doctrine. Si mme il n'tait pas expressment mentionn dans la
-doctrine du Christ que tout chrtien doit rendre le bien pour le mal et
-aimer ceux qui vous hassent, quiconque comprend cette doctrine dduit
-lui-mme cette exigence d'amour.
-
-
-
-VI.--_Il est tout aussi important de ne pas combattre le mal par la
-violence dans les rapports sociaux que dans les rapports individuels._
-
-1
-
-Les hommes dsirent rester aussi mauvais qu'ils sont et veulent en mme
-temps que leur vie soit meilleure.
-
-2
-
-Nous ne savons pas, nous ne pouvons savoir en quoi consiste le bien
-public; mais, nous savons formellement qu'il ne peut tre ralis que
-par l'accomplissement de la loi ternelle du bien, qui est rvle
-chaque homme, sa raison et dans son coeur.
-
-3
-
-On dit qu'on est forc de payer le mal par le mal, parce que si on ne le
-fait pas, les mchants prendront le dessus sur les bons. Je pense que
-c'est tout le contraire: les mchants opprimeront les bons, lorsque les
-hommes croiront qu'il est permis de payer le mal par le mal, comme cela
-se passe, en effet, chez tous les peuples chrtiens. Les mchants sont
-aujourd'hui les matres des bons prcisment parce qu'il a t suggr
-tous qu'il est non seulement permis, mais encore utile de faire du mal
-aux hommes.
-
-4
-
-En parlant de la doctrine chrtienne, les savants crivains font
-gnralement semblant de croire que la question de l'impossibilit
-d'appliquer le christianisme dans son sens rel est dj dfinitivement
-tranche depuis longtemps.
-
-Il est inutile de s'occuper de rves, il faut penser aux choses
-srieuses, il faut vrifier les rapports entre le capital et le travail,
-organiser le travail, la proprit foncire, ouvrir des marchs,
-instituer des colonies pour le trop plein de la population, rgler les
-rapports de l'glise et de l'tat, conclure des alliances, garantir la
-scurit des tats et ainsi de suite.
-
-Il faut s'occuper de questions srieuses, dignes de l'attention et des
-soins des hommes et non pas rver un ordre de choses permettant de
-tendre la joue lorsqu'on vous frappe l'autre, donner aussi son vtement
-lorsqu'on vous enlve votre chemise et de vivre comme les oiseaux du
-ciel, tout cela n'est que du radotage, dit-on, sans remarquer que le
-fond de toutes ces questions, est prcisment contenu en ce qui est
-qualifi de vain radotage.
-
-En effet, toutes ces questions, depuis celle de la lutte entre le
-capital et le travail, jusqu' celle des nationalits et des rapports
-entre l'glise et l'tat, reviennent cette seule question: Y a-t-il
-des cas dans lesquels l'homme peut et doit faire le mal son prochain,
-ou ces cas n'existent-ils pas et ne peuvent-ils pas exister pour un
-homme raisonnable? Est-ce raisonnable ou non, et par suite, doit-on
-ou ne doit-on pas rendre le mal par le mal? Il y eut un temps o les
-hommes pouvaient ne pas comprendre et ne comprenaient pas, en effet,
-l'importance de cette question. Mais les souffrances affreuses qui
-accablent l'humanit d'aujourd'hui ont conduit les hommes reconnatre
-la ncessit de trouver cette question une solution. Il y a dix neuf
-cents ans que cette question est dfinitivement rsolue par la doctrine
-du Christ. Et c'est pourquoi, notre poque, nous ne pouvons plus faire
-semblant de mconnatre cette question et d'ignorer sa solution.
-
-VII.--_La vritable conception des consquences de la doctrine dfendant
-la ncessit de la violence, commence pntrer dans la conscience de
-l'homme moderne._
-
-1
-
-Le chtiment, est une ide que l'humanit commence dpasser.
-
-2
-
-L'esprit de Jsus, qu'on s'efforce d'touffer, se manifeste nanmoins
-partout d'une faon clatante. L'esprit vanglique n'a-t-il point
-pntr dans les peuples, ne commence-t-il pas venir la lumire?
-Les ides sur les droits et les obligations ne sont-elles pas devenues
-plus claires pour chacun? N'entend-on pas de toutes parts des appels aux
-lois plus quitables, aux institutions protgeant les faibles, fondes
-sur une juste galit? L'ancienne inimiti entre ceux qu'on a dsunis
-par force, ne s'teint-elle pas? Les peuples ne se sentent-ils pas
-frres?
-
-Tout cela est l'oeuvre d'un germe prt lever, l'oeuvre de l'amour, qui
-dbarrassera le monde du pch, qui ouvrira aux peuples une nouvelle
-voie de vie, dont la loi intrieure ne sera plus la violence, mais
-l'amour des uns pour les autres.
-
- LAMENNAIS.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVI
-
-DE LA VANIT
-
-
-Rien ne pervertit la vie des hommes et ne les prive aussi srement de
-leur vrai bonheur, comme l'habitude de vivre non d'aprs les prceptes
-des sages et selon leur propre conscience, mais d'aprs ce qui est
-reconnu comme bon et approuv par les gens parmi lesquels l'on vit.
-
-
-I.--_En quoi consiste la tentation de la vanit._
-
-1
-
-La raison principale qui rend notre vie mauvaise, rside en ce que nous
-rglons notre conduite non selon les besoins de notre corps ou de notre
-me, mais uniquement dans l'espoir d'obtenir l'approbation des gens.
-
-2
-
-Aucune tentation ne captive les hommes aussi longtemps, ne les loigne
-autant de la comprhension du sens de la vie humaine et du vrai bonheur,
-que la proccupation de la gloire, de l'approbation, de l'estime, des
-louanges des autres.
-
-L'homme ne peut se librer de la tentation que par une lutte constante
-contre lui-mme, et par l'vocation continuelle de son unit avec Dieu,
-cherchant ainsi son approbation seule.
-
-3
-
-Il ne nous suffit pas de vivre de notre vie intrieure, la seule vraie,
-nous voulons vivre d'une autre vie encore, d'une vie imaginaire dans
-la pense des autres, et nous nous efforons cette fin de paratre
-autres que nous ne sommes en ralit. Nous nous efforons sans cesse de
-dompter cet tre imaginaire, sans nous soucier du vrai, de celui que
-nous sommes en ralit. Si notre me est paisible, si nous avons foi, si
-nous aimons, nous nous empressons d'en parler au plus tt, afin que ces
-vertus ne soient pas seulement nos vertus, mais aussi celles de l'tre
-imaginaire qui existe dans la pense des autres.
-
-Pour faire croire aux gens que nous avons des qualits, nous sommes
-prts mme y renoncer. Nous sommes prts devenir lches condition
-de passer pour braves.
-
- PASCAL.
-
-4
-
-L'une des expressions des plus dangereuses et des plus nuisibles est:
-tous font ainsi.
-
-5
-
-Lorsqu'il est difficile, et presque impossible, de comprendre pourquoi
-l'homme agit comme il le fait, sois sr que la raison de ses actes
-rside dans le dsir d'tre glorifi par les hommes.
-
-6
-
-On ne berce pas un enfant pour le dbarrasser de ce qui le fait crier,
-mais pour qu'il ne puisse pas crier. Nous agissons de mme avec notre
-conscience lorsque nous l'touffons pour tre agrables aux gens. Nous
-n'apaisons pas la conscience, mais nous obtenons ce que nous dsirons:
-nous ne l'entendons plus.
-
-7
-
-Intresse-toi non la quantit, mais la qualit de tes admirateurs;
-il est dsagrable de ne pas plaire aux bonnes gens, mais c'est toujours
-bien de ne pas plaire aux mauvaises gens.
-
- SNQUE.
-
-8
-
-Nos plus grandes dpenses sont effectues pour ressembler aux autres. Ni
-pour notre esprit, ni pour notre coeur nous ne dpensons autant.
-
- EMERSON.
-
-9
-
-Dans chaque bonne action, il y a un peu de dsir d'tre approuv par les
-gens. Mais c'est mauvais quand tu agis comme tu le fais uniquement pour
-tre glorifi par les autres.
-
-10
-
-Un homme demanda un autre pourquoi il travaillait ce qu'il n'aimait
-pas.
-
---Parce que tous le font, rpondit celui-ci.
-
---Pardon, pas tous; moi, je ne le fais pas, quelques autres, non plus.
-
---Si ce n'est pas tous, beaucoup le font, la plupart des gens.
-
---Mais dis-moi quels sont les plus nombreux, les sots ou les
-intelligents?
-
---Certainement ce sont les sots.
-
---Dans ce cas, tu agis comme tu le fais pour imiter les sots.
-
-
-
-II.--_Si beaucoup de gens partagent la mme opinion, cela ne prouve pas
-que cette opinion soit juste._
-
-1
-
-Le mal ne cesse pas d'tre mauvais parce que beaucoup de gens agissent
-ma! et qu'ils s'en vantent, comme cela arrive souvent.
-
-2
-
-Plus il y a de gens qui croient la mme chose, plus il faut tre
-prudent l'gard de cette croyance et avoir plus, d'attention.
-
-3
-
-Lorsqu'on dit: il faut faire comme font les autres, cela veut dire
-presque toujours qu'il faut faire mal.
-
- LA BRUYRE.
-
-4
-
-Il n'y a qu' s'habituer faire ce que tout le monde exige pour
-tre insensiblement entran commettre de mauvaises actions et les
-considrer comme bonnes.
-
-5
-
-L'homme a son tribunal--sa conscience. On ne doit tenir qu' son
-jugement.
-
-6
-
-Cherche celui qui est le meilleur parmi ceux qui blment le monde.
-
-7
-
-Si la foule dteste quelqu'un, il faut, avant d'en juger, bien examiner
-pourquoi il en est ainsi. Si la foule vnre quelqu'un, il faut
-galement, avant d'en juger, bien examiner pourquoi il en est ainsi.
-
- CONFUCIUS.
-
-
-III.--_Consquences pernicieuses de la vanit._
-
-1
-
-La socit dit l'homme: Pense comme nous pensons; crois comme nous
-croyons; mange et bois comme nous buvons et mangeons; habille-toi comme
-nous nous habillons. Si quelqu'un ne se soumet pas ces exigences, la
-socit l'accable de ses sarcasmes, de ses injures. Il est difficile de
-ne pas y obir, mais cependant, si tu t'y soumets, tu t'en sentiras plus
-mal encore: tu ne seras plus un homme libre, mais un esclave.
-
- D'aprs LUCIE MALAURY.
-
-2
-
-C'est trs bien quand les hommes s'instruisent pour leur me, pour tre
-plus sages, meilleurs. De telles tudes leur sont utiles. Mais s'ils
-tudient pour la gloire, afin de paratre instruits, l'instruction
-devient non seulement inutile, mais nuisible; elle rend les hommes moins
-sages et moins bons qu'ils ne le seraient s'ils n'avaient pas tudi du
-tout.
-
- _Traduit du chinois._
-
-3
-
-Non seulement vous ne devez pas vous vanter vous-mmes, mais encore vous
-ne devez pas permettre aux autres de vous glorifier. Les louanges font
-prir l'me en reportant les proccupations de l'me sur la gloire des
-hommes.
-
-4
-
-Il arrive souvent de voir qu'un homme bon, sage et juste, tout en
-sachant que la guerre, l'exploitation du travail des autres, le blme,
-la consommation de la viande et divers actes du mme genre sont mauvais,
-continue accomplir ces actes. Pourquoi? Parce qu'il tient plus
-l'opinion publique qu'au jugement de sa conscience.
-
-5
-
-L'inobservation des traditions n'a pas occasionn une millime partie du
-mal caus par le respect des anciennes coutumes.
-
-Les gens ne croient plus depuis longtemps aux anciennes coutumes, mais
-ils les observent nanmoins parce qu'ils pensent que la plupart des
-gens les blmeraient, s'ils n'observaient plus les anciennes coutumes
-auxquelles personne ne croit plus depuis longtemps.
-
-
-
-IV._--La lutte contre la tentation de la vanit._
-
-1
-
-Pendant les premiers temps de sa vie, dans son enfance, l'homme vit
-principalement pour son corps: il mange, il boit, il joue, il s'amuse.
-C'est le premier degr. Plus l'homme grandit, plus il commence se
-proccuper de l'opinion des gens parmi lesquels il vit, et plus il
-commence ngliger les besoins de son corps pour ne penser qu' la
-gloire des hommes. C'est le second degr. Le troisime et dernier degr
-est celui o l'homme se soumet surtout aux exigences de son me et
-o il nglige le corps, les amusements et l'opinion publique, pour ne
-penser qu' son me.
-
-2
-
-Il est difficile de droger tout seul aux coutumes tablies; cependant,
- chaque pas que l'on fait pour devenir meilleur, on se heurte contre
-l'usage tabli et l'on subit la critique des gens. L'homme qui consacre
-sa vie se perfectionner y doit tre prpar.
-
-3
-
-C'est mal d'irriter les gens en drogeant aux coutumes tablies, mais
-c'est plus mal encore de droger aux exigences de la conscience et de la
-raison en subissant les coutumes pernicieuses.
-
-4
-
-On ridiculise celui qui garde le silence, comme celui qui parle trop,
-comme celui qui parle trop peu; il n'y a pas un homme sur terre qu'on
-ne critique pas. Il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura jamais
-personne qu'on aurait toujours blm pour tout ce qu'il fait, de mme
-qu'il n'y a personne qu'on aurait toujours lou. C'est pourquoi, il est
-inutile de se proccuper ni des louanges, ni des blmes des gens.
-
-5
-
-Tu crains que les gens ne te mprisent pour ta douceur; mais les gens
-justes ne peuvent pas te mpriser pour cela; quant aux autres, tu n'as
-pas besoin de t'en proccuper--ne fais pas attention leur opinion.
-Un bon menuisier ne se chagrinera pas parce qu'un homme qui ne comprend
-rien son mtier n'approuve pas son travail.
-
-Les gens qui le mprisent pour ta douceur ne comprennent rien ce qui
-est bien pour l'homme. Pourquoi donc te proccuper de leur apprciation?
-
- D'aprs PICTTE.
-
-6
-
-Il est temps pour l'homme de connatre sa valeur. Serait-il, en effet,
-quelque tre btard? Il est temps de cesser de regarder humblement de
-tous cts pour voir s'il a plu ou dplu aux gens. Non; que ma tte
-reste droite et ferme sur mes paules! La vie ne m'est pas donne pour
-la montrer, mais pour que je la vive. Je reconnais l'obligation de vivre
-pour mon me. Et je veux me proccuper non pas de l'opinion que les gens
-auraient de moi, mais de ma vie, de savoir si je n'accomplis ou si je
-n'accomplis pas ma destine devant Celui qui m'a envoy dans la vie.
-
- EMERSON.
-
-7
-
-Quiconque s'est abandonn depuis sa jeunesse ses grossiers instincts
-d'animal, ne cesse de s'y adonner, bien que sa conscience rclame autre
-chose. Il agit ainsi parce que les autres font comme lui. Et les autres
-agissent ainsi pour la mme raison que lui. Il ne peut y avoir qu'une
-issue: chaque homme doit se librer de la proccupation de l'opinion
-publique.
-
-
-
-V.--_On doit se proccuper de son me et non pas de sa gloire._
-
-1
-
-Le moyen le plus rapide et le meilleur pour gagner la rputation d'un
-homme vertueux, n'est pas de paratre tel devant les hommes, mais de
-faire des efforts sur soi-mme pour devenir vertueux.
-
- _Causeries_ de SOCRATE.
-
-2
-
-Celui qui ne rflchit pas par lui-mme, se soumet aux ides d'un autre
-homme. Soumettre sa pense quelqu'un est un servage plus humiliant que
-de soumettre son travail. Rflchis toi-mme et ne te proccupe pas de
-ce que te diront les gens.
-
-3
-
-Personne ne manifeste tant de respect et d'attachement pour la vertu,
-que celui qui perd volontiers la rputation d'un homme de bien,
-uniquement pour rester bon dans son for intrieur.
-
- SNQUE.
-
-4
-
-Lorsqu'un homme est habitu ne vivre que pour l'opinion publique, il
-lui rpugne, parce qu'il ne fait pas ce que font les autres, d'avoir
-la rputation d'un sot, d'un ignorant ou d'un vilain homme. Mais on
-doit travailler tout ce qui est difficile. Et cette oeuvre, on doit
-travailler des deux cts: apprendre mpriser l'opinion des gens;
-apprendre vivre pour de telles oeuvres qui, bien qu'elles soient
-critiques par la foule, n'en restent pas moins des bonnes oeuvres.
-
-Les hommes vivent et agissent d'aprs leurs ides, ainsi que d'aprs les
-ides des autres. Suivant que les uns et les autres influencent leurs
-actes, les hommes se distinguent entre eux.
-
-6
-
-Il est difficile de distinguer si tu sers les autres pour ton me,
-pour Dieu, ou pour la gloire des hommes. Il n'y a qu'un seul moyen de
-contrle: si tu accomplis une oeuvre que tu crois bonne, demande-toi
-si tu continuerais y travailler si tu savais d'avance que personne
-n'apprendrait jamais ce que tu fais. Si tu rponds que tu le ferais,
-c'est que tu travailles srement pour ton me, pour Dieu.
-
-
-
-VI.--_Celui qui vit de la vraie vie n'a pas besoin de louanges._
-
-1
-
-Vis seul, a dit le sage. Cela veut dire que tu dois rsoudre le problme
-de ta vie tout seul, avec le concours du Dieu qui vit en toi, et non pas
-d'aprs les conseils et les opinions des autres.
-
-2
-
-Si tu veux tre tranquille, tche de plaire Dieu et non pas aux
-hommes. Ceux-ci ont des dsirs diffrents: aujourd'hui, ils veulent une
-chose; demain une autre. Jamais, ils ne sont satisfaits. Mais le Dieu
-qui vit en toi dsire toujours une seule chose, et tu sais ce qu'il veut.
-
-3
-
-Il n'y a qu'un seul moyen pour ne pas croire en Dieu: ce moyen consiste
- toujours reconnatre l'opinion des gens comme juste, et ne prter
-aucune attention notre voix intrieure.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-4
-
-Si nous sommes sur un bateau en marche et que nous regardons un objet
-qui se trouve sur le mme bateau, nous ne remarquons pas que nous
-voguons, mais en regardant de ct sur ce qui ne se meut pas avec nous,
-par exemple la berge, nous nous apercevons immdiatement que nous sommes
-en mouvement. Lorsque tous les hommes vivent autrement qu'il ne le faut,
-nous ne le remarquons pas; mais il suffit, qu'un seul se ressaisisse et
-qu'il commence vivre selon Dieu, pour qu'il devienne clair combien les
-autres vivent mal. Mais les autres perscutent toujours celui qui ne vit
-pas comme eux.
-
- PASCAL.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVII
-
-DES FAUSSES CROYANCES
-
-
-Les fausses croyances sont celles que les gens acceptent non pas parce
-qu'elles leur sont ncessaires pour leur me, mais parce qu'ils croient
-en ceux qui les prchent.
-
-
-I.--_En quoi consiste la supercherie des fausses croyances._
-
-1
-
-Souvent les hommes pensent qu'ils croient la loi de Dieu, alors qu'ils
-ne croient qu' ce que tous croient. Et tous les hommes ne croient pas
- la loi de Dieu, mais qualifient telle ce qui leur convient et ne les
-empche pas de mener la vie qui leur plat.
-
-2
-
-Quand les hommes vivent dans le pch et les tentations, ils ne
-sauraient tre tranquilles. La conscience les dnonce. C'est pourquoi
-ils sont obligs de choisir entre ces deux alternatives: ou se
-reconnatre coupables devant les hommes et devant Dieu, et cesser de
-pcher, ou bien continuer mener une vie de pcheurs, commettre de
-mauvaises actions et les qualifier de bonnes. C'est pour ces hommes
-que l'on a invent les fausses croyances, grce auxquelles on peut se
-considrer comme juste, tout en menant une mauvaise vie.
-
-3
-
-C'est mal de mentir devant les hommes, mais c'est pis encore de se
-mentir soi-mme. Ce mensonge est tout particulirement nuisible parce
-que les autres peuvent dnoncer ton mensonge, tandis que personne ne
-t'accusera de t'tre menti toi-mme. C'est pourquoi, garde-toi de te
-mentir toi-mme, surtout lorsqu'il s'agit de la foi.
-
-4
-
-Crois ou sois maudit. C'est la qu'est la raison principale du mal. Si
-l'homme accepte sans discuter ce qu'il aurait d examiner par sa propre
-raison, il finit par perdre l'habitude de raisonner, il est soumis la
-maldiction et induit ses proches au pch. Le salut des hommes rside
-en ce que chacun doit apprendre vivre de sa raison.
-
- EMERSON.
-
-5
-
-On ne peut ni peser ni mesurer le tort qu'ont produit et produisent
-encore les fausses croyances.
-
-La religion rgle les rapports de l'homme envers Dieu, l'gard de
-l'univers; elle dtermine la destine de l'homme qui dcoule de ces
-rapports. Quelle doit tre la vie de l'homme si ces rapports et la
-destination dtermins ainsi sont faux?
-
-6
-
-Il y a trois sortes de fausses croyances. La premire est de croire
-la possibilit de pouvoir apprendre par l'exprience ce qui ne peut
-l'tre d'aprs les lois de l'exprience. La seconde fausse croyance fait
-admettre, dans le but de notre perfectionnement moral, des choses sur
-lesquelles nous ne pouvons nous former aucune ide par notre raison.
-La troisime fausse croyance reconnat la possibilit d'voquer par un
-moyen surnaturel une action mystrieuse l'aide de laquelle la divinit
-exerce son influence sur notre moralit.
-
- KANT.
-
-
-
-II.--_Les fausses croyances ne satisfont pas les exigences suprieures,
-mais les exigences infrieures de l'me humaine._
-
-1
-
-L'unique et vraie religion ne contient rien que des lois, c'est--dire
-des lments moraux dont nous pouvons reconnatre et tudier nous-mmes
-la ncessit incontestable, et que nous concevons par notre raison.
-
- KANT.
-
-2
-
-L'homme ne peut plaire Dieu que par une vie juste. C'est pourquoi tout
-ce par quoi l'homme croit plaire Dieu, en dehors d'une vie pure et
-juste, n'est qu'un grossier et nuisible mensonge.
-
- D'aprs KANT.
-
-3
-
-Faire pnitence en s'infligeant des souffrances, au lieu de profiter
-de l'tat d'esprit o l'on se trouve afin d'amender sa conduite, est
-un travail inutile. De plus, une telle pnitence a cette mauvaise
-consquence; l'homme croit avoir pay ainsi toutes ses dettes, et ne
-songe plus son perfectionnement qui seul est ncessaire lorsqu'on
-reconnat ses erreurs.
-
- KANT.
-
-4
-
-C'est mal lorsque les hommes ne connaissent pas Dieu, mais c'est plus
-mal encore lorsqu'ils reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu.
-
- LACTANCE.
-
-5
-
-On dit: Dieu a cr l'homme Son image; on aurait mieux fait de dire
-que c'est l'homme qui a cr Dieu son image.
-
- LICHTENBERG.
-
-6
-
-Lorsqu'on parle du ciel comme d'un endroit o se trouvent les heureux,
-on se le reprsente gnralement quelque part trs haut, dans les
-rgions infinies de l'univers. On oublie que notre terre, vue de l'une
-de ces hautes rgions, ressemble galement l'un des astres clestes,
-et que les habitants de ces plantes ont absolument le mme droit de
-dire, en dsignant la terre: Voyez-vous cet astre-l, c'est l'endroit
-de la flicit ternelle, l'asile cleste prpar pour nous et o nous
-irons un jour. Le fait est que, par une trange erreur de notre raison,
-l'lan de notre croyance est toujours connexe avec l'ide de notre
-lvation vers les hauteurs, et nous ne songeons pas que nous aurions
-beau nous lever, nous devrons nanmoins redescendre encore, afin de
-pouvoir poser un pied ferme dans quelque autre monde.
-
-7
-
-Les mahomtans font bien de couvrir leurs yeux de leurs doigts et de
-se boucher les oreilles, lorsqu'ils entrent au temple et commencent
-prier.
-
-La vraie prire est dans l'abstraction de toutes nos proccupations
-habituelles, de tout ce qui peut nous rappeler l'existence de nos sens,
-et dans l'vocation en soi de l'lment divin. Dans ce but, le mieux est
-de faire ce que nous dit le Christ: d'entrer seul dans un lieu clos, et
-de s'y enfermer, c'est--dire de prier dans la solitude complte, que
-l'on soit chez soi, dans la fort ou dans les champs. La vraie prire
-est dans ce dtachement de toutes les choses extrieures, pendant
-lequel on contrle son me, ses actes, ses dsirs, non pas d'aprs les
-exigences extrieures du monde, mais d'aprs les exigences de l'lment
-divin que nous sentons en nous.
-
-Une telle prire est un secours: elle fortifie et lve l'me, elle
-confesse et vrifie les actions passes, elle indique la conduite future.
-
-
-
-III.--_Le Culte extrieur._
-
-1
-
-Bien qu'il y ait une diffrence de procd entre un chamane tounghouse
-et un prlat catholique europen, ou bien, en prenant pour exemple des
-gens simples, entre un voghoul grossier et sensuel qui, tous les matins,
-pose sur sa tte la patte d'une peau d'ours, et prononce les paroles de
-sa prire: Ne me tue pas, et un puritain indpendant de Connecticut;
-il n'y a aucune diffrence dans les principes de leurs croyances, car
-ils appartiennent tous deux la mme catgorie de gens dont le culte ne
-consiste pas devenir meilleurs, mais de croire et d'excuter certains
-rglements arbitraires. Seuls ceux qui croient que le culte de Dieu
-consiste aspirer une vie meilleure diffrent des premiers, parce
-qu'ils reconnaissent un tout autre principe et infiniment plus lev,
-runissant tous les hommes de bonne foi dans un temple invisible qui
-seul peut tre un temple universel.
-
- KANT.
-
-2
-
-Et quand tu prieras, ne fais pas comme les hypocrites; car ils aiment
- prier en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues,
-afin d'tre vus des hommes. Je vous dis, en vrit, qu'ils reoivent
-leur rcompense. Mais toi, quand tu pries, entre dans la chambr et,
-ayant ferm ta porte, prie ton Pre qui est dans ce lieu secret; et ton
-Pre qui te voit dans le secret, te rcompensera.
-
- MATTH., VI, 5-6.
-
-3
-
-Gardez-vous des scribes qui se plaisent se promener en longues robes,
-et qui aiment les salutations dans les assembles et les premires
-places dans les synagogues, et les festins; qui ruinent les maisons des
-veuves, tout en affectant de faire de longues prires.
-
- Luc, XX, 46-47.
-
-
-
-IV._--La pluralit des croyances et l'unit de la religion vraie._
-
-1
-
-L'homme qui ne pense pas la religion, s'imagine qu'il n'y a qu'une
-seule vraie religion--celle dans laquelle il est n. Mais tu n'as qu'
-te demander ce qui arriverait si tu tais n dans une autre religion,
-toi chrtien si tu tais n mahomtan; toi bouddhiste--chrtien; toi
-chrtien--brahmane. Est-il possible que seuls, avec notre religion,
-nous soyons dans le vrai, et que tous les autres soient dans le
-mensonge? La religion ne deviendra pas vraie parce que tu te persuaderas
-toi-mme et que tu persuaderas les autres qu'elle seule est vraie.
-
-
-
-V.--_Consquences de la confession des fausses croyances._
-
-1
-
-En 1682, en Angleterre, le docteur Leyton, un homme respectable qui
-avait crit un livre contre l'piscopat anglican, a t jug et condamn
-aux chtiments suivants. On le fouetta cruellement, puis on lui coupa
-une oreille et on lui ouvrit un ct du nez, puis on inscrivit sur sa
-joue, au fer rouge, les lettres SS: semeur de sdition. Sept jours plus
-tard on le fouetta nouveau, bien que les plaies qu'il avait au dos
-n'aient pas encore t fermes; puis on lui ouvrit l'autre ct du nez,
-on lui trancha l'autre oreille et on lui ttoua l'autre joue. Tout cela
-fut fait au nom du christianisme.
-
- MORISSON DAVIDSON.
-
-2
-
-En 1415, Jean Huss fut reconnu comme hrtique pour avoir dvoil la
-fausse croyance des catholiques et les mauvaises actions du pape, et il
-fut condamn mort, sans que son sang puisse tre vers, c'est--dire
-tre brl.
-
-L'excution eut lieu derrire les portes de la villes, entre deux
-jardins. En arrivant sur place, Huss se mit genoux et commena
-prier. Lorsque le bourreau lui ordonna de monter sur le bcher, il se
-leva et dit trs haut:
-
-Jsus-Christ. Je vais la mort pour avoir prch Ta parole, je
-souffrirai docilement.
-
-Les bourreaux, dshabillrent Huss et lui attachrent les mains derrire
-le dos au poteau; ses pieds se trouvaient sur un banc. On mit du bois et
-de la paille autour de lui. Le bois et la paille lui venaient jusqu'au
-menton. Le chef imprial s'approcha alors de Huss et lui annona qu'il
-serait pardonn s'il se rtractait.
-
-Non, dit Huss, je ne me connais aucune faute.
-
-Les bourreaux allumrent alors le bcher, et Huss se mit chanter la
-prire: Jsus, Fils du Dieu vivant, aie piti de moi.
-
-Le feu monta, trs haut, et bientt Huss se tut.
-
-C'est ainsi que les gens qui se qualifiaient de chrtiens, dfendaient
-leur croyance.
-
-N'est-il pas vident que ce n'tait pas une religion, mais la
-superstition la plus grossire?
-
-3
-
-Les gens ne commettent jamais de mauvaises actions avec plus de
-sang-froid et d'assurance en leur justice, que lorsqu'ils le font en
-vertu d'une fausse croyance.
-
- PASCAL.
-
-
-
-VI.--_En quoi consiste la vraie religion?_
-
-1
-
-Ne vous faites point appeler matre; car vous n'avez qu'un matre--le
-Christ; et vous, vous tes tous frres. Et n'appelez personne sur la
-terre votre pre; car vous n'avez qu'un seul Pre, Celui qui est dans
-les cieux; et ne vous faites point appeler docteur, car vous n'avez
-qu'un seul Docteur--le Christ. MATTH., XXIII, 8-10.
-
-C'est ainsi qu'enseignait le Christ. Et il enseignait ainsi parce qu'il
-savait que, de mme qu'en son temps il y avait des gens qui prchaient
-une fausse loi de Dieu, il y en aurait aussi dans l'avenir. Il le savait
-et disait qu'il ne fallait pas couter ceux qui s'intitulaient matres
-parce que leur enseignement obscurcit la doctrine simple et claire qui
-est rvle tous et qui vit dans le coeur de chaque homme.
-
-Cette doctrine consiste aimer Dieu, comme le suprme bien et la
-suprme vrit, aimer son prochain comme soi-mme et faire aux
-autres ce qu'on veut qu'ils vous fassent.
-
-2
-
-La religion ne consiste pas savoir ce qui a t et ce qui sera, ni
-mme ce qui est actuellement, mais elle consiste savoir ce que chaque
-homme doit faire.
-
-3
-
-Si donc tu apportes ton offrande l'autel, et que l tu te souviennes
-que ton frre a quelque chose contre loi, laisse-l ton offrande devant
-l'autel, et va-t-en premirement te rconcilier avec ton frre; et aprs
-cela viens, et prsente ton offrande.
-
- MATT., V. 23.
-
-Voil o est la vraie religion: ni dans la crmonie, ni dans
-l'offrande, mais dans l'union des hommes.
-
-4
-
-La doctrine chrtienne est tellement claire que les tout petits enfants
-la comprennent dans son sens exact. Seuls ceux qui ne veulent pas vivre
-comme des chrtiens ne la comprennent pas.
-
-Pour comprendre le vrai christianisme, il faut tout d'abord renoncer au
-faux christianisme.
-
-5
-
-Le vrai culte de Dieu est exempt de superstitions; lorsque la
-superstition y pntre, le culte mme s'croule. Le Christ nous a montr
-en quoi consistait le vrai culte de Dieu. Il nous enseignait que de tout
-ce que nous faisons dans le monde, il n'y a qu'une lumire et qu'un seul
-bonheur pour les hommes,--c'est notre amour des uns pour les autres; Il
-nous disait que nous ne pourrons atteindre notre bonheur qu'en servant
-les autres, et non pas nous-mmes.
-
-6
-
-Si ce qui est prsent comme loi de Dieu ne demande pas d'amour, ce ne
-sont que des inventions des gens, et non pas la loi de Dieu.
-
- D'aprs SKOWORODA.
-
-7
-
-On ne peut pas apprendre connatre Dieu d'aprs ce que l'on raconte de
-Lui. On ne peut le connatre qu'en accomplissant Sa loi, la loi que le
-coeur de chaque homme connat.
-
-8
-
-Le sens de la doctrine du Christ est dans l'indication de la perfection
-divine vers laquelle les hommes doivent tendre. Mais les hommes qui ne
-veulent pas suivre la doctrine du Christ, comprennent volontairement ou
-non, la doctrine du Christ non pas comme il l'a prche--rapprochement
-continu vers la perfection--mais comme une rgle conformment laquelle
-le Christ exigerait des hommes la perfection divine. Et en interprtant
-aussi faussement la doctrine du Christ, ceux qui ne veulent pas la
-suivre adoptent l'une de ces deux attitudes: ou bien, considrant
-la perfection comme inaccessible (ce qui est parfaitement juste),
-ils rejettent toute la doctrine comme un rve irralisable, ou bien,
-attitude la plus nuisible et la plus gnrale, tout en reconnaissant la
-perfection comme inaccessible, ils corrigent c'est--dire, dnaturent la
-doctrine et observent des rgles que l'on appelle chrtiennes, mais qui
-sont, pour la plupart, contraires, au christianisme.
-
-9
-
-L'ide de l'union des chrtiens, comme une runion des lus, des
-meilleurs, est une ide anti-chrtienne prsomptueuse et fausse. Quel
-est le meilleur, quel est le plus mauvais? Pierre tait le meilleur
-avant que le coq chantt, et le brigand tait le plus mchant avant la
-croix. Ne connaissons-nous pas en nous-mmes tantt l'ange, tantt le
-diable, qui se mlent si bien notre vie, qu'il n'y a pas d'homme qui
-aurait compltement chass l'ange, ni qui aurait laiss apparatre le
-diable derrire l'ange. Comment pouvons-nous, nous qui sommes des tres
-si complexes, former la runion des lus, des justes?
-
-Il y a une lumire de vrit, et il y a ceux qui s'approchent d'elle
-de tous cts; d'autant de ct qu'il y a de rayons dans un cercle,
-c'est--dire par des routes infiniment varies. Tchons de toutes nos
-forces d'arriver la lumire de la vrit qui nous unit tous, et ce
-n'est pas nous de juger si nous sommes prs d'elle et unis elle.
-
-
-
-VII--_La seule religion, vraie unit les hommes de plus en plus._
-
-1
-
-Voyez le mcontentement profond de la forme actuelle du christianisme,
-qui se rpand dans la socit et s'exprime par le murmure, parfois, par
-l'irritation, la tristesse. Tous attendent l'avnement du Royaume de
-Dieu. Et il approche.
-
-Le pur christianisme, bien que lentement, mais toujours de plus en plus,
-prend la place de celui qui porte ce nom.
-
- CHANNING.
-
-2
-
-Depuis Mose Jsus, il s'est opr chez les individus et les peuples
-un grand dveloppement mental et religieux. Les anciennes erreurs sont
-abandonnes, de nouvelles vrits ont pntr dans la conscience de
-l'humanit. Un seul homme ne peut tre aussi grand que l'humanit. Si
-un grand homme est tellement en avance sur ses frres qu'ils ne le
-comprennent pas,--il arrive un temps o ils le rejoignent d'abord,
-puis le devancent et s'en vont si loin qu'ils deviennent, leur tour,
-incomprhensibles pour ceux qui se trouvent l'endroit o tait
-l'ancien grand homme. Chaque grand gnie religieux explique de plus en
-plus les vrits de la religion et contribue ainsi l'union, de plus en
-plus grande, des hommes.
-
- PARKER.
-
-4
-
-Chaque homme sparment, de mme que toute l'humanit dans son ensemble
-doit se transformer, passer de l'tat infrieur l'tat suprieur, sans
-s'arrter dans sa croissance dont la limite est en Dieu lui-mme. Tout
-tat est la consquence de l'tat prcdent. La croissance s'effectue
-continuellement et imperceptiblement et, pareille la croissance de
-l'embryon, elle a lieu de faon ce que rien ne dtruit le but des
-situations successives de ce dveloppement continu. Mais s'il est
-donn l'homme et tout le genre humain de se transformer, cette
-transformation, tant pour l'individu que pour tout le genre humain, doit
-s'effectuer dans le travail et les souffrances.
-
-Avant de se parer de grandeur, avant d'apparatre la lumire, on doit
-se mouvoir dans les tnbres, supporter les perscutions, sacrifier
-son corps pour sauver son me; il faut mourir pour ressusciter la
-vie plus puissante, plus parfaite. Et aprs dix-huit sicles, ayant
-accompli un des cycles de son dveloppement, l'humanit tend de nouveau
- se transformer. Les anciens systmes, les anciennes socits, tout
-ce qui composait l'ancien monde s'croule dj, et les peuples vivent
-maintenant au milieu de dcombres, dans l'effroi et la souffrance. C'est
-pourquoi on ne doit pas perdre courage la vue de ces ruines, de ces
-morts qui se sont dj accomplies et qui s'accompliront encore, mais, au
-contraire, prendre courage. L'union des hommes est proche.
-
- LAMENNAIS.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVIII
-
-DE LA FAUSSE SCIENCE
-
-
-La superstition de la science se rvle par la croyance en ce fait que
-le vrai savoir ncessaire la vie de tous les hommes est contenu dans
-les seules connaissances prises au hasard dans le domaine illimit
-du savoir qui, un moment donn, ont attir l'attention d'un petit
-nombre d'hommes, de ceux-l mme qui se sont affranchis du travail
-indispensable la vie et qui mnent, par suite, une vie draisonnable
-et dprave.
-
-
-I.--_En quoi consiste la superstition de la science._
-
-1
-
-Quand les hommes acceptent comme vrit incontestable ce que les autres
-leur prsentent pour telle et qu'ils ne la vrifient point, ils tombent
-dans la susperstition. Telle est, notre poque, la superstition de la
-science.
-
-2
-
-De mme qu'il existe des hrsies pour religion, il y a une hrsie pour
-la science. Cette hrsie est dans la reconnaissance comme science
-unique et vritable de tout ce qui est considr comme tel par les gens
-qui se sont, un certain moment, arrog le droit de dterminer la vraie
-science. Et aussitt qu'on considre comme science non pas ce qui est
-ncessaire tous les hommes, mais ce qui est dtermin par les gens
-qui, un certain moment se voit arrog le droit de dfinir ce qu'est la
-science, il est forc que cette science soit fausse. C'est ce qui s'est
-produit dans notre monde.
-
-3
-
-La science occupe notre poque exactement la mme place que celle
-qu'occupait la prtrise il y a quelques sicles.
-
-Les mmes bonzes attitrs: les professeurs; les mmes castes dans la
-science; acadmies, universits, congrs. La mme confiance et le manque
-de critique de la part des croyants, les mmes diffrends, et les mmes
-discussions. Les mmes paroles incomprhensibles, la mme prsomption.
-
---Inutile de discuter avec lui: il nie la rvlation.
-
---Inutile de discuter avec lui: il nie la science.
-
-4
-
-Ce qu'il y a de plus nuisible pour la vraie science, c'est l'emploi
-d'expressions et de termes peu clairs. C'est prcisment ce que font les
-pseudo-savants, en imaginant, pour exprimer des ides incertaines des
-mots inexistants.
-
-5
-
-La fausse science et les fausses religions expriment toujours leurs
-dogmes en un langage emphatique qui apparat aux non-initis comme
-mystrieux et grave. Les raisonnements des savants sont souvent
-peu comprhensibles non seulement pour les autres, mais pour les
-raisonneurs eux-mmes, et cela au mme degr que les discours des
-professionnels de la foi. Le savant pdant, en se servant de termes
-latins et de nouveaux mots, rend souvent les choses les plus simples
-tout aussi incomprhensibles que le sont les prires latines des prtres
-catholiques pour les paroissiens illettrs. Le mystre n'est pas un
-signe de sagesse et de science. Plus un homme est vritablement clair,
-plus le langage dont il exprime ses penses est simple.
-
-
-
-II--_La science sert justifier l'organisation de la vie sociale._
-
-1
-
-Il semblerait que pour reconnatre l'importance des occupations qu'on
-qualifie de scientifiques, il faudrait prouver leur utilit. Mais les
-servants de la science affirment ordinairement que ds l'instant qu'ils
-s'occupent de certains sujets, ces occupations seront srement utiles un
-jour.
-
-2
-
-Le but lgitimement poursuivi par la science est la connaissance des
-vrits servant au bonheur des hommes. Le faux but est de justifier
-les mensonges qui insinuent le mal dans notre vie. Telles sont la
-jurisprudence, l'conomie politique et, surtout, la philosophie et la
-thologie.
-
-3
-
-La science contient les mmes mensonges que la religion et elles partent
-du mme point: le dsir de justifier les faiblesses des hommes, et c'est
-pourquoi les mensonges scientifiques sont tout aussi nuisibles que les
-mensonges confessionnels. Les hommes errent, vivent mal. Logiquement,
-ayant compris qu'ils vivent mal, ils devraient s'employer modifier
-leur genre de vie afin d'amliorer leur situation. Au lieu de cela,
-apparaissent toutes sortes de sciences: financire, thologique, pnale,
-policire, l'conomie politique, l'histoire, et la plus la mode: la
-sociologie, indiquant les lois de la vie sociale et suivant lesquelles
-la vie mauvaise ne provient pas des hommes, mais des lois mauvaises que
-les savants ont dcouvertes et formules. Ce mensonge est tellement
-draisonnable et contraire la conscience, que les hommes ne l'auraient
-jamais accept, si la conscience n'avait pas encourag leurs faiblesses.
-
-4
-
-Nous avons organis notre vie contrairement la nature morale et
-physique de l'homme, et nous sommes persuads,--uniquement parce que
-tout le monde le pense--que c'est l prcisment la vraie vie. Nous
-sentons vaguement que tout ce que nous appelons notre organisation
-sociale, notre religion, notre culture, nos sciences et nos arts, que
-tout cela n'est pas ce qu'il faudrait, parce que cela ne nous dbarrasse
-pas de nos misres, mais ne fait que les accrotre. Cependant, nous ne
-nous dcidons pas soumettre tout cela au contrle de la raison parce
-que nous pensons que l'humanit, qui a toujours reconnu la ncessit
-du rgime social de contrainte, de religion et de science qu'il a pour
-base, ne peut pas vivre en dehors de lui.
-
-Si un poussin dans sa coquille avait t dou de la raison d'un homme
-et savait tout aussi peu en profiter que les gens de notre poque, il
-n'aurait jamais bris la coquille de son ouf et n'aurait jamais connu la
-vie.
-
-5
-
-La science est devenue maintenant une distributrice de diplmes donnant
-le droit de profiter du travail d'autrui.
-
-6
-
-Le phrasologie mthodique des coles suprieures a le plus souvent pour
-but d'viter la solution des questions difficiles, et l'on donne aux
-paroles un sens quivoque parce que le je ne sais pas commode et pour
-la plupart du temps raisonnable, n'est pas en faveur dans nos acadmies.
-
- KANT.
-
-7
-
-Rien n'est plus inconciliable que le savoir et le profit, la science
-et l'argent. Si pour devenir plus instruit, il faut de l'argent, si la
-sagesse s'achte et se vend, l'acheteur et le vendeur sont galement
-tromps. Le Christ a chass les marchands du temple; ils auraient d
-tre chasss de mme du temple de la science.
-
-8
-
-Ne considre pas la science comme une couronne pour t'en parer, ni comme
-une vache pour t'en nourrir.
-
-
-
-III.--_Consquences nuisibles de la superstition de la science._
-
-1
-
-Il est dangereux de propager l'ide que notre vie est le rsultat des
-forces matrielles et qu'elle dpend d'elles. Mais, lorsque cette ide
-fausse s'appelle science, et qu'elle est prsente comme la sainte
-sagesse de l'humanit, le tort caus par elle est effrayant.
-
-2
-
-Le dveloppement de la science ne contribue pas la purification
-des moeurs. Chez tous les peuples dont nous connaissons la vie, le
-dveloppement des sciences contribuait la dpravation des moeurs.
-Si nous pensons prsent le contraire, cela vient de ce que nous
-confondons nos connaissances futiles et trompeuses avec le vrai savoir
-suprme. La science, dans son sens abstrait, la science, en gnral,
-doit tre respecte; mais la science actuelle, ce que les insenss
-appellent science, ne peut-tre que ridiculis et mpris.
-
- J.-J.-ROUSSEAU
-
-3
-
-L'unique explication de la vie insense, contraire la conscience des
-meilleurs hommes de tous les temps, que mnent les gens de notre poque,
-se trouve dans le fait que les jeunes gnrations tudient des matires
-innombrables: la constitution des astres de la terre, l'origine des
-organismes, etc., ils n'omettent qu'une chose, c'est de savoir quel est
-le sens de la vie humaine, comment il faut la vivre, ce qu'ont pens de
-cette question les grands sages de tous les temps, et comment ils l'ont
-rsolue. Non seulement les jeunes gnrations n'en sont pas instruites,
-mais on leur apprend, sous le nom de religion, les inepties les plus
-flagrantes, auxquelles ceux qui les enseignent ne croient pas eux-mmes.
-Tout l'difice de notre vie sociale repose sur des bulles gonfles d'air
-et non sur de la pierre.
-
-4
-
-Ce qu'on appelle aujourd'hui science est un compos d'inventions des
-gens riches, ncessaire pour occuper leur oisivet.
-
-5
-
-Nous vivons dans un sicle de philosophie, de sciences et de raison. Il
-semble que toutes les sciences se soient runies pour clairer notre
-route dans le labyrinthe de la vie humaine. D'immenses bibliothques
-sont ouvertes tous et partout, des lyces, des coles, des universits
-nous donnent depuis l'enfance la possibilit de profiter du savoir
-des hommes qui s'est accumul pendant des milliers d'annes. Il
-semblerait que tout contribue la formation de notre intelligence et au
-consolidement de notre raison. Eh bien, sommes-nous devenus meilleurs
-ou plus sages? Connaissons-nous mieux la voie et le but de notre vie?
-Connaissons nous mieux nos obligations et surtout le bien de la vie? Ou
-qu'avons-nous acquis par ces vaines connaissances, sinon l'inimiti,
-la haine, l'ignorance et les doutes? Chaque doctrine et chaque secte
-religieuse prouve qu'elle a trouv la vrit. Chaque crivain sait seul
-en quoi consiste notre bonheur. L'un nous prouve qu'il n'y a pas de
-corps, l'autre--qu'il n'y a pas d'me, le troisime--qu'il n'y a aucune
-connexion entre l'me et le corps, le quatrime--que l'homme est un
-animal, le cinquime--que Dieu n'est qu'un miroir.
-
- ROUSSEAU.
-
-6
-
-N'tant pas capable de _tout_ pntrer et ne sachant pas sans l'aide
-de la religion ce qu'on _doit_ tudier, la science d'aujourd'hui ne
-s'occupe que de ce qui est agrable aux savants qui mnent une vie
-irrgulire. Et leur agrment est de profiter du rgime existant, afin
-de satisfaire leur oisive curiosit qui ne demande pas de grands efforts
-intellectuels.
-
-
-
-IV.--_La quantit de matires tudier est innombrable, tandis que les
-capacits du savoir de l'homme sont limites._
-
-1
-
-Un savant persan dit: Lorsque j'tais jeune, je me suis dit: je veux
-connatre toute la science; et j'ai appris presque tout ce que savaient
-les hommes. Mais lorsque je suis devenu vieux et que j'ai jet un coup
-d'oeil sur tout ce que j'ai appris, je me suis aperu que ma vie a pass
-et que je ne sais rien.
-
-2
-
-Les observations et les calculs des astronomes nous, ont appris bien des
-choses dignes d'tonnement; mais le rsultat le plus important de leurs
-tudes est, sans doute, celui qu'ils nous ont rvl l'abme de notre
-ignorance. Sans ces connaissances, la raison humaine ne pourrait jamais
-se reprsenter toute l'immensit de cet abme. Si l'on rflchi cela,
-on peut arriver une grande transformation dans la dtermination des
-buts finals de l'activit de notre raison.
-
- KANT.
-
-3
-
-Il y a des herbes sur la terre; nous les voyons; de la lune nous ne
-pourrions pas les apercevoir. Sur ces herbes il y a des fils--sur ces
-fils des petits organismes; mais plus loin--il n'y a plus rien. Quelle
-prsomption!
-
-Les corps complexes sont composs d'lments et les lments sont
-indcomposables. Quelle prsomption!
-
- PASCAL.
-
-4
-
-Il nous manque des connaissances pour comprendre ne serait-ce que la
-vie du corps humain. Voyez ce qu'il faut savoir pour cela. Le corps a
-besoin de place, de temps, de mouvements, de chaleur, de lumire, de
-nourriture, d'eau, d'air et de bien d'autres choses encore. Mais dans
-la nature, toutes les choses sont si troitement lies entre elles
-qu'on ne peut comprendre l'une sans avoir tudi l'autre. On ne peut
-comprendre une partie sans avoir compris le tout. Nous ne comprendrons
-la vie de notre corps que lorsque nous aurons tudis tout ce qu'il lui
-faut: et pour cela, il est indispensable d'tudier tout l'univers. Mais
-l'univers est infini et sa comprhension est inaccessible l'homme. Par
-consquent, nous ne pouvons nous expliquer entirement la vie de notre
-corps.
-
- PASCAL.
-
-5
-
-Les sciences exprimentales, lorsqu'on s'en occupe pour elles-mmes,
-en les tudiant sans aucun but philosophique, ressemblent un visage
-sans yeux. Elles reprsentent une des occupations qui convient aux
-capacits moyennes, prives de dons suprmes qui ne feraient qu'entraver
-leurs recherches minutieuses. Les gens dous de ces capacits moyennes
-concentrent toutes leurs forces et tout leur savoir sur un champ
-d'tudes limit, o ils peuvent, par suite, atteindre des connaissances
-aussi compltes que possible, mais condition d'tre compltement
-ignorants dans tous les autres domaines. Ils peuvent tre compars aux
-ouvriers qui travaillent dans les ateliers d'horlogerie dont les uns
-ne font que les roues, les autres les ressorts, et les troisimes les
-chanes.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-6
-
-Ce n'est pas la quantit des connaissances qui importe, mais leurs
-qualits. On peut savoir bien des choses et ignorer ce qui est le plus
-ncessaire.
-
-7
-
-Socrate n'avait pas la faiblesse commune de parler pendant ses
-entretiens de tout ce qui existe, de chercher la provenance de ce
-que les sophistes appelaient nature et de remonter jusqu'aux causes
-premires dont sont sortis les corps clestes. Est-ce possible,
-disait-il, que les gens croient avoir pntr tout ce qu'il importe
- l'homme de savoir, s'ils s'occupent de ce qui se rapporte si peu
-l'homme?
-
-Il s'tonnait surtout de l'aveuglement des faux savants qui ne se
-doutent pas de ce que la raison humaine est incapable de pntrer ces
-mystres. C'est pourquoi, disait-il, ceux qui s'imaginent savoir en
-parler ne sont pas d'accord dans leurs principes mme, et lorsqu'on
-les entend parler ensemble on se croirait parmi des fous. De fait,
-quels sont les signes particuliers de ceux qui sont pris de folie? ils
-craignent ce qui n'a rien d'effrayant et n'ont pas peur de ce qui est
-rellement dangereux.
-
- XNOPHON
-
-8
-
-La sagesse est une chose vaste et grande: elle demande tout le temps
-libre qui peut lui tre consacr.--Indpendamment du nombres de
-questions que tu pourrais rsoudre, tu devras, nanmoins, te tourmenter
-d'une quantit de questions, qui doivent tre examines et rsolues.
-Ces questions sont tellement vastes et nombreuses qu'elles exigent
-l'expulsion de notre esprit de toute chose superflu, afin d'offrir
-une libert entire au travail de la raison. Dois-je dpenser ma vie
-en vaines paroles? Il arrive frquemment, nanmoins, que les savants
-pensent plus aux paroles qu' la vie. Remarque quel mal produit la
-philosophie outre et combien elle peut tre dangereuse pour la vrit.
-
- SNQUE.
-
-
-
-V.--_La quantit des connaissances est innombrable. C'est la vraie
-science de choisir les plus importantes et les plus ncessaires._
-
-1
-
-Il n'y a ni honte, ni faute de ne pas savoir. Personne ne peut tout
-connatre; mais il est honteux et nuisible de faire semblant de savoir
-ce que l'on ignore.
-
-2
-
-La capacit de l'esprit absorber des connaissances, n'est pas
-illimite. C'est pourquoi on ne doit pas croire que plus on sait, mieux
-cela vaut. La connaissance d'un grand nombre de sottises est une entrave
-insurmontable pour savoir ce qui est rellement ncessaire.
-
-3
-
-La raison se fortifie par l'tude de ce qui est ncessaire l'homme,
-et elle s'affaiblit par l'tude de ce qui est insignifiant et inutile;
-ainsi le corps se fortifie par l'air frais et la nourriture frache, ou
-s'affaiblit par l'air vici et la nourriture corrompue.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-4
-
-A notre poque naissent un grand nombre de sciences, dignes d'tre
-tudies. Bientt nos capacits seront trop limites et la vie sera trop
-courte, pour que nous puissions assimiler mme la partie la plus utile
-de ces connaissances. Nous avons notre service une grande abondance de
-ces trsors intellectuels, et nous sommes obligs, aprs y avoir puis,
-de rejeter bien des choses comme du bric--brac inutile. Il serait plus
-simple de ne jamais nous en embarrasser.
-
- KANT.
-
-5
-
-Le savoir est infini, c'est pourquoi on ne peut pas dire de celui qui
-sait beaucoup, qu'il sait plus que celui qui sait trs peu.
-
-6
-
-La chose la plus ordinaire notre poque est de voir des gens qui se
-considrent comme savants et clairs, qui connaissent, en effet, une
-quantit innombrables de choses inutiles, croupir dans l'ignorance la
-plus grossire, parce que non seulement ils ne connaissent pas le sens
-de leur vie, mais encore parce qu'ils sont fiers de cette ignorance. Et,
-d'autre part, il n'est pas moins frquent de rencontrer parmi des gens
-presque illettrs, et mme compltement illettrs, qui ignorent tout du
-tableau chimique, des parallaxes, des proprits du radium, et qui sont
-pourtant des gens trs clairs, connaissant le sens de la vie, sans se
-montrer plus fiers pour cela.
-
-7
-
-Les hommes ne peuvent comprendre et savoir tout ce qui se fait
-dans le monde; par consquent, leurs jugements sur bien des choses
-sont inexacts? L'ignorance de l'homme se montre sous deux aspects;
-l'ignorance pure, naturelle, dans laquelle les hommes naissent; l'autre
-est celle du vrai sage. Lorsque l'homme aura tudi toutes les sciences,
-et qu'il saura ce que les gens ont su et savent, il verra que toutes ces
-sciences, prises dans leur ensemble, sont tellement, insignifiantes,
-qu'elles ne donnent aucune possibilit de comprendre le monde, et cet
-homme se persuadera qu'en ralit, les savants ne savent absolument rien
-de plus que les simples ignorants. Mais il y a de ces demi-savants qui
-ont acquis quelques lments de diverses sciences et qui s'en montrent
-trs fiers. Ils se sont loigns de l'ignorance naturelle, mais n'ont
-pas eu le temps d'arriver la vraie sagesse des savants, qui ont
-compris l'imperfection et l'insignifiance de toutes les connaissances
-humaines. Ce sont ces gens qui, se croyant de fortes ttes, troublent
-le monde. Ils jugent de tout avec assurance et promptitude et,
-naturellement, ils se trompent constamment. Ils savent jeter de la
-poudre aux yeux et jouissent souvent du respect des hommes, mais les
-masses populaires les mprisent, voyant bien leur inutilit; quant
-eux, ils mprisent le peuple, le croyant ignorant.
-
- PASCAL.
-
-8
-
-Les gens croient souvent que plus on sait, mieux cela vaut. C'est une
-ide fausse. Il ne s'agit pas de savoir beaucoup de choses; il importe
-de savoir l'essentiel de tout ce que l'on peut connatre.
-
-9
-
-Les sages ne sont jamais savants, les savants ne sont jamais sages.
-
- LAO-TSEU.
-
-10
-
-Les hiboux voient dans l'obscurit, mais deviennent aveugles la clart
-du soleil. Il en est de mme des savants. Ils connaissent quantit de
-futilits scientifiques, mais ils ne savent pas et ne peuvent rien
-savoir de ce qui est le plus ncessaire dans la vie: comment l'homme
-doit vivre sur la terre.
-
-11
-
-Le sage Socrate disait que la btise ne provient, pas de peu de science,
-mais de ce qu'on ne se connat pas soi-mme, et qu'on croit connatre
-tout ce que l'on ignore. Il appelait cela btise et ignorance.
-
-12
-
-Quand l'homme connat toutes les sciences et parle toutes les langues,
-mais ignore ce qu'il est et ce qu'il doit faire, il est bien moins
-instruit que la vieille femme illettre qui croit son Seigneur le
-sauveur, c'est--dire en Dieu, selon la volont duquel elle reconnat
-qu'elle vit, et elle sait que ce Dieu exige d'elle une vie juste. Elle
-est plus instruite que le savant, parce qu'elle possde la rponse
-la question essentielle: ce qu'est sa vie et comment doit-elle vivre;
-tandis que le savant, tout en possdant des rponses ingnieuses
-toutes les questions complexes, mais peu importantes de la vie, n'a pas
-de rponse la question principale de tout homme de raison: pourquoi je
-vis et que dois-je faire?
-
-13
-
-Les gens qui croient que la science est l'oeuvre principale de la vie,
-sont pareils aux papillons attirs par la clart de la bougie: ils
-prisssent eux-mmes et obscurcissent la lumire.
-
-
-
-VI.--_En quoi consiste le sens et le but de la vraie science._
-
-1
-
-Le savant est celui qui a appris beaucoup de choses dans les livres;
-l'homme instruit est celui qui est au courant de tout ce qui intresse
-actuellement les hommes; l'homme clair est celui qui sait pourquoi il
-vit et ce qu'il doit faire. Ne t'efforce ni d'tre savant, ni d'tre
-instruit tche de devenir un homme clair.
-
-2
-
-Si dans la vie relle l'illusion dfigure la ralit pour un instant
-seulement, dans la rgion abstraite, l'erreur peut dominer pendant des
-milliers d'annes, peut peser de son joug sur des peuples entiers,
-touffer les lans les plus nobles de l'humanit, et, l'aide de ses
-esclaves qu'elle a tromps, elle peut mettre aux fers celui qu'elle n'a
-pu tromper. Elle est l'ennemi contre lequel les plus grands esprits de
-tous les temps ont men un combat ingal, et l'humanit n'a gagn que
-ce qu'ils ont pu lui enlever. Si l'on dit que l'on doit rechercher la
-vrit mme l o l'on en attend aucun profit parce que l'utilit peut
-en apparatre l o elle n'avait pas t prvue, il faut ajouter encore
-qu'on doit rechercher et supprimer avec le mme zle toute erreur, l
-mme o elle ne peut faire aucun tort, parce que le danger des erreurs
-peut facilement apparatre un jour, l o on ne s'y attendait pas, toute
-erreur contenant du poison. Il n'y a pas d'erreur inoffensive et il y a
-d'autant moins d'erreur honorable et sacre.
-
-Pour consoler ceux qui consacrent leur vie et leurs forces la noble
-et difficile lutte contre les erreurs, on peut hardiment dire que, si
-avant la venue de la vrit, l'erreur continuera quand mme faire
-son oeuvre, elle n'vincera pas jusqu'au bout la vrit conquise et
-clairement exprime, pour prendre librement sa place vacante, pas plus
-que les hiboux et les chauves-souris pendant la nuit n'intimideront et
-n'empcheront le soleil de rapparatre radieux son lever. Telle est
-la puissance de la vrit; sa victoire est difficile et pnible, mais
-une fois gagne, elle ne peut pas tre reprise.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-3
-
-Depuis que les hommes vivent sur la terre, tous les peuples ont eu des
-sages qui leur ont enseign ce qui tait le plus ncessaire de savoir:
-quelle est la destination et, par consquent, le vrai bonheur de chaque
-homme et de tous les hommes. Seul l'homme qui connat cette science peut
-juger de l'importance de toutes les autres.
-
-Les objets d'tudes sont _innombrables_; aussi, l'ignorance de la
-mission et du bonheur des hommes rend-elle impossible le choix dans
-cette quantit infinie des connaissances et c'est pourquoi sans cette
-connaissance primordiale, toutes les autres deviennent et sont, en
-effet, un amusement vain et nuisible.
-
-4
-
-Tous les hommes qui s'adressent la science de notre poque, non pour
-satisfaire une vaine curiosit, non pour jouer un rle dans la science,
-crire; discuter, enseigner, non pour vivre de la science, mais pour lui
-poser des questions directes, simples, vitales, s'aperoivent que tout
-en rpondant des milliers de questions trs ingnieuses et complexes,
-elle est impuissante rpondre la seule question qui intresse tout
-homme de raison: que suis-je et comment dois-je vivre?
-
-5
-
-On peut tudier les sciences inutiles la vie spirituelle, telles
-que l'astronomie, les mathmatiques, la physique, de mme que jouir
-de divers plaisirs, jeux, promenades, quand ces occupations ne nous
-empchent pas de faire ce que nous devons; mais ce n'est pas bien
-de s'occuper de vaines sciences et de jouir de plaisirs, quand ils
-entravent la vritable oeuvre de la vie.
-
-6
-
-Socrate dmontrait ses lves qu'une instruction bien organise
-commande de parvenir dans chaque science une certaine limite qu'on ne
-doit pas franchir. Il suffit de connatre assez de gomtrie, disait-il,
-pour tre, l'occasion en tat de mesurer rgulirement une bande
-de terre que l'on achte ou que l'on rend, pour diviser un hritage
-ou pour savoir rpartir le travail aux ouvriers. C'est si facile,
-disait-il, qu'avec un peu de bonne volont on ne s'arrtera plus devant
-aucun calcul, quand bien mme il faudrait mesurer toute la terre. Mais
-il n'approuvait pas lorsqu'on se passionnait pour les difficults de
-cette science, et, bien qu'il les connt, il disait, qu'elles pouvaient
-occuper toute la vie d'un homme et le distraire des sciences utiles,
-tandis qu'elles ne servaient rien. Il trouvait bien que l'on
-connaisse assez d'astronomie pour pouvoir, d'aprs de menus indices
-reconnatre les heures de la nuit, les jours du mois, et les saisons
-de l'anne, s'orienter sur sa route, maintenir la direction en mer, et
-relever les gardes. Cette science, est si facile, ajoutait-il, qu'elle
-est accessible chaque chasseur, tout navigateur et, en gnral,
- tout homme qui voudrait quelque peu s'en occuper. Mais lorsqu'on
-voulait arriver tudier les diffrentes orbites parcourues par les
-astres clestes, calculer la dimension des plantes et des toiles, leur
-loignement de la terre, leurs mouvements et modifications,--il blmait
-les gens, car il ne voyait aucune utilit ces occupations. Il en avait
-une si basse opinion, non pas par ignorance, car il avait tudi ces
-sciences, mais parce qu'il ne voulait pas qu'on dpense des tudes
-superflues, le temps et les forces qui pourraient tre employs la
-chose la plus ncessaire l'homme: son perfectionnement moral.
-
- XNOPHON.
-
-
-
-VII.--_De la lecture des livres._
-
-1
-
-Fais attention que la lecture de nombreux crivains, de livres de
-tous genres n'embrouillent et ne troublent ta raison. On ne doit
-alimenter son esprit que par la lecture d'crivains dont la valeur
-est incontestable. Trop de lecture distrait l'esprit et le dshabitue
-du travail personnel. C'est pourquoi ne lis que les vieux livres
-incontestablement bons. Si jamais tu as envie de passer des oeuvres
-d'un autre genre, n'oublie pas de revenir aux anciennes.
-
- SNQUE.
-
-2
-
-Lisez avant tout les meilleurs livres; autrement vous n'aurez pas le
-temps de les lire.
-
- THOREAU.
-
-3
-
-Il est prfrable de ne jamais lire un seul livre que d'en lire beaucoup
-et de croire tout ce qui y est dit. On peut tre intelligent sans lire
-un seul livre, tandis qu'en croyant tout ce qui est crit dans les
-livres, on devient forcment sot.
-
-4
-
-Dans la fabrication des livres se rpte le mme fait que dans la vie.
-La plupart des gens s'garent sottement. C'est pour cela que tant de
-mauvais livres, tant de relent littraire s'accumulent parmi la bonne
-graine. Les hommes ne font que perdre leur temps, leur argent, et leur
-attention la lecture de ces livres.
-
-Les mauvais livres ne sont pas seulement inutiles, mais encore
-nuisibles. Car neuf diximes de tous les livres ne s'impriment que pour
-prendre l'argent des autres.
-
-C'est pourquoi il est prfrable de ne pas lire du tout les livres dont
-on parle et dont on crit beaucoup. Les gens doivent chercher avant tout
- lire et connatre les meilleurs crivains de tous les sicles, et
-de tous les peuples. Ce sont ces livres l qu'on doit lire en premier
-lieu; autrement, on n'aura pas le temps de les lire du tout. Seuls ces
-crivains nous instruisent et contribuent notre ducation.
-
-Nous ne lirons jamais trop peu de mauvais livres et nous ne russirons
-jamais lire trop de bons livres. Les mauvais livres sont un poison
-moral qui ne fait que griser.
-
- D'aprs SCHOPENHAUER.
-
-5
-
-Les superstitions et les erreurs tourmentent les hommes. Il n'y a qu'un
-moyen pour s'en dbarrasser: la vrit. Or, nous apprenons la vrit
-tant par nous-mmes que par l'entremise de sages et de saints qui ont
-vcu avant nous. C'est pourquoi pour mener une vie de bien, il faut
-chercher soi-mme la vrit, tout en profitant des indications qui sont
-venues jusqu' nous des anciens sages et des saints.
-
-6
-
-L'un des moyens les plus puissants de connatre la vrit qui libre des
-superstitions, consiste apprendre tout ce que l'humanit a fait dans
-le pass pour connatre et exprimer la vrit commune tous les hommes.
-
-
-
-VIII.--_De la pense indpendante._
-
-1
-
-Chaque homme peut et doit profiter de tout ce que la raison commune de
-l'humanit a labor, mais il doit en mme temps contrler par sa propre
-raison les donnes labores par toute l'humanit.
-
-2
-
-Le savoir est vraiment le savoir, lorsqu'il est acquis par les efforts
-de la pense et non par la mmoire.
-
-Nous commenons savoir rellement lorsque nous nous arrivons oublier
-compltement ce que nous avons appris. Je ne me rapprocherai pas
-une distance d'un cheveu de la connaissance des objets, tant que je
-considrerai l'objet comme on me l'a appris. Pour connatre un objet,
-je dois m'en approcher comme d'une chose d'absolument inconnue de moi.
-
- THOREAU.
-
-3
-
-Nous attendons du professeur qu'il fasse de son lve un homme
-raisonnable, d'abord, sage, ensuite, et savant, enfin.
-
-Ce procd prsente cet avantage que si l'lve n'atteint jamais le
-dernier degr, comme cela a, en effet, gnralement lieu dans la
-ralit; il gagnera nanmoins s'instruire et aura plus d'exprience et
-de sagesse dans la vie.
-
-Mais si l'on retourne ce procd l'envers, alors les lves saisissent
-quelque chose qui ressemble la raison avant d'avoir acquis la facult
-de raisonner et emportent de l'enseignement une science emprunte,
-comme colle eux et non n'adhrant, sans compter que leurs facults
-spirituelles restent tout aussi improductives que par le pass et se
-trouvent en mme temps fortement corrompues par la sagesse imaginaire.
-C'est l la raison pourquoi nous rencontrons souvent des savants (ou
-plutt des gens instruits) qui manifestent trs peu de raisonnement,
-et c'est pourquoi il sort des acadmies plus d'idiots que de n'importe
-quelle autre classe sociale.
-
- KANT.
-
-4
-
-Dans toutes les classes il y a des hommes qui jouissent d'une
-supriorit mentale, bien qu'ils n'aient souvent aucune instruction.
-L'esprit naturel peut remplacer presque tous les degrs de
-l'instruction, tandis qu'aucune instruction ne peut remplacer l'esprit
-naturel, bien qu'elle possde l'avantage de la connaissance des
-vnements et des faits (science historique), de la dfinition des
-causes (sciences naturelles)--le tout en une revue facile et rgulire;
-mais cela ne lui donne pas une opinion plus exacte et plus approfondie
-du sens rel de tous ces vnements, faits et causes. L'homme non
-instruit, mais perspicace et prompt voir les choses, saura se passer
-de ces richesses. Un incident de sa propre exprience lui apprendra
-bien plus qu' un savant qui connat des milliers de cas, mais qu'il
-ne _comprend_ pas trs bien, parce que le peu de savoir de l'homme non
-instruit est _vcu_.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-5
-
-J'aime les paysans: ils ne sont pas assez instruits pour pouvoir
-raisonner erronement.
-
- MONTAIGNE.
-
-6
-
-Combien de lectures multiples nous aurions pu viter si nous savions
-rflchir avec indpendance.
-
-Est-ce que la lecture et l'tude sont la mme chose? Quelqu'un a
-affirm, non sans raison, que si l'impression des livres a contribu au
-dveloppement plus vaste de l'instruction, cela a t au dtriment de
-leur qualit et de leur teneur. Trop lire est mauvais pour la pense.
-Les plus grands penseurs, rencontrs parmi les savants que j'ai tudis,
-taient prcisment les moins rudits.
-
-Si l'on avait enseign aux hommes _comment_ ils doivent penser, et non
-pas quoi ils doivent penser, le malentendu aurait pu tre vit.
-
- LICHTENBERG.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIX
-
-L'EFFORT
-
-
-Les pchs, les tentations, les superstitions arrtent, voilent
-l'homme son me. Pour se rvler soi-mme son me, l'homme doit faire
-des efforts de conscience. C'est donc dans ces efforts de conscience que
-consiste l'oeuvre principale de la vie de l'homme.
-
-
-I.--_La libration des pchs, des tentations et des superstitions est
-dans l'effort._
-
-1
-
-L'abngation libre les hommes des pchs, l'humilit--des tentations,
-la vracit--des superstitions. Mais pour que l'homme puisse renoncer
-aux dsirs charnels, s'humilier devant les tentations de l'orgueil et
-contrler par la raison les superstitions qui le dsorientent, il doit
-faire des efforts. Seul l'effort de sa conscience permet l'homme de se
-librer des pchs, des tentations et des superstitions qui le privent
-de bonheur.
-
-2
-
-Le Royaume de Dieu est conquis par l'effort. Le Royaume de Dieu est
-en vous (Luc, XVI, 16; XVII, 21). Ces deux strophes de l'Evangile
-signifient que ce n'est que par des efforts de conscience que les hommes
-peuvent vaincre en eux les pchs, les superstitions et les tentations
-qui retardent l'approche du Royaume de Dieu.
-
-3
-
-Ici, sur la terre, il ne peut et ne doit pas y avoir de repos, parce que
-la vie est une marche vers le but qu'on ne peut jamais atteindre. Le
-repos est immoral. Je ne puis dire en quoi consiste ce but; mais quel
-qu'il soit, il existe et nous savons que nous nous en approchons. Sans
-ce rapprochement, la vie serait une absurdit et un mensonge. Et nous ne
-pouvons nous rapprocher de ce but que par notre propre effort.
-
- JOSEPH MAZZINI.
-
-4
-
-Devenir de plus en plus meilleur, c'est toute l'oeuvre de la vie, et on
-ne peut devenir meilleur que par l'effort.
-
-Chacun sait que sans effort, on ne peut rien faire dans le travail. Il
-faut savoir galement que dans l'oeuvre principale de la vie, dans la vie
-spirituelle, on ne peut rien faire sans effort.
-
-5
-
-La force ne se manifeste pas par le pouvoir de faire un noeud avec un
-attisoir en fer, par la possession des billions et des trillions de
-roubles, ni par la domination sur des millions d'hommes; la vraie force
-est dans le pouvoir sur soi-mme.
-
-6
-
-Ne dis jamais d'une bonne action: Ce n'est pas la peine de se donner du
-mal; c'est si difficile que je n'y arriverai jamais; ou bien: C'est
-si facile que je n'ai qu' vouloir pour le faire. Ne pense pas et ne
-parle pas ainsi: mme si le but vis n'est pas atteint, ou si ce but est
-insignifiant, chaque effort fortifie l'me.
-
-7
-
-Les gens pensent souvent que pour tre un vrai chrtien, il faut
-accomplir des actes extraordinaires. C'est une erreur. Le chrtien n'a
-pas besoin d'oeuvres spciales, extraordinaires; il ne lui faut qu'un
-effort d'esprit perptuel qui le libre des pchs, des tentations et
-des superstitions.
-
-8
-
-Les mauvaises actions--celles qui causent nos malheurs,--s'accomplissent
-facilement; mais ce qui est noble et bon pour nous se fait uniquement au
-prix d'un effort.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-9
-
-Si l'homme prend pour rgle de faire ce qu'il veut, il ne restera pas
-longtemps vouloir faire ce qu'il fait. La vraie oeuvre n'est jamais que
-celle laquelle on doit travailler pour l'accomplir.
-
-10
-
-La route vers la connaissance du bien n'a jamais t trace sur un gazon
-soyeux jonche de fleurs; l'homme a toujours d escalader des rochers
-dnuds.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-11
-
-On ne cherche jamais la vrit avec joie, mais avec motion et
-inquitude; et cependant, on doit la chercher; car n'ayant pas trouv
-la vrit et appris l'aimer, tu priras. Mais, diras-tu, si la vrit
-voulait que je la cherche et que je l'aime, elle se serait rvle
- moi-mme. Aussi se rvle-t-elle toi, mais tu n'y prtes pas
-attention. Cherche donc la vrit,--elle le veut.
-
- PASCAL.
-
-
-
-II.--_La vie pour l'me exige des efforts._
-
-1
-
-Je suis l'instrument avec lequel Dieu travaille. Mon vrai bonheur
-consiste participer Son travail. Mais je ne peux y parvenir qu'au
-moyen des efforts que je fais pour garder toujours en tat propre et
-aiguis l'instrument de Dieu qui m'est confi: moi-mme, mon me.
-
-2
-
-La chose la plus chre l'homme, c'est d'tre libre, de vivre sa
-guise et non suivant la volont d'autrui. Afin de vivre ainsi, l'homme
-doit vivre pour son me. Et afin de vivre pour l'me, l'homme doit
-rprimer les dsirs du corps.
-
-3
-
-La vraie vie humaine n'est autre chose que le passage progressif de la
-nature bestiale infrieure une conception de plus en plus grande de la
-vie spirituelle.
-
-4
-
-Nous faisons un effort pour nous rveiller et nous nous veillons
-effectivement lorsque le rve devient affreux et que nous n'avons plus
-de forces de le supporter. Il faut agir de mme dans la vie relle
-lorsqu'elle devient intolrable. Dans ces moments-l, il faut faire un
-effort de conscience pour s'veiller une vie nouvelle, suprieure,
-spirituelle.
-
-4
-
-La lutte contre les pchs, les tentations et les superstitions est
-ncessaire dj pour cette raison que si tu cesses de les combattre, ta
-chair prend le dessus.
-
-5
-
-Il nous semble qu'un vrai travail ne peut tre fait qu' quelque chose
-de visible: btir une maison, labourer un champ, nourrir le
-btail, mais que travailler son me, quelque chose d'invisible,
-n'est pas une besogne importante, une besogne que l'on peut faire ou ne
-pas faire; pourtant tout autre travail,--en dehors du travail intrieur,
-celui qui nous rend tous les jours plus moral et plus aimant,--tout
-autre travail n'est rien. C'est le seul vrai, et tous les autres ne sont
-utiles que si ce travail principal de la vie s'effectue.
-
-7
-
-Celui qui reconnat que sa vie est mauvaise et qui veut commencer
-vivre mieux, ne doit pas penser qu'il ne peut commencer le faire que
-lorsqu'il aura modifi les conditions de sa vie. On doit et on peut
-amliorer sa vie non pas par les transformations extrieures, mais par
-un changement de soi-mme, en notre me. Et cela, on peut le faire
-toujours et partout. Et chacun a suffisamment faire dans ce but. C'est
-seulement lorsque ton me aura chang au point que tu ne pourras plus
-vivre comme par le pass, que tu pourras la modifier, et non quand tu
-croiras qu'il te sera plus facile de te corriger si tu changes ta vie.
-
-8
-
-Il n'y a, dans la vie, qu'une seule chose importante pour tous les
-hommes. Cette oeuvre seule est destine tous les hommes. Tout le reste
-n'est rien en comparaison avec elle. On voit que cela est ainsi parce
-que dans cette oeuvre seule, l'homme n'a pas d'entraves et qu'elle seule
-donne toujours la joie.
-
-9
-
-Prends l'exemple du ver soie: il travaille tant qu'il n'est pas en
-mesure de voler. Et toi, tu t'es coll la terre. Travaille ton me,
-et il te poussera des ailes.
-
- D'aprs ANGLUS.
-
-
-
-III.--_Le perfectionnement de soi-mme ne saurait tre atteint que par
-des efforts de conscience._
-
-1
-
-Soyez parfaits comme votre Pre cleste est parfait, est-il dit dans
-l'Evangile. Cela ne signifie point que le Christ ordonne l'homme
-d'tre aussi parfait que Dieu, mais que chaque homme doit faire des
-efforts de conscience pour se rapprocher de la perfection et que la vie
-de l'homme est dans ce rapprochement.
-
-2
-
-Tout tre ne grandit pas d'un coup, mais peu peu. On ne peut non
-plus apprendre une science d'un coup. De mme, on ne peut pas vaincre
-le pch d'un coup. Il n'y a qu'un moyen pour devenir meilleur: le
-raisonnement sage et l'effort continu et patient.
-
- CHANNING.
-
-3
-
-Lessing disait que ce n'est pas la vrit qui donne la joie l'homme,
-mais l'effort qu'il fait pour la connatre, Il en est de mme de la
-vertu: la joie que donne la vertu est dans l'effort qui nous rapproche
-d'elle.
-
-4
-
-Les paroles suivantes taient graves sur la baignoire du Roi
-Tching-Tchang: Renouvelle-toi tous les jours compltement; fais-le
-nouveau et encore nouveau.
-
- _Sagesse chinoise._
-
-5
-
-Si les gens ne s'occupent pas d'explorations, et s'ils s'en occupent,
-mais qu'ils n'y russissent pas, ils ne doivent pas se dsesprer ni
-s'arrter; si les gens n'interrogent pas les personnes claires sur les
-choses qu'ils ignorent, et si, en interrogeant, ils ne deviennent pas
-plus avancs, ils ne doivent pas dsesprer; si les gens ne raisonnent
-pas, et s'ils raisonnent, mais ne peuvent pas comprendre clairement en
-quoi consiste le bien, ils ne doivent pas dsesprer; si les gens ne
-distinguent pas le bien et le mal, et s'ils le distinguent, mais n'en
-ont pas une conception exacte, ils ne doivent pas dsesprer; si les
-gens ne font pas le bien, et s'ils le font, mais sans lui consacrer
-toutes leurs forces, ils ne doivent pas dsesprer: ils feront en dix
-fois ce que d'autres auraient fait en une fois; ils feront en mille fois
-ce que d'autres auraient fait en cent fois.
-
-Celui qui suivra rellement cette rgle de la continuit de l'effort
-deviendra, si ignorant qu'il soit, srement fort, et, si vicieux qu'il
-soit, il deviendra srement vertueux.
-
- _Sagesse chinoise._
-
-6
-
-Lorsque l'homme fait le bien uniquement parce qu'il est habitu le
-faire, ce n'est pas encore la vie de bien. Cette vie commence lorsque
-l'homme fait un effort pour tre bon.
-
-7
-
-Tu dis: ce n'est pas la peine de faire des efforts; on aura beau
-s'appliquer, on ne parviendra jamais la perfection. Ton oeuvre n'est
-pas d'atteindre la perfection, mais de t'en rapprocher de plus en plus.
-
-8
-
-Pour que la vie soit non un chagrin, mais une joie continuelle, on doit
-toujours tre bon pour tous, hommes et animaux. Et pour tre bon, il
-faut s'y habituer; et pour s'y habituer, il ne faut, pas laisser passer
-une seule de ses mauvaises actions sans s'en faire de reproches.
-
-Si tu agis ainsi, tu t'habitueras bientt tre bon pour tous les
-hommes et pour tous les animaux. Et si tu t'habitues la bont, tu
-auras toujours la joie au coeur.
-
-9
-
-La vertu de l'homme ne se mesure pas par ses exploits extraordinaires,
-mais par son effort de chaque jour.
-
- PASCAL.
-
-
-
-IV.--_Pour se rapprocher de la perfection, l'homme ne doit compter que
-sur ses propres forces._
-
-1
-
-Combien il est erron de demander Dieu, ou mme aux hommes, de me
-dlivrer d'une situation difficile. L'homme n'a besoin de l'aide de
-personne; il n'a pas besoin non plus de sortir de la situation o il se
-trouve; il ne lui faut qu'une seule chose: faire un effort de conscience
-pour se librer des pchs, des tentations et des superstitions. La
-situation de l'homme changera et s'amliorera seulement en tant qu'il se
-sera libr des pchs, ds tentations et des superstitions.
-
-2
-
-Rien n'affaiblit les forces de l'homme que l'espoir de trouver le salut
-et le bonheur ailleurs que dans son effort.
-
-3
-
-Il faut se dbarrasser de l'ide que le Ciel peut corriger nos erreurs.
-Si vous prparez ngligemment quelque plat, vous n'esprez pas que la
-Providence le rendra bon; de mme, si pendant une srie d'annes de
-folie, vous avez mal dirig votre vie, vous ne devez pas esprer que
-l'intervention divine dirigera et arrangera tout pour le mieux.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-4
-
-Tu possdes la connaissance de ce qui est la perfection suprme. En toi
-galement sont les obstacles qui t'empchent d'y arriver. Ta situation
-est prcisment celle qui t'engage travailler pour te rapprocher de la
-perfection.
-
- CARLYLE.
-
-5
-
-C'est toi qui pches, c'est toi qui projettes le mal, c'est toi qui fuis
-le pch, c'est toi qui purifies tes desseins, c'est toi qui es mchant
-ou pur; un autre ne pourra pas te sauver.
-
- DJAMAPADA.
-
-6
-
-Il n'y a pas de loi morale si je ne puis l'accomplir. Les gens disent:
-nous sommes ns gostes, avares, sensuels, et nous ne pouvons pas tre
-autres. Non, nous le pouvons. La premire chose, c'est de sentir dans
-son coeur ce que nous sommes et ce que nous devons tre, et la seconde
-est de faire des efforts pour nous rapprocher de ce que nous devrions
-tre.
-
- SOLTER.
-
-7
-
-L'homme doit dvelopper ses germes de bien. La Providence ne les a pas
-sems entirement levs dans l'homme; ce ne sont que des germes. Se
-rendre meilleur, cultiver soi-mme--voil l'oeuvre principale de la vie
-de l'homme.
-
- KANT.
-
-
-
-V.--_Il n'y a qu'un seul moyen d'amliorer la vie sociale: l'effort de
-chaque homme pour obtenir une vie morale et bonne._
-
-1
-
-Les hommes se rapprochent du Royaume de Dieu, c'est--dire de la vie
-bonne et heureuse, uniquement par l'effort de chaque individu vers une
-vie morale.
-
-2
-
-Si tu vois que l'organisation de la socit est mauvaise et que tu veux
-l'amliorer, sache qu'il est pour cela un seul moyen: tous les hommes
-doivent devenir meilleurs. Et pour rendre tous les hommes meilleurs, tu
-n'as qu'un moyen: c'est de devenir meilleur toi-mme.
-
-3
-
-On entend souvent dire que tous les efforts faits pour amliorer la vie,
-supprimer le mal, instituer la justice sont inutiles, et que tout cela
-se fera de soi-mme. Les gens avanaient, en ramant, mais les rameurs,
-arrivs destination, sont descendus; les voyageurs rests dans le
-bateau ne se mettent pas ramer parce qu'ils pensent que le bateau
-continuera avancer comme il l'a fait jusque-l.
-
-4
-
-Oui, cela serait ainsi, si tous les hommes avaient compris d'un coup
-que tout cela est mauvais et inutile pour nous, dit-on en parlant
-du mal de la vie humaine. Mettons qu'un homme renonce au mal, qu'il
-refuse y participer, cela avanera-t-il l'oeuvre du bien commun? La
-transformation de la vie sociale s'opre grce aux efforts de toute la
-socit et non pas ceux des individus isols.
-
-Il est vrai, qu'une hirondelle ne fait pas le printemps. Serait-il
-possible, cependant, que parce qu'une hirondelle ne fait pas le
-printemps, elle ne doit pas s'envoler alors qu'elle sent l'approche du
-printemps? Si chaque bourgeon et chaque herbe attendaient, il n'y aurait
-jamais de printemps. De mme, pour tablir le Royaume de Dieu, je ne
-dois pas me demander si je suis la premire ou la millime hirondelle,
-mais faire immdiatement, mme si je suis seul, en sentant l'approche du
-royaume de Dieu, tout ce qu'il faut pour le raliser.
-
-Demandez, et il vous sera donn; cherchez, et vous trouverez; frappez,
-et on vous ouvrira. Car quiconque demande, reoit, et quiconque
-cherche, trouve; et l'on ouvre celui qui frappe.
-
- MATTH., VII, 7-8.
-
-5
-
-Notre vie est malheureuse. Pourquoi?
-
-Parce que les hommes vivent mal. Et ils vivent mal parce qu'ils sont
-eux-mmes mauvais. De sorte que pour que la vie ne soit plus mauvaise,
-il faut changer les mauvaises gens en bonnes gens. Comment faire cela?
-Personne ne peut transformer tout le monde, mais chacun peut s'amender
-lui-mme. Il semble, tout d'abord, qu'on ne peut pas remdier cela
-ainsi, car que peut faire un homme contre tous? Pourtant, tous se
-plaignent de leur vie malheureuse. Si donc tous les hommes comprennent
-que la mauvaise vie vient des mauvaises gens, et que chacun peut non pas
-corriger les autres, mais se corriger lui-mme, toute la vie deviendra
-immdiatement meilleure.
-
-C'est donc que la mauvaise vie dpend de nous, et cela dpend galement,
-de nous qu'elle devienne bonne.
-
-
-
-VI.--_L'effort vers la perfection donne le vrai bonheur._
-
-1
-
-L'effort moral et la joie de la conscience de la vie alternent de mme
-que le travail corporel et la joie du repos. Sans travail corporel on
-n'prouve pas la joie du repos: sans effort moral, il n'y a pas de joie
-d'tre conscient de la vie.
-
-2
-
-La rcompense de la vertu est dans l'effort mme de faire une bonne
-action.
-
- CICRON.
-
-3
-
-N'attends pas non seulement un succs rapide, mais mme un succs
-perceptible de tes efforts vers le bien. Tu ne verras pas le fruit de
-tes efforts, parce que tu t'es avanc 'tout autant que s'est avance la
-perfection laquelle tu aspires. L'effort de la conscience n'est pas un
-moyen pour obtenir le bonheur, mais l'effort de la conscience donne par
-lui-mme le bonheur.
-
-4
-
-Dieu a donn aux animaux tout ce qu'il leur faut. Mais il ne l'a pas
-donn l'homme. L'homme doit se procurer lui-mme tout ce qui lui est
-ncessaire. La sagesse suprieure de l'homme n'est pas ne avec lui; il
-doit travailler pour la gagner, et plus son travail est pnible, plus la
-rcompense est grande.
-
- _Tablettes des Babides_[1].
-
-5
-
-Le Royaume de Dieu est conquis de haute lutte. Cela veut dire que pour
-se dbarrasser du mal et devenir bon, il faut un effort.
-
-L'effort est ncessaire pour se contenir du mal. Contiens-toi du mal, et
-tu feras le bien, parce que l'me humaine aime le bien, et elle le fait,
-si elle est exempte de mal.
-
-6
-
-Vous tes des travailleurs libres et vous le sentez. Toutes sortes de
-raisonnements mensongers voulant prouver que la destine ou les lois de
-la nature sont matresses de tout, ne seront jamais en tat de faire
-taire les deux tmoins incorruptibles de la libert: les reproches de
-la conscience et les grands martyres. Depuis Socrate jusqu' Christ, et
-depuis Christ jusqu'aux hommes qui, de sicle en sicle, meurent pour
-la vrit, tous les martyrs de la foi montrent le mensonge de cette
-doctrine d'esclaves et nous, disent tout haut: Nous aussi, nous avons
-aim la vie, et aussi tous les hommes qui ont embelli notre vie et qui
-nous suppliaient de cesser la lutte. Chaque battement de notre coeur
-semblait nous crier: vivez! Mais pour accomplir la loi de la vie, nous
-avons prfr la mort.
-
-Depuis Can et jusqu' l'homme le plus profondment misrable de notre
-poque, tous ceux qui ont choisi la voie du mal entendent au fond de
-leur me la voix du blme, du reproche, une voix qui ne leur donne pas
-de repos, qui leur rpte ternellement: Pourquoi avez-vous abandonn
-le chemin de la vrit? Vous pouviez, vous pouvez faire un effort. Vous
-tes des hommes libres et il tait dans votre pouvoir de moisir dans les
-pchs ou de vous en librer.
-
- MAZZINI.
-
-
-[1] Secte religieuse persane. _(Note du trad.)_
-
-
-
-
-CHAPITRE XX
-
-LA VIE EST DANS LE PRSENT
-
-
-Les hommes croient que leur vie dure un temps donn: dans le pass et
-dans l'avenir. Mais ce n'est qu'une apparence; la vraie vie humaine
-ne dure pas pendant un temps, elle _est_ toujours, se maintenant un
-point indtermin o le pass touche au futur et que nous appelons
-improprement le prsent. A ce point du prsent, et rien qu' ce point,
-l'homme est libre; c'est pourquoi la vraie vie de l'homme est dans le
-prsent et rien que dans le prsent,.
-
-I.--_La vraie vie ne dpend pas du temps._
-
-1
-
-Le pass n'est plus, le futur n'est pas encore venu. Qu'est-ce qui
-est donc? Rien que le point o le futur et le pass se touchent. Il
-semblerait que ce point n'est rien, et cependant, toute notre vie est
-uniquement dans ce point.
-
-2
-
-Il nous semble seulement que le temps existe. Il n'est pas. Le temps
-n'est qu'un terme conventionnel grce auquel nous voyons graduellement
-ce qui est en ralit et ce qui est toujours un. L'oeil ne voit pas toute
-la sphre la fois, bien que la sphre existe en entier et en une fois.
-Pour que l'oeil voit, il faut que la sphre tourne devant l'oeil qui la
-regarde. De mme le monde se droule, ou semble se drouler, dans le
-temps devant les yeux des hommes. Pour la raison suprieure, il n'y a
-pas de temps: ce qui sera est dj. L'ide du temps et de l'espace sert
-au morcellement de l'infini pour le profit des tres finaux.
-
- AMIEL.
-
-3
-
-Il n'y a ni avant ni aprs: ce qui arrivera demain existe rellement
-dans l'ternit.
-
- ANGLUS.
-
-4
-
-Il n'y a ni temps, ni espace; l'un et l'autre nous sont indispensables
-pour que nous puissions comprendre les objets. C'est pourquoi il est
-faux de croire que les rflexions concernant les toiles, dont la
-lumire n'est pas encore arrive jusqu' nous, et sur l'tat du soleil
- des millions d'annes, etc., sont trs importantes. Il n'y a l rien
-d'important ni mme de srieux. Tout cela n'est qu'un vain jeu de
-l'esprit.
-
-5
-
-Il n'y a pas de temps, il n'y a qu'un instant. Et c'est prcis ment en
-cet instant qu'est toute notre vie. C'est pourquoi il faut donner toutes
-nos forces cet instant.
-
-6
-
-Si la vie est en dehors du temps, pourquoi se manifeste-t-elle dans le
-temps et dans l'espace? Parce que le mouvement, c'est--dire la tendance
-vers le dveloppement, vers l'claircissement et la perfection, ne peut
-se manifester que dans le temps et l'espace. S'il n'y avait pas d'espace
-et de temps, il n'y aurait pas de mouvement, il n'y aurait pas de vie.
-
-
-
-II.--_La vie spirituelle de l'homme en dehors du temps et de l'espace._
-
-1
-
-Le temps ne sert qu' la vie corporelle. L'tre spirituel de l'homme,
-est toujours en dehors du temps. Et il est en dehors du temps, parce que
-l'activit de l'tre spirituel consiste uniquement dans l'effort de la
-conscience. Et cet effort est toujours hors du temps, parce qu'il n'a
-jamais lieu qu'au prsent et que le prsent n'a pas de temps.
-
-2
-
-Nous ne pouvons nous reprsenter la vie aprs la mort et nous rappeler
-de la vie avant notre naissance parce que nous ne pouvons rien nous
-reprsenter qui soit en dehors du temps; et cependant, nous connaissons
-le mieux notre vie hors du temps--dans le prsent.
-
-3
-
-Notre me est jete dans notre corps o elle trouve le nombre, le temps,
-la mesure. Elle raisonne d'aprs cela et appelle cela nature; ncessit,
-et ne saurait penser autrement.
-
- PASCAL
-
-4
-
-Nous disons que le temps passe. Ceci n'est pas exact. C'est nous qui
-avanons, et non pas le temps. Lorsque nous flottons sur l'eau, il nous
-semble que ce sont les rives qui marchent et non pas le bateau dans
-lequel nous nous trouvons. Il en est de mme du temps.
-
-5
-
-Il est bon de se rappeler souvent que notre vraie vie n'est pas
-uniquement extrieure, corporelle, telle que nous la vivons ici, sur
-terre, telle que nous la voyons, mais qu'avec cette vie, nous possdons
-encore une autre vie, intrieure, spirituelle, qui n'a ni commencement
-ni fin.
-
-
-
-III.--_La vraie vie n'est que dans le prsent._
-
-1
-
-La facult de se souvenir du pass et de se reprsenter l'avenir nous
-est donne uniquement afin que, en nous fondant sur des considrations
-relatives l'un ou l'autre, nous puissions dcider plus exactement
-nos actes du prsent, mais nullement pour regretter le pass ou prparer
-l'avenir.
-
-2
-
-L'homme ne vit que dans l'instant prsent. Tout le reste est dj pass,
-ou bien n'arrivera peut-tre pas.
-
- MARC-AURLE.
-
-3
-
-Si nous nous tourmentons en songeant au pass et que nous nous gtons
-l'avenir, c'est uniquement parce que nous nous occupons trop peu du
-prsent. Le pass a t, l'avenir n'est pas; seul le prsent est.
-
-4
-
-Notre tat futur semblera toujours un rve notre tat prsent.
-
-Ce n'est pas la longueur de la vie qui importe, mais sa profondeur. Il
-ne s'agit pas de prolonger la vie, mais de vivre en dehors du temps, et
-nous ne le faisons que lorsque nous vivons par l'effort du bien. Lorsque
-nous vivons ainsi, nous ne nous posons pas la question du temps.
-
- D'aprs EMERSON.
-
-5
-
-Vivre jusqu'au soir et jusqu' la mort[1] veut dire, vivre comme si
-l'on se trouvait toujours sa dernire heure et qu'on n'a le temps que
-d'accomplir l'essentiel, et en mme temps vivre comme si tu pouvais
-continuer indfiniment l'oeuvre que tu accomplis.
-
-6
-
-Le temps est derrire nous, il est devant nous, mais nous ne l'avons pas
-avec nous. Lorsqu'on se met penser davantage ce qui a t ou ce
-qui sera, on perd le principal: la vraie vie dans le prsent.
-
-7
-
-On ne peut vaincre les mauvaises habitudes qu'aujourd'hui seulement, et
-non pas demain.
-
- CONFUCIUS.
-
-8
-
-Rien n'a de l'importance, except ce que nous faisons dans le moment
-prsent.
-
-9
-
-Il est bon de ne pas penser au lendemain; mais pour ne pas y penser, il
-n'y a qu'un seul moyen: c'est de penser continuellement si j'accomplis
-bien l'oeuvre du jour, de l'heure, de la minute prsente.
-
-10
-
-Ds qu'on s'absorbe dans le pass et l'avenir, on s'loigne de la vraie
-vie et l'on se sent abandonn, li, solitaire.
-
-Que de tortures morales, et tout cela pour mourir au bout de quelques
-minutes! Pourquoi donc s'inquiter?
-
-Non, cela n'est pas vrai: ta vie existe actuellement. Le temps n'est
-pas, et l'heure prsente vaut des centaines d'annes si tu vis cette
-heure avec Dieu.
-
- D'aprs AMIEL.
-
-14
-
-On dit: l'homme n'est pas libre parce que tout ce qu'il fait a une
-raison antrieure. Mais l'homme n'agit jamais que dans le prsent; or,
-le prsent est en dehors du temps: ce n'est que le point de contact
-entre le pass et le futur. C'est pourquoi l'homme est toujours libre
-pendant l'_instant_ du prsent.
-
-15
-
-La force libre et divine de la vie ne se manifeste que dans le prsent;
-c'est pourquoi l'activit du prsent doit possder les qualits divines,
-c'est--dire doit tre raisonnable et bonne.
-
-16
-
-On demanda un sage: Quelle est l'oeuvre la plus mportante? Quel
-est l'homme le plus important de la vie? Quel est le moment le plus
-important de la vie?
-
-Le sage rpondit: L'oeuvre la plus importante c'est d'aimer tous les
-hommes parce que c'est l l'oeuvre de la vie de chaque homme.
-
-L'homme le plus important est celui auquel tu as affaire en ce moment,
-parce que tu ne pourras jamais savoir si tu auras affaire un autre
-homme.
-
-Le temps le plus important est le prsent parce que l seulement
-l'homme est matre de lui-mme.
-
-
-
-IV.--_L'amour ne se manifeste que dans le prsent._
-
-1
-
-L'oeuvre principale de la vie est l'amour. Et on ne peut aimer ni dans le
-pass ni dans le futur. On ne peut aimer que dans le prsent, cette
-heure, cette minute.
-
-2
-
-L'amour est une manifestation de l'essence divine qui n'a pas de temps;
-c'est pourquoi l'amour ne se manifest que dans le prsent, tout de
-suite, tout moment du prsent.
-
-3
-
-Aimer, en gnral, c'est faire le bien. C'est ainsi que nous comprenons
-tous l'amour, et nous ne pouvons le comprendre autrement.
-
-L'amour n'est pas seulement un mot; il comprend les oeuvres que nous
-accomplissons pour le bonheur d'autrui.
-
-Si l'homme dcide de ne pas rpondre aux exigences du plus petit amour
-vrai en vue d'un grand amour futur, il se leurre, leurre les autres et
-n'aime personne, sauf lui.
-
-Il n'y a pas d'amour dans le futur: l'amour n'existe que dans le
-prsent. Si l'homme n'accomplit pas l'oeuvre de l'amour dans le prsent,
-c'est qu'il n'a pas d'amour.
-
-4
-
-Tu veux le bien. Or, le bien ne peut se produire qu'immdiatement. Il ne
-peut y avoir de bien dans l'avenir, parce qu'il n'y a pas d'avenir, il
-n'y a que le prsent.
-
-5
-
-Ne remets jamais une bonne action si tu peux l'accomplir aujourd'hui,
-parce que la mort ne demande pas si tu as fait ce que tu dois. La mort
-n'attend personne ni rien. La chose la plus importante est donc celle
-qu'on accomplit l'instant mme.
-
-6
-
-N'attendons pas pour tre justes, compatissants. N'attendons pas la
-venue des souffrances exceptionnelles des autres et les ntres. La vie
-est brve; dpchons-nous donc rjouir les coeurs de nos compagnons
-pendant cette courte traverse. Htons-nous d'tre bons.
-
- AMIEL.
-
-7
-
-Les hommes de bien oublient les bonnes actions qu'ils ont accomplies:
-ils sont tellement occups ce qu'ils font, qu'ils ne pensent plus ce
-qu'ils ont dj fait.
-
- _Proverbe chinois._
-
-8
-
-La vie dans le prsent est l'tat dans lequel Dieu vit en nous. C'est
-pourquoi le moment prsent est plus cher que tout. Emploie toutes les
-forces de ton me ne pas laisser chapper ce moment, afin de ne pas
-cacher toi-mme le Dieu qui peut se manifester en toi.
-
-
-
-V.--_Tentation de la prparation la vie, au lieu de la vie mme._
-
-1
-
-Je ferai cela quand je serai grand.--Je vivrai ainsi lorsque j'aurai
-termin mes tudes, lorsque je me serai mari. Je ferai cela lorsque
-j'aurai des enfants, lorsque j'aurai mari mon fils, o lorsque je serai
-riche, lorsque j'habiterai un autre endroit, ou lorsque je serai vieux.
-
-Ainsi parlent les enfants, les adultes, les vieillards, et personne ne
-sait s'il vivra jusqu'au soir. Nous ne pouvons rien savoir de tout cela:
-si nous aurons ou non la possibilit de le mener bonne fin, si la mort
-ne nous empchera pas de le faire.
-
-Il n'y a qu'une seule oeuvre que la mort ne peut entraver: c'est
-l'accomplissement, toute heure de la vie, de la volont de Dieu, celle
-qui est d'aimer les hommes.
-
-2
-
-Nous pensons et nous disons souvent que je ne puis pas faire tout ce
-que je dois par suite de la situation o je me trouve. Combien cela
-est faux! Le travail intrieur, qui est la raison mme de la vie, est
-toujours possible. Tu es en prison, tu es malade, tu es priv de la
-possibilit, d'entreprendre toute activit extrieure; on t'offense, on
-te tourmente; mais ta vie intrieure est dans ton pouvoir: tu peux, dans
-la pense, reprocher, blmer, envier, dtester les hommes, et tu peux
-aussi rprimer ces sentiments et les remplacer par de bons. De sorte que
-chaque minute de ta vie est toi, et personne ne peut te la prendre.
-
-3
-
-Se savoir malade, prendre soin pour se gurir, surtout penser ce
-que je suis souffrant pour le moment et, par suite, incapable d'agir,
-se dire que lorsque je redeviendrai valide, j'agirai, est une grande
-tentation. Car ces paroles signifient: je refuse ce qui m'est donn,
-mais je veux ce qui n'existe pas. On peut toujours se rjouir de ce que
-l'on possde chaque instant et faire immdiatement tout ce que l'on
-peut.
-
-4
-
-Tu n'es pas bien, et il te semble que cela vient de ce que tu ne peux
-pas vivre comme tu voudrais, que tu aurais plus facilement fait ce que
-tu crois devoir faire si ta vie tait autre. C'est faux. Tu as tout ce
-que tu dsires. A tout moment de ta vie, tu peux faire la meilleure
-chose que tu es mme d'accomplir.
-
-5
-
-Les importantes, les grandes oeuvres qui ne peuvent tre termines que
-dans l'avenir, ne sont pas de vraies oeuvres, elles ne sont pas faites
-pour la gloire de Dieu. Si tu crois en Dieu, tu croiras la vie dans le
-prsent, tu travailleras des oeuvres qui peuvent tre acheves dans le
-prsent.
-
-6
-
-_Momento-mori_. Souviens-toi de la mort! est une grande parole. Si
-nous nous souvenions que nous mourrons invitablement et bientt,
-notre vie serait tout autre. Si l'homme sait qu'il doit mourir dans
-une demi-heure, il ne fera srement ni des choses vaines, ni btes, ni
-surtout mauvaises, dans ce court laps de temps. Le demi-sicle qui te
-spare, peut-tre, de la mort, n'est-ce pas une demi-heure?
-
-
-
-VI.--_Les consquences de nos actes regardent Dieu, et non pas nous._
-
-1
-
-Les consquences de nos actes ne dpendent pas de nous, parce qu'elles
-sont infinies dans l'espace infini et dans le temps infini.
-
-2
-
-Si tu peux voir toutes les consquences de ton activit, sache que cette
-activit est nulle.
-
-3
-
-Nos actes de l'instant, du moment, sont nous; ce qu'il en rsultera,
-c'est l'affaire de Dieu.
-
- FRANOIS d'ASSISE.
-
-4
-
-En vivant d'une vie spirituelle, c'est--dire en communion avec Dieu,
-l'homme, bien qu'il ne puisse pas connatre les consquences de ses
-actes, sait srement que ces consquences seront heureuses.
-
-5
-
-L'acte accompli sans la moindre rflexion aux consquences possibles,
-uniquement en vue d'accomplir la volont de Dieu, est la meilleure
-action que l'homme peut accomplir.
-
-6
-
-La rcompense d'une vie juste n'est jamais dans l'avenir, mais dans le
-prsent. Si tu fais bien l'instant, tu te sens bien l'instant. Et si
-tu agis bien, les consquences ne peuvent ne pas tre bonnes.
-
-
-
-VII.--_Ceux qui croient que le sens de la vie est dans le prsent ne se
-proccupent pas de la vie d'outre-tombe._
-
-1
-
-Nous nous embrouillons dans nos ides sur la vie future; nous nous
-demandons ce qu'il y aura aprs la mort. Mais on ne peut le demander,
-parce que la vie et l'avenir sont deux termes contradictoires: la vie
-est seulement dans le prsent. Il nous semble qu'elles _a t_ et
-qu'elle _sera_, tandis qu'elle _est_ seulement. Il ne faut pas chercher
-une solution la question de l'avenir, mais penser comment nous devons
-vivre dans le prsent, l'instant mme.
-
-2
-
-Nous ignorons toujours tout ce qui a trait la vie corporelle, parce
-que cette vie est rgle par le temps et que nous ne pouvons pas
-connatre l'avenir.
-
-Mais dans le domaine de la vie spirituelle, il n'y a pas de futur. C'est
-pourquoi l'inconnu de notre vie diminue mesure qu'elle se transforme
-de charnelle en spirituelle, mesure que nous vivons dans le prsent.
-
-3
-
-Nous devons accomplir honntement et d'une manire impeccable le travail
-qui nous est confi, indpendamment de notre espoir de devenir un jour
-des anges, ou de notre croyance d'avoir t jadis des mollusques.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-4
-
-A mesure que la vie se prolonge, surtout la vie en bonnes actions,
-l'importance du temps et l'intrt de la question de ce qui sera
-tombent. Plus nous sommes vieux, plus le temps passe vite; ce qui sera
-a de moins en moins d'importance et ce qui est en gagne de plus en
-plus.
-
-Si tu peux lever ton esprit au-dessus de l'espace et du temps, tu te
-trouves tout instant dans l'ternit.
-
- ANGLUS.
-
-
-[1] Proverbe russe. (_N. du trad._).
-
-
-
-
-CHAPITRE XXI
-
-LE NON-AGIR
-
-
-Les hommes gtent moins leur vie en ne faisant pas ce qu'ils doivent
-faire, qu'en faisant ce qu'ils ne doivent pas faire. C'est pourquoi le
-plus grand effort que l'homme doit faire sur lui-mme pour avoir une vie
-heureuse--est de s'abstenir de faire ce qu'il ne faut pas faire.
-
-
-I.--_L'abstention est le meilleur moyen de mener une bonne vie._
-
-1
-
-Ce qui importe le plus tous les hommes, c'est de vivre bien. Vivre
-bien, c'est moins de faire tout le bien que nous pouvons, que de ne pas
-faire le mal que nous pouvons viter de commettre. L'essentiel, c'est de
-ne pas faire de mal.
-
-2
-
-Tous les hommes de notre poque savent que notre vie est mauvaise, et
-ils ne se bornent pas critiquer son organisation, mais travaillent
- ce qui, leur avis, doit amliorer notre vie. Pourtant, loin de
-s'amliorer, l'organisation de notre vie empire chaque jour. Pourquoi?
-Parce que les hommes accomplissent les travaux les plus compliqus et
-les plus difficiles pour amliorer la vie, mais ne font pas la chose la
-plus simple et la plus facile: ils ne s'abstiennent pas de prendre part
-aux oeuvres qui rendent notre vie mauvaise.
-
-3
-
-L'homme apprend ce qu'il doit faire seulement aprs avoir compris ce
-qu'il ne doit pas faire. Et, en en faisant pas ce qu'il ne doit pas
-faire, il fera invitablement ce qu'il doit faire, bien qu'il ne saura
-pas pourquoi il fait ce qu'il fait.
-
-4
-
-Question: Qu'est-ce qu'il y a de mieux faire quand on est press?
-Rponse: Rien.
-
-5
-
-Dans les moments d'abattement moral, on doit se comporter envers
-soi-mme comme envers un malade: ne rien entreprendre.
-
-6
-
-Si tu ne sais pas quel parti prendre: agir ou ne pas agir, sache qu'il
-est toujours prfrable de s'abstenir que d'agir. Si tu n'avais pas la
-force de t'abstenir, et si tu savais srement que l'affaire est bonne,
-tu ne te serais pas demand si tu dois la raliser ou non; si tu te le
-demandes, c'est que tu sais que tu peux te contenir et, ensuite, tu es
-sr que l'affaire n'est pas tout fait bonne. Si elle tait absolument
-bonne, tu ne te serais pas interrog.
-
-7
-
-Si tu as grande envie de quelque chose et s'il te semble que tu ne
-pourrais pas rsister l'envie, dfie-toi. Ce n'est pas vrai que
-l'homme ne puisse se contenir dans n'importe quel cas. Seul celui qui
-s'est assur l'avance qu'il ne peut se contenir, n'est pas en tat de
-le faire.
-
-8
-
-Que chacun, mme un tout jeune homme, se rappelle sa vie. Et si tu
-regrettes une seule fois de n'avoir pas fait ce que tu devais et ce qui
-serait bien, tu regretteras des centaines de fois d'avoir fait ce qui
-tait mal et que tu n'aurais pas du faire,
-
-
-
-II.--_Consquences de l'incontinence._
-
-1
-
-Il y a moins de mal ce que nous faisons autre chose que nous aurions
-d faire, qu' ce que nous ne nous abstenons pas de ce que nous
-n'aurions pas d faire.
-
-2
-
-Le laisser-aller dans une seule occasion affaiblit la force de la
-continence dans toute autre. L'habitude prise de ne pas se contenir est
-comme un torrent invisible sous une maison. Une telle maison ne rsiste
-pas la pousse.
-
-3
-
-Il est plus mauvais de faire trop que de ne pas faire assez; il est plus
-mauvais de se presser que de venir en retard.
-
-Les reproches de la conscience sont toujours plus douloureux pour ce que
-l'on a fait que pour ce que l'on n'a pas fait.
-
-4
-
-Plus la situation semble difficile, moins on doit agir. C'est
-prcisment par l'action que nous gtons ordinairement ce qui commenait
-dj s'arranger.
-
-5
-
-La plupart des gens qu'on appelle mchants sont devenus tels parce
-qu'ils prenaient leur mauvaise humeur pour leur tat d'me normal et
-s'abandonnaient sans faire d'efforts pour y rsister.
-
-6
-
-Si tu ne te sens pas la force de te contenir d'un dsir charnel, la
-cause est srement en ce que tu ne t'es pas contenu lorsque tu tais
-encore en tat de le faire; puis, le dsir est devenu une habitude.
-
-
-
-III.--_Toute activit n'est pas digne d'estime._
-
-1
-
-On a tort de croire que toute activit, sans se proccuper de son
-caractre, est, en elle-mme, une occupation honorable, digne de
-considration. Il s'agit de savoir quelle est cette activit et dans
-quelles conditions l'homme s'abstient d'agir.
-
-2
-
-Souvent les hommes refusent firement de prendre part des plaisirs
-innocents en le motivant par des occupations plus srieuses. Cependant,
-sans compter que le jeu simple et joyeux est plus utile et important
-que bien des affaires, le travail mme pour lequel les gens occups
-renoncent au plaisir, est souvent tel qu'il serait prfrable de ne pas
-le faire.
-
-3
-
-Pour la marche relle de la vie, une activit extrieure et turbulente
-est non seulement inutile, mais encore nuisible. L'inaction, sans
-les plaisirs procurs par le travail des autres, est la situation
-la plus pnible, si elle n'est pas comble par un travail intrieur;
-c'est pourquoi, si l'homme vit en dehors du luxe assur par le travail
-d'autrui, cet homme ne restera pas oisif. Le plus grand tort est caus
- l'humanit, non par l'oisivet, mais par des actions nuisibles et
-inutiles.
-
-
-
-IV.--_L'homme peut viter de mauvaises habitudes s'il a conscience
-d'tre non une crature charnelle, mais spirituelle._
-
-1
-
-Pour apprendre se contenir, il faut apprendre se ddoubler en un
-homme charnel et en un homme spirituel, et habituer l'homme charnel
-faire ce que veut l'homme spirituel.
-
-2
-
-Lorsque l'me dort, lorsqu'elle n'agit pas, le corps est
-irrsistiblement soumis aux manifestations des sens que provoquent en
-lui les actes de ceux qui entourent l'homme. Ils billent, il bille
-galement; ils s'emportent, il s'emporte aussi; ils se fchent, il se
-fche; ils s'attendrissent, pleurent, et il a les larmes aux yeux.
-
-Cette subordination involontaire aux influences extrieures est souvent
-la cause des mauvaises actions qui sont en dsaccord avec les exigences
-de la conscience. Mets-toi en garde contre ces influences extrieures et
-ne te soumets pas elles.
-
-3
-
-Si tu habitues ton ct charnel, depuis ton jeune ge, obir la
-partie spirituelle, il te sera facile de contenir tes dsirs. Celui qui
-s'est habitu contenir ses dsirs a toujours une vie joyeuse et facile.
-
-
-
-V.--_Plus on lutte contre l'incontinence, plus la lutte devient facile._
-
-1
-
-Une guerre intestine se droule en l'homme entre sa raison et ses
-passions. L'homme aurait pu jouir d'un certain calme s'il ne possdait
-que la raison sans les passions, ou les passions sans la raison. Mais
-comme il possde l'un et les autres, il ne peut viter le combat, il
-ne peut tre en paix avec l'un que s'il est en guerre avec l'autre. Il
-lutte toujours en lui-mme. Et cette lutte est indispensable; c'est l
-toute la vie.
-
- PASCAL.
-
-2
-
-Pour respecter les autres comme soi-mme, il faut agir envers eux comme
-nous voulons que l'on agisse envers nous; l est l'oeuvre principale
-de la vie. Il faut se matriser, et, pour se matriser, il faut s'y
-habituer.
-
-3
-
-Chaque fois que tu as grande envie de faire quelque chose, arrte-toi
-et rflchis afin de savoir si ce dont tu as tellement envie est bien.
-
-4
-
-Pour ne pas commettre de mauvaises actions, il ne suffit pas de s'en
-abstenir; il faut apprendre se contenir des mauvaises conversations
-et, surtout, des mauvaises penses. Ds que tu te rends compte que tes
-paroles sont mauvaises, que tu te moques, blmes, injuries, arrte-toi,
-tais-toi et n'coute pas les autres. Agis de mme lorsque tu as de
-mauvaises ides, lorsque tu penses mal de ton prochain; qu'il soit digne
-de blme ou non, arrte-toi et tche de penser autre chose. C'est
-seulement lorsque tu apprendras te contenir des mauvaises paroles et
-des mauvaises penses, que tu seras en tat de te contenir des mauvaises
-actions.
-
-5
-
-Indpendamment du nombre de fois qu'il t'arrivera de tomber sans pouvoir
-vaincre tes passions, ne te laisse pas abattre. Tout effort de lutte
-diminue la force de la passion et facilite la victoire.
-
-6
-
-Chaque passion dans le coeur de l'homme est d'abord comme un solliciteur,
-ensuite comme un hte, et enfin comme le matre de la maison. N'ouvre
-pas la porte de la maison de ton coeur ce solliciteur.
-
-
-
-VI.--_La porte de la continence pour chaque homme et pour l'humanit
-entire._
-
-1
-
-Si tu veux tre libre, habitue-toi contenir tes dsirs.
-
-2
-
-Qui est sage? Celui qui apprend toujours quelque chose chez quelqu'un.
-Qui est riche? Celui qui se contente de son sort. Qui est fort? Celui
-qui sait se matriser.
-
- _Le Talmud._
-
-3
-
-On dit que le christianisme est une doctrine de faiblesse parce qu'il
-ne recommande pas d'agir, mais plutt de s'abstenir de l'action. Le
-christianisme, doctrine de faiblesse! Une doctrine de faiblesse dont le
-Fondateur a pri en martyr sur la croix, toujours fidle Lui-mme,
-et dont les fidles comptent des milliers de martyrs, les seuls hommes
-qui regardaient bravement le mal en face et qui se rvoltaient contre
-lui! Et les violents d'alors qui ont excut le Christ, de mme que les
-violents d' prsent savent quelle est cette doctrine de faiblesse et la
-craignent plus que tout. Leur flair leur montre que seule cette doctrine
-dtruit srement et jusqu' la base tout le rgime qui les soutient. Il
-faut bien plus de force pour se contenir du mal que pour accomplir la
-chose la plus difficile que nous considrons comme bien.
-
-4
-
-Toutes les diversits de nos situations dans le monde ne sont rien en
-comparaison de la matrise de l'homme sur lui-mme. Si un homme est
-tomb la mer, il est absolument indiffrent d'o il est tomb et
-quelle est cette mer. La seule chose qui importe, c'est de savoir s'il
-sait nager ou non. La force n'est pas dans les conditions extrieures,
-mais dans le savoir de se dominer.
-
-5
-
-La vraie force n'est pas dans celui qui ne vainc pas les autres; mais
-dans celui qui se vainc lui-mme qui ne permet pas la bte de dominer
-son me.
-
-6
-
-Celui qui s'abandonne aux dsirs de la passion, qui cherche les
-jouissances, sent ses passions se dvelopper de plus en plus et se
-trouve enchan par les passions.
-
-Celui qui a pu vaincre la passion a bris les chanes.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-7
-
-Jeune homme, refuse de satisfaire tes dsirs (plaisirs, luxe, etc.),
-si ce n'est dans l'intention de renoncer absolument tout cela, du
-moins dans le but d'avoir devant soi une possibilit continuelle de
-jouissance. Cette conomie l'gard de ton sentiment de vitalit te
-rendra, en effet, plus riche parce que tu diffres tes jouissances.
-
-La conscience que la jouissance est dans ton pouvoir est plus fconde
-et plus vaste, comme tout ce qui est idal, que le dsir satisfait par
-cette jouissance, parce que la satisfaction dtruit le sentiment de
-jouissance mme.
-
- KANT.
-
-8
-
-On doit moins chercher faire le bien qu' tre bon; moins chercher
- luire qu' tre pur. L'me semble vivre dans un vase en verre, et
-l'homme peut le salir ou le tenir propre. Dans la mesure o le verre
-est pur, lumire de la vrit luit travers, pour l'homme lui-mme
-et pour les autres. C'est pourquoi l'oeuvre principale de l'homme est
-interne; elle consiste entretenir son vase dans la propret. Garde-toi
-seulement de te souiller, et la lumire luira pour toi comme pour les
-autres.
-
-9
-
-Souvent, pour arriver ce que nous dsirons, il sufft de cesser de
-faire ce que nous faisons.
-
-10
-
-Il sufft de contempler la vie que les hommes mnent dans notre
-monde, voir Chicago, Paris, Londres, toutes, les villes, les usines,
-les chemins de fer, les machines, les armements, les canons, les
-forteresses, les imprimeries, les muses, les maisons 30 tages,
-etc., et se poser la question de ce que l'on doit faire avant tout
-afin que les hommes puissent vivre bien, pour que cette rponse vienne
-d'elle-mme: cesser avant tout d'accomplir les choses inutiles; et
-l'inutile dans notre monde europen constitue les 0,99 de toute
-l'activit humaine.
-
-11
-
-Si tenu et transparent que soit devenu le mensonge rsultant de la
-contradiction entre notre vie et notre conscience, il s'amincit et
-s'tire encore, mais ne se rompt pas. Et tout en devenant toujours plus
-mince en s'tirant de plus en plus, ce mensonge lie l'ordre existant des
-choses et entrave l'avnement d'un nouveau.
-
-La plupart des hommes du monde chrtien ne croient plus aux rglements
-paens qui gouvernent leur vie, et croient aux principes chrtiens
-qu'ils reconnaissent dans leur conscience; mais la vie continue comme
-par le pass. Pour supprimer tous les malheurs et les contradictions qui
-tourmentent actuellement les hommes afin que le Rgne de Dieu annonc
- l'humanit depuis 1900 ans arrive, les hommes de notre temps n'ont
-besoin que d'une seule chose: d'un effort moral. De mme que pour faire
-reprendre un liquide refroidi au-dessous de son point de conglation
-la forme de cristaux qui lui est propre, il faut une impulsion,--pour
-faire passer l'humanit la forme de vie qui lui est naturelle, il faut
-un effort moral, l'effort par lequel est conquis le Royaume de Dieu.
-
-Cet effort n'est pas un effort de mouvement, ni l'effort de rvlation
-d'une philosophie nouvelle, de nouvelles ides, ni l'effort exig pour
-des exploits nouveaux et extraordinaires; l'effort ncessaire pour
-pntrer dans le royaume de Dieu, ou pour entrer dans une nouvelle forme
-de vie, est un effort ngatif, l'effort de ne pas suivre le courant,
-l'effort de ne pas accomplir des actes incompatibles avec la conscience
-intrieure.
-
-Et c'est la ncessit de faire cet effort que les hommes sont amens
-maintenant par la cruaut de la vie et la clart et la propagation de la
-doctrine chrtienne.
-
-12
-
-Le moindre mouvement de la matire est important pour la nature.
-Toute la mer se modifie cause d'une pierre. De mme, dans la vie
-spirituelle, le moindre mouvement provoque des consquences sans fin.
-Tout est grave.
-
- PASCAL.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXII
-
-LA PAROLE
-
-
-La parole exprime la pense et peut servir unir ou dsunir les
-hommes; c'est pourquoi on doit en user avec prcaution.
-
-
-
-I.--_La parole est une grande chose._
-
-1
-
-La parole peut unir les hommes; la parole peut les dsunir; la parole
-peut servir l'amour, comme elle peut servir l'inimiti et la haine.
-Garde-toi de la parole qui divise ou qui provoque l'inimiti et la haine.
-
-2
-
-La parole exprime la pense; la pense manifeste la puissance divine;
-c'est pourquoi la parole doit correspondre ce qu'elle exprime. Elle
-peut tre indiffrente, mais ne peut et ne doit pas exprimer le mal.
-
-3
-
-L'homme est porteur de Dieu. Il peut exprimer la conscience de sa
-divinit par la parole. Comment ds lors ne pas observer de la prudence
-en parlant?
-
-4
-
-Le temps passe, et la parole dite reste.
-
-5
-
-Si tu as le temps de rflchir avant de commencer parler, rflchis
-sur la ncessit de ce que tu veux dire et si cela ne peut faire de tort
- personne. Car il arrive le plus souvent qu'aprs avoir rflchi, tu ne
-commences mme pas parler.
-
-6
-
-Rflchis avant de parler. Mais arrte-toi avant que l'on ne te dise
-assez. La facult de la parole met l'homme au-dessus de la bte, mais
-il lui est infrieur s'il dit tout ce qui lui passe par la tte.
-
- SAADI.
-
-7
-
-Aprs une longue conversation, tche de te rappeler tout ce qui a t
-dit, et tu seras tonn de voir combien tout ce qui a t dit tait
-vain, inutile et souvent mchant.
-
-8
-
-Ecoute, sois attentif, mais parle peu.
-
-Ne parle jamais si l'on ne s'adresse pas toi; lorsque l'on
-t'interroge, rponds de suite et brivement, et ne sois pas honteux si
-tu dois avouer que tu ne sais pas ce que l'on te demande.
-
- SOUFI.
-
-9
-
-Si tu veux tre sage, apprends questionner raisonnablement, couter
-attentivement, rpondre tranquillement et cesser de parler quand tu
-n'as plus rien dire.
-
- LAVATER.
-
-10
-
-Ne loue pas, ne blme pas, ne discute pas.
-
-11
-
-Ecoute les discours d'un homme savant avec attention, quand bien mme
-ses actes ne correspondraient pas son enseignement. L'homme doit
-s'instruire, quand bien mme les prceptes seraient gravs sur un mur.
-
- SAADI.
-
-12
-
-Il existe trois mots excellents trs courts: _Je ne sais._ Habitue ta
-langue les dire plus souvent.
-
- _Sagesse orientale._
-
-13
-
-Il y a une ancienne sentence qui dit: _de mortius aut bene, aut nihil_,
-c'est--dire: dis du bien des morts ou n'en parle point. Combien cela
-est injuste! On aurait d dire, au contraire: Dis du bien des vivants
-ou n'en parle point. Combien de souffrances cela aurait vit aux
-hommes, et comme cela est facile!
-
-Pourquoi ne doit-on pas dire de mal des morts? Dans notre monde, au
-contraire, on s'est accoutum, par suite de l'usage des ncrologies
-et des jubils, de ne faire aux morts que des loges exagrs, par
-consquent, dire des mensonges. Et ces loges mensongers sont nuisibles
-parce qu'ils cachent la diffrence entre le bien et le mal.
-
-14
-
-A quoi peut-on comparer la langue dans la bouche de l'homme? C'est la
-clef du trsor; lorsque la porte est ferme, personne ne peut savoir ce
-qui y est renferm: des pierres prcieuses ou du rebut inutile.
-
- SAADI.
-
-15
-
-Bien que le silence soit utile d'aprs la doctrine des sages, la parole
-libre est galement utile, mais utile en son temps seulement. Nous
-pchons par la parole quand nous nous taisons, alors que nous devrions
-parler, et quand nous parlons, alors que nous devrions nous taire.
-
- SAADI.
-
-
-
-II.--_Tais-toi lorsque tu te fches._
-
-1
-
-Si tu sais comment les gens devraient vivre et que tu leur veux du bien,
-tu le leur diras. Tu tcheras de le leur exprimer de faon ce qu'ils
-croient tes paroles. Et pour qu'ils le croient et te comprennent, tu
-dois t'efforcer de leur transmettre tes ides sans irritation et colre,
-mais avec calme et bont.
-
-2
-
-Si tu veux, dans la conversation, faire part ton interlocuteur de
-quelque vrit, l'essentiel est de ne pas te fcher et de ne pas
-prononcer une seule parole mauvaise ou blessante.
-
- D'Aprs PICTTE.
-
-3
-
-Une parole non prononce est d'or.
-
-4
-
-Si tu ne peux pas calmer ta colre immdiatement, tiens ta langue.
-Tais-toi, et tu te calmeras bientt.
-
- BAKSTER.
-
-5
-
-Tche, pendant la discussion, de rendre tes paroles douces et tes
-arguments fermes. Tche non pas de vexer ton adversaire, mais de le
-convaincre.
-
- WILKINS.
-
-6
-
-Ds que nous sentons la colre pendant la discussion, nous ne discutons
-plus pour la vrit, mais pour nous-mmes.
-
- CARLYLE.
-
-
-
-III.--_Ne discute pas._
-
-Une querelle qui s'allume est pareille un torrent qui mine une digue:
-ds qu'il la traverse, tu ne peux plus le retenir. Et toute querelle est
-provoque et alimente par la parole.
-
- _Le Talmud._
-
-2
-
-La discussion ne convainc personne, mais elle dsunit et irrite. La
-discussion est, par rapport l'opinion des gens, la mme chose que
-le marteau par rapport au clou. Aprs la discussion, les opinions,
-encore vagues, se calent solidement dans la tte, de mme que les clous
-enfoncs dans le mur jusqu' la tte.
-
- D'aprs JUVNAL.
-
-3
-
-Pendant la discussion, on oublie la vrit. Celui qui est le plus sage
-cesse le premier discuter.
-
-4
-
-Prte l'oreille aux discussions, mais ne t'y mle point. Dieu te
-prserve de l'emportement et de l'irritabilit, mme dans leur moindre
-manifestation. La colre est toujours dplace, mais surtout dans une
-affaire o l'on a raison, pare qu'elle ne fait que l'obscurcir et la
-troubler.
-
- GOGOL.
-
-5
-
-La meilleure rponse un fou est le silence. Chaque mot de rplique te
-reviendra par ricochet. Rpondre une offense par l'offense revient au
-mme que de jeter du bois dans le feu.
-
-
-
-IV.--_Ne juge point._
-
-1
-
-Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugs; car on vous jugera
-du mme jugement dont vous jugez; et on vous mesurera de la mme mesure
-dont vous mesurez. Et pourquoi regardes-tu la paille dans l'oeil de
-ton frre, tandis que tu ne vois pas la poutre dans ton oeil? Ou bien,
-comment dis-tu ton frre: Permets que j'te cette paille de ton oeil,
-et voici qu'une poutre est dans le tien? Hypocrite. Ote premirement de
-ton oeil la poutre, et alors tu penseras ter la paille de l'oeil de ton
-frre.
-
- MATTH. VII, 1-6.
-
-2
-
-En pntrant en notre for intrieur, nous dcouvrons presque toujours
-le pch que nous blmons chez un autre. Et si nous ne connaissons
-pas le mme pch, nous n'avons qu' chercher pour en trouver un plus
-mauvais encore.
-
-3
-
-Lorsque tu te mets juger un homme, pense ne pas dire de mal de lui,
-si tu es sr qu'il a commis ce mal, et, plus forte raison, lorsque tu
-n'en sais rien et que tu rptes simplement les paroles d'autrui.
-
-4
-
-Il est toujours injuste de juger un autre, parce que personne ne peut
-jamais savoir ce qui s'est pass et ce qui se passe dans l'me de celui
-que l'on juge.
-
-5
-
-Il est bon de s'entendre avec un ami afin que l'un arrte l'autre, si
-l'un de vous deux commence mdire de son prochain. Et si tu n'as pas
-un tel ami, entends-toi l-dessus avec toi-mme.
-
-6
-
-Il est mauvais de mdire des gens en leur prsence, parce que cela les
-offense, et il est malhonnte de le faire en leur absence, parce que
-cela les trompe. Le mieux est de ne pas chercher le mal chez les autres,
-de l'oublier, mais de le chercher en soi-mme et de s'en rappeler.
-
-7
-
-La mdisance spirituelle est comme un plat de charogne la sauce. La
-sauce cache toutes les salets que l'on mange sans s'en apercevoir.
-
-8
-
-Moins on est renseign sur les mauvaises actions des gens, plus on est
-svre envers soi-mme.
-
-9
-
-N'coutez jamais ceux qui disent du mal des autres et du bien de
-vous-mmes.
-
-10
-
-Celui qui mdit de toi derrire ton dos te craint, et celui qui te loue
-en ta prsence te mprise.
-
- _Proverbe chinois._
-
-11
-
-La mdisance plat tellement aux gens qu'il est trs difficile de se
-contenir de ne pas tre agrable ses interlocuteurs en mdisant des
-absents. Mais si tu tiens absolument rgaler les gens, offre-leur
-autre chose que des mets malsains, tant pour toi-mme que pour ceux que
-tu rgales.
-
-12
-
-Cache le pch d'autrui, Dieu t'en pardonnera deux.
-
-
-
-V.--_Le danger de l'intemprance de langage._
-
-1
-
-Nous savons que nous devons manier les fusils chargs avec prcaution,
-et nous ne voulons pas savoir que l'on doit prendre les mmes
-prcautions avec la parole. La parole peut non seulement tuer, mais
-causer plus de mal que la mort.
-
-2
-
-Nous nous rvoltons devant les crimes de la chair: excs de table,
-coups de poing, adultre, meurtre; et nous considrons avec beaucoup
-de lgret les crimes de la parole: mdisance, offense, trahison,
-publication de paroles mauvaises et dpravantes, et, cependant, les
-consquences des crimes commis par la parole sont bien plus graves que
-les crimes commis par la chair. La seule diffrence entre les deux
-catgories est en ce fait que le mal des crimes de la chair s'aperoit
-immdiatement, tandis que nous ne remarquons pas le mal du crime commis
-par la parole, parce qu'il se manifeste loin de nous, dans le temps et
-dans l'espace.
-
-3
-
-Il y avait une nombreuse runion, plus de mille personnes, dans un grand
-thtre. Au milieu du spectacle, un sot voulut plaisanter et cria: Au
-feu! Le public s'lana vers les portes. Tous se rurent, s'crasant,
-et lorsque le calme revint, on constata que 20 personnes taient tues
-et 50 blesses.
-
-Ce grand mal n'a t caus que par une sotte parole.
-
-Ici, au thtre, le mal caus est perceptible immdiatement, mais
-souvent une sotte parole cause lentement bien plus de mal encore,
-quoiqu'on ne le remarque pas immdiatement.
-
-4
-
-Rien n'encourage l'oisivet autant que les vains discours. Si les gens
-se taisaient, au lieu de dire les btises pour chasser l'ennui de
-l'oisivet, ils n'auraient pu supporter celle-ci et se mettraient
-travailler.
-
-5
-
-En parlant mal des gens, on fait du tort trois personnes la fois:
- celui dont on parle, celui qui on parle, et surtout celui qui
-parle.
-
- BASILE LE GRAND.
-
-6
-
-Il est surtout mauvais de mdire des gens hors leur prsence, parce que
-l'opinion exprime qui pourrait tre utile l'absent, si elle lui tait
-dite en face, lui demeure cache; par contre, elle est communique
-celui qui elle est nuisible, parce qu'elle veille en lui un mauvais
-sentiment envers celui dont on mdit.
-
-7
-
-On se repent rarement d'avoir gard le silence, mais combien de fois
-on se repentira d'avoir parl, et on s'en serait repenti plus souvent
-encore si l'on connaissait toutes les consquences de sa parole.
-
-8
-
-Plus on a envie de parler, plus il y a de danger dire du mal.
-
-9
-
-L'homme qui sait se taire, mme s'il a raison, possde une grande force.
-
-CATON.
-
-
-
-VI.--_L'utilit du Silence._
-
-1
-
-Laisse davantage reposer ta langue que tes bras.
-
-2
-
-Le silence est souvent la meilleure des rponses.
-
-3
-
-Tourne ta langue sept fois avant de te mettre parler.
-
-4
-
-Il faut ou bien se taire, ou bien dire des choses qui sont meilleures
-que le silence.
-
-5
-
-Celui qui parle beaucoup travaille peu. Un homme sage craint toujours
-que ses paroles ne promettent plus qu'il ne peut donner; c'est pourquoi
-il se tait le plus souvent, et ne parle que lorsque cela lui est
-ncessaire, lui, non aux autres.
-
-6
-
-J'ai vcu toute ma vie parmi les sages, et je n'ai rien trouv de mieux
-pour l'homme que le silence.
-
- _Le Talmud._
-
-7
-
-Si, sur cent fois, tu regrettes une fois de n'avoir pas dit ce qu'il
-fallait, tu regretteras srement 99 fois sur cent d'avoir parl
-lorsqu'il fallait te taire.
-
-8
-
-Seul le fait d'avoir exprim une bonne intention affaiblit dj le dsir
-de la raliser. Mais comment retenir l'expression des lans nobles et
-pleins de fatuit de la jeunesse? Ce n'est que bien plus tard qu'on les
-regrette comme on regrette d'avoir cueilli une fleur encore en bouton et
-que l'on voit ensuite fane et foule au pied.
-
-9
-
-La parole est la clef du coeur. Si la conversation est vaine, un seul mot
-est dj superflu.
-
-10
-
-Lorsque tu es seul, pense tes pchs; lorsque tu es en socit, oublie
-ceux des autres.
-
- _Sentence chinoise._
-
-11
-
-Pour un sot, le mieux est de se taire. Mais s'il le savait, il ne serait
-plus un sot.
-
-12
-
-Quand tu parles, tes paroles doivent tre meilleures que le silence.
-
- _Proverbe arabe._
-
-Celui qui est loquace ne peut viter le pch.
-
-Si la parole cote un denier, le silence en vaut deux.
-
-Si le silence sied aux sages, il convient d'autant plus aux sots.
-
- _Le Talmud._
-
-
-
-VII.--_L'Utilit de la temprance du langage._
-
-1
-
-Moins tu parleras, plus tu travailleras.
-
-2
-
-Deshabitue-toi de mdire, et tu prouveras, dans ton me, un
-accroissement de la capacit d'aimer, tu ressentiras une augmentation de
-vie et de bonheur.
-
-3
-
-Mahomet et Ali rencontrrent un jour un homme qui, considrant Ali
-comme son offenseur, se mit l'injurier. Assez longtemps, Ali supporta
-cela patiemment et en silence; finalement, ne se contenant plus, il se
-mit rpondre par des injures aux injures. Alors, Mahomet s'carta
-d'eux. Lorsqu'Ali revient Mahomet, il lui dit d'un ton vex:
-Pourquoi m'as-tu laiss seul supporter les injures de cet homme
-insolent?--Lorsque cet homme t'injuriait et que tu te taisais, dit
-Mahomet, je voyais dix anges autour de toi et qui lui rpondaient.
-Mais quand tu t'es mis lui rpondre par des injures, les anges
-t'abandonnrent, et je me suis cart galement.
-
- _Lgende musulmane._
-
-4
-
-Cacher les dfauts des autres gens et parler de ce qu'ils ont de bon est
-une preuve d'amour et le meilleur moyen pour attirer l'affection des
-prochains.
-
- Des _Pieuses Penses._
-
-5
-
-Le bonheur de la vie des hommes est dans l'amour entre eux; or, une
-mauvaise parole dtruit l'amour.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXIII
-
-PENSE
-
-
-De mme que l'homme peut s'abstenir de commettre un acte qu'il croit
-mauvais, il peut repousser une pense qui l'attire et qu'il croit
-mauvaise. C'est en cette abstention de penses qu'est la force
-principale de l'homme, parce que tous les actes naissent de la pense.
-
-
-I.--_Le rl de la pense._
-
-1
-
-On ne peut se dbarrasser des pchs, des tentations et des
-superstitions par l'effort physique. Cela n'est possible que par
-l'effort de la pense. C'est par l'effort de la pense qu'on peut
-s'habituer l'abngation, l'humilit, la droiture. Quand l'homme
-aspire l'abngation, l'humilit, la droiture, il a galement
-la force de lutter dans la vie quotidienne contre les pchs, les
-tentations et les superstitions.
-
-2
-
-Bien que ce ne soit pas la pense qui nous ait rvl que l'on doit
-aimer--elle ne pouvait nous le rvler--elle importe en raison de ce
-fait qu'elle nous indique ce qui empche l'amour. C'est prcisment cet
-effort intellectuel contre ce qui empche l'amour qui est plus important
-et plus ncessaire que tout le reste.
-
-3
-
-Si l'homme n'avait pas la facult de rflchir, il ne comprendrait pas
-pourquoi il vit. Et s'il ne le comprenait pas, il n'aurait pu savoir ce
-qui est bien et ce qui est mal. C'est pourquoi il n'y a rien de plus
-cher l'homme que de savoir penser.
-
-4
-
-Les hommes envisagent les doctrines morales et religieuses, d'une
-part, et la conscience, de l'autre, comme deux guides diffrents. En
-ralit, il n'y a qu'un seul guide: la conscience, c'est--dire, la
-reconnaissance de la voix de Dieu qui vit en nous. Cette voix dcide
-indubitablement pour chaque homme ce qu'il doit ou ne doit pas faire; et
-chaque homme peut toujours voquer cette voix par un effort de pense.
-
-5
-
-Si l'homme ne savait pas que ses yeux pouvaient voir et s'il ne les
-ouvrait jamais, il aurait t trs misrable. De mme, et plus encore,
-est misrable l'homme qui ne comprend pas que la facult de penser lui
-est donne pour supporter tous les malheurs. Si l'homme est raisonnable,
-il lui sera facile de les supporter; d'abord, parce que sa raison lui
-dira que tous les malheurs passent et se transforment en bonheur,
-et ensuite, que chaque malheur est utile un homme raisonnable. Et
-pourtant, au lieu de regarder le malheur en face, les hommes tchent de
-l'viter.
-
-Ne serait-il pas prfrable de nous rjouir de ce que Dieu nous ait
-donn la facult de ne pas nous chagriner de ce qui nous arrive,
-indpendamment, de notre volont, et de Le remercier de ce qu'Il ait
-subordonn notre me uniquement ce qui est en notre pouvoir: notre
-raison? Il n'a soumis notre me ni nos parents, ni nos frres, ni
- la richesse, ni notre corps, ni la mort. Par Sa bont, Il l'a
-seulement subordonne ce qui dpend de nous: nos penses.
-
-C'est sur ces penses-l et sur leur puret que nous devons veiller de
-toutes nos forces pour notre bien.
-
- D'aprs PICTTE
-
-6
-
-Lorsque nous apprenons une nouvelle pense et que nous la trouvons
-juste, il nous semble l'avoir connue depuis longtemps et nous rappeler
-maintenant de ce que nous savions dj. Toute vrit se trouve dj dans
-l'me de tout homme. Ne l'touffe pas seulement par le mensonge, et, tt
-ou tard, elle se rvlera toi.
-
-7
-
-Souvent nous vient une pense qui nous semble juste et trange la
-fois, et nous avons peur d'y croire. Mais, aprs avoir bien rflchi,
-nous voyons que la pense qui nous semblait trange est la plus simple
-vrit laquelle on ne peut plus cesser de croire, ds l'instant qu'on
-l'a apprise.
-
-8
-
-Pour pntrer dans la conscience de l'humanit, toute vrit doit
-traverser trois phases. La premire: C'est tellement inepte que ce
-n'est mme pas la peine de discuter. La deuxime: C'est immoral et
-contraire la religion. La troisime: Ah, c'est tellement connu de
-tous que ce n'est mme pas la peine d'en parler!
-
-9
-
-En vivant au milieu des hommes, n'oublie pas ce que tu as appris dans la
-solitude. Et rflchis dans la solitude sur ce que tes relations avec
-les autres t'ont appris.
-
-10
-
-Nous pouvons arriver la sagesse par trois chemins: d'abord, par la
-voie de l'exprience, et ce chemin-l est le plus difficile; ensuite,
-par la voie de l'imitation, et ce chemin-l est le plus facile; enfin,
-par la voie de la rflexion, et ce chemin-l est le plus noble.
-
- CONFUCIUS.
-
-
-
-II.--_La vie de l'homme est dtermine par ses penses._
-
-1
-
-Le sort de l'homme est tel et tel uniquement d'aprs la faon dont il
-comprend sa vie.
-
-2
-
-Tous les grands changements dans la vie d'un homme, de mme que dans la
-vie de l'humanit entire, commencent et s'accomplissent dans la pense.
-Pour qu'une modification puisse s'effectuer dans les sensations et les
-actes, un changement dans les penses doit s'effectuer d'abord.
-
-3
-
-Tout ce qui est bon et ncessaire aux hommes ne s'acquiert pas d'un
-coup, mais toujours au moyen d'un travail long et continu. C'est ainsi
-que l'on apprend les mtiers, qu'on acquiert des connaissances, et c'est
-ainsi que l'on apprend la chose plus difficile au monde: savoir vivre
-d'une vie juste.
-
-Pour apprendre vivre ainsi, il faut avant tout savoir s'habituer
-n'avoir que des bonnes penses.
-
-4
-
-Les passages de notre vie d'un tat dans un autre ne se dterminent
-pas par les actions, accomplies selon notre volont: par le mariage,
-le changement du lieu d'habitation, le changement de profession, etc.,
-mais par les penses qui nous viennent pendant la promenade, au milieu
-de la nuit, en mangeant et, surtout, par les penses qui, englobant tout
-notre pass, nous disent: Tu as agi ainsi, mais tu aurais mieux fait
-d'agir autrement. Et tous nos actes ultrieurs servent ces penses
-servilement, excutent leur volont.
-
- THOREAU.
-
-5
-
-Nos dsirs ne seront pas bons tant que nous n'aurons corrig les
-habitudes de notre raison; et ces habitudes se forment au contact des
-dductions de sagesse des meilleurs hommes de la terre.
-
- SNQUE.
-
-6
-
-Ce qui est calme peut tre maintenu dans le repos. Ce qui ne s'est
-pas encore manifest peut tre facilement prvenu. Ce qui est encore
-faible peut facilement tre bris. Ce qui n'est pas encore nombreux peut
-facilement tre dispers.
-
-Un gros arbre a commenc par tre une tige mince. Une tour neuf tages
-a commenc tre leve par la pose de quelques petites briques. Un
-voyage de mille lieues commence par un pas. Faites attention vos
-penses: elles sont le commencement de vos actes.
-
- LAO-TSEU.
-
-7
-
-De mme que la vie et la destine d'un homme sont dtermines par ce
- quoi nous prtons le moins d'attention, par ses penses, la vie des
-socits et des peuples est dtermine non par les vnements qui ont
-lieu dans ces socits et ces peuples, mais par les ides qui unissent
-la plupart des hommes de ces socits et de ces peuples.
-
-8
-
-Ne pense pas que seuls les hommes extraordinaires peuvent tre sages.
-La sagesse est ncessaire tous les hommes, et c'est pourquoi ils
-peuvent tous tre sages. La sagesse consiste savoir quelle est l'oeuvre
-de la vie et comment l'accomplir. Et pour l'apprendre, il suffit de
-se rappeler que la pense est une grande chose, et, par consquent,
-rflchir.
-
-
-
-III.--_La cause des plus grands malheurs des hommes rside non pas dans
-leurs actes, mais dans leurs penses._
-
-1
-
-Lorsqu'il t'arrive un malheur, sache que cela ne vient pas de ce que tu
-as fait, mais de ce que tu as pens.
-
-2
-
-Les penses qui provoquent les actes mauvais sont bien plus nuisibles
-que les actes eux-mmes. On peut ne pas recommencer une mauvaise action
-et s'en repentir; tandis que les mauvaises penses engendrent les
-mauvaises actions. Une mauvaise action aplanit seulement la route pour
-les autres mauvaises actions; les mauvaises penses entranent sur cette
-route.
-
-3
-
-Pour qu'un flambeau puisse donner une clart calme, il faut qu'il soit
-mis l'abri du vent. Si le flambeau est expos au vent, la lumire
-vacillera et donnera des ombres tranges. Les mmes ombres tomberont
-dans l'me de l'homme lorsque ses penses seront futiles, vacillantes et
-incontrles.
-
- _Sagesse brahmane._
-
-
-
-IV.--_L'homme est matre de ses penses_
-
-1
-
-Notre vie peut tre bonne ou mauvaise, suivant la qualit de nos
-penses. Or on peut les gouverner. C'est pourquoi, pour vivre bien,
-l'homme doit travailler ses penses, ne pas couter les mauvaises.
-
-2
-
-Travaille purifier tes penses. Si tu n'as pas de mauvaises penses,
-tu ne commettras pas de mauvaises actions.
-
- CONFUCIUS.
-
-3
-
-Tout est dans le pouvoir du Ciel, sauf notre dsir de servir Dieu ou
-nous-mmes. Nous ne pouvons empcher les oiseaux de voler au-dessus de
-nos ttes, mais nous pouvons ne pas les laisser y faire leurs nids. De
-mme, nous ne pouvons empcher les mauvaises penses de traverser notre
-esprit, mais nous avons le pouvoir de ne pas les laisser y faire leur
-nid pour couver et engendrer de mauvaises actions.
-
- LUTHER.
-
-4
-
-On ne peut chasser une mauvaise pense lorsqu'elle vient l'esprit,
-mais on peut comprendre que cette pense est mauvaise. Et si l'on
-sait qu'elle est mauvaise, on peut ne pas s'y abandonner. Il nous
-vient l'ide que tel ou tel autre homme est mchant. Je ne pouvais pas
-m'empcher de le penser, mais si j'ai compris que cette ide tait
-mauvaise, je peux me souvenir que c'est mal de mdire des gens, que je
-suis mauvais moi-mme, et je peux ainsi me contenir de la mdisance,
-mme par la pense.
-
-5
-
-Si tu veux que ta pense te serve, tche de rflchir indpendamment de
-tes sentiments et de ta situation, c'est--dire de ne pas agir contre
-tes ides afin de justifier la sensation que tu prouves, ou la chose
-que tu as faite ou que tu feras.
-
-
-
-
-V.--_Il faut vivre d'une vie spirituelle pour avoir la force de
-gouverner ses penses_.
-
-1
-
-Nous croyons souvent que la plus grande force qui existe au monde est la
-force matrielle. Nous le pensons, parce que notre corps, que nous le
-voulions ou non, sent toujours cette force. Mais la force spirituelle,
-la force de la pense, nous semble insignifiante, et nous ne la
-reconnaissons pas pour une force. Cependant, c'est en elle qu'est la
-vraie force, celle qui modifie notre vie et la vie des autres hommes.
-
-2
-
-Notre vie est meilleure ou plus mauvaise, selon que nous nous
-reconnaissons notre nature d'tres charnels ou d'tres spirituels. Dans
-le premier cas, nous affaiblissons notre vie relle, nous dveloppons,
-nous excitons les passions, la cupidit, la lutte, la haine, la crainte
-de la mort. Tandis que si nous reconnaissons notre nature d'tres
-spirituels, nous exaltons, nous levons la vie, nous la librons des
-passions, de la lutte, de la haine, nous librons l'amour. Le transfert
-de la conscience de l'tre charnel dans un tre spirituel s'effectue au
-moyen d'un effort de pense.
-
-3
-
-Voici ce que Snque crivait un ami: Tu fais bien, mon cher Lucain,
-de tcher de maintenir ton esprit bon et charitable par tes propres
-forces. Tout homme peut toujours se mettre dans cet tat d'me. Pour
-cela, on n'a pas besoin d'lever les bras au ciel et de demander au
-garde du temple la permission de nous approcher de Dieu afin qu'il
-puisse mieux nous entendre: Dieu est toujours prs de nous, Il est en
-nous. En nous vit le Saint Esprit, tmoin et gardien de tout ce qui est
-bon et de tout ce qui est mauvais. Il agit avec nous comme nous agissons
-envers Lui. Si nous le soignons, Il nous soigne.
-
-4
-
-Lorsque, plongs dans nos penses, nous ne savons pas ce qui est
-bon et ce qui est mal, nous devons nous retirer du monde; seule la
-proccupation de l'opinion du monde nous empche de voir le bien et le
-mal. Se retirer du monde--c'est--dire rentrer en soi-mme,--c'est
-aider la dispersion de tous les doutes.
-
-5
-
-Il n'est facile de lutter avec les tentations que lorsqu'on ne leur est
-pas encore assujetti.
-
-Dans les soucis et l'excitation des tentations, on n'a pas le temps de
-chercher des remdes pouvant contrebalancer nos dsirs. Etablis tes
-desseins lorsque les tentations sont absentes, lorsque tu es seul.
-
- BENTHAM.
-
-
-
-VI._--La facult de s'unir par la pense aux vivants et aux morts est
-un des grands bienfaits dont jouit l'homme._
-
-1
-
-Les jeunes gens disent souvent: Je ne veux pas vivre d'aprs les
-autres, je rflchirai par moi-mme. Ceci est absolument juste: l'ide
- soi est plus chre que toutes les ides des autres. Mais pourquoi
-rflchir des choses auxquelles on a dj rflchi? Prends ce qui est
-prt et va plus loin. La force de l'humanit consiste en ce qu'on peut
-profiter des penses d'autrui et aller plus loin.
-
-2
-
-Les efforts qui librent l'homme des pchs, des tentations et des
-superstitions, s'effectuent avant tout dans la pense.
-
-L'aide principale de l'homme dans cette lutte consiste en ce qu'il
-peut se joindre l'activit raisonnable de tous les sages et de tous
-les saints de ce monde qui ont vcu avant lui. Cette communion avec
-les penses des saints et des sages est la prire, c'est--dire, la
-rptition des paroles par lesquelles ces hommes exprimaient leurs
-rapports envers leur me, envers les autres hommes, envers le monde et
-son principe.
-
-3
-
-Depuis les temps les plus reculs, il est reconnu que la prire est
-indispensable l'homme.
-
-Pour les hommes de l'ancien temps, la prire tait--et elle l'est encore
-maintenant pour la plupart d'entre nous--un appel Dieu, ou aux
-dieux, fait dans certains endroits et au moyen de certains procds et
-expressions, avec l'intention d'apaiser les divinits.
-
-La doctrine chrtienne ne connat pas ces prires-l. Elle nous apprend
-que la prire est indispensable, non comme un moyen de nous dbarrasser
-des malheurs de ce monde et d'acqurir des bienfaits, mais comme celui
-de nous raffermir dans nos bonnes penses.
-
-4
-
-La vraie prire est importante et ncessaire l'me, parce que quand
-nous nous trouvons ainsi seul avec Dieu, notre pense s'lve jusqu'au
-degr suprme qu'elle peut atteindre.
-
-5
-
-Le Christ a dit: lorsque tu pries, reste seul (MATTH. VI, 5-6). Alors
-seulement, Dieu t'entendra. Dieu est en toi et, pour qu'il t'entende, tu
-dois chasser tout ce qui te Le cache.
-
-6
-
-Priez toutes les heures. La prire la plus difficile et la plus
-ncessaire est celle o l'on doit se souvenir, au milieu du mouvement de
-la vie, de ses obligations devant Dieu et devant Sa loi.
-
-Tu t'effraies, tu te fches, tu es confus, tu te passionnes, fais un
-effort, souviens-toi qui tu es et ce que tu dois faire. C'est en cela
-que consiste la prire. C'est difficile au dbut, mais cette habitude
-peut se former.
-
-7
-
-Il est bon de modifier sa prire, c'est--dire l'expression de
-ses rapports envers Dieu. L'homme grandit constamment, change, et,
-par suite, ses rapports envers Dieu doivent aussi se modifier et
-s'claircir. La prire aussi doit changer.
-
-
-
-VII.--_La vie juste est impossible sans un effort de pense._
-
-1
-
-Matrise tes penses si tu veux atteindre ton but. Fixe le regard de ton
-me sur l'unique lumire pure qui est exemple de passion.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-2
-
-La rflexion est le chemin de l'immortalit; l'tourderie est le chemin
-de la mort. Ceux qui veillent dans la rflexion ne meurent jamais; les
-tourdis, les incroyants sont pareils aux morts.
-
-Eveille-toi toi-mme; alors, protg par toi-mme et t'approfondissant
-toi-mme, tu ne changeras pas.
-
- _Sagesse brahmane._
-
-3
-
-La vraie force de l'homme n'est pas dans ses lans, mais dans sa
-tendance ferme et tranquille vers le bien qu'il tablit dans ses
-penses, exprime par ses paroles et excute par ses actes.
-
-4
-
-Si tu remarques, en jetant un coup d'oeil en arrire sur ta vie, qu'elle
-est devenue meilleure, plus charitable, plus libre de pchs, de
-tentations et de superstitions, sache que ce succs n'est d qu'au
-travail de ta pense.
-
-5
-
-Voici ce que Confucius dit de l'importance de la pense:
-
-La vraie doctrine donne aux hommes le bien suprme: la rgnration et
-la facult de sjourner dans cet tat. Pour obtenir ce bien suprme, il
-faut que la vie du peuple entier soit bien organise. Et pour cela, il
-faut que la famille soit bien organise; et pour que la famille soit
-bien organise, il faut qu'une bonne organisation prside ta propre
-vie; et pour cela, il faut que ton coeur soit amlior; et pour amliorer
-ton coeur, il faut que tu aies des penses claires et justes.
-
-
-
-VIII.--_Seule la facult de penser distingue l'homme de la bte._
-
-1
-
-L'homme se distingue de la bte uniquement parce qu'il possde la
-facult de penser. Les uns augmentent cette facult, les autres ne se
-soucient pas de cela. Ces gens-l semblent vouloir renoncer ce qui les
-distingue de la bte.
-
- _Sagesse-orientale._
-
-2
-
-Compar la nature qui l'environne, l'homme n'est qu'un faible roseau
-pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'craser.
-Une vapeur, une goutte, suffit pour le tuer. Mais quand l'univers
-l'craserait, l'homme serait encore plus noble que ceux qui le tuent,
-parce qu'il sait qu'il meurt; et l'avantage que l'univers a sur lui,
-c'est que l'univers n'en sait rien.
-
-Toute notre dignit consiste donc en la pense. C'est de l qu'il faut
-nous relever, non de l'espace et de la dure, que nous ne saurions
-remplir. Travaillons donc bien penser: voil le principal de la morale.
-
- PASCAL.
-
-3
-
-L'homme peut apprendre lire et crire; mais cela ne lui apprendra
-pas s'il doit ou non crire une lettre son ami, ou formuler une
-plainte contre celui qui l'a offens. L'homme peut tudier la musique,
-mais cela ne lui apprendra pas quand on peut jouer et chanter et quand
-on ne peut le faire. Il en est de mme de tout. Seule la raison nous dit
-o et quand on peut faire les choses et o et quand on ne doit pas les
-faire.
-
-En nous douant de raison, Dieu a mis notre disposition ce dont nous
-avions le plus besoin. En nous accordant la raison, il semblait nous
-dire: Afin que vous puissiez viter le mal et profiter des bienfaits
-de la vie, j'ai mis en vous une parcelle divine de Moi-Mme. Je vous
-ai donn la raison. Si vous l'appliquez tout ce qui vous arrive,
-rien ne sera pour vous un obstacle ou une entrave sur le chemin que je
-vous ai destin, et jamais vous ne vous plaindrez ni de votre sort, ni
-des gens; vous ne mdirez pas d'eux et vous ne les flatterez point. Ne
-Me reprochez donc pas de ne pas vous avoir donn davantage. Ne vous
-suffit-il donc pas de vivre toute votre vie raisonnablement, dans le
-calme et la joie?
-
- D'aprs PICTTE.
-
-4
-
-Un sage proverbe dit: Dieu vient vers nous sans sonner. Cela veut
-dire qu'il n'y a pas de cloison entre nous et l'infini, qu'il n'y a pas
-de mur entre l'homme-consquence et Dieu-cause. Les murs sont tombs,
-nous sommes exposs aux profondes ractions des facults divines.
-Seul le travail de l'esprit tient ouvert l'orifice par lequel nous
-communiquons avec Dieu.
-
- D'aprs EMMERSON.
-
-5
-
-L'homme est visiblement fait pour penser; c'est toute sa dignit et tout
-son mrite; et tout son devoir est de penser comme il faut; et l'ordre
-de la pense est de commencer par soi, et par son auteur et sa fin; or,
- quoi pense le monde? Jamais cela, mais danser, jouer du luth,
- chanter, faire des vers, courir la bague, etc., se btir, se
-faire roi, sans penser ce que c'est que d'tre roi et que d'tre homme.
-
- PASCAL.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXIV
-
-L'ABNGATION
-
-
-Le bonheur de l'homme est dans sa communion d'amour avec Dieu et avec
-ses prochains. Les pchs entravent ce bonheur. La cause des pchs est
-en ce fait que l'homme met son bonheur satisfaire les dsirs de son
-corps, et non aimer Dieu et son prochain. C'est pourquoi le bonheur de
-l'homme est dans l'affranchissement des pchs. S'affranchir des pchs,
-c'est faire un effort pour renoncer la vie charnelle.
-
-
-I.--_La loi de la vie est dans le renoncement la chair._
-
-1
-
-Tous les pchs charnels: la luxure, l'oisivet, le luxe, l'inimiti, la
-cupidit, viennent uniquement de ce qu'on reconnat son corps comme son
-moi, de ce qu'on soumet son me son corps.
-
-Alors Jsus dit Ses disciples: si quelqu'un veut venir avec Moi,
-qu'il renonce Lui-mme, qu'il se charge de sa croix et me suive.
-Car quiconque voudra sauver sa vie, la perdra; et quiconque perdra sa
-vie pour l'amour de moi, la trouvera; car que servirait-il l'homme
-de gagner tout le monde, s'il perdait son me? Ou bien, que donnerait
-l'homme en change de son me?
-
- MATTH, XVI, 24-26.
-
-3
-
-Voici pourquoi Mon Pre m'aime: c'est que Je donne ma vie pour la
-reprendre.
-
-Personne ne me l'te, mais Je la donne de Moi-mme; J'ai le pouvoir de
-la quitter, et le pouvoir de la reprendre. J'ai reu cet ordre de mon
-Pre.
-
- JEAN, X, 17-18.
-
-4
-
-Le fait que l'homme peut renoncer sa vie corporelle prouve clairement
-que l'homme est pourvu de quelque chose en vertu de quoi il renonce.
-
-5
-
-Plus on s'abandonne au charnel, plus on perd le spirituel.
-
-Plus tu renonces au charnel, plus tu reois de spirituel. Vois lequel
-des deux t'est plus ncessaire.
-
-6
-
-L'abngation n'est pas le renoncement soi-mme, mais le transport de
-son moi d un tre charnel dans un tre spirituel. Renoncer soi-mme,
-n'est pas renoncer la vie. Par contre, renoncer la vie charnelle,
-c'est augmenter la vraie vie spirituelle.
-
-7
-
-La raison dmontre l'homme que son bonheur ne peut tre dans la
-satisfaction des exigences de sa chair; c'est pourquoi la raison
-entrane l'homme irrsistiblement vers le bonheur qui lui est propre,
-mais qui ne se place pas dans sa vie corporelle.
-
-On pense et on dit gnralement que le renoncement la vie corporelle
-est un haut fait; ceci n'est pas exact. Ce renoncement n'est pas un
-exploit, mais une condition invitable de la vie de l'homme. Pour la
-bte, le bonheur dans la vie corporelle, et la prolongation de l'espce
-qui en dcoule, est le but suprme de la vie. Mais pour l'homme, cette
-vie, et la prolongation de l'espce, n'est qu'un degr de l'existence
-d'o s'ouvre pour lui le vrai bonheur de la vie, incompatible avec le
-bonheur de la vie charnelle. Pour l'homme, celle-ci n'est pas toute la
-vie, mais uniquement une condition de la vraie vie qui consiste en une
-communion de plus en plus grande avec le principe spirituel de l'univers.
-
-
-
-II.--_L'imminence de la mort amne ncessairement l'homme la
-conscience de la vie spirituelle qui n'est pas assujettie la mort._
-
-1
-
-Lorsqu'un enfant vient de natre, il lui semble qu'il n'y a que lui qui
-existe au monde. Il ne cde rien ni personne, ne veut rien savoir
-de personne et ne fait que rclamer ce qui lui est ncessaire. Il ne
-connat pas mme sa mre, il ne connat que son sein. Mais des jours,
-des mois, des annes passent, et l'enfant commence comprendre qu'il y
-a d'autres hommes pareils lui qui veulent aussi ce qu'il dsire pour
-lui. Et plus il vit, plus il comprend qu'il n'est pas seul au monde et
-qu'il doit, s'il en a la force, lutter contre les autres hommes pour
-obtenir ce qu'il dsire possder, ou bien, s'il n'a pas la force, se
-soumettre ce qui est. En outre, plus l'homme vit, plus il comprend
-clairement que sa vie ne dure qu'un temps, et que chaque heure peut se
-terminer par la mort. Il voit, aujourd'hui, demain, tantt l'un, tantt
-l'autre, emports par la mort, et il comprend que cela peut galement
-lui arriver tout instant et que cela arrivera srement tt ou tard. Et
-alors, l'homme ne peut ne pas comprendre qu'il n'y a pas de vraie vie
-dans son corps, et que tout ce qu'il pourrait faire dans cette vie pour
-son corps ne servirait rien.
-
-Et lorsque l'homme aura clairement compris tout cela, il comprendra
-galement que l'esprit qui vit en lui n'est pas uniquement en lui, mais
-en tous les hommes, dans tout l'univers, que cet esprit est l'Esprit
-de Dieu. Et ayant compris cela, l'homme n'attachera plus d'importance
- sa vie corporelle et fondera le but de sa vie sur la communion avec
-l'Esprit de Dieu, avec ce qui est ternel.
-
-2
-
-La mort, la mort, la mort nous guette tout instant. Notre vie
-s'accomplit en vue de la mort. Si vous travaillez pour votre vie
-charnelle venir, vous savez qu'une seule chose vous attend dans
-l'avenir: la mort. Et cette mort dtruit tout ce quoi vous avez
-travaill. Vous direz que vous travaillez pour le bien des gnrations
- venir; mais elles disparatront galement et il n'en restera rien.
-Par consquent, la vie, dans un but matriel, ne peut avoir aucun sens.
-La mort dtruit toute cette vie. Pour que la vie ait un sens, il faut
-que la mort ne puisse pas dtruire l'oeuvre de la vie. Et c'est cette
-vie-l que le Christ rvle aux hommes. Il montre aux hommes qu' ct
-de la vie charnelle, qui n'est qu'une apparence de la vie, il est une
-autre vie, la vraie, qui donne le vritable bonheur l'homme, et que
-chaque homme connat cette vie dans son coeur. La doctrine du Christ
-indique l'illusion de la vie personnelle, la ncessit d'y renoncer et
-de reporter le sens et le but de la vie dans une vie juste, la vie de
-l'humanit entire, dans la vie du Fils de l'homme.
-
-3
-
-Pour comprendre la doctrine du Christ indiquant le salut de la vie, il
-faut bien comprendre ce que disaient tous les prophtes, ce que disait
-Salomon, ce que disait Bouddha, ce que disaient tous les sages du monde
-entier sur la vie individuelle de l'homme. On peut, suivant l'expression
-de Pascal, ne pas y penser, porter devant soi des petits crans qui
-cacheraient au regard l'abme de la mort auquel nous courons tous; mais
-il n'y a qu' rflchir ce qu'est la vie corporelle individuelle pour
-se persuader que toute cette vie, si elle n'est que matrielle, n'a non
-seulement aucun sens, mais encore n'est qu'une mauvaise plaisanterie aux
-dpens du coeur, de la raison de l'homme et de tout ce qu'il y a de bon
-en lui. C'est pourquoi, pour comprendre la doctrine du Christ, il faut
-tout d'abord reprendre ses sens, rflchir, afin qu'il se fasse en nous
-ce que dit Jean, le prcurseur du Christ, en prchant sa doctrine des
-gens gars comme nous: Repentez-vous avant tout, c'est--dire, revenez
- vous; sinon, vous prirez tous.
-
-Lorsqu'on eut racont au Christ comment ont pri les Galilens par la
-main de Pilate, il dit: Pensez-vous que ces Galilens avaient commis
-plus de pchs que tous les Galilens pour avoir souffert ainsi? Je
-vous dis que non; mais si vous ne vous repentez pas, vous prirez tous
-ainsi. La mort invitable est devant vous tous. Nous tchons vainement
-de l'oublier, mais cela ne nous permettra pas de l'viter; au contraire,
-lorsqu'elle viendra par surprise, elle sera plus affreuse encore. Il n'y
-a qu'un seul moyen de salut: c'est de renoncer la vie qui meurt et de
-vivre de celle pour laquelle il n'y a pas de mort.
-
-4
-
-Celui qui ne voit pas son moi dans son corps mourant, connat la
-vrit de la vie.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-5
-
-C'est pourquoi je vous dis: ne soyez point en souci pour votre vie, de
-ce que vous mangerez et de ce que vous boirez; ni pour votre corps, de
-quoi vous serez vtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et
-le corps plus que le vtement?
-
-Regardez les oiseaux de l'air; car ils ne sment ni moissonnent, ni
-n'amassent dans des greniers, et votre Pre Cleste les nourrit.
-N'tes-vous pas beaucoup plus qu'eux?
-
-Et qui est-ce d'entre vous qui, par son souci, puisse ajouter une coude
- sa taille?
-
-Ne soyez donc point en souci, disant que mangerons-nous, que
-boirons-nous et de quoi serons-nous vtus.
-
-Mais cherchez premirement le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes
-ces choses vous serons donnes par surcrot.
-
-Ne soyez donc point en souci du lendemain; car le lendemain aura le
-souci de ce qui le regarde: chaque jour suffit sa peine.
-
- MATTH., VI, 25-37, 31,33-34.
-
-
-
-III.--_Le renoncement son moi corporel rvle Dieu dans l'me de
-l'homme._
-
-1
-
-Plus l'homme renonce son moi corporel, plus Dieu se rvle lui. Le
-corps cache Dieu l'homme.
-
-2
-
-Si tu veux arriver connatre le moi universel, tu dois, avant tout,
-apprendre te connatre toi-mme. Et pour cela, tu dois sacrifier ton
-moi au moi universel.
-
-_Sagesse brahmane._
-
-3
-
-Si tu mprises le monde, ce n'est pas un grand mrite. Pour celui qui
-vit selon Dieu, lui-mme et le monde seront toujours rien.
-
- ANGLUS.
-
-4
-
-Le renoncement la vie corporelle est prcieux, ncessaire et joyeux
-uniquement lorsqu'il est religieux, c'est--dire, lorsque l'homme
-renonce lui-mme, son corps, afin d'accomplir la volont du Dieu
-qui vit en lui. Mais lorsque l'homme renonce la vie corporelle, non
-pour excuter la volont de Dieu, mais pour accomplir sa volont lui
-et celle des hommes qui sont pareils lui, une telle abngation n'est
-ni prcieuse, ni ncessaire, ni joyeuse, mais uniquement nuisible
-lui-mme et aux autres.
-
-5
-
-Si vous tchez de plaire aux hommes pour qu'ils vous soient
-reconnaissants, vous travaillerez en vain. Mais si vous faites du bien
-aux autres sans songer eux, pour Dieu, vous vous ferez du bien, et les
-autres vous seront reconnaissants.
-
-Dieu se souvient de celui qui ne pense pas lui-mme, et Dieu oublie
-celui qui pense lui-mme.
-
-6
-
-C'est seulement quand notre corps meurt, que nous ressuscitons en Dieu.
-
-7
-
-Si tu n'attends rien et que tu ne veux rien recevoir des autres hommes,
-ceux-ci ne peuvent pas te faire peur, de mme qu'une abeille ne craint
-pas une autre et qu'un cheval n'a pas peur d'un autre. Mais si ton
-bonheur est dans le pouvoir des autres hommes, tu les craindras srement.
-
-C'est par l que l'on doit commencer: il faut renoncer tout ce qui ne
-nous appartient pas, y renoncer au point qu'il ne soit pas notre matre,
-renoncer tout ce qui est ncessaire au corps, renoncer l'amour de
-la richesse, de la gloire, des fonctions, des honneurs, renoncer ses
-enfants, sa femme, ses frres. Tu dois te dire que tout cela n'est
-pas ta proprit.
-
-Mais comment arriver cela? Subordonner sa volont la volont de
-Dieu: s'Il veut que j'aie la fivre--je le veux aussi. S'il veut que je
-fasse ceci et non pas cela--je le veux aussi. S'Il veut qu'il m'arrive
-une chose laquelle je ne m'attendais pas--je le veux aussi.
-
- PICTTE.
-
-8
-
-La volont propre ne se satisfera jamais, quand elle aurait pouvoir
-de tout ce qu'elle veut; mais on est satisfait ds l'instant qu'on y
-renonce. Sans elle, on ne peut tre content. La vraie et unique vertu
-est donc de se har, car on est hassable par sa concupiscence, et de
-chercher un tre vritablement aimable, pour l'aimer. Mais, comme nous
-ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un tre qui soit
-en nous, et qui ne soit pas nous, et cela est vrai d'un chacun de tous
-les hommes. Or, il n'y a que l'tre universel qui soit tel. Le royaume
-de Dieu est nous (Luc, XVII, 21); le bien universel est en nous-mmes et
-ce n'est pas nous.
-
- PASCAL.
-
-
-
-IV.--_Le vrai amour envers les hommes n'est possible que par
-l'abngation._
-
-1
-
-Seul ce qui ne vit pas pour soi-mme ne prit pas. Mais pourquoi celui
-qui ne vit pas pour lui-mme vivra-t-il? On peut ne pas vivre pour
-soi-mme alors seulement qu'on vit pour Tout. C'est en vivant pour le
-Tout que l'homme peut tre et est tranquille.
-
- LAO-TSEU.
-
-2
-
-Quand mme tu le voudrais, tu ne pourrais pas sparer ta vie de celle
-de l'humanit. Tu vis dans l'humanit, par elle et pour elle. En vivant
-parmi les hommes, tu ne peux pas ne pas renoncer toi-mme, parce que
-nous sommes tous crs pour agir d'un commun accord, comme les jambes,
-les bras, les yeux, et l'accord ne serait pas possible sans l'abngation.
-
- MARC-AURLE.
-
-3
-
-On ne saurait se contraindre l'amour des autres. On ne peut que
-rejeter ce qui empche l'amour. Et ce qui l'empche, c'est l'amour de
-son moi matriel.
-
-4
-
-Tu aimeras ton prochain comme toi-mme ne veut pas dire que tu dois
-tcher d'aimer ton prochain. On ne peut pas se forcer aimer. Tu
-aimeras ton prochain veut dire que tu dois cesser de t'aimer plus que
-tout. Et ds que tu ne t'aimeras plus ainsi, tu te mettras aimer ton
-prochain comme toi-mme.
-
-5
-
-Il faut s'habituer de se dire lorsqu'on rencontre un homme: je ne
-penserai qu' lui, et non pas moi-mme.
-
-6
-
-I suffit de penser soi au beau milieu d'un discours, pour perdre le
-fil de ses ides. De mme, quand nous nous oublions compltement, que
-nous sortons de nous-mmes, nous pouvons communiquer fructueusement avec
-les autres, les servir et avoir sur eux une influence bienfaisante.
-
-7
-
-Plus la vie d'un homme est confortable et mieux organise
-extrieurement, plus la joie de l'abngation est loin et difficile pour
-lui. Les riches en sont presque entirement privs. Au pauvre, tout
-travail interrompu dans le but de venir en aide son prochain, chaque
-morceau de pain tendu un mendiant, procure la joie de l'abngation.
-
-8
-
-Ce que tu as donn est toi, ce que tu as gard est aux autres.
-
-Si tu t'es priv de quelque chose pour le donner aux autres, tu t'es
-fait du bien toi-mme; ce bien est jamais toi et personne ne peut
-te le prendre.
-
-Mais si ta as gard ce qu'un autre voulait prendre, lu ne l'as que
-pour un temps ou jusqu'au moment o tu devras le rendre. Et tu devras
-srement le rendre lorsque la mort sera venue.
-
-9
-
-Serait-il possible de ne pouvoir esprer qu'il viendra un jour o les
-gens verront qu'il leur est tout aussi facile de vivre pour les autres
-qu'il leur est facile de mourir la guerre dont ils ne connaissent pas
-la cause? Il suffit aux hommes d'avoir cet effet un peu plus de force
-d'esprit et un peu plus de conscience.
-
- BRAUN.
-
-
-
-V.--_L'homme qui emploie toutes ses forces satisfaire uniquement ses
-besoins bestiaux, dtruit sa vraie vie._
-
-1
-
-Si l'homme ne pense qu' lui-mme et cherche partout son profit, il ne
-peut tre heureux. Si tu veux rellement vivre pour toi-mme, vis pour
-les autres.
-
- SNQUE.
-
-2
-
-Pour comprendre combien il est indispensable de renoncer la vie
-corporelle pour la vie spirituelle, il suffit de se reprsenter combien
-serait terrible et rpugnante une vie consacre uniquement la
-satisfaction des dsirs charnels. La vraie vie ne commence qu'au moment
-o l'homme renonce toute bestialit.
-
-3
-
-Par la parabole des vignerons (MATTH., 33-42), le Christ claircit
-l'erreur des gens qui prennent l'apparence de la vie--leur vie
-charnelle--pour la vraie vie.
-
-A force d'habiter le jardin cultiv de leur matre, des gens se crurent
-propritaires du jardin. Et de cette conception errone il rsulte une
-srie d'actes insenss et cruels accomplis par ces gens qui, finalement,
-sont chasss du jardin, exclus de la vie. De mme, nous nous sommes
-imagins que la vie de chacun de nous est notre vie personnelle, que
-nous y avons droit et pouvons en jouir notre gr, n'ayant aucune
-obligation envers personne. Aussi, commettons-nous invitablement la
-mme srie d'actes cruels et insenss et sommes de mme exclus de la
-vie. Comme les habitants du jardin avaient oubli que le jardin leur
-avait t donn en tat, entour d'un foss et d'une clture, pourvu
-d'un puits, que quelqu'un avait travaill leur intention et attend,
-par suite, qu'ils fournissent galement du travail, les hommes qui ne
-possdent qu'une vie personnelle ont oubli, ou veulent oublier, tout ce
-qui a t fait pour eux avant leur naissance, ce qui se fait au cours de
-leur vie, et ce qu'on attend d'eux.
-
-D'aprs la doctrine du Christ, de mme que les vignerons, qui habitaient
-une vigne qu'ils n'avaient pas travaille, doivent sentir et comprendre
-qu'ils ont contract une dette constante envers leur matre, les hommes
-doivent sentir et comprendre que, depuis leur naissance et jusqu'
-la mort, ils ont contract une dette envers ceux qui ont vcu avant
-eux, qui vivent encore et qui vivront, et envers ce qui tait, est
-et sera toujours le commencement de tout. Ils doivent comprendre que
-chaque heure de leur existence confirme cette obligation, et que, par
-consquent, l'homme qui vit pour lui-mme et qui nie cette obligation,
-l'attachant la vie et son principe, se prive lui-mme de la vie.
-
-4
-
-Les hommes pensent que l'abngation compromet la libert. Ils ne
-savent pas que seule l'abngation nous donne la vraie libert, en nous
-dbarrassant de nous-mmes, de l'esclavage de notre dpravation. Nos
-passions sont les tyrans les plus cruels: il suffit de renoncer eux,
-et tu te sentiras libre.
-
- FNELON.
-
-5
-
-La conscience de notre mission, qui implique la loi de l'abngation, n'a
-rien de commun avec la jouissance de la vie. Si nous voulions confondre
-la conscience de notre mission avec la jouissance, et que nous offrions
-ce mlange, en qualit de remde, une me malade, ces deux lments se
-seraient spars spontanment. Mais si cela n'avait pas eu lieu et que
-la conscience de la haute destination de l'homme n'avait produit aucun
-effet, et que la vie corporelle aurait acquis, en aspirant au plaisir,
-une certaine force qui correspondrait avec la destination, la vie morale
-de l'homme aurait disparu sans retour.
-
- KANT.
-
-
-
-VI.--_On ne peut se librer de ses pchs qu' condition de renoncer
-soi-mme._
-
-1
-
-Le renoncement au bonheur corporel pour le bonheur spirituel est
-la consquence d'une modification de la conscience; c'est--dire un
-homme qui se croyait tre d'abord purement un animal, commence se
-reconnatre comme un tre spirituel. Quand ce changement s'est effectu,
-ce qui semblait avant une privation, une souffrance, n'est plus une
-privation ni une souffrance, mais une prfrence naturelle du meilleur
-au plus mauvais.
-
-2
-
-On croit et on dit que pour remplir la mission de la vie, il faut avoir
-la sant, l'aisance et, en gnral, tre dans des conditions extrieures
-favorables. C'est inexact: la sant, l'aisance et les conditions
-extrieures favorables ne sont pas ncessaires pour remplir sa mission
-et obtenir le bonheur. Il nous est donn la possibilit d'acqurir le
-bien spirituel et que rien ne peut dtruire: le bien de dvelopper
-en soi l'amour. Seulement, il faut croire en cette vie spirituelle,
-concentrer vers elle tous ses efforts.
-
-Tu mnes une vie charnelle, tu travailles pour elle; mais ds que
-tu trouves des obstacles dans cette vie, transporte-toi dans la vie
-spirituelle; car la vie spirituelle est toujours libre. C'est comme
-les ailes de l'oiseau. L'oiseau marche sur ses pattes. Mais voil que
-survient un obstacle, un danger, et l'oiseau, ayant foi en ses ailes,
-les dploie et survole.
-
-3
-
-L'unique oeuvre joyeuse et vraie de la vie est d'lever son me; et pour
-lever son me, il faut renoncer soi-mme. Commence par le renoncement
-dans les petites choses; lorsque tu t'habitueras renoncer aux petites,
-tu pourras renoncer aux grandes.
-
-4
-
-Lorsque la lumire de ta vie spirituelle s'teint, l'ombre noire de
-tes dsirs charnels tombe sur ton chemin.--Mfie-toi de cette terrible
-ombre: la lumire de ton esprit, ne peut dtruire ces tnbres tant que
-tu n'auras pas chass les dsirs de ton me.
-
- _Sagesse brahmane._
-
-5
-
-La plus grande difficult de se librer de l'gosme matriel rside en
-ce fait que cet gosme est une condition indispensable de la vie. Il
-est indispensable et naturel pendant l'enfance; mais il doit faiblir et
-disparatre mesure que la raison s'claire.
-
-L'enfant n'prouve pas de remords de conscience pour son gosme; mais
- mesure que la raison s'claire, l'gosme devient un poids pour
-soi-mme; au cours de la vie, l'gosme faiblit de plus en plus, et
-lorsqu'on approche de la mort, il disparat entirement.
-
-6
-
-Totalement renoncer soi-mme, c'est devenir Dieu; vivre uniquement
-pour soi-mme, c'est devenir une brute absolue. La vie humaine se
-passe dans, l'loignement progressif de la vie bestiale et dans le
-rapprochement graduel de la vie divine.
-
-7
-
-Sans sacrifice, il n'y a pas de vie. Toute la vie, que tu le veuilles ou
-non, n'est qu'un sacrifice du corporel au spirituel.
-
-VII--_Le renoncement sa personnalit bestiale donne l'homme le vrai
-bonheur spirituel qui est inalinable._
-
-1
-
-Une seule et mme loi rgit la vie de chaque homme et celle de tous les
-hommes; cette loi dit: pour amliorer la vie, il faut tre prt la
-donner.
-
-2
-
-L'homme ne peut connatre les consquences de sa vie d'abngation, mais
-il n'a qu' l'essayer pour un temps, et je suis sr que tout honnte
-homme reconnatra l'influence favorable qu'avaient sur son me et son
-corps les instants, mme fugitifs, pendant lesquels il ne pensait plus
-lui-mme et renonait sa personnalit corporelle.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-3
-
-L'homme est comme un nuage dont l'eau se dverse sur les champs, les
-prs, les forts, les jardins, les tangs, les rivires. La pluie
-a pass, elle a rafrachi et donn la vie des millions de jeunes
-pousses, d'pis, de buissons, d'arbres; le nuage est devenu clair et
-transparent et bientt il disparatra compltement. Il en est de mme
-de la vie corporelle d'un homme de bien: il est venu en aide bien des
-gens, il leur a facilit la vie, il leur a montr la voie suivre, les
-a consols; maintenant, il est vid et, en mourant, il se relire l o
-vit seul l'ternel, l'invisible, le spirituel.
-
-4
-
-Les arbres donnent leurs fruits et mme leur corce, leurs feuilles
-et leur suc ceux qui en ont besoin. Heureux est l'homme qui en fait
-autant! Mais il y a peu de gens qui le comprennent et qui agissent ainsi.
-
- KRISHNA.
-
-5
-
-Le bonheur n'est pas possible tant qu'on ne cesse penser soi-mme.
-Mais on ne peut le faire incompltement. Si le moindre souci de soi-mme
-reste, tout est gt.... Je sais que c'est difficile, mais je sais
-galement qu'il n'y a pas d'autre moyen d'acqurir le bonheur.
-
- CARPENTER.
-
-6
-
-Bien des gens pensent que si l'on exclut la personnalit et l'amour,
-il ne restera plus rien dans la vie. Ils s'imaginent que, sans
-personnalit, il n'y a pas de vie. Mais cela semble seulement ceux qui
-n'ont jamais prouv la joie de l'abngation. Rejette ta personnalit,
-renonce elle, et il te restera ce qui est l'essence de la vie:
-l'amour, donnant le bienfait incontestable.
-
-7
-
-Plus l'homme apprend connatre son moi moral et plus il renonce la
-vie charnelle, mieux il se comprend lui-mme.
-
- _Sagesse brahmane._
-
-8
-
-Au point de vue du bonheur, la question de la vie est insoluble, parce
-que nos lans les plus levs nous empchent d'tre heureux. Au point de
-vue du devoir, la mme difficult subsiste, car le devoir accompli donne
-la paix et non le bonheur.
-
-Seul le divin amour et la communion avec Dieu suppriment cette
-difficult, car, dans ce cas, le sacrifice devient une joie constante,
-croissante etimmuable.
-
- AMIEL.
-
-9
-
-L'ide du devoir dans toute sa puret est non seulement bien plus
-simple, plus claire, plus comprhensible dans la pratiquent plus
-naturelle que l'impulsion venant du dsir du bonheur ou qui est lie
- lui (et qui exige toujours beaucoup d'artifice et de spculations
-approfondies), mais mme devant le simple bon sens, cette ide apparat
-comme bien plus puissante, plus persistante et promet bien plus de
-succs que toutes les impulsions provenant de l'gosme, condition
-que l'ide du devoir soit comprise par le bon sens tout fait
-indpendamment des impulsions gostes.
-
-La conscience que _je peux_ parce que _je dois_, rvle en l'homme la
-profondeur des dons divins, lui permettant, comme un saint prophte,
-de pressentir la puissance et la grandeur de sa vraie destination. Et si
-l'homme y faisait plus souvent attention et s'tait habitu sparer
-entirement la vertu de tous les avantages qui sont la rcompense du
-devoir accompli, si l'exercice de la vertu avait t la proccupation
-principale de l'ducation prive et sociale, l'tat moral des hommes se
-serait bientt amlior. Si l'exprience de l'histoire n'a pas encore
-donn de bons rsultats concernant la doctrine de la vertu, cela vient
-de la fausse conception que l'impulsion dduite de l'ide du devoir
-serait trop faible et distante, et qu'une impulsion plus proche,
-provenant d'un calcul sur les avantages que l'on doit attendre pour
-l'accomplissement du devoir, tant en ce monde que dans l'autre monde,
-agit plus fortement sur l'me. Tandis que, en ralit, la conscience
-de possder en soi le principe spirituel, suscitant le renoncement sa
-personnalit, incite l'homme, bien plus que toutes les rcompenses,
-obir la loi du bien.
-
- KANT.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXV
-
-L'HUMILIT
-
-
-Le plus grand bonheur de l'homme dans ce monde est de communiquer avec
-ses pareils. Les orgueilleux, en se mettant l'cart des autres, se
-privent eux-mmes de ce bien. Mais l'homme humble supprime tous les
-obstacles en lui-mme pour obtenir ce bonheur. C'est pourquoi l'humilit
-est une condition indispensable du vrai bonheur.
-
-
-I.--_L'homme ne peut tre fier de ses oeuvres, parce que tout le bien
-qu'il fait ne vient pas de lui, mais de l'lment divin qui vit en lui._
-
-1
-
-Seul l'homme qui sait que Dieu vit en son me peut tre humble. Un tel
-homme est absolument indiffrent ce que les gens disent de lui.
-
-2
-
-L'homme qui se crot matre de sa vie ne peut tre humble, parce qu'il
-pense qu'il n'est l'oblig de personne, ni de rien. Mais l'homme qui
-voit son oeuvre, dans le service de Dieu, ne saurait ne pas tre humble,
-parce qu'il sent toujours qu'il est loin d'avoir accompli toutes ses
-obligations.
-
-3
-
-Nous sommes souvent fiers de ce que nous avons bien fait, nous sommes
-fiers de ce que _nous avons fait_, et nous oublions que Dieu vit
-en chacun de nous et qu'en faisant le bien, nous ne sommes que les
-instruments de Son oeuvre.
-
-Dieu fait avec moi ce qui Lui est ncessaire, et moi je m'en vante.
-C'est comme si la pierre qui intercepte la source tait fire de ce que
-l'eau s'chappe d'elle, et que les hommes et les animaux boivent cette
-eau. On dira que la pierre peut tre fire de ce qu'elle est propre et
-qu'elle ne salit pas l'eau. Ceci encore n'est pas vrai. Si elle est
-propre, c'est uniquement parce que cette mme eau l'a lave et la lave
-toujours. Rien n'est nous, tout est Dieu.
-
-4
-
-Nous sommes les instruments de Dieu. Nous savons ce que nous devons
-faire, mais il ne nous est pas donn de savoir pourquoi nous le faisons.
-Celui qui comprend cela, ne peut ne pas tre humble.
-
-5
-
-L'oeuvre principale de la vie de chaque homme est de devenir plus
-charitable et meilleur. Et comment peut-on devenir meilleur si l'on se
-croit dj bon?
-
-6
-
-Il suffit de se croire non pas le matre, mais le serviteur, pour que
-les ttonnements, l'inquitude, le mcontentement se transforment en
-certitude, en tranquillit, en paix et en joie.
-
-
-
-II.--_Toutes les tentations viennent de l'orgueil._
-
-1
-
-Si l'homme tend Dieu, il ne peut jamais tre satisfait de lui-mme. Il
-aura beau avancer, il se sentira toujours loign de la perfection, car
-la perfection est infinie.
-
-2
-
-L'assurance est la qualit de la bte; l'humilit est la qualit de
-l'homme.
-
-3
-
-Celui qui se connat le mieux, s'estime le moins.
-
-4
-
-Celui qui est content de lui-mme, n'est jamais satisfait des autres.
-
-Celui qui est toujours mcontent de lui-mme, est toujours content des
-autres.
-
-5
-
-On dit un sage qu'il a la renomme d'tre mauvais. Il rpondit: C'est
-heureux qu'ils ne sachent pas tout sur moi: ils auraient dit des choses
-bien pires.
-
-6
-
-Il n'y a rien de plus utile l'me que de te souvenir que tu n'es qu'un
-vil scarabe et que toute ta force consiste pouvoir comprendre ta
-nullit et, par suite, d'tre humble.
-
-7
-
-Malgr le peu d'attention que la plupart des hommes attachent leurs
-dfauts, il n'y a pas d'homme qui ne se connaisse quelque chose de plus
-mauvais que ce qu'il sait sur son prochain.
-
-C'est pourquoi il est facile chaque homme d'tre humble.
-
- WOLSELEY.
-
-8
-
-Il suffit de rflchir un jeu pour se dcouvrir quelque dfaut envers le
-genre humain (ne serait-ce que cette faute qu'en vertu de l'ingalit
-des hommes, nous jouissons de certains avantages pour lesquels d'autres
-doivent prouver de plus grandes privations)--et cela nous empchera
-d'exagrer nos mrites au dtriment d'autres hommes.
-
- KANT.
-
-9
-
-On ne peut voir ses dfauts qu'avec les yeux des autres.
-
- _Proverbe chinois._
-
-10
-
-Chaque homme peut tre pour nous un miroir dans lequel nous voyons nos
-vices, nos dfauts et tout le mal qui est en nous; or, nous agissons le
-plus souvent comme un chien qui aboie contre le miroir, pensant que ce
-n'est pas lui qu'il voit l-dedans, mais un autre chien.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-11
-
-Les gens trop srs d'eux-mmes, sots et immoraux, inspirent souvent le
-respect aux gens modestes, sages et moraux, prcisment parce qu'un
-homme modeste, en se jugeant, ne peut pas comprendre qu'un mauvais homme
-puisse tellement se respecter.
-
-12
-
-Souvent les hommes les plus simples, les moins lettrs, les moins
-instruits, s'assimulent facilement la doctrine chrtienne, tandis que
-les plus savants croupissent dans le paganisme le plus vulgaire. Cela
-vient de ce que les gens simples sont le plus souvent humbles, et que
-les savants sont pour la plupart trop surs d'eux-mmes.
-
-13
-
-Pour comprendre raisonnablement la vie et la mort et attendre celle-ci
-en paix, il est indispensable de comprendre combien on est nul.
-
-Tu es une parcelle infiniment petite de quelque chose, et tu ne
-serais rien si tu n'avais pas une mission dtermine--une oeuvre.
-Cela seulement donne un sens et une signification ta vie. Ton oeuvre
-consiste profiter des instruments qui te sont donns, de mme qu'
-tout ce qui existe: d'user ton corps ce qui t'a t recommand.
-C'est pourquoi, toutes les oeuvres sont gales et tu ne peux pas faire
-plus qu'il ne t'a t command. Tu ne peux tre qu'adversaire de Dieu
-ou interprte de son oeuvre. De sorte que l'homme ne peut s'attribuer
-rien de grand ni d'important. Il suffit de s'attribuer quelque oeuvre
-exceptionnelle, pour qu'il n'y ait plus fin aux dceptions de la
-lutte, la jalousie, aux souffrances de toutes sortes, tu n'as qu'
-t'attribuer plus d'importance qu' la plante qui donne des fruits, et
-tu es perdu. La tranquillit, la libert, la joie de la vie, le courage
-devant la mort, ne sont donns qu' celui qui ne se croit dans cette vie
-rien de plus qu'un ouvrier de son Matre.
-
-
-
-III.--_L'Humilit unit les hommes par l'amour._
-
-1
-
-tre inconnu des hommes ou non compris d'eux, et ne pas s'en
-attrister--voil la qualit de l'homme rellement vertueux qui aime les
-autres.
-
- _Sagesse chinoise._
-
-2
-
-De mme que l'eau ne reste pas sur les sommets, la bont et la sagesse
-ne se rencontrent pas chez les orgueilleux. L'un comme les autres
-cherchent des terrains bas.
-
- _Sagesse persane._
-
-3
-
-Un homme charitable est celui qui se souvient de ses pchs et qui
-oublie le bien qu'il fait; un homme mchant est celui qui, au contraire,
-se souvient de sa bont et oublie ses pchs.
-
-Ne te pardonne pas, et tu pardonneras facilement aux autres.
-
-4
-
-On peut reconnatre un homme bon et intelligent ce qu'il considre
-tous les autres hommes meilleurs et plus intelligents que lui.
-
-Les gens les plus agrables ce sont les justes qui se croient pcheurs.
-Et les plus dsagrables ce sont les pcheurs qui se croient justes.
-
- PASCAL.
-
-6
-
-Combien il est difficile d'aimer, de plaindre les orgueilleux,
-confiants en eux-mmes! On voit, rien qu' cela, combien la modestie est
-non seulement bonne, mais encore avantageuse. Elle suscite ce qu'il y a
-de plus prcieux dans la vie: l'amour des hommes.
-
-7
-
-Tout le monde aime les humbles; nous voulons tous tre aims. Comment ne
-pas s'efforcer d'tre humbles?
-
-8
-
-Pour que les hommes puissent bien vivre, il faut que la paix rgne parmi
-eux. Et l o chacun veut tre au-dessus des autres, il ne peut y avoir
-de paix. Plus les hommes sont humbles, plus il leur est facile de vivre
-en paix.
-
-
-
-IV.--_L'Humilit unit l'homme Dieu._
-
-1
-
-Il n'y a rien de plus fort qu'un homme humble; car, en renonant
-lui-mme, cet homme cde la place Dieu.
-
-2
-
-Les paroles de la prire: Venez et descendez en nous sont fort belles.
-Tout est dans ces paroles. L'homme a tout ce qu'il lui faut si Dieu
-descend en lui. Et pour cela, il ne faut qu'une chose: se diminuer pour
-faire une place Dieu. Ds que l'homme se diminue, Dieu s'tablit
-en lui. C'est pourquoi, pour obtenir tout ce qui lui est ncessaire,
-l'homme doit s'humilier avant tout.
-
-3
-
-Plus l'homme descend en lui-mme et se croit insignifiant, plus il
-s'lve vers Dieu.
-
- _Sagesse brahmane._
-
-4
-
-L'orgueil disparat du coeur de celui qui adore l'tre Suprme, de mme
-que la lueur du bcher s'clipse la lumire du soleil. Celui dont le
-coeur est pur et qui est sans orgueil, celui qui est doux, fidle et
-simple, qui considre chaque tre comme son ami et qui aime chaque me
-comme la sienne, qui traite chacun galement avec tendresse et amour,
-qui veut faire le bien et a banni toute vanit, est l'homme dont le coeur
-est habit par le Souverain de la vie.
-
-De mme, que la terre se dcore de belles plantes qu'elle produit, celui
-dans l'me duquel habite le Seigneur de la vie, s'en trouve embelli.
-
- _Vichnou Pourana._
-
-
-
-V.--_Comment lutter contre l'orgueil._
-
-1
-
-Les dfauts qui sont pnibles et intolrables chez les autres,
-paraissent ne rien peser en nous-mmes. Il arrive trs souvent qu'en
-parlant des autres et en les blmant cruellement, les gens ne remarquent
-pas qu'ils se dcrivent eux-mmes.
-
-Rien ne nous corrigerait aussi vite de nos dfauts que si nous pouvions
-nous voir dans les autres. En voyant clairement nos dfauts chez les
-autres, nous aurions dtest nos dfauts comme ils le mritent.
-
- LABRUYRE.
-
-2
-
-Tche de ne pas penser de bien de toi-mme. Si tu ne peux pas penser mal
-de toi, sache que c'est dj mal que tu ne peux pas penser mal de loi.
-
-3
-
-La tendance de te comparer aux autres ton avantage est une tentation
-rendant impossible une bonne vie et entravant l'oeuvre principale: le
-perfectionnement. Compare-toi uniquement la perfection suprme, et non
-aux hommes qui peuvent tre infrieurs toi.
-
-4
-
-Quand on t'injurie o que l'on te blme, rjouis-toi; quand on te vante
-et que l'on t'approuve, mfie-toi.
-
-5
-
-Tache de ne pas cacher dans des coins sombres les souvenirs honteux de
-tes pchs; au contraire, tiens-les toujours prts, afin de pouvoir
-juger des pchs de tes prochains.
-
-6
-
-Considre-toi toujours comme un colier. Ne pense pas que tu es trop
-vieux pour apprendre, que ton me est dj telle qu'elle doit tre et
-qu'elle ne peut tre meilleure. Pour l'homme raisonnable, le cours des
-tudes n'est jamais termin: il est lve jusqu' la tombe.
-
-7
-
-Seul l'humble de coeur connat la vrit. L'humilit ne provoque pas la
-jalousie.
-
-Les arbres sont emports par le torrent, les joncs restent.
-
-Un sage a dit: Mon enfant, ne t'attriste pas de n'avoir pas t
-apprci, car personne ne peut te reprendre ce que tu as fait, ou te
-donner ce que tu n'as pas fait. L'homme raisonnable se contente du
-respect qu'il mrite.
-
-Sois aimable, respectueux, affable, soucieux du profit des autres, et
-le bonheur viendra toi tout aussi naturellement que l'eau descend dans
-les valles.
-
- _Vichnou hindou._
-
-
-
-VI.--_Consquences de l'orgueil._
-
-1
-
-L'homme sans humilit blme toujours les autres; il ne voit que les
-fautes des hommes, pendant que ses passions et ses vices lui se
-dveloppent de plus en plus.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-2
-
-L'homme non clair par le christianisme n'aime que lui. Et en n'aimant
-que lui, un tel homme veut tre grand, et il se voit petit; il veut
-tre heureux, et il se voit misrable; il veut tre parfait, et il se
-voit plein d'imperfections. Et en voyant tout cela, l'homme commence
- dtester la vrit et imaginer des arguments d'aprs lesquels
-il rsulterait qu'il est prcisment ce qu'il voudrait tre, et il
-devient ses yeux grand, heureux et parfait. Il y a l un double pch
-d'orgueil et de mensonge. Le mensonge vient de l'orgueil, et l'orgueil
-vient du mensonge.
-
- D'aprs PASCAL.
-
-3
-
-Qui ne hait en soi son amour-propre et cet instinct qui le porte se
-faire Dieu est bien aveugl. Qui ne voit pas que rien n'est si oppos
- la justice et la vrit? Car il est faux que nous mritions cela,
-et il est injuste et impossible d'y arriver, puisque tous demandent la
-mme chose.
-
- PASCAL.
-
-4
-
-Il y a toujours une tche sombre sur notre soleil: c'est l'ombre qui
-tombe de la considration que nous avons pour notre personne.
-
- CARLYLE.
-
-
-
-VII.--_L'Humilit donne l'homme le bonheur spirituel et la force de
-lutter contre les tentations._
-
-1
-
-Rien n'est aussi profitable l'me que l'humiliation accepte avec
-joie. Elle rafrachit l'me comme une chaude pluie aprs le soleil
-ardent de la fatuit.
-
-2
-
-La porte d'entre du temple de la vrit et du bonheur est basse. Seule
-ceux qui se baisseront pourront y entrer. Et heureux seront ceux qui
-pourront passer cette porte. Le temple est vaste et libre, et tous les
-gens qui s'y trouvent s'aiment les uns les autres, s'entr'aident et ne
-connaissent point de chagrin.
-
-Ce temple est la vraie vie des hommes. La porte du temple, c'est la
-doctrine de la sagesse. Et la sagesse est donne aux humbles, ceux qui
-ne s'lvent pas, mais qui se diminuent.
-
-3
-
-La joie parfaite, selon les paroles de saint Franois d'Assise, consiste
- supporter le reproche non mrit, mme une souffrance corporelle, sans
-prouver d'inimiti envers la cause du reproche ou de la souffrance.
-Cette joie est parfaite parce qu'aucune offense, aucune injure et aucun
-reproche ne peuvent la compromettre.
-
-4
-
-Quiconque s'lve sera abaiss, et quiconque s'abaisse sera lev.
-
- LUC, XIV, 11.
-
-5
-
-Le plus faible en ce monde vainc le plus fort; le bas et l'humble vainc
-le grand et le fier. Un trs petit nombre de gens comprennent toute la
-force de l'humilit.
-
- LAO-TSEU.
-
-6
-
-Il n'y a rien de plus tendre et de plus conciliant que l'eau, et
-cependant, en attaquant les choses solides et dures, rien n'est plus
-fort qu'elle. Le faible vainc le fort. Le dlicat vainc le cruel.
-L'humble vainc le fier. Tout le monde le sait, mais personne ne veut
-agir selon cette loi.
-
- LAO-TSEU.
-
-7
-
-Si les rivires et les mers dominent toutes les valles qu'elles
-traversent, c'est parce qu'elles sont plus basses.
-
-C'est pourquoi, si un saint homme veut tre au-dessus du peuple, il doit
-tcher d'tre au-dessous de lui. S'il veut le gouverner, il doit tre
-derrire lui.
-
-Par consquent, si un saint homme vit au-dessus du peuple, le peuple ne
-le sent pas. Il est au-devant du peuple, mais le peuple n'en souffre
-pas. C'est pourquoi le monde ne cesse de le louer. Le saint homme ne
-discute avec personne, et personne ne discute avec lui.
-
- LAO-TSEU.
-
-8
-
-L'eau est lgre, liquide et peu rsistante, mais lorsqu'elle attaque
-quelque chose de solide, de dure et de rsistant, rien ne peut lutter
-contre elle: elle emporte des maisons, joue avec d'normes bateaux
-comme avec des copeaux, creuse la terre. L'air est encore moins dense,
-plus doux et moins rsistant que l'eau, mais il est plus fort encore
-lorsqu'il attaque des choses dures, fermes et solides. Il arrache les
-arbres avec leurs racines, dmolit les maisons, gonfle l'eau en vagues
-normes et chasse l'eau dans les nuages. Le tendre, le doux et le
-liquide vainc le dur, le ferme et le rsistant.
-
-Il en est de mme dans la vie des hommes. Si tu veux tre vainqueur,
-sois tendre, doux et condescendant.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXVI
-
-LA VRACIT
-
-
-Les superstitions empchent de se bien conduire. On ne peut s'en
-dbarrasser que par la sincrit, et cela non seulement envers les
-autres, mais encore envers soi-mme.
-
-
-I.--_Comment on doit se comporter envers les opinions et les coutumes
-tablies._
-
-1
-
-Le moyen habituel employ pour nier l'existence de Dieu est de
-reconnatre l'opinion publique comme incontestablement juste et de
-n'attacher aucune importance la voix de Dieu que nous entendons
-constamment en notre me.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-2
-
-Quand mme le monde entier reconnatrait la vracit d'une doctrine,
-quand mme elle serait ancienne, l'homme doit la contrler par sa raison
-et la rejeter hardiment, si elle ne s'accorde pas avec les exigences de
-sa raison.
-
-3
-
-Vous connatrez la vrit, et la vrit vous affranchira.
-
- JEAN, VIII, 32.
-
-4
-
-Celui qui veut devenir vraiment un homme doit abandonner la
-proccupation de plaire au monde; celui qui veut vivre d'une vie juste
-ne doit pas se conformer ce qu'il est d'usage de considrer comme
-bien; il n'a qu' chercher scrupuleusement o est vritablement le bien.
-Il n'y a rien de plus sacr et de plus fcond que la curiosit d'une me
-indpendante.
-
- EMERSON.
-
-5
-
-La tendance de croire ce que l'on nous prsente comme vrit renferme
-le bien comme le mal. C'est prcisment cette tendance qui rend possible
-la marche progressive de la socit, et c'est elle encore qui rend cette
-marche si lente et pnible: chaque gnration hrite, grce elle, sans
-effort, des connaissances acquises grande peine par ceux qui ont vcu
-avant, et c'est grce elle que chaque gnration se trouve esclave des
-fautes et des erreurs de la prcdente.
-
- HENRY GEORGE.
-
-6
-
-Plus l'homme vit, plus il se libre des superstitions.
-
-7
-
-Croire que tout ce qui nous est avantageux et agrable est vrai, est
-une qualit naturelle tant aux enfants qu' l'humanit en bas ge. Plus
-l'homme et l'humanit avancent en ge, et plus leur raison s'claircit,
-devient ferme, plus ils se librent de la conception errone d'aprs
-laquelle tout ce qui est avantageux l'homme est vrai. C'est pourquoi,
- mesure qu'ils avancent dans la vie, l'homme et l'humanit doivent
-ncessairement examiner, par les efforts de leur raison et de la sagesse
-de ceux qui ont vcu avant eux, si les principes, accepts sur foi, sont
-vrais.
-
-8
-
-Chaque vrit exprime par les paroles est une force dont l'action est
-infinie.
-
-
-
-II.--_Le mensonge, ses causes et ses consquences._
-
-1
-
-Ne pense pas que l'on doive dire et crer la vrit uniquement dans les
-cas graves. On doit toujours le faire, mme dans les questions les plus
-futiles. Il ne s'agit pas du grand ou du petit mal qui sera caus par
-ton mensonge, il importe que tu ne te souilles jamais par le mensonge.
-
-2
-
-Tous, nous aimons mieux la vrit que le mensonge; mais lorsqu'il s'agit
-de notre vie, nous prfrons souvent le mensonge la vrit, parce que
-le mensonge justifie notre mauvaise vie, tandis que la vrit la dnonce.
-
-3
-
-Chaque vrit qui pntre dans la conscience des hommes et remplace une
-ancienne erreur arrive un moment o l'erreur est claire et la vrit
-vidente. Mais les gens qui profitent de cette erreur ou qui y sont
-habitus s'efforcent de la maintenir. Dans ces moments-l, il est tout
-particulirement important de proclamer hardiment la vrit.
-
-4
-
-Si l'on vous dit qu'il ne faut pas chercher la vrit partout, parce
-qu'on ne trouve jamais toute la vrit, ne le croyez pas. Ceux qui
-parlent ainsi sont vos plus redoutables ennemis, comme ils sont ceux de
-la vrit.
-
-Ils le disent parce qu'ils ne vivent pas selon la vrit, parce qu'ils
-le savent et qu'ils veulent que les autres vivent comme eux.
-
-5
-
-Si tu veux connatre la vrit, dbarrasse-toi, du moins pour le temps
-que tu la cherches, de toutes les considrations sur les avantages que
-tu pourrais tirer de telle ou telle autre dcision.
-
-6
-
-On est joyeux lorsqu'on dcouvre le mensonge des autres et qu'on le
-dnonce. Mais combien on est plus heureux encore lorsqu'on se surprend
-soi-mme ayant menti et que l'on s'accuse. Tche de t'offrir ce plaisir
-aussi souvent que possible.
-
-7
-
-Bien que le mensonge et toutes ses sductions soient trs tentantes, il
-arrive un temps o l'homme se sent tellement tourment par le mensonge,
-que pour fuir le dsordre moral qu'engendre toujours le mensonge, il
-s'adresse la vrit et trouve le salut en elle seule.
-
-8
-
-L'amre exprience nous montre qu'on ne peut conserver les anciennes
-conditions de vie, et que, par consquent, il faut en rechercher des
-nouvelles, celles qui puissent rpondre aux temps nouveaux. Mais au
-lieu d'employer leur temps chercher et instituer ces nouvelles
-conditions, les hommes emploient leur raison rechercher des moyens
-de conserver les anciennes conditions de vie qui existent depuis des
-centaines d'annes.
-
-9
-
-Le mensonge nous cache Dieu en nous-mmes et chez les autres hommes;
-c'est pourquoi, il n'y a rien de plus cher que la vrit qui nous ramne
- l'amour de Dieu et de notre prochain.
-
-10
-
-Il n'y a pas de plus grand malheur que lorsque l'homme commence
-craindre la vrit, parce qu'elle lui cache combien il est mauvais.
-
- PASCAL.
-
-11
-
-Le meilleur signe de la vrit est la simplicit et la clart. Le
-mensonge est toujours compliqu, affect et grandiloquent.
-
-12
-
-On peut tre solitaire dans un milieu priv et temporaire; mais chacune
-de nos penses et chacune de nos sensations trouve, a trouv et trouvera
-un retentissement dans l'humanit. Pour certaines personnes, que la
-majorit de l'humanit reconnat pour ses chefs, ses rformateurs,
-ses ducateurs, ce retentissement est immense et il rsonne avec une
-force extrme; mais il n'y a pas d'homme dont les ides ne produiraient
-pas sur les autres le mme effet, bien que moins apparent. Chaque
-manifestation sincre de l'me, chaque dclaration d'une conviction
-personnelle servent quelqu'un ou quelque chose, mme si nous n'en
-savons rien, mme si on nous ferme la bouche, ou qu'on nous jette un
-noeud, coulant sur le cou. Un mot dit quelqu'un conserve un effet
-indestructible; comme tout mouvement, il ne disparat jamais, mais prend
-d'autres aspects.
-
- AMIEL.
-
-
-
-III.--_Sur quoi repose la superstition._
-
-1
-
-Plus les objets, les coutumes, les lois sont entours de considration,
-plus on doit examiner attentivement leur droit la considration.
-
-2
-
-Bien des vrits anciennes nous semblent probables uniquement parce que
-nous n'y avons jamais song srieusement.
-
- EDOUARD ROD.
-
-3
-
-La raison est la chose la plus sacre au monde; c'est pourquoi c'est un
-trs grand pch que d'abuser de la raison, de l'employer cacher ou
-dguiser la vrit.
-
-4
-
-En feuilletant l'histoire de l'humanit, nous remarquons constamment
-que les inepties les plus videntes passaient auprs des gens pour des
-vrits incontestables, que des nations entires devenaient la proie de
-superstitions sauvages et s'humiliaient devant des mortels qui taient
-leurs pareils, souvent devant des idiots et des voluptueux. Et la cause
-de ces inepties et souffrances humaines tait toujours la mme: la
-croyance des choses qui paratraient draisonnables mme un enfant.
-
- D'aprs HENRY GEORGE.
-
-5
-
-Notre sicle est un vrai sicle de critique. Tout ce qui est cru est
-vrifi par la critique.
-
-La raison n'a de la considration que pour ce qui est en tat de
-supporter son preuve libre et universelle.
-
- KANT.
-
-6
-
-On ne doit pas craindre les dvastations commises par la raison dans les
-lgendes admises par les hommes. La raison ne peut rien dtruire sans y
-mettre de la vrit. Telle est sa qualit.
-
-
-
-IV.--_Les superstitions religieuses._
-
-1
-
-C'est mal quand les hommes ne connaissent pas Dieu; mais c'est bien pis
-lorsque les hommes reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu.
-
- LACTANCE.
-
-2
-
-Nous n'avons plus de religions. Les lois ternelles de Dieu, avec leur
-paradis et leur enfer, se sont tranformes en rgles de philosophie
-pratique, fondes sur d'habiles calculs de profils et de pertes, avec
-un faible reste de respect pour les joies apportes par la vertu et la
-moralit leve. Pour parler comme nos anctres, nous avons oubli
-Dieu, et en nous servant de l'expression contemporaine, nous devons
-dire que nous comprenons faussement la vie du monde. Nous fermons
-tranquillement les yeux et ne voulons pas voir la ralit ternelle des
-choses, nous ne regardons que leur aspect trompeur.
-
-Nous considrons tranquillement l'univers comme une grande ventualit
-incomprhensible: son aspect extrieur, nous nous le reprsentons
-assez nettement comme un immense pr pour les btes, ou une maison de
-travail, de vastes cuisines avec des tables manger, o seuls les gens
-raisonnables peuvent trouver une place.
-
-Oui, nous n'avons pas de Dieu. Les lois de Dieu sont remplaces par Je
-principe du plus grand profit possible.
-
- CARLYLE.
-
-3
-
-Dieu nous a donn Son esprit, Sa raison, pour que nous le servions; et
-nous employons cet esprit pour nous servir nous-mmes.
-
-4
-
-Gardez-vous des docteurs qui se plaisent se promener en longues
-robes, et qui aiment les salutations dans les places et les premiers
-siges dans les synagogues, et les premires places dans les festins,
-qui dvorent les maisons des veuves, tout en affectant de faire de
-longues prires; ils encourront une plus grande condamnation.
-
- LUC, XX, 46-47.
-
-5
-
-Mais vous, ne vous faites point appeler Matre; car vous n'avez qu'un
-Matre, le Christ, et pour vous, vous tes tous frres. Et n'appelez
-personne sur la terre votre pre, car vous n'avez qu'un seul Pre, Celui
-qui est dans les cieux. Et ne vous faites point appeler docteur; car
-vous n'ayez qu'un seul Docteur: Le Christ.
-
- MATTH., XXIII, 8-10.
-
-6
-
-Pourquoi adorer Dieu si l'me n'est pas pure? Pourquoi dire: j'irai
-Benars[1]. Comment celui qui fait le mal peut-il atteindre le vrai
-Benars?
-
-La saintet n'est pas dans les forts, ni au ciel, ni sur la terre,
-ni dans les fleuves sacrs. Purifie-toi, et tu verras Dieu. Transforme
-ton corps en temple, abandonne les mauvaises penses et contemple Dieu
-de l'oeil de ta conscience. Lorsque nous Le connaissons, nous nous
-connaissons nous-mmes. Sans exprience personnelle, l'criture seule ne
-dtruira pas nos craintes,--de mme que les tnbres ne s'claireront
-pas par un feu peint. Quelles que soient ta religion et tes prires,
-tant que tu n'as pas la vrit, tu n'atteindras pas le chemin du
-bonheur. Celui qui conoit la vrit, nat nouveau.
-
-La source du vrai bonheur, c'est le coeur; celui qui cherche le bonheur
-ailleurs est un insens. Il est pareil au ptre qui cherche la brebis
-qu'il a cache sur sa poitrine.
-
-Pourquoi ramassez-vous des pierres et construisez-vous de grands
-temples? Pourquoi vous tourmentez-vous ainsi, alors que Dieu habite
-toujours en vous-mme?
-
-Un chien de garde est meilleur qu'une idole sans vie dans la maison, et
-le grand Dieu de l'univers est meilleur que tous les demi-dieux.
-
-La lumire qui, comme l'toile du matin, vit dans le coeur de chaque
-homme, est notre refuge.
-
- VEMANA.
-
-7
-
-Combien il est tonnant que, de toutes les rvlations suprmes de la
-vrit, le monde n'accepte et ne tolre que les plus anciennes, celles
-qui ne rpondent plus notre poque, tandis qu'il considre chaque
-rvlation directe, chaque pense originale comme nulles et parfois les
-hait.
-
- THOREAU.
-
-8
-
-La conscience religieuse de l'homme n'est pas immuable: elle se
-transforme constamment, s'claircit et se purifie de plus en plus.
-
-9
-
-Le mal de la vie ne peut tre corrig par rien d'autre que par la
-dmonstration du mensonge religieux et par l'tablissement de la vrit
-religieuse par chaque homme pris individuellement.
-
-
-
-V.--_Le principe raisonnable de l'homme._
-
-1
-
-Qu'est-ce que la raison? Tout ce que nous tablissons, nous
-l'tablissons toujours par la raison. Or, par quoi tablirons-nous la
-raison.
-
-Si nous avons tout tabli par la raison, nous ne pouvons, par cela mme,
-tablir la raison. Mais non seulement nous connaissons tous la raison,
-mais encore il n'y a qu'elle seule que nous connaissons indubitablement
-et tous au mme degr.
-
-2
-
-Nous devons avoir confiance en notre raison. C'est une vrit qu'il
-ne faut pas et que l'on ne doit pas cacher. La foi en la force de la
-raison est la base de toute autre foi. On ne peut croire en Dieu si
-nous diminuons l'importance de la facult l'aide de laquelle nous
-connaissons Dieu. La raison est prcisment la seule facult laquelle
-la rvlation s'adresse. La rvlation ne peut tre comprise que par la
-raison. Si, aprs avoir utilis consciencieusement et impartialement
-nos meilleures facults, certaine doctrine nous semble contradictoire
-et en dsaccord avec les principes essentiels dont nous ne doutons pas,
-nous devons incontestablement nous abstenir de croire cette doctrine.
-Je suis plus persuad que ma nature raisonnable est Dieu, plutt qu'un
-livre ne soit l'expression de sa volont.
-
- CHANNING.
-
-3
-
-La raison rvle l'homme le sens et la signification de sa vie.
-
-4
-
-La raison n'est pas donne l'homme pour apprendre aimer Dieu et son
-prochain. Cette connaissance est dans le coeur de l'homme, indpendamment
-de sa raison. La raison est donne l'homme pour lui indiquer o est
-le mensonge et o est la vrit. Et il suffit l'homme de rejeter le
-mensonge, pour apprendre tout ce qu'il lui faut.
-
-5
-
-Les erreurs et les dsaccords entre hommes dans les recherches et
-l'adoption de la vrit viennent uniquement de leur dfiance de la
-raison; il en rsulte que la vie humaine, guide par les usages, les
-traditions, les modes, les superstitions, les prjugs, la violence, par
-tout ce que l'on veut, sauf la raison, va l'aventure, et la raison
-existe par elle-mme. Souvent il arrive galement que si la rflexion
-est utilise quelque chose, ce n'est pas chercher et propager la
-vrit, mais pour justifier et maintenir, malgr et contre tout, les
-usages, les traditions, les modes, les superstitions, les prjugs.
-
-Les erreurs et les dsaccords des hommes reconnatre l'unique vrit
-ne viennent pas de ce que la raison n'est pas la mme chez tous les
-hommes ou parce qu'elle ne peut pas leur dmontrer la mme vrit, mais
-parce qu'ils ne croient pas la raison.
-
-S'ils avaient foi en leur raison, ils auraient trouv moyen de comparer
-les jugements de leur raison avec ceux des autres. Et ayant trouv ce
-moyen de vrification mutuelle, ils se seraient persuads que la raison
-est la mme chez tous, et ils se seraient soumis ses volonts.
-
- TH. STRAKHOV[2].
-
-6
-
-Autant que l'homme est vridique, autant il est divin; l'invincibilit,
-l'immortalit, la grandeur de la divinit entrent en l'homme avec sa
-vracit.
-
- EMERSON.
-
-7
-
-Souviens-toi que la raison, ayant la facult de vivre par elle-mme,
-te donne la libert, si tu ne l'emploies pas servir ton corps. L'me
-humaine, claire par la raison, est libre de passions qui cachent la
-lumire; elle constitue une vritable forteresse, et l'homme n'a pas de
-refuge plus sr et moins accessible au mal. Celui qui ne le sait pas,
-est aveugle, et celui qui, tout en le sachant, ne croit pas sa raison,
-est rellement malheureux.
-
- MARC-AURLE.
-
-8
-
-L'un des devoirs principaux de l'homme consiste faire briller dans
-toute sa force le clair principe de la raison que nous recevons du Ciel.
-
- _Sagesse chinoise._
-
-9
-
-Je glorifie le christianisme parce qu'il dveloppe, augmente et lve
-ma nature raisonnable. Si je ne pouvais conserver la raison en tant
-chrtien, j'aurais renonc au christianisme. Je sens que mon devoir est
-de sacrifier au christianisme mon bien, ma gloire, ma vie; mais je ne
-saurais sacrifier aucune religion la raison qui m'lve au-dessus de
-la bte et fait de moi un homme. Je ne connais pas de pire sacrilge que
-de renoncer la plus haute facult que l'on tient de Dieu. En agissant
-ainsi, nous nous opposons sciemment l'lment divin qui vit en nous.
-La raison est l'expression suprme de notre nature intelligente. Elle
-correspond l'unit de Dieu et celle de l'univers et tend faire de
-l'me le miroir de l'unit suprme.
-
- CHANNING.
-
-10
-
-L'homme qui ne saurait pas que ses yeux peuvent voir et qui ne les
-ouvrirait jamais, serait trs misrable. Mais l'homme qui ne comprend
-pas que la raison lui est donne pour supporter facilement toutes les
-peines, est plus misrable encore. Grce la raison, nous pouvons venir
- bout de tous les ennuis. L'homme qui raisonne, ne rencontrera pas
-dans la vie des ennuis impossibles, supporter; ils n'existent pas pour
-lui. Et cependant, combien souvent, au lieu de regarder un ennui en
-face, nous tchons lchement de l'viter. Ne serait-il pas prfrable
-de nous rjouir que Dieu nous ait donn le pouvoir de ne pas nous
-chagriner de ce qui nous arrive indpendamment de notre volont, et de
-le remercier de ce qu'Il n'a subordonn notre me qu' ce qui dpend de
-nous-mmes. Il n'a pourtant pas subordonn notre me nos parents, ni
-nos frres, ni la richesse, ni notre corps, ni la mort. Etant bon,
-Il ne l'a soumis qu' ce qui dpend de nous-mmes: notre raison.
-
- PICTTE.
-
-11
-
-Dieu nous a donn la raison pour que nous Le servions. C'est pourquoi
-nous devons veiller sa puret, afin qu'elle puisse toujours
-reconnatre le bien et le mal.
-
-12
-
-L'homme n'est libre que lorsqu'il est dans la vrit; et la vrit est
-rvle par la raison.
-
-
-
-VI.--_La raison vrifie les principes de la foi._
-
-1
-
-Lorsqu'un homme emploie sa raison rsoudre les questions de la cause
-de l'existence du monde et de la cause de sa vie dans ce monde, il sent
-une espce de malaise, d'tourdissement. La raison humaine ne peut
-imaginer de rponses ces questions. Qu'est-ce que cela veut dire? Cela
-signifie que la raison n'est pas donne l'homme pour rpondre ces
-questions, et que c'est une erreur de la raison que de l'esprer. La
-raison ne rsout qu'une question: Comment vivre? Et la rponse est
-claire: Il faut vivre de faon ce que je me sente bien et que les
-autres hommes se sentent bien. Tout ce qui vit en a autant besoin que
-moi. Et la possibilit en est donne tout ce qui vit et moi par la
-raison que je possde. Cette solution exclut toutes les questions: le
-comment et le pourquoi.
-
-2
-
-N'avons-nous pas raison? Il faut que le peuple reste dans le mensonge:
-voyez comme il est peu veill et sauvage!
-
-Non, il est peu veill et sauvage parce qu'il est grossirement tromp.
-C'est pourquoi cessez tout d'abord de le tromper.
-
-3
-
-Si Dieu, en tant qu'objet de notre foi, est au-dessus de notre
-comprhension et si nous ne pouvons le concevoir par la raison, cela ne
-prouve pas encore que nous devions ngliger les fonctions de la raison
-en les considrant comme nuisibles.
-
-Bien que les objets de notre foi soient, sans aucun doute, au-dessus du
-niveau de notre comprhension, notre raison a cependant une si grande
-importance leur gard, que nous ne pouvons absolument pas nous en
-passer. Elle semble remplir les fonctions de censeur qui,--tout en
-admettant, dans le domaine de la foi, la vrit qui est au-dessus de
-la raison, c'est--dire, la vrit mtaphysique,--nie toute vrit
-imaginaire qui est contraire la raison.
-
-Mais en dehors de cette oeuvre positive, la raison accomplit galement
-l'oeuvre ngative de libration de l'homme, des pchs, des tentations
-(justification des pchs) et des superstitions.
-
- TH. STRAKHOV.
-
-4
-
-Sois ton propre flambeau. Sois le refuge. Laisse-toi guider par la
-lumire de ton flambeau et ne cherche pas autre refuge.
-
- LA SOUTHA BOUDDHISTE.
-
-5
-
-Pendant que vous avez la lumire, croyez en la lumire, afin que vous
-soyez les enfants de lumire.
-
- JEAN, XII, 36.
-
-Loin de comprimer la raison, comme le conseillent les faux docteurs, il
-faut la purifier, l'exercer, en contrler tout ce qu'on vous soumet,
-afin de dcouvrir la vritable religion.
-
-
-
-[1] Ville sainte des Hindous. _(Note de l'auteur)._
-
-[2] Philosophe et critique russe, ami de Tolsto, mais ne partageant que
-partiellement ses opinions. _(Note du trad.)._
-
-
-
-
-CHAPITRE XXVII
-
-DU MAL
-
-
-Nous appelons mal tout ce qui trouble le bonheur de notre vie
-corporelle. Et pourtant, toute notre vie n'est qu'une libration
-graduelle de notre me, de ce qui constitue le bonheur de notre corps.
-C'est pourquoi, pour celui qui comprend la vie telle qu'elle est, en
-ralit, le mal n'existe pas.
-
-
-I.--_Ce que nous appelons la souffrance est la condition invitable de
-la vie._
-
-1
-
-C'est un bien pour l'homme que de supporter les malheurs de cette vie
-terrestre, car cela conduit au saint isolement du coeur, et on s'y
-trouve comme un exil de son pays natal et oblig de ne se fier
-aucune joie terrestre. Il est galement bon pour l'homme de se heurter
- des contradictions et des reproches, lorsque l'on pense et que l'on
-parle mal de lui, bien que ses intentions soient pures et ses actes
-justes; car cette manire d'agir le maintient dans l'humilit et est un
-contre-poison de la vaine gloire. Et c'est tout particulirement un bien
-parce que nous pouvons nous entretenir, avec le tmoin qui est en nous,
-qui est Dieu, nous entretenir, alors que le monde nous mprise, nous
-manque de respect et nous prive d'amour.
-
- THOMAS A KEMPIS[1].
-
-2
-
-Si quelque divinit nous avait offert, nous, hommes, de supprimer
-tous nos chagrins, avec toutes leurs causes, nous serions, de prime
-abord, trs tents d'accepter cette proposition. Lorsque le dur travail
-et la misre nous crasent, lorsque la douleur nous mine, lorsque
-l'anxit treint notre coeur, il nous semble qu'il n'y aurait rien de
-meilleur que de vivre sans travailler, dans le calme, l'aisance et la
-paix. Mais aprs avoir got une telle vie, je pense que nous aurions
-bientt demand la divinit de nous rendre notre vie ancienne, avec
-toutes ses peines, ses misres, ses chagrins et ses dangers. La vie,
-exempte de tout chagrin et de toute crainte, nous semblerait bientt
-non seulement peu intressante, mais encore intolrable. Car, avec les
-causes de nos peines, tous les obstacles, tous les dangers et tous les
-checs auraient disparu, supprimant avec eux la tension de nos forces,
-le zle, l'excitation du risque, les efforts de la lutte et les joies
-de la victoire. Il ne resterait que l'accomplissement facile du but, la
-russite sans rsistance. Nous en serions bientt, ennuys comme d'un
-jeu o nous savons d'avance que nous gagnerons chaque coup.
-
- FR. PAULSEN[2].
-
-
-
-II--_Les souffrances veillent l'homme la vie spirituelle._
-
-1
-
-L'homme est l'esprit de Dieu enferm dans un corps.
-
-Au dbut de la vie, l'homme ne le sait pas, et croit que sa vie est
-dans son corps. Mais plus il avance, plus il apprend que la vraie vie
-est dans l'esprit et non dans le corps. Toute l'existence de l'homme
-consiste l'apprendre de mieux en mieux. Et cette connaissance nous est
-donne plus facilement et plus srement par les souffrances corporelles
-qui rendent notre vie telle qu'elle doit tre, c'est--dire spirituelle.
-
-2
-
-La croissance physique sert prparer les provisions pour la croissance
-spirituelle, qui commence lorsque le corps dcline.
-
-3
-
-L'homme vit pour son corps qui dit: tout est mal. L'homme vit pour son
-me qui dit: ce n'est pas vrai, tout est bien. Ce que tu crois mauvais
-est prcisment la meule sans laquelle ce qu'il y a de plus prcieux en
-toi serait mouss et rouill: ton me.
-
-4
-
-Tous les malheurs--ceux des individus comme ceux de l'humanit
-entire--conduisent l'humanit et les hommes, bien que par des chemins
-dtourns, l'unique but qui est donn tous les hommes: la
-manifestation de plus en plus grande de l'lment spirituel, par chaque
-homme spar comme par toute l'humanit.
-
-5
-
-Car je suis descendu du Ciel pour faire non pas ma volont, mais la
-volont de Celui qui m'a envoy. Or, la volont du Pre qui m'a envoy
-est que je ne perde rien de ce qu'il m'a donn, dit Jean (VI, 28-39),
-autrement dit, il est command de conserver, de cultiver, d'amener au
-plus haut degr possible l'tincelle divine qui m'est donne, qui m'est
-confie, comme un enfant sa bonne. Que faut-il pour accomplir cela?
-Non pas satisfaire nos dsirs charnels, celui de la gloire; non la vie
-tranquille, mais, au contraire, l'abstinence, l'humilit, le travail,
-la lutte, les privations, les perscutions, tout ce qui est dit tant de
-fois dans l'Evangile. Et c'est prcisment ce dont nous avons besoin qui
-nous est envoy sous diverses formes, en grandes et en petites mesures.
-Sachons seulement l'accepter comme il convient, comme une preuve dont
-nous avons besoin et qui donne la joie, et non comme quelque chose
-d'ennuyeux qui trouble notre existence bestiale, et celle que nous
-croyons tre la vraie et dont l'accroissement d'intensit nous apparat
-comme un bonheur.
-
-6
-
-Si l'homme pouvait ne pas craindre la mort et ne pas y penser,
-les souffrances affreuses, inutiles, injustifiables et invitables
-suffiraient enlever tout sens raisonnable attribu la vie, disent
-les hommes.
-
-Je m'emploie une bonne oeuvre, incontestablement utile aux autres, et
-brusquement la maladie interrompt mon travail, me fait souffrir sans
-raison. La vis d'un rail se rouille, et il faut que ce soit prcisment
-le jour mme qu'il saute, qu'une excellente mre se trouve dans le
-wagon et que ses enfants soient crass devant elle. Il faut que
-le tremblement de terre se produise juste l'endroit o se trouve
-Lisbonne ou Verny, et que des innocents soient ensevelis sous la terre
-et prissent dans d'affreux tourments. Pourquoi les milliers d'autres
-accidents affreux, ineptes, tant de souffrances qui frappent les hommes?
-Quel sens cela?
-
-La rponse est que ces raisonnements sont absolument justes pour ceux
-qui ne reconnaissent pas la vie spirituelle. Pour eux, la vie humaine
-n'a rellement aucun sens. La vie de ceux qui n'admettent pas de vie
-spirituelle ne saurait, en effet, qu'tre insense et malheureuse. Et
-s'ils dduisaient tout ce qui dcoule invitablement de leur conception
-matrielle de la vie, ils ne pourraient vivre un instant de plus. Car
-aucun ouvrier ne serait rest chez un patron qui, en l'engageant, aurait
-exig le droit de brler, toutes les fois qu'il en aurait envie, cet
-ouvrier sur un feu lent, ou bien de l'corcher vif, de le soumettre
- toutes les horreurs que le patron ferait subir ses ouvriers, en
-prsence de celui qu'il engage. Si les hommes comprenaient rellement
-la vie, comme ils le disent, c'est--dire uniquement comme une
-existence matrielle, nul parmi eux, par la seule crainte des affreux
-et inexplicables tortures qu'il voit autour de lui et qui peuvent
-l'assaillir tout instant, ne continuerait vivre sur la terre.
-
-Pourtant, les hommes vivent, se plaignent, se lamentent, mais continuent
- vivre.
-
-Il n'y a qu'une seule explication celte trange contradiction: c'est
-que tous les hommes savent, dans leur for intrieur, que leur vie n'est
-pas dans leur corps, mais dans leur me, et que toutes les souffrances
-sont ncessaires, indispensables pour le bien de la vie spirituelle;
-quand, ne voyant aucun sens la vie humaine, ils se rvoltent
-contre les souffrances, mais continuent nanmoins vivre, cela tient
-uniquement ce que leur raison affirme la matrialit de leur vie,
-tandis qu'ils sentent, au fond de leur me, qu'elle est spirituelle et
-qu'aucune souffrance ne peut priver l'homme de son vrai bonheur.
-
-
-
-III.--_Les souffrances apprennent l'homme considrer la vie au point
-de vue raisonnable._
-
-1
-
-Tout ce que nous appelons mal, toute peine, condition de l'envisager
-comme il convient, amliore notre me. Et toute l'oeuvre de la vie
-consiste en cette amlioration.
-
-En vrit, en vrit, je vous dis que vous pleurerez et vous vous
-lamenterez, et le monde se rjouira; vous serez dans la tristesse, mais
-votre tristesse sera change en joie. Quand une femme accouche, elle a
-des douleurs parce que son terme est venu; mais ds qu'elle a accouch
-d'un enfant, elle ne se souvient plus de son travail, cause de sa joie
-de ce qu'un homme est n dans le monde.
-
- JEAN, XVI, 20-21.
-
-2
-
-Les souffrances de la vie draisonnable amnent reconnatre la
-ncessit d'une vie raisonnable.
-
-3
-
-De mme que seuls les tnbres de la nuit rvlent les astres clestes,
-seules les souffrances rvlent la vraie signification de la vie.
-
- THOREAU.
-
-4
-
-Les obstacles extrieurs ne font pas de mal l'homme d'esprit fort,
-car le mal est tout ce qui dfigure ou affaiblit, comme cela est le cas
-pour les animaux que les obstacles irritent ou affaiblissent; mais pour
-l'homme qui les accueille avec la force d'esprit qui lui est donne,
-tout obstacle ne peut qu'augmenter sa beaut morale et sa force.
-
- MARC-AURLE.
-
-5
-
-Seulement aprs avoir prouv la souffrance, j'ai appris la parent des
-mes humaines entre elles. Il suffit de bien souffrir soi-mme pour
-savoir comprendre tous ceux qui souffrent. Bien plus: la raison mme
-devient plus lucide; on commence connatre la situation et la carrire
-des gens qui s'taient cachs jusque-l, et l'on aperoit nettement ce
-dont chacun a besoin. Grand est le Dieu qui nous instruit ainsi I Et
-par quoi nous instruit-il? Par les misres mmes que nous fuyons. C'est
-par les souffrances et les peines qu'il nous est donn d'acqurir les
-petites parcelles de sagesse, de celle qui ne s'apprend pas dans les
-livres.
-
- GOGOL.
-
-6
-
-Si Dieu nous donnait des ducateurs et si nous savions srement qu'ils
-nous sont envoys par Dieu, nous leur obirions librement avec joie.
-
-Et nous possdons bien ces ducateurs: ce sont la misre et tous les
-accidents de la vie.
-
- PASCAL.
-
-7
-
-Tout ce que la Providence envoie tout tre vivant lui est non
-seulement utile, mais encore utile au moment o la Providence le lui
-envoie.
-
- MARC-AURLE.
-
-8
-
-L'homme qui ne reconnat pas la bienfaisance des souffrances, n'a pas
-encore commenc vivre de la vie raisonnable, c'est--dire de la vraie
-vie.
-
-
-
-IV.--_Les maladies n'entravent pas la vraie vie, mais y aident._
-
-1
-
-Rien qu'en voyant combien sont faibles et souvent mauvais ceux qui
-tout russit dans la vie, qui se portent toujours bien, qui sont riches,
-qui ne connaissent ni les offenses, ni les humiliations, on voit combien
-les preuves sont indispensables l'homme. Et nous nous plaignons de
-devoir les supporter!
-
-2
-
-Il n'est point de maladie qui puisse empcher l'accomplissement du
-devoir. Si tu ne peux pas servir les hommes par tes travaux, sers-les
-par l'exemple de patience et d'amour.
-
-3
-
-Il y a une histoire o l'on conte qu'un homme a t puni, cause de
-ses pchs, par l'impossibilit de mourir. On peut dire srement que
-si l'homme avait t puni par l'impossibilit de souffrir, la punition
-aurait t tout aussi pnible.
-
-4
-
-Ce n'est pas bien de cacher un malade qu'il peut mourir de sa maladie.
-Il faut, au contraire, le lui rappeler. En le lui cachant, nous le
-privons du bienfait que lui donne la maladie; elle voque en lui, par la
-conscience de la mort prochaine, la conscience de la vie spirituelle.
-
-5
-
-Le feu dtruit et chauffe. Il en est de mme de la maladie. Lorsque,
-bien portant, nous tchons de bien vivre, nous le faisons avec
-difficult; durant la maladie, au contraire, tout le poids des
-tentations mondaines disparat, on se sent brusquement libre, et l'on
-est mme effray de penser--tout le monde l'a prouv--qu'aussitt la
-maladie passe, ce poids retombe sur vous de toute sa force.
-
-6
-
-Plus l'homme souffre physiquement, mieux il se sent moralement. C'est
-pourquoi l'homme ne peut pas tre malheureux. Le spirituel et le
-corporel sont comme deux flaux d'une balance: plus le corporel est
-lourd, plus le spirituel s'lve, plus l'me est bien, et _vice versa._
-
-7
-
-La dcrpitude, la sensibilit marquent l'vanouissement de la
-conscience et de la vie de l'homme, dit-on souvent.
-
-Je me reprsente, d'aprs la lgende, le vieux Jean Thologue, tomb
-dans l'enfance. Il n'aurait fait que rpter: Mes frres, aimez-vous
-les uns les autres.
-
-Un petit vieillard centenaire, marchant avec peine, aux yeux larmoyants,
-marmottant toujours les mmes trois mots: aimez-vous tous. Dans un
-tel homme, l'existence animale est presque imperceptible; elle s'est
-dsagrge sous l'action de la nouvelle conception du monde, du nouvel
-tre qui n'a plus rien de charnel.
-
-Un homme, comprenant la vie comme elle doit tre comprise en ralit,
-ne saurait parler de l'amoindrissement de sa vie par les maladies et
-la vieillesse; ce serait se lamenter du fait qu'en s'approchant de la
-lumire, son ombre diminue mesure qu'il avance.
-
-
-
-V.--_Ce que nous appelons le mal, ce sont nos fautes._
-
-1
-
-Le mal est uniquement en nous, c'est--dire d'un endroit d'o l'on peut
-le chasser.
-
-2
-
-Souvent un homme superficiel, en songeant aux malheurs qui affligent le
-genre humain, perd l'espoir dans la possibilit de l'amlioration de la
-vie, et se sent mcontent de la Providence qui dirige le monde. IL y a
-l une grande erreur. tre satisfait de la Providence (bien qu'elle nous
-ait trac le chemin le plus difficile dans la vie) est essentiellement
-important pour ne pas perdre courage au milieu de nos malheurs, mais
-surtout pour ne pas perdre de vue notre faute nous, tout en n'en
-accusant pas le sort, cette faute tant la seule cause de tous nos
-malheurs.
-
- D'aprs KANT.
-
-3
-
-L'homme peut viter les malheurs que Dieu lui envoie, mais il ne peut
-tre sauv des malheurs qu'il cause lui-mme par sa mauvaise vie.
-
-
-
-VI.--_La conscience des bienfaits de la souffrance supprime son poids._
-
-1
-
-Que faire lorsque tout nous abandonne: la sant, la joie, l'affection,
-la fracheur des sens, la mmoire, la capacit du travail, lorsqu'il
-nous semble que le soleil devient froid et que la vie perd tous ses
-charmes? Que faire quand nous n'avons plus aucun espoir? Nous griser,
-ou nous ptrifier? Il n'y a jamais qu'une seule rponse: vivre d'une
-vie spirituelle, crotre sans cesse. Arrive ce que pourra, si ta
-conscience est tranquille, si tu sens que tu accomplis ce que ton tre
-spirituel demande. Sois ce que tu dois tre; le reste est affaire de
-Dieu. Et quand mme il n'y aurait pas de Dieu saint et charitable, la
-vie spirituelle serait, nanmoins, la solution du mystre et l'toile
-polaire de l'humanit mouvante, car elle, seule donne le vrai bonheur.
-
- AMIEL.
-
-2
-
-Sache seulement et crois que tout ce qui t'arrive te conduit vers ton
-vrai bonheur spirituel, et tu accueilleras la maladie, la misre,
-l'outrage; tout ce que les hommes considrent comme des malheurs, non
-comme des malheurs, mais comme ncessaires pour ton bien, de mme que le
-cultivateur accueille la pluie qui le trempe, mais qui est ncessaire
-son champ, comme le malade prend un mdicament amer.
-
-3
-
-Souviens-toi que la facult par laquelle se distingue un tre
-raisonnable, c'est la soumission libre son sort, et non la lutte
-honteuse contre lui, car cette lutte est le propre des btes.
-
- MARC-AURLE.
-
-4
-
-Chacun a sa croix, son joug, non pas dans le sens du poids, mais dans
-le sens de la destine de la vie, et lorsque nous ne considrons pas la
-croix comme un poids, mais comme une destine, il nous est facile de
-la porter. Cela nous est facile lorsque nous sommes humbles de coeur,
-dociles et modestes. Et cela devient plus facile encore lorsque nous
-renonons nous-mmes; et cela est encore plus facile lorsque nous
-la portons toutes les heures, comme nous l'enseigne le Christ. Et
-cela devient de plus en plus facile lorsque nous nous oublions dans le
-travail spirituel, de mme que les gens s'oublient dans les travaux
-mondains. La croix qui nous est envoye est ce quoi nous devons
-travailler. Toute notre vie est dans ce travail. Si la croix est une
-maladie--il faut la porter avec humilit; si c'est une offense faite
-par les gens--c'est de savoir payer le mal par le bien; si c'est,
-une humiliation,--c'est de s'abaisser; si c'est la mort--c'est de
-l'accueillir avec gratitude.
-
-5
-
-Plus on repousse sa croix, plus elle devient lourde.
-
- AMIEL.
-
-6
-
-La faon dont l'homme accueille son sort est incontestablement plus
-importante que le sort mme.
-
- HUMBOLDT.
-
-7
-
-Aucun chagrin n'est aussi grand que la crainte qu'on en a.
-
-8
-
-Si tu as un ennemi et que tu sais en profiler pour t'exercer sur lui
-aimer tes ennemis, ce que tu considres comme mal deviendra pour toi un
-grand bien.
-
-9
-
-La maladie, la perte d'un membre, la dception cruelle, la perle des
-biens ou des amis semblent d'abord des pertes irrparables. Mais les
-annes donnent ces perles une grande force curative.
-
- EMERSON.
-
-10
-
-A l'poque pnible des maladies, des pertes et de malheurs, la prire
-est plus ncessaire qu' tout autre moment,--non pas la prire de nous
-pargner, mais de reconnatre notre dpendance de la volont suprme.
-Que Ta volont soit faite et non la mienne, et non comme je le veux,
-mais comme Tu le veux. Ma mission est d'accomplir Ta volont dans les
-conditions o tu m'as plac. Dans les moments difficiles, il est on
-ne peut plus ncessaire de nous rappeler que si nous souffrons, cette
-souffrance nous est justement donne afin que nous puissions montrer que
-nous voulons accomplir Sa volont et non la ntre.
-
-
-
-VII--_Les souffrances ne peuvent entraver l'accomplissement de la
-volont de Dieu._
-
-1
-
-L'homme n'est jamais plus prs de Dieu que lorsqu'il est dans le
-malheur. Profitez-en pour ne pas perdre l'occasion de vous rapprocher
-de ce qui donne seul le bonheur constant.
-
-2
-
-Combien est juste l'ancien proverbe disant que Dieu envoie la souffrance
- celui qu'Il aime. Pour celui qui y croit, la souffrance n'est pas une
-souffrance, mais un bonheur.
-
-3
-
-Il te sufft de te dire que la volont de Dieu s'accomplit dans tout ce
-qui arrive, de croire que la volont de Dieu est toujours le bien, et tu
-ne craindras plus rien, et la vie sera toujours un bonheur pour toi.
-
-
-
-[1] Ou Thomas Hemerken, auteur prsum de _l'Imitation de Jsus-Christ.
-(Note du trad.)._
-
-[2] Philosophe allemand, de tendance no-karitienne, professeur
-l'Universit de Berlin. _(N. du trad.)._
-
-
-
-
-CHAPITRE XXVIII
-
-DE LA MORT
-
-
-Si l'homme croit que sa vie est dans son corps, sa vie s'achve avec la
-mort de son corps. Mais si l'homme considre que sa vie est dans son
-me, il ne peut mme pas se reprsenter la fin de sa vie.
-
-
-I.--_La vie de l'homme ne finit pas lorsque son corps meurt._
-
-
-1
-
-Toute la vie de l'homme, depuis sa naissance jusqu' sa mort, ressemble
- un jour de sa vie, depuis qu'il s'veille et jusqu' ce qu'il
-s'endorme.
-
-Souviens-toi comment tu te rveilles aprs un sommeil profond, comment
-tu ne reconnais pas d'abord l'endroit o tu le trouves, comment tu ne
-reconnais pas celui qui est ton chevet et qui te rveille; comment
-tu ne veux pas te lever et qu'il te semble n'en avoir pas la force.
-Mais, peu peu, tu reviens toi, tu commences comprendre ce que tu
-es et o tu te trouves, tu te lves et tu te mets l'ouvrage. Il en
-est de mme, trs peu de choses prs, de l'homme lorsqu'il nat et
-commence entrer peu peu dans la vie, gagner des forces, devenir
-raisonnable et travailler.
-
-La diffrence consiste en ce fait que les manifestations du sommeil se
-passent rapidement, tandis que celles de la croissance durent des mois,
-des annes.
-
-Ensuite, un jour ressemble galement la vie humaine tout entire. En
-s'veillant, l'homme travaille, s'occupe, et plus la journe avance,
-plus il devient alerte. Arriv au milieu de la journe, il ne se sent
-plus aussi robuste que le matin; et vers le soir, il se fatigue de plus
-en plus et il a dj envie de se reposer. Il en est de mme de la vie
-entire.
-
-Dans sa jeunesse, l'homme est alerte et il vit gaiement; vers le milieu
-de sa vie, il n'est plus aussi robuste, et dans la vieillesse, il se
-sent fatigu et il a de plus en plus envie de repos. Et de mme que la
-nuit arrive la fin de la journe et que l'homme se couche, de mme que
-les ides commencent se brouiller dans sa tte, et, en s'endormant,
-qu'il se sent s'en aller, il a la mme sensation lorsqu'il meurt.
-
-De sorte que l'veil d l'homme est une petite naissance; la journe,
-depuis le matin jusqu' la nuit, est une petite vie; le sommeil est une
-petite mort.
-
-2
-
-Lorsque le tonnerre gronde, nous savons que la foudre est dj tombe
-et le tonnerre ne peut plus nous tuer; cependant, nous tressaillons
-toujours en entendant un coup de tonnerre. Il en est de mme de la mort.
-
-Il semble celui qui ne comprend pas le sens de la vie, que tout prit
-avec la mort, et il la craint, se cache d'elle comme le sot se cache
-d'un coup de tonnerre, alors que ce coup ne peut plus le tuer.
-
-3
-
-Parce qu'un homme a travers lentement l'espace qui s'ouvre mes
-yeux et au del duquel je ne vois plus, et qu'un autre l'a travers
-rapidement, je ne vais pas penser que celui qui marchait lentement vit
-plus longtemps que celui qui marchait vite. Je ne sais qu'une chose: je
-sais que si j'ai vu un homme passer vite ou lentement devant ma fentre,
-l'un et l'autre ont exist avant que je ne les vis et qu'ils vivront
-aussi aprs. Il en est de mme des hommes dont j'ai vu la vie courte ou
-longue avant leur mort.
-
-4
-
-La mort est la transformation de l'enveloppe laquelle notre me est
-lie. Il ne faut pas confondre l'enveloppe avec ce qu'il y a dedans.
-
-5
-
-Souviens-toi que tu ne restes pas sur place, mais que tu passes, que tu
-n'es pas dans une maison, mais dans un train qui te conduit la mort.
-Souviens-toi que ton corps ne fait que passer et que seul l'esprit vit
-en toi.
-
-6
-
-Bien que je ne puisse pas le prouver indubitablement, je sais toutefois
-que l'lment immatriel libre et raisonnable qui vit en moi ne peut pas
-mourir.
-
-7
-
-Mme si je me trompais, en supposant que les mes sont immortelles,
-je serais heureux et satisfait de mon erreur; et, tant que je suis en
-vie, aucun homme ne sera mme d'branler cette conviction. Cette
-conviction me donne le calme et la satisfaction absolue.
-
- CICRON.
-
-
-II.--_La vraie vie est en dehors du temps; c'est pourquoi elle n'a pas
-d'avenir._
-
-1
-
-Le temps cache la mort. Lorsque l'on compte avec le temps, on ne peut
-s'imaginer qu'il finisse.
-
-2
-
-La raison pour laquelle l'ide de la mort ne fait pas l'effet qu'elle
-pourrait produire, rside en ce fait qu'en raison de notre nature
-d'tres actifs, nous aurions d ne pas penser du tout la mort.
-
- KANT.
-
-3
-
-La question de savoir si la vie existe au-del, ou non, est la mme que
-de savoir si le temps est le produit de notre facult de penser, ou une
-condition indispensable de tout ce qui existe.
-
-Que le temps ne puisse tre une condition indispensable tout ce qui
-existe, cela peut tre prouv par le fait que nous sentons en nous-mmes
-quelque chose qui n'est pas subordonn au temps: notre vie dans le
-prsent. C'est pourquoi la question de savoir si la vie d'outre-tombe
-existe ou non, est la mme que de demander laquelle des deux choses est
-relle: notre conception du temps, ou la conscience de notre vie dans le
-prsent.
-
-4
-
-Si l'homme base sa vie sur le prsent, il ne peut tre question pour lui
-de sa vie future.
-
-
-
-III.--_La mort ne peut effrayer un homme qui vit de la vie spirituelle._
-
-1
-
-La mort libre si facilement de toutes les difficults et de tous les
-malheurs, que ceux qui ne croient pas l'immortalit devraient la
-souhaiter. Et ceux qui croient en l'immortalit, qui attendent une vie
-nouvelle, devraient la souhaiter plus encore. Pourquoi donc la plupart
-des hommes ne la dsirent pas? C'est parce qu'ils vivent de la vie
-corporelle, et non de la vie spirituelle.
-
-2
-
-Les souffrances et la mort se prsentent l'homme comme un malheur
-quand il prend la loi de son existence corporelle et bestiale pour la
-loi de sa vie. Alors seulement, il s'abaisse au niveau de l'animal,
-alors seulement les souffrances et la mort l'effraient. De tous
-cts, elles se ruent sur lui et le chassent sur l'unique route de la
-vie humaine qui lui est ouverte, celle de la loi de la raison et se
-manifestant par l'amour. Les souffrances et la mort ne sont que les
-drogations la loi de la vie. Si l'homme menait une vie absolument
-spirituelle, il n'y aurait pour lui ni souffrances, ni mort.
-
-3
-
-Craindre la mort revient au mme que de craindre les fantmes, de
-craindre ce qui n'existe pas.
-
-4
-
-Pour l'homme qui vit pour son me, la destruction du corps n'est qu'une
-libration, et les souffrances sont les conditions invitables de cette
-libration. Mais quelle est la situation de celui qui croit que toute sa
-vie est dans son corps, lorsqu'il voit que la seule chose dont il vit--
-son corps--se dtruit et qu'il doit, de plus, endurer des souffrances?
-
-5
-
-L'animal meurt sans s'apercevoir de la mort et presque sans la craindre.
-Pourquoi donc l'homme doit-il voir la fin qui le guette, et pourquoi lui
-semble-t-elle si affreuse, au point qu'elle le force parfois mettre
-fin ses jours? Je ne sais pourquoi cela est ainsi; mais je sais dans
-quel but: pour que l'homme conscient et raisonnable transforme sa vie
-charnelle en vie spirituelle. Cette transformation abolit non seulement
-la crainte de la mort, mais encore elle donne l'attente de la mort une
-sensation analogue celle qu'prouve le voyageur l'approche de sa
-maison.
