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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - - -Title: La Pense de l'Humanit - Dernire oeuvre de L. Tolsto - -Author: Lon Tolsto - -Translator: Ely Halprine-Kaminsky - -Release Date: September 18, 2013 [EBook #43761] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSE DE L'HUMANIT *** - - - - -Produced by Madeleine Fournier, Annemie Arnst & Marc -D'Hooghe at http://www.freeliterature.org (Scans generously -made available by Gallica, Bibliothque nationale de France) - - - - - -LON TOLSTO - -La Pense de l'Humanit - -Dernire oeuvre de L. Tolsto - -TRADUITE DU RUSSE - -PAR - -E. HALPRINE-KAMINSKY - -PARIS - -_L'DITION MODERNE--LIBRAIRIE AMBERT_ - -47, RUE DE BERRI, 47 - -1912 - - - - -PRFACE DU TRADUCTEUR - - -L'ouvrage de Lon Tolsto, dont nous prsentons ici au lecteur europen -la premire traduction franaise, a une double porte. Il rsume les -penses exprimes par les sages universellement reconnus et par les -fondateurs des religions les plus rpandues de tous les temps et de -tous les pays, penses sur le sens et le but suprme de la vie. C'est -en cherchant son tour, durant son existence entire, le chemin de la -vie, que le grand penseur russe s'est efforc de mettre profit ce -qui avait t dit et crit avant lui sur l'ternel problme, pour sa -propre ducation, d'abord, pour clairer les autres, ensuite, par des -citations appropries. Le prsent ouvrage est le rsultat de ce travail -formidable. C'est bien la pense de l'humanit reflchie par l'me de -Tolsto. - -C'est, d'autre part, son oeuvre testamentaire, celle qu'il entoura de -plus de soin durant ses dernires annes et dont il corrigeait les -preuves jusqu' sur sa couche de mourant. - -Il avait dj prcdemment tabli plusieurs recueils analogues, sans -avoir pu se dclarer satisfait. Ce fut, premirement: _Penses des -sages pour chaque jour;_ puis: _Cercle de lecture,_ et, enfin: _Lectures -quotidiennes_. Durant dix ans, l'auteur de ces recueils, dont chacun -forme plusieurs volumes, ne cessait de les amender, de les coordonner -sur un nouveau plan, et c'est de ce long travail prliminaire qu'est -sorti enfin _Le Chemin de la vie_ dont nous croyons plus explicitement -intituler la version franaise: _La Pense de l'Humanit_. - -L'ide de laisser avant de mourir la confirmation de sa doctrine par la -collectivit de grands penseurs, le hantait avec une telle constance -que toutes les fois o Tolsto croyait sa fin proche, son unique -proccupation tait d'en activer la ralisation. L'un de ses disciples -et plus proches amis, M. Gorbounov-Possadov, qui avait t charg -par lui de publier les recueils numrs, raconte, dans sa prface -l'dition russe du _Chemin de la vie_, ces dtails significatifs sur -l'origine du premier recueil: - -Pendant la grave maladie dont L.N. Tolsto souffrait en janvier -1903, alors que sa vie tait en danger et qu'il n'avait plus la force -de s'adonner ses travaux habituels, il relisait l'Evangile et, en -dtachant chaque jour les feuilles du calendrier suspendu la tte -de son lit, parcourait les maximes empruntes aux grands penseurs que -portaient les feuillets. Le calendrier tant puis et le malade n'ayant -pas sous la main un autre pour le remplacer, Tolsto prouva le dsir -d'tablir pour son usage personnel un recueil des penses pour sa -lecture quotidienne. C'est ainsi que, durant sa maladie, il runit les -lments pour son premier recueil. - -Rtabli, il ne cessa d'enrichir chaque nouveau recueil du produit de -ses constantes recherches, utilisant toute pense qui avait sa valeur -propre, sans se proccuper de la tendance de l'auteur, ft-il le prince -Bismarck, tout rougi du sang de ses frres allemands et franais, en -tmoignage, nous dit M. Gorbounov-Possadov, de ce fait que l'tincelle -sacre subsiste mme chez le reprsentant le plus implacable du rgime -de violence. Quantit de ses propres penses, soit extraites de ses -ouvrages extrieurs, soit nouvellement rdiges, s'agglomraient - celles des autres auteurs. Le tout tait dispos en lectures -quotidiennes, pour tous les jours de l'anne. - -Pour le prsent travail, outre de nombreuses additions indites, il -modifia cette disposition suivant un plan nouveau, plus rationnelle. Les -penses sur le sens de la vie, sur nos passions bonnes et mauvaises, sur -la conduite observer dans divers cas, etc., furent groupes en trente -chapitres homognes, chacun traitant une seule question fondamentale. -Cette division correspond donc un mois de lecture, au lieu de -s'espacer sur l'anne entire. Tout en conservant ainsi son caractre -de livre de chevet, le prsent ouvrage gagne en ordonnance, et cela -d'autant plus que les chapitres sont disposs suivant le dveloppement -logique de la doctrine de Tolsto. - -Rappelons, enfin, que l'ermite de Yasnaa Poliana avait mis une passion -particulire la rdaction de son dernier travail. M. Gorbounov nous -conte que, non content d'avoir refait plusieurs reprises le manuscrit, -l'auteur multipliait les corrections en premire, en deuxime, en -troisime preuves. En portant lui-mme les preuves corriges -son diteur,--celui-ci demeurait alors dans le voisinage de Yasnaa -Poliana,--Tolsto s'excusait avec un sourire contraint, comme si on -l'avait pris en dfaut: J'ai encore tout barbouill. Pardonnez-moi, je -ne recommencerai pas. - -La dernire fois, ajoute M. Gorbounov, j'ai apport Lon -Nicolaevitch les preuves de deux fascicules de son ouvrage le 11 -novembre 1910 (trois jours avant la mort de Tolsto), Astapovo, o -il se mourait. Il eut encore la force d'couter attentivement les -renseignements que je lui ai apports sur la marche de l'impression des -trente fascicules. J'ai ajout qu' tout hasard, je lui apportais la -troisime preuve de deux fascicules; il me rpondit, d'une voix teinte -et o perait le regret de son impuissance de se remettre son travail -favori: Je n'ai pas la force.... Faites-le vous-mme. - -Nous sommes bien en prsence de l'expression dernire et la plus -complte peut-tre de la doctrine du grand mort, confronte avec -les penses de plus grands philosophes de l'humanit et de ses plus -anciennes traditions. Tolsto cite, en effet, tous les livres sacrs -connus de tous les pays: la _Bible, Vichnou-Pourana, Rama-Krichna_ et -autres textes hindous; Bouddha, Lao-Tseu, Confucius et les Bramines; -_l'Evangile_, les Aptres, le _Talmud_ et le _Coran;_ et aussi les -plus antiques traditions: chinoises, hindoues, arabes, persanes, voire -mexicaines d'avant la dcouverte de l'Amrique et quinze sicles avant -l're chrtienne; les philosophes grecs Hraclite, Socrate, Platon, -Xenophon et pictte, comme les romains Caton, Cicron, Snque, -Juvnal, Marc-Aurle et Lactance; Basile-le-Grand et Jean Chrysostome; -Mahomet, Saadi et Sad Ben-Hamed; Jean Huss, Erasme, Luther; Montaigne, -Pascal, Fnelon, La Bruyre, Rousseau, Lamennais et Lamartine; Emerson, -Bentham, Thomas More, Carlyle, Ruskin, Carpenter, Grant-Allen et Henry -George; Kant, Lessing, Humboldt et Schopenhauer; Gogol, Hertzen et -Dostoevsky, etc. etc., pour ne nommer que les livres et les auteurs les -plus universellement connus et sans faire tat des sources que Tolsto -n'indique pas, en raison de ce que les passages emprunts sont, comme il -l'explique dans sa prface, interprts et non pas fidlement traduits -par lui. - -/$ - E. HALPRINE-KAMINSKY. -$/ - - - - -PRFACE DE L'AUTEUR - - -Les penses recueillies ici, appartiennent aux auteurs les plus divers, -depuis les crits des brahmanes, de Confucius, des bouddhistes jusqu' -l'vangile, aux pitres et aux travaux de bien des penseurs, tant -anciens que modernes. La plupart de ces penses ont t tellement -modifies par mes traductions et adaptations, qu'il serait dplac de -maintenir la signature de leurs auteurs. Les meilleures de ces penses -ne sont pas de moi, mais des plus grands sages de l'univers. - - Lon Tolsto. - - - - - - -La Pense de l'Humanit - - -CHAPITRE PREMIER - -DE LA FOI - - -Pour vivre heureux, l'homme doit savoir ce qu'il peut et ce qu'il ne -peut pas faire. Et seule la foi le lui apprend. La foi indique ce qu'est -l'homme et pourquoi il est sur la terre. Cette foi a toujours exist et -existe chez tous les hommes dous de raison. - - -I.--_En quoi consiste la vritable foi_. - -1 - -Afin de vivre d'une vie heureuse, l'homme doit comprendre ce qu'est la -vie, ce qu'il peut et ce qu'il ne peut pas faire. Ceux qui furent les -meilleurs et les plus sages parmi tous les peuples l'enseignrent de -tout temps. Toutes les doctrines de ces sages se rejoignent par leur -base. Et c'est cet ensemble des doctrines, rvlant le but de la vie -humaine et la conduite observer, qui constitue la vritable religion. - -2 - -Quel est la signification de l'univers dont je ne conois ni la fin -ni le commencement? Que reprsente ma vie dans cet univers et comment -dois-je vivre cette vie? - -La foi seule rpond ces questions. - -3 - -La vraie religion a pour mission de rvler la loi qui prime toutes les -lois humaines et qui est une pour tous les hommes. - -4 - -Il peut exister plusieurs croyances errones, mais la vraie croyance est -une. - - KANT. - -5 - -Si ta foi a t effleure d'un doute, tu n'as plus la foi. La foi est -alors seulement la foi, quand il ne te vient mme pas la pense qu'elle -puisse tre mensongre. - -6 - -Il existe deux sortes de croyances: la confiance qu'on accorde ce -qu'affirment les hommes; c'est, la foi en l'humanit, et on en compte un -grand nombre. L'autre croyance reconnat la dpendance dans laquelle on -se trouve envers Celui qui nous a envoys dans ce monde. C'est la foi en -Dieu, et il n'en existe qu'une pour tous. - - - -II.--_L'enseignement de la vraie foi est toujours clair et simple._ - -1 - -Croire--signifie avoir confiance en ce qui nous est rvl, sans nous -demander pourquoi il en est ainsi et ce qu'il en rsultera. C'est en -cela que rside la vraie foi. Elle nous apprend qui nous sommes et quels -devoirs suscite en nous cette connaissance; mais elle reste muette sur -les consquences et les rsultats des actes ordonns par elle. - -Si je crois en Dieu, point n'est besoin de connatre le but de mon -obissance la volont divine, car je sais que Dieu est amour et que -l'amour n'a qu'un but: le Bien. - -2 - -La vritable loi de la vie est si simple, si claire et si comprhensible -que les hommes n'ont pas d'excuse leur mauvaise vie sous prtexte -d'ignorer cette loi. Si les hommes vivent contrairement la loi de la -vraie vie ils rpudient la raison. Et c'est ce qu'ils font. - -3 - -On dit que l'accomplissement de la volont divine est ardue. C'est faux. -La loi de vie ne nous demande qu'amour envers notre prochain. Et l'amour -n'est pas pnible, mais joyeux. - - D'aprs GRGOIRE SKOVORODA. - -4 - -Le sentiment qu'prouve l'homme lorsqu'il dcouvre la vraie foi est -semblable celui d'une personne faisant jaillir la lumire dans une -chambre obscure. Tout s'claire et le bonheur remplit l'me. - - - -III.--_La vritable foi est dans l'amour de Dieu et de son prochain._ - -1 - -Aimez-vous les uns les autres comme je vous aime; tous vous -reconnatront pour mes disciples, si vous vous aimez les uns les -autres,--a dit le Christ. Il ne dit pas: si vous _croyez_ en ceci ou en -cela, mais si vous _aimez_.--La foi chez diffrents hommes, diverses -poques, peut varier, mais l'amour est invariable chez tous. - -La vraie foi est unique--c'est l'amour pour tout ce qui vit. - - YBRAHIM DE CORDOUE. - -3 - -L'amour rend les hommes heureux, parce qu'il unit l'homme Dieu. - -4 - -Le Christ a rvl aux hommes que l'_ternel_ n'tait pas la mme chose -que le _futur_, mais que l'ternel, l'invisible, est en nous, dans cette -vie mme, que nous devenons ternels lorsque nous sommes en communion -avec le Dieu-Esprit en lequel tout vit et se meut. - -Nous parvenons cette ternit uniquement par l'amour. - - - -IV.--_La foi dirige la vie des hommes_. - -1 - -Seul, celui qui agit selon ce qu'il considre comme loi de la vie, -connat la loi de la vie. - -2 - -Toute foi n'est qu'une rponse ceci: comment dois-je vivre dans le -monde, non pas aux yeux des hommes, mais aux yeux de Celui qui m'a -envoy sur la terre? - -3 - -La vraie foi n'est pas de savoir bien parler de Dieu, de l'me, de ce -qui a t et de ce qui sera, mais uniquement de bien savoir ce qu'il -faut faire et ne pas faire dans cette vie. - - D'aprs KANT. - -4 - -Si un homme prouve des malheurs dans la vie, c'est uniquement parce que -cet homme n'a pas de foi. Il en est de mme pour tout un peuple. Si un -peuple est malheureux, c'est parce qu'il a perdu la foi. - -5 - -La vie des hommes est heureuse ou malheureuse, suivant leur conception -de la vraie loi de la vie. Plus ils comprennent clairement cette loi, -plus leur vie est heureuse; plus ils la comprennent faussement, plus -leur vie est malheureuse. - -6 - -Pour sortir des souillures du pch, de la dpravation et de la vie -malheureuse,'il ne faut aux hommes qu'une chose, une religion dans -laquelle ils ne vivraient pas, chacun pour soi, comme ils le font -prsent, mais d'une vie commune, en reconnaissant tous la mme loi et -le mme but. Alors seulement les hommes, en rptant les paroles de la -prire du Seigneur: Que ton rgne arrive sur la terre comme au ciel -pourraient esprer que le rgne de Dieu viendrait rellement sur la -terre. - - D'aprs MAZZINI. - -7 - -Si une religion nous apprend qu'il faut renoncer cette vie pour la vie -ternelle, c'est une religion mensongre. On ne peut pas renoncer, -cette vie pour la vie ternelle, pour cette raison que la vie ternelle -existe dj dans cette vie. - - WEMANA indienne. - -8 - -Plus la foi de l'homme est solide, plus sa vie est ferme. La vie d'un -homme sans religion est celle d'une bte. - - - -V.--_La fausse religion._ - -1 - -La loi de la vie commandant d'aimer Dieu et son prochain est simple et -claire: tout homme, ayant atteint l'ge de raison la conoit par son -coeur. Par consquent, s'il n'y avait, pas de doctrines errones, tous -les hommes reconnatraient cette loi, et le royaume des cieux serait sur -la terre. - -Mais, partout et toujours, des faux docteurs ont appris aux hommes -reconnatre comme loi de Dieu, ce qui n'est pas sa loi. Les multitudes -ont accept ces fausses doctrines et se sont loignes de la vraie loi -de la vie et de l'accomplissement de la vritable loi. Aussi, leur vie -n'en est devenue que plus pnible et plus malheureuse. - -Il ne faut donc croire aucune doctrine, si elle n'est pas d'accord -avec l'amour de Dieu et de son prochain. - -2 - -Il ne faut pas croire que la religion est vraie parce qu'elle est -vieille. Au contraire, plus les hommes vivent, plus la vraie loi de la -vie leur devient claire. Supposer qu' notre poque, il faut continuer -croire ce que croyaient nos grands-pres et aeux, c'est croire qu'un -adulte peut continuer porter les vtements d'enfant. - -3 - -Nous nous lamentons de ce que nous ne croyons plus en ce que croyaient -nos pres. Il ne faut pas s'en dsoler, mais s'efforcer de crer une -religion laquelle nous puissions croire aussi fermement que nos pres -croyaient la leur. - - MARTINEAU. - - - - -VI.--_Le culte extrieur._ - -1 - -La vraie foi est dans la croyance en une seule loi qui convient tous -les hommes de l'univers. - -2 - -La vraie religion enseigne de vivre dans le bien, en accord avec tous -et d'agir envers son prochain comme on voudrait qu'on agisse envers nous. - -Cette vraie religion a t enseigne par tous les sages, par tous les -saints de tous les peuples. - - - -VII._--L'ide de la rcompense pour la bonne conduite est incompatible -avec la vraie foi._ - -1 - -Quiconque, pratique une religion seulement en vue des rcompenses -qu'elle peut lui assurer pour ses bonnes oeuvres, ne fait pas preuve de -foi mais de calcul, calcul toujours faux. Il est faux, parce que la -vraie foi assure le bonheur dans le prsent uniquement, qu'elle ne donne -et ne peut donner aucun bonheur dans l'avenir. - -2 - -Un ouvrier cherchait s'embaucher. Il rencontra deux embaucheurs, qui, -chacun de son ct, se mirent lui vanter leurs patrons. L'un lui dit -que la place tait excellente. Il est vrai, que si tu ne contentes -pas le patron, il te frappera, t'emprisonnera; mais si tu russis -le satisfaire, tu ne pourras pas avoir de vie plus agrable. Quand tu -auras fini ton temps de travail, tu auras ta retraite, tu vivras sans -rien faire; des ftes, du vin, des friandises et promenades chaque jour. -Plais-lui seulement; la vie sera telle que tu n'en peux imaginer de -meilleure. - -L'autre embaucheur invita, son tour, l'ouvrier aller chez son -patron, mais ne dit pas comment il serait rcompens; il ne pouvait -mme pas dire o et comment vivaient les ouvriers et si le travail -tait facile ou pnible; il affirma seulement que le matre tait bon, -qu'il ne punissait personne et qu'il vivait lui-mme au milieu de ses -employs. - -L'ouvrier rflchit: Le premier patron promet trop. Si tout tait vrai, -il n'aurait pas besoin de tant promettre. En me laissant tenter par une -vie grasse, je pourrai bien mal tomber. Le matre doit tre mchant, -parce qu'il punit svrement ceux qui ne travaillent pas son gr; -j'irai plutt chez l'autre; au moins, celui-ci ne promet rien, mais on -dit qu'il est bon et qu'il vit au milieu de ses ouvriers. - -Il en est de mme des doctrines religieuses. Certains docteurs incitent -les hommes bien faire en les intimidant par les punitions et en les -attirant par des promesses de rcompenses dans l'autre monde o personne -n'a t. D'autres enseignent seulement que l'amour, base de la vie, est -en nous et que celui qui reconnat ce principe est heureux. - -3 - -Si tu sers Dieu pour obtenir la jouissance ternelle, tu te sers -toi-mme et non pas Dieu. - - - -VIII.--_La raison vrifie les dogmes de la foi._ - -1 - -On n'obtient pas la foi par la raison. Mais la raison nous est -ncessaire pour contrler la religion qu'on nous enseigne. - -2 - -Ne craignons pas de rejeter de notre religion tout ce qui est inutile, -matriel, tangible, autant que ce qui est vague, indcis: plus nous -purifierons le noyau spirituel, mieux nous comprendrons la vritable -loi de la vie. - -3 - -Celui qui ne croit pas tout ce que tout le monde croit autour de lui -n'est pas un incroyant; tandis que celui qui pense et dit qu'il croit -ce qu'il ne croit pas, est un vritable incroyant. - - - -IX.--_La conscience religieuse des hommes ne cesse de se perfectionner._ - -1 - -Nous devons nous servir des doctrines des anciens sages et des saints -posant la loi de la vie, mais nous devons vrifier ce qu'ils nous -apprennent: accepter ce qui est conforme la raison et rejeter ce qui -lui est contraire. - -2 - -Il est surprenant que la plupart des hommes restent fidles aux -doctrines les plus anciennes, celles qui ne conviennent plus -notre temps, tandis qu'ils rejettent et considrent comme inutiles et -malfaisantes toutes les nouvelles doctrines. Ils oublient que si Dieu -a rvl la vrit aux anciens, il demeure le mme et peut la rvler -de la mme faon aux hommes qui ont vcu jadis et ceux qui vivent -maintenant. - - D'aprs THOREAU[1]. - -5 - -La religion n'est pas vraie parce que les saints l'ont prche, mais les -saints l'ont prche parce qu'elle est vraie. - - LESSING - -6 - -Lorsque l'eau de pluie coule dans les chenaux, il nous semble que l'eau -en vient. Mais l'eau tombe du ciel. Il en est de mme des doctrines des -sages et des saints: il nous semble que ce sont ces derniers qui les ont -formes; mais elles viennent de Dieu. - -D'aprs RAMA-KRICHNA - - -[1] crivain amricain de l'cole d'Emerson (_Note du traducteur_). - - - - -CHAPITRE II - -DE DIEU - -Outre la matire dont nous et l'univers sommes faits, nous connaissons -encore quelque chose d'immatriel qui donne la vie notre corps et est -uni lui. C'est cette chose immatrielle que nous appelons l'me. De -mme, cette chose immatrielle qui n'est unie rien et qui donne la vie - tout ce qui existe, est ce que nous appelons Dieu. - -I.--_L'homme dcouvre Dieu en soi-mme._ - -1 - -La base de toute religion est dans la reconnaissance, non seulement de -tout ce que nous voyons et ressentons matriellement, mais encore de ce -quelque chose d'invisible, d'immatriel qui nous donne la vie, nous et - tout ce qui est tangible et matriel. - -2 - -Je sais que j'ai en moi quelque chose sans quoi rien ne serait. C'est ce -que j'appelle Dieu. - - D'aprs ANGLUS. - -3 - -Tout homme, en rflchissant ce qu'il est, est forc de s'apercevoir -qu'il n'est pas tout, mais une partie isole de _quelque chose_. L'ayant -compris, l'homme pense gnralement que ce _quelque chose_ dont il est -spar est le monde matriel qu'il voit: la terre sur laquelle il vit -et o ont vcu ses anctres, et aussi le ciel, les toiles et le soleil -qu'il aperoit. Mais en y rflchissant plus fond, ou en apprenant -ce qu'en pensaient les sages de tout l'univers, il reconnat que ce -_quelque chose_, dont les hommes se sentent spars, n'est pas le monde -matriel qui s'tend l'infini, dans l'espace et dans le temps, mais -quelque chose d'autre. Si l'homme rflchit encore et qu'il apprend -ce qu'en pensaient galement les sages, il comprendra, que le monde -matriel, qui n'a jamais commenc, ne finira jamais et ne peut avoir de -limites, n'est pas rel, mais est une conception de notre cerveau et -que, par suite, le _quelque chose_ dont nous nous sentons spars, n'a -ni commencement ni fin, ni dans le temps ni dans l'espace, mais qu'il -est immatriel et spirituel. - -Ce quelque chose de spirituel, que l'homme reconnat, comme son -commencement, est ce que les sages appelaient et appellent Dieu. - -4 - -On ne peut reconnatre Dieu qu'en soi-mme. Tant que tu ne l'as pas -trouv en toi, tu ne le trouveras nulle part. - -Il n'y a pas de Dieu pour celui qui ne Le sens pas en soi. - -5 - -Je sens en moi un tre spirituel spar de tout. Je sens le mme tre -spirituel, galement spar de tout, dans les autres hommes. Mais si je -le reconnais en moi et si je le reconnais dans les autres tres, il ne -peut ne pas exister lui-mme. C'est cet tre existant par lui-mme que -nous appelons Dieu. - -6 - -Ce n'est pas toi qui vis: ce que tu considres comme toi est mort. Ce -qui t'anime est Dieu. - - ANGLUS. - -7 - -Ne pense pas gagner Dieu par tes actes; toutes les oeuvres sont nulles -devant Dieu. Il ne faut pas gagner Dieu, mais tre Lui. - - ANGLUS. - -8 - -Si nous ne voyions pas de nos yeux, si nous n'entendions pas de nos -oreilles, si nous ne touchions pas de nos mains, nous ne saurions -rien de ce qui est autour de nous. Mais si nous ne reconnaissions pas -Dieu en nous-mmes, nous ne nous connatrions pas nous-mmes; nous ne -connatrions pas en nous-mmes celui qui voit, qui entend le monde -autour de soi. - -9 - -Celui qui ne saura devenir fils de Dieu, restera jamais dans l'table -avec le btail. - - ANGLUS. - -10 - -Si je mne la vie du sicle, je peux me passer de Dieu. Mais je n'ai -qu' rflchir d'o je suis issu, quand je suis n et o j'irai aprs ma -mort, pour que je reconnaisse aussitt qu'il y a quelque chose dont je -suis venu et o je vais. Il m'est impossible de ne pas reconnatre que -je suis venu dans ce monde de quelque chose d'incomprhensible et que -je vais vers quelque chose de tout aussi incomprhensible pour moi. - -C'est cet incomprhensible dont je viens et o je vais que j'appelle -Dieu. - -11 - -On dit que Dieu est l'amour et que l'amour est Dieu. On dit aussi que -Dieu, est la raison et que la raison est Dieu. Tout cela n'est pas -absolument exact. L'amour et la raison sont des qualits de Dieu que -nous reconnaissons en nous-mmes, mais nous ne pouvons savoir ce qu'Il -est par Lui-mme. - -12 - -C'est bien de craindre Dieu, mais mieux encore est de L'aimer. Le mieux, -c'est de Le ressusciter en soi. - -ANGLUS. - -13 - -L'homme doit aimer; mais on ne peut aimer rellement que ce qui est -parfait. Il doit donc exister quelque chose qui n'a pas de dfauts. Et -il n'y a qu'un seul tre qui est sans dfaut: Dieu. - -14 - -Si les hommes ne sont pas toujours d'accord sur ce qu'est Dieu, tous -ceux qui croient rellement en Lui comprennent toujours de la mme faon -ce que Dieu veut d'eux. - -15 - -Dieu aime la solitude. Il n'entrera dans ton coeur que lorsqu'il y sera -seul et que tu ne penseras qu' Lui. - - D'aprs ANGLUS. - -16 - -Il existe un conte arabe que voici: En traversant le dsert, Mose -entendit un ptre prier Dieu: O Seigneur! disait-il, comment faire pour -Te rencontrer et devenir Ton esclave! Avec quelle joie je Te chausserai, -je laverai, je baiserai Tes pieds, je peignerai Tes cheveux, je laverai -Tes vtements, j'arrangerai Ta demeure et je T'apporterai le lait de -mon troupeau! Mon coeur Te dsire! Mose, entendant ces paroles, se -fcha contre le ptre et dit: Tu blasphmes. Dieu n'a pas de corps. Il -n'a besoin ni de vtements, ni de demeure, ni de serviteur. Tu dis des -sottises. Le ptre en fut attrist. Il ne pouvait se reprsenter Dieu -sans corps et sans besoins matriels; il ne pouvait plus prier et servir -Dieu, et il tomba dans le dsespoir. Alors Dieu dit Mose: Pourquoi -as-tu loign de Moi Mon fidle esclave? Chaque homme a ses penses et -ses termes. Ce qui est mal pour l'un est bien pour l'autre; ce qui est -poison pour toi est miel pour un autre. Les paroles ne signifient rien. -Je vois le coeur de celui qui s'adresse Moi. - -17 - -Si l'homme ne sait pas qu'il respire l'air, il sait, lorsqu'il touffe -qu'il lui manque quelque chose sans quoi il ne peut vivre. Il en est -de mme de celui qui perd Dieu, bien qu'il ne sache pas ce qui le fait -souffrir. - -II--_Tout homme dou de raison est forc de reconnatre Dieu._ - -1 - -Nous voyons aux cieux et dans chaque homme ce que nous appelons Dieu. - -Lorsqu'on hiver, pendant la nuit, tu regards le ciel, tu vois des -toiles, encore des toiles et des toiles sans fin, et lorsque tu -penses que chacune de ces toiles est nombre de fois plus grande que -la terre o tu vis, que par-dessus les toiles que tu vois, il y a -des centaines, des milliers, des millions d'autres toiles et de plus -grandes encore et que ni les toiles, ni le ciel n'ont de fin, tu -comprends que ce que nous ne pouvons concevoir existe. - -Lorsque nous regardons en nous-mmes et que nous voyons ce que nous -appelons notre moi, lorsque nous y voyons quelque chose que nous ne -pouvons pas comprendre non plus, mais que nous connaissons mieux que -tout le reste et qui nous fait comprendre tout ce qui est, nous voyons -dans notre moi, dans l'me, quelque chose de plus comprhensible et de -plus grand que ce que nous voyons dans les cieux. - -C'est ce que nous voyons au ciel et ce que nous sentons en nous, en -notre me, que nous appelons Dieu. - -2 - -De tous temps, chez tous les peuples s'tait forme la foi en une force -invisible gouvernant le monde. - -Les anciens attribuaient cette force la raison universelle, la -nature, la vie, l'ternit; les chrtiens appellent cette force: -esprit, Pre, Seigneur, raison, vrit. - -Le monde visible, changeant, est en quelque sorte l'ombre de cette force. - -De mme que Dieu est ternel, le monde visible, son ombre, est ternel. -Seule la force invisible, Dieu, existe vritablement.. - -SKOVORODA[1]. - -3 - -Il y a un tre sans lequel ni le ciel, ni la terre, ne seraient. Cet -tre est paisible, immatriel; ses qualits s'appellent: amour et -raison; mais l'tre lui-mme n'a pas de nom. Il est le plus loign et -le plus proche. - - LAO-TSEU. - -4 - -On demanda un homme: Pourquoi sait-il que Dieu existe? Il rpondit: -Faut-il donc une chandelle pour voir l'aurore? - -5 - -Si l'homme considre quelque chose comme grand, c'est qu'il ne voit pas -les choses de la hauteur de Dieu. - - ANGLUS. - -6 - -Je peux ne pas rflchir ce qu'est l'univers infini et ce qu'est mon -me qui se connat elle-mme; mais si j'y pense, il m'est impossible de -ne pas reconnatre ce que nous appelons Dieu. - -9 - -Il y a en Amrique une petite fille aveugle et sourde-muette de -naissance. On lui a appris lire et crire par le toucher. Lorsque sa -matresse lui eut expliqu qu'il y avait un Dieu, la fillette rpondit -qu'elle le savait, mais qu'elle ignorait son nom. - -III.--_La volont de Dieu._ - -1 - -Nous concevons Dieu moins par la raison que par notre sensation d'tre -en Son pouvoir, tel un nourrisson dans les bras de sa mre. - -L'enfant ne sait pas qui le tient, le rchauffe, le nourrit, mais il -sait que ce quelqu'un existe et non seulement il connat, mais il aime -ce quelqu'un dont il dpend. Il en est de mme de l'homme. - -2 - -Plus l'homme accomplit la volont de Dieu, plus il Le connat. - -Si l'homme n'accomplit pas la volont de Dieu, il ne Le connat pas du -tout, bien qu'il dise Le connatre et qu'il L'_invoque_. - -3 - -De mme qu'on ne peut reconnatre une chose qu'en s'en approchant, on ne -peut connatre Dieu, qu'en s'approchant de Lui, et on ne peut le faire -qu' l'aide de bonnes actions. Et plus l'homme s'habitue au bien, mieux -il apprend connatre Dieu; et plus il apprend le connatre, plus il -aime ses semblables. - -4 - -Nous ne pouvons connatre Dieu. Tout ce que nous savons de Lui c'est Sa -loi, Sa volont, telles qu'elles sont crites dans l'Evangile. De la -connaissance de Sa loi, nous dduisons que Celui qui l'a faite existe, -mais nous ne pouvons pas Le connatre Lui-mme. Nous ne savons au juste -qu'une chose, c'est que nous devons accomplir la loi que Dieu nous a -donne et que notre vie est d'autant, meilleure que nous suivons plus -strictement cette loi. - -5 - -Il est surprenant que je n'aie pu voir avant la simplicit de cette -vrit qu'en dehors de ce monde et de notre vie, il y a quelqu'un, -quelque chose qui sait pourquoi le monde existe et pourquoi nous y -sommes, telles les bulles qui se forment dans l'eau bouillante et qui -clatent et disparaissent. - -Oui, il se passe quelque chose en ce monde, grce tous les tres -vivants, moi, ma vie. Autrement, pourquoi existeraient ce soleil, -ces printemps, ces hivers et pourquoi ces souffrances, ces naissances et -ces morts, ces bienfaits, ces crimes, pourquoi tous ces tres spars -qui apparemment n'ont aucun sens pour moi et qui vivent de toutes leurs -forces, qui se soucient tant de leur vie? La vie de tous ces tres me -convainc parfaitement que tout cela est ncessaire quelque chose de -raisonnable, de bon, mais qui ne m'est pas accessible. - -6 - -Tant que l'homme chante, crie et dit devant tous: O Seigneur, -Seigneur! c'est qu'il n'a pas trouv le Seigneur. Celui qui L'a trouv -garde le silence. - - RAMA-KRICHNA. - -7 - -Dans les mauvais moments, on ne sent pas Dieu, on doute de Lui. Mais -le salut est toujours le mme: penser non Dieu, mais Sa loi et -l'accomplir: aimer tout le monde. - -IV.--_On ne peut comprendre Dieu par la raison._ - -1 - -On peut sentir Dieu en soi, ce qui n'est pas difficile. Mais comprendre -Dieu et savoir ce qu'Il est, est impossible et inutile. - -2 - -On ne peut comprendre par la raison, que l'homme contient son me et -Dieu; de mme, il est impossible de concevoir qu'il n'y ait pas de Dieu -et que l'homme n'ait pas d'me. - - PASCAL. - -3 - -Pourquoi suis-je spar de tout le reste et pourquoi sais-je que _tout_ -ce dont je suis spar existe, et pourquoi ne puis-je comprendre ce -qu'est ce _tout_? Pourquoi moi change-t-il constamment? Je ne peux -rien comprendre tout cela. Mais je ne puis m'empcher de penser -que tout cela a un sens, qu'il y a un tre pour lequel tout cela est -comprhensible, qui sait quoi tout cela sert. - -4 - -Chacun peut sentir Dieu, et personne ne peut Le comprendre. - -C'est pourquoi ne cherchons pas Le comprendre, mais accomplissons sa -volont, qui est de le sentir en soi avec plus d'intensit. - -5 - -Si tes yeux sont aveugls par le soleil, tu ne dis pas qu'il n'y a -pas de soleil. Tu ne diras pas non plus que Dieu n'existe pas parce -que ta raison s'embrouille et se perd, lorsque tu veux comprendre le -commencement et la cause de tout. - - D'aprs ANGLUS. - -6 - -Pourquoi me demandes-tu mon nom?--dit Dieu Mose.--Si derrire ce -qui se meut tu peux voir ce qui a toujours t, ce qui est et ce qui -sera, tu Me connais. Mon nom est le mme que ma substance. Je suis rel. -Je suis celui qui est. - -Celui qui veut savoir mon nom, ne me connat pas. - - SKOVORODA. - -7 - -La raison qu'on ne peut concevoir n'est pas la raison ternelle; l'tre -qu'on peut nommer n'est pas l'tre suprme. - -LAO-TSEU. - -8 - -Si trange que soit le fait que je ne connaisse pas Dieu, j'ai toujours -peur lorsque je suis sans Lui, et je ne suis tranquille que lorsque je -suis avec lui. C'est plus trange encore que je n'aie point besoin de -Le connatre mieux et davantage que je ne Le connais maintenant dans -ma vie actuelle. Je peux et je voudrais me rapprocher de Lui; ma vie -entire tend cela. Mais ce rapprochement n'augmente aucunement ma -connaissance de Dieu. Toute tentative de mon imagination me dmontrant -que je le conois (par exemple, lorsque je me l'imagine crateur ou -misricordieux, ou quelque chose d'analogue) m'loigne de lui et arrte -mon rapprochement de Lui. Mme le pronom Il, appliqu Dieu, -dtruit en quelque sorte pour moi toute sa signification. Le mot Il le -diminue. - -9 - -Tout ce qu'on peut dire de Dieu ne Lui ressemble pas. On ne peut -dpeindre Dieu par des paroles. - - ANGLUS. - -V.--_Du manque de foi en Dieu._ - -1 - -L'homme raisonnable trouve en lui-mme la conception de son me, de -lui-mme et de l'me de l'univers, qui est Dieu; et en reconnaissant -l'impossibilit d'amener ces conceptions la nettet complte, il -s'arrte docilement devant elles, sans toucher ce qui les voile. - -Mais il y a eu et il y a encore des gens d'un esprit et d'une sagesse -raffins et qui veulent expliquer la conception de Dieu par des paroles. -Je ne condamne pas ces gens. Nanmoins, ils ont tort lorsqu'ils -affirment qu'il n'y a pas de Dieu, et un pareil athisme ne peut durer. -D'une faon ou d'une autre, l'homme aura toujours besoin de Dieu. Si Sa -divinit s'tait rvle vous avec plus d'clat encore que jusqu' -prsent, je suis convaincu que ceux qui contestent Dieu inventeraient de -nouvelles subtilits pour Le nier. La raison se plie toujours devant les -exigences du coeur. - - ROUSSEAU. - -2 - -Penser qu'il n'y a pas de Dieu, revient au mme d'aprs Lao-Tseu, que de -croire que l'air qui sort d'un soufflet, a le soufflet pour origine et -que le soufflet pourrait fonctionner l o il n'y aurait pas d'air. - -3 - -Lorsque les gens de mauvaise vie disent que Dieu, n'existe pas, ils ont -raison: Dieu n'existe que pour ceux qui regardent de Son ct et se -rapprochent de Lui. Mais pour celui qui s'est dtourn de Lui et s'en -loigne, il ne peut y avoir de Dieu. - -4 - -Deux catgories d'hommes connaissent Dieu. Ceux qui ont le coeur -modeste--qu'ils soient sages ou sots--et ceux qui sont vraiment -intelligents. Seuls, les hommes orgueilleux et d'intelligence mdiocre -ne connaissent pas Dieu. - - PASCAL. - -5 - -Mose dit Dieu: O te trouverai-je, Seigneur?--Dieu lui rpondit: -Tu m'as dj trouv, si tu Me cherches. - -6 - -Prouver que Dieu existe! Il ne peut y avoir rien de plus stupide que -l'ide de prouver l'existence de Dieu. Le faire, c'est vouloir prouver -la raison de sa vie. A qui? Comment? Pourquoi? Si Dieu n'existe pas, il -n'y a rien. Or, comment ds lors prouver Son existence? - -7 - -Dieu existe. Point n'est besoin de le prouver. Le faire, serait -blasphmer; le nier, une folie. Dieu demeure dans notre conscience, dans -la conception de l'humanit entire, dans la structure de l'univers. -Seul un homme trs misrable ou trs dprav peut nier Dieu sous la -vote du ciel toile, sur la tombe des tres chers ou devant la mort -heureuse d'un martyr. - - MAZZINI. - -VI.--_L'amour de Dieu._ - -Je ne comprends pas ce que signifie l'amour de Dieu. Peut-on aimer -l'inconcevable et l'inconnu? On peut aimer son prochain, c'est -comprhensible et bien. Mais aimer Dieu, ce sont des paroles vides -de sens. Ainsi parlent bien des gens. Mais ceux qui le disent et le -pensent se trompent lourdement: ils ne comprennent pas ce qu'est aimer -son prochain--non pas un homme agrable ou qui nous est utile, mais -indiffremment tout homme, quand mme il serait le plus dsagrable -et le plus hostile. Seul, celui qui est le mme partout, peut aimer -ainsi son prochain. De sorte que ce n'est pas l'amour de Dieu qui est -incomprhensible, mais l'amour du prochain sans l'amour de Dieu. - - -[1] Philosophe ukrainien du XVIIIe sicle dont l'exceptionnelle valeur -ne fut que rcemment reconnue en Russie. (_N. du trad._) - - - - -CHAPITRE III - -DE L'ME - - -Nous appelons Dieu, l'impalpable, l'invisible, l'immatriel, celui qui -donne la vie tout et qui existe. Nous appelons me le mme lment -impalpable, invisible et immatriel, spar par le corps de tout le -reste et que nous reconnaissons comme nous-mmes. - - -I.--_Qu'est-ce que l'me?_ - -1 - -Si l'homme vit longtemps, il subit diverses transformations: il -est enfant, puis adolescent, adulte, vieillard. Mais, malgr ses -changements, il dit toujours moi en parlant de lui-mme. Et ce moi a -toujours t le mme: dans l'enfant, dans l'adulte, dans le vieillard. -C'est ce moi immuable que nous appelons me. - -2 - -Si l'homme pense que tout ce qui l'entoure, tout l'univers infini, est -tel qu'il le voit, il se trompe fort. L'homme connat tout ce qui est -matriel uniquement parce qu'il a tels vue, oui toucher. Si ces sens -taient autres, le monde entier serait diffrent. De sorte que nous ne -savons pas et ne pouvons savoir quel est exactement le monde matriel -o nous vivons. Ce que nous connaissons srement et entirement, c'est -notre me. - - - -II.--_Le Moi spirituel._ - -1 - -Lorsque nous parlons de notre moi, nous n'entendons pas notre corps, -mais ce qui le fait vivre. Qu'est-ce que le moi? Nous ne pouvons le -dfinir par des paroles, mais nous le connaissons mieux que tout ce que -nous savons. Car nous savons que si nous n'avions pas ce moi, nous -ne saurions rien, nous n'aurions rien au monde, et nous n'aurions pas -exist nous-mmes. - -2 - -Lorsque je rflchis, il m'est plus difficile de comprendre ce qu'est -mon corps que ce qu'est mon me. Le corps a beau nous tre proche, il -nous est toujours _tranger_; seule l'me est _soi_. - -3 - -Si l'homme ne sent pas l'me en soi, cela ne veut pas dire qu'il n'a -pas d'me, mais cela prouve seulement qu'il n'a pas encore appris la -connatre. - -4 - -Tant que nous ne comprenons pas ce qui est en nous, quel intrt -avons-nous savoir ce qui est en dehors de nous? Et peut-on connatre -le monde avant de s'tre compris soi-mme? Celui qui est aveugle chez -lui, peut-il voir lorsqu'il est chez les autres? - - SKOVORODA. - -5 - -De mme que la bougie ne peut pas brler sans feu, l'homme ne peut pas -vivre sans force spirituelle. L'esprit vit dans tous les hommes, mais -tous les hommes ne le savent pas. - -La vie de ceux qui le savent est heureuse, et la vie de ceux qui -l'ignorent est malheureuse. - -_Sagesse brahmane._ - - - -III.--_L'me et le monde matriel._ - -1 - -Nous avons mesur la terre, le soleil, les toiles, les profondeurs -des mers; nous descendons dans l'antre de la terre pour y chercher de -l'or; nous avons trouv des rivires et des montagnes sur la lune; nous -dcouvrons de nouveaux astres et connaissons leurs dimensions; nous -nivelons des prcipices, nous construisons des machines compliques; -chaque jour apporte de nouvelles et toujours de nouvelles inventions. -Que ne savons-nous pas? que de choses nous pouvons faire! Seulement, -il y a une chose absolument essentielle qui nous manque. Et nous ne -saurions prciser ce que c'est. Nous sommes pareils un petit enfant: -il sent qu'il n'est pas son aise, mais il ne sait pas pourquoi. - -Nous sommes malheureux, parce que nous savons beaucoup de choses -inutiles et que nous ignorons l'essentiel, c'est nous-mmes. Nous ne -connaissons pas ce qui est en nous. Si nous savions et si nous nous -souvenions de ce qui est en nous, notre vie serait toute diffrente. - - D'aprs SKOVORODA. - -2 - -Nous ne pouvons savoir ce qu'est en ralit tout ce qui est matriel -en ce monde. Nous ne pouvons connatre parfaitement que ce qui est -spirituel en nous-mmes, ce qui est nous-mmes et ce qui ne dpend ni de -nos sentiments ni de nos penses. - -3 - -Les hommes croient souvent que seules les choses qu'ils peuvent toucher -de leurs mains existent. Bien au contraire: existe seulement ce qu'on ne -peut voir, ni entendre, ni palper, ce que nous appelons notre moi-- -notre me. - -4 - -Confucius disait: Le ciel et la terre sont grands, mais ils ont une -couleur, une forme, une dimension, alors qu'en l'homme il y a quelque -chose qui pense tout et qui n'a ni couleur, ni forme, ni dimension. -De sorte que si tout l'univers tait mort, ce qui est en l'homme aurait -donn la vie au monde. - - - -IV.--_Le ct spirituel et le ct charnel de l'homme._ - -1 - -Chacun de nous est un homme absolument distinct de tous les autres: un -homme, une femme, un vieillard, un garon, une fille; et dans chacun de -nous, comme dans tous, rside le mme tre spirituel. Chacun de nous -est donc Jean ou Nathalie et en mme temps un tre spirituel qui est -le mme dans tous les hommes. Et lorsque nous disons: _Je veux_, cela -indique, parfois, ce que dsirent Jean et Nathalie, mais d'autres fois -ce que veut l'tre spirituel qui est commun nous tous. Et il arrive, -parfois, que Jean et Nathalie veulent quelque chose, mais que l'tre -spirituel ne le veut pas et qu'il dsire tout autre chose. - -2 - -Dire que ce que nous appelons nous-mmes n'est que notre chair, dire -que ma raison, mon me, mon amour ne dpendent que de mon corps, c'est -prtendre que notre corps n'est que la nourriture dont notre chair -s'alimente. - -Il est vrai que mon corps n'est compos que d'aliments qu'il transforme, -mais mon corps n'est pas aliment. Ceux-ci lui sont ncessaires pour -vivre, mais ils ne sont pas le corps. - -Il en est de mme de l'me. Il est vrai que, sans ma chair, ce que -j'appelle me n'existerait pas; mais mon me n'est pas mon corps. -Celui-ci est ncessaire l'me, mais il n'est pas l'me. - -Si l'me n'existait pas, je ne saurais pas ce qu'est mon corps. - -Les lments de la vie ne sont pas dans le corps, mais dans l'me. - -3 - -Lorsque nous disons: cela est arriv, cela arrivera ou cela pourra -arriver, nous parlons de notre vie corporelle. Mais, en dehors de la vie -corporelle qui a t et qui sera, nous reconnaissons en nous une autre -vie: la vie spirituelle. Et cette vie-l n'a pas t, ne sera pas, mais -est toujours. C'est cette vie qui est la vraie. L'homme est heureux -lorsqu'il vit de la vie spirituelle, et non de la vie corporelle. - -4 - -Le Christ apprend connatre l'homme qu'il y a en lui quelque chose -qui le met au-dessus de cette vie, de ses misres, de ses craintes et de -ses dsirs. - -L'homme qui a compris la doctrine du Christ se sent comme un oiseau qui, -ignorant la prsence de ses ailes, aurait compris brusquement qu'il -pouvait voler, tre libre et ne rien craindre. - - - -V.--_La conscience, voix de l'me._ - -1 - -Dans chaque homme il y a deux tres: l'un: aveugle, matriel; -l'autre: voyant clair, spirituel. L'un--l'tre aveugle--mange, boit, -travaille, se repose, se reproduit et fait tout comme une horloge -rgle. L'autre--l'tre spirituel--ne fait rien lui-mme, mais ne fait -qu'approuver ou dsapprouver les actes de l'tre aveugle et animal. - -On appelle conscience la partie claire, spirituelle de l'homme. Cette -partie spirituelle agit de mme que les branches d'un compas. Celles-ci -ne changent de place que lorsque celui qui tient les compas abandonne la -direction qu'elles indiquent. Il en est de mme de la conscience: elle -se tait tant que l'homme fait ce qu'il doit, mais ds qu'il abandonne la -bonne voie, elle lui montre o et quel point il s'est tromp. - -2 - -Lorsque nous apprenons qu'un homme a fait une mauvaise action, nous -disons: il n'a pas de conscience. Qu'est-ce que la conscience? La -conscience est la voix de l'tre unique et spirituel qui rside en nous -tous. - -3 - -La conscience, c'est la manifestation de l'tre spirituel qui vit dans -tous les hommes. Et ce n'est que lorsqu'elle se manifeste qu'elle -devient un directeur sr de la vie des hommes. Car souvent les hommes -prennent pour la conscience non pas la manifestation de l'tre -spirituel, mais simplement ce qui est considr comme bon ou mauvais par -les gens dont ils sont entours. - -4 - -La voix de la passion peut tre plus forte que celle de la conscience; -mais elle est tout autre que la voix calme et persuasive de la -conscience. Celle-ci est la voix de l'ternel, du divin qui vit en -l'homme. - - CHANNING[1]. - -5 - -Le philosophe Kant disait que deux choses l'tonnaient le plus: les -toiles au ciel et la loi du bien dans l'me humaine. - -6 - -La vraie bont est en toi-mme, dans ton me. Celui qui cherche le bien -en dehors de lui-mme, agit comme le ptre qui cherche dans son troupeau -l'agneau qu'il a cach sur sa poitrine. - - VIMANA HINDOUE. - -VI.--_La divinit de l'me._ - -1 - -L'homme a, d'abord, le sentiment de la sparation de son essence du -reste de sa substance, c'est--dire de sa chair; ensuite, la conscience -de ce qui est spar, c'est--dire de son me; enfin, la conscience de -ce dont cette base spirituelle de la vie est spare: la conscience du -Tout, de Dieu. - -C'est prcisment cet lment, conscient d'tre spar du Tout, de Dieu, -qui est l'unique tre spirituel qui vit en chaque homme. - -2 - -Reconnatre qu'on est un tre _spar_, c'est reconnatre l'existence de -ce dont on est spar, reconnatre l'existence du Tout, de Dieu. - -3 - -En vrit, en vrit, je vous le dis: celui qui coute Ma parole et -qui croit Celui qui m'a envoy, a la vie ternelle et il ne vient -point en jugement, mais il est pass de la mort la vie. En vrit, -en vrit, je vous le dis, le temps vient, et il est dj venu, que -les morts entendront la voix du Fils de Dieu et que ceux qui l'auront -entendue vivront. Car comme le Pre a la vie en lui-mme, il a aussi -donn au Fils d'avoir la vie en lui-mme. - - JEAN, V, 24-25. - -4 - -Une goutte qui tombe dans la mer, devient mer. L'me qui communie avec -Dieu devient Dieu. - - ANGLUS - -5 - -Lorsque l'homme dit une vrit, cela ne veut pas dire que la vrit -mane de l'homme. Toute vrit vient de Dieu. Elle ne fait que passer -par l'homme. Si elle passe par l'un plutt que par l'autre, c'est -uniquement parce que cet homme a su se rendre suffisamment transparent -pour que la vrit puisse passer travers lui. - - PASCAL. - -6 - -Dieu dit: Je n'tais un trsor connu de personne. J'ai voulu tre connu, -et j'ai cr l'homme. - - MAHOMET. - -7 - -On ne peut pas comprendre Dieu par la raison. Si nous savons qu'il -existe, ce n'est pas parce que nous le concevons par la raison, mais -parce que nous le sentons en nous-mmes. - -L'homme, pour tre vritablement un homme, doit concevoir la prsence de -Dieu en lui-mme. - -Demander si Dieu existe, serait demander si j'existe. Ce par quoi je -vis, est Dieu. - -8 - -Le corps est l'aliment de l'me; ce sont les chantiers qui servent -construire la vraie vie. - -La plus grande joie que l'homme puisse concevoir, c'est la joie de -reconnatre en soi un tre libre, raisonnable, aimant, et par consquent -bienheureux de sentir Dieu en soi. - -9 - -L'me est un verre; Dieu est la lumire qui pntre travers ce verre. - -10 - -Il n'y a que moi et Toi. Si nous n'existions pas tous deux, il n'y -aurait rien sur la terre. - - ANGLUS. - -11 - -Il semble l'homme toujours entendre une voix derrire lui, mais il -ne peut pas tourner la tte et voir celui qui parle. Cette voix parle -toutes les langues, gouverne tous les hommes, mais personne n'a jamais -vu celui qui parle. Ds que l'homme commence obir strictement cette -voix et la recueille de faon ne pas la sparer de lui-mme dans -ses penses, il sent que cette voix et lui font un; et plus l'homme -considrera cette voix comme lui-mme, plus il sera heureux. Cette voix -lui rvlera la vie bienheureuse, parce que cette voix est celle de Dieu -dans l'homme. - - D'aprs EMMERSON. - -Dieu veut le bonheur de tous; or, si tu veux du bien tous, -c'est--dire si tu aimes, Dieu vit en toi. - -13 - -On dit: sauver son _me_. On ne peut sauver que ce qui peut prir. L'me -ne peut pas prir parce qu'il n'y a qu'elle seule qui existe. Il ne faut -pas la sauver, mais la purifier de ce qui l'obscurcit, la souille, il -faut l'instruire pour que Dieu pntre de plus en plus en elle. - -14 - -On dit: Aurais-tu oubli Dieu? C'est une bonne parole. Oublier Dieu, -c'est oublier Celui qui vit en toi et par qui tu vis. - -15 - -De mme que j'ai besoin de Dieu, Dieu a besoin de moi. - -16 - -Lorsque tu t'affaiblis et que tu es malheureux, tu dois te rappeler -que tu as une me et que tu peux vivre par elle. Mais au lieu de cela, -nous nous imaginons que des hommes pareils nous-mmes peuvent nous -rconforter. - - EMMERSON. - -17 - -Celui qui est uni Dieu, ne doit pas craindre Dieu. Dieu ne saurait se -faire de mal Lui-Mme. - -Les poissons de la rivire apprirent un jour que les hommes disaient -qu'ils ne pouvaient vivre que dans l'eau. Et les poissons s'en -tonnrent et se mirent s'interroger entre eux afin d'apprendre si -quelqu'un savait ce que c'est que l'eau. Alors, un poisson intelligent -dit: On raconte qu'il y a dans la mer un vieux et sage poisson qui -sait tout; allons le trouver et demandons-lui ce qu'est l'eau. Et les -poissons se dirigrent vers l'endroit de la mer o habitait le sage et -lui demandrent ce qu'tait l'eau. Et le sage poisson dit: L'eau c'est -ce qui nous fait vivre. Si vous ne la connaissez pas c'est parce que -vous vivez dans l'eau et d'eau. - -De mme, il semble parfois aux hommes qu'ils ne savent pas ce qu'est -Dieu, mais ils vivent eux-mmes en Lui. - - SOUFI[2]. - - - -VII.--_La vie de l'homme n'est pas dans le corps, mais dans l'me, et -non pas dans le corps et dans l'me, mais dans l'me seule._ - -1 - -Celui qui m'a envoy est vritable, et les choses que j'ai entendues -de Lui, je les dis dans le monde. - -Ils ne comprirent point qu'Il parlait du Pre. Et Jsus leur dit: -Lorsque vous aurez lev le Fils de l'Homme, vous connatrez qui Je -suis, et que Je ne fais rien de Moi-mme, mais que Je dis les choses -comme Mon Pre Me les a enseignes. - - JEAN, VIII, 26-28. - -lever le Fils de l'Homme, c'est avoir conscience de l'esprit qui vit en -nous et l'lever au-dessus de la chair. - -2 - -L'me et le corps sont ce que l'homme considre comme sien, ce dont il -s'occupe constamment. Mais on doit savoir que le vrai toi n'est pas -ton corps, mais ton me. Souviens-toi de cela, lve ton me au-dessus -de ta chair, prserve-l de toute souillure humaine, ne permets pas ta -chair de l'touffer--et tu auras une vie heureuse. - - MARC-AURLE. - -3 - -On dit qu'on ne doit pas s'aimer soi-mme. Mais sans l'amour de -soi-mme, il n'y aurait pas de vie. Il s'agit de savoir ce qu'il faut -aimer en soi: son me ou son corps. - -4 - -Il n'est pas de corps vigoureux qui n'aura jamais t malade; il -n'est pas de richesses qui ne disparatront jamais; il n'est pas de -pouvoir qui n'aura pas de fin. Si l'on consacre toute sa vie devenir -vigoureux, riche, puissant, et qu'on arrive obtenir ce quoi l'on -aspire, on devra tout de mme s'inquiter, craindre et s'attrister, -parce qu'on verra tout ce qu'on a cherch dans sa vie vous chapper, -parce qu'on constatera que l'on se fait vieux et que l'on approche de la -mort. - -Que faire pour ne pas s'inquiter, pour ne pas avoir peur? - -Il n'y a qu'un seul moyen: il consiste consacrer sa vie non pas ce -qui passe, mais ce qui ne prit pas et ne peut prir, l'esprit qui -vit dans l'homme. - -5 - -Accomplis ce que ton corps exige de toi: cherche obtenir la gloire, -les honneurs, la richesse, et ta vie sera un enfer. Fais ce que veut -l'esprit qui rside en toi: cherche l'humilit, la clmence, l'amour, et -tu n'auras pas besoin de paradis. Le paradis sera dans ton me. - -6 - -Tout homme a des devoirs envers le prochain et des devoirs envers -lui-mme, envers l'esprit qui vit en lui; ces devoirs consistent ne -pas souiller, ne pas supprimer, ne pas touffer cet esprit et le -cultiver sans cesse. - - - -VIII--_Le vrai bonheur de l'homme n'est que la joie spirituelle._ - -1 - -L'homme vit par l'esprit et non par le corps. Lorsque l'homme le sait et -qu'il a vou sa vie l'esprit et non au corps, on peut le mettre aux -fers, le verrouiller derrire des lourdes portes, il sera toujours libre. - -2 - -Tout homme connat deux vies: la vie charnelle et la vie spirituelle. -Ds qu'elle atteint sa plnitude, la vie charnelle commence faiblir. -Et elle faiblit de plus en plus et arrive la mort. La vie spirituelle, -au contraire, grandit et devient toujours plus ferme, depuis la -naissance jusqu' la mort. - -Si l'homme ne vivait que de la vie charnelle, toute son existence serait -celle d'un condamn mort. S'il vivait pour son me, le bonheur qu'il y -trouverait grandirait de jour en jour, et la mort ne l'effrayerait pas. - -3 - -Pour mener une existence heureuse, point n'est besoin de savoir d'o tu -es venu et ce que tu deviendras dans l'autre monde. Pense uniquement -ce que veut ton me, et tu n'auras pas besoin de t'inquiter d'o tu es -issu et ce qui t'arrivera aprs la mort. Tu n'auras pas besoin de tout -cela, parce que tu prouveras le bonheur complet qui ne s'inquite ni du -pass ni de l'avenir. - -4 - -Lorsque le monde commena exister, la raison fut sa mre. Celui qui -est conscient du fait que la base de sa vie est l'esprit, sait qu'il se -trouve hors de tout danger. Lorsqu' la fin de sa vie, ses lvres se -fermeront et les portes de ses sens retomberont, il n'prouvera aucune -inquitude. - - LAO-TSEU - - -[1] Thologien amricain. (_N. du trad._) - -[2] Confrrie musulmane. (_N. du trad._) - - - - -CHAPITRE IV - -MME ME CHEZ TOUS - - -Tous les tres vivants sont spars par leurs corps les uns des autres; -mais l'origine la vie est la mme pour tous. - -I.--_La Conscience de la divinit de l'me unit les hommes._ - -1 - -La doctrine chrtienne rvle aux hommes que le mme principe spirituel -vit en eux tous, qu'ils sont tous frres, et elle les unit ainsi pour -une heureuse vie commune. - - LAMENNAIS. - -2 - -Il ne suffit pas de se dire que chaque homme a la mme me que moi; il -faut se dire qu'en chaque homme vit le mme principe qui vit en moi. -Tous les hommes sont spars les uns des autres par leurs corps, mais -ils sont tous unis par le mme principe spirituel qui donne la vie -tout. - -3 - -C'est un grand bonheur que d'tre en communion avec les hommes; mais -comment faire pour s'unir tous? Je peux m'unir aux membres de ma -famille; mais aux autres? Je peux m'unir mes amis, tous les Russes, - tous mes coreligionnaires. Mais comment faire pour m'unir ceux -que je ne connais pas, les trangers, ceux qui professent une autre -religion? Il y a tant d'hommes et ils sont tous si diffrents! Comment -faire? - -Il n'existe qu'un moyen: oublier les hommes, ne pas penser s'unir -eux, et ne songer qu' s'unir au seul principe spirituel qui vit en moi -et en tous les hommes. - -4 - -On dit que chaque homme peut tre trs bon et trs mauvais et qu'il -manifeste l'un ou l'autre sentiment suivant ses dispositions. C'est -parfaitement exact. - -La vue des souffrances d'autrui provoque, non seulement chez des -personnes diffrentes, mais chez le mme homme des sentiments absolument -contradictoires: parfois, la compassion, et, parfois, une sorte de -mauvais plaisir qui va jusqu' la plus cruelle mchancet. - -J'ai eu l'occasion de le constater sur moi-mme: tantt j'avais pour -tous les tres une profonde compassion, tantt j'prouvais la plus -grande indiffrence, et, parfois, de la haine mme. - -Cela, prouve clairement que nous avons deux faons, absolument opposes, -de concevoir les choses: l'une, quand nous nous considrons comme des -tres spars, quand tous les tres nous sont absolument trangers et -qu'ils ne sont pas moi. Dans ce cas, nous ne pouvons prouver pour -eux autre chose que de l'indiffrence, de l'envie, de la haine, de la -malveillance. - -L'autre faon de concevoir est dans la conscience de notre unit avec -tous. Dans ce cas, tous les tres sont pour nous ce qu'est noire moi, -et alors, ils suscitent notre amour pour eux. - -L'une nous spare les uns des autres comme par un mur infranchissable, -l'autre dtruit ce mur, et nous ne faisons qu'un. La premire nous -apprend reconnatre que tous les autres tres ne sont pas moi, la -seconde nous enseigne que tous les tres sont le mme moi que celui -que je sens en moi-mme. - - SCHOPENHAUER. - -5 - -Plus l'homme vit pour son me, plus il sent son unit avec tous les -tres vivants. Vis pour ton corps, et tu seras seul parmi des trangers; -vis pour ton me, et tous te seront parents. - -6 - -Un fleuve ne ressemble pas un tang, un tang un tonneau et un -tonneau un seau d'eau. Mais dans un tang, dans un fleuve, dans un -tonneau et dans un seau il y a la mme eau. De mme, tous les gens sont -diffrents, mais l'esprit qui vit en eux tous est le mme. - -7 - -L'homme ne comprend sa vie que lorsqu'il se voit dans chacun de ses -semblables. - -8 - -L'essentiel dans la doctrine du Christ c'est qu'il considrait tous les -hommes comme frres. Dans chaque homme, il voyait un frre et, pour -cette raison, aimait chacun, quel qu'il soit et qui que ce soit. Il ne -s'occupait pas de son extrieur, mais de l'intrieur. Il ne voyait pas -le corps, mais, travers les beaux habits du riche et les haillons du -misrable, il voyait l'me immortelle. Dans l'homme le plus dprav, il -apercevait ce qui pouvait transformer l'tre le plus dchu en l'homme -sublime, aussi grand et aussi saint qu'il l'tait lui-mme. - -9 - -Lorsque l'homme ne voit pas dans chacun le mme esprit qui l'unit tous -les hommes, il vit comme dans un rve. Celui qui voit Dieu et lui-mme -dans chacun, vit rellement. - - - -II--_Le mme principe spirituel vit non seulement dans tous les hommes, -mais aussi dans tout ce qui vit._ - -1 - -Nous sentons dans notre for intrieur que ce par quoi nous vivons, ce -que nous appelons notre vrai moi, est le mme non seulement dans -chaque homme, mais aussi dans un chien, un cheval, une souris, une -poule, un moineau, une abeille, et mme dans une plante. - -2 - -Quand on prtend que les animaux nous sont absolument trangers, on peut -en dire autant des sauvages, des noirs et des jaunes. Et si l'on estime -que ces hommes nous sont trangers, ils ont absolument le mme droit de -considrer les blancs comme des trangers. Quel est donc notre prochain? -II ne peut y avoir qu'une seule rponse cette question: ne demande -pas qui est ton prochain, mais agis envers tout ce qui vit comme tu -voudrais que l'on agisse envers toi-mme. - -3 - -Tout ce qui vit, craint les souffrances; tout ce qui vit, craint la -mort. Reconnais-toi non seulement dans un homme, mais aussi dans chaque -tre vivant; ne tue pas et ne cause pas de souffrance ni de mort. Tout -ce qui vit veut la mme chose que toi; reconnais-toi donc dans chaque -tre vivant. - - _Sagesse bouddhiste._ - -4 - -L'homme n'est pas suprieur aux btes parce qu'il les fait souffrir, -mais parce qu'il est capable de les plaindre. Et il a piti des btes, -car il sent vivre en elles ce qui vit galement en lui. - -5 - -La piti pour tout ce qui vit, est plus ncessaire que tout le reste -pour pouvoir avancer vers la vertu. Un homme bon ne peut manquer de -piti. Si un homme est injuste et mchant, il est srement impitoyable. -Sans piti pour tout ce qui vit, il ne peut y avoir de vertu. - - SCHOPENHAUER. - -6 - -On peut se dshabituer de la piti envers les btes. Cela se remarque -tout particulirement la chasse. Les hommes bons qui y prennent -got, tourmentent et tuent les btes sans remarquer la cruaut qu'ils -commettent. - -7 - -Le commandement: Tu ne tueras point ne se rapporte pas l'homme -seul, mais tout ce qui vit. Ce commandement avait t grav dans le -coeur de l'homme avant d'tre inscrit sur la table. - -8 - -Les hommes considrent qu'il n'y a pas de mal se nourrir de la chair -animale, parce qu'on les a persuads que Dieu l'avait permis. C'est -faux. On a beau assurer qu'il n'y a pas de pch de tuer et dmanger -les animaux, il est grav dans le coeur de l'homme, mieux que dans tous -les livres, qu'il faut avoir piti des animaux et qu'on ne doit pas -les tuer, au mme titre que les hommes. Nous le savons tous, si nous -n'touffons pas la voix de la conscience. - -9 - -Si seulement tous ceux qui mangent les animaux, les tuaient eux-mmes, -un grand nombre parmi eux auraient renonc la viande. - -10 - -Nous sommes tonns de voir qu'il y ait eu et qu'il y a encore des -hommes qui tuent leurs semblables pour les manger. Mais le temps viendra -o nos petits enfants s'tonneront que leurs grands pres aient tu, -tous les jours, des millions d'animaux pour les manger, alors qu'on peut -avoir une nourriture saine et substantielle en se servant des fruits de -la terre. - -11 - -On peut se dshabituer de toute piti, mme envers les hommes, et on -peut s'habituer avoir piti mme d'un insecte. - -Plus l'homme est pitoyable, mieux cela vaut pour son me. - -Comment s'abstenir de tuer la mouche ou la puce? Chacun de nos -mouvements supprime malgr nous la vie des tres que nous ne voyons -pas, dit-on gnralement pour justifier la cruaut humaine envers les -animaux. Ceux qui parlent ainsi oublient qu'il n'est pas donn l'homme -d'arriver la perfection en toutes choses. La tche de l'homme est de -se rapprocher de la perfection. Il en est de mme lorsqu'il s'agit de -la compassion envers les btes. Nous ne pouvons pas vivre sans faire -mourir d'autres tres, mais nous pouvons avoir pour eux plus ou moins de -compassion. Et plus nous en aurons, mieux cela vaudra pour notre me. - - - -III.