-
-6
-
-La vie n'a rien de commun avec la mort. C'est probablement pour cela
-que s'veille en nous l'espoir inepte qui obscurcit la raison et nous
-fait douter de l'exactitude de notre connaissance quant au caractre
-invitable de la mort. La vie corporelle tend s'obstiner dans
-l'existence. Elle rpte toujours, comme le perroquet dans la fable,
-mme au moment o on l'trangle: Ce n'est rien, a.
-
- AMIEL.
-
-7
-
-Le corps est le mur qui limite l'esprit et qui l'empche d'tre libre.
-L'esprit tend sans cesse carter ces murs, et toute la vie d'un homme
-de raison se passe ce travail de libration de l'esprit de l'emprise
-du corps. La mort complte celte libration. C'est pourquoi la mort non
-seulement n'est pas effrayante, mais est une joie pour celui qui mne
-une vie juste.
-
-8
-
-Si la mort est effrayante, la cause en est en nous-mmes, non en elle.
-Meilleur est l'homme, moins il craint la mort.
-
-Pour le saint il n'y a pas de mort.
-
-9
-
-Tu crains la mort, mais songe ce que tu deviendrais si tu devais vivre
-ternellement tel que tu es actuellement?
-
-10
-
-Il est tout aussi draisonnable de souhaiter la mort que de la craindre.
-
-11
-
-L'homme qui mne une vie raisonnable ressemble celui qui porte une
-lanterne pour clairer son chemin. Cet homme n'arrive jamais au bout de
-l'endroit clair, car cette surface se dplace toujours devant lui.
-Telle est la vie raisonnable, et cette vie seule n'a pas de mort, parce
-que la lanterne claire sans cesse, jusqu'au dernier moment, et l'on
-suit la lanterne aussi tranquillement que durant la vie.
-
-
-
-IV.--_L'homme doit vivre par ce qu'il y a d'immortel en lui._
-
-1
-
-La question de savoir si notre vie finit avec le corps est trs
-importante et on ne peut faire autrement que d'y rflchir. Suivant que
-nous croyons l'immortalit ou non, nos actes seront raisonnables ou
-insenss.
-
-Ainsi, notre premier souci est de rsoudre la question de savoir si nous
-mourons compltement lorsque la vie quitte le corps, ou si cette mort
-n'est pas complte, d'tablir ce qui est immortel en nous. Lorsque nous
-aurons compris cela, il est vident que nous nous soucierons plus de ce
-qui est immortel que de ce qui est mortel.
-
-La voix qui nous dit que nous sommes immortels est la voix de Dieu qui
-vit en nous.
-
- D'aprs PASCAL.
-
-2
-
-L'exprience nous apprend que bien des gens informs de la doctrine
-sur la vie d'outre-tombe et convaincus de son existence, s'adonnent
-nanmoins aux vices et commettent des actes de bassesse en s'ingniant
-chercher les moyens qui leur permettraient d'viter les consquences de
-leur conduite qui les menacent dans l'avenir. Et en mme temps, je doute
-qu'il ait jamais exist un seul homme moral sur la terre qui ait pu se
-faire l'ide que tout finit avec la mort, et dont la noble tournure
-d'esprit ne se serait pas leve jusqu' l'espoir de la vie future.
-C'est pourquoi il me semble qu'il serait plus conforme la nature
-humaine et la puret des moeurs de fonder la foi en la vie future sur
-les sentiments d'une me noble, plutt que de baser la noble conduite
-sur l'espoir d'une vie future.
-
- KANT.
-
-3
-
-Il n'y a qu'une chose que nous sachions indubitablement: La vie de
-l'homme est pareille une hirondelle qui traverse la chambre. Nous
-venons on ne sait d'o, et nous allons on ne sait o. Une obscurit
-impntrable est derrire nous, des ombres paisses sont devant nous.
-Quelle importance cela pourra-t-il avoir pour nous, lorsque notre moment
-sera venu, que nous ayons ou non mang de bons plats, port ou non
-des vtements souples, laiss une fortune considrable ou aucune, que
-nous ayons recueilli les lauriers de la gloire ou que nous ayons t
-mpriss, que nous ayons t considrs comme des savants ou comme des
-ignorants, qu'est tout cela en comparaison de l'emploi que nous ayons
-fait du talent que le Matre nous a confi!
-
-Quelle valeur tout cela aura pour nous quand notre vue se brouillera et
-que nos oreilles deviendront sourdes? Nous serons calmes celte heure,
-seulement alors que nous aurons veill constamment au don de la vie
-spirituelle qui nous avait t confi, quand nous l'aurons dvelopp
-jusqu'au point o la destruction du corps cesse d'tre effrayante.
-
- HENRY GEORGE.
-
-4
-
-Extrait du testament d'un roi mexicain:
-
-Tout sur la terre a une limite, et les plus puissants et les plus
-heureux tombent, dans leur grandeur et dans leur joie, en poussire.
-Toute la terre n'est qu'une grande tombe, et il n'y a rien sa surface
-qui ne soit cach dans la tombe sous terre. Les eaux, les fleuves et les
-torrents s'lancent vers leur destination et ne reviennent plus leur
-source heureuse. Tous se htent pour s'ensevelir dans les profondeurs de
-l'ocan infini. Ce qui tait hier n'est plus aujourd'hui; et ce qui est
-aujourd'hui ne sera plus demain. Le cimetire est plein des dpouilles
-de ceux qui taient jadis pleins de vie, qui taient rois, gouvernaient
-les peuples, prsidaient les assembles, commandaient les armes,
-faisaient la conqute de pays nouveaux, exigeaient qu'on s'incline
-devant eux, taient gonfls de vanit, de richesse, de pouvoir.
-
-Mais la gloire est passe comme la fume noire sortant du volcan et n'a
-rien laiss qu'une mention sur la feuille du chroniqueur.
-
-Les grands, les sages, les braves, les magnifiques, hlas! o sont-ils
-maintenant? Ils sont tous mls l'argile, et ce qui leur est arriv
-nous arrivera; cela arrivera aussi ceux qui seront aprs nous.
-
-Mais prenez courage vous tous, chefs clbres, amis srs et sujets
-fidles--aspirons tous ce Ciel o tout est ternel et o il n'y a ni
-putrfaction, ni destruction.
-
-L'obscurit est le berceau du soleil, et les tnbres de la nuit sont
-ncessaires pour faire briller les toiles.
-
- TETSKOUKO NEZAGOUAL KOPOTL (env. 1460 av. J.-C.).
-
-5
-
-La mort est invitable pour tout ce qui est n, comme la naissance est
-invitable pour tout ce qui est mortel. C'est pourquoi on ne doit pas
-s'lever contre l'invitable. La situation antrieure des tres est
-inconnue, leur situation intermdiaire est vidente, leur situation
-future ne peut tre connue; ds lors, quoi bon nous soucier, nous
-inquiter? Certaines gens considrent l'me comme un miracle, d'autres
-en parlent et en entendent parler avec tonnement, mais personne n'en
-sait rien.
-
-La porte du ciel t'est entr'ouverte juste autant qu'il te le faut.
-Dbarrasse-toi des soucis et des inquitudes, et dirige ton me vers le
-spirituel. Que tes actes soient gouverns par toi-mme, et non par les
-vnements. Ne sois pas de ceux qui agissent en vue de la rcompense.
-Sois attentif, fais ton devoir, ne pense pas aux consquences, afin
-qu'il te soit indiffrent que l'affaire finisse bien ou mal pour toi.
-
- _Bagavad Hita hindoue._
-
-6
-
-Nous sommes ici comme des passagers sur quelque grand bateau, dont le
-capitaine possde une liste que nous ne connaissons pas; et il sait o
-il est indiqu o et quand chacun de nous doit tre dbarqu. Mais tant
-que nous sommes bord, nous ne pouvons faire autrement que de nous
-efforcer, tout en observant la loi tablie sur le vaisseau, de passer
-avec nos compagnons de voyage, en paix et en amour le temps qui nous est
-assign.
-
-7
-
-Serait-il possible que le changement t'effraie? Rien ne se fait sans
-lui. Il est impossible de chauffer de l'eau sans qu'une transformation
-s'opre dans le bois. La nutrition est impossible sans changer les
-aliments. Toute la vie humaine n'est rien de plus qu'une transformation.
-Comprends que le changement qui t'attend a absolument le mme sens et
-qu'il est tout aussi indispensable de par la nature des choses. Il n'y
-a qu' se soucier uniquement de ne pas agir contrairement la vraie
-nature humaine; il faut agir en tout suivant ses indications.
-
- MARC-AURLE.
-
-8
-
-Ce monde est horrible si les souffrances qu'on y endure ne suscitent
-pas le bien. C'est une odieuse organisation, cre uniquement pour
-tourmenter les hommes moralement et physiquement. S'il en est ainsi, ce
-monde fait le mal, non pour le bien futur, mais inutilement, sans but,
-et il est parfaitement immoral. Il semble attirer les hommes tout exprs
-pour les faire souffrir. Il nous frappe depuis notre naissance; mle de
-l'amertume chaque coupe de bonheur et enveloppe la mort de terreur.
-Et certes, si Dieu et l'immortalit n'existent pas, le dgot de la
-vie manifest par les hommes est comprhensible: il est provoqu par
-l'ordre, ou plutt par le dsordre existant, par l'affreux chaos moral,
-comme on devrait l'appeler.
-
-Mais si Dieu existe au-dessus de nous et l'ternit au-devant de nous,
-tout change. Nous discernons le bien dans le mal, la lumire dans les
-tnbres, et l'espoir chasse le dsespoir.
-
-Laquelle de ces deux suppositions est la plus probable? Peut-on admettre
-que des tres moraux--les hommes--soient mis dans la ncessit de
-maudire avec raison l'ordre existant dans le monde, alors qu'ils ont
-une issue qui rsout leur contradiction? Ils doivent maudire le monde
-et le jour de leur naissance si Dieu et la vie future n'existent pas.
-Si, au contraire, l'un et l'autre existent, la vie devient un bonheur
-par elle-mme et le monde un endroit de perfectionnement moral et
-d'accroissement infini de bonheur et de saintet.
-
- D'aprs ERASME.
-
-9
-
-Pascal dit que si nous nous tions vus en rve toujours dans la mme
-situation et, en ralit, dans des situations diffrentes, nous aurions
-pris le rve pour la ralit et la ralit pour le rve.... Ce n'est pas
-tout fait exact. La ralit se distingue du rve par le fait que dans
-la vie relle nous avons la facult d'agir conformment nos exigences
-morales; tandis qu'en rve, nous savons souvent que nous accomplissons
-des actes vils et immoraux qui ne nous sont pas habituels, mais dont
-nous ne pouvons nous contenir. Il serait donc plus exact de dire que si
-nous ne connaissions pas la vie pendant laquelle nous serions plus aptes
- satisfaire nos exigences morales qu'en rve, nous aurions considr
-le sommeil comme une vraie vie et nous n'aurions jamais dout que celte
-vie ne soit relle. Toute notre vie, depuis la naissance jusqu' la
-mort, avec ses rves, n'est-elle pas, son tour, un songe et que nous
-prenons pour la ralit, pour la vie relle, dont nous ne doutons pas,
-uniquement parce que nous ne connaissons pas de vie o notre libert
-de suivre les exigences morales de l'me serait plus grande encore que
-celle dont nous jouissons actuellement?
-
-10
-
-Si ta courte vie est tout ton avoir, tche d'en faire tout ce qui est
-possible.
-
- SAID BEN HAMED.
-
-11
-
-Comment vivre sans savoir ce qui nous attend? demandent les hommes. Et,
-cependant, lorsque tu vis sans songer ce qui t'attend et uniquement
-pour pouvoir manifester ton amour, la vraie vie commence pour toi.
-
-12
-
-L'amour ne supprime pas seulement la crainte de la mort, mais encore
-la pense de la mort. Une vieille paysanne disait sa fille, quelques
-heures avant sa fin, qu'elle tait contente de mourir en t. Lorsque sa
-fille lui demanda pourquoi, la moribonde rpondit que c'est parce qu'il
-est plus difficile de creuser la tombe en hiver qu'en t. La vieille
-n'avait pas de peine mourir parce que, jusqu'au, dernier moment, elle
-ne pensait pas elle-mme, mais aux autres.
-
-Accomplis des oeuvres d'amour, et il n'y aura pas de mort pour toi.
-
-13
-
-Lorsque tu es venu au monde, tu pleurais, tandis que tout le monde se
-rjouissait autour de toi; arrange-toi de faon ce que tout le monde
-pleure lorsque tu quitteras le monde, et que toi seul tu puisses sourire.
-
-
-
-V.--_La pense la mort aide la vie spirituelle._
-
-1
-
-Pour te forcer bien agir, souviens-toi plus souvent que tu mourras
-srement bientt. Reprsente-toi que tu es la veille de la mort et
-tu ne ruseras plus, ne tromperas plus, ne mentiras plus, ne mdiras
-plus, n'injurieras plus, ne t'irriteras plus, ne prendras plus ce qui
-ne t'appartient pas. A la veille de la mort, on ne peut accomplir que
-des actions simples et bonnes. Et ces actions sont toujours les plus
-ncessaires et les plus joyeuses. C'est pourquoi il est toujours bon,
-surtout lorsqu'on est dsorient, de songer la mort.
-
-2
-
-Lorsque les hommes savent que la mort est venue, ils prient, confessent
-leurs pchs, afin de pouvoir se prsenter devant Dieu avec une me
-pure. Mais nous mourons tous les jours un peu, et tout instant nous
-pouvons mourir tout fait, C'est pourquoi nous n'aurions pas d
-attendre la dernire heure, mais tre prt tout moment.
-
-Et tre prt mourir, c'est bien vivre.
-
-La mort est toujours suspendue au-dessus de nous, prcisment pour que
-nous soyons toujours prts mourir et vivions bien en se prparant la
-mort.
-
-3
-
-Tu devras mourir bientt! Et pourtant tu ne peux toujours pas te librer
-de l'hypocrisie et des passions, tu ne peux pas abandonner le prjug de
-croire que tout ce qui est extrieur peut nuire l'homme, tu ne peux
-pas devenir humble envers chacun.
-
- MARC-AURLE.
-
-4
-
-En vue de la mort, la vie entire devient solennelle, grave, rellement
-fconde et joyeuse. En vue de la mort, il nous est impossible de ne pas
-accomplir le travail qui nous est destin dans cette vie, parce qu'on ne
-peut travailler avec ardeur rien d'autre. Et lorsque nous travaillons
-ainsi, la vie devient joyeuse, et la crainte de la mort n'existe plus,
-cette crainte qui empoisonne la vie de ceux qui ne vivent pas en vue de
-la mort.
-
-5
-
-Vis comme si tu devais tout de suite dire adieu la vie, comme si le
-temps qui t'est accord tait un don inattendu.
-
- MARC-AURLE.
-
-6
-
-Vis comme si tu devais vivre un sicle et mourir le soir mme. Travaille
-comme si tu pouvais vivre ternellement et traite les hommes comme si tu
-devais mourir immdiatement.
-
-7
-
-La vie dans l'oubli de la mort et la vie avec la conscience de son
-approche continuel sont deux tats absolument diffrents. L'un se
-rapproche de l'tat bestial, l'autre de l'tat divin.
-
-
-
-VI.--_L'approche de la mort._
-
-1
-
-Nous appelons mort la suppression de la vie et les minutes ou les heures
-pendant lesquelles on meurt. La premire, la suppression de la vie, ne
-dpend pas de notre volont; les seconds, les derniers moments, sont
-dans notre pouvoir. Nous pouvons mourir mal et mourir bien. Nous devons
-nous efforcer de bien mourir.
-
-C'est ncessaire pour ceux qui restent.
-
-2
-
-Le moribond comprend difficilement tout ce qui vit; mais on s'aperoit
-qu'il ne comprend pas ce qui vit, non parce que ses facults mentales
-s'affaiblissent; mais parce qu'il comprend quelque chose que les vivants
-ne comprennent pas, ne peuvent comprendre, et qui l'absorbe tout entier.
-
-3
-
-On pense gnralement que la vie des vieillards n'a pas d'importance,
-qu'ils ne font qu'achever leur vie. Ce n'est pas vrai. Dans la plus
-profonde vieillesse, la vie est plus prcieuse et plus ncessaire que
-jamais, aussi bien pour soi que pour les autres. L valeur de la vie est
-en raison contraire des carrs de distance de la mort: Ce serait heureux
-si les vieillards eux-mmes et ceux qui les entourent le comprenaient.
-Le dernier instant avant la mort est tout particulirement prcieux.
-
-4
-
-Avant d'arriver la vieillesse, je me suis efforc de bien vivre; dans
-la vieillesse, je m'efforce de bien mourir; pour bien mourir, il faut
-mourir volontiers.
-
- SNQUE.
-
-5
-
-Ai-je peur de la mort? Je crois que non; mais son approche, ou en
-pensant elle, je ne peux m'empcher d'prouver une motion pareille
-celle que doit prouver un voyageur en arrivant l'endroit o son train
-tombe d'une trs grande hauteur la mer, ou au moment o il s'lve
-une trs grande hauteur en ballon. L'homme, en mourant, sait qu'il ne
-lui arrivera rien de particulier, qu'il lui arrivera ce qui est dj
-arriv des millions d'tres, qu'il ne fait que changer de mode de
-locomotion, mais il lui est impossible de ne pas prouver d'motion en
-s'approchant de l'endroit o ce changement aura lieu.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXIX
-
-APRS LA MORT
-
-
-On demande: Qu'arrivera-t-il aprs la mort? Il n'y a qu'une rponse
-cette question: le corps pourrira et deviendra poussire, cela nous
-le savons srement. Quant ce qu'il adviendra de notre me, nous ne
-pouvons en rien dire, parce que la question de: qu'arrivera-t-il? se
-rapporte au temps. Or l'me est hors du temps. L'me n'a pas t et ne
-sera pas. Elle est. Si elle n'existait pas, il n'y aurait rien.
-
-
-I.--_La mort charnelle n'est pas la fin de la vie, mais uniquement uns
-transformation._
-
-1
-
-Quand nous mourons, il peut nous arriver de deux choses l'une: ou bien
-ce que nous considrions comme nous-mmes passera en un autre tre, ou
-bien nous ne serons plus des tres spars, et nous nous confondrons
-avec Dieu. Que cela soit l'une ou l'autre, nous n'avons rien craindre
-dans les deux cas.
-
-2
-
-La mort constitue une transformation de notre corps, la plus grande, la
-dernire. Nous subissons constamment des changements dans notre corps:
-nous tions d'abord des morceaux de chair; nous devenions ensuite des
-nourrissons; graduellement, nos cheveux, nos dents poussrent, puis
-tombrent, puis ils poussrent nouveau, la barbe apparut, commena
-blanchir, tomber, et nous n'avons jamais craint ces changements.
-
-Pourquoi craignons-nous le dernier changement?
-
-Parce que personne ne nous a racont ce qui lui est arriv aprs ce
-changement. Mais personne ne dira, lorsqu'un homme nous quitte et ne
-nous crit plus, qu'il n'existe pas, qu'il est mal l o il est all,
-nous dirons simplement que nous n'avons pas de nouvelles de lui. Il en
-est de mme des morts: nous savons qu'ils ne sont plus parmi nous, mais
-nous n'avons aucune raison de croire qu'ils n'existent plus, ou qu'ils
-sont plus malheureux depuis qu'ils nous ont quitts. Si nous ne pouvons
-savoir ni ce qui arrivera aprs la mort, ni ce que nous tions avant
-cette vie, cela prouve uniquement qu'il ne nous est pas donn de le
-savoir, parce que nous n'avons pas besoin de le savoir. Nous ne savons
-qu'une chose, c'est que notre vie n'est pas dans les changements du
-corps, mais en ce qui vit dans ce corps, dans l'me. Et l'me ne peut
-avoir ni commencement ni fin, parce qu'elle seule existe.
-
-3
-
-De deux choses l'une: ou la mort est la disparition absolue de la
-conscience, ou elle est, conformment la lgende, simplement un
-changement et la migration de l'me d'un endroit dans un autre. Si
-la mort est la destruction complte de la conscience, et qu'elle
-est pareille un sommeil profond sans rves, elle est un bienfait
-incontestable, car chacun n'a qu' se rappeler une nuit passe dans
-un tel sommeil sans rves et la comparer aux autres jours et aux
-autres nuits, avec leurs craintes, leurs inquitudes et dsirs non
-satisfaits, prouvs tant en ralit qu'en rves, et je suis persuad
-que personne ne trouvera beaucoup de jours et de nuits plus heureux que
-les nuits sans rves. De sorte que, si la mort est un tel sommeil, je la
-considre, quant moi, comme un bienfait. Si elle constitue le passage
-d'un monde dans un autre, et s'il est vrai que tous les hommes sages et
-saints morts avant nous s'y trouvent, pourrait-on esprer un bonheur
-plus grand que de vivre parmi ces tres? J'aurais voulu mourir, non pas
-une fois, mais cent fois, pourvu que je puisse pntrer dans cet endroit.
-
-De sorte que ni vous, juges, ni les hommes, en gnral, ne doivent
-craindre la mort, me semble-t-il; ils n'ont qu' se souvenir d'une
-chose: pour un homme de bien, il n'y a pas de mal ni dans la vie, ni
-dans la mort.
-
- (_Extrait du discours de Socrate devant le Tribunal._)
-
-4
-
-Celui qui voit le sens de la vie dans le perfectionnement spirituel
-ne peut croire la mort; il ne peut croire l'arrt de ce
-perfectionnement. Ce qui se perfectionne ne peut disparatre, cela ne
-peut que se modifier.
-
-5
-
-La mort est l'interruption de la conscience dont je vis actuellement. La
-conscience de cette vie s'arrte; je le vois sur ceux qui meurent. Mais
-que devient ce qui tait la conscience? Je ne le sais pas, et je ne puis
-le savoir.
-
-6
-
-Les hommes craignent la mort et voudraient vivre aussi longtemps que
-possible. Mais si la mort est un malheur, n'est-il pas indiffrent de
-mourir dans trente ou dans trois cents ans? Quelle joie a un condamn
-mort de savoir que ses camarades mourront dans trois jours et que son
-excution lui aura lieu dans trente jours.
-
-La vie se terminant par une mort dfinitive serait la mort mme.
-
- SKOVORODA.
-
-7
-
-Chacun sent qu'il n'est pas un rien amen la vie, un certain moment,
-par quelqu'un d'autre. C'est de l que vient notre assurance que la mort
-peut mettre une fin notre vie, mais non notre existence.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-8
-
-Plus on est profondment conscient de sa vie, moins on croit sa
-disparition et la mort.
-
-9
-
-Je ne crois en aucune des religions existantes, et ne puis, par
-suite, tre souponn de suivre aveuglment quelque tradition ou de
-subir l'influence de l'ducation. Mais, durant ma vie entire, j'ai
-rflchi aussi profondment que j'en tais capable sur la loi de
-notre vie. Je l'ai cherche dans l'histoire de l'humanit et dans ma
-propre conscience, et je suis arriv la conviction inbranlable
-que la mort n'existe pas, que la vie ne peut tre qu'ternelle,
-que le perfectionnement infini est une loi de la vie, que chaque
-qualit, chaque ide, chaque tendance que je possde, doit avoir son
-dveloppement pratique; que nous avons des capacits, des tendances
-qui dpassent, de beaucoup les ventualits de notre vie terrestre, que
-le fait mme que nous en disposons et ne pouvons dcouvrir leur origine
-dans nos sens peut tre considr comme une preuve de ce quelles nous
-viennent des rgions extra-terrestres et ne peuvent tre ralises que
-dans ces rgions; que rien ne peut ici-bas, sauf les choses visibles, et
-que croire que nous mourons parce que notre corps meurt revient au mme
-que de s'imaginer que l'ouvrier est mort parce que son outil s'est us.
-
- Joseph MAZZINI.
-
-10
-
-Si l'espoir de l'immortalit tait une illusion, on pourrait voir
-clairement qui sont ceux qui ont t tromps. Non pas les mes basses
-et noires qui n'ont jamais envisag cette grande pense, non pas les
-gens endormis et distraits qui sont satisfaits du sommeil voluptueux de
-cette vie et du sommeil des tnbres dans l'avenir, non pas les gostes
-aux ides troites et qui sont plus mesquines encore dans l'amour. Non,
-pas eux. Ils auraient raison, et le bnfice serait de leur ct. Ceux
-qui auraient t tromps, ce seraient les grands et les saints que
-les hommes vnrent; les tromps seraient tous ceux qui ont vcu pour
-quelque chose de meilleur que leur bonheur personnel, et qui ont donn
-leur vie pour le bien commun.
-
-Tous ces hommes auraient t tromps. Le Christ lui-mme aurait souffert
-inutilement en donnant Son esprit au Pre imaginaire, et Il aurait tort
-de croire qu'Il L'avait manifest par Sa vie. Toute la tragdie du
-Golgotha ne serait qu'un malentendu: la vrit serait du ct de ceux
-qui se moquaient de Lui et dsiraient Sa mort; elle serait galement
-aujourd'hui du ct de ceux qui sont indiffrents la conformit avec
-la nature humaine qu'offre cette histoire soi-disant imaginaire. Qui
-vnrerait-on, qui croirait-on si l'inspiration des tres suprieurs
-n'tait que des fables ingnieusement combines?
-
- PARKER.
-
-
-
-II.--_Le principe du changement de l'existence qui a lieu pendant la vie
-corporelle est inaccessible la raison humaine._
-
-Nous tchons souvent de nous reprsenter la mort comme un passage dans
-une rgion inconnue; mais cette conception ne nous donne absolument
-rien. Il est tout aussi impossible de se reprsenter la mort, qu'il est
-impossible de se reprsenter Dieu. Tout ce que nous pouvons savoir,
-c'est que la mort, de mme que tout ce qui vient de Dieu, est un bien.
-
-2
-
-On nous demande: que deviendra l'me aprs la mort? Nous ne le savons
-pas, et nous ne pouvons le savoir. Il n'y a qu'une chose de certain:
-c'est que si tu te diriges quelque part, tu es srement sorti de quelque
-endroit. Il en est de mme de la vie. Si tu es dans cette vie, tu es
-srement sorti de quelque part. Tu retourneras l d'o tu es sorti.
-
-3
-
-Je ne me souviens absolument pas de ce qui a eu lieu avant ma naissance;
-je pense donc qu'aprs la mort je ne me souviendrai de rien de ma vie
-actuelle. Si la vie aprs la mort existe, il m'est impossible de
-l'imaginer.
-
-4
-
-Personne ne sait ce qu'est la mort et, cependant, tous la craignent, en
-la considrant comme le plus grand-mal, bien qu'elle puisse tre le plus
-grand bonheur.
-
- PLATON.
-
-5
-
-Personne ne peut se vanter de savoir que Dieu et la vie future existent.
-Je ne puis pas dire que je sache indubitablement que Dieu et mon
-immortalit existent, mais je dois dire que je sens qu'il y a un Dieu,
-comme je sens qu'il y a un moi immortel. Cela prouve que ma foi en
-Dieu et en l'autre monde est tellement lie ma nature qu'elle ne peut
-tre spare de moi.
-
- D'aprs KANT.
-
-6
-
-Le Christ a dit en mourant: Pre, je remets mon esprit entre Tes
-mains. Quiconque prononce ces paroles, non pas avec la langue, mais
-avec le coeur, n'a plus besoin de rien. Si mon esprit retourne Celui de
-Qui il mane, il ne peut rien arriver mon esprit que ce qu'il y a de
-meilleur.
-
-
-
-III.--_La mort est une libration._
-
-1
-
-La mort est la destruction du vase dans lequel notre esprit est enferm.
-On ne doit pas confondre ce vase avec ce qu'il contient.
-
-2
-
-Lorsque nous venons au monde, nos mes sont mises dans les bires de
-notre corps. Cette bire--notre corps--se dsagrge petit petit, et
-notre me se libre de plus en plus. Mais lorsque le corps meurt par la
-volont de Celui Qui a uni l'me au corps, l'me se libre entirement.
-
- D'aprs HRACLITE.
-
-3
-
-De mme que le feu fait fondre la cire de la bougie, la vie de l'me
-consume la vie du corps. Le corps brle sur le feu de l'me et se
-consume entirement lorsque la mort vient. La mort dtruit le corps de
-mme que les constructeurs dtruisent les chantiers, quand le btiment
-est prt.
-
-Le btiment, c'est la vie spirituelle; les chantiers, c'est le corps. Et
-l'homme qui a construit son btiment spirituel se rjouit en mourant de
-voir tomber les chantiers de sa vie corporelle.
-
-4
-
-Tout au monde pousse, fleurit et revient sa racine. Ce retour est
-le retour conforme la nature. La conformit avec la nature signifie
-l'ternit; c'est pourquoi la destruction du corps ne prsente aucun
-danger.
-
- LAO-TSEU.
-
-5
-
-L'homme qui travaillait toute sa vie dompter ses passions, ce dont
-son corps l'empchait, se rjouit d'en tre libr. Et la mort n'est
-qu'une libration. Le perfectionnement, dont nous avons parl plus d'une
-fois, consiste dans la sparation possible de l'me du corps, et dans
-la facult acquise de se concentrer en dehors du corps, en elle-mme; la
-mort donne cette mme libration. Ne serait-il pas trange que l'homme
-qui se prpare toute sa vie vivre de faon devenir aussi libre que
-possible par la domination du corps, s'en trouve mcontent au moment o
-cette libration est prte de se raliser. C'est pourquoi, malgr tout
-le regret que j'ai de vous quitter et de vous causer du chagrin, je ne
-puis ne pas acclamer la mort, comme la ralisation de ce que je dsirais
-atteindre durant toute ma vie.
-
- (_Du discours d'adieu de Socrate ses lves._)
-
-6
-
-L'homme voit les plantes et les animaux s'engendrer, crotre, prendre
-des forces, se multiplier, puis faiblir, dprir, vieillir et mourir.
-
-Il le voit de mme sur les autres hommes, et il le sait galement que
-son corps vieillira, qu'il dprira et mourra, comme tout ce qui nat et
-vit au monde.
-
-Mais, en dehors de ce qu'il voit sur les autres tres et sur lui-mme,
-tout homme sait aussi qu'il y a quelque chose en lui qui ne faiblit ni
-ne vieillit; il sait, au contraire, que plus il vit, plus ce quelque
-chose se fortifie et se perfectionne: c'est son me laquelle rien ne
-peut arriver de ce qui arrive au corps. C'est pourquoi la mort n'effraie
-que celui qui ne vit pas de l'me, mais du corps.
-
-7
-
-On demanda un sage qui disait que l'me tait immortelle: Qu'est-ce
-qui arrivera lorsque le monde finira? Il rpondit: Pour que mon me
-ne meure pas, il n'y a pas besoin du monde.
-
-8
-
-L'me ne vit pas dans le corps comme dans une maison, mais comme un
-voyageur dans un asile d'autrui.
-
- _Kouran_ hindou.
-
-9
-
-Plus notre vie devient spirituelle, plus nous croyons l'immortalit. A
-mesure que notre nature s'loigne de la grossiret bestiale, nos doutes
-se dissipent.
-
-Le voile se lve sur l'avenir, les tnbres se dissipent, et nous
-sentons notre immortalit encore ici-bas.
-
- MARTINEAU.
-
-10
-
-Celui qui comprend faussement la vie, comprendra toujours faussement la
-mort.
-
-11
-
-Celui qui connat les autres est sage, celui qui se connat lui-mme est
-clair.
-
-Celui qui vainc les autres est fort; celui qui se vainc lui-mme est
-puissant.
-
-Mais celui qui sait qu'il ne disparatra pas en mourant est ternel.
-
- LAO-TSEU.
-
-
-
-IV.--_La naissance et la mort sont les bornes au del desquelles notre
-vie nous est cache._
-
-1
-
-La naissance et la mort sont deux bornes. Au del de ces bornes il y a
-une sorte d'uniformit.
-
-2
-
-La naissance est la mme chose que la mort. Ds sa naissance, l'enfant
-entre dans un monde nouveau, commence une tout autre vie que celle qu'il
-avait dans le sein de sa mre. Si l'enfant pouvait raconter ce qu'il
-a prouv en quittant la vie ancienne, il aurait dit la mme chose
-qu'prouve l'homme en quittant cette vie.
-
-3
-
-O vont les hommes lorsqu'ils meurent? L, probablement, d'o viennent
-ceux qui naissent. Les hommes viennent de Dieu, du Pre de notre vie.
-C'est de Lui qu'est venu, vient, et viendra toute vie. De sorte qu'en
-mourant, l'homme ne fait que retourner vers Celui dont il est issu.
-
-L'homme sort de la maison, travaille, se repose, mange, s'amuse,
-travaille nouveau et, lorsqu'il est fatigu, il rentr chez lui.
-
-Il en est de mme durant toute la vie humaine; l'homme sort de chez
-Dieu, travaille, souffre, se console, se rjouit, se; repose et, s'tant
-suffisamment tourment, il revient la maison, de laquelle il est sorti.
-
-4
-
-Ne sommes-nous pas ressuscits une fois dj de l'tat dans lequel
-nous tions moins renseigns sur le prsent que nous ne le sommes
-actuellement sur l'avenir? De mme que notre tat antrieur se rapporte
- l'tat actuel, notre tat actuel se rapporte l'tat futur.
-
- LICHTENBERG.
-
-
-
-V.--_La mort libre l'me des limites de la personnalit._
-
-1
-
-La mort est une libration de la personnalit borne.
-
-C'est de ce fait que rsulte, apparemment, l'expression de paix et de
-repos que l'on remarque sur les figures de la plupart des morts. La
-mort de tout homme de bien est facile et tranquille; mais mourir avec
-empressement, volontiers, mourir avec joie, voil l'avantage de celui
-qui a renonc lui-mme, de celui qui renonce la vie individuelle,
-de celui qui la nie. Car seul cet homme a rellement envie de mourir
-et, par suite, n'a besoin ni ne demande d'existence ultrieure pour sa
-personnalit.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-2
-
-La conscience du Tout, renferme dans les limites du corps, tend
-largir ses limites. Dans la premire moiti de sa vie, l'homme aime de
-plus en plus les objets, les gens, c'est--dire qu'en sortant de ses
-limites il reporte sa conscience sur d'autres tres. Mais quelle que
-soit la grandeur de son amour, il ne peut sortir de ses limites et ne
-voit la possibilit de leur suppression qu'en mourant. Comment peut-on
-craindre la mort aprs cela? Il se passe quelque chose d'analogue
-la transformation de la chenille en papillon. Nous sommes ici des
-chenilles: d'abord nous naissons, ensuite nous nous endormons en
-chrysalide; puis nous devenons papillons dans l'autre vie.
-
-3
-
-Notre corps limite le principe divin, spirituel que nous appelons me.
-Et ces bornes, de mme que le vase donne la forme au liquide ou au gaz
-qui s'y trouve renferm, donnent la forme cet lment divin. Lorsque
-le vase se brise, ce qui s'y trouvait enferm perd la forme qu'il avait
-et se rpand. Est-ce que cela se relie aux autres substances? Est-ce
-que cela prend une forme nouvelle? Nous n'en savons rien. Mais nous
-savons srement que cela perd la forme que cela avait dans ses bornes,
-parce que ce qui le bornait est dtruit. Nous savons cela, mais nous
-ne pouvons rien savoir de ce qui arrivera ce qui tait limit. Nous
-savons uniquement qu'aprs la mort, l'me devient quelque chose d'autre
-que nous ne pouvons pas dfinir dans la vie prsente.
-
-4
-
-Si la vie est un sommeil et la mort un rveil, le fait que je me vois
-spar de ce qui existe, est un rve dont j'espre me rveiller en
-mourant.
-
-5
-
-On prouve de la joie en mourant quand on est fatigu d'tre spar du
-monde, quand on sent toute l'horreur de cette sparation et la joie,
-sinon de se joindre tout, du moins de sortir de la prison qui vous
-spare ici o l'on n'a que rarement l'occasion de communiquer avec les
-hommes au moyen d'tincelles d'amour qui volent de l'un l'autre. On
-a envie de dire: J'en ai assez de cette cage; donnez-moi d'autres
-rapports avec le monde, mieux appropris mon me; je sais que la mort
-me les donnera. Et, pour me consoler, on m'assure que mme l je serai
-une personnalit isole.
-
-6
-
-J'ai sous les pieds une terre ferme et gele; autour de moi, sont
-d'immenses arbres; au-dessus de ma tte, un ciel couvert; je sens mon
-corps, je suis plong dans mes penses, et pourtant, je sais, je sens de
-tout mon tre que la terre ferme, les arbres, le ciel, mon corps et mes
-penses, tout cela n'est que momentan, que cela n'est que le rsultat
-de mes cinq sens, de mon sentiment individuel du monde que j'ai moi-mme
-bti, que tout cela n'est ainsi que parce que je suis telle partie du
-monde et non pas une autre, que telle est ma sparation de l'univers.
-Je sais qu'il suffit que je meurs, et tout cela ne disparatra pas avec
-moi, mais se transformera, comme cela arrive au thtre: les arbres et
-les pierres se transforment en palais, en tours etc. La mort oprera
-en moi une transformation, que je passerai en un autre tre, autrement
-spar du monde. Et alors, tout l'univers, en restant le mme pour ceux
-qui y vivent, deviendra autre pour moi. Tout l'univers est tel et non
-autre, uniquement parce que je me considre comme tel et non autre. Et
-il peut y avoir une quantit innombrable de procds pour sparer les
-tres de l'univers et les changer de point d'observation.
-
-
-
-VI.--_La mort dvoile ce qui paraissait inconcevable._
-
-1
-
-Plus l'homme vit longtemps, plus la vie se rvle lui: ce qui tait
-ignor devient connu; et il en est ainsi jusqu' la mort. Et la mort
-rvle tout ce que l'homme est en tat de concevoir.
-
-2
-
-Quelque chose se rvle l'homme au moment de la mort. Ah, voil ce
-que c'est, dit presque toujours l'expression du visage du moribond.
-Mais nous, ceux qui restons, nous ne pouvons pas voir ce qui lui a t
-rvl. Cela nous sera rvl plus tard, en son temps.
-
-3
-
-Tout se rvle tant qu'on vit, comme si on s'levait de plus en plus sur
-des marches. Mais la mort survient, et ce qui se rvlait, ne se rvle
-plus, ou bien celui qui la rvlation tait faite cesse de voir ce qui
-se rvlait avant, parce qu'il voit quelque chose de nouveau, de tout
-diffrent.
-
-4
-
-Ce qui meurt appartient dj en partie l'ternit. Il nous semble
-que le moribond nous parle d'outre-tombe. Ce qu'il nous dit, nous
-semble tre un commandement. Nous nous le reprsentons presque comme
-un prophte. Il est vident que pour celui qui sent la vie s'en aller
-et le cercueil s'ouvrir, le moment des graves discours est arriv. La
-substance de sa nature doit se manifester. Le divin qui est en lui ne
-peut plus rester cach.
-
- AMIEL
-
-5
-
-Tous les malheurs nous rvlent ce qu'il y a en nous de divin,
-d'immortel, qui forme la base de notre vie. Le plus grand malheur,
-d'aprs la conception humaine--la mort--nous rvle entirement notre
-vrai moi.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXX
-
-LA VIE EST UN BIEN
-
-
-La vie de l'homme et son bonheur est dans l'union de plus en plus intime
-de l'me, spare par le corps des autres mes et de Dieu, avec ce dont
-elle est spare. Cette union s'opre par la manifestation de l'amour,
-dterminant la libration de l'me du corps. C'est pourquoi, si l'homme
-comprend que la vie et son bonheur consistent en cette libration de
-l'me, sa vie, malgr toutes les souffrances, n'importe quels malheurs
-et n'importe quelles maladies, ne peut tre rien d'autre qu'un bonheur.
-
-
-I.--_La vie est le bonheur suprme, accessible l'homme._
-
-1
-
-La vie, quelle qu'elle soit, est un bien qui est suprieur tout autre.
-Si nous disons que la vie est un mal, c'est uniquement par comparaison
- une autre vie que nous imaginons meilleure; mais nous ne connaissons
-aucune autre vie meilleure et ne pouvons la connatre; c'est pourquoi,
-la vie, quelle qu'elle soit, est notre bonheur suprme.
-
-2
-
-Nous ngligeons souvent le bien de la vie prsente, dans l'espoir de
-recevoir quelque part un bien suprieur. Mais un si grand bien ne peut
-jamais exister nulle part, parce que ce bien nous est dj donn: la
-vie, bien au-dessus duquel il n'y a rien et il ne peut rien y avoir.
-
-3
-
-Le monde ici-bas n'est pas une plaisanterie, ni une valle de larmes,
-ni l'asile avant le passage dans un monde meilleur, mais un des mondes
-ternels, beau, joyeux et que nous pouvons et devons, par nos efforts,
-rendre plus beau et plus joyeux encore pour ceux qui vivent avec nous et
-pour tous ceux qui y vivront aprs nous.
-
-4
-
-L'homme est malheureux parce qu'il ne sait pas qu'il est heureux.
-
- DOSTOIEVSKY.
-
-5
-
-On ne doit pas dire que le but de la vie est de servir Dieu. Le but de
-la vie est toujours et sera toujours la recherche du bonheur. Et comme
-Dieu a voulu donner le bonheur aux hommes, ceux-ci, en le poursuivant,
-font ce que Dieu veut d'eux: ils accomplissent Sa volont.
-
-
-
-II.--_Le vrai bien est dans la vie prsente, et non dans la vie
-d'outre-tombe._
-
-1
-
-D'aprs la fausse doctrine, la vie en ce monde est un mal, tandis que le
-bien est atteint dans l'autre monde.
-
-D'aprs la vraie doctrine chrtienne, le but de la vie est le bonheur,
-et on obtient ce bonheur ici-bas.
-
-Le vrai bien est toujours en notre pouvoir. Il suit la vie juste comme
-une ombre.
-
-2
-
-Si le paradis n'est pas en toi-mme, tu n'y pntreras jamais.
-
- ANGLUS.
-
-3
-
-Ne crois pas que la vie n'est qu'un passage dans un autre monde, et
-seulement que l nous pouvons tre heureux. Nous devons tre bien ici,
-en ce monde. Et pour tre bien ici, nous n'avons qu' vivre comme veut
-Celui Qui nous y a envoys. Et ne dis pas que pour que tu puisses bien
-vivre, il faut que tous vivent bien, qu'ils mnent tous une vie juste.
-Non. Vis toi-mme selon Dieu, fais des efforts toi-mme, et tu vivras
-srement bien, et les autres ne s'en ressentiront pas plus mal, mais
-mieux.
-
-4
-
-Vis de la vraie vie, et tu auras beaucoup d'ennemis; mais ceux-ci mmes
-t'aimeront. La vie t'apportera bien des malheurs; mais eux aussi te
-rendront heureux, tu bniras la vie et tu forceras les autres la bnir.
-
- D'aprs DOSTOIEVSKY.
-
-
-
-III--_Tu ne trouveras le vrai bonheur qu'en toi-mme._
-
-1
-
-Dieu est entr en moi et c'est par moi qu'il cherche Son bien. Mais quel
-peut tre le bonheur de Dieu? Seulement celui d'tre Lui.
-
- ANGLUS.
-
-2
-
-Un sage dit: J'ai fait le tour du monde entier en cherchant le bien.
-Je l'ai cherch sans trve, jour et nuit. Quand je dsesprais dj de
-le trouver, une voix intrieure me dit: ce bien est en toi-mme. J'ai
-cout cette voix et j'ai trouv le vrai bonheur.
-
-3
-
-Quel bien te faut-il encore, quand Dieu et tout l'univers est en toi?
-
- ANGLUS.
-
-4
-
-Les hommes sont heureux lorsqu'ils disent que rien n'est eux sauf leur
-me. Ils sont heureux mme quand ils vivent parmi les gens cupides et
-mchants qui les hassent: personne ne peut leur prendre leur bonheur.
-
- _Doctrine bouddhiste._
-
-5
-
-Mieux les hommes vivent, moins ils se plaignent des autres. Et plus
-ils vivent mal, plus ils sont mcontents non pas d'eux-mmes, mais des
-autres.
-
-6
-
-Le sage cherche tout en lui-mme; l'insens cherche tout dans les
-autres. CONFUCIUS.
-
-
-
-IV.--_La vraie vie est la vie spirituelle._
-
-1
-
-La vie humaine, pleine de souffrances corporelles pouvant s'arrter
- tout instant, doit avoir, pour ne pas tre la plaisanterie la plus
-grossire, un sens conformment auquel elle ne peut tre trouble ni par
-les souffrances, ni par sa longue dure, ni par sa brivet.
-
-Or la vie humaine a ce sens. Il est dans notre conscience de plus en
-plus nette de receler en nous Dieu.
-
-2
-
-La vie humaine est une communion continue de l'tre spirituel, isol
-par le corps, avec ce quoi il a conscience d'tre uni. Que l'homme
-le comprenne ou non, qu'il le veuille ou non, cette communion s'opre
-irrsistiblement par l'tat que nous appelons: vie humaine. La
-diffrence entre les hommes qui ne comprennent pas leur destination et
-ne veulent pas vivre conformment elle, et ceux qui la comprennent et
-veulent vivre conformment elle, consiste en ce que la vie de ceux qui
-ne la comprennent pas, est une souffrance continuelle, alors que la vie
-de ceux qui la comprennent et qui accomplissent leur destination, est un
-bien continu qui augmente sans cesse.
-
-3
-
-Rien ne confirme de faon aussi clatante, que l'oeuvre de la vie est
-dans le perfectionnement moral, que le fait que, si varis que soient
-tes dsirs en dehors de ce perfectionnement, et bien qu'ils soient
-entirement raliss, l'attrait du dsir s'teint aussitt que le but
-est ralis. Il n'y a qu'une chose qui conserve la joie--c'est d'tre
-conscient que l'on avance vers la perfection.
-
-Seul ce perfectionnement continuel donne la vraie joie qui ne cesse de
-grandir. Chaque pas en avant fait sur ce chemin, entrane une rcompense
-qui est obtenue immdiatement. Et rien, ne peut la ravir.
-
-4
-
-Celui qui consacre sa vie au perfectionnement spirituel ne peut tre
-mcontent, car ce qu'il dsire est toujours en son pouvoir.
-
- PASCAL.
-
-5
-
-tre heureux, possder la vie ternelle, vivre en Dieu, tre sauv, tout
-cela a le mme sens: c'est la solution du problme de la vie. Et ce
-bien s'accrot; l'homme ressent la possession de plus en plus forte et
-profonde de la joie cleste. Et ce bien n'a pas de bornes, car ce bien
-est la libert, la toute-puissance, la satisfaction complte de tous les
-dsirs.
-
- AMIEL.
-
-
-
-V.--_En quoi consiste le vrai bonheur._
-
-1
-
-Les biens rels sont peu nombreux. Le vrai bien, le vrai bonheur est ce
-qui est le bien pour tous.
-
-C'est pourquoi, on ne doit dsirer que ce qui est conforme au bien
-commun. Celui dont l'oeuvre vise ce but obtiendra son bonheur.
-
- MARC-AURLE.
-
-2
-
-Dans les situations des hommes, le mal est uni au bien, tandis que
-dans leurs tendances ce mlange n'existe pas. La tendance peut tre
-mauvaise: chercher accomplir la volont de sa nature charnelle--,
-ou bonne: chercher accomplir la volont de Dieu. Si l'homme suit le
-premier dsir, il est srement malheureux; s'il suit le deuxime, il n'y
-a pas pour lui de malheur possible--tout est bonheur.
-
-3
-
-Personne ne peut faire le vrai bonheur d'un autre. L'homme ne peut faire
-que son propre bonheur. Le vrai bien ne consiste qu'en une seule chose:
-vivre pour l'me et non pour le corps.
-
-4
-
-Faire le bien est la seule oeuvre dont on puisse dire qu'elle nous est
-srement profitable.
-
-5
-
-On dit que celui qui fait le bien n'a pas besoin de rcompense. C'est
-vrai, si l'on croit que la rcompense ne sera pas en toi et ne viendra
-pas de suite, mais dans l'avenir. Mais l'homme est incapable de faire
-le bien sans rcompense, sans que cela lui donne la joie. Il s'agit de
-comprendre en quoi consiste la vraie rcompense. Elle n'est pas dans
-ce qui est extrieur ni dans l'avenir, mais dans ce qui est interne et
-actuel: elle est dans le perfectionnement de l'me. C'est l qu'est la
-rcompense et en mme temps la raison de faire le bien.
-
-6
-
-Un homme de sainte vie priait Dieu pour les hommes: O Seigneur,
-disait-il, sois misricordieux pour les mchants, parce que tu as dj
-t misricordieux pour les bons: ils sont heureux, parce qu'ils sont
-bons.
-
- SAADI.
-
-
-
-VI.--_Le bien est dans l'amour._
-
-1
-
-Il n'y a qu'une chose faire pour tre sr d'tre heureux: c'est
-d'aimer, d'aimer tous, les mchants et les bons. Aime toujours et tu
-seras heureux toujours.
-
-2
-
-Nous ne savons pas et nous ne pouvons savoir pourquoi nous vivons.
-Aussi, ne pourrions-nous pas savoir ce que nous devons et ce que nous ne
-devons pas faire, si nous n'prouvions pas le dsir du bien. Ce dsir
-nous dmontre clairement ce que nous devons faire, condition de ne pas
-comprendre notre vie la faon de l'animal, mais en nous souvenant que
-nous avons une me. Et le bonheur que dsire notre me nous est donn
-dans l'amour.
-
-3
-
-Si le Dieu de charit existe et s'Il a cr le monde, Il l'a srement
-fait de faon ce que tous, y compris les hommes, y soient heureux.
-
-Mais si Dieu n'existe pas, vivons nous-mmes de faon ce que nous
-soyons bien. Et pour que nous soyons bien, il faut que nous nous aimions
-les uns et les autres, il faut qu'il y ait de l'amour. Et Dieu tant
-amour, nous viendrons encore Lui.
-
-4
-
-On dit: Pourquoi aimerions-nous ceux qui nous sont dsagrables?
-Parce que c'est l qu'est la joie. Eprouve-le et tu sauras si c'est vrai.
-
-5
-
-Rien que la mort devant nous, rien que l'accomplissement immdiat du
-devoir! Comme cela semble triste et effrayant! Pourtant, consacre ta vie
- l'union, par l'amour, aux hommes et Dieu, et ce qui te paraissait
-effrayant, deviendra le plus grand bien.
-
-
-
-VII.--_Plus l'homme vit pour son corps, plus il est priv du vrai
-bonheur._
-
-1
-
-Les uns cherchent le bien dans la puissance, les autres dans les
-sciences, les troisimes dans les plaisirs. Ces trois genres de
-jouissances ont form trois coles diffrentes, et tous les philosophes
-ont toujours suivi l'une d'elles. D'autres, qui se sont plus rapprochs
-de la vraie philosophie, ont compris qu'il est ncessaire que le bien
-gnral dsir par tous ne soient dans aucune des choses particulires
-qui ne peuvent tre possdes que par un seul, et qui, tant partages,
-affligent plus le possesseur par le manque de la partie qu'il n'a pas,
-qu'elles ne le contentent par la jouissance de celle qui lui appartient.
-Ils ont compris que le vrai bien devait tre tel que tous puissent le
-possder la fois, sans diminution et sans envie, et que personne
-ne pt le perdre contre son gr. Et ce bien existe: ce bien est dans
-l'amour.
-
- PASCAL.
-
-2
-
-Pourquoi t'agites-tu, malheureureux? Tu cherches le bien, tu cours
-quelque part, et le bien est en toi-mme. Inutile de le chercher
-d'autres portes. Si le bien n'est pas en toi, il n'est nulle part. Le
-bien est en toi, en ce que tu peux aimer tous, non pour quelque chose,
-mais pour vivre, et non de ta propre vie, mais aussi de celle des
-autres. Chercher le bien dans le monde et ne pas profiter du bien qui
-est en notre me, revient au mme que d'aller puiser l'eau dans une
-grande mare trouble et loigne, tandis qu'il y a ct une source pure
-venant de la montagne.
-
- D'aprs ANGLUS.
-
-3
-
-Si tu veux le vrai bonheur, ne le cherche pas dans les pays loigns,
-dans la richesse, dans les honneurs, ne le demande pas aux hommes, ne
-t'inclinent pas devant eux et ne lutte pas contre eux pour le bonheur.
-On peut, par ces moyens, obtenir des richesses, un grand titre et
-diverses choses inutiles; mais le vrai bonheur, dont chacun a besoin,
-ne peut tre obtenu auprs des hommes, ni achet ou sollicit, ni donn
-gratuitement. Sache que tout ce que tu ne peux prendre toi-mme, ne
-t'appartient pas et ne t'est pas ncessaire. Tu peux toujours prendre
-toi-mme, par une vie juste, tous ce dont tu as besoin.
-
-Oui, le bonheur ne dpend ni du ciel, ni de la terre, mais uniquement de
-nous-mmes.
-
-Il n'y a qu'un seul bien au monde, lui seul nous est ncessaire. Quel
-est donc ce bien? C'est la vie dans l'amour. Et ce bien peut tre
-facilement obtenu.
-
- D'aprs SKOVORODA.
-
-4
-
-Dieu soit lou d'avoir rendu facile aux hommes tout ce qui leur est
-ncessaire, et difficile tout ce dont ils n'ont pas besoin. Le bonheur
-est trs ncessaire l'homme, et il n'y a rien de plus facile que
-d'tre heureux. Dieu en soit lou!
-
-Le Royaume de Dieu est en nous. Le bonheur est dans le coeur, s'il
-contient de l'amour.
-
-Qu'arriverait-il si le bonheur ncessaire tout homme avait t accord
-suivant l'endroit, le temps, l'tat, la position, la sant, la force
-corporelle? Qu'arriverait-il si le bonheur existait uniquement en
-Amrique, ou uniquement Jrusalem, ou l'poque de Salomon, dans la
-demeure des rois, grce la richesse, aux grades, si on le trouvait
-seulement au dsert, dans les sciences, dans la sant, dans la beaut?
-
-Serait-il possible aux hommes de ne vivre qu'en Amrique, ou de vivre
-la mme poque? Si le bonheur tait dans la richesse, ou dans la sant,
-ou dans la beaut, tous les pauvres, tous les vieux, tous les malades,
-tous les laids seraient malheureux. Dieu aurait-il priv tous ces gens
-de bonheur? Non, Dieu soit lou, il a rendu l'inutile difficile: il a
-agi de faon ce qu'il n'y ait pas de bonheur dans la richesse, ni dans
-les grades, ni dans la beaut du corps. Le bonheur n'est qu'en une seule
-chose--dans la vie juste, et cela est au pouvoir de chacun.
-
-5
-
-Demander Dieu que quelqu'un nous donne le bien dans cette vie, revient
-au mme que d'tre assis auprs d'une source, et demander d'autres de
-calmer ta soif. Baisse-toi et bois. Le bonheur nous est donn, il faut
-savoir en profiter.
-
-6
-
-Si tu considres comme un bien ce qui n'est pas en ton pouvoir, tu seras
-toujours malheureux. Persuades-toi que tout le bonheur est ta porte,
-et personne ne te le ravira.
-
-
-
-VIII.--_L'homme n'prouve pas le bien de la vie uniquement quand il ne
-suit pas la loi de la vie._
-
-1
-
-Si tu demandes: pourquoi le mal existe-t-il? Je rponds par la question:
-pourquoi la vie existe-t-elle? Le mal est pour que la vie soit. La vie
-se manifeste par la libration du mal.
-
-2
-
-Si notre vie n'est pas heureuse, cela tient uniquement ce que nous ne
-faisons pas ce que nous aurions d faire pour que la vie soit une joie
-perptuelle.
-
-3
-
-Si quelqu'un dit qu'il se sent malheureux en faisant le bien, cela
-prouve uniquement que ce qu'il considre comme le bien ne l'est pas.
-
-4
-
-Sache et souviens-toi que si l'homme est malheureux, c'est par sa propre
-faute. Les hommes ne sont malheureux que lorsqu'ils dsirent ce qu'ils
-ne peuvent avoir.
-
-Que ne peuvent-ils pas toujours avoir, bien qu'ils le dsirent, et que
-peuvent-ils toujours avoir quand ils le dsirent?
-
-Ils ne peuvent pas toujours avoir ce qui n'est pas en leur pouvoir,
-ce que les autres peuvent lui prendre. Seul est en leur pouvoir ce
-que rien ni personne ne sauraient leur ravir. A la premire catgorie
-appartiennent tous les biens terrestres: la richesse, les honneurs, la
-sant. A la deuxime: notre me, notre perfectionnement spirituel. Et
-prcisment la chose qui nous est le plus ncessaire pour notre bien est
-en notre pouvoir, parce que rien, aucun bien terrestre ne donne le vrai
-bien, mais ne fait que nous leurrer. Le vrai bien ne peut tre obtenu
-que par notre effort vers la perfection spirituelle, et cet effort est
-toujours en notre pouvoir.
-
-On a agi pour nous de mme qu'un bon pre aurait agi pour ses enfants.
-Seul ce qui ne peut nous donner le bonheur ne nous appartient pas,
-tandis que tout ce qui nous est ncessaire nous est donn.
-
- PICTTE.
-
-5
-
-Ne crois pas que la perplexit devant le sens de la vie soit quelque
-chose de noble ou de tragique. Cette perplexit est pareille celle que
-l'homme prouve lorsqu'il se voit dans une socit occupe lire un bon
-livre. La perplexit de cet homme qui n'coute pas attentivement ou n'a
-pas compris ce qu'on lit et qui s'agite au milieu des gens occups, n'a
-rien de noble ni de tragique, mais est ridicule, bte et pitoyable.
-
-6
-
-Il y avait une fois un bienfaiteur qui, voulant faire aux hommes le plus
-de bien possible, se mit rflchir pour savoir comment il devait s'y
-prendre pour n'offenser personne et pour que tous en profitent. Si l'on
-distribue les richesses directement aux gens, on risque de donner moins
- celui qui en a le plus besoin, et l'on en saurait en donner galement
- tout le monde; alors ceux qui n'en auraient pas assez diraient:
-Pourquoi as-tu donn aux autres et pas nous?
-
-Le bienfaiteur eut alors l'ide d'installer une auberge dans un endroit
-o passait beaucoup de monde et d'y dposer tout ce qui peut tre utile,
-ou faire plaisir au voyageur. Il y mnagea des chambres bien chaudes, de
-bons poles, du bois brler de provisions d'clairage, de pains, de
-lgumes, de fruits, de boissons de toute sorte, des lits, des vtements,
-du linge, des chaussures, bref, quantit de produits pouvant suffire
-beaucoup de monde. Puis, le bienfaiteur s'en alla pour voir ce qui en
-rsultera son retour.
-
-Les bonnes gens commencrent affluer l'auberge: y mangeaient,
-buvaient, couchaient, passaient parfois un jour ou deux, y restaient
-parfois une semaine entire. Parfois, ceux qui en avaient besoin
-emportaient des vtements et des chaussures. Avant de s'en aller, ils
-rangeaient tout pour que d'autres passants puissent aussi en profiter,
-et puis ils partaient en remerciant le bienfaiteur inconnu.
-
-Mais un jour, arrivrent des gens grossiers et mchants. Ils
-s'emparrent de tout ce qui leur convenait, et une dispute clata
-parmi eux au moment du partage. D'abord, ils s'injurirent, puis ils
-en vinrent aux mains, et se mirent s'arracher les uns aux autres
-les objets et les briser exprs pour que d'autres ne puissent s'en
-emparer. Et lorsqu'ils eurent tout dtruit et commencrent souffrir
-du froid et de la faim ils se mirent mdire du propritaire, en
-l'accusant d'avoir mal organis les choses, de n'avoir pas mis de
-gardiens pour empcher d'entrer de mauvaises gens. D'autres prtendaient
-qu'il n'y avait pas de propritaire du tout, et que l'auberge s'tait
-organise toute seule.
-
-Affams, transis de froid et irrits, ces gens quittrent l'auberge
-en s'injuriant entre eux, maudissant l'auberge et celui qui l'avait
-construite.
-
-Les hommes agissent de mme sur la terre quand ils ne vivent pas pour
-leur me, mais pour leur corps, qu'ils gchent leur vie et celle des
-autres, s'accusent entre eux et accusent Dieu, au lieu de s'accuser
-eux-mmes, s'ils croient en Dieu, et accusent l'univers, s'ils ne
-croient pas en Dieu, et s'imaginent que le monde s'est organis tout
-seul.
-
-
-
-IX.--_Seule l'observance de la loi de la vie donne le bien l'homme._
-
-1
-
-Il faut toujours tre joyeux. Si tu ne l'es plus, cherche o tu t'es
-tromp.
-
-2
-
-Si l'homme n'est pas satisfait de sa situation, il peut la modifier par
-deux moyens: amliorer les conditions de sa vie, ou bien amliorer son
-tat moral. Le premier n'est pas toujours en son pouvoir, le second
-l'est toujours.
-
- EMERSON.
-
-3
-
-Il me semble que l'homme doit considrer comme rgle principale d'tre
-heureux et satisfait. Il faut tre honteux de son mcontentement comme
-d'une mauvaise action, et savoir que s'il y a quelque chose qui ne va
-pas en soi, on ne doit pas le raconter aux autres et s'en plaindre, mais
-tcher de corriger ce qui va mal.
-
-4
-
-L'observance de la loi de Dieu, de la loi d'amour qui donne le bien
-suprme, est possible dans toutes les situations.
-
-5
-
-Venez Moi, vous tous qui tes fatigus et chargs, et je vous
-soulagerai. Car Mon joug est le bien et Ma charge est lgre, dit
-la doctrine du Christ. Ces paroles signifient qu'indpendamment des
-malheurs qui accablent l'homme, indpendamment des offenses et des
-amertumes qu'il doit supporter, il lui suffit de comprendre et de
-recueillir dans son coeur la vraie doctrine, qui dit que la vie et son
-bien consistent unir l'me ce dont elle est spare par le corps:
-aux mes des autres hommes et Dieu, pour que tout le mal apparent
-disparaisse. Il suffit l'homme de voir le but de la vie dans l'union
-affectueuse avec tout ce qui vit et avec Dieu, et sa vie, au lieu d'tre
-un tourment, devient aussitt le bonheur.
-
-
-FIN
-
-
- * * * * *
-
-
-TABLE DES MATIRES
-
-Prface du traducteur
-
-Prface de l'auteur
-
-
- I. La foi
- II. Dieu
- III. L'me
- IV. Une mme me chez tous
- V. L'amour
- VI. Pchs, tentations, superstitions
- VII. Les excs
- VIII. La lubricit
- IX. L'oisivet
- X. La cupidit
- XI. La colre
- XII. L'orgueil
- XIII. L'ingalit
- XIV. La violence
- XV. Le chtiment
- XVI. La vanit
- XVII. Les fausses croyances
- XVIII. La fausse science
- XIX. L'effort
- XX. La vie est dans le prsent
- XXI. Le non-agir
- XXII. La parole
- XXIII. La pense
- XXIV. L'abngation
- XXV. L'humilit
- XXVI. La vracit
- XXVII. Le mal
- XXVIII. La mort
- XXIX. Aprs la mort
- XXX. La vie est un bien
-
-
-
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of La Pense de l'Humanit, by Lon Tolsto
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSE DE L'HUMANIT ***
-
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-Produced by Madeleine Fournier, Annemie Arnst & Marc
-D'Hooghe at http://www.freeliterature.org (Scans generously
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-Foundation
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-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
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+<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43761 ***</div>
-<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43761 ***</div>
@@ -14156,7 +14156,7 @@ un tourment, devient aussitôt le bonheur.</p>
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-The Project Gutenberg EBook of La Pensée de l'Humanité, by Léon Tolstoï
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: La Pensée de l'Humanité
- Dernière oeuvre de L. Tolstoï
-
-Author: Léon Tolstoï
-
-Translator: Ely Halpérine-Kaminsky
-
-Release Date: September 18, 2013 [EBook #43761]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSÉE DE L'HUMANITÉ ***
-
-
-
-
-Produced by Madeleine Fournier, Annemie Arnst & Marc
-D'Hooghe at http://www.freeliterature.org (Scans generously
-made available by Gallica, Bibliothèque nationale de France)
-
-
-
-
-
-LÉON TOLSTOÏ
-
-La Pensée de l'Humanité
-
-Dernière œuvre de L. Tolstoï
-
-TRADUITE DU RUSSE
-
-PAR
-
-E. HALPÉRINE-KAMINSKY
-
-PARIS
-
-_L'ÉDITION MODERNE--LIBRAIRIE AMBERT_
-
-47, RUE DE BERRI, 47
-
-1912
-
-
-
-
-PRÉFACE DU TRADUCTEUR
-
-
-L'ouvrage de Léon Tolstoï, dont nous présentons ici au lecteur européen
-la première traduction française, a une double portée. Il résume les
-pensées exprimées par les sages universellement reconnus et par les
-fondateurs des religions les plus répandues de tous les temps et de
-tous les pays, pensées sur le sens et le but suprême de la vie. C'est
-en cherchant à son tour, durant son existence entière, le «chemin de la
-vie», que le grand penseur russe s'est efforcé de mettre à profit ce
-qui avait été dit et écrit avant lui sur l'éternel problème, pour sa
-propre éducation, d'abord, pour éclairer les autres, ensuite, par des
-citations appropriées. Le présent ouvrage est le résultat de ce travail
-formidable. C'est bien «la pensée de l'humanité» refléchie par l'âme de
-Tolstoï.
-
-C'est, d'autre part, son œuvre testamentaire, celle qu'il entoura de
-plus de soin durant ses dernières années et dont il corrigeait les
-épreuves jusqu'à sur sa couche de mourant.
-
-Il avait déjà précédemment établi plusieurs recueils analogues, sans
-avoir pu se déclarer satisfait. Ce fut, premièrement: _Pensées des
-sages pour chaque jour;_ puis: _Cercle de lecture,_ et, enfin: _Lectures
-quotidiennes_. Durant dix ans, l'auteur de ces recueils, dont chacun
-forme plusieurs volumes, ne cessait de les amender, de les coordonner
-sur un nouveau plan, et c'est de ce long travail préliminaire qu'est
-sorti enfin _Le Chemin de la vie_ dont nous croyons plus explicitement
-intituler la version française: _La Pensée de l'Humanité_.
-
-L'idée de laisser avant de mourir la confirmation de sa doctrine par la
-collectivité de grands penseurs, le hantait avec une telle constance
-que toutes les fois où Tolstoï croyait sa fin proche, son unique
-préoccupation était d'en activer la réalisation. L'un de ses disciples
-et plus proches amis, M. Gorbounov-Possadov, qui avait été chargé
-par lui de publier les recueils énumérés, raconte, dans sa préface à
-l'édition russe du _Chemin de la vie_, ces détails significatifs sur
-l'origine du premier recueil:
-
-«Pendant la grave maladie dont L.N. Tolstoï souffrait en janvier
-1903, alors que sa vie était en danger et qu'il n'avait plus la force
-de s'adonner à ses travaux habituels, il relisait l'Evangile et, en
-détachant chaque jour les feuilles du calendrier suspendu à la tête
-de son lit, parcourait les maximes empruntées aux grands penseurs que
-portaient les feuillets. Le calendrier étant épuisé et le malade n'ayant
-pas sous la main un autre pour le remplacer, Tolstoï éprouva le désir
-d'établir pour son usage personnel un recueil des pensées pour sa
-lecture quotidienne. C'est ainsi que, durant sa maladie, il réunit les
-éléments pour son premier recueil.»
-
-Rétabli, il ne cessa d'enrichir chaque nouveau recueil du produit de
-ses constantes recherches, utilisant toute pensée qui avait sa valeur
-propre, sans se préoccuper de la tendance de l'auteur, fût-il le prince
-Bismarck, «tout rougi du sang de ses frères allemands et français», en
-témoignage, nous dit M. Gorbounov-Possadov, «de ce fait que l'étincelle
-sacrée subsiste même chez le représentant le plus implacable du régime
-de violence». Quantité de ses propres pensées, soit extraites de ses
-ouvrages extérieurs, soit nouvellement rédigées, s'aggloméraient
-à celles des autres auteurs. Le tout était disposé en lectures
-quotidiennes, pour tous les jours de l'année.
-
-Pour le présent travail, outre de nombreuses additions inédites, il
-modifia cette disposition suivant un plan nouveau, plus rationnelle. Les
-pensées sur le sens de la vie, sur nos passions bonnes et mauvaises, sur
-la conduite à observer dans divers cas, etc., furent groupées en trente
-chapitres homogènes, chacun traitant une seule question fondamentale.
-Cette division correspond donc à un mois de lecture, au lieu de
-s'espacer sur l'année entière. Tout en conservant ainsi son caractère
-de livre de chevet, le présent ouvrage gagne en ordonnance, et cela
-d'autant plus que les chapitres sont disposés suivant le développement
-logique de la doctrine de Tolstoï.
-
-Rappelons, enfin, que l'ermite de Yasnaïa Poliana avait mis une passion
-particulière à la rédaction de son dernier travail. M. Gorbounov nous
-conte que, non content d'avoir refait à plusieurs reprises le manuscrit,
-l'auteur multipliait les corrections en première, en deuxième, en
-troisième épreuves. En portant lui-même les épreuves corrigées à
-son éditeur,--celui-ci demeurait alors dans le voisinage de Yasnaïa
-Poliana,--Tolstoï s'excusait avec un sourire contraint, comme si on
-l'avait pris en défaut: «J'ai encore tout barbouillé. Pardonnez-moi, je
-ne recommencerai pas.»
-
-«La dernière fois, ajoute M. Gorbounov, j'ai apporté à Léon
-Nicolaïevitch les épreuves de deux fascicules de son ouvrage le 11
-novembre 1910 (trois jours avant la mort de Tolstoï), à Astapovo, où
-il se mourait. Il eut encore la force d'écouter attentivement les
-renseignements que je lui ai apportés sur la marche de l'impression des
-trente fascicules. J'ai ajouté qu'à tout hasard, je lui apportais la
-troisième épreuve de deux fascicules; il me répondit, d'une voix éteinte
-et où perçait le regret de son impuissance de se remettre à son travail
-favori: «Je n'ai pas la force.... Faites-le vous-même.»
-
-Nous sommes bien en présence de l'expression dernière et la plus
-complète peut-être de la doctrine du grand mort, confrontée avec
-les pensées de plus grands philosophes de l'humanité et de ses plus
-anciennes traditions. Tolstoï cite, en effet, tous les livres sacrés
-connus de tous les pays: la _Bible, Vichnou-Pourana, Rama-Krichna_ et
-autres textes hindous; Bouddha, Lao-Tseu, Confucius et les Bramines;
-_l'Evangile_, les Apôtres, le _Talmud_ et le _Coran;_ et aussi les
-plus antiques traditions: chinoises, hindoues, arabes, persanes, voire
-mexicaines d'avant la découverte de l'Amérique et quinze siècles avant
-l'ère chrétienne; les philosophes grecs Héraclite, Socrate, Platon,
-Xenophon et Épictète, comme les romains Caton, Cicéron, Sénèque,
-Juvénal, Marc-Aurèle et Lactance; Basile-le-Grand et Jean Chrysostome;
-Mahomet, Saadi et Saïd Ben-Hamed; Jean Huss, Erasme, Luther; Montaigne,
-Pascal, Fénelon, La Bruyère, Rousseau, Lamennais et Lamartine; Emerson,
-Bentham, Thomas More, Carlyle, Ruskin, Carpenter, Grant-Allen et Henry
-George; Kant, Lessing, Humboldt et Schopenhauer; Gogol, Hertzen et
-Dostoïevsky, etc. etc., pour ne nommer que les livres et les auteurs les
-plus universellement connus et sans faire état des sources que Tolstoï
-n'indique pas, en raison de ce que les passages empruntés sont, comme il
-l'explique dans sa préface, interprétés et non pas fidèlement traduits
-par lui.
-
-/$
- E. HALPÉRINE-KAMINSKY.
-$/
-
-
-
-
-PRÉFACE DE L'AUTEUR
-
-
-Les pensées recueillies ici, appartiennent aux auteurs les plus divers,
-depuis les écrits des brahmanes, de Confucius, des bouddhistes jusqu'à
-l'Évangile, aux Épitres et aux travaux de bien des penseurs, tant
-anciens que modernes. La plupart de ces pensées ont été tellement
-modifiées par mes traductions et adaptations, qu'il serait déplacé de
-maintenir la signature de leurs auteurs. Les meilleures de ces pensées
-ne sont pas de moi, mais des plus grands sages de l'univers.
-
- Léon Tolstoï.
-
-
-
-
-
-
-La Pensée de l'Humanité
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-DE LA FOI
-
-
-Pour vivre heureux, l'homme doit savoir ce qu'il peut et ce qu'il ne
-peut pas faire. Et seule la foi le lui apprend. La foi indique ce qu'est
-l'homme et pourquoi il est sur la terre. Cette foi a toujours existé et
-existe chez tous les hommes doués de raison.
-
-
-I.--_En quoi consiste la véritable foi_.
-
-1
-
-Afin de vivre d'une vie heureuse, l'homme doit comprendre ce qu'est la
-vie, ce qu'il peut et ce qu'il ne peut pas faire. Ceux qui furent les
-meilleurs et les plus sages parmi tous les peuples l'enseignèrent de
-tout temps. Toutes les doctrines de ces sages se rejoignent par leur
-base. Et c'est cet ensemble des doctrines, révélant le but de la vie
-humaine et la conduite à observer, qui constitue la véritable religion.
-
-2
-
-Quel est la signification de l'univers dont je ne conçois ni la fin
-ni le commencement? Que représente ma vie dans cet univers et comment
-dois-je vivre cette vie?
-
-La foi seule répond à ces questions.
-
-3
-
-La vraie religion a pour mission de révéler la loi qui prime toutes les
-lois humaines et qui est une pour tous les hommes.
-
-4
-
-Il peut exister plusieurs croyances erronées, mais la vraie croyance est
-une.
-
- KANT.
-
-5
-
-Si ta foi a été effleurée d'un doute, tu n'as plus la foi. La foi est
-alors seulement la foi, quand il ne te vient même pas la pensée qu'elle
-puisse être mensongère.
-
-6
-
-Il existe deux sortes de croyances: la confiance qu'on accorde à ce
-qu'affirment les hommes; c'est, la foi en l'humanité, et on en compte un
-grand nombre. L'autre croyance reconnaît la dépendance dans laquelle on
-se trouve envers Celui qui nous a envoyés dans ce monde. C'est la foi en
-Dieu, et il n'en existe qu'une pour tous.
-
-
-
-II.--_L'enseignement de la vraie foi est toujours clair et simple._
-
-1
-
-Croire--signifie avoir confiance en ce qui nous est révélé, sans nous
-demander pourquoi il en est ainsi et ce qu'il en résultera. C'est en
-cela que réside la vraie foi. Elle nous apprend qui nous sommes et quels
-devoirs suscite en nous cette connaissance; mais elle reste muette sur
-les conséquences et les résultats des actes ordonnés par elle.
-
-Si je crois en Dieu, point n'est besoin de connaître le but de mon
-obéissance à la volonté divine, car je sais que Dieu est amour et que
-l'amour n'a qu'un but: le Bien.
-
-2
-
-La véritable loi de la vie est si simple, si claire et si compréhensible
-que les hommes n'ont pas d'excuse à leur mauvaise vie sous prétexte
-d'ignorer cette loi. Si les hommes vivent contrairement à la loi de la
-vraie vie ils répudient la raison. Et c'est ce qu'ils font.
-
-3
-
-On dit que l'accomplissement de la volonté divine est ardue. C'est faux.
-La loi de vie ne nous demande qu'amour envers notre prochain. Et l'amour
-n'est pas pénible, mais joyeux.
-
- D'après GRÉGOIRE SKOVORODA.
-
-4
-
-Le sentiment qu'éprouve l'homme lorsqu'il découvre la vraie foi est
-semblable à celui d'une personne faisant jaillir la lumière dans une
-chambre obscure. Tout s'éclaire et le bonheur remplit l'âme.
-
-
-
-III.--_La véritable foi est dans l'amour de Dieu et de son prochain._
-
-1
-
-«Aimez-vous les uns les autres comme je vous aime; tous vous
-reconnaîtront pour mes disciples, si vous vous aimez les uns les
-autres»,--a dit le Christ. Il ne dit pas: si vous _croyez_ en ceci ou en
-cela, mais si vous _aimez_.--La foi chez différents hommes, à diverses
-époques, peut varier, mais l'amour est invariable chez tous.
-
-La vraie foi est unique--c'est l'amour pour tout ce qui vit.
-
- YBRAHIM DE CORDOUE.
-
-3
-
-L'amour rend les hommes heureux, parce qu'il unit l'homme à Dieu.
-
-4
-
-Le Christ a révélé aux hommes que l'_éternel_ n'était pas la même chose
-que le _futur_, mais que l'éternel, l'invisible, est en nous, dans cette
-vie même, que nous devenons éternels lorsque nous sommes en communion
-avec le Dieu-Esprit en lequel tout vit et se meut.
-
-Nous parvenons à cette éternité uniquement par l'amour.
-
-
-
-IV.--_La foi dirige la vie des hommes_.
-
-1
-
-Seul, celui qui agit selon ce qu'il considère comme loi de la vie,
-connaît la loi de la vie.
-
-2
-
-Toute foi n'est qu'une réponse à ceci: comment dois-je vivre dans le
-monde, non pas aux yeux des hommes, mais aux yeux de Celui qui m'a
-envoyé sur la terre?
-
-3
-
-La vraie foi n'est pas de savoir bien parler de Dieu, de l'âme, de ce
-qui a été et de ce qui sera, mais uniquement de bien savoir ce qu'il
-faut faire et ne pas faire dans cette vie.
-
- D'après KANT.
-
-4
-
-Si un homme éprouve des malheurs dans la vie, c'est uniquement parce que
-cet homme n'a pas de foi. Il en est de même pour tout un peuple. Si un
-peuple est malheureux, c'est parce qu'il a perdu la foi.
-
-5
-
-La vie des hommes est heureuse ou malheureuse, suivant leur conception
-de la vraie loi de la vie. Plus ils comprennent clairement cette loi,
-plus leur vie est heureuse; plus ils la comprennent faussement, plus
-leur vie est malheureuse.
-
-6
-
-Pour sortir des souillures du péché, de la dépravation et de la vie
-malheureuse,'il ne faut aux hommes qu'une chose, une religion dans
-laquelle ils ne vivraient pas, chacun pour soi, comme ils le font à
-présent, mais d'une vie commune, en reconnaissant tous la même loi et
-le même but. Alors seulement les hommes, en répétant les paroles de la
-prière du Seigneur: «Que ton règne arrive sur la terre comme au ciel»
-pourraient espérer que le règne de Dieu viendrait réellement sur la
-terre.
-
- D'après MAZZINI.
-
-7
-
-Si une religion nous apprend qu'il faut renoncer à cette vie pour la vie
-éternelle, c'est une religion mensongère. On ne peut pas renoncer, à
-cette vie pour la vie éternelle, pour cette raison que la vie éternelle
-existe déjà dans cette vie.
-
- WEMANA indienne.
-
-8
-
-Plus la foi de l'homme est solide, plus sa vie est ferme. La vie d'un
-homme sans religion est celle d'une bête.
-
-
-
-V.--_La fausse religion._
-
-1
-
-La loi de la vie commandant d'aimer Dieu et son prochain est simple et
-claire: tout homme, ayant atteint l'âge de raison la conçoit par son
-cœur. Par conséquent, s'il n'y avait, pas de doctrines erronées, tous
-les hommes reconnaîtraient cette loi, et le royaume des cieux serait sur
-la terre.
-
-Mais, partout et toujours, des faux docteurs ont appris aux hommes à
-reconnaître comme loi de Dieu, ce qui n'est pas sa loi. Les multitudes
-ont accepté ces fausses doctrines et se sont éloignées de la vraie loi
-de la vie et de l'accomplissement de la véritable loi. Aussi, leur vie
-n'en est devenue que plus pénible et plus malheureuse.
-
-Il ne faut donc croire à aucune doctrine, si elle n'est pas d'accord
-avec l'amour de Dieu et de son prochain.
-
-2
-
-Il ne faut pas croire que la religion est vraie parce qu'elle est
-vieille. Au contraire, plus les hommes vivent, plus la vraie loi de la
-vie leur devient claire. Supposer qu'à notre époque, il faut continuer à
-croire à ce que croyaient nos grands-pères et aïeux, c'est croire qu'un
-adulte peut continuer à porter les vêtements d'enfant.
-
-3
-
-Nous nous lamentons de ce que nous ne croyons plus en ce que croyaient
-nos pères. Il ne faut pas s'en désoler, mais s'efforcer de créer une
-religion à laquelle nous puissions croire aussi fermement que nos pères
-croyaient à la leur.
-
- MARTINEAU.
-
-
-
-
-VI.--_Le culte extérieur._
-
-1
-
-La vraie foi est dans la croyance en une seule loi qui convient à tous
-les hommes de l'univers.
-
-2
-
-La vraie religion enseigne de vivre dans le bien, en accord avec tous
-et d'agir envers son prochain comme on voudrait qu'on agisse envers nous.
-
-Cette vraie religion a été enseignée par tous les sages, par tous les
-saints de tous les peuples.
-
-
-
-VII._--L'idée de la récompense pour la bonne conduite est incompatible
-avec la vraie foi._
-
-1
-
-Quiconque, pratique une religion seulement en vue des récompenses
-qu'elle peut lui assurer pour ses bonnes œuvres, ne fait pas preuve de
-foi mais de calcul, calcul toujours faux. Il est faux, parce que la
-vraie foi assure le bonheur dans le présent uniquement, qu'elle ne donne
-et ne peut donner aucun bonheur dans l'avenir.
-
-2
-
-Un ouvrier cherchait à s'embaucher. Il rencontra deux embaucheurs, qui,
-chacun de son côté, se mirent à lui vanter leurs patrons. L'un lui dit
-que la place était excellente. «Il est vrai, que si tu ne contentes
-pas le patron, il te frappera, t'emprisonnera; mais si tu réussis à
-le satisfaire, tu ne pourras pas avoir de vie plus agréable. Quand tu
-auras fini ton temps de travail, tu auras ta retraite, tu vivras sans
-rien faire; des fêtes, du vin, des friandises et promenades chaque jour.
-Plais-lui seulement; la vie sera telle que tu n'en peux imaginer de
-meilleure.»
-
-L'autre embaucheur invita, à son tour, l'ouvrier à aller chez son
-patron, mais ne dit pas comment il serait récompensé; il ne pouvait
-même pas dire où et comment vivaient les ouvriers et si le travail
-était facile ou pénible; il affirma seulement que le maître était bon,
-qu'il ne punissait personne et qu'il vivait lui-même au milieu de ses
-employés.
-
-L'ouvrier réfléchit: «Le premier patron promet trop. Si tout était vrai,
-il n'aurait pas besoin de tant promettre. En me laissant tenter par une
-vie grasse, je pourrai bien mal tomber. Le maître doit être méchant,
-parce qu'il punit sévèrement ceux qui ne travaillent pas à son gré;
-j'irai plutôt chez l'autre; au moins, celui-ci ne promet rien, mais on
-dit qu'il est bon et qu'il vit au milieu de ses ouvriers.»
-
-Il en est de même des doctrines religieuses. Certains docteurs incitent
-les hommes à bien faire en les intimidant par les punitions et en les
-attirant par des promesses de récompenses dans l'autre monde où personne
-n'a été. D'autres enseignent seulement que l'amour, base de la vie, est
-en nous et que celui qui reconnaît ce principe est heureux.
-
-3
-
-Si tu sers Dieu pour obtenir la jouissance éternelle, tu te sers
-toi-même et non pas Dieu.
-
-
-
-VIII.--_La raison vérifie les dogmes de la foi._
-
-1
-
-On n'obtient pas la foi par la raison. Mais la raison nous est
-nécessaire pour contrôler la religion qu'on nous enseigne.
-
-2
-
-Ne craignons pas de rejeter de notre religion tout ce qui est inutile,
-matériel, tangible, autant que ce qui est vague, indécis: plus nous
-purifierons le noyau spirituel, mieux nous comprendrons la véritable
-loi de la vie.
-
-3
-
-Celui qui ne croit pas à tout ce que tout le monde croit autour de lui
-n'est pas un incroyant; tandis que celui qui pense et dit qu'il croit à
-ce qu'il ne croit pas, est un véritable incroyant.
-
-
-
-IX.--_La conscience religieuse des hommes ne cesse de se perfectionner._
-
-1
-
-Nous devons nous servir des doctrines des anciens sages et des saints
-posant la loi de la vie, mais nous devons vérifier ce qu'ils nous
-apprennent: accepter ce qui est conforme à la raison et rejeter ce qui
-lui est contraire.
-
-2
-
-Il est surprenant que la plupart des hommes restent fidèles aux
-doctrines les plus anciennes, à celles qui ne conviennent plus à
-notre temps, tandis qu'ils rejettent et considèrent comme inutiles et
-malfaisantes toutes les nouvelles doctrines. Ils oublient que si Dieu
-a révélé la vérité aux anciens, il demeure le même et peut la révéler
-de la même façon aux hommes qui ont vécu jadis et à ceux qui vivent
-maintenant.
-
- D'après THOREAU[1].
-
-5
-
-La religion n'est pas vraie parce que les saints l'ont prêchée, mais les
-saints l'ont prêchée parce qu'elle est vraie.
-
- LESSING
-
-6
-
-Lorsque l'eau de pluie coule dans les chenaux, il nous semble que l'eau
-en vient. Mais l'eau tombe du ciel. Il en est de même des doctrines des
-sages et des saints: il nous semble que ce sont ces derniers qui les ont
-formées; mais elles viennent de Dieu.
-
-D'après RAMA-KRICHNA
-
-
-[1] Écrivain américain de l'École d'Emerson (_Note du traducteur_).
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
-DE DIEU
-
-Outre la matière dont nous et l'univers sommes faits, nous connaissons
-encore quelque chose d'immatériel qui donne la vie à notre corps et est
-uni à lui. C'est cette chose immatérielle que nous appelons l'âme. De
-même, cette chose immatérielle qui n'est unie à rien et qui donne la vie
-à tout ce qui existe, est ce que nous appelons Dieu.
-
-I.--_L'homme découvre Dieu en soi-même._
-
-1
-
-La base de toute religion est dans la reconnaissance, non seulement de
-tout ce que nous voyons et ressentons matériellement, mais encore de ce
-quelque chose d'invisible, d'immatériel qui nous donne la vie, à nous et
-à tout ce qui est tangible et matériel.
-
-2
-
-Je sais que j'ai en moi quelque chose sans quoi rien ne serait. C'est ce
-que j'appelle Dieu.
-
- D'après ANGÉLUS.
-
-3
-
-Tout homme, en réfléchissant à ce qu'il est, est forcé de s'apercevoir
-qu'il n'est pas tout, mais une partie isolée de _quelque chose_. L'ayant
-compris, l'homme pense généralement que ce _quelque chose_ dont il est
-séparé est le monde matériel qu'il voit: la terre sur laquelle il vit
-et où ont vécu ses ancêtres, et aussi le ciel, les étoiles et le soleil
-qu'il aperçoit. Mais en y réfléchissant plus à fond, ou en apprenant
-ce qu'en pensaient les sages de tout l'univers, il reconnaît que ce
-_quelque chose_, dont les hommes se sentent séparés, n'est pas le monde
-matériel qui s'étend à l'infini, dans l'espace et dans le temps, mais
-quelque chose d'autre. Si l'homme réfléchit encore et qu'il apprend
-ce qu'en pensaient également les sages, il comprendra, que le monde
-matériel, qui n'a jamais commencé, ne finira jamais et ne peut avoir de
-limites, n'est pas réel, mais est une conception de notre cerveau et
-que, par suite, le _quelque chose_ dont nous nous sentons séparés, n'a
-ni commencement ni fin, ni dans le temps ni dans l'espace, mais qu'il
-est immatériel et spirituel.
-
-Ce quelque chose de spirituel, que l'homme reconnaît, comme son
-commencement, est ce que les sages appelaient et appellent Dieu.
-
-4
-
-On ne peut reconnaître Dieu qu'en soi-même. Tant que tu ne l'as pas
-trouvé en toi, tu ne le trouveras nulle part.
-
-Il n'y a pas de Dieu pour celui qui ne Le sens pas en soi.
-
-5
-
-Je sens en moi un être spirituel séparé de tout. Je sens le même être
-spirituel, également séparé de tout, dans les autres hommes. Mais si je
-le reconnais en moi et si je le reconnais dans les autres êtres, il ne
-peut ne pas exister lui-même. C'est cet être existant par lui-même que
-nous appelons Dieu.
-
-6
-
-Ce n'est pas toi qui vis: ce que tu considères comme toi est mort. Ce
-qui t'anime est Dieu.
-
- ANGÉLUS.
-
-7
-
-Ne pense pas gagner Dieu par tes actes; toutes les œuvres sont nulles
-devant Dieu. Il ne faut pas gagner Dieu, mais être Lui.
-
- ANGÉLUS.
-
-8
-
-Si nous ne voyions pas de nos yeux, si nous n'entendions pas de nos
-oreilles, si nous ne touchions pas de nos mains, nous ne saurions
-rien de ce qui est autour de nous. Mais si nous ne reconnaissions pas
-Dieu en nous-mêmes, nous ne nous connaîtrions pas nous-mêmes; nous ne
-connaîtrions pas en nous-mêmes celui qui voit, qui entend le monde
-autour de soi.
-
-9
-
-Celui qui ne saura devenir fils de Dieu, restera à jamais dans l'étable
-avec le bétail.
-
- ANGÉLUS.
-
-10
-
-Si je mène la vie du siècle, je peux me passer de Dieu. Mais je n'ai
-qu'à réfléchir d'où je suis issu, quand je suis né et où j'irai après ma
-mort, pour que je reconnaisse aussitôt qu'il y a quelque chose dont je
-suis venu et où je vais. Il m'est impossible de ne pas reconnaître que
-je suis venu dans ce monde de quelque chose d'incompréhensible et que
-je vais vers quelque chose de tout aussi incompréhensible pour moi.
-
-C'est cet incompréhensible dont je viens et où je vais que j'appelle
-Dieu.
-
-11
-
-On dit que Dieu est l'amour et que l'amour est Dieu. On dit aussi que
-Dieu, est la raison et que la raison est Dieu. Tout cela n'est pas
-absolument exact. L'amour et la raison sont des qualités de Dieu que
-nous reconnaissons en nous-mêmes, mais nous ne pouvons savoir ce qu'Il
-est par Lui-même.
-
-12
-
-C'est bien de craindre Dieu, mais mieux encore est de L'aimer. Le mieux,
-c'est de Le ressusciter en soi.
-
-ANGÉLUS.
-
-13
-
-L'homme doit aimer; mais on ne peut aimer réellement que ce qui est
-parfait. Il doit donc exister quelque chose qui n'a pas de défauts. Et
-il n'y a qu'un seul être qui est sans défaut: Dieu.
-
-14
-
-Si les hommes ne sont pas toujours d'accord sur ce qu'est Dieu, tous
-ceux qui croient réellement en Lui comprennent toujours de la même façon
-ce que Dieu veut d'eux.
-
-15
-
-Dieu aime la solitude. Il n'entrera dans ton cœur que lorsqu'il y sera
-seul et que tu ne penseras qu'à Lui.
-
- D'après ANGÉLUS.
-
-16
-
-Il existe un conte arabe que voici: En traversant le désert, Moïse
-entendit un pâtre prier Dieu: «O Seigneur! disait-il, comment faire pour
-Te rencontrer et devenir Ton esclave! Avec quelle joie je Te chausserai,
-je laverai, je baiserai Tes pieds, je peignerai Tes cheveux, je laverai
-Tes vêtements, j'arrangerai Ta demeure et je T'apporterai le lait de
-mon troupeau! Mon cœur Te désire!» Moïse, entendant ces paroles, se
-fâcha contre le pâtre et dit: «Tu blasphèmes. Dieu n'a pas de corps. Il
-n'a besoin ni de vêtements, ni de demeure, ni de serviteur. Tu dis des
-sottises.» Le pâtre en fut attristé. Il ne pouvait se représenter Dieu
-sans corps et sans besoins matériels; il ne pouvait plus prier et servir
-Dieu, et il tomba dans le désespoir. Alors Dieu dit à Moïse: «Pourquoi
-as-tu éloigné de Moi Mon fidèle esclave? Chaque homme a ses pensées et
-ses termes. Ce qui est mal pour l'un est bien pour l'autre; ce qui est
-poison pour toi est miel pour un autre. Les paroles ne signifient rien.
-Je vois le cœur de celui qui s'adresse à Moi.»
-
-17
-
-Si l'homme ne sait pas qu'il respire l'air, il sait, lorsqu'il étouffe
-qu'il lui manque quelque chose sans quoi il ne peut vivre. Il en est
-de même de celui qui perd Dieu, bien qu'il ne sache pas ce qui le fait
-souffrir.
-
-II--_Tout homme doué de raison est forcé de reconnaître Dieu._
-
-1
-
-Nous voyons aux cieux et dans chaque homme ce que nous appelons Dieu.
-
-Lorsqu'on hiver, pendant la nuit, tu regardés le ciel, tu vois des
-étoiles, encore des étoiles et des étoiles sans fin, et lorsque tu
-penses que chacune de ces étoiles est nombre de fois plus grande que
-la terre où tu vis, que par-dessus les étoiles que tu vois, il y a
-des centaines, des milliers, des millions d'autres étoiles et de plus
-grandes encore et que ni les étoiles, ni le ciel n'ont de fin, tu
-comprends que ce que nous ne pouvons concevoir existe.
-
-Lorsque nous regardons en nous-mêmes et que nous voyons ce que nous
-appelons notre «moi», lorsque nous y voyons quelque chose que nous ne
-pouvons pas comprendre non plus, mais que nous connaissons mieux que
-tout le reste et qui nous fait comprendre tout ce qui est, nous voyons
-dans notre moi, dans l'âme, quelque chose de plus compréhensible et de
-plus grand que ce que nous voyons dans les cieux.
-
-C'est ce que nous voyons au ciel et ce que nous sentons en nous, en
-notre âme, que nous appelons Dieu.
-
-2
-
-De tous temps, chez tous les peuples s'était formée la foi en une force
-invisible gouvernant le monde.
-
-Les anciens attribuaient cette force à la raison universelle, à la
-nature, à la vie, à l'éternité; les chrétiens appellent cette force:
-esprit, Père, Seigneur, raison, vérité.
-
-Le monde visible, changeant, est en quelque sorte l'ombre de cette force.
-
-De même que Dieu est éternel, le monde visible, son ombre, est éternel.
-Seule la force invisible, Dieu, existe véritablement..
-
-SKOVORODA[1].
-
-3
-
-Il y a un être sans lequel ni le ciel, ni la terre, ne seraient. Cet
-être est paisible, immatériel; ses qualités s'appellent: amour et
-raison; mais l'être lui-même n'a pas de nom. Il est le plus éloigné et
-le plus proche.
-
- LAO-TSEU.
-
-4
-
-On demanda à un homme: Pourquoi sait-il que Dieu existe? Il répondit:
-«Faut-il donc une chandelle pour voir l'aurore?»
-
-5
-
-Si l'homme considère quelque chose comme grand, c'est qu'il ne voit pas
-les choses de la hauteur de Dieu.
-
- ANGÉLUS.
-
-6
-
-Je peux ne pas réfléchir à ce qu'est l'univers infini et à ce qu'est mon
-âme qui se connaît elle-même; mais si j'y pense, il m'est impossible de
-ne pas reconnaître ce que nous appelons Dieu.
-
-9
-
-Il y a en Amérique une petite fille aveugle et sourde-muette de
-naissance. On lui a appris à lire et à écrire par le toucher. Lorsque sa
-maîtresse lui eut expliqué qu'il y avait un Dieu, la fillette répondit
-qu'elle le savait, mais qu'elle ignorait son nom.
-
-III.--_La volonté de Dieu._
-
-1
-
-Nous concevons Dieu moins par la raison que par notre sensation d'être
-en Son pouvoir, tel un nourrisson dans les bras de sa mère.
-
-L'enfant ne sait pas qui le tient, le réchauffe, le nourrit, mais il
-sait que ce quelqu'un existe et non seulement il connaît, mais il aime
-ce quelqu'un dont il dépend. Il en est de même de l'homme.
-
-2
-
-Plus l'homme accomplit la volonté de Dieu, plus il Le connaît.
-
-Si l'homme n'accomplit pas la volonté de Dieu, il ne Le connaît pas du
-tout, bien qu'il dise Le connaître et qu'il L'_invoque_.
-
-3
-
-De même qu'on ne peut reconnaître une chose qu'en s'en approchant, on ne
-peut connaître Dieu, qu'en s'approchant de Lui, et on ne peut le faire
-qu'à l'aide de bonnes actions. Et plus l'homme s'habitue au bien, mieux
-il apprend à connaître Dieu; et plus il apprend à le connaître, plus il
-aime ses semblables.
-
-4
-
-Nous ne pouvons connaître Dieu. Tout ce que nous savons de Lui c'est Sa
-loi, Sa volonté, telles qu'elles sont écrites dans l'Evangile. De la
-connaissance de Sa loi, nous déduisons que Celui qui l'a faite existe,
-mais nous ne pouvons pas Le connaître Lui-même. Nous ne savons au juste
-qu'une chose, c'est que nous devons accomplir la loi que Dieu nous a
-donnée et que notre vie est d'autant, meilleure que nous suivons plus
-strictement cette loi.
-
-5
-
-Il est surprenant que je n'aie pu voir avant la simplicité de cette
-vérité qu'en dehors de ce monde et de notre vie, il y a quelqu'un,
-quelque chose qui sait pourquoi le monde existe et pourquoi nous y
-sommes, telles les bulles qui se forment dans l'eau bouillante et qui
-éclatent et disparaissent.
-
-Oui, il se passe quelque chose en ce monde, grâce à tous les êtres
-vivants, à moi, à ma vie. Autrement, pourquoi existeraient ce soleil,
-ces printemps, ces hivers et pourquoi ces souffrances, ces naissances et
-ces morts, ces bienfaits, ces crimes, pourquoi tous ces êtres séparés
-qui apparemment n'ont aucun sens pour moi et qui vivent de toutes leurs
-forces, qui se soucient tant de leur vie? La vie de tous ces êtres me
-convainc parfaitement que tout cela est nécessaire à quelque chose de
-raisonnable, de bon, mais qui ne m'est pas accessible.
-
-6
-
-Tant que l'homme chante, crie et dit devant tous: «O Seigneur,
-Seigneur!» c'est qu'il n'a pas trouvé le Seigneur. Celui qui L'a trouvé
-garde le silence.
-
- RAMA-KRICHNA.
-
-7
-
-Dans les mauvais moments, on ne sent pas Dieu, on doute de Lui. Mais
-le salut est toujours le même: penser non à Dieu, mais à Sa loi et
-l'accomplir: aimer tout le monde.
-
-IV.--_On ne peut comprendre Dieu par la raison._
-
-1
-
-On peut sentir Dieu en soi, ce qui n'est pas difficile. Mais comprendre
-Dieu et savoir ce qu'Il est, est impossible et inutile.
-
-2
-
-On ne peut comprendre par la raison, que l'homme contient son âme et
-Dieu; de même, il est impossible de concevoir qu'il n'y ait pas de Dieu
-et que l'homme n'ait pas d'âme.
-
- PASCAL.
-
-3
-
-Pourquoi suis-je séparé de tout le reste et pourquoi sais-je que _tout_
-ce dont je suis séparé existe, et pourquoi ne puis-je comprendre ce
-qu'est ce _tout_? Pourquoi «moi» change-t-il constamment? Je ne peux
-rien comprendre à tout cela. Mais je ne puis m'empêcher de penser
-que tout cela a un sens, qu'il y a un être pour lequel tout cela est
-compréhensible, qui sait à quoi tout cela sert.
-
-4
-
-Chacun peut sentir Dieu, et personne ne peut Le comprendre.
-
-C'est pourquoi ne cherchons pas à Le comprendre, mais accomplissons sa
-volonté, qui est de le sentir en soi avec plus d'intensité.
-
-5
-
-Si tes yeux sont aveuglés par le soleil, tu ne dis pas qu'il n'y a
-pas de soleil. Tu ne diras pas non plus que Dieu n'existe pas parce
-que ta raison s'embrouille et se perd, lorsque tu veux comprendre le
-commencement et la cause de tout.
-
- D'après ANGÉLUS.
-
-6
-
-«Pourquoi me demandes-tu mon nom?--dit Dieu à Moïse.--Si derrière ce
-qui se meut tu peux voir ce qui a toujours été, ce qui est et ce qui
-sera, tu Me connais. Mon nom est le même que ma substance. Je suis réel.
-Je suis celui qui est.
-
-«Celui qui veut savoir mon nom, ne me connaît pas.»
-
- SKOVORODA.
-
-7
-
-La raison qu'on ne peut concevoir n'est pas la raison éternelle; l'être
-qu'on peut nommer n'est pas l'être suprême.
-
-LAO-TSEU.
-
-8
-
-Si étrange que soit le fait que je ne connaisse pas Dieu, j'ai toujours
-peur lorsque je suis sans Lui, et je ne suis tranquille que lorsque je
-suis avec lui. C'est plus étrange encore que je n'aie point besoin de
-Le connaître mieux et davantage que je ne Le connais maintenant dans
-ma vie actuelle. Je peux et je voudrais me rapprocher de Lui; ma vie
-entière tend à cela. Mais ce rapprochement n'augmente aucunement ma
-connaissance de Dieu. Toute tentative de mon imagination me démontrant
-que je le conçois (par exemple, lorsque je me l'imagine créateur ou
-miséricordieux, ou quelque chose d'analogue) m'éloigne de lui et arrête
-mon rapprochement de Lui. Même le pronom «Il», appliqué à Dieu,
-détruit en quelque sorte pour moi toute sa signification. Le mot «Il» le
-diminue.
-
-9
-
-Tout ce qu'on peut dire de Dieu ne Lui ressemble pas. On ne peut
-dépeindre Dieu par des paroles.
-
- ANGÉLUS.
-
-V.--_Du manque de foi en Dieu._
-
-1
-
-L'homme raisonnable trouve en lui-même la conception de son âme, de
-lui-même et de l'âme de l'univers, qui est Dieu; et en reconnaissant
-l'impossibilité d'amener ces conceptions à la netteté complète, il
-s'arrête docilement devant elles, sans toucher à ce qui les voile.
-
-Mais il y a eu et il y a encore des gens d'un esprit et d'une sagesse
-raffinés et qui veulent expliquer la conception de Dieu par des paroles.
-Je ne condamne pas ces gens. Néanmoins, ils ont tort lorsqu'ils
-affirment qu'il n'y a pas de Dieu, et un pareil athéisme ne peut durer.
-D'une façon ou d'une autre, l'homme aura toujours besoin de Dieu. Si Sa
-divinité s'était révélée à vous avec plus d'éclat encore que jusqu'à
-présent, je suis convaincu que ceux qui contestent Dieu inventeraient de
-nouvelles subtilités pour Le nier. La raison se plie toujours devant les
-exigences du cœur.
-
- ROUSSEAU.
-
-2
-
-Penser qu'il n'y a pas de Dieu, revient au même d'après Lao-Tseu, que de
-croire que l'air qui sort d'un soufflet, a le soufflet pour origine et
-que le soufflet pourrait fonctionner là où il n'y aurait pas d'air.
-
-3
-
-Lorsque les gens de mauvaise vie disent que Dieu, n'existe pas, ils ont
-raison: Dieu n'existe que pour ceux qui regardent de Son côté et se
-rapprochent de Lui. Mais pour celui qui s'est détourné de Lui et s'en
-éloigne, il ne peut y avoir de Dieu.
-
-4
-
-Deux catégories d'hommes connaissent Dieu. Ceux qui ont le cœur
-modeste--qu'ils soient sages ou sots--et ceux qui sont vraiment
-intelligents. Seuls, les hommes orgueilleux et d'intelligence médiocre
-ne connaissent pas Dieu.
-
- PASCAL.
-
-5
-
-Moïse dit à Dieu: «Où te trouverai-je, Seigneur?»--Dieu lui répondit:
-«Tu m'as déjà trouvé, si tu Me cherches».
-
-6
-
-Prouver que Dieu existe! Il ne peut y avoir rien de plus stupide que
-l'idée de prouver l'existence de Dieu. Le faire, c'est vouloir prouver
-la raison de sa vie. A qui? Comment? Pourquoi? Si Dieu n'existe pas, il
-n'y a rien. Or, comment dès lors prouver Son existence?
-
-7
-
-Dieu existe. Point n'est besoin de le prouver. Le faire, serait
-blasphémer; le nier, une folie. Dieu demeure dans notre conscience, dans
-la conception de l'humanité entière, dans la structure de l'univers.
-Seul un homme très misérable ou très dépravé peut nier Dieu sous la
-voûte du ciel étoile, sur la tombe des êtres chers ou devant la mort
-heureuse d'un martyr.
-
- MAZZINI.
-
-VI.--_L'amour de Dieu._
-
-«Je ne comprends pas ce que signifie l'amour de Dieu. Peut-on aimer
-l'inconcevable et l'inconnu? On peut aimer son prochain, c'est
-compréhensible et bien. Mais aimer Dieu, ce sont des paroles vides
-de sens.» Ainsi parlent bien des gens. Mais ceux qui le disent et le
-pensent se trompent lourdement: ils ne comprennent pas ce qu'est aimer
-son prochain--non pas un homme agréable ou qui nous est utile, mais
-indifféremment tout homme, quand même il serait le plus désagréable
-et le plus hostile. Seul, celui qui est le même partout, peut aimer
-ainsi son prochain. De sorte que ce n'est pas l'amour de Dieu qui est
-incompréhensible, mais l'amour du prochain sans l'amour de Dieu.
-
-
-[1] Philosophe ukrainien du XVIIIe siècle dont l'exceptionnelle valeur
-ne fut que récemment reconnue en Russie. (_N. du trad._)
-
-
-
-
-CHAPITRE III
-
-DE L'ÂME
-
-
-Nous appelons Dieu, l'impalpable, l'invisible, l'immatériel, celui qui
-donne la vie à tout et qui existe. Nous appelons âme le même élément
-impalpable, invisible et immatériel, séparé par le corps de tout le
-reste et que nous reconnaissons comme nous-mêmes.
-
-
-I.--_Qu'est-ce que l'Âme?_
-
-1
-
-Si l'homme vit longtemps, il subit diverses transformations: il
-est enfant, puis adolescent, adulte, vieillard. Mais, malgré ses
-changements, il dit toujours «moi» en parlant de lui-même. Et ce «moi» a
-toujours été le même: dans l'enfant, dans l'adulte, dans le vieillard.
-C'est ce «moi» immuable que nous appelons âme.
-
-2
-
-Si l'homme pense que tout ce qui l'entoure, tout l'univers infini, est
-tel qu'il le voit, il se trompe fort. L'homme connaît tout ce qui est
-matériel uniquement parce qu'il a tels vue, oui toucher. Si ces sens
-étaient autres, le monde entier serait différent. De sorte que nous ne
-savons pas et ne pouvons savoir quel est exactement le monde matériel
-où nous vivons. Ce que nous connaissons sûrement et entièrement, c'est
-notre âme.
-
-
-
-II.--_Le «Moi» spirituel._
-
-1
-
-Lorsque nous parlons de notre «moi», nous n'entendons pas notre corps,
-mais ce qui le fait vivre. Qu'est-ce que le «moi»? Nous ne pouvons le
-définir par des paroles, mais nous le connaissons mieux que tout ce que
-nous savons. Car nous savons que si nous n'avions pas ce «moi», nous
-ne saurions rien, nous n'aurions rien au monde, et nous n'aurions pas
-existé nous-mêmes.
-
-2
-
-Lorsque je réfléchis, il m'est plus difficile de comprendre ce qu'est
-mon corps que ce qu'est mon âme. Le corps a beau nous être proche, il
-nous est toujours _étranger_; seule l'âme est à _soi_.
-
-3
-
-Si l'homme ne sent pas l'âme en soi, cela ne veut pas dire qu'il n'a
-pas d'âme, mais cela prouve seulement qu'il n'a pas encore appris à la
-connaître.
-
-4
-
-Tant que nous ne comprenons pas ce qui est en nous, quel intérêt
-avons-nous à savoir ce qui est en dehors de nous? Et peut-on connaître
-le monde avant de s'être compris soi-même? Celui qui est aveugle chez
-lui, peut-il voir lorsqu'il est chez les autres?
-
- SKOVORODA.
-
-5
-
-De même que la bougie ne peut pas brûler sans feu, l'homme ne peut pas
-vivre sans force spirituelle. L'esprit vit dans tous les hommes, mais
-tous les hommes ne le savent pas.
-
-La vie de ceux qui le savent est heureuse, et la vie de ceux qui
-l'ignorent est malheureuse.
-
-_Sagesse brahmane._
-
-
-
-III.--_L'âme et le monde matériel._
-
-1
-
-Nous avons mesuré la terre, le soleil, les étoiles, les profondeurs
-des mers; nous descendons dans l'antre de la terre pour y chercher de
-l'or; nous avons trouvé des rivières et des montagnes sur la lune; nous
-découvrons de nouveaux astres et connaissons leurs dimensions; nous
-nivelons des précipices, nous construisons des machines compliquées;
-chaque jour apporte de nouvelles et toujours de nouvelles inventions.
-Que ne savons-nous pas? que de choses nous pouvons faire! Seulement,
-il y a une chose absolument essentielle qui nous manque. Et nous ne
-saurions préciser ce que c'est. Nous sommes pareils à un petit enfant:
-il sent qu'il n'est pas à son aise, mais il ne sait pas pourquoi.
-
-Nous sommes malheureux, parce que nous savons beaucoup de choses
-inutiles et que nous ignorons l'essentiel, c'est nous-mêmes. Nous ne
-connaissons pas ce qui est en nous. Si nous savions et si nous nous
-souvenions de ce qui est en nous, notre vie serait toute différente.
-
- D'après SKOVORODA.
-
-2
-
-Nous ne pouvons savoir ce qu'est en réalité tout ce qui est matériel
-en ce monde. Nous ne pouvons connaître parfaitement que ce qui est
-spirituel en nous-mêmes, ce qui est nous-mêmes et ce qui ne dépend ni de
-nos sentiments ni de nos pensées.
-
-3
-
-Les hommes croient souvent que seules les choses qu'ils peuvent toucher
-de leurs mains existent. Bien au contraire: existe seulement ce qu'on ne
-peut voir, ni entendre, ni palper, ce que nous appelons notre «moi»--
-notre âme.
-
-4
-
-Confucius disait: Le ciel et la terre sont grands, mais ils ont une
-couleur, une forme, une dimension, alors qu'en l'homme il y a quelque
-chose qui pense à tout et qui n'a ni couleur, ni forme, ni dimension.
-De sorte que si tout l'univers était mort, ce qui est en l'homme aurait
-donné la vie au monde.
-
-
-
-IV.--_Le côté spirituel et le côté charnel de l'homme._
-
-1
-
-Chacun de nous est un homme absolument distinct de tous les autres: un
-homme, une femme, un vieillard, un garçon, une fille; et dans chacun de
-nous, comme dans tous, réside le même être spirituel. Chacun de nous
-est donc Jean ou Nathalie et en même temps un être spirituel qui est
-le même dans tous les hommes. Et lorsque nous disons: _Je veux_, cela
-indique, parfois, ce que désirent Jean et Nathalie, mais d'autres fois
-ce que veut l'être spirituel qui est commun à nous tous. Et il arrive,
-parfois, que Jean et Nathalie veulent quelque chose, mais que l'être
-spirituel ne le veut pas et qu'il désire tout autre chose.
-
-2
-
-Dire que ce que nous appelons nous-mêmes n'est que notre chair, dire
-que ma raison, mon âme, mon amour ne dépendent que de mon corps, c'est
-prétendre que notre corps n'est que la nourriture dont notre chair
-s'alimente.
-
-Il est vrai que mon corps n'est composé que d'aliments qu'il transforme,
-mais mon corps n'est pas aliment. Ceux-ci lui sont nécessaires pour
-vivre, mais ils ne sont pas le corps.
-
-Il en est de même de l'âme. Il est vrai que, sans ma chair, ce que
-j'appelle âme n'existerait pas; mais mon âme n'est pas mon corps.
-Celui-ci est nécessaire à l'âme, mais il n'est pas l'âme.
-
-Si l'âme n'existait pas, je ne saurais pas ce qu'est mon corps.
-
-Les éléments de la vie ne sont pas dans le corps, mais dans l'âme.
-
-3
-
-Lorsque nous disons: cela est arrivé, cela arrivera ou cela pourra
-arriver, nous parlons de notre vie corporelle. Mais, en dehors de la vie
-corporelle qui a été et qui sera, nous reconnaissons en nous une autre
-vie: la vie spirituelle. Et cette vie-là n'a pas été, ne sera pas, mais
-est toujours. C'est cette vie qui est la vraie. L'homme est heureux
-lorsqu'il vit de la vie spirituelle, et non de la vie corporelle.
-
-4
-
-Le Christ apprend à connaître à l'homme qu'il y a en lui quelque chose
-qui le met au-dessus de cette vie, de ses misères, de ses craintes et de
-ses désirs.
-
-L'homme qui a compris la doctrine du Christ se sent comme un oiseau qui,
-ignorant la présence de ses ailes, aurait compris brusquement qu'il
-pouvait voler, être libre et ne rien craindre.
-
-
-
-V.--_La conscience, voix de l'âme._
-
-1
-
-Dans chaque homme il y a deux êtres: l'un: aveugle, matériel;
-l'autre: voyant clair, spirituel. L'un--l'être aveugle--mange, boit,
-travaille, se repose, se reproduit et fait tout comme une horloge
-réglée. L'autre--l'être spirituel--ne fait rien lui-même, mais ne fait
-qu'approuver ou désapprouver les actes de l'être aveugle et animal.
-
-On appelle conscience la partie éclairée, spirituelle de l'homme. Cette
-partie spirituelle agit de même que les branches d'un compas. Celles-ci
-ne changent de place que lorsque celui qui tient les compas abandonne la
-direction qu'elles indiquent. Il en est de même de la conscience: elle
-se tait tant que l'homme fait ce qu'il doit, mais dès qu'il abandonne la
-bonne voie, elle lui montre où et à quel point il s'est trompé.
-
-2
-
-Lorsque nous apprenons qu'un homme a fait une mauvaise action, nous
-disons: il n'a pas de conscience. Qu'est-ce que la conscience? La
-conscience est la voix de l'être unique et spirituel qui réside en nous
-tous.
-
-3
-
-La conscience, c'est la manifestation de l'être spirituel qui vit dans
-tous les hommes. Et ce n'est que lorsqu'elle se manifeste qu'elle
-devient un directeur sûr de la vie des hommes. Car souvent les hommes
-prennent pour la conscience non pas la manifestation de l'être
-spirituel, mais simplement ce qui est considéré comme bon ou mauvais par
-les gens dont ils sont entourés.
-
-4
-
-La voix de la passion peut être plus forte que celle de la conscience;
-mais elle est tout autre que la voix calme et persuasive de la
-conscience. Celle-ci est la voix de l'Éternel, du divin qui vit en
-l'homme.
-
- CHANNING[1].
-
-5
-
-Le philosophe Kant disait que deux choses l'étonnaient le plus: les
-étoiles au ciel et la loi du bien dans l'âme humaine.
-
-6
-
-La vraie bonté est en toi-même, dans ton âme. Celui qui cherche le bien
-en dehors de lui-même, agit comme le pâtre qui cherche dans son troupeau
-l'agneau qu'il a caché sur sa poitrine.
-
- VIMANA HINDOUE.
-
-VI.--_La divinité de l'âme._
-
-1
-
-L'homme a, d'abord, le sentiment de la séparation de son essence du
-reste de sa substance, c'est-à-dire de sa chair; ensuite, la conscience
-de ce qui est séparé, c'est-à-dire de son âme; enfin, la conscience de
-ce dont cette base spirituelle de la vie est séparée: la conscience du
-Tout, de Dieu.
-
-C'est précisément cet élément, conscient d'être séparé du Tout, de Dieu,
-qui est l'unique être spirituel qui vit en chaque homme.
-
-2
-
-Reconnaître qu'on est un être _séparé_, c'est reconnaître l'existence de
-ce dont on est séparé, reconnaître l'existence du Tout, de Dieu.
-
-3
-
-«En vérité, en vérité, je vous le dis: celui qui écoute «Ma parole et
-qui croit à Celui qui m'a envoyé, a la vie «éternelle et il ne vient
-point en jugement, mais il est «passé de la mort à la vie. En vérité,
-en vérité, je vous «le dis, le temps vient, et il est déjà venu, que
-les morts «entendront la voix du Fils de Dieu et que ceux qui l'auront
-«entendue vivront. Car comme le Père a la vie en «lui-même, il a aussi
-donné au Fils d'avoir la vie en lui-même.»
-
- JEAN, V, 24-25.
-
-4
-
-Une goutte qui tombe dans la mer, devient mer. L'âme qui communie avec
-Dieu devient Dieu.
-
- ANGÉLUS
-
-5
-
-Lorsque l'homme dit une vérité, cela ne veut pas dire que la vérité
-émane de l'homme. Toute vérité vient de Dieu. Elle ne fait que passer
-par l'homme. Si elle passe par l'un plutôt que par l'autre, c'est
-uniquement parce que cet homme a su se rendre suffisamment transparent
-pour que la vérité puisse passer à travers lui.
-
- PASCAL.
-
-6
-
-Dieu dit: Je n'étais un trésor connu de personne. J'ai voulu être connu,
-et j'ai créé l'homme.
-
- MAHOMET.
-
-7
-
-On ne peut pas comprendre Dieu par la raison. Si nous savons qu'il
-existe, ce n'est pas parce que nous le concevons par la raison, mais
-parce que nous le sentons en nous-mêmes.
-
-L'homme, pour être véritablement un homme, doit concevoir la présence de
-Dieu en lui-même.
-
-Demander si Dieu existe, serait demander si j'existe. Ce par quoi je
-vis, est Dieu.
-
-8
-
-Le corps est l'aliment de l'âme; ce sont les chantiers qui servent à
-construire la vraie vie.
-
-La plus grande joie que l'homme puisse concevoir, c'est la joie de
-reconnaître en soi un être libre, raisonnable, aimant, et par conséquent
-bienheureux de sentir Dieu en soi.
-
-9
-
-L'âme est un verre; Dieu est la lumière qui pénètre à travers ce verre.
-
-10
-
-Il n'y a que moi et Toi. Si nous n'existions pas tous deux, il n'y
-aurait rien sur la terre.
-
- ANGÉLUS.
-
-11
-
-Il semble à l'homme toujours entendre une voix derrière lui, mais il
-ne peut pas tourner la tête et voir celui qui parle. Cette voix parle
-toutes les langues, gouverne tous les hommes, mais personne n'a jamais
-vu celui qui parle. Dès que l'homme commence à obéir strictement à cette
-voix et la recueille de façon à ne pas la séparer de lui-même dans
-ses pensées, il sent que cette voix et lui font un; et plus l'homme
-considérera cette voix comme lui-même, plus il sera heureux. Cette voix
-lui révélera la vie bienheureuse, parce que cette voix est celle de Dieu
-dans l'homme.
-
- D'après EMMERSON.
-
-Dieu veut le bonheur de tous; or, si tu veux du bien à tous,
-c'est-à-dire si tu aimes, Dieu vit en toi.
-
-13
-
-On dit: sauver son _âme_. On ne peut sauver que ce qui peut périr. L'âme
-ne peut pas périr parce qu'il n'y a qu'elle seule qui existe. Il ne faut
-pas la sauver, mais la purifier de ce qui l'obscurcit, la souille, il
-faut l'instruire pour que Dieu pénètre de plus en plus en elle.
-
-14
-
-On dit: «Aurais-tu oublié Dieu?» C'est une bonne parole. Oublier Dieu,
-c'est oublier Celui qui vit en toi et par qui tu vis.
-
-15
-
-De même que j'ai besoin de Dieu, Dieu a besoin de moi.
-
-16
-
-Lorsque tu t'affaiblis et que tu es malheureux, tu dois te rappeler
-que tu as une âme et que tu peux vivre par elle. Mais au lieu de cela,
-nous nous imaginons que des hommes pareils à nous-mêmes peuvent nous
-réconforter.
-
- EMMERSON.
-
-17
-
-Celui qui est uni à Dieu, ne doit pas craindre Dieu. Dieu ne saurait se
-faire de mal à Lui-Même.
-
-Les poissons de la rivière apprirent un jour que les hommes disaient
-qu'ils ne pouvaient vivre que dans l'eau. Et les poissons s'en
-étonnèrent et se mirent à s'interroger entre eux afin d'apprendre si
-quelqu'un savait ce que c'est que l'eau. Alors, un poisson intelligent
-dit: «On raconte qu'il y a dans la mer un vieux et sage poisson qui
-sait tout; allons le trouver et demandons-lui ce qu'est l'eau.» Et les
-poissons se dirigèrent vers l'endroit de la mer où habitait le sage et
-lui demandèrent ce qu'était l'eau. Et le sage poisson dit: «L'eau c'est
-ce qui nous fait vivre. Si vous ne la connaissez pas c'est parce que
-vous vivez dans l'eau et d'eau.»
-
-De même, il semble parfois aux hommes qu'ils ne savent pas ce qu'est
-Dieu, mais ils vivent eux-mêmes en Lui.
-
- SOUFI[2].
-
-
-
-VII.--_La vie de l'homme n'est pas dans le corps, mais dans l'âme, et
-non pas dans le corps et dans l'âme, mais dans l'âme seule._
-
-1
-
-«Celui qui m'a envoyé est véritable, et les choses que «j'ai entendues
-de Lui, je les dis dans le monde.»
-
-Ils ne comprirent point qu'Il parlait du Père. Et Jésus leur dit:
-«Lorsque vous aurez élevé le Fils de l'Homme, «vous connaîtrez qui Je
-suis, et que Je ne fais rien de «Moi-même, mais que Je dis les choses
-comme Mon «Père Me les a enseignées.
-
- JEAN, VIII, 26-28.
-
-Élever le Fils de l'Homme, c'est avoir conscience de l'esprit qui vit en
-nous et l'élever au-dessus de la chair.
-
-2
-
-L'âme et le corps sont ce que l'homme considère comme sien, ce dont il
-s'occupe constamment. Mais on doit savoir que le vrai «toi» n'est pas
-ton corps, mais ton âme. Souviens-toi de cela, élève ton âme au-dessus
-de ta chair, préserve-là de toute souillure humaine, ne permets pas à ta
-chair de l'étouffer--et tu auras une vie heureuse.
-
- MARC-AURÈLE.
-
-3
-
-On dit qu'on ne doit pas s'aimer soi-même. Mais sans l'amour de
-soi-même, il n'y aurait pas de vie. Il s'agit de savoir ce qu'il faut
-aimer en soi: son âme ou son corps.
-
-4
-
-Il n'est pas de corps vigoureux qui n'aura jamais été malade; il
-n'est pas de richesses qui ne disparaîtront jamais; il n'est pas de
-pouvoir qui n'aura pas de fin. Si l'on consacre toute sa vie à devenir
-vigoureux, riche, puissant, et qu'on arrive à obtenir ce à quoi l'on
-aspire, on devra tout de même s'inquiéter, craindre et s'attrister,
-parce qu'on verra tout ce qu'on a cherché dans sa vie vous échapper,
-parce qu'on constatera que l'on se fait vieux et que l'on approche de la
-mort.
-
-Que faire pour ne pas s'inquiéter, pour ne pas avoir peur?
-
-Il n'y a qu'un seul moyen: il consiste à consacrer sa vie non pas à ce
-qui passe, mais à ce qui ne périt pas et ne peut périr, à l'esprit qui
-vit dans l'homme.
-
-5
-
-Accomplis ce que ton corps exige de toi: cherche à obtenir la gloire,
-les honneurs, la richesse, et ta vie sera un enfer. Fais ce que veut
-l'esprit qui réside en toi: cherche l'humilité, la clémence, l'amour, et
-tu n'auras pas besoin de paradis. Le paradis sera dans ton âme.
-
-6
-
-Tout homme a des devoirs envers le prochain et des devoirs envers
-lui-même, envers l'esprit qui vit en lui; ces devoirs consistent à ne
-pas souiller, à ne pas supprimer, à ne pas étouffer cet esprit et à le
-cultiver sans cesse.
-
-
-
-VIII--_Le vrai bonheur de l'homme n'est que la joie spirituelle._
-
-1
-
-L'homme vit par l'esprit et non par le corps. Lorsque l'homme le sait et
-qu'il a voué sa vie à l'esprit et non au corps, on peut le mettre aux
-fers, le verrouiller derrière des lourdes portes, il sera toujours libre.
-
-2
-
-Tout homme connaît deux vies: la vie charnelle et la vie spirituelle.
-Dès qu'elle atteint sa plénitude, la vie charnelle commence à faiblir.
-Et elle faiblit de plus en plus et arrive à la mort. La vie spirituelle,
-au contraire, grandit et devient toujours plus ferme, depuis la
-naissance jusqu'à la mort.
-
-Si l'homme ne vivait que de la vie charnelle, toute son existence serait
-celle d'un condamné à mort. S'il vivait pour son âme, le bonheur qu'il y
-trouverait grandirait de jour en jour, et la mort ne l'effrayerait pas.
-
-3
-
-Pour mener une existence heureuse, point n'est besoin de savoir d'où tu
-es venu et ce que tu deviendras dans l'autre monde. Pense uniquement à
-ce que veut ton âme, et tu n'auras pas besoin de t'inquiéter d'où tu es
-issu et ce qui t'arrivera après la mort. Tu n'auras pas besoin de tout
-cela, parce que tu éprouveras le bonheur complet qui ne s'inquiète ni du
-passé ni de l'avenir.
-
-4
-
-Lorsque le monde commença à exister, la raison fut sa mère. Celui qui
-est conscient du fait que la base de sa vie est l'esprit, sait qu'il se
-trouve hors de tout danger. Lorsqu'à la fin de sa vie, ses lèvres se
-fermeront et les portes de ses sens retomberont, il n'éprouvera aucune
-inquiétude.
-
- LAO-TSEU
-
-
-[1] Théologien américain. (_N. du trad._)
-
-[2] Confrérie musulmane. (_N. du trad._)
-
-
-
-
-CHAPITRE IV
-
-MÊME ÂME CHEZ TOUS
-
-
-Tous les êtres vivants sont séparés par leurs corps les uns des autres;
-mais l'origine la vie est la même pour tous.
-
-I.--_La Conscience de la divinité de l'âme unit les hommes._
-
-1
-
-La doctrine chrétienne révèle aux hommes que le même principe spirituel
-vit en eux tous, qu'ils sont tous frères, et elle les unit ainsi pour
-une heureuse vie commune.
-
- LAMENNAIS.
-
-2
-
-Il ne suffit pas de se dire que chaque homme a la même âme que moi; il
-faut se dire qu'en chaque homme vit le même principe qui vit en moi.
-Tous les hommes sont séparés les uns des autres par leurs corps, mais
-ils sont tous unis par le même principe spirituel qui donne la vie à
-tout.
-
-3
-
-C'est un grand bonheur que d'être en communion avec les hommes; mais
-comment faire pour s'unir à tous? Je peux m'unir aux membres de ma
-famille; mais aux autres? Je peux m'unir à mes amis, à tous les Russes,
-à tous mes coreligionnaires. Mais comment faire pour m'unir à ceux
-que je ne connais pas, les étrangers, ceux qui professent une autre
-religion? Il y a tant d'hommes et ils sont tous si différents! Comment
-faire?
-
-Il n'existe qu'un moyen: oublier les hommes, ne pas penser à s'unir à
-eux, et ne songer qu'à s'unir au seul principe spirituel qui vit en moi
-et en tous les hommes.
-
-4
-
-On dit que chaque homme peut être très bon et très mauvais et qu'il
-manifeste l'un ou l'autre sentiment suivant ses dispositions. C'est
-parfaitement exact.
-
-La vue des souffrances d'autrui provoque, non seulement chez des
-personnes différentes, mais chez le même homme des sentiments absolument
-contradictoires: parfois, la compassion, et, parfois, une sorte de
-mauvais plaisir qui va jusqu'à la plus cruelle méchanceté.
-
-J'ai eu l'occasion de le constater sur moi-même: tantôt j'avais pour
-tous les êtres une profonde compassion, tantôt j'éprouvais la plus
-grande indifférence, et, parfois, de la haine même.
-
-Cela, prouve clairement que nous avons deux façons, absolument opposées,
-de concevoir les choses: l'une, quand nous nous considérons comme des
-êtres séparés, quand tous les êtres nous sont absolument étrangers et
-qu'ils ne sont pas «moi». Dans ce cas, nous ne pouvons éprouver pour
-eux autre chose que de l'indifférence, de l'envie, de la haine, de la
-malveillance.
-
-L'autre façon de concevoir est dans la conscience de notre unité avec
-tous. Dans ce cas, tous les êtres sont pour nous ce qu'est noire «moi»,
-et alors, ils suscitent notre amour pour eux.
-
-L'une nous sépare les uns des autres comme par un mur infranchissable,
-l'autre détruit ce mur, et nous ne faisons qu'un. La première nous
-apprend à reconnaître que tous les autres êtres ne sont pas «moi», la
-seconde nous enseigne que tous les êtres sont le même «moi» que celui
-que je sens en moi-même.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-5
-
-Plus l'homme vit pour son âme, plus il sent son unité avec tous les
-êtres vivants. Vis pour ton corps, et tu seras seul parmi des étrangers;
-vis pour ton âme, et tous te seront parents.
-
-6
-
-Un fleuve ne ressemble pas à un étang, un étang à un tonneau et un
-tonneau à un seau d'eau. Mais dans un étang, dans un fleuve, dans un
-tonneau et dans un seau il y a la même eau. De même, tous les gens sont
-différents, mais l'esprit qui vit en eux tous est le même.
-
-7
-
-L'homme ne comprend sa vie que lorsqu'il se voit dans chacun de ses
-semblables.
-
-8
-
-L'essentiel dans la doctrine du Christ c'est qu'il considérait tous les
-hommes comme frères. Dans chaque homme, il voyait un frère et, pour
-cette raison, aimait chacun, quel qu'il soit et qui que ce soit. Il ne
-s'occupait pas de son extérieur, mais de l'intérieur. Il ne voyait pas
-le corps, mais, à travers les beaux habits du riche et les haillons du
-misérable, il voyait l'âme immortelle. Dans l'homme le plus dépravé, il
-apercevait ce qui pouvait transformer l'être le plus déchu en l'homme
-sublime, aussi grand et aussi saint qu'il l'était lui-même.
-
-9
-
-Lorsque l'homme ne voit pas dans chacun le même esprit qui l'unit à tous
-les hommes, il vit comme dans un rêve. Celui qui voit Dieu et lui-même
-dans chacun, vit réellement.
-
-
-
-II--_Le même principe spirituel vit non seulement dans tous les hommes,
-mais aussi dans tout ce qui vit._
-
-1
-
-Nous sentons dans notre for intérieur que ce par quoi nous vivons, ce
-que nous appelons notre vrai «moi», est le même non seulement dans
-chaque homme, mais aussi dans un chien, un cheval, une souris, une
-poule, un moineau, une abeille, et même dans une plante.
-
-2
-
-Quand on prétend que les animaux nous sont absolument étrangers, on peut
-en dire autant des sauvages, des noirs et des jaunes. Et si l'on estime
-que ces hommes nous sont étrangers, ils ont absolument le même droit de
-considérer les blancs comme des étrangers. Quel est donc notre prochain?
-II ne peut y avoir qu'une seule réponse à cette question: ne demande
-pas qui est ton prochain, mais agis envers tout ce qui vit comme tu
-voudrais que l'on agisse envers toi-même.
-
-3
-
-Tout ce qui vit, craint les souffrances; tout ce qui vit, craint la
-mort. Reconnais-toi non seulement dans un homme, mais aussi dans chaque
-être vivant; ne tue pas et ne cause pas de souffrance ni de mort. Tout
-ce qui vit veut la même chose que toi; reconnais-toi donc dans chaque
-être vivant.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-4
-
-L'homme n'est pas supérieur aux bêtes parce qu'il les fait souffrir,
-mais parce qu'il est capable de les plaindre. Et il a pitié des bêtes,
-car il sent vivre en elles ce qui vit également en lui.
-
-5
-
-La pitié pour tout ce qui vit, est plus nécessaire que tout le reste
-pour pouvoir avancer vers la vertu. Un homme bon ne peut manquer de
-pitié. Si un homme est injuste et méchant, il est sûrement impitoyable.
-Sans pitié pour tout ce qui vit, il ne peut y avoir de vertu.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-6
-
-On peut se déshabituer de la pitié envers les bêtes. Cela se remarque
-tout particulièrement à la chasse. Les hommes bons qui y prennent
-goût, tourmentent et tuent les bêtes sans remarquer la cruauté qu'ils
-commettent.
-
-7
-
-Le commandement: «Tu ne tueras point» ne se rapporte pas à l'homme
-seul, mais à tout ce qui vit. Ce commandement avait été gravé dans le
-cœur de l'homme avant d'être inscrit sur la table.
-
-8
-
-Les hommes considèrent qu'il n'y a pas de mal à se nourrir de la chair
-animale, parce qu'on les a persuadés que Dieu l'avait permis. C'est
-faux. On a beau assurer qu'il n'y a pas de péché de tuer et démanger
-les animaux, il est gravé dans le cœur de l'homme, mieux que dans tous
-les livres, qu'il faut avoir pitié des animaux et qu'on ne doit pas
-les tuer, au même titre que les hommes. Nous le savons tous, si nous
-n'étouffons pas la voix de la conscience.
-
-9
-
-Si seulement tous ceux qui mangent les animaux, les tuaient eux-mêmes,
-un grand nombre parmi eux auraient renoncé à la viande.
-
-10
-
-Nous sommes étonnés de voir qu'il y ait eu et qu'il y a encore des
-hommes qui tuent leurs semblables pour les manger. Mais le temps viendra
-où nos petits enfants s'étonneront que leurs grands pères aient tué,
-tous les jours, des millions d'animaux pour les manger, alors qu'on peut
-avoir une nourriture saine et substantielle en se servant des fruits de
-la terre.
-
-11
-
-On peut se déshabituer de toute pitié, même envers les hommes, et on
-peut s'habituer à avoir pitié même d'un insecte.
-
-Plus l'homme est pitoyable, mieux cela vaut pour son âme.
-
-«Comment s'abstenir de tuer la mouche ou la puce? Chacun de nos
-mouvements supprime malgré nous la vie des êtres que nous ne voyons
-pas,» dit-on généralement pour justifier la cruauté humaine envers les
-animaux. Ceux qui parlent ainsi oublient qu'il n'est pas donné à l'homme
-d'arriver à la perfection en toutes choses. La tâche de l'homme est de
-se rapprocher de la perfection. Il en est de même lorsqu'il s'agit de
-la compassion envers les bêtes. Nous ne pouvons pas vivre sans faire
-mourir d'autres êtres, mais nous pouvons avoir pour eux plus ou moins de
-compassion. Et plus nous en aurons, mieux cela vaudra pour notre âme.
-
-
-
-III.--_Plus les hommes sont bons, mieux ils conçoivent l'unité du
-principe divin qui vit en eux._
-
-1
-
-Pourquoi sommes-nous tout joyeux quand nous avons accompli une bonne
-action? Parce que chaque bonne action nous confirme que notre vrai «moi
-» ne se borne pas à notre personne seule, mais qu'il existe en tout ce
-qui vit.
-
-Lorsqu'on vit pour soi-même, on ne vit que d'une parcelle de son vrai
-«moi». Lorsqu'on vit pour les autres, on sent son «moi» s'étendre.
-
-Si tu vis pour toi seul, tu te sens entouré d'ennemis, tu sens le
-bonheur de chacun entraver le tien. Vis pour les autres, et tu te
-sentiras entouré d'amis et le bonheur de chacun deviendra ton bonheur à
-toi.
-
-2
-
-L'homme ne trouve le bonheur qu'en servant son prochain. Et il l'y
-trouve parce qu'en rendant service à ses prochains, il communie avec
-l'Esprit Divin qui vit en eux.
-
-3
-
-Toute bonne action véritable, celle que l'homme accomplit avec
-désintéressement et en ne pensant qu'au malheur d'autrui, serait un fait
-étonnant et inconcevable, s'il n'était pas aussi naturel et familier à
-l'homme.
-
-En effet, pourquoi se priver de quelque chose, s'inquiéter, se déranger
-pour un étranger, un homme comme il y en a tant sur la terre? On ne peut
-pas expliquer cela autrement que par le fait que la personne qui fait du
-bien, sait que celui pour qui elle le fait n'est pas un être isolé de
-tous, mais le même être qu'elle, mais sous un autre aspect.
-
- D'après SCHOPENHAUER.
-
-4
-
-Lorsqu'on vit de la vie spirituelle, on éprouve des souffrances morales
-chaque fois qu'on se sépare des hommes. Pourquoi cette souffrance? Parce
-que, de même que la souffrance physique démontre le danger qui menace la
-vie corporelle, la souffrance morale démontre le danger qui menace la
-vie spirituelle de l'homme.
-
-5
-
-Un sage hindou disait: «En toi, en moi, en tous les êtres vivants vit un
-seul et même esprit vital; et voici que tu te fâches contre moi, tu ne
-m'aimes pas. Souviens-toi que toi et moi, nous sommes un. Qui que tu
-sois, toi et moi, nous ne faisons qu'un.»
-
-6
-
-Bien qu'un homme soit méchant, injuste, bête et désagréable,
-souviens-toi qu'en ne le respectant plus, tu romps non seulement tout
-lien avec lui seul, mais avec tout le monde spirituel.
-
-7
-
-Pour qu'il te soit facile de vivre avec chaque homme, pense à ce qui
-t'unit à lui et non pas à ce qui te sépare de lui.
-
-IV.--_Les conséquences résultant de la conception de l'unité de l'âme de
-tous les hommes._
-
-1
-
-Il ne peut y avoir et il n'y aura pas de liberté et de bonheur
-véritable, tant que les hommes n'auront pas compris leur unité. Si
-seulement les hommes avaient compris cette vérité essentielle du
-christianisme,--la communauté spirituelle de tous les hommes--leur vie
-se serait transformée, et il s'établirait entre eux des rapports que
-nous ne saurions imaginer maintenant. Les insultes, les peines, les
-humiliations que nous faisons subir aux hommes-frères nous auraient
-révoltés plus que les plus grands crimes actuels.
-
-Oui, il nous faut une nouvelle révélation, non pas sur le paradis et
-l'enfer, mais sur l'esprit qui vit en nous.
-
- CHANNING.
-
-2
-
-L'amour appelle l'amour. Cela ne peut être autrement parce qu'en se
-révélant en toi, Dieu se révèle également en un autre homme.
-
-3
-
-La branche coupée de son nœud est, par cela même, séparée de l'arbre
-entier. De même l'homme qui rompt avec un autre homme, se détache de
-toute l'humanité. Seulement, la branche est coupée par un bras étranger,
-alors que, par son mépris, l'homme se détache de son prochain, sans
-penser que, par cela même, il se détache de toute l'humanité.
-
- MARC-AURÈLE.
-
-4
-
-Il n'y a pas de mauvaise action pour laquelle soit seul puni celui
-qui l'a faite. Nous ne pouvons nous isoler de façon à ce que notre
-méchanceté ne se répande pas sur les autres hommes. Nos actions, bonnes
-et mauvaises, sont comme nos enfants: elles vivent et agissent non plus
-par notre volonté, mais par elles-mêmes.
-
- GEORGE ELLIOT.
-
-5
-
-La vie des hommes est pénible uniquement parce qu'ils ne savent pas que
-l'âme, qui est en chacun de nous, vit dans tous les hommes. C'est de là
-que provient l'animosité, que les uns sont riches, les autres pauvres,
-les uns sont maîtres, les autres ouvriers; de là que vient l'envie, la
-haine et tous les tourments humains.
-
-
-
-
-CHAPITRE V
-
-DE L'AMOUR
-
-
-L'âme humaine, isolée par le corps aussi bien de Dieu que des autres
-êtres, tend à se réunir à ce dont elle est séparée.
-
-L'âme s'unit à Dieu par la conscience progressive de la présence de Dieu
-en soi, alors qu'elle s'unit aux âmes des autres par des manifestations
-d'amour de plus en plus évidentes.
-
-
-I. _L'Amour unit les hommes à Dieu et aux autres êtres._
-
-1
-
-«Jésus dit au légiste: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton
-cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C'est le premier et le
-plus grand des commandements.
-
-«Le second est: aime ton prochain comme toi-même, répondit l'homme de
-loi au Christ, et Jésus lui dit: Tu as bien répondu; agis donc comme tu
-l'as dit, c'est-à-dire, aime Dieu et ton prochain et tu vivras bien.»
-
-2
-
-Vous êtes bien malheureux, vous, les gens du monde! Les chagrins et les
-inquiétudes sont au-dessus de vos têtes et sous vos pieds, à droite et
-à gauche, et vous êtes des énigmes pour vous-mêmes. Et vous resterez
-toujours énigmes si vous ne devenez pas joyeux et affectueux comme les
-enfants. Alors seulement vous Me connaîtrez et, m'ayant connu, vous vous
-comprendrez vous-mêmes et vous pourrez vous gouverner.
-
-Alors seulement, lorsque vous regarderez le monde à travers votre âme,
-tout sera joie pour vous sur la terre et en vous-mêmes.
-
-_Soutes bouddhistes._
-
-3
-
-On ne peut aimer que la perfection.
-
-Il faut donc, pour aimer: ou bien considérer comme parfait ce qui ne
-l'est pas, ou bien aimer ce qui est parfait, c'est-à-dire Dieu. Si l'on
-considère comme parfait ce qui ne l'est pas, l'erreur se révélera tôt ou
-tard et l'amour ne sera plus. Mais l'amour de Dieu, c'est-à-dire de la
-perfection, ne peut pas finir.
-
-4
-
-Dieu est amour; celui qui demeure dans la charité, demeure en Dieu et
-Dieu en lui. Personne n'a jamais vu Dieu; mais si nous nous aimons les
-uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est accompli en
-nous. Si quelqu'un dit: «J'aime Dieu» et qu'il haïsse son frère, c'est
-un menteur. Car celui qui n'aime point son frère qu'il voit, comment
-peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? Frères, aimons-nous les uns les
-autres, car l'amour vient de Dieu, et quiconque aime, est né de Dieu et
-connaît Dieu, car Dieu est amour.
-
-D'après la 1<sup>re</sup> épitre de saint Jean.
-
-5
-
-Les hommes ne peuvent communier réellement qu'en Dieu. Pour se
-rencontrer, les hommes n'ont pas besoin de se croiser, ils doivent
-simplement se diriger vers Dieu.
-
-S'il y avait un grand temple où la lumière ne pénétrerait que d'en haut
-et du centre, les hommes, pour se rencontrer dans ce temple, n'auraient
-qu'à se diriger vers la lumière. Il en est de même dans le monde: si
-tous les hommes allaient, à Dieu, ils se rencontreraient tous.
-
-6
-
-Il n'y a rien de plus agréable que de se savoir aimé. Mais, chose
-extraordinaire! pour qu'on nous aime il est inutile de rendre service
-aux autres: il suffit de se rapprocher de Dieu. Rapproche-toi de Dieu et
-ne pense pas aux hommes, et les hommes t'aimeront.
-
-7
-
-Celui qui prétend aimer Dieu tout en n'aimant pas son prochain, trompe
-les hommes. Celui qui prétend aimer son prochain et n'aime pas Dieu, se
-trompe lui-même.
-
-8
-
-On dit que le jour du jugement dernier arrivera et que le bon Dieu se
-fâchera. Mais un Dieu bon ne peut faire que du bien.
-
-De toutes les religions existantes, il n'y en a qu'une seule vraie,
-celle qui dit que Dieu est amour. Et l'amour ne peut donner que le
-bonheur.
-
-Ne crains rien: pendant ta vie et après ta mort, il ne peut y avoir que
-l'amour.
-
- _Traduit du persan._
-
-9
-
-Vivre selon les préceptes de Dieu c'est être pareil à Dieu. Et, pour
-être pareil à Dieu, il faut ne rien craindre et ne rien désirer pour
-soi. Et pour ne rien craindre et ne rien désirer pour soi, il n'y a qu'à
-aimer.
-
-Les uns disent: rentre en toi-même et tu trouveras le repos. Toute la
-vérité n'est pas là.
-
-D'autres disent, au contraire: sors de toi-même; tâche de t'oublier
-et de trouver le bonheur dans les plaisirs. Ceci n'est pas vrai non
-plus. Ce n'est pas vrai pour cette seule raison qu'on ne peut pas se
-débarrasser des maladies par les plaisirs. Le repos et le bonheur ne
-sont ni en nous, ni en dehors de nous, ils sont en Dieu. Et Dieu est en
-nous et hors nous. Aime Dieu, car c'est en Dieu que tu trouveras ce que
-tu cherches.
-
- PASCAL.
-
-
-
-II.--_De même que le corps a besoin de nourriture et souffre lorsqu'il
-en est privé, l'âme a besoin d'amour et souffre en son absence._
-
-1
-
-Tous les corps sont attirés par la terre et les uns par les autres. De
-même toutes les âmes sont attirées vers Dieu et les unes vers les autres.
-
-2
-
-Tous les gens vivent, non pas parce qu'ils pensent à eux-mêmes, mais
-parce que l'amour est le propre des hommes.
-
-Afin que les hommes ne vivent pas chacun pour soi, mais tous pour la
-même cause, Dieu ne leur a pas révélé ce qu'il faut à chacun d'eux, mais
-leur a dit seulement ce qu'il leur fallait à tous.
-
-Afin que les hommes sachent ce qu'il leur faut à tous, Il a pénétré dans
-leurs âmes et s'y est manifesté en amour.
-
-3
-
-Tous les malheurs des hommes ne sont pas causés par les mauvaises
-récoltes, les incendies, les brigands, mais simplement parce qu'ils
-vivent en désaccord.--Ils sont en désaccord, parce qu'ils ne croient pas
-à la voix de l'amour qui vit en eux et qui les appelle à s'unir.
-
-4
-
-Tant que l'homme vit d'une vie matérielle, il lui semble qu'il est
-séparé des autres hommes parce que cela est ainsi et ne peut être
-autrement. Mais dès qu'il commence à vivre d'une vie spirituelle, il
-s'étonne, ne comprend pas, jusqu'à en souffrir, pourquoi il est séparé
-des autres hommes, et il cherche à s'unir à eux. L'amour seul unit les
-hommes.
-
-5
-
-La vie de chaque homme consiste à devenir meilleur chaque année, chaque
-mois, chaque jour. Plus les gens deviennent meilleurs et plus ils
-s'unissent, plus leur vie est meilleure.
-
-6
-
-Si nous tenions fermement à nous rallier aux hommes là où nous sommes
-d'accord avec eux, sans exiger leur consentement sur les points où nous
-ne sommes pas d'accord, nous serions bien plus près du Christ que ceux
-qui, tout en se qualifiant de chrétiens, se détachent, au nom du Christ,
-des hommes d'une autre religion, en exigeant qu'ils soient d'accord avec
-ce qui leur semble être la vérité.
-
-Aimez vos ennemis, et vous n'en n'aurez point.
-
-_Actes des Apôtres._
-
-
-
-III.--_L'amour n'est vrai que lorsqu'il se répand sur tout._
-
-1
-
-Dieu voulait que nous fussions heureux et, dans ce but, il nous a donné
-le besoin du bonheur; seulement, il voulait que nous soyons heureux
-tous, et non pas quelques-uns, et pour cela il nous a donné le besoin
-d'aimer. Il s'ensuit que les hommes ne seront heureux que lorsqu'ils
-s'aimeront tous les uns les autres.
-
-2
-
-Sénèque disait que tout ce que nous voyons, tout ce qui vit n'est qu'un
-seul corps; tels les bras, les jambes, l'estomac, les os, nous sommes
-les parties de ce corps. Tous, nous sommes venus au monde de la même
-façon; tous, nous voulons notre bonheur; tous nous savons que nous
-ferions mieux de nous entr'aider que de nous exterminer et tous nous
-avons un germe d'amour les uns pour les autres. Comme des pierres,
-nous formons une même route et nous nous écroulerons, si nous ne nous
-soutenons pas.
-
-3
-
-Si nous aimons ceux qui nous plaisent, qui nous louent, qui nous font du
-bien, nous les aimons pour nous-mêmes. Le véritable amour est celui qui
-nous fait aimer non pour notre plaisir, mais pour le bien des hommes que
-nous aimons; nous devons les aimer, non pas parce qu'ils sont agréables
-ou utiles, mais parce que dans chaque homme nous reconnaissons l'esprit
-qui vit en nous.
-
-Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons aimer, comme nous l'a appris le
-Christ, non seulement ceux qui nous aiment, mais aussi ceux qui nous
-haïssent: nos ennemis.
-
-4
-
-Tâche d'aimer celui que tu n'aimais pas, que tu blâmais, qui t'a
-offensé. Si tu y réussis, tu connaîtras une sensation nouvelle de joie.
-De même que la clarté éclate après les ténèbres, la lumière de l'amour
-s'allumera avec plus d'intensité et plus joyeusement en toi, après
-s'être libéré de l'inimitié.
-
-5
-
-Le meilleur des hommes est celui qui aime _tous_ et qui fait du bien à
-tous, qu'ils soient bons ou méchants.
-
- MAHOMET.
-
-6
-
-«Je suis triste, ennuyé, seul.» Mais qui donc t'a ordonné de fuir tous
-les hommes et de te murer dans la prison de ton misérable et ennuyeux
-«moi».
-
-7
-
-Agis de façon à pouvoir dire à chacun: fais comme moi.
-
- D'après KANT.
-
-8
-
-Tant que je n'aurai pas vu observer le plus grand commandement du
-Christ--l'amour envers les ennemis--je ne croirai pas que ceux qui se
-qualifient de chrétiens le soient effectivement.
-
- LESSING.
-
-
-
-IV.--_On ne peut aimer réellement que l'âme._
-
-1
-
-Tous les hommes ne désirent, qu'une seule chose, c'est de bien vivre.
-C'est pourquoi, depuis les temps les plus anciens, partout et toujours,
-les sages et les saints ont pensé et appris aux hommes comment il
-fallait vivre pour être heureux. Et à toutes les époques et dans tous
-les pays, les sages et les saints ont enseigné aux hommes la même
-doctrine.
-
-Cette doctrine est brève et simple:
-
-Tous les hommes vivent par le même esprit, mais sont séparés, dans cette
-vie, par leurs corps; s'ils en sont convaincus, ils doivent s'unir les
-uns aux autres par l'amour. S'ils ne le comprennent pas et s'imaginent
-qu'ils vivent uniquement par leurs corps, ils se querellent entre eux et
-sont malheureux.
-
-Toute la doctrine est dans la recommandation de faire ce qui unit les
-hommes et de ne pas faire ce qui les désunit. Il est facile d'avoir foi
-en cette doctrine parce qu'elle demeure dans le cœur de chaque homme.
-
-
-
-V.--_L'amour est un sentiment naturel à l'homme._
-
-1
-
-L'homme aime aussi naturellement que l'eau descend la pente.
-
-_Proverbe oriental._
-
-2
-
-Pour que l'abeille vive selon sa nature, elle doit voler, le serpent
-ramper, le poisson nager, l'homme aimer. Par conséquent, si l'homme fait
-du mal à son prochain au lieu de lui faire du bien, cela paraît aussi
-étrange que si le poisson se mettait à voler et l'oiseau à nager.
-
-3
-
-Le cheval, par sa course rapide, fuit l'ennemi. Il est malheureux non
-pas lorsqu'il ne peut pas crier comme un coq, mais lorsqu'il perd ce qui
-lui est acquis: la faculté de courir.
-
-Le sens le plus précieux pour le chien est son flair. Il est malheureux
-lorsqu'il le perd, et non lorsqu'il voit qu'il ne peut pas voler.
-
-De même l'homme est malheureux, non quand il est impuissant à maîtriser
-un ours, un lion, ou de mauvaises gens, mais quand il perd ce qu'il a de
-plus cher: sa nature spirituelle, sa faculté d'aimer.
-
-On n'a pas à regretter quand on meurt, quand on a perdu son argent, sa
-propriété, sa maison--tout cela n'appartient pas à l'homme. On doit
-regretter quand l'homme perd son bien réel, son plus grand bonheur: la
-faculté d'aimer.
-
-4
-
-On demanda à un philosophe chinois: qu'est-ce que la science? Il
-répondit: C'est connaître les hommes.
-
-On lui demanda: Qu'est-ce que la vertu? Il répondit: C'est aimer les
-hommes.
-
-5
-
-Un philosophe hindou disait: «De même qu'une mère soigne son unique
-enfant, le dorlote, le garde et l'élève, l'homme doit élever et garder
-en soi ce qu'il a de plus cher au monde: l'amour pour tout ce qui
-vit. Toutes les religions nous l'enseignent: celle des Bramines, des
-Bouddhistes, des Hébreux, des Chinois, des Chrétiens, des Mahométans.
-C'est pourquoi, la chose la plus nécessaire au monde est d'apprendre à
-aimer.»
-
-6
-
-Les Chinois ont eu leurs philosophes tels que Confucius, Lao-Tseu et un
-autre sage, peu connu, du nom de Mi-Ti.
-
-Mi-Ti enseignait qu'il ne fallait pas inculquer aux hommes le respect
-de la force, de la richesse, de la bravoure, mais de l'amour seul. Il
-disait: On élève les hommes de façon à ce qu'ils considèrent que la
-richesse et la gloire sont au-dessus de tout et ils ne songent qu'à
-gagner le plus possible de gloire et de richesses; il faut les élever de
-façon à ce qu'ils placent l'amour au-dessus de tout et que, dans la vie
-quotidienne, ils s'habituent à aimer les hommes et à consacrer toutes
-les forces à apprendre à aimer.
-
-Mi-Ti n'a pas été écouté. Mendzé, un élève de Confucius, contredit
-Mi-Ti, en assurant qu'on ne saurait vivre uniquement d'amour. Et
-les Chinois suivirent Mendzé. 500 ans s'écoulèrent ainsi, lorsque
-Jésus vint enseigner aux hommes ce qu'avait déjà dit Mi-Ti, mais
-avec plus de force et de clarté. Bien que personne ne conteste cette
-doctrine d'amour, les disciples du Christ ne suivent toujours pas son
-enseignement. Mais le moment viendra--et il est proche--où les hommes ne
-pourront pas faire autrement que de suivre cette doctrine, parce que son
-germe se trouve dans tous les cœurs, alors que la non observation de ses
-préceptes rendra les gens de plus en plus malheureux.
-
-
-
-VI.--_L'amour seul donne le bonheur réel._
-
-1
-
-Tu veux du bien, tu auras ce que tu désires, à condition que tu veuilles
-le bien qui est bon pour tous. Ce bonheur ne se gagne que par l'amour.
-
-2
-
-«Celui qui veut conserver sa vie, la perdra, et celui qui donne sa vie
-pour le bien, la conservera. L'homme n'a pas de profit à gagner le
-monde entier s'il fait du tort à son âme.» Ainsi parlait Jésus. De
-même parlait le païen Marc-Aurèle: «Âme, quand donc seras-tu le chef du
-corps? Quand te débarrasseras-tu des désirs et des peines charnelles,
-et pourras-tu te passer des services de ce que les hommes te servent de
-leur vie ou de leur mort! Quand comprendras-tu que le vrai bonheur est
-toujours en ton pouvoir et qu'il est l'amour pour tous les hommes?»
-
-3
-
-Celui qui dit qu'il est dans la lumière et qui hait son frère, est
-encore à présent dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure
-dans la lumière et ne craint nulle tentation. Mais celui qui hait son
-frère est dans les ténèbres, marche dans les ténèbres et ne sait où il
-va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux.... Aimons, non par la
-parole et la langue, mais par les actes et la vérité. C'est à cela que
-nous reconnaissons la vérité et que nous tranquillisons nos cœurs.
-
- 1<sup>re</sup> épitre de saint JEAN.
-
-4
-
-Je ne sais pas lequel des chefs des religions a raison, et je ne puis le
-savoir d'une façon certaine; mais je sais pertinemment que le mieux que
-je puis faire, c'est de développer l'amour en moi; de cela je ne puis
-en douter. Je ne puis en douter parce qu'en se développant, mon amour
-augmente mon bonheur.
-
-5
-
-Nous savons trouver tout; il n'y a que nous-mêmes que nous ne sachions
-pas trouver. Chose étrange! L'homme vit sur la terre pendant de
-nombreuses années sans remarquer à quel moment il éprouve le plus de
-satisfaction. S'il s'en apercevait, il verrait clairement en quoi
-consiste son vrai bonheur; il saurait qu'il ne se sent à son aise
-que lorsqu'il a l'amour dans l'âme. C'est que nous ne méditons pas
-assez pour nous en apercevoir. Nous avons perverti notre raison et ne
-cherchons plus à connaître ce qui seul nous est nécessaire.
-
-Si nous nous étions arrêtés un seul instant au milieu du tourbillon de
-la vie qui nous emporte, si nous étions rentrés en nous-mêmes, nous
-aurions compris où est notre bonheur.
-
-Notre corps est faible, impur, mortel; mais il recèle un trésor divin:
-l'esprit immortel. Il nous suffirait d'avoir conscience de cet esprit
-intérieur pour nous mettre à aimer les hommes, et, en les aimant, nous
-aurons tout ce que notre cœur désire: le bonheur.
-
- SKOVORODA.
-
-6
-
-Nous n'obtenons le bonheur corporel, tous les plaisirs, qu'au détriment
-des autres hommes. Par contre, nous n'augmentons le bien spirituel, le
-bien de l'amour qu'en augmentant le bonheur d'autrui.
-
-7
-
-Tous nos perfectionnements de la vie matérielle: les chemins de fer,
-le télégraphe, les machines peuvent servir à l'union des hommes et à
-les rapprocher du royaume de Dieu. Mais le malheur est que les hommes
-se passionnent pour ces perfectionnements et s'imaginent que s'ils
-construisent beaucoup de ces engins, ils peuvent se rapprocher de Dieu.
-C'est une aussi grosse erreur que si l'homme avait toujours travaillé
-le même terrain sans songer à y semer quelque chose. Pour que toutes
-ces machines soient utiles, il faut que les hommes perfectionnent leur
-âme, y cultivent l'amour. Car sans amour, le téléphone, le télégraphe,
-les machines volantes, loin de nous rapprocher, nous divisent de plus en
-plus.
-
-8
-
-L'homme est misérable et ridicule lorsqu'il cherche ce qu'il a sur
-le dos. Il est tout aussi misérable et ridicule lorsqu'il cherche le
-bonheur, sans savoir qu'il le trouvera dans l'amour qui est dans son
-cœur.
-
-Ne regardez pas le monde et les œuvres des hommes, mais jetez un regard
-dans votre âme, et vous y trouverez, le bonheur que vous cherchez là où
-il n'est pas; vous trouverez l'amour et vous saurez que ce bonheur est
-si grand que celui qui l'a, ne peut plus rien désirer.
-
- KRISHNA.
-
-9
-
-Fais du bien à tes amis pour qu'ils t'aiment davantage, fais-en à tes
-ennemis pour qu'ils deviennent tes amis.
-
- KLEOVODLOS[1].
-
-10
-
-On dit: quel profit y a-t-il à faire du bien aux gens qui vous paient
-par le mal? Si tu aimes celui à qui tu fais le bien, tu as déjà reçu ta
-récompense par ton amour pour lui, et tu en auras une plus grande encore
-dans ton âme si tu supportes avec amour le mal qu'il le fait.
-
-11
-
-Quand nous aimons nos frères nous savons que nous sommes passés de la
-mort à la vie. Celui qui hait son frère n'a pas la vie éternelle qui est
-en lui.
-
-D'après le 1<sup>er</sup> épitre de JEAN, III.
-
-12
-
-Oui, le temps viendra bientôt, celui-là même dont le Christ disait qu'il
-souffrait en l'attendant, le temps où les hommes seront fiers, non pas
-de la domination sur les autres et de la spoliation du fruit de leur
-travail, non pas de la crainte et de l'envie qu'ils provoquent, mais
-fiers de leur amour pour tous et heureux de cette sensation qui les
-libère de tout mal, malgré les peines qu'on peut leur causer.
-
-13
-
-L'amour donne et ne reçoit rien.
-
-
-[1] L'un des sept sages de la Grèce; il vivait au VI<sup>e</sup> siècle
-avant J.-C. (_Note du trad._).
-
-
-
-
-CHAPITRE VI
-
-PÉCHÉS, TENTATIONS, SUPERSTITIONS
-
-
-La vie humaine serait un bonheur continuel si les superstitions, les
-tentations et les péchés n'avaient pas privé les hommes de ce bien qui
-leur est accessible. Le péché est l'encouragement aux désirs charnels;
-les tentations sont la conception erronée que l'homme a de ses relations
-avec le monde; les superstitions sont les fausses doctrines acceptées
-sur parole.
-
-
-I.--_La vraie vie n'est pas dans le corps, mais dans l'âme._
-
-1
-
-Le terme de péché, dans le langage populaire, est employé par le
-laboureur lorsque la charrue lui échappe des mains, et qu'elle sort du
-sillon sans retourner la terre.
-
-Il en est de même dans la vie. Le péché est la déviation du corps humain
-de la bonne voie et son impuissance, par suite, d'accomplir son devoir.
-
-2
-
-Dans leur jeunesse, lorsqu'ils ne connaissent pas le but réel de la vie
-qui est la communion dans l'amour, les hommes pensent que le but est de
-satisfaire leurs désirs charnels. Il n'y aurait pas grand mal, si cette
-illusion n'était qu'une erreur de la raison; mais le malheur est que
-l'assouvissement des désirs charnels souille l'âme et que celle-ci perd
-la faculté de trouver son bonheur dans l'amour.
-
-N'est-ce pas vouloir puiser de l'eau potable avec un récipient bien
-souillé préalablement?
-
-3
-
-Tu voudrais procurer à ton corps les plus grands plaisirs. Mais ton
-corps, vivra-t-il longtemps? Se soucier des plaisirs charnels, c'est
-construire sa maison sur de la glace. Quelle joie pourrait-on attendre
-d'une telle vie, quel repos? Ne crains-tu pas constamment que, tôt ou
-tard, la glace fondra, que, tôt ou tard, tu devras abandonner ton corps
-mortel?
-
-Transporte donc ta maison sur la terre ferme; travaille à ce qui
-ne meurt pas: perfectionne ton âme, débarrasse-toi des péchés, des
-tentations et des superstitions.
-
- D'après SKOVORODA.
-
-4
-
-L'enfant ne sent pas encore son âme et ne sent pas ce qu'éprouve
-l'adulte lorsqu'il entend deux voix contradictoires parler en lui. L'une
-dit: «mange toi-même» et l'autre: «donne à celui qui demande.» L'une
-dit: «venge-toi», et l'autre: «pardonne». L'une dit: «crois à ce que
-disent les autres», et l'autre: «réfléchis toi-même».
-
-Plus l'homme devient âgé, plus il entend ces deux voix contradictoires:
-l'une est la voix du corps, l'autre celle de l'esprit. Et celui qui
-s'habituera à entendre la voix de l'âme, sera heureux.
-
-5
-
-Nul ne peut servir deux maîtres: car ou il haïra l'un et aimera l'autre,
-ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir
-Dieu et Mamon.
-
- MATTH., VI, 24.
-
-6
-
-On ne peut avoir soin en même temps de son âme et de son corps. Si tu
-veux des plaisirs charnels, renonce à ton âme; si tu veux préserver ton
-âme, renonce aux plaisirs charnels. Sinon, tu sera tiraillé tantôt d'un
-côté, tantôt de l'autre, et tu n'auras ni l'un ni l'autre.
-
-7
-
-L'homme cherche à s'assurer la liberté afin de soustraire son corps à
-toute entrave et de pouvoir agir à sa guise. C'est là une grande erreur.
-Les moyens par lesquels les hommes cherchent à délier leur corps de
-toute entrave: la richesse, la puissance, la bonne réputation, tout
-cela n'assure pas la liberté souhaitée; au contraire, cela ne fait que
-les lier davantage. Pour acquérir une liberté plus grande, les hommes
-construisent une prison de leurs péchés, tentations et superstitions et
-s'y enferment.
-
-
-
-II.--_Qu'est-ce que le Péché?_
-
-1
-
-La doctrine des Bouddhistes enseigne cinq commandements principaux. Le
-premier: ne tue sciemment nul être vivant. Le deuxième: ne t'approprie
-pas ce qu'autrui considère comme son bien. Le troisième: sois chaste.
-Le quatrième: ne dis pas le contraire de la vérité. Le cinquième: ne
-te grise ni de boissons, ni de fumée. Les Bouddhistes considèrent donc
-comme péchés: le meurtre, le vol, la fornication, l'ivrognerie, le
-mensonge.
-
-2
-
-La doctrine évangélique ne recommande que deux préceptes, tous deux
-ayant trait à l'amour. Lorsque l'homme de loi, pour éprouver le Christ,
-lui demanda:--Maître quel est le grand commandement de la loi? Jésus
-répondit:--Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de
-toute ton âme et de toute la pensée. C'est là le premier et le grand
-commandement. Et voici le second qui lui est semblable: Tu aimeras ton
-prochain comme toi-même.
-
-C'est pourquoi, d'après la doctrine chrétienne, tout ce qui est en
-désaccord avec ces deux commandements, est péché.
-
-3
-
-Les hommes ne sont pas punis à cause de leurs péchés, mais par les
-péchés mêmes. C'est là le plus pénible et le plus sûr des châtiments.
-
-Il arrive qu'un imposteur ou un méchant vit et meurt dans l'opulence
-et les honneurs; mais ceci ne signifie nullement qu'il a échappé au
-châtiment dû pour ses péchés. Et le châtiment ne se produira pas
-quelque part où personne n'a jamais été et n'ira jamais, mais ici même.
-Cet homme est déjà puni par ce fait que chaque nouveau péché l'éloigné
-de plus en plus du vrai bonheur, de l'amour, et qu'il devient de moins
-en moins heureux. De même qu'un ivrogne, qu'il soit puni par les hommes
-ou non, l'est déjà à coup sûr, parce que, indépendamment de son mal de
-tête immédiat dû à l'ivresse, il est puni par les souffrances qui le
-tenaillent à mesure qu'il s'adonne à l'ivrognerie.
-
-4
-
-Si l'on s'imagine que l'on peut se débarrasser de ses péchés dans cette
-vie, on se trompe grossièrement. L'homme peut avoir plus ou moins de
-péchés, mais il ne saurait être impeccable. Il ne le saurait, parce que
-toute notre vie se passe dans l'effort de nous libérer de nos péchés et
-c'est là seulement qu'est le vrai bonheur.
-
-
-
-III.--_Les Tentations et les Superstitions._
-
-1
-
-Le but de l'homme dans cette vie est d'accomplir la volonté de Dieu.
-Celle-ci commande à l'homme de développer et de manifester l'amour qui
-est en lui. Que peut faire l'homme pour manifester cet amour? Supprimer
-tout ce qui l'entrave. Qu'est-ce qui l'entrave? Les péchés.
-
-De sorte que pour accomplir la volonté divine, l'homme n'a qu'une chose
-à faire: se libérer de ses péchés.
-
-2
-
-Pécher est l'œuvre humaine; justifier les péchés est œuvre diabolique.
-
-3
-
-Tant que l'homme est sans raison, il vit comme une bête et il n'est pas
-responsable de la suite de ses actes, bons ou mauvais. Mais le moment
-arrive où il devient capable de réflexion et peut distinguer entre ce
-qu'il doit et ce qu'il ne doit pas faire. Or, au lieu de comprendre que
-la raison lui est donnée pour discerner le bien et le mal, il l'emploie
-souvent à justifier le mal qui lui est agréable et auquel il est habitué.
-
-C'est ce qui engendre les tentations et les superstitions dont le monde
-souffre le plus.
-
-4
-
-C'est mal quand l'homme se croit sans péchés et n'a pas besoin de
-faire d'efforts sur lui-même. Mais c'est tout aussi mal quand l'homme
-s'imagine être né dans les péchés, être condamné à mourir comblé de
-péchés et qu'il ne servirait à rien de faire des efforts pour s'en
-débarrasser. Les deux erreurs sont également funestes.
-
-5
-
-C'est mal quand l'homme qui vit parmi les pécheurs ne voit ni ses
-propres péchés, ni ceux des autres; mais c'est plus mal encore quand
-l'homme voit les péchés des autres et ne remarque pas les siens.
-
-6
-
-Dans chaque existence, il arrive un moment où le corps vieillit,
-s'affaiblit, devient de moins en moins exigeant, tandis que le «moi»
-spirituel grandit de plus en plus. Alors, ceux qui sont habitués à
-satisfaire leurs désirs corporels imaginent, afin de ne pas renoncer
-à leurs habitudes, des séductions et des superstitions qui leur
-permettent de vivre en pécheurs. Mais ils ont beau faire de garantir
-leur corps contre le «moi» spirituel, ce «moi» vainc toujours, ne
-serait-ce que dans les derniers moments de la vie.
-
-7
-
-D'abord, le péché est un étranger dans notre âme; puis, il en est
-l'hôte; et lorsque nous nous habituons à lui, il y devient comme le
-maître de la maison.
-
-8
-
-Celui qui commet un péché pour la première fois ressent toujours sa
-faute; celui qui pèche à plusieurs reprises,--surtout lorsque les gens
-qui l'entourent commettent le même péché,--tombe dans la tentation et ne
-sent plus son péché.
-
-9
-
-Lorsqu'un homme a commis un péché et s'en rend compte, il a deux issues:
-l'une de reconnaître sa faute, et de s'efforcer à ne plus recommencer;
-l'autre est de chercher à savoir ce que les gens pensent du péché qu'il
-a commis, et si ces gens ne le blâment pas, de continuer à pécher.
-
-«Tous le font, pourquoi donc ne ferai-je pas comme tout le monde?»
-Lorsque l'homme s'engage sur cette pente, il ne s'aperçoit plus qu'il
-s'éloigne chaque jour davantage de la bonne voie.
-
-10
-
-«Les tentations doivent exister sur la terre», a dit le Christ. Je crois
-que le sens de cette sentence est que la connaissance de la vérité ne
-suffit pas pour détourner les hommes du mal et pour les attirer vers le
-bien.
-
-Pour que la plupart des hommes puisse connaître la vérité, il est
-indispensable d'être amené, par les péchés, les tentations et les
-superstitions, au dernier degré de l'erreur et à la souffrance qui
-s'ensuit.
-
-11
-
-Les péchés viennent du corps; les tentations, de l'opinion publique; les
-superstitions, du manque dé confiance en son propre jugement.
-
-
-
-IV.--_L'œuvre essentielle de la vie de l'homme est de se débarrasser des
-péchés, des tentations, et des superstitions._
-
-1
-
-L'homme se réjouit lorsque son corps sort de la captivité, de la prison.
-Comment donc ne serait-il pas heureux lorsqu'il se débarrasse des
-péchés, des tentations et des superstitions qui tenaient son âme en
-captivité?
-
-2
-
-Admettons que les hommes ne sachent vivre que de la vie bestiale, qu'ils
-ne luttent pas contre leurs passions--quelle vie horrible ce serait,
-quelle haine il y aurait entre tous les hommes, quelle débauche, quelle
-cruauté! C'est parce que les hommes connaissent leurs faiblesses et
-leurs passions et luttent contre elles, qu'ils peuvent vivre ensemble.
-
-3
-
-La vie de l'homme, qu'il le veuille ou non, tend à le débarrasser de
-plus en plus de ses péchés. Celui qui le comprend, y contribue de ses
-efforts, et la vie d'un tel homme est facile, parce qu'elle est en
-accord avec ce qui se produit en lui.
-
-4
-
-Les enfants ne sont pas encore habitués aux péchés et tout péché leur
-répugne. Les adultes sont déjà tombés dans la tentation et ils pèchent
-sans s'en rendre compte.
-
-5
-
-Deux femmes vinrent trouver un vieillard pour lui demander conseil.
-L'une se considérait comme une grande pécheresse. Etant jeune encore,
-elle avait trompé son mari et vivait dans un tourment continuel.
-L'autre, ayant toujours vécu selon les bonnes règles, ne se reprochait
-aucune faute marquante et était satisfaite d'elle-même.
-
-Le vieillard interrogea les deux femmes sur leur vie. L'une, tout en
-larmes lui avoua son grand péché. Elle le trouvait si grand qu'elle ne
-croyait pas mériter le pardon; l'autre déclara qu'elle ne reconnaissait
-aucun péché particulier. Le vieillard dit à la première:
-
---Va derrière le clos et trouve-moi une grande pierre, la plus grande
-que lu pourras soulever, et apporte-la.
-
---Et toi, dit-il à celle qui ne se connaissait pas de grands péchés,
-apporte-moi aussi des pierres, autant que tu pourras en porter, mais des
-petites.
-
-Les femmes exécutèrent l'ordre du vieillard. L'une apporta un grand
-bloc, l'autre, tout un sac de cailloux.
-
-Le vieillard examina les pierres et dit:
-
---Voici ce que vous allez faire maintenant: rapportez les pierres là où
-vous les avez prises, et lorsque vous l'aurez fait, revenez me trouver.
-
-Les femmes s'en furent exécuter l'ordre du vieillard. La première
-trouva facilement l'endroit où elle avait pris la pierre et la remit
-à sa place. La seconde, n'arrivant pas à se rappeler les places où
-se trouvaient chacune de ses pierres, revint avec son sac vers le
-vieillard, sans avoir exécuté son ordre.
-
---Il en est de même pour les péchés, dit le vieillard. Tu as pu
-remettre, sans difficulté, une grande et lourde pierre à son ancienne
-place, parce que tu te souvenais où tu l'avais prise. Quant à toi, tu
-n'as pu le faire, parce que tu ne te souvenais plus où tu avais pris les
-petites pierres.
-
-Puis, se tournant de nouveau vers la première, il ajouta:
-
---Tu te souvenais de ta faute, tu supportais les reproches des gens et
-ceux de ta conscience, tu t'humiliais, et tu t'es libérée ainsi des
-conséquences de ton péché. Quant à toi, dit-il à la femme qui avait
-rapporté les cailloux, n'ayant commis que des petites fautes, tu ne t'en
-souvenais plus, tu ne t'en repentais pas, tu t'es habituée à vivre dans
-les péchés et, en blâmant les fautes d'autrui, tu t'es enlizée de plus
-en plus dans les tiennes.
-
-6
-
-C'est une grande erreur que de croire à la possibilité de se débarrasser
-d'un péché par la foi ou le pardon des hommes. On ne peut en aucune
-façon se libérer d'un péché; on peut seulement le reconnaître et tâcher
-de ne plus le répéter.
-
-7
-
-Ne sois jamais lâche devant le péché, ne te dis pas: je ne peux pas
-faire autrement, je suis habitué, je suis faible. Tant que tu vis, tu
-peux toujours lutter contre le péché et le vaincre, sinon aujourd'hui,
-demain; sinon demain, après-demain; sinon après demain, sûrement avant
-ta mort. Mais si tu renonces d'avance à la lutte, tu renonces au sens
-fondamental de la vie.
-
-8
-
-L'être chez qui est absente la conscience de son unité avec Dieu et avec
-tout ce qui vit est sans péchés. Tels sont l'animal, la plante.
-
-Au contraire, l'homme reconnaît la présence simultanée en lui de la bête
-et de Dieu; c'est pourquoi il ne saurait être sans péchés. Nous disons
-que les enfants sont innocents. Ce n'est pas exact. L'enfant n'est pas
-innocent. Il a moins de péchés que l'adulte, mais il a déjà des péchés
-charnels. De même un homme de sainte vie n'est pas sans péchés. Un saint
-a commis moins de péchés, mais il en a commis quand même: sans péchés il
-n'y a pas de vie.
-
-9
-
-Pour s'habituer à lutter contre le péché, il est utile de cesser, de
-temps en temps, ses occupations habituelles, afin de voir si l'on est
-maître de son corps, ou si c'est le corps qui est le maître.
-
-
-
-V.--_L'importance des péchés, des tentations, des superstitions, et des
-fausses doctrines dans la manifestation de la vie spirituelle._
-
-1
-
-Ceux qui croient que Dieu a créé le monde demandent souvent: pourquoi
-Dieu a-t-il créé l'homme tel qu'il soit obligé de pécher? Cela revient
-à demander pourquoi Dieu a créé la femme qui, pour avoir un enfant,
-doit souffrir, accoucher, l'allaiter, l'élever? Ne serait-ce pas plus
-simple si Dieu lui donnait des enfants tout faits, sans accouchement,
-sans allaitement, sans peines ni soucis? Aucune mère ne posera cette
-question, car l'enfant lui est cher précisément par ce que c'est dans
-les tourments de l'accouchement, de l'allaitement, de l'éducation, des
-soucis qu'était la plus grande joie de sa vie.
-
-Il en est de même de la vie humaine: les péchés, les tentations, les
-superstitions, la lutte et la victoire obtenue sur eux constituent tout
-le sens et toute la joie de la vie.
-
-2
-
-Il est très pénible à l'homme de connaître ses péchés: en revanche,
-il éprouve une grande joie à sentir qu'il s'en débarrasse. S'il n'y
-avait pas de nuit, nous ne pourrions pas nous réjouir à l'apparition
-du soleil; s'il n'y avait pas de péché, l'homme ne connaîtrait pas les
-joies d'une vie exemplaire.
-
-3
-
-Si l'homme n'avait pas d'âme, il ne connaîtrait pas les péchés; et s'il
-n'y avait pas de péchés, l'homme ne saurait pas qu'il possède une âme.
-
-4
-
-Les péchés, les tentations et les superstitions constituent le terreau
-qui doit recouvrir les semences de l'amour pour qu'elles puissent lever.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII
-
-DES EXCÈS
-
-
-Le seul et unique bonheur de l'homme est dans l'amour. Mais il est privé
-de ce bien, lorsqu'au lieu de développer en lui l'amour, il augmente et
-encourage les exigences de son corps.
-
-
-I.--_Tout le superflu dont jouit le corps est nuisible, tant au corps
-qu'à l'âme._
-
-1
-
-Il ne faut satisfaire les besoins du corps que dans les limites du
-nécessaire. Imaginer de nouveaux plaisirs pour le corps, c'est vivre à
-rebours, c'est-à-dire mettre l'âme au service du corps, au lieu du corps
-au service de l'âme.
-
-2
-
-Moins on a de besoins, plus la vie est heureuse; c'est là une ancienne
-vérité qui est loin d'être acceptée par tout le monde.
-
-3
-
-Plus tu t'habitues au luxe, plus tu te soumets à la servitude; car plus
-tu auras de besoins, plus tu limiteras ta liberté. La liberté absolue
-consiste à n'avoir besoin de rien, et celle plus limitée est de n'avoir
-besoin que de peu.
-
- JEAN CHRYSOSTOME.
-
-4.
-
-On pèche envers les hommes et l'on pèche envers soi-même. Les péchés
-envers les hommes viennent de ce qu'on ne respecte pas l'Esprit Divin
-chez son semblable. Les péchés envers soi-même, de ce qu'on ne respecte
-pas l'Esprit Divin en soi-même.
-
-5
-
-Si tu veux vivre tranquille et libre, déshabitue-toi de ce dont tu peux
-te passer.
-
-6
-
-Tout ce qui est nécessaire au corps est facile à obtenir. Il n'est
-difficile de se procurer que ce qui n'est pas nécessaire.
-
-7
-
-C'est bon d'avoir ce qu'on désire; mais c'est mieux de ne rien désirer
-de plus de ce qu'on a.
-
- MENEDEM.
-
-8
-
-Si tu te portes bien et que tu as travaillé jusqu'à sentir la fatigue,
-l'eau et le pain te paraîtront meilleurs qu'au riche ses mets choisis,
-ta paillasse plus moelleuse que tous les lits à ressorts, et ta blouse
-de travail te sera plus agréable que tous les vêtements de velours.
-
-9
-
-Socrate s'abstenait de toute nourriture qui flattait, seulement le
-goût, ne mangeait que juste pour satisfaire sa faim, et recommandait à
-ses élèves de suivre son exemple. Il disait que les excès de boisson et
-de nourriture étaient très nuisibles non seulement au corps, mais aussi
-à l'âme, et il conseillait de sortir de table ayant encore faim. Il
-leur rappelait l'histoire du sage Ulysse et de la fée Circé qui n'a pu
-ensorceler Ulysse uniquement parce qu'il n'avait pas mangé à l'excès,
-alors que tous ses compagnons furent métamorphosés par elle en pourceaux
-dès qu'ils se sont empiffrés de mets délicats.
-
-10
-
-La plupart des hommes d'aujourd'hui sont persuadés que le bonheur est
-de flatter les exigences corporelles. Cet état d'esprit est révélé
-par l'extension de la doctrine socialiste. D'après cette doctrine,
-l'homme dont les besoins sont peu développés est une brute, tandis que
-l'accroissement des besoins est le premier indice de l'homme civilisé,
-indice de la conscience de sa dignité. Les hommes de notre temps ont à
-tel point foi en cette fausse doctrine qu'ils ne font que railler les
-sages qui voyaient le bien de l'homme dans la diminution de ses besoins.
-
-11
-
-Voyez comment voudrait vivre l'esclave. Il veut, tout d'abord, qu'on le
-mette en liberté. Il pense que, sans cela, il ne peut être ni libre,
-ni heureux. Il dit: «Si on m'avait donné la liberté, j'aurais été
-immédiatement heureux. Je ne serais plus obligé d'exécuter les caprices,
-ni de gagner les bonnes grâces de mon maître; je pourrais parler à qui
-me plaira, comme à mon égal; je pourrais aller où je voudrais sans eu
-demander la permission à personne.»
-
-Mais aussitôt qu'il est en liberté, il se met à chercher qui il
-pourrait bien flatter pour mieux dîner. Pour y parvenir, il est prêt à
-toutes les bassesses. Et dès qu'il réussit à s'installer auprès d'un
-homme riche, il retombe dans le même esclavage que celui d'où il voulait
-tant sortir.
-
-Lorsqu'un tel homme commence à s'enrichir, il prend une maîtresse et
-retombe auprès d'elle dans une servitude pire encore. Riche, il possède
-moins de liberté encore, et alors il souffre et pleure. Et lorsqu'il
-est très malheureux, il se rappelle sa servitude d'autrefois et dit:
-«Je n'étais vraiment pas mal chez mon maître. Je n'avais aucun souci,
-j'étais vêtu, chaussé, nourri, et lorsque j'étais malade on me soignait.
-Le travail n'était pas trop difficile. Tandis que maintenant, j'ai tant
-à faire. Je n'avais alors qu'un seul maître; maintenant, j'en ai un grand
-nombre. Que de gens à satisfaire!»
-
- ÉPICTÈTE.
-
-
-
-II.--_L'Insatiabilité des passions charnelles._
-
-1
-
-Pour entretenir la vie, notre corps a besoin de peu; tandis que les
-caprices de notre corps ne peuvent jamais être contentés.
-
-2
-
-Flatter le corps, lui assurer le superflus, est une grande erreur.
-En effet, la vie de luxe n'augmente pas, mais diminue le plaisir de
-manger, de se reposer, de dormir, de s'habiller, de se loger. Si l'on
-mange trop, ou sans avoir faim, l'estomac se délabre et on n'a pas de
-goût à la nourriture. Si l'on roule en voiture quand il est facile de
-faire le même trajet à pied, si l'on s'habitue à un lit moelleux, à une
-nourriture délicate et recherchée, à une installation luxueuse, si l'on
-est habitué à faire faire aux autres ce que l'on peut faire soi-même, on
-n'a plus de plaisir à se reposer après le travail, à avoir chaud après
-le froid, à bien dormir, et l'on ne fait que s'affaiblir de plus en plus
-et diminuer ses joies, sa paix et sa liberté.
-
-5
-
-Les hommes devraient prendre exemple sur les bêtes pour savoir traiter
-leur corps. Dès que l'animal a ce qui est nécessaire à son corps, il se
-calme. Pour l'homme, il ne suffit pas de contenter sa faim, de pouvoir
-s'abriter; il invente continuellement de nouveaux plats et de nouvelles
-boissons, construit des palais, fabrique une grande quantité d'objets
-inutiles qui ne le rendent que plus malheureux.
-
-
-
-III.--_Péché d'intempérance dans la nourriture._
-
-1
-
-Un sage disait: Je remercie Dieu de nous avoir rendu facile tout ce
-qui est nécessaire, et difficile tout ce qui ne l'est pas. C'est juste
-surtout pour la nourriture; celle qui est nécessaire à l'homme pour
-qu'il se porte bien et puisse travailler est simple et bon marché: le
-pain, les fruits, les légumes, l'eau. On en trouve partout.
-
-Seuls les plats compliqués sont difficiles à préparer. Non seulement ils
-sont difficiles à préparer, mais encore ils sont nuisibles.
-
-2
-
-On meurt plus rarement de faim que de la bonne chair.
-
-3
-
-Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger.
-
-4
-
-Sans la gourmandise, nul oiseau ne serait pris dans les filets de
-l'oiseleur. On prend les gens au même appât. Le ventre--c'est comme des
-chaînes aux mains et des fers aux pieds. Celui qui est esclave de son
-ventre reste toujours esclave. Si tu veux être libre, commence à te
-libérer de ton ventre. Mange pour calmer ta faim, et non pour y trouver
-du plaisir.
-
- D'après SAADI.
-
-
-
-IV.--_Le péché de manger de la viande._
-
-1
-
-Pythagore ne mangeait pas de viande. Lorsqu'on demandait à Plutarque,
-qui avait décrit la vie de Pythagore, pourquoi celui-ci ne mangeait pas
-de viande, il répondait qu'il s'étonnait non pas de ce que Pythagore ne
-mangeait pas de viande, mais de ce qu'il y avait, encore des gens qui,
-au lieu de se nourrir de graines, de légumes et de fruits, captivent des
-êtres vivants et les tuent pour les manger.
-
-2
-
-«Tu ne tueras point» ne se rapporte pas uniquement au meurtre de
-l'homme, mais de tout ce qui vit. Ce commandement avait été gravé dans
-le cœur de l'homme avant de l'être au Sinaï.
-
-3
-
-La compassion pour les animaux est si étroitement liée à la bonté que
-l'on peut affirmer avec assurance que celui qui est cruel pour les
-bêtes, ne peut avoir bon cœur.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-4
-
-Ne lève pas ta main sur ton frère et ne verse pas le sang des êtres qui
-peuplent la terre: hommes, animaux domestiques, bêtes fauves et oiseaux;
-des profondeurs de ton âme s'élève une voix qui le défend de répandre le
-sang, car le sang c'est la vie, et tu ne peux pas rendre la vie.
-
- LAMARTINE.
-
-5
-
-Les joies que la pitié et la compassion pour les animaux donnent
-à l'homme rachètent au centuple les plaisirs dont, il se prive en
-renonçant à la chasse et à la chair abattue.
-
-
-
-V.--_Péché de la griserie: vin, tabac, opium, etc._
-
-1
-
-Pour pouvoir bien vivre, les hommes ont surtout besoin de leur raison.
-Ils devraient donc tenir tout particulièrement à leur saine raison.
-Pourtant, ils trouvent du plaisir à l'étouffer par le vin, le tabac et
-l'opium, et c'est parce qu'ils désirent mener une mauvaise vie et que
-leur raison non obscurcie leur montre que leur vie est mauvaise.
-
-2
-
-Pourquoi les hommes, ayant des habitudes différentes, gardent-ils
-l'habitude de fumer et de boire? Parce que la plupart parmi eux sont
-mécontents de leur vie. Ils en sont mécontents parce qu'ils-recherchent
-les plaisirs charnels sans jamais pouvoir les satisfaire. C'est
-pourquoi les pauvres comme les riches cherchent l'oubli dans l'ivresse.
-
-3
-
-Si l'homme mange trop, il lui est difficile de ne pas être paresseux.
-S'il boit des boissons grisantes, il lui est difficile de rester chaste.
-
-4
-
-Personne ne s'est jamais enivré ni grisé de fumée pour accomplir une
-bonne action: travailler, prendre une décision, soigner un malade, prier
-Dieu. Mais la plupart des mauvaises actions sont faites dans un état
-d'ébriété.
-
-Ce n'est pas un crime de se griser; mais c'est créer l'état qui dispose
-au crime.
-
-
-
-VI.--_Servir le corps, c'est nuire à l'âme._
-
-1
-
-Si un homme a beaucoup plus qu'il ne lui faut, c'est que d'autres
-manquent du nécessaire.
-
-2
-
-Qui est plus heureux: celui qui se nourrit par son travail juste assez
-pour ne pas avoir faim, s'habille pour ne pas rester nu, se loge pour ne
-pas souffrir de la pluie et du froid; ou bien celui qui se procure une
-bonne nourriture, des vêtements riches et une habitation luxueuse par la
-mendicité, la servilité, ou par l'escroquerie et la force?
-
-3
-
-Si nous n'avions pas inventé le luxe, tous ceux qui sont maintenant dans
-la misère pourraient vivre sans manquer de rien, et les riches sans
-craindre pour leur vie ou leurs richesses.
-
-4
-
-De même que le premier principe de la sagesse est la connaissance de
-soi-même, parce que celui qui se connaît peut connaître les autres, de
-même le premier principe de la charité est de se contenter de peu, car
-seul celui qui se contente de peu, peut être charitable.
-
- J. RUSKIN.
-
-5
-
-Les grands penseurs et les saints étaient sobres et chastes.
-
-6
-
-De même que la fumée chasse les abeilles de leur ruche, la voracité et
-l'ivrognerie chassent les meilleures forces spirituelles.
-
- BASILE LE GRAND.
-
-7
-
-Ne tuez pas votre cœur par des excès de nourriture et de boisson.
-
- MAHOMET.
-
-
-
-VII--_Seul celui qui est maître de ses désirs charnels est libre._
-
-1
-
-Lorsque l'homme vit, non pour l'âme mais pour le corps, il imite un
-oiseau qui irait d'un endroit à l'autre sur ses faibles pattes, au lieu
-de voler en toute liberté sur ses ailes.
-
-2
-
-Vous dites que la bonne chair, les vêtements riches et le luxe sont
-le bonheur. Moi, je crois que la plus grande félicité est de ne rien
-désirer, et, afin de se rapprocher de ce bonheur suprême, il faut,
-s'habituer à avoir besoin de peu.
-
- SOCRATE.
-
-3
-
-Personne ne s'est jamais repenti d'avoir vécu trop simplement.
-
-4
-
-Ce qui arrive à l'estomac lorsqu'on le bourre jusqu'à l'indigestion,
-arrive quand il y a excès dans les distractions. Plus les hommes
-s'évertuent d'augmenter le plaisir de manger, en inventant des plats
-raffinés, plus l'estomac s'affaiblit et plus le plaisir d'absorber la
-nourriture diminue. Plus les gens s'efforcent à augmenter le plaisir des
-distractions par des jeux compliqués, plus leur faculté de goûter ce
-plaisir s'affaiblit.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII
-
-DE LA LUBRICITÉ
-
-
-Le principe divin demeure dans tous les êtres humains, femmes et hommes.
-C'est donc un grand péché que de considérer les porteurs de ce principe
-comme un moyen de plaisir sensuel.
-
-Pour l'homme, chaque femme doit être, avant tout, une sœur, et l'homme
-pour la femme, un frère.
-
-
-I.--_On doit tendre à la complète chasteté._
-
-1
-
-Il est bon de vivre honnêtement marié, mais il vaut mieux encore de ne
-jamais se marier. Peu de gens en sont capables. Mais celui qui le peut
-est heureux.
-
-2
-
-Les gens qui se marient lorsqu'ils peuvent s'en passer, agissent comme
-celui qui tombe sans avoir trébuché. Si l'on trébuche et que l'on tombe,
-il n'y a rien à y faire, mais si l'on n'a pas trébuché, pourquoi tomber
-exprès? Si tu peux vivre chaste, sans pécher, il est préférable de ne
-pas te marier.
-
-3
-
-C'est une erreur de croire que la chasteté est contraire à la nature
-humaine. La chasteté est possible et donne bien plus de bonheur qu'un
-mariage, même heureux.
-
-4
-
-Les excès de nourriture sont funestes à une vie honnête; mais les excès
-sexuels le sont plus encore. C'est pourquoi moins l'homme s'adonne
-aux uns et aux autres, mieux cela vaut pour sa vie spirituelle. La
-différence entre les uns et les autres est toutefois très sensible. En
-renonçant entièrement à la nourriture, l'homme ne peut prolonger sa vie,
-alors qu'en renonçant au besoin sexuel, il ne supprime ni sa vie, ni la
-vie de son espèce qui ne dépend pas de lui seul.
-
-5
-
-«Celui qui n'est pas marié, s'occupe des choses du Seigneur pour plaire
-au Seigneur. Mais celui qui est marié s'occupe des choses du monde pour
-plaire à sa femme. Il y a cette différence entre la femme mariée et la
-vierge, que celle qui n'est pas mariée s'occupe des choses du Seigneur
-pour être sainte de corps et d'esprit, tandis que celle qui est mariée
-s'occupe des choses du monde pour plaire à son mari.
-
- I COR., 7, 33.
-
-6
-
-Si les gens se marient avec la conviction qu'ils servent ainsi Dieu et
-les hommes en prolongeant l'espèce humaine, ils s'abusent. Au lieu de
-se marier pour augmenter le nombre des enfants, ils feraient bien mieux
-de concourir au sauvetage de millions de petits êtres qui périssent de
-misère et manquent de soins.
-
-7
-
-Bien que très peu d'hommes puissent atteindre à une chasteté absolue,
-chacun doit comprendre et se rappeler qu'il peut toujours être plus
-chaste qu'il ne l'a été, et que plus l'homme se rapproche de la chasteté
-absolue, plus il sera heureux lui-même et pourra concourir au bonheur
-des autres.
-
-8
-
-On dit que si tous étaient chastes, le genre humain s'éteindrait. Or,
-suivant l'Eglise, la fin du monde doit arriver; de même suivant la
-science, la vie humaine et notre planète même doivent avoir une fin.
-
-Pourquoi dès lors nous révolter à l'idée qu'une vie morale amènerait
-également le genre humain à sa fin?
-
-En réalité, l'extinction ou la prolongation du genre humain ne doit
-pas nous préoccuper. Chacun de nous ne doit avoir qu'un souci: vivre
-honnêtement, ce qui, pour le désir sexuel, veut dire s'efforcer d'être
-aussi chaste que possible.
-
-9
-
-Un savant a calculé que si l'humanité continue à se doubler tous les
-50 ans, suivant la progression actuelle, dans 7.000 ans un couple aura
-produit tant d'hommes qu'en les entassant l'un contre l'autre sur toute
-l'étendue du globe, une 27<sup>e</sup> partie seulement de tous les
-hommes pourrait s'y placer.
-
-Pour éviter cette alternative, il n'y a qu'un moyen, celui indiqué par
-tous les sages de la terre et qui s'accorde avec les aspirations de
-l'âme humaine: la chasteté; il faut tendre à la plus grande chasteté
-réalisable.
-
-10
-
-«Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens (dit le Christ en citant
-les paroles de la loi de Moïse): tu ne commettras point d'adultère. Mais
-moi, je vous dis, que quiconque regarde une femme pour la convoiter, a
-déjà commis un adultère avec elle clans son cœur.» (MATTH., V, 27-28).
-
-Ces paroles ne peuvent signifier autre chose que la possibilité pour
-l'homme d'aspirer à la chasteté absolue.
-
-«Comment la réaliser? objectera-t-on. Si les hommes deviennent
-entièrement chastes, le genre humain disparaîtra.» Mais en parlant
-ainsi, on oublie qu'indiquer la perfection à laquelle l'homme doit
-tendre, ce n'est point exiger la perfection absolue. Il n'est pas donné
-à l'homme d'atteindre la perfection en aucune chose. La destinée de
-l'homme est dans la marche vers la perfection.
-
-
-
-II.--_Le péché de luxure._
-
-1
-
-Un homme non dépravé éprouve toujours du dégoût et de la honte à parler
-des rapports sexuels et à y penser. Garde ce sentiment. Ce n'est pas
-sans raison que ce sentiment est propre à l'homme. Il l'aide à se
-contenir de l'impudicité et à rester chaste.
-
-2
-
-On désigne par le même mot l'amour spirituel,--pour Dieu et son
-prochain,--et l'amour charnel de l'homme pour la femme et de la femme
-pour l'homme.
-
-C'est une grande erreur. Il n'y a rien de commun entre ces sentiments.
-Le premier,--l'amour spirituel pour Dieu et son prochain--est la voix de
-Dieu; le second--l'amour entre homme et femme--est la voix de la bête.
-
-3
-
-La loi de Dieu consiste à aimer Dieu et son prochain, c'est-à-dire, tous
-les hommes sans distinction. Dans l'amour sexuel, l'homme aime une femme
-plus que tous et la femme n'aime qu'un seul homme. Il s'ensuit le plus
-souvent que l'amour sexuel empêche l'homme d'observer la loi divine.
-
-
-
-III._--Malheurs provoqués par la licence sexuelle._
-
-1
-
-Tant que tu n'as pas exterminé dans sa racine le désir sexuel que tu
-éprouves pour une femme, ton esprit sera lié aux choses de la terre,
-comme le veau-têtard est lié à sa mère.
-
-Les gens pris de désir s'agitent comme un lièvre pris dans un piège. Dès
-qu'ils sont pris dans les filets de la passion charnelle, ils restent
-longtemps sans pouvoir se débarrasser des souffrances.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-2
-
-Le papillon de nuit vole vers la lumière parce qu'il ne sait pas qu'il
-se brûlera les ailes; le poisson avale l'amorce parce qu'il ne sait
-pas que cela le fera périr. Mais nous savons que le désir sexuel nous
-engluera, nous fera sûrement périr; malgré cela, nous nous y abandonnons.
-
-3
-
-De même que les feux follets des marécages conduisent les hommes aux
-fondrières, puis disparaissent; les plaisirs sexuels illusionnent
-l'homme.
-
-Il s'égare, empoisonne son existence et, lorsqu'il se dégrise, il
-n'aperçoit même plus le mirage auquel il avait sacrifié une partie de sa
-vie.
-
- D'après SCHOPENHAUER.
-
-
-
-IV.--_Altitude criminelle des conducteurs d'âmes dans la question
-sexuelle._
-
-1
-
-Pour bien comprendre toute l'immoralité, tout esprit anti-chrétien de la
-vie des peuples chrétiens, il suffit de se rappeler que la situation des
-femmes qui vivent du vice est reconnue et réglementée dans tous les pays.
-
-2
-
-Les gens riches se sont fait une conviction partagée par la fausse
-science, suivant laquelle les rapports sexuels seraient indispensables;
-seulement, le mariage n'étant pas toujours possible, les rapports
-sexuels n'engageraient à rien, sauf à les payer, et seraient absolument
-naturels. Cette conviction est devenue tellement générale et
-inébranlable que les parents, sur les conseils d'un médecin, organisent
-la débauche pour leurs enfants, et les institutions dont le seul but
-est de s'occuper du bien-être des citoyens, autorisent l'existence d'une
-classe de femmes qui doivent périr moralement et physiquement, pour
-satisfaire à la dépravation de l'homme.
-
-3
-
-Parler de l'utilité ou de la nocivité des rapports sexuels, reviendrait
-à demander s'il est utile ou nuisible de boire le sangd'autrui.
-
-
-
-V.--_Lutte contre le péché sexuel._
-
-1
-
-L'homme, comme l'animal, est obligé de lutter contre les autres êtres
-et se reproduire pour assurer l'existence de son espèce. Mais, créature
-douée de raison et d'amour, l'homme ne doit pas lutter contre les autres
-êtres et ne doit pas penser à se reproduire; il doit rester chaste. De
-la combinaison de ces deux aspirations contraires résulte la vie humaine
-telle qu'elle doit l'être.
-
-2
-
-La lutte contre le désir sexuel est la lutte la plus difficile, et
-il n'y a pas de situation ni d'âge, excepté l'enfance et la profonde
-vieillesse, où l'homme en est libéré. C'est pourquoi tout adulte, homme
-ou femme, doit surveiller l'ennemi qui n'attend qu'une occasion propice
-pour attaquer.
-
-3
-
-De même que nous devons prendre sur les animaux l'exemple de tempérance
-dans la nourriture: ne manger que lorsqu'on a faim et sans en abuser,
-nous devons les imiter dans nos rapports sexuels: s'abstenir comme
-eux jusqu'à l'âge de puberté, ne s'y adonner que lorsqu'on y est
-irrésistiblement attiré et s'abstenir encore dès que la conception se
-manifeste.
-
-
-
-VI.--_Le Mariage._
-
-1
-
-Il est bon à l'homme de ne point toucher la femme. Mais, pour ne pas
-commettre d'adultère, que chacun ait sa femme et que chaque femme ait
-son mari.
-
- I COR., VII, 1-2.
-
-2
-
-La doctrine chrétienne ne donne pas les mêmes règles pour tout et pour
-tous; elle ne fait qu'indiquer la perfection vers laquelle il faut
-tendre. Il en est ainsi pour la question sexuelle: la perfection, c'est
-la chasteté absolue. Tout effort vers la chasteté absolue constitue une
-observation plus ou moins grande dé la doctrine.
-
-3
-
-Pour toucher une cible, il faut viser plus loin. De même pour que le
-mariage soit indissoluble et les deux époux fidèles l'un à l'autre, il
-faut que tous deux tendent à la chasteté.
-
-4
-
-Si l'homme cherche le plaisir dans les rapports sexuels, même entre
-époux, ainsi que cela arrive parmi nous, il tombera sûrement dans le
-vice.
-
-5
-
-La cohabitation entre homme et femme ayant des enfants pour résultat
-est le mariage réel; toutes les cérémonies extérieures ne font pas le
-mariage, mais ne s'emploient que pour reconnaître comme mariage une
-seule union entre beaucoup d'autres.
-
-6
-
-La véritable doctrine chrétienne ne contient aucune allusion à
-l'institution du mariage. Aussi, les chrétiens de notre temps qui s'en
-aperçoivent, mais ne voient pas l'idéal du Christ (qui est la chasteté
-absolue) parce qu'il leur est voilé par l'Eglise, demeurent, quant au
-mariage, sans aucune règle de conduite. C'est à cela que tient le fait,
-étrange au premier abord, que chez les peuples professant des doctrines
-bien moins élevées que le christianisme, mais possédant une définition
-exacte du mariage, l'esprit de famille, la fidélité conjugale sont bien
-plus développés que chez les soi-disant chrétiens.
-
-Les peuples qui professent des doctrines inférieures au christianisme
-admettent le concubinage, la polygamie et la polyandrie dans certaines
-limites, mais ils évitent en revanche la dépravation qui se révèle par
-le concubinage, la polygamie et la polyandrie qui régnent parmi les
-chrétiens et sont masqués par la monogamie apparente.
-
-7
-
-Pour que le mariage soit un acte sage et moral, il faut:
-
-_Primo:_ Ne pas penser que chaque homme ou chaque femme doit absolument
-se marier, mais se dire, au contraire, qu'il est préférable de rester
-pur pour que rien ne nous empêche de consacrer toutes nos forces à
-servir Dieu.
-
-_Secundo_: Considérer les rapports sexuels comme un mariage indissoluble.
-(MATTH., XIX, 4-7).
-
-_Tertio_: Ne pas considérer le mariage comme un encouragement à la
-satisfaction des désirs charnels, mais comme un péché qui doit être
-expié par l'accomplissement des devoirs de famille.
-
-
-
-VII--_Les enfants servent à l'expiation du péché mortel._
-
-1
-
-Si les hommes pouvaient atteindre la perfection et devenir chastes, le
-genre humain s'éteindrait et n'aurait plus de raison d'exister sur la
-terre, parce que les hommes seraient devenus pareils aux anges qui ne
-se marient pas, comme il est dit dans l'Evangile. Mais tant que les
-hommes ne sont pas arrivés à la perfection, ils doivent produire leur
-progéniture pour qu'en se perfectionnant, la postérité puisse atteindre
-à la perfection à laquelle l'homme tend.
-
-2
-
-Le mariage, le vrai mariage qui a pour mission la production et
-l'éducation des enfants, est un moyen indirect de servir Dieu par les
-enfants. «Si je n'ai pas fait ce que je pouvais et devais faire, mes
-enfants le feront.»
-
-C'est pourquoi les gens qui se marient éprouvent toujours un certain
-apaisement. Ils ont le sentiment de la possibilité de transmettre une
-partie de leurs obligations à leurs enfants à venir. Mais ce sentiment
-n'est légitime qu'au cas où les époux élèvent leurs enfants de façon
-qu'ils ne soient pas une entrave à l'œuvre divine, mais ses ouvriers. La
-conviction que si je n'ai pas pu me consacrer entièrement au service de
-Dieu, je ferai tout mon possible pour que mes enfants le fassent--cette
-conviction donne un sens moral au mariage ainsi qu'à l'éducation des
-enfants.
-
-3
-
-Bénie soit l'enfance qui, au milieu des cruautés de la terre, laisse
-entrevoir un peu de ciel! Les 80.000 naissances quotidiennes dont parle
-la statistique, constituent le débordement d'innocence et de fraîcheur,
-luttant non seulement contre l'extinction de l'espèce, mais encore
-contre la corruption humaine et contre une infection générale par le
-vice. Tous les bons sentiments éveillés par le berceau et l'enfance
-sont un des mystères de la grande Providence; supprimez cette rosée
-vivifiante, et la rafale des passions égoïstes séchera, comme par le
-feu, la société humaine.
-
-Si l'humanité se composait d'un milliard d'êtres immortels, dont le
-nombre ne pourrait ni augmenter ni diminuer, où serions-nous et que
-serions-nous, Grand Dieu! Nous serions incontestablement mille fois plus
-savants, mais aussi mille fois plus mauvais.
-
-Bénie soit l'enfance pour le bonheur qu'elle donne elle-même, pour le
-bien qu'elle fait sans le savoir et sans le vouloir en obligeant, en
-permettant de l'aimer! Ce n'est que grâce à elle que nous apercevons une
-parcelle de paradis sur terre. Bénie soit également la mort! Les anges
-n'ont pas besoin de naître, ni de mourir pour vivre; mais, pour les
-hommes, l'un et l'autre sont nécessaires, indispensables.
-
- AMIEL.
-
-5
-
-Les gens riches, qui considèrent les enfants comme une entrave au
-plaisir, un accident malheureux ou une sorte de jouissance quand il en
-naît un nombre fixé à l'avance, ne les élèvent pas en vue de la mission
-humaine qu'ils auront à accomplir en tant qu'êtres intelligents et
-affectueux, mais en vue des plaisirs qu'ils peuvent donner à leurs
-parents. Les enfants de tels parents sont, pour la plupart, entourés de
-soins en vue de les rendre propres, blancs, rassasiés, beaux, et, par
-conséquent, douillets et sensuels.
-
-Les costumes, les lectures, les spectacles, la musique, la danse, la
-bonne chair, tout l'arrangement de leur existence, depuis les images sur
-les boîtes, jusqu'aux romans, nouvelles et poèmes, ne fait qu'exciter
-leur sensualité, ce qui suscite chez les enfants des classes aisées les
-plus bas vices et les maladies sexuelles.
-
-
-
-
-CHAPITRE IX
-
-DE L'OISIVETÉ
-
-
-Il est injuste de demander aux hommes plus de travail qu'on ne peut
-leur en donner soi-même. Mais comme on ne saurait peser si on donne aux
-autres plus qu'on ne leur demande, qu'en outre, on peut à tout moment
-faiblir ou tomber malade et qu'on devra alors prendre sans donner, on
-doit, tant qu'on a des forces, tâcher de travailler pour les autres le
-plus possible et leur demander le moins de travail possible.
-
-
-I.--_L'homme commet un grand pèché s'il profite du travail d'autrui sans
-travailler lui-même._
-
-1
-
-Celui qui ne veut pas travailler n'a pas le droit de manger.
-
- Apôtre PAUL.
-
-2
-
-En te servant de n'importe quel objet, souviens-toi que c'est le produit
-du travail humain et que, lorsque tu dépenses, supprimes ou abîmes cet
-objet, tu dépenses le travail et parfois la vie humaine.
-
-3
-
-Celui qui ne se nourrit pas de son propre travail et fait travailler les
-autres pour soi est un cannibal.
-
-_Sagesse orientale._
-
-4
-
-Toute la morale chrétienne en son application pratique se réduit à
-considérer tous les hommes comme des frères, à être l'égal de tous; et
-pour arriver à cela, il faut, avant tout, cesser de faire travailler
-les autres pour soi et, dans l'organisation sociale actuelle, profiter
-le moins possible du produit du travail des autres, de tout ce qui
-s'acquiert pour de l'argent, dépenser le moins d'argent et vivre le plus
-simplement possible.
-
-5
-
-Ne fais pas faire aux autres ce que tu peux faire toi-même. Que chacun
-balaye devant sa porte. Si chacun agit ainsi, toute la rue sera propre.
-
-6
-
-Quelle est la meilleure nourriture? Celle que vous avez gagnée vous-même.
-
- MAHOMET.
-
-7
-
-Il est très utile pour les gens riches d'abandonner pour un certain
-temps leur vie luxueuse et de vivre, ne serait-ce que quelques jours,
-comme les ouvriers, en faisant soi-même tout ce que les salariés font
-chez les gens riches; si le riche faisait ainsi, il verrait le grand
-péché qu'il commet en faisant travailler les autres.
-
-8
-
-Ceux qui vivent dans le luxe ne peuvent pas aimer les hommes. Ils
-ne le peuvent pas, parce que tout ce dont ils se servent est fait à
-contre-cœur, par nécessité, souvent avec des malédictions, par ceux
-qu'ils forcent à les servir. Pour que ces gens-là puissent aimer leurs
-prochains, ils doivent tout d'abord cesser de les tourmenter.
-
-
-
-II.--_La loi du travail n'est pas pénible, mais agréable à accomplir._
-
-1
-
-Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. C'est une loi immuable. De
-même que la femme obéit à la loi de l'enfantement dans la souffrance,
-l'homme doit obéir à la loi dure du travail. La femme ne peut se libérer
-de son sort. Si elle adopte un enfant qui n'est pas né d'elle, ce sera,
-malgré tout, un étranger et elle sera privée des joies de la maternité.
-Il en est de même pour le travail des hommes. Lorsqu'un homme mange le
-pain qu'il n'a pas gagné, il se prive des joies du travail.
-
- BONDAREV[1].
-
-2
-
-L'homme craint la mort à laquelle il est soumis. L'homme qui ne connaît
-ni le bien ni le mal semble plus heureux, mais il est irrésistiblement
-attiré à les connaître.
-
-L'homme aime l'oisiveté et la satisfaction des désirs sans souffrances,
-mais ce n'est que le travail et les souffrances qui lui donnent la vie,
-à lui et à toute son espèce.
-
-3
-
-C'est une grande erreur que de supposer que les hommes peuvent avoir une
-vie spirituelle élevée, alors que leur corps demeure dans le luxe et
-l'oisiveté. Le corps est toujours le premier élève de l'âme.
-
- THOREAU.
-
-4
-
-Si l'homme vit seul et se dispense de la loi du travail, il en est
-immédiatement puni par le fait que son corps s'anémie et s'affaiblit. Si
-l'homme vit dans l'oisiveté et force les autres à travailler pour lui,
-il s'en trouve immédiatement puni par ce fait que son âme s'obscurcit et
-s'abaisse.
-
-5
-
-L'homme vit d'une vie spirituelle et d'une vie matérielle. Il y a une
-loi pour la vie spirituelle et une autre pour la vie matérielle. La loi
-de la vie matérielle, c'est le travail, et la loi de la vie spirituelle,
-c'est l'amour. Si l'homme déroge à la loi matérielle, celle du travail,
-il dérogera inévitablement à la loi spirituelle, celle de l'Amour.
-
-6
-
-Bien que les habits offerts par le roi soient magnifiques, ceux qu'on
-se fait soi-même sont meilleurs: bien que la nourriture des riches soit
-bonne, le pain que l'on gagne soi-même est le meilleur plat.
-
- SAADI.
-
-7
-
-La puissance divine égalise les hommes: elle prend à ceux qui ont
-beaucoup et donne à ceux qui ont peu. L'homme riche a plus de choses,
-mais elles lui donnent moins de plaisir. Le pauvre a moins de choses,
-mais plus de plaisir. L'eau puisée à la source et une croûte de pain
-semblent bien meilleures au pauvre travailleur, que les mets et les
-boissons les plus chers le paraissent à l'oisif. Le riche blasé ne
-trouve plus goût à rien. Pour le travailleur, la nourriture, la boisson
-et le repos sont chaque fois un plaisir nouveau.
-
-8
-
-L'enfer est caché par les plaisirs, le paradis par le travail et les
-malheurs.
-
- MAHOMET.
-
-9
-
-Sans travail manuel, il n'y a pas de corps sain, il n'y a pas non plus
-de pensées saines.
-
-10
-
-Si tu veux toujours être de bonne humeur, travaille jusqu'à la fatigue,
-mais non pas au-dessus de tes forces. L'oisiveté rend les gens
-mécontents et méchants. Il en est de même lorsqu'on travaille trop.
-
-11
-
-La meilleure et la plus pure joie est celle du repos après le travail.
-
- KANT.
-
-
-
-III.--_Le meilleur travail est le travail agricole._
-
-1
-
-Tous les hommes reconnaîtront avec le temps la vérité comprise depuis
-longtemps par les grands esprits de tous les peuples; la plus grande
-vertu de l'humanité consiste dans la soumission aux lois de l'Être
-suprême. «Tu es cendre et tu redeviendras cendre». C'est la première loi
-que nous apprenons sur notre vie; la deuxième loi commande la culture de
-la terre dont nous sommes issus et à laquelle nous retournerons. C'est
-en cultivant cette terre avec l'amour pour des bêtes et des plantes que
-cette culture exige, que l'homme comprend et vit le mieux sa vie.
-
- J. RUSKIN.
-
-2
-
-L'agriculture n'est pas l'une des occupations propres à l'homme.
-L'agriculture est une occupation propre à tous les hommes; ce travail
-leur donne le plus de liberté et le plus d'honneur.
-
-3
-
-La terre dit à celui qui ne la cultive pas: parce que tu ne me
-travailles pas de la main droite et de la main gauche, tu resteras
-éternellement à la porte des hommes avec tous les autres quémandeurs; tu
-n'auras jamais que les restes des riches.
-
- ZOROASTRE.
-
-4
-
-La vie des hommes de notre temps est organisée de façon que la plus
-grande rémunération est obtenue pour un travail vain et inutile: dans
-les confiseries, les fabriques de tabacs, les pharmacies, les banques,
-le commerce, la littérature, la musique, etc.; et l'on paie bien moins
-le travail agricole. Si l'on attache de l'importance à la rémunération
-pécuniaire, cet état de choses est très injuste. Mais si l'on envisage
-principalement la joie du travail, son influence sur la santé corporelle
-et ses attraits naturels, c'est très juste.
-
-5
-
-Le travail manuel, le travail agricole surtout, est utile non seulement
-au corps, mais encore à l'âme. Les gens qui ne travaillent pas de leurs
-mains, éprouvent des difficultés à comprendre sainement les choses.
-Ils ne cessent de penser, de parler, d'écouter ou de lire. L'esprit
-n'a pas de repos, il s'irrite et s'embrouille. Le travail agricole est
-utile, parce qu'en outre du repos qu'il offre à l'homme, il lui permet
-d'envisager sainement, simplement et clairement la situation de l'homme
-dans la vie.
-
-6
-
-J'aime les paysans. Ils ne sont pas assez instruits pour raisonner
-faussement.
-
- MONTAIGNE.
-
-
-
-IV.--_Ce qu'on appelle la division du travail, n'est qu'une excuse de
-l'oisiveté._
-
-1
-
-Ces derniers temps on parle beaucoup d'une des raisons principales
-du succès obtenu par les hommes dans la production et la division du
-travail. Nous disons: division du travail; mais cette expression n'est
-pas juste. Dans notre société, ce n'est pas le travail qui est divisé,
-mais les hommes; ils sont divisés, réduits en petites parcelles d'homme.
-A la fabrique, un homme ne fait qu'une infime partie de l'objet; de
-sorte que la partie d'initiative laissée à l'homme ne suffit pas pour
-faire toute une épingle ou tout un clou; il s'épuise à faire un bout
-d'épingle ou la tête d'un clou. C'est vrai qu'il serait bon et désirable
-de fabriquer un grand nombre d'épingles par jour; mais si nous pouvions
-voir seulement de quel sable nous les frottons, nous aurions réfléchi
-que ce n'est pas avantageux, pour cette raison que nous les frottons
-avec le sable de l'âme humaine.
-
-On peut tourmenter les hommes, les mettre aux fers, les atteler comme
-des bêtes, les tuer comme des mouches en été, et cependant, dans un
-sens, dans le meilleur, ces hommes peuvent rester libres. Mais écraser
-leurs âmes immortelles, les étrangler et transformer les gens en
-machines--c'est la vraie servitude. Seule cette humiliation, cette
-transformation des hommes en machines force les ouvriers à lutter
-désespérément et inutilement pour leur liberté dont ils ne conçoivent
-pas le sens eux-mêmes. Leur animosité n'est pas provoquée par la faim,
-ni par les atteintes à l'amour propre (ces deux causes ont toujours
-produit leur effet, mais les bases de la société n'ont jamais été aussi
-ébranlée que maintenant). Cela ne tient pas à ce que les ouvriers se
-nourrissent mal, mais à ce qu'ils n'ont pas de plaisir au travail par
-lequel ils gagnent leur pain; ce qui fait qu'ils considèrent la richesse
-comme l'unique moyen de plaisir. Ils souffrent moins du mépris que
-leur témoignent les classes impérieuses que du mépris qu'ils ont pour
-eux-mêmes, parce que le travail auquel ils sont condamnés les humilie,
-les déprave, les amoindrit. Jamais plus qu'aujourd'hui les classes
-supérieures n'ont témoigné autant de sympathie et d'affection pour
-les classes inférieures, et, cependant, elles n'ont jamais été autant
-méprisées par celles-ci.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-2
-
-L'homme, comme l'animal, doit besogner, employer ses mains et ses pieds.
-Il peut forcer les autres à faire ce qui lui est nécessaire, mais il
-devra quand même dépenser à quelque chose ses forces corporelles. S'il
-ne travaille pas à des choses utiles, raisonnables, il travaillera à des
-choses inutiles et stupides. C'est ce qui se produit, en effet, parmi
-les classes aisées.
-
-3
-
-Les classes oisives excusent leur fainéantise par ce qu'elles s'occupent
-des arts et des sciences nécessaires au peuple. Ces gens se chargent
-d'en fournir à ceux qui travaillent; malheureusement, ce qu'ils
-apportent au peuple en fait de science et d'art, est une fausse science
-et un faux art. Aussi, au lieu de récompenser le peuple de son travail,
-la science et l'art qu'on lui offre ne font que le tromper et le
-dépraver.
-
-4
-
-Un Européen vantait devant un Chinois les avantages de la production
-mécanique: «Elle libère l'homme du travail» disait l'Européen. «La
-libération du travail serait un grand malheur, répondit le Chinois. Sans
-travail il n'y a pas de bonheur possible.»
-
-5
-
-L'homme ne peut acquérir la richesse que par trois moyens: le travail,
-la mendicité et le vol. Ceux qui peinent gagnent peu, justement parce
-qu'une trop grande part revient aux mendiants et aux voleurs.
-
- HENRY GEORGE.
-
-
-
-V.--_Les occupations des gens qui se sont libérés de la loi du travail
-sont toujours vaines et inutiles._
-
-1
-
-De même qu'un cheval tournant une roue inclinée ne peut pas s'arrêter et
-doit toujours avancer, l'homme ne peut pas rester oisif. Par conséquent,
-un homme qui travaille a tout autant de mérite qu'un cheval monté sur
-une roue et qui remue les jambes. L'important n'est pas dans le fait que
-l'homme travaille, mais à quoi il travaille.
-
-2
-
-Ceux qui se sont dispensés du travail manuel peuvent être intelligents,
-mais rarement raisonnables. Si l'on écrit, imprime et enseignelant de
-futilités dans nos écoles, si notre littérature, notre musique, nos
-tableaux sont si subtils, si peu compréhensibles pour tous, c'est parce
-que tous ceux qui s'en occupent se sont libérés du travail manuel et
-mènent une vie oisive.
-
- D'après EMERSON.
-
-3
-
-Les hommes cherchent le plaisir d'un côté et d'autre parce qu'ils
-sentent le vide de leur existence, mais ne sentent pas encore le vide du
-nouveau plaisir qui les attire.
-
- PASCAL.
-
-4
-
-Personne n'a encore calculé les millions de journées de dur travail
-et, peut-être des milliers de vies qui se dépensent à préparer les
-distractions. C'est pour cette raison que les distractions de notre
-monde ne sont pas joyeuses.
-
-
-
-VI.--_Le mal de l'oisiveté._
-
-1
-
-On ne peut avoir honte d'aucun travail même du plus malpropre; seule
-l'oisiveté doit faire honte.
-
-2
-
-Les gens oisifs et riches n'ont qu'un souci--c'est de tirer orgueil de
-leur luxe. Ils sentent que, sans cela, tous les mépriseraient comme ils
-le méritent.
-
-3
-
-Honte à l'homme à qui l'on doit conseiller de prendre sur la fourmi
-l'exemple de l'amour pour le travail. Doublement honteux à lui quand il
-ne suit pas ce conseil.
-
- _Le Talmud._
-
-4
-
-L'oisiveté devrait figurer parmi les tourments de l'enfer, et c'est elle
-qui se trouve placée parmi les joies du paradis.
-
- MONTAIGNE.
-
-5
-
-Celui qui ne fait rien a toujours de nombreux aides.
-
-6
-
-Ne fais jamais faire par les autres ce que tu peux faire toi-même.
-
-7
-
-Le doute, la tristesse, l'abattement, l'indignation, le désespoir, tous
-ces démons veillent sur l'homme, et dès qu'il mène une vie oisive, ils
-l'attaquent. Le moyen le plus sûr de se protéger contre ces démons,
-c'est un travail corporel assidu. Dès que l'homme se met à cette
-besogne, aucun démon n'ose plus l'approcher et ne fait que grogner de
-loin.
-
- CARLYLE.
-
-8
-
-Le démon, lorsqu'il pèche les hommes à la ligne, se sert de différentes
-amorces. Mais l'homme oisif n'a pas besoin d'amorce, il se fait prendre
-sans amorce.
-
-9
-
-Il est préférable de prendre une corde, d'aller chercher du bois dans la
-forêt et de le vendre pour acheter du pain que de demander aux gens de
-vous en donner. Si l'on vous refuse, vous en aurez du dépit; si on vous
-le donne ce sera pis encore: vous aurez honte.
-
- MAHOMET.
-
-10
-
-Il y avait une fois deux frères; l'un travaillait chez un seigneur,
-l'autre vivait du travail de ses mains. Le frère riche dit un jour au
-pauvre:
-
---Pourquoi ne vas-tu pas travailler chez le seigneur? Tu ne connaîtrais
-pas de besogne pénible.
-
-A cela le pauvre répliqua:
-
---Pourquoi ne travailles-tu pas? Tu ne connaîtrais pas d'humiliation ni
-de servitude.
-
-Les sages disent qu'il est préférable de manger tranquillement le pain
-qu'on a gagné, que de porter une écharpe d'or et d'être le serviteur
-d'un autre. Il est préférable de pétrir la chaux et l'argile de ses
-mains, que de joindre ses mains sur la poitrine en signe d'humilité.
-
- SAADI.
-
-11
-
-Ne pas rester à la porte des riches et ne pas parler d'une voix de
-quémandeur--c'est la meilleure vie. Et, afin que cela n'arrive pas, il
-ne faut pas craindre le travail.
-
- HOTOPADEZÉ hindou.
-
-12
-
-Si tu ne veux pas travailler, humilie-toi, ou opprime les autres.
-
-13
-
-L'aumône d'une pauvre veuve est égale aux plus riches dons, avec cette
-différence qu'elle est la vraie charité.
-
-Seuls les pauvres qui travaillent peuvent avoir la joie de la charité.
-Les riches, les oisifs, en sont privés.
-
-
-
-[1] Paysan russe, auteur d'un ouvrage sur la loi du travail. Tolstoï a
-connu l'auteur et commenté son ouvrage. (N. du trad.)
-
-
-
-
-CHAPITRE X
-
-DE LA CUPIDITÉ
-
-
-Le péché de cupidité est dans l'accumulation d'une quantité toujours
-grandissante d'objets ou d'argent nécessaires aux autres hommes, et de
-garder ces objets ou cet argent afin de jouir à sa guise du travail
-d'autrui.
-
-
-I--_Le péché du riche._
-
-1
-
-Dans notre société, un homme ne peut pas dormir sans payer sa place.
-L'air, l'eau, la lumière du soleil ne lui appartiennent que sur la
-grand'route.... L'unique droit reconnu chez nous, c'est de marcher sur
-cette grand'route jusqu'à ce que l'on commence à chanceler de fatigue,
-parce qu'on ne peut s'arrêter et que l'on doit marcher toujours.
-
- GRANT ALLEN[1].
-
-2
-
-Dix hommes bons s'étendent et dorment paisiblement sur le même feutre,
-mais deux riches ne peuvent pas vivre en paix dans dix chambres. Si un
-homme de cœur trouve une miche de pain, il en donne la moitié à celui
-qui a faim. Mais lorsqu'un conquérant conquiert une partie du monde, il
-ne se tranquillise pas tant qu'il n'en n'a pas pris une autre partie
-encore.
-
-3
-
-Les riches ont quinze chambres pour trois personnes, et il ne peuvent
-pas laisser un mendiant se chauffer et coucher chez eux.
-
-Le paysan a une chaumière de sept mètres pour sept personnes; mais il
-laisse volontiers entrer un voyageur en disant: «Dieu nous ordonne de
-partager».
-
-4
-
-Les riches et les pauvres se complètent les uns les autres. Quand il y a
-des riches, il y a et il doit y avoir des pauvres. Quand existe le luxe
-effréné, existe et doit exister l'affreuse misère qui force ceux qui
-n'ont rien à être au service du luxe.
-
-Le Christ aimait les pauvres et s'éloignait des riches.
-
-Dans le royaume de vérité qu'Il prêchait, les riches et les pauvres
-seraient également impossibles.
-
- HENRY GEORGE.
-
-5
-
-Le vagabond est le complément indispensable du millionnaire.
-
- HENRY GEORGE.
-
-6
-
-Les plaisirs des riches sont obtenus par les larmes des pauvres.
-
-7
-
-Lorsque les riches parlent du bonheur social, je ne doute pas qu'ils
-forment sous ce prétexte un complot en vue d'assurer leurs intérêts.
-
- THOMAS MORE.
-
-8
-
-Les honnêtes gens ne sont jamais riches. Les gens riches ne sont jamais
-honnêtes.
-
- LAO-TSEU.
-
-9
-
-«Ne vole pas un pauvre parce qu'il est pauvre,» dit Salomon. Pourtant,
-ce pillage du pauvre parce qu'il est pauvre est une chose très
-ordinaire: le riche profite toujours de la misère du pauvre pour le
-forcer à travailler pour lui, ou bien pour lui acheter ses produits à
-vil prix.
-
-On dévalise rarement les riches sur les grand'routes, parce qu'il est
-dangereux de voler un riche, alors qu'on peut dévaliser un pauvre sans
-aucun risque.
-
- D'après JOHN RUSKIN.
-
-10
-
-Les gens qui appartiennent aux classes ouvrières tâchent le plus souvent
-de passer dans la classe des gens aisés qui vivent du travail d'autrui.
-Ils appellent ça se joindre aux bonnes gens, alors qu'il faudrait dire
-quitter les bonnes gens pour les méchants.
-
-La richesse est un grand péché devant Dieu, la pauvreté l'est devant les
-hommes.
-
- Proverbe russe.
-
-
-
-II.--_-L'homme et la terre._
-
-1
-
-Etant issu de la terre, la terre m'est donnée pour que j'y prenne tout
-ce qu'il me faut pour cultiver et ensemencer, et j'ai le droit de
-réclamer ma part.
-
-Montrez-moi donc où elle est.
-
- EMERSON.
-
-2
-
-La terre est notre mère à tous; elle nous nourrit, nous donne asile,
-nous réjouit et nous chauffe; depuis notre naissance et jusqu'au moment
-où nous nous endormons du dernier sommeil sur son cœur de mère, elle
-nous caresse constamment de son étreinte affectueuse.
-
-Et voici que les gens parlent de sa vente; et elle présente, en effet, à
-notre époque vénale, un article de négoce, elle est vendue et achetée.
-
-Mais la vente de la terre créée par le Créateur céleste est une énorme
-ineptie. La terre ne peut appartenir qu'au Dieu tout-puissant et à
-tous les fils des hommes qui la travaillent, de même qu'à ceux qui la
-travailleront dans l'avenir.
-
-Elle est la propriété non seulement d'une seule génération, mais de
-toutes les générations passées, futures et présentes qui la travaillent.
-
- CARLYLE.
-
-3
-
-Nous occupons une île sur laquelle nous vivons des produits de nos
-mains. Un marin naufragé est rejeté sur notre côte. A-t-il le même droit
-naturel que nous d'occuper sur les mêmes bases que nous, une parcelle de
-terre pour s'y nourrir de son travail? Il semblerait que ce droit est
-incontestable. Et cependant, combien d'hommes naissent sur notre planète
-auxquels les gens qui y vivent refusent ce droit.
-
- DE LAVELEYE.
-
-
-
-III.--_Les conséquences nuisibles de la richesse._
-
-1
-
-Les hommes se plaignent d'être pauvres et s'efforcent, par tous les
-moyens, d'arriver à la richesse; cependant, la misère et la pauvreté
-donnent aux gens la fermeté et la force, alors que les excès et le luxe
-les affaiblissent et les amènent à leur perte.
-
-Les pauvres ont tort de vouloir échanger l'indigence utile au corps et à
-l'âme contre la richesse qui est nuisible au corps et à l'âme.
-
-2
-
-Si le pauvre a des peines, le riche en a doublement.
-
-3
-
-Le riche est malheureux; d'abord, parce qu'il craint toujours pour ses
-richesses, ensuite, parce que plus il a de biens, plus il a de soucis et
-d'affaires. Mais il est surtout malheureux parce qu'il ne peut se lier
-qu'avec des riches comme lui, qui sont peu nombreux, et non avec les
-pauvres qui sont la majorité. S'il se lie avec un pauvre, il voit trop
-nettement son péché, et il ne peut pas ne pas en avoir honte.
-
-4
-
-La richesse a l'or, la pauvreté a la joie.
-
- Proverbe.
-
-5
-
-La richesse habitue les gens à l'orgueil, à la cruauté, à l'ignorance
-présomptueuse et à la débauche.
-
-6
-
-Seul un homme riche peut être insensible et indifférent au malheur
-d'autrui.
-
- Le _Talmud._
-
-7
-
-La misère assagit, la richesse abêtit. Les chiens eux-mêmes deviennent
-enragés à force de trop bien manger.
-
- Proverbe russe.
-
-8
-
-Celui qui est charitable n'est jamais riche. Le riche n'est sûrement pas
-charitable.
-
- Proverbe mandchourien.
-
-9
-
-Les gens cherchent la richesse; s'ils savaient seulement combien ils
-perdent de bonté en gagnant l'opulence et en vivant au milieu d'elle,
-ils auraient cherché à s'en débarrasser avec le même zèle qu'ils mettent
-à l'acquérir.
-
-10
-
-Le moment est proche où les hommes cesseront de croire que la richesse
-donne le bonheur et comprendront, enfin, la simple vérité qu'en gagnant
-et en conservant leur richesse, ils rendent plus malheureuse et non
-meilleure l'existence des autres et la leur.
-
-
-
-IV.--_On ne doit pas envier la richesse, mais en avoir honte._
-
-1
-
-Il ne faut pas respecter et envier les riches, mais les plaindre et
-s'éloigner d'eux. Quant au riche, il ne doit pas être fier de ses biens,
-mais honteux.
-
-2
-
-Si le pauvre envie le riche, il ne vaut pas mieux que lui.
-
-3
-
-L'orgueil des riches est mauvais, mais l'envie des pauvres n'est pas
-moins mauvaise. Combien il y a de pauvres qui, tout en blâmant les
-riches, agissent de même qu'eux envers ceux qui sont plus pauvres
-qu'eux-mêmes!
-
-
-
-V.--_L'excuse de la richesse._
-
-1
-
-Si tu as des revenus sans travailler, il y a sûrement quelqu'un qui
-travaille sans être payé.
-
-2
-
-Seul celui qui est sûr de n'être pas un homme comme tous les autres,
-mais meilleur qu'eux, peut posséder des richesses au milieu des pauvres
-et avoir la conscience tranquille. Seule la pensée qu'il est meilleur
-que les autres peut justifier un tel homme à ses propres yeux. Et,
-chose extraordinaire, la possession des richesses, qui devrait rendre
-un tel homme honteux, est pour lui la principale justification de sa
-supériorité sur les autres hommes. «Je jouis de la richesse parce que je
-suis meilleur que les autres. Et je suis meilleur que les autres parce
-que je jouis de la richesse,» se dit-il.
-
-3
-
-Rien ne prouve aussi clairement la fausseté de la religion professée
-parmi nous que ce fait que les hommes qui se considèrent comme chrétiens
-peuvent non seulement jouir de leurs richesses, au milieu des pauvres,
-mais encore en être fiers.
-
-4
-
-L'une des erreurs les plus fréquentes et les plus significatives que les
-hommes commettent, est de croire comme bon ce qu'ils aiment. Ils aiment
-la richesse, et bien que le mal de la richesse soit évident, ils se
-persuadent que la richesse est bonne.
-
-5
-
-Est-ce que Dieu a donné quelque chose à l'un, sans le donner à l'autre?
-Est-ce que notre Père commun a exclu l'un de ses enfants? Vous qui
-exigez le droit exclusif de profiter de ses dons, montrez le testament
-par lequel il aurait privé les autres frères de son héritage.
-
- LAMENNAIS.
-
-6
-
-Il semblerait que, connaissant l'affreuse misère des ouvriers qui
-meurent de privations et d'excès de travail (et il est impossible de ne
-pas le savoir), les gens riches, qui profitent de ce travail homicide,
-seraient forcés de s'en émouvoir. Cependant, ces gens riches, libéraux,
-humanitaires, très sensibles non seulement aux souffrances des hommes,
-mais à celles des bêtes, cherchent à s'enrichir davantage, c'est-à-dire
-à profiter de plus en plus du travail des autres et le font en toute
-sérénité.
-
-Cette sérénité des riches est due à l'intervention d'une nouvelle
-science dénommée économie politique, qui a posé des lois en vertu
-desquelles la répartition du travail et la jouissance de ses produits
-dépendent de l'offre et de la demande, du capital, de la rente, du taux
-des salaires, des bénéfices, etc.
-
-Il a été écrit sur ce thème, en peu de temps, un nombre incalculable de
-traités, de brochures; il a été fait des cours et des conférences, et on
-en écrit et on conférencie encore à l'infini.
-
-Bien que la plupart des gens ignorent les détails de ces explications
-rassurantes de la science, ils savent quand même que cette explication
-existe, que les savants, des gens subtils, ne cessent de démontrer que
-l'ordre de choses actuel est tel qu'il doit être, et que l'on peut se
-laisser vivre tranquillement dans cet état de choses, sans essayer de le
-modifier.
-
-Ce n'est qu'ainsi qu'on peut expliquer l'aveuglement surprenant
-dans lequel se trouvent les hommes sensibles de notre société, qui
-plaignent sincèrement, les animaux, mais qui, la conscience tranquille,
-s'attaquent à la vie de leurs semblables.
-
-
-
-VI._--Pour atteindre le bonheur, l'homme ne doit pas se soucier de
-l'accroissement de son avoir, mais de l'amour qui est en lui._
-
-1
-
-Gagne une richesse que personne ne pourra te prendre, qu'elle te reste
-même après la mort et qu'elle ne diminue ni ne tarisse jamais. Cette
-richesse--c'est ton âme.
-
- Proverbe hindou.
-
-2
-
-Les gens se soucient mille fois plus d'augmenter leurs richesses que de
-développer leur raison. Pourtant chacun devrait comprendre qu'il vaut
-bien mieux pour son bonheur conserver ce qui est en lui que ce qui est
-chez lui.
-
- D'après SCHOPENHAUER.
-
-3
-
-Et il leur dit celte parabole: «Les terres d'un riche donnèrent, une
-abondante récolte; et ce riche se demanda: Que ferai-je? Je n'ai pas
-assez de place pour serrer ma récolte. Voici, dit-il, ce que je ferai:
-j'abatterai mes greniers, j'en bâtirai de plus grands, et j'y amasserai
-toute ma récolte et tous mes biens. Puis je dirai à mon âme: Mon âme,
-tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années; repose-toi,
-mange, bois et réjouis-toi. Mais Dieu lui dit: Insensé, celte nuit
-même ton âme te sera prise, et ce que tu as amassé, à qui cela
-appartiendra-t-il?
-
- Luc, XII, 16-20.
-
-4
-
-Pourquoi l'homme voudrait-il être riche? Pourquoi lui faut-il des
-chevaux de race, de riches habits, de magnifiques chambres, des droits
-d'entrée dans les lieux de distractions?
-
-Parce qu'il manque de vie spirituelle.
-
-Donnez à cet nomme une vie spirituelle, et il n'aura besoin de rien.
-
- EMERSON.
-
-5
-
-De même qu'un vêtement riche embarrasse les mouvements du corps, la
-richesse entrave les mouvements de l'âme.
-
-
-
-VII.--_La lutte contre de péché de cupidité._
-
-1
-
-Celui qui possède moins qu'il ne veut avoir doit se souvenir qu'il a
-plus qu'il ne mérite.
-
- LICHTENBERG.
-
-2 On peut éviter la misère par deux moyens: augmenter son avoir, ou
-bien apprendre à se contenter de peu. Augmenter les richesses n'est pas
-toujours possible, et c'est presque toujours malhonnête; tandis que
-diminuer nos caprices est toujours en notre pouvoir et est salutaire à
-notre âme.
-
-3
-
-Le pire voleur n'est pas celui qui a pris ce qui lui est nécessaire,
-mais bien celui qui garde sans en donner aux autres ce dont il n'a pas
-besoin.
-
-4
-
-«Celui qui aurait des biens de ce monde et qui, voyant son frère dans le
-besoin, lui fermerait son cœur, comment l'amour de Dieu demeurerait-il
-en lui? Mes enfants, n'aimons pas en paroles, mais en actes et par la
-vérité!» I. JEAN, III, 17-18.
-
-Pour qu'un riche n'aime pas en paroles mais en actes et par la vérité
-il doit donner à celui qui demande, ainsi que l'a dit le Christ. Et
-si l'on donne à celui qui demande, toute richesse s'épuise bientôt. Et
-dès que l'homme cesse d'être riche, il lui arrive ce que Jésus a dit au
-jeune homme, c'est-à-dire que ce qui empêchait le jeune homme riche de
-le suivre n'existe plus.
-
-5
-
-La charité est véritable seulement quand tu t'es privé en la faisant.
-C'est alors que celui qui reçoit un don matériel, reçoit également un
-don spirituel. Et si ton don n'est pas un sacrifice, mais le résultat de
-la surabondance, il ne fait qu'irriter celui qui le reçoit.
-
-6
-
-Les opulents bienfaiteurs ne voient pas ce qu'ils donnent au pauvre, ils
-l'enlèvent souvent des mains de plus pauvres encore.
-
-
-[1] Moraliste anglais _(N. du tr.)_
-
-
-
-
-CHAPITRE XI
-
-DE LA COLÈRE
-
-
-I.--_Péché de malveillance._
-
-1
-
-«Il a été dit aux anciens: Tu ne tueras point, et celui qui tuera sera
-jugé (Exode, XX, 13). Mais moi je vous dis que quiconque se met en
-colère contre son frère sera jugé.»
-
- MATTH., V, 21-22.
-
-2
-
-Si tu éprouves une douleur dans le corps, tu sais que quelque chose
-n'est pas en bon état: ou tu fais ce que tu ne devrais pas faire, ou
-bien lu ne fais pas ce que tu devrais faire. Il en est de même de la vie
-spirituelle. Si tu te sens triste, irrité, sache que quelque chose est
-en mauvais état: ou tu aimes ce qu'il ne faudrait pas aimer, ou bien tu
-n'aimes pas ce qu'il faudrait aimer.
-
-3
-
-Les péchés de la gourmandise, de l'oisiveté, de la volupté, sont mauvais
-par eux-mêmes. Mais ces péchés sont surtout repréhensibles parce qu'ils
-engendrent le pire des péchés: la malveillance, l'iniquité envers les
-gens.
-
-4
-
-Ce ne sont pas les pillages, les assassinats, les exécutions qui sont
-effrayants. Qu'est-ce que le pillage? C'est le passage de la propriété
-des uns aux autres. Cela a toujours existé, cela sera toujours, et il
-n'y a rien d'effrayant à cela.
-
-Que sont les exécutions, les assassinats? C'est le passage des hommes de
-la vie à la mort. Ces passages ont été, sont et seront toujours, et cela
-n'a également rien, d'effrayant. Ce qu'il y a de réellement effrayant,
-c'est la haine des hommes qui engendre le brigandage, le vol, le meurtre.
-
-
-
-II.--_L'absurdité de la colère._
-
-1
-
-Les Bouddhistes disent que tout péché vient de la bêtise. Cela est
-juste pour tous les péchés, mais surtout pour l'inimitié. Le pêcheur,
-l'oiseleur se fâche contre le poisson ou l'oiseau parce qu'il ne l'a pas
-pris, et moi je me fâche contre l'homme, parce qu'il fait ce dont il
-a besoin pour lui, et non pas ce que je voudrais de lui. N'est-ce pas
-également stupide?
-
-2
-
-Un homme t'a offensé. Tu t'es fâché contre lui. L'affaire est terminée.
-Mais la colère contre cet homme s'est figée dans ton cœur, et lorsque
-tu penses à lui, tu t'irrites. Comme si le diable, qui est toujours
-en faction à la porte de ton cœur, avait profité de l'heure où tu as
-ressenti ta colère contre cet homme; comme si elle lui eut ouvert la
-porte, qu'il eut bondi dans ton cœur et qu'il y fût maître, maintenant.
-Chasse-le. Et à l'avenir, sois plus prudent, n'ouvre pas la porte par
-laquelle il entre.
-
-3
-
-Plus l'homme se croit haut placé, plus facilement il s'irrite contre les
-gens. Plus l'homme est modeste, plus il est bon et se fâche moins.
-
-4
-
-Ne pense pas que la vertu consiste dans la bravoure et la force. Si tu
-peux te placer au-dessus de la colère, pardonner et aimer celui qui t'a
-offensé, tu auras fait le mieux de ce qu'un homme peut faire.
-
- DJERBELOTE, persan.
-
-5
-
-Il est vrai, que tu n'as peut-être pas la force de ne pas te fâcher
-contre celui qui t'a offensé, outragé. Mais tu peux toujours le
-contenir, ne manifester ta colère ni en paroles ni en actes.
-
-6
-
-La colère ment toujours de l'impuissance.
-
-
-
-III.--_La colère contre les hommes nos frères est déraisonnable parce
-que le même Dieu vit en nous tous._
-
-1
-
-On doit s'observer depuis le matin et se dire: tout à l'heure, je
-pourrai avoir affaire à un homme insolent, effronté, importun,
-hypocrite, nerveux. Il y a souvent des gens comme ça. Ils ne savent pas
-ce qui est bien et ce qui est mal. Mais si je sais, moi, où est le bien
-et le mal, si je comprends que le mal pour moi ne peut venir que de la
-mauvaise action que j'ai commise moi-même, aucun mauvais homme ne peut
-me nuire. Personne ne peut me forcer à faire mal. Si je pense encore que
-tout homme m'est proche, non par le sang et la chair, mais par l'esprit,
-que le même Esprit divin vit en chacun de nous, je ne peux pas me fâcher
-contre un être qui m'est proche. Je sais donc que nous sommes créés l'un
-pour l'autre, que nous sommes appelés à nous entr'aider comme les mains,
-les pieds, les yeux et les dents s'aident entre eux et servent le corps
-entier; comment puis-je me détourner de mon prochain si, contrairement à
-sa vraie nature, il me fait du mal.
-
- MARC-AURÈLE
-
-2
-
-Si tu t'es fâché contre un homme, c'est que tu menais une vie charnelle,
-et non pas une vie spirituelle. Si tu vivais selon la volonté divine,
-personne ne pourrait t'offenser, car on ne peut offenser Dieu, et Dieu,
-le Dieu qui est en toi, ne peut se fâcher.
-
-3
-
-On ne doit ni trop mépriser ni trop respecter aucun homme.
-
-Si tu le méprises, tu ne pourras pas apprécier le bien qu'il y a en lui;
-si tu l'honores trop, tu exigeras trop de lui.
-
-Pour ne pas se tromper, il faut mépriser le côté charnel autant chez
-autrui qu'en soi-même et respecter l'homme comme un être spirituel en
-qui demeure l'esprit divin.
-
-
-
-IV.--_Plus l'homme se diminue, mieux il vaut._
-
-1
-
-On dit qu'un homme de bien ne peut pas faire autrement que de se fâcher
-contre les méchants. Mais si cela est ainsi, plus l'homme est bon
-comparativement aux autres, plus il doit se mettre en colère contre eux;
-en réalité, plus un homme est bon, plus il est doux et bon pour tous les
-autres hommes. Cela tient à ce qu'un homme bon se souvient que lui aussi
-a souvent péché, et que s'il s'irrite contre les méchants, il doit, tout
-d'abord, s'irriter contre lui-même.
-
- SÉNÈQUE.
-
-2
-
-Un homme raisonnable ne peut pas se fâcher contre les hommes méchants et
-déraisonnables.
-
---Comment puis-je ne pas me fâcher s'ils sont voleurs et filous? dis-tu.
-
---Qu'est-ce qu'un voleur et un filou? C'est un homme qui s'est égaré.
-On doit non pas se fâcher contre un tel homme, mais le plaindre. Si tu
-peux, persuade-le que ce n'est pas bon pour lui-même de vivre comme il
-vit, et il cessera de faire le mal. S'il ne le comprend pas encore, quoi
-d'étonnant qu'il vive ainsi.
-
-Tu diras que ces gens là doivent être punis.
-
-Si un homme a mal aux yeux et qu'il est devenu aveugle, tu ne diras pas
-qu'il faut l'en punir. Pourquoi donc veux-tu punir celui qui est privé
-de quelque chose de bien plus précieux que les yeux, qui est privé du
-plus grand bonheur qui existe, celui de savoir vivre raisonnablement?
-
-On ne doit pas se fâcher contre ces gens, mais les plaindre.
-
-Aie pitié de ces malheureux et tâche de faire en sorte que leurs
-égarements ne t'irritent pas. Souviens-toi combien souvent tu t'es
-trompé et tu as péché toi-même, et fâche-toi plutôt contre toi-même de
-ce que ton âme renferme tant d'inimitié et de méchanceté.
-
- ÉPICTÈTE.
-
-3
-
-Tu dis que tu n'es entouré que de mauvaises gens. Si tu penses ainsi,
-c'est une preuve certaine que tu es méchant toi-même.
-
-4
-
-Souvent les gens croient se faire valoir en remarquant les défauts des
-autres; mais ils ne font que montrer leur faiblesse.
-
-Plus l'homme est bon et intelligent, plus il voit le bien chez les
-autres; plus il est bête et méchant, plus il voit les défauts des autres.
-
-5
-
-Il est vrai, qu'il est difficile de se montrer bon envers un vicieux,
-un menteur, surtout s'il vous offense; mais c'est précisément envers de
-pareils hommes qu'on doit être bon, et pour eux, et pour soi.
-
-6
-
-Lorsqu'on se fâche contre quelqu'un, on cherche généralement à justifier
-sa colère et, à ne voir que le mal en la personne contre laquelle on
-s'irrite; et l'on ne fait qu'augmenter son inimitié. Alors, qu'au
-contraire, plus on est irrité, plus on doit chercher le bien que peut
-contenir celui contre qui on s'irrite. Et lorsqu'on réussit à découvrir
-le bien et à aimer un tel homme, non seulement on apaise sa colère, mais
-encore on éprouve une joie profonde.
-
-7
-
-Si tu veux reprocher à un homme ses incohérences, ne qualifie pas ses
-actes ou ses paroles de sottises, ne dis et ne pense pas que ce qu'il a
-fait ou dit n'a aucun sens. Au contraire, suppose toujours qu'il voulait
-faire ou dire quelque chose de raisonnable et tâche de le prouver.
-Il faut s'efforcer de découvrir les idées erronées qui ont trompé
-l'homme et les lui faire voir de façon à ce qu'il arrive lui-même à
-la conclusion, qui est qu'il se trompe. On ne peut persuader un homme
-que par sa propre raison. De même, on ne peut persuader un homme de
-l'immoralité de son acte que par son sentiment moral. Il ne faut pas
-supposer que l'homme le plus vicieux ne puisse pas devenir un être
-vertueux et libre.
-
- D'après KANT.
-
-6
-
-Si tu te fâches contre un homme parce qu'il a commis un acte que nous
-considérons comme repréhensible, tâche de savoir pourquoi il a fait ce
-que nous considérons comme mauvais. Dès que tu l'auras compris, tu ne
-seras plus fâché, parce qu'on ne peut se fâcher de ce que la pierre
-tombe du haut en bas et non de bas en haut.
-
-
-
-V.--_La nécessité de l'amour pour la communion entre les hommes._
-
-1
-
-Pour que tes relations avec les hommes ne soient pas un sujet de
-souffrance pour toi et pour eux, n'entre pas en rapports avec les gens
-si tu n'éprouves pas d'affection pour eux.
-
-2
-
-Sans amour, on ne peut manier que les objets; sans amour, on peut
-abattre des arbres, faire des briques, forger le fer; on ne peut sans
-amour traiter les hommes.
-
-Si tu n'éprouves pas d'amour pour les hommes, occupe-toi de toi-même,
-manie des choses, ce que tu voudras, mais laisse les hommes tranquilles.
-Dès que tu te permettras de les traiter sans amour, tu deviendras non
-pas un homme, mais une bête, tu leur nuiras et tu seras malheureux
-toi-même.
-
-3
-
-Lorsqu'on voit des gens toujours mécontents, critiquant, tout et tout le
-monde, on a envie de leur dire: «Le but de votre existence n'est pas de
-dévoiler l'absurdité de la vie, de la critiquer, de vous fâcher et de
-mourir. Cela n'est pas possible. Réfléchissez; vous ne devriez pas vous
-fâcher, ni critiquer, mais travailler à réparer le mal que vous voyez.
-
-«Si vous voulez faire disparaître le mal que vous voyez vous n'y
-arriverez certainement pas par l'inimitié, mais uniquement par la
-bienveillance envers tous les hommes, car ce sentiment vit toujours en
-nous et vous le sentirez aussitôt que vous cesserez de l'étouffer en
-vous.»
-
-4
-
-Il faut nous habituer à être mécontents d'un autre homme de la même
-façon, qu'il nous arrive d'être mécontents de nous-mêmes. Cela nous
-arrive lorsque nous ne sommes pas satisfaits d'un de nos actes, et non
-de notre âme. Il faut agir de même à l'égard des autres: critiquer
-leurs actes, et les aimer eux-mêmes.
-
-5
-
-Pour ne pas faire tort à son prochain, pour l'aimer, il faut s'habituer
-à ne pas dire de mal ni de lui, ni à lui, et pour y parvenir, il faut
-s'habituer à ne pas penser mal de lui, à ne pas laisser pénétrer dans
-notre âme le sentiment de malveillance.
-
-6
-
-Peux-tu te fâcher contre un homme parce qu'il a des plaies purulentes?
-Ce n'est pas sa faute si l'aspect de ses plaies est désagréable.
-Comporte-toi de même envers les vices d'autruis.
-
-Mais tu diras que l'homme a une raison pour comprendre et corriger ses
-vices. C'est juste. Par conséquent, toi aussi, tu as une raison et tu
-peux réfléchir que tu ne dois pas le fâcher contre l'homme en raison
-de ses vices, mais au contraire, tu dois l'efforcer d'éveiller sa
-conscience en le traitant avec bonté et intelligence, sans colère, sans
-impatience et sans orgueil.
-
- MARC-AURÈLE.
-
-7
-
-Il y a des gens qui aiment se fâcher. Ils sont toujours occupés à
-quelque chose et toujours heureux de l'occasion de brusquer, de gronder
-celui qui s'adresse à eux pour quelque affaire. Ces gens-là sont très
-désagréables, mais il faut se souvenir qu'ils sont très malheureux, ne
-connaissent pas la joie de la bonne humeur, et c'est pourquoi, il ne
-faut pas se fâcher contre eux, mais les plaindre.
-
-8
-
-On ne peut mieux calmer une colère, même juste, qu'en disant à celui qui
-se fâche que celui contre lequel il se fâche, n'est qu'un malheureux. La
-pluie a le même effet sur le feu que la compassion sur la colère.
-
-9
-
-L'homme qui désire faire du tort à son ennemi, n'a qu'à s'imaginer qu'il
-lui a déjà fait mal et qu'il souffre de corps et d'âme; il n'a qu'à se
-l'imaginer et à comprendre que tout cela est l'œuvre de nos mains, pour
-que, à l'idée des souffrances de l'ennemi, l'homme le plus méchant cesse
-de garder sa rancune.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-
-
-VI.--_La lutte contre le péché de malveillance._
-
-1
-
-On me blâme, je suis ennuyé, j'ai de la peine. Comment me débarrasser de
-ce sentiment désagréable? D'abord, par l'_humilité_; quand on connaît
-sa faiblesse, on ne se fâche pas de ce que les autres la montrent. Ce
-n'est pas aimable de leur part, mais ils ont raison. Ensuite, par le
-_raisonnement_; car, en définitive, on reste toujours ce qu'on a été, et
-si l'on avait trop de vénération pour soi-même, on aurait qu'à modifier
-son opinion. Enfin, et principalement, par le _pardon_; il n'y a qu'un
-seul moyen pour ne pas haïr ceux qui nous font du mal et nous offensent,
-c'est de leur faire du bien. Si l'on ne parvient pas à les changer, du
-moins, arrive-t-on à se maîtriser soi-même.
-
- AMIEL.
-
-2
-
-La meilleure boisson qu'un homme peut boire est la mauvaise parole qu'il
-a déjà sur les lèvres; qu'il ne la laisse pas, échapper et l'avale.
-
- MAHOMET.
-
-3
-
-Comprends bien et souviens-toi que tout homme agit toujours au mieux de
-ses propres intérêts.
-
-Si tu y penses toujours, tu ne te fâcheras contre personne, tu ne
-reprocheras rien à personne, tu ne gronderas personne; car si quelqu'un
-a réellement du profit à faire ce qui t'est désagréable, il a raison et
-il ne peut agir autrement. S'il se trompe et ne se fait du tort qu'à
-lui-même, tant pis pour lui; on doit le plaindre et non se fâcher contre
-lui.
-
- ÉPICTÈTE.
-
-4
-
-Souvenons-nous que tous nous redeviendrons poussière, et soyons humbles
-et modestes.
-
- D'après SAADI.
-
-
-
-VII.--_La malveillance nuit toujours à celui qui la ressent._
-
-1
-
-Bien que la colère soit nuisible aux autres, elle fait surtout du tort
-à celui qui se fâche. La colère est toujours plus nuisible que la chose
-pour laquelle on se fâche.
-
-2
-
-Il y a des gens qui aiment se fâcher, qui s'irritent et font du mal aux
-autres sans aucune raison. On peut comprendre pourquoi un avare offense
-les autres: il veut s'emparer de leur bien pour s'enrichir; il fait du
-mal aux gens dans son propre intérêt. Un méchant homme fait du tort aux
-autres sans aucun bénéfice personnel. Quelle folie!
-
- D'après SOCRATE.
-
-3
-
-Ne pas faire de mal, pas même à ses ennemis, est une grande vertu.
-
-Celui qui cherche à faire périr les autres, périt sûrement lui-même.
-
-Ne fais pas de mal. La pauvreté ne peut excuser le mal. Si tu fais du
-mal, tu seras plus pauvre encore.
-
-Les gens peuvent éviter les conséquences de la méchanceté de leurs
-ennemis, mais ils n'éviteront jamais les conséquences de leurs péchés.
-Cette ombre les poursuivra pas à pas, jusqu'à ce qu'elle les fasse périr.
-
-Que celui qui ne veut pas vivre triste et malheureux ne fasse pas de
-tort aux autres.
-
-Si l'homme se veut du bien, qu'il ne fasse pas le moindre mal.
-
- _Kouran_ hindou.
-
-4
-
-Être vertueux, c'est avoir l'âme libre. Les gens qui s'irritent
-continuellement contre quelqu'un, qui craignent constamment quelque
-chose et qui s'adonnent aux passions, ne peuvent avoir l'âme libre.
-Celui qui ne peut pas avoir l'âme libre ne verra pas en regardant,
-n'entendra pas en écoutant, ne sentira pas de goût en mangeant.
-
- CONFUCIUS.
-
-5
-
-Goutte à goutte, le seau se remplit; de même l'homme s'emplit de colère,
-bien qu'il la ramasse petit à petit, lorsqu'il se permet de s'irriter
-contre les gens. Le mal revient à celui qui le commet, de même que la
-poussière jetée contre le vent.
-
-Ni au ciel, ni dans la mer, ni dans les profondeurs des montagnes, il
-n'y a de place dans tout l'univers, où l'homme pourrait se débarrasser
-de la méchanceté qui est dans son cœur. Souviens-t-en.
-
- DJAMAPADA.
-
-6
-
-La loi hindoue dit: De même qu'il est juste qu'il fasse froid en hiver
-et chaud en été, il est juste qu'un mauvais homme soit malheureux et un
-bon heureux. Que personne n'entame de querelle, bien qu'il soit offensé
-et qu'il souffre; que personne n'offense, ni par un acte, ni par une
-parole, ni par une pensée. Tout cela prive l'homme du vrai bonheur.
-
-7
-
-Lorsque je sais que la colère me prive du vrai bonheur, je ne peux plus
-chercher consciemment querelle aux autres; je ne peux pas, ainsi que je
-le faisais avant, me réjouir de mon péché, en être fier, l'encourager,
-le justifier, me donner de l'importance et me croire raisonnable,
-considérer les autres comme nuls, perdus, insensés; je ne peux plus
-maintenant, en sentant que je me laisse emporter par la colère, ne
-pas reconnaître que j'en suis seul coupable, et ne pas tâcher de me
-réconcilier avec ceux qui me cherchent querelle.
-
-Mais cela ne suffit pas. Si je sais maintenant que la colère est un
-mal pour mon âme, je sais aussi ce qui me conduit au mal. C'est
-que j'oublie que la même chose vit en moi et en tous les hommes. Je
-vois maintenant que l'habitude de se distinguer des autres hommes et
-de se considérer comme étant supérieur à eux--est l'une des raisons
-principales de mon inimitié.
-
-En repassant ma vie écoulée, je vois que je n'ai jamais laissé
-s'accroître mon sentiment d'inimitié envers les gens que je considérais
-supérieurs à moi, et je ne les offensais jamais. Mais, par contre, le
-moindre acte de celui que je considérais comme mon inférieur provoquait
-ma colère, et plus je me considérais supérieur, plus il m'était facile
-de l'offenser. Parfois même, rien que l'idée de l'infériorité de
-l'homme, provoquait déjà une offense de ma part.
-
-8
-
-Un jour d'hiver François, accompagné du frère Léon se rendait de Pérouse
-à Porcioncule. Il gelait, et tous deux tremblaient de froid. François
-appela Léon qui marchait devant, et lui dit: «O frère Léon, Dieu veuille
-que nos frères donnent par toute la terre, l'exemple de la vie de
-sainteté. Note, cependant, que ce n'est pas là qu'est la joie parfaite.»
-
-Un peu plus loin, François appela encore une fois Léon et lui dit:
-
-«Note encore que si nos frères guérissent les malades, chassent le
-diable, rendent la vue aux aveugles font ressusciter les morts, ce n'est
-pas là non plus que sera la joie parfaite.»
-
-Encore plus loin, François appela de nouveau Léon et lui dit: «Note
-encore frère Léon, brebis du Seigneur, que si nous avions appris le
-langage des anges, si nous connaissions le cours des étoiles, si tous
-les trésors de la terre nous étaient apparus, et que si nous avions
-compris tous les mystères de la vie des oiseaux, des poissons, des
-bêtes, des gens, des arbres, des pierres et des eaux, note que cela non
-plus ne serait pas une joie parfaite.»
-
-Et un peu plus loin, François appela encore une fois Léon et lui dit:
-«Note encore que si nous étions des prédicateurs, qui parviendraient à
-ramener tous les payens au Christianisme, note que là encore, il n'y
-aurait pas de joie parfaite.»
-
-Alors le frère Léon dit à François:
-
---En quoi donc consiste la joie parfaite?
-
-Et François répondit: «En ceci: lorsque nous arriverons à Porcioncule
-sales, mouillés, transis de froid et affamés, et que nous demanderons
-de nous donner asile, le portier nous dira: «Pourquoi traînez-vous,
-vagabonds, par les chemins, pourquoi tentez-vous les gens, pourquoi
-voulez-vous l'aumône des pauvres; allez-vous en d'ici,» et il ne nous
-ouvrira pas. Si nous ne nous offensons pas et que nous pensons avec
-humilité et amour que le portier a raison, et que mouillés, gelés, et
-affamés, nous restons jusqu'au matin dans la neige et l'humidité sans
-murmurer contre le portier, c'est alors, frère Léon, que sera la joie
-parfaite.»
-
-
-
-
-CHAPITRE XII
-
-DE L'ORGUEIL
-
-
-Il est difficile de se débarrasser des péchés, surtout lorsque les
-tentations les encouragent. Telle est la tentation de l'orgueil.
-
-
-I.--_L'absurdité de l'orgueil._
-
-1
-
-Les gens fiers sont tellement occupés à prêcher aux autres qu'ils n'ont
-pas le temps de penser à eux-mêmes; au reste, ils le croient inutile;
-ils sont parfaits tels qu'ils sont. C'est pourquoi, plus ils prêchent
-aux autres, plus ils tombent bas eux-mêmes.
-
-2
-
-De même que l'homme ne peut pas se soulever lui-même, il ne peut pas se
-glorifier lui-même.
-
-3
-
-La fierté est mauvaise parce que les gens sont fiers de ce dont on doit
-avoir honte: de la richesse, de la gloire, des honneurs.
-
-4
-
-Si vous êtes plus-fort, plus riche, plus instruit que les autres, tâchez
-de venir en aide aux gens avec ce que vous avez de plus qu'eux. Si
-vous êtes plus fort, aidez les faibles; si vous êtes plus intelligent,
-aidez ceux qui ne le sont pas; si vous êtes instruit, aidez ceux qui le
-sont moins; si vous êtes riche, aidez ceux qui sont pauvres. Mais les
-orgueilleux ne raisonnent pas ainsi. Ils pensent que s'ils possèdent ce
-que les autres n'ont pas, ils n'ont pas besoin de partager avec ceux-ci,
-mais n'ont qu'à se vanter devant eux.
-
-5
-
-Ce n'est pas bien si l'homme, au lieu d'aimer ses frères, se fâche
-contre eux. Mais c'est pis encore lorsque quelqu'un se persuade qu'il
-n'est pas un homme comme les autres, mais meilleur qu'eux et, par
-conséquent, qu'il peut traiter les gens autrement qu'il ne voudrait être
-traité lui-même.
-
-6
-
-C'est stupide lorsque des gens tirent vanité de leur visage, de leur
-corps, mais c'est plus stupide encore lorsqu'ils sont fiers de leurs
-parents, de leurs ancêtres, de leurs amis, de leur classe, de leur
-peuple.
-
-Une grande partie du mal, dans ce monde, vient de ce sot orgueil.
-C'est de là que proviennent les querelles entre les hommes, entre les
-familles, et les guerres entre les peuples.
-
-7
-
-La bêtise peut exister sans l'orgueil; mais l'orgueil ne va jamais sans
-la bêtise.
-
-8
-
-Prenez l'exemple des eaux qui coulent dans les profondeurs des mers et
-dans les cavités des montagnes: les ruisseaux descendent avec bruit,
-mais la mer sans fin est muette, elle se balance à peine.
-
- _Les Soutes_ bouddhistes.
-
-9
-
-Plus la substance est légère et moins elle est dense, plus elle occupe
-de place. Il en est de même de l'orgueil.
-
-10
-
-Une mauvaise roue grince plus fort, un épi vide s'élève plus haut, Il en
-est de même d'un homme mauvais et vain.
-
-11
-
-Plus l'homme est content de lui-même, moins il possède ce dont on peut
-être fier.
-
-12
-
-Un homme fier est comme couvert d'une écorce de glace. Aucun bon
-sentiment ne peut pénétrer à travers cette écorce.
-
-13
-
-Le plus sot des hommes est plus facile à éclairer qu'un orgueilleux.
-
-14
-
-Si les gens fiers pouvaient seulement savoir ce que pensent d'eux ceux
-qui profitent de leur fierté, ils cesseraient d'être fiers.
-
-
-
-II.--_L'orgueil national_
-
-1
-
-Se croire meilleur que les autres est mal et stupide, nous le savons
-tous. Considérer sa famille comme la meilleure de toutes, est plus mal
-et plus stupide encore; et, cependant, non seulement nous ne nous en
-rendons pas compte, mais encore nous y voyons un mérite particulier.
-Considérer son peuple comme le meilleur entre tous est la chose la plus
-stupide qui puisse exister. Or, loin d'être jugée comme mauvaise, cette
-présomption apparaît comme une grande vertu.
-
-2
-
-Les gens se querellent entre eux et savent que ce n'est pas bien. Alors,
-pour se donner le change à eux-mêmes et pour étouffer leur conscience,
-ils inventent des excuses à leur animosité. L'une de ces excuses est
-que je suis meilleur que les autres hommes; seulement, ceux-ci ne le
-comprennent pas, et c'est pourquoi je ne puis m'entendre avec eux.
-Une autre excuse, c'est que ma famille est meilleure que les autres
-familles; la troisième, que ma classe est meilleure que les autres
-classes; la quatrième, que mon peuple est meilleur que les autres
-peuples.
-
-Rien ne désunit les hommes autant que l'orgueil, qu'il soit celui de
-l'individu, de la famille, de la classe ou de la nation.
-
-III.--_Un homme n'a pas de raison de s'enorgueillir devant les autres,
-parce que le même Esprit vit dans tous les hommes._
-
-1
-
-L'homme se trouve meilleur que les autres quand il considère uniquement
-la vie charnelle: seul le corps peut être plus fort, plus grand,
-meilleur qu'un autre. Mais si l'homme a une vie spirituelle, il ne peut
-se considérer meilleur que les autres, car l'âme est la même chez tous.
-
-2
-
-On donne aux hommes les titres d'excellence, de grandeur, d'éminence,
-de monsieur, de père, etc., alors qu'un seul titre convient à tous et
-n'offense personne: frère, sœur.
-
-Ce terme est bon pour cette raison encore qu'il nous rappelle Le Père
-pour qui nous sommes tous frères et sœurs.
-
-3
-
-L'homme a raison s'il croît que, dans tout l'univers, if n'y a pas un
-seul être qui soit au-dessus de lui; mais il se trompe s'il pense qu'il
-y a sur la terre un seul homme qui soit au-dessous de lui.
-
-4
-
-C'est bien pour un homme de se respecter parce que l'Esprit de Dieu vit
-en lui; mais c'est mal quand il est fier de ce qu'il a d'humain: de son
-esprit, de sa sagesse, de sa distinction, de sa richesse, de ses bonnes
-œuvres.
-
-5
-
-L'homme est bon lorsqu'il élève très haut son «moi» spirituel, divin;
-mais il est affreux lorsqu'il veut élever au-dessus des hommes son «moi»
-charnel, vaniteux, ambitieux et exclusif.
-
-6
-
-Si l'homme est fier des marques de distinctions extérieures, il ne fait
-que montrer ainsi qu'il ne comprend pas son mérite intérieur qui, en
-comparaison de toutes les marques extérieures de distinction, est comme
-le soleil par rapport à la bougie.
-
-Un homme ne doit pas se vanter devant les autres. Il ne le doit pas,
-parce que la chose la plus précieuse en lui, c'est son âme et que
-personne, sauf Dieu, ne connaît le prix de l'âme humaine.
-
-8
-
-La fierté n'est pas du tout la même chose que la conscience de la
-dignité d'homme. Les faux honneurs et les fausses louanges augmentent la
-fierté, alors qu'au contraire, les fausses humiliations et le faux blâme
-augmentent la conscience de la dignité.
-
-
-
-IV.--_Conséquences de la tentation de l'orgueil._
-
-1
-
-De même que les mauvaises herbes qui poussent parmi le blé, boivent
-l'eau et le jus de la terre et empêchent le soleil de pénétrer jusqu'au
-blé, l'orgueil absorbe toutes les forces de l'homme et lui cache la
-lumière de la vérité.
-
-2
-
-La conscience du péché est souvent plus utile à l'homme qu'une bonne
-action: la conscience du péché humilie l'homme, alors qu'une bonne
-action augmente souvent sa fierté.
-
-3
-
-Il y a bien des punitions pour un orgueilleux; mais la punition
-principale et la plus douloureuse est le fait que, malgré tous les
-mérites qu'il pourrait avoir et tous ses efforts les gens ne l'aiment
-pas.
-
-4
-
-Dès que je me réjouis en disant: comme je suis bon, c'est fini, je tombe
-dans l'abîme.
-
-5
-
-L'orgueilleux veut se distinguer des autres et se prive ainsi de la
-meilleure joie de la vie, de la communication libre et joyeuse avec les
-hommes.
-
-6
-
-L'orgueilleux craint toute critique. Il la craint parce qu'il sent que
-sa grandeur n'est pas solide, qu'elle ne tient que jusqu'au moment où il
-n'y a pas le moindre petit trou dans le ballon qui le gonfle.
-
-7
-
-L'orgueil pourrait encore se comprendre s'il plaisait aux gens et les
-attirait. Mais il n'y a pas de défaut qui éloigne davantage.
-
-8
-
-L'assurance étonne les gens au début. Et, les premiers temps, ils
-attribuent à l'homme confiant en lui-même exactement la même importance
-que celle qu'il se donne. Mais l'étonnement passe vite. Les gens sont
-bientôt désenchantés et ils paient par le mépris pour avoir été
-trompés.
-
-
-
-V.--_La lutte contre la tentation de l'orgueil._
-
-1
-
-Il y aurait bien moins de mal sur la terre si le sentiment de l'orgueil
-n'existait pas. Comment se débarrasser de cette cause du mal? Il n'y
-a qu'un moyen: le travail de chacun sur lui-même. Les tentations de
-l'orgueil ne disparaissent que lorsque nous extirpons en nous cette
-profonde racine du mal. S'il vit dans notre cœur, comment pouvons-nous
-espérer qu'il mourra dans les cœurs des autres hommes? C'est pourquoi,
-la seule chose que nous puissions faire pour notre bien et pour le bien
-des autres, c'est de tarir en nous cette source du mal dont les autres
-souffrent.
-
-Aucune amélioration n'est possible, tant que chacun n'aura commencé cet
-amendement de lui-même.
-
- D'après LAMENNAIS.
-
-2
-
-Il n'est facile de vivre avec un homme que si on ne se considère pas
-comme supérieur et meilleur que lui; et qu'on ne le croit ni supérieur
-ou ni meilleur que soi-même.
-
-3
-
-Le but principal de la vie est le perfectionnement de l'âme. Mais
-l'orgueilleux se croit toujours très bon. C'est pour cette raison que
-l'orgueil est particulièrement nuisible. Il empêche de travailler à
-l'œuvre principale de la vie humaine: devenir meilleur.
-
-4
-
-«Mais que le plus grand d'entre vous soit votre serviteur. Car
-quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé.»
-(MATTH., XXIII, 11-12.)
-
-Celui qui s'élève dans l'opinion des gens sera abaissé, car celui
-que l'on croit bon, sage, charitable, ne s'efforcera pas de devenir
-meilleur, plus sage, plus charitable.
-
-Mais celui qui s'abaisse sera élevé, car celui qui se croit mauvais
-s'efforcera de devenir meilleur, plus charitable, plus sage.
-
-Les présomptueux font ce que ferait le piéton si, au lieu de marcher,
-il s'était hissé sur des échasses. Sur les échasses on est plus haut,
-la boue ne vous atteint pas, les pas sont plus grands, mais le malheur
-est qu'on ne peut aller loin ainsi, sans compter que l'on risque
-continuellement de tomber dans la boue, de faire rire les gens et de
-rester en arrière.
-
-Il en est de même des vaniteux. Ils restent bien en arrière de ceux qui
-ne s'élèvent pas au-dessus de leur taille et, en outre, ils tombent
-souvent de leurs échasses et deviennent la risée de fous.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIII
-
-DE L'INÉGALITÉ
-
-
-La base de la vie de l'homme, est le séjour en lui de l'esprit divin,
-égal chez tous les hommes. Et c'est pourquoi les hommes sont tous égaux
-entre eux.
-
-
-I.--_De la tentation de l'inégalité._
-
-1
-
-Autrefois, les hommes croyaient qu'ils étaient d'origine différente,
-appartenant aux tribus de Cham ou à celles de Japhet, et que les uns
-devaient être maîtres et les autres esclaves. Ils reconnaissaient cette
-division en maîtres et en esclaves parce qu'ils croyaient qu'elle avait
-été instituée par Dieu. Cette superstition vulgaire et pernicieuse
-subsiste encore, mais sous un autre aspect.
-
-2
-
-Il suffit de jeter un coup d'œil sur la vie des peuples chrétiens,
-divisés en classes, pour être frappé du degré effrayant d'inégalité
-auquel sont arrivés les gens qui professent la loi du christianisme
-et mettent en avant le mensonge de l'égalité. Parmi ces classes, les
-unes passent leur vie entière dans un travail abrutissant, inutile et
-meurtrier, les autres sont blasées des plaisirs de tous genres.
-
-3
-
-L'une des croyances les plus anciennes et les plus profondes comme idée,
-était celle des Hindous. La raison pour laquelle elle n'est pas devenue
-une croyance universelle et n'a pas donné à la vie des hommes les fruits
-qu'elle pouvait apporter, est que ses maîtres ont estimé que les hommes
-n'étaient pas égaux et les ont divisés en castes. Pour les gens qui se
-croient inégaux, il ne peut y avoir de vrai religion.
-
-4
-
-On pourrait comprendre que les gens se croient inégaux parce que l'un
-est plus fort, plus grand que l'autre, ou plus intelligent, ou plus
-hardi, ou plus savant ou meilleur. Mais ce n'est pas ainsi que l'on
-distingue les hommes habituellement. On estime que les hommes ne sont
-pas égaux parce que l'un s'appelle comte et l'autre paysan, que l'un
-porte des vêtements riches et l'autre des sabots.
-
-5
-
-Les hommes de notre époque comprennent déjà que l'inégalité des hommes
-est une superstition et ils la blâment intérieurement. Mais ceux qui en
-retirent un profit ne se décident pas à s'en séparer, tandis que ceux
-pour qui elle est désavantageuse ne savent pas comment la supprimer.
-
-6
-
-Les gens se sont habitués à diviser les hommes en gens distingués et
-non distingués, valeureux et lâches, instruits et non instruits, et ils
-se sont si bien accoutumés à ce classement, qu'ils croient, en réalité,
-que les uns peuvent être meilleurs que les autres, parce que les uns
-sont placés par les hommes dans une catégorie et les autres dans une
-autre.
-
-7
-
-Rien que la coutume admise chez les gens riches de tendre la main aux
-uns et de ne pas la tendre aux autres, de faire entrer les uns au salon
-et de recevoir les autres dans l'anti-chambre, prouve combien les gens
-sont loin de reconnaître l'égalité entre eux.
-
-8
-
-Si la superstition de l'inégalité n'existait pas, les hommes ne
-pourraient jamais commettre tous les forfaits qu'ils commettent sans
-cesse, uniquement parce qu'ils n'admettent pas que tous les hommes sont
-égaux.
-
-
-
-II.--_Les excuses de l'inégalité._
-
-1
-
-Rien ne donne tant d'assurance que la camaraderie pour accomplir des
-mauvaises actions, et cela par le fait que quelques hommes seulement
-s'unissent entre eux, en laissant tous les autres à l'écart.
-
-2
-
-Ceux qui se font valoir devant les autres sont tout autant fautifs de
-l'inégalité des hommes que ceux qui se croient, inférieurs aux gens qui
-se vantent devant eux.
-
-3
-
-Nous sommes étonnés de voir combien ce que nous appelons maintenant
-le christianisme est loin de ce que prêchait Jésus, et combien notre
-vie est loin du christianisme. Et, cependant, cela pouvait-il être
-autrement lorsqu'il s'agissait d'une doctrine qui, au milieu des gens
-qui croyaient que Dieu a divisé les hommes en maîtres et esclaves,
-en fidèles et infidèles, en riches et pauvres, apprenait aux gens la
-vraie égalité, disant que tous les hommes était fils de Dieu, que tous
-sont frères, que la vie de tous étaient également sacrée. Les gens qui
-embrassèrent la doctrine du Christ ne pouvaient choisir qu'entre ces
-deux alternatives: modifier toute l'ancienne organisation sociale, ou
-dénaturer la doctrine. Ils ont choisi la dernière.
-
-
-
-III.--_Tous les hommes sont frères._
-
-1
-
-Il est stupide de voir un homme se croire meilleur que tous les autres,
-mais c'est plus stupide encore de voir tout un peuple s'estimer meilleur
-que les autres peuples. Et chaque peuple, la plus grande partie de
-chaque peuple, vit dans cette affreuse, sotte et mauvaise superstition.
-
-2
-
-On comprend qu'un Juif, un Grec, un Romain non seulement ait maintenu
-l'indépendance de son peuple par le meurtre, mais encore ait cherché
-à soumettre les autres peuples par les mêmes procédés; il croyait que
-son peuple était le vrai peuple bon, charitable et aimé de Dieu, et
-que tous les autres étaient des Philistins, des barbares. Les hommes du
-Moyen Âge pouvaient également le croire; on pouvait le croire naguère
-encore, à la fin du siècle dernier. Mais, à notre époque, nous ne
-pouvons plus le croire.
-
-3
-
-L'homme qui comprend le sens et la signification de la vie est forcé de
-sentir son égalité et sa fraternité avec tous les hommes non seulement
-de son peuple, mais de tous les peuples.
-
-4
-
-Chaque homme, avant d'être autrichien, serbe, turc, chinois, est un
-homme, c'est-à-dire un être raisonnable et aimant dont l'unique mission
-est de remplir sa destinée pendant le court laps de temps qu'il doit
-vivre en ce monde. Cette mission est d'aimer tous les hommes.
-
-5
-
-Un enfant accueille un autre, indépendamment de la classe de la religion
-ou de la nationalité à laquelle il appartient, d'un sourire bienveillant
-qui exprime la joie. L'homme adulte qui devrait être plus raisonnable
-que l'enfant, se demande, avant d'entrer en relations avec un autre,
-quelle est sa classe, sa religion, sa nationalité et le traite de façon
-ou d'autre, suivant sa classe, sa nationalité. Le Christ disait bien:
-soyez comme les enfants.
-
-6
-
-Le Christ a appris aux hommes que la distinction entre leur peuple et
-les peuples étrangers était une supercherie et un mal. Ayant compris
-cela, le chrétien ne peut plus concevoir un sentiment d'inimitié pour
-d'autres peuples; il ne peut plus excuser, ainsi qu'il le faisait
-auparavant, les actes de cruauté à l'égard des peuples étrangers, par
-le fait que ces peuples étaient pires que le sien. Le chrétien ne peut
-pas ignorer que sa distinction des autres peuples est un mal, que cette
-distinction est une tentation, et, par conséquent, il ne peut plus se
-laisser abuser, ainsi qu'il le faisait auparavant.
-
-Le chrétien ne peut pas ignorer que son bonheur est lié, non pas à
-celui des hommes de son peuple seul, mais au bonheur des hommes de tout
-l'univers; il sait que son union avec tous les hommes ne peut être
-rompue par la frontière et les règlements relatifs à sa nationalité. Il
-sait que tous les hommes sont frères partout, et sont, par conséquent,
-tous égaux.
-
-
-
-IV.--_Tous les hommes sont égaux._
-
-1
-
-L'égalité, c'est la reconnaissance à tous les hommes de droits égaux
-aux bienfaits de la nature de leur vie en commun et au respect de la
-personnalité humaine.
-
-2
-
-La loi de l'égalité des hommes renferme toutes les lois morales; c'est
-le point auquel ces lois ne peuvent atteindre, mais vers lequel elles
-convergent toutes.
-
- E. CARPENTER.
-
-3
-
-Le vrai «moi» de l'homme est spirituel. Et ce «moi» est le même en tous.
-Alors comment les hommes pourraient-ils ne pas être égaux?
-
-4
-
-Et un jour la mère et les frères de Jésus-Christ vinrent chez lui, mais
-ne purent le voir parce qu'il y avait beaucoup de monde autour de Lui.
-Et un homme les aperçut, et il s'approcha de Lui et dit: «Les gens de Ta
-famille, Ta mère et Tes frères sont dehors et veulent te voir.» Mais,
-Jésus dit:--Ma mère et mes frères sont ceux qui ont compris la volonté
-de mon Père et qui l'accomplissent.
-
-Les paroles de Jésus signifient que pour un homme raisonnable qui
-comprend sa destination, il ne peut y avoir de différence ou d'avantages
-entre les uns et les autres.
-
-5
-
-Nous sommes mécontents de la vie parce que nous ne cherchons pas le
-bonheur là où il nous est donné.
-
-C'est là la raison de toutes les tentations.
-
-Le bonheur incomparable de la vie, avec toutes ses joies, nous est
-donné. Et nous disons: nous avons peu de joies. On nous donne le plus
-grand bonheur de la vie: la communion entre tous les hommes, mais nous
-disons: je veux mon bonheur à moi, celui de ma famille, celui de mon
-peuple.
-
-
-
-V.--_Pourquoi tous les hommes sont égaux._
-
-1
-
-Seul celui qui ignore que Dieu vit en lui, peut attribuer à certaines
-gens plus d'importance qu'aux autres.
-
-2
-
-Lorsque l'homme aime les uns plus que les autres, il aime d'un amour
-humain. Pour l'amour divin, tous les hommes sont égaux.
-
-3
-
-Le même sentiment d'attendrissement tout particulier que nous éprouvons
-indifféremment à la vue d'un nouveau-né, aussi bien qu'à la vue d'un
-être humain qui vient de mourir, indépendamment de la classe à laquelle
-il appartient, nous démontre notre conscience innée de l'égalité de tous
-les hommes.
-
-4
-
-Si l'on considère tous les hommes comme ses égaux, cela ne veut pas dire
-que l'on est aussi fort, aussi agile, aussi intelligent, aussi instruit,
-aussi bon que les autres; cela veut dire qu'il y a en toi la chose la
-plus importante au monde qui est la même en tous les hommes: l'Esprit de
-Dieu.
-
-5
-
-Dire que les hommes ne sont pas égaux, serait prétendre que le feu de la
-cheminée, de l'incendie, de la bougie n'est pas le même. L'esprit divin
-vit en chaque homme. Comment pouvons-nous faire une différence entre les
-porteurs du même principe?
-
-Un feu a pris, l'autre prend seulement; mais le feu est le même et nous
-nous comportons envers chaque feu de la même façon.
-
-VI.--_La reconnaissance de l'égalité de tous les hommes est possible et
-l'humanité s'y rapproche._
-
-1
-
-Les hommes s'occupent à établir l'égalité devant leurs lois, mais ils
-ne veulent rien savoir de l'égalité établie par la loi éternelle qu'ils
-transgressent par leur loi.
-
-2
-
-Ne devrions-nous pas nous efforcer d'organiser notre vie de façon à ce
-que l'élévation sur les degrés de l'échelle sociale ne séduise pas les
-hommes, mais les effraye; car cette élévation les prive de l'un des
-principaux bienfaits de la vie: des rapports égaux entre tous les hommes.
-
- D'après RUSKIN.
-
-3
-
-On dit que l'égalité est impossible. Il faudrait dire au contraire:
-l'inégalité est impossible parmi les chrétiens.
-
-On ne peut pas faire qu'un homme grand, devienne petit, un fort faible,
-un intelligent sot, un ardent froid, mais on peut et on doit également
-aimer et respecter un petit comme un grand, un faible comme un fort, un
-sage comme un sot.
-
-4
-
-On dit toujours que les uns sont plus forts, les autres plus faibles,
-que les uns sont plus intelligents, les autres plus bêtes. C'est
-précisément parce que les uns sont plus intelligents, ou plus forts que
-les autres, dit Lichtenberg, que l'égalité des droits des hommes est
-nécessaire. Si, outre l'inégalité intellectuelle et physique, il y avait
-encore l'inégalité des droits, l'oppression des faibles par les forts
-serait encore plus grande.
-
-5
-
-Ne crois pas que l'égalité est impossible, ou bien qu'elle ne puisse
-être réalisée dans un avenir très éloigné. Apprends-la chez les
-enfants. Elle peut exister dès à présent pour chaque homme. Toi-même,
-tu peux établir dans ta vie l'égalité envers tous les gens que tu
-rencontres. Seulement, ne témoigne pas de respect particulier à ceux
-qui se croient grands et haut placés, mais traite surtout avec le
-même respect ceux que l'on considère comme petits et placés au bas de
-l'échelle sociale.
-
-
-
-VII.--_Tous les hommes sont égaux pour celui qui vit de la vie
-spirituelle._
-
-1
-
-Pour le chrétien l'amour est un sentiment qui veut le bonheur de tous
-les hommes. Pour bien des gens le mot «amour» exprime un sentiment
-absolument contraire, parce qu'ils l'envisagent sous son aspect animal:
-c'est le sentiment qui force la mère, pour le bien de son enfant, à
-ravir, en prenant une nourrice, le lait de sa mère à un autre enfant; un
-père à arracher le dernier morceau à ceux qui ont faim pour le donner
-à ses enfants; celui qui aime une femme, à la faire souffrir en la
-séduisant, ou, par jalousie, causer sa perte et la sienne; le sentiment
-qui détermine les gens du même clan à nuire à ceux des camps étrangers
-ou ennemis; celui qui pousse les hommes outragés dans leur orgueil
-national à couvrir les champs de bataille de morts et de blessés.
-Ces sentiments ne sont pas de l'amour, car ceux qui les éprouvent ne
-reconnaissent pas tous les hommes comme égaux. Et sans la reconnaissance
-de l'égalité des hommes, il ne peut y avoir de véritable amour.
-
-2
-
-On ne peut combiner l'inégalité avec l'amour. L'amour est comme le
-soleil qui éclaire indifféremment tout ce qui tombe sous ses rayons.
-Quand l'amour luit sur l'un et exclut l'autre, cela montre qu'il n'est
-pas amour, mais seulement quelque chose qui lui ressemble.
-
-3
-
-Il est difficile d'aimer également tous les hommes; mais pour la raison
-que cela est difficile, on ne peut pas dire qu'on ne doit pas s'efforcer
-de le réaliser.
-
-Tout ce qui est bien est difficile.
-
-4
-
-Plus les hommes sont inégaux par leurs qualités, plus on doit se donner
-de la peine pour les traiter d'une façon égale.
-
-5
-
-En toi, en moi, en chacun de nous demeure le Dieu de la vie. Tu as tort
-de te fâcher contre moi, de ne pas supporter mon approche: sache, que
-nous sommes tous égaux.
-
- MAKHMUD HASCHA _hindou._
-
-
-
-
-CHAPITRE XIV
-
-DE LA VIOLENCE
-
-
-Une des raisons principales des malheurs des hommes est de croire à
-la possibilité d'améliorer, d'organiser la vie des autres hommes en
-recourant à la violence.
-
-
-I.--_La violence de l'homme exercée sur l'homme._
-
-1
-
-L'erreur de croire que les hommes peuvent, par la force, organiser la
-vie de leurs pareils, provient non de l'invention de cette duperie par
-tel ou tel, mais de ce que, poussés par leurs passions, les hommes
-avaient commencé par violenter leurs semblables, puis ont cherché une
-excusé à cette violence.
-
-2
-
-Les hommes voient qu'il y a quelque chose de mauvais dans leur vie,
-qu'il y a quelque chose à améliorer. Mais nous ne pouvons améliorer
-que ce qui est en notre pouvoir: nous-même. A cette fin, il faut tout
-d'abord reconnaître que nous ne sommes pas bons, et on n'en a pas envie.
-Dès lors, toute notre attention se concentre non pas sur ce qui est
-en noire pouvoir: notre âme, mais sur les conditions extérieures qui
-ne sont pas en notre pouvoir et dont la modification ne pourrait pas
-plus améliorer la situation des hommes que le transvasement du vin
-d'un récipient dans un autre ne peut changer sa qualité. De là, la vie
-oisive, d'abord, puis, nuisible, présomptueuse (nous corrigeons les
-autres hommes) et méchante (on peut tuer les hommes qui entravent le
-bonheur général).
-
-3
-
-On croit forcer les gens à bien vivre en employant la contrainte, alors
-que l'on montre soi-même l'exemple de la mauvaise vie en recourant à
-la violence. Les hommes sont dans la boue et, au lieu de tâcher d'en
-sortir, ils apprennent aux autres ce qu'il faut faire pour ne pas se
-salir.
-
-4
-
-Il est facile d'organiser la vie des autres, parce que si nous
-l'organisons mal, ce n'est pas nous qui en souffrons, mais les autres.
-
-5
-
-Seul celui qui ne croit pas en Dieu peut s'imaginer que des gens pareils
-à lui peuvent organiser sa vie de façon à ce qu'elle soit meilleure.
-
-6
-
-L'erreur de croire qu'il y à des gens qui peuvent organiser la vie des
-autres est effrayante parce qu'avec celle croyance, plus les gens sont
-pervers, plus ils sont estimés.
-
-7
-
-Lorsque les gens disent que tous doivent vivre en paix, n'offenser
-personne, alors qu'eux-mêmes forcent les gens, non par la douceur, mais
-par la violence, à vivre comme ils veulent; c'est comme s'ils disaient:
-faites ce que nous disons, mais non ce que nous faisons. On peut
-craindre ces gens-là, mais on ne peut pas avoir foi en eux.
-
-
-
-II.--_La lutte contre le mal par la violence est inadmissible parce que
-les hommes conçoivent le mal différemment._
-
-1
-
-Etant donné que chaque homme détermine le mal à sa manière, il
-semblerait évident que si chacun combat le mal par la violence, cela
-ne peut qu'augmenter le mal au lieu de le diminuer. Si Jean estime que
-Pierre n'agit pas bien et se croit en droit de faire du mal à Pierre,
-celui-ci prend le même droit de faire du mal à Jean, et le mal ne fait
-qu'augmenter.
-
-Mais chose étrange: tout en pénétrant les lois du mouvement des étoiles,
-les hommes ne comprennent pas une vérité aussi évidente. Pourquoi? Parce
-qu'ils croient que la violence est bienfaisante.
-
-2
-
-La doctrine conformément à laquelle l'homme ne peut et ne doit jamais
-faire violence pour arriver à ce qui lui semble bien, est juste pour
-cette simple raison que tous les hommes n'entendent pas le bien et
-le mal de la même façon. Ce que l'un considère comme mal est douteux
-(d'autres le considèrent comme bien), tandis que la violence dont il use
-afin de supprimer le mal: coups, blessures, entraves à la liberté, mort,
-est incontestablement un mal.
-
-3
-
-Le plus grand mal de la superstition suivant laquelle on peut organiser
-la vie des autres, par la violence, réside en ce fait, qu'aussitôt qu'un
-homme se permet d'user de violence à l'égard d'un seul pour le bien de
-tous, il n'y a plus de borne au mal qu'il pourrait commettre. C'est la
-même superstition qui justifiait dans les temps passés, les tortures,
-l'inquisition, le servage, et à notre époque, les guerres qui font périr
-des millions d'hommes.
-
-
-
-III.--_L'inefficacité de la violence._
-
-1
-
-Forcer les gens par la violence à cesser de faire le mal revient au même
-que de poser une digue sur une rivière, et de se réjouir que, l'eau
-soit devenue moins profonde derrière la digue. De même que la rivière
-inondera la digue en son temps et coulera comme par le passé, les hommes
-qui font le mal ne cesseront pas de le faire, mais attendront simplement
-une occasion propice.
-
-2
-
-Celui qui exerce sur nous la violence semble nous priver de nos droits,
-et c'est pourquoi, nous le détestons. Par contre, nous aimons comme nos
-bienfaiteurs ceux qui savent nous convaincre. Ce n'est pas le sage,
-mais l'homme grossier et ignorant qui a recours à la violence. Pour
-employer la force, il faut de nombreux collaborateurs; pour convaincre,
-on n'a besoin de personne. Celui qui se sent suffisamment fort pour
-agir sur la raison n'aura pas recours à la violence. Seuls ceux qui se
-reconnaissent incapables de persuader, usent de violence.
-
- D'après SOCRATE.
-
-3
-
-Contraindre les gens à faire ce qui me semble bon, est le meilleur moyen
-de les en dégoûter.
-
-4
-
-Chacun sait combien il est difficile de modifier sa vie et de devenir
-tel que l'on voudrait. Mais lorsqu'il s'agit des autres, il nous semble
-qu'il suffit seulement d'ordonner et d'effrayer pour que les autres
-deviennent tels que nous désirerions qu'ils soient.
-
-5
-
-S'il est possible de soumettre les hommes à l'équiter par la violence,
-cela ne veut pas dire qu'il soit juste de soumettre les hommes par la
-violence.
-
- PASCAL.
-
-
-
-IV.--_L'erreur d'organiser la vie par la violence._
-
-1
-
-Il a déjà été fait, tant de sacrifices sur l'autel du Dieu de la
-violence qu'on aurait pu peupler de ces victimes vingt planètes de la
-grandeur de la terre; mais est-on arrivé au moindre résultat? A aucun,
-sinon à ce fait que la situation des peuples empire de plus en plus.
-Malgré tout, la violence demeure toujours l'idole. Devant, son autel,
-baigné de sang, l'humanité semble vouloir se prosterner jusqu'à la
-consommation des siècles, au son du tambour; au bruit des canons et des
-gémissements humains.
-
- ADIN BALLOU.
-
-2
-
-«L'instinct de conservation est la première loi de la nature» disent
-ceux qui nient la loi de la non-résistance.
-
-«D'accord, mais qu'en résulte-t-il?» demandai-je!
-
-«Il en résulte que la défense contre ce qui menace est également
-une loi de la nature. Et de là, cette conclusion que la lutte et,
-sa conséquence, la disparition du plus faible, est une loi de la
-nature; et cette loi justifie incontestablement la guerre, la violence
-et la vengeance; de sorte que la conséquence de l'instinct de
-conservation,--est que la défense est légitime; par suite, la doctrine
-qui défend l'emploi de la violence est erronée, comme étant contraire à
-la nature et aux conditions de la vie sur la terre.»
-
---Je suis d'accord que l'instinct de conservation est la première loi
-de la nature, et qu'il incite à la défense. Je suis d'accord que les
-hommes, à l'instar des organismes inférieurs, luttent ordinairement
-les uns contre les autres, s'offensent et s'entre-tuent même, sous le
-prétexte de se défendre et de se venger. Mais j'y vois uniquement que
-la plupart des hommes, malgré la loi humaine supérieure qui leur est
-révélée continuent malheureusement à vivre suivant la loi bestiale, et
-se privent ainsi du moyen de défense le plus efficace: de payer le mal
-par le bien, ce dont ils auraient pu profiter s'ils n'avaient pas suivi
-la loi bestiale de la violence, mais la loi humaine de l'amour.
-
- ADIN BALLOU.
-
-3
-
-Il est certain que la violence et le meurtre révoltent l'homme et que
-son premier mouvement est d'y opposer la violence et le meurtre. Un
-tel procédé, bien qu'il se rapproche de celui employé par les animaux
-et soit peu efficace, n'a rien d'insensé ni de contradictoire. Mais il
-n'en est pas de même lorsqu'il s'agit de justifier ces procédés. Dès
-que les gens qui organisent notre vie, veulent excuser ces actes par
-une argumentation raisonnable, il devient indispensable d'échaffauder
-des inventions ingénieuses et complexes afin de masquer l'ineptie d'une
-pareille tentative.
-
-Le moyen principal de justification est de citer l'exemple d'un brigand
-imaginaire qui torture et assassine des innocents devant nous.
-
-«Vous pouvez vous sacrifier en vertu de votre conviction sur
-l'illégalité de la violence, mais cette fois vous sacrifiez la vie d'un
-autre,» disent les défenseurs de la violence.
-
-Mais d'abord, un tel brigand est un cas exceptionnel; bien des gens
-peuvent vivre des centaines d'années sans rencontrer un brigand qui
-tuerait des innocents devant eux. Pourquoi baserai-je les règlements
-de ma vie sur cette invention? En envisageant la vie réelle et non pas
-des inventions, nous apercevons tout autre chose. Nous voyons des gens,
-et nous-mêmes, accomplissant les actions les plus cruelles, et cela
-non pas isolement, comme ce brigand imaginaire, mais en commun avec
-d'autres personnes, et non pas parce que nous serions des malfaiteurs
-comme le dit brigand, mais parce que nous nous trouvons sous l'influence
-de la superstition suivant laquelle la violence est légitime. Ensuite,
-nous voyons que les actions les plus cruelles viennent non pas du
-brigand imaginaire, mais de gens qui fondent leur conduite sur
-l'existence imaginaire de ce brigand. De sorte que l'homme qui réfléchit
-reconnaîtrait que la cause du mal ne réside nullement en ce brigand
-imaginaire, mais dans la cruelle erreur qui incite à faire un mal réel
-en vertu d'un mal imaginaire.
-
-
-
-V.--_Les conséquences néfastes de la superstition de la violence._
-
-1
-
-Le mal dont les gens croient se défendre par la violence est
-incomparablement moindre que celui qu'ils se font en se défendant par la
-violence.
-
-2
-
-Non seulement le Christ, mais tous les sages de l'univers, et les
-Brahmanes, et les Bouddhistes, et les Taoistes, et les savants grecs,
-ont enseigné que les gens raisonnables devaient payer le mal par le bien
-et non par le mal. Mais ceux qui vivent eux-mêmes de la violence disent
-que ce n'est pas possible, que la vie serait ainsi plus malheureuse. Et
-ils ont raison pour eux-mêmes, mais non pas pour ceux qu'ils violentent.
-
-3
-
-Il est difficile d'observer la doctrine de la non-résistance au mal par
-la violence; mais est-il plus facile d'observer celle de la lutte et de
-la vengeance?
-
-Pour obtenir une réponse à cette question, ouvrez l'histoire de
-n'importe quel peuple et lisez la description de l'une des cent mille
-batailles que les hommes se sont livrées pour obéir à la loi de la
-lutte. Au cours de ces guerres ont été tué des milliards d'hommes, si
-bien que pendant une seule on a sacrifié un plus grand nombre de vies,
-supporté plus de souffrances qu'il ne s'en accumulerait pendant des
-siècles en ne résistant pas au mal.
-
-4
-
-La violence provoque la colère, et celui qui en use pour se défendre non
-seulement n'y trouve pas une garantie, mais s'expose le plus souvent
-à des dangers plus grands encore. Aussi, employer la violence pour sa
-garantie est un mauvais calcul.
-
-5
-
-Toute violence ne désarme pas l'homme, mais ne fait que l'irriter
-davantage. Il est donc évident que la violence ne saurait améliorer la
-vie des hommes.
-
-6
-
-La violence assure un semblant de justice, tandis qu'elle éloigne les
-hommes de la possibilité de mener une vie juste sans violence.
-
-7
-
-Pourquoi le christianisme a-t-il été perverti? Pourquoi la moralité
-est-elle tombée si bas? Il n'y a qu'une seule raison à cela; la foi en
-l'efficacité du régime de violence.
-
-VI.--_Seule la non-résistance au mal par la violence permet à l'humanité
-de substituer la loi de l'amour à la loi de la violence._
-
-1
-
-La signification des paroles: «Vous avez entendu qu'il a été dit:
-œil pour œil, dent pour dent. Mais moi je vous dis: ne résiste pas
-au méchant. Et celui qui te frappera etc.,» est absolument claire et
-n'exige aucune explication ni commentaire. Il est impossible de ne
-pas comprendre que ces paroles signifient que le Christ, en reniant
-l'ancienne loi de violence: œil pour œil dent pour dent, renie par
-cela même tout l'ordre des choses fondée sur cette loi, et institue
-une nouvelle loi d'amour entre tous les hommes sans distinction et,
-par cela même, une nouvelle organisation sociale qui n'est plus fondée
-sur la violence, mais sur l'amour universel. Alors, comprenant cette
-doctrine dans son véritable sens et prévoyant que sa mise en pratique
-fera disparaître tous leurs privilèges et avantages, certains hommes ont
-crucifié le Christ et continuent à crucifier ses disciples. D'autres
-hommes ayant également compris le sens réel de la doctrine sont allés et
-vont encore à la croix, en rapprochant de plus en plus le moment de la
-nouvelle organisation de la vie fondée sur la loi de l'amour.
-
-2
-
-La doctrine de la non-résistance au mal par le mal n'est pas une
-nouvelle loi, mais simplement le signalement de la déviation de la loi
-de l'amour, savoir que toute admission de violence contre son prochain,
-que ce soit sous prétexte de vengeance ou sous celui de la libération de
-soi-même ou de son prochain du mal, est incompatible avec l'amour.
-
-3
-
-Rien n'entrave l'amélioration de la vie humaine tant que le désir des
-hommes d'améliorer leur vie par des actes de violence. Et la violence
-des uns envers les autres, nous détourne plus que tout de la seule chose
-qui pourrait améliorer notre vie: l'effort sur nous-mêmes pour devenir
-meilleurs.
-
-4
-
-Moins l'homme est satisfait de lui-même et de sa vie intérieure, plus
-il se fait remarquer dans la vie extérieure, publique.
-
-Afin de ne pas tomber dans cette erreur, l'homme doit comprendre et se
-souvenir qu'il n'a pas le pouvoir et qu'il n'est pas appelé à organiser
-la vie des autres, mais qu'il doit s'occuper, comme tous les hommes,
-uniquement de son perfectionnement intérieur que cela seulement est en
-son pouvoir et que cette conduite seule peut avoir une action sur la vie
-des autres.
-
-5
-
-Si les hommes consacraient le temps et les forces dépensés aujourd'hui
-à l'organisation de la vie des autres à la lutte de chacun contre
-ses propres péchés, le but qu'ils veulent atteindre--la meilleure
-organisation de la vie--serait bien vite réalisé.
-
-6
-
-Lorsqu'on demandait à Socrate où il était né, il disait: sur la terre.
-Lorsqu'on lui demandait de quel pays il était; il répondait: du pays
-universel.
-
-Nous devons nous souvenir que, devant Dieu, nous sommes tous les
-habitants de la même terre, et que nous sommes tous sous le pouvoir
-suprême de la loi divine.
-
-Cette loi est toujours la même pour tous les hommes.
-
-7
-
-Aucun homme ne peut être ni un instrument, ni un but. Là est sa dignité
-d'homme. Et de même qu'il ne peut disposer de sa personne à aucun prix
-(ce qui serait contraire à sa dignité), il n'a pas le droit de disposer
-de la vie d'autrui; autrement dit, il doit reconnaître la dignité
-humaine de chaque homme, et c'est pourquoi, il doit exprimer son respect
-à chaque homme.
-
- KANT.
-
-8
-
-A quoi servirait aux hommes la raison, si l'on ne peut les influencer
-que par la violence?
-
-9
-
-Chose étrange! L'homme se révolte à la vue du mal venant du dehors, des
-autres, du mal qu'il ne peut supprimer; mais il ne lutte pas contre son
-propre mal, bien que cela soit toujours en son pouvoir.
-
- MARC-AURÈLE.
-
-10
-
-On peut instruire les autres en leur révélant la vérité et en leur
-donnant l'exemple du bien, et non pas en les forçant à faire ce que nous
-voulons.
-
-11
-
-Si, au lieu de vouloir sauver l'humanité, chacun travaillait à son
-propre salut et au lieu de vouloir libérer l'humanité, tentait de se
-libérer soi-même,--combien on aurait fait pour le salut et la libération
-de l'humanité.
-
- HERZEN[1].
-
-12
-
-Accomplis ton œuvre de vie en perfectionnant et en améliorant ton âme,
-et sois persuadé que ce n'est qu'ainsi que tu pourras contribuer de la
-façon la plus féconde à l'amélioration de te vie commune des hommes.
-
-13
-
-Notre vie serait belle si nous avions aperçu seulement ce qui détruit
-notre bonheur. Et c'est la superstition de la violence qui ne peut nous
-donner ce bonheur qui le détruit.
-
-
-
-VIII.--_Interprétation erronée du commandement du Christ interdisant
-d'user de la violence contre le mal._
-
-1
-
-La base de l'organisation sociale des païens était la vengeance et la
-violence. Cela devait être ainsi. Il semblerait, par contre, que l'amour
-et la renonciation à la violence auraient dû inévitablement être à la
-base de notre société. Cependant, la violence règne toujours. Pourquoi?
-Parce que ce qui est professé au nom du Christ n'est pas la doctrine du
-Christ.
-
-2
-
-Doit-on comprendre les paroles du Christ sur l'amour envers ceux qui
-nous haïssent, envers nos ennemis, amour qui n'admet aucune violence,
-comme elles ont été dites, c'est-à-dire commandant l'humilité et
-l'amour, ou bien doit-on les comprendre autrement? Et si c'est
-autrement, on doit dire comment. Or, personne ne le fait. Pourquoi?
-Parce que ceux qui se disent chrétiens veulent cacher à eux-mêmes et
-aux autres le sens véritable de la doctrine du Christ commandant le
-changement profond de leur vie. Or, l'ordre actuel leur est profitable.
-
-3
-
-Chose étrange: ceux qui reconnaissent la doctrine du Christ se révoltent
-contre la règle qui n'admet en aucun cas la violence.
-
-L'homme qui reconnaît que le sens et l'œuvre de la vie est dans
-l'amour, se révolte parce qu'on lui indique à cet effet une voie sûre,
-en même temps que les erreurs les plus dangereuses qui pourraient le
-détourner de cette voie. C'est comme si le marin s'indignait contre
-l'indication de la bonne direction au milieu des bancs de sables et
-de récifs. «Pourquoi cette contrainte? Il se peut que j'aie besoin
-d'échouer sur un banc de sable.» Les gens parlent de même lorsqu'ils
-s'indignent contre la défense d'employer la violence et de rendre le mal
-pour le mal.
-
-
-[1] Célèbre écrivain russe, émigré à l'étranger. (_N. du Tr._)
-
-
-
-
-CHAPITRE XV
-
-DU CHÂTIMENT
-
-
-Chez l'animal, le mal provoque le mal. N'ayant pas de frein pour
-se maîtriser, l'animal cherche à rendre le mal pour le mal, sans
-s'apercevoir que le mal accroît inévitablement le mal. L'homme, pourvu
-de raison, ne peut pas lui, ne pas s'en rendre compte et doit, par
-suite, savoir se contenir. Malheureusement, sa nature bestiale l'emporte
-souvent sur sa raison et il emploie cette même raison à justifier le mal
-qu'il commet en le qualifiant de châtiment, de punition.
-
-
-I.--_Le châtiment n'atteint jamais le but par lequel on le justifie._
-
-1
-
-On affirme qu'on peut rendre le mal pour le mal dans un but de
-correction. C'est une erreur. On rend le mal pour le mal, non pour
-corriger les hommes, mais pour se venger. On ne peut corriger le mal par
-le mal.
-
-2
-
-Punir veut dire en russe: donner une leçon. Or, on ne peut enseigner
-que par la bonne parole et le bon exemple. Lorsqu'on rend le mal pour le
-mal on n'instruit pas, mais on déprave.
-
-3
-
-L'erreur qu'on peut supprimer le mal par la punition est tout
-particulièrement dangereuse, pour cette raison que les gens qui
-commettent ainsi le mal considèrent que cela est non seulement permis,
-mais encore bienfaisant.
-
-4
-
-Par la punition, par la menace du châtiment on peut effrayer l'homme, le
-retenir du mal pour un temps, mais on ne peut le corriger.
-
-5
-
-La plus grande partie des malheurs des gens provient de ce que les
-hommes--pécheurs--se sont reconnu le droit de punir.
-
-6
-
-La preuve la plus éclatante de ce que sous le nom de «science» on
-entend souvent des choses insignifiantes, voire monstrueuses, est dans
-l'existence d'une science de punitions, c'est-à-dire visant l'acte le
-plus grossier qu'un homme puisse commettre.
-
-
-
-II.--_Superstition de l'efficacité de la vengeance._
-
-1
-
-De même qu'il existe des superstitions d'idolâtrie, de présages, de
-culte extérieur, etc., il existe chez les hommes une superstition
-universelle en vertu de laquelle les uns peuvent contraindre les autres
-à mener une bonne vie. Les premières superstitions commencent à
-disparaître ou ont disparu, mais celle qui fait croire à la possibilité
-de rendre les hommes heureux par le châtiment des mauvais, continue à
-être reconnue de tous, et l'on commet en son nom les plus grands crimes.
-
-2
-
-«Alors les scribes et les pharisiens Lui amenèrent une femme surprise
-en adultère et, l'ayant placée au milieu d'eux, Lui dirent: Maître,
-cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Or, Moïse
-nous a ordonné dans sa loi, de lapider de telles femmes. Et toi, qu'en
-dis-tu? Ils disaient cela pour L'éprouver, afin de pouvoir L'accuser.
-Mais Jésus, s'étant baissé, se mit à écrire de son doigt sur le sable.
-Et comme ils continuaient à L'interroger, Il se releva et leur dit;--Que
-celui de vous qui est sans péché lui jette le premier la pierre. Et
-s'étant de nouveau baissé il se remit à écrire sur le sable. Quand ils
-entendirent cela, dénoncés par leur conscience, ils se retirèrent l'un
-après l'autre, en commençant par les plus notables jusqu'aux derniers,
-et Jésus lut laissé seul avec la femme. Alors Jésus s'étant relevé et ne
-voyant personne que la femme, lui dit:--Femme, où sont tes accusateurs?
-Personne ne t'a-t-il condamnée? Elle dit: Personne, Seigneur; Jésus lui
-dit: Je ne te condamne pas non plus; va et ne pèche plus.»
-
- JEAN VIII, 3-11.
-
-3
-
-Les hommes font du mal par méchanceté pour se venger d'une offense, par
-une fausse notion des moyens de se protéger; puis, afin de se justifier,
-ils persuadent les autres et eux-mêmes qu'ils agissent ainsi afin de
-corriger celui qui leur a fait du mal.
-
-4
-
-Un certain ordre subsiste dans notre société, non pas parce qu'on
-inflige des punitions à ceux qui troublent cet ordre, mais parce que,
-malgré la mauvaise influence de ces châtiments, les hommes s'aiment et
-ont pitié quand même les uns des autres.
-
-5
-
-Le châtiment est nuisible, moins parce qu'il irrite celui qu'on punit,
-que parce qu'il déprave celui qui punit.
-
-
-
-III.--_La vengeance dans les rapports individuels._
-
-1
-
-Punir un homme pour ses mauvaises actions revient au même que de
-chauffer le feu. Tout homme qui a fait le mal est déjà puni, parce qu'il
-est privé de tranquillité, est tourmenté par sa conscience. Mais si sa
-conscience ne le tourmente pas, toutes les punitions que les hommes
-peuvent lui infliger ne le corrigeront pas, mais ne feront que l'irriter
-davantage.
-
-2
-
-Le vrai châtiment pour chaque mauvaise action est celui qui se produit
-dans l'âme du criminel même, et qui est dans l'abaissement de sa faculté
-de jouir des bienfaits de la vie.
-
-3
-
-Un homme a fait le mal. Et voilà qu'un autre homme ou des hommes, ne
-trouvent rien de mieux que de commettre une nouvelle mauvaise action
-qu'ils qualifient de châtiment.
-
-4
-
-On tue un ours en suspendant une grosse bûche à une corde au-dessus
-d'une auge remplie de miel. L'ours repousse la bûche pour manger
-le miel. La bûche revient et lui donne un coup, l'ours se fâche et
-repousse la bûche plus fort; elle le frappe plus fort encore. Et cela
-dure jusqu'à ce que la bûche tue l'ours. Les hommes agissent de même
-lorsqu'ils rendent le mal pour le mal. Est-il possible que les hommes ne
-puissent être plus raisonnables qu'un ours?
-
-
-
-IV.--_La vengeance dans les rapports sociaux._
-
-1
-
-La thèse sur la rationalité du châtiment non seulement n'a pas contribué
-et ne contribue pas à la bonne éducation des enfants, à la meilleure
-organisation des sociétés et à la moralité de ceux qui croient au
-châtiment dans l'autre monde, mais encore a causé et cause des malheurs
-innombrables: elle endurcit les enfants, affaiblit les liens sociaux et
-déprave les hommes par les promesses de l'enfer en privant la vertu de
-son fondement principal.
-
-2
-
-Si les hommes ne croient pas qu'il faut rendre le bien pour le mal,
-c'est uniquement en raison de ce fait qu'on les a habitués, depuis leur
-enfance, à croire qu'en ne rendant pas le mal, aucun ordre social ne
-saurait exister.
-
-3
-
-S'il est vrai que les hommes bons souhaitent de voir cesser tous les
-méfaits: vols, misère, meurtres, tous les crimes qui souillent la vie
-humaine, ils doivent comprendre qu'on ne saurait y parvenir par la lutte
-et la vengeance. Toute chose engendre une chose à son image et tant que
-nous ne neutralisons pas les offenses et les violences des malfaiteurs
-par des actes absolument contraires et que nous continuons à agir comme
-eux, nous ne ferons qu'encourager et cultiver en eux tout le mal que
-nous désirons supprimer. Nous arriverons à redonner au mal un aspect
-différent, mais le fond restera.
-
- D'après BALLOU.
-
-4
-
-Des dizaines, des centaines d'années s'écouleront peut-être, mais il
-viendra un temps où nos petits enfants s'étonneront de nos châtiments
-comme nous nous étonnons aujourd'hui des autodafés et des tortures.
-«Comment pouvaient-ils ne pas voir l'ineptie, la cruauté, l'inutilité de
-ce qu'ils faisaient» diront nos descendants.
-
-V.--_Dans les rapports personnels des hommes, la vengeance doit faire
-place à l'amour fraternel et le mal ne sera plus enrayé par la violence._
-
-1
-
-Que faire lorsqu'un homme se fâche contre toi et te fait du mal? On peut
-faire bien des choses, mais il ne faut sûrement pas en faire une; il ne
-faut pas faire de mal, c'est-à-dire la même chose qu'il t'a fait.
-
-2
-
-Ne dites pas que si les gens vous font des bienfaits, vous leur en ferez
-aussi, et que si les gens vous humilient, vous les humilierez aussi;
-mais agissez ainsi: si les gens vous font des bienfaits, faites-leur en
-aussi, et s'ils vous humilient, ne les humiliez pas.
-
- MAHOMET.
-
-3
-
-La doctrine d'amour n'admettant pas la violence est utile non seulement
-parce que c'est bien pour l'homme et pour son âme de subir le mal, et de
-rendre le bien pour le mal, mais encore parce que seul le bien arrête
-le mal, l'éteint, ne lui permet pas de se propager. La vraie doctrine
-d'amour est salutaire parce qu'elle ne permet pas au mal de s'éteindre.
-
-4
-
-Il y a assez longtemps que les hommes ont commencé à comprendre
-l'incompatibilité du châtiment avec l'essence supérieure de l'âme
-humaine, et qu'ils ont commencé à imaginer différentes doctrines qui
-permettent de justifier ce penchant bestial. Les uns disent que le
-châtiment est nécessaire pour effrayer; les autres, qu'il est nécessaire
-pour corriger, les troisièmes pour instaurer la justice. Mais toutes ces
-doctrines ne sont qu'un amas de vaines paroles parce qu'elles n'ont pour
-base que de mauvais sentiments: la vengeance, la peur, l'égoïsme, la
-haine. On invente bien des choses, mais on ne se décide pas à faire une
-seule chose utile: ne rien faire; laisser celui qui a péché se repentir
-ou ne pas se repentir, se corriger ou ne pas se corriger; quant à ceux
-qui imaginent ces doctrines et ceux qui les mettent en pratique, ils
-n'ont qu'à laisser les autres tranquilles et à avoir eux-mêmes une bonne
-conduite.
-
-5
-
-Réponds au mal par le bien et tu feras disparaître chez le méchant tout
-le plaisir qu'il voit au mal.
-
-6
-
-Rien ne réjouit les hommes tant que de voir qu'on leur pardonne, et rien
-ne procure plus de joie à celui qui le fait.
-
-7
-
-La bonté vainct tout, et elle-même est invincible.
-
-8
-
-On peut résister à tout hormis à la bonté.
-
- D'après ROUSSEAU.
-
-9
-
-Rendez le mal pour le bien; pardonnez à tous, alors seulement il n'y
-aura plus de mal sur la terre. Peut-être n'auras-tu pas la force de le
-faire; mais sache qu'il ne faut désirer que cela, qu'il ne faut aspirer
-qu'à cela, car cela seul nous sauvera du mal dont nous souffrons tous.
-
-10
-
-Dieu estime le plus celui qui pardonne l'offense, surtout lorsque
-l'offenseur est au pouvoir de l'offensé.
-
- MAHOMET.
-
-11
-
-Alors Pierre, s'étant approché de Lui, dit: Seigneur, combien de fois
-pardonnerai-je à mon frère lorsqu'il pêchera contre moi? Sera-ce jusqu'à
-sept fois? Jésus lui répondit: je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais
-jusqu'à septante fois sept fois.
-
- (MATTH., XVIII, 21, 22)
-
-12
-
-Lorsqu'on pardonne, il ne s'agit pas de dire: «je pardonne», mais il
-faut extirper de son cœur le mauvais sentiment que l'on éprouve à
-l'égard de l'offenseur. Et pour le faire, il faut se souvenir de ses
-propres péchés; alors on découvrira sûrement en soi des actes plus
-repréhensibles que ceux pour lesquels on se fâche.
-
-13
-
-La doctrine d'après laquelle, on ne peut se venger quand on aime,
-est tellement claire qu'elle découle elle-même du sens général de
-cette doctrine. Si même il n'était pas expressément mentionné dans la
-doctrine du Christ que tout chrétien doit rendre le bien pour le mal et
-aimer ceux qui vous haïssent, quiconque comprend cette doctrine déduit
-lui-même cette exigence d'amour.
-
-
-
-VI.--_Il est tout aussi important de ne pas combattre le mal par la
-violence dans les rapports sociaux que dans les rapports individuels._
-
-1
-
-Les hommes désirent rester aussi mauvais qu'ils sont et veulent en même
-temps que leur vie soit meilleure.
-
-2
-
-Nous ne savons pas, nous ne pouvons savoir en quoi consiste le bien
-public; mais, nous savons formellement qu'il ne peut être réalisé que
-par l'accomplissement de la loi éternelle du bien, qui est révélée à
-chaque homme, à sa raison et dans son cœur.
-
-3
-
-On dit qu'on est forcé de payer le mal par le mal, parce que si on ne le
-fait pas, les méchants prendront le dessus sur les bons. Je pense que
-c'est tout le contraire: les méchants opprimeront les bons, lorsque les
-hommes croiront qu'il est permis de payer le mal par le mal, comme cela
-se passe, en effet, chez tous les peuples chrétiens. Les méchants sont
-aujourd'hui les maîtres des bons précisément parce qu'il a été suggéré à
-tous qu'il est non seulement permis, mais encore utile de faire du mal
-aux hommes.
-
-4
-
-En parlant de la doctrine chrétienne, les savants écrivains font
-généralement semblant de croire que la question de l'impossibilité
-d'appliquer le christianisme dans son sens réel est déjà définitivement
-tranchée depuis longtemps.
-
-«Il est inutile de s'occuper de rêves, il faut penser aux choses
-sérieuses, il faut vérifier les rapports entre le capital et le travail,
-organiser le travail, la propriété foncière, ouvrir des marchés,
-instituer des colonies pour le trop plein de la population, régler les
-rapports de l'Église et de l'État, conclure des alliances, garantir la
-sécurité des États et ainsi de suite.
-
-«Il faut s'occuper de questions sérieuses, dignes de l'attention et des
-soins des hommes et non pas rêver à un ordre de choses permettant de
-tendre la joue lorsqu'on vous frappe l'autre, donner aussi son vêtement
-lorsqu'on vous enlève votre chemise et de vivre comme les oiseaux du
-ciel, tout cela n'est que du radotage, dit-on, sans remarquer que le
-fond de toutes ces questions, est précisément contenu en ce qui est
-qualifié de vain radotage.
-
-En effet, toutes ces questions, depuis celle de la lutte entre le
-capital et le travail, jusqu'à celle des nationalités et des rapports
-entre l'Église et l'État, reviennent à cette seule question: Y a-t-il
-des cas dans lesquels l'homme peut et doit faire le mal à son prochain,
-ou ces cas n'existent-ils pas et ne peuvent-ils pas exister pour un
-homme raisonnable? Est-ce raisonnable ou non, et par suite, doit-on
-ou ne doit-on pas rendre le mal par le mal? Il y eut un temps où les
-hommes pouvaient ne pas comprendre et ne comprenaient pas, en effet,
-l'importance de cette question. Mais les souffrances affreuses qui
-accablent l'humanité d'aujourd'hui ont conduit les hommes à reconnaître
-la nécessité de trouver à cette question une solution. Il y a dix neuf
-cents ans que cette question est définitivement résolue par la doctrine
-du Christ. Et c'est pourquoi, à notre époque, nous ne pouvons plus faire
-semblant de méconnaître cette question et d'ignorer sa solution.
-
-VII.--_La véritable conception des conséquences de la doctrine défendant
-la nécessité de la violence, commence à pénétrer dans la conscience de
-l'homme moderne._
-
-1
-
-Le châtiment, est une idée que l'humanité commence à dépasser.
-
-2
-
-L'esprit de Jésus, qu'on s'efforce d'étouffer, se manifeste néanmoins
-partout d'une façon éclatante. L'esprit évangélique n'a-t-il point
-pénétré dans les peuples, ne commence-t-il pas à venir à la lumière?
-Les idées sur les droits et les obligations ne sont-elles pas devenues
-plus claires pour chacun? N'entend-on pas de toutes parts des appels aux
-lois plus équitables, aux institutions protégeant les faibles, fondées
-sur une juste égalité? L'ancienne inimitié entre ceux qu'on a désunis
-par force, ne s'éteint-elle pas? Les peuples ne se sentent-ils pas
-frères?
-
-Tout cela est l'œuvre d'un germe prêt à lever, l'œuvre de l'amour, qui
-débarrassera le monde du péché, qui ouvrira aux peuples une nouvelle
-voie de vie, dont la loi intérieure ne sera plus la violence, mais
-l'amour des uns pour les autres.
-
- LAMENNAIS.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVI
-
-DE LA VANITÉ
-
-
-Rien ne pervertit la vie des hommes et ne les prive aussi sûrement de
-leur vrai bonheur, comme l'habitude de vivre non d'après les préceptes
-des sages et selon leur propre conscience, mais d'après ce qui est
-reconnu comme bon et approuvé par les gens parmi lesquels l'on vit.
-
-
-I.--_En quoi consiste la tentation de la vanité._
-
-1
-
-La raison principale qui rend notre vie mauvaise, réside en ce que nous
-réglons notre conduite non selon les besoins de notre corps ou de notre
-âme, mais uniquement dans l'espoir d'obtenir l'approbation des gens.
-
-2
-
-Aucune tentation ne captive les hommes aussi longtemps, ne les éloigne
-autant de la compréhension du sens de la vie humaine et du vrai bonheur,
-que la préoccupation de la gloire, de l'approbation, de l'estime, des
-louanges des autres.
-
-L'homme ne peut se libérer de la tentation que par une lutte constante
-contre lui-même, et par l'évocation continuelle de son unité avec Dieu,
-cherchant ainsi son approbation seule.
-
-3
-
-Il ne nous suffit pas de vivre de notre vie intérieure, la seule vraie,
-nous voulons vivre d'une autre vie encore, d'une vie imaginaire dans
-la pensée des autres, et nous nous efforçons à cette fin de paraître
-autres que nous ne sommes en réalité. Nous nous efforçons sans cesse de
-dompter cet être imaginaire, sans nous soucier du vrai, de celui que
-nous sommes en réalité. Si notre âme est paisible, si nous avons foi, si
-nous aimons, nous nous empressons d'en parler au plus tôt, afin que ces
-vertus ne soient pas seulement nos vertus, mais aussi celles de l'être
-imaginaire qui existe dans la pensée des autres.
-
-Pour faire croire aux gens que nous avons des qualités, nous sommes
-prêts même à y renoncer. Nous sommes prêts à devenir lâches à condition
-de passer pour braves.
-
- PASCAL.
-
-4
-
-L'une des expressions des plus dangereuses et des plus nuisibles est:
-«tous font ainsi.»
-
-5
-
-Lorsqu'il est difficile, et presque impossible, de comprendre pourquoi
-l'homme agit comme il le fait, sois sûr que la raison de ses actes
-réside dans le désir d'être glorifié par les hommes.
-
-6
-
-On ne berce pas un enfant pour le débarrasser de ce qui le fait crier,
-mais pour qu'il ne puisse pas crier. Nous agissons de même avec notre
-conscience lorsque nous l'étouffons pour être agréables aux gens. Nous
-n'apaisons pas la conscience, mais nous obtenons ce que nous désirons:
-nous ne l'entendons plus.
-
-7
-
-Intéresse-toi non à la quantité, mais à la qualité de tes admirateurs;
-il est désagréable de ne pas plaire aux bonnes gens, mais c'est toujours
-bien de ne pas plaire aux mauvaises gens.
-
- SÉNÈQUE.
-
-8
-
-Nos plus grandes dépenses sont effectuées pour ressembler aux autres. Ni
-pour notre esprit, ni pour notre cœur nous ne dépensons autant.
-
- EMERSON.
-
-9
-
-Dans chaque bonne action, il y a un peu de désir d'être approuvé par les
-gens. Mais c'est mauvais quand tu agis comme tu le fais uniquement pour
-être glorifié par les autres.
-
-10
-
-Un homme demanda à un autre pourquoi il travaillait à ce qu'il n'aimait
-pas.
-
---Parce que tous le font, répondit celui-ci.
-
---Pardon, pas tous; moi, je ne le fais pas, quelques autres, non plus.
-
---Si ce n'est pas tous, beaucoup le font, la plupart des gens.
-
---Mais dis-moi quels sont les plus nombreux, les sots ou les
-intelligents?
-
---Certainement ce sont les sots.
-
---Dans ce cas, tu agis comme tu le fais pour imiter les sots.
-
-
-
-II.--_Si beaucoup de gens partagent la même opinion, cela ne prouve pas
-que cette opinion soit juste._
-
-1
-
-Le mal ne cesse pas d'être mauvais parce que beaucoup de gens agissent
-ma! et qu'ils s'en vantent, comme cela arrive souvent.
-
-2
-
-Plus il y a de gens qui croient à la même chose, plus il faut être
-prudent à l'égard de cette croyance et avoir plus, d'attention.
-
-3
-
-Lorsqu'on dit: il faut faire comme font les autres, cela veut dire
-presque toujours qu'il faut faire mal.
-
- LA BRUYÈRE.
-
-4
-
-Il n'y a qu'à s'habituer à faire ce que «tout le monde» exige pour
-être insensiblement entraîné à commettre de mauvaises actions et à les
-considérer comme bonnes.
-
-5
-
-L'homme a son tribunal--sa conscience. On ne doit tenir qu'à son
-jugement.
-
-6
-
-Cherche celui qui est le meilleur parmi ceux qui blâment le monde.
-
-7
-
-Si la foule déteste quelqu'un, il faut, avant d'en juger, bien examiner
-pourquoi il en est ainsi. Si la foule vénère quelqu'un, il faut
-également, avant d'en juger, bien examiner pourquoi il en est ainsi.
-
- CONFUCIUS.
-
-
-III.--_Conséquences pernicieuses de la vanité._
-
-1
-
-La société dit à l'homme: «Pense comme nous pensons; crois comme nous
-croyons; mange et bois comme nous buvons et mangeons; habille-toi comme
-nous nous habillons.» Si quelqu'un ne se soumet pas à ces exigences, la
-société l'accable de ses sarcasmes, de ses injures. Il est difficile de
-ne pas y obéir, mais cependant, si tu t'y soumets, tu t'en sentiras plus
-mal encore: tu ne seras plus un homme libre, mais un esclave.
-
- D'après LUCIE MALAURY.
-
-2
-
-C'est très bien quand les hommes s'instruisent pour leur âme, pour être
-plus sages, meilleurs. De telles études leur sont utiles. Mais s'ils
-étudient pour la gloire, afin de paraître instruits, l'instruction
-devient non seulement inutile, mais nuisible; elle rend les hommes moins
-sages et moins bons qu'ils ne le seraient s'ils n'avaient pas étudié du
-tout.
-
- _Traduit du chinois._
-
-3
-
-Non seulement vous ne devez pas vous vanter vous-mêmes, mais encore vous
-ne devez pas permettre aux autres de vous glorifier. Les louanges font
-périr l'âme en reportant les préoccupations de l'âme sur la gloire des
-hommes.
-
-4
-
-Il arrive souvent de voir qu'un homme bon, sage et juste, tout en
-sachant que la guerre, l'exploitation du travail des autres, le blâme,
-la consommation de la viande et divers actes du même genre sont mauvais,
-continue à accomplir ces actes. Pourquoi? Parce qu'il tient plus à
-l'opinion publique qu'au jugement de sa conscience.
-
-5
-
-L'inobservation des traditions n'a pas occasionné une millième partie du
-mal causé par le respect des anciennes coutumes.
-
-Les gens ne croient plus depuis longtemps aux anciennes coutumes, mais
-ils les observent néanmoins parce qu'ils pensent que la plupart des
-gens les blâmeraient, s'ils n'observaient plus les anciennes coutumes
-auxquelles personne ne croit plus depuis longtemps.
-
-
-
-IV._--La lutte contre la tentation de la vanité._
-
-1
-
-Pendant les premiers temps de sa vie, dans son enfance, l'homme vit
-principalement pour son corps: il mange, il boit, il joue, il s'amuse.
-C'est le premier degré. Plus l'homme grandit, plus il commence à se
-préoccuper de l'opinion des gens parmi lesquels il vit, et plus il
-commence à négliger les besoins de son corps pour ne penser qu'à la
-gloire des hommes. C'est le second degré. Le troisième et dernier degré
-est celui où l'homme se soumet surtout aux exigences de son âme et
-où il néglige le corps, les amusements et l'opinion publique, pour ne
-penser qu'à son âme.
-
-2
-
-Il est difficile de déroger tout seul aux coutumes établies; cependant,
-à chaque pas que l'on fait pour devenir meilleur, on se heurte contre
-l'usage établi et l'on subit la critique des gens. L'homme qui consacre
-sa vie à se perfectionner y doit être préparé.
-
-3
-
-C'est mal d'irriter les gens en dérogeant aux coutumes établies, mais
-c'est plus mal encore de déroger aux exigences de la conscience et de la
-raison en subissant les coutumes pernicieuses.
-
-4
-
-On ridiculise celui qui garde le silence, comme celui qui parle trop,
-comme celui qui parle trop peu; il n'y a pas un homme sur terre qu'on
-ne critique pas. Il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura jamais
-personne qu'on aurait toujours blâmé pour tout ce qu'il fait, de même
-qu'il n'y a personne qu'on aurait toujours loué. C'est pourquoi, il est
-inutile de se préoccuper ni des louanges, ni des blâmes des gens.
-
-5
-
-Tu crains que les gens ne te méprisent pour ta douceur; mais les gens
-justes ne peuvent pas te mépriser pour cela; quant aux autres, tu n'as
-pas besoin de t'en préoccuper--ne fais pas attention à leur opinion.
-Un bon menuisier ne se chagrinera pas parce qu'un homme qui ne comprend
-rien à son métier n'approuve pas son travail.
-
-Les gens qui le méprisent pour ta douceur ne comprennent rien à ce qui
-est bien pour l'homme. Pourquoi donc te préoccuper de leur appréciation?
-
- D'après ÉPICTÈTE.
-
-6
-
-Il est temps pour l'homme de connaître sa valeur. Serait-il, en effet,
-quelque être bâtard? Il est temps de cesser de regarder humblement de
-tous côtés pour voir s'il a plu ou déplu aux gens. Non; que ma tête
-reste droite et ferme sur mes épaules! La vie ne m'est pas donnée pour
-la montrer, mais pour que je la vive. Je reconnais l'obligation de vivre
-pour mon âme. Et je veux me préoccuper non pas de l'opinion que les gens
-auraient de moi, mais de ma vie, de savoir si je n'accomplis ou si je
-n'accomplis pas ma destinée devant Celui qui m'a envoyé dans la vie.
-
- EMERSON.
-
-7
-
-Quiconque s'est abandonné depuis sa jeunesse à ses grossiers instincts
-d'animal, ne cesse de s'y adonner, bien que sa conscience réclame autre
-chose. Il agit ainsi parce que les autres font comme lui. Et les autres
-agissent ainsi pour la même raison que lui. Il ne peut y avoir qu'une
-issue: chaque homme doit se libérer de la préoccupation de l'opinion
-publique.
-
-
-
-V.--_On doit se préoccuper de son âme et non pas de sa gloire._
-
-1
-
-Le moyen le plus rapide et le meilleur pour gagner la réputation d'un
-homme vertueux, n'est pas de paraître tel devant les hommes, mais de
-faire des efforts sur soi-même pour devenir vertueux.
-
- _Causeries_ de SOCRATE.
-
-2
-
-Celui qui ne réfléchit pas par lui-même, se soumet aux idées d'un autre
-homme. Soumettre sa pensée à quelqu'un est un servage plus humiliant que
-de soumettre son travail. Réfléchis toi-même et ne te préoccupe pas de
-ce que te diront les gens.
-
-3
-
-Personne ne manifeste tant de respect et d'attachement pour la vertu,
-que celui qui perd volontiers la réputation d'un homme de bien,
-uniquement pour rester bon dans son for intérieur.
-
- SÉNÈQUE.
-
-4
-
-Lorsqu'un homme est habitué à ne vivre que pour l'opinion publique, il
-lui répugne, parce qu'il ne fait pas ce que font les autres, d'avoir
-la réputation d'un sot, d'un ignorant ou d'un vilain homme. Mais on
-doit travailler à tout ce qui est difficile. Et à cette œuvre, on doit
-travailler des deux côtés: apprendre à mépriser l'opinion des gens;
-apprendre à vivre pour de telles œuvres qui, bien qu'elles soient
-critiquées par la foule, n'en restent pas moins des bonnes œuvres.
-
-Les hommes vivent et agissent d'après leurs idées, ainsi que d'après les
-idées des autres. Suivant que les uns et les autres influencent leurs
-actes, les hommes se distinguent entre eux.
-
-6
-
-Il est difficile de distinguer si tu sers les autres pour ton âme,
-pour Dieu, ou pour la gloire des hommes. Il n'y a qu'un seul moyen de
-contrôle: si tu accomplis une œuvre que tu crois bonne, demande-toi
-si tu continuerais à y travailler si tu savais d'avance que personne
-n'apprendrait jamais ce que tu fais. Si tu réponds que tu le ferais,
-c'est que tu travailles sûrement pour ton âme, pour Dieu.
-
-
-
-VI.--_Celui qui vit de la vraie vie n'a pas besoin de louanges._
-
-1
-
-Vis seul, a dit le sage. Cela veut dire que tu dois résoudre le problème
-de ta vie tout seul, avec le concours du Dieu qui vit en toi, et non pas
-d'après les conseils et les opinions des autres.
-
-2
-
-Si tu veux être tranquille, tâche de plaire à Dieu et non pas aux
-hommes. Ceux-ci ont des désirs différents: aujourd'hui, ils veulent une
-chose; demain une autre. Jamais, ils ne sont satisfaits. Mais le Dieu
-qui vit en toi désire toujours une seule chose, et tu sais ce qu'il veut.
-
-3
-
-Il n'y a qu'un seul moyen pour ne pas croire en Dieu: ce moyen consiste
-à toujours reconnaître l'opinion des gens comme juste, et à ne prêter
-aucune attention à notre voix intérieure.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-4
-
-Si nous sommes sur un bateau en marche et que nous regardons un objet
-qui se trouve sur le même bateau, nous ne remarquons pas que nous
-voguons, mais en regardant de côté sur ce qui ne se meut pas avec nous,
-par exemple la berge, nous nous apercevons immédiatement que nous sommes
-en mouvement. Lorsque tous les hommes vivent autrement qu'il ne le faut,
-nous ne le remarquons pas; mais il suffit, qu'un seul se ressaisisse et
-qu'il commence à vivre selon Dieu, pour qu'il devienne clair combien les
-autres vivent mal. Mais les autres persécutent toujours celui qui ne vit
-pas comme eux.
-
- PASCAL.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVII
-
-DES FAUSSES CROYANCES
-
-
-Les fausses croyances sont celles que les gens acceptent non pas parce
-qu'elles leur sont nécessaires pour leur âme, mais parce qu'ils croient
-en ceux qui les prêchent.
-
-
-I.--_En quoi consiste la supercherie des fausses croyances._
-
-1
-
-Souvent les hommes pensent qu'ils croient à la loi de Dieu, alors qu'ils
-ne croient qu'à ce que tous croient. Et tous les hommes ne croient pas
-à la loi de Dieu, mais qualifient telle ce qui leur convient et ne les
-empêche pas de mener la vie qui leur plaît.
-
-2
-
-Quand les hommes vivent dans le péché et les tentations, ils ne
-sauraient être tranquilles. La conscience les dénonce. C'est pourquoi
-ils sont obligés de choisir entre ces deux alternatives: ou se
-reconnaître coupables devant les hommes et devant Dieu, et cesser de
-pécher, ou bien continuer à mener une vie de pécheurs, commettre de
-mauvaises actions et les qualifier de bonnes. C'est pour ces hommes
-que l'on a inventé les fausses croyances, grâce auxquelles on peut se
-considérer comme juste, tout en menant une mauvaise vie.
-
-3
-
-C'est mal de mentir devant les hommes, mais c'est pis encore de se
-mentir à soi-même. Ce mensonge est tout particulièrement nuisible parce
-que les autres peuvent dénoncer ton mensonge, tandis que personne ne
-t'accusera de t'être menti à toi-même. C'est pourquoi, garde-toi de te
-mentir à toi-même, surtout lorsqu'il s'agit de la foi.
-
-4
-
-«Crois ou sois maudit.» C'est la qu'est la raison principale du mal. Si
-l'homme accepte sans discuter ce qu'il aurait dû examiner par sa propre
-raison, il finit par perdre l'habitude de raisonner, il est soumis à la
-malédiction et induit ses proches au péché. Le salut des hommes réside
-en ce que chacun doit apprendre à vivre de sa raison.
-
- EMERSON.
-
-5
-
-On ne peut ni peser ni mesurer le tort qu'ont produit et produisent
-encore les fausses croyances.
-
-La religion règle les rapports de l'homme envers Dieu, à l'égard de
-l'univers; elle détermine la destinée de l'homme qui découle de ces
-rapports. Quelle doit être la vie de l'homme si ces rapports et la
-destination déterminés ainsi sont faux?
-
-6
-
-Il y a trois sortes de fausses croyances. La première est de croire à
-la possibilité de pouvoir apprendre par l'expérience ce qui ne peut
-l'être d'après les lois de l'expérience. La seconde fausse croyance fait
-admettre, dans le but de notre perfectionnement moral, des choses sur
-lesquelles nous ne pouvons nous former aucune idée par notre raison.
-La troisième fausse croyance reconnaît la possibilité d'évoquer par un
-moyen surnaturel une action mystérieuse à l'aide de laquelle la divinité
-exerce son influence sur notre moralité.
-
- KANT.
-
-
-
-II.--_Les fausses croyances ne satisfont pas les exigences supérieures,
-mais les exigences inférieures de l'âme humaine._
-
-1
-
-L'unique et vraie religion ne contient rien que des lois, c'est-à-dire
-des éléments moraux dont nous pouvons reconnaître et étudier nous-mêmes
-la nécessité incontestable, et que nous concevons par notre raison.
-
- KANT.
-
-2
-
-L'homme ne peut plaire à Dieu que par une vie juste. C'est pourquoi tout
-ce par quoi l'homme croit plaire à Dieu, en dehors d'une vie pure et
-juste, n'est qu'un grossier et nuisible mensonge.
-
- D'après KANT.
-
-3
-
-Faire pénitence en s'infligeant des souffrances, au lieu de profiter
-de l'état d'esprit où l'on se trouve afin d'amender sa conduite, est
-un travail inutile. De plus, une telle pénitence a cette mauvaise
-conséquence; l'homme croit avoir payé ainsi toutes ses dettes, et ne
-songe plus à son perfectionnement qui seul est nécessaire lorsqu'on
-reconnaît ses erreurs.
-
- KANT.
-
-4
-
-C'est mal lorsque les hommes ne connaissent pas Dieu, mais c'est plus
-mal encore lorsqu'ils reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu.
-
- LACTANCE.
-
-5
-
-On dit: Dieu a créé l'homme à Son image; on aurait mieux fait de dire
-que c'est l'homme qui a créé Dieu à son image.
-
- LICHTENBERG.
-
-6
-
-Lorsqu'on parle du ciel comme d'un endroit où se trouvent les heureux,
-on se le représente généralement quelque part très haut, dans les
-régions infinies de l'univers. On oublie que notre terre, vue de l'une
-de ces hautes régions, ressemble également à l'un des astres célestes,
-et que les habitants de ces planètes ont absolument le même droit de
-dire, en désignant la terre: «Voyez-vous cet astre-là, c'est l'endroit
-de la félicité éternelle, l'asile céleste préparé pour nous et où nous
-irons un jour.» Le fait est que, par une étrange erreur de notre raison,
-l'élan de notre croyance est toujours connexe avec l'idée de notre
-élévation vers les hauteurs, et nous ne songeons pas que nous aurions
-beau nous élever, nous devrons néanmoins redescendre encore, afin de
-pouvoir poser un pied ferme dans quelque autre monde.
-
-7
-
-Les mahométans font bien de couvrir leurs yeux de leurs doigts et de
-se boucher les oreilles, lorsqu'ils entrent au temple et commencent à
-prier.
-
-La vraie prière est dans l'abstraction de toutes nos préoccupations
-habituelles, de tout ce qui peut nous rappeler l'existence de nos sens,
-et dans l'évocation en soi de l'élément divin. Dans ce but, le mieux est
-de faire ce que nous dit le Christ: d'entrer seul dans un lieu clos, et
-de s'y enfermer, c'est-à-dire de prier dans la solitude complète, que
-l'on soit chez soi, dans la forêt ou dans les champs. La vraie prière
-est dans ce détachement de toutes les choses extérieures, pendant
-lequel on contrôle son âme, ses actes, ses désirs, non pas d'après les
-exigences extérieures du monde, mais d'après les exigences de l'élément
-divin que nous sentons en nous.
-
-Une telle prière est un secours: elle fortifie et élève l'âme, elle
-confesse et vérifie les actions passées, elle indique la conduite future.
-
-
-
-III.--_Le Culte extérieur._
-
-1
-
-Bien qu'il y ait une différence de procédé entre un chamane tounghouse
-et un prélat catholique européen, ou bien, en prenant pour exemple des
-gens simples, entre un voghoul grossier et sensuel qui, tous les matins,
-pose sur sa tête la patte d'une peau d'ours, et prononce les paroles de
-sa prière: «Ne me tue pas,» et un puritain indépendant de Connecticut;
-il n'y a aucune différence dans les principes de leurs croyances, car
-ils appartiennent tous deux à la même catégorie de gens dont le culte ne
-consiste pas à devenir meilleurs, mais de croire et d'exécuter certains
-règlements arbitraires. Seuls ceux qui croient que le culte de Dieu
-consiste à aspirer à une vie meilleure diffèrent des premiers, parce
-qu'ils reconnaissent un tout autre principe et infiniment plus élevé,
-réunissant tous les hommes de bonne foi dans un temple invisible qui
-seul peut être un temple universel.
-
- KANT.
-
-2
-
-«Et quand tu prieras, ne fais pas comme les hypocrites; car ils aiment
-à prier en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues,
-afin d'être vus des hommes. Je vous dis, en vérité, qu'ils reçoivent
-leur récompense. Mais toi, quand tu pries, entre dans la chambré et,
-ayant fermé ta porte, prie ton Père qui est dans ce lieu secret; et ton
-Père qui te voit dans le secret, te récompensera».
-
- MATTH., VI, 5-6.
-
-3
-
-«Gardez-vous des scribes qui se plaisent à se promener en longues robes,
-et qui aiment les salutations dans les assemblées et les premières
-places dans les synagogues, et les festins; qui ruinent les maisons des
-veuves, tout en affectant de faire de longues prières.»
-
- Luc, XX, 46-47.
-
-
-
-IV._--La pluralité des croyances et l'unité de la religion vraie._
-
-1
-
-L'homme qui ne pense pas à la religion, s'imagine qu'il n'y a qu'une
-seule vraie religion--celle dans laquelle il est né. Mais tu n'as qu'à
-te demander ce qui arriverait si tu étais né dans une autre religion,
-toi chrétien si tu étais né mahométan; toi bouddhiste--chrétien; toi
-chrétien--brahmane. Est-il possible que seuls, avec notre religion,
-nous soyons dans le vrai, et que tous les autres soient dans le
-mensonge? La religion ne deviendra pas vraie parce que tu te persuaderas
-toi-même et que tu persuaderas les autres qu'elle seule est vraie.
-
-
-
-V.--_Conséquences de la confession des fausses croyances._
-
-1
-
-En 1682, en Angleterre, le docteur Leyton, un homme respectable qui
-avait écrit un livre contre l'épiscopat anglican, a été jugé et condamné
-aux châtiments suivants. On le fouetta cruellement, puis on lui coupa
-une oreille et on lui ouvrit un côté du nez, puis on inscrivit sur sa
-joue, au fer rouge, les lettres SS: semeur de sédition. Sept jours plus
-tard on le fouetta à nouveau, bien que les plaies qu'il avait au dos
-n'aient pas encore été fermées; puis on lui ouvrit l'autre côté du nez,
-on lui trancha l'autre oreille et on lui tâtoua l'autre joue. Tout cela
-fut fait au nom du christianisme.
-
- MORISSON DAVIDSON.
-
-2
-
-En 1415, Jean Huss fut reconnu comme hérétique pour avoir dévoilé la
-fausse croyance des catholiques et les mauvaises actions du pape, et il
-fut condamné à mort, sans que son sang puisse être versé, c'est-à-dire à
-être brûlé.
-
-L'exécution eut lieu derrière les portes de la villes, entre deux
-jardins. En arrivant sur place, Huss se mit à genoux et commença à
-prier. Lorsque le bourreau lui ordonna de monter sur le bûcher, il se
-leva et dit très haut:
-
-«Jésus-Christ. Je vais à la mort pour avoir prêché Ta parole, je
-souffrirai docilement.»
-
-Les bourreaux, déshabillèrent Huss et lui attachèrent les mains derrière
-le dos au poteau; ses pieds se trouvaient sur un banc. On mit du bois et
-de la paille autour de lui. Le bois et la paille lui venaient jusqu'au
-menton. Le chef impérial s'approcha alors de Huss et lui annonça qu'il
-serait pardonné s'il se rétractait.
-
-«Non, dit Huss, je ne me connais aucune faute.»
-
-Les bourreaux allumèrent alors le bûcher, et Huss se mit à chanter la
-prière: «Jésus, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi.»
-
-Le feu monta, très haut, et bientôt Huss se tut.
-
-C'est ainsi que les gens qui se qualifiaient de chrétiens, défendaient
-leur croyance.
-
-N'est-il pas évident que ce n'était pas une religion, mais la
-superstition la plus grossière?
-
-3
-
-Les gens ne commettent jamais de mauvaises actions avec plus de
-sang-froid et d'assurance en leur justice, que lorsqu'ils le font en
-vertu d'une fausse croyance.
-
- PASCAL.
-
-
-
-VI.--_En quoi consiste la vraie religion?_
-
-1
-
-«Ne vous faites point appeler maître; car vous n'avez qu'un maître--le
-Christ; et vous, vous êtes tous frères. Et n'appelez personne sur la
-terre votre père; car vous n'avez qu'un seul Père, Celui qui est dans
-les cieux; et ne vous faites point appeler docteur, car vous n'avez
-qu'un seul Docteur--le Christ.» MATTH., XXIII, 8-10.
-
-C'est ainsi qu'enseignait le Christ. Et il enseignait ainsi parce qu'il
-savait que, de même qu'en son temps il y avait des gens qui prêchaient
-une fausse loi de Dieu, il y en aurait aussi dans l'avenir. Il le savait
-et disait qu'il ne fallait pas écouter ceux qui s'intitulaient maîtres
-parce que leur enseignement obscurcit la doctrine simple et claire qui
-est révélée à tous et qui vit dans le cœur de chaque homme.
-
-Cette doctrine consiste à aimer Dieu, comme le suprême bien et la
-suprême vérité, à aimer son prochain comme soi-même et à faire aux
-autres ce qu'on veut qu'ils vous fassent.
-
-2
-
-La religion ne consiste pas à savoir ce qui a été et ce qui sera, ni
-même ce qui est actuellement, mais elle consiste à savoir ce que chaque
-homme doit faire.
-
-3
-
-«Si donc tu apportes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes
-que ton frère a quelque chose contre loi, laisse-là ton offrande devant
-l'autel, et va-t-en premièrement te réconcilier avec ton frère; et après
-cela viens, et présente ton offrande».
-
- MATT., V. 23.
-
-Voilà où est la vraie religion: ni dans la cérémonie, ni dans
-l'offrande, mais dans l'union des hommes.
-
-4
-
-La doctrine chrétienne est tellement claire que les tout petits enfants
-la comprennent dans son sens exact. Seuls ceux qui ne veulent pas vivre
-comme des chrétiens ne la comprennent pas.
-
-Pour comprendre le vrai christianisme, il faut tout d'abord renoncer au
-faux christianisme.
-
-5
-
-Le vrai culte de Dieu est exempt de superstitions; lorsque la
-superstition y pénètre, le culte même s'écroule. Le Christ nous a montré
-en quoi consistait le vrai culte de Dieu. Il nous enseignait que de tout
-ce que nous faisons dans le monde, il n'y a qu'une lumière et qu'un seul
-bonheur pour les hommes,--c'est notre amour des uns pour les autres; Il
-nous disait que nous ne pourrons atteindre notre bonheur qu'en servant
-les autres, et non pas nous-mêmes.
-
-6
-
-Si ce qui est présenté comme loi de Dieu ne demande pas d'amour, ce ne
-sont que des inventions des gens, et non pas la loi de Dieu.
-
- D'après SKOWORODA.
-
-7
-
-On ne peut pas apprendre à connaître Dieu d'après ce que l'on raconte de
-Lui. On ne peut le connaître qu'en accomplissant Sa loi, la loi que le
-cœur de chaque homme connaît.
-
-8
-
-Le sens de la doctrine du Christ est dans l'indication de la perfection
-divine vers laquelle les hommes doivent tendre. Mais les hommes qui ne
-veulent pas suivre la doctrine du Christ, comprennent volontairement ou
-non, la doctrine du Christ non pas comme il l'a prêchée--rapprochement
-continu vers la perfection--mais comme une règle conformément à laquelle
-le Christ exigerait des hommes la perfection divine. Et en interprétant
-aussi faussement la doctrine du Christ, ceux qui ne veulent pas la
-suivre adoptent l'une de ces deux attitudes: ou bien, considérant
-la perfection comme inaccessible (ce qui est parfaitement juste),
-ils rejettent toute la doctrine comme un rêve irréalisable, ou bien,
-attitude la plus nuisible et la plus générale, tout en reconnaissant la
-perfection comme inaccessible, ils corrigent c'est-à-dire, dénaturent la
-doctrine et observent des règles que l'on appelle chrétiennes, mais qui
-sont, pour la plupart, contraires, au christianisme.
-
-9
-
-L'idée de l'union des chrétiens, comme une réunion des élus, des
-meilleurs, est une idée anti-chrétienne présomptueuse et fausse. Quel
-est le meilleur, quel est le plus mauvais? Pierre était le meilleur
-avant que le coq chantât, et le brigand était le plus méchant avant la
-croix. Ne connaissons-nous pas en nous-mêmes tantôt l'ange, tantôt le
-diable, qui se mêlent si bien à notre vie, qu'il n'y a pas d'homme qui
-aurait complètement chassé l'ange, ni qui aurait laissé apparaître le
-diable derrière l'ange. Comment pouvons-nous, nous qui sommes des êtres
-si complexes, former la réunion des élus, des justes?
-
-Il y a une lumière de vérité, et il y a ceux qui s'approchent d'elle
-de tous côtés; d'autant de côté qu'il y a de rayons dans un cercle,
-c'est-à-dire par des routes infiniment variées. Tâchons de toutes nos
-forces d'arriver à la lumière de la vérité qui nous unit tous, et ce
-n'est pas à nous de juger si nous sommes près d'elle et unis à elle.
-
-
-
-VII--_La seule religion, vraie unit les hommes de plus en plus._
-
-1
-
-Voyez le mécontentement profond de la forme actuelle du christianisme,
-qui se répand dans la société et s'exprime par le murmure, parfois, par
-l'irritation, la tristesse. Tous attendent l'avènement du Royaume de
-Dieu. Et il approche.
-
-Le pur christianisme, bien que lentement, mais toujours de plus en plus,
-prend la place de celui qui porte ce nom.
-
- CHANNING.
-
-2
-
-Depuis Moïse à Jésus, il s'est opéré chez les individus et les peuples
-un grand développement mental et religieux. Les anciennes erreurs sont
-abandonnées, de nouvelles vérités ont pénétré dans la conscience de
-l'humanité. Un seul homme ne peut être aussi grand que l'humanité. Si
-un grand homme est tellement en avance sur ses frères qu'ils ne le
-comprennent pas,--il arrive un temps où ils le rejoignent d'abord,
-puis le devancent et s'en vont si loin qu'ils deviennent, à leur tour,
-incompréhensibles pour ceux qui se trouvent à l'endroit où était
-l'ancien grand homme. Chaque grand génie religieux explique de plus en
-plus les vérités de la religion et contribue ainsi à l'union, de plus en
-plus grande, des hommes.
-
- PARKER.
-
-4
-
-Chaque homme séparément, de même que toute l'humanité dans son ensemble
-doit se transformer, passer de l'état inférieur à l'état supérieur, sans
-s'arrêter dans sa croissance dont la limite est en Dieu lui-même. Tout
-état est la conséquence de l'état précédent. La croissance s'effectue
-continuellement et imperceptiblement et, pareille à la croissance de
-l'embryon, elle a lieu de façon à ce que rien ne détruit le but des
-situations successives de ce développement continu. Mais s'il est
-donné à l'homme et à tout le genre humain de se transformer, cette
-transformation, tant pour l'individu que pour tout le genre humain, doit
-s'effectuer dans le travail et les souffrances.
-
-Avant de se parer de grandeur, avant d'apparaître à la lumière, on doit
-se mouvoir dans les ténèbres, supporter les persécutions, sacrifier
-son corps pour sauver son âme; il faut mourir pour ressusciter à la
-vie plus puissante, plus parfaite. Et après dix-huit siècles, ayant
-accompli un des cycles de son développement, l'humanité tend de nouveau
-à se transformer. Les anciens systèmes, les anciennes sociétés, tout
-ce qui composait l'ancien monde s'écroule déjà, et les peuples vivent
-maintenant au milieu de décombres, dans l'effroi et la souffrance. C'est
-pourquoi on ne doit pas perdre courage à la vue de ces ruines, de ces
-morts qui se sont déjà accomplies et qui s'accompliront encore, mais, au
-contraire, prendre courage. L'union des hommes est proche.
-
- LAMENNAIS.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVIII
-
-DE LA FAUSSE SCIENCE
-
-
-La superstition de la science se révèle par la croyance en ce fait que
-le vrai savoir nécessaire à la vie de tous les hommes est contenu dans
-les seules connaissances prises au hasard dans le domaine illimité
-du savoir qui, à un moment donné, ont attiré l'attention d'un petit
-nombre d'hommes, de ceux-là même qui se sont affranchis du travail
-indispensable à la vie et qui mènent, par suite, une vie déraisonnable
-et dépravée.
-
-
-I.--_En quoi consiste la superstition de la science._
-
-1
-
-Quand les hommes acceptent comme vérité incontestable ce que les autres
-leur présentent pour telle et qu'ils ne la vérifient point, ils tombent
-dans la susperstition. Telle est, à notre époque, la superstition de la
-science.
-
-2
-
-De même qu'il existe des hérésies pour religion, il y a une hérésie pour
-la science. Cette hérésie est dans la reconnaissance comme science
-unique et véritable de tout ce qui est considéré comme tel par les gens
-qui se sont, à un certain moment, arrogé le droit de déterminer la vraie
-science. Et aussitôt qu'on considère comme science non pas ce qui est
-nécessaire à tous les hommes, mais ce qui est déterminé par les gens
-qui, à un certain moment se voit arrogé le droit de définir ce qu'est la
-science, il est forcé que cette science soit fausse. C'est ce qui s'est
-produit dans notre monde.
-
-3
-
-La science occupe à notre époque exactement la même place que celle
-qu'occupait la prêtrise il y a quelques siècles.
-
-Les mêmes bonzes attitrés: les professeurs; les mêmes castes dans la
-science; académies, universités, congrès. La même confiance et le manque
-de critique de la part des croyants, les mêmes différends, et les mêmes
-discussions. Les mêmes paroles incompréhensibles, la même présomption.
-
---Inutile de discuter avec lui: il nie la révélation.
-
---Inutile de discuter avec lui: il nie la science.
-
-4
-
-Ce qu'il y a de plus nuisible pour la vraie science, c'est l'emploi
-d'expressions et de termes peu clairs. C'est précisément ce que font les
-pseudo-savants, en imaginant, pour exprimer des idées incertaines des
-mots inexistants.
-
-5
-
-La fausse science et les fausses religions expriment toujours leurs
-dogmes en un langage emphatique qui apparaît aux non-initiés comme
-mystérieux et grave. Les raisonnements des savants sont souvent
-peu compréhensibles non seulement pour les autres, mais pour les
-raisonneurs eux-mêmes, et cela au même degré que les discours des
-professionnels de la foi. Le savant pédant, en se servant de termes
-latins et de nouveaux mots, rend souvent les choses les plus simples
-tout aussi incompréhensibles que le sont les prières latines des prêtres
-catholiques pour les paroissiens illettrés. Le mystère n'est pas un
-signe de sagesse et de science. Plus un homme est véritablement éclairé,
-plus le langage dont il exprime ses pensées est simple.
-
-
-
-II--_La science sert à justifier l'organisation de la vie sociale._
-
-1
-
-Il semblerait que pour reconnaître l'importance des occupations qu'on
-qualifie de scientifiques, il faudrait prouver leur utilité. Mais les
-servants de la science affirment ordinairement que dès l'instant qu'ils
-s'occupent de certains sujets, ces occupations seront sûrement utiles un
-jour.
-
-2
-
-Le but légitimement poursuivi par la science est la connaissance des
-vérités servant au bonheur des hommes. Le faux but est de justifier
-les mensonges qui insinuent le mal dans notre vie. Telles sont la
-jurisprudence, l'économie politique et, surtout, la philosophie et la
-théologie.
-
-3
-
-La science contient les mêmes mensonges que la religion et elles partent
-du même point: le désir de justifier les faiblesses des hommes, et c'est
-pourquoi les mensonges scientifiques sont tout aussi nuisibles que les
-mensonges confessionnels. Les hommes errent, vivent mal. Logiquement,
-ayant compris qu'ils vivent mal, ils devraient s'employer à modifier
-leur genre de vie afin d'améliorer leur situation. Au lieu de cela,
-apparaissent toutes sortes de sciences: financière, théologique, pénale,
-policière, l'économie politique, l'histoire, et la plus à la mode: la
-sociologie, indiquant les lois de la vie sociale et suivant lesquelles
-la vie mauvaise ne provient pas des hommes, mais des lois mauvaises que
-les savants ont découvertes et formulées. Ce mensonge est tellement
-déraisonnable et contraire à la conscience, que les hommes ne l'auraient
-jamais accepté, si la conscience n'avait pas encouragé leurs faiblesses.
-
-4
-
-Nous avons organisé notre vie contrairement à la nature morale et
-physique de l'homme, et nous sommes persuadés,--uniquement parce que
-tout le monde le pense--que c'est là précisément la vraie vie. Nous
-sentons vaguement que tout ce que nous appelons notre organisation
-sociale, notre religion, notre culture, nos sciences et nos arts, que
-tout cela n'est pas ce qu'il faudrait, parce que cela ne nous débarrasse
-pas de nos misères, mais ne fait que les accroître. Cependant, nous ne
-nous décidons pas à soumettre tout cela au contrôle de la raison parce
-que nous pensons que l'humanité, qui a toujours reconnu la nécessité
-du régime social de contrainte, de religion et de science qu'il a pour
-base, ne peut pas vivre en dehors de lui.
-
-Si un poussin dans sa coquille avait été doué de la raison d'un homme
-et savait tout aussi peu en profiter que les gens de notre époque, il
-n'aurait jamais brisé la coquille de son ouf et n'aurait jamais connu la
-vie.
-
-5
-
-La science est devenue maintenant une distributrice de diplômes donnant
-le droit de profiter du travail d'autrui.
-
-6
-
-Le phraséologie méthodique des écoles supérieures a le plus souvent pour
-but d'éviter la solution des questions difficiles, et l'on donne aux
-paroles un sens équivoque parce que le «je ne sais pas» commode et pour
-la plupart du temps raisonnable, n'est pas en faveur dans nos académies.
-
- KANT.
-
-7
-
-Rien n'est plus inconciliable que le savoir et le profit, la science
-et l'argent. Si pour devenir plus instruit, il faut de l'argent, si la
-sagesse s'achète et se vend, l'acheteur et le vendeur sont également
-trompés. Le Christ a chassé les marchands du temple; ils auraient dû
-être chassés de même du temple de la science.
-
-8
-
-Ne considère pas la science comme une couronne pour t'en parer, ni comme
-une vache pour t'en nourrir.
-
-
-
-III.--_Conséquences nuisibles de la superstition de la science._
-
-1
-
-Il est dangereux de propager l'idée que notre vie est le résultat des
-forces matérielles et qu'elle dépend d'elles. Mais, lorsque cette idée
-fausse s'appelle science, et qu'elle est présentée comme la sainte
-sagesse de l'humanité, le tort causé par elle est effrayant.
-
-2
-
-Le développement de la science ne contribue pas à la purification
-des mœurs. Chez tous les peuples dont nous connaissons la vie, le
-développement des sciences contribuait à la dépravation des mœurs.
-Si nous pensons à présent le contraire, cela vient de ce que nous
-confondons nos connaissances futiles et trompeuses avec le vrai savoir
-suprême. La science, dans son sens abstrait, la science, en général,
-doit être respectée; mais la science actuelle, ce que les insensés
-appellent science, ne peut-être que ridiculisé et méprisé.
-
- J.-J.-ROUSSEAU
-
-3
-
-L'unique explication de la vie insensée, contraire à la conscience des
-meilleurs hommes de tous les temps, que mènent les gens de notre époque,
-se trouve dans le fait que les jeunes générations étudient des matières
-innombrables: la constitution des astres de la terre, l'origine des
-organismes, etc., ils n'omettent qu'une chose, c'est de savoir quel est
-le sens de la vie humaine, comment il faut la vivre, ce qu'ont pensé de
-cette question les grands sages de tous les temps, et comment ils l'ont
-résolue. Non seulement les jeunes générations n'en sont pas instruites,
-mais on leur apprend, sous le nom de religion, les inepties les plus
-flagrantes, auxquelles ceux qui les enseignent ne croient pas eux-mêmes.
-Tout l'édifice de notre vie sociale repose sur des bulles gonflées d'air
-et non sur de la pierre.
-
-4
-
-Ce qu'on appelle aujourd'hui science est un composé d'inventions des
-gens riches, nécessaire pour occuper leur oisiveté.
-
-5
-
-Nous vivons dans un siècle de philosophie, de sciences et de raison. Il
-semble que toutes les sciences se soient réunies pour éclairer notre
-route dans le labyrinthe de la vie humaine. D'immenses bibliothèques
-sont ouvertes à tous et partout, des lycées, des écoles, des universités
-nous donnent depuis l'enfance la possibilité de profiter du savoir
-des hommes qui s'est accumulé pendant des milliers d'années. Il
-semblerait que tout contribue à la formation de notre intelligence et au
-consolidement de notre raison. Eh bien, sommes-nous devenus meilleurs
-ou plus sages? Connaissons-nous mieux la voie et le but de notre vie?
-Connaissons nous mieux nos obligations et surtout le bien de la vie? Ou
-qu'avons-nous acquis par ces vaines connaissances, sinon l'inimitié,
-la haine, l'ignorance et les doutes? Chaque doctrine et chaque secte
-religieuse prouve qu'elle a trouvé la vérité. Chaque écrivain sait seul
-en quoi consiste notre bonheur. L'un nous prouve qu'il n'y a pas de
-corps, l'autre--qu'il n'y a pas d'âme, le troisième--qu'il n'y a aucune
-connexion entre l'âme et le corps, le quatrième--que l'homme est un
-animal, le cinquième--que Dieu n'est qu'un miroir.
-
- ROUSSEAU.
-
-6
-
-N'étant pas capable de _tout_ pénétrer et ne sachant pas sans l'aide
-de la religion ce qu'on _doit_ étudier, la science d'aujourd'hui ne
-s'occupe que de ce qui est agréable aux savants qui mènent une vie
-irrégulière. Et leur agrément est de profiter du régime existant, afin
-de satisfaire leur oisive curiosité qui ne demande pas de grands efforts
-intellectuels.
-
-
-
-IV.--_La quantité de matières à étudier est innombrable, tandis que les
-capacités du savoir de l'homme sont limitées._
-
-1
-
-Un savant persan dit: «Lorsque j'étais jeune, je me suis dit: je veux
-connaître toute la science; et j'ai appris presque tout ce que savaient
-les hommes. Mais lorsque je suis devenu vieux et que j'ai jeté un coup
-d'œil sur tout ce que j'ai appris, je me suis aperçu que ma vie a passé
-et que je ne sais rien.»
-
-2
-
-Les observations et les calculs des astronomes nous, ont appris bien des
-choses dignes d'étonnement; mais le résultat le plus important de leurs
-études est, sans doute, celui qu'ils nous ont révélé l'abîme de notre
-ignorance. Sans ces connaissances, la raison humaine ne pourrait jamais
-se représenter toute l'immensité de cet abîme. Si l'on réfléchi à cela,
-on peut arriver à une grande transformation dans la détermination des
-buts finals de l'activité de notre raison.
-
- KANT.
-
-3
-
-«Il y a des herbes sur la terre; nous les voyons; de la lune nous ne
-pourrions pas les apercevoir. Sur ces herbes il y a des fils--sur ces
-fils des petits organismes; mais plus loin--il n'y a plus rien.» Quelle
-présomption!
-
-«Les corps complexes sont composés d'éléments et les éléments sont
-indécomposables.» Quelle présomption!
-
- PASCAL.
-
-4
-
-Il nous manque des connaissances pour comprendre ne serait-ce que la
-vie du corps humain. Voyez ce qu'il faut savoir pour cela. Le corps a
-besoin de place, de temps, de mouvements, de chaleur, de lumière, de
-nourriture, d'eau, d'air et de bien d'autres choses encore. Mais dans
-la nature, toutes les choses sont si étroitement liées entre elles
-qu'on ne peut comprendre l'une sans avoir étudié l'autre. On ne peut
-comprendre une partie sans avoir compris le tout. Nous ne comprendrons
-la vie de notre corps que lorsque nous aurons étudiés tout ce qu'il lui
-faut: et pour cela, il est indispensable d'étudier tout l'univers. Mais
-l'univers est infini et sa compréhension est inaccessible à l'homme. Par
-conséquent, nous ne pouvons nous expliquer entièrement la vie de notre
-corps.
-
- PASCAL.
-
-5
-
-Les sciences expérimentales, lorsqu'on s'en occupe pour elles-mêmes,
-en les étudiant sans aucun but philosophique, ressemblent à un visage
-sans yeux. Elles représentent une des occupations qui convient aux
-capacités moyennes, privées de dons suprêmes qui ne feraient qu'entraver
-leurs recherches minutieuses. Les gens doués de ces capacités moyennes
-concentrent toutes leurs forces et tout leur savoir sur un champ
-d'études limité, où ils peuvent, par suite, atteindre des connaissances
-aussi complètes que possible, mais à condition d'être complètement
-ignorants dans tous les autres domaines. Ils peuvent être comparés aux
-ouvriers qui travaillent dans les ateliers d'horlogerie dont les uns
-ne font que les roues, les autres les ressorts, et les troisièmes les
-chaînes.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-6
-
-Ce n'est pas la quantité des connaissances qui importe, mais leurs
-qualités. On peut savoir bien des choses et ignorer ce qui est le plus
-nécessaire.
-
-7
-
-Socrate n'avait pas la faiblesse commune de parler pendant ses
-entretiens de tout ce qui existe, de chercher la provenance de ce
-que les sophistes appelaient nature et de remonter jusqu'aux causes
-premières dont sont sortis les corps célestes. Est-ce possible,
-disait-il, que les gens croient avoir pénétré tout ce qu'il importe
-à l'homme de savoir, s'ils s'occupent de ce qui se rapporte si peu à
-l'homme?
-
-Il s'étonnait surtout de l'aveuglement des faux savants qui ne se
-doutent pas de ce que la raison humaine est incapable de pénétrer ces
-mystères. C'est pourquoi, disait-il, ceux qui s'imaginent savoir en
-parler ne sont pas d'accord dans leurs principes même, et lorsqu'on
-les entend parler ensemble on se croirait parmi des fous. De fait,
-quels sont les signes particuliers de ceux qui sont pris de folie? ils
-craignent ce qui n'a rien d'effrayant et n'ont pas peur de ce qui est
-réellement dangereux.
-
- XÉNOPHON
-
-8
-
-La sagesse est une chose vaste et grande: elle demande tout le temps
-libre qui peut lui être consacré.--Indépendamment du nombres de
-questions que tu pourrais résoudre, tu devras, néanmoins, te tourmenter
-d'une quantité de questions, qui doivent être examinées et résolues.
-Ces questions sont tellement vastes et nombreuses qu'elles exigent
-l'expulsion de notre esprit de toute chose superflu, afin d'offrir
-une liberté entière au travail de la raison. Dois-je dépenser ma vie
-en vaines paroles? Il arrive fréquemment, néanmoins, que les savants
-pensent plus aux paroles qu'à la vie. Remarque quel mal produit la
-philosophie outrée et combien elle peut être dangereuse pour la vérité.
-
- SÉNÈQUE.
-
-
-
-V.--_La quantité des connaissances est innombrable. C'est à la vraie
-science de choisir les plus importantes et les plus nécessaires._
-
-1
-
-Il n'y a ni honte, ni faute de ne pas savoir. Personne ne peut tout
-connaître; mais il est honteux et nuisible de faire semblant de savoir
-ce que l'on ignore.
-
-2
-
-La capacité de l'esprit à absorber des connaissances, n'est pas
-illimitée. C'est pourquoi on ne doit pas croire que plus on sait, mieux
-cela vaut. La connaissance d'un grand nombre de sottises est une entrave
-insurmontable pour savoir ce qui est réellement nécessaire.
-
-3
-
-La raison se fortifie par l'étude de ce qui est nécessaire à l'homme,
-et elle s'affaiblit par l'étude de ce qui est insignifiant et inutile;
-ainsi le corps se fortifie par l'air frais et la nourriture fraîche, ou
-s'affaiblit par l'air vicié et la nourriture corrompue.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-4
-
-A notre époque naissent un grand nombre de sciences, dignes d'être
-étudiées. Bientôt nos capacités seront trop limitées et la vie sera trop
-courte, pour que nous puissions assimiler même la partie la plus utile
-de ces connaissances. Nous avons à notre service une grande abondance de
-ces trésors intellectuels, et nous sommes obligés, après y avoir puisé,
-de rejeter bien des choses comme du bric-à-brac inutile. Il serait plus
-simple de ne jamais nous en embarrasser.
-
- KANT.
-
-5
-
-Le savoir est infini, c'est pourquoi on ne peut pas dire de celui qui
-sait beaucoup, qu'il sait plus que celui qui sait très peu.
-
-6
-
-La chose la plus ordinaire à notre époque est de voir des gens qui se
-considèrent comme savants et éclairés, qui connaissent, en effet, une
-quantité innombrables de choses inutiles, croupir dans l'ignorance la
-plus grossière, parce que non seulement ils ne connaissent pas le sens
-de leur vie, mais encore parce qu'ils sont fiers de cette ignorance. Et,
-d'autre part, il n'est pas moins fréquent de rencontrer parmi des gens
-presque illettrés, et même complètement illettrés, qui ignorent tout du
-tableau chimique, des parallaxes, des propriétés du radium, et qui sont
-pourtant des gens très éclairés, connaissant le sens de la vie, sans se
-montrer plus fiers pour cela.
-
-7
-
-Les hommes ne peuvent comprendre et savoir tout ce qui se fait
-dans le monde; par conséquent, leurs jugements sur bien des choses
-sont inexacts? L'ignorance de l'homme se montre sous deux aspects;
-l'ignorance pure, naturelle, dans laquelle les hommes naissent; l'autre
-est celle du vrai sage. Lorsque l'homme aura étudié toutes les sciences,
-et qu'il saura ce que les gens ont su et savent, il verra que toutes ces
-sciences, prises dans leur ensemble, sont tellement, insignifiantes,
-qu'elles ne donnent aucune possibilité de comprendre le monde, et cet
-homme se persuadera qu'en réalité, les savants ne savent absolument rien
-de plus que les simples ignorants. Mais il y a de ces demi-savants qui
-ont acquis quelques éléments de diverses sciences et qui s'en montrent
-très fiers. Ils se sont éloignés de l'ignorance naturelle, mais n'ont
-pas eu le temps d'arriver à la vraie sagesse des savants, qui ont
-compris l'imperfection et l'insignifiance de toutes les connaissances
-humaines. Ce sont ces gens qui, se croyant de fortes têtes, troublent
-le monde. Ils jugent de tout avec assurance et promptitude et,
-naturellement, ils se trompent constamment. Ils savent jeter de la
-poudre aux yeux et jouissent souvent du respect des hommes, mais les
-masses populaires les méprisent, voyant bien leur inutilité; quant à
-eux, ils méprisent le peuple, le croyant ignorant.
-
- PASCAL.
-
-8
-
-Les gens croient souvent que plus on sait, mieux cela vaut. C'est une
-idée fausse. Il ne s'agit pas de savoir beaucoup de choses; il importe
-de savoir l'essentiel de tout ce que l'on peut connaître.
-
-9
-
-Les sages ne sont jamais savants, les savants ne sont jamais sages.
-
- LAO-TSEU.
-
-10
-
-Les hiboux voient dans l'obscurité, mais deviennent aveugles à la clarté
-du soleil. Il en est de même des savants. Ils connaissent quantité de
-futilités scientifiques, mais ils ne savent pas et ne peuvent rien
-savoir de ce qui est le plus nécessaire dans la vie: comment l'homme
-doit vivre sur la terre.
-
-11
-
-Le sage Socrate disait que la bêtise ne provient, pas de peu de science,
-mais de ce qu'on ne se connaît pas soi-même, et qu'on croit connaître
-tout ce que l'on ignore. Il appelait cela bêtise et ignorance.
-
-12
-
-Quand l'homme connaît toutes les sciences et parle toutes les langues,
-mais ignore ce qu'il est et ce qu'il doit faire, il est bien moins
-instruit que la vieille femme illettrée qui croit à son Seigneur le
-sauveur, c'est-à-dire en Dieu, selon la volonté duquel elle reconnaît
-qu'elle vit, et elle sait que ce Dieu exige d'elle une vie juste. Elle
-est plus instruite que le savant, parce qu'elle possède la réponse à
-la question essentielle: ce qu'est sa vie et comment doit-elle vivre;
-tandis que le savant, tout en possédant des réponses ingénieuses à
-toutes les questions complexes, mais peu importantes de la vie, n'a pas
-de réponse à la question principale de tout homme de raison: pourquoi je
-vis et que dois-je faire?
-
-13
-
-Les gens qui croient que la science est l'œuvre principale de la vie,
-sont pareils aux papillons attirés par la clarté de la bougie: ils
-périsssent eux-mêmes et obscurcissent la lumière.
-
-
-
-VI.--_En quoi consiste le sens et le but de la vraie science._
-
-1
-
-Le savant est celui qui a appris beaucoup de choses dans les livres;
-l'homme instruit est celui qui est au courant de tout ce qui intéresse
-actuellement les hommes; l'homme éclairé est celui qui sait pourquoi il
-vit et ce qu'il doit faire. Ne t'efforce ni d'être savant, ni d'être
-instruit tâche de devenir un homme éclairé.
-
-2
-
-Si dans la vie réelle l'illusion défigure la réalité pour un instant
-seulement, dans la région abstraite, l'erreur peut dominer pendant des
-milliers d'années, peut peser de son joug sur des peuples entiers,
-étouffer les élans les plus nobles de l'humanité, et, à l'aide de ses
-esclaves qu'elle a trompés, elle peut mettre aux fers celui qu'elle n'a
-pu tromper. Elle est l'ennemi contre lequel les plus grands esprits de
-tous les temps ont mené un combat inégal, et l'humanité n'a gagné que
-ce qu'ils ont pu lui enlever. Si l'on dit que l'on doit rechercher la
-vérité même là où l'on en attend aucun profit parce que l'utilité peut
-en apparaître là où elle n'avait pas été prévue, il faut ajouter encore
-qu'on doit rechercher et supprimer avec le même zèle toute erreur, là
-même où elle ne peut faire aucun tort, parce que le danger des erreurs
-peut facilement apparaître un jour, là où on ne s'y attendait pas, toute
-erreur contenant du poison. Il n'y a pas d'erreur inoffensive et il y a
-d'autant moins d'erreur honorable et sacrée.
-
-Pour consoler ceux qui consacrent leur vie et leurs forces à la noble
-et difficile lutte contre les erreurs, on peut hardiment dire que, si
-avant la venue de la vérité, l'erreur continuera quand même à faire
-son œuvre, elle n'évincera pas jusqu'au bout la vérité conquise et
-clairement exprimée, pour prendre librement sa place vacante, pas plus
-que les hiboux et les chauves-souris pendant la nuit n'intimideront et
-n'empêcheront le soleil de réapparaître radieux à son lever. Telle est
-la puissance de la vérité; sa victoire est difficile et pénible, mais
-une fois gagnée, elle ne peut pas être reprise.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-3
-
-Depuis que les hommes vivent sur la terre, tous les peuples ont eu des
-sages qui leur ont enseigné ce qui était le plus nécessaire de savoir:
-quelle est la destination et, par conséquent, le vrai bonheur de chaque
-homme et de tous les hommes. Seul l'homme qui connaît cette science peut
-juger de l'importance de toutes les autres.
-
-Les objets d'études sont _innombrables_; aussi, l'ignorance de la
-mission et du bonheur des hommes rend-elle impossible le choix dans
-cette quantité infinie des connaissances et c'est pourquoi sans cette
-connaissance primordiale, toutes les autres deviennent et sont, en
-effet, un amusement vain et nuisible.
-
-4
-
-Tous les hommes qui s'adressent à la science de notre époque, non pour
-satisfaire une vaine curiosité, non pour jouer un rôle dans la science,
-écrire; discuter, enseigner, non pour vivre de la science, mais pour lui
-poser des questions directes, simples, vitales, s'aperçoivent que tout
-en répondant à des milliers de questions très ingénieuses et complexes,
-elle est impuissante à répondre à la seule question qui intéresse tout
-homme de raison: que suis-je et comment dois-je vivre?
-
-5
-
-On peut étudier les sciences inutiles à la vie spirituelle, telles
-que l'astronomie, les mathématiques, la physique, de même que jouir
-de divers plaisirs, jeux, promenades, quand ces occupations ne nous
-empêchent pas de faire ce que nous devons; mais ce n'est pas bien
-de s'occuper de vaines sciences et de jouir de plaisirs, quand ils
-entravent la véritable œuvre de la vie.
-
-6
-
-Socrate démontrait à ses élèves qu'une instruction bien organisée
-commande de parvenir dans chaque science à une certaine limite qu'on ne
-doit pas franchir. Il suffit de connaître assez de géométrie, disait-il,
-pour être, à l'occasion en état de mesurer régulièrement une bande
-de terre que l'on achète ou que l'on rend, pour diviser un héritage
-ou pour savoir répartir le travail aux ouvriers. «C'est si facile,
-disait-il, qu'avec un peu de bonne volonté on ne s'arrêtera plus devant
-aucun calcul, quand bien même il faudrait mesurer toute la terre. Mais
-il n'approuvait pas lorsqu'on se passionnait pour les difficultés de
-cette science, et, bien qu'il les connût, il disait, qu'elles pouvaient
-occuper toute la vie d'un homme et le distraire des sciences utiles,
-tandis qu'elles ne servaient à rien. Il trouvait bien que l'on
-connaisse assez d'astronomie pour pouvoir, d'après de menus indices
-reconnaître les heures de la nuit, les jours du mois, et les saisons
-de l'année, s'orienter sur sa route, maintenir la direction en mer, et
-relever les gardes. Cette science, est si facile, ajoutait-il, qu'elle
-est accessible à chaque chasseur, à tout navigateur et, en général,
-à tout homme qui voudrait quelque peu s'en occuper. Mais lorsqu'on
-voulait arriver à étudier les différentes orbites parcourues par les
-astres célestes, calculer la dimension des planètes et des étoiles, leur
-éloignement de la terre, leurs mouvements et modifications,--il blâmait
-les gens, car il ne voyait aucune utilité à ces occupations. Il en avait
-une si basse opinion, non pas par ignorance, car il avait étudié ces
-sciences, mais parce qu'il ne voulait pas qu'on dépense à des études
-superflues, le temps et les forces qui pourraient être employés à la
-chose la plus nécessaire à l'homme: à son perfectionnement moral.»
-
- XÉNOPHON.
-
-
-
-VII.--_De la lecture des livres._
-
-1
-
-Fais attention que la lecture de nombreux écrivains, de livres de
-tous genres n'embrouillent et ne troublent ta raison. On ne doit
-alimenter son esprit que par la lecture d'écrivains dont la valeur
-est incontestable. Trop de lecture distrait l'esprit et le déshabitue
-du travail personnel. C'est pourquoi ne lis que les vieux livres
-incontestablement bons. Si jamais tu as envie de passer à des œuvres
-d'un autre genre, n'oublie pas de revenir aux anciennes.
-
- SÉNÈQUE.
-
-2
-
-Lisez avant tout les meilleurs livres; autrement vous n'aurez pas le
-temps de les lire.
-
- THOREAU.
-
-3
-
-Il est préférable de ne jamais lire un seul livre que d'en lire beaucoup
-et de croire à tout ce qui y est dit. On peut être intelligent sans lire
-un seul livre, tandis qu'en croyant à tout ce qui est écrit dans les
-livres, on devient forcément sot.
-
-4
-
-Dans la fabrication des livres se répète le même fait que dans la vie.
-La plupart des gens s'égarent sottement. C'est pour cela que tant de
-mauvais livres, tant de relent littéraire s'accumulent parmi la bonne
-graine. Les hommes ne font que perdre leur temps, leur argent, et leur
-attention à la lecture de ces livres.
-
-Les mauvais livres ne sont pas seulement inutiles, mais encore
-nuisibles. Car neuf dixièmes de tous les livres ne s'impriment que pour
-prendre l'argent des autres.
-
-C'est pourquoi il est préférable de ne pas lire du tout les livres dont
-on parle et dont on écrit beaucoup. Les gens doivent chercher avant tout
-à lire et à connaître les meilleurs écrivains de tous les siècles, et
-de tous les peuples. Ce sont ces livres là qu'on doit lire en premier
-lieu; autrement, on n'aura pas le temps de les lire du tout. Seuls ces
-écrivains nous instruisent et contribuent à notre éducation.
-
-Nous ne lirons jamais trop peu de mauvais livres et nous ne réussirons
-jamais à lire trop de bons livres. Les mauvais livres sont un poison
-moral qui ne fait que griser.
-
- D'après SCHOPENHAUER.
-
-5
-
-Les superstitions et les erreurs tourmentent les hommes. Il n'y a qu'un
-moyen pour s'en débarrasser: la vérité. Or, nous apprenons la vérité
-tant par nous-mêmes que par l'entremise de sages et de saints qui ont
-vécu avant nous. C'est pourquoi pour mener une vie de bien, il faut
-chercher soi-même la vérité, tout en profitant des indications qui sont
-venues jusqu'à nous des anciens sages et des saints.
-
-6
-
-L'un des moyens les plus puissants de connaître la vérité qui libère des
-superstitions, consiste à apprendre tout ce que l'humanité a fait dans
-le passé pour connaître et exprimer la vérité commune à tous les hommes.
-
-
-
-VIII.--_De la pensée indépendante._
-
-1
-
-Chaque homme peut et doit profiter de tout ce que la raison commune de
-l'humanité a élaboré, mais il doit en même temps contrôler par sa propre
-raison les données élaborées par toute l'humanité.
-
-2
-
-Le savoir est vraiment le savoir, lorsqu'il est acquis par les efforts
-de la pensée et non par la mémoire.
-
-Nous commençons à savoir réellement lorsque nous nous arrivons à oublier
-complètement ce que nous avons appris. Je ne me rapprocherai pas à
-une distance d'un cheveu de la connaissance des objets, tant que je
-considérerai l'objet comme on me l'a appris. Pour connaître un objet,
-je dois m'en approcher comme d'une chose d'absolument inconnue de moi.
-
- THOREAU.
-
-3
-
-Nous attendons du professeur qu'il fasse de son élève un homme
-raisonnable, d'abord, sage, ensuite, et savant, enfin.
-
-Ce procédé présente cet avantage que si l'élève n'atteint jamais le
-dernier degré, comme cela a, en effet, généralement lieu dans la
-réalité; il gagnera néanmoins à s'instruire et aura plus d'expérience et
-de sagesse dans la vie.
-
-Mais si l'on retourne ce procédé à l'envers, alors les élèves saisissent
-quelque chose qui ressemble à la raison avant d'avoir acquis la faculté
-de raisonner et emportent de l'enseignement une science empruntée,
-comme collée à eux et non n'adhérant, sans compter que leurs facultés
-spirituelles restent tout aussi improductives que par le passé et se
-trouvent en même temps fortement corrompues par la sagesse imaginaire.
-C'est là la raison pourquoi nous rencontrons souvent des savants (ou
-plutôt des gens instruits) qui manifestent très peu de raisonnement,
-et c'est pourquoi il sort des académies plus d'idiots que de n'importe
-quelle autre classe sociale.
-
- KANT.
-
-4
-
-Dans toutes les classes il y a des hommes qui jouissent d'une
-supériorité mentale, bien qu'ils n'aient souvent aucune instruction.
-L'esprit naturel peut remplacer presque tous les degrés de
-l'instruction, tandis qu'aucune instruction ne peut remplacer l'esprit
-naturel, bien qu'elle possède l'avantage de la connaissance des
-événements et des faits (science historique), de la définition des
-causes (sciences naturelles)--le tout en une revue facile et régulière;
-mais cela ne lui donne pas une opinion plus exacte et plus approfondie
-du sens réel de tous ces événements, faits et causes. L'homme non
-instruit, mais perspicace et prompt à voir les choses, saura se passer
-de ces richesses. Un incident de sa propre expérience lui apprendra
-bien plus qu'à un savant qui connaît des milliers de cas, mais qu'il
-ne _comprend_ pas très bien, parce que le peu de savoir de l'homme non
-instruit est _vécu_.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-5
-
-J'aime les paysans: ils ne sont pas assez instruits pour pouvoir
-raisonner erronement.
-
- MONTAIGNE.
-
-6
-
-Combien de lectures multiples nous aurions pu éviter si nous savions
-réfléchir avec indépendance.
-
-Est-ce que la lecture et l'étude sont la même chose? Quelqu'un a
-affirmé, non sans raison, que si l'impression des livres a contribué au
-développement plus vaste de l'instruction, cela a été au détriment de
-leur qualité et de leur teneur. Trop lire est mauvais pour la pensée.
-Les plus grands penseurs, rencontrés parmi les savants que j'ai étudiés,
-étaient précisément les moins érudits.
-
-Si l'on avait enseigné aux hommes _comment_ ils doivent penser, et non
-pas à quoi ils doivent penser, le malentendu aurait pu être évité.
-
- LICHTENBERG.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIX
-
-L'EFFORT
-
-
-Les péchés, les tentations, les superstitions arrêtent, voilent à
-l'homme son âme. Pour se révéler à soi-même son âme, l'homme doit faire
-des efforts de conscience. C'est donc dans ces efforts de conscience que
-consiste l'œuvre principale de la vie de l'homme.
-
-
-I.--_La libération des péchés, des tentations et des superstitions est
-dans l'effort._
-
-1
-
-L'abnégation libère les hommes des péchés, l'humilité--des tentations,
-la véracité--des superstitions. Mais pour que l'homme puisse renoncer
-aux désirs charnels, s'humilier devant les tentations de l'orgueil et
-contrôler par la raison les superstitions qui le désorientent, il doit
-faire des efforts. Seul l'effort de sa conscience permet à l'homme de se
-libérer des péchés, des tentations et des superstitions qui le privent
-de bonheur.
-
-2
-
-Le Royaume de Dieu est conquis par l'effort. Le Royaume de Dieu est
-en vous (Luc, XVI, 16; XVII, 21). Ces deux strophes de l'Evangile
-signifient que ce n'est que par des efforts de conscience que les hommes
-peuvent vaincre en eux les péchés, les superstitions et les tentations
-qui retardent l'approche du Royaume de Dieu.
-
-3
-
-Ici, sur la terre, il ne peut et ne doit pas y avoir de repos, parce que
-la vie est une marche vers le but qu'on ne peut jamais atteindre. Le
-repos est immoral. Je ne puis dire en quoi consiste ce but; mais quel
-qu'il soit, il existe et nous savons que nous nous en approchons. Sans
-ce rapprochement, la vie serait une absurdité et un mensonge. Et nous ne
-pouvons nous rapprocher de ce but que par notre propre effort.
-
- JOSEPH MAZZINI.
-
-4
-
-Devenir de plus en plus meilleur, c'est toute l'œuvre de la vie, et on
-ne peut devenir meilleur que par l'effort.
-
-Chacun sait que sans effort, on ne peut rien faire dans le travail. Il
-faut savoir également que dans l'œuvre principale de la vie, dans la vie
-spirituelle, on ne peut rien faire sans effort.
-
-5
-
-La force ne se manifeste pas par le pouvoir de faire un nœud avec un
-attisoir en fer, par la possession des billions et des trillions de
-roubles, ni par la domination sur des millions d'hommes; la vraie force
-est dans le pouvoir sur soi-même.
-
-6
-
-Ne dis jamais d'une bonne action: «Ce n'est pas la peine de se donner du
-mal; c'est si difficile que je n'y arriverai jamais;» ou bien: «C'est
-si facile que je n'ai qu'à vouloir pour le faire.» Ne pense pas et ne
-parle pas ainsi: même si le but visé n'est pas atteint, ou si ce but est
-insignifiant, chaque effort fortifie l'âme.
-
-7
-
-Les gens pensent souvent que pour être un vrai chrétien, il faut
-accomplir des actes extraordinaires. C'est une erreur. Le chrétien n'a
-pas besoin d'œuvres spéciales, extraordinaires; il ne lui faut qu'un
-effort d'esprit perpétuel qui le libère des péchés, des tentations et
-des superstitions.
-
-8
-
-Les mauvaises actions--celles qui causent nos malheurs,--s'accomplissent
-facilement; mais ce qui est noble et bon pour nous se fait uniquement au
-prix d'un effort.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-9
-
-Si l'homme prend pour règle de faire ce qu'il veut, il ne restera pas
-longtemps à vouloir faire ce qu'il fait. La vraie œuvre n'est jamais que
-celle à laquelle on doit travailler pour l'accomplir.
-
-10
-
-La route vers la connaissance du bien n'a jamais été tracée sur un gazon
-soyeux jonchée de fleurs; l'homme a toujours dû escalader des rochers
-dénudés.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-11
-
-On ne cherche jamais la vérité avec joie, mais avec émotion et
-inquiétude; et cependant, on doit la chercher; car n'ayant pas trouvé
-la vérité et appris à l'aimer, tu périras. Mais, diras-tu, si la vérité
-voulait que je la cherche et que je l'aime, elle se serait révélée
-à moi-même. Aussi se révèle-t-elle à toi, mais tu n'y prêtes pas
-attention. Cherche donc la vérité,--elle le veut.
-
- PASCAL.
-
-
-
-II.--_La vie pour l'âme exige des efforts._
-
-1
-
-Je suis l'instrument avec lequel Dieu travaille. Mon vrai bonheur
-consiste à participer à Son travail. Mais je ne peux y parvenir qu'au
-moyen des efforts que je fais pour garder toujours en état propre et
-aiguisé l'instrument de Dieu qui m'est confié: moi-même, mon âme.
-
-2
-
-La chose la plus chère à l'homme, c'est d'être libre, de vivre à sa
-guise et non suivant la volonté d'autrui. Afin de vivre ainsi, l'homme
-doit vivre pour son âme. Et afin de vivre pour l'âme, l'homme doit
-réprimer les désirs du corps.
-
-3
-
-La vraie vie humaine n'est autre chose que le passage progressif de la
-nature bestiale inférieure à une conception de plus en plus grande de la
-vie spirituelle.
-
-4
-
-Nous faisons un effort pour nous réveiller et nous nous éveillons
-effectivement lorsque le rêve devient affreux et que nous n'avons plus
-de forces de le supporter. Il faut agir de même dans la vie réelle
-lorsqu'elle devient intolérable. Dans ces moments-là, il faut faire un
-effort de conscience pour s'éveiller à une vie nouvelle, supérieure,
-spirituelle.
-
-4
-
-La lutte contre les péchés, les tentations et les superstitions est
-nécessaire déjà pour cette raison que si tu cesses de les combattre, ta
-chair prend le dessus.
-
-5
-
-Il nous semble qu'un vrai travail ne peut être fait qu'à quelque chose
-de visible: à bâtir une maison, à labourer un champ, à nourrir le
-bétail, mais que travailler à son âme, à quelque chose d'invisible,
-n'est pas une besogne importante, une besogne que l'on peut faire ou ne
-pas faire; pourtant tout autre travail,--en dehors du travail intérieur,
-celui qui nous rend tous les jours plus moral et plus aimant,--tout
-autre travail n'est rien. C'est le seul vrai, et tous les autres ne sont
-utiles que si ce travail principal de la vie s'effectue.
-
-7
-
-Celui qui reconnaît que sa vie est mauvaise et qui veut commencer à
-vivre mieux, ne doit pas penser qu'il ne peut commencer à le faire que
-lorsqu'il aura modifié les conditions de sa vie. On doit et on peut
-améliorer sa vie non pas par les transformations extérieures, mais par
-un changement de soi-même, en notre âme. Et cela, on peut le faire
-toujours et partout. Et chacun a suffisamment à faire dans ce but. C'est
-seulement lorsque ton âme aura changé au point que tu ne pourras plus
-vivre comme par le passé, que tu pourras la modifier, et non quand tu
-croiras qu'il te sera plus facile de te corriger si tu changes ta vie.
-
-8
-
-Il n'y a, dans la vie, qu'une seule chose importante pour tous les
-hommes. Cette œuvre seule est destinée à tous les hommes. Tout le reste
-n'est rien en comparaison avec elle. On voit que cela est ainsi parce
-que dans cette œuvre seule, l'homme n'a pas d'entraves et qu'elle seule
-donne toujours la joie.
-
-9
-
-Prends l'exemple du ver à soie: il travaille tant qu'il n'est pas en
-mesure de voler. Et toi, tu t'es collé à la terre. Travaille à ton âme,
-et il te poussera des ailes.
-
- D'après ANGÉLUS.
-
-
-
-III.--_Le perfectionnement de soi-même ne saurait être atteint que par
-des efforts de conscience._
-
-1
-
-«Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait», est-il dit dans
-l'Evangile. Cela ne signifie point que le Christ ordonne à l'homme
-d'être aussi parfait que Dieu, mais que chaque homme doit faire des
-efforts de conscience pour se rapprocher de la perfection et que la vie
-de l'homme est dans ce rapprochement.
-
-2
-
-Tout être ne grandit pas d'un coup, mais peu à peu. On ne peut non
-plus apprendre une science d'un coup. De même, on ne peut pas vaincre
-le péché d'un coup. Il n'y a qu'un moyen pour devenir meilleur: le
-raisonnement sage et l'effort continu et patient.
-
- CHANNING.
-
-3
-
-Lessing disait que ce n'est pas la vérité qui donne la joie à l'homme,
-mais l'effort qu'il fait pour la connaître, Il en est de même de la
-vertu: la joie que donne la vertu est dans l'effort qui nous rapproche
-d'elle.
-
-4
-
-Les paroles suivantes étaient gravées sur la baignoire du Roi
-Tching-Tchang: «Renouvelle-toi tous les jours complètement; fais-le à
-nouveau et encore à nouveau.»
-
- _Sagesse chinoise._
-
-5
-
-Si les gens ne s'occupent pas d'explorations, et s'ils s'en occupent,
-mais qu'ils n'y réussissent pas, ils ne doivent pas se désespérer ni
-s'arrêter; si les gens n'interrogent pas les personnes éclairées sur les
-choses qu'ils ignorent, et si, en interrogeant, ils ne deviennent pas
-plus avancés, ils ne doivent pas désespérer; si les gens ne raisonnent
-pas, et s'ils raisonnent, mais ne peuvent pas comprendre clairement en
-quoi consiste le bien, ils ne doivent pas désespérer; si les gens ne
-distinguent pas le bien et le mal, et s'ils le distinguent, mais n'en
-ont pas une conception exacte, ils ne doivent pas désespérer; si les
-gens ne font pas le bien, et s'ils le font, mais sans lui consacrer
-toutes leurs forces, ils ne doivent pas désespérer: ils feront en dix
-fois ce que d'autres auraient fait en une fois; ils feront en mille fois
-ce que d'autres auraient fait en cent fois.
-
-Celui qui suivra réellement cette règle de la continuité de l'effort
-deviendra, si ignorant qu'il soit, sûrement fort, et, si vicieux qu'il
-soit, il deviendra sûrement vertueux.
-
- _Sagesse chinoise._
-
-6
-
-Lorsque l'homme fait le bien uniquement parce qu'il est habitué à le
-faire, ce n'est pas encore la vie de bien. Cette vie commence lorsque
-l'homme fait un effort pour être bon.
-
-7
-
-Tu dis: ce n'est pas la peine de faire des efforts; on aura beau
-s'appliquer, on ne parviendra jamais à la perfection. Ton œuvre n'est
-pas d'atteindre la perfection, mais de t'en rapprocher de plus en plus.
-
-8
-
-Pour que la vie soit non un chagrin, mais une joie continuelle, on doit
-toujours être bon pour tous, hommes et animaux. Et pour être bon, il
-faut s'y habituer; et pour s'y habituer, il ne faut, pas laisser passer
-une seule de ses mauvaises actions sans s'en faire de reproches.
-
-Si tu agis ainsi, tu t'habitueras bientôt à être bon pour tous les
-hommes et pour tous les animaux. Et si tu t'habitues à la bonté, tu
-auras toujours la joie au cœur.
-
-9
-
-La vertu de l'homme ne se mesure pas par ses exploits extraordinaires,
-mais par son effort de chaque jour.
-
- PASCAL.
-
-
-
-IV.--_Pour se rapprocher de la perfection, l'homme ne doit compter que
-sur ses propres forces._
-
-1
-
-Combien il est erroné de demander à Dieu, ou même aux hommes, de me
-délivrer d'une situation difficile. L'homme n'a besoin de l'aide de
-personne; il n'a pas besoin non plus de sortir de la situation où il se
-trouve; il ne lui faut qu'une seule chose: faire un effort de conscience
-pour se libérer des péchés, des tentations et des superstitions. La
-situation de l'homme changera et s'améliorera seulement en tant qu'il se
-sera libéré des péchés, dés tentations et des superstitions.
-
-2
-
-Rien n'affaiblit les forces de l'homme que l'espoir de trouver le salut
-et le bonheur ailleurs que dans son effort.
-
-3
-
-Il faut se débarrasser de l'idée que le Ciel peut corriger nos erreurs.
-Si vous préparez négligemment quelque plat, vous n'espérez pas que la
-Providence le rendra bon; de même, si pendant une série d'années de
-folie, vous avez mal dirigé votre vie, vous ne devez pas espérer que
-l'intervention divine dirigera et arrangera tout pour le mieux.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-4
-
-Tu possèdes la connaissance de ce qui est la perfection suprême. En toi
-également sont les obstacles qui t'empêchent d'y arriver. Ta situation
-est précisément celle qui t'engage à travailler pour te rapprocher de la
-perfection.
-
- CARLYLE.
-
-5
-
-C'est toi qui pèches, c'est toi qui projettes le mal, c'est toi qui fuis
-le péché, c'est toi qui purifies tes desseins, c'est toi qui es méchant
-ou pur; un autre ne pourra pas te sauver.
-
- DJAMAPADA.
-
-6
-
-Il n'y a pas de loi morale si je ne puis l'accomplir. Les gens disent:
-nous sommes nés égoïstes, avares, sensuels, et nous ne pouvons pas être
-autres. Non, nous le pouvons. La première chose, c'est de sentir dans
-son cœur ce que nous sommes et ce que nous devons être, et la seconde
-est de faire des efforts pour nous rapprocher de ce que nous devrions
-être.
-
- SOLTER.
-
-7
-
-L'homme doit développer ses germes de bien. La Providence ne les a pas
-semés entièrement levés dans l'homme; ce ne sont que des germes. Se
-rendre meilleur, cultiver soi-même--voilà l'œuvre principale de la vie
-de l'homme.
-
- KANT.
-
-
-
-V.--_Il n'y a qu'un seul moyen d'améliorer la vie sociale: l'effort de
-chaque homme pour obtenir une vie morale et bonne._
-
-1
-
-Les hommes se rapprochent du Royaume de Dieu, c'est-à-dire de la vie
-bonne et heureuse, uniquement par l'effort de chaque individu vers une
-vie morale.
-
-2
-
-Si tu vois que l'organisation de la société est mauvaise et que tu veux
-l'améliorer, sache qu'il est pour cela un seul moyen: tous les hommes
-doivent devenir meilleurs. Et pour rendre tous les hommes meilleurs, tu
-n'as qu'un moyen: c'est de devenir meilleur toi-même.
-
-3
-
-On entend souvent dire que tous les efforts faits pour améliorer la vie,
-supprimer le mal, instituer la justice sont inutiles, et que tout cela
-se fera de soi-même. Les gens avançaient, en ramant, mais les rameurs,
-arrivés à destination, sont descendus; les voyageurs restés dans le
-bateau ne se mettent pas à ramer parce qu'ils pensent que le bateau
-continuera à avancer comme il l'a fait jusque-là.
-
-4
-
-«Oui, cela serait ainsi, si tous les hommes avaient compris d'un coup
-que tout cela est mauvais et inutile pour nous,» dit-on en parlant
-du mal de la vie humaine. «Mettons qu'un homme renonce au mal, qu'il
-refuse à y participer, cela avançera-t-il l'œuvre du bien commun? La
-transformation de la vie sociale s'opère grâce aux efforts de toute la
-société et non pas à ceux des individus isolés.»
-
-Il est vrai, qu'une hirondelle ne fait pas le printemps. Serait-il
-possible, cependant, que parce qu'une hirondelle ne fait pas le
-printemps, elle ne doit pas s'envoler alors qu'elle sent l'approche du
-printemps? Si chaque bourgeon et chaque herbe attendaient, il n'y aurait
-jamais de printemps. De même, pour établir le Royaume de Dieu, je ne
-dois pas me demander si je suis la première ou la millième hirondelle,
-mais faire immédiatement, même si je suis seul, en sentant l'approche du
-royaume de Dieu, tout ce qu'il faut pour le réaliser.
-
-«Demandez, et il vous sera donné; cherchez, et vous trouverez; frappez,
-et on vous ouvrira. Car quiconque demande, reçoit, et quiconque
-cherche, trouve; et l'on ouvre à celui qui frappe.»
-
- MATTH., VII, 7-8.
-
-5
-
-Notre vie est malheureuse. Pourquoi?
-
-Parce que les hommes vivent mal. Et ils vivent mal parce qu'ils sont
-eux-mêmes mauvais. De sorte que pour que la vie ne soit plus mauvaise,
-il faut changer les mauvaises gens en bonnes gens. Comment faire cela?
-Personne ne peut transformer tout le monde, mais chacun peut s'amender
-lui-même. Il semble, tout d'abord, qu'on ne peut pas remédier à cela
-ainsi, car que peut faire un homme contre tous? Pourtant, tous se
-plaignent de leur vie malheureuse. Si donc tous les hommes comprennent
-que la mauvaise vie vient des mauvaises gens, et que chacun peut non pas
-corriger les autres, mais se corriger lui-même, toute la vie deviendra
-immédiatement meilleure.
-
-C'est donc que la mauvaise vie dépend de nous, et cela dépend également,
-de nous qu'elle devienne bonne.
-
-
-
-VI.--_L'effort vers la perfection donne le vrai bonheur._
-
-1
-
-L'effort moral et la joie de la conscience de la vie alternent de même
-que le travail corporel et la joie du repos. Sans travail corporel on
-n'éprouve pas la joie du repos: sans effort moral, il n'y a pas de joie
-d'être conscient de la vie.
-
-2
-
-La récompense de la vertu est dans l'effort même de faire une bonne
-action.
-
- CICÉRON.
-
-3
-
-N'attends pas non seulement un succès rapide, mais même un succès
-perceptible de tes efforts vers le bien. Tu ne verras pas le fruit de
-tes efforts, parce que tu t'es avancé 'tout autant que s'est avancée la
-perfection à laquelle tu aspires. L'effort de la conscience n'est pas un
-moyen pour obtenir le bonheur, mais l'effort de la conscience donne par
-lui-même le bonheur.
-
-4
-
-Dieu a donné aux animaux tout ce qu'il leur faut. Mais il ne l'a pas
-donné à l'homme. L'homme doit se procurer lui-même tout ce qui lui est
-nécessaire. La sagesse supérieure de l'homme n'est pas née avec lui; il
-doit travailler pour la gagner, et plus son travail est pénible, plus la
-récompense est grande.
-
- _Tablettes des Babides_[1].
-
-5
-
-Le Royaume de Dieu est conquis de haute lutte. Cela veut dire que pour
-se débarrasser du mal et devenir bon, il faut un effort.
-
-L'effort est nécessaire pour se contenir du mal. Contiens-toi du mal, et
-tu feras le bien, parce que l'âme humaine aime le bien, et elle le fait,
-si elle est exempte de mal.
-
-6
-
-Vous êtes des travailleurs libres et vous le sentez. Toutes sortes de
-raisonnements mensongers voulant prouver que la destinée ou les lois de
-la nature sont maîtresses de tout, ne seront jamais en état de faire
-taire les deux témoins incorruptibles de la liberté: les reproches de
-la conscience et les grands martyres. Depuis Socrate jusqu'à Christ, et
-depuis Christ jusqu'aux hommes qui, de siècle en siècle, meurent pour
-la vérité, tous les martyrs de la foi montrent le mensonge de cette
-doctrine d'esclaves et nous, disent tout haut: «Nous aussi, nous avons
-aimé la vie, et aussi tous les hommes qui ont embelli notre vie et qui
-nous suppliaient de cesser la lutte. Chaque battement de notre cœur
-semblait nous crier: vivez! Mais pour accomplir la loi de la vie, nous
-avons préféré la mort.»
-
-Depuis Caïn et jusqu'à l'homme le plus profondément misérable de notre
-époque, tous ceux qui ont choisi la voie du mal entendent au fond de
-leur âme la voix du blâme, du reproche, une voix qui ne leur donne pas
-de repos, qui leur répète éternellement: Pourquoi avez-vous abandonné
-le chemin de la vérité? Vous pouviez, vous pouvez faire un effort. Vous
-êtes des hommes libres et il était dans votre pouvoir de moisir dans les
-péchés ou de vous en libérer.
-
- MAZZINI.
-
-
-[1] Secte religieuse persane. _(Note du trad.)_
-
-
-
-
-CHAPITRE XX
-
-LA VIE EST DANS LE PRÉSENT
-
-
-Les hommes croient que leur vie dure un temps donné: dans le passé et
-dans l'avenir. Mais ce n'est qu'une apparence; la vraie vie humaine
-ne dure pas pendant un temps, elle _est_ toujours, se maintenant à un
-point indéterminé où le passé touche au futur et que nous appelons
-improprement le présent. A ce point du présent, et rien qu'à ce point,
-l'homme est libre; c'est pourquoi la vraie vie de l'homme est dans le
-présent et rien que dans le présent,.
-
-I.--_La vraie vie ne dépend pas du temps._
-
-1
-
-Le passé n'est plus, le futur n'est pas encore venu. Qu'est-ce qui
-est donc? Rien que le point où le futur et le passé se touchent. Il
-semblerait que ce point n'est rien, et cependant, toute notre vie est
-uniquement dans ce point.
-
-2
-
-Il nous semble seulement que le temps existe. Il n'est pas. Le temps
-n'est qu'un terme conventionnel grâce auquel nous voyons graduellement
-ce qui est en réalité et ce qui est toujours un. L'œil ne voit pas toute
-la sphère à la fois, bien que la sphère existe en entier et en une fois.
-Pour que l'œil voit, il faut que la sphère tourne devant l'œil qui la
-regarde. De même le monde se déroule, ou semble se dérouler, dans le
-temps devant les yeux des hommes. Pour la raison supérieure, il n'y a
-pas de temps: ce qui sera est déjà. L'idée du temps et de l'espace sert
-au morcellement de l'infini pour le profit des êtres finaux.
-
- AMIEL.
-
-3
-
-Il n'y a ni «avant» ni «après»: ce qui arrivera demain existe réellement
-dans l'éternité.
-
- ANGÉLUS.
-
-4
-
-Il n'y a ni temps, ni espace; l'un et l'autre nous sont indispensables
-pour que nous puissions comprendre les objets. C'est pourquoi il est
-faux de croire que les réflexions concernant les étoiles, dont la
-lumière n'est pas encore arrivée jusqu'à nous, et sur l'état du soleil
-à des millions d'années, etc., sont très importantes. Il n'y a là rien
-d'important ni même de sérieux. Tout cela n'est qu'un vain jeu de
-l'esprit.
-
-5
-
-Il n'y a pas de temps, il n'y a qu'un instant. Et c'est précisé ment en
-cet instant qu'est toute notre vie. C'est pourquoi il faut donner toutes
-nos forces à cet instant.
-
-6
-
-Si la vie est en dehors du temps, pourquoi se manifeste-t-elle dans le
-temps et dans l'espace? Parce que le mouvement, c'est-à-dire la tendance
-vers le développement, vers l'éclaircissement et la perfection, ne peut
-se manifester que dans le temps et l'espace. S'il n'y avait pas d'espace
-et de temps, il n'y aurait pas de mouvement, il n'y aurait pas de vie.
-
-
-
-II.--_La vie spirituelle de l'homme en dehors du temps et de l'espace._
-
-1
-
-Le temps ne sert qu'à la vie corporelle. L'être spirituel de l'homme,
-est toujours en dehors du temps. Et il est en dehors du temps, parce que
-l'activité de l'être spirituel consiste uniquement dans l'effort de la
-conscience. Et cet effort est toujours hors du temps, parce qu'il n'a
-jamais lieu qu'au présent et que le présent n'a pas de temps.
-
-2
-
-Nous ne pouvons nous représenter la vie après la mort et nous rappeler
-de la vie avant notre naissance parce que nous ne pouvons rien nous
-représenter qui soit en dehors du temps; et cependant, nous connaissons
-le mieux notre vie hors du temps--dans le présent.
-
-3
-
-Notre âme est jetée dans notre corps où elle trouve le nombre, le temps,
-la mesure. Elle raisonne d'après cela et appelle cela nature; nécessité,
-et ne saurait penser autrement.
-
- PASCAL
-
-4
-
-Nous disons que le temps passe. Ceci n'est pas exact. C'est nous qui
-avançons, et non pas le temps. Lorsque nous flottons sur l'eau, il nous
-semble que ce sont les rives qui marchent et non pas le bateau dans
-lequel nous nous trouvons. Il en est de même du temps.
-
-5
-
-Il est bon de se rappeler souvent que notre vraie vie n'est pas
-uniquement extérieure, corporelle, telle que nous la vivons ici, sur
-terre, telle que nous la voyons, mais qu'avec cette vie, nous possédons
-encore une autre vie, intérieure, spirituelle, qui n'a ni commencement
-ni fin.
-
-
-
-III.--_La vraie vie n'est que dans le présent._
-
-1
-
-La faculté de se souvenir du passé et de se représenter l'avenir nous
-est donnée uniquement afin que, en nous fondant sur des considérations
-relatives à l'un ou à l'autre, nous puissions décider plus exactement
-nos actes du présent, mais nullement pour regretter le passé ou préparer
-l'avenir.
-
-2
-
-L'homme ne vit que dans l'instant présent. Tout le reste est déjà passé,
-ou bien n'arrivera peut-être pas.
-
- MARC-AURÈLE.
-
-3
-
-Si nous nous tourmentons en songeant au passé et que nous nous gâtons
-l'avenir, c'est uniquement parce que nous nous occupons trop peu du
-présent. Le passé a été, l'avenir n'est pas; seul le présent est.
-
-4
-
-Notre état futur semblera toujours un rêve à notre état présent.
-
-Ce n'est pas la longueur de la vie qui importe, mais sa profondeur. Il
-ne s'agit pas de prolonger la vie, mais de vivre en dehors du temps, et
-nous ne le faisons que lorsque nous vivons par l'effort du bien. Lorsque
-nous vivons ainsi, nous ne nous posons pas la question du temps.
-
- D'après EMERSON.
-
-5
-
-«Vivre jusqu'au soir et jusqu'à la mort»[1] veut dire, vivre comme si
-l'on se trouvait toujours à sa dernière heure et qu'on n'a le temps que
-d'accomplir l'essentiel, et en même temps vivre comme si tu pouvais
-continuer indéfiniment l'œuvre que tu accomplis.
-
-6
-
-Le temps est derrière nous, il est devant nous, mais nous ne l'avons pas
-avec nous. Lorsqu'on se met à penser davantage à ce qui a été ou à ce
-qui sera, on perd le principal: la vraie vie dans le présent.
-
-7
-
-On ne peut vaincre les mauvaises habitudes qu'aujourd'hui seulement, et
-non pas demain.
-
- CONFUCIUS.
-
-8
-
-Rien n'a de l'importance, excepté ce que nous faisons dans le moment
-présent.
-
-9
-
-Il est bon de ne pas penser au lendemain; mais pour ne pas y penser, il
-n'y a qu'un seul moyen: c'est de penser continuellement si j'accomplis
-bien l'œuvre du jour, de l'heure, de la minute présente.
-
-10
-
-Dès qu'on s'absorbe dans le passé et l'avenir, on s'éloigne de la vraie
-vie et l'on se sent abandonné, lié, solitaire.
-
-Que de tortures morales, et tout cela pour mourir au bout de quelques
-minutes! Pourquoi donc s'inquiéter?
-
-Non, cela n'est pas vrai: ta vie existe actuellement. Le temps n'est
-pas, et l'heure présente vaut des centaines d'années si tu vis cette
-heure avec Dieu.
-
- D'après AMIEL.
-
-14
-
-On dit: l'homme n'est pas libre parce que tout ce qu'il fait a une
-raison antérieure. Mais l'homme n'agit jamais que dans le présent; or,
-le présent est en dehors du temps: ce n'est que le point de contact
-entre le passé et le futur. C'est pourquoi l'homme est toujours libre
-pendant l'_instant_ du présent.
-
-15
-
-La force libre et divine de la vie ne se manifeste que dans le présent;
-c'est pourquoi l'activité du présent doit posséder les qualités divines,
-c'est-à-dire doit être raisonnable et bonne.
-
-16
-
-On demanda à un sage: Quelle est l'œuvre la plus ïmportante? Quel
-est l'homme le plus important de la vie? Quel est le moment le plus
-important de la vie?
-
-Le sage répondit: «L'œuvre la plus importante c'est d'aimer tous les
-hommes parce que c'est là l'œuvre de la vie de chaque homme.
-
-«L'homme le plus important est celui auquel tu as affaire en ce moment,
-parce que tu ne pourras jamais savoir si tu auras affaire à un autre
-homme.
-
-«Le temps le plus important est le présent parce que là seulement
-l'homme est maître de lui-même.»
-
-
-
-IV.--_L'amour ne se manifeste que dans le présent._
-
-1
-
-L'œuvre principale de la vie est l'amour. Et on ne peut aimer ni dans le
-passé ni dans le futur. On ne peut aimer que dans le présent, à cette
-heure, à cette minute.
-
-2
-
-L'amour est une manifestation de l'essence divine qui n'a pas de temps;
-c'est pourquoi l'amour ne se manifest que dans le présent, tout de
-suite, à tout moment du présent.
-
-3
-
-Aimer, en général, c'est faire le bien. C'est ainsi que nous comprenons
-tous l'amour, et nous ne pouvons le comprendre autrement.
-
-L'amour n'est pas seulement un mot; il comprend les œuvres que nous
-accomplissons pour le bonheur d'autrui.
-
-Si l'homme décide de ne pas répondre aux exigences du plus petit amour
-vrai en vue d'un grand amour futur, il se leurre, leurre les autres et
-n'aime personne, sauf lui.
-
-Il n'y a pas d'amour dans le futur: l'amour n'existe que dans le
-présent. Si l'homme n'accomplit pas l'œuvre de l'amour dans le présent,
-c'est qu'il n'a pas d'amour.
-
-4
-
-Tu veux le bien. Or, le bien ne peut se produire qu'immédiatement. Il ne
-peut y avoir de bien dans l'avenir, parce qu'il n'y a pas d'avenir, il
-n'y a que le présent.
-
-5
-
-Ne remets jamais une bonne action si tu peux l'accomplir aujourd'hui,
-parce que la mort ne demande pas si tu as fait ce que tu dois. La mort
-n'attend personne ni rien. La chose la plus importante est donc celle
-qu'on accomplit à l'instant même.
-
-6
-
-N'attendons pas pour être justes, compatissants. N'attendons pas la
-venue des souffrances exceptionnelles des autres et les nôtres. La vie
-est brève; dépêchons-nous donc à réjouir les cœurs de nos compagnons
-pendant cette courte traversée. Hâtons-nous d'être bons.
-
- AMIEL.
-
-7
-
-Les hommes de bien oublient les bonnes actions qu'ils ont accomplies:
-ils sont tellement occupés à ce qu'ils font, qu'ils ne pensent plus à ce
-qu'ils ont déjà fait.
-
- _Proverbe chinois._
-
-8
-
-La vie dans le présent est l'état dans lequel Dieu vit en nous. C'est
-pourquoi le moment présent est plus cher que tout. Emploie toutes les
-forces de ton âme à ne pas laisser échapper ce moment, afin de ne pas
-cacher à toi-même le Dieu qui peut se manifester en toi.
-
-
-
-V.--_Tentation de la préparation à la vie, au lieu de la vie même._
-
-1
-
-«Je ferai cela quand je serai grand.»--«Je vivrai ainsi lorsque j'aurai
-terminé mes études, lorsque je me serai marié.» «Je ferai cela lorsque
-j'aurai des enfants, lorsque j'aurai marié mon fils, où lorsque je serai
-riche, lorsque j'habiterai un autre endroit, ou lorsque je serai vieux.»
-
-Ainsi parlent les enfants, les adultes, les vieillards, et personne ne
-sait s'il vivra jusqu'au soir. Nous ne pouvons rien savoir de tout cela:
-si nous aurons ou non la possibilité de le mener à bonne fin, si la mort
-ne nous empêchera pas de le faire.
-
-Il n'y a qu'une seule œuvre que la mort ne peut entraver: c'est
-l'accomplissement, à toute heure de la vie, de la volonté de Dieu, celle
-qui est d'aimer les hommes.
-
-2
-
-Nous pensons et nous disons souvent que «je ne puis pas faire tout ce
-que je dois par suite de la situation où je me trouve». Combien cela
-est faux! Le travail intérieur, qui est la raison même de la vie, est
-toujours possible. Tu es en prison, tu es malade, tu es privé de la
-possibilité, d'entreprendre toute activité extérieure; on t'offense, on
-te tourmente; mais ta vie intérieure est dans ton pouvoir: tu peux, dans
-la pensée, reprocher, blâmer, envier, détester les hommes, et tu peux
-aussi réprimer ces sentiments et les remplacer par de bons. De sorte que
-chaque minute de ta vie est à toi, et personne ne peut te la prendre.
-
-3
-
-Se savoir malade, prendre soin pour se guérir, surtout penser à ce
-que je suis souffrant pour le moment et, par suite, incapable d'agir,
-se dire que lorsque je redeviendrai valide, j'agirai, est une grande
-tentation. Car ces paroles signifient: je refuse ce qui m'est donné,
-mais je veux ce qui n'existe pas. On peut toujours se réjouir de ce que
-l'on possède à chaque instant et faire immédiatement tout ce que l'on
-peut.
-
-4
-
-Tu n'es pas bien, et il te semble que cela vient de ce que tu ne peux
-pas vivre comme tu voudrais, que tu aurais plus facilement fait ce que
-tu crois devoir faire si ta vie était autre. C'est faux. Tu as tout ce
-que tu désires. A tout moment de ta vie, tu peux faire la meilleure
-chose que tu es à même d'accomplir.
-
-5
-
-Les importantes, les grandes œuvres qui ne peuvent être terminées que
-dans l'avenir, ne sont pas de vraies œuvres, elles ne sont pas faites
-pour la gloire de Dieu. Si tu crois en Dieu, tu croiras à la vie dans le
-présent, tu travailleras à des œuvres qui peuvent être achevées dans le
-présent.
-
-6
-
-_Momento-mori_. Souviens-toi de la mort! est une grande parole. Si
-nous nous souvenions que nous mourrons inévitablement et bientôt,
-notre vie serait tout autre. Si l'homme sait qu'il doit mourir dans
-une demi-heure, il ne fera sûrement ni des choses vaines, ni bêtes, ni
-surtout mauvaises, dans ce court laps de temps. Le demi-siècle qui te
-sépare, peut-être, de la mort, n'est-ce pas une demi-heure?
-
-
-
-VI.--_Les conséquences de nos actes regardent Dieu, et non pas nous._
-
-1
-
-Les conséquences de nos actes ne dépendent pas de nous, parce qu'elles
-sont infinies dans l'espace infini et dans le temps infini.
-
-2
-
-Si tu peux voir toutes les conséquences de ton activité, sache que cette
-activité est nulle.
-
-3
-
-Nos actes de l'instant, du moment, sont à nous; ce qu'il en résultera,
-c'est l'affaire de Dieu.
-
- FRANÇOIS d'ASSISE.
-
-4
-
-En vivant d'une vie spirituelle, c'est-à-dire en communion avec Dieu,
-l'homme, bien qu'il ne puisse pas connaître les conséquences de ses
-actes, sait sûrement que ces conséquences seront heureuses.
-
-5
-
-L'acte accompli sans la moindre réflexion aux conséquences possibles,
-uniquement en vue d'accomplir la volonté de Dieu, est la meilleure
-action que l'homme peut accomplir.
-
-6
-
-La récompense d'une vie juste n'est jamais dans l'avenir, mais dans le
-présent. Si tu fais bien à l'instant, tu te sens bien à l'instant. Et si
-tu agis bien, les conséquences ne peuvent ne pas être bonnes.
-
-
-
-VII.--_Ceux qui croient que le sens de la vie est dans le présent ne se
-préoccupent pas de la vie d'outre-tombe._
-
-1
-
-Nous nous embrouillons dans nos idées sur la vie future; nous nous
-demandons ce qu'il y aura après la mort. Mais on ne peut le demander,
-parce que la vie et l'avenir sont deux termes contradictoires: la vie
-est seulement dans le présent. Il nous semble qu'elles _a été_ et
-qu'elle _sera_, tandis qu'elle _est_ seulement. Il ne faut pas chercher
-une solution à la question de l'avenir, mais penser comment nous devons
-vivre dans le présent, à l'instant même.
-
-2
-
-Nous ignorons toujours tout ce qui a trait à la vie corporelle, parce
-que cette vie est réglée par le temps et que nous ne pouvons pas
-connaître l'avenir.
-
-Mais dans le domaine de la vie spirituelle, il n'y a pas de futur. C'est
-pourquoi l'inconnu de notre vie diminue à mesure qu'elle se transforme
-de charnelle en spirituelle, à mesure que nous vivons dans le présent.
-
-3
-
-Nous devons accomplir honnêtement et d'une manière impeccable le travail
-qui nous est confié, indépendamment de notre espoir de devenir un jour
-des anges, ou de notre croyance d'avoir été jadis des mollusques.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-4
-
-A mesure que la vie se prolonge, surtout la vie en bonnes actions,
-l'importance du temps et l'intérêt de la question de ce qui sera
-tombent. Plus nous sommes vieux, plus le temps passe vite; ce qui «sera»
-a de moins en moins d'importance et ce qui «est» en gagne de plus en
-plus.
-
-Si tu peux élever ton esprit au-dessus de l'espace et du temps, tu te
-trouves à tout instant dans l'éternité.
-
- ANGÉLUS.
-
-
-[1] Proverbe russe. (_N. du trad._).
-
-
-
-
-CHAPITRE XXI
-
-LE NON-AGIR
-
-
-Les hommes gâtent moins leur vie en ne faisant pas ce qu'ils doivent
-faire, qu'en faisant ce qu'ils ne doivent pas faire. C'est pourquoi le
-plus grand effort que l'homme doit faire sur lui-même pour avoir une vie
-heureuse--est de s'abstenir de faire ce qu'il ne faut pas faire.
-
-
-I.--_L'abstention est le meilleur moyen de mener une bonne vie._
-
-1
-
-Ce qui importe le plus à tous les hommes, c'est de vivre bien. Vivre
-bien, c'est moins de faire tout le bien que nous pouvons, que de ne pas
-faire le mal que nous pouvons éviter de commettre. L'essentiel, c'est de
-ne pas faire de mal.
-
-2
-
-Tous les hommes de notre époque savent que notre vie est mauvaise, et
-ils ne se bornent pas à critiquer son organisation, mais travaillent
-à ce qui, à leur avis, doit améliorer notre vie. Pourtant, loin de
-s'améliorer, l'organisation de notre vie empire chaque jour. Pourquoi?
-Parce que les hommes accomplissent les travaux les plus compliqués et
-les plus difficiles pour améliorer la vie, mais ne font pas la chose la
-plus simple et la plus facile: ils ne s'abstiennent pas de prendre part
-aux œuvres qui rendent notre vie mauvaise.
-
-3
-
-L'homme apprend ce qu'il doit faire seulement après avoir compris ce
-qu'il ne doit pas faire. Et, en en faisant pas ce qu'il ne doit pas
-faire, il fera inévitablement ce qu'il doit faire, bien qu'il ne saura
-pas pourquoi il fait ce qu'il fait.
-
-4
-
-Question: Qu'est-ce qu'il y a de mieux à faire quand on est pressé?
-Réponse: Rien.
-
-5
-
-Dans les moments d'abattement moral, on doit se comporter envers
-soi-même comme envers un malade: ne rien entreprendre.
-
-6
-
-Si tu ne sais pas quel parti prendre: agir ou ne pas agir, sache qu'il
-est toujours préférable de s'abstenir que d'agir. Si tu n'avais pas la
-force de t'abstenir, et si tu savais sûrement que l'affaire est bonne,
-tu ne te serais pas demandé si tu dois la réaliser ou non; si tu te le
-demandes, c'est que tu sais que tu peux te contenir et, ensuite, tu es
-sûr que l'affaire n'est pas tout à fait bonne. Si elle était absolument
-bonne, tu ne te serais pas interrogé.
-
-7
-
-Si tu as grande envie de quelque chose et s'il te semble que tu ne
-pourrais pas résister à l'envie, défie-toi. Ce n'est pas vrai que
-l'homme ne puisse se contenir dans n'importe quel cas. Seul celui qui
-s'est assuré à l'avance qu'il ne peut se contenir, n'est pas en état de
-le faire.
-
-8
-
-Que chacun, même un tout jeune homme, se rappelle sa vie. Et si tu
-regrettes une seule fois de n'avoir pas fait ce que tu devais et ce qui
-serait bien, tu regretteras des centaines de fois d'avoir fait ce qui
-était mal et que tu n'aurais pas du faire,
-
-
-
-II.--_Conséquences de l'incontinence._
-
-1
-
-Il y a moins de mal à ce que nous faisons autre chose que nous aurions
-dû faire, qu'à ce que nous ne nous abstenons pas de ce que nous
-n'aurions pas dû faire.
-
-2
-
-Le laisser-aller dans une seule occasion affaiblit la force de la
-continence dans toute autre. L'habitude prise de ne pas se contenir est
-comme un torrent invisible sous une maison. Une telle maison ne résiste
-pas à la poussée.
-
-3
-
-Il est plus mauvais de faire trop que de ne pas faire assez; il est plus
-mauvais de se presser que de venir en retard.
-
-Les reproches de la conscience sont toujours plus douloureux pour ce que
-l'on a fait que pour ce que l'on n'a pas fait.
-
-4
-
-Plus la situation semble difficile, moins on doit agir. C'est
-précisément par l'action que nous gâtons ordinairement ce qui commençait
-déjà à s'arranger.
-
-5
-
-La plupart des gens qu'on appelle méchants sont devenus tels parce
-qu'ils prenaient leur mauvaise humeur pour leur état d'âme normal et
-s'abandonnaient sans faire d'efforts pour y résister.
-
-6
-
-Si tu ne te sens pas la force de te contenir d'un désir charnel, la
-cause est sûrement en ce que tu ne t'es pas contenu lorsque tu étais
-encore en état de le faire; puis, le désir est devenu une habitude.
-
-
-
-III.--_Toute activité n'est pas digne d'estime._
-
-1
-
-On a tort de croire que toute activité, sans se préoccuper de son
-caractère, est, en elle-même, une occupation honorable, digne de
-considération. Il s'agit de savoir quelle est cette activité et dans
-quelles conditions l'homme s'abstient d'agir.
-
-2
-
-Souvent les hommes refusent fièrement de prendre part à des plaisirs
-innocents en le motivant par des occupations plus sérieuses. Cependant,
-sans compter que le jeu simple et joyeux est plus utile et important
-que bien des affaires, le travail même pour lequel les gens occupés
-renoncent au plaisir, est souvent tel qu'il serait préférable de ne pas
-le faire.
-
-3
-
-Pour la marche réelle de la vie, une activité extérieure et turbulente
-est non seulement inutile, mais encore nuisible. L'inaction, sans
-les plaisirs procurés par le travail des autres, est la situation
-la plus pénible, si elle n'est pas comblée par un travail intérieur;
-c'est pourquoi, si l'homme vit en dehors du luxe assuré par le travail
-d'autrui, cet homme ne restera pas oisif. Le plus grand tort est causé
-à l'humanité, non par l'oisiveté, mais par des actions nuisibles et
-inutiles.
-
-
-
-IV.--_L'homme peut éviter de mauvaises habitudes s'il a conscience
-d'être non une créature charnelle, mais spirituelle._
-
-1
-
-Pour apprendre à se contenir, il faut apprendre à se dédoubler en un
-homme charnel et en un homme spirituel, et à habituer l'homme charnel à
-faire ce que veut l'homme spirituel.
-
-2
-
-Lorsque l'âme dort, lorsqu'elle n'agit pas, le corps est
-irrésistiblement soumis aux manifestations des sens que provoquent en
-lui les actes de ceux qui entourent l'homme. Ils bâillent, il bâille
-également; ils s'emportent, il s'emporte aussi; ils se fâchent, il se
-fâche; ils s'attendrissent, pleurent, et il a les larmes aux yeux.
-
-Cette subordination involontaire aux influences extérieures est souvent
-la cause des mauvaises actions qui sont en désaccord avec les exigences
-de la conscience. Mets-toi en garde contre ces influences extérieures et
-ne te soumets pas à elles.
-
-3
-
-Si tu habitues ton côté charnel, depuis ton jeune âge, à obéir à la
-partie spirituelle, il te sera facile de contenir tes désirs. Celui qui
-s'est habitué à contenir ses désirs a toujours une vie joyeuse et facile.
-
-
-
-V.--_Plus on lutte contre l'incontinence, plus la lutte devient facile._
-
-1
-
-Une guerre intestine se déroule en l'homme entre sa raison et ses
-passions. L'homme aurait pu jouir d'un certain calme s'il ne possédait
-que la raison sans les passions, ou les passions sans la raison. Mais
-comme il possède l'un et les autres, il ne peut éviter le combat, il
-ne peut être en paix avec l'un que s'il est en guerre avec l'autre. Il
-lutte toujours en lui-même. Et cette lutte est indispensable; c'est là
-toute la vie.
-
- PASCAL.
-
-2
-
-Pour respecter les autres comme soi-même, il faut agir envers eux comme
-nous voulons que l'on agisse envers nous; là est l'œuvre principale
-de la vie. Il faut se maîtriser, et, pour se maîtriser, il faut s'y
-habituer.
-
-3
-
-Chaque fois que tu as grande envie de faire quelque chose, arrête-toi
-et réfléchis afin de savoir si ce dont tu as tellement envie est bien.
-
-4
-
-Pour ne pas commettre de mauvaises actions, il ne suffit pas de s'en
-abstenir; il faut apprendre à se contenir des mauvaises conversations
-et, surtout, des mauvaises pensées. Dès que tu te rends compte que tes
-paroles sont mauvaises, que tu te moques, blâmes, injuries, arrête-toi,
-tais-toi et n'écoute pas les autres. Agis de même lorsque tu as de
-mauvaises idées, lorsque tu penses mal de ton prochain; qu'il soit digne
-de blâme ou non, arrête-toi et tâche de penser à autre chose. C'est
-seulement lorsque tu apprendras à te contenir des mauvaises paroles et
-des mauvaises pensées, que tu seras en état de te contenir des mauvaises
-actions.
-
-5
-
-Indépendamment du nombre de fois qu'il t'arrivera de tomber sans pouvoir
-vaincre tes passions, ne te laisse pas abattre. Tout effort de lutte
-diminue la force de la passion et facilite la victoire.
-
-6
-
-Chaque passion dans le cœur de l'homme est d'abord comme un solliciteur,
-ensuite comme un hôte, et enfin comme le maître de la maison. N'ouvre
-pas la porte de la maison de ton cœur à ce solliciteur.
-
-
-
-VI.--_La portée de la continence pour chaque homme et pour l'humanité
-entière._
-
-1
-
-Si tu veux être libre, habitue-toi à contenir tes désirs.
-
-2
-
-Qui est sage? Celui qui apprend toujours quelque chose chez quelqu'un.
-Qui est riche? Celui qui se contente de son sort. Qui est fort? Celui
-qui sait se maîtriser.
-
- _Le Talmud._
-
-3
-
-On dit que le christianisme est une doctrine de faiblesse parce qu'il
-ne recommande pas d'agir, mais plutôt de s'abstenir de l'action. Le
-christianisme, doctrine de faiblesse! Une doctrine de faiblesse dont le
-Fondateur a péri en martyr sur la croix, toujours fidèle à Lui-même,
-et dont les fidèles comptent des milliers de martyrs, les seuls hommes
-qui regardaient bravement le mal en face et qui se révoltaient contre
-lui! Et les violents d'alors qui ont exécuté le Christ, de même que les
-violents d'à présent savent quelle est cette doctrine de faiblesse et la
-craignent plus que tout. Leur flair leur montre que seule cette doctrine
-détruit sûrement et jusqu'à la base tout le régime qui les soutient. Il
-faut bien plus de force pour se contenir du mal que pour accomplir la
-chose la plus difficile que nous considérons comme bien.
-
-4
-
-Toutes les diversités de nos situations dans le monde ne sont rien en
-comparaison de la maîtrise de l'homme sur lui-même. Si un homme est
-tombé à la mer, il est absolument indifférent d'où il est tombé et
-quelle est cette mer. La seule chose qui importe, c'est de savoir s'il
-sait nager ou non. La force n'est pas dans les conditions extérieures,
-mais dans le savoir de se dominer.
-
-5
-
-La vraie force n'est pas dans celui qui ne vainc pas les autres; mais
-dans celui qui se vainc lui-même qui ne permet pas à la bête de dominer
-son âme.
-
-6
-
-Celui qui s'abandonne aux désirs de la passion, qui cherche les
-jouissances, sent ses passions se développer de plus en plus et se
-trouve enchaîné par les passions.
-
-Celui qui a pu vaincre la passion a brisé les chaînes.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-7
-
-Jeune homme, refuse de satisfaire tes désirs (plaisirs, luxe, etc.),
-si ce n'est dans l'intention de renoncer absolument à tout cela, du
-moins dans le but d'avoir devant soi une possibilité continuelle de
-jouissance. Cette économie à l'égard de ton sentiment de vitalité te
-rendra, en effet, plus riche parce que tu diffères tes jouissances.
-
-La conscience que la jouissance est dans ton pouvoir est plus féconde
-et plus vaste, comme tout ce qui est idéal, que le désir satisfait par
-cette jouissance, parce que la satisfaction détruit le sentiment de
-jouissance même.
-
- KANT.
-
-8
-
-On doit moins chercher à faire le bien qu'à être bon; moins chercher
-à luire qu'à être pur. L'âme semble vivre dans un vase en verre, et
-l'homme peut le salir ou le tenir propre. Dans la mesure où le verre
-est pur, lumière de la vérité luit à travers, pour l'homme lui-même
-et pour les autres. C'est pourquoi l'œuvre principale de l'homme est
-interne; elle consiste à entretenir son vase dans la propreté. Garde-toi
-seulement de te souiller, et la lumière luira pour toi comme pour les
-autres.
-
-9
-
-Souvent, pour arriver à ce que nous désirons, il suffît de cesser de
-faire ce que nous faisons.
-
-10
-
-Il suffît de contempler la vie que les hommes mènent dans notre
-monde, voir Chicago, Paris, Londres, toutes, les villes, les usines,
-les chemins de fer, les machines, les armements, les canons, les
-forteresses, les imprimeries, les musées, les maisons à 30 étages,
-etc., et à se poser la question de ce que l'on doit faire avant tout
-afin que les hommes puissent vivre bien, pour que cette réponse vienne
-d'elle-même: cesser avant tout d'accomplir les choses inutiles; et
-l'inutile dans notre monde européen constitue les 0,99 de toute
-l'activité humaine.
-
-11
-
-Si tenu et transparent que soit devenu le mensonge résultant de la
-contradiction entre notre vie et notre conscience, il s'amincit et
-s'étire encore, mais ne se rompt pas. Et tout en devenant toujours plus
-mince en s'étirant de plus en plus, ce mensonge lie l'ordre existant des
-choses et entrave l'avènement d'un nouveau.
-
-La plupart des hommes du monde chrétien ne croient plus aux règlements
-païens qui gouvernent leur vie, et croient aux principes chrétiens
-qu'ils reconnaissent dans leur conscience; mais la vie continue comme
-par le passé. Pour supprimer tous les malheurs et les contradictions qui
-tourmentent actuellement les hommes afin que le Règne de Dieu annoncé
-à l'humanité depuis 1900 ans arrive, les hommes de notre temps n'ont
-besoin que d'une seule chose: d'un effort moral. De même que pour faire
-reprendre à un liquide refroidi au-dessous de son point de congélation
-la forme de cristaux qui lui est propre, il faut une impulsion,--pour
-faire passer l'humanité à la forme de vie qui lui est naturelle, il faut
-un effort moral, l'effort par lequel est conquis le Royaume de Dieu.
-
-Cet effort n'est pas un effort de mouvement, ni l'effort de révélation
-d'une philosophie nouvelle, de nouvelles idées, ni l'effort exigé pour
-des exploits nouveaux et extraordinaires; l'effort nécessaire pour
-pénétrer dans le royaume de Dieu, ou pour entrer dans une nouvelle forme
-de vie, est un effort négatif, l'effort de ne pas suivre le courant,
-l'effort de ne pas accomplir des actes incompatibles avec la conscience
-intérieure.
-
-Et c'est à la nécessité de faire cet effort que les hommes sont amenés
-maintenant par la cruauté de la vie et la clarté et la propagation de la
-doctrine chrétienne.
-
-12
-
-Le moindre mouvement de la matière est important pour la nature.
-Toute la mer se modifie à cause d'une pierre. De même, dans la vie
-spirituelle, le moindre mouvement provoque des conséquences sans fin.
-Tout est grave.
-
- PASCAL.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXII
-
-LA PAROLE
-
-
-La parole exprime la pensée et peut servir à unir ou à désunir les
-hommes; c'est pourquoi on doit en user avec précaution.
-
-
-
-I.--_La parole est une grande chose._
-
-1
-
-La parole peut unir les hommes; la parole peut les désunir; la parole
-peut servir l'amour, comme elle peut servir l'inimitié et la haine.
-Garde-toi de la parole qui divise ou qui provoque l'inimitié et la haine.
-
-2
-
-La parole exprime la pensée; la pensée manifeste la puissance divine;
-c'est pourquoi la parole doit correspondre à ce qu'elle exprime. Elle
-peut être indifférente, mais ne peut et ne doit pas exprimer le mal.
-
-3
-
-L'homme est porteur de Dieu. Il peut exprimer la conscience de sa
-divinité par la parole. Comment dès lors ne pas observer de la prudence
-en parlant?
-
-4
-
-Le temps passe, et la parole dite reste.
-
-5
-
-Si tu as le temps de réfléchir avant de commencer à parler, réfléchis
-sur la nécessité de ce que tu veux dire et si cela ne peut faire de tort
-à personne. Car il arrive le plus souvent qu'après avoir réfléchi, tu ne
-commences même pas à parler.
-
-6
-
-Réfléchis avant de parler. Mais arrête-toi avant que l'on ne te dise
-«assez». La faculté de la parole met l'homme au-dessus de la bête, mais
-il lui est inférieur s'il dit tout ce qui lui passe par la tête.
-
- SAADI.
-
-7
-
-Après une longue conversation, tâche de te rappeler tout ce qui a été
-dit, et tu seras étonné de voir combien tout ce qui a été dit était
-vain, inutile et souvent méchant.
-
-8
-
-Ecoute, sois attentif, mais parle peu.
-
-Ne parle jamais si l'on ne s'adresse pas à toi; lorsque l'on
-t'interroge, réponds de suite et brièvement, et ne sois pas honteux si
-tu dois avouer que tu ne sais pas ce que l'on te demande.
-
- SOUFI.
-
-9
-
-Si tu veux être sage, apprends à questionner raisonnablement, à écouter
-attentivement, à répondre tranquillement et à cesser de parler quand tu
-n'as plus rien à dire.
-
- LAVATER.
-
-10
-
-Ne loue pas, ne blâme pas, ne discute pas.
-
-11
-
-Ecoute les discours d'un homme savant avec attention, quand bien même
-ses actes ne correspondraient pas à son enseignement. L'homme doit
-s'instruire, quand bien même les préceptes seraient gravés sur un mur.
-
- SAADI.
-
-12
-
-Il existe trois mots excellents très courts: _Je ne sais._ Habitue ta
-langue à les dire plus souvent.
-
- _Sagesse orientale._
-
-13
-
-Il y a une ancienne sentence qui dit: _de mortius aut bene, aut nihil_,
-c'est-à-dire: «dis du bien des morts ou n'en parle point». Combien cela
-est injuste! On aurait dû dire, au contraire: «Dis du bien des vivants
-ou n'en parle point.» Combien de souffrances cela aurait évité aux
-hommes, et comme cela est facile!
-
-Pourquoi ne doit-on pas dire de mal des morts? Dans notre monde, au
-contraire, on s'est accoutumé, par suite de l'usage des nécrologies
-et des jubilés, de ne faire aux morts que des éloges exagérés, par
-conséquent, dire des mensonges. Et ces éloges mensongers sont nuisibles
-parce qu'ils cachent la différence entre le bien et le mal.
-
-14
-
-A quoi peut-on comparer la langue dans la bouche de l'homme? C'est la
-clef du trésor; lorsque la porte est fermée, personne ne peut savoir ce
-qui y est renfermé: des pierres précieuses ou du rebut inutile.
-
- SAADI.
-
-15
-
-Bien que le silence soit utile d'après la doctrine des sages, la parole
-libre est également utile, mais utile en son temps seulement. Nous
-péchons par la parole quand nous nous taisons, alors que nous devrions
-parler, et quand nous parlons, alors que nous devrions nous taire.
-
- SAADI.
-
-
-
-II.--_Tais-toi lorsque tu te fâches._
-
-1
-
-Si tu sais comment les gens devraient vivre et que tu leur veux du bien,
-tu le leur diras. Tu tâcheras de le leur exprimer de façon à ce qu'ils
-croient à tes paroles. Et pour qu'ils le croient et te comprennent, tu
-dois t'efforcer de leur transmettre tes idées sans irritation et colère,
-mais avec calme et bonté.
-
-2
-
-Si tu veux, dans la conversation, faire part à ton interlocuteur de
-quelque vérité, l'essentiel est de ne pas te fâcher et de ne pas
-prononcer une seule parole mauvaise ou blessante.
-
- D'Après ÉPICTÈTE.
-
-3
-
-Une parole non prononcée est d'or.
-
-4
-
-Si tu ne peux pas calmer ta colère immédiatement, tiens ta langue.
-Tais-toi, et tu te calmeras bientôt.
-
- BAKSTER.
-
-5
-
-Tâche, pendant la discussion, de rendre tes paroles douces et tes
-arguments fermes. Tâche non pas de vexer ton adversaire, mais de le
-convaincre.
-
- WILKINS.
-
-6
-
-Dès que nous sentons la colère pendant la discussion, nous ne discutons
-plus pour la vérité, mais pour nous-mêmes.
-
- CARLYLE.
-
-
-
-III.--_Ne discute pas._
-
-Une querelle qui s'allume est pareille à un torrent qui mine une digue:
-dès qu'il la traverse, tu ne peux plus le retenir. Et toute querelle est
-provoquée et alimentée par la parole.
-
- _Le Talmud._
-
-2
-
-La discussion ne convainc personne, mais elle désunit et irrite. La
-discussion est, par rapport à l'opinion des gens, la même chose que
-le marteau par rapport au clou. Après la discussion, les opinions,
-encore vagues, se calent solidement dans la tête, de même que les clous
-enfoncés dans le mur jusqu'à la tête.
-
- D'après JUVÉNAL.
-
-3
-
-Pendant la discussion, on oublie la vérité. Celui qui est le plus sage
-cesse le premier à discuter.
-
-4
-
-Prête l'oreille aux discussions, mais ne t'y mêle point. Dieu te
-préserve de l'emportement et de l'irritabilité, même dans leur moindre
-manifestation. La colère est toujours déplacée, mais surtout dans une
-affaire où l'on a raison, parée qu'elle ne fait que l'obscurcir et la
-troubler.
-
- GOGOL.
-
-5
-
-La meilleure réponse à un fou est le silence. Chaque mot de réplique te
-reviendra par ricochet. Répondre à une offense par l'offense revient au
-même que de jeter du bois dans le feu.
-
-
-
-IV.--_Ne juge point._
-
-1
-
-«Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés; car on vous jugera
-du même jugement dont vous jugez; et on vous mesurera de la même mesure
-dont vous mesurez. Et pourquoi regardes-tu la paille dans l'œil de
-ton frère, tandis que tu ne vois pas la poutre dans ton œil? Ou bien,
-comment dis-tu à ton frère: Permets que j'ôte cette paille de ton œil,
-et voici qu'une poutre est dans le tien? Hypocrite. Ote premièrement de
-ton œil la poutre, et alors tu penseras à ôter la paille de l'œil de ton
-frère.»
-
- MATTH. VII, 1-6.
-
-2
-
-En pénétrant en notre for intérieur, nous découvrons presque toujours
-le péché que nous blâmons chez un autre. Et si nous ne connaissons
-pas le même péché, nous n'avons qu'à chercher pour en trouver un plus
-mauvais encore.
-
-3
-
-Lorsque tu te mets à juger un homme, pense à ne pas dire de mal de lui,
-si tu es sûr qu'il a commis ce mal, et, à plus forte raison, lorsque tu
-n'en sais rien et que tu répètes simplement les paroles d'autrui.
-
-4
-
-Il est toujours injuste de juger un autre, parce que personne ne peut
-jamais savoir ce qui s'est passé et ce qui se passe dans l'âme de celui
-que l'on juge.
-
-5
-
-Il est bon de s'entendre avec un ami afin que l'un arrête l'autre, si
-l'un de vous deux commence à médire de son prochain. Et si tu n'as pas
-un tel ami, entends-toi là-dessus avec toi-même.
-
-6
-
-Il est mauvais de médire des gens en leur présence, parce que cela les
-offense, et il est malhonnête de le faire en leur absence, parce que
-cela les trompe. Le mieux est de ne pas chercher le mal chez les autres,
-de l'oublier, mais de le chercher en soi-même et de s'en rappeler.
-
-7
-
-La médisance spirituelle est comme un plat de charogne à la sauce. La
-sauce cache toutes les saletés que l'on mange sans s'en apercevoir.
-
-8
-
-Moins on est renseigné sur les mauvaises actions des gens, plus on est
-sévère envers soi-même.
-
-9
-
-N'écoutez jamais ceux qui disent du mal des autres et du bien de
-vous-mêmes.
-
-10
-
-Celui qui médit de toi derrière ton dos te craint, et celui qui te loue
-en ta présence te méprise.
-
- _Proverbe chinois._
-
-11
-
-La médisance plaît tellement aux gens qu'il est très difficile de se
-contenir de ne pas être agréable à ses interlocuteurs en médisant des
-absents. Mais si tu tiens absolument à régaler les gens, offre-leur
-autre chose que des mets malsains, tant pour toi-même que pour ceux que
-tu régales.
-
-12
-
-Cache le péché d'autrui, Dieu t'en pardonnera deux.
-
-
-
-V.--_Le danger de l'intempérance de langage._
-
-1
-
-Nous savons que nous devons manier les fusils chargés avec précaution,
-et nous ne voulons pas savoir que l'on doit prendre les mêmes
-précautions avec la parole. La parole peut non seulement tuer, mais
-causer plus de mal que la mort.
-
-2
-
-Nous nous révoltons devant les crimes de la chair: excès de table,
-coups de poing, adultère, meurtre; et nous considérons avec beaucoup
-de légèreté les crimes de la parole: médisance, offense, trahison,
-publication de paroles mauvaises et dépravantes, et, cependant, les
-conséquences des crimes commis par la parole sont bien plus graves que
-les crimes commis par la chair. La seule différence entre les deux
-catégories est en ce fait que le mal des crimes de la chair s'aperçoit
-immédiatement, tandis que nous ne remarquons pas le mal du crime commis
-par la parole, parce qu'il se manifeste loin de nous, dans le temps et
-dans l'espace.
-
-3
-
-Il y avait une nombreuse réunion, plus de mille personnes, dans un grand
-théâtre. Au milieu du spectacle, un sot voulut plaisanter et cria: «Au
-feu!» Le public s'élança vers les portes. Tous se ruèrent, s'écrasant,
-et lorsque le calme revint, on constata que 20 personnes étaient tuées
-et 50 blessées.
-
-Ce grand mal n'a été causé que par une sotte parole.
-
-Ici, au théâtre, le mal causé est perceptible immédiatement, mais
-souvent une sotte parole cause lentement bien plus de mal encore,
-quoiqu'on ne le remarque pas immédiatement.
-
-4
-
-Rien n'encourage l'oisiveté autant que les vains discours. Si les gens
-se taisaient, au lieu de dire les bêtises pour chasser l'ennui de
-l'oisiveté, ils n'auraient pu supporter celle-ci et se mettraient à
-travailler.
-
-5
-
-En parlant mal des gens, on fait du tort à trois personnes à la fois:
-à celui dont on parle, à celui à qui on parle, et surtout à celui qui
-parle.
-
- BASILE LE GRAND.
-
-6
-
-Il est surtout mauvais de médire des gens hors leur présence, parce que
-l'opinion exprimée qui pourrait être utile à l'absent, si elle lui était
-dite en face, lui demeure cachée; par contre, elle est communiquée à
-celui à qui elle est nuisible, parce qu'elle éveille en lui un mauvais
-sentiment envers celui dont on médit.
-
-7
-
-On se repent rarement d'avoir gardé le silence, mais combien de fois
-on se repentira d'avoir parlé, et on s'en serait repenti plus souvent
-encore si l'on connaissait toutes les conséquences de sa parole.
-
-8
-
-Plus on a envie de parler, plus il y a de danger à dire du mal.
-
-9
-
-L'homme qui sait se taire, même s'il a raison, possède une grande force.
-
-CATON.
-
-
-
-VI.--_L'utilité du Silence._
-
-1
-
-Laisse davantage reposer ta langue que tes bras.
-
-2
-
-Le silence est souvent la meilleure des réponses.
-
-3
-
-Tourne ta langue sept fois avant de te mettre à parler.
-
-4
-
-Il faut ou bien se taire, ou bien dire des choses qui sont meilleures
-que le silence.
-
-5
-
-Celui qui parle beaucoup travaille peu. Un homme sage craint toujours
-que ses paroles ne promettent plus qu'il ne peut donner; c'est pourquoi
-il se tait le plus souvent, et ne parle que lorsque cela lui est
-nécessaire, à lui, non aux autres.
-
-6
-
-J'ai vécu toute ma vie parmi les sages, et je n'ai rien trouvé de mieux
-pour l'homme que le silence.
-
- _Le Talmud._
-
-7
-
-Si, sur cent fois, tu regrettes une fois de n'avoir pas dit ce qu'il
-fallait, tu regretteras sûrement 99 fois sur cent d'avoir parlé
-lorsqu'il fallait te taire.
-
-8
-
-Seul le fait d'avoir exprimé une bonne intention affaiblit déjà le désir
-de la réaliser. Mais comment retenir l'expression des élans nobles et
-pleins de fatuité de la jeunesse? Ce n'est que bien plus tard qu'on les
-regrette comme on regrette d'avoir cueilli une fleur encore en bouton et
-que l'on voit ensuite fanée et foulée au pied.
-
-9
-
-La parole est la clef du cœur. Si la conversation est vaine, un seul mot
-est déjà superflu.
-
-10
-
-Lorsque tu es seul, pense à tes péchés; lorsque tu es en société, oublie
-ceux des autres.
-
- _Sentence chinoise._
-
-11
-
-Pour un sot, le mieux est de se taire. Mais s'il le savait, il ne serait
-plus un sot.
-
-12
-
-Quand tu parles, tes paroles doivent être meilleures que le silence.
-
- _Proverbe arabe._
-
-Celui qui est loquace ne peut éviter le péché.
-
-Si la parole coûte un denier, le silence en vaut deux.
-
-Si le silence sied aux sages, il convient d'autant plus aux sots.
-
- _Le Talmud._
-
-
-
-VII.--_L'Utilité de la tempérance du langage._
-
-1
-
-Moins tu parleras, plus tu travailleras.
-
-2
-
-Deshabitue-toi de médire, et tu éprouveras, dans ton âme, un
-accroissement de la capacité d'aimer, tu ressentiras une augmentation de
-vie et de bonheur.
-
-3
-
-Mahomet et Ali rencontrèrent un jour un homme qui, considérant Ali
-comme son offenseur, se mit à l'injurier. Assez longtemps, Ali supporta
-cela patiemment et en silence; finalement, ne se contenant plus, il se
-mit à répondre par des injures aux injures. Alors, Mahomet s'écarta
-d'eux. Lorsqu'Ali revient à Mahomet, il lui dit d'un ton vexé:
-«Pourquoi m'as-tu laissé seul à supporter les injures de cet homme
-insolent?»--«Lorsque cet homme t'injuriait et que tu te taisais, dit
-Mahomet, je voyais dix anges autour de toi et qui lui répondaient.
-Mais quand tu t'es mis à lui répondre par des injures, les anges
-t'abandonnèrent, et je me suis écarté également».
-
- _Légende musulmane._
-
-4
-
-Cacher les défauts des autres gens et parler de ce qu'ils ont de bon est
-une preuve d'amour et le meilleur moyen pour attirer l'affection des
-prochains.
-
- Des _Pieuses Pensées._
-
-5
-
-Le bonheur de la vie des hommes est dans l'amour entre eux; or, une
-mauvaise parole détruit l'amour.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXIII
-
-PENSÉE
-
-
-De même que l'homme peut s'abstenir de commettre un acte qu'il croit
-mauvais, il peut repousser une pensée qui l'attire et qu'il croit
-mauvaise. C'est en cette abstention de pensées qu'est la force
-principale de l'homme, parce que tous les actes naissent de la pensée.
-
-
-I.--_Le rôlé de la pensée._
-
-1
-
-On ne peut se débarrasser des péchés, des tentations et des
-superstitions par l'effort physique. Cela n'est possible que par
-l'effort de la pensée. C'est par l'effort de la pensée qu'on peut
-s'habituer à l'abnégation, à l'humilité, à la droiture. Quand l'homme
-aspire à l'abnégation, à l'humilité, à la droiture, il a également
-la force de lutter dans la vie quotidienne contre les péchés, les
-tentations et les superstitions.
-
-2
-
-Bien que ce ne soit pas la pensée qui nous ait révélé que l'on doit
-aimer--elle ne pouvait nous le révéler--elle importe en raison de ce
-fait qu'elle nous indique ce qui empêche l'amour. C'est précisément cet
-effort intellectuel contre ce qui empêche l'amour qui est plus important
-et plus nécessaire que tout le reste.
-
-3
-
-Si l'homme n'avait pas la faculté de réfléchir, il ne comprendrait pas
-pourquoi il vit. Et s'il ne le comprenait pas, il n'aurait pu savoir ce
-qui est bien et ce qui est mal. C'est pourquoi il n'y a rien de plus
-cher à l'homme que de savoir penser.
-
-4
-
-Les hommes envisagent les doctrines morales et religieuses, d'une
-part, et la conscience, de l'autre, comme deux guides différents. En
-réalité, il n'y a qu'un seul guide: la conscience, c'est-à-dire, la
-reconnaissance de la voix de Dieu qui vit en nous. Cette voix décide
-indubitablement pour chaque homme ce qu'il doit ou ne doit pas faire; et
-chaque homme peut toujours évoquer cette voix par un effort de pensée.
-
-5
-
-Si l'homme ne savait pas que ses yeux pouvaient voir et s'il ne les
-ouvrait jamais, il aurait été très misérable. De même, et plus encore,
-est misérable l'homme qui ne comprend pas que la faculté de penser lui
-est donnée pour supporter tous les malheurs. Si l'homme est raisonnable,
-il lui sera facile de les supporter; d'abord, parce que sa raison lui
-dira que tous les malheurs passent et se transforment en bonheur,
-et ensuite, que chaque malheur est utile à un homme raisonnable. Et
-pourtant, au lieu de regarder le malheur en face, les hommes tâchent de
-l'éviter.
-
-Ne serait-il pas préférable de nous réjouir de ce que Dieu nous ait
-donné la faculté de ne pas nous chagriner de ce qui nous arrive,
-indépendamment, de notre volonté, et de Le remercier de ce qu'Il ait
-subordonné notre âme uniquement à ce qui est en notre pouvoir: notre
-raison? Il n'a soumis notre âme ni à nos parents, ni à nos frères, ni
-à la richesse, ni à notre corps, ni à la mort. Par Sa bonté, Il l'a
-seulement subordonnée à ce qui dépend de nous: à nos pensées.
-
-C'est sur ces pensées-là et sur leur pureté que nous devons veiller de
-toutes nos forces pour notre bien.
-
- D'après ÉPICTÈTE
-
-6
-
-Lorsque nous apprenons une nouvelle pensée et que nous la trouvons
-juste, il nous semble l'avoir connue depuis longtemps et nous rappeler
-maintenant de ce que nous savions déjà. Toute vérité se trouve déjà dans
-l'âme de tout homme. Ne l'étouffe pas seulement par le mensonge, et, tôt
-ou tard, elle se révélera à toi.
-
-7
-
-Souvent nous vient une pensée qui nous semble juste et étrange à la
-fois, et nous avons peur d'y croire. Mais, après avoir bien réfléchi,
-nous voyons que la pensée qui nous semblait étrange est la plus simple
-vérité à laquelle on ne peut plus cesser de croire, dès l'instant qu'on
-l'a apprise.
-
-8
-
-Pour pénétrer dans la conscience de l'humanité, toute vérité doit
-traverser trois phases. La première: «C'est tellement inepte que ce
-n'est même pas la peine de discuter.» La deuxième: «C'est immoral et
-contraire à la religion.» La troisième: «Ah, c'est tellement connu de
-tous que ce n'est même pas la peine d'en parler!»
-
-9
-
-En vivant au milieu des hommes, n'oublie pas ce que tu as appris dans la
-solitude. Et réfléchis dans la solitude sur ce que tes relations avec
-les autres t'ont appris.
-
-10
-
-Nous pouvons arriver à la sagesse par trois chemins: d'abord, par la
-voie de l'expérience, et ce chemin-là est le plus difficile; ensuite,
-par la voie de l'imitation, et ce chemin-là est le plus facile; enfin,
-par la voie de la réflexion, et ce chemin-là est le plus noble.
-
- CONFUCIUS.
-
-
-
-II.--_La vie de l'homme est déterminée par ses pensées._
-
-1
-
-Le sort de l'homme est tel et tel uniquement d'après la façon dont il
-comprend sa vie.
-
-2
-
-Tous les grands changements dans la vie d'un homme, de même que dans la
-vie de l'humanité entière, commencent et s'accomplissent dans la pensée.
-Pour qu'une modification puisse s'effectuer dans les sensations et les
-actes, un changement dans les pensées doit s'effectuer d'abord.
-
-3
-
-Tout ce qui est bon et nécessaire aux hommes ne s'acquiert pas d'un
-coup, mais toujours au moyen d'un travail long et continu. C'est ainsi
-que l'on apprend les métiers, qu'on acquiert des connaissances, et c'est
-ainsi que l'on apprend la chose plus difficile au monde: savoir vivre
-d'une vie juste.
-
-Pour apprendre à vivre ainsi, il faut avant tout savoir s'habituer à
-n'avoir que des bonnes pensées.
-
-4
-
-Les passages de notre vie d'un état dans un autre ne se déterminent
-pas par les actions, accomplies selon notre volonté: par le mariage,
-le changement du lieu d'habitation, le changement de profession, etc.,
-mais par les pensées qui nous viennent pendant la promenade, au milieu
-de la nuit, en mangeant et, surtout, par les pensées qui, englobant tout
-notre passé, nous disent: «Tu as agi ainsi, mais tu aurais mieux fait
-d'agir autrement.» Et tous nos actes ultérieurs servent ces pensées
-servilement, exécutent leur volonté.
-
- THOREAU.
-
-5
-
-Nos désirs ne seront pas bons tant que nous n'aurons corrigé les
-habitudes de notre raison; et ces habitudes se forment au contact des
-déductions de sagesse des meilleurs hommes de la terre.
-
- SÉNÈQUE.
-
-6
-
-Ce qui est calme peut être maintenu dans le repos. Ce qui ne s'est
-pas encore manifesté peut être facilement prévenu. Ce qui est encore
-faible peut facilement être brisé. Ce qui n'est pas encore nombreux peut
-facilement être dispersé.
-
-Un gros arbre a commencé par être une tige mince. Une tour à neuf étages
-a commencé à être élevée par la pose de quelques petites briques. Un
-voyage de mille lieues commence par un pas. Faites attention à vos
-pensées: elles sont le commencement de vos actes.
-
- LAO-TSEU.
-
-7
-
-De même que la vie et la destinée d'un homme sont déterminées par ce
-à quoi nous prêtons le moins d'attention, par ses pensées, la vie des
-sociétés et des peuples est déterminée non par les événements qui ont
-lieu dans ces sociétés et ces peuples, mais par les idées qui unissent
-la plupart des hommes de ces sociétés et de ces peuples.
-
-8
-
-Ne pense pas que seuls les hommes extraordinaires peuvent être sages.
-La sagesse est nécessaire à tous les hommes, et c'est pourquoi ils
-peuvent tous être sages. La sagesse consiste à savoir quelle est l'œuvre
-de la vie et comment l'accomplir. Et pour l'apprendre, il suffit de
-se rappeler que la pensée est une grande chose, et, par conséquent,
-réfléchir.
-
-
-
-III.--_La cause des plus grands malheurs des hommes réside non pas dans
-leurs actes, mais dans leurs pensées._
-
-1
-
-Lorsqu'il t'arrive un malheur, sache que cela ne vient pas de ce que tu
-as fait, mais de ce que tu as pensé.
-
-2
-
-Les pensées qui provoquent les actes mauvais sont bien plus nuisibles
-que les actes eux-mêmes. On peut ne pas recommencer une mauvaise action
-et s'en repentir; tandis que les mauvaises pensées engendrent les
-mauvaises actions. Une mauvaise action aplanit seulement la route pour
-les autres mauvaises actions; les mauvaises pensées entraînent sur cette
-route.
-
-3
-
-Pour qu'un flambeau puisse donner une clarté calme, il faut qu'il soit
-mis à l'abri du vent. Si le flambeau est exposé au vent, la lumière
-vacillera et donnera des ombres étranges. Les mêmes ombres tomberont
-dans l'âme de l'homme lorsque ses pensées seront futiles, vacillantes et
-incontrôlées.
-
- _Sagesse brahmane._
-
-
-
-IV.--_L'homme est maître de ses pensées_
-
-1
-
-Notre vie peut être bonne ou mauvaise, suivant la qualité de nos
-pensées. Or on peut les gouverner. C'est pourquoi, pour vivre bien,
-l'homme doit travailler à ses pensées, ne pas écouter les mauvaises.
-
-2
-
-Travaille à purifier tes pensées. Si tu n'as pas de mauvaises pensées,
-tu ne commettras pas de mauvaises actions.
-
- CONFUCIUS.
-
-3
-
-Tout est dans le pouvoir du Ciel, sauf notre désir de servir Dieu ou
-nous-mêmes. Nous ne pouvons empêcher les oiseaux de voler au-dessus de
-nos têtes, mais nous pouvons ne pas les laisser y faire leurs nids. De
-même, nous ne pouvons empêcher les mauvaises pensées de traverser notre
-esprit, mais nous avons le pouvoir de ne pas les laisser y faire leur
-nid pour couver et engendrer de mauvaises actions.
-
- LUTHER.
-
-4
-
-On ne peut chasser une mauvaise pensée lorsqu'elle vient à l'esprit,
-mais on peut comprendre que cette pensée est mauvaise. Et si l'on
-sait qu'elle est mauvaise, on peut ne pas s'y abandonner. Il nous
-vient l'idée que tel ou tel autre homme est méchant. Je ne pouvais pas
-m'empêcher de le penser, mais si j'ai compris que cette idée était
-mauvaise, je peux me souvenir que c'est mal de médire des gens, que je
-suis mauvais moi-même, et je peux ainsi me contenir de la médisance,
-même par la pensée.
-
-5
-
-Si tu veux que ta pensée te serve, tâche de réfléchir indépendamment de
-tes sentiments et de ta situation, c'est-à-dire de ne pas agir contre
-tes idées afin de justifier la sensation que tu éprouves, ou la chose
-que tu as faite ou que tu feras.
-
-
-
-
-V.--_Il faut vivre d'une vie spirituelle pour avoir la force de
-gouverner ses pensées_.
-
-1
-
-Nous croyons souvent que la plus grande force qui existe au monde est la
-force matérielle. Nous le pensons, parce que notre corps, que nous le
-voulions ou non, sent toujours cette force. Mais la force spirituelle,
-la force de la pensée, nous semble insignifiante, et nous ne la
-reconnaissons pas pour une force. Cependant, c'est en elle qu'est la
-vraie force, celle qui modifie notre vie et la vie des autres hommes.
-
-2
-
-Notre vie est meilleure ou plus mauvaise, selon que nous nous
-reconnaissons notre nature d'êtres charnels ou d'êtres spirituels. Dans
-le premier cas, nous affaiblissons notre vie réelle, nous développons,
-nous excitons les passions, la cupidité, la lutte, la haine, la crainte
-de la mort. Tandis que si nous reconnaissons notre nature d'êtres
-spirituels, nous exaltons, nous élevons la vie, nous la libérons des
-passions, de la lutte, de la haine, nous libérons l'amour. Le transfert
-de la conscience de l'être charnel dans un être spirituel s'effectue au
-moyen d'un effort de pensée.
-
-3
-
-Voici ce que Sénèque écrivait à un ami: «Tu fais bien, mon cher Lucain,
-de tâcher de maintenir ton esprit bon et charitable par tes propres
-forces. Tout homme peut toujours se mettre dans cet état d'âme. Pour
-cela, on n'a pas besoin d'élever les bras au ciel et de demander au
-garde du temple la permission de nous approcher de Dieu afin qu'il
-puisse mieux nous entendre: Dieu est toujours près de nous, Il est en
-nous. En nous vit le Saint Esprit, témoin et gardien de tout ce qui est
-bon et de tout ce qui est mauvais. Il agit avec nous comme nous agissons
-envers Lui. Si nous le soignons, Il nous soigne.»
-
-4
-
-Lorsque, plongés dans nos pensées, nous ne savons pas ce qui est
-bon et ce qui est mal, nous devons nous retirer du monde; seule la
-préoccupation de l'opinion du monde nous empêche de voir le bien et le
-mal. Se retirer du monde--c'est-à-dire rentrer en soi-même,--c'est
-aider à la dispersion de tous les doutes.
-
-5
-
-Il n'est facile de lutter avec les tentations que lorsqu'on ne leur est
-pas encore assujetti.
-
-Dans les soucis et l'excitation des tentations, on n'a pas le temps de
-chercher des remèdes pouvant contrebalancer nos désirs. Etablis tes
-desseins lorsque les tentations sont absentes, lorsque tu es seul.
-
- BENTHAM.
-
-
-
-VI._--La faculté de s'unir par la pensée aux vivants et aux morts est
-un des grands bienfaits dont jouit l'homme._
-
-1
-
-Les jeunes gens disent souvent: «Je ne veux pas vivre d'après les
-autres, je réfléchirai par moi-même.» Ceci est absolument juste: l'idée
-à soi est plus chère que toutes les idées des autres. Mais pourquoi
-réfléchir à des choses auxquelles on a déjà réfléchi? Prends ce qui est
-prêt et va plus loin. La force de l'humanité consiste en ce qu'on peut
-profiter des pensées d'autrui et aller plus loin.
-
-2
-
-Les efforts qui libèrent l'homme des péchés, des tentations et des
-superstitions, s'effectuent avant tout dans la pensée.
-
-L'aide principale de l'homme dans cette lutte consiste en ce qu'il
-peut se joindre à l'activité raisonnable de tous les sages et de tous
-les saints de ce monde qui ont vécu avant lui. Cette communion avec
-les pensées des saints et des sages est la prière, c'est-à-dire, la
-répétition des paroles par lesquelles ces hommes exprimaient leurs
-rapports envers leur âme, envers les autres hommes, envers le monde et
-son principe.
-
-3
-
-Depuis les temps les plus reculés, il est reconnu que la prière est
-indispensable à l'homme.
-
-Pour les hommes de l'ancien temps, la prière était--et elle l'est encore
-maintenant pour la plupart d'entre nous--un appel à Dieu, ou aux
-dieux, fait dans certains endroits et au moyen de certains procédés et
-expressions, avec l'intention d'apaiser les divinités.
-
-La doctrine chrétienne ne connaît pas ces prières-là. Elle nous apprend
-que la prière est indispensable, non comme un moyen de nous débarrasser
-des malheurs de ce monde et d'acquérir des bienfaits, mais comme celui
-de nous raffermir dans nos bonnes pensées.
-
-4
-
-La vraie prière est importante et nécessaire à l'âme, parce que quand
-nous nous trouvons ainsi seul avec Dieu, notre pensée s'élève jusqu'au
-degré suprême qu'elle peut atteindre.
-
-5
-
-Le Christ a dit: lorsque tu pries, reste seul (MATTH. VI, 5-6). Alors
-seulement, Dieu t'entendra. Dieu est en toi et, pour qu'il t'entende, tu
-dois chasser tout ce qui te Le cache.
-
-6
-
-Priez à toutes les heures. La prière la plus difficile et la plus
-nécessaire est celle où l'on doit se souvenir, au milieu du mouvement de
-la vie, de ses obligations devant Dieu et devant Sa loi.
-
-Tu t'effraies, tu te fâches, tu es confus, tu te passionnes, fais un
-effort, souviens-toi qui tu es et ce que tu dois faire. C'est en cela
-que consiste la prière. C'est difficile au début, mais cette habitude
-peut se former.
-
-7
-
-Il est bon de modifier sa prière, c'est-à-dire l'expression de
-ses rapports envers Dieu. L'homme grandit constamment, change, et,
-par suite, ses rapports envers Dieu doivent aussi se modifier et
-s'éclaircir. La prière aussi doit changer.
-
-
-
-VII.--_La vie juste est impossible sans un effort de pensée._
-
-1
-
-Maîtrise tes pensées si tu veux atteindre ton but. Fixe le regard de ton
-âme sur l'unique lumière pure qui est exemple de passion.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-2
-
-La réflexion est le chemin de l'immortalité; l'étourderie est le chemin
-de la mort. Ceux qui veillent dans la réflexion ne meurent jamais; les
-étourdis, les incroyants sont pareils aux morts.
-
-Eveille-toi toi-même; alors, protégé par toi-même et t'approfondissant
-toi-même, tu ne changeras pas.
-
- _Sagesse brahmane._
-
-3
-
-La vraie force de l'homme n'est pas dans ses élans, mais dans sa
-tendance ferme et tranquille vers le bien qu'il établit dans ses
-pensées, exprime par ses paroles et exécute par ses actes.
-
-4
-
-Si tu remarques, en jetant un coup d'œil en arrière sur ta vie, qu'elle
-est devenue meilleure, plus charitable, plus libre de péchés, de
-tentations et de superstitions, sache que ce succès n'est dû qu'au
-travail de ta pensée.
-
-5
-
-Voici ce que Confucius dit de l'importance de la pensée:
-
-La vraie doctrine donne aux hommes le bien suprême: la régénération et
-la faculté de séjourner dans cet état. Pour obtenir ce bien suprême, il
-faut que la vie du peuple entier soit bien organisée. Et pour cela, il
-faut que la famille soit bien organisée; et pour que la famille soit
-bien organisée, il faut qu'une bonne organisation préside à ta propre
-vie; et pour cela, il faut que ton cœur soit amélioré; et pour améliorer
-ton cœur, il faut que tu aies des pensées claires et justes.
-
-
-
-VIII.--_Seule la faculté de penser distingue l'homme de la bête._
-
-1
-
-L'homme se distingue de la bête uniquement parce qu'il possède la
-faculté de penser. Les uns augmentent cette faculté, les autres ne se
-soucient pas de cela. Ces gens-là semblent vouloir renoncer à ce qui les
-distingue de la bête.
-
- _Sagesse-orientale._
-
-2
-
-Comparé à la nature qui l'environne, l'homme n'est qu'un faible roseau
-pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser.
-Une vapeur, une goutte, suffit pour le tuer. Mais quand l'univers
-l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ceux qui le tuent,
-parce qu'il sait qu'il meurt; et l'avantage que l'univers a sur lui,
-c'est que l'univers n'en sait rien.
-
-Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il faut
-nous relever, non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions
-remplir. Travaillons donc à bien penser: voilà le principal de la morale.
-
- PASCAL.
-
-3
-
-L'homme peut apprendre à lire et à écrire; mais cela ne lui apprendra
-pas s'il doit ou non écrire une lettre à son ami, ou formuler une
-plainte contre celui qui l'a offensé. L'homme peut étudier la musique,
-mais cela ne lui apprendra pas quand on peut jouer et chanter et quand
-on ne peut le faire. Il en est de même de tout. Seule la raison nous dit
-où et quand on peut faire les choses et où et quand on ne doit pas les
-faire.
-
-En nous douant de raison, Dieu a mis à notre disposition ce dont nous
-avions le plus besoin. En nous accordant la raison, il semblait nous
-dire: Afin que vous puissiez éviter le mal et profiter des bienfaits
-de la vie, j'ai mis en vous une parcelle divine de Moi-Même. Je vous
-ai donné la raison. Si vous l'appliquez à tout ce qui vous arrive,
-rien ne sera pour vous un obstacle ou une entrave sur le chemin que je
-vous ai destiné, et jamais vous ne vous plaindrez ni de votre sort, ni
-des gens; vous ne médirez pas d'eux et vous ne les flatterez point. Ne
-Me reprochez donc pas de ne pas vous avoir donné davantage. Ne vous
-suffit-il donc pas de vivre toute votre vie raisonnablement, dans le
-calme et la joie?
-
- D'après ÉPICTÈTE.
-
-4
-
-Un sage proverbe dit: «Dieu vient vers nous sans sonner.» Cela veut
-dire qu'il n'y a pas de cloison entre nous et l'infini, qu'il n'y a pas
-de mur entre l'homme-conséquence et Dieu-cause. Les murs sont tombés,
-nous sommes exposés aux profondes réactions des facultés divines.
-Seul le travail de l'esprit tient ouvert l'orifice par lequel nous
-communiquons avec Dieu.
-
- D'après EMMERSON.
-
-5
-
-L'homme est visiblement fait pour penser; c'est toute sa dignité et tout
-son mérite; et tout son devoir est de penser comme il faut; et l'ordre
-de la pensée est de commencer par soi, et par son auteur et sa fin; or,
-à quoi pense le monde? Jamais à cela, mais à danser, à jouer du luth,
-à chanter, à faire des vers, à courir la bague, etc., à se bâtir, à se
-faire roi, sans penser à ce que c'est que d'être roi et que d'être homme.
-
- PASCAL.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXIV
-
-L'ABNÉGATION
-
-
-Le bonheur de l'homme est dans sa communion d'amour avec Dieu et avec
-ses prochains. Les péchés entravent ce bonheur. La cause des péchés est
-en ce fait que l'homme met son bonheur à satisfaire les désirs de son
-corps, et non à aimer Dieu et son prochain. C'est pourquoi le bonheur de
-l'homme est dans l'affranchissement des péchés. S'affranchir des péchés,
-c'est faire un effort pour renoncer à la vie charnelle.
-
-
-I.--_La loi de la vie est dans le renoncement à la chair._
-
-1
-
-Tous les péchés charnels: la luxure, l'oisiveté, le luxe, l'inimitié, la
-cupidité, viennent uniquement de ce qu'on reconnaît son corps comme son
-«moi», de ce qu'on soumet son âme à son corps.
-
-«Alors Jésus dit à Ses disciples: si quelqu'un veut venir avec Moi,
-qu'il renonce à Lui-même, qu'il se charge de sa croix et me suive.
-Car quiconque voudra sauver sa vie, la perdra; et quiconque perdra sa
-vie pour l'amour de moi, la trouvera; car que servirait-il à l'homme
-de gagner tout le monde, s'il perdait son âme? Ou bien, que donnerait
-l'homme en échange de son âme?»
-
- MATTH, XVI, 24-26.
-
-3
-
-«Voici pourquoi Mon Père m'aime: c'est que Je donne ma vie pour la
-reprendre.
-
-«Personne ne me l'ôte, mais Je la donne de Moi-même; J'ai le pouvoir de
-la quitter, et le pouvoir de la reprendre. J'ai reçu cet ordre de mon
-Père».
-
- JEAN, X, 17-18.
-
-4
-
-Le fait que l'homme peut renoncer à sa vie corporelle prouve clairement
-que l'homme est pourvu de quelque chose en vertu de quoi il renonce.
-
-5
-
-Plus on s'abandonne au charnel, plus on perd le spirituel.
-
-Plus tu renonces au charnel, plus tu reçois de spirituel. Vois lequel
-des deux t'est plus nécessaire.
-
-6
-
-L'abnégation n'est pas le renoncement à soi-même, mais le transport de
-son «moi» d un être charnel dans un être spirituel. Renoncer à soi-même,
-n'est pas renoncer à la vie. Par contre, renoncer à la vie charnelle,
-c'est augmenter la vraie vie spirituelle.
-
-7
-
-La raison démontre à l'homme que son bonheur ne peut être dans la
-satisfaction des exigences de sa chair; c'est pourquoi la raison
-entraîne l'homme irrésistiblement vers le bonheur qui lui est propre,
-mais qui ne se place pas dans sa vie corporelle.
-
-On pense et on dit généralement que le renoncement à la vie corporelle
-est un haut fait; ceci n'est pas exact. Ce renoncement n'est pas un
-exploit, mais une condition inévitable de la vie de l'homme. Pour la
-bête, le bonheur dans la vie corporelle, et la prolongation de l'espèce
-qui en découle, est le but suprême de la vie. Mais pour l'homme, cette
-vie, et la prolongation de l'espèce, n'est qu'un degré de l'existence
-d'où s'ouvre pour lui le vrai bonheur de la vie, incompatible avec le
-bonheur de la vie charnelle. Pour l'homme, celle-ci n'est pas toute la
-vie, mais uniquement une condition de la vraie vie qui consiste en une
-communion de plus en plus grande avec le principe spirituel de l'univers.
-
-
-
-II.--_L'imminence de la mort amène nécessairement l'homme à la
-conscience de la vie spirituelle qui n'est pas assujettie à la mort._
-
-1
-
-Lorsqu'un enfant vient de naître, il lui semble qu'il n'y a que lui qui
-existe au monde. Il ne cède à rien ni à personne, ne veut rien savoir
-de personne et ne fait que réclamer ce qui lui est nécessaire. Il ne
-connaît pas même sa mère, il ne connaît que son sein. Mais des jours,
-des mois, des années passent, et l'enfant commence à comprendre qu'il y
-a d'autres hommes pareils à lui qui veulent aussi ce qu'il désire pour
-lui. Et plus il vit, plus il comprend qu'il n'est pas seul au monde et
-qu'il doit, s'il en a la force, lutter contre les autres hommes pour
-obtenir ce qu'il désire posséder, ou bien, s'il n'a pas la force, se
-soumettre à ce qui est. En outre, plus l'homme vit, plus il comprend
-clairement que sa vie ne dure qu'un temps, et que chaque heure peut se
-terminer par la mort. Il voit, aujourd'hui, demain, tantôt l'un, tantôt
-l'autre, emportés par la mort, et il comprend que cela peut également
-lui arriver à tout instant et que cela arrivera sûrement tôt ou tard. Et
-alors, l'homme ne peut ne pas comprendre qu'il n'y a pas de vraie vie
-dans son corps, et que tout ce qu'il pourrait faire dans cette vie pour
-son corps ne servirait à rien.
-
-Et lorsque l'homme aura clairement compris tout cela, il comprendra
-également que l'esprit qui vit en lui n'est pas uniquement en lui, mais
-en tous les hommes, dans tout l'univers, que cet esprit est l'Esprit
-de Dieu. Et ayant compris cela, l'homme n'attachera plus d'importance
-à sa vie corporelle et fondera le but de sa vie sur la communion avec
-l'Esprit de Dieu, avec ce qui est éternel.
-
-2
-
-La mort, la mort, la mort nous guette à tout instant. Notre vie
-s'accomplit en vue de la mort. Si vous travaillez pour votre vie
-charnelle à venir, vous savez qu'une seule chose vous attend dans
-l'avenir: la mort. Et cette mort détruit tout ce à quoi vous avez
-travaillé. Vous direz que vous travaillez pour le bien des générations
-à venir; mais elles disparaîtront également et il n'en restera rien.
-Par conséquent, la vie, dans un but matériel, ne peut avoir aucun sens.
-La mort détruit toute cette vie. Pour que la vie ait un sens, il faut
-que la mort ne puisse pas détruire l'œuvre de la vie. Et c'est cette
-vie-là que le Christ révèle aux hommes. Il montre aux hommes qu'à côté
-de la vie charnelle, qui n'est qu'une apparence de la vie, il est une
-autre vie, la vraie, qui donne le véritable bonheur à l'homme, et que
-chaque homme connaît cette vie dans son cœur. La doctrine du Christ
-indique l'illusion de la vie personnelle, la nécessité d'y renoncer et
-de reporter le sens et le but de la vie dans une vie juste, la vie de
-l'humanité entière, dans la vie du Fils de l'homme.
-
-3
-
-Pour comprendre la doctrine du Christ indiquant le salut de la vie, il
-faut bien comprendre ce que disaient tous les prophètes, ce que disait
-Salomon, ce que disait Bouddha, ce que disaient tous les sages du monde
-entier sur la vie individuelle de l'homme. On peut, suivant l'expression
-de Pascal, ne pas y penser, porter devant soi des petits écrans qui
-cacheraient au regard l'abîme de la mort auquel nous courons tous; mais
-il n'y a qu'à réfléchir à ce qu'est la vie corporelle individuelle pour
-se persuader que toute cette vie, si elle n'est que matérielle, n'a non
-seulement aucun sens, mais encore n'est qu'une mauvaise plaisanterie aux
-dépens du cœur, de la raison de l'homme et de tout ce qu'il y a de bon
-en lui. C'est pourquoi, pour comprendre la doctrine du Christ, il faut
-tout d'abord reprendre ses sens, réfléchir, afin qu'il se fasse en nous
-ce que dit Jean, le précurseur du Christ, en prêchant sa doctrine à des
-gens égarés comme nous: «Repentez-vous avant tout, c'est-à-dire, revenez
-à vous; sinon, vous périrez tous.»
-
-«Lorsqu'on eut raconté au Christ comment ont péri les Galiléens par la
-main de Pilate, il dit: «Pensez-vous que ces Galiléens avaient commis
-plus de péchés que tous les Galiléens pour avoir souffert ainsi? Je
-vous dis que non; mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous
-ainsi. La mort inévitable est devant vous tous. Nous tâchons vainement
-de l'oublier, mais cela ne nous permettra pas de l'éviter; au contraire,
-lorsqu'elle viendra par surprise, elle sera plus affreuse encore. Il n'y
-a qu'un seul moyen de salut: c'est de renoncer à la vie qui meurt et de
-vivre de celle pour laquelle il n'y a pas de mort.»
-
-4
-
-Celui qui ne voit pas son «moi» dans son corps mourant, connaît la
-vérité de la vie.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-5
-
-«C'est pourquoi je vous dis: ne soyez point en souci pour votre vie, de
-ce que vous mangerez et de ce que vous boirez; ni pour votre corps, de
-quoi vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et
-le corps plus que le vêtement?
-
-Regardez les oiseaux de l'air; car ils ne sèment ni moissonnent, ni
-n'amassent dans des greniers, et votre Père Céleste les nourrit.
-N'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux?
-
-Et qui est-ce d'entre vous qui, par son souci, puisse ajouter une coudée
-à sa taille?
-
-Ne soyez donc point en souci, disant que mangerons-nous, que
-boirons-nous et de quoi serons-nous vêtus.
-
-Mais cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes
-ces choses vous serons données par surcroît.
-
-Ne soyez donc point en souci du lendemain; car le lendemain aura le
-souci de ce qui le regarde: «à chaque jour suffit sa peine».
-
- MATTH., VI, 25-37, 31,33-34.
-
-
-
-III.--_Le renoncement à son «moi» corporel révèle Dieu dans l'âme de
-l'homme._
-
-1
-
-Plus l'homme renonce à son «moi» corporel, plus Dieu se révèle à lui. Le
-corps cache Dieu à l'homme.
-
-2
-
-Si tu veux arriver à connaître le «moi» universel, tu dois, avant tout,
-apprendre à te connaître toi-même. Et pour cela, tu dois sacrifier ton
-«moi» au «moi» universel.
-
-_Sagesse brahmane._
-
-3
-
-Si tu méprises le monde, ce n'est pas un grand mérite. Pour celui qui
-vit selon Dieu, lui-même et le monde seront toujours rien.
-
- ANGÉLUS.
-
-4
-
-Le renoncement à la vie corporelle est précieux, nécessaire et joyeux
-uniquement lorsqu'il est religieux, c'est-à-dire, lorsque l'homme
-renonce à lui-même, à son corps, afin d'accomplir la volonté du Dieu
-qui vit en lui. Mais lorsque l'homme renonce à la vie corporelle, non
-pour exécuter la volonté de Dieu, mais pour accomplir sa volonté à lui
-et celle des hommes qui sont pareils à lui, une telle abnégation n'est
-ni précieuse, ni nécessaire, ni joyeuse, mais uniquement nuisible à
-lui-même et aux autres.
-
-5
-
-Si vous tâchez de plaire aux hommes pour qu'ils vous soient
-reconnaissants, vous travaillerez en vain. Mais si vous faites du bien
-aux autres sans songer à eux, pour Dieu, vous vous ferez du bien, et les
-autres vous seront reconnaissants.
-
-Dieu se souvient de celui qui ne pense pas à lui-même, et Dieu oublie
-celui qui pense à lui-même.
-
-6
-
-C'est seulement quand notre corps meurt, que nous ressuscitons en Dieu.
-
-7
-
-Si tu n'attends rien et que tu ne veux rien recevoir des autres hommes,
-ceux-ci ne peuvent pas te faire peur, de même qu'une abeille ne craint
-pas une autre et qu'un cheval n'a pas peur d'un autre. Mais si ton
-bonheur est dans le pouvoir des autres hommes, tu les craindras sûrement.
-
-C'est par là que l'on doit commencer: il faut renoncer à tout ce qui ne
-nous appartient pas, y renoncer au point qu'il ne soit pas notre maître,
-renoncer à tout ce qui est nécessaire au corps, renoncer à l'amour de
-la richesse, de la gloire, des fonctions, des honneurs, renoncer à ses
-enfants, à sa femme, à ses frères. Tu dois te dire que tout cela n'est
-pas ta propriété.
-
-Mais comment arriver à cela? Subordonner sa volonté à la volonté de
-Dieu: s'Il veut que j'aie la fièvre--je le veux aussi. S'il veut que je
-fasse ceci et non pas cela--je le veux aussi. S'Il veut qu'il m'arrive
-une chose à laquelle je ne m'attendais pas--je le veux aussi.
-
- ÉPICTÈTE.
-
-8
-
-La volonté propre ne se satisfera jamais, quand elle aurait pouvoir
-de tout ce qu'elle veut; mais on est satisfait dès l'instant qu'on y
-renonce. Sans elle, on ne peut être content. La vraie et unique vertu
-est donc de se haïr, car on est haïssable par sa concupiscence, et de
-chercher un être véritablement aimable, pour l'aimer. Mais, comme nous
-ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un être qui soit
-en nous, et qui ne soit pas nous, et cela est vrai d'un chacun de tous
-les hommes. Or, il n'y a que l'être universel qui soit tel. Le royaume
-de Dieu est nous (Luc, XVII, 21); le bien universel est en nous-mêmes et
-ce n'est pas nous.
-
- PASCAL.
-
-
-
-IV.--_Le vrai amour envers les hommes n'est possible que par
-l'abnégation._
-
-1
-
-Seul ce qui ne vit pas pour soi-même ne périt pas. Mais pourquoi celui
-qui ne vit pas pour lui-même vivra-t-il? On peut ne pas vivre pour
-soi-même alors seulement qu'on vit pour Tout. C'est en vivant pour le
-Tout que l'homme peut être et est tranquille.
-
- LAO-TSEU.
-
-2
-
-Quand même tu le voudrais, tu ne pourrais pas séparer ta vie de celle
-de l'humanité. Tu vis dans l'humanité, par elle et pour elle. En vivant
-parmi les hommes, tu ne peux pas ne pas renoncer à toi-même, parce que
-nous sommes tous créés pour agir d'un commun accord, comme les jambes,
-les bras, les yeux, et l'accord ne serait pas possible sans l'abnégation.
-
- MARC-AURÈLE.
-
-3
-
-On ne saurait se contraindre à l'amour des autres. On ne peut que
-rejeter ce qui empêche l'amour. Et ce qui l'empêche, c'est l'amour de
-son «moi» matériel.
-
-4
-
-«Tu aimeras ton prochain comme toi-même» ne veut pas dire que tu dois
-tâcher d'aimer ton prochain. On ne peut pas se forcer à aimer. «Tu
-aimeras ton prochain» veut dire que tu dois cesser de t'aimer plus que
-tout. Et dès que tu ne t'aimeras plus ainsi, tu te mettras à aimer ton
-prochain comme toi-même.
-
-5
-
-Il faut s'habituer de se dire lorsqu'on rencontre un homme: je ne
-penserai qu'à lui, et non pas à moi-même.
-
-6
-
-I suffit de penser à soi au beau milieu d'un discours, pour perdre le
-fil de ses idées. De même, quand nous nous oublions complètement, que
-nous sortons de nous-mêmes, nous pouvons communiquer fructueusement avec
-les autres, les servir et avoir sur eux une influence bienfaisante.
-
-7
-
-Plus la vie d'un homme est confortable et mieux organisée
-extérieurement, plus la joie de l'abnégation est loin et difficile pour
-lui. Les riches en sont presque entièrement privés. Au pauvre, tout
-travail interrompu dans le but de venir en aide à son prochain, chaque
-morceau de pain tendu à un mendiant, procure la joie de l'abnégation.
-
-8
-
-Ce que tu as donné est à toi, ce que tu as gardé est aux autres.
-
-Si tu t'es privé de quelque chose pour le donner aux autres, tu t'es
-fait du bien à toi-même; ce bien est à jamais à toi et personne ne peut
-te le prendre.
-
-Mais si ta as gardé ce qu'un autre voulait prendre, lu ne l'as que
-pour un temps ou jusqu'au moment où tu devras le rendre. Et tu devras
-sûrement le rendre lorsque la mort sera venue.
-
-9
-
-Serait-il possible de ne pouvoir espérer qu'il viendra un jour où les
-gens verront qu'il leur est tout aussi facile de vivre pour les autres
-qu'il leur est facile de mourir à la guerre dont ils ne connaissent pas
-la cause? Il suffit aux hommes d'avoir à cet effet un peu plus de force
-d'esprit et un peu plus de conscience.
-
- BRAUN.
-
-
-
-V.--_L'homme qui emploie toutes ses forces à satisfaire uniquement ses
-besoins bestiaux, détruit sa vraie vie._
-
-1
-
-Si l'homme ne pense qu'à lui-même et cherche partout son profit, il ne
-peut être heureux. Si tu veux réellement vivre pour toi-même, vis pour
-les autres.
-
- SÉNÈQUE.
-
-2
-
-Pour comprendre combien il est indispensable de renoncer à la vie
-corporelle pour la vie spirituelle, il suffit de se représenter combien
-serait terrible et répugnante une vie consacrée uniquement à la
-satisfaction des désirs charnels. La vraie vie ne commence qu'au moment
-où l'homme renonce à toute bestialité.
-
-3
-
-Par la parabole des vignerons (MATTH., 33-42), le Christ éclaircit
-l'erreur des gens qui prennent l'apparence de la vie--leur vie
-charnelle--pour la vraie vie.
-
-A force d'habiter le jardin cultivé de leur maître, des gens se crurent
-propriétaires du jardin. Et de cette conception erronée il résulte une
-série d'actes insensés et cruels accomplis par ces gens qui, finalement,
-sont chassés du jardin, exclus de la vie. De même, nous nous sommes
-imaginés que la vie de chacun de nous est notre vie personnelle, que
-nous y avons droit et pouvons en jouir à notre gré, n'ayant aucune
-obligation envers personne. Aussi, commettons-nous inévitablement la
-même série d'actes cruels et insensés et sommes de même exclus de la
-vie. Comme les habitants du jardin avaient oublié que le jardin leur
-avait été donné en état, entouré d'un fossé et d'une clôture, pourvu
-d'un puits, que quelqu'un avait travaillé à leur intention et attend,
-par suite, qu'ils fournissent également du travail, les hommes qui ne
-possèdent qu'une vie personnelle ont oublié, ou veulent oublier, tout ce
-qui a été fait pour eux avant leur naissance, ce qui se fait au cours de
-leur vie, et ce qu'on attend d'eux.
-
-D'après la doctrine du Christ, de même que les vignerons, qui habitaient
-une vigne qu'ils n'avaient pas travaillée, doivent sentir et comprendre
-qu'ils ont contracté une dette constante envers leur maître, les hommes
-doivent sentir et comprendre que, depuis leur naissance et jusqu'à
-la mort, ils ont contracté une dette envers ceux qui ont vécu avant
-eux, qui vivent encore et qui vivront, et envers ce qui était, est
-et sera toujours le commencement de tout. Ils doivent comprendre que
-chaque heure de leur existence confirme cette obligation, et que, par
-conséquent, l'homme qui vit pour lui-même et qui nie cette obligation,
-l'attachant à la vie et à son principe, se prive lui-même de la vie.
-
-4
-
-Les hommes pensent que l'abnégation compromet la liberté. Ils ne
-savent pas que seule l'abnégation nous donne la vraie liberté, en nous
-débarrassant de nous-mêmes, de l'esclavage de notre dépravation. Nos
-passions sont les tyrans les plus cruels: il suffit de renoncer à eux,
-et tu te sentiras libre.
-
- FÉNELON.
-
-5
-
-La conscience de notre mission, qui implique la loi de l'abnégation, n'a
-rien de commun avec la jouissance de la vie. Si nous voulions confondre
-la conscience de notre mission avec la jouissance, et que nous offrions
-ce mélange, en qualité de remède, à une âme malade, ces deux éléments se
-seraient séparés spontanément. Mais si cela n'avait pas eu lieu et que
-la conscience de la haute destination de l'homme n'avait produit aucun
-effet, et que la vie corporelle aurait acquis, en aspirant au plaisir,
-une certaine force qui correspondrait avec la destination, la vie morale
-de l'homme aurait disparu sans retour.
-
- KANT.
-
-
-
-VI.--_On ne peut se libérer de ses péchés qu'à condition de renoncer à
-soi-même._
-
-1
-
-Le renoncement au bonheur corporel pour le bonheur spirituel est
-la conséquence d'une modification de la conscience; c'est-à-dire un
-homme qui se croyait être d'abord purement un animal, commence à se
-reconnaître comme un être spirituel. Quand ce changement s'est effectué,
-ce qui semblait avant une privation, une souffrance, n'est plus une
-privation ni une souffrance, mais une préférence naturelle du meilleur
-au plus mauvais.
-
-2
-
-On croit et on dit que pour remplir la mission de la vie, il faut avoir
-la santé, l'aisance et, en général, être dans des conditions extérieures
-favorables. C'est inexact: la santé, l'aisance et les conditions
-extérieures favorables ne sont pas nécessaires pour remplir sa mission
-et obtenir le bonheur. Il nous est donné la possibilité d'acquérir le
-bien spirituel et que rien ne peut détruire: le bien de développer
-en soi l'amour. Seulement, il faut croire en cette vie spirituelle,
-concentrer vers elle tous ses efforts.
-
-Tu mènes une vie charnelle, tu travailles pour elle; mais dès que
-tu trouves des obstacles dans cette vie, transporte-toi dans la vie
-spirituelle; car la vie spirituelle est toujours libre. C'est comme
-les ailes de l'oiseau. L'oiseau marche sur ses pattes. Mais voilà que
-survient un obstacle, un danger, et l'oiseau, ayant foi en ses ailes,
-les déploie et survole.
-
-3
-
-L'unique œuvre joyeuse et vraie de la vie est d'élever son âme; et pour
-élever son âme, il faut renoncer à soi-même. Commence par le renoncement
-dans les petites choses; lorsque tu t'habitueras à renoncer aux petites,
-tu pourras renoncer aux grandes.
-
-4
-
-Lorsque la lumière de ta vie spirituelle s'éteint, l'ombre noire de
-tes désirs charnels tombe sur ton chemin.--Méfie-toi de cette terrible
-ombre: la lumière de ton esprit, ne peut détruire ces ténèbres tant que
-tu n'auras pas chassé les désirs de ton âme.
-
- _Sagesse brahmane._
-
-5
-
-La plus grande difficulté de se libérer de l'égoïsme matériel réside en
-ce fait que cet égoïsme est une condition indispensable de la vie. Il
-est indispensable et naturel pendant l'enfance; mais il doit faiblir et
-disparaître à mesure que la raison s'éclaire.
-
-L'enfant n'éprouve pas de remords de conscience pour son égoïsme; mais
-à mesure que la raison s'éclaire, l'égoïsme devient un poids pour
-soi-même; au cours de la vie, l'égoïsme faiblit de plus en plus, et
-lorsqu'on approche de la mort, il disparaît entièrement.
-
-6
-
-Totalement renoncer à soi-même, c'est devenir Dieu; vivre uniquement
-pour soi-même, c'est devenir une brute absolue. La vie humaine se
-passe dans, l'éloignement progressif de la vie bestiale et dans le
-rapprochement graduel de la vie divine.
-
-7
-
-Sans sacrifice, il n'y a pas de vie. Toute la vie, que tu le veuilles ou
-non, n'est qu'un sacrifice du corporel au spirituel.
-
-VII--_Le renoncement à sa personnalité bestiale donne à l'homme le vrai
-bonheur spirituel qui est inaliénable._
-
-1
-
-Une seule et même loi régit la vie de chaque homme et celle de tous les
-hommes; cette loi dit: pour améliorer la vie, il faut être prêt à la
-donner.
-
-2
-
-L'homme ne peut connaître les conséquences de sa vie d'abnégation, mais
-il n'a qu'à l'essayer pour un temps, et je suis sûr que tout honnête
-homme reconnaîtra l'influence favorable qu'avaient sur son âme et son
-corps les instants, même fugitifs, pendant lesquels il ne pensait plus à
-lui-même et renonçait à sa personnalité corporelle.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-3
-
-L'homme est comme un nuage dont l'eau se déverse sur les champs, les
-prés, les forêts, les jardins, les étangs, les rivières. La pluie
-a passé, elle a rafraîchi et donné la vie à des millions de jeunes
-pousses, d'épis, de buissons, d'arbres; le nuage est devenu clair et
-transparent et bientôt il disparaîtra complètement. Il en est de même
-de la vie corporelle d'un homme de bien: il est venu en aide à bien des
-gens, il leur a facilité la vie, il leur a montré la voie à suivre, les
-a consolés; maintenant, il est vidé et, en mourant, il se relire là où
-vit seul l'éternel, l'invisible, le spirituel.
-
-4
-
-Les arbres donnent leurs fruits et même leur écorce, leurs feuilles
-et leur suc à ceux qui en ont besoin. Heureux est l'homme qui en fait
-autant! Mais il y a peu de gens qui le comprennent et qui agissent ainsi.
-
- KRISHNA.
-
-5
-
-Le bonheur n'est pas possible tant qu'on ne cesse à penser à soi-même.
-Mais on ne peut le faire incomplètement. Si le moindre souci de soi-même
-reste, tout est gâté.... Je sais que c'est difficile, mais je sais
-également qu'il n'y a pas d'autre moyen d'acquérir le bonheur.
-
- CARPENTER.
-
-6
-
-Bien des gens pensent que si l'on exclut la personnalité et l'amour,
-il ne restera plus rien dans la vie. Ils s'imaginent que, sans
-personnalité, il n'y a pas de vie. Mais cela semble seulement à ceux qui
-n'ont jamais éprouvé la joie de l'abnégation. Rejette ta personnalité,
-renonce à elle, et il te restera ce qui est l'essence de la vie:
-l'amour, donnant le bienfait incontestable.
-
-7
-
-Plus l'homme apprend à connaître son «moi» moral et plus il renonce à la
-vie charnelle, mieux il se comprend lui-même.
-
- _Sagesse brahmane._
-
-8
-
-Au point de vue du bonheur, la question de la vie est insoluble, parce
-que nos élans les plus élevés nous empêchent d'être heureux. Au point de
-vue du devoir, la même difficulté subsiste, car le devoir accompli donne
-la paix et non le bonheur.
-
-Seul le divin amour et la communion avec Dieu suppriment cette
-difficulté, car, dans ce cas, le sacrifice devient une joie constante,
-croissante etimmuable.
-
- AMIEL.
-
-9
-
-L'idée du devoir dans toute sa pureté est non seulement bien plus
-simple, plus claire, plus compréhensible dans la pratiquent plus
-naturelle que l'impulsion venant du désir du bonheur ou qui est liée
-à lui (et qui exige toujours beaucoup d'artifice et de spéculations
-approfondies), mais même devant le simple bon sens, cette idée apparaît
-comme bien plus puissante, plus persistante et promet bien plus de
-succès que toutes les impulsions provenant de l'égoïsme, à condition
-que l'idée du devoir soit comprise par le bon sens tout à fait
-indépendamment des impulsions égoïstes.