--_Plus les hommes sont bons, mieux ils conoivent l'unit du -principe divin qui vit en eux._ - -1 - -Pourquoi sommes-nous tout joyeux quand nous avons accompli une bonne -action? Parce que chaque bonne action nous confirme que notre vrai moi - ne se borne pas notre personne seule, mais qu'il existe en tout ce -qui vit. - -Lorsqu'on vit pour soi-mme, on ne vit que d'une parcelle de son vrai -moi. Lorsqu'on vit pour les autres, on sent son moi s'tendre. - -Si tu vis pour toi seul, tu te sens entour d'ennemis, tu sens le -bonheur de chacun entraver le tien. Vis pour les autres, et tu te -sentiras entour d'amis et le bonheur de chacun deviendra ton bonheur -toi. - -2 - -L'homme ne trouve le bonheur qu'en servant son prochain. Et il l'y -trouve parce qu'en rendant service ses prochains, il communie avec -l'Esprit Divin qui vit en eux. - -3 - -Toute bonne action vritable, celle que l'homme accomplit avec -dsintressement et en ne pensant qu'au malheur d'autrui, serait un fait -tonnant et inconcevable, s'il n'tait pas aussi naturel et familier -l'homme. - -En effet, pourquoi se priver de quelque chose, s'inquiter, se dranger -pour un tranger, un homme comme il y en a tant sur la terre? On ne peut -pas expliquer cela autrement que par le fait que la personne qui fait du -bien, sait que celui pour qui elle le fait n'est pas un tre isol de -tous, mais le mme tre qu'elle, mais sous un autre aspect. - - D'aprs SCHOPENHAUER. - -4 - -Lorsqu'on vit de la vie spirituelle, on prouve des souffrances morales -chaque fois qu'on se spare des hommes. Pourquoi cette souffrance? Parce -que, de mme que la souffrance physique dmontre le danger qui menace la -vie corporelle, la souffrance morale dmontre le danger qui menace la -vie spirituelle de l'homme. - -5 - -Un sage hindou disait: En toi, en moi, en tous les tres vivants vit un -seul et mme esprit vital; et voici que tu te fches contre moi, tu ne -m'aimes pas. Souviens-toi que toi et moi, nous sommes un. Qui que tu -sois, toi et moi, nous ne faisons qu'un. - -6 - -Bien qu'un homme soit mchant, injuste, bte et dsagrable, -souviens-toi qu'en ne le respectant plus, tu romps non seulement tout -lien avec lui seul, mais avec tout le monde spirituel. - -7 - -Pour qu'il te soit facile de vivre avec chaque homme, pense ce qui -t'unit lui et non pas ce qui te spare de lui. - -IV.--_Les consquences rsultant de la conception de l'unit de l'me de -tous les hommes._ - -1 - -Il ne peut y avoir et il n'y aura pas de libert et de bonheur -vritable, tant que les hommes n'auront pas compris leur unit. Si -seulement les hommes avaient compris cette vrit essentielle du -christianisme,--la communaut spirituelle de tous les hommes--leur vie -se serait transforme, et il s'tablirait entre eux des rapports que -nous ne saurions imaginer maintenant. Les insultes, les peines, les -humiliations que nous faisons subir aux hommes-frres nous auraient -rvolts plus que les plus grands crimes actuels. - -Oui, il nous faut une nouvelle rvlation, non pas sur le paradis et -l'enfer, mais sur l'esprit qui vit en nous. - - CHANNING. - -2 - -L'amour appelle l'amour. Cela ne peut tre autrement parce qu'en se -rvlant en toi, Dieu se rvle galement en un autre homme. - -3 - -La branche coupe de son noeud est, par cela mme, spare de l'arbre -entier. De mme l'homme qui rompt avec un autre homme, se dtache de -toute l'humanit. Seulement, la branche est coupe par un bras tranger, -alors que, par son mpris, l'homme se dtache de son prochain, sans -penser que, par cela mme, il se dtache de toute l'humanit. - - MARC-AURLE. - -4 - -Il n'y a pas de mauvaise action pour laquelle soit seul puni celui -qui l'a faite. Nous ne pouvons nous isoler de faon ce que notre -mchancet ne se rpande pas sur les autres hommes. Nos actions, bonnes -et mauvaises, sont comme nos enfants: elles vivent et agissent non plus -par notre volont, mais par elles-mmes. - - GEORGE ELLIOT. - -5 - -La vie des hommes est pnible uniquement parce qu'ils ne savent pas que -l'me, qui est en chacun de nous, vit dans tous les hommes. C'est de l -que provient l'animosit, que les uns sont riches, les autres pauvres, -les uns sont matres, les autres ouvriers; de l que vient l'envie, la -haine et tous les tourments humains. - - - - -CHAPITRE V - -DE L'AMOUR - - -L'me humaine, isole par le corps aussi bien de Dieu que des autres -tres, tend se runir ce dont elle est spare. - -L'me s'unit Dieu par la conscience progressive de la prsence de Dieu -en soi, alors qu'elle s'unit aux mes des autres par des manifestations -d'amour de plus en plus videntes. - - -I. _L'Amour unit les hommes Dieu et aux autres tres._ - -1 - -Jsus dit au lgiste: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton -coeur, de toute ton me et de tout ton esprit. C'est le premier et le -plus grand des commandements. - -Le second est: aime ton prochain comme toi-mme, rpondit l'homme de -loi au Christ, et Jsus lui dit: Tu as bien rpondu; agis donc comme tu -l'as dit, c'est--dire, aime Dieu et ton prochain et tu vivras bien. - -2 - -Vous tes bien malheureux, vous, les gens du monde! Les chagrins et les -inquitudes sont au-dessus de vos ttes et sous vos pieds, droite et - gauche, et vous tes des nigmes pour vous-mmes. Et vous resterez -toujours nigmes si vous ne devenez pas joyeux et affectueux comme les -enfants. Alors seulement vous Me connatrez et, m'ayant connu, vous vous -comprendrez vous-mmes et vous pourrez vous gouverner. - -Alors seulement, lorsque vous regarderez le monde travers votre me, -tout sera joie pour vous sur la terre et en vous-mmes. - -_Soutes bouddhistes._ - -3 - -On ne peut aimer que la perfection. - -Il faut donc, pour aimer: ou bien considrer comme parfait ce qui ne -l'est pas, ou bien aimer ce qui est parfait, c'est--dire Dieu. Si l'on -considre comme parfait ce qui ne l'est pas, l'erreur se rvlera tt ou -tard et l'amour ne sera plus. Mais l'amour de Dieu, c'est--dire de la -perfection, ne peut pas finir. - -4 - -Dieu est amour; celui qui demeure dans la charit, demeure en Dieu et -Dieu en lui. Personne n'a jamais vu Dieu; mais si nous nous aimons les -uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est accompli en -nous. Si quelqu'un dit: J'aime Dieu et qu'il hasse son frre, c'est -un menteur. Car celui qui n'aime point son frre qu'il voit, comment -peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? Frres, aimons-nous les uns les -autres, car l'amour vient de Dieu, et quiconque aime, est n de Dieu et -connat Dieu, car Dieu est amour. - -D'aprs la 1<sup>re</sup> pitre de saint Jean. - -5 - -Les hommes ne peuvent communier rellement qu'en Dieu. Pour se -rencontrer, les hommes n'ont pas besoin de se croiser, ils doivent -simplement se diriger vers Dieu. - -S'il y avait un grand temple o la lumire ne pntrerait que d'en haut -et du centre, les hommes, pour se rencontrer dans ce temple, n'auraient -qu' se diriger vers la lumire. Il en est de mme dans le monde: si -tous les hommes allaient, Dieu, ils se rencontreraient tous. - -6 - -Il n'y a rien de plus agrable que de se savoir aim. Mais, chose -extraordinaire! pour qu'on nous aime il est inutile de rendre service -aux autres: il suffit de se rapprocher de Dieu. Rapproche-toi de Dieu et -ne pense pas aux hommes, et les hommes t'aimeront. - -7 - -Celui qui prtend aimer Dieu tout en n'aimant pas son prochain, trompe -les hommes. Celui qui prtend aimer son prochain et n'aime pas Dieu, se -trompe lui-mme. - -8 - -On dit que le jour du jugement dernier arrivera et que le bon Dieu se -fchera. Mais un Dieu bon ne peut faire que du bien. - -De toutes les religions existantes, il n'y en a qu'une seule vraie, -celle qui dit que Dieu est amour. Et l'amour ne peut donner que le -bonheur. - -Ne crains rien: pendant ta vie et aprs ta mort, il ne peut y avoir que -l'amour. - - _Traduit du persan._ - -9 - -Vivre selon les prceptes de Dieu c'est tre pareil Dieu. Et, pour -tre pareil Dieu, il faut ne rien craindre et ne rien dsirer pour -soi. Et pour ne rien craindre et ne rien dsirer pour soi, il n'y a qu' -aimer. - -Les uns disent: rentre en toi-mme et tu trouveras le repos. Toute la -vrit n'est pas l. - -D'autres disent, au contraire: sors de toi-mme; tche de t'oublier -et de trouver le bonheur dans les plaisirs. Ceci n'est pas vrai non -plus. Ce n'est pas vrai pour cette seule raison qu'on ne peut pas se -dbarrasser des maladies par les plaisirs. Le repos et le bonheur ne -sont ni en nous, ni en dehors de nous, ils sont en Dieu. Et Dieu est en -nous et hors nous. Aime Dieu, car c'est en Dieu que tu trouveras ce que -tu cherches. - - PASCAL. - - - -II.--_De mme que le corps a besoin de nourriture et souffre lorsqu'il -en est priv, l'me a besoin d'amour et souffre en son absence._ - -1 - -Tous les corps sont attirs par la terre et les uns par les autres. De -mme toutes les mes sont attires vers Dieu et les unes vers les autres. - -2 - -Tous les gens vivent, non pas parce qu'ils pensent eux-mmes, mais -parce que l'amour est le propre des hommes. - -Afin que les hommes ne vivent pas chacun pour soi, mais tous pour la -mme cause, Dieu ne leur a pas rvl ce qu'il faut chacun d'eux, mais -leur a dit seulement ce qu'il leur fallait tous. - -Afin que les hommes sachent ce qu'il leur faut tous, Il a pntr dans -leurs mes et s'y est manifest en amour. - -3 - -Tous les malheurs des hommes ne sont pas causs par les mauvaises -rcoltes, les incendies, les brigands, mais simplement parce qu'ils -vivent en dsaccord.--Ils sont en dsaccord, parce qu'ils ne croient pas - la voix de l'amour qui vit en eux et qui les appelle s'unir. - -4 - -Tant que l'homme vit d'une vie matrielle, il lui semble qu'il est -spar des autres hommes parce que cela est ainsi et ne peut tre -autrement. Mais ds qu'il commence vivre d'une vie spirituelle, il -s'tonne, ne comprend pas, jusqu' en souffrir, pourquoi il est spar -des autres hommes, et il cherche s'unir eux. L'amour seul unit les -hommes. - -5 - -La vie de chaque homme consiste devenir meilleur chaque anne, chaque -mois, chaque jour. Plus les gens deviennent meilleurs et plus ils -s'unissent, plus leur vie est meilleure. - -6 - -Si nous tenions fermement nous rallier aux hommes l o nous sommes -d'accord avec eux, sans exiger leur consentement sur les points o nous -ne sommes pas d'accord, nous serions bien plus prs du Christ que ceux -qui, tout en se qualifiant de chrtiens, se dtachent, au nom du Christ, -des hommes d'une autre religion, en exigeant qu'ils soient d'accord avec -ce qui leur semble tre la vrit. - -Aimez vos ennemis, et vous n'en n'aurez point. - -_Actes des Aptres._ - - - -III.--_L'amour n'est vrai que lorsqu'il se rpand sur tout._ - -1 - -Dieu voulait que nous fussions heureux et, dans ce but, il nous a donn -le besoin du bonheur; seulement, il voulait que nous soyons heureux -tous, et non pas quelques-uns, et pour cela il nous a donn le besoin -d'aimer. Il s'ensuit que les hommes ne seront heureux que lorsqu'ils -s'aimeront tous les uns les autres. - -2 - -Snque disait que tout ce que nous voyons, tout ce qui vit n'est qu'un -seul corps; tels les bras, les jambes, l'estomac, les os, nous sommes -les parties de ce corps. Tous, nous sommes venus au monde de la mme -faon; tous, nous voulons notre bonheur; tous nous savons que nous -ferions mieux de nous entr'aider que de nous exterminer et tous nous -avons un germe d'amour les uns pour les autres. Comme des pierres, -nous formons une mme route et nous nous croulerons, si nous ne nous -soutenons pas. - -3 - -Si nous aimons ceux qui nous plaisent, qui nous louent, qui nous font du -bien, nous les aimons pour nous-mmes. Le vritable amour est celui qui -nous fait aimer non pour notre plaisir, mais pour le bien des hommes que -nous aimons; nous devons les aimer, non pas parce qu'ils sont agrables -ou utiles, mais parce que dans chaque homme nous reconnaissons l'esprit -qui vit en nous. - -Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons aimer, comme nous l'a appris le -Christ, non seulement ceux qui nous aiment, mais aussi ceux qui nous -hassent: nos ennemis. - -4 - -Tche d'aimer celui que tu n'aimais pas, que tu blmais, qui t'a -offens. Si tu y russis, tu connatras une sensation nouvelle de joie. -De mme que la clart clate aprs les tnbres, la lumire de l'amour -s'allumera avec plus d'intensit et plus joyeusement en toi, aprs -s'tre libr de l'inimiti. - -5 - -Le meilleur des hommes est celui qui aime _tous_ et qui fait du bien -tous, qu'ils soient bons ou mchants. - - MAHOMET. - -6 - -Je suis triste, ennuy, seul. Mais qui donc t'a ordonn de fuir tous -les hommes et de te murer dans la prison de ton misrable et ennuyeux -moi. - -7 - -Agis de faon pouvoir dire chacun: fais comme moi. - - D'aprs KANT. - -8 - -Tant que je n'aurai pas vu observer le plus grand commandement du -Christ--l'amour envers les ennemis--je ne croirai pas que ceux qui se -qualifient de chrtiens le soient effectivement. - - LESSING. - - - -IV.--_On ne peut aimer rellement que l'me._ - -1 - -Tous les hommes ne dsirent, qu'une seule chose, c'est de bien vivre. -C'est pourquoi, depuis les temps les plus anciens, partout et toujours, -les sages et les saints ont pens et appris aux hommes comment il -fallait vivre pour tre heureux. Et toutes les poques et dans tous -les pays, les sages et les saints ont enseign aux hommes la mme -doctrine. - -Cette doctrine est brve et simple: - -Tous les hommes vivent par le mme esprit, mais sont spars, dans cette -vie, par leurs corps; s'ils en sont convaincus, ils doivent s'unir les -uns aux autres par l'amour. S'ils ne le comprennent pas et s'imaginent -qu'ils vivent uniquement par leurs corps, ils se querellent entre eux et -sont malheureux. - -Toute la doctrine est dans la recommandation de faire ce qui unit les -hommes et de ne pas faire ce qui les dsunit. Il est facile d'avoir foi -en cette doctrine parce qu'elle demeure dans le coeur de chaque homme. - - - -V.--_L'amour est un sentiment naturel l'homme._ - -1 - -L'homme aime aussi naturellement que l'eau descend la pente. - -_Proverbe oriental._ - -2 - -Pour que l'abeille vive selon sa nature, elle doit voler, le serpent -ramper, le poisson nager, l'homme aimer. Par consquent, si l'homme fait -du mal son prochain au lieu de lui faire du bien, cela parat aussi -trange que si le poisson se mettait voler et l'oiseau nager. - -3 - -Le cheval, par sa course rapide, fuit l'ennemi. Il est malheureux non -pas lorsqu'il ne peut pas crier comme un coq, mais lorsqu'il perd ce qui -lui est acquis: la facult de courir. - -Le sens le plus prcieux pour le chien est son flair. Il est malheureux -lorsqu'il le perd, et non lorsqu'il voit qu'il ne peut pas voler. - -De mme l'homme est malheureux, non quand il est impuissant matriser -un ours, un lion, ou de mauvaises gens, mais quand il perd ce qu'il a de -plus cher: sa nature spirituelle, sa facult d'aimer. - -On n'a pas regretter quand on meurt, quand on a perdu son argent, sa -proprit, sa maison--tout cela n'appartient pas l'homme. On doit -regretter quand l'homme perd son bien rel, son plus grand bonheur: la -facult d'aimer. - -4 - -On demanda un philosophe chinois: qu'est-ce que la science? Il -rpondit: C'est connatre les hommes. - -On lui demanda: Qu'est-ce que la vertu? Il rpondit: C'est aimer les -hommes. - -5 - -Un philosophe hindou disait: De mme qu'une mre soigne son unique -enfant, le dorlote, le garde et l'lve, l'homme doit lever et garder -en soi ce qu'il a de plus cher au monde: l'amour pour tout ce qui -vit. Toutes les religions nous l'enseignent: celle des Bramines, des -Bouddhistes, des Hbreux, des Chinois, des Chrtiens, des Mahomtans. -C'est pourquoi, la chose la plus ncessaire au monde est d'apprendre -aimer. - -6 - -Les Chinois ont eu leurs philosophes tels que Confucius, Lao-Tseu et un -autre sage, peu connu, du nom de Mi-Ti. - -Mi-Ti enseignait qu'il ne fallait pas inculquer aux hommes le respect -de la force, de la richesse, de la bravoure, mais de l'amour seul. Il -disait: On lve les hommes de faon ce qu'ils considrent que la -richesse et la gloire sont au-dessus de tout et ils ne songent qu' -gagner le plus possible de gloire et de richesses; il faut les lever de -faon ce qu'ils placent l'amour au-dessus de tout et que, dans la vie -quotidienne, ils s'habituent aimer les hommes et consacrer toutes -les forces apprendre aimer. - -Mi-Ti n'a pas t cout. Mendz, un lve de Confucius, contredit -Mi-Ti, en assurant qu'on ne saurait vivre uniquement d'amour. Et -les Chinois suivirent Mendz. 500 ans s'coulrent ainsi, lorsque -Jsus vint enseigner aux hommes ce qu'avait dj dit Mi-Ti, mais -avec plus de force et de clart. Bien que personne ne conteste cette -doctrine d'amour, les disciples du Christ ne suivent toujours pas son -enseignement. Mais le moment viendra--et il est proche--o les hommes ne -pourront pas faire autrement que de suivre cette doctrine, parce que son -germe se trouve dans tous les coeurs, alors que la non observation de ses -prceptes rendra les gens de plus en plus malheureux. - - - -VI.--_L'amour seul donne le bonheur rel._ - -1 - -Tu veux du bien, tu auras ce que tu dsires, condition que tu veuilles -le bien qui est bon pour tous. Ce bonheur ne se gagne que par l'amour. - -2 - -Celui qui veut conserver sa vie, la perdra, et celui qui donne sa vie -pour le bien, la conservera. L'homme n'a pas de profit gagner le -monde entier s'il fait du tort son me. Ainsi parlait Jsus. De -mme parlait le paen Marc-Aurle: me, quand donc seras-tu le chef du -corps? Quand te dbarrasseras-tu des dsirs et des peines charnelles, -et pourras-tu te passer des services de ce que les hommes te servent de -leur vie ou de leur mort! Quand comprendras-tu que le vrai bonheur est -toujours en ton pouvoir et qu'il est l'amour pour tous les hommes? - -3 - -Celui qui dit qu'il est dans la lumire et qui hait son frre, est -encore prsent dans les tnbres. Celui qui aime son frre demeure -dans la lumire et ne craint nulle tentation. Mais celui qui hait son -frre est dans les tnbres, marche dans les tnbres et ne sait o il -va, parce que les tnbres ont aveugl ses yeux.... Aimons, non par la -parole et la langue, mais par les actes et la vrit. C'est cela que -nous reconnaissons la vrit et que nous tranquillisons nos coeurs. - - 1<sup>re</sup> pitre de saint JEAN. - -4 - -Je ne sais pas lequel des chefs des religions a raison, et je ne puis le -savoir d'une faon certaine; mais je sais pertinemment que le mieux que -je puis faire, c'est de dvelopper l'amour en moi; de cela je ne puis -en douter. Je ne puis en douter parce qu'en se dveloppant, mon amour -augmente mon bonheur. - -5 - -Nous savons trouver tout; il n'y a que nous-mmes que nous ne sachions -pas trouver. Chose trange! L'homme vit sur la terre pendant de -nombreuses annes sans remarquer quel moment il prouve le plus de -satisfaction. S'il s'en apercevait, il verrait clairement en quoi -consiste son vrai bonheur; il saurait qu'il ne se sent son aise -que lorsqu'il a l'amour dans l'me. C'est que nous ne mditons pas -assez pour nous en apercevoir. Nous avons perverti notre raison et ne -cherchons plus connatre ce qui seul nous est ncessaire. - -Si nous nous tions arrts un seul instant au milieu du tourbillon de -la vie qui nous emporte, si nous tions rentrs en nous-mmes, nous -aurions compris o est notre bonheur. - -Notre corps est faible, impur, mortel; mais il recle un trsor divin: -l'esprit immortel. Il nous suffirait d'avoir conscience de cet esprit -intrieur pour nous mettre aimer les hommes, et, en les aimant, nous -aurons tout ce que notre coeur dsire: le bonheur. - - SKOVORODA. - -6 - -Nous n'obtenons le bonheur corporel, tous les plaisirs, qu'au dtriment -des autres hommes. Par contre, nous n'augmentons le bien spirituel, le -bien de l'amour qu'en augmentant le bonheur d'autrui. - -7 - -Tous nos perfectionnements de la vie matrielle: les chemins de fer, -le tlgraphe, les machines peuvent servir l'union des hommes et -les rapprocher du royaume de Dieu. Mais le malheur est que les hommes -se passionnent pour ces perfectionnements et s'imaginent que s'ils -construisent beaucoup de ces engins, ils peuvent se rapprocher de Dieu. -C'est une aussi grosse erreur que si l'homme avait toujours travaill -le mme terrain sans songer y semer quelque chose. Pour que toutes -ces machines soient utiles, il faut que les hommes perfectionnent leur -me, y cultivent l'amour. Car sans amour, le tlphone, le tlgraphe, -les machines volantes, loin de nous rapprocher, nous divisent de plus en -plus. - -8 - -L'homme est misrable et ridicule lorsqu'il cherche ce qu'il a sur -le dos. Il est tout aussi misrable et ridicule lorsqu'il cherche le -bonheur, sans savoir qu'il le trouvera dans l'amour qui est dans son -coeur. - -Ne regardez pas le monde et les oeuvres des hommes, mais jetez un regard -dans votre me, et vous y trouverez, le bonheur que vous cherchez l o -il n'est pas; vous trouverez l'amour et vous saurez que ce bonheur est -si grand que celui qui l'a, ne peut plus rien dsirer. - - KRISHNA. - -9 - -Fais du bien tes amis pour qu'ils t'aiment davantage, fais-en tes -ennemis pour qu'ils deviennent tes amis. - - KLEOVODLOS[1]. - -10 - -On dit: quel profit y a-t-il faire du bien aux gens qui vous paient -par le mal? Si tu aimes celui qui tu fais le bien, tu as dj reu ta -rcompense par ton amour pour lui, et tu en auras une plus grande encore -dans ton me si tu supportes avec amour le mal qu'il le fait. - -11 - -Quand nous aimons nos frres nous savons que nous sommes passs de la -mort la vie. Celui qui hait son frre n'a pas la vie ternelle qui est -en lui. - -D'aprs le 1<sup>er</sup> pitre de JEAN, III. - -12 - -Oui, le temps viendra bientt, celui-l mme dont le Christ disait qu'il -souffrait en l'attendant, le temps o les hommes seront fiers, non pas -de la domination sur les autres et de la spoliation du fruit de leur -travail, non pas de la crainte et de l'envie qu'ils provoquent, mais -fiers de leur amour pour tous et heureux de cette sensation qui les -libre de tout mal, malgr les peines qu'on peut leur causer. - -13 - -L'amour donne et ne reoit rien. - - -[1] L'un des sept sages de la Grce; il vivait au VI<sup>e</sup> sicle -avant J.-C. (_Note du trad._). - - - - -CHAPITRE VI - -PCHS, TENTATIONS, SUPERSTITIONS - - -La vie humaine serait un bonheur continuel si les superstitions, les -tentations et les pchs n'avaient pas priv les hommes de ce bien qui -leur est accessible. Le pch est l'encouragement aux dsirs charnels; -les tentations sont la conception errone que l'homme a de ses relations -avec le monde; les superstitions sont les fausses doctrines acceptes -sur parole. - - -I.--_La vraie vie n'est pas dans le corps, mais dans l'me._ - -1 - -Le terme de pch, dans le langage populaire, est employ par le -laboureur lorsque la charrue lui chappe des mains, et qu'elle sort du -sillon sans retourner la terre. - -Il en est de mme dans la vie. Le pch est la dviation du corps humain -de la bonne voie et son impuissance, par suite, d'accomplir son devoir. - -2 - -Dans leur jeunesse, lorsqu'ils ne connaissent pas le but rel de la vie -qui est la communion dans l'amour, les hommes pensent que le but est de -satisfaire leurs dsirs charnels. Il n'y aurait pas grand mal, si cette -illusion n'tait qu'une erreur de la raison; mais le malheur est que -l'assouvissement des dsirs charnels souille l'me et que celle-ci perd -la facult de trouver son bonheur dans l'amour. - -N'est-ce pas vouloir puiser de l'eau potable avec un rcipient bien -souill pralablement? - -3 - -Tu voudrais procurer ton corps les plus grands plaisirs. Mais ton -corps, vivra-t-il longtemps? Se soucier des plaisirs charnels, c'est -construire sa maison sur de la glace. Quelle joie pourrait-on attendre -d'une telle vie, quel repos? Ne crains-tu pas constamment que, tt ou -tard, la glace fondra, que, tt ou tard, tu devras abandonner ton corps -mortel? - -Transporte donc ta maison sur la terre ferme; travaille ce qui -ne meurt pas: perfectionne ton me, dbarrasse-toi des pchs, des -tentations et des superstitions. - - D'aprs SKOVORODA. - -4 - -L'enfant ne sent pas encore son me et ne sent pas ce qu'prouve -l'adulte lorsqu'il entend deux voix contradictoires parler en lui. L'une -dit: mange toi-mme et l'autre: donne celui qui demande. L'une -dit: venge-toi, et l'autre: pardonne. L'une dit: crois ce que -disent les autres, et l'autre: rflchis toi-mme. - -Plus l'homme devient g, plus il entend ces deux voix contradictoires: -l'une est la voix du corps, l'autre celle de l'esprit. Et celui qui -s'habituera entendre la voix de l'me, sera heureux. - -5 - -Nul ne peut servir deux matres: car ou il hara l'un et aimera l'autre, -ou il s'attachera l'un et mprisera l'autre. Vous ne pouvez servir -Dieu et Mamon. - - MATTH., VI, 24. - -6 - -On ne peut avoir soin en mme temps de son me et de son corps. Si tu -veux des plaisirs charnels, renonce ton me; si tu veux prserver ton -me, renonce aux plaisirs charnels. Sinon, tu sera tiraill tantt d'un -ct, tantt de l'autre, et tu n'auras ni l'un ni l'autre. - -7 - -L'homme cherche s'assurer la libert afin de soustraire son corps -toute entrave et de pouvoir agir sa guise. C'est l une grande erreur. -Les moyens par lesquels les hommes cherchent dlier leur corps de -toute entrave: la richesse, la puissance, la bonne rputation, tout -cela n'assure pas la libert souhaite; au contraire, cela ne fait que -les lier davantage. Pour acqurir une libert plus grande, les hommes -construisent une prison de leurs pchs, tentations et superstitions et -s'y enferment. - - - -II.--_Qu'est-ce que le Pch?_ - -1 - -La doctrine des Bouddhistes enseigne cinq commandements principaux. Le -premier: ne tue sciemment nul tre vivant. Le deuxime: ne t'approprie -pas ce qu'autrui considre comme son bien. Le troisime: sois chaste. -Le quatrime: ne dis pas le contraire de la vrit. Le cinquime: ne -te grise ni de boissons, ni de fume. Les Bouddhistes considrent donc -comme pchs: le meurtre, le vol, la fornication, l'ivrognerie, le -mensonge. - -2 - -La doctrine vanglique ne recommande que deux prceptes, tous deux -ayant trait l'amour. Lorsque l'homme de loi, pour prouver le Christ, -lui demanda:--Matre quel est le grand commandement de la loi? Jsus -rpondit:--Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de -toute ton me et de toute la pense. C'est l le premier et le grand -commandement. Et voici le second qui lui est semblable: Tu aimeras ton -prochain comme toi-mme. - -C'est pourquoi, d'aprs la doctrine chrtienne, tout ce qui est en -dsaccord avec ces deux commandements, est pch. - -3 - -Les hommes ne sont pas punis cause de leurs pchs, mais par les -pchs mmes. C'est l le plus pnible et le plus sr des chtiments. - -Il arrive qu'un imposteur ou un mchant vit et meurt dans l'opulence -et les honneurs; mais ceci ne signifie nullement qu'il a chapp au -chtiment d pour ses pchs. Et le chtiment ne se produira pas -quelque part o personne n'a jamais t et n'ira jamais, mais ici mme. -Cet homme est dj puni par ce fait que chaque nouveau pch l'loign -de plus en plus du vrai bonheur, de l'amour, et qu'il devient de moins -en moins heureux. De mme qu'un ivrogne, qu'il soit puni par les hommes -ou non, l'est dj coup sr, parce que, indpendamment de son mal de -tte immdiat d l'ivresse, il est puni par les souffrances qui le -tenaillent mesure qu'il s'adonne l'ivrognerie. - -4 - -Si l'on s'imagine que l'on peut se dbarrasser de ses pchs dans cette -vie, on se trompe grossirement. L'homme peut avoir plus ou moins de -pchs, mais il ne saurait tre impeccable. Il ne le saurait, parce que -toute notre vie se passe dans l'effort de nous librer de nos pchs et -c'est l seulement qu'est le vrai bonheur. - - - -III.--_Les Tentations et les Superstitions._ - -1 - -Le but de l'homme dans cette vie est d'accomplir la volont de Dieu. -Celle-ci commande l'homme de dvelopper et de manifester l'amour qui -est en lui. Que peut faire l'homme pour manifester cet amour? Supprimer -tout ce qui l'entrave. Qu'est-ce qui l'entrave? Les pchs. - -De sorte que pour accomplir la volont divine, l'homme n'a qu'une chose - faire: se librer de ses pchs. - -2 - -Pcher est l'oeuvre humaine; justifier les pchs est oeuvre diabolique. - -3 - -Tant que l'homme est sans raison, il vit comme une bte et il n'est pas -responsable de la suite de ses actes, bons ou mauvais. Mais le moment -arrive o il devient capable de rflexion et peut distinguer entre ce -qu'il doit et ce qu'il ne doit pas faire. Or, au lieu de comprendre que -la raison lui est donne pour discerner le bien et le mal, il l'emploie -souvent justifier le mal qui lui est agrable et auquel il est habitu. - -C'est ce qui engendre les tentations et les superstitions dont le monde -souffre le plus. - -4 - -C'est mal quand l'homme se croit sans pchs et n'a pas besoin de -faire d'efforts sur lui-mme. Mais c'est tout aussi mal quand l'homme -s'imagine tre n dans les pchs, tre condamn mourir combl de -pchs et qu'il ne servirait rien de faire des efforts pour s'en -dbarrasser. Les deux erreurs sont galement funestes. - -5 - -C'est mal quand l'homme qui vit parmi les pcheurs ne voit ni ses -propres pchs, ni ceux des autres; mais c'est plus mal encore quand -l'homme voit les pchs des autres et ne remarque pas les siens. - -6 - -Dans chaque existence, il arrive un moment o le corps vieillit, -s'affaiblit, devient de moins en moins exigeant, tandis que le moi -spirituel grandit de plus en plus. Alors, ceux qui sont habitus -satisfaire leurs dsirs corporels imaginent, afin de ne pas renoncer - leurs habitudes, des sductions et des superstitions qui leur -permettent de vivre en pcheurs. Mais ils ont beau faire de garantir -leur corps contre le moi spirituel, ce moi vainc toujours, ne -serait-ce que dans les derniers moments de la vie. - -7 - -D'abord, le pch est un tranger dans notre me; puis, il en est -l'hte; et lorsque nous nous habituons lui, il y devient comme le -matre de la maison. - -8 - -Celui qui commet un pch pour la premire fois ressent toujours sa -faute; celui qui pche plusieurs reprises,--surtout lorsque les gens -qui l'entourent commettent le mme pch,--tombe dans la tentation et ne -sent plus son pch. - -9 - -Lorsqu'un homme a commis un pch et s'en rend compte, il a deux issues: -l'une de reconnatre sa faute, et de s'efforcer ne plus recommencer; -l'autre est de chercher savoir ce que les gens pensent du pch qu'il -a commis, et si ces gens ne le blment pas, de continuer pcher. - -Tous le font, pourquoi donc ne ferai-je pas comme tout le monde? -Lorsque l'homme s'engage sur cette pente, il ne s'aperoit plus qu'il -s'loigne chaque jour davantage de la bonne voie. - -10 - -Les tentations doivent exister sur la terre, a dit le Christ. Je crois -que le sens de cette sentence est que la connaissance de la vrit ne -suffit pas pour dtourner les hommes du mal et pour les attirer vers le -bien. - -Pour que la plupart des hommes puisse connatre la vrit, il est -indispensable d'tre amen, par les pchs, les tentations et les -superstitions, au dernier degr de l'erreur et la souffrance qui -s'ensuit. - -11 - -Les pchs viennent du corps; les tentations, de l'opinion publique; les -superstitions, du manque d confiance en son propre jugement. - - - -IV.--_L'oeuvre essentielle de la vie de l'homme est de se dbarrasser des -pchs, des tentations, et des superstitions._ - -1 - -L'homme se rjouit lorsque son corps sort de la captivit, de la prison. -Comment donc ne serait-il pas heureux lorsqu'il se dbarrasse des -pchs, des tentations et des superstitions qui tenaient son me en -captivit? - -2 - -Admettons que les hommes ne sachent vivre que de la vie bestiale, qu'ils -ne luttent pas contre leurs passions--quelle vie horrible ce serait, -quelle haine il y aurait entre tous les hommes, quelle dbauche, quelle -cruaut! C'est parce que les hommes connaissent leurs faiblesses et -leurs passions et luttent contre elles, qu'ils peuvent vivre ensemble. - -3 - -La vie de l'homme, qu'il le veuille ou non, tend le dbarrasser de -plus en plus de ses pchs. Celui qui le comprend, y contribue de ses -efforts, et la vie d'un tel homme est facile, parce qu'elle est en -accord avec ce qui se produit en lui. - -4 - -Les enfants ne sont pas encore habitus aux pchs et tout pch leur -rpugne. Les adultes sont dj tombs dans la tentation et ils pchent -sans s'en rendre compte. - -5 - -Deux femmes vinrent trouver un vieillard pour lui demander conseil. -L'une se considrait comme une grande pcheresse. Etant jeune encore, -elle avait tromp son mari et vivait dans un tourment continuel. -L'autre, ayant toujours vcu selon les bonnes rgles, ne se reprochait -aucune faute marquante et tait satisfaite d'elle-mme. - -Le vieillard interrogea les deux femmes sur leur vie. L'une, tout en -larmes lui avoua son grand pch. Elle le trouvait si grand qu'elle ne -croyait pas mriter le pardon; l'autre dclara qu'elle ne reconnaissait -aucun pch particulier. Le vieillard dit la premire: - ---Va derrire le clos et trouve-moi une grande pierre, la plus grande -que lu pourras soulever, et apporte-la. - ---Et toi, dit-il celle qui ne se connaissait pas de grands pchs, -apporte-moi aussi des pierres, autant que tu pourras en porter, mais des -petites. - -Les femmes excutrent l'ordre du vieillard. L'une apporta un grand -bloc, l'autre, tout un sac de cailloux. - -Le vieillard examina les pierres et dit: - ---Voici ce que vous allez faire maintenant: rapportez les pierres l o -vous les avez prises, et lorsque vous l'aurez fait, revenez me trouver. - -Les femmes s'en furent excuter l'ordre du vieillard. La premire -trouva facilement l'endroit o elle avait pris la pierre et la remit - sa place. La seconde, n'arrivant pas se rappeler les places o -se trouvaient chacune de ses pierres, revint avec son sac vers le -vieillard, sans avoir excut son ordre. - ---Il en est de mme pour les pchs, dit le vieillard. Tu as pu -remettre, sans difficult, une grande et lourde pierre son ancienne -place, parce que tu te souvenais o tu l'avais prise. Quant toi, tu -n'as pu le faire, parce que tu ne te souvenais plus o tu avais pris les -petites pierres. - -Puis, se tournant de nouveau vers la premire, il ajouta: - ---Tu te souvenais de ta faute, tu supportais les reproches des gens et -ceux de ta conscience, tu t'humiliais, et tu t'es libre ainsi des -consquences de ton pch. Quant toi, dit-il la femme qui avait -rapport les cailloux, n'ayant commis que des petites fautes, tu ne t'en -souvenais plus, tu ne t'en repentais pas, tu t'es habitue vivre dans -les pchs et, en blmant les fautes d'autrui, tu t'es enlize de plus -en plus dans les tiennes. - -6 - -C'est une grande erreur que de croire la possibilit de se dbarrasser -d'un pch par la foi ou le pardon des hommes. On ne peut en aucune -faon se librer d'un pch; on peut seulement le reconnatre et tcher -de ne plus le rpter. - -7 - -Ne sois jamais lche devant le pch, ne te dis pas: je ne peux pas -faire autrement, je suis habitu, je suis faible. Tant que tu vis, tu -peux toujours lutter contre le pch et le vaincre, sinon aujourd'hui, -demain; sinon demain, aprs-demain; sinon aprs demain, srement avant -ta mort. Mais si tu renonces d'avance la lutte, tu renonces au sens -fondamental de la vie. - -8 - -L'tre chez qui est absente la conscience de son unit avec Dieu et avec -tout ce qui vit est sans pchs. Tels sont l'animal, la plante. - -Au contraire, l'homme reconnat la prsence simultane en lui de la bte -et de Dieu; c'est pourquoi il ne saurait tre sans pchs. Nous disons -que les enfants sont innocents. Ce n'est pas exact. L'enfant n'est pas -innocent. Il a moins de pchs que l'adulte, mais il a dj des pchs -charnels. De mme un homme de sainte vie n'est pas sans pchs. Un saint -a commis moins de pchs, mais il en a commis quand mme: sans pchs il -n'y a pas de vie. - -9 - -Pour s'habituer lutter contre le pch, il est utile de cesser, de -temps en temps, ses occupations habituelles, afin de voir si l'on est -matre de son corps, ou si c'est le corps qui est le matre. - - - -V.--_L'importance des pchs, des tentations, des superstitions, et des -fausses doctrines dans la manifestation de la vie spirituelle._ - -1 - -Ceux qui croient que Dieu a cr le monde demandent souvent: pourquoi -Dieu a-t-il cr l'homme tel qu'il soit oblig de pcher? Cela revient - demander pourquoi Dieu a cr la femme qui, pour avoir un enfant, -doit souffrir, accoucher, l'allaiter, l'lever? Ne serait-ce pas plus -simple si Dieu lui donnait des enfants tout faits, sans accouchement, -sans allaitement, sans peines ni soucis? Aucune mre ne posera cette -question, car l'enfant lui est cher prcisment par ce que c'est dans -les tourments de l'accouchement, de l'allaitement, de l'ducation, des -soucis qu'tait la plus grande joie de sa vie. - -Il en est de mme de la vie humaine: les pchs, les tentations, les -superstitions, la lutte et la victoire obtenue sur eux constituent tout -le sens et toute la joie de la vie. - -2 - -Il est trs pnible l'homme de connatre ses pchs: en revanche, -il prouve une grande joie sentir qu'il s'en dbarrasse. S'il n'y -avait pas de nuit, nous ne pourrions pas nous rjouir l'apparition -du soleil; s'il n'y avait pas de pch, l'homme ne connatrait pas les -joies d'une vie exemplaire. - -3 - -Si l'homme n'avait pas d'me, il ne connatrait pas les pchs; et s'il -n'y avait pas de pchs, l'homme ne saurait pas qu'il possde une me. - -4 - -Les pchs, les tentations et les superstitions constituent le terreau -qui doit recouvrir les semences de l'amour pour qu'elles puissent lever. - - - - -CHAPITRE VII - -DES EXCS - - -Le seul et unique bonheur de l'homme est dans l'amour. Mais il est priv -de ce bien, lorsqu'au lieu de dvelopper en lui l'amour, il augmente et -encourage les exigences de son corps. - - -I.--_Tout le superflu dont jouit le corps est nuisible, tant au corps -qu' l'me._ - -1 - -Il ne faut satisfaire les besoins du corps que dans les limites du -ncessaire. Imaginer de nouveaux plaisirs pour le corps, c'est vivre -rebours, c'est--dire mettre l'me au service du corps, au lieu du corps -au service de l'me. - -2 - -Moins on a de besoins, plus la vie est heureuse; c'est l une ancienne -vrit qui est loin d'tre accepte par tout le monde. - -3 - -Plus tu t'habitues au luxe, plus tu te soumets la servitude; car plus -tu auras de besoins, plus tu limiteras ta libert. La libert absolue -consiste n'avoir besoin de rien, et celle plus limite est de n'avoir -besoin que de peu. - - JEAN CHRYSOSTOME. - -4. - -On pche envers les hommes et l'on pche envers soi-mme. Les pchs -envers les hommes viennent de ce qu'on ne respecte pas l'Esprit Divin -chez son semblable. Les pchs envers soi-mme, de ce qu'on ne respecte -pas l'Esprit Divin en soi-mme. - -5 - -Si tu veux vivre tranquille et libre, dshabitue-toi de ce dont tu peux -te passer. - -6 - -Tout ce qui est ncessaire au corps est facile obtenir. Il n'est -difficile de se procurer que ce qui n'est pas ncessaire. - -7 - -C'est bon d'avoir ce qu'on dsire; mais c'est mieux de ne rien dsirer -de plus de ce qu'on a. - - MENEDEM. - -8 - -Si tu te portes bien et que tu as travaill jusqu' sentir la fatigue, -l'eau et le pain te paratront meilleurs qu'au riche ses mets choisis, -ta paillasse plus moelleuse que tous les lits ressorts, et ta blouse -de travail te sera plus agrable que tous les vtements de velours. - -9 - -Socrate s'abstenait de toute nourriture qui flattait, seulement le -got, ne mangeait que juste pour satisfaire sa faim, et recommandait -ses lves de suivre son exemple. Il disait que les excs de boisson et -de nourriture taient trs nuisibles non seulement au corps, mais aussi - l'me, et il conseillait de sortir de table ayant encore faim. Il -leur rappelait l'histoire du sage Ulysse et de la fe Circ qui n'a pu -ensorceler Ulysse uniquement parce qu'il n'avait pas mang l'excs, -alors que tous ses compagnons furent mtamorphoss par elle en pourceaux -ds qu'ils se sont empiffrs de mets dlicats. - -10 - -La plupart des hommes d'aujourd'hui sont persuads que le bonheur est -de flatter les exigences corporelles. Cet tat d'esprit est rvl -par l'extension de la doctrine socialiste. D'aprs cette doctrine, -l'homme dont les besoins sont peu dvelopps est une brute, tandis que -l'accroissement des besoins est le premier indice de l'homme civilis, -indice de la conscience de sa dignit. Les hommes de notre temps ont -tel point foi en cette fausse doctrine qu'ils ne font que railler les -sages qui voyaient le bien de l'homme dans la diminution de ses besoins. - -11 - -Voyez comment voudrait vivre l'esclave. Il veut, tout d'abord, qu'on le -mette en libert. Il pense que, sans cela, il ne peut tre ni libre, -ni heureux. Il dit: Si on m'avait donn la libert, j'aurais t -immdiatement heureux. Je ne serais plus oblig d'excuter les caprices, -ni de gagner les bonnes grces de mon matre; je pourrais parler qui -me plaira, comme mon gal; je pourrais aller o je voudrais sans eu -demander la permission personne. - -Mais aussitt qu'il est en libert, il se met chercher qui il -pourrait bien flatter pour mieux dner. Pour y parvenir, il est prt -toutes les bassesses. Et ds qu'il russit s'installer auprs d'un -homme riche, il retombe dans le mme esclavage que celui d'o il voulait -tant sortir. - -Lorsqu'un tel homme commence s'enrichir, il prend une matresse et -retombe auprs d'elle dans une servitude pire encore. Riche, il possde -moins de libert encore, et alors il souffre et pleure. Et lorsqu'il -est trs malheureux, il se rappelle sa servitude d'autrefois et dit: -Je n'tais vraiment pas mal chez mon matre. Je n'avais aucun souci, -j'tais vtu, chauss, nourri, et lorsque j'tais malade on me soignait. -Le travail n'tait pas trop difficile. Tandis que maintenant, j'ai tant - faire. Je n'avais alors qu'un seul matre; maintenant, j'en ai un grand -nombre. Que de gens satisfaire! - - PICTTE. - - - -II.--_L'Insatiabilit des passions charnelles._ - -1 - -Pour entretenir la vie, notre corps a besoin de peu; tandis que les -caprices de notre corps ne peuvent jamais tre contents. - -2 - -Flatter le corps, lui assurer le superflus, est une grande erreur. -En effet, la vie de luxe n'augmente pas, mais diminue le plaisir de -manger, de se reposer, de dormir, de s'habiller, de se loger. Si l'on -mange trop, ou sans avoir faim, l'estomac se dlabre et on n'a pas de -got la nourriture. Si l'on roule en voiture quand il est facile de -faire le mme trajet pied, si l'on s'habitue un lit moelleux, une -nourriture dlicate et recherche, une installation luxueuse, si l'on -est habitu faire faire aux autres ce que l'on peut faire soi-mme, on -n'a plus de plaisir se reposer aprs le travail, avoir chaud aprs -le froid, bien dormir, et l'on ne fait que s'affaiblir de plus en plus -et diminuer ses joies, sa paix et sa libert. - -5 - -Les hommes devraient prendre exemple sur les btes pour savoir traiter -leur corps. Ds que l'animal a ce qui est ncessaire son corps, il se -calme. Pour l'homme, il ne suffit pas de contenter sa faim, de pouvoir -s'abriter; il invente continuellement de nouveaux plats et de nouvelles -boissons, construit des palais, fabrique une grande quantit d'objets -inutiles qui ne le rendent que plus malheureux. - - - -III.--_Pch d'intemprance dans la nourriture._ - -1 - -Un sage disait: Je remercie Dieu de nous avoir rendu facile tout ce -qui est ncessaire, et difficile tout ce qui ne l'est pas. C'est juste -surtout pour la nourriture; celle qui est ncessaire l'homme pour -qu'il se porte bien et puisse travailler est simple et bon march: le -pain, les fruits, les lgumes, l'eau. On en trouve partout. - -Seuls les plats compliqus sont difficiles prparer. Non seulement ils -sont difficiles prparer, mais encore ils sont nuisibles. - -2 - -On meurt plus rarement de faim que de la bonne chair. - -3 - -Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger. - -4 - -Sans la gourmandise, nul oiseau ne serait pris dans les filets de -l'oiseleur. On prend les gens au mme appt. Le ventre--c'est comme des -chanes aux mains et des fers aux pieds. Celui qui est esclave de son -ventre reste toujours esclave. Si tu veux tre libre, commence te -librer de ton ventre. Mange pour calmer ta faim, et non pour y trouver -du plaisir. - - D'aprs SAADI. - - - -IV.--_Le pch de manger de la viande._ - -1 - -Pythagore ne mangeait pas de viande. Lorsqu'on demandait Plutarque, -qui avait dcrit la vie de Pythagore, pourquoi celui-ci ne mangeait pas -de viande, il rpondait qu'il s'tonnait non pas de ce que Pythagore ne -mangeait pas de viande, mais de ce qu'il y avait, encore des gens qui, -au lieu de se nourrir de graines, de lgumes et de fruits, captivent des -tres vivants et les tuent pour les manger. - -2 - -Tu ne tueras point ne se rapporte pas uniquement au meurtre de -l'homme, mais de tout ce qui vit. Ce commandement avait t grav dans -le coeur de l'homme avant de l'tre au Sina. - -3 - -La compassion pour les animaux est si troitement lie la bont que -l'on peut affirmer avec assurance que celui qui est cruel pour les -btes, ne peut avoir bon coeur. - - SCHOPENHAUER. - -4 - -Ne lve pas ta main sur ton frre et ne verse pas le sang des tres qui -peuplent la terre: hommes, animaux domestiques, btes fauves et oiseaux; -des profondeurs de ton me s'lve une voix qui le dfend de rpandre le -sang, car le sang c'est la vie, et tu ne peux pas rendre la vie. - - LAMARTINE. - -5 - -Les joies que la piti et la compassion pour les animaux donnent - l'homme rachtent au centuple les plaisirs dont, il se prive en -renonant la chasse et la chair abattue. - - - -V.--_Pch de la griserie: vin, tabac, opium, etc._ - -1 - -Pour pouvoir bien vivre, les hommes ont surtout besoin de leur raison. -Ils devraient donc tenir tout particulirement leur saine raison. -Pourtant, ils trouvent du plaisir l'touffer par le vin, le tabac et -l'opium, et c'est parce qu'ils dsirent mener une mauvaise vie et que -leur raison non obscurcie leur montre que leur vie est mauvaise. - -2 - -Pourquoi les hommes, ayant des habitudes diffrentes, gardent-ils -l'habitude de fumer et de boire? Parce que la plupart parmi eux sont -mcontents de leur vie. Ils en sont mcontents parce qu'ils-recherchent -les plaisirs charnels sans jamais pouvoir les satisfaire. C'est -pourquoi les pauvres comme les riches cherchent l'oubli dans l'ivresse. - -3 - -Si l'homme mange trop, il lui est difficile de ne pas tre paresseux. -S'il boit des boissons grisantes, il lui est difficile de rester chaste. - -4 - -Personne ne s'est jamais enivr ni gris de fume pour accomplir une -bonne action: travailler, prendre une dcision, soigner un malade, prier -Dieu. Mais la plupart des mauvaises actions sont faites dans un tat -d'brit. - -Ce n'est pas un crime de se griser; mais c'est crer l'tat qui dispose -au crime. - - - -VI.--_Servir le corps, c'est nuire l'me._ - -1 - -Si un homme a beaucoup plus qu'il ne lui faut, c'est que d'autres -manquent du ncessaire. - -2 - -Qui est plus heureux: celui qui se nourrit par son travail juste assez -pour ne pas avoir faim, s'habille pour ne pas rester nu, se loge pour ne -pas souffrir de la pluie et du froid; ou bien celui qui se procure une -bonne nourriture, des vtements riches et une habitation luxueuse par la -mendicit, la servilit, ou par l'escroquerie et la force? - -3 - -Si nous n'avions pas invent le luxe, tous ceux qui sont maintenant dans -la misre pourraient vivre sans manquer de rien, et les riches sans -craindre pour leur vie ou leurs richesses. - -4 - -De mme que le premier principe de la sagesse est la connaissance de -soi-mme, parce que celui qui se connat peut connatre les autres, de -mme le premier principe de la charit est de se contenter de peu, car -seul celui qui se contente de peu, peut tre charitable. - - J. RUSKIN. - -5 - -Les grands penseurs et les saints taient sobres et chastes. - -6 - -De mme que la fume chasse les abeilles de leur ruche, la voracit et -l'ivrognerie chassent les meilleures forces spirituelles. - - BASILE LE GRAND. - -7 - -Ne tuez pas votre coeur par des excs de nourriture et de boisson. - - MAHOMET. - - - -VII--_Seul celui qui est matre de ses dsirs charnels est libre._ - -1 - -Lorsque l'homme vit, non pour l'me mais pour le corps, il imite un -oiseau qui irait d'un endroit l'autre sur ses faibles pattes, au lieu -de voler en toute libert sur ses ailes. - -2 - -Vous dites que la bonne chair, les vtements riches et le luxe sont -le bonheur. Moi, je crois que la plus grande flicit est de ne rien -dsirer, et, afin de se rapprocher de ce bonheur suprme, il faut, -s'habituer avoir besoin de peu. - - SOCRATE. - -3 - -Personne ne s'est jamais repenti d'avoir vcu trop simplement. - -4 - -Ce qui arrive l'estomac lorsqu'on le bourre jusqu' l'indigestion, -arrive quand il y a excs dans les distractions. Plus les hommes -s'vertuent d'augmenter le plaisir de manger, en inventant des plats -raffins, plus l'estomac s'affaiblit et plus le plaisir d'absorber la -nourriture diminue. Plus les gens s'efforcent augmenter le plaisir des -distractions par des jeux compliqus, plus leur facult de goter ce -plaisir s'affaiblit. - - - - -CHAPITRE VIII - -DE LA LUBRICIT - - -Le principe divin demeure dans tous les tres humains, femmes et hommes. -C'est donc un grand pch que de considrer les porteurs de ce principe -comme un moyen de plaisir sensuel. - -Pour l'homme, chaque femme doit tre, avant tout, une soeur, et l'homme -pour la femme, un frre. - - -I.--_On doit tendre la complte chastet._ - -1 - -Il est bon de vivre honntement mari, mais il vaut mieux encore de ne -jamais se marier. Peu de gens en sont capables. Mais celui qui le peut -est heureux. - -2 - -Les gens qui se marient lorsqu'ils peuvent s'en passer, agissent comme -celui qui tombe sans avoir trbuch. Si l'on trbuche et que l'on tombe, -il n'y a rien y faire, mais si l'on n'a pas trbuch, pourquoi tomber -exprs? Si tu peux vivre chaste, sans pcher, il est prfrable de ne -pas te marier. - -3 - -C'est une erreur de croire que la chastet est contraire la nature -humaine. La chastet est possible et donne bien plus de bonheur qu'un -mariage, mme heureux. - -4 - -Les excs de nourriture sont funestes une vie honnte; mais les excs -sexuels le sont plus encore. C'est pourquoi moins l'homme s'adonne -aux uns et aux autres, mieux cela vaut pour sa vie spirituelle. La -diffrence entre les uns et les autres est toutefois trs sensible. En -renonant entirement la nourriture, l'homme ne peut prolonger sa vie, -alors qu'en renonant au besoin sexuel, il ne supprime ni sa vie, ni la -vie de son espce qui ne dpend pas de lui seul. - -5 - -Celui qui n'est pas mari, s'occupe des choses du Seigneur pour plaire -au Seigneur. Mais celui qui est mari s'occupe des choses du monde pour -plaire sa femme. Il y a cette diffrence entre la femme marie et la -vierge, que celle qui n'est pas marie s'occupe des choses du Seigneur -pour tre sainte de corps et d'esprit, tandis que celle qui est marie -s'occupe des choses du monde pour plaire son mari. - - I COR., 7, 33. - -6 - -Si les gens se marient avec la conviction qu'ils servent ainsi Dieu et -les hommes en prolongeant l'espce humaine, ils s'abusent. Au lieu de -se marier pour augmenter le nombre des enfants, ils feraient bien mieux -de concourir au sauvetage de millions de petits tres qui prissent de -misre et manquent de soins. - -7 - -Bien que trs peu d'hommes puissent atteindre une chastet absolue, -chacun doit comprendre et se rappeler qu'il peut toujours tre plus -chaste qu'il ne l'a t, et que plus l'homme se rapproche de la chastet -absolue, plus il sera heureux lui-mme et pourra concourir au bonheur -des autres. - -8 - -On dit que si tous taient chastes, le genre humain s'teindrait. Or, -suivant l'Eglise, la fin du monde doit arriver; de mme suivant la -science, la vie humaine et notre plante mme doivent avoir une fin. - -Pourquoi ds lors nous rvolter l'ide qu'une vie morale amnerait -galement le genre humain sa fin? - -En ralit, l'extinction ou la prolongation du genre humain ne doit -pas nous proccuper. Chacun de nous ne doit avoir qu'un souci: vivre -honntement, ce qui, pour le dsir sexuel, veut dire s'efforcer d'tre -aussi chaste que possible. - -9 - -Un savant a calcul que si l'humanit continue se doubler tous les -50 ans, suivant la progression actuelle, dans 7.000 ans un couple aura -produit tant d'hommes qu'en les entassant l'un contre l'autre sur toute -l'tendue du globe, une 27<sup>e</sup> partie seulement de tous les -hommes pourrait s'y placer. - -Pour viter cette alternative, il n'y a qu'un moyen, celui indiqu par -tous les sages de la terre et qui s'accorde avec les aspirations de -l'me humaine: la chastet; il faut tendre la plus grande chastet -ralisable. - -10 - -Vous avez entendu qu'il a t dit aux anciens (dit le Christ en citant -les paroles de la loi de Mose): tu ne commettras point d'adultre. Mais -moi, je vous dis, que quiconque regarde une femme pour la convoiter, a -dj commis un adultre avec elle clans son coeur. (MATTH., V, 27-28). - -Ces paroles ne peuvent signifier autre chose que la possibilit pour -l'homme d'aspirer la chastet absolue. - -Comment la raliser? objectera-t-on. Si les hommes deviennent -entirement chastes, le genre humain disparatra. Mais en parlant -ainsi, on oublie qu'indiquer la perfection laquelle l'homme doit -tendre, ce n'est point exiger la perfection absolue. Il n'est pas donn - l'homme d'atteindre la perfection en aucune chose. La destine de -l'homme est dans la marche vers la perfection. - - - -II.--_Le pch de luxure._ - -1 - -Un homme non dprav prouve toujours du dgot et de la honte parler -des rapports sexuels et y penser. Garde ce sentiment. Ce n'est pas -sans raison que ce sentiment est propre l'homme. Il l'aide se -contenir de l'impudicit et rester chaste. - -2 - -On dsigne par le mme mot l'amour spirituel,--pour Dieu et son -prochain,--et l'amour charnel de l'homme pour la femme et de la femme -pour l'homme. - -C'est une grande erreur. Il n'y a rien de commun entre ces sentiments. -Le premier,--l'amour spirituel pour Dieu et son prochain--est la voix de -Dieu; le second--l'amour entre homme et femme--est la voix de la bte. - -3 - -La loi de Dieu consiste aimer Dieu et son prochain, c'est--dire, tous -les hommes sans distinction. Dans l'amour sexuel, l'homme aime une femme -plus que tous et la femme n'aime qu'un seul homme. Il s'ensuit le plus -souvent que l'amour sexuel empche l'homme d'observer la loi divine. - - - -III._--Malheurs provoqus par la licence sexuelle._ - -1 - -Tant que tu n'as pas extermin dans sa racine le dsir sexuel que tu -prouves pour une femme, ton esprit sera li aux choses de la terre, -comme le veau-ttard est li sa mre. - -Les gens pris de dsir s'agitent comme un livre pris dans un pige. Ds -qu'ils sont pris dans les filets de la passion charnelle, ils restent -longtemps sans pouvoir se dbarrasser des souffrances. - - _Sagesse bouddhiste._ - -2 - -Le papillon de nuit vole vers la lumire parce qu'il ne sait pas qu'il -se brlera les ailes; le poisson avale l'amorce parce qu'il ne sait -pas que cela le fera prir. Mais nous savons que le dsir sexuel nous -engluera, nous fera srement prir; malgr cela, nous nous y abandonnons. - -3 - -De mme que les feux follets des marcages conduisent les hommes aux -fondrires, puis disparaissent; les plaisirs sexuels illusionnent -l'homme. - -Il s'gare, empoisonne son existence et, lorsqu'il se dgrise, il -n'aperoit mme plus le mirage auquel il avait sacrifi une partie de sa -vie. - - D'aprs SCHOPENHAUER. - - - -IV.--_Altitude criminelle des conducteurs d'mes dans la question -sexuelle._ - -1 - -Pour bien comprendre toute l'immoralit, tout esprit anti-chrtien de la -vie des peuples chrtiens, il suffit de se rappeler que la situation des -femmes qui vivent du vice est reconnue et rglemente dans tous les pays. - -2 - -Les gens riches se sont fait une conviction partage par la fausse -science, suivant laquelle les rapports sexuels seraient indispensables; -seulement, le mariage n'tant pas toujours possible, les rapports -sexuels n'engageraient rien, sauf les payer, et seraient absolument -naturels. Cette conviction est devenue tellement gnrale et -inbranlable que les parents, sur les conseils d'un mdecin, organisent -la dbauche pour leurs enfants, et les institutions dont le seul but -est de s'occuper du bien-tre des citoyens, autorisent l'existence d'une -classe de femmes qui doivent prir moralement et physiquement, pour -satisfaire la dpravation de l'homme. - -3 - -Parler de l'utilit ou de la nocivit des rapports sexuels, reviendrait - demander s'il est utile ou nuisible de boire le sangd'autrui. - - - -V.