-
-La conscience que _je peux_ parce que _je dois_, révèle en l'homme la
-profondeur des dons divins, lui permettant, comme à un saint prophète,
-de pressentir la puissance et la grandeur de sa vraie destination. Et si
-l'homme y faisait plus souvent attention et s'était habitué à séparer
-entièrement la vertu de tous les avantages qui sont la récompense du
-devoir accompli, si l'exercice de la vertu avait été la préoccupation
-principale de l'éducation privée et sociale, l'état moral des hommes se
-serait bientôt amélioré. Si l'expérience de l'histoire n'a pas encore
-donné de bons résultats concernant la doctrine de la vertu, cela vient
-de la fausse conception que l'impulsion déduite de l'idée du devoir
-serait trop faible et distante, et qu'une impulsion plus proche,
-provenant d'un calcul sur les avantages que l'on doit attendre pour
-l'accomplissement du devoir, tant en ce monde que dans l'autre monde,
-agit plus fortement sur l'âme. Tandis que, en réalité, la conscience
-de posséder en soi le principe spirituel, suscitant le renoncement à sa
-personnalité, incite l'homme, bien plus que toutes les récompenses, à
-obéir à la loi du bien.
-
- KANT.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXV
-
-L'HUMILITÉ
-
-
-Le plus grand bonheur de l'homme dans ce monde est de communiquer avec
-ses pareils. Les orgueilleux, en se mettant à l'écart des autres, se
-privent eux-mêmes de ce bien. Mais l'homme humble supprime tous les
-obstacles en lui-même pour obtenir ce bonheur. C'est pourquoi l'humilité
-est une condition indispensable du vrai bonheur.
-
-
-I.--_L'homme ne peut être fier de ses œuvres, parce que tout le bien
-qu'il fait ne vient pas de lui, mais de l'élément divin qui vit en lui._
-
-1
-
-Seul l'homme qui sait que Dieu vit en son âme peut être humble. Un tel
-homme est absolument indifférent à ce que les gens disent de lui.
-
-2
-
-L'homme qui se croît maître de sa vie ne peut être humble, parce qu'il
-pense qu'il n'est l'obligé de personne, ni de rien. Mais l'homme qui
-voit son œuvre, dans le service de Dieu, ne saurait ne pas être humble,
-parce qu'il sent toujours qu'il est loin d'avoir accompli toutes ses
-obligations.
-
-3
-
-Nous sommes souvent fiers de ce que nous avons bien fait, nous sommes
-fiers de ce que _nous avons fait_, et nous oublions que Dieu vit
-en chacun de nous et qu'en faisant le bien, nous ne sommes que les
-instruments de Son œuvre.
-
-Dieu fait avec moi ce qui Lui est nécessaire, et moi je m'en vante.
-C'est comme si la pierre qui intercepte la source était fière de ce que
-l'eau s'échappe d'elle, et que les hommes et les animaux boivent cette
-eau. On dira que la pierre peut être fière de ce qu'elle est propre et
-qu'elle ne salit pas l'eau. Ceci encore n'est pas vrai. Si elle est
-propre, c'est uniquement parce que cette même eau l'a lavée et la lave
-toujours. Rien n'est à nous, tout est à Dieu.
-
-4
-
-Nous sommes les instruments de Dieu. Nous savons ce que nous devons
-faire, mais il ne nous est pas donné de savoir pourquoi nous le faisons.
-Celui qui comprend cela, ne peut ne pas être humble.
-
-5
-
-L'œuvre principale de la vie de chaque homme est de devenir plus
-charitable et meilleur. Et comment peut-on devenir meilleur si l'on se
-croit déjà bon?
-
-6
-
-Il suffit de se croire non pas le maître, mais le serviteur, pour que
-les tâtonnements, l'inquiétude, le mécontentement se transforment en
-certitude, en tranquillité, en paix et en joie.
-
-
-
-II.--_Toutes les tentations viennent de l'orgueil._
-
-1
-
-Si l'homme tend à Dieu, il ne peut jamais être satisfait de lui-même. Il
-aura beau avancer, il se sentira toujours éloigné de la perfection, car
-la perfection est infinie.
-
-2
-
-L'assurance est la qualité de la bête; l'humilité est la qualité de
-l'homme.
-
-3
-
-Celui qui se connaît le mieux, s'estime le moins.
-
-4
-
-Celui qui est content de lui-même, n'est jamais satisfait des autres.
-
-Celui qui est toujours mécontent de lui-même, est toujours content des
-autres.
-
-5
-
-On dit à un sage qu'il a la renommée d'être mauvais. Il répondit: «C'est
-heureux qu'ils ne sachent pas tout sur moi: ils auraient dit des choses
-bien pires.»
-
-6
-
-Il n'y a rien de plus utile à l'âme que de te souvenir que tu n'es qu'un
-vil scarabée et que toute ta force consiste à pouvoir comprendre ta
-nullité et, par suite, d'être humble.
-
-7
-
-Malgré le peu d'attention que la plupart des hommes attachent à leurs
-défauts, il n'y a pas d'homme qui ne se connaisse quelque chose de plus
-mauvais que ce qu'il sait sur son prochain.
-
-C'est pourquoi il est facile à chaque homme d'être humble.
-
- WOLSELEY.
-
-8
-
-Il suffit de réfléchir un jeu pour se découvrir quelque défaut envers le
-genre humain (ne serait-ce que cette faute qu'en vertu de l'inégalité
-des hommes, nous jouissons de certains avantages pour lesquels d'autres
-doivent éprouver de plus grandes privations)--et cela nous empêchera
-d'exagérer nos mérites au détriment d'autres hommes.
-
- KANT.
-
-9
-
-On ne peut voir ses défauts qu'avec les yeux des autres.
-
- _Proverbe chinois._
-
-10
-
-Chaque homme peut être pour nous un miroir dans lequel nous voyons nos
-vices, nos défauts et tout le mal qui est en nous; or, nous agissons le
-plus souvent comme un chien qui aboie contre le miroir, pensant que ce
-n'est pas lui qu'il voit là-dedans, mais un autre chien.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-11
-
-Les gens trop sûrs d'eux-mêmes, sots et immoraux, inspirent souvent le
-respect aux gens modestes, sages et moraux, précisément parce qu'un
-homme modeste, en se jugeant, ne peut pas comprendre qu'un mauvais homme
-puisse tellement se respecter.
-
-12
-
-Souvent les hommes les plus simples, les moins lettrés, les moins
-instruits, s'assimulent facilement la doctrine chrétienne, tandis que
-les plus savants croupissent dans le paganisme le plus vulgaire. Cela
-vient de ce que les gens simples sont le plus souvent humbles, et que
-les savants sont pour la plupart trop surs d'eux-mêmes.
-
-13
-
-Pour comprendre raisonnablement la vie et la mort et attendre celle-ci
-en paix, il est indispensable de comprendre combien on est nul.
-
-Tu es une parcelle infiniment petite de quelque chose, et tu ne
-serais rien si tu n'avais pas une mission déterminée--une œuvre.
-Cela seulement donne un sens et une signification à ta vie. Ton œuvre
-consiste à profiter des instruments qui te sont donnés, de même qu'à
-tout ce qui existe: d'user ton corps à ce qui t'a été recommandé.
-C'est pourquoi, toutes les œuvres sont égales et tu ne peux pas faire
-plus qu'il ne t'a été commandé. Tu ne peux être qu'adversaire de Dieu
-ou interprète de son œuvre. De sorte que l'homme ne peut s'attribuer
-rien de grand ni d'important. Il suffit de s'attribuer quelque œuvre
-exceptionnelle, pour qu'il n'y ait plus fin aux déceptions de la
-lutte, à la jalousie, aux souffrances de toutes sortes, tu n'as qu'à
-t'attribuer plus d'importance qu'à la plante qui donne des fruits, et
-tu es perdu. La tranquillité, la liberté, la joie de la vie, le courage
-devant la mort, ne sont donnés qu'à celui qui ne se croit dans cette vie
-rien de plus qu'un ouvrier de son Maître.
-
-
-
-III.--_L'Humilité unit les hommes par l'amour._
-
-1
-
-Être inconnu des hommes ou non compris d'eux, et ne pas s'en
-attrister--voilà la qualité de l'homme réellement vertueux qui aime les
-autres.
-
- _Sagesse chinoise._
-
-2
-
-De même que l'eau ne reste pas sur les sommets, la bonté et la sagesse
-ne se rencontrent pas chez les orgueilleux. L'un comme les autres
-cherchent des terrains bas.
-
- _Sagesse persane._
-
-3
-
-Un homme charitable est celui qui se souvient de ses péchés et qui
-oublie le bien qu'il fait; un homme méchant est celui qui, au contraire,
-se souvient de sa bonté et oublie ses péchés.
-
-Ne te pardonne pas, et tu pardonneras facilement aux autres.
-
-4
-
-On peut reconnaître un homme bon et intelligent à ce qu'il considère
-tous les autres hommes meilleurs et plus intelligents que lui.
-
-Les gens les plus agréables ce sont les justes qui se croient pécheurs.
-Et les plus désagréables ce sont les pécheurs qui se croient justes.
-
- PASCAL.
-
-6
-
-Combien il est difficile d'aimer, de plaindre les orgueilleux,
-confiants en eux-mêmes! On voit, rien qu'à cela, combien la modestie est
-non seulement bonne, mais encore avantageuse. Elle suscite ce qu'il y a
-de plus précieux dans la vie: l'amour des hommes.
-
-7
-
-Tout le monde aime les humbles; nous voulons tous être aimés. Comment ne
-pas s'efforcer d'être humbles?
-
-8
-
-Pour que les hommes puissent bien vivre, il faut que la paix règne parmi
-eux. Et là où chacun veut être au-dessus des autres, il ne peut y avoir
-de paix. Plus les hommes sont humbles, plus il leur est facile de vivre
-en paix.
-
-
-
-IV.--_L'Humilité unit l'homme à Dieu._
-
-1
-
-Il n'y a rien de plus fort qu'un homme humble; car, en renonçant à
-lui-même, cet homme cède la place à Dieu.
-
-2
-
-Les paroles de la prière: «Venez et descendez en nous» sont fort belles.
-Tout est dans ces paroles. L'homme a tout ce qu'il lui faut si Dieu
-descend en lui. Et pour cela, il ne faut qu'une chose: se diminuer pour
-faire une place à Dieu. Dès que l'homme se diminue, Dieu s'établit
-en lui. C'est pourquoi, pour obtenir tout ce qui lui est nécessaire,
-l'homme doit s'humilier avant tout.
-
-3
-
-Plus l'homme descend en lui-même et se croit insignifiant, plus il
-s'élève vers Dieu.
-
- _Sagesse brahmane._
-
-4
-
-L'orgueil disparaît du cœur de celui qui adore l'Être Suprême, de même
-que la lueur du bûcher s'éclipse à la lumière du soleil. Celui dont le
-cœur est pur et qui est sans orgueil, celui qui est doux, fidèle et
-simple, qui considère chaque être comme son ami et qui aime chaque âme
-comme la sienne, qui traite chacun également avec tendresse et amour,
-qui veut faire le bien et a banni toute vanité, est l'homme dont le cœur
-est habité par le Souverain de la vie.
-
-De même, que la terre se décore de belles plantes qu'elle produit, celui
-dans l'âme duquel habite le Seigneur de la vie, s'en trouve embelli.
-
- _Vichnou Pourana._
-
-
-
-V.--_Comment lutter contre l'orgueil._
-
-1
-
-Les défauts qui sont pénibles et intolérables chez les autres,
-paraissent ne rien peser en nous-mêmes. Il arrive très souvent qu'en
-parlant des autres et en les blâmant cruellement, les gens ne remarquent
-pas qu'ils se décrivent eux-mêmes.
-
-Rien ne nous corrigerait aussi vite de nos défauts que si nous pouvions
-nous voir dans les autres. En voyant clairement nos défauts chez les
-autres, nous aurions détesté nos défauts comme ils le méritent.
-
- LABRUYÈRE.
-
-2
-
-Tâche de ne pas penser de bien de toi-même. Si tu ne peux pas penser mal
-de toi, sache que c'est déjà mal que tu ne peux pas penser mal de loi.
-
-3
-
-La tendance de te comparer aux autres à ton avantage est une tentation
-rendant impossible une bonne vie et entravant l'œuvre principale: le
-perfectionnement. Compare-toi uniquement à la perfection suprême, et non
-aux hommes qui peuvent être inférieurs à toi.
-
-4
-
-Quand on t'injurie où que l'on te blâme, réjouis-toi; quand on te vante
-et que l'on t'approuve, méfie-toi.
-
-5
-
-Tache de ne pas cacher dans des coins sombres les souvenirs honteux de
-tes péchés; au contraire, tiens-les toujours prêts, afin de pouvoir
-juger des péchés de tes prochains.
-
-6
-
-Considère-toi toujours comme un écolier. Ne pense pas que tu es trop
-vieux pour apprendre, que ton âme est déjà telle qu'elle doit être et
-qu'elle ne peut être meilleure. Pour l'homme raisonnable, le cours des
-études n'est jamais terminé: il est élève jusqu'à la tombe.
-
-7
-
-Seul l'humble de cœur connaît la vérité. L'humilité ne provoque pas la
-jalousie.
-
-Les arbres sont emportés par le torrent, les joncs restent.
-
-Un sage a dit: «Mon enfant, ne t'attriste pas de n'avoir pas été
-apprécié, car personne ne peut te reprendre ce que tu as fait, ou te
-donner ce que tu n'as pas fait. L'homme raisonnable se contente du
-respect qu'il mérite.
-
-«Sois aimable, respectueux, affable, soucieux du profit des autres, et
-le bonheur viendra à toi tout aussi naturellement que l'eau descend dans
-les vallées.»
-
- _Vichnou hindou._
-
-
-
-VI.--_Conséquences de l'orgueil._
-
-1
-
-L'homme sans humilité blâme toujours les autres; il ne voit que les
-fautes des hommes, pendant que ses passions et ses vices à lui se
-développent de plus en plus.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-2
-
-L'homme non éclairé par le christianisme n'aime que lui. Et en n'aimant
-que lui, un tel homme veut être grand, et il se voit petit; il veut
-être heureux, et il se voit misérable; il veut être parfait, et il se
-voit plein d'imperfections. Et en voyant tout cela, l'homme commence
-à détester la vérité et à imaginer des arguments d'après lesquels
-il résulterait qu'il est précisément ce qu'il voudrait être, et il
-devient à ses yeux grand, heureux et parfait. Il y a là un double péché
-d'orgueil et de mensonge. Le mensonge vient de l'orgueil, et l'orgueil
-vient du mensonge.
-
- D'après PASCAL.
-
-3
-
-Qui ne hait en soi son amour-propre et cet instinct qui le porte à se
-faire Dieu est bien aveuglé. Qui ne voit pas que rien n'est si opposé
-à la justice et à la vérité? Car il est faux que nous méritions cela,
-et il est injuste et impossible d'y arriver, puisque tous demandent la
-même chose.
-
- PASCAL.
-
-4
-
-Il y a toujours une tâche sombre sur notre soleil: c'est l'ombre qui
-tombe de la considération que nous avons pour notre personne.
-
- CARLYLE.
-
-
-
-VII.--_L'Humilité donne à l'homme le bonheur spirituel et la force de
-lutter contre les tentations._
-
-1
-
-Rien n'est aussi profitable à l'âme que l'humiliation acceptée avec
-joie. Elle rafraîchit l'âme comme une chaude pluie après le soleil
-ardent de la fatuité.
-
-2
-
-La porte d'entrée du temple de la vérité et du bonheur est basse. Seule
-ceux qui se baisseront pourront y entrer. Et heureux seront ceux qui
-pourront passer cette porte. Le temple est vaste et libre, et tous les
-gens qui s'y trouvent s'aiment les uns les autres, s'entr'aident et ne
-connaissent point de chagrin.
-
-Ce temple est la vraie vie des hommes. La porte du temple, c'est la
-doctrine de la sagesse. Et la sagesse est donnée aux humbles, à ceux qui
-ne s'élèvent pas, mais qui se diminuent.
-
-3
-
-La joie parfaite, selon les paroles de saint François d'Assise, consiste
-à supporter le reproche non mérité, même une souffrance corporelle, sans
-éprouver d'inimitié envers la cause du reproche ou de la souffrance.
-Cette joie est parfaite parce qu'aucune offense, aucune injure et aucun
-reproche ne peuvent la compromettre.
-
-4
-
-«Quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé.»
-
- LUC, XIV, 11.
-
-5
-
-Le plus faible en ce monde vainc le plus fort; le bas et l'humble vainc
-le grand et le fier. Un très petit nombre de gens comprennent toute la
-force de l'humilité.
-
- LAO-TSEU.
-
-6
-
-Il n'y a rien de plus tendre et de plus conciliant que l'eau, et
-cependant, en attaquant les choses solides et dures, rien n'est plus
-fort qu'elle. Le faible vainc le fort. Le délicat vainc le cruel.
-L'humble vainc le fier. Tout le monde le sait, mais personne ne veut
-agir selon cette loi.
-
- LAO-TSEU.
-
-7
-
-Si les rivières et les mers dominent toutes les vallées qu'elles
-traversent, c'est parce qu'elles sont plus basses.
-
-C'est pourquoi, si un saint homme veut être au-dessus du peuple, il doit
-tâcher d'être au-dessous de lui. S'il veut le gouverner, il doit être
-derrière lui.
-
-Par conséquent, si un saint homme vit au-dessus du peuple, le peuple ne
-le sent pas. Il est au-devant du peuple, mais le peuple n'en souffre
-pas. C'est pourquoi le monde ne cesse de le louer. Le saint homme ne
-discute avec personne, et personne ne discute avec lui.
-
- LAO-TSEU.
-
-8
-
-L'eau est légère, liquide et peu résistante, mais lorsqu'elle attaque
-quelque chose de solide, de dure et de résistant, rien ne peut lutter
-contre elle: elle emporte des maisons, joue avec d'énormes bateaux
-comme avec des copeaux, creuse la terre. L'air est encore moins dense,
-plus doux et moins résistant que l'eau, mais il est plus fort encore
-lorsqu'il attaque des choses dures, fermes et solides. Il arrache les
-arbres avec leurs racines, démolit les maisons, gonfle l'eau en vagues
-énormes et chasse l'eau dans les nuages. Le tendre, le doux et le
-liquide vainc le dur, le ferme et le résistant.
-
-Il en est de même dans la vie des hommes. Si tu veux être vainqueur,
-sois tendre, doux et condescendant.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXVI
-
-LA VÉRACITÉ
-
-
-Les superstitions empêchent de se bien conduire. On ne peut s'en
-débarrasser que par la sincérité, et cela non seulement envers les
-autres, mais encore envers soi-même.
-
-
-I.--_Comment on doit se comporter envers les opinions et les coutumes
-établies._
-
-1
-
-Le moyen habituel employé pour nier l'existence de Dieu est de
-reconnaître l'opinion publique comme incontestablement juste et de
-n'attacher aucune importance à la voix de Dieu que nous entendons
-constamment en notre âme.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-2
-
-Quand même le monde entier reconnaîtrait la véracité d'une doctrine,
-quand même elle serait ancienne, l'homme doit la contrôler par sa raison
-et la rejeter hardiment, si elle ne s'accorde pas avec les exigences de
-sa raison.
-
-3
-
-«Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira.»
-
- JEAN, VIII, 32.
-
-4
-
-Celui qui veut devenir vraiment un homme doit abandonner la
-préoccupation de plaire au monde; celui qui veut vivre d'une vie juste
-ne doit pas se conformer à ce qu'il est d'usage de considérer comme
-bien; il n'a qu'à chercher scrupuleusement où est véritablement le bien.
-Il n'y a rien de plus sacré et de plus fécond que la curiosité d'une âme
-indépendante.
-
- EMERSON.
-
-5
-
-La tendance de croire à ce que l'on nous présente comme vérité renferme
-le bien comme le mal. C'est précisément cette tendance qui rend possible
-la marche progressive de la société, et c'est elle encore qui rend cette
-marche si lente et pénible: chaque génération hérite, grâce à elle, sans
-effort, des connaissances acquises à grande peine par ceux qui ont vécu
-avant, et c'est grâce à elle que chaque génération se trouve esclave des
-fautes et des erreurs de la précédente.
-
- HENRY GEORGE.
-
-6
-
-Plus l'homme vit, plus il se libère des superstitions.
-
-7
-
-Croire que tout ce qui nous est avantageux et agréable est vrai, est
-une qualité naturelle tant aux enfants qu'à l'humanité en bas âge. Plus
-l'homme et l'humanité avancent en âge, et plus leur raison s'éclaircit,
-devient ferme, plus ils se libèrent de la conception erronée d'après
-laquelle tout ce qui est avantageux à l'homme est vrai. C'est pourquoi,
-à mesure qu'ils avancent dans la vie, l'homme et l'humanité doivent
-nécessairement examiner, par les efforts de leur raison et de la sagesse
-de ceux qui ont vécu avant eux, si les principes, acceptés sur foi, sont
-vrais.
-
-8
-
-Chaque vérité exprimée par les paroles est une force dont l'action est
-infinie.
-
-
-
-II.--_Le mensonge, ses causes et ses conséquences._
-
-1
-
-Ne pense pas que l'on doive dire et créer la vérité uniquement dans les
-cas graves. On doit toujours le faire, même dans les questions les plus
-futiles. Il ne s'agit pas du grand ou du petit mal qui sera causé par
-ton mensonge, il importe que tu ne te souilles jamais par le mensonge.
-
-2
-
-Tous, nous aimons mieux la vérité que le mensonge; mais lorsqu'il s'agit
-de notre vie, nous préférons souvent le mensonge à la vérité, parce que
-le mensonge justifie notre mauvaise vie, tandis que la vérité la dénonce.
-
-3
-
-Chaque vérité qui pénètre dans la conscience des hommes et remplace une
-ancienne erreur arrive à un moment où l'erreur est claire et la vérité
-évidente. Mais les gens qui profitent de cette erreur ou qui y sont
-habitués s'efforcent de la maintenir. Dans ces moments-là, il est tout
-particulièrement important de proclamer hardiment la vérité.
-
-4
-
-Si l'on vous dit qu'il ne faut pas chercher la vérité partout, parce
-qu'on ne trouve jamais toute la vérité, ne le croyez pas. Ceux qui
-parlent ainsi sont vos plus redoutables ennemis, comme ils sont ceux de
-la vérité.
-
-Ils le disent parce qu'ils ne vivent pas selon la vérité, parce qu'ils
-le savent et qu'ils veulent que les autres vivent comme eux.
-
-5
-
-Si tu veux connaître la vérité, débarrasse-toi, du moins pour le temps
-que tu la cherches, de toutes les considérations sur les avantages que
-tu pourrais tirer de telle ou telle autre décision.
-
-6
-
-On est joyeux lorsqu'on découvre le mensonge des autres et qu'on le
-dénonce. Mais combien on est plus heureux encore lorsqu'on se surprend
-soi-même ayant menti et que l'on s'accuse. Tâche de t'offrir ce plaisir
-aussi souvent que possible.
-
-7
-
-Bien que le mensonge et toutes ses séductions soient très tentantes, il
-arrive un temps où l'homme se sent tellement tourmenté par le mensonge,
-que pour fuir le désordre moral qu'engendre toujours le mensonge, il
-s'adresse à la vérité et trouve le salut en elle seule.
-
-8
-
-L'amère expérience nous montre qu'on ne peut conserver les anciennes
-conditions de vie, et que, par conséquent, il faut en rechercher des
-nouvelles, celles qui puissent répondre aux temps nouveaux. Mais au
-lieu d'employer leur temps à chercher et à instituer ces nouvelles
-conditions, les hommes emploient leur raison à rechercher des moyens
-de conserver les anciennes conditions de vie qui existent depuis des
-centaines d'années.
-
-9
-
-Le mensonge nous cache Dieu en nous-mêmes et chez les autres hommes;
-c'est pourquoi, il n'y a rien de plus cher que la vérité qui nous ramène
-à l'amour de Dieu et de notre prochain.
-
-10
-
-Il n'y a pas de plus grand malheur que lorsque l'homme commence à
-craindre la vérité, parce qu'elle lui cache combien il est mauvais.
-
- PASCAL.
-
-11
-
-Le meilleur signe de la vérité est la simplicité et la clarté. Le
-mensonge est toujours compliqué, affecté et grandiloquent.
-
-12
-
-On peut être solitaire dans un milieu privé et temporaire; mais chacune
-de nos pensées et chacune de nos sensations trouve, a trouvé et trouvera
-un retentissement dans l'humanité. Pour certaines personnes, que la
-majorité de l'humanité reconnaît pour ses chefs, ses réformateurs,
-ses éducateurs, ce retentissement est immense et il résonne avec une
-force extrême; mais il n'y a pas d'homme dont les idées ne produiraient
-pas sur les autres le même effet, bien que moins apparent. Chaque
-manifestation sincère de l'âme, chaque déclaration d'une conviction
-personnelle servent à quelqu'un ou à quelque chose, même si nous n'en
-savons rien, même si on nous ferme la bouche, ou qu'on nous jette un
-nœud, coulant sur le cou. Un mot dit à quelqu'un conserve un effet
-indestructible; comme tout mouvement, il ne disparaît jamais, mais prend
-d'autres aspects.
-
- AMIEL.
-
-
-
-III.--_Sur quoi repose la superstition._
-
-1
-
-Plus les objets, les coutumes, les lois sont entourés de considération,
-plus on doit examiner attentivement leur droit à la considération.
-
-2
-
-Bien des vérités anciennes nous semblent probables uniquement parce que
-nous n'y avons jamais songé sérieusement.
-
- EDOUARD ROD.
-
-3
-
-La raison est la chose la plus sacrée au monde; c'est pourquoi c'est un
-très grand péché que d'abuser de la raison, de l'employer à cacher ou à
-déguiser la vérité.
-
-4
-
-En feuilletant l'histoire de l'humanité, nous remarquons constamment
-que les inepties les plus évidentes passaient auprès des gens pour des
-vérités incontestables, que des nations entières devenaient la proie de
-superstitions sauvages et s'humiliaient devant des mortels qui étaient
-leurs pareils, souvent devant des idiots et des voluptueux. Et la cause
-de ces inepties et souffrances humaines était toujours la même: la
-croyance à des choses qui paraîtraient déraisonnables même à un enfant.
-
- D'après HENRY GEORGE.
-
-5
-
-Notre siècle est un vrai siècle de critique. Tout ce qui est cru est
-vérifié par la critique.
-
-La raison n'a de la considération que pour ce qui est en état de
-supporter son épreuve libre et universelle.
-
- KANT.
-
-6
-
-On ne doit pas craindre les dévastations commises par la raison dans les
-légendes admises par les hommes. La raison ne peut rien détruire sans y
-mettre de la vérité. Telle est sa qualité.
-
-
-
-IV.--_Les superstitions religieuses._
-
-1
-
-C'est mal quand les hommes ne connaissent pas Dieu; mais c'est bien pis
-lorsque les hommes reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu.
-
- LACTANCE.
-
-2
-
-Nous n'avons plus de religions. Les lois éternelles de Dieu, avec leur
-paradis et leur enfer, se sont tranformées en règles de philosophie
-pratique, fondées sur d'habiles calculs de profils et de pertes, avec
-un faible reste de respect pour les joies apportées par la vertu et la
-moralité élevée. Pour parler comme nos ancêtres, «nous avons oublié
-Dieu», et en nous servant de l'expression contemporaine, nous devons
-dire que nous comprenons faussement la vie du monde. Nous fermons
-tranquillement les yeux et ne voulons pas voir la réalité éternelle des
-choses, nous ne regardons que leur aspect trompeur.
-
-Nous considérons tranquillement l'univers comme une grande éventualité
-incompréhensible: à son aspect extérieur, nous nous le représentons
-assez nettement comme un immense pré pour les bêtes, ou une maison de
-travail, de vastes cuisines avec des tables à manger, où seuls les gens
-raisonnables peuvent trouver une place.
-
-Oui, nous n'avons pas de Dieu. Les lois de Dieu sont remplacées par Je
-principe du plus grand profit possible.
-
- CARLYLE.
-
-3
-
-Dieu nous a donné Son esprit, Sa raison, pour que nous le servions; et
-nous employons cet esprit pour nous servir nous-mêmes.
-
-4
-
-«Gardez-vous des docteurs qui se plaisent à se promener en longues
-robes, et qui aiment les salutations dans les places et les premiers
-sièges dans les synagogues, et les premières places dans les festins,
-qui dévorent les maisons des veuves, tout en affectant de faire de
-longues prières; ils encourront une plus grande condamnation.»
-
- LUC, XX, 46-47.
-
-5
-
-«Mais vous, ne vous faites point appeler Maître; car vous n'avez qu'un
-Maître, le Christ, et pour vous, vous êtes tous frères. Et n'appelez
-personne sur la terre votre père, car vous n'avez qu'un seul Père, Celui
-qui est dans les cieux. Et ne vous faites point appeler docteur; car
-vous n'ayez qu'un seul Docteur: Le Christ.»
-
- MATTH., XXIII, 8-10.
-
-6
-
-Pourquoi adorer Dieu si l'âme n'est pas pure? Pourquoi dire: j'irai à
-Benarès[1]. Comment celui qui fait le mal peut-il atteindre le vrai
-Benarès?
-
-La sainteté n'est pas dans les forêts, ni au ciel, ni sur la terre,
-ni dans les fleuves sacrés. Purifie-toi, et tu verras Dieu. Transforme
-ton corps en temple, abandonne les mauvaises pensées et contemple Dieu
-de l'œil de ta conscience. Lorsque nous Le connaissons, nous nous
-connaissons nous-mêmes. Sans expérience personnelle, l'écriture seule ne
-détruira pas nos craintes,--de même que les ténèbres ne s'éclaireront
-pas par un feu peint. Quelles que soient ta religion et tes prières,
-tant que tu n'as pas la vérité, tu n'atteindras pas le chemin du
-bonheur. Celui qui conçoit la vérité, naît à nouveau.
-
-La source du vrai bonheur, c'est le cœur; celui qui cherche le bonheur
-ailleurs est un insensé. Il est pareil au pâtre qui cherche la brebis
-qu'il a cachée sur sa poitrine.
-
-Pourquoi ramassez-vous des pierres et construisez-vous de grands
-temples? Pourquoi vous tourmentez-vous ainsi, alors que Dieu habite
-toujours en vous-même?
-
-Un chien de garde est meilleur qu'une idole sans vie dans la maison, et
-le grand Dieu de l'univers est meilleur que tous les demi-dieux.
-
-La lumière qui, comme l'étoile du matin, vit dans le cœur de chaque
-homme, est notre refuge.
-
- VEMANA.
-
-7
-
-Combien il est étonnant que, de toutes les révélations suprêmes de la
-vérité, le monde n'accepte et ne tolère que les plus anciennes, celles
-qui ne répondent plus à notre époque, tandis qu'il considère chaque
-révélation directe, chaque pensée originale comme nulles et parfois les
-hait.
-
- THOREAU.
-
-8
-
-La conscience religieuse de l'homme n'est pas immuable: elle se
-transforme constamment, s'éclaircit et se purifie de plus en plus.
-
-9
-
-Le mal de la vie ne peut être corrigé par rien d'autre que par la
-démonstration du mensonge religieux et par l'établissement de la vérité
-religieuse par chaque homme pris individuellement.
-
-
-
-V.--_Le principe raisonnable de l'homme._
-
-1
-
-Qu'est-ce que la raison? Tout ce que nous établissons, nous
-l'établissons toujours par la raison. Or, par quoi établirons-nous la
-raison.
-
-Si nous avons tout établi par la raison, nous ne pouvons, par cela même,
-établir la raison. Mais non seulement nous connaissons tous la raison,
-mais encore il n'y a qu'elle seule que nous connaissons indubitablement
-et tous au même degré.
-
-2
-
-Nous devons avoir confiance en notre raison. C'est une vérité qu'il
-ne faut pas et que l'on ne doit pas cacher. La foi en la force de la
-raison est la base de toute autre foi. On ne peut croire en Dieu si
-nous diminuons l'importance de la faculté à l'aide de laquelle nous
-connaissons Dieu. La raison est précisément la seule faculté à laquelle
-la révélation s'adresse. La révélation ne peut être comprise que par la
-raison. Si, après avoir utilisé consciencieusement et impartialement
-nos meilleures facultés, certaine doctrine nous semble contradictoire
-et en désaccord avec les principes essentiels dont nous ne doutons pas,
-nous devons incontestablement nous abstenir de croire à cette doctrine.
-Je suis plus persuadé que ma nature raisonnable est Dieu, plutôt qu'un
-livre ne soit l'expression de sa volonté.
-
- CHANNING.
-
-3
-
-La raison révèle à l'homme le sens et la signification de sa vie.
-
-4
-
-La raison n'est pas donnée à l'homme pour apprendre à aimer Dieu et son
-prochain. Cette connaissance est dans le cœur de l'homme, indépendamment
-de sa raison. La raison est donnée à l'homme pour lui indiquer où est
-le mensonge et où est la vérité. Et il suffit à l'homme de rejeter le
-mensonge, pour apprendre tout ce qu'il lui faut.
-
-5
-
-Les erreurs et les désaccords entre hommes dans les recherches et
-l'adoption de la vérité viennent uniquement de leur défiance de la
-raison; il en résulte que la vie humaine, guidée par les usages, les
-traditions, les modes, les superstitions, les préjugés, la violence, par
-tout ce que l'on veut, sauf la raison, va à l'aventure, et la raison
-existe par elle-même. Souvent il arrive également que si la réflexion
-est utilisée à quelque chose, ce n'est pas à chercher et à propager la
-vérité, mais pour justifier et maintenir, malgré et contre tout, les
-usages, les traditions, les modes, les superstitions, les préjugés.
-
-Les erreurs et les désaccords des hommes à reconnaître l'unique vérité
-ne viennent pas de ce que la raison n'est pas la même chez tous les
-hommes ou parce qu'elle ne peut pas leur démontrer la même vérité, mais
-parce qu'ils ne croient pas à la raison.
-
-S'ils avaient foi en leur raison, ils auraient trouvé moyen de comparer
-les jugements de leur raison avec ceux des autres. Et ayant trouvé ce
-moyen de vérification mutuelle, ils se seraient persuadés que la raison
-est la même chez tous, et ils se seraient soumis à ses volontés.
-
- TH. STRAKHOV[2].
-
-6
-
-Autant que l'homme est véridique, autant il est divin; l'invincibilité,
-l'immortalité, la grandeur de la divinité entrent en l'homme avec sa
-véracité.
-
- EMERSON.
-
-7
-
-Souviens-toi que la raison, ayant la faculté de vivre par elle-même,
-te donne la liberté, si tu ne l'emploies pas à servir ton corps. L'âme
-humaine, éclairée par la raison, est libre de passions qui cachent la
-lumière; elle constitue une véritable forteresse, et l'homme n'a pas de
-refuge plus sûr et moins accessible au mal. Celui qui ne le sait pas,
-est aveugle, et celui qui, tout en le sachant, ne croit pas à sa raison,
-est réellement malheureux.
-
- MARC-AURÈLE.
-
-8
-
-L'un des devoirs principaux de l'homme consiste à faire briller dans
-toute sa force le clair principe de la raison que nous recevons du Ciel.
-
- _Sagesse chinoise._
-
-9
-
-Je glorifie le christianisme parce qu'il développe, augmente et élève
-ma nature raisonnable. Si je ne pouvais conserver la raison en étant
-chrétien, j'aurais renoncé au christianisme. Je sens que mon devoir est
-de sacrifier au christianisme mon bien, ma gloire, ma vie; mais je ne
-saurais sacrifier à aucune religion la raison qui m'élève au-dessus de
-la bête et fait de moi un homme. Je ne connais pas de pire sacrilège que
-de renoncer à la plus haute faculté que l'on tient de Dieu. En agissant
-ainsi, nous nous opposons sciemment à l'élément divin qui vit en nous.
-La raison est l'expression suprême de notre nature intelligente. Elle
-correspond à l'unité de Dieu et à celle de l'univers et tend à faire de
-l'âme le miroir de l'unité suprême.
-
- CHANNING.
-
-10
-
-L'homme qui ne saurait pas que ses yeux peuvent voir et qui ne les
-ouvrirait jamais, serait très misérable. Mais l'homme qui ne comprend
-pas que la raison lui est donnée pour supporter facilement toutes les
-peines, est plus misérable encore. Grâce à la raison, nous pouvons venir
-à bout de tous les ennuis. L'homme qui raisonne, ne rencontrera pas
-dans la vie des ennuis impossibles, à supporter; ils n'existent pas pour
-lui. Et cependant, combien souvent, au lieu de regarder un ennui en
-face, nous tâchons lâchement de l'éviter. Ne serait-il pas préférable
-de nous réjouir que Dieu nous ait donné le pouvoir de ne pas nous
-chagriner de ce qui nous arrive indépendamment de notre volonté, et de
-le remercier de ce qu'Il n'a subordonné notre âme qu'à ce qui dépend de
-nous-mêmes. Il n'a pourtant pas subordonné notre âme à nos parents, ni à
-nos frères, ni à la richesse, ni à notre corps, ni à la mort. Etant bon,
-Il ne l'a soumis qu'à ce qui dépend de nous-mêmes: à notre raison.
-
- ÉPICTÈTE.
-
-11
-
-Dieu nous a donné la raison pour que nous Le servions. C'est pourquoi
-nous devons veiller à sa pureté, afin qu'elle puisse toujours
-reconnaître le bien et le mal.
-
-12
-
-L'homme n'est libre que lorsqu'il est dans la vérité; et la vérité est
-révélée par la raison.
-
-
-
-VI.--_La raison vérifie les principes de la foi._
-
-1
-
-Lorsqu'un homme emploie sa raison à résoudre les questions de la cause
-de l'existence du monde et de la cause de sa vie dans ce monde, il sent
-une espèce de malaise, d'étourdissement. La raison humaine ne peut
-imaginer de réponses à ces questions. Qu'est-ce que cela veut dire? Cela
-signifie que la raison n'est pas donnée à l'homme pour répondre à ces
-questions, et que c'est une erreur de la raison que de l'espérer. La
-raison ne résout qu'une question: «Comment vivre?» Et la réponse est
-claire: «Il faut vivre de façon à ce que je me sente bien et que les
-autres hommes se sentent bien. Tout ce qui vit en a autant besoin que
-moi. Et la possibilité en est donnée à tout ce qui vit et à moi par la
-raison que je possède.» Cette solution exclut toutes les questions: le
-comment et le pourquoi.
-
-2
-
-«N'avons-nous pas raison? Il faut que le peuple reste dans le mensonge:
-voyez comme il est peu éveillé et sauvage!»
-
-Non, il est peu éveillé et sauvage parce qu'il est grossièrement trompé.
-C'est pourquoi cessez tout d'abord de le tromper.
-
-3
-
-Si Dieu, en tant qu'objet de notre foi, est au-dessus de notre
-compréhension et si nous ne pouvons le concevoir par la raison, cela ne
-prouve pas encore que nous devions négliger les fonctions de la raison
-en les considérant comme nuisibles.
-
-Bien que les objets de notre foi soient, sans aucun doute, au-dessus du
-niveau de notre compréhension, notre raison a cependant une si grande
-importance à leur égard, que nous ne pouvons absolument pas nous en
-passer. Elle semble remplir les fonctions de censeur qui,--tout en
-admettant, dans le domaine de la foi, la vérité qui est au-dessus de
-la raison, c'est-à-dire, la vérité métaphysique,--nie toute vérité
-imaginaire qui est contraire à la raison.
-
-Mais en dehors de cette œuvre positive, la raison accomplit également
-l'œuvre négative de libération de l'homme, des péchés, des tentations
-(justification des péchés) et des superstitions.
-
- TH. STRAKHOV.
-
-4
-
-Sois ton propre flambeau. Sois le refuge. Laisse-toi guider par la
-lumière de ton flambeau et ne cherche pas autre refuge.
-
- LA SOUTHA BOUDDHISTE.
-
-5
-
-«Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin que vous
-soyez les enfants de lumière.»
-
- JEAN, XII, 36.
-
-Loin de comprimer la raison, comme le conseillent les faux docteurs, il
-faut la purifier, l'exercer, en contrôler tout ce qu'on vous soumet,
-afin de découvrir la véritable religion.
-
-
-
-[1] Ville sainte des Hindous. _(Note de l'auteur)._
-
-[2] Philosophe et critique russe, ami de Tolstoï, mais ne partageant que
-partiellement ses opinions. _(Note du trad.)._
-
-
-
-
-CHAPITRE XXVII
-
-DU MAL
-
-
-Nous appelons mal tout ce qui trouble le bonheur de notre vie
-corporelle. Et pourtant, toute notre vie n'est qu'une libération
-graduelle de notre âme, de ce qui constitue le bonheur de notre corps.
-C'est pourquoi, pour celui qui comprend la vie telle qu'elle est, en
-réalité, le mal n'existe pas.
-
-
-I.--_Ce que nous appelons la souffrance est la condition inévitable de
-la vie._
-
-1
-
-C'est un bien pour l'homme que de supporter les malheurs de cette vie
-terrestre, car cela conduit au saint isolement du cœur, et on s'y
-trouve comme un exilé de son pays natal et obligé de ne se fier à
-aucune joie terrestre. Il est également bon pour l'homme de se heurter
-à des contradictions et des reproches, lorsque l'on pense et que l'on
-parle mal de lui, bien que ses intentions soient pures et ses actes
-justes; car cette manière d'agir le maintient dans l'humilité et est un
-contre-poison de la vaine gloire. Et c'est tout particulièrement un bien
-parce que nous pouvons nous entretenir, avec le témoin qui est en nous,
-qui est Dieu, nous entretenir, alors que le monde nous méprise, nous
-manque de respect et nous prive d'amour.
-
- THOMAS A KEMPIS[1].
-
-2
-
-Si quelque divinité nous avait offert, à nous, hommes, de supprimer
-tous nos chagrins, avec toutes leurs causes, nous serions, de prime
-abord, très tentés d'accepter cette proposition. Lorsque le dur travail
-et la misère nous écrasent, lorsque la douleur nous mine, lorsque
-l'anxiété étreint notre cœur, il nous semble qu'il n'y aurait rien de
-meilleur que de vivre sans travailler, dans le calme, l'aisance et la
-paix. Mais après avoir goûté à une telle vie, je pense que nous aurions
-bientôt demandé à la divinité de nous rendre notre vie ancienne, avec
-toutes ses peines, ses misères, ses chagrins et ses dangers. La vie,
-exempte de tout chagrin et de toute crainte, nous semblerait bientôt
-non seulement peu intéressante, mais encore intolérable. Car, avec les
-causes de nos peines, tous les obstacles, tous les dangers et tous les
-échecs auraient disparu, supprimant avec eux la tension de nos forces,
-le zèle, l'excitation du risque, les efforts de la lutte et les joies
-de la victoire. Il ne resterait que l'accomplissement facile du but, la
-réussite sans résistance. Nous en serions bientôt, ennuyés comme d'un
-jeu où nous savons d'avance que nous gagnerons à chaque coup.
-
- FR. PAULSEN[2].
-
-
-
-II--_Les souffrances éveillent l'homme à la vie spirituelle._
-
-1
-
-L'homme est l'esprit de Dieu enfermé dans un corps.
-
-Au début de la vie, l'homme ne le sait pas, et croit que sa vie est
-dans son corps. Mais plus il avance, plus il apprend que la vraie vie
-est dans l'esprit et non dans le corps. Toute l'existence de l'homme
-consiste à l'apprendre de mieux en mieux. Et cette connaissance nous est
-donnée plus facilement et plus sûrement par les souffrances corporelles
-qui rendent notre vie telle qu'elle doit être, c'est-à-dire spirituelle.
-
-2
-
-La croissance physique sert à préparer les provisions pour la croissance
-spirituelle, qui commence lorsque le corps décline.
-
-3
-
-L'homme vit pour son corps qui dit: tout est mal. L'homme vit pour son
-âme qui dit: ce n'est pas vrai, tout est bien. Ce que tu crois mauvais
-est précisément la meule sans laquelle ce qu'il y a de plus précieux en
-toi serait émoussé et rouillé: ton âme.
-
-4
-
-Tous les malheurs--ceux des individus comme ceux de l'humanité
-entière--conduisent l'humanité et les hommes, bien que par des chemins
-détournés, à l'unique but qui est donné à tous les hommes: à la
-manifestation de plus en plus grande de l'élément spirituel, par chaque
-homme séparé comme par toute l'humanité.
-
-5
-
-«Car je suis descendu du Ciel pour faire non pas ma volonté, mais la
-volonté de Celui qui m'a envoyé. Or, la volonté du Père qui m'a envoyé
-est que je ne perde rien de ce qu'il m'a donné,» dit Jean (VI, 28-39),
-autrement dit, il est commandé de conserver, de cultiver, d'amener au
-plus haut degré possible l'étincelle divine qui m'est donnée, qui m'est
-confiée, comme un enfant à sa bonne. Que faut-il pour accomplir cela?
-Non pas satisfaire nos désirs charnels, celui de la gloire; non la vie
-tranquille, mais, au contraire, l'abstinence, l'humilité, le travail,
-la lutte, les privations, les persécutions, tout ce qui est dit tant de
-fois dans l'Evangile. Et c'est précisément ce dont nous avons besoin qui
-nous est envoyé sous diverses formes, en grandes et en petites mesures.
-Sachons seulement l'accepter comme il convient, comme une épreuve dont
-nous avons besoin et qui donne la joie, et non comme quelque chose
-d'ennuyeux qui trouble notre existence bestiale, et celle que nous
-croyons être la vraie et dont l'accroissement d'intensité nous apparaît
-comme un bonheur.
-
-6
-
-«Si l'homme pouvait ne pas craindre la mort et ne pas y penser,
-les souffrances affreuses, inutiles, injustifiables et inévitables
-suffiraient à enlever tout sens raisonnable attribué à la vie», disent
-les hommes.
-
-Je m'emploie à une bonne œuvre, incontestablement utile aux autres, et
-brusquement la maladie interrompt mon travail, me fait souffrir sans
-raison. La vis d'un rail se rouille, et il faut que ce soit précisément
-le jour même qu'il saute, qu'une excellente mère se trouve dans le
-wagon et que ses enfants soient écrasés devant elle. Il faut que
-le tremblement de terre se produise juste à l'endroit où se trouve
-Lisbonne ou Verny, et que des innocents soient ensevelis sous la terre
-et périssent dans d'affreux tourments. Pourquoi les milliers d'autres
-accidents affreux, ineptes, tant de souffrances qui frappent les hommes?
-Quel sens à cela?
-
-La réponse est que ces raisonnements sont absolument justes pour ceux
-qui ne reconnaissent pas la vie spirituelle. Pour eux, la vie humaine
-n'a réellement aucun sens. La vie de ceux qui n'admettent pas de vie
-spirituelle ne saurait, en effet, qu'être insensée et malheureuse. Et
-s'ils déduisaient tout ce qui découle inévitablement de leur conception
-matérielle de la vie, ils ne pourraient vivre un instant de plus. Car
-aucun ouvrier ne serait resté chez un patron qui, en l'engageant, aurait
-exigé le droit de brûler, toutes les fois qu'il en aurait envie, cet
-ouvrier sur un feu lent, ou bien de l'écorcher vif, de le soumettre
-à toutes les horreurs que le patron ferait subir à ses ouvriers, en
-présence de celui qu'il engage. Si les hommes comprenaient réellement
-la vie, comme ils le disent, c'est-à-dire uniquement comme une
-existence matérielle, nul parmi eux, par la seule crainte des affreux
-et inexplicables tortures qu'il voit autour de lui et qui peuvent
-l'assaillir à tout instant, ne continuerait à vivre sur la terre.
-
-Pourtant, les hommes vivent, se plaignent, se lamentent, mais continuent
-à vivre.
-
-Il n'y a qu'une seule explication à celte étrange contradiction: c'est
-que tous les hommes savent, dans leur for intérieur, que leur vie n'est
-pas dans leur corps, mais dans leur âme, et que toutes les souffrances
-sont nécessaires, indispensables pour le bien de la vie spirituelle;
-quand, ne voyant aucun sens à la vie humaine, ils se révoltent
-contre les souffrances, mais continuent néanmoins à vivre, cela tient
-uniquement à ce que leur raison affirme la matérialité de leur vie,
-tandis qu'ils sentent, au fond de leur âme, qu'elle est spirituelle et
-qu'aucune souffrance ne peut priver l'homme de son vrai bonheur.
-
-
-
-III.--_Les souffrances apprennent à l'homme à considérer la vie au point
-de vue raisonnable._
-
-1
-
-Tout ce que nous appelons mal, toute peine, à condition de l'envisager
-comme il convient, améliore notre âme. Et toute l'œuvre de la vie
-consiste en cette amélioration.
-
-«En vérité, en vérité, je vous dis que vous pleurerez et vous vous
-lamenterez, et le monde se réjouira; vous serez dans la tristesse, mais
-votre tristesse sera changée en joie. Quand une femme accouche, elle a
-des douleurs parce que son terme est venu; mais dès qu'elle a accouché
-d'un enfant, elle ne se souvient plus de son travail, à cause de sa joie
-de ce qu'un homme est né dans le monde.»
-
- JEAN, XVI, 20-21.
-
-2
-
-Les souffrances de la vie déraisonnable amènent à reconnaître la
-nécessité d'une vie raisonnable.
-
-3
-
-De même que seuls les ténèbres de la nuit révèlent les astres célestes,
-seules les souffrances révèlent la vraie signification de la vie.
-
- THOREAU.
-
-4
-
-Les obstacles extérieurs ne font pas de mal à l'homme d'esprit fort,
-car le mal est tout ce qui défigure ou affaiblit, comme cela est le cas
-pour les animaux que les obstacles irritent ou affaiblissent; mais pour
-l'homme qui les accueille avec la force d'esprit qui lui est donnée,
-tout obstacle ne peut qu'augmenter sa beauté morale et sa force.
-
- MARC-AURÈLE.
-
-5
-
-Seulement après avoir éprouvé la souffrance, j'ai appris la parenté des
-âmes humaines entre elles. Il suffit de bien souffrir soi-même pour
-savoir comprendre tous ceux qui souffrent. Bien plus: la raison même
-devient plus lucide; on commence à connaître la situation et la carrière
-des gens qui s'étaient cachés jusque-là, et l'on aperçoit nettement ce
-dont chacun a besoin. Grand est le Dieu qui nous instruit ainsi I Et
-par quoi nous instruit-il? Par les misères mêmes que nous fuyons. C'est
-par les souffrances et les peines qu'il nous est donné d'acquérir les
-petites parcelles de sagesse, de celle qui ne s'apprend pas dans les
-livres.
-
- GOGOL.
-
-6
-
-Si Dieu nous donnait des éducateurs et si nous savions sûrement qu'ils
-nous sont envoyés par Dieu, nous leur obéirions librement avec joie.
-
-Et nous possédons bien ces éducateurs: ce sont la misère et tous les
-accidents de la vie.
-
- PASCAL.
-
-7
-
-Tout ce que la Providence envoie à tout être vivant lui est non
-seulement utile, mais encore utile au moment où la Providence le lui
-envoie.
-
- MARC-AURÈLE.
-
-8
-
-L'homme qui ne reconnaît pas la bienfaisance des souffrances, n'a pas
-encore commencé à vivre de la vie raisonnable, c'est-à-dire de la vraie
-vie.
-
-
-
-IV.--_Les maladies n'entravent pas la vraie vie, mais y aident._
-
-1
-
-Rien qu'en voyant combien sont faibles et souvent mauvais ceux à qui
-tout réussit dans la vie, qui se portent toujours bien, qui sont riches,
-qui ne connaissent ni les offenses, ni les humiliations, on voit combien
-les épreuves sont indispensables à l'homme. Et nous nous plaignons de
-devoir les supporter!
-
-2
-
-Il n'est point de maladie qui puisse empêcher l'accomplissement du
-devoir. Si tu ne peux pas servir les hommes par tes travaux, sers-les
-par l'exemple de patience et d'amour.
-
-3
-
-Il y a une histoire où l'on conte qu'un homme a été puni, à cause de
-ses péchés, par l'impossibilité de mourir. On peut dire sûrement que
-si l'homme avait été puni par l'impossibilité de souffrir, la punition
-aurait été tout aussi pénible.
-
-4
-
-Ce n'est pas bien de cacher à un malade qu'il peut mourir de sa maladie.
-Il faut, au contraire, le lui rappeler. En le lui cachant, nous le
-privons du bienfait que lui donne la maladie; elle évoque en lui, par la
-conscience de la mort prochaine, la conscience de la vie spirituelle.
-
-5
-
-Le feu détruit et chauffe. Il en est de même de la maladie. Lorsque,
-bien portant, nous tâchons de bien vivre, nous le faisons avec
-difficulté; durant la maladie, au contraire, tout le poids des
-tentations mondaines disparaît, on se sent brusquement libre, et l'on
-est même effrayé de penser--tout le monde l'a éprouvé--qu'aussitôt la
-maladie passée, ce poids retombe sur vous de toute sa force.
-
-6
-
-Plus l'homme souffre physiquement, mieux il se sent moralement. C'est
-pourquoi l'homme ne peut pas être malheureux. Le spirituel et le
-corporel sont comme deux fléaux d'une balance: plus le corporel est
-lourd, plus le spirituel s'élève, plus l'âme est bien, et _vice versa._
-
-7
-
-«La décrépitude, la sensibilité marquent l'évanouissement de la
-conscience et de la vie de l'homme», dit-on souvent.
-
-Je me représente, d'après la légende, le vieux Jean Théologue, tombé
-dans l'enfance. Il n'aurait fait que répéter: «Mes frères, aimez-vous
-les uns les autres.»
-
-Un petit vieillard centenaire, marchant avec peine, aux yeux larmoyants,
-marmottant toujours les mêmes trois mots: aimez-vous tous. Dans un
-tel homme, l'existence animale est presque imperceptible; elle s'est
-désagrégée sous l'action de la nouvelle conception du monde, du nouvel
-être qui n'a plus rien de charnel.
-
-Un homme, comprenant la vie comme elle doit être comprise en réalité,
-ne saurait parler de l'amoindrissement de sa vie par les maladies et
-la vieillesse; ce serait se lamenter du fait qu'en s'approchant de la
-lumière, son ombre diminue à mesure qu'il avance.
-
-
-
-V.--_Ce que nous appelons le mal, ce sont nos fautes._
-
-1
-
-Le mal est uniquement en nous, c'est-à-dire d'un endroit d'où l'on peut
-le chasser.
-
-2
-
-Souvent un homme superficiel, en songeant aux malheurs qui affligent le
-genre humain, perd l'espoir dans la possibilité de l'amélioration de la
-vie, et se sent mécontent de la Providence qui dirige le monde. IL y a
-là une grande erreur. Être satisfait de la Providence (bien qu'elle nous
-ait tracé le chemin le plus difficile dans la vie) est essentiellement
-important pour ne pas perdre courage au milieu de nos malheurs, mais
-surtout pour ne pas perdre de vue notre faute à nous, tout en n'en
-accusant pas le sort, cette faute étant la seule cause de tous nos
-malheurs.
-
- D'après KANT.
-
-3
-
-L'homme peut éviter les malheurs que Dieu lui envoie, mais il ne peut
-être sauvé des malheurs qu'il cause lui-même par sa mauvaise vie.
-
-
-
-VI.--_La conscience des bienfaits de la souffrance supprime son poids._
-
-1
-
-Que faire lorsque tout nous abandonne: la santé, la joie, l'affection,
-la fraîcheur des sens, la mémoire, la capacité du travail, lorsqu'il
-nous semble que le soleil devient froid et que la vie perd tous ses
-charmes? Que faire quand nous n'avons plus aucun espoir? Nous griser,
-ou nous pétrifier? Il n'y a jamais qu'une seule réponse: vivre d'une
-vie spirituelle, croître sans cesse. Arrive ce que pourra, si ta
-conscience est tranquille, si tu sens que tu accomplis ce que ton être
-spirituel demande. Sois ce que tu dois être; le reste est affaire de
-Dieu. Et quand même il n'y aurait pas de Dieu saint et charitable, la
-vie spirituelle serait, néanmoins, la solution du mystère et l'étoile
-polaire de l'humanité mouvante, car elle, seule donne le vrai bonheur.
-
- AMIEL.
-
-2
-
-Sache seulement et crois que tout ce qui t'arrive te conduit vers ton
-vrai bonheur spirituel, et tu accueilleras la maladie, la misère,
-l'outrage; tout ce que les hommes considèrent comme des malheurs, non
-comme des malheurs, mais comme nécessaires pour ton bien, de même que le
-cultivateur accueille la pluie qui le trempe, mais qui est nécessaire à
-son champ, comme le malade prend un médicament amer.
-
-3
-
-Souviens-toi que la faculté par laquelle se distingue un être
-raisonnable, c'est la soumission libre à son sort, et non la lutte
-honteuse contre lui, car cette lutte est le propre des bêtes.
-
- MARC-AURÈLE.
-
-4
-
-Chacun a sa croix, son joug, non pas dans le sens du poids, mais dans
-le sens de la destinée de la vie, et lorsque nous ne considérons pas la
-croix comme un poids, mais comme une destinée, il nous est facile de
-la porter. Cela nous est facile lorsque nous sommes humbles de cœur,
-dociles et modestes. Et cela devient plus facile encore lorsque nous
-renonçons à nous-mêmes; et cela est encore plus facile lorsque nous
-la portons à toutes les heures, comme nous l'enseigne le Christ. Et
-cela devient de plus en plus facile lorsque nous nous oublions dans le
-travail spirituel, de même que les gens s'oublient dans les travaux
-mondains. La croix qui nous est envoyée est ce à quoi nous devons
-travailler. Toute notre vie est dans ce travail. Si la croix est une
-maladie--il faut la porter avec humilité; si c'est une offense faite
-par les gens--c'est de savoir payer le mal par le bien; si c'est,
-une humiliation,--c'est de s'abaisser; si c'est la mort--c'est de
-l'accueillir avec gratitude.
-
-5
-
-Plus on repousse sa croix, plus elle devient lourde.
-
- AMIEL.
-
-6
-
-La façon dont l'homme accueille son sort est incontestablement plus
-importante que le sort même.
-
- HUMBOLDT.
-
-7
-
-Aucun chagrin n'est aussi grand que la crainte qu'on en a.
-
-8
-
-Si tu as un ennemi et que tu sais en profiler pour t'exercer sur lui à
-aimer tes ennemis, ce que tu considères comme mal deviendra pour toi un
-grand bien.
-
-9
-
-La maladie, la perte d'un membre, la déception cruelle, la perle des
-biens ou des amis semblent d'abord des pertes irréparables. Mais les
-années donnent à ces perles une grande force curative.
-
- EMERSON.
-
-10
-
-A l'époque pénible des maladies, des pertes et de malheurs, la prière
-est plus nécessaire qu'à tout autre moment,--non pas la prière de nous
-épargner, mais de reconnaître notre dépendance de la volonté suprême.
-«Que Ta volonté soit faite et non la mienne, et non comme je le veux,
-mais comme Tu le veux. Ma mission est d'accomplir Ta volonté dans les
-conditions où tu m'as placé.» Dans les moments difficiles, il est on
-ne peut plus nécessaire de nous rappeler que si nous souffrons, cette
-souffrance nous est justement donnée afin que nous puissions montrer que
-nous voulons accomplir Sa volonté et non la nôtre.
-
-
-
-VII--_Les souffrances ne peuvent entraver l'accomplissement de la
-volonté de Dieu._
-
-1
-
-L'homme n'est jamais plus près de Dieu que lorsqu'il est dans le
-malheur. Profitez-en pour ne pas perdre l'occasion de vous rapprocher
-de ce qui donne seul le bonheur constant.
-
-2
-
-Combien est juste l'ancien proverbe disant que Dieu envoie la souffrance
-à celui qu'Il aime. Pour celui qui y croit, la souffrance n'est pas une
-souffrance, mais un bonheur.
-
-3
-
-Il te suffît de te dire que la volonté de Dieu s'accomplit dans tout ce
-qui arrive, de croire que la volonté de Dieu est toujours le bien, et tu
-ne craindras plus rien, et la vie sera toujours un bonheur pour toi.
-
-
-
-[1] Ou Thomas Hemerken, auteur présumé de _l'Imitation de Jésus-Christ.
-(Note du trad.)._
-
-[2] Philosophe allemand, de tendance néo-karitienne, professeur à
-l'Université de Berlin. _(N. du trad.)._
-
-
-
-
-CHAPITRE XXVIII
-
-DE LA MORT
-
-
-Si l'homme croit que sa vie est dans son corps, sa vie s'achève avec la
-mort de son corps. Mais si l'homme considère que sa vie est dans son
-âme, il ne peut même pas se représenter la fin de sa vie.
-
-
-I.--_La vie de l'homme ne finit pas lorsque son corps meurt._
-
-
-1
-
-Toute la vie de l'homme, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, ressemble
-à un jour de sa vie, depuis qu'il s'éveille et jusqu'à ce qu'il
-s'endorme.
-
-Souviens-toi comment tu te réveilles après un sommeil profond, comment
-tu ne reconnais pas d'abord l'endroit où tu le trouves, comment tu ne
-reconnais pas celui qui est à ton chevet et qui te réveille; comment
-tu ne veux pas te lever et qu'il te semble n'en avoir pas la force.
-Mais, peu à peu, tu reviens à toi, tu commences à comprendre ce que tu
-es et où tu te trouves, tu te lèves et tu te mets à l'ouvrage. Il en
-est de même, à très peu de choses près, de l'homme lorsqu'il naît et
-commence à entrer peu à peu dans la vie, à gagner des forces, à devenir
-raisonnable et à travailler.
-
-La différence consiste en ce fait que les manifestations du sommeil se
-passent rapidement, tandis que celles de la croissance durent des mois,
-des années.
-
-Ensuite, un jour ressemble également à la vie humaine tout entière. En
-s'éveillant, l'homme travaille, s'occupe, et plus la journée avance,
-plus il devient alerte. Arrivé au milieu de la journée, il ne se sent
-plus aussi robuste que le matin; et vers le soir, il se fatigue de plus
-en plus et il a déjà envie de se reposer. Il en est de même de la vie
-entière.
-
-Dans sa jeunesse, l'homme est alerte et il vit gaiement; vers le milieu
-de sa vie, il n'est plus aussi robuste, et dans la vieillesse, il se
-sent fatigué et il a de plus en plus envie de repos. Et de même que la
-nuit arrive à la fin de la journée et que l'homme se couche, de même que
-les idées commencent à se brouiller dans sa tête, et, en s'endormant,
-qu'il se sent s'en aller, il a la même sensation lorsqu'il meurt.
-
-De sorte que l'éveil dé l'homme est une petite naissance; la journée,
-depuis le matin jusqu'à la nuit, est une petite vie; le sommeil est une
-petite mort.
-
-2
-
-Lorsque le tonnerre gronde, nous savons que la foudre est déjà tombée
-et le tonnerre ne peut plus nous tuer; cependant, nous tressaillons
-toujours en entendant un coup de tonnerre. Il en est de même de la mort.
-
-Il semble à celui qui ne comprend pas le sens de la vie, que tout périt
-avec la mort, et il la craint, se cache d'elle comme le sot se cache
-d'un coup de tonnerre, alors que ce coup ne peut plus le tuer.
-
-3
-
-Parce qu'un homme a traversé lentement l'espace qui s'ouvre à mes
-yeux et au delà duquel je ne vois plus, et qu'un autre l'a traversé
-rapidement, je ne vais pas penser que celui qui marchait lentement vit
-plus longtemps que celui qui marchait vite. Je ne sais qu'une chose: je
-sais que si j'ai vu un homme passer vite ou lentement devant ma fenêtre,
-l'un et l'autre ont existé avant que je ne les vis et qu'ils vivront
-aussi après. Il en est de même des hommes dont j'ai vu la vie courte ou
-longue avant leur mort.
-
-4
-
-La mort est la transformation de l'enveloppe à laquelle notre âme est
-liée. Il ne faut pas confondre l'enveloppe avec ce qu'il y a dedans.
-
-5
-
-Souviens-toi que tu ne restes pas sur place, mais que tu passes, que tu
-n'es pas dans une maison, mais dans un train qui te conduit à la mort.
-Souviens-toi que ton corps ne fait que passer et que seul l'esprit vit
-en toi.
-
-6
-
-Bien que je ne puisse pas le prouver indubitablement, je sais toutefois
-que l'élément immatériel libre et raisonnable qui vit en moi ne peut pas
-mourir.
-
-7
-
-Même si je me trompais, en supposant que les âmes sont immortelles,
-je serais heureux et satisfait de mon erreur; et, tant que je suis en
-vie, aucun homme ne sera à même d'ébranler cette conviction. Cette
-conviction me donne le calme et la satisfaction absolue.
-
- CICÉRON.
-
-
-II.--_La vraie vie est en dehors du temps; c'est pourquoi elle n'a pas
-d'avenir._
-
-1
-
-Le temps cache la mort. Lorsque l'on compte avec le temps, on ne peut
-s'imaginer qu'il finisse.
-
-2
-
-La raison pour laquelle l'idée de la mort ne fait pas l'effet qu'elle
-pourrait produire, réside en ce fait qu'en raison de notre nature
-d'êtres actifs, nous aurions dû ne pas penser du tout à la mort.
-
- KANT.
-
-3
-
-La question de savoir si la vie existe au-delà, ou non, est la même que
-de savoir si le temps est le produit de notre faculté de penser, ou une
-condition indispensable de tout ce qui existe.
-
-Que le temps ne puisse être une condition indispensable à tout ce qui
-existe, cela peut être prouvé par le fait que nous sentons en nous-mêmes
-quelque chose qui n'est pas subordonné au temps: notre vie dans le
-présent. C'est pourquoi la question de savoir si la vie d'outre-tombe
-existe ou non, est la même que de demander laquelle des deux choses est
-réelle: notre conception du temps, ou la conscience de notre vie dans le
-présent.
-
-4
-
-Si l'homme base sa vie sur le présent, il ne peut être question pour lui
-de sa vie future.
-
-
-
-III.--_La mort ne peut effrayer un homme qui vit de la vie spirituelle._
-
-1
-
-La mort libère si facilement de toutes les difficultés et de tous les
-malheurs, que ceux qui ne croient pas à l'immortalité devraient la
-souhaiter. Et ceux qui croient en l'immortalité, qui attendent une vie
-nouvelle, devraient la souhaiter plus encore. Pourquoi donc la plupart
-des hommes ne la désirent pas? C'est parce qu'ils vivent de la vie
-corporelle, et non de la vie spirituelle.
-
-2
-
-Les souffrances et la mort se présentent à l'homme comme un malheur
-quand il prend la loi de son existence corporelle et bestiale pour la
-loi de sa vie. Alors seulement, il s'abaisse au niveau de l'animal,
-alors seulement les souffrances et la mort l'effraient. De tous
-côtés, elles se ruent sur lui et le chassent sur l'unique route de la
-vie humaine qui lui est ouverte, celle de la loi de la raison et se
-manifestant par l'amour. Les souffrances et la mort ne sont que les
-dérogations à la loi de la vie. Si l'homme menait une vie absolument
-spirituelle, il n'y aurait pour lui ni souffrances, ni mort.
-
-3
-
-Craindre la mort revient au même que de craindre les fantômes, de
-craindre ce qui n'existe pas.
-
-4
-
-Pour l'homme qui vit pour son âme, la destruction du corps n'est qu'une
-libération, et les souffrances sont les conditions inévitables de cette
-libération. Mais quelle est la situation de celui qui croit que toute sa
-vie est dans son corps, lorsqu'il voit que la seule chose dont il vit--
-son corps--se détruit et qu'il doit, de plus, endurer des souffrances?
-
-5
-
-L'animal meurt sans s'apercevoir de la mort et presque sans la craindre.
-Pourquoi donc l'homme doit-il voir la fin qui le guette, et pourquoi lui
-semble-t-elle si affreuse, au point qu'elle le force parfois à mettre
-fin à ses jours? Je ne sais pourquoi cela est ainsi; mais je sais dans
-quel but: pour que l'homme conscient et raisonnable transforme sa vie
-charnelle en vie spirituelle. Cette transformation abolit non seulement
-la crainte de la mort, mais encore elle donne à l'attente de la mort une
-sensation analogue à celle qu'éprouve le voyageur à l'approche de sa
-maison.
-
-6
-
-La vie n'a rien de commun avec la mort. C'est probablement pour cela
-que s'éveille en nous l'espoir inepte qui obscurcit la raison et nous
-fait douter de l'exactitude de notre connaissance quant au caractère
-inévitable de la mort. La vie corporelle tend à s'obstiner dans
-l'existence. Elle répète toujours, comme le perroquet dans la fable,
-même au moment où on l'étrangle: «Ce n'est rien, ça.»
-
- AMIEL.
-
-7
-
-Le corps est le mur qui limite l'esprit et qui l'empêche d'être libre.
-L'esprit tend sans cesse à écarter ces murs, et toute la vie d'un homme
-de raison se passe à ce travail de libération de l'esprit de l'emprise
-du corps. La mort complète celte libération. C'est pourquoi la mort non
-seulement n'est pas effrayante, mais est une joie pour celui qui mène
-une vie juste.
-
-8
-
-Si la mort est effrayante, la cause en est en nous-mêmes, non en elle.
-Meilleur est l'homme, moins il craint la mort.
-
-Pour le saint il n'y a pas de mort.
-
-9
-
-Tu crains la mort, mais songe à ce que tu deviendrais si tu devais vivre
-éternellement tel que tu es actuellement?
-
-10
-
-Il est tout aussi déraisonnable de souhaiter la mort que de la craindre.
-
-11
-
-L'homme qui mène une vie raisonnable ressemble à celui qui porte une
-lanterne pour éclairer son chemin. Cet homme n'arrive jamais au bout de
-l'endroit éclairé, car cette surface se déplace toujours devant lui.
-Telle est la vie raisonnable, et cette vie seule n'a pas de mort, parce
-que la lanterne éclaire sans cesse, jusqu'au dernier moment, et l'on
-suit la lanterne aussi tranquillement que durant la vie.
-
-
-
-IV.--_L'homme doit vivre par ce qu'il y a d'immortel en lui._
-
-1
-
-La question de savoir si notre vie finit avec le corps est très
-importante et on ne peut faire autrement que d'y réfléchir. Suivant que
-nous croyons à l'immortalité ou non, nos actes seront raisonnables ou
-insensés.
-
-Ainsi, notre premier souci est de résoudre la question de savoir si nous
-mourons complètement lorsque la vie quitte le corps, ou si cette mort
-n'est pas complète, d'établir ce qui est immortel en nous. Lorsque nous
-aurons compris cela, il est évident que nous nous soucierons plus de ce
-qui est immortel que de ce qui est mortel.
-
-La voix qui nous dit que nous sommes immortels est la voix de Dieu qui
-vit en nous.
-
- D'après PASCAL.
-
-2
-
-L'expérience nous apprend que bien des gens informés de la doctrine
-sur la vie d'outre-tombe et convaincus de son existence, s'adonnent
-néanmoins aux vices et commettent des actes de bassesse en s'ingéniant à
-chercher les moyens qui leur permettraient d'éviter les conséquences de
-leur conduite qui les menacent dans l'avenir. Et en même temps, je doute
-qu'il ait jamais existé un seul homme moral sur la terre qui ait pu se
-faire à l'idée que tout finit avec la mort, et dont la noble tournure
-d'esprit ne se serait pas élevée jusqu'à l'espoir de la vie future.
-C'est pourquoi il me semble qu'il serait plus conforme à la nature
-humaine et à la pureté des mœurs de fonder la foi en la vie future sur
-les sentiments d'une âme noble, plutôt que de baser la noble conduite
-sur l'espoir d'une vie future.
-
- KANT.
-
-3
-
-Il n'y a qu'une chose que nous sachions indubitablement: «La vie de
-l'homme est pareille à une hirondelle qui traverse la chambre.» Nous
-venons on ne sait d'où, et nous allons on ne sait où. Une obscurité
-impénétrable est derrière nous, des ombres épaisses sont devant nous.
-Quelle importance cela pourra-t-il avoir pour nous, lorsque notre moment
-sera venu, que nous ayons ou non mangé de bons plats, porté ou non
-des vêtements souples, laissé une fortune considérable ou aucune, que
-nous ayons recueilli les lauriers de la gloire ou que nous ayons été
-méprisés, que nous ayons été considérés comme des savants ou comme des
-ignorants, qu'est tout cela en comparaison de l'emploi que nous ayons
-fait du talent que le Maître nous a confié!
-
-Quelle valeur tout cela aura pour nous quand notre vue se brouillera et
-que nos oreilles deviendront sourdes? Nous serons calmes à celte heure,
-seulement alors que nous aurons veillé constamment au don de la vie
-spirituelle qui nous avait été confié, quand nous l'aurons développé
-jusqu'au point où la destruction du corps cesse d'être effrayante.
-
- HENRY GEORGE.
-
-4
-
-Extrait du testament d'un roi mexicain:
-
-«Tout sur la terre a une limite, et les plus puissants et les plus
-heureux tombent, dans leur grandeur et dans leur joie, en poussière.
-Toute la terre n'est qu'une grande tombe, et il n'y a rien à sa surface
-qui ne soit caché dans la tombe sous terre. Les eaux, les fleuves et les
-torrents s'élancent vers leur destination et ne reviennent plus à leur
-source heureuse. Tous se hâtent pour s'ensevelir dans les profondeurs de
-l'océan infini. Ce qui était hier n'est plus aujourd'hui; et ce qui est
-aujourd'hui ne sera plus demain. Le cimetière est plein des dépouilles
-de ceux qui étaient jadis pleins de vie, qui étaient rois, gouvernaient
-les peuples, présidaient les assemblées, commandaient les armées,
-faisaient la conquête de pays nouveaux, exigeaient qu'on s'incline
-devant eux, étaient gonflés de vanité, de richesse, de pouvoir.
-
-Mais la gloire est passée comme la fumée noire sortant du volcan et n'a
-rien laissé qu'une mention sur la feuille du chroniqueur.
-
-Les grands, les sages, les braves, les magnifiques, hélas! où sont-ils
-maintenant? Ils sont tous mêlés à l'argile, et ce qui leur est arrivé
-nous arrivera; cela arrivera aussi à ceux qui seront après nous.
-
-Mais prenez courage vous tous, chefs célèbres, amis sûrs et sujets
-fidèles--aspirons tous à ce Ciel où tout est éternel et où il n'y a ni
-putréfaction, ni destruction.
-
-L'obscurité est le berceau du soleil, et les ténèbres de la nuit sont
-nécessaires pour faire briller les étoiles.»
-
- TETSKOUKO NEZAGOUAL KOPOTL (env. 1460 av. J.-C.).
-
-5
-
-La mort est inévitable pour tout ce qui est né, comme la naissance est
-inévitable pour tout ce qui est mortel. C'est pourquoi on ne doit pas
-s'élever contre l'inévitable. La situation antérieure des êtres est
-inconnue, leur situation intermédiaire est évidente, leur situation
-future ne peut être connue; dès lors, à quoi bon nous soucier, nous
-inquiéter? Certaines gens considèrent l'âme comme un miracle, d'autres
-en parlent et en entendent parler avec étonnement, mais personne n'en
-sait rien.
-
-La porte du ciel t'est entr'ouverte juste autant qu'il te le faut.
-Débarrasse-toi des soucis et des inquiétudes, et dirige ton âme vers le
-spirituel. Que tes actes soient gouvernés par toi-même, et non par les
-événements. Ne sois pas de ceux qui agissent en vue de la récompense.
-Sois attentif, fais ton devoir, ne pense pas aux conséquences, afin
-qu'il te soit indifférent que l'affaire finisse bien ou mal pour toi.
-
- _Bagavad Hita hindoue._
-
-6
-
-Nous sommes ici comme des passagers sur quelque grand bateau, dont le
-capitaine possède une liste que nous ne connaissons pas; et il sait où
-il est indiqué où et quand chacun de nous doit être débarqué. Mais tant
-que nous sommes à bord, nous ne pouvons faire autrement que de nous
-efforcer, tout en observant la loi établie sur le vaisseau, de passer
-avec nos compagnons de voyage, en paix et en amour le temps qui nous est
-assigné.
-
-7
-
-Serait-il possible que le changement t'effraie? Rien ne se fait sans
-lui. Il est impossible de chauffer de l'eau sans qu'une transformation
-s'opère dans le bois. La nutrition est impossible sans changer les
-aliments. Toute la vie humaine n'est rien de plus qu'une transformation.
-Comprends que le changement qui t'attend a absolument le même sens et
-qu'il est tout aussi indispensable de par la nature des choses. Il n'y
-a qu'à se soucier uniquement de ne pas agir contrairement à la vraie
-nature humaine; il faut agir en tout suivant ses indications.
-
- MARC-AURÈLE.
-
-8
-
-Ce monde est horrible si les souffrances qu'on y endure ne suscitent
-pas le bien. C'est une odieuse organisation, créée uniquement pour
-tourmenter les hommes moralement et physiquement. S'il en est ainsi, ce
-monde fait le mal, non pour le bien futur, mais inutilement, sans but,
-et il est parfaitement immoral. Il semble attirer les hommes tout exprès
-pour les faire souffrir. Il nous frappe depuis notre naissance; mêle de
-l'amertume à chaque coupe de bonheur et enveloppe la mort de terreur.
-Et certes, si Dieu et l'immortalité n'existent pas, le dégoût de la
-vie manifesté par les hommes est compréhensible: il est provoqué par
-l'ordre, ou plutôt par le désordre existant, par l'affreux chaos moral,
-comme on devrait l'appeler.
-
-Mais si Dieu existe au-dessus de nous et l'éternité au-devant de nous,
-tout change. Nous discernons le bien dans le mal, la lumière dans les
-ténèbres, et l'espoir chasse le désespoir.
-
-Laquelle de ces deux suppositions est la plus probable? Peut-on admettre
-que des êtres moraux--les hommes--soient mis dans la nécessité de
-maudire avec raison l'ordre existant dans le monde, alors qu'ils ont
-une issue qui résout leur contradiction? Ils doivent maudire le monde
-et le jour de leur naissance si Dieu et la vie future n'existent pas.
-Si, au contraire, l'un et l'autre existent, la vie devient un bonheur
-par elle-même et le monde un endroit de perfectionnement moral et
-d'accroissement infini de bonheur et de sainteté.
-
- D'après ERASME.
-
-9
-
-Pascal dit que si nous nous étions vus en rêve toujours dans la même
-situation et, en réalité, dans des situations différentes, nous aurions
-pris le rêve pour la réalité et la réalité pour le rêve.... Ce n'est pas
-tout à fait exact. La réalité se distingue du rêve par le fait que dans
-la vie réelle nous avons la faculté d'agir conformément à nos exigences
-morales; tandis qu'en rêve, nous savons souvent que nous accomplissons
-des actes vils et immoraux qui ne nous sont pas habituels, mais dont
-nous ne pouvons nous contenir. Il serait donc plus exact de dire que si
-nous ne connaissions pas la vie pendant laquelle nous serions plus aptes
-à satisfaire nos exigences morales qu'en rêve, nous aurions considéré
-le sommeil comme une vraie vie et nous n'aurions jamais douté que celte
-vie ne soit réelle. Toute notre vie, depuis la naissance jusqu'à la
-mort, avec ses rêves, n'est-elle pas, à son tour, un songe et que nous
-prenons pour la réalité, pour la vie réelle, dont nous ne doutons pas,
-uniquement parce que nous ne connaissons pas de vie où notre liberté
-de suivre les exigences morales de l'âme serait plus grande encore que
-celle dont nous jouissons actuellement?
-
-10
-
-Si ta courte vie est tout ton avoir, tâche d'en faire tout ce qui est
-possible.
-
- SAID BEN HAMED.
-
-11
-
-Comment vivre sans savoir ce qui nous attend? demandent les hommes. Et,
-cependant, lorsque tu vis sans songer à ce qui t'attend et uniquement
-pour pouvoir manifester ton amour, la vraie vie commence pour toi.
-
-12
-
-L'amour ne supprime pas seulement la crainte de la mort, mais encore
-la pensée de la mort. Une vieille paysanne disait à sa fille, quelques
-heures avant sa fin, qu'elle était contente de mourir en été. Lorsque sa
-fille lui demanda pourquoi, la moribonde répondit que c'est parce qu'il
-est plus difficile de creuser la tombe en hiver qu'en été. La vieille
-n'avait pas de peine à mourir parce que, jusqu'au, dernier moment, elle
-ne pensait pas à elle-même, mais aux autres.
-
-Accomplis des œuvres d'amour, et il n'y aura pas de mort pour toi.
-
-13
-
-Lorsque tu es venu au monde, tu pleurais, tandis que tout le monde se
-réjouissait autour de toi; arrange-toi de façon à ce que tout le monde
-pleure lorsque tu quitteras le monde, et que toi seul tu puisses sourire.
-
-
-
-V.--_La pensée à la mort aide à la vie spirituelle._
-
-1
-
-Pour te forcer à bien agir, souviens-toi plus souvent que tu mourras
-sûrement bientôt. Représente-toi que tu es à la veille de la mort et
-tu ne ruseras plus, ne tromperas plus, ne mentiras plus, ne médiras
-plus, n'injurieras plus, ne t'irriteras plus, ne prendras plus ce qui
-ne t'appartient pas. A la veille de la mort, on ne peut accomplir que
-des actions simples et bonnes. Et ces actions sont toujours les plus
-nécessaires et les plus joyeuses. C'est pourquoi il est toujours bon,
-surtout lorsqu'on est désorienté, de songer à la mort.
-
-2
-
-Lorsque les hommes savent que la mort est venue, ils prient, confessent
-leurs péchés, afin de pouvoir se présenter devant Dieu avec une âme
-pure. Mais nous mourons tous les jours un peu, et à tout instant nous
-pouvons mourir tout à fait, C'est pourquoi nous n'aurions pas dû
-attendre la dernière heure, mais être prêt à tout moment.
-
-Et être prêt à mourir, c'est bien vivre.
-
-La mort est toujours suspendue au-dessus de nous, précisément pour que
-nous soyons toujours prêts à mourir et vivions bien en se préparant à la
-mort.
-
-3
-
-Tu devras mourir bientôt! Et pourtant tu ne peux toujours pas te libérer
-de l'hypocrisie et des passions, tu ne peux pas abandonner le préjugé de
-croire que tout ce qui est extérieur peut nuire à l'homme, tu ne peux
-pas devenir humble envers chacun.
-
- MARC-AURÈLE.
-
-4
-
-En vue de la mort, la vie entière devient solennelle, grave, réellement
-féconde et joyeuse. En vue de la mort, il nous est impossible de ne pas
-accomplir le travail qui nous est destiné dans cette vie, parce qu'on ne
-peut travailler avec ardeur à rien d'autre. Et lorsque nous travaillons
-ainsi, la vie devient joyeuse, et la crainte de la mort n'existe plus,
-cette crainte qui empoisonne la vie de ceux qui ne vivent pas en vue de
-la mort.
-
-5
-
-Vis comme si tu devais tout de suite dire adieu à la vie, comme si le
-temps qui t'est accordé était un don inattendu.
-
- MARC-AURÈLE.
-
-6
-
-Vis comme si tu devais vivre un siècle et mourir le soir même. Travaille
-comme si tu pouvais vivre éternellement et traite les hommes comme si tu
-devais mourir immédiatement.
-
-7
-
-La vie dans l'oubli de la mort et la vie avec la conscience de son
-approche continuel sont deux états absolument différents. L'un se
-rapproche de l'état bestial, l'autre de l'état divin.
-
-
-
-VI.--_L'approche de la mort._
-
-1
-
-Nous appelons mort la suppression de la vie et les minutes ou les heures
-pendant lesquelles on meurt. La première, la suppression de la vie, ne
-dépend pas de notre volonté; les seconds, les derniers moments, sont
-dans notre pouvoir. Nous pouvons mourir mal et mourir bien. Nous devons
-nous efforcer de bien mourir.
-
-C'est nécessaire pour ceux qui restent.
-
-2
-
-Le moribond comprend difficilement tout ce qui vit; mais on s'aperçoit
-qu'il ne comprend pas ce qui vit, non parce que ses facultés mentales
-s'affaiblissent; mais parce qu'il comprend quelque chose que les vivants
-ne comprennent pas, ne peuvent comprendre, et qui l'absorbe tout entier.
-
-3
-
-On pense généralement que la vie des vieillards n'a pas d'importance,
-qu'ils ne font qu'achever leur vie. Ce n'est pas vrai. Dans la plus
-profonde vieillesse, la vie est plus précieuse et plus nécessaire que
-jamais, aussi bien pour soi que pour les autres. Là valeur de la vie est
-en raison contraire des carrés de distance de la mort: Ce serait heureux
-si les vieillards eux-mêmes et ceux qui les entourent le comprenaient.
-Le dernier instant avant la mort est tout particulièrement précieux.
-
-4
-
-Avant d'arriver à la vieillesse, je me suis efforcé de bien vivre; dans
-la vieillesse, je m'efforce de bien mourir; pour bien mourir, il faut
-mourir volontiers.
-
- SÉNÈQUE.
-
-5
-
-Ai-je peur de la mort? Je crois que non; mais à son approche, ou en
-pensant à elle, je ne peux m'empêcher d'éprouver une émotion pareille à
-celle que doit éprouver un voyageur en arrivant à l'endroit où son train
-tombe d'une très grande hauteur à la mer, ou au moment où il s'élève à
-une très grande hauteur en ballon. L'homme, en mourant, sait qu'il ne
-lui arrivera rien de particulier, qu'il lui arrivera ce qui est déjà
-arrivé à des millions d'êtres, qu'il ne fait que changer de mode de
-locomotion, mais il lui est impossible de ne pas éprouver d'émotion en
-s'approchant de l'endroit où ce changement aura lieu.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXIX
-
-APRÈS LA MORT
-
-
-On demande: Qu'arrivera-t-il après la mort? Il n'y a qu'une réponse à
-cette question: le corps pourrira et deviendra poussière, cela nous
-le savons sûrement. Quant à ce qu'il adviendra de notre âme, nous ne
-pouvons en rien dire, parce que la question de: «qu'arrivera-t-il?» se
-rapporte au temps. Or l'âme est hors du temps. L'âme n'a pas été et ne
-sera pas. Elle est. Si elle n'existait pas, il n'y aurait rien.
-
-
-I.--_La mort charnelle n'est pas la fin de la vie, mais uniquement uns
-transformation._
-
-1
-
-Quand nous mourons, il peut nous arriver de deux choses l'une: ou bien
-ce que nous considérions comme nous-mêmes passera en un autre être, ou
-bien nous ne serons plus des êtres séparés, et nous nous confondrons
-avec Dieu. Que cela soit l'une ou l'autre, nous n'avons rien à craindre
-dans les deux cas.
-
-2
-
-La mort constitue une transformation de notre corps, la plus grande, la
-dernière. Nous subissons constamment des changements dans notre corps:
-nous étions d'abord des morceaux de chair; nous devenions ensuite des
-nourrissons; graduellement, nos cheveux, nos dents poussèrent, puis
-tombèrent, puis ils poussèrent à nouveau, la barbe apparut, commença à
-blanchir, à tomber, et nous n'avons jamais craint ces changements.
-
-Pourquoi craignons-nous le dernier changement?
-
-Parce que personne ne nous a raconté ce qui lui est arrivé après ce
-changement. Mais personne ne dira, lorsqu'un homme nous quitte et ne
-nous écrit plus, qu'il n'existe pas, qu'il est mal là où il est allé,
-nous dirons simplement que nous n'avons pas de nouvelles de lui. Il en
-est de même des morts: nous savons qu'ils ne sont plus parmi nous, mais
-nous n'avons aucune raison de croire qu'ils n'existent plus, ou qu'ils
-sont plus malheureux depuis qu'ils nous ont quittés. Si nous ne pouvons
-savoir ni ce qui arrivera après la mort, ni ce que nous étions avant
-cette vie, cela prouve uniquement qu'il ne nous est pas donné de le
-savoir, parce que nous n'avons pas besoin de le savoir. Nous ne savons
-qu'une chose, c'est que notre vie n'est pas dans les changements du
-corps, mais en ce qui vit dans ce corps, dans l'âme. Et l'âme ne peut
-avoir ni commencement ni fin, parce qu'elle seule existe.
-
-3
-
-«De deux choses l'une: ou la mort est la disparition absolue de la
-conscience, ou elle est, conformément à la légende, simplement un
-changement et la migration de l'âme d'un endroit dans un autre. Si
-la mort est la destruction complète de la conscience, et qu'elle
-est pareille à un sommeil profond sans rêves, elle est un bienfait
-incontestable, car chacun n'a qu'à se rappeler une nuit passée dans
-un tel sommeil sans rêves et à la comparer aux autres jours et aux
-autres nuits, avec leurs craintes, leurs inquiétudes et désirs non
-satisfaits, éprouvés tant en réalité qu'en rêves, et je suis persuadé
-que personne ne trouvera beaucoup de jours et de nuits plus heureux que
-les nuits sans rêves. De sorte que, si la mort est un tel sommeil, je la
-considère, quant à moi, comme un bienfait. Si elle constitue le passage
-d'un monde dans un autre, et s'il est vrai que tous les hommes sages et
-saints morts avant nous s'y trouvent, pourrait-on espérer un bonheur
-plus grand que de vivre parmi ces êtres? J'aurais voulu mourir, non pas
-une fois, mais cent fois, pourvu que je puisse pénétrer dans cet endroit.
-
-«De sorte que ni vous, juges, ni les hommes, en général, ne doivent
-craindre la mort, me semble-t-il; ils n'ont qu'à se souvenir d'une
-chose: pour un homme de bien, il n'y a pas de mal ni dans la vie, ni
-dans la mort.»
-
- (_Extrait du discours de Socrate devant le Tribunal._)
-
-4
-
-Celui qui voit le sens de la vie dans le perfectionnement spirituel
-ne peut croire à la mort; il ne peut croire à l'arrêt de ce
-perfectionnement. Ce qui se perfectionne ne peut disparaître, cela ne
-peut que se modifier.
-
-5
-
-La mort est l'interruption de la conscience dont je vis actuellement. La
-conscience de cette vie s'arrête; je le vois sur ceux qui meurent. Mais
-que devient ce qui était la conscience? Je ne le sais pas, et je ne puis
-le savoir.
-
-6
-
-Les hommes craignent la mort et voudraient vivre aussi longtemps que
-possible. Mais si la mort est un malheur, n'est-il pas indifférent de
-mourir dans trente ou dans trois cents ans? Quelle joie a un condamné à
-mort de savoir que ses camarades mourront dans trois jours et que son
-exécution à lui aura lieu dans trente jours.
-
-La vie se terminant par une mort définitive serait la mort même.
-
- SKOVORODA.
-
-7
-
-Chacun sent qu'il n'est pas un rien amené à la vie, à un certain moment,
-par quelqu'un d'autre. C'est de là que vient notre assurance que la mort
-peut mettre une fin à notre vie, mais non à notre existence.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-8
-
-Plus on est profondément conscient de sa vie, moins on croit à sa
-disparition et à la mort.
-
-9
-
-Je ne crois en aucune des religions existantes, et ne puis, par
-suite, être soupçonné de suivre aveuglément quelque tradition ou de
-subir l'influence de l'éducation. Mais, durant ma vie entière, j'ai
-réfléchi aussi profondément que j'en étais capable sur la loi de
-notre vie. Je l'ai cherchée dans l'histoire de l'humanité et dans ma
-propre conscience, et je suis arrivé à la conviction inébranlable
-que la mort n'existe pas, que la vie ne peut être qu'éternelle,
-que le perfectionnement infini est une loi de la vie, que chaque
-qualité, chaque idée, chaque tendance que je possède, doit avoir son
-développement pratique; que nous avons des capacités, des tendances
-qui dépassent, de beaucoup les éventualités de notre vie terrestre, que
-le fait même que nous en disposons et ne pouvons découvrir leur origine
-dans nos sens peut être considéré comme une preuve de ce quelles nous
-viennent des régions extra-terrestres et ne peuvent être réalisées que
-dans ces régions; que rien ne peut ici-bas, sauf les choses visibles, et
-que croire que nous mourons parce que notre corps meurt revient au même
-que de s'imaginer que l'ouvrier est mort parce que son outil s'est usé.
-
- Joseph MAZZINI.
-
-10
-
-Si l'espoir de l'immortalité était une illusion, on pourrait voir
-clairement qui sont ceux qui ont été trompés. Non pas les âmes basses
-et noires qui n'ont jamais envisagé cette grande pensée, non pas les
-gens endormis et distraits qui sont satisfaits du sommeil voluptueux de
-cette vie et du sommeil des ténèbres dans l'avenir, non pas les égoïstes
-aux idées étroites et qui sont plus mesquines encore dans l'amour. Non,
-pas eux. Ils auraient raison, et le bénéfice serait de leur côté. Ceux
-qui auraient été trompés, ce seraient les grands et les saints que
-les hommes vénèrent; les trompés seraient tous ceux qui ont vécu pour
-quelque chose de meilleur que leur bonheur personnel, et qui ont donné
-leur vie pour le bien commun.
-
-Tous ces hommes auraient été trompés. Le Christ lui-même aurait souffert
-inutilement en donnant Son esprit au Père imaginaire, et Il aurait tort
-de croire qu'Il L'avait manifesté par Sa vie. Toute la tragédie du
-Golgotha ne serait qu'un malentendu: la vérité serait du côté de ceux
-qui se moquaient de Lui et désiraient Sa mort; elle serait également
-aujourd'hui du côté de ceux qui sont indifférents à la conformité avec
-la nature humaine qu'offre cette histoire soi-disant imaginaire. Qui
-vénérerait-on, qui croirait-on si l'inspiration des êtres supérieurs
-n'était que des fables ingénieusement combinées?
-
- PARKER.
-
-
-
-II.--_Le principe du changement de l'existence qui a lieu pendant la vie
-corporelle est inaccessible à la raison humaine._
-
-Nous tâchons souvent de nous représenter la mort comme un passage dans
-une région inconnue; mais cette conception ne nous donne absolument
-rien. Il est tout aussi impossible de se représenter la mort, qu'il est
-impossible de se représenter Dieu. Tout ce que nous pouvons savoir,
-c'est que la mort, de même que tout ce qui vient de Dieu, est un bien.
-
-2
-
-On nous demande: que deviendra l'âme après la mort? Nous ne le savons
-pas, et nous ne pouvons le savoir. Il n'y a qu'une chose de certain:
-c'est que si tu te diriges quelque part, tu es sûrement sorti de quelque
-endroit. Il en est de même de la vie. Si tu es dans cette vie, tu es
-sûrement sorti de quelque part. Tu retourneras là d'où tu es sorti.
-
-3
-
-Je ne me souviens absolument pas de ce qui a eu lieu avant ma naissance;
-je pense donc qu'après la mort je ne me souviendrai de rien de ma vie
-actuelle. Si la vie après la mort existe, il m'est impossible de
-l'imaginer.
-
-4
-
-Personne ne sait ce qu'est la mort et, cependant, tous la craignent, en
-la considérant comme le plus grand-mal, bien qu'elle puisse être le plus
-grand bonheur.
-
- PLATON.
-
-5
-
-Personne ne peut se vanter de savoir que Dieu et la vie future existent.
-Je ne puis pas dire que je sache indubitablement que Dieu et mon
-immortalité existent, mais je dois dire que je sens qu'il y a un Dieu,
-comme je sens qu'il y a un «moi» immortel. Cela prouve que ma foi en
-Dieu et en l'autre monde est tellement liée à ma nature qu'elle ne peut
-être séparée de moi.
-
- D'après KANT.
-
-6
-
-Le Christ a dit en mourant: «Père, je remets mon esprit entre Tes
-mains.» Quiconque prononce ces paroles, non pas avec la langue, mais
-avec le cœur, n'a plus besoin de rien. Si mon esprit retourne à Celui de
-Qui il émane, il ne peut rien arriver à mon esprit que ce qu'il y a de
-meilleur.
-
-
-
-III.--_La mort est une libération._
-
-1
-
-La mort est la destruction du vase dans lequel notre esprit est enfermé.
-On ne doit pas confondre ce vase avec ce qu'il contient.
-
-2
-
-Lorsque nous venons au monde, nos âmes sont mises dans les bières de
-notre corps. Cette bière--notre corps--se désagrège petit à petit, et
-notre âme se libère de plus en plus. Mais lorsque le corps meurt par la
-volonté de Celui Qui a uni l'âme au corps, l'âme se libère entièrement.
-
- D'après HÉRACLITE.
-
-3
-
-De même que le feu fait fondre la cire de la bougie, la vie de l'âme
-consume la vie du corps. Le corps brûle sur le feu de l'âme et se
-consume entièrement lorsque la mort vient. La mort détruit le corps de
-même que les constructeurs détruisent les chantiers, quand le bâtiment
-est prêt.
-
-Le bâtiment, c'est la vie spirituelle; les chantiers, c'est le corps. Et
-l'homme qui a construit son bâtiment spirituel se réjouit en mourant de
-voir tomber les chantiers de sa vie corporelle.
-
-4
-
-Tout au monde pousse, fleurit et revient à sa racine. Ce retour est
-le retour conforme à la nature. La conformité avec la nature signifie
-l'éternité; c'est pourquoi la destruction du corps ne présente aucun
-danger.
-
- LAO-TSEU.
-
-5
-
-L'homme qui travaillait toute sa vie à dompter ses passions, ce dont
-son corps l'empêchait, se réjouit d'en être libéré. Et la mort n'est
-qu'une libération. Le perfectionnement, dont nous avons parlé plus d'une
-fois, consiste dans la séparation possible de l'âme du corps, et dans
-la faculté acquise de se concentrer en dehors du corps, en elle-même; la
-mort donne cette même libération. Ne serait-il pas étrange que l'homme
-qui se prépare toute sa vie à vivre de façon à devenir aussi libre que
-possible par la domination du corps, s'en trouve mécontent au moment où
-cette libération est prête de se réaliser. C'est pourquoi, malgré tout
-le regret que j'ai de vous quitter et de vous causer du chagrin, je ne
-puis ne pas acclamer la mort, comme la réalisation de ce que je désirais
-atteindre durant toute ma vie.
-
- (_Du discours d'adieu de Socrate à ses élèves._)
-
-6
-
-L'homme voit les plantes et les animaux s'engendrer, croître, prendre
-des forces, se multiplier, puis faiblir, dépérir, vieillir et mourir.
-
-Il le voit de même sur les autres hommes, et il le sait également que
-son corps vieillira, qu'il dépérira et mourra, comme tout ce qui naît et
-vit au monde.
-
-Mais, en dehors de ce qu'il voit sur les autres êtres et sur lui-même,
-tout homme sait aussi qu'il y a quelque chose en lui qui ne faiblit ni
-ne vieillit; il sait, au contraire, que plus il vit, plus ce quelque
-chose se fortifie et se perfectionne: c'est son âme à laquelle rien ne
-peut arriver de ce qui arrive au corps. C'est pourquoi la mort n'effraie
-que celui qui ne vit pas de l'âme, mais du corps.
-
-7
-
-On demanda à un sage qui disait que l'âme était immortelle: «Qu'est-ce
-qui arrivera lorsque le monde finira?» Il répondit: «Pour que mon âme
-ne meure pas, il n'y a pas besoin du monde.»
-
-8
-
-L'âme ne vit pas dans le corps comme dans une maison, mais comme un
-voyageur dans un asile d'autrui.
-
- _Kouran_ hindou.
-
-9
-
-Plus notre vie devient spirituelle, plus nous croyons à l'immortalité. A
-mesure que notre nature s'éloigne de la grossièreté bestiale, nos doutes
-se dissipent.
-
-Le voile se lève sur l'avenir, les ténèbres se dissipent, et nous
-sentons notre immortalité encore ici-bas.
-
- MARTINEAU.
-
-10
-
-Celui qui comprend faussement la vie, comprendra toujours faussement la
-mort.
-
-11
-
-Celui qui connaît les autres est sage, celui qui se connaît lui-même est
-éclairé.
-
-Celui qui vainc les autres est fort; celui qui se vainc lui-même est
-puissant.
-
-Mais celui qui sait qu'il ne disparaîtra pas en mourant est éternel.
-
- LAO-TSEU.
-
-
-
-IV.--_La naissance et la mort sont les bornes au delà desquelles notre
-vie nous est cachée._
-
-1
-
-La naissance et la mort sont deux bornes. Au delà de ces bornes il y a
-une sorte d'uniformité.
-
-2
-
-La naissance est la même chose que la mort. Dès sa naissance, l'enfant
-entre dans un monde nouveau, commence une tout autre vie que celle qu'il
-avait dans le sein de sa mère. Si l'enfant pouvait raconter ce qu'il
-a éprouvé en quittant la vie ancienne, il aurait dit la même chose
-qu'éprouve l'homme en quittant cette vie.
-
-3
-
-Où vont les hommes lorsqu'ils meurent? Là, probablement, d'où viennent
-ceux qui naissent. Les hommes viennent de Dieu, du Père de notre vie.
-C'est de Lui qu'est venu, vient, et viendra toute vie. De sorte qu'en
-mourant, l'homme ne fait que retourner vers Celui dont il est issu.
-
-L'homme sort de la maison, travaille, se repose, mange, s'amuse,
-travaille à nouveau et, lorsqu'il est fatigué, il rentré chez lui.
-
-Il en est de même durant toute la vie humaine; l'homme sort de chez
-Dieu, travaille, souffre, se console, se réjouit, se; repose et, s'étant
-suffisamment tourmenté, il revient à la maison, de laquelle il est sorti.
-
-4
-
-Ne sommes-nous pas ressuscités une fois déjà de l'état dans lequel
-nous étions moins renseignés sur le présent que nous ne le sommes
-actuellement sur l'avenir? De même que notre état antérieur se rapporte
-à l'état actuel, notre état actuel se rapporte à l'état futur.
-
- LICHTENBERG.
-
-
-
-V.--_La mort libère l'âme des limites de la personnalité._
-
-1
-
-La mort est une libération de la personnalité bornée.
-
-C'est de ce fait que résulte, apparemment, l'expression de paix et de
-repos que l'on remarque sur les figures de la plupart des morts. La
-mort de tout homme de bien est facile et tranquille; mais mourir avec
-empressement, volontiers, mourir avec joie, voilà l'avantage de celui
-qui a renoncé à lui-même, de celui qui renonce à la vie individuelle,
-de celui qui la nie. Car seul cet homme a réellement envie de mourir
-et, par suite, n'a besoin ni ne demande d'existence ultérieure pour sa
-personnalité.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-2
-
-La conscience du Tout, renfermée dans les limites du corps, tend à
-élargir ses limites. Dans la première moitié de sa vie, l'homme aime de
-plus en plus les objets, les gens, c'est-à-dire qu'en sortant de ses
-limites il reporte sa conscience sur d'autres êtres. Mais quelle que
-soit la grandeur de son amour, il ne peut sortir de ses limites et ne
-voit la possibilité de leur suppression qu'en mourant. Comment peut-on
-craindre la mort après cela? Il se passe quelque chose d'analogue à
-la transformation de la chenille en papillon. Nous sommes ici des
-chenilles: d'abord nous naissons, ensuite nous nous endormons en
-chrysalide; puis nous devenons papillons dans l'autre vie.
-
-3
-
-Notre corps limite le principe divin, spirituel que nous appelons âme.
-Et ces bornes, de même que le vase donne la forme au liquide ou au gaz
-qui s'y trouve renfermé, donnent la forme à cet élément divin. Lorsque
-le vase se brise, ce qui s'y trouvait enfermé perd la forme qu'il avait
-et se répand. Est-ce que cela se relie aux autres substances? Est-ce
-que cela prend une forme nouvelle? Nous n'en savons rien. Mais nous
-savons sûrement que cela perd la forme que cela avait dans ses bornes,
-parce que ce qui le bornait est détruit. Nous savons cela, mais nous
-ne pouvons rien savoir de ce qui arrivera à ce qui était limité. Nous
-savons uniquement qu'après la mort, l'âme devient quelque chose d'autre
-que nous ne pouvons pas définir dans la vie présente.
-
-4
-
-Si la vie est un sommeil et la mort un réveil, le fait que je me vois
-séparé de ce qui existe, est un rêve dont j'espère me réveiller en
-mourant.
-
-5
-
-On éprouve de la joie en mourant quand on est fatigué d'être séparé du
-monde, quand on sent toute l'horreur de cette séparation et la joie,
-sinon de se joindre à tout, du moins de sortir de la prison qui vous
-sépare ici où l'on n'a que rarement l'occasion de communiquer avec les
-hommes au moyen d'étincelles d'amour qui volent de l'un à l'autre. On
-a envie de dire: «J'en ai assez de cette cage; donnez-moi d'autres
-rapports avec le monde, mieux appropriés à mon âme»; je sais que la mort
-me les donnera. Et, pour me consoler, on m'assure que même là je serai
-une personnalité isolée.
-
-6
-
-J'ai sous les pieds une terre ferme et gelée; autour de moi, sont
-d'immenses arbres; au-dessus de ma tête, un ciel couvert; je sens mon
-corps, je suis plongé dans mes pensées, et pourtant, je sais, je sens de
-tout mon être que la terre ferme, les arbres, le ciel, mon corps et mes
-pensées, tout cela n'est que momentané, que cela n'est que le résultat
-de mes cinq sens, de mon sentiment individuel du monde que j'ai moi-même
-bâti, que tout cela n'est ainsi que parce que je suis telle partie du
-monde et non pas une autre, que telle est ma séparation de l'univers.
-Je sais qu'il suffit que je meurs, et tout cela ne disparaîtra pas avec
-moi, mais se transformera, comme cela arrive au théâtre: les arbres et
-les pierres se transforment en palais, en tours etc. La mort opérera
-en moi une transformation, que je passerai en un autre être, autrement
-séparé du monde. Et alors, tout l'univers, en restant le même pour ceux
-qui y vivent, deviendra autre pour moi. Tout l'univers est tel et non
-autre, uniquement parce que je me considère comme tel et non autre. Et
-il peut y avoir une quantité innombrable de procédés pour séparer les
-êtres de l'univers et les changer de point d'observation.
-
-
-
-VI.--_La mort dévoile ce qui paraissait inconcevable._
-
-1
-
-Plus l'homme vit longtemps, plus la vie se révèle à lui: ce qui était
-ignoré devient connu; et il en est ainsi jusqu'à la mort. Et la mort
-révèle tout ce que l'homme est en état de concevoir.
-
-2
-
-Quelque chose se révèle à l'homme au moment de la mort. «Ah, voilà ce
-que c'est», dit presque toujours l'expression du visage du moribond.
-Mais nous, ceux qui restons, nous ne pouvons pas voir ce qui lui a été
-révélé. Cela nous sera révélé plus tard, en son temps.
-
-3
-
-Tout se révèle tant qu'on vit, comme si on s'élevait de plus en plus sur
-des marches. Mais la mort survient, et ce qui se révélait, ne se révèle
-plus, ou bien celui à qui la révélation était faite cesse de voir ce qui
-se révélait avant, parce qu'il voit quelque chose de nouveau, de tout
-différent.
-
-4
-
-Ce qui meurt appartient déjà en partie à l'éternité. Il nous semble
-que le moribond nous parle d'outre-tombe. Ce qu'il nous dit, nous
-semble être un commandement. Nous nous le représentons presque comme
-un prophète. Il est évident que pour celui qui sent la vie s'en aller
-et le cercueil s'ouvrir, le moment des graves discours est arrivé. La
-substance de sa nature doit se manifester. Le divin qui est en lui ne
-peut plus rester caché.
-
- AMIEL
-
-5
-
-Tous les malheurs nous révèlent ce qu'il y a en nous de divin,
-d'immortel, qui forme la base de notre vie. Le plus grand malheur,
-d'après la conception humaine--la mort--nous révèle entièrement notre
-vrai «moi».
-
-
-
-
-CHAPITRE XXX
-
-LA VIE EST UN BIEN
-
-
-La vie de l'homme et son bonheur est dans l'union de plus en plus intime
-de l'âme, séparée par le corps des autres âmes et de Dieu, avec ce dont
-elle est séparée. Cette union s'opère par la manifestation de l'amour,
-déterminant la libération de l'âme du corps. C'est pourquoi, si l'homme
-comprend que la vie et son bonheur consistent en cette libération de
-l'âme, sa vie, malgré toutes les souffrances, n'importe quels malheurs
-et n'importe quelles maladies, ne peut être rien d'autre qu'un bonheur.
-
-
-I.--_La vie est le bonheur suprême, accessible à l'homme._
-
-1
-
-La vie, quelle qu'elle soit, est un bien qui est supérieur à tout autre.
-Si nous disons que la vie est un mal, c'est uniquement par comparaison
-à une autre vie que nous imaginons meilleure; mais nous ne connaissons
-aucune autre vie meilleure et ne pouvons la connaître; c'est pourquoi,
-la vie, quelle qu'elle soit, est notre bonheur suprême.
-
-2
-
-Nous négligeons souvent le bien de la vie présente, dans l'espoir de
-recevoir quelque part un bien supérieur. Mais un si grand bien ne peut
-jamais exister nulle part, parce que ce bien nous est déjà donné: la
-vie, bien au-dessus duquel il n'y a rien et il ne peut rien y avoir.
-
-3
-
-Le monde ici-bas n'est pas une plaisanterie, ni une vallée de larmes,
-ni l'asile avant le passage dans un monde meilleur, mais un des mondes
-éternels, beau, joyeux et que nous pouvons et devons, par nos efforts,
-rendre plus beau et plus joyeux encore pour ceux qui vivent avec nous et
-pour tous ceux qui y vivront après nous.
-
-4
-
-L'homme est malheureux parce qu'il ne sait pas qu'il est heureux.
-
- DOSTOIEVSKY.
-
-5
-
-On ne doit pas dire que le but de la vie est de servir Dieu. Le but de
-la vie est toujours et sera toujours la recherche du bonheur. Et comme
-Dieu a voulu donner le bonheur aux hommes, ceux-ci, en le poursuivant,
-font ce que Dieu veut d'eux: ils accomplissent Sa volonté.
-
-
-
-II.--_Le vrai bien est dans la vie présente, et non dans la vie
-«d'outre-tombe»._
-
-1
-
-D'après la fausse doctrine, la vie en ce monde est un mal, tandis que le
-bien est atteint dans l'autre monde.
-
-D'après la vraie doctrine chrétienne, le but de la vie est le bonheur,
-et on obtient ce bonheur ici-bas.
-
-Le vrai bien est toujours en notre pouvoir. Il suit la vie juste comme
-une ombre.
-
-2
-
-Si le paradis n'est pas en toi-même, tu n'y pénétreras jamais.
-
- ANGÉLUS.
-
-3
-
-Ne crois pas que la vie n'est qu'un passage dans un autre monde, et
-seulement que là nous pouvons être heureux. Nous devons être bien ici,
-en ce monde. Et pour être bien ici, nous n'avons qu'à vivre comme veut
-Celui Qui nous y a envoyés. Et ne dis pas que pour que tu puisses bien
-vivre, il faut que tous vivent bien, qu'ils mènent tous une vie juste.
-Non. Vis toi-même selon Dieu, fais des efforts toi-même, et tu vivras
-sûrement bien, et les autres ne s'en ressentiront pas plus mal, mais
-mieux.
-
-4
-
-Vis de la vraie vie, et tu auras beaucoup d'ennemis; mais ceux-ci mêmes
-t'aimeront. La vie t'apportera bien des malheurs; mais eux aussi te
-rendront heureux, tu béniras la vie et tu forceras les autres à la bénir.
-
- D'après DOSTOIEVSKY.
-
-
-
-III--_Tu ne trouveras le vrai bonheur qu'en toi-même._
-
-1
-
-Dieu est entré en moi et c'est par moi qu'il cherche Son bien. Mais quel
-peut être le bonheur de Dieu? Seulement celui d'être Lui.
-
- ANGÉLUS.
-
-2
-
-Un sage dit: J'ai fait le tour du monde entier en cherchant le bien.
-Je l'ai cherché sans trêve, jour et nuit. Quand je désespérais déjà de
-le trouver, une voix intérieure me dit: ce bien est en toi-même. J'ai
-écouté cette voix et j'ai trouvé le vrai bonheur.
-
-3
-
-Quel bien te faut-il encore, quand Dieu et tout l'univers est en toi?
-
- ANGÉLUS.
-
-4
-
-Les hommes sont heureux lorsqu'ils disent que rien n'est à eux sauf leur
-âme. Ils sont heureux même quand ils vivent parmi les gens cupides et
-méchants qui les haïssent: personne ne peut leur prendre leur bonheur.
-
- _Doctrine bouddhiste._
-
-5
-
-Mieux les hommes vivent, moins ils se plaignent des autres. Et plus
-ils vivent mal, plus ils sont mécontents non pas d'eux-mêmes, mais des
-autres.
-
-6
-
-Le sage cherche tout en lui-même; l'insensé cherche tout dans les
-autres. CONFUCIUS.
-
-
-
-IV.--_La vraie vie est la vie spirituelle._
-
-1
-
-La vie humaine, pleine de souffrances corporelles pouvant s'arrêter
-à tout instant, doit avoir, pour ne pas être la plaisanterie la plus
-grossière, un sens conformément auquel elle ne peut être troublée ni par
-les souffrances, ni par sa longue durée, ni par sa brièveté.
-
-Or la vie humaine a ce sens. Il est dans notre conscience de plus en
-plus nette de receler en nous Dieu.
-
-2
-
-La vie humaine est une communion continue de l'être spirituel, isolé
-par le corps, avec ce à quoi il a conscience d'être uni. Que l'homme
-le comprenne ou non, qu'il le veuille ou non, cette communion s'opère
-irrésistiblement par l'état que nous appelons: vie humaine. La
-différence entre les hommes qui ne comprennent pas leur destination et
-ne veulent pas vivre conformément à elle, et ceux qui la comprennent et
-veulent vivre conformément à elle, consiste en ce que la vie de ceux qui
-ne la comprennent pas, est une souffrance continuelle, alors que la vie
-de ceux qui la comprennent et qui accomplissent leur destination, est un
-bien continu qui augmente sans cesse.
-
-3
-
-Rien ne confirme de façon aussi éclatante, que l'œuvre de la vie est
-dans le perfectionnement moral, que le fait que, si variés que soient
-tes désirs en dehors de ce perfectionnement, et bien qu'ils soient
-entièrement réalisés, l'attrait du désir s'éteint aussitôt que le but
-est réalisé. Il n'y a qu'une chose qui conserve la joie--c'est d'être
-conscient que l'on avance vers la perfection.
-
-Seul ce perfectionnement continuel donne la vraie joie qui ne cesse de
-grandir. Chaque pas en avant fait sur ce chemin, entraîne une récompense
-qui est obtenue immédiatement. Et rien, ne peut la ravir.
-
-4
-
-Celui qui consacre sa vie au perfectionnement spirituel ne peut être
-mécontent, car ce qu'il désire est toujours en son pouvoir.
-
- PASCAL.
-
-5
-
-Être heureux, posséder la vie éternelle, vivre en Dieu, être sauvé, tout
-cela a le même sens: c'est la solution du problème de la vie. Et ce
-bien s'accroît; l'homme ressent la possession de plus en plus forte et
-profonde de la joie céleste. Et ce bien n'a pas de bornes, car ce bien
-est la liberté, la toute-puissance, la satisfaction complète de tous les
-désirs.
-
- AMIEL.
-
-
-
-V.--_En quoi consiste le vrai bonheur._
-
-1
-
-Les biens réels sont peu nombreux. Le vrai bien, le vrai bonheur est ce
-qui est le bien pour tous.
-
-C'est pourquoi, on ne doit désirer que ce qui est conforme au bien
-commun. Celui dont l'œuvre vise ce but obtiendra son bonheur.
-
- MARC-AURÈLE.
-
-2
-
-Dans les situations des hommes, le mal est uni au bien, tandis que
-dans leurs tendances ce mélange n'existe pas. La tendance peut être
-mauvaise: chercher à accomplir la volonté de sa nature charnelle--,
-ou bonne: chercher à accomplir la volonté de Dieu. Si l'homme suit le
-premier désir, il est sûrement malheureux; s'il suit le deuxième, il n'y
-a pas pour lui de malheur possible--tout est bonheur.
-
-3
-
-Personne ne peut faire le vrai bonheur d'un autre. L'homme ne peut faire
-que son propre bonheur. Le vrai bien ne consiste qu'en une seule chose:
-vivre pour l'âme et non pour le corps.
-
-4
-
-Faire le bien est la seule œuvre dont on puisse dire qu'elle nous est
-sûrement profitable.
-
-5
-
-On dit que celui qui fait le bien n'a pas besoin de récompense. C'est
-vrai, si l'on croit que la récompense ne sera pas en toi et ne viendra
-pas de suite, mais dans l'avenir. Mais l'homme est incapable de faire
-le bien sans récompense, sans que cela lui donne la joie. Il s'agit de
-comprendre en quoi consiste la vraie récompense. Elle n'est pas dans
-ce qui est extérieur ni dans l'avenir, mais dans ce qui est interne et
-actuel: elle est dans le perfectionnement de l'âme. C'est là qu'est la
-récompense et en même temps la raison de faire le bien.
-
-6
-
-Un homme de sainte vie priait Dieu pour les hommes: O Seigneur,
-disait-il, sois miséricordieux pour les méchants, parce que tu as déjà
-été miséricordieux pour les bons: ils sont heureux, parce qu'ils sont
-bons.
-
- SAADI.
-
-
-
-VI.--_Le bien est dans l'amour._
-
-1
-
-Il n'y a qu'une chose à faire pour être sûr d'être heureux: c'est
-d'aimer, d'aimer tous, les méchants et les bons. Aime toujours et tu
-seras heureux toujours.
-
-2
-
-Nous ne savons pas et nous ne pouvons savoir pourquoi nous vivons.
-Aussi, ne pourrions-nous pas savoir ce que nous devons et ce que nous ne
-devons pas faire, si nous n'éprouvions pas le désir du bien. Ce désir
-nous démontre clairement ce que nous devons faire, à condition de ne pas
-comprendre notre vie à la façon de l'animal, mais en nous souvenant que
-nous avons une âme. Et le bonheur que désire notre âme nous est donné
-dans l'amour.
-
-3
-
-Si le Dieu de charité existe et s'Il a créé le monde, Il l'a sûrement
-fait de façon à ce que tous, y compris les hommes, y soient heureux.
-
-Mais si Dieu n'existe pas, vivons nous-mêmes de façon à ce que nous
-soyons bien. Et pour que nous soyons bien, il faut que nous nous aimions
-les uns et les autres, il faut qu'il y ait de l'amour. Et Dieu étant
-amour, nous viendrons encore à Lui.
-
-4
-
-On dit: «Pourquoi aimerions-nous ceux qui nous sont désagréables?»
-Parce que c'est là qu'est la joie. Eprouve-le et tu sauras si c'est vrai.
-
-5
-
-Rien que la mort devant nous, rien que l'accomplissement immédiat du
-devoir! Comme cela semble triste et effrayant! Pourtant, consacre ta vie
-à l'union, par l'amour, aux hommes et à Dieu, et ce qui te paraissait
-effrayant, deviendra le plus grand bien.
-
-
-
-VII.--_Plus l'homme vit pour son corps, plus il est privé du vrai
-bonheur._
-
-1
-
-Les uns cherchent le bien dans la puissance, les autres dans les
-sciences, les troisièmes dans les plaisirs. Ces trois genres de
-jouissances ont formé trois écoles différentes, et tous les philosophes
-ont toujours suivi l'une d'elles. D'autres, qui se sont plus rapprochés
-de la vraie philosophie, ont compris qu'il est nécessaire que le bien
-général désiré par tous ne soient dans aucune des choses particulières
-qui ne peuvent être possédées que par un seul, et qui, étant partagées,
-affligent plus le possesseur par le manque de la partie qu'il n'a pas,
-qu'elles ne le contentent par la jouissance de celle qui lui appartient.
-Ils ont compris que le vrai bien devait être tel que tous puissent le
-posséder à la fois, sans diminution et sans envie, et que personne
-ne pût le perdre contre son gré. Et ce bien existe: ce bien est dans
-l'amour.
-
- PASCAL.
-
-2
-
-Pourquoi t'agites-tu, malheureureux? Tu cherches le bien, tu cours
-quelque part, et le bien est en toi-même. Inutile de le chercher à
-d'autres portes. Si le bien n'est pas en toi, il n'est nulle part. Le
-bien est en toi, en ce que tu peux aimer tous, non pour quelque chose,
-mais pour vivre, et non de ta propre vie, mais aussi de celle des
-autres. Chercher le bien dans le monde et ne pas profiter du bien qui
-est en notre âme, revient au même que d'aller puiser l'eau dans une
-grande mare trouble et éloignée, tandis qu'il y a à côté une source pure
-venant de la montagne.
-
- D'après ANGÉLUS.
-
-3
-
-Si tu veux le vrai bonheur, ne le cherche pas dans les pays éloignés,
-dans la richesse, dans les honneurs, ne le demande pas aux hommes, ne
-t'inclinent pas devant eux et ne lutte pas contre eux pour le bonheur.
-On peut, par ces moyens, obtenir des richesses, un grand titre et
-diverses choses inutiles; mais le vrai bonheur, dont chacun a besoin,
-ne peut être obtenu auprès des hommes, ni acheté ou sollicité, ni donné
-gratuitement. Sache que tout ce que tu ne peux prendre toi-même, ne
-t'appartient pas et ne t'est pas nécessaire. Tu peux toujours prendre
-toi-même, par une vie juste, tous ce dont tu as besoin.
-
-Oui, le bonheur ne dépend ni du ciel, ni de la terre, mais uniquement de
-nous-mêmes.
-
-Il n'y a qu'un seul bien au monde, lui seul nous est nécessaire. Quel
-est donc ce bien? C'est la vie dans l'amour. Et ce bien peut être
-facilement obtenu.
-
- D'après SKOVORODA.
-
-4
-
-Dieu soit loué d'avoir rendu facile aux hommes tout ce qui leur est
-nécessaire, et difficile tout ce dont ils n'ont pas besoin. Le bonheur
-est très nécessaire à l'homme, et il n'y a rien de plus facile que
-d'être heureux. Dieu en soit loué!
-
-Le Royaume de Dieu est en nous. Le bonheur est dans le cœur, s'il
-contient de l'amour.
-
-Qu'arriverait-il si le bonheur nécessaire à tout homme avait été accordé
-suivant l'endroit, le temps, l'état, la position, la santé, la force
-corporelle? Qu'arriverait-il si le bonheur existait uniquement en
-Amérique, ou uniquement à Jérusalem, ou à l'époque de Salomon, dans la
-demeure des rois, grâce à la richesse, aux grades, si on le trouvait
-seulement au désert, dans les sciences, dans la santé, dans la beauté?
-
-Serait-il possible aux hommes de ne vivre qu'en Amérique, ou de vivre à
-la même époque? Si le bonheur était dans la richesse, ou dans la santé,
-ou dans la beauté, tous les pauvres, tous les vieux, tous les malades,
-tous les laids seraient malheureux. Dieu aurait-il privé tous ces gens
-de bonheur? Non, Dieu soit loué, il a rendu l'inutile difficile: il a
-agi de façon à ce qu'il n'y ait pas de bonheur dans la richesse, ni dans
-les grades, ni dans la beauté du corps. Le bonheur n'est qu'en une seule
-chose--dans la vie juste, et cela est au pouvoir de chacun.
-
-5
-
-Demander à Dieu que quelqu'un nous donne le bien dans cette vie, revient
-au même que d'être assis auprès d'une source, et demander à d'autres de
-calmer ta soif. Baisse-toi et bois. Le bonheur nous est donné, il faut
-savoir en profiter.
-
-6
-
-Si tu considères comme un bien ce qui n'est pas en ton pouvoir, tu seras
-toujours malheureux. Persuades-toi que tout le bonheur est à ta portée,
-et personne ne te le ravira.
-
-
-
-VIII.--_L'homme n'éprouve pas le bien de la vie uniquement quand il ne
-suit pas la loi de la vie._
-
-1
-
-Si tu demandes: pourquoi le mal existe-t-il? Je réponds par la question:
-pourquoi la vie existe-t-elle? Le mal est pour que la vie soit. La vie
-se manifeste par la libération du mal.
-
-2
-
-Si notre vie n'est pas heureuse, cela tient uniquement à ce que nous ne
-faisons pas ce que nous aurions dû faire pour que la vie soit une joie
-perpétuelle.
-
-3
-
-Si quelqu'un dit qu'il se sent malheureux en faisant le bien, cela
-prouve uniquement que ce qu'il considère comme le bien ne l'est pas.
-
-4
-
-Sache et souviens-toi que si l'homme est malheureux, c'est par sa propre
-faute. Les hommes ne sont malheureux que lorsqu'ils désirent ce qu'ils
-ne peuvent avoir.
-
-Que ne peuvent-ils pas toujours avoir, bien qu'ils le désirent, et que
-peuvent-ils toujours avoir quand ils le désirent?
-
-Ils ne peuvent pas toujours avoir ce qui n'est pas en leur pouvoir,
-ce que les autres peuvent lui prendre. Seul est en leur pouvoir ce
-que rien ni personne ne sauraient leur ravir. A la première catégorie
-appartiennent tous les biens terrestres: la richesse, les honneurs, la
-santé. A la deuxième: notre âme, notre perfectionnement spirituel. Et
-précisément la chose qui nous est le plus nécessaire pour notre bien est
-en notre pouvoir, parce que rien, aucun bien terrestre ne donne le vrai
-bien, mais ne fait que nous leurrer. Le vrai bien ne peut être obtenu
-que par notre effort vers la perfection spirituelle, et cet effort est
-toujours en notre pouvoir.
-
-On a agi pour nous de même qu'un bon père aurait agi pour ses enfants.
-Seul ce qui ne peut nous donner le bonheur ne nous appartient pas,
-tandis que tout ce qui nous est nécessaire nous est donné.
-
- ÉPICTÈTE.
-
-5
-
-Ne crois pas que la perplexité devant le sens de la vie soit quelque
-chose de noble ou de tragique. Cette perplexité est pareille à celle que
-l'homme éprouve lorsqu'il se voit dans une société occupée à lire un bon
-livre. La perplexité de cet homme qui n'écoute pas attentivement ou n'a
-pas compris ce qu'on lit et qui s'agite au milieu des gens occupés, n'a
-rien de noble ni de tragique, mais est ridicule, bête et pitoyable.
-
-6
-
-Il y avait une fois un bienfaiteur qui, voulant faire aux hommes le plus
-de bien possible, se mit à réfléchir pour savoir comment il devait s'y
-prendre pour n'offenser personne et pour que tous en profitent. Si l'on
-distribue les richesses directement aux gens, on risque de donner moins
-à celui qui en a le plus besoin, et l'on en saurait en donner également
-à tout le monde; alors ceux qui n'en auraient pas assez diraient:
-Pourquoi as-tu donné aux autres et pas à nous?
-
-Le bienfaiteur eut alors l'idée d'installer une auberge dans un endroit
-où passait beaucoup de monde et d'y déposer tout ce qui peut être utile,
-ou faire plaisir au voyageur. Il y ménagea des chambres bien chaudes, de
-bons poêles, du bois à brûler de provisions d'éclairage, de pains, de
-légumes, de fruits, de boissons de toute sorte, des lits, des vêtements,
-du linge, des chaussures, bref, quantité de produits pouvant suffire à
-beaucoup de monde. Puis, le bienfaiteur s'en alla pour voir ce qui en
-résultera à son retour.
-
-Les bonnes gens commencèrent à affluer à l'auberge: y mangeaient,
-buvaient, couchaient, passaient parfois un jour ou deux, y restaient
-parfois une semaine entière. Parfois, ceux qui en avaient besoin
-emportaient des vêtements et des chaussures. Avant de s'en aller, ils
-rangeaient tout pour que d'autres passants puissent aussi en profiter,
-et puis ils partaient en remerciant le bienfaiteur inconnu.
-
-Mais un jour, arrivèrent des gens grossiers et méchants. Ils
-s'emparèrent de tout ce qui leur convenait, et une dispute éclata
-parmi eux au moment du partage. D'abord, ils s'injurièrent, puis ils
-en vinrent aux mains, et se mirent à s'arracher les uns aux autres
-les objets et à les briser exprès pour que d'autres ne puissent s'en
-emparer. Et lorsqu'ils eurent tout détruit et commencèrent à souffrir
-du froid et de la faim ils se mirent à médire du propriétaire, en
-l'accusant d'avoir mal organisé les choses, de n'avoir pas mis de
-gardiens pour empêcher d'entrer de mauvaises gens. D'autres prétendaient
-qu'il n'y avait pas de propriétaire du tout, et que l'auberge s'êtait
-organisée toute seule.
-
-Affamés, transis de froid et irrités, ces gens quittèrent l'auberge
-en s'injuriant entre eux, maudissant l'auberge et celui qui l'avait
-construite.
-
-Les hommes agissent de même sur la terre quand ils ne vivent pas pour
-leur âme, mais pour leur corps, qu'ils gâchent leur vie et celle des
-autres, s'accusent entre eux et accusent Dieu, au lieu de s'accuser
-eux-mêmes, s'ils croient en Dieu, et accusent l'univers, s'ils ne
-croient pas en Dieu, et s'imaginent que le monde s'est organisé tout
-seul.
-
-
-
-IX.--_Seule l'observance de la loi de la vie donne le bien à l'homme._
-
-1
-
-Il faut toujours être joyeux. Si tu ne l'es plus, cherche où tu t'es
-trompé.
-
-2
-
-Si l'homme n'est pas satisfait de sa situation, il peut la modifier par
-deux moyens: améliorer les conditions de sa vie, ou bien améliorer son
-état moral. Le premier n'est pas toujours en son pouvoir, le second
-l'est toujours.
-
- EMERSON.
-
-3
-
-Il me semble que l'homme doit considérer comme règle principale d'être
-heureux et satisfait. Il faut être honteux de son mécontentement comme
-d'une mauvaise action, et savoir que s'il y a quelque chose qui ne va
-pas en soi, on ne doit pas le raconter aux autres et s'en plaindre, mais
-tâcher de corriger ce qui va mal.
-
-4
-
-L'observance de la loi de Dieu, de la loi d'amour qui donne le bien
-suprême, est possible dans toutes les situations.
-
-5
-
-«Venez à Moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous
-soulagerai. Car Mon joug est le bien et Ma charge est légère», dit
-la doctrine du Christ. Ces paroles signifient qu'indépendamment des
-malheurs qui accablent l'homme, indépendamment des offenses et des
-amertumes qu'il doit supporter, il lui suffit de comprendre et de
-recueillir dans son cœur la vraie doctrine, qui dit que la vie et son
-bien consistent à unir l'âme à ce dont elle est séparée par le corps:
-aux âmes des autres hommes et à Dieu, pour que tout le mal apparent
-disparaisse. Il suffit à l'homme de voir le but de la vie dans l'union
-affectueuse avec tout ce qui vit et avec Dieu, et sa vie, au lieu d'être
-un tourment, devient aussitôt le bonheur.
-
-
-FIN
-
-
- * * * * *
-
-
-TABLE DES MATIÈRES
-
-Préface du traducteur
-
-Préface de l'auteur
-
-
- I. La foi
- II. Dieu
- III. L'âme
- IV. Une même âme chez tous
- V. L'amour
- VI. Péchés, tentations, superstitions
- VII. Les excès
- VIII. La lubricité
- IX. L'oisiveté
- X. La cupidité
- XI. La colère
- XII. L'orgueil
- XIII. L'inégalité
- XIV. La violence
- XV. Le châtiment
- XVI. La vanité
- XVII. Les fausses croyances
- XVIII. La fausse science
- XIX. L'effort
- XX. La vie est dans le présent
- XXI. Le non-agir
- XXII. La parole
- XXIII. La pensée
- XXIV. L'abnégation
- XXV. L'humilité
- XXVI. La véracité
- XXVII. Le mal
- XXVIII. La mort
- XXIX. Après la mort
- XXX. La vie est un bien
-
-
-
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of La Pensée de l'Humanité, by Léon Tolstoï
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSÉE DE L'HUMANITÉ ***
-
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@@ -1,14356 +0,0 @@
-The Project Gutenberg EBook of La Pense de l'Humanit, by Lon Tolsto
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
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-
-
-Title: La Pense de l'Humanit
- Dernire oeuvre de L. Tolsto
-
-Author: Lon Tolsto
-
-Translator: Ely Halprine-Kaminsky
-
-Release Date: September 18, 2013 [EBook #43761]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSE DE L'HUMANIT ***
-
-
-
-
-Produced by Madeleine Fournier, Annemie Arnst & Marc
-D'Hooghe at http://www.freeliterature.org (Scans generously
-made available by Gallica, Bibliothque nationale de France)
-
-
-
-
-
-LON TOLSTO
-
-La Pense de l'Humanit
-
-Dernire oeuvre de L. Tolsto
-
-TRADUITE DU RUSSE
-
-PAR
-
-E. HALPRINE-KAMINSKY
-
-PARIS
-
-_L'DITION MODERNE--LIBRAIRIE AMBERT_
-
-47, RUE DE BERRI, 47
-
-1912
-
-
-
-
-PRFACE DU TRADUCTEUR
-
-
-L'ouvrage de Lon Tolsto, dont nous prsentons ici au lecteur europen
-la premire traduction franaise, a une double porte. Il rsume les
-penses exprimes par les sages universellement reconnus et par les
-fondateurs des religions les plus rpandues de tous les temps et de
-tous les pays, penses sur le sens et le but suprme de la vie. C'est
-en cherchant son tour, durant son existence entire, le chemin de la
-vie, que le grand penseur russe s'est efforc de mettre profit ce
-qui avait t dit et crit avant lui sur l'ternel problme, pour sa
-propre ducation, d'abord, pour clairer les autres, ensuite, par des
-citations appropries. Le prsent ouvrage est le rsultat de ce travail
-formidable. C'est bien la pense de l'humanit reflchie par l'me de
-Tolsto.
-
-C'est, d'autre part, son oeuvre testamentaire, celle qu'il entoura de
-plus de soin durant ses dernires annes et dont il corrigeait les
-preuves jusqu' sur sa couche de mourant.
-
-Il avait dj prcdemment tabli plusieurs recueils analogues, sans
-avoir pu se dclarer satisfait. Ce fut, premirement: _Penses des
-sages pour chaque jour;_ puis: _Cercle de lecture,_ et, enfin: _Lectures
-quotidiennes_. Durant dix ans, l'auteur de ces recueils, dont chacun
-forme plusieurs volumes, ne cessait de les amender, de les coordonner
-sur un nouveau plan, et c'est de ce long travail prliminaire qu'est
-sorti enfin _Le Chemin de la vie_ dont nous croyons plus explicitement
-intituler la version franaise: _La Pense de l'Humanit_.
-
-L'ide de laisser avant de mourir la confirmation de sa doctrine par la
-collectivit de grands penseurs, le hantait avec une telle constance
-que toutes les fois o Tolsto croyait sa fin proche, son unique
-proccupation tait d'en activer la ralisation. L'un de ses disciples
-et plus proches amis, M. Gorbounov-Possadov, qui avait t charg
-par lui de publier les recueils numrs, raconte, dans sa prface
-l'dition russe du _Chemin de la vie_, ces dtails significatifs sur
-l'origine du premier recueil:
-
-Pendant la grave maladie dont L.N. Tolsto souffrait en janvier
-1903, alors que sa vie tait en danger et qu'il n'avait plus la force
-de s'adonner ses travaux habituels, il relisait l'Evangile et, en
-dtachant chaque jour les feuilles du calendrier suspendu la tte
-de son lit, parcourait les maximes empruntes aux grands penseurs que
-portaient les feuillets. Le calendrier tant puis et le malade n'ayant
-pas sous la main un autre pour le remplacer, Tolsto prouva le dsir
-d'tablir pour son usage personnel un recueil des penses pour sa
-lecture quotidienne. C'est ainsi que, durant sa maladie, il runit les
-lments pour son premier recueil.
-
-Rtabli, il ne cessa d'enrichir chaque nouveau recueil du produit de
-ses constantes recherches, utilisant toute pense qui avait sa valeur
-propre, sans se proccuper de la tendance de l'auteur, ft-il le prince
-Bismarck, tout rougi du sang de ses frres allemands et franais, en
-tmoignage, nous dit M. Gorbounov-Possadov, de ce fait que l'tincelle
-sacre subsiste mme chez le reprsentant le plus implacable du rgime
-de violence. Quantit de ses propres penses, soit extraites de ses
-ouvrages extrieurs, soit nouvellement rdiges, s'agglomraient
- celles des autres auteurs. Le tout tait dispos en lectures
-quotidiennes, pour tous les jours de l'anne.
-
-Pour le prsent travail, outre de nombreuses additions indites, il
-modifia cette disposition suivant un plan nouveau, plus rationnelle. Les
-penses sur le sens de la vie, sur nos passions bonnes et mauvaises, sur
-la conduite observer dans divers cas, etc., furent groupes en trente
-chapitres homognes, chacun traitant une seule question fondamentale.
-Cette division correspond donc un mois de lecture, au lieu de
-s'espacer sur l'anne entire. Tout en conservant ainsi son caractre
-de livre de chevet, le prsent ouvrage gagne en ordonnance, et cela
-d'autant plus que les chapitres sont disposs suivant le dveloppement
-logique de la doctrine de Tolsto.
-
-Rappelons, enfin, que l'ermite de Yasnaa Poliana avait mis une passion
-particulire la rdaction de son dernier travail. M. Gorbounov nous
-conte que, non content d'avoir refait plusieurs reprises le manuscrit,
-l'auteur multipliait les corrections en premire, en deuxime, en
-troisime preuves. En portant lui-mme les preuves corriges
-son diteur,--celui-ci demeurait alors dans le voisinage de Yasnaa
-Poliana,--Tolsto s'excusait avec un sourire contraint, comme si on
-l'avait pris en dfaut: J'ai encore tout barbouill. Pardonnez-moi, je
-ne recommencerai pas.
-
-La dernire fois, ajoute M. Gorbounov, j'ai apport Lon
-Nicolaevitch les preuves de deux fascicules de son ouvrage le 11
-novembre 1910 (trois jours avant la mort de Tolsto), Astapovo, o
-il se mourait. Il eut encore la force d'couter attentivement les
-renseignements que je lui ai apports sur la marche de l'impression des
-trente fascicules. J'ai ajout qu' tout hasard, je lui apportais la
-troisime preuve de deux fascicules; il me rpondit, d'une voix teinte
-et o perait le regret de son impuissance de se remettre son travail
-favori: Je n'ai pas la force.... Faites-le vous-mme.
-
-Nous sommes bien en prsence de l'expression dernire et la plus
-complte peut-tre de la doctrine du grand mort, confronte avec
-les penses de plus grands philosophes de l'humanit et de ses plus
-anciennes traditions. Tolsto cite, en effet, tous les livres sacrs
-connus de tous les pays: la _Bible, Vichnou-Pourana, Rama-Krichna_ et
-autres textes hindous; Bouddha, Lao-Tseu, Confucius et les Bramines;
-_l'Evangile_, les Aptres, le _Talmud_ et le _Coran;_ et aussi les
-plus antiques traditions: chinoises, hindoues, arabes, persanes, voire
-mexicaines d'avant la dcouverte de l'Amrique et quinze sicles avant
-l're chrtienne; les philosophes grecs Hraclite, Socrate, Platon,
-Xenophon et pictte, comme les romains Caton, Cicron, Snque,
-Juvnal, Marc-Aurle et Lactance; Basile-le-Grand et Jean Chrysostome;
-Mahomet, Saadi et Sad Ben-Hamed; Jean Huss, Erasme, Luther; Montaigne,
-Pascal, Fnelon, La Bruyre, Rousseau, Lamennais et Lamartine; Emerson,
-Bentham, Thomas More, Carlyle, Ruskin, Carpenter, Grant-Allen et Henry
-George; Kant, Lessing, Humboldt et Schopenhauer; Gogol, Hertzen et
-Dostoevsky, etc. etc., pour ne nommer que les livres et les auteurs les
-plus universellement connus et sans faire tat des sources que Tolsto
-n'indique pas, en raison de ce que les passages emprunts sont, comme il
-l'explique dans sa prface, interprts et non pas fidlement traduits
-par lui.
-
-/$
- E. HALPRINE-KAMINSKY.
-$/
-
-
-
-
-PRFACE DE L'AUTEUR
-
-
-Les penses recueillies ici, appartiennent aux auteurs les plus divers,
-depuis les crits des brahmanes, de Confucius, des bouddhistes jusqu'
-l'vangile, aux pitres et aux travaux de bien des penseurs, tant
-anciens que modernes. La plupart de ces penses ont t tellement
-modifies par mes traductions et adaptations, qu'il serait dplac de
-maintenir la signature de leurs auteurs. Les meilleures de ces penses
-ne sont pas de moi, mais des plus grands sages de l'univers.
-
- Lon Tolsto.
-
-
-
-
-
-
-La Pense de l'Humanit
-
-
-CHAPITRE PREMIER
-
-DE LA FOI
-
-
-Pour vivre heureux, l'homme doit savoir ce qu'il peut et ce qu'il ne
-peut pas faire. Et seule la foi le lui apprend. La foi indique ce qu'est
-l'homme et pourquoi il est sur la terre. Cette foi a toujours exist et
-existe chez tous les hommes dous de raison.
-
-
-I.--_En quoi consiste la vritable foi_.
-
-1
-
-Afin de vivre d'une vie heureuse, l'homme doit comprendre ce qu'est la
-vie, ce qu'il peut et ce qu'il ne peut pas faire. Ceux qui furent les
-meilleurs et les plus sages parmi tous les peuples l'enseignrent de
-tout temps. Toutes les doctrines de ces sages se rejoignent par leur
-base. Et c'est cet ensemble des doctrines, rvlant le but de la vie
-humaine et la conduite observer, qui constitue la vritable religion.
-
-2
-
-Quel est la signification de l'univers dont je ne conois ni la fin
-ni le commencement? Que reprsente ma vie dans cet univers et comment
-dois-je vivre cette vie?
-
-La foi seule rpond ces questions.
-
-3
-
-La vraie religion a pour mission de rvler la loi qui prime toutes les
-lois humaines et qui est une pour tous les hommes.
-
-4
-
-Il peut exister plusieurs croyances errones, mais la vraie croyance est
-une.
-
- KANT.
-
-5
-
-Si ta foi a t effleure d'un doute, tu n'as plus la foi. La foi est
-alors seulement la foi, quand il ne te vient mme pas la pense qu'elle
-puisse tre mensongre.
-
-6
-
-Il existe deux sortes de croyances: la confiance qu'on accorde ce
-qu'affirment les hommes; c'est, la foi en l'humanit, et on en compte un
-grand nombre. L'autre croyance reconnat la dpendance dans laquelle on
-se trouve envers Celui qui nous a envoys dans ce monde. C'est la foi en
-Dieu, et il n'en existe qu'une pour tous.
-
-
-
-II.--_L'enseignement de la vraie foi est toujours clair et simple._
-
-1
-
-Croire--signifie avoir confiance en ce qui nous est rvl, sans nous
-demander pourquoi il en est ainsi et ce qu'il en rsultera. C'est en
-cela que rside la vraie foi. Elle nous apprend qui nous sommes et quels
-devoirs suscite en nous cette connaissance; mais elle reste muette sur
-les consquences et les rsultats des actes ordonns par elle.
-
-Si je crois en Dieu, point n'est besoin de connatre le but de mon
-obissance la volont divine, car je sais que Dieu est amour et que
-l'amour n'a qu'un but: le Bien.
-
-2
-
-La vritable loi de la vie est si simple, si claire et si comprhensible
-que les hommes n'ont pas d'excuse leur mauvaise vie sous prtexte
-d'ignorer cette loi. Si les hommes vivent contrairement la loi de la
-vraie vie ils rpudient la raison. Et c'est ce qu'ils font.
-
-3
-
-On dit que l'accomplissement de la volont divine est ardue. C'est faux.
-La loi de vie ne nous demande qu'amour envers notre prochain. Et l'amour
-n'est pas pnible, mais joyeux.
-
- D'aprs GRGOIRE SKOVORODA.
-
-4
-
-Le sentiment qu'prouve l'homme lorsqu'il dcouvre la vraie foi est
-semblable celui d'une personne faisant jaillir la lumire dans une
-chambre obscure. Tout s'claire et le bonheur remplit l'me.
-
-
-
-III.--_La vritable foi est dans l'amour de Dieu et de son prochain._
-
-1
-
-Aimez-vous les uns les autres comme je vous aime; tous vous
-reconnatront pour mes disciples, si vous vous aimez les uns les
-autres,--a dit le Christ. Il ne dit pas: si vous _croyez_ en ceci ou en
-cela, mais si vous _aimez_.--La foi chez diffrents hommes, diverses
-poques, peut varier, mais l'amour est invariable chez tous.
-
-La vraie foi est unique--c'est l'amour pour tout ce qui vit.
-
- YBRAHIM DE CORDOUE.
-
-3
-
-L'amour rend les hommes heureux, parce qu'il unit l'homme Dieu.
-
-4
-
-Le Christ a rvl aux hommes que l'_ternel_ n'tait pas la mme chose
-que le _futur_, mais que l'ternel, l'invisible, est en nous, dans cette
-vie mme, que nous devenons ternels lorsque nous sommes en communion
-avec le Dieu-Esprit en lequel tout vit et se meut.
-
-Nous parvenons cette ternit uniquement par l'amour.
-
-
-
-IV.--_La foi dirige la vie des hommes_.
-
-1
-
-Seul, celui qui agit selon ce qu'il considre comme loi de la vie,
-connat la loi de la vie.
-
-2
-
-Toute foi n'est qu'une rponse ceci: comment dois-je vivre dans le
-monde, non pas aux yeux des hommes, mais aux yeux de Celui qui m'a
-envoy sur la terre?
-
-3
-
-La vraie foi n'est pas de savoir bien parler de Dieu, de l'me, de ce
-qui a t et de ce qui sera, mais uniquement de bien savoir ce qu'il
-faut faire et ne pas faire dans cette vie.
-
- D'aprs KANT.
-
-4
-
-Si un homme prouve des malheurs dans la vie, c'est uniquement parce que
-cet homme n'a pas de foi. Il en est de mme pour tout un peuple. Si un
-peuple est malheureux, c'est parce qu'il a perdu la foi.
-
-5
-
-La vie des hommes est heureuse ou malheureuse, suivant leur conception
-de la vraie loi de la vie. Plus ils comprennent clairement cette loi,
-plus leur vie est heureuse; plus ils la comprennent faussement, plus
-leur vie est malheureuse.
-
-6
-
-Pour sortir des souillures du pch, de la dpravation et de la vie
-malheureuse,'il ne faut aux hommes qu'une chose, une religion dans
-laquelle ils ne vivraient pas, chacun pour soi, comme ils le font
-prsent, mais d'une vie commune, en reconnaissant tous la mme loi et
-le mme but. Alors seulement les hommes, en rptant les paroles de la
-prire du Seigneur: Que ton rgne arrive sur la terre comme au ciel
-pourraient esprer que le rgne de Dieu viendrait rellement sur la
-terre.
-
- D'aprs MAZZINI.
-
-7
-
-Si une religion nous apprend qu'il faut renoncer cette vie pour la vie
-ternelle, c'est une religion mensongre. On ne peut pas renoncer,
-cette vie pour la vie ternelle, pour cette raison que la vie ternelle
-existe dj dans cette vie.
-
- WEMANA indienne.
-
-8
-
-Plus la foi de l'homme est solide, plus sa vie est ferme. La vie d'un
-homme sans religion est celle d'une bte.
-
-
-
-V.--_La fausse religion._
-
-1
-
-La loi de la vie commandant d'aimer Dieu et son prochain est simple et
-claire: tout homme, ayant atteint l'ge de raison la conoit par son
-coeur. Par consquent, s'il n'y avait, pas de doctrines errones, tous
-les hommes reconnatraient cette loi, et le royaume des cieux serait sur
-la terre.
-
-Mais, partout et toujours, des faux docteurs ont appris aux hommes
-reconnatre comme loi de Dieu, ce qui n'est pas sa loi. Les multitudes
-ont accept ces fausses doctrines et se sont loignes de la vraie loi
-de la vie et de l'accomplissement de la vritable loi. Aussi, leur vie
-n'en est devenue que plus pnible et plus malheureuse.
-
-Il ne faut donc croire aucune doctrine, si elle n'est pas d'accord
-avec l'amour de Dieu et de son prochain.
-
-2
-
-Il ne faut pas croire que la religion est vraie parce qu'elle est
-vieille. Au contraire, plus les hommes vivent, plus la vraie loi de la
-vie leur devient claire. Supposer qu' notre poque, il faut continuer
-croire ce que croyaient nos grands-pres et aeux, c'est croire qu'un
-adulte peut continuer porter les vtements d'enfant.
-
-3
-
-Nous nous lamentons de ce que nous ne croyons plus en ce que croyaient
-nos pres. Il ne faut pas s'en dsoler, mais s'efforcer de crer une
-religion laquelle nous puissions croire aussi fermement que nos pres
-croyaient la leur.
-
- MARTINEAU.
-
-
-
-
-VI.--_Le culte extrieur._
-
-1
-
-La vraie foi est dans la croyance en une seule loi qui convient tous
-les hommes de l'univers.
-
-2
-
-La vraie religion enseigne de vivre dans le bien, en accord avec tous
-et d'agir envers son prochain comme on voudrait qu'on agisse envers nous.
-
-Cette vraie religion a t enseigne par tous les sages, par tous les
-saints de tous les peuples.
-
-
-
-VII._--L'ide de la rcompense pour la bonne conduite est incompatible
-avec la vraie foi._
-
-1
-
-Quiconque, pratique une religion seulement en vue des rcompenses
-qu'elle peut lui assurer pour ses bonnes oeuvres, ne fait pas preuve de
-foi mais de calcul, calcul toujours faux. Il est faux, parce que la
-vraie foi assure le bonheur dans le prsent uniquement, qu'elle ne donne
-et ne peut donner aucun bonheur dans l'avenir.
-
-2
-
-Un ouvrier cherchait s'embaucher. Il rencontra deux embaucheurs, qui,
-chacun de son ct, se mirent lui vanter leurs patrons. L'un lui dit
-que la place tait excellente. Il est vrai, que si tu ne contentes
-pas le patron, il te frappera, t'emprisonnera; mais si tu russis
-le satisfaire, tu ne pourras pas avoir de vie plus agrable. Quand tu
-auras fini ton temps de travail, tu auras ta retraite, tu vivras sans
-rien faire; des ftes, du vin, des friandises et promenades chaque jour.
-Plais-lui seulement; la vie sera telle que tu n'en peux imaginer de
-meilleure.
-
-L'autre embaucheur invita, son tour, l'ouvrier aller chez son
-patron, mais ne dit pas comment il serait rcompens; il ne pouvait
-mme pas dire o et comment vivaient les ouvriers et si le travail
-tait facile ou pnible; il affirma seulement que le matre tait bon,
-qu'il ne punissait personne et qu'il vivait lui-mme au milieu de ses
-employs.
-
-L'ouvrier rflchit: Le premier patron promet trop. Si tout tait vrai,
-il n'aurait pas besoin de tant promettre. En me laissant tenter par une
-vie grasse, je pourrai bien mal tomber. Le matre doit tre mchant,
-parce qu'il punit svrement ceux qui ne travaillent pas son gr;
-j'irai plutt chez l'autre; au moins, celui-ci ne promet rien, mais on
-dit qu'il est bon et qu'il vit au milieu de ses ouvriers.
-
-Il en est de mme des doctrines religieuses. Certains docteurs incitent
-les hommes bien faire en les intimidant par les punitions et en les
-attirant par des promesses de rcompenses dans l'autre monde o personne
-n'a t. D'autres enseignent seulement que l'amour, base de la vie, est
-en nous et que celui qui reconnat ce principe est heureux.
-
-3
-
-Si tu sers Dieu pour obtenir la jouissance ternelle, tu te sers
-toi-mme et non pas Dieu.
-
-
-
-VIII.--_La raison vrifie les dogmes de la foi._
-
-1
-
-On n'obtient pas la foi par la raison. Mais la raison nous est
-ncessaire pour contrler la religion qu'on nous enseigne.
-
-2
-
-Ne craignons pas de rejeter de notre religion tout ce qui est inutile,
-matriel, tangible, autant que ce qui est vague, indcis: plus nous
-purifierons le noyau spirituel, mieux nous comprendrons la vritable
-loi de la vie.
-
-3
-
-Celui qui ne croit pas tout ce que tout le monde croit autour de lui
-n'est pas un incroyant; tandis que celui qui pense et dit qu'il croit
-ce qu'il ne croit pas, est un vritable incroyant.
-
-
-
-IX.--_La conscience religieuse des hommes ne cesse de se perfectionner._
-
-1
-
-Nous devons nous servir des doctrines des anciens sages et des saints
-posant la loi de la vie, mais nous devons vrifier ce qu'ils nous
-apprennent: accepter ce qui est conforme la raison et rejeter ce qui
-lui est contraire.
-
-2
-
-Il est surprenant que la plupart des hommes restent fidles aux
-doctrines les plus anciennes, celles qui ne conviennent plus
-notre temps, tandis qu'ils rejettent et considrent comme inutiles et
-malfaisantes toutes les nouvelles doctrines. Ils oublient que si Dieu
-a rvl la vrit aux anciens, il demeure le mme et peut la rvler
-de la mme faon aux hommes qui ont vcu jadis et ceux qui vivent
-maintenant.
-
- D'aprs THOREAU[1].
-
-5
-
-La religion n'est pas vraie parce que les saints l'ont prche, mais les
-saints l'ont prche parce qu'elle est vraie.
-
- LESSING
-
-6
-
-Lorsque l'eau de pluie coule dans les chenaux, il nous semble que l'eau
-en vient. Mais l'eau tombe du ciel. Il en est de mme des doctrines des
-sages et des saints: il nous semble que ce sont ces derniers qui les ont
-formes; mais elles viennent de Dieu.
-
-D'aprs RAMA-KRICHNA
-
-
-[1] crivain amricain de l'cole d'Emerson (_Note du traducteur_).
-
-
-
-
-CHAPITRE II
-
-DE DIEU
-
-Outre la matire dont nous et l'univers sommes faits, nous connaissons
-encore quelque chose d'immatriel qui donne la vie notre corps et est
-uni lui. C'est cette chose immatrielle que nous appelons l'me. De
-mme, cette chose immatrielle qui n'est unie rien et qui donne la vie
- tout ce qui existe, est ce que nous appelons Dieu.
-
-I.--_L'homme dcouvre Dieu en soi-mme._
-
-1
-
-La base de toute religion est dans la reconnaissance, non seulement de
-tout ce que nous voyons et ressentons matriellement, mais encore de ce
-quelque chose d'invisible, d'immatriel qui nous donne la vie, nous et
- tout ce qui est tangible et matriel.
-
-2
-
-Je sais que j'ai en moi quelque chose sans quoi rien ne serait. C'est ce
-que j'appelle Dieu.
-
- D'aprs ANGLUS.
-
-3
-
-Tout homme, en rflchissant ce qu'il est, est forc de s'apercevoir
-qu'il n'est pas tout, mais une partie isole de _quelque chose_. L'ayant
-compris, l'homme pense gnralement que ce _quelque chose_ dont il est
-spar est le monde matriel qu'il voit: la terre sur laquelle il vit
-et o ont vcu ses anctres, et aussi le ciel, les toiles et le soleil
-qu'il aperoit. Mais en y rflchissant plus fond, ou en apprenant
-ce qu'en pensaient les sages de tout l'univers, il reconnat que ce
-_quelque chose_, dont les hommes se sentent spars, n'est pas le monde
-matriel qui s'tend l'infini, dans l'espace et dans le temps, mais
-quelque chose d'autre. Si l'homme rflchit encore et qu'il apprend
-ce qu'en pensaient galement les sages, il comprendra, que le monde
-matriel, qui n'a jamais commenc, ne finira jamais et ne peut avoir de
-limites, n'est pas rel, mais est une conception de notre cerveau et
-que, par suite, le _quelque chose_ dont nous nous sentons spars, n'a
-ni commencement ni fin, ni dans le temps ni dans l'espace, mais qu'il
-est immatriel et spirituel.
-
-Ce quelque chose de spirituel, que l'homme reconnat, comme son
-commencement, est ce que les sages appelaient et appellent Dieu.
-
-4
-
-On ne peut reconnatre Dieu qu'en soi-mme. Tant que tu ne l'as pas
-trouv en toi, tu ne le trouveras nulle part.
-
-Il n'y a pas de Dieu pour celui qui ne Le sens pas en soi.
-
-5
-
-Je sens en moi un tre spirituel spar de tout. Je sens le mme tre
-spirituel, galement spar de tout, dans les autres hommes. Mais si je
-le reconnais en moi et si je le reconnais dans les autres tres, il ne
-peut ne pas exister lui-mme. C'est cet tre existant par lui-mme que
-nous appelons Dieu.
-
-6
-
-Ce n'est pas toi qui vis: ce que tu considres comme toi est mort. Ce
-qui t'anime est Dieu.
-
- ANGLUS.
-
-7
-
-Ne pense pas gagner Dieu par tes actes; toutes les oeuvres sont nulles
-devant Dieu. Il ne faut pas gagner Dieu, mais tre Lui.
-
- ANGLUS.
-
-8
-
-Si nous ne voyions pas de nos yeux, si nous n'entendions pas de nos
-oreilles, si nous ne touchions pas de nos mains, nous ne saurions
-rien de ce qui est autour de nous. Mais si nous ne reconnaissions pas
-Dieu en nous-mmes, nous ne nous connatrions pas nous-mmes; nous ne
-connatrions pas en nous-mmes celui qui voit, qui entend le monde
-autour de soi.
-
-9
-
-Celui qui ne saura devenir fils de Dieu, restera jamais dans l'table
-avec le btail.
-
- ANGLUS.
-
-10
-
-Si je mne la vie du sicle, je peux me passer de Dieu. Mais je n'ai
-qu' rflchir d'o je suis issu, quand je suis n et o j'irai aprs ma
-mort, pour que je reconnaisse aussitt qu'il y a quelque chose dont je
-suis venu et o je vais. Il m'est impossible de ne pas reconnatre que
-je suis venu dans ce monde de quelque chose d'incomprhensible et que
-je vais vers quelque chose de tout aussi incomprhensible pour moi.
-
-C'est cet incomprhensible dont je viens et o je vais que j'appelle
-Dieu.
-
-11
-
-On dit que Dieu est l'amour et que l'amour est Dieu. On dit aussi que
-Dieu, est la raison et que la raison est Dieu. Tout cela n'est pas
-absolument exact. L'amour et la raison sont des qualits de Dieu que
-nous reconnaissons en nous-mmes, mais nous ne pouvons savoir ce qu'Il
-est par Lui-mme.
-
-12
-
-C'est bien de craindre Dieu, mais mieux encore est de L'aimer. Le mieux,
-c'est de Le ressusciter en soi.
-
-ANGLUS.
-
-13
-
-L'homme doit aimer; mais on ne peut aimer rellement que ce qui est
-parfait. Il doit donc exister quelque chose qui n'a pas de dfauts. Et
-il n'y a qu'un seul tre qui est sans dfaut: Dieu.
-
-14
-
-Si les hommes ne sont pas toujours d'accord sur ce qu'est Dieu, tous
-ceux qui croient rellement en Lui comprennent toujours de la mme faon
-ce que Dieu veut d'eux.
-
-15
-
-Dieu aime la solitude. Il n'entrera dans ton coeur que lorsqu'il y sera
-seul et que tu ne penseras qu' Lui.
-
- D'aprs ANGLUS.
-
-16
-
-Il existe un conte arabe que voici: En traversant le dsert, Mose
-entendit un ptre prier Dieu: O Seigneur! disait-il, comment faire pour
-Te rencontrer et devenir Ton esclave! Avec quelle joie je Te chausserai,
-je laverai, je baiserai Tes pieds, je peignerai Tes cheveux, je laverai
-Tes vtements, j'arrangerai Ta demeure et je T'apporterai le lait de
-mon troupeau! Mon coeur Te dsire! Mose, entendant ces paroles, se
-fcha contre le ptre et dit: Tu blasphmes. Dieu n'a pas de corps. Il
-n'a besoin ni de vtements, ni de demeure, ni de serviteur. Tu dis des
-sottises. Le ptre en fut attrist. Il ne pouvait se reprsenter Dieu
-sans corps et sans besoins matriels; il ne pouvait plus prier et servir
-Dieu, et il tomba dans le dsespoir. Alors Dieu dit Mose: Pourquoi
-as-tu loign de Moi Mon fidle esclave? Chaque homme a ses penses et
-ses termes. Ce qui est mal pour l'un est bien pour l'autre; ce qui est
-poison pour toi est miel pour un autre. Les paroles ne signifient rien.
-Je vois le coeur de celui qui s'adresse Moi.
-
-17
-
-Si l'homme ne sait pas qu'il respire l'air, il sait, lorsqu'il touffe
-qu'il lui manque quelque chose sans quoi il ne peut vivre. Il en est
-de mme de celui qui perd Dieu, bien qu'il ne sache pas ce qui le fait
-souffrir.
-
-II--_Tout homme dou de raison est forc de reconnatre Dieu._
-
-1
-
-Nous voyons aux cieux et dans chaque homme ce que nous appelons Dieu.
-
-Lorsqu'on hiver, pendant la nuit, tu regards le ciel, tu vois des
-toiles, encore des toiles et des toiles sans fin, et lorsque tu
-penses que chacune de ces toiles est nombre de fois plus grande que
-la terre o tu vis, que par-dessus les toiles que tu vois, il y a
-des centaines, des milliers, des millions d'autres toiles et de plus
-grandes encore et que ni les toiles, ni le ciel n'ont de fin, tu
-comprends que ce que nous ne pouvons concevoir existe.
-
-Lorsque nous regardons en nous-mmes et que nous voyons ce que nous
-appelons notre moi, lorsque nous y voyons quelque chose que nous ne
-pouvons pas comprendre non plus, mais que nous connaissons mieux que
-tout le reste et qui nous fait comprendre tout ce qui est, nous voyons
-dans notre moi, dans l'me, quelque chose de plus comprhensible et de
-plus grand que ce que nous voyons dans les cieux.
-
-C'est ce que nous voyons au ciel et ce que nous sentons en nous, en
-notre me, que nous appelons Dieu.
-
-2
-
-De tous temps, chez tous les peuples s'tait forme la foi en une force
-invisible gouvernant le monde.
-
-Les anciens attribuaient cette force la raison universelle, la
-nature, la vie, l'ternit; les chrtiens appellent cette force:
-esprit, Pre, Seigneur, raison, vrit.
-
-Le monde visible, changeant, est en quelque sorte l'ombre de cette force.
-
-De mme que Dieu est ternel, le monde visible, son ombre, est ternel.
-Seule la force invisible, Dieu, existe vritablement..
-
-SKOVORODA[1].
-
-3
-
-Il y a un tre sans lequel ni le ciel, ni la terre, ne seraient. Cet
-tre est paisible, immatriel; ses qualits s'appellent: amour et
-raison; mais l'tre lui-mme n'a pas de nom. Il est le plus loign et
-le plus proche.
-
- LAO-TSEU.
-
-4
-
-On demanda un homme: Pourquoi sait-il que Dieu existe? Il rpondit:
-Faut-il donc une chandelle pour voir l'aurore?
-
-5
-
-Si l'homme considre quelque chose comme grand, c'est qu'il ne voit pas
-les choses de la hauteur de Dieu.
-
- ANGLUS.
-
-6
-
-Je peux ne pas rflchir ce qu'est l'univers infini et ce qu'est mon
-me qui se connat elle-mme; mais si j'y pense, il m'est impossible de
-ne pas reconnatre ce que nous appelons Dieu.
-
-9
-
-Il y a en Amrique une petite fille aveugle et sourde-muette de
-naissance. On lui a appris lire et crire par le toucher. Lorsque sa
-matresse lui eut expliqu qu'il y avait un Dieu, la fillette rpondit
-qu'elle le savait, mais qu'elle ignorait son nom.
-
-III.--_La volont de Dieu._
-
-1
-
-Nous concevons Dieu moins par la raison que par notre sensation d'tre
-en Son pouvoir, tel un nourrisson dans les bras de sa mre.
-
-L'enfant ne sait pas qui le tient, le rchauffe, le nourrit, mais il
-sait que ce quelqu'un existe et non seulement il connat, mais il aime
-ce quelqu'un dont il dpend. Il en est de mme de l'homme.
-
-2
-
-Plus l'homme accomplit la volont de Dieu, plus il Le connat.
-
-Si l'homme n'accomplit pas la volont de Dieu, il ne Le connat pas du
-tout, bien qu'il dise Le connatre et qu'il L'_invoque_.
-
-3
-
-De mme qu'on ne peut reconnatre une chose qu'en s'en approchant, on ne
-peut connatre Dieu, qu'en s'approchant de Lui, et on ne peut le faire
-qu' l'aide de bonnes actions. Et plus l'homme s'habitue au bien, mieux
-il apprend connatre Dieu; et plus il apprend le connatre, plus il
-aime ses semblables.
-
-4
-
-Nous ne pouvons connatre Dieu. Tout ce que nous savons de Lui c'est Sa
-loi, Sa volont, telles qu'elles sont crites dans l'Evangile. De la
-connaissance de Sa loi, nous dduisons que Celui qui l'a faite existe,
-mais nous ne pouvons pas Le connatre Lui-mme. Nous ne savons au juste
-qu'une chose, c'est que nous devons accomplir la loi que Dieu nous a
-donne et que notre vie est d'autant, meilleure que nous suivons plus
-strictement cette loi.
-
-5
-
-Il est surprenant que je n'aie pu voir avant la simplicit de cette
-vrit qu'en dehors de ce monde et de notre vie, il y a quelqu'un,
-quelque chose qui sait pourquoi le monde existe et pourquoi nous y
-sommes, telles les bulles qui se forment dans l'eau bouillante et qui
-clatent et disparaissent.
-
-Oui, il se passe quelque chose en ce monde, grce tous les tres
-vivants, moi, ma vie. Autrement, pourquoi existeraient ce soleil,
-ces printemps, ces hivers et pourquoi ces souffrances, ces naissances et
-ces morts, ces bienfaits, ces crimes, pourquoi tous ces tres spars
-qui apparemment n'ont aucun sens pour moi et qui vivent de toutes leurs
-forces, qui se soucient tant de leur vie? La vie de tous ces tres me
-convainc parfaitement que tout cela est ncessaire quelque chose de
-raisonnable, de bon, mais qui ne m'est pas accessible.
-
-6
-
-Tant que l'homme chante, crie et dit devant tous: O Seigneur,
-Seigneur! c'est qu'il n'a pas trouv le Seigneur. Celui qui L'a trouv
-garde le silence.
-
- RAMA-KRICHNA.
-
-7
-
-Dans les mauvais moments, on ne sent pas Dieu, on doute de Lui. Mais
-le salut est toujours le mme: penser non Dieu, mais Sa loi et
-l'accomplir: aimer tout le monde.
-
-IV.--_On ne peut comprendre Dieu par la raison._
-
-1
-
-On peut sentir Dieu en soi, ce qui n'est pas difficile. Mais comprendre
-Dieu et savoir ce qu'Il est, est impossible et inutile.
-
-2
-
-On ne peut comprendre par la raison, que l'homme contient son me et
-Dieu; de mme, il est impossible de concevoir qu'il n'y ait pas de Dieu
-et que l'homme n'ait pas d'me.
-
- PASCAL.
-
-3
-
-Pourquoi suis-je spar de tout le reste et pourquoi sais-je que _tout_
-ce dont je suis spar existe, et pourquoi ne puis-je comprendre ce
-qu'est ce _tout_? Pourquoi moi change-t-il constamment? Je ne peux
-rien comprendre tout cela. Mais je ne puis m'empcher de penser
-que tout cela a un sens, qu'il y a un tre pour lequel tout cela est
-comprhensible, qui sait quoi tout cela sert.
-
-4
-
-Chacun peut sentir Dieu, et personne ne peut Le comprendre.
-
-C'est pourquoi ne cherchons pas Le comprendre, mais accomplissons sa
-volont, qui est de le sentir en soi avec plus d'intensit.
-
-5
-
-Si tes yeux sont aveugls par le soleil, tu ne dis pas qu'il n'y a
-pas de soleil. Tu ne diras pas non plus que Dieu n'existe pas parce
-que ta raison s'embrouille et se perd, lorsque tu veux comprendre le
-commencement et la cause de tout.
-
- D'aprs ANGLUS.
-
-6
-
-Pourquoi me demandes-tu mon nom?--dit Dieu Mose.--Si derrire ce
-qui se meut tu peux voir ce qui a toujours t, ce qui est et ce qui
-sera, tu Me connais. Mon nom est le mme que ma substance. Je suis rel.
-Je suis celui qui est.
-
-Celui qui veut savoir mon nom, ne me connat pas.
-
- SKOVORODA.
-
-7
-
-La raison qu'on ne peut concevoir n'est pas la raison ternelle; l'tre
-qu'on peut nommer n'est pas l'tre suprme.
-
-LAO-TSEU.
-
-8
-
-Si trange que soit le fait que je ne connaisse pas Dieu, j'ai toujours
-peur lorsque je suis sans Lui, et je ne suis tranquille que lorsque je
-suis avec lui. C'est plus trange encore que je n'aie point besoin de
-Le connatre mieux et davantage que je ne Le connais maintenant dans
-ma vie actuelle. Je peux et je voudrais me rapprocher de Lui; ma vie
-entire tend cela. Mais ce rapprochement n'augmente aucunement ma
-connaissance de Dieu. Toute tentative de mon imagination me dmontrant
-que je le conois (par exemple, lorsque je me l'imagine crateur ou
-misricordieux, ou quelque chose d'analogue) m'loigne de lui et arrte
-mon rapprochement de Lui. Mme le pronom Il, appliqu Dieu,
-dtruit en quelque sorte pour moi toute sa signification. Le mot Il le
-diminue.
-
-9
-
-Tout ce qu'on peut dire de Dieu ne Lui ressemble pas. On ne peut
-dpeindre Dieu par des paroles.
-
- ANGLUS.
-
-V.--_Du manque de foi en Dieu._
-
-1
-
-L'homme raisonnable trouve en lui-mme la conception de son me, de
-lui-mme et de l'me de l'univers, qui est Dieu; et en reconnaissant
-l'impossibilit d'amener ces conceptions la nettet complte, il
-s'arrte docilement devant elles, sans toucher ce qui les voile.
-
-Mais il y a eu et il y a encore des gens d'un esprit et d'une sagesse
-raffins et qui veulent expliquer la conception de Dieu par des paroles.
-Je ne condamne pas ces gens. Nanmoins, ils ont tort lorsqu'ils
-affirment qu'il n'y a pas de Dieu, et un pareil athisme ne peut durer.
-D'une faon ou d'une autre, l'homme aura toujours besoin de Dieu. Si Sa
-divinit s'tait rvle vous avec plus d'clat encore que jusqu'
-prsent, je suis convaincu que ceux qui contestent Dieu inventeraient de
-nouvelles subtilits pour Le nier. La raison se plie toujours devant les
-exigences du coeur.
-
- ROUSSEAU.
-
-2
-
-Penser qu'il n'y a pas de Dieu, revient au mme d'aprs Lao-Tseu, que de
-croire que l'air qui sort d'un soufflet, a le soufflet pour origine et
-que le soufflet pourrait fonctionner l o il n'y aurait pas d'air.
-
-3
-
-Lorsque les gens de mauvaise vie disent que Dieu, n'existe pas, ils ont
-raison: Dieu n'existe que pour ceux qui regardent de Son ct et se
-rapprochent de Lui. Mais pour celui qui s'est dtourn de Lui et s'en
-loigne, il ne peut y avoir de Dieu.
-
-4
-
-Deux catgories d'hommes connaissent Dieu. Ceux qui ont le coeur
-modeste--qu'ils soient sages ou sots--et ceux qui sont vraiment
-intelligents. Seuls, les hommes orgueilleux et d'intelligence mdiocre
-ne connaissent pas Dieu.
-
- PASCAL.
-
-5
-
-Mose dit Dieu: O te trouverai-je, Seigneur?--Dieu lui rpondit:
-Tu m'as dj trouv, si tu Me cherches.
-
-6
-
-Prouver que Dieu existe! Il ne peut y avoir rien de plus stupide que
-l'ide de prouver l'existence de Dieu. Le faire, c'est vouloir prouver
-la raison de sa vie. A qui? Comment? Pourquoi? Si Dieu n'existe pas, il
-n'y a rien. Or, comment ds lors prouver Son existence?
-
-7
-
-Dieu existe. Point n'est besoin de le prouver. Le faire, serait
-blasphmer; le nier, une folie. Dieu demeure dans notre conscience, dans
-la conception de l'humanit entire, dans la structure de l'univers.
-Seul un homme trs misrable ou trs dprav peut nier Dieu sous la
-vote du ciel toile, sur la tombe des tres chers ou devant la mort
-heureuse d'un martyr.
-
- MAZZINI.
-
-VI.--_L'amour de Dieu._
-
-Je ne comprends pas ce que signifie l'amour de Dieu. Peut-on aimer
-l'inconcevable et l'inconnu? On peut aimer son prochain, c'est
-comprhensible et bien. Mais aimer Dieu, ce sont des paroles vides
-de sens. Ainsi parlent bien des gens. Mais ceux qui le disent et le
-pensent se trompent lourdement: ils ne comprennent pas ce qu'est aimer
-son prochain--non pas un homme agrable ou qui nous est utile, mais
-indiffremment tout homme, quand mme il serait le plus dsagrable
-et le plus hostile. Seul, celui qui est le mme partout, peut aimer
-ainsi son prochain. De sorte que ce n'est pas l'amour de Dieu qui est
-incomprhensible, mais l'amour du prochain sans l'amour de Dieu.
-
-
-[1] Philosophe ukrainien du XVIIIe sicle dont l'exceptionnelle valeur
-ne fut que rcemment reconnue en Russie. (_N. du trad._)
-
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-CHAPITRE III
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-DE L'ME
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-Nous appelons Dieu, l'impalpable, l'invisible, l'immatriel, celui qui
-donne la vie tout et qui existe. Nous appelons me le mme lment
-impalpable, invisible et immatriel, spar par le corps de tout le
-reste et que nous reconnaissons comme nous-mmes.
-
-
-I.--_Qu'est-ce que l'me?_
-
-1
-
-Si l'homme vit longtemps, il subit diverses transformations: il
-est enfant, puis adolescent, adulte, vieillard. Mais, malgr ses
-changements, il dit toujours moi en parlant de lui-mme. Et ce moi a
-toujours t le mme: dans l'enfant, dans l'adulte, dans le vieillard.
-C'est ce moi immuable que nous appelons me.
-
-2
-
-Si l'homme pense que tout ce qui l'entoure, tout l'univers infini, est
-tel qu'il le voit, il se trompe fort. L'homme connat tout ce qui est
-matriel uniquement parce qu'il a tels vue, oui toucher. Si ces sens
-taient autres, le monde entier serait diffrent. De sorte que nous ne
-savons pas et ne pouvons savoir quel est exactement le monde matriel
-o nous vivons. Ce que nous connaissons srement et entirement, c'est
-notre me.
-
-
-
-II.--_Le Moi spirituel._
-
-1
-
-Lorsque nous parlons de notre moi, nous n'entendons pas notre corps,
-mais ce qui le fait vivre. Qu'est-ce que le moi? Nous ne pouvons le
-dfinir par des paroles, mais nous le connaissons mieux que tout ce que
-nous savons. Car nous savons que si nous n'avions pas ce moi, nous
-ne saurions rien, nous n'aurions rien au monde, et nous n'aurions pas
-exist nous-mmes.
-
-2
-
-Lorsque je rflchis, il m'est plus difficile de comprendre ce qu'est
-mon corps que ce qu'est mon me. Le corps a beau nous tre proche, il
-nous est toujours _tranger_; seule l'me est _soi_.
-
-3
-
-Si l'homme ne sent pas l'me en soi, cela ne veut pas dire qu'il n'a
-pas d'me, mais cela prouve seulement qu'il n'a pas encore appris la
-connatre.
-
-4
-
-Tant que nous ne comprenons pas ce qui est en nous, quel intrt
-avons-nous savoir ce qui est en dehors de nous? Et peut-on connatre
-le monde avant de s'tre compris soi-mme? Celui qui est aveugle chez
-lui, peut-il voir lorsqu'il est chez les autres?
-
- SKOVORODA.
-
-5
-
-De mme que la bougie ne peut pas brler sans feu, l'homme ne peut pas
-vivre sans force spirituelle. L'esprit vit dans tous les hommes, mais
-tous les hommes ne le savent pas.
-
-La vie de ceux qui le savent est heureuse, et la vie de ceux qui
-l'ignorent est malheureuse.
-
-_Sagesse brahmane._
-
-
-
-III.--_L'me et le monde matriel._
-
-1
-
-Nous avons mesur la terre, le soleil, les toiles, les profondeurs
-des mers; nous descendons dans l'antre de la terre pour y chercher de
-l'or; nous avons trouv des rivires et des montagnes sur la lune; nous
-dcouvrons de nouveaux astres et connaissons leurs dimensions; nous
-nivelons des prcipices, nous construisons des machines compliques;
-chaque jour apporte de nouvelles et toujours de nouvelles inventions.
-Que ne savons-nous pas? que de choses nous pouvons faire! Seulement,
-il y a une chose absolument essentielle qui nous manque. Et nous ne
-saurions prciser ce que c'est. Nous sommes pareils un petit enfant:
-il sent qu'il n'est pas son aise, mais il ne sait pas pourquoi.
-
-Nous sommes malheureux, parce que nous savons beaucoup de choses
-inutiles et que nous ignorons l'essentiel, c'est nous-mmes. Nous ne
-connaissons pas ce qui est en nous. Si nous savions et si nous nous
-souvenions de ce qui est en nous, notre vie serait toute diffrente.
-
- D'aprs SKOVORODA.
-
-2
-
-Nous ne pouvons savoir ce qu'est en ralit tout ce qui est matriel
-en ce monde. Nous ne pouvons connatre parfaitement que ce qui est
-spirituel en nous-mmes, ce qui est nous-mmes et ce qui ne dpend ni de
-nos sentiments ni de nos penses.
-
-3
-
-Les hommes croient souvent que seules les choses qu'ils peuvent toucher
-de leurs mains existent. Bien au contraire: existe seulement ce qu'on ne
-peut voir, ni entendre, ni palper, ce que nous appelons notre moi--
-notre me.
-
-4
-
-Confucius disait: Le ciel et la terre sont grands, mais ils ont une
-couleur, une forme, une dimension, alors qu'en l'homme il y a quelque
-chose qui pense tout et qui n'a ni couleur, ni forme, ni dimension.
-De sorte que si tout l'univers tait mort, ce qui est en l'homme aurait
-donn la vie au monde.
-
-
-
-IV.--_Le ct spirituel et le ct charnel de l'homme._
-
-1
-
-Chacun de nous est un homme absolument distinct de tous les autres: un
-homme, une femme, un vieillard, un garon, une fille; et dans chacun de
-nous, comme dans tous, rside le mme tre spirituel. Chacun de nous
-est donc Jean ou Nathalie et en mme temps un tre spirituel qui est
-le mme dans tous les hommes. Et lorsque nous disons: _Je veux_, cela
-indique, parfois, ce que dsirent Jean et Nathalie, mais d'autres fois
-ce que veut l'tre spirituel qui est commun nous tous. Et il arrive,
-parfois, que Jean et Nathalie veulent quelque chose, mais que l'tre
-spirituel ne le veut pas et qu'il dsire tout autre chose.
-
-2
-
-Dire que ce que nous appelons nous-mmes n'est que notre chair, dire
-que ma raison, mon me, mon amour ne dpendent que de mon corps, c'est
-prtendre que notre corps n'est que la nourriture dont notre chair
-s'alimente.
-
-Il est vrai que mon corps n'est compos que d'aliments qu'il transforme,
-mais mon corps n'est pas aliment. Ceux-ci lui sont ncessaires pour
-vivre, mais ils ne sont pas le corps.
-
-Il en est de mme de l'me. Il est vrai que, sans ma chair, ce que
-j'appelle me n'existerait pas; mais mon me n'est pas mon corps.
-Celui-ci est ncessaire l'me, mais il n'est pas l'me.
-
-Si l'me n'existait pas, je ne saurais pas ce qu'est mon corps.
-
-Les lments de la vie ne sont pas dans le corps, mais dans l'me.
-
-3
-
-Lorsque nous disons: cela est arriv, cela arrivera ou cela pourra
-arriver, nous parlons de notre vie corporelle. Mais, en dehors de la vie
-corporelle qui a t et qui sera, nous reconnaissons en nous une autre
-vie: la vie spirituelle. Et cette vie-l n'a pas t, ne sera pas, mais
-est toujours. C'est cette vie qui est la vraie. L'homme est heureux
-lorsqu'il vit de la vie spirituelle, et non de la vie corporelle.
-
-4
-
-Le Christ apprend connatre l'homme qu'il y a en lui quelque chose
-qui le met au-dessus de cette vie, de ses misres, de ses craintes et de
-ses dsirs.
-
-L'homme qui a compris la doctrine du Christ se sent comme un oiseau qui,
-ignorant la prsence de ses ailes, aurait compris brusquement qu'il
-pouvait voler, tre libre et ne rien craindre.
-
-
-
-V.--_La conscience, voix de l'me._
-
-1
-
-Dans chaque homme il y a deux tres: l'un: aveugle, matriel;
-l'autre: voyant clair, spirituel. L'un--l'tre aveugle--mange, boit,
-travaille, se repose, se reproduit et fait tout comme une horloge
-rgle. L'autre--l'tre spirituel--ne fait rien lui-mme, mais ne fait
-qu'approuver ou dsapprouver les actes de l'tre aveugle et animal.
-
-On appelle conscience la partie claire, spirituelle de l'homme. Cette
-partie spirituelle agit de mme que les branches d'un compas. Celles-ci
-ne changent de place que lorsque celui qui tient les compas abandonne la
-direction qu'elles indiquent. Il en est de mme de la conscience: elle
-se tait tant que l'homme fait ce qu'il doit, mais ds qu'il abandonne la
-bonne voie, elle lui montre o et quel point il s'est tromp.
-
-2
-
-Lorsque nous apprenons qu'un homme a fait une mauvaise action, nous
-disons: il n'a pas de conscience. Qu'est-ce que la conscience? La
-conscience est la voix de l'tre unique et spirituel qui rside en nous
-tous.
-
-3
-
-La conscience, c'est la manifestation de l'tre spirituel qui vit dans
-tous les hommes. Et ce n'est que lorsqu'elle se manifeste qu'elle
-devient un directeur sr de la vie des hommes. Car souvent les hommes
-prennent pour la conscience non pas la manifestation de l'tre
-spirituel, mais simplement ce qui est considr comme bon ou mauvais par
-les gens dont ils sont entours.
-
-4
-
-La voix de la passion peut tre plus forte que celle de la conscience;
-mais elle est tout autre que la voix calme et persuasive de la
-conscience. Celle-ci est la voix de l'ternel, du divin qui vit en
-l'homme.
-
- CHANNING[1].
-
-5
-
-Le philosophe Kant disait que deux choses l'tonnaient le plus: les
-toiles au ciel et la loi du bien dans l'me humaine.
-
-6
-
-La vraie bont est en toi-mme, dans ton me. Celui qui cherche le bien
-en dehors de lui-mme, agit comme le ptre qui cherche dans son troupeau
-l'agneau qu'il a cach sur sa poitrine.
-
- VIMANA HINDOUE.
-
-VI.--_La divinit de l'me._
-
-1
-
-L'homme a, d'abord, le sentiment de la sparation de son essence du
-reste de sa substance, c'est--dire de sa chair; ensuite, la conscience
-de ce qui est spar, c'est--dire de son me; enfin, la conscience de
-ce dont cette base spirituelle de la vie est spare: la conscience du
-Tout, de Dieu.
-
-C'est prcisment cet lment, conscient d'tre spar du Tout, de Dieu,
-qui est l'unique tre spirituel qui vit en chaque homme.
-
-2
-
-Reconnatre qu'on est un tre _spar_, c'est reconnatre l'existence de
-ce dont on est spar, reconnatre l'existence du Tout, de Dieu.
-
-3
-
-En vrit, en vrit, je vous le dis: celui qui coute Ma parole et
-qui croit Celui qui m'a envoy, a la vie ternelle et il ne vient
-point en jugement, mais il est pass de la mort la vie. En vrit,
-en vrit, je vous le dis, le temps vient, et il est dj venu, que
-les morts entendront la voix du Fils de Dieu et que ceux qui l'auront
-entendue vivront. Car comme le Pre a la vie en lui-mme, il a aussi
-donn au Fils d'avoir la vie en lui-mme.
-
- JEAN, V, 24-25.
-
-4
-
-Une goutte qui tombe dans la mer, devient mer. L'me qui communie avec
-Dieu devient Dieu.
-
- ANGLUS
-
-5
-
-Lorsque l'homme dit une vrit, cela ne veut pas dire que la vrit
-mane de l'homme. Toute vrit vient de Dieu. Elle ne fait que passer
-par l'homme. Si elle passe par l'un plutt que par l'autre, c'est
-uniquement parce que cet homme a su se rendre suffisamment transparent
-pour que la vrit puisse passer travers lui.
-
- PASCAL.
-
-6
-
-Dieu dit: Je n'tais un trsor connu de personne. J'ai voulu tre connu,
-et j'ai cr l'homme.
-
- MAHOMET.
-
-7
-
-On ne peut pas comprendre Dieu par la raison. Si nous savons qu'il
-existe, ce n'est pas parce que nous le concevons par la raison, mais
-parce que nous le sentons en nous-mmes.
-
-L'homme, pour tre vritablement un homme, doit concevoir la prsence de
-Dieu en lui-mme.
-
-Demander si Dieu existe, serait demander si j'existe. Ce par quoi je
-vis, est Dieu.
-
-8
-
-Le corps est l'aliment de l'me; ce sont les chantiers qui servent
-construire la vraie vie.
-
-La plus grande joie que l'homme puisse concevoir, c'est la joie de
-reconnatre en soi un tre libre, raisonnable, aimant, et par consquent
-bienheureux de sentir Dieu en soi.
-
-9
-
-L'me est un verre; Dieu est la lumire qui pntre travers ce verre.
-
-10
-
-Il n'y a que moi et Toi. Si nous n'existions pas tous deux, il n'y
-aurait rien sur la terre.
-
- ANGLUS.
-
-11
-
-Il semble l'homme toujours entendre une voix derrire lui, mais il
-ne peut pas tourner la tte et voir celui qui parle. Cette voix parle
-toutes les langues, gouverne tous les hommes, mais personne n'a jamais
-vu celui qui parle. Ds que l'homme commence obir strictement cette
-voix et la recueille de faon ne pas la sparer de lui-mme dans
-ses penses, il sent que cette voix et lui font un; et plus l'homme
-considrera cette voix comme lui-mme, plus il sera heureux. Cette voix
-lui rvlera la vie bienheureuse, parce que cette voix est celle de Dieu
-dans l'homme.
-
- D'aprs EMMERSON.
-
-Dieu veut le bonheur de tous; or, si tu veux du bien tous,
-c'est--dire si tu aimes, Dieu vit en toi.
-
-13
-
-On dit: sauver son _me_. On ne peut sauver que ce qui peut prir. L'me
-ne peut pas prir parce qu'il n'y a qu'elle seule qui existe. Il ne faut
-pas la sauver, mais la purifier de ce qui l'obscurcit, la souille, il
-faut l'instruire pour que Dieu pntre de plus en plus en elle.
-
-14
-
-On dit: Aurais-tu oubli Dieu? C'est une bonne parole. Oublier Dieu,
-c'est oublier Celui qui vit en toi et par qui tu vis.
-
-15
-
-De mme que j'ai besoin de Dieu, Dieu a besoin de moi.
-
-16
-
-Lorsque tu t'affaiblis et que tu es malheureux, tu dois te rappeler
-que tu as une me et que tu peux vivre par elle. Mais au lieu de cela,
-nous nous imaginons que des hommes pareils nous-mmes peuvent nous
-rconforter.
-
- EMMERSON.
-
-17
-
-Celui qui est uni Dieu, ne doit pas craindre Dieu. Dieu ne saurait se
-faire de mal Lui-Mme.
-
-Les poissons de la rivire apprirent un jour que les hommes disaient
-qu'ils ne pouvaient vivre que dans l'eau. Et les poissons s'en
-tonnrent et se mirent s'interroger entre eux afin d'apprendre si
-quelqu'un savait ce que c'est que l'eau. Alors, un poisson intelligent
-dit: On raconte qu'il y a dans la mer un vieux et sage poisson qui
-sait tout; allons le trouver et demandons-lui ce qu'est l'eau. Et les
-poissons se dirigrent vers l'endroit de la mer o habitait le sage et
-lui demandrent ce qu'tait l'eau. Et le sage poisson dit: L'eau c'est
-ce qui nous fait vivre. Si vous ne la connaissez pas c'est parce que
-vous vivez dans l'eau et d'eau.
-
-De mme, il semble parfois aux hommes qu'ils ne savent pas ce qu'est
-Dieu, mais ils vivent eux-mmes en Lui.
-
- SOUFI[2].
-
-
-
-VII.--_La vie de l'homme n'est pas dans le corps, mais dans l'me, et
-non pas dans le corps et dans l'me, mais dans l'me seule._
-
-1
-
-Celui qui m'a envoy est vritable, et les choses que j'ai entendues
-de Lui, je les dis dans le monde.
-
-Ils ne comprirent point qu'Il parlait du Pre. Et Jsus leur dit:
-Lorsque vous aurez lev le Fils de l'Homme, vous connatrez qui Je
-suis, et que Je ne fais rien de Moi-mme, mais que Je dis les choses
-comme Mon Pre Me les a enseignes.
-
- JEAN, VIII, 26-28.
-
-lever le Fils de l'Homme, c'est avoir conscience de l'esprit qui vit en
-nous et l'lever au-dessus de la chair.
-
-2
-
-L'me et le corps sont ce que l'homme considre comme sien, ce dont il
-s'occupe constamment. Mais on doit savoir que le vrai toi n'est pas
-ton corps, mais ton me. Souviens-toi de cela, lve ton me au-dessus
-de ta chair, prserve-l de toute souillure humaine, ne permets pas ta
-chair de l'touffer--et tu auras une vie heureuse.
-
- MARC-AURLE.
-
-3
-
-On dit qu'on ne doit pas s'aimer soi-mme. Mais sans l'amour de
-soi-mme, il n'y aurait pas de vie. Il s'agit de savoir ce qu'il faut
-aimer en soi: son me ou son corps.
-
-4
-
-Il n'est pas de corps vigoureux qui n'aura jamais t malade; il
-n'est pas de richesses qui ne disparatront jamais; il n'est pas de
-pouvoir qui n'aura pas de fin. Si l'on consacre toute sa vie devenir
-vigoureux, riche, puissant, et qu'on arrive obtenir ce quoi l'on
-aspire, on devra tout de mme s'inquiter, craindre et s'attrister,
-parce qu'on verra tout ce qu'on a cherch dans sa vie vous chapper,
-parce qu'on constatera que l'on se fait vieux et que l'on approche de la
-mort.
-
-Que faire pour ne pas s'inquiter, pour ne pas avoir peur?
-
-Il n'y a qu'un seul moyen: il consiste consacrer sa vie non pas ce
-qui passe, mais ce qui ne prit pas et ne peut prir, l'esprit qui
-vit dans l'homme.
-
-5
-
-Accomplis ce que ton corps exige de toi: cherche obtenir la gloire,
-les honneurs, la richesse, et ta vie sera un enfer. Fais ce que veut
-l'esprit qui rside en toi: cherche l'humilit, la clmence, l'amour, et
-tu n'auras pas besoin de paradis. Le paradis sera dans ton me.
-
-6
-
-Tout homme a des devoirs envers le prochain et des devoirs envers
-lui-mme, envers l'esprit qui vit en lui; ces devoirs consistent ne
-pas souiller, ne pas supprimer, ne pas touffer cet esprit et le
-cultiver sans cesse.
-
-
-
-VIII--_Le vrai bonheur de l'homme n'est que la joie spirituelle._
-
-1
-
-L'homme vit par l'esprit et non par le corps. Lorsque l'homme le sait et
-qu'il a vou sa vie l'esprit et non au corps, on peut le mettre aux
-fers, le verrouiller derrire des lourdes portes, il sera toujours libre.
-
-2
-
-Tout homme connat deux vies: la vie charnelle et la vie spirituelle.
-Ds qu'elle atteint sa plnitude, la vie charnelle commence faiblir.
-Et elle faiblit de plus en plus et arrive la mort. La vie spirituelle,
-au contraire, grandit et devient toujours plus ferme, depuis la
-naissance jusqu' la mort.
-
-Si l'homme ne vivait que de la vie charnelle, toute son existence serait
-celle d'un condamn mort. S'il vivait pour son me, le bonheur qu'il y
-trouverait grandirait de jour en jour, et la mort ne l'effrayerait pas.
-
-3
-
-Pour mener une existence heureuse, point n'est besoin de savoir d'o tu
-es venu et ce que tu deviendras dans l'autre monde. Pense uniquement
-ce que veut ton me, et tu n'auras pas besoin de t'inquiter d'o tu es
-issu et ce qui t'arrivera aprs la mort. Tu n'auras pas besoin de tout
-cela, parce que tu prouveras le bonheur complet qui ne s'inquite ni du
-pass ni de l'avenir.
-
-4
-
-Lorsque le monde commena exister, la raison fut sa mre. Celui qui
-est conscient du fait que la base de sa vie est l'esprit, sait qu'il se
-trouve hors de tout danger. Lorsqu' la fin de sa vie, ses lvres se
-fermeront et les portes de ses sens retomberont, il n'prouvera aucune
-inquitude.
-
- LAO-TSEU
-
-
-[1] Thologien amricain. (_N. du trad._)
-
-[2] Confrrie musulmane. (_N. du trad._)
-
-
-
-
-CHAPITRE IV
-
-MME ME CHEZ TOUS
-
-
-Tous les tres vivants sont spars par leurs corps les uns des autres;
-mais l'origine la vie est la mme pour tous.
-
-I.--_La Conscience de la divinit de l'me unit les hommes._
-
-1
-
-La doctrine chrtienne rvle aux hommes que le mme principe spirituel
-vit en eux tous, qu'ils sont tous frres, et elle les unit ainsi pour
-une heureuse vie commune.
-
- LAMENNAIS.
-
-2
-
-Il ne suffit pas de se dire que chaque homme a la mme me que moi; il
-faut se dire qu'en chaque homme vit le mme principe qui vit en moi.
-Tous les hommes sont spars les uns des autres par leurs corps, mais
-ils sont tous unis par le mme principe spirituel qui donne la vie
-tout.
-
-3
-
-C'est un grand bonheur que d'tre en communion avec les hommes; mais
-comment faire pour s'unir tous? Je peux m'unir aux membres de ma
-famille; mais aux autres? Je peux m'unir mes amis, tous les Russes,
- tous mes coreligionnaires. Mais comment faire pour m'unir ceux
-que je ne connais pas, les trangers, ceux qui professent une autre
-religion? Il y a tant d'hommes et ils sont tous si diffrents! Comment
-faire?
-
-Il n'existe qu'un moyen: oublier les hommes, ne pas penser s'unir
-eux, et ne songer qu' s'unir au seul principe spirituel qui vit en moi
-et en tous les hommes.
-
-4
-
-On dit que chaque homme peut tre trs bon et trs mauvais et qu'il
-manifeste l'un ou l'autre sentiment suivant ses dispositions. C'est
-parfaitement exact.
-
-La vue des souffrances d'autrui provoque, non seulement chez des
-personnes diffrentes, mais chez le mme homme des sentiments absolument
-contradictoires: parfois, la compassion, et, parfois, une sorte de
-mauvais plaisir qui va jusqu' la plus cruelle mchancet.
-
-J'ai eu l'occasion de le constater sur moi-mme: tantt j'avais pour
-tous les tres une profonde compassion, tantt j'prouvais la plus
-grande indiffrence, et, parfois, de la haine mme.
-
-Cela, prouve clairement que nous avons deux faons, absolument opposes,
-de concevoir les choses: l'une, quand nous nous considrons comme des
-tres spars, quand tous les tres nous sont absolument trangers et
-qu'ils ne sont pas moi. Dans ce cas, nous ne pouvons prouver pour
-eux autre chose que de l'indiffrence, de l'envie, de la haine, de la
-malveillance.
-
-L'autre faon de concevoir est dans la conscience de notre unit avec
-tous. Dans ce cas, tous les tres sont pour nous ce qu'est noire moi,
-et alors, ils suscitent notre amour pour eux.
-
-L'une nous spare les uns des autres comme par un mur infranchissable,
-l'autre dtruit ce mur, et nous ne faisons qu'un. La premire nous
-apprend reconnatre que tous les autres tres ne sont pas moi, la
-seconde nous enseigne que tous les tres sont le mme moi que celui
-que je sens en moi-mme.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-5
-
-Plus l'homme vit pour son me, plus il sent son unit avec tous les
-tres vivants. Vis pour ton corps, et tu seras seul parmi des trangers;
-vis pour ton me, et tous te seront parents.
-
-6
-
-Un fleuve ne ressemble pas un tang, un tang un tonneau et un
-tonneau un seau d'eau. Mais dans un tang, dans un fleuve, dans un
-tonneau et dans un seau il y a la mme eau. De mme, tous les gens sont
-diffrents, mais l'esprit qui vit en eux tous est le mme.
-
-7
-
-L'homme ne comprend sa vie que lorsqu'il se voit dans chacun de ses
-semblables.
-
-8
-
-L'essentiel dans la doctrine du Christ c'est qu'il considrait tous les
-hommes comme frres. Dans chaque homme, il voyait un frre et, pour
-cette raison, aimait chacun, quel qu'il soit et qui que ce soit. Il ne
-s'occupait pas de son extrieur, mais de l'intrieur. Il ne voyait pas
-le corps, mais, travers les beaux habits du riche et les haillons du
-misrable, il voyait l'me immortelle. Dans l'homme le plus dprav, il
-apercevait ce qui pouvait transformer l'tre le plus dchu en l'homme
-sublime, aussi grand et aussi saint qu'il l'tait lui-mme.
-
-9
-
-Lorsque l'homme ne voit pas dans chacun le mme esprit qui l'unit tous
-les hommes, il vit comme dans un rve. Celui qui voit Dieu et lui-mme
-dans chacun, vit rellement.
-
-
-
-II--_Le mme principe spirituel vit non seulement dans tous les hommes,
-mais aussi dans tout ce qui vit._
-
-1
-
-Nous sentons dans notre for intrieur que ce par quoi nous vivons, ce
-que nous appelons notre vrai moi, est le mme non seulement dans
-chaque homme, mais aussi dans un chien, un cheval, une souris, une
-poule, un moineau, une abeille, et mme dans une plante.
-
-2
-
-Quand on prtend que les animaux nous sont absolument trangers, on peut
-en dire autant des sauvages, des noirs et des jaunes. Et si l'on estime
-que ces hommes nous sont trangers, ils ont absolument le mme droit de
-considrer les blancs comme des trangers. Quel est donc notre prochain?
-II ne peut y avoir qu'une seule rponse cette question: ne demande
-pas qui est ton prochain, mais agis envers tout ce qui vit comme tu
-voudrais que l'on agisse envers toi-mme.
-
-3
-
-Tout ce qui vit, craint les souffrances; tout ce qui vit, craint la
-mort. Reconnais-toi non seulement dans un homme, mais aussi dans chaque
-tre vivant; ne tue pas et ne cause pas de souffrance ni de mort. Tout
-ce qui vit veut la mme chose que toi; reconnais-toi donc dans chaque
-tre vivant.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-4
-
-L'homme n'est pas suprieur aux btes parce qu'il les fait souffrir,
-mais parce qu'il est capable de les plaindre. Et il a piti des btes,
-car il sent vivre en elles ce qui vit galement en lui.
-
-5
-
-La piti pour tout ce qui vit, est plus ncessaire que tout le reste
-pour pouvoir avancer vers la vertu. Un homme bon ne peut manquer de
-piti. Si un homme est injuste et mchant, il est srement impitoyable.
-Sans piti pour tout ce qui vit, il ne peut y avoir de vertu.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-6
-
-On peut se dshabituer de la piti envers les btes. Cela se remarque
-tout particulirement la chasse. Les hommes bons qui y prennent
-got, tourmentent et tuent les btes sans remarquer la cruaut qu'ils
-commettent.
-
-7
-
-Le commandement: Tu ne tueras point ne se rapporte pas l'homme
-seul, mais tout ce qui vit. Ce commandement avait t grav dans le
-coeur de l'homme avant d'tre inscrit sur la table.
-
-8
-
-Les hommes considrent qu'il n'y a pas de mal se nourrir de la chair
-animale, parce qu'on les a persuads que Dieu l'avait permis. C'est
-faux. On a beau assurer qu'il n'y a pas de pch de tuer et dmanger
-les animaux, il est grav dans le coeur de l'homme, mieux que dans tous
-les livres, qu'il faut avoir piti des animaux et qu'on ne doit pas
-les tuer, au mme titre que les hommes. Nous le savons tous, si nous
-n'touffons pas la voix de la conscience.
-
-9
-
-Si seulement tous ceux qui mangent les animaux, les tuaient eux-mmes,
-un grand nombre parmi eux auraient renonc la viande.
-
-10
-
-Nous sommes tonns de voir qu'il y ait eu et qu'il y a encore des
-hommes qui tuent leurs semblables pour les manger. Mais le temps viendra
-o nos petits enfants s'tonneront que leurs grands pres aient tu,
-tous les jours, des millions d'animaux pour les manger, alors qu'on peut
-avoir une nourriture saine et substantielle en se servant des fruits de
-la terre.
-
-11
-
-On peut se dshabituer de toute piti, mme envers les hommes, et on
-peut s'habituer avoir piti mme d'un insecte.
-
-Plus l'homme est pitoyable, mieux cela vaut pour son me.
-
-Comment s'abstenir de tuer la mouche ou la puce? Chacun de nos
-mouvements supprime malgr nous la vie des tres que nous ne voyons
-pas, dit-on gnralement pour justifier la cruaut humaine envers les
-animaux. Ceux qui parlent ainsi oublient qu'il n'est pas donn l'homme
-d'arriver la perfection en toutes choses. La tche de l'homme est de
-se rapprocher de la perfection. Il en est de mme lorsqu'il s'agit de
-la compassion envers les btes. Nous ne pouvons pas vivre sans faire
-mourir d'autres tres, mais nous pouvons avoir pour eux plus ou moins de
-compassion. Et plus nous en aurons, mieux cela vaudra pour notre me.
-
-
-
-III.--_Plus les hommes sont bons, mieux ils conoivent l'unit du
-principe divin qui vit en eux._
-
-1
-
-Pourquoi sommes-nous tout joyeux quand nous avons accompli une bonne
-action? Parce que chaque bonne action nous confirme que notre vrai moi
- ne se borne pas notre personne seule, mais qu'il existe en tout ce
-qui vit.
-
-Lorsqu'on vit pour soi-mme, on ne vit que d'une parcelle de son vrai
-moi. Lorsqu'on vit pour les autres, on sent son moi s'tendre.
-
-Si tu vis pour toi seul, tu te sens entour d'ennemis, tu sens le
-bonheur de chacun entraver le tien. Vis pour les autres, et tu te
-sentiras entour d'amis et le bonheur de chacun deviendra ton bonheur
-toi.
-
-2
-
-L'homme ne trouve le bonheur qu'en servant son prochain. Et il l'y
-trouve parce qu'en rendant service ses prochains, il communie avec
-l'Esprit Divin qui vit en eux.
-
-3
-
-Toute bonne action vritable, celle que l'homme accomplit avec
-dsintressement et en ne pensant qu'au malheur d'autrui, serait un fait
-tonnant et inconcevable, s'il n'tait pas aussi naturel et familier
-l'homme.
-
-En effet, pourquoi se priver de quelque chose, s'inquiter, se dranger
-pour un tranger, un homme comme il y en a tant sur la terre? On ne peut
-pas expliquer cela autrement que par le fait que la personne qui fait du
-bien, sait que celui pour qui elle le fait n'est pas un tre isol de
-tous, mais le mme tre qu'elle, mais sous un autre aspect.
-
- D'aprs SCHOPENHAUER.
-
-4
-
-Lorsqu'on vit de la vie spirituelle, on prouve des souffrances morales
-chaque fois qu'on se spare des hommes. Pourquoi cette souffrance? Parce
-que, de mme que la souffrance physique dmontre le danger qui menace la
-vie corporelle, la souffrance morale dmontre le danger qui menace la
-vie spirituelle de l'homme.
-
-5
-
-Un sage hindou disait: En toi, en moi, en tous les tres vivants vit un
-seul et mme esprit vital; et voici que tu te fches contre moi, tu ne
-m'aimes pas. Souviens-toi que toi et moi, nous sommes un. Qui que tu
-sois, toi et moi, nous ne faisons qu'un.
-
-6
-
-Bien qu'un homme soit mchant, injuste, bte et dsagrable,
-souviens-toi qu'en ne le respectant plus, tu romps non seulement tout
-lien avec lui seul, mais avec tout le monde spirituel.
-
-7
-
-Pour qu'il te soit facile de vivre avec chaque homme, pense ce qui
-t'unit lui et non pas ce qui te spare de lui.
-
-IV.--_Les consquences rsultant de la conception de l'unit de l'me de
-tous les hommes._
-
-1
-
-Il ne peut y avoir et il n'y aura pas de libert et de bonheur
-vritable, tant que les hommes n'auront pas compris leur unit. Si
-seulement les hommes avaient compris cette vrit essentielle du
-christianisme,--la communaut spirituelle de tous les hommes--leur vie
-se serait transforme, et il s'tablirait entre eux des rapports que
-nous ne saurions imaginer maintenant. Les insultes, les peines, les
-humiliations que nous faisons subir aux hommes-frres nous auraient
-rvolts plus que les plus grands crimes actuels.
-
-Oui, il nous faut une nouvelle rvlation, non pas sur le paradis et
-l'enfer, mais sur l'esprit qui vit en nous.
-
- CHANNING.
-
-2
-
-L'amour appelle l'amour. Cela ne peut tre autrement parce qu'en se
-rvlant en toi, Dieu se rvle galement en un autre homme.
-
-3
-
-La branche coupe de son noeud est, par cela mme, spare de l'arbre
-entier. De mme l'homme qui rompt avec un autre homme, se dtache de
-toute l'humanit. Seulement, la branche est coupe par un bras tranger,
-alors que, par son mpris, l'homme se dtache de son prochain, sans
-penser que, par cela mme, il se dtache de toute l'humanit.
-
- MARC-AURLE.
-
-4
-
-Il n'y a pas de mauvaise action pour laquelle soit seul puni celui
-qui l'a faite. Nous ne pouvons nous isoler de faon ce que notre
-mchancet ne se rpande pas sur les autres hommes. Nos actions, bonnes
-et mauvaises, sont comme nos enfants: elles vivent et agissent non plus
-par notre volont, mais par elles-mmes.
-
- GEORGE ELLIOT.
-
-5
-
-La vie des hommes est pnible uniquement parce qu'ils ne savent pas que
-l'me, qui est en chacun de nous, vit dans tous les hommes. C'est de l
-que provient l'animosit, que les uns sont riches, les autres pauvres,
-les uns sont matres, les autres ouvriers; de l que vient l'envie, la
-haine et tous les tourments humains.
-
-
-
-
-CHAPITRE V
-
-DE L'AMOUR
-
-
-L'me humaine, isole par le corps aussi bien de Dieu que des autres
-tres, tend se runir ce dont elle est spare.
-
-L'me s'unit Dieu par la conscience progressive de la prsence de Dieu
-en soi, alors qu'elle s'unit aux mes des autres par des manifestations
-d'amour de plus en plus videntes.
-
-
-I. _L'Amour unit les hommes Dieu et aux autres tres._
-
-1
-
-Jsus dit au lgiste: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton
-coeur, de toute ton me et de tout ton esprit. C'est le premier et le
-plus grand des commandements.
-
-Le second est: aime ton prochain comme toi-mme, rpondit l'homme de
-loi au Christ, et Jsus lui dit: Tu as bien rpondu; agis donc comme tu
-l'as dit, c'est--dire, aime Dieu et ton prochain et tu vivras bien.
-
-2
-
-Vous tes bien malheureux, vous, les gens du monde! Les chagrins et les
-inquitudes sont au-dessus de vos ttes et sous vos pieds, droite et
- gauche, et vous tes des nigmes pour vous-mmes. Et vous resterez
-toujours nigmes si vous ne devenez pas joyeux et affectueux comme les
-enfants. Alors seulement vous Me connatrez et, m'ayant connu, vous vous
-comprendrez vous-mmes et vous pourrez vous gouverner.
-
-Alors seulement, lorsque vous regarderez le monde travers votre me,
-tout sera joie pour vous sur la terre et en vous-mmes.
-
-_Soutes bouddhistes._
-
-3
-
-On ne peut aimer que la perfection.
-
-Il faut donc, pour aimer: ou bien considrer comme parfait ce qui ne
-l'est pas, ou bien aimer ce qui est parfait, c'est--dire Dieu. Si l'on
-considre comme parfait ce qui ne l'est pas, l'erreur se rvlera tt ou
-tard et l'amour ne sera plus. Mais l'amour de Dieu, c'est--dire de la
-perfection, ne peut pas finir.
-
-4
-
-Dieu est amour; celui qui demeure dans la charit, demeure en Dieu et
-Dieu en lui. Personne n'a jamais vu Dieu; mais si nous nous aimons les
-uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est accompli en
-nous. Si quelqu'un dit: J'aime Dieu et qu'il hasse son frre, c'est
-un menteur. Car celui qui n'aime point son frre qu'il voit, comment
-peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? Frres, aimons-nous les uns les
-autres, car l'amour vient de Dieu, et quiconque aime, est n de Dieu et
-connat Dieu, car Dieu est amour.
-
-D'aprs la 1<sup>re</sup> pitre de saint Jean.
-
-5
-
-Les hommes ne peuvent communier rellement qu'en Dieu. Pour se
-rencontrer, les hommes n'ont pas besoin de se croiser, ils doivent
-simplement se diriger vers Dieu.
-
-S'il y avait un grand temple o la lumire ne pntrerait que d'en haut
-et du centre, les hommes, pour se rencontrer dans ce temple, n'auraient
-qu' se diriger vers la lumire. Il en est de mme dans le monde: si
-tous les hommes allaient, Dieu, ils se rencontreraient tous.
-
-6
-
-Il n'y a rien de plus agrable que de se savoir aim. Mais, chose
-extraordinaire! pour qu'on nous aime il est inutile de rendre service
-aux autres: il suffit de se rapprocher de Dieu. Rapproche-toi de Dieu et
-ne pense pas aux hommes, et les hommes t'aimeront.
-
-7
-
-Celui qui prtend aimer Dieu tout en n'aimant pas son prochain, trompe
-les hommes. Celui qui prtend aimer son prochain et n'aime pas Dieu, se
-trompe lui-mme.
-
-8
-
-On dit que le jour du jugement dernier arrivera et que le bon Dieu se
-fchera. Mais un Dieu bon ne peut faire que du bien.
-
-De toutes les religions existantes, il n'y en a qu'une seule vraie,
-celle qui dit que Dieu est amour. Et l'amour ne peut donner que le
-bonheur.
-
-Ne crains rien: pendant ta vie et aprs ta mort, il ne peut y avoir que
-l'amour.
-
- _Traduit du persan._
-
-9
-
-Vivre selon les prceptes de Dieu c'est tre pareil Dieu. Et, pour
-tre pareil Dieu, il faut ne rien craindre et ne rien dsirer pour
-soi. Et pour ne rien craindre et ne rien dsirer pour soi, il n'y a qu'
-aimer.
-
-Les uns disent: rentre en toi-mme et tu trouveras le repos. Toute la
-vrit n'est pas l.
-
-D'autres disent, au contraire: sors de toi-mme; tche de t'oublier
-et de trouver le bonheur dans les plaisirs. Ceci n'est pas vrai non
-plus. Ce n'est pas vrai pour cette seule raison qu'on ne peut pas se
-dbarrasser des maladies par les plaisirs. Le repos et le bonheur ne
-sont ni en nous, ni en dehors de nous, ils sont en Dieu. Et Dieu est en
-nous et hors nous. Aime Dieu, car c'est en Dieu que tu trouveras ce que
-tu cherches.
-
- PASCAL.
-
-
-
-II.--_De mme que le corps a besoin de nourriture et souffre lorsqu'il
-en est priv, l'me a besoin d'amour et souffre en son absence._
-
-1
-
-Tous les corps sont attirs par la terre et les uns par les autres. De
-mme toutes les mes sont attires vers Dieu et les unes vers les autres.
-
-2
-
-Tous les gens vivent, non pas parce qu'ils pensent eux-mmes, mais
-parce que l'amour est le propre des hommes.
-
-Afin que les hommes ne vivent pas chacun pour soi, mais tous pour la
-mme cause, Dieu ne leur a pas rvl ce qu'il faut chacun d'eux, mais
-leur a dit seulement ce qu'il leur fallait tous.
-
-Afin que les hommes sachent ce qu'il leur faut tous, Il a pntr dans
-leurs mes et s'y est manifest en amour.
-
-3
-
-Tous les malheurs des hommes ne sont pas causs par les mauvaises
-rcoltes, les incendies, les brigands, mais simplement parce qu'ils
-vivent en dsaccord.--Ils sont en dsaccord, parce qu'ils ne croient pas
- la voix de l'amour qui vit en eux et qui les appelle s'unir.
-
-4
-
-Tant que l'homme vit d'une vie matrielle, il lui semble qu'il est
-spar des autres hommes parce que cela est ainsi et ne peut tre
-autrement. Mais ds qu'il commence vivre d'une vie spirituelle, il
-s'tonne, ne comprend pas, jusqu' en souffrir, pourquoi il est spar
-des autres hommes, et il cherche s'unir eux. L'amour seul unit les
-hommes.
-
-5
-
-La vie de chaque homme consiste devenir meilleur chaque anne, chaque
-mois, chaque jour. Plus les gens deviennent meilleurs et plus ils
-s'unissent, plus leur vie est meilleure.
-
-6
-
-Si nous tenions fermement nous rallier aux hommes l o nous sommes
-d'accord avec eux, sans exiger leur consentement sur les points o nous
-ne sommes pas d'accord, nous serions bien plus prs du Christ que ceux
-qui, tout en se qualifiant de chrtiens, se dtachent, au nom du Christ,
-des hommes d'une autre religion, en exigeant qu'ils soient d'accord avec
-ce qui leur semble tre la vrit.
-
-Aimez vos ennemis, et vous n'en n'aurez point.
-
-_Actes des Aptres._
-
-
-
-III.--_L'amour n'est vrai que lorsqu'il se rpand sur tout._
-
-1
-
-Dieu voulait que nous fussions heureux et, dans ce but, il nous a donn
-le besoin du bonheur; seulement, il voulait que nous soyons heureux
-tous, et non pas quelques-uns, et pour cela il nous a donn le besoin
-d'aimer. Il s'ensuit que les hommes ne seront heureux que lorsqu'ils
-s'aimeront tous les uns les autres.
-
-2
-
-Snque disait que tout ce que nous voyons, tout ce qui vit n'est qu'un
-seul corps; tels les bras, les jambes, l'estomac, les os, nous sommes
-les parties de ce corps. Tous, nous sommes venus au monde de la mme
-faon; tous, nous voulons notre bonheur; tous nous savons que nous
-ferions mieux de nous entr'aider que de nous exterminer et tous nous
-avons un germe d'amour les uns pour les autres. Comme des pierres,
-nous formons une mme route et nous nous croulerons, si nous ne nous
-soutenons pas.
-
-3
-
-Si nous aimons ceux qui nous plaisent, qui nous louent, qui nous font du
-bien, nous les aimons pour nous-mmes. Le vritable amour est celui qui
-nous fait aimer non pour notre plaisir, mais pour le bien des hommes que
-nous aimons; nous devons les aimer, non pas parce qu'ils sont agrables
-ou utiles, mais parce que dans chaque homme nous reconnaissons l'esprit
-qui vit en nous.
-
-Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons aimer, comme nous l'a appris le
-Christ, non seulement ceux qui nous aiment, mais aussi ceux qui nous
-hassent: nos ennemis.
-
-4
-
-Tche d'aimer celui que tu n'aimais pas, que tu blmais, qui t'a
-offens. Si tu y russis, tu connatras une sensation nouvelle de joie.
-De mme que la clart clate aprs les tnbres, la lumire de l'amour
-s'allumera avec plus d'intensit et plus joyeusement en toi, aprs
-s'tre libr de l'inimiti.
-
-5
-
-Le meilleur des hommes est celui qui aime _tous_ et qui fait du bien
-tous, qu'ils soient bons ou mchants.
-
- MAHOMET.
-
-6
-
-Je suis triste, ennuy, seul. Mais qui donc t'a ordonn de fuir tous
-les hommes et de te murer dans la prison de ton misrable et ennuyeux
-moi.
-
-7
-
-Agis de faon pouvoir dire chacun: fais comme moi.
-
- D'aprs KANT.
-
-8
-
-Tant que je n'aurai pas vu observer le plus grand commandement du
-Christ--l'amour envers les ennemis--je ne croirai pas que ceux qui se
-qualifient de chrtiens le soient effectivement.
-
- LESSING.
-
-
-
-IV.--_On ne peut aimer rellement que l'me._
-
-1
-
-Tous les hommes ne dsirent, qu'une seule chose, c'est de bien vivre.
-C'est pourquoi, depuis les temps les plus anciens, partout et toujours,
-les sages et les saints ont pens et appris aux hommes comment il
-fallait vivre pour tre heureux. Et toutes les poques et dans tous
-les pays, les sages et les saints ont enseign aux hommes la mme
-doctrine.
-
-Cette doctrine est brve et simple:
-
-Tous les hommes vivent par le mme esprit, mais sont spars, dans cette
-vie, par leurs corps; s'ils en sont convaincus, ils doivent s'unir les
-uns aux autres par l'amour. S'ils ne le comprennent pas et s'imaginent
-qu'ils vivent uniquement par leurs corps, ils se querellent entre eux et
-sont malheureux.
-
-Toute la doctrine est dans la recommandation de faire ce qui unit les
-hommes et de ne pas faire ce qui les dsunit. Il est facile d'avoir foi
-en cette doctrine parce qu'elle demeure dans le coeur de chaque homme.
-
-
-
-V.--_L'amour est un sentiment naturel l'homme._
-
-1
-
-L'homme aime aussi naturellement que l'eau descend la pente.
-
-_Proverbe oriental._
-
-2
-
-Pour que l'abeille vive selon sa nature, elle doit voler, le serpent
-ramper, le poisson nager, l'homme aimer. Par consquent, si l'homme fait
-du mal son prochain au lieu de lui faire du bien, cela parat aussi
-trange que si le poisson se mettait voler et l'oiseau nager.
-
-3
-
-Le cheval, par sa course rapide, fuit l'ennemi. Il est malheureux non
-pas lorsqu'il ne peut pas crier comme un coq, mais lorsqu'il perd ce qui
-lui est acquis: la facult de courir.
-
-Le sens le plus prcieux pour le chien est son flair. Il est malheureux
-lorsqu'il le perd, et non lorsqu'il voit qu'il ne peut pas voler.
-
-De mme l'homme est malheureux, non quand il est impuissant matriser
-un ours, un lion, ou de mauvaises gens, mais quand il perd ce qu'il a de
-plus cher: sa nature spirituelle, sa facult d'aimer.
-
-On n'a pas regretter quand on meurt, quand on a perdu son argent, sa
-proprit, sa maison--tout cela n'appartient pas l'homme. On doit
-regretter quand l'homme perd son bien rel, son plus grand bonheur: la
-facult d'aimer.
-
-4
-
-On demanda un philosophe chinois: qu'est-ce que la science? Il
-rpondit: C'est connatre les hommes.
-
-On lui demanda: Qu'est-ce que la vertu? Il rpondit: C'est aimer les
-hommes.
-
-5
-
-Un philosophe hindou disait: De mme qu'une mre soigne son unique
-enfant, le dorlote, le garde et l'lve, l'homme doit lever et garder
-en soi ce qu'il a de plus cher au monde: l'amour pour tout ce qui
-vit. Toutes les religions nous l'enseignent: celle des Bramines, des
-Bouddhistes, des Hbreux, des Chinois, des Chrtiens, des Mahomtans.
-C'est pourquoi, la chose la plus ncessaire au monde est d'apprendre
-aimer.
-
-6
-
-Les Chinois ont eu leurs philosophes tels que Confucius, Lao-Tseu et un
-autre sage, peu connu, du nom de Mi-Ti.
-
-Mi-Ti enseignait qu'il ne fallait pas inculquer aux hommes le respect
-de la force, de la richesse, de la bravoure, mais de l'amour seul. Il
-disait: On lve les hommes de faon ce qu'ils considrent que la
-richesse et la gloire sont au-dessus de tout et ils ne songent qu'
-gagner le plus possible de gloire et de richesses; il faut les lever de
-faon ce qu'ils placent l'amour au-dessus de tout et que, dans la vie
-quotidienne, ils s'habituent aimer les hommes et consacrer toutes
-les forces apprendre aimer.
-
-Mi-Ti n'a pas t cout. Mendz, un lve de Confucius, contredit
-Mi-Ti, en assurant qu'on ne saurait vivre uniquement d'amour. Et
-les Chinois suivirent Mendz. 500 ans s'coulrent ainsi, lorsque
-Jsus vint enseigner aux hommes ce qu'avait dj dit Mi-Ti, mais
-avec plus de force et de clart. Bien que personne ne conteste cette
-doctrine d'amour, les disciples du Christ ne suivent toujours pas son
-enseignement. Mais le moment viendra--et il est proche--o les hommes ne
-pourront pas faire autrement que de suivre cette doctrine, parce que son
-germe se trouve dans tous les coeurs, alors que la non observation de ses
-prceptes rendra les gens de plus en plus malheureux.
-
-
-
-VI.--_L'amour seul donne le bonheur rel._
-
-1
-
-Tu veux du bien, tu auras ce que tu dsires, condition que tu veuilles
-le bien qui est bon pour tous. Ce bonheur ne se gagne que par l'amour.
-
-2
-
-Celui qui veut conserver sa vie, la perdra, et celui qui donne sa vie
-pour le bien, la conservera. L'homme n'a pas de profit gagner le
-monde entier s'il fait du tort son me. Ainsi parlait Jsus. De
-mme parlait le paen Marc-Aurle: me, quand donc seras-tu le chef du
-corps? Quand te dbarrasseras-tu des dsirs et des peines charnelles,
-et pourras-tu te passer des services de ce que les hommes te servent de
-leur vie ou de leur mort! Quand comprendras-tu que le vrai bonheur est
-toujours en ton pouvoir et qu'il est l'amour pour tous les hommes?
-
-3
-
-Celui qui dit qu'il est dans la lumire et qui hait son frre, est
-encore prsent dans les tnbres. Celui qui aime son frre demeure
-dans la lumire et ne craint nulle tentation. Mais celui qui hait son
-frre est dans les tnbres, marche dans les tnbres et ne sait o il
-va, parce que les tnbres ont aveugl ses yeux.... Aimons, non par la
-parole et la langue, mais par les actes et la vrit. C'est cela que
-nous reconnaissons la vrit et que nous tranquillisons nos coeurs.
-
- 1<sup>re</sup> pitre de saint JEAN.
-
-4
-
-Je ne sais pas lequel des chefs des religions a raison, et je ne puis le
-savoir d'une faon certaine; mais je sais pertinemment que le mieux que
-je puis faire, c'est de dvelopper l'amour en moi; de cela je ne puis
-en douter. Je ne puis en douter parce qu'en se dveloppant, mon amour
-augmente mon bonheur.
-
-5
-
-Nous savons trouver tout; il n'y a que nous-mmes que nous ne sachions
-pas trouver. Chose trange! L'homme vit sur la terre pendant de
-nombreuses annes sans remarquer quel moment il prouve le plus de
-satisfaction. S'il s'en apercevait, il verrait clairement en quoi
-consiste son vrai bonheur; il saurait qu'il ne se sent son aise
-que lorsqu'il a l'amour dans l'me. C'est que nous ne mditons pas
-assez pour nous en apercevoir. Nous avons perverti notre raison et ne
-cherchons plus connatre ce qui seul nous est ncessaire.
-
-Si nous nous tions arrts un seul instant au milieu du tourbillon de
-la vie qui nous emporte, si nous tions rentrs en nous-mmes, nous
-aurions compris o est notre bonheur.
-
-Notre corps est faible, impur, mortel; mais il recle un trsor divin:
-l'esprit immortel. Il nous suffirait d'avoir conscience de cet esprit
-intrieur pour nous mettre aimer les hommes, et, en les aimant, nous
-aurons tout ce que notre coeur dsire: le bonheur.
-
- SKOVORODA.
-
-6
-
-Nous n'obtenons le bonheur corporel, tous les plaisirs, qu'au dtriment
-des autres hommes. Par contre, nous n'augmentons le bien spirituel, le
-bien de l'amour qu'en augmentant le bonheur d'autrui.
-
-7
-
-Tous nos perfectionnements de la vie matrielle: les chemins de fer,
-le tlgraphe, les machines peuvent servir l'union des hommes et
-les rapprocher du royaume de Dieu. Mais le malheur est que les hommes
-se passionnent pour ces perfectionnements et s'imaginent que s'ils
-construisent beaucoup de ces engins, ils peuvent se rapprocher de Dieu.
-C'est une aussi grosse erreur que si l'homme avait toujours travaill
-le mme terrain sans songer y semer quelque chose. Pour que toutes
-ces machines soient utiles, il faut que les hommes perfectionnent leur
-me, y cultivent l'amour. Car sans amour, le tlphone, le tlgraphe,
-les machines volantes, loin de nous rapprocher, nous divisent de plus en
-plus.
-
-8
-
-L'homme est misrable et ridicule lorsqu'il cherche ce qu'il a sur
-le dos. Il est tout aussi misrable et ridicule lorsqu'il cherche le
-bonheur, sans savoir qu'il le trouvera dans l'amour qui est dans son
-coeur.
-
-Ne regardez pas le monde et les oeuvres des hommes, mais jetez un regard
-dans votre me, et vous y trouverez, le bonheur que vous cherchez l o
-il n'est pas; vous trouverez l'amour et vous saurez que ce bonheur est
-si grand que celui qui l'a, ne peut plus rien dsirer.
-
- KRISHNA.
-
-9
-
-Fais du bien tes amis pour qu'ils t'aiment davantage, fais-en tes
-ennemis pour qu'ils deviennent tes amis.
-
- KLEOVODLOS[1].
-
-10
-
-On dit: quel profit y a-t-il faire du bien aux gens qui vous paient
-par le mal? Si tu aimes celui qui tu fais le bien, tu as dj reu ta
-rcompense par ton amour pour lui, et tu en auras une plus grande encore
-dans ton me si tu supportes avec amour le mal qu'il le fait.
-
-11
-
-Quand nous aimons nos frres nous savons que nous sommes passs de la
-mort la vie. Celui qui hait son frre n'a pas la vie ternelle qui est
-en lui.
-
-D'aprs le 1<sup>er</sup> pitre de JEAN, III.
-
-12
-
-Oui, le temps viendra bientt, celui-l mme dont le Christ disait qu'il
-souffrait en l'attendant, le temps o les hommes seront fiers, non pas
-de la domination sur les autres et de la spoliation du fruit de leur
-travail, non pas de la crainte et de l'envie qu'ils provoquent, mais
-fiers de leur amour pour tous et heureux de cette sensation qui les
-libre de tout mal, malgr les peines qu'on peut leur causer.
-
-13
-
-L'amour donne et ne reoit rien.
-
-
-[1] L'un des sept sages de la Grce; il vivait au VI<sup>e</sup> sicle
-avant J.-C. (_Note du trad._).
-
-
-
-
-CHAPITRE VI
-
-PCHS, TENTATIONS, SUPERSTITIONS
-
-
-La vie humaine serait un bonheur continuel si les superstitions, les
-tentations et les pchs n'avaient pas priv les hommes de ce bien qui
-leur est accessible. Le pch est l'encouragement aux dsirs charnels;
-les tentations sont la conception errone que l'homme a de ses relations
-avec le monde; les superstitions sont les fausses doctrines acceptes
-sur parole.
-
-
-I.--_La vraie vie n'est pas dans le corps, mais dans l'me._
-
-1
-
-Le terme de pch, dans le langage populaire, est employ par le
-laboureur lorsque la charrue lui chappe des mains, et qu'elle sort du
-sillon sans retourner la terre.
-
-Il en est de mme dans la vie. Le pch est la dviation du corps humain
-de la bonne voie et son impuissance, par suite, d'accomplir son devoir.
-
-2
-
-Dans leur jeunesse, lorsqu'ils ne connaissent pas le but rel de la vie
-qui est la communion dans l'amour, les hommes pensent que le but est de
-satisfaire leurs dsirs charnels. Il n'y aurait pas grand mal, si cette
-illusion n'tait qu'une erreur de la raison; mais le malheur est que
-l'assouvissement des dsirs charnels souille l'me et que celle-ci perd
-la facult de trouver son bonheur dans l'amour.
-
-N'est-ce pas vouloir puiser de l'eau potable avec un rcipient bien
-souill pralablement?
-
-3
-
-Tu voudrais procurer ton corps les plus grands plaisirs. Mais ton
-corps, vivra-t-il longtemps? Se soucier des plaisirs charnels, c'est
-construire sa maison sur de la glace. Quelle joie pourrait-on attendre
-d'une telle vie, quel repos? Ne crains-tu pas constamment que, tt ou
-tard, la glace fondra, que, tt ou tard, tu devras abandonner ton corps
-mortel?
-
-Transporte donc ta maison sur la terre ferme; travaille ce qui
-ne meurt pas: perfectionne ton me, dbarrasse-toi des pchs, des
-tentations et des superstitions.
-
- D'aprs SKOVORODA.
-
-4
-
-L'enfant ne sent pas encore son me et ne sent pas ce qu'prouve
-l'adulte lorsqu'il entend deux voix contradictoires parler en lui. L'une
-dit: mange toi-mme et l'autre: donne celui qui demande. L'une
-dit: venge-toi, et l'autre: pardonne. L'une dit: crois ce que
-disent les autres, et l'autre: rflchis toi-mme.
-
-Plus l'homme devient g, plus il entend ces deux voix contradictoires:
-l'une est la voix du corps, l'autre celle de l'esprit. Et celui qui
-s'habituera entendre la voix de l'me, sera heureux.
-
-5
-
-Nul ne peut servir deux matres: car ou il hara l'un et aimera l'autre,
-ou il s'attachera l'un et mprisera l'autre. Vous ne pouvez servir
-Dieu et Mamon.
-
- MATTH., VI, 24.
-
-6
-
-On ne peut avoir soin en mme temps de son me et de son corps. Si tu
-veux des plaisirs charnels, renonce ton me; si tu veux prserver ton
-me, renonce aux plaisirs charnels. Sinon, tu sera tiraill tantt d'un
-ct, tantt de l'autre, et tu n'auras ni l'un ni l'autre.
-
-7
-
-L'homme cherche s'assurer la libert afin de soustraire son corps
-toute entrave et de pouvoir agir sa guise. C'est l une grande erreur.
-Les moyens par lesquels les hommes cherchent dlier leur corps de
-toute entrave: la richesse, la puissance, la bonne rputation, tout
-cela n'assure pas la libert souhaite; au contraire, cela ne fait que
-les lier davantage. Pour acqurir une libert plus grande, les hommes
-construisent une prison de leurs pchs, tentations et superstitions et
-s'y enferment.
-
-
-
-II.--_Qu'est-ce que le Pch?_
-
-1
-
-La doctrine des Bouddhistes enseigne cinq commandements principaux. Le
-premier: ne tue sciemment nul tre vivant. Le deuxime: ne t'approprie
-pas ce qu'autrui considre comme son bien. Le troisime: sois chaste.
-Le quatrime: ne dis pas le contraire de la vrit. Le cinquime: ne
-te grise ni de boissons, ni de fume. Les Bouddhistes considrent donc
-comme pchs: le meurtre, le vol, la fornication, l'ivrognerie, le
-mensonge.
-
-2
-
-La doctrine vanglique ne recommande que deux prceptes, tous deux
-ayant trait l'amour. Lorsque l'homme de loi, pour prouver le Christ,
-lui demanda:--Matre quel est le grand commandement de la loi? Jsus
-rpondit:--Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de
-toute ton me et de toute la pense. C'est l le premier et le grand
-commandement. Et voici le second qui lui est semblable: Tu aimeras ton
-prochain comme toi-mme.
-
-C'est pourquoi, d'aprs la doctrine chrtienne, tout ce qui est en
-dsaccord avec ces deux commandements, est pch.
-
-3
-
-Les hommes ne sont pas punis cause de leurs pchs, mais par les
-pchs mmes. C'est l le plus pnible et le plus sr des chtiments.
-
-Il arrive qu'un imposteur ou un mchant vit et meurt dans l'opulence
-et les honneurs; mais ceci ne signifie nullement qu'il a chapp au
-chtiment d pour ses pchs. Et le chtiment ne se produira pas
-quelque part o personne n'a jamais t et n'ira jamais, mais ici mme.
-Cet homme est dj puni par ce fait que chaque nouveau pch l'loign
-de plus en plus du vrai bonheur, de l'amour, et qu'il devient de moins
-en moins heureux. De mme qu'un ivrogne, qu'il soit puni par les hommes
-ou non, l'est dj coup sr, parce que, indpendamment de son mal de
-tte immdiat d l'ivresse, il est puni par les souffrances qui le
-tenaillent mesure qu'il s'adonne l'ivrognerie.
-
-4
-
-Si l'on s'imagine que l'on peut se dbarrasser de ses pchs dans cette
-vie, on se trompe grossirement. L'homme peut avoir plus ou moins de
-pchs, mais il ne saurait tre impeccable. Il ne le saurait, parce que
-toute notre vie se passe dans l'effort de nous librer de nos pchs et
-c'est l seulement qu'est le vrai bonheur.
-
-
-
-III.--_Les Tentations et les Superstitions._
-
-1
-
-Le but de l'homme dans cette vie est d'accomplir la volont de Dieu.
-Celle-ci commande l'homme de dvelopper et de manifester l'amour qui
-est en lui. Que peut faire l'homme pour manifester cet amour? Supprimer
-tout ce qui l'entrave. Qu'est-ce qui l'entrave? Les pchs.
-
-De sorte que pour accomplir la volont divine, l'homme n'a qu'une chose
- faire: se librer de ses pchs.
-
-2
-
-Pcher est l'oeuvre humaine; justifier les pchs est oeuvre diabolique.
-
-3
-
-Tant que l'homme est sans raison, il vit comme une bte et il n'est pas
-responsable de la suite de ses actes, bons ou mauvais. Mais le moment
-arrive o il devient capable de rflexion et peut distinguer entre ce
-qu'il doit et ce qu'il ne doit pas faire. Or, au lieu de comprendre que
-la raison lui est donne pour discerner le bien et le mal, il l'emploie
-souvent justifier le mal qui lui est agrable et auquel il est habitu.
-
-C'est ce qui engendre les tentations et les superstitions dont le monde
-souffre le plus.
-
-4
-
-C'est mal quand l'homme se croit sans pchs et n'a pas besoin de
-faire d'efforts sur lui-mme. Mais c'est tout aussi mal quand l'homme
-s'imagine tre n dans les pchs, tre condamn mourir combl de
-pchs et qu'il ne servirait rien de faire des efforts pour s'en
-dbarrasser. Les deux erreurs sont galement funestes.
-
-5
-
-C'est mal quand l'homme qui vit parmi les pcheurs ne voit ni ses
-propres pchs, ni ceux des autres; mais c'est plus mal encore quand
-l'homme voit les pchs des autres et ne remarque pas les siens.
-
-6
-
-Dans chaque existence, il arrive un moment o le corps vieillit,
-s'affaiblit, devient de moins en moins exigeant, tandis que le moi
-spirituel grandit de plus en plus. Alors, ceux qui sont habitus
-satisfaire leurs dsirs corporels imaginent, afin de ne pas renoncer
- leurs habitudes, des sductions et des superstitions qui leur
-permettent de vivre en pcheurs. Mais ils ont beau faire de garantir
-leur corps contre le moi spirituel, ce moi vainc toujours, ne
-serait-ce que dans les derniers moments de la vie.
-
-7
-
-D'abord, le pch est un tranger dans notre me; puis, il en est
-l'hte; et lorsque nous nous habituons lui, il y devient comme le
-matre de la maison.
-
-8
-
-Celui qui commet un pch pour la premire fois ressent toujours sa
-faute; celui qui pche plusieurs reprises,--surtout lorsque les gens
-qui l'entourent commettent le mme pch,--tombe dans la tentation et ne
-sent plus son pch.
-
-9
-
-Lorsqu'un homme a commis un pch et s'en rend compte, il a deux issues:
-l'une de reconnatre sa faute, et de s'efforcer ne plus recommencer;
-l'autre est de chercher savoir ce que les gens pensent du pch qu'il
-a commis, et si ces gens ne le blment pas, de continuer pcher.
-
-Tous le font, pourquoi donc ne ferai-je pas comme tout le monde?
-Lorsque l'homme s'engage sur cette pente, il ne s'aperoit plus qu'il
-s'loigne chaque jour davantage de la bonne voie.
-
-10
-
-Les tentations doivent exister sur la terre, a dit le Christ. Je crois
-que le sens de cette sentence est que la connaissance de la vrit ne
-suffit pas pour dtourner les hommes du mal et pour les attirer vers le
-bien.
-
-Pour que la plupart des hommes puisse connatre la vrit, il est
-indispensable d'tre amen, par les pchs, les tentations et les
-superstitions, au dernier degr de l'erreur et la souffrance qui
-s'ensuit.
-
-11
-
-Les pchs viennent du corps; les tentations, de l'opinion publique; les
-superstitions, du manque d confiance en son propre jugement.
-
-
-
-IV.--_L'oeuvre essentielle de la vie de l'homme est de se dbarrasser des
-pchs, des tentations, et des superstitions._
-
-1
-
-L'homme se rjouit lorsque son corps sort de la captivit, de la prison.
-Comment donc ne serait-il pas heureux lorsqu'il se dbarrasse des
-pchs, des tentations et des superstitions qui tenaient son me en
-captivit?
-
-2
-
-Admettons que les hommes ne sachent vivre que de la vie bestiale, qu'ils
-ne luttent pas contre leurs passions--quelle vie horrible ce serait,
-quelle haine il y aurait entre tous les hommes, quelle dbauche, quelle
-cruaut! C'est parce que les hommes connaissent leurs faiblesses et
-leurs passions et luttent contre elles, qu'ils peuvent vivre ensemble.
-
-3
-
-La vie de l'homme, qu'il le veuille ou non, tend le dbarrasser de
-plus en plus de ses pchs. Celui qui le comprend, y contribue de ses
-efforts, et la vie d'un tel homme est facile, parce qu'elle est en
-accord avec ce qui se produit en lui.
-
-4
-
-Les enfants ne sont pas encore habitus aux pchs et tout pch leur
-rpugne. Les adultes sont dj tombs dans la tentation et ils pchent
-sans s'en rendre compte.
-
-5
-
-Deux femmes vinrent trouver un vieillard pour lui demander conseil.
-L'une se considrait comme une grande pcheresse. Etant jeune encore,
-elle avait tromp son mari et vivait dans un tourment continuel.
-L'autre, ayant toujours vcu selon les bonnes rgles, ne se reprochait
-aucune faute marquante et tait satisfaite d'elle-mme.
-
-Le vieillard interrogea les deux femmes sur leur vie. L'une, tout en
-larmes lui avoua son grand pch. Elle le trouvait si grand qu'elle ne
-croyait pas mriter le pardon; l'autre dclara qu'elle ne reconnaissait
-aucun pch particulier. Le vieillard dit la premire:
-
---Va derrire le clos et trouve-moi une grande pierre, la plus grande
-que lu pourras soulever, et apporte-la.
-
---Et toi, dit-il celle qui ne se connaissait pas de grands pchs,
-apporte-moi aussi des pierres, autant que tu pourras en porter, mais des
-petites.
-
-Les femmes excutrent l'ordre du vieillard. L'une apporta un grand
-bloc, l'autre, tout un sac de cailloux.
-
-Le vieillard examina les pierres et dit:
-
---Voici ce que vous allez faire maintenant: rapportez les pierres l o
-vous les avez prises, et lorsque vous l'aurez fait, revenez me trouver.
-
-Les femmes s'en furent excuter l'ordre du vieillard. La premire
-trouva facilement l'endroit o elle avait pris la pierre et la remit
- sa place. La seconde, n'arrivant pas se rappeler les places o
-se trouvaient chacune de ses pierres, revint avec son sac vers le
-vieillard, sans avoir excut son ordre.
-
---Il en est de mme pour les pchs, dit le vieillard. Tu as pu
-remettre, sans difficult, une grande et lourde pierre son ancienne
-place, parce que tu te souvenais o tu l'avais prise. Quant toi, tu
-n'as pu le faire, parce que tu ne te souvenais plus o tu avais pris les
-petites pierres.
-
-Puis, se tournant de nouveau vers la premire, il ajouta:
-
---Tu te souvenais de ta faute, tu supportais les reproches des gens et
-ceux de ta conscience, tu t'humiliais, et tu t'es libre ainsi des
-consquences de ton pch. Quant toi, dit-il la femme qui avait
-rapport les cailloux, n'ayant commis que des petites fautes, tu ne t'en
-souvenais plus, tu ne t'en repentais pas, tu t'es habitue vivre dans
-les pchs et, en blmant les fautes d'autrui, tu t'es enlize de plus
-en plus dans les tiennes.
-
-6
-
-C'est une grande erreur que de croire la possibilit de se dbarrasser
-d'un pch par la foi ou le pardon des hommes. On ne peut en aucune
-faon se librer d'un pch; on peut seulement le reconnatre et tcher
-de ne plus le rpter.
-
-7
-
-Ne sois jamais lche devant le pch, ne te dis pas: je ne peux pas
-faire autrement, je suis habitu, je suis faible. Tant que tu vis, tu
-peux toujours lutter contre le pch et le vaincre, sinon aujourd'hui,
-demain; sinon demain, aprs-demain; sinon aprs demain, srement avant
-ta mort. Mais si tu renonces d'avance la lutte, tu renonces au sens
-fondamental de la vie.
-
-8
-
-L'tre chez qui est absente la conscience de son unit avec Dieu et avec
-tout ce qui vit est sans pchs. Tels sont l'animal, la plante.
-
-Au contraire, l'homme reconnat la prsence simultane en lui de la bte
-et de Dieu; c'est pourquoi il ne saurait tre sans pchs. Nous disons
-que les enfants sont innocents. Ce n'est pas exact. L'enfant n'est pas
-innocent. Il a moins de pchs que l'adulte, mais il a dj des pchs
-charnels. De mme un homme de sainte vie n'est pas sans pchs. Un saint
-a commis moins de pchs, mais il en a commis quand mme: sans pchs il
-n'y a pas de vie.
-
-9
-
-Pour s'habituer lutter contre le pch, il est utile de cesser, de
-temps en temps, ses occupations habituelles, afin de voir si l'on est
-matre de son corps, ou si c'est le corps qui est le matre.
-
-
-
-V.--_L'importance des pchs, des tentations, des superstitions, et des
-fausses doctrines dans la manifestation de la vie spirituelle._
-
-1
-
-Ceux qui croient que Dieu a cr le monde demandent souvent: pourquoi
-Dieu a-t-il cr l'homme tel qu'il soit oblig de pcher? Cela revient
- demander pourquoi Dieu a cr la femme qui, pour avoir un enfant,
-doit souffrir, accoucher, l'allaiter, l'lever? Ne serait-ce pas plus
-simple si Dieu lui donnait des enfants tout faits, sans accouchement,
-sans allaitement, sans peines ni soucis? Aucune mre ne posera cette
-question, car l'enfant lui est cher prcisment par ce que c'est dans
-les tourments de l'accouchement, de l'allaitement, de l'ducation, des
-soucis qu'tait la plus grande joie de sa vie.
-
-Il en est de mme de la vie humaine: les pchs, les tentations, les
-superstitions, la lutte et la victoire obtenue sur eux constituent tout
-le sens et toute la joie de la vie.
-
-2
-
-Il est trs pnible l'homme de connatre ses pchs: en revanche,
-il prouve une grande joie sentir qu'il s'en dbarrasse. S'il n'y
-avait pas de nuit, nous ne pourrions pas nous rjouir l'apparition
-du soleil; s'il n'y avait pas de pch, l'homme ne connatrait pas les
-joies d'une vie exemplaire.
-
-3
-
-Si l'homme n'avait pas d'me, il ne connatrait pas les pchs; et s'il
-n'y avait pas de pchs, l'homme ne saurait pas qu'il possde une me.
-
-4
-
-Les pchs, les tentations et les superstitions constituent le terreau
-qui doit recouvrir les semences de l'amour pour qu'elles puissent lever.
-
-
-
-
-CHAPITRE VII
-
-DES EXCS
-
-
-Le seul et unique bonheur de l'homme est dans l'amour. Mais il est priv
-de ce bien, lorsqu'au lieu de dvelopper en lui l'amour, il augmente et
-encourage les exigences de son corps.
-
-
-I.--_Tout le superflu dont jouit le corps est nuisible, tant au corps
-qu' l'me._
-
-1
-
-Il ne faut satisfaire les besoins du corps que dans les limites du
-ncessaire. Imaginer de nouveaux plaisirs pour le corps, c'est vivre
-rebours, c'est--dire mettre l'me au service du corps, au lieu du corps
-au service de l'me.
-
-2
-
-Moins on a de besoins, plus la vie est heureuse; c'est l une ancienne
-vrit qui est loin d'tre accepte par tout le monde.
-
-3
-
-Plus tu t'habitues au luxe, plus tu te soumets la servitude; car plus
-tu auras de besoins, plus tu limiteras ta libert. La libert absolue
-consiste n'avoir besoin de rien, et celle plus limite est de n'avoir
-besoin que de peu.
-
- JEAN CHRYSOSTOME.
-
-4.
-
-On pche envers les hommes et l'on pche envers soi-mme. Les pchs
-envers les hommes viennent de ce qu'on ne respecte pas l'Esprit Divin
-chez son semblable. Les pchs envers soi-mme, de ce qu'on ne respecte
-pas l'Esprit Divin en soi-mme.
-
-5
-
-Si tu veux vivre tranquille et libre, dshabitue-toi de ce dont tu peux
-te passer.
-
-6
-
-Tout ce qui est ncessaire au corps est facile obtenir. Il n'est
-difficile de se procurer que ce qui n'est pas ncessaire.
-
-7
-
-C'est bon d'avoir ce qu'on dsire; mais c'est mieux de ne rien dsirer
-de plus de ce qu'on a.
-
- MENEDEM.
-
-8
-
-Si tu te portes bien et que tu as travaill jusqu' sentir la fatigue,
-l'eau et le pain te paratront meilleurs qu'au riche ses mets choisis,
-ta paillasse plus moelleuse que tous les lits ressorts, et ta blouse
-de travail te sera plus agrable que tous les vtements de velours.
-
-9
-
-Socrate s'abstenait de toute nourriture qui flattait, seulement le
-got, ne mangeait que juste pour satisfaire sa faim, et recommandait
-ses lves de suivre son exemple. Il disait que les excs de boisson et
-de nourriture taient trs nuisibles non seulement au corps, mais aussi
- l'me, et il conseillait de sortir de table ayant encore faim. Il
-leur rappelait l'histoire du sage Ulysse et de la fe Circ qui n'a pu
-ensorceler Ulysse uniquement parce qu'il n'avait pas mang l'excs,
-alors que tous ses compagnons furent mtamorphoss par elle en pourceaux
-ds qu'ils se sont empiffrs de mets dlicats.
-
-10
-
-La plupart des hommes d'aujourd'hui sont persuads que le bonheur est
-de flatter les exigences corporelles. Cet tat d'esprit est rvl
-par l'extension de la doctrine socialiste. D'aprs cette doctrine,
-l'homme dont les besoins sont peu dvelopps est une brute, tandis que
-l'accroissement des besoins est le premier indice de l'homme civilis,
-indice de la conscience de sa dignit. Les hommes de notre temps ont
-tel point foi en cette fausse doctrine qu'ils ne font que railler les
-sages qui voyaient le bien de l'homme dans la diminution de ses besoins.
-
-11
-
-Voyez comment voudrait vivre l'esclave. Il veut, tout d'abord, qu'on le
-mette en libert. Il pense que, sans cela, il ne peut tre ni libre,
-ni heureux. Il dit: Si on m'avait donn la libert, j'aurais t
-immdiatement heureux. Je ne serais plus oblig d'excuter les caprices,
-ni de gagner les bonnes grces de mon matre; je pourrais parler qui
-me plaira, comme mon gal; je pourrais aller o je voudrais sans eu
-demander la permission personne.
-
-Mais aussitt qu'il est en libert, il se met chercher qui il
-pourrait bien flatter pour mieux dner. Pour y parvenir, il est prt
-toutes les bassesses. Et ds qu'il russit s'installer auprs d'un
-homme riche, il retombe dans le mme esclavage que celui d'o il voulait
-tant sortir.
-
-Lorsqu'un tel homme commence s'enrichir, il prend une matresse et
-retombe auprs d'elle dans une servitude pire encore. Riche, il possde
-moins de libert encore, et alors il souffre et pleure. Et lorsqu'il
-est trs malheureux, il se rappelle sa servitude d'autrefois et dit:
-Je n'tais vraiment pas mal chez mon matre. Je n'avais aucun souci,
-j'tais vtu, chauss, nourri, et lorsque j'tais malade on me soignait.
-Le travail n'tait pas trop difficile. Tandis que maintenant, j'ai tant
- faire. Je n'avais alors qu'un seul matre; maintenant, j'en ai un grand
-nombre. Que de gens satisfaire!
-
- PICTTE.
-
-
-
-II.--_L'Insatiabilit des passions charnelles._
-
-1
-
-Pour entretenir la vie, notre corps a besoin de peu; tandis que les
-caprices de notre corps ne peuvent jamais tre contents.
-
-2
-
-Flatter le corps, lui assurer le superflus, est une grande erreur.
-En effet, la vie de luxe n'augmente pas, mais diminue le plaisir de
-manger, de se reposer, de dormir, de s'habiller, de se loger. Si l'on
-mange trop, ou sans avoir faim, l'estomac se dlabre et on n'a pas de
-got la nourriture. Si l'on roule en voiture quand il est facile de
-faire le mme trajet pied, si l'on s'habitue un lit moelleux, une
-nourriture dlicate et recherche, une installation luxueuse, si l'on
-est habitu faire faire aux autres ce que l'on peut faire soi-mme, on
-n'a plus de plaisir se reposer aprs le travail, avoir chaud aprs
-le froid, bien dormir, et l'on ne fait que s'affaiblir de plus en plus
-et diminuer ses joies, sa paix et sa libert.
-
-5
-
-Les hommes devraient prendre exemple sur les btes pour savoir traiter
-leur corps. Ds que l'animal a ce qui est ncessaire son corps, il se
-calme. Pour l'homme, il ne suffit pas de contenter sa faim, de pouvoir
-s'abriter; il invente continuellement de nouveaux plats et de nouvelles
-boissons, construit des palais, fabrique une grande quantit d'objets
-inutiles qui ne le rendent que plus malheureux.
-
-
-
-III.--_Pch d'intemprance dans la nourriture._
-
-1
-
-Un sage disait: Je remercie Dieu de nous avoir rendu facile tout ce
-qui est ncessaire, et difficile tout ce qui ne l'est pas. C'est juste
-surtout pour la nourriture; celle qui est ncessaire l'homme pour
-qu'il se porte bien et puisse travailler est simple et bon march: le
-pain, les fruits, les lgumes, l'eau. On en trouve partout.
-
-Seuls les plats compliqus sont difficiles prparer. Non seulement ils
-sont difficiles prparer, mais encore ils sont nuisibles.
-
-2
-
-On meurt plus rarement de faim que de la bonne chair.
-
-3
-
-Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger.
-
-4
-
-Sans la gourmandise, nul oiseau ne serait pris dans les filets de
-l'oiseleur. On prend les gens au mme appt. Le ventre--c'est comme des
-chanes aux mains et des fers aux pieds. Celui qui est esclave de son
-ventre reste toujours esclave. Si tu veux tre libre, commence te
-librer de ton ventre. Mange pour calmer ta faim, et non pour y trouver
-du plaisir.
-
- D'aprs SAADI.