--_Lutte contre le pch sexuel._ - -1 - -L'homme, comme l'animal, est oblig de lutter contre les autres tres -et se reproduire pour assurer l'existence de son espce. Mais, crature -doue de raison et d'amour, l'homme ne doit pas lutter contre les autres -tres et ne doit pas penser se reproduire; il doit rester chaste. De -la combinaison de ces deux aspirations contraires rsulte la vie humaine -telle qu'elle doit l'tre. - -2 - -La lutte contre le dsir sexuel est la lutte la plus difficile, et -il n'y a pas de situation ni d'ge, except l'enfance et la profonde -vieillesse, o l'homme en est libr. C'est pourquoi tout adulte, homme -ou femme, doit surveiller l'ennemi qui n'attend qu'une occasion propice -pour attaquer. - -3 - -De mme que nous devons prendre sur les animaux l'exemple de temprance -dans la nourriture: ne manger que lorsqu'on a faim et sans en abuser, -nous devons les imiter dans nos rapports sexuels: s'abstenir comme -eux jusqu' l'ge de pubert, ne s'y adonner que lorsqu'on y est -irrsistiblement attir et s'abstenir encore ds que la conception se -manifeste. - - - -VI.--_Le Mariage._ - -1 - -Il est bon l'homme de ne point toucher la femme. Mais, pour ne pas -commettre d'adultre, que chacun ait sa femme et que chaque femme ait -son mari. - - I COR., VII, 1-2. - -2 - -La doctrine chrtienne ne donne pas les mmes rgles pour tout et pour -tous; elle ne fait qu'indiquer la perfection vers laquelle il faut -tendre. Il en est ainsi pour la question sexuelle: la perfection, c'est -la chastet absolue. Tout effort vers la chastet absolue constitue une -observation plus ou moins grande d la doctrine. - -3 - -Pour toucher une cible, il faut viser plus loin. De mme pour que le -mariage soit indissoluble et les deux poux fidles l'un l'autre, il -faut que tous deux tendent la chastet. - -4 - -Si l'homme cherche le plaisir dans les rapports sexuels, mme entre -poux, ainsi que cela arrive parmi nous, il tombera srement dans le -vice. - -5 - -La cohabitation entre homme et femme ayant des enfants pour rsultat -est le mariage rel; toutes les crmonies extrieures ne font pas le -mariage, mais ne s'emploient que pour reconnatre comme mariage une -seule union entre beaucoup d'autres. - -6 - -La vritable doctrine chrtienne ne contient aucune allusion -l'institution du mariage. Aussi, les chrtiens de notre temps qui s'en -aperoivent, mais ne voient pas l'idal du Christ (qui est la chastet -absolue) parce qu'il leur est voil par l'Eglise, demeurent, quant au -mariage, sans aucune rgle de conduite. C'est cela que tient le fait, -trange au premier abord, que chez les peuples professant des doctrines -bien moins leves que le christianisme, mais possdant une dfinition -exacte du mariage, l'esprit de famille, la fidlit conjugale sont bien -plus dvelopps que chez les soi-disant chrtiens. - -Les peuples qui professent des doctrines infrieures au christianisme -admettent le concubinage, la polygamie et la polyandrie dans certaines -limites, mais ils vitent en revanche la dpravation qui se rvle par -le concubinage, la polygamie et la polyandrie qui rgnent parmi les -chrtiens et sont masqus par la monogamie apparente. - -7 - -Pour que le mariage soit un acte sage et moral, il faut: - -_Primo:_ Ne pas penser que chaque homme ou chaque femme doit absolument -se marier, mais se dire, au contraire, qu'il est prfrable de rester -pur pour que rien ne nous empche de consacrer toutes nos forces -servir Dieu. - -_Secundo_: Considrer les rapports sexuels comme un mariage indissoluble. -(MATTH., XIX, 4-7). - -_Tertio_: Ne pas considrer le mariage comme un encouragement la -satisfaction des dsirs charnels, mais comme un pch qui doit tre -expi par l'accomplissement des devoirs de famille. - - - -VII--_Les enfants servent l'expiation du pch mortel._ - -1 - -Si les hommes pouvaient atteindre la perfection et devenir chastes, le -genre humain s'teindrait et n'aurait plus de raison d'exister sur la -terre, parce que les hommes seraient devenus pareils aux anges qui ne -se marient pas, comme il est dit dans l'Evangile. Mais tant que les -hommes ne sont pas arrivs la perfection, ils doivent produire leur -progniture pour qu'en se perfectionnant, la postrit puisse atteindre - la perfection laquelle l'homme tend. - -2 - -Le mariage, le vrai mariage qui a pour mission la production et -l'ducation des enfants, est un moyen indirect de servir Dieu par les -enfants. Si je n'ai pas fait ce que je pouvais et devais faire, mes -enfants le feront. - -C'est pourquoi les gens qui se marient prouvent toujours un certain -apaisement. Ils ont le sentiment de la possibilit de transmettre une -partie de leurs obligations leurs enfants venir. Mais ce sentiment -n'est lgitime qu'au cas o les poux lvent leurs enfants de faon -qu'ils ne soient pas une entrave l'oeuvre divine, mais ses ouvriers. La -conviction que si je n'ai pas pu me consacrer entirement au service de -Dieu, je ferai tout mon possible pour que mes enfants le fassent--cette -conviction donne un sens moral au mariage ainsi qu' l'ducation des -enfants. - -3 - -Bnie soit l'enfance qui, au milieu des cruauts de la terre, laisse -entrevoir un peu de ciel! Les 80.000 naissances quotidiennes dont parle -la statistique, constituent le dbordement d'innocence et de fracheur, -luttant non seulement contre l'extinction de l'espce, mais encore -contre la corruption humaine et contre une infection gnrale par le -vice. Tous les bons sentiments veills par le berceau et l'enfance -sont un des mystres de la grande Providence; supprimez cette rose -vivifiante, et la rafale des passions gostes schera, comme par le -feu, la socit humaine. - -Si l'humanit se composait d'un milliard d'tres immortels, dont le -nombre ne pourrait ni augmenter ni diminuer, o serions-nous et que -serions-nous, Grand Dieu! Nous serions incontestablement mille fois plus -savants, mais aussi mille fois plus mauvais. - -Bnie soit l'enfance pour le bonheur qu'elle donne elle-mme, pour le -bien qu'elle fait sans le savoir et sans le vouloir en obligeant, en -permettant de l'aimer! Ce n'est que grce elle que nous apercevons une -parcelle de paradis sur terre. Bnie soit galement la mort! Les anges -n'ont pas besoin de natre, ni de mourir pour vivre; mais, pour les -hommes, l'un et l'autre sont ncessaires, indispensables. - - AMIEL. - -5 - -Les gens riches, qui considrent les enfants comme une entrave au -plaisir, un accident malheureux ou une sorte de jouissance quand il en -nat un nombre fix l'avance, ne les lvent pas en vue de la mission -humaine qu'ils auront accomplir en tant qu'tres intelligents et -affectueux, mais en vue des plaisirs qu'ils peuvent donner leurs -parents. Les enfants de tels parents sont, pour la plupart, entours de -soins en vue de les rendre propres, blancs, rassasis, beaux, et, par -consquent, douillets et sensuels. - -Les costumes, les lectures, les spectacles, la musique, la danse, la -bonne chair, tout l'arrangement de leur existence, depuis les images sur -les botes, jusqu'aux romans, nouvelles et pomes, ne fait qu'exciter -leur sensualit, ce qui suscite chez les enfants des classes aises les -plus bas vices et les maladies sexuelles. - - - - -CHAPITRE IX - -DE L'OISIVET - - -Il est injuste de demander aux hommes plus de travail qu'on ne peut -leur en donner soi-mme. Mais comme on ne saurait peser si on donne aux -autres plus qu'on ne leur demande, qu'en outre, on peut tout moment -faiblir ou tomber malade et qu'on devra alors prendre sans donner, on -doit, tant qu'on a des forces, tcher de travailler pour les autres le -plus possible et leur demander le moins de travail possible. - - -I.--_L'homme commet un grand pch s'il profite du travail d'autrui sans -travailler lui-mme._ - -1 - -Celui qui ne veut pas travailler n'a pas le droit de manger. - - Aptre PAUL. - -2 - -En te servant de n'importe quel objet, souviens-toi que c'est le produit -du travail humain et que, lorsque tu dpenses, supprimes ou abmes cet -objet, tu dpenses le travail et parfois la vie humaine. - -3 - -Celui qui ne se nourrit pas de son propre travail et fait travailler les -autres pour soi est un cannibal. - -_Sagesse orientale._ - -4 - -Toute la morale chrtienne en son application pratique se rduit -considrer tous les hommes comme des frres, tre l'gal de tous; et -pour arriver cela, il faut, avant tout, cesser de faire travailler -les autres pour soi et, dans l'organisation sociale actuelle, profiter -le moins possible du produit du travail des autres, de tout ce qui -s'acquiert pour de l'argent, dpenser le moins d'argent et vivre le plus -simplement possible. - -5 - -Ne fais pas faire aux autres ce que tu peux faire toi-mme. Que chacun -balaye devant sa porte. Si chacun agit ainsi, toute la rue sera propre. - -6 - -Quelle est la meilleure nourriture? Celle que vous avez gagne vous-mme. - - MAHOMET. - -7 - -Il est trs utile pour les gens riches d'abandonner pour un certain -temps leur vie luxueuse et de vivre, ne serait-ce que quelques jours, -comme les ouvriers, en faisant soi-mme tout ce que les salaris font -chez les gens riches; si le riche faisait ainsi, il verrait le grand -pch qu'il commet en faisant travailler les autres. - -8 - -Ceux qui vivent dans le luxe ne peuvent pas aimer les hommes. Ils -ne le peuvent pas, parce que tout ce dont ils se servent est fait -contre-coeur, par ncessit, souvent avec des maldictions, par ceux -qu'ils forcent les servir. Pour que ces gens-l puissent aimer leurs -prochains, ils doivent tout d'abord cesser de les tourmenter. - - - -II.--_La loi du travail n'est pas pnible, mais agrable accomplir._ - -1 - -Tu mangeras ton pain la sueur de ton front. C'est une loi immuable. De -mme que la femme obit la loi de l'enfantement dans la souffrance, -l'homme doit obir la loi dure du travail. La femme ne peut se librer -de son sort. Si elle adopte un enfant qui n'est pas n d'elle, ce sera, -malgr tout, un tranger et elle sera prive des joies de la maternit. -Il en est de mme pour le travail des hommes. Lorsqu'un homme mange le -pain qu'il n'a pas gagn, il se prive des joies du travail. - - BONDAREV[1]. - -2 - -L'homme craint la mort laquelle il est soumis. L'homme qui ne connat -ni le bien ni le mal semble plus heureux, mais il est irrsistiblement -attir les connatre. - -L'homme aime l'oisivet et la satisfaction des dsirs sans souffrances, -mais ce n'est que le travail et les souffrances qui lui donnent la vie, - lui et toute son espce. - -3 - -C'est une grande erreur que de supposer que les hommes peuvent avoir une -vie spirituelle leve, alors que leur corps demeure dans le luxe et -l'oisivet. Le corps est toujours le premier lve de l'me. - - THOREAU. - -4 - -Si l'homme vit seul et se dispense de la loi du travail, il en est -immdiatement puni par le fait que son corps s'anmie et s'affaiblit. Si -l'homme vit dans l'oisivet et force les autres travailler pour lui, -il s'en trouve immdiatement puni par ce fait que son me s'obscurcit et -s'abaisse. - -5 - -L'homme vit d'une vie spirituelle et d'une vie matrielle. Il y a une -loi pour la vie spirituelle et une autre pour la vie matrielle. La loi -de la vie matrielle, c'est le travail, et la loi de la vie spirituelle, -c'est l'amour. Si l'homme droge la loi matrielle, celle du travail, -il drogera invitablement la loi spirituelle, celle de l'Amour. - -6 - -Bien que les habits offerts par le roi soient magnifiques, ceux qu'on -se fait soi-mme sont meilleurs: bien que la nourriture des riches soit -bonne, le pain que l'on gagne soi-mme est le meilleur plat. - - SAADI. - -7 - -La puissance divine galise les hommes: elle prend ceux qui ont -beaucoup et donne ceux qui ont peu. L'homme riche a plus de choses, -mais elles lui donnent moins de plaisir. Le pauvre a moins de choses, -mais plus de plaisir. L'eau puise la source et une crote de pain -semblent bien meilleures au pauvre travailleur, que les mets et les -boissons les plus chers le paraissent l'oisif. Le riche blas ne -trouve plus got rien. Pour le travailleur, la nourriture, la boisson -et le repos sont chaque fois un plaisir nouveau. - -8 - -L'enfer est cach par les plaisirs, le paradis par le travail et les -malheurs. - - MAHOMET. - -9 - -Sans travail manuel, il n'y a pas de corps sain, il n'y a pas non plus -de penses saines. - -10 - -Si tu veux toujours tre de bonne humeur, travaille jusqu' la fatigue, -mais non pas au-dessus de tes forces. L'oisivet rend les gens -mcontents et mchants. Il en est de mme lorsqu'on travaille trop. - -11 - -La meilleure et la plus pure joie est celle du repos aprs le travail. - - KANT. - - - -III.--_Le meilleur travail est le travail agricole._ - -1 - -Tous les hommes reconnatront avec le temps la vrit comprise depuis -longtemps par les grands esprits de tous les peuples; la plus grande -vertu de l'humanit consiste dans la soumission aux lois de l'tre -suprme. Tu es cendre et tu redeviendras cendre. C'est la premire loi -que nous apprenons sur notre vie; la deuxime loi commande la culture de -la terre dont nous sommes issus et laquelle nous retournerons. C'est -en cultivant cette terre avec l'amour pour des btes et des plantes que -cette culture exige, que l'homme comprend et vit le mieux sa vie. - - J. RUSKIN. - -2 - -L'agriculture n'est pas l'une des occupations propres l'homme. -L'agriculture est une occupation propre tous les hommes; ce travail -leur donne le plus de libert et le plus d'honneur. - -3 - -La terre dit celui qui ne la cultive pas: parce que tu ne me -travailles pas de la main droite et de la main gauche, tu resteras -ternellement la porte des hommes avec tous les autres qumandeurs; tu -n'auras jamais que les restes des riches. - - ZOROASTRE. - -4 - -La vie des hommes de notre temps est organise de faon que la plus -grande rmunration est obtenue pour un travail vain et inutile: dans -les confiseries, les fabriques de tabacs, les pharmacies, les banques, -le commerce, la littrature, la musique, etc.; et l'on paie bien moins -le travail agricole. Si l'on attache de l'importance la rmunration -pcuniaire, cet tat de choses est trs injuste. Mais si l'on envisage -principalement la joie du travail, son influence sur la sant corporelle -et ses attraits naturels, c'est trs juste. - -5 - -Le travail manuel, le travail agricole surtout, est utile non seulement -au corps, mais encore l'me. Les gens qui ne travaillent pas de leurs -mains, prouvent des difficults comprendre sainement les choses. -Ils ne cessent de penser, de parler, d'couter ou de lire. L'esprit -n'a pas de repos, il s'irrite et s'embrouille. Le travail agricole est -utile, parce qu'en outre du repos qu'il offre l'homme, il lui permet -d'envisager sainement, simplement et clairement la situation de l'homme -dans la vie. - -6 - -J'aime les paysans. Ils ne sont pas assez instruits pour raisonner -faussement. - - MONTAIGNE. - - - -IV.--_Ce qu'on appelle la division du travail, n'est qu'une excuse de -l'oisivet._ - -1 - -Ces derniers temps on parle beaucoup d'une des raisons principales -du succs obtenu par les hommes dans la production et la division du -travail. Nous disons: division du travail; mais cette expression n'est -pas juste. Dans notre socit, ce n'est pas le travail qui est divis, -mais les hommes; ils sont diviss, rduits en petites parcelles d'homme. -A la fabrique, un homme ne fait qu'une infime partie de l'objet; de -sorte que la partie d'initiative laisse l'homme ne suffit pas pour -faire toute une pingle ou tout un clou; il s'puise faire un bout -d'pingle ou la tte d'un clou. C'est vrai qu'il serait bon et dsirable -de fabriquer un grand nombre d'pingles par jour; mais si nous pouvions -voir seulement de quel sable nous les frottons, nous aurions rflchi -que ce n'est pas avantageux, pour cette raison que nous les frottons -avec le sable de l'me humaine. - -On peut tourmenter les hommes, les mettre aux fers, les atteler comme -des btes, les tuer comme des mouches en t, et cependant, dans un -sens, dans le meilleur, ces hommes peuvent rester libres. Mais craser -leurs mes immortelles, les trangler et transformer les gens en -machines--c'est la vraie servitude. Seule cette humiliation, cette -transformation des hommes en machines force les ouvriers lutter -dsesprment et inutilement pour leur libert dont ils ne conoivent -pas le sens eux-mmes. Leur animosit n'est pas provoque par la faim, -ni par les atteintes l'amour propre (ces deux causes ont toujours -produit leur effet, mais les bases de la socit n'ont jamais t aussi -branle que maintenant). Cela ne tient pas ce que les ouvriers se -nourrissent mal, mais ce qu'ils n'ont pas de plaisir au travail par -lequel ils gagnent leur pain; ce qui fait qu'ils considrent la richesse -comme l'unique moyen de plaisir. Ils souffrent moins du mpris que -leur tmoignent les classes imprieuses que du mpris qu'ils ont pour -eux-mmes, parce que le travail auquel ils sont condamns les humilie, -les dprave, les amoindrit. Jamais plus qu'aujourd'hui les classes -suprieures n'ont tmoign autant de sympathie et d'affection pour -les classes infrieures, et, cependant, elles n'ont jamais t autant -mprises par celles-ci. - - JOHN RUSKIN. - -2 - -L'homme, comme l'animal, doit besogner, employer ses mains et ses pieds. -Il peut forcer les autres faire ce qui lui est ncessaire, mais il -devra quand mme dpenser quelque chose ses forces corporelles. S'il -ne travaille pas des choses utiles, raisonnables, il travaillera des -choses inutiles et stupides. C'est ce qui se produit, en effet, parmi -les classes aises. - -3 - -Les classes oisives excusent leur fainantise par ce qu'elles s'occupent -des arts et des sciences ncessaires au peuple. Ces gens se chargent -d'en fournir ceux qui travaillent; malheureusement, ce qu'ils -apportent au peuple en fait de science et d'art, est une fausse science -et un faux art. Aussi, au lieu de rcompenser le peuple de son travail, -la science et l'art qu'on lui offre ne font que le tromper et le -dpraver. - -4 - -Un Europen vantait devant un Chinois les avantages de la production -mcanique: Elle libre l'homme du travail disait l'Europen. La -libration du travail serait un grand malheur, rpondit le Chinois. Sans -travail il n'y a pas de bonheur possible. - -5 - -L'homme ne peut acqurir la richesse que par trois moyens: le travail, -la mendicit et le vol. Ceux qui peinent gagnent peu, justement parce -qu'une trop grande part revient aux mendiants et aux voleurs. - - HENRY GEORGE. - - - -V.--_Les occupations des gens qui se sont librs de la loi du travail -sont toujours vaines et inutiles._ - -1 - -De mme qu'un cheval tournant une roue incline ne peut pas s'arrter et -doit toujours avancer, l'homme ne peut pas rester oisif. Par consquent, -un homme qui travaille a tout autant de mrite qu'un cheval mont sur -une roue et qui remue les jambes. L'important n'est pas dans le fait que -l'homme travaille, mais quoi il travaille. - -2 - -Ceux qui se sont dispenss du travail manuel peuvent tre intelligents, -mais rarement raisonnables. Si l'on crit, imprime et enseignelant de -futilits dans nos coles, si notre littrature, notre musique, nos -tableaux sont si subtils, si peu comprhensibles pour tous, c'est parce -que tous ceux qui s'en occupent se sont librs du travail manuel et -mnent une vie oisive. - - D'aprs EMERSON. - -3 - -Les hommes cherchent le plaisir d'un ct et d'autre parce qu'ils -sentent le vide de leur existence, mais ne sentent pas encore le vide du -nouveau plaisir qui les attire. - - PASCAL. - -4 - -Personne n'a encore calcul les millions de journes de dur travail -et, peut-tre des milliers de vies qui se dpensent prparer les -distractions. C'est pour cette raison que les distractions de notre -monde ne sont pas joyeuses. - - - -VI.--_Le mal de l'oisivet._ - -1 - -On ne peut avoir honte d'aucun travail mme du plus malpropre; seule -l'oisivet doit faire honte. - -2 - -Les gens oisifs et riches n'ont qu'un souci--c'est de tirer orgueil de -leur luxe. Ils sentent que, sans cela, tous les mpriseraient comme ils -le mritent. - -3 - -Honte l'homme qui l'on doit conseiller de prendre sur la fourmi -l'exemple de l'amour pour le travail. Doublement honteux lui quand il -ne suit pas ce conseil. - - _Le Talmud._ - -4 - -L'oisivet devrait figurer parmi les tourments de l'enfer, et c'est elle -qui se trouve place parmi les joies du paradis. - - MONTAIGNE. - -5 - -Celui qui ne fait rien a toujours de nombreux aides. - -6 - -Ne fais jamais faire par les autres ce que tu peux faire toi-mme. - -7 - -Le doute, la tristesse, l'abattement, l'indignation, le dsespoir, tous -ces dmons veillent sur l'homme, et ds qu'il mne une vie oisive, ils -l'attaquent. Le moyen le plus sr de se protger contre ces dmons, -c'est un travail corporel assidu. Ds que l'homme se met cette -besogne, aucun dmon n'ose plus l'approcher et ne fait que grogner de -loin. - - CARLYLE. - -8 - -Le dmon, lorsqu'il pche les hommes la ligne, se sert de diffrentes -amorces. Mais l'homme oisif n'a pas besoin d'amorce, il se fait prendre -sans amorce. - -9 - -Il est prfrable de prendre une corde, d'aller chercher du bois dans la -fort et de le vendre pour acheter du pain que de demander aux gens de -vous en donner. Si l'on vous refuse, vous en aurez du dpit; si on vous -le donne ce sera pis encore: vous aurez honte. - - MAHOMET. - -10 - -Il y avait une fois deux frres; l'un travaillait chez un seigneur, -l'autre vivait du travail de ses mains. Le frre riche dit un jour au -pauvre: - ---Pourquoi ne vas-tu pas travailler chez le seigneur? Tu ne connatrais -pas de besogne pnible. - -A cela le pauvre rpliqua: - ---Pourquoi ne travailles-tu pas? Tu ne connatrais pas d'humiliation ni -de servitude. - -Les sages disent qu'il est prfrable de manger tranquillement le pain -qu'on a gagn, que de porter une charpe d'or et d'tre le serviteur -d'un autre. Il est prfrable de ptrir la chaux et l'argile de ses -mains, que de joindre ses mains sur la poitrine en signe d'humilit. - - SAADI. - -11 - -Ne pas rester la porte des riches et ne pas parler d'une voix de -qumandeur--c'est la meilleure vie. Et, afin que cela n'arrive pas, il -ne faut pas craindre le travail. - - HOTOPADEZ hindou. - -12 - -Si tu ne veux pas travailler, humilie-toi, ou opprime les autres. - -13 - -L'aumne d'une pauvre veuve est gale aux plus riches dons, avec cette -diffrence qu'elle est la vraie charit. - -Seuls les pauvres qui travaillent peuvent avoir la joie de la charit. -Les riches, les oisifs, en sont privs. - - - -[1] Paysan russe, auteur d'un ouvrage sur la loi du travail. Tolsto a -connu l'auteur et comment son ouvrage. (N. du trad.) - - - - -CHAPITRE X - -DE LA CUPIDIT - - -Le pch de cupidit est dans l'accumulation d'une quantit toujours -grandissante d'objets ou d'argent ncessaires aux autres hommes, et de -garder ces objets ou cet argent afin de jouir sa guise du travail -d'autrui. - - -I--_Le pch du riche._ - -1 - -Dans notre socit, un homme ne peut pas dormir sans payer sa place. -L'air, l'eau, la lumire du soleil ne lui appartiennent que sur la -grand'route.... L'unique droit reconnu chez nous, c'est de marcher sur -cette grand'route jusqu' ce que l'on commence chanceler de fatigue, -parce qu'on ne peut s'arrter et que l'on doit marcher toujours. - - GRANT ALLEN[1]. - -2 - -Dix hommes bons s'tendent et dorment paisiblement sur le mme feutre, -mais deux riches ne peuvent pas vivre en paix dans dix chambres. Si un -homme de coeur trouve une miche de pain, il en donne la moiti celui -qui a faim. Mais lorsqu'un conqurant conquiert une partie du monde, il -ne se tranquillise pas tant qu'il n'en n'a pas pris une autre partie -encore. - -3 - -Les riches ont quinze chambres pour trois personnes, et il ne peuvent -pas laisser un mendiant se chauffer et coucher chez eux. - -Le paysan a une chaumire de sept mtres pour sept personnes; mais il -laisse volontiers entrer un voyageur en disant: Dieu nous ordonne de -partager. - -4 - -Les riches et les pauvres se compltent les uns les autres. Quand il y a -des riches, il y a et il doit y avoir des pauvres. Quand existe le luxe -effrn, existe et doit exister l'affreuse misre qui force ceux qui -n'ont rien tre au service du luxe. - -Le Christ aimait les pauvres et s'loignait des riches. - -Dans le royaume de vrit qu'Il prchait, les riches et les pauvres -seraient galement impossibles. - - HENRY GEORGE. - -5 - -Le vagabond est le complment indispensable du millionnaire. - - HENRY GEORGE. - -6 - -Les plaisirs des riches sont obtenus par les larmes des pauvres. - -7 - -Lorsque les riches parlent du bonheur social, je ne doute pas qu'ils -forment sous ce prtexte un complot en vue d'assurer leurs intrts. - - THOMAS MORE. - -8 - -Les honntes gens ne sont jamais riches. Les gens riches ne sont jamais -honntes. - - LAO-TSEU. - -9 - -Ne vole pas un pauvre parce qu'il est pauvre, dit Salomon. Pourtant, -ce pillage du pauvre parce qu'il est pauvre est une chose trs -ordinaire: le riche profite toujours de la misre du pauvre pour le -forcer travailler pour lui, ou bien pour lui acheter ses produits -vil prix. - -On dvalise rarement les riches sur les grand'routes, parce qu'il est -dangereux de voler un riche, alors qu'on peut dvaliser un pauvre sans -aucun risque. - - D'aprs JOHN RUSKIN. - -10 - -Les gens qui appartiennent aux classes ouvrires tchent le plus souvent -de passer dans la classe des gens aiss qui vivent du travail d'autrui. -Ils appellent a se joindre aux bonnes gens, alors qu'il faudrait dire -quitter les bonnes gens pour les mchants. - -La richesse est un grand pch devant Dieu, la pauvret l'est devant les -hommes. - - Proverbe russe. - - - -II.--_-L'homme et la terre._ - -1 - -Etant issu de la terre, la terre m'est donne pour que j'y prenne tout -ce qu'il me faut pour cultiver et ensemencer, et j'ai le droit de -rclamer ma part. - -Montrez-moi donc o elle est. - - EMERSON. - -2 - -La terre est notre mre tous; elle nous nourrit, nous donne asile, -nous rjouit et nous chauffe; depuis notre naissance et jusqu'au moment -o nous nous endormons du dernier sommeil sur son coeur de mre, elle -nous caresse constamment de son treinte affectueuse. - -Et voici que les gens parlent de sa vente; et elle prsente, en effet, -notre poque vnale, un article de ngoce, elle est vendue et achete. - -Mais la vente de la terre cre par le Crateur cleste est une norme -ineptie. La terre ne peut appartenir qu'au Dieu tout-puissant et -tous les fils des hommes qui la travaillent, de mme qu' ceux qui la -travailleront dans l'avenir. - -Elle est la proprit non seulement d'une seule gnration, mais de -toutes les gnrations passes, futures et prsentes qui la travaillent. - - CARLYLE. - -3 - -Nous occupons une le sur laquelle nous vivons des produits de nos -mains. Un marin naufrag est rejet sur notre cte. A-t-il le mme droit -naturel que nous d'occuper sur les mmes bases que nous, une parcelle de -terre pour s'y nourrir de son travail? Il semblerait que ce droit est -incontestable. Et cependant, combien d'hommes naissent sur notre plante -auxquels les gens qui y vivent refusent ce droit. - - DE LAVELEYE. - - - -III.--_Les consquences nuisibles de la richesse._ - -1 - -Les hommes se plaignent d'tre pauvres et s'efforcent, par tous les -moyens, d'arriver la richesse; cependant, la misre et la pauvret -donnent aux gens la fermet et la force, alors que les excs et le luxe -les affaiblissent et les amnent leur perte. - -Les pauvres ont tort de vouloir changer l'indigence utile au corps et -l'me contre la richesse qui est nuisible au corps et l'me. - -2 - -Si le pauvre a des peines, le riche en a doublement. - -3 - -Le riche est malheureux; d'abord, parce qu'il craint toujours pour ses -richesses, ensuite, parce que plus il a de biens, plus il a de soucis et -d'affaires. Mais il est surtout malheureux parce qu'il ne peut se lier -qu'avec des riches comme lui, qui sont peu nombreux, et non avec les -pauvres qui sont la majorit. S'il se lie avec un pauvre, il voit trop -nettement son pch, et il ne peut pas ne pas en avoir honte. - -4 - -La richesse a l'or, la pauvret a la joie. - - Proverbe. - -5 - -La richesse habitue les gens l'orgueil, la cruaut, l'ignorance -prsomptueuse et la dbauche. - -6 - -Seul un homme riche peut tre insensible et indiffrent au malheur -d'autrui. - - Le _Talmud._ - -7 - -La misre assagit, la richesse abtit. Les chiens eux-mmes deviennent -enrags force de trop bien manger. - - Proverbe russe. - -8 - -Celui qui est charitable n'est jamais riche. Le riche n'est srement pas -charitable. - - Proverbe mandchourien. - -9 - -Les gens cherchent la richesse; s'ils savaient seulement combien ils -perdent de bont en gagnant l'opulence et en vivant au milieu d'elle, -ils auraient cherch s'en dbarrasser avec le mme zle qu'ils mettent - l'acqurir. - -10 - -Le moment est proche o les hommes cesseront de croire que la richesse -donne le bonheur et comprendront, enfin, la simple vrit qu'en gagnant -et en conservant leur richesse, ils rendent plus malheureuse et non -meilleure l'existence des autres et la leur. - - - -IV.--_On ne doit pas envier la richesse, mais en avoir honte._ - -1 - -Il ne faut pas respecter et envier les riches, mais les plaindre et -s'loigner d'eux. Quant au riche, il ne doit pas tre fier de ses biens, -mais honteux. - -2 - -Si le pauvre envie le riche, il ne vaut pas mieux que lui. - -3 - -L'orgueil des riches est mauvais, mais l'envie des pauvres n'est pas -moins mauvaise. Combien il y a de pauvres qui, tout en blmant les -riches, agissent de mme qu'eux envers ceux qui sont plus pauvres -qu'eux-mmes! - - - -V.--_L'excuse de la richesse._ - -1 - -Si tu as des revenus sans travailler, il y a srement quelqu'un qui -travaille sans tre pay. - -2 - -Seul celui qui est sr de n'tre pas un homme comme tous les autres, -mais meilleur qu'eux, peut possder des richesses au milieu des pauvres -et avoir la conscience tranquille. Seule la pense qu'il est meilleur -que les autres peut justifier un tel homme ses propres yeux. Et, -chose extraordinaire, la possession des richesses, qui devrait rendre -un tel homme honteux, est pour lui la principale justification de sa -supriorit sur les autres hommes. Je jouis de la richesse parce que je -suis meilleur que les autres. Et je suis meilleur que les autres parce -que je jouis de la richesse, se dit-il. - -3 - -Rien ne prouve aussi clairement la fausset de la religion professe -parmi nous que ce fait que les hommes qui se considrent comme chrtiens -peuvent non seulement jouir de leurs richesses, au milieu des pauvres, -mais encore en tre fiers. - -4 - -L'une des erreurs les plus frquentes et les plus significatives que les -hommes commettent, est de croire comme bon ce qu'ils aiment. Ils aiment -la richesse, et bien que le mal de la richesse soit vident, ils se -persuadent que la richesse est bonne. - -5 - -Est-ce que Dieu a donn quelque chose l'un, sans le donner l'autre? -Est-ce que notre Pre commun a exclu l'un de ses enfants? Vous qui -exigez le droit exclusif de profiter de ses dons, montrez le testament -par lequel il aurait priv les autres frres de son hritage. - - LAMENNAIS. - -6 - -Il semblerait que, connaissant l'affreuse misre des ouvriers qui -meurent de privations et d'excs de travail (et il est impossible de ne -pas le savoir), les gens riches, qui profitent de ce travail homicide, -seraient forcs de s'en mouvoir. Cependant, ces gens riches, libraux, -humanitaires, trs sensibles non seulement aux souffrances des hommes, -mais celles des btes, cherchent s'enrichir davantage, c'est--dire - profiter de plus en plus du travail des autres et le font en toute -srnit. - -Cette srnit des riches est due l'intervention d'une nouvelle -science dnomme conomie politique, qui a pos des lois en vertu -desquelles la rpartition du travail et la jouissance de ses produits -dpendent de l'offre et de la demande, du capital, de la rente, du taux -des salaires, des bnfices, etc. - -Il a t crit sur ce thme, en peu de temps, un nombre incalculable de -traits, de brochures; il a t fait des cours et des confrences, et on -en crit et on confrencie encore l'infini. - -Bien que la plupart des gens ignorent les dtails de ces explications -rassurantes de la science, ils savent quand mme que cette explication -existe, que les savants, des gens subtils, ne cessent de dmontrer que -l'ordre de choses actuel est tel qu'il doit tre, et que l'on peut se -laisser vivre tranquillement dans cet tat de choses, sans essayer de le -modifier. - -Ce n'est qu'ainsi qu'on peut expliquer l'aveuglement surprenant -dans lequel se trouvent les hommes sensibles de notre socit, qui -plaignent sincrement, les animaux, mais qui, la conscience tranquille, -s'attaquent la vie de leurs semblables. - - - -VI._--Pour atteindre le bonheur, l'homme ne doit pas se soucier de -l'accroissement de son avoir, mais de l'amour qui est en lui._ - -1 - -Gagne une richesse que personne ne pourra te prendre, qu'elle te reste -mme aprs la mort et qu'elle ne diminue ni ne tarisse jamais. Cette -richesse--c'est ton me. - - Proverbe hindou. - -2 - -Les gens se soucient mille fois plus d'augmenter leurs richesses que de -dvelopper leur raison. Pourtant chacun devrait comprendre qu'il vaut -bien mieux pour son bonheur conserver ce qui est en lui que ce qui est -chez lui. - - D'aprs SCHOPENHAUER. - -3 - -Et il leur dit celte parabole: Les terres d'un riche donnrent, une -abondante rcolte; et ce riche se demanda: Que ferai-je? Je n'ai pas -assez de place pour serrer ma rcolte. Voici, dit-il, ce que je ferai: -j'abatterai mes greniers, j'en btirai de plus grands, et j'y amasserai -toute ma rcolte et tous mes biens. Puis je dirai mon me: Mon me, -tu as beaucoup de biens en rserve pour plusieurs annes; repose-toi, -mange, bois et rjouis-toi. Mais Dieu lui dit: Insens, celte nuit -mme ton me te sera prise, et ce que tu as amass, qui cela -appartiendra-t-il? - - Luc, XII, 16-20. - -4 - -Pourquoi l'homme voudrait-il tre riche? Pourquoi lui faut-il des -chevaux de race, de riches habits, de magnifiques chambres, des droits -d'entre dans les lieux de distractions? - -Parce qu'il manque de vie spirituelle. - -Donnez cet nomme une vie spirituelle, et il n'aura besoin de rien. - - EMERSON. - -5 - -De mme qu'un vtement riche embarrasse les mouvements du corps, la -richesse entrave les mouvements de l'me. - - - -VII.--_La lutte contre de pch de cupidit._ - -1 - -Celui qui possde moins qu'il ne veut avoir doit se souvenir qu'il a -plus qu'il ne mrite. - - LICHTENBERG. - -2 On peut viter la misre par deux moyens: augmenter son avoir, ou -bien apprendre se contenter de peu. Augmenter les richesses n'est pas -toujours possible, et c'est presque toujours malhonnte; tandis que -diminuer nos caprices est toujours en notre pouvoir et est salutaire -notre me. - -3 - -Le pire voleur n'est pas celui qui a pris ce qui lui est ncessaire, -mais bien celui qui garde sans en donner aux autres ce dont il n'a pas -besoin. - -4 - -Celui qui aurait des biens de ce monde et qui, voyant son frre dans le -besoin, lui fermerait son coeur, comment l'amour de Dieu demeurerait-il -en lui? Mes enfants, n'aimons pas en paroles, mais en actes et par la -vrit! I. JEAN, III, 17-18. - -Pour qu'un riche n'aime pas en paroles mais en actes et par la vrit -il doit donner celui qui demande, ainsi que l'a dit le Christ. Et -si l'on donne celui qui demande, toute richesse s'puise bientt. Et -ds que l'homme cesse d'tre riche, il lui arrive ce que Jsus a dit au -jeune homme, c'est--dire que ce qui empchait le jeune homme riche de -le suivre n'existe plus. - -5 - -La charit est vritable seulement quand tu t'es priv en la faisant. -C'est alors que celui qui reoit un don matriel, reoit galement un -don spirituel. Et si ton don n'est pas un sacrifice, mais le rsultat de -la surabondance, il ne fait qu'irriter celui qui le reoit. - -6 - -Les opulents bienfaiteurs ne voient pas ce qu'ils donnent au pauvre, ils -l'enlvent souvent des mains de plus pauvres encore. - - -[1] Moraliste anglais _(N. du tr.)_ - - - - -CHAPITRE XI - -DE LA COLRE - - -I.--_Pch de malveillance._ - -1 - -Il a t dit aux anciens: Tu ne tueras point, et celui qui tuera sera -jug (Exode, XX, 13). Mais moi je vous dis que quiconque se met en -colre contre son frre sera jug. - - MATTH., V, 21-22. - -2 - -Si tu prouves une douleur dans le corps, tu sais que quelque chose -n'est pas en bon tat: ou tu fais ce que tu ne devrais pas faire, ou -bien lu ne fais pas ce que tu devrais faire. Il en est de mme de la vie -spirituelle. Si tu te sens triste, irrit, sache que quelque chose est -en mauvais tat: ou tu aimes ce qu'il ne faudrait pas aimer, ou bien tu -n'aimes pas ce qu'il faudrait aimer. - -3 - -Les pchs de la gourmandise, de l'oisivet, de la volupt, sont mauvais -par eux-mmes. Mais ces pchs sont surtout reprhensibles parce qu'ils -engendrent le pire des pchs: la malveillance, l'iniquit envers les -gens. - -4 - -Ce ne sont pas les pillages, les assassinats, les excutions qui sont -effrayants. Qu'est-ce que le pillage? C'est le passage de la proprit -des uns aux autres. Cela a toujours exist, cela sera toujours, et il -n'y a rien d'effrayant cela. - -Que sont les excutions, les assassinats? C'est le passage des hommes de -la vie la mort. Ces passages ont t, sont et seront toujours, et cela -n'a galement rien, d'effrayant. Ce qu'il y a de rellement effrayant, -c'est la haine des hommes qui engendre le brigandage, le vol, le meurtre. - - - -II.--_L'absurdit de la colre._ - -1 - -Les Bouddhistes disent que tout pch vient de la btise. Cela est -juste pour tous les pchs, mais surtout pour l'inimiti. Le pcheur, -l'oiseleur se fche contre le poisson ou l'oiseau parce qu'il ne l'a pas -pris, et moi je me fche contre l'homme, parce qu'il fait ce dont il -a besoin pour lui, et non pas ce que je voudrais de lui. N'est-ce pas -galement stupide? - -2 - -Un homme t'a offens. Tu t'es fch contre lui. L'affaire est termine. -Mais la colre contre cet homme s'est fige dans ton coeur, et lorsque -tu penses lui, tu t'irrites. Comme si le diable, qui est toujours -en faction la porte de ton coeur, avait profit de l'heure o tu as -ressenti ta colre contre cet homme; comme si elle lui eut ouvert la -porte, qu'il eut bondi dans ton coeur et qu'il y ft matre, maintenant. -Chasse-le. Et l'avenir, sois plus prudent, n'ouvre pas la porte par -laquelle il entre. - -3 - -Plus l'homme se croit haut plac, plus facilement il s'irrite contre les -gens. Plus l'homme est modeste, plus il est bon et se fche moins. - -4 - -Ne pense pas que la vertu consiste dans la bravoure et la force. Si tu -peux te placer au-dessus de la colre, pardonner et aimer celui qui t'a -offens, tu auras fait le mieux de ce qu'un homme peut faire. - - DJERBELOTE, persan. - -5 - -Il est vrai, que tu n'as peut-tre pas la force de ne pas te fcher -contre celui qui t'a offens, outrag. Mais tu peux toujours le -contenir, ne manifester ta colre ni en paroles ni en actes. - -6 - -La colre ment toujours de l'impuissance. - - - -III.--_La colre contre les hommes nos frres est draisonnable parce -que le mme Dieu vit en nous tous._ - -1 - -On doit s'observer depuis le matin et se dire: tout l'heure, je -pourrai avoir affaire un homme insolent, effront, importun, -hypocrite, nerveux. Il y a souvent des gens comme a. Ils ne savent pas -ce qui est bien et ce qui est mal. Mais si je sais, moi, o est le bien -et le mal, si je comprends que le mal pour moi ne peut venir que de la -mauvaise action que j'ai commise moi-mme, aucun mauvais homme ne peut -me nuire. Personne ne peut me forcer faire mal. Si je pense encore que -tout homme m'est proche, non par le sang et la chair, mais par l'esprit, -que le mme Esprit divin vit en chacun de nous, je ne peux pas me fcher -contre un tre qui m'est proche. Je sais donc que nous sommes crs l'un -pour l'autre, que nous sommes appels nous entr'aider comme les mains, -les pieds, les yeux et les dents s'aident entre eux et servent le corps -entier; comment puis-je me dtourner de mon prochain si, contrairement -sa vraie nature, il me fait du mal. - - MARC-AURLE - -2 - -Si tu t'es fch contre un homme, c'est que tu menais une vie charnelle, -et non pas une vie spirituelle. Si tu vivais selon la volont divine, -personne ne pourrait t'offenser, car on ne peut offenser Dieu, et Dieu, -le Dieu qui est en toi, ne peut se fcher. - -3 - -On ne doit ni trop mpriser ni trop respecter aucun homme. - -Si tu le mprises, tu ne pourras pas apprcier le bien qu'il y a en lui; -si tu l'honores trop, tu exigeras trop de lui. - -Pour ne pas se tromper, il faut mpriser le ct charnel autant chez -autrui qu'en soi-mme et respecter l'homme comme un tre spirituel en -qui demeure l'esprit divin. - - - -IV.--_Plus l'homme se diminue, mieux il vaut._ - -1 - -On dit qu'un homme de bien ne peut pas faire autrement que de se fcher -contre les mchants. Mais si cela est ainsi, plus l'homme est bon -comparativement aux autres, plus il doit se mettre en colre contre eux; -en ralit, plus un homme est bon, plus il est doux et bon pour tous les -autres hommes. Cela tient ce qu'un homme bon se souvient que lui aussi -a souvent pch, et que s'il s'irrite contre les mchants, il doit, tout -d'abord, s'irriter contre lui-mme. - - SNQUE. - -2 - -Un homme raisonnable ne peut pas se fcher contre les hommes mchants et -draisonnables. - ---Comment puis-je ne pas me fcher s'ils sont voleurs et filous? dis-tu. - ---Qu'est-ce qu'un voleur et un filou? C'est un homme qui s'est gar. -On doit non pas se fcher contre un tel homme, mais le plaindre. Si tu -peux, persuade-le que ce n'est pas bon pour lui-mme de vivre comme il -vit, et il cessera de faire le mal. S'il ne le comprend pas encore, quoi -d'tonnant qu'il vive ainsi. - -Tu diras que ces gens l doivent tre punis. - -Si un homme a mal aux yeux et qu'il est devenu aveugle, tu ne diras pas -qu'il faut l'en punir. Pourquoi donc veux-tu punir celui qui est priv -de quelque chose de bien plus prcieux que les yeux, qui est priv du -plus grand bonheur qui existe, celui de savoir vivre raisonnablement? - -On ne doit pas se fcher contre ces gens, mais les plaindre. - -Aie piti de ces malheureux et tche de faire en sorte que leurs -garements ne t'irritent pas. Souviens-toi combien souvent tu t'es -tromp et tu as pch toi-mme, et fche-toi plutt contre toi-mme de -ce que ton me renferme tant d'inimiti et de mchancet. - - PICTTE. - -3 - -Tu dis que tu n'es entour que de mauvaises gens. Si tu penses ainsi, -c'est une preuve certaine que tu es mchant toi-mme. - -4 - -Souvent les gens croient se faire valoir en remarquant les dfauts des -autres; mais ils ne font que montrer leur faiblesse. - -Plus l'homme est bon et intelligent, plus il voit le bien chez les -autres; plus il est bte et mchant, plus il voit les dfauts des autres. - -5 - -Il est vrai, qu'il est difficile de se montrer bon envers un vicieux, -un menteur, surtout s'il vous offense; mais c'est prcisment envers de -pareils hommes qu'on doit tre bon, et pour eux, et pour soi. - -6 - -Lorsqu'on se fche contre quelqu'un, on cherche gnralement justifier -sa colre et, ne voir que le mal en la personne contre laquelle on -s'irrite; et l'on ne fait qu'augmenter son inimiti. Alors, qu'au -contraire, plus on est irrit, plus on doit chercher le bien que peut -contenir celui contre qui on s'irrite. Et lorsqu'on russit dcouvrir -le bien et aimer un tel homme, non seulement on apaise sa colre, mais -encore on prouve une joie profonde. - -7 - -Si tu veux reprocher un homme ses incohrences, ne qualifie pas ses -actes ou ses paroles de sottises, ne dis et ne pense pas que ce qu'il a -fait ou dit n'a aucun sens. Au contraire, suppose toujours qu'il voulait -faire ou dire quelque chose de raisonnable et tche de le prouver. -Il faut s'efforcer de dcouvrir les ides errones qui ont tromp -l'homme et les lui faire voir de faon ce qu'il arrive lui-mme -la conclusion, qui est qu'il se trompe. On ne peut persuader un homme -que par sa propre raison. De mme, on ne peut persuader un homme de -l'immoralit de son acte que par son sentiment moral. Il ne faut pas -supposer que l'homme le plus vicieux ne puisse pas devenir un tre -vertueux et libre. - - D'aprs KANT. - -6 - -Si tu te fches contre un homme parce qu'il a commis un acte que nous -considrons comme reprhensible, tche de savoir pourquoi il a fait ce -que nous considrons comme mauvais. Ds que tu l'auras compris, tu ne -seras plus fch, parce qu'on ne peut se fcher de ce que la pierre -tombe du haut en bas et non de bas en haut. - - - -V.--_La ncessit de l'amour pour la communion entre les hommes._ - -1 - -Pour que tes relations avec les hommes ne soient pas un sujet de -souffrance pour toi et pour eux, n'entre pas en rapports avec les gens -si tu n'prouves pas d'affection pour eux. - -2 - -Sans amour, on ne peut manier que les objets; sans amour, on peut -abattre des arbres, faire des briques, forger le fer; on ne peut sans -amour traiter les hommes. - -Si tu n'prouves pas d'amour pour les hommes, occupe-toi de toi-mme, -manie des choses, ce que tu voudras, mais laisse les hommes tranquilles. -Ds que tu te permettras de les traiter sans amour, tu deviendras non -pas un homme, mais une bte, tu leur nuiras et tu seras malheureux -toi-mme. - -3 - -Lorsqu'on voit des gens toujours mcontents, critiquant, tout et tout le -monde, on a envie de leur dire: Le but de votre existence n'est pas de -dvoiler l'absurdit de la vie, de la critiquer, de vous fcher et de -mourir. Cela n'est pas possible. Rflchissez; vous ne devriez pas vous -fcher, ni critiquer, mais travailler rparer le mal que vous voyez. - -Si vous voulez faire disparatre le mal que vous voyez vous n'y -arriverez certainement pas par l'inimiti, mais uniquement par la -bienveillance envers tous les hommes, car ce sentiment vit toujours en -nous et vous le sentirez aussitt que vous cesserez de l'touffer en -vous. - -4 - -Il faut nous habituer tre mcontents d'un autre homme de la mme -faon, qu'il nous arrive d'tre mcontents de nous-mmes. Cela nous -arrive lorsque nous ne sommes pas satisfaits d'un de nos actes, et non -de notre me. Il faut agir de mme l'gard des autres: critiquer -leurs actes, et les aimer eux-mmes. - -5 - -Pour ne pas faire tort son prochain, pour l'aimer, il faut s'habituer - ne pas dire de mal ni de lui, ni lui, et pour y parvenir, il faut -s'habituer ne pas penser mal de lui, ne pas laisser pntrer dans -notre me le sentiment de malveillance. - -6 - -Peux-tu te fcher contre un homme parce qu'il a des plaies purulentes? -Ce n'est pas sa faute si l'aspect de ses plaies est dsagrable. -Comporte-toi de mme envers les vices d'autruis. - -Mais tu diras que l'homme a une raison pour comprendre et corriger ses -vices. C'est juste. Par consquent, toi aussi, tu as une raison et tu -peux rflchir que tu ne dois pas le fcher contre l'homme en raison -de ses vices, mais au contraire, tu dois l'efforcer d'veiller sa -conscience en le traitant avec bont et intelligence, sans colre, sans -impatience et sans orgueil. - - MARC-AURLE. - -7 - -Il y a des gens qui aiment se fcher. Ils sont toujours occups -quelque chose et toujours heureux de l'occasion de brusquer, de gronder -celui qui s'adresse eux pour quelque affaire. Ces gens-l sont trs -dsagrables, mais il faut se souvenir qu'ils sont trs malheureux, ne -connaissent pas la joie de la bonne humeur, et c'est pourquoi, il ne -faut pas se fcher contre eux, mais les plaindre. - -8 - -On ne peut mieux calmer une colre, mme juste, qu'en disant celui qui -se fche que celui contre lequel il se fche, n'est qu'un malheureux. La -pluie a le mme effet sur le feu que la compassion sur la colre. - -9 - -L'homme qui dsire faire du tort son ennemi, n'a qu' s'imaginer qu'il -lui a dj fait mal et qu'il souffre de corps et d'me; il n'a qu' se -l'imaginer et comprendre que tout cela est l'oeuvre de nos mains, pour -que, l'ide des souffrances de l'ennemi, l'homme le plus mchant cesse -de garder sa rancune. - - SCHOPENHAUER. - - - -VI.--_La lutte contre le pch de malveillance._ - -1 - -On me blme, je suis ennuy, j'ai de la peine. Comment me dbarrasser de -ce sentiment dsagrable? D'abord, par l'_humilit_; quand on connat -sa faiblesse, on ne se fche pas de ce que les autres la montrent. Ce -n'est pas aimable de leur part, mais ils ont raison. Ensuite, par le -_raisonnement_; car, en dfinitive, on reste toujours ce qu'on a t, et -si l'on avait trop de vnration pour soi-mme, on aurait qu' modifier -son opinion. Enfin, et principalement, par le _pardon_; il n'y a qu'un -seul moyen pour ne pas har ceux qui nous font du mal et nous offensent, -c'est de leur faire du bien. Si l'on ne parvient pas les changer, du -moins, arrive-t-on se matriser soi-mme. - - AMIEL. - -2 - -La meilleure boisson qu'un homme peut boire est la mauvaise parole qu'il -a dj sur les lvres; qu'il ne la laisse pas, chapper et l'avale. - - MAHOMET. - -3 - -Comprends bien et souviens-toi que tout homme agit toujours au mieux de -ses propres intrts. - -Si tu y penses toujours, tu ne te fcheras contre personne, tu ne -reprocheras rien personne, tu ne gronderas personne; car si quelqu'un -a rellement du profit faire ce qui t'est dsagrable, il a raison et -il ne peut agir autrement. S'il se trompe et ne se fait du tort qu' -lui-mme, tant pis pour lui; on doit le plaindre et non se fcher contre -lui. - - PICTTE. - -4 - -Souvenons-nous que tous nous redeviendrons poussire, et soyons humbles -et modestes. - - D'aprs SAADI. - - - -VII.--_La malveillance nuit toujours celui qui la ressent._ - -1 - -Bien que la colre soit nuisible aux autres, elle fait surtout du tort - celui qui se fche. La colre est toujours plus nuisible que la chose -pour laquelle on se fche. - -2 - -Il y a des gens qui aiment se fcher, qui s'irritent et font du mal aux -autres sans aucune raison. On peut comprendre pourquoi un avare offense -les autres: il veut s'emparer de leur bien pour s'enrichir; il fait du -mal aux gens dans son propre intrt. Un mchant homme fait du tort aux -autres sans aucun bnfice personnel. Quelle folie! - - D'aprs SOCRATE. - -3 - -Ne pas faire de mal, pas mme ses ennemis, est une grande vertu. - -Celui qui cherche faire prir les autres, prit srement lui-mme. - -Ne fais pas de mal. La pauvret ne peut excuser le mal. Si tu fais du -mal, tu seras plus pauvre encore. - -Les gens peuvent viter les consquences de la mchancet de leurs -ennemis, mais ils n'viteront jamais les consquences de leurs pchs. -Cette ombre les poursuivra pas pas, jusqu' ce qu'elle les fasse prir. - -Que celui qui ne veut pas vivre triste et malheureux ne fasse pas de -tort aux autres. - -Si l'homme se veut du bien, qu'il ne fasse pas le moindre mal. - - _Kouran_ hindou. - -4 - -tre vertueux, c'est avoir l'me libre. Les gens qui s'irritent -continuellement contre quelqu'un, qui craignent constamment quelque -chose et qui s'adonnent aux passions, ne peuvent avoir l'me libre. -Celui qui ne peut pas avoir l'me libre ne verra pas en regardant, -n'entendra pas en coutant, ne sentira pas de got en mangeant. - - CONFUCIUS. - -5 - -Goutte goutte, le seau se remplit; de mme l'homme s'emplit de colre, -bien qu'il la ramasse petit petit, lorsqu'il se permet de s'irriter -contre les gens. Le mal revient celui qui le commet, de mme que la -poussire jete contre le vent. - -Ni au ciel, ni dans la mer, ni dans les profondeurs des montagnes, il -n'y a de place dans tout l'univers, o l'homme pourrait se dbarrasser -de la mchancet qui est dans son coeur. Souviens-t-en. - - DJAMAPADA. - -6 - -La loi hindoue dit: De mme qu'il est juste qu'il fasse froid en hiver -et chaud en t, il est juste qu'un mauvais homme soit malheureux et un -bon heureux. Que personne n'entame de querelle, bien qu'il soit offens -et qu'il souffre; que personne n'offense, ni par un acte, ni par une -parole, ni par une pense. Tout cela prive l'homme du vrai bonheur. - -7 - -Lorsque je sais que la colre me prive du vrai bonheur, je ne peux plus -chercher consciemment querelle aux autres; je ne peux pas, ainsi que je -le faisais avant, me rjouir de mon pch, en tre fier, l'encourager, -le justifier, me donner de l'importance et me croire raisonnable, -considrer les autres comme nuls, perdus, insenss; je ne peux plus -maintenant, en sentant que je me laisse emporter par la colre, ne -pas reconnatre que j'en suis seul coupable, et ne pas tcher de me -rconcilier avec ceux qui me cherchent querelle. - -Mais cela ne suffit pas. Si je sais maintenant que la colre est un -mal pour mon me, je sais aussi ce qui me conduit au mal. C'est -que j'oublie que la mme chose vit en moi et en tous les hommes. Je -vois maintenant que l'habitude de se distinguer des autres hommes et -de se considrer comme tant suprieur eux--est l'une des raisons -principales de mon inimiti. - -En repassant ma vie coule, je vois que je n'ai jamais laiss -s'accrotre mon sentiment d'inimiti envers les gens que je considrais -suprieurs moi, et je ne les offensais jamais. Mais, par contre, le -moindre acte de celui que je considrais comme mon infrieur provoquait -ma colre, et plus je me considrais suprieur, plus il m'tait facile -de l'offenser. Parfois mme, rien que l'ide de l'infriorit de -l'homme, provoquait dj une offense de ma part. - -8 - -Un jour d'hiver Franois, accompagn du frre Lon se rendait de Prouse - Porcioncule. Il gelait, et tous deux tremblaient de froid. Franois -appela Lon qui marchait devant, et lui dit: O frre Lon, Dieu veuille -que nos frres donnent par toute la terre, l'exemple de la vie de -saintet. Note, cependant, que ce n'est pas l qu'est la joie parfaite. - -Un peu plus loin, Franois appela encore une fois Lon et lui dit: - -Note encore que si nos frres gurissent les malades, chassent le -diable, rendent la vue aux aveugles font ressusciter les morts, ce n'est -pas l non plus que sera la joie parfaite. - -Encore plus loin, Franois appela de nouveau Lon et lui dit: Note -encore frre Lon, brebis du Seigneur, que si nous avions appris le -langage des anges, si nous connaissions le cours des toiles, si tous -les trsors de la terre nous taient apparus, et que si nous avions -compris tous les mystres de la vie des oiseaux, des poissons, des -btes, des gens, des arbres, des pierres et des eaux, note que cela non -plus ne serait pas une joie parfaite. - -Et un peu plus loin, Franois appela encore une fois Lon et lui dit: -Note encore que si nous tions des prdicateurs, qui parviendraient -ramener tous les payens au Christianisme, note que l encore, il n'y -aurait pas de joie parfaite. - -Alors le frre Lon dit Franois: - ---En quoi donc consiste la joie parfaite? - -Et Franois rpondit: En ceci: lorsque nous arriverons Porcioncule -sales, mouills, transis de froid et affams, et que nous demanderons -de nous donner asile, le portier nous dira: Pourquoi tranez-vous, -vagabonds, par les chemins, pourquoi tentez-vous les gens, pourquoi -voulez-vous l'aumne des pauvres; allez-vous en d'ici, et il ne nous -ouvrira pas. Si nous ne nous offensons pas et que nous pensons avec -humilit et amour que le portier a raison, et que mouills, gels, et -affams, nous restons jusqu'au matin dans la neige et l'humidit sans -murmurer contre le portier, c'est alors, frre Lon, que sera la joie -parfaite. - - - - -CHAPITRE XII - -DE L'ORGUEIL - - -Il est difficile de se dbarrasser des pchs, surtout lorsque les -tentations les encouragent. Telle est la tentation de l'orgueil. - - -I.--_L'absurdit de l'orgueil._ - -1 - -Les gens fiers sont tellement occups prcher aux autres qu'ils n'ont -pas le temps de penser eux-mmes; au reste, ils le croient inutile; -ils sont parfaits tels qu'ils sont. C'est pourquoi, plus ils prchent -aux autres, plus ils tombent bas eux-mmes. - -2 - -De mme que l'homme ne peut pas se soulever lui-mme, il ne peut pas se -glorifier lui-mme. - -3 - -La fiert est mauvaise parce que les gens sont fiers de ce dont on doit -avoir honte: de la richesse, de la gloire, des honneurs. - -4 - -Si vous tes plus-fort, plus riche, plus instruit que les autres, tchez -de venir en aide aux gens avec ce que vous avez de plus qu'eux. Si -vous tes plus fort, aidez les faibles; si vous tes plus intelligent, -aidez ceux qui ne le sont pas; si vous tes instruit, aidez ceux qui le -sont moins; si vous tes riche, aidez ceux qui sont pauvres. Mais les -orgueilleux ne raisonnent pas ainsi. Ils pensent que s'ils possdent ce -que les autres n'ont pas, ils n'ont pas besoin de partager avec ceux-ci, -mais n'ont qu' se vanter devant eux. - -5 - -Ce n'est pas bien si l'homme, au lieu d'aimer ses frres, se fche -contre eux. Mais c'est pis encore lorsque quelqu'un se persuade qu'il -n'est pas un homme comme les autres, mais meilleur qu'eux et, par -consquent, qu'il peut traiter les gens autrement qu'il ne voudrait tre -trait lui-mme. - -6 - -C'est stupide lorsque des gens tirent vanit de leur visage, de leur -corps, mais c'est plus stupide encore lorsqu'ils sont fiers de leurs -parents, de leurs anctres, de leurs amis, de leur classe, de leur -peuple. - -Une grande partie du mal, dans ce monde, vient de ce sot orgueil. -C'est de l que proviennent les querelles entre les hommes, entre les -familles, et les guerres entre les peuples. - -7 - -La btise peut exister sans l'orgueil; mais l'orgueil ne va jamais sans -la btise. - -8 - -Prenez l'exemple des eaux qui coulent dans les profondeurs des mers et -dans les cavits des montagnes: les ruisseaux descendent avec bruit, -mais la mer sans fin est muette, elle se balance peine. - - _Les Soutes_ bouddhistes. - -9 - -Plus la substance est lgre et moins elle est dense, plus elle occupe -de place. Il en est de mme de l'orgueil. - -10 - -Une mauvaise roue grince plus fort, un pi vide s'lve plus haut, Il en -est de mme d'un homme mauvais et vain. - -11 - -Plus l'homme est content de lui-mme, moins il possde ce dont on peut -tre fier. - -12 - -Un homme fier est comme couvert d'une corce de glace. Aucun bon -sentiment ne peut pntrer travers cette corce. - -13 - -Le plus sot des hommes est plus facile clairer qu'un orgueilleux. - -14 - -Si les gens fiers pouvaient seulement savoir ce que pensent d'eux ceux -qui profitent de leur fiert, ils cesseraient d'tre fiers. - - - -II.--_L'orgueil national_ - -1 - -Se croire meilleur que les autres est mal et stupide, nous le savons -tous. Considrer sa famille comme la meilleure de toutes, est plus mal -et plus stupide encore; et, cependant, non seulement nous ne nous en -rendons pas compte, mais encore nous y voyons un mrite particulier. -Considrer son peuple comme le meilleur entre tous est la chose la plus -stupide qui puisse exister. Or, loin d'tre juge comme mauvaise, cette -prsomption apparat comme une grande vertu. - -2 - -Les gens se querellent entre eux et savent que ce n'est pas bien. Alors, -pour se donner le change eux-mmes et pour touffer leur conscience, -ils inventent des excuses leur animosit. L'une de ces excuses est -que je suis meilleur que les autres hommes; seulement, ceux-ci ne le -comprennent pas, et c'est pourquoi je ne puis m'entendre avec eux. -Une autre excuse, c'est que ma famille est meilleure que les autres -familles; la troisime, que ma classe est meilleure que les autres -classes; la quatrime, que mon peuple est meilleur que les autres -peuples. - -Rien ne dsunit les hommes autant que l'orgueil, qu'il soit celui de -l'individu, de la famille, de la classe ou de la nation. - -III.--_Un homme n'a pas de raison de s'enorgueillir devant les autres, -parce que le mme Esprit vit dans tous les hommes._ - -1 - -L'homme se trouve meilleur que les autres quand il considre uniquement -la vie charnelle: seul le corps peut tre plus fort, plus grand, -meilleur qu'un autre. Mais si l'homme a une vie spirituelle, il ne peut -se considrer meilleur que les autres, car l'me est la mme chez tous. - -2 - -On donne aux hommes les titres d'excellence, de grandeur, d'minence, -de monsieur, de pre, etc., alors qu'un seul titre convient tous et -n'offense personne: frre, soeur. - -Ce terme est bon pour cette raison encore qu'il nous rappelle Le Pre -pour qui nous sommes tous frres et soeurs. - -3 - -L'homme a raison s'il crot que, dans tout l'univers, if n'y a pas un -seul tre qui soit au-dessus de lui; mais il se trompe s'il pense qu'il -y a sur la terre un seul homme qui soit au-dessous de lui. - -4 - -C'est bien pour un homme de se respecter parce que l'Esprit de Dieu vit -en lui; mais c'est mal quand il est fier de ce qu'il a d'humain: de son -esprit, de sa sagesse, de sa distinction, de sa richesse, de ses bonnes -oeuvres. - -5 - -L'homme est bon lorsqu'il lve trs haut son moi spirituel, divin; -mais il est affreux lorsqu'il veut lever au-dessus des hommes son moi -charnel, vaniteux, ambitieux et exclusif. - -6 - -Si l'homme est fier des marques de distinctions extrieures, il ne fait -que montrer ainsi qu'il ne comprend pas son mrite intrieur qui, en -comparaison de toutes les marques extrieures de distinction, est comme -le soleil par rapport la bougie. - -Un homme ne doit pas se vanter devant les autres. Il ne le doit pas, -parce que la chose la plus prcieuse en lui, c'est son me et que -personne, sauf Dieu, ne connat le prix de l'me humaine. - -8 - -La fiert n'est pas du tout la mme chose que la conscience de la -dignit d'homme. Les faux honneurs et les fausses louanges augmentent la -fiert, alors qu'au contraire, les fausses humiliations et le faux blme -augmentent la conscience de la dignit. - - - -IV.--_Consquences de la tentation de l'orgueil._ - -1 - -De mme que les mauvaises herbes qui poussent parmi le bl, boivent -l'eau et le jus de la terre et empchent le soleil de pntrer jusqu'au -bl, l'orgueil absorbe toutes les forces de l'homme et lui cache la -lumire de la vrit. - -2 - -La conscience du pch est souvent plus utile l'homme qu'une bonne -action: la conscience du pch humilie l'homme, alors qu'une bonne -action augmente souvent sa fiert. - -3 - -Il y a bien des punitions pour un orgueilleux; mais la punition -principale et la plus douloureuse est le fait que, malgr tous les -mrites qu'il pourrait avoir et tous ses efforts les gens ne l'aiment -pas. - -4 - -Ds que je me rjouis en disant: comme je suis bon, c'est fini, je tombe -dans l'abme. - -5 - -L'orgueilleux veut se distinguer des autres et se prive ainsi de la -meilleure joie de la vie, de la communication libre et joyeuse avec les -hommes. - -6 - -L'orgueilleux craint toute critique. Il la craint parce qu'il sent que -sa grandeur n'est pas solide, qu'elle ne tient que jusqu'au moment o il -n'y a pas le moindre petit trou dans le ballon qui le gonfle. - -7 - -L'orgueil pourrait encore se comprendre s'il plaisait aux gens et les -attirait. Mais il n'y a pas de dfaut qui loigne davantage. - -8 - -L'assurance tonne les gens au dbut. Et, les premiers temps, ils -attribuent l'homme confiant en lui-mme exactement la mme importance -que celle qu'il se donne. Mais l'tonnement passe vite. Les gens sont -bientt dsenchants et ils paient par le mpris pour avoir t -tromps. - - - -V.--_La lutte contre la tentation de l'orgueil._ - -1 - -Il y aurait bien moins de mal sur la terre si le sentiment de l'orgueil -n'existait pas. Comment se dbarrasser de cette cause du mal? Il n'y -a qu'un moyen: le travail de chacun sur lui-mme. Les tentations de -l'orgueil ne disparaissent que lorsque nous extirpons en nous cette -profonde racine du mal. S'il vit dans notre coeur, comment pouvons-nous -esprer qu'il mourra dans les coeurs des autres hommes? C'est pourquoi, -la seule chose que nous puissions faire pour notre bien et pour le bien -des autres, c'est de tarir en nous cette source du mal dont les autres -souffrent. - -Aucune amlioration n'est possible, tant que chacun n'aura commenc cet -amendement de lui-mme. - - D'aprs LAMENNAIS. - -2 - -Il n'est facile de vivre avec un homme que si on ne se considre pas -comme suprieur et meilleur que lui; et qu'on ne le croit ni suprieur -ou ni meilleur que soi-mme. - -3 - -Le but principal de la vie est le perfectionnement de l'me. Mais -l'orgueilleux se croit toujours trs bon. C'est pour cette raison que -l'orgueil est particulirement nuisible. Il empche de travailler -l'oeuvre principale de la vie humaine: devenir meilleur. - -4 - -Mais que le plus grand d'entre vous soit votre serviteur. Car -quiconque s'lvera sera abaiss, et quiconque s'abaissera sera lev. -(MATTH., XXIII, 11-12.) - -Celui qui s'lve dans l'opinion des gens sera abaiss, car celui -que l'on croit bon, sage, charitable, ne s'efforcera pas de devenir -meilleur, plus sage, plus charitable. - -Mais celui qui s'abaisse sera lev, car celui qui se croit mauvais -s'efforcera de devenir meilleur, plus charitable, plus sage. - -Les prsomptueux font ce que ferait le piton si, au lieu de marcher, -il s'tait hiss sur des chasses. Sur les chasses on est plus haut, -la boue ne vous atteint pas, les pas sont plus grands, mais le malheur -est qu'on ne peut aller loin ainsi, sans compter que l'on risque -continuellement de tomber dans la boue, de faire rire les gens et de -rester en arrire. - -Il en est de mme des vaniteux. Ils restent bien en arrire de ceux qui -ne s'lvent pas au-dessus de leur taille et, en outre, ils tombent -souvent de leurs chasses et deviennent la rise de fous. - - - - -CHAPITRE XIII - -DE L'INGALIT - - -La base de la vie de l'homme, est le sjour en lui de l'esprit divin, -gal chez tous les hommes. Et c'est pourquoi les hommes sont tous gaux -entre eux. - - -I.--_De la tentation de l'ingalit._ - -1 - -Autrefois, les hommes croyaient qu'ils taient d'origine diffrente, -appartenant aux tribus de Cham ou celles de Japhet, et que les uns -devaient tre matres et les autres esclaves. Ils reconnaissaient cette -division en matres et en esclaves parce qu'ils croyaient qu'elle avait -t institue par Dieu. Cette superstition vulgaire et pernicieuse -subsiste encore, mais sous un autre aspect. - -2 - -Il suffit de jeter un coup d'oeil sur la vie des peuples chrtiens, -diviss en classes, pour tre frapp du degr effrayant d'ingalit -auquel sont arrivs les gens qui professent la loi du christianisme -et mettent en avant le mensonge de l'galit. Parmi ces classes, les -unes passent leur vie entire dans un travail abrutissant, inutile et -meurtrier, les autres sont blases des plaisirs de tous genres. - -3 - -L'une des croyances les plus anciennes et les plus profondes comme ide, -tait celle des Hindous. La raison pour laquelle elle n'est pas devenue -une croyance universelle et n'a pas donn la vie des hommes les fruits -qu'elle pouvait apporter, est que ses matres ont estim que les hommes -n'taient pas gaux et les ont diviss en castes. Pour les gens qui se -croient ingaux, il ne peut y avoir de vrai religion. - -4 - -On pourrait comprendre que les gens se croient ingaux parce que l'un -est plus fort, plus grand que l'autre, ou plus intelligent, ou plus -hardi, ou plus savant ou meilleur. Mais ce n'est pas ainsi que l'on -distingue les hommes habituellement. On estime que les hommes ne sont -pas gaux parce que l'un s'appelle comte et l'autre paysan, que l'un -porte des vtements riches et l'autre des sabots. - -5 - -Les hommes de notre poque comprennent dj que l'ingalit des hommes -est une superstition et ils la blment intrieurement. Mais ceux qui en -retirent un profit ne se dcident pas s'en sparer, tandis que ceux -pour qui elle est dsavantageuse ne savent pas comment la supprimer. - -6 - -Les gens se sont habitus diviser les hommes en gens distingus et -non distingus, valeureux et lches, instruits et non instruits, et ils -se sont si bien accoutums ce classement, qu'ils croient, en ralit, -que les uns peuvent tre meilleurs que les autres, parce que les uns -sont placs par les hommes dans une catgorie et les autres dans une -autre. - -7 - -Rien que la coutume admise chez les gens riches de tendre la main aux -uns et de ne pas la tendre aux autres, de faire entrer les uns au salon -et de recevoir les autres dans l'anti-chambre, prouve combien les gens -sont loin de reconnatre l'galit entre eux. - -8 - -Si la superstition de l'ingalit n'existait pas, les hommes ne -pourraient jamais commettre tous les forfaits qu'ils commettent sans -cesse, uniquement parce qu'ils n'admettent pas que tous les hommes sont -gaux. - - - -II.--_Les excuses de l'ingalit._ - -1 - -Rien ne donne tant d'assurance que la camaraderie pour accomplir des -mauvaises actions, et cela par le fait que quelques hommes seulement -s'unissent entre eux, en laissant tous les autres l'cart. - -2 - -Ceux qui se font valoir devant les autres sont tout autant fautifs de -l'ingalit des hommes que ceux qui se croient, infrieurs aux gens qui -se vantent devant eux. - -3 - -Nous sommes tonns de voir combien ce que nous appelons maintenant -le christianisme est loin de ce que prchait Jsus, et combien notre -vie est loin du christianisme. Et, cependant, cela pouvait-il tre -autrement lorsqu'il s'agissait d'une doctrine qui, au milieu des gens -qui croyaient que Dieu a divis les hommes en matres et esclaves, -en fidles et infidles, en riches et pauvres, apprenait aux gens la -vraie galit, disant que tous les hommes tait fils de Dieu, que tous -sont frres, que la vie de tous taient galement sacre. Les gens qui -embrassrent la doctrine du Christ ne pouvaient choisir qu'entre ces -deux alternatives: modifier toute l'ancienne organisation sociale, ou -dnaturer la doctrine. Ils ont choisi la dernire. - - - -III.--_Tous les hommes sont frres._ - -1 - -Il est stupide de voir un homme se croire meilleur que tous les autres, -mais c'est plus stupide encore de voir tout un peuple s'estimer meilleur -que les autres peuples. Et chaque peuple, la plus grande partie de -chaque peuple, vit dans cette affreuse, sotte et mauvaise superstition. - -2 - -On comprend qu'un Juif, un Grec, un Romain non seulement ait maintenu -l'indpendance de son peuple par le meurtre, mais encore ait cherch - soumettre les autres peuples par les mmes procds; il croyait que -son peuple tait le vrai peuple bon, charitable et aim de Dieu, et -que tous les autres taient des Philistins, des barbares. Les hommes du -Moyen ge pouvaient galement le croire; on pouvait le croire nagure -encore, la fin du sicle dernier. Mais, notre poque, nous ne -pouvons plus le croire. - -3 - -L'homme qui comprend le sens et la signification de la vie est forc de -sentir son galit et sa fraternit avec tous les hommes non seulement -de son peuple, mais de tous les peuples. - -4 - -Chaque homme, avant d'tre autrichien, serbe, turc, chinois, est un -homme, c'est--dire un tre raisonnable et aimant dont l'unique mission -est de remplir sa destine pendant le court laps de temps qu'il doit -vivre en ce monde. Cette mission est d'aimer tous les hommes. - -5 - -Un enfant accueille un autre, indpendamment de la classe de la religion -ou de la nationalit laquelle il appartient, d'un sourire bienveillant -qui exprime la joie. L'homme adulte qui devrait tre plus raisonnable -que l'enfant, se demande, avant d'entrer en relations avec un autre, -quelle est sa classe, sa religion, sa nationalit et le traite de faon -ou d'autre, suivant sa classe, sa nationalit. Le Christ disait bien: -soyez comme les enfants. - -6 - -Le Christ a appris aux hommes que la distinction entre leur peuple et -les peuples trangers tait une supercherie et un mal. Ayant compris -cela, le chrtien ne peut plus concevoir un sentiment d'inimiti pour -d'autres peuples; il ne peut plus excuser, ainsi qu'il le faisait -auparavant, les actes de cruaut l'gard des peuples trangers, par -le fait que ces peuples taient pires que le sien. Le chrtien ne peut -pas ignorer que sa distinction des autres peuples est un mal, que cette -distinction est une tentation, et, par consquent, il ne peut plus se -laisser abuser, ainsi qu'il le faisait auparavant. - -Le chrtien ne peut pas ignorer que son bonheur est li, non pas -celui des hommes de son peuple seul, mais au bonheur des hommes de tout -l'univers; il sait que son union avec tous les hommes ne peut tre -rompue par la frontire et les rglements relatifs sa nationalit. Il -sait que tous les hommes sont frres partout, et sont, par consquent, -tous gaux. - - - -IV.--_Tous les hommes sont gaux._ - -1 - -L'galit, c'est la reconnaissance tous les hommes de droits gaux -aux bienfaits de la nature de leur vie en commun et au respect de la -personnalit humaine. - -2 - -La loi de l'galit des hommes renferme toutes les lois morales; c'est -le point auquel ces lois ne peuvent atteindre, mais vers lequel elles -convergent toutes. - - E. CARPENTER. - -3 - -Le vrai moi de l'homme est spirituel. Et ce moi est le mme en tous. -Alors comment les hommes pourraient-ils ne pas tre gaux? - -4 - -Et un jour la mre et les frres de Jsus-Christ vinrent chez lui, mais -ne purent le voir parce qu'il y avait beaucoup de monde autour de Lui. -Et un homme les aperut, et il s'approcha de Lui et dit: Les gens de Ta -famille, Ta mre et Tes frres sont dehors et veulent te voir. Mais, -Jsus dit:--Ma mre et mes frres sont ceux qui ont compris la volont -de mon Pre et qui l'accomplissent. - -Les paroles de Jsus signifient que pour un homme raisonnable qui -comprend sa destination, il ne peut y avoir de diffrence ou d'avantages -entre les uns et les autres. - -5 - -Nous sommes mcontents de la vie parce que nous ne cherchons pas le -bonheur l o il nous est donn. - -C'est l la raison de toutes les tentations. - -Le bonheur incomparable de la vie, avec toutes ses joies, nous est -donn. Et nous disons: nous avons peu de joies. On nous donne le plus -grand bonheur de la vie: la communion entre tous les hommes, mais nous -disons: je veux mon bonheur moi, celui de ma famille, celui de mon -peuple. - - - -V.--_Pourquoi tous les hommes sont gaux._ - -1 - -Seul celui qui ignore que Dieu vit en lui, peut attribuer certaines -gens plus d'importance qu'aux autres. - -2 - -Lorsque l'homme aime les uns plus que les autres, il aime d'un amour -humain. Pour l'amour divin, tous les hommes sont gaux. - -3 - -Le mme sentiment d'attendrissement tout particulier que nous prouvons -indiffremment la vue d'un nouveau-n, aussi bien qu' la vue d'un -tre humain qui vient de mourir, indpendamment de la classe laquelle -il appartient, nous dmontre notre conscience inne de l'galit de tous -les hommes. - -4 - -Si l'on considre tous les hommes comme ses gaux, cela ne veut pas dire -que l'on est aussi fort, aussi agile, aussi intelligent, aussi instruit, -aussi bon que les autres; cela veut dire qu'il y a en toi la chose la -plus importante au monde qui est la mme en tous les hommes: l'Esprit de -Dieu. - -5 - -Dire que les hommes ne sont pas gaux, serait prtendre que le feu de la -chemine, de l'incendie, de la bougie n'est pas le mme. L'esprit divin -vit en chaque homme. Comment pouvons-nous faire une diffrence entre les -porteurs du mme principe? - -Un feu a pris, l'autre prend seulement; mais le feu est le mme et nous -nous comportons envers chaque feu de la mme faon. - -VI.--_La reconnaissance de l'galit de tous les hommes est possible et -l'humanit s'y rapproche._ - -1 - -Les hommes s'occupent tablir l'galit devant leurs lois, mais ils -ne veulent rien savoir de l'galit tablie par la loi ternelle qu'ils -transgressent par leur loi. - -2 - -Ne devrions-nous pas nous efforcer d'organiser notre vie de faon ce -que l'lvation sur les degrs de l'chelle sociale ne sduise pas les -hommes, mais les effraye; car cette lvation les prive de l'un des -principaux bienfaits de la vie: des rapports gaux entre tous les hommes. - - D'aprs RUSKIN. - -3 - -On dit que l'galit est impossible. Il faudrait dire au contraire: -l'ingalit est impossible parmi les chrtiens. - -On ne peut pas faire qu'un homme grand, devienne petit, un fort faible, -un intelligent sot, un ardent froid, mais on peut et on doit galement -aimer et respecter un petit comme un grand, un faible comme un fort, un -sage comme un sot. - -4 - -On dit toujours que les uns sont plus forts, les autres plus faibles, -que les uns sont plus intelligents, les autres plus btes. C'est -prcisment parce que les uns sont plus intelligents, ou plus forts que -les autres, dit Lichtenberg, que l'galit des droits des hommes est -ncessaire. Si, outre l'ingalit intellectuelle et physique, il y avait -encore l'ingalit des droits, l'oppression des faibles par les forts -serait encore plus grande. - -5 - -Ne crois pas que l'galit est impossible, ou bien qu'elle ne puisse -tre ralise dans un avenir trs loign. Apprends-la chez les -enfants. Elle peut exister ds prsent pour chaque homme. Toi-mme, -tu peux tablir dans ta vie l'galit envers tous les gens que tu -rencontres. Seulement, ne tmoigne pas de respect particulier ceux -qui se croient grands et haut placs, mais traite surtout avec le -mme respect ceux que l'on considre comme petits et placs au bas de -l'chelle sociale. - - - -VII.--_Tous les hommes sont gaux pour celui qui vit de la vie -spirituelle._ - -1 - -Pour le chrtien l'amour est un sentiment qui veut le bonheur de tous -les hommes. Pour bien des gens le mot amour exprime un sentiment -absolument contraire, parce qu'ils l'envisagent sous son aspect animal: -c'est le sentiment qui force la mre, pour le bien de son enfant, -ravir, en prenant une nourrice, le lait de sa mre un autre enfant; un -pre arracher le dernier morceau ceux qui ont faim pour le donner - ses enfants; celui qui aime une femme, la faire souffrir en la -sduisant, ou, par jalousie, causer sa perte et la sienne; le sentiment -qui dtermine les gens du mme clan nuire ceux des camps trangers -ou ennemis; celui qui pousse les hommes outrags dans leur orgueil -national couvrir les champs de bataille de morts et de blesss. -Ces sentiments ne sont pas de l'amour, car ceux qui les prouvent ne -reconnaissent pas tous les hommes comme gaux. Et sans la reconnaissance -de l'galit des hommes, il ne peut y avoir de vritable amour. - -2 - -On ne peut combiner l'ingalit avec l'amour. L'amour est comme le -soleil qui claire indiffremment tout ce qui tombe sous ses rayons. -Quand l'amour luit sur l'un et exclut l'autre, cela montre qu'il n'est -pas amour, mais seulement quelque chose qui lui ressemble. - -3 - -Il est difficile d'aimer galement tous les hommes; mais pour la raison -que cela est difficile, on ne peut pas dire qu'on ne doit pas s'efforcer -de le raliser. - -Tout ce qui est bien est difficile. - -4 - -Plus les hommes sont ingaux par leurs qualits, plus on doit se donner -de la peine pour les traiter d'une faon gale. - -5 - -En toi, en moi, en chacun de nous demeure le Dieu de la vie. Tu as tort -de te fcher contre moi, de ne pas supporter mon approche: sache, que -nous sommes tous gaux. - - MAKHMUD HASCHA _hindou._ - - - - -CHAPITRE XIV - -DE LA VIOLENCE - - -Une des raisons principales des malheurs des hommes est de croire -la possibilit d'amliorer, d'organiser la vie des autres hommes en -recourant la violence. - - -I.--_La violence de l'homme exerce sur l'homme._ - -1 - -L'erreur de croire que les hommes peuvent, par la force, organiser la -vie de leurs pareils, provient non de l'invention de cette duperie par -tel ou tel, mais de ce que, pousss par leurs passions, les hommes -avaient commenc par violenter leurs semblables, puis ont cherch une -excus cette violence. - -2 - -Les hommes voient qu'il y a quelque chose de mauvais dans leur vie, -qu'il y a quelque chose amliorer. Mais nous ne pouvons amliorer -que ce qui est en notre pouvoir: nous-mme. A cette fin, il faut tout -d'abord reconnatre que nous ne sommes pas bons, et on n'en a pas envie. -Ds lors, toute notre attention se concentre non pas sur ce qui est -en noire pouvoir: notre me, mais sur les conditions extrieures qui -ne sont pas en notre pouvoir et dont la modification ne pourrait pas -plus amliorer la situation des hommes que le transvasement du vin -d'un rcipient dans un autre ne peut changer sa qualit. De l, la vie -oisive, d'abord, puis, nuisible, prsomptueuse (nous corrigeons les -autres hommes) et mchante (on peut tuer les hommes qui entravent le -bonheur gnral). - -3 - -On croit forcer les gens bien vivre en employant la contrainte, alors -que l'on montre soi-mme l'exemple de la mauvaise vie en recourant -la violence. Les hommes sont dans la boue et, au lieu de tcher d'en -sortir, ils apprennent aux autres ce qu'il faut faire pour ne pas se -salir. - -4 - -Il est facile d'organiser la vie des autres, parce que si nous -l'organisons mal, ce n'est pas nous qui en souffrons, mais les autres. - -5 - -Seul celui qui ne croit pas en Dieu peut s'imaginer que des gens pareils - lui peuvent organiser sa vie de faon ce qu'elle soit meilleure. - -6 - -L'erreur de croire qu'il y des gens qui peuvent organiser la vie des -autres est effrayante parce qu'avec celle croyance, plus les gens sont -pervers, plus ils sont estims. - -7 - -Lorsque les gens disent que tous doivent vivre en paix, n'offenser -personne, alors qu'eux-mmes forcent les gens, non par la douceur, mais -par la violence, vivre comme ils veulent; c'est comme s'ils disaient: -faites ce que nous disons, mais non ce que nous faisons. On peut -craindre ces gens-l, mais on ne peut pas avoir foi en eux. - - - -II.--_La lutte contre le mal par la violence est inadmissible parce que -les hommes conoivent le mal diffremment._ - -1 - -Etant donn que chaque homme dtermine le mal sa manire, il -semblerait vident que si chacun combat le mal par la violence, cela -ne peut qu'augmenter le mal au lieu de le diminuer. Si Jean estime que -Pierre n'agit pas bien et se croit en droit de faire du mal Pierre, -celui-ci prend le mme droit de faire du mal Jean, et le mal ne fait -qu'augmenter. - -Mais chose trange: tout en pntrant les lois du mouvement des toiles, -les hommes ne comprennent pas une vrit aussi vidente. Pourquoi? Parce -qu'ils croient que la violence est bienfaisante. - -2 - -La doctrine conformment laquelle l'homme ne peut et ne doit jamais -faire violence pour arriver ce qui lui semble bien, est juste pour -cette simple raison que tous les hommes n'entendent pas le bien et -le mal de la mme faon. Ce que l'un considre comme mal est douteux -(d'autres le considrent comme bien), tandis que la violence dont il use -afin de supprimer le mal: coups, blessures, entraves la libert, mort, -est incontestablement un mal. - -3 - -Le plus grand mal de la superstition suivant laquelle on peut organiser -la vie des autres, par la violence, rside en ce fait, qu'aussitt qu'un -homme se permet d'user de violence l'gard d'un seul pour le bien de -tous, il n'y a plus de borne au mal qu'il pourrait commettre. C'est la -mme superstition qui justifiait dans les temps passs, les tortures, -l'inquisition, le servage, et notre poque, les guerres qui font prir -des millions d'hommes. - - - -III.--_L'inefficacit de la violence._ - -1 - -Forcer les gens par la violence cesser de faire le mal revient au mme -que de poser une digue sur une rivire, et de se rjouir que, l'eau -soit devenue moins profonde derrire la digue. De mme que la rivire -inondera la digue en son temps et coulera comme par le pass, les hommes -qui font le mal ne cesseront pas de le faire, mais attendront simplement -une occasion propice. - -2 - -Celui qui exerce sur nous la violence semble nous priver de nos droits, -et c'est pourquoi, nous le dtestons. Par contre, nous aimons comme nos -bienfaiteurs ceux qui savent nous convaincre. Ce n'est pas le sage, -mais l'homme grossier et ignorant qui a recours la violence. Pour -employer la force, il faut de nombreux collaborateurs; pour convaincre, -on n'a besoin de personne. Celui qui se sent suffisamment fort pour -agir sur la raison n'aura pas recours la violence. Seuls ceux qui se -reconnaissent incapables de persuader, usent de violence. - - D'aprs SOCRATE. - -3 - -Contraindre les gens faire ce qui me semble bon, est le meilleur moyen -de les en dgoter. - -4 - -Chacun sait combien il est difficile de modifier sa vie et de devenir -tel que l'on voudrait. Mais lorsqu'il s'agit des autres, il nous semble -qu'il suffit seulement d'ordonner et d'effrayer pour que les autres -deviennent tels que nous dsirerions qu'ils soient. - -5 - -S'il est possible de soumettre les hommes l'quiter par la violence, -cela ne veut pas dire qu'il soit juste de soumettre les hommes par la -violence. - - PASCAL. - - - -IV.--_L'erreur d'organiser la vie par la violence._ - -1 - -Il a dj t fait, tant de sacrifices sur l'autel du Dieu de la -violence qu'on aurait pu peupler de ces victimes vingt plantes de la -grandeur de la terre; mais est-on arriv au moindre rsultat? A aucun, -sinon ce fait que la situation des peuples empire de plus en plus. -Malgr tout, la violence demeure toujours l'idole. Devant, son autel, -baign de sang, l'humanit semble vouloir se prosterner jusqu' la -consommation des sicles, au son du tambour; au bruit des canons et des -gmissements humains. - - ADIN BALLOU. - -2 - -L'instinct de conservation est la premire loi de la nature disent -ceux qui nient la loi de la non-rsistance. - -D'accord, mais qu'en rsulte-t-il? demandai-je! - -Il en rsulte que la dfense contre ce qui menace est galement -une loi de la nature. Et de l, cette conclusion que la lutte et, -sa consquence, la disparition du plus faible, est une loi de la -nature; et cette loi justifie incontestablement la guerre, la violence -et la vengeance; de sorte que la consquence de l'instinct de -conservation,--est que la dfense est lgitime; par suite, la doctrine -qui dfend l'emploi de la violence est errone, comme tant contraire -la nature et aux conditions de la vie sur la terre. - ---Je suis d'accord que l'instinct de conservation est la premire loi -de la nature, et qu'il incite la dfense. Je suis d'accord que les -hommes, l'instar des organismes infrieurs, luttent ordinairement -les uns contre les autres, s'offensent et s'entre-tuent mme, sous le -prtexte de se dfendre et de se venger. Mais j'y vois uniquement que -la plupart des hommes, malgr la loi humaine suprieure qui leur est -rvle continuent malheureusement vivre suivant la loi bestiale, et -se privent ainsi du moyen de dfense le plus efficace: de payer le mal -par le bien, ce dont ils auraient pu profiter s'ils n'avaient pas suivi -la loi bestiale de la violence, mais la loi humaine de l'amour. - - ADIN BALLOU. - -3 - -Il est certain que la violence et le meurtre rvoltent l'homme et que -son premier mouvement est d'y opposer la violence et le meurtre. Un -tel procd, bien qu'il se rapproche de celui employ par les animaux -et soit peu efficace, n'a rien d'insens ni de contradictoire. Mais il -n'en est pas de mme lorsqu'il s'agit de justifier ces procds. Ds -que les gens qui organisent notre vie, veulent excuser ces actes par -une argumentation raisonnable, il devient indispensable d'chaffauder -des inventions ingnieuses et complexes afin de masquer l'ineptie d'une -pareille tentative. - -Le moyen principal de justification est de citer l'exemple d'un brigand -imaginaire qui torture et assassine des innocents devant nous. - -Vous pouvez vous sacrifier en vertu de votre conviction sur -l'illgalit de la violence, mais cette fois vous sacrifiez la vie d'un -autre, disent les dfenseurs de la violence. - -Mais d'abord, un tel brigand est un cas exceptionnel; bien des gens -peuvent vivre des centaines d'annes sans rencontrer un brigand qui -tuerait des innocents devant eux. Pourquoi baserai-je les rglements -de ma vie sur cette invention? En envisageant la vie relle et non pas -des inventions, nous apercevons tout autre chose. Nous voyons des gens, -et nous-mmes, accomplissant les actions les plus cruelles, et cela -non pas isolement, comme ce brigand imaginaire, mais en commun avec -d'autres personnes, et non pas parce que nous serions des malfaiteurs -comme le dit brigand, mais parce que nous nous trouvons sous l'influence -de la superstition suivant laquelle la violence est lgitime. Ensuite, -nous voyons que les actions les plus cruelles viennent non pas du -brigand imaginaire, mais de gens qui fondent leur conduite sur -l'existence imaginaire de ce brigand. De sorte que l'homme qui rflchit -reconnatrait que la cause du mal ne rside nullement en ce brigand -imaginaire, mais dans la cruelle erreur qui incite faire un mal rel -en vertu d'un mal imaginaire. - - - -V.--_Les consquences nfastes de la superstition de la violence._ - -1 - -Le mal dont les gens croient se dfendre par la violence est -incomparablement moindre que celui qu'ils se font en se dfendant par la -violence. - -2 - -Non seulement le Christ, mais tous les sages de l'univers, et les -Brahmanes, et les Bouddhistes, et les Taoistes, et les savants grecs, -ont enseign que les gens raisonnables devaient payer le mal par le bien -et non par le mal. Mais ceux qui vivent eux-mmes de la violence disent -que ce n'est pas possible, que la vie serait ainsi plus malheureuse. Et -ils ont raison pour eux-mmes, mais non pas pour ceux qu'ils violentent. - -3 - -Il est difficile d'observer la doctrine de la non-rsistance au mal par -la violence; mais est-il plus facile d'observer celle de la lutte et de -la vengeance? - -Pour obtenir une rponse cette question, ouvrez l'histoire de -n'importe quel peuple et lisez la description de l'une des cent mille -batailles que les hommes se sont livres pour obir la loi de la -lutte. Au cours de ces guerres ont t tu des milliards d'hommes, si -bien que pendant une seule on a sacrifi un plus grand nombre de vies, -support plus de souffrances qu'il ne s'en accumulerait pendant des -sicles en ne rsistant pas au mal. - -4 - -La violence provoque la colre, et celui qui en use pour se dfendre non -seulement n'y trouve pas une garantie, mais s'expose le plus souvent - des dangers plus grands encore. Aussi, employer la violence pour sa -garantie est un mauvais calcul. - -5 - -Toute violence ne dsarme pas l'homme, mais ne fait que l'irriter -davantage. Il est donc vident que la violence ne saurait amliorer la -vie des hommes. - -6 - -La violence assure un semblant de justice, tandis qu'elle loigne les -hommes de la possibilit de mener une vie juste sans violence. - -7 - -Pourquoi le christianisme a-t-il t perverti? Pourquoi la moralit -est-elle tombe si bas? Il n'y a qu'une seule raison cela; la foi en -l'efficacit du rgime de violence. - -VI.--_Seule la non-rsistance au mal par la violence permet l'humanit -de substituer la loi de l'amour la loi de la violence._ - -1 - -La signification des paroles: Vous avez entendu qu'il a t dit: -oeil pour oeil, dent pour dent. Mais moi je vous dis: ne rsiste pas -au mchant. Et celui qui te frappera etc., est absolument claire et -n'exige aucune explication ni commentaire. Il est impossible de ne -pas comprendre que ces paroles signifient que le Christ, en reniant -l'ancienne loi de violence: oeil pour oeil dent pour dent, renie par -cela mme tout l'ordre des choses fonde sur cette loi, et institue -une nouvelle loi d'amour entre tous les hommes sans distinction et, -par cela mme, une nouvelle organisation sociale qui n'est plus fonde -sur la violence, mais sur l'amour universel. Alors, comprenant cette -doctrine dans son vritable sens et prvoyant que sa mise en pratique -fera disparatre tous leurs privilges et avantages, certains hommes ont -crucifi le Christ et continuent crucifier ses disciples. D'autres -hommes ayant galement compris le sens rel de la doctrine sont alls et -vont encore la croix, en rapprochant de plus en plus le moment de la -nouvelle organisation de la vie fonde sur la loi de l'amour. - -2 - -La doctrine de la non-rsistance au mal par le mal n'est pas une -nouvelle loi, mais simplement le signalement de la dviation de la loi -de l'amour, savoir que toute admission de violence contre son prochain, -que ce soit sous prtexte de vengeance ou sous celui de la libration de -soi-mme ou de son prochain du mal, est incompatible avec l'amour. - -3 - -Rien n'entrave l'amlioration de la vie humaine tant que le dsir des -hommes d'amliorer leur vie par des actes de violence. Et la violence -des uns envers les autres, nous dtourne plus que tout de la seule chose -qui pourrait amliorer notre vie: l'effort sur nous-mmes pour devenir -meilleurs. - -4 - -Moins l'homme est satisfait de lui-mme et de sa vie intrieure, plus -il se fait remarquer dans la vie extrieure, publique. - -Afin de ne pas tomber dans cette erreur, l'homme doit comprendre et se -souvenir qu'il n'a pas le pouvoir et qu'il n'est pas appel organiser -la vie des autres, mais qu'il doit s'occuper, comme tous les hommes, -uniquement de son perfectionnement intrieur que cela seulement est en -son pouvoir et que cette conduite seule peut avoir une action sur la vie -des autres. - -5 - -Si les hommes consacraient le temps et les forces dpenss aujourd'hui - l'organisation de la vie des autres la lutte de chacun contre -ses propres pchs, le but qu'ils veulent atteindre--la meilleure -organisation de la vie--serait bien vite ralis. - -6 - -Lorsqu'on demandait Socrate o il tait n, il disait: sur la terre. -Lorsqu'on lui demandait de quel pays il tait; il rpondait: du pays -universel. - -Nous devons nous souvenir que, devant Dieu, nous sommes tous les -habitants de la mme terre, et que nous sommes tous sous le pouvoir -suprme de la loi divine. - -Cette loi est toujours la mme pour tous les hommes. - -7 - -Aucun homme ne peut tre ni un instrument, ni un but. L est sa dignit -d'homme. Et de mme qu'il ne peut disposer de sa personne aucun prix -(ce qui serait contraire sa dignit), il n'a pas le droit de disposer -de la vie d'autrui; autrement dit, il doit reconnatre la dignit -humaine de chaque homme, et c'est pourquoi, il doit exprimer son respect - chaque homme. - - KANT. - -8 - -A quoi servirait aux hommes la raison, si l'on ne peut les influencer -que par la violence? - -9 - -Chose trange! L'homme se rvolte la vue du mal venant du dehors, des -autres, du mal qu'il ne peut supprimer; mais il ne lutte pas contre son -propre mal, bien que cela soit toujours en son pouvoir. - - MARC-AURLE. - -10 - -On peut instruire les autres en leur rvlant la vrit et en leur -donnant l'exemple du bien, et non pas en les forant faire ce que nous -voulons. - -11 - -Si, au lieu de vouloir sauver l'humanit, chacun travaillait son -propre salut et au lieu de vouloir librer l'humanit, tentait de se -librer soi-mme,--combien on aurait fait pour le salut et la libration -de l'humanit. - - HERZEN[1]. - -12 - -Accomplis ton oeuvre de vie en perfectionnant et en amliorant ton me, -et sois persuad que ce n'est qu'ainsi que tu pourras contribuer de la -faon la plus fconde l'amlioration de te vie commune des hommes. - -13 - -Notre vie serait belle si nous avions aperu seulement ce qui dtruit -notre bonheur. Et c'est la superstition de la violence qui ne peut nous -donner ce bonheur qui le dtruit. - - - -VIII.--_Interprtation errone du commandement du Christ interdisant -d'user de la violence contre le mal._ - -1 - -La base de l'organisation sociale des paens tait la vengeance et la -violence. Cela devait tre ainsi. Il semblerait, par contre, que l'amour -et la renonciation la violence auraient d invitablement tre la -base de notre socit. Cependant, la violence rgne toujours. Pourquoi? -Parce que ce qui est profess au nom du Christ n'est pas la doctrine du -Christ. - -2 - -Doit-on comprendre les paroles du Christ sur l'amour envers ceux qui -nous hassent, envers nos ennemis, amour qui n'admet aucune violence, -comme elles ont t dites, c'est--dire commandant l'humilit et -l'amour, ou bien doit-on les comprendre autrement? Et si c'est -autrement, on doit dire comment. Or, personne ne le fait. Pourquoi? -Parce que ceux qui se disent chrtiens veulent cacher eux-mmes et -aux autres le sens vritable de la doctrine du Christ commandant le -changement profond de leur vie. Or, l'ordre actuel leur est profitable. - -3 - -Chose trange: ceux qui reconnaissent la doctrine du Christ se rvoltent -contre la rgle qui n'admet en aucun cas la violence. - -L'homme qui reconnat que le sens et l'oeuvre de la vie est dans -l'amour, se rvolte parce qu'on lui indique cet effet une voie sre, -en mme temps que les erreurs les plus dangereuses qui pourraient le -dtourner de cette voie. C'est comme si le marin s'indignait contre -l'indication de la bonne direction au milieu des bancs de sables et -de rcifs. Pourquoi cette contrainte? Il se peut que j'aie besoin -d'chouer sur un banc de sable. Les gens parlent de mme lorsqu'ils -s'indignent contre la dfense d'employer la violence et de rendre le mal -pour le mal. - - -[1] Clbre crivain russe, migr l'tranger. (_N. du Tr._) - - - - -CHAPITRE XV - -DU CHTIMENT - - -Chez l'animal, le mal provoque le mal. N'ayant pas de frein pour -se matriser, l'animal cherche rendre le mal pour le mal, sans -s'apercevoir que le mal accrot invitablement le mal. L'homme, pourvu -de raison, ne peut pas lui, ne pas s'en rendre compte et doit, par -suite, savoir se contenir. Malheureusement, sa nature bestiale l'emporte -souvent sur sa raison et il emploie cette mme raison justifier le mal -qu'il commet en le qualifiant de chtiment, de punition. - - -I.--_Le chtiment n'atteint jamais le but par lequel on le justifie._ - -1 - -On affirme qu'on peut rendre le mal pour le mal dans un but de -correction. C'est une erreur. On rend le mal pour le mal, non pour -corriger les hommes, mais pour se venger. On ne peut corriger le mal par -le mal. - -2 - -Punir veut dire en russe: donner une leon. Or, on ne peut enseigner -que par la bonne parole et le bon exemple. Lorsqu'on rend le mal pour le -mal on n'instruit pas, mais on dprave. - -3 - -L'erreur qu'on peut supprimer le mal par la punition est tout -particulirement dangereuse, pour cette raison que les gens qui -commettent ainsi le mal considrent que cela est non seulement permis, -mais encore bienfaisant. - -4 - -Par la punition, par la menace du chtiment on peut effrayer l'homme, le -retenir du mal pour un temps, mais on ne peut le corriger. - -5 - -La plus grande partie des malheurs des gens provient de ce que les -hommes--pcheurs--se sont reconnu le droit de punir. - -6 - -La preuve la plus clatante de ce que sous le nom de science on -entend souvent des choses insignifiantes, voire monstrueuses, est dans -l'existence d'une science de punitions, c'est--dire visant l'acte le -plus grossier qu'un homme puisse commettre. - - - -II.--_Superstition de l'efficacit de la vengeance._ - -1 - -De mme qu'il existe des superstitions d'idoltrie, de prsages, de -culte extrieur, etc., il existe chez les hommes une superstition -universelle en vertu de laquelle les uns peuvent contraindre les autres - mener une bonne vie. Les premires superstitions commencent -disparatre ou ont disparu, mais celle qui fait croire la possibilit -de rendre les hommes heureux par le chtiment des mauvais, continue -tre reconnue de tous, et l'on commet en son nom les plus grands crimes. - -2 - -Alors les scribes et les pharisiens Lui amenrent une femme surprise -en adultre et, l'ayant place au milieu d'eux, Lui dirent: Matre, -cette femme a t surprise en flagrant dlit d'adultre. Or, Mose -nous a ordonn dans sa loi, de lapider de telles femmes. Et toi, qu'en -dis-tu? Ils disaient cela pour L'prouver, afin de pouvoir L'accuser. -Mais Jsus, s'tant baiss, se mit crire de son doigt sur le sable. -Et comme ils continuaient L'interroger, Il se releva et leur dit;--Que -celui de vous qui est sans pch lui jette le premier la pierre. Et -s'tant de nouveau baiss il se remit crire sur le sable. Quand ils -entendirent cela, dnoncs par leur conscience, ils se retirrent l'un -aprs l'autre, en commenant par les plus notables jusqu'aux derniers, -et Jsus lut laiss seul avec la femme. Alors Jsus s'tant relev et ne -voyant personne que la femme, lui dit:--Femme, o sont tes accusateurs? -Personne ne t'a-t-il condamne? Elle dit: Personne, Seigneur; Jsus lui -dit: Je ne te condamne pas non plus; va et ne pche plus. - - JEAN VIII, 3-11. - -3 - -Les hommes font du mal par mchancet pour se venger d'une offense, par -une fausse notion des moyens de se protger; puis, afin de se justifier, -ils persuadent les autres et eux-mmes qu'ils agissent ainsi afin de -corriger celui qui leur a fait du mal. - -4 - -Un certain ordre subsiste dans notre socit, non pas parce qu'on -inflige des punitions ceux qui troublent cet ordre, mais parce que, -malgr la mauvaise influence de ces chtiments, les hommes s'aiment et -ont piti quand mme les uns des autres. - -5 - -Le chtiment est nuisible, moins parce qu'il irrite celui qu'on punit, -que parce qu'il dprave celui qui punit. - - - -III.--_La vengeance dans les rapports individuels._ - -1 - -Punir un homme pour ses mauvaises actions revient au mme que de -chauffer le feu. Tout homme qui a fait le mal est dj puni, parce qu'il -est priv de tranquillit, est tourment par sa conscience. Mais si sa -conscience ne le tourmente pas, toutes les punitions que les hommes -peuvent lui infliger ne le corrigeront pas, mais ne feront que l'irriter -davantage. - -2 - -Le vrai chtiment pour chaque mauvaise action est celui qui se produit -dans l'me du criminel mme, et qui est dans l'abaissement de sa facult -de jouir des bienfaits de la vie. - -3 - -Un homme a fait le mal. Et voil qu'un autre homme ou des hommes, ne -trouvent rien de mieux que de commettre une nouvelle mauvaise action -qu'ils qualifient de chtiment. - -4 - -On tue un ours en suspendant une grosse bche une corde au-dessus -d'une auge remplie de miel. L'ours repousse la bche pour manger -le miel. La bche revient et lui donne un coup, l'ours se fche et -repousse la bche plus fort; elle le frappe plus fort encore. Et cela -dure jusqu' ce que la bche tue l'ours. Les hommes agissent de mme -lorsqu'ils rendent le mal pour le mal. Est-il possible que les hommes ne -puissent tre plus raisonnables qu'un ours? - - - -IV.--_La vengeance dans les rapports sociaux._ - -1 - -La thse sur la rationalit du chtiment non seulement n'a pas contribu -et ne contribue pas la bonne ducation des enfants, la meilleure -organisation des socits et la moralit de ceux qui croient au -chtiment dans l'autre monde, mais encore a caus et cause des malheurs -innombrables: elle endurcit les enfants, affaiblit les liens sociaux et -dprave les hommes par les promesses de l'enfer en privant la vertu de -son fondement principal. - -2 - -Si les hommes ne croient pas qu'il faut rendre le bien pour le mal, -c'est uniquement en raison de ce fait qu'on les a habitus, depuis leur -enfance, croire qu'en ne rendant pas le mal, aucun ordre social ne -saurait exister. - -3 - -S'il est vrai que les hommes bons souhaitent de voir cesser tous les -mfaits: vols, misre, meurtres, tous les crimes qui souillent la vie -humaine, ils doivent comprendre qu'on ne saurait y parvenir par la lutte -et la vengeance. Toute chose engendre une chose son image et tant que -nous ne neutralisons pas les offenses et les violences des malfaiteurs -par des actes absolument contraires et que nous continuons agir comme -eux, nous ne ferons qu'encourager et cultiver en eux tout le mal que -nous dsirons supprimer. Nous arriverons redonner au mal un aspect -diffrent, mais le fond restera. - - D'aprs BALLOU. - -4 - -Des dizaines, des centaines d'annes s'couleront peut-tre, mais il -viendra un temps o nos petits enfants s'tonneront de nos chtiments -comme nous nous tonnons aujourd'hui des autodafs et des tortures. -Comment pouvaient-ils ne pas voir l'ineptie, la cruaut, l'inutilit de -ce qu'ils faisaient diront nos descendants. - -V.--_Dans les rapports personnels des hommes, la vengeance doit faire -place l'amour fraternel et le mal ne sera plus enray par la violence._ - -1 - -Que faire lorsqu'un homme se fche contre toi et te fait du mal? On peut -faire bien des choses, mais il ne faut srement pas en faire une; il ne -faut pas faire de mal, c'est--dire la mme chose qu'il t'a fait. - -2 - -Ne dites pas que si les gens vous font des bienfaits, vous leur en ferez -aussi, et que si les gens vous humilient, vous les humilierez aussi; -mais agissez ainsi: si les gens vous font des bienfaits, faites-leur en -aussi, et s'ils vous humilient, ne les humiliez pas. - - MAHOMET. - -3 - -La doctrine d'amour n'admettant pas la violence est utile non seulement -parce que c'est bien pour l'homme et pour son me de subir le mal, et de -rendre le bien pour le mal, mais encore parce que seul le bien arrte -le mal, l'teint, ne lui permet pas de se propager. La vraie doctrine -d'amour est salutaire parce qu'elle ne permet pas au mal de s'teindre. - -4 - -Il y a assez longtemps que les hommes ont commenc comprendre -l'incompatibilit du chtiment avec l'essence suprieure de l'me -humaine, et qu'ils ont commenc imaginer diffrentes doctrines qui -permettent de justifier ce penchant bestial. Les uns disent que le -chtiment est ncessaire pour effrayer; les autres, qu'il est ncessaire -pour corriger, les troisimes pour instaurer la justice. Mais toutes ces -doctrines ne sont qu'un amas de vaines paroles parce qu'elles n'ont pour -base que de mauvais sentiments: la vengeance, la peur, l'gosme, la -haine. On invente bien des choses, mais on ne se dcide pas faire une -seule chose utile: ne rien faire; laisser celui qui a pch se repentir -ou ne pas se repentir, se corriger ou ne pas se corriger; quant ceux -qui imaginent ces doctrines et ceux qui les mettent en pratique, ils -n'ont qu' laisser les autres tranquilles et avoir eux-mmes une bonne -conduite. - -5 - -Rponds au mal par le bien et tu feras disparatre chez le mchant tout -le plaisir qu'il voit au mal. - -6 - -Rien ne rjouit les hommes tant que de voir qu'on leur pardonne, et rien -ne procure plus de joie celui qui le fait. - -7 - -La bont vainct tout, et elle-mme est invincible. - -8 - -On peut rsister tout hormis la bont. - - D'aprs ROUSSEAU. - -9 - -Rendez le mal pour le bien; pardonnez tous, alors seulement il n'y -aura plus de mal sur la terre. Peut-tre n'auras-tu pas la force de le -faire; mais sache qu'il ne faut dsirer que cela, qu'il ne faut aspirer -qu' cela, car cela seul nous sauvera du mal dont nous souffrons tous. - -10 - -Dieu estime le plus celui qui pardonne l'offense, surtout lorsque -l'offenseur est au pouvoir de l'offens. - - MAHOMET. - -11 - -Alors Pierre, s'tant approch de Lui, dit: Seigneur, combien de fois -pardonnerai-je mon frre lorsqu'il pchera contre moi? Sera-ce jusqu' -sept fois? Jsus lui rpondit: je ne te dis pas jusqu' sept fois, mais -jusqu' septante fois sept fois. - - (MATTH., XVIII, 21, 22) - -12 - -Lorsqu'on pardonne, il ne s'agit pas de dire: je pardonne, mais il -faut extirper de son coeur le mauvais sentiment que l'on prouve -l'gard de l'offenseur. Et pour le faire, il faut se souvenir de ses -propres pchs; alors on dcouvrira srement en soi des actes plus -reprhensibles que ceux pour lesquels on se fche. - -13 - -La doctrine d'aprs laquelle, on ne peut se venger quand on aime, -est tellement claire qu'elle dcoule elle-mme du sens gnral de -cette doctrine. Si mme il n'tait pas expressment mentionn dans la -doctrine du Christ que tout chrtien doit rendre le bien pour le mal et -aimer ceux qui vous hassent, quiconque comprend cette doctrine dduit -lui-mme cette exigence d'amour. - - - -VI.--_Il est tout aussi important de ne pas combattre le mal par la -violence dans les rapports sociaux que dans les rapports individuels._ - -1 - -Les hommes dsirent rester aussi mauvais qu'ils sont et veulent en mme -temps que leur vie soit meilleure. - -2 - -Nous ne savons pas, nous ne pouvons savoir en quoi consiste le bien -public; mais, nous savons formellement qu'il ne peut tre ralis que -par l'accomplissement de la loi ternelle du bien, qui est rvle -chaque homme, sa raison et dans son coeur. - -3 - -On dit qu'on est forc de payer le mal par le mal, parce que si on ne le -fait pas, les mchants prendront le dessus sur les bons. Je pense que -c'est tout le contraire: les mchants opprimeront les bons, lorsque les -hommes croiront qu'il est permis de payer le mal par le mal, comme cela -se passe, en effet, chez tous les peuples chrtiens. Les mchants sont -aujourd'hui les matres des bons prcisment parce qu'il a t suggr -tous qu'il est non seulement permis, mais encore utile de faire du mal -aux hommes. - -4 - -En parlant de la doctrine chrtienne, les savants crivains font -gnralement semblant de croire que la question de l'impossibilit -d'appliquer le christianisme dans son sens rel est dj dfinitivement -tranche depuis longtemps. - -Il est inutile de s'occuper de rves, il faut penser aux choses -srieuses, il faut vrifier les rapports entre le capital et le travail, -organiser le travail, la proprit foncire, ouvrir des marchs, -instituer des colonies pour le trop plein de la population, rgler les -rapports de l'glise et de l'tat, conclure des alliances, garantir la -scurit des tats et ainsi de suite. - -Il faut s'occuper de questions srieuses, dignes de l'attention et des -soins des hommes et non pas rver un ordre de choses permettant de -tendre la joue lorsqu'on vous frappe l'autre, donner aussi son vtement -lorsqu'on vous enlve votre chemise et de vivre comme les oiseaux du -ciel, tout cela n'est que du radotage, dit-on, sans remarquer que le -fond de toutes ces questions, est prcisment contenu en ce qui est -qualifi de vain radotage. - -En effet, toutes ces questions, depuis celle de la lutte entre le -capital et le travail, jusqu' celle des nationalits et des rapports -entre l'glise et l'tat, reviennent cette seule question: Y a-t-il -des cas dans lesquels l'homme peut et doit faire le mal son prochain, -ou ces cas n'existent-ils pas et ne peuvent-ils pas exister pour un -homme raisonnable? Est-ce raisonnable ou non, et par suite, doit-on -ou ne doit-on pas rendre le mal par le mal? Il y eut un temps o les -hommes pouvaient ne pas comprendre et ne comprenaient pas, en effet, -l'importance de cette question. Mais les souffrances affreuses qui -accablent l'humanit d'aujourd'hui ont conduit les hommes reconnatre -la ncessit de trouver cette question une solution. Il y a dix neuf -cents ans que cette question est dfinitivement rsolue par la doctrine -du Christ. Et c'est pourquoi, notre poque, nous ne pouvons plus faire -semblant de mconnatre cette question et d'ignorer sa solution. - -VII.--_La vritable conception des consquences de la doctrine dfendant -la ncessit de la violence, commence pntrer dans la conscience de -l'homme moderne._ - -1 - -Le chtiment, est une ide que l'humanit commence dpasser. - -2 - -L'esprit de Jsus, qu'on s'efforce d'touffer, se manifeste nanmoins -partout d'une faon clatante. L'esprit vanglique n'a-t-il point -pntr dans les peuples, ne commence-t-il pas venir la lumire? -Les ides sur les droits et les obligations ne sont-elles pas devenues -plus claires pour chacun? N'entend-on pas de toutes parts des appels aux -lois plus quitables, aux institutions protgeant les faibles, fondes -sur une juste galit? L'ancienne inimiti entre ceux qu'on a dsunis -par force, ne s'teint-elle pas? Les peuples ne se sentent-ils pas -frres? - -Tout cela est l'oeuvre d'un germe prt lever, l'oeuvre de l'amour, qui -dbarrassera le monde du pch, qui ouvrira aux peuples une nouvelle -voie de vie, dont la loi intrieure ne sera plus la violence, mais -l'amour des uns pour les autres. - - LAMENNAIS. - - - - -CHAPITRE XVI - -DE LA VANIT - - -Rien ne pervertit la vie des hommes et ne les prive aussi srement de -leur vrai bonheur, comme l'habitude de vivre non d'aprs les prceptes -des sages et selon leur propre conscience, mais d'aprs ce qui est -reconnu comme bon et approuv par les gens parmi lesquels l'on vit. - - -I.--_En quoi consiste la tentation de la vanit._ - -1 - -La raison principale qui rend notre vie mauvaise, rside en ce que nous -rglons notre conduite non selon les besoins de notre corps ou de notre -me, mais uniquement dans l'espoir d'obtenir l'approbation des gens. - -2 - -Aucune tentation ne captive les hommes aussi longtemps, ne les loigne -autant de la comprhension du sens de la vie humaine et du vrai bonheur, -que la proccupation de la gloire, de l'approbation, de l'estime, des -louanges des autres. - -L'homme ne peut se librer de la tentation que par une lutte constante -contre lui-mme, et par l'vocation continuelle de son unit avec Dieu, -cherchant ainsi son approbation seule. - -3 - -Il ne nous suffit pas de vivre de notre vie intrieure, la seule vraie, -nous voulons vivre d'une autre vie encore, d'une vie imaginaire dans -la pense des autres, et nous nous efforons cette fin de paratre -autres que nous ne sommes en ralit. Nous nous efforons sans cesse de -dompter cet tre imaginaire, sans nous soucier du vrai, de celui que -nous sommes en ralit. Si notre me est paisible, si nous avons foi, si -nous aimons, nous nous empressons d'en parler au plus tt, afin que ces -vertus ne soient pas seulement nos vertus, mais aussi celles de l'tre -imaginaire qui existe dans la pense des autres. - -Pour faire croire aux gens que nous avons des qualits, nous sommes -prts mme y renoncer. Nous sommes prts devenir lches condition -de passer pour braves. - - PASCAL. - -4 - -L'une des expressions des plus dangereuses et des plus nuisibles est: -tous font ainsi. - -5 - -Lorsqu'il est difficile, et presque impossible, de comprendre pourquoi -l'homme agit comme il le fait, sois sr que la raison de ses actes -rside dans le dsir d'tre glorifi par les hommes. - -6 - -On ne berce pas un enfant pour le dbarrasser de ce qui le fait crier, -mais pour qu'il ne puisse pas crier. Nous agissons de mme avec notre -conscience lorsque nous l'touffons pour tre agrables aux gens. Nous -n'apaisons pas la conscience, mais nous obtenons ce que nous dsirons: -nous ne l'entendons plus. - -7 - -Intresse-toi non la quantit, mais la qualit de tes admirateurs; -il est dsagrable de ne pas plaire aux bonnes gens, mais c'est toujours -bien de ne pas plaire aux mauvaises gens. - - SNQUE. - -8 - -Nos plus grandes dpenses sont effectues pour ressembler aux autres. Ni -pour notre esprit, ni pour notre coeur nous ne dpensons autant. - - EMERSON. - -9 - -Dans chaque bonne action, il y a un peu de dsir d'tre approuv par les -gens. Mais c'est mauvais quand tu agis comme tu le fais uniquement pour -tre glorifi par les autres. - -10 - -Un homme demanda un autre pourquoi il travaillait ce qu'il n'aimait -pas. - ---Parce que tous le font, rpondit celui-ci. - ---Pardon, pas tous; moi, je ne le fais pas, quelques autres, non plus. - ---Si ce n'est pas tous, beaucoup le font, la plupart des gens. - ---Mais dis-moi quels sont les plus nombreux, les sots ou les -intelligents? - ---Certainement ce sont les sots. - ---Dans ce cas, tu agis comme tu le fais pour imiter les sots. - - - -II.--_Si beaucoup de gens partagent la mme opinion, cela ne prouve pas -que cette opinion soit juste._ - -1 - -Le mal ne cesse pas d'tre mauvais parce que beaucoup de gens agissent -ma! et qu'ils s'en vantent, comme cela arrive souvent. - -2 - -Plus il y a de gens qui croient la mme chose, plus il faut tre -prudent l'gard de cette croyance et avoir plus, d'attention. - -3 - -Lorsqu'on dit: il faut faire comme font les autres, cela veut dire -presque toujours qu'il faut faire mal. - - LA BRUYRE. - -4 - -Il n'y a qu' s'habituer faire ce que tout le monde exige pour -tre insensiblement entran commettre de mauvaises actions et les -considrer comme bonnes. - -5 - -L'homme a son tribunal--sa conscience. On ne doit tenir qu' son -jugement. - -6 - -Cherche celui qui est le meilleur parmi ceux qui blment le monde. - -7 - -Si la foule dteste quelqu'un, il faut, avant d'en juger, bien examiner -pourquoi il en est ainsi. Si la foule vnre quelqu'un, il faut -galement, avant d'en juger, bien examiner pourquoi il en est ainsi. - - CONFUCIUS. - - -III.--_Consquences pernicieuses de la vanit._ - -1 - -La socit dit l'homme: Pense comme nous pensons; crois comme nous -croyons; mange et bois comme nous buvons et mangeons; habille-toi comme -nous nous habillons. Si quelqu'un ne se soumet pas ces exigences, la -socit l'accable de ses sarcasmes, de ses injures. Il est difficile de -ne pas y obir, mais cependant, si tu t'y soumets, tu t'en sentiras plus -mal encore: tu ne seras plus un homme libre, mais un esclave. - - D'aprs LUCIE MALAURY. - -2 - -C'est trs bien quand les hommes s'instruisent pour leur me, pour tre -plus sages, meilleurs. De telles tudes leur sont utiles. Mais s'ils -tudient pour la gloire, afin de paratre instruits, l'instruction -devient non seulement inutile, mais nuisible; elle rend les hommes moins -sages et moins bons qu'ils ne le seraient s'ils n'avaient pas tudi du -tout. - - _Traduit du chinois._ - -3 - -Non seulement vous ne devez pas vous vanter vous-mmes, mais encore vous -ne devez pas permettre aux autres de vous glorifier. Les louanges font -prir l'me en reportant les proccupations de l'me sur la gloire des -hommes. - -4 - -Il arrive souvent de voir qu'un homme bon, sage et juste, tout en -sachant que la guerre, l'exploitation du travail des autres, le blme, -la consommation de la viande et divers actes du mme genre sont mauvais, -continue accomplir ces actes. Pourquoi? Parce qu'il tient plus -l'opinion publique qu'au jugement de sa conscience. - -5 - -L'inobservation des traditions n'a pas occasionn une millime partie du -mal caus par le respect des anciennes coutumes. - -Les gens ne croient plus depuis longtemps aux anciennes coutumes, mais -ils les observent nanmoins parce qu'ils pensent que la plupart des -gens les blmeraient, s'ils n'observaient plus les anciennes coutumes -auxquelles personne ne croit plus depuis longtemps. - - - -IV._--La lutte contre la tentation de la vanit._ - -1 - -Pendant les premiers temps de sa vie, dans son enfance, l'homme vit -principalement pour son corps: il mange, il boit, il joue, il s'amuse. -C'est le premier degr. Plus l'homme grandit, plus il commence se -proccuper de l'opinion des gens parmi lesquels il vit, et plus il -commence ngliger les besoins de son corps pour ne penser qu' la -gloire des hommes. C'est le second degr. Le troisime et dernier degr -est celui o l'homme se soumet surtout aux exigences de son me et -o il nglige le corps, les amusements et l'opinion publique, pour ne -penser qu' son me. - -2 - -Il est difficile de droger tout seul aux coutumes tablies; cependant, - chaque pas que l'on fait pour devenir meilleur, on se heurte contre -l'usage tabli et l'on subit la critique des gens. L'homme qui consacre -sa vie se perfectionner y doit tre prpar. - -3 - -C'est mal d'irriter les gens en drogeant aux coutumes tablies, mais -c'est plus mal encore de droger aux exigences de la conscience et de la -raison en subissant les coutumes pernicieuses. - -4 - -On ridiculise celui qui garde le silence, comme celui qui parle trop, -comme celui qui parle trop peu; il n'y a pas un homme sur terre qu'on -ne critique pas. Il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura jamais -personne qu'on aurait toujours blm pour tout ce qu'il fait, de mme -qu'il n'y a personne qu'on aurait toujours lou. C'est pourquoi, il est -inutile de se proccuper ni des louanges, ni des blmes des gens. - -5 - -Tu crains que les gens ne te mprisent pour ta douceur; mais les gens -justes ne peuvent pas te mpriser pour cela; quant aux autres, tu n'as -pas besoin de t'en proccuper--ne fais pas attention leur opinion. -Un bon menuisier ne se chagrinera pas parce qu'un homme qui ne comprend -rien son mtier n'approuve pas son travail. - -Les gens qui le mprisent pour ta douceur ne comprennent rien ce qui -est bien pour l'homme. Pourquoi donc te proccuper de leur apprciation? - - D'aprs PICTTE. - -6 - -Il est temps pour l'homme de connatre sa valeur. Serait-il, en effet, -quelque tre btard? Il est temps de cesser de regarder humblement de -tous cts pour voir s'il a plu ou dplu aux gens. Non; que ma tte -reste droite et ferme sur mes paules! La vie ne m'est pas donne pour -la montrer, mais pour que je la vive. Je reconnais l'obligation de vivre -pour mon me. Et je veux me proccuper non pas de l'opinion que les gens -auraient de moi, mais de ma vie, de savoir si je n'accomplis ou si je -n'accomplis pas ma destine devant Celui qui m'a envoy dans la vie. - - EMERSON. - -7 - -Quiconque s'est abandonn depuis sa jeunesse ses grossiers instincts -d'animal, ne cesse de s'y adonner, bien que sa conscience rclame autre -chose. Il agit ainsi parce que les autres font comme lui. Et les autres -agissent ainsi pour la mme raison que lui. Il ne peut y avoir qu'une -issue: chaque homme doit se librer de la proccupation de l'opinion -publique. - - - -V.