-
-
-
-IV.--_Le pch de manger de la viande._
-
-1
-
-Pythagore ne mangeait pas de viande. Lorsqu'on demandait Plutarque,
-qui avait dcrit la vie de Pythagore, pourquoi celui-ci ne mangeait pas
-de viande, il rpondait qu'il s'tonnait non pas de ce que Pythagore ne
-mangeait pas de viande, mais de ce qu'il y avait, encore des gens qui,
-au lieu de se nourrir de graines, de lgumes et de fruits, captivent des
-tres vivants et les tuent pour les manger.
-
-2
-
-Tu ne tueras point ne se rapporte pas uniquement au meurtre de
-l'homme, mais de tout ce qui vit. Ce commandement avait t grav dans
-le coeur de l'homme avant de l'tre au Sina.
-
-3
-
-La compassion pour les animaux est si troitement lie la bont que
-l'on peut affirmer avec assurance que celui qui est cruel pour les
-btes, ne peut avoir bon coeur.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-4
-
-Ne lve pas ta main sur ton frre et ne verse pas le sang des tres qui
-peuplent la terre: hommes, animaux domestiques, btes fauves et oiseaux;
-des profondeurs de ton me s'lve une voix qui le dfend de rpandre le
-sang, car le sang c'est la vie, et tu ne peux pas rendre la vie.
-
- LAMARTINE.
-
-5
-
-Les joies que la piti et la compassion pour les animaux donnent
- l'homme rachtent au centuple les plaisirs dont, il se prive en
-renonant la chasse et la chair abattue.
-
-
-
-V.--_Pch de la griserie: vin, tabac, opium, etc._
-
-1
-
-Pour pouvoir bien vivre, les hommes ont surtout besoin de leur raison.
-Ils devraient donc tenir tout particulirement leur saine raison.
-Pourtant, ils trouvent du plaisir l'touffer par le vin, le tabac et
-l'opium, et c'est parce qu'ils dsirent mener une mauvaise vie et que
-leur raison non obscurcie leur montre que leur vie est mauvaise.
-
-2
-
-Pourquoi les hommes, ayant des habitudes diffrentes, gardent-ils
-l'habitude de fumer et de boire? Parce que la plupart parmi eux sont
-mcontents de leur vie. Ils en sont mcontents parce qu'ils-recherchent
-les plaisirs charnels sans jamais pouvoir les satisfaire. C'est
-pourquoi les pauvres comme les riches cherchent l'oubli dans l'ivresse.
-
-3
-
-Si l'homme mange trop, il lui est difficile de ne pas tre paresseux.
-S'il boit des boissons grisantes, il lui est difficile de rester chaste.
-
-4
-
-Personne ne s'est jamais enivr ni gris de fume pour accomplir une
-bonne action: travailler, prendre une dcision, soigner un malade, prier
-Dieu. Mais la plupart des mauvaises actions sont faites dans un tat
-d'brit.
-
-Ce n'est pas un crime de se griser; mais c'est crer l'tat qui dispose
-au crime.
-
-
-
-VI.--_Servir le corps, c'est nuire l'me._
-
-1
-
-Si un homme a beaucoup plus qu'il ne lui faut, c'est que d'autres
-manquent du ncessaire.
-
-2
-
-Qui est plus heureux: celui qui se nourrit par son travail juste assez
-pour ne pas avoir faim, s'habille pour ne pas rester nu, se loge pour ne
-pas souffrir de la pluie et du froid; ou bien celui qui se procure une
-bonne nourriture, des vtements riches et une habitation luxueuse par la
-mendicit, la servilit, ou par l'escroquerie et la force?
-
-3
-
-Si nous n'avions pas invent le luxe, tous ceux qui sont maintenant dans
-la misre pourraient vivre sans manquer de rien, et les riches sans
-craindre pour leur vie ou leurs richesses.
-
-4
-
-De mme que le premier principe de la sagesse est la connaissance de
-soi-mme, parce que celui qui se connat peut connatre les autres, de
-mme le premier principe de la charit est de se contenter de peu, car
-seul celui qui se contente de peu, peut tre charitable.
-
- J. RUSKIN.
-
-5
-
-Les grands penseurs et les saints taient sobres et chastes.
-
-6
-
-De mme que la fume chasse les abeilles de leur ruche, la voracit et
-l'ivrognerie chassent les meilleures forces spirituelles.
-
- BASILE LE GRAND.
-
-7
-
-Ne tuez pas votre coeur par des excs de nourriture et de boisson.
-
- MAHOMET.
-
-
-
-VII--_Seul celui qui est matre de ses dsirs charnels est libre._
-
-1
-
-Lorsque l'homme vit, non pour l'me mais pour le corps, il imite un
-oiseau qui irait d'un endroit l'autre sur ses faibles pattes, au lieu
-de voler en toute libert sur ses ailes.
-
-2
-
-Vous dites que la bonne chair, les vtements riches et le luxe sont
-le bonheur. Moi, je crois que la plus grande flicit est de ne rien
-dsirer, et, afin de se rapprocher de ce bonheur suprme, il faut,
-s'habituer avoir besoin de peu.
-
- SOCRATE.
-
-3
-
-Personne ne s'est jamais repenti d'avoir vcu trop simplement.
-
-4
-
-Ce qui arrive l'estomac lorsqu'on le bourre jusqu' l'indigestion,
-arrive quand il y a excs dans les distractions. Plus les hommes
-s'vertuent d'augmenter le plaisir de manger, en inventant des plats
-raffins, plus l'estomac s'affaiblit et plus le plaisir d'absorber la
-nourriture diminue. Plus les gens s'efforcent augmenter le plaisir des
-distractions par des jeux compliqus, plus leur facult de goter ce
-plaisir s'affaiblit.
-
-
-
-
-CHAPITRE VIII
-
-DE LA LUBRICIT
-
-
-Le principe divin demeure dans tous les tres humains, femmes et hommes.
-C'est donc un grand pch que de considrer les porteurs de ce principe
-comme un moyen de plaisir sensuel.
-
-Pour l'homme, chaque femme doit tre, avant tout, une soeur, et l'homme
-pour la femme, un frre.
-
-
-I.--_On doit tendre la complte chastet._
-
-1
-
-Il est bon de vivre honntement mari, mais il vaut mieux encore de ne
-jamais se marier. Peu de gens en sont capables. Mais celui qui le peut
-est heureux.
-
-2
-
-Les gens qui se marient lorsqu'ils peuvent s'en passer, agissent comme
-celui qui tombe sans avoir trbuch. Si l'on trbuche et que l'on tombe,
-il n'y a rien y faire, mais si l'on n'a pas trbuch, pourquoi tomber
-exprs? Si tu peux vivre chaste, sans pcher, il est prfrable de ne
-pas te marier.
-
-3
-
-C'est une erreur de croire que la chastet est contraire la nature
-humaine. La chastet est possible et donne bien plus de bonheur qu'un
-mariage, mme heureux.
-
-4
-
-Les excs de nourriture sont funestes une vie honnte; mais les excs
-sexuels le sont plus encore. C'est pourquoi moins l'homme s'adonne
-aux uns et aux autres, mieux cela vaut pour sa vie spirituelle. La
-diffrence entre les uns et les autres est toutefois trs sensible. En
-renonant entirement la nourriture, l'homme ne peut prolonger sa vie,
-alors qu'en renonant au besoin sexuel, il ne supprime ni sa vie, ni la
-vie de son espce qui ne dpend pas de lui seul.
-
-5
-
-Celui qui n'est pas mari, s'occupe des choses du Seigneur pour plaire
-au Seigneur. Mais celui qui est mari s'occupe des choses du monde pour
-plaire sa femme. Il y a cette diffrence entre la femme marie et la
-vierge, que celle qui n'est pas marie s'occupe des choses du Seigneur
-pour tre sainte de corps et d'esprit, tandis que celle qui est marie
-s'occupe des choses du monde pour plaire son mari.
-
- I COR., 7, 33.
-
-6
-
-Si les gens se marient avec la conviction qu'ils servent ainsi Dieu et
-les hommes en prolongeant l'espce humaine, ils s'abusent. Au lieu de
-se marier pour augmenter le nombre des enfants, ils feraient bien mieux
-de concourir au sauvetage de millions de petits tres qui prissent de
-misre et manquent de soins.
-
-7
-
-Bien que trs peu d'hommes puissent atteindre une chastet absolue,
-chacun doit comprendre et se rappeler qu'il peut toujours tre plus
-chaste qu'il ne l'a t, et que plus l'homme se rapproche de la chastet
-absolue, plus il sera heureux lui-mme et pourra concourir au bonheur
-des autres.
-
-8
-
-On dit que si tous taient chastes, le genre humain s'teindrait. Or,
-suivant l'Eglise, la fin du monde doit arriver; de mme suivant la
-science, la vie humaine et notre plante mme doivent avoir une fin.
-
-Pourquoi ds lors nous rvolter l'ide qu'une vie morale amnerait
-galement le genre humain sa fin?
-
-En ralit, l'extinction ou la prolongation du genre humain ne doit
-pas nous proccuper. Chacun de nous ne doit avoir qu'un souci: vivre
-honntement, ce qui, pour le dsir sexuel, veut dire s'efforcer d'tre
-aussi chaste que possible.
-
-9
-
-Un savant a calcul que si l'humanit continue se doubler tous les
-50 ans, suivant la progression actuelle, dans 7.000 ans un couple aura
-produit tant d'hommes qu'en les entassant l'un contre l'autre sur toute
-l'tendue du globe, une 27<sup>e</sup> partie seulement de tous les
-hommes pourrait s'y placer.
-
-Pour viter cette alternative, il n'y a qu'un moyen, celui indiqu par
-tous les sages de la terre et qui s'accorde avec les aspirations de
-l'me humaine: la chastet; il faut tendre la plus grande chastet
-ralisable.
-
-10
-
-Vous avez entendu qu'il a t dit aux anciens (dit le Christ en citant
-les paroles de la loi de Mose): tu ne commettras point d'adultre. Mais
-moi, je vous dis, que quiconque regarde une femme pour la convoiter, a
-dj commis un adultre avec elle clans son coeur. (MATTH., V, 27-28).
-
-Ces paroles ne peuvent signifier autre chose que la possibilit pour
-l'homme d'aspirer la chastet absolue.
-
-Comment la raliser? objectera-t-on. Si les hommes deviennent
-entirement chastes, le genre humain disparatra. Mais en parlant
-ainsi, on oublie qu'indiquer la perfection laquelle l'homme doit
-tendre, ce n'est point exiger la perfection absolue. Il n'est pas donn
- l'homme d'atteindre la perfection en aucune chose. La destine de
-l'homme est dans la marche vers la perfection.
-
-
-
-II.--_Le pch de luxure._
-
-1
-
-Un homme non dprav prouve toujours du dgot et de la honte parler
-des rapports sexuels et y penser. Garde ce sentiment. Ce n'est pas
-sans raison que ce sentiment est propre l'homme. Il l'aide se
-contenir de l'impudicit et rester chaste.
-
-2
-
-On dsigne par le mme mot l'amour spirituel,--pour Dieu et son
-prochain,--et l'amour charnel de l'homme pour la femme et de la femme
-pour l'homme.
-
-C'est une grande erreur. Il n'y a rien de commun entre ces sentiments.
-Le premier,--l'amour spirituel pour Dieu et son prochain--est la voix de
-Dieu; le second--l'amour entre homme et femme--est la voix de la bte.
-
-3
-
-La loi de Dieu consiste aimer Dieu et son prochain, c'est--dire, tous
-les hommes sans distinction. Dans l'amour sexuel, l'homme aime une femme
-plus que tous et la femme n'aime qu'un seul homme. Il s'ensuit le plus
-souvent que l'amour sexuel empche l'homme d'observer la loi divine.
-
-
-
-III._--Malheurs provoqus par la licence sexuelle._
-
-1
-
-Tant que tu n'as pas extermin dans sa racine le dsir sexuel que tu
-prouves pour une femme, ton esprit sera li aux choses de la terre,
-comme le veau-ttard est li sa mre.
-
-Les gens pris de dsir s'agitent comme un livre pris dans un pige. Ds
-qu'ils sont pris dans les filets de la passion charnelle, ils restent
-longtemps sans pouvoir se dbarrasser des souffrances.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-2
-
-Le papillon de nuit vole vers la lumire parce qu'il ne sait pas qu'il
-se brlera les ailes; le poisson avale l'amorce parce qu'il ne sait
-pas que cela le fera prir. Mais nous savons que le dsir sexuel nous
-engluera, nous fera srement prir; malgr cela, nous nous y abandonnons.
-
-3
-
-De mme que les feux follets des marcages conduisent les hommes aux
-fondrires, puis disparaissent; les plaisirs sexuels illusionnent
-l'homme.
-
-Il s'gare, empoisonne son existence et, lorsqu'il se dgrise, il
-n'aperoit mme plus le mirage auquel il avait sacrifi une partie de sa
-vie.
-
- D'aprs SCHOPENHAUER.
-
-
-
-IV.--_Altitude criminelle des conducteurs d'mes dans la question
-sexuelle._
-
-1
-
-Pour bien comprendre toute l'immoralit, tout esprit anti-chrtien de la
-vie des peuples chrtiens, il suffit de se rappeler que la situation des
-femmes qui vivent du vice est reconnue et rglemente dans tous les pays.
-
-2
-
-Les gens riches se sont fait une conviction partage par la fausse
-science, suivant laquelle les rapports sexuels seraient indispensables;
-seulement, le mariage n'tant pas toujours possible, les rapports
-sexuels n'engageraient rien, sauf les payer, et seraient absolument
-naturels. Cette conviction est devenue tellement gnrale et
-inbranlable que les parents, sur les conseils d'un mdecin, organisent
-la dbauche pour leurs enfants, et les institutions dont le seul but
-est de s'occuper du bien-tre des citoyens, autorisent l'existence d'une
-classe de femmes qui doivent prir moralement et physiquement, pour
-satisfaire la dpravation de l'homme.
-
-3
-
-Parler de l'utilit ou de la nocivit des rapports sexuels, reviendrait
- demander s'il est utile ou nuisible de boire le sangd'autrui.
-
-
-
-V.--_Lutte contre le pch sexuel._
-
-1
-
-L'homme, comme l'animal, est oblig de lutter contre les autres tres
-et se reproduire pour assurer l'existence de son espce. Mais, crature
-doue de raison et d'amour, l'homme ne doit pas lutter contre les autres
-tres et ne doit pas penser se reproduire; il doit rester chaste. De
-la combinaison de ces deux aspirations contraires rsulte la vie humaine
-telle qu'elle doit l'tre.
-
-2
-
-La lutte contre le dsir sexuel est la lutte la plus difficile, et
-il n'y a pas de situation ni d'ge, except l'enfance et la profonde
-vieillesse, o l'homme en est libr. C'est pourquoi tout adulte, homme
-ou femme, doit surveiller l'ennemi qui n'attend qu'une occasion propice
-pour attaquer.
-
-3
-
-De mme que nous devons prendre sur les animaux l'exemple de temprance
-dans la nourriture: ne manger que lorsqu'on a faim et sans en abuser,
-nous devons les imiter dans nos rapports sexuels: s'abstenir comme
-eux jusqu' l'ge de pubert, ne s'y adonner que lorsqu'on y est
-irrsistiblement attir et s'abstenir encore ds que la conception se
-manifeste.
-
-
-
-VI.--_Le Mariage._
-
-1
-
-Il est bon l'homme de ne point toucher la femme. Mais, pour ne pas
-commettre d'adultre, que chacun ait sa femme et que chaque femme ait
-son mari.
-
- I COR., VII, 1-2.
-
-2
-
-La doctrine chrtienne ne donne pas les mmes rgles pour tout et pour
-tous; elle ne fait qu'indiquer la perfection vers laquelle il faut
-tendre. Il en est ainsi pour la question sexuelle: la perfection, c'est
-la chastet absolue. Tout effort vers la chastet absolue constitue une
-observation plus ou moins grande d la doctrine.
-
-3
-
-Pour toucher une cible, il faut viser plus loin. De mme pour que le
-mariage soit indissoluble et les deux poux fidles l'un l'autre, il
-faut que tous deux tendent la chastet.
-
-4
-
-Si l'homme cherche le plaisir dans les rapports sexuels, mme entre
-poux, ainsi que cela arrive parmi nous, il tombera srement dans le
-vice.
-
-5
-
-La cohabitation entre homme et femme ayant des enfants pour rsultat
-est le mariage rel; toutes les crmonies extrieures ne font pas le
-mariage, mais ne s'emploient que pour reconnatre comme mariage une
-seule union entre beaucoup d'autres.
-
-6
-
-La vritable doctrine chrtienne ne contient aucune allusion
-l'institution du mariage. Aussi, les chrtiens de notre temps qui s'en
-aperoivent, mais ne voient pas l'idal du Christ (qui est la chastet
-absolue) parce qu'il leur est voil par l'Eglise, demeurent, quant au
-mariage, sans aucune rgle de conduite. C'est cela que tient le fait,
-trange au premier abord, que chez les peuples professant des doctrines
-bien moins leves que le christianisme, mais possdant une dfinition
-exacte du mariage, l'esprit de famille, la fidlit conjugale sont bien
-plus dvelopps que chez les soi-disant chrtiens.
-
-Les peuples qui professent des doctrines infrieures au christianisme
-admettent le concubinage, la polygamie et la polyandrie dans certaines
-limites, mais ils vitent en revanche la dpravation qui se rvle par
-le concubinage, la polygamie et la polyandrie qui rgnent parmi les
-chrtiens et sont masqus par la monogamie apparente.
-
-7
-
-Pour que le mariage soit un acte sage et moral, il faut:
-
-_Primo:_ Ne pas penser que chaque homme ou chaque femme doit absolument
-se marier, mais se dire, au contraire, qu'il est prfrable de rester
-pur pour que rien ne nous empche de consacrer toutes nos forces
-servir Dieu.
-
-_Secundo_: Considrer les rapports sexuels comme un mariage indissoluble.
-(MATTH., XIX, 4-7).
-
-_Tertio_: Ne pas considrer le mariage comme un encouragement la
-satisfaction des dsirs charnels, mais comme un pch qui doit tre
-expi par l'accomplissement des devoirs de famille.
-
-
-
-VII--_Les enfants servent l'expiation du pch mortel._
-
-1
-
-Si les hommes pouvaient atteindre la perfection et devenir chastes, le
-genre humain s'teindrait et n'aurait plus de raison d'exister sur la
-terre, parce que les hommes seraient devenus pareils aux anges qui ne
-se marient pas, comme il est dit dans l'Evangile. Mais tant que les
-hommes ne sont pas arrivs la perfection, ils doivent produire leur
-progniture pour qu'en se perfectionnant, la postrit puisse atteindre
- la perfection laquelle l'homme tend.
-
-2
-
-Le mariage, le vrai mariage qui a pour mission la production et
-l'ducation des enfants, est un moyen indirect de servir Dieu par les
-enfants. Si je n'ai pas fait ce que je pouvais et devais faire, mes
-enfants le feront.
-
-C'est pourquoi les gens qui se marient prouvent toujours un certain
-apaisement. Ils ont le sentiment de la possibilit de transmettre une
-partie de leurs obligations leurs enfants venir. Mais ce sentiment
-n'est lgitime qu'au cas o les poux lvent leurs enfants de faon
-qu'ils ne soient pas une entrave l'oeuvre divine, mais ses ouvriers. La
-conviction que si je n'ai pas pu me consacrer entirement au service de
-Dieu, je ferai tout mon possible pour que mes enfants le fassent--cette
-conviction donne un sens moral au mariage ainsi qu' l'ducation des
-enfants.
-
-3
-
-Bnie soit l'enfance qui, au milieu des cruauts de la terre, laisse
-entrevoir un peu de ciel! Les 80.000 naissances quotidiennes dont parle
-la statistique, constituent le dbordement d'innocence et de fracheur,
-luttant non seulement contre l'extinction de l'espce, mais encore
-contre la corruption humaine et contre une infection gnrale par le
-vice. Tous les bons sentiments veills par le berceau et l'enfance
-sont un des mystres de la grande Providence; supprimez cette rose
-vivifiante, et la rafale des passions gostes schera, comme par le
-feu, la socit humaine.
-
-Si l'humanit se composait d'un milliard d'tres immortels, dont le
-nombre ne pourrait ni augmenter ni diminuer, o serions-nous et que
-serions-nous, Grand Dieu! Nous serions incontestablement mille fois plus
-savants, mais aussi mille fois plus mauvais.
-
-Bnie soit l'enfance pour le bonheur qu'elle donne elle-mme, pour le
-bien qu'elle fait sans le savoir et sans le vouloir en obligeant, en
-permettant de l'aimer! Ce n'est que grce elle que nous apercevons une
-parcelle de paradis sur terre. Bnie soit galement la mort! Les anges
-n'ont pas besoin de natre, ni de mourir pour vivre; mais, pour les
-hommes, l'un et l'autre sont ncessaires, indispensables.
-
- AMIEL.
-
-5
-
-Les gens riches, qui considrent les enfants comme une entrave au
-plaisir, un accident malheureux ou une sorte de jouissance quand il en
-nat un nombre fix l'avance, ne les lvent pas en vue de la mission
-humaine qu'ils auront accomplir en tant qu'tres intelligents et
-affectueux, mais en vue des plaisirs qu'ils peuvent donner leurs
-parents. Les enfants de tels parents sont, pour la plupart, entours de
-soins en vue de les rendre propres, blancs, rassasis, beaux, et, par
-consquent, douillets et sensuels.
-
-Les costumes, les lectures, les spectacles, la musique, la danse, la
-bonne chair, tout l'arrangement de leur existence, depuis les images sur
-les botes, jusqu'aux romans, nouvelles et pomes, ne fait qu'exciter
-leur sensualit, ce qui suscite chez les enfants des classes aises les
-plus bas vices et les maladies sexuelles.
-
-
-
-
-CHAPITRE IX
-
-DE L'OISIVET
-
-
-Il est injuste de demander aux hommes plus de travail qu'on ne peut
-leur en donner soi-mme. Mais comme on ne saurait peser si on donne aux
-autres plus qu'on ne leur demande, qu'en outre, on peut tout moment
-faiblir ou tomber malade et qu'on devra alors prendre sans donner, on
-doit, tant qu'on a des forces, tcher de travailler pour les autres le
-plus possible et leur demander le moins de travail possible.
-
-
-I.--_L'homme commet un grand pch s'il profite du travail d'autrui sans
-travailler lui-mme._
-
-1
-
-Celui qui ne veut pas travailler n'a pas le droit de manger.
-
- Aptre PAUL.
-
-2
-
-En te servant de n'importe quel objet, souviens-toi que c'est le produit
-du travail humain et que, lorsque tu dpenses, supprimes ou abmes cet
-objet, tu dpenses le travail et parfois la vie humaine.
-
-3
-
-Celui qui ne se nourrit pas de son propre travail et fait travailler les
-autres pour soi est un cannibal.
-
-_Sagesse orientale._
-
-4
-
-Toute la morale chrtienne en son application pratique se rduit
-considrer tous les hommes comme des frres, tre l'gal de tous; et
-pour arriver cela, il faut, avant tout, cesser de faire travailler
-les autres pour soi et, dans l'organisation sociale actuelle, profiter
-le moins possible du produit du travail des autres, de tout ce qui
-s'acquiert pour de l'argent, dpenser le moins d'argent et vivre le plus
-simplement possible.
-
-5
-
-Ne fais pas faire aux autres ce que tu peux faire toi-mme. Que chacun
-balaye devant sa porte. Si chacun agit ainsi, toute la rue sera propre.
-
-6
-
-Quelle est la meilleure nourriture? Celle que vous avez gagne vous-mme.
-
- MAHOMET.
-
-7
-
-Il est trs utile pour les gens riches d'abandonner pour un certain
-temps leur vie luxueuse et de vivre, ne serait-ce que quelques jours,
-comme les ouvriers, en faisant soi-mme tout ce que les salaris font
-chez les gens riches; si le riche faisait ainsi, il verrait le grand
-pch qu'il commet en faisant travailler les autres.
-
-8
-
-Ceux qui vivent dans le luxe ne peuvent pas aimer les hommes. Ils
-ne le peuvent pas, parce que tout ce dont ils se servent est fait
-contre-coeur, par ncessit, souvent avec des maldictions, par ceux
-qu'ils forcent les servir. Pour que ces gens-l puissent aimer leurs
-prochains, ils doivent tout d'abord cesser de les tourmenter.
-
-
-
-II.--_La loi du travail n'est pas pnible, mais agrable accomplir._
-
-1
-
-Tu mangeras ton pain la sueur de ton front. C'est une loi immuable. De
-mme que la femme obit la loi de l'enfantement dans la souffrance,
-l'homme doit obir la loi dure du travail. La femme ne peut se librer
-de son sort. Si elle adopte un enfant qui n'est pas n d'elle, ce sera,
-malgr tout, un tranger et elle sera prive des joies de la maternit.
-Il en est de mme pour le travail des hommes. Lorsqu'un homme mange le
-pain qu'il n'a pas gagn, il se prive des joies du travail.
-
- BONDAREV[1].
-
-2
-
-L'homme craint la mort laquelle il est soumis. L'homme qui ne connat
-ni le bien ni le mal semble plus heureux, mais il est irrsistiblement
-attir les connatre.
-
-L'homme aime l'oisivet et la satisfaction des dsirs sans souffrances,
-mais ce n'est que le travail et les souffrances qui lui donnent la vie,
- lui et toute son espce.
-
-3
-
-C'est une grande erreur que de supposer que les hommes peuvent avoir une
-vie spirituelle leve, alors que leur corps demeure dans le luxe et
-l'oisivet. Le corps est toujours le premier lve de l'me.
-
- THOREAU.
-
-4
-
-Si l'homme vit seul et se dispense de la loi du travail, il en est
-immdiatement puni par le fait que son corps s'anmie et s'affaiblit. Si
-l'homme vit dans l'oisivet et force les autres travailler pour lui,
-il s'en trouve immdiatement puni par ce fait que son me s'obscurcit et
-s'abaisse.
-
-5
-
-L'homme vit d'une vie spirituelle et d'une vie matrielle. Il y a une
-loi pour la vie spirituelle et une autre pour la vie matrielle. La loi
-de la vie matrielle, c'est le travail, et la loi de la vie spirituelle,
-c'est l'amour. Si l'homme droge la loi matrielle, celle du travail,
-il drogera invitablement la loi spirituelle, celle de l'Amour.
-
-6
-
-Bien que les habits offerts par le roi soient magnifiques, ceux qu'on
-se fait soi-mme sont meilleurs: bien que la nourriture des riches soit
-bonne, le pain que l'on gagne soi-mme est le meilleur plat.
-
- SAADI.
-
-7
-
-La puissance divine galise les hommes: elle prend ceux qui ont
-beaucoup et donne ceux qui ont peu. L'homme riche a plus de choses,
-mais elles lui donnent moins de plaisir. Le pauvre a moins de choses,
-mais plus de plaisir. L'eau puise la source et une crote de pain
-semblent bien meilleures au pauvre travailleur, que les mets et les
-boissons les plus chers le paraissent l'oisif. Le riche blas ne
-trouve plus got rien. Pour le travailleur, la nourriture, la boisson
-et le repos sont chaque fois un plaisir nouveau.
-
-8
-
-L'enfer est cach par les plaisirs, le paradis par le travail et les
-malheurs.
-
- MAHOMET.
-
-9
-
-Sans travail manuel, il n'y a pas de corps sain, il n'y a pas non plus
-de penses saines.
-
-10
-
-Si tu veux toujours tre de bonne humeur, travaille jusqu' la fatigue,
-mais non pas au-dessus de tes forces. L'oisivet rend les gens
-mcontents et mchants. Il en est de mme lorsqu'on travaille trop.
-
-11
-
-La meilleure et la plus pure joie est celle du repos aprs le travail.
-
- KANT.
-
-
-
-III.--_Le meilleur travail est le travail agricole._
-
-1
-
-Tous les hommes reconnatront avec le temps la vrit comprise depuis
-longtemps par les grands esprits de tous les peuples; la plus grande
-vertu de l'humanit consiste dans la soumission aux lois de l'tre
-suprme. Tu es cendre et tu redeviendras cendre. C'est la premire loi
-que nous apprenons sur notre vie; la deuxime loi commande la culture de
-la terre dont nous sommes issus et laquelle nous retournerons. C'est
-en cultivant cette terre avec l'amour pour des btes et des plantes que
-cette culture exige, que l'homme comprend et vit le mieux sa vie.
-
- J. RUSKIN.
-
-2
-
-L'agriculture n'est pas l'une des occupations propres l'homme.
-L'agriculture est une occupation propre tous les hommes; ce travail
-leur donne le plus de libert et le plus d'honneur.
-
-3
-
-La terre dit celui qui ne la cultive pas: parce que tu ne me
-travailles pas de la main droite et de la main gauche, tu resteras
-ternellement la porte des hommes avec tous les autres qumandeurs; tu
-n'auras jamais que les restes des riches.
-
- ZOROASTRE.
-
-4
-
-La vie des hommes de notre temps est organise de faon que la plus
-grande rmunration est obtenue pour un travail vain et inutile: dans
-les confiseries, les fabriques de tabacs, les pharmacies, les banques,
-le commerce, la littrature, la musique, etc.; et l'on paie bien moins
-le travail agricole. Si l'on attache de l'importance la rmunration
-pcuniaire, cet tat de choses est trs injuste. Mais si l'on envisage
-principalement la joie du travail, son influence sur la sant corporelle
-et ses attraits naturels, c'est trs juste.
-
-5
-
-Le travail manuel, le travail agricole surtout, est utile non seulement
-au corps, mais encore l'me. Les gens qui ne travaillent pas de leurs
-mains, prouvent des difficults comprendre sainement les choses.
-Ils ne cessent de penser, de parler, d'couter ou de lire. L'esprit
-n'a pas de repos, il s'irrite et s'embrouille. Le travail agricole est
-utile, parce qu'en outre du repos qu'il offre l'homme, il lui permet
-d'envisager sainement, simplement et clairement la situation de l'homme
-dans la vie.
-
-6
-
-J'aime les paysans. Ils ne sont pas assez instruits pour raisonner
-faussement.
-
- MONTAIGNE.
-
-
-
-IV.--_Ce qu'on appelle la division du travail, n'est qu'une excuse de
-l'oisivet._
-
-1
-
-Ces derniers temps on parle beaucoup d'une des raisons principales
-du succs obtenu par les hommes dans la production et la division du
-travail. Nous disons: division du travail; mais cette expression n'est
-pas juste. Dans notre socit, ce n'est pas le travail qui est divis,
-mais les hommes; ils sont diviss, rduits en petites parcelles d'homme.
-A la fabrique, un homme ne fait qu'une infime partie de l'objet; de
-sorte que la partie d'initiative laisse l'homme ne suffit pas pour
-faire toute une pingle ou tout un clou; il s'puise faire un bout
-d'pingle ou la tte d'un clou. C'est vrai qu'il serait bon et dsirable
-de fabriquer un grand nombre d'pingles par jour; mais si nous pouvions
-voir seulement de quel sable nous les frottons, nous aurions rflchi
-que ce n'est pas avantageux, pour cette raison que nous les frottons
-avec le sable de l'me humaine.
-
-On peut tourmenter les hommes, les mettre aux fers, les atteler comme
-des btes, les tuer comme des mouches en t, et cependant, dans un
-sens, dans le meilleur, ces hommes peuvent rester libres. Mais craser
-leurs mes immortelles, les trangler et transformer les gens en
-machines--c'est la vraie servitude. Seule cette humiliation, cette
-transformation des hommes en machines force les ouvriers lutter
-dsesprment et inutilement pour leur libert dont ils ne conoivent
-pas le sens eux-mmes. Leur animosit n'est pas provoque par la faim,
-ni par les atteintes l'amour propre (ces deux causes ont toujours
-produit leur effet, mais les bases de la socit n'ont jamais t aussi
-branle que maintenant). Cela ne tient pas ce que les ouvriers se
-nourrissent mal, mais ce qu'ils n'ont pas de plaisir au travail par
-lequel ils gagnent leur pain; ce qui fait qu'ils considrent la richesse
-comme l'unique moyen de plaisir. Ils souffrent moins du mpris que
-leur tmoignent les classes imprieuses que du mpris qu'ils ont pour
-eux-mmes, parce que le travail auquel ils sont condamns les humilie,
-les dprave, les amoindrit. Jamais plus qu'aujourd'hui les classes
-suprieures n'ont tmoign autant de sympathie et d'affection pour
-les classes infrieures, et, cependant, elles n'ont jamais t autant
-mprises par celles-ci.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-2
-
-L'homme, comme l'animal, doit besogner, employer ses mains et ses pieds.
-Il peut forcer les autres faire ce qui lui est ncessaire, mais il
-devra quand mme dpenser quelque chose ses forces corporelles. S'il
-ne travaille pas des choses utiles, raisonnables, il travaillera des
-choses inutiles et stupides. C'est ce qui se produit, en effet, parmi
-les classes aises.
-
-3
-
-Les classes oisives excusent leur fainantise par ce qu'elles s'occupent
-des arts et des sciences ncessaires au peuple. Ces gens se chargent
-d'en fournir ceux qui travaillent; malheureusement, ce qu'ils
-apportent au peuple en fait de science et d'art, est une fausse science
-et un faux art. Aussi, au lieu de rcompenser le peuple de son travail,
-la science et l'art qu'on lui offre ne font que le tromper et le
-dpraver.
-
-4
-
-Un Europen vantait devant un Chinois les avantages de la production
-mcanique: Elle libre l'homme du travail disait l'Europen. La
-libration du travail serait un grand malheur, rpondit le Chinois. Sans
-travail il n'y a pas de bonheur possible.
-
-5
-
-L'homme ne peut acqurir la richesse que par trois moyens: le travail,
-la mendicit et le vol. Ceux qui peinent gagnent peu, justement parce
-qu'une trop grande part revient aux mendiants et aux voleurs.
-
- HENRY GEORGE.
-
-
-
-V.--_Les occupations des gens qui se sont librs de la loi du travail
-sont toujours vaines et inutiles._
-
-1
-
-De mme qu'un cheval tournant une roue incline ne peut pas s'arrter et
-doit toujours avancer, l'homme ne peut pas rester oisif. Par consquent,
-un homme qui travaille a tout autant de mrite qu'un cheval mont sur
-une roue et qui remue les jambes. L'important n'est pas dans le fait que
-l'homme travaille, mais quoi il travaille.
-
-2
-
-Ceux qui se sont dispenss du travail manuel peuvent tre intelligents,
-mais rarement raisonnables. Si l'on crit, imprime et enseignelant de
-futilits dans nos coles, si notre littrature, notre musique, nos
-tableaux sont si subtils, si peu comprhensibles pour tous, c'est parce
-que tous ceux qui s'en occupent se sont librs du travail manuel et
-mnent une vie oisive.
-
- D'aprs EMERSON.
-
-3
-
-Les hommes cherchent le plaisir d'un ct et d'autre parce qu'ils
-sentent le vide de leur existence, mais ne sentent pas encore le vide du
-nouveau plaisir qui les attire.
-
- PASCAL.
-
-4
-
-Personne n'a encore calcul les millions de journes de dur travail
-et, peut-tre des milliers de vies qui se dpensent prparer les
-distractions. C'est pour cette raison que les distractions de notre
-monde ne sont pas joyeuses.
-
-
-
-VI.--_Le mal de l'oisivet._
-
-1
-
-On ne peut avoir honte d'aucun travail mme du plus malpropre; seule
-l'oisivet doit faire honte.
-
-2
-
-Les gens oisifs et riches n'ont qu'un souci--c'est de tirer orgueil de
-leur luxe. Ils sentent que, sans cela, tous les mpriseraient comme ils
-le mritent.
-
-3
-
-Honte l'homme qui l'on doit conseiller de prendre sur la fourmi
-l'exemple de l'amour pour le travail. Doublement honteux lui quand il
-ne suit pas ce conseil.
-
- _Le Talmud._
-
-4
-
-L'oisivet devrait figurer parmi les tourments de l'enfer, et c'est elle
-qui se trouve place parmi les joies du paradis.
-
- MONTAIGNE.
-
-5
-
-Celui qui ne fait rien a toujours de nombreux aides.
-
-6
-
-Ne fais jamais faire par les autres ce que tu peux faire toi-mme.
-
-7
-
-Le doute, la tristesse, l'abattement, l'indignation, le dsespoir, tous
-ces dmons veillent sur l'homme, et ds qu'il mne une vie oisive, ils
-l'attaquent. Le moyen le plus sr de se protger contre ces dmons,
-c'est un travail corporel assidu. Ds que l'homme se met cette
-besogne, aucun dmon n'ose plus l'approcher et ne fait que grogner de
-loin.
-
- CARLYLE.
-
-8
-
-Le dmon, lorsqu'il pche les hommes la ligne, se sert de diffrentes
-amorces. Mais l'homme oisif n'a pas besoin d'amorce, il se fait prendre
-sans amorce.
-
-9
-
-Il est prfrable de prendre une corde, d'aller chercher du bois dans la
-fort et de le vendre pour acheter du pain que de demander aux gens de
-vous en donner. Si l'on vous refuse, vous en aurez du dpit; si on vous
-le donne ce sera pis encore: vous aurez honte.
-
- MAHOMET.
-
-10
-
-Il y avait une fois deux frres; l'un travaillait chez un seigneur,
-l'autre vivait du travail de ses mains. Le frre riche dit un jour au
-pauvre:
-
---Pourquoi ne vas-tu pas travailler chez le seigneur? Tu ne connatrais
-pas de besogne pnible.
-
-A cela le pauvre rpliqua:
-
---Pourquoi ne travailles-tu pas? Tu ne connatrais pas d'humiliation ni
-de servitude.
-
-Les sages disent qu'il est prfrable de manger tranquillement le pain
-qu'on a gagn, que de porter une charpe d'or et d'tre le serviteur
-d'un autre. Il est prfrable de ptrir la chaux et l'argile de ses
-mains, que de joindre ses mains sur la poitrine en signe d'humilit.
-
- SAADI.
-
-11
-
-Ne pas rester la porte des riches et ne pas parler d'une voix de
-qumandeur--c'est la meilleure vie. Et, afin que cela n'arrive pas, il
-ne faut pas craindre le travail.
-
- HOTOPADEZ hindou.
-
-12
-
-Si tu ne veux pas travailler, humilie-toi, ou opprime les autres.
-
-13
-
-L'aumne d'une pauvre veuve est gale aux plus riches dons, avec cette
-diffrence qu'elle est la vraie charit.
-
-Seuls les pauvres qui travaillent peuvent avoir la joie de la charit.
-Les riches, les oisifs, en sont privs.
-
-
-
-[1] Paysan russe, auteur d'un ouvrage sur la loi du travail. Tolsto a
-connu l'auteur et comment son ouvrage. (N. du trad.)
-
-
-
-
-CHAPITRE X
-
-DE LA CUPIDIT
-
-
-Le pch de cupidit est dans l'accumulation d'une quantit toujours
-grandissante d'objets ou d'argent ncessaires aux autres hommes, et de
-garder ces objets ou cet argent afin de jouir sa guise du travail
-d'autrui.
-
-
-I--_Le pch du riche._
-
-1
-
-Dans notre socit, un homme ne peut pas dormir sans payer sa place.
-L'air, l'eau, la lumire du soleil ne lui appartiennent que sur la
-grand'route.... L'unique droit reconnu chez nous, c'est de marcher sur
-cette grand'route jusqu' ce que l'on commence chanceler de fatigue,
-parce qu'on ne peut s'arrter et que l'on doit marcher toujours.
-
- GRANT ALLEN[1].
-
-2
-
-Dix hommes bons s'tendent et dorment paisiblement sur le mme feutre,
-mais deux riches ne peuvent pas vivre en paix dans dix chambres. Si un
-homme de coeur trouve une miche de pain, il en donne la moiti celui
-qui a faim. Mais lorsqu'un conqurant conquiert une partie du monde, il
-ne se tranquillise pas tant qu'il n'en n'a pas pris une autre partie
-encore.
-
-3
-
-Les riches ont quinze chambres pour trois personnes, et il ne peuvent
-pas laisser un mendiant se chauffer et coucher chez eux.
-
-Le paysan a une chaumire de sept mtres pour sept personnes; mais il
-laisse volontiers entrer un voyageur en disant: Dieu nous ordonne de
-partager.
-
-4
-
-Les riches et les pauvres se compltent les uns les autres. Quand il y a
-des riches, il y a et il doit y avoir des pauvres. Quand existe le luxe
-effrn, existe et doit exister l'affreuse misre qui force ceux qui
-n'ont rien tre au service du luxe.
-
-Le Christ aimait les pauvres et s'loignait des riches.
-
-Dans le royaume de vrit qu'Il prchait, les riches et les pauvres
-seraient galement impossibles.
-
- HENRY GEORGE.
-
-5
-
-Le vagabond est le complment indispensable du millionnaire.
-
- HENRY GEORGE.
-
-6
-
-Les plaisirs des riches sont obtenus par les larmes des pauvres.
-
-7
-
-Lorsque les riches parlent du bonheur social, je ne doute pas qu'ils
-forment sous ce prtexte un complot en vue d'assurer leurs intrts.
-
- THOMAS MORE.
-
-8
-
-Les honntes gens ne sont jamais riches. Les gens riches ne sont jamais
-honntes.
-
- LAO-TSEU.
-
-9
-
-Ne vole pas un pauvre parce qu'il est pauvre, dit Salomon. Pourtant,
-ce pillage du pauvre parce qu'il est pauvre est une chose trs
-ordinaire: le riche profite toujours de la misre du pauvre pour le
-forcer travailler pour lui, ou bien pour lui acheter ses produits
-vil prix.
-
-On dvalise rarement les riches sur les grand'routes, parce qu'il est
-dangereux de voler un riche, alors qu'on peut dvaliser un pauvre sans
-aucun risque.
-
- D'aprs JOHN RUSKIN.
-
-10
-
-Les gens qui appartiennent aux classes ouvrires tchent le plus souvent
-de passer dans la classe des gens aiss qui vivent du travail d'autrui.
-Ils appellent a se joindre aux bonnes gens, alors qu'il faudrait dire
-quitter les bonnes gens pour les mchants.
-
-La richesse est un grand pch devant Dieu, la pauvret l'est devant les
-hommes.
-
- Proverbe russe.
-
-
-
-II.--_-L'homme et la terre._
-
-1
-
-Etant issu de la terre, la terre m'est donne pour que j'y prenne tout
-ce qu'il me faut pour cultiver et ensemencer, et j'ai le droit de
-rclamer ma part.
-
-Montrez-moi donc o elle est.
-
- EMERSON.
-
-2
-
-La terre est notre mre tous; elle nous nourrit, nous donne asile,
-nous rjouit et nous chauffe; depuis notre naissance et jusqu'au moment
-o nous nous endormons du dernier sommeil sur son coeur de mre, elle
-nous caresse constamment de son treinte affectueuse.
-
-Et voici que les gens parlent de sa vente; et elle prsente, en effet,
-notre poque vnale, un article de ngoce, elle est vendue et achete.
-
-Mais la vente de la terre cre par le Crateur cleste est une norme
-ineptie. La terre ne peut appartenir qu'au Dieu tout-puissant et
-tous les fils des hommes qui la travaillent, de mme qu' ceux qui la
-travailleront dans l'avenir.
-
-Elle est la proprit non seulement d'une seule gnration, mais de
-toutes les gnrations passes, futures et prsentes qui la travaillent.
-
- CARLYLE.
-
-3
-
-Nous occupons une le sur laquelle nous vivons des produits de nos
-mains. Un marin naufrag est rejet sur notre cte. A-t-il le mme droit
-naturel que nous d'occuper sur les mmes bases que nous, une parcelle de
-terre pour s'y nourrir de son travail? Il semblerait que ce droit est
-incontestable. Et cependant, combien d'hommes naissent sur notre plante
-auxquels les gens qui y vivent refusent ce droit.
-
- DE LAVELEYE.
-
-
-
-III.--_Les consquences nuisibles de la richesse._
-
-1
-
-Les hommes se plaignent d'tre pauvres et s'efforcent, par tous les
-moyens, d'arriver la richesse; cependant, la misre et la pauvret
-donnent aux gens la fermet et la force, alors que les excs et le luxe
-les affaiblissent et les amnent leur perte.
-
-Les pauvres ont tort de vouloir changer l'indigence utile au corps et
-l'me contre la richesse qui est nuisible au corps et l'me.
-
-2
-
-Si le pauvre a des peines, le riche en a doublement.
-
-3
-
-Le riche est malheureux; d'abord, parce qu'il craint toujours pour ses
-richesses, ensuite, parce que plus il a de biens, plus il a de soucis et
-d'affaires. Mais il est surtout malheureux parce qu'il ne peut se lier
-qu'avec des riches comme lui, qui sont peu nombreux, et non avec les
-pauvres qui sont la majorit. S'il se lie avec un pauvre, il voit trop
-nettement son pch, et il ne peut pas ne pas en avoir honte.
-
-4
-
-La richesse a l'or, la pauvret a la joie.
-
- Proverbe.
-
-5
-
-La richesse habitue les gens l'orgueil, la cruaut, l'ignorance
-prsomptueuse et la dbauche.
-
-6
-
-Seul un homme riche peut tre insensible et indiffrent au malheur
-d'autrui.
-
- Le _Talmud._
-
-7
-
-La misre assagit, la richesse abtit. Les chiens eux-mmes deviennent
-enrags force de trop bien manger.
-
- Proverbe russe.
-
-8
-
-Celui qui est charitable n'est jamais riche. Le riche n'est srement pas
-charitable.
-
- Proverbe mandchourien.
-
-9
-
-Les gens cherchent la richesse; s'ils savaient seulement combien ils
-perdent de bont en gagnant l'opulence et en vivant au milieu d'elle,
-ils auraient cherch s'en dbarrasser avec le mme zle qu'ils mettent
- l'acqurir.
-
-10
-
-Le moment est proche o les hommes cesseront de croire que la richesse
-donne le bonheur et comprendront, enfin, la simple vrit qu'en gagnant
-et en conservant leur richesse, ils rendent plus malheureuse et non
-meilleure l'existence des autres et la leur.
-
-
-
-IV.--_On ne doit pas envier la richesse, mais en avoir honte._
-
-1
-
-Il ne faut pas respecter et envier les riches, mais les plaindre et
-s'loigner d'eux. Quant au riche, il ne doit pas tre fier de ses biens,
-mais honteux.
-
-2
-
-Si le pauvre envie le riche, il ne vaut pas mieux que lui.
-
-3
-
-L'orgueil des riches est mauvais, mais l'envie des pauvres n'est pas
-moins mauvaise. Combien il y a de pauvres qui, tout en blmant les
-riches, agissent de mme qu'eux envers ceux qui sont plus pauvres
-qu'eux-mmes!
-
-
-
-V.--_L'excuse de la richesse._
-
-1
-
-Si tu as des revenus sans travailler, il y a srement quelqu'un qui
-travaille sans tre pay.
-
-2
-
-Seul celui qui est sr de n'tre pas un homme comme tous les autres,
-mais meilleur qu'eux, peut possder des richesses au milieu des pauvres
-et avoir la conscience tranquille. Seule la pense qu'il est meilleur
-que les autres peut justifier un tel homme ses propres yeux. Et,
-chose extraordinaire, la possession des richesses, qui devrait rendre
-un tel homme honteux, est pour lui la principale justification de sa
-supriorit sur les autres hommes. Je jouis de la richesse parce que je
-suis meilleur que les autres. Et je suis meilleur que les autres parce
-que je jouis de la richesse, se dit-il.
-
-3
-
-Rien ne prouve aussi clairement la fausset de la religion professe
-parmi nous que ce fait que les hommes qui se considrent comme chrtiens
-peuvent non seulement jouir de leurs richesses, au milieu des pauvres,
-mais encore en tre fiers.
-
-4
-
-L'une des erreurs les plus frquentes et les plus significatives que les
-hommes commettent, est de croire comme bon ce qu'ils aiment. Ils aiment
-la richesse, et bien que le mal de la richesse soit vident, ils se
-persuadent que la richesse est bonne.
-
-5
-
-Est-ce que Dieu a donn quelque chose l'un, sans le donner l'autre?
-Est-ce que notre Pre commun a exclu l'un de ses enfants? Vous qui
-exigez le droit exclusif de profiter de ses dons, montrez le testament
-par lequel il aurait priv les autres frres de son hritage.
-
- LAMENNAIS.
-
-6
-
-Il semblerait que, connaissant l'affreuse misre des ouvriers qui
-meurent de privations et d'excs de travail (et il est impossible de ne
-pas le savoir), les gens riches, qui profitent de ce travail homicide,
-seraient forcs de s'en mouvoir. Cependant, ces gens riches, libraux,
-humanitaires, trs sensibles non seulement aux souffrances des hommes,
-mais celles des btes, cherchent s'enrichir davantage, c'est--dire
- profiter de plus en plus du travail des autres et le font en toute
-srnit.
-
-Cette srnit des riches est due l'intervention d'une nouvelle
-science dnomme conomie politique, qui a pos des lois en vertu
-desquelles la rpartition du travail et la jouissance de ses produits
-dpendent de l'offre et de la demande, du capital, de la rente, du taux
-des salaires, des bnfices, etc.
-
-Il a t crit sur ce thme, en peu de temps, un nombre incalculable de
-traits, de brochures; il a t fait des cours et des confrences, et on
-en crit et on confrencie encore l'infini.
-
-Bien que la plupart des gens ignorent les dtails de ces explications
-rassurantes de la science, ils savent quand mme que cette explication
-existe, que les savants, des gens subtils, ne cessent de dmontrer que
-l'ordre de choses actuel est tel qu'il doit tre, et que l'on peut se
-laisser vivre tranquillement dans cet tat de choses, sans essayer de le
-modifier.
-
-Ce n'est qu'ainsi qu'on peut expliquer l'aveuglement surprenant
-dans lequel se trouvent les hommes sensibles de notre socit, qui
-plaignent sincrement, les animaux, mais qui, la conscience tranquille,
-s'attaquent la vie de leurs semblables.
-
-
-
-VI._--Pour atteindre le bonheur, l'homme ne doit pas se soucier de
-l'accroissement de son avoir, mais de l'amour qui est en lui._
-
-1
-
-Gagne une richesse que personne ne pourra te prendre, qu'elle te reste
-mme aprs la mort et qu'elle ne diminue ni ne tarisse jamais. Cette
-richesse--c'est ton me.
-
- Proverbe hindou.
-
-2
-
-Les gens se soucient mille fois plus d'augmenter leurs richesses que de
-dvelopper leur raison. Pourtant chacun devrait comprendre qu'il vaut
-bien mieux pour son bonheur conserver ce qui est en lui que ce qui est
-chez lui.
-
- D'aprs SCHOPENHAUER.
-
-3
-
-Et il leur dit celte parabole: Les terres d'un riche donnrent, une
-abondante rcolte; et ce riche se demanda: Que ferai-je? Je n'ai pas
-assez de place pour serrer ma rcolte. Voici, dit-il, ce que je ferai:
-j'abatterai mes greniers, j'en btirai de plus grands, et j'y amasserai
-toute ma rcolte et tous mes biens. Puis je dirai mon me: Mon me,
-tu as beaucoup de biens en rserve pour plusieurs annes; repose-toi,
-mange, bois et rjouis-toi. Mais Dieu lui dit: Insens, celte nuit
-mme ton me te sera prise, et ce que tu as amass, qui cela
-appartiendra-t-il?
-
- Luc, XII, 16-20.
-
-4
-
-Pourquoi l'homme voudrait-il tre riche? Pourquoi lui faut-il des
-chevaux de race, de riches habits, de magnifiques chambres, des droits
-d'entre dans les lieux de distractions?
-
-Parce qu'il manque de vie spirituelle.
-
-Donnez cet nomme une vie spirituelle, et il n'aura besoin de rien.
-
- EMERSON.
-
-5
-
-De mme qu'un vtement riche embarrasse les mouvements du corps, la
-richesse entrave les mouvements de l'me.
-
-
-
-VII.--_La lutte contre de pch de cupidit._
-
-1
-
-Celui qui possde moins qu'il ne veut avoir doit se souvenir qu'il a
-plus qu'il ne mrite.
-
- LICHTENBERG.
-
-2 On peut viter la misre par deux moyens: augmenter son avoir, ou
-bien apprendre se contenter de peu. Augmenter les richesses n'est pas
-toujours possible, et c'est presque toujours malhonnte; tandis que
-diminuer nos caprices est toujours en notre pouvoir et est salutaire
-notre me.
-
-3
-
-Le pire voleur n'est pas celui qui a pris ce qui lui est ncessaire,
-mais bien celui qui garde sans en donner aux autres ce dont il n'a pas
-besoin.
-
-4
-
-Celui qui aurait des biens de ce monde et qui, voyant son frre dans le
-besoin, lui fermerait son coeur, comment l'amour de Dieu demeurerait-il
-en lui? Mes enfants, n'aimons pas en paroles, mais en actes et par la
-vrit! I. JEAN, III, 17-18.
-
-Pour qu'un riche n'aime pas en paroles mais en actes et par la vrit
-il doit donner celui qui demande, ainsi que l'a dit le Christ. Et
-si l'on donne celui qui demande, toute richesse s'puise bientt. Et
-ds que l'homme cesse d'tre riche, il lui arrive ce que Jsus a dit au
-jeune homme, c'est--dire que ce qui empchait le jeune homme riche de
-le suivre n'existe plus.
-
-5
-
-La charit est vritable seulement quand tu t'es priv en la faisant.
-C'est alors que celui qui reoit un don matriel, reoit galement un
-don spirituel. Et si ton don n'est pas un sacrifice, mais le rsultat de
-la surabondance, il ne fait qu'irriter celui qui le reoit.
-
-6
-
-Les opulents bienfaiteurs ne voient pas ce qu'ils donnent au pauvre, ils
-l'enlvent souvent des mains de plus pauvres encore.
-
-
-[1] Moraliste anglais _(N. du tr.)_
-
-
-
-
-CHAPITRE XI
-
-DE LA COLRE
-
-
-I.--_Pch de malveillance._
-
-1
-
-Il a t dit aux anciens: Tu ne tueras point, et celui qui tuera sera
-jug (Exode, XX, 13). Mais moi je vous dis que quiconque se met en
-colre contre son frre sera jug.
-
- MATTH., V, 21-22.
-
-2
-
-Si tu prouves une douleur dans le corps, tu sais que quelque chose
-n'est pas en bon tat: ou tu fais ce que tu ne devrais pas faire, ou
-bien lu ne fais pas ce que tu devrais faire. Il en est de mme de la vie
-spirituelle. Si tu te sens triste, irrit, sache que quelque chose est
-en mauvais tat: ou tu aimes ce qu'il ne faudrait pas aimer, ou bien tu
-n'aimes pas ce qu'il faudrait aimer.
-
-3
-
-Les pchs de la gourmandise, de l'oisivet, de la volupt, sont mauvais
-par eux-mmes. Mais ces pchs sont surtout reprhensibles parce qu'ils
-engendrent le pire des pchs: la malveillance, l'iniquit envers les
-gens.
-
-4
-
-Ce ne sont pas les pillages, les assassinats, les excutions qui sont
-effrayants. Qu'est-ce que le pillage? C'est le passage de la proprit
-des uns aux autres. Cela a toujours exist, cela sera toujours, et il
-n'y a rien d'effrayant cela.
-
-Que sont les excutions, les assassinats? C'est le passage des hommes de
-la vie la mort. Ces passages ont t, sont et seront toujours, et cela
-n'a galement rien, d'effrayant. Ce qu'il y a de rellement effrayant,
-c'est la haine des hommes qui engendre le brigandage, le vol, le meurtre.
-
-
-
-II.--_L'absurdit de la colre._
-
-1
-
-Les Bouddhistes disent que tout pch vient de la btise. Cela est
-juste pour tous les pchs, mais surtout pour l'inimiti. Le pcheur,
-l'oiseleur se fche contre le poisson ou l'oiseau parce qu'il ne l'a pas
-pris, et moi je me fche contre l'homme, parce qu'il fait ce dont il
-a besoin pour lui, et non pas ce que je voudrais de lui. N'est-ce pas
-galement stupide?
-
-2
-
-Un homme t'a offens. Tu t'es fch contre lui. L'affaire est termine.
-Mais la colre contre cet homme s'est fige dans ton coeur, et lorsque
-tu penses lui, tu t'irrites. Comme si le diable, qui est toujours
-en faction la porte de ton coeur, avait profit de l'heure o tu as
-ressenti ta colre contre cet homme; comme si elle lui eut ouvert la
-porte, qu'il eut bondi dans ton coeur et qu'il y ft matre, maintenant.
-Chasse-le. Et l'avenir, sois plus prudent, n'ouvre pas la porte par
-laquelle il entre.
-
-3
-
-Plus l'homme se croit haut plac, plus facilement il s'irrite contre les
-gens. Plus l'homme est modeste, plus il est bon et se fche moins.
-
-4
-
-Ne pense pas que la vertu consiste dans la bravoure et la force. Si tu
-peux te placer au-dessus de la colre, pardonner et aimer celui qui t'a
-offens, tu auras fait le mieux de ce qu'un homme peut faire.
-
- DJERBELOTE, persan.
-
-5
-
-Il est vrai, que tu n'as peut-tre pas la force de ne pas te fcher
-contre celui qui t'a offens, outrag. Mais tu peux toujours le
-contenir, ne manifester ta colre ni en paroles ni en actes.
-
-6
-
-La colre ment toujours de l'impuissance.
-
-
-
-III.--_La colre contre les hommes nos frres est draisonnable parce
-que le mme Dieu vit en nous tous._
-
-1
-
-On doit s'observer depuis le matin et se dire: tout l'heure, je
-pourrai avoir affaire un homme insolent, effront, importun,
-hypocrite, nerveux. Il y a souvent des gens comme a. Ils ne savent pas
-ce qui est bien et ce qui est mal. Mais si je sais, moi, o est le bien
-et le mal, si je comprends que le mal pour moi ne peut venir que de la
-mauvaise action que j'ai commise moi-mme, aucun mauvais homme ne peut
-me nuire. Personne ne peut me forcer faire mal. Si je pense encore que
-tout homme m'est proche, non par le sang et la chair, mais par l'esprit,
-que le mme Esprit divin vit en chacun de nous, je ne peux pas me fcher
-contre un tre qui m'est proche. Je sais donc que nous sommes crs l'un
-pour l'autre, que nous sommes appels nous entr'aider comme les mains,
-les pieds, les yeux et les dents s'aident entre eux et servent le corps
-entier; comment puis-je me dtourner de mon prochain si, contrairement
-sa vraie nature, il me fait du mal.
-
- MARC-AURLE
-
-2
-
-Si tu t'es fch contre un homme, c'est que tu menais une vie charnelle,
-et non pas une vie spirituelle. Si tu vivais selon la volont divine,
-personne ne pourrait t'offenser, car on ne peut offenser Dieu, et Dieu,
-le Dieu qui est en toi, ne peut se fcher.
-
-3
-
-On ne doit ni trop mpriser ni trop respecter aucun homme.
-
-Si tu le mprises, tu ne pourras pas apprcier le bien qu'il y a en lui;
-si tu l'honores trop, tu exigeras trop de lui.
-
-Pour ne pas se tromper, il faut mpriser le ct charnel autant chez
-autrui qu'en soi-mme et respecter l'homme comme un tre spirituel en
-qui demeure l'esprit divin.
-
-
-
-IV.--_Plus l'homme se diminue, mieux il vaut._
-
-1
-
-On dit qu'un homme de bien ne peut pas faire autrement que de se fcher
-contre les mchants. Mais si cela est ainsi, plus l'homme est bon
-comparativement aux autres, plus il doit se mettre en colre contre eux;
-en ralit, plus un homme est bon, plus il est doux et bon pour tous les
-autres hommes. Cela tient ce qu'un homme bon se souvient que lui aussi
-a souvent pch, et que s'il s'irrite contre les mchants, il doit, tout
-d'abord, s'irriter contre lui-mme.
-
- SNQUE.
-
-2
-
-Un homme raisonnable ne peut pas se fcher contre les hommes mchants et
-draisonnables.
-
---Comment puis-je ne pas me fcher s'ils sont voleurs et filous? dis-tu.
-
---Qu'est-ce qu'un voleur et un filou? C'est un homme qui s'est gar.
-On doit non pas se fcher contre un tel homme, mais le plaindre. Si tu
-peux, persuade-le que ce n'est pas bon pour lui-mme de vivre comme il
-vit, et il cessera de faire le mal. S'il ne le comprend pas encore, quoi
-d'tonnant qu'il vive ainsi.
-
-Tu diras que ces gens l doivent tre punis.
-
-Si un homme a mal aux yeux et qu'il est devenu aveugle, tu ne diras pas
-qu'il faut l'en punir. Pourquoi donc veux-tu punir celui qui est priv
-de quelque chose de bien plus prcieux que les yeux, qui est priv du
-plus grand bonheur qui existe, celui de savoir vivre raisonnablement?
-
-On ne doit pas se fcher contre ces gens, mais les plaindre.
-
-Aie piti de ces malheureux et tche de faire en sorte que leurs
-garements ne t'irritent pas. Souviens-toi combien souvent tu t'es
-tromp et tu as pch toi-mme, et fche-toi plutt contre toi-mme de
-ce que ton me renferme tant d'inimiti et de mchancet.
-
- PICTTE.
-
-3
-
-Tu dis que tu n'es entour que de mauvaises gens. Si tu penses ainsi,
-c'est une preuve certaine que tu es mchant toi-mme.
-
-4
-
-Souvent les gens croient se faire valoir en remarquant les dfauts des
-autres; mais ils ne font que montrer leur faiblesse.
-
-Plus l'homme est bon et intelligent, plus il voit le bien chez les
-autres; plus il est bte et mchant, plus il voit les dfauts des autres.
-
-5
-
-Il est vrai, qu'il est difficile de se montrer bon envers un vicieux,
-un menteur, surtout s'il vous offense; mais c'est prcisment envers de
-pareils hommes qu'on doit tre bon, et pour eux, et pour soi.
-
-6
-
-Lorsqu'on se fche contre quelqu'un, on cherche gnralement justifier
-sa colre et, ne voir que le mal en la personne contre laquelle on
-s'irrite; et l'on ne fait qu'augmenter son inimiti. Alors, qu'au
-contraire, plus on est irrit, plus on doit chercher le bien que peut
-contenir celui contre qui on s'irrite. Et lorsqu'on russit dcouvrir
-le bien et aimer un tel homme, non seulement on apaise sa colre, mais
-encore on prouve une joie profonde.
-
-7
-
-Si tu veux reprocher un homme ses incohrences, ne qualifie pas ses
-actes ou ses paroles de sottises, ne dis et ne pense pas que ce qu'il a
-fait ou dit n'a aucun sens. Au contraire, suppose toujours qu'il voulait
-faire ou dire quelque chose de raisonnable et tche de le prouver.
-Il faut s'efforcer de dcouvrir les ides errones qui ont tromp
-l'homme et les lui faire voir de faon ce qu'il arrive lui-mme
-la conclusion, qui est qu'il se trompe. On ne peut persuader un homme
-que par sa propre raison. De mme, on ne peut persuader un homme de
-l'immoralit de son acte que par son sentiment moral. Il ne faut pas
-supposer que l'homme le plus vicieux ne puisse pas devenir un tre
-vertueux et libre.
-
- D'aprs KANT.
-
-6
-
-Si tu te fches contre un homme parce qu'il a commis un acte que nous
-considrons comme reprhensible, tche de savoir pourquoi il a fait ce
-que nous considrons comme mauvais. Ds que tu l'auras compris, tu ne
-seras plus fch, parce qu'on ne peut se fcher de ce que la pierre
-tombe du haut en bas et non de bas en haut.
-
-
-
-V.--_La ncessit de l'amour pour la communion entre les hommes._
-
-1
-
-Pour que tes relations avec les hommes ne soient pas un sujet de
-souffrance pour toi et pour eux, n'entre pas en rapports avec les gens
-si tu n'prouves pas d'affection pour eux.
-
-2
-
-Sans amour, on ne peut manier que les objets; sans amour, on peut
-abattre des arbres, faire des briques, forger le fer; on ne peut sans
-amour traiter les hommes.
-
-Si tu n'prouves pas d'amour pour les hommes, occupe-toi de toi-mme,
-manie des choses, ce que tu voudras, mais laisse les hommes tranquilles.
-Ds que tu te permettras de les traiter sans amour, tu deviendras non
-pas un homme, mais une bte, tu leur nuiras et tu seras malheureux
-toi-mme.
-
-3
-
-Lorsqu'on voit des gens toujours mcontents, critiquant, tout et tout le
-monde, on a envie de leur dire: Le but de votre existence n'est pas de
-dvoiler l'absurdit de la vie, de la critiquer, de vous fcher et de
-mourir. Cela n'est pas possible. Rflchissez; vous ne devriez pas vous
-fcher, ni critiquer, mais travailler rparer le mal que vous voyez.
-
-Si vous voulez faire disparatre le mal que vous voyez vous n'y
-arriverez certainement pas par l'inimiti, mais uniquement par la
-bienveillance envers tous les hommes, car ce sentiment vit toujours en
-nous et vous le sentirez aussitt que vous cesserez de l'touffer en
-vous.
-
-4
-
-Il faut nous habituer tre mcontents d'un autre homme de la mme
-faon, qu'il nous arrive d'tre mcontents de nous-mmes. Cela nous
-arrive lorsque nous ne sommes pas satisfaits d'un de nos actes, et non
-de notre me. Il faut agir de mme l'gard des autres: critiquer
-leurs actes, et les aimer eux-mmes.
-
-5
-
-Pour ne pas faire tort son prochain, pour l'aimer, il faut s'habituer
- ne pas dire de mal ni de lui, ni lui, et pour y parvenir, il faut
-s'habituer ne pas penser mal de lui, ne pas laisser pntrer dans
-notre me le sentiment de malveillance.
-
-6
-
-Peux-tu te fcher contre un homme parce qu'il a des plaies purulentes?
-Ce n'est pas sa faute si l'aspect de ses plaies est dsagrable.
-Comporte-toi de mme envers les vices d'autruis.
-
-Mais tu diras que l'homme a une raison pour comprendre et corriger ses
-vices. C'est juste. Par consquent, toi aussi, tu as une raison et tu
-peux rflchir que tu ne dois pas le fcher contre l'homme en raison
-de ses vices, mais au contraire, tu dois l'efforcer d'veiller sa
-conscience en le traitant avec bont et intelligence, sans colre, sans
-impatience et sans orgueil.
-
- MARC-AURLE.
-
-7
-
-Il y a des gens qui aiment se fcher. Ils sont toujours occups
-quelque chose et toujours heureux de l'occasion de brusquer, de gronder
-celui qui s'adresse eux pour quelque affaire. Ces gens-l sont trs
-dsagrables, mais il faut se souvenir qu'ils sont trs malheureux, ne
-connaissent pas la joie de la bonne humeur, et c'est pourquoi, il ne
-faut pas se fcher contre eux, mais les plaindre.
-
-8
-
-On ne peut mieux calmer une colre, mme juste, qu'en disant celui qui
-se fche que celui contre lequel il se fche, n'est qu'un malheureux. La
-pluie a le mme effet sur le feu que la compassion sur la colre.
-
-9
-
-L'homme qui dsire faire du tort son ennemi, n'a qu' s'imaginer qu'il
-lui a dj fait mal et qu'il souffre de corps et d'me; il n'a qu' se
-l'imaginer et comprendre que tout cela est l'oeuvre de nos mains, pour
-que, l'ide des souffrances de l'ennemi, l'homme le plus mchant cesse
-de garder sa rancune.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-
-
-VI.--_La lutte contre le pch de malveillance._
-
-1
-
-On me blme, je suis ennuy, j'ai de la peine. Comment me dbarrasser de
-ce sentiment dsagrable? D'abord, par l'_humilit_; quand on connat
-sa faiblesse, on ne se fche pas de ce que les autres la montrent. Ce
-n'est pas aimable de leur part, mais ils ont raison. Ensuite, par le
-_raisonnement_; car, en dfinitive, on reste toujours ce qu'on a t, et
-si l'on avait trop de vnration pour soi-mme, on aurait qu' modifier
-son opinion. Enfin, et principalement, par le _pardon_; il n'y a qu'un
-seul moyen pour ne pas har ceux qui nous font du mal et nous offensent,
-c'est de leur faire du bien. Si l'on ne parvient pas les changer, du
-moins, arrive-t-on se matriser soi-mme.
-
- AMIEL.
-
-2
-
-La meilleure boisson qu'un homme peut boire est la mauvaise parole qu'il
-a dj sur les lvres; qu'il ne la laisse pas, chapper et l'avale.
-
- MAHOMET.
-
-3
-
-Comprends bien et souviens-toi que tout homme agit toujours au mieux de
-ses propres intrts.
-
-Si tu y penses toujours, tu ne te fcheras contre personne, tu ne
-reprocheras rien personne, tu ne gronderas personne; car si quelqu'un
-a rellement du profit faire ce qui t'est dsagrable, il a raison et
-il ne peut agir autrement. S'il se trompe et ne se fait du tort qu'
-lui-mme, tant pis pour lui; on doit le plaindre et non se fcher contre
-lui.
-
- PICTTE.
-
-4
-
-Souvenons-nous que tous nous redeviendrons poussire, et soyons humbles
-et modestes.
-
- D'aprs SAADI.
-
-
-
-VII.--_La malveillance nuit toujours celui qui la ressent._
-
-1
-
-Bien que la colre soit nuisible aux autres, elle fait surtout du tort
- celui qui se fche. La colre est toujours plus nuisible que la chose
-pour laquelle on se fche.
-
-2
-
-Il y a des gens qui aiment se fcher, qui s'irritent et font du mal aux
-autres sans aucune raison. On peut comprendre pourquoi un avare offense
-les autres: il veut s'emparer de leur bien pour s'enrichir; il fait du
-mal aux gens dans son propre intrt. Un mchant homme fait du tort aux
-autres sans aucun bnfice personnel. Quelle folie!
-
- D'aprs SOCRATE.
-
-3
-
-Ne pas faire de mal, pas mme ses ennemis, est une grande vertu.
-
-Celui qui cherche faire prir les autres, prit srement lui-mme.
-
-Ne fais pas de mal. La pauvret ne peut excuser le mal. Si tu fais du
-mal, tu seras plus pauvre encore.
-
-Les gens peuvent viter les consquences de la mchancet de leurs
-ennemis, mais ils n'viteront jamais les consquences de leurs pchs.
-Cette ombre les poursuivra pas pas, jusqu' ce qu'elle les fasse prir.
-
-Que celui qui ne veut pas vivre triste et malheureux ne fasse pas de
-tort aux autres.
-
-Si l'homme se veut du bien, qu'il ne fasse pas le moindre mal.
-
- _Kouran_ hindou.
-
-4
-
-tre vertueux, c'est avoir l'me libre. Les gens qui s'irritent
-continuellement contre quelqu'un, qui craignent constamment quelque
-chose et qui s'adonnent aux passions, ne peuvent avoir l'me libre.
-Celui qui ne peut pas avoir l'me libre ne verra pas en regardant,
-n'entendra pas en coutant, ne sentira pas de got en mangeant.
-
- CONFUCIUS.
-
-5
-
-Goutte goutte, le seau se remplit; de mme l'homme s'emplit de colre,
-bien qu'il la ramasse petit petit, lorsqu'il se permet de s'irriter
-contre les gens. Le mal revient celui qui le commet, de mme que la
-poussire jete contre le vent.
-
-Ni au ciel, ni dans la mer, ni dans les profondeurs des montagnes, il
-n'y a de place dans tout l'univers, o l'homme pourrait se dbarrasser
-de la mchancet qui est dans son coeur. Souviens-t-en.
-
- DJAMAPADA.
-
-6
-
-La loi hindoue dit: De mme qu'il est juste qu'il fasse froid en hiver
-et chaud en t, il est juste qu'un mauvais homme soit malheureux et un
-bon heureux. Que personne n'entame de querelle, bien qu'il soit offens
-et qu'il souffre; que personne n'offense, ni par un acte, ni par une
-parole, ni par une pense. Tout cela prive l'homme du vrai bonheur.
-
-7
-
-Lorsque je sais que la colre me prive du vrai bonheur, je ne peux plus
-chercher consciemment querelle aux autres; je ne peux pas, ainsi que je
-le faisais avant, me rjouir de mon pch, en tre fier, l'encourager,
-le justifier, me donner de l'importance et me croire raisonnable,
-considrer les autres comme nuls, perdus, insenss; je ne peux plus
-maintenant, en sentant que je me laisse emporter par la colre, ne
-pas reconnatre que j'en suis seul coupable, et ne pas tcher de me
-rconcilier avec ceux qui me cherchent querelle.
-
-Mais cela ne suffit pas. Si je sais maintenant que la colre est un
-mal pour mon me, je sais aussi ce qui me conduit au mal. C'est
-que j'oublie que la mme chose vit en moi et en tous les hommes. Je
-vois maintenant que l'habitude de se distinguer des autres hommes et
-de se considrer comme tant suprieur eux--est l'une des raisons
-principales de mon inimiti.
-
-En repassant ma vie coule, je vois que je n'ai jamais laiss
-s'accrotre mon sentiment d'inimiti envers les gens que je considrais
-suprieurs moi, et je ne les offensais jamais. Mais, par contre, le
-moindre acte de celui que je considrais comme mon infrieur provoquait
-ma colre, et plus je me considrais suprieur, plus il m'tait facile
-de l'offenser. Parfois mme, rien que l'ide de l'infriorit de
-l'homme, provoquait dj une offense de ma part.
-
-8
-
-Un jour d'hiver Franois, accompagn du frre Lon se rendait de Prouse
- Porcioncule. Il gelait, et tous deux tremblaient de froid. Franois
-appela Lon qui marchait devant, et lui dit: O frre Lon, Dieu veuille
-que nos frres donnent par toute la terre, l'exemple de la vie de
-saintet. Note, cependant, que ce n'est pas l qu'est la joie parfaite.
-
-Un peu plus loin, Franois appela encore une fois Lon et lui dit:
-
-Note encore que si nos frres gurissent les malades, chassent le
-diable, rendent la vue aux aveugles font ressusciter les morts, ce n'est
-pas l non plus que sera la joie parfaite.
-
-Encore plus loin, Franois appela de nouveau Lon et lui dit: Note
-encore frre Lon, brebis du Seigneur, que si nous avions appris le
-langage des anges, si nous connaissions le cours des toiles, si tous
-les trsors de la terre nous taient apparus, et que si nous avions
-compris tous les mystres de la vie des oiseaux, des poissons, des
-btes, des gens, des arbres, des pierres et des eaux, note que cela non
-plus ne serait pas une joie parfaite.
-
-Et un peu plus loin, Franois appela encore une fois Lon et lui dit:
-Note encore que si nous tions des prdicateurs, qui parviendraient
-ramener tous les payens au Christianisme, note que l encore, il n'y
-aurait pas de joie parfaite.
-
-Alors le frre Lon dit Franois:
-
---En quoi donc consiste la joie parfaite?
-
-Et Franois rpondit: En ceci: lorsque nous arriverons Porcioncule
-sales, mouills, transis de froid et affams, et que nous demanderons
-de nous donner asile, le portier nous dira: Pourquoi tranez-vous,
-vagabonds, par les chemins, pourquoi tentez-vous les gens, pourquoi
-voulez-vous l'aumne des pauvres; allez-vous en d'ici, et il ne nous
-ouvrira pas. Si nous ne nous offensons pas et que nous pensons avec
-humilit et amour que le portier a raison, et que mouills, gels, et
-affams, nous restons jusqu'au matin dans la neige et l'humidit sans
-murmurer contre le portier, c'est alors, frre Lon, que sera la joie
-parfaite.
-
-
-
-
-CHAPITRE XII
-
-DE L'ORGUEIL
-
-
-Il est difficile de se dbarrasser des pchs, surtout lorsque les
-tentations les encouragent. Telle est la tentation de l'orgueil.
-
-
-I.--_L'absurdit de l'orgueil._
-
-1
-
-Les gens fiers sont tellement occups prcher aux autres qu'ils n'ont
-pas le temps de penser eux-mmes; au reste, ils le croient inutile;
-ils sont parfaits tels qu'ils sont. C'est pourquoi, plus ils prchent
-aux autres, plus ils tombent bas eux-mmes.
-
-2
-
-De mme que l'homme ne peut pas se soulever lui-mme, il ne peut pas se
-glorifier lui-mme.
-
-3
-
-La fiert est mauvaise parce que les gens sont fiers de ce dont on doit
-avoir honte: de la richesse, de la gloire, des honneurs.
-
-4
-
-Si vous tes plus-fort, plus riche, plus instruit que les autres, tchez
-de venir en aide aux gens avec ce que vous avez de plus qu'eux. Si
-vous tes plus fort, aidez les faibles; si vous tes plus intelligent,
-aidez ceux qui ne le sont pas; si vous tes instruit, aidez ceux qui le
-sont moins; si vous tes riche, aidez ceux qui sont pauvres. Mais les
-orgueilleux ne raisonnent pas ainsi. Ils pensent que s'ils possdent ce
-que les autres n'ont pas, ils n'ont pas besoin de partager avec ceux-ci,
-mais n'ont qu' se vanter devant eux.
-
-5
-
-Ce n'est pas bien si l'homme, au lieu d'aimer ses frres, se fche
-contre eux. Mais c'est pis encore lorsque quelqu'un se persuade qu'il
-n'est pas un homme comme les autres, mais meilleur qu'eux et, par
-consquent, qu'il peut traiter les gens autrement qu'il ne voudrait tre
-trait lui-mme.
-
-6
-
-C'est stupide lorsque des gens tirent vanit de leur visage, de leur
-corps, mais c'est plus stupide encore lorsqu'ils sont fiers de leurs
-parents, de leurs anctres, de leurs amis, de leur classe, de leur
-peuple.
-
-Une grande partie du mal, dans ce monde, vient de ce sot orgueil.
-C'est de l que proviennent les querelles entre les hommes, entre les
-familles, et les guerres entre les peuples.
-
-7
-
-La btise peut exister sans l'orgueil; mais l'orgueil ne va jamais sans
-la btise.
-
-8
-
-Prenez l'exemple des eaux qui coulent dans les profondeurs des mers et
-dans les cavits des montagnes: les ruisseaux descendent avec bruit,
-mais la mer sans fin est muette, elle se balance peine.
-
- _Les Soutes_ bouddhistes.
-
-9
-
-Plus la substance est lgre et moins elle est dense, plus elle occupe
-de place. Il en est de mme de l'orgueil.
-
-10
-
-Une mauvaise roue grince plus fort, un pi vide s'lve plus haut, Il en
-est de mme d'un homme mauvais et vain.
-
-11
-
-Plus l'homme est content de lui-mme, moins il possde ce dont on peut
-tre fier.
-
-12
-
-Un homme fier est comme couvert d'une corce de glace. Aucun bon
-sentiment ne peut pntrer travers cette corce.
-
-13
-
-Le plus sot des hommes est plus facile clairer qu'un orgueilleux.
-
-14
-
-Si les gens fiers pouvaient seulement savoir ce que pensent d'eux ceux
-qui profitent de leur fiert, ils cesseraient d'tre fiers.
-
-
-
-II.--_L'orgueil national_
-
-1
-
-Se croire meilleur que les autres est mal et stupide, nous le savons
-tous. Considrer sa famille comme la meilleure de toutes, est plus mal
-et plus stupide encore; et, cependant, non seulement nous ne nous en
-rendons pas compte, mais encore nous y voyons un mrite particulier.
-Considrer son peuple comme le meilleur entre tous est la chose la plus
-stupide qui puisse exister. Or, loin d'tre juge comme mauvaise, cette
-prsomption apparat comme une grande vertu.
-
-2
-
-Les gens se querellent entre eux et savent que ce n'est pas bien. Alors,
-pour se donner le change eux-mmes et pour touffer leur conscience,
-ils inventent des excuses leur animosit. L'une de ces excuses est
-que je suis meilleur que les autres hommes; seulement, ceux-ci ne le
-comprennent pas, et c'est pourquoi je ne puis m'entendre avec eux.
-Une autre excuse, c'est que ma famille est meilleure que les autres
-familles; la troisime, que ma classe est meilleure que les autres
-classes; la quatrime, que mon peuple est meilleur que les autres
-peuples.
-
-Rien ne dsunit les hommes autant que l'orgueil, qu'il soit celui de
-l'individu, de la famille, de la classe ou de la nation.
-
-III.--_Un homme n'a pas de raison de s'enorgueillir devant les autres,
-parce que le mme Esprit vit dans tous les hommes._
-
-1
-
-L'homme se trouve meilleur que les autres quand il considre uniquement
-la vie charnelle: seul le corps peut tre plus fort, plus grand,
-meilleur qu'un autre. Mais si l'homme a une vie spirituelle, il ne peut
-se considrer meilleur que les autres, car l'me est la mme chez tous.
-
-2
-
-On donne aux hommes les titres d'excellence, de grandeur, d'minence,
-de monsieur, de pre, etc., alors qu'un seul titre convient tous et
-n'offense personne: frre, soeur.
-
-Ce terme est bon pour cette raison encore qu'il nous rappelle Le Pre
-pour qui nous sommes tous frres et soeurs.
-
-3
-
-L'homme a raison s'il crot que, dans tout l'univers, if n'y a pas un
-seul tre qui soit au-dessus de lui; mais il se trompe s'il pense qu'il
-y a sur la terre un seul homme qui soit au-dessous de lui.
-
-4
-
-C'est bien pour un homme de se respecter parce que l'Esprit de Dieu vit
-en lui; mais c'est mal quand il est fier de ce qu'il a d'humain: de son
-esprit, de sa sagesse, de sa distinction, de sa richesse, de ses bonnes
-oeuvres.
-
-5
-
-L'homme est bon lorsqu'il lve trs haut son moi spirituel, divin;
-mais il est affreux lorsqu'il veut lever au-dessus des hommes son moi
-charnel, vaniteux, ambitieux et exclusif.
-
-6
-
-Si l'homme est fier des marques de distinctions extrieures, il ne fait
-que montrer ainsi qu'il ne comprend pas son mrite intrieur qui, en
-comparaison de toutes les marques extrieures de distinction, est comme
-le soleil par rapport la bougie.
-
-Un homme ne doit pas se vanter devant les autres. Il ne le doit pas,
-parce que la chose la plus prcieuse en lui, c'est son me et que
-personne, sauf Dieu, ne connat le prix de l'me humaine.
-
-8
-
-La fiert n'est pas du tout la mme chose que la conscience de la
-dignit d'homme. Les faux honneurs et les fausses louanges augmentent la
-fiert, alors qu'au contraire, les fausses humiliations et le faux blme
-augmentent la conscience de la dignit.
-
-
-
-IV.--_Consquences de la tentation de l'orgueil._
-
-1
-
-De mme que les mauvaises herbes qui poussent parmi le bl, boivent
-l'eau et le jus de la terre et empchent le soleil de pntrer jusqu'au
-bl, l'orgueil absorbe toutes les forces de l'homme et lui cache la
-lumire de la vrit.
-
-2
-
-La conscience du pch est souvent plus utile l'homme qu'une bonne
-action: la conscience du pch humilie l'homme, alors qu'une bonne
-action augmente souvent sa fiert.
-
-3
-
-Il y a bien des punitions pour un orgueilleux; mais la punition
-principale et la plus douloureuse est le fait que, malgr tous les
-mrites qu'il pourrait avoir et tous ses efforts les gens ne l'aiment
-pas.
-
-4
-
-Ds que je me rjouis en disant: comme je suis bon, c'est fini, je tombe
-dans l'abme.
-
-5
-
-L'orgueilleux veut se distinguer des autres et se prive ainsi de la
-meilleure joie de la vie, de la communication libre et joyeuse avec les
-hommes.
-
-6
-
-L'orgueilleux craint toute critique. Il la craint parce qu'il sent que
-sa grandeur n'est pas solide, qu'elle ne tient que jusqu'au moment o il
-n'y a pas le moindre petit trou dans le ballon qui le gonfle.
-
-7
-
-L'orgueil pourrait encore se comprendre s'il plaisait aux gens et les
-attirait. Mais il n'y a pas de dfaut qui loigne davantage.
-
-8
-
-L'assurance tonne les gens au dbut. Et, les premiers temps, ils
-attribuent l'homme confiant en lui-mme exactement la mme importance
-que celle qu'il se donne. Mais l'tonnement passe vite. Les gens sont
-bientt dsenchants et ils paient par le mpris pour avoir t
-tromps.
-
-
-
-V.--_La lutte contre la tentation de l'orgueil._
-
-1
-
-Il y aurait bien moins de mal sur la terre si le sentiment de l'orgueil
-n'existait pas. Comment se dbarrasser de cette cause du mal? Il n'y
-a qu'un moyen: le travail de chacun sur lui-mme. Les tentations de
-l'orgueil ne disparaissent que lorsque nous extirpons en nous cette
-profonde racine du mal. S'il vit dans notre coeur, comment pouvons-nous
-esprer qu'il mourra dans les coeurs des autres hommes? C'est pourquoi,
-la seule chose que nous puissions faire pour notre bien et pour le bien
-des autres, c'est de tarir en nous cette source du mal dont les autres
-souffrent.
-
-Aucune amlioration n'est possible, tant que chacun n'aura commenc cet
-amendement de lui-mme.
-
- D'aprs LAMENNAIS.
-
-2
-
-Il n'est facile de vivre avec un homme que si on ne se considre pas
-comme suprieur et meilleur que lui; et qu'on ne le croit ni suprieur
-ou ni meilleur que soi-mme.
-
-3
-
-Le but principal de la vie est le perfectionnement de l'me. Mais
-l'orgueilleux se croit toujours trs bon. C'est pour cette raison que
-l'orgueil est particulirement nuisible. Il empche de travailler
-l'oeuvre principale de la vie humaine: devenir meilleur.
-
-4
-
-Mais que le plus grand d'entre vous soit votre serviteur. Car
-quiconque s'lvera sera abaiss, et quiconque s'abaissera sera lev.
-(MATTH., XXIII, 11-12.)
-
-Celui qui s'lve dans l'opinion des gens sera abaiss, car celui
-que l'on croit bon, sage, charitable, ne s'efforcera pas de devenir
-meilleur, plus sage, plus charitable.
-
-Mais celui qui s'abaisse sera lev, car celui qui se croit mauvais
-s'efforcera de devenir meilleur, plus charitable, plus sage.
-
-Les prsomptueux font ce que ferait le piton si, au lieu de marcher,
-il s'tait hiss sur des chasses. Sur les chasses on est plus haut,
-la boue ne vous atteint pas, les pas sont plus grands, mais le malheur
-est qu'on ne peut aller loin ainsi, sans compter que l'on risque
-continuellement de tomber dans la boue, de faire rire les gens et de
-rester en arrire.
-
-Il en est de mme des vaniteux. Ils restent bien en arrire de ceux qui
-ne s'lvent pas au-dessus de leur taille et, en outre, ils tombent
-souvent de leurs chasses et deviennent la rise de fous.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIII
-
-DE L'INGALIT
-
-
-La base de la vie de l'homme, est le sjour en lui de l'esprit divin,
-gal chez tous les hommes. Et c'est pourquoi les hommes sont tous gaux
-entre eux.
-
-
-I.--_De la tentation de l'ingalit._
-
-1
-
-Autrefois, les hommes croyaient qu'ils taient d'origine diffrente,
-appartenant aux tribus de Cham ou celles de Japhet, et que les uns
-devaient tre matres et les autres esclaves. Ils reconnaissaient cette
-division en matres et en esclaves parce qu'ils croyaient qu'elle avait
-t institue par Dieu. Cette superstition vulgaire et pernicieuse
-subsiste encore, mais sous un autre aspect.
-
-2
-
-Il suffit de jeter un coup d'oeil sur la vie des peuples chrtiens,
-diviss en classes, pour tre frapp du degr effrayant d'ingalit
-auquel sont arrivs les gens qui professent la loi du christianisme
-et mettent en avant le mensonge de l'galit. Parmi ces classes, les
-unes passent leur vie entire dans un travail abrutissant, inutile et
-meurtrier, les autres sont blases des plaisirs de tous genres.
-
-3
-
-L'une des croyances les plus anciennes et les plus profondes comme ide,
-tait celle des Hindous. La raison pour laquelle elle n'est pas devenue
-une croyance universelle et n'a pas donn la vie des hommes les fruits
-qu'elle pouvait apporter, est que ses matres ont estim que les hommes
-n'taient pas gaux et les ont diviss en castes. Pour les gens qui se
-croient ingaux, il ne peut y avoir de vrai religion.
-
-4
-
-On pourrait comprendre que les gens se croient ingaux parce que l'un
-est plus fort, plus grand que l'autre, ou plus intelligent, ou plus
-hardi, ou plus savant ou meilleur. Mais ce n'est pas ainsi que l'on
-distingue les hommes habituellement. On estime que les hommes ne sont
-pas gaux parce que l'un s'appelle comte et l'autre paysan, que l'un
-porte des vtements riches et l'autre des sabots.
-
-5
-
-Les hommes de notre poque comprennent dj que l'ingalit des hommes
-est une superstition et ils la blment intrieurement. Mais ceux qui en
-retirent un profit ne se dcident pas s'en sparer, tandis que ceux
-pour qui elle est dsavantageuse ne savent pas comment la supprimer.
-
-6
-
-Les gens se sont habitus diviser les hommes en gens distingus et
-non distingus, valeureux et lches, instruits et non instruits, et ils
-se sont si bien accoutums ce classement, qu'ils croient, en ralit,
-que les uns peuvent tre meilleurs que les autres, parce que les uns
-sont placs par les hommes dans une catgorie et les autres dans une
-autre.
-
-7
-
-Rien que la coutume admise chez les gens riches de tendre la main aux
-uns et de ne pas la tendre aux autres, de faire entrer les uns au salon
-et de recevoir les autres dans l'anti-chambre, prouve combien les gens
-sont loin de reconnatre l'galit entre eux.
-
-8
-
-Si la superstition de l'ingalit n'existait pas, les hommes ne
-pourraient jamais commettre tous les forfaits qu'ils commettent sans
-cesse, uniquement parce qu'ils n'admettent pas que tous les hommes sont
-gaux.
-
-
-
-II.--_Les excuses de l'ingalit._
-
-1
-
-Rien ne donne tant d'assurance que la camaraderie pour accomplir des
-mauvaises actions, et cela par le fait que quelques hommes seulement
-s'unissent entre eux, en laissant tous les autres l'cart.
-
-2
-
-Ceux qui se font valoir devant les autres sont tout autant fautifs de
-l'ingalit des hommes que ceux qui se croient, infrieurs aux gens qui
-se vantent devant eux.
-
-3
-
-Nous sommes tonns de voir combien ce que nous appelons maintenant
-le christianisme est loin de ce que prchait Jsus, et combien notre
-vie est loin du christianisme. Et, cependant, cela pouvait-il tre
-autrement lorsqu'il s'agissait d'une doctrine qui, au milieu des gens
-qui croyaient que Dieu a divis les hommes en matres et esclaves,
-en fidles et infidles, en riches et pauvres, apprenait aux gens la
-vraie galit, disant que tous les hommes tait fils de Dieu, que tous
-sont frres, que la vie de tous taient galement sacre. Les gens qui
-embrassrent la doctrine du Christ ne pouvaient choisir qu'entre ces
-deux alternatives: modifier toute l'ancienne organisation sociale, ou
-dnaturer la doctrine. Ils ont choisi la dernire.
-
-
-
-III.--_Tous les hommes sont frres._
-
-1
-
-Il est stupide de voir un homme se croire meilleur que tous les autres,
-mais c'est plus stupide encore de voir tout un peuple s'estimer meilleur
-que les autres peuples. Et chaque peuple, la plus grande partie de
-chaque peuple, vit dans cette affreuse, sotte et mauvaise superstition.
-
-2
-
-On comprend qu'un Juif, un Grec, un Romain non seulement ait maintenu
-l'indpendance de son peuple par le meurtre, mais encore ait cherch
- soumettre les autres peuples par les mmes procds; il croyait que
-son peuple tait le vrai peuple bon, charitable et aim de Dieu, et
-que tous les autres taient des Philistins, des barbares. Les hommes du
-Moyen ge pouvaient galement le croire; on pouvait le croire nagure
-encore, la fin du sicle dernier. Mais, notre poque, nous ne
-pouvons plus le croire.
-
-3
-
-L'homme qui comprend le sens et la signification de la vie est forc de
-sentir son galit et sa fraternit avec tous les hommes non seulement
-de son peuple, mais de tous les peuples.
-
-4
-
-Chaque homme, avant d'tre autrichien, serbe, turc, chinois, est un
-homme, c'est--dire un tre raisonnable et aimant dont l'unique mission
-est de remplir sa destine pendant le court laps de temps qu'il doit
-vivre en ce monde. Cette mission est d'aimer tous les hommes.
-
-5
-
-Un enfant accueille un autre, indpendamment de la classe de la religion
-ou de la nationalit laquelle il appartient, d'un sourire bienveillant
-qui exprime la joie. L'homme adulte qui devrait tre plus raisonnable
-que l'enfant, se demande, avant d'entrer en relations avec un autre,
-quelle est sa classe, sa religion, sa nationalit et le traite de faon
-ou d'autre, suivant sa classe, sa nationalit. Le Christ disait bien:
-soyez comme les enfants.
-
-6
-
-Le Christ a appris aux hommes que la distinction entre leur peuple et
-les peuples trangers tait une supercherie et un mal. Ayant compris
-cela, le chrtien ne peut plus concevoir un sentiment d'inimiti pour
-d'autres peuples; il ne peut plus excuser, ainsi qu'il le faisait
-auparavant, les actes de cruaut l'gard des peuples trangers, par
-le fait que ces peuples taient pires que le sien. Le chrtien ne peut
-pas ignorer que sa distinction des autres peuples est un mal, que cette
-distinction est une tentation, et, par consquent, il ne peut plus se
-laisser abuser, ainsi qu'il le faisait auparavant.
-
-Le chrtien ne peut pas ignorer que son bonheur est li, non pas
-celui des hommes de son peuple seul, mais au bonheur des hommes de tout
-l'univers; il sait que son union avec tous les hommes ne peut tre
-rompue par la frontire et les rglements relatifs sa nationalit. Il
-sait que tous les hommes sont frres partout, et sont, par consquent,
-tous gaux.
-
-
-
-IV.--_Tous les hommes sont gaux._
-
-1
-
-L'galit, c'est la reconnaissance tous les hommes de droits gaux
-aux bienfaits de la nature de leur vie en commun et au respect de la
-personnalit humaine.
-
-2
-
-La loi de l'galit des hommes renferme toutes les lois morales; c'est
-le point auquel ces lois ne peuvent atteindre, mais vers lequel elles
-convergent toutes.
-
- E. CARPENTER.
-
-3
-
-Le vrai moi de l'homme est spirituel. Et ce moi est le mme en tous.
-Alors comment les hommes pourraient-ils ne pas tre gaux?
-
-4
-
-Et un jour la mre et les frres de Jsus-Christ vinrent chez lui, mais
-ne purent le voir parce qu'il y avait beaucoup de monde autour de Lui.
-Et un homme les aperut, et il s'approcha de Lui et dit: Les gens de Ta
-famille, Ta mre et Tes frres sont dehors et veulent te voir. Mais,
-Jsus dit:--Ma mre et mes frres sont ceux qui ont compris la volont
-de mon Pre et qui l'accomplissent.
-
-Les paroles de Jsus signifient que pour un homme raisonnable qui
-comprend sa destination, il ne peut y avoir de diffrence ou d'avantages
-entre les uns et les autres.
-
-5
-
-Nous sommes mcontents de la vie parce que nous ne cherchons pas le
-bonheur l o il nous est donn.
-
-C'est l la raison de toutes les tentations.
-
-Le bonheur incomparable de la vie, avec toutes ses joies, nous est
-donn. Et nous disons: nous avons peu de joies. On nous donne le plus
-grand bonheur de la vie: la communion entre tous les hommes, mais nous
-disons: je veux mon bonheur moi, celui de ma famille, celui de mon
-peuple.
-
-
-
-V.--_Pourquoi tous les hommes sont gaux._
-
-1
-
-Seul celui qui ignore que Dieu vit en lui, peut attribuer certaines
-gens plus d'importance qu'aux autres.
-
-2
-
-Lorsque l'homme aime les uns plus que les autres, il aime d'un amour
-humain. Pour l'amour divin, tous les hommes sont gaux.
-
-3
-
-Le mme sentiment d'attendrissement tout particulier que nous prouvons
-indiffremment la vue d'un nouveau-n, aussi bien qu' la vue d'un
-tre humain qui vient de mourir, indpendamment de la classe laquelle
-il appartient, nous dmontre notre conscience inne de l'galit de tous
-les hommes.
-
-4
-
-Si l'on considre tous les hommes comme ses gaux, cela ne veut pas dire
-que l'on est aussi fort, aussi agile, aussi intelligent, aussi instruit,
-aussi bon que les autres; cela veut dire qu'il y a en toi la chose la
-plus importante au monde qui est la mme en tous les hommes: l'Esprit de
-Dieu.
-
-5
-
-Dire que les hommes ne sont pas gaux, serait prtendre que le feu de la
-chemine, de l'incendie, de la bougie n'est pas le mme. L'esprit divin
-vit en chaque homme. Comment pouvons-nous faire une diffrence entre les
-porteurs du mme principe?
-
-Un feu a pris, l'autre prend seulement; mais le feu est le mme et nous
-nous comportons envers chaque feu de la mme faon.
-
-VI.--_La reconnaissance de l'galit de tous les hommes est possible et
-l'humanit s'y rapproche._
-
-1
-
-Les hommes s'occupent tablir l'galit devant leurs lois, mais ils
-ne veulent rien savoir de l'galit tablie par la loi ternelle qu'ils
-transgressent par leur loi.
-
-2
-
-Ne devrions-nous pas nous efforcer d'organiser notre vie de faon ce
-que l'lvation sur les degrs de l'chelle sociale ne sduise pas les
-hommes, mais les effraye; car cette lvation les prive de l'un des
-principaux bienfaits de la vie: des rapports gaux entre tous les hommes.
-
- D'aprs RUSKIN.
-
-3
-
-On dit que l'galit est impossible. Il faudrait dire au contraire:
-l'ingalit est impossible parmi les chrtiens.
-
-On ne peut pas faire qu'un homme grand, devienne petit, un fort faible,
-un intelligent sot, un ardent froid, mais on peut et on doit galement
-aimer et respecter un petit comme un grand, un faible comme un fort, un
-sage comme un sot.
-
-4
-
-On dit toujours que les uns sont plus forts, les autres plus faibles,
-que les uns sont plus intelligents, les autres plus btes. C'est
-prcisment parce que les uns sont plus intelligents, ou plus forts que
-les autres, dit Lichtenberg, que l'galit des droits des hommes est
-ncessaire. Si, outre l'ingalit intellectuelle et physique, il y avait
-encore l'ingalit des droits, l'oppression des faibles par les forts
-serait encore plus grande.
-
-5
-
-Ne crois pas que l'galit est impossible, ou bien qu'elle ne puisse
-tre ralise dans un avenir trs loign. Apprends-la chez les
-enfants. Elle peut exister ds prsent pour chaque homme. Toi-mme,
-tu peux tablir dans ta vie l'galit envers tous les gens que tu
-rencontres. Seulement, ne tmoigne pas de respect particulier ceux
-qui se croient grands et haut placs, mais traite surtout avec le
-mme respect ceux que l'on considre comme petits et placs au bas de
-l'chelle sociale.
-
-
-
-VII.--_Tous les hommes sont gaux pour celui qui vit de la vie
-spirituelle._
-
-1
-
-Pour le chrtien l'amour est un sentiment qui veut le bonheur de tous
-les hommes. Pour bien des gens le mot amour exprime un sentiment
-absolument contraire, parce qu'ils l'envisagent sous son aspect animal:
-c'est le sentiment qui force la mre, pour le bien de son enfant,
-ravir, en prenant une nourrice, le lait de sa mre un autre enfant; un
-pre arracher le dernier morceau ceux qui ont faim pour le donner
- ses enfants; celui qui aime une femme, la faire souffrir en la
-sduisant, ou, par jalousie, causer sa perte et la sienne; le sentiment
-qui dtermine les gens du mme clan nuire ceux des camps trangers
-ou ennemis; celui qui pousse les hommes outrags dans leur orgueil
-national couvrir les champs de bataille de morts et de blesss.
-Ces sentiments ne sont pas de l'amour, car ceux qui les prouvent ne
-reconnaissent pas tous les hommes comme gaux. Et sans la reconnaissance
-de l'galit des hommes, il ne peut y avoir de vritable amour.
-
-2
-
-On ne peut combiner l'ingalit avec l'amour. L'amour est comme le
-soleil qui claire indiffremment tout ce qui tombe sous ses rayons.
-Quand l'amour luit sur l'un et exclut l'autre, cela montre qu'il n'est
-pas amour, mais seulement quelque chose qui lui ressemble.
-
-3
-
-Il est difficile d'aimer galement tous les hommes; mais pour la raison
-que cela est difficile, on ne peut pas dire qu'on ne doit pas s'efforcer
-de le raliser.
-
-Tout ce qui est bien est difficile.
-
-4
-
-Plus les hommes sont ingaux par leurs qualits, plus on doit se donner
-de la peine pour les traiter d'une faon gale.
-
-5
-
-En toi, en moi, en chacun de nous demeure le Dieu de la vie. Tu as tort
-de te fcher contre moi, de ne pas supporter mon approche: sache, que
-nous sommes tous gaux.
-
- MAKHMUD HASCHA _hindou._
-
-
-
-
-CHAPITRE XIV
-
-DE LA VIOLENCE
-
-
-Une des raisons principales des malheurs des hommes est de croire
-la possibilit d'amliorer, d'organiser la vie des autres hommes en
-recourant la violence.
-
-
-I.--_La violence de l'homme exerce sur l'homme._
-
-1
-
-L'erreur de croire que les hommes peuvent, par la force, organiser la
-vie de leurs pareils, provient non de l'invention de cette duperie par
-tel ou tel, mais de ce que, pousss par leurs passions, les hommes
-avaient commenc par violenter leurs semblables, puis ont cherch une
-excus cette violence.
-
-2
-
-Les hommes voient qu'il y a quelque chose de mauvais dans leur vie,
-qu'il y a quelque chose amliorer. Mais nous ne pouvons amliorer
-que ce qui est en notre pouvoir: nous-mme. A cette fin, il faut tout
-d'abord reconnatre que nous ne sommes pas bons, et on n'en a pas envie.
-Ds lors, toute notre attention se concentre non pas sur ce qui est
-en noire pouvoir: notre me, mais sur les conditions extrieures qui
-ne sont pas en notre pouvoir et dont la modification ne pourrait pas
-plus amliorer la situation des hommes que le transvasement du vin
-d'un rcipient dans un autre ne peut changer sa qualit. De l, la vie
-oisive, d'abord, puis, nuisible, prsomptueuse (nous corrigeons les
-autres hommes) et mchante (on peut tuer les hommes qui entravent le
-bonheur gnral).
-
-3
-
-On croit forcer les gens bien vivre en employant la contrainte, alors
-que l'on montre soi-mme l'exemple de la mauvaise vie en recourant
-la violence. Les hommes sont dans la boue et, au lieu de tcher d'en
-sortir, ils apprennent aux autres ce qu'il faut faire pour ne pas se
-salir.
-
-4
-
-Il est facile d'organiser la vie des autres, parce que si nous
-l'organisons mal, ce n'est pas nous qui en souffrons, mais les autres.
-
-5
-
-Seul celui qui ne croit pas en Dieu peut s'imaginer que des gens pareils
- lui peuvent organiser sa vie de faon ce qu'elle soit meilleure.
-
-6
-
-L'erreur de croire qu'il y des gens qui peuvent organiser la vie des
-autres est effrayante parce qu'avec celle croyance, plus les gens sont
-pervers, plus ils sont estims.
-
-7
-
-Lorsque les gens disent que tous doivent vivre en paix, n'offenser
-personne, alors qu'eux-mmes forcent les gens, non par la douceur, mais
-par la violence, vivre comme ils veulent; c'est comme s'ils disaient:
-faites ce que nous disons, mais non ce que nous faisons. On peut
-craindre ces gens-l, mais on ne peut pas avoir foi en eux.
-
-
-
-II.--_La lutte contre le mal par la violence est inadmissible parce que
-les hommes conoivent le mal diffremment._
-
-1
-
-Etant donn que chaque homme dtermine le mal sa manire, il
-semblerait vident que si chacun combat le mal par la violence, cela
-ne peut qu'augmenter le mal au lieu de le diminuer. Si Jean estime que
-Pierre n'agit pas bien et se croit en droit de faire du mal Pierre,
-celui-ci prend le mme droit de faire du mal Jean, et le mal ne fait
-qu'augmenter.
-
-Mais chose trange: tout en pntrant les lois du mouvement des toiles,
-les hommes ne comprennent pas une vrit aussi vidente. Pourquoi? Parce
-qu'ils croient que la violence est bienfaisante.
-
-2
-
-La doctrine conformment laquelle l'homme ne peut et ne doit jamais
-faire violence pour arriver ce qui lui semble bien, est juste pour
-cette simple raison que tous les hommes n'entendent pas le bien et
-le mal de la mme faon. Ce que l'un considre comme mal est douteux
-(d'autres le considrent comme bien), tandis que la violence dont il use
-afin de supprimer le mal: coups, blessures, entraves la libert, mort,
-est incontestablement un mal.
-
-3
-
-Le plus grand mal de la superstition suivant laquelle on peut organiser
-la vie des autres, par la violence, rside en ce fait, qu'aussitt qu'un
-homme se permet d'user de violence l'gard d'un seul pour le bien de
-tous, il n'y a plus de borne au mal qu'il pourrait commettre. C'est la
-mme superstition qui justifiait dans les temps passs, les tortures,
-l'inquisition, le servage, et notre poque, les guerres qui font prir
-des millions d'hommes.
-
-
-
-III.--_L'inefficacit de la violence._
-
-1
-
-Forcer les gens par la violence cesser de faire le mal revient au mme
-que de poser une digue sur une rivire, et de se rjouir que, l'eau
-soit devenue moins profonde derrire la digue. De mme que la rivire
-inondera la digue en son temps et coulera comme par le pass, les hommes
-qui font le mal ne cesseront pas de le faire, mais attendront simplement
-une occasion propice.
-
-2
-
-Celui qui exerce sur nous la violence semble nous priver de nos droits,
-et c'est pourquoi, nous le dtestons. Par contre, nous aimons comme nos
-bienfaiteurs ceux qui savent nous convaincre. Ce n'est pas le sage,
-mais l'homme grossier et ignorant qui a recours la violence. Pour
-employer la force, il faut de nombreux collaborateurs; pour convaincre,
-on n'a besoin de personne. Celui qui se sent suffisamment fort pour
-agir sur la raison n'aura pas recours la violence. Seuls ceux qui se
-reconnaissent incapables de persuader, usent de violence.
-
- D'aprs SOCRATE.
-
-3
-
-Contraindre les gens faire ce qui me semble bon, est le meilleur moyen
-de les en dgoter.
-
-4
-
-Chacun sait combien il est difficile de modifier sa vie et de devenir
-tel que l'on voudrait. Mais lorsqu'il s'agit des autres, il nous semble
-qu'il suffit seulement d'ordonner et d'effrayer pour que les autres
-deviennent tels que nous dsirerions qu'ils soient.
-
-5
-
-S'il est possible de soumettre les hommes l'quiter par la violence,
-cela ne veut pas dire qu'il soit juste de soumettre les hommes par la
-violence.
-
- PASCAL.
-
-
-
-IV.--_L'erreur d'organiser la vie par la violence._
-
-1
-
-Il a dj t fait, tant de sacrifices sur l'autel du Dieu de la
-violence qu'on aurait pu peupler de ces victimes vingt plantes de la
-grandeur de la terre; mais est-on arriv au moindre rsultat? A aucun,
-sinon ce fait que la situation des peuples empire de plus en plus.
-Malgr tout, la violence demeure toujours l'idole. Devant, son autel,
-baign de sang, l'humanit semble vouloir se prosterner jusqu' la
-consommation des sicles, au son du tambour; au bruit des canons et des
-gmissements humains.
-
- ADIN BALLOU.
-
-2
-
-L'instinct de conservation est la premire loi de la nature disent
-ceux qui nient la loi de la non-rsistance.
-
-D'accord, mais qu'en rsulte-t-il? demandai-je!
-
-Il en rsulte que la dfense contre ce qui menace est galement
-une loi de la nature. Et de l, cette conclusion que la lutte et,
-sa consquence, la disparition du plus faible, est une loi de la
-nature; et cette loi justifie incontestablement la guerre, la violence
-et la vengeance; de sorte que la consquence de l'instinct de
-conservation,--est que la dfense est lgitime; par suite, la doctrine
-qui dfend l'emploi de la violence est errone, comme tant contraire
-la nature et aux conditions de la vie sur la terre.
-
---Je suis d'accord que l'instinct de conservation est la premire loi
-de la nature, et qu'il incite la dfense. Je suis d'accord que les
-hommes, l'instar des organismes infrieurs, luttent ordinairement
-les uns contre les autres, s'offensent et s'entre-tuent mme, sous le
-prtexte de se dfendre et de se venger. Mais j'y vois uniquement que
-la plupart des hommes, malgr la loi humaine suprieure qui leur est
-rvle continuent malheureusement vivre suivant la loi bestiale, et
-se privent ainsi du moyen de dfense le plus efficace: de payer le mal
-par le bien, ce dont ils auraient pu profiter s'ils n'avaient pas suivi
-la loi bestiale de la violence, mais la loi humaine de l'amour.
-
- ADIN BALLOU.
-
-3
-
-Il est certain que la violence et le meurtre rvoltent l'homme et que
-son premier mouvement est d'y opposer la violence et le meurtre. Un
-tel procd, bien qu'il se rapproche de celui employ par les animaux
-et soit peu efficace, n'a rien d'insens ni de contradictoire. Mais il
-n'en est pas de mme lorsqu'il s'agit de justifier ces procds. Ds
-que les gens qui organisent notre vie, veulent excuser ces actes par
-une argumentation raisonnable, il devient indispensable d'chaffauder
-des inventions ingnieuses et complexes afin de masquer l'ineptie d'une
-pareille tentative.
-
-Le moyen principal de justification est de citer l'exemple d'un brigand
-imaginaire qui torture et assassine des innocents devant nous.
-
-Vous pouvez vous sacrifier en vertu de votre conviction sur
-l'illgalit de la violence, mais cette fois vous sacrifiez la vie d'un
-autre, disent les dfenseurs de la violence.
-
-Mais d'abord, un tel brigand est un cas exceptionnel; bien des gens
-peuvent vivre des centaines d'annes sans rencontrer un brigand qui
-tuerait des innocents devant eux. Pourquoi baserai-je les rglements
-de ma vie sur cette invention? En envisageant la vie relle et non pas
-des inventions, nous apercevons tout autre chose. Nous voyons des gens,
-et nous-mmes, accomplissant les actions les plus cruelles, et cela
-non pas isolement, comme ce brigand imaginaire, mais en commun avec
-d'autres personnes, et non pas parce que nous serions des malfaiteurs
-comme le dit brigand, mais parce que nous nous trouvons sous l'influence
-de la superstition suivant laquelle la violence est lgitime. Ensuite,
-nous voyons que les actions les plus cruelles viennent non pas du
-brigand imaginaire, mais de gens qui fondent leur conduite sur
-l'existence imaginaire de ce brigand. De sorte que l'homme qui rflchit
-reconnatrait que la cause du mal ne rside nullement en ce brigand
-imaginaire, mais dans la cruelle erreur qui incite faire un mal rel
-en vertu d'un mal imaginaire.
-
-
-
-V.--_Les consquences nfastes de la superstition de la violence._
-
-1
-
-Le mal dont les gens croient se dfendre par la violence est
-incomparablement moindre que celui qu'ils se font en se dfendant par la
-violence.
-
-2
-
-Non seulement le Christ, mais tous les sages de l'univers, et les
-Brahmanes, et les Bouddhistes, et les Taoistes, et les savants grecs,
-ont enseign que les gens raisonnables devaient payer le mal par le bien
-et non par le mal. Mais ceux qui vivent eux-mmes de la violence disent
-que ce n'est pas possible, que la vie serait ainsi plus malheureuse. Et
-ils ont raison pour eux-mmes, mais non pas pour ceux qu'ils violentent.
-
-3
-
-Il est difficile d'observer la doctrine de la non-rsistance au mal par
-la violence; mais est-il plus facile d'observer celle de la lutte et de
-la vengeance?
-
-Pour obtenir une rponse cette question, ouvrez l'histoire de
-n'importe quel peuple et lisez la description de l'une des cent mille
-batailles que les hommes se sont livres pour obir la loi de la
-lutte. Au cours de ces guerres ont t tu des milliards d'hommes, si
-bien que pendant une seule on a sacrifi un plus grand nombre de vies,
-support plus de souffrances qu'il ne s'en accumulerait pendant des
-sicles en ne rsistant pas au mal.
-
-4
-
-La violence provoque la colre, et celui qui en use pour se dfendre non
-seulement n'y trouve pas une garantie, mais s'expose le plus souvent
- des dangers plus grands encore. Aussi, employer la violence pour sa
-garantie est un mauvais calcul.
-
-5
-
-Toute violence ne dsarme pas l'homme, mais ne fait que l'irriter
-davantage. Il est donc vident que la violence ne saurait amliorer la
-vie des hommes.
-
-6
-
-La violence assure un semblant de justice, tandis qu'elle loigne les
-hommes de la possibilit de mener une vie juste sans violence.
-
-7
-
-Pourquoi le christianisme a-t-il t perverti? Pourquoi la moralit
-est-elle tombe si bas? Il n'y a qu'une seule raison cela; la foi en
-l'efficacit du rgime de violence.
-
-VI.--_Seule la non-rsistance au mal par la violence permet l'humanit
-de substituer la loi de l'amour la loi de la violence._
-
-1
-
-La signification des paroles: Vous avez entendu qu'il a t dit:
-oeil pour oeil, dent pour dent. Mais moi je vous dis: ne rsiste pas
-au mchant. Et celui qui te frappera etc., est absolument claire et
-n'exige aucune explication ni commentaire. Il est impossible de ne
-pas comprendre que ces paroles signifient que le Christ, en reniant
-l'ancienne loi de violence: oeil pour oeil dent pour dent, renie par
-cela mme tout l'ordre des choses fonde sur cette loi, et institue
-une nouvelle loi d'amour entre tous les hommes sans distinction et,
-par cela mme, une nouvelle organisation sociale qui n'est plus fonde
-sur la violence, mais sur l'amour universel. Alors, comprenant cette
-doctrine dans son vritable sens et prvoyant que sa mise en pratique
-fera disparatre tous leurs privilges et avantages, certains hommes ont
-crucifi le Christ et continuent crucifier ses disciples. D'autres
-hommes ayant galement compris le sens rel de la doctrine sont alls et
-vont encore la croix, en rapprochant de plus en plus le moment de la
-nouvelle organisation de la vie fonde sur la loi de l'amour.
-
-2
-
-La doctrine de la non-rsistance au mal par le mal n'est pas une
-nouvelle loi, mais simplement le signalement de la dviation de la loi
-de l'amour, savoir que toute admission de violence contre son prochain,
-que ce soit sous prtexte de vengeance ou sous celui de la libration de
-soi-mme ou de son prochain du mal, est incompatible avec l'amour.
-
-3
-
-Rien n'entrave l'amlioration de la vie humaine tant que le dsir des
-hommes d'amliorer leur vie par des actes de violence. Et la violence
-des uns envers les autres, nous dtourne plus que tout de la seule chose
-qui pourrait amliorer notre vie: l'effort sur nous-mmes pour devenir
-meilleurs.
-
-4
-
-Moins l'homme est satisfait de lui-mme et de sa vie intrieure, plus
-il se fait remarquer dans la vie extrieure, publique.
-
-Afin de ne pas tomber dans cette erreur, l'homme doit comprendre et se
-souvenir qu'il n'a pas le pouvoir et qu'il n'est pas appel organiser
-la vie des autres, mais qu'il doit s'occuper, comme tous les hommes,
-uniquement de son perfectionnement intrieur que cela seulement est en
-son pouvoir et que cette conduite seule peut avoir une action sur la vie
-des autres.
-
-5
-
-Si les hommes consacraient le temps et les forces dpenss aujourd'hui
- l'organisation de la vie des autres la lutte de chacun contre
-ses propres pchs, le but qu'ils veulent atteindre--la meilleure
-organisation de la vie--serait bien vite ralis.
-
-6
-
-Lorsqu'on demandait Socrate o il tait n, il disait: sur la terre.
-Lorsqu'on lui demandait de quel pays il tait; il rpondait: du pays
-universel.
-
-Nous devons nous souvenir que, devant Dieu, nous sommes tous les
-habitants de la mme terre, et que nous sommes tous sous le pouvoir
-suprme de la loi divine.
-
-Cette loi est toujours la mme pour tous les hommes.
-
-7
-
-Aucun homme ne peut tre ni un instrument, ni un but. L est sa dignit
-d'homme. Et de mme qu'il ne peut disposer de sa personne aucun prix
-(ce qui serait contraire sa dignit), il n'a pas le droit de disposer
-de la vie d'autrui; autrement dit, il doit reconnatre la dignit
-humaine de chaque homme, et c'est pourquoi, il doit exprimer son respect
- chaque homme.
-
- KANT.
-
-8
-
-A quoi servirait aux hommes la raison, si l'on ne peut les influencer
-que par la violence?
-
-9
-
-Chose trange! L'homme se rvolte la vue du mal venant du dehors, des
-autres, du mal qu'il ne peut supprimer; mais il ne lutte pas contre son
-propre mal, bien que cela soit toujours en son pouvoir.
-
- MARC-AURLE.
-
-10
-
-On peut instruire les autres en leur rvlant la vrit et en leur
-donnant l'exemple du bien, et non pas en les forant faire ce que nous
-voulons.
-
-11
-
-Si, au lieu de vouloir sauver l'humanit, chacun travaillait son
-propre salut et au lieu de vouloir librer l'humanit, tentait de se
-librer soi-mme,--combien on aurait fait pour le salut et la libration
-de l'humanit.
-
- HERZEN[1].
-
-12
-
-Accomplis ton oeuvre de vie en perfectionnant et en amliorant ton me,
-et sois persuad que ce n'est qu'ainsi que tu pourras contribuer de la
-faon la plus fconde l'amlioration de te vie commune des hommes.
-
-13
-
-Notre vie serait belle si nous avions aperu seulement ce qui dtruit
-notre bonheur. Et c'est la superstition de la violence qui ne peut nous
-donner ce bonheur qui le dtruit.
-
-
-
-VIII.--_Interprtation errone du commandement du Christ interdisant
-d'user de la violence contre le mal._
-
-1
-
-La base de l'organisation sociale des paens tait la vengeance et la
-violence. Cela devait tre ainsi. Il semblerait, par contre, que l'amour
-et la renonciation la violence auraient d invitablement tre la
-base de notre socit. Cependant, la violence rgne toujours. Pourquoi?
-Parce que ce qui est profess au nom du Christ n'est pas la doctrine du
-Christ.
-
-2
-
-Doit-on comprendre les paroles du Christ sur l'amour envers ceux qui
-nous hassent, envers nos ennemis, amour qui n'admet aucune violence,
-comme elles ont t dites, c'est--dire commandant l'humilit et
-l'amour, ou bien doit-on les comprendre autrement? Et si c'est
-autrement, on doit dire comment. Or, personne ne le fait. Pourquoi?
-Parce que ceux qui se disent chrtiens veulent cacher eux-mmes et
-aux autres le sens vritable de la doctrine du Christ commandant le
-changement profond de leur vie. Or, l'ordre actuel leur est profitable.
-
-3
-
-Chose trange: ceux qui reconnaissent la doctrine du Christ se rvoltent
-contre la rgle qui n'admet en aucun cas la violence.
-
-L'homme qui reconnat que le sens et l'oeuvre de la vie est dans
-l'amour, se rvolte parce qu'on lui indique cet effet une voie sre,
-en mme temps que les erreurs les plus dangereuses qui pourraient le
-dtourner de cette voie. C'est comme si le marin s'indignait contre
-l'indication de la bonne direction au milieu des bancs de sables et
-de rcifs. Pourquoi cette contrainte? Il se peut que j'aie besoin
-d'chouer sur un banc de sable. Les gens parlent de mme lorsqu'ils
-s'indignent contre la dfense d'employer la violence et de rendre le mal
-pour le mal.
-
-
-[1] Clbre crivain russe, migr l'tranger. (_N. du Tr._)
-
-
-
-
-CHAPITRE XV
-
-DU CHTIMENT
-
-
-Chez l'animal, le mal provoque le mal. N'ayant pas de frein pour
-se matriser, l'animal cherche rendre le mal pour le mal, sans
-s'apercevoir que le mal accrot invitablement le mal. L'homme, pourvu
-de raison, ne peut pas lui, ne pas s'en rendre compte et doit, par
-suite, savoir se contenir. Malheureusement, sa nature bestiale l'emporte
-souvent sur sa raison et il emploie cette mme raison justifier le mal
-qu'il commet en le qualifiant de chtiment, de punition.
-
-
-I.--_Le chtiment n'atteint jamais le but par lequel on le justifie._
-
-1
-
-On affirme qu'on peut rendre le mal pour le mal dans un but de
-correction. C'est une erreur. On rend le mal pour le mal, non pour
-corriger les hommes, mais pour se venger. On ne peut corriger le mal par
-le mal.
-
-2
-
-Punir veut dire en russe: donner une leon. Or, on ne peut enseigner
-que par la bonne parole et le bon exemple. Lorsqu'on rend le mal pour le
-mal on n'instruit pas, mais on dprave.
-
-3
-
-L'erreur qu'on peut supprimer le mal par la punition est tout
-particulirement dangereuse, pour cette raison que les gens qui
-commettent ainsi le mal considrent que cela est non seulement permis,
-mais encore bienfaisant.
-
-4
-
-Par la punition, par la menace du chtiment on peut effrayer l'homme, le
-retenir du mal pour un temps, mais on ne peut le corriger.
-
-5
-
-La plus grande partie des malheurs des gens provient de ce que les
-hommes--pcheurs--se sont reconnu le droit de punir.
-
-6
-
-La preuve la plus clatante de ce que sous le nom de science on
-entend souvent des choses insignifiantes, voire monstrueuses, est dans
-l'existence d'une science de punitions, c'est--dire visant l'acte le
-plus grossier qu'un homme puisse commettre.
-
-
-
-II.--_Superstition de l'efficacit de la vengeance._
-
-1
-
-De mme qu'il existe des superstitions d'idoltrie, de prsages, de
-culte extrieur, etc., il existe chez les hommes une superstition
-universelle en vertu de laquelle les uns peuvent contraindre les autres
- mener une bonne vie. Les premires superstitions commencent
-disparatre ou ont disparu, mais celle qui fait croire la possibilit
-de rendre les hommes heureux par le chtiment des mauvais, continue
-tre reconnue de tous, et l'on commet en son nom les plus grands crimes.
-
-2
-
-Alors les scribes et les pharisiens Lui amenrent une femme surprise
-en adultre et, l'ayant place au milieu d'eux, Lui dirent: Matre,
-cette femme a t surprise en flagrant dlit d'adultre. Or, Mose
-nous a ordonn dans sa loi, de lapider de telles femmes. Et toi, qu'en
-dis-tu? Ils disaient cela pour L'prouver, afin de pouvoir L'accuser.
-Mais Jsus, s'tant baiss, se mit crire de son doigt sur le sable.
-Et comme ils continuaient L'interroger, Il se releva et leur dit;--Que
-celui de vous qui est sans pch lui jette le premier la pierre. Et
-s'tant de nouveau baiss il se remit crire sur le sable. Quand ils
-entendirent cela, dnoncs par leur conscience, ils se retirrent l'un
-aprs l'autre, en commenant par les plus notables jusqu'aux derniers,
-et Jsus lut laiss seul avec la femme. Alors Jsus s'tant relev et ne
-voyant personne que la femme, lui dit:--Femme, o sont tes accusateurs?
-Personne ne t'a-t-il condamne? Elle dit: Personne, Seigneur; Jsus lui
-dit: Je ne te condamne pas non plus; va et ne pche plus.
-
- JEAN VIII, 3-11.
-
-3
-
-Les hommes font du mal par mchancet pour se venger d'une offense, par
-une fausse notion des moyens de se protger; puis, afin de se justifier,
-ils persuadent les autres et eux-mmes qu'ils agissent ainsi afin de
-corriger celui qui leur a fait du mal.
-
-4
-
-Un certain ordre subsiste dans notre socit, non pas parce qu'on
-inflige des punitions ceux qui troublent cet ordre, mais parce que,
-malgr la mauvaise influence de ces chtiments, les hommes s'aiment et
-ont piti quand mme les uns des autres.
-
-5
-
-Le chtiment est nuisible, moins parce qu'il irrite celui qu'on punit,
-que parce qu'il dprave celui qui punit.
-
-
-
-III.--_La vengeance dans les rapports individuels._
-
-1
-
-Punir un homme pour ses mauvaises actions revient au mme que de
-chauffer le feu. Tout homme qui a fait le mal est dj puni, parce qu'il
-est priv de tranquillit, est tourment par sa conscience. Mais si sa
-conscience ne le tourmente pas, toutes les punitions que les hommes
-peuvent lui infliger ne le corrigeront pas, mais ne feront que l'irriter
-davantage.
-
-2
-
-Le vrai chtiment pour chaque mauvaise action est celui qui se produit
-dans l'me du criminel mme, et qui est dans l'abaissement de sa facult
-de jouir des bienfaits de la vie.
-
-3
-
-Un homme a fait le mal. Et voil qu'un autre homme ou des hommes, ne
-trouvent rien de mieux que de commettre une nouvelle mauvaise action
-qu'ils qualifient de chtiment.
-
-4
-
-On tue un ours en suspendant une grosse bche une corde au-dessus
-d'une auge remplie de miel. L'ours repousse la bche pour manger
-le miel. La bche revient et lui donne un coup, l'ours se fche et
-repousse la bche plus fort; elle le frappe plus fort encore. Et cela
-dure jusqu' ce que la bche tue l'ours. Les hommes agissent de mme
-lorsqu'ils rendent le mal pour le mal. Est-il possible que les hommes ne
-puissent tre plus raisonnables qu'un ours?
-
-
-
-IV.--_La vengeance dans les rapports sociaux._
-
-1
-
-La thse sur la rationalit du chtiment non seulement n'a pas contribu
-et ne contribue pas la bonne ducation des enfants, la meilleure
-organisation des socits et la moralit de ceux qui croient au
-chtiment dans l'autre monde, mais encore a caus et cause des malheurs
-innombrables: elle endurcit les enfants, affaiblit les liens sociaux et
-dprave les hommes par les promesses de l'enfer en privant la vertu de
-son fondement principal.
-
-2
-
-Si les hommes ne croient pas qu'il faut rendre le bien pour le mal,
-c'est uniquement en raison de ce fait qu'on les a habitus, depuis leur
-enfance, croire qu'en ne rendant pas le mal, aucun ordre social ne
-saurait exister.
-
-3
-
-S'il est vrai que les hommes bons souhaitent de voir cesser tous les
-mfaits: vols, misre, meurtres, tous les crimes qui souillent la vie
-humaine, ils doivent comprendre qu'on ne saurait y parvenir par la lutte
-et la vengeance. Toute chose engendre une chose son image et tant que
-nous ne neutralisons pas les offenses et les violences des malfaiteurs
-par des actes absolument contraires et que nous continuons agir comme
-eux, nous ne ferons qu'encourager et cultiver en eux tout le mal que
-nous dsirons supprimer. Nous arriverons redonner au mal un aspect
-diffrent, mais le fond restera.
-
- D'aprs BALLOU.
-
-4
-
-Des dizaines, des centaines d'annes s'couleront peut-tre, mais il
-viendra un temps o nos petits enfants s'tonneront de nos chtiments
-comme nous nous tonnons aujourd'hui des autodafs et des tortures.
-Comment pouvaient-ils ne pas voir l'ineptie, la cruaut, l'inutilit de
-ce qu'ils faisaient diront nos descendants.
-
-V.--_Dans les rapports personnels des hommes, la vengeance doit faire
-place l'amour fraternel et le mal ne sera plus enray par la violence._
-
-1
-
-Que faire lorsqu'un homme se fche contre toi et te fait du mal? On peut
-faire bien des choses, mais il ne faut srement pas en faire une; il ne
-faut pas faire de mal, c'est--dire la mme chose qu'il t'a fait.
-
-2
-
-Ne dites pas que si les gens vous font des bienfaits, vous leur en ferez
-aussi, et que si les gens vous humilient, vous les humilierez aussi;
-mais agissez ainsi: si les gens vous font des bienfaits, faites-leur en
-aussi, et s'ils vous humilient, ne les humiliez pas.
-
- MAHOMET.
-
-3
-
-La doctrine d'amour n'admettant pas la violence est utile non seulement
-parce que c'est bien pour l'homme et pour son me de subir le mal, et de
-rendre le bien pour le mal, mais encore parce que seul le bien arrte
-le mal, l'teint, ne lui permet pas de se propager. La vraie doctrine
-d'amour est salutaire parce qu'elle ne permet pas au mal de s'teindre.
-
-4
-
-Il y a assez longtemps que les hommes ont commenc comprendre
-l'incompatibilit du chtiment avec l'essence suprieure de l'me
-humaine, et qu'ils ont commenc imaginer diffrentes doctrines qui
-permettent de justifier ce penchant bestial. Les uns disent que le
-chtiment est ncessaire pour effrayer; les autres, qu'il est ncessaire
-pour corriger, les troisimes pour instaurer la justice. Mais toutes ces
-doctrines ne sont qu'un amas de vaines paroles parce qu'elles n'ont pour
-base que de mauvais sentiments: la vengeance, la peur, l'gosme, la
-haine. On invente bien des choses, mais on ne se dcide pas faire une
-seule chose utile: ne rien faire; laisser celui qui a pch se repentir
-ou ne pas se repentir, se corriger ou ne pas se corriger; quant ceux
-qui imaginent ces doctrines et ceux qui les mettent en pratique, ils
-n'ont qu' laisser les autres tranquilles et avoir eux-mmes une bonne
-conduite.
-
-5
-
-Rponds au mal par le bien et tu feras disparatre chez le mchant tout
-le plaisir qu'il voit au mal.
-
-6
-
-Rien ne rjouit les hommes tant que de voir qu'on leur pardonne, et rien
-ne procure plus de joie celui qui le fait.
-
-7
-
-La bont vainct tout, et elle-mme est invincible.
-
-8
-
-On peut rsister tout hormis la bont.
-
- D'aprs ROUSSEAU.
-
-9
-
-Rendez le mal pour le bien; pardonnez tous, alors seulement il n'y
-aura plus de mal sur la terre. Peut-tre n'auras-tu pas la force de le
-faire; mais sache qu'il ne faut dsirer que cela, qu'il ne faut aspirer
-qu' cela, car cela seul nous sauvera du mal dont nous souffrons tous.
-
-10
-
-Dieu estime le plus celui qui pardonne l'offense, surtout lorsque
-l'offenseur est au pouvoir de l'offens.
-
- MAHOMET.
-
-11
-
-Alors Pierre, s'tant approch de Lui, dit: Seigneur, combien de fois
-pardonnerai-je mon frre lorsqu'il pchera contre moi? Sera-ce jusqu'
-sept fois? Jsus lui rpondit: je ne te dis pas jusqu' sept fois, mais
-jusqu' septante fois sept fois.
-
- (MATTH., XVIII, 21, 22)
-
-12
-
-Lorsqu'on pardonne, il ne s'agit pas de dire: je pardonne, mais il
-faut extirper de son coeur le mauvais sentiment que l'on prouve
-l'gard de l'offenseur. Et pour le faire, il faut se souvenir de ses
-propres pchs; alors on dcouvrira srement en soi des actes plus
-reprhensibles que ceux pour lesquels on se fche.
-
-13
-
-La doctrine d'aprs laquelle, on ne peut se venger quand on aime,
-est tellement claire qu'elle dcoule elle-mme du sens gnral de
-cette doctrine. Si mme il n'tait pas expressment mentionn dans la
-doctrine du Christ que tout chrtien doit rendre le bien pour le mal et
-aimer ceux qui vous hassent, quiconque comprend cette doctrine dduit
-lui-mme cette exigence d'amour.
-
-
-
-VI.--_Il est tout aussi important de ne pas combattre le mal par la
-violence dans les rapports sociaux que dans les rapports individuels._
-
-1
-
-Les hommes dsirent rester aussi mauvais qu'ils sont et veulent en mme
-temps que leur vie soit meilleure.
-
-2
-
-Nous ne savons pas, nous ne pouvons savoir en quoi consiste le bien
-public; mais, nous savons formellement qu'il ne peut tre ralis que
-par l'accomplissement de la loi ternelle du bien, qui est rvle
-chaque homme, sa raison et dans son coeur.
-
-3
-
-On dit qu'on est forc de payer le mal par le mal, parce que si on ne le
-fait pas, les mchants prendront le dessus sur les bons. Je pense que
-c'est tout le contraire: les mchants opprimeront les bons, lorsque les
-hommes croiront qu'il est permis de payer le mal par le mal, comme cela
-se passe, en effet, chez tous les peuples chrtiens. Les mchants sont
-aujourd'hui les matres des bons prcisment parce qu'il a t suggr
-tous qu'il est non seulement permis, mais encore utile de faire du mal
-aux hommes.
-
-4
-
-En parlant de la doctrine chrtienne, les savants crivains font
-gnralement semblant de croire que la question de l'impossibilit
-d'appliquer le christianisme dans son sens rel est dj dfinitivement
-tranche depuis longtemps.
-
-Il est inutile de s'occuper de rves, il faut penser aux choses
-srieuses, il faut vrifier les rapports entre le capital et le travail,
-organiser le travail, la proprit foncire, ouvrir des marchs,
-instituer des colonies pour le trop plein de la population, rgler les
-rapports de l'glise et de l'tat, conclure des alliances, garantir la
-scurit des tats et ainsi de suite.
-
-Il faut s'occuper de questions srieuses, dignes de l'attention et des
-soins des hommes et non pas rver un ordre de choses permettant de
-tendre la joue lorsqu'on vous frappe l'autre, donner aussi son vtement
-lorsqu'on vous enlve votre chemise et de vivre comme les oiseaux du
-ciel, tout cela n'est que du radotage, dit-on, sans remarquer que le
-fond de toutes ces questions, est prcisment contenu en ce qui est
-qualifi de vain radotage.
-
-En effet, toutes ces questions, depuis celle de la lutte entre le
-capital et le travail, jusqu' celle des nationalits et des rapports
-entre l'glise et l'tat, reviennent cette seule question: Y a-t-il
-des cas dans lesquels l'homme peut et doit faire le mal son prochain,
-ou ces cas n'existent-ils pas et ne peuvent-ils pas exister pour un
-homme raisonnable? Est-ce raisonnable ou non, et par suite, doit-on
-ou ne doit-on pas rendre le mal par le mal? Il y eut un temps o les
-hommes pouvaient ne pas comprendre et ne comprenaient pas, en effet,
-l'importance de cette question. Mais les souffrances affreuses qui
-accablent l'humanit d'aujourd'hui ont conduit les hommes reconnatre
-la ncessit de trouver cette question une solution. Il y a dix neuf
-cents ans que cette question est dfinitivement rsolue par la doctrine
-du Christ. Et c'est pourquoi, notre poque, nous ne pouvons plus faire
-semblant de mconnatre cette question et d'ignorer sa solution.
-
-VII.--_La vritable conception des consquences de la doctrine dfendant
-la ncessit de la violence, commence pntrer dans la conscience de
-l'homme moderne._
-
-1
-
-Le chtiment, est une ide que l'humanit commence dpasser.
-
-2
-
-L'esprit de Jsus, qu'on s'efforce d'touffer, se manifeste nanmoins
-partout d'une faon clatante. L'esprit vanglique n'a-t-il point
-pntr dans les peuples, ne commence-t-il pas venir la lumire?
-Les ides sur les droits et les obligations ne sont-elles pas devenues
-plus claires pour chacun? N'entend-on pas de toutes parts des appels aux
-lois plus quitables, aux institutions protgeant les faibles, fondes
-sur une juste galit? L'ancienne inimiti entre ceux qu'on a dsunis
-par force, ne s'teint-elle pas? Les peuples ne se sentent-ils pas
-frres?
-
-Tout cela est l'oeuvre d'un germe prt lever, l'oeuvre de l'amour, qui
-dbarrassera le monde du pch, qui ouvrira aux peuples une nouvelle
-voie de vie, dont la loi intrieure ne sera plus la violence, mais
-l'amour des uns pour les autres.
-
- LAMENNAIS.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVI
-
-DE LA VANIT
-
-
-Rien ne pervertit la vie des hommes et ne les prive aussi srement de
-leur vrai bonheur, comme l'habitude de vivre non d'aprs les prceptes
-des sages et selon leur propre conscience, mais d'aprs ce qui est
-reconnu comme bon et approuv par les gens parmi lesquels l'on vit.
-
-
-I.--_En quoi consiste la tentation de la vanit._
-
-1
-
-La raison principale qui rend notre vie mauvaise, rside en ce que nous
-rglons notre conduite non selon les besoins de notre corps ou de notre
-me, mais uniquement dans l'espoir d'obtenir l'approbation des gens.
-
-2
-
-Aucune tentation ne captive les hommes aussi longtemps, ne les loigne
-autant de la comprhension du sens de la vie humaine et du vrai bonheur,
-que la proccupation de la gloire, de l'approbation, de l'estime, des
-louanges des autres.
-
-L'homme ne peut se librer de la tentation que par une lutte constante
-contre lui-mme, et par l'vocation continuelle de son unit avec Dieu,
-cherchant ainsi son approbation seule.
-
-3
-
-Il ne nous suffit pas de vivre de notre vie intrieure, la seule vraie,
-nous voulons vivre d'une autre vie encore, d'une vie imaginaire dans
-la pense des autres, et nous nous efforons cette fin de paratre
-autres que nous ne sommes en ralit. Nous nous efforons sans cesse de
-dompter cet tre imaginaire, sans nous soucier du vrai, de celui que
-nous sommes en ralit. Si notre me est paisible, si nous avons foi, si
-nous aimons, nous nous empressons d'en parler au plus tt, afin que ces
-vertus ne soient pas seulement nos vertus, mais aussi celles de l'tre
-imaginaire qui existe dans la pense des autres.
-
-Pour faire croire aux gens que nous avons des qualits, nous sommes
-prts mme y renoncer. Nous sommes prts devenir lches condition
-de passer pour braves.
-
- PASCAL.
-
-4
-
-L'une des expressions des plus dangereuses et des plus nuisibles est:
-tous font ainsi.
-
-5
-
-Lorsqu'il est difficile, et presque impossible, de comprendre pourquoi
-l'homme agit comme il le fait, sois sr que la raison de ses actes
-rside dans le dsir d'tre glorifi par les hommes.
-
-6
-
-On ne berce pas un enfant pour le dbarrasser de ce qui le fait crier,
-mais pour qu'il ne puisse pas crier. Nous agissons de mme avec notre
-conscience lorsque nous l'touffons pour tre agrables aux gens. Nous
-n'apaisons pas la conscience, mais nous obtenons ce que nous dsirons:
-nous ne l'entendons plus.
-
-7
-
-Intresse-toi non la quantit, mais la qualit de tes admirateurs;
-il est dsagrable de ne pas plaire aux bonnes gens, mais c'est toujours
-bien de ne pas plaire aux mauvaises gens.
-
- SNQUE.
-
-8
-
-Nos plus grandes dpenses sont effectues pour ressembler aux autres. Ni
-pour notre esprit, ni pour notre coeur nous ne dpensons autant.
-
- EMERSON.
-
-9
-
-Dans chaque bonne action, il y a un peu de dsir d'tre approuv par les
-gens. Mais c'est mauvais quand tu agis comme tu le fais uniquement pour
-tre glorifi par les autres.
-
-10
-
-Un homme demanda un autre pourquoi il travaillait ce qu'il n'aimait
-pas.
-
---Parce que tous le font, rpondit celui-ci.
-
---Pardon, pas tous; moi, je ne le fais pas, quelques autres, non plus.
-
---Si ce n'est pas tous, beaucoup le font, la plupart des gens.
-
---Mais dis-moi quels sont les plus nombreux, les sots ou les
-intelligents?
-
---Certainement ce sont les sots.
-
---Dans ce cas, tu agis comme tu le fais pour imiter les sots.
-
-
-
-II.--_Si beaucoup de gens partagent la mme opinion, cela ne prouve pas
-que cette opinion soit juste._
-
-1
-
-Le mal ne cesse pas d'tre mauvais parce que beaucoup de gens agissent
-ma! et qu'ils s'en vantent, comme cela arrive souvent.
-
-2
-
-Plus il y a de gens qui croient la mme chose, plus il faut tre
-prudent l'gard de cette croyance et avoir plus, d'attention.
-
-3
-
-Lorsqu'on dit: il faut faire comme font les autres, cela veut dire
-presque toujours qu'il faut faire mal.
-
- LA BRUYRE.
-
-4
-
-Il n'y a qu' s'habituer faire ce que tout le monde exige pour
-tre insensiblement entran commettre de mauvaises actions et les
-considrer comme bonnes.
-
-5
-
-L'homme a son tribunal--sa conscience. On ne doit tenir qu' son
-jugement.
-
-6
-
-Cherche celui qui est le meilleur parmi ceux qui blment le monde.
-
-7
-
-Si la foule dteste quelqu'un, il faut, avant d'en juger, bien examiner
-pourquoi il en est ainsi. Si la foule vnre quelqu'un, il faut
-galement, avant d'en juger, bien examiner pourquoi il en est ainsi.
-
- CONFUCIUS.
-
-
-III.--_Consquences pernicieuses de la vanit._
-
-1
-
-La socit dit l'homme: Pense comme nous pensons; crois comme nous
-croyons; mange et bois comme nous buvons et mangeons; habille-toi comme
-nous nous habillons. Si quelqu'un ne se soumet pas ces exigences, la
-socit l'accable de ses sarcasmes, de ses injures. Il est difficile de
-ne pas y obir, mais cependant, si tu t'y soumets, tu t'en sentiras plus
-mal encore: tu ne seras plus un homme libre, mais un esclave.
-
- D'aprs LUCIE MALAURY.
-
-2
-
-C'est trs bien quand les hommes s'instruisent pour leur me, pour tre
-plus sages, meilleurs. De telles tudes leur sont utiles. Mais s'ils
-tudient pour la gloire, afin de paratre instruits, l'instruction
-devient non seulement inutile, mais nuisible; elle rend les hommes moins
-sages et moins bons qu'ils ne le seraient s'ils n'avaient pas tudi du
-tout.
-
- _Traduit du chinois._
-
-3
-
-Non seulement vous ne devez pas vous vanter vous-mmes, mais encore vous
-ne devez pas permettre aux autres de vous glorifier. Les louanges font
-prir l'me en reportant les proccupations de l'me sur la gloire des
-hommes.
-
-4
-
-Il arrive souvent de voir qu'un homme bon, sage et juste, tout en
-sachant que la guerre, l'exploitation du travail des autres, le blme,
-la consommation de la viande et divers actes du mme genre sont mauvais,
-continue accomplir ces actes. Pourquoi? Parce qu'il tient plus
-l'opinion publique qu'au jugement de sa conscience.
-
-5
-
-L'inobservation des traditions n'a pas occasionn une millime partie du
-mal caus par le respect des anciennes coutumes.
-
-Les gens ne croient plus depuis longtemps aux anciennes coutumes, mais
-ils les observent nanmoins parce qu'ils pensent que la plupart des
-gens les blmeraient, s'ils n'observaient plus les anciennes coutumes
-auxquelles personne ne croit plus depuis longtemps.
-
-
-
-IV._--La lutte contre la tentation de la vanit._
-
-1
-
-Pendant les premiers temps de sa vie, dans son enfance, l'homme vit
-principalement pour son corps: il mange, il boit, il joue, il s'amuse.
-C'est le premier degr. Plus l'homme grandit, plus il commence se
-proccuper de l'opinion des gens parmi lesquels il vit, et plus il
-commence ngliger les besoins de son corps pour ne penser qu' la
-gloire des hommes. C'est le second degr. Le troisime et dernier degr
-est celui o l'homme se soumet surtout aux exigences de son me et
-o il nglige le corps, les amusements et l'opinion publique, pour ne
-penser qu' son me.
-
-2
-
-Il est difficile de droger tout seul aux coutumes tablies; cependant,
- chaque pas que l'on fait pour devenir meilleur, on se heurte contre
-l'usage tabli et l'on subit la critique des gens. L'homme qui consacre
-sa vie se perfectionner y doit tre prpar.
-
-3
-
-C'est mal d'irriter les gens en drogeant aux coutumes tablies, mais
-c'est plus mal encore de droger aux exigences de la conscience et de la
-raison en subissant les coutumes pernicieuses.
-
-4
-
-On ridiculise celui qui garde le silence, comme celui qui parle trop,
-comme celui qui parle trop peu; il n'y a pas un homme sur terre qu'on
-ne critique pas. Il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura jamais
-personne qu'on aurait toujours blm pour tout ce qu'il fait, de mme
-qu'il n'y a personne qu'on aurait toujours lou. C'est pourquoi, il est
-inutile de se proccuper ni des louanges, ni des blmes des gens.
-
-5
-
-Tu crains que les gens ne te mprisent pour ta douceur; mais les gens
-justes ne peuvent pas te mpriser pour cela; quant aux autres, tu n'as
-pas besoin de t'en proccuper--ne fais pas attention leur opinion.
-Un bon menuisier ne se chagrinera pas parce qu'un homme qui ne comprend
-rien son mtier n'approuve pas son travail.
-
-Les gens qui le mprisent pour ta douceur ne comprennent rien ce qui
-est bien pour l'homme. Pourquoi donc te proccuper de leur apprciation?
-
- D'aprs PICTTE.
-
-6
-
-Il est temps pour l'homme de connatre sa valeur. Serait-il, en effet,
-quelque tre btard? Il est temps de cesser de regarder humblement de
-tous cts pour voir s'il a plu ou dplu aux gens. Non; que ma tte
-reste droite et ferme sur mes paules! La vie ne m'est pas donne pour
-la montrer, mais pour que je la vive. Je reconnais l'obligation de vivre
-pour mon me. Et je veux me proccuper non pas de l'opinion que les gens
-auraient de moi, mais de ma vie, de savoir si je n'accomplis ou si je
-n'accomplis pas ma destine devant Celui qui m'a envoy dans la vie.
-
- EMERSON.
-
-7
-
-Quiconque s'est abandonn depuis sa jeunesse ses grossiers instincts
-d'animal, ne cesse de s'y adonner, bien que sa conscience rclame autre
-chose. Il agit ainsi parce que les autres font comme lui. Et les autres
-agissent ainsi pour la mme raison que lui. Il ne peut y avoir qu'une
-issue: chaque homme doit se librer de la proccupation de l'opinion
-publique.
-
-
-
-V.--_On doit se proccuper de son me et non pas de sa gloire._
-
-1
-
-Le moyen le plus rapide et le meilleur pour gagner la rputation d'un
-homme vertueux, n'est pas de paratre tel devant les hommes, mais de
-faire des efforts sur soi-mme pour devenir vertueux.
-
- _Causeries_ de SOCRATE.
-
-2
-
-Celui qui ne rflchit pas par lui-mme, se soumet aux ides d'un autre
-homme. Soumettre sa pense quelqu'un est un servage plus humiliant que
-de soumettre son travail. Rflchis toi-mme et ne te proccupe pas de
-ce que te diront les gens.
-
-3
-
-Personne ne manifeste tant de respect et d'attachement pour la vertu,
-que celui qui perd volontiers la rputation d'un homme de bien,
-uniquement pour rester bon dans son for intrieur.
-
- SNQUE.
-
-4
-
-Lorsqu'un homme est habitu ne vivre que pour l'opinion publique, il
-lui rpugne, parce qu'il ne fait pas ce que font les autres, d'avoir
-la rputation d'un sot, d'un ignorant ou d'un vilain homme. Mais on
-doit travailler tout ce qui est difficile. Et cette oeuvre, on doit
-travailler des deux cts: apprendre mpriser l'opinion des gens;
-apprendre vivre pour de telles oeuvres qui, bien qu'elles soient
-critiques par la foule, n'en restent pas moins des bonnes oeuvres.
-
-Les hommes vivent et agissent d'aprs leurs ides, ainsi que d'aprs les
-ides des autres. Suivant que les uns et les autres influencent leurs
-actes, les hommes se distinguent entre eux.
-
-6
-
-Il est difficile de distinguer si tu sers les autres pour ton me,
-pour Dieu, ou pour la gloire des hommes. Il n'y a qu'un seul moyen de
-contrle: si tu accomplis une oeuvre que tu crois bonne, demande-toi
-si tu continuerais y travailler si tu savais d'avance que personne
-n'apprendrait jamais ce que tu fais. Si tu rponds que tu le ferais,
-c'est que tu travailles srement pour ton me, pour Dieu.
-
-
-
-VI.--_Celui qui vit de la vraie vie n'a pas besoin de louanges._
-
-1
-
-Vis seul, a dit le sage. Cela veut dire que tu dois rsoudre le problme
-de ta vie tout seul, avec le concours du Dieu qui vit en toi, et non pas
-d'aprs les conseils et les opinions des autres.
-
-2
-
-Si tu veux tre tranquille, tche de plaire Dieu et non pas aux
-hommes. Ceux-ci ont des dsirs diffrents: aujourd'hui, ils veulent une
-chose; demain une autre. Jamais, ils ne sont satisfaits. Mais le Dieu
-qui vit en toi dsire toujours une seule chose, et tu sais ce qu'il veut.
-
-3
-
-Il n'y a qu'un seul moyen pour ne pas croire en Dieu: ce moyen consiste
- toujours reconnatre l'opinion des gens comme juste, et ne prter
-aucune attention notre voix intrieure.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-4
-
-Si nous sommes sur un bateau en marche et que nous regardons un objet
-qui se trouve sur le mme bateau, nous ne remarquons pas que nous
-voguons, mais en regardant de ct sur ce qui ne se meut pas avec nous,
-par exemple la berge, nous nous apercevons immdiatement que nous sommes
-en mouvement. Lorsque tous les hommes vivent autrement qu'il ne le faut,
-nous ne le remarquons pas; mais il suffit, qu'un seul se ressaisisse et
-qu'il commence vivre selon Dieu, pour qu'il devienne clair combien les
-autres vivent mal. Mais les autres perscutent toujours celui qui ne vit
-pas comme eux.
-
- PASCAL.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVII
-
-DES FAUSSES CROYANCES
-
-
-Les fausses croyances sont celles que les gens acceptent non pas parce
-qu'elles leur sont ncessaires pour leur me, mais parce qu'ils croient
-en ceux qui les prchent.
-
-
-I.--_En quoi consiste la supercherie des fausses croyances._
-
-1
-
-Souvent les hommes pensent qu'ils croient la loi de Dieu, alors qu'ils
-ne croient qu' ce que tous croient. Et tous les hommes ne croient pas
- la loi de Dieu, mais qualifient telle ce qui leur convient et ne les
-empche pas de mener la vie qui leur plat.
-
-2
-
-Quand les hommes vivent dans le pch et les tentations, ils ne
-sauraient tre tranquilles. La conscience les dnonce. C'est pourquoi
-ils sont obligs de choisir entre ces deux alternatives: ou se
-reconnatre coupables devant les hommes et devant Dieu, et cesser de
-pcher, ou bien continuer mener une vie de pcheurs, commettre de
-mauvaises actions et les qualifier de bonnes. C'est pour ces hommes
-que l'on a invent les fausses croyances, grce auxquelles on peut se
-considrer comme juste, tout en menant une mauvaise vie.
-
-3
-
-C'est mal de mentir devant les hommes, mais c'est pis encore de se
-mentir soi-mme. Ce mensonge est tout particulirement nuisible parce
-que les autres peuvent dnoncer ton mensonge, tandis que personne ne
-t'accusera de t'tre menti toi-mme. C'est pourquoi, garde-toi de te
-mentir toi-mme, surtout lorsqu'il s'agit de la foi.
-
-4
-
-Crois ou sois maudit. C'est la qu'est la raison principale du mal. Si
-l'homme accepte sans discuter ce qu'il aurait d examiner par sa propre
-raison, il finit par perdre l'habitude de raisonner, il est soumis la
-maldiction et induit ses proches au pch. Le salut des hommes rside
-en ce que chacun doit apprendre vivre de sa raison.
-
- EMERSON.
-
-5
-
-On ne peut ni peser ni mesurer le tort qu'ont produit et produisent
-encore les fausses croyances.
-
-La religion rgle les rapports de l'homme envers Dieu, l'gard de
-l'univers; elle dtermine la destine de l'homme qui dcoule de ces
-rapports. Quelle doit tre la vie de l'homme si ces rapports et la
-destination dtermins ainsi sont faux?
-
-6
-
-Il y a trois sortes de fausses croyances. La premire est de croire
-la possibilit de pouvoir apprendre par l'exprience ce qui ne peut
-l'tre d'aprs les lois de l'exprience. La seconde fausse croyance fait
-admettre, dans le but de notre perfectionnement moral, des choses sur
-lesquelles nous ne pouvons nous former aucune ide par notre raison.
-La troisime fausse croyance reconnat la possibilit d'voquer par un
-moyen surnaturel une action mystrieuse l'aide de laquelle la divinit
-exerce son influence sur notre moralit.
-
- KANT.
-
-
-
-II.--_Les fausses croyances ne satisfont pas les exigences suprieures,
-mais les exigences infrieures de l'me humaine._
-
-1
-
-L'unique et vraie religion ne contient rien que des lois, c'est--dire
-des lments moraux dont nous pouvons reconnatre et tudier nous-mmes
-la ncessit incontestable, et que nous concevons par notre raison.
-
- KANT.
-
-2
-
-L'homme ne peut plaire Dieu que par une vie juste. C'est pourquoi tout
-ce par quoi l'homme croit plaire Dieu, en dehors d'une vie pure et
-juste, n'est qu'un grossier et nuisible mensonge.
-
- D'aprs KANT.
-
-3
-
-Faire pnitence en s'infligeant des souffrances, au lieu de profiter
-de l'tat d'esprit o l'on se trouve afin d'amender sa conduite, est
-un travail inutile. De plus, une telle pnitence a cette mauvaise
-consquence; l'homme croit avoir pay ainsi toutes ses dettes, et ne
-songe plus son perfectionnement qui seul est ncessaire lorsqu'on
-reconnat ses erreurs.
-
- KANT.
-
-4
-
-C'est mal lorsque les hommes ne connaissent pas Dieu, mais c'est plus
-mal encore lorsqu'ils reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu.
-
- LACTANCE.
-
-5
-
-On dit: Dieu a cr l'homme Son image; on aurait mieux fait de dire
-que c'est l'homme qui a cr Dieu son image.
-
- LICHTENBERG.
-
-6
-
-Lorsqu'on parle du ciel comme d'un endroit o se trouvent les heureux,
-on se le reprsente gnralement quelque part trs haut, dans les
-rgions infinies de l'univers. On oublie que notre terre, vue de l'une
-de ces hautes rgions, ressemble galement l'un des astres clestes,
-et que les habitants de ces plantes ont absolument le mme droit de
-dire, en dsignant la terre: Voyez-vous cet astre-l, c'est l'endroit
-de la flicit ternelle, l'asile cleste prpar pour nous et o nous
-irons un jour. Le fait est que, par une trange erreur de notre raison,
-l'lan de notre croyance est toujours connexe avec l'ide de notre
-lvation vers les hauteurs, et nous ne songeons pas que nous aurions
-beau nous lever, nous devrons nanmoins redescendre encore, afin de
-pouvoir poser un pied ferme dans quelque autre monde.
-
-7
-
-Les mahomtans font bien de couvrir leurs yeux de leurs doigts et de
-se boucher les oreilles, lorsqu'ils entrent au temple et commencent
-prier.
-
-La vraie prire est dans l'abstraction de toutes nos proccupations
-habituelles, de tout ce qui peut nous rappeler l'existence de nos sens,
-et dans l'vocation en soi de l'lment divin. Dans ce but, le mieux est
-de faire ce que nous dit le Christ: d'entrer seul dans un lieu clos, et
-de s'y enfermer, c'est--dire de prier dans la solitude complte, que
-l'on soit chez soi, dans la fort ou dans les champs. La vraie prire
-est dans ce dtachement de toutes les choses extrieures, pendant
-lequel on contrle son me, ses actes, ses dsirs, non pas d'aprs les
-exigences extrieures du monde, mais d'aprs les exigences de l'lment
-divin que nous sentons en nous.
-
-Une telle prire est un secours: elle fortifie et lve l'me, elle
-confesse et vrifie les actions passes, elle indique la conduite future.
-
-
-
-III.--_Le Culte extrieur._
-
-1
-
-Bien qu'il y ait une diffrence de procd entre un chamane tounghouse
-et un prlat catholique europen, ou bien, en prenant pour exemple des
-gens simples, entre un voghoul grossier et sensuel qui, tous les matins,
-pose sur sa tte la patte d'une peau d'ours, et prononce les paroles de
-sa prire: Ne me tue pas, et un puritain indpendant de Connecticut;
-il n'y a aucune diffrence dans les principes de leurs croyances, car
-ils appartiennent tous deux la mme catgorie de gens dont le culte ne
-consiste pas devenir meilleurs, mais de croire et d'excuter certains
-rglements arbitraires. Seuls ceux qui croient que le culte de Dieu
-consiste aspirer une vie meilleure diffrent des premiers, parce
-qu'ils reconnaissent un tout autre principe et infiniment plus lev,
-runissant tous les hommes de bonne foi dans un temple invisible qui
-seul peut tre un temple universel.
-
- KANT.
-
-2
-
-Et quand tu prieras, ne fais pas comme les hypocrites; car ils aiment
- prier en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues,
-afin d'tre vus des hommes. Je vous dis, en vrit, qu'ils reoivent
-leur rcompense. Mais toi, quand tu pries, entre dans la chambr et,
-ayant ferm ta porte, prie ton Pre qui est dans ce lieu secret; et ton
-Pre qui te voit dans le secret, te rcompensera.
-
- MATTH., VI, 5-6.
-
-3
-
-Gardez-vous des scribes qui se plaisent se promener en longues robes,
-et qui aiment les salutations dans les assembles et les premires
-places dans les synagogues, et les festins; qui ruinent les maisons des
-veuves, tout en affectant de faire de longues prires.
-
- Luc, XX, 46-47.
-
-
-
-IV._--La pluralit des croyances et l'unit de la religion vraie._
-
-1
-
-L'homme qui ne pense pas la religion, s'imagine qu'il n'y a qu'une
-seule vraie religion--celle dans laquelle il est n. Mais tu n'as qu'
-te demander ce qui arriverait si tu tais n dans une autre religion,
-toi chrtien si tu tais n mahomtan; toi bouddhiste--chrtien; toi
-chrtien--brahmane. Est-il possible que seuls, avec notre religion,
-nous soyons dans le vrai, et que tous les autres soient dans le
-mensonge? La religion ne deviendra pas vraie parce que tu te persuaderas
-toi-mme et que tu persuaderas les autres qu'elle seule est vraie.
-
-
-
-V.--_Consquences de la confession des fausses croyances._
-
-1
-
-En 1682, en Angleterre, le docteur Leyton, un homme respectable qui
-avait crit un livre contre l'piscopat anglican, a t jug et condamn
-aux chtiments suivants. On le fouetta cruellement, puis on lui coupa
-une oreille et on lui ouvrit un ct du nez, puis on inscrivit sur sa
-joue, au fer rouge, les lettres SS: semeur de sdition. Sept jours plus
-tard on le fouetta nouveau, bien que les plaies qu'il avait au dos
-n'aient pas encore t fermes; puis on lui ouvrit l'autre ct du nez,
-on lui trancha l'autre oreille et on lui ttoua l'autre joue. Tout cela
-fut fait au nom du christianisme.
-
- MORISSON DAVIDSON.
-
-2
-
-En 1415, Jean Huss fut reconnu comme hrtique pour avoir dvoil la
-fausse croyance des catholiques et les mauvaises actions du pape, et il
-fut condamn mort, sans que son sang puisse tre vers, c'est--dire
-tre brl.
-
-L'excution eut lieu derrire les portes de la villes, entre deux
-jardins. En arrivant sur place, Huss se mit genoux et commena
-prier. Lorsque le bourreau lui ordonna de monter sur le bcher, il se
-leva et dit trs haut:
-
-Jsus-Christ. Je vais la mort pour avoir prch Ta parole, je
-souffrirai docilement.
-
-Les bourreaux, dshabillrent Huss et lui attachrent les mains derrire
-le dos au poteau; ses pieds se trouvaient sur un banc. On mit du bois et
-de la paille autour de lui. Le bois et la paille lui venaient jusqu'au
-menton. Le chef imprial s'approcha alors de Huss et lui annona qu'il
-serait pardonn s'il se rtractait.
-
-Non, dit Huss, je ne me connais aucune faute.
-
-Les bourreaux allumrent alors le bcher, et Huss se mit chanter la
-prire: Jsus, Fils du Dieu vivant, aie piti de moi.
-
-Le feu monta, trs haut, et bientt Huss se tut.
-
-C'est ainsi que les gens qui se qualifiaient de chrtiens, dfendaient
-leur croyance.
-
-N'est-il pas vident que ce n'tait pas une religion, mais la
-superstition la plus grossire?
-
-3
-
-Les gens ne commettent jamais de mauvaises actions avec plus de
-sang-froid et d'assurance en leur justice, que lorsqu'ils le font en
-vertu d'une fausse croyance.
-
- PASCAL.
-
-
-
-VI.--_En quoi consiste la vraie religion?_
-
-1
-
-Ne vous faites point appeler matre; car vous n'avez qu'un matre--le
-Christ; et vous, vous tes tous frres. Et n'appelez personne sur la
-terre votre pre; car vous n'avez qu'un seul Pre, Celui qui est dans
-les cieux; et ne vous faites point appeler docteur, car vous n'avez
-qu'un seul Docteur--le Christ. MATTH., XXIII, 8-10.
-
-C'est ainsi qu'enseignait le Christ. Et il enseignait ainsi parce qu'il
-savait que, de mme qu'en son temps il y avait des gens qui prchaient
-une fausse loi de Dieu, il y en aurait aussi dans l'avenir. Il le savait
-et disait qu'il ne fallait pas couter ceux qui s'intitulaient matres
-parce que leur enseignement obscurcit la doctrine simple et claire qui
-est rvle tous et qui vit dans le coeur de chaque homme.
-
-Cette doctrine consiste aimer Dieu, comme le suprme bien et la
-suprme vrit, aimer son prochain comme soi-mme et faire aux
-autres ce qu'on veut qu'ils vous fassent.
-
-2
-
-La religion ne consiste pas savoir ce qui a t et ce qui sera, ni
-mme ce qui est actuellement, mais elle consiste savoir ce que chaque
-homme doit faire.
-
-3
-
-Si donc tu apportes ton offrande l'autel, et que l tu te souviennes
-que ton frre a quelque chose contre loi, laisse-l ton offrande devant
-l'autel, et va-t-en premirement te rconcilier avec ton frre; et aprs
-cela viens, et prsente ton offrande.
-
- MATT., V. 23.
-
-Voil o est la vraie religion: ni dans la crmonie, ni dans
-l'offrande, mais dans l'union des hommes.
-
-4
-
-La doctrine chrtienne est tellement claire que les tout petits enfants
-la comprennent dans son sens exact. Seuls ceux qui ne veulent pas vivre
-comme des chrtiens ne la comprennent pas.
-
-Pour comprendre le vrai christianisme, il faut tout d'abord renoncer au
-faux christianisme.
-
-5
-
-Le vrai culte de Dieu est exempt de superstitions; lorsque la
-superstition y pntre, le culte mme s'croule. Le Christ nous a montr
-en quoi consistait le vrai culte de Dieu. Il nous enseignait que de tout
-ce que nous faisons dans le monde, il n'y a qu'une lumire et qu'un seul
-bonheur pour les hommes,--c'est notre amour des uns pour les autres; Il
-nous disait que nous ne pourrons atteindre notre bonheur qu'en servant
-les autres, et non pas nous-mmes.
-
-6
-
-Si ce qui est prsent comme loi de Dieu ne demande pas d'amour, ce ne
-sont que des inventions des gens, et non pas la loi de Dieu.
-
- D'aprs SKOWORODA.
-
-7
-
-On ne peut pas apprendre connatre Dieu d'aprs ce que l'on raconte de
-Lui. On ne peut le connatre qu'en accomplissant Sa loi, la loi que le
-coeur de chaque homme connat.
-
-8
-
-Le sens de la doctrine du Christ est dans l'indication de la perfection
-divine vers laquelle les hommes doivent tendre. Mais les hommes qui ne
-veulent pas suivre la doctrine du Christ, comprennent volontairement ou
-non, la doctrine du Christ non pas comme il l'a prche--rapprochement
-continu vers la perfection--mais comme une rgle conformment laquelle
-le Christ exigerait des hommes la perfection divine. Et en interprtant
-aussi faussement la doctrine du Christ, ceux qui ne veulent pas la
-suivre adoptent l'une de ces deux attitudes: ou bien, considrant
-la perfection comme inaccessible (ce qui est parfaitement juste),
-ils rejettent toute la doctrine comme un rve irralisable, ou bien,
-attitude la plus nuisible et la plus gnrale, tout en reconnaissant la
-perfection comme inaccessible, ils corrigent c'est--dire, dnaturent la
-doctrine et observent des rgles que l'on appelle chrtiennes, mais qui
-sont, pour la plupart, contraires, au christianisme.
-
-9
-
-L'ide de l'union des chrtiens, comme une runion des lus, des
-meilleurs, est une ide anti-chrtienne prsomptueuse et fausse. Quel
-est le meilleur, quel est le plus mauvais? Pierre tait le meilleur
-avant que le coq chantt, et le brigand tait le plus mchant avant la
-croix. Ne connaissons-nous pas en nous-mmes tantt l'ange, tantt le
-diable, qui se mlent si bien notre vie, qu'il n'y a pas d'homme qui
-aurait compltement chass l'ange, ni qui aurait laiss apparatre le
-diable derrire l'ange. Comment pouvons-nous, nous qui sommes des tres
-si complexes, former la runion des lus, des justes?
-
-Il y a une lumire de vrit, et il y a ceux qui s'approchent d'elle
-de tous cts; d'autant de ct qu'il y a de rayons dans un cercle,
-c'est--dire par des routes infiniment varies. Tchons de toutes nos
-forces d'arriver la lumire de la vrit qui nous unit tous, et ce
-n'est pas nous de juger si nous sommes prs d'elle et unis elle.
-
-
-
-VII--_La seule religion, vraie unit les hommes de plus en plus._
-
-1
-
-Voyez le mcontentement profond de la forme actuelle du christianisme,
-qui se rpand dans la socit et s'exprime par le murmure, parfois, par
-l'irritation, la tristesse. Tous attendent l'avnement du Royaume de
-Dieu. Et il approche.
-
-Le pur christianisme, bien que lentement, mais toujours de plus en plus,
-prend la place de celui qui porte ce nom.
-
- CHANNING.
-
-2
-
-Depuis Mose Jsus, il s'est opr chez les individus et les peuples
-un grand dveloppement mental et religieux. Les anciennes erreurs sont
-abandonnes, de nouvelles vrits ont pntr dans la conscience de
-l'humanit. Un seul homme ne peut tre aussi grand que l'humanit. Si
-un grand homme est tellement en avance sur ses frres qu'ils ne le
-comprennent pas,--il arrive un temps o ils le rejoignent d'abord,
-puis le devancent et s'en vont si loin qu'ils deviennent, leur tour,
-incomprhensibles pour ceux qui se trouvent l'endroit o tait
-l'ancien grand homme. Chaque grand gnie religieux explique de plus en
-plus les vrits de la religion et contribue ainsi l'union, de plus en
-plus grande, des hommes.
-
- PARKER.
-
-4
-
-Chaque homme sparment, de mme que toute l'humanit dans son ensemble
-doit se transformer, passer de l'tat infrieur l'tat suprieur, sans
-s'arrter dans sa croissance dont la limite est en Dieu lui-mme. Tout
-tat est la consquence de l'tat prcdent. La croissance s'effectue
-continuellement et imperceptiblement et, pareille la croissance de
-l'embryon, elle a lieu de faon ce que rien ne dtruit le but des
-situations successives de ce dveloppement continu. Mais s'il est
-donn l'homme et tout le genre humain de se transformer, cette
-transformation, tant pour l'individu que pour tout le genre humain, doit
-s'effectuer dans le travail et les souffrances.
-
-Avant de se parer de grandeur, avant d'apparatre la lumire, on doit
-se mouvoir dans les tnbres, supporter les perscutions, sacrifier
-son corps pour sauver son me; il faut mourir pour ressusciter la
-vie plus puissante, plus parfaite. Et aprs dix-huit sicles, ayant
-accompli un des cycles de son dveloppement, l'humanit tend de nouveau
- se transformer. Les anciens systmes, les anciennes socits, tout
-ce qui composait l'ancien monde s'croule dj, et les peuples vivent
-maintenant au milieu de dcombres, dans l'effroi et la souffrance. C'est
-pourquoi on ne doit pas perdre courage la vue de ces ruines, de ces
-morts qui se sont dj accomplies et qui s'accompliront encore, mais, au
-contraire, prendre courage. L'union des hommes est proche.
-
- LAMENNAIS.
-
-
-
-
-CHAPITRE XVIII
-
-DE LA FAUSSE SCIENCE
-
-
-La superstition de la science se rvle par la croyance en ce fait que
-le vrai savoir ncessaire la vie de tous les hommes est contenu dans
-les seules connaissances prises au hasard dans le domaine illimit
-du savoir qui, un moment donn, ont attir l'attention d'un petit
-nombre d'hommes, de ceux-l mme qui se sont affranchis du travail
-indispensable la vie et qui mnent, par suite, une vie draisonnable
-et dprave.
-
-
-I.--_En quoi consiste la superstition de la science._
-
-1
-
-Quand les hommes acceptent comme vrit incontestable ce que les autres
-leur prsentent pour telle et qu'ils ne la vrifient point, ils tombent
-dans la susperstition. Telle est, notre poque, la superstition de la
-science.
-
-2
-
-De mme qu'il existe des hrsies pour religion, il y a une hrsie pour
-la science. Cette hrsie est dans la reconnaissance comme science
-unique et vritable de tout ce qui est considr comme tel par les gens
-qui se sont, un certain moment, arrog le droit de dterminer la vraie
-science. Et aussitt qu'on considre comme science non pas ce qui est
-ncessaire tous les hommes, mais ce qui est dtermin par les gens
-qui, un certain moment se voit arrog le droit de dfinir ce qu'est la
-science, il est forc que cette science soit fausse. C'est ce qui s'est
-produit dans notre monde.
-
-3
-
-La science occupe notre poque exactement la mme place que celle
-qu'occupait la prtrise il y a quelques sicles.
-
-Les mmes bonzes attitrs: les professeurs; les mmes castes dans la
-science; acadmies, universits, congrs. La mme confiance et le manque
-de critique de la part des croyants, les mmes diffrends, et les mmes
-discussions. Les mmes paroles incomprhensibles, la mme prsomption.
-
---Inutile de discuter avec lui: il nie la rvlation.
-
---Inutile de discuter avec lui: il nie la science.
-
-4
-
-Ce qu'il y a de plus nuisible pour la vraie science, c'est l'emploi
-d'expressions et de termes peu clairs. C'est prcisment ce que font les
-pseudo-savants, en imaginant, pour exprimer des ides incertaines des
-mots inexistants.
-
-5
-
-La fausse science et les fausses religions expriment toujours leurs
-dogmes en un langage emphatique qui apparat aux non-initis comme
-mystrieux et grave. Les raisonnements des savants sont souvent
-peu comprhensibles non seulement pour les autres, mais pour les
-raisonneurs eux-mmes, et cela au mme degr que les discours des
-professionnels de la foi. Le savant pdant, en se servant de termes
-latins et de nouveaux mots, rend souvent les choses les plus simples
-tout aussi incomprhensibles que le sont les prires latines des prtres
-catholiques pour les paroissiens illettrs. Le mystre n'est pas un
-signe de sagesse et de science. Plus un homme est vritablement clair,
-plus le langage dont il exprime ses penses est simple.
-
-
-
-II--_La science sert justifier l'organisation de la vie sociale._
-
-1
-
-Il semblerait que pour reconnatre l'importance des occupations qu'on
-qualifie de scientifiques, il faudrait prouver leur utilit. Mais les
-servants de la science affirment ordinairement que ds l'instant qu'ils
-s'occupent de certains sujets, ces occupations seront srement utiles un
-jour.
-
-2
-
-Le but lgitimement poursuivi par la science est la connaissance des
-vrits servant au bonheur des hommes. Le faux but est de justifier
-les mensonges qui insinuent le mal dans notre vie. Telles sont la
-jurisprudence, l'conomie politique et, surtout, la philosophie et la
-thologie.
-
-3
-
-La science contient les mmes mensonges que la religion et elles partent
-du mme point: le dsir de justifier les faiblesses des hommes, et c'est
-pourquoi les mensonges scientifiques sont tout aussi nuisibles que les
-mensonges confessionnels. Les hommes errent, vivent mal. Logiquement,
-ayant compris qu'ils vivent mal, ils devraient s'employer modifier
-leur genre de vie afin d'amliorer leur situation. Au lieu de cela,
-apparaissent toutes sortes de sciences: financire, thologique, pnale,
-policire, l'conomie politique, l'histoire, et la plus la mode: la
-sociologie, indiquant les lois de la vie sociale et suivant lesquelles
-la vie mauvaise ne provient pas des hommes, mais des lois mauvaises que
-les savants ont dcouvertes et formules. Ce mensonge est tellement
-draisonnable et contraire la conscience, que les hommes ne l'auraient
-jamais accept, si la conscience n'avait pas encourag leurs faiblesses.
-
-4
-
-Nous avons organis notre vie contrairement la nature morale et
-physique de l'homme, et nous sommes persuads,--uniquement parce que
-tout le monde le pense--que c'est l prcisment la vraie vie. Nous
-sentons vaguement que tout ce que nous appelons notre organisation
-sociale, notre religion, notre culture, nos sciences et nos arts, que
-tout cela n'est pas ce qu'il faudrait, parce que cela ne nous dbarrasse
-pas de nos misres, mais ne fait que les accrotre. Cependant, nous ne
-nous dcidons pas soumettre tout cela au contrle de la raison parce
-que nous pensons que l'humanit, qui a toujours reconnu la ncessit
-du rgime social de contrainte, de religion et de science qu'il a pour
-base, ne peut pas vivre en dehors de lui.
-
-Si un poussin dans sa coquille avait t dou de la raison d'un homme
-et savait tout aussi peu en profiter que les gens de notre poque, il
-n'aurait jamais bris la coquille de son ouf et n'aurait jamais connu la
-vie.
-
-5
-
-La science est devenue maintenant une distributrice de diplmes donnant
-le droit de profiter du travail d'autrui.
-
-6
-
-Le phrasologie mthodique des coles suprieures a le plus souvent pour
-but d'viter la solution des questions difficiles, et l'on donne aux
-paroles un sens quivoque parce que le je ne sais pas commode et pour
-la plupart du temps raisonnable, n'est pas en faveur dans nos acadmies.
-
- KANT.
-
-7
-
-Rien n'est plus inconciliable que le savoir et le profit, la science
-et l'argent. Si pour devenir plus instruit, il faut de l'argent, si la
-sagesse s'achte et se vend, l'acheteur et le vendeur sont galement
-tromps. Le Christ a chass les marchands du temple; ils auraient d
-tre chasss de mme du temple de la science.
-
-8
-
-Ne considre pas la science comme une couronne pour t'en parer, ni comme
-une vache pour t'en nourrir.
-
-
-
-III.--_Consquences nuisibles de la superstition de la science._
-
-1
-
-Il est dangereux de propager l'ide que notre vie est le rsultat des
-forces matrielles et qu'elle dpend d'elles. Mais, lorsque cette ide
-fausse s'appelle science, et qu'elle est prsente comme la sainte
-sagesse de l'humanit, le tort caus par elle est effrayant.
-
-2
-
-Le dveloppement de la science ne contribue pas la purification
-des moeurs. Chez tous les peuples dont nous connaissons la vie, le
-dveloppement des sciences contribuait la dpravation des moeurs.
-Si nous pensons prsent le contraire, cela vient de ce que nous
-confondons nos connaissances futiles et trompeuses avec le vrai savoir
-suprme. La science, dans son sens abstrait, la science, en gnral,
-doit tre respecte; mais la science actuelle, ce que les insenss
-appellent science, ne peut-tre que ridiculis et mpris.
-
- J.-J.-ROUSSEAU
-
-3
-
-L'unique explication de la vie insense, contraire la conscience des
-meilleurs hommes de tous les temps, que mnent les gens de notre poque,
-se trouve dans le fait que les jeunes gnrations tudient des matires
-innombrables: la constitution des astres de la terre, l'origine des
-organismes, etc., ils n'omettent qu'une chose, c'est de savoir quel est
-le sens de la vie humaine, comment il faut la vivre, ce qu'ont pens de
-cette question les grands sages de tous les temps, et comment ils l'ont
-rsolue. Non seulement les jeunes gnrations n'en sont pas instruites,
-mais on leur apprend, sous le nom de religion, les inepties les plus
-flagrantes, auxquelles ceux qui les enseignent ne croient pas eux-mmes.
-Tout l'difice de notre vie sociale repose sur des bulles gonfles d'air
-et non sur de la pierre.
-
-4
-
-Ce qu'on appelle aujourd'hui science est un compos d'inventions des
-gens riches, ncessaire pour occuper leur oisivet.
-
-5
-
-Nous vivons dans un sicle de philosophie, de sciences et de raison. Il
-semble que toutes les sciences se soient runies pour clairer notre
-route dans le labyrinthe de la vie humaine. D'immenses bibliothques
-sont ouvertes tous et partout, des lyces, des coles, des universits
-nous donnent depuis l'enfance la possibilit de profiter du savoir
-des hommes qui s'est accumul pendant des milliers d'annes. Il
-semblerait que tout contribue la formation de notre intelligence et au
-consolidement de notre raison. Eh bien, sommes-nous devenus meilleurs
-ou plus sages? Connaissons-nous mieux la voie et le but de notre vie?
-Connaissons nous mieux nos obligations et surtout le bien de la vie? Ou
-qu'avons-nous acquis par ces vaines connaissances, sinon l'inimiti,
-la haine, l'ignorance et les doutes? Chaque doctrine et chaque secte
-religieuse prouve qu'elle a trouv la vrit. Chaque crivain sait seul
-en quoi consiste notre bonheur. L'un nous prouve qu'il n'y a pas de
-corps, l'autre--qu'il n'y a pas d'me, le troisime--qu'il n'y a aucune
-connexion entre l'me et le corps, le quatrime--que l'homme est un
-animal, le cinquime--que Dieu n'est qu'un miroir.
-
- ROUSSEAU.
-
-6
-
-N'tant pas capable de _tout_ pntrer et ne sachant pas sans l'aide
-de la religion ce qu'on _doit_ tudier, la science d'aujourd'hui ne
-s'occupe que de ce qui est agrable aux savants qui mnent une vie
-irrgulire. Et leur agrment est de profiter du rgime existant, afin
-de satisfaire leur oisive curiosit qui ne demande pas de grands efforts
-intellectuels.
-
-
-
-IV.--_La quantit de matires tudier est innombrable, tandis que les
-capacits du savoir de l'homme sont limites._
-
-1
-
-Un savant persan dit: Lorsque j'tais jeune, je me suis dit: je veux
-connatre toute la science; et j'ai appris presque tout ce que savaient
-les hommes. Mais lorsque je suis devenu vieux et que j'ai jet un coup
-d'oeil sur tout ce que j'ai appris, je me suis aperu que ma vie a pass
-et que je ne sais rien.
-
-2
-
-Les observations et les calculs des astronomes nous, ont appris bien des
-choses dignes d'tonnement; mais le rsultat le plus important de leurs
-tudes est, sans doute, celui qu'ils nous ont rvl l'abme de notre
-ignorance. Sans ces connaissances, la raison humaine ne pourrait jamais
-se reprsenter toute l'immensit de cet abme. Si l'on rflchi cela,
-on peut arriver une grande transformation dans la dtermination des
-buts finals de l'activit de notre raison.
-
- KANT.
-
-3
-
-Il y a des herbes sur la terre; nous les voyons; de la lune nous ne
-pourrions pas les apercevoir. Sur ces herbes il y a des fils--sur ces
-fils des petits organismes; mais plus loin--il n'y a plus rien. Quelle
-prsomption!
-
-Les corps complexes sont composs d'lments et les lments sont
-indcomposables. Quelle prsomption!
-
- PASCAL.
-
-4
-
-Il nous manque des connaissances pour comprendre ne serait-ce que la
-vie du corps humain. Voyez ce qu'il faut savoir pour cela. Le corps a
-besoin de place, de temps, de mouvements, de chaleur, de lumire, de
-nourriture, d'eau, d'air et de bien d'autres choses encore. Mais dans
-la nature, toutes les choses sont si troitement lies entre elles
-qu'on ne peut comprendre l'une sans avoir tudi l'autre. On ne peut
-comprendre une partie sans avoir compris le tout. Nous ne comprendrons
-la vie de notre corps que lorsque nous aurons tudis tout ce qu'il lui
-faut: et pour cela, il est indispensable d'tudier tout l'univers. Mais
-l'univers est infini et sa comprhension est inaccessible l'homme. Par
-consquent, nous ne pouvons nous expliquer entirement la vie de notre
-corps.
-
- PASCAL.
-
-5
-
-Les sciences exprimentales, lorsqu'on s'en occupe pour elles-mmes,
-en les tudiant sans aucun but philosophique, ressemblent un visage
-sans yeux. Elles reprsentent une des occupations qui convient aux
-capacits moyennes, prives de dons suprmes qui ne feraient qu'entraver
-leurs recherches minutieuses. Les gens dous de ces capacits moyennes
-concentrent toutes leurs forces et tout leur savoir sur un champ
-d'tudes limit, o ils peuvent, par suite, atteindre des connaissances
-aussi compltes que possible, mais condition d'tre compltement
-ignorants dans tous les autres domaines. Ils peuvent tre compars aux
-ouvriers qui travaillent dans les ateliers d'horlogerie dont les uns
-ne font que les roues, les autres les ressorts, et les troisimes les
-chanes.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-6
-
-Ce n'est pas la quantit des connaissances qui importe, mais leurs
-qualits. On peut savoir bien des choses et ignorer ce qui est le plus
-ncessaire.
-
-7
-
-Socrate n'avait pas la faiblesse commune de parler pendant ses
-entretiens de tout ce qui existe, de chercher la provenance de ce
-que les sophistes appelaient nature et de remonter jusqu'aux causes
-premires dont sont sortis les corps clestes. Est-ce possible,
-disait-il, que les gens croient avoir pntr tout ce qu'il importe
- l'homme de savoir, s'ils s'occupent de ce qui se rapporte si peu
-l'homme?
-
-Il s'tonnait surtout de l'aveuglement des faux savants qui ne se
-doutent pas de ce que la raison humaine est incapable de pntrer ces
-mystres. C'est pourquoi, disait-il, ceux qui s'imaginent savoir en
-parler ne sont pas d'accord dans leurs principes mme, et lorsqu'on
-les entend parler ensemble on se croirait parmi des fous. De fait,
-quels sont les signes particuliers de ceux qui sont pris de folie? ils
-craignent ce qui n'a rien d'effrayant et n'ont pas peur de ce qui est
-rellement dangereux.
-
- XNOPHON
-
-8
-
-La sagesse est une chose vaste et grande: elle demande tout le temps
-libre qui peut lui tre consacr.--Indpendamment du nombres de
-questions que tu pourrais rsoudre, tu devras, nanmoins, te tourmenter
-d'une quantit de questions, qui doivent tre examines et rsolues.
-Ces questions sont tellement vastes et nombreuses qu'elles exigent
-l'expulsion de notre esprit de toute chose superflu, afin d'offrir
-une libert entire au travail de la raison. Dois-je dpenser ma vie
-en vaines paroles? Il arrive frquemment, nanmoins, que les savants
-pensent plus aux paroles qu' la vie. Remarque quel mal produit la
-philosophie outre et combien elle peut tre dangereuse pour la vrit.
-
- SNQUE.
-
-
-
-V.--_La quantit des connaissances est innombrable. C'est la vraie
-science de choisir les plus importantes et les plus ncessaires._
-
-1
-
-Il n'y a ni honte, ni faute de ne pas savoir. Personne ne peut tout
-connatre; mais il est honteux et nuisible de faire semblant de savoir
-ce que l'on ignore.
-
-2
-
-La capacit de l'esprit absorber des connaissances, n'est pas
-illimite. C'est pourquoi on ne doit pas croire que plus on sait, mieux
-cela vaut. La connaissance d'un grand nombre de sottises est une entrave
-insurmontable pour savoir ce qui est rellement ncessaire.
-
-3
-
-La raison se fortifie par l'tude de ce qui est ncessaire l'homme,
-et elle s'affaiblit par l'tude de ce qui est insignifiant et inutile;
-ainsi le corps se fortifie par l'air frais et la nourriture frache, ou
-s'affaiblit par l'air vici et la nourriture corrompue.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-4
-
-A notre poque naissent un grand nombre de sciences, dignes d'tre
-tudies. Bientt nos capacits seront trop limites et la vie sera trop
-courte, pour que nous puissions assimiler mme la partie la plus utile
-de ces connaissances. Nous avons notre service une grande abondance de
-ces trsors intellectuels, et nous sommes obligs, aprs y avoir puis,
-de rejeter bien des choses comme du bric--brac inutile. Il serait plus
-simple de ne jamais nous en embarrasser.
-
- KANT.
-
-5
-
-Le savoir est infini, c'est pourquoi on ne peut pas dire de celui qui
-sait beaucoup, qu'il sait plus que celui qui sait trs peu.
-
-6
-
-La chose la plus ordinaire notre poque est de voir des gens qui se
-considrent comme savants et clairs, qui connaissent, en effet, une
-quantit innombrables de choses inutiles, croupir dans l'ignorance la
-plus grossire, parce que non seulement ils ne connaissent pas le sens
-de leur vie, mais encore parce qu'ils sont fiers de cette ignorance. Et,
-d'autre part, il n'est pas moins frquent de rencontrer parmi des gens
-presque illettrs, et mme compltement illettrs, qui ignorent tout du
-tableau chimique, des parallaxes, des proprits du radium, et qui sont
-pourtant des gens trs clairs, connaissant le sens de la vie, sans se
-montrer plus fiers pour cela.
-
-7
-
-Les hommes ne peuvent comprendre et savoir tout ce qui se fait
-dans le monde; par consquent, leurs jugements sur bien des choses
-sont inexacts? L'ignorance de l'homme se montre sous deux aspects;
-l'ignorance pure, naturelle, dans laquelle les hommes naissent; l'autre
-est celle du vrai sage. Lorsque l'homme aura tudi toutes les sciences,
-et qu'il saura ce que les gens ont su et savent, il verra que toutes ces
-sciences, prises dans leur ensemble, sont tellement, insignifiantes,
-qu'elles ne donnent aucune possibilit de comprendre le monde, et cet
-homme se persuadera qu'en ralit, les savants ne savent absolument rien
-de plus que les simples ignorants. Mais il y a de ces demi-savants qui
-ont acquis quelques lments de diverses sciences et qui s'en montrent
-trs fiers. Ils se sont loigns de l'ignorance naturelle, mais n'ont
-pas eu le temps d'arriver la vraie sagesse des savants, qui ont
-compris l'imperfection et l'insignifiance de toutes les connaissances
-humaines. Ce sont ces gens qui, se croyant de fortes ttes, troublent
-le monde. Ils jugent de tout avec assurance et promptitude et,
-naturellement, ils se trompent constamment. Ils savent jeter de la
-poudre aux yeux et jouissent souvent du respect des hommes, mais les
-masses populaires les mprisent, voyant bien leur inutilit; quant
-eux, ils mprisent le peuple, le croyant ignorant.
-
- PASCAL.
-
-8
-
-Les gens croient souvent que plus on sait, mieux cela vaut. C'est une
-ide fausse. Il ne s'agit pas de savoir beaucoup de choses; il importe
-de savoir l'essentiel de tout ce que l'on peut connatre.
-
-9
-
-Les sages ne sont jamais savants, les savants ne sont jamais sages.
-
- LAO-TSEU.
-
-10
-
-Les hiboux voient dans l'obscurit, mais deviennent aveugles la clart
-du soleil. Il en est de mme des savants. Ils connaissent quantit de
-futilits scientifiques, mais ils ne savent pas et ne peuvent rien
-savoir de ce qui est le plus ncessaire dans la vie: comment l'homme
-doit vivre sur la terre.
-
-11
-
-Le sage Socrate disait que la btise ne provient, pas de peu de science,
-mais de ce qu'on ne se connat pas soi-mme, et qu'on croit connatre
-tout ce que l'on ignore. Il appelait cela btise et ignorance.
-
-12
-
-Quand l'homme connat toutes les sciences et parle toutes les langues,
-mais ignore ce qu'il est et ce qu'il doit faire, il est bien moins
-instruit que la vieille femme illettre qui croit son Seigneur le
-sauveur, c'est--dire en Dieu, selon la volont duquel elle reconnat
-qu'elle vit, et elle sait que ce Dieu exige d'elle une vie juste. Elle
-est plus instruite que le savant, parce qu'elle possde la rponse
-la question essentielle: ce qu'est sa vie et comment doit-elle vivre;
-tandis que le savant, tout en possdant des rponses ingnieuses
-toutes les questions complexes, mais peu importantes de la vie, n'a pas
-de rponse la question principale de tout homme de raison: pourquoi je
-vis et que dois-je faire?
-
-13
-
-Les gens qui croient que la science est l'oeuvre principale de la vie,
-sont pareils aux papillons attirs par la clart de la bougie: ils
-prisssent eux-mmes et obscurcissent la lumire.
-
-
-
-VI.--_En quoi consiste le sens et le but de la vraie science._
-
-1
-
-Le savant est celui qui a appris beaucoup de choses dans les livres;
-l'homme instruit est celui qui est au courant de tout ce qui intresse
-actuellement les hommes; l'homme clair est celui qui sait pourquoi il
-vit et ce qu'il doit faire. Ne t'efforce ni d'tre savant, ni d'tre
-instruit tche de devenir un homme clair.
-
-2
-
-Si dans la vie relle l'illusion dfigure la ralit pour un instant
-seulement, dans la rgion abstraite, l'erreur peut dominer pendant des
-milliers d'annes, peut peser de son joug sur des peuples entiers,
-touffer les lans les plus nobles de l'humanit, et, l'aide de ses
-esclaves qu'elle a tromps, elle peut mettre aux fers celui qu'elle n'a
-pu tromper. Elle est l'ennemi contre lequel les plus grands esprits de
-tous les temps ont men un combat ingal, et l'humanit n'a gagn que
-ce qu'ils ont pu lui enlever. Si l'on dit que l'on doit rechercher la
-vrit mme l o l'on en attend aucun profit parce que l'utilit peut
-en apparatre l o elle n'avait pas t prvue, il faut ajouter encore
-qu'on doit rechercher et supprimer avec le mme zle toute erreur, l
-mme o elle ne peut faire aucun tort, parce que le danger des erreurs
-peut facilement apparatre un jour, l o on ne s'y attendait pas, toute
-erreur contenant du poison. Il n'y a pas d'erreur inoffensive et il y a
-d'autant moins d'erreur honorable et sacre.
-
-Pour consoler ceux qui consacrent leur vie et leurs forces la noble
-et difficile lutte contre les erreurs, on peut hardiment dire que, si
-avant la venue de la vrit, l'erreur continuera quand mme faire
-son oeuvre, elle n'vincera pas jusqu'au bout la vrit conquise et
-clairement exprime, pour prendre librement sa place vacante, pas plus
-que les hiboux et les chauves-souris pendant la nuit n'intimideront et
-n'empcheront le soleil de rapparatre radieux son lever. Telle est
-la puissance de la vrit; sa victoire est difficile et pnible, mais
-une fois gagne, elle ne peut pas tre reprise.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-3
-
-Depuis que les hommes vivent sur la terre, tous les peuples ont eu des
-sages qui leur ont enseign ce qui tait le plus ncessaire de savoir:
-quelle est la destination et, par consquent, le vrai bonheur de chaque
-homme et de tous les hommes. Seul l'homme qui connat cette science peut
-juger de l'importance de toutes les autres.
-
-Les objets d'tudes sont _innombrables_; aussi, l'ignorance de la
-mission et du bonheur des hommes rend-elle impossible le choix dans
-cette quantit infinie des connaissances et c'est pourquoi sans cette
-connaissance primordiale, toutes les autres deviennent et sont, en
-effet, un amusement vain et nuisible.
-
-4
-
-Tous les hommes qui s'adressent la science de notre poque, non pour
-satisfaire une vaine curiosit, non pour jouer un rle dans la science,
-crire; discuter, enseigner, non pour vivre de la science, mais pour lui
-poser des questions directes, simples, vitales, s'aperoivent que tout
-en rpondant des milliers de questions trs ingnieuses et complexes,
-elle est impuissante rpondre la seule question qui intresse tout
-homme de raison: que suis-je et comment dois-je vivre?
-
-5
-
-On peut tudier les sciences inutiles la vie spirituelle, telles
-que l'astronomie, les mathmatiques, la physique, de mme que jouir
-de divers plaisirs, jeux, promenades, quand ces occupations ne nous
-empchent pas de faire ce que nous devons; mais ce n'est pas bien
-de s'occuper de vaines sciences et de jouir de plaisirs, quand ils
-entravent la vritable oeuvre de la vie.
-
-6
-
-Socrate dmontrait ses lves qu'une instruction bien organise
-commande de parvenir dans chaque science une certaine limite qu'on ne
-doit pas franchir. Il suffit de connatre assez de gomtrie, disait-il,
-pour tre, l'occasion en tat de mesurer rgulirement une bande
-de terre que l'on achte ou que l'on rend, pour diviser un hritage
-ou pour savoir rpartir le travail aux ouvriers. C'est si facile,
-disait-il, qu'avec un peu de bonne volont on ne s'arrtera plus devant
-aucun calcul, quand bien mme il faudrait mesurer toute la terre. Mais
-il n'approuvait pas lorsqu'on se passionnait pour les difficults de
-cette science, et, bien qu'il les connt, il disait, qu'elles pouvaient
-occuper toute la vie d'un homme et le distraire des sciences utiles,
-tandis qu'elles ne servaient rien. Il trouvait bien que l'on
-connaisse assez d'astronomie pour pouvoir, d'aprs de menus indices
-reconnatre les heures de la nuit, les jours du mois, et les saisons
-de l'anne, s'orienter sur sa route, maintenir la direction en mer, et
-relever les gardes. Cette science, est si facile, ajoutait-il, qu'elle
-est accessible chaque chasseur, tout navigateur et, en gnral,
- tout homme qui voudrait quelque peu s'en occuper. Mais lorsqu'on
-voulait arriver tudier les diffrentes orbites parcourues par les
-astres clestes, calculer la dimension des plantes et des toiles, leur
-loignement de la terre, leurs mouvements et modifications,--il blmait
-les gens, car il ne voyait aucune utilit ces occupations. Il en avait
-une si basse opinion, non pas par ignorance, car il avait tudi ces
-sciences, mais parce qu'il ne voulait pas qu'on dpense des tudes
-superflues, le temps et les forces qui pourraient tre employs la
-chose la plus ncessaire l'homme: son perfectionnement moral.
-
- XNOPHON.
-
-
-
-VII.--_De la lecture des livres._
-
-1
-
-Fais attention que la lecture de nombreux crivains, de livres de
-tous genres n'embrouillent et ne troublent ta raison. On ne doit
-alimenter son esprit que par la lecture d'crivains dont la valeur
-est incontestable. Trop de lecture distrait l'esprit et le dshabitue
-du travail personnel. C'est pourquoi ne lis que les vieux livres
-incontestablement bons. Si jamais tu as envie de passer des oeuvres
-d'un autre genre, n'oublie pas de revenir aux anciennes.
-
- SNQUE.
-
-2
-
-Lisez avant tout les meilleurs livres; autrement vous n'aurez pas le
-temps de les lire.
-
- THOREAU.
-
-3
-
-Il est prfrable de ne jamais lire un seul livre que d'en lire beaucoup
-et de croire tout ce qui y est dit. On peut tre intelligent sans lire
-un seul livre, tandis qu'en croyant tout ce qui est crit dans les
-livres, on devient forcment sot.
-
-4
-
-Dans la fabrication des livres se rpte le mme fait que dans la vie.
-La plupart des gens s'garent sottement. C'est pour cela que tant de
-mauvais livres, tant de relent littraire s'accumulent parmi la bonne
-graine. Les hommes ne font que perdre leur temps, leur argent, et leur
-attention la lecture de ces livres.
-
-Les mauvais livres ne sont pas seulement inutiles, mais encore
-nuisibles. Car neuf diximes de tous les livres ne s'impriment que pour
-prendre l'argent des autres.
-
-C'est pourquoi il est prfrable de ne pas lire du tout les livres dont
-on parle et dont on crit beaucoup. Les gens doivent chercher avant tout
- lire et connatre les meilleurs crivains de tous les sicles, et
-de tous les peuples. Ce sont ces livres l qu'on doit lire en premier
-lieu; autrement, on n'aura pas le temps de les lire du tout. Seuls ces
-crivains nous instruisent et contribuent notre ducation.
-
-Nous ne lirons jamais trop peu de mauvais livres et nous ne russirons
-jamais lire trop de bons livres. Les mauvais livres sont un poison
-moral qui ne fait que griser.
-
- D'aprs SCHOPENHAUER.
-
-5
-
-Les superstitions et les erreurs tourmentent les hommes. Il n'y a qu'un
-moyen pour s'en dbarrasser: la vrit. Or, nous apprenons la vrit
-tant par nous-mmes que par l'entremise de sages et de saints qui ont
-vcu avant nous. C'est pourquoi pour mener une vie de bien, il faut
-chercher soi-mme la vrit, tout en profitant des indications qui sont
-venues jusqu' nous des anciens sages et des saints.
-
-6
-
-L'un des moyens les plus puissants de connatre la vrit qui libre des
-superstitions, consiste apprendre tout ce que l'humanit a fait dans
-le pass pour connatre et exprimer la vrit commune tous les hommes.
-
-
-
-VIII.--_De la pense indpendante._
-
-1
-
-Chaque homme peut et doit profiter de tout ce que la raison commune de
-l'humanit a labor, mais il doit en mme temps contrler par sa propre
-raison les donnes labores par toute l'humanit.
-
-2
-
-Le savoir est vraiment le savoir, lorsqu'il est acquis par les efforts
-de la pense et non par la mmoire.
-
-Nous commenons savoir rellement lorsque nous nous arrivons oublier
-compltement ce que nous avons appris. Je ne me rapprocherai pas
-une distance d'un cheveu de la connaissance des objets, tant que je
-considrerai l'objet comme on me l'a appris. Pour connatre un objet,
-je dois m'en approcher comme d'une chose d'absolument inconnue de moi.
-
- THOREAU.
-
-3
-
-Nous attendons du professeur qu'il fasse de son lve un homme
-raisonnable, d'abord, sage, ensuite, et savant, enfin.
-
-Ce procd prsente cet avantage que si l'lve n'atteint jamais le
-dernier degr, comme cela a, en effet, gnralement lieu dans la
-ralit; il gagnera nanmoins s'instruire et aura plus d'exprience et
-de sagesse dans la vie.
-
-Mais si l'on retourne ce procd l'envers, alors les lves saisissent
-quelque chose qui ressemble la raison avant d'avoir acquis la facult
-de raisonner et emportent de l'enseignement une science emprunte,
-comme colle eux et non n'adhrant, sans compter que leurs facults
-spirituelles restent tout aussi improductives que par le pass et se
-trouvent en mme temps fortement corrompues par la sagesse imaginaire.
-C'est l la raison pourquoi nous rencontrons souvent des savants (ou
-plutt des gens instruits) qui manifestent trs peu de raisonnement,
-et c'est pourquoi il sort des acadmies plus d'idiots que de n'importe
-quelle autre classe sociale.
-
- KANT.
-
-4
-
-Dans toutes les classes il y a des hommes qui jouissent d'une
-supriorit mentale, bien qu'ils n'aient souvent aucune instruction.
-L'esprit naturel peut remplacer presque tous les degrs de
-l'instruction, tandis qu'aucune instruction ne peut remplacer l'esprit
-naturel, bien qu'elle possde l'avantage de la connaissance des
-vnements et des faits (science historique), de la dfinition des
-causes (sciences naturelles)--le tout en une revue facile et rgulire;
-mais cela ne lui donne pas une opinion plus exacte et plus approfondie
-du sens rel de tous ces vnements, faits et causes. L'homme non
-instruit, mais perspicace et prompt voir les choses, saura se passer
-de ces richesses. Un incident de sa propre exprience lui apprendra
-bien plus qu' un savant qui connat des milliers de cas, mais qu'il
-ne _comprend_ pas trs bien, parce que le peu de savoir de l'homme non
-instruit est _vcu_.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-5
-
-J'aime les paysans: ils ne sont pas assez instruits pour pouvoir
-raisonner erronement.
-
- MONTAIGNE.
-
-6
-
-Combien de lectures multiples nous aurions pu viter si nous savions
-rflchir avec indpendance.
-
-Est-ce que la lecture et l'tude sont la mme chose? Quelqu'un a
-affirm, non sans raison, que si l'impression des livres a contribu au
-dveloppement plus vaste de l'instruction, cela a t au dtriment de
-leur qualit et de leur teneur. Trop lire est mauvais pour la pense.
-Les plus grands penseurs, rencontrs parmi les savants que j'ai tudis,
-taient prcisment les moins rudits.
-
-Si l'on avait enseign aux hommes _comment_ ils doivent penser, et non
-pas quoi ils doivent penser, le malentendu aurait pu tre vit.
-
- LICHTENBERG.
-
-
-
-
-CHAPITRE XIX
-
-L'EFFORT
-
-
-Les pchs, les tentations, les superstitions arrtent, voilent
-l'homme son me. Pour se rvler soi-mme son me, l'homme doit faire
-des efforts de conscience. C'est donc dans ces efforts de conscience que
-consiste l'oeuvre principale de la vie de l'homme.
-
-
-I.--_La libration des pchs, des tentations et des superstitions est
-dans l'effort._
-
-1
-
-L'abngation libre les hommes des pchs, l'humilit--des tentations,
-la vracit--des superstitions. Mais pour que l'homme puisse renoncer
-aux dsirs charnels, s'humilier devant les tentations de l'orgueil et
-contrler par la raison les superstitions qui le dsorientent, il doit
-faire des efforts. Seul l'effort de sa conscience permet l'homme de se
-librer des pchs, des tentations et des superstitions qui le privent
-de bonheur.
-
-2
-
-Le Royaume de Dieu est conquis par l'effort. Le Royaume de Dieu est
-en vous (Luc, XVI, 16; XVII, 21). Ces deux strophes de l'Evangile
-signifient que ce n'est que par des efforts de conscience que les hommes
-peuvent vaincre en eux les pchs, les superstitions et les tentations
-qui retardent l'approche du Royaume de Dieu.
-
-3
-
-Ici, sur la terre, il ne peut et ne doit pas y avoir de repos, parce que
-la vie est une marche vers le but qu'on ne peut jamais atteindre. Le
-repos est immoral. Je ne puis dire en quoi consiste ce but; mais quel
-qu'il soit, il existe et nous savons que nous nous en approchons. Sans
-ce rapprochement, la vie serait une absurdit et un mensonge. Et nous ne
-pouvons nous rapprocher de ce but que par notre propre effort.
-
- JOSEPH MAZZINI.
-
-4
-
-Devenir de plus en plus meilleur, c'est toute l'oeuvre de la vie, et on
-ne peut devenir meilleur que par l'effort.
-
-Chacun sait que sans effort, on ne peut rien faire dans le travail. Il
-faut savoir galement que dans l'oeuvre principale de la vie, dans la vie
-spirituelle, on ne peut rien faire sans effort.
-
-5
-
-La force ne se manifeste pas par le pouvoir de faire un noeud avec un
-attisoir en fer, par la possession des billions et des trillions de
-roubles, ni par la domination sur des millions d'hommes; la vraie force
-est dans le pouvoir sur soi-mme.
-
-6
-
-Ne dis jamais d'une bonne action: Ce n'est pas la peine de se donner du
-mal; c'est si difficile que je n'y arriverai jamais; ou bien: C'est
-si facile que je n'ai qu' vouloir pour le faire. Ne pense pas et ne
-parle pas ainsi: mme si le but vis n'est pas atteint, ou si ce but est
-insignifiant, chaque effort fortifie l'me.
-
-7
-
-Les gens pensent souvent que pour tre un vrai chrtien, il faut
-accomplir des actes extraordinaires. C'est une erreur. Le chrtien n'a
-pas besoin d'oeuvres spciales, extraordinaires; il ne lui faut qu'un
-effort d'esprit perptuel qui le libre des pchs, des tentations et
-des superstitions.
-
-8
-
-Les mauvaises actions--celles qui causent nos malheurs,--s'accomplissent
-facilement; mais ce qui est noble et bon pour nous se fait uniquement au
-prix d'un effort.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-9
-
-Si l'homme prend pour rgle de faire ce qu'il veut, il ne restera pas
-longtemps vouloir faire ce qu'il fait. La vraie oeuvre n'est jamais que
-celle laquelle on doit travailler pour l'accomplir.
-
-10
-
-La route vers la connaissance du bien n'a jamais t trace sur un gazon
-soyeux jonche de fleurs; l'homme a toujours d escalader des rochers
-dnuds.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-11
-
-On ne cherche jamais la vrit avec joie, mais avec motion et
-inquitude; et cependant, on doit la chercher; car n'ayant pas trouv
-la vrit et appris l'aimer, tu priras. Mais, diras-tu, si la vrit
-voulait que je la cherche et que je l'aime, elle se serait rvle
- moi-mme. Aussi se rvle-t-elle toi, mais tu n'y prtes pas
-attention. Cherche donc la vrit,--elle le veut.
-
- PASCAL.
-
-
-
-II.--_La vie pour l'me exige des efforts._
-
-1
-
-Je suis l'instrument avec lequel Dieu travaille. Mon vrai bonheur
-consiste participer Son travail. Mais je ne peux y parvenir qu'au
-moyen des efforts que je fais pour garder toujours en tat propre et
-aiguis l'instrument de Dieu qui m'est confi: moi-mme, mon me.
-
-2
-
-La chose la plus chre l'homme, c'est d'tre libre, de vivre sa
-guise et non suivant la volont d'autrui. Afin de vivre ainsi, l'homme
-doit vivre pour son me. Et afin de vivre pour l'me, l'homme doit
-rprimer les dsirs du corps.
-
-3
-
-La vraie vie humaine n'est autre chose que le passage progressif de la
-nature bestiale infrieure une conception de plus en plus grande de la
-vie spirituelle.
-
-4
-
-Nous faisons un effort pour nous rveiller et nous nous veillons
-effectivement lorsque le rve devient affreux et que nous n'avons plus
-de forces de le supporter. Il faut agir de mme dans la vie relle
-lorsqu'elle devient intolrable. Dans ces moments-l, il faut faire un
-effort de conscience pour s'veiller une vie nouvelle, suprieure,
-spirituelle.
-
-4
-
-La lutte contre les pchs, les tentations et les superstitions est
-ncessaire dj pour cette raison que si tu cesses de les combattre, ta
-chair prend le dessus.
-
-5
-
-Il nous semble qu'un vrai travail ne peut tre fait qu' quelque chose
-de visible: btir une maison, labourer un champ, nourrir le
-btail, mais que travailler son me, quelque chose d'invisible,
-n'est pas une besogne importante, une besogne que l'on peut faire ou ne
-pas faire; pourtant tout autre travail,--en dehors du travail intrieur,
-celui qui nous rend tous les jours plus moral et plus aimant,--tout
-autre travail n'est rien. C'est le seul vrai, et tous les autres ne sont
-utiles que si ce travail principal de la vie s'effectue.
-
-7
-
-Celui qui reconnat que sa vie est mauvaise et qui veut commencer
-vivre mieux, ne doit pas penser qu'il ne peut commencer le faire que
-lorsqu'il aura modifi les conditions de sa vie. On doit et on peut
-amliorer sa vie non pas par les transformations extrieures, mais par
-un changement de soi-mme, en notre me. Et cela, on peut le faire
-toujours et partout. Et chacun a suffisamment faire dans ce but. C'est
-seulement lorsque ton me aura chang au point que tu ne pourras plus
-vivre comme par le pass, que tu pourras la modifier, et non quand tu
-croiras qu'il te sera plus facile de te corriger si tu changes ta vie.
-
-8
-
-Il n'y a, dans la vie, qu'une seule chose importante pour tous les
-hommes. Cette oeuvre seule est destine tous les hommes. Tout le reste
-n'est rien en comparaison avec elle. On voit que cela est ainsi parce
-que dans cette oeuvre seule, l'homme n'a pas d'entraves et qu'elle seule
-donne toujours la joie.
-
-9
-
-Prends l'exemple du ver soie: il travaille tant qu'il n'est pas en
-mesure de voler. Et toi, tu t'es coll la terre. Travaille ton me,
-et il te poussera des ailes.
-
- D'aprs ANGLUS.
-
-
-
-III.--_Le perfectionnement de soi-mme ne saurait tre atteint que par
-des efforts de conscience._
-
-1
-
-Soyez parfaits comme votre Pre cleste est parfait, est-il dit dans
-l'Evangile. Cela ne signifie point que le Christ ordonne l'homme
-d'tre aussi parfait que Dieu, mais que chaque homme doit faire des
-efforts de conscience pour se rapprocher de la perfection et que la vie
-de l'homme est dans ce rapprochement.
-
-2
-
-Tout tre ne grandit pas d'un coup, mais peu peu. On ne peut non
-plus apprendre une science d'un coup. De mme, on ne peut pas vaincre
-le pch d'un coup. Il n'y a qu'un moyen pour devenir meilleur: le
-raisonnement sage et l'effort continu et patient.
-
- CHANNING.
-
-3
-
-Lessing disait que ce n'est pas la vrit qui donne la joie l'homme,
-mais l'effort qu'il fait pour la connatre, Il en est de mme de la
-vertu: la joie que donne la vertu est dans l'effort qui nous rapproche
-d'elle.
-
-4
-
-Les paroles suivantes taient graves sur la baignoire du Roi
-Tching-Tchang: Renouvelle-toi tous les jours compltement; fais-le
-nouveau et encore nouveau.
-
- _Sagesse chinoise._
-
-5
-
-Si les gens ne s'occupent pas d'explorations, et s'ils s'en occupent,
-mais qu'ils n'y russissent pas, ils ne doivent pas se dsesprer ni
-s'arrter; si les gens n'interrogent pas les personnes claires sur les
-choses qu'ils ignorent, et si, en interrogeant, ils ne deviennent pas
-plus avancs, ils ne doivent pas dsesprer; si les gens ne raisonnent
-pas, et s'ils raisonnent, mais ne peuvent pas comprendre clairement en
-quoi consiste le bien, ils ne doivent pas dsesprer; si les gens ne
-distinguent pas le bien et le mal, et s'ils le distinguent, mais n'en
-ont pas une conception exacte, ils ne doivent pas dsesprer; si les
-gens ne font pas le bien, et s'ils le font, mais sans lui consacrer
-toutes leurs forces, ils ne doivent pas dsesprer: ils feront en dix
-fois ce que d'autres auraient fait en une fois; ils feront en mille fois
-ce que d'autres auraient fait en cent fois.
-
-Celui qui suivra rellement cette rgle de la continuit de l'effort
-deviendra, si ignorant qu'il soit, srement fort, et, si vicieux qu'il
-soit, il deviendra srement vertueux.
-
- _Sagesse chinoise._
-
-6
-
-Lorsque l'homme fait le bien uniquement parce qu'il est habitu le
-faire, ce n'est pas encore la vie de bien. Cette vie commence lorsque
-l'homme fait un effort pour tre bon.
-
-7
-
-Tu dis: ce n'est pas la peine de faire des efforts; on aura beau
-s'appliquer, on ne parviendra jamais la perfection. Ton oeuvre n'est
-pas d'atteindre la perfection, mais de t'en rapprocher de plus en plus.
-
-8
-
-Pour que la vie soit non un chagrin, mais une joie continuelle, on doit
-toujours tre bon pour tous, hommes et animaux. Et pour tre bon, il
-faut s'y habituer; et pour s'y habituer, il ne faut, pas laisser passer
-une seule de ses mauvaises actions sans s'en faire de reproches.
-
-Si tu agis ainsi, tu t'habitueras bientt tre bon pour tous les
-hommes et pour tous les animaux. Et si tu t'habitues la bont, tu
-auras toujours la joie au coeur.
-
-9
-
-La vertu de l'homme ne se mesure pas par ses exploits extraordinaires,
-mais par son effort de chaque jour.
-
- PASCAL.
-
-
-
-IV.--_Pour se rapprocher de la perfection, l'homme ne doit compter que
-sur ses propres forces._
-
-1
-
-Combien il est erron de demander Dieu, ou mme aux hommes, de me
-dlivrer d'une situation difficile. L'homme n'a besoin de l'aide de
-personne; il n'a pas besoin non plus de sortir de la situation o il se
-trouve; il ne lui faut qu'une seule chose: faire un effort de conscience
-pour se librer des pchs, des tentations et des superstitions. La
-situation de l'homme changera et s'amliorera seulement en tant qu'il se
-sera libr des pchs, ds tentations et des superstitions.
-
-2
-
-Rien n'affaiblit les forces de l'homme que l'espoir de trouver le salut
-et le bonheur ailleurs que dans son effort.
-
-3
-
-Il faut se dbarrasser de l'ide que le Ciel peut corriger nos erreurs.
-Si vous prparez ngligemment quelque plat, vous n'esprez pas que la
-Providence le rendra bon; de mme, si pendant une srie d'annes de
-folie, vous avez mal dirig votre vie, vous ne devez pas esprer que
-l'intervention divine dirigera et arrangera tout pour le mieux.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-4
-
-Tu possdes la connaissance de ce qui est la perfection suprme. En toi
-galement sont les obstacles qui t'empchent d'y arriver. Ta situation
-est prcisment celle qui t'engage travailler pour te rapprocher de la
-perfection.
-
- CARLYLE.
-
-5
-
-C'est toi qui pches, c'est toi qui projettes le mal, c'est toi qui fuis
-le pch, c'est toi qui purifies tes desseins, c'est toi qui es mchant
-ou pur; un autre ne pourra pas te sauver.
-
- DJAMAPADA.
-
-6
-
-Il n'y a pas de loi morale si je ne puis l'accomplir. Les gens disent:
-nous sommes ns gostes, avares, sensuels, et nous ne pouvons pas tre
-autres. Non, nous le pouvons. La premire chose, c'est de sentir dans
-son coeur ce que nous sommes et ce que nous devons tre, et la seconde
-est de faire des efforts pour nous rapprocher de ce que nous devrions
-tre.
-
- SOLTER.
-
-7
-
-L'homme doit dvelopper ses germes de bien. La Providence ne les a pas
-sems entirement levs dans l'homme; ce ne sont que des germes. Se
-rendre meilleur, cultiver soi-mme--voil l'oeuvre principale de la vie
-de l'homme.
-
- KANT.
-
-
-
-V.--_Il n'y a qu'un seul moyen d'amliorer la vie sociale: l'effort de
-chaque homme pour obtenir une vie morale et bonne._
-
-1
-
-Les hommes se rapprochent du Royaume de Dieu, c'est--dire de la vie
-bonne et heureuse, uniquement par l'effort de chaque individu vers une
-vie morale.
-
-2
-
-Si tu vois que l'organisation de la socit est mauvaise et que tu veux
-l'amliorer, sache qu'il est pour cela un seul moyen: tous les hommes
-doivent devenir meilleurs. Et pour rendre tous les hommes meilleurs, tu
-n'as qu'un moyen: c'est de devenir meilleur toi-mme.
-
-3
-
-On entend souvent dire que tous les efforts faits pour amliorer la vie,
-supprimer le mal, instituer la justice sont inutiles, et que tout cela
-se fera de soi-mme. Les gens avanaient, en ramant, mais les rameurs,
-arrivs destination, sont descendus; les voyageurs rests dans le
-bateau ne se mettent pas ramer parce qu'ils pensent que le bateau
-continuera avancer comme il l'a fait jusque-l.
-
-4
-
-Oui, cela serait ainsi, si tous les hommes avaient compris d'un coup
-que tout cela est mauvais et inutile pour nous, dit-on en parlant
-du mal de la vie humaine. Mettons qu'un homme renonce au mal, qu'il
-refuse y participer, cela avanera-t-il l'oeuvre du bien commun? La
-transformation de la vie sociale s'opre grce aux efforts de toute la
-socit et non pas ceux des individus isols.
-
-Il est vrai, qu'une hirondelle ne fait pas le printemps. Serait-il
-possible, cependant, que parce qu'une hirondelle ne fait pas le
-printemps, elle ne doit pas s'envoler alors qu'elle sent l'approche du
-printemps? Si chaque bourgeon et chaque herbe attendaient, il n'y aurait
-jamais de printemps. De mme, pour tablir le Royaume de Dieu, je ne
-dois pas me demander si je suis la premire ou la millime hirondelle,
-mais faire immdiatement, mme si je suis seul, en sentant l'approche du
-royaume de Dieu, tout ce qu'il faut pour le raliser.
-
-Demandez, et il vous sera donn; cherchez, et vous trouverez; frappez,
-et on vous ouvrira. Car quiconque demande, reoit, et quiconque
-cherche, trouve; et l'on ouvre celui qui frappe.
-
- MATTH., VII, 7-8.
-
-5
-
-Notre vie est malheureuse. Pourquoi?
-
-Parce que les hommes vivent mal. Et ils vivent mal parce qu'ils sont
-eux-mmes mauvais. De sorte que pour que la vie ne soit plus mauvaise,
-il faut changer les mauvaises gens en bonnes gens. Comment faire cela?
-Personne ne peut transformer tout le monde, mais chacun peut s'amender
-lui-mme. Il semble, tout d'abord, qu'on ne peut pas remdier cela
-ainsi, car que peut faire un homme contre tous? Pourtant, tous se
-plaignent de leur vie malheureuse. Si donc tous les hommes comprennent
-que la mauvaise vie vient des mauvaises gens, et que chacun peut non pas
-corriger les autres, mais se corriger lui-mme, toute la vie deviendra
-immdiatement meilleure.
-
-C'est donc que la mauvaise vie dpend de nous, et cela dpend galement,
-de nous qu'elle devienne bonne.
-
-
-
-VI.--_L'effort vers la perfection donne le vrai bonheur._
-
-1
-
-L'effort moral et la joie de la conscience de la vie alternent de mme
-que le travail corporel et la joie du repos. Sans travail corporel on
-n'prouve pas la joie du repos: sans effort moral, il n'y a pas de joie
-d'tre conscient de la vie.
-
-2
-
-La rcompense de la vertu est dans l'effort mme de faire une bonne
-action.
-
- CICRON.
-
-3
-
-N'attends pas non seulement un succs rapide, mais mme un succs
-perceptible de tes efforts vers le bien. Tu ne verras pas le fruit de
-tes efforts, parce que tu t'es avanc 'tout autant que s'est avance la
-perfection laquelle tu aspires. L'effort de la conscience n'est pas un
-moyen pour obtenir le bonheur, mais l'effort de la conscience donne par
-lui-mme le bonheur.
-
-4
-
-Dieu a donn aux animaux tout ce qu'il leur faut. Mais il ne l'a pas
-donn l'homme. L'homme doit se procurer lui-mme tout ce qui lui est
-ncessaire. La sagesse suprieure de l'homme n'est pas ne avec lui; il
-doit travailler pour la gagner, et plus son travail est pnible, plus la
-rcompense est grande.
-
- _Tablettes des Babides_[1].
-
-5
-
-Le Royaume de Dieu est conquis de haute lutte. Cela veut dire que pour
-se dbarrasser du mal et devenir bon, il faut un effort.
-
-L'effort est ncessaire pour se contenir du mal. Contiens-toi du mal, et
-tu feras le bien, parce que l'me humaine aime le bien, et elle le fait,
-si elle est exempte de mal.
-
-6
-
-Vous tes des travailleurs libres et vous le sentez. Toutes sortes de
-raisonnements mensongers voulant prouver que la destine ou les lois de
-la nature sont matresses de tout, ne seront jamais en tat de faire
-taire les deux tmoins incorruptibles de la libert: les reproches de
-la conscience et les grands martyres. Depuis Socrate jusqu' Christ, et
-depuis Christ jusqu'aux hommes qui, de sicle en sicle, meurent pour
-la vrit, tous les martyrs de la foi montrent le mensonge de cette
-doctrine d'esclaves et nous, disent tout haut: Nous aussi, nous avons
-aim la vie, et aussi tous les hommes qui ont embelli notre vie et qui
-nous suppliaient de cesser la lutte. Chaque battement de notre coeur
-semblait nous crier: vivez! Mais pour accomplir la loi de la vie, nous
-avons prfr la mort.
-
-Depuis Can et jusqu' l'homme le plus profondment misrable de notre
-poque, tous ceux qui ont choisi la voie du mal entendent au fond de
-leur me la voix du blme, du reproche, une voix qui ne leur donne pas
-de repos, qui leur rpte ternellement: Pourquoi avez-vous abandonn
-le chemin de la vrit? Vous pouviez, vous pouvez faire un effort. Vous
-tes des hommes libres et il tait dans votre pouvoir de moisir dans les
-pchs ou de vous en librer.
-
- MAZZINI.
-
-
-[1] Secte religieuse persane. _(Note du trad.)_
-
-
-
-
-CHAPITRE XX
-
-LA VIE EST DANS LE PRSENT
-
-
-Les hommes croient que leur vie dure un temps donn: dans le pass et
-dans l'avenir. Mais ce n'est qu'une apparence; la vraie vie humaine
-ne dure pas pendant un temps, elle _est_ toujours, se maintenant un
-point indtermin o le pass touche au futur et que nous appelons
-improprement le prsent. A ce point du prsent, et rien qu' ce point,
-l'homme est libre; c'est pourquoi la vraie vie de l'homme est dans le
-prsent et rien que dans le prsent,.
-
-I.--_La vraie vie ne dpend pas du temps._
-
-1
-
-Le pass n'est plus, le futur n'est pas encore venu. Qu'est-ce qui
-est donc? Rien que le point o le futur et le pass se touchent. Il
-semblerait que ce point n'est rien, et cependant, toute notre vie est
-uniquement dans ce point.
-
-2
-
-Il nous semble seulement que le temps existe. Il n'est pas. Le temps
-n'est qu'un terme conventionnel grce auquel nous voyons graduellement
-ce qui est en ralit et ce qui est toujours un. L'oeil ne voit pas toute
-la sphre la fois, bien que la sphre existe en entier et en une fois.
-Pour que l'oeil voit, il faut que la sphre tourne devant l'oeil qui la
-regarde. De mme le monde se droule, ou semble se drouler, dans le
-temps devant les yeux des hommes. Pour la raison suprieure, il n'y a
-pas de temps: ce qui sera est dj. L'ide du temps et de l'espace sert
-au morcellement de l'infini pour le profit des tres finaux.
-
- AMIEL.
-
-3
-
-Il n'y a ni avant ni aprs: ce qui arrivera demain existe rellement
-dans l'ternit.
-
- ANGLUS.
-
-4
-
-Il n'y a ni temps, ni espace; l'un et l'autre nous sont indispensables
-pour que nous puissions comprendre les objets. C'est pourquoi il est
-faux de croire que les rflexions concernant les toiles, dont la
-lumire n'est pas encore arrive jusqu' nous, et sur l'tat du soleil
- des millions d'annes, etc., sont trs importantes. Il n'y a l rien
-d'important ni mme de srieux. Tout cela n'est qu'un vain jeu de
-l'esprit.
-
-5
-
-Il n'y a pas de temps, il n'y a qu'un instant. Et c'est prcis ment en
-cet instant qu'est toute notre vie. C'est pourquoi il faut donner toutes
-nos forces cet instant.
-
-6
-
-Si la vie est en dehors du temps, pourquoi se manifeste-t-elle dans le
-temps et dans l'espace? Parce que le mouvement, c'est--dire la tendance
-vers le dveloppement, vers l'claircissement et la perfection, ne peut
-se manifester que dans le temps et l'espace. S'il n'y avait pas d'espace
-et de temps, il n'y aurait pas de mouvement, il n'y aurait pas de vie.
-
-
-
-II.--_La vie spirituelle de l'homme en dehors du temps et de l'espace._
-
-1
-
-Le temps ne sert qu' la vie corporelle. L'tre spirituel de l'homme,
-est toujours en dehors du temps. Et il est en dehors du temps, parce que
-l'activit de l'tre spirituel consiste uniquement dans l'effort de la
-conscience. Et cet effort est toujours hors du temps, parce qu'il n'a
-jamais lieu qu'au prsent et que le prsent n'a pas de temps.
-
-2
-
-Nous ne pouvons nous reprsenter la vie aprs la mort et nous rappeler
-de la vie avant notre naissance parce que nous ne pouvons rien nous
-reprsenter qui soit en dehors du temps; et cependant, nous connaissons
-le mieux notre vie hors du temps--dans le prsent.
-
-3
-
-Notre me est jete dans notre corps o elle trouve le nombre, le temps,
-la mesure. Elle raisonne d'aprs cela et appelle cela nature; ncessit,
-et ne saurait penser autrement.
-
- PASCAL
-
-4
-
-Nous disons que le temps passe. Ceci n'est pas exact. C'est nous qui
-avanons, et non pas le temps. Lorsque nous flottons sur l'eau, il nous
-semble que ce sont les rives qui marchent et non pas le bateau dans
-lequel nous nous trouvons. Il en est de mme du temps.
-
-5
-
-Il est bon de se rappeler souvent que notre vraie vie n'est pas
-uniquement extrieure, corporelle, telle que nous la vivons ici, sur
-terre, telle que nous la voyons, mais qu'avec cette vie, nous possdons
-encore une autre vie, intrieure, spirituelle, qui n'a ni commencement
-ni fin.
-
-
-
-III.--_La vraie vie n'est que dans le prsent._
-
-1
-
-La facult de se souvenir du pass et de se reprsenter l'avenir nous
-est donne uniquement afin que, en nous fondant sur des considrations
-relatives l'un ou l'autre, nous puissions dcider plus exactement
-nos actes du prsent, mais nullement pour regretter le pass ou prparer
-l'avenir.
-
-2
-
-L'homme ne vit que dans l'instant prsent. Tout le reste est dj pass,
-ou bien n'arrivera peut-tre pas.
-
- MARC-AURLE.
-
-3
-
-Si nous nous tourmentons en songeant au pass et que nous nous gtons
-l'avenir, c'est uniquement parce que nous nous occupons trop peu du
-prsent. Le pass a t, l'avenir n'est pas; seul le prsent est.
-
-4
-
-Notre tat futur semblera toujours un rve notre tat prsent.
-
-Ce n'est pas la longueur de la vie qui importe, mais sa profondeur. Il
-ne s'agit pas de prolonger la vie, mais de vivre en dehors du temps, et
-nous ne le faisons que lorsque nous vivons par l'effort du bien. Lorsque
-nous vivons ainsi, nous ne nous posons pas la question du temps.
-
- D'aprs EMERSON.
-
-5
-
-Vivre jusqu'au soir et jusqu' la mort[1] veut dire, vivre comme si
-l'on se trouvait toujours sa dernire heure et qu'on n'a le temps que
-d'accomplir l'essentiel, et en mme temps vivre comme si tu pouvais
-continuer indfiniment l'oeuvre que tu accomplis.
-
-6
-
-Le temps est derrire nous, il est devant nous, mais nous ne l'avons pas
-avec nous. Lorsqu'on se met penser davantage ce qui a t ou ce
-qui sera, on perd le principal: la vraie vie dans le prsent.
-
-7
-
-On ne peut vaincre les mauvaises habitudes qu'aujourd'hui seulement, et
-non pas demain.
-
- CONFUCIUS.
-
-8
-
-Rien n'a de l'importance, except ce que nous faisons dans le moment
-prsent.
-
-9
-
-Il est bon de ne pas penser au lendemain; mais pour ne pas y penser, il
-n'y a qu'un seul moyen: c'est de penser continuellement si j'accomplis
-bien l'oeuvre du jour, de l'heure, de la minute prsente.
-
-10
-
-Ds qu'on s'absorbe dans le pass et l'avenir, on s'loigne de la vraie
-vie et l'on se sent abandonn, li, solitaire.
-
-Que de tortures morales, et tout cela pour mourir au bout de quelques
-minutes! Pourquoi donc s'inquiter?
-
-Non, cela n'est pas vrai: ta vie existe actuellement. Le temps n'est
-pas, et l'heure prsente vaut des centaines d'annes si tu vis cette
-heure avec Dieu.
-
- D'aprs AMIEL.
-
-14
-
-On dit: l'homme n'est pas libre parce que tout ce qu'il fait a une
-raison antrieure. Mais l'homme n'agit jamais que dans le prsent; or,
-le prsent est en dehors du temps: ce n'est que le point de contact
-entre le pass et le futur. C'est pourquoi l'homme est toujours libre
-pendant l'_instant_ du prsent.
-
-15
-
-La force libre et divine de la vie ne se manifeste que dans le prsent;
-c'est pourquoi l'activit du prsent doit possder les qualits divines,
-c'est--dire doit tre raisonnable et bonne.
-
-16
-
-On demanda un sage: Quelle est l'oeuvre la plus mportante? Quel
-est l'homme le plus important de la vie? Quel est le moment le plus
-important de la vie?
-
-Le sage rpondit: L'oeuvre la plus importante c'est d'aimer tous les
-hommes parce que c'est l l'oeuvre de la vie de chaque homme.
-
-L'homme le plus important est celui auquel tu as affaire en ce moment,
-parce que tu ne pourras jamais savoir si tu auras affaire un autre
-homme.
-
-Le temps le plus important est le prsent parce que l seulement
-l'homme est matre de lui-mme.
-
-
-
-IV.--_L'amour ne se manifeste que dans le prsent._
-
-1
-
-L'oeuvre principale de la vie est l'amour. Et on ne peut aimer ni dans le
-pass ni dans le futur. On ne peut aimer que dans le prsent, cette
-heure, cette minute.
-
-2
-
-L'amour est une manifestation de l'essence divine qui n'a pas de temps;
-c'est pourquoi l'amour ne se manifest que dans le prsent, tout de
-suite, tout moment du prsent.
-
-3
-
-Aimer, en gnral, c'est faire le bien. C'est ainsi que nous comprenons
-tous l'amour, et nous ne pouvons le comprendre autrement.
-
-L'amour n'est pas seulement un mot; il comprend les oeuvres que nous
-accomplissons pour le bonheur d'autrui.
-
-Si l'homme dcide de ne pas rpondre aux exigences du plus petit amour
-vrai en vue d'un grand amour futur, il se leurre, leurre les autres et
-n'aime personne, sauf lui.
-
-Il n'y a pas d'amour dans le futur: l'amour n'existe que dans le
-prsent. Si l'homme n'accomplit pas l'oeuvre de l'amour dans le prsent,
-c'est qu'il n'a pas d'amour.
-
-4
-
-Tu veux le bien. Or, le bien ne peut se produire qu'immdiatement. Il ne
-peut y avoir de bien dans l'avenir, parce qu'il n'y a pas d'avenir, il
-n'y a que le prsent.
-
-5
-
-Ne remets jamais une bonne action si tu peux l'accomplir aujourd'hui,
-parce que la mort ne demande pas si tu as fait ce que tu dois. La mort
-n'attend personne ni rien. La chose la plus importante est donc celle
-qu'on accomplit l'instant mme.
-
-6
-
-N'attendons pas pour tre justes, compatissants. N'attendons pas la
-venue des souffrances exceptionnelles des autres et les ntres. La vie
-est brve; dpchons-nous donc rjouir les coeurs de nos compagnons
-pendant cette courte traverse. Htons-nous d'tre bons.
-
- AMIEL.
-
-7
-
-Les hommes de bien oublient les bonnes actions qu'ils ont accomplies:
-ils sont tellement occups ce qu'ils font, qu'ils ne pensent plus ce
-qu'ils ont dj fait.
-
- _Proverbe chinois._
-
-8
-
-La vie dans le prsent est l'tat dans lequel Dieu vit en nous. C'est
-pourquoi le moment prsent est plus cher que tout. Emploie toutes les
-forces de ton me ne pas laisser chapper ce moment, afin de ne pas
-cacher toi-mme le Dieu qui peut se manifester en toi.
-
-
-
-V.--_Tentation de la prparation la vie, au lieu de la vie mme._
-
-1
-
-Je ferai cela quand je serai grand.--Je vivrai ainsi lorsque j'aurai
-termin mes tudes, lorsque je me serai mari. Je ferai cela lorsque
-j'aurai des enfants, lorsque j'aurai mari mon fils, o lorsque je serai
-riche, lorsque j'habiterai un autre endroit, ou lorsque je serai vieux.
-
-Ainsi parlent les enfants, les adultes, les vieillards, et personne ne
-sait s'il vivra jusqu'au soir. Nous ne pouvons rien savoir de tout cela:
-si nous aurons ou non la possibilit de le mener bonne fin, si la mort
-ne nous empchera pas de le faire.
-
-Il n'y a qu'une seule oeuvre que la mort ne peut entraver: c'est
-l'accomplissement, toute heure de la vie, de la volont de Dieu, celle
-qui est d'aimer les hommes.
-
-2
-
-Nous pensons et nous disons souvent que je ne puis pas faire tout ce
-que je dois par suite de la situation o je me trouve. Combien cela
-est faux! Le travail intrieur, qui est la raison mme de la vie, est
-toujours possible. Tu es en prison, tu es malade, tu es priv de la
-possibilit, d'entreprendre toute activit extrieure; on t'offense, on
-te tourmente; mais ta vie intrieure est dans ton pouvoir: tu peux, dans
-la pense, reprocher, blmer, envier, dtester les hommes, et tu peux
-aussi rprimer ces sentiments et les remplacer par de bons. De sorte que
-chaque minute de ta vie est toi, et personne ne peut te la prendre.
-
-3
-
-Se savoir malade, prendre soin pour se gurir, surtout penser ce
-que je suis souffrant pour le moment et, par suite, incapable d'agir,
-se dire que lorsque je redeviendrai valide, j'agirai, est une grande
-tentation. Car ces paroles signifient: je refuse ce qui m'est donn,
-mais je veux ce qui n'existe pas. On peut toujours se rjouir de ce que
-l'on possde chaque instant et faire immdiatement tout ce que l'on
-peut.
-
-4
-
-Tu n'es pas bien, et il te semble que cela vient de ce que tu ne peux
-pas vivre comme tu voudrais, que tu aurais plus facilement fait ce que
-tu crois devoir faire si ta vie tait autre. C'est faux. Tu as tout ce
-que tu dsires. A tout moment de ta vie, tu peux faire la meilleure
-chose que tu es mme d'accomplir.
-
-5
-
-Les importantes, les grandes oeuvres qui ne peuvent tre termines que
-dans l'avenir, ne sont pas de vraies oeuvres, elles ne sont pas faites
-pour la gloire de Dieu. Si tu crois en Dieu, tu croiras la vie dans le
-prsent, tu travailleras des oeuvres qui peuvent tre acheves dans le
-prsent.
-
-6
-
-_Momento-mori_. Souviens-toi de la mort! est une grande parole. Si
-nous nous souvenions que nous mourrons invitablement et bientt,
-notre vie serait tout autre. Si l'homme sait qu'il doit mourir dans
-une demi-heure, il ne fera srement ni des choses vaines, ni btes, ni
-surtout mauvaises, dans ce court laps de temps. Le demi-sicle qui te
-spare, peut-tre, de la mort, n'est-ce pas une demi-heure?
-
-
-
-VI.--_Les consquences de nos actes regardent Dieu, et non pas nous._
-
-1
-
-Les consquences de nos actes ne dpendent pas de nous, parce qu'elles
-sont infinies dans l'espace infini et dans le temps infini.
-
-2
-
-Si tu peux voir toutes les consquences de ton activit, sache que cette
-activit est nulle.
-
-3
-
-Nos actes de l'instant, du moment, sont nous; ce qu'il en rsultera,
-c'est l'affaire de Dieu.
-
- FRANOIS d'ASSISE.
-
-4
-
-En vivant d'une vie spirituelle, c'est--dire en communion avec Dieu,
-l'homme, bien qu'il ne puisse pas connatre les consquences de ses
-actes, sait srement que ces consquences seront heureuses.
-
-5
-
-L'acte accompli sans la moindre rflexion aux consquences possibles,
-uniquement en vue d'accomplir la volont de Dieu, est la meilleure
-action que l'homme peut accomplir.
-
-6
-
-La rcompense d'une vie juste n'est jamais dans l'avenir, mais dans le
-prsent. Si tu fais bien l'instant, tu te sens bien l'instant. Et si
-tu agis bien, les consquences ne peuvent ne pas tre bonnes.
-
-
-
-VII.--_Ceux qui croient que le sens de la vie est dans le prsent ne se
-proccupent pas de la vie d'outre-tombe._
-
-1
-
-Nous nous embrouillons dans nos ides sur la vie future; nous nous
-demandons ce qu'il y aura aprs la mort. Mais on ne peut le demander,
-parce que la vie et l'avenir sont deux termes contradictoires: la vie
-est seulement dans le prsent. Il nous semble qu'elles _a t_ et
-qu'elle _sera_, tandis qu'elle _est_ seulement. Il ne faut pas chercher
-une solution la question de l'avenir, mais penser comment nous devons
-vivre dans le prsent, l'instant mme.
-
-2
-
-Nous ignorons toujours tout ce qui a trait la vie corporelle, parce
-que cette vie est rgle par le temps et que nous ne pouvons pas
-connatre l'avenir.
-
-Mais dans le domaine de la vie spirituelle, il n'y a pas de futur. C'est
-pourquoi l'inconnu de notre vie diminue mesure qu'elle se transforme
-de charnelle en spirituelle, mesure que nous vivons dans le prsent.
-
-3
-
-Nous devons accomplir honntement et d'une manire impeccable le travail
-qui nous est confi, indpendamment de notre espoir de devenir un jour
-des anges, ou de notre croyance d'avoir t jadis des mollusques.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-4
-
-A mesure que la vie se prolonge, surtout la vie en bonnes actions,
-l'importance du temps et l'intrt de la question de ce qui sera
-tombent. Plus nous sommes vieux, plus le temps passe vite; ce qui sera
-a de moins en moins d'importance et ce qui est en gagne de plus en
-plus.
-
-Si tu peux lever ton esprit au-dessus de l'espace et du temps, tu te
-trouves tout instant dans l'ternit.
-
- ANGLUS.
-
-
-[1] Proverbe russe. (_N. du trad._).
-
-
-
-
-CHAPITRE XXI
-
-LE NON-AGIR
-
-
-Les hommes gtent moins leur vie en ne faisant pas ce qu'ils doivent
-faire, qu'en faisant ce qu'ils ne doivent pas faire. C'est pourquoi le
-plus grand effort que l'homme doit faire sur lui-mme pour avoir une vie
-heureuse--est de s'abstenir de faire ce qu'il ne faut pas faire.
-
-
-I.--_L'abstention est le meilleur moyen de mener une bonne vie._
-
-1
-
-Ce qui importe le plus tous les hommes, c'est de vivre bien. Vivre
-bien, c'est moins de faire tout le bien que nous pouvons, que de ne pas
-faire le mal que nous pouvons viter de commettre. L'essentiel, c'est de
-ne pas faire de mal.
-
-2
-
-Tous les hommes de notre poque savent que notre vie est mauvaise, et
-ils ne se bornent pas critiquer son organisation, mais travaillent
- ce qui, leur avis, doit amliorer notre vie. Pourtant, loin de
-s'amliorer, l'organisation de notre vie empire chaque jour. Pourquoi?
-Parce que les hommes accomplissent les travaux les plus compliqus et
-les plus difficiles pour amliorer la vie, mais ne font pas la chose la
-plus simple et la plus facile: ils ne s'abstiennent pas de prendre part
-aux oeuvres qui rendent notre vie mauvaise.
-
-3
-
-L'homme apprend ce qu'il doit faire seulement aprs avoir compris ce
-qu'il ne doit pas faire. Et, en en faisant pas ce qu'il ne doit pas
-faire, il fera invitablement ce qu'il doit faire, bien qu'il ne saura
-pas pourquoi il fait ce qu'il fait.
-
-4
-
-Question: Qu'est-ce qu'il y a de mieux faire quand on est press?
-Rponse: Rien.
-
-5
-
-Dans les moments d'abattement moral, on doit se comporter envers
-soi-mme comme envers un malade: ne rien entreprendre.
-
-6
-
-Si tu ne sais pas quel parti prendre: agir ou ne pas agir, sache qu'il
-est toujours prfrable de s'abstenir que d'agir. Si tu n'avais pas la
-force de t'abstenir, et si tu savais srement que l'affaire est bonne,
-tu ne te serais pas demand si tu dois la raliser ou non; si tu te le
-demandes, c'est que tu sais que tu peux te contenir et, ensuite, tu es
-sr que l'affaire n'est pas tout fait bonne. Si elle tait absolument
-bonne, tu ne te serais pas interrog.
-
-7
-
-Si tu as grande envie de quelque chose et s'il te semble que tu ne
-pourrais pas rsister l'envie, dfie-toi. Ce n'est pas vrai que
-l'homme ne puisse se contenir dans n'importe quel cas. Seul celui qui
-s'est assur l'avance qu'il ne peut se contenir, n'est pas en tat de
-le faire.
-
-8
-
-Que chacun, mme un tout jeune homme, se rappelle sa vie. Et si tu
-regrettes une seule fois de n'avoir pas fait ce que tu devais et ce qui
-serait bien, tu regretteras des centaines de fois d'avoir fait ce qui
-tait mal et que tu n'aurais pas du faire,
-
-
-
-II.--_Consquences de l'incontinence._
-
-1
-
-Il y a moins de mal ce que nous faisons autre chose que nous aurions
-d faire, qu' ce que nous ne nous abstenons pas de ce que nous
-n'aurions pas d faire.
-
-2
-
-Le laisser-aller dans une seule occasion affaiblit la force de la
-continence dans toute autre. L'habitude prise de ne pas se contenir est
-comme un torrent invisible sous une maison. Une telle maison ne rsiste
-pas la pousse.
-
-3
-
-Il est plus mauvais de faire trop que de ne pas faire assez; il est plus
-mauvais de se presser que de venir en retard.
-
-Les reproches de la conscience sont toujours plus douloureux pour ce que
-l'on a fait que pour ce que l'on n'a pas fait.
-
-4
-
-Plus la situation semble difficile, moins on doit agir. C'est
-prcisment par l'action que nous gtons ordinairement ce qui commenait
-dj s'arranger.
-
-5
-
-La plupart des gens qu'on appelle mchants sont devenus tels parce
-qu'ils prenaient leur mauvaise humeur pour leur tat d'me normal et
-s'abandonnaient sans faire d'efforts pour y rsister.
-
-6
-
-Si tu ne te sens pas la force de te contenir d'un dsir charnel, la
-cause est srement en ce que tu ne t'es pas contenu lorsque tu tais
-encore en tat de le faire; puis, le dsir est devenu une habitude.
-
-
-
-III.--_Toute activit n'est pas digne d'estime._
-
-1
-
-On a tort de croire que toute activit, sans se proccuper de son
-caractre, est, en elle-mme, une occupation honorable, digne de
-considration. Il s'agit de savoir quelle est cette activit et dans
-quelles conditions l'homme s'abstient d'agir.
-
-2
-
-Souvent les hommes refusent firement de prendre part des plaisirs
-innocents en le motivant par des occupations plus srieuses. Cependant,
-sans compter que le jeu simple et joyeux est plus utile et important
-que bien des affaires, le travail mme pour lequel les gens occups
-renoncent au plaisir, est souvent tel qu'il serait prfrable de ne pas
-le faire.
-
-3
-
-Pour la marche relle de la vie, une activit extrieure et turbulente
-est non seulement inutile, mais encore nuisible. L'inaction, sans
-les plaisirs procurs par le travail des autres, est la situation
-la plus pnible, si elle n'est pas comble par un travail intrieur;
-c'est pourquoi, si l'homme vit en dehors du luxe assur par le travail
-d'autrui, cet homme ne restera pas oisif. Le plus grand tort est caus
- l'humanit, non par l'oisivet, mais par des actions nuisibles et
-inutiles.
-
-
-
-IV.--_L'homme peut viter de mauvaises habitudes s'il a conscience
-d'tre non une crature charnelle, mais spirituelle._
-
-1
-
-Pour apprendre se contenir, il faut apprendre se ddoubler en un
-homme charnel et en un homme spirituel, et habituer l'homme charnel
-faire ce que veut l'homme spirituel.
-
-2
-
-Lorsque l'me dort, lorsqu'elle n'agit pas, le corps est
-irrsistiblement soumis aux manifestations des sens que provoquent en
-lui les actes de ceux qui entourent l'homme. Ils billent, il bille
-galement; ils s'emportent, il s'emporte aussi; ils se fchent, il se
-fche; ils s'attendrissent, pleurent, et il a les larmes aux yeux.
-
-Cette subordination involontaire aux influences extrieures est souvent
-la cause des mauvaises actions qui sont en dsaccord avec les exigences
-de la conscience. Mets-toi en garde contre ces influences extrieures et
-ne te soumets pas elles.
-
-3
-
-Si tu habitues ton ct charnel, depuis ton jeune ge, obir la
-partie spirituelle, il te sera facile de contenir tes dsirs. Celui qui
-s'est habitu contenir ses dsirs a toujours une vie joyeuse et facile.
-
-
-
-V.--_Plus on lutte contre l'incontinence, plus la lutte devient facile._
-
-1
-
-Une guerre intestine se droule en l'homme entre sa raison et ses
-passions. L'homme aurait pu jouir d'un certain calme s'il ne possdait
-que la raison sans les passions, ou les passions sans la raison. Mais
-comme il possde l'un et les autres, il ne peut viter le combat, il
-ne peut tre en paix avec l'un que s'il est en guerre avec l'autre. Il
-lutte toujours en lui-mme. Et cette lutte est indispensable; c'est l
-toute la vie.
-
- PASCAL.
-
-2
-
-Pour respecter les autres comme soi-mme, il faut agir envers eux comme
-nous voulons que l'on agisse envers nous; l est l'oeuvre principale
-de la vie. Il faut se matriser, et, pour se matriser, il faut s'y
-habituer.
-
-3
-
-Chaque fois que tu as grande envie de faire quelque chose, arrte-toi
-et rflchis afin de savoir si ce dont tu as tellement envie est bien.
-
-4
-
-Pour ne pas commettre de mauvaises actions, il ne suffit pas de s'en
-abstenir; il faut apprendre se contenir des mauvaises conversations
-et, surtout, des mauvaises penses. Ds que tu te rends compte que tes
-paroles sont mauvaises, que tu te moques, blmes, injuries, arrte-toi,
-tais-toi et n'coute pas les autres. Agis de mme lorsque tu as de
-mauvaises ides, lorsque tu penses mal de ton prochain; qu'il soit digne
-de blme ou non, arrte-toi et tche de penser autre chose. C'est
-seulement lorsque tu apprendras te contenir des mauvaises paroles et
-des mauvaises penses, que tu seras en tat de te contenir des mauvaises
-actions.
-
-5
-
-Indpendamment du nombre de fois qu'il t'arrivera de tomber sans pouvoir
-vaincre tes passions, ne te laisse pas abattre. Tout effort de lutte
-diminue la force de la passion et facilite la victoire.
-
-6
-
-Chaque passion dans le coeur de l'homme est d'abord comme un solliciteur,
-ensuite comme un hte, et enfin comme le matre de la maison. N'ouvre
-pas la porte de la maison de ton coeur ce solliciteur.
-
-
-
-VI.--_La porte de la continence pour chaque homme et pour l'humanit
-entire._
-
-1
-
-Si tu veux tre libre, habitue-toi contenir tes dsirs.
-
-2
-
-Qui est sage? Celui qui apprend toujours quelque chose chez quelqu'un.
-Qui est riche? Celui qui se contente de son sort. Qui est fort? Celui
-qui sait se matriser.
-
- _Le Talmud._
-
-3
-
-On dit que le christianisme est une doctrine de faiblesse parce qu'il
-ne recommande pas d'agir, mais plutt de s'abstenir de l'action. Le
-christianisme, doctrine de faiblesse! Une doctrine de faiblesse dont le
-Fondateur a pri en martyr sur la croix, toujours fidle Lui-mme,
-et dont les fidles comptent des milliers de martyrs, les seuls hommes
-qui regardaient bravement le mal en face et qui se rvoltaient contre
-lui! Et les violents d'alors qui ont excut le Christ, de mme que les
-violents d' prsent savent quelle est cette doctrine de faiblesse et la
-craignent plus que tout. Leur flair leur montre que seule cette doctrine
-dtruit srement et jusqu' la base tout le rgime qui les soutient. Il
-faut bien plus de force pour se contenir du mal que pour accomplir la
-chose la plus difficile que nous considrons comme bien.
-
-4
-
-Toutes les diversits de nos situations dans le monde ne sont rien en
-comparaison de la matrise de l'homme sur lui-mme. Si un homme est
-tomb la mer, il est absolument indiffrent d'o il est tomb et
-quelle est cette mer. La seule chose qui importe, c'est de savoir s'il
-sait nager ou non. La force n'est pas dans les conditions extrieures,
-mais dans le savoir de se dominer.
-
-5
-
-La vraie force n'est pas dans celui qui ne vainc pas les autres; mais
-dans celui qui se vainc lui-mme qui ne permet pas la bte de dominer
-son me.
-
-6
-
-Celui qui s'abandonne aux dsirs de la passion, qui cherche les
-jouissances, sent ses passions se dvelopper de plus en plus et se
-trouve enchan par les passions.
-
-Celui qui a pu vaincre la passion a bris les chanes.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-7
-
-Jeune homme, refuse de satisfaire tes dsirs (plaisirs, luxe, etc.),
-si ce n'est dans l'intention de renoncer absolument tout cela, du
-moins dans le but d'avoir devant soi une possibilit continuelle de
-jouissance. Cette conomie l'gard de ton sentiment de vitalit te
-rendra, en effet, plus riche parce que tu diffres tes jouissances.
-
-La conscience que la jouissance est dans ton pouvoir est plus fconde
-et plus vaste, comme tout ce qui est idal, que le dsir satisfait par
-cette jouissance, parce que la satisfaction dtruit le sentiment de
-jouissance mme.
-
- KANT.
-
-8
-
-On doit moins chercher faire le bien qu' tre bon; moins chercher
- luire qu' tre pur. L'me semble vivre dans un vase en verre, et
-l'homme peut le salir ou le tenir propre. Dans la mesure o le verre
-est pur, lumire de la vrit luit travers, pour l'homme lui-mme
-et pour les autres. C'est pourquoi l'oeuvre principale de l'homme est
-interne; elle consiste entretenir son vase dans la propret. Garde-toi
-seulement de te souiller, et la lumire luira pour toi comme pour les
-autres.
-
-9
-
-Souvent, pour arriver ce que nous dsirons, il sufft de cesser de
-faire ce que nous faisons.
-
-10
-
-Il sufft de contempler la vie que les hommes mnent dans notre
-monde, voir Chicago, Paris, Londres, toutes, les villes, les usines,
-les chemins de fer, les machines, les armements, les canons, les
-forteresses, les imprimeries, les muses, les maisons 30 tages,
-etc., et se poser la question de ce que l'on doit faire avant tout
-afin que les hommes puissent vivre bien, pour que cette rponse vienne
-d'elle-mme: cesser avant tout d'accomplir les choses inutiles; et
-l'inutile dans notre monde europen constitue les 0,99 de toute
-l'activit humaine.
-
-11
-
-Si tenu et transparent que soit devenu le mensonge rsultant de la
-contradiction entre notre vie et notre conscience, il s'amincit et
-s'tire encore, mais ne se rompt pas. Et tout en devenant toujours plus
-mince en s'tirant de plus en plus, ce mensonge lie l'ordre existant des
-choses et entrave l'avnement d'un nouveau.