--_On doit se proccuper de son me et non pas de sa gloire._ - -1 - -Le moyen le plus rapide et le meilleur pour gagner la rputation d'un -homme vertueux, n'est pas de paratre tel devant les hommes, mais de -faire des efforts sur soi-mme pour devenir vertueux. - - _Causeries_ de SOCRATE. - -2 - -Celui qui ne rflchit pas par lui-mme, se soumet aux ides d'un autre -homme. Soumettre sa pense quelqu'un est un servage plus humiliant que -de soumettre son travail. Rflchis toi-mme et ne te proccupe pas de -ce que te diront les gens. - -3 - -Personne ne manifeste tant de respect et d'attachement pour la vertu, -que celui qui perd volontiers la rputation d'un homme de bien, -uniquement pour rester bon dans son for intrieur. - - SNQUE. - -4 - -Lorsqu'un homme est habitu ne vivre que pour l'opinion publique, il -lui rpugne, parce qu'il ne fait pas ce que font les autres, d'avoir -la rputation d'un sot, d'un ignorant ou d'un vilain homme. Mais on -doit travailler tout ce qui est difficile. Et cette oeuvre, on doit -travailler des deux cts: apprendre mpriser l'opinion des gens; -apprendre vivre pour de telles oeuvres qui, bien qu'elles soient -critiques par la foule, n'en restent pas moins des bonnes oeuvres. - -Les hommes vivent et agissent d'aprs leurs ides, ainsi que d'aprs les -ides des autres. Suivant que les uns et les autres influencent leurs -actes, les hommes se distinguent entre eux. - -6 - -Il est difficile de distinguer si tu sers les autres pour ton me, -pour Dieu, ou pour la gloire des hommes. Il n'y a qu'un seul moyen de -contrle: si tu accomplis une oeuvre que tu crois bonne, demande-toi -si tu continuerais y travailler si tu savais d'avance que personne -n'apprendrait jamais ce que tu fais. Si tu rponds que tu le ferais, -c'est que tu travailles srement pour ton me, pour Dieu. - - - -VI.--_Celui qui vit de la vraie vie n'a pas besoin de louanges._ - -1 - -Vis seul, a dit le sage. Cela veut dire que tu dois rsoudre le problme -de ta vie tout seul, avec le concours du Dieu qui vit en toi, et non pas -d'aprs les conseils et les opinions des autres. - -2 - -Si tu veux tre tranquille, tche de plaire Dieu et non pas aux -hommes. Ceux-ci ont des dsirs diffrents: aujourd'hui, ils veulent une -chose; demain une autre. Jamais, ils ne sont satisfaits. Mais le Dieu -qui vit en toi dsire toujours une seule chose, et tu sais ce qu'il veut. - -3 - -Il n'y a qu'un seul moyen pour ne pas croire en Dieu: ce moyen consiste - toujours reconnatre l'opinion des gens comme juste, et ne prter -aucune attention notre voix intrieure. - - JOHN RUSKIN. - -4 - -Si nous sommes sur un bateau en marche et que nous regardons un objet -qui se trouve sur le mme bateau, nous ne remarquons pas que nous -voguons, mais en regardant de ct sur ce qui ne se meut pas avec nous, -par exemple la berge, nous nous apercevons immdiatement que nous sommes -en mouvement. Lorsque tous les hommes vivent autrement qu'il ne le faut, -nous ne le remarquons pas; mais il suffit, qu'un seul se ressaisisse et -qu'il commence vivre selon Dieu, pour qu'il devienne clair combien les -autres vivent mal. Mais les autres perscutent toujours celui qui ne vit -pas comme eux. - - PASCAL. - - - - -CHAPITRE XVII - -DES FAUSSES CROYANCES - - -Les fausses croyances sont celles que les gens acceptent non pas parce -qu'elles leur sont ncessaires pour leur me, mais parce qu'ils croient -en ceux qui les prchent. - - -I.--_En quoi consiste la supercherie des fausses croyances._ - -1 - -Souvent les hommes pensent qu'ils croient la loi de Dieu, alors qu'ils -ne croient qu' ce que tous croient. Et tous les hommes ne croient pas - la loi de Dieu, mais qualifient telle ce qui leur convient et ne les -empche pas de mener la vie qui leur plat. - -2 - -Quand les hommes vivent dans le pch et les tentations, ils ne -sauraient tre tranquilles. La conscience les dnonce. C'est pourquoi -ils sont obligs de choisir entre ces deux alternatives: ou se -reconnatre coupables devant les hommes et devant Dieu, et cesser de -pcher, ou bien continuer mener une vie de pcheurs, commettre de -mauvaises actions et les qualifier de bonnes. C'est pour ces hommes -que l'on a invent les fausses croyances, grce auxquelles on peut se -considrer comme juste, tout en menant une mauvaise vie. - -3 - -C'est mal de mentir devant les hommes, mais c'est pis encore de se -mentir soi-mme. Ce mensonge est tout particulirement nuisible parce -que les autres peuvent dnoncer ton mensonge, tandis que personne ne -t'accusera de t'tre menti toi-mme. C'est pourquoi, garde-toi de te -mentir toi-mme, surtout lorsqu'il s'agit de la foi. - -4 - -Crois ou sois maudit. C'est la qu'est la raison principale du mal. Si -l'homme accepte sans discuter ce qu'il aurait d examiner par sa propre -raison, il finit par perdre l'habitude de raisonner, il est soumis la -maldiction et induit ses proches au pch. Le salut des hommes rside -en ce que chacun doit apprendre vivre de sa raison. - - EMERSON. - -5 - -On ne peut ni peser ni mesurer le tort qu'ont produit et produisent -encore les fausses croyances. - -La religion rgle les rapports de l'homme envers Dieu, l'gard de -l'univers; elle dtermine la destine de l'homme qui dcoule de ces -rapports. Quelle doit tre la vie de l'homme si ces rapports et la -destination dtermins ainsi sont faux? - -6 - -Il y a trois sortes de fausses croyances. La premire est de croire -la possibilit de pouvoir apprendre par l'exprience ce qui ne peut -l'tre d'aprs les lois de l'exprience. La seconde fausse croyance fait -admettre, dans le but de notre perfectionnement moral, des choses sur -lesquelles nous ne pouvons nous former aucune ide par notre raison. -La troisime fausse croyance reconnat la possibilit d'voquer par un -moyen surnaturel une action mystrieuse l'aide de laquelle la divinit -exerce son influence sur notre moralit. - - KANT. - - - -II.--_Les fausses croyances ne satisfont pas les exigences suprieures, -mais les exigences infrieures de l'me humaine._ - -1 - -L'unique et vraie religion ne contient rien que des lois, c'est--dire -des lments moraux dont nous pouvons reconnatre et tudier nous-mmes -la ncessit incontestable, et que nous concevons par notre raison. - - KANT. - -2 - -L'homme ne peut plaire Dieu que par une vie juste. C'est pourquoi tout -ce par quoi l'homme croit plaire Dieu, en dehors d'une vie pure et -juste, n'est qu'un grossier et nuisible mensonge. - - D'aprs KANT. - -3 - -Faire pnitence en s'infligeant des souffrances, au lieu de profiter -de l'tat d'esprit o l'on se trouve afin d'amender sa conduite, est -un travail inutile. De plus, une telle pnitence a cette mauvaise -consquence; l'homme croit avoir pay ainsi toutes ses dettes, et ne -songe plus son perfectionnement qui seul est ncessaire lorsqu'on -reconnat ses erreurs. - - KANT. - -4 - -C'est mal lorsque les hommes ne connaissent pas Dieu, mais c'est plus -mal encore lorsqu'ils reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu. - - LACTANCE. - -5 - -On dit: Dieu a cr l'homme Son image; on aurait mieux fait de dire -que c'est l'homme qui a cr Dieu son image. - - LICHTENBERG. - -6 - -Lorsqu'on parle du ciel comme d'un endroit o se trouvent les heureux, -on se le reprsente gnralement quelque part trs haut, dans les -rgions infinies de l'univers. On oublie que notre terre, vue de l'une -de ces hautes rgions, ressemble galement l'un des astres clestes, -et que les habitants de ces plantes ont absolument le mme droit de -dire, en dsignant la terre: Voyez-vous cet astre-l, c'est l'endroit -de la flicit ternelle, l'asile cleste prpar pour nous et o nous -irons un jour. Le fait est que, par une trange erreur de notre raison, -l'lan de notre croyance est toujours connexe avec l'ide de notre -lvation vers les hauteurs, et nous ne songeons pas que nous aurions -beau nous lever, nous devrons nanmoins redescendre encore, afin de -pouvoir poser un pied ferme dans quelque autre monde. - -7 - -Les mahomtans font bien de couvrir leurs yeux de leurs doigts et de -se boucher les oreilles, lorsqu'ils entrent au temple et commencent -prier. - -La vraie prire est dans l'abstraction de toutes nos proccupations -habituelles, de tout ce qui peut nous rappeler l'existence de nos sens, -et dans l'vocation en soi de l'lment divin. Dans ce but, le mieux est -de faire ce que nous dit le Christ: d'entrer seul dans un lieu clos, et -de s'y enfermer, c'est--dire de prier dans la solitude complte, que -l'on soit chez soi, dans la fort ou dans les champs. La vraie prire -est dans ce dtachement de toutes les choses extrieures, pendant -lequel on contrle son me, ses actes, ses dsirs, non pas d'aprs les -exigences extrieures du monde, mais d'aprs les exigences de l'lment -divin que nous sentons en nous. - -Une telle prire est un secours: elle fortifie et lve l'me, elle -confesse et vrifie les actions passes, elle indique la conduite future. - - - -III.--_Le Culte extrieur._ - -1 - -Bien qu'il y ait une diffrence de procd entre un chamane tounghouse -et un prlat catholique europen, ou bien, en prenant pour exemple des -gens simples, entre un voghoul grossier et sensuel qui, tous les matins, -pose sur sa tte la patte d'une peau d'ours, et prononce les paroles de -sa prire: Ne me tue pas, et un puritain indpendant de Connecticut; -il n'y a aucune diffrence dans les principes de leurs croyances, car -ils appartiennent tous deux la mme catgorie de gens dont le culte ne -consiste pas devenir meilleurs, mais de croire et d'excuter certains -rglements arbitraires. Seuls ceux qui croient que le culte de Dieu -consiste aspirer une vie meilleure diffrent des premiers, parce -qu'ils reconnaissent un tout autre principe et infiniment plus lev, -runissant tous les hommes de bonne foi dans un temple invisible qui -seul peut tre un temple universel. - - KANT. - -2 - -Et quand tu prieras, ne fais pas comme les hypocrites; car ils aiment - prier en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues, -afin d'tre vus des hommes. Je vous dis, en vrit, qu'ils reoivent -leur rcompense. Mais toi, quand tu pries, entre dans la chambr et, -ayant ferm ta porte, prie ton Pre qui est dans ce lieu secret; et ton -Pre qui te voit dans le secret, te rcompensera. - - MATTH., VI, 5-6. - -3 - -Gardez-vous des scribes qui se plaisent se promener en longues robes, -et qui aiment les salutations dans les assembles et les premires -places dans les synagogues, et les festins; qui ruinent les maisons des -veuves, tout en affectant de faire de longues prires. - - Luc, XX, 46-47. - - - -IV._--La pluralit des croyances et l'unit de la religion vraie._ - -1 - -L'homme qui ne pense pas la religion, s'imagine qu'il n'y a qu'une -seule vraie religion--celle dans laquelle il est n. Mais tu n'as qu' -te demander ce qui arriverait si tu tais n dans une autre religion, -toi chrtien si tu tais n mahomtan; toi bouddhiste--chrtien; toi -chrtien--brahmane. Est-il possible que seuls, avec notre religion, -nous soyons dans le vrai, et que tous les autres soient dans le -mensonge? La religion ne deviendra pas vraie parce que tu te persuaderas -toi-mme et que tu persuaderas les autres qu'elle seule est vraie. - - - -V.--_Consquences de la confession des fausses croyances._ - -1 - -En 1682, en Angleterre, le docteur Leyton, un homme respectable qui -avait crit un livre contre l'piscopat anglican, a t jug et condamn -aux chtiments suivants. On le fouetta cruellement, puis on lui coupa -une oreille et on lui ouvrit un ct du nez, puis on inscrivit sur sa -joue, au fer rouge, les lettres SS: semeur de sdition. Sept jours plus -tard on le fouetta nouveau, bien que les plaies qu'il avait au dos -n'aient pas encore t fermes; puis on lui ouvrit l'autre ct du nez, -on lui trancha l'autre oreille et on lui ttoua l'autre joue. Tout cela -fut fait au nom du christianisme. - - MORISSON DAVIDSON. - -2 - -En 1415, Jean Huss fut reconnu comme hrtique pour avoir dvoil la -fausse croyance des catholiques et les mauvaises actions du pape, et il -fut condamn mort, sans que son sang puisse tre vers, c'est--dire -tre brl. - -L'excution eut lieu derrire les portes de la villes, entre deux -jardins. En arrivant sur place, Huss se mit genoux et commena -prier. Lorsque le bourreau lui ordonna de monter sur le bcher, il se -leva et dit trs haut: - -Jsus-Christ. Je vais la mort pour avoir prch Ta parole, je -souffrirai docilement. - -Les bourreaux, dshabillrent Huss et lui attachrent les mains derrire -le dos au poteau; ses pieds se trouvaient sur un banc. On mit du bois et -de la paille autour de lui. Le bois et la paille lui venaient jusqu'au -menton. Le chef imprial s'approcha alors de Huss et lui annona qu'il -serait pardonn s'il se rtractait. - -Non, dit Huss, je ne me connais aucune faute. - -Les bourreaux allumrent alors le bcher, et Huss se mit chanter la -prire: Jsus, Fils du Dieu vivant, aie piti de moi. - -Le feu monta, trs haut, et bientt Huss se tut. - -C'est ainsi que les gens qui se qualifiaient de chrtiens, dfendaient -leur croyance. - -N'est-il pas vident que ce n'tait pas une religion, mais la -superstition la plus grossire? - -3 - -Les gens ne commettent jamais de mauvaises actions avec plus de -sang-froid et d'assurance en leur justice, que lorsqu'ils le font en -vertu d'une fausse croyance. - - PASCAL. - - - -VI.--_En quoi consiste la vraie religion?_ - -1 - -Ne vous faites point appeler matre; car vous n'avez qu'un matre--le -Christ; et vous, vous tes tous frres. Et n'appelez personne sur la -terre votre pre; car vous n'avez qu'un seul Pre, Celui qui est dans -les cieux; et ne vous faites point appeler docteur, car vous n'avez -qu'un seul Docteur--le Christ. MATTH., XXIII, 8-10. - -C'est ainsi qu'enseignait le Christ. Et il enseignait ainsi parce qu'il -savait que, de mme qu'en son temps il y avait des gens qui prchaient -une fausse loi de Dieu, il y en aurait aussi dans l'avenir. Il le savait -et disait qu'il ne fallait pas couter ceux qui s'intitulaient matres -parce que leur enseignement obscurcit la doctrine simple et claire qui -est rvle tous et qui vit dans le coeur de chaque homme. - -Cette doctrine consiste aimer Dieu, comme le suprme bien et la -suprme vrit, aimer son prochain comme soi-mme et faire aux -autres ce qu'on veut qu'ils vous fassent. - -2 - -La religion ne consiste pas savoir ce qui a t et ce qui sera, ni -mme ce qui est actuellement, mais elle consiste savoir ce que chaque -homme doit faire. - -3 - -Si donc tu apportes ton offrande l'autel, et que l tu te souviennes -que ton frre a quelque chose contre loi, laisse-l ton offrande devant -l'autel, et va-t-en premirement te rconcilier avec ton frre; et aprs -cela viens, et prsente ton offrande. - - MATT., V. 23. - -Voil o est la vraie religion: ni dans la crmonie, ni dans -l'offrande, mais dans l'union des hommes. - -4 - -La doctrine chrtienne est tellement claire que les tout petits enfants -la comprennent dans son sens exact. Seuls ceux qui ne veulent pas vivre -comme des chrtiens ne la comprennent pas. - -Pour comprendre le vrai christianisme, il faut tout d'abord renoncer au -faux christianisme. - -5 - -Le vrai culte de Dieu est exempt de superstitions; lorsque la -superstition y pntre, le culte mme s'croule. Le Christ nous a montr -en quoi consistait le vrai culte de Dieu. Il nous enseignait que de tout -ce que nous faisons dans le monde, il n'y a qu'une lumire et qu'un seul -bonheur pour les hommes,--c'est notre amour des uns pour les autres; Il -nous disait que nous ne pourrons atteindre notre bonheur qu'en servant -les autres, et non pas nous-mmes. - -6 - -Si ce qui est prsent comme loi de Dieu ne demande pas d'amour, ce ne -sont que des inventions des gens, et non pas la loi de Dieu. - - D'aprs SKOWORODA. - -7 - -On ne peut pas apprendre connatre Dieu d'aprs ce que l'on raconte de -Lui. On ne peut le connatre qu'en accomplissant Sa loi, la loi que le -coeur de chaque homme connat. - -8 - -Le sens de la doctrine du Christ est dans l'indication de la perfection -divine vers laquelle les hommes doivent tendre. Mais les hommes qui ne -veulent pas suivre la doctrine du Christ, comprennent volontairement ou -non, la doctrine du Christ non pas comme il l'a prche--rapprochement -continu vers la perfection--mais comme une rgle conformment laquelle -le Christ exigerait des hommes la perfection divine. Et en interprtant -aussi faussement la doctrine du Christ, ceux qui ne veulent pas la -suivre adoptent l'une de ces deux attitudes: ou bien, considrant -la perfection comme inaccessible (ce qui est parfaitement juste), -ils rejettent toute la doctrine comme un rve irralisable, ou bien, -attitude la plus nuisible et la plus gnrale, tout en reconnaissant la -perfection comme inaccessible, ils corrigent c'est--dire, dnaturent la -doctrine et observent des rgles que l'on appelle chrtiennes, mais qui -sont, pour la plupart, contraires, au christianisme. - -9 - -L'ide de l'union des chrtiens, comme une runion des lus, des -meilleurs, est une ide anti-chrtienne prsomptueuse et fausse. Quel -est le meilleur, quel est le plus mauvais? Pierre tait le meilleur -avant que le coq chantt, et le brigand tait le plus mchant avant la -croix. Ne connaissons-nous pas en nous-mmes tantt l'ange, tantt le -diable, qui se mlent si bien notre vie, qu'il n'y a pas d'homme qui -aurait compltement chass l'ange, ni qui aurait laiss apparatre le -diable derrire l'ange. Comment pouvons-nous, nous qui sommes des tres -si complexes, former la runion des lus, des justes? - -Il y a une lumire de vrit, et il y a ceux qui s'approchent d'elle -de tous cts; d'autant de ct qu'il y a de rayons dans un cercle, -c'est--dire par des routes infiniment varies. Tchons de toutes nos -forces d'arriver la lumire de la vrit qui nous unit tous, et ce -n'est pas nous de juger si nous sommes prs d'elle et unis elle. - - - -VII--_La seule religion, vraie unit les hommes de plus en plus._ - -1 - -Voyez le mcontentement profond de la forme actuelle du christianisme, -qui se rpand dans la socit et s'exprime par le murmure, parfois, par -l'irritation, la tristesse. Tous attendent l'avnement du Royaume de -Dieu. Et il approche. - -Le pur christianisme, bien que lentement, mais toujours de plus en plus, -prend la place de celui qui porte ce nom. - - CHANNING. - -2 - -Depuis Mose Jsus, il s'est opr chez les individus et les peuples -un grand dveloppement mental et religieux. Les anciennes erreurs sont -abandonnes, de nouvelles vrits ont pntr dans la conscience de -l'humanit. Un seul homme ne peut tre aussi grand que l'humanit. Si -un grand homme est tellement en avance sur ses frres qu'ils ne le -comprennent pas,--il arrive un temps o ils le rejoignent d'abord, -puis le devancent et s'en vont si loin qu'ils deviennent, leur tour, -incomprhensibles pour ceux qui se trouvent l'endroit o tait -l'ancien grand homme. Chaque grand gnie religieux explique de plus en -plus les vrits de la religion et contribue ainsi l'union, de plus en -plus grande, des hommes. - - PARKER. - -4 - -Chaque homme sparment, de mme que toute l'humanit dans son ensemble -doit se transformer, passer de l'tat infrieur l'tat suprieur, sans -s'arrter dans sa croissance dont la limite est en Dieu lui-mme. Tout -tat est la consquence de l'tat prcdent. La croissance s'effectue -continuellement et imperceptiblement et, pareille la croissance de -l'embryon, elle a lieu de faon ce que rien ne dtruit le but des -situations successives de ce dveloppement continu. Mais s'il est -donn l'homme et tout le genre humain de se transformer, cette -transformation, tant pour l'individu que pour tout le genre humain, doit -s'effectuer dans le travail et les souffrances. - -Avant de se parer de grandeur, avant d'apparatre la lumire, on doit -se mouvoir dans les tnbres, supporter les perscutions, sacrifier -son corps pour sauver son me; il faut mourir pour ressusciter la -vie plus puissante, plus parfaite. Et aprs dix-huit sicles, ayant -accompli un des cycles de son dveloppement, l'humanit tend de nouveau - se transformer. Les anciens systmes, les anciennes socits, tout -ce qui composait l'ancien monde s'croule dj, et les peuples vivent -maintenant au milieu de dcombres, dans l'effroi et la souffrance. C'est -pourquoi on ne doit pas perdre courage la vue de ces ruines, de ces -morts qui se sont dj accomplies et qui s'accompliront encore, mais, au -contraire, prendre courage. L'union des hommes est proche. - - LAMENNAIS. - - - - -CHAPITRE XVIII - -DE LA FAUSSE SCIENCE - - -La superstition de la science se rvle par la croyance en ce fait que -le vrai savoir ncessaire la vie de tous les hommes est contenu dans -les seules connaissances prises au hasard dans le domaine illimit -du savoir qui, un moment donn, ont attir l'attention d'un petit -nombre d'hommes, de ceux-l mme qui se sont affranchis du travail -indispensable la vie et qui mnent, par suite, une vie draisonnable -et dprave. - - -I.--_En quoi consiste la superstition de la science._ - -1 - -Quand les hommes acceptent comme vrit incontestable ce que les autres -leur prsentent pour telle et qu'ils ne la vrifient point, ils tombent -dans la susperstition. Telle est, notre poque, la superstition de la -science. - -2 - -De mme qu'il existe des hrsies pour religion, il y a une hrsie pour -la science. Cette hrsie est dans la reconnaissance comme science -unique et vritable de tout ce qui est considr comme tel par les gens -qui se sont, un certain moment, arrog le droit de dterminer la vraie -science. Et aussitt qu'on considre comme science non pas ce qui est -ncessaire tous les hommes, mais ce qui est dtermin par les gens -qui, un certain moment se voit arrog le droit de dfinir ce qu'est la -science, il est forc que cette science soit fausse. C'est ce qui s'est -produit dans notre monde. - -3 - -La science occupe notre poque exactement la mme place que celle -qu'occupait la prtrise il y a quelques sicles. - -Les mmes bonzes attitrs: les professeurs; les mmes castes dans la -science; acadmies, universits, congrs. La mme confiance et le manque -de critique de la part des croyants, les mmes diffrends, et les mmes -discussions. Les mmes paroles incomprhensibles, la mme prsomption. - ---Inutile de discuter avec lui: il nie la rvlation. - ---Inutile de discuter avec lui: il nie la science. - -4 - -Ce qu'il y a de plus nuisible pour la vraie science, c'est l'emploi -d'expressions et de termes peu clairs. C'est prcisment ce que font les -pseudo-savants, en imaginant, pour exprimer des ides incertaines des -mots inexistants. - -5 - -La fausse science et les fausses religions expriment toujours leurs -dogmes en un langage emphatique qui apparat aux non-initis comme -mystrieux et grave. Les raisonnements des savants sont souvent -peu comprhensibles non seulement pour les autres, mais pour les -raisonneurs eux-mmes, et cela au mme degr que les discours des -professionnels de la foi. Le savant pdant, en se servant de termes -latins et de nouveaux mots, rend souvent les choses les plus simples -tout aussi incomprhensibles que le sont les prires latines des prtres -catholiques pour les paroissiens illettrs. Le mystre n'est pas un -signe de sagesse et de science. Plus un homme est vritablement clair, -plus le langage dont il exprime ses penses est simple. - - - -II--_La science sert justifier l'organisation de la vie sociale._ - -1 - -Il semblerait que pour reconnatre l'importance des occupations qu'on -qualifie de scientifiques, il faudrait prouver leur utilit. Mais les -servants de la science affirment ordinairement que ds l'instant qu'ils -s'occupent de certains sujets, ces occupations seront srement utiles un -jour. - -2 - -Le but lgitimement poursuivi par la science est la connaissance des -vrits servant au bonheur des hommes. Le faux but est de justifier -les mensonges qui insinuent le mal dans notre vie. Telles sont la -jurisprudence, l'conomie politique et, surtout, la philosophie et la -thologie. - -3 - -La science contient les mmes mensonges que la religion et elles partent -du mme point: le dsir de justifier les faiblesses des hommes, et c'est -pourquoi les mensonges scientifiques sont tout aussi nuisibles que les -mensonges confessionnels. Les hommes errent, vivent mal. Logiquement, -ayant compris qu'ils vivent mal, ils devraient s'employer modifier -leur genre de vie afin d'amliorer leur situation. Au lieu de cela, -apparaissent toutes sortes de sciences: financire, thologique, pnale, -policire, l'conomie politique, l'histoire, et la plus la mode: la -sociologie, indiquant les lois de la vie sociale et suivant lesquelles -la vie mauvaise ne provient pas des hommes, mais des lois mauvaises que -les savants ont dcouvertes et formules. Ce mensonge est tellement -draisonnable et contraire la conscience, que les hommes ne l'auraient -jamais accept, si la conscience n'avait pas encourag leurs faiblesses. - -4 - -Nous avons organis notre vie contrairement la nature morale et -physique de l'homme, et nous sommes persuads,--uniquement parce que -tout le monde le pense--que c'est l prcisment la vraie vie. Nous -sentons vaguement que tout ce que nous appelons notre organisation -sociale, notre religion, notre culture, nos sciences et nos arts, que -tout cela n'est pas ce qu'il faudrait, parce que cela ne nous dbarrasse -pas de nos misres, mais ne fait que les accrotre. Cependant, nous ne -nous dcidons pas soumettre tout cela au contrle de la raison parce -que nous pensons que l'humanit, qui a toujours reconnu la ncessit -du rgime social de contrainte, de religion et de science qu'il a pour -base, ne peut pas vivre en dehors de lui. - -Si un poussin dans sa coquille avait t dou de la raison d'un homme -et savait tout aussi peu en profiter que les gens de notre poque, il -n'aurait jamais bris la coquille de son ouf et n'aurait jamais connu la -vie. - -5 - -La science est devenue maintenant une distributrice de diplmes donnant -le droit de profiter du travail d'autrui. - -6 - -Le phrasologie mthodique des coles suprieures a le plus souvent pour -but d'viter la solution des questions difficiles, et l'on donne aux -paroles un sens quivoque parce que le je ne sais pas commode et pour -la plupart du temps raisonnable, n'est pas en faveur dans nos acadmies. - - KANT. - -7 - -Rien n'est plus inconciliable que le savoir et le profit, la science -et l'argent. Si pour devenir plus instruit, il faut de l'argent, si la -sagesse s'achte et se vend, l'acheteur et le vendeur sont galement -tromps. Le Christ a chass les marchands du temple; ils auraient d -tre chasss de mme du temple de la science. - -8 - -Ne considre pas la science comme une couronne pour t'en parer, ni comme -une vache pour t'en nourrir. - - - -III.--_Consquences nuisibles de la superstition de la science._ - -1 - -Il est dangereux de propager l'ide que notre vie est le rsultat des -forces matrielles et qu'elle dpend d'elles. Mais, lorsque cette ide -fausse s'appelle science, et qu'elle est prsente comme la sainte -sagesse de l'humanit, le tort caus par elle est effrayant. - -2 - -Le dveloppement de la science ne contribue pas la purification -des moeurs. Chez tous les peuples dont nous connaissons la vie, le -dveloppement des sciences contribuait la dpravation des moeurs. -Si nous pensons prsent le contraire, cela vient de ce que nous -confondons nos connaissances futiles et trompeuses avec le vrai savoir -suprme. La science, dans son sens abstrait, la science, en gnral, -doit tre respecte; mais la science actuelle, ce que les insenss -appellent science, ne peut-tre que ridiculis et mpris. - - J.-J.-ROUSSEAU - -3 - -L'unique explication de la vie insense, contraire la conscience des -meilleurs hommes de tous les temps, que mnent les gens de notre poque, -se trouve dans le fait que les jeunes gnrations tudient des matires -innombrables: la constitution des astres de la terre, l'origine des -organismes, etc., ils n'omettent qu'une chose, c'est de savoir quel est -le sens de la vie humaine, comment il faut la vivre, ce qu'ont pens de -cette question les grands sages de tous les temps, et comment ils l'ont -rsolue. Non seulement les jeunes gnrations n'en sont pas instruites, -mais on leur apprend, sous le nom de religion, les inepties les plus -flagrantes, auxquelles ceux qui les enseignent ne croient pas eux-mmes. -Tout l'difice de notre vie sociale repose sur des bulles gonfles d'air -et non sur de la pierre. - -4 - -Ce qu'on appelle aujourd'hui science est un compos d'inventions des -gens riches, ncessaire pour occuper leur oisivet. - -5 - -Nous vivons dans un sicle de philosophie, de sciences et de raison. Il -semble que toutes les sciences se soient runies pour clairer notre -route dans le labyrinthe de la vie humaine. D'immenses bibliothques -sont ouvertes tous et partout, des lyces, des coles, des universits -nous donnent depuis l'enfance la possibilit de profiter du savoir -des hommes qui s'est accumul pendant des milliers d'annes. Il -semblerait que tout contribue la formation de notre intelligence et au -consolidement de notre raison. Eh bien, sommes-nous devenus meilleurs -ou plus sages? Connaissons-nous mieux la voie et le but de notre vie? -Connaissons nous mieux nos obligations et surtout le bien de la vie? Ou -qu'avons-nous acquis par ces vaines connaissances, sinon l'inimiti, -la haine, l'ignorance et les doutes? Chaque doctrine et chaque secte -religieuse prouve qu'elle a trouv la vrit. Chaque crivain sait seul -en quoi consiste notre bonheur. L'un nous prouve qu'il n'y a pas de -corps, l'autre--qu'il n'y a pas d'me, le troisime--qu'il n'y a aucune -connexion entre l'me et le corps, le quatrime--que l'homme est un -animal, le cinquime--que Dieu n'est qu'un miroir. - - ROUSSEAU. - -6 - -N'tant pas capable de _tout_ pntrer et ne sachant pas sans l'aide -de la religion ce qu'on _doit_ tudier, la science d'aujourd'hui ne -s'occupe que de ce qui est agrable aux savants qui mnent une vie -irrgulire. Et leur agrment est de profiter du rgime existant, afin -de satisfaire leur oisive curiosit qui ne demande pas de grands efforts -intellectuels. - - - -IV.--_La quantit de matires tudier est innombrable, tandis que les -capacits du savoir de l'homme sont limites._ - -1 - -Un savant persan dit: Lorsque j'tais jeune, je me suis dit: je veux -connatre toute la science; et j'ai appris presque tout ce que savaient -les hommes. Mais lorsque je suis devenu vieux et que j'ai jet un coup -d'oeil sur tout ce que j'ai appris, je me suis aperu que ma vie a pass -et que je ne sais rien. - -2 - -Les observations et les calculs des astronomes nous, ont appris bien des -choses dignes d'tonnement; mais le rsultat le plus important de leurs -tudes est, sans doute, celui qu'ils nous ont rvl l'abme de notre -ignorance. Sans ces connaissances, la raison humaine ne pourrait jamais -se reprsenter toute l'immensit de cet abme. Si l'on rflchi cela, -on peut arriver une grande transformation dans la dtermination des -buts finals de l'activit de notre raison. - - KANT. - -3 - -Il y a des herbes sur la terre; nous les voyons; de la lune nous ne -pourrions pas les apercevoir. Sur ces herbes il y a des fils--sur ces -fils des petits organismes; mais plus loin--il n'y a plus rien. Quelle -prsomption! - -Les corps complexes sont composs d'lments et les lments sont -indcomposables. Quelle prsomption! - - PASCAL. - -4 - -Il nous manque des connaissances pour comprendre ne serait-ce que la -vie du corps humain. Voyez ce qu'il faut savoir pour cela. Le corps a -besoin de place, de temps, de mouvements, de chaleur, de lumire, de -nourriture, d'eau, d'air et de bien d'autres choses encore. Mais dans -la nature, toutes les choses sont si troitement lies entre elles -qu'on ne peut comprendre l'une sans avoir tudi l'autre. On ne peut -comprendre une partie sans avoir compris le tout. Nous ne comprendrons -la vie de notre corps que lorsque nous aurons tudis tout ce qu'il lui -faut: et pour cela, il est indispensable d'tudier tout l'univers. Mais -l'univers est infini et sa comprhension est inaccessible l'homme. Par -consquent, nous ne pouvons nous expliquer entirement la vie de notre -corps. - - PASCAL. - -5 - -Les sciences exprimentales, lorsqu'on s'en occupe pour elles-mmes, -en les tudiant sans aucun but philosophique, ressemblent un visage -sans yeux. Elles reprsentent une des occupations qui convient aux -capacits moyennes, prives de dons suprmes qui ne feraient qu'entraver -leurs recherches minutieuses. Les gens dous de ces capacits moyennes -concentrent toutes leurs forces et tout leur savoir sur un champ -d'tudes limit, o ils peuvent, par suite, atteindre des connaissances -aussi compltes que possible, mais condition d'tre compltement -ignorants dans tous les autres domaines. Ils peuvent tre compars aux -ouvriers qui travaillent dans les ateliers d'horlogerie dont les uns -ne font que les roues, les autres les ressorts, et les troisimes les -chanes. - - SCHOPENHAUER. - -6 - -Ce n'est pas la quantit des connaissances qui importe, mais leurs -qualits. On peut savoir bien des choses et ignorer ce qui est le plus -ncessaire. - -7 - -Socrate n'avait pas la faiblesse commune de parler pendant ses -entretiens de tout ce qui existe, de chercher la provenance de ce -que les sophistes appelaient nature et de remonter jusqu'aux causes -premires dont sont sortis les corps clestes. Est-ce possible, -disait-il, que les gens croient avoir pntr tout ce qu'il importe - l'homme de savoir, s'ils s'occupent de ce qui se rapporte si peu -l'homme? - -Il s'tonnait surtout de l'aveuglement des faux savants qui ne se -doutent pas de ce que la raison humaine est incapable de pntrer ces -mystres. C'est pourquoi, disait-il, ceux qui s'imaginent savoir en -parler ne sont pas d'accord dans leurs principes mme, et lorsqu'on -les entend parler ensemble on se croirait parmi des fous. De fait, -quels sont les signes particuliers de ceux qui sont pris de folie? ils -craignent ce qui n'a rien d'effrayant et n'ont pas peur de ce qui est -rellement dangereux. - - XNOPHON - -8 - -La sagesse est une chose vaste et grande: elle demande tout le temps -libre qui peut lui tre consacr.--Indpendamment du nombres de -questions que tu pourrais rsoudre, tu devras, nanmoins, te tourmenter -d'une quantit de questions, qui doivent tre examines et rsolues. -Ces questions sont tellement vastes et nombreuses qu'elles exigent -l'expulsion de notre esprit de toute chose superflu, afin d'offrir -une libert entire au travail de la raison. Dois-je dpenser ma vie -en vaines paroles? Il arrive frquemment, nanmoins, que les savants -pensent plus aux paroles qu' la vie. Remarque quel mal produit la -philosophie outre et combien elle peut tre dangereuse pour la vrit. - - SNQUE. - - - -V.--_La quantit des connaissances est innombrable. C'est la vraie -science de choisir les plus importantes et les plus ncessaires._ - -1 - -Il n'y a ni honte, ni faute de ne pas savoir. Personne ne peut tout -connatre; mais il est honteux et nuisible de faire semblant de savoir -ce que l'on ignore. - -2 - -La capacit de l'esprit absorber des connaissances, n'est pas -illimite. C'est pourquoi on ne doit pas croire que plus on sait, mieux -cela vaut. La connaissance d'un grand nombre de sottises est une entrave -insurmontable pour savoir ce qui est rellement ncessaire. - -3 - -La raison se fortifie par l'tude de ce qui est ncessaire l'homme, -et elle s'affaiblit par l'tude de ce qui est insignifiant et inutile; -ainsi le corps se fortifie par l'air frais et la nourriture frache, ou -s'affaiblit par l'air vici et la nourriture corrompue. - - JOHN RUSKIN. - -4 - -A notre poque naissent un grand nombre de sciences, dignes d'tre -tudies. Bientt nos capacits seront trop limites et la vie sera trop -courte, pour que nous puissions assimiler mme la partie la plus utile -de ces connaissances. Nous avons notre service une grande abondance de -ces trsors intellectuels, et nous sommes obligs, aprs y avoir puis, -de rejeter bien des choses comme du bric--brac inutile. Il serait plus -simple de ne jamais nous en embarrasser. - - KANT. - -5 - -Le savoir est infini, c'est pourquoi on ne peut pas dire de celui qui -sait beaucoup, qu'il sait plus que celui qui sait trs peu. - -6 - -La chose la plus ordinaire notre poque est de voir des gens qui se -considrent comme savants et clairs, qui connaissent, en effet, une -quantit innombrables de choses inutiles, croupir dans l'ignorance la -plus grossire, parce que non seulement ils ne connaissent pas le sens -de leur vie, mais encore parce qu'ils sont fiers de cette ignorance. Et, -d'autre part, il n'est pas moins frquent de rencontrer parmi des gens -presque illettrs, et mme compltement illettrs, qui ignorent tout du -tableau chimique, des parallaxes, des proprits du radium, et qui sont -pourtant des gens trs clairs, connaissant le sens de la vie, sans se -montrer plus fiers pour cela. - -7 - -Les hommes ne peuvent comprendre et savoir tout ce qui se fait -dans le monde; par consquent, leurs jugements sur bien des choses -sont inexacts? L'ignorance de l'homme se montre sous deux aspects; -l'ignorance pure, naturelle, dans laquelle les hommes naissent; l'autre -est celle du vrai sage. Lorsque l'homme aura tudi toutes les sciences, -et qu'il saura ce que les gens ont su et savent, il verra que toutes ces -sciences, prises dans leur ensemble, sont tellement, insignifiantes, -qu'elles ne donnent aucune possibilit de comprendre le monde, et cet -homme se persuadera qu'en ralit, les savants ne savent absolument rien -de plus que les simples ignorants. Mais il y a de ces demi-savants qui -ont acquis quelques lments de diverses sciences et qui s'en montrent -trs fiers. Ils se sont loigns de l'ignorance naturelle, mais n'ont -pas eu le temps d'arriver la vraie sagesse des savants, qui ont -compris l'imperfection et l'insignifiance de toutes les connaissances -humaines. Ce sont ces gens qui, se croyant de fortes ttes, troublent -le monde. Ils jugent de tout avec assurance et promptitude et, -naturellement, ils se trompent constamment. Ils savent jeter de la -poudre aux yeux et jouissent souvent du respect des hommes, mais les -masses populaires les mprisent, voyant bien leur inutilit; quant -eux, ils mprisent le peuple, le croyant ignorant. - - PASCAL. - -8 - -Les gens croient souvent que plus on sait, mieux cela vaut. C'est une -ide fausse. Il ne s'agit pas de savoir beaucoup de choses; il importe -de savoir l'essentiel de tout ce que l'on peut connatre. - -9 - -Les sages ne sont jamais savants, les savants ne sont jamais sages. - - LAO-TSEU. - -10 - -Les hiboux voient dans l'obscurit, mais deviennent aveugles la clart -du soleil. Il en est de mme des savants. Ils connaissent quantit de -futilits scientifiques, mais ils ne savent pas et ne peuvent rien -savoir de ce qui est le plus ncessaire dans la vie: comment l'homme -doit vivre sur la terre. - -11 - -Le sage Socrate disait que la btise ne provient, pas de peu de science, -mais de ce qu'on ne se connat pas soi-mme, et qu'on croit connatre -tout ce que l'on ignore. Il appelait cela btise et ignorance. - -12 - -Quand l'homme connat toutes les sciences et parle toutes les langues, -mais ignore ce qu'il est et ce qu'il doit faire, il est bien moins -instruit que la vieille femme illettre qui croit son Seigneur le -sauveur, c'est--dire en Dieu, selon la volont duquel elle reconnat -qu'elle vit, et elle sait que ce Dieu exige d'elle une vie juste. Elle -est plus instruite que le savant, parce qu'elle possde la rponse -la question essentielle: ce qu'est sa vie et comment doit-elle vivre; -tandis que le savant, tout en possdant des rponses ingnieuses -toutes les questions complexes, mais peu importantes de la vie, n'a pas -de rponse la question principale de tout homme de raison: pourquoi je -vis et que dois-je faire? - -13 - -Les gens qui croient que la science est l'oeuvre principale de la vie, -sont pareils aux papillons attirs par la clart de la bougie: ils -prisssent eux-mmes et obscurcissent la lumire. - - - -VI.--_En quoi consiste le sens et le but de la vraie science._ - -1 - -Le savant est celui qui a appris beaucoup de choses dans les livres; -l'homme instruit est celui qui est au courant de tout ce qui intresse -actuellement les hommes; l'homme clair est celui qui sait pourquoi il -vit et ce qu'il doit faire. Ne t'efforce ni d'tre savant, ni d'tre -instruit tche de devenir un homme clair. - -2 - -Si dans la vie relle l'illusion dfigure la ralit pour un instant -seulement, dans la rgion abstraite, l'erreur peut dominer pendant des -milliers d'annes, peut peser de son joug sur des peuples entiers, -touffer les lans les plus nobles de l'humanit, et, l'aide de ses -esclaves qu'elle a tromps, elle peut mettre aux fers celui qu'elle n'a -pu tromper. Elle est l'ennemi contre lequel les plus grands esprits de -tous les temps ont men un combat ingal, et l'humanit n'a gagn que -ce qu'ils ont pu lui enlever. Si l'on dit que l'on doit rechercher la -vrit mme l o l'on en attend aucun profit parce que l'utilit peut -en apparatre l o elle n'avait pas t prvue, il faut ajouter encore -qu'on doit rechercher et supprimer avec le mme zle toute erreur, l -mme o elle ne peut faire aucun tort, parce que le danger des erreurs -peut facilement apparatre un jour, l o on ne s'y attendait pas, toute -erreur contenant du poison. Il n'y a pas d'erreur inoffensive et il y a -d'autant moins d'erreur honorable et sacre. - -Pour consoler ceux qui consacrent leur vie et leurs forces la noble -et difficile lutte contre les erreurs, on peut hardiment dire que, si -avant la venue de la vrit, l'erreur continuera quand mme faire -son oeuvre, elle n'vincera pas jusqu'au bout la vrit conquise et -clairement exprime, pour prendre librement sa place vacante, pas plus -que les hiboux et les chauves-souris pendant la nuit n'intimideront et -n'empcheront le soleil de rapparatre radieux son lever. Telle est -la puissance de la vrit; sa victoire est difficile et pnible, mais -une fois gagne, elle ne peut pas tre reprise. - - SCHOPENHAUER. - -3 - -Depuis que les hommes vivent sur la terre, tous les peuples ont eu des -sages qui leur ont enseign ce qui tait le plus ncessaire de savoir: -quelle est la destination et, par consquent, le vrai bonheur de chaque -homme et de tous les hommes. Seul l'homme qui connat cette science peut -juger de l'importance de toutes les autres. - -Les objets d'tudes sont _innombrables_; aussi, l'ignorance de la -mission et du bonheur des hommes rend-elle impossible le choix dans -cette quantit infinie des connaissances et c'est pourquoi sans cette -connaissance primordiale, toutes les autres deviennent et sont, en -effet, un amusement vain et nuisible. - -4 - -Tous les hommes qui s'adressent la science de notre poque, non pour -satisfaire une vaine curiosit, non pour jouer un rle dans la science, -crire; discuter, enseigner, non pour vivre de la science, mais pour lui -poser des questions directes, simples, vitales, s'aperoivent que tout -en rpondant des milliers de questions trs ingnieuses et complexes, -elle est impuissante rpondre la seule question qui intresse tout -homme de raison: que suis-je et comment dois-je vivre? - -5 - -On peut tudier les sciences inutiles la vie spirituelle, telles -que l'astronomie, les mathmatiques, la physique, de mme que jouir -de divers plaisirs, jeux, promenades, quand ces occupations ne nous -empchent pas de faire ce que nous devons; mais ce n'est pas bien -de s'occuper de vaines sciences et de jouir de plaisirs, quand ils -entravent la vritable oeuvre de la vie. - -6 - -Socrate dmontrait ses lves qu'une instruction bien organise -commande de parvenir dans chaque science une certaine limite qu'on ne -doit pas franchir. Il suffit de connatre assez de gomtrie, disait-il, -pour tre, l'occasion en tat de mesurer rgulirement une bande -de terre que l'on achte ou que l'on rend, pour diviser un hritage -ou pour savoir rpartir le travail aux ouvriers. C'est si facile, -disait-il, qu'avec un peu de bonne volont on ne s'arrtera plus devant -aucun calcul, quand bien mme il faudrait mesurer toute la terre. Mais -il n'approuvait pas lorsqu'on se passionnait pour les difficults de -cette science, et, bien qu'il les connt, il disait, qu'elles pouvaient -occuper toute la vie d'un homme et le distraire des sciences utiles, -tandis qu'elles ne servaient rien. Il trouvait bien que l'on -connaisse assez d'astronomie pour pouvoir, d'aprs de menus indices -reconnatre les heures de la nuit, les jours du mois, et les saisons -de l'anne, s'orienter sur sa route, maintenir la direction en mer, et -relever les gardes. Cette science, est si facile, ajoutait-il, qu'elle -est accessible chaque chasseur, tout navigateur et, en gnral, - tout homme qui voudrait quelque peu s'en occuper. Mais lorsqu'on -voulait arriver tudier les diffrentes orbites parcourues par les -astres clestes, calculer la dimension des plantes et des toiles, leur -loignement de la terre, leurs mouvements et modifications,--il blmait -les gens, car il ne voyait aucune utilit ces occupations. Il en avait -une si basse opinion, non pas par ignorance, car il avait tudi ces -sciences, mais parce qu'il ne voulait pas qu'on dpense des tudes -superflues, le temps et les forces qui pourraient tre employs la -chose la plus ncessaire l'homme: son perfectionnement moral. - - XNOPHON. - - - -VII.--_De la lecture des livres._ - -1 - -Fais attention que la lecture de nombreux crivains, de livres de -tous genres n'embrouillent et ne troublent ta raison. On ne doit -alimenter son esprit que par la lecture d'crivains dont la valeur -est incontestable. Trop de lecture distrait l'esprit et le dshabitue -du travail personnel. C'est pourquoi ne lis que les vieux livres -incontestablement bons. Si jamais tu as envie de passer des oeuvres -d'un autre genre, n'oublie pas de revenir aux anciennes. - - SNQUE. - -2 - -Lisez avant tout les meilleurs livres; autrement vous n'aurez pas le -temps de les lire. - - THOREAU. - -3 - -Il est prfrable de ne jamais lire un seul livre que d'en lire beaucoup -et de croire tout ce qui y est dit. On peut tre intelligent sans lire -un seul livre, tandis qu'en croyant tout ce qui est crit dans les -livres, on devient forcment sot. - -4 - -Dans la fabrication des livres se rpte le mme fait que dans la vie. -La plupart des gens s'garent sottement. C'est pour cela que tant de -mauvais livres, tant de relent littraire s'accumulent parmi la bonne -graine. Les hommes ne font que perdre leur temps, leur argent, et leur -attention la lecture de ces livres. - -Les mauvais livres ne sont pas seulement inutiles, mais encore -nuisibles. Car neuf diximes de tous les livres ne s'impriment que pour -prendre l'argent des autres. - -C'est pourquoi il est prfrable de ne pas lire du tout les livres dont -on parle et dont on crit beaucoup. Les gens doivent chercher avant tout - lire et connatre les meilleurs crivains de tous les sicles, et -de tous les peuples. Ce sont ces livres l qu'on doit lire en premier -lieu; autrement, on n'aura pas le temps de les lire du tout. Seuls ces -crivains nous instruisent et contribuent notre ducation. - -Nous ne lirons jamais trop peu de mauvais livres et nous ne russirons -jamais lire trop de bons livres. Les mauvais livres sont un poison -moral qui ne fait que griser. - - D'aprs SCHOPENHAUER. - -5 - -Les superstitions et les erreurs tourmentent les hommes. Il n'y a qu'un -moyen pour s'en dbarrasser: la vrit. Or, nous apprenons la vrit -tant par nous-mmes que par l'entremise de sages et de saints qui ont -vcu avant nous. C'est pourquoi pour mener une vie de bien, il faut -chercher soi-mme la vrit, tout en profitant des indications qui sont -venues jusqu' nous des anciens sages et des saints. - -6 - -L'un des moyens les plus puissants de connatre la vrit qui libre des -superstitions, consiste apprendre tout ce que l'humanit a fait dans -le pass pour connatre et exprimer la vrit commune tous les hommes. - - - -VIII.--_De la pense indpendante._ - -1 - -Chaque homme peut et doit profiter de tout ce que la raison commune de -l'humanit a labor, mais il doit en mme temps contrler par sa propre -raison les donnes labores par toute l'humanit. - -2 - -Le savoir est vraiment le savoir, lorsqu'il est acquis par les efforts -de la pense et non par la mmoire. - -Nous commenons savoir rellement lorsque nous nous arrivons oublier -compltement ce que nous avons appris. Je ne me rapprocherai pas -une distance d'un cheveu de la connaissance des objets, tant que je -considrerai l'objet comme on me l'a appris. Pour connatre un objet, -je dois m'en approcher comme d'une chose d'absolument inconnue de moi. - - THOREAU. - -3 - -Nous attendons du professeur qu'il fasse de son lve un homme -raisonnable, d'abord, sage, ensuite, et savant, enfin. - -Ce procd prsente cet avantage que si l'lve n'atteint jamais le -dernier degr, comme cela a, en effet, gnralement lieu dans la -ralit; il gagnera nanmoins s'instruire et aura plus d'exprience et -de sagesse dans la vie. - -Mais si l'on retourne ce procd l'envers, alors les lves saisissent -quelque chose qui ressemble la raison avant d'avoir acquis la facult -de raisonner et emportent de l'enseignement une science emprunte, -comme colle eux et non n'adhrant, sans compter que leurs facults -spirituelles restent tout aussi improductives que par le pass et se -trouvent en mme temps fortement corrompues par la sagesse imaginaire. -C'est l la raison pourquoi nous rencontrons souvent des savants (ou -plutt des gens instruits) qui manifestent trs peu de raisonnement, -et c'est pourquoi il sort des acadmies plus d'idiots que de n'importe -quelle autre classe sociale. - - KANT. - -4 - -Dans toutes les classes il y a des hommes qui jouissent d'une -supriorit mentale, bien qu'ils n'aient souvent aucune instruction. -L'esprit naturel peut remplacer presque tous les degrs de -l'instruction, tandis qu'aucune instruction ne peut remplacer l'esprit -naturel, bien qu'elle possde l'avantage de la connaissance des -vnements et des faits (science historique), de la dfinition des -causes (sciences naturelles)--le tout en une revue facile et rgulire; -mais cela ne lui donne pas une opinion plus exacte et plus approfondie -du sens rel de tous ces vnements, faits et causes. L'homme non -instruit, mais perspicace et prompt voir les choses, saura se passer -de ces richesses. Un incident de sa propre exprience lui apprendra -bien plus qu' un savant qui connat des milliers de cas, mais qu'il -ne _comprend_ pas trs bien, parce que le peu de savoir de l'homme non -instruit est _vcu_. - - SCHOPENHAUER. - -5 - -J'aime les paysans: ils ne sont pas assez instruits pour pouvoir -raisonner erronement. - - MONTAIGNE. - -6 - -Combien de lectures multiples nous aurions pu viter si nous savions -rflchir avec indpendance. - -Est-ce que la lecture et l'tude sont la mme chose? Quelqu'un a -affirm, non sans raison, que si l'impression des livres a contribu au -dveloppement plus vaste de l'instruction, cela a t au dtriment de -leur qualit et de leur teneur. Trop lire est mauvais pour la pense. -Les plus grands penseurs, rencontrs parmi les savants que j'ai tudis, -taient prcisment les moins rudits. - -Si l'on avait enseign aux hommes _comment_ ils doivent penser, et non -pas quoi ils doivent penser, le malentendu aurait pu tre vit. - - LICHTENBERG. - - - - -CHAPITRE XIX - -L'EFFORT - - -Les pchs, les tentations, les superstitions arrtent, voilent -l'homme son me. Pour se rvler soi-mme son me, l'homme doit faire -des efforts de conscience. C'est donc dans ces efforts de conscience que -consiste l'oeuvre principale de la vie de l'homme. - - -I.--_La libration des pchs, des tentations et des superstitions est -dans l'effort._ - -1 - -L'abngation libre les hommes des pchs, l'humilit--des tentations, -la vracit--des superstitions. Mais pour que l'homme puisse renoncer -aux dsirs charnels, s'humilier devant les tentations de l'orgueil et -contrler par la raison les superstitions qui le dsorientent, il doit -faire des efforts. Seul l'effort de sa conscience permet l'homme de se -librer des pchs, des tentations et des superstitions qui le privent -de bonheur. - -2 - -Le Royaume de Dieu est conquis par l'effort. Le Royaume de Dieu est -en vous (Luc, XVI, 16; XVII, 21). Ces deux strophes de l'Evangile -signifient que ce n'est que par des efforts de conscience que les hommes -peuvent vaincre en eux les pchs, les superstitions et les tentations -qui retardent l'approche du Royaume de Dieu. - -3 - -Ici, sur la terre, il ne peut et ne doit pas y avoir de repos, parce que -la vie est une marche vers le but qu'on ne peut jamais atteindre. Le -repos est immoral. Je ne puis dire en quoi consiste ce but; mais quel -qu'il soit, il existe et nous savons que nous nous en approchons. Sans -ce rapprochement, la vie serait une absurdit et un mensonge. Et nous ne -pouvons nous rapprocher de ce but que par notre propre effort. - - JOSEPH MAZZINI. - -4 - -Devenir de plus en plus meilleur, c'est toute l'oeuvre de la vie, et on -ne peut devenir meilleur que par l'effort. - -Chacun sait que sans effort, on ne peut rien faire dans le travail. Il -faut savoir galement que dans l'oeuvre principale de la vie, dans la vie -spirituelle, on ne peut rien faire sans effort. - -5 - -La force ne se manifeste pas par le pouvoir de faire un noeud avec un -attisoir en fer, par la possession des billions et des trillions de -roubles, ni par la domination sur des millions d'hommes; la vraie force -est dans le pouvoir sur soi-mme. - -6 - -Ne dis jamais d'une bonne action: Ce n'est pas la peine de se donner du -mal; c'est si difficile que je n'y arriverai jamais; ou bien: C'est -si facile que je n'ai qu' vouloir pour le faire. Ne pense pas et ne -parle pas ainsi: mme si le but vis n'est pas atteint, ou si ce but est -insignifiant, chaque effort fortifie l'me. - -7 - -Les gens pensent souvent que pour tre un vrai chrtien, il faut -accomplir des actes extraordinaires. C'est une erreur. Le chrtien n'a -pas besoin d'oeuvres spciales, extraordinaires; il ne lui faut qu'un -effort d'esprit perptuel qui le libre des pchs, des tentations et -des superstitions. - -8 - -Les mauvaises actions--celles qui causent nos malheurs,--s'accomplissent -facilement; mais ce qui est noble et bon pour nous se fait uniquement au -prix d'un effort. - - _Sagesse bouddhiste._ - -9 - -Si l'homme prend pour rgle de faire ce qu'il veut, il ne restera pas -longtemps vouloir faire ce qu'il fait. La vraie oeuvre n'est jamais que -celle laquelle on doit travailler pour l'accomplir. - -10 - -La route vers la connaissance du bien n'a jamais t trace sur un gazon -soyeux jonche de fleurs; l'homme a toujours d escalader des rochers -dnuds. - - JOHN RUSKIN. - -11 - -On ne cherche jamais la vrit avec joie, mais avec motion et -inquitude; et cependant, on doit la chercher; car n'ayant pas trouv -la vrit et appris l'aimer, tu priras. Mais, diras-tu, si la vrit -voulait que je la cherche et que je l'aime, elle se serait rvle - moi-mme. Aussi se rvle-t-elle toi, mais tu n'y prtes pas -attention. Cherche donc la vrit,--elle le veut. - - PASCAL. - - - -II.--_La vie pour l'me exige des efforts._ - -1 - -Je suis l'instrument avec lequel Dieu travaille. Mon vrai bonheur -consiste participer Son travail. Mais je ne peux y parvenir qu'au -moyen des efforts que je fais pour garder toujours en tat propre et -aiguis l'instrument de Dieu qui m'est confi: moi-mme, mon me. - -2 - -La chose la plus chre l'homme, c'est d'tre libre, de vivre sa -guise et non suivant la volont d'autrui. Afin de vivre ainsi, l'homme -doit vivre pour son me. Et afin de vivre pour l'me, l'homme doit -rprimer les dsirs du corps. - -3 - -La vraie vie humaine n'est autre chose que le passage progressif de la -nature bestiale infrieure une conception de plus en plus grande de la -vie spirituelle. - -4 - -Nous faisons un effort pour nous rveiller et nous nous veillons -effectivement lorsque le rve devient affreux et que nous n'avons plus -de forces de le supporter. Il faut agir de mme dans la vie relle -lorsqu'elle devient intolrable. Dans ces moments-l, il faut faire un -effort de conscience pour s'veiller une vie nouvelle, suprieure, -spirituelle. - -4 - -La lutte contre les pchs, les tentations et les superstitions est -ncessaire dj pour cette raison que si tu cesses de les combattre, ta -chair prend le dessus. - -5 - -Il nous semble qu'un vrai travail ne peut tre fait qu' quelque chose -de visible: btir une maison, labourer un champ, nourrir le -btail, mais que travailler son me, quelque chose d'invisible, -n'est pas une besogne importante, une besogne que l'on peut faire ou ne -pas faire; pourtant tout autre travail,--en dehors du travail intrieur, -celui qui nous rend tous les jours plus moral et plus aimant,--tout -autre travail n'est rien. C'est le seul vrai, et tous les autres ne sont -utiles que si ce travail principal de la vie s'effectue. - -7 - -Celui qui reconnat que sa vie est mauvaise et qui veut commencer -vivre mieux, ne doit pas penser qu'il ne peut commencer le faire que -lorsqu'il aura modifi les conditions de sa vie. On doit et on peut -amliorer sa vie non pas par les transformations extrieures, mais par -un changement de soi-mme, en notre me. Et cela, on peut le faire -toujours et partout. Et chacun a suffisamment faire dans ce but. C'est -seulement lorsque ton me aura chang au point que tu ne pourras plus -vivre comme par le pass, que tu pourras la modifier, et non quand tu -croiras qu'il te sera plus facile de te corriger si tu changes ta vie. - -8 - -Il n'y a, dans la vie, qu'une seule chose importante pour tous les -hommes. Cette oeuvre seule est destine tous les hommes. Tout le reste -n'est rien en comparaison avec elle. On voit que cela est ainsi parce -que dans cette oeuvre seule, l'homme n'a pas d'entraves et qu'elle seule -donne toujours la joie. - -9 - -Prends l'exemple du ver soie: il travaille tant qu'il n'est pas en -mesure de voler. Et toi, tu t'es coll la terre. Travaille ton me, -et il te poussera des ailes. - - D'aprs ANGLUS. - - - -III.