-
-La plupart des hommes du monde chrtien ne croient plus aux rglements
-paens qui gouvernent leur vie, et croient aux principes chrtiens
-qu'ils reconnaissent dans leur conscience; mais la vie continue comme
-par le pass. Pour supprimer tous les malheurs et les contradictions qui
-tourmentent actuellement les hommes afin que le Rgne de Dieu annonc
- l'humanit depuis 1900 ans arrive, les hommes de notre temps n'ont
-besoin que d'une seule chose: d'un effort moral. De mme que pour faire
-reprendre un liquide refroidi au-dessous de son point de conglation
-la forme de cristaux qui lui est propre, il faut une impulsion,--pour
-faire passer l'humanit la forme de vie qui lui est naturelle, il faut
-un effort moral, l'effort par lequel est conquis le Royaume de Dieu.
-
-Cet effort n'est pas un effort de mouvement, ni l'effort de rvlation
-d'une philosophie nouvelle, de nouvelles ides, ni l'effort exig pour
-des exploits nouveaux et extraordinaires; l'effort ncessaire pour
-pntrer dans le royaume de Dieu, ou pour entrer dans une nouvelle forme
-de vie, est un effort ngatif, l'effort de ne pas suivre le courant,
-l'effort de ne pas accomplir des actes incompatibles avec la conscience
-intrieure.
-
-Et c'est la ncessit de faire cet effort que les hommes sont amens
-maintenant par la cruaut de la vie et la clart et la propagation de la
-doctrine chrtienne.
-
-12
-
-Le moindre mouvement de la matire est important pour la nature.
-Toute la mer se modifie cause d'une pierre. De mme, dans la vie
-spirituelle, le moindre mouvement provoque des consquences sans fin.
-Tout est grave.
-
- PASCAL.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXII
-
-LA PAROLE
-
-
-La parole exprime la pense et peut servir unir ou dsunir les
-hommes; c'est pourquoi on doit en user avec prcaution.
-
-
-
-I.--_La parole est une grande chose._
-
-1
-
-La parole peut unir les hommes; la parole peut les dsunir; la parole
-peut servir l'amour, comme elle peut servir l'inimiti et la haine.
-Garde-toi de la parole qui divise ou qui provoque l'inimiti et la haine.
-
-2
-
-La parole exprime la pense; la pense manifeste la puissance divine;
-c'est pourquoi la parole doit correspondre ce qu'elle exprime. Elle
-peut tre indiffrente, mais ne peut et ne doit pas exprimer le mal.
-
-3
-
-L'homme est porteur de Dieu. Il peut exprimer la conscience de sa
-divinit par la parole. Comment ds lors ne pas observer de la prudence
-en parlant?
-
-4
-
-Le temps passe, et la parole dite reste.
-
-5
-
-Si tu as le temps de rflchir avant de commencer parler, rflchis
-sur la ncessit de ce que tu veux dire et si cela ne peut faire de tort
- personne. Car il arrive le plus souvent qu'aprs avoir rflchi, tu ne
-commences mme pas parler.
-
-6
-
-Rflchis avant de parler. Mais arrte-toi avant que l'on ne te dise
-assez. La facult de la parole met l'homme au-dessus de la bte, mais
-il lui est infrieur s'il dit tout ce qui lui passe par la tte.
-
- SAADI.
-
-7
-
-Aprs une longue conversation, tche de te rappeler tout ce qui a t
-dit, et tu seras tonn de voir combien tout ce qui a t dit tait
-vain, inutile et souvent mchant.
-
-8
-
-Ecoute, sois attentif, mais parle peu.
-
-Ne parle jamais si l'on ne s'adresse pas toi; lorsque l'on
-t'interroge, rponds de suite et brivement, et ne sois pas honteux si
-tu dois avouer que tu ne sais pas ce que l'on te demande.
-
- SOUFI.
-
-9
-
-Si tu veux tre sage, apprends questionner raisonnablement, couter
-attentivement, rpondre tranquillement et cesser de parler quand tu
-n'as plus rien dire.
-
- LAVATER.
-
-10
-
-Ne loue pas, ne blme pas, ne discute pas.
-
-11
-
-Ecoute les discours d'un homme savant avec attention, quand bien mme
-ses actes ne correspondraient pas son enseignement. L'homme doit
-s'instruire, quand bien mme les prceptes seraient gravs sur un mur.
-
- SAADI.
-
-12
-
-Il existe trois mots excellents trs courts: _Je ne sais._ Habitue ta
-langue les dire plus souvent.
-
- _Sagesse orientale._
-
-13
-
-Il y a une ancienne sentence qui dit: _de mortius aut bene, aut nihil_,
-c'est--dire: dis du bien des morts ou n'en parle point. Combien cela
-est injuste! On aurait d dire, au contraire: Dis du bien des vivants
-ou n'en parle point. Combien de souffrances cela aurait vit aux
-hommes, et comme cela est facile!
-
-Pourquoi ne doit-on pas dire de mal des morts? Dans notre monde, au
-contraire, on s'est accoutum, par suite de l'usage des ncrologies
-et des jubils, de ne faire aux morts que des loges exagrs, par
-consquent, dire des mensonges. Et ces loges mensongers sont nuisibles
-parce qu'ils cachent la diffrence entre le bien et le mal.
-
-14
-
-A quoi peut-on comparer la langue dans la bouche de l'homme? C'est la
-clef du trsor; lorsque la porte est ferme, personne ne peut savoir ce
-qui y est renferm: des pierres prcieuses ou du rebut inutile.
-
- SAADI.
-
-15
-
-Bien que le silence soit utile d'aprs la doctrine des sages, la parole
-libre est galement utile, mais utile en son temps seulement. Nous
-pchons par la parole quand nous nous taisons, alors que nous devrions
-parler, et quand nous parlons, alors que nous devrions nous taire.
-
- SAADI.
-
-
-
-II.--_Tais-toi lorsque tu te fches._
-
-1
-
-Si tu sais comment les gens devraient vivre et que tu leur veux du bien,
-tu le leur diras. Tu tcheras de le leur exprimer de faon ce qu'ils
-croient tes paroles. Et pour qu'ils le croient et te comprennent, tu
-dois t'efforcer de leur transmettre tes ides sans irritation et colre,
-mais avec calme et bont.
-
-2
-
-Si tu veux, dans la conversation, faire part ton interlocuteur de
-quelque vrit, l'essentiel est de ne pas te fcher et de ne pas
-prononcer une seule parole mauvaise ou blessante.
-
- D'Aprs PICTTE.
-
-3
-
-Une parole non prononce est d'or.
-
-4
-
-Si tu ne peux pas calmer ta colre immdiatement, tiens ta langue.
-Tais-toi, et tu te calmeras bientt.
-
- BAKSTER.
-
-5
-
-Tche, pendant la discussion, de rendre tes paroles douces et tes
-arguments fermes. Tche non pas de vexer ton adversaire, mais de le
-convaincre.
-
- WILKINS.
-
-6
-
-Ds que nous sentons la colre pendant la discussion, nous ne discutons
-plus pour la vrit, mais pour nous-mmes.
-
- CARLYLE.
-
-
-
-III.--_Ne discute pas._
-
-Une querelle qui s'allume est pareille un torrent qui mine une digue:
-ds qu'il la traverse, tu ne peux plus le retenir. Et toute querelle est
-provoque et alimente par la parole.
-
- _Le Talmud._
-
-2
-
-La discussion ne convainc personne, mais elle dsunit et irrite. La
-discussion est, par rapport l'opinion des gens, la mme chose que
-le marteau par rapport au clou. Aprs la discussion, les opinions,
-encore vagues, se calent solidement dans la tte, de mme que les clous
-enfoncs dans le mur jusqu' la tte.
-
- D'aprs JUVNAL.
-
-3
-
-Pendant la discussion, on oublie la vrit. Celui qui est le plus sage
-cesse le premier discuter.
-
-4
-
-Prte l'oreille aux discussions, mais ne t'y mle point. Dieu te
-prserve de l'emportement et de l'irritabilit, mme dans leur moindre
-manifestation. La colre est toujours dplace, mais surtout dans une
-affaire o l'on a raison, pare qu'elle ne fait que l'obscurcir et la
-troubler.
-
- GOGOL.
-
-5
-
-La meilleure rponse un fou est le silence. Chaque mot de rplique te
-reviendra par ricochet. Rpondre une offense par l'offense revient au
-mme que de jeter du bois dans le feu.
-
-
-
-IV.--_Ne juge point._
-
-1
-
-Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugs; car on vous jugera
-du mme jugement dont vous jugez; et on vous mesurera de la mme mesure
-dont vous mesurez. Et pourquoi regardes-tu la paille dans l'oeil de
-ton frre, tandis que tu ne vois pas la poutre dans ton oeil? Ou bien,
-comment dis-tu ton frre: Permets que j'te cette paille de ton oeil,
-et voici qu'une poutre est dans le tien? Hypocrite. Ote premirement de
-ton oeil la poutre, et alors tu penseras ter la paille de l'oeil de ton
-frre.
-
- MATTH. VII, 1-6.
-
-2
-
-En pntrant en notre for intrieur, nous dcouvrons presque toujours
-le pch que nous blmons chez un autre. Et si nous ne connaissons
-pas le mme pch, nous n'avons qu' chercher pour en trouver un plus
-mauvais encore.
-
-3
-
-Lorsque tu te mets juger un homme, pense ne pas dire de mal de lui,
-si tu es sr qu'il a commis ce mal, et, plus forte raison, lorsque tu
-n'en sais rien et que tu rptes simplement les paroles d'autrui.
-
-4
-
-Il est toujours injuste de juger un autre, parce que personne ne peut
-jamais savoir ce qui s'est pass et ce qui se passe dans l'me de celui
-que l'on juge.
-
-5
-
-Il est bon de s'entendre avec un ami afin que l'un arrte l'autre, si
-l'un de vous deux commence mdire de son prochain. Et si tu n'as pas
-un tel ami, entends-toi l-dessus avec toi-mme.
-
-6
-
-Il est mauvais de mdire des gens en leur prsence, parce que cela les
-offense, et il est malhonnte de le faire en leur absence, parce que
-cela les trompe. Le mieux est de ne pas chercher le mal chez les autres,
-de l'oublier, mais de le chercher en soi-mme et de s'en rappeler.
-
-7
-
-La mdisance spirituelle est comme un plat de charogne la sauce. La
-sauce cache toutes les salets que l'on mange sans s'en apercevoir.
-
-8
-
-Moins on est renseign sur les mauvaises actions des gens, plus on est
-svre envers soi-mme.
-
-9
-
-N'coutez jamais ceux qui disent du mal des autres et du bien de
-vous-mmes.
-
-10
-
-Celui qui mdit de toi derrire ton dos te craint, et celui qui te loue
-en ta prsence te mprise.
-
- _Proverbe chinois._
-
-11
-
-La mdisance plat tellement aux gens qu'il est trs difficile de se
-contenir de ne pas tre agrable ses interlocuteurs en mdisant des
-absents. Mais si tu tiens absolument rgaler les gens, offre-leur
-autre chose que des mets malsains, tant pour toi-mme que pour ceux que
-tu rgales.
-
-12
-
-Cache le pch d'autrui, Dieu t'en pardonnera deux.
-
-
-
-V.--_Le danger de l'intemprance de langage._
-
-1
-
-Nous savons que nous devons manier les fusils chargs avec prcaution,
-et nous ne voulons pas savoir que l'on doit prendre les mmes
-prcautions avec la parole. La parole peut non seulement tuer, mais
-causer plus de mal que la mort.
-
-2
-
-Nous nous rvoltons devant les crimes de la chair: excs de table,
-coups de poing, adultre, meurtre; et nous considrons avec beaucoup
-de lgret les crimes de la parole: mdisance, offense, trahison,
-publication de paroles mauvaises et dpravantes, et, cependant, les
-consquences des crimes commis par la parole sont bien plus graves que
-les crimes commis par la chair. La seule diffrence entre les deux
-catgories est en ce fait que le mal des crimes de la chair s'aperoit
-immdiatement, tandis que nous ne remarquons pas le mal du crime commis
-par la parole, parce qu'il se manifeste loin de nous, dans le temps et
-dans l'espace.
-
-3
-
-Il y avait une nombreuse runion, plus de mille personnes, dans un grand
-thtre. Au milieu du spectacle, un sot voulut plaisanter et cria: Au
-feu! Le public s'lana vers les portes. Tous se rurent, s'crasant,
-et lorsque le calme revint, on constata que 20 personnes taient tues
-et 50 blesses.
-
-Ce grand mal n'a t caus que par une sotte parole.
-
-Ici, au thtre, le mal caus est perceptible immdiatement, mais
-souvent une sotte parole cause lentement bien plus de mal encore,
-quoiqu'on ne le remarque pas immdiatement.
-
-4
-
-Rien n'encourage l'oisivet autant que les vains discours. Si les gens
-se taisaient, au lieu de dire les btises pour chasser l'ennui de
-l'oisivet, ils n'auraient pu supporter celle-ci et se mettraient
-travailler.
-
-5
-
-En parlant mal des gens, on fait du tort trois personnes la fois:
- celui dont on parle, celui qui on parle, et surtout celui qui
-parle.
-
- BASILE LE GRAND.
-
-6
-
-Il est surtout mauvais de mdire des gens hors leur prsence, parce que
-l'opinion exprime qui pourrait tre utile l'absent, si elle lui tait
-dite en face, lui demeure cache; par contre, elle est communique
-celui qui elle est nuisible, parce qu'elle veille en lui un mauvais
-sentiment envers celui dont on mdit.
-
-7
-
-On se repent rarement d'avoir gard le silence, mais combien de fois
-on se repentira d'avoir parl, et on s'en serait repenti plus souvent
-encore si l'on connaissait toutes les consquences de sa parole.
-
-8
-
-Plus on a envie de parler, plus il y a de danger dire du mal.
-
-9
-
-L'homme qui sait se taire, mme s'il a raison, possde une grande force.
-
-CATON.
-
-
-
-VI.--_L'utilit du Silence._
-
-1
-
-Laisse davantage reposer ta langue que tes bras.
-
-2
-
-Le silence est souvent la meilleure des rponses.
-
-3
-
-Tourne ta langue sept fois avant de te mettre parler.
-
-4
-
-Il faut ou bien se taire, ou bien dire des choses qui sont meilleures
-que le silence.
-
-5
-
-Celui qui parle beaucoup travaille peu. Un homme sage craint toujours
-que ses paroles ne promettent plus qu'il ne peut donner; c'est pourquoi
-il se tait le plus souvent, et ne parle que lorsque cela lui est
-ncessaire, lui, non aux autres.
-
-6
-
-J'ai vcu toute ma vie parmi les sages, et je n'ai rien trouv de mieux
-pour l'homme que le silence.
-
- _Le Talmud._
-
-7
-
-Si, sur cent fois, tu regrettes une fois de n'avoir pas dit ce qu'il
-fallait, tu regretteras srement 99 fois sur cent d'avoir parl
-lorsqu'il fallait te taire.
-
-8
-
-Seul le fait d'avoir exprim une bonne intention affaiblit dj le dsir
-de la raliser. Mais comment retenir l'expression des lans nobles et
-pleins de fatuit de la jeunesse? Ce n'est que bien plus tard qu'on les
-regrette comme on regrette d'avoir cueilli une fleur encore en bouton et
-que l'on voit ensuite fane et foule au pied.
-
-9
-
-La parole est la clef du coeur. Si la conversation est vaine, un seul mot
-est dj superflu.
-
-10
-
-Lorsque tu es seul, pense tes pchs; lorsque tu es en socit, oublie
-ceux des autres.
-
- _Sentence chinoise._
-
-11
-
-Pour un sot, le mieux est de se taire. Mais s'il le savait, il ne serait
-plus un sot.
-
-12
-
-Quand tu parles, tes paroles doivent tre meilleures que le silence.
-
- _Proverbe arabe._
-
-Celui qui est loquace ne peut viter le pch.
-
-Si la parole cote un denier, le silence en vaut deux.
-
-Si le silence sied aux sages, il convient d'autant plus aux sots.
-
- _Le Talmud._
-
-
-
-VII.--_L'Utilit de la temprance du langage._
-
-1
-
-Moins tu parleras, plus tu travailleras.
-
-2
-
-Deshabitue-toi de mdire, et tu prouveras, dans ton me, un
-accroissement de la capacit d'aimer, tu ressentiras une augmentation de
-vie et de bonheur.
-
-3
-
-Mahomet et Ali rencontrrent un jour un homme qui, considrant Ali
-comme son offenseur, se mit l'injurier. Assez longtemps, Ali supporta
-cela patiemment et en silence; finalement, ne se contenant plus, il se
-mit rpondre par des injures aux injures. Alors, Mahomet s'carta
-d'eux. Lorsqu'Ali revient Mahomet, il lui dit d'un ton vex:
-Pourquoi m'as-tu laiss seul supporter les injures de cet homme
-insolent?--Lorsque cet homme t'injuriait et que tu te taisais, dit
-Mahomet, je voyais dix anges autour de toi et qui lui rpondaient.
-Mais quand tu t'es mis lui rpondre par des injures, les anges
-t'abandonnrent, et je me suis cart galement.
-
- _Lgende musulmane._
-
-4
-
-Cacher les dfauts des autres gens et parler de ce qu'ils ont de bon est
-une preuve d'amour et le meilleur moyen pour attirer l'affection des
-prochains.
-
- Des _Pieuses Penses._
-
-5
-
-Le bonheur de la vie des hommes est dans l'amour entre eux; or, une
-mauvaise parole dtruit l'amour.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXIII
-
-PENSE
-
-
-De mme que l'homme peut s'abstenir de commettre un acte qu'il croit
-mauvais, il peut repousser une pense qui l'attire et qu'il croit
-mauvaise. C'est en cette abstention de penses qu'est la force
-principale de l'homme, parce que tous les actes naissent de la pense.
-
-
-I.--_Le rl de la pense._
-
-1
-
-On ne peut se dbarrasser des pchs, des tentations et des
-superstitions par l'effort physique. Cela n'est possible que par
-l'effort de la pense. C'est par l'effort de la pense qu'on peut
-s'habituer l'abngation, l'humilit, la droiture. Quand l'homme
-aspire l'abngation, l'humilit, la droiture, il a galement
-la force de lutter dans la vie quotidienne contre les pchs, les
-tentations et les superstitions.
-
-2
-
-Bien que ce ne soit pas la pense qui nous ait rvl que l'on doit
-aimer--elle ne pouvait nous le rvler--elle importe en raison de ce
-fait qu'elle nous indique ce qui empche l'amour. C'est prcisment cet
-effort intellectuel contre ce qui empche l'amour qui est plus important
-et plus ncessaire que tout le reste.
-
-3
-
-Si l'homme n'avait pas la facult de rflchir, il ne comprendrait pas
-pourquoi il vit. Et s'il ne le comprenait pas, il n'aurait pu savoir ce
-qui est bien et ce qui est mal. C'est pourquoi il n'y a rien de plus
-cher l'homme que de savoir penser.
-
-4
-
-Les hommes envisagent les doctrines morales et religieuses, d'une
-part, et la conscience, de l'autre, comme deux guides diffrents. En
-ralit, il n'y a qu'un seul guide: la conscience, c'est--dire, la
-reconnaissance de la voix de Dieu qui vit en nous. Cette voix dcide
-indubitablement pour chaque homme ce qu'il doit ou ne doit pas faire; et
-chaque homme peut toujours voquer cette voix par un effort de pense.
-
-5
-
-Si l'homme ne savait pas que ses yeux pouvaient voir et s'il ne les
-ouvrait jamais, il aurait t trs misrable. De mme, et plus encore,
-est misrable l'homme qui ne comprend pas que la facult de penser lui
-est donne pour supporter tous les malheurs. Si l'homme est raisonnable,
-il lui sera facile de les supporter; d'abord, parce que sa raison lui
-dira que tous les malheurs passent et se transforment en bonheur,
-et ensuite, que chaque malheur est utile un homme raisonnable. Et
-pourtant, au lieu de regarder le malheur en face, les hommes tchent de
-l'viter.
-
-Ne serait-il pas prfrable de nous rjouir de ce que Dieu nous ait
-donn la facult de ne pas nous chagriner de ce qui nous arrive,
-indpendamment, de notre volont, et de Le remercier de ce qu'Il ait
-subordonn notre me uniquement ce qui est en notre pouvoir: notre
-raison? Il n'a soumis notre me ni nos parents, ni nos frres, ni
- la richesse, ni notre corps, ni la mort. Par Sa bont, Il l'a
-seulement subordonne ce qui dpend de nous: nos penses.
-
-C'est sur ces penses-l et sur leur puret que nous devons veiller de
-toutes nos forces pour notre bien.
-
- D'aprs PICTTE
-
-6
-
-Lorsque nous apprenons une nouvelle pense et que nous la trouvons
-juste, il nous semble l'avoir connue depuis longtemps et nous rappeler
-maintenant de ce que nous savions dj. Toute vrit se trouve dj dans
-l'me de tout homme. Ne l'touffe pas seulement par le mensonge, et, tt
-ou tard, elle se rvlera toi.
-
-7
-
-Souvent nous vient une pense qui nous semble juste et trange la
-fois, et nous avons peur d'y croire. Mais, aprs avoir bien rflchi,
-nous voyons que la pense qui nous semblait trange est la plus simple
-vrit laquelle on ne peut plus cesser de croire, ds l'instant qu'on
-l'a apprise.
-
-8
-
-Pour pntrer dans la conscience de l'humanit, toute vrit doit
-traverser trois phases. La premire: C'est tellement inepte que ce
-n'est mme pas la peine de discuter. La deuxime: C'est immoral et
-contraire la religion. La troisime: Ah, c'est tellement connu de
-tous que ce n'est mme pas la peine d'en parler!
-
-9
-
-En vivant au milieu des hommes, n'oublie pas ce que tu as appris dans la
-solitude. Et rflchis dans la solitude sur ce que tes relations avec
-les autres t'ont appris.
-
-10
-
-Nous pouvons arriver la sagesse par trois chemins: d'abord, par la
-voie de l'exprience, et ce chemin-l est le plus difficile; ensuite,
-par la voie de l'imitation, et ce chemin-l est le plus facile; enfin,
-par la voie de la rflexion, et ce chemin-l est le plus noble.
-
- CONFUCIUS.
-
-
-
-II.--_La vie de l'homme est dtermine par ses penses._
-
-1
-
-Le sort de l'homme est tel et tel uniquement d'aprs la faon dont il
-comprend sa vie.
-
-2
-
-Tous les grands changements dans la vie d'un homme, de mme que dans la
-vie de l'humanit entire, commencent et s'accomplissent dans la pense.
-Pour qu'une modification puisse s'effectuer dans les sensations et les
-actes, un changement dans les penses doit s'effectuer d'abord.
-
-3
-
-Tout ce qui est bon et ncessaire aux hommes ne s'acquiert pas d'un
-coup, mais toujours au moyen d'un travail long et continu. C'est ainsi
-que l'on apprend les mtiers, qu'on acquiert des connaissances, et c'est
-ainsi que l'on apprend la chose plus difficile au monde: savoir vivre
-d'une vie juste.
-
-Pour apprendre vivre ainsi, il faut avant tout savoir s'habituer
-n'avoir que des bonnes penses.
-
-4
-
-Les passages de notre vie d'un tat dans un autre ne se dterminent
-pas par les actions, accomplies selon notre volont: par le mariage,
-le changement du lieu d'habitation, le changement de profession, etc.,
-mais par les penses qui nous viennent pendant la promenade, au milieu
-de la nuit, en mangeant et, surtout, par les penses qui, englobant tout
-notre pass, nous disent: Tu as agi ainsi, mais tu aurais mieux fait
-d'agir autrement. Et tous nos actes ultrieurs servent ces penses
-servilement, excutent leur volont.
-
- THOREAU.
-
-5
-
-Nos dsirs ne seront pas bons tant que nous n'aurons corrig les
-habitudes de notre raison; et ces habitudes se forment au contact des
-dductions de sagesse des meilleurs hommes de la terre.
-
- SNQUE.
-
-6
-
-Ce qui est calme peut tre maintenu dans le repos. Ce qui ne s'est
-pas encore manifest peut tre facilement prvenu. Ce qui est encore
-faible peut facilement tre bris. Ce qui n'est pas encore nombreux peut
-facilement tre dispers.
-
-Un gros arbre a commenc par tre une tige mince. Une tour neuf tages
-a commenc tre leve par la pose de quelques petites briques. Un
-voyage de mille lieues commence par un pas. Faites attention vos
-penses: elles sont le commencement de vos actes.
-
- LAO-TSEU.
-
-7
-
-De mme que la vie et la destine d'un homme sont dtermines par ce
- quoi nous prtons le moins d'attention, par ses penses, la vie des
-socits et des peuples est dtermine non par les vnements qui ont
-lieu dans ces socits et ces peuples, mais par les ides qui unissent
-la plupart des hommes de ces socits et de ces peuples.
-
-8
-
-Ne pense pas que seuls les hommes extraordinaires peuvent tre sages.
-La sagesse est ncessaire tous les hommes, et c'est pourquoi ils
-peuvent tous tre sages. La sagesse consiste savoir quelle est l'oeuvre
-de la vie et comment l'accomplir. Et pour l'apprendre, il suffit de
-se rappeler que la pense est une grande chose, et, par consquent,
-rflchir.
-
-
-
-III.--_La cause des plus grands malheurs des hommes rside non pas dans
-leurs actes, mais dans leurs penses._
-
-1
-
-Lorsqu'il t'arrive un malheur, sache que cela ne vient pas de ce que tu
-as fait, mais de ce que tu as pens.
-
-2
-
-Les penses qui provoquent les actes mauvais sont bien plus nuisibles
-que les actes eux-mmes. On peut ne pas recommencer une mauvaise action
-et s'en repentir; tandis que les mauvaises penses engendrent les
-mauvaises actions. Une mauvaise action aplanit seulement la route pour
-les autres mauvaises actions; les mauvaises penses entranent sur cette
-route.
-
-3
-
-Pour qu'un flambeau puisse donner une clart calme, il faut qu'il soit
-mis l'abri du vent. Si le flambeau est expos au vent, la lumire
-vacillera et donnera des ombres tranges. Les mmes ombres tomberont
-dans l'me de l'homme lorsque ses penses seront futiles, vacillantes et
-incontrles.
-
- _Sagesse brahmane._
-
-
-
-IV.--_L'homme est matre de ses penses_
-
-1
-
-Notre vie peut tre bonne ou mauvaise, suivant la qualit de nos
-penses. Or on peut les gouverner. C'est pourquoi, pour vivre bien,
-l'homme doit travailler ses penses, ne pas couter les mauvaises.
-
-2
-
-Travaille purifier tes penses. Si tu n'as pas de mauvaises penses,
-tu ne commettras pas de mauvaises actions.
-
- CONFUCIUS.
-
-3
-
-Tout est dans le pouvoir du Ciel, sauf notre dsir de servir Dieu ou
-nous-mmes. Nous ne pouvons empcher les oiseaux de voler au-dessus de
-nos ttes, mais nous pouvons ne pas les laisser y faire leurs nids. De
-mme, nous ne pouvons empcher les mauvaises penses de traverser notre
-esprit, mais nous avons le pouvoir de ne pas les laisser y faire leur
-nid pour couver et engendrer de mauvaises actions.
-
- LUTHER.
-
-4
-
-On ne peut chasser une mauvaise pense lorsqu'elle vient l'esprit,
-mais on peut comprendre que cette pense est mauvaise. Et si l'on
-sait qu'elle est mauvaise, on peut ne pas s'y abandonner. Il nous
-vient l'ide que tel ou tel autre homme est mchant. Je ne pouvais pas
-m'empcher de le penser, mais si j'ai compris que cette ide tait
-mauvaise, je peux me souvenir que c'est mal de mdire des gens, que je
-suis mauvais moi-mme, et je peux ainsi me contenir de la mdisance,
-mme par la pense.
-
-5
-
-Si tu veux que ta pense te serve, tche de rflchir indpendamment de
-tes sentiments et de ta situation, c'est--dire de ne pas agir contre
-tes ides afin de justifier la sensation que tu prouves, ou la chose
-que tu as faite ou que tu feras.
-
-
-
-
-V.--_Il faut vivre d'une vie spirituelle pour avoir la force de
-gouverner ses penses_.
-
-1
-
-Nous croyons souvent que la plus grande force qui existe au monde est la
-force matrielle. Nous le pensons, parce que notre corps, que nous le
-voulions ou non, sent toujours cette force. Mais la force spirituelle,
-la force de la pense, nous semble insignifiante, et nous ne la
-reconnaissons pas pour une force. Cependant, c'est en elle qu'est la
-vraie force, celle qui modifie notre vie et la vie des autres hommes.
-
-2
-
-Notre vie est meilleure ou plus mauvaise, selon que nous nous
-reconnaissons notre nature d'tres charnels ou d'tres spirituels. Dans
-le premier cas, nous affaiblissons notre vie relle, nous dveloppons,
-nous excitons les passions, la cupidit, la lutte, la haine, la crainte
-de la mort. Tandis que si nous reconnaissons notre nature d'tres
-spirituels, nous exaltons, nous levons la vie, nous la librons des
-passions, de la lutte, de la haine, nous librons l'amour. Le transfert
-de la conscience de l'tre charnel dans un tre spirituel s'effectue au
-moyen d'un effort de pense.
-
-3
-
-Voici ce que Snque crivait un ami: Tu fais bien, mon cher Lucain,
-de tcher de maintenir ton esprit bon et charitable par tes propres
-forces. Tout homme peut toujours se mettre dans cet tat d'me. Pour
-cela, on n'a pas besoin d'lever les bras au ciel et de demander au
-garde du temple la permission de nous approcher de Dieu afin qu'il
-puisse mieux nous entendre: Dieu est toujours prs de nous, Il est en
-nous. En nous vit le Saint Esprit, tmoin et gardien de tout ce qui est
-bon et de tout ce qui est mauvais. Il agit avec nous comme nous agissons
-envers Lui. Si nous le soignons, Il nous soigne.
-
-4
-
-Lorsque, plongs dans nos penses, nous ne savons pas ce qui est
-bon et ce qui est mal, nous devons nous retirer du monde; seule la
-proccupation de l'opinion du monde nous empche de voir le bien et le
-mal. Se retirer du monde--c'est--dire rentrer en soi-mme,--c'est
-aider la dispersion de tous les doutes.
-
-5
-
-Il n'est facile de lutter avec les tentations que lorsqu'on ne leur est
-pas encore assujetti.
-
-Dans les soucis et l'excitation des tentations, on n'a pas le temps de
-chercher des remdes pouvant contrebalancer nos dsirs. Etablis tes
-desseins lorsque les tentations sont absentes, lorsque tu es seul.
-
- BENTHAM.
-
-
-
-VI._--La facult de s'unir par la pense aux vivants et aux morts est
-un des grands bienfaits dont jouit l'homme._
-
-1
-
-Les jeunes gens disent souvent: Je ne veux pas vivre d'aprs les
-autres, je rflchirai par moi-mme. Ceci est absolument juste: l'ide
- soi est plus chre que toutes les ides des autres. Mais pourquoi
-rflchir des choses auxquelles on a dj rflchi? Prends ce qui est
-prt et va plus loin. La force de l'humanit consiste en ce qu'on peut
-profiter des penses d'autrui et aller plus loin.
-
-2
-
-Les efforts qui librent l'homme des pchs, des tentations et des
-superstitions, s'effectuent avant tout dans la pense.
-
-L'aide principale de l'homme dans cette lutte consiste en ce qu'il
-peut se joindre l'activit raisonnable de tous les sages et de tous
-les saints de ce monde qui ont vcu avant lui. Cette communion avec
-les penses des saints et des sages est la prire, c'est--dire, la
-rptition des paroles par lesquelles ces hommes exprimaient leurs
-rapports envers leur me, envers les autres hommes, envers le monde et
-son principe.
-
-3
-
-Depuis les temps les plus reculs, il est reconnu que la prire est
-indispensable l'homme.
-
-Pour les hommes de l'ancien temps, la prire tait--et elle l'est encore
-maintenant pour la plupart d'entre nous--un appel Dieu, ou aux
-dieux, fait dans certains endroits et au moyen de certains procds et
-expressions, avec l'intention d'apaiser les divinits.
-
-La doctrine chrtienne ne connat pas ces prires-l. Elle nous apprend
-que la prire est indispensable, non comme un moyen de nous dbarrasser
-des malheurs de ce monde et d'acqurir des bienfaits, mais comme celui
-de nous raffermir dans nos bonnes penses.
-
-4
-
-La vraie prire est importante et ncessaire l'me, parce que quand
-nous nous trouvons ainsi seul avec Dieu, notre pense s'lve jusqu'au
-degr suprme qu'elle peut atteindre.
-
-5
-
-Le Christ a dit: lorsque tu pries, reste seul (MATTH. VI, 5-6). Alors
-seulement, Dieu t'entendra. Dieu est en toi et, pour qu'il t'entende, tu
-dois chasser tout ce qui te Le cache.
-
-6
-
-Priez toutes les heures. La prire la plus difficile et la plus
-ncessaire est celle o l'on doit se souvenir, au milieu du mouvement de
-la vie, de ses obligations devant Dieu et devant Sa loi.
-
-Tu t'effraies, tu te fches, tu es confus, tu te passionnes, fais un
-effort, souviens-toi qui tu es et ce que tu dois faire. C'est en cela
-que consiste la prire. C'est difficile au dbut, mais cette habitude
-peut se former.
-
-7
-
-Il est bon de modifier sa prire, c'est--dire l'expression de
-ses rapports envers Dieu. L'homme grandit constamment, change, et,
-par suite, ses rapports envers Dieu doivent aussi se modifier et
-s'claircir. La prire aussi doit changer.
-
-
-
-VII.--_La vie juste est impossible sans un effort de pense._
-
-1
-
-Matrise tes penses si tu veux atteindre ton but. Fixe le regard de ton
-me sur l'unique lumire pure qui est exemple de passion.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-2
-
-La rflexion est le chemin de l'immortalit; l'tourderie est le chemin
-de la mort. Ceux qui veillent dans la rflexion ne meurent jamais; les
-tourdis, les incroyants sont pareils aux morts.
-
-Eveille-toi toi-mme; alors, protg par toi-mme et t'approfondissant
-toi-mme, tu ne changeras pas.
-
- _Sagesse brahmane._
-
-3
-
-La vraie force de l'homme n'est pas dans ses lans, mais dans sa
-tendance ferme et tranquille vers le bien qu'il tablit dans ses
-penses, exprime par ses paroles et excute par ses actes.
-
-4
-
-Si tu remarques, en jetant un coup d'oeil en arrire sur ta vie, qu'elle
-est devenue meilleure, plus charitable, plus libre de pchs, de
-tentations et de superstitions, sache que ce succs n'est d qu'au
-travail de ta pense.
-
-5
-
-Voici ce que Confucius dit de l'importance de la pense:
-
-La vraie doctrine donne aux hommes le bien suprme: la rgnration et
-la facult de sjourner dans cet tat. Pour obtenir ce bien suprme, il
-faut que la vie du peuple entier soit bien organise. Et pour cela, il
-faut que la famille soit bien organise; et pour que la famille soit
-bien organise, il faut qu'une bonne organisation prside ta propre
-vie; et pour cela, il faut que ton coeur soit amlior; et pour amliorer
-ton coeur, il faut que tu aies des penses claires et justes.
-
-
-
-VIII.--_Seule la facult de penser distingue l'homme de la bte._
-
-1
-
-L'homme se distingue de la bte uniquement parce qu'il possde la
-facult de penser. Les uns augmentent cette facult, les autres ne se
-soucient pas de cela. Ces gens-l semblent vouloir renoncer ce qui les
-distingue de la bte.
-
- _Sagesse-orientale._
-
-2
-
-Compar la nature qui l'environne, l'homme n'est qu'un faible roseau
-pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'craser.
-Une vapeur, une goutte, suffit pour le tuer. Mais quand l'univers
-l'craserait, l'homme serait encore plus noble que ceux qui le tuent,
-parce qu'il sait qu'il meurt; et l'avantage que l'univers a sur lui,
-c'est que l'univers n'en sait rien.
-
-Toute notre dignit consiste donc en la pense. C'est de l qu'il faut
-nous relever, non de l'espace et de la dure, que nous ne saurions
-remplir. Travaillons donc bien penser: voil le principal de la morale.
-
- PASCAL.
-
-3
-
-L'homme peut apprendre lire et crire; mais cela ne lui apprendra
-pas s'il doit ou non crire une lettre son ami, ou formuler une
-plainte contre celui qui l'a offens. L'homme peut tudier la musique,
-mais cela ne lui apprendra pas quand on peut jouer et chanter et quand
-on ne peut le faire. Il en est de mme de tout. Seule la raison nous dit
-o et quand on peut faire les choses et o et quand on ne doit pas les
-faire.
-
-En nous douant de raison, Dieu a mis notre disposition ce dont nous
-avions le plus besoin. En nous accordant la raison, il semblait nous
-dire: Afin que vous puissiez viter le mal et profiter des bienfaits
-de la vie, j'ai mis en vous une parcelle divine de Moi-Mme. Je vous
-ai donn la raison. Si vous l'appliquez tout ce qui vous arrive,
-rien ne sera pour vous un obstacle ou une entrave sur le chemin que je
-vous ai destin, et jamais vous ne vous plaindrez ni de votre sort, ni
-des gens; vous ne mdirez pas d'eux et vous ne les flatterez point. Ne
-Me reprochez donc pas de ne pas vous avoir donn davantage. Ne vous
-suffit-il donc pas de vivre toute votre vie raisonnablement, dans le
-calme et la joie?
-
- D'aprs PICTTE.
-
-4
-
-Un sage proverbe dit: Dieu vient vers nous sans sonner. Cela veut
-dire qu'il n'y a pas de cloison entre nous et l'infini, qu'il n'y a pas
-de mur entre l'homme-consquence et Dieu-cause. Les murs sont tombs,
-nous sommes exposs aux profondes ractions des facults divines.
-Seul le travail de l'esprit tient ouvert l'orifice par lequel nous
-communiquons avec Dieu.
-
- D'aprs EMMERSON.
-
-5
-
-L'homme est visiblement fait pour penser; c'est toute sa dignit et tout
-son mrite; et tout son devoir est de penser comme il faut; et l'ordre
-de la pense est de commencer par soi, et par son auteur et sa fin; or,
- quoi pense le monde? Jamais cela, mais danser, jouer du luth,
- chanter, faire des vers, courir la bague, etc., se btir, se
-faire roi, sans penser ce que c'est que d'tre roi et que d'tre homme.
-
- PASCAL.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXIV
-
-L'ABNGATION
-
-
-Le bonheur de l'homme est dans sa communion d'amour avec Dieu et avec
-ses prochains. Les pchs entravent ce bonheur. La cause des pchs est
-en ce fait que l'homme met son bonheur satisfaire les dsirs de son
-corps, et non aimer Dieu et son prochain. C'est pourquoi le bonheur de
-l'homme est dans l'affranchissement des pchs. S'affranchir des pchs,
-c'est faire un effort pour renoncer la vie charnelle.
-
-
-I.--_La loi de la vie est dans le renoncement la chair._
-
-1
-
-Tous les pchs charnels: la luxure, l'oisivet, le luxe, l'inimiti, la
-cupidit, viennent uniquement de ce qu'on reconnat son corps comme son
-moi, de ce qu'on soumet son me son corps.
-
-Alors Jsus dit Ses disciples: si quelqu'un veut venir avec Moi,
-qu'il renonce Lui-mme, qu'il se charge de sa croix et me suive.
-Car quiconque voudra sauver sa vie, la perdra; et quiconque perdra sa
-vie pour l'amour de moi, la trouvera; car que servirait-il l'homme
-de gagner tout le monde, s'il perdait son me? Ou bien, que donnerait
-l'homme en change de son me?
-
- MATTH, XVI, 24-26.
-
-3
-
-Voici pourquoi Mon Pre m'aime: c'est que Je donne ma vie pour la
-reprendre.
-
-Personne ne me l'te, mais Je la donne de Moi-mme; J'ai le pouvoir de
-la quitter, et le pouvoir de la reprendre. J'ai reu cet ordre de mon
-Pre.
-
- JEAN, X, 17-18.
-
-4
-
-Le fait que l'homme peut renoncer sa vie corporelle prouve clairement
-que l'homme est pourvu de quelque chose en vertu de quoi il renonce.
-
-5
-
-Plus on s'abandonne au charnel, plus on perd le spirituel.
-
-Plus tu renonces au charnel, plus tu reois de spirituel. Vois lequel
-des deux t'est plus ncessaire.
-
-6
-
-L'abngation n'est pas le renoncement soi-mme, mais le transport de
-son moi d un tre charnel dans un tre spirituel. Renoncer soi-mme,
-n'est pas renoncer la vie. Par contre, renoncer la vie charnelle,
-c'est augmenter la vraie vie spirituelle.
-
-7
-
-La raison dmontre l'homme que son bonheur ne peut tre dans la
-satisfaction des exigences de sa chair; c'est pourquoi la raison
-entrane l'homme irrsistiblement vers le bonheur qui lui est propre,
-mais qui ne se place pas dans sa vie corporelle.
-
-On pense et on dit gnralement que le renoncement la vie corporelle
-est un haut fait; ceci n'est pas exact. Ce renoncement n'est pas un
-exploit, mais une condition invitable de la vie de l'homme. Pour la
-bte, le bonheur dans la vie corporelle, et la prolongation de l'espce
-qui en dcoule, est le but suprme de la vie. Mais pour l'homme, cette
-vie, et la prolongation de l'espce, n'est qu'un degr de l'existence
-d'o s'ouvre pour lui le vrai bonheur de la vie, incompatible avec le
-bonheur de la vie charnelle. Pour l'homme, celle-ci n'est pas toute la
-vie, mais uniquement une condition de la vraie vie qui consiste en une
-communion de plus en plus grande avec le principe spirituel de l'univers.
-
-
-
-II.--_L'imminence de la mort amne ncessairement l'homme la
-conscience de la vie spirituelle qui n'est pas assujettie la mort._
-
-1
-
-Lorsqu'un enfant vient de natre, il lui semble qu'il n'y a que lui qui
-existe au monde. Il ne cde rien ni personne, ne veut rien savoir
-de personne et ne fait que rclamer ce qui lui est ncessaire. Il ne
-connat pas mme sa mre, il ne connat que son sein. Mais des jours,
-des mois, des annes passent, et l'enfant commence comprendre qu'il y
-a d'autres hommes pareils lui qui veulent aussi ce qu'il dsire pour
-lui. Et plus il vit, plus il comprend qu'il n'est pas seul au monde et
-qu'il doit, s'il en a la force, lutter contre les autres hommes pour
-obtenir ce qu'il dsire possder, ou bien, s'il n'a pas la force, se
-soumettre ce qui est. En outre, plus l'homme vit, plus il comprend
-clairement que sa vie ne dure qu'un temps, et que chaque heure peut se
-terminer par la mort. Il voit, aujourd'hui, demain, tantt l'un, tantt
-l'autre, emports par la mort, et il comprend que cela peut galement
-lui arriver tout instant et que cela arrivera srement tt ou tard. Et
-alors, l'homme ne peut ne pas comprendre qu'il n'y a pas de vraie vie
-dans son corps, et que tout ce qu'il pourrait faire dans cette vie pour
-son corps ne servirait rien.
-
-Et lorsque l'homme aura clairement compris tout cela, il comprendra
-galement que l'esprit qui vit en lui n'est pas uniquement en lui, mais
-en tous les hommes, dans tout l'univers, que cet esprit est l'Esprit
-de Dieu. Et ayant compris cela, l'homme n'attachera plus d'importance
- sa vie corporelle et fondera le but de sa vie sur la communion avec
-l'Esprit de Dieu, avec ce qui est ternel.
-
-2
-
-La mort, la mort, la mort nous guette tout instant. Notre vie
-s'accomplit en vue de la mort. Si vous travaillez pour votre vie
-charnelle venir, vous savez qu'une seule chose vous attend dans
-l'avenir: la mort. Et cette mort dtruit tout ce quoi vous avez
-travaill. Vous direz que vous travaillez pour le bien des gnrations
- venir; mais elles disparatront galement et il n'en restera rien.
-Par consquent, la vie, dans un but matriel, ne peut avoir aucun sens.
-La mort dtruit toute cette vie. Pour que la vie ait un sens, il faut
-que la mort ne puisse pas dtruire l'oeuvre de la vie. Et c'est cette
-vie-l que le Christ rvle aux hommes. Il montre aux hommes qu' ct
-de la vie charnelle, qui n'est qu'une apparence de la vie, il est une
-autre vie, la vraie, qui donne le vritable bonheur l'homme, et que
-chaque homme connat cette vie dans son coeur. La doctrine du Christ
-indique l'illusion de la vie personnelle, la ncessit d'y renoncer et
-de reporter le sens et le but de la vie dans une vie juste, la vie de
-l'humanit entire, dans la vie du Fils de l'homme.
-
-3
-
-Pour comprendre la doctrine du Christ indiquant le salut de la vie, il
-faut bien comprendre ce que disaient tous les prophtes, ce que disait
-Salomon, ce que disait Bouddha, ce que disaient tous les sages du monde
-entier sur la vie individuelle de l'homme. On peut, suivant l'expression
-de Pascal, ne pas y penser, porter devant soi des petits crans qui
-cacheraient au regard l'abme de la mort auquel nous courons tous; mais
-il n'y a qu' rflchir ce qu'est la vie corporelle individuelle pour
-se persuader que toute cette vie, si elle n'est que matrielle, n'a non
-seulement aucun sens, mais encore n'est qu'une mauvaise plaisanterie aux
-dpens du coeur, de la raison de l'homme et de tout ce qu'il y a de bon
-en lui. C'est pourquoi, pour comprendre la doctrine du Christ, il faut
-tout d'abord reprendre ses sens, rflchir, afin qu'il se fasse en nous
-ce que dit Jean, le prcurseur du Christ, en prchant sa doctrine des
-gens gars comme nous: Repentez-vous avant tout, c'est--dire, revenez
- vous; sinon, vous prirez tous.
-
-Lorsqu'on eut racont au Christ comment ont pri les Galilens par la
-main de Pilate, il dit: Pensez-vous que ces Galilens avaient commis
-plus de pchs que tous les Galilens pour avoir souffert ainsi? Je
-vous dis que non; mais si vous ne vous repentez pas, vous prirez tous
-ainsi. La mort invitable est devant vous tous. Nous tchons vainement
-de l'oublier, mais cela ne nous permettra pas de l'viter; au contraire,
-lorsqu'elle viendra par surprise, elle sera plus affreuse encore. Il n'y
-a qu'un seul moyen de salut: c'est de renoncer la vie qui meurt et de
-vivre de celle pour laquelle il n'y a pas de mort.
-
-4
-
-Celui qui ne voit pas son moi dans son corps mourant, connat la
-vrit de la vie.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-5
-
-C'est pourquoi je vous dis: ne soyez point en souci pour votre vie, de
-ce que vous mangerez et de ce que vous boirez; ni pour votre corps, de
-quoi vous serez vtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et
-le corps plus que le vtement?
-
-Regardez les oiseaux de l'air; car ils ne sment ni moissonnent, ni
-n'amassent dans des greniers, et votre Pre Cleste les nourrit.
-N'tes-vous pas beaucoup plus qu'eux?
-
-Et qui est-ce d'entre vous qui, par son souci, puisse ajouter une coude
- sa taille?
-
-Ne soyez donc point en souci, disant que mangerons-nous, que
-boirons-nous et de quoi serons-nous vtus.
-
-Mais cherchez premirement le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes
-ces choses vous serons donnes par surcrot.
-
-Ne soyez donc point en souci du lendemain; car le lendemain aura le
-souci de ce qui le regarde: chaque jour suffit sa peine.
-
- MATTH., VI, 25-37, 31,33-34.
-
-
-
-III.--_Le renoncement son moi corporel rvle Dieu dans l'me de
-l'homme._
-
-1
-
-Plus l'homme renonce son moi corporel, plus Dieu se rvle lui. Le
-corps cache Dieu l'homme.
-
-2
-
-Si tu veux arriver connatre le moi universel, tu dois, avant tout,
-apprendre te connatre toi-mme. Et pour cela, tu dois sacrifier ton
-moi au moi universel.
-
-_Sagesse brahmane._
-
-3
-
-Si tu mprises le monde, ce n'est pas un grand mrite. Pour celui qui
-vit selon Dieu, lui-mme et le monde seront toujours rien.
-
- ANGLUS.
-
-4
-
-Le renoncement la vie corporelle est prcieux, ncessaire et joyeux
-uniquement lorsqu'il est religieux, c'est--dire, lorsque l'homme
-renonce lui-mme, son corps, afin d'accomplir la volont du Dieu
-qui vit en lui. Mais lorsque l'homme renonce la vie corporelle, non
-pour excuter la volont de Dieu, mais pour accomplir sa volont lui
-et celle des hommes qui sont pareils lui, une telle abngation n'est
-ni prcieuse, ni ncessaire, ni joyeuse, mais uniquement nuisible
-lui-mme et aux autres.
-
-5
-
-Si vous tchez de plaire aux hommes pour qu'ils vous soient
-reconnaissants, vous travaillerez en vain. Mais si vous faites du bien
-aux autres sans songer eux, pour Dieu, vous vous ferez du bien, et les
-autres vous seront reconnaissants.
-
-Dieu se souvient de celui qui ne pense pas lui-mme, et Dieu oublie
-celui qui pense lui-mme.
-
-6
-
-C'est seulement quand notre corps meurt, que nous ressuscitons en Dieu.
-
-7
-
-Si tu n'attends rien et que tu ne veux rien recevoir des autres hommes,
-ceux-ci ne peuvent pas te faire peur, de mme qu'une abeille ne craint
-pas une autre et qu'un cheval n'a pas peur d'un autre. Mais si ton
-bonheur est dans le pouvoir des autres hommes, tu les craindras srement.
-
-C'est par l que l'on doit commencer: il faut renoncer tout ce qui ne
-nous appartient pas, y renoncer au point qu'il ne soit pas notre matre,
-renoncer tout ce qui est ncessaire au corps, renoncer l'amour de
-la richesse, de la gloire, des fonctions, des honneurs, renoncer ses
-enfants, sa femme, ses frres. Tu dois te dire que tout cela n'est
-pas ta proprit.
-
-Mais comment arriver cela? Subordonner sa volont la volont de
-Dieu: s'Il veut que j'aie la fivre--je le veux aussi. S'il veut que je
-fasse ceci et non pas cela--je le veux aussi. S'Il veut qu'il m'arrive
-une chose laquelle je ne m'attendais pas--je le veux aussi.
-
- PICTTE.
-
-8
-
-La volont propre ne se satisfera jamais, quand elle aurait pouvoir
-de tout ce qu'elle veut; mais on est satisfait ds l'instant qu'on y
-renonce. Sans elle, on ne peut tre content. La vraie et unique vertu
-est donc de se har, car on est hassable par sa concupiscence, et de
-chercher un tre vritablement aimable, pour l'aimer. Mais, comme nous
-ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un tre qui soit
-en nous, et qui ne soit pas nous, et cela est vrai d'un chacun de tous
-les hommes. Or, il n'y a que l'tre universel qui soit tel. Le royaume
-de Dieu est nous (Luc, XVII, 21); le bien universel est en nous-mmes et
-ce n'est pas nous.
-
- PASCAL.
-
-
-
-IV.--_Le vrai amour envers les hommes n'est possible que par
-l'abngation._
-
-1
-
-Seul ce qui ne vit pas pour soi-mme ne prit pas. Mais pourquoi celui
-qui ne vit pas pour lui-mme vivra-t-il? On peut ne pas vivre pour
-soi-mme alors seulement qu'on vit pour Tout. C'est en vivant pour le
-Tout que l'homme peut tre et est tranquille.
-
- LAO-TSEU.
-
-2
-
-Quand mme tu le voudrais, tu ne pourrais pas sparer ta vie de celle
-de l'humanit. Tu vis dans l'humanit, par elle et pour elle. En vivant
-parmi les hommes, tu ne peux pas ne pas renoncer toi-mme, parce que
-nous sommes tous crs pour agir d'un commun accord, comme les jambes,
-les bras, les yeux, et l'accord ne serait pas possible sans l'abngation.
-
- MARC-AURLE.
-
-3
-
-On ne saurait se contraindre l'amour des autres. On ne peut que
-rejeter ce qui empche l'amour. Et ce qui l'empche, c'est l'amour de
-son moi matriel.
-
-4
-
-Tu aimeras ton prochain comme toi-mme ne veut pas dire que tu dois
-tcher d'aimer ton prochain. On ne peut pas se forcer aimer. Tu
-aimeras ton prochain veut dire que tu dois cesser de t'aimer plus que
-tout. Et ds que tu ne t'aimeras plus ainsi, tu te mettras aimer ton
-prochain comme toi-mme.
-
-5
-
-Il faut s'habituer de se dire lorsqu'on rencontre un homme: je ne
-penserai qu' lui, et non pas moi-mme.
-
-6
-
-I suffit de penser soi au beau milieu d'un discours, pour perdre le
-fil de ses ides. De mme, quand nous nous oublions compltement, que
-nous sortons de nous-mmes, nous pouvons communiquer fructueusement avec
-les autres, les servir et avoir sur eux une influence bienfaisante.
-
-7
-
-Plus la vie d'un homme est confortable et mieux organise
-extrieurement, plus la joie de l'abngation est loin et difficile pour
-lui. Les riches en sont presque entirement privs. Au pauvre, tout
-travail interrompu dans le but de venir en aide son prochain, chaque
-morceau de pain tendu un mendiant, procure la joie de l'abngation.
-
-8
-
-Ce que tu as donn est toi, ce que tu as gard est aux autres.
-
-Si tu t'es priv de quelque chose pour le donner aux autres, tu t'es
-fait du bien toi-mme; ce bien est jamais toi et personne ne peut
-te le prendre.
-
-Mais si ta as gard ce qu'un autre voulait prendre, lu ne l'as que
-pour un temps ou jusqu'au moment o tu devras le rendre. Et tu devras
-srement le rendre lorsque la mort sera venue.
-
-9
-
-Serait-il possible de ne pouvoir esprer qu'il viendra un jour o les
-gens verront qu'il leur est tout aussi facile de vivre pour les autres
-qu'il leur est facile de mourir la guerre dont ils ne connaissent pas
-la cause? Il suffit aux hommes d'avoir cet effet un peu plus de force
-d'esprit et un peu plus de conscience.
-
- BRAUN.
-
-
-
-V.--_L'homme qui emploie toutes ses forces satisfaire uniquement ses
-besoins bestiaux, dtruit sa vraie vie._
-
-1
-
-Si l'homme ne pense qu' lui-mme et cherche partout son profit, il ne
-peut tre heureux. Si tu veux rellement vivre pour toi-mme, vis pour
-les autres.
-
- SNQUE.
-
-2
-
-Pour comprendre combien il est indispensable de renoncer la vie
-corporelle pour la vie spirituelle, il suffit de se reprsenter combien
-serait terrible et rpugnante une vie consacre uniquement la
-satisfaction des dsirs charnels. La vraie vie ne commence qu'au moment
-o l'homme renonce toute bestialit.
-
-3
-
-Par la parabole des vignerons (MATTH., 33-42), le Christ claircit
-l'erreur des gens qui prennent l'apparence de la vie--leur vie
-charnelle--pour la vraie vie.
-
-A force d'habiter le jardin cultiv de leur matre, des gens se crurent
-propritaires du jardin. Et de cette conception errone il rsulte une
-srie d'actes insenss et cruels accomplis par ces gens qui, finalement,
-sont chasss du jardin, exclus de la vie. De mme, nous nous sommes
-imagins que la vie de chacun de nous est notre vie personnelle, que
-nous y avons droit et pouvons en jouir notre gr, n'ayant aucune
-obligation envers personne. Aussi, commettons-nous invitablement la
-mme srie d'actes cruels et insenss et sommes de mme exclus de la
-vie. Comme les habitants du jardin avaient oubli que le jardin leur
-avait t donn en tat, entour d'un foss et d'une clture, pourvu
-d'un puits, que quelqu'un avait travaill leur intention et attend,
-par suite, qu'ils fournissent galement du travail, les hommes qui ne
-possdent qu'une vie personnelle ont oubli, ou veulent oublier, tout ce
-qui a t fait pour eux avant leur naissance, ce qui se fait au cours de
-leur vie, et ce qu'on attend d'eux.
-
-D'aprs la doctrine du Christ, de mme que les vignerons, qui habitaient
-une vigne qu'ils n'avaient pas travaille, doivent sentir et comprendre
-qu'ils ont contract une dette constante envers leur matre, les hommes
-doivent sentir et comprendre que, depuis leur naissance et jusqu'
-la mort, ils ont contract une dette envers ceux qui ont vcu avant
-eux, qui vivent encore et qui vivront, et envers ce qui tait, est
-et sera toujours le commencement de tout. Ils doivent comprendre que
-chaque heure de leur existence confirme cette obligation, et que, par
-consquent, l'homme qui vit pour lui-mme et qui nie cette obligation,
-l'attachant la vie et son principe, se prive lui-mme de la vie.
-
-4
-
-Les hommes pensent que l'abngation compromet la libert. Ils ne
-savent pas que seule l'abngation nous donne la vraie libert, en nous
-dbarrassant de nous-mmes, de l'esclavage de notre dpravation. Nos
-passions sont les tyrans les plus cruels: il suffit de renoncer eux,
-et tu te sentiras libre.
-
- FNELON.
-
-5
-
-La conscience de notre mission, qui implique la loi de l'abngation, n'a
-rien de commun avec la jouissance de la vie. Si nous voulions confondre
-la conscience de notre mission avec la jouissance, et que nous offrions
-ce mlange, en qualit de remde, une me malade, ces deux lments se
-seraient spars spontanment. Mais si cela n'avait pas eu lieu et que
-la conscience de la haute destination de l'homme n'avait produit aucun
-effet, et que la vie corporelle aurait acquis, en aspirant au plaisir,
-une certaine force qui correspondrait avec la destination, la vie morale
-de l'homme aurait disparu sans retour.
-
- KANT.
-
-
-
-VI.--_On ne peut se librer de ses pchs qu' condition de renoncer
-soi-mme._
-
-1
-
-Le renoncement au bonheur corporel pour le bonheur spirituel est
-la consquence d'une modification de la conscience; c'est--dire un
-homme qui se croyait tre d'abord purement un animal, commence se
-reconnatre comme un tre spirituel. Quand ce changement s'est effectu,
-ce qui semblait avant une privation, une souffrance, n'est plus une
-privation ni une souffrance, mais une prfrence naturelle du meilleur
-au plus mauvais.
-
-2
-
-On croit et on dit que pour remplir la mission de la vie, il faut avoir
-la sant, l'aisance et, en gnral, tre dans des conditions extrieures
-favorables. C'est inexact: la sant, l'aisance et les conditions
-extrieures favorables ne sont pas ncessaires pour remplir sa mission
-et obtenir le bonheur. Il nous est donn la possibilit d'acqurir le
-bien spirituel et que rien ne peut dtruire: le bien de dvelopper
-en soi l'amour. Seulement, il faut croire en cette vie spirituelle,
-concentrer vers elle tous ses efforts.
-
-Tu mnes une vie charnelle, tu travailles pour elle; mais ds que
-tu trouves des obstacles dans cette vie, transporte-toi dans la vie
-spirituelle; car la vie spirituelle est toujours libre. C'est comme
-les ailes de l'oiseau. L'oiseau marche sur ses pattes. Mais voil que
-survient un obstacle, un danger, et l'oiseau, ayant foi en ses ailes,
-les dploie et survole.
-
-3
-
-L'unique oeuvre joyeuse et vraie de la vie est d'lever son me; et pour
-lever son me, il faut renoncer soi-mme. Commence par le renoncement
-dans les petites choses; lorsque tu t'habitueras renoncer aux petites,
-tu pourras renoncer aux grandes.
-
-4
-
-Lorsque la lumire de ta vie spirituelle s'teint, l'ombre noire de
-tes dsirs charnels tombe sur ton chemin.--Mfie-toi de cette terrible
-ombre: la lumire de ton esprit, ne peut dtruire ces tnbres tant que
-tu n'auras pas chass les dsirs de ton me.
-
- _Sagesse brahmane._
-
-5
-
-La plus grande difficult de se librer de l'gosme matriel rside en
-ce fait que cet gosme est une condition indispensable de la vie. Il
-est indispensable et naturel pendant l'enfance; mais il doit faiblir et
-disparatre mesure que la raison s'claire.
-
-L'enfant n'prouve pas de remords de conscience pour son gosme; mais
- mesure que la raison s'claire, l'gosme devient un poids pour
-soi-mme; au cours de la vie, l'gosme faiblit de plus en plus, et
-lorsqu'on approche de la mort, il disparat entirement.
-
-6
-
-Totalement renoncer soi-mme, c'est devenir Dieu; vivre uniquement
-pour soi-mme, c'est devenir une brute absolue. La vie humaine se
-passe dans, l'loignement progressif de la vie bestiale et dans le
-rapprochement graduel de la vie divine.
-
-7
-
-Sans sacrifice, il n'y a pas de vie. Toute la vie, que tu le veuilles ou
-non, n'est qu'un sacrifice du corporel au spirituel.
-
-VII--_Le renoncement sa personnalit bestiale donne l'homme le vrai
-bonheur spirituel qui est inalinable._
-
-1
-
-Une seule et mme loi rgit la vie de chaque homme et celle de tous les
-hommes; cette loi dit: pour amliorer la vie, il faut tre prt la
-donner.
-
-2
-
-L'homme ne peut connatre les consquences de sa vie d'abngation, mais
-il n'a qu' l'essayer pour un temps, et je suis sr que tout honnte
-homme reconnatra l'influence favorable qu'avaient sur son me et son
-corps les instants, mme fugitifs, pendant lesquels il ne pensait plus
-lui-mme et renonait sa personnalit corporelle.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-3
-
-L'homme est comme un nuage dont l'eau se dverse sur les champs, les
-prs, les forts, les jardins, les tangs, les rivires. La pluie
-a pass, elle a rafrachi et donn la vie des millions de jeunes
-pousses, d'pis, de buissons, d'arbres; le nuage est devenu clair et
-transparent et bientt il disparatra compltement. Il en est de mme
-de la vie corporelle d'un homme de bien: il est venu en aide bien des
-gens, il leur a facilit la vie, il leur a montr la voie suivre, les
-a consols; maintenant, il est vid et, en mourant, il se relire l o
-vit seul l'ternel, l'invisible, le spirituel.
-
-4
-
-Les arbres donnent leurs fruits et mme leur corce, leurs feuilles
-et leur suc ceux qui en ont besoin. Heureux est l'homme qui en fait
-autant! Mais il y a peu de gens qui le comprennent et qui agissent ainsi.
-
- KRISHNA.
-
-5
-
-Le bonheur n'est pas possible tant qu'on ne cesse penser soi-mme.
-Mais on ne peut le faire incompltement. Si le moindre souci de soi-mme
-reste, tout est gt.... Je sais que c'est difficile, mais je sais
-galement qu'il n'y a pas d'autre moyen d'acqurir le bonheur.
-
- CARPENTER.
-
-6
-
-Bien des gens pensent que si l'on exclut la personnalit et l'amour,
-il ne restera plus rien dans la vie. Ils s'imaginent que, sans
-personnalit, il n'y a pas de vie. Mais cela semble seulement ceux qui
-n'ont jamais prouv la joie de l'abngation. Rejette ta personnalit,
-renonce elle, et il te restera ce qui est l'essence de la vie:
-l'amour, donnant le bienfait incontestable.
-
-7
-
-Plus l'homme apprend connatre son moi moral et plus il renonce la
-vie charnelle, mieux il se comprend lui-mme.
-
- _Sagesse brahmane._
-
-8
-
-Au point de vue du bonheur, la question de la vie est insoluble, parce
-que nos lans les plus levs nous empchent d'tre heureux. Au point de
-vue du devoir, la mme difficult subsiste, car le devoir accompli donne
-la paix et non le bonheur.
-
-Seul le divin amour et la communion avec Dieu suppriment cette
-difficult, car, dans ce cas, le sacrifice devient une joie constante,
-croissante etimmuable.
-
- AMIEL.
-
-9
-
-L'ide du devoir dans toute sa puret est non seulement bien plus
-simple, plus claire, plus comprhensible dans la pratiquent plus
-naturelle que l'impulsion venant du dsir du bonheur ou qui est lie
- lui (et qui exige toujours beaucoup d'artifice et de spculations
-approfondies), mais mme devant le simple bon sens, cette ide apparat
-comme bien plus puissante, plus persistante et promet bien plus de
-succs que toutes les impulsions provenant de l'gosme, condition
-que l'ide du devoir soit comprise par le bon sens tout fait
-indpendamment des impulsions gostes.
-
-La conscience que _je peux_ parce que _je dois_, rvle en l'homme la
-profondeur des dons divins, lui permettant, comme un saint prophte,
-de pressentir la puissance et la grandeur de sa vraie destination. Et si
-l'homme y faisait plus souvent attention et s'tait habitu sparer
-entirement la vertu de tous les avantages qui sont la rcompense du
-devoir accompli, si l'exercice de la vertu avait t la proccupation
-principale de l'ducation prive et sociale, l'tat moral des hommes se
-serait bientt amlior. Si l'exprience de l'histoire n'a pas encore
-donn de bons rsultats concernant la doctrine de la vertu, cela vient
-de la fausse conception que l'impulsion dduite de l'ide du devoir
-serait trop faible et distante, et qu'une impulsion plus proche,
-provenant d'un calcul sur les avantages que l'on doit attendre pour
-l'accomplissement du devoir, tant en ce monde que dans l'autre monde,
-agit plus fortement sur l'me. Tandis que, en ralit, la conscience
-de possder en soi le principe spirituel, suscitant le renoncement sa
-personnalit, incite l'homme, bien plus que toutes les rcompenses,
-obir la loi du bien.
-
- KANT.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXV
-
-L'HUMILIT
-
-
-Le plus grand bonheur de l'homme dans ce monde est de communiquer avec
-ses pareils. Les orgueilleux, en se mettant l'cart des autres, se
-privent eux-mmes de ce bien. Mais l'homme humble supprime tous les
-obstacles en lui-mme pour obtenir ce bonheur. C'est pourquoi l'humilit
-est une condition indispensable du vrai bonheur.
-
-
-I.--_L'homme ne peut tre fier de ses oeuvres, parce que tout le bien
-qu'il fait ne vient pas de lui, mais de l'lment divin qui vit en lui._
-
-1
-
-Seul l'homme qui sait que Dieu vit en son me peut tre humble. Un tel
-homme est absolument indiffrent ce que les gens disent de lui.
-
-2
-
-L'homme qui se crot matre de sa vie ne peut tre humble, parce qu'il
-pense qu'il n'est l'oblig de personne, ni de rien. Mais l'homme qui
-voit son oeuvre, dans le service de Dieu, ne saurait ne pas tre humble,
-parce qu'il sent toujours qu'il est loin d'avoir accompli toutes ses
-obligations.
-
-3
-
-Nous sommes souvent fiers de ce que nous avons bien fait, nous sommes
-fiers de ce que _nous avons fait_, et nous oublions que Dieu vit
-en chacun de nous et qu'en faisant le bien, nous ne sommes que les
-instruments de Son oeuvre.
-
-Dieu fait avec moi ce qui Lui est ncessaire, et moi je m'en vante.
-C'est comme si la pierre qui intercepte la source tait fire de ce que
-l'eau s'chappe d'elle, et que les hommes et les animaux boivent cette
-eau. On dira que la pierre peut tre fire de ce qu'elle est propre et
-qu'elle ne salit pas l'eau. Ceci encore n'est pas vrai. Si elle est
-propre, c'est uniquement parce que cette mme eau l'a lave et la lave
-toujours. Rien n'est nous, tout est Dieu.
-
-4
-
-Nous sommes les instruments de Dieu. Nous savons ce que nous devons
-faire, mais il ne nous est pas donn de savoir pourquoi nous le faisons.
-Celui qui comprend cela, ne peut ne pas tre humble.
-
-5
-
-L'oeuvre principale de la vie de chaque homme est de devenir plus
-charitable et meilleur. Et comment peut-on devenir meilleur si l'on se
-croit dj bon?
-
-6
-
-Il suffit de se croire non pas le matre, mais le serviteur, pour que
-les ttonnements, l'inquitude, le mcontentement se transforment en
-certitude, en tranquillit, en paix et en joie.
-
-
-
-II.--_Toutes les tentations viennent de l'orgueil._
-
-1
-
-Si l'homme tend Dieu, il ne peut jamais tre satisfait de lui-mme. Il
-aura beau avancer, il se sentira toujours loign de la perfection, car
-la perfection est infinie.
-
-2
-
-L'assurance est la qualit de la bte; l'humilit est la qualit de
-l'homme.
-
-3
-
-Celui qui se connat le mieux, s'estime le moins.
-
-4
-
-Celui qui est content de lui-mme, n'est jamais satisfait des autres.
-
-Celui qui est toujours mcontent de lui-mme, est toujours content des
-autres.
-
-5
-
-On dit un sage qu'il a la renomme d'tre mauvais. Il rpondit: C'est
-heureux qu'ils ne sachent pas tout sur moi: ils auraient dit des choses
-bien pires.
-
-6
-
-Il n'y a rien de plus utile l'me que de te souvenir que tu n'es qu'un
-vil scarabe et que toute ta force consiste pouvoir comprendre ta
-nullit et, par suite, d'tre humble.
-
-7
-
-Malgr le peu d'attention que la plupart des hommes attachent leurs
-dfauts, il n'y a pas d'homme qui ne se connaisse quelque chose de plus
-mauvais que ce qu'il sait sur son prochain.
-
-C'est pourquoi il est facile chaque homme d'tre humble.
-
- WOLSELEY.
-
-8
-
-Il suffit de rflchir un jeu pour se dcouvrir quelque dfaut envers le
-genre humain (ne serait-ce que cette faute qu'en vertu de l'ingalit
-des hommes, nous jouissons de certains avantages pour lesquels d'autres
-doivent prouver de plus grandes privations)--et cela nous empchera
-d'exagrer nos mrites au dtriment d'autres hommes.
-
- KANT.
-
-9
-
-On ne peut voir ses dfauts qu'avec les yeux des autres.
-
- _Proverbe chinois._
-
-10
-
-Chaque homme peut tre pour nous un miroir dans lequel nous voyons nos
-vices, nos dfauts et tout le mal qui est en nous; or, nous agissons le
-plus souvent comme un chien qui aboie contre le miroir, pensant que ce
-n'est pas lui qu'il voit l-dedans, mais un autre chien.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-11
-
-Les gens trop srs d'eux-mmes, sots et immoraux, inspirent souvent le
-respect aux gens modestes, sages et moraux, prcisment parce qu'un
-homme modeste, en se jugeant, ne peut pas comprendre qu'un mauvais homme
-puisse tellement se respecter.
-
-12
-
-Souvent les hommes les plus simples, les moins lettrs, les moins
-instruits, s'assimulent facilement la doctrine chrtienne, tandis que
-les plus savants croupissent dans le paganisme le plus vulgaire. Cela
-vient de ce que les gens simples sont le plus souvent humbles, et que
-les savants sont pour la plupart trop surs d'eux-mmes.
-
-13
-
-Pour comprendre raisonnablement la vie et la mort et attendre celle-ci
-en paix, il est indispensable de comprendre combien on est nul.
-
-Tu es une parcelle infiniment petite de quelque chose, et tu ne
-serais rien si tu n'avais pas une mission dtermine--une oeuvre.
-Cela seulement donne un sens et une signification ta vie. Ton oeuvre
-consiste profiter des instruments qui te sont donns, de mme qu'
-tout ce qui existe: d'user ton corps ce qui t'a t recommand.
-C'est pourquoi, toutes les oeuvres sont gales et tu ne peux pas faire
-plus qu'il ne t'a t command. Tu ne peux tre qu'adversaire de Dieu
-ou interprte de son oeuvre. De sorte que l'homme ne peut s'attribuer
-rien de grand ni d'important. Il suffit de s'attribuer quelque oeuvre
-exceptionnelle, pour qu'il n'y ait plus fin aux dceptions de la
-lutte, la jalousie, aux souffrances de toutes sortes, tu n'as qu'
-t'attribuer plus d'importance qu' la plante qui donne des fruits, et
-tu es perdu. La tranquillit, la libert, la joie de la vie, le courage
-devant la mort, ne sont donns qu' celui qui ne se croit dans cette vie
-rien de plus qu'un ouvrier de son Matre.
-
-
-
-III.--_L'Humilit unit les hommes par l'amour._
-
-1
-
-tre inconnu des hommes ou non compris d'eux, et ne pas s'en
-attrister--voil la qualit de l'homme rellement vertueux qui aime les
-autres.
-
- _Sagesse chinoise._
-
-2
-
-De mme que l'eau ne reste pas sur les sommets, la bont et la sagesse
-ne se rencontrent pas chez les orgueilleux. L'un comme les autres
-cherchent des terrains bas.
-
- _Sagesse persane._
-
-3
-
-Un homme charitable est celui qui se souvient de ses pchs et qui
-oublie le bien qu'il fait; un homme mchant est celui qui, au contraire,
-se souvient de sa bont et oublie ses pchs.
-
-Ne te pardonne pas, et tu pardonneras facilement aux autres.
-
-4
-
-On peut reconnatre un homme bon et intelligent ce qu'il considre
-tous les autres hommes meilleurs et plus intelligents que lui.
-
-Les gens les plus agrables ce sont les justes qui se croient pcheurs.
-Et les plus dsagrables ce sont les pcheurs qui se croient justes.
-
- PASCAL.
-
-6
-
-Combien il est difficile d'aimer, de plaindre les orgueilleux,
-confiants en eux-mmes! On voit, rien qu' cela, combien la modestie est
-non seulement bonne, mais encore avantageuse. Elle suscite ce qu'il y a
-de plus prcieux dans la vie: l'amour des hommes.
-
-7
-
-Tout le monde aime les humbles; nous voulons tous tre aims. Comment ne
-pas s'efforcer d'tre humbles?
-
-8
-
-Pour que les hommes puissent bien vivre, il faut que la paix rgne parmi
-eux. Et l o chacun veut tre au-dessus des autres, il ne peut y avoir
-de paix. Plus les hommes sont humbles, plus il leur est facile de vivre
-en paix.
-
-
-
-IV.--_L'Humilit unit l'homme Dieu._
-
-1
-
-Il n'y a rien de plus fort qu'un homme humble; car, en renonant
-lui-mme, cet homme cde la place Dieu.
-
-2
-
-Les paroles de la prire: Venez et descendez en nous sont fort belles.
-Tout est dans ces paroles. L'homme a tout ce qu'il lui faut si Dieu
-descend en lui. Et pour cela, il ne faut qu'une chose: se diminuer pour
-faire une place Dieu. Ds que l'homme se diminue, Dieu s'tablit
-en lui. C'est pourquoi, pour obtenir tout ce qui lui est ncessaire,
-l'homme doit s'humilier avant tout.
-
-3
-
-Plus l'homme descend en lui-mme et se croit insignifiant, plus il
-s'lve vers Dieu.
-
- _Sagesse brahmane._
-
-4
-
-L'orgueil disparat du coeur de celui qui adore l'tre Suprme, de mme
-que la lueur du bcher s'clipse la lumire du soleil. Celui dont le
-coeur est pur et qui est sans orgueil, celui qui est doux, fidle et
-simple, qui considre chaque tre comme son ami et qui aime chaque me
-comme la sienne, qui traite chacun galement avec tendresse et amour,
-qui veut faire le bien et a banni toute vanit, est l'homme dont le coeur
-est habit par le Souverain de la vie.
-
-De mme, que la terre se dcore de belles plantes qu'elle produit, celui
-dans l'me duquel habite le Seigneur de la vie, s'en trouve embelli.
-
- _Vichnou Pourana._
-
-
-
-V.--_Comment lutter contre l'orgueil._
-
-1
-
-Les dfauts qui sont pnibles et intolrables chez les autres,
-paraissent ne rien peser en nous-mmes. Il arrive trs souvent qu'en
-parlant des autres et en les blmant cruellement, les gens ne remarquent
-pas qu'ils se dcrivent eux-mmes.
-
-Rien ne nous corrigerait aussi vite de nos dfauts que si nous pouvions
-nous voir dans les autres. En voyant clairement nos dfauts chez les
-autres, nous aurions dtest nos dfauts comme ils le mritent.
-
- LABRUYRE.
-
-2
-
-Tche de ne pas penser de bien de toi-mme. Si tu ne peux pas penser mal
-de toi, sache que c'est dj mal que tu ne peux pas penser mal de loi.
-
-3
-
-La tendance de te comparer aux autres ton avantage est une tentation
-rendant impossible une bonne vie et entravant l'oeuvre principale: le
-perfectionnement. Compare-toi uniquement la perfection suprme, et non
-aux hommes qui peuvent tre infrieurs toi.
-
-4
-
-Quand on t'injurie o que l'on te blme, rjouis-toi; quand on te vante
-et que l'on t'approuve, mfie-toi.
-
-5
-
-Tache de ne pas cacher dans des coins sombres les souvenirs honteux de
-tes pchs; au contraire, tiens-les toujours prts, afin de pouvoir
-juger des pchs de tes prochains.
-
-6
-
-Considre-toi toujours comme un colier. Ne pense pas que tu es trop
-vieux pour apprendre, que ton me est dj telle qu'elle doit tre et
-qu'elle ne peut tre meilleure. Pour l'homme raisonnable, le cours des
-tudes n'est jamais termin: il est lve jusqu' la tombe.
-
-7
-
-Seul l'humble de coeur connat la vrit. L'humilit ne provoque pas la
-jalousie.
-
-Les arbres sont emports par le torrent, les joncs restent.
-
-Un sage a dit: Mon enfant, ne t'attriste pas de n'avoir pas t
-apprci, car personne ne peut te reprendre ce que tu as fait, ou te
-donner ce que tu n'as pas fait. L'homme raisonnable se contente du
-respect qu'il mrite.
-
-Sois aimable, respectueux, affable, soucieux du profit des autres, et
-le bonheur viendra toi tout aussi naturellement que l'eau descend dans
-les valles.
-
- _Vichnou hindou._
-
-
-
-VI.--_Consquences de l'orgueil._
-
-1
-
-L'homme sans humilit blme toujours les autres; il ne voit que les
-fautes des hommes, pendant que ses passions et ses vices lui se
-dveloppent de plus en plus.
-
- _Sagesse bouddhiste._
-
-2
-
-L'homme non clair par le christianisme n'aime que lui. Et en n'aimant
-que lui, un tel homme veut tre grand, et il se voit petit; il veut
-tre heureux, et il se voit misrable; il veut tre parfait, et il se
-voit plein d'imperfections. Et en voyant tout cela, l'homme commence
- dtester la vrit et imaginer des arguments d'aprs lesquels
-il rsulterait qu'il est prcisment ce qu'il voudrait tre, et il
-devient ses yeux grand, heureux et parfait. Il y a l un double pch
-d'orgueil et de mensonge. Le mensonge vient de l'orgueil, et l'orgueil
-vient du mensonge.
-
- D'aprs PASCAL.
-
-3
-
-Qui ne hait en soi son amour-propre et cet instinct qui le porte se
-faire Dieu est bien aveugl. Qui ne voit pas que rien n'est si oppos
- la justice et la vrit? Car il est faux que nous mritions cela,
-et il est injuste et impossible d'y arriver, puisque tous demandent la
-mme chose.
-
- PASCAL.
-
-4
-
-Il y a toujours une tche sombre sur notre soleil: c'est l'ombre qui
-tombe de la considration que nous avons pour notre personne.
-
- CARLYLE.
-
-
-
-VII.--_L'Humilit donne l'homme le bonheur spirituel et la force de
-lutter contre les tentations._
-
-1
-
-Rien n'est aussi profitable l'me que l'humiliation accepte avec
-joie. Elle rafrachit l'me comme une chaude pluie aprs le soleil
-ardent de la fatuit.
-
-2
-
-La porte d'entre du temple de la vrit et du bonheur est basse. Seule
-ceux qui se baisseront pourront y entrer. Et heureux seront ceux qui
-pourront passer cette porte. Le temple est vaste et libre, et tous les
-gens qui s'y trouvent s'aiment les uns les autres, s'entr'aident et ne
-connaissent point de chagrin.
-
-Ce temple est la vraie vie des hommes. La porte du temple, c'est la
-doctrine de la sagesse. Et la sagesse est donne aux humbles, ceux qui
-ne s'lvent pas, mais qui se diminuent.
-
-3
-
-La joie parfaite, selon les paroles de saint Franois d'Assise, consiste
- supporter le reproche non mrit, mme une souffrance corporelle, sans
-prouver d'inimiti envers la cause du reproche ou de la souffrance.
-Cette joie est parfaite parce qu'aucune offense, aucune injure et aucun
-reproche ne peuvent la compromettre.
-
-4
-
-Quiconque s'lve sera abaiss, et quiconque s'abaisse sera lev.
-
- LUC, XIV, 11.
-
-5
-
-Le plus faible en ce monde vainc le plus fort; le bas et l'humble vainc
-le grand et le fier. Un trs petit nombre de gens comprennent toute la
-force de l'humilit.
-
- LAO-TSEU.
-
-6
-
-Il n'y a rien de plus tendre et de plus conciliant que l'eau, et
-cependant, en attaquant les choses solides et dures, rien n'est plus
-fort qu'elle. Le faible vainc le fort. Le dlicat vainc le cruel.
-L'humble vainc le fier. Tout le monde le sait, mais personne ne veut
-agir selon cette loi.
-
- LAO-TSEU.
-
-7
-
-Si les rivires et les mers dominent toutes les valles qu'elles
-traversent, c'est parce qu'elles sont plus basses.
-
-C'est pourquoi, si un saint homme veut tre au-dessus du peuple, il doit
-tcher d'tre au-dessous de lui. S'il veut le gouverner, il doit tre
-derrire lui.
-
-Par consquent, si un saint homme vit au-dessus du peuple, le peuple ne
-le sent pas. Il est au-devant du peuple, mais le peuple n'en souffre
-pas. C'est pourquoi le monde ne cesse de le louer. Le saint homme ne
-discute avec personne, et personne ne discute avec lui.
-
- LAO-TSEU.
-
-8
-
-L'eau est lgre, liquide et peu rsistante, mais lorsqu'elle attaque
-quelque chose de solide, de dure et de rsistant, rien ne peut lutter
-contre elle: elle emporte des maisons, joue avec d'normes bateaux
-comme avec des copeaux, creuse la terre. L'air est encore moins dense,
-plus doux et moins rsistant que l'eau, mais il est plus fort encore
-lorsqu'il attaque des choses dures, fermes et solides. Il arrache les
-arbres avec leurs racines, dmolit les maisons, gonfle l'eau en vagues
-normes et chasse l'eau dans les nuages. Le tendre, le doux et le
-liquide vainc le dur, le ferme et le rsistant.
-
-Il en est de mme dans la vie des hommes. Si tu veux tre vainqueur,
-sois tendre, doux et condescendant.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXVI
-
-LA VRACIT
-
-
-Les superstitions empchent de se bien conduire. On ne peut s'en
-dbarrasser que par la sincrit, et cela non seulement envers les
-autres, mais encore envers soi-mme.
-
-
-I.--_Comment on doit se comporter envers les opinions et les coutumes
-tablies._
-
-1
-
-Le moyen habituel employ pour nier l'existence de Dieu est de
-reconnatre l'opinion publique comme incontestablement juste et de
-n'attacher aucune importance la voix de Dieu que nous entendons
-constamment en notre me.
-
- JOHN RUSKIN.
-
-2
-
-Quand mme le monde entier reconnatrait la vracit d'une doctrine,
-quand mme elle serait ancienne, l'homme doit la contrler par sa raison
-et la rejeter hardiment, si elle ne s'accorde pas avec les exigences de
-sa raison.
-
-3
-
-Vous connatrez la vrit, et la vrit vous affranchira.
-
- JEAN, VIII, 32.
-
-4
-
-Celui qui veut devenir vraiment un homme doit abandonner la
-proccupation de plaire au monde; celui qui veut vivre d'une vie juste
-ne doit pas se conformer ce qu'il est d'usage de considrer comme
-bien; il n'a qu' chercher scrupuleusement o est vritablement le bien.
-Il n'y a rien de plus sacr et de plus fcond que la curiosit d'une me
-indpendante.
-
- EMERSON.
-
-5
-
-La tendance de croire ce que l'on nous prsente comme vrit renferme
-le bien comme le mal. C'est prcisment cette tendance qui rend possible
-la marche progressive de la socit, et c'est elle encore qui rend cette
-marche si lente et pnible: chaque gnration hrite, grce elle, sans
-effort, des connaissances acquises grande peine par ceux qui ont vcu
-avant, et c'est grce elle que chaque gnration se trouve esclave des
-fautes et des erreurs de la prcdente.
-
- HENRY GEORGE.
-
-6
-
-Plus l'homme vit, plus il se libre des superstitions.
-
-7
-
-Croire que tout ce qui nous est avantageux et agrable est vrai, est
-une qualit naturelle tant aux enfants qu' l'humanit en bas ge. Plus
-l'homme et l'humanit avancent en ge, et plus leur raison s'claircit,
-devient ferme, plus ils se librent de la conception errone d'aprs
-laquelle tout ce qui est avantageux l'homme est vrai. C'est pourquoi,
- mesure qu'ils avancent dans la vie, l'homme et l'humanit doivent
-ncessairement examiner, par les efforts de leur raison et de la sagesse
-de ceux qui ont vcu avant eux, si les principes, accepts sur foi, sont
-vrais.
-
-8
-
-Chaque vrit exprime par les paroles est une force dont l'action est
-infinie.
-
-
-
-II.--_Le mensonge, ses causes et ses consquences._
-
-1
-
-Ne pense pas que l'on doive dire et crer la vrit uniquement dans les
-cas graves. On doit toujours le faire, mme dans les questions les plus
-futiles. Il ne s'agit pas du grand ou du petit mal qui sera caus par
-ton mensonge, il importe que tu ne te souilles jamais par le mensonge.
-
-2
-
-Tous, nous aimons mieux la vrit que le mensonge; mais lorsqu'il s'agit
-de notre vie, nous prfrons souvent le mensonge la vrit, parce que
-le mensonge justifie notre mauvaise vie, tandis que la vrit la dnonce.
-
-3
-
-Chaque vrit qui pntre dans la conscience des hommes et remplace une
-ancienne erreur arrive un moment o l'erreur est claire et la vrit
-vidente. Mais les gens qui profitent de cette erreur ou qui y sont
-habitus s'efforcent de la maintenir. Dans ces moments-l, il est tout
-particulirement important de proclamer hardiment la vrit.
-
-4
-
-Si l'on vous dit qu'il ne faut pas chercher la vrit partout, parce
-qu'on ne trouve jamais toute la vrit, ne le croyez pas. Ceux qui
-parlent ainsi sont vos plus redoutables ennemis, comme ils sont ceux de
-la vrit.
-
-Ils le disent parce qu'ils ne vivent pas selon la vrit, parce qu'ils
-le savent et qu'ils veulent que les autres vivent comme eux.
-
-5
-
-Si tu veux connatre la vrit, dbarrasse-toi, du moins pour le temps
-que tu la cherches, de toutes les considrations sur les avantages que
-tu pourrais tirer de telle ou telle autre dcision.
-
-6
-
-On est joyeux lorsqu'on dcouvre le mensonge des autres et qu'on le
-dnonce. Mais combien on est plus heureux encore lorsqu'on se surprend
-soi-mme ayant menti et que l'on s'accuse. Tche de t'offrir ce plaisir
-aussi souvent que possible.
-
-7
-
-Bien que le mensonge et toutes ses sductions soient trs tentantes, il
-arrive un temps o l'homme se sent tellement tourment par le mensonge,
-que pour fuir le dsordre moral qu'engendre toujours le mensonge, il
-s'adresse la vrit et trouve le salut en elle seule.
-
-8
-
-L'amre exprience nous montre qu'on ne peut conserver les anciennes
-conditions de vie, et que, par consquent, il faut en rechercher des
-nouvelles, celles qui puissent rpondre aux temps nouveaux. Mais au
-lieu d'employer leur temps chercher et instituer ces nouvelles
-conditions, les hommes emploient leur raison rechercher des moyens
-de conserver les anciennes conditions de vie qui existent depuis des
-centaines d'annes.
-
-9
-
-Le mensonge nous cache Dieu en nous-mmes et chez les autres hommes;
-c'est pourquoi, il n'y a rien de plus cher que la vrit qui nous ramne
- l'amour de Dieu et de notre prochain.
-
-10
-
-Il n'y a pas de plus grand malheur que lorsque l'homme commence
-craindre la vrit, parce qu'elle lui cache combien il est mauvais.
-
- PASCAL.
-
-11
-
-Le meilleur signe de la vrit est la simplicit et la clart. Le
-mensonge est toujours compliqu, affect et grandiloquent.
-
-12
-
-On peut tre solitaire dans un milieu priv et temporaire; mais chacune
-de nos penses et chacune de nos sensations trouve, a trouv et trouvera
-un retentissement dans l'humanit. Pour certaines personnes, que la
-majorit de l'humanit reconnat pour ses chefs, ses rformateurs,
-ses ducateurs, ce retentissement est immense et il rsonne avec une
-force extrme; mais il n'y a pas d'homme dont les ides ne produiraient
-pas sur les autres le mme effet, bien que moins apparent. Chaque
-manifestation sincre de l'me, chaque dclaration d'une conviction
-personnelle servent quelqu'un ou quelque chose, mme si nous n'en
-savons rien, mme si on nous ferme la bouche, ou qu'on nous jette un
-noeud, coulant sur le cou. Un mot dit quelqu'un conserve un effet
-indestructible; comme tout mouvement, il ne disparat jamais, mais prend
-d'autres aspects.
-
- AMIEL.
-
-
-
-III.--_Sur quoi repose la superstition._
-
-1
-
-Plus les objets, les coutumes, les lois sont entours de considration,
-plus on doit examiner attentivement leur droit la considration.
-
-2
-
-Bien des vrits anciennes nous semblent probables uniquement parce que
-nous n'y avons jamais song srieusement.
-
- EDOUARD ROD.
-
-3
-
-La raison est la chose la plus sacre au monde; c'est pourquoi c'est un
-trs grand pch que d'abuser de la raison, de l'employer cacher ou
-dguiser la vrit.
-
-4
-
-En feuilletant l'histoire de l'humanit, nous remarquons constamment
-que les inepties les plus videntes passaient auprs des gens pour des
-vrits incontestables, que des nations entires devenaient la proie de
-superstitions sauvages et s'humiliaient devant des mortels qui taient
-leurs pareils, souvent devant des idiots et des voluptueux. Et la cause
-de ces inepties et souffrances humaines tait toujours la mme: la
-croyance des choses qui paratraient draisonnables mme un enfant.
-
- D'aprs HENRY GEORGE.
-
-5
-
-Notre sicle est un vrai sicle de critique. Tout ce qui est cru est
-vrifi par la critique.
-
-La raison n'a de la considration que pour ce qui est en tat de
-supporter son preuve libre et universelle.
-
- KANT.
-
-6
-
-On ne doit pas craindre les dvastations commises par la raison dans les
-lgendes admises par les hommes. La raison ne peut rien dtruire sans y
-mettre de la vrit. Telle est sa qualit.
-
-
-
-IV.--_Les superstitions religieuses._
-
-1
-
-C'est mal quand les hommes ne connaissent pas Dieu; mais c'est bien pis
-lorsque les hommes reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu.
-
- LACTANCE.
-
-2
-
-Nous n'avons plus de religions. Les lois ternelles de Dieu, avec leur
-paradis et leur enfer, se sont tranformes en rgles de philosophie
-pratique, fondes sur d'habiles calculs de profils et de pertes, avec
-un faible reste de respect pour les joies apportes par la vertu et la
-moralit leve. Pour parler comme nos anctres, nous avons oubli
-Dieu, et en nous servant de l'expression contemporaine, nous devons
-dire que nous comprenons faussement la vie du monde. Nous fermons
-tranquillement les yeux et ne voulons pas voir la ralit ternelle des
-choses, nous ne regardons que leur aspect trompeur.
-
-Nous considrons tranquillement l'univers comme une grande ventualit
-incomprhensible: son aspect extrieur, nous nous le reprsentons
-assez nettement comme un immense pr pour les btes, ou une maison de
-travail, de vastes cuisines avec des tables manger, o seuls les gens
-raisonnables peuvent trouver une place.
-
-Oui, nous n'avons pas de Dieu. Les lois de Dieu sont remplaces par Je
-principe du plus grand profit possible.
-
- CARLYLE.
-
-3
-
-Dieu nous a donn Son esprit, Sa raison, pour que nous le servions; et
-nous employons cet esprit pour nous servir nous-mmes.
-
-4
-
-Gardez-vous des docteurs qui se plaisent se promener en longues
-robes, et qui aiment les salutations dans les places et les premiers
-siges dans les synagogues, et les premires places dans les festins,
-qui dvorent les maisons des veuves, tout en affectant de faire de
-longues prires; ils encourront une plus grande condamnation.
-
- LUC, XX, 46-47.
-
-5
-
-Mais vous, ne vous faites point appeler Matre; car vous n'avez qu'un
-Matre, le Christ, et pour vous, vous tes tous frres. Et n'appelez
-personne sur la terre votre pre, car vous n'avez qu'un seul Pre, Celui
-qui est dans les cieux. Et ne vous faites point appeler docteur; car
-vous n'ayez qu'un seul Docteur: Le Christ.
-
- MATTH., XXIII, 8-10.
-
-6
-
-Pourquoi adorer Dieu si l'me n'est pas pure? Pourquoi dire: j'irai
-Benars[1]. Comment celui qui fait le mal peut-il atteindre le vrai
-Benars?
-
-La saintet n'est pas dans les forts, ni au ciel, ni sur la terre,
-ni dans les fleuves sacrs. Purifie-toi, et tu verras Dieu. Transforme
-ton corps en temple, abandonne les mauvaises penses et contemple Dieu
-de l'oeil de ta conscience. Lorsque nous Le connaissons, nous nous
-connaissons nous-mmes. Sans exprience personnelle, l'criture seule ne
-dtruira pas nos craintes,--de mme que les tnbres ne s'claireront
-pas par un feu peint. Quelles que soient ta religion et tes prires,
-tant que tu n'as pas la vrit, tu n'atteindras pas le chemin du
-bonheur. Celui qui conoit la vrit, nat nouveau.
-
-La source du vrai bonheur, c'est le coeur; celui qui cherche le bonheur
-ailleurs est un insens. Il est pareil au ptre qui cherche la brebis
-qu'il a cache sur sa poitrine.
-
-Pourquoi ramassez-vous des pierres et construisez-vous de grands
-temples? Pourquoi vous tourmentez-vous ainsi, alors que Dieu habite
-toujours en vous-mme?
-
-Un chien de garde est meilleur qu'une idole sans vie dans la maison, et
-le grand Dieu de l'univers est meilleur que tous les demi-dieux.
-
-La lumire qui, comme l'toile du matin, vit dans le coeur de chaque
-homme, est notre refuge.
-
- VEMANA.
-
-7
-
-Combien il est tonnant que, de toutes les rvlations suprmes de la
-vrit, le monde n'accepte et ne tolre que les plus anciennes, celles
-qui ne rpondent plus notre poque, tandis qu'il considre chaque
-rvlation directe, chaque pense originale comme nulles et parfois les
-hait.
-
- THOREAU.
-
-8
-
-La conscience religieuse de l'homme n'est pas immuable: elle se
-transforme constamment, s'claircit et se purifie de plus en plus.
-
-9
-
-Le mal de la vie ne peut tre corrig par rien d'autre que par la
-dmonstration du mensonge religieux et par l'tablissement de la vrit
-religieuse par chaque homme pris individuellement.
-
-
-
-V.--_Le principe raisonnable de l'homme._
-
-1
-
-Qu'est-ce que la raison? Tout ce que nous tablissons, nous
-l'tablissons toujours par la raison. Or, par quoi tablirons-nous la
-raison.
-
-Si nous avons tout tabli par la raison, nous ne pouvons, par cela mme,
-tablir la raison. Mais non seulement nous connaissons tous la raison,
-mais encore il n'y a qu'elle seule que nous connaissons indubitablement
-et tous au mme degr.
-
-2
-
-Nous devons avoir confiance en notre raison. C'est une vrit qu'il
-ne faut pas et que l'on ne doit pas cacher. La foi en la force de la
-raison est la base de toute autre foi. On ne peut croire en Dieu si
-nous diminuons l'importance de la facult l'aide de laquelle nous
-connaissons Dieu. La raison est prcisment la seule facult laquelle
-la rvlation s'adresse. La rvlation ne peut tre comprise que par la
-raison. Si, aprs avoir utilis consciencieusement et impartialement
-nos meilleures facults, certaine doctrine nous semble contradictoire
-et en dsaccord avec les principes essentiels dont nous ne doutons pas,
-nous devons incontestablement nous abstenir de croire cette doctrine.
-Je suis plus persuad que ma nature raisonnable est Dieu, plutt qu'un
-livre ne soit l'expression de sa volont.
-
- CHANNING.
-
-3
-
-La raison rvle l'homme le sens et la signification de sa vie.
-
-4
-
-La raison n'est pas donne l'homme pour apprendre aimer Dieu et son
-prochain. Cette connaissance est dans le coeur de l'homme, indpendamment
-de sa raison. La raison est donne l'homme pour lui indiquer o est
-le mensonge et o est la vrit. Et il suffit l'homme de rejeter le
-mensonge, pour apprendre tout ce qu'il lui faut.
-
-5
-
-Les erreurs et les dsaccords entre hommes dans les recherches et
-l'adoption de la vrit viennent uniquement de leur dfiance de la
-raison; il en rsulte que la vie humaine, guide par les usages, les
-traditions, les modes, les superstitions, les prjugs, la violence, par
-tout ce que l'on veut, sauf la raison, va l'aventure, et la raison
-existe par elle-mme. Souvent il arrive galement que si la rflexion
-est utilise quelque chose, ce n'est pas chercher et propager la
-vrit, mais pour justifier et maintenir, malgr et contre tout, les
-usages, les traditions, les modes, les superstitions, les prjugs.
-
-Les erreurs et les dsaccords des hommes reconnatre l'unique vrit
-ne viennent pas de ce que la raison n'est pas la mme chez tous les
-hommes ou parce qu'elle ne peut pas leur dmontrer la mme vrit, mais
-parce qu'ils ne croient pas la raison.
-
-S'ils avaient foi en leur raison, ils auraient trouv moyen de comparer
-les jugements de leur raison avec ceux des autres. Et ayant trouv ce
-moyen de vrification mutuelle, ils se seraient persuads que la raison
-est la mme chez tous, et ils se seraient soumis ses volonts.
-
- TH. STRAKHOV[2].
-
-6
-
-Autant que l'homme est vridique, autant il est divin; l'invincibilit,
-l'immortalit, la grandeur de la divinit entrent en l'homme avec sa
-vracit.
-
- EMERSON.
-
-7
-
-Souviens-toi que la raison, ayant la facult de vivre par elle-mme,
-te donne la libert, si tu ne l'emploies pas servir ton corps. L'me
-humaine, claire par la raison, est libre de passions qui cachent la
-lumire; elle constitue une vritable forteresse, et l'homme n'a pas de
-refuge plus sr et moins accessible au mal. Celui qui ne le sait pas,
-est aveugle, et celui qui, tout en le sachant, ne croit pas sa raison,
-est rellement malheureux.
-
- MARC-AURLE.
-
-8
-
-L'un des devoirs principaux de l'homme consiste faire briller dans
-toute sa force le clair principe de la raison que nous recevons du Ciel.
-
- _Sagesse chinoise._
-
-9
-
-Je glorifie le christianisme parce qu'il dveloppe, augmente et lve
-ma nature raisonnable. Si je ne pouvais conserver la raison en tant
-chrtien, j'aurais renonc au christianisme. Je sens que mon devoir est
-de sacrifier au christianisme mon bien, ma gloire, ma vie; mais je ne
-saurais sacrifier aucune religion la raison qui m'lve au-dessus de
-la bte et fait de moi un homme. Je ne connais pas de pire sacrilge que
-de renoncer la plus haute facult que l'on tient de Dieu. En agissant
-ainsi, nous nous opposons sciemment l'lment divin qui vit en nous.
-La raison est l'expression suprme de notre nature intelligente. Elle
-correspond l'unit de Dieu et celle de l'univers et tend faire de
-l'me le miroir de l'unit suprme.
-
- CHANNING.
-
-10
-
-L'homme qui ne saurait pas que ses yeux peuvent voir et qui ne les
-ouvrirait jamais, serait trs misrable. Mais l'homme qui ne comprend
-pas que la raison lui est donne pour supporter facilement toutes les
-peines, est plus misrable encore. Grce la raison, nous pouvons venir
- bout de tous les ennuis. L'homme qui raisonne, ne rencontrera pas
-dans la vie des ennuis impossibles, supporter; ils n'existent pas pour
-lui. Et cependant, combien souvent, au lieu de regarder un ennui en
-face, nous tchons lchement de l'viter. Ne serait-il pas prfrable
-de nous rjouir que Dieu nous ait donn le pouvoir de ne pas nous
-chagriner de ce qui nous arrive indpendamment de notre volont, et de
-le remercier de ce qu'Il n'a subordonn notre me qu' ce qui dpend de
-nous-mmes. Il n'a pourtant pas subordonn notre me nos parents, ni
-nos frres, ni la richesse, ni notre corps, ni la mort. Etant bon,
-Il ne l'a soumis qu' ce qui dpend de nous-mmes: notre raison.
-
- PICTTE.
-
-11
-
-Dieu nous a donn la raison pour que nous Le servions. C'est pourquoi
-nous devons veiller sa puret, afin qu'elle puisse toujours
-reconnatre le bien et le mal.
-
-12
-
-L'homme n'est libre que lorsqu'il est dans la vrit; et la vrit est
-rvle par la raison.
-
-
-
-VI.--_La raison vrifie les principes de la foi._
-
-1
-
-Lorsqu'un homme emploie sa raison rsoudre les questions de la cause
-de l'existence du monde et de la cause de sa vie dans ce monde, il sent
-une espce de malaise, d'tourdissement. La raison humaine ne peut
-imaginer de rponses ces questions. Qu'est-ce que cela veut dire? Cela
-signifie que la raison n'est pas donne l'homme pour rpondre ces
-questions, et que c'est une erreur de la raison que de l'esprer. La
-raison ne rsout qu'une question: Comment vivre? Et la rponse est
-claire: Il faut vivre de faon ce que je me sente bien et que les
-autres hommes se sentent bien. Tout ce qui vit en a autant besoin que
-moi. Et la possibilit en est donne tout ce qui vit et moi par la
-raison que je possde. Cette solution exclut toutes les questions: le
-comment et le pourquoi.
-
-2
-
-N'avons-nous pas raison? Il faut que le peuple reste dans le mensonge:
-voyez comme il est peu veill et sauvage!
-
-Non, il est peu veill et sauvage parce qu'il est grossirement tromp.
-C'est pourquoi cessez tout d'abord de le tromper.
-
-3
-
-Si Dieu, en tant qu'objet de notre foi, est au-dessus de notre
-comprhension et si nous ne pouvons le concevoir par la raison, cela ne
-prouve pas encore que nous devions ngliger les fonctions de la raison
-en les considrant comme nuisibles.
-
-Bien que les objets de notre foi soient, sans aucun doute, au-dessus du
-niveau de notre comprhension, notre raison a cependant une si grande
-importance leur gard, que nous ne pouvons absolument pas nous en
-passer. Elle semble remplir les fonctions de censeur qui,--tout en
-admettant, dans le domaine de la foi, la vrit qui est au-dessus de
-la raison, c'est--dire, la vrit mtaphysique,--nie toute vrit
-imaginaire qui est contraire la raison.
-
-Mais en dehors de cette oeuvre positive, la raison accomplit galement
-l'oeuvre ngative de libration de l'homme, des pchs, des tentations
-(justification des pchs) et des superstitions.
-
- TH. STRAKHOV.
-
-4
-
-Sois ton propre flambeau. Sois le refuge. Laisse-toi guider par la
-lumire de ton flambeau et ne cherche pas autre refuge.
-
- LA SOUTHA BOUDDHISTE.
-
-5
-
-Pendant que vous avez la lumire, croyez en la lumire, afin que vous
-soyez les enfants de lumire.
-
- JEAN, XII, 36.
-
-Loin de comprimer la raison, comme le conseillent les faux docteurs, il
-faut la purifier, l'exercer, en contrler tout ce qu'on vous soumet,
-afin de dcouvrir la vritable religion.
-
-
-
-[1] Ville sainte des Hindous. _(Note de l'auteur)._
-
-[2] Philosophe et critique russe, ami de Tolsto, mais ne partageant que
-partiellement ses opinions. _(Note du trad.)._
-
-
-
-
-CHAPITRE XXVII
-
-DU MAL
-
-
-Nous appelons mal tout ce qui trouble le bonheur de notre vie
-corporelle. Et pourtant, toute notre vie n'est qu'une libration
-graduelle de notre me, de ce qui constitue le bonheur de notre corps.
-C'est pourquoi, pour celui qui comprend la vie telle qu'elle est, en
-ralit, le mal n'existe pas.
-
-
-I.--_Ce que nous appelons la souffrance est la condition invitable de
-la vie._
-
-1
-
-C'est un bien pour l'homme que de supporter les malheurs de cette vie
-terrestre, car cela conduit au saint isolement du coeur, et on s'y
-trouve comme un exil de son pays natal et oblig de ne se fier
-aucune joie terrestre. Il est galement bon pour l'homme de se heurter
- des contradictions et des reproches, lorsque l'on pense et que l'on
-parle mal de lui, bien que ses intentions soient pures et ses actes
-justes; car cette manire d'agir le maintient dans l'humilit et est un
-contre-poison de la vaine gloire. Et c'est tout particulirement un bien
-parce que nous pouvons nous entretenir, avec le tmoin qui est en nous,
-qui est Dieu, nous entretenir, alors que le monde nous mprise, nous
-manque de respect et nous prive d'amour.
-
- THOMAS A KEMPIS[1].
-
-2
-
-Si quelque divinit nous avait offert, nous, hommes, de supprimer
-tous nos chagrins, avec toutes leurs causes, nous serions, de prime
-abord, trs tents d'accepter cette proposition. Lorsque le dur travail
-et la misre nous crasent, lorsque la douleur nous mine, lorsque
-l'anxit treint notre coeur, il nous semble qu'il n'y aurait rien de
-meilleur que de vivre sans travailler, dans le calme, l'aisance et la
-paix. Mais aprs avoir got une telle vie, je pense que nous aurions
-bientt demand la divinit de nous rendre notre vie ancienne, avec
-toutes ses peines, ses misres, ses chagrins et ses dangers. La vie,
-exempte de tout chagrin et de toute crainte, nous semblerait bientt
-non seulement peu intressante, mais encore intolrable. Car, avec les
-causes de nos peines, tous les obstacles, tous les dangers et tous les
-checs auraient disparu, supprimant avec eux la tension de nos forces,
-le zle, l'excitation du risque, les efforts de la lutte et les joies
-de la victoire. Il ne resterait que l'accomplissement facile du but, la
-russite sans rsistance. Nous en serions bientt, ennuys comme d'un
-jeu o nous savons d'avance que nous gagnerons chaque coup.
-
- FR. PAULSEN[2].
-
-
-
-II--_Les souffrances veillent l'homme la vie spirituelle._
-
-1
-
-L'homme est l'esprit de Dieu enferm dans un corps.
-
-Au dbut de la vie, l'homme ne le sait pas, et croit que sa vie est
-dans son corps. Mais plus il avance, plus il apprend que la vraie vie
-est dans l'esprit et non dans le corps. Toute l'existence de l'homme
-consiste l'apprendre de mieux en mieux. Et cette connaissance nous est
-donne plus facilement et plus srement par les souffrances corporelles
-qui rendent notre vie telle qu'elle doit tre, c'est--dire spirituelle.
-
-2
-
-La croissance physique sert prparer les provisions pour la croissance
-spirituelle, qui commence lorsque le corps dcline.
-
-3
-
-L'homme vit pour son corps qui dit: tout est mal. L'homme vit pour son
-me qui dit: ce n'est pas vrai, tout est bien. Ce que tu crois mauvais
-est prcisment la meule sans laquelle ce qu'il y a de plus prcieux en
-toi serait mouss et rouill: ton me.
-
-4
-
-Tous les malheurs--ceux des individus comme ceux de l'humanit
-entire--conduisent l'humanit et les hommes, bien que par des chemins
-dtourns, l'unique but qui est donn tous les hommes: la
-manifestation de plus en plus grande de l'lment spirituel, par chaque
-homme spar comme par toute l'humanit.
-
-5
-
-Car je suis descendu du Ciel pour faire non pas ma volont, mais la
-volont de Celui qui m'a envoy. Or, la volont du Pre qui m'a envoy
-est que je ne perde rien de ce qu'il m'a donn, dit Jean (VI, 28-39),
-autrement dit, il est command de conserver, de cultiver, d'amener au
-plus haut degr possible l'tincelle divine qui m'est donne, qui m'est
-confie, comme un enfant sa bonne. Que faut-il pour accomplir cela?
-Non pas satisfaire nos dsirs charnels, celui de la gloire; non la vie
-tranquille, mais, au contraire, l'abstinence, l'humilit, le travail,
-la lutte, les privations, les perscutions, tout ce qui est dit tant de
-fois dans l'Evangile. Et c'est prcisment ce dont nous avons besoin qui
-nous est envoy sous diverses formes, en grandes et en petites mesures.
-Sachons seulement l'accepter comme il convient, comme une preuve dont
-nous avons besoin et qui donne la joie, et non comme quelque chose
-d'ennuyeux qui trouble notre existence bestiale, et celle que nous
-croyons tre la vraie et dont l'accroissement d'intensit nous apparat
-comme un bonheur.
-
-6
-
-Si l'homme pouvait ne pas craindre la mort et ne pas y penser,
-les souffrances affreuses, inutiles, injustifiables et invitables
-suffiraient enlever tout sens raisonnable attribu la vie, disent
-les hommes.
-
-Je m'emploie une bonne oeuvre, incontestablement utile aux autres, et
-brusquement la maladie interrompt mon travail, me fait souffrir sans
-raison. La vis d'un rail se rouille, et il faut que ce soit prcisment
-le jour mme qu'il saute, qu'une excellente mre se trouve dans le
-wagon et que ses enfants soient crass devant elle. Il faut que
-le tremblement de terre se produise juste l'endroit o se trouve
-Lisbonne ou Verny, et que des innocents soient ensevelis sous la terre
-et prissent dans d'affreux tourments. Pourquoi les milliers d'autres
-accidents affreux, ineptes, tant de souffrances qui frappent les hommes?
-Quel sens cela?
-
-La rponse est que ces raisonnements sont absolument justes pour ceux
-qui ne reconnaissent pas la vie spirituelle. Pour eux, la vie humaine
-n'a rellement aucun sens. La vie de ceux qui n'admettent pas de vie
-spirituelle ne saurait, en effet, qu'tre insense et malheureuse. Et
-s'ils dduisaient tout ce qui dcoule invitablement de leur conception
-matrielle de la vie, ils ne pourraient vivre un instant de plus. Car
-aucun ouvrier ne serait rest chez un patron qui, en l'engageant, aurait
-exig le droit de brler, toutes les fois qu'il en aurait envie, cet
-ouvrier sur un feu lent, ou bien de l'corcher vif, de le soumettre
- toutes les horreurs que le patron ferait subir ses ouvriers, en
-prsence de celui qu'il engage. Si les hommes comprenaient rellement
-la vie, comme ils le disent, c'est--dire uniquement comme une
-existence matrielle, nul parmi eux, par la seule crainte des affreux
-et inexplicables tortures qu'il voit autour de lui et qui peuvent
-l'assaillir tout instant, ne continuerait vivre sur la terre.
-
-Pourtant, les hommes vivent, se plaignent, se lamentent, mais continuent
- vivre.
-
-Il n'y a qu'une seule explication celte trange contradiction: c'est
-que tous les hommes savent, dans leur for intrieur, que leur vie n'est
-pas dans leur corps, mais dans leur me, et que toutes les souffrances
-sont ncessaires, indispensables pour le bien de la vie spirituelle;
-quand, ne voyant aucun sens la vie humaine, ils se rvoltent
-contre les souffrances, mais continuent nanmoins vivre, cela tient
-uniquement ce que leur raison affirme la matrialit de leur vie,
-tandis qu'ils sentent, au fond de leur me, qu'elle est spirituelle et
-qu'aucune souffrance ne peut priver l'homme de son vrai bonheur.
-
-
-
-III.--_Les souffrances apprennent l'homme considrer la vie au point
-de vue raisonnable._
-
-1
-
-Tout ce que nous appelons mal, toute peine, condition de l'envisager
-comme il convient, amliore notre me. Et toute l'oeuvre de la vie
-consiste en cette amlioration.
-
-En vrit, en vrit, je vous dis que vous pleurerez et vous vous
-lamenterez, et le monde se rjouira; vous serez dans la tristesse, mais
-votre tristesse sera change en joie. Quand une femme accouche, elle a
-des douleurs parce que son terme est venu; mais ds qu'elle a accouch
-d'un enfant, elle ne se souvient plus de son travail, cause de sa joie
-de ce qu'un homme est n dans le monde.
-
- JEAN, XVI, 20-21.
-
-2
-
-Les souffrances de la vie draisonnable amnent reconnatre la
-ncessit d'une vie raisonnable.
-
-3
-
-De mme que seuls les tnbres de la nuit rvlent les astres clestes,
-seules les souffrances rvlent la vraie signification de la vie.
-
- THOREAU.
-
-4
-
-Les obstacles extrieurs ne font pas de mal l'homme d'esprit fort,
-car le mal est tout ce qui dfigure ou affaiblit, comme cela est le cas
-pour les animaux que les obstacles irritent ou affaiblissent; mais pour
-l'homme qui les accueille avec la force d'esprit qui lui est donne,
-tout obstacle ne peut qu'augmenter sa beaut morale et sa force.
-
- MARC-AURLE.
-
-5
-
-Seulement aprs avoir prouv la souffrance, j'ai appris la parent des
-mes humaines entre elles. Il suffit de bien souffrir soi-mme pour
-savoir comprendre tous ceux qui souffrent. Bien plus: la raison mme
-devient plus lucide; on commence connatre la situation et la carrire
-des gens qui s'taient cachs jusque-l, et l'on aperoit nettement ce
-dont chacun a besoin. Grand est le Dieu qui nous instruit ainsi I Et
-par quoi nous instruit-il? Par les misres mmes que nous fuyons. C'est
-par les souffrances et les peines qu'il nous est donn d'acqurir les
-petites parcelles de sagesse, de celle qui ne s'apprend pas dans les
-livres.
-
- GOGOL.
-
-6
-
-Si Dieu nous donnait des ducateurs et si nous savions srement qu'ils
-nous sont envoys par Dieu, nous leur obirions librement avec joie.
-
-Et nous possdons bien ces ducateurs: ce sont la misre et tous les
-accidents de la vie.
-
- PASCAL.
-
-7
-
-Tout ce que la Providence envoie tout tre vivant lui est non
-seulement utile, mais encore utile au moment o la Providence le lui
-envoie.
-
- MARC-AURLE.
-
-8
-
-L'homme qui ne reconnat pas la bienfaisance des souffrances, n'a pas
-encore commenc vivre de la vie raisonnable, c'est--dire de la vraie
-vie.
-
-
-
-IV.--_Les maladies n'entravent pas la vraie vie, mais y aident._
-
-1
-
-Rien qu'en voyant combien sont faibles et souvent mauvais ceux qui
-tout russit dans la vie, qui se portent toujours bien, qui sont riches,
-qui ne connaissent ni les offenses, ni les humiliations, on voit combien
-les preuves sont indispensables l'homme. Et nous nous plaignons de
-devoir les supporter!
-
-2
-
-Il n'est point de maladie qui puisse empcher l'accomplissement du
-devoir. Si tu ne peux pas servir les hommes par tes travaux, sers-les
-par l'exemple de patience et d'amour.
-
-3
-
-Il y a une histoire o l'on conte qu'un homme a t puni, cause de
-ses pchs, par l'impossibilit de mourir. On peut dire srement que
-si l'homme avait t puni par l'impossibilit de souffrir, la punition
-aurait t tout aussi pnible.
-
-4
-
-Ce n'est pas bien de cacher un malade qu'il peut mourir de sa maladie.
-Il faut, au contraire, le lui rappeler. En le lui cachant, nous le
-privons du bienfait que lui donne la maladie; elle voque en lui, par la
-conscience de la mort prochaine, la conscience de la vie spirituelle.
-
-5
-
-Le feu dtruit et chauffe. Il en est de mme de la maladie. Lorsque,
-bien portant, nous tchons de bien vivre, nous le faisons avec
-difficult; durant la maladie, au contraire, tout le poids des
-tentations mondaines disparat, on se sent brusquement libre, et l'on
-est mme effray de penser--tout le monde l'a prouv--qu'aussitt la
-maladie passe, ce poids retombe sur vous de toute sa force.
-
-6
-
-Plus l'homme souffre physiquement, mieux il se sent moralement. C'est
-pourquoi l'homme ne peut pas tre malheureux. Le spirituel et le
-corporel sont comme deux flaux d'une balance: plus le corporel est
-lourd, plus le spirituel s'lve, plus l'me est bien, et _vice versa._
-
-7
-
-La dcrpitude, la sensibilit marquent l'vanouissement de la
-conscience et de la vie de l'homme, dit-on souvent.
-
-Je me reprsente, d'aprs la lgende, le vieux Jean Thologue, tomb
-dans l'enfance. Il n'aurait fait que rpter: Mes frres, aimez-vous
-les uns les autres.
-
-Un petit vieillard centenaire, marchant avec peine, aux yeux larmoyants,
-marmottant toujours les mmes trois mots: aimez-vous tous. Dans un
-tel homme, l'existence animale est presque imperceptible; elle s'est
-dsagrge sous l'action de la nouvelle conception du monde, du nouvel
-tre qui n'a plus rien de charnel.
-
-Un homme, comprenant la vie comme elle doit tre comprise en ralit,
-ne saurait parler de l'amoindrissement de sa vie par les maladies et
-la vieillesse; ce serait se lamenter du fait qu'en s'approchant de la
-lumire, son ombre diminue mesure qu'il avance.
-
-
-
-V.--_Ce que nous appelons le mal, ce sont nos fautes._
-
-1
-
-Le mal est uniquement en nous, c'est--dire d'un endroit d'o l'on peut
-le chasser.
-
-2
-
-Souvent un homme superficiel, en songeant aux malheurs qui affligent le
-genre humain, perd l'espoir dans la possibilit de l'amlioration de la
-vie, et se sent mcontent de la Providence qui dirige le monde. IL y a
-l une grande erreur. tre satisfait de la Providence (bien qu'elle nous
-ait trac le chemin le plus difficile dans la vie) est essentiellement
-important pour ne pas perdre courage au milieu de nos malheurs, mais
-surtout pour ne pas perdre de vue notre faute nous, tout en n'en
-accusant pas le sort, cette faute tant la seule cause de tous nos
-malheurs.
-
- D'aprs KANT.
-
-3
-
-L'homme peut viter les malheurs que Dieu lui envoie, mais il ne peut
-tre sauv des malheurs qu'il cause lui-mme par sa mauvaise vie.
-
-
-
-VI.--_La conscience des bienfaits de la souffrance supprime son poids._
-
-1
-
-Que faire lorsque tout nous abandonne: la sant, la joie, l'affection,
-la fracheur des sens, la mmoire, la capacit du travail, lorsqu'il
-nous semble que le soleil devient froid et que la vie perd tous ses
-charmes? Que faire quand nous n'avons plus aucun espoir? Nous griser,
-ou nous ptrifier? Il n'y a jamais qu'une seule rponse: vivre d'une
-vie spirituelle, crotre sans cesse. Arrive ce que pourra, si ta
-conscience est tranquille, si tu sens que tu accomplis ce que ton tre
-spirituel demande. Sois ce que tu dois tre; le reste est affaire de
-Dieu. Et quand mme il n'y aurait pas de Dieu saint et charitable, la
-vie spirituelle serait, nanmoins, la solution du mystre et l'toile
-polaire de l'humanit mouvante, car elle, seule donne le vrai bonheur.
-
- AMIEL.
-
-2
-
-Sache seulement et crois que tout ce qui t'arrive te conduit vers ton
-vrai bonheur spirituel, et tu accueilleras la maladie, la misre,
-l'outrage; tout ce que les hommes considrent comme des malheurs, non
-comme des malheurs, mais comme ncessaires pour ton bien, de mme que le
-cultivateur accueille la pluie qui le trempe, mais qui est ncessaire
-son champ, comme le malade prend un mdicament amer.
-
-3
-
-Souviens-toi que la facult par laquelle se distingue un tre
-raisonnable, c'est la soumission libre son sort, et non la lutte
-honteuse contre lui, car cette lutte est le propre des btes.
-
- MARC-AURLE.
-
-4
-
-Chacun a sa croix, son joug, non pas dans le sens du poids, mais dans
-le sens de la destine de la vie, et lorsque nous ne considrons pas la
-croix comme un poids, mais comme une destine, il nous est facile de
-la porter. Cela nous est facile lorsque nous sommes humbles de coeur,
-dociles et modestes. Et cela devient plus facile encore lorsque nous
-renonons nous-mmes; et cela est encore plus facile lorsque nous
-la portons toutes les heures, comme nous l'enseigne le Christ. Et
-cela devient de plus en plus facile lorsque nous nous oublions dans le
-travail spirituel, de mme que les gens s'oublient dans les travaux
-mondains. La croix qui nous est envoye est ce quoi nous devons
-travailler. Toute notre vie est dans ce travail. Si la croix est une
-maladie--il faut la porter avec humilit; si c'est une offense faite
-par les gens--c'est de savoir payer le mal par le bien; si c'est,
-une humiliation,--c'est de s'abaisser; si c'est la mort--c'est de
-l'accueillir avec gratitude.
-
-5
-
-Plus on repousse sa croix, plus elle devient lourde.
-
- AMIEL.
-
-6
-
-La faon dont l'homme accueille son sort est incontestablement plus
-importante que le sort mme.
-
- HUMBOLDT.
-
-7
-
-Aucun chagrin n'est aussi grand que la crainte qu'on en a.
-
-8
-
-Si tu as un ennemi et que tu sais en profiler pour t'exercer sur lui
-aimer tes ennemis, ce que tu considres comme mal deviendra pour toi un
-grand bien.
-
-9
-
-La maladie, la perte d'un membre, la dception cruelle, la perle des
-biens ou des amis semblent d'abord des pertes irrparables. Mais les
-annes donnent ces perles une grande force curative.
-
- EMERSON.
-
-10
-
-A l'poque pnible des maladies, des pertes et de malheurs, la prire
-est plus ncessaire qu' tout autre moment,--non pas la prire de nous
-pargner, mais de reconnatre notre dpendance de la volont suprme.
-Que Ta volont soit faite et non la mienne, et non comme je le veux,
-mais comme Tu le veux. Ma mission est d'accomplir Ta volont dans les
-conditions o tu m'as plac. Dans les moments difficiles, il est on
-ne peut plus ncessaire de nous rappeler que si nous souffrons, cette
-souffrance nous est justement donne afin que nous puissions montrer que
-nous voulons accomplir Sa volont et non la ntre.
-
-
-
-VII--_Les souffrances ne peuvent entraver l'accomplissement de la
-volont de Dieu._
-
-1
-
-L'homme n'est jamais plus prs de Dieu que lorsqu'il est dans le
-malheur. Profitez-en pour ne pas perdre l'occasion de vous rapprocher
-de ce qui donne seul le bonheur constant.
-
-2
-
-Combien est juste l'ancien proverbe disant que Dieu envoie la souffrance
- celui qu'Il aime. Pour celui qui y croit, la souffrance n'est pas une
-souffrance, mais un bonheur.
-
-3
-
-Il te sufft de te dire que la volont de Dieu s'accomplit dans tout ce
-qui arrive, de croire que la volont de Dieu est toujours le bien, et tu
-ne craindras plus rien, et la vie sera toujours un bonheur pour toi.
-
-
-
-[1] Ou Thomas Hemerken, auteur prsum de _l'Imitation de Jsus-Christ.
-(Note du trad.)._
-
-[2] Philosophe allemand, de tendance no-karitienne, professeur
-l'Universit de Berlin. _(N. du trad.)._
-
-
-
-
-CHAPITRE XXVIII
-
-DE LA MORT
-
-
-Si l'homme croit que sa vie est dans son corps, sa vie s'achve avec la
-mort de son corps. Mais si l'homme considre que sa vie est dans son
-me, il ne peut mme pas se reprsenter la fin de sa vie.
-
-
-I.--_La vie de l'homme ne finit pas lorsque son corps meurt._
-
-
-1
-
-Toute la vie de l'homme, depuis sa naissance jusqu' sa mort, ressemble
- un jour de sa vie, depuis qu'il s'veille et jusqu' ce qu'il
-s'endorme.
-
-Souviens-toi comment tu te rveilles aprs un sommeil profond, comment
-tu ne reconnais pas d'abord l'endroit o tu le trouves, comment tu ne
-reconnais pas celui qui est ton chevet et qui te rveille; comment
-tu ne veux pas te lever et qu'il te semble n'en avoir pas la force.
-Mais, peu peu, tu reviens toi, tu commences comprendre ce que tu
-es et o tu te trouves, tu te lves et tu te mets l'ouvrage. Il en
-est de mme, trs peu de choses prs, de l'homme lorsqu'il nat et
-commence entrer peu peu dans la vie, gagner des forces, devenir
-raisonnable et travailler.
-
-La diffrence consiste en ce fait que les manifestations du sommeil se
-passent rapidement, tandis que celles de la croissance durent des mois,
-des annes.
-
-Ensuite, un jour ressemble galement la vie humaine tout entire. En
-s'veillant, l'homme travaille, s'occupe, et plus la journe avance,
-plus il devient alerte. Arriv au milieu de la journe, il ne se sent
-plus aussi robuste que le matin; et vers le soir, il se fatigue de plus
-en plus et il a dj envie de se reposer. Il en est de mme de la vie
-entire.
-
-Dans sa jeunesse, l'homme est alerte et il vit gaiement; vers le milieu
-de sa vie, il n'est plus aussi robuste, et dans la vieillesse, il se
-sent fatigu et il a de plus en plus envie de repos. Et de mme que la
-nuit arrive la fin de la journe et que l'homme se couche, de mme que
-les ides commencent se brouiller dans sa tte, et, en s'endormant,
-qu'il se sent s'en aller, il a la mme sensation lorsqu'il meurt.
-
-De sorte que l'veil d l'homme est une petite naissance; la journe,
-depuis le matin jusqu' la nuit, est une petite vie; le sommeil est une
-petite mort.
-
-2
-
-Lorsque le tonnerre gronde, nous savons que la foudre est dj tombe
-et le tonnerre ne peut plus nous tuer; cependant, nous tressaillons
-toujours en entendant un coup de tonnerre. Il en est de mme de la mort.
-
-Il semble celui qui ne comprend pas le sens de la vie, que tout prit
-avec la mort, et il la craint, se cache d'elle comme le sot se cache
-d'un coup de tonnerre, alors que ce coup ne peut plus le tuer.
-
-3
-
-Parce qu'un homme a travers lentement l'espace qui s'ouvre mes
-yeux et au del duquel je ne vois plus, et qu'un autre l'a travers
-rapidement, je ne vais pas penser que celui qui marchait lentement vit
-plus longtemps que celui qui marchait vite. Je ne sais qu'une chose: je
-sais que si j'ai vu un homme passer vite ou lentement devant ma fentre,
-l'un et l'autre ont exist avant que je ne les vis et qu'ils vivront
-aussi aprs. Il en est de mme des hommes dont j'ai vu la vie courte ou
-longue avant leur mort.
-
-4
-
-La mort est la transformation de l'enveloppe laquelle notre me est
-lie. Il ne faut pas confondre l'enveloppe avec ce qu'il y a dedans.
-
-5
-
-Souviens-toi que tu ne restes pas sur place, mais que tu passes, que tu
-n'es pas dans une maison, mais dans un train qui te conduit la mort.
-Souviens-toi que ton corps ne fait que passer et que seul l'esprit vit
-en toi.
-
-6
-
-Bien que je ne puisse pas le prouver indubitablement, je sais toutefois
-que l'lment immatriel libre et raisonnable qui vit en moi ne peut pas
-mourir.
-
-7
-
-Mme si je me trompais, en supposant que les mes sont immortelles,
-je serais heureux et satisfait de mon erreur; et, tant que je suis en
-vie, aucun homme ne sera mme d'branler cette conviction. Cette
-conviction me donne le calme et la satisfaction absolue.
-
- CICRON.
-
-
-II.--_La vraie vie est en dehors du temps; c'est pourquoi elle n'a pas
-d'avenir._
-
-1
-
-Le temps cache la mort. Lorsque l'on compte avec le temps, on ne peut
-s'imaginer qu'il finisse.
-
-2
-
-La raison pour laquelle l'ide de la mort ne fait pas l'effet qu'elle
-pourrait produire, rside en ce fait qu'en raison de notre nature
-d'tres actifs, nous aurions d ne pas penser du tout la mort.
-
- KANT.
-
-3
-
-La question de savoir si la vie existe au-del, ou non, est la mme que
-de savoir si le temps est le produit de notre facult de penser, ou une
-condition indispensable de tout ce qui existe.
-
-Que le temps ne puisse tre une condition indispensable tout ce qui
-existe, cela peut tre prouv par le fait que nous sentons en nous-mmes
-quelque chose qui n'est pas subordonn au temps: notre vie dans le
-prsent. C'est pourquoi la question de savoir si la vie d'outre-tombe
-existe ou non, est la mme que de demander laquelle des deux choses est
-relle: notre conception du temps, ou la conscience de notre vie dans le
-prsent.
-
-4
-
-Si l'homme base sa vie sur le prsent, il ne peut tre question pour lui
-de sa vie future.
-
-
-
-III.--_La mort ne peut effrayer un homme qui vit de la vie spirituelle._
-
-1
-
-La mort libre si facilement de toutes les difficults et de tous les
-malheurs, que ceux qui ne croient pas l'immortalit devraient la
-souhaiter. Et ceux qui croient en l'immortalit, qui attendent une vie
-nouvelle, devraient la souhaiter plus encore. Pourquoi donc la plupart
-des hommes ne la dsirent pas? C'est parce qu'ils vivent de la vie
-corporelle, et non de la vie spirituelle.
-
-2
-
-Les souffrances et la mort se prsentent l'homme comme un malheur
-quand il prend la loi de son existence corporelle et bestiale pour la
-loi de sa vie. Alors seulement, il s'abaisse au niveau de l'animal,
-alors seulement les souffrances et la mort l'effraient. De tous
-cts, elles se ruent sur lui et le chassent sur l'unique route de la
-vie humaine qui lui est ouverte, celle de la loi de la raison et se
-manifestant par l'amour. Les souffrances et la mort ne sont que les
-drogations la loi de la vie. Si l'homme menait une vie absolument
-spirituelle, il n'y aurait pour lui ni souffrances, ni mort.
-
-3
-
-Craindre la mort revient au mme que de craindre les fantmes, de
-craindre ce qui n'existe pas.
-
-4
-
-Pour l'homme qui vit pour son me, la destruction du corps n'est qu'une
-libration, et les souffrances sont les conditions invitables de cette
-libration. Mais quelle est la situation de celui qui croit que toute sa
-vie est dans son corps, lorsqu'il voit que la seule chose dont il vit--
-son corps--se dtruit et qu'il doit, de plus, endurer des souffrances?
-
-5
-
-L'animal meurt sans s'apercevoir de la mort et presque sans la craindre.
-Pourquoi donc l'homme doit-il voir la fin qui le guette, et pourquoi lui
-semble-t-elle si affreuse, au point qu'elle le force parfois mettre
-fin ses jours? Je ne sais pourquoi cela est ainsi; mais je sais dans
-quel but: pour que l'homme conscient et raisonnable transforme sa vie
-charnelle en vie spirituelle. Cette transformation abolit non seulement
-la crainte de la mort, mais encore elle donne l'attente de la mort une
-sensation analogue celle qu'prouve le voyageur l'approche de sa
-maison.
-
-6
-
-La vie n'a rien de commun avec la mort. C'est probablement pour cela
-que s'veille en nous l'espoir inepte qui obscurcit la raison et nous
-fait douter de l'exactitude de notre connaissance quant au caractre
-invitable de la mort. La vie corporelle tend s'obstiner dans
-l'existence. Elle rpte toujours, comme le perroquet dans la fable,
-mme au moment o on l'trangle: Ce n'est rien, a.
-
- AMIEL.
-
-7
-
-Le corps est le mur qui limite l'esprit et qui l'empche d'tre libre.
-L'esprit tend sans cesse carter ces murs, et toute la vie d'un homme
-de raison se passe ce travail de libration de l'esprit de l'emprise
-du corps. La mort complte celte libration. C'est pourquoi la mort non
-seulement n'est pas effrayante, mais est une joie pour celui qui mne
-une vie juste.
-
-8
-
-Si la mort est effrayante, la cause en est en nous-mmes, non en elle.
-Meilleur est l'homme, moins il craint la mort.
-
-Pour le saint il n'y a pas de mort.
-
-9
-
-Tu crains la mort, mais songe ce que tu deviendrais si tu devais vivre
-ternellement tel que tu es actuellement?
-
-10
-
-Il est tout aussi draisonnable de souhaiter la mort que de la craindre.
-
-11
-
-L'homme qui mne une vie raisonnable ressemble celui qui porte une
-lanterne pour clairer son chemin. Cet homme n'arrive jamais au bout de
-l'endroit clair, car cette surface se dplace toujours devant lui.
-Telle est la vie raisonnable, et cette vie seule n'a pas de mort, parce
-que la lanterne claire sans cesse, jusqu'au dernier moment, et l'on
-suit la lanterne aussi tranquillement que durant la vie.
-
-
-
-IV.--_L'homme doit vivre par ce qu'il y a d'immortel en lui._
-
-1
-
-La question de savoir si notre vie finit avec le corps est trs
-importante et on ne peut faire autrement que d'y rflchir. Suivant que
-nous croyons l'immortalit ou non, nos actes seront raisonnables ou
-insenss.
-
-Ainsi, notre premier souci est de rsoudre la question de savoir si nous
-mourons compltement lorsque la vie quitte le corps, ou si cette mort
-n'est pas complte, d'tablir ce qui est immortel en nous. Lorsque nous
-aurons compris cela, il est vident que nous nous soucierons plus de ce
-qui est immortel que de ce qui est mortel.
-
-La voix qui nous dit que nous sommes immortels est la voix de Dieu qui
-vit en nous.
-
- D'aprs PASCAL.
-
-2
-
-L'exprience nous apprend que bien des gens informs de la doctrine
-sur la vie d'outre-tombe et convaincus de son existence, s'adonnent
-nanmoins aux vices et commettent des actes de bassesse en s'ingniant
-chercher les moyens qui leur permettraient d'viter les consquences de
-leur conduite qui les menacent dans l'avenir. Et en mme temps, je doute
-qu'il ait jamais exist un seul homme moral sur la terre qui ait pu se
-faire l'ide que tout finit avec la mort, et dont la noble tournure
-d'esprit ne se serait pas leve jusqu' l'espoir de la vie future.
-C'est pourquoi il me semble qu'il serait plus conforme la nature
-humaine et la puret des moeurs de fonder la foi en la vie future sur
-les sentiments d'une me noble, plutt que de baser la noble conduite
-sur l'espoir d'une vie future.
-
- KANT.
-
-3
-
-Il n'y a qu'une chose que nous sachions indubitablement: La vie de
-l'homme est pareille une hirondelle qui traverse la chambre. Nous
-venons on ne sait d'o, et nous allons on ne sait o. Une obscurit
-impntrable est derrire nous, des ombres paisses sont devant nous.
-Quelle importance cela pourra-t-il avoir pour nous, lorsque notre moment
-sera venu, que nous ayons ou non mang de bons plats, port ou non
-des vtements souples, laiss une fortune considrable ou aucune, que
-nous ayons recueilli les lauriers de la gloire ou que nous ayons t
-mpriss, que nous ayons t considrs comme des savants ou comme des
-ignorants, qu'est tout cela en comparaison de l'emploi que nous ayons
-fait du talent que le Matre nous a confi!
-
-Quelle valeur tout cela aura pour nous quand notre vue se brouillera et
-que nos oreilles deviendront sourdes? Nous serons calmes celte heure,
-seulement alors que nous aurons veill constamment au don de la vie
-spirituelle qui nous avait t confi, quand nous l'aurons dvelopp
-jusqu'au point o la destruction du corps cesse d'tre effrayante.
-
- HENRY GEORGE.
-
-4
-
-Extrait du testament d'un roi mexicain:
-
-Tout sur la terre a une limite, et les plus puissants et les plus
-heureux tombent, dans leur grandeur et dans leur joie, en poussire.
-Toute la terre n'est qu'une grande tombe, et il n'y a rien sa surface
-qui ne soit cach dans la tombe sous terre. Les eaux, les fleuves et les
-torrents s'lancent vers leur destination et ne reviennent plus leur
-source heureuse. Tous se htent pour s'ensevelir dans les profondeurs de
-l'ocan infini. Ce qui tait hier n'est plus aujourd'hui; et ce qui est
-aujourd'hui ne sera plus demain. Le cimetire est plein des dpouilles
-de ceux qui taient jadis pleins de vie, qui taient rois, gouvernaient
-les peuples, prsidaient les assembles, commandaient les armes,
-faisaient la conqute de pays nouveaux, exigeaient qu'on s'incline
-devant eux, taient gonfls de vanit, de richesse, de pouvoir.
-
-Mais la gloire est passe comme la fume noire sortant du volcan et n'a
-rien laiss qu'une mention sur la feuille du chroniqueur.
-
-Les grands, les sages, les braves, les magnifiques, hlas! o sont-ils
-maintenant? Ils sont tous mls l'argile, et ce qui leur est arriv
-nous arrivera; cela arrivera aussi ceux qui seront aprs nous.
-
-Mais prenez courage vous tous, chefs clbres, amis srs et sujets
-fidles--aspirons tous ce Ciel o tout est ternel et o il n'y a ni
-putrfaction, ni destruction.
-
-L'obscurit est le berceau du soleil, et les tnbres de la nuit sont
-ncessaires pour faire briller les toiles.
-
- TETSKOUKO NEZAGOUAL KOPOTL (env. 1460 av. J.-C.).
-
-5
-
-La mort est invitable pour tout ce qui est n, comme la naissance est
-invitable pour tout ce qui est mortel. C'est pourquoi on ne doit pas
-s'lever contre l'invitable. La situation antrieure des tres est
-inconnue, leur situation intermdiaire est vidente, leur situation
-future ne peut tre connue; ds lors, quoi bon nous soucier, nous
-inquiter? Certaines gens considrent l'me comme un miracle, d'autres
-en parlent et en entendent parler avec tonnement, mais personne n'en
-sait rien.
-
-La porte du ciel t'est entr'ouverte juste autant qu'il te le faut.
-Dbarrasse-toi des soucis et des inquitudes, et dirige ton me vers le
-spirituel. Que tes actes soient gouverns par toi-mme, et non par les
-vnements. Ne sois pas de ceux qui agissent en vue de la rcompense.
-Sois attentif, fais ton devoir, ne pense pas aux consquences, afin
-qu'il te soit indiffrent que l'affaire finisse bien ou mal pour toi.
-
- _Bagavad Hita hindoue._
-
-6
-
-Nous sommes ici comme des passagers sur quelque grand bateau, dont le
-capitaine possde une liste que nous ne connaissons pas; et il sait o
-il est indiqu o et quand chacun de nous doit tre dbarqu. Mais tant
-que nous sommes bord, nous ne pouvons faire autrement que de nous
-efforcer, tout en observant la loi tablie sur le vaisseau, de passer
-avec nos compagnons de voyage, en paix et en amour le temps qui nous est
-assign.
-
-7
-
-Serait-il possible que le changement t'effraie? Rien ne se fait sans
-lui. Il est impossible de chauffer de l'eau sans qu'une transformation
-s'opre dans le bois. La nutrition est impossible sans changer les
-aliments. Toute la vie humaine n'est rien de plus qu'une transformation.
-Comprends que le changement qui t'attend a absolument le mme sens et
-qu'il est tout aussi indispensable de par la nature des choses. Il n'y
-a qu' se soucier uniquement de ne pas agir contrairement la vraie
-nature humaine; il faut agir en tout suivant ses indications.
-
- MARC-AURLE.
-
-8
-
-Ce monde est horrible si les souffrances qu'on y endure ne suscitent
-pas le bien. C'est une odieuse organisation, cre uniquement pour
-tourmenter les hommes moralement et physiquement. S'il en est ainsi, ce
-monde fait le mal, non pour le bien futur, mais inutilement, sans but,
-et il est parfaitement immoral. Il semble attirer les hommes tout exprs
-pour les faire souffrir. Il nous frappe depuis notre naissance; mle de
-l'amertume chaque coupe de bonheur et enveloppe la mort de terreur.
-Et certes, si Dieu et l'immortalit n'existent pas, le dgot de la
-vie manifest par les hommes est comprhensible: il est provoqu par
-l'ordre, ou plutt par le dsordre existant, par l'affreux chaos moral,
-comme on devrait l'appeler.
-
-Mais si Dieu existe au-dessus de nous et l'ternit au-devant de nous,
-tout change. Nous discernons le bien dans le mal, la lumire dans les
-tnbres, et l'espoir chasse le dsespoir.
-
-Laquelle de ces deux suppositions est la plus probable? Peut-on admettre
-que des tres moraux--les hommes--soient mis dans la ncessit de
-maudire avec raison l'ordre existant dans le monde, alors qu'ils ont
-une issue qui rsout leur contradiction? Ils doivent maudire le monde
-et le jour de leur naissance si Dieu et la vie future n'existent pas.
-Si, au contraire, l'un et l'autre existent, la vie devient un bonheur
-par elle-mme et le monde un endroit de perfectionnement moral et
-d'accroissement infini de bonheur et de saintet.
-
- D'aprs ERASME.
-
-9
-
-Pascal dit que si nous nous tions vus en rve toujours dans la mme
-situation et, en ralit, dans des situations diffrentes, nous aurions
-pris le rve pour la ralit et la ralit pour le rve.... Ce n'est pas
-tout fait exact. La ralit se distingue du rve par le fait que dans
-la vie relle nous avons la facult d'agir conformment nos exigences
-morales; tandis qu'en rve, nous savons souvent que nous accomplissons
-des actes vils et immoraux qui ne nous sont pas habituels, mais dont
-nous ne pouvons nous contenir. Il serait donc plus exact de dire que si
-nous ne connaissions pas la vie pendant laquelle nous serions plus aptes
- satisfaire nos exigences morales qu'en rve, nous aurions considr
-le sommeil comme une vraie vie et nous n'aurions jamais dout que celte
-vie ne soit relle. Toute notre vie, depuis la naissance jusqu' la
-mort, avec ses rves, n'est-elle pas, son tour, un songe et que nous
-prenons pour la ralit, pour la vie relle, dont nous ne doutons pas,
-uniquement parce que nous ne connaissons pas de vie o notre libert
-de suivre les exigences morales de l'me serait plus grande encore que
-celle dont nous jouissons actuellement?
-
-10
-
-Si ta courte vie est tout ton avoir, tche d'en faire tout ce qui est
-possible.
-
- SAID BEN HAMED.
-
-11
-
-Comment vivre sans savoir ce qui nous attend? demandent les hommes. Et,
-cependant, lorsque tu vis sans songer ce qui t'attend et uniquement
-pour pouvoir manifester ton amour, la vraie vie commence pour toi.
-
-12
-
-L'amour ne supprime pas seulement la crainte de la mort, mais encore
-la pense de la mort. Une vieille paysanne disait sa fille, quelques
-heures avant sa fin, qu'elle tait contente de mourir en t. Lorsque sa
-fille lui demanda pourquoi, la moribonde rpondit que c'est parce qu'il
-est plus difficile de creuser la tombe en hiver qu'en t. La vieille
-n'avait pas de peine mourir parce que, jusqu'au, dernier moment, elle
-ne pensait pas elle-mme, mais aux autres.
-
-Accomplis des oeuvres d'amour, et il n'y aura pas de mort pour toi.
-
-13
-
-Lorsque tu es venu au monde, tu pleurais, tandis que tout le monde se
-rjouissait autour de toi; arrange-toi de faon ce que tout le monde
-pleure lorsque tu quitteras le monde, et que toi seul tu puisses sourire.
-
-
-
-V.--_La pense la mort aide la vie spirituelle._
-
-1
-
-Pour te forcer bien agir, souviens-toi plus souvent que tu mourras
-srement bientt. Reprsente-toi que tu es la veille de la mort et
-tu ne ruseras plus, ne tromperas plus, ne mentiras plus, ne mdiras
-plus, n'injurieras plus, ne t'irriteras plus, ne prendras plus ce qui
-ne t'appartient pas. A la veille de la mort, on ne peut accomplir que
-des actions simples et bonnes. Et ces actions sont toujours les plus
-ncessaires et les plus joyeuses. C'est pourquoi il est toujours bon,
-surtout lorsqu'on est dsorient, de songer la mort.
-
-2
-
-Lorsque les hommes savent que la mort est venue, ils prient, confessent
-leurs pchs, afin de pouvoir se prsenter devant Dieu avec une me
-pure. Mais nous mourons tous les jours un peu, et tout instant nous
-pouvons mourir tout fait, C'est pourquoi nous n'aurions pas d
-attendre la dernire heure, mais tre prt tout moment.
-
-Et tre prt mourir, c'est bien vivre.
-
-La mort est toujours suspendue au-dessus de nous, prcisment pour que
-nous soyons toujours prts mourir et vivions bien en se prparant la
-mort.
-
-3
-
-Tu devras mourir bientt! Et pourtant tu ne peux toujours pas te librer
-de l'hypocrisie et des passions, tu ne peux pas abandonner le prjug de
-croire que tout ce qui est extrieur peut nuire l'homme, tu ne peux
-pas devenir humble envers chacun.
-
- MARC-AURLE.
-
-4
-
-En vue de la mort, la vie entire devient solennelle, grave, rellement
-fconde et joyeuse. En vue de la mort, il nous est impossible de ne pas
-accomplir le travail qui nous est destin dans cette vie, parce qu'on ne
-peut travailler avec ardeur rien d'autre. Et lorsque nous travaillons
-ainsi, la vie devient joyeuse, et la crainte de la mort n'existe plus,
-cette crainte qui empoisonne la vie de ceux qui ne vivent pas en vue de
-la mort.
-
-5
-
-Vis comme si tu devais tout de suite dire adieu la vie, comme si le
-temps qui t'est accord tait un don inattendu.
-
- MARC-AURLE.
-
-6
-
-Vis comme si tu devais vivre un sicle et mourir le soir mme. Travaille
-comme si tu pouvais vivre ternellement et traite les hommes comme si tu
-devais mourir immdiatement.
-
-7
-
-La vie dans l'oubli de la mort et la vie avec la conscience de son
-approche continuel sont deux tats absolument diffrents. L'un se
-rapproche de l'tat bestial, l'autre de l'tat divin.
-
-
-
-VI.--_L'approche de la mort._
-
-1
-
-Nous appelons mort la suppression de la vie et les minutes ou les heures
-pendant lesquelles on meurt. La premire, la suppression de la vie, ne
-dpend pas de notre volont; les seconds, les derniers moments, sont
-dans notre pouvoir. Nous pouvons mourir mal et mourir bien. Nous devons
-nous efforcer de bien mourir.
-
-C'est ncessaire pour ceux qui restent.
-
-2
-
-Le moribond comprend difficilement tout ce qui vit; mais on s'aperoit
-qu'il ne comprend pas ce qui vit, non parce que ses facults mentales
-s'affaiblissent; mais parce qu'il comprend quelque chose que les vivants
-ne comprennent pas, ne peuvent comprendre, et qui l'absorbe tout entier.
-
-3
-
-On pense gnralement que la vie des vieillards n'a pas d'importance,
-qu'ils ne font qu'achever leur vie. Ce n'est pas vrai. Dans la plus
-profonde vieillesse, la vie est plus prcieuse et plus ncessaire que
-jamais, aussi bien pour soi que pour les autres. L valeur de la vie est
-en raison contraire des carrs de distance de la mort: Ce serait heureux
-si les vieillards eux-mmes et ceux qui les entourent le comprenaient.
-Le dernier instant avant la mort est tout particulirement prcieux.
-
-4
-
-Avant d'arriver la vieillesse, je me suis efforc de bien vivre; dans
-la vieillesse, je m'efforce de bien mourir; pour bien mourir, il faut
-mourir volontiers.
-
- SNQUE.
-
-5
-
-Ai-je peur de la mort? Je crois que non; mais son approche, ou en
-pensant elle, je ne peux m'empcher d'prouver une motion pareille
-celle que doit prouver un voyageur en arrivant l'endroit o son train
-tombe d'une trs grande hauteur la mer, ou au moment o il s'lve
-une trs grande hauteur en ballon. L'homme, en mourant, sait qu'il ne
-lui arrivera rien de particulier, qu'il lui arrivera ce qui est dj
-arriv des millions d'tres, qu'il ne fait que changer de mode de
-locomotion, mais il lui est impossible de ne pas prouver d'motion en
-s'approchant de l'endroit o ce changement aura lieu.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXIX
-
-APRS LA MORT
-
-
-On demande: Qu'arrivera-t-il aprs la mort? Il n'y a qu'une rponse
-cette question: le corps pourrira et deviendra poussire, cela nous
-le savons srement. Quant ce qu'il adviendra de notre me, nous ne
-pouvons en rien dire, parce que la question de: qu'arrivera-t-il? se
-rapporte au temps. Or l'me est hors du temps. L'me n'a pas t et ne
-sera pas. Elle est. Si elle n'existait pas, il n'y aurait rien.
-
-
-I.--_La mort charnelle n'est pas la fin de la vie, mais uniquement uns
-transformation._
-
-1
-
-Quand nous mourons, il peut nous arriver de deux choses l'une: ou bien
-ce que nous considrions comme nous-mmes passera en un autre tre, ou
-bien nous ne serons plus des tres spars, et nous nous confondrons
-avec Dieu. Que cela soit l'une ou l'autre, nous n'avons rien craindre
-dans les deux cas.
-
-2
-
-La mort constitue une transformation de notre corps, la plus grande, la
-dernire. Nous subissons constamment des changements dans notre corps:
-nous tions d'abord des morceaux de chair; nous devenions ensuite des
-nourrissons; graduellement, nos cheveux, nos dents poussrent, puis
-tombrent, puis ils poussrent nouveau, la barbe apparut, commena
-blanchir, tomber, et nous n'avons jamais craint ces changements.
-
-Pourquoi craignons-nous le dernier changement?
-
-Parce que personne ne nous a racont ce qui lui est arriv aprs ce
-changement. Mais personne ne dira, lorsqu'un homme nous quitte et ne
-nous crit plus, qu'il n'existe pas, qu'il est mal l o il est all,
-nous dirons simplement que nous n'avons pas de nouvelles de lui. Il en
-est de mme des morts: nous savons qu'ils ne sont plus parmi nous, mais
-nous n'avons aucune raison de croire qu'ils n'existent plus, ou qu'ils
-sont plus malheureux depuis qu'ils nous ont quitts. Si nous ne pouvons
-savoir ni ce qui arrivera aprs la mort, ni ce que nous tions avant
-cette vie, cela prouve uniquement qu'il ne nous est pas donn de le
-savoir, parce que nous n'avons pas besoin de le savoir. Nous ne savons
-qu'une chose, c'est que notre vie n'est pas dans les changements du
-corps, mais en ce qui vit dans ce corps, dans l'me. Et l'me ne peut
-avoir ni commencement ni fin, parce qu'elle seule existe.
-
-3
-
-De deux choses l'une: ou la mort est la disparition absolue de la
-conscience, ou elle est, conformment la lgende, simplement un
-changement et la migration de l'me d'un endroit dans un autre. Si
-la mort est la destruction complte de la conscience, et qu'elle
-est pareille un sommeil profond sans rves, elle est un bienfait
-incontestable, car chacun n'a qu' se rappeler une nuit passe dans
-un tel sommeil sans rves et la comparer aux autres jours et aux
-autres nuits, avec leurs craintes, leurs inquitudes et dsirs non
-satisfaits, prouvs tant en ralit qu'en rves, et je suis persuad
-que personne ne trouvera beaucoup de jours et de nuits plus heureux que
-les nuits sans rves. De sorte que, si la mort est un tel sommeil, je la
-considre, quant moi, comme un bienfait. Si elle constitue le passage
-d'un monde dans un autre, et s'il est vrai que tous les hommes sages et
-saints morts avant nous s'y trouvent, pourrait-on esprer un bonheur
-plus grand que de vivre parmi ces tres? J'aurais voulu mourir, non pas
-une fois, mais cent fois, pourvu que je puisse pntrer dans cet endroit.
-
-De sorte que ni vous, juges, ni les hommes, en gnral, ne doivent
-craindre la mort, me semble-t-il; ils n'ont qu' se souvenir d'une
-chose: pour un homme de bien, il n'y a pas de mal ni dans la vie, ni
-dans la mort.
-
- (_Extrait du discours de Socrate devant le Tribunal._)
-
-4
-
-Celui qui voit le sens de la vie dans le perfectionnement spirituel
-ne peut croire la mort; il ne peut croire l'arrt de ce
-perfectionnement. Ce qui se perfectionne ne peut disparatre, cela ne
-peut que se modifier.
-
-5
-
-La mort est l'interruption de la conscience dont je vis actuellement. La
-conscience de cette vie s'arrte; je le vois sur ceux qui meurent. Mais
-que devient ce qui tait la conscience? Je ne le sais pas, et je ne puis
-le savoir.
-
-6
-
-Les hommes craignent la mort et voudraient vivre aussi longtemps que
-possible. Mais si la mort est un malheur, n'est-il pas indiffrent de
-mourir dans trente ou dans trois cents ans? Quelle joie a un condamn
-mort de savoir que ses camarades mourront dans trois jours et que son
-excution lui aura lieu dans trente jours.
-
-La vie se terminant par une mort dfinitive serait la mort mme.
-
- SKOVORODA.
-
-7
-
-Chacun sent qu'il n'est pas un rien amen la vie, un certain moment,
-par quelqu'un d'autre. C'est de l que vient notre assurance que la mort
-peut mettre une fin notre vie, mais non notre existence.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-8
-
-Plus on est profondment conscient de sa vie, moins on croit sa
-disparition et la mort.
-
-9
-
-Je ne crois en aucune des religions existantes, et ne puis, par
-suite, tre souponn de suivre aveuglment quelque tradition ou de
-subir l'influence de l'ducation. Mais, durant ma vie entire, j'ai
-rflchi aussi profondment que j'en tais capable sur la loi de
-notre vie. Je l'ai cherche dans l'histoire de l'humanit et dans ma
-propre conscience, et je suis arriv la conviction inbranlable
-que la mort n'existe pas, que la vie ne peut tre qu'ternelle,
-que le perfectionnement infini est une loi de la vie, que chaque
-qualit, chaque ide, chaque tendance que je possde, doit avoir son
-dveloppement pratique; que nous avons des capacits, des tendances
-qui dpassent, de beaucoup les ventualits de notre vie terrestre, que
-le fait mme que nous en disposons et ne pouvons dcouvrir leur origine
-dans nos sens peut tre considr comme une preuve de ce quelles nous
-viennent des rgions extra-terrestres et ne peuvent tre ralises que
-dans ces rgions; que rien ne peut ici-bas, sauf les choses visibles, et
-que croire que nous mourons parce que notre corps meurt revient au mme
-que de s'imaginer que l'ouvrier est mort parce que son outil s'est us.
-
- Joseph MAZZINI.
-
-10
-
-Si l'espoir de l'immortalit tait une illusion, on pourrait voir
-clairement qui sont ceux qui ont t tromps. Non pas les mes basses
-et noires qui n'ont jamais envisag cette grande pense, non pas les
-gens endormis et distraits qui sont satisfaits du sommeil voluptueux de
-cette vie et du sommeil des tnbres dans l'avenir, non pas les gostes
-aux ides troites et qui sont plus mesquines encore dans l'amour. Non,
-pas eux. Ils auraient raison, et le bnfice serait de leur ct. Ceux
-qui auraient t tromps, ce seraient les grands et les saints que
-les hommes vnrent; les tromps seraient tous ceux qui ont vcu pour
-quelque chose de meilleur que leur bonheur personnel, et qui ont donn
-leur vie pour le bien commun.
-
-Tous ces hommes auraient t tromps. Le Christ lui-mme aurait souffert
-inutilement en donnant Son esprit au Pre imaginaire, et Il aurait tort
-de croire qu'Il L'avait manifest par Sa vie. Toute la tragdie du
-Golgotha ne serait qu'un malentendu: la vrit serait du ct de ceux
-qui se moquaient de Lui et dsiraient Sa mort; elle serait galement
-aujourd'hui du ct de ceux qui sont indiffrents la conformit avec
-la nature humaine qu'offre cette histoire soi-disant imaginaire. Qui
-vnrerait-on, qui croirait-on si l'inspiration des tres suprieurs
-n'tait que des fables ingnieusement combines?
-
- PARKER.
-
-
-
-II.--_Le principe du changement de l'existence qui a lieu pendant la vie
-corporelle est inaccessible la raison humaine._
-
-Nous tchons souvent de nous reprsenter la mort comme un passage dans
-une rgion inconnue; mais cette conception ne nous donne absolument
-rien. Il est tout aussi impossible de se reprsenter la mort, qu'il est
-impossible de se reprsenter Dieu. Tout ce que nous pouvons savoir,
-c'est que la mort, de mme que tout ce qui vient de Dieu, est un bien.
-
-2
-
-On nous demande: que deviendra l'me aprs la mort? Nous ne le savons
-pas, et nous ne pouvons le savoir. Il n'y a qu'une chose de certain:
-c'est que si tu te diriges quelque part, tu es srement sorti de quelque
-endroit. Il en est de mme de la vie. Si tu es dans cette vie, tu es
-srement sorti de quelque part. Tu retourneras l d'o tu es sorti.
-
-3
-
-Je ne me souviens absolument pas de ce qui a eu lieu avant ma naissance;
-je pense donc qu'aprs la mort je ne me souviendrai de rien de ma vie
-actuelle. Si la vie aprs la mort existe, il m'est impossible de
-l'imaginer.
-
-4
-
-Personne ne sait ce qu'est la mort et, cependant, tous la craignent, en
-la considrant comme le plus grand-mal, bien qu'elle puisse tre le plus
-grand bonheur.
-
- PLATON.
-
-5
-
-Personne ne peut se vanter de savoir que Dieu et la vie future existent.
-Je ne puis pas dire que je sache indubitablement que Dieu et mon
-immortalit existent, mais je dois dire que je sens qu'il y a un Dieu,
-comme je sens qu'il y a un moi immortel. Cela prouve que ma foi en
-Dieu et en l'autre monde est tellement lie ma nature qu'elle ne peut
-tre spare de moi.
-
- D'aprs KANT.
-
-6
-
-Le Christ a dit en mourant: Pre, je remets mon esprit entre Tes
-mains. Quiconque prononce ces paroles, non pas avec la langue, mais
-avec le coeur, n'a plus besoin de rien. Si mon esprit retourne Celui de
-Qui il mane, il ne peut rien arriver mon esprit que ce qu'il y a de
-meilleur.
-
-
-
-III.--_La mort est une libration._
-
-1
-
-La mort est la destruction du vase dans lequel notre esprit est enferm.
-On ne doit pas confondre ce vase avec ce qu'il contient.
-
-2
-
-Lorsque nous venons au monde, nos mes sont mises dans les bires de
-notre corps. Cette bire--notre corps--se dsagrge petit petit, et
-notre me se libre de plus en plus. Mais lorsque le corps meurt par la
-volont de Celui Qui a uni l'me au corps, l'me se libre entirement.
-
- D'aprs HRACLITE.
-
-3
-
-De mme que le feu fait fondre la cire de la bougie, la vie de l'me
-consume la vie du corps. Le corps brle sur le feu de l'me et se
-consume entirement lorsque la mort vient. La mort dtruit le corps de
-mme que les constructeurs dtruisent les chantiers, quand le btiment
-est prt.
-
-Le btiment, c'est la vie spirituelle; les chantiers, c'est le corps. Et
-l'homme qui a construit son btiment spirituel se rjouit en mourant de
-voir tomber les chantiers de sa vie corporelle.
-
-4
-
-Tout au monde pousse, fleurit et revient sa racine. Ce retour est
-le retour conforme la nature. La conformit avec la nature signifie
-l'ternit; c'est pourquoi la destruction du corps ne prsente aucun
-danger.
-
- LAO-TSEU.
-
-5
-
-L'homme qui travaillait toute sa vie dompter ses passions, ce dont
-son corps l'empchait, se rjouit d'en tre libr. Et la mort n'est
-qu'une libration. Le perfectionnement, dont nous avons parl plus d'une
-fois, consiste dans la sparation possible de l'me du corps, et dans
-la facult acquise de se concentrer en dehors du corps, en elle-mme; la
-mort donne cette mme libration. Ne serait-il pas trange que l'homme
-qui se prpare toute sa vie vivre de faon devenir aussi libre que
-possible par la domination du corps, s'en trouve mcontent au moment o
-cette libration est prte de se raliser. C'est pourquoi, malgr tout
-le regret que j'ai de vous quitter et de vous causer du chagrin, je ne
-puis ne pas acclamer la mort, comme la ralisation de ce que je dsirais
-atteindre durant toute ma vie.
-
- (_Du discours d'adieu de Socrate ses lves._)
-
-6
-
-L'homme voit les plantes et les animaux s'engendrer, crotre, prendre
-des forces, se multiplier, puis faiblir, dprir, vieillir et mourir.
-
-Il le voit de mme sur les autres hommes, et il le sait galement que
-son corps vieillira, qu'il dprira et mourra, comme tout ce qui nat et
-vit au monde.
-
-Mais, en dehors de ce qu'il voit sur les autres tres et sur lui-mme,
-tout homme sait aussi qu'il y a quelque chose en lui qui ne faiblit ni
-ne vieillit; il sait, au contraire, que plus il vit, plus ce quelque
-chose se fortifie et se perfectionne: c'est son me laquelle rien ne
-peut arriver de ce qui arrive au corps. C'est pourquoi la mort n'effraie
-que celui qui ne vit pas de l'me, mais du corps.
-
-7
-
-On demanda un sage qui disait que l'me tait immortelle: Qu'est-ce
-qui arrivera lorsque le monde finira? Il rpondit: Pour que mon me
-ne meure pas, il n'y a pas besoin du monde.
-
-8
-
-L'me ne vit pas dans le corps comme dans une maison, mais comme un
-voyageur dans un asile d'autrui.
-
- _Kouran_ hindou.
-
-9
-
-Plus notre vie devient spirituelle, plus nous croyons l'immortalit. A
-mesure que notre nature s'loigne de la grossiret bestiale, nos doutes
-se dissipent.
-
-Le voile se lve sur l'avenir, les tnbres se dissipent, et nous
-sentons notre immortalit encore ici-bas.
-
- MARTINEAU.
-
-10
-
-Celui qui comprend faussement la vie, comprendra toujours faussement la
-mort.
-
-11
-
-Celui qui connat les autres est sage, celui qui se connat lui-mme est
-clair.
-
-Celui qui vainc les autres est fort; celui qui se vainc lui-mme est
-puissant.
-
-Mais celui qui sait qu'il ne disparatra pas en mourant est ternel.
-
- LAO-TSEU.
-
-
-
-IV.--_La naissance et la mort sont les bornes au del desquelles notre
-vie nous est cache._
-
-1
-
-La naissance et la mort sont deux bornes. Au del de ces bornes il y a
-une sorte d'uniformit.
-
-2
-
-La naissance est la mme chose que la mort. Ds sa naissance, l'enfant
-entre dans un monde nouveau, commence une tout autre vie que celle qu'il
-avait dans le sein de sa mre. Si l'enfant pouvait raconter ce qu'il
-a prouv en quittant la vie ancienne, il aurait dit la mme chose
-qu'prouve l'homme en quittant cette vie.
-
-3
-
-O vont les hommes lorsqu'ils meurent? L, probablement, d'o viennent
-ceux qui naissent. Les hommes viennent de Dieu, du Pre de notre vie.
-C'est de Lui qu'est venu, vient, et viendra toute vie. De sorte qu'en
-mourant, l'homme ne fait que retourner vers Celui dont il est issu.
-
-L'homme sort de la maison, travaille, se repose, mange, s'amuse,
-travaille nouveau et, lorsqu'il est fatigu, il rentr chez lui.
-
-Il en est de mme durant toute la vie humaine; l'homme sort de chez
-Dieu, travaille, souffre, se console, se rjouit, se; repose et, s'tant
-suffisamment tourment, il revient la maison, de laquelle il est sorti.
-
-4
-
-Ne sommes-nous pas ressuscits une fois dj de l'tat dans lequel
-nous tions moins renseigns sur le prsent que nous ne le sommes
-actuellement sur l'avenir? De mme que notre tat antrieur se rapporte
- l'tat actuel, notre tat actuel se rapporte l'tat futur.
-
- LICHTENBERG.
-
-
-
-V.--_La mort libre l'me des limites de la personnalit._
-
-1
-
-La mort est une libration de la personnalit borne.
-
-C'est de ce fait que rsulte, apparemment, l'expression de paix et de
-repos que l'on remarque sur les figures de la plupart des morts. La
-mort de tout homme de bien est facile et tranquille; mais mourir avec
-empressement, volontiers, mourir avec joie, voil l'avantage de celui
-qui a renonc lui-mme, de celui qui renonce la vie individuelle,
-de celui qui la nie. Car seul cet homme a rellement envie de mourir
-et, par suite, n'a besoin ni ne demande d'existence ultrieure pour sa
-personnalit.
-
- SCHOPENHAUER.
-
-2
-
-La conscience du Tout, renferme dans les limites du corps, tend
-largir ses limites. Dans la premire moiti de sa vie, l'homme aime de
-plus en plus les objets, les gens, c'est--dire qu'en sortant de ses
-limites il reporte sa conscience sur d'autres tres. Mais quelle que
-soit la grandeur de son amour, il ne peut sortir de ses limites et ne
-voit la possibilit de leur suppression qu'en mourant. Comment peut-on
-craindre la mort aprs cela? Il se passe quelque chose d'analogue
-la transformation de la chenille en papillon. Nous sommes ici des
-chenilles: d'abord nous naissons, ensuite nous nous endormons en
-chrysalide; puis nous devenons papillons dans l'autre vie.
-
-3
-
-Notre corps limite le principe divin, spirituel que nous appelons me.
-Et ces bornes, de mme que le vase donne la forme au liquide ou au gaz
-qui s'y trouve renferm, donnent la forme cet lment divin. Lorsque
-le vase se brise, ce qui s'y trouvait enferm perd la forme qu'il avait
-et se rpand. Est-ce que cela se relie aux autres substances? Est-ce
-que cela prend une forme nouvelle? Nous n'en savons rien. Mais nous
-savons srement que cela perd la forme que cela avait dans ses bornes,
-parce que ce qui le bornait est dtruit. Nous savons cela, mais nous
-ne pouvons rien savoir de ce qui arrivera ce qui tait limit. Nous
-savons uniquement qu'aprs la mort, l'me devient quelque chose d'autre
-que nous ne pouvons pas dfinir dans la vie prsente.
-
-4
-
-Si la vie est un sommeil et la mort un rveil, le fait que je me vois
-spar de ce qui existe, est un rve dont j'espre me rveiller en
-mourant.
-
-5
-
-On prouve de la joie en mourant quand on est fatigu d'tre spar du
-monde, quand on sent toute l'horreur de cette sparation et la joie,
-sinon de se joindre tout, du moins de sortir de la prison qui vous
-spare ici o l'on n'a que rarement l'occasion de communiquer avec les
-hommes au moyen d'tincelles d'amour qui volent de l'un l'autre. On
-a envie de dire: J'en ai assez de cette cage; donnez-moi d'autres
-rapports avec le monde, mieux appropris mon me; je sais que la mort
-me les donnera. Et, pour me consoler, on m'assure que mme l je serai
-une personnalit isole.
-
-6
-
-J'ai sous les pieds une terre ferme et gele; autour de moi, sont
-d'immenses arbres; au-dessus de ma tte, un ciel couvert; je sens mon
-corps, je suis plong dans mes penses, et pourtant, je sais, je sens de
-tout mon tre que la terre ferme, les arbres, le ciel, mon corps et mes
-penses, tout cela n'est que momentan, que cela n'est que le rsultat
-de mes cinq sens, de mon sentiment individuel du monde que j'ai moi-mme
-bti, que tout cela n'est ainsi que parce que je suis telle partie du
-monde et non pas une autre, que telle est ma sparation de l'univers.
-Je sais qu'il suffit que je meurs, et tout cela ne disparatra pas avec
-moi, mais se transformera, comme cela arrive au thtre: les arbres et
-les pierres se transforment en palais, en tours etc. La mort oprera
-en moi une transformation, que je passerai en un autre tre, autrement
-spar du monde. Et alors, tout l'univers, en restant le mme pour ceux
-qui y vivent, deviendra autre pour moi. Tout l'univers est tel et non
-autre, uniquement parce que je me considre comme tel et non autre. Et
-il peut y avoir une quantit innombrable de procds pour sparer les
-tres de l'univers et les changer de point d'observation.
-
-
-
-VI.--_La mort dvoile ce qui paraissait inconcevable._
-
-1
-
-Plus l'homme vit longtemps, plus la vie se rvle lui: ce qui tait
-ignor devient connu; et il en est ainsi jusqu' la mort. Et la mort
-rvle tout ce que l'homme est en tat de concevoir.
-
-2
-
-Quelque chose se rvle l'homme au moment de la mort. Ah, voil ce
-que c'est, dit presque toujours l'expression du visage du moribond.
-Mais nous, ceux qui restons, nous ne pouvons pas voir ce qui lui a t
-rvl. Cela nous sera rvl plus tard, en son temps.
-
-3
-
-Tout se rvle tant qu'on vit, comme si on s'levait de plus en plus sur
-des marches. Mais la mort survient, et ce qui se rvlait, ne se rvle
-plus, ou bien celui qui la rvlation tait faite cesse de voir ce qui
-se rvlait avant, parce qu'il voit quelque chose de nouveau, de tout
-diffrent.
-
-4
-
-Ce qui meurt appartient dj en partie l'ternit. Il nous semble
-que le moribond nous parle d'outre-tombe. Ce qu'il nous dit, nous
-semble tre un commandement. Nous nous le reprsentons presque comme
-un prophte. Il est vident que pour celui qui sent la vie s'en aller
-et le cercueil s'ouvrir, le moment des graves discours est arriv. La
-substance de sa nature doit se manifester. Le divin qui est en lui ne
-peut plus rester cach.
-
- AMIEL
-
-5
-
-Tous les malheurs nous rvlent ce qu'il y a en nous de divin,
-d'immortel, qui forme la base de notre vie. Le plus grand malheur,
-d'aprs la conception humaine--la mort--nous rvle entirement notre
-vrai moi.
-
-
-
-
-CHAPITRE XXX
-
-LA VIE EST UN BIEN
-
-
-La vie de l'homme et son bonheur est dans l'union de plus en plus intime
-de l'me, spare par le corps des autres mes et de Dieu, avec ce dont
-elle est spare. Cette union s'opre par la manifestation de l'amour,
-dterminant la libration de l'me du corps. C'est pourquoi, si l'homme
-comprend que la vie et son bonheur consistent en cette libration de
-l'me, sa vie, malgr toutes les souffrances, n'importe quels malheurs
-et n'importe quelles maladies, ne peut tre rien d'autre qu'un bonheur.
-
-
-I.--_La vie est le bonheur suprme, accessible l'homme._
-
-1
-
-La vie, quelle qu'elle soit, est un bien qui est suprieur tout autre.
-Si nous disons que la vie est un mal, c'est uniquement par comparaison
- une autre vie que nous imaginons meilleure; mais nous ne connaissons
-aucune autre vie meilleure et ne pouvons la connatre; c'est pourquoi,
-la vie, quelle qu'elle soit, est notre bonheur suprme.
-
-2
-
-Nous ngligeons souvent le bien de la vie prsente, dans l'espoir de
-recevoir quelque part un bien suprieur. Mais un si grand bien ne peut
-jamais exister nulle part, parce que ce bien nous est dj donn: la
-vie, bien au-dessus duquel il n'y a rien et il ne peut rien y avoir.
-
-3
-
-Le monde ici-bas n'est pas une plaisanterie, ni une valle de larmes,
-ni l'asile avant le passage dans un monde meilleur, mais un des mondes
-ternels, beau, joyeux et que nous pouvons et devons, par nos efforts,
-rendre plus beau et plus joyeux encore pour ceux qui vivent avec nous et
-pour tous ceux qui y vivront aprs nous.
-
-4
-
-L'homme est malheureux parce qu'il ne sait pas qu'il est heureux.
-
- DOSTOIEVSKY.
-
-5
-
-On ne doit pas dire que le but de la vie est de servir Dieu. Le but de
-la vie est toujours et sera toujours la recherche du bonheur. Et comme
-Dieu a voulu donner le bonheur aux hommes, ceux-ci, en le poursuivant,
-font ce que Dieu veut d'eux: ils accomplissent Sa volont.
-
-
-
-II.--_Le vrai bien est dans la vie prsente, et non dans la vie
-d'outre-tombe._
-
-1
-
-D'aprs la fausse doctrine, la vie en ce monde est un mal, tandis que le
-bien est atteint dans l'autre monde.
-
-D'aprs la vraie doctrine chrtienne, le but de la vie est le bonheur,
-et on obtient ce bonheur ici-bas.
-
-Le vrai bien est toujours en notre pouvoir. Il suit la vie juste comme
-une ombre.
-
-2
-
-Si le paradis n'est pas en toi-mme, tu n'y pntreras jamais.
-
- ANGLUS.
-
-3
-
-Ne crois pas que la vie n'est qu'un passage dans un autre monde, et
-seulement que l nous pouvons tre heureux. Nous devons tre bien ici,
-en ce monde. Et pour tre bien ici, nous n'avons qu' vivre comme veut
-Celui Qui nous y a envoys. Et ne dis pas que pour que tu puisses bien
-vivre, il faut que tous vivent bien, qu'ils mnent tous une vie juste.
-Non. Vis toi-mme selon Dieu, fais des efforts toi-mme, et tu vivras
-srement bien, et les autres ne s'en ressentiront pas plus mal, mais
-mieux.
-
-4
-
-Vis de la vraie vie, et tu auras beaucoup d'ennemis; mais ceux-ci mmes
-t'aimeront. La vie t'apportera bien des malheurs; mais eux aussi te
-rendront heureux, tu bniras la vie et tu forceras les autres la bnir.
-
- D'aprs DOSTOIEVSKY.
-
-
-
-III--_Tu ne trouveras le vrai bonheur qu'en toi-mme._
-
-1
-
-Dieu est entr en moi et c'est par moi qu'il cherche Son bien. Mais quel
-peut tre le bonheur de Dieu? Seulement celui d'tre Lui.
-
- ANGLUS.
-
-2
-
-Un sage dit: J'ai fait le tour du monde entier en cherchant le bien.
-Je l'ai cherch sans trve, jour et nuit. Quand je dsesprais dj de
-le trouver, une voix intrieure me dit: ce bien est en toi-mme. J'ai
-cout cette voix et j'ai trouv le vrai bonheur.
-
-3
-
-Quel bien te faut-il encore, quand Dieu et tout l'univers est en toi?
-
- ANGLUS.
-
-4
-
-Les hommes sont heureux lorsqu'ils disent que rien n'est eux sauf leur
-me. Ils sont heureux mme quand ils vivent parmi les gens cupides et
-mchants qui les hassent: personne ne peut leur prendre leur bonheur.
-
- _Doctrine bouddhiste._
-
-5
-
-Mieux les hommes vivent, moins ils se plaignent des autres. Et plus
-ils vivent mal, plus ils sont mcontents non pas d'eux-mmes, mais des
-autres.
-
-6
-
-Le sage cherche tout en lui-mme; l'insens cherche tout dans les
-autres. CONFUCIUS.
-
-
-
-IV.--_La vraie vie est la vie spirituelle._
-
-1
-
-La vie humaine, pleine de souffrances corporelles pouvant s'arrter
- tout instant, doit avoir, pour ne pas tre la plaisanterie la plus
-grossire, un sens conformment auquel elle ne peut tre trouble ni par
-les souffrances, ni par sa longue dure, ni par sa brivet.
-
-Or la vie humaine a ce sens. Il est dans notre conscience de plus en
-plus nette de receler en nous Dieu.
-
-2
-
-La vie humaine est une communion continue de l'tre spirituel, isol
-par le corps, avec ce quoi il a conscience d'tre uni. Que l'homme
-le comprenne ou non, qu'il le veuille ou non, cette communion s'opre
-irrsistiblement par l'tat que nous appelons: vie humaine. La
-diffrence entre les hommes qui ne comprennent pas leur destination et
-ne veulent pas vivre conformment elle, et ceux qui la comprennent et
-veulent vivre conformment elle, consiste en ce que la vie de ceux qui
-ne la comprennent pas, est une souffrance continuelle, alors que la vie
-de ceux qui la comprennent et qui accomplissent leur destination, est un
-bien continu qui augmente sans cesse.
-
-3
-
-Rien ne confirme de faon aussi clatante, que l'oeuvre de la vie est
-dans le perfectionnement moral, que le fait que, si varis que soient
-tes dsirs en dehors de ce perfectionnement, et bien qu'ils soient
-entirement raliss, l'attrait du dsir s'teint aussitt que le but
-est ralis. Il n'y a qu'une chose qui conserve la joie--c'est d'tre
-conscient que l'on avance vers la perfection.
-
-Seul ce perfectionnement continuel donne la vraie joie qui ne cesse de
-grandir. Chaque pas en avant fait sur ce chemin, entrane une rcompense
-qui est obtenue immdiatement. Et rien, ne peut la ravir.
-
-4
-
-Celui qui consacre sa vie au perfectionnement spirituel ne peut tre
-mcontent, car ce qu'il dsire est toujours en son pouvoir.
-
- PASCAL.
-
-5
-
-tre heureux, possder la vie ternelle, vivre en Dieu, tre sauv, tout
-cela a le mme sens: c'est la solution du problme de la vie. Et ce
-bien s'accrot; l'homme ressent la possession de plus en plus forte et
-profonde de la joie cleste. Et ce bien n'a pas de bornes, car ce bien
-est la libert, la toute-puissance, la satisfaction complte de tous les
-dsirs.
-
- AMIEL.
-
-
-
-V.--_En quoi consiste le vrai bonheur._
-
-1
-
-Les biens rels sont peu nombreux. Le vrai bien, le vrai bonheur est ce
-qui est le bien pour tous.
-
-C'est pourquoi, on ne doit dsirer que ce qui est conforme au bien
-commun. Celui dont l'oeuvre vise ce but obtiendra son bonheur.
-
- MARC-AURLE.
-
-2
-
-Dans les situations des hommes, le mal est uni au bien, tandis que
-dans leurs tendances ce mlange n'existe pas. La tendance peut tre
-mauvaise: chercher accomplir la volont de sa nature charnelle--,
-ou bonne: chercher accomplir la volont de Dieu. Si l'homme suit le
-premier dsir, il est srement malheureux; s'il suit le deuxime, il n'y
-a pas pour lui de malheur possible--tout est bonheur.
-
-3
-
-Personne ne peut faire le vrai bonheur d'un autre. L'homme ne peut faire
-que son propre bonheur. Le vrai bien ne consiste qu'en une seule chose:
-vivre pour l'me et non pour le corps.
-
-4
-
-Faire le bien est la seule oeuvre dont on puisse dire qu'elle nous est
-srement profitable.
-
-5
-
-On dit que celui qui fait le bien n'a pas besoin de rcompense. C'est
-vrai, si l'on croit que la rcompense ne sera pas en toi et ne viendra
-pas de suite, mais dans l'avenir. Mais l'homme est incapable de faire
-le bien sans rcompense, sans que cela lui donne la joie. Il s'agit de
-comprendre en quoi consiste la vraie rcompense. Elle n'est pas dans
-ce qui est extrieur ni dans l'avenir, mais dans ce qui est interne et
-actuel: elle est dans le perfectionnement de l'me. C'est l qu'est la
-rcompense et en mme temps la raison de faire le bien.
-
-6
-
-Un homme de sainte vie priait Dieu pour les hommes: O Seigneur,
-disait-il, sois misricordieux pour les mchants, parce que tu as dj
-t misricordieux pour les bons: ils sont heureux, parce qu'ils sont
-bons.
-
- SAADI.
-
-
-
-VI.--_Le bien est dans l'amour._
-
-1
-
-Il n'y a qu'une chose faire pour tre sr d'tre heureux: c'est
-d'aimer, d'aimer tous, les mchants et les bons. Aime toujours et tu
-seras heureux toujours.
-
-2
-
-Nous ne savons pas et nous ne pouvons savoir pourquoi nous vivons.
-Aussi, ne pourrions-nous pas savoir ce que nous devons et ce que nous ne
-devons pas faire, si nous n'prouvions pas le dsir du bien. Ce dsir
-nous dmontre clairement ce que nous devons faire, condition de ne pas
-comprendre notre vie la faon de l'animal, mais en nous souvenant que
-nous avons une me. Et le bonheur que dsire notre me nous est donn
-dans l'amour.
-
-3
-
-Si le Dieu de charit existe et s'Il a cr le monde, Il l'a srement
-fait de faon ce que tous, y compris les hommes, y soient heureux.
-
-Mais si Dieu n'existe pas, vivons nous-mmes de faon ce que nous
-soyons bien. Et pour que nous soyons bien, il faut que nous nous aimions
-les uns et les autres, il faut qu'il y ait de l'amour. Et Dieu tant
-amour, nous viendrons encore Lui.
-
-4
-
-On dit: Pourquoi aimerions-nous ceux qui nous sont dsagrables?
-Parce que c'est l qu'est la joie. Eprouve-le et tu sauras si c'est vrai.
-
-5
-
-Rien que la mort devant nous, rien que l'accomplissement immdiat du
-devoir! Comme cela semble triste et effrayant! Pourtant, consacre ta vie
- l'union, par l'amour, aux hommes et Dieu, et ce qui te paraissait
-effrayant, deviendra le plus grand bien.
-
-
-
-VII.--_Plus l'homme vit pour son corps, plus il est priv du vrai
-bonheur._
-
-1
-
-Les uns cherchent le bien dans la puissance, les autres dans les
-sciences, les troisimes dans les plaisirs. Ces trois genres de
-jouissances ont form trois coles diffrentes, et tous les philosophes
-ont toujours suivi l'une d'elles. D'autres, qui se sont plus rapprochs
-de la vraie philosophie, ont compris qu'il est ncessaire que le bien
-gnral dsir par tous ne soient dans aucune des choses particulires
-qui ne peuvent tre possdes que par un seul, et qui, tant partages,
-affligent plus le possesseur par le manque de la partie qu'il n'a pas,
-qu'elles ne le contentent par la jouissance de celle qui lui appartient.
-Ils ont compris que le vrai bien devait tre tel que tous puissent le
-possder la fois, sans diminution et sans envie, et que personne
-ne pt le perdre contre son gr. Et ce bien existe: ce bien est dans
-l'amour.
-
- PASCAL.
-
-2
-
-Pourquoi t'agites-tu, malheureureux? Tu cherches le bien, tu cours
-quelque part, et le bien est en toi-mme. Inutile de le chercher
-d'autres portes. Si le bien n'est pas en toi, il n'est nulle part. Le
-bien est en toi, en ce que tu peux aimer tous, non pour quelque chose,
-mais pour vivre, et non de ta propre vie, mais aussi de celle des
-autres. Chercher le bien dans le monde et ne pas profiter du bien qui
-est en notre me, revient au mme que d'aller puiser l'eau dans une
-grande mare trouble et loigne, tandis qu'il y a ct une source pure
-venant de la montagne.
-
- D'aprs ANGLUS.
-
-3
-
-Si tu veux le vrai bonheur, ne le cherche pas dans les pays loigns,
-dans la richesse, dans les honneurs, ne le demande pas aux hommes, ne
-t'inclinent pas devant eux et ne lutte pas contre eux pour le bonheur.
-On peut, par ces moyens, obtenir des richesses, un grand titre et
-diverses choses inutiles; mais le vrai bonheur, dont chacun a besoin,
-ne peut tre obtenu auprs des hommes, ni achet ou sollicit, ni donn
-gratuitement. Sache que tout ce que tu ne peux prendre toi-mme, ne
-t'appartient pas et ne t'est pas ncessaire. Tu peux toujours prendre
-toi-mme, par une vie juste, tous ce dont tu as besoin.
-
-Oui, le bonheur ne dpend ni du ciel, ni de la terre, mais uniquement de
-nous-mmes.
-
-Il n'y a qu'un seul bien au monde, lui seul nous est ncessaire. Quel
-est donc ce bien? C'est la vie dans l'amour. Et ce bien peut tre
-facilement obtenu.
-
- D'aprs SKOVORODA.
-
-4
-
-Dieu soit lou d'avoir rendu facile aux hommes tout ce qui leur est
-ncessaire, et difficile tout ce dont ils n'ont pas besoin. Le bonheur
-est trs ncessaire l'homme, et il n'y a rien de plus facile que
-d'tre heureux. Dieu en soit lou!
-
-Le Royaume de Dieu est en nous. Le bonheur est dans le coeur, s'il
-contient de l'amour.
-
-Qu'arriverait-il si le bonheur ncessaire tout homme avait t accord
-suivant l'endroit, le temps, l'tat, la position, la sant, la force
-corporelle? Qu'arriverait-il si le bonheur existait uniquement en
-Amrique, ou uniquement Jrusalem, ou l'poque de Salomon, dans la
-demeure des rois, grce la richesse, aux grades, si on le trouvait
-seulement au dsert, dans les sciences, dans la sant, dans la beaut?
-
-Serait-il possible aux hommes de ne vivre qu'en Amrique, ou de vivre
-la mme poque? Si le bonheur tait dans la richesse, ou dans la sant,
-ou dans la beaut, tous les pauvres, tous les vieux, tous les malades,
-tous les laids seraient malheureux. Dieu aurait-il priv tous ces gens
-de bonheur? Non, Dieu soit lou, il a rendu l'inutile difficile: il a
-agi de faon ce qu'il n'y ait pas de bonheur dans la richesse, ni dans
-les grades, ni dans la beaut du corps. Le bonheur n'est qu'en une seule
-chose--dans la vie juste, et cela est au pouvoir de chacun.
-
-5
-
-Demander Dieu que quelqu'un nous donne le bien dans cette vie, revient
-au mme que d'tre assis auprs d'une source, et demander d'autres de
-calmer ta soif. Baisse-toi et bois. Le bonheur nous est donn, il faut
-savoir en profiter.
-
-6
-
-Si tu considres comme un bien ce qui n'est pas en ton pouvoir, tu seras
-toujours malheureux. Persuades-toi que tout le bonheur est ta porte,
-et personne ne te le ravira.
-
-
-
-VIII.--_L'homme n'prouve pas le bien de la vie uniquement quand il ne
-suit pas la loi de la vie._
-
-1
-
-Si tu demandes: pourquoi le mal existe-t-il? Je rponds par la question:
-pourquoi la vie existe-t-elle? Le mal est pour que la vie soit. La vie
-se manifeste par la libration du mal.
-
-2
-
-Si notre vie n'est pas heureuse, cela tient uniquement ce que nous ne
-faisons pas ce que nous aurions d faire pour que la vie soit une joie
-perptuelle.
-
-3
-
-Si quelqu'un dit qu'il se sent malheureux en faisant le bien, cela
-prouve uniquement que ce qu'il considre comme le bien ne l'est pas.
-
-4
-
-Sache et souviens-toi que si l'homme est malheureux, c'est par sa propre
-faute. Les hommes ne sont malheureux que lorsqu'ils dsirent ce qu'ils
-ne peuvent avoir.
-
-Que ne peuvent-ils pas toujours avoir, bien qu'ils le dsirent, et que
-peuvent-ils toujours avoir quand ils le dsirent?
-
-Ils ne peuvent pas toujours avoir ce qui n'est pas en leur pouvoir,
-ce que les autres peuvent lui prendre. Seul est en leur pouvoir ce
-que rien ni personne ne sauraient leur ravir. A la premire catgorie
-appartiennent tous les biens terrestres: la richesse, les honneurs, la
-sant. A la deuxime: notre me, notre perfectionnement spirituel. Et
-prcisment la chose qui nous est le plus ncessaire pour notre bien est
-en notre pouvoir, parce que rien, aucun bien terrestre ne donne le vrai
-bien, mais ne fait que nous leurrer. Le vrai bien ne peut tre obtenu
-que par notre effort vers la perfection spirituelle, et cet effort est
-toujours en notre pouvoir.
-
-On a agi pour nous de mme qu'un bon pre aurait agi pour ses enfants.
-Seul ce qui ne peut nous donner le bonheur ne nous appartient pas,
-tandis que tout ce qui nous est ncessaire nous est donn.
-
- PICTTE.
-
-5
-
-Ne crois pas que la perplexit devant le sens de la vie soit quelque
-chose de noble ou de tragique. Cette perplexit est pareille celle que
-l'homme prouve lorsqu'il se voit dans une socit occupe lire un bon
-livre. La perplexit de cet homme qui n'coute pas attentivement ou n'a
-pas compris ce qu'on lit et qui s'agite au milieu des gens occups, n'a
-rien de noble ni de tragique, mais est ridicule, bte et pitoyable.
-
-6
-
-Il y avait une fois un bienfaiteur qui, voulant faire aux hommes le plus
-de bien possible, se mit rflchir pour savoir comment il devait s'y
-prendre pour n'offenser personne et pour que tous en profitent. Si l'on
-distribue les richesses directement aux gens, on risque de donner moins
- celui qui en a le plus besoin, et l'on en saurait en donner galement
- tout le monde; alors ceux qui n'en auraient pas assez diraient:
-Pourquoi as-tu donn aux autres et pas nous?
-
-Le bienfaiteur eut alors l'ide d'installer une auberge dans un endroit
-o passait beaucoup de monde et d'y dposer tout ce qui peut tre utile,
-ou faire plaisir au voyageur. Il y mnagea des chambres bien chaudes, de
-bons poles, du bois brler de provisions d'clairage, de pains, de
-lgumes, de fruits, de boissons de toute sorte, des lits, des vtements,
-du linge, des chaussures, bref, quantit de produits pouvant suffire
-beaucoup de monde. Puis, le bienfaiteur s'en alla pour voir ce qui en
-rsultera son retour.
-
-Les bonnes gens commencrent affluer l'auberge: y mangeaient,
-buvaient, couchaient, passaient parfois un jour ou deux, y restaient
-parfois une semaine entire. Parfois, ceux qui en avaient besoin
-emportaient des vtements et des chaussures. Avant de s'en aller, ils
-rangeaient tout pour que d'autres passants puissent aussi en profiter,
-et puis ils partaient en remerciant le bienfaiteur inconnu.
-
-Mais un jour, arrivrent des gens grossiers et mchants. Ils
-s'emparrent de tout ce qui leur convenait, et une dispute clata
-parmi eux au moment du partage. D'abord, ils s'injurirent, puis ils
-en vinrent aux mains, et se mirent s'arracher les uns aux autres
-les objets et les briser exprs pour que d'autres ne puissent s'en
-emparer. Et lorsqu'ils eurent tout dtruit et commencrent souffrir
-du froid et de la faim ils se mirent mdire du propritaire, en
-l'accusant d'avoir mal organis les choses, de n'avoir pas mis de
-gardiens pour empcher d'entrer de mauvaises gens. D'autres prtendaient
-qu'il n'y avait pas de propritaire du tout, et que l'auberge s'tait
-organise toute seule.
-
-Affams, transis de froid et irrits, ces gens quittrent l'auberge
-en s'injuriant entre eux, maudissant l'auberge et celui qui l'avait
-construite.
-
-Les hommes agissent de mme sur la terre quand ils ne vivent pas pour
-leur me, mais pour leur corps, qu'ils gchent leur vie et celle des
-autres, s'accusent entre eux et accusent Dieu, au lieu de s'accuser
-eux-mmes, s'ils croient en Dieu, et accusent l'univers, s'ils ne
-croient pas en Dieu, et s'imaginent que le monde s'est organis tout
-seul.
-
-
-
-IX.--_Seule l'observance de la loi de la vie donne le bien l'homme._
-
-1
-
-Il faut toujours tre joyeux. Si tu ne l'es plus, cherche o tu t'es
-tromp.
-
-2
-
-Si l'homme n'est pas satisfait de sa situation, il peut la modifier par
-deux moyens: amliorer les conditions de sa vie, ou bien amliorer son
-tat moral. Le premier n'est pas toujours en son pouvoir, le second
-l'est toujours.
-
- EMERSON.
-
-3
-
-Il me semble que l'homme doit considrer comme rgle principale d'tre
-heureux et satisfait. Il faut tre honteux de son mcontentement comme
-d'une mauvaise action, et savoir que s'il y a quelque chose qui ne va
-pas en soi, on ne doit pas le raconter aux autres et s'en plaindre, mais
-tcher de corriger ce qui va mal.
-
-4
-
-L'observance de la loi de Dieu, de la loi d'amour qui donne le bien
-suprme, est possible dans toutes les situations.
-
-5
-
-Venez Moi, vous tous qui tes fatigus et chargs, et je vous
-soulagerai. Car Mon joug est le bien et Ma charge est lgre, dit
-la doctrine du Christ. Ces paroles signifient qu'indpendamment des
-malheurs qui accablent l'homme, indpendamment des offenses et des
-amertumes qu'il doit supporter, il lui suffit de comprendre et de
-recueillir dans son coeur la vraie doctrine, qui dit que la vie et son
-bien consistent unir l'me ce dont elle est spare par le corps:
-aux mes des autres hommes et Dieu, pour que tout le mal apparent
-disparaisse. Il suffit l'homme de voir le but de la vie dans l'union
-affectueuse avec tout ce qui vit et avec Dieu, et sa vie, au lieu d'tre
-un tourment, devient aussitt le bonheur.
-
-
-FIN
-
-
- * * * * *
-
-
-TABLE DES MATIRES
-
-Prface du traducteur
-
-Prface de l'auteur
-
-
- I. La foi
- II. Dieu
- III. L'me
- IV. Une mme me chez tous
- V. L'amour
- VI. Pchs, tentations, superstitions
- VII. Les excs
- VIII. La lubricit
- IX. L'oisivet
- X. La cupidit
- XI. La colre
- XII. L'orgueil
- XIII. L'ingalit
- XIV. La violence
- XV. Le chtiment
- XVI. La vanit
- XVII. Les fausses croyances
- XVIII. La fausse science
- XIX. L'effort
- XX. La vie est dans le prsent
- XXI. Le non-agir
- XXII. La parole
- XXIII. La pense
- XXIV. L'abngation
- XXV. L'humilit
- XXVI. La vracit
- XXVII. Le mal
- XXVIII. La mort
- XXIX. Aprs la mort
- XXX. La vie est un bien
-
-
-
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of La Pense de l'Humanit, by Lon Tolsto
-
-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSE DE L'HUMANIT ***
-
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-even without complying with the full terms of this agreement. See
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-and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
-works. See paragraph 1.E below.
-
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-or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
-Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
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- The Project Gutenberg eBook of Léon Tolstoï, by La Pensée de l'Humanité.
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-<pre>
-
-The Project Gutenberg EBook of La Pensée de l'Humanité, by Léon Tolstoï
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org
-
-
-Title: La Pensée de l'Humanité
- Dernière oeuvre de L. Tolstoï
-
-Author: Léon Tolstoï
-
-Translator: Ely Halpérine-Kaminsky
-
-Release Date: September 18, 2013 [EBook #43761]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: UTF-8
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSÉE DE L'HUMANITÉ ***
-
-
-
-
-Produced by Madeleine Fournier, Annemie Arnst & Marc
-D'Hooghe at http://www.freeliterature.org (Scans generously
-made available by Gallica, Bibliothèque nationale de France)
-
-
-
-
-
-
-</pre>
-
-
-
-<h2>LÉON TOLSTOÏ</h2>
-
-<h1>La Pensée de l'Humanité</h1>
-
-<h4>Dernière œuvre de L. Tolstoï</h4>
-
-<h4>TRADUITE DU RUSSE</h4>
-
-<h5>PAR</h5>
-
-<h4>E. HALPÉRINE-KAMINSKY</h4>
-
-<h5>PARIS</h5>
-
-<h5><i>L'ÉDITION MODERNE&mdash;LIBRAIRIE AMBERT</i></h5>
-
-<h5>47, RUE DE BERRI, 47</h5>
-
-<h5>1912</h5>
-
-<hr class="full" />
-
-<p><a href="#TABLE_DES_MATIERES">Table des matières</a></p>
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="PREFACE_DU_TRADUCTEUR" id="PREFACE_DU_TRADUCTEUR">PRÉFACE DU TRADUCTEUR</a></h4>
-
-
-<p>L'ouvrage de Léon Tolstoï, dont nous présentons ici au lecteur européen
-la première traduction française, a une double portée. Il résume les
-pensées exprimées par les sages universellement reconnus et par les
-fondateurs des religions les plus répandues de tous les temps et de
-tous les pays, pensées sur le sens et le but suprême de la vie. C'est
-en cherchant à son tour, durant son existence entière, le «chemin de la
-vie», que le grand penseur russe s'est efforcé de mettre à profit ce
-qui avait été dit et écrit avant lui sur l'éternel problème, pour sa
-propre éducation, d'abord, pour éclairer les autres, ensuite, par des
-citations appropriées. Le présent ouvrage est le résultat de ce travail
-formidable. C'est bien «la pensée de l'humanité» refléchie par l'âme de
-Tolstoï.</p>
-
-<p>C'est, d'autre part, son œuvre testamentaire, celle qu'il entoura de
-plus de soin durant ses dernières années et dont il corrigeait les
-épreuves jusqu'à sur sa couche de mourant.</p>
-
-<p>Il avait déjà précédemment établi plusieurs recueils analogues, sans
-avoir pu se déclarer satisfait. Ce fut, premièrement: <i>Pensées des
-sages pour chaque jour;</i> puis: <i>Cercle de lecture,</i> et, enfin: <i>Lectures
-quotidiennes</i>. Durant dix ans, l'auteur de ces recueils, dont chacun
-forme plusieurs volumes, ne cessait de les amender, de les coordonner
-sur un nouveau plan, et c'est de ce long travail préliminaire qu'est
-sorti enfin <i>Le Chemin de la vie</i> dont nous croyons plus explicitement
-intituler la version française: <i>La Pensée de l'Humanité</i>.</p>
-
-<p>L'idée de laisser avant de mourir la confirmation de sa doctrine par la
-collectivité de grands penseurs, le hantait avec une telle constance
-que toutes les fois où Tolstoï croyait sa fin proche, son unique
-préoccupation était d'en activer la réalisation. L'un de ses disciples
-et plus proches amis, M. Gorbounov-Possadov, qui avait été chargé
-par lui de publier les recueils énumérés, raconte, dans sa préface à
-l'édition russe du <i>Chemin de la vie</i>, ces détails significatifs sur
-l'origine du premier recueil:</p>
-
-<p>«Pendant la grave maladie dont L.N. Tolstoï souffrait en janvier
-1903, alors que sa vie était en danger et qu'il n'avait plus la force
-de s'adonner à ses travaux habituels, il relisait l'Evangile et, en
-détachant chaque jour les feuilles du calendrier suspendu à la tête
-de son lit, parcourait les maximes empruntées aux grands penseurs que
-portaient les feuillets. Le calendrier étant épuisé et le malade n'ayant
-pas sous la main un autre pour le remplacer, Tolstoï éprouva le désir
-d'établir pour son usage personnel un recueil des pensées pour sa
-lecture quotidienne. C'est ainsi que, durant sa maladie, il réunit les
-éléments pour son premier recueil.»</p>
-
-<p>Rétabli, il ne cessa d'enrichir chaque nouveau recueil du produit de
-ses constantes recherches, utilisant toute pensée qui avait sa valeur
-propre, sans se préoccuper de la tendance de l'auteur, fût-il le prince
-Bismarck, «tout rougi du sang de ses frères allemands et français», en
-témoignage, nous dit M. Gorbounov-Possadov, «de ce fait que l'étincelle
-sacrée subsiste même chez le représentant le plus implacable du régime
-de violence». Quantité de ses propres pensées, soit extraites de ses
-ouvrages extérieurs, soit nouvellement rédigées, s'aggloméraient
-à celles des autres auteurs. Le tout était disposé en lectures
-quotidiennes, pour tous les jours de l'année.</p>
-
-<p>Pour le présent travail, outre de nombreuses additions inédites, il
-modifia cette disposition suivant un plan nouveau, plus rationnelle. Les
-pensées sur le sens de la vie, sur nos passions bonnes et mauvaises, sur
-la conduite à observer dans divers cas, etc., furent groupées en trente
-chapitres homogènes, chacun traitant une seule question fondamentale.
-Cette division correspond donc à un mois de lecture, au lieu de
-s'espacer sur l'année entière. Tout en conservant ainsi son caractère
-de livre de chevet, le présent ouvrage gagne en ordonnance, et cela
-d'autant plus que les chapitres sont disposés suivant le développement
-logique de la doctrine de Tolstoï.</p>
-
-<p>Rappelons, enfin, que l'ermite de Yasnaïa Poliana avait mis une passion
-particulière à la rédaction de son dernier travail. M. Gorbounov nous
-conte que, non content d'avoir refait à plusieurs reprises le manuscrit,
-l'auteur multipliait les corrections en première, en deuxième, en
-troisième épreuves. En portant lui-même les épreuves corrigées à
-son éditeur,&mdash;celui-ci demeurait alors dans le voisinage de Yasnaïa
-Poliana,&mdash;Tolstoï s'excusait avec un sourire contraint, comme si on
-l'avait pris en défaut: «J'ai encore tout barbouillé. Pardonnez-moi, je
-ne recommencerai pas.»</p>
-
-<p>«La dernière fois, ajoute M. Gorbounov, j'ai apporté à Léon
-Nicolaïevitch les épreuves de deux fascicules de son ouvrage le 11
-novembre 1910 (trois jours avant la mort de Tolstoï), à Astapovo, où
-il se mourait. Il eut encore la force d'écouter attentivement les
-renseignements que je lui ai apportés sur la marche de l'impression des
-trente fascicules. J'ai ajouté qu'à tout hasard, je lui apportais la
-troisième épreuve de deux fascicules; il me répondit, d'une voix éteinte
-et où perçait le regret de son impuissance de se remettre à son travail
-favori: «Je n'ai pas la force.... Faites-le vous-même.»</p>
-
-<p>Nous sommes bien en présence de l'expression dernière et la plus
-complète peut-être de la doctrine du grand mort, confrontée avec
-les pensées de plus grands philosophes de l'humanité et de ses plus
-anciennes traditions. Tolstoï cite, en effet, tous les livres sacrés
-connus de tous les pays: la <i>Bible, Vichnou-Pourana, Rama-Krichna</i> et
-autres textes hindous; Bouddha, Lao-Tseu, Confucius et les Bramines;
-<i>l'Evangile</i>, les Apôtres, le <i>Talmud</i> et le <i>Coran;</i> et aussi les
-plus antiques traditions: chinoises, hindoues, arabes, persanes, voire
-mexicaines d'avant la découverte de l'Amérique et quinze siècles avant
-l'ère chrétienne; les philosophes grecs Héraclite, Socrate, Platon,
-Xenophon et Épictète, comme les romains Caton, Cicéron, Sénèque,
-Juvénal, Marc-Aurèle et Lactance; Basile-le-Grand et Jean Chrysostome;
-Mahomet, Saadi et Saïd Ben-Hamed; Jean Huss, Erasme, Luther; Montaigne,
-Pascal, Fénelon, La Bruyère, Rousseau, Lamennais et Lamartine; Emerson,
-Bentham, Thomas More, Carlyle, Ruskin, Carpenter, Grant-Allen et Henry
-George; Kant, Lessing, Humboldt et Schopenhauer; Gogol, Hertzen et
-Dostoïevsky, etc. etc., pour ne nommer que les livres et les auteurs les
-plus universellement connus et sans faire état des sources que Tolstoï
-n'indique pas, en raison de ce que les passages empruntés sont, comme il
-l'explique dans sa préface, interprétés et non pas fidèlement traduits
-par lui.</p>
-
-<p style="margin-left: 65%;">
-E. HALPÉRINE-KAMINSKY.
-</p>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="PREFACE_DE_LAUTEUR" id="PREFACE_DE_LAUTEUR">PRÉFACE DE L'AUTEUR</a></h4>
-
-
-<p>Les pensées recueillies ici, appartiennent aux auteurs les plus divers,
-depuis les écrits des brahmanes, de Confucius, des bouddhistes jusqu'à
-l'Évangile, aux Épitres et aux travaux de bien des penseurs, tant
-anciens que modernes. La plupart de ces pensées ont été tellement
-modifiées par mes traductions et adaptations, qu'il serait déplacé de
-maintenir la signature de leurs auteurs. Les meilleures de ces pensées
-ne sont pas de moi, mais des plus grands sages de l'univers.</p>
-
-<p>
-<span style="margin-left: 75%;">Léon Tolstoï.</span><br />
-</p>
-
-
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h3>La Pensée de l'Humanité</h3>
-<hr class="tb" />
-
-<h4><a id="CHAPITRE_PREMIER"></a>CHAPITRE PREMIER</h4>
-
-<h3>DE LA FOI</h3>
-
-
-<p>Pour vivre heureux, l'homme doit savoir ce qu'il peut et ce qu'il ne
-peut pas faire. Et seule la foi le lui apprend. La foi indique ce qu'est
-l'homme et pourquoi il est sur la terre. Cette foi a toujours existé et
-existe chez tous les hommes doués de raison.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I.&mdash;<i>En quoi consiste la véritable foi</i>.</p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Afin de vivre d'une vie heureuse, l'homme doit comprendre ce qu'est la
-vie, ce qu'il peut et ce qu'il ne peut pas faire. Ceux qui furent les
-meilleurs et les plus sages parmi tous les peuples l'enseignèrent de
-tout temps. Toutes les doctrines de ces sages se rejoignent par leur
-base. Et c'est cet ensemble des doctrines, révélant le but de la vie
-humaine et la conduite à observer, qui constitue la véritable religion.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Quel est la signification de l'univers dont je ne conçois ni la fin
-ni le commencement? Que représente ma vie dans cet univers et comment
-dois-je vivre cette vie?</p>
-
-<p>La foi seule répond à ces questions.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La vraie religion a pour mission de révéler la loi qui prime toutes les
-lois humaines et qui est une pour tous les hommes.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Il peut exister plusieurs croyances erronées, mais la vraie croyance est
-une.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Si ta foi a été effleurée d'un doute, tu n'as plus la foi. La foi est
-alors seulement la foi, quand il ne te vient même pas la pensée qu'elle
-puisse être mensongère.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Il existe deux sortes de croyances: la confiance qu'on accorde à ce
-qu'affirment les hommes; c'est, la foi en l'humanité, et on en compte un
-grand nombre. L'autre croyance reconnaît la dépendance dans laquelle on
-se trouve envers Celui qui nous a envoyés dans ce monde. C'est la foi en
-Dieu, et il n'en existe qu'une pour tous.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>L'enseignement de la vraie foi est toujours clair et simple.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Croire&mdash;signifie avoir confiance en ce qui nous est révélé, sans nous
-demander pourquoi il en est ainsi et ce qu'il en résultera. C'est en
-cela que réside la vraie foi. Elle nous apprend qui nous sommes et quels
-devoirs suscite en nous cette connaissance; mais elle reste muette sur
-les conséquences et les résultats des actes ordonnés par elle.</p>
-
-<p>Si je crois en Dieu, point n'est besoin de connaître le but de mon
-obéissance à la volonté divine, car je sais que Dieu est amour et que
-l'amour n'a qu'un but: le Bien.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La véritable loi de la vie est si simple, si claire et si compréhensible
-que les hommes n'ont pas d'excuse à leur mauvaise vie sous prétexte
-d'ignorer cette loi. Si les hommes vivent contrairement à la loi de la
-vraie vie ils répudient la raison. Et c'est ce qu'ils font.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>On dit que l'accomplissement de la volonté divine est ardue. C'est faux.
-La loi de vie ne nous demande qu'amour envers notre prochain. Et l'amour
-n'est pas pénible, mais joyeux.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après GRÉGOIRE SKOVORODA.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Le sentiment qu'éprouve l'homme lorsqu'il découvre la vraie foi est
-semblable à celui d'une personne faisant jaillir la lumière dans une
-chambre obscure. Tout s'éclaire et le bonheur remplit l'âme.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>La véritable foi est dans l'amour de Dieu et de son prochain.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>«Aimez-vous les uns les autres comme je vous aime; tous vous
-reconnaîtront pour mes disciples, si vous vous aimez les uns les
-autres»,&mdash;a dit le Christ. Il ne dit pas: si vous <i>croyez</i> en ceci ou en
-cela, mais si vous <i>aimez</i>.&mdash;La foi chez différents hommes, à diverses
-époques, peut varier, mais l'amour est invariable chez tous.</p>
-
-<p>La vraie foi est unique&mdash;c'est l'amour pour tout ce qui vit.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">YBRAHIM DE CORDOUE.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>L'amour rend les hommes heureux, parce qu'il unit l'homme à Dieu.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Le Christ a révélé aux hommes que l'<i>éternel</i> n'était pas la même chose
-que le <i>futur</i>, mais que l'éternel, l'invisible, est en nous, dans cette
-vie même, que nous devenons éternels lorsque nous sommes en communion
-avec le Dieu-Esprit en lequel tout vit et se meut.</p>
-
-<p>Nous parvenons à cette éternité uniquement par l'amour.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>La foi dirige la vie des hommes</i>.</p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Seul, celui qui agit selon ce qu'il considère comme loi de la vie,
-connaît la loi de la vie.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Toute foi n'est qu'une réponse à ceci: comment dois-je vivre dans le
-monde, non pas aux yeux des hommes, mais aux yeux de Celui qui m'a
-envoyé sur la terre?</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La vraie foi n'est pas de savoir bien parler de Dieu, de l'âme, de ce
-qui a été et de ce qui sera, mais uniquement de bien savoir ce qu'il
-faut faire et ne pas faire dans cette vie.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après KANT.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Si un homme éprouve des malheurs dans la vie, c'est uniquement parce que
-cet homme n'a pas de foi. Il en est de même pour tout un peuple. Si un
-peuple est malheureux, c'est parce qu'il a perdu la foi.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La vie des hommes est heureuse ou malheureuse, suivant leur conception
-de la vraie loi de la vie. Plus ils comprennent clairement cette loi,
-plus leur vie est heureuse; plus ils la comprennent faussement, plus
-leur vie est malheureuse.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Pour sortir des souillures du péché, de la dépravation et de la vie
-malheureuse,'il ne faut aux hommes qu'une chose, une religion dans
-laquelle ils ne vivraient pas, chacun pour soi, comme ils le font à
-présent, mais d'une vie commune, en reconnaissant tous la même loi et
-le même but. Alors seulement les hommes, en répétant les paroles de la
-prière du Seigneur: «Que ton règne arrive sur la terre comme au ciel»
-pourraient espérer que le règne de Dieu viendrait réellement sur la
-terre.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après MAZZINI.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Si une religion nous apprend qu'il faut renoncer à cette vie pour la vie
-éternelle, c'est une religion mensongère. On ne peut pas renoncer, à
-cette vie pour la vie éternelle, pour cette raison que la vie éternelle
-existe déjà dans cette vie.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">WEMANA indienne.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Plus la foi de l'homme est solide, plus sa vie est ferme. La vie d'un
-homme sans religion est celle d'une bête.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>La fausse religion.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La loi de la vie commandant d'aimer Dieu et son prochain est simple et
-claire: tout homme, ayant atteint l'âge de raison la conçoit par son
-cœur. Par conséquent, s'il n'y avait, pas de doctrines erronées, tous
-les hommes reconnaîtraient cette loi, et le royaume des cieux serait sur
-la terre.</p>
-
-<p>Mais, partout et toujours, des faux docteurs ont appris aux hommes à
-reconnaître comme loi de Dieu, ce qui n'est pas sa loi. Les multitudes
-ont accepté ces fausses doctrines et se sont éloignées de la vraie loi
-de la vie et de l'accomplissement de la véritable loi. Aussi, leur vie
-n'en est devenue que plus pénible et plus malheureuse.</p>
-
-<p>Il ne faut donc croire à aucune doctrine, si elle n'est pas d'accord
-avec l'amour de Dieu et de son prochain.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Il ne faut pas croire que la religion est vraie parce qu'elle est
-vieille. Au contraire, plus les hommes vivent, plus la vraie loi de la
-vie leur devient claire. Supposer qu'à notre époque, il faut continuer à
-croire à ce que croyaient nos grands-pères et aïeux, c'est croire qu'un
-adulte peut continuer à porter les vêtements d'enfant.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Nous nous lamentons de ce que nous ne croyons plus en ce que croyaient
-nos pères. Il ne faut pas s'en désoler, mais s'efforcer de créer une
-religion à laquelle nous puissions croire aussi fermement que nos pères
-croyaient à la leur.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MARTINEAU.</p>
-
-
-<hr class="chap" />
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>Le culte extérieur.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La vraie foi est dans la croyance en une seule loi qui convient à tous
-les hommes de l'univers.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La vraie religion enseigne de vivre dans le bien, en accord avec tous
-et d'agir envers son prochain comme on voudrait qu'on agisse envers nous.</p>
-
-<p>Cette vraie religion a été enseignée par tous les sages, par tous les
-saints de tous les peuples.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII.<i>&mdash;L'idée de la récompense pour la bonne conduite est incompatible
-avec la vraie foi.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Quiconque, pratique une religion seulement en vue des récompenses
-qu'elle peut lui assurer pour ses bonnes œuvres, ne fait pas preuve de
-foi mais de calcul, calcul toujours faux. Il est faux, parce que la
-vraie foi assure le bonheur dans le présent uniquement, qu'elle ne donne
-et ne peut donner aucun bonheur dans l'avenir.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Un ouvrier cherchait à s'embaucher. Il rencontra deux embaucheurs, qui,
-chacun de son côté, se mirent à lui vanter leurs patrons. L'un lui dit
-que la place était excellente. «Il est vrai, que si tu ne contentes
-pas le patron, il te frappera, t'emprisonnera; mais si tu réussis à
-le satisfaire, tu ne pourras pas avoir de vie plus agréable. Quand tu
-auras fini ton temps de travail, tu auras ta retraite, tu vivras sans
-rien faire; des fêtes, du vin, des friandises et promenades chaque jour.
-Plais-lui seulement; la vie sera telle que tu n'en peux imaginer de
-meilleure.»</p>
-
-<p>L'autre embaucheur invita, à son tour, l'ouvrier à aller chez son
-patron, mais ne dit pas comment il serait récompensé; il ne pouvait
-même pas dire où et comment vivaient les ouvriers et si le travail
-était facile ou pénible; il affirma seulement que le maître était bon,
-qu'il ne punissait personne et qu'il vivait lui-même au milieu de ses
-employés.</p>
-
-<p>L'ouvrier réfléchit: «Le premier patron promet trop. Si tout était vrai,
-il n'aurait pas besoin de tant promettre. En me laissant tenter par une
-vie grasse, je pourrai bien mal tomber. Le maître doit être méchant,
-parce qu'il punit sévèrement ceux qui ne travaillent pas à son gré;
-j'irai plutôt chez l'autre; au moins, celui-ci ne promet rien, mais on
-dit qu'il est bon et qu'il vit au milieu de ses ouvriers.»</p>
-
-<p>Il en est de même des doctrines religieuses. Certains docteurs incitent
-les hommes à bien faire en les intimidant par les punitions et en les
-attirant par des promesses de récompenses dans l'autre monde où personne
-n'a été. D'autres enseignent seulement que l'amour, base de la vie, est
-en nous et que celui qui reconnaît ce principe est heureux.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Si tu sers Dieu pour obtenir la jouissance éternelle, tu te sers
-toi-même et non pas Dieu.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VIII.&mdash;<i>La raison vérifie les dogmes de la foi.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>On n'obtient pas la foi par la raison. Mais la raison nous est
-nécessaire pour contrôler la religion qu'on nous enseigne.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Ne craignons pas de rejeter de notre religion tout ce qui est inutile,
-matériel, tangible, autant que ce qui est vague, indécis: plus nous
-purifierons le noyau spirituel, mieux nous comprendrons la véritable
-loi de la vie.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Celui qui ne croit pas à tout ce que tout le monde croit autour de lui
-n'est pas un incroyant; tandis que celui qui pense et dit qu'il croit à
-ce qu'il ne croit pas, est un véritable incroyant.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IX.&mdash;<i>La conscience religieuse des hommes ne cesse de se perfectionner.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Nous devons nous servir des doctrines des anciens sages et des saints
-posant la loi de la vie, mais nous devons vérifier ce qu'ils nous
-apprennent: accepter ce qui est conforme à la raison et rejeter ce qui
-lui est contraire.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Il est surprenant que la plupart des hommes restent fidèles aux
-doctrines les plus anciennes, à celles qui ne conviennent plus à
-notre temps, tandis qu'ils rejettent et considèrent comme inutiles et
-malfaisantes toutes les nouvelles doctrines. Ils oublient que si Dieu
-a révélé la vérité aux anciens, il demeure le même et peut la révéler
-de la même façon aux hommes qui ont vécu jadis et à ceux qui vivent
-maintenant.</p>
-<p>
-<span style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après THOREAU<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a>.</span>
-</p>
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La religion n'est pas vraie parce que les saints l'ont prêchée, mais les
-saints l'ont prêchée parce qu'elle est vraie.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LESSING</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Lorsque l'eau de pluie coule dans les chenaux, il nous semble que l'eau
-en vient. Mais l'eau tombe du ciel. Il en est de même des doctrines des
-sages et des saints: il nous semble que ce sont ces derniers qui les ont
-formées; mais elles viennent de Dieu.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après RAMA-KRICHNA</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a> Écrivain américain de l'École d'Emerson (<i>Note du
-traducteur</i>).</p></div>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_II" id="CHAPITRE_II">CHAPITRE II</a></h4>
-
-<h3>DE DIEU</h3>
-
-<p>Outre la matière dont nous et l'univers sommes faits, nous connaissons
-encore quelque chose d'immatériel qui donne la vie à notre corps et est
-uni à lui. C'est cette chose immatérielle que nous appelons l'âme. De
-même, cette chose immatérielle qui n'est unie à rien et qui donne la vie
-à tout ce qui existe, est ce que nous appelons Dieu.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I.&mdash;<i>L'homme découvre Dieu en soi-même.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La base de toute religion est dans la reconnaissance, non seulement de
-tout ce que nous voyons et ressentons matériellement, mais encore de ce
-quelque chose d'invisible, d'immatériel qui nous donne la vie, à nous et
-à tout ce qui est tangible et matériel.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Je sais que j'ai en moi quelque chose sans quoi rien ne serait. C'est ce
-que j'appelle Dieu.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après ANGÉLUS.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Tout homme, en réfléchissant à ce qu'il est, est forcé de s'apercevoir
-qu'il n'est pas tout, mais une partie isolée de <i>quelque chose</i>. L'ayant
-compris, l'homme pense généralement que ce <i>quelque chose</i> dont il est
-séparé est le monde matériel qu'il voit: la terre sur laquelle il vit
-et où ont vécu ses ancêtres, et aussi le ciel, les étoiles et le soleil
-qu'il aperçoit. Mais en y réfléchissant plus à fond, ou en apprenant
-ce qu'en pensaient les sages de tout l'univers, il reconnaît que ce
-<i>quelque chose</i>, dont les hommes se sentent séparés, n'est pas le monde
-matériel qui s'étend à l'infini, dans l'espace et dans le temps, mais
-quelque chose d'autre. Si l'homme réfléchit encore et qu'il apprend
-ce qu'en pensaient également les sages, il comprendra, que le monde
-matériel, qui n'a jamais commencé, ne finira jamais et ne peut avoir de
-limites, n'est pas réel, mais est une conception de notre cerveau et
-que, par suite, le <i>quelque chose</i> dont nous nous sentons séparés, n'a
-ni commencement ni fin, ni dans le temps ni dans l'espace, mais qu'il
-est immatériel et spirituel.</p>
-
-<p>Ce quelque chose de spirituel, que l'homme reconnaît, comme son
-commencement, est ce que les sages appelaient et appellent Dieu.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>On ne peut reconnaître Dieu qu'en soi-même. Tant que tu ne l'as pas
-trouvé en toi, tu ne le trouveras nulle part.</p>
-
-<p>Il n'y a pas de Dieu pour celui qui ne Le sens pas en soi.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Je sens en moi un être spirituel séparé de tout. Je sens le même être
-spirituel, également séparé de tout, dans les autres hommes. Mais si je
-le reconnais en moi et si je le reconnais dans les autres êtres, il ne
-peut ne pas exister lui-même. C'est cet être existant par lui-même que
-nous appelons Dieu.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Ce n'est pas toi qui vis: ce que tu considères comme toi est mort. Ce
-qui t'anime est Dieu.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Ne pense pas gagner Dieu par tes actes; toutes les œuvres sont nulles
-devant Dieu. Il ne faut pas gagner Dieu, mais être Lui.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Si nous ne voyions pas de nos yeux, si nous n'entendions pas de nos
-oreilles, si nous ne touchions pas de nos mains, nous ne saurions
-rien de ce qui est autour de nous. Mais si nous ne reconnaissions pas
-Dieu en nous-mêmes, nous ne nous connaîtrions pas nous-mêmes; nous ne
-connaîtrions pas en nous-mêmes celui qui voit, qui entend le monde
-autour de soi.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Celui qui ne saura devenir fils de Dieu, restera à jamais dans l'étable
-avec le bétail.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Si je mène la vie du siècle, je peux me passer de Dieu. Mais je n'ai
-qu'à réfléchir d'où je suis issu, quand je suis né et où j'irai après ma
-mort, pour que je reconnaisse aussitôt qu'il y a quelque chose dont je
-suis venu et où je vais. Il m'est impossible de ne pas reconnaître que
-je suis venu dans ce monde de quelque chose d'incompréhensible et que
-je vais vers quelque chose de tout aussi incompréhensible pour moi.</p>
-
-<p>C'est cet incompréhensible dont je viens et où je vais que j'appelle
-Dieu.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>On dit que Dieu est l'amour et que l'amour est Dieu. On dit aussi que
-Dieu, est la raison et que la raison est Dieu. Tout cela n'est pas
-absolument exact. L'amour et la raison sont des qualités de Dieu que
-nous reconnaissons en nous-mêmes, mais nous ne pouvons savoir ce qu'Il
-est par Lui-même.</p>
-
-<p class="caption">12</p>
-
-<p>C'est bien de craindre Dieu, mais mieux encore est de L'aimer. Le mieux,
-c'est de Le ressusciter en soi.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p>
-
-<p class="caption">13</p>
-
-<p>L'homme doit aimer; mais on ne peut aimer réellement que ce qui est
-parfait. Il doit donc exister quelque chose qui n'a pas de défauts. Et
-il n'y a qu'un seul être qui est sans défaut: Dieu.</p>
-
-<p class="caption">14</p>
-
-<p>Si les hommes ne sont pas toujours d'accord sur ce qu'est Dieu, tous
-ceux qui croient réellement en Lui comprennent toujours de la même façon
-ce que Dieu veut d'eux.</p>
-
-<p class="caption">15</p>
-
-<p>Dieu aime la solitude. Il n'entrera dans ton cœur que lorsqu'il y sera
-seul et que tu ne penseras qu'à Lui.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après ANGÉLUS.</p>
-
-<p class="caption">16</p>
-
-<p>Il existe un conte arabe que voici: En traversant le désert, Moïse
-entendit un pâtre prier Dieu: «O Seigneur! disait-il, comment faire pour
-Te rencontrer et devenir Ton esclave! Avec quelle joie je Te chausserai,
-je laverai, je baiserai Tes pieds, je peignerai Tes cheveux, je laverai
-Tes vêtements, j'arrangerai Ta demeure et je T'apporterai le lait de
-mon troupeau! Mon cœur Te désire!» Moïse, entendant ces paroles, se
-fâcha contre le pâtre et dit: «Tu blasphèmes. Dieu n'a pas de corps. Il
-n'a besoin ni de vêtements, ni de demeure, ni de serviteur. Tu dis des
-sottises.» Le pâtre en fut attristé. Il ne pouvait se représenter Dieu
-sans corps et sans besoins matériels; il ne pouvait plus prier et servir
-Dieu, et il tomba dans le désespoir. Alors Dieu dit à Moïse: «Pourquoi
-as-tu éloigné de Moi Mon fidèle esclave? Chaque homme a ses pensées et
-ses termes. Ce qui est mal pour l'un est bien pour l'autre; ce qui est
-poison pour toi est miel pour un autre. Les paroles ne signifient rien.
-Je vois le cœur de celui qui s'adresse à Moi.»</p>
-
-<p class="caption">17</p>
-
-<p>Si l'homme ne sait pas qu'il respire l'air, il sait, lorsqu'il étouffe
-qu'il lui manque quelque chose sans quoi il ne peut vivre. Il en est
-de même de celui qui perd Dieu, bien qu'il ne sache pas ce qui le fait
-souffrir.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II&mdash;<i>Tout homme doué de raison est forcé de reconnaître Dieu.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Nous voyons aux cieux et dans chaque homme ce que nous appelons Dieu.</p>
-
-<p>Lorsqu'on hiver, pendant la nuit, tu regardés le ciel, tu vois des
-étoiles, encore des étoiles et des étoiles sans fin, et lorsque tu
-penses que chacune de ces étoiles est nombre de fois plus grande que
-la terre où tu vis, que par-dessus les étoiles que tu vois, il y a
-des centaines, des milliers, des millions d'autres étoiles et de plus
-grandes encore et que ni les étoiles, ni le ciel n'ont de fin, tu
-comprends que ce que nous ne pouvons concevoir existe.</p>
-
-<p>Lorsque nous regardons en nous-mêmes et que nous voyons ce que nous
-appelons notre «moi», lorsque nous y voyons quelque chose que nous ne
-pouvons pas comprendre non plus, mais que nous connaissons mieux que
-tout le reste et qui nous fait comprendre tout ce qui est, nous voyons
-dans notre moi, dans l'âme, quelque chose de plus compréhensible et de
-plus grand que ce que nous voyons dans les cieux.</p>
-
-<p>C'est ce que nous voyons au ciel et ce que nous sentons en nous, en
-notre âme, que nous appelons Dieu.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>De tous temps, chez tous les peuples s'était formée la foi en une force
-invisible gouvernant le monde.</p>
-
-<p>Les anciens attribuaient cette force à la raison universelle, à la
-nature, à la vie, à l'éternité; les chrétiens appellent cette force:
-esprit, Père, Seigneur, raison, vérité.</p>
-
-<p>Le monde visible, changeant, est en quelque sorte l'ombre de cette force.</p>
-
-<p>De même que Dieu est éternel, le monde visible, son ombre, est éternel.
-Seule la force invisible, Dieu, existe véritablement..</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SKOVORODA.
-<a name="FNanchor_1_2" id="FNanchor_1_2"></a>
-<a href="#Footnote_1_2" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il y a un être sans lequel ni le ciel, ni la terre, ne seraient. Cet
-être est paisible, immatériel; ses qualités s'appellent: amour et
-raison; mais l'être lui-même n'a pas de nom. Il est le plus éloigné et
-le plus proche.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>On demanda à un homme: Pourquoi sait-il que Dieu existe? Il répondit:
-«Faut-il donc une chandelle pour voir l'aurore?»</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Si l'homme considère quelque chose comme grand, c'est qu'il ne voit pas
-les choses de la hauteur de Dieu.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Je peux ne pas réfléchir à ce qu'est l'univers infini et à ce qu'est mon
-âme qui se connaît elle-même; mais si j'y pense, il m'est impossible de
-ne pas reconnaître ce que nous appelons Dieu.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Il y a en Amérique une petite fille aveugle et sourde-muette de
-naissance. On lui a appris à lire et à écrire par le toucher. Lorsque sa
-maîtresse lui eut expliqué qu'il y avait un Dieu, la fillette répondit
-qu'elle le savait, mais qu'elle ignorait son nom.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>La volonté de Dieu.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Nous concevons Dieu moins par la raison que par notre sensation d'être
-en Son pouvoir, tel un nourrisson dans les bras de sa mère.</p>
-
-<p>L'enfant ne sait pas qui le tient, le réchauffe, le nourrit, mais il
-sait que ce quelqu'un existe et non seulement il connaît, mais il aime
-ce quelqu'un dont il dépend. Il en est de même de l'homme.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Plus l'homme accomplit la volonté de Dieu, plus il Le connaît.</p>
-
-<p>Si l'homme n'accomplit pas la volonté de Dieu, il ne Le connaît pas du
-tout, bien qu'il dise Le connaître et qu'il L'<i>invoque</i>.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>De même qu'on ne peut reconnaître une chose qu'en s'en approchant, on ne
-peut connaître Dieu, qu'en s'approchant de Lui, et on ne peut le faire
-qu'à l'aide de bonnes actions. Et plus l'homme s'habitue au bien, mieux
-il apprend à connaître Dieu; et plus il apprend à le connaître, plus il
-aime ses semblables.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Nous ne pouvons connaître Dieu. Tout ce que nous savons de Lui c'est Sa
-loi, Sa volonté, telles qu'elles sont écrites dans l'Evangile. De la
-connaissance de Sa loi, nous déduisons que Celui qui l'a faite existe,
-mais nous ne pouvons pas Le connaître Lui-même. Nous ne savons au juste
-qu'une chose, c'est que nous devons accomplir la loi que Dieu nous a
-donnée et que notre vie est d'autant, meilleure que nous suivons plus
-strictement cette loi.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Il est surprenant que je n'aie pu voir avant la simplicité de cette
-vérité qu'en dehors de ce monde et de notre vie, il y a quelqu'un,
-quelque chose qui sait pourquoi le monde existe et pourquoi nous y
-sommes, telles les bulles qui se forment dans l'eau bouillante et qui
-éclatent et disparaissent.</p>
-
-<p>Oui, il se passe quelque chose en ce monde, grâce à tous les êtres
-vivants, à moi, à ma vie. Autrement, pourquoi existeraient ce soleil,
-ces printemps, ces hivers et pourquoi ces souffrances, ces naissances et
-ces morts, ces bienfaits, ces crimes, pourquoi tous ces êtres séparés
-qui apparemment n'ont aucun sens pour moi et qui vivent de toutes leurs
-forces, qui se soucient tant de leur vie? La vie de tous ces êtres me
-convainc parfaitement que tout cela est nécessaire à quelque chose de
-raisonnable, de bon, mais qui ne m'est pas accessible.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Tant que l'homme chante, crie et dit devant tous: «O Seigneur,
-Seigneur!» c'est qu'il n'a pas trouvé le Seigneur. Celui qui L'a trouvé
-garde le silence.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">RAMA-KRICHNA.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Dans les mauvais moments, on ne sent pas Dieu, on doute de Lui. Mais
-le salut est toujours le même: penser non à Dieu, mais à Sa loi et
-l'accomplir: aimer tout le monde.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>On ne peut comprendre Dieu par la raison.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>On peut sentir Dieu en soi, ce qui n'est pas difficile. Mais comprendre
-Dieu et savoir ce qu'Il est, est impossible et inutile.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>On ne peut comprendre par la raison, que l'homme contient son âme et
-Dieu; de même, il est impossible de concevoir qu'il n'y ait pas de Dieu
-et que l'homme n'ait pas d'âme.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Pourquoi suis-je séparé de tout le reste et pourquoi sais-je que <i>tout</i>
-ce dont je suis séparé existe, et pourquoi ne puis-je comprendre ce
-qu'est ce <i>tout</i>? Pourquoi «moi» change-t-il constamment? Je ne peux
-rien comprendre à tout cela. Mais je ne puis m'empêcher de penser
-que tout cela a un sens, qu'il y a un être pour lequel tout cela est
-compréhensible, qui sait à quoi tout cela sert.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Chacun peut sentir Dieu, et personne ne peut Le comprendre.</p>
-
-<p>C'est pourquoi ne cherchons pas à Le comprendre, mais accomplissons sa
-volonté, qui est de le sentir en soi avec plus d'intensité.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Si tes yeux sont aveuglés par le soleil, tu ne dis pas qu'il n'y a
-pas de soleil. Tu ne diras pas non plus que Dieu n'existe pas parce
-que ta raison s'embrouille et se perd, lorsque tu veux comprendre le
-commencement et la cause de tout.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après ANGÉLUS.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>«Pourquoi me demandes-tu mon nom?&mdash;dit Dieu à Moïse.&mdash;Si derrière ce
-qui se meut tu peux voir ce qui a toujours été, ce qui est et ce qui
-sera, tu Me connais. Mon nom est le même que ma substance. Je suis réel.
-Je suis celui qui est.</p>
-
-<p>«Celui qui veut savoir mon nom, ne me connaît pas.»</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SKOVORODA.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>La raison qu'on ne peut concevoir n'est pas la raison éternelle; l'être
-qu'on peut nommer n'est pas l'être suprême.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Si étrange que soit le fait que je ne connaisse pas Dieu, j'ai toujours
-peur lorsque je suis sans Lui, et je ne suis tranquille que lorsque je
-suis avec lui. C'est plus étrange encore que je n'aie point besoin de
-Le connaître mieux et davantage que je ne Le connais maintenant dans
-ma vie actuelle. Je peux et je voudrais me rapprocher de Lui; ma vie
-entière tend à cela. Mais ce rapprochement n'augmente aucunement ma
-connaissance de Dieu. Toute tentative de mon imagination me démontrant
-que je le conçois (par exemple, lorsque je me l'imagine créateur ou
-miséricordieux, ou quelque chose d'analogue) m'éloigne de lui et arrête
-mon rapprochement de Lui. Même le pronom «Il», appliqué à Dieu,
-détruit en quelque sorte pour moi toute sa signification. Le mot «Il» le
-diminue.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Tout ce qu'on peut dire de Dieu ne Lui ressemble pas. On ne peut
-dépeindre Dieu par des paroles.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>Du manque de foi en Dieu.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'homme raisonnable trouve en lui-même la conception de son âme, de
-lui-même et de l'âme de l'univers, qui est Dieu; et en reconnaissant
-l'impossibilité d'amener ces conceptions à la netteté complète, il
-s'arrête docilement devant elles, sans toucher à ce qui les voile.</p>
-
-<p>Mais il y a eu et il y a encore des gens d'un esprit et d'une sagesse
-raffinés et qui veulent expliquer la conception de Dieu par des paroles.
-Je ne condamne pas ces gens. Néanmoins, ils ont tort lorsqu'ils
-affirment qu'il n'y a pas de Dieu, et un pareil athéisme ne peut durer.
-D'une façon ou d'une autre, l'homme aura toujours besoin de Dieu. Si Sa
-divinité s'était révélée à vous avec plus d'éclat encore que jusqu'à
-présent, je suis convaincu que ceux qui contestent Dieu inventeraient de
-nouvelles subtilités pour Le nier. La raison se plie toujours devant les
-exigences du cœur.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ROUSSEAU.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Penser qu'il n'y a pas de Dieu, revient au même d'après Lao-Tseu, que de
-croire que l'air qui sort d'un soufflet, a le soufflet pour origine et
-que le soufflet pourrait fonctionner là où il n'y aurait pas d'air.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Lorsque les gens de mauvaise vie disent que Dieu, n'existe pas, ils ont
-raison: Dieu n'existe que pour ceux qui regardent de Son côté et se
-rapprochent de Lui. Mais pour celui qui s'est détourné de Lui et s'en
-éloigne, il ne peut y avoir de Dieu.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Deux catégories d'hommes connaissent Dieu. Ceux qui ont le cœur
-modeste&mdash;qu'ils soient sages ou sots&mdash;et ceux qui sont vraiment
-intelligents. Seuls, les hommes orgueilleux et d'intelligence médiocre
-ne connaissent pas Dieu.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Moïse dit à Dieu: «Où te trouverai-je, Seigneur?»&mdash;Dieu lui répondit:
-«Tu m'as déjà trouvé, si tu Me cherches».</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Prouver que Dieu existe! Il ne peut y avoir rien de plus stupide que
-l'idée de prouver l'existence de Dieu. Le faire, c'est vouloir prouver
-la raison de sa vie. A qui? Comment? Pourquoi? Si Dieu n'existe pas, il
-n'y a rien. Or, comment dès lors prouver Son existence?</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Dieu existe. Point n'est besoin de le prouver. Le faire, serait
-blasphémer; le nier, une folie. Dieu demeure dans notre conscience, dans
-la conception de l'humanité entière, dans la structure de l'univers.
-Seul un homme très misérable ou très dépravé peut nier Dieu sous la
-voûte du ciel étoile, sur la tombe des êtres chers ou devant la mort
-heureuse d'un martyr.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAZZINI.</p>
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>L'amour de Dieu.</i></p>
-
-<p>«Je ne comprends pas ce que signifie l'amour de Dieu. Peut-on aimer
-l'inconcevable et l'inconnu? On peut aimer son prochain, c'est
-compréhensible et bien. Mais aimer Dieu, ce sont des paroles vides
-de sens.» Ainsi parlent bien des gens. Mais ceux qui le disent et le
-pensent se trompent lourdement: ils ne comprennent pas ce qu'est aimer
-son prochain&mdash;non pas un homme agréable ou qui nous est utile, mais
-indifféremment tout homme, quand même il serait le plus désagréable
-et le plus hostile. Seul, celui qui est le même partout, peut aimer
-ainsi son prochain. De sorte que ce n'est pas l'amour de Dieu qui est
-incompréhensible, mais l'amour du prochain sans l'amour de Dieu.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_1_2" id="Footnote_1_2"></a><a href="#FNanchor_1_2"><span class="label">[1]</span></a> Philosophe ukrainien du XVIIIe siècle dont l'exceptionnelle
-valeur ne fut que récemment reconnue en Russie. (<i>N. du trad.</i>)</p></div>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_III" id="CHAPITRE_III">CHAPITRE III</a></h4>
-
-<h3>DE L'ÂME</h3>
-
-
-<p>Nous appelons Dieu, l'impalpable, l'invisible, l'immatériel, celui qui
-donne la vie à tout et qui existe. Nous appelons âme le même élément
-impalpable, invisible et immatériel, séparé par le corps de tout le
-reste et que nous reconnaissons comme nous-mêmes.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">I.&mdash;<i>Qu'est-ce que l'Âme?</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Si l'homme vit longtemps, il subit diverses transformations: il
-est enfant, puis adolescent, adulte, vieillard. Mais, malgré ses
-changements, il dit toujours «moi» en parlant de lui-même. Et ce «moi» a
-toujours été le même: dans l'enfant, dans l'adulte, dans le vieillard.
-C'est ce «moi» immuable que nous appelons âme.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si l'homme pense que tout ce qui l'entoure, tout l'univers infini, est
-tel qu'il le voit, il se trompe fort. L'homme connaît tout ce qui est
-matériel uniquement parce qu'il a tels vue, oui toucher. Si ces sens
-étaient autres, le monde entier serait différent. De sorte que nous ne
-savons pas et ne pouvons savoir quel est exactement le monde matériel
-où nous vivons. Ce que nous connaissons sûrement et entièrement, c'est
-notre âme.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>Le «Moi» spirituel.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Lorsque nous parlons de notre «moi», nous n'entendons pas notre corps,
-mais ce qui le fait vivre. Qu'est-ce que le «moi»? Nous ne pouvons le
-définir par des paroles, mais nous le connaissons mieux que tout ce que
-nous savons. Car nous savons que si nous n'avions pas ce «moi», nous
-ne saurions rien, nous n'aurions rien au monde, et nous n'aurions pas
-existé nous-mêmes.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Lorsque je réfléchis, il m'est plus difficile de comprendre ce qu'est
-mon corps que ce qu'est mon âme. Le corps a beau nous être proche, il
-nous est toujours <i>étranger</i>; seule l'âme est à <i>soi</i>.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Si l'homme ne sent pas l'âme en soi, cela ne veut pas dire qu'il n'a
-pas d'âme, mais cela prouve seulement qu'il n'a pas encore appris à la
-connaître.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Tant que nous ne comprenons pas ce qui est en nous, quel intérêt
-avons-nous à savoir ce qui est en dehors de nous? Et peut-on connaître
-le monde avant de s'être compris soi-même? Celui qui est aveugle chez
-lui, peut-il voir lorsqu'il est chez les autres?</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SKOVORODA.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>De même que la bougie ne peut pas brûler sans feu, l'homme ne peut pas
-vivre sans force spirituelle. L'esprit vit dans tous les hommes, mais
-tous les hommes ne le savent pas.</p>
-
-<p>La vie de ceux qui le savent est heureuse, et la vie de ceux qui
-l'ignorent est malheureuse.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse brahmane.</i></p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>L'âme et le monde matériel.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Nous avons mesuré la terre, le soleil, les étoiles, les profondeurs
-des mers; nous descendons dans l'antre de la terre pour y chercher de
-l'or; nous avons trouvé des rivières et des montagnes sur la lune; nous
-découvrons de nouveaux astres et connaissons leurs dimensions; nous
-nivelons des précipices, nous construisons des machines compliquées;
-chaque jour apporte de nouvelles et toujours de nouvelles inventions.
-Que ne savons-nous pas? que de choses nous pouvons faire! Seulement,
-il y a une chose absolument essentielle qui nous manque. Et nous ne
-saurions préciser ce que c'est. Nous sommes pareils à un petit enfant:
-il sent qu'il n'est pas à son aise, mais il ne sait pas pourquoi.</p>
-
-<p>Nous sommes malheureux, parce que nous savons beaucoup de choses
-inutiles et que nous ignorons l'essentiel, c'est nous-mêmes. Nous ne
-connaissons pas ce qui est en nous. Si nous savions et si nous nous
-souvenions de ce qui est en nous, notre vie serait toute différente.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SKOVORODA.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Nous ne pouvons savoir ce qu'est en réalité tout ce qui est matériel
-en ce monde. Nous ne pouvons connaître parfaitement que ce qui est
-spirituel en nous-mêmes, ce qui est nous-mêmes et ce qui ne dépend ni de
-nos sentiments ni de nos pensées.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Les hommes croient souvent que seules les choses qu'ils peuvent toucher
-de leurs mains existent. Bien au contraire: existe seulement ce qu'on ne
-peut voir, ni entendre, ni palper, ce que nous appelons notre «moi»&mdash;
-notre âme.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Confucius disait: Le ciel et la terre sont grands, mais ils ont une
-couleur, une forme, une dimension, alors qu'en l'homme il y a quelque
-chose qui pense à tout et qui n'a ni couleur, ni forme, ni dimension.
-De sorte que si tout l'univers était mort, ce qui est en l'homme aurait
-donné la vie au monde.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>Le côté spirituel et le côté charnel de l'homme.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Chacun de nous est un homme absolument distinct de tous les autres: un
-homme, une femme, un vieillard, un garçon, une fille; et dans chacun de
-nous, comme dans tous, réside le même être spirituel. Chacun de nous
-est donc Jean ou Nathalie et en même temps un être spirituel qui est
-le même dans tous les hommes. Et lorsque nous disons: <i>Je veux</i>, cela
-indique, parfois, ce que désirent Jean et Nathalie, mais d'autres fois
-ce que veut l'être spirituel qui est commun à nous tous. Et il arrive,
-parfois, que Jean et Nathalie veulent quelque chose, mais que l'être
-spirituel ne le veut pas et qu'il désire tout autre chose.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Dire que ce que nous appelons nous-mêmes n'est que notre chair, dire
-que ma raison, mon âme, mon amour ne dépendent que de mon corps, c'est
-prétendre que notre corps n'est que la nourriture dont notre chair
-s'alimente.</p>
-
-<p>Il est vrai que mon corps n'est composé que d'aliments qu'il transforme,
-mais mon corps n'est pas aliment. Ceux-ci lui sont nécessaires pour
-vivre, mais ils ne sont pas le corps.</p>
-
-<p>Il en est de même de l'âme. Il est vrai que, sans ma chair, ce que
-j'appelle âme n'existerait pas; mais mon âme n'est pas mon corps.
-Celui-ci est nécessaire à l'âme, mais il n'est pas l'âme.</p>
-
-<p>Si l'âme n'existait pas, je ne saurais pas ce qu'est mon corps.</p>
-
-<p>Les éléments de la vie ne sont pas dans le corps, mais dans l'âme.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Lorsque nous disons: cela est arrivé, cela arrivera ou cela pourra
-arriver, nous parlons de notre vie corporelle. Mais, en dehors de la vie
-corporelle qui a été et qui sera, nous reconnaissons en nous une autre
-vie: la vie spirituelle. Et cette vie-là n'a pas été, ne sera pas, mais
-est toujours. C'est cette vie qui est la vraie. L'homme est heureux
-lorsqu'il vit de la vie spirituelle, et non de la vie corporelle.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Le Christ apprend à connaître à l'homme qu'il y a en lui quelque chose
-qui le met au-dessus de cette vie, de ses misères, de ses craintes et de
-ses désirs.</p>
-
-<p>L'homme qui a compris la doctrine du Christ se sent comme un oiseau qui,
-ignorant la présence de ses ailes, aurait compris brusquement qu'il
-pouvait voler, être libre et ne rien craindre.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>La conscience, voix de l'âme.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Dans chaque homme il y a deux êtres: l'un: aveugle, matériel;
-l'autre: voyant clair, spirituel. L'un&mdash;l'être aveugle&mdash;mange, boit,
-travaille, se repose, se reproduit et fait tout comme une horloge
-réglée. L'autre&mdash;l'être spirituel&mdash;ne fait rien lui-même, mais ne fait
-qu'approuver ou désapprouver les actes de l'être aveugle et animal.</p>
-
-<p>On appelle conscience la partie éclairée, spirituelle de l'homme. Cette
-partie spirituelle agit de même que les branches d'un compas. Celles-ci
-ne changent de place que lorsque celui qui tient les compas abandonne la
-direction qu'elles indiquent. Il en est de même de la conscience: elle
-se tait tant que l'homme fait ce qu'il doit, mais dès qu'il abandonne la
-bonne voie, elle lui montre où et à quel point il s'est trompé.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Lorsque nous apprenons qu'un homme a fait une mauvaise action, nous
-disons: il n'a pas de conscience. Qu'est-ce que la conscience? La
-conscience est la voix de l'être unique et spirituel qui réside en nous
-tous.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La conscience, c'est la manifestation de l'être spirituel qui vit dans
-tous les hommes. Et ce n'est que lorsqu'elle se manifeste qu'elle
-devient un directeur sûr de la vie des hommes. Car souvent les hommes
-prennent pour la conscience non pas la manifestation de l'être
-spirituel, mais simplement ce qui est considéré comme bon ou mauvais par
-les gens dont ils sont entourés.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>La voix de la passion peut être plus forte que celle de la conscience;
-mais elle est tout autre que la voix calme et persuasive de la
-conscience. Celle-ci est la voix de l'Éternel, du divin qui vit en
-l'homme.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">CHANNING<a name="FNanchor_1_3" id="FNanchor_1_3"></a>
-<a href="#Footnote_1_3" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Le philosophe Kant disait que deux choses l'étonnaient le plus: les
-étoiles au ciel et la loi du bien dans l'âme humaine.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>La vraie bonté est en toi-même, dans ton âme. Celui qui cherche le bien
-en dehors de lui-même, agit comme le pâtre qui cherche dans son troupeau
-l'agneau qu'il a caché sur sa poitrine.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">VIMANA HINDOUE.</p>
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>La divinité de l'âme.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'homme a, d'abord, le sentiment de la séparation de son essence du
-reste de sa substance, c'est-à-dire de sa chair; ensuite, la conscience
-de ce qui est séparé, c'est-à-dire de son âme; enfin, la conscience de
-ce dont cette base spirituelle de la vie est séparée: la conscience du
-Tout, de Dieu.</p>
-
-<p>C'est précisément cet élément, conscient d'être séparé du Tout, de Dieu,
-qui est l'unique être spirituel qui vit en chaque homme.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Reconnaître qu'on est un être <i>séparé</i>, c'est reconnaître l'existence de
-ce dont on est séparé, reconnaître l'existence du Tout, de Dieu.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>«En vérité, en vérité, je vous le dis: celui qui écoute «Ma parole et
-qui croit à Celui qui m'a envoyé, a la vie «éternelle et il ne vient
-point en jugement, mais il est «passé de la mort à la vie. En vérité,
-en vérité, je vous «le dis, le temps vient, et il est déjà venu, que
-les morts «entendront la voix du Fils de Dieu et que ceux qui l'auront
-«entendue vivront. Car comme le Père a la vie en «lui-même, il a aussi
-donné au Fils d'avoir la vie en lui-même.»</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JEAN, V, 24-25.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Une goutte qui tombe dans la mer, devient mer. L'âme qui communie avec
-Dieu devient Dieu.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Lorsque l'homme dit une vérité, cela ne veut pas dire que la vérité
-émane de l'homme. Toute vérité vient de Dieu. Elle ne fait que passer
-par l'homme. Si elle passe par l'un plutôt que par l'autre, c'est
-uniquement parce que cet homme a su se rendre suffisamment transparent
-pour que la vérité puisse passer à travers lui.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Dieu dit: Je n'étais un trésor connu de personne. J'ai voulu être connu,
-et j'ai créé l'homme.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>On ne peut pas comprendre Dieu par la raison. Si nous savons qu'il
-existe, ce n'est pas parce que nous le concevons par la raison, mais
-parce que nous le sentons en nous-mêmes.</p>
-
-<p>L'homme, pour être véritablement un homme, doit concevoir la présence de
-Dieu en lui-même.</p>
-
-<p>Demander si Dieu existe, serait demander si j'existe. Ce par quoi je
-vis, est Dieu.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Le corps est l'aliment de l'âme; ce sont les chantiers qui servent à
-construire la vraie vie.</p>
-
-<p>La plus grande joie que l'homme puisse concevoir, c'est la joie de
-reconnaître en soi un être libre, raisonnable, aimant, et par conséquent
-bienheureux de sentir Dieu en soi.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>L'âme est un verre; Dieu est la lumière qui pénètre à travers ce verre.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Il n'y a que moi et Toi. Si nous n'existions pas tous deux, il n'y
-aurait rien sur la terre.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Il semble à l'homme toujours entendre une voix derrière lui, mais il
-ne peut pas tourner la tête et voir celui qui parle. Cette voix parle
-toutes les langues, gouverne tous les hommes, mais personne n'a jamais
-vu celui qui parle. Dès que l'homme commence à obéir strictement à cette
-voix et la recueille de façon à ne pas la séparer de lui-même dans
-ses pensées, il sent que cette voix et lui font un; et plus l'homme
-considérera cette voix comme lui-même, plus il sera heureux. Cette voix
-lui révélera la vie bienheureuse, parce que cette voix est celle de Dieu
-dans l'homme.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après EMMERSON.</p>
-
-<p>Dieu veut le bonheur de tous; or, si tu veux du bien à tous,
-c'est-à-dire si tu aimes, Dieu vit en toi.</p>
-
-<p class="caption">13</p>
-
-<p>On dit: sauver son <i>âme</i>. On ne peut sauver que ce qui peut périr. L'âme
-ne peut pas périr parce qu'il n'y a qu'elle seule qui existe. Il ne faut
-pas la sauver, mais la purifier de ce qui l'obscurcit, la souille, il
-faut l'instruire pour que Dieu pénètre de plus en plus en elle.</p>
-
-<p class="caption">14</p>
-
-<p>On dit: «Aurais-tu oublié Dieu?» C'est une bonne parole. Oublier Dieu,
-c'est oublier Celui qui vit en toi et par qui tu vis.</p>
-
-<p class="caption">15</p>
-
-<p>De même que j'ai besoin de Dieu, Dieu a besoin de moi.</p>
-
-<p class="caption">16</p>
-
-<p>Lorsque tu t'affaiblis et que tu es malheureux, tu dois te rappeler
-que tu as une âme et que tu peux vivre par elle. Mais au lieu de cela,
-nous nous imaginons que des hommes pareils à nous-mêmes peuvent nous
-réconforter.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">EMMERSON.</p>
-
-<p class="caption">17</p>
-
-<p>Celui qui est uni à Dieu, ne doit pas craindre Dieu. Dieu ne saurait se
-faire de mal à Lui-Même.</p>
-
-<p>Les poissons de la rivière apprirent un jour que les hommes disaient
-qu'ils ne pouvaient vivre que dans l'eau. Et les poissons s'en
-étonnèrent et se mirent à s'interroger entre eux afin d'apprendre si
-quelqu'un savait ce que c'est que l'eau. Alors, un poisson intelligent
-dit: «On raconte qu'il y a dans la mer un vieux et sage poisson qui
-sait tout; allons le trouver et demandons-lui ce qu'est l'eau.» Et les
-poissons se dirigèrent vers l'endroit de la mer où habitait le sage et
-lui demandèrent ce qu'était l'eau. Et le sage poisson dit: «L'eau c'est
-ce qui nous fait vivre. Si vous ne la connaissez pas c'est parce que
-vous vivez dans l'eau et d'eau.»</p>
-
-<p>De même, il semble parfois aux hommes qu'ils ne savent pas ce qu'est
-Dieu, mais ils vivent eux-mêmes en Lui.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SOUFI<a name="FNanchor_2_4" id="FNanchor_2_4"></a>
-<a href="#Footnote_2_4" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII.&mdash;<i>La vie de l'homme n'est pas dans le corps, mais dans l'âme, et
-non pas dans le corps et dans l'âme, mais dans l'âme seule.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>«Celui qui m'a envoyé est véritable, et les choses que «j'ai entendues
-de Lui, je les dis dans le monde.»</p>
-
-<p>Ils ne comprirent point qu'Il parlait du Père. Et Jésus leur dit:
-«Lorsque vous aurez élevé le Fils de l'Homme, «vous connaîtrez qui Je
-suis, et que Je ne fais rien de «Moi-même, mais que Je dis les choses
-comme Mon «Père Me les a enseignées.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JEAN, VIII, 26-28.</p>
-
-<p>Élever le Fils de l'Homme, c'est avoir conscience de l'esprit qui vit en
-nous et l'élever au-dessus de la chair.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>L'âme et le corps sont ce que l'homme considère comme sien, ce dont il
-s'occupe constamment. Mais on doit savoir que le vrai «toi» n'est pas
-ton corps, mais ton âme. Souviens-toi de cela, élève ton âme au-dessus
-de ta chair, préserve-là de toute souillure humaine, ne permets pas à ta
-chair de l'étouffer&mdash;et tu auras une vie heureuse.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>On dit qu'on ne doit pas s'aimer soi-même. Mais sans l'amour de
-soi-même, il n'y aurait pas de vie. Il s'agit de savoir ce qu'il faut
-aimer en soi: son âme ou son corps.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Il n'est pas de corps vigoureux qui n'aura jamais été malade; il
-n'est pas de richesses qui ne disparaîtront jamais; il n'est pas de
-pouvoir qui n'aura pas de fin. Si l'on consacre toute sa vie à devenir
-vigoureux, riche, puissant, et qu'on arrive à obtenir ce à quoi l'on
-aspire, on devra tout de même s'inquiéter, craindre et s'attrister,
-parce qu'on verra tout ce qu'on a cherché dans sa vie vous échapper,
-parce qu'on constatera que l'on se fait vieux et que l'on approche de la
-mort.</p>
-
-<p>Que faire pour ne pas s'inquiéter, pour ne pas avoir peur?</p>
-
-<p>Il n'y a qu'un seul moyen: il consiste à consacrer sa vie non pas à ce
-qui passe, mais à ce qui ne périt pas et ne peut périr, à l'esprit qui
-vit dans l'homme.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Accomplis ce que ton corps exige de toi: cherche à obtenir la gloire,
-les honneurs, la richesse, et ta vie sera un enfer. Fais ce que veut
-l'esprit qui réside en toi: cherche l'humilité, la clémence, l'amour, et
-tu n'auras pas besoin de paradis. Le paradis sera dans ton âme.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Tout homme a des devoirs envers le prochain et des devoirs envers
-lui-même, envers l'esprit qui vit en lui; ces devoirs consistent à ne
-pas souiller, à ne pas supprimer, à ne pas étouffer cet esprit et à le
-cultiver sans cesse.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VIII&mdash;<i>Le vrai bonheur de l'homme n'est que la joie spirituelle.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'homme vit par l'esprit et non par le corps. Lorsque l'homme le sait et
-qu'il a voué sa vie à l'esprit et non au corps, on peut le mettre aux
-fers, le verrouiller derrière des lourdes portes, il sera toujours libre.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Tout homme connaît deux vies: la vie charnelle et la vie spirituelle.