--_Le perfectionnement de soi-mme ne saurait tre atteint que par -des efforts de conscience._ - -1 - -Soyez parfaits comme votre Pre cleste est parfait, est-il dit dans -l'Evangile. Cela ne signifie point que le Christ ordonne l'homme -d'tre aussi parfait que Dieu, mais que chaque homme doit faire des -efforts de conscience pour se rapprocher de la perfection et que la vie -de l'homme est dans ce rapprochement. - -2 - -Tout tre ne grandit pas d'un coup, mais peu peu. On ne peut non -plus apprendre une science d'un coup. De mme, on ne peut pas vaincre -le pch d'un coup. Il n'y a qu'un moyen pour devenir meilleur: le -raisonnement sage et l'effort continu et patient. - - CHANNING. - -3 - -Lessing disait que ce n'est pas la vrit qui donne la joie l'homme, -mais l'effort qu'il fait pour la connatre, Il en est de mme de la -vertu: la joie que donne la vertu est dans l'effort qui nous rapproche -d'elle. - -4 - -Les paroles suivantes taient graves sur la baignoire du Roi -Tching-Tchang: Renouvelle-toi tous les jours compltement; fais-le -nouveau et encore nouveau. - - _Sagesse chinoise._ - -5 - -Si les gens ne s'occupent pas d'explorations, et s'ils s'en occupent, -mais qu'ils n'y russissent pas, ils ne doivent pas se dsesprer ni -s'arrter; si les gens n'interrogent pas les personnes claires sur les -choses qu'ils ignorent, et si, en interrogeant, ils ne deviennent pas -plus avancs, ils ne doivent pas dsesprer; si les gens ne raisonnent -pas, et s'ils raisonnent, mais ne peuvent pas comprendre clairement en -quoi consiste le bien, ils ne doivent pas dsesprer; si les gens ne -distinguent pas le bien et le mal, et s'ils le distinguent, mais n'en -ont pas une conception exacte, ils ne doivent pas dsesprer; si les -gens ne font pas le bien, et s'ils le font, mais sans lui consacrer -toutes leurs forces, ils ne doivent pas dsesprer: ils feront en dix -fois ce que d'autres auraient fait en une fois; ils feront en mille fois -ce que d'autres auraient fait en cent fois. - -Celui qui suivra rellement cette rgle de la continuit de l'effort -deviendra, si ignorant qu'il soit, srement fort, et, si vicieux qu'il -soit, il deviendra srement vertueux. - - _Sagesse chinoise._ - -6 - -Lorsque l'homme fait le bien uniquement parce qu'il est habitu le -faire, ce n'est pas encore la vie de bien. Cette vie commence lorsque -l'homme fait un effort pour tre bon. - -7 - -Tu dis: ce n'est pas la peine de faire des efforts; on aura beau -s'appliquer, on ne parviendra jamais la perfection. Ton oeuvre n'est -pas d'atteindre la perfection, mais de t'en rapprocher de plus en plus. - -8 - -Pour que la vie soit non un chagrin, mais une joie continuelle, on doit -toujours tre bon pour tous, hommes et animaux. Et pour tre bon, il -faut s'y habituer; et pour s'y habituer, il ne faut, pas laisser passer -une seule de ses mauvaises actions sans s'en faire de reproches. - -Si tu agis ainsi, tu t'habitueras bientt tre bon pour tous les -hommes et pour tous les animaux. Et si tu t'habitues la bont, tu -auras toujours la joie au coeur. - -9 - -La vertu de l'homme ne se mesure pas par ses exploits extraordinaires, -mais par son effort de chaque jour. - - PASCAL. - - - -IV.--_Pour se rapprocher de la perfection, l'homme ne doit compter que -sur ses propres forces._ - -1 - -Combien il est erron de demander Dieu, ou mme aux hommes, de me -dlivrer d'une situation difficile. L'homme n'a besoin de l'aide de -personne; il n'a pas besoin non plus de sortir de la situation o il se -trouve; il ne lui faut qu'une seule chose: faire un effort de conscience -pour se librer des pchs, des tentations et des superstitions. La -situation de l'homme changera et s'amliorera seulement en tant qu'il se -sera libr des pchs, ds tentations et des superstitions. - -2 - -Rien n'affaiblit les forces de l'homme que l'espoir de trouver le salut -et le bonheur ailleurs que dans son effort. - -3 - -Il faut se dbarrasser de l'ide que le Ciel peut corriger nos erreurs. -Si vous prparez ngligemment quelque plat, vous n'esprez pas que la -Providence le rendra bon; de mme, si pendant une srie d'annes de -folie, vous avez mal dirig votre vie, vous ne devez pas esprer que -l'intervention divine dirigera et arrangera tout pour le mieux. - - JOHN RUSKIN. - -4 - -Tu possdes la connaissance de ce qui est la perfection suprme. En toi -galement sont les obstacles qui t'empchent d'y arriver. Ta situation -est prcisment celle qui t'engage travailler pour te rapprocher de la -perfection. - - CARLYLE. - -5 - -C'est toi qui pches, c'est toi qui projettes le mal, c'est toi qui fuis -le pch, c'est toi qui purifies tes desseins, c'est toi qui es mchant -ou pur; un autre ne pourra pas te sauver. - - DJAMAPADA. - -6 - -Il n'y a pas de loi morale si je ne puis l'accomplir. Les gens disent: -nous sommes ns gostes, avares, sensuels, et nous ne pouvons pas tre -autres. Non, nous le pouvons. La premire chose, c'est de sentir dans -son coeur ce que nous sommes et ce que nous devons tre, et la seconde -est de faire des efforts pour nous rapprocher de ce que nous devrions -tre. - - SOLTER. - -7 - -L'homme doit dvelopper ses germes de bien. La Providence ne les a pas -sems entirement levs dans l'homme; ce ne sont que des germes. Se -rendre meilleur, cultiver soi-mme--voil l'oeuvre principale de la vie -de l'homme. - - KANT. - - - -V.--_Il n'y a qu'un seul moyen d'amliorer la vie sociale: l'effort de -chaque homme pour obtenir une vie morale et bonne._ - -1 - -Les hommes se rapprochent du Royaume de Dieu, c'est--dire de la vie -bonne et heureuse, uniquement par l'effort de chaque individu vers une -vie morale. - -2 - -Si tu vois que l'organisation de la socit est mauvaise et que tu veux -l'amliorer, sache qu'il est pour cela un seul moyen: tous les hommes -doivent devenir meilleurs. Et pour rendre tous les hommes meilleurs, tu -n'as qu'un moyen: c'est de devenir meilleur toi-mme. - -3 - -On entend souvent dire que tous les efforts faits pour amliorer la vie, -supprimer le mal, instituer la justice sont inutiles, et que tout cela -se fera de soi-mme. Les gens avanaient, en ramant, mais les rameurs, -arrivs destination, sont descendus; les voyageurs rests dans le -bateau ne se mettent pas ramer parce qu'ils pensent que le bateau -continuera avancer comme il l'a fait jusque-l. - -4 - -Oui, cela serait ainsi, si tous les hommes avaient compris d'un coup -que tout cela est mauvais et inutile pour nous, dit-on en parlant -du mal de la vie humaine. Mettons qu'un homme renonce au mal, qu'il -refuse y participer, cela avanera-t-il l'oeuvre du bien commun? La -transformation de la vie sociale s'opre grce aux efforts de toute la -socit et non pas ceux des individus isols. - -Il est vrai, qu'une hirondelle ne fait pas le printemps. Serait-il -possible, cependant, que parce qu'une hirondelle ne fait pas le -printemps, elle ne doit pas s'envoler alors qu'elle sent l'approche du -printemps? Si chaque bourgeon et chaque herbe attendaient, il n'y aurait -jamais de printemps. De mme, pour tablir le Royaume de Dieu, je ne -dois pas me demander si je suis la premire ou la millime hirondelle, -mais faire immdiatement, mme si je suis seul, en sentant l'approche du -royaume de Dieu, tout ce qu'il faut pour le raliser. - -Demandez, et il vous sera donn; cherchez, et vous trouverez; frappez, -et on vous ouvrira. Car quiconque demande, reoit, et quiconque -cherche, trouve; et l'on ouvre celui qui frappe. - - MATTH., VII, 7-8. - -5 - -Notre vie est malheureuse. Pourquoi? - -Parce que les hommes vivent mal. Et ils vivent mal parce qu'ils sont -eux-mmes mauvais. De sorte que pour que la vie ne soit plus mauvaise, -il faut changer les mauvaises gens en bonnes gens. Comment faire cela? -Personne ne peut transformer tout le monde, mais chacun peut s'amender -lui-mme. Il semble, tout d'abord, qu'on ne peut pas remdier cela -ainsi, car que peut faire un homme contre tous? Pourtant, tous se -plaignent de leur vie malheureuse. Si donc tous les hommes comprennent -que la mauvaise vie vient des mauvaises gens, et que chacun peut non pas -corriger les autres, mais se corriger lui-mme, toute la vie deviendra -immdiatement meilleure. - -C'est donc que la mauvaise vie dpend de nous, et cela dpend galement, -de nous qu'elle devienne bonne. - - - -VI.--_L'effort vers la perfection donne le vrai bonheur._ - -1 - -L'effort moral et la joie de la conscience de la vie alternent de mme -que le travail corporel et la joie du repos. Sans travail corporel on -n'prouve pas la joie du repos: sans effort moral, il n'y a pas de joie -d'tre conscient de la vie. - -2 - -La rcompense de la vertu est dans l'effort mme de faire une bonne -action. - - CICRON. - -3 - -N'attends pas non seulement un succs rapide, mais mme un succs -perceptible de tes efforts vers le bien. Tu ne verras pas le fruit de -tes efforts, parce que tu t'es avanc 'tout autant que s'est avance la -perfection laquelle tu aspires. L'effort de la conscience n'est pas un -moyen pour obtenir le bonheur, mais l'effort de la conscience donne par -lui-mme le bonheur. - -4 - -Dieu a donn aux animaux tout ce qu'il leur faut. Mais il ne l'a pas -donn l'homme. L'homme doit se procurer lui-mme tout ce qui lui est -ncessaire. La sagesse suprieure de l'homme n'est pas ne avec lui; il -doit travailler pour la gagner, et plus son travail est pnible, plus la -rcompense est grande. - - _Tablettes des Babides_[1]. - -5 - -Le Royaume de Dieu est conquis de haute lutte. Cela veut dire que pour -se dbarrasser du mal et devenir bon, il faut un effort. - -L'effort est ncessaire pour se contenir du mal. Contiens-toi du mal, et -tu feras le bien, parce que l'me humaine aime le bien, et elle le fait, -si elle est exempte de mal. - -6 - -Vous tes des travailleurs libres et vous le sentez. Toutes sortes de -raisonnements mensongers voulant prouver que la destine ou les lois de -la nature sont matresses de tout, ne seront jamais en tat de faire -taire les deux tmoins incorruptibles de la libert: les reproches de -la conscience et les grands martyres. Depuis Socrate jusqu' Christ, et -depuis Christ jusqu'aux hommes qui, de sicle en sicle, meurent pour -la vrit, tous les martyrs de la foi montrent le mensonge de cette -doctrine d'esclaves et nous, disent tout haut: Nous aussi, nous avons -aim la vie, et aussi tous les hommes qui ont embelli notre vie et qui -nous suppliaient de cesser la lutte. Chaque battement de notre coeur -semblait nous crier: vivez! Mais pour accomplir la loi de la vie, nous -avons prfr la mort. - -Depuis Can et jusqu' l'homme le plus profondment misrable de notre -poque, tous ceux qui ont choisi la voie du mal entendent au fond de -leur me la voix du blme, du reproche, une voix qui ne leur donne pas -de repos, qui leur rpte ternellement: Pourquoi avez-vous abandonn -le chemin de la vrit? Vous pouviez, vous pouvez faire un effort. Vous -tes des hommes libres et il tait dans votre pouvoir de moisir dans les -pchs ou de vous en librer. - - MAZZINI. - - -[1] Secte religieuse persane. _(Note du trad.)_ - - - - -CHAPITRE XX - -LA VIE EST DANS LE PRSENT - - -Les hommes croient que leur vie dure un temps donn: dans le pass et -dans l'avenir. Mais ce n'est qu'une apparence; la vraie vie humaine -ne dure pas pendant un temps, elle _est_ toujours, se maintenant un -point indtermin o le pass touche au futur et que nous appelons -improprement le prsent. A ce point du prsent, et rien qu' ce point, -l'homme est libre; c'est pourquoi la vraie vie de l'homme est dans le -prsent et rien que dans le prsent,. - -I.--_La vraie vie ne dpend pas du temps._ - -1 - -Le pass n'est plus, le futur n'est pas encore venu. Qu'est-ce qui -est donc? Rien que le point o le futur et le pass se touchent. Il -semblerait que ce point n'est rien, et cependant, toute notre vie est -uniquement dans ce point. - -2 - -Il nous semble seulement que le temps existe. Il n'est pas. Le temps -n'est qu'un terme conventionnel grce auquel nous voyons graduellement -ce qui est en ralit et ce qui est toujours un. L'oeil ne voit pas toute -la sphre la fois, bien que la sphre existe en entier et en une fois. -Pour que l'oeil voit, il faut que la sphre tourne devant l'oeil qui la -regarde. De mme le monde se droule, ou semble se drouler, dans le -temps devant les yeux des hommes. Pour la raison suprieure, il n'y a -pas de temps: ce qui sera est dj. L'ide du temps et de l'espace sert -au morcellement de l'infini pour le profit des tres finaux. - - AMIEL. - -3 - -Il n'y a ni avant ni aprs: ce qui arrivera demain existe rellement -dans l'ternit. - - ANGLUS. - -4 - -Il n'y a ni temps, ni espace; l'un et l'autre nous sont indispensables -pour que nous puissions comprendre les objets. C'est pourquoi il est -faux de croire que les rflexions concernant les toiles, dont la -lumire n'est pas encore arrive jusqu' nous, et sur l'tat du soleil - des millions d'annes, etc., sont trs importantes. Il n'y a l rien -d'important ni mme de srieux. Tout cela n'est qu'un vain jeu de -l'esprit. - -5 - -Il n'y a pas de temps, il n'y a qu'un instant. Et c'est prcis ment en -cet instant qu'est toute notre vie. C'est pourquoi il faut donner toutes -nos forces cet instant. - -6 - -Si la vie est en dehors du temps, pourquoi se manifeste-t-elle dans le -temps et dans l'espace? Parce que le mouvement, c'est--dire la tendance -vers le dveloppement, vers l'claircissement et la perfection, ne peut -se manifester que dans le temps et l'espace. S'il n'y avait pas d'espace -et de temps, il n'y aurait pas de mouvement, il n'y aurait pas de vie. - - - -II.--_La vie spirituelle de l'homme en dehors du temps et de l'espace._ - -1 - -Le temps ne sert qu' la vie corporelle. L'tre spirituel de l'homme, -est toujours en dehors du temps. Et il est en dehors du temps, parce que -l'activit de l'tre spirituel consiste uniquement dans l'effort de la -conscience. Et cet effort est toujours hors du temps, parce qu'il n'a -jamais lieu qu'au prsent et que le prsent n'a pas de temps. - -2 - -Nous ne pouvons nous reprsenter la vie aprs la mort et nous rappeler -de la vie avant notre naissance parce que nous ne pouvons rien nous -reprsenter qui soit en dehors du temps; et cependant, nous connaissons -le mieux notre vie hors du temps--dans le prsent. - -3 - -Notre me est jete dans notre corps o elle trouve le nombre, le temps, -la mesure. Elle raisonne d'aprs cela et appelle cela nature; ncessit, -et ne saurait penser autrement. - - PASCAL - -4 - -Nous disons que le temps passe. Ceci n'est pas exact. C'est nous qui -avanons, et non pas le temps. Lorsque nous flottons sur l'eau, il nous -semble que ce sont les rives qui marchent et non pas le bateau dans -lequel nous nous trouvons. Il en est de mme du temps. - -5 - -Il est bon de se rappeler souvent que notre vraie vie n'est pas -uniquement extrieure, corporelle, telle que nous la vivons ici, sur -terre, telle que nous la voyons, mais qu'avec cette vie, nous possdons -encore une autre vie, intrieure, spirituelle, qui n'a ni commencement -ni fin. - - - -III.--_La vraie vie n'est que dans le prsent._ - -1 - -La facult de se souvenir du pass et de se reprsenter l'avenir nous -est donne uniquement afin que, en nous fondant sur des considrations -relatives l'un ou l'autre, nous puissions dcider plus exactement -nos actes du prsent, mais nullement pour regretter le pass ou prparer -l'avenir. - -2 - -L'homme ne vit que dans l'instant prsent. Tout le reste est dj pass, -ou bien n'arrivera peut-tre pas. - - MARC-AURLE. - -3 - -Si nous nous tourmentons en songeant au pass et que nous nous gtons -l'avenir, c'est uniquement parce que nous nous occupons trop peu du -prsent. Le pass a t, l'avenir n'est pas; seul le prsent est. - -4 - -Notre tat futur semblera toujours un rve notre tat prsent. - -Ce n'est pas la longueur de la vie qui importe, mais sa profondeur. Il -ne s'agit pas de prolonger la vie, mais de vivre en dehors du temps, et -nous ne le faisons que lorsque nous vivons par l'effort du bien. Lorsque -nous vivons ainsi, nous ne nous posons pas la question du temps. - - D'aprs EMERSON. - -5 - -Vivre jusqu'au soir et jusqu' la mort[1] veut dire, vivre comme si -l'on se trouvait toujours sa dernire heure et qu'on n'a le temps que -d'accomplir l'essentiel, et en mme temps vivre comme si tu pouvais -continuer indfiniment l'oeuvre que tu accomplis. - -6 - -Le temps est derrire nous, il est devant nous, mais nous ne l'avons pas -avec nous. Lorsqu'on se met penser davantage ce qui a t ou ce -qui sera, on perd le principal: la vraie vie dans le prsent. - -7 - -On ne peut vaincre les mauvaises habitudes qu'aujourd'hui seulement, et -non pas demain. - - CONFUCIUS. - -8 - -Rien n'a de l'importance, except ce que nous faisons dans le moment -prsent. - -9 - -Il est bon de ne pas penser au lendemain; mais pour ne pas y penser, il -n'y a qu'un seul moyen: c'est de penser continuellement si j'accomplis -bien l'oeuvre du jour, de l'heure, de la minute prsente. - -10 - -Ds qu'on s'absorbe dans le pass et l'avenir, on s'loigne de la vraie -vie et l'on se sent abandonn, li, solitaire. - -Que de tortures morales, et tout cela pour mourir au bout de quelques -minutes! Pourquoi donc s'inquiter? - -Non, cela n'est pas vrai: ta vie existe actuellement. Le temps n'est -pas, et l'heure prsente vaut des centaines d'annes si tu vis cette -heure avec Dieu. - - D'aprs AMIEL. - -14 - -On dit: l'homme n'est pas libre parce que tout ce qu'il fait a une -raison antrieure. Mais l'homme n'agit jamais que dans le prsent; or, -le prsent est en dehors du temps: ce n'est que le point de contact -entre le pass et le futur. C'est pourquoi l'homme est toujours libre -pendant l'_instant_ du prsent. - -15 - -La force libre et divine de la vie ne se manifeste que dans le prsent; -c'est pourquoi l'activit du prsent doit possder les qualits divines, -c'est--dire doit tre raisonnable et bonne. - -16 - -On demanda un sage: Quelle est l'oeuvre la plus mportante? Quel -est l'homme le plus important de la vie? Quel est le moment le plus -important de la vie? - -Le sage rpondit: L'oeuvre la plus importante c'est d'aimer tous les -hommes parce que c'est l l'oeuvre de la vie de chaque homme. - -L'homme le plus important est celui auquel tu as affaire en ce moment, -parce que tu ne pourras jamais savoir si tu auras affaire un autre -homme. - -Le temps le plus important est le prsent parce que l seulement -l'homme est matre de lui-mme. - - - -IV.--_L'amour ne se manifeste que dans le prsent._ - -1 - -L'oeuvre principale de la vie est l'amour. Et on ne peut aimer ni dans le -pass ni dans le futur. On ne peut aimer que dans le prsent, cette -heure, cette minute. - -2 - -L'amour est une manifestation de l'essence divine qui n'a pas de temps; -c'est pourquoi l'amour ne se manifest que dans le prsent, tout de -suite, tout moment du prsent. - -3 - -Aimer, en gnral, c'est faire le bien. C'est ainsi que nous comprenons -tous l'amour, et nous ne pouvons le comprendre autrement. - -L'amour n'est pas seulement un mot; il comprend les oeuvres que nous -accomplissons pour le bonheur d'autrui. - -Si l'homme dcide de ne pas rpondre aux exigences du plus petit amour -vrai en vue d'un grand amour futur, il se leurre, leurre les autres et -n'aime personne, sauf lui. - -Il n'y a pas d'amour dans le futur: l'amour n'existe que dans le -prsent. Si l'homme n'accomplit pas l'oeuvre de l'amour dans le prsent, -c'est qu'il n'a pas d'amour. - -4 - -Tu veux le bien. Or, le bien ne peut se produire qu'immdiatement. Il ne -peut y avoir de bien dans l'avenir, parce qu'il n'y a pas d'avenir, il -n'y a que le prsent. - -5 - -Ne remets jamais une bonne action si tu peux l'accomplir aujourd'hui, -parce que la mort ne demande pas si tu as fait ce que tu dois. La mort -n'attend personne ni rien. La chose la plus importante est donc celle -qu'on accomplit l'instant mme. - -6 - -N'attendons pas pour tre justes, compatissants. N'attendons pas la -venue des souffrances exceptionnelles des autres et les ntres. La vie -est brve; dpchons-nous donc rjouir les coeurs de nos compagnons -pendant cette courte traverse. Htons-nous d'tre bons. - - AMIEL. - -7 - -Les hommes de bien oublient les bonnes actions qu'ils ont accomplies: -ils sont tellement occups ce qu'ils font, qu'ils ne pensent plus ce -qu'ils ont dj fait. - - _Proverbe chinois._ - -8 - -La vie dans le prsent est l'tat dans lequel Dieu vit en nous. C'est -pourquoi le moment prsent est plus cher que tout. Emploie toutes les -forces de ton me ne pas laisser chapper ce moment, afin de ne pas -cacher toi-mme le Dieu qui peut se manifester en toi. - - - -V.--_Tentation de la prparation la vie, au lieu de la vie mme._ - -1 - -Je ferai cela quand je serai grand.--Je vivrai ainsi lorsque j'aurai -termin mes tudes, lorsque je me serai mari. Je ferai cela lorsque -j'aurai des enfants, lorsque j'aurai mari mon fils, o lorsque je serai -riche, lorsque j'habiterai un autre endroit, ou lorsque je serai vieux. - -Ainsi parlent les enfants, les adultes, les vieillards, et personne ne -sait s'il vivra jusqu'au soir. Nous ne pouvons rien savoir de tout cela: -si nous aurons ou non la possibilit de le mener bonne fin, si la mort -ne nous empchera pas de le faire. - -Il n'y a qu'une seule oeuvre que la mort ne peut entraver: c'est -l'accomplissement, toute heure de la vie, de la volont de Dieu, celle -qui est d'aimer les hommes. - -2 - -Nous pensons et nous disons souvent que je ne puis pas faire tout ce -que je dois par suite de la situation o je me trouve. Combien cela -est faux! Le travail intrieur, qui est la raison mme de la vie, est -toujours possible. Tu es en prison, tu es malade, tu es priv de la -possibilit, d'entreprendre toute activit extrieure; on t'offense, on -te tourmente; mais ta vie intrieure est dans ton pouvoir: tu peux, dans -la pense, reprocher, blmer, envier, dtester les hommes, et tu peux -aussi rprimer ces sentiments et les remplacer par de bons. De sorte que -chaque minute de ta vie est toi, et personne ne peut te la prendre. - -3 - -Se savoir malade, prendre soin pour se gurir, surtout penser ce -que je suis souffrant pour le moment et, par suite, incapable d'agir, -se dire que lorsque je redeviendrai valide, j'agirai, est une grande -tentation. Car ces paroles signifient: je refuse ce qui m'est donn, -mais je veux ce qui n'existe pas. On peut toujours se rjouir de ce que -l'on possde chaque instant et faire immdiatement tout ce que l'on -peut. - -4 - -Tu n'es pas bien, et il te semble que cela vient de ce que tu ne peux -pas vivre comme tu voudrais, que tu aurais plus facilement fait ce que -tu crois devoir faire si ta vie tait autre. C'est faux. Tu as tout ce -que tu dsires. A tout moment de ta vie, tu peux faire la meilleure -chose que tu es mme d'accomplir. - -5 - -Les importantes, les grandes oeuvres qui ne peuvent tre termines que -dans l'avenir, ne sont pas de vraies oeuvres, elles ne sont pas faites -pour la gloire de Dieu. Si tu crois en Dieu, tu croiras la vie dans le -prsent, tu travailleras des oeuvres qui peuvent tre acheves dans le -prsent. - -6 - -_Momento-mori_. Souviens-toi de la mort! est une grande parole. Si -nous nous souvenions que nous mourrons invitablement et bientt, -notre vie serait tout autre. Si l'homme sait qu'il doit mourir dans -une demi-heure, il ne fera srement ni des choses vaines, ni btes, ni -surtout mauvaises, dans ce court laps de temps. Le demi-sicle qui te -spare, peut-tre, de la mort, n'est-ce pas une demi-heure? - - - -VI.--_Les consquences de nos actes regardent Dieu, et non pas nous._ - -1 - -Les consquences de nos actes ne dpendent pas de nous, parce qu'elles -sont infinies dans l'espace infini et dans le temps infini. - -2 - -Si tu peux voir toutes les consquences de ton activit, sache que cette -activit est nulle. - -3 - -Nos actes de l'instant, du moment, sont nous; ce qu'il en rsultera, -c'est l'affaire de Dieu. - - FRANOIS d'ASSISE. - -4 - -En vivant d'une vie spirituelle, c'est--dire en communion avec Dieu, -l'homme, bien qu'il ne puisse pas connatre les consquences de ses -actes, sait srement que ces consquences seront heureuses. - -5 - -L'acte accompli sans la moindre rflexion aux consquences possibles, -uniquement en vue d'accomplir la volont de Dieu, est la meilleure -action que l'homme peut accomplir. - -6 - -La rcompense d'une vie juste n'est jamais dans l'avenir, mais dans le -prsent. Si tu fais bien l'instant, tu te sens bien l'instant. Et si -tu agis bien, les consquences ne peuvent ne pas tre bonnes. - - - -VII.--_Ceux qui croient que le sens de la vie est dans le prsent ne se -proccupent pas de la vie d'outre-tombe._ - -1 - -Nous nous embrouillons dans nos ides sur la vie future; nous nous -demandons ce qu'il y aura aprs la mort. Mais on ne peut le demander, -parce que la vie et l'avenir sont deux termes contradictoires: la vie -est seulement dans le prsent. Il nous semble qu'elles _a t_ et -qu'elle _sera_, tandis qu'elle _est_ seulement. Il ne faut pas chercher -une solution la question de l'avenir, mais penser comment nous devons -vivre dans le prsent, l'instant mme. - -2 - -Nous ignorons toujours tout ce qui a trait la vie corporelle, parce -que cette vie est rgle par le temps et que nous ne pouvons pas -connatre l'avenir. - -Mais dans le domaine de la vie spirituelle, il n'y a pas de futur. C'est -pourquoi l'inconnu de notre vie diminue mesure qu'elle se transforme -de charnelle en spirituelle, mesure que nous vivons dans le prsent. - -3 - -Nous devons accomplir honntement et d'une manire impeccable le travail -qui nous est confi, indpendamment de notre espoir de devenir un jour -des anges, ou de notre croyance d'avoir t jadis des mollusques. - - JOHN RUSKIN. - -4 - -A mesure que la vie se prolonge, surtout la vie en bonnes actions, -l'importance du temps et l'intrt de la question de ce qui sera -tombent. Plus nous sommes vieux, plus le temps passe vite; ce qui sera -a de moins en moins d'importance et ce qui est en gagne de plus en -plus. - -Si tu peux lever ton esprit au-dessus de l'espace et du temps, tu te -trouves tout instant dans l'ternit. - - ANGLUS. - - -[1] Proverbe russe. (_N. du trad._). - - - - -CHAPITRE XXI - -LE NON-AGIR - - -Les hommes gtent moins leur vie en ne faisant pas ce qu'ils doivent -faire, qu'en faisant ce qu'ils ne doivent pas faire. C'est pourquoi le -plus grand effort que l'homme doit faire sur lui-mme pour avoir une vie -heureuse--est de s'abstenir de faire ce qu'il ne faut pas faire. - - -I.--_L'abstention est le meilleur moyen de mener une bonne vie._ - -1 - -Ce qui importe le plus tous les hommes, c'est de vivre bien. Vivre -bien, c'est moins de faire tout le bien que nous pouvons, que de ne pas -faire le mal que nous pouvons viter de commettre. L'essentiel, c'est de -ne pas faire de mal. - -2 - -Tous les hommes de notre poque savent que notre vie est mauvaise, et -ils ne se bornent pas critiquer son organisation, mais travaillent - ce qui, leur avis, doit amliorer notre vie. Pourtant, loin de -s'amliorer, l'organisation de notre vie empire chaque jour. Pourquoi? -Parce que les hommes accomplissent les travaux les plus compliqus et -les plus difficiles pour amliorer la vie, mais ne font pas la chose la -plus simple et la plus facile: ils ne s'abstiennent pas de prendre part -aux oeuvres qui rendent notre vie mauvaise. - -3 - -L'homme apprend ce qu'il doit faire seulement aprs avoir compris ce -qu'il ne doit pas faire. Et, en en faisant pas ce qu'il ne doit pas -faire, il fera invitablement ce qu'il doit faire, bien qu'il ne saura -pas pourquoi il fait ce qu'il fait. - -4 - -Question: Qu'est-ce qu'il y a de mieux faire quand on est press? -Rponse: Rien. - -5 - -Dans les moments d'abattement moral, on doit se comporter envers -soi-mme comme envers un malade: ne rien entreprendre. - -6 - -Si tu ne sais pas quel parti prendre: agir ou ne pas agir, sache qu'il -est toujours prfrable de s'abstenir que d'agir. Si tu n'avais pas la -force de t'abstenir, et si tu savais srement que l'affaire est bonne, -tu ne te serais pas demand si tu dois la raliser ou non; si tu te le -demandes, c'est que tu sais que tu peux te contenir et, ensuite, tu es -sr que l'affaire n'est pas tout fait bonne. Si elle tait absolument -bonne, tu ne te serais pas interrog. - -7 - -Si tu as grande envie de quelque chose et s'il te semble que tu ne -pourrais pas rsister l'envie, dfie-toi. Ce n'est pas vrai que -l'homme ne puisse se contenir dans n'importe quel cas. Seul celui qui -s'est assur l'avance qu'il ne peut se contenir, n'est pas en tat de -le faire. - -8 - -Que chacun, mme un tout jeune homme, se rappelle sa vie. Et si tu -regrettes une seule fois de n'avoir pas fait ce que tu devais et ce qui -serait bien, tu regretteras des centaines de fois d'avoir fait ce qui -tait mal et que tu n'aurais pas du faire, - - - -II.--_Consquences de l'incontinence._ - -1 - -Il y a moins de mal ce que nous faisons autre chose que nous aurions -d faire, qu' ce que nous ne nous abstenons pas de ce que nous -n'aurions pas d faire. - -2 - -Le laisser-aller dans une seule occasion affaiblit la force de la -continence dans toute autre. L'habitude prise de ne pas se contenir est -comme un torrent invisible sous une maison. Une telle maison ne rsiste -pas la pousse. - -3 - -Il est plus mauvais de faire trop que de ne pas faire assez; il est plus -mauvais de se presser que de venir en retard. - -Les reproches de la conscience sont toujours plus douloureux pour ce que -l'on a fait que pour ce que l'on n'a pas fait. - -4 - -Plus la situation semble difficile, moins on doit agir. C'est -prcisment par l'action que nous gtons ordinairement ce qui commenait -dj s'arranger. - -5 - -La plupart des gens qu'on appelle mchants sont devenus tels parce -qu'ils prenaient leur mauvaise humeur pour leur tat d'me normal et -s'abandonnaient sans faire d'efforts pour y rsister. - -6 - -Si tu ne te sens pas la force de te contenir d'un dsir charnel, la -cause est srement en ce que tu ne t'es pas contenu lorsque tu tais -encore en tat de le faire; puis, le dsir est devenu une habitude. - - - -III.--_Toute activit n'est pas digne d'estime._ - -1 - -On a tort de croire que toute activit, sans se proccuper de son -caractre, est, en elle-mme, une occupation honorable, digne de -considration. Il s'agit de savoir quelle est cette activit et dans -quelles conditions l'homme s'abstient d'agir. - -2 - -Souvent les hommes refusent firement de prendre part des plaisirs -innocents en le motivant par des occupations plus srieuses. Cependant, -sans compter que le jeu simple et joyeux est plus utile et important -que bien des affaires, le travail mme pour lequel les gens occups -renoncent au plaisir, est souvent tel qu'il serait prfrable de ne pas -le faire. - -3 - -Pour la marche relle de la vie, une activit extrieure et turbulente -est non seulement inutile, mais encore nuisible. L'inaction, sans -les plaisirs procurs par le travail des autres, est la situation -la plus pnible, si elle n'est pas comble par un travail intrieur; -c'est pourquoi, si l'homme vit en dehors du luxe assur par le travail -d'autrui, cet homme ne restera pas oisif. Le plus grand tort est caus - l'humanit, non par l'oisivet, mais par des actions nuisibles et -inutiles. - - - -IV.--_L'homme peut viter de mauvaises habitudes s'il a conscience -d'tre non une crature charnelle, mais spirituelle._ - -1 - -Pour apprendre se contenir, il faut apprendre se ddoubler en un -homme charnel et en un homme spirituel, et habituer l'homme charnel -faire ce que veut l'homme spirituel. - -2 - -Lorsque l'me dort, lorsqu'elle n'agit pas, le corps est -irrsistiblement soumis aux manifestations des sens que provoquent en -lui les actes de ceux qui entourent l'homme. Ils billent, il bille -galement; ils s'emportent, il s'emporte aussi; ils se fchent, il se -fche; ils s'attendrissent, pleurent, et il a les larmes aux yeux. - -Cette subordination involontaire aux influences extrieures est souvent -la cause des mauvaises actions qui sont en dsaccord avec les exigences -de la conscience. Mets-toi en garde contre ces influences extrieures et -ne te soumets pas elles. - -3 - -Si tu habitues ton ct charnel, depuis ton jeune ge, obir la -partie spirituelle, il te sera facile de contenir tes dsirs. Celui qui -s'est habitu contenir ses dsirs a toujours une vie joyeuse et facile. - - - -V.--_Plus on lutte contre l'incontinence, plus la lutte devient facile._ - -1 - -Une guerre intestine se droule en l'homme entre sa raison et ses -passions. L'homme aurait pu jouir d'un certain calme s'il ne possdait -que la raison sans les passions, ou les passions sans la raison. Mais -comme il possde l'un et les autres, il ne peut viter le combat, il -ne peut tre en paix avec l'un que s'il est en guerre avec l'autre. Il -lutte toujours en lui-mme. Et cette lutte est indispensable; c'est l -toute la vie. - - PASCAL. - -2 - -Pour respecter les autres comme soi-mme, il faut agir envers eux comme -nous voulons que l'on agisse envers nous; l est l'oeuvre principale -de la vie. Il faut se matriser, et, pour se matriser, il faut s'y -habituer. - -3 - -Chaque fois que tu as grande envie de faire quelque chose, arrte-toi -et rflchis afin de savoir si ce dont tu as tellement envie est bien. - -4 - -Pour ne pas commettre de mauvaises actions, il ne suffit pas de s'en -abstenir; il faut apprendre se contenir des mauvaises conversations -et, surtout, des mauvaises penses. Ds que tu te rends compte que tes -paroles sont mauvaises, que tu te moques, blmes, injuries, arrte-toi, -tais-toi et n'coute pas les autres. Agis de mme lorsque tu as de -mauvaises ides, lorsque tu penses mal de ton prochain; qu'il soit digne -de blme ou non, arrte-toi et tche de penser autre chose. C'est -seulement lorsque tu apprendras te contenir des mauvaises paroles et -des mauvaises penses, que tu seras en tat de te contenir des mauvaises -actions. - -5 - -Indpendamment du nombre de fois qu'il t'arrivera de tomber sans pouvoir -vaincre tes passions, ne te laisse pas abattre. Tout effort de lutte -diminue la force de la passion et facilite la victoire. - -6 - -Chaque passion dans le coeur de l'homme est d'abord comme un solliciteur, -ensuite comme un hte, et enfin comme le matre de la maison. N'ouvre -pas la porte de la maison de ton coeur ce solliciteur. - - - -VI.--_La porte de la continence pour chaque homme et pour l'humanit -entire._ - -1 - -Si tu veux tre libre, habitue-toi contenir tes dsirs. - -2 - -Qui est sage? Celui qui apprend toujours quelque chose chez quelqu'un. -Qui est riche? Celui qui se contente de son sort. Qui est fort? Celui -qui sait se matriser. - - _Le Talmud._ - -3 - -On dit que le christianisme est une doctrine de faiblesse parce qu'il -ne recommande pas d'agir, mais plutt de s'abstenir de l'action. Le -christianisme, doctrine de faiblesse! Une doctrine de faiblesse dont le -Fondateur a pri en martyr sur la croix, toujours fidle Lui-mme, -et dont les fidles comptent des milliers de martyrs, les seuls hommes -qui regardaient bravement le mal en face et qui se rvoltaient contre -lui! Et les violents d'alors qui ont excut le Christ, de mme que les -violents d' prsent savent quelle est cette doctrine de faiblesse et la -craignent plus que tout. Leur flair leur montre que seule cette doctrine -dtruit srement et jusqu' la base tout le rgime qui les soutient. Il -faut bien plus de force pour se contenir du mal que pour accomplir la -chose la plus difficile que nous considrons comme bien. - -4 - -Toutes les diversits de nos situations dans le monde ne sont rien en -comparaison de la matrise de l'homme sur lui-mme. Si un homme est -tomb la mer, il est absolument indiffrent d'o il est tomb et -quelle est cette mer. La seule chose qui importe, c'est de savoir s'il -sait nager ou non. La force n'est pas dans les conditions extrieures, -mais dans le savoir de se dominer. - -5 - -La vraie force n'est pas dans celui qui ne vainc pas les autres; mais -dans celui qui se vainc lui-mme qui ne permet pas la bte de dominer -son me. - -6 - -Celui qui s'abandonne aux dsirs de la passion, qui cherche les -jouissances, sent ses passions se dvelopper de plus en plus et se -trouve enchan par les passions. - -Celui qui a pu vaincre la passion a bris les chanes. - - _Sagesse bouddhiste._ - -7 - -Jeune homme, refuse de satisfaire tes dsirs (plaisirs, luxe, etc.), -si ce n'est dans l'intention de renoncer absolument tout cela, du -moins dans le but d'avoir devant soi une possibilit continuelle de -jouissance. Cette conomie l'gard de ton sentiment de vitalit te -rendra, en effet, plus riche parce que tu diffres tes jouissances. - -La conscience que la jouissance est dans ton pouvoir est plus fconde -et plus vaste, comme tout ce qui est idal, que le dsir satisfait par -cette jouissance, parce que la satisfaction dtruit le sentiment de -jouissance mme. - - KANT. - -8 - -On doit moins chercher faire le bien qu' tre bon; moins chercher - luire qu' tre pur. L'me semble vivre dans un vase en verre, et -l'homme peut le salir ou le tenir propre. Dans la mesure o le verre -est pur, lumire de la vrit luit travers, pour l'homme lui-mme -et pour les autres. C'est pourquoi l'oeuvre principale de l'homme est -interne; elle consiste entretenir son vase dans la propret. Garde-toi -seulement de te souiller, et la lumire luira pour toi comme pour les -autres. - -9 - -Souvent, pour arriver ce que nous dsirons, il sufft de cesser de -faire ce que nous faisons. - -10 - -Il sufft de contempler la vie que les hommes mnent dans notre -monde, voir Chicago, Paris, Londres, toutes, les villes, les usines, -les chemins de fer, les machines, les armements, les canons, les -forteresses, les imprimeries, les muses, les maisons 30 tages, -etc., et se poser la question de ce que l'on doit faire avant tout -afin que les hommes puissent vivre bien, pour que cette rponse vienne -d'elle-mme: cesser avant tout d'accomplir les choses inutiles; et -l'inutile dans notre monde europen constitue les 0,99 de toute -l'activit humaine. - -11 - -Si tenu et transparent que soit devenu le mensonge rsultant de la -contradiction entre notre vie et notre conscience, il s'amincit et -s'tire encore, mais ne se rompt pas. Et tout en devenant toujours plus -mince en s'tirant de plus en plus, ce mensonge lie l'ordre existant des -choses et entrave l'avnement d'un nouveau. - -La plupart des hommes du monde chrtien ne croient plus aux rglements -paens qui gouvernent leur vie, et croient aux principes chrtiens -qu'ils reconnaissent dans leur conscience; mais la vie continue comme -par le pass. Pour supprimer tous les malheurs et les contradictions qui -tourmentent actuellement les hommes afin que le Rgne de Dieu annonc - l'humanit depuis 1900 ans arrive, les hommes de notre temps n'ont -besoin que d'une seule chose: d'un effort moral. De mme que pour faire -reprendre un liquide refroidi au-dessous de son point de conglation -la forme de cristaux qui lui est propre, il faut une impulsion,--pour -faire passer l'humanit la forme de vie qui lui est naturelle, il faut -un effort moral, l'effort par lequel est conquis le Royaume de Dieu. - -Cet effort n'est pas un effort de mouvement, ni l'effort de rvlation -d'une philosophie nouvelle, de nouvelles ides, ni l'effort exig pour -des exploits nouveaux et extraordinaires; l'effort ncessaire pour -pntrer dans le royaume de Dieu, ou pour entrer dans une nouvelle forme -de vie, est un effort ngatif, l'effort de ne pas suivre le courant, -l'effort de ne pas accomplir des actes incompatibles avec la conscience -intrieure. - -Et c'est la ncessit de faire cet effort que les hommes sont amens -maintenant par la cruaut de la vie et la clart et la propagation de la -doctrine chrtienne. - -12 - -Le moindre mouvement de la matire est important pour la nature. -Toute la mer se modifie cause d'une pierre. De mme, dans la vie -spirituelle, le moindre mouvement provoque des consquences sans fin. -Tout est grave. - - PASCAL. - - - - -CHAPITRE XXII - -LA PAROLE - - -La parole exprime la pense et peut servir unir ou dsunir les -hommes; c'est pourquoi on doit en user avec prcaution. - - - -I.--_La parole est une grande chose._ - -1 - -La parole peut unir les hommes; la parole peut les dsunir; la parole -peut servir l'amour, comme elle peut servir l'inimiti et la haine. -Garde-toi de la parole qui divise ou qui provoque l'inimiti et la haine. - -2 - -La parole exprime la pense; la pense manifeste la puissance divine; -c'est pourquoi la parole doit correspondre ce qu'elle exprime. Elle -peut tre indiffrente, mais ne peut et ne doit pas exprimer le mal. - -3 - -L'homme est porteur de Dieu. Il peut exprimer la conscience de sa -divinit par la parole. Comment ds lors ne pas observer de la prudence -en parlant? - -4 - -Le temps passe, et la parole dite reste. - -5 - -Si tu as le temps de rflchir avant de commencer parler, rflchis -sur la ncessit de ce que tu veux dire et si cela ne peut faire de tort - personne. Car il arrive le plus souvent qu'aprs avoir rflchi, tu ne -commences mme pas parler. - -6 - -Rflchis avant de parler. Mais arrte-toi avant que l'on ne te dise -assez. La facult de la parole met l'homme au-dessus de la bte, mais -il lui est infrieur s'il dit tout ce qui lui passe par la tte. - - SAADI. - -7 - -Aprs une longue conversation, tche de te rappeler tout ce qui a t -dit, et tu seras tonn de voir combien tout ce qui a t dit tait -vain, inutile et souvent mchant. - -8 - -Ecoute, sois attentif, mais parle peu. - -Ne parle jamais si l'on ne s'adresse pas toi; lorsque l'on -t'interroge, rponds de suite et brivement, et ne sois pas honteux si -tu dois avouer que tu ne sais pas ce que l'on te demande. - - SOUFI. - -9 - -Si tu veux tre sage, apprends questionner raisonnablement, couter -attentivement, rpondre tranquillement et cesser de parler quand tu -n'as plus rien dire. - - LAVATER. - -10 - -Ne loue pas, ne blme pas, ne discute pas. - -11 - -Ecoute les discours d'un homme savant avec attention, quand bien mme -ses actes ne correspondraient pas son enseignement. L'homme doit -s'instruire, quand bien mme les prceptes seraient gravs sur un mur. - - SAADI. - -12 - -Il existe trois mots excellents trs courts: _Je ne sais._ Habitue ta -langue les dire plus souvent. - - _Sagesse orientale._ - -13 - -Il y a une ancienne sentence qui dit: _de mortius aut bene, aut nihil_, -c'est--dire: dis du bien des morts ou n'en parle point. Combien cela -est injuste! On aurait d dire, au contraire: Dis du bien des vivants -ou n'en parle point. Combien de souffrances cela aurait vit aux -hommes, et comme cela est facile! - -Pourquoi ne doit-on pas dire de mal des morts? Dans notre monde, au -contraire, on s'est accoutum, par suite de l'usage des ncrologies -et des jubils, de ne faire aux morts que des loges exagrs, par -consquent, dire des mensonges. Et ces loges mensongers sont nuisibles -parce qu'ils cachent la diffrence entre le bien et le mal. - -14 - -A quoi peut-on comparer la langue dans la bouche de l'homme? C'est la -clef du trsor; lorsque la porte est ferme, personne ne peut savoir ce -qui y est renferm: des pierres prcieuses ou du rebut inutile. - - SAADI. - -15 - -Bien que le silence soit utile d'aprs la doctrine des sages, la parole -libre est galement utile, mais utile en son temps seulement. Nous -pchons par la parole quand nous nous taisons, alors que nous devrions -parler, et quand nous parlons, alors que nous devrions nous taire. - - SAADI. - - - -II.--_Tais-toi lorsque tu te fches._ - -1 - -Si tu sais comment les gens devraient vivre et que tu leur veux du bien, -tu le leur diras. Tu tcheras de le leur exprimer de faon ce qu'ils -croient tes paroles. Et pour qu'ils le croient et te comprennent, tu -dois t'efforcer de leur transmettre tes ides sans irritation et colre, -mais avec calme et bont. - -2 - -Si tu veux, dans la conversation, faire part ton interlocuteur de -quelque vrit, l'essentiel est de ne pas te fcher et de ne pas -prononcer une seule parole mauvaise ou blessante. - - D'Aprs PICTTE. - -3 - -Une parole non prononce est d'or. - -4 - -Si tu ne peux pas calmer ta colre immdiatement, tiens ta langue. -Tais-toi, et tu te calmeras bientt. - - BAKSTER. - -5 - -Tche, pendant la discussion, de rendre tes paroles douces et tes -arguments fermes. Tche non pas de vexer ton adversaire, mais de le -convaincre. - - WILKINS. - -6 - -Ds que nous sentons la colre pendant la discussion, nous ne discutons -plus pour la vrit, mais pour nous-mmes. - - CARLYLE. - - - -III.--_Ne discute pas._ - -Une querelle qui s'allume est pareille un torrent qui mine une digue: -ds qu'il la traverse, tu ne peux plus le retenir. Et toute querelle est -provoque et alimente par la parole. - - _Le Talmud._ - -2 - -La discussion ne convainc personne, mais elle dsunit et irrite. La -discussion est, par rapport l'opinion des gens, la mme chose que -le marteau par rapport au clou. Aprs la discussion, les opinions, -encore vagues, se calent solidement dans la tte, de mme que les clous -enfoncs dans le mur jusqu' la tte. - - D'aprs JUVNAL. - -3 - -Pendant la discussion, on oublie la vrit. Celui qui est le plus sage -cesse le premier discuter. - -4 - -Prte l'oreille aux discussions, mais ne t'y mle point. Dieu te -prserve de l'emportement et de l'irritabilit, mme dans leur moindre -manifestation. La colre est toujours dplace, mais surtout dans une -affaire o l'on a raison, pare qu'elle ne fait que l'obscurcir et la -troubler. - - GOGOL. - -5 - -La meilleure rponse un fou est le silence. Chaque mot de rplique te -reviendra par ricochet. Rpondre une offense par l'offense revient au -mme que de jeter du bois dans le feu. - - - -IV.--_Ne juge point._ - -1 - -Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugs; car on vous jugera -du mme jugement dont vous jugez; et on vous mesurera de la mme mesure -dont vous mesurez. Et pourquoi regardes-tu la paille dans l'oeil de -ton frre, tandis que tu ne vois pas la poutre dans ton oeil? Ou bien, -comment dis-tu ton frre: Permets que j'te cette paille de ton oeil, -et voici qu'une poutre est dans le tien? Hypocrite. Ote premirement de -ton oeil la poutre, et alors tu penseras ter la paille de l'oeil de ton -frre. - - MATTH. VII, 1-6. - -2 - -En pntrant en notre for intrieur, nous dcouvrons presque toujours -le pch que nous blmons chez un autre. Et si nous ne connaissons -pas le mme pch, nous n'avons qu' chercher pour en trouver un plus -mauvais encore. - -3 - -Lorsque tu te mets juger un homme, pense ne pas dire de mal de lui, -si tu es sr qu'il a commis ce mal, et, plus forte raison, lorsque tu -n'en sais rien et que tu rptes simplement les paroles d'autrui. - -4 - -Il est toujours injuste de juger un autre, parce que personne ne peut -jamais savoir ce qui s'est pass et ce qui se passe dans l'me de celui -que l'on juge. - -5 - -Il est bon de s'entendre avec un ami afin que l'un arrte l'autre, si -l'un de vous deux commence mdire de son prochain. Et si tu n'as pas -un tel ami, entends-toi l-dessus avec toi-mme. - -6 - -Il est mauvais de mdire des gens en leur prsence, parce que cela les -offense, et il est malhonnte de le faire en leur absence, parce que -cela les trompe. Le mieux est de ne pas chercher le mal chez les autres, -de l'oublier, mais de le chercher en soi-mme et de s'en rappeler. - -7 - -La mdisance spirituelle est comme un plat de charogne la sauce. La -sauce cache toutes les salets que l'on mange sans s'en apercevoir. - -8 - -Moins on est renseign sur les mauvaises actions des gens, plus on est -svre envers soi-mme. - -9 - -N'coutez jamais ceux qui disent du mal des autres et du bien de -vous-mmes. - -10 - -Celui qui mdit de toi derrire ton dos te craint, et celui qui te loue -en ta prsence te mprise. - - _Proverbe chinois._ - -11 - -La mdisance plat tellement aux gens qu'il est trs difficile de se -contenir de ne pas tre agrable ses interlocuteurs en mdisant des -absents. Mais si tu tiens absolument rgaler les gens, offre-leur -autre chose que des mets malsains, tant pour toi-mme que pour ceux que -tu rgales. - -12 - -Cache le pch d'autrui, Dieu t'en pardonnera deux. - - - -V.--_Le danger de l'intemprance de langage._ - -1 - -Nous savons que nous devons manier les fusils chargs avec prcaution, -et nous ne voulons pas savoir que l'on doit prendre les mmes -prcautions avec la parole. La parole peut non seulement tuer, mais -causer plus de mal que la mort. - -2 - -Nous nous rvoltons devant les crimes de la chair: excs de table, -coups de poing, adultre, meurtre; et nous considrons avec beaucoup -de lgret les crimes de la parole: mdisance, offense, trahison, -publication de paroles mauvaises et dpravantes, et, cependant, les -consquences des crimes commis par la parole sont bien plus graves que -les crimes commis par la chair. La seule diffrence entre les deux -catgories est en ce fait que le mal des crimes de la chair s'aperoit -immdiatement, tandis que nous ne remarquons pas le mal du crime commis -par la parole, parce qu'il se manifeste loin de nous, dans le temps et -dans l'espace. - -3 - -Il y avait une nombreuse runion, plus de mille personnes, dans un grand -thtre. Au milieu du spectacle, un sot voulut plaisanter et cria: Au -feu! Le public s'lana vers les portes. Tous se rurent, s'crasant, -et lorsque le calme revint, on constata que 20 personnes taient tues -et 50 blesses. - -Ce grand mal n'a t caus que par une sotte parole. - -Ici, au thtre, le mal caus est perceptible immdiatement, mais -souvent une sotte parole cause lentement bien plus de mal encore, -quoiqu'on ne le remarque pas immdiatement. - -4 - -Rien n'encourage l'oisivet autant que les vains discours. Si les gens -se taisaient, au lieu de dire les btises pour chasser l'ennui de -l'oisivet, ils n'auraient pu supporter celle-ci et se mettraient -travailler. - -5 - -En parlant mal des gens, on fait du tort trois personnes la fois: - celui dont on parle, celui qui on parle, et surtout celui qui -parle. - - BASILE LE GRAND. - -6 - -Il est surtout mauvais de mdire des gens hors leur prsence, parce que -l'opinion exprime qui pourrait tre utile l'absent, si elle lui tait -dite en face, lui demeure cache; par contre, elle est communique -celui qui elle est nuisible, parce qu'elle veille en lui un mauvais -sentiment envers celui dont on mdit. - -7 - -On se repent rarement d'avoir gard le silence, mais combien de fois -on se repentira d'avoir parl, et on s'en serait repenti plus souvent -encore si l'on connaissait toutes les consquences de sa parole. - -8 - -Plus on a envie de parler, plus il y a de danger dire du mal. - -9 - -L'homme qui sait se taire, mme s'il a raison, possde une grande force. - -CATON. - - - -VI.--_L'utilit du Silence._ - -1 - -Laisse davantage reposer ta langue que tes bras. - -2 - -Le silence est souvent la meilleure des rponses. - -3 - -Tourne ta langue sept fois avant de te mettre parler. - -4 - -Il faut ou bien se taire, ou bien dire des choses qui sont meilleures -que le silence. - -5 - -Celui qui parle beaucoup travaille peu. Un homme sage craint toujours -que ses paroles ne promettent plus qu'il ne peut donner; c'est pourquoi -il se tait le plus souvent, et ne parle que lorsque cela lui est -ncessaire, lui, non aux autres. - -6 - -J'ai vcu toute ma vie parmi les sages, et je n'ai rien trouv de mieux -pour l'homme que le silence. - - _Le Talmud._ - -7 - -Si, sur cent fois, tu regrettes une fois de n'avoir pas dit ce qu'il -fallait, tu regretteras srement 99 fois sur cent d'avoir parl -lorsqu'il fallait te taire. - -8 - -Seul le fait d'avoir exprim une bonne intention affaiblit dj le dsir -de la raliser. Mais comment retenir l'expression des lans nobles et -pleins de fatuit de la jeunesse? Ce n'est que bien plus tard qu'on les -regrette comme on regrette d'avoir cueilli une fleur encore en bouton et -que l'on voit ensuite fane et foule au pied. - -9 - -La parole est la clef du coeur. Si la conversation est vaine, un seul mot -est dj superflu. - -10 - -Lorsque tu es seul, pense tes pchs; lorsque tu es en socit, oublie -ceux des autres. - - _Sentence chinoise._ - -11 - -Pour un sot, le mieux est de se taire. Mais s'il le savait, il ne serait -plus un sot. - -12 - -Quand tu parles, tes paroles doivent tre meilleures que le silence. - - _Proverbe arabe._ - -Celui qui est loquace ne peut viter le pch. - -Si la parole cote un denier, le silence en vaut deux. - -Si le silence sied aux sages, il convient d'autant plus aux sots. - - _Le Talmud._ - - - -VII.--_L'Utilit de la temprance du langage._ - -1 - -Moins tu parleras, plus tu travailleras. - -2 - -Deshabitue-toi de mdire, et tu prouveras, dans ton me, un -accroissement de la capacit d'aimer, tu ressentiras une augmentation de -vie et de bonheur. - -3 - -Mahomet et Ali rencontrrent un jour un homme qui, considrant Ali -comme son offenseur, se mit l'injurier. Assez longtemps, Ali supporta -cela patiemment et en silence; finalement, ne se contenant plus, il se -mit rpondre par des injures aux injures. Alors, Mahomet s'carta -d'eux. Lorsqu'Ali revient Mahomet, il lui dit d'un ton vex: -Pourquoi m'as-tu laiss seul supporter les injures de cet homme -insolent?--Lorsque cet homme t'injuriait et que tu te taisais, dit -Mahomet, je voyais dix anges autour de toi et qui lui rpondaient. -Mais quand tu t'es mis lui rpondre par des injures, les anges -t'abandonnrent, et je me suis cart galement. - - _Lgende musulmane._ - -4 - -Cacher les dfauts des autres gens et parler de ce qu'ils ont de bon est -une preuve d'amour et le meilleur moyen pour attirer l'affection des -prochains. - - Des _Pieuses Penses._ - -5 - -Le bonheur de la vie des hommes est dans l'amour entre eux; or, une -mauvaise parole dtruit l'amour. - - - - -CHAPITRE XXIII - -PENSE - - -De mme que l'homme peut s'abstenir de commettre un acte qu'il croit -mauvais, il peut repousser une pense qui l'attire et qu'il croit -mauvaise. C'est en cette abstention de penses qu'est la force -principale de l'homme, parce que tous les actes naissent de la pense. - - -I.--_Le rl de la pense._ - -1 - -On ne peut se dbarrasser des pchs, des tentations et des -superstitions par l'effort physique. Cela n'est possible que par -l'effort de la pense. C'est par l'effort de la pense qu'on peut -s'habituer l'abngation, l'humilit, la droiture. Quand l'homme -aspire l'abngation, l'humilit, la droiture, il a galement -la force de lutter dans la vie quotidienne contre les pchs, les -tentations et les superstitions. - -2 - -Bien que ce ne soit pas la pense qui nous ait rvl que l'on doit -aimer--elle ne pouvait nous le rvler--elle importe en raison de ce -fait qu'elle nous indique ce qui empche l'amour. C'est prcisment cet -effort intellectuel contre ce qui empche l'amour qui est plus important -et plus ncessaire que tout le reste. - -3 - -Si l'homme n'avait pas la facult de rflchir, il ne comprendrait pas -pourquoi il vit. Et s'il ne le comprenait pas, il n'aurait pu savoir ce -qui est bien et ce qui est mal. C'est pourquoi il n'y a rien de plus -cher l'homme que de savoir penser. - -4 - -Les hommes envisagent les doctrines morales et religieuses, d'une -part, et la conscience, de l'autre, comme deux guides diffrents. En -ralit, il n'y a qu'un seul guide: la conscience, c'est--dire, la -reconnaissance de la voix de Dieu qui vit en nous. Cette voix dcide -indubitablement pour chaque homme ce qu'il doit ou ne doit pas faire; et -chaque homme peut toujours voquer cette voix par un effort de pense. - -5 - -Si l'homme ne savait pas que ses yeux pouvaient voir et s'il ne les -ouvrait jamais, il aurait t trs misrable. De mme, et plus encore, -est misrable l'homme qui ne comprend pas que la facult de penser lui -est donne pour supporter tous les malheurs. Si l'homme est raisonnable, -il lui sera facile de les supporter; d'abord, parce que sa raison lui -dira que tous les malheurs passent et se transforment en bonheur, -et ensuite, que chaque malheur est utile un homme raisonnable. Et -pourtant, au lieu de regarder le malheur en face, les hommes tchent de -l'viter. - -Ne serait-il pas prfrable de nous rjouir de ce que Dieu nous ait -donn la facult de ne pas nous chagriner de ce qui nous arrive, -indpendamment, de notre volont, et de Le remercier de ce qu'Il ait -subordonn notre me uniquement ce qui est en notre pouvoir: notre -raison? Il n'a soumis notre me ni nos parents, ni nos frres, ni - la richesse, ni notre corps, ni la mort. Par Sa bont, Il l'a -seulement subordonne ce qui dpend de nous: nos penses. - -C'est sur ces penses-l et sur leur puret que nous devons veiller de -toutes nos forces pour notre bien. - - D'aprs PICTTE - -6 - -Lorsque nous apprenons une nouvelle pense et que nous la trouvons -juste, il nous semble l'avoir connue depuis longtemps et nous rappeler -maintenant de ce que nous savions dj. Toute vrit se trouve dj dans -l'me de tout homme. Ne l'touffe pas seulement par le mensonge, et, tt -ou tard, elle se rvlera toi. - -7 - -Souvent nous vient une pense qui nous semble juste et trange la -fois, et nous avons peur d'y croire. Mais, aprs avoir bien rflchi, -nous voyons que la pense qui nous semblait trange est la plus simple -vrit laquelle on ne peut plus cesser de croire, ds l'instant qu'on -l'a apprise. - -8 - -Pour pntrer dans la conscience de l'humanit, toute vrit doit -traverser trois phases. La premire: C'est tellement inepte que ce -n'est mme pas la peine de discuter. La deuxime: C'est immoral et -contraire la religion. La troisime: Ah, c'est tellement connu de -tous que ce n'est mme pas la peine d'en parler! - -9 - -En vivant au milieu des hommes, n'oublie pas ce que tu as appris dans la -solitude. Et rflchis dans la solitude sur ce que tes relations avec -les autres t'ont appris. - -10 - -Nous pouvons arriver la sagesse par trois chemins: d'abord, par la -voie de l'exprience, et ce chemin-l est le plus difficile; ensuite, -par la voie de l'imitation, et ce chemin-l est le plus facile; enfin, -par la voie de la rflexion, et ce chemin-l est le plus noble. - - CONFUCIUS. - - - -II.--_La vie de l'homme est dtermine par ses penses._ - -1 - -Le sort de l'homme est tel et tel uniquement d'aprs la faon dont il -comprend sa vie. - -2 - -Tous les grands changements dans la vie d'un homme, de mme que dans la -vie de l'humanit entire, commencent et s'accomplissent dans la pense. -Pour qu'une modification puisse s'effectuer dans les sensations et les -actes, un changement dans les penses doit s'effectuer d'abord. - -3 - -Tout ce qui est bon et ncessaire aux hommes ne s'acquiert pas d'un -coup, mais toujours au moyen d'un travail long et continu. C'est ainsi -que l'on apprend les mtiers, qu'on acquiert des connaissances, et c'est -ainsi que l'on apprend la chose plus difficile au monde: savoir vivre -d'une vie juste. - -Pour apprendre vivre ainsi, il faut avant tout savoir s'habituer -n'avoir que des bonnes penses. - -4 - -Les passages de notre vie d'un tat dans un autre ne se dterminent -pas par les actions, accomplies selon notre volont: par le mariage, -le changement du lieu d'habitation, le changement de profession, etc., -mais par les penses qui nous viennent pendant la promenade, au milieu -de la nuit, en mangeant et, surtout, par les penses qui, englobant tout -notre pass, nous disent: Tu as agi ainsi, mais tu aurais mieux fait -d'agir autrement. Et tous nos actes ultrieurs servent ces penses -servilement, excutent leur volont. - - THOREAU. - -5 - -Nos dsirs ne seront pas bons tant que nous n'aurons corrig les -habitudes de notre raison; et ces habitudes se forment au contact des -dductions de sagesse des meilleurs hommes de la terre. - - SNQUE. - -6 - -Ce qui est calme peut tre maintenu dans le repos. Ce qui ne s'est -pas encore manifest peut tre facilement prvenu. Ce qui est encore -faible peut facilement tre bris. Ce qui n'est pas encore nombreux peut -facilement tre dispers. - -Un gros arbre a commenc par tre une tige mince. Une tour neuf tages -a commenc tre leve par la pose de quelques petites briques. Un -voyage de mille lieues commence par un pas. Faites attention vos -penses: elles sont le commencement de vos actes. - - LAO-TSEU. - -7 - -De mme que la vie et la destine d'un homme sont dtermines par ce - quoi nous prtons le moins d'attention, par ses penses, la vie des -socits et des peuples est dtermine non par les vnements qui ont -lieu dans ces socits et ces peuples, mais par les ides qui unissent -la plupart des hommes de ces socits et de ces peuples. - -8 - -Ne pense pas que seuls les hommes extraordinaires peuvent tre sages. -La sagesse est ncessaire tous les hommes, et c'est pourquoi ils -peuvent tous tre sages. La sagesse consiste savoir quelle est l'oeuvre -de la vie et comment l'accomplir. Et pour l'apprendre, il suffit de -se rappeler que la pense est une grande chose, et, par consquent, -rflchir. - - - -III.--_La cause des plus grands malheurs des hommes rside non pas dans -leurs actes, mais dans leurs penses._ - -1 - -Lorsqu'il t'arrive un malheur, sache que cela ne vient pas de ce que tu -as fait, mais de ce que tu as pens. - -2 - -Les penses qui provoquent les actes mauvais sont bien plus nuisibles -que les actes eux-mmes. On peut ne pas recommencer une mauvaise action -et s'en repentir; tandis que les mauvaises penses engendrent les -mauvaises actions. Une mauvaise action aplanit seulement la route pour -les autres mauvaises actions; les mauvaises penses entranent sur cette -route. - -3 - -Pour qu'un flambeau puisse donner une clart calme, il faut qu'il soit -mis l'abri du vent. Si le flambeau est expos au vent, la lumire -vacillera et donnera des ombres tranges. Les mmes ombres tomberont -dans l'me de l'homme lorsque ses penses seront futiles, vacillantes et -incontrles. - - _Sagesse brahmane._ - - - -IV.--_L'homme est matre de ses penses_ - -1 - -Notre vie peut tre bonne ou mauvaise, suivant la qualit de nos -penses. Or on peut les gouverner. C'est pourquoi, pour vivre bien, -l'homme doit travailler ses penses, ne pas couter les mauvaises. - -2 - -Travaille purifier tes penses. Si tu n'as pas de mauvaises penses, -tu ne commettras pas de mauvaises actions. - - CONFUCIUS. - -3 - -Tout est dans le pouvoir du Ciel, sauf notre dsir de servir Dieu ou -nous-mmes. Nous ne pouvons empcher les oiseaux de voler au-dessus de -nos ttes, mais nous pouvons ne pas les laisser y faire leurs nids. De -mme, nous ne pouvons empcher les mauvaises penses de traverser notre -esprit, mais nous avons le pouvoir de ne pas les laisser y faire leur -nid pour couver et engendrer de mauvaises actions. - - LUTHER. - -4 - -On ne peut chasser une mauvaise pense lorsqu'elle vient l'esprit, -mais on peut comprendre que cette pense est mauvaise. Et si l'on -sait qu'elle est mauvaise, on peut ne pas s'y abandonner. Il nous -vient l'ide que tel ou tel autre homme est mchant. Je ne pouvais pas -m'empcher de le penser, mais si j'ai compris que cette ide tait -mauvaise, je peux me souvenir que c'est mal de mdire des gens, que je -suis mauvais moi-mme, et je peux ainsi me contenir de la mdisance, -mme par la pense. - -5 - -Si tu veux que ta pense te serve, tche de rflchir indpendamment de -tes sentiments et de ta situation, c'est--dire de ne pas agir contre -tes ides afin de justifier la sensation que tu prouves, ou la chose -que tu as faite ou que tu feras. - - - - -V.--_Il faut vivre d'une vie spirituelle pour avoir la force de -gouverner ses penses_. - -1 - -Nous croyons souvent que la plus grande force qui existe au monde est la -force matrielle. Nous le pensons, parce que notre corps, que nous le -voulions ou non, sent toujours cette force. Mais la force spirituelle, -la force de la pense, nous semble insignifiante, et nous ne la -reconnaissons pas pour une force. Cependant, c'est en elle qu'est la -vraie force, celle qui modifie notre vie et la vie des autres hommes. - -2 - -Notre vie est meilleure ou plus mauvaise, selon que nous nous -reconnaissons notre nature d'tres charnels ou d'tres spirituels. Dans -le premier cas, nous affaiblissons notre vie relle, nous dveloppons, -nous excitons les passions, la cupidit, la lutte, la haine, la crainte -de la mort. Tandis que si nous reconnaissons notre nature d'tres -spirituels, nous exaltons, nous levons la vie, nous la librons des -passions, de la lutte, de la haine, nous librons l'amour. Le transfert -de la conscience de l'tre charnel dans un tre spirituel s'effectue au -moyen d'un effort de pense. - -3 - -Voici ce que Snque crivait un ami: Tu fais bien, mon cher Lucain, -de tcher de maintenir ton esprit bon et charitable par tes propres -forces. Tout homme peut toujours se mettre dans cet tat d'me. Pour -cela, on n'a pas besoin d'lever les bras au ciel et de demander au -garde du temple la permission de nous approcher de Dieu afin qu'il -puisse mieux nous entendre: Dieu est toujours prs de nous, Il est en -nous. En nous vit le Saint Esprit, tmoin et gardien de tout ce qui est -bon et de tout ce qui est mauvais. Il agit avec nous comme nous agissons -envers Lui. Si nous le soignons, Il nous soigne. - -4 - -Lorsque, plongs dans nos penses, nous ne savons pas ce qui est -bon et ce qui est mal, nous devons nous retirer du monde; seule la -proccupation de l'opinion du monde nous empche de voir le bien et le -mal. Se retirer du monde--c'est--dire rentrer en soi-mme,--c'est -aider la dispersion de tous les doutes. - -5 - -Il n'est facile de lutter avec les tentations que lorsqu'on ne leur est -pas encore assujetti. - -Dans les soucis et l'excitation des tentations, on n'a pas le temps de -chercher des remdes pouvant contrebalancer nos dsirs. Etablis tes -desseins lorsque les tentations sont absentes, lorsque tu es seul. - - BENTHAM. - - - -VI._--La facult de s'unir par la pense aux vivants et aux morts est -un des grands bienfaits dont jouit l'homme._ - -1 - -Les jeunes gens disent souvent: Je ne veux pas vivre d'aprs les -autres, je rflchirai par moi-mme. Ceci est absolument juste: l'ide - soi est plus chre que toutes les ides des autres. Mais pourquoi -rflchir des choses auxquelles on a dj rflchi? Prends ce qui est -prt et va plus loin. La force de l'humanit consiste en ce qu'on peut -profiter des penses d'autrui et aller plus loin. - -2 - -Les efforts qui librent l'homme des pchs, des tentations et des -superstitions, s'effectuent avant tout dans la pense. - -L'aide principale de l'homme dans cette lutte consiste en ce qu'il -peut se joindre l'activit raisonnable de tous les sages et de tous -les saints de ce monde qui ont vcu avant lui. Cette communion avec -les penses des saints et des sages est la prire, c'est--dire, la -rptition des paroles par lesquelles ces hommes exprimaient leurs -rapports envers leur me, envers les autres hommes, envers le monde et -son principe. - -3 - -Depuis les temps les plus reculs, il est reconnu que la prire est -indispensable l'homme. - -Pour les hommes de l'ancien temps, la prire tait--et elle l'est encore -maintenant pour la plupart d'entre nous--un appel Dieu, ou aux -dieux, fait dans certains endroits et au moyen de certains procds et -expressions, avec l'intention d'apaiser les divinits. - -La doctrine chrtienne ne connat pas ces prires-l. Elle nous apprend -que la prire est indispensable, non comme un moyen de nous dbarrasser -des malheurs de ce monde et d'acqurir des bienfaits, mais comme celui -de nous raffermir dans nos bonnes penses. - -4 - -La vraie prire est importante et ncessaire l'me, parce que quand -nous nous trouvons ainsi seul avec Dieu, notre pense s'lve jusqu'au -degr suprme qu'elle peut atteindre. - -5 - -Le Christ a dit: lorsque tu pries, reste seul (MATTH. VI, 5-6). Alors -seulement, Dieu t'entendra. Dieu est en toi et, pour qu'il t'entende, tu -dois chasser tout ce qui te Le cache. - -6 - -Priez toutes les heures. La prire la plus difficile et la plus -ncessaire est celle o l'on doit se souvenir, au milieu du mouvement de -la vie, de ses obligations devant Dieu et devant Sa loi. - -Tu t'effraies, tu te fches, tu es confus, tu te passionnes, fais un -effort, souviens-toi qui tu es et ce que tu dois faire. C'est en cela -que consiste la prire. C'est difficile au dbut, mais cette habitude -peut se former. - -7 - -Il est bon de modifier sa prire, c'est--dire l'expression de -ses rapports envers Dieu. L'homme grandit constamment, change, et, -par suite, ses rapports envers Dieu doivent aussi se modifier et -s'claircir. La prire aussi doit changer. - - - -VII.--_La vie juste est impossible sans un effort de pense._ - -1 - -Matrise tes penses si tu veux atteindre ton but. Fixe le regard de ton -me sur l'unique lumire pure qui est exemple de passion. - - _Sagesse bouddhiste._ - -2 - -La rflexion est le chemin de l'immortalit; l'tourderie est le chemin -de la mort. Ceux qui veillent dans la rflexion ne meurent jamais; les -tourdis, les incroyants sont pareils aux morts. - -Eveille-toi toi-mme; alors, protg par toi-mme et t'approfondissant -toi-mme, tu ne changeras pas. - - _Sagesse brahmane._ - -3 - -La vraie force de l'homme n'est pas dans ses lans, mais dans sa -tendance ferme et tranquille vers le bien qu'il tablit dans ses -penses, exprime par ses paroles et excute par ses actes. - -4 - -Si tu remarques, en jetant un coup d'oeil en arrire sur ta vie, qu'elle -est devenue meilleure, plus charitable, plus libre de pchs, de -tentations et de superstitions, sache que ce succs n'est d qu'au -travail de ta pense. - -5 - -Voici ce que Confucius dit de l'importance de la pense: - -La vraie doctrine donne aux hommes le bien suprme: la rgnration et -la facult de sjourner dans cet tat. Pour obtenir ce bien suprme, il -faut que la vie du peuple entier soit bien organise. Et pour cela, il -faut que la famille soit bien organise; et pour que la famille soit -bien organise, il faut qu'une bonne organisation prside ta propre -vie; et pour cela, il faut que ton coeur soit amlior; et pour amliorer -ton coeur, il faut que tu aies des penses claires et justes. - - - -VIII.--_Seule la facult de penser distingue l'homme de la bte._ - -1 - -L'homme se distingue de la bte uniquement parce qu'il possde la -facult de penser. Les uns augmentent cette facult, les autres ne se -soucient pas de cela. Ces gens-l semblent vouloir renoncer ce qui les -distingue de la bte. - - _Sagesse-orientale._ - -2 - -Compar la nature qui l'environne, l'homme n'est qu'un faible roseau -pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'craser. -Une vapeur, une goutte, suffit pour le tuer. Mais quand l'univers -l'craserait, l'homme serait encore plus noble que ceux qui le tuent, -parce qu'il sait qu'il meurt; et l'avantage que l'univers a sur lui, -c'est que l'univers n'en sait rien. - -Toute notre dignit consiste donc en la pense. C'est de l qu'il faut -nous relever, non de l'espace et de la dure, que nous ne saurions -remplir. Travaillons donc bien penser: voil le principal de la morale. - - PASCAL. - -3 - -L'homme peut apprendre lire et crire; mais cela ne lui apprendra -pas s'il doit ou non crire une lettre son ami, ou formuler une -plainte contre celui qui l'a offens. L'homme peut tudier la musique, -mais cela ne lui apprendra pas quand on peut jouer et chanter et quand -on ne peut le faire. Il en est de mme de tout. Seule la raison nous dit -o et quand on peut faire les choses et o et quand on ne doit pas les -faire. - -En nous douant de raison, Dieu a mis notre disposition ce dont nous -avions le plus besoin. En nous accordant la raison, il semblait nous -dire: Afin que vous puissiez viter le mal et profiter des bienfaits -de la vie, j'ai mis en vous une parcelle divine de Moi-Mme. Je vous -ai donn la raison. Si vous l'appliquez tout ce qui vous arrive, -rien ne sera pour vous un obstacle ou une entrave sur le chemin que je -vous ai destin, et jamais vous ne vous plaindrez ni de votre sort, ni -des gens; vous ne mdirez pas d'eux et vous ne les flatterez point. Ne -Me reprochez donc pas de ne pas vous avoir donn davantage. Ne vous -suffit-il donc pas de vivre toute votre vie raisonnablement, dans le -calme et la joie? - - D'aprs PICTTE. - -4 - -Un sage proverbe dit: Dieu vient vers nous sans sonner. Cela veut -dire qu'il n'y a pas de cloison entre nous et l'infini, qu'il n'y a pas -de mur entre l'homme-consquence et Dieu-cause. Les murs sont tombs, -nous sommes exposs aux profondes ractions des facults divines. -Seul le travail de l'esprit tient ouvert l'orifice par lequel nous -communiquons avec Dieu. - - D'aprs EMMERSON. - -5 - -L'homme est visiblement fait pour penser; c'est toute sa dignit et tout -son mrite; et tout son devoir est de penser comme il faut; et l'ordre -de la pense est de commencer par soi, et par son auteur et sa fin; or, - quoi pense le monde? Jamais cela, mais danser, jouer du luth, - chanter, faire des vers, courir la bague, etc., se btir, se -faire roi, sans penser ce que c'est que d'tre roi et que d'tre homme. - - PASCAL. - - - - -CHAPITRE XXIV - -L'ABNGATION - - -Le bonheur de l'homme est dans sa communion d'amour avec Dieu et avec -ses prochains. Les pchs entravent ce bonheur. La cause des pchs est -en ce fait que l'homme met son bonheur satisfaire les dsirs de son -corps, et non aimer Dieu et son prochain. C'est pourquoi le bonheur de -l'homme est dans l'affranchissement des pchs. S'affranchir des pchs, -c'est faire un effort pour renoncer la vie charnelle. - - -I.--_La loi de la vie est dans le renoncement la chair._ - -1 - -Tous les pchs charnels: la luxure, l'oisivet, le luxe, l'inimiti, la -cupidit, viennent uniquement de ce qu'on reconnat son corps comme son -moi, de ce qu'on soumet son me son corps. - -Alors Jsus dit Ses disciples: si quelqu'un veut venir avec Moi, -qu'il renonce Lui-mme, qu'il se charge de sa croix et me suive. -Car quiconque voudra sauver sa vie, la perdra; et quiconque perdra sa -vie pour l'amour de moi, la trouvera; car que servirait-il l'homme -de gagner tout le monde, s'il perdait son me? Ou bien, que donnerait -l'homme en change de son me? - - MATTH, XVI, 24-26. - -3 - -Voici pourquoi Mon Pre m'aime: c'est que Je donne ma vie pour la -reprendre. - -Personne ne me l'te, mais Je la donne de Moi-mme; J'ai le pouvoir de -la quitter, et le pouvoir de la reprendre. J'ai reu cet ordre de mon -Pre. - - JEAN, X, 17-18. - -4 - -Le fait que l'homme peut renoncer sa vie corporelle prouve clairement -que l'homme est pourvu de quelque chose en vertu de quoi il renonce. - -5 - -Plus on s'abandonne au charnel, plus on perd le spirituel. - -Plus tu renonces au charnel, plus tu reois de spirituel. Vois lequel -des deux t'est plus ncessaire. - -6 - -L'abngation n'est pas le renoncement soi-mme, mais le transport de -son moi d un tre charnel dans un tre spirituel. Renoncer soi-mme, -n'est pas renoncer la vie. Par contre, renoncer la vie charnelle, -c'est augmenter la vraie vie spirituelle. - -7 - -La raison dmontre l'homme que son bonheur ne peut tre dans la -satisfaction des exigences de sa chair; c'est pourquoi la raison -entrane l'homme irrsistiblement vers le bonheur qui lui est propre, -mais qui ne se place pas dans sa vie corporelle. - -On pense et on dit gnralement que le renoncement la vie corporelle -est un haut fait; ceci n'est pas exact. Ce renoncement n'est pas un -exploit, mais une condition invitable de la vie de l'homme. Pour la -bte, le bonheur dans la vie corporelle, et la prolongation de l'espce -qui en dcoule, est le but suprme de la vie. Mais pour l'homme, cette -vie, et la prolongation de l'espce, n'est qu'un degr de l'existence -d'o s'ouvre pour lui le vrai bonheur de la vie, incompatible avec le -bonheur de la vie charnelle. Pour l'homme, celle-ci n'est pas toute la -vie, mais uniquement une condition de la vraie vie qui consiste en une -communion de plus en plus grande avec le principe spirituel de l'univers. - - - -II.--_L'imminence de la mort amne ncessairement l'homme la -conscience de la vie spirituelle qui n'est pas assujettie la mort._ - -1 - -Lorsqu'un enfant vient de natre, il lui semble qu'il n'y a que lui qui -existe au monde. Il ne cde rien ni personne, ne veut rien savoir -de personne et ne fait que rclamer ce qui lui est ncessaire. Il ne -connat pas mme sa mre, il ne connat que son sein. Mais des jours, -des mois, des annes passent, et l'enfant commence comprendre qu'il y -a d'autres hommes pareils lui qui veulent aussi ce qu'il dsire pour -lui. Et plus il vit, plus il comprend qu'il n'est pas seul au monde et -qu'il doit, s'il en a la force, lutter contre les autres hommes pour -obtenir ce qu'il dsire possder, ou bien, s'il n'a pas la force, se -soumettre ce qui est. En outre, plus l'homme vit, plus il comprend -clairement que sa vie ne dure qu'un temps, et que chaque heure peut se -terminer par la mort. Il voit, aujourd'hui, demain, tantt l'un, tantt -l'autre, emports par la mort, et il comprend que cela peut galement -lui arriver tout instant et que cela arrivera srement tt ou tard. Et -alors, l'homme ne peut ne pas comprendre qu'il n'y a pas de vraie vie -dans son corps, et que tout ce qu'il pourrait faire dans cette vie pour -son corps ne servirait rien. - -Et lorsque l'homme aura clairement compris tout cela, il comprendra -galement que l'esprit qui vit en lui n'est pas uniquement en lui, mais -en tous les hommes, dans tout l'univers, que cet esprit est l'Esprit -de Dieu. Et ayant compris cela, l'homme n'attachera plus d'importance - sa vie corporelle et fondera le but de sa vie sur la communion avec -l'Esprit de Dieu, avec ce qui est ternel. - -2 - -La mort, la mort, la mort nous guette tout instant. Notre vie -s'accomplit en vue de la mort. Si vous travaillez pour votre vie -charnelle venir, vous savez qu'une seule chose vous attend dans -l'avenir: la mort. Et cette mort dtruit tout ce quoi vous avez -travaill. Vous direz que vous travaillez pour le bien des gnrations - venir; mais elles disparatront galement et il n'en restera rien. -Par consquent, la vie, dans un but matriel, ne peut avoir aucun sens. -La mort dtruit toute cette vie. Pour que la vie ait un sens, il faut -que la mort ne puisse pas dtruire l'oeuvre de la vie. Et c'est cette -vie-l que le Christ rvle aux hommes. Il montre aux hommes qu' ct -de la vie charnelle, qui n'est qu'une apparence de la vie, il est une -autre vie, la vraie, qui donne le vritable bonheur l'homme, et que -chaque homme connat cette vie dans son coeur. La doctrine du Christ -indique l'illusion de la vie personnelle, la ncessit d'y renoncer et -de reporter le sens et le but de la vie dans une vie juste, la vie de -l'humanit entire, dans la vie du Fils de l'homme. - -3 - -Pour comprendre la doctrine du Christ indiquant le salut de la vie, il -faut bien comprendre ce que disaient tous les prophtes, ce que disait -Salomon, ce que disait Bouddha, ce que disaient tous les sages du monde -entier sur la vie individuelle de l'homme. On peut, suivant l'expression -de Pascal, ne pas y penser, porter devant soi des petits crans qui -cacheraient au regard l'abme de la mort auquel nous courons tous; mais -il n'y a qu' rflchir ce qu'est la vie corporelle individuelle pour -se persuader que toute cette vie, si elle n'est que matrielle, n'a non -seulement aucun sens, mais encore n'est qu'une mauvaise plaisanterie aux -dpens du coeur, de la raison de l'homme et de tout ce qu'il y a de bon -en lui. C'est pourquoi, pour comprendre la doctrine du Christ, il faut -tout d'abord reprendre ses sens, rflchir, afin qu'il se fasse en nous -ce que dit Jean, le prcurseur du Christ, en prchant sa doctrine des -gens gars comme nous: Repentez-vous avant tout, c'est--dire, revenez - vous; sinon, vous prirez tous. - -Lorsqu'on eut racont au Christ comment ont pri les Galilens par la -main de Pilate, il dit: Pensez-vous que ces Galilens avaient commis -plus de pchs que tous les Galilens pour avoir souffert ainsi? Je -vous dis que non; mais si vous ne vous repentez pas, vous prirez tous -ainsi. La mort invitable est devant vous tous. Nous tchons vainement -de l'oublier, mais cela ne nous permettra pas de l'viter; au contraire, -lorsqu'elle viendra par surprise, elle sera plus affreuse encore. Il n'y -a qu'un seul moyen de salut: c'est de renoncer la vie qui meurt et de -vivre de celle pour laquelle il n'y a pas de mort. - -4 - -Celui qui ne voit pas son moi dans son corps mourant, connat la -vrit de la vie. - - _Sagesse bouddhiste._ - -5 - -C'est pourquoi je vous dis: ne soyez point en souci pour votre vie, de -ce que vous mangerez et de ce que vous boirez; ni pour votre corps, de -quoi vous serez vtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et -le corps plus que le vtement? - -Regardez les oiseaux de l'air; car ils ne sment ni moissonnent, ni -n'amassent dans des greniers, et votre Pre Cleste les nourrit. -N'tes-vous pas beaucoup plus qu'eux? - -Et qui est-ce d'entre vous qui, par son souci, puisse ajouter une coude - sa taille? - -Ne soyez donc point en souci, disant que mangerons-nous, que -boirons-nous et de quoi serons-nous vtus. - -Mais cherchez premirement le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes -ces choses vous serons donnes par surcrot. - -Ne soyez donc point en souci du lendemain; car le lendemain aura le -souci de ce qui le regarde: chaque jour suffit sa peine. - - MATTH., VI, 25-37, 31,33-34. - - - -III.--_Le renoncement son moi corporel rvle Dieu dans l'me de -l'homme._ - -1 - -Plus l'homme renonce son moi corporel, plus Dieu se rvle lui. Le -corps cache Dieu l'homme. - -2 - -Si tu veux arriver connatre le moi universel, tu dois, avant tout, -apprendre te connatre toi-mme. Et pour cela, tu dois sacrifier ton -moi au moi universel. - -_Sagesse brahmane._ - -3 - -Si tu mprises le monde, ce n'est pas un grand mrite. Pour celui qui -vit selon Dieu, lui-mme et le monde seront toujours rien. - - ANGLUS. - -4 - -Le renoncement la vie corporelle est prcieux, ncessaire et joyeux -uniquement lorsqu'il est religieux, c'est--dire, lorsque l'homme -renonce lui-mme, son corps, afin d'accomplir la volont du Dieu -qui vit en lui. Mais lorsque l'homme renonce la vie corporelle, non -pour excuter la volont de Dieu, mais pour accomplir sa volont lui -et celle des hommes qui sont pareils lui, une telle abngation n'est -ni prcieuse, ni ncessaire, ni joyeuse, mais uniquement nuisible -lui-mme et aux autres. - -5 - -Si vous tchez de plaire aux hommes pour qu'ils vous soient -reconnaissants, vous travaillerez en vain. Mais si vous faites du bien -aux autres sans songer eux, pour Dieu, vous vous ferez du bien, et les -autres vous seront reconnaissants. - -Dieu se souvient de celui qui ne pense pas lui-mme, et Dieu oublie -celui qui pense lui-mme. - -6 - -C'est seulement quand notre corps meurt, que nous ressuscitons en Dieu. - -7 - -Si tu n'attends rien et que tu ne veux rien recevoir des autres hommes, -ceux-ci ne peuvent pas te faire peur, de mme qu'une abeille ne craint -pas une autre et qu'un cheval n'a pas peur d'un autre. Mais si ton -bonheur est dans le pouvoir des autres hommes, tu les craindras srement. - -C'est par l que l'on doit commencer: il faut renoncer tout ce qui ne -nous appartient pas, y renoncer au point qu'il ne soit pas notre matre, -renoncer tout ce qui est ncessaire au corps, renoncer l'amour de -la richesse, de la gloire, des fonctions, des honneurs, renoncer ses -enfants, sa femme, ses frres. Tu dois te dire que tout cela n'est -pas ta proprit. - -Mais comment arriver cela? Subordonner sa volont la volont de -Dieu: s'Il veut que j'aie la fivre--je le veux aussi. S'il veut que je -fasse ceci et non pas cela--je le veux aussi. S'Il veut qu'il m'arrive -une chose laquelle je ne m'attendais pas--je le veux aussi. - - PICTTE. - -8 - -La volont propre ne se satisfera jamais, quand elle aurait pouvoir -de tout ce qu'elle veut; mais on est satisfait ds l'instant qu'on y -renonce. Sans elle, on ne peut tre content. La vraie et unique vertu -est donc de se har, car on est hassable par sa concupiscence, et de -chercher un tre vritablement aimable, pour l'aimer. Mais, comme nous -ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un tre qui soit -en nous, et qui ne soit pas nous, et cela est vrai d'un chacun de tous -les hommes. Or, il n'y a que l'tre universel qui soit tel. Le royaume -de Dieu est nous (Luc, XVII, 21); le bien universel est en nous-mmes et -ce n'est pas nous. - - PASCAL. - - - -IV.--_Le vrai amour envers les hommes n'est possible que par -l'abngation._ - -1 - -Seul ce qui ne vit pas pour soi-mme ne prit pas. Mais pourquoi celui -qui ne vit pas pour lui-mme vivra-t-il? On peut ne pas vivre pour -soi-mme alors seulement qu'on vit pour Tout. C'est en vivant pour le -Tout que l'homme peut tre et est tranquille. - - LAO-TSEU. - -2 - -Quand mme tu le voudrais, tu ne pourrais pas sparer ta vie de celle -de l'humanit. Tu vis dans l'humanit, par elle et pour elle. En vivant -parmi les hommes, tu ne peux pas ne pas renoncer toi-mme, parce que -nous sommes tous crs pour agir d'un commun accord, comme les jambes, -les bras, les yeux, et l'accord ne serait pas possible sans l'abngation. - - MARC-AURLE. - -3 - -On ne saurait se contraindre l'amour des autres. On ne peut que -rejeter ce qui empche l'amour. Et ce qui l'empche, c'est l'amour de -son moi matriel. - -4 - -Tu aimeras ton prochain comme toi-mme ne veut pas dire que tu dois -tcher d'aimer ton prochain. On ne peut pas se forcer aimer. Tu -aimeras ton prochain veut dire que tu dois cesser de t'aimer plus que -tout. Et ds que tu ne t'aimeras plus ainsi, tu te mettras aimer ton -prochain comme toi-mme. - -5 - -Il faut s'habituer de se dire lorsqu'on rencontre un homme: je ne -penserai qu' lui, et non pas moi-mme. - -6 - -I suffit de penser soi au beau milieu d'un discours, pour perdre le -fil de ses ides. De mme, quand nous nous oublions compltement, que -nous sortons de nous-mmes, nous pouvons communiquer fructueusement avec -les autres, les servir et avoir sur eux une influence bienfaisante. - -7 - -Plus la vie d'un homme est confortable et mieux organise -extrieurement, plus la joie de l'abngation est loin et difficile pour -lui. Les riches en sont presque entirement privs. Au pauvre, tout -travail interrompu dans le but de venir en aide son prochain, chaque -morceau de pain tendu un mendiant, procure la joie de l'abngation. - -8 - -Ce que tu as donn est toi, ce que tu as gard est aux autres. - -Si tu t'es priv de quelque chose pour le donner aux autres, tu t'es -fait du bien toi-mme; ce bien est jamais toi et personne ne peut -te le prendre. - -Mais si ta as gard ce qu'un autre voulait prendre, lu ne l'as que -pour un temps ou jusqu'au moment o tu devras le rendre. Et tu devras -srement le rendre lorsque la mort sera venue. - -9 - -Serait-il possible de ne pouvoir esprer qu'il viendra un jour o les -gens verront qu'il leur est tout aussi facile de vivre pour les autres -qu'il leur est facile de mourir la guerre dont ils ne connaissent pas -la cause? Il suffit aux hommes d'avoir cet effet un peu plus de force -d'esprit et un peu plus de conscience. - - BRAUN. - - - -V.--_L'homme qui emploie toutes ses forces satisfaire uniquement ses -besoins bestiaux, dtruit sa vraie vie._ - -1 - -Si l'homme ne pense qu' lui-mme et cherche partout son profit, il ne -peut tre heureux. Si tu veux rellement vivre pour toi-mme, vis pour -les autres. - - SNQUE. - -2 - -Pour comprendre combien il est indispensable de renoncer la vie -corporelle pour la vie spirituelle, il suffit de se reprsenter combien -serait terrible et rpugnante une vie consacre uniquement la -satisfaction des dsirs charnels. La vraie vie ne commence qu'au moment -o l'homme renonce toute bestialit. - -3 - -Par la parabole des vignerons (MATTH., 33-42), le Christ claircit -l'erreur des gens qui prennent l'apparence de la vie--leur vie -charnelle--pour la vraie vie. - -A force d'habiter le jardin cultiv de leur matre, des gens se crurent -propritaires du jardin. Et de cette conception errone il rsulte une -srie d'actes insenss et cruels accomplis par ces gens qui, finalement, -sont chasss du jardin, exclus de la vie. De mme, nous nous sommes -imagins que la vie de chacun de nous est notre vie personnelle, que -nous y avons droit et pouvons en jouir notre gr, n'ayant aucune -obligation envers personne. Aussi, commettons-nous invitablement la -mme srie d'actes cruels et insenss et sommes de mme exclus de la -vie. Comme les habitants du jardin avaient oubli que le jardin leur -avait t donn en tat, entour d'un foss et d'une clture, pourvu -d'un puits, que quelqu'un avait travaill leur intention et attend, -par suite, qu'ils fournissent galement du travail, les hommes qui ne -possdent qu'une vie personnelle ont oubli, ou veulent oublier, tout ce -qui a t fait pour eux avant leur naissance, ce qui se fait au cours de -leur vie, et ce qu'on attend d'eux. - -D'aprs la doctrine du Christ, de mme que les vignerons, qui habitaient -une vigne qu'ils n'avaient pas travaille, doivent sentir et comprendre -qu'ils ont contract une dette constante envers leur matre, les hommes -doivent sentir et comprendre que, depuis leur naissance et jusqu' -la mort, ils ont contract une dette envers ceux qui ont vcu avant -eux, qui vivent encore et qui vivront, et envers ce qui tait, est -et sera toujours le commencement de tout. Ils doivent comprendre que -chaque heure de leur existence confirme cette obligation, et que, par -consquent, l'homme qui vit pour lui-mme et qui nie cette obligation, -l'attachant la vie et son principe, se prive lui-mme de la vie. - -4 - -Les hommes pensent que l'abngation compromet la libert. Ils ne -savent pas que seule l'abngation nous donne la vraie libert, en nous -dbarrassant de nous-mmes, de l'esclavage de notre dpravation. Nos -passions sont les tyrans les plus cruels: il suffit de renoncer eux, -et tu te sentiras libre. - - FNELON. - -5 - -La conscience de notre mission, qui implique la loi de l'abngation, n'a -rien de commun avec la jouissance de la vie. Si nous voulions confondre -la conscience de notre mission avec la jouissance, et que nous offrions -ce mlange, en qualit de remde, une me malade, ces deux lments se -seraient spars spontanment. Mais si cela n'avait pas eu lieu et que -la conscience de la haute destination de l'homme n'avait produit aucun -effet, et que la vie corporelle aurait acquis, en aspirant au plaisir, -une certaine force qui correspondrait avec la destination, la vie morale -de l'homme aurait disparu sans retour. - - KANT. - - - -VI.--_On ne peut se librer de ses pchs qu' condition de renoncer -soi-mme._ - -1 - -Le renoncement au bonheur corporel pour le bonheur spirituel est -la consquence d'une modification de la conscience; c'est--dire un -homme qui se croyait tre d'abord purement un animal, commence se -reconnatre comme un tre spirituel. Quand ce changement s'est effectu, -ce qui semblait avant une privation, une souffrance, n'est plus une -privation ni une souffrance, mais une prfrence naturelle du meilleur -au plus mauvais. - -2 - -On croit et on dit que pour remplir la mission de la vie, il faut avoir -la sant, l'aisance et, en gnral, tre dans des conditions extrieures -favorables. C'est inexact: la sant, l'aisance et les conditions -extrieures favorables ne sont pas ncessaires pour remplir sa mission -et obtenir le bonheur. Il nous est donn la possibilit d'acqurir le -bien spirituel et que rien ne peut dtruire: le bien de dvelopper -en soi l'amour. Seulement, il faut croire en cette vie spirituelle, -concentrer vers elle tous ses efforts. - -Tu mnes une vie charnelle, tu travailles pour elle; mais ds que -tu trouves des obstacles dans cette vie, transporte-toi dans la vie -spirituelle; car la vie spirituelle est toujours libre. C'est comme -les ailes de l'oiseau. L'oiseau marche sur ses pattes. Mais voil que -survient un obstacle, un danger, et l'oiseau, ayant foi en ses ailes, -les dploie et survole. - -3 - -L'unique oeuvre joyeuse et vraie de la vie est d'lever son me; et pour -lever son me, il faut renoncer soi-mme. Commence par le renoncement -dans les petites choses; lorsque tu t'habitueras renoncer aux petites, -tu pourras renoncer aux grandes. - -4 - -Lorsque la lumire de ta vie spirituelle s'teint, l'ombre noire de -tes dsirs charnels tombe sur ton chemin.--Mfie-toi de cette terrible -ombre: la lumire de ton esprit, ne peut dtruire ces tnbres tant que -tu n'auras pas chass les dsirs de ton me. - - _Sagesse brahmane._ - -5 - -La plus grande difficult de se librer de l'gosme matriel rside en -ce fait que cet gosme est une condition indispensable de la vie. Il -est indispensable et naturel pendant l'enfance; mais il doit faiblir et -disparatre mesure que la raison s'claire. - -L'enfant n'prouve pas de remords de conscience pour son gosme; mais - mesure que la raison s'claire, l'gosme devient un poids pour -soi-mme; au cours de la vie, l'gosme faiblit de plus en plus, et -lorsqu'on approche de la mort, il disparat entirement. - -6 - -Totalement renoncer soi-mme, c'est devenir Dieu; vivre uniquement -pour soi-mme, c'est devenir une brute absolue. La vie humaine se -passe dans, l'loignement progressif de la vie bestiale et dans le -rapprochement graduel de la vie divine. - -7 - -Sans sacrifice, il n'y a pas de vie. Toute la vie, que tu le veuilles ou -non, n'est qu'un sacrifice du corporel au spirituel. - -VII--_Le renoncement sa personnalit bestiale donne l'homme le vrai -bonheur spirituel qui est inalinable._ - -1 - -Une seule et mme loi rgit la vie de chaque homme et celle de tous les -hommes; cette loi dit: pour amliorer la vie, il faut tre prt la -donner. - -2 - -L'homme ne peut connatre les consquences de sa vie d'abngation, mais -il n'a qu' l'essayer pour un temps, et je suis sr que tout honnte -homme reconnatra l'influence favorable qu'avaient sur son me et son -corps les instants, mme fugitifs, pendant lesquels il ne pensait plus -lui-mme et renonait sa personnalit corporelle. - - JOHN RUSKIN. - -3 - -L'homme est comme un nuage dont l'eau se dverse sur les champs, les -prs, les forts, les jardins, les tangs, les rivires. La pluie -a pass, elle a rafrachi et donn la vie des millions de jeunes -pousses, d'pis, de buissons, d'arbres; le nuage est devenu clair et -transparent et bientt il disparatra compltement. Il en est de mme -de la vie corporelle d'un homme de bien: il est venu en aide bien des -gens, il leur a facilit la vie, il leur a montr la voie suivre, les -a consols; maintenant, il est vid et, en mourant, il se relire l o -vit seul l'ternel, l'invisible, le spirituel. - -4 - -Les arbres donnent leurs fruits et mme leur corce, leurs feuilles -et leur suc ceux qui en ont besoin. Heureux est l'homme qui en fait -autant! Mais il y a peu de gens qui le comprennent et qui agissent ainsi. - - KRISHNA. - -5 - -Le bonheur n'est pas possible tant qu'on ne cesse penser soi-mme. -Mais on ne peut le faire incompltement. Si le moindre souci de soi-mme -reste, tout est gt.... Je sais que c'est difficile, mais je sais -galement qu'il n'y a pas d'autre moyen d'acqurir le bonheur. - - CARPENTER. - -6 - -Bien des gens pensent que si l'on exclut la personnalit et l'amour, -il ne restera plus rien dans la vie. Ils s'imaginent que, sans -personnalit, il n'y a pas de vie. Mais cela semble seulement ceux qui -n'ont jamais prouv la joie de l'abngation. Rejette ta personnalit, -renonce elle, et il te restera ce qui est l'essence de la vie: -l'amour, donnant le bienfait incontestable. - -7 - -Plus l'homme apprend connatre son moi moral et plus il renonce la -vie charnelle, mieux il se comprend lui-mme. - - _Sagesse brahmane._ - -8 - -Au point de vue du bonheur, la question de la vie est insoluble, parce -que nos lans les plus levs nous empchent d'tre heureux. Au point de -vue du devoir, la mme difficult subsiste, car le devoir accompli donne -la paix et non le bonheur. - -Seul le divin amour et la communion avec Dieu suppriment cette -difficult, car, dans ce cas, le sacrifice devient une joie constante, -croissante etimmuable. - - AMIEL. - -9 - -L'ide du devoir dans toute sa puret est non seulement bien plus -simple, plus claire, plus comprhensible dans la pratiquent plus -naturelle que l'impulsion venant du dsir du bonheur ou qui est lie - lui (et qui exige toujours beaucoup d'artifice et de spculations -approfondies), mais mme devant le simple bon sens, cette ide apparat -comme bien plus puissante, plus persistante et promet bien plus de -succs que toutes les impulsions provenant de l'gosme, condition -que l'ide du devoir soit comprise par le bon sens tout fait -indpendamment des impulsions gostes. - -La conscience que _je peux_ parce que _je dois_, rvle en l'homme la -profondeur des dons divins, lui permettant, comme un saint prophte, -de pressentir la puissance et la grandeur de sa vraie destination. Et si -l'homme y faisait plus souvent attention et s'tait habitu sparer -entirement la vertu de tous les avantages qui sont la rcompense du -devoir accompli, si l'exercice de la vertu avait t la proccupation -principale de l'ducation prive et sociale, l'tat moral des hommes se -serait bientt amlior. Si l'exprience de l'histoire n'a pas encore -donn de bons rsultats concernant la doctrine de la vertu, cela vient -de la fausse conception que l'impulsion dduite de l'ide du devoir -serait trop faible et distante, et qu'une impulsion plus proche, -provenant d'un calcul sur les avantages que l'on doit attendre pour -l'accomplissement du devoir, tant en ce monde que dans l'autre monde, -agit plus fortement sur l'me. Tandis que, en ralit, la conscience -de possder en soi le principe spirituel, suscitant le renoncement sa -personnalit, incite l'homme, bien plus que toutes les rcompenses, -obir la loi du bien. - - KANT. - - - - -CHAPITRE XXV - -L'HUMILIT - - -Le plus grand bonheur de l'homme dans ce monde est de communiquer avec -ses pareils. Les orgueilleux, en se mettant l'cart des autres, se -privent eux-mmes de ce bien. Mais l'homme humble supprime tous les -obstacles en lui-mme pour obtenir ce bonheur. C'est pourquoi l'humilit -est une condition indispensable du vrai bonheur. - - -I.--_L'homme ne peut tre fier de ses oeuvres, parce que tout le bien -qu'il fait ne vient pas de lui, mais de l'lment divin qui vit en lui._ - -1 - -Seul l'homme qui sait que Dieu vit en son me peut tre humble. Un tel -homme est absolument indiffrent ce que les gens disent de lui. - -2 - -L'homme qui se crot matre de sa vie ne peut tre humble, parce qu'il -pense qu'il n'est l'oblig de personne, ni de rien. Mais l'homme qui -voit son oeuvre, dans le service de Dieu, ne saurait ne pas tre humble, -parce qu'il sent toujours qu'il est loin d'avoir accompli toutes ses -obligations. - -3 - -Nous sommes souvent fiers de ce que nous avons bien fait, nous sommes -fiers de ce que _nous avons fait_, et nous oublions que Dieu vit -en chacun de nous et qu'en faisant le bien, nous ne sommes que les -instruments de Son oeuvre. - -Dieu fait avec moi ce qui Lui est ncessaire, et moi je m'en vante. -C'est comme si la pierre qui intercepte la source tait fire de ce que -l'eau s'chappe d'elle, et que les hommes et les animaux boivent cette -eau. On dira que la pierre peut tre fire de ce qu'elle est propre et -qu'elle ne salit pas l'eau. Ceci encore n'est pas vrai. Si elle est -propre, c'est uniquement parce que cette mme eau l'a lave et la lave -toujours. Rien n'est nous, tout est Dieu. - -4 - -Nous sommes les instruments de Dieu. Nous savons ce que nous devons -faire, mais il ne nous est pas donn de savoir pourquoi nous le faisons. -Celui qui comprend cela, ne peut ne pas tre humble. - -5 - -L'oeuvre principale de la vie de chaque homme est de devenir plus -charitable et meilleur. Et comment peut-on devenir meilleur si l'on se -croit dj bon? - -6 - -Il suffit de se croire non pas le matre, mais le serviteur, pour que -les ttonnements, l'inquitude, le mcontentement se transforment en -certitude, en tranquillit, en paix et en joie. - - - -II.--_Toutes les tentations viennent de l'orgueil._ - -1 - -Si l'homme tend Dieu, il ne peut jamais tre satisfait de lui-mme. Il -aura beau avancer, il se sentira toujours loign de la perfection, car -la perfection est infinie. - -2 - -L'assurance est la qualit de la bte; l'humilit est la qualit de -l'homme. - -3 - -Celui qui se connat le mieux, s'estime le moins. - -4 - -Celui qui est content de lui-mme, n'est jamais satisfait des autres. - -Celui qui est toujours mcontent de lui-mme, est toujours content des -autres. - -5 - -On dit un sage qu'il a la renomme d'tre mauvais. Il rpondit: C'est -heureux qu'ils ne sachent pas tout sur moi: ils auraient dit des choses -bien pires. - -6 - -Il n'y a rien de plus utile l'me que de te souvenir que tu n'es qu'un -vil scarabe et que toute ta force consiste pouvoir comprendre ta -nullit et, par suite, d'tre humble. - -7 - -Malgr le peu d'attention que la plupart des hommes attachent leurs -dfauts, il n'y a pas d'homme qui ne se connaisse quelque chose de plus -mauvais que ce qu'il sait sur son prochain. - -C'est pourquoi il est facile chaque homme d'tre humble. - - WOLSELEY. - -8 - -Il suffit de rflchir un jeu pour se dcouvrir quelque dfaut envers le -genre humain (ne serait-ce que cette faute qu'en vertu de l'ingalit -des hommes, nous jouissons de certains avantages pour lesquels d'autres -doivent prouver de plus grandes privations)--et cela nous empchera -d'exagrer nos mrites au dtriment d'autres hommes. - - KANT. - -9 - -On ne peut voir ses dfauts qu'avec les yeux des autres. - - _Proverbe chinois._ - -10 - -Chaque homme peut tre pour nous un miroir dans lequel nous voyons nos -vices, nos dfauts et tout le mal qui est en nous; or, nous agissons le -plus souvent comme un chien qui aboie contre le miroir, pensant que ce -n'est pas lui qu'il voit l-dedans, mais un autre chien. - - SCHOPENHAUER. - -11 - -Les gens trop srs d'eux-mmes, sots et immoraux, inspirent souvent le -respect aux gens modestes, sages et moraux, prcisment parce qu'un -homme modeste, en se jugeant, ne peut pas comprendre qu'un mauvais homme -puisse tellement se respecter. - -12 - -Souvent les hommes les plus simples, les moins lettrs, les moins -instruits, s'assimulent facilement la doctrine chrtienne, tandis que -les plus savants croupissent dans le paganisme le plus vulgaire. Cela -vient de ce que les gens simples sont le plus souvent humbles, et que -les savants sont pour la plupart trop surs d'eux-mmes. - -13 - -Pour comprendre raisonnablement la vie et la mort et attendre celle-ci -en paix, il est indispensable de comprendre combien on est nul. - -Tu es une parcelle infiniment petite de quelque chose, et tu ne -serais rien si tu n'avais pas une mission dtermine--une oeuvre. -Cela seulement donne un sens et une signification ta vie. Ton oeuvre -consiste profiter des instruments qui te sont donns, de mme qu' -tout ce qui existe: d'user ton corps ce qui t'a t recommand. -C'est pourquoi, toutes les oeuvres sont gales et tu ne peux pas faire -plus qu'il ne t'a t command. Tu ne peux tre qu'adversaire de Dieu -ou interprte de son oeuvre. De sorte que l'homme ne peut s'attribuer -rien de grand ni d'important. Il suffit de s'attribuer quelque oeuvre -exceptionnelle, pour qu'il n'y ait plus fin aux dceptions de la -lutte, la jalousie, aux souffrances de toutes sortes, tu n'as qu' -t'attribuer plus d'importance qu' la plante qui donne des fruits, et -tu es perdu. La tranquillit, la libert, la joie de la vie, le courage -devant la mort, ne sont donns qu' celui qui ne se croit dans cette vie -rien de plus qu'un ouvrier de son Matre. - - - -III.--_L'Humilit unit les hommes par l'amour._ - -1 - -tre inconnu des hommes ou non compris d'eux, et ne pas s'en -attrister--voil la qualit de l'homme rellement vertueux qui aime les -autres. - - _Sagesse chinoise._ - -2 - -De mme que l'eau ne reste pas sur les sommets, la bont et la sagesse -ne se rencontrent pas chez les orgueilleux. L'un comme les autres -cherchent des terrains bas. - - _Sagesse persane._ - -3 - -Un homme charitable est celui qui se souvient de ses pchs et qui -oublie le bien qu'il fait; un homme mchant est celui qui, au contraire, -se souvient de sa bont et oublie ses pchs. - -Ne te pardonne pas, et tu pardonneras facilement aux autres. - -4 - -On peut reconnatre un homme bon et intelligent ce qu'il considre -tous les autres hommes meilleurs et plus intelligents que lui. - -Les gens les plus agrables ce sont les justes qui se croient pcheurs. -Et les plus dsagrables ce sont les pcheurs qui se croient justes. - - PASCAL. - -6 - -Combien il est difficile d'aimer, de plaindre les orgueilleux, -confiants en eux-mmes! On voit, rien qu' cela, combien la modestie est -non seulement bonne, mais encore avantageuse. Elle suscite ce qu'il y a -de plus prcieux dans la vie: l'amour des hommes. - -7 - -Tout le monde aime les humbles; nous voulons tous tre aims. Comment ne -pas s'efforcer d'tre humbles? - -8 - -Pour que les hommes puissent bien vivre, il faut que la paix rgne parmi -eux. Et l o chacun veut tre au-dessus des autres, il ne peut y avoir -de paix. Plus les hommes sont humbles, plus il leur est facile de vivre -en paix. - - - -IV.--_L'Humilit unit l'homme Dieu._ - -1 - -Il n'y a rien de plus fort qu'un homme humble; car, en renonant -lui-mme, cet homme cde la place Dieu. - -2 - -Les paroles de la prire: Venez et descendez en nous sont fort belles. -Tout est dans ces paroles. L'homme a tout ce qu'il lui faut si Dieu -descend en lui. Et pour cela, il ne faut qu'une chose: se diminuer pour -faire une place Dieu. Ds que l'homme se diminue, Dieu s'tablit -en lui. C'est pourquoi, pour obtenir tout ce qui lui est ncessaire, -l'homme doit s'humilier avant tout. - -3 - -Plus l'homme descend en lui-mme et se croit insignifiant, plus il -s'lve vers Dieu. - - _Sagesse brahmane._ - -4 - -L'orgueil disparat du coeur de celui qui adore l'tre Suprme, de mme -que la lueur du bcher s'clipse la lumire du soleil. Celui dont le -coeur est pur et qui est sans orgueil, celui qui est doux, fidle et -simple, qui considre chaque tre comme son ami et qui aime chaque me -comme la sienne, qui traite chacun galement avec tendresse et amour, -qui veut faire le bien et a banni toute vanit, est l'homme dont le coeur -est habit par le Souverain de la vie. - -De mme, que la terre se dcore de belles plantes qu'elle produit, celui -dans l'me duquel habite le Seigneur de la vie, s'en trouve embelli. - - _Vichnou Pourana._ - - - -V.--_Comment lutter contre l'orgueil._ - -1 - -Les dfauts qui sont pnibles et intolrables chez les autres, -paraissent ne rien peser en nous-mmes. Il arrive trs souvent qu'en -parlant des autres et en les blmant cruellement, les gens ne remarquent -pas qu'ils se dcrivent eux-mmes. - -Rien ne nous corrigerait aussi vite de nos dfauts que si nous pouvions -nous voir dans les autres. En voyant clairement nos dfauts chez les -autres, nous aurions dtest nos dfauts comme ils le mritent. - - LABRUYRE. - -2 - -Tche de ne pas penser de bien de toi-mme. Si tu ne peux pas penser mal -de toi, sache que c'est dj mal que tu ne peux pas penser mal de loi. - -3 - -La tendance de te comparer aux autres ton avantage est une tentation -rendant impossible une bonne vie et entravant l'oeuvre principale: le -perfectionnement. Compare-toi uniquement la perfection suprme, et non -aux hommes qui peuvent tre infrieurs toi. - -4 - -Quand on t'injurie o que l'on te blme, rjouis-toi; quand on te vante -et que l'on t'approuve, mfie-toi. - -5 - -Tache de ne pas cacher dans des coins sombres les souvenirs honteux de -tes pchs; au contraire, tiens-les toujours prts, afin de pouvoir -juger des pchs de tes prochains. - -6 - -Considre-toi toujours comme un colier. Ne pense pas que tu es trop -vieux pour apprendre, que ton me est dj telle qu'elle doit tre et -qu'elle ne peut tre meilleure. Pour l'homme raisonnable, le cours des -tudes n'est jamais termin: il est lve jusqu' la tombe. - -7 - -Seul l'humble de coeur connat la vrit. L'humilit ne provoque pas la -jalousie. - -Les arbres sont emports par le torrent, les joncs restent. - -Un sage a dit: Mon enfant, ne t'attriste pas de n'avoir pas t -apprci, car personne ne peut te reprendre ce que tu as fait, ou te -donner ce que tu n'as pas fait. L'homme raisonnable se contente du -respect qu'il mrite. - -Sois aimable, respectueux, affable, soucieux du profit des autres, et -le bonheur viendra toi tout aussi naturellement que l'eau descend dans -les valles. - - _Vichnou hindou._ - - - -VI.--_Consquences de l'orgueil._ - -1 - -L'homme sans humilit blme toujours les autres; il ne voit que les -fautes des hommes, pendant que ses passions et ses vices lui se -dveloppent de plus en plus. - - _Sagesse bouddhiste._ - -2 - -L'homme non clair par le christianisme n'aime que lui. Et en n'aimant -que lui, un tel homme veut tre grand, et il se voit petit; il veut -tre heureux, et il se voit misrable; il veut tre parfait, et il se -voit plein d'imperfections. Et en voyant tout cela, l'homme commence - dtester la vrit et imaginer des arguments d'aprs lesquels -il rsulterait qu'il est prcisment ce qu'il voudrait tre, et il -devient ses yeux grand, heureux et parfait. Il y a l un double pch -d'orgueil et de mensonge. Le mensonge vient de l'orgueil, et l'orgueil -vient du mensonge. - - D'aprs PASCAL. - -3 - -Qui ne hait en soi son amour-propre et cet instinct qui le porte se -faire Dieu est bien aveugl. Qui ne voit pas que rien n'est si oppos - la justice et la vrit? Car il est faux que nous mritions cela, -et il est injuste et impossible d'y arriver, puisque tous demandent la -mme chose. - - PASCAL. - -4 - -Il y a toujours une tche sombre sur notre soleil: c'est l'ombre qui -tombe de la considration que nous avons pour notre personne. - - CARLYLE. - - - -VII.--_L'Humilit donne l'homme le bonheur spirituel et la force de -lutter contre les tentations._ - -1 - -Rien n'est aussi profitable l'me que l'humiliation accepte avec -joie. Elle rafrachit l'me comme une chaude pluie aprs le soleil -ardent de la fatuit. - -2 - -La porte d'entre du temple de la vrit et du bonheur est basse. Seule -ceux qui se baisseront pourront y entrer. Et heureux seront ceux qui -pourront passer cette porte. Le temple est vaste et libre, et tous les -gens qui s'y trouvent s'aiment les uns les autres, s'entr'aident et ne -connaissent point de chagrin. - -Ce temple est la vraie vie des hommes. La porte du temple, c'est la -doctrine de la sagesse. Et la sagesse est donne aux humbles, ceux qui -ne s'lvent pas, mais qui se diminuent. - -3 - -La joie parfaite, selon les paroles de saint Franois d'Assise, consiste - supporter le reproche non mrit, mme une souffrance corporelle, sans -prouver d'inimiti envers la cause du reproche ou de la souffrance. -Cette joie est parfaite parce qu'aucune offense, aucune injure et aucun -reproche ne peuvent la compromettre. - -4 - -Quiconque s'lve sera abaiss, et quiconque s'abaisse sera lev. - - LUC, XIV, 11. - -5 - -Le plus faible en ce monde vainc le plus fort; le bas et l'humble vainc -le grand et le fier. Un trs petit nombre de gens comprennent toute la -force de l'humilit. - - LAO-TSEU. - -6 - -Il n'y a rien de plus tendre et de plus conciliant que l'eau, et -cependant, en attaquant les choses solides et dures, rien n'est plus -fort qu'elle. Le faible vainc le fort. Le dlicat vainc le cruel. -L'humble vainc le fier. Tout le monde le sait, mais personne ne veut -agir selon cette loi. - - LAO-TSEU. - -7 - -Si les rivires et les mers dominent toutes les valles qu'elles -traversent, c'est parce qu'elles sont plus basses. - -C'est pourquoi, si un saint homme veut tre au-dessus du peuple, il doit -tcher d'tre au-dessous de lui. S'il veut le gouverner, il doit tre -derrire lui. - -Par consquent, si un saint homme vit au-dessus du peuple, le peuple ne -le sent pas. Il est au-devant du peuple, mais le peuple n'en souffre -pas. C'est pourquoi le monde ne cesse de le louer. Le saint homme ne -discute avec personne, et personne ne discute avec lui. - - LAO-TSEU. - -8 - -L'eau est lgre, liquide et peu rsistante, mais lorsqu'elle attaque -quelque chose de solide, de dure et de rsistant, rien ne peut lutter -contre elle: elle emporte des maisons, joue avec d'normes bateaux -comme avec des copeaux, creuse la terre. L'air est encore moins dense, -plus doux et moins rsistant que l'eau, mais il est plus fort encore -lorsqu'il attaque des choses dures, fermes et solides. Il arrache les -arbres avec leurs racines, dmolit les maisons, gonfle l'eau en vagues -normes et chasse l'eau dans les nuages. Le tendre, le doux et le -liquide vainc le dur, le ferme et le rsistant. - -Il en est de mme dans la vie des hommes. Si tu veux tre vainqueur, -sois tendre, doux et condescendant. - - - - -CHAPITRE XXVI - -LA VRACIT - - -Les superstitions empchent de se bien conduire. On ne peut s'en -dbarrasser que par la sincrit, et cela non seulement envers les -autres, mais encore envers soi-mme. - - -I.--_Comment on doit se comporter envers les opinions et les coutumes -tablies._ - -1 - -Le moyen habituel employ pour nier l'existence de Dieu est de -reconnatre l'opinion publique comme incontestablement juste et de -n'attacher aucune importance la voix de Dieu que nous entendons -constamment en notre me. - - JOHN RUSKIN. - -2 - -Quand mme le monde entier reconnatrait la vracit d'une doctrine, -quand mme elle serait ancienne, l'homme doit la contrler par sa raison -et la rejeter hardiment, si elle ne s'accorde pas avec les exigences de -sa raison. - -3 - -Vous connatrez la vrit, et la vrit vous affranchira. - - JEAN, VIII, 32. - -4 - -Celui qui veut devenir vraiment un homme doit abandonner la -proccupation de plaire au monde; celui qui veut vivre d'une vie juste -ne doit pas se conformer ce qu'il est d'usage de considrer comme -bien; il n'a qu' chercher scrupuleusement o est vritablement le bien. -Il n'y a rien de plus sacr et de plus fcond que la curiosit d'une me -indpendante. - - EMERSON. - -5 - -La tendance de croire ce que l'on nous prsente comme vrit renferme -le bien comme le mal. C'est prcisment cette tendance qui rend possible -la marche progressive de la socit, et c'est elle encore qui rend cette -marche si lente et pnible: chaque gnration hrite, grce elle, sans -effort, des connaissances acquises grande peine par ceux qui ont vcu -avant, et c'est grce elle que chaque gnration se trouve esclave des -fautes et des erreurs de la prcdente. - - HENRY GEORGE. - -6 - -Plus l'homme vit, plus il se libre des superstitions. - -7 - -Croire que tout ce qui nous est avantageux et agrable est vrai, est -une qualit naturelle tant aux enfants qu' l'humanit en bas ge. Plus -l'homme et l'humanit avancent en ge, et plus leur raison s'claircit, -devient ferme, plus ils se librent de la conception errone d'aprs -laquelle tout ce qui est avantageux l'homme est vrai. C'est pourquoi, - mesure qu'ils avancent dans la vie, l'homme et l'humanit doivent -ncessairement examiner, par les efforts de leur raison et de la sagesse -de ceux qui ont vcu avant eux, si les principes, accepts sur foi, sont -vrais. - -8 - -Chaque vrit exprime par les paroles est une force dont l'action est -infinie. - - - -II.--_Le mensonge, ses causes et ses consquences._ - -1 - -Ne pense pas que l'on doive dire et crer la vrit uniquement dans les -cas graves. On doit toujours le faire, mme dans les questions les plus -futiles. Il ne s'agit pas du grand ou du petit mal qui sera caus par -ton mensonge, il importe que tu ne te souilles jamais par le mensonge. - -2 - -Tous, nous aimons mieux la vrit que le mensonge; mais lorsqu'il s'agit -de notre vie, nous prfrons souvent le mensonge la vrit, parce que -le mensonge justifie notre mauvaise vie, tandis que la vrit la dnonce. - -3 - -Chaque vrit qui pntre dans la conscience des hommes et remplace une -ancienne erreur arrive un moment o l'erreur est claire et la vrit -vidente. Mais les gens qui profitent de cette erreur ou qui y sont -habitus s'efforcent de la maintenir. Dans ces moments-l, il est tout -particulirement important de proclamer hardiment la vrit. - -4 - -Si l'on vous dit qu'il ne faut pas chercher la vrit partout, parce -qu'on ne trouve jamais toute la vrit, ne le croyez pas. Ceux qui -parlent ainsi sont vos plus redoutables ennemis, comme ils sont ceux de -la vrit. - -Ils le disent parce qu'ils ne vivent pas selon la vrit, parce qu'ils -le savent et qu'ils veulent que les autres vivent comme eux. - -5 - -Si tu veux connatre la vrit, dbarrasse-toi, du moins pour le temps -que tu la cherches, de toutes les considrations sur les avantages que -tu pourrais tirer de telle ou telle autre dcision. - -6 - -On est joyeux lorsqu'on dcouvre le mensonge des autres et qu'on le -dnonce. Mais combien on est plus heureux encore lorsqu'on se surprend -soi-mme ayant menti et que l'on s'accuse. Tche de t'offrir ce plaisir -aussi souvent que possible. - -7 - -Bien que le mensonge et toutes ses sductions soient trs tentantes, il -arrive un temps o l'homme se sent tellement tourment par le mensonge, -que pour fuir le dsordre moral qu'engendre toujours le mensonge, il -s'adresse la vrit et trouve le salut en elle seule. - -8 - -L'amre exprience nous montre qu'on ne peut conserver les anciennes -conditions de vie, et que, par consquent, il faut en rechercher des -nouvelles, celles qui puissent rpondre aux temps nouveaux. Mais au -lieu d'employer leur temps chercher et instituer ces nouvelles -conditions, les hommes emploient leur raison rechercher des moyens -de conserver les anciennes conditions de vie qui existent depuis des -centaines d'annes. - -9 - -Le mensonge nous cache Dieu en nous-mmes et chez les autres hommes; -c'est pourquoi, il n'y a rien de plus cher que la vrit qui nous ramne - l'amour de Dieu et de notre prochain. - -10 - -Il n'y a pas de plus grand malheur que lorsque l'homme commence -craindre la vrit, parce qu'elle lui cache combien il est mauvais. - - PASCAL. - -11 - -Le meilleur signe de la vrit est la simplicit et la clart. Le -mensonge est toujours compliqu, affect et grandiloquent. - -12 - -On peut tre solitaire dans un milieu priv et temporaire; mais chacune -de nos penses et chacune de nos sensations trouve, a trouv et trouvera -un retentissement dans l'humanit. Pour certaines personnes, que la -majorit de l'humanit reconnat pour ses chefs, ses rformateurs, -ses ducateurs, ce retentissement est immense et il rsonne avec une -force extrme; mais il n'y a pas d'homme dont les ides ne produiraient -pas sur les autres le mme effet, bien que moins apparent. Chaque -manifestation sincre de l'me, chaque dclaration d'une conviction -personnelle servent quelqu'un ou quelque chose, mme si nous n'en -savons rien, mme si on nous ferme la bouche, ou qu'on nous jette un -noeud, coulant sur le cou. Un mot dit quelqu'un conserve un effet -indestructible; comme tout mouvement, il ne disparat jamais, mais prend -d'autres aspects. - - AMIEL. - - - -III.