-Dès qu'elle atteint sa plénitude, la vie charnelle commence à faiblir.
-Et elle faiblit de plus en plus et arrive à la mort. La vie spirituelle,
-au contraire, grandit et devient toujours plus ferme, depuis la
-naissance jusqu'à la mort.</p>
-
-<p>Si l'homme ne vivait que de la vie charnelle, toute son existence serait
-celle d'un condamné à mort. S'il vivait pour son âme, le bonheur qu'il y
-trouverait grandirait de jour en jour, et la mort ne l'effrayerait pas.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Pour mener une existence heureuse, point n'est besoin de savoir d'où tu
-es venu et ce que tu deviendras dans l'autre monde. Pense uniquement à
-ce que veut ton âme, et tu n'auras pas besoin de t'inquiéter d'où tu es
-issu et ce qui t'arrivera après la mort. Tu n'auras pas besoin de tout
-cela, parce que tu éprouveras le bonheur complet qui ne s'inquiète ni du
-passé ni de l'avenir.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Lorsque le monde commença à exister, la raison fut sa mère. Celui qui
-est conscient du fait que la base de sa vie est l'esprit, sait qu'il se
-trouve hors de tout danger. Lorsqu'à la fin de sa vie, ses lèvres se
-fermeront et les portes de ses sens retomberont, il n'éprouvera aucune
-inquiétude.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_1_3" id="Footnote_1_3"></a><a href="#FNanchor_1_3"><span class="label">[1]</span></a> Théologien américain. (<i>N. du trad.</i>)</p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_2_4" id="Footnote_2_4"></a><a href="#FNanchor_2_4"><span class="label">[2]</span></a> Confrérie musulmane. (<i>N. du trad.</i>)</p></div>
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_IV" id="CHAPITRE_IV">CHAPITRE IV</a></h4>
-
-<h3>MÊME ÂME CHEZ TOUS</h3>
-
-
-<p>Tous les êtres vivants sont séparés par leurs corps les uns des autres;
-mais l'origine la vie est la même pour tous.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">I.&mdash;<i>La Conscience de la divinité de l'âme unit les hommes.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La doctrine chrétienne révèle aux hommes que le même principe spirituel
-vit en eux tous, qu'ils sont tous frères, et elle les unit ainsi pour
-une heureuse vie commune.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAMENNAIS.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Il ne suffit pas de se dire que chaque homme a la même âme que moi; il
-faut se dire qu'en chaque homme vit le même principe qui vit en moi.
-Tous les hommes sont séparés les uns des autres par leurs corps, mais
-ils sont tous unis par le même principe spirituel qui donne la vie à
-tout.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>C'est un grand bonheur que d'être en communion avec les hommes; mais
-comment faire pour s'unir à tous? Je peux m'unir aux membres de ma
-famille; mais aux autres? Je peux m'unir à mes amis, à tous les Russes,
-à tous mes coreligionnaires. Mais comment faire pour m'unir à ceux
-que je ne connais pas, les étrangers, ceux qui professent une autre
-religion? Il y a tant d'hommes et ils sont tous si différents! Comment
-faire?</p>
-
-<p>Il n'existe qu'un moyen: oublier les hommes, ne pas penser à s'unir à
-eux, et ne songer qu'à s'unir au seul principe spirituel qui vit en moi
-et en tous les hommes.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>On dit que chaque homme peut être très bon et très mauvais et qu'il
-manifeste l'un ou l'autre sentiment suivant ses dispositions. C'est
-parfaitement exact.</p>
-
-<p>La vue des souffrances d'autrui provoque, non seulement chez des
-personnes différentes, mais chez le même homme des sentiments absolument
-contradictoires: parfois, la compassion, et, parfois, une sorte de
-mauvais plaisir qui va jusqu'à la plus cruelle méchanceté.</p>
-
-<p>J'ai eu l'occasion de le constater sur moi-même: tantôt j'avais pour
-tous les êtres une profonde compassion, tantôt j'éprouvais la plus
-grande indifférence, et, parfois, de la haine même.</p>
-
-<p>Cela, prouve clairement que nous avons deux façons, absolument opposées,
-de concevoir les choses: l'une, quand nous nous considérons comme des
-êtres séparés, quand tous les êtres nous sont absolument étrangers et
-qu'ils ne sont pas «moi». Dans ce cas, nous ne pouvons éprouver pour
-eux autre chose que de l'indifférence, de l'envie, de la haine, de la
-malveillance.</p>
-
-<p>L'autre façon de concevoir est dans la conscience de notre unité avec
-tous. Dans ce cas, tous les êtres sont pour nous ce qu'est noire «moi»,
-et alors, ils suscitent notre amour pour eux.</p>
-
-<p>L'une nous sépare les uns des autres comme par un mur infranchissable,
-l'autre détruit ce mur, et nous ne faisons qu'un. La première nous
-apprend à reconnaître que tous les autres êtres ne sont pas «moi», la
-seconde nous enseigne que tous les êtres sont le même «moi» que celui
-que je sens en moi-même.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Plus l'homme vit pour son âme, plus il sent son unité avec tous les
-êtres vivants. Vis pour ton corps, et tu seras seul parmi des étrangers;
-vis pour ton âme, et tous te seront parents.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Un fleuve ne ressemble pas à un étang, un étang à un tonneau et un
-tonneau à un seau d'eau. Mais dans un étang, dans un fleuve, dans un
-tonneau et dans un seau il y a la même eau. De même, tous les gens sont
-différents, mais l'esprit qui vit en eux tous est le même.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>L'homme ne comprend sa vie que lorsqu'il se voit dans chacun de ses
-semblables.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>L'essentiel dans la doctrine du Christ c'est qu'il considérait tous les
-hommes comme frères. Dans chaque homme, il voyait un frère et, pour
-cette raison, aimait chacun, quel qu'il soit et qui que ce soit. Il ne
-s'occupait pas de son extérieur, mais de l'intérieur. Il ne voyait pas
-le corps, mais, à travers les beaux habits du riche et les haillons du
-misérable, il voyait l'âme immortelle. Dans l'homme le plus dépravé, il
-apercevait ce qui pouvait transformer l'être le plus déchu en l'homme
-sublime, aussi grand et aussi saint qu'il l'était lui-même.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Lorsque l'homme ne voit pas dans chacun le même esprit qui l'unit à tous
-les hommes, il vit comme dans un rêve. Celui qui voit Dieu et lui-même
-dans chacun, vit réellement.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II&mdash;<i>Le même principe spirituel vit non seulement dans tous les hommes,
-mais aussi dans tout ce qui vit.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Nous sentons dans notre for intérieur que ce par quoi nous vivons, ce
-que nous appelons notre vrai «moi», est le même non seulement dans
-chaque homme, mais aussi dans un chien, un cheval, une souris, une
-poule, un moineau, une abeille, et même dans une plante.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Quand on prétend que les animaux nous sont absolument étrangers, on peut
-en dire autant des sauvages, des noirs et des jaunes. Et si l'on estime
-que ces hommes nous sont étrangers, ils ont absolument le même droit de
-considérer les blancs comme des étrangers. Quel est donc notre prochain?
-II ne peut y avoir qu'une seule réponse à cette question: ne demande
-pas qui est ton prochain, mais agis envers tout ce qui vit comme tu
-voudrais que l'on agisse envers toi-même.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Tout ce qui vit, craint les souffrances; tout ce qui vit, craint la
-mort. Reconnais-toi non seulement dans un homme, mais aussi dans chaque
-être vivant; ne tue pas et ne cause pas de souffrance ni de mort. Tout
-ce qui vit veut la même chose que toi; reconnais-toi donc dans chaque
-être vivant.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse bouddhiste.</i></p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>L'homme n'est pas supérieur aux bêtes parce qu'il les fait souffrir,
-mais parce qu'il est capable de les plaindre. Et il a pitié des bêtes,
-car il sent vivre en elles ce qui vit également en lui.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La pitié pour tout ce qui vit, est plus nécessaire que tout le reste
-pour pouvoir avancer vers la vertu. Un homme bon ne peut manquer de
-pitié. Si un homme est injuste et méchant, il est sûrement impitoyable.
-Sans pitié pour tout ce qui vit, il ne peut y avoir de vertu.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>On peut se déshabituer de la pitié envers les bêtes. Cela se remarque
-tout particulièrement à la chasse. Les hommes bons qui y prennent
-goût, tourmentent et tuent les bêtes sans remarquer la cruauté qu'ils
-commettent.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Le commandement: «Tu ne tueras point» ne se rapporte pas à l'homme
-seul, mais à tout ce qui vit. Ce commandement avait été gravé dans le
-cœur de l'homme avant d'être inscrit sur la table.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Les hommes considèrent qu'il n'y a pas de mal à se nourrir de la chair
-animale, parce qu'on les a persuadés que Dieu l'avait permis. C'est
-faux. On a beau assurer qu'il n'y a pas de péché de tuer et démanger
-les animaux, il est gravé dans le cœur de l'homme, mieux que dans tous
-les livres, qu'il faut avoir pitié des animaux et qu'on ne doit pas
-les tuer, au même titre que les hommes. Nous le savons tous, si nous
-n'étouffons pas la voix de la conscience.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Si seulement tous ceux qui mangent les animaux, les tuaient eux-mêmes,
-un grand nombre parmi eux auraient renoncé à la viande.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Nous sommes étonnés de voir qu'il y ait eu et qu'il y a encore des
-hommes qui tuent leurs semblables pour les manger. Mais le temps viendra
-où nos petits enfants s'étonneront que leurs grands pères aient tué,
-tous les jours, des millions d'animaux pour les manger, alors qu'on peut
-avoir une nourriture saine et substantielle en se servant des fruits de
-la terre.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>On peut se déshabituer de toute pitié, même envers les hommes, et on
-peut s'habituer à avoir pitié même d'un insecte.</p>
-
-<p>Plus l'homme est pitoyable, mieux cela vaut pour son âme.</p>
-
-<p>«Comment s'abstenir de tuer la mouche ou la puce? Chacun de nos
-mouvements supprime malgré nous la vie des êtres que nous ne voyons
-pas,» dit-on généralement pour justifier la cruauté humaine envers les
-animaux. Ceux qui parlent ainsi oublient qu'il n'est pas donné à l'homme
-d'arriver à la perfection en toutes choses. La tâche de l'homme est de
-se rapprocher de la perfection. Il en est de même lorsqu'il s'agit de
-la compassion envers les bêtes. Nous ne pouvons pas vivre sans faire
-mourir d'autres êtres, mais nous pouvons avoir pour eux plus ou moins de
-compassion. Et plus nous en aurons, mieux cela vaudra pour notre âme.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Plus les hommes sont bons, mieux ils conçoivent l'unité du
-principe divin qui vit en eux.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Pourquoi sommes-nous tout joyeux quand nous avons accompli une bonne
-action? Parce que chaque bonne action nous confirme que notre vrai «moi
-» ne se borne pas à notre personne seule, mais qu'il existe en tout ce
-qui vit.</p>
-
-<p>Lorsqu'on vit pour soi-même, on ne vit que d'une parcelle de son vrai
-«moi». Lorsqu'on vit pour les autres, on sent son «moi» s'étendre.</p>
-
-<p>Si tu vis pour toi seul, tu te sens entouré d'ennemis, tu sens le
-bonheur de chacun entraver le tien. Vis pour les autres, et tu te
-sentiras entouré d'amis et le bonheur de chacun deviendra ton bonheur à
-toi.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>L'homme ne trouve le bonheur qu'en servant son prochain. Et il l'y
-trouve parce qu'en rendant service à ses prochains, il communie avec
-l'Esprit Divin qui vit en eux.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Toute bonne action véritable, celle que l'homme accomplit avec
-désintéressement et en ne pensant qu'au malheur d'autrui, serait un fait
-étonnant et inconcevable, s'il n'était pas aussi naturel et familier à
-l'homme.</p>
-
-<p>En effet, pourquoi se priver de quelque chose, s'inquiéter, se déranger
-pour un étranger, un homme comme il y en a tant sur la terre? On ne peut
-pas expliquer cela autrement que par le fait que la personne qui fait du
-bien, sait que celui pour qui elle le fait n'est pas un être isolé de
-tous, mais le même être qu'elle, mais sous un autre aspect.</p>
-
-<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;">D'après SCHOPENHAUER.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Lorsqu'on vit de la vie spirituelle, on éprouve des souffrances morales
-chaque fois qu'on se sépare des hommes. Pourquoi cette souffrance? Parce
-que, de même que la souffrance physique démontre le danger qui menace la
-vie corporelle, la souffrance morale démontre le danger qui menace la
-vie spirituelle de l'homme.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Un sage hindou disait: «En toi, en moi, en tous les êtres vivants vit un
-seul et même esprit vital; et voici que tu te fâches contre moi, tu ne
-m'aimes pas. Souviens-toi que toi et moi, nous sommes un. Qui que tu
-sois, toi et moi, nous ne faisons qu'un.»</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Bien qu'un homme soit méchant, injuste, bête et désagréable,
-souviens-toi qu'en ne le respectant plus, tu romps non seulement tout
-lien avec lui seul, mais avec tout le monde spirituel.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Pour qu'il te soit facile de vivre avec chaque homme, pense à ce qui
-t'unit à lui et non pas à ce qui te sépare de lui.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>Les conséquences résultant de la conception de l'unité de l'âme de
-tous les hommes.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Il ne peut y avoir et il n'y aura pas de liberté et de bonheur
-véritable, tant que les hommes n'auront pas compris leur unité. Si
-seulement les hommes avaient compris cette vérité essentielle du
-christianisme,&mdash;la communauté spirituelle de tous les hommes&mdash;leur vie
-se serait transformée, et il s'établirait entre eux des rapports que
-nous ne saurions imaginer maintenant. Les insultes, les peines, les
-humiliations que nous faisons subir aux hommes-frères nous auraient
-révoltés plus que les plus grands crimes actuels.</p>
-
-<p>Oui, il nous faut une nouvelle révélation, non pas sur le paradis et
-l'enfer, mais sur l'esprit qui vit en nous.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">CHANNING.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>L'amour appelle l'amour. Cela ne peut être autrement parce qu'en se
-révélant en toi, Dieu se révèle également en un autre homme.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La branche coupée de son nœud est, par cela même, séparée de l'arbre
-entier. De même l'homme qui rompt avec un autre homme, se détache de
-toute l'humanité. Seulement, la branche est coupée par un bras étranger,
-alors que, par son mépris, l'homme se détache de son prochain, sans
-penser que, par cela même, il se détache de toute l'humanité.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Il n'y a pas de mauvaise action pour laquelle soit seul puni celui
-qui l'a faite. Nous ne pouvons nous isoler de façon à ce que notre
-méchanceté ne se répande pas sur les autres hommes. Nos actions, bonnes
-et mauvaises, sont comme nos enfants: elles vivent et agissent non plus
-par notre volonté, mais par elles-mêmes.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">GEORGE ELLIOT.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La vie des hommes est pénible uniquement parce qu'ils ne savent pas que
-l'âme, qui est en chacun de nous, vit dans tous les hommes. C'est de là
-que provient l'animosité, que les uns sont riches, les autres pauvres,
-les uns sont maîtres, les autres ouvriers; de là que vient l'envie, la
-haine et tous les tourments humains.</p>
-
-
-<hr class="chap" />
-<h3><a name="CHAPITRE_V" id="CHAPITRE_V">CHAPITRE V</a></h3>
-
-<h4>DE L'AMOUR</h4>
-
-
-<p>L'âme humaine, isolée par le corps aussi bien de Dieu que des autres
-êtres, tend à se réunir à ce dont elle est séparée.</p>
-
-<p>L'âme s'unit à Dieu par la conscience progressive de la présence de Dieu
-en soi, alors qu'elle s'unit aux âmes des autres par des manifestations
-d'amour de plus en plus évidentes.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I. <i>L'Amour unit les hommes à Dieu et aux autres êtres.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>«Jésus dit au légiste: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton
-cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C'est le premier et le
-plus grand des commandements.</p>
-
-<p>«Le second est: aime ton prochain comme toi-même, répondit l'homme de
-loi au Christ, et Jésus lui dit: Tu as bien répondu; agis donc comme tu
-l'as dit, c'est-à-dire, aime Dieu et ton prochain et tu vivras bien.»</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Vous êtes bien malheureux, vous, les gens du monde! Les chagrins et les
-inquiétudes sont au-dessus de vos têtes et sous vos pieds, à droite et
-à gauche, et vous êtes des énigmes pour vous-mêmes. Et vous resterez
-toujours énigmes si vous ne devenez pas joyeux et affectueux comme les
-enfants. Alors seulement vous Me connaîtrez et, m'ayant connu, vous vous
-comprendrez vous-mêmes et vous pourrez vous gouverner.</p>
-
-<p>Alors seulement, lorsque vous regarderez le monde à travers votre âme,
-tout sera joie pour vous sur la terre et en vous-mêmes.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Soutes bouddhistes.</i></p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>On ne peut aimer que la perfection.</p>
-
-<p>Il faut donc, pour aimer: ou bien considérer comme parfait ce qui ne
-l'est pas, ou bien aimer ce qui est parfait, c'est-à-dire Dieu. Si l'on
-considère comme parfait ce qui ne l'est pas, l'erreur se révélera tôt ou
-tard et l'amour ne sera plus. Mais l'amour de Dieu, c'est-à-dire de la
-perfection, ne peut pas finir.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Dieu est amour; celui qui demeure dans la charité, demeure en Dieu et
-Dieu en lui. Personne n'a jamais vu Dieu; mais si nous nous aimons les
-uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est accompli en
-nous. Si quelqu'un dit: «J'aime Dieu» et qu'il haïsse son frère, c'est
-un menteur. Car celui qui n'aime point son frère qu'il voit, comment
-peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? Frères, aimons-nous les uns les
-autres, car l'amour vient de Dieu, et quiconque aime, est né de Dieu et
-connaît Dieu, car Dieu est amour.</p>
-
-<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;">D'après la 1<sup>re</sup> épitre de saint Jean.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Les hommes ne peuvent communier réellement qu'en Dieu. Pour se
-rencontrer, les hommes n'ont pas besoin de se croiser, ils doivent
-simplement se diriger vers Dieu.</p>
-
-<p>S'il y avait un grand temple où la lumière ne pénétrerait que d'en haut
-et du centre, les hommes, pour se rencontrer dans ce temple, n'auraient
-qu'à se diriger vers la lumière. Il en est de même dans le monde: si
-tous les hommes allaient, à Dieu, ils se rencontreraient tous.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Il n'y a rien de plus agréable que de se savoir aimé. Mais, chose
-extraordinaire! pour qu'on nous aime il est inutile de rendre service
-aux autres: il suffit de se rapprocher de Dieu. Rapproche-toi de Dieu et
-ne pense pas aux hommes, et les hommes t'aimeront.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Celui qui prétend aimer Dieu tout en n'aimant pas son prochain, trompe
-les hommes. Celui qui prétend aimer son prochain et n'aime pas Dieu, se
-trompe lui-même.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>On dit que le jour du jugement dernier arrivera et que le bon Dieu se
-fâchera. Mais un Dieu bon ne peut faire que du bien.</p>
-
-<p>De toutes les religions existantes, il n'y en a qu'une seule vraie,
-celle qui dit que Dieu est amour. Et l'amour ne peut donner que le
-bonheur.</p>
-
-<p>Ne crains rien: pendant ta vie et après ta mort, il ne peut y avoir que
-l'amour.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Traduit du persan.</i></p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Vivre selon les préceptes de Dieu c'est être pareil à Dieu. Et, pour
-être pareil à Dieu, il faut ne rien craindre et ne rien désirer pour
-soi. Et pour ne rien craindre et ne rien désirer pour soi, il n'y a qu'à
-aimer.</p>
-
-<p>Les uns disent: rentre en toi-même et tu trouveras le repos. Toute la
-vérité n'est pas là.</p>
-
-<p>D'autres disent, au contraire: sors de toi-même; tâche de t'oublier
-et de trouver le bonheur dans les plaisirs. Ceci n'est pas vrai non
-plus. Ce n'est pas vrai pour cette seule raison qu'on ne peut pas se
-débarrasser des maladies par les plaisirs. Le repos et le bonheur ne
-sont ni en nous, ni en dehors de nous, ils sont en Dieu. Et Dieu est en
-nous et hors nous. Aime Dieu, car c'est en Dieu que tu trouveras ce que
-tu cherches.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>De même que le corps a besoin de nourriture et souffre lorsqu'il
-en est privé, l'âme a besoin d'amour et souffre en son absence.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Tous les corps sont attirés par la terre et les uns par les autres. De
-même toutes les âmes sont attirées vers Dieu et les unes vers les autres.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Tous les gens vivent, non pas parce qu'ils pensent à eux-mêmes, mais
-parce que l'amour est le propre des hommes.</p>
-
-<p>Afin que les hommes ne vivent pas chacun pour soi, mais tous pour la
-même cause, Dieu ne leur a pas révélé ce qu'il faut à chacun d'eux, mais
-leur a dit seulement ce qu'il leur fallait à tous.</p>
-
-<p>Afin que les hommes sachent ce qu'il leur faut à tous, Il a pénétré dans
-leurs âmes et s'y est manifesté en amour.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Tous les malheurs des hommes ne sont pas causés par les mauvaises
-récoltes, les incendies, les brigands, mais simplement parce qu'ils
-vivent en désaccord.&mdash;Ils sont en désaccord, parce qu'ils ne croient pas
-à la voix de l'amour qui vit en eux et qui les appelle à s'unir.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Tant que l'homme vit d'une vie matérielle, il lui semble qu'il est
-séparé des autres hommes parce que cela est ainsi et ne peut être
-autrement. Mais dès qu'il commence à vivre d'une vie spirituelle, il
-s'étonne, ne comprend pas, jusqu'à en souffrir, pourquoi il est séparé
-des autres hommes, et il cherche à s'unir à eux. L'amour seul unit les
-hommes.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La vie de chaque homme consiste à devenir meilleur chaque année, chaque
-mois, chaque jour. Plus les gens deviennent meilleurs et plus ils
-s'unissent, plus leur vie est meilleure.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Si nous tenions fermement à nous rallier aux hommes là où nous sommes
-d'accord avec eux, sans exiger leur consentement sur les points où nous
-ne sommes pas d'accord, nous serions bien plus près du Christ que ceux
-qui, tout en se qualifiant de chrétiens, se détachent, au nom du Christ,
-des hommes d'une autre religion, en exigeant qu'ils soient d'accord avec
-ce qui leur semble être la vérité.</p>
-
-<p>Aimez vos ennemis, et vous n'en n'aurez point.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Actes des Apôtres.</i></p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>L'amour n'est vrai que lorsqu'il se répand sur tout.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Dieu voulait que nous fussions heureux et, dans ce but, il nous a donné
-le besoin du bonheur; seulement, il voulait que nous soyons heureux
-tous, et non pas quelques-uns, et pour cela il nous a donné le besoin
-d'aimer. Il s'ensuit que les hommes ne seront heureux que lorsqu'ils
-s'aimeront tous les uns les autres.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Sénèque disait que tout ce que nous voyons, tout ce qui vit n'est qu'un
-seul corps; tels les bras, les jambes, l'estomac, les os, nous sommes
-les parties de ce corps. Tous, nous sommes venus au monde de la même
-façon; tous, nous voulons notre bonheur; tous nous savons que nous
-ferions mieux de nous entr'aider que de nous exterminer et tous nous
-avons un germe d'amour les uns pour les autres. Comme des pierres,
-nous formons une même route et nous nous écroulerons, si nous ne nous
-soutenons pas.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Si nous aimons ceux qui nous plaisent, qui nous louent, qui nous font du
-bien, nous les aimons pour nous-mêmes. Le véritable amour est celui qui
-nous fait aimer non pour notre plaisir, mais pour le bien des hommes que
-nous aimons; nous devons les aimer, non pas parce qu'ils sont agréables
-ou utiles, mais parce que dans chaque homme nous reconnaissons l'esprit
-qui vit en nous.</p>
-
-<p>Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons aimer, comme nous l'a appris le
-Christ, non seulement ceux qui nous aiment, mais aussi ceux qui nous
-haïssent: nos ennemis.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Tâche d'aimer celui que tu n'aimais pas, que tu blâmais, qui t'a
-offensé. Si tu y réussis, tu connaîtras une sensation nouvelle de joie.
-De même que la clarté éclate après les ténèbres, la lumière de l'amour
-s'allumera avec plus d'intensité et plus joyeusement en toi, après
-s'être libéré de l'inimitié.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Le meilleur des hommes est celui qui aime <i>tous</i> et qui fait du bien à
-tous, qu'ils soient bons ou méchants.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>«Je suis triste, ennuyé, seul.» Mais qui donc t'a ordonné de fuir tous
-les hommes et de te murer dans la prison de ton misérable et ennuyeux
-«moi».</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Agis de façon à pouvoir dire à chacun: fais comme moi.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après KANT.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Tant que je n'aurai pas vu observer le plus grand commandement du
-Christ&mdash;l'amour envers les ennemis&mdash;je ne croirai pas que ceux qui se
-qualifient de chrétiens le soient effectivement.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LESSING.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>On ne peut aimer réellement que l'âme.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Tous les hommes ne désirent, qu'une seule chose, c'est de bien vivre.
-C'est pourquoi, depuis les temps les plus anciens, partout et toujours,
-les sages et les saints ont pensé et appris aux hommes comment il
-fallait vivre pour être heureux. Et à toutes les époques et dans tous
-les pays, les sages et les saints ont enseigné aux hommes la même
-doctrine.</p>
-
-<p>Cette doctrine est brève et simple:</p>
-
-<p>Tous les hommes vivent par le même esprit, mais sont séparés, dans cette
-vie, par leurs corps; s'ils en sont convaincus, ils doivent s'unir les
-uns aux autres par l'amour. S'ils ne le comprennent pas et s'imaginent
-qu'ils vivent uniquement par leurs corps, ils se querellent entre eux et
-sont malheureux.</p>
-
-<p>Toute la doctrine est dans la recommandation de faire ce qui unit les
-hommes et de ne pas faire ce qui les désunit. Il est facile d'avoir foi
-en cette doctrine parce qu'elle demeure dans le cœur de chaque homme.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>L'amour est un sentiment naturel à l'homme.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'homme aime aussi naturellement que l'eau descend la pente.</p>
-
-<p><i>Proverbe oriental.</i></p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Pour que l'abeille vive selon sa nature, elle doit voler, le serpent
-ramper, le poisson nager, l'homme aimer. Par conséquent, si l'homme fait
-du mal à son prochain au lieu de lui faire du bien, cela paraît aussi
-étrange que si le poisson se mettait à voler et l'oiseau à nager.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Le cheval, par sa course rapide, fuit l'ennemi. Il est malheureux non
-pas lorsqu'il ne peut pas crier comme un coq, mais lorsqu'il perd ce qui
-lui est acquis: la faculté de courir.</p>
-
-<p>Le sens le plus précieux pour le chien est son flair. Il est malheureux
-lorsqu'il le perd, et non lorsqu'il voit qu'il ne peut pas voler.</p>
-
-<p>De même l'homme est malheureux, non quand il est impuissant à maîtriser
-un ours, un lion, ou de mauvaises gens, mais quand il perd ce qu'il a de
-plus cher: sa nature spirituelle, sa faculté d'aimer.</p>
-
-<p>On n'a pas à regretter quand on meurt, quand on a perdu son argent, sa
-propriété, sa maison&mdash;tout cela n'appartient pas à l'homme. On doit
-regretter quand l'homme perd son bien réel, son plus grand bonheur: la
-faculté d'aimer.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>On demanda à un philosophe chinois: qu'est-ce que la science? Il
-répondit: C'est connaître les hommes.</p>
-
-<p>On lui demanda: Qu'est-ce que la vertu? Il répondit: C'est aimer les
-hommes.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Un philosophe hindou disait: «De même qu'une mère soigne son unique
-enfant, le dorlote, le garde et l'élève, l'homme doit élever et garder
-en soi ce qu'il a de plus cher au monde: l'amour pour tout ce qui
-vit. Toutes les religions nous l'enseignent: celle des Bramines, des
-Bouddhistes, des Hébreux, des Chinois, des Chrétiens, des Mahométans.
-C'est pourquoi, la chose la plus nécessaire au monde est d'apprendre à
-aimer.»</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Les Chinois ont eu leurs philosophes tels que Confucius, Lao-Tseu et un
-autre sage, peu connu, du nom de Mi-Ti.</p>
-
-<p>Mi-Ti enseignait qu'il ne fallait pas inculquer aux hommes le respect
-de la force, de la richesse, de la bravoure, mais de l'amour seul. Il
-disait: On élève les hommes de façon à ce qu'ils considèrent que la
-richesse et la gloire sont au-dessus de tout et ils ne songent qu'à
-gagner le plus possible de gloire et de richesses; il faut les élever de
-façon à ce qu'ils placent l'amour au-dessus de tout et que, dans la vie
-quotidienne, ils s'habituent à aimer les hommes et à consacrer toutes
-les forces à apprendre à aimer.</p>
-
-<p>Mi-Ti n'a pas été écouté. Mendzé, un élève de Confucius, contredit
-Mi-Ti, en assurant qu'on ne saurait vivre uniquement d'amour. Et
-les Chinois suivirent Mendzé. 500 ans s'écoulèrent ainsi, lorsque
-Jésus vint enseigner aux hommes ce qu'avait déjà dit Mi-Ti, mais
-avec plus de force et de clarté. Bien que personne ne conteste cette
-doctrine d'amour, les disciples du Christ ne suivent toujours pas son
-enseignement. Mais le moment viendra&mdash;et il est proche&mdash;où les hommes ne
-pourront pas faire autrement que de suivre cette doctrine, parce que son
-germe se trouve dans tous les cœurs, alors que la non observation de ses
-préceptes rendra les gens de plus en plus malheureux.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>L'amour seul donne le bonheur réel.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Tu veux du bien, tu auras ce que tu désires, à condition que tu veuilles
-le bien qui est bon pour tous. Ce bonheur ne se gagne que par l'amour.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>«Celui qui veut conserver sa vie, la perdra, et celui qui donne sa vie
-pour le bien, la conservera. L'homme n'a pas de profit à gagner le
-monde entier s'il fait du tort à son âme.» Ainsi parlait Jésus. De
-même parlait le païen Marc-Aurèle: «Âme, quand donc seras-tu le chef du
-corps? Quand te débarrasseras-tu des désirs et des peines charnelles,
-et pourras-tu te passer des services de ce que les hommes te servent de
-leur vie ou de leur mort! Quand comprendras-tu que le vrai bonheur est
-toujours en ton pouvoir et qu'il est l'amour pour tous les hommes?»</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Celui qui dit qu'il est dans la lumière et qui hait son frère, est
-encore à présent dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure
-dans la lumière et ne craint nulle tentation. Mais celui qui hait son
-frère est dans les ténèbres, marche dans les ténèbres et ne sait où il
-va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux.... Aimons, non par la
-parole et la langue, mais par les actes et la vérité. C'est à cela que
-nous reconnaissons la vérité et que nous tranquillisons nos cœurs.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">1<sup>re</sup> épitre de saint JEAN.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Je ne sais pas lequel des chefs des religions a raison, et je ne puis le
-savoir d'une façon certaine; mais je sais pertinemment que le mieux que
-je puis faire, c'est de développer l'amour en moi; de cela je ne puis
-en douter. Je ne puis en douter parce qu'en se développant, mon amour
-augmente mon bonheur.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Nous savons trouver tout; il n'y a que nous-mêmes que nous ne sachions
-pas trouver. Chose étrange! L'homme vit sur la terre pendant de
-nombreuses années sans remarquer à quel moment il éprouve le plus de
-satisfaction. S'il s'en apercevait, il verrait clairement en quoi
-consiste son vrai bonheur; il saurait qu'il ne se sent à son aise
-que lorsqu'il a l'amour dans l'âme. C'est que nous ne méditons pas
-assez pour nous en apercevoir. Nous avons perverti notre raison et ne
-cherchons plus à connaître ce qui seul nous est nécessaire.</p>
-
-<p>Si nous nous étions arrêtés un seul instant au milieu du tourbillon de
-la vie qui nous emporte, si nous étions rentrés en nous-mêmes, nous
-aurions compris où est notre bonheur.</p>
-
-<p>Notre corps est faible, impur, mortel; mais il recèle un trésor divin:
-l'esprit immortel. Il nous suffirait d'avoir conscience de cet esprit
-intérieur pour nous mettre à aimer les hommes, et, en les aimant, nous
-aurons tout ce que notre cœur désire: le bonheur.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SKOVORODA.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Nous n'obtenons le bonheur corporel, tous les plaisirs, qu'au détriment
-des autres hommes. Par contre, nous n'augmentons le bien spirituel, le
-bien de l'amour qu'en augmentant le bonheur d'autrui.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Tous nos perfectionnements de la vie matérielle: les chemins de fer,
-le télégraphe, les machines peuvent servir à l'union des hommes et à
-les rapprocher du royaume de Dieu. Mais le malheur est que les hommes
-se passionnent pour ces perfectionnements et s'imaginent que s'ils
-construisent beaucoup de ces engins, ils peuvent se rapprocher de Dieu.
-C'est une aussi grosse erreur que si l'homme avait toujours travaillé
-le même terrain sans songer à y semer quelque chose. Pour que toutes
-ces machines soient utiles, il faut que les hommes perfectionnent leur
-âme, y cultivent l'amour. Car sans amour, le téléphone, le télégraphe,
-les machines volantes, loin de nous rapprocher, nous divisent de plus en
-plus.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>L'homme est misérable et ridicule lorsqu'il cherche ce qu'il a sur
-le dos. Il est tout aussi misérable et ridicule lorsqu'il cherche le
-bonheur, sans savoir qu'il le trouvera dans l'amour qui est dans son
-cœur.</p>
-
-<p>Ne regardez pas le monde et les œuvres des hommes, mais jetez un regard
-dans votre âme, et vous y trouverez, le bonheur que vous cherchez là où
-il n'est pas; vous trouverez l'amour et vous saurez que ce bonheur est
-si grand que celui qui l'a, ne peut plus rien désirer.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">KRISHNA.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Fais du bien à tes amis pour qu'ils t'aiment davantage, fais-en à tes
-ennemis pour qu'ils deviennent tes amis.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">KLEOVODLOS<a name="FNanchor_1_5" id="FNanchor_1_5">
-</a><a href="#Footnote_1_5" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>On dit: quel profit y a-t-il à faire du bien aux gens qui vous paient
-par le mal? Si tu aimes celui à qui tu fais le bien, tu as déjà reçu ta
-récompense par ton amour pour lui, et tu en auras une plus grande encore
-dans ton âme si tu supportes avec amour le mal qu'il le fait.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Quand nous aimons nos frères nous savons que nous sommes passés de la
-mort à la vie. Celui qui hait son frère n'a pas la vie éternelle qui est
-en lui.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après le 1<sup>er</sup> épitre de JEAN, III.</p>
-
-<p class="caption">12</p>
-
-<p>Oui, le temps viendra bientôt, celui-là même dont le Christ disait qu'il
-souffrait en l'attendant, le temps où les hommes seront fiers, non pas
-de la domination sur les autres et de la spoliation du fruit de leur
-travail, non pas de la crainte et de l'envie qu'ils provoquent, mais
-fiers de leur amour pour tous et heureux de cette sensation qui les
-libère de tout mal, malgré les peines qu'on peut leur causer.</p>
-
-<p class="caption">13</p>
-
-<p>L'amour donne et ne reçoit rien.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_1_5" id="Footnote_1_5"></a><a href="#FNanchor_1_5"><span class="label">[1]</span></a> L'un des sept sages de la Grèce; il vivait au
-VI<sup>e</sup> siècle avant J.-C. (<i>Note du trad.</i>).</p></div>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_VI" id="CHAPITRE_VI">CHAPITRE VI</a></h4>
-
-<h3>PÉCHÉS, TENTATIONS, SUPERSTITIONS</h3>
-
-
-<p>La vie humaine serait un bonheur continuel si les superstitions, les
-tentations et les péchés n'avaient pas privé les hommes de ce bien qui
-leur est accessible. Le péché est l'encouragement aux désirs charnels;
-les tentations sont la conception erronée que l'homme a de ses relations
-avec le monde; les superstitions sont les fausses doctrines acceptées
-sur parole.</p>
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">I.&mdash;<i>La vraie vie n'est pas dans le corps, mais dans l'âme.</i></p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Le terme de péché, dans le langage populaire, est employé par le
-laboureur lorsque la charrue lui échappe des mains, et qu'elle sort du
-sillon sans retourner la terre.</p>
-
-<p>Il en est de même dans la vie. Le péché est la déviation du corps humain
-de la bonne voie et son impuissance, par suite, d'accomplir son devoir.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Dans leur jeunesse, lorsqu'ils ne connaissent pas le but réel de la vie
-qui est la communion dans l'amour, les hommes pensent que le but est de
-satisfaire leurs désirs charnels. Il n'y aurait pas grand mal, si cette
-illusion n'était qu'une erreur de la raison; mais le malheur est que
-l'assouvissement des désirs charnels souille l'âme et que celle-ci perd
-la faculté de trouver son bonheur dans l'amour.</p>
-
-<p>N'est-ce pas vouloir puiser de l'eau potable avec un récipient bien
-souillé préalablement?</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Tu voudrais procurer à ton corps les plus grands plaisirs. Mais ton
-corps, vivra-t-il longtemps? Se soucier des plaisirs charnels, c'est
-construire sa maison sur de la glace. Quelle joie pourrait-on attendre
-d'une telle vie, quel repos? Ne crains-tu pas constamment que, tôt ou
-tard, la glace fondra, que, tôt ou tard, tu devras abandonner ton corps
-mortel?</p>
-
-<p>Transporte donc ta maison sur la terre ferme; travaille à ce qui
-ne meurt pas: perfectionne ton âme, débarrasse-toi des péchés, des
-tentations et des superstitions.</p>
-
-<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;">D'après SKOVORODA.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>L'enfant ne sent pas encore son âme et ne sent pas ce qu'éprouve
-l'adulte lorsqu'il entend deux voix contradictoires parler en lui. L'une
-dit: «mange toi-même» et l'autre: «donne à celui qui demande.» L'une
-dit: «venge-toi», et l'autre: «pardonne». L'une dit: «crois à ce que
-disent les autres», et l'autre: «réfléchis toi-même».</p>
-
-<p>Plus l'homme devient âgé, plus il entend ces deux voix contradictoires:
-l'une est la voix du corps, l'autre celle de l'esprit. Et celui qui
-s'habituera à entendre la voix de l'âme, sera heureux.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Nul ne peut servir deux maîtres: car ou il haïra l'un et aimera l'autre,
-ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir
-Dieu et Mamon.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MATTH., VI, 24.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>On ne peut avoir soin en même temps de son âme et de son corps. Si tu
-veux des plaisirs charnels, renonce à ton âme; si tu veux préserver ton
-âme, renonce aux plaisirs charnels. Sinon, tu sera tiraillé tantôt d'un
-côté, tantôt de l'autre, et tu n'auras ni l'un ni l'autre.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>L'homme cherche à s'assurer la liberté afin de soustraire son corps à
-toute entrave et de pouvoir agir à sa guise. C'est là une grande erreur.
-Les moyens par lesquels les hommes cherchent à délier leur corps de
-toute entrave: la richesse, la puissance, la bonne réputation, tout
-cela n'assure pas la liberté souhaitée; au contraire, cela ne fait que
-les lier davantage. Pour acquérir une liberté plus grande, les hommes
-construisent une prison de leurs péchés, tentations et superstitions et
-s'y enferment.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>Qu'est-ce que le Péché?</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La doctrine des Bouddhistes enseigne cinq commandements principaux. Le
-premier: ne tue sciemment nul être vivant. Le deuxième: ne t'approprie
-pas ce qu'autrui considère comme son bien. Le troisième: sois chaste.
-Le quatrième: ne dis pas le contraire de la vérité. Le cinquième: ne
-te grise ni de boissons, ni de fumée. Les Bouddhistes considèrent donc
-comme péchés: le meurtre, le vol, la fornication, l'ivrognerie, le
-mensonge.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La doctrine évangélique ne recommande que deux préceptes, tous deux
-ayant trait à l'amour. Lorsque l'homme de loi, pour éprouver le Christ,
-lui demanda:&mdash;Maître quel est le grand commandement de la loi? Jésus
-répondit:&mdash;Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de
-toute ton âme et de toute la pensée. C'est là le premier et le grand
-commandement. Et voici le second qui lui est semblable: Tu aimeras ton
-prochain comme toi-même.</p>
-
-<p>C'est pourquoi, d'après la doctrine chrétienne, tout ce qui est en
-désaccord avec ces deux commandements, est péché.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Les hommes ne sont pas punis à cause de leurs péchés, mais par les
-péchés mêmes. C'est là le plus pénible et le plus sûr des châtiments.</p>
-
-<p>Il arrive qu'un imposteur ou un méchant vit et meurt dans l'opulence
-et les honneurs; mais ceci ne signifie nullement qu'il a échappé au
-châtiment dû pour ses péchés. Et le châtiment ne se produira pas
-quelque part où personne n'a jamais été et n'ira jamais, mais ici même.
-Cet homme est déjà puni par ce fait que chaque nouveau péché l'éloigné
-de plus en plus du vrai bonheur, de l'amour, et qu'il devient de moins
-en moins heureux. De même qu'un ivrogne, qu'il soit puni par les hommes
-ou non, l'est déjà à coup sûr, parce que, indépendamment de son mal de
-tête immédiat dû à l'ivresse, il est puni par les souffrances qui le
-tenaillent à mesure qu'il s'adonne à l'ivrognerie.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Si l'on s'imagine que l'on peut se débarrasser de ses péchés dans cette
-vie, on se trompe grossièrement. L'homme peut avoir plus ou moins de
-péchés, mais il ne saurait être impeccable. Il ne le saurait, parce que
-toute notre vie se passe dans l'effort de nous libérer de nos péchés et
-c'est là seulement qu'est le vrai bonheur.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Les Tentations et les Superstitions.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Le but de l'homme dans cette vie est d'accomplir la volonté de Dieu.
-Celle-ci commande à l'homme de développer et de manifester l'amour qui
-est en lui. Que peut faire l'homme pour manifester cet amour? Supprimer
-tout ce qui l'entrave. Qu'est-ce qui l'entrave? Les péchés.</p>
-
-<p>De sorte que pour accomplir la volonté divine, l'homme n'a qu'une chose
-à faire: se libérer de ses péchés.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Pécher est l'œuvre humaine; justifier les péchés est œuvre diabolique.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Tant que l'homme est sans raison, il vit comme une bête et il n'est pas
-responsable de la suite de ses actes, bons ou mauvais. Mais le moment
-arrive où il devient capable de réflexion et peut distinguer entre ce
-qu'il doit et ce qu'il ne doit pas faire. Or, au lieu de comprendre que
-la raison lui est donnée pour discerner le bien et le mal, il l'emploie
-souvent à justifier le mal qui lui est agréable et auquel il est habitué.</p>
-
-<p>C'est ce qui engendre les tentations et les superstitions dont le monde
-souffre le plus.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>C'est mal quand l'homme se croit sans péchés et n'a pas besoin de
-faire d'efforts sur lui-même. Mais c'est tout aussi mal quand l'homme
-s'imagine être né dans les péchés, être condamné à mourir comblé de
-péchés et qu'il ne servirait à rien de faire des efforts pour s'en
-débarrasser. Les deux erreurs sont également funestes.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>C'est mal quand l'homme qui vit parmi les pécheurs ne voit ni ses
-propres péchés, ni ceux des autres; mais c'est plus mal encore quand
-l'homme voit les péchés des autres et ne remarque pas les siens.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Dans chaque existence, il arrive un moment où le corps vieillit,
-s'affaiblit, devient de moins en moins exigeant, tandis que le «moi»
-spirituel grandit de plus en plus. Alors, ceux qui sont habitués à
-satisfaire leurs désirs corporels imaginent, afin de ne pas renoncer
-à leurs habitudes, des séductions et des superstitions qui leur
-permettent de vivre en pécheurs. Mais ils ont beau faire de garantir
-leur corps contre le «moi» spirituel, ce «moi» vainc toujours, ne
-serait-ce que dans les derniers moments de la vie.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>D'abord, le péché est un étranger dans notre âme; puis, il en est
-l'hôte; et lorsque nous nous habituons à lui, il y devient comme le
-maître de la maison.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Celui qui commet un péché pour la première fois ressent toujours sa
-faute; celui qui pèche à plusieurs reprises,&mdash;surtout lorsque les gens
-qui l'entourent commettent le même péché,&mdash;tombe dans la tentation et ne
-sent plus son péché.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Lorsqu'un homme a commis un péché et s'en rend compte, il a deux issues:
-l'une de reconnaître sa faute, et de s'efforcer à ne plus recommencer;
-l'autre est de chercher à savoir ce que les gens pensent du péché qu'il
-a commis, et si ces gens ne le blâment pas, de continuer à pécher.</p>
-
-<p>«Tous le font, pourquoi donc ne ferai-je pas comme tout le monde?»
-Lorsque l'homme s'engage sur cette pente, il ne s'aperçoit plus qu'il
-s'éloigne chaque jour davantage de la bonne voie.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>«Les tentations doivent exister sur la terre», a dit le Christ. Je crois
-que le sens de cette sentence est que la connaissance de la vérité ne
-suffit pas pour détourner les hommes du mal et pour les attirer vers le
-bien.</p>
-
-<p>Pour que la plupart des hommes puisse connaître la vérité, il est
-indispensable d'être amené, par les péchés, les tentations et les
-superstitions, au dernier degré de l'erreur et à la souffrance qui
-s'ensuit.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Les péchés viennent du corps; les tentations, de l'opinion publique; les
-superstitions, du manque dé confiance en son propre jugement.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>L'œuvre essentielle de la vie de l'homme est de se débarrasser des
-péchés, des tentations, et des superstitions.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'homme se réjouit lorsque son corps sort de la captivité, de la prison.
-Comment donc ne serait-il pas heureux lorsqu'il se débarrasse des
-péchés, des tentations et des superstitions qui tenaient son âme en
-captivité?</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Admettons que les hommes ne sachent vivre que de la vie bestiale, qu'ils
-ne luttent pas contre leurs passions&mdash;quelle vie horrible ce serait,
-quelle haine il y aurait entre tous les hommes, quelle débauche, quelle
-cruauté! C'est parce que les hommes connaissent leurs faiblesses et
-leurs passions et luttent contre elles, qu'ils peuvent vivre ensemble.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La vie de l'homme, qu'il le veuille ou non, tend à le débarrasser de
-plus en plus de ses péchés. Celui qui le comprend, y contribue de ses
-efforts, et la vie d'un tel homme est facile, parce qu'elle est en
-accord avec ce qui se produit en lui.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Les enfants ne sont pas encore habitués aux péchés et tout péché leur
-répugne. Les adultes sont déjà tombés dans la tentation et ils pèchent
-sans s'en rendre compte.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Deux femmes vinrent trouver un vieillard pour lui demander conseil.
-L'une se considérait comme une grande pécheresse. Etant jeune encore,
-elle avait trompé son mari et vivait dans un tourment continuel.
-L'autre, ayant toujours vécu selon les bonnes règles, ne se reprochait
-aucune faute marquante et était satisfaite d'elle-même.</p>
-
-<p>Le vieillard interrogea les deux femmes sur leur vie. L'une, tout en
-larmes lui avoua son grand péché. Elle le trouvait si grand qu'elle ne
-croyait pas mériter le pardon; l'autre déclara qu'elle ne reconnaissait
-aucun péché particulier. Le vieillard dit à la première:</p>
-
-<p>&mdash;Va derrière le clos et trouve-moi une grande pierre, la plus grande
-que lu pourras soulever, et apporte-la.</p>
-
-<p>&mdash;Et toi, dit-il à celle qui ne se connaissait pas de grands péchés,
-apporte-moi aussi des pierres, autant que tu pourras en porter, mais des
-petites.</p>
-
-<p>Les femmes exécutèrent l'ordre du vieillard. L'une apporta un grand
-bloc, l'autre, tout un sac de cailloux.</p>
-
-<p>Le vieillard examina les pierres et dit:</p>
-
-<p>&mdash;Voici ce que vous allez faire maintenant: rapportez les pierres là où
-vous les avez prises, et lorsque vous l'aurez fait, revenez me trouver.</p>
-
-<p>Les femmes s'en furent exécuter l'ordre du vieillard. La première
-trouva facilement l'endroit où elle avait pris la pierre et la remit
-à sa place. La seconde, n'arrivant pas à se rappeler les places où
-se trouvaient chacune de ses pierres, revint avec son sac vers le
-vieillard, sans avoir exécuté son ordre.</p>
-
-<p>&mdash;Il en est de même pour les péchés, dit le vieillard. Tu as pu
-remettre, sans difficulté, une grande et lourde pierre à son ancienne
-place, parce que tu te souvenais où tu l'avais prise. Quant à toi, tu
-n'as pu le faire, parce que tu ne te souvenais plus où tu avais pris les
-petites pierres.</p>
-
-<p>Puis, se tournant de nouveau vers la première, il ajouta:</p>
-
-<p>&mdash;Tu te souvenais de ta faute, tu supportais les reproches des gens et
-ceux de ta conscience, tu t'humiliais, et tu t'es libérée ainsi des
-conséquences de ton péché. Quant à toi, dit-il à la femme qui avait
-rapporté les cailloux, n'ayant commis que des petites fautes, tu ne t'en
-souvenais plus, tu ne t'en repentais pas, tu t'es habituée à vivre dans
-les péchés et, en blâmant les fautes d'autrui, tu t'es enlizée de plus
-en plus dans les tiennes.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>C'est une grande erreur que de croire à la possibilité de se débarrasser
-d'un péché par la foi ou le pardon des hommes. On ne peut en aucune
-façon se libérer d'un péché; on peut seulement le reconnaître et tâcher
-de ne plus le répéter.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Ne sois jamais lâche devant le péché, ne te dis pas: je ne peux pas
-faire autrement, je suis habitué, je suis faible. Tant que tu vis, tu
-peux toujours lutter contre le péché et le vaincre, sinon aujourd'hui,
-demain; sinon demain, après-demain; sinon après demain, sûrement avant
-ta mort. Mais si tu renonces d'avance à la lutte, tu renonces au sens
-fondamental de la vie.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>L'être chez qui est absente la conscience de son unité avec Dieu et avec
-tout ce qui vit est sans péchés. Tels sont l'animal, la plante.</p>
-
-<p>Au contraire, l'homme reconnaît la présence simultanée en lui de la bête
-et de Dieu; c'est pourquoi il ne saurait être sans péchés. Nous disons
-que les enfants sont innocents. Ce n'est pas exact. L'enfant n'est pas
-innocent. Il a moins de péchés que l'adulte, mais il a déjà des péchés
-charnels. De même un homme de sainte vie n'est pas sans péchés. Un saint
-a commis moins de péchés, mais il en a commis quand même: sans péchés il
-n'y a pas de vie.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Pour s'habituer à lutter contre le péché, il est utile de cesser, de
-temps en temps, ses occupations habituelles, afin de voir si l'on est
-maître de son corps, ou si c'est le corps qui est le maître.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>L'importance des péchés, des tentations, des superstitions, et des
-fausses doctrines dans la manifestation de la vie spirituelle.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Ceux qui croient que Dieu a créé le monde demandent souvent: pourquoi
-Dieu a-t-il créé l'homme tel qu'il soit obligé de pécher? Cela revient
-à demander pourquoi Dieu a créé la femme qui, pour avoir un enfant,
-doit souffrir, accoucher, l'allaiter, l'élever? Ne serait-ce pas plus
-simple si Dieu lui donnait des enfants tout faits, sans accouchement,
-sans allaitement, sans peines ni soucis? Aucune mère ne posera cette
-question, car l'enfant lui est cher précisément par ce que c'est dans
-les tourments de l'accouchement, de l'allaitement, de l'éducation, des
-soucis qu'était la plus grande joie de sa vie.</p>
-
-<p>Il en est de même de la vie humaine: les péchés, les tentations, les
-superstitions, la lutte et la victoire obtenue sur eux constituent tout
-le sens et toute la joie de la vie.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Il est très pénible à l'homme de connaître ses péchés: en revanche,
-il éprouve une grande joie à sentir qu'il s'en débarrasse. S'il n'y
-avait pas de nuit, nous ne pourrions pas nous réjouir à l'apparition
-du soleil; s'il n'y avait pas de péché, l'homme ne connaîtrait pas les
-joies d'une vie exemplaire.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Si l'homme n'avait pas d'âme, il ne connaîtrait pas les péchés; et s'il
-n'y avait pas de péchés, l'homme ne saurait pas qu'il possède une âme.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Les péchés, les tentations et les superstitions constituent le terreau
-qui doit recouvrir les semences de l'amour pour qu'elles puissent lever.</p>
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_VII" id="CHAPITRE_VII">CHAPITRE VII</a></h4>
-
-<h3>DES EXCÈS</h3>
-
-
-<p>Le seul et unique bonheur de l'homme est dans l'amour. Mais il est privé
-de ce bien, lorsqu'au lieu de développer en lui l'amour, il augmente et
-encourage les exigences de son corps.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I.&mdash;<i>Tout le superflu dont jouit le corps est nuisible, tant au corps
-qu'à l'âme.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Il ne faut satisfaire les besoins du corps que dans les limites du
-nécessaire. Imaginer de nouveaux plaisirs pour le corps, c'est vivre à
-rebours, c'est-à-dire mettre l'âme au service du corps, au lieu du corps
-au service de l'âme.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Moins on a de besoins, plus la vie est heureuse; c'est là une ancienne
-vérité qui est loin d'être acceptée par tout le monde.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Plus tu t'habitues au luxe, plus tu te soumets à la servitude; car plus
-tu auras de besoins, plus tu limiteras ta liberté. La liberté absolue
-consiste à n'avoir besoin de rien, et celle plus limitée est de n'avoir
-besoin que de peu.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JEAN CHRYSOSTOME.</p>
-
-<p class="caption">4.</p>
-
-<p>On pèche envers les hommes et l'on pèche envers soi-même. Les péchés
-envers les hommes viennent de ce qu'on ne respecte pas l'Esprit Divin
-chez son semblable. Les péchés envers soi-même, de ce qu'on ne respecte
-pas l'Esprit Divin en soi-même.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Si tu veux vivre tranquille et libre, déshabitue-toi de ce dont tu peux
-te passer.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Tout ce qui est nécessaire au corps est facile à obtenir. Il n'est
-difficile de se procurer que ce qui n'est pas nécessaire.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>C'est bon d'avoir ce qu'on désire; mais c'est mieux de ne rien désirer
-de plus de ce qu'on a.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MENEDEM.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Si tu te portes bien et que tu as travaillé jusqu'à sentir la fatigue,
-l'eau et le pain te paraîtront meilleurs qu'au riche ses mets choisis,
-ta paillasse plus moelleuse que tous les lits à ressorts, et ta blouse
-de travail te sera plus agréable que tous les vêtements de velours.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Socrate s'abstenait de toute nourriture qui flattait, seulement le
-goût, ne mangeait que juste pour satisfaire sa faim, et recommandait à
-ses élèves de suivre son exemple. Il disait que les excès de boisson et
-de nourriture étaient très nuisibles non seulement au corps, mais aussi
-à l'âme, et il conseillait de sortir de table ayant encore faim. Il
-leur rappelait l'histoire du sage Ulysse et de la fée Circé qui n'a pu
-ensorceler Ulysse uniquement parce qu'il n'avait pas mangé à l'excès,
-alors que tous ses compagnons furent métamorphosés par elle en pourceaux
-dès qu'ils se sont empiffrés de mets délicats.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>La plupart des hommes d'aujourd'hui sont persuadés que le bonheur est
-de flatter les exigences corporelles. Cet état d'esprit est révélé
-par l'extension de la doctrine socialiste. D'après cette doctrine,
-l'homme dont les besoins sont peu développés est une brute, tandis que
-l'accroissement des besoins est le premier indice de l'homme civilisé,
-indice de la conscience de sa dignité. Les hommes de notre temps ont à
-tel point foi en cette fausse doctrine qu'ils ne font que railler les
-sages qui voyaient le bien de l'homme dans la diminution de ses besoins.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Voyez comment voudrait vivre l'esclave. Il veut, tout d'abord, qu'on le
-mette en liberté. Il pense que, sans cela, il ne peut être ni libre,
-ni heureux. Il dit: «Si on m'avait donné la liberté, j'aurais été
-immédiatement heureux. Je ne serais plus obligé d'exécuter les caprices,
-ni de gagner les bonnes grâces de mon maître; je pourrais parler à qui
-me plaira, comme à mon égal; je pourrais aller où je voudrais sans eu
-demander la permission à personne.»</p>
-
-<p>Mais aussitôt qu'il est en liberté, il se met à chercher qui il
-pourrait bien flatter pour mieux dîner. Pour y parvenir, il est prêt à
-toutes les bassesses. Et dès qu'il réussit à s'installer auprès d'un
-homme riche, il retombe dans le même esclavage que celui d'où il voulait
-tant sortir.</p>
-
-<p>Lorsqu'un tel homme commence à s'enrichir, il prend une maîtresse et
-retombe auprès d'elle dans une servitude pire encore. Riche, il possède
-moins de liberté encore, et alors il souffre et pleure. Et lorsqu'il
-est très malheureux, il se rappelle sa servitude d'autrefois et dit:
-«Je n'étais vraiment pas mal chez mon maître. Je n'avais aucun souci,
-j'étais vêtu, chaussé, nourri, et lorsque j'étais malade on me soignait.
-Le travail n'était pas trop difficile. Tandis que maintenant, j'ai tant
-à faire. Je n'avais alors qu'un seul maître; maintenant, j'en ai un grand
-nombre. Que de gens à satisfaire!»</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ÉPICTÈTE.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>L'Insatiabilité des passions charnelles.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Pour entretenir la vie, notre corps a besoin de peu; tandis que les
-caprices de notre corps ne peuvent jamais être contentés.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Flatter le corps, lui assurer le superflus, est une grande erreur.
-En effet, la vie de luxe n'augmente pas, mais diminue le plaisir de
-manger, de se reposer, de dormir, de s'habiller, de se loger. Si l'on
-mange trop, ou sans avoir faim, l'estomac se délabre et on n'a pas de
-goût à la nourriture. Si l'on roule en voiture quand il est facile de
-faire le même trajet à pied, si l'on s'habitue à un lit moelleux, à une
-nourriture délicate et recherchée, à une installation luxueuse, si l'on
-est habitué à faire faire aux autres ce que l'on peut faire soi-même, on
-n'a plus de plaisir à se reposer après le travail, à avoir chaud après
-le froid, à bien dormir, et l'on ne fait que s'affaiblir de plus en plus
-et diminuer ses joies, sa paix et sa liberté.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Les hommes devraient prendre exemple sur les bêtes pour savoir traiter
-leur corps. Dès que l'animal a ce qui est nécessaire à son corps, il se
-calme. Pour l'homme, il ne suffit pas de contenter sa faim, de pouvoir
-s'abriter; il invente continuellement de nouveaux plats et de nouvelles
-boissons, construit des palais, fabrique une grande quantité d'objets
-inutiles qui ne le rendent que plus malheureux.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Péché d'intempérance dans la nourriture.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Un sage disait: Je remercie Dieu de nous avoir rendu facile tout ce
-qui est nécessaire, et difficile tout ce qui ne l'est pas. C'est juste
-surtout pour la nourriture; celle qui est nécessaire à l'homme pour
-qu'il se porte bien et puisse travailler est simple et bon marché: le
-pain, les fruits, les légumes, l'eau. On en trouve partout.</p>
-
-<p>Seuls les plats compliqués sont difficiles à préparer. Non seulement ils
-sont difficiles à préparer, mais encore ils sont nuisibles.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>On meurt plus rarement de faim que de la bonne chair.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Sans la gourmandise, nul oiseau ne serait pris dans les filets de
-l'oiseleur. On prend les gens au même appât. Le ventre&mdash;c'est comme des
-chaînes aux mains et des fers aux pieds. Celui qui est esclave de son
-ventre reste toujours esclave. Si tu veux être libre, commence à te
-libérer de ton ventre. Mange pour calmer ta faim, et non pour y trouver
-du plaisir.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SAADI.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>Le péché de manger de la viande.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Pythagore ne mangeait pas de viande. Lorsqu'on demandait à Plutarque,
-qui avait décrit la vie de Pythagore, pourquoi celui-ci ne mangeait pas
-de viande, il répondait qu'il s'étonnait non pas de ce que Pythagore ne
-mangeait pas de viande, mais de ce qu'il y avait, encore des gens qui,
-au lieu de se nourrir de graines, de légumes et de fruits, captivent des
-êtres vivants et les tuent pour les manger.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>«Tu ne tueras point» ne se rapporte pas uniquement au meurtre de
-l'homme, mais de tout ce qui vit. Ce commandement avait été gravé dans
-le cœur de l'homme avant de l'être au Sinaï.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La compassion pour les animaux est si étroitement liée à la bonté que
-l'on peut affirmer avec assurance que celui qui est cruel pour les
-bêtes, ne peut avoir bon cœur.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Ne lève pas ta main sur ton frère et ne verse pas le sang des êtres qui
-peuplent la terre: hommes, animaux domestiques, bêtes fauves et oiseaux;
-des profondeurs de ton âme s'élève une voix qui le défend de répandre le
-sang, car le sang c'est la vie, et tu ne peux pas rendre la vie.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAMARTINE.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Les joies que la pitié et la compassion pour les animaux donnent
-à l'homme rachètent au centuple les plaisirs dont, il se prive en
-renonçant à la chasse et à la chair abattue.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>Péché de la griserie: vin, tabac, opium, etc.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Pour pouvoir bien vivre, les hommes ont surtout besoin de leur raison.
-Ils devraient donc tenir tout particulièrement à leur saine raison.
-Pourtant, ils trouvent du plaisir à l'étouffer par le vin, le tabac et
-l'opium, et c'est parce qu'ils désirent mener une mauvaise vie et que
-leur raison non obscurcie leur montre que leur vie est mauvaise.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Pourquoi les hommes, ayant des habitudes différentes, gardent-ils
-l'habitude de fumer et de boire? Parce que la plupart parmi eux sont
-mécontents de leur vie. Ils en sont mécontents parce qu'ils-recherchent
-les plaisirs charnels sans jamais pouvoir les satisfaire. C'est
-pourquoi les pauvres comme les riches cherchent l'oubli dans l'ivresse.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Si l'homme mange trop, il lui est difficile de ne pas être paresseux.
-S'il boit des boissons grisantes, il lui est difficile de rester chaste.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Personne ne s'est jamais enivré ni grisé de fumée pour accomplir une
-bonne action: travailler, prendre une décision, soigner un malade, prier
-Dieu. Mais la plupart des mauvaises actions sont faites dans un état
-d'ébriété.</p>
-
-<p>Ce n'est pas un crime de se griser; mais c'est créer l'état qui dispose
-au crime.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>Servir le corps, c'est nuire à l'âme.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Si un homme a beaucoup plus qu'il ne lui faut, c'est que d'autres
-manquent du nécessaire.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Qui est plus heureux: celui qui se nourrit par son travail juste assez
-pour ne pas avoir faim, s'habille pour ne pas rester nu, se loge pour ne
-pas souffrir de la pluie et du froid; ou bien celui qui se procure une
-bonne nourriture, des vêtements riches et une habitation luxueuse par la
-mendicité, la servilité, ou par l'escroquerie et la force?</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Si nous n'avions pas inventé le luxe, tous ceux qui sont maintenant dans
-la misère pourraient vivre sans manquer de rien, et les riches sans
-craindre pour leur vie ou leurs richesses.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>De même que le premier principe de la sagesse est la connaissance de
-soi-même, parce que celui qui se connaît peut connaître les autres, de
-même le premier principe de la charité est de se contenter de peu, car
-seul celui qui se contente de peu, peut être charitable.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">J. RUSKIN.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Les grands penseurs et les saints étaient sobres et chastes.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>De même que la fumée chasse les abeilles de leur ruche, la voracité et
-l'ivrognerie chassent les meilleures forces spirituelles.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">BASILE LE GRAND.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Ne tuez pas votre cœur par des excès de nourriture et de boisson.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII&mdash;<i>Seul celui qui est maître de ses désirs charnels est libre.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Lorsque l'homme vit, non pour l'âme mais pour le corps, il imite un
-oiseau qui irait d'un endroit à l'autre sur ses faibles pattes, au lieu
-de voler en toute liberté sur ses ailes.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Vous dites que la bonne chair, les vêtements riches et le luxe sont
-le bonheur. Moi, je crois que la plus grande félicité est de ne rien
-désirer, et, afin de se rapprocher de ce bonheur suprême, il faut,
-s'habituer à avoir besoin de peu.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SOCRATE.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Personne ne s'est jamais repenti d'avoir vécu trop simplement.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Ce qui arrive à l'estomac lorsqu'on le bourre jusqu'à l'indigestion,
-arrive quand il y a excès dans les distractions. Plus les hommes
-s'évertuent d'augmenter le plaisir de manger, en inventant des plats
-raffinés, plus l'estomac s'affaiblit et plus le plaisir d'absorber la
-nourriture diminue. Plus les gens s'efforcent à augmenter le plaisir des
-distractions par des jeux compliqués, plus leur faculté de goûter ce
-plaisir s'affaiblit.</p>
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_VIII" id="CHAPITRE_VIII">CHAPITRE VIII</a></h4>
-
-<h3>DE LA LUBRICITÉ</h3>
-
-
-<p>Le principe divin demeure dans tous les êtres humains, femmes et hommes.
-C'est donc un grand péché que de considérer les porteurs de ce principe
-comme un moyen de plaisir sensuel.</p>
-
-<p>Pour l'homme, chaque femme doit être, avant tout, une sœur, et l'homme
-pour la femme, un frère.</p>
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">I.&mdash;<i>On doit tendre à la complète chasteté.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Il est bon de vivre honnêtement marié, mais il vaut mieux encore de ne
-jamais se marier. Peu de gens en sont capables. Mais celui qui le peut
-est heureux.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Les gens qui se marient lorsqu'ils peuvent s'en passer, agissent comme
-celui qui tombe sans avoir trébuché. Si l'on trébuche et que l'on tombe,
-il n'y a rien à y faire, mais si l'on n'a pas trébuché, pourquoi tomber
-exprès? Si tu peux vivre chaste, sans pécher, il est préférable de ne
-pas te marier.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>C'est une erreur de croire que la chasteté est contraire à la nature
-humaine. La chasteté est possible et donne bien plus de bonheur qu'un
-mariage, même heureux.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Les excès de nourriture sont funestes à une vie honnête; mais les excès
-sexuels le sont plus encore. C'est pourquoi moins l'homme s'adonne
-aux uns et aux autres, mieux cela vaut pour sa vie spirituelle. La
-différence entre les uns et les autres est toutefois très sensible. En
-renonçant entièrement à la nourriture, l'homme ne peut prolonger sa vie,
-alors qu'en renonçant au besoin sexuel, il ne supprime ni sa vie, ni la
-vie de son espèce qui ne dépend pas de lui seul.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>«Celui qui n'est pas marié, s'occupe des choses du Seigneur pour plaire
-au Seigneur. Mais celui qui est marié s'occupe des choses du monde pour
-plaire à sa femme. Il y a cette différence entre la femme mariée et la
-vierge, que celle qui n'est pas mariée s'occupe des choses du Seigneur
-pour être sainte de corps et d'esprit, tandis que celle qui est mariée
-s'occupe des choses du monde pour plaire à son mari.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">I COR., 7, 33.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Si les gens se marient avec la conviction qu'ils servent ainsi Dieu et
-les hommes en prolongeant l'espèce humaine, ils s'abusent. Au lieu de
-se marier pour augmenter le nombre des enfants, ils feraient bien mieux
-de concourir au sauvetage de millions de petits êtres qui périssent de
-misère et manquent de soins.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Bien que très peu d'hommes puissent atteindre à une chasteté absolue,
-chacun doit comprendre et se rappeler qu'il peut toujours être plus
-chaste qu'il ne l'a été, et que plus l'homme se rapproche de la chasteté
-absolue, plus il sera heureux lui-même et pourra concourir au bonheur
-des autres.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>On dit que si tous étaient chastes, le genre humain s'éteindrait. Or,
-suivant l'Eglise, la fin du monde doit arriver; de même suivant la
-science, la vie humaine et notre planète même doivent avoir une fin.</p>
-
-<p>Pourquoi dès lors nous révolter à l'idée qu'une vie morale amènerait
-également le genre humain à sa fin?</p>
-
-<p>En réalité, l'extinction ou la prolongation du genre humain ne doit
-pas nous préoccuper. Chacun de nous ne doit avoir qu'un souci: vivre
-honnêtement, ce qui, pour le désir sexuel, veut dire s'efforcer d'être
-aussi chaste que possible.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Un savant a calculé que si l'humanité continue à se doubler tous les
-50 ans, suivant la progression actuelle, dans 7.000 ans un couple aura
-produit tant d'hommes qu'en les entassant l'un contre l'autre sur toute
-l'étendue du globe, une 27<sup>e</sup> partie seulement de tous les
-hommes pourrait s'y placer.</p>
-
-<p>Pour éviter cette alternative, il n'y a qu'un moyen, celui indiqué par
-tous les sages de la terre et qui s'accorde avec les aspirations de
-l'âme humaine: la chasteté; il faut tendre à la plus grande chasteté
-réalisable.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>«Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens (dit le Christ en citant
-les paroles de la loi de Moïse): tu ne commettras point d'adultère. Mais
-moi, je vous dis, que quiconque regarde une femme pour la convoiter, a
-déjà commis un adultère avec elle clans son cœur.» (<span style="font-size: 0.8em; ;">MATTH., V, 27-28</span>).</p>
-
-<p>Ces paroles ne peuvent signifier autre chose que la possibilité pour
-l'homme d'aspirer à la chasteté absolue.</p>
-
-<p>«Comment la réaliser? objectera-t-on. Si les hommes deviennent
-entièrement chastes, le genre humain disparaîtra.» Mais en parlant
-ainsi, on oublie qu'indiquer la perfection à laquelle l'homme doit
-tendre, ce n'est point exiger la perfection absolue. Il n'est pas donné
-à l'homme d'atteindre la perfection en aucune chose. La destinée de
-l'homme est dans la marche vers la perfection.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>Le péché de luxure.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Un homme non dépravé éprouve toujours du dégoût et de la honte à parler
-des rapports sexuels et à y penser. Garde ce sentiment. Ce n'est pas
-sans raison que ce sentiment est propre à l'homme. Il l'aide à se
-contenir de l'impudicité et à rester chaste.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>On désigne par le même mot l'amour spirituel,&mdash;pour Dieu et son
-prochain,&mdash;et l'amour charnel de l'homme pour la femme et de la femme
-pour l'homme.</p>
-
-<p>C'est une grande erreur. Il n'y a rien de commun entre ces sentiments.
-Le premier,&mdash;l'amour spirituel pour Dieu et son prochain&mdash;est la voix de
-Dieu; le second&mdash;l'amour entre homme et femme&mdash;est la voix de la bête.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La loi de Dieu consiste à aimer Dieu et son prochain, c'est-à-dire, tous
-les hommes sans distinction. Dans l'amour sexuel, l'homme aime une femme
-plus que tous et la femme n'aime qu'un seul homme. Il s'ensuit le plus
-souvent que l'amour sexuel empêche l'homme d'observer la loi divine.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.<i>&mdash;Malheurs provoqués par la licence sexuelle.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Tant que tu n'as pas exterminé dans sa racine le désir sexuel que tu
-éprouves pour une femme, ton esprit sera lié aux choses de la terre,
-comme le veau-têtard est lié à sa mère.</p>
-
-<p>Les gens pris de désir s'agitent comme un lièvre pris dans un piège. Dès
-qu'ils sont pris dans les filets de la passion charnelle, ils restent
-longtemps sans pouvoir se débarrasser des souffrances.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse bouddhiste.</i></p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Le papillon de nuit vole vers la lumière parce qu'il ne sait pas qu'il
-se brûlera les ailes; le poisson avale l'amorce parce qu'il ne sait
-pas que cela le fera périr. Mais nous savons que le désir sexuel nous
-engluera, nous fera sûrement périr; malgré cela, nous nous y abandonnons.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>De même que les feux follets des marécages conduisent les hommes aux
-fondrières, puis disparaissent; les plaisirs sexuels illusionnent
-l'homme.</p>
-
-<p>Il s'égare, empoisonne son existence et, lorsqu'il se dégrise, il
-n'aperçoit même plus le mirage auquel il avait sacrifié une partie de sa
-vie.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SCHOPENHAUER.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>Altitude criminelle des conducteurs d'âmes dans la question
-sexuelle.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Pour bien comprendre toute l'immoralité, tout esprit anti-chrétien de la
-vie des peuples chrétiens, il suffit de se rappeler que la situation des
-femmes qui vivent du vice est reconnue et réglementée dans tous les pays.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Les gens riches se sont fait une conviction partagée par la fausse
-science, suivant laquelle les rapports sexuels seraient indispensables;
-seulement, le mariage n'étant pas toujours possible, les rapports
-sexuels n'engageraient à rien, sauf à les payer, et seraient absolument
-naturels. Cette conviction est devenue tellement générale et
-inébranlable que les parents, sur les conseils d'un médecin, organisent
-la débauche pour leurs enfants, et les institutions dont le seul but
-est de s'occuper du bien-être des citoyens, autorisent l'existence d'une
-classe de femmes qui doivent périr moralement et physiquement, pour
-satisfaire à la dépravation de l'homme.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Parler de l'utilité ou de la nocivité des rapports sexuels, reviendrait
-à demander s'il est utile ou nuisible de boire le sangd'autrui.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>Lutte contre le péché sexuel.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'homme, comme l'animal, est obligé de lutter contre les autres êtres
-et se reproduire pour assurer l'existence de son espèce. Mais, créature
-douée de raison et d'amour, l'homme ne doit pas lutter contre les autres
-êtres et ne doit pas penser à se reproduire; il doit rester chaste. De
-la combinaison de ces deux aspirations contraires résulte la vie humaine
-telle qu'elle doit l'être.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La lutte contre le désir sexuel est la lutte la plus difficile, et
-il n'y a pas de situation ni d'âge, excepté l'enfance et la profonde
-vieillesse, où l'homme en est libéré. C'est pourquoi tout adulte, homme
-ou femme, doit surveiller l'ennemi qui n'attend qu'une occasion propice
-pour attaquer.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>De même que nous devons prendre sur les animaux l'exemple de tempérance
-dans la nourriture: ne manger que lorsqu'on a faim et sans en abuser,
-nous devons les imiter dans nos rapports sexuels: s'abstenir comme
-eux jusqu'à l'âge de puberté, ne s'y adonner que lorsqu'on y est
-irrésistiblement attiré et s'abstenir encore dès que la conception se
-manifeste.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>Le Mariage.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Il est bon à l'homme de ne point toucher la femme. Mais, pour ne pas
-commettre d'adultère, que chacun ait sa femme et que chaque femme ait
-son mari.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">I COR., VII, 1-2.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La doctrine chrétienne ne donne pas les mêmes règles pour tout et pour
-tous; elle ne fait qu'indiquer la perfection vers laquelle il faut
-tendre. Il en est ainsi pour la question sexuelle: la perfection, c'est
-la chasteté absolue. Tout effort vers la chasteté absolue constitue une
-observation plus ou moins grande dé la doctrine.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Pour toucher une cible, il faut viser plus loin. De même pour que le
-mariage soit indissoluble et les deux époux fidèles l'un à l'autre, il
-faut que tous deux tendent à la chasteté.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Si l'homme cherche le plaisir dans les rapports sexuels, même entre
-époux, ainsi que cela arrive parmi nous, il tombera sûrement dans le
-vice.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La cohabitation entre homme et femme ayant des enfants pour résultat
-est le mariage réel; toutes les cérémonies extérieures ne font pas le
-mariage, mais ne s'emploient que pour reconnaître comme mariage une
-seule union entre beaucoup d'autres.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>La véritable doctrine chrétienne ne contient aucune allusion à
-l'institution du mariage. Aussi, les chrétiens de notre temps qui s'en
-aperçoivent, mais ne voient pas l'idéal du Christ (qui est la chasteté
-absolue) parce qu'il leur est voilé par l'Eglise, demeurent, quant au
-mariage, sans aucune règle de conduite. C'est à cela que tient le fait,
-étrange au premier abord, que chez les peuples professant des doctrines
-bien moins élevées que le christianisme, mais possédant une définition
-exacte du mariage, l'esprit de famille, la fidélité conjugale sont bien
-plus développés que chez les soi-disant chrétiens.</p>
-
-<p>Les peuples qui professent des doctrines inférieures au christianisme
-admettent le concubinage, la polygamie et la polyandrie dans certaines
-limites, mais ils évitent en revanche la dépravation qui se révèle par
-le concubinage, la polygamie et la polyandrie qui régnent parmi les
-chrétiens et sont masqués par la monogamie apparente.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Pour que le mariage soit un acte sage et moral, il faut:</p>
-
-<p><i>Primo:</i> Ne pas penser que chaque homme ou chaque femme doit absolument
-se marier, mais se dire, au contraire, qu'il est préférable de rester
-pur pour que rien ne nous empêche de consacrer toutes nos forces à
-servir Dieu.</p>
-
-<p><i>Secundo</i>: Considérer les rapports sexuels comme un mariage indissoluble.
-(<span style="font-size: 0.8em; ;">MATTH., XIX, 4-7</span>).</p>
-
-<p><i>Tertio</i>: Ne pas considérer le mariage comme un encouragement à la
-satisfaction des désirs charnels, mais comme un péché qui doit être
-expié par l'accomplissement des devoirs de famille.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII&mdash;<i>Les enfants servent à l'expiation du péché mortel.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Si les hommes pouvaient atteindre la perfection et devenir chastes, le
-genre humain s'éteindrait et n'aurait plus de raison d'exister sur la
-terre, parce que les hommes seraient devenus pareils aux anges qui ne
-se marient pas, comme il est dit dans l'Evangile. Mais tant que les
-hommes ne sont pas arrivés à la perfection, ils doivent produire leur
-progéniture pour qu'en se perfectionnant, la postérité puisse atteindre
-à la perfection à laquelle l'homme tend.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Le mariage, le vrai mariage qui a pour mission la production et
-l'éducation des enfants, est un moyen indirect de servir Dieu par les
-enfants. «Si je n'ai pas fait ce que je pouvais et devais faire, mes
-enfants le feront.»</p>
-
-<p>C'est pourquoi les gens qui se marient éprouvent toujours un certain
-apaisement. Ils ont le sentiment de la possibilité de transmettre une
-partie de leurs obligations à leurs enfants à venir. Mais ce sentiment
-n'est légitime qu'au cas où les époux élèvent leurs enfants de façon
-qu'ils ne soient pas une entrave à l'œuvre divine, mais ses ouvriers. La
-conviction que si je n'ai pas pu me consacrer entièrement au service de
-Dieu, je ferai tout mon possible pour que mes enfants le fassent&mdash;cette
-conviction donne un sens moral au mariage ainsi qu'à l'éducation des
-enfants.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Bénie soit l'enfance qui, au milieu des cruautés de la terre, laisse
-entrevoir un peu de ciel! Les 80.000 naissances quotidiennes dont parle
-la statistique, constituent le débordement d'innocence et de fraîcheur,
-luttant non seulement contre l'extinction de l'espèce, mais encore
-contre la corruption humaine et contre une infection générale par le
-vice. Tous les bons sentiments éveillés par le berceau et l'enfance
-sont un des mystères de la grande Providence; supprimez cette rosée
-vivifiante, et la rafale des passions égoïstes séchera, comme par le
-feu, la société humaine.</p>
-
-<p>Si l'humanité se composait d'un milliard d'êtres immortels, dont le
-nombre ne pourrait ni augmenter ni diminuer, où serions-nous et que
-serions-nous, Grand Dieu! Nous serions incontestablement mille fois plus
-savants, mais aussi mille fois plus mauvais.</p>
-
-<p>Bénie soit l'enfance pour le bonheur qu'elle donne elle-même, pour le
-bien qu'elle fait sans le savoir et sans le vouloir en obligeant, en
-permettant de l'aimer! Ce n'est que grâce à elle que nous apercevons une
-parcelle de paradis sur terre. Bénie soit également la mort! Les anges
-n'ont pas besoin de naître, ni de mourir pour vivre; mais, pour les
-hommes, l'un et l'autre sont nécessaires, indispensables.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Les gens riches, qui considèrent les enfants comme une entrave au
-plaisir, un accident malheureux ou une sorte de jouissance quand il en
-naît un nombre fixé à l'avance, ne les élèvent pas en vue de la mission
-humaine qu'ils auront à accomplir en tant qu'êtres intelligents et
-affectueux, mais en vue des plaisirs qu'ils peuvent donner à leurs
-parents. Les enfants de tels parents sont, pour la plupart, entourés de
-soins en vue de les rendre propres, blancs, rassasiés, beaux, et, par
-conséquent, douillets et sensuels.</p>
-
-<p>Les costumes, les lectures, les spectacles, la musique, la danse, la
-bonne chair, tout l'arrangement de leur existence, depuis les images sur
-les boîtes, jusqu'aux romans, nouvelles et poèmes, ne fait qu'exciter
-leur sensualité, ce qui suscite chez les enfants des classes aisées les
-plus bas vices et les maladies sexuelles.</p>
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_IX" id="CHAPITRE_IX">CHAPITRE IX</a></h4>
-
-<h3>DE L'OISIVETÉ</h3>
-
-
-<p>Il est injuste de demander aux hommes plus de travail qu'on ne peut
-leur en donner soi-même. Mais comme on ne saurait peser si on donne aux
-autres plus qu'on ne leur demande, qu'en outre, on peut à tout moment
-faiblir ou tomber malade et qu'on devra alors prendre sans donner, on
-doit, tant qu'on a des forces, tâcher de travailler pour les autres le
-plus possible et leur demander le moins de travail possible.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I.&mdash;<i>L'homme commet un grand pèché s'il profite du travail d'autrui sans
-travailler lui-même.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Celui qui ne veut pas travailler n'a pas le droit de manger.</p>
-
-<p style="margin-left: 40%; font-size: 0.8em;">Apôtre PAUL.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>En te servant de n'importe quel objet, souviens-toi que c'est le produit
-du travail humain et que, lorsque tu dépenses, supprimes ou abîmes cet
-objet, tu dépenses le travail et parfois la vie humaine.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Celui qui ne se nourrit pas de son propre travail et fait travailler les
-autres pour soi est un cannibal.</p>
-
-<p><i>Sagesse orientale.</i></p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Toute la morale chrétienne en son application pratique se réduit à
-considérer tous les hommes comme des frères, à être l'égal de tous; et
-pour arriver à cela, il faut, avant tout, cesser de faire travailler
-les autres pour soi et, dans l'organisation sociale actuelle, profiter
-le moins possible du produit du travail des autres, de tout ce qui
-s'acquiert pour de l'argent, dépenser le moins d'argent et vivre le plus
-simplement possible.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Ne fais pas faire aux autres ce que tu peux faire toi-même. Que chacun
-balaye devant sa porte. Si chacun agit ainsi, toute la rue sera propre.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Quelle est la meilleure nourriture? Celle que vous avez gagnée vous-même.</p>
-
-<p style="margin-left: 50%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Il est très utile pour les gens riches d'abandonner pour un certain
-temps leur vie luxueuse et de vivre, ne serait-ce que quelques jours,
-comme les ouvriers, en faisant soi-même tout ce que les salariés font
-chez les gens riches; si le riche faisait ainsi, il verrait le grand
-péché qu'il commet en faisant travailler les autres.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Ceux qui vivent dans le luxe ne peuvent pas aimer les hommes. Ils
-ne le peuvent pas, parce que tout ce dont ils se servent est fait à
-contre-cœur, par nécessité, souvent avec des malédictions, par ceux
-qu'ils forcent à les servir. Pour que ces gens-là puissent aimer leurs
-prochains, ils doivent tout d'abord cesser de les tourmenter.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>La loi du travail n'est pas pénible, mais agréable à accomplir.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. C'est une loi immuable. De
-même que la femme obéit à la loi de l'enfantement dans la souffrance,
-l'homme doit obéir à la loi dure du travail. La femme ne peut se libérer
-de son sort. Si elle adopte un enfant qui n'est pas né d'elle, ce sera,
-malgré tout, un étranger et elle sera privée des joies de la maternité.
-Il en est de même pour le travail des hommes. Lorsqu'un homme mange le
-pain qu'il n'a pas gagné, il se prive des joies du travail.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">BONDAREV<a name="FNanchor_1_6" id="FNanchor_1_6"></a>
-<a href="#Footnote_1_6" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>L'homme craint la mort à laquelle il est soumis. L'homme qui ne connaît
-ni le bien ni le mal semble plus heureux, mais il est irrésistiblement
-attiré à les connaître.</p>
-
-<p>L'homme aime l'oisiveté et la satisfaction des désirs sans souffrances,
-mais ce n'est que le travail et les souffrances qui lui donnent la vie,
-à lui et à toute son espèce.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>C'est une grande erreur que de supposer que les hommes peuvent avoir une
-vie spirituelle élevée, alors que leur corps demeure dans le luxe et
-l'oisiveté. Le corps est toujours le premier élève de l'âme.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">THOREAU.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Si l'homme vit seul et se dispense de la loi du travail, il en est
-immédiatement puni par le fait que son corps s'anémie et s'affaiblit. Si
-l'homme vit dans l'oisiveté et force les autres à travailler pour lui,
-il s'en trouve immédiatement puni par ce fait que son âme s'obscurcit et
-s'abaisse.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>L'homme vit d'une vie spirituelle et d'une vie matérielle. Il y a une
-loi pour la vie spirituelle et une autre pour la vie matérielle. La loi
-de la vie matérielle, c'est le travail, et la loi de la vie spirituelle,
-c'est l'amour. Si l'homme déroge à la loi matérielle, celle du travail,
-il dérogera inévitablement à la loi spirituelle, celle de l'Amour.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Bien que les habits offerts par le roi soient magnifiques, ceux qu'on
-se fait soi-même sont meilleurs: bien que la nourriture des riches soit
-bonne, le pain que l'on gagne soi-même est le meilleur plat.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAADI.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>La puissance divine égalise les hommes: elle prend à ceux qui ont
-beaucoup et donne à ceux qui ont peu. L'homme riche a plus de choses,
-mais elles lui donnent moins de plaisir. Le pauvre a moins de choses,
-mais plus de plaisir. L'eau puisée à la source et une croûte de pain
-semblent bien meilleures au pauvre travailleur, que les mets et les
-boissons les plus chers le paraissent à l'oisif. Le riche blasé ne
-trouve plus goût à rien. Pour le travailleur, la nourriture, la boisson
-et le repos sont chaque fois un plaisir nouveau.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>L'enfer est caché par les plaisirs, le paradis par le travail et les
-malheurs.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Sans travail manuel, il n'y a pas de corps sain, il n'y a pas non plus
-de pensées saines.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Si tu veux toujours être de bonne humeur, travaille jusqu'à la fatigue,
-mais non pas au-dessus de tes forces. L'oisiveté rend les gens
-mécontents et méchants. Il en est de même lorsqu'on travaille trop.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>La meilleure et la plus pure joie est celle du repos après le travail.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Le meilleur travail est le travail agricole.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Tous les hommes reconnaîtront avec le temps la vérité comprise depuis
-longtemps par les grands esprits de tous les peuples; la plus grande
-vertu de l'humanité consiste dans la soumission aux lois de l'Être
-suprême. «Tu es cendre et tu redeviendras cendre». C'est la première loi
-que nous apprenons sur notre vie; la deuxième loi commande la culture de
-la terre dont nous sommes issus et à laquelle nous retournerons. C'est
-en cultivant cette terre avec l'amour pour des bêtes et des plantes que
-cette culture exige, que l'homme comprend et vit le mieux sa vie.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">J. RUSKIN.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>L'agriculture n'est pas l'une des occupations propres à l'homme.
-L'agriculture est une occupation propre à tous les hommes; ce travail
-leur donne le plus de liberté et le plus d'honneur.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La terre dit à celui qui ne la cultive pas: parce que tu ne me
-travailles pas de la main droite et de la main gauche, tu resteras
-éternellement à la porte des hommes avec tous les autres quémandeurs; tu
-n'auras jamais que les restes des riches.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ZOROASTRE.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>La vie des hommes de notre temps est organisée de façon que la plus
-grande rémunération est obtenue pour un travail vain et inutile: dans
-les confiseries, les fabriques de tabacs, les pharmacies, les banques,
-le commerce, la littérature, la musique, etc.; et l'on paie bien moins
-le travail agricole. Si l'on attache de l'importance à la rémunération
-pécuniaire, cet état de choses est très injuste. Mais si l'on envisage
-principalement la joie du travail, son influence sur la santé corporelle
-et ses attraits naturels, c'est très juste.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Le travail manuel, le travail agricole surtout, est utile non seulement
-au corps, mais encore à l'âme. Les gens qui ne travaillent pas de leurs
-mains, éprouvent des difficultés à comprendre sainement les choses.
-Ils ne cessent de penser, de parler, d'écouter ou de lire. L'esprit
-n'a pas de repos, il s'irrite et s'embrouille. Le travail agricole est
-utile, parce qu'en outre du repos qu'il offre à l'homme, il lui permet
-d'envisager sainement, simplement et clairement la situation de l'homme
-dans la vie.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>J'aime les paysans. Ils ne sont pas assez instruits pour raisonner
-faussement.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MONTAIGNE.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>Ce qu'on appelle la division du travail, n'est qu'une excuse de
-l'oisiveté.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Ces derniers temps on parle beaucoup d'une des raisons principales
-du succès obtenu par les hommes dans la production et la division du
-travail. Nous disons: division du travail; mais cette expression n'est
-pas juste. Dans notre société, ce n'est pas le travail qui est divisé,
-mais les hommes; ils sont divisés, réduits en petites parcelles d'homme.
-A la fabrique, un homme ne fait qu'une infime partie de l'objet; de
-sorte que la partie d'initiative laissée à l'homme ne suffit pas pour
-faire toute une épingle ou tout un clou; il s'épuise à faire un bout
-d'épingle ou la tête d'un clou. C'est vrai qu'il serait bon et désirable
-de fabriquer un grand nombre d'épingles par jour; mais si nous pouvions
-voir seulement de quel sable nous les frottons, nous aurions réfléchi
-que ce n'est pas avantageux, pour cette raison que nous les frottons
-avec le sable de l'âme humaine.</p>
-
-<p>On peut tourmenter les hommes, les mettre aux fers, les atteler comme
-des bêtes, les tuer comme des mouches en été, et cependant, dans un
-sens, dans le meilleur, ces hommes peuvent rester libres. Mais écraser
-leurs âmes immortelles, les étrangler et transformer les gens en
-machines&mdash;c'est la vraie servitude. Seule cette humiliation, cette
-transformation des hommes en machines force les ouvriers à lutter
-désespérément et inutilement pour leur liberté dont ils ne conçoivent
-pas le sens eux-mêmes. Leur animosité n'est pas provoquée par la faim,
-ni par les atteintes à l'amour propre (ces deux causes ont toujours
-produit leur effet, mais les bases de la société n'ont jamais été aussi
-ébranlée que maintenant). Cela ne tient pas à ce que les ouvriers se
-nourrissent mal, mais à ce qu'ils n'ont pas de plaisir au travail par
-lequel ils gagnent leur pain; ce qui fait qu'ils considèrent la richesse
-comme l'unique moyen de plaisir. Ils souffrent moins du mépris que
-leur témoignent les classes impérieuses que du mépris qu'ils ont pour
-eux-mêmes, parce que le travail auquel ils sont condamnés les humilie,
-les déprave, les amoindrit. Jamais plus qu'aujourd'hui les classes
-supérieures n'ont témoigné autant de sympathie et d'affection pour
-les classes inférieures, et, cependant, elles n'ont jamais été autant
-méprisées par celles-ci.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>L'homme, comme l'animal, doit besogner, employer ses mains et ses pieds.
-Il peut forcer les autres à faire ce qui lui est nécessaire, mais il
-devra quand même dépenser à quelque chose ses forces corporelles. S'il
-ne travaille pas à des choses utiles, raisonnables, il travaillera à des
-choses inutiles et stupides. C'est ce qui se produit, en effet, parmi
-les classes aisées.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Les classes oisives excusent leur fainéantise par ce qu'elles s'occupent
-des arts et des sciences nécessaires au peuple. Ces gens se chargent
-d'en fournir à ceux qui travaillent; malheureusement, ce qu'ils
-apportent au peuple en fait de science et d'art, est une fausse science
-et un faux art. Aussi, au lieu de récompenser le peuple de son travail,
-la science et l'art qu'on lui offre ne font que le tromper et le
-dépraver.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Un Européen vantait devant un Chinois les avantages de la production
-mécanique: «Elle libère l'homme du travail» disait l'Européen. «La
-libération du travail serait un grand malheur, répondit le Chinois. Sans
-travail il n'y a pas de bonheur possible.»</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>L'homme ne peut acquérir la richesse que par trois moyens: le travail,
-la mendicité et le vol. Ceux qui peinent gagnent peu, justement parce
-qu'une trop grande part revient aux mendiants et aux voleurs.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">HENRY GEORGE.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>Les occupations des gens qui se sont libérés de la loi du travail
-sont toujours vaines et inutiles.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>De même qu'un cheval tournant une roue inclinée ne peut pas s'arrêter et
-doit toujours avancer, l'homme ne peut pas rester oisif. Par conséquent,
-un homme qui travaille a tout autant de mérite qu'un cheval monté sur
-une roue et qui remue les jambes. L'important n'est pas dans le fait que
-l'homme travaille, mais à quoi il travaille.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Ceux qui se sont dispensés du travail manuel peuvent être intelligents,
-mais rarement raisonnables. Si l'on écrit, imprime et enseignelant de
-futilités dans nos écoles, si notre littérature, notre musique, nos
-tableaux sont si subtils, si peu compréhensibles pour tous, c'est parce
-que tous ceux qui s'en occupent se sont libérés du travail manuel et
-mènent une vie oisive.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après EMERSON.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Les hommes cherchent le plaisir d'un côté et d'autre parce qu'ils
-sentent le vide de leur existence, mais ne sentent pas encore le vide du
-nouveau plaisir qui les attire.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Personne n'a encore calculé les millions de journées de dur travail
-et, peut-être des milliers de vies qui se dépensent à préparer les
-distractions. C'est pour cette raison que les distractions de notre
-monde ne sont pas joyeuses.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>Le mal de l'oisiveté.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>On ne peut avoir honte d'aucun travail même du plus malpropre; seule
-l'oisiveté doit faire honte.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Les gens oisifs et riches n'ont qu'un souci&mdash;c'est de tirer orgueil de
-leur luxe. Ils sentent que, sans cela, tous les mépriseraient comme ils
-le méritent.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Honte à l'homme à qui l'on doit conseiller de prendre sur la fourmi
-l'exemple de l'amour pour le travail. Doublement honteux à lui quand il
-ne suit pas ce conseil.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Le Talmud.</i></p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>L'oisiveté devrait figurer parmi les tourments de l'enfer, et c'est elle
-qui se trouve placée parmi les joies du paradis.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MONTAIGNE.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Celui qui ne fait rien a toujours de nombreux aides.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Ne fais jamais faire par les autres ce que tu peux faire toi-même.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Le doute, la tristesse, l'abattement, l'indignation, le désespoir, tous
-ces démons veillent sur l'homme, et dès qu'il mène une vie oisive, ils
-l'attaquent. Le moyen le plus sûr de se protéger contre ces démons,
-c'est un travail corporel assidu. Dès que l'homme se met à cette
-besogne, aucun démon n'ose plus l'approcher et ne fait que grogner de
-loin.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CARLYLE.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Le démon, lorsqu'il pèche les hommes à la ligne, se sert de différentes
-amorces. Mais l'homme oisif n'a pas besoin d'amorce, il se fait prendre
-sans amorce.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Il est préférable de prendre une corde, d'aller chercher du bois dans la
-forêt et de le vendre pour acheter du pain que de demander aux gens de
-vous en donner. Si l'on vous refuse, vous en aurez du dépit; si on vous
-le donne ce sera pis encore: vous aurez honte.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Il y avait une fois deux frères; l'un travaillait chez un seigneur,
-l'autre vivait du travail de ses mains. Le frère riche dit un jour au
-pauvre:</p>
-
-<p>&mdash;Pourquoi ne vas-tu pas travailler chez le seigneur? Tu ne connaîtrais
-pas de besogne pénible.</p>
-
-<p>A cela le pauvre répliqua:</p>
-
-<p>&mdash;Pourquoi ne travailles-tu pas? Tu ne connaîtrais pas d'humiliation ni
-de servitude.</p>
-
-<p>Les sages disent qu'il est préférable de manger tranquillement le pain
-qu'on a gagné, que de porter une écharpe d'or et d'être le serviteur
-d'un autre. Il est préférable de pétrir la chaux et l'argile de ses
-mains, que de joindre ses mains sur la poitrine en signe d'humilité.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAADI.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Ne pas rester à la porte des riches et ne pas parler d'une voix de
-quémandeur&mdash;c'est la meilleure vie. Et, afin que cela n'arrive pas, il
-ne faut pas craindre le travail.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">HOTOPADEZÉ hindou.</p>
-
-<p class="caption">12</p>
-
-<p>Si tu ne veux pas travailler, humilie-toi, ou opprime les autres.</p>
-
-<p class="caption">13</p>
-
-<p>L'aumône d'une pauvre veuve est égale aux plus riches dons, avec cette
-différence qu'elle est la vraie charité.</p>
-
-<p>Seuls les pauvres qui travaillent peuvent avoir la joie de la charité.
-Les riches, les oisifs, en sont privés.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_1_6" id="Footnote_1_6"></a><a href="#FNanchor_1_6"><span class="label">[1]</span></a> Paysan russe, auteur d'un ouvrage sur la loi du travail.
-Tolstoï a connu l'auteur et commenté son ouvrage. (N. du trad.)</p></div>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_X" id="CHAPITRE_X">CHAPITRE X</a></h4>
-
-<h3>DE LA CUPIDITÉ</h3>
-
-
-<p>Le péché de cupidité est dans l'accumulation d'une quantité toujours
-grandissante d'objets ou d'argent nécessaires aux autres hommes, et de
-garder ces objets ou cet argent afin de jouir à sa guise du travail
-d'autrui.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I&mdash;<i>Le péché du riche.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Dans notre société, un homme ne peut pas dormir sans payer sa place.
-L'air, l'eau, la lumière du soleil ne lui appartiennent que sur la
-grand'route.... L'unique droit reconnu chez nous, c'est de marcher sur
-cette grand'route jusqu'à ce que l'on commence à chanceler de fatigue,
-parce qu'on ne peut s'arrêter et que l'on doit marcher toujours.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">GRANT ALLEN<a name="FNanchor_1_7" id="FNanchor_1_7"></a>
-<a href="#Footnote_1_7" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Dix hommes bons s'étendent et dorment paisiblement sur le même feutre,
-mais deux riches ne peuvent pas vivre en paix dans dix chambres. Si un
-homme de cœur trouve une miche de pain, il en donne la moitié à celui
-qui a faim. Mais lorsqu'un conquérant conquiert une partie du monde, il
-ne se tranquillise pas tant qu'il n'en n'a pas pris une autre partie
-encore.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Les riches ont quinze chambres pour trois personnes, et il ne peuvent
-pas laisser un mendiant se chauffer et coucher chez eux.</p>
-
-<p>Le paysan a une chaumière de sept mètres pour sept personnes; mais il
-laisse volontiers entrer un voyageur en disant: «Dieu nous ordonne de
-partager».</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Les riches et les pauvres se complètent les uns les autres. Quand il y a
-des riches, il y a et il doit y avoir des pauvres. Quand existe le luxe
-effréné, existe et doit exister l'affreuse misère qui force ceux qui
-n'ont rien à être au service du luxe.</p>
-
-<p>Le Christ aimait les pauvres et s'éloignait des riches.</p>
-
-<p>Dans le royaume de vérité qu'Il prêchait, les riches et les pauvres
-seraient également impossibles.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">HENRY GEORGE.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Le vagabond est le complément indispensable du millionnaire.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">HENRY GEORGE.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Les plaisirs des riches sont obtenus par les larmes des pauvres.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Lorsque les riches parlent du bonheur social, je ne doute pas qu'ils
-forment sous ce prétexte un complot en vue d'assurer leurs intérêts.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">THOMAS MORE.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Les honnêtes gens ne sont jamais riches. Les gens riches ne sont jamais
-honnêtes.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>«Ne vole pas un pauvre parce qu'il est pauvre,» dit Salomon. Pourtant,
-ce pillage du pauvre parce qu'il est pauvre est une chose très
-ordinaire: le riche profite toujours de la misère du pauvre pour le
-forcer à travailler pour lui, ou bien pour lui acheter ses produits à
-vil prix.</p>
-
-<p>On dévalise rarement les riches sur les grand'routes, parce qu'il est
-dangereux de voler un riche, alors qu'on peut dévaliser un pauvre sans
-aucun risque.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après JOHN RUSKIN.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Les gens qui appartiennent aux classes ouvrières tâchent le plus souvent
-de passer dans la classe des gens aisés qui vivent du travail d'autrui.
-Ils appellent ça se joindre aux bonnes gens, alors qu'il faudrait dire
-quitter les bonnes gens pour les méchants.</p>
-
-<p>La richesse est un grand péché devant Dieu, la pauvreté l'est devant les
-hommes.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">Proverbe russe.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>-L'homme et la terre.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Etant issu de la terre, la terre m'est donnée pour que j'y prenne tout
-ce qu'il me faut pour cultiver et ensemencer, et j'ai le droit de
-réclamer ma part.</p>
-
-<p>Montrez-moi donc où elle est.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La terre est notre mère à tous; elle nous nourrit, nous donne asile,
-nous réjouit et nous chauffe; depuis notre naissance et jusqu'au moment
-où nous nous endormons du dernier sommeil sur son cœur de mère, elle
-nous caresse constamment de son étreinte affectueuse.</p>
-
-<p>Et voici que les gens parlent de sa vente; et elle présente, en effet, à
-notre époque vénale, un article de négoce, elle est vendue et achetée.</p>
-
-<p>Mais la vente de la terre créée par le Créateur céleste est une énorme
-ineptie. La terre ne peut appartenir qu'au Dieu tout-puissant et à
-tous les fils des hommes qui la travaillent, de même qu'à ceux qui la
-travailleront dans l'avenir.</p>
-
-<p>Elle est la propriété non seulement d'une seule génération, mais de
-toutes les générations passées, futures et présentes qui la travaillent.</p>
-
-<p> style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"CARLYLE.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Nous occupons une île sur laquelle nous vivons des produits de nos
-mains. Un marin naufragé est rejeté sur notre côte. A-t-il le même droit
-naturel que nous d'occuper sur les mêmes bases que nous, une parcelle de
-terre pour s'y nourrir de son travail? Il semblerait que ce droit est
-incontestable. Et cependant, combien d'hommes naissent sur notre planète
-auxquels les gens qui y vivent refusent ce droit.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">DE LAVELEYE.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Les conséquences nuisibles de la richesse.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Les hommes se plaignent d'être pauvres et s'efforcent, par tous les
-moyens, d'arriver à la richesse; cependant, la misère et la pauvreté
-donnent aux gens la fermeté et la force, alors que les excès et le luxe
-les affaiblissent et les amènent à leur perte.</p>
-
-<p>Les pauvres ont tort de vouloir échanger l'indigence utile au corps et à
-l'âme contre la richesse qui est nuisible au corps et à l'âme.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si le pauvre a des peines, le riche en a doublement.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Le riche est malheureux; d'abord, parce qu'il craint toujours pour ses
-richesses, ensuite, parce que plus il a de biens, plus il a de soucis et
-d'affaires. Mais il est surtout malheureux parce qu'il ne peut se lier
-qu'avec des riches comme lui, qui sont peu nombreux, et non avec les
-pauvres qui sont la majorité. S'il se lie avec un pauvre, il voit trop
-nettement son péché, et il ne peut pas ne pas en avoir honte.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>La richesse a l'or, la pauvreté a la joie.</p>
-
-<p style="margin-left: 25%; font-size: 0.8em;">Proverbe.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La richesse habitue les gens à l'orgueil, à la cruauté, à l'ignorance
-présomptueuse et à la débauche.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Seul un homme riche peut être insensible et indifférent au malheur
-d'autrui.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">Le <i>Talmud.</i></p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>La misère assagit, la richesse abêtit. Les chiens eux-mêmes deviennent
-enragés à force de trop bien manger.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">Proverbe russe.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Celui qui est charitable n'est jamais riche. Le riche n'est sûrement pas
-charitable.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">Proverbe mandchourien.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Les gens cherchent la richesse; s'ils savaient seulement combien ils
-perdent de bonté en gagnant l'opulence et en vivant au milieu d'elle,
-ils auraient cherché à s'en débarrasser avec le même zèle qu'ils mettent
-à l'acquérir.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Le moment est proche où les hommes cesseront de croire que la richesse
-donne le bonheur et comprendront, enfin, la simple vérité qu'en gagnant
-et en conservant leur richesse, ils rendent plus malheureuse et non
-meilleure l'existence des autres et la leur.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>On ne doit pas envier la richesse, mais en avoir honte.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Il ne faut pas respecter et envier les riches, mais les plaindre et
-s'éloigner d'eux. Quant au riche, il ne doit pas être fier de ses biens,
-mais honteux.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si le pauvre envie le riche, il ne vaut pas mieux que lui.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>L'orgueil des riches est mauvais, mais l'envie des pauvres n'est pas
-moins mauvaise. Combien il y a de pauvres qui, tout en blâmant les
-riches, agissent de même qu'eux envers ceux qui sont plus pauvres
-qu'eux-mêmes!</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>L'excuse de la richesse.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Si tu as des revenus sans travailler, il y a sûrement quelqu'un qui
-travaille sans être payé.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Seul celui qui est sûr de n'être pas un homme comme tous les autres,
-mais meilleur qu'eux, peut posséder des richesses au milieu des pauvres
-et avoir la conscience tranquille. Seule la pensée qu'il est meilleur
-que les autres peut justifier un tel homme à ses propres yeux. Et,
-chose extraordinaire, la possession des richesses, qui devrait rendre
-un tel homme honteux, est pour lui la principale justification de sa
-supériorité sur les autres hommes. «Je jouis de la richesse parce que je
-suis meilleur que les autres. Et je suis meilleur que les autres parce
-que je jouis de la richesse,» se dit-il.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Rien ne prouve aussi clairement la fausseté de la religion professée
-parmi nous que ce fait que les hommes qui se considèrent comme chrétiens
-peuvent non seulement jouir de leurs richesses, au milieu des pauvres,
-mais encore en être fiers.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>L'une des erreurs les plus fréquentes et les plus significatives que les
-hommes commettent, est de croire comme bon ce qu'ils aiment. Ils aiment
-la richesse, et bien que le mal de la richesse soit évident, ils se
-persuadent que la richesse est bonne.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Est-ce que Dieu a donné quelque chose à l'un, sans le donner à l'autre?
-Est-ce que notre Père commun a exclu l'un de ses enfants? Vous qui
-exigez le droit exclusif de profiter de ses dons, montrez le testament
-par lequel il aurait privé les autres frères de son héritage.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAMENNAIS.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Il semblerait que, connaissant l'affreuse misère des ouvriers qui
-meurent de privations et d'excès de travail (et il est impossible de ne
-pas le savoir), les gens riches, qui profitent de ce travail homicide,
-seraient forcés de s'en émouvoir. Cependant, ces gens riches, libéraux,
-humanitaires, très sensibles non seulement aux souffrances des hommes,
-mais à celles des bêtes, cherchent à s'enrichir davantage, c'est-à-dire
-à profiter de plus en plus du travail des autres et le font en toute
-sérénité.</p>
-
-<p>Cette sérénité des riches est due à l'intervention d'une nouvelle
-science dénommée économie politique, qui a posé des lois en vertu
-desquelles la répartition du travail et la jouissance de ses produits
-dépendent de l'offre et de la demande, du capital, de la rente, du taux
-des salaires, des bénéfices, etc.</p>
-
-<p>Il a été écrit sur ce thème, en peu de temps, un nombre incalculable de
-traités, de brochures; il a été fait des cours et des conférences, et on
-en écrit et on conférencie encore à l'infini.</p>
-
-<p>Bien que la plupart des gens ignorent les détails de ces explications
-rassurantes de la science, ils savent quand même que cette explication
-existe, que les savants, des gens subtils, ne cessent de démontrer que
-l'ordre de choses actuel est tel qu'il doit être, et que l'on peut se
-laisser vivre tranquillement dans cet état de choses, sans essayer de le
-modifier.</p>
-
-<p>Ce n'est qu'ainsi qu'on peut expliquer l'aveuglement surprenant
-dans lequel se trouvent les hommes sensibles de notre société, qui
-plaignent sincèrement, les animaux, mais qui, la conscience tranquille,
-s'attaquent à la vie de leurs semblables.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.<i>&mdash;Pour atteindre le bonheur, l'homme ne doit pas se soucier de
-l'accroissement de son avoir, mais de l'amour qui est en lui.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Gagne une richesse que personne ne pourra te prendre, qu'elle te reste
-même après la mort et qu'elle ne diminue ni ne tarisse jamais. Cette
-richesse&mdash;c'est ton âme.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">Proverbe hindou.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Les gens se soucient mille fois plus d'augmenter leurs richesses que de
-développer leur raison. Pourtant chacun devrait comprendre qu'il vaut
-bien mieux pour son bonheur conserver ce qui est en lui que ce qui est
-chez lui.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SCHOPENHAUER.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Et il leur dit celte parabole: «Les terres d'un riche donnèrent, une
-abondante récolte; et ce riche se demanda: Que ferai-je? Je n'ai pas
-assez de place pour serrer ma récolte. Voici, dit-il, ce que je ferai:
-j'abatterai mes greniers, j'en bâtirai de plus grands, et j'y amasserai
-toute ma récolte et tous mes biens. Puis je dirai à mon âme: Mon âme,
-tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années; repose-toi,
-mange, bois et réjouis-toi. Mais Dieu lui dit: Insensé, celte nuit
-même ton âme te sera prise, et ce que tu as amassé, à qui cela
-appartiendra-t-il?</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">Luc, XII, 16-20.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Pourquoi l'homme voudrait-il être riche? Pourquoi lui faut-il des
-chevaux de race, de riches habits, de magnifiques chambres, des droits
-d'entrée dans les lieux de distractions?</p>
-
-<p>Parce qu'il manque de vie spirituelle.</p>
-
-<p>Donnez à cet nomme une vie spirituelle, et il n'aura besoin de rien.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>De même qu'un vêtement riche embarrasse les mouvements du corps, la
-richesse entrave les mouvements de l'âme.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII.&mdash;<i>La lutte contre de péché de cupidité.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Celui qui possède moins qu'il ne veut avoir doit se souvenir qu'il a
-plus qu'il ne mérite.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LICHTENBERG.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>On peut éviter la misère par deux moyens: augmenter son avoir, ou
-bien apprendre à se contenter de peu. Augmenter les richesses n'est pas
-toujours possible, et c'est presque toujours malhonnête; tandis que
-diminuer nos caprices est toujours en notre pouvoir et est salutaire à
-notre âme.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Le pire voleur n'est pas celui qui a pris ce qui lui est nécessaire,
-mais bien celui qui garde sans en donner aux autres ce dont il n'a pas
-besoin.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>«Celui qui aurait des biens de ce monde et qui, voyant son frère dans le
-besoin, lui fermerait son cœur, comment l'amour de Dieu demeurerait-il
-en lui? Mes enfants, n'aimons pas en paroles, mais en actes et par la
-vérité!» <span style="font-size: 0.8em; text-align: right;">I. JEAN, III, 17-18.</span></p>
-
-<p>Pour qu'un riche n'aime pas en paroles mais en actes et par la vérité
-il doit donner à celui qui demande, ainsi que l'a dit le Christ. Et
-si l'on donne à celui qui demande, toute richesse s'épuise bientôt. Et
-dès que l'homme cesse d'être riche, il lui arrive ce que Jésus a dit au
-jeune homme, c'est-à-dire que ce qui empêchait le jeune homme riche de
-le suivre n'existe plus.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La charité est véritable seulement quand tu t'es privé en la faisant.
-C'est alors que celui qui reçoit un don matériel, reçoit également un
-don spirituel. Et si ton don n'est pas un sacrifice, mais le résultat de
-la surabondance, il ne fait qu'irriter celui qui le reçoit.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Les opulents bienfaiteurs ne voient pas ce qu'ils donnent au pauvre, ils
-l'enlèvent souvent des mains de plus pauvres encore.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_1_7" id="Footnote_1_7"></a><a href="#FNanchor_1_7"><span class="label">[1]</span></a> Moraliste anglais <i>(N. du tr.)</i></p></div>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XI" id="CHAPITRE_XI">CHAPITRE XI</a></h4>
-
-<h3>DE LA COLÈRE</h3>
-
-
-<p class="caption">I.&mdash;<i>Péché de malveillance.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>«Il a été dit aux anciens: Tu ne tueras point, et celui qui tuera sera
-jugé (Exode, XX, 13). Mais moi je vous dis que quiconque se met en
-colère contre son frère sera jugé.»</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MATTH., V, 21-22.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si tu éprouves une douleur dans le corps, tu sais que quelque chose
-n'est pas en bon état: ou tu fais ce que tu ne devrais pas faire, ou
-bien lu ne fais pas ce que tu devrais faire. Il en est de même de la vie
-spirituelle. Si tu te sens triste, irrité, sache que quelque chose est
-en mauvais état: ou tu aimes ce qu'il ne faudrait pas aimer, ou bien tu
-n'aimes pas ce qu'il faudrait aimer.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Les péchés de la gourmandise, de l'oisiveté, de la volupté, sont mauvais
-par eux-mêmes. Mais ces péchés sont surtout repréhensibles parce qu'ils
-engendrent le pire des péchés: la malveillance, l'iniquité envers les
-gens.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Ce ne sont pas les pillages, les assassinats, les exécutions qui sont
-effrayants. Qu'est-ce que le pillage? C'est le passage de la propriété
-des uns aux autres. Cela a toujours existé, cela sera toujours, et il
-n'y a rien d'effrayant à cela.</p>
-
-<p>Que sont les exécutions, les assassinats? C'est le passage des hommes de
-la vie à la mort. Ces passages ont été, sont et seront toujours, et cela
-n'a également rien, d'effrayant. Ce qu'il y a de réellement effrayant,
-c'est la haine des hommes qui engendre le brigandage, le vol, le meurtre.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>L'absurdité de la colère.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Les Bouddhistes disent que tout péché vient de la bêtise. Cela est
-juste pour tous les péchés, mais surtout pour l'inimitié. Le pêcheur,
-l'oiseleur se fâche contre le poisson ou l'oiseau parce qu'il ne l'a pas
-pris, et moi je me fâche contre l'homme, parce qu'il fait ce dont il
-a besoin pour lui, et non pas ce que je voudrais de lui. N'est-ce pas
-également stupide?</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Un homme t'a offensé. Tu t'es fâché contre lui. L'affaire est terminée.
-Mais la colère contre cet homme s'est figée dans ton cœur, et lorsque
-tu penses à lui, tu t'irrites. Comme si le diable, qui est toujours
-en faction à la porte de ton cœur, avait profité de l'heure où tu as
-ressenti ta colère contre cet homme; comme si elle lui eut ouvert la
-porte, qu'il eut bondi dans ton cœur et qu'il y fût maître, maintenant.
-Chasse-le. Et à l'avenir, sois plus prudent, n'ouvre pas la porte par
-laquelle il entre.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Plus l'homme se croit haut placé, plus facilement il s'irrite contre les
-gens. Plus l'homme est modeste, plus il est bon et se fâche moins.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Ne pense pas que la vertu consiste dans la bravoure et la force. Si tu
-peux te placer au-dessus de la colère, pardonner et aimer celui qui t'a
-offensé, tu auras fait le mieux de ce qu'un homme peut faire.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">DJERBELOTE, persan.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Il est vrai, que tu n'as peut-être pas la force de ne pas te fâcher
-contre celui qui t'a offensé, outragé. Mais tu peux toujours le
-contenir, ne manifester ta colère ni en paroles ni en actes.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>La colère ment toujours de l'impuissance.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>La colère contre les hommes nos frères est déraisonnable parce
-que le même Dieu vit en nous tous.</i></p>
-
-<p class="caption" >1</p>
-
-<p>On doit s'observer depuis le matin et se dire: tout à l'heure, je
-pourrai avoir affaire à un homme insolent, effronté, importun,
-hypocrite, nerveux. Il y a souvent des gens comme ça. Ils ne savent pas
-ce qui est bien et ce qui est mal. Mais si je sais, moi, où est le bien
-et le mal, si je comprends que le mal pour moi ne peut venir que de la
-mauvaise action que j'ai commise moi-même, aucun mauvais homme ne peut
-me nuire. Personne ne peut me forcer à faire mal. Si je pense encore que
-tout homme m'est proche, non par le sang et la chair, mais par l'esprit,
-que le même Esprit divin vit en chacun de nous, je ne peux pas me fâcher
-contre un être qui m'est proche. Je sais donc que nous sommes créés l'un
-pour l'autre, que nous sommes appelés à nous entr'aider comme les mains,
-les pieds, les yeux et les dents s'aident entre eux et servent le corps
-entier; comment puis-je me détourner de mon prochain si, contrairement à
-sa vraie nature, il me fait du mal.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si tu t'es fâché contre un homme, c'est que tu menais une vie charnelle,
-et non pas une vie spirituelle. Si tu vivais selon la volonté divine,
-personne ne pourrait t'offenser, car on ne peut offenser Dieu, et Dieu,
-le Dieu qui est en toi, ne peut se fâcher.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>On ne doit ni trop mépriser ni trop respecter aucun homme.</p>
-
-<p>Si tu le méprises, tu ne pourras pas apprécier le bien qu'il y a en lui;
-si tu l'honores trop, tu exigeras trop de lui.</p>
-
-<p>Pour ne pas se tromper, il faut mépriser le côté charnel autant chez
-autrui qu'en soi-même et respecter l'homme comme un être spirituel en
-qui demeure l'esprit divin.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>Plus l'homme se diminue, mieux il vaut.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>On dit qu'un homme de bien ne peut pas faire autrement que de se fâcher
-contre les méchants. Mais si cela est ainsi, plus l'homme est bon
-comparativement aux autres, plus il doit se mettre en colère contre eux;
-en réalité, plus un homme est bon, plus il est doux et bon pour tous les
-autres hommes. Cela tient à ce qu'un homme bon se souvient que lui aussi
-a souvent péché, et que s'il s'irrite contre les méchants, il doit, tout
-d'abord, s'irriter contre lui-même.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Un homme raisonnable ne peut pas se fâcher contre les hommes méchants et
-déraisonnables.</p>
-
-<p>&mdash;Comment puis-je ne pas me fâcher s'ils sont voleurs et filous? dis-tu.</p>
-
-<p>&mdash;Qu'est-ce qu'un voleur et un filou? C'est un homme qui s'est égaré.
-On doit non pas se fâcher contre un tel homme, mais le plaindre. Si tu
-peux, persuade-le que ce n'est pas bon pour lui-même de vivre comme il
-vit, et il cessera de faire le mal. S'il ne le comprend pas encore, quoi
-d'étonnant qu'il vive ainsi.</p>
-
-<p>Tu diras que ces gens là doivent être punis.</p>
-
-<p>Si un homme a mal aux yeux et qu'il est devenu aveugle, tu ne diras pas
-qu'il faut l'en punir. Pourquoi donc veux-tu punir celui qui est privé
-de quelque chose de bien plus précieux que les yeux, qui est privé du
-plus grand bonheur qui existe, celui de savoir vivre raisonnablement?</p>
-
-<p>On ne doit pas se fâcher contre ces gens, mais les plaindre.</p>
-
-<p>Aie pitié de ces malheureux et tâche de faire en sorte que leurs
-égarements ne t'irritent pas. Souviens-toi combien souvent tu t'es
-trompé et tu as péché toi-même, et fâche-toi plutôt contre toi-même de
-ce que ton âme renferme tant d'inimitié et de méchanceté.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ÉPICTÈTE.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Tu dis que tu n'es entouré que de mauvaises gens. Si tu penses ainsi,
-c'est une preuve certaine que tu es méchant toi-même.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Souvent les gens croient se faire valoir en remarquant les défauts des
-autres; mais ils ne font que montrer leur faiblesse.</p>
-
-<p>Plus l'homme est bon et intelligent, plus il voit le bien chez les
-autres; plus il est bête et méchant, plus il voit les défauts des autres.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Il est vrai, qu'il est difficile de se montrer bon envers un vicieux,
-un menteur, surtout s'il vous offense; mais c'est précisément envers de
-pareils hommes qu'on doit être bon, et pour eux, et pour soi.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Lorsqu'on se fâche contre quelqu'un, on cherche généralement à justifier
-sa colère et, à ne voir que le mal en la personne contre laquelle on
-s'irrite; et l'on ne fait qu'augmenter son inimitié. Alors, qu'au
-contraire, plus on est irrité, plus on doit chercher le bien que peut
-contenir celui contre qui on s'irrite. Et lorsqu'on réussit à découvrir
-le bien et à aimer un tel homme, non seulement on apaise sa colère, mais
-encore on éprouve une joie profonde.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Si tu veux reprocher à un homme ses incohérences, ne qualifie pas ses
-actes ou ses paroles de sottises, ne dis et ne pense pas que ce qu'il a
-fait ou dit n'a aucun sens. Au contraire, suppose toujours qu'il voulait
-faire ou dire quelque chose de raisonnable et tâche de le prouver.
-Il faut s'efforcer de découvrir les idées erronées qui ont trompé
-l'homme et les lui faire voir de façon à ce qu'il arrive lui-même à
-la conclusion, qui est qu'il se trompe. On ne peut persuader un homme
-que par sa propre raison. De même, on ne peut persuader un homme de
-l'immoralité de son acte que par son sentiment moral. Il ne faut pas
-supposer que l'homme le plus vicieux ne puisse pas devenir un être
-vertueux et libre.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après KANT.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Si tu te fâches contre un homme parce qu'il a commis un acte que nous
-considérons comme repréhensible, tâche de savoir pourquoi il a fait ce
-que nous considérons comme mauvais. Dès que tu l'auras compris, tu ne
-seras plus fâché, parce qu'on ne peut se fâcher de ce que la pierre
-tombe du haut en bas et non de bas en haut.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>La nécessité de l'amour pour la communion entre les hommes.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Pour que tes relations avec les hommes ne soient pas un sujet de
-souffrance pour toi et pour eux, n'entre pas en rapports avec les gens
-si tu n'éprouves pas d'affection pour eux.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Sans amour, on ne peut manier que les objets; sans amour, on peut
-abattre des arbres, faire des briques, forger le fer; on ne peut sans
-amour traiter les hommes.</p>
-
-<p>Si tu n'éprouves pas d'amour pour les hommes, occupe-toi de toi-même,
-manie des choses, ce que tu voudras, mais laisse les hommes tranquilles.
-Dès que tu te permettras de les traiter sans amour, tu deviendras non
-pas un homme, mais une bête, tu leur nuiras et tu seras malheureux
-toi-même.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Lorsqu'on voit des gens toujours mécontents, critiquant, tout et tout le
-monde, on a envie de leur dire: «Le but de votre existence n'est pas de
-dévoiler l'absurdité de la vie, de la critiquer, de vous fâcher et de
-mourir. Cela n'est pas possible. Réfléchissez; vous ne devriez pas vous
-fâcher, ni critiquer, mais travailler à réparer le mal que vous voyez.</p>
-
-<p>«Si vous voulez faire disparaître le mal que vous voyez vous n'y
-arriverez certainement pas par l'inimitié, mais uniquement par la
-bienveillance envers tous les hommes, car ce sentiment vit toujours en
-nous et vous le sentirez aussitôt que vous cesserez de l'étouffer en
-vous.»</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Il faut nous habituer à être mécontents d'un autre homme de la même
-façon, qu'il nous arrive d'être mécontents de nous-mêmes. Cela nous
-arrive lorsque nous ne sommes pas satisfaits d'un de nos actes, et non
-de notre âme. Il faut agir de même à l'égard des autres: critiquer
-leurs actes, et les aimer eux-mêmes.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Pour ne pas faire tort à son prochain, pour l'aimer, il faut s'habituer
-à ne pas dire de mal ni de lui, ni à lui, et pour y parvenir, il faut
-s'habituer à ne pas penser mal de lui, à ne pas laisser pénétrer dans
-notre âme le sentiment de malveillance.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Peux-tu te fâcher contre un homme parce qu'il a des plaies purulentes?
-Ce n'est pas sa faute si l'aspect de ses plaies est désagréable.
-Comporte-toi de même envers les vices d'autruis.</p>
-
-<p>Mais tu diras que l'homme a une raison pour comprendre et corriger ses
-vices. C'est juste. Par conséquent, toi aussi, tu as une raison et tu
-peux réfléchir que tu ne dois pas le fâcher contre l'homme en raison
-de ses vices, mais au contraire, tu dois l'efforcer d'éveiller sa
-conscience en le traitant avec bonté et intelligence, sans colère, sans
-impatience et sans orgueil.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Il y a des gens qui aiment se fâcher. Ils sont toujours occupés à
-quelque chose et toujours heureux de l'occasion de brusquer, de gronder
-celui qui s'adresse à eux pour quelque affaire. Ces gens-là sont très
-désagréables, mais il faut se souvenir qu'ils sont très malheureux, ne
-connaissent pas la joie de la bonne humeur, et c'est pourquoi, il ne
-faut pas se fâcher contre eux, mais les plaindre.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>On ne peut mieux calmer une colère, même juste, qu'en disant à celui qui
-se fâche que celui contre lequel il se fâche, n'est qu'un malheureux. La
-pluie a le même effet sur le feu que la compassion sur la colère.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>L'homme qui désire faire du tort à son ennemi, n'a qu'à s'imaginer qu'il
-lui a déjà fait mal et qu'il souffre de corps et d'âme; il n'a qu'à se
-l'imaginer et à comprendre que tout cela est l'œuvre de nos mains, pour
-que, à l'idée des souffrances de l'ennemi, l'homme le plus méchant cesse
-de garder sa rancune.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>La lutte contre le péché de malveillance.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>On me blâme, je suis ennuyé, j'ai de la peine. Comment me débarrasser de
-ce sentiment désagréable? D'abord, par l'<i>humilité</i>; quand on connaît
-sa faiblesse, on ne se fâche pas de ce que les autres la montrent. Ce
-n'est pas aimable de leur part, mais ils ont raison. Ensuite, par le
-<i>raisonnement</i>; car, en définitive, on reste toujours ce qu'on a été, et
-si l'on avait trop de vénération pour soi-même, on aurait qu'à modifier
-son opinion. Enfin, et principalement, par le <i>pardon</i>; il n'y a qu'un
-seul moyen pour ne pas haïr ceux qui nous font du mal et nous offensent,
-c'est de leur faire du bien. Si l'on ne parvient pas à les changer, du
-moins, arrive-t-on à se maîtriser soi-même.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La meilleure boisson qu'un homme peut boire est la mauvaise parole qu'il
-a déjà sur les lèvres; qu'il ne la laisse pas, échapper et l'avale.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Comprends bien et souviens-toi que tout homme agit toujours au mieux de
-ses propres intérêts.</p>
-
-<p>Si tu y penses toujours, tu ne te fâcheras contre personne, tu ne
-reprocheras rien à personne, tu ne gronderas personne; car si quelqu'un
-a réellement du profit à faire ce qui t'est désagréable, il a raison et
-il ne peut agir autrement. S'il se trompe et ne se fait du tort qu'à
-lui-même, tant pis pour lui; on doit le plaindre et non se fâcher contre
-lui.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ÉPICTÈTE.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Souvenons-nous que tous nous redeviendrons poussière, et soyons humbles
-et modestes.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SAADI.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII.&mdash;<i>La malveillance nuit toujours à celui qui la ressent.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Bien que la colère soit nuisible aux autres, elle fait surtout du tort
-à celui qui se fâche. La colère est toujours plus nuisible que la chose
-pour laquelle on se fâche.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Il y a des gens qui aiment se fâcher, qui s'irritent et font du mal aux
-autres sans aucune raison. On peut comprendre pourquoi un avare offense
-les autres: il veut s'emparer de leur bien pour s'enrichir; il fait du
-mal aux gens dans son propre intérêt. Un méchant homme fait du tort aux
-autres sans aucun bénéfice personnel. Quelle folie!</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SOCRATE.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Ne pas faire de mal, pas même à ses ennemis, est une grande vertu.</p>
-
-<p>Celui qui cherche à faire périr les autres, périt sûrement lui-même.</p>
-
-<p>Ne fais pas de mal. La pauvreté ne peut excuser le mal. Si tu fais du
-mal, tu seras plus pauvre encore.</p>
-
-<p>Les gens peuvent éviter les conséquences de la méchanceté de leurs
-ennemis, mais ils n'éviteront jamais les conséquences de leurs péchés.
-Cette ombre les poursuivra pas à pas, jusqu'à ce qu'elle les fasse périr.</p>
-
-<p>Que celui qui ne veut pas vivre triste et malheureux ne fasse pas de
-tort aux autres.</p>
-
-<p>Si l'homme se veut du bien, qu'il ne fasse pas le moindre mal.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Kouran</i> hindou.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Être vertueux, c'est avoir l'âme libre. Les gens qui s'irritent
-continuellement contre quelqu'un, qui craignent constamment quelque
-chose et qui s'adonnent aux passions, ne peuvent avoir l'âme libre.
-Celui qui ne peut pas avoir l'âme libre ne verra pas en regardant,
-n'entendra pas en écoutant, ne sentira pas de goût en mangeant.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">CONFUCIUS.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Goutte à goutte, le seau se remplit; de même l'homme s'emplit de colère,
-bien qu'il la ramasse petit à petit, lorsqu'il se permet de s'irriter
-contre les gens. Le mal revient à celui qui le commet, de même que la
-poussière jetée contre le vent.</p>
-
-<p>Ni au ciel, ni dans la mer, ni dans les profondeurs des montagnes, il
-n'y a de place dans tout l'univers, où l'homme pourrait se débarrasser
-de la méchanceté qui est dans son cœur. Souviens-t-en.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">DJAMAPADA.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>La loi hindoue dit: De même qu'il est juste qu'il fasse froid en hiver
-et chaud en été, il est juste qu'un mauvais homme soit malheureux et un
-bon heureux. Que personne n'entame de querelle, bien qu'il soit offensé
-et qu'il souffre; que personne n'offense, ni par un acte, ni par une
-parole, ni par une pensée. Tout cela prive l'homme du vrai bonheur.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Lorsque je sais que la colère me prive du vrai bonheur, je ne peux plus
-chercher consciemment querelle aux autres; je ne peux pas, ainsi que je
-le faisais avant, me réjouir de mon péché, en être fier, l'encourager,
-le justifier, me donner de l'importance et me croire raisonnable,
-considérer les autres comme nuls, perdus, insensés; je ne peux plus
-maintenant, en sentant que je me laisse emporter par la colère, ne
-pas reconnaître que j'en suis seul coupable, et ne pas tâcher de me
-réconcilier avec ceux qui me cherchent querelle.</p>
-
-<p>Mais cela ne suffit pas. Si je sais maintenant que la colère est un
-mal pour mon âme, je sais aussi ce qui me conduit au mal. C'est
-que j'oublie que la même chose vit en moi et en tous les hommes. Je
-vois maintenant que l'habitude de se distinguer des autres hommes et
-de se considérer comme étant supérieur à eux&mdash;est l'une des raisons
-principales de mon inimitié.</p>
-
-<p>En repassant ma vie écoulée, je vois que je n'ai jamais laissé
-s'accroître mon sentiment d'inimitié envers les gens que je considérais
-supérieurs à moi, et je ne les offensais jamais. Mais, par contre, le
-moindre acte de celui que je considérais comme mon inférieur provoquait
-ma colère, et plus je me considérais supérieur, plus il m'était facile
-de l'offenser. Parfois même, rien que l'idée de l'infériorité de
-l'homme, provoquait déjà une offense de ma part.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Un jour d'hiver François, accompagné du frère Léon se rendait de Pérouse
-à Porcioncule. Il gelait, et tous deux tremblaient de froid. François
-appela Léon qui marchait devant, et lui dit: «O frère Léon, Dieu veuille
-que nos frères donnent par toute la terre, l'exemple de la vie de
-sainteté. Note, cependant, que ce n'est pas là qu'est la joie parfaite.»</p>
-
-<p>Un peu plus loin, François appela encore une fois Léon et lui dit:</p>
-
-<p>«Note encore que si nos frères guérissent les malades, chassent le
-diable, rendent la vue aux aveugles font ressusciter les morts, ce n'est
-pas là non plus que sera la joie parfaite.»</p>
-
-<p>Encore plus loin, François appela de nouveau Léon et lui dit: «Note
-encore frère Léon, brebis du Seigneur, que si nous avions appris le
-langage des anges, si nous connaissions le cours des étoiles, si tous
-les trésors de la terre nous étaient apparus, et que si nous avions
-compris tous les mystères de la vie des oiseaux, des poissons, des
-bêtes, des gens, des arbres, des pierres et des eaux, note que cela non
-plus ne serait pas une joie parfaite.»</p>
-
-<p>Et un peu plus loin, François appela encore une fois Léon et lui dit:
-«Note encore que si nous étions des prédicateurs, qui parviendraient à
-ramener tous les payens au Christianisme, note que là encore, il n'y
-aurait pas de joie parfaite.»</p>
-
-<p>Alors le frère Léon dit à François:</p>
-
-<p>&mdash;En quoi donc consiste la joie parfaite?</p>
-
-<p>Et François répondit: «En ceci: lorsque nous arriverons à Porcioncule
-sales, mouillés, transis de froid et affamés, et que nous demanderons
-de nous donner asile, le portier nous dira: «Pourquoi traînez-vous,
-vagabonds, par les chemins, pourquoi tentez-vous les gens, pourquoi
-voulez-vous l'aumône des pauvres; allez-vous en d'ici,» et il ne nous
-ouvrira pas. Si nous ne nous offensons pas et que nous pensons avec
-humilité et amour que le portier a raison, et que mouillés, gelés, et
-affamés, nous restons jusqu'au matin dans la neige et l'humidité sans
-murmurer contre le portier, c'est alors, frère Léon, que sera la joie
-parfaite.»</p>
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XII" id="CHAPITRE_XII">CHAPITRE XII</a></h4>
-
-<h3>DE L'ORGUEIL</h3>
-
-
-<p>Il est difficile de se débarrasser des péchés, surtout lorsque les
-tentations les encouragent. Telle est la tentation de l'orgueil.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I.&mdash;<i>L'absurdité de l'orgueil.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Les gens fiers sont tellement occupés à prêcher aux autres qu'ils n'ont
-pas le temps de penser à eux-mêmes; au reste, ils le croient inutile;
-ils sont parfaits tels qu'ils sont. C'est pourquoi, plus ils prêchent
-aux autres, plus ils tombent bas eux-mêmes.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>De même que l'homme ne peut pas se soulever lui-même, il ne peut pas se
-glorifier lui-même.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La fierté est mauvaise parce que les gens sont fiers de ce dont on doit
-avoir honte: de la richesse, de la gloire, des honneurs.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Si vous êtes plus-fort, plus riche, plus instruit que les autres, tâchez
-de venir en aide aux gens avec ce que vous avez de plus qu'eux. Si
-vous êtes plus fort, aidez les faibles; si vous êtes plus intelligent,
-aidez ceux qui ne le sont pas; si vous êtes instruit, aidez ceux qui le
-sont moins; si vous êtes riche, aidez ceux qui sont pauvres. Mais les
-orgueilleux ne raisonnent pas ainsi. Ils pensent que s'ils possèdent ce
-que les autres n'ont pas, ils n'ont pas besoin de partager avec ceux-ci,
-mais n'ont qu'à se vanter devant eux.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Ce n'est pas bien si l'homme, au lieu d'aimer ses frères, se fâche
-contre eux. Mais c'est pis encore lorsque quelqu'un se persuade qu'il
-n'est pas un homme comme les autres, mais meilleur qu'eux et, par
-conséquent, qu'il peut traiter les gens autrement qu'il ne voudrait être
-traité lui-même.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>C'est stupide lorsque des gens tirent vanité de leur visage, de leur
-corps, mais c'est plus stupide encore lorsqu'ils sont fiers de leurs
-parents, de leurs ancêtres, de leurs amis, de leur classe, de leur
-peuple.</p>
-
-<p>Une grande partie du mal, dans ce monde, vient de ce sot orgueil.
-C'est de là que proviennent les querelles entre les hommes, entre les
-familles, et les guerres entre les peuples.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>La bêtise peut exister sans l'orgueil; mais l'orgueil ne va jamais sans
-la bêtise.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Prenez l'exemple des eaux qui coulent dans les profondeurs des mers et
-dans les cavités des montagnes: les ruisseaux descendent avec bruit,
-mais la mer sans fin est muette, elle se balance à peine.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Les Soutes</i> bouddhistes.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Plus la substance est légère et moins elle est dense, plus elle occupe
-de place. Il en est de même de l'orgueil.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Une mauvaise roue grince plus fort, un épi vide s'élève plus haut, Il en
-est de même d'un homme mauvais et vain.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Plus l'homme est content de lui-même, moins il possède ce dont on peut
-être fier.</p>
-
-<p class="caption">12</p>
-
-<p>Un homme fier est comme couvert d'une écorce de glace. Aucun bon
-sentiment ne peut pénétrer à travers cette écorce.</p>
-
-<p class="caption">13</p>
-
-<p>Le plus sot des hommes est plus facile à éclairer qu'un orgueilleux.</p>
-
-<p class="caption">14</p>
-
-<p>Si les gens fiers pouvaient seulement savoir ce que pensent d'eux ceux
-qui profitent de leur fierté, ils cesseraient d'être fiers.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>L'orgueil national</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Se croire meilleur que les autres est mal et stupide, nous le savons
-tous. Considérer sa famille comme la meilleure de toutes, est plus mal
-et plus stupide encore; et, cependant, non seulement nous ne nous en
-rendons pas compte, mais encore nous y voyons un mérite particulier.
-Considérer son peuple comme le meilleur entre tous est la chose la plus
-stupide qui puisse exister. Or, loin d'être jugée comme mauvaise, cette
-présomption apparaît comme une grande vertu.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Les gens se querellent entre eux et savent que ce n'est pas bien. Alors,
-pour se donner le change à eux-mêmes et pour étouffer leur conscience,
-ils inventent des excuses à leur animosité. L'une de ces excuses est
-que je suis meilleur que les autres hommes; seulement, ceux-ci ne le
-comprennent pas, et c'est pourquoi je ne puis m'entendre avec eux.
-Une autre excuse, c'est que ma famille est meilleure que les autres
-familles; la troisième, que ma classe est meilleure que les autres
-classes; la quatrième, que mon peuple est meilleur que les autres
-peuples.</p>
-
-<p>Rien ne désunit les hommes autant que l'orgueil, qu'il soit celui de
-l'individu, de la famille, de la classe ou de la nation.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Un homme n'a pas de raison de s'enorgueillir devant les autres,
-parce que le même Esprit vit dans tous les hommes.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'homme se trouve meilleur que les autres quand il considère uniquement
-la vie charnelle: seul le corps peut être plus fort, plus grand,
-meilleur qu'un autre. Mais si l'homme a une vie spirituelle, il ne peut
-se considérer meilleur que les autres, car l'âme est la même chez tous.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>On donne aux hommes les titres d'excellence, de grandeur, d'éminence,
-de monsieur, de père, etc., alors qu'un seul titre convient à tous et
-n'offense personne: frère, sœur.</p>
-
-<p>Ce terme est bon pour cette raison encore qu'il nous rappelle Le Père
-pour qui nous sommes tous frères et sœurs.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>L'homme a raison s'il croît que, dans tout l'univers, if n'y a pas un
-seul être qui soit au-dessus de lui; mais il se trompe s'il pense qu'il
-y a sur la terre un seul homme qui soit au-dessous de lui.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>C'est bien pour un homme de se respecter parce que l'Esprit de Dieu vit
-en lui; mais c'est mal quand il est fier de ce qu'il a d'humain: de son
-esprit, de sa sagesse, de sa distinction, de sa richesse, de ses bonnes
-œuvres.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>L'homme est bon lorsqu'il élève très haut son «moi» spirituel, divin;
-mais il est affreux lorsqu'il veut élever au-dessus des hommes son «moi»
-charnel, vaniteux, ambitieux et exclusif.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Si l'homme est fier des marques de distinctions extérieures, il ne fait
-que montrer ainsi qu'il ne comprend pas son mérite intérieur qui, en
-comparaison de toutes les marques extérieures de distinction, est comme
-le soleil par rapport à la bougie.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Un homme ne doit pas se vanter devant les autres. Il ne le doit pas,
-parce que la chose la plus précieuse en lui, c'est son âme et que
-personne, sauf Dieu, ne connaît le prix de l'âme humaine.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>La fierté n'est pas du tout la même chose que la conscience de la
-dignité d'homme. Les faux honneurs et les fausses louanges augmentent la
-fierté, alors qu'au contraire, les fausses humiliations et le faux blâme
-augmentent la conscience de la dignité.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>Conséquences de la tentation de l'orgueil.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>De même que les mauvaises herbes qui poussent parmi le blé, boivent
-l'eau et le jus de la terre et empêchent le soleil de pénétrer jusqu'au
-blé, l'orgueil absorbe toutes les forces de l'homme et lui cache la
-lumière de la vérité.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La conscience du péché est souvent plus utile à l'homme qu'une bonne
-action: la conscience du péché humilie l'homme, alors qu'une bonne
-action augmente souvent sa fierté.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il y a bien des punitions pour un orgueilleux; mais la punition
-principale et la plus douloureuse est le fait que, malgré tous les
-mérites qu'il pourrait avoir et tous ses efforts les gens ne l'aiment
-pas.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Dès que je me réjouis en disant: comme je suis bon, c'est fini, je tombe
-dans l'abîme.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>L'orgueilleux veut se distinguer des autres et se prive ainsi de la
-meilleure joie de la vie, de la communication libre et joyeuse avec les
-hommes.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>L'orgueilleux craint toute critique. Il la craint parce qu'il sent que
-sa grandeur n'est pas solide, qu'elle ne tient que jusqu'au moment où il
-n'y a pas le moindre petit trou dans le ballon qui le gonfle.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>L'orgueil pourrait encore se comprendre s'il plaisait aux gens et les
-attirait. Mais il n'y a pas de défaut qui éloigne davantage.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>L'assurance étonne les gens au début. Et, les premiers temps, ils
-attribuent à l'homme confiant en lui-même exactement la même importance
-que celle qu'il se donne. Mais l'étonnement passe vite. Les gens sont
-bientôt désenchantés et ils paient par le mépris pour avoir été
-trompés.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>La lutte contre la tentation de l'orgueil.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Il y aurait bien moins de mal sur la terre si le sentiment de l'orgueil
-n'existait pas. Comment se débarrasser de cette cause du mal? Il n'y
-a qu'un moyen: le travail de chacun sur lui-même. Les tentations de
-l'orgueil ne disparaissent que lorsque nous extirpons en nous cette
-profonde racine du mal. S'il vit dans notre cœur, comment pouvons-nous
-espérer qu'il mourra dans les cœurs des autres hommes? C'est pourquoi,
-la seule chose que nous puissions faire pour notre bien et pour le bien
-des autres, c'est de tarir en nous cette source du mal dont les autres
-souffrent.</p>
-
-<p>Aucune amélioration n'est possible, tant que chacun n'aura commencé cet
-amendement de lui-même.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après LAMENNAIS.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Il n'est facile de vivre avec un homme que si on ne se considère pas
-comme supérieur et meilleur que lui; et qu'on ne le croit ni supérieur
-ou ni meilleur que soi-même.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Le but principal de la vie est le perfectionnement de l'âme. Mais
-l'orgueilleux se croit toujours très bon. C'est pour cette raison que
-l'orgueil est particulièrement nuisible. Il empêche de travailler à
-l'œuvre principale de la vie humaine: devenir meilleur.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>«Mais que le plus grand d'entre vous soit votre serviteur. Car
-quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé.»
-</p>
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MATTH., XXIII, 11-12.</p>
-
-<p>Celui qui s'élève dans l'opinion des gens sera abaissé, car celui
-que l'on croit bon, sage, charitable, ne s'efforcera pas de devenir
-meilleur, plus sage, plus charitable.</p>
-
-<p>Mais celui qui s'abaisse sera élevé, car celui qui se croit mauvais
-s'efforcera de devenir meilleur, plus charitable, plus sage.</p>
-
-<p>Les présomptueux font ce que ferait le piéton si, au lieu de marcher,
-il s'était hissé sur des échasses. Sur les échasses on est plus haut,
-la boue ne vous atteint pas, les pas sont plus grands, mais le malheur
-est qu'on ne peut aller loin ainsi, sans compter que l'on risque
-continuellement de tomber dans la boue, de faire rire les gens et de
-rester en arrière.</p>
-
-<p>Il en est de même des vaniteux. Ils restent bien en arrière de ceux qui
-ne s'élèvent pas au-dessus de leur taille et, en outre, ils tombent
-souvent de leurs échasses et deviennent la risée de fous.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XIII" id="CHAPITRE_XIII">CHAPITRE XIII</a></h4>
-
-<h3>DE L'INÉGALITÉ</h3>
-
-
-<p>La base de la vie de l'homme, est le séjour en lui de l'esprit divin,
-égal chez tous les hommes. Et c'est pourquoi les hommes sont tous égaux
-entre eux.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">I.&mdash;<i>De la tentation de l'inégalité.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Autrefois, les hommes croyaient qu'ils étaient d'origine différente,
-appartenant aux tribus de Cham ou à celles de Japhet, et que les uns
-devaient être maîtres et les autres esclaves. Ils reconnaissaient cette
-division en maîtres et en esclaves parce qu'ils croyaient qu'elle avait
-été instituée par Dieu. Cette superstition vulgaire et pernicieuse
-subsiste encore, mais sous un autre aspect.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Il suffit de jeter un coup d'œil sur la vie des peuples chrétiens,
-divisés en classes, pour être frappé du degré effrayant d'inégalité
-auquel sont arrivés les gens qui professent la loi du christianisme
-et mettent en avant le mensonge de l'égalité. Parmi ces classes, les
-unes passent leur vie entière dans un travail abrutissant, inutile et
-meurtrier, les autres sont blasées des plaisirs de tous genres.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>L'une des croyances les plus anciennes et les plus profondes comme idée,
-était celle des Hindous. La raison pour laquelle elle n'est pas devenue
-une croyance universelle et n'a pas donné à la vie des hommes les fruits
-qu'elle pouvait apporter, est que ses maîtres ont estimé que les hommes
-n'étaient pas égaux et les ont divisés en castes. Pour les gens qui se
-croient inégaux, il ne peut y avoir de vrai religion.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>On pourrait comprendre que les gens se croient inégaux parce que l'un
-est plus fort, plus grand que l'autre, ou plus intelligent, ou plus
-hardi, ou plus savant ou meilleur. Mais ce n'est pas ainsi que l'on
-distingue les hommes habituellement. On estime que les hommes ne sont
-pas égaux parce que l'un s'appelle comte et l'autre paysan, que l'un
-porte des vêtements riches et l'autre des sabots.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Les hommes de notre époque comprennent déjà que l'inégalité des hommes
-est une superstition et ils la blâment intérieurement. Mais ceux qui en
-retirent un profit ne se décident pas à s'en séparer, tandis que ceux
-pour qui elle est désavantageuse ne savent pas comment la supprimer.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Les gens se sont habitués à diviser les hommes en gens distingués et
-non distingués, valeureux et lâches, instruits et non instruits, et ils
-se sont si bien accoutumés à ce classement, qu'ils croient, en réalité,
-que les uns peuvent être meilleurs que les autres, parce que les uns
-sont placés par les hommes dans une catégorie et les autres dans une
-autre.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Rien que la coutume admise chez les gens riches de tendre la main aux
-uns et de ne pas la tendre aux autres, de faire entrer les uns au salon
-et de recevoir les autres dans l'anti-chambre, prouve combien les gens
-sont loin de reconnaître l'égalité entre eux.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Si la superstition de l'inégalité n'existait pas, les hommes ne
-pourraient jamais commettre tous les forfaits qu'ils commettent sans
-cesse, uniquement parce qu'ils n'admettent pas que tous les hommes sont
-égaux.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>Les excuses de l'inégalité.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Rien ne donne tant d'assurance que la camaraderie pour accomplir des
-mauvaises actions, et cela par le fait que quelques hommes seulement
-s'unissent entre eux, en laissant tous les autres à l'écart.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Ceux qui se font valoir devant les autres sont tout autant fautifs de
-l'inégalité des hommes que ceux qui se croient, inférieurs aux gens qui
-se vantent devant eux.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Nous sommes étonnés de voir combien ce que nous appelons maintenant
-le christianisme est loin de ce que prêchait Jésus, et combien notre
-vie est loin du christianisme. Et, cependant, cela pouvait-il être
-autrement lorsqu'il s'agissait d'une doctrine qui, au milieu des gens
-qui croyaient que Dieu a divisé les hommes en maîtres et esclaves,
-en fidèles et infidèles, en riches et pauvres, apprenait aux gens la
-vraie égalité, disant que tous les hommes était fils de Dieu, que tous
-sont frères, que la vie de tous étaient également sacrée. Les gens qui
-embrassèrent la doctrine du Christ ne pouvaient choisir qu'entre ces
-deux alternatives: modifier toute l'ancienne organisation sociale, ou
-dénaturer la doctrine. Ils ont choisi la dernière.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Tous les hommes sont frères.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Il est stupide de voir un homme se croire meilleur que tous les autres,
-mais c'est plus stupide encore de voir tout un peuple s'estimer meilleur
-que les autres peuples. Et chaque peuple, la plus grande partie de
-chaque peuple, vit dans cette affreuse, sotte et mauvaise superstition.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>On comprend qu'un Juif, un Grec, un Romain non seulement ait maintenu
-l'indépendance de son peuple par le meurtre, mais encore ait cherché
-à soumettre les autres peuples par les mêmes procédés; il croyait que
-son peuple était le vrai peuple bon, charitable et aimé de Dieu, et
-que tous les autres étaient des Philistins, des barbares. Les hommes du
-Moyen Âge pouvaient également le croire; on pouvait le croire naguère
-encore, à la fin du siècle dernier. Mais, à notre époque, nous ne
-pouvons plus le croire.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>L'homme qui comprend le sens et la signification de la vie est forcé de
-sentir son égalité et sa fraternité avec tous les hommes non seulement
-de son peuple, mais de tous les peuples.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Chaque homme, avant d'être autrichien, serbe, turc, chinois, est un
-homme, c'est-à-dire un être raisonnable et aimant dont l'unique mission
-est de remplir sa destinée pendant le court laps de temps qu'il doit
-vivre en ce monde. Cette mission est d'aimer tous les hommes.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Un enfant accueille un autre, indépendamment de la classe de la religion
-ou de la nationalité à laquelle il appartient, d'un sourire bienveillant
-qui exprime la joie. L'homme adulte qui devrait être plus raisonnable
-que l'enfant, se demande, avant d'entrer en relations avec un autre,
-quelle est sa classe, sa religion, sa nationalité et le traite de façon
-ou d'autre, suivant sa classe, sa nationalité. Le Christ disait bien:
-soyez comme les enfants.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Le Christ a appris aux hommes que la distinction entre leur peuple et
-les peuples étrangers était une supercherie et un mal. Ayant compris
-cela, le chrétien ne peut plus concevoir un sentiment d'inimitié pour
-d'autres peuples; il ne peut plus excuser, ainsi qu'il le faisait
-auparavant, les actes de cruauté à l'égard des peuples étrangers, par
-le fait que ces peuples étaient pires que le sien. Le chrétien ne peut
-pas ignorer que sa distinction des autres peuples est un mal, que cette
-distinction est une tentation, et, par conséquent, il ne peut plus se
-laisser abuser, ainsi qu'il le faisait auparavant.</p>
-
-<p>Le chrétien ne peut pas ignorer que son bonheur est lié, non pas à
-celui des hommes de son peuple seul, mais au bonheur des hommes de tout
-l'univers; il sait que son union avec tous les hommes ne peut être
-rompue par la frontière et les règlements relatifs à sa nationalité. Il
-sait que tous les hommes sont frères partout, et sont, par conséquent,
-tous égaux.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>Tous les hommes sont égaux.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'égalité, c'est la reconnaissance à tous les hommes de droits égaux
-aux bienfaits de la nature de leur vie en commun et au respect de la
-personnalité humaine.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La loi de l'égalité des hommes renferme toutes les lois morales; c'est
-le point auquel ces lois ne peuvent atteindre, mais vers lequel elles
-convergent toutes.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">E. CARPENTER</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Le vrai «moi» de l'homme est spirituel. Et ce «moi» est le même en tous.
-Alors comment les hommes pourraient-ils ne pas être égaux?</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Et un jour la mère et les frères de Jésus-Christ vinrent chez lui, mais
-ne purent le voir parce qu'il y avait beaucoup de monde autour de Lui.
-Et un homme les aperçut, et il s'approcha de Lui et dit: «Les gens de Ta
-famille, Ta mère et Tes frères sont dehors et veulent te voir.» Mais,
-Jésus dit:&mdash;Ma mère et mes frères sont ceux qui ont compris la volonté
-de mon Père et qui l'accomplissent.</p>
-
-<p>Les paroles de Jésus signifient que pour un homme raisonnable qui
-comprend sa destination, il ne peut y avoir de différence ou d'avantages
-entre les uns et les autres.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Nous sommes mécontents de la vie parce que nous ne cherchons pas le
-bonheur là où il nous est donné.</p>
-
-<p>C'est là la raison de toutes les tentations.</p>
-
-<p>Le bonheur incomparable de la vie, avec toutes ses joies, nous est
-donné. Et nous disons: nous avons peu de joies. On nous donne le plus
-grand bonheur de la vie: la communion entre tous les hommes, mais nous
-disons: je veux mon bonheur à moi, celui de ma famille, celui de mon
-peuple.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>Pourquoi tous les hommes sont égaux.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Seul celui qui ignore que Dieu vit en lui, peut attribuer à certaines
-gens plus d'importance qu'aux autres.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Lorsque l'homme aime les uns plus que les autres, il aime d'un amour
-humain. Pour l'amour divin, tous les hommes sont égaux.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Le même sentiment d'attendrissement tout particulier que nous éprouvons
-indifféremment à la vue d'un nouveau-né, aussi bien qu'à la vue d'un
-être humain qui vient de mourir, indépendamment de la classe à laquelle
-il appartient, nous démontre notre conscience innée de l'égalité de tous
-les hommes.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Si l'on considère tous les hommes comme ses égaux, cela ne veut pas dire
-que l'on est aussi fort, aussi agile, aussi intelligent, aussi instruit,
-aussi bon que les autres; cela veut dire qu'il y a en toi la chose la
-plus importante au monde qui est la même en tous les hommes: l'Esprit de
-Dieu.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Dire que les hommes ne sont pas égaux, serait prétendre que le feu de la
-cheminée, de l'incendie, de la bougie n'est pas le même. L'esprit divin
-vit en chaque homme. Comment pouvons-nous faire une différence entre les
-porteurs du même principe?</p>
-
-<p>Un feu a pris, l'autre prend seulement; mais le feu est le même et nous
-nous comportons envers chaque feu de la même façon.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>La reconnaissance de l'égalité de tous les hommes est possible et
-l'humanité s'y rapproche.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Les hommes s'occupent à établir l'égalité devant leurs lois, mais ils
-ne veulent rien savoir de l'égalité établie par la loi éternelle qu'ils
-transgressent par leur loi.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Ne devrions-nous pas nous efforcer d'organiser notre vie de façon à ce
-que l'élévation sur les degrés de l'échelle sociale ne séduise pas les
-hommes, mais les effraye; car cette élévation les prive de l'un des
-principaux bienfaits de la vie: des rapports égaux entre tous les hommes.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après RUSKIN.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>On dit que l'égalité est impossible. Il faudrait dire au contraire:
-l'inégalité est impossible parmi les chrétiens.</p>
-
-<p>On ne peut pas faire qu'un homme grand, devienne petit, un fort faible,
-un intelligent sot, un ardent froid, mais on peut et on doit également
-aimer et respecter un petit comme un grand, un faible comme un fort, un
-sage comme un sot.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>On dit toujours que les uns sont plus forts, les autres plus faibles,
-que les uns sont plus intelligents, les autres plus bêtes. C'est
-précisément parce que les uns sont plus intelligents, ou plus forts que
-les autres, dit Lichtenberg, que l'égalité des droits des hommes est
-nécessaire. Si, outre l'inégalité intellectuelle et physique, il y avait
-encore l'inégalité des droits, l'oppression des faibles par les forts
-serait encore plus grande.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Ne crois pas que l'égalité est impossible, ou bien qu'elle ne puisse
-être réalisée dans un avenir très éloigné. Apprends-la chez les
-enfants. Elle peut exister dès à présent pour chaque homme. Toi-même,
-tu peux établir dans ta vie l'égalité envers tous les gens que tu
-rencontres. Seulement, ne témoigne pas de respect particulier à ceux
-qui se croient grands et haut placés, mais traite surtout avec le
-même respect ceux que l'on considère comme petits et placés au bas de
-l'échelle sociale.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII.&mdash;<i>Tous les hommes sont égaux pour celui qui vit de la vie
-spirituelle.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Pour le chrétien l'amour est un sentiment qui veut le bonheur de tous
-les hommes. Pour bien des gens le mot «amour» exprime un sentiment
-absolument contraire, parce qu'ils l'envisagent sous son aspect animal:
-c'est le sentiment qui force la mère, pour le bien de son enfant, à
-ravir, en prenant une nourrice, le lait de sa mère à un autre enfant; un
-père à arracher le dernier morceau à ceux qui ont faim pour le donner
-à ses enfants; celui qui aime une femme, à la faire souffrir en la
-séduisant, ou, par jalousie, causer sa perte et la sienne; le sentiment
-qui détermine les gens du même clan à nuire à ceux des camps étrangers
-ou ennemis; celui qui pousse les hommes outragés dans leur orgueil
-national à couvrir les champs de bataille de morts et de blessés.
-Ces sentiments ne sont pas de l'amour, car ceux qui les éprouvent ne
-reconnaissent pas tous les hommes comme égaux. Et sans la reconnaissance
-de l'égalité des hommes, il ne peut y avoir de véritable amour.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>On ne peut combiner l'inégalité avec l'amour. L'amour est comme le
-soleil qui éclaire indifféremment tout ce qui tombe sous ses rayons.
-Quand l'amour luit sur l'un et exclut l'autre, cela montre qu'il n'est
-pas amour, mais seulement quelque chose qui lui ressemble.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il est difficile d'aimer également tous les hommes; mais pour la raison
-que cela est difficile, on ne peut pas dire qu'on ne doit pas s'efforcer
-de le réaliser.</p>
-
-<p>Tout ce qui est bien est difficile.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Plus les hommes sont inégaux par leurs qualités, plus on doit se donner
-de la peine pour les traiter d'une façon égale.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>En toi, en moi, en chacun de nous demeure le Dieu de la vie. Tu as tort
-de te fâcher contre moi, de ne pas supporter mon approche: sache, que
-nous sommes tous égaux.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAKHMUD HASCHA <i>hindou</i>.</p>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XIV" id="CHAPITRE_XIV">CHAPITRE XIV</a></h4>
-
-<h3>DE LA VIOLENCE</h3>
-
-
-<p>Une des raisons principales des malheurs des hommes est de croire à
-la possibilité d'améliorer, d'organiser la vie des autres hommes en
-recourant à la violence.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">I.&mdash;<i>La violence de l'homme exercée sur l'homme.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'erreur de croire que les hommes peuvent, par la force, organiser la
-vie de leurs pareils, provient non de l'invention de cette duperie par
-tel ou tel, mais de ce que, poussés par leurs passions, les hommes
-avaient commencé par violenter leurs semblables, puis ont cherché une
-excusé à cette violence.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Les hommes voient qu'il y a quelque chose de mauvais dans leur vie,
-qu'il y a quelque chose à améliorer. Mais nous ne pouvons améliorer
-que ce qui est en notre pouvoir: nous-même. A cette fin, il faut tout
-d'abord reconnaître que nous ne sommes pas bons, et on n'en a pas envie.
-Dès lors, toute notre attention se concentre non pas sur ce qui est
-en noire pouvoir: notre âme, mais sur les conditions extérieures qui
-ne sont pas en notre pouvoir et dont la modification ne pourrait pas
-plus améliorer la situation des hommes que le transvasement du vin
-d'un récipient dans un autre ne peut changer sa qualité. De là, la vie
-oisive, d'abord, puis, nuisible, présomptueuse (nous corrigeons les
-autres hommes) et méchante (on peut tuer les hommes qui entravent le
-bonheur général).</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>On croit forcer les gens à bien vivre en employant la contrainte, alors
-que l'on montre soi-même l'exemple de la mauvaise vie en recourant à
-la violence. Les hommes sont dans la boue et, au lieu de tâcher d'en
-sortir, ils apprennent aux autres ce qu'il faut faire pour ne pas se
-salir.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Il est facile d'organiser la vie des autres, parce que si nous
-l'organisons mal, ce n'est pas nous qui en souffrons, mais les autres.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Seul celui qui ne croit pas en Dieu peut s'imaginer que des gens pareils
-à lui peuvent organiser sa vie de façon à ce qu'elle soit meilleure.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>L'erreur de croire qu'il y à des gens qui peuvent organiser la vie des
-autres est effrayante parce qu'avec celle croyance, plus les gens sont
-pervers, plus ils sont estimés.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Lorsque les gens disent que tous doivent vivre en paix, n'offenser
-personne, alors qu'eux-mêmes forcent les gens, non par la douceur, mais
-par la violence, à vivre comme ils veulent; c'est comme s'ils disaient:
-faites ce que nous disons, mais non ce que nous faisons. On peut
-craindre ces gens-là, mais on ne peut pas avoir foi en eux.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>La lutte contre le mal par la violence est inadmissible parce que
-les hommes conçoivent le mal différemment.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Etant donné que chaque homme détermine le mal à sa manière, il
-semblerait évident que si chacun combat le mal par la violence, cela
-ne peut qu'augmenter le mal au lieu de le diminuer. Si Jean estime que
-Pierre n'agit pas bien et se croit en droit de faire du mal à Pierre,
-celui-ci prend le même droit de faire du mal à Jean, et le mal ne fait
-qu'augmenter.</p>
-
-<p>Mais chose étrange: tout en pénétrant les lois du mouvement des étoiles,
-les hommes ne comprennent pas une vérité aussi évidente. Pourquoi? Parce
-qu'ils croient que la violence est bienfaisante.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La doctrine conformément à laquelle l'homme ne peut et ne doit jamais
-faire violence pour arriver à ce qui lui semble bien, est juste pour
-cette simple raison que tous les hommes n'entendent pas le bien et
-le mal de la même façon. Ce que l'un considère comme mal est douteux
-(d'autres le considèrent comme bien), tandis que la violence dont il use
-afin de supprimer le mal: coups, blessures, entraves à la liberté, mort,
-est incontestablement un mal.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Le plus grand mal de la superstition suivant laquelle on peut organiser
-la vie des autres, par la violence, réside en ce fait, qu'aussitôt qu'un
-homme se permet d'user de violence à l'égard d'un seul pour le bien de
-tous, il n'y a plus de borne au mal qu'il pourrait commettre. C'est la
-même superstition qui justifiait dans les temps passés, les tortures,
-l'inquisition, le servage, et à notre époque, les guerres qui font périr
-des millions d'hommes.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>L'inefficacité de la violence.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Forcer les gens par la violence à cesser de faire le mal revient au même
-que de poser une digue sur une rivière, et de se réjouir que, l'eau
-soit devenue moins profonde derrière la digue. De même que la rivière
-inondera la digue en son temps et coulera comme par le passé, les hommes
-qui font le mal ne cesseront pas de le faire, mais attendront simplement
-une occasion propice.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Celui qui exerce sur nous la violence semble nous priver de nos droits,
-et c'est pourquoi, nous le détestons. Par contre, nous aimons comme nos
-bienfaiteurs ceux qui savent nous convaincre. Ce n'est pas le sage,
-mais l'homme grossier et ignorant qui a recours à la violence. Pour
-employer la force, il faut de nombreux collaborateurs; pour convaincre,
-on n'a besoin de personne. Celui qui se sent suffisamment fort pour
-agir sur la raison n'aura pas recours à la violence. Seuls ceux qui se
-reconnaissent incapables de persuader, usent de violence.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SOCRATE.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Contraindre les gens à faire ce qui me semble bon, est le meilleur moyen
-de les en dégoûter.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Chacun sait combien il est difficile de modifier sa vie et de devenir
-tel que l'on voudrait. Mais lorsqu'il s'agit des autres, il nous semble
-qu'il suffit seulement d'ordonner et d'effrayer pour que les autres
-deviennent tels que nous désirerions qu'ils soient.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>S'il est possible de soumettre les hommes à l'équiter par la violence,
-cela ne veut pas dire qu'il soit juste de soumettre les hommes par la
-violence.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>L'erreur d'organiser la vie par la violence.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Il a déjà été fait, tant de sacrifices sur l'autel du Dieu de la
-violence qu'on aurait pu peupler de ces victimes vingt planètes de la
-grandeur de la terre; mais est-on arrivé au moindre résultat? A aucun,
-sinon à ce fait que la situation des peuples empire de plus en plus.
-Malgré tout, la violence demeure toujours l'idole. Devant, son autel,
-baigné de sang, l'humanité semble vouloir se prosterner jusqu'à la
-consommation des siècles, au son du tambour; au bruit des canons et des
-gémissements humains.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ADIN BALLOU.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>«L'instinct de conservation est la première loi de la nature» disent
-ceux qui nient la loi de la non-résistance.</p>
-
-<p>«D'accord, mais qu'en résulte-t-il?» demandai-je!</p>
-
-<p>«Il en résulte que la défense contre ce qui menace est également
-une loi de la nature. Et de là, cette conclusion que la lutte et,
-sa conséquence, la disparition du plus faible, est une loi de la
-nature; et cette loi justifie incontestablement la guerre, la violence
-et la vengeance; de sorte que la conséquence de l'instinct de
-conservation,&mdash;est que la défense est légitime; par suite, la doctrine
-qui défend l'emploi de la violence est erronée, comme étant contraire à
-la nature et aux conditions de la vie sur la terre.»</p>
-
-<p>&mdash;Je suis d'accord que l'instinct de conservation est la première loi
-de la nature, et qu'il incite à la défense. Je suis d'accord que les
-hommes, à l'instar des organismes inférieurs, luttent ordinairement
-les uns contre les autres, s'offensent et s'entre-tuent même, sous le
-prétexte de se défendre et de se venger. Mais j'y vois uniquement que
-la plupart des hommes, malgré la loi humaine supérieure qui leur est
-révélée continuent malheureusement à vivre suivant la loi bestiale, et
-se privent ainsi du moyen de défense le plus efficace: de payer le mal
-par le bien, ce dont ils auraient pu profiter s'ils n'avaient pas suivi
-la loi bestiale de la violence, mais la loi humaine de l'amour.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ADIN BALLOU.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il est certain que la violence et le meurtre révoltent l'homme et que
-son premier mouvement est d'y opposer la violence et le meurtre. Un
-tel procédé, bien qu'il se rapproche de celui employé par les animaux
-et soit peu efficace, n'a rien d'insensé ni de contradictoire. Mais il
-n'en est pas de même lorsqu'il s'agit de justifier ces procédés. Dès
-que les gens qui organisent notre vie, veulent excuser ces actes par
-une argumentation raisonnable, il devient indispensable d'échaffauder
-des inventions ingénieuses et complexes afin de masquer l'ineptie d'une
-pareille tentative.</p>
-
-<p>Le moyen principal de justification est de citer l'exemple d'un brigand
-imaginaire qui torture et assassine des innocents devant nous.</p>
-
-<p>«Vous pouvez vous sacrifier en vertu de votre conviction sur
-l'illégalité de la violence, mais cette fois vous sacrifiez la vie d'un
-autre,» disent les défenseurs de la violence.</p>
-
-<p>Mais d'abord, un tel brigand est un cas exceptionnel; bien des gens
-peuvent vivre des centaines d'années sans rencontrer un brigand qui
-tuerait des innocents devant eux. Pourquoi baserai-je les règlements
-de ma vie sur cette invention? En envisageant la vie réelle et non pas
-des inventions, nous apercevons tout autre chose. Nous voyons des gens,
-et nous-mêmes, accomplissant les actions les plus cruelles, et cela
-non pas isolement, comme ce brigand imaginaire, mais en commun avec
-d'autres personnes, et non pas parce que nous serions des malfaiteurs
-comme le dit brigand, mais parce que nous nous trouvons sous l'influence
-de la superstition suivant laquelle la violence est légitime. Ensuite,
-nous voyons que les actions les plus cruelles viennent non pas du
-brigand imaginaire, mais de gens qui fondent leur conduite sur
-l'existence imaginaire de ce brigand. De sorte que l'homme qui réfléchit
-reconnaîtrait que la cause du mal ne réside nullement en ce brigand
-imaginaire, mais dans la cruelle erreur qui incite à faire un mal réel
-en vertu d'un mal imaginaire.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>Les conséquences néfastes de la superstition de la violence.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Le mal dont les gens croient se défendre par la violence est
-incomparablement moindre que celui qu'ils se font en se défendant par la
-violence.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Non seulement le Christ, mais tous les sages de l'univers, et les
-Brahmanes, et les Bouddhistes, et les Taoistes, et les savants grecs,
-ont enseigné que les gens raisonnables devaient payer le mal par le bien
-et non par le mal. Mais ceux qui vivent eux-mêmes de la violence disent
-que ce n'est pas possible, que la vie serait ainsi plus malheureuse. Et
-ils ont raison pour eux-mêmes, mais non pas pour ceux qu'ils violentent.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il est difficile d'observer la doctrine de la non-résistance au mal par
-la violence; mais est-il plus facile d'observer celle de la lutte et de
-la vengeance?</p>
-
-<p>Pour obtenir une réponse à cette question, ouvrez l'histoire de
-n'importe quel peuple et lisez la description de l'une des cent mille
-batailles que les hommes se sont livrées pour obéir à la loi de la
-lutte. Au cours de ces guerres ont été tué des milliards d'hommes, si
-bien que pendant une seule on a sacrifié un plus grand nombre de vies,
-supporté plus de souffrances qu'il ne s'en accumulerait pendant des
-siècles en ne résistant pas au mal.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>La violence provoque la colère, et celui qui en use pour se défendre non
-seulement n'y trouve pas une garantie, mais s'expose le plus souvent
-à des dangers plus grands encore. Aussi, employer la violence pour sa
-garantie est un mauvais calcul.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Toute violence ne désarme pas l'homme, mais ne fait que l'irriter
-davantage. Il est donc évident que la violence ne saurait améliorer la
-vie des hommes.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>La violence assure un semblant de justice, tandis qu'elle éloigne les
-hommes de la possibilité de mener une vie juste sans violence.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Pourquoi le christianisme a-t-il été perverti? Pourquoi la moralité
-est-elle tombée si bas? Il n'y a qu'une seule raison à cela; la foi en
-l'efficacité du régime de violence.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>Seule la non-résistance au mal par la violence permet à l'humanité
-de substituer la loi de l'amour à la loi de la violence.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La signification des paroles: «Vous avez entendu qu'il a été dit:
-œil pour œil, dent pour dent. Mais moi je vous dis: ne résiste pas
-au méchant. Et celui qui te frappera etc.,» est absolument claire et
-n'exige aucune explication ni commentaire. Il est impossible de ne
-pas comprendre que ces paroles signifient que le Christ, en reniant
-l'ancienne loi de violence: œil pour œil dent pour dent, renie par
-cela même tout l'ordre des choses fondée sur cette loi, et institue
-une nouvelle loi d'amour entre tous les hommes sans distinction et,
-par cela même, une nouvelle organisation sociale qui n'est plus fondée
-sur la violence, mais sur l'amour universel. Alors, comprenant cette
-doctrine dans son véritable sens et prévoyant que sa mise en pratique
-fera disparaître tous leurs privilèges et avantages, certains hommes ont
-crucifié le Christ et continuent à crucifier ses disciples. D'autres
-hommes ayant également compris le sens réel de la doctrine sont allés et
-vont encore à la croix, en rapprochant de plus en plus le moment de la
-nouvelle organisation de la vie fondée sur la loi de l'amour.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La doctrine de la non-résistance au mal par le mal n'est pas une
-nouvelle loi, mais simplement le signalement de la déviation de la loi
-de l'amour, savoir que toute admission de violence contre son prochain,
-que ce soit sous prétexte de vengeance ou sous celui de la libération de
-soi-même ou de son prochain du mal, est incompatible avec l'amour.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Rien n'entrave l'amélioration de la vie humaine tant que le désir des
-hommes d'améliorer leur vie par des actes de violence. Et la violence
-des uns envers les autres, nous détourne plus que tout de la seule chose
-qui pourrait améliorer notre vie: l'effort sur nous-mêmes pour devenir
-meilleurs.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Moins l'homme est satisfait de lui-même et de sa vie intérieure, plus
-il se fait remarquer dans la vie extérieure, publique.</p>
-
-<p>Afin de ne pas tomber dans cette erreur, l'homme doit comprendre et se
-souvenir qu'il n'a pas le pouvoir et qu'il n'est pas appelé à organiser
-la vie des autres, mais qu'il doit s'occuper, comme tous les hommes,
-uniquement de son perfectionnement intérieur que cela seulement est en
-son pouvoir et que cette conduite seule peut avoir une action sur la vie
-des autres.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Si les hommes consacraient le temps et les forces dépensés aujourd'hui
-à l'organisation de la vie des autres à la lutte de chacun contre
-ses propres péchés, le but qu'ils veulent atteindre&mdash;la meilleure
-organisation de la vie&mdash;serait bien vite réalisé.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Lorsqu'on demandait à Socrate où il était né, il disait: sur la terre.
-Lorsqu'on lui demandait de quel pays il était; il répondait: du pays
-universel.</p>
-
-<p>Nous devons nous souvenir que, devant Dieu, nous sommes tous les
-habitants de la même terre, et que nous sommes tous sous le pouvoir
-suprême de la loi divine.</p>
-
-<p>Cette loi est toujours la même pour tous les hommes.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Aucun homme ne peut être ni un instrument, ni un but. Là est sa dignité
-d'homme. Et de même qu'il ne peut disposer de sa personne à aucun prix
-(ce qui serait contraire à sa dignité), il n'a pas le droit de disposer
-de la vie d'autrui; autrement dit, il doit reconnaître la dignité
-humaine de chaque homme, et c'est pourquoi, il doit exprimer son respect
-à chaque homme.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>A quoi servirait aux hommes la raison, si l'on ne peut les influencer
-que par la violence?</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Chose étrange! L'homme se révolte à la vue du mal venant du dehors, des
-autres, du mal qu'il ne peut supprimer; mais il ne lutte pas contre son
-propre mal, bien que cela soit toujours en son pouvoir.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>On peut instruire les autres en leur révélant la vérité et en leur
-donnant l'exemple du bien, et non pas en les forçant à faire ce que nous
-voulons.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Si, au lieu de vouloir sauver l'humanité, chacun travaillait à son
-propre salut et au lieu de vouloir libérer l'humanité, tentait de se
-libérer soi-même,&mdash;combien on aurait fait pour le salut et la libération
-de l'humanité.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">HERZEN<a name="FNanchor_1_8" id="FNanchor_1_8"></a>
-<a href="#Footnote_1_8" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
-
-<p class="caption">12</p>
-
-<p>Accomplis ton œuvre de vie en perfectionnant et en améliorant ton âme,
-et sois persuadé que ce n'est qu'ainsi que tu pourras contribuer de la
-façon la plus féconde à l'amélioration de te vie commune des hommes.</p>
-
-<p class="caption">13</p>
-
-<p>Notre vie serait belle si nous avions aperçu seulement ce qui détruit
-notre bonheur. Et c'est la superstition de la violence qui ne peut nous
-donner ce bonheur qui le détruit.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VIII.&mdash;<i>Interprétation erronée du commandement du Christ interdisant
-d'user de la violence contre le mal.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La base de l'organisation sociale des païens était la vengeance et la
-violence. Cela devait être ainsi. Il semblerait, par contre, que l'amour
-et la renonciation à la violence auraient dû inévitablement être à la
-base de notre société. Cependant, la violence règne toujours. Pourquoi?
-Parce que ce qui est professé au nom du Christ n'est pas la doctrine du
-Christ.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Doit-on comprendre les paroles du Christ sur l'amour envers ceux qui
-nous haïssent, envers nos ennemis, amour qui n'admet aucune violence,
-comme elles ont été dites, c'est-à-dire commandant l'humilité et
-l'amour, ou bien doit-on les comprendre autrement? Et si c'est
-autrement, on doit dire comment. Or, personne ne le fait. Pourquoi?
-Parce que ceux qui se disent chrétiens veulent cacher à eux-mêmes et
-aux autres le sens véritable de la doctrine du Christ commandant le
-changement profond de leur vie. Or, l'ordre actuel leur est profitable.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Chose étrange: ceux qui reconnaissent la doctrine du Christ se révoltent
-contre la règle qui n'admet en aucun cas la violence.</p>
-
-<p>L'homme qui reconnaît que le sens et l'œuvre de la vie est dans
-l'amour, se révolte parce qu'on lui indique à cet effet une voie sûre,
-en même temps que les erreurs les plus dangereuses qui pourraient le
-détourner de cette voie. C'est comme si le marin s'indignait contre
-l'indication de la bonne direction au milieu des bancs de sables et
-de récifs. «Pourquoi cette contrainte? Il se peut que j'aie besoin
-d'échouer sur un banc de sable.» Les gens parlent de même lorsqu'ils
-s'indignent contre la défense d'employer la violence et de rendre le mal
-pour le mal.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_1_8" id="Footnote_1_8"></a><a href="#FNanchor_1_8"><span class="label">[1]</span></a> Célèbre écrivain russe, émigré à l'étranger. (<i>N. du Tr.</i>)</p></div>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XV" id="CHAPITRE_XV">CHAPITRE XV</a></h4>
-
-<h3>DU CHÂTIMENT</h3>
-
-
-<p>Chez l'animal, le mal provoque le mal. N'ayant pas de frein pour
-se maîtriser, l'animal cherche à rendre le mal pour le mal, sans
-s'apercevoir que le mal accroît inévitablement le mal. L'homme, pourvu
-de raison, ne peut pas lui, ne pas s'en rendre compte et doit, par
-suite, savoir se contenir. Malheureusement, sa nature bestiale l'emporte
-souvent sur sa raison et il emploie cette même raison à justifier le mal
-qu'il commet en le qualifiant de châtiment, de punition.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I.&mdash;<i>Le châtiment n'atteint jamais le but par lequel on le justifie.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>On affirme qu'on peut rendre le mal pour le mal dans un but de
-correction. C'est une erreur. On rend le mal pour le mal, non pour
-corriger les hommes, mais pour se venger. On ne peut corriger le mal par
-le mal.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Punir veut dire en russe: donner une leçon. Or, on ne peut enseigner
-que par la bonne parole et le bon exemple. Lorsqu'on rend le mal pour le
-mal on n'instruit pas, mais on déprave.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>L'erreur qu'on peut supprimer le mal par la punition est tout
-particulièrement dangereuse, pour cette raison que les gens qui
-commettent ainsi le mal considèrent que cela est non seulement permis,
-mais encore bienfaisant.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Par la punition, par la menace du châtiment on peut effrayer l'homme, le
-retenir du mal pour un temps, mais on ne peut le corriger.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La plus grande partie des malheurs des gens provient de ce que les
-hommes&mdash;pécheurs&mdash;se sont reconnu le droit de punir.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>La preuve la plus éclatante de ce que sous le nom de «science» on
-entend souvent des choses insignifiantes, voire monstrueuses, est dans
-l'existence d'une science de punitions, c'est-à-dire visant l'acte le
-plus grossier qu'un homme puisse commettre.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>Superstition de l'efficacité de la vengeance.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>De même qu'il existe des superstitions d'idolâtrie, de présages, de
-culte extérieur, etc., il existe chez les hommes une superstition
-universelle en vertu de laquelle les uns peuvent contraindre les autres
-à mener une bonne vie. Les premières superstitions commencent à
-disparaître ou ont disparu, mais celle qui fait croire à la possibilité
-de rendre les hommes heureux par le châtiment des mauvais, continue à
-être reconnue de tous, et l'on commet en son nom les plus grands crimes.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>«Alors les scribes et les pharisiens Lui amenèrent une femme surprise
-en adultère et, l'ayant placée au milieu d'eux, Lui dirent: Maître,
-cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Or, Moïse
-nous a ordonné dans sa loi, de lapider de telles femmes. Et toi, qu'en
-dis-tu? Ils disaient cela pour L'éprouver, afin de pouvoir L'accuser.
-Mais Jésus, s'étant baissé, se mit à écrire de son doigt sur le sable.
-Et comme ils continuaient à L'interroger, Il se releva et leur dit;&mdash;Que
-celui de vous qui est sans péché lui jette le premier la pierre. Et
-s'étant de nouveau baissé il se remit à écrire sur le sable. Quand ils
-entendirent cela, dénoncés par leur conscience, ils se retirèrent l'un
-après l'autre, en commençant par les plus notables jusqu'aux derniers,
-et Jésus lut laissé seul avec la femme. Alors Jésus s'étant relevé et ne
-voyant personne que la femme, lui dit:&mdash;Femme, où sont tes accusateurs?
-Personne ne t'a-t-il condamnée? Elle dit: Personne, Seigneur; Jésus lui
-dit: Je ne te condamne pas non plus; va et ne pèche plus.»</p>
-
-<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;">JEAN VIII, 3-11.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Les hommes font du mal par méchanceté pour se venger d'une offense, par
-une fausse notion des moyens de se protéger; puis, afin de se justifier,
-ils persuadent les autres et eux-mêmes qu'ils agissent ainsi afin de
-corriger celui qui leur a fait du mal.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Un certain ordre subsiste dans notre société, non pas parce qu'on
-inflige des punitions à ceux qui troublent cet ordre, mais parce que,
-malgré la mauvaise influence de ces châtiments, les hommes s'aiment et
-ont pitié quand même les uns des autres.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Le châtiment est nuisible, moins parce qu'il irrite celui qu'on punit,
-que parce qu'il déprave celui qui punit.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>La vengeance dans les rapports individuels.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Punir un homme pour ses mauvaises actions revient au même que de
-chauffer le feu. Tout homme qui a fait le mal est déjà puni, parce qu'il
-est privé de tranquillité, est tourmenté par sa conscience. Mais si sa
-conscience ne le tourmente pas, toutes les punitions que les hommes
-peuvent lui infliger ne le corrigeront pas, mais ne feront que l'irriter
-davantage.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Le vrai châtiment pour chaque mauvaise action est celui qui se produit
-dans l'âme du criminel même, et qui est dans l'abaissement de sa faculté
-de jouir des bienfaits de la vie.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Un homme a fait le mal. Et voilà qu'un autre homme ou des hommes, ne
-trouvent rien de mieux que de commettre une nouvelle mauvaise action
-qu'ils qualifient de châtiment.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>On tue un ours en suspendant une grosse bûche à une corde au-dessus
-d'une auge remplie de miel. L'ours repousse la bûche pour manger
-le miel. La bûche revient et lui donne un coup, l'ours se fâche et
-repousse la bûche plus fort; elle le frappe plus fort encore. Et cela
-dure jusqu'à ce que la bûche tue l'ours. Les hommes agissent de même
-lorsqu'ils rendent le mal pour le mal. Est-il possible que les hommes ne
-puissent être plus raisonnables qu'un ours?</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>La vengeance dans les rapports sociaux.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La thèse sur la rationalité du châtiment non seulement n'a pas contribué
-et ne contribue pas à la bonne éducation des enfants, à la meilleure
-organisation des sociétés et à la moralité de ceux qui croient au
-châtiment dans l'autre monde, mais encore a causé et cause des malheurs
-innombrables: elle endurcit les enfants, affaiblit les liens sociaux et
-déprave les hommes par les promesses de l'enfer en privant la vertu de
-son fondement principal.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si les hommes ne croient pas qu'il faut rendre le bien pour le mal,
-c'est uniquement en raison de ce fait qu'on les a habitués, depuis leur
-enfance, à croire qu'en ne rendant pas le mal, aucun ordre social ne
-saurait exister.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>S'il est vrai que les hommes bons souhaitent de voir cesser tous les
-méfaits: vols, misère, meurtres, tous les crimes qui souillent la vie
-humaine, ils doivent comprendre qu'on ne saurait y parvenir par la lutte
-et la vengeance. Toute chose engendre une chose à son image et tant que
-nous ne neutralisons pas les offenses et les violences des malfaiteurs
-par des actes absolument contraires et que nous continuons à agir comme
-eux, nous ne ferons qu'encourager et cultiver en eux tout le mal que
-nous désirons supprimer. Nous arriverons à redonner au mal un aspect
-différent, mais le fond restera.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après BALLOU.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Des dizaines, des centaines d'années s'écouleront peut-être, mais il
-viendra un temps où nos petits enfants s'étonneront de nos châtiments
-comme nous nous étonnons aujourd'hui des autodafés et des tortures.
-«Comment pouvaient-ils ne pas voir l'ineptie, la cruauté, l'inutilité de
-ce qu'ils faisaient» diront nos descendants.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>Dans les rapports personnels des hommes, la vengeance doit faire
-place à l'amour fraternel et le mal ne sera plus enrayé par la violence.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Que faire lorsqu'un homme se fâche contre toi et te fait du mal? On peut
-faire bien des choses, mais il ne faut sûrement pas en faire une; il ne
-faut pas faire de mal, c'est-à-dire la même chose qu'il t'a fait.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Ne dites pas que si les gens vous font des bienfaits, vous leur en ferez
-aussi, et que si les gens vous humilient, vous les humilierez aussi;
-mais agissez ainsi: si les gens vous font des bienfaits, faites-leur en
-aussi, et s'ils vous humilient, ne les humiliez pas.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La doctrine d'amour n'admettant pas la violence est utile non seulement
-parce que c'est bien pour l'homme et pour son âme de subir le mal, et de
-rendre le bien pour le mal, mais encore parce que seul le bien arrête
-le mal, l'éteint, ne lui permet pas de se propager. La vraie doctrine
-d'amour est salutaire parce qu'elle ne permet pas au mal de s'éteindre.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Il y a assez longtemps que les hommes ont commencé à comprendre
-l'incompatibilité du châtiment avec l'essence supérieure de l'âme
-humaine, et qu'ils ont commencé à imaginer différentes doctrines qui
-permettent de justifier ce penchant bestial. Les uns disent que le
-châtiment est nécessaire pour effrayer; les autres, qu'il est nécessaire
-pour corriger, les troisièmes pour instaurer la justice. Mais toutes ces
-doctrines ne sont qu'un amas de vaines paroles parce qu'elles n'ont pour
-base que de mauvais sentiments: la vengeance, la peur, l'égoïsme, la
-haine. On invente bien des choses, mais on ne se décide pas à faire une
-seule chose utile: ne rien faire; laisser celui qui a péché se repentir
-ou ne pas se repentir, se corriger ou ne pas se corriger; quant à ceux
-qui imaginent ces doctrines et ceux qui les mettent en pratique, ils
-n'ont qu'à laisser les autres tranquilles et à avoir eux-mêmes une bonne
-conduite.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Réponds au mal par le bien et tu feras disparaître chez le méchant tout
-le plaisir qu'il voit au mal.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Rien ne réjouit les hommes tant que de voir qu'on leur pardonne, et rien
-ne procure plus de joie à celui qui le fait.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>La bonté vainct tout, et elle-même est invincible.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>On peut résister à tout hormis à la bonté.</p>
-
-<p style="margin-left: 30%; font-size: 0.8em;">D'après ROUSSEAU.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Rendez le mal pour le bien; pardonnez à tous, alors seulement il n'y
-aura plus de mal sur la terre. Peut-être n'auras-tu pas la force de le
-faire; mais sache qu'il ne faut désirer que cela, qu'il ne faut aspirer
-qu'à cela, car cela seul nous sauvera du mal dont nous souffrons tous.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Dieu estime le plus celui qui pardonne l'offense, surtout lorsque
-l'offenseur est au pouvoir de l'offensé.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Alors Pierre, s'étant approché de Lui, dit: Seigneur, combien de fois
-pardonnerai-je à mon frère lorsqu'il pêchera contre moi? Sera-ce jusqu'à
-sept fois? Jésus lui répondit: je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais
-jusqu'à septante fois sept fois.</p>
-
-<p style="margin-left: 60%; font-size: 0.8em;">(MATTH., XVIII, 21, 22)</p>
-
-<p class="caption">12</p>
-
-<p>Lorsqu'on pardonne, il ne s'agit pas de dire: «je pardonne», mais il
-faut extirper de son cœur le mauvais sentiment que l'on éprouve à
-l'égard de l'offenseur. Et pour le faire, il faut se souvenir de ses
-propres péchés; alors on découvrira sûrement en soi des actes plus
-repréhensibles que ceux pour lesquels on se fâche.</p>
-
-<p class="caption">13</p>
-
-<p>La doctrine d'après laquelle, on ne peut se venger quand on aime,
-est tellement claire qu'elle découle elle-même du sens général de
-cette doctrine. Si même il n'était pas expressément mentionné dans la
-doctrine du Christ que tout chrétien doit rendre le bien pour le mal et
-aimer ceux qui vous haïssent, quiconque comprend cette doctrine déduit
-lui-même cette exigence d'amour.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>Il est tout aussi important de ne pas combattre le mal par la
-violence dans les rapports sociaux que dans les rapports individuels.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Les hommes désirent rester aussi mauvais qu'ils sont et veulent en même
-temps que leur vie soit meilleure.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Nous ne savons pas, nous ne pouvons savoir en quoi consiste le bien
-public; mais, nous savons formellement qu'il ne peut être réalisé que
-par l'accomplissement de la loi éternelle du bien, qui est révélée à
-chaque homme, à sa raison et dans son cœur.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>On dit qu'on est forcé de payer le mal par le mal, parce que si on ne le
-fait pas, les méchants prendront le dessus sur les bons. Je pense que
-c'est tout le contraire: les méchants opprimeront les bons, lorsque les
-hommes croiront qu'il est permis de payer le mal par le mal, comme cela
-se passe, en effet, chez tous les peuples chrétiens. Les méchants sont
-aujourd'hui les maîtres des bons précisément parce qu'il a été suggéré à
-tous qu'il est non seulement permis, mais encore utile de faire du mal
-aux hommes.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>En parlant de la doctrine chrétienne, les savants écrivains font
-généralement semblant de croire que la question de l'impossibilité
-d'appliquer le christianisme dans son sens réel est déjà définitivement
-tranchée depuis longtemps.</p>
-
-<p>«Il est inutile de s'occuper de rêves, il faut penser aux choses
-sérieuses, il faut vérifier les rapports entre le capital et le travail,
-organiser le travail, la propriété foncière, ouvrir des marchés,
-instituer des colonies pour le trop plein de la population, régler les
-rapports de l'Église et de l'État, conclure des alliances, garantir la
-sécurité des États et ainsi de suite.</p>
-
-<p>«Il faut s'occuper de questions sérieuses, dignes de l'attention et des
-soins des hommes et non pas rêver à un ordre de choses permettant de
-tendre la joue lorsqu'on vous frappe l'autre, donner aussi son vêtement
-lorsqu'on vous enlève votre chemise et de vivre comme les oiseaux du
-ciel, tout cela n'est que du radotage, dit-on, sans remarquer que le
-fond de toutes ces questions, est précisément contenu en ce qui est
-qualifié de vain radotage.</p>
-
-<p>En effet, toutes ces questions, depuis celle de la lutte entre le
-capital et le travail, jusqu'à celle des nationalités et des rapports
-entre l'Église et l'État, reviennent à cette seule question: Y a-t-il
-des cas dans lesquels l'homme peut et doit faire le mal à son prochain,
-ou ces cas n'existent-ils pas et ne peuvent-ils pas exister pour un
-homme raisonnable? Est-ce raisonnable ou non, et par suite, doit-on
-ou ne doit-on pas rendre le mal par le mal? Il y eut un temps où les
-hommes pouvaient ne pas comprendre et ne comprenaient pas, en effet,
-l'importance de cette question. Mais les souffrances affreuses qui
-accablent l'humanité d'aujourd'hui ont conduit les hommes à reconnaître
-la nécessité de trouver à cette question une solution. Il y a dix neuf
-cents ans que cette question est définitivement résolue par la doctrine
-du Christ. Et c'est pourquoi, à notre époque, nous ne pouvons plus faire
-semblant de méconnaître cette question et d'ignorer sa solution.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII.&mdash;<i>La véritable conception des conséquences de la doctrine défendant
-la nécessité de la violence, commence à pénétrer dans la conscience de
-l'homme moderne.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Le châtiment, est une idée que l'humanité commence à dépasser.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>L'esprit de Jésus, qu'on s'efforce d'étouffer, se manifeste néanmoins
-partout d'une façon éclatante. L'esprit évangélique n'a-t-il point
-pénétré dans les peuples, ne commence-t-il pas à venir à la lumière?
-Les idées sur les droits et les obligations ne sont-elles pas devenues
-plus claires pour chacun? N'entend-on pas de toutes parts des appels aux
-lois plus équitables, aux institutions protégeant les faibles, fondées
-sur une juste égalité? L'ancienne inimitié entre ceux qu'on a désunis
-par force, ne s'éteint-elle pas? Les peuples ne se sentent-ils pas
-frères?</p>
-
-<p>Tout cela est l'œuvre d'un germe prêt à lever, l'œuvre de l'amour, qui
-débarrassera le monde du péché, qui ouvrira aux peuples une nouvelle
-voie de vie, dont la loi intérieure ne sera plus la violence, mais
-l'amour des uns pour les autres.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAMENNAIS.</p>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XVI" id="CHAPITRE_XVI">CHAPITRE XVI</a></h4>
-
-<h3>DE LA VANITÉ</h3>
-
-
-<p>Rien ne pervertit la vie des hommes et ne les prive aussi sûrement de
-leur vrai bonheur, comme l'habitude de vivre non d'après les préceptes
-des sages et selon leur propre conscience, mais d'après ce qui est
-reconnu comme bon et approuvé par les gens parmi lesquels l'on vit.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I.&mdash;<i>En quoi consiste la tentation de la vanité.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La raison principale qui rend notre vie mauvaise, réside en ce que nous
-réglons notre conduite non selon les besoins de notre corps ou de notre
-âme, mais uniquement dans l'espoir d'obtenir l'approbation des gens.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Aucune tentation ne captive les hommes aussi longtemps, ne les éloigne
-autant de la compréhension du sens de la vie humaine et du vrai bonheur,
-que la préoccupation de la gloire, de l'approbation, de l'estime, des
-louanges des autres.</p>
-
-<p>L'homme ne peut se libérer de la tentation que par une lutte constante
-contre lui-même, et par l'évocation continuelle de son unité avec Dieu,
-cherchant ainsi son approbation seule.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il ne nous suffit pas de vivre de notre vie intérieure, la seule vraie,
-nous voulons vivre d'une autre vie encore, d'une vie imaginaire dans
-la pensée des autres, et nous nous efforçons à cette fin de paraître
-autres que nous ne sommes en réalité. Nous nous efforçons sans cesse de
-dompter cet être imaginaire, sans nous soucier du vrai, de celui que
-nous sommes en réalité. Si notre âme est paisible, si nous avons foi, si
-nous aimons, nous nous empressons d'en parler au plus tôt, afin que ces
-vertus ne soient pas seulement nos vertus, mais aussi celles de l'être
-imaginaire qui existe dans la pensée des autres.</p>
-
-<p>Pour faire croire aux gens que nous avons des qualités, nous sommes
-prêts même à y renoncer. Nous sommes prêts à devenir lâches à condition
-de passer pour braves.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>L'une des expressions des plus dangereuses et des plus nuisibles est:
-«tous font ainsi.»</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Lorsqu'il est difficile, et presque impossible, de comprendre pourquoi
-l'homme agit comme il le fait, sois sûr que la raison de ses actes
-réside dans le désir d'être glorifié par les hommes.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>On ne berce pas un enfant pour le débarrasser de ce qui le fait crier,
-mais pour qu'il ne puisse pas crier. Nous agissons de même avec notre
-conscience lorsque nous l'étouffons pour être agréables aux gens. Nous
-n'apaisons pas la conscience, mais nous obtenons ce que nous désirons:
-nous ne l'entendons plus.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Intéresse-toi non à la quantité, mais à la qualité de tes admirateurs;
-il est désagréable de ne pas plaire aux bonnes gens, mais c'est toujours
-bien de ne pas plaire aux mauvaises gens.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Nos plus grandes dépenses sont effectuées pour ressembler aux autres. Ni
-pour notre esprit, ni pour notre cœur nous ne dépensons autant.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Dans chaque bonne action, il y a un peu de désir d'être approuvé par les
-gens. Mais c'est mauvais quand tu agis comme tu le fais uniquement pour
-être glorifié par les autres.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Un homme demanda à un autre pourquoi il travaillait à ce qu'il n'aimait
-pas.</p>
-
-<p>&mdash;Parce que tous le font, répondit celui-ci.</p>
-
-<p>&mdash;Pardon, pas tous; moi, je ne le fais pas, quelques autres, non plus.</p>
-
-<p>&mdash;Si ce n'est pas tous, beaucoup le font, la plupart des gens.</p>
-
-<p>&mdash;Mais dis-moi quels sont les plus nombreux, les sots ou les
-intelligents?</p>
-
-<p>&mdash;Certainement ce sont les sots.</p>
-
-<p>&mdash;Dans ce cas, tu agis comme tu le fais pour imiter les sots.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>Si beaucoup de gens partagent la même opinion, cela ne prouve pas
-que cette opinion soit juste.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Le mal ne cesse pas d'être mauvais parce que beaucoup de gens agissent
-ma! et qu'ils s'en vantent, comme cela arrive souvent.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Plus il y a de gens qui croient à la même chose, plus il faut être
-prudent à l'égard de cette croyance et avoir plus, d'attention.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Lorsqu'on dit: il faut faire comme font les autres, cela veut dire
-presque toujours qu'il faut faire mal.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LA BRUYÈRE.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Il n'y a qu'à s'habituer à faire ce que «tout le monde» exige pour
-être insensiblement entraîné à commettre de mauvaises actions et à les
-considérer comme bonnes.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>L'homme a son tribunal&mdash;sa conscience. On ne doit tenir qu'à son
-jugement.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Cherche celui qui est le meilleur parmi ceux qui blâment le monde.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Si la foule déteste quelqu'un, il faut, avant d'en juger, bien examiner
-pourquoi il en est ainsi. Si la foule vénère quelqu'un, il faut
-également, avant d'en juger, bien examiner pourquoi il en est ainsi.</p>
-
-<p>CONFUCIUS.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Conséquences pernicieuses de la vanité.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La société dit à l'homme: «Pense comme nous pensons; crois comme nous
-croyons; mange et bois comme nous buvons et mangeons; habille-toi comme
-nous nous habillons.» Si quelqu'un ne se soumet pas à ces exigences, la
-société l'accable de ses sarcasmes, de ses injures. Il est difficile de
-ne pas y obéir, mais cependant, si tu t'y soumets, tu t'en sentiras plus
-mal encore: tu ne seras plus un homme libre, mais un esclave.</p>
-
-<p style="margin-left: 60%; font-size: 0.8em;">D'après LUCIE MALAURY.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>C'est très bien quand les hommes s'instruisent pour leur âme, pour être
-plus sages, meilleurs. De telles études leur sont utiles. Mais s'ils
-étudient pour la gloire, afin de paraître instruits, l'instruction
-devient non seulement inutile, mais nuisible; elle rend les hommes moins
-sages et moins bons qu'ils ne le seraient s'ils n'avaient pas étudié du
-tout.</p>
-
-<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;"><i>Traduit du chinois.</i></p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Non seulement vous ne devez pas vous vanter vous-mêmes, mais encore vous
-ne devez pas permettre aux autres de vous glorifier. Les louanges font
-périr l'âme en reportant les préoccupations de l'âme sur la gloire des
-hommes.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Il arrive souvent de voir qu'un homme bon, sage et juste, tout en
-sachant que la guerre, l'exploitation du travail des autres, le blâme,
-la consommation de la viande et divers actes du même genre sont mauvais,
-continue à accomplir ces actes. Pourquoi? Parce qu'il tient plus à
-l'opinion publique qu'au jugement de sa conscience.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>L'inobservation des traditions n'a pas occasionné une millième partie du
-mal causé par le respect des anciennes coutumes.</p>
-
-<p>Les gens ne croient plus depuis longtemps aux anciennes coutumes, mais
-ils les observent néanmoins parce qu'ils pensent que la plupart des
-gens les blâmeraient, s'ils n'observaient plus les anciennes coutumes
-auxquelles personne ne croit plus depuis longtemps.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.<i>&mdash;La lutte contre la tentation de la vanité.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Pendant les premiers temps de sa vie, dans son enfance, l'homme vit
-principalement pour son corps: il mange, il boit, il joue, il s'amuse.
-C'est le premier degré. Plus l'homme grandit, plus il commence à se
-préoccuper de l'opinion des gens parmi lesquels il vit, et plus il
-commence à négliger les besoins de son corps pour ne penser qu'à la
-gloire des hommes. C'est le second degré. Le troisième et dernier degré
-est celui où l'homme se soumet surtout aux exigences de son âme et
-où il néglige le corps, les amusements et l'opinion publique, pour ne
-penser qu'à son âme.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Il est difficile de déroger tout seul aux coutumes établies; cependant,
-à chaque pas que l'on fait pour devenir meilleur, on se heurte contre
-l'usage établi et l'on subit la critique des gens. L'homme qui consacre
-sa vie à se perfectionner y doit être préparé.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>C'est mal d'irriter les gens en dérogeant aux coutumes établies, mais
-c'est plus mal encore de déroger aux exigences de la conscience et de la
-raison en subissant les coutumes pernicieuses.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>On ridiculise celui qui garde le silence, comme celui qui parle trop,
-comme celui qui parle trop peu; il n'y a pas un homme sur terre qu'on
-ne critique pas. Il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura jamais
-personne qu'on aurait toujours blâmé pour tout ce qu'il fait, de même
-qu'il n'y a personne qu'on aurait toujours loué. C'est pourquoi, il est
-inutile de se préoccuper ni des louanges, ni des blâmes des gens.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Tu crains que les gens ne te méprisent pour ta douceur; mais les gens
-justes ne peuvent pas te mépriser pour cela; quant aux autres, tu n'as
-pas besoin de t'en préoccuper&mdash;ne fais pas attention à leur opinion.
-Un bon menuisier ne se chagrinera pas parce qu'un homme qui ne comprend
-rien à son métier n'approuve pas son travail.</p>
-
-<p>Les gens qui le méprisent pour ta douceur ne comprennent rien à ce qui
-est bien pour l'homme. Pourquoi donc te préoccuper de leur appréciation?</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après ÉPICTÈTE.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Il est temps pour l'homme de connaître sa valeur. Serait-il, en effet,
-quelque être bâtard? Il est temps de cesser de regarder humblement de
-tous côtés pour voir s'il a plu ou déplu aux gens. Non; que ma tête
-reste droite et ferme sur mes épaules! La vie ne m'est pas donnée pour
-la montrer, mais pour que je la vive. Je reconnais l'obligation de vivre
-pour mon âme. Et je veux me préoccuper non pas de l'opinion que les gens
-auraient de moi, mais de ma vie, de savoir si je n'accomplis ou si je
-n'accomplis pas ma destinée devant Celui qui m'a envoyé dans la vie.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Quiconque s'est abandonné depuis sa jeunesse à ses grossiers instincts
-d'animal, ne cesse de s'y adonner, bien que sa conscience réclame autre
-chose. Il agit ainsi parce que les autres font comme lui. Et les autres
-agissent ainsi pour la même raison que lui. Il ne peut y avoir qu'une
-issue: chaque homme doit se libérer de la préoccupation de l'opinion
-publique.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>On doit se préoccuper de son âme et non pas de sa gloire.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Le moyen le plus rapide et le meilleur pour gagner la réputation d'un
-homme vertueux, n'est pas de paraître tel devant les hommes, mais de
-faire des efforts sur soi-même pour devenir vertueux.</p>
-
-<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;"><i>Causeries</i> de SOCRATE.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Celui qui ne réfléchit pas par lui-même, se soumet aux idées d'un autre
-homme. Soumettre sa pensée à quelqu'un est un servage plus humiliant que
-de soumettre son travail. Réfléchis toi-même et ne te préoccupe pas de
-ce que te diront les gens.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Personne ne manifeste tant de respect et d'attachement pour la vertu,
-que celui qui perd volontiers la réputation d'un homme de bien,
-uniquement pour rester bon dans son for intérieur.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Lorsqu'un homme est habitué à ne vivre que pour l'opinion publique, il
-lui répugne, parce qu'il ne fait pas ce que font les autres, d'avoir
-la réputation d'un sot, d'un ignorant ou d'un vilain homme. Mais on
-doit travailler à tout ce qui est difficile. Et à cette œuvre, on doit
-travailler des deux côtés: apprendre à mépriser l'opinion des gens;
-apprendre à vivre pour de telles œuvres qui, bien qu'elles soient
-critiquées par la foule, n'en restent pas moins des bonnes œuvres.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Les hommes vivent et agissent d'après leurs idées, ainsi que d'après les
-idées des autres. Suivant que les uns et les autres influencent leurs
-actes, les hommes se distinguent entre eux.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Il est difficile de distinguer si tu sers les autres pour ton âme,
-pour Dieu, ou pour la gloire des hommes. Il n'y a qu'un seul moyen de
-contrôle: si tu accomplis une œuvre que tu crois bonne, demande-toi
-si tu continuerais à y travailler si tu savais d'avance que personne
-n'apprendrait jamais ce que tu fais. Si tu réponds que tu le ferais,
-c'est que tu travailles sûrement pour ton âme, pour Dieu.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>Celui qui vit de la vraie vie n'a pas besoin de louanges.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Vis seul, a dit le sage. Cela veut dire que tu dois résoudre le problème
-de ta vie tout seul, avec le concours du Dieu qui vit en toi, et non pas
-d'après les conseils et les opinions des autres.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si tu veux être tranquille, tâche de plaire à Dieu et non pas aux
-hommes. Ceux-ci ont des désirs différents: aujourd'hui, ils veulent une
-chose; demain une autre. Jamais, ils ne sont satisfaits. Mais le Dieu
-qui vit en toi désire toujours une seule chose, et tu sais ce qu'il veut.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il n'y a qu'un seul moyen pour ne pas croire en Dieu: ce moyen consiste
-à toujours reconnaître l'opinion des gens comme juste, et à ne prêter
-aucune attention à notre voix intérieure.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Si nous sommes sur un bateau en marche et que nous regardons un objet
-qui se trouve sur le même bateau, nous ne remarquons pas que nous
-voguons, mais en regardant de côté sur ce qui ne se meut pas avec nous,
-par exemple la berge, nous nous apercevons immédiatement que nous sommes
-en mouvement. Lorsque tous les hommes vivent autrement qu'il ne le faut,
-nous ne le remarquons pas; mais il suffit, qu'un seul se ressaisisse et
-qu'il commence à vivre selon Dieu, pour qu'il devienne clair combien les
-autres vivent mal. Mais les autres persécutent toujours celui qui ne vit
-pas comme eux.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XVII" id="CHAPITRE_XVII">CHAPITRE XVII</a></h4>
-
-<h3>DES FAUSSES CROYANCES</h3>
-
-
-<p>Les fausses croyances sont celles que les gens acceptent non pas parce
-qu'elles leur sont nécessaires pour leur âme, mais parce qu'ils croient
-en ceux qui les prêchent.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">I.&mdash;<i>En quoi consiste la supercherie des fausses croyances.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Souvent les hommes pensent qu'ils croient à la loi de Dieu, alors qu'ils
-ne croient qu'à ce que tous croient. Et tous les hommes ne croient pas
-à la loi de Dieu, mais qualifient telle ce qui leur convient et ne les
-empêche pas de mener la vie qui leur plaît.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Quand les hommes vivent dans le péché et les tentations, ils ne
-sauraient être tranquilles. La conscience les dénonce. C'est pourquoi
-ils sont obligés de choisir entre ces deux alternatives: ou se
-reconnaître coupables devant les hommes et devant Dieu, et cesser de
-pécher, ou bien continuer à mener une vie de pécheurs, commettre de
-mauvaises actions et les qualifier de bonnes. C'est pour ces hommes
-que l'on a inventé les fausses croyances, grâce auxquelles on peut se
-considérer comme juste, tout en menant une mauvaise vie.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>C'est mal de mentir devant les hommes, mais c'est pis encore de se
-mentir à soi-même. Ce mensonge est tout particulièrement nuisible parce
-que les autres peuvent dénoncer ton mensonge, tandis que personne ne
-t'accusera de t'être menti à toi-même. C'est pourquoi, garde-toi de te
-mentir à toi-même, surtout lorsqu'il s'agit de la foi.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>«Crois ou sois maudit.» C'est la qu'est la raison principale du mal. Si
-l'homme accepte sans discuter ce qu'il aurait dû examiner par sa propre
-raison, il finit par perdre l'habitude de raisonner, il est soumis à la
-malédiction et induit ses proches au péché. Le salut des hommes réside
-en ce que chacun doit apprendre à vivre de sa raison.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>On ne peut ni peser ni mesurer le tort qu'ont produit et produisent
-encore les fausses croyances.</p>
-
-<p>La religion règle les rapports de l'homme envers Dieu, à l'égard de
-l'univers; elle détermine la destinée de l'homme qui découle de ces
-rapports. Quelle doit être la vie de l'homme si ces rapports et la
-destination déterminés ainsi sont faux?</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Il y a trois sortes de fausses croyances. La première est de croire à
-la possibilité de pouvoir apprendre par l'expérience ce qui ne peut
-l'être d'après les lois de l'expérience. La seconde fausse croyance fait
-admettre, dans le but de notre perfectionnement moral, des choses sur
-lesquelles nous ne pouvons nous former aucune idée par notre raison.
-La troisième fausse croyance reconnaît la possibilité d'évoquer par un
-moyen surnaturel une action mystérieuse à l'aide de laquelle la divinité
-exerce son influence sur notre moralité.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>Les fausses croyances ne satisfont pas les exigences supérieures,
-mais les exigences inférieures de l'âme humaine.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'unique et vraie religion ne contient rien que des lois, c'est-à-dire
-des éléments moraux dont nous pouvons reconnaître et étudier nous-mêmes
-la nécessité incontestable, et que nous concevons par notre raison.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>L'homme ne peut plaire à Dieu que par une vie juste. C'est pourquoi tout
-ce par quoi l'homme croit plaire à Dieu, en dehors d'une vie pure et
-juste, n'est qu'un grossier et nuisible mensonge.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après KANT.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Faire pénitence en s'infligeant des souffrances, au lieu de profiter
-de l'état d'esprit où l'on se trouve afin d'amender sa conduite, est
-un travail inutile. De plus, une telle pénitence a cette mauvaise
-conséquence; l'homme croit avoir payé ainsi toutes ses dettes, et ne
-songe plus à son perfectionnement qui seul est nécessaire lorsqu'on
-reconnaît ses erreurs.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>C'est mal lorsque les hommes ne connaissent pas Dieu, mais c'est plus
-mal encore lorsqu'ils reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LACTANCE.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>On dit: Dieu a créé l'homme à Son image; on aurait mieux fait de dire
-que c'est l'homme qui a créé Dieu à son image.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LICHTENBERG.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Lorsqu'on parle du ciel comme d'un endroit où se trouvent les heureux,
-on se le représente généralement quelque part très haut, dans les
-régions infinies de l'univers. On oublie que notre terre, vue de l'une
-de ces hautes régions, ressemble également à l'un des astres célestes,
-et que les habitants de ces planètes ont absolument le même droit de
-dire, en désignant la terre: «Voyez-vous cet astre-là, c'est l'endroit
-de la félicité éternelle, l'asile céleste préparé pour nous et où nous
-irons un jour.» Le fait est que, par une étrange erreur de notre raison,
-l'élan de notre croyance est toujours connexe avec l'idée de notre
-élévation vers les hauteurs, et nous ne songeons pas que nous aurions
-beau nous élever, nous devrons néanmoins redescendre encore, afin de
-pouvoir poser un pied ferme dans quelque autre monde.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Les mahométans font bien de couvrir leurs yeux de leurs doigts et de
-se boucher les oreilles, lorsqu'ils entrent au temple et commencent à
-prier.</p>
-
-<p>La vraie prière est dans l'abstraction de toutes nos préoccupations
-habituelles, de tout ce qui peut nous rappeler l'existence de nos sens,
-et dans l'évocation en soi de l'élément divin. Dans ce but, le mieux est
-de faire ce que nous dit le Christ: d'entrer seul dans un lieu clos, et
-de s'y enfermer, c'est-à-dire de prier dans la solitude complète, que
-l'on soit chez soi, dans la forêt ou dans les champs. La vraie prière
-est dans ce détachement de toutes les choses extérieures, pendant
-lequel on contrôle son âme, ses actes, ses désirs, non pas d'après les
-exigences extérieures du monde, mais d'après les exigences de l'élément
-divin que nous sentons en nous.</p>
-
-<p>Une telle prière est un secours: elle fortifie et élève l'âme, elle
-confesse et vérifie les actions passées, elle indique la conduite future.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Le Culte extérieur.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Bien qu'il y ait une différence de procédé entre un chamane tounghouse
-et un prélat catholique européen, ou bien, en prenant pour exemple des
-gens simples, entre un voghoul grossier et sensuel qui, tous les matins,
-pose sur sa tête la patte d'une peau d'ours, et prononce les paroles de
-sa prière: «Ne me tue pas,» et un puritain indépendant de Connecticut;
-il n'y a aucune différence dans les principes de leurs croyances, car
-ils appartiennent tous deux à la même catégorie de gens dont le culte ne
-consiste pas à devenir meilleurs, mais de croire et d'exécuter certains
-règlements arbitraires. Seuls ceux qui croient que le culte de Dieu
-consiste à aspirer à une vie meilleure diffèrent des premiers, parce
-qu'ils reconnaissent un tout autre principe et infiniment plus élevé,
-réunissant tous les hommes de bonne foi dans un temple invisible qui
-seul peut être un temple universel.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>«Et quand tu prieras, ne fais pas comme les hypocrites; car ils aiment
-à prier en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues,
-afin d'être vus des hommes. Je vous dis, en vérité, qu'ils reçoivent
-leur récompense. Mais toi, quand tu pries, entre dans la chambré et,
-ayant fermé ta porte, prie ton Père qui est dans ce lieu secret; et ton
-Père qui te voit dans le secret, te récompensera».</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MATTH., VI, 5-6.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>«Gardez-vous des scribes qui se plaisent à se promener en longues robes,
-et qui aiment les salutations dans les assemblées et les premières
-places dans les synagogues, et les festins; qui ruinent les maisons des
-veuves, tout en affectant de faire de longues prières.»</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">Luc, XX, 46-47.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.<i>&mdash;La pluralité des croyances et l'unité de la religion vraie.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'homme qui ne pense pas à la religion, s'imagine qu'il n'y a qu'une
-seule vraie religion&mdash;celle dans laquelle il est né. Mais tu n'as qu'à
-te demander ce qui arriverait si tu étais né dans une autre religion,
-toi chrétien si tu étais né mahométan; toi bouddhiste&mdash;chrétien; toi
-chrétien&mdash;brahmane. Est-il possible que seuls, avec notre religion,
-nous soyons dans le vrai, et que tous les autres soient dans le
-mensonge? La religion ne deviendra pas vraie parce que tu te persuaderas
-toi-même et que tu persuaderas les autres qu'elle seule est vraie.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.<i>&mdash; Conséquences de la confession des fausses croyances.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>En 1682, en Angleterre, le docteur Leyton, un homme respectable qui
-avait écrit un livre contre l'épiscopat anglican, a été jugé et condamné
-aux châtiments suivants. On le fouetta cruellement, puis on lui coupa
-une oreille et on lui ouvrit un côté du nez, puis on inscrivit sur sa
-joue, au fer rouge, les lettres SS: semeur de sédition. Sept jours plus
-tard on le fouetta à nouveau, bien que les plaies qu'il avait au dos
-n'aient pas encore été fermées; puis on lui ouvrit l'autre côté du nez,
-on lui trancha l'autre oreille et on lui tâtoua l'autre joue. Tout cela
-fut fait au nom du christianisme.</p>
-
-<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;">MORISSON DAVIDSON.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>En 1415, Jean Huss fut reconnu comme hérétique pour avoir dévoilé la
-fausse croyance des catholiques et les mauvaises actions du pape, et il
-fut condamné à mort, sans que son sang puisse être versé, c'est-à-dire à
-être brûlé.</p>
-
-<p>L'exécution eut lieu derrière les portes de la villes, entre deux
-jardins. En arrivant sur place, Huss se mit à genoux et commença à
-prier. Lorsque le bourreau lui ordonna de monter sur le bûcher, il se
-leva et dit très haut:</p>
-
-<p>«Jésus-Christ. Je vais à la mort pour avoir prêché Ta parole, je
-souffrirai docilement.»</p>
-
-<p>Les bourreaux, déshabillèrent Huss et lui attachèrent les mains derrière
-le dos au poteau; ses pieds se trouvaient sur un banc. On mit du bois et
-de la paille autour de lui. Le bois et la paille lui venaient jusqu'au
-menton. Le chef impérial s'approcha alors de Huss et lui annonça qu'il
-serait pardonné s'il se rétractait.</p>
-
-<p>«Non, dit Huss, je ne me connais aucune faute.»</p>
-
-<p>Les bourreaux allumèrent alors le bûcher, et Huss se mit à chanter la
-prière: «Jésus, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi.»</p>
-
-<p>Le feu monta, très haut, et bientôt Huss se tut.</p>
-
-<p>C'est ainsi que les gens qui se qualifiaient de chrétiens, défendaient
-leur croyance.</p>
-
-<p>N'est-il pas évident que ce n'était pas une religion, mais la
-superstition la plus grossière?</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Les gens ne commettent jamais de mauvaises actions avec plus de
-sang-froid et d'assurance en leur justice, que lorsqu'ils le font en
-vertu d'une fausse croyance.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>En quoi consiste la vraie religion?</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>«Ne vous faites point appeler maître; car vous n'avez qu'un maître&mdash;le
-Christ; et vous, vous êtes tous frères. Et n'appelez personne sur la
-terre votre père; car vous n'avez qu'un seul Père, Celui qui est dans
-les cieux; et ne vous faites point appeler docteur, car vous n'avez
-qu'un seul Docteur&mdash;le Christ.» <span style="font-size: 0.8em;">MATTH., XXIII, 8-10.</span></p>
-
-<p>C'est ainsi qu'enseignait le Christ. Et il enseignait ainsi parce qu'il
-savait que, de même qu'en son temps il y avait des gens qui prêchaient
-une fausse loi de Dieu, il y en aurait aussi dans l'avenir. Il le savait
-et disait qu'il ne fallait pas écouter ceux qui s'intitulaient maîtres
-parce que leur enseignement obscurcit la doctrine simple et claire qui
-est révélée à tous et qui vit dans le cœur de chaque homme.</p>
-
-<p>Cette doctrine consiste à aimer Dieu, comme le suprême bien et la
-suprême vérité, à aimer son prochain comme soi-même et à faire aux
-autres ce qu'on veut qu'ils vous fassent.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La religion ne consiste pas à savoir ce qui a été et ce qui sera, ni
-même ce qui est actuellement, mais elle consiste à savoir ce que chaque
-homme doit faire.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>«Si donc tu apportes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes
-que ton frère a quelque chose contre loi, laisse-là ton offrande devant
-l'autel, et va-t-en premièrement te réconcilier avec ton frère; et après
-cela viens, et présente ton offrande».</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MATT., V. 23.</p>
-
-<p>Voilà où est la vraie religion: ni dans la cérémonie, ni dans
-l'offrande, mais dans l'union des hommes.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>La doctrine chrétienne est tellement claire que les tout petits enfants
-la comprennent dans son sens exact. Seuls ceux qui ne veulent pas vivre
-comme des chrétiens ne la comprennent pas.</p>
-
-<p>Pour comprendre le vrai christianisme, il faut tout d'abord renoncer au
-faux christianisme.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Le vrai culte de Dieu est exempt de superstitions; lorsque la
-superstition y pénètre, le culte même s'écroule. Le Christ nous a montré
-en quoi consistait le vrai culte de Dieu. Il nous enseignait que de tout
-ce que nous faisons dans le monde, il n'y a qu'une lumière et qu'un seul
-bonheur pour les hommes,&mdash;c'est notre amour des uns pour les autres; Il
-nous disait que nous ne pourrons atteindre notre bonheur qu'en servant
-les autres, et non pas nous-mêmes.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Si ce qui est présenté comme loi de Dieu ne demande pas d'amour, ce ne
-sont que des inventions des gens, et non pas la loi de Dieu.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SKOWORODA.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>On ne peut pas apprendre à connaître Dieu d'après ce que l'on raconte de
-Lui. On ne peut le connaître qu'en accomplissant Sa loi, la loi que le
-cœur de chaque homme connaît.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Le sens de la doctrine du Christ est dans l'indication de la perfection
-divine vers laquelle les hommes doivent tendre. Mais les hommes qui ne
-veulent pas suivre la doctrine du Christ, comprennent volontairement ou
-non, la doctrine du Christ non pas comme il l'a prêchée&mdash;rapprochement
-continu vers la perfection&mdash;mais comme une règle conformément à laquelle
-le Christ exigerait des hommes la perfection divine. Et en interprétant
-aussi faussement la doctrine du Christ, ceux qui ne veulent pas la
-suivre adoptent l'une de ces deux attitudes: ou bien, considérant
-la perfection comme inaccessible (ce qui est parfaitement juste),
-ils rejettent toute la doctrine comme un rêve irréalisable, ou bien,
-attitude la plus nuisible et la plus générale, tout en reconnaissant la
-perfection comme inaccessible, ils corrigent c'est-à-dire, dénaturent la
-doctrine et observent des règles que l'on appelle chrétiennes, mais qui
-sont, pour la plupart, contraires, au christianisme.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>L'idée de l'union des chrétiens, comme une réunion des élus, des
-meilleurs, est une idée anti-chrétienne présomptueuse et fausse. Quel
-est le meilleur, quel est le plus mauvais? Pierre était le meilleur
-avant que le coq chantât, et le brigand était le plus méchant avant la
-croix. Ne connaissons-nous pas en nous-mêmes tantôt l'ange, tantôt le
-diable, qui se mêlent si bien à notre vie, qu'il n'y a pas d'homme qui
-aurait complètement chassé l'ange, ni qui aurait laissé apparaître le
-diable derrière l'ange. Comment pouvons-nous, nous qui sommes des êtres
-si complexes, former la réunion des élus, des justes?</p>
-
-<p>Il y a une lumière de vérité, et il y a ceux qui s'approchent d'elle
-de tous côtés; d'autant de côté qu'il y a de rayons dans un cercle,
-c'est-à-dire par des routes infiniment variées. Tâchons de toutes nos
-forces d'arriver à la lumière de la vérité qui nous unit tous, et ce
-n'est pas à nous de juger si nous sommes près d'elle et unis à elle.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII&mdash;<i>La seule religion, vraie unit les hommes de plus en plus.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Voyez le mécontentement profond de la forme actuelle du christianisme,
-qui se répand dans la société et s'exprime par le murmure, parfois, par
-l'irritation, la tristesse. Tous attendent l'avènement du Royaume de
-Dieu. Et il approche.</p>
-
-<p>Le pur christianisme, bien que lentement, mais toujours de plus en plus,
-prend la place de celui qui porte ce nom.</p>
-
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">CHANNING.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Depuis Moïse à Jésus, il s'est opéré chez les individus et les peuples
-un grand développement mental et religieux. Les anciennes erreurs sont
-abandonnées, de nouvelles vérités ont pénétré dans la conscience de
-l'humanité. Un seul homme ne peut être aussi grand que l'humanité. Si
-un grand homme est tellement en avance sur ses frères qu'ils ne le
-comprennent pas,&mdash;il arrive un temps où ils le rejoignent d'abord,
-puis le devancent et s'en vont si loin qu'ils deviennent, à leur tour,
-incompréhensibles pour ceux qui se trouvent à l'endroit où était
-l'ancien grand homme. Chaque grand génie religieux explique de plus en
-plus les vérités de la religion et contribue ainsi à l'union, de plus en
-plus grande, des hommes.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PARKER.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Chaque homme séparément, de même que toute l'humanité dans son ensemble
-doit se transformer, passer de l'état inférieur à l'état supérieur, sans
-s'arrêter dans sa croissance dont la limite est en Dieu lui-même. Tout
-état est la conséquence de l'état précédent. La croissance s'effectue
-continuellement et imperceptiblement et, pareille à la croissance de
-l'embryon, elle a lieu de façon à ce que rien ne détruit le but des
-situations successives de ce développement continu. Mais s'il est
-donné à l'homme et à tout le genre humain de se transformer, cette
-transformation, tant pour l'individu que pour tout le genre humain, doit
-s'effectuer dans le travail et les souffrances.</p>
-
-<p>Avant de se parer de grandeur, avant d'apparaître à la lumière, on doit
-se mouvoir dans les ténèbres, supporter les persécutions, sacrifier
-son corps pour sauver son âme; il faut mourir pour ressusciter à la
-vie plus puissante, plus parfaite. Et après dix-huit siècles, ayant
-accompli un des cycles de son développement, l'humanité tend de nouveau
-à se transformer. Les anciens systèmes, les anciennes sociétés, tout
-ce qui composait l'ancien monde s'écroule déjà, et les peuples vivent
-maintenant au milieu de décombres, dans l'effroi et la souffrance. C'est
-pourquoi on ne doit pas perdre courage à la vue de ces ruines, de ces
-morts qui se sont déjà accomplies et qui s'accompliront encore, mais, au
-contraire, prendre courage. L'union des hommes est proche.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAMENNAIS.</p>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XVIII" id="CHAPITRE_XVIII">CHAPITRE XVIII</a></h4>
-
-<h3>DE LA FAUSSE SCIENCE</h3>
-
-
-<p>La superstition de la science se révèle par la croyance en ce fait que
-le vrai savoir nécessaire à la vie de tous les hommes est contenu dans
-les seules connaissances prises au hasard dans le domaine illimité
-du savoir qui, à un moment donné, ont attiré l'attention d'un petit
-nombre d'hommes, de ceux-là même qui se sont affranchis du travail
-indispensable à la vie et qui mènent, par suite, une vie déraisonnable
-et dépravée.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I.&mdash;<i>En quoi consiste la superstition de la science.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Quand les hommes acceptent comme vérité incontestable ce que les autres
-leur présentent pour telle et qu'ils ne la vérifient point, ils tombent
-dans la susperstition. Telle est, à notre époque, la superstition de la
-science.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>De même qu'il existe des hérésies pour religion, il y a une hérésie pour
-la science. Cette hérésie est dans la reconnaissance comme science
-unique et véritable de tout ce qui est considéré comme tel par les gens
-qui se sont, à un certain moment, arrogé le droit de déterminer la vraie
-science. Et aussitôt qu'on considère comme science non pas ce qui est
-nécessaire à tous les hommes, mais ce qui est déterminé par les gens
-qui, à un certain moment se voit arrogé le droit de définir ce qu'est la
-science, il est forcé que cette science soit fausse. C'est ce qui s'est
-produit dans notre monde.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La science occupe à notre époque exactement la même place que celle
-qu'occupait la prêtrise il y a quelques siècles.</p>
-
-<p>Les mêmes bonzes attitrés: les professeurs; les mêmes castes dans la
-science; académies, universités, congrès. La même confiance et le manque
-de critique de la part des croyants, les mêmes différends, et les mêmes
-discussions. Les mêmes paroles incompréhensibles, la même présomption.</p>
-
-<p>&mdash;Inutile de discuter avec lui: il nie la révélation.</p>
-
-<p>&mdash;Inutile de discuter avec lui: il nie la science.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Ce qu'il y a de plus nuisible pour la vraie science, c'est l'emploi
-d'expressions et de termes peu clairs. C'est précisément ce que font les
-pseudo-savants, en imaginant, pour exprimer des idées incertaines des
-mots inexistants.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La fausse science et les fausses religions expriment toujours leurs
-dogmes en un langage emphatique qui apparaît aux non-initiés comme
-mystérieux et grave. Les raisonnements des savants sont souvent
-peu compréhensibles non seulement pour les autres, mais pour les
-raisonneurs eux-mêmes, et cela au même degré que les discours des
-professionnels de la foi. Le savant pédant, en se servant de termes
-latins et de nouveaux mots, rend souvent les choses les plus simples
-tout aussi incompréhensibles que le sont les prières latines des prêtres
-catholiques pour les paroissiens illettrés. Le mystère n'est pas un
-signe de sagesse et de science. Plus un homme est véritablement éclairé,
-plus le langage dont il exprime ses pensées est simple.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II&mdash;<i>La science sert à justifier l'organisation de la vie sociale.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Il semblerait que pour reconnaître l'importance des occupations qu'on
-qualifie de scientifiques, il faudrait prouver leur utilité. Mais les
-servants de la science affirment ordinairement que dès l'instant qu'ils
-s'occupent de certains sujets, ces occupations seront sûrement utiles un
-jour.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Le but légitimement poursuivi par la science est la connaissance des
-vérités servant au bonheur des hommes. Le faux but est de justifier
-les mensonges qui insinuent le mal dans notre vie. Telles sont la
-jurisprudence, l'économie politique et, surtout, la philosophie et la
-théologie.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La science contient les mêmes mensonges que la religion et elles partent
-du même point: le désir de justifier les faiblesses des hommes, et c'est
-pourquoi les mensonges scientifiques sont tout aussi nuisibles que les
-mensonges confessionnels. Les hommes errent, vivent mal. Logiquement,
-ayant compris qu'ils vivent mal, ils devraient s'employer à modifier
-leur genre de vie afin d'améliorer leur situation. Au lieu de cela,
-apparaissent toutes sortes de sciences: financière, théologique, pénale,
-policière, l'économie politique, l'histoire, et la plus à la mode: la
-sociologie, indiquant les lois de la vie sociale et suivant lesquelles
-la vie mauvaise ne provient pas des hommes, mais des lois mauvaises que
-les savants ont découvertes et formulées. Ce mensonge est tellement
-déraisonnable et contraire à la conscience, que les hommes ne l'auraient
-jamais accepté, si la conscience n'avait pas encouragé leurs faiblesses.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Nous avons organisé notre vie contrairement à la nature morale et
-physique de l'homme, et nous sommes persuadés,&mdash;uniquement parce que
-tout le monde le pense&mdash;que c'est là précisément la vraie vie. Nous
-sentons vaguement que tout ce que nous appelons notre organisation
-sociale, notre religion, notre culture, nos sciences et nos arts, que
-tout cela n'est pas ce qu'il faudrait, parce que cela ne nous débarrasse
-pas de nos misères, mais ne fait que les accroître. Cependant, nous ne
-nous décidons pas à soumettre tout cela au contrôle de la raison parce
-que nous pensons que l'humanité, qui a toujours reconnu la nécessité
-du régime social de contrainte, de religion et de science qu'il a pour
-base, ne peut pas vivre en dehors de lui.</p>
-
-<p>Si un poussin dans sa coquille avait été doué de la raison d'un homme
-et savait tout aussi peu en profiter que les gens de notre époque, il
-n'aurait jamais brisé la coquille de son ouf et n'aurait jamais connu la
-vie.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La science est devenue maintenant une distributrice de diplômes donnant
-le droit de profiter du travail d'autrui.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Le phraséologie méthodique des écoles supérieures a le plus souvent pour
-but d'éviter la solution des questions difficiles, et l'on donne aux
-paroles un sens équivoque parce que le «je ne sais pas» commode et pour
-la plupart du temps raisonnable, n'est pas en faveur dans nos académies.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Rien n'est plus inconciliable que le savoir et le profit, la science
-et l'argent. Si pour devenir plus instruit, il faut de l'argent, si la
-sagesse s'achète et se vend, l'acheteur et le vendeur sont également
-trompés. Le Christ a chassé les marchands du temple; ils auraient dû
-être chassés de même du temple de la science.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Ne considère pas la science comme une couronne pour t'en parer, ni comme
-une vache pour t'en nourrir.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Conséquences nuisibles de la superstition de la science.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Il est dangereux de propager l'idée que notre vie est le résultat des
-forces matérielles et qu'elle dépend d'elles. Mais, lorsque cette idée
-fausse s'appelle science, et qu'elle est présentée comme la sainte
-sagesse de l'humanité, le tort causé par elle est effrayant.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Le développement de la science ne contribue pas à la purification
-des mœurs. Chez tous les peuples dont nous connaissons la vie, le
-développement des sciences contribuait à la dépravation des mœurs.
-Si nous pensons à présent le contraire, cela vient de ce que nous
-confondons nos connaissances futiles et trompeuses avec le vrai savoir
-suprême. La science, dans son sens abstrait, la science, en général,
-doit être respectée; mais la science actuelle, ce que les insensés
-appellent science, ne peut-être que ridiculisé et méprisé.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">J.-J.-ROUSSEAU</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>L'unique explication de la vie insensée, contraire à la conscience des
-meilleurs hommes de tous les temps, que mènent les gens de notre époque,
-se trouve dans le fait que les jeunes générations étudient des matières
-innombrables: la constitution des astres de la terre, l'origine des
-organismes, etc., ils n'omettent qu'une chose, c'est de savoir quel est
-le sens de la vie humaine, comment il faut la vivre, ce qu'ont pensé de
-cette question les grands sages de tous les temps, et comment ils l'ont
-résolue. Non seulement les jeunes générations n'en sont pas instruites,
-mais on leur apprend, sous le nom de religion, les inepties les plus
-flagrantes, auxquelles ceux qui les enseignent ne croient pas eux-mêmes.
-Tout l'édifice de notre vie sociale repose sur des bulles gonflées d'air
-et non sur de la pierre.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Ce qu'on appelle aujourd'hui science est un composé d'inventions des
-gens riches, nécessaire pour occuper leur oisiveté.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Nous vivons dans un siècle de philosophie, de sciences et de raison. Il
-semble que toutes les sciences se soient réunies pour éclairer notre
-route dans le labyrinthe de la vie humaine. D'immenses bibliothèques
-sont ouvertes à tous et partout, des lycées, des écoles, des universités
-nous donnent depuis l'enfance la possibilité de profiter du savoir
-des hommes qui s'est accumulé pendant des milliers d'années. Il
-semblerait que tout contribue à la formation de notre intelligence et au
-consolidement de notre raison. Eh bien, sommes-nous devenus meilleurs
-ou plus sages? Connaissons-nous mieux la voie et le but de notre vie?
-Connaissons nous mieux nos obligations et surtout le bien de la vie? Ou
-qu'avons-nous acquis par ces vaines connaissances, sinon l'inimitié,
-la haine, l'ignorance et les doutes? Chaque doctrine et chaque secte
-religieuse prouve qu'elle a trouvé la vérité. Chaque écrivain sait seul
-en quoi consiste notre bonheur. L'un nous prouve qu'il n'y a pas de
-corps, l'autre&mdash;qu'il n'y a pas d'âme, le troisième&mdash;qu'il n'y a aucune
-connexion entre l'âme et le corps, le quatrième&mdash;que l'homme est un
-animal, le cinquième&mdash;que Dieu n'est qu'un miroir.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ROUSSEAU.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>N'étant pas capable de <i>tout</i> pénétrer et ne sachant pas sans l'aide
-de la religion ce qu'on <i>doit</i> étudier, la science d'aujourd'hui ne
-s'occupe que de ce qui est agréable aux savants qui mènent une vie
-irrégulière. Et leur agrément est de profiter du régime existant, afin
-de satisfaire leur oisive curiosité qui ne demande pas de grands efforts
-intellectuels.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>La quantité de matières à étudier est innombrable, tandis que les
-capacités du savoir de l'homme sont limitées.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Un savant persan dit: «Lorsque j'étais jeune, je me suis dit: je veux
-connaître toute la science; et j'ai appris presque tout ce que savaient
-les hommes. Mais lorsque je suis devenu vieux et que j'ai jeté un coup
-d'œil sur tout ce que j'ai appris, je me suis aperçu que ma vie a passé
-et que je ne sais rien.»</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Les observations et les calculs des astronomes nous, ont appris bien des
-choses dignes d'étonnement; mais le résultat le plus important de leurs
-études est, sans doute, celui qu'ils nous ont révélé l'abîme de notre
-ignorance. Sans ces connaissances, la raison humaine ne pourrait jamais
-se représenter toute l'immensité de cet abîme. Si l'on réfléchi à cela,
-on peut arriver à une grande transformation dans la détermination des
-buts finals de l'activité de notre raison.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>«Il y a des herbes sur la terre; nous les voyons; de la lune nous ne
-pourrions pas les apercevoir. Sur ces herbes il y a des fils&mdash;sur ces
-fils des petits organismes; mais plus loin&mdash;il n'y a plus rien.» Quelle
-présomption!</p>
-
-<p>«Les corps complexes sont composés d'éléments et les éléments sont
-indécomposables.» Quelle présomption!</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Il nous manque des connaissances pour comprendre ne serait-ce que la
-vie du corps humain. Voyez ce qu'il faut savoir pour cela. Le corps a
-besoin de place, de temps, de mouvements, de chaleur, de lumière, de
-nourriture, d'eau, d'air et de bien d'autres choses encore. Mais dans
-la nature, toutes les choses sont si étroitement liées entre elles
-qu'on ne peut comprendre l'une sans avoir étudié l'autre. On ne peut
-comprendre une partie sans avoir compris le tout. Nous ne comprendrons
-la vie de notre corps que lorsque nous aurons étudiés tout ce qu'il lui
-faut: et pour cela, il est indispensable d'étudier tout l'univers. Mais
-l'univers est infini et sa compréhension est inaccessible à l'homme. Par
-conséquent, nous ne pouvons nous expliquer entièrement la vie de notre
-corps.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Les sciences expérimentales, lorsqu'on s'en occupe pour elles-mêmes,
-en les étudiant sans aucun but philosophique, ressemblent à un visage
-sans yeux. Elles représentent une des occupations qui convient aux
-capacités moyennes, privées de dons suprêmes qui ne feraient qu'entraver
-leurs recherches minutieuses. Les gens doués de ces capacités moyennes
-concentrent toutes leurs forces et tout leur savoir sur un champ
-d'études limité, où ils peuvent, par suite, atteindre des connaissances
-aussi complètes que possible, mais à condition d'être complètement
-ignorants dans tous les autres domaines. Ils peuvent être comparés aux
-ouvriers qui travaillent dans les ateliers d'horlogerie dont les uns
-ne font que les roues, les autres les ressorts, et les troisièmes les
-chaînes.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p>
-
-<p>6</p>
-
-<p>Ce n'est pas la quantité des connaissances qui importe, mais leurs
-qualités. On peut savoir bien des choses et ignorer ce qui est le plus
-nécessaire.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Socrate n'avait pas la faiblesse commune de parler pendant ses
-entretiens de tout ce qui existe, de chercher la provenance de ce
-que les sophistes appelaient nature et de remonter jusqu'aux causes
-premières dont sont sortis les corps célestes. Est-ce possible,
-disait-il, que les gens croient avoir pénétré tout ce qu'il importe
-à l'homme de savoir, s'ils s'occupent de ce qui se rapporte si peu à
-l'homme?</p>
-
-<p>Il s'étonnait surtout de l'aveuglement des faux savants qui ne se
-doutent pas de ce que la raison humaine est incapable de pénétrer ces
-mystères. C'est pourquoi, disait-il, ceux qui s'imaginent savoir en
-parler ne sont pas d'accord dans leurs principes même, et lorsqu'on
-les entend parler ensemble on se croirait parmi des fous. De fait,
-quels sont les signes particuliers de ceux qui sont pris de folie? ils
-craignent ce qui n'a rien d'effrayant et n'ont pas peur de ce qui est
-réellement dangereux.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">XÉNOPHON.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>La sagesse est une chose vaste et grande: elle demande tout le temps
-libre qui peut lui être consacré.&mdash;Indépendamment du nombres de
-questions que tu pourrais résoudre, tu devras, néanmoins, te tourmenter
-d'une quantité de questions, qui doivent être examinées et résolues.
-Ces questions sont tellement vastes et nombreuses qu'elles exigent
-l'expulsion de notre esprit de toute chose superflu, afin d'offrir
-une liberté entière au travail de la raison. Dois-je dépenser ma vie
-en vaines paroles? Il arrive fréquemment, néanmoins, que les savants
-pensent plus aux paroles qu'à la vie. Remarque quel mal produit la
-philosophie outrée et combien elle peut être dangereuse pour la vérité.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>La quantité des connaissances est innombrable. C'est à la vraie
-science de choisir les plus importantes et les plus nécessaires.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Il n'y a ni honte, ni faute de ne pas savoir. Personne ne peut tout
-connaître; mais il est honteux et nuisible de faire semblant de savoir
-ce que l'on ignore.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La capacité de l'esprit à absorber des connaissances, n'est pas
-illimitée. C'est pourquoi on ne doit pas croire que plus on sait, mieux
-cela vaut. La connaissance d'un grand nombre de sottises est une entrave
-insurmontable pour savoir ce qui est réellement nécessaire.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La raison se fortifie par l'étude de ce qui est nécessaire à l'homme,
-et elle s'affaiblit par l'étude de ce qui est insignifiant et inutile;
-ainsi le corps se fortifie par l'air frais et la nourriture fraîche, ou
-s'affaiblit par l'air vicié et la nourriture corrompue.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>A notre époque naissent un grand nombre de sciences, dignes d'être
-étudiées. Bientôt nos capacités seront trop limitées et la vie sera trop
-courte, pour que nous puissions assimiler même la partie la plus utile
-de ces connaissances. Nous avons à notre service une grande abondance de
-ces trésors intellectuels, et nous sommes obligés, après y avoir puisé,
-de rejeter bien des choses comme du bric-à-brac inutile. Il serait plus
-simple de ne jamais nous en embarrasser.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Le savoir est infini, c'est pourquoi on ne peut pas dire de celui qui
-sait beaucoup, qu'il sait plus que celui qui sait très peu.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>La chose la plus ordinaire à notre époque est de voir des gens qui se
-considèrent comme savants et éclairés, qui connaissent, en effet, une
-quantité innombrables de choses inutiles, croupir dans l'ignorance la
-plus grossière, parce que non seulement ils ne connaissent pas le sens
-de leur vie, mais encore parce qu'ils sont fiers de cette ignorance. Et,
-d'autre part, il n'est pas moins fréquent de rencontrer parmi des gens
-presque illettrés, et même complètement illettrés, qui ignorent tout du
-tableau chimique, des parallaxes, des propriétés du radium, et qui sont
-pourtant des gens très éclairés, connaissant le sens de la vie, sans se
-montrer plus fiers pour cela.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Les hommes ne peuvent comprendre et savoir tout ce qui se fait
-dans le monde; par conséquent, leurs jugements sur bien des choses
-sont inexacts? L'ignorance de l'homme se montre sous deux aspects;
-l'ignorance pure, naturelle, dans laquelle les hommes naissent; l'autre
-est celle du vrai sage. Lorsque l'homme aura étudié toutes les sciences,
-et qu'il saura ce que les gens ont su et savent, il verra que toutes ces
-sciences, prises dans leur ensemble, sont tellement, insignifiantes,
-qu'elles ne donnent aucune possibilité de comprendre le monde, et cet
-homme se persuadera qu'en réalité, les savants ne savent absolument rien
-de plus que les simples ignorants. Mais il y a de ces demi-savants qui
-ont acquis quelques éléments de diverses sciences et qui s'en montrent
-très fiers. Ils se sont éloignés de l'ignorance naturelle, mais n'ont
-pas eu le temps d'arriver à la vraie sagesse des savants, qui ont
-compris l'imperfection et l'insignifiance de toutes les connaissances
-humaines. Ce sont ces gens qui, se croyant de fortes têtes, troublent
-le monde. Ils jugent de tout avec assurance et promptitude et,
-naturellement, ils se trompent constamment. Ils savent jeter de la
-poudre aux yeux et jouissent souvent du respect des hommes, mais les
-masses populaires les méprisent, voyant bien leur inutilité; quant à
-eux, ils méprisent le peuple, le croyant ignorant.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Les gens croient souvent que plus on sait, mieux cela vaut. C'est une
-idée fausse. Il ne s'agit pas de savoir beaucoup de choses; il importe
-de savoir l'essentiel de tout ce que l'on peut connaître.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Les sages ne sont jamais savants, les savants ne sont jamais sages.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Les hiboux voient dans l'obscurité, mais deviennent aveugles à la clarté
-du soleil. Il en est de même des savants. Ils connaissent quantité de
-futilités scientifiques, mais ils ne savent pas et ne peuvent rien
-savoir de ce qui est le plus nécessaire dans la vie: comment l'homme
-doit vivre sur la terre.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Le sage Socrate disait que la bêtise ne provient, pas de peu de science,
-mais de ce qu'on ne se connaît pas soi-même, et qu'on croit connaître
-tout ce que l'on ignore. Il appelait cela bêtise et ignorance.</p>
-
-<p class="caption">12</p>
-
-<p>Quand l'homme connaît toutes les sciences et parle toutes les langues,
-mais ignore ce qu'il est et ce qu'il doit faire, il est bien moins
-instruit que la vieille femme illettrée qui croit à son Seigneur le
-sauveur, c'est-à-dire en Dieu, selon la volonté duquel elle reconnaît
-qu'elle vit, et elle sait que ce Dieu exige d'elle une vie juste. Elle
-est plus instruite que le savant, parce qu'elle possède la réponse à
-la question essentielle: ce qu'est sa vie et comment doit-elle vivre;
-tandis que le savant, tout en possédant des réponses ingénieuses à
-toutes les questions complexes, mais peu importantes de la vie, n'a pas
-de réponse à la question principale de tout homme de raison: pourquoi je
-vis et que dois-je faire?</p>
-
-<p class="caption">13</p>
-
-<p>Les gens qui croient que la science est l'œuvre principale de la vie,
-sont pareils aux papillons attirés par la clarté de la bougie: ils
-périsssent eux-mêmes et obscurcissent la lumière.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>En quoi consiste le sens et le but de la vraie science.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Le savant est celui qui a appris beaucoup de choses dans les livres;
-l'homme instruit est celui qui est au courant de tout ce qui intéresse
-actuellement les hommes; l'homme éclairé est celui qui sait pourquoi il
-vit et ce qu'il doit faire. Ne t'efforce ni d'être savant, ni d'être
-instruit tâche de devenir un homme éclairé.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si dans la vie réelle l'illusion défigure la réalité pour un instant
-seulement, dans la région abstraite, l'erreur peut dominer pendant des
-milliers d'années, peut peser de son joug sur des peuples entiers,
-étouffer les élans les plus nobles de l'humanité, et, à l'aide de ses
-esclaves qu'elle a trompés, elle peut mettre aux fers celui qu'elle n'a
-pu tromper. Elle est l'ennemi contre lequel les plus grands esprits de
-tous les temps ont mené un combat inégal, et l'humanité n'a gagné que
-ce qu'ils ont pu lui enlever. Si l'on dit que l'on doit rechercher la
-vérité même là où l'on en attend aucun profit parce que l'utilité peut
-en apparaître là où elle n'avait pas été prévue, il faut ajouter encore
-qu'on doit rechercher et supprimer avec le même zèle toute erreur, là
-même où elle ne peut faire aucun tort, parce que le danger des erreurs
-peut facilement apparaître un jour, là où on ne s'y attendait pas, toute
-erreur contenant du poison. Il n'y a pas d'erreur inoffensive et il y a
-d'autant moins d'erreur honorable et sacrée.</p>
-
-<p>Pour consoler ceux qui consacrent leur vie et leurs forces à la noble
-et difficile lutte contre les erreurs, on peut hardiment dire que, si
-avant la venue de la vérité, l'erreur continuera quand même à faire
-son œuvre, elle n'évincera pas jusqu'au bout la vérité conquise et
-clairement exprimée, pour prendre librement sa place vacante, pas plus
-que les hiboux et les chauves-souris pendant la nuit n'intimideront et
-n'empêcheront le soleil de réapparaître radieux à son lever. Telle est
-la puissance de la vérité; sa victoire est difficile et pénible, mais
-une fois gagnée, elle ne peut pas être reprise.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Depuis que les hommes vivent sur la terre, tous les peuples ont eu des
-sages qui leur ont enseigné ce qui était le plus nécessaire de savoir:
-quelle est la destination et, par conséquent, le vrai bonheur de chaque
-homme et de tous les hommes. Seul l'homme qui connaît cette science peut
-juger de l'importance de toutes les autres.</p>
-
-<p>Les objets d'études sont <i>innombrables</i>; aussi, l'ignorance de la
-mission et du bonheur des hommes rend-elle impossible le choix dans
-cette quantité infinie des connaissances et c'est pourquoi sans cette
-connaissance primordiale, toutes les autres deviennent et sont, en
-effet, un amusement vain et nuisible.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Tous les hommes qui s'adressent à la science de notre époque, non pour
-satisfaire une vaine curiosité, non pour jouer un rôle dans la science,
-écrire; discuter, enseigner, non pour vivre de la science, mais pour lui
-poser des questions directes, simples, vitales, s'aperçoivent que tout
-en répondant à des milliers de questions très ingénieuses et complexes,
-elle est impuissante à répondre à la seule question qui intéresse tout
-homme de raison: que suis-je et comment dois-je vivre?</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>On peut étudier les sciences inutiles à la vie spirituelle, telles
-que l'astronomie, les mathématiques, la physique, de même que jouir
-de divers plaisirs, jeux, promenades, quand ces occupations ne nous
-empêchent pas de faire ce que nous devons; mais ce n'est pas bien
-de s'occuper de vaines sciences et de jouir de plaisirs, quand ils
-entravent la véritable œuvre de la vie.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Socrate démontrait à ses élèves qu'une instruction bien organisée
-commande de parvenir dans chaque science à une certaine limite qu'on ne
-doit pas franchir. Il suffit de connaître assez de géométrie, disait-il,
-pour être, à l'occasion en état de mesurer régulièrement une bande
-de terre que l'on achète ou que l'on rend, pour diviser un héritage
-ou pour savoir répartir le travail aux ouvriers. «C'est si facile,
-disait-il, qu'avec un peu de bonne volonté on ne s'arrêtera plus devant
-aucun calcul, quand bien même il faudrait mesurer toute la terre. Mais
-il n'approuvait pas lorsqu'on se passionnait pour les difficultés de
-cette science, et, bien qu'il les connût, il disait, qu'elles pouvaient
-occuper toute la vie d'un homme et le distraire des sciences utiles,
-tandis qu'elles ne servaient à rien. Il trouvait bien que l'on
-connaisse assez d'astronomie pour pouvoir, d'après de menus indices
-reconnaître les heures de la nuit, les jours du mois, et les saisons
-de l'année, s'orienter sur sa route, maintenir la direction en mer, et
-relever les gardes. Cette science, est si facile, ajoutait-il, qu'elle
-est accessible à chaque chasseur, à tout navigateur et, en général,
-à tout homme qui voudrait quelque peu s'en occuper. Mais lorsqu'on
-voulait arriver à étudier les différentes orbites parcourues par les
-astres célestes, calculer la dimension des planètes et des étoiles, leur
-éloignement de la terre, leurs mouvements et modifications,&mdash;il blâmait
-les gens, car il ne voyait aucune utilité à ces occupations. Il en avait
-une si basse opinion, non pas par ignorance, car il avait étudié ces
-sciences, mais parce qu'il ne voulait pas qu'on dépense à des études
-superflues, le temps et les forces qui pourraient être employés à la
-chose la plus nécessaire à l'homme: à son perfectionnement moral.»</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">XÉNOPHON.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII.&mdash;<i>De la lecture des livres.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Fais attention que la lecture de nombreux écrivains, de livres de
-tous genres n'embrouillent et ne troublent ta raison. On ne doit
-alimenter son esprit que par la lecture d'écrivains dont la valeur
-est incontestable. Trop de lecture distrait l'esprit et le déshabitue
-du travail personnel. C'est pourquoi ne lis que les vieux livres
-incontestablement bons. Si jamais tu as envie de passer à des œuvres
-d'un autre genre, n'oublie pas de revenir aux anciennes.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Lisez avant tout les meilleurs livres; autrement vous n'aurez pas le
-temps de les lire.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">THOREAU.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il est préférable de ne jamais lire un seul livre que d'en lire beaucoup
-et de croire à tout ce qui y est dit. On peut être intelligent sans lire
-un seul livre, tandis qu'en croyant à tout ce qui est écrit dans les
-livres, on devient forcément sot.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Dans la fabrication des livres se répète le même fait que dans la vie.
-La plupart des gens s'égarent sottement. C'est pour cela que tant de
-mauvais livres, tant de relent littéraire s'accumulent parmi la bonne
-graine. Les hommes ne font que perdre leur temps, leur argent, et leur
-attention à la lecture de ces livres.</p>
-
-<p>Les mauvais livres ne sont pas seulement inutiles, mais encore
-nuisibles. Car neuf dixièmes de tous les livres ne s'impriment que pour
-prendre l'argent des autres.</p>
-
-<p>C'est pourquoi il est préférable de ne pas lire du tout les livres dont
-on parle et dont on écrit beaucoup. Les gens doivent chercher avant tout
-à lire et à connaître les meilleurs écrivains de tous les siècles, et
-de tous les peuples. Ce sont ces livres là qu'on doit lire en premier
-lieu; autrement, on n'aura pas le temps de les lire du tout. Seuls ces
-écrivains nous instruisent et contribuent à notre éducation.</p>
-
-<p>Nous ne lirons jamais trop peu de mauvais livres et nous ne réussirons
-jamais à lire trop de bons livres. Les mauvais livres sont un poison
-moral qui ne fait que griser.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SCHOPENHAUER.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Les superstitions et les erreurs tourmentent les hommes. Il n'y a qu'un
-moyen pour s'en débarrasser: la vérité. Or, nous apprenons la vérité
-tant par nous-mêmes que par l'entremise de sages et de saints qui ont
-vécu avant nous. C'est pourquoi pour mener une vie de bien, il faut
-chercher soi-même la vérité, tout en profitant des indications qui sont
-venues jusqu'à nous des anciens sages et des saints.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>L'un des moyens les plus puissants de connaître la vérité qui libère des
-superstitions, consiste à apprendre tout ce que l'humanité a fait dans
-le passé pour connaître et exprimer la vérité commune à tous les hommes.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VIII.&mdash;<i>De la pensée indépendante.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Chaque homme peut et doit profiter de tout ce que la raison commune de
-l'humanité a élaboré, mais il doit en même temps contrôler par sa propre
-raison les données élaborées par toute l'humanité.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Le savoir est vraiment le savoir, lorsqu'il est acquis par les efforts
-de la pensée et non par la mémoire.</p>
-
-<p>Nous commençons à savoir réellement lorsque nous nous arrivons à oublier
-complètement ce que nous avons appris. Je ne me rapprocherai pas à
-une distance d'un cheveu de la connaissance des objets, tant que je
-considérerai l'objet comme on me l'a appris. Pour connaître un objet,
-je dois m'en approcher comme d'une chose d'absolument inconnue de moi.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">THOREAU.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Nous attendons du professeur qu'il fasse de son élève un homme
-raisonnable, d'abord, sage, ensuite, et savant, enfin.</p>
-
-<p>Ce procédé présente cet avantage que si l'élève n'atteint jamais le
-dernier degré, comme cela a, en effet, généralement lieu dans la
-réalité; il gagnera néanmoins à s'instruire et aura plus d'expérience et
-de sagesse dans la vie.</p>
-
-<p>Mais si l'on retourne ce procédé à l'envers, alors les élèves saisissent
-quelque chose qui ressemble à la raison avant d'avoir acquis la faculté
-de raisonner et emportent de l'enseignement une science empruntée,
-comme collée à eux et non n'adhérant, sans compter que leurs facultés
-spirituelles restent tout aussi improductives que par le passé et se
-trouvent en même temps fortement corrompues par la sagesse imaginaire.
-C'est là la raison pourquoi nous rencontrons souvent des savants (ou
-plutôt des gens instruits) qui manifestent très peu de raisonnement,
-et c'est pourquoi il sort des académies plus d'idiots que de n'importe
-quelle autre classe sociale.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Dans toutes les classes il y a des hommes qui jouissent d'une
-supériorité mentale, bien qu'ils n'aient souvent aucune instruction.
-L'esprit naturel peut remplacer presque tous les degrés de
-l'instruction, tandis qu'aucune instruction ne peut remplacer l'esprit
-naturel, bien qu'elle possède l'avantage de la connaissance des
-événements et des faits (science historique), de la définition des
-causes (sciences naturelles)&mdash;le tout en une revue facile et régulière;
-mais cela ne lui donne pas une opinion plus exacte et plus approfondie
-du sens réel de tous ces événements, faits et causes. L'homme non
-instruit, mais perspicace et prompt à voir les choses, saura se passer
-de ces richesses. Un incident de sa propre expérience lui apprendra
-bien plus qu'à un savant qui connaît des milliers de cas, mais qu'il
-ne <i>comprend</i> pas très bien, parce que le peu de savoir de l'homme non
-instruit est <i>vécu</i>.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>J'aime les paysans: ils ne sont pas assez instruits pour pouvoir
-raisonner erronement.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MONTAIGNE.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Combien de lectures multiples nous aurions pu éviter si nous savions
-réfléchir avec indépendance.</p>
-
-<p>Est-ce que la lecture et l'étude sont la même chose? Quelqu'un a
-affirmé, non sans raison, que si l'impression des livres a contribué au
-développement plus vaste de l'instruction, cela a été au détriment de
-leur qualité et de leur teneur. Trop lire est mauvais pour la pensée.
-Les plus grands penseurs, rencontrés parmi les savants que j'ai étudiés,
-étaient précisément les moins érudits.</p>
-
-<p>Si l'on avait enseigné aux hommes <i>comment</i> ils doivent penser, et non
-pas à quoi ils doivent penser, le malentendu aurait pu être évité.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LICHTENBERG.</p>
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XIX" id="CHAPITRE_XIX">CHAPITRE XIX</a></h4>
-
-<h3>L'EFFORT</h3>
-
-
-<p>Les péchés, les tentations, les superstitions arrêtent, voilent à
-l'homme son âme. Pour se révéler à soi-même son âme, l'homme doit faire
-des efforts de conscience. C'est donc dans ces efforts de conscience que
-consiste l'œuvre principale de la vie de l'homme.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I.&mdash;<i>La libération des péchés, des tentations et des superstitions est
-dans l'effort.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'abnégation libère les hommes des péchés, l'humilité&mdash;des tentations,
-la véracité&mdash;des superstitions. Mais pour que l'homme puisse renoncer
-aux désirs charnels, s'humilier devant les tentations de l'orgueil et
-contrôler par la raison les superstitions qui le désorientent, il doit
-faire des efforts. Seul l'effort de sa conscience permet à l'homme de se
-libérer des péchés, des tentations et des superstitions qui le privent
-de bonheur.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Le Royaume de Dieu est conquis par l'effort. Le Royaume de Dieu est
-en vous (Luc, XVI, 16; XVII, 21). Ces deux strophes de l'Evangile
-signifient que ce n'est que par des efforts de conscience que les hommes
-peuvent vaincre en eux les péchés, les superstitions et les tentations
-qui retardent l'approche du Royaume de Dieu.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Ici, sur la terre, il ne peut et ne doit pas y avoir de repos, parce que
-la vie est une marche vers le but qu'on ne peut jamais atteindre. Le
-repos est immoral. Je ne puis dire en quoi consiste ce but; mais quel
-qu'il soit, il existe et nous savons que nous nous en approchons. Sans
-ce rapprochement, la vie serait une absurdité et un mensonge. Et nous ne
-pouvons nous rapprocher de ce but que par notre propre effort.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JOSEPH MAZZINI.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Devenir de plus en plus meilleur, c'est toute l'œuvre de la vie, et on
-ne peut devenir meilleur que par l'effort.</p>
-
-<p>Chacun sait que sans effort, on ne peut rien faire dans le travail. Il
-faut savoir également que dans l'œuvre principale de la vie, dans la vie
-spirituelle, on ne peut rien faire sans effort.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La force ne se manifeste pas par le pouvoir de faire un nœud avec un
-attisoir en fer, par la possession des billions et des trillions de
-roubles, ni par la domination sur des millions d'hommes; la vraie force
-est dans le pouvoir sur soi-même.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Ne dis jamais d'une bonne action: «Ce n'est pas la peine de se donner du
-mal; c'est si difficile que je n'y arriverai jamais;» ou bien: «C'est
-si facile que je n'ai qu'à vouloir pour le faire.» Ne pense pas et ne
-parle pas ainsi: même si le but visé n'est pas atteint, ou si ce but est
-insignifiant, chaque effort fortifie l'âme.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Les gens pensent souvent que pour être un vrai chrétien, il faut
-accomplir des actes extraordinaires. C'est une erreur. Le chrétien n'a
-pas besoin d'œuvres spéciales, extraordinaires; il ne lui faut qu'un
-effort d'esprit perpétuel qui le libère des péchés, des tentations et
-des superstitions.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Les mauvaises actions&mdash;celles qui causent nos malheurs,&mdash;s'accomplissent
-facilement; mais ce qui est noble et bon pour nous se fait uniquement au
-prix d'un effort.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse bouddhiste.</i></p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Si l'homme prend pour règle de faire ce qu'il veut, il ne restera pas
-longtemps à vouloir faire ce qu'il fait. La vraie œuvre n'est jamais que
-celle à laquelle on doit travailler pour l'accomplir.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>La route vers la connaissance du bien n'a jamais été tracée sur un gazon
-soyeux jonchée de fleurs; l'homme a toujours dû escalader des rochers
-dénudés.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>On ne cherche jamais la vérité avec joie, mais avec émotion et
-inquiétude; et cependant, on doit la chercher; car n'ayant pas trouvé
-la vérité et appris à l'aimer, tu périras. Mais, diras-tu, si la vérité
-voulait que je la cherche et que je l'aime, elle se serait révélée
-à moi-même. Aussi se révèle-t-elle à toi, mais tu n'y prêtes pas
-attention. Cherche donc la vérité,&mdash;elle le veut.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>La vie pour l'âme exige des efforts.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Je suis l'instrument avec lequel Dieu travaille. Mon vrai bonheur
-consiste à participer à Son travail. Mais je ne peux y parvenir qu'au
-moyen des efforts que je fais pour garder toujours en état propre et
-aiguisé l'instrument de Dieu qui m'est confié: moi-même, mon âme.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La chose la plus chère à l'homme, c'est d'être libre, de vivre à sa
-guise et non suivant la volonté d'autrui. Afin de vivre ainsi, l'homme
-doit vivre pour son âme. Et afin de vivre pour l'âme, l'homme doit
-réprimer les désirs du corps.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La vraie vie humaine n'est autre chose que le passage progressif de la
-nature bestiale inférieure à une conception de plus en plus grande de la
-vie spirituelle.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Nous faisons un effort pour nous réveiller et nous nous éveillons
-effectivement lorsque le rêve devient affreux et que nous n'avons plus
-de forces de le supporter. Il faut agir de même dans la vie réelle
-lorsqu'elle devient intolérable. Dans ces moments-là, il faut faire un
-effort de conscience pour s'éveiller à une vie nouvelle, supérieure,
-spirituelle.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La lutte contre les péchés, les tentations et les superstitions est
-nécessaire déjà pour cette raison que si tu cesses de les combattre, ta
-chair prend le dessus.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Il nous semble qu'un vrai travail ne peut être fait qu'à quelque chose
-de visible: à bâtir une maison, à labourer un champ, à nourrir le
-bétail, mais que travailler à son âme, à quelque chose d'invisible,
-n'est pas une besogne importante, une besogne que l'on peut faire ou ne
-pas faire; pourtant tout autre travail,&mdash;en dehors du travail intérieur,
-celui qui nous rend tous les jours plus moral et plus aimant,&mdash;tout
-autre travail n'est rien. C'est le seul vrai, et tous les autres ne sont
-utiles que si ce travail principal de la vie s'effectue.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Celui qui reconnaît que sa vie est mauvaise et qui veut commencer à
-vivre mieux, ne doit pas penser qu'il ne peut commencer à le faire que
-lorsqu'il aura modifié les conditions de sa vie. On doit et on peut
-améliorer sa vie non pas par les transformations extérieures, mais par
-un changement de soi-même, en notre âme. Et cela, on peut le faire
-toujours et partout. Et chacun a suffisamment à faire dans ce but. C'est
-seulement lorsque ton âme aura changé au point que tu ne pourras plus
-vivre comme par le passé, que tu pourras la modifier, et non quand tu
-croiras qu'il te sera plus facile de te corriger si tu changes ta vie.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Il n'y a, dans la vie, qu'une seule chose importante pour tous les
-hommes. Cette œuvre seule est destinée à tous les hommes. Tout le reste
-n'est rien en comparaison avec elle. On voit que cela est ainsi parce
-que dans cette œuvre seule, l'homme n'a pas d'entraves et qu'elle seule
-donne toujours la joie.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Prends l'exemple du ver à soie: il travaille tant qu'il n'est pas en
-mesure de voler. Et toi, tu t'es collé à la terre. Travaille à ton âme,
-et il te poussera des ailes.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après ANGÉLUS.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Le perfectionnement de soi-même ne saurait être atteint que par
-des efforts de conscience.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>«Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait», est-il dit dans
-l'Evangile. Cela ne signifie point que le Christ ordonne à l'homme
-d'être aussi parfait que Dieu, mais que chaque homme doit faire des
-efforts de conscience pour se rapprocher de la perfection et que la vie
-de l'homme est dans ce rapprochement.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Tout être ne grandit pas d'un coup, mais peu à peu. On ne peut non
-plus apprendre une science d'un coup. De même, on ne peut pas vaincre
-le péché d'un coup. Il n'y a qu'un moyen pour devenir meilleur: le
-raisonnement sage et l'effort continu et patient.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">CHANNING.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Lessing disait que ce n'est pas la vérité qui donne la joie à l'homme,
-mais l'effort qu'il fait pour la connaître, Il en est de même de la
-vertu: la joie que donne la vertu est dans l'effort qui nous rapproche
-d'elle.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Les paroles suivantes étaient gravées sur la baignoire du Roi
-Tching-Tchang: «Renouvelle-toi tous les jours complètement; fais-le à
-nouveau et encore à nouveau.»</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse chinoise.</i></p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Si les gens ne s'occupent pas d'explorations, et s'ils s'en occupent,
-mais qu'ils n'y réussissent pas, ils ne doivent pas se désespérer ni
-s'arrêter; si les gens n'interrogent pas les personnes éclairées sur les
-choses qu'ils ignorent, et si, en interrogeant, ils ne deviennent pas
-plus avancés, ils ne doivent pas désespérer; si les gens ne raisonnent
-pas, et s'ils raisonnent, mais ne peuvent pas comprendre clairement en
-quoi consiste le bien, ils ne doivent pas désespérer; si les gens ne
-distinguent pas le bien et le mal, et s'ils le distinguent, mais n'en
-ont pas une conception exacte, ils ne doivent pas désespérer; si les
-gens ne font pas le bien, et s'ils le font, mais sans lui consacrer
-toutes leurs forces, ils ne doivent pas désespérer: ils feront en dix
-fois ce que d'autres auraient fait en une fois; ils feront en mille fois
-ce que d'autres auraient fait en cent fois.</p>
-
-<p>Celui qui suivra réellement cette règle de la continuité de l'effort
-deviendra, si ignorant qu'il soit, sûrement fort, et, si vicieux qu'il
-soit, il deviendra sûrement vertueux.</p>
-
-<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse chinoise.</i></p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Lorsque l'homme fait le bien uniquement parce qu'il est habitué à le
-faire, ce n'est pas encore la vie de bien. Cette vie commence lorsque
-l'homme fait un effort pour être bon.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Tu dis: ce n'est pas la peine de faire des efforts; on aura beau
-s'appliquer, on ne parviendra jamais à la perfection. Ton œuvre n'est
-pas d'atteindre la perfection, mais de t'en rapprocher de plus en plus.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Pour que la vie soit non un chagrin, mais une joie continuelle, on doit
-toujours être bon pour tous, hommes et animaux. Et pour être bon, il
-faut s'y habituer; et pour s'y habituer, il ne faut, pas laisser passer
-une seule de ses mauvaises actions sans s'en faire de reproches.</p>
-
-<p>Si tu agis ainsi, tu t'habitueras bientôt à être bon pour tous les
-hommes et pour tous les animaux. Et si tu t'habitues à la bonté, tu
-auras toujours la joie au cœur.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>La vertu de l'homme ne se mesure pas par ses exploits extraordinaires,
-mais par son effort de chaque jour.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>Pour se rapprocher de la perfection, l'homme ne doit compter que
-sur ses propres forces.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Combien il est erroné de demander à Dieu, ou même aux hommes, de me
-délivrer d'une situation difficile. L'homme n'a besoin de l'aide de
-personne; il n'a pas besoin non plus de sortir de la situation où il se
-trouve; il ne lui faut qu'une seule chose: faire un effort de conscience
-pour se libérer des péchés, des tentations et des superstitions. La
-situation de l'homme changera et s'améliorera seulement en tant qu'il se
-sera libéré des péchés, dés tentations et des superstitions.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Rien n'affaiblit les forces de l'homme que l'espoir de trouver le salut
-et le bonheur ailleurs que dans son effort.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il faut se débarrasser de l'idée que le Ciel peut corriger nos erreurs.
-Si vous préparez négligemment quelque plat, vous n'espérez pas que la
-Providence le rendra bon; de même, si pendant une série d'années de
-folie, vous avez mal dirigé votre vie, vous ne devez pas espérer que
-l'intervention divine dirigera et arrangera tout pour le mieux.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Tu possèdes la connaissance de ce qui est la perfection suprême. En toi
-également sont les obstacles qui t'empêchent d'y arriver. Ta situation
-est précisément celle qui t'engage à travailler pour te rapprocher de la
-perfection.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">CARLYLE.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>C'est toi qui pèches, c'est toi qui projettes le mal, c'est toi qui fuis
-le péché, c'est toi qui purifies tes desseins, c'est toi qui es méchant
-ou pur; un autre ne pourra pas te sauver.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">DJAMAPADA.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Il n'y a pas de loi morale si je ne puis l'accomplir. Les gens disent:
-nous sommes nés égoïstes, avares, sensuels, et nous ne pouvons pas être
-autres. Non, nous le pouvons. La première chose, c'est de sentir dans
-son cœur ce que nous sommes et ce que nous devons être, et la seconde
-est de faire des efforts pour nous rapprocher de ce que nous devrions
-être.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SOLTER.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>L'homme doit développer ses germes de bien. La Providence ne les a pas
-semés entièrement levés dans l'homme; ce ne sont que des germes. Se
-rendre meilleur, cultiver soi-même&mdash;voilà l'œuvre principale de la vie
-de l'homme.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p>V.&mdash;<i>Il n'y a qu'un seul moyen d'améliorer la vie sociale: l'effort de
-chaque homme pour obtenir une vie morale et bonne.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Les hommes se rapprochent du Royaume de Dieu, c'est-à-dire de la vie
-bonne et heureuse, uniquement par l'effort de chaque individu vers une
-vie morale.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si tu vois que l'organisation de la société est mauvaise et que tu veux
-l'améliorer, sache qu'il est pour cela un seul moyen: tous les hommes
-doivent devenir meilleurs. Et pour rendre tous les hommes meilleurs, tu
-n'as qu'un moyen: c'est de devenir meilleur toi-même.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>On entend souvent dire que tous les efforts faits pour améliorer la vie,
-supprimer le mal, instituer la justice sont inutiles, et que tout cela
-se fera de soi-même. Les gens avançaient, en ramant, mais les rameurs,
-arrivés à destination, sont descendus; les voyageurs restés dans le
-bateau ne se mettent pas à ramer parce qu'ils pensent que le bateau
-continuera à avancer comme il l'a fait jusque-là.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>«Oui, cela serait ainsi, si tous les hommes avaient compris d'un coup
-que tout cela est mauvais et inutile pour nous,» dit-on en parlant
-du mal de la vie humaine. «Mettons qu'un homme renonce au mal, qu'il
-refuse à y participer, cela avançera-t-il l'œuvre du bien commun? La
-transformation de la vie sociale s'opère grâce aux efforts de toute la
-société et non pas à ceux des individus isolés.»</p>
-
-<p>Il est vrai, qu'une hirondelle ne fait pas le printemps. Serait-il
-possible, cependant, que parce qu'une hirondelle ne fait pas le
-printemps, elle ne doit pas s'envoler alors qu'elle sent l'approche du
-printemps? Si chaque bourgeon et chaque herbe attendaient, il n'y aurait
-jamais de printemps. De même, pour établir le Royaume de Dieu, je ne
-dois pas me demander si je suis la première ou la millième hirondelle,
-mais faire immédiatement, même si je suis seul, en sentant l'approche du
-royaume de Dieu, tout ce qu'il faut pour le réaliser.</p>
-
-<p>«Demandez, et il vous sera donné; cherchez, et vous trouverez; frappez,
-et on vous ouvrira. Car quiconque demande, reçoit, et quiconque
-cherche, trouve; et l'on ouvre à celui qui frappe.»</p>
-
-<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;">MATTH., VII, 7-8.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Notre vie est malheureuse. Pourquoi?</p>
-
-<p>Parce que les hommes vivent mal. Et ils vivent mal parce qu'ils sont
-eux-mêmes mauvais. De sorte que pour que la vie ne soit plus mauvaise,
-il faut changer les mauvaises gens en bonnes gens. Comment faire cela?
-Personne ne peut transformer tout le monde, mais chacun peut s'amender
-lui-même. Il semble, tout d'abord, qu'on ne peut pas remédier à cela
-ainsi, car que peut faire un homme contre tous? Pourtant, tous se
-plaignent de leur vie malheureuse. Si donc tous les hommes comprennent
-que la mauvaise vie vient des mauvaises gens, et que chacun peut non pas
-corriger les autres, mais se corriger lui-même, toute la vie deviendra
-immédiatement meilleure.</p>
-
-<p>C'est donc que la mauvaise vie dépend de nous, et cela dépend également,
-de nous qu'elle devienne bonne.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>L'effort vers la perfection donne le vrai bonheur.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'effort moral et la joie de la conscience de la vie alternent de même
-que le travail corporel et la joie du repos. Sans travail corporel on
-n'éprouve pas la joie du repos: sans effort moral, il n'y a pas de joie
-d'être conscient de la vie.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La récompense de la vertu est dans l'effort même de faire une bonne
-action.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">CICÉRON.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>N'attends pas non seulement un succès rapide, mais même un succès
-perceptible de tes efforts vers le bien. Tu ne verras pas le fruit de
-tes efforts, parce que tu t'es avancé 'tout autant que s'est avancée la
-perfection à laquelle tu aspires. L'effort de la conscience n'est pas un
-moyen pour obtenir le bonheur, mais l'effort de la conscience donne par
-lui-même le bonheur.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Dieu a donné aux animaux tout ce qu'il leur faut. Mais il ne l'a pas
-donné à l'homme. L'homme doit se procurer lui-même tout ce qui lui est
-nécessaire. La sagesse supérieure de l'homme n'est pas née avec lui; il
-doit travailler pour la gagner, et plus son travail est pénible, plus la
-récompense est grande.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Tablettes des Babides</i><a name="FNanchor_1_9" id="FNanchor_1_9"></a>
-<a href="#Footnote_1_9" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Le Royaume de Dieu est conquis de haute lutte. Cela veut dire que pour
-se débarrasser du mal et devenir bon, il faut un effort.</p>
-
-<p>L'effort est nécessaire pour se contenir du mal. Contiens-toi du mal, et
-tu feras le bien, parce que l'âme humaine aime le bien, et elle le fait,
-si elle est exempte de mal.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Vous êtes des travailleurs libres et vous le sentez. Toutes sortes de
-raisonnements mensongers voulant prouver que la destinée ou les lois de
-la nature sont maîtresses de tout, ne seront jamais en état de faire
-taire les deux témoins incorruptibles de la liberté: les reproches de
-la conscience et les grands martyres. Depuis Socrate jusqu'à Christ, et
-depuis Christ jusqu'aux hommes qui, de siècle en siècle, meurent pour
-la vérité, tous les martyrs de la foi montrent le mensonge de cette
-doctrine d'esclaves et nous, disent tout haut: «Nous aussi, nous avons
-aimé la vie, et aussi tous les hommes qui ont embelli notre vie et qui
-nous suppliaient de cesser la lutte. Chaque battement de notre cœur
-semblait nous crier: vivez! Mais pour accomplir la loi de la vie, nous
-avons préféré la mort.»</p>
-
-<p>Depuis Caïn et jusqu'à l'homme le plus profondément misérable de notre
-époque, tous ceux qui ont choisi la voie du mal entendent au fond de
-leur âme la voix du blâme, du reproche, une voix qui ne leur donne pas
-de repos, qui leur répète éternellement: Pourquoi avez-vous abandonné
-le chemin de la vérité? Vous pouviez, vous pouvez faire un effort. Vous
-êtes des hommes libres et il était dans votre pouvoir de moisir dans les
-péchés ou de vous en libérer.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAZZINI.</p>
-<hr class="r5" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_1_9" id="Footnote_1_9"></a><a href="#FNanchor_1_9"><span class="label">[1]</span></a> Secte religieuse persane. <i>(Note du trad.)</i></p></div>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XX" id="CHAPITRE_XX">CHAPITRE XX</a></h4>
-
-<h3>LA VIE EST DANS LE PRÉSENT</h3>
-
-
-<p>Les hommes croient que leur vie dure un temps donné: dans le passé et
-dans l'avenir. Mais ce n'est qu'une apparence; la vraie vie humaine
-ne dure pas pendant un temps, elle <i>est</i> toujours, se maintenant à un
-point indéterminé où le passé touche au futur et que nous appelons
-improprement le présent. A ce point du présent, et rien qu'à ce point,
-l'homme est libre; c'est pourquoi la vraie vie de l'homme est dans le
-présent et rien que dans le présent,.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I.&mdash;<i>La vraie vie ne dépend pas du temps.</i></p>
-
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Le passé n'est plus, le futur n'est pas encore venu. Qu'est-ce qui
-est donc? Rien que le point où le futur et le passé se touchent. Il
-semblerait que ce point n'est rien, et cependant, toute notre vie est
-uniquement dans ce point.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Il nous semble seulement que le temps existe. Il n'est pas. Le temps
-n'est qu'un terme conventionnel grâce auquel nous voyons graduellement
-ce qui est en réalité et ce qui est toujours un. L'œil ne voit pas toute
-la sphère à la fois, bien que la sphère existe en entier et en une fois.
-Pour que l'œil voit, il faut que la sphère tourne devant l'œil qui la
-regarde. De même le monde se déroule, ou semble se dérouler, dans le
-temps devant les yeux des hommes. Pour la raison supérieure, il n'y a
-pas de temps: ce qui sera est déjà. L'idée du temps et de l'espace sert
-au morcellement de l'infini pour le profit des êtres finaux.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il n'y a ni «avant» ni «après»: ce qui arrivera demain existe réellement
-dans l'éternité.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Il n'y a ni temps, ni espace; l'un et l'autre nous sont indispensables
-pour que nous puissions comprendre les objets. C'est pourquoi il est
-faux de croire que les réflexions concernant les étoiles, dont la
-lumière n'est pas encore arrivée jusqu'à nous, et sur l'état du soleil
-à des millions d'années, etc., sont très importantes. Il n'y a là rien
-d'important ni même de sérieux. Tout cela n'est qu'un vain jeu de
-l'esprit.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Il n'y a pas de temps, il n'y a qu'un instant. Et c'est précisé ment en
-cet instant qu'est toute notre vie. C'est pourquoi il faut donner toutes
-nos forces à cet instant.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Si la vie est en dehors du temps, pourquoi se manifeste-t-elle dans le
-temps et dans l'espace? Parce que le mouvement, c'est-à-dire la tendance
-vers le développement, vers l'éclaircissement et la perfection, ne peut
-se manifester que dans le temps et l'espace. S'il n'y avait pas d'espace
-et de temps, il n'y aurait pas de mouvement, il n'y aurait pas de vie.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>La vie spirituelle de l'homme en dehors du temps et de l'espace.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Le temps ne sert qu'à la vie corporelle. L'être spirituel de l'homme,
-est toujours en dehors du temps. Et il est en dehors du temps, parce que
-l'activité de l'être spirituel consiste uniquement dans l'effort de la
-conscience. Et cet effort est toujours hors du temps, parce qu'il n'a
-jamais lieu qu'au présent et que le présent n'a pas de temps.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Nous ne pouvons nous représenter la vie après la mort et nous rappeler
-de la vie avant notre naissance parce que nous ne pouvons rien nous
-représenter qui soit en dehors du temps; et cependant, nous connaissons
-le mieux notre vie hors du temps&mdash;dans le présent.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Notre âme est jetée dans notre corps où elle trouve le nombre, le temps,
-la mesure. Elle raisonne d'après cela et appelle cela nature; nécessité,
-et ne saurait penser autrement.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Nous disons que le temps passe. Ceci n'est pas exact. C'est nous qui
-avançons, et non pas le temps. Lorsque nous flottons sur l'eau, il nous
-semble que ce sont les rives qui marchent et non pas le bateau dans
-lequel nous nous trouvons. Il en est de même du temps.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Il est bon de se rappeler souvent que notre vraie vie n'est pas
-uniquement extérieure, corporelle, telle que nous la vivons ici, sur
-terre, telle que nous la voyons, mais qu'avec cette vie, nous possédons
-encore une autre vie, intérieure, spirituelle, qui n'a ni commencement
-ni fin.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>La vraie vie n'est que dans le présent.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La faculté de se souvenir du passé et de se représenter l'avenir nous
-est donnée uniquement afin que, en nous fondant sur des considérations
-relatives à l'un ou à l'autre, nous puissions décider plus exactement
-nos actes du présent, mais nullement pour regretter le passé ou préparer
-l'avenir.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>L'homme ne vit que dans l'instant présent. Tout le reste est déjà passé,
-ou bien n'arrivera peut-être pas.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Si nous nous tourmentons en songeant au passé et que nous nous gâtons
-l'avenir, c'est uniquement parce que nous nous occupons trop peu du
-présent. Le passé a été, l'avenir n'est pas; seul le présent est.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Notre état futur semblera toujours un rêve à notre état présent.</p>
-
-<p>Ce n'est pas la longueur de la vie qui importe, mais sa profondeur. Il
-ne s'agit pas de prolonger la vie, mais de vivre en dehors du temps, et
-nous ne le faisons que lorsque nous vivons par l'effort du bien. Lorsque
-nous vivons ainsi, nous ne nous posons pas la question du temps.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après EMERSON.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>«Vivre jusqu'au soir et jusqu'à la mort»<a name="FNanchor_1_10" id="FNanchor_1_10"></a><a href="#Footnote_1_10" class="fnanchor">[1]</a> veut dire, vivre comme si
-l'on se trouvait toujours à sa dernière heure et qu'on n'a le temps que
-d'accomplir l'essentiel, et en même temps vivre comme si tu pouvais
-continuer indéfiniment l'œuvre que tu accomplis.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Le temps est derrière nous, il est devant nous, mais nous ne l'avons pas
-avec nous. Lorsqu'on se met à penser davantage à ce qui a été ou à ce
-qui sera, on perd le principal: la vraie vie dans le présent.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>On ne peut vaincre les mauvaises habitudes qu'aujourd'hui seulement, et
-non pas demain.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CONFUCIUS.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Rien n'a de l'importance, excepté ce que nous faisons dans le moment
-présent.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Il est bon de ne pas penser au lendemain; mais pour ne pas y penser, il
-n'y a qu'un seul moyen: c'est de penser continuellement si j'accomplis
-bien l'œuvre du jour, de l'heure, de la minute présente.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Dès qu'on s'absorbe dans le passé et l'avenir, on s'éloigne de la vraie
-vie et l'on se sent abandonné, lié, solitaire.</p>
-
-<p>Que de tortures morales, et tout cela pour mourir au bout de quelques
-minutes! Pourquoi donc s'inquiéter?</p>
-
-<p>Non, cela n'est pas vrai: ta vie existe actuellement. Le temps n'est
-pas, et l'heure présente vaut des centaines d'années si tu vis cette
-heure avec Dieu.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après AMIEL.</p>
-
-<p class="caption">14</p>
-
-<p>On dit: l'homme n'est pas libre parce que tout ce qu'il fait a une
-raison antérieure. Mais l'homme n'agit jamais que dans le présent; or,
-le présent est en dehors du temps: ce n'est que le point de contact
-entre le passé et le futur. C'est pourquoi l'homme est toujours libre
-pendant l'<i>instant</i> du présent.</p>
-
-<p class="caption">15</p>
-
-<p>La force libre et divine de la vie ne se manifeste que dans le présent;
-c'est pourquoi l'activité du présent doit posséder les qualités divines,
-c'est-à-dire doit être raisonnable et bonne.</p>
-
-<p class="caption">16</p>
-
-<p>On demanda à un sage: Quelle est l'œuvre la plus ïmportante? Quel
-est l'homme le plus important de la vie? Quel est le moment le plus
-important de la vie?</p>
-
-<p>Le sage répondit: «L'œuvre la plus importante c'est d'aimer tous les
-hommes parce que c'est là l'œuvre de la vie de chaque homme.</p>
-
-<p>«L'homme le plus important est celui auquel tu as affaire en ce moment,
-parce que tu ne pourras jamais savoir si tu auras affaire à un autre
-homme.</p>
-
-<p>«Le temps le plus important est le présent parce que là seulement
-l'homme est maître de lui-même.»</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>L'amour ne se manifeste que dans le présent.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'œuvre principale de la vie est l'amour. Et on ne peut aimer ni dans le
-passé ni dans le futur. On ne peut aimer que dans le présent, à cette
-heure, à cette minute.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>L'amour est une manifestation de l'essence divine qui n'a pas de temps;
-c'est pourquoi l'amour ne se manifest que dans le présent, tout de
-suite, à tout moment du présent.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Aimer, en général, c'est faire le bien. C'est ainsi que nous comprenons
-tous l'amour, et nous ne pouvons le comprendre autrement.</p>
-
-<p>L'amour n'est pas seulement un mot; il comprend les œuvres que nous
-accomplissons pour le bonheur d'autrui.</p>
-
-<p>Si l'homme décide de ne pas répondre aux exigences du plus petit amour
-vrai en vue d'un grand amour futur, il se leurre, leurre les autres et
-n'aime personne, sauf lui.</p>
-
-<p>Il n'y a pas d'amour dans le futur: l'amour n'existe que dans le
-présent. Si l'homme n'accomplit pas l'œuvre de l'amour dans le présent,
-c'est qu'il n'a pas d'amour.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Tu veux le bien. Or, le bien ne peut se produire qu'immédiatement. Il ne
-peut y avoir de bien dans l'avenir, parce qu'il n'y a pas d'avenir, il
-n'y a que le présent.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Ne remets jamais une bonne action si tu peux l'accomplir aujourd'hui,
-parce que la mort ne demande pas si tu as fait ce que tu dois. La mort
-n'attend personne ni rien. La chose la plus importante est donc celle
-qu'on accomplit à l'instant même.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>N'attendons pas pour être justes, compatissants. N'attendons pas la
-venue des souffrances exceptionnelles des autres et les nôtres. La vie
-est brève; dépêchons-nous donc à réjouir les cœurs de nos compagnons
-pendant cette courte traversée. Hâtons-nous d'être bons.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Les hommes de bien oublient les bonnes actions qu'ils ont accomplies:
-ils sont tellement occupés à ce qu'ils font, qu'ils ne pensent plus à ce
-qu'ils ont déjà fait.</p>
-
-<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;"><i>Proverbe chinois.</i></p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>La vie dans le présent est l'état dans lequel Dieu vit en nous. C'est
-pourquoi le moment présent est plus cher que tout. Emploie toutes les
-forces de ton âme à ne pas laisser échapper ce moment, afin de ne pas
-cacher à toi-même le Dieu qui peut se manifester en toi.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>Tentation de la préparation à la vie, au lieu de la vie même.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>«Je ferai cela quand je serai grand.»&mdash;«Je vivrai ainsi lorsque j'aurai
-terminé mes études, lorsque je me serai marié.» «Je ferai cela lorsque
-j'aurai des enfants, lorsque j'aurai marié mon fils, où lorsque je serai
-riche, lorsque j'habiterai un autre endroit, ou lorsque je serai vieux.»</p>
-
-<p>Ainsi parlent les enfants, les adultes, les vieillards, et personne ne
-sait s'il vivra jusqu'au soir. Nous ne pouvons rien savoir de tout cela:
-si nous aurons ou non la possibilité de le mener à bonne fin, si la mort
-ne nous empêchera pas de le faire.</p>
-
-<p>Il n'y a qu'une seule œuvre que la mort ne peut entraver: c'est
-l'accomplissement, à toute heure de la vie, de la volonté de Dieu, celle
-qui est d'aimer les hommes.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Nous pensons et nous disons souvent que «je ne puis pas faire tout ce
-que je dois par suite de la situation où je me trouve». Combien cela
-est faux! Le travail intérieur, qui est la raison même de la vie, est
-toujours possible. Tu es en prison, tu es malade, tu es privé de la
-possibilité, d'entreprendre toute activité extérieure; on t'offense, on
-te tourmente; mais ta vie intérieure est dans ton pouvoir: tu peux, dans
-la pensée, reprocher, blâmer, envier, détester les hommes, et tu peux
-aussi réprimer ces sentiments et les remplacer par de bons. De sorte que
-chaque minute de ta vie est à toi, et personne ne peut te la prendre.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Se savoir malade, prendre soin pour se guérir, surtout penser à ce
-que je suis souffrant pour le moment et, par suite, incapable d'agir,
-se dire que lorsque je redeviendrai valide, j'agirai, est une grande
-tentation. Car ces paroles signifient: je refuse ce qui m'est donné,
-mais je veux ce qui n'existe pas. On peut toujours se réjouir de ce que
-l'on possède à chaque instant et faire immédiatement tout ce que l'on
-peut.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Tu n'es pas bien, et il te semble que cela vient de ce que tu ne peux
-pas vivre comme tu voudrais, que tu aurais plus facilement fait ce que
-tu crois devoir faire si ta vie était autre. C'est faux. Tu as tout ce
-que tu désires. A tout moment de ta vie, tu peux faire la meilleure
-chose que tu es à même d'accomplir.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Les importantes, les grandes œuvres qui ne peuvent être terminées que
-dans l'avenir, ne sont pas de vraies œuvres, elles ne sont pas faites
-pour la gloire de Dieu. Si tu crois en Dieu, tu croiras à la vie dans le
-présent, tu travailleras à des œuvres qui peuvent être achevées dans le
-présent.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p><i>Momento-mori</i>. Souviens-toi de la mort! est une grande parole. Si
-nous nous souvenions que nous mourrons inévitablement et bientôt,
-notre vie serait tout autre. Si l'homme sait qu'il doit mourir dans
-une demi-heure, il ne fera sûrement ni des choses vaines, ni bêtes, ni
-surtout mauvaises, dans ce court laps de temps. Le demi-siècle qui te
-sépare, peut-être, de la mort, n'est-ce pas une demi-heure?</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>Les conséquences de nos actes regardent Dieu, et non pas nous.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Les conséquences de nos actes ne dépendent pas de nous, parce qu'elles
-sont infinies dans l'espace infini et dans le temps infini.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si tu peux voir toutes les conséquences de ton activité, sache que cette
-activité est nulle.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Nos actes de l'instant, du moment, sont à nous; ce qu'il en résultera,
-c'est l'affaire de Dieu.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">FRANÇOIS d'ASSISE.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>En vivant d'une vie spirituelle, c'est-à-dire en communion avec Dieu,
-l'homme, bien qu'il ne puisse pas connaître les conséquences de ses
-actes, sait sûrement que ces conséquences seront heureuses.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>L'acte accompli sans la moindre réflexion aux conséquences possibles,
-uniquement en vue d'accomplir la volonté de Dieu, est la meilleure
-action que l'homme peut accomplir.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>La récompense d'une vie juste n'est jamais dans l'avenir, mais dans le
-présent. Si tu fais bien à l'instant, tu te sens bien à l'instant. Et si
-tu agis bien, les conséquences ne peuvent ne pas être bonnes.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII.&mdash;<i>Ceux qui croient que le sens de la vie est dans le présent ne se
-préoccupent pas de la vie d'outre-tombe.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Nous nous embrouillons dans nos idées sur la vie future; nous nous
-demandons ce qu'il y aura après la mort. Mais on ne peut le demander,
-parce que la vie et l'avenir sont deux termes contradictoires: la vie
-est seulement dans le présent. Il nous semble qu'elles <i>a été</i> et
-qu'elle <i>sera</i>, tandis qu'elle <i>est</i> seulement. Il ne faut pas chercher
-une solution à la question de l'avenir, mais penser comment nous devons
-vivre dans le présent, à l'instant même.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Nous ignorons toujours tout ce qui a trait à la vie corporelle, parce
-que cette vie est réglée par le temps et que nous ne pouvons pas
-connaître l'avenir.</p>
-
-<p>Mais dans le domaine de la vie spirituelle, il n'y a pas de futur. C'est
-pourquoi l'inconnu de notre vie diminue à mesure qu'elle se transforme
-de charnelle en spirituelle, à mesure que nous vivons dans le présent.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Nous devons accomplir honnêtement et d'une manière impeccable le travail
-qui nous est confié, indépendamment de notre espoir de devenir un jour
-des anges, ou de notre croyance d'avoir été jadis des mollusques.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>A mesure que la vie se prolonge, surtout la vie en bonnes actions,
-l'importance du temps et l'intérêt de la question de ce qui sera
-tombent. Plus nous sommes vieux, plus le temps passe vite; ce qui «sera»
-a de moins en moins d'importance et ce qui «est» en gagne de plus en
-plus.</p>
-
-<p>Si tu peux élever ton esprit au-dessus de l'espace et du temps, tu te
-trouves à tout instant dans l'éternité.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_1_10" id="Footnote_1_10"></a><a href="#FNanchor_1_10"><span class="label">[1]</span></a> Proverbe russe. (<i>N. du trad.</i>).</p></div>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XXI" id="CHAPITRE_XXI">CHAPITRE XXI</a></h4>
-
-<h3>LE NON-AGIR</h3>
-
-
-<p>Les hommes gâtent moins leur vie en ne faisant pas ce qu'ils doivent
-faire, qu'en faisant ce qu'ils ne doivent pas faire. C'est pourquoi le
-plus grand effort que l'homme doit faire sur lui-même pour avoir une vie
-heureuse&mdash;est de s'abstenir de faire ce qu'il ne faut pas faire.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I.&mdash;<i>L'abstention est le meilleur moyen de mener une bonne vie.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Ce qui importe le plus à tous les hommes, c'est de vivre bien. Vivre
-bien, c'est moins de faire tout le bien que nous pouvons, que de ne pas
-faire le mal que nous pouvons éviter de commettre. L'essentiel, c'est de
-ne pas faire de mal.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Tous les hommes de notre époque savent que notre vie est mauvaise, et
-ils ne se bornent pas à critiquer son organisation, mais travaillent
-à ce qui, à leur avis, doit améliorer notre vie. Pourtant, loin de
-s'améliorer, l'organisation de notre vie empire chaque jour. Pourquoi?
-Parce que les hommes accomplissent les travaux les plus compliqués et
-les plus difficiles pour améliorer la vie, mais ne font pas la chose la
-plus simple et la plus facile: ils ne s'abstiennent pas de prendre part
-aux œuvres qui rendent notre vie mauvaise.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>L'homme apprend ce qu'il doit faire seulement après avoir compris ce
-qu'il ne doit pas faire. Et, en en faisant pas ce qu'il ne doit pas
-faire, il fera inévitablement ce qu'il doit faire, bien qu'il ne saura
-pas pourquoi il fait ce qu'il fait.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Question: Qu'est-ce qu'il y a de mieux à faire quand on est pressé?
-Réponse: Rien.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Dans les moments d'abattement moral, on doit se comporter envers
-soi-même comme envers un malade: ne rien entreprendre.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Si tu ne sais pas quel parti prendre: agir ou ne pas agir, sache qu'il
-est toujours préférable de s'abstenir que d'agir. Si tu n'avais pas la
-force de t'abstenir, et si tu savais sûrement que l'affaire est bonne,
-tu ne te serais pas demandé si tu dois la réaliser ou non; si tu te le
-demandes, c'est que tu sais que tu peux te contenir et, ensuite, tu es
-sûr que l'affaire n'est pas tout à fait bonne. Si elle était absolument
-bonne, tu ne te serais pas interrogé.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Si tu as grande envie de quelque chose et s'il te semble que tu ne
-pourrais pas résister à l'envie, défie-toi. Ce n'est pas vrai que
-l'homme ne puisse se contenir dans n'importe quel cas. Seul celui qui
-s'est assuré à l'avance qu'il ne peut se contenir, n'est pas en état de
-le faire.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Que chacun, même un tout jeune homme, se rappelle sa vie. Et si tu
-regrettes une seule fois de n'avoir pas fait ce que tu devais et ce qui
-serait bien, tu regretteras des centaines de fois d'avoir fait ce qui
-était mal et que tu n'aurais pas du faire,</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>Conséquences de l'incontinence.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Il y a moins de mal à ce que nous faisons autre chose que nous aurions
-dû faire, qu'à ce que nous ne nous abstenons pas de ce que nous
-n'aurions pas dû faire.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Le laisser-aller dans une seule occasion affaiblit la force de la
-continence dans toute autre. L'habitude prise de ne pas se contenir est
-comme un torrent invisible sous une maison. Une telle maison ne résiste
-pas à la poussée.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il est plus mauvais de faire trop que de ne pas faire assez; il est plus
-mauvais de se presser que de venir en retard.</p>
-
-<p>Les reproches de la conscience sont toujours plus douloureux pour ce que
-l'on a fait que pour ce que l'on n'a pas fait.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Plus la situation semble difficile, moins on doit agir. C'est
-précisément par l'action que nous gâtons ordinairement ce qui commençait
-déjà à s'arranger.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La plupart des gens qu'on appelle méchants sont devenus tels parce
-qu'ils prenaient leur mauvaise humeur pour leur état d'âme normal et
-s'abandonnaient sans faire d'efforts pour y résister.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Si tu ne te sens pas la force de te contenir d'un désir charnel, la
-cause est sûrement en ce que tu ne t'es pas contenu lorsque tu étais
-encore en état de le faire; puis, le désir est devenu une habitude.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Toute activité n'est pas digne d'estime.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>On a tort de croire que toute activité, sans se préoccuper de son
-caractère, est, en elle-même, une occupation honorable, digne de
-considération. Il s'agit de savoir quelle est cette activité et dans
-quelles conditions l'homme s'abstient d'agir.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Souvent les hommes refusent fièrement de prendre part à des plaisirs
-innocents en le motivant par des occupations plus sérieuses. Cependant,
-sans compter que le jeu simple et joyeux est plus utile et important
-que bien des affaires, le travail même pour lequel les gens occupés
-renoncent au plaisir, est souvent tel qu'il serait préférable de ne pas
-le faire.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Pour la marche réelle de la vie, une activité extérieure et turbulente
-est non seulement inutile, mais encore nuisible. L'inaction, sans
-les plaisirs procurés par le travail des autres, est la situation
-la plus pénible, si elle n'est pas comblée par un travail intérieur;
-c'est pourquoi, si l'homme vit en dehors du luxe assuré par le travail
-d'autrui, cet homme ne restera pas oisif. Le plus grand tort est causé
-à l'humanité, non par l'oisiveté, mais par des actions nuisibles et
-inutiles.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>L'homme peut éviter de mauvaises habitudes s'il a conscience
-d'être non une créature charnelle, mais spirituelle.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Pour apprendre à se contenir, il faut apprendre à se dédoubler en un
-homme charnel et en un homme spirituel, et à habituer l'homme charnel à
-faire ce que veut l'homme spirituel.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Lorsque l'âme dort, lorsqu'elle n'agit pas, le corps est
-irrésistiblement soumis aux manifestations des sens que provoquent en
-lui les actes de ceux qui entourent l'homme. Ils bâillent, il bâille
-également; ils s'emportent, il s'emporte aussi; ils se fâchent, il se
-fâche; ils s'attendrissent, pleurent, et il a les larmes aux yeux.</p>
-
-<p>Cette subordination involontaire aux influences extérieures est souvent
-la cause des mauvaises actions qui sont en désaccord avec les exigences
-de la conscience. Mets-toi en garde contre ces influences extérieures et
-ne te soumets pas à elles.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Si tu habitues ton côté charnel, depuis ton jeune âge, à obéir à la
-partie spirituelle, il te sera facile de contenir tes désirs. Celui qui
-s'est habitué à contenir ses désirs a toujours une vie joyeuse et facile.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>Plus on lutte contre l'incontinence, plus la lutte devient facile.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Une guerre intestine se déroule en l'homme entre sa raison et ses
-passions. L'homme aurait pu jouir d'un certain calme s'il ne possédait
-que la raison sans les passions, ou les passions sans la raison. Mais
-comme il possède l'un et les autres, il ne peut éviter le combat, il
-ne peut être en paix avec l'un que s'il est en guerre avec l'autre. Il
-lutte toujours en lui-même. Et cette lutte est indispensable; c'est là
-toute la vie.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Pour respecter les autres comme soi-même, il faut agir envers eux comme
-nous voulons que l'on agisse envers nous; là est l'œuvre principale
-de la vie. Il faut se maîtriser, et, pour se maîtriser, il faut s'y
-habituer.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Chaque fois que tu as grande envie de faire quelque chose, arrête-toi
-et réfléchis afin de savoir si ce dont tu as tellement envie est bien.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Pour ne pas commettre de mauvaises actions, il ne suffit pas de s'en
-abstenir; il faut apprendre à se contenir des mauvaises conversations
-et, surtout, des mauvaises pensées. Dès que tu te rends compte que tes
-paroles sont mauvaises, que tu te moques, blâmes, injuries, arrête-toi,
-tais-toi et n'écoute pas les autres. Agis de même lorsque tu as de
-mauvaises idées, lorsque tu penses mal de ton prochain; qu'il soit digne
-de blâme ou non, arrête-toi et tâche de penser à autre chose. C'est
-seulement lorsque tu apprendras à te contenir des mauvaises paroles et
-des mauvaises pensées, que tu seras en état de te contenir des mauvaises
-actions.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Indépendamment du nombre de fois qu'il t'arrivera de tomber sans pouvoir
-vaincre tes passions, ne te laisse pas abattre. Tout effort de lutte
-diminue la force de la passion et facilite la victoire.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Chaque passion dans le cœur de l'homme est d'abord comme un solliciteur,
-ensuite comme un hôte, et enfin comme le maître de la maison. N'ouvre
-pas la porte de la maison de ton cœur à ce solliciteur.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>La portée de la continence pour chaque homme et pour l'humanité
-entière.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Si tu veux être libre, habitue-toi à contenir tes désirs.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Qui est sage? Celui qui apprend toujours quelque chose chez quelqu'un.
-Qui est riche? Celui qui se contente de son sort. Qui est fort? Celui
-qui sait se maîtriser.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Le Talmud.</i></p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>On dit que le christianisme est une doctrine de faiblesse parce qu'il
-ne recommande pas d'agir, mais plutôt de s'abstenir de l'action. Le
-christianisme, doctrine de faiblesse! Une doctrine de faiblesse dont le
-Fondateur a péri en martyr sur la croix, toujours fidèle à Lui-même,
-et dont les fidèles comptent des milliers de martyrs, les seuls hommes
-qui regardaient bravement le mal en face et qui se révoltaient contre
-lui! Et les violents d'alors qui ont exécuté le Christ, de même que les
-violents d'à présent savent quelle est cette doctrine de faiblesse et la
-craignent plus que tout. Leur flair leur montre que seule cette doctrine
-détruit sûrement et jusqu'à la base tout le régime qui les soutient. Il
-faut bien plus de force pour se contenir du mal que pour accomplir la
-chose la plus difficile que nous considérons comme bien.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Toutes les diversités de nos situations dans le monde ne sont rien en
-comparaison de la maîtrise de l'homme sur lui-même. Si un homme est
-tombé à la mer, il est absolument indifférent d'où il est tombé et
-quelle est cette mer. La seule chose qui importe, c'est de savoir s'il
-sait nager ou non. La force n'est pas dans les conditions extérieures,
-mais dans le savoir de se dominer.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La vraie force n'est pas dans celui qui ne vainc pas les autres; mais
-dans celui qui se vainc lui-même qui ne permet pas à la bête de dominer
-son âme.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Celui qui s'abandonne aux désirs de la passion, qui cherche les
-jouissances, sent ses passions se développer de plus en plus et se
-trouve enchaîné par les passions.</p>
-
-<p>Celui qui a pu vaincre la passion a brisé les chaînes.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse bouddhiste.</i></p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Jeune homme, refuse de satisfaire tes désirs (plaisirs, luxe, etc.),
-si ce n'est dans l'intention de renoncer absolument à tout cela, du
-moins dans le but d'avoir devant soi une possibilité continuelle de
-jouissance. Cette économie à l'égard de ton sentiment de vitalité te
-rendra, en effet, plus riche parce que tu diffères tes jouissances.</p>
-
-<p>La conscience que la jouissance est dans ton pouvoir est plus féconde
-et plus vaste, comme tout ce qui est idéal, que le désir satisfait par
-cette jouissance, parce que la satisfaction détruit le sentiment de
-jouissance même.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>On doit moins chercher à faire le bien qu'à être bon; moins chercher
-à luire qu'à être pur. L'âme semble vivre dans un vase en verre, et
-l'homme peut le salir ou le tenir propre. Dans la mesure où le verre
-est pur, lumière de la vérité luit à travers, pour l'homme lui-même
-et pour les autres. C'est pourquoi l'œuvre principale de l'homme est
-interne; elle consiste à entretenir son vase dans la propreté. Garde-toi
-seulement de te souiller, et la lumière luira pour toi comme pour les
-autres.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Souvent, pour arriver à ce que nous désirons, il suffît de cesser de
-faire ce que nous faisons.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Il suffît de contempler la vie que les hommes mènent dans notre
-monde, voir Chicago, Paris, Londres, toutes, les villes, les usines,
-les chemins de fer, les machines, les armements, les canons, les
-forteresses, les imprimeries, les musées, les maisons à 30 étages,
-etc., et à se poser la question de ce que l'on doit faire avant tout
-afin que les hommes puissent vivre bien, pour que cette réponse vienne
-d'elle-même: cesser avant tout d'accomplir les choses inutiles; et
-l'inutile dans notre monde européen constitue les 0,99 de toute
-l'activité humaine.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Si tenu et transparent que soit devenu le mensonge résultant de la
-contradiction entre notre vie et notre conscience, il s'amincit et
-s'étire encore, mais ne se rompt pas. Et tout en devenant toujours plus
-mince en s'étirant de plus en plus, ce mensonge lie l'ordre existant des
-choses et entrave l'avènement d'un nouveau.</p>
-
-<p>La plupart des hommes du monde chrétien ne croient plus aux règlements
-païens qui gouvernent leur vie, et croient aux principes chrétiens
-qu'ils reconnaissent dans leur conscience; mais la vie continue comme
-par le passé. Pour supprimer tous les malheurs et les contradictions qui
-tourmentent actuellement les hommes afin que le Règne de Dieu annoncé
-à l'humanité depuis 1900 ans arrive, les hommes de notre temps n'ont
-besoin que d'une seule chose: d'un effort moral. De même que pour faire
-reprendre à un liquide refroidi au-dessous de son point de congélation
-la forme de cristaux qui lui est propre, il faut une impulsion,&mdash;pour
-faire passer l'humanité à la forme de vie qui lui est naturelle, il faut
-un effort moral, l'effort par lequel est conquis le Royaume de Dieu.</p>
-
-<p>Cet effort n'est pas un effort de mouvement, ni l'effort de révélation
-d'une philosophie nouvelle, de nouvelles idées, ni l'effort exigé pour
-des exploits nouveaux et extraordinaires; l'effort nécessaire pour
-pénétrer dans le royaume de Dieu, ou pour entrer dans une nouvelle forme
-de vie, est un effort négatif, l'effort de ne pas suivre le courant,
-l'effort de ne pas accomplir des actes incompatibles avec la conscience
-intérieure.</p>
-
-<p>Et c'est à la nécessité de faire cet effort que les hommes sont amenés
-maintenant par la cruauté de la vie et la clarté et la propagation de la
-doctrine chrétienne.</p>
-
-<p class="caption">12</p>
-
-<p>Le moindre mouvement de la matière est important pour la nature.
-Toute la mer se modifie à cause d'une pierre. De même, dans la vie
-spirituelle, le moindre mouvement provoque des conséquences sans fin.
-Tout est grave.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XXII" id="CHAPITRE_XXII">CHAPITRE XXII</a></h4>
-
-<h3>LA PAROLE</h3>
-
-
-<p>La parole exprime la pensée et peut servir à unir ou à désunir les
-hommes; c'est pourquoi on doit en user avec précaution.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">I.&mdash;<i>La parole est une grande chose.</i></p>
-
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La parole peut unir les hommes; la parole peut les désunir; la parole
-peut servir l'amour, comme elle peut servir l'inimitié et la haine.
-Garde-toi de la parole qui divise ou qui provoque l'inimitié et la haine.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La parole exprime la pensée; la pensée manifeste la puissance divine;
-c'est pourquoi la parole doit correspondre à ce qu'elle exprime. Elle
-peut être indifférente, mais ne peut et ne doit pas exprimer le mal.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>L'homme est porteur de Dieu. Il peut exprimer la conscience de sa
-divinité par la parole. Comment dès lors ne pas observer de la prudence
-en parlant?</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Le temps passe, et la parole dite reste.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Si tu as le temps de réfléchir avant de commencer à parler, réfléchis
-sur la nécessité de ce que tu veux dire et si cela ne peut faire de tort
-à personne. Car il arrive le plus souvent qu'après avoir réfléchi, tu ne
-commences même pas à parler.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Réfléchis avant de parler. Mais arrête-toi avant que l'on ne te dise
-«assez». La faculté de la parole met l'homme au-dessus de la bête, mais
-il lui est inférieur s'il dit tout ce qui lui passe par la tête.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAADI.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Après une longue conversation, tâche de te rappeler tout ce qui a été
-dit, et tu seras étonné de voir combien tout ce qui a été dit était
-vain, inutile et souvent méchant.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Ecoute, sois attentif, mais parle peu.</p>
-
-<p>Ne parle jamais si l'on ne s'adresse pas à toi; lorsque l'on
-t'interroge, réponds de suite et brièvement, et ne sois pas honteux si
-tu dois avouer que tu ne sais pas ce que l'on te demande.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SOUFI.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Si tu veux être sage, apprends à questionner raisonnablement, à écouter
-attentivement, à répondre tranquillement et à cesser de parler quand tu
-n'as plus rien à dire.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAVATER.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Ne loue pas, ne blâme pas, ne discute pas.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Ecoute les discours d'un homme savant avec attention, quand bien même
-ses actes ne correspondraient pas à son enseignement. L'homme doit
-s'instruire, quand bien même les préceptes seraient gravés sur un mur.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAADI.</p>
-
-<p class="caption">12</p>
-
-<p>Il existe trois mots excellents très courts: <i>Je ne sais.</i> Habitue ta
-langue à les dire plus souvent.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse orientale.</i></p>
-
-<p class="caption">13</p>
-
-<p>Il y a une ancienne sentence qui dit: <i>de mortius aut bene, aut nihil</i>,
-c'est-à-dire: «dis du bien des morts ou n'en parle point». Combien cela
-est injuste! On aurait dû dire, au contraire: «Dis du bien des vivants
-ou n'en parle point.» Combien de souffrances cela aurait évité aux
-hommes, et comme cela est facile!</p>
-
-<p>Pourquoi ne doit-on pas dire de mal des morts? Dans notre monde, au
-contraire, on s'est accoutumé, par suite de l'usage des nécrologies
-et des jubilés, de ne faire aux morts que des éloges exagérés, par
-conséquent, dire des mensonges. Et ces éloges mensongers sont nuisibles
-parce qu'ils cachent la différence entre le bien et le mal.</p>
-
-<p class="caption">14</p>
-
-<p>A quoi peut-on comparer la langue dans la bouche de l'homme? C'est la
-clef du trésor; lorsque la porte est fermée, personne ne peut savoir ce
-qui y est renfermé: des pierres précieuses ou du rebut inutile.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAADI.</p>
-
-<p class="caption">15</p>
-
-<p>Bien que le silence soit utile d'après la doctrine des sages, la parole
-libre est également utile, mais utile en son temps seulement. Nous
-péchons par la parole quand nous nous taisons, alors que nous devrions
-parler, et quand nous parlons, alors que nous devrions nous taire.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAADI.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>Tais-toi lorsque tu te fâches.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Si tu sais comment les gens devraient vivre et que tu leur veux du bien,
-tu le leur diras. Tu tâcheras de le leur exprimer de façon à ce qu'ils
-croient à tes paroles. Et pour qu'ils le croient et te comprennent, tu
-dois t'efforcer de leur transmettre tes idées sans irritation et colère,
-mais avec calme et bonté.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si tu veux, dans la conversation, faire part à ton interlocuteur de
-quelque vérité, l'essentiel est de ne pas te fâcher et de ne pas
-prononcer une seule parole mauvaise ou blessante.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'Après ÉPICTÈTE.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Une parole non prononcée est d'or.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Si tu ne peux pas calmer ta colère immédiatement, tiens ta langue.
-Tais-toi, et tu te calmeras bientôt.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">BAKSTER.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Tâche, pendant la discussion, de rendre tes paroles douces et tes
-arguments fermes. Tâche non pas de vexer ton adversaire, mais de le
-convaincre.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">WILKINS.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Dès que nous sentons la colère pendant la discussion, nous ne discutons
-plus pour la vérité, mais pour nous-mêmes.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CARLYLE.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Ne discute pas.</i></p>
-
-<p>Une querelle qui s'allume est pareille à un torrent qui mine une digue:
-dès qu'il la traverse, tu ne peux plus le retenir. Et toute querelle est
-provoquée et alimentée par la parole.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Le Talmud.</i></p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La discussion ne convainc personne, mais elle désunit et irrite. La
-discussion est, par rapport à l'opinion des gens, la même chose que
-le marteau par rapport au clou. Après la discussion, les opinions,
-encore vagues, se calent solidement dans la tête, de même que les clous
-enfoncés dans le mur jusqu'à la tête.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après JUVÉNAL.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Pendant la discussion, on oublie la vérité. Celui qui est le plus sage
-cesse le premier à discuter.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Prête l'oreille aux discussions, mais ne t'y mêle point. Dieu te
-préserve de l'emportement et de l'irritabilité, même dans leur moindre
-manifestation. La colère est toujours déplacée, mais surtout dans une
-affaire où l'on a raison, parée qu'elle ne fait que l'obscurcir et la
-troubler.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">GOGOL.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La meilleure réponse à un fou est le silence. Chaque mot de réplique te
-reviendra par ricochet. Répondre à une offense par l'offense revient au
-même que de jeter du bois dans le feu.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>Ne juge point.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>«Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés; car on vous jugera
-du même jugement dont vous jugez; et on vous mesurera de la même mesure
-dont vous mesurez. Et pourquoi regardes-tu la paille dans l'œil de
-ton frère, tandis que tu ne vois pas la poutre dans ton œil? Ou bien,
-comment dis-tu à ton frère: Permets que j'ôte cette paille de ton œil,
-et voici qu'une poutre est dans le tien? Hypocrite. Ote premièrement de
-ton œil la poutre, et alors tu penseras à ôter la paille de l'œil de ton
-frère.»</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MATTH. VII, 1-6.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>En pénétrant en notre for intérieur, nous découvrons presque toujours
-le péché que nous blâmons chez un autre. Et si nous ne connaissons
-pas le même péché, nous n'avons qu'à chercher pour en trouver un plus
-mauvais encore.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Lorsque tu te mets à juger un homme, pense à ne pas dire de mal de lui,
-si tu es sûr qu'il a commis ce mal, et, à plus forte raison, lorsque tu
-n'en sais rien et que tu répètes simplement les paroles d'autrui.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Il est toujours injuste de juger un autre, parce que personne ne peut
-jamais savoir ce qui s'est passé et ce qui se passe dans l'âme de celui
-que l'on juge.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Il est bon de s'entendre avec un ami afin que l'un arrête l'autre, si
-l'un de vous deux commence à médire de son prochain. Et si tu n'as pas
-un tel ami, entends-toi là-dessus avec toi-même.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Il est mauvais de médire des gens en leur présence, parce que cela les
-offense, et il est malhonnête de le faire en leur absence, parce que
-cela les trompe. Le mieux est de ne pas chercher le mal chez les autres,
-de l'oublier, mais de le chercher en soi-même et de s'en rappeler.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>La médisance spirituelle est comme un plat de charogne à la sauce. La
-sauce cache toutes les saletés que l'on mange sans s'en apercevoir.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Moins on est renseigné sur les mauvaises actions des gens, plus on est
-sévère envers soi-même.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>N'écoutez jamais ceux qui disent du mal des autres et du bien de
-vous-mêmes.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Celui qui médit de toi derrière ton dos te craint, et celui qui te loue
-en ta présence te méprise.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Proverbe chinois.</i></p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>La médisance plaît tellement aux gens qu'il est très difficile de se
-contenir de ne pas être agréable à ses interlocuteurs en médisant des
-absents. Mais si tu tiens absolument à régaler les gens, offre-leur
-autre chose que des mets malsains, tant pour toi-même que pour ceux que
-tu régales.</p>
-
-<p class="caption">12</p>
-
-<p>Cache le péché d'autrui, Dieu t'en pardonnera deux.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>Le danger de l'intempérance de langage.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Nous savons que nous devons manier les fusils chargés avec précaution,
-et nous ne voulons pas savoir que l'on doit prendre les mêmes
-précautions avec la parole. La parole peut non seulement tuer, mais
-causer plus de mal que la mort.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Nous nous révoltons devant les crimes de la chair: excès de table,
-coups de poing, adultère, meurtre; et nous considérons avec beaucoup
-de légèreté les crimes de la parole: médisance, offense, trahison,
-publication de paroles mauvaises et dépravantes, et, cependant, les
-conséquences des crimes commis par la parole sont bien plus graves que
-les crimes commis par la chair. La seule différence entre les deux
-catégories est en ce fait que le mal des crimes de la chair s'aperçoit
-immédiatement, tandis que nous ne remarquons pas le mal du crime commis
-par la parole, parce qu'il se manifeste loin de nous, dans le temps et
-dans l'espace.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il y avait une nombreuse réunion, plus de mille personnes, dans un grand
-théâtre. Au milieu du spectacle, un sot voulut plaisanter et cria: «Au
-feu!» Le public s'élança vers les portes. Tous se ruèrent, s'écrasant,
-et lorsque le calme revint, on constata que 20 personnes étaient tuées
-et 50 blessées.</p>
-
-<p>Ce grand mal n'a été causé que par une sotte parole.</p>
-
-<p>Ici, au théâtre, le mal causé est perceptible immédiatement, mais
-souvent une sotte parole cause lentement bien plus de mal encore,
-quoiqu'on ne le remarque pas immédiatement.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Rien n'encourage l'oisiveté autant que les vains discours. Si les gens
-se taisaient, au lieu de dire les bêtises pour chasser l'ennui de
-l'oisiveté, ils n'auraient pu supporter celle-ci et se mettraient à
-travailler.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>En parlant mal des gens, on fait du tort à trois personnes à la fois:
-à celui dont on parle, à celui à qui on parle, et surtout à celui qui
-parle.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">BASILE LE GRAND.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Il est surtout mauvais de médire des gens hors leur présence, parce que
-l'opinion exprimée qui pourrait être utile à l'absent, si elle lui était
-dite en face, lui demeure cachée; par contre, elle est communiquée à
-celui à qui elle est nuisible, parce qu'elle éveille en lui un mauvais
-sentiment envers celui dont on médit.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>On se repent rarement d'avoir gardé le silence, mais combien de fois
-on se repentira d'avoir parlé, et on s'en serait repenti plus souvent
-encore si l'on connaissait toutes les conséquences de sa parole.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Plus on a envie de parler, plus il y a de danger à dire du mal.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>L'homme qui sait se taire, même s'il a raison, possède une grande force.</p>
-
-<p style="margin-left: 45%; font-size: 0.8em;">CATON.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>L'utilité du Silence.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Laisse davantage reposer ta langue que tes bras.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Le silence est souvent la meilleure des réponses.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Tourne ta langue sept fois avant de te mettre à parler.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Il faut ou bien se taire, ou bien dire des choses qui sont meilleures
-que le silence.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Celui qui parle beaucoup travaille peu. Un homme sage craint toujours
-que ses paroles ne promettent plus qu'il ne peut donner; c'est pourquoi
-il se tait le plus souvent, et ne parle que lorsque cela lui est
-nécessaire, à lui, non aux autres.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>J'ai vécu toute ma vie parmi les sages, et je n'ai rien trouvé de mieux
-pour l'homme que le silence.</p>
-
-<p style="margin-left: 50%; font-size: 0.8em;"><i>Le Talmud.</i></p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Si, sur cent fois, tu regrettes une fois de n'avoir pas dit ce qu'il
-fallait, tu regretteras sûrement 99 fois sur cent d'avoir parlé
-lorsqu'il fallait te taire.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Seul le fait d'avoir exprimé une bonne intention affaiblit déjà le désir
-de la réaliser. Mais comment retenir l'expression des élans nobles et
-pleins de fatuité de la jeunesse? Ce n'est que bien plus tard qu'on les
-regrette comme on regrette d'avoir cueilli une fleur encore en bouton et
-que l'on voit ensuite fanée et foulée au pied.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>La parole est la clef du cœur. Si la conversation est vaine, un seul mot
-est déjà superflu.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Lorsque tu es seul, pense à tes péchés; lorsque tu es en société, oublie
-ceux des autres.</p>
-
-<p style="margin-left: 50%; font-size: 0.8em;"><i>Sentence chinoise.</i></p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Pour un sot, le mieux est de se taire. Mais s'il le savait, il ne serait
-plus un sot.</p>
-
-<p class="caption">12</p>
-
-<p>Quand tu parles, tes paroles doivent être meilleures que le silence.</p>
-
-<p style="margin-left:50%; font-size: 0.8em;"><i>Proverbe arabe.</i></p>
-
-<p>Celui qui est loquace ne peut éviter le péché.</p>
-
-<p>Si la parole coûte un denier, le silence en vaut deux.</p>
-
-<p>Si le silence sied aux sages, il convient d'autant plus aux sots.</p>
-
-<p style="margin-left: 50%; font-size: 0.8em;"><i>Le Talmud.</i></p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII.&mdash;<i>L'Utilité de la tempérance du langage.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Moins tu parleras, plus tu travailleras.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Deshabitue-toi de médire, et tu éprouveras, dans ton âme, un
-accroissement de la capacité d'aimer, tu ressentiras une augmentation de
-vie et de bonheur.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Mahomet et Ali rencontrèrent un jour un homme qui, considérant Ali
-comme son offenseur, se mit à l'injurier. Assez longtemps, Ali supporta
-cela patiemment et en silence; finalement, ne se contenant plus, il se
-mit à répondre par des injures aux injures. Alors, Mahomet s'écarta
-d'eux. Lorsqu'Ali revient à Mahomet, il lui dit d'un ton vexé:
-«Pourquoi m'as-tu laissé seul à supporter les injures de cet homme
-insolent?»&mdash;«Lorsque cet homme t'injuriait et que tu te taisais, dit
-Mahomet, je voyais dix anges autour de toi et qui lui répondaient.
-Mais quand tu t'es mis à lui répondre par des injures, les anges
-t'abandonnèrent, et je me suis écarté également».</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Légende musulmane.</i></p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Cacher les défauts des autres gens et parler de ce qu'ils ont de bon est
-une preuve d'amour et le meilleur moyen pour attirer l'affection des
-prochains.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">Des <i>Pieuses Pensées.</i></p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Le bonheur de la vie des hommes est dans l'amour entre eux; or, une
-mauvaise parole détruit l'amour.</p>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XXIII" id="CHAPITRE_XXIII">CHAPITRE XXIII</a></h4>
-
-<h3>PENSÉE</h3>
-
-
-<p>De même que l'homme peut s'abstenir de commettre un acte qu'il croit
-mauvais, il peut repousser une pensée qui l'attire et qu'il croit
-mauvaise. C'est en cette abstention de pensées qu'est la force
-principale de l'homme, parce que tous les actes naissent de la pensée.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I.&mdash;<i>Le rôlé de la pensée.</i></p>
-
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>On ne peut se débarrasser des péchés, des tentations et des
-superstitions par l'effort physique. Cela n'est possible que par
-l'effort de la pensée. C'est par l'effort de la pensée qu'on peut
-s'habituer à l'abnégation, à l'humilité, à la droiture. Quand l'homme
-aspire à l'abnégation, à l'humilité, à la droiture, il a également
-la force de lutter dans la vie quotidienne contre les péchés, les
-tentations et les superstitions.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Bien que ce ne soit pas la pensée qui nous ait révélé que l'on doit
-aimer&mdash;elle ne pouvait nous le révéler&mdash;elle importe en raison de ce
-fait qu'elle nous indique ce qui empêche l'amour. C'est précisément cet
-effort intellectuel contre ce qui empêche l'amour qui est plus important
-et plus nécessaire que tout le reste.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Si l'homme n'avait pas la faculté de réfléchir, il ne comprendrait pas
-pourquoi il vit. Et s'il ne le comprenait pas, il n'aurait pu savoir ce
-qui est bien et ce qui est mal. C'est pourquoi il n'y a rien de plus
-cher à l'homme que de savoir penser.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Les hommes envisagent les doctrines morales et religieuses, d'une
-part, et la conscience, de l'autre, comme deux guides différents. En
-réalité, il n'y a qu'un seul guide: la conscience, c'est-à-dire, la
-reconnaissance de la voix de Dieu qui vit en nous. Cette voix décide
-indubitablement pour chaque homme ce qu'il doit ou ne doit pas faire; et
-chaque homme peut toujours évoquer cette voix par un effort de pensée.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Si l'homme ne savait pas que ses yeux pouvaient voir et s'il ne les
-ouvrait jamais, il aurait été très misérable. De même, et plus encore,
-est misérable l'homme qui ne comprend pas que la faculté de penser lui
-est donnée pour supporter tous les malheurs. Si l'homme est raisonnable,
-il lui sera facile de les supporter; d'abord, parce que sa raison lui
-dira que tous les malheurs passent et se transforment en bonheur,
-et ensuite, que chaque malheur est utile à un homme raisonnable. Et
-pourtant, au lieu de regarder le malheur en face, les hommes tâchent de
-l'éviter.</p>
-
-<p>Ne serait-il pas préférable de nous réjouir de ce que Dieu nous ait
-donné la faculté de ne pas nous chagriner de ce qui nous arrive,
-indépendamment, de notre volonté, et de Le remercier de ce qu'Il ait
-subordonné notre âme uniquement à ce qui est en notre pouvoir: notre
-raison? Il n'a soumis notre âme ni à nos parents, ni à nos frères, ni
-à la richesse, ni à notre corps, ni à la mort. Par Sa bonté, Il l'a
-seulement subordonnée à ce qui dépend de nous: à nos pensées.</p>
-
-<p>C'est sur ces pensées-là et sur leur pureté que nous devons veiller de
-toutes nos forces pour notre bien.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après ÉPICTÈTE</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Lorsque nous apprenons une nouvelle pensée et que nous la trouvons
-juste, il nous semble l'avoir connue depuis longtemps et nous rappeler
-maintenant de ce que nous savions déjà. Toute vérité se trouve déjà dans
-l'âme de tout homme. Ne l'étouffe pas seulement par le mensonge, et, tôt
-ou tard, elle se révélera à toi.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Souvent nous vient une pensée qui nous semble juste et étrange à la
-fois, et nous avons peur d'y croire. Mais, après avoir bien réfléchi,
-nous voyons que la pensée qui nous semblait étrange est la plus simple
-vérité à laquelle on ne peut plus cesser de croire, dès l'instant qu'on
-l'a apprise.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Pour pénétrer dans la conscience de l'humanité, toute vérité doit
-traverser trois phases. La première: «C'est tellement inepte que ce
-n'est même pas la peine de discuter.» La deuxième: «C'est immoral et
-contraire à la religion.» La troisième: «Ah, c'est tellement connu de
-tous que ce n'est même pas la peine d'en parler!»</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>En vivant au milieu des hommes, n'oublie pas ce que tu as appris dans la
-solitude. Et réfléchis dans la solitude sur ce que tes relations avec
-les autres t'ont appris.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Nous pouvons arriver à la sagesse par trois chemins: d'abord, par la
-voie de l'expérience, et ce chemin-là est le plus difficile; ensuite,
-par la voie de l'imitation, et ce chemin-là est le plus facile; enfin,
-par la voie de la réflexion, et ce chemin-là est le plus noble.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CONFUCIUS.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>La vie de l'homme est déterminée par ses pensées.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Le sort de l'homme est tel et tel uniquement d'après la façon dont il
-comprend sa vie.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Tous les grands changements dans la vie d'un homme, de même que dans la
-vie de l'humanité entière, commencent et s'accomplissent dans la pensée.
-Pour qu'une modification puisse s'effectuer dans les sensations et les
-actes, un changement dans les pensées doit s'effectuer d'abord.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Tout ce qui est bon et nécessaire aux hommes ne s'acquiert pas d'un
-coup, mais toujours au moyen d'un travail long et continu. C'est ainsi
-que l'on apprend les métiers, qu'on acquiert des connaissances, et c'est
-ainsi que l'on apprend la chose plus difficile au monde: savoir vivre
-d'une vie juste.</p>
-
-<p>Pour apprendre à vivre ainsi, il faut avant tout savoir s'habituer à
-n'avoir que des bonnes pensées.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Les passages de notre vie d'un état dans un autre ne se déterminent
-pas par les actions, accomplies selon notre volonté: par le mariage,
-le changement du lieu d'habitation, le changement de profession, etc.,
-mais par les pensées qui nous viennent pendant la promenade, au milieu
-de la nuit, en mangeant et, surtout, par les pensées qui, englobant tout
-notre passé, nous disent: «Tu as agi ainsi, mais tu aurais mieux fait
-d'agir autrement.» Et tous nos actes ultérieurs servent ces pensées
-servilement, exécutent leur volonté.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">THOREAU.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Nos désirs ne seront pas bons tant que nous n'aurons corrigé les
-habitudes de notre raison; et ces habitudes se forment au contact des
-déductions de sagesse des meilleurs hommes de la terre.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Ce qui est calme peut être maintenu dans le repos. Ce qui ne s'est
-pas encore manifesté peut être facilement prévenu. Ce qui est encore
-faible peut facilement être brisé. Ce qui n'est pas encore nombreux peut
-facilement être dispersé.</p>
-
-<p>Un gros arbre a commencé par être une tige mince. Une tour à neuf étages
-a commencé à être élevée par la pose de quelques petites briques. Un
-voyage de mille lieues commence par un pas. Faites attention à vos
-pensées: elles sont le commencement de vos actes.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>De même que la vie et la destinée d'un homme sont déterminées par ce
-à quoi nous prêtons le moins d'attention, par ses pensées, la vie des
-sociétés et des peuples est déterminée non par les événements qui ont
-lieu dans ces sociétés et ces peuples, mais par les idées qui unissent
-la plupart des hommes de ces sociétés et de ces peuples.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Ne pense pas que seuls les hommes extraordinaires peuvent être sages.
-La sagesse est nécessaire à tous les hommes, et c'est pourquoi ils
-peuvent tous être sages. La sagesse consiste à savoir quelle est l'œuvre
-de la vie et comment l'accomplir. Et pour l'apprendre, il suffit de
-se rappeler que la pensée est une grande chose, et, par conséquent,
-réfléchir.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>La cause des plus grands malheurs des hommes réside non pas dans
-leurs actes, mais dans leurs pensées.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Lorsqu'il t'arrive un malheur, sache que cela ne vient pas de ce que tu
-as fait, mais de ce que tu as pensé.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Les pensées qui provoquent les actes mauvais sont bien plus nuisibles
-que les actes eux-mêmes. On peut ne pas recommencer une mauvaise action
-et s'en repentir; tandis que les mauvaises pensées engendrent les
-mauvaises actions. Une mauvaise action aplanit seulement la route pour
-les autres mauvaises actions; les mauvaises pensées entraînent sur cette
-route.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Pour qu'un flambeau puisse donner une clarté calme, il faut qu'il soit
-mis à l'abri du vent. Si le flambeau est exposé au vent, la lumière
-vacillera et donnera des ombres étranges. Les mêmes ombres tomberont
-dans l'âme de l'homme lorsque ses pensées seront futiles, vacillantes et
-incontrôlées.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse brahmane.</i></p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>L'homme est maître de ses pensées</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Notre vie peut être bonne ou mauvaise, suivant la qualité de nos
-pensées. Or on peut les gouverner. C'est pourquoi, pour vivre bien,
-l'homme doit travailler à ses pensées, ne pas écouter les mauvaises.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Travaille à purifier tes pensées. Si tu n'as pas de mauvaises pensées,
-tu ne commettras pas de mauvaises actions.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CONFUCIUS.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Tout est dans le pouvoir du Ciel, sauf notre désir de servir Dieu ou
-nous-mêmes. Nous ne pouvons empêcher les oiseaux de voler au-dessus de
-nos têtes, mais nous pouvons ne pas les laisser y faire leurs nids. De
-même, nous ne pouvons empêcher les mauvaises pensées de traverser notre
-esprit, mais nous avons le pouvoir de ne pas les laisser y faire leur
-nid pour couver et engendrer de mauvaises actions.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LUTHER.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>On ne peut chasser une mauvaise pensée lorsqu'elle vient à l'esprit,
-mais on peut comprendre que cette pensée est mauvaise. Et si l'on
-sait qu'elle est mauvaise, on peut ne pas s'y abandonner. Il nous
-vient l'idée que tel ou tel autre homme est méchant. Je ne pouvais pas
-m'empêcher de le penser, mais si j'ai compris que cette idée était
-mauvaise, je peux me souvenir que c'est mal de médire des gens, que je
-suis mauvais moi-même, et je peux ainsi me contenir de la médisance,
-même par la pensée.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Si tu veux que ta pensée te serve, tâche de réfléchir indépendamment de
-tes sentiments et de ta situation, c'est-à-dire de ne pas agir contre
-tes idées afin de justifier la sensation que tu éprouves, ou la chose
-que tu as faite ou que tu feras.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>Il faut vivre d'une vie spirituelle pour avoir la force de
-gouverner ses pensées</i>.</p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Nous croyons souvent que la plus grande force qui existe au monde est la
-force matérielle. Nous le pensons, parce que notre corps, que nous le
-voulions ou non, sent toujours cette force. Mais la force spirituelle,
-la force de la pensée, nous semble insignifiante, et nous ne la
-reconnaissons pas pour une force. Cependant, c'est en elle qu'est la
-vraie force, celle qui modifie notre vie et la vie des autres hommes.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Notre vie est meilleure ou plus mauvaise, selon que nous nous
-reconnaissons notre nature d'êtres charnels ou d'êtres spirituels. Dans
-le premier cas, nous affaiblissons notre vie réelle, nous développons,
-nous excitons les passions, la cupidité, la lutte, la haine, la crainte
-de la mort. Tandis que si nous reconnaissons notre nature d'êtres
-spirituels, nous exaltons, nous élevons la vie, nous la libérons des
-passions, de la lutte, de la haine, nous libérons l'amour. Le transfert
-de la conscience de l'être charnel dans un être spirituel s'effectue au
-moyen d'un effort de pensée.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Voici ce que Sénèque écrivait à un ami: «Tu fais bien, mon cher Lucain,
-de tâcher de maintenir ton esprit bon et charitable par tes propres
-forces. Tout homme peut toujours se mettre dans cet état d'âme. Pour
-cela, on n'a pas besoin d'élever les bras au ciel et de demander au
-garde du temple la permission de nous approcher de Dieu afin qu'il
-puisse mieux nous entendre: Dieu est toujours près de nous, Il est en
-nous. En nous vit le Saint Esprit, témoin et gardien de tout ce qui est
-bon et de tout ce qui est mauvais. Il agit avec nous comme nous agissons
-envers Lui. Si nous le soignons, Il nous soigne.»</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Lorsque, plongés dans nos pensées, nous ne savons pas ce qui est
-bon et ce qui est mal, nous devons nous retirer du monde; seule la
-préoccupation de l'opinion du monde nous empêche de voir le bien et le
-mal. Se retirer du monde&mdash;c'est-à-dire rentrer en soi-même,&mdash;c'est
-aider à la dispersion de tous les doutes.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Il n'est facile de lutter avec les tentations que lorsqu'on ne leur est
-pas encore assujetti.</p>
-
-<p>Dans les soucis et l'excitation des tentations, on n'a pas le temps de
-chercher des remèdes pouvant contrebalancer nos désirs. Etablis tes
-desseins lorsque les tentations sont absentes, lorsque tu es seul.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">BENTHAM.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.<i>&mdash;La faculté de s'unir par la pensée aux vivants et aux morts est
-un des grands bienfaits dont jouit l'homme.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Les jeunes gens disent souvent: «Je ne veux pas vivre d'après les
-autres, je réfléchirai par moi-même.» Ceci est absolument juste: l'idée
-à soi est plus chère que toutes les idées des autres. Mais pourquoi
-réfléchir à des choses auxquelles on a déjà réfléchi? Prends ce qui est
-prêt et va plus loin. La force de l'humanité consiste en ce qu'on peut
-profiter des pensées d'autrui et aller plus loin.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Les efforts qui libèrent l'homme des péchés, des tentations et des
-superstitions, s'effectuent avant tout dans la pensée.</p>
-
-<p>L'aide principale de l'homme dans cette lutte consiste en ce qu'il
-peut se joindre à l'activité raisonnable de tous les sages et de tous
-les saints de ce monde qui ont vécu avant lui. Cette communion avec
-les pensées des saints et des sages est la prière, c'est-à-dire, la
-répétition des paroles par lesquelles ces hommes exprimaient leurs
-rapports envers leur âme, envers les autres hommes, envers le monde et
-son principe.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Depuis les temps les plus reculés, il est reconnu que la prière est
-indispensable à l'homme.</p>
-
-<p>Pour les hommes de l'ancien temps, la prière était&mdash;et elle l'est encore
-maintenant pour la plupart d'entre nous&mdash;un appel à Dieu, ou aux
-dieux, fait dans certains endroits et au moyen de certains procédés et
-expressions, avec l'intention d'apaiser les divinités.</p>
-
-<p>La doctrine chrétienne ne connaît pas ces prières-là. Elle nous apprend
-que la prière est indispensable, non comme un moyen de nous débarrasser
-des malheurs de ce monde et d'acquérir des bienfaits, mais comme celui
-de nous raffermir dans nos bonnes pensées.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>La vraie prière est importante et nécessaire à l'âme, parce que quand
-nous nous trouvons ainsi seul avec Dieu, notre pensée s'élève jusqu'au
-degré suprême qu'elle peut atteindre.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Le Christ a dit: lorsque tu pries, reste seul (<span style="font-size: 0.8em;">MATTH. VI, 5-6</span>). Alors
-seulement, Dieu t'entendra. Dieu est en toi et, pour qu'il t'entende, tu
-dois chasser tout ce qui te Le cache.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Priez à toutes les heures. La prière la plus difficile et la plus
-nécessaire est celle où l'on doit se souvenir, au milieu du mouvement de
-la vie, de ses obligations devant Dieu et devant Sa loi.</p>
-
-<p>Tu t'effraies, tu te fâches, tu es confus, tu te passionnes, fais un
-effort, souviens-toi qui tu es et ce que tu dois faire. C'est en cela
-que consiste la prière. C'est difficile au début, mais cette habitude
-peut se former.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Il est bon de modifier sa prière, c'est-à-dire l'expression de
-ses rapports envers Dieu. L'homme grandit constamment, change, et,
-par suite, ses rapports envers Dieu doivent aussi se modifier et
-s'éclaircir. La prière aussi doit changer.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII.&mdash;<i>La vie juste est impossible sans un effort de pensée.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Maîtrise tes pensées si tu veux atteindre ton but. Fixe le regard de ton
-âme sur l'unique lumière pure qui est exemple de passion.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse bouddhiste.</i></p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La réflexion est le chemin de l'immortalité; l'étourderie est le chemin
-de la mort. Ceux qui veillent dans la réflexion ne meurent jamais; les
-étourdis, les incroyants sont pareils aux morts.</p>
-
-<p>Eveille-toi toi-même; alors, protégé par toi-même et t'approfondissant
-toi-même, tu ne changeras pas.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse brahmane.</i></p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La vraie force de l'homme n'est pas dans ses élans, mais dans sa
-tendance ferme et tranquille vers le bien qu'il établit dans ses
-pensées, exprime par ses paroles et exécute par ses actes.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Si tu remarques, en jetant un coup d'œil en arrière sur ta vie, qu'elle
-est devenue meilleure, plus charitable, plus libre de péchés, de
-tentations et de superstitions, sache que ce succès n'est dû qu'au
-travail de ta pensée.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Voici ce que Confucius dit de l'importance de la pensée:</p>
-
-<p>La vraie doctrine donne aux hommes le bien suprême: la régénération et
-la faculté de séjourner dans cet état. Pour obtenir ce bien suprême, il
-faut que la vie du peuple entier soit bien organisée. Et pour cela, il
-faut que la famille soit bien organisée; et pour que la famille soit
-bien organisée, il faut qu'une bonne organisation préside à ta propre
-vie; et pour cela, il faut que ton cœur soit amélioré; et pour améliorer
-ton cœur, il faut que tu aies des pensées claires et justes.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VIII.&mdash;<i>Seule la faculté de penser distingue l'homme de la bête.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'homme se distingue de la bête uniquement parce qu'il possède la
-faculté de penser. Les uns augmentent cette faculté, les autres ne se
-soucient pas de cela. Ces gens-là semblent vouloir renoncer à ce qui les
-distingue de la bête.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse-orientale.</i></p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Comparé à la nature qui l'environne, l'homme n'est qu'un faible roseau
-pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser.
-Une vapeur, une goutte, suffit pour le tuer. Mais quand l'univers
-l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ceux qui le tuent,
-parce qu'il sait qu'il meurt; et l'avantage que l'univers a sur lui,
-c'est que l'univers n'en sait rien.</p>
-
-<p>Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il faut
-nous relever, non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions
-remplir. Travaillons donc à bien penser: voilà le principal de la morale.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>L'homme peut apprendre à lire et à écrire; mais cela ne lui apprendra
-pas s'il doit ou non écrire une lettre à son ami, ou formuler une
-plainte contre celui qui l'a offensé. L'homme peut étudier la musique,
-mais cela ne lui apprendra pas quand on peut jouer et chanter et quand
-on ne peut le faire. Il en est de même de tout. Seule la raison nous dit
-où et quand on peut faire les choses et où et quand on ne doit pas les
-faire.</p>
-
-<p>En nous douant de raison, Dieu a mis à notre disposition ce dont nous
-avions le plus besoin. En nous accordant la raison, il semblait nous
-dire: Afin que vous puissiez éviter le mal et profiter des bienfaits
-de la vie, j'ai mis en vous une parcelle divine de Moi-Même. Je vous
-ai donné la raison. Si vous l'appliquez à tout ce qui vous arrive,
-rien ne sera pour vous un obstacle ou une entrave sur le chemin que je
-vous ai destiné, et jamais vous ne vous plaindrez ni de votre sort, ni
-des gens; vous ne médirez pas d'eux et vous ne les flatterez point. Ne
-Me reprochez donc pas de ne pas vous avoir donné davantage. Ne vous
-suffit-il donc pas de vivre toute votre vie raisonnablement, dans le
-calme et la joie?</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après ÉPICTÈTE.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Un sage proverbe dit: «Dieu vient vers nous sans sonner.» Cela veut
-dire qu'il n'y a pas de cloison entre nous et l'infini, qu'il n'y a pas
-de mur entre l'homme-conséquence et Dieu-cause. Les murs sont tombés,
-nous sommes exposés aux profondes réactions des facultés divines.
-Seul le travail de l'esprit tient ouvert l'orifice par lequel nous
-communiquons avec Dieu.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après EMMERSON.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>L'homme est visiblement fait pour penser; c'est toute sa dignité et tout
-son mérite; et tout son devoir est de penser comme il faut; et l'ordre
-de la pensée est de commencer par soi, et par son auteur et sa fin; or,
-à quoi pense le monde? Jamais à cela, mais à danser, à jouer du luth,
-à chanter, à faire des vers, à courir la bague, etc., à se bâtir, à se
-faire roi, sans penser à ce que c'est que d'être roi et que d'être homme.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XXIV" id="CHAPITRE_XXIV">CHAPITRE XXIV</a></h4>
-
-<h3>L'ABNÉGATION</h3>
-
-
-<p>Le bonheur de l'homme est dans sa communion d'amour avec Dieu et avec
-ses prochains. Les péchés entravent ce bonheur. La cause des péchés est
-en ce fait que l'homme met son bonheur à satisfaire les désirs de son
-corps, et non à aimer Dieu et son prochain. C'est pourquoi le bonheur de
-l'homme est dans l'affranchissement des péchés. S'affranchir des péchés,
-c'est faire un effort pour renoncer à la vie charnelle.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">I.&mdash;<i>La loi de la vie est dans le renoncement à la chair.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Tous les péchés charnels: la luxure, l'oisiveté, le luxe, l'inimitié, la
-cupidité, viennent uniquement de ce qu'on reconnaît son corps comme son
-«moi», de ce qu'on soumet son âme à son corps.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>«Alors Jésus dit à Ses disciples: si quelqu'un veut venir avec Moi,
-qu'il renonce à Lui-même, qu'il se charge de sa croix et me suive.
-Car quiconque voudra sauver sa vie, la perdra; et quiconque perdra sa
-vie pour l'amour de moi, la trouvera; car que servirait-il à l'homme
-de gagner tout le monde, s'il perdait son âme? Ou bien, que donnerait
-l'homme en échange de son âme?»</p>
-
-<p style="margin-left:75%; font-size: 0.8em;">MATTH, XVI, 24-26.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>«Voici pourquoi Mon Père m'aime: c'est que Je donne ma vie pour la
-reprendre.</p>
-
-<p>«Personne ne me l'ôte, mais Je la donne de Moi-même; J'ai le pouvoir de
-la quitter, et le pouvoir de la reprendre. J'ai reçu cet ordre de mon
-Père».</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JEAN, X, 17-18.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Le fait que l'homme peut renoncer à sa vie corporelle prouve clairement
-que l'homme est pourvu de quelque chose en vertu de quoi il renonce.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Plus on s'abandonne au charnel, plus on perd le spirituel.</p>
-
-<p>Plus tu renonces au charnel, plus tu reçois de spirituel. Vois lequel
-des deux t'est plus nécessaire.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>L'abnégation n'est pas le renoncement à soi-même, mais le transport de
-son «moi» d un être charnel dans un être spirituel. Renoncer à soi-même,
-n'est pas renoncer à la vie. Par contre, renoncer à la vie charnelle,
-c'est augmenter la vraie vie spirituelle.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>La raison démontre à l'homme que son bonheur ne peut être dans la
-satisfaction des exigences de sa chair; c'est pourquoi la raison
-entraîne l'homme irrésistiblement vers le bonheur qui lui est propre,
-mais qui ne se place pas dans sa vie corporelle.</p>
-
-<p>On pense et on dit généralement que le renoncement à la vie corporelle
-est un haut fait; ceci n'est pas exact. Ce renoncement n'est pas un
-exploit, mais une condition inévitable de la vie de l'homme. Pour la
-bête, le bonheur dans la vie corporelle, et la prolongation de l'espèce
-qui en découle, est le but suprême de la vie. Mais pour l'homme, cette
-vie, et la prolongation de l'espèce, n'est qu'un degré de l'existence
-d'où s'ouvre pour lui le vrai bonheur de la vie, incompatible avec le
-bonheur de la vie charnelle. Pour l'homme, celle-ci n'est pas toute la
-vie, mais uniquement une condition de la vraie vie qui consiste en une
-communion de plus en plus grande avec le principe spirituel de l'univers.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>L'imminence de la mort amène nécessairement l'homme à la
-conscience de la vie spirituelle qui n'est pas assujettie à la mort.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Lorsqu'un enfant vient de naître, il lui semble qu'il n'y a que lui qui
-existe au monde. Il ne cède à rien ni à personne, ne veut rien savoir
-de personne et ne fait que réclamer ce qui lui est nécessaire. Il ne
-connaît pas même sa mère, il ne connaît que son sein. Mais des jours,
-des mois, des années passent, et l'enfant commence à comprendre qu'il y
-a d'autres hommes pareils à lui qui veulent aussi ce qu'il désire pour
-lui. Et plus il vit, plus il comprend qu'il n'est pas seul au monde et
-qu'il doit, s'il en a la force, lutter contre les autres hommes pour
-obtenir ce qu'il désire posséder, ou bien, s'il n'a pas la force, se
-soumettre à ce qui est. En outre, plus l'homme vit, plus il comprend
-clairement que sa vie ne dure qu'un temps, et que chaque heure peut se
-terminer par la mort. Il voit, aujourd'hui, demain, tantôt l'un, tantôt
-l'autre, emportés par la mort, et il comprend que cela peut également
-lui arriver à tout instant et que cela arrivera sûrement tôt ou tard. Et
-alors, l'homme ne peut ne pas comprendre qu'il n'y a pas de vraie vie
-dans son corps, et que tout ce qu'il pourrait faire dans cette vie pour
-son corps ne servirait à rien.</p>
-
-<p>Et lorsque l'homme aura clairement compris tout cela, il comprendra
-également que l'esprit qui vit en lui n'est pas uniquement en lui, mais
-en tous les hommes, dans tout l'univers, que cet esprit est l'Esprit
-de Dieu. Et ayant compris cela, l'homme n'attachera plus d'importance
-à sa vie corporelle et fondera le but de sa vie sur la communion avec
-l'Esprit de Dieu, avec ce qui est éternel.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La mort, la mort, la mort nous guette à tout instant. Notre vie
-s'accomplit en vue de la mort. Si vous travaillez pour votre vie
-charnelle à venir, vous savez qu'une seule chose vous attend dans
-l'avenir: la mort. Et cette mort détruit tout ce à quoi vous avez
-travaillé. Vous direz que vous travaillez pour le bien des générations
-à venir; mais elles disparaîtront également et il n'en restera rien.
-Par conséquent, la vie, dans un but matériel, ne peut avoir aucun sens.
-La mort détruit toute cette vie. Pour que la vie ait un sens, il faut
-que la mort ne puisse pas détruire l'œuvre de la vie. Et c'est cette
-vie-là que le Christ révèle aux hommes. Il montre aux hommes qu'à côté
-de la vie charnelle, qui n'est qu'une apparence de la vie, il est une
-autre vie, la vraie, qui donne le véritable bonheur à l'homme, et que
-chaque homme connaît cette vie dans son cœur. La doctrine du Christ
-indique l'illusion de la vie personnelle, la nécessité d'y renoncer et
-de reporter le sens et le but de la vie dans une vie juste, la vie de
-l'humanité entière, dans la vie du Fils de l'homme.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Pour comprendre la doctrine du Christ indiquant le salut de la vie, il
-faut bien comprendre ce que disaient tous les prophètes, ce que disait
-Salomon, ce que disait Bouddha, ce que disaient tous les sages du monde
-entier sur la vie individuelle de l'homme. On peut, suivant l'expression
-de Pascal, ne pas y penser, porter devant soi des petits écrans qui
-cacheraient au regard l'abîme de la mort auquel nous courons tous; mais
-il n'y a qu'à réfléchir à ce qu'est la vie corporelle individuelle pour
-se persuader que toute cette vie, si elle n'est que matérielle, n'a non
-seulement aucun sens, mais encore n'est qu'une mauvaise plaisanterie aux
-dépens du cœur, de la raison de l'homme et de tout ce qu'il y a de bon
-en lui. C'est pourquoi, pour comprendre la doctrine du Christ, il faut
-tout d'abord reprendre ses sens, réfléchir, afin qu'il se fasse en nous
-ce que dit Jean, le précurseur du Christ, en prêchant sa doctrine à des
-gens égarés comme nous: «Repentez-vous avant tout, c'est-à-dire, revenez
-à vous; sinon, vous périrez tous.»</p>
-
-<p>«Lorsqu'on eut raconté au Christ comment ont péri les Galiléens par la
-main de Pilate, il dit: «Pensez-vous que ces Galiléens avaient commis
-plus de péchés que tous les Galiléens pour avoir souffert ainsi? Je
-vous dis que non; mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous
-ainsi. La mort inévitable est devant vous tous. Nous tâchons vainement
-de l'oublier, mais cela ne nous permettra pas de l'éviter; au contraire,
-lorsqu'elle viendra par surprise, elle sera plus affreuse encore. Il n'y
-a qu'un seul moyen de salut: c'est de renoncer à la vie qui meurt et de
-vivre de celle pour laquelle il n'y a pas de mort.»</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Celui qui ne voit pas son «moi» dans son corps mourant, connaît la
-vérité de la vie.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse bouddhiste.</i></p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>«C'est pourquoi je vous dis: ne soyez point en souci pour votre vie, de
-ce que vous mangerez et de ce que vous boirez; ni pour votre corps, de
-quoi vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et
-le corps plus que le vêtement?</p>
-
-<p>Regardez les oiseaux de l'air; car ils ne sèment ni moissonnent, ni
-n'amassent dans des greniers, et votre Père Céleste les nourrit.
-N'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux?</p>
-
-<p>Et qui est-ce d'entre vous qui, par son souci, puisse ajouter une coudée
-à sa taille?</p>
-
-<p>Ne soyez donc point en souci, disant que mangerons-nous, que
-boirons-nous et de quoi serons-nous vêtus.</p>
-
-<p>Mais cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes
-ces choses vous serons données par surcroît.</p>
-
-<p>Ne soyez donc point en souci du lendemain; car le lendemain aura le
-souci de ce qui le regarde: «à chaque jour suffit sa peine».</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MATTH., VI, 25-37, 31, 33-34.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Le renoncement à son «moi» corporel révèle Dieu dans l'âme de
-l'homme.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Plus l'homme renonce à son «moi» corporel, plus Dieu se révèle à lui. Le
-corps cache Dieu à l'homme.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si tu veux arriver à connaître le «moi» universel, tu dois, avant tout,
-apprendre à te connaître toi-même. Et pour cela, tu dois sacrifier ton
-«moi» au «moi» universel.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse brahmane.</i></p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Si tu méprises le monde, ce n'est pas un grand mérite. Pour celui qui
-vit selon Dieu, lui-même et le monde seront toujours rien.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Le renoncement à la vie corporelle est précieux, nécessaire et joyeux
-uniquement lorsqu'il est religieux, c'est-à-dire, lorsque l'homme
-renonce à lui-même, à son corps, afin d'accomplir la volonté du Dieu
-qui vit en lui. Mais lorsque l'homme renonce à la vie corporelle, non
-pour exécuter la volonté de Dieu, mais pour accomplir sa volonté à lui
-et celle des hommes qui sont pareils à lui, une telle abnégation n'est
-ni précieuse, ni nécessaire, ni joyeuse, mais uniquement nuisible à
-lui-même et aux autres.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Si vous tâchez de plaire aux hommes pour qu'ils vous soient
-reconnaissants, vous travaillerez en vain. Mais si vous faites du bien
-aux autres sans songer à eux, pour Dieu, vous vous ferez du bien, et les
-autres vous seront reconnaissants.</p>
-
-<p>Dieu se souvient de celui qui ne pense pas à lui-même, et Dieu oublie
-celui qui pense à lui-même.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>C'est seulement quand notre corps meurt, que nous ressuscitons en Dieu.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Si tu n'attends rien et que tu ne veux rien recevoir des autres hommes,
-ceux-ci ne peuvent pas te faire peur, de même qu'une abeille ne craint
-pas une autre et qu'un cheval n'a pas peur d'un autre. Mais si ton
-bonheur est dans le pouvoir des autres hommes, tu les craindras sûrement.</p>
-
-<p>C'est par là que l'on doit commencer: il faut renoncer à tout ce qui ne
-nous appartient pas, y renoncer au point qu'il ne soit pas notre maître,
-renoncer à tout ce qui est nécessaire au corps, renoncer à l'amour de
-la richesse, de la gloire, des fonctions, des honneurs, renoncer à ses
-enfants, à sa femme, à ses frères. Tu dois te dire que tout cela n'est
-pas ta propriété.</p>
-
-<p>Mais comment arriver à cela? Subordonner sa volonté à la volonté de
-Dieu: s'Il veut que j'aie la fièvre&mdash;je le veux aussi. S'il veut que je
-fasse ceci et non pas cela&mdash;je le veux aussi. S'Il veut qu'il m'arrive
-une chose à laquelle je ne m'attendais pas&mdash;je le veux aussi.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ÉPICTÈTE.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>La volonté propre ne se satisfera jamais, quand elle aurait pouvoir
-de tout ce qu'elle veut; mais on est satisfait dès l'instant qu'on y
-renonce. Sans elle, on ne peut être content. La vraie et unique vertu
-est donc de se haïr, car on est haïssable par sa concupiscence, et de
-chercher un être véritablement aimable, pour l'aimer. Mais, comme nous
-ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un être qui soit
-en nous, et qui ne soit pas nous, et cela est vrai d'un chacun de tous
-les hommes. Or, il n'y a que l'être universel qui soit tel. Le royaume
-de Dieu est nous (Luc, XVII, 21); le bien universel est en nous-mêmes et
-ce n'est pas nous.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>Le vrai amour envers les hommes n'est possible que par
-l'abnégation.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Seul ce qui ne vit pas pour soi-même ne périt pas. Mais pourquoi celui
-qui ne vit pas pour lui-même vivra-t-il? On peut ne pas vivre pour
-soi-même alors seulement qu'on vit pour Tout. C'est en vivant pour le
-Tout que l'homme peut être et est tranquille.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Quand même tu le voudrais, tu ne pourrais pas séparer ta vie de celle
-de l'humanité. Tu vis dans l'humanité, par elle et pour elle. En vivant
-parmi les hommes, tu ne peux pas ne pas renoncer à toi-même, parce que
-nous sommes tous créés pour agir d'un commun accord, comme les jambes,
-les bras, les yeux, et l'accord ne serait pas possible sans l'abnégation.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>On ne saurait se contraindre à l'amour des autres. On ne peut que
-rejeter ce qui empêche l'amour. Et ce qui l'empêche, c'est l'amour de
-son «moi» matériel.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>«Tu aimeras ton prochain comme toi-même» ne veut pas dire que tu dois
-tâcher d'aimer ton prochain. On ne peut pas se forcer à aimer. «Tu
-aimeras ton prochain» veut dire que tu dois cesser de t'aimer plus que
-tout. Et dès que tu ne t'aimeras plus ainsi, tu te mettras à aimer ton
-prochain comme toi-même.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Il faut s'habituer de se dire lorsqu'on rencontre un homme: je ne
-penserai qu'à lui, et non pas à moi-même.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>I suffit de penser à soi au beau milieu d'un discours, pour perdre le
-fil de ses idées. De même, quand nous nous oublions complètement, que
-nous sortons de nous-mêmes, nous pouvons communiquer fructueusement avec
-les autres, les servir et avoir sur eux une influence bienfaisante.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Plus la vie d'un homme est confortable et mieux organisée
-extérieurement, plus la joie de l'abnégation est loin et difficile pour
-lui. Les riches en sont presque entièrement privés. Au pauvre, tout
-travail interrompu dans le but de venir en aide à son prochain, chaque
-morceau de pain tendu à un mendiant, procure la joie de l'abnégation.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Ce que tu as donné est à toi, ce que tu as gardé est aux autres.</p>
-
-<p>Si tu t'es privé de quelque chose pour le donner aux autres, tu t'es
-fait du bien à toi-même; ce bien est à jamais à toi et personne ne peut
-te le prendre.</p>
-
-<p>Mais si ta as gardé ce qu'un autre voulait prendre, lu ne l'as que
-pour un temps ou jusqu'au moment où tu devras le rendre. Et tu devras
-sûrement le rendre lorsque la mort sera venue.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Serait-il possible de ne pouvoir espérer qu'il viendra un jour où les
-gens verront qu'il leur est tout aussi facile de vivre pour les autres
-qu'il leur est facile de mourir à la guerre dont ils ne connaissent pas
-la cause? Il suffit aux hommes d'avoir à cet effet un peu plus de force
-d'esprit et un peu plus de conscience.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">BRAUN.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>L'homme qui emploie toutes ses forces à satisfaire uniquement ses
-besoins bestiaux, détruit sa vraie vie.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Si l'homme ne pense qu'à lui-même et cherche partout son profit, il ne
-peut être heureux. Si tu veux réellement vivre pour toi-même, vis pour
-les autres.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Pour comprendre combien il est indispensable de renoncer à la vie
-corporelle pour la vie spirituelle, il suffit de se représenter combien
-serait terrible et répugnante une vie consacrée uniquement à la
-satisfaction des désirs charnels. La vraie vie ne commence qu'au moment
-où l'homme renonce à toute bestialité.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Par la parabole des vignerons (<span style="font-size: 0.8em; ;">MATTH., 33-42</span>), le Christ éclaircit
-l'erreur des gens qui prennent l'apparence de la vie&mdash;leur vie
-charnelle&mdash;pour la vraie vie.</p>
-
-<p>A force d'habiter le jardin cultivé de leur maître, des gens se crurent
-propriétaires du jardin. Et de cette conception erronée il résulte une
-série d'actes insensés et cruels accomplis par ces gens qui, finalement,
-sont chassés du jardin, exclus de la vie. De même, nous nous sommes
-imaginés que la vie de chacun de nous est notre vie personnelle, que
-nous y avons droit et pouvons en jouir à notre gré, n'ayant aucune
-obligation envers personne. Aussi, commettons-nous inévitablement la
-même série d'actes cruels et insensés et sommes de même exclus de la
-vie. Comme les habitants du jardin avaient oublié que le jardin leur
-avait été donné en état, entouré d'un fossé et d'une clôture, pourvu
-d'un puits, que quelqu'un avait travaillé à leur intention et attend,
-par suite, qu'ils fournissent également du travail, les hommes qui ne
-possèdent qu'une vie personnelle ont oublié, ou veulent oublier, tout ce
-qui a été fait pour eux avant leur naissance, ce qui se fait au cours de
-leur vie, et ce qu'on attend d'eux.</p>
-
-<p>D'après la doctrine du Christ, de même que les vignerons, qui habitaient
-une vigne qu'ils n'avaient pas travaillée, doivent sentir et comprendre
-qu'ils ont contracté une dette constante envers leur maître, les hommes
-doivent sentir et comprendre que, depuis leur naissance et jusqu'à
-la mort, ils ont contracté une dette envers ceux qui ont vécu avant
-eux, qui vivent encore et qui vivront, et envers ce qui était, est
-et sera toujours le commencement de tout. Ils doivent comprendre que
-chaque heure de leur existence confirme cette obligation, et que, par
-conséquent, l'homme qui vit pour lui-même et qui nie cette obligation,
-l'attachant à la vie et à son principe, se prive lui-même de la vie.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Les hommes pensent que l'abnégation compromet la liberté. Ils ne
-savent pas que seule l'abnégation nous donne la vraie liberté, en nous
-débarrassant de nous-mêmes, de l'esclavage de notre dépravation. Nos
-passions sont les tyrans les plus cruels: il suffit de renoncer à eux,
-et tu te sentiras libre.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">FÉNELON.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La conscience de notre mission, qui implique la loi de l'abnégation, n'a
-rien de commun avec la jouissance de la vie. Si nous voulions confondre
-la conscience de notre mission avec la jouissance, et que nous offrions
-ce mélange, en qualité de remède, à une âme malade, ces deux éléments se
-seraient séparés spontanément. Mais si cela n'avait pas eu lieu et que
-la conscience de la haute destination de l'homme n'avait produit aucun
-effet, et que la vie corporelle aurait acquis, en aspirant au plaisir,
-une certaine force qui correspondrait avec la destination, la vie morale
-de l'homme aurait disparu sans retour.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>On ne peut se libérer de ses péchés qu'à condition de renoncer à
-soi-même.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Le renoncement au bonheur corporel pour le bonheur spirituel est
-la conséquence d'une modification de la conscience; c'est-à-dire un
-homme qui se croyait être d'abord purement un animal, commence à se
-reconnaître comme un être spirituel. Quand ce changement s'est effectué,
-ce qui semblait avant une privation, une souffrance, n'est plus une
-privation ni une souffrance, mais une préférence naturelle du meilleur
-au plus mauvais.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>On croit et on dit que pour remplir la mission de la vie, il faut avoir
-la santé, l'aisance et, en général, être dans des conditions extérieures
-favorables. C'est inexact: la santé, l'aisance et les conditions
-extérieures favorables ne sont pas nécessaires pour remplir sa mission
-et obtenir le bonheur. Il nous est donné la possibilité d'acquérir le
-bien spirituel et que rien ne peut détruire: le bien de développer
-en soi l'amour. Seulement, il faut croire en cette vie spirituelle,
-concentrer vers elle tous ses efforts.</p>
-
-<p>Tu mènes une vie charnelle, tu travailles pour elle; mais dès que
-tu trouves des obstacles dans cette vie, transporte-toi dans la vie
-spirituelle; car la vie spirituelle est toujours libre. C'est comme
-les ailes de l'oiseau. L'oiseau marche sur ses pattes. Mais voilà que
-survient un obstacle, un danger, et l'oiseau, ayant foi en ses ailes,
-les déploie et survole.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>L'unique œuvre joyeuse et vraie de la vie est d'élever son âme; et pour
-élever son âme, il faut renoncer à soi-même. Commence par le renoncement
-dans les petites choses; lorsque tu t'habitueras à renoncer aux petites,
-tu pourras renoncer aux grandes.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Lorsque la lumière de ta vie spirituelle s'éteint, l'ombre noire de
-tes désirs charnels tombe sur ton chemin.&mdash;Méfie-toi de cette terrible
-ombre: la lumière de ton esprit, ne peut détruire ces ténèbres tant que
-tu n'auras pas chassé les désirs de ton âme.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse brahmane.</i></p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La plus grande difficulté de se libérer de l'égoïsme matériel réside en
-ce fait que cet égoïsme est une condition indispensable de la vie. Il
-est indispensable et naturel pendant l'enfance; mais il doit faiblir et
-disparaître à mesure que la raison s'éclaire.</p>
-
-<p>L'enfant n'éprouve pas de remords de conscience pour son égoïsme; mais
-à mesure que la raison s'éclaire, l'égoïsme devient un poids pour
-soi-même; au cours de la vie, l'égoïsme faiblit de plus en plus, et
-lorsqu'on approche de la mort, il disparaît entièrement.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Totalement renoncer à soi-même, c'est devenir Dieu; vivre uniquement
-pour soi-même, c'est devenir une brute absolue. La vie humaine se
-passe dans, l'éloignement progressif de la vie bestiale et dans le
-rapprochement graduel de la vie divine.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Sans sacrifice, il n'y a pas de vie. Toute la vie, que tu le veuilles ou
-non, n'est qu'un sacrifice du corporel au spirituel.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII&mdash;<i>Le renoncement à sa personnalité bestiale donne à l'homme le vrai
-bonheur spirituel qui est inaliénable.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Une seule et même loi régit la vie de chaque homme et celle de tous les
-hommes; cette loi dit: pour améliorer la vie, il faut être prêt à la
-donner.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>L'homme ne peut connaître les conséquences de sa vie d'abnégation, mais
-il n'a qu'à l'essayer pour un temps, et je suis sûr que tout honnête
-homme reconnaîtra l'influence favorable qu'avaient sur son âme et son
-corps les instants, même fugitifs, pendant lesquels il ne pensait plus à
-lui-même et renonçait à sa personnalité corporelle.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>L'homme est comme un nuage dont l'eau se déverse sur les champs, les
-prés, les forêts, les jardins, les étangs, les rivières. La pluie
-a passé, elle a rafraîchi et donné la vie à des millions de jeunes
-pousses, d'épis, de buissons, d'arbres; le nuage est devenu clair et
-transparent et bientôt il disparaîtra complètement. Il en est de même
-de la vie corporelle d'un homme de bien: il est venu en aide à bien des
-gens, il leur a facilité la vie, il leur a montré la voie à suivre, les
-a consolés; maintenant, il est vidé et, en mourant, il se relire là où
-vit seul l'éternel, l'invisible, le spirituel.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Les arbres donnent leurs fruits et même leur écorce, leurs feuilles
-et leur suc à ceux qui en ont besoin. Heureux est l'homme qui en fait
-autant! Mais il y a peu de gens qui le comprennent et qui agissent ainsi.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KRISHNA.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Le bonheur n'est pas possible tant qu'on ne cesse à penser à soi-même.
-Mais on ne peut le faire incomplètement. Si le moindre souci de soi-même
-reste, tout est gâté.... Je sais que c'est difficile, mais je sais
-également qu'il n'y a pas d'autre moyen d'acquérir le bonheur.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CARPENTER.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Bien des gens pensent que si l'on exclut la personnalité et l'amour,
-il ne restera plus rien dans la vie. Ils s'imaginent que, sans
-personnalité, il n'y a pas de vie. Mais cela semble seulement à ceux qui
-n'ont jamais éprouvé la joie de l'abnégation. Rejette ta personnalité,
-renonce à elle, et il te restera ce qui est l'essence de la vie:
-l'amour, donnant le bienfait incontestable.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Plus l'homme apprend à connaître son «moi» moral et plus il renonce à la
-vie charnelle, mieux il se comprend lui-même.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse brahmane.</i></p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Au point de vue du bonheur, la question de la vie est insoluble, parce
-que nos élans les plus élevés nous empêchent d'être heureux. Au point de
-vue du devoir, la même difficulté subsiste, car le devoir accompli donne
-la paix et non le bonheur.</p>
-
-<p>Seul le divin amour et la communion avec Dieu suppriment cette
-difficulté, car, dans ce cas, le sacrifice devient une joie constante,
-croissante etimmuable.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>L'idée du devoir dans toute sa pureté est non seulement bien plus
-simple, plus claire, plus compréhensible dans la pratiquent plus
-naturelle que l'impulsion venant du désir du bonheur ou qui est liée
-à lui (et qui exige toujours beaucoup d'artifice et de spéculations
-approfondies), mais même devant le simple bon sens, cette idée apparaît
-comme bien plus puissante, plus persistante et promet bien plus de
-succès que toutes les impulsions provenant de l'égoïsme, à condition
-que l'idée du devoir soit comprise par le bon sens tout à fait
-indépendamment des impulsions égoïstes.</p>
-
-<p>La conscience que <i>je peux</i> parce que <i>je dois</i>, révèle en l'homme la
-profondeur des dons divins, lui permettant, comme à un saint prophète,
-de pressentir la puissance et la grandeur de sa vraie destination. Et si
-l'homme y faisait plus souvent attention et s'était habitué à séparer
-entièrement la vertu de tous les avantages qui sont la récompense du
-devoir accompli, si l'exercice de la vertu avait été la préoccupation
-principale de l'éducation privée et sociale, l'état moral des hommes se
-serait bientôt amélioré. Si l'expérience de l'histoire n'a pas encore
-donné de bons résultats concernant la doctrine de la vertu, cela vient
-de la fausse conception que l'impulsion déduite de l'idée du devoir
-serait trop faible et distante, et qu'une impulsion plus proche,
-provenant d'un calcul sur les avantages que l'on doit attendre pour
-l'accomplissement du devoir, tant en ce monde que dans l'autre monde,
-agit plus fortement sur l'âme. Tandis que, en réalité, la conscience
-de posséder en soi le principe spirituel, suscitant le renoncement à sa
-personnalité, incite l'homme, bien plus que toutes les récompenses, à
-obéir à la loi du bien.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XXV" id="CHAPITRE_XXV">CHAPITRE XXV</a></h4>
-
-<h3>L'HUMILITÉ</h3>
-
-
-<p>Le plus grand bonheur de l'homme dans ce monde est de communiquer avec
-ses pareils. Les orgueilleux, en se mettant à l'écart des autres, se
-privent eux-mêmes de ce bien. Mais l'homme humble supprime tous les
-obstacles en lui-même pour obtenir ce bonheur. C'est pourquoi l'humilité
-est une condition indispensable du vrai bonheur.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">I.&mdash;<i>L'homme ne peut être fier de ses œuvres, parce que tout le bien
-qu'il fait ne vient pas de lui, mais de l'élément divin qui vit en lui.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Seul l'homme qui sait que Dieu vit en son âme peut être humble. Un tel
-homme est absolument indifférent à ce que les gens disent de lui.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>L'homme qui se croît maître de sa vie ne peut être humble, parce qu'il
-pense qu'il n'est l'obligé de personne, ni de rien. Mais l'homme qui
-voit son œuvre, dans le service de Dieu, ne saurait ne pas être humble,
-parce qu'il sent toujours qu'il est loin d'avoir accompli toutes ses
-obligations.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Nous sommes souvent fiers de ce que nous avons bien fait, nous sommes
-fiers de ce que <i>nous avons fait</i>, et nous oublions que Dieu vit
-en chacun de nous et qu'en faisant le bien, nous ne sommes que les
-instruments de Son œuvre.</p>
-
-<p>Dieu fait avec moi ce qui Lui est nécessaire, et moi je m'en vante.
-C'est comme si la pierre qui intercepte la source était fière de ce que
-l'eau s'échappe d'elle, et que les hommes et les animaux boivent cette
-eau. On dira que la pierre peut être fière de ce qu'elle est propre et
-qu'elle ne salit pas l'eau. Ceci encore n'est pas vrai. Si elle est
-propre, c'est uniquement parce que cette même eau l'a lavée et la lave
-toujours. Rien n'est à nous, tout est à Dieu.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Nous sommes les instruments de Dieu. Nous savons ce que nous devons
-faire, mais il ne nous est pas donné de savoir pourquoi nous le faisons.
-Celui qui comprend cela, ne peut ne pas être humble.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>L'œuvre principale de la vie de chaque homme est de devenir plus
-charitable et meilleur. Et comment peut-on devenir meilleur si l'on se
-croit déjà bon?</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Il suffit de se croire non pas le maître, mais le serviteur, pour que
-les tâtonnements, l'inquiétude, le mécontentement se transforment en
-certitude, en tranquillité, en paix et en joie.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>Toutes les tentations viennent de l'orgueil.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Si l'homme tend à Dieu, il ne peut jamais être satisfait de lui-même. Il
-aura beau avancer, il se sentira toujours éloigné de la perfection, car
-la perfection est infinie.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>L'assurance est la qualité de la bête; l'humilité est la qualité de
-l'homme.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Celui qui se connaît le mieux, s'estime le moins.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Celui qui est content de lui-même, n'est jamais satisfait des autres.</p>
-
-<p>Celui qui est toujours mécontent de lui-même, est toujours content des
-autres.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>On dit à un sage qu'il a la renommée d'être mauvais. Il répondit: «C'est
-heureux qu'ils ne sachent pas tout sur moi: ils auraient dit des choses
-bien pires.»</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Il n'y a rien de plus utile à l'âme que de te souvenir que tu n'es qu'un
-vil scarabée et que toute ta force consiste à pouvoir comprendre ta
-nullité et, par suite, d'être humble.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Malgré le peu d'attention que la plupart des hommes attachent à leurs
-défauts, il n'y a pas d'homme qui ne se connaisse quelque chose de plus
-mauvais que ce qu'il sait sur son prochain.</p>
-
-<p>C'est pourquoi il est facile à chaque homme d'être humble.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">WOLSELEY.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Il suffit de réfléchir un jeu pour se découvrir quelque défaut envers le
-genre humain (ne serait-ce que cette faute qu'en vertu de l'inégalité
-des hommes, nous jouissons de certains avantages pour lesquels d'autres
-doivent éprouver de plus grandes privations)&mdash;et cela nous empêchera
-d'exagérer nos mérites au détriment d'autres hommes.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>On ne peut voir ses défauts qu'avec les yeux des autres.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Proverbe chinois.</i></p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Chaque homme peut être pour nous un miroir dans lequel nous voyons nos
-vices, nos défauts et tout le mal qui est en nous; or, nous agissons le
-plus souvent comme un chien qui aboie contre le miroir, pensant que ce
-n'est pas lui qu'il voit là-dedans, mais un autre chien.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Les gens trop sûrs d'eux-mêmes, sots et immoraux, inspirent souvent le
-respect aux gens modestes, sages et moraux, précisément parce qu'un
-homme modeste, en se jugeant, ne peut pas comprendre qu'un mauvais homme
-puisse tellement se respecter.</p>
-
-<p class="caption">12</p>
-
-<p>Souvent les hommes les plus simples, les moins lettrés, les moins
-instruits, s'assimulent facilement la doctrine chrétienne, tandis que
-les plus savants croupissent dans le paganisme le plus vulgaire. Cela
-vient de ce que les gens simples sont le plus souvent humbles, et que
-les savants sont pour la plupart trop surs d'eux-mêmes.</p>
-
-<p class="caption">13</p>
-
-<p>Pour comprendre raisonnablement la vie et la mort et attendre celle-ci
-en paix, il est indispensable de comprendre combien on est nul.</p>
-
-<p>Tu es une parcelle infiniment petite de quelque chose, et tu ne
-serais rien si tu n'avais pas une mission déterminée&mdash;une œuvre.
-Cela seulement donne un sens et une signification à ta vie. Ton œuvre
-consiste à profiter des instruments qui te sont donnés, de même qu'à
-tout ce qui existe: d'user ton corps à ce qui t'a été recommandé.
-C'est pourquoi, toutes les œuvres sont égales et tu ne peux pas faire
-plus qu'il ne t'a été commandé. Tu ne peux être qu'adversaire de Dieu
-ou interprète de son œuvre. De sorte que l'homme ne peut s'attribuer
-rien de grand ni d'important. Il suffit de s'attribuer quelque œuvre
-exceptionnelle, pour qu'il n'y ait plus fin aux déceptions de la
-lutte, à la jalousie, aux souffrances de toutes sortes, tu n'as qu'à
-t'attribuer plus d'importance qu'à la plante qui donne des fruits, et
-tu es perdu. La tranquillité, la liberté, la joie de la vie, le courage
-devant la mort, ne sont donnés qu'à celui qui ne se croit dans cette vie
-rien de plus qu'un ouvrier de son Maître.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>L'Humilité unit les hommes par l'amour.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Être inconnu des hommes ou non compris d'eux, et ne pas s'en
-attrister&mdash;voilà la qualité de l'homme réellement vertueux qui aime les
-autres.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse chinoise.</i></p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>De même que l'eau ne reste pas sur les sommets, la bonté et la sagesse
-ne se rencontrent pas chez les orgueilleux. L'un comme les autres
-cherchent des terrains bas.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse persane.</i></p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Un homme charitable est celui qui se souvient de ses péchés et qui
-oublie le bien qu'il fait; un homme méchant est celui qui, au contraire,
-se souvient de sa bonté et oublie ses péchés.</p>
-
-<p>Ne te pardonne pas, et tu pardonneras facilement aux autres.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>On peut reconnaître un homme bon et intelligent à ce qu'il considère
-tous les autres hommes meilleurs et plus intelligents que lui.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Les gens les plus agréables ce sont les justes qui se croient pécheurs.
-Et les plus désagréables ce sont les pécheurs qui se croient justes.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Combien il est difficile d'aimer, de plaindre les orgueilleux,
-confiants en eux-mêmes! On voit, rien qu'à cela, combien la modestie est
-non seulement bonne, mais encore avantageuse. Elle suscite ce qu'il y a
-de plus précieux dans la vie: l'amour des hommes.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Tout le monde aime les humbles; nous voulons tous être aimés. Comment ne
-pas s'efforcer d'être humbles?</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Pour que les hommes puissent bien vivre, il faut que la paix règne parmi
-eux. Et là où chacun veut être au-dessus des autres, il ne peut y avoir
-de paix. Plus les hommes sont humbles, plus il leur est facile de vivre
-en paix.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>L'Humilité unit l'homme à Dieu.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Il n'y a rien de plus fort qu'un homme humble; car, en renonçant à
-lui-même, cet homme cède la place à Dieu.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Les paroles de la prière: «Venez et descendez en nous» sont fort belles.
-Tout est dans ces paroles. L'homme a tout ce qu'il lui faut si Dieu
-descend en lui. Et pour cela, il ne faut qu'une chose: se diminuer pour
-faire une place à Dieu. Dès que l'homme se diminue, Dieu s'établit
-en lui. C'est pourquoi, pour obtenir tout ce qui lui est nécessaire,
-l'homme doit s'humilier avant tout.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Plus l'homme descend en lui-même et se croit insignifiant, plus il
-s'élève vers Dieu.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse brahmane.</i></p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>L'orgueil disparaît du cœur de celui qui adore l'Être Suprême, de même
-que la lueur du bûcher s'éclipse à la lumière du soleil. Celui dont le
-cœur est pur et qui est sans orgueil, celui qui est doux, fidèle et
-simple, qui considère chaque être comme son ami et qui aime chaque âme
-comme la sienne, qui traite chacun également avec tendresse et amour,
-qui veut faire le bien et a banni toute vanité, est l'homme dont le cœur
-est habité par le Souverain de la vie.</p>
-
-<p>De même, que la terre se décore de belles plantes qu'elle produit, celui
-dans l'âme duquel habite le Seigneur de la vie, s'en trouve embelli.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Vichnou Pourana.</i></p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>Comment lutter contre l'orgueil.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Les défauts qui sont pénibles et intolérables chez les autres,
-paraissent ne rien peser en nous-mêmes. Il arrive très souvent qu'en
-parlant des autres et en les blâmant cruellement, les gens ne remarquent
-pas qu'ils se décrivent eux-mêmes.</p>
-
-<p>Rien ne nous corrigerait aussi vite de nos défauts que si nous pouvions
-nous voir dans les autres. En voyant clairement nos défauts chez les
-autres, nous aurions détesté nos défauts comme ils le méritent.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LABRUYÈRE.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Tâche de ne pas penser de bien de toi-même. Si tu ne peux pas penser mal
-de toi, sache que c'est déjà mal que tu ne peux pas penser mal de loi.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La tendance de te comparer aux autres à ton avantage est une tentation
-rendant impossible une bonne vie et entravant l'œuvre principale: le
-perfectionnement. Compare-toi uniquement à la perfection suprême, et non
-aux hommes qui peuvent être inférieurs à toi.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Quand on t'injurie où que l'on te blâme, réjouis-toi; quand on te vante
-et que l'on t'approuve, méfie-toi.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Tache de ne pas cacher dans des coins sombres les souvenirs honteux de
-tes péchés; au contraire, tiens-les toujours prêts, afin de pouvoir
-juger des péchés de tes prochains.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Considère-toi toujours comme un écolier. Ne pense pas que tu es trop
-vieux pour apprendre, que ton âme est déjà telle qu'elle doit être et
-qu'elle ne peut être meilleure. Pour l'homme raisonnable, le cours des
-études n'est jamais terminé: il est élève jusqu'à la tombe.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Seul l'humble de cœur connaît la vérité. L'humilité ne provoque pas la
-jalousie.</p>
-
-<p>Les arbres sont emportés par le torrent, les joncs restent.</p>
-
-<p>Un sage a dit: «Mon enfant, ne t'attriste pas de n'avoir pas été
-apprécié, car personne ne peut te reprendre ce que tu as fait, ou te
-donner ce que tu n'as pas fait. L'homme raisonnable se contente du
-respect qu'il mérite.</p>
-
-<p>«Sois aimable, respectueux, affable, soucieux du profit des autres, et
-le bonheur viendra à toi tout aussi naturellement que l'eau descend dans
-les vallées.»</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Vichnou hindou.</i></p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>Conséquences de l'orgueil.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'homme sans humilité blâme toujours les autres; il ne voit que les
-fautes des hommes, pendant que ses passions et ses vices à lui se
-développent de plus en plus.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse bouddhiste.</i></p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>L'homme non éclairé par le christianisme n'aime que lui. Et en n'aimant
-que lui, un tel homme veut être grand, et il se voit petit; il veut
-être heureux, et il se voit misérable; il veut être parfait, et il se
-voit plein d'imperfections. Et en voyant tout cela, l'homme commence
-à détester la vérité et à imaginer des arguments d'après lesquels
-il résulterait qu'il est précisément ce qu'il voudrait être, et il
-devient à ses yeux grand, heureux et parfait. Il y a là un double péché
-d'orgueil et de mensonge. Le mensonge vient de l'orgueil, et l'orgueil
-vient du mensonge.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Qui ne hait en soi son amour-propre et cet instinct qui le porte à se
-faire Dieu est bien aveuglé. Qui ne voit pas que rien n'est si opposé
-à la justice et à la vérité? Car il est faux que nous méritions cela,
-et il est injuste et impossible d'y arriver, puisque tous demandent la
-même chose.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Il y a toujours une tâche sombre sur notre soleil: c'est l'ombre qui
-tombe de la considération que nous avons pour notre personne.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CARLYLE.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII.&mdash;<i>L'Humilité donne à l'homme le bonheur spirituel et la force de
-lutter contre les tentations.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Rien n'est aussi profitable à l'âme que l'humiliation acceptée avec
-joie. Elle rafraîchit l'âme comme une chaude pluie après le soleil
-ardent de la fatuité.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La porte d'entrée du temple de la vérité et du bonheur est basse. Seule
-ceux qui se baisseront pourront y entrer. Et heureux seront ceux qui
-pourront passer cette porte. Le temple est vaste et libre, et tous les
-gens qui s'y trouvent s'aiment les uns les autres, s'entr'aident et ne
-connaissent point de chagrin.</p>
-
-<p>Ce temple est la vraie vie des hommes. La porte du temple, c'est la
-doctrine de la sagesse. Et la sagesse est donnée aux humbles, à ceux qui
-ne s'élèvent pas, mais qui se diminuent.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La joie parfaite, selon les paroles de saint François d'Assise, consiste
-à supporter le reproche non mérité, même une souffrance corporelle, sans
-éprouver d'inimitié envers la cause du reproche ou de la souffrance.
-Cette joie est parfaite parce qu'aucune offense, aucune injure et aucun
-reproche ne peuvent la compromettre.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>«Quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé.»</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LUC, XIV, 11.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Le plus faible en ce monde vainc le plus fort; le bas et l'humble vainc
-le grand et le fier. Un très petit nombre de gens comprennent toute la
-force de l'humilité.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Il n'y a rien de plus tendre et de plus conciliant que l'eau, et
-cependant, en attaquant les choses solides et dures, rien n'est plus
-fort qu'elle. Le faible vainc le fort. Le délicat vainc le cruel.
-L'humble vainc le fier. Tout le monde le sait, mais personne ne veut
-agir selon cette loi.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Si les rivières et les mers dominent toutes les vallées qu'elles
-traversent, c'est parce qu'elles sont plus basses.</p>
-
-<p>C'est pourquoi, si un saint homme veut être au-dessus du peuple, il doit
-tâcher d'être au-dessous de lui. S'il veut le gouverner, il doit être
-derrière lui.</p>
-
-<p>Par conséquent, si un saint homme vit au-dessus du peuple, le peuple ne
-le sent pas. Il est au-devant du peuple, mais le peuple n'en souffre
-pas. C'est pourquoi le monde ne cesse de le louer. Le saint homme ne
-discute avec personne, et personne ne discute avec lui.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>L'eau est légère, liquide et peu résistante, mais lorsqu'elle attaque
-quelque chose de solide, de dure et de résistant, rien ne peut lutter
-contre elle: elle emporte des maisons, joue avec d'énormes bateaux
-comme avec des copeaux, creuse la terre. L'air est encore moins dense,
-plus doux et moins résistant que l'eau, mais il est plus fort encore
-lorsqu'il attaque des choses dures, fermes et solides. Il arrache les
-arbres avec leurs racines, démolit les maisons, gonfle l'eau en vagues
-énormes et chasse l'eau dans les nuages. Le tendre, le doux et le
-liquide vainc le dur, le ferme et le résistant.</p>
-
-<p>Il en est de même dans la vie des hommes. Si tu veux être vainqueur,
-sois tendre, doux et condescendant.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XXVI" id="CHAPITRE_XXVI">CHAPITRE XXVI</a></h4>
-
-<h3>LA VÉRACITÉ</h3>
-
-
-<p>Les superstitions empêchent de se bien conduire. On ne peut s'en
-débarrasser que par la sincérité, et cela non seulement envers les
-autres, mais encore envers soi-même.</p>
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">I.&mdash;<i>Comment on doit se comporter envers les opinions et les coutumes
-établies.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Le moyen habituel employé pour nier l'existence de Dieu est de
-reconnaître l'opinion publique comme incontestablement juste et de
-n'attacher aucune importance à la voix de Dieu que nous entendons
-constamment en notre âme.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Quand même le monde entier reconnaîtrait la véracité d'une doctrine,
-quand même elle serait ancienne, l'homme doit la contrôler par sa raison
-et la rejeter hardiment, si elle ne s'accorde pas avec les exigences de
-sa raison.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>«Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira.»</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JEAN, VIII, 32.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Celui qui veut devenir vraiment un homme doit abandonner la
-préoccupation de plaire au monde; celui qui veut vivre d'une vie juste
-ne doit pas se conformer à ce qu'il est d'usage de considérer comme
-bien; il n'a qu'à chercher scrupuleusement où est véritablement le bien.
-Il n'y a rien de plus sacré et de plus fécond que la curiosité d'une âme
-indépendante.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La tendance de croire à ce que l'on nous présente comme vérité renferme
-le bien comme le mal. C'est précisément cette tendance qui rend possible
-la marche progressive de la société, et c'est elle encore qui rend cette
-marche si lente et pénible: chaque génération hérite, grâce à elle, sans
-effort, des connaissances acquises à grande peine par ceux qui ont vécu
-avant, et c'est grâce à elle que chaque génération se trouve esclave des
-fautes et des erreurs de la précédente.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">HENRY GEORGE.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Plus l'homme vit, plus il se libère des superstitions.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Croire que tout ce qui nous est avantageux et agréable est vrai, est
-une qualité naturelle tant aux enfants qu'à l'humanité en bas âge. Plus
-l'homme et l'humanité avancent en âge, et plus leur raison s'éclaircit,
-devient ferme, plus ils se libèrent de la conception erronée d'après
-laquelle tout ce qui est avantageux à l'homme est vrai. C'est pourquoi,
-à mesure qu'ils avancent dans la vie, l'homme et l'humanité doivent
-nécessairement examiner, par les efforts de leur raison et de la sagesse
-de ceux qui ont vécu avant eux, si les principes, acceptés sur foi, sont
-vrais.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Chaque vérité exprimée par les paroles est une force dont l'action est
-infinie.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>Le mensonge, ses causes et ses conséquences.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Ne pense pas que l'on doive dire et créer la vérité uniquement dans les
-cas graves. On doit toujours le faire, même dans les questions les plus
-futiles. Il ne s'agit pas du grand ou du petit mal qui sera causé par
-ton mensonge, il importe que tu ne te souilles jamais par le mensonge.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Tous, nous aimons mieux la vérité que le mensonge; mais lorsqu'il s'agit
-de notre vie, nous préférons souvent le mensonge à la vérité, parce que
-le mensonge justifie notre mauvaise vie, tandis que la vérité la dénonce.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Chaque vérité qui pénètre dans la conscience des hommes et remplace une
-ancienne erreur arrive à un moment où l'erreur est claire et la vérité
-évidente. Mais les gens qui profitent de cette erreur ou qui y sont
-habitués s'efforcent de la maintenir. Dans ces moments-là, il est tout
-particulièrement important de proclamer hardiment la vérité.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Si l'on vous dit qu'il ne faut pas chercher la vérité partout, parce
-qu'on ne trouve jamais toute la vérité, ne le croyez pas. Ceux qui
-parlent ainsi sont vos plus redoutables ennemis, comme ils sont ceux de
-la vérité.</p>
-
-<p>Ils le disent parce qu'ils ne vivent pas selon la vérité, parce qu'ils
-le savent et qu'ils veulent que les autres vivent comme eux.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Si tu veux connaître la vérité, débarrasse-toi, du moins pour le temps
-que tu la cherches, de toutes les considérations sur les avantages que
-tu pourrais tirer de telle ou telle autre décision.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>On est joyeux lorsqu'on découvre le mensonge des autres et qu'on le
-dénonce. Mais combien on est plus heureux encore lorsqu'on se surprend
-soi-même ayant menti et que l'on s'accuse. Tâche de t'offrir ce plaisir
-aussi souvent que possible.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Bien que le mensonge et toutes ses séductions soient très tentantes, il
-arrive un temps où l'homme se sent tellement tourmenté par le mensonge,
-que pour fuir le désordre moral qu'engendre toujours le mensonge, il
-s'adresse à la vérité et trouve le salut en elle seule.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>L'amère expérience nous montre qu'on ne peut conserver les anciennes
-conditions de vie, et que, par conséquent, il faut en rechercher des
-nouvelles, celles qui puissent répondre aux temps nouveaux. Mais au
-lieu d'employer leur temps à chercher et à instituer ces nouvelles
-conditions, les hommes emploient leur raison à rechercher des moyens
-de conserver les anciennes conditions de vie qui existent depuis des
-centaines d'années.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Le mensonge nous cache Dieu en nous-mêmes et chez les autres hommes;
-c'est pourquoi, il n'y a rien de plus cher que la vérité qui nous ramène
-à l'amour de Dieu et de notre prochain.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Il n'y a pas de plus grand malheur que lorsque l'homme commence à
-craindre la vérité, parce qu'elle lui cache combien il est mauvais.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Le meilleur signe de la vérité est la simplicité et la clarté. Le
-mensonge est toujours compliqué, affecté et grandiloquent.</p>
-
-<p class="caption">12</p>
-
-<p>On peut être solitaire dans un milieu privé et temporaire; mais chacune
-de nos pensées et chacune de nos sensations trouve, a trouvé et trouvera
-un retentissement dans l'humanité. Pour certaines personnes, que la
-majorité de l'humanité reconnaît pour ses chefs, ses réformateurs,
-ses éducateurs, ce retentissement est immense et il résonne avec une
-force extrême; mais il n'y a pas d'homme dont les idées ne produiraient
-pas sur les autres le même effet, bien que moins apparent. Chaque
-manifestation sincère de l'âme, chaque déclaration d'une conviction
-personnelle servent à quelqu'un ou à quelque chose, même si nous n'en
-savons rien, même si on nous ferme la bouche, ou qu'on nous jette un
-nœud, coulant sur le cou. Un mot dit à quelqu'un conserve un effet
-indestructible; comme tout mouvement, il ne disparaît jamais, mais prend
-d'autres aspects.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Sur quoi repose la superstition.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Plus les objets, les coutumes, les lois sont entourés de considération,
-plus on doit examiner attentivement leur droit à la considération.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Bien des vérités anciennes nous semblent probables uniquement parce que
-nous n'y avons jamais songé sérieusement.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">EDOUARD ROD.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La raison est la chose la plus sacrée au monde; c'est pourquoi c'est un
-très grand péché que d'abuser de la raison, de l'employer à cacher ou à
-déguiser la vérité.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>En feuilletant l'histoire de l'humanité, nous remarquons constamment
-que les inepties les plus évidentes passaient auprès des gens pour des
-vérités incontestables, que des nations entières devenaient la proie de
-superstitions sauvages et s'humiliaient devant des mortels qui étaient
-leurs pareils, souvent devant des idiots et des voluptueux. Et la cause
-de ces inepties et souffrances humaines était toujours la même: la
-croyance à des choses qui paraîtraient déraisonnables même à un enfant.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après HENRY GEORGE.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Notre siècle est un vrai siècle de critique. Tout ce qui est cru est
-vérifié par la critique.</p>
-
-<p>La raison n'a de la considération que pour ce qui est en état de
-supporter son épreuve libre et universelle.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>On ne doit pas craindre les dévastations commises par la raison dans les
-légendes admises par les hommes. La raison ne peut rien détruire sans y
-mettre de la vérité. Telle est sa qualité.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>Les superstitions religieuses.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>C'est mal quand les hommes ne connaissent pas Dieu; mais c'est bien pis
-lorsque les hommes reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LACTANCE.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Nous n'avons plus de religions. Les lois éternelles de Dieu, avec leur
-paradis et leur enfer, se sont tranformées en règles de philosophie
-pratique, fondées sur d'habiles calculs de profils et de pertes, avec
-un faible reste de respect pour les joies apportées par la vertu et la
-moralité élevée. Pour parler comme nos ancêtres, «nous avons oublié
-Dieu», et en nous servant de l'expression contemporaine, nous devons
-dire que nous comprenons faussement la vie du monde. Nous fermons
-tranquillement les yeux et ne voulons pas voir la réalité éternelle des
-choses, nous ne regardons que leur aspect trompeur.</p>
-
-<p>Nous considérons tranquillement l'univers comme une grande éventualité
-incompréhensible: à son aspect extérieur, nous nous le représentons
-assez nettement comme un immense pré pour les bêtes, ou une maison de
-travail, de vastes cuisines avec des tables à manger, où seuls les gens
-raisonnables peuvent trouver une place.</p>
-
-<p>Oui, nous n'avons pas de Dieu. Les lois de Dieu sont remplacées par Je
-principe du plus grand profit possible.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CARLYLE.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Dieu nous a donné Son esprit, Sa raison, pour que nous le servions; et
-nous employons cet esprit pour nous servir nous-mêmes.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>«Gardez-vous des docteurs qui se plaisent à se promener en longues
-robes, et qui aiment les salutations dans les places et les premiers
-sièges dans les synagogues, et les premières places dans les festins,
-qui dévorent les maisons des veuves, tout en affectant de faire de
-longues prières; ils encourront une plus grande condamnation.»</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LUC, XX, 46-47.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>«Mais vous, ne vous faites point appeler Maître; car vous n'avez qu'un
-Maître, le Christ, et pour vous, vous êtes tous frères. Et n'appelez
-personne sur la terre votre père, car vous n'avez qu'un seul Père, Celui
-qui est dans les cieux. Et ne vous faites point appeler docteur; car
-vous n'ayez qu'un seul Docteur: Le Christ.»</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MATTH., XXIII, 8-10.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Pourquoi adorer Dieu si l'âme n'est pas pure? Pourquoi dire: j'irai à
-Benarès<a name="FNanchor_1_11" id="FNanchor_1_11"></a><a href="#Footnote_1_11" class="fnanchor">[1]</a>. Comment celui qui fait le mal peut-il atteindre le vrai
-Benarès?</p>
-
-<p>La sainteté n'est pas dans les forêts, ni au ciel, ni sur la terre,
-ni dans les fleuves sacrés. Purifie-toi, et tu verras Dieu. Transforme
-ton corps en temple, abandonne les mauvaises pensées et contemple Dieu
-de l'œil de ta conscience. Lorsque nous Le connaissons, nous nous
-connaissons nous-mêmes. Sans expérience personnelle, l'écriture seule ne
-détruira pas nos craintes,&mdash;de même que les ténèbres ne s'éclaireront
-pas par un feu peint. Quelles que soient ta religion et tes prières,
-tant que tu n'as pas la vérité, tu n'atteindras pas le chemin du
-bonheur. Celui qui conçoit la vérité, naît à nouveau.</p>
-
-<p>La source du vrai bonheur, c'est le cœur; celui qui cherche le bonheur
-ailleurs est un insensé. Il est pareil au pâtre qui cherche la brebis
-qu'il a cachée sur sa poitrine.</p>
-
-<p>Pourquoi ramassez-vous des pierres et construisez-vous de grands
-temples? Pourquoi vous tourmentez-vous ainsi, alors que Dieu habite
-toujours en vous-même?</p>
-
-<p>Un chien de garde est meilleur qu'une idole sans vie dans la maison, et
-le grand Dieu de l'univers est meilleur que tous les demi-dieux.</p>
-
-<p>La lumière qui, comme l'étoile du matin, vit dans le cœur de chaque
-homme, est notre refuge.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">VEMANA.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Combien il est étonnant que, de toutes les révélations suprêmes de la
-vérité, le monde n'accepte et ne tolère que les plus anciennes, celles
-qui ne répondent plus à notre époque, tandis qu'il considère chaque
-révélation directe, chaque pensée originale comme nulles et parfois les
-hait.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">THOREAU.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>La conscience religieuse de l'homme n'est pas immuable: elle se
-transforme constamment, s'éclaircit et se purifie de plus en plus.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Le mal de la vie ne peut être corrigé par rien d'autre que par la
-démonstration du mensonge religieux et par l'établissement de la vérité
-religieuse par chaque homme pris individuellement.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>Le principe raisonnable de l'homme.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Qu'est-ce que la raison? Tout ce que nous établissons, nous
-l'établissons toujours par la raison. Or, par quoi établirons-nous la
-raison.</p>
-
-<p>Si nous avons tout établi par la raison, nous ne pouvons, par cela même,
-établir la raison. Mais non seulement nous connaissons tous la raison,
-mais encore il n'y a qu'elle seule que nous connaissons indubitablement
-et tous au même degré.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Nous devons avoir confiance en notre raison. C'est une vérité qu'il
-ne faut pas et que l'on ne doit pas cacher. La foi en la force de la
-raison est la base de toute autre foi. On ne peut croire en Dieu si
-nous diminuons l'importance de la faculté à l'aide de laquelle nous
-connaissons Dieu. La raison est précisément la seule faculté à laquelle
-la révélation s'adresse. La révélation ne peut être comprise que par la
-raison. Si, après avoir utilisé consciencieusement et impartialement
-nos meilleures facultés, certaine doctrine nous semble contradictoire
-et en désaccord avec les principes essentiels dont nous ne doutons pas,
-nous devons incontestablement nous abstenir de croire à cette doctrine.
-Je suis plus persuadé que ma nature raisonnable est Dieu, plutôt qu'un
-livre ne soit l'expression de sa volonté.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CHANNING.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La raison révèle à l'homme le sens et la signification de sa vie.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>La raison n'est pas donnée à l'homme pour apprendre à aimer Dieu et son
-prochain. Cette connaissance est dans le cœur de l'homme, indépendamment
-de sa raison. La raison est donnée à l'homme pour lui indiquer où est
-le mensonge et où est la vérité. Et il suffit à l'homme de rejeter le
-mensonge, pour apprendre tout ce qu'il lui faut.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Les erreurs et les désaccords entre hommes dans les recherches et
-l'adoption de la vérité viennent uniquement de leur défiance de la
-raison; il en résulte que la vie humaine, guidée par les usages, les
-traditions, les modes, les superstitions, les préjugés, la violence, par
-tout ce que l'on veut, sauf la raison, va à l'aventure, et la raison
-existe par elle-même. Souvent il arrive également que si la réflexion
-est utilisée à quelque chose, ce n'est pas à chercher et à propager la
-vérité, mais pour justifier et maintenir, malgré et contre tout, les
-usages, les traditions, les modes, les superstitions, les préjugés.</p>
-
-<p>Les erreurs et les désaccords des hommes à reconnaître l'unique vérité
-ne viennent pas de ce que la raison n'est pas la même chez tous les
-hommes ou parce qu'elle ne peut pas leur démontrer la même vérité, mais
-parce qu'ils ne croient pas à la raison.</p>
-
-<p>S'ils avaient foi en leur raison, ils auraient trouvé moyen de comparer
-les jugements de leur raison avec ceux des autres. Et ayant trouvé ce
-moyen de vérification mutuelle, ils se seraient persuadés que la raison
-est la même chez tous, et ils se seraient soumis à ses volontés.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">TH. STRAKHOV<a name="FNanchor_2_12" id="FNanchor_2_12"></a>
-<a href="#Footnote_2_12" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Autant que l'homme est véridique, autant il est divin; l'invincibilité,
-l'immortalité, la grandeur de la divinité entrent en l'homme avec sa
-véracité.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Souviens-toi que la raison, ayant la faculté de vivre par elle-même,
-te donne la liberté, si tu ne l'emploies pas à servir ton corps. L'âme
-humaine, éclairée par la raison, est libre de passions qui cachent la
-lumière; elle constitue une véritable forteresse, et l'homme n'a pas de
-refuge plus sûr et moins accessible au mal. Celui qui ne le sait pas,
-est aveugle, et celui qui, tout en le sachant, ne croit pas à sa raison,
-est réellement malheureux.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>L'un des devoirs principaux de l'homme consiste à faire briller dans
-toute sa force le clair principe de la raison que nous recevons du Ciel.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse chinoise.</i></p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Je glorifie le christianisme parce qu'il développe, augmente et élève
-ma nature raisonnable. Si je ne pouvais conserver la raison en étant
-chrétien, j'aurais renoncé au christianisme. Je sens que mon devoir est
-de sacrifier au christianisme mon bien, ma gloire, ma vie; mais je ne
-saurais sacrifier à aucune religion la raison qui m'élève au-dessus de
-la bête et fait de moi un homme. Je ne connais pas de pire sacrilège que
-de renoncer à la plus haute faculté que l'on tient de Dieu. En agissant
-ainsi, nous nous opposons sciemment à l'élément divin qui vit en nous.
-La raison est l'expression suprême de notre nature intelligente. Elle
-correspond à l'unité de Dieu et à celle de l'univers et tend à faire de
-l'âme le miroir de l'unité suprême.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CHANNING.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>L'homme qui ne saurait pas que ses yeux peuvent voir et qui ne les
-ouvrirait jamais, serait très misérable. Mais l'homme qui ne comprend
-pas que la raison lui est donnée pour supporter facilement toutes les
-peines, est plus misérable encore. Grâce à la raison, nous pouvons venir
-à bout de tous les ennuis. L'homme qui raisonne, ne rencontrera pas
-dans la vie des ennuis impossibles, à supporter; ils n'existent pas pour
-lui. Et cependant, combien souvent, au lieu de regarder un ennui en
-face, nous tâchons lâchement de l'éviter. Ne serait-il pas préférable
-de nous réjouir que Dieu nous ait donné le pouvoir de ne pas nous
-chagriner de ce qui nous arrive indépendamment de notre volonté, et de
-le remercier de ce qu'Il n'a subordonné notre âme qu'à ce qui dépend de
-nous-mêmes. Il n'a pourtant pas subordonné notre âme à nos parents, ni à
-nos frères, ni à la richesse, ni à notre corps, ni à la mort. Etant bon,
-Il ne l'a soumis qu'à ce qui dépend de nous-mêmes: à notre raison.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ÉPICTÈTE.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Dieu nous a donné la raison pour que nous Le servions. C'est pourquoi
-nous devons veiller à sa pureté, afin qu'elle puisse toujours
-reconnaître le bien et le mal.</p>
-
-<p class="caption">12</p>
-
-<p>L'homme n'est libre que lorsqu'il est dans la vérité; et la vérité est
-révélée par la raison.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>La raison vérifie les principes de la foi.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Lorsqu'un homme emploie sa raison à résoudre les questions de la cause
-de l'existence du monde et de la cause de sa vie dans ce monde, il sent
-une espèce de malaise, d'étourdissement. La raison humaine ne peut
-imaginer de réponses à ces questions. Qu'est-ce que cela veut dire? Cela
-signifie que la raison n'est pas donnée à l'homme pour répondre à ces
-questions, et que c'est une erreur de la raison que de l'espérer. La
-raison ne résout qu'une question: «Comment vivre?» Et la réponse est
-claire: «Il faut vivre de façon à ce que je me sente bien et que les
-autres hommes se sentent bien. Tout ce qui vit en a autant besoin que
-moi. Et la possibilité en est donnée à tout ce qui vit et à moi par la
-raison que je possède.» Cette solution exclut toutes les questions: le
-comment et le pourquoi.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>«N'avons-nous pas raison? Il faut que le peuple reste dans le mensonge:
-voyez comme il est peu éveillé et sauvage!»</p>
-
-<p>Non, il est peu éveillé et sauvage parce qu'il est grossièrement trompé.
-C'est pourquoi cessez tout d'abord de le tromper.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Si Dieu, en tant qu'objet de notre foi, est au-dessus de notre
-compréhension et si nous ne pouvons le concevoir par la raison, cela ne
-prouve pas encore que nous devions négliger les fonctions de la raison
-en les considérant comme nuisibles.</p>
-
-<p>Bien que les objets de notre foi soient, sans aucun doute, au-dessus du
-niveau de notre compréhension, notre raison a cependant une si grande
-importance à leur égard, que nous ne pouvons absolument pas nous en
-passer. Elle semble remplir les fonctions de censeur qui,&mdash;tout en
-admettant, dans le domaine de la foi, la vérité qui est au-dessus de
-la raison, c'est-à-dire, la vérité métaphysique,&mdash;nie toute vérité
-imaginaire qui est contraire à la raison.</p>
-
-<p>Mais en dehors de cette œuvre positive, la raison accomplit également
-l'œuvre négative de libération de l'homme, des péchés, des tentations
-(justification des péchés) et des superstitions.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">TH. STRAKHOV.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Sois ton propre flambeau. Sois le refuge. Laisse-toi guider par la
-lumière de ton flambeau et ne cherche pas autre refuge.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LA SOUTHA BOUDDHISTE.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>«Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin que vous
-soyez les enfants de lumière.»</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JEAN, XII, 36.</p>
-
-<p>Loin de comprimer la raison, comme le conseillent les faux docteurs, il
-faut la purifier, l'exercer, en contrôler tout ce qu'on vous soumet,
-afin de découvrir la véritable religion.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_1_11" id="Footnote_1_11"></a><a href="#FNanchor_1_11"><span class="label">[1]</span></a> Ville sainte des Hindous. <i>(Note de l'auteur).</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_2_12" id="Footnote_2_12"></a><a href="#FNanchor_2_12"><span class="label">[2]</span></a> Philosophe et critique russe, ami de Tolstoï, mais ne
-partageant que partiellement ses opinions. <i>(Note du trad.).</i></p></div>
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XXVII" id="CHAPITRE_XXVII">CHAPITRE XXVII</a></h4>
-
-<h3>DU MAL</h3>
-
-
-<p>Nous appelons mal tout ce qui trouble le bonheur de notre vie
-corporelle. Et pourtant, toute notre vie n'est qu'une libération
-graduelle de notre âme, de ce qui constitue le bonheur de notre corps.
-C'est pourquoi, pour celui qui comprend la vie telle qu'elle est, en
-réalité, le mal n'existe pas.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I.&mdash;<i>Ce que nous appelons la souffrance est la condition inévitable de
-la vie.</i></p>
-
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>C'est un bien pour l'homme que de supporter les malheurs de cette vie
-terrestre, car cela conduit au saint isolement du cœur, et on s'y
-trouve comme un exilé de son pays natal et obligé de ne se fier à
-aucune joie terrestre. Il est également bon pour l'homme de se heurter
-à des contradictions et des reproches, lorsque l'on pense et que l'on
-parle mal de lui, bien que ses intentions soient pures et ses actes
-justes; car cette manière d'agir le maintient dans l'humilité et est un
-contre-poison de la vaine gloire. Et c'est tout particulièrement un bien
-parce que nous pouvons nous entretenir, avec le témoin qui est en nous,
-qui est Dieu, nous entretenir, alors que le monde nous méprise, nous
-manque de respect et nous prive d'amour.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">THOMAS A KEMPIS<a name="FNanchor_1_13" id="FNanchor_1_13"></a>
-<a href="#Footnote_1_13" class="fnanchor">[1]</a>.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si quelque divinité nous avait offert, à nous, hommes, de supprimer
-tous nos chagrins, avec toutes leurs causes, nous serions, de prime
-abord, très tentés d'accepter cette proposition. Lorsque le dur travail
-et la misère nous écrasent, lorsque la douleur nous mine, lorsque
-l'anxiété étreint notre cœur, il nous semble qu'il n'y aurait rien de
-meilleur que de vivre sans travailler, dans le calme, l'aisance et la
-paix. Mais après avoir goûté à une telle vie, je pense que nous aurions
-bientôt demandé à la divinité de nous rendre notre vie ancienne, avec
-toutes ses peines, ses misères, ses chagrins et ses dangers. La vie,
-exempte de tout chagrin et de toute crainte, nous semblerait bientôt
-non seulement peu intéressante, mais encore intolérable. Car, avec les
-causes de nos peines, tous les obstacles, tous les dangers et tous les
-échecs auraient disparu, supprimant avec eux la tension de nos forces,
-le zèle, l'excitation du risque, les efforts de la lutte et les joies
-de la victoire. Il ne resterait que l'accomplissement facile du but, la
-réussite sans résistance. Nous en serions bientôt, ennuyés comme d'un
-jeu où nous savons d'avance que nous gagnerons à chaque coup.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">FR. PAULSEN<a name="FNanchor_2_14" id="FNanchor_2_14"></a>
-<a href="#Footnote_2_14" class="fnanchor">[2]</a>.</p>
-
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">II&mdash;<i>Les souffrances éveillent l'homme à la vie spirituelle.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'homme est l'esprit de Dieu enfermé dans un corps.</p>
-
-<p>Au début de la vie, l'homme ne le sait pas, et croit que sa vie est
-dans son corps. Mais plus il avance, plus il apprend que la vraie vie
-est dans l'esprit et non dans le corps. Toute l'existence de l'homme
-consiste à l'apprendre de mieux en mieux. Et cette connaissance nous est
-donnée plus facilement et plus sûrement par les souffrances corporelles
-qui rendent notre vie telle qu'elle doit être, c'est-à-dire spirituelle.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La croissance physique sert à préparer les provisions pour la croissance
-spirituelle, qui commence lorsque le corps décline.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>L'homme vit pour son corps qui dit: tout est mal. L'homme vit pour son
-âme qui dit: ce n'est pas vrai, tout est bien. Ce que tu crois mauvais
-est précisément la meule sans laquelle ce qu'il y a de plus précieux en
-toi serait émoussé et rouillé: ton âme.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Tous les malheurs&mdash;ceux des individus comme ceux de l'humanité
-entière&mdash;conduisent l'humanité et les hommes, bien que par des chemins
-détournés, à l'unique but qui est donné à tous les hommes: à la
-manifestation de plus en plus grande de l'élément spirituel, par chaque
-homme séparé comme par toute l'humanité.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>«Car je suis descendu du Ciel pour faire non pas ma volonté, mais la
-volonté de Celui qui m'a envoyé. Or, la volonté du Père qui m'a envoyé
-est que je ne perde rien de ce qu'il m'a donné,» dit Jean (VI, 28-39),
-autrement dit, il est commandé de conserver, de cultiver, d'amener au
-plus haut degré possible l'étincelle divine qui m'est donnée, qui m'est
-confiée, comme un enfant à sa bonne. Que faut-il pour accomplir cela?
-Non pas satisfaire nos désirs charnels, celui de la gloire; non la vie
-tranquille, mais, au contraire, l'abstinence, l'humilité, le travail,
-la lutte, les privations, les persécutions, tout ce qui est dit tant de
-fois dans l'Evangile. Et c'est précisément ce dont nous avons besoin qui
-nous est envoyé sous diverses formes, en grandes et en petites mesures.
-Sachons seulement l'accepter comme il convient, comme une épreuve dont
-nous avons besoin et qui donne la joie, et non comme quelque chose
-d'ennuyeux qui trouble notre existence bestiale, et celle que nous
-croyons être la vraie et dont l'accroissement d'intensité nous apparaît
-comme un bonheur.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>«Si l'homme pouvait ne pas craindre la mort et ne pas y penser,
-les souffrances affreuses, inutiles, injustifiables et inévitables
-suffiraient à enlever tout sens raisonnable attribué à la vie», disent
-les hommes.</p>
-
-<p>Je m'emploie à une bonne œuvre, incontestablement utile aux autres, et
-brusquement la maladie interrompt mon travail, me fait souffrir sans
-raison. La vis d'un rail se rouille, et il faut que ce soit précisément
-le jour même qu'il saute, qu'une excellente mère se trouve dans le
-wagon et que ses enfants soient écrasés devant elle. Il faut que
-le tremblement de terre se produise juste à l'endroit où se trouve
-Lisbonne ou Verny, et que des innocents soient ensevelis sous la terre
-et périssent dans d'affreux tourments. Pourquoi les milliers d'autres
-accidents affreux, ineptes, tant de souffrances qui frappent les hommes?
-Quel sens à cela?</p>
-
-<p>La réponse est que ces raisonnements sont absolument justes pour ceux
-qui ne reconnaissent pas la vie spirituelle. Pour eux, la vie humaine
-n'a réellement aucun sens. La vie de ceux qui n'admettent pas de vie
-spirituelle ne saurait, en effet, qu'être insensée et malheureuse. Et
-s'ils déduisaient tout ce qui découle inévitablement de leur conception
-matérielle de la vie, ils ne pourraient vivre un instant de plus. Car
-aucun ouvrier ne serait resté chez un patron qui, en l'engageant, aurait
-exigé le droit de brûler, toutes les fois qu'il en aurait envie, cet
-ouvrier sur un feu lent, ou bien de l'écorcher vif, de le soumettre
-à toutes les horreurs que le patron ferait subir à ses ouvriers, en
-présence de celui qu'il engage. Si les hommes comprenaient réellement
-la vie, comme ils le disent, c'est-à-dire uniquement comme une
-existence matérielle, nul parmi eux, par la seule crainte des affreux
-et inexplicables tortures qu'il voit autour de lui et qui peuvent
-l'assaillir à tout instant, ne continuerait à vivre sur la terre.</p>
-
-<p>Pourtant, les hommes vivent, se plaignent, se lamentent, mais continuent
-à vivre.</p>
-
-<p>Il n'y a qu'une seule explication à celte étrange contradiction: c'est
-que tous les hommes savent, dans leur for intérieur, que leur vie n'est
-pas dans leur corps, mais dans leur âme, et que toutes les souffrances
-sont nécessaires, indispensables pour le bien de la vie spirituelle;
-quand, ne voyant aucun sens à la vie humaine, ils se révoltent
-contre les souffrances, mais continuent néanmoins à vivre, cela tient
-uniquement à ce que leur raison affirme la matérialité de leur vie,
-tandis qu'ils sentent, au fond de leur âme, qu'elle est spirituelle et
-qu'aucune souffrance ne peut priver l'homme de son vrai bonheur.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>Les souffrances apprennent à l'homme à considérer la vie au point
-de vue raisonnable.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Tout ce que nous appelons mal, toute peine, à condition de l'envisager
-comme il convient, améliore notre âme. Et toute l'œuvre de la vie
-consiste en cette amélioration.</p>
-
-<p>«En vérité, en vérité, je vous dis que vous pleurerez et vous vous
-lamenterez, et le monde se réjouira; vous serez dans la tristesse, mais
-votre tristesse sera changée en joie. Quand une femme accouche, elle a
-des douleurs parce que son terme est venu; mais dès qu'elle a accouché
-d'un enfant, elle ne se souvient plus de son travail, à cause de sa joie
-de ce qu'un homme est né dans le monde.»</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JEAN, XVI, 20-21.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Les souffrances de la vie déraisonnable amènent à reconnaître la
-nécessité d'une vie raisonnable.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>De même que seuls les ténèbres de la nuit révèlent les astres célestes,
-seules les souffrances révèlent la vraie signification de la vie.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">THOREAU.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Les obstacles extérieurs ne font pas de mal à l'homme d'esprit fort,
-car le mal est tout ce qui défigure ou affaiblit, comme cela est le cas
-pour les animaux que les obstacles irritent ou affaiblissent; mais pour
-l'homme qui les accueille avec la force d'esprit qui lui est donnée,
-tout obstacle ne peut qu'augmenter sa beauté morale et sa force.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Seulement après avoir éprouvé la souffrance, j'ai appris la parenté des
-âmes humaines entre elles. Il suffit de bien souffrir soi-même pour
-savoir comprendre tous ceux qui souffrent. Bien plus: la raison même
-devient plus lucide; on commence à connaître la situation et la carrière
-des gens qui s'étaient cachés jusque-là, et l'on aperçoit nettement ce
-dont chacun a besoin. Grand est le Dieu qui nous instruit ainsi I Et
-par quoi nous instruit-il? Par les misères mêmes que nous fuyons. C'est
-par les souffrances et les peines qu'il nous est donné d'acquérir les
-petites parcelles de sagesse, de celle qui ne s'apprend pas dans les
-livres.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">GOGOL.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Si Dieu nous donnait des éducateurs et si nous savions sûrement qu'ils
-nous sont envoyés par Dieu, nous leur obéirions librement avec joie.</p>
-
-<p>Et nous possédons bien ces éducateurs: ce sont la misère et tous les
-accidents de la vie.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Tout ce que la Providence envoie à tout être vivant lui est non
-seulement utile, mais encore utile au moment où la Providence le lui
-envoie.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>L'homme qui ne reconnaît pas la bienfaisance des souffrances, n'a pas
-encore commencé à vivre de la vie raisonnable, c'est-à-dire de la vraie
-vie.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>Les maladies n'entravent pas la vraie vie, mais y aident.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Rien qu'en voyant combien sont faibles et souvent mauvais ceux à qui
-tout réussit dans la vie, qui se portent toujours bien, qui sont riches,
-qui ne connaissent ni les offenses, ni les humiliations, on voit combien
-les épreuves sont indispensables à l'homme. Et nous nous plaignons de
-devoir les supporter!</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Il n'est point de maladie qui puisse empêcher l'accomplissement du
-devoir. Si tu ne peux pas servir les hommes par tes travaux, sers-les
-par l'exemple de patience et d'amour.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il y a une histoire où l'on conte qu'un homme a été puni, à cause de
-ses péchés, par l'impossibilité de mourir. On peut dire sûrement que
-si l'homme avait été puni par l'impossibilité de souffrir, la punition
-aurait été tout aussi pénible.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Ce n'est pas bien de cacher à un malade qu'il peut mourir de sa maladie.
-Il faut, au contraire, le lui rappeler. En le lui cachant, nous le
-privons du bienfait que lui donne la maladie; elle évoque en lui, par la
-conscience de la mort prochaine, la conscience de la vie spirituelle.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Le feu détruit et chauffe. Il en est de même de la maladie. Lorsque,
-bien portant, nous tâchons de bien vivre, nous le faisons avec
-difficulté; durant la maladie, au contraire, tout le poids des
-tentations mondaines disparaît, on se sent brusquement libre, et l'on
-est même effrayé de penser&mdash;tout le monde l'a éprouvé&mdash;qu'aussitôt la
-maladie passée, ce poids retombe sur vous de toute sa force.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Plus l'homme souffre physiquement, mieux il se sent moralement. C'est
-pourquoi l'homme ne peut pas être malheureux. Le spirituel et le
-corporel sont comme deux fléaux d'une balance: plus le corporel est
-lourd, plus le spirituel s'élève, plus l'âme est bien, et <i>vice versa.</i></p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>«La décrépitude, la sensibilité marquent l'évanouissement de la
-conscience et de la vie de l'homme», dit-on souvent.</p>
-
-<p>Je me représente, d'après la légende, le vieux Jean Théologue, tombé
-dans l'enfance. Il n'aurait fait que répéter: «Mes frères, aimez-vous
-les uns les autres.»</p>
-
-<p>Un petit vieillard centenaire, marchant avec peine, aux yeux larmoyants,
-marmottant toujours les mêmes trois mots: aimez-vous tous. Dans un
-tel homme, l'existence animale est presque imperceptible; elle s'est
-désagrégée sous l'action de la nouvelle conception du monde, du nouvel
-être qui n'a plus rien de charnel.</p>
-
-<p>Un homme, comprenant la vie comme elle doit être comprise en réalité,
-ne saurait parler de l'amoindrissement de sa vie par les maladies et
-la vieillesse; ce serait se lamenter du fait qu'en s'approchant de la
-lumière, son ombre diminue à mesure qu'il avance.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>Ce que nous appelons le mal, ce sont nos fautes.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Le mal est uniquement en nous, c'est-à-dire d'un endroit d'où l'on peut
-le chasser.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Souvent un homme superficiel, en songeant aux malheurs qui affligent le
-genre humain, perd l'espoir dans la possibilité de l'amélioration de la
-vie, et se sent mécontent de la Providence qui dirige le monde. IL y a
-là une grande erreur. Être satisfait de la Providence (bien qu'elle nous
-ait tracé le chemin le plus difficile dans la vie) est essentiellement
-important pour ne pas perdre courage au milieu de nos malheurs, mais
-surtout pour ne pas perdre de vue notre faute à nous, tout en n'en
-accusant pas le sort, cette faute étant la seule cause de tous nos
-malheurs.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après KANT.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>L'homme peut éviter les malheurs que Dieu lui envoie, mais il ne peut
-être sauvé des malheurs qu'il cause lui-même par sa mauvaise vie.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>La conscience des bienfaits de la souffrance supprime son poids.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Que faire lorsque tout nous abandonne: la santé, la joie, l'affection,
-la fraîcheur des sens, la mémoire, la capacité du travail, lorsqu'il
-nous semble que le soleil devient froid et que la vie perd tous ses
-charmes? Que faire quand nous n'avons plus aucun espoir? Nous griser,
-ou nous pétrifier? Il n'y a jamais qu'une seule réponse: vivre d'une
-vie spirituelle, croître sans cesse. Arrive ce que pourra, si ta
-conscience est tranquille, si tu sens que tu accomplis ce que ton être
-spirituel demande. Sois ce que tu dois être; le reste est affaire de
-Dieu. Et quand même il n'y aurait pas de Dieu saint et charitable, la
-vie spirituelle serait, néanmoins, la solution du mystère et l'étoile
-polaire de l'humanité mouvante, car elle, seule donne le vrai bonheur.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Sache seulement et crois que tout ce qui t'arrive te conduit vers ton
-vrai bonheur spirituel, et tu accueilleras la maladie, la misère,
-l'outrage; tout ce que les hommes considèrent comme des malheurs, non
-comme des malheurs, mais comme nécessaires pour ton bien, de même que le
-cultivateur accueille la pluie qui le trempe, mais qui est nécessaire à
-son champ, comme le malade prend un médicament amer.</p>
-
-<p>3 class="caption">4</p>
-
-<p>Souviens-toi que la faculté par laquelle se distingue un être
-raisonnable, c'est la soumission libre à son sort, et non la lutte
-honteuse contre lui, car cette lutte est le propre des bêtes.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Chacun a sa croix, son joug, non pas dans le sens du poids, mais dans
-le sens de la destinée de la vie, et lorsque nous ne considérons pas la
-croix comme un poids, mais comme une destinée, il nous est facile de
-la porter. Cela nous est facile lorsque nous sommes humbles de cœur,
-dociles et modestes. Et cela devient plus facile encore lorsque nous
-renonçons à nous-mêmes; et cela est encore plus facile lorsque nous
-la portons à toutes les heures, comme nous l'enseigne le Christ. Et
-cela devient de plus en plus facile lorsque nous nous oublions dans le
-travail spirituel, de même que les gens s'oublient dans les travaux
-mondains. La croix qui nous est envoyée est ce à quoi nous devons
-travailler. Toute notre vie est dans ce travail. Si la croix est une
-maladie&mdash;il faut la porter avec humilité; si c'est une offense faite
-par les gens&mdash;c'est de savoir payer le mal par le bien; si c'est,
-une humiliation,&mdash;c'est de s'abaisser; si c'est la mort&mdash;c'est de
-l'accueillir avec gratitude.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Plus on repousse sa croix, plus elle devient lourde.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>La façon dont l'homme accueille son sort est incontestablement plus
-importante que le sort même.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">HUMBOLDT.</p>
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Aucun chagrin n'est aussi grand que la crainte qu'on en a.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Si tu as un ennemi et que tu sais en profiler pour t'exercer sur lui à
-aimer tes ennemis, ce que tu considères comme mal deviendra pour toi un
-grand bien.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>La maladie, la perte d'un membre, la déception cruelle, la perle des
-biens ou des amis semblent d'abord des pertes irréparables. Mais les
-années donnent à ces perles une grande force curative.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>A l'époque pénible des maladies, des pertes et de malheurs, la prière
-est plus nécessaire qu'à tout autre moment,&mdash;non pas la prière de nous
-épargner, mais de reconnaître notre dépendance de la volonté suprême.
-«Que Ta volonté soit faite et non la mienne, et non comme je le veux,
-mais comme Tu le veux. Ma mission est d'accomplir Ta volonté dans les
-conditions où tu m'as placé.» Dans les moments difficiles, il est on
-ne peut plus nécessaire de nous rappeler que si nous souffrons, cette
-souffrance nous est justement donnée afin que nous puissions montrer que
-nous voulons accomplir Sa volonté et non la nôtre.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII&mdash;<i>Les souffrances ne peuvent entraver l'accomplissement de la
-volonté de Dieu.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>L'homme n'est jamais plus près de Dieu que lorsqu'il est dans le
-malheur. Profitez-en pour ne pas perdre l'occasion de vous rapprocher
-de ce qui donne seul le bonheur constant.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Combien est juste l'ancien proverbe disant que Dieu envoie la souffrance
-à celui qu'Il aime. Pour celui qui y croit, la souffrance n'est pas une
-souffrance, mais un bonheur.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il te suffît de te dire que la volonté de Dieu s'accomplit dans tout ce
-qui arrive, de croire que la volonté de Dieu est toujours le bien, et tu
-ne craindras plus rien, et la vie sera toujours un bonheur pour toi.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_1_13" id="Footnote_1_13"></a><a href="#FNanchor_1_13"><span class="label">[1]</span></a> Ou Thomas Hemerken, auteur présumé de <i>l'Imitation de
-Jésus-Christ. (Note du trad.).</i></p></div>
-
-<div class="footnote">
-
-<p><a name="Footnote_2_14" id="Footnote_2_14"></a><a href="#FNanchor_2_14"><span class="label">[2]</span></a> Philosophe allemand, de tendance néo-karitienne, professeur
-à l'Université de Berlin. <i>(N. du trad.).</i></p></div>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XXVIII" id="CHAPITRE_XXVIII">CHAPITRE XXVIII</a></h4>
-
-<h3>DE LA MORT</h3>
-
-
-<p>Si l'homme croit que sa vie est dans son corps, sa vie s'achève avec la
-mort de son corps. Mais si l'homme considère que sa vie est dans son
-âme, il ne peut même pas se représenter la fin de sa vie.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I.&mdash;<i>La vie de l'homme ne finit pas lorsque son corps meurt.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Toute la vie de l'homme, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, ressemble
-à un jour de sa vie, depuis qu'il s'éveille et jusqu'à ce qu'il
-s'endorme.</p>
-
-<p>Souviens-toi comment tu te réveilles après un sommeil profond, comment
-tu ne reconnais pas d'abord l'endroit où tu le trouves, comment tu ne
-reconnais pas celui qui est à ton chevet et qui te réveille; comment
-tu ne veux pas te lever et qu'il te semble n'en avoir pas la force.
-Mais, peu à peu, tu reviens à toi, tu commences à comprendre ce que tu
-es et où tu te trouves, tu te lèves et tu te mets à l'ouvrage. Il en
-est de même, à très peu de choses près, de l'homme lorsqu'il naît et
-commence à entrer peu à peu dans la vie, à gagner des forces, à devenir
-raisonnable et à travailler.</p>
-
-<p>La différence consiste en ce fait que les manifestations du sommeil se
-passent rapidement, tandis que celles de la croissance durent des mois,
-des années.</p>
-
-<p>Ensuite, un jour ressemble également à la vie humaine tout entière. En
-s'éveillant, l'homme travaille, s'occupe, et plus la journée avance,
-plus il devient alerte. Arrivé au milieu de la journée, il ne se sent
-plus aussi robuste que le matin; et vers le soir, il se fatigue de plus
-en plus et il a déjà envie de se reposer. Il en est de même de la vie
-entière.</p>
-
-<p>Dans sa jeunesse, l'homme est alerte et il vit gaiement; vers le milieu
-de sa vie, il n'est plus aussi robuste, et dans la vieillesse, il se
-sent fatigué et il a de plus en plus envie de repos. Et de même que la
-nuit arrive à la fin de la journée et que l'homme se couche, de même que
-les idées commencent à se brouiller dans sa tête, et, en s'endormant,
-qu'il se sent s'en aller, il a la même sensation lorsqu'il meurt.</p>
-
-<p>De sorte que l'éveil dé l'homme est une petite naissance; la journée,
-depuis le matin jusqu'à la nuit, est une petite vie; le sommeil est une
-petite mort.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Lorsque le tonnerre gronde, nous savons que la foudre est déjà tombée
-et le tonnerre ne peut plus nous tuer; cependant, nous tressaillons
-toujours en entendant un coup de tonnerre. Il en est de même de la mort.</p>
-
-<p>Il semble à celui qui ne comprend pas le sens de la vie, que tout périt
-avec la mort, et il la craint, se cache d'elle comme le sot se cache
-d'un coup de tonnerre, alors que ce coup ne peut plus le tuer.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Parce qu'un homme a traversé lentement l'espace qui s'ouvre à mes
-yeux et au delà duquel je ne vois plus, et qu'un autre l'a traversé
-rapidement, je ne vais pas penser que celui qui marchait lentement vit
-plus longtemps que celui qui marchait vite. Je ne sais qu'une chose: je
-sais que si j'ai vu un homme passer vite ou lentement devant ma fenêtre,
-l'un et l'autre ont existé avant que je ne les vis et qu'ils vivront
-aussi après. Il en est de même des hommes dont j'ai vu la vie courte ou
-longue avant leur mort.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>La mort est la transformation de l'enveloppe à laquelle notre âme est
-liée. Il ne faut pas confondre l'enveloppe avec ce qu'il y a dedans.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Souviens-toi que tu ne restes pas sur place, mais que tu passes, que tu
-n'es pas dans une maison, mais dans un train qui te conduit à la mort.
-Souviens-toi que ton corps ne fait que passer et que seul l'esprit vit
-en toi.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Bien que je ne puisse pas le prouver indubitablement, je sais toutefois
-que l'élément immatériel libre et raisonnable qui vit en moi ne peut pas
-mourir.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Même si je me trompais, en supposant que les âmes sont immortelles,
-je serais heureux et satisfait de mon erreur; et, tant que je suis en
-vie, aucun homme ne sera à même d'ébranler cette conviction. Cette
-conviction me donne le calme et la satisfaction absolue.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CICÉRON.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>La vraie vie est en dehors du temps; c'est pourquoi elle n'a pas
-d'avenir.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Le temps cache la mort. Lorsque l'on compte avec le temps, on ne peut
-s'imaginer qu'il finisse.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La raison pour laquelle l'idée de la mort ne fait pas l'effet qu'elle
-pourrait produire, réside en ce fait qu'en raison de notre nature
-d'êtres actifs, nous aurions dû ne pas penser du tout à la mort.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>La question de savoir si la vie existe au-delà, ou non, est la même que
-de savoir si le temps est le produit de notre faculté de penser, ou une
-condition indispensable de tout ce qui existe.</p>
-
-<p>Que le temps ne puisse être une condition indispensable à tout ce qui
-existe, cela peut être prouvé par le fait que nous sentons en nous-mêmes
-quelque chose qui n'est pas subordonné au temps: notre vie dans le
-présent. C'est pourquoi la question de savoir si la vie d'outre-tombe
-existe ou non, est la même que de demander laquelle des deux choses est
-réelle: notre conception du temps, ou la conscience de notre vie dans le
-présent.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Si l'homme base sa vie sur le présent, il ne peut être question pour lui
-de sa vie future.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>La mort ne peut effrayer un homme qui vit de la vie spirituelle.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La mort libère si facilement de toutes les difficultés et de tous les
-malheurs, que ceux qui ne croient pas à l'immortalité devraient la
-souhaiter. Et ceux qui croient en l'immortalité, qui attendent une vie
-nouvelle, devraient la souhaiter plus encore. Pourquoi donc la plupart
-des hommes ne la désirent pas? C'est parce qu'ils vivent de la vie
-corporelle, et non de la vie spirituelle.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Les souffrances et la mort se présentent à l'homme comme un malheur
-quand il prend la loi de son existence corporelle et bestiale pour la
-loi de sa vie. Alors seulement, il s'abaisse au niveau de l'animal,
-alors seulement les souffrances et la mort l'effraient. De tous
-côtés, elles se ruent sur lui et le chassent sur l'unique route de la
-vie humaine qui lui est ouverte, celle de la loi de la raison et se
-manifestant par l'amour. Les souffrances et la mort ne sont que les
-dérogations à la loi de la vie. Si l'homme menait une vie absolument
-spirituelle, il n'y aurait pour lui ni souffrances, ni mort.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Craindre la mort revient au même que de craindre les fantômes, de
-craindre ce qui n'existe pas.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Pour l'homme qui vit pour son âme, la destruction du corps n'est qu'une
-libération, et les souffrances sont les conditions inévitables de cette
-libération. Mais quelle est la situation de celui qui croit que toute sa
-vie est dans son corps, lorsqu'il voit que la seule chose dont il vit&mdash;
-son corps&mdash;se détruit et qu'il doit, de plus, endurer des souffrances?</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>L'animal meurt sans s'apercevoir de la mort et presque sans la craindre.
-Pourquoi donc l'homme doit-il voir la fin qui le guette, et pourquoi lui
-semble-t-elle si affreuse, au point qu'elle le force parfois à mettre
-fin à ses jours? Je ne sais pourquoi cela est ainsi; mais je sais dans
-quel but: pour que l'homme conscient et raisonnable transforme sa vie
-charnelle en vie spirituelle. Cette transformation abolit non seulement
-la crainte de la mort, mais encore elle donne à l'attente de la mort une
-sensation analogue à celle qu'éprouve le voyageur à l'approche de sa
-maison.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>La vie n'a rien de commun avec la mort. C'est probablement pour cela
-que s'éveille en nous l'espoir inepte qui obscurcit la raison et nous
-fait douter de l'exactitude de notre connaissance quant au caractère
-inévitable de la mort. La vie corporelle tend à s'obstiner dans
-l'existence. Elle répète toujours, comme le perroquet dans la fable,
-même au moment où on l'étrangle: «Ce n'est rien, ça.»</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Le corps est le mur qui limite l'esprit et qui l'empêche d'être libre.
-L'esprit tend sans cesse à écarter ces murs, et toute la vie d'un homme
-de raison se passe à ce travail de libération de l'esprit de l'emprise
-du corps. La mort complète celte libération. C'est pourquoi la mort non
-seulement n'est pas effrayante, mais est une joie pour celui qui mène
-une vie juste.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Si la mort est effrayante, la cause en est en nous-mêmes, non en elle.
-Meilleur est l'homme, moins il craint la mort.</p>
-
-<p>Pour le saint il n'y a pas de mort.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Tu crains la mort, mais songe à ce que tu deviendrais si tu devais vivre
-éternellement tel que tu es actuellement?</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Il est tout aussi déraisonnable de souhaiter la mort que de la craindre.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>L'homme qui mène une vie raisonnable ressemble à celui qui porte une
-lanterne pour éclairer son chemin. Cet homme n'arrive jamais au bout de
-l'endroit éclairé, car cette surface se déplace toujours devant lui.
-Telle est la vie raisonnable, et cette vie seule n'a pas de mort, parce
-que la lanterne éclaire sans cesse, jusqu'au dernier moment, et l'on
-suit la lanterne aussi tranquillement que durant la vie.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>L'homme doit vivre par ce qu'il y a d'immortel en lui.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La question de savoir si notre vie finit avec le corps est très
-importante et on ne peut faire autrement que d'y réfléchir. Suivant que
-nous croyons à l'immortalité ou non, nos actes seront raisonnables ou
-insensés.</p>
-
-<p>Ainsi, notre premier souci est de résoudre la question de savoir si nous
-mourons complètement lorsque la vie quitte le corps, ou si cette mort
-n'est pas complète, d'établir ce qui est immortel en nous. Lorsque nous
-aurons compris cela, il est évident que nous nous soucierons plus de ce
-qui est immortel que de ce qui est mortel.</p>
-
-<p>La voix qui nous dit que nous sommes immortels est la voix de Dieu qui
-vit en nous.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>L'expérience nous apprend que bien des gens informés de la doctrine
-sur la vie d'outre-tombe et convaincus de son existence, s'adonnent
-néanmoins aux vices et commettent des actes de bassesse en s'ingéniant à
-chercher les moyens qui leur permettraient d'éviter les conséquences de
-leur conduite qui les menacent dans l'avenir. Et en même temps, je doute
-qu'il ait jamais existé un seul homme moral sur la terre qui ait pu se
-faire à l'idée que tout finit avec la mort, et dont la noble tournure
-d'esprit ne se serait pas élevée jusqu'à l'espoir de la vie future.
-C'est pourquoi il me semble qu'il serait plus conforme à la nature
-humaine et à la pureté des mœurs de fonder la foi en la vie future sur
-les sentiments d'une âme noble, plutôt que de baser la noble conduite
-sur l'espoir d'une vie future.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il n'y a qu'une chose que nous sachions indubitablement: «La vie de
-l'homme est pareille à une hirondelle qui traverse la chambre.» Nous
-venons on ne sait d'où, et nous allons on ne sait où. Une obscurité
-impénétrable est derrière nous, des ombres épaisses sont devant nous.
-Quelle importance cela pourra-t-il avoir pour nous, lorsque notre moment
-sera venu, que nous ayons ou non mangé de bons plats, porté ou non
-des vêtements souples, laissé une fortune considérable ou aucune, que
-nous ayons recueilli les lauriers de la gloire ou que nous ayons été
-méprisés, que nous ayons été considérés comme des savants ou comme des
-ignorants, qu'est tout cela en comparaison de l'emploi que nous ayons
-fait du talent que le Maître nous a confié!</p>
-
-<p>Quelle valeur tout cela aura pour nous quand notre vue se brouillera et
-que nos oreilles deviendront sourdes? Nous serons calmes à celte heure,
-seulement alors que nous aurons veillé constamment au don de la vie
-spirituelle qui nous avait été confié, quand nous l'aurons développé
-jusqu'au point où la destruction du corps cesse d'être effrayante.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">HENRY GEORGE.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Extrait du testament d'un roi mexicain:</p>
-
-<p>«Tout sur la terre a une limite, et les plus puissants et les plus
-heureux tombent, dans leur grandeur et dans leur joie, en poussière.
-Toute la terre n'est qu'une grande tombe, et il n'y a rien à sa surface
-qui ne soit caché dans la tombe sous terre. Les eaux, les fleuves et les
-torrents s'élancent vers leur destination et ne reviennent plus à leur
-source heureuse. Tous se hâtent pour s'ensevelir dans les profondeurs de
-l'océan infini. Ce qui était hier n'est plus aujourd'hui; et ce qui est
-aujourd'hui ne sera plus demain. Le cimetière est plein des dépouilles
-de ceux qui étaient jadis pleins de vie, qui étaient rois, gouvernaient
-les peuples, présidaient les assemblées, commandaient les armées,
-faisaient la conquête de pays nouveaux, exigeaient qu'on s'incline
-devant eux, étaient gonflés de vanité, de richesse, de pouvoir.</p>
-
-<p>Mais la gloire est passée comme la fumée noire sortant du volcan et n'a
-rien laissé qu'une mention sur la feuille du chroniqueur.</p>
-
-<p>Les grands, les sages, les braves, les magnifiques, hélas! où sont-ils
-maintenant? Ils sont tous mêlés à l'argile, et ce qui leur est arrivé
-nous arrivera; cela arrivera aussi à ceux qui seront après nous.</p>
-
-<p>Mais prenez courage vous tous, chefs célèbres, amis sûrs et sujets
-fidèles&mdash;aspirons tous à ce Ciel où tout est éternel et où il n'y a ni
-putréfaction, ni destruction.</p>
-
-<p>L'obscurité est le berceau du soleil, et les ténèbres de la nuit sont
-nécessaires pour faire briller les étoiles.»</p>
-
-<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;">TETSKOUKO NEZAGOUAL KOPOTL (env. 1460 av. J.-C.).</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La mort est inévitable pour tout ce qui est né, comme la naissance est
-inévitable pour tout ce qui est mortel. C'est pourquoi on ne doit pas
-s'élever contre l'inévitable. La situation antérieure des êtres est
-inconnue, leur situation intermédiaire est évidente, leur situation
-future ne peut être connue; dès lors, à quoi bon nous soucier, nous
-inquiéter? Certaines gens considèrent l'âme comme un miracle, d'autres
-en parlent et en entendent parler avec étonnement, mais personne n'en
-sait rien.</p>
-
-<p>La porte du ciel t'est entr'ouverte juste autant qu'il te le faut.
-Débarrasse-toi des soucis et des inquiétudes, et dirige ton âme vers le
-spirituel. Que tes actes soient gouvernés par toi-même, et non par les
-événements. Ne sois pas de ceux qui agissent en vue de la récompense.
-Sois attentif, fais ton devoir, ne pense pas aux conséquences, afin
-qu'il te soit indifférent que l'affaire finisse bien ou mal pour toi.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Bagavad Hita hindoue.</i></p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Nous sommes ici comme des passagers sur quelque grand bateau, dont le
-capitaine possède une liste que nous ne connaissons pas; et il sait où
-il est indiqué où et quand chacun de nous doit être débarqué. Mais tant
-que nous sommes à bord, nous ne pouvons faire autrement que de nous
-efforcer, tout en observant la loi établie sur le vaisseau, de passer
-avec nos compagnons de voyage, en paix et en amour le temps qui nous est
-assigné.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Serait-il possible que le changement t'effraie? Rien ne se fait sans
-lui. Il est impossible de chauffer de l'eau sans qu'une transformation
-s'opère dans le bois. La nutrition est impossible sans changer les
-aliments. Toute la vie humaine n'est rien de plus qu'une transformation.
-Comprends que le changement qui t'attend a absolument le même sens et
-qu'il est tout aussi indispensable de par la nature des choses. Il n'y
-a qu'à se soucier uniquement de ne pas agir contrairement à la vraie
-nature humaine; il faut agir en tout suivant ses indications.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Ce monde est horrible si les souffrances qu'on y endure ne suscitent
-pas le bien. C'est une odieuse organisation, créée uniquement pour
-tourmenter les hommes moralement et physiquement. S'il en est ainsi, ce
-monde fait le mal, non pour le bien futur, mais inutilement, sans but,
-et il est parfaitement immoral. Il semble attirer les hommes tout exprès
-pour les faire souffrir. Il nous frappe depuis notre naissance; mêle de
-l'amertume à chaque coupe de bonheur et enveloppe la mort de terreur.
-Et certes, si Dieu et l'immortalité n'existent pas, le dégoût de la
-vie manifesté par les hommes est compréhensible: il est provoqué par
-l'ordre, ou plutôt par le désordre existant, par l'affreux chaos moral,
-comme on devrait l'appeler.</p>
-
-<p>Mais si Dieu existe au-dessus de nous et l'éternité au-devant de nous,
-tout change. Nous discernons le bien dans le mal, la lumière dans les
-ténèbres, et l'espoir chasse le désespoir.</p>
-
-<p>Laquelle de ces deux suppositions est la plus probable? Peut-on admettre
-que des êtres moraux&mdash;les hommes&mdash;soient mis dans la nécessité de
-maudire avec raison l'ordre existant dans le monde, alors qu'ils ont
-une issue qui résout leur contradiction? Ils doivent maudire le monde
-et le jour de leur naissance si Dieu et la vie future n'existent pas.
-Si, au contraire, l'un et l'autre existent, la vie devient un bonheur
-par elle-même et le monde un endroit de perfectionnement moral et
-d'accroissement infini de bonheur et de sainteté.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après ERASME.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Pascal dit que si nous nous étions vus en rêve toujours dans la même
-situation et, en réalité, dans des situations différentes, nous aurions
-pris le rêve pour la réalité et la réalité pour le rêve.... Ce n'est pas
-tout à fait exact. La réalité se distingue du rêve par le fait que dans
-la vie réelle nous avons la faculté d'agir conformément à nos exigences
-morales; tandis qu'en rêve, nous savons souvent que nous accomplissons
-des actes vils et immoraux qui ne nous sont pas habituels, mais dont
-nous ne pouvons nous contenir. Il serait donc plus exact de dire que si
-nous ne connaissions pas la vie pendant laquelle nous serions plus aptes
-à satisfaire nos exigences morales qu'en rêve, nous aurions considéré
-le sommeil comme une vraie vie et nous n'aurions jamais douté que celte
-vie ne soit réelle. Toute notre vie, depuis la naissance jusqu'à la
-mort, avec ses rêves, n'est-elle pas, à son tour, un songe et que nous
-prenons pour la réalité, pour la vie réelle, dont nous ne doutons pas,
-uniquement parce que nous ne connaissons pas de vie où notre liberté
-de suivre les exigences morales de l'âme serait plus grande encore que
-celle dont nous jouissons actuellement?</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Si ta courte vie est tout ton avoir, tâche d'en faire tout ce qui est
-possible.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAID BEN HAMED.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Comment vivre sans savoir ce qui nous attend? demandent les hommes. Et,
-cependant, lorsque tu vis sans songer à ce qui t'attend et uniquement
-pour pouvoir manifester ton amour, la vraie vie commence pour toi.</p>
-
-<p class="caption">12</p>
-
-<p>L'amour ne supprime pas seulement la crainte de la mort, mais encore
-la pensée de la mort. Une vieille paysanne disait à sa fille, quelques
-heures avant sa fin, qu'elle était contente de mourir en été. Lorsque sa
-fille lui demanda pourquoi, la moribonde répondit que c'est parce qu'il
-est plus difficile de creuser la tombe en hiver qu'en été. La vieille
-n'avait pas de peine à mourir parce que, jusqu'au, dernier moment, elle
-ne pensait pas à elle-même, mais aux autres.</p>
-
-<p>Accomplis des œuvres d'amour, et il n'y aura pas de mort pour toi.</p>
-
-<p class="caption">13</p>
-
-<p>Lorsque tu es venu au monde, tu pleurais, tandis que tout le monde se
-réjouissait autour de toi; arrange-toi de façon à ce que tout le monde
-pleure lorsque tu quitteras le monde, et que toi seul tu puisses sourire.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>La pensée à la mort aide à la vie spirituelle.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Pour te forcer à bien agir, souviens-toi plus souvent que tu mourras
-sûrement bientôt. Représente-toi que tu es à la veille de la mort et
-tu ne ruseras plus, ne tromperas plus, ne mentiras plus, ne médiras
-plus, n'injurieras plus, ne t'irriteras plus, ne prendras plus ce qui
-ne t'appartient pas. A la veille de la mort, on ne peut accomplir que
-des actions simples et bonnes. Et ces actions sont toujours les plus
-nécessaires et les plus joyeuses. C'est pourquoi il est toujours bon,
-surtout lorsqu'on est désorienté, de songer à la mort.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Lorsque les hommes savent que la mort est venue, ils prient, confessent
-leurs péchés, afin de pouvoir se présenter devant Dieu avec une âme
-pure. Mais nous mourons tous les jours un peu, et à tout instant nous
-pouvons mourir tout à fait, C'est pourquoi nous n'aurions pas dû
-attendre la dernière heure, mais être prêt à tout moment.</p>
-
-<p>Et être prêt à mourir, c'est bien vivre.</p>
-
-<p>La mort est toujours suspendue au-dessus de nous, précisément pour que
-nous soyons toujours prêts à mourir et vivions bien en se préparant à la
-mort.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Tu devras mourir bientôt! Et pourtant tu ne peux toujours pas te libérer
-de l'hypocrisie et des passions, tu ne peux pas abandonner le préjugé de
-croire que tout ce qui est extérieur peut nuire à l'homme, tu ne peux
-pas devenir humble envers chacun.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>En vue de la mort, la vie entière devient solennelle, grave, réellement
-féconde et joyeuse. En vue de la mort, il nous est impossible de ne pas
-accomplir le travail qui nous est destiné dans cette vie, parce qu'on ne
-peut travailler avec ardeur à rien d'autre. Et lorsque nous travaillons
-ainsi, la vie devient joyeuse, et la crainte de la mort n'existe plus,
-cette crainte qui empoisonne la vie de ceux qui ne vivent pas en vue de
-la mort.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Vis comme si tu devais tout de suite dire adieu à la vie, comme si le
-temps qui t'est accordé était un don inattendu.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Vis comme si tu devais vivre un siècle et mourir le soir même. Travaille
-comme si tu pouvais vivre éternellement et traite les hommes comme si tu
-devais mourir immédiatement.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>La vie dans l'oubli de la mort et la vie avec la conscience de son
-approche continuel sont deux états absolument différents. L'un se
-rapproche de l'état bestial, l'autre de l'état divin.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>L'approche de la mort.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Nous appelons mort la suppression de la vie et les minutes ou les heures
-pendant lesquelles on meurt. La première, la suppression de la vie, ne
-dépend pas de notre volonté; les seconds, les derniers moments, sont
-dans notre pouvoir. Nous pouvons mourir mal et mourir bien. Nous devons
-nous efforcer de bien mourir.</p>
-
-<p>C'est nécessaire pour ceux qui restent.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Le moribond comprend difficilement tout ce qui vit; mais on s'aperçoit
-qu'il ne comprend pas ce qui vit, non parce que ses facultés mentales
-s'affaiblissent; mais parce qu'il comprend quelque chose que les vivants
-ne comprennent pas, ne peuvent comprendre, et qui l'absorbe tout entier.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>On pense généralement que la vie des vieillards n'a pas d'importance,
-qu'ils ne font qu'achever leur vie. Ce n'est pas vrai. Dans la plus
-profonde vieillesse, la vie est plus précieuse et plus nécessaire que
-jamais, aussi bien pour soi que pour les autres. Là valeur de la vie est
-en raison contraire des carrés de distance de la mort: Ce serait heureux
-si les vieillards eux-mêmes et ceux qui les entourent le comprenaient.
-Le dernier instant avant la mort est tout particulièrement précieux.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Avant d'arriver à la vieillesse, je me suis efforcé de bien vivre; dans
-la vieillesse, je m'efforce de bien mourir; pour bien mourir, il faut
-mourir volontiers.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Ai-je peur de la mort? Je crois que non; mais à son approche, ou en
-pensant à elle, je ne peux m'empêcher d'éprouver une émotion pareille à
-celle que doit éprouver un voyageur en arrivant à l'endroit où son train
-tombe d'une très grande hauteur à la mer, ou au moment où il s'élève à
-une très grande hauteur en ballon. L'homme, en mourant, sait qu'il ne
-lui arrivera rien de particulier, qu'il lui arrivera ce qui est déjà
-arrivé à des millions d'êtres, qu'il ne fait que changer de mode de
-locomotion, mais il lui est impossible de ne pas éprouver d'émotion en
-s'approchant de l'endroit où ce changement aura lieu.</p>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XXIX" id="CHAPITRE_XXIX">CHAPITRE XXIX</a></h4>
-
-<h3>APRÈS LA MORT</h3>
-
-
-<p>On demande: Qu'arrivera-t-il après la mort? Il n'y a qu'une réponse à
-cette question: le corps pourrira et deviendra poussière, cela nous
-le savons sûrement. Quant à ce qu'il adviendra de notre âme, nous ne
-pouvons en rien dire, parce que la question de: «qu'arrivera-t-il?» se
-rapporte au temps. Or l'âme est hors du temps. L'âme n'a pas été et ne
-sera pas. Elle est. Si elle n'existait pas, il n'y aurait rien.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">I.&mdash;<i>La mort charnelle n'est pas la fin de la vie, mais uniquement uns
-transformation.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Quand nous mourons, il peut nous arriver de deux choses l'une: ou bien
-ce que nous considérions comme nous-mêmes passera en un autre être, ou
-bien nous ne serons plus des êtres séparés, et nous nous confondrons
-avec Dieu. Que cela soit l'une ou l'autre, nous n'avons rien à craindre
-dans les deux cas.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La mort constitue une transformation de notre corps, la plus grande, la
-dernière. Nous subissons constamment des changements dans notre corps:
-nous étions d'abord des morceaux de chair; nous devenions ensuite des
-nourrissons; graduellement, nos cheveux, nos dents poussèrent, puis
-tombèrent, puis ils poussèrent à nouveau, la barbe apparut, commença à
-blanchir, à tomber, et nous n'avons jamais craint ces changements.</p>
-
-<p>Pourquoi craignons-nous le dernier changement?</p>
-
-<p>Parce que personne ne nous a raconté ce qui lui est arrivé après ce
-changement. Mais personne ne dira, lorsqu'un homme nous quitte et ne
-nous écrit plus, qu'il n'existe pas, qu'il est mal là où il est allé,
-nous dirons simplement que nous n'avons pas de nouvelles de lui. Il en
-est de même des morts: nous savons qu'ils ne sont plus parmi nous, mais
-nous n'avons aucune raison de croire qu'ils n'existent plus, ou qu'ils
-sont plus malheureux depuis qu'ils nous ont quittés. Si nous ne pouvons
-savoir ni ce qui arrivera après la mort, ni ce que nous étions avant
-cette vie, cela prouve uniquement qu'il ne nous est pas donné de le
-savoir, parce que nous n'avons pas besoin de le savoir. Nous ne savons
-qu'une chose, c'est que notre vie n'est pas dans les changements du
-corps, mais en ce qui vit dans ce corps, dans l'âme. Et l'âme ne peut
-avoir ni commencement ni fin, parce qu'elle seule existe.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>«De deux choses l'une: ou la mort est la disparition absolue de la
-conscience, ou elle est, conformément à la légende, simplement un
-changement et la migration de l'âme d'un endroit dans un autre. Si
-la mort est la destruction complète de la conscience, et qu'elle
-est pareille à un sommeil profond sans rêves, elle est un bienfait
-incontestable, car chacun n'a qu'à se rappeler une nuit passée dans
-un tel sommeil sans rêves et à la comparer aux autres jours et aux
-autres nuits, avec leurs craintes, leurs inquiétudes et désirs non
-satisfaits, éprouvés tant en réalité qu'en rêves, et je suis persuadé
-que personne ne trouvera beaucoup de jours et de nuits plus heureux que
-les nuits sans rêves. De sorte que, si la mort est un tel sommeil, je la
-considère, quant à moi, comme un bienfait. Si elle constitue le passage
-d'un monde dans un autre, et s'il est vrai que tous les hommes sages et
-saints morts avant nous s'y trouvent, pourrait-on espérer un bonheur
-plus grand que de vivre parmi ces êtres? J'aurais voulu mourir, non pas
-une fois, mais cent fois, pourvu que je puisse pénétrer dans cet endroit.</p>
-
-<p>«De sorte que ni vous, juges, ni les hommes, en général, ne doivent
-craindre la mort, me semble-t-il; ils n'ont qu'à se souvenir d'une
-chose: pour un homme de bien, il n'y a pas de mal ni dans la vie, ni
-dans la mort.»</p>
-
-<p style="margin-left: 60%; font-size: 0.8em;">(<i>Extrait du discours de Socrate devant le Tribunal.</i>)</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Celui qui voit le sens de la vie dans le perfectionnement spirituel
-ne peut croire à la mort; il ne peut croire à l'arrêt de ce
-perfectionnement. Ce qui se perfectionne ne peut disparaître, cela ne
-peut que se modifier.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>La mort est l'interruption de la conscience dont je vis actuellement. La
-conscience de cette vie s'arrête; je le vois sur ceux qui meurent. Mais
-que devient ce qui était la conscience? Je ne le sais pas, et je ne puis
-le savoir.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Les hommes craignent la mort et voudraient vivre aussi longtemps que
-possible. Mais si la mort est un malheur, n'est-il pas indifférent de
-mourir dans trente ou dans trois cents ans? Quelle joie a un condamné à
-mort de savoir que ses camarades mourront dans trois jours et que son
-exécution à lui aura lieu dans trente jours.</p>
-
-<p>La vie se terminant par une mort définitive serait la mort même.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SKOVORODA.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>Chacun sent qu'il n'est pas un rien amené à la vie, à un certain moment,
-par quelqu'un d'autre. C'est de là que vient notre assurance que la mort
-peut mettre une fin à notre vie, mais non à notre existence.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>Plus on est profondément conscient de sa vie, moins on croit à sa
-disparition et à la mort.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Je ne crois en aucune des religions existantes, et ne puis, par
-suite, être soupçonné de suivre aveuglément quelque tradition ou de
-subir l'influence de l'éducation. Mais, durant ma vie entière, j'ai
-réfléchi aussi profondément que j'en étais capable sur la loi de
-notre vie. Je l'ai cherchée dans l'histoire de l'humanité et dans ma
-propre conscience, et je suis arrivé à la conviction inébranlable
-que la mort n'existe pas, que la vie ne peut être qu'éternelle,
-que le perfectionnement infini est une loi de la vie, que chaque
-qualité, chaque idée, chaque tendance que je possède, doit avoir son
-développement pratique; que nous avons des capacités, des tendances
-qui dépassent, de beaucoup les éventualités de notre vie terrestre, que
-le fait même que nous en disposons et ne pouvons découvrir leur origine
-dans nos sens peut être considéré comme une preuve de ce quelles nous
-viennent des régions extra-terrestres et ne peuvent être réalisées que
-dans ces régions; que rien ne peut ici-bas, sauf les choses visibles, et
-que croire que nous mourons parce que notre corps meurt revient au même
-que de s'imaginer que l'ouvrier est mort parce que son outil s'est usé.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">Joseph MAZZINI.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Si l'espoir de l'immortalité était une illusion, on pourrait voir
-clairement qui sont ceux qui ont été trompés. Non pas les âmes basses
-et noires qui n'ont jamais envisagé cette grande pensée, non pas les
-gens endormis et distraits qui sont satisfaits du sommeil voluptueux de
-cette vie et du sommeil des ténèbres dans l'avenir, non pas les égoïstes
-aux idées étroites et qui sont plus mesquines encore dans l'amour. Non,
-pas eux. Ils auraient raison, et le bénéfice serait de leur côté. Ceux
-qui auraient été trompés, ce seraient les grands et les saints que
-les hommes vénèrent; les trompés seraient tous ceux qui ont vécu pour
-quelque chose de meilleur que leur bonheur personnel, et qui ont donné
-leur vie pour le bien commun.</p>
-
-<p>Tous ces hommes auraient été trompés. Le Christ lui-même aurait souffert
-inutilement en donnant Son esprit au Père imaginaire, et Il aurait tort
-de croire qu'Il L'avait manifesté par Sa vie. Toute la tragédie du
-Golgotha ne serait qu'un malentendu: la vérité serait du côté de ceux
-qui se moquaient de Lui et désiraient Sa mort; elle serait également
-aujourd'hui du côté de ceux qui sont indifférents à la conformité avec
-la nature humaine qu'offre cette histoire soi-disant imaginaire. Qui
-vénérerait-on, qui croirait-on si l'inspiration des êtres supérieurs
-n'était que des fables ingénieusement combinées?</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PARKER.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>Le principe du changement de l'existence qui a lieu pendant la vie
-corporelle est inaccessible à la raison humaine.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Nous tâchons souvent de nous représenter la mort comme un passage dans
-une région inconnue; mais cette conception ne nous donne absolument
-rien. Il est tout aussi impossible de se représenter la mort, qu'il est
-impossible de se représenter Dieu. Tout ce que nous pouvons savoir,
-c'est que la mort, de même que tout ce qui vient de Dieu, est un bien.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>On nous demande: que deviendra l'âme après la mort? Nous ne le savons
-pas, et nous ne pouvons le savoir. Il n'y a qu'une chose de certain:
-c'est que si tu te diriges quelque part, tu es sûrement sorti de quelque
-endroit. Il en est de même de la vie. Si tu es dans cette vie, tu es
-sûrement sorti de quelque part. Tu retourneras là d'où tu es sorti.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Je ne me souviens absolument pas de ce qui a eu lieu avant ma naissance;
-je pense donc qu'après la mort je ne me souviendrai de rien de ma vie
-actuelle. Si la vie après la mort existe, il m'est impossible de
-l'imaginer.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Personne ne sait ce qu'est la mort et, cependant, tous la craignent, en
-la considérant comme le plus grand-mal, bien qu'elle puisse être le plus
-grand bonheur.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PLATON.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Personne ne peut se vanter de savoir que Dieu et la vie future existent.
-Je ne puis pas dire que je sache indubitablement que Dieu et mon
-immortalité existent, mais je dois dire que je sens qu'il y a un Dieu,
-comme je sens qu'il y a un «moi» immortel. Cela prouve que ma foi en
-Dieu et en l'autre monde est tellement liée à ma nature qu'elle ne peut
-être séparée de moi.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après KANT.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Le Christ a dit en mourant: «Père, je remets mon esprit entre Tes
-mains.» Quiconque prononce ces paroles, non pas avec la langue, mais
-avec le cœur, n'a plus besoin de rien. Si mon esprit retourne à Celui de
-Qui il émane, il ne peut rien arriver à mon esprit que ce qu'il y a de
-meilleur.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III.&mdash;<i>La mort est une libération.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La mort est la destruction du vase dans lequel notre esprit est enfermé.
-On ne doit pas confondre ce vase avec ce qu'il contient.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Lorsque nous venons au monde, nos âmes sont mises dans les bières de
-notre corps. Cette bière&mdash;notre corps&mdash;se désagrège petit à petit, et
-notre âme se libère de plus en plus. Mais lorsque le corps meurt par la
-volonté de Celui Qui a uni l'âme au corps, l'âme se libère entièrement.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après HÉRACLITE.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>De même que le feu fait fondre la cire de la bougie, la vie de l'âme
-consume la vie du corps. Le corps brûle sur le feu de l'âme et se
-consume entièrement lorsque la mort vient. La mort détruit le corps de
-même que les constructeurs détruisent les chantiers, quand le bâtiment
-est prêt.</p>
-
-<p>Le bâtiment, c'est la vie spirituelle; les chantiers, c'est le corps. Et
-l'homme qui a construit son bâtiment spirituel se réjouit en mourant de
-voir tomber les chantiers de sa vie corporelle.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Tout au monde pousse, fleurit et revient à sa racine. Ce retour est
-le retour conforme à la nature. La conformité avec la nature signifie
-l'éternité; c'est pourquoi la destruction du corps ne présente aucun
-danger.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>L'homme qui travaillait toute sa vie à dompter ses passions, ce dont
-son corps l'empêchait, se réjouit d'en être libéré. Et la mort n'est
-qu'une libération. Le perfectionnement, dont nous avons parlé plus d'une
-fois, consiste dans la séparation possible de l'âme du corps, et dans
-la faculté acquise de se concentrer en dehors du corps, en elle-même; la
-mort donne cette même libération. Ne serait-il pas étrange que l'homme
-qui se prépare toute sa vie à vivre de façon à devenir aussi libre que
-possible par la domination du corps, s'en trouve mécontent au moment où
-cette libération est prête de se réaliser. C'est pourquoi, malgré tout
-le regret que j'ai de vous quitter et de vous causer du chagrin, je ne
-puis ne pas acclamer la mort, comme la réalisation de ce que je désirais
-atteindre durant toute ma vie.</p>
-
-<p style="margin-left: 50%; font-size: 0.8em;">(<i>Du discours d'adieu de Socrate à ses élèves.</i>)</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>L'homme voit les plantes et les animaux s'engendrer, croître, prendre
-des forces, se multiplier, puis faiblir, dépérir, vieillir et mourir.</p>
-
-<p>Il le voit de même sur les autres hommes, et il le sait également que
-son corps vieillira, qu'il dépérira et mourra, comme tout ce qui naît et
-vit au monde.</p>
-
-<p>Mais, en dehors de ce qu'il voit sur les autres êtres et sur lui-même,
-tout homme sait aussi qu'il y a quelque chose en lui qui ne faiblit ni
-ne vieillit; il sait, au contraire, que plus il vit, plus ce quelque
-chose se fortifie et se perfectionne: c'est son âme à laquelle rien ne
-peut arriver de ce qui arrive au corps. C'est pourquoi la mort n'effraie
-que celui qui ne vit pas de l'âme, mais du corps.</p>
-
-<p class="caption">7</p>
-
-<p>On demanda à un sage qui disait que l'âme était immortelle: «Qu'est-ce
-qui arrivera lorsque le monde finira?» Il répondit: «Pour que mon âme
-ne meure pas, il n'y a pas besoin du monde.»</p>
-
-<p class="caption">8</p>
-
-<p>L'âme ne vit pas dans le corps comme dans une maison, mais comme un
-voyageur dans un asile d'autrui.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Kouran</i> hindou.</p>
-
-<p class="caption">9</p>
-
-<p>Plus notre vie devient spirituelle, plus nous croyons à l'immortalité. A
-mesure que notre nature s'éloigne de la grossièreté bestiale, nos doutes
-se dissipent.</p>
-
-<p>Le voile se lève sur l'avenir, les ténèbres se dissipent, et nous
-sentons notre immortalité encore ici-bas.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARTINEAU.</p>
-
-<p class="caption">10</p>
-
-<p>Celui qui comprend faussement la vie, comprendra toujours faussement la
-mort.</p>
-
-<p class="caption">11</p>
-
-<p>Celui qui connaît les autres est sage, celui qui se connaît lui-même est
-éclairé.</p>
-
-<p>Celui qui vainc les autres est fort; celui qui se vainc lui-même est
-puissant.</p>
-
-<p>Mais celui qui sait qu'il ne disparaîtra pas en mourant est éternel.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>La naissance et la mort sont les bornes au delà desquelles notre
-vie nous est cachée.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La naissance et la mort sont deux bornes. Au delà de ces bornes il y a
-une sorte d'uniformité.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La naissance est la même chose que la mort. Dès sa naissance, l'enfant
-entre dans un monde nouveau, commence une tout autre vie que celle qu'il
-avait dans le sein de sa mère. Si l'enfant pouvait raconter ce qu'il
-a éprouvé en quittant la vie ancienne, il aurait dit la même chose
-qu'éprouve l'homme en quittant cette vie.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Où vont les hommes lorsqu'ils meurent? Là, probablement, d'où viennent
-ceux qui naissent. Les hommes viennent de Dieu, du Père de notre vie.
-C'est de Lui qu'est venu, vient, et viendra toute vie. De sorte qu'en
-mourant, l'homme ne fait que retourner vers Celui dont il est issu.</p>
-
-<p>L'homme sort de la maison, travaille, se repose, mange, s'amuse,
-travaille à nouveau et, lorsqu'il est fatigué, il rentré chez lui.</p>
-
-<p>Il en est de même durant toute la vie humaine; l'homme sort de chez
-Dieu, travaille, souffre, se console, se réjouit, se; repose et, s'étant
-suffisamment tourmenté, il revient à la maison, de laquelle il est sorti.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Ne sommes-nous pas ressuscités une fois déjà de l'état dans lequel
-nous étions moins renseignés sur le présent que nous ne le sommes
-actuellement sur l'avenir? De même que notre état antérieur se rapporte
-à l'état actuel, notre état actuel se rapporte à l'état futur.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LICHTENBERG.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>La mort libère l'âme des limites de la personnalité.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La mort est une libération de la personnalité bornée.</p>
-
-<p>C'est de ce fait que résulte, apparemment, l'expression de paix et de
-repos que l'on remarque sur les figures de la plupart des morts. La
-mort de tout homme de bien est facile et tranquille; mais mourir avec
-empressement, volontiers, mourir avec joie, voilà l'avantage de celui
-qui a renoncé à lui-même, de celui qui renonce à la vie individuelle,
-de celui qui la nie. Car seul cet homme a réellement envie de mourir
-et, par suite, n'a besoin ni ne demande d'existence ultérieure pour sa
-personnalité.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La conscience du Tout, renfermée dans les limites du corps, tend à
-élargir ses limites. Dans la première moitié de sa vie, l'homme aime de
-plus en plus les objets, les gens, c'est-à-dire qu'en sortant de ses
-limites il reporte sa conscience sur d'autres êtres. Mais quelle que
-soit la grandeur de son amour, il ne peut sortir de ses limites et ne
-voit la possibilité de leur suppression qu'en mourant. Comment peut-on
-craindre la mort après cela? Il se passe quelque chose d'analogue à
-la transformation de la chenille en papillon. Nous sommes ici des
-chenilles: d'abord nous naissons, ensuite nous nous endormons en
-chrysalide; puis nous devenons papillons dans l'autre vie.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Notre corps limite le principe divin, spirituel que nous appelons âme.
-Et ces bornes, de même que le vase donne la forme au liquide ou au gaz
-qui s'y trouve renfermé, donnent la forme à cet élément divin. Lorsque
-le vase se brise, ce qui s'y trouvait enfermé perd la forme qu'il avait
-et se répand. Est-ce que cela se relie aux autres substances? Est-ce
-que cela prend une forme nouvelle? Nous n'en savons rien. Mais nous
-savons sûrement que cela perd la forme que cela avait dans ses bornes,
-parce que ce qui le bornait est détruit. Nous savons cela, mais nous
-ne pouvons rien savoir de ce qui arrivera à ce qui était limité. Nous
-savons uniquement qu'après la mort, l'âme devient quelque chose d'autre
-que nous ne pouvons pas définir dans la vie présente.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Si la vie est un sommeil et la mort un réveil, le fait que je me vois
-séparé de ce qui existe, est un rêve dont j'espère me réveiller en
-mourant.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>On éprouve de la joie en mourant quand on est fatigué d'être séparé du
-monde, quand on sent toute l'horreur de cette séparation et la joie,
-sinon de se joindre à tout, du moins de sortir de la prison qui vous
-sépare ici où l'on n'a que rarement l'occasion de communiquer avec les
-hommes au moyen d'étincelles d'amour qui volent de l'un à l'autre. On
-a envie de dire: «J'en ai assez de cette cage; donnez-moi d'autres
-rapports avec le monde, mieux appropriés à mon âme»; je sais que la mort
-me les donnera. Et, pour me consoler, on m'assure que même là je serai
-une personnalité isolée.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>J'ai sous les pieds une terre ferme et gelée; autour de moi, sont
-d'immenses arbres; au-dessus de ma tête, un ciel couvert; je sens mon
-corps, je suis plongé dans mes pensées, et pourtant, je sais, je sens de
-tout mon être que la terre ferme, les arbres, le ciel, mon corps et mes
-pensées, tout cela n'est que momentané, que cela n'est que le résultat
-de mes cinq sens, de mon sentiment individuel du monde que j'ai moi-même
-bâti, que tout cela n'est ainsi que parce que je suis telle partie du
-monde et non pas une autre, que telle est ma séparation de l'univers.
-Je sais qu'il suffit que je meurs, et tout cela ne disparaîtra pas avec
-moi, mais se transformera, comme cela arrive au théâtre: les arbres et
-les pierres se transforment en palais, en tours etc. La mort opérera
-en moi une transformation, que je passerai en un autre être, autrement
-séparé du monde. Et alors, tout l'univers, en restant le même pour ceux
-qui y vivent, deviendra autre pour moi. Tout l'univers est tel et non
-autre, uniquement parce que je me considère comme tel et non autre. Et
-il peut y avoir une quantité innombrable de procédés pour séparer les
-êtres de l'univers et les changer de point d'observation.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>La mort dévoile ce qui paraissait inconcevable.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Plus l'homme vit longtemps, plus la vie se révèle à lui: ce qui était
-ignoré devient connu; et il en est ainsi jusqu'à la mort. Et la mort
-révèle tout ce que l'homme est en état de concevoir.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Quelque chose se révèle à l'homme au moment de la mort. «Ah, voilà ce
-que c'est», dit presque toujours l'expression du visage du moribond.
-Mais nous, ceux qui restons, nous ne pouvons pas voir ce qui lui a été
-révélé. Cela nous sera révélé plus tard, en son temps.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Tout se révèle tant qu'on vit, comme si on s'élevait de plus en plus sur
-des marches. Mais la mort survient, et ce qui se révélait, ne se révèle
-plus, ou bien celui à qui la révélation était faite cesse de voir ce qui
-se révélait avant, parce qu'il voit quelque chose de nouveau, de tout
-différent.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Ce qui meurt appartient déjà en partie à l'éternité. Il nous semble
-que le moribond nous parle d'outre-tombe. Ce qu'il nous dit, nous
-semble être un commandement. Nous nous le représentons presque comme
-un prophète. Il est évident que pour celui qui sent la vie s'en aller
-et le cercueil s'ouvrir, le moment des graves discours est arrivé. La
-substance de sa nature doit se manifester. Le divin qui est en lui ne
-peut plus rester caché.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Tous les malheurs nous révèlent ce qu'il y a en nous de divin,
-d'immortel, qui forme la base de notre vie. Le plus grand malheur,
-d'après la conception humaine&mdash;la mort&mdash;nous révèle entièrement notre
-vrai «moi».</p>
-
-
-
-<hr class="chap" />
-<h4><a name="CHAPITRE_XXX" id="CHAPITRE_XXX">CHAPITRE XXX</a></h4>
-
-<h3>LA VIE EST UN BIEN</h3>
-
-
-<p>La vie de l'homme et son bonheur est dans l'union de plus en plus intime
-de l'âme, séparée par le corps des autres âmes et de Dieu, avec ce dont
-elle est séparée. Cette union s'opère par la manifestation de l'amour,
-déterminant la libération de l'âme du corps. C'est pourquoi, si l'homme
-comprend que la vie et son bonheur consistent en cette libération de
-l'âme, sa vie, malgré toutes les souffrances, n'importe quels malheurs
-et n'importe quelles maladies, ne peut être rien d'autre qu'un bonheur.</p>
-
-<hr class="r5" />
-<p class="caption">I.&mdash;<i>La vie est le bonheur suprême, accessible à l'homme.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La vie, quelle qu'elle soit, est un bien qui est supérieur à tout autre.
-Si nous disons que la vie est un mal, c'est uniquement par comparaison
-à une autre vie que nous imaginons meilleure; mais nous ne connaissons
-aucune autre vie meilleure et ne pouvons la connaître; c'est pourquoi,
-la vie, quelle qu'elle soit, est notre bonheur suprême.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Nous négligeons souvent le bien de la vie présente, dans l'espoir de
-recevoir quelque part un bien supérieur. Mais un si grand bien ne peut
-jamais exister nulle part, parce que ce bien nous est déjà donné: la
-vie, bien au-dessus duquel il n'y a rien et il ne peut rien y avoir.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Le monde ici-bas n'est pas une plaisanterie, ni une vallée de larmes,
-ni l'asile avant le passage dans un monde meilleur, mais un des mondes
-éternels, beau, joyeux et que nous pouvons et devons, par nos efforts,
-rendre plus beau et plus joyeux encore pour ceux qui vivent avec nous et
-pour tous ceux qui y vivront après nous.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>L'homme est malheureux parce qu'il ne sait pas qu'il est heureux.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">DOSTOIEVSKY.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>On ne doit pas dire que le but de la vie est de servir Dieu. Le but de
-la vie est toujours et sera toujours la recherche du bonheur. Et comme
-Dieu a voulu donner le bonheur aux hommes, ceux-ci, en le poursuivant,
-font ce que Dieu veut d'eux: ils accomplissent Sa volonté.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">II.&mdash;<i>Le vrai bien est dans la vie présente, et non dans la vie
-«d'outre-tombe».</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>D'après la fausse doctrine, la vie en ce monde est un mal, tandis que le
-bien est atteint dans l'autre monde.</p>
-
-<p>D'après la vraie doctrine chrétienne, le but de la vie est le bonheur,
-et on obtient ce bonheur ici-bas.</p>
-
-<p>Le vrai bien est toujours en notre pouvoir. Il suit la vie juste comme
-une ombre.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si le paradis n'est pas en toi-même, tu n'y pénétreras jamais.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Ne crois pas que la vie n'est qu'un passage dans un autre monde, et
-seulement que là nous pouvons être heureux. Nous devons être bien ici,
-en ce monde. Et pour être bien ici, nous n'avons qu'à vivre comme veut
-Celui Qui nous y a envoyés. Et ne dis pas que pour que tu puisses bien
-vivre, il faut que tous vivent bien, qu'ils mènent tous une vie juste.
-Non. Vis toi-même selon Dieu, fais des efforts toi-même, et tu vivras
-sûrement bien, et les autres ne s'en ressentiront pas plus mal, mais
-mieux.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Vis de la vraie vie, et tu auras beaucoup d'ennemis; mais ceux-ci mêmes
-t'aimeront. La vie t'apportera bien des malheurs; mais eux aussi te
-rendront heureux, tu béniras la vie et tu forceras les autres à la bénir.</p>
-
-<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après DOSTOIEVSKY.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">III&mdash;<i>Tu ne trouveras le vrai bonheur qu'en toi-même.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Dieu est entré en moi et c'est par moi qu'il cherche Son bien. Mais quel
-peut être le bonheur de Dieu? Seulement celui d'être Lui.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Un sage dit: J'ai fait le tour du monde entier en cherchant le bien.
-Je l'ai cherché sans trêve, jour et nuit. Quand je désespérais déjà de
-le trouver, une voix intérieure me dit: ce bien est en toi-même. J'ai
-écouté cette voix et j'ai trouvé le vrai bonheur.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Quel bien te faut-il encore, quand Dieu et tout l'univers est en toi?</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Les hommes sont heureux lorsqu'ils disent que rien n'est à eux sauf leur
-âme. Ils sont heureux même quand ils vivent parmi les gens cupides et
-méchants qui les haïssent: personne ne peut leur prendre leur bonheur.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Doctrine bouddhiste.</i></p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Mieux les hommes vivent, moins ils se plaignent des autres. Et plus
-ils vivent mal, plus ils sont mécontents non pas d'eux-mêmes, mais des
-autres.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Le sage cherche tout en lui-même; l'insensé cherche tout dans les
-autres.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CONFUCIUS</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IV.&mdash;<i>La vraie vie est la vie spirituelle.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>La vie humaine, pleine de souffrances corporelles pouvant s'arrêter
-à tout instant, doit avoir, pour ne pas être la plaisanterie la plus
-grossière, un sens conformément auquel elle ne peut être troublée ni par
-les souffrances, ni par sa longue durée, ni par sa brièveté.</p>
-
-<p>Or la vie humaine a ce sens. Il est dans notre conscience de plus en
-plus nette de receler en nous Dieu.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>La vie humaine est une communion continue de l'être spirituel, isolé
-par le corps, avec ce à quoi il a conscience d'être uni. Que l'homme
-le comprenne ou non, qu'il le veuille ou non, cette communion s'opère
-irrésistiblement par l'état que nous appelons: vie humaine. La
-différence entre les hommes qui ne comprennent pas leur destination et
-ne veulent pas vivre conformément à elle, et ceux qui la comprennent et
-veulent vivre conformément à elle, consiste en ce que la vie de ceux qui
-ne la comprennent pas, est une souffrance continuelle, alors que la vie
-de ceux qui la comprennent et qui accomplissent leur destination, est un
-bien continu qui augmente sans cesse.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Rien ne confirme de façon aussi éclatante, que l'œuvre de la vie est
-dans le perfectionnement moral, que le fait que, si variés que soient
-tes désirs en dehors de ce perfectionnement, et bien qu'ils soient
-entièrement réalisés, l'attrait du désir s'éteint aussitôt que le but
-est réalisé. Il n'y a qu'une chose qui conserve la joie&mdash;c'est d'être
-conscient que l'on avance vers la perfection.</p>
-
-<p>Seul ce perfectionnement continuel donne la vraie joie qui ne cesse de
-grandir. Chaque pas en avant fait sur ce chemin, entraîne une récompense
-qui est obtenue immédiatement. Et rien, ne peut la ravir.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Celui qui consacre sa vie au perfectionnement spirituel ne peut être
-mécontent, car ce qu'il désire est toujours en son pouvoir.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Être heureux, posséder la vie éternelle, vivre en Dieu, être sauvé, tout
-cela a le même sens: c'est la solution du problème de la vie. Et ce
-bien s'accroît; l'homme ressent la possession de plus en plus forte et
-profonde de la joie céleste. Et ce bien n'a pas de bornes, car ce bien
-est la liberté, la toute-puissance, la satisfaction complète de tous les
-désirs.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">V.&mdash;<i>En quoi consiste le vrai bonheur.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Les biens réels sont peu nombreux. Le vrai bien, le vrai bonheur est ce
-qui est le bien pour tous.</p>
-
-<p>C'est pourquoi, on ne doit désirer que ce qui est conforme au bien
-commun. Celui dont l'œuvre vise ce but obtiendra son bonheur.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Dans les situations des hommes, le mal est uni au bien, tandis que
-dans leurs tendances ce mélange n'existe pas. La tendance peut être
-mauvaise: chercher à accomplir la volonté de sa nature charnelle&mdash;,
-ou bonne: chercher à accomplir la volonté de Dieu. Si l'homme suit le
-premier désir, il est sûrement malheureux; s'il suit le deuxième, il n'y
-a pas pour lui de malheur possible&mdash;tout est bonheur.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Personne ne peut faire le vrai bonheur d'un autre. L'homme ne peut faire
-que son propre bonheur. Le vrai bien ne consiste qu'en une seule chose:
-vivre pour l'âme et non pour le corps.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Faire le bien est la seule œuvre dont on puisse dire qu'elle nous est
-sûrement profitable.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>On dit que celui qui fait le bien n'a pas besoin de récompense. C'est
-vrai, si l'on croit que la récompense ne sera pas en toi et ne viendra
-pas de suite, mais dans l'avenir. Mais l'homme est incapable de faire
-le bien sans récompense, sans que cela lui donne la joie. Il s'agit de
-comprendre en quoi consiste la vraie récompense. Elle n'est pas dans
-ce qui est extérieur ni dans l'avenir, mais dans ce qui est interne et
-actuel: elle est dans le perfectionnement de l'âme. C'est là qu'est la
-récompense et en même temps la raison de faire le bien.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Un homme de sainte vie priait Dieu pour les hommes: O Seigneur,
-disait-il, sois miséricordieux pour les méchants, parce que tu as déjà
-été miséricordieux pour les bons: ils sont heureux, parce qu'ils sont
-bons.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAADI.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VI.&mdash;<i>Le bien est dans l'amour.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Il n'y a qu'une chose à faire pour être sûr d'être heureux: c'est
-d'aimer, d'aimer tous, les méchants et les bons. Aime toujours et tu
-seras heureux toujours.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Nous ne savons pas et nous ne pouvons savoir pourquoi nous vivons.
-Aussi, ne pourrions-nous pas savoir ce que nous devons et ce que nous ne
-devons pas faire, si nous n'éprouvions pas le désir du bien. Ce désir
-nous démontre clairement ce que nous devons faire, à condition de ne pas
-comprendre notre vie à la façon de l'animal, mais en nous souvenant que
-nous avons une âme. Et le bonheur que désire notre âme nous est donné
-dans l'amour.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Si le Dieu de charité existe et s'Il a créé le monde, Il l'a sûrement
-fait de façon à ce que tous, y compris les hommes, y soient heureux.</p>
-
-<p>Mais si Dieu n'existe pas, vivons nous-mêmes de façon à ce que nous
-soyons bien. Et pour que nous soyons bien, il faut que nous nous aimions
-les uns et les autres, il faut qu'il y ait de l'amour. Et Dieu étant
-amour, nous viendrons encore à Lui.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>On dit: «Pourquoi aimerions-nous ceux qui nous sont désagréables?»
-Parce que c'est là qu'est la joie. Eprouve-le et tu sauras si c'est vrai.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Rien que la mort devant nous, rien que l'accomplissement immédiat du
-devoir! Comme cela semble triste et effrayant! Pourtant, consacre ta vie
-à l'union, par l'amour, aux hommes et à Dieu, et ce qui te paraissait
-effrayant, deviendra le plus grand bien.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VII.&mdash;<i>Plus l'homme vit pour son corps, plus il est privé du vrai
-bonheur.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Les uns cherchent le bien dans la puissance, les autres dans les
-sciences, les troisièmes dans les plaisirs. Ces trois genres de
-jouissances ont formé trois écoles différentes, et tous les philosophes
-ont toujours suivi l'une d'elles. D'autres, qui se sont plus rapprochés
-de la vraie philosophie, ont compris qu'il est nécessaire que le bien
-général désiré par tous ne soient dans aucune des choses particulières
-qui ne peuvent être possédées que par un seul, et qui, étant partagées,
-affligent plus le possesseur par le manque de la partie qu'il n'a pas,
-qu'elles ne le contentent par la jouissance de celle qui lui appartient.
-Ils ont compris que le vrai bien devait être tel que tous puissent le
-posséder à la fois, sans diminution et sans envie, et que personne
-ne pût le perdre contre son gré. Et ce bien existe: ce bien est dans
-l'amour.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Pourquoi t'agites-tu, malheureureux? Tu cherches le bien, tu cours
-quelque part, et le bien est en toi-même. Inutile de le chercher à
-d'autres portes. Si le bien n'est pas en toi, il n'est nulle part. Le
-bien est en toi, en ce que tu peux aimer tous, non pour quelque chose,
-mais pour vivre, et non de ta propre vie, mais aussi de celle des
-autres. Chercher le bien dans le monde et ne pas profiter du bien qui
-est en notre âme, revient au même que d'aller puiser l'eau dans une
-grande mare trouble et éloignée, tandis qu'il y a à côté une source pure
-venant de la montagne.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après ANGÉLUS.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Si tu veux le vrai bonheur, ne le cherche pas dans les pays éloignés,
-dans la richesse, dans les honneurs, ne le demande pas aux hommes, ne
-t'inclinent pas devant eux et ne lutte pas contre eux pour le bonheur.
-On peut, par ces moyens, obtenir des richesses, un grand titre et
-diverses choses inutiles; mais le vrai bonheur, dont chacun a besoin,
-ne peut être obtenu auprès des hommes, ni acheté ou sollicité, ni donné
-gratuitement. Sache que tout ce que tu ne peux prendre toi-même, ne
-t'appartient pas et ne t'est pas nécessaire. Tu peux toujours prendre
-toi-même, par une vie juste, tous ce dont tu as besoin.</p>
-
-<p>Oui, le bonheur ne dépend ni du ciel, ni de la terre, mais uniquement de
-nous-mêmes.</p>
-
-<p>Il n'y a qu'un seul bien au monde, lui seul nous est nécessaire. Quel
-est donc ce bien? C'est la vie dans l'amour. Et ce bien peut être
-facilement obtenu.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après SKOVORODA.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Dieu soit loué d'avoir rendu facile aux hommes tout ce qui leur est
-nécessaire, et difficile tout ce dont ils n'ont pas besoin. Le bonheur
-est très nécessaire à l'homme, et il n'y a rien de plus facile que
-d'être heureux. Dieu en soit loué!</p>
-
-<p>Le Royaume de Dieu est en nous. Le bonheur est dans le cœur, s'il
-contient de l'amour.</p>
-
-<p>Qu'arriverait-il si le bonheur nécessaire à tout homme avait été accordé
-suivant l'endroit, le temps, l'état, la position, la santé, la force
-corporelle? Qu'arriverait-il si le bonheur existait uniquement en
-Amérique, ou uniquement à Jérusalem, ou à l'époque de Salomon, dans la
-demeure des rois, grâce à la richesse, aux grades, si on le trouvait
-seulement au désert, dans les sciences, dans la santé, dans la beauté?</p>
-
-<p>Serait-il possible aux hommes de ne vivre qu'en Amérique, ou de vivre à
-la même époque? Si le bonheur était dans la richesse, ou dans la santé,
-ou dans la beauté, tous les pauvres, tous les vieux, tous les malades,
-tous les laids seraient malheureux. Dieu aurait-il privé tous ces gens
-de bonheur? Non, Dieu soit loué, il a rendu l'inutile difficile: il a
-agi de façon à ce qu'il n'y ait pas de bonheur dans la richesse, ni dans
-les grades, ni dans la beauté du corps. Le bonheur n'est qu'en une seule
-chose&mdash;dans la vie juste, et cela est au pouvoir de chacun.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Demander à Dieu que quelqu'un nous donne le bien dans cette vie, revient
-au même que d'être assis auprès d'une source, et demander à d'autres de
-calmer ta soif. Baisse-toi et bois. Le bonheur nous est donné, il faut
-savoir en profiter.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Si tu considères comme un bien ce qui n'est pas en ton pouvoir, tu seras
-toujours malheureux. Persuades-toi que tout le bonheur est à ta portée,
-et personne ne te le ravira.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">VIII.&mdash;<i>L'homme n'éprouve pas le bien de la vie uniquement quand il ne
-suit pas la loi de la vie.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Si tu demandes: pourquoi le mal existe-t-il? Je réponds par la question:
-pourquoi la vie existe-t-elle? Le mal est pour que la vie soit. La vie
-se manifeste par la libération du mal.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si notre vie n'est pas heureuse, cela tient uniquement à ce que nous ne
-faisons pas ce que nous aurions dû faire pour que la vie soit une joie
-perpétuelle.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Si quelqu'un dit qu'il se sent malheureux en faisant le bien, cela
-prouve uniquement que ce qu'il considère comme le bien ne l'est pas.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>Sache et souviens-toi que si l'homme est malheureux, c'est par sa propre
-faute. Les hommes ne sont malheureux que lorsqu'ils désirent ce qu'ils
-ne peuvent avoir.</p>
-
-<p>Que ne peuvent-ils pas toujours avoir, bien qu'ils le désirent, et que
-peuvent-ils toujours avoir quand ils le désirent?</p>
-
-<p>Ils ne peuvent pas toujours avoir ce qui n'est pas en leur pouvoir,
-ce que les autres peuvent lui prendre. Seul est en leur pouvoir ce
-que rien ni personne ne sauraient leur ravir. A la première catégorie
-appartiennent tous les biens terrestres: la richesse, les honneurs, la
-santé. A la deuxième: notre âme, notre perfectionnement spirituel. Et
-précisément la chose qui nous est le plus nécessaire pour notre bien est
-en notre pouvoir, parce que rien, aucun bien terrestre ne donne le vrai
-bien, mais ne fait que nous leurrer. Le vrai bien ne peut être obtenu
-que par notre effort vers la perfection spirituelle, et cet effort est
-toujours en notre pouvoir.</p>
-
-<p>On a agi pour nous de même qu'un bon père aurait agi pour ses enfants.
-Seul ce qui ne peut nous donner le bonheur ne nous appartient pas,
-tandis que tout ce qui nous est nécessaire nous est donné.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ÉPICTÈTE.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>Ne crois pas que la perplexité devant le sens de la vie soit quelque
-chose de noble ou de tragique. Cette perplexité est pareille à celle que
-l'homme éprouve lorsqu'il se voit dans une société occupée à lire un bon
-livre. La perplexité de cet homme qui n'écoute pas attentivement ou n'a
-pas compris ce qu'on lit et qui s'agite au milieu des gens occupés, n'a
-rien de noble ni de tragique, mais est ridicule, bête et pitoyable.</p>
-
-<p class="caption">6</p>
-
-<p>Il y avait une fois un bienfaiteur qui, voulant faire aux hommes le plus
-de bien possible, se mit à réfléchir pour savoir comment il devait s'y
-prendre pour n'offenser personne et pour que tous en profitent. Si l'on
-distribue les richesses directement aux gens, on risque de donner moins
-à celui qui en a le plus besoin, et l'on en saurait en donner également
-à tout le monde; alors ceux qui n'en auraient pas assez diraient:
-Pourquoi as-tu donné aux autres et pas à nous?</p>
-
-<p>Le bienfaiteur eut alors l'idée d'installer une auberge dans un endroit
-où passait beaucoup de monde et d'y déposer tout ce qui peut être utile,
-ou faire plaisir au voyageur. Il y ménagea des chambres bien chaudes, de
-bons poêles, du bois à brûler de provisions d'éclairage, de pains, de
-légumes, de fruits, de boissons de toute sorte, des lits, des vêtements,
-du linge, des chaussures, bref, quantité de produits pouvant suffire à
-beaucoup de monde. Puis, le bienfaiteur s'en alla pour voir ce qui en
-résultera à son retour.</p>
-
-<p>Les bonnes gens commencèrent à affluer à l'auberge: y mangeaient,
-buvaient, couchaient, passaient parfois un jour ou deux, y restaient
-parfois une semaine entière. Parfois, ceux qui en avaient besoin
-emportaient des vêtements et des chaussures. Avant de s'en aller, ils
-rangeaient tout pour que d'autres passants puissent aussi en profiter,
-et puis ils partaient en remerciant le bienfaiteur inconnu.</p>
-
-<p>Mais un jour, arrivèrent des gens grossiers et méchants. Ils
-s'emparèrent de tout ce qui leur convenait, et une dispute éclata
-parmi eux au moment du partage. D'abord, ils s'injurièrent, puis ils
-en vinrent aux mains, et se mirent à s'arracher les uns aux autres
-les objets et à les briser exprès pour que d'autres ne puissent s'en
-emparer. Et lorsqu'ils eurent tout détruit et commencèrent à souffrir
-du froid et de la faim ils se mirent à médire du propriétaire, en
-l'accusant d'avoir mal organisé les choses, de n'avoir pas mis de
-gardiens pour empêcher d'entrer de mauvaises gens. D'autres prétendaient
-qu'il n'y avait pas de propriétaire du tout, et que l'auberge s'êtait
-organisée toute seule.</p>
-
-<p>Affamés, transis de froid et irrités, ces gens quittèrent l'auberge
-en s'injuriant entre eux, maudissant l'auberge et celui qui l'avait
-construite.</p>
-
-<p>Les hommes agissent de même sur la terre quand ils ne vivent pas pour
-leur âme, mais pour leur corps, qu'ils gâchent leur vie et celle des
-autres, s'accusent entre eux et accusent Dieu, au lieu de s'accuser
-eux-mêmes, s'ils croient en Dieu, et accusent l'univers, s'ils ne
-croient pas en Dieu, et s'imaginent que le monde s'est organisé tout
-seul.</p>
-
-<hr class="r5" />
-
-<p class="caption">IX.&mdash;<i>Seule l'observance de la loi de la vie donne le bien à l'homme.</i></p>
-
-<p class="caption">1</p>
-
-<p>Il faut toujours être joyeux. Si tu ne l'es plus, cherche où tu t'es
-trompé.</p>
-
-<p class="caption">2</p>
-
-<p>Si l'homme n'est pas satisfait de sa situation, il peut la modifier par
-deux moyens: améliorer les conditions de sa vie, ou bien améliorer son
-état moral. Le premier n'est pas toujours en son pouvoir, le second
-l'est toujours.</p>
-
-<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p>
-
-<p class="caption">3</p>
-
-<p>Il me semble que l'homme doit considérer comme règle principale d'être
-heureux et satisfait. Il faut être honteux de son mécontentement comme
-d'une mauvaise action, et savoir que s'il y a quelque chose qui ne va
-pas en soi, on ne doit pas le raconter aux autres et s'en plaindre, mais
-tâcher de corriger ce qui va mal.</p>
-
-<p class="caption">4</p>
-
-<p>L'observance de la loi de Dieu, de la loi d'amour qui donne le bien
-suprême, est possible dans toutes les situations.</p>
-
-<p class="caption">5</p>
-
-<p>«Venez à Moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous
-soulagerai. Car Mon joug est le bien et Ma charge est légère», dit
-la doctrine du Christ. Ces paroles signifient qu'indépendamment des
-malheurs qui accablent l'homme, indépendamment des offenses et des
-amertumes qu'il doit supporter, il lui suffit de comprendre et de
-recueillir dans son cœur la vraie doctrine, qui dit que la vie et son
-bien consistent à unir l'âme à ce dont elle est séparée par le corps:
-aux âmes des autres hommes et à Dieu, pour que tout le mal apparent
-disparaisse. Il suffit à l'homme de voir le but de la vie dans l'union
-affectueuse avec tout ce qui vit et avec Dieu, et sa vie, au lieu d'être
-un tourment, devient aussitôt le bonheur.</p>
-
-
-<h4>FIN</h4>
-
-
-<hr class="tb" />
-
-
-<h4><a id="TABLE_DES_MATIERES"></a>TABLE DES MATIÈRES</h4>
-<hr class="r5" />
-<p style="margin-left: 35%;"><a href="#PREFACE_DU_TRADUCTEUR">Préface du traducteur</a></p>
-
-<p style="margin-left: 35%;"><a href="#PREFACE_DE_LAUTEUR">Préface de l'auteur</a></p>
-
-
-<div class="center">
-<table border="0" cellpadding="4" cellspacing="0" summary="">
-<tr><td align="left"></td><td align="left">I.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_PREMIER">La foi</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">II.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_II">Dieu</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">III.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_III">L'âme</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">IV.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_IV">Une même âme chez tous</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">V.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_V">L'amour</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">VI.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_VI">Péchés, tentations, superstitions</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">VII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_VII">Les excès</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">VIII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_VIII">La lubricité</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">IX.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_IX">L'oisiveté</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">X.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_X">La cupidité</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XI.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XI">La colère</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XII">L'orgueil</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XIII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XIII">L'inégalité</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XIV.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XIV">La violence</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XV.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XV">Le châtiment</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XVI.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XVI">La vanité</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XVII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XVII">Les fausses croyances</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XVIII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XVIII">La fausse science</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XIX.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XIX">L'effort</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XX.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XX">La vie est dans le présent</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XXI.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXI">Le non-agir</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XXII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXII">La parole</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XXIII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXIII">La pensée</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XXIV.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXIV">L'abnégation</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XXV.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXV">L'humilité</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XXVI.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXVI">La véracité</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XXVII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXVII">Le mal</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XXVIII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXVIII">La mort</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XXIX.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXIX">Après la mort</a></td></tr>
-<tr><td align="left"></td><td align="left">XXX.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXX">La vie est un bien</a></td></tr>
-</table></div>
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-End of the Project Gutenberg EBook of La Pensée de l'Humanité, by Léon Tolstoï
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-*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSÉE DE L'HUMANITÉ ***
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-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
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-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
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-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
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-and the Foundation information page at www.gutenberg.org
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-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
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-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
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-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
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