--_Sur quoi repose la superstition._ - -1 - -Plus les objets, les coutumes, les lois sont entours de considration, -plus on doit examiner attentivement leur droit la considration. - -2 - -Bien des vrits anciennes nous semblent probables uniquement parce que -nous n'y avons jamais song srieusement. - - EDOUARD ROD. - -3 - -La raison est la chose la plus sacre au monde; c'est pourquoi c'est un -trs grand pch que d'abuser de la raison, de l'employer cacher ou -dguiser la vrit. - -4 - -En feuilletant l'histoire de l'humanit, nous remarquons constamment -que les inepties les plus videntes passaient auprs des gens pour des -vrits incontestables, que des nations entires devenaient la proie de -superstitions sauvages et s'humiliaient devant des mortels qui taient -leurs pareils, souvent devant des idiots et des voluptueux. Et la cause -de ces inepties et souffrances humaines tait toujours la mme: la -croyance des choses qui paratraient draisonnables mme un enfant. - - D'aprs HENRY GEORGE. - -5 - -Notre sicle est un vrai sicle de critique. Tout ce qui est cru est -vrifi par la critique. - -La raison n'a de la considration que pour ce qui est en tat de -supporter son preuve libre et universelle. - - KANT. - -6 - -On ne doit pas craindre les dvastations commises par la raison dans les -lgendes admises par les hommes. La raison ne peut rien dtruire sans y -mettre de la vrit. Telle est sa qualit. - - - -IV.--_Les superstitions religieuses._ - -1 - -C'est mal quand les hommes ne connaissent pas Dieu; mais c'est bien pis -lorsque les hommes reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu. - - LACTANCE. - -2 - -Nous n'avons plus de religions. Les lois ternelles de Dieu, avec leur -paradis et leur enfer, se sont tranformes en rgles de philosophie -pratique, fondes sur d'habiles calculs de profils et de pertes, avec -un faible reste de respect pour les joies apportes par la vertu et la -moralit leve. Pour parler comme nos anctres, nous avons oubli -Dieu, et en nous servant de l'expression contemporaine, nous devons -dire que nous comprenons faussement la vie du monde. Nous fermons -tranquillement les yeux et ne voulons pas voir la ralit ternelle des -choses, nous ne regardons que leur aspect trompeur. - -Nous considrons tranquillement l'univers comme une grande ventualit -incomprhensible: son aspect extrieur, nous nous le reprsentons -assez nettement comme un immense pr pour les btes, ou une maison de -travail, de vastes cuisines avec des tables manger, o seuls les gens -raisonnables peuvent trouver une place. - -Oui, nous n'avons pas de Dieu. Les lois de Dieu sont remplaces par Je -principe du plus grand profit possible. - - CARLYLE. - -3 - -Dieu nous a donn Son esprit, Sa raison, pour que nous le servions; et -nous employons cet esprit pour nous servir nous-mmes. - -4 - -Gardez-vous des docteurs qui se plaisent se promener en longues -robes, et qui aiment les salutations dans les places et les premiers -siges dans les synagogues, et les premires places dans les festins, -qui dvorent les maisons des veuves, tout en affectant de faire de -longues prires; ils encourront une plus grande condamnation. - - LUC, XX, 46-47. - -5 - -Mais vous, ne vous faites point appeler Matre; car vous n'avez qu'un -Matre, le Christ, et pour vous, vous tes tous frres. Et n'appelez -personne sur la terre votre pre, car vous n'avez qu'un seul Pre, Celui -qui est dans les cieux. Et ne vous faites point appeler docteur; car -vous n'ayez qu'un seul Docteur: Le Christ. - - MATTH., XXIII, 8-10. - -6 - -Pourquoi adorer Dieu si l'me n'est pas pure? Pourquoi dire: j'irai -Benars[1]. Comment celui qui fait le mal peut-il atteindre le vrai -Benars? - -La saintet n'est pas dans les forts, ni au ciel, ni sur la terre, -ni dans les fleuves sacrs. Purifie-toi, et tu verras Dieu. Transforme -ton corps en temple, abandonne les mauvaises penses et contemple Dieu -de l'oeil de ta conscience. Lorsque nous Le connaissons, nous nous -connaissons nous-mmes. Sans exprience personnelle, l'criture seule ne -dtruira pas nos craintes,--de mme que les tnbres ne s'claireront -pas par un feu peint. Quelles que soient ta religion et tes prires, -tant que tu n'as pas la vrit, tu n'atteindras pas le chemin du -bonheur. Celui qui conoit la vrit, nat nouveau. - -La source du vrai bonheur, c'est le coeur; celui qui cherche le bonheur -ailleurs est un insens. Il est pareil au ptre qui cherche la brebis -qu'il a cache sur sa poitrine. - -Pourquoi ramassez-vous des pierres et construisez-vous de grands -temples? Pourquoi vous tourmentez-vous ainsi, alors que Dieu habite -toujours en vous-mme? - -Un chien de garde est meilleur qu'une idole sans vie dans la maison, et -le grand Dieu de l'univers est meilleur que tous les demi-dieux. - -La lumire qui, comme l'toile du matin, vit dans le coeur de chaque -homme, est notre refuge. - - VEMANA. - -7 - -Combien il est tonnant que, de toutes les rvlations suprmes de la -vrit, le monde n'accepte et ne tolre que les plus anciennes, celles -qui ne rpondent plus notre poque, tandis qu'il considre chaque -rvlation directe, chaque pense originale comme nulles et parfois les -hait. - - THOREAU. - -8 - -La conscience religieuse de l'homme n'est pas immuable: elle se -transforme constamment, s'claircit et se purifie de plus en plus. - -9 - -Le mal de la vie ne peut tre corrig par rien d'autre que par la -dmonstration du mensonge religieux et par l'tablissement de la vrit -religieuse par chaque homme pris individuellement. - - - -V.--_Le principe raisonnable de l'homme._ - -1 - -Qu'est-ce que la raison? Tout ce que nous tablissons, nous -l'tablissons toujours par la raison. Or, par quoi tablirons-nous la -raison. - -Si nous avons tout tabli par la raison, nous ne pouvons, par cela mme, -tablir la raison. Mais non seulement nous connaissons tous la raison, -mais encore il n'y a qu'elle seule que nous connaissons indubitablement -et tous au mme degr. - -2 - -Nous devons avoir confiance en notre raison. C'est une vrit qu'il -ne faut pas et que l'on ne doit pas cacher. La foi en la force de la -raison est la base de toute autre foi. On ne peut croire en Dieu si -nous diminuons l'importance de la facult l'aide de laquelle nous -connaissons Dieu. La raison est prcisment la seule facult laquelle -la rvlation s'adresse. La rvlation ne peut tre comprise que par la -raison. Si, aprs avoir utilis consciencieusement et impartialement -nos meilleures facults, certaine doctrine nous semble contradictoire -et en dsaccord avec les principes essentiels dont nous ne doutons pas, -nous devons incontestablement nous abstenir de croire cette doctrine. -Je suis plus persuad que ma nature raisonnable est Dieu, plutt qu'un -livre ne soit l'expression de sa volont. - - CHANNING. - -3 - -La raison rvle l'homme le sens et la signification de sa vie. - -4 - -La raison n'est pas donne l'homme pour apprendre aimer Dieu et son -prochain. Cette connaissance est dans le coeur de l'homme, indpendamment -de sa raison. La raison est donne l'homme pour lui indiquer o est -le mensonge et o est la vrit. Et il suffit l'homme de rejeter le -mensonge, pour apprendre tout ce qu'il lui faut. - -5 - -Les erreurs et les dsaccords entre hommes dans les recherches et -l'adoption de la vrit viennent uniquement de leur dfiance de la -raison; il en rsulte que la vie humaine, guide par les usages, les -traditions, les modes, les superstitions, les prjugs, la violence, par -tout ce que l'on veut, sauf la raison, va l'aventure, et la raison -existe par elle-mme. Souvent il arrive galement que si la rflexion -est utilise quelque chose, ce n'est pas chercher et propager la -vrit, mais pour justifier et maintenir, malgr et contre tout, les -usages, les traditions, les modes, les superstitions, les prjugs. - -Les erreurs et les dsaccords des hommes reconnatre l'unique vrit -ne viennent pas de ce que la raison n'est pas la mme chez tous les -hommes ou parce qu'elle ne peut pas leur dmontrer la mme vrit, mais -parce qu'ils ne croient pas la raison. - -S'ils avaient foi en leur raison, ils auraient trouv moyen de comparer -les jugements de leur raison avec ceux des autres. Et ayant trouv ce -moyen de vrification mutuelle, ils se seraient persuads que la raison -est la mme chez tous, et ils se seraient soumis ses volonts. - - TH. STRAKHOV[2]. - -6 - -Autant que l'homme est vridique, autant il est divin; l'invincibilit, -l'immortalit, la grandeur de la divinit entrent en l'homme avec sa -vracit. - - EMERSON. - -7 - -Souviens-toi que la raison, ayant la facult de vivre par elle-mme, -te donne la libert, si tu ne l'emploies pas servir ton corps. L'me -humaine, claire par la raison, est libre de passions qui cachent la -lumire; elle constitue une vritable forteresse, et l'homme n'a pas de -refuge plus sr et moins accessible au mal. Celui qui ne le sait pas, -est aveugle, et celui qui, tout en le sachant, ne croit pas sa raison, -est rellement malheureux. - - MARC-AURLE. - -8 - -L'un des devoirs principaux de l'homme consiste faire briller dans -toute sa force le clair principe de la raison que nous recevons du Ciel. - - _Sagesse chinoise._ - -9 - -Je glorifie le christianisme parce qu'il dveloppe, augmente et lve -ma nature raisonnable. Si je ne pouvais conserver la raison en tant -chrtien, j'aurais renonc au christianisme. Je sens que mon devoir est -de sacrifier au christianisme mon bien, ma gloire, ma vie; mais je ne -saurais sacrifier aucune religion la raison qui m'lve au-dessus de -la bte et fait de moi un homme. Je ne connais pas de pire sacrilge que -de renoncer la plus haute facult que l'on tient de Dieu. En agissant -ainsi, nous nous opposons sciemment l'lment divin qui vit en nous. -La raison est l'expression suprme de notre nature intelligente. Elle -correspond l'unit de Dieu et celle de l'univers et tend faire de -l'me le miroir de l'unit suprme. - - CHANNING. - -10 - -L'homme qui ne saurait pas que ses yeux peuvent voir et qui ne les -ouvrirait jamais, serait trs misrable. Mais l'homme qui ne comprend -pas que la raison lui est donne pour supporter facilement toutes les -peines, est plus misrable encore. Grce la raison, nous pouvons venir - bout de tous les ennuis. L'homme qui raisonne, ne rencontrera pas -dans la vie des ennuis impossibles, supporter; ils n'existent pas pour -lui. Et cependant, combien souvent, au lieu de regarder un ennui en -face, nous tchons lchement de l'viter. Ne serait-il pas prfrable -de nous rjouir que Dieu nous ait donn le pouvoir de ne pas nous -chagriner de ce qui nous arrive indpendamment de notre volont, et de -le remercier de ce qu'Il n'a subordonn notre me qu' ce qui dpend de -nous-mmes. Il n'a pourtant pas subordonn notre me nos parents, ni -nos frres, ni la richesse, ni notre corps, ni la mort. Etant bon, -Il ne l'a soumis qu' ce qui dpend de nous-mmes: notre raison. - - PICTTE. - -11 - -Dieu nous a donn la raison pour que nous Le servions. C'est pourquoi -nous devons veiller sa puret, afin qu'elle puisse toujours -reconnatre le bien et le mal. - -12 - -L'homme n'est libre que lorsqu'il est dans la vrit; et la vrit est -rvle par la raison. - - - -VI.--_La raison vrifie les principes de la foi._ - -1 - -Lorsqu'un homme emploie sa raison rsoudre les questions de la cause -de l'existence du monde et de la cause de sa vie dans ce monde, il sent -une espce de malaise, d'tourdissement. La raison humaine ne peut -imaginer de rponses ces questions. Qu'est-ce que cela veut dire? Cela -signifie que la raison n'est pas donne l'homme pour rpondre ces -questions, et que c'est une erreur de la raison que de l'esprer. La -raison ne rsout qu'une question: Comment vivre? Et la rponse est -claire: Il faut vivre de faon ce que je me sente bien et que les -autres hommes se sentent bien. Tout ce qui vit en a autant besoin que -moi. Et la possibilit en est donne tout ce qui vit et moi par la -raison que je possde. Cette solution exclut toutes les questions: le -comment et le pourquoi. - -2 - -N'avons-nous pas raison? Il faut que le peuple reste dans le mensonge: -voyez comme il est peu veill et sauvage! - -Non, il est peu veill et sauvage parce qu'il est grossirement tromp. -C'est pourquoi cessez tout d'abord de le tromper. - -3 - -Si Dieu, en tant qu'objet de notre foi, est au-dessus de notre -comprhension et si nous ne pouvons le concevoir par la raison, cela ne -prouve pas encore que nous devions ngliger les fonctions de la raison -en les considrant comme nuisibles. - -Bien que les objets de notre foi soient, sans aucun doute, au-dessus du -niveau de notre comprhension, notre raison a cependant une si grande -importance leur gard, que nous ne pouvons absolument pas nous en -passer. Elle semble remplir les fonctions de censeur qui,--tout en -admettant, dans le domaine de la foi, la vrit qui est au-dessus de -la raison, c'est--dire, la vrit mtaphysique,--nie toute vrit -imaginaire qui est contraire la raison. - -Mais en dehors de cette oeuvre positive, la raison accomplit galement -l'oeuvre ngative de libration de l'homme, des pchs, des tentations -(justification des pchs) et des superstitions. - - TH. STRAKHOV. - -4 - -Sois ton propre flambeau. Sois le refuge. Laisse-toi guider par la -lumire de ton flambeau et ne cherche pas autre refuge. - - LA SOUTHA BOUDDHISTE. - -5 - -Pendant que vous avez la lumire, croyez en la lumire, afin que vous -soyez les enfants de lumire. - - JEAN, XII, 36. - -Loin de comprimer la raison, comme le conseillent les faux docteurs, il -faut la purifier, l'exercer, en contrler tout ce qu'on vous soumet, -afin de dcouvrir la vritable religion. - - - -[1] Ville sainte des Hindous. _(Note de l'auteur)._ - -[2] Philosophe et critique russe, ami de Tolsto, mais ne partageant que -partiellement ses opinions. _(Note du trad.)._ - - - - -CHAPITRE XXVII - -DU MAL - - -Nous appelons mal tout ce qui trouble le bonheur de notre vie -corporelle. Et pourtant, toute notre vie n'est qu'une libration -graduelle de notre me, de ce qui constitue le bonheur de notre corps. -C'est pourquoi, pour celui qui comprend la vie telle qu'elle est, en -ralit, le mal n'existe pas. - - -I.--_Ce que nous appelons la souffrance est la condition invitable de -la vie._ - -1 - -C'est un bien pour l'homme que de supporter les malheurs de cette vie -terrestre, car cela conduit au saint isolement du coeur, et on s'y -trouve comme un exil de son pays natal et oblig de ne se fier -aucune joie terrestre. Il est galement bon pour l'homme de se heurter - des contradictions et des reproches, lorsque l'on pense et que l'on -parle mal de lui, bien que ses intentions soient pures et ses actes -justes; car cette manire d'agir le maintient dans l'humilit et est un -contre-poison de la vaine gloire. Et c'est tout particulirement un bien -parce que nous pouvons nous entretenir, avec le tmoin qui est en nous, -qui est Dieu, nous entretenir, alors que le monde nous mprise, nous -manque de respect et nous prive d'amour. - - THOMAS A KEMPIS[1]. - -2 - -Si quelque divinit nous avait offert, nous, hommes, de supprimer -tous nos chagrins, avec toutes leurs causes, nous serions, de prime -abord, trs tents d'accepter cette proposition. Lorsque le dur travail -et la misre nous crasent, lorsque la douleur nous mine, lorsque -l'anxit treint notre coeur, il nous semble qu'il n'y aurait rien de -meilleur que de vivre sans travailler, dans le calme, l'aisance et la -paix. Mais aprs avoir got une telle vie, je pense que nous aurions -bientt demand la divinit de nous rendre notre vie ancienne, avec -toutes ses peines, ses misres, ses chagrins et ses dangers. La vie, -exempte de tout chagrin et de toute crainte, nous semblerait bientt -non seulement peu intressante, mais encore intolrable. Car, avec les -causes de nos peines, tous les obstacles, tous les dangers et tous les -checs auraient disparu, supprimant avec eux la tension de nos forces, -le zle, l'excitation du risque, les efforts de la lutte et les joies -de la victoire. Il ne resterait que l'accomplissement facile du but, la -russite sans rsistance. Nous en serions bientt, ennuys comme d'un -jeu o nous savons d'avance que nous gagnerons chaque coup. - - FR. PAULSEN[2]. - - - -II--_Les souffrances veillent l'homme la vie spirituelle._ - -1 - -L'homme est l'esprit de Dieu enferm dans un corps. - -Au dbut de la vie, l'homme ne le sait pas, et croit que sa vie est -dans son corps. Mais plus il avance, plus il apprend que la vraie vie -est dans l'esprit et non dans le corps. Toute l'existence de l'homme -consiste l'apprendre de mieux en mieux. Et cette connaissance nous est -donne plus facilement et plus srement par les souffrances corporelles -qui rendent notre vie telle qu'elle doit tre, c'est--dire spirituelle. - -2 - -La croissance physique sert prparer les provisions pour la croissance -spirituelle, qui commence lorsque le corps dcline. - -3 - -L'homme vit pour son corps qui dit: tout est mal. L'homme vit pour son -me qui dit: ce n'est pas vrai, tout est bien. Ce que tu crois mauvais -est prcisment la meule sans laquelle ce qu'il y a de plus prcieux en -toi serait mouss et rouill: ton me. - -4 - -Tous les malheurs--ceux des individus comme ceux de l'humanit -entire--conduisent l'humanit et les hommes, bien que par des chemins -dtourns, l'unique but qui est donn tous les hommes: la -manifestation de plus en plus grande de l'lment spirituel, par chaque -homme spar comme par toute l'humanit. - -5 - -Car je suis descendu du Ciel pour faire non pas ma volont, mais la -volont de Celui qui m'a envoy. Or, la volont du Pre qui m'a envoy -est que je ne perde rien de ce qu'il m'a donn, dit Jean (VI, 28-39), -autrement dit, il est command de conserver, de cultiver, d'amener au -plus haut degr possible l'tincelle divine qui m'est donne, qui m'est -confie, comme un enfant sa bonne. Que faut-il pour accomplir cela? -Non pas satisfaire nos dsirs charnels, celui de la gloire; non la vie -tranquille, mais, au contraire, l'abstinence, l'humilit, le travail, -la lutte, les privations, les perscutions, tout ce qui est dit tant de -fois dans l'Evangile. Et c'est prcisment ce dont nous avons besoin qui -nous est envoy sous diverses formes, en grandes et en petites mesures. -Sachons seulement l'accepter comme il convient, comme une preuve dont -nous avons besoin et qui donne la joie, et non comme quelque chose -d'ennuyeux qui trouble notre existence bestiale, et celle que nous -croyons tre la vraie et dont l'accroissement d'intensit nous apparat -comme un bonheur. - -6 - -Si l'homme pouvait ne pas craindre la mort et ne pas y penser, -les souffrances affreuses, inutiles, injustifiables et invitables -suffiraient enlever tout sens raisonnable attribu la vie, disent -les hommes. - -Je m'emploie une bonne oeuvre, incontestablement utile aux autres, et -brusquement la maladie interrompt mon travail, me fait souffrir sans -raison. La vis d'un rail se rouille, et il faut que ce soit prcisment -le jour mme qu'il saute, qu'une excellente mre se trouve dans le -wagon et que ses enfants soient crass devant elle. Il faut que -le tremblement de terre se produise juste l'endroit o se trouve -Lisbonne ou Verny, et que des innocents soient ensevelis sous la terre -et prissent dans d'affreux tourments. Pourquoi les milliers d'autres -accidents affreux, ineptes, tant de souffrances qui frappent les hommes? -Quel sens cela? - -La rponse est que ces raisonnements sont absolument justes pour ceux -qui ne reconnaissent pas la vie spirituelle. Pour eux, la vie humaine -n'a rellement aucun sens. La vie de ceux qui n'admettent pas de vie -spirituelle ne saurait, en effet, qu'tre insense et malheureuse. Et -s'ils dduisaient tout ce qui dcoule invitablement de leur conception -matrielle de la vie, ils ne pourraient vivre un instant de plus. Car -aucun ouvrier ne serait rest chez un patron qui, en l'engageant, aurait -exig le droit de brler, toutes les fois qu'il en aurait envie, cet -ouvrier sur un feu lent, ou bien de l'corcher vif, de le soumettre - toutes les horreurs que le patron ferait subir ses ouvriers, en -prsence de celui qu'il engage. Si les hommes comprenaient rellement -la vie, comme ils le disent, c'est--dire uniquement comme une -existence matrielle, nul parmi eux, par la seule crainte des affreux -et inexplicables tortures qu'il voit autour de lui et qui peuvent -l'assaillir tout instant, ne continuerait vivre sur la terre. - -Pourtant, les hommes vivent, se plaignent, se lamentent, mais continuent - vivre. - -Il n'y a qu'une seule explication celte trange contradiction: c'est -que tous les hommes savent, dans leur for intrieur, que leur vie n'est -pas dans leur corps, mais dans leur me, et que toutes les souffrances -sont ncessaires, indispensables pour le bien de la vie spirituelle; -quand, ne voyant aucun sens la vie humaine, ils se rvoltent -contre les souffrances, mais continuent nanmoins vivre, cela tient -uniquement ce que leur raison affirme la matrialit de leur vie, -tandis qu'ils sentent, au fond de leur me, qu'elle est spirituelle et -qu'aucune souffrance ne peut priver l'homme de son vrai bonheur. - - - -III.--_Les souffrances apprennent l'homme considrer la vie au point -de vue raisonnable._ - -1 - -Tout ce que nous appelons mal, toute peine, condition de l'envisager -comme il convient, amliore notre me. Et toute l'oeuvre de la vie -consiste en cette amlioration. - -En vrit, en vrit, je vous dis que vous pleurerez et vous vous -lamenterez, et le monde se rjouira; vous serez dans la tristesse, mais -votre tristesse sera change en joie. Quand une femme accouche, elle a -des douleurs parce que son terme est venu; mais ds qu'elle a accouch -d'un enfant, elle ne se souvient plus de son travail, cause de sa joie -de ce qu'un homme est n dans le monde. - - JEAN, XVI, 20-21. - -2 - -Les souffrances de la vie draisonnable amnent reconnatre la -ncessit d'une vie raisonnable. - -3 - -De mme que seuls les tnbres de la nuit rvlent les astres clestes, -seules les souffrances rvlent la vraie signification de la vie. - - THOREAU. - -4 - -Les obstacles extrieurs ne font pas de mal l'homme d'esprit fort, -car le mal est tout ce qui dfigure ou affaiblit, comme cela est le cas -pour les animaux que les obstacles irritent ou affaiblissent; mais pour -l'homme qui les accueille avec la force d'esprit qui lui est donne, -tout obstacle ne peut qu'augmenter sa beaut morale et sa force. - - MARC-AURLE. - -5 - -Seulement aprs avoir prouv la souffrance, j'ai appris la parent des -mes humaines entre elles. Il suffit de bien souffrir soi-mme pour -savoir comprendre tous ceux qui souffrent. Bien plus: la raison mme -devient plus lucide; on commence connatre la situation et la carrire -des gens qui s'taient cachs jusque-l, et l'on aperoit nettement ce -dont chacun a besoin. Grand est le Dieu qui nous instruit ainsi I Et -par quoi nous instruit-il? Par les misres mmes que nous fuyons. C'est -par les souffrances et les peines qu'il nous est donn d'acqurir les -petites parcelles de sagesse, de celle qui ne s'apprend pas dans les -livres. - - GOGOL. - -6 - -Si Dieu nous donnait des ducateurs et si nous savions srement qu'ils -nous sont envoys par Dieu, nous leur obirions librement avec joie. - -Et nous possdons bien ces ducateurs: ce sont la misre et tous les -accidents de la vie. - - PASCAL. - -7 - -Tout ce que la Providence envoie tout tre vivant lui est non -seulement utile, mais encore utile au moment o la Providence le lui -envoie. - - MARC-AURLE. - -8 - -L'homme qui ne reconnat pas la bienfaisance des souffrances, n'a pas -encore commenc vivre de la vie raisonnable, c'est--dire de la vraie -vie. - - - -IV.--_Les maladies n'entravent pas la vraie vie, mais y aident._ - -1 - -Rien qu'en voyant combien sont faibles et souvent mauvais ceux qui -tout russit dans la vie, qui se portent toujours bien, qui sont riches, -qui ne connaissent ni les offenses, ni les humiliations, on voit combien -les preuves sont indispensables l'homme. Et nous nous plaignons de -devoir les supporter! - -2 - -Il n'est point de maladie qui puisse empcher l'accomplissement du -devoir. Si tu ne peux pas servir les hommes par tes travaux, sers-les -par l'exemple de patience et d'amour. - -3 - -Il y a une histoire o l'on conte qu'un homme a t puni, cause de -ses pchs, par l'impossibilit de mourir. On peut dire srement que -si l'homme avait t puni par l'impossibilit de souffrir, la punition -aurait t tout aussi pnible. - -4 - -Ce n'est pas bien de cacher un malade qu'il peut mourir de sa maladie. -Il faut, au contraire, le lui rappeler. En le lui cachant, nous le -privons du bienfait que lui donne la maladie; elle voque en lui, par la -conscience de la mort prochaine, la conscience de la vie spirituelle. - -5 - -Le feu dtruit et chauffe. Il en est de mme de la maladie. Lorsque, -bien portant, nous tchons de bien vivre, nous le faisons avec -difficult; durant la maladie, au contraire, tout le poids des -tentations mondaines disparat, on se sent brusquement libre, et l'on -est mme effray de penser--tout le monde l'a prouv--qu'aussitt la -maladie passe, ce poids retombe sur vous de toute sa force. - -6 - -Plus l'homme souffre physiquement, mieux il se sent moralement. C'est -pourquoi l'homme ne peut pas tre malheureux. Le spirituel et le -corporel sont comme deux flaux d'une balance: plus le corporel est -lourd, plus le spirituel s'lve, plus l'me est bien, et _vice versa._ - -7 - -La dcrpitude, la sensibilit marquent l'vanouissement de la -conscience et de la vie de l'homme, dit-on souvent. - -Je me reprsente, d'aprs la lgende, le vieux Jean Thologue, tomb -dans l'enfance. Il n'aurait fait que rpter: Mes frres, aimez-vous -les uns les autres. - -Un petit vieillard centenaire, marchant avec peine, aux yeux larmoyants, -marmottant toujours les mmes trois mots: aimez-vous tous. Dans un -tel homme, l'existence animale est presque imperceptible; elle s'est -dsagrge sous l'action de la nouvelle conception du monde, du nouvel -tre qui n'a plus rien de charnel. - -Un homme, comprenant la vie comme elle doit tre comprise en ralit, -ne saurait parler de l'amoindrissement de sa vie par les maladies et -la vieillesse; ce serait se lamenter du fait qu'en s'approchant de la -lumire, son ombre diminue mesure qu'il avance. - - - -V.--_Ce que nous appelons le mal, ce sont nos fautes._ - -1 - -Le mal est uniquement en nous, c'est--dire d'un endroit d'o l'on peut -le chasser. - -2 - -Souvent un homme superficiel, en songeant aux malheurs qui affligent le -genre humain, perd l'espoir dans la possibilit de l'amlioration de la -vie, et se sent mcontent de la Providence qui dirige le monde. IL y a -l une grande erreur. tre satisfait de la Providence (bien qu'elle nous -ait trac le chemin le plus difficile dans la vie) est essentiellement -important pour ne pas perdre courage au milieu de nos malheurs, mais -surtout pour ne pas perdre de vue notre faute nous, tout en n'en -accusant pas le sort, cette faute tant la seule cause de tous nos -malheurs. - - D'aprs KANT. - -3 - -L'homme peut viter les malheurs que Dieu lui envoie, mais il ne peut -tre sauv des malheurs qu'il cause lui-mme par sa mauvaise vie. - - - -VI.--_La conscience des bienfaits de la souffrance supprime son poids._ - -1 - -Que faire lorsque tout nous abandonne: la sant, la joie, l'affection, -la fracheur des sens, la mmoire, la capacit du travail, lorsqu'il -nous semble que le soleil devient froid et que la vie perd tous ses -charmes? Que faire quand nous n'avons plus aucun espoir? Nous griser, -ou nous ptrifier? Il n'y a jamais qu'une seule rponse: vivre d'une -vie spirituelle, crotre sans cesse. Arrive ce que pourra, si ta -conscience est tranquille, si tu sens que tu accomplis ce que ton tre -spirituel demande. Sois ce que tu dois tre; le reste est affaire de -Dieu. Et quand mme il n'y aurait pas de Dieu saint et charitable, la -vie spirituelle serait, nanmoins, la solution du mystre et l'toile -polaire de l'humanit mouvante, car elle, seule donne le vrai bonheur. - - AMIEL. - -2 - -Sache seulement et crois que tout ce qui t'arrive te conduit vers ton -vrai bonheur spirituel, et tu accueilleras la maladie, la misre, -l'outrage; tout ce que les hommes considrent comme des malheurs, non -comme des malheurs, mais comme ncessaires pour ton bien, de mme que le -cultivateur accueille la pluie qui le trempe, mais qui est ncessaire -son champ, comme le malade prend un mdicament amer. - -3 - -Souviens-toi que la facult par laquelle se distingue un tre -raisonnable, c'est la soumission libre son sort, et non la lutte -honteuse contre lui, car cette lutte est le propre des btes. - - MARC-AURLE. - -4 - -Chacun a sa croix, son joug, non pas dans le sens du poids, mais dans -le sens de la destine de la vie, et lorsque nous ne considrons pas la -croix comme un poids, mais comme une destine, il nous est facile de -la porter. Cela nous est facile lorsque nous sommes humbles de coeur, -dociles et modestes. Et cela devient plus facile encore lorsque nous -renonons nous-mmes; et cela est encore plus facile lorsque nous -la portons toutes les heures, comme nous l'enseigne le Christ. Et -cela devient de plus en plus facile lorsque nous nous oublions dans le -travail spirituel, de mme que les gens s'oublient dans les travaux -mondains. La croix qui nous est envoye est ce quoi nous devons -travailler. Toute notre vie est dans ce travail. Si la croix est une -maladie--il faut la porter avec humilit; si c'est une offense faite -par les gens--c'est de savoir payer le mal par le bien; si c'est, -une humiliation,--c'est de s'abaisser; si c'est la mort--c'est de -l'accueillir avec gratitude. - -5 - -Plus on repousse sa croix, plus elle devient lourde. - - AMIEL. - -6 - -La faon dont l'homme accueille son sort est incontestablement plus -importante que le sort mme. - - HUMBOLDT. - -7 - -Aucun chagrin n'est aussi grand que la crainte qu'on en a. - -8 - -Si tu as un ennemi et que tu sais en profiler pour t'exercer sur lui -aimer tes ennemis, ce que tu considres comme mal deviendra pour toi un -grand bien. - -9 - -La maladie, la perte d'un membre, la dception cruelle, la perle des -biens ou des amis semblent d'abord des pertes irrparables. Mais les -annes donnent ces perles une grande force curative. - - EMERSON. - -10 - -A l'poque pnible des maladies, des pertes et de malheurs, la prire -est plus ncessaire qu' tout autre moment,--non pas la prire de nous -pargner, mais de reconnatre notre dpendance de la volont suprme. -Que Ta volont soit faite et non la mienne, et non comme je le veux, -mais comme Tu le veux. Ma mission est d'accomplir Ta volont dans les -conditions o tu m'as plac. Dans les moments difficiles, il est on -ne peut plus ncessaire de nous rappeler que si nous souffrons, cette -souffrance nous est justement donne afin que nous puissions montrer que -nous voulons accomplir Sa volont et non la ntre. - - - -VII--_Les souffrances ne peuvent entraver l'accomplissement de la -volont de Dieu._ - -1 - -L'homme n'est jamais plus prs de Dieu que lorsqu'il est dans le -malheur. Profitez-en pour ne pas perdre l'occasion de vous rapprocher -de ce qui donne seul le bonheur constant. - -2 - -Combien est juste l'ancien proverbe disant que Dieu envoie la souffrance - celui qu'Il aime. Pour celui qui y croit, la souffrance n'est pas une -souffrance, mais un bonheur. - -3 - -Il te sufft de te dire que la volont de Dieu s'accomplit dans tout ce -qui arrive, de croire que la volont de Dieu est toujours le bien, et tu -ne craindras plus rien, et la vie sera toujours un bonheur pour toi. - - - -[1] Ou Thomas Hemerken, auteur prsum de _l'Imitation de Jsus-Christ. -(Note du trad.)._ - -[2] Philosophe allemand, de tendance no-karitienne, professeur -l'Universit de Berlin. _(N. du trad.)._ - - - - -CHAPITRE XXVIII - -DE LA MORT - - -Si l'homme croit que sa vie est dans son corps, sa vie s'achve avec la -mort de son corps. Mais si l'homme considre que sa vie est dans son -me, il ne peut mme pas se reprsenter la fin de sa vie. - - -I.--_La vie de l'homme ne finit pas lorsque son corps meurt._ - - -1 - -Toute la vie de l'homme, depuis sa naissance jusqu' sa mort, ressemble - un jour de sa vie, depuis qu'il s'veille et jusqu' ce qu'il -s'endorme. - -Souviens-toi comment tu te rveilles aprs un sommeil profond, comment -tu ne reconnais pas d'abord l'endroit o tu le trouves, comment tu ne -reconnais pas celui qui est ton chevet et qui te rveille; comment -tu ne veux pas te lever et qu'il te semble n'en avoir pas la force. -Mais, peu peu, tu reviens toi, tu commences comprendre ce que tu -es et o tu te trouves, tu te lves et tu te mets l'ouvrage. Il en -est de mme, trs peu de choses prs, de l'homme lorsqu'il nat et -commence entrer peu peu dans la vie, gagner des forces, devenir -raisonnable et travailler. - -La diffrence consiste en ce fait que les manifestations du sommeil se -passent rapidement, tandis que celles de la croissance durent des mois, -des annes. - -Ensuite, un jour ressemble galement la vie humaine tout entire. En -s'veillant, l'homme travaille, s'occupe, et plus la journe avance, -plus il devient alerte. Arriv au milieu de la journe, il ne se sent -plus aussi robuste que le matin; et vers le soir, il se fatigue de plus -en plus et il a dj envie de se reposer. Il en est de mme de la vie -entire. - -Dans sa jeunesse, l'homme est alerte et il vit gaiement; vers le milieu -de sa vie, il n'est plus aussi robuste, et dans la vieillesse, il se -sent fatigu et il a de plus en plus envie de repos. Et de mme que la -nuit arrive la fin de la journe et que l'homme se couche, de mme que -les ides commencent se brouiller dans sa tte, et, en s'endormant, -qu'il se sent s'en aller, il a la mme sensation lorsqu'il meurt. - -De sorte que l'veil d l'homme est une petite naissance; la journe, -depuis le matin jusqu' la nuit, est une petite vie; le sommeil est une -petite mort. - -2 - -Lorsque le tonnerre gronde, nous savons que la foudre est dj tombe -et le tonnerre ne peut plus nous tuer; cependant, nous tressaillons -toujours en entendant un coup de tonnerre. Il en est de mme de la mort. - -Il semble celui qui ne comprend pas le sens de la vie, que tout prit -avec la mort, et il la craint, se cache d'elle comme le sot se cache -d'un coup de tonnerre, alors que ce coup ne peut plus le tuer. - -3 - -Parce qu'un homme a travers lentement l'espace qui s'ouvre mes -yeux et au del duquel je ne vois plus, et qu'un autre l'a travers -rapidement, je ne vais pas penser que celui qui marchait lentement vit -plus longtemps que celui qui marchait vite. Je ne sais qu'une chose: je -sais que si j'ai vu un homme passer vite ou lentement devant ma fentre, -l'un et l'autre ont exist avant que je ne les vis et qu'ils vivront -aussi aprs. Il en est de mme des hommes dont j'ai vu la vie courte ou -longue avant leur mort. - -4 - -La mort est la transformation de l'enveloppe laquelle notre me est -lie. Il ne faut pas confondre l'enveloppe avec ce qu'il y a dedans. - -5 - -Souviens-toi que tu ne restes pas sur place, mais que tu passes, que tu -n'es pas dans une maison, mais dans un train qui te conduit la mort. -Souviens-toi que ton corps ne fait que passer et que seul l'esprit vit -en toi. - -6 - -Bien que je ne puisse pas le prouver indubitablement, je sais toutefois -que l'lment immatriel libre et raisonnable qui vit en moi ne peut pas -mourir. - -7 - -Mme si je me trompais, en supposant que les mes sont immortelles, -je serais heureux et satisfait de mon erreur; et, tant que je suis en -vie, aucun homme ne sera mme d'branler cette conviction. Cette -conviction me donne le calme et la satisfaction absolue. - - CICRON. - - -II.--_La vraie vie est en dehors du temps; c'est pourquoi elle n'a pas -d'avenir._ - -1 - -Le temps cache la mort. Lorsque l'on compte avec le temps, on ne peut -s'imaginer qu'il finisse. - -2 - -La raison pour laquelle l'ide de la mort ne fait pas l'effet qu'elle -pourrait produire, rside en ce fait qu'en raison de notre nature -d'tres actifs, nous aurions d ne pas penser du tout la mort. - - KANT. - -3 - -La question de savoir si la vie existe au-del, ou non, est la mme que -de savoir si le temps est le produit de notre facult de penser, ou une -condition indispensable de tout ce qui existe. - -Que le temps ne puisse tre une condition indispensable tout ce qui -existe, cela peut tre prouv par le fait que nous sentons en nous-mmes -quelque chose qui n'est pas subordonn au temps: notre vie dans le -prsent. C'est pourquoi la question de savoir si la vie d'outre-tombe -existe ou non, est la mme que de demander laquelle des deux choses est -relle: notre conception du temps, ou la conscience de notre vie dans le -prsent. - -4 - -Si l'homme base sa vie sur le prsent, il ne peut tre question pour lui -de sa vie future. - - - -III.--_La mort ne peut effrayer un homme qui vit de la vie spirituelle._ - -1 - -La mort libre si facilement de toutes les difficults et de tous les -malheurs, que ceux qui ne croient pas l'immortalit devraient la -souhaiter. Et ceux qui croient en l'immortalit, qui attendent une vie -nouvelle, devraient la souhaiter plus encore. Pourquoi donc la plupart -des hommes ne la dsirent pas? C'est parce qu'ils vivent de la vie -corporelle, et non de la vie spirituelle. - -2 - -Les souffrances et la mort se prsentent l'homme comme un malheur -quand il prend la loi de son existence corporelle et bestiale pour la -loi de sa vie. Alors seulement, il s'abaisse au niveau de l'animal, -alors seulement les souffrances et la mort l'effraient. De tous -cts, elles se ruent sur lui et le chassent sur l'unique route de la -vie humaine qui lui est ouverte, celle de la loi de la raison et se -manifestant par l'amour. Les souffrances et la mort ne sont que les -drogations la loi de la vie. Si l'homme menait une vie absolument -spirituelle, il n'y aurait pour lui ni souffrances, ni mort. - -3 - -Craindre la mort revient au mme que de craindre les fantmes, de -craindre ce qui n'existe pas. - -4 - -Pour l'homme qui vit pour son me, la destruction du corps n'est qu'une -libration, et les souffrances sont les conditions invitables de cette -libration. Mais quelle est la situation de celui qui croit que toute sa -vie est dans son corps, lorsqu'il voit que la seule chose dont il vit-- -son corps--se dtruit et qu'il doit, de plus, endurer des souffrances? - -5 - -L'animal meurt sans s'apercevoir de la mort et presque sans la craindre. -Pourquoi donc l'homme doit-il voir la fin qui le guette, et pourquoi lui -semble-t-elle si affreuse, au point qu'elle le force parfois mettre -fin ses jours? Je ne sais pourquoi cela est ainsi; mais je sais dans -quel but: pour que l'homme conscient et raisonnable transforme sa vie -charnelle en vie spirituelle. Cette transformation abolit non seulement -la crainte de la mort, mais encore elle donne l'attente de la mort une -sensation analogue celle qu'prouve le voyageur l'approche de sa -maison. - -6 - -La vie n'a rien de commun avec la mort. C'est probablement pour cela -que s'veille en nous l'espoir inepte qui obscurcit la raison et nous -fait douter de l'exactitude de notre connaissance quant au caractre -invitable de la mort. La vie corporelle tend s'obstiner dans -l'existence. Elle rpte toujours, comme le perroquet dans la fable, -mme au moment o on l'trangle: Ce n'est rien, a. - - AMIEL. - -7 - -Le corps est le mur qui limite l'esprit et qui l'empche d'tre libre. -L'esprit tend sans cesse carter ces murs, et toute la vie d'un homme -de raison se passe ce travail de libration de l'esprit de l'emprise -du corps. La mort complte celte libration. C'est pourquoi la mort non -seulement n'est pas effrayante, mais est une joie pour celui qui mne -une vie juste. - -8 - -Si la mort est effrayante, la cause en est en nous-mmes, non en elle. -Meilleur est l'homme, moins il craint la mort. - -Pour le saint il n'y a pas de mort. - -9 - -Tu crains la mort, mais songe ce que tu deviendrais si tu devais vivre -ternellement tel que tu es actuellement? - -10 - -Il est tout aussi draisonnable de souhaiter la mort que de la craindre. - -11 - -L'homme qui mne une vie raisonnable ressemble celui qui porte une -lanterne pour clairer son chemin. Cet homme n'arrive jamais au bout de -l'endroit clair, car cette surface se dplace toujours devant lui. -Telle est la vie raisonnable, et cette vie seule n'a pas de mort, parce -que la lanterne claire sans cesse, jusqu'au dernier moment, et l'on -suit la lanterne aussi tranquillement que durant la vie. - - - -IV.--_L'homme doit vivre par ce qu'il y a d'immortel en lui._ - -1 - -La question de savoir si notre vie finit avec le corps est trs -importante et on ne peut faire autrement que d'y rflchir. Suivant que -nous croyons l'immortalit ou non, nos actes seront raisonnables ou -insenss. - -Ainsi, notre premier souci est de rsoudre la question de savoir si nous -mourons compltement lorsque la vie quitte le corps, ou si cette mort -n'est pas complte, d'tablir ce qui est immortel en nous. Lorsque nous -aurons compris cela, il est vident que nous nous soucierons plus de ce -qui est immortel que de ce qui est mortel. - -La voix qui nous dit que nous sommes immortels est la voix de Dieu qui -vit en nous. - - D'aprs PASCAL. - -2 - -L'exprience nous apprend que bien des gens informs de la doctrine -sur la vie d'outre-tombe et convaincus de son existence, s'adonnent -nanmoins aux vices et commettent des actes de bassesse en s'ingniant -chercher les moyens qui leur permettraient d'viter les consquences de -leur conduite qui les menacent dans l'avenir. Et en mme temps, je doute -qu'il ait jamais exist un seul homme moral sur la terre qui ait pu se -faire l'ide que tout finit avec la mort, et dont la noble tournure -d'esprit ne se serait pas leve jusqu' l'espoir de la vie future. -C'est pourquoi il me semble qu'il serait plus conforme la nature -humaine et la puret des moeurs de fonder la foi en la vie future sur -les sentiments d'une me noble, plutt que de baser la noble conduite -sur l'espoir d'une vie future. - - KANT. - -3 - -Il n'y a qu'une chose que nous sachions indubitablement: La vie de -l'homme est pareille une hirondelle qui traverse la chambre. Nous -venons on ne sait d'o, et nous allons on ne sait o. Une obscurit -impntrable est derrire nous, des ombres paisses sont devant nous. -Quelle importance cela pourra-t-il avoir pour nous, lorsque notre moment -sera venu, que nous ayons ou non mang de bons plats, port ou non -des vtements souples, laiss une fortune considrable ou aucune, que -nous ayons recueilli les lauriers de la gloire ou que nous ayons t -mpriss, que nous ayons t considrs comme des savants ou comme des -ignorants, qu'est tout cela en comparaison de l'emploi que nous ayons -fait du talent que le Matre nous a confi! - -Quelle valeur tout cela aura pour nous quand notre vue se brouillera et -que nos oreilles deviendront sourdes? Nous serons calmes celte heure, -seulement alors que nous aurons veill constamment au don de la vie -spirituelle qui nous avait t confi, quand nous l'aurons dvelopp -jusqu'au point o la destruction du corps cesse d'tre effrayante. - - HENRY GEORGE. - -4 - -Extrait du testament d'un roi mexicain: - -Tout sur la terre a une limite, et les plus puissants et les plus -heureux tombent, dans leur grandeur et dans leur joie, en poussire. -Toute la terre n'est qu'une grande tombe, et il n'y a rien sa surface -qui ne soit cach dans la tombe sous terre. Les eaux, les fleuves et les -torrents s'lancent vers leur destination et ne reviennent plus leur -source heureuse. Tous se htent pour s'ensevelir dans les profondeurs de -l'ocan infini. Ce qui tait hier n'est plus aujourd'hui; et ce qui est -aujourd'hui ne sera plus demain. Le cimetire est plein des dpouilles -de ceux qui taient jadis pleins de vie, qui taient rois, gouvernaient -les peuples, prsidaient les assembles, commandaient les armes, -faisaient la conqute de pays nouveaux, exigeaient qu'on s'incline -devant eux, taient gonfls de vanit, de richesse, de pouvoir. - -Mais la gloire est passe comme la fume noire sortant du volcan et n'a -rien laiss qu'une mention sur la feuille du chroniqueur. - -Les grands, les sages, les braves, les magnifiques, hlas! o sont-ils -maintenant? Ils sont tous mls l'argile, et ce qui leur est arriv -nous arrivera; cela arrivera aussi ceux qui seront aprs nous. - -Mais prenez courage vous tous, chefs clbres, amis srs et sujets -fidles--aspirons tous ce Ciel o tout est ternel et o il n'y a ni -putrfaction, ni destruction. - -L'obscurit est le berceau du soleil, et les tnbres de la nuit sont -ncessaires pour faire briller les toiles. - - TETSKOUKO NEZAGOUAL KOPOTL (env. 1460 av. J.-C.). - -5 - -La mort est invitable pour tout ce qui est n, comme la naissance est -invitable pour tout ce qui est mortel. C'est pourquoi on ne doit pas -s'lever contre l'invitable. La situation antrieure des tres est -inconnue, leur situation intermdiaire est vidente, leur situation -future ne peut tre connue; ds lors, quoi bon nous soucier, nous -inquiter? Certaines gens considrent l'me comme un miracle, d'autres -en parlent et en entendent parler avec tonnement, mais personne n'en -sait rien. - -La porte du ciel t'est entr'ouverte juste autant qu'il te le faut. -Dbarrasse-toi des soucis et des inquitudes, et dirige ton me vers le -spirituel. Que tes actes soient gouverns par toi-mme, et non par les -vnements. Ne sois pas de ceux qui agissent en vue de la rcompense. -Sois attentif, fais ton devoir, ne pense pas aux consquences, afin -qu'il te soit indiffrent que l'affaire finisse bien ou mal pour toi. - - _Bagavad Hita hindoue._ - -6 - -Nous sommes ici comme des passagers sur quelque grand bateau, dont le -capitaine possde une liste que nous ne connaissons pas; et il sait o -il est indiqu o et quand chacun de nous doit tre dbarqu. Mais tant -que nous sommes bord, nous ne pouvons faire autrement que de nous -efforcer, tout en observant la loi tablie sur le vaisseau, de passer -avec nos compagnons de voyage, en paix et en amour le temps qui nous est -assign. - -7 - -Serait-il possible que le changement t'effraie? Rien ne se fait sans -lui. Il est impossible de chauffer de l'eau sans qu'une transformation -s'opre dans le bois. La nutrition est impossible sans changer les -aliments. Toute la vie humaine n'est rien de plus qu'une transformation. -Comprends que le changement qui t'attend a absolument le mme sens et -qu'il est tout aussi indispensable de par la nature des choses. Il n'y -a qu' se soucier uniquement de ne pas agir contrairement la vraie -nature humaine; il faut agir en tout suivant ses indications. - - MARC-AURLE. - -8 - -Ce monde est horrible si les souffrances qu'on y endure ne suscitent -pas le bien. C'est une odieuse organisation, cre uniquement pour -tourmenter les hommes moralement et physiquement. S'il en est ainsi, ce -monde fait le mal, non pour le bien futur, mais inutilement, sans but, -et il est parfaitement immoral. Il semble attirer les hommes tout exprs -pour les faire souffrir. Il nous frappe depuis notre naissance; mle de -l'amertume chaque coupe de bonheur et enveloppe la mort de terreur. -Et certes, si Dieu et l'immortalit n'existent pas, le dgot de la -vie manifest par les hommes est comprhensible: il est provoqu par -l'ordre, ou plutt par le dsordre existant, par l'affreux chaos moral, -comme on devrait l'appeler. - -Mais si Dieu existe au-dessus de nous et l'ternit au-devant de nous, -tout change. Nous discernons le bien dans le mal, la lumire dans les -tnbres, et l'espoir chasse le dsespoir. - -Laquelle de ces deux suppositions est la plus probable? Peut-on admettre -que des tres moraux--les hommes--soient mis dans la ncessit de -maudire avec raison l'ordre existant dans le monde, alors qu'ils ont -une issue qui rsout leur contradiction? Ils doivent maudire le monde -et le jour de leur naissance si Dieu et la vie future n'existent pas. -Si, au contraire, l'un et l'autre existent, la vie devient un bonheur -par elle-mme et le monde un endroit de perfectionnement moral et -d'accroissement infini de bonheur et de saintet. - - D'aprs ERASME. - -9 - -Pascal dit que si nous nous tions vus en rve toujours dans la mme -situation et, en ralit, dans des situations diffrentes, nous aurions -pris le rve pour la ralit et la ralit pour le rve.... Ce n'est pas -tout fait exact. La ralit se distingue du rve par le fait que dans -la vie relle nous avons la facult d'agir conformment nos exigences -morales; tandis qu'en rve, nous savons souvent que nous accomplissons -des actes vils et immoraux qui ne nous sont pas habituels, mais dont -nous ne pouvons nous contenir. Il serait donc plus exact de dire que si -nous ne connaissions pas la vie pendant laquelle nous serions plus aptes - satisfaire nos exigences morales qu'en rve, nous aurions considr -le sommeil comme une vraie vie et nous n'aurions jamais dout que celte -vie ne soit relle. Toute notre vie, depuis la naissance jusqu' la -mort, avec ses rves, n'est-elle pas, son tour, un songe et que nous -prenons pour la ralit, pour la vie relle, dont nous ne doutons pas, -uniquement parce que nous ne connaissons pas de vie o notre libert -de suivre les exigences morales de l'me serait plus grande encore que -celle dont nous jouissons actuellement? - -10 - -Si ta courte vie est tout ton avoir, tche d'en faire tout ce qui est -possible. - - SAID BEN HAMED. - -11 - -Comment vivre sans savoir ce qui nous attend? demandent les hommes. Et, -cependant, lorsque tu vis sans songer ce qui t'attend et uniquement -pour pouvoir manifester ton amour, la vraie vie commence pour toi. - -12 - -L'amour ne supprime pas seulement la crainte de la mort, mais encore -la pense de la mort. Une vieille paysanne disait sa fille, quelques -heures avant sa fin, qu'elle tait contente de mourir en t. Lorsque sa -fille lui demanda pourquoi, la moribonde rpondit que c'est parce qu'il -est plus difficile de creuser la tombe en hiver qu'en t. La vieille -n'avait pas de peine mourir parce que, jusqu'au, dernier moment, elle -ne pensait pas elle-mme, mais aux autres. - -Accomplis des oeuvres d'amour, et il n'y aura pas de mort pour toi. - -13 - -Lorsque tu es venu au monde, tu pleurais, tandis que tout le monde se -rjouissait autour de toi; arrange-toi de faon ce que tout le monde -pleure lorsque tu quitteras le monde, et que toi seul tu puisses sourire. - - - -V.--_La pense la mort aide la vie spirituelle._ - -1 - -Pour te forcer bien agir, souviens-toi plus souvent que tu mourras -srement bientt. Reprsente-toi que tu es la veille de la mort et -tu ne ruseras plus, ne tromperas plus, ne mentiras plus, ne mdiras -plus, n'injurieras plus, ne t'irriteras plus, ne prendras plus ce qui -ne t'appartient pas. A la veille de la mort, on ne peut accomplir que -des actions simples et bonnes. Et ces actions sont toujours les plus -ncessaires et les plus joyeuses. C'est pourquoi il est toujours bon, -surtout lorsqu'on est dsorient, de songer la mort. - -2 - -Lorsque les hommes savent que la mort est venue, ils prient, confessent -leurs pchs, afin de pouvoir se prsenter devant Dieu avec une me -pure. Mais nous mourons tous les jours un peu, et tout instant nous -pouvons mourir tout fait, C'est pourquoi nous n'aurions pas d -attendre la dernire heure, mais tre prt tout moment. - -Et tre prt mourir, c'est bien vivre. - -La mort est toujours suspendue au-dessus de nous, prcisment pour que -nous soyons toujours prts mourir et vivions bien en se prparant la -mort. - -3 - -Tu devras mourir bientt! Et pourtant tu ne peux toujours pas te librer -de l'hypocrisie et des passions, tu ne peux pas abandonner le prjug de -croire que tout ce qui est extrieur peut nuire l'homme, tu ne peux -pas devenir humble envers chacun. - - MARC-AURLE. - -4 - -En vue de la mort, la vie entire devient solennelle, grave, rellement -fconde et joyeuse. En vue de la mort, il nous est impossible de ne pas -accomplir le travail qui nous est destin dans cette vie, parce qu'on ne -peut travailler avec ardeur rien d'autre. Et lorsque nous travaillons -ainsi, la vie devient joyeuse, et la crainte de la mort n'existe plus, -cette crainte qui empoisonne la vie de ceux qui ne vivent pas en vue de -la mort. - -5 - -Vis comme si tu devais tout de suite dire adieu la vie, comme si le -temps qui t'est accord tait un don inattendu. - - MARC-AURLE. - -6 - -Vis comme si tu devais vivre un sicle et mourir le soir mme. Travaille -comme si tu pouvais vivre ternellement et traite les hommes comme si tu -devais mourir immdiatement. - -7 - -La vie dans l'oubli de la mort et la vie avec la conscience de son -approche continuel sont deux tats absolument diffrents. L'un se -rapproche de l'tat bestial, l'autre de l'tat divin. - - - -VI.--_L'approche de la mort._ - -1 - -Nous appelons mort la suppression de la vie et les minutes ou les heures -pendant lesquelles on meurt. La premire, la suppression de la vie, ne -dpend pas de notre volont; les seconds, les derniers moments, sont -dans notre pouvoir. Nous pouvons mourir mal et mourir bien. Nous devons -nous efforcer de bien mourir. - -C'est ncessaire pour ceux qui restent. - -2 - -Le moribond comprend difficilement tout ce qui vit; mais on s'aperoit -qu'il ne comprend pas ce qui vit, non parce que ses facults mentales -s'affaiblissent; mais parce qu'il comprend quelque chose que les vivants -ne comprennent pas, ne peuvent comprendre, et qui l'absorbe tout entier. - -3 - -On pense gnralement que la vie des vieillards n'a pas d'importance, -qu'ils ne font qu'achever leur vie. Ce n'est pas vrai. Dans la plus -profonde vieillesse, la vie est plus prcieuse et plus ncessaire que -jamais, aussi bien pour soi que pour les autres. L valeur de la vie est -en raison contraire des carrs de distance de la mort: Ce serait heureux -si les vieillards eux-mmes et ceux qui les entourent le comprenaient. -Le dernier instant avant la mort est tout particulirement prcieux. - -4 - -Avant d'arriver la vieillesse, je me suis efforc de bien vivre; dans -la vieillesse, je m'efforce de bien mourir; pour bien mourir, il faut -mourir volontiers. - - SNQUE. - -5 - -Ai-je peur de la mort? Je crois que non; mais son approche, ou en -pensant elle, je ne peux m'empcher d'prouver une motion pareille -celle que doit prouver un voyageur en arrivant l'endroit o son train -tombe d'une trs grande hauteur la mer, ou au moment o il s'lve -une trs grande hauteur en ballon. L'homme, en mourant, sait qu'il ne -lui arrivera rien de particulier, qu'il lui arrivera ce qui est dj -arriv des millions d'tres, qu'il ne fait que changer de mode de -locomotion, mais il lui est impossible de ne pas prouver d'motion en -s'approchant de l'endroit o ce changement aura lieu. - - - - -CHAPITRE XXIX - -APRS LA MORT - - -On demande: Qu'arrivera-t-il aprs la mort? Il n'y a qu'une rponse -cette question: le corps pourrira et deviendra poussire, cela nous -le savons srement. Quant ce qu'il adviendra de notre me, nous ne -pouvons en rien dire, parce que la question de: qu'arrivera-t-il? se -rapporte au temps. Or l'me est hors du temps. L'me n'a pas t et ne -sera pas. Elle est. Si elle n'existait pas, il n'y aurait rien. - - -I.--_La mort charnelle n'est pas la fin de la vie, mais uniquement uns -transformation._ - -1 - -Quand nous mourons, il peut nous arriver de deux choses l'une: ou bien -ce que nous considrions comme nous-mmes passera en un autre tre, ou -bien nous ne serons plus des tres spars, et nous nous confondrons -avec Dieu. Que cela soit l'une ou l'autre, nous n'avons rien craindre -dans les deux cas. - -2 - -La mort constitue une transformation de notre corps, la plus grande, la -dernire. Nous subissons constamment des changements dans notre corps: -nous tions d'abord des morceaux de chair; nous devenions ensuite des -nourrissons; graduellement, nos cheveux, nos dents poussrent, puis -tombrent, puis ils poussrent nouveau, la barbe apparut, commena -blanchir, tomber, et nous n'avons jamais craint ces changements. - -Pourquoi craignons-nous le dernier changement? - -Parce que personne ne nous a racont ce qui lui est arriv aprs ce -changement. Mais personne ne dira, lorsqu'un homme nous quitte et ne -nous crit plus, qu'il n'existe pas, qu'il est mal l o il est all, -nous dirons simplement que nous n'avons pas de nouvelles de lui. Il en -est de mme des morts: nous savons qu'ils ne sont plus parmi nous, mais -nous n'avons aucune raison de croire qu'ils n'existent plus, ou qu'ils -sont plus malheureux depuis qu'ils nous ont quitts. Si nous ne pouvons -savoir ni ce qui arrivera aprs la mort, ni ce que nous tions avant -cette vie, cela prouve uniquement qu'il ne nous est pas donn de le -savoir, parce que nous n'avons pas besoin de le savoir. Nous ne savons -qu'une chose, c'est que notre vie n'est pas dans les changements du -corps, mais en ce qui vit dans ce corps, dans l'me. Et l'me ne peut -avoir ni commencement ni fin, parce qu'elle seule existe. - -3 - -De deux choses l'une: ou la mort est la disparition absolue de la -conscience, ou elle est, conformment la lgende, simplement un -changement et la migration de l'me d'un endroit dans un autre. Si -la mort est la destruction complte de la conscience, et qu'elle -est pareille un sommeil profond sans rves, elle est un bienfait -incontestable, car chacun n'a qu' se rappeler une nuit passe dans -un tel sommeil sans rves et la comparer aux autres jours et aux -autres nuits, avec leurs craintes, leurs inquitudes et dsirs non -satisfaits, prouvs tant en ralit qu'en rves, et je suis persuad -que personne ne trouvera beaucoup de jours et de nuits plus heureux que -les nuits sans rves. De sorte que, si la mort est un tel sommeil, je la -considre, quant moi, comme un bienfait. Si elle constitue le passage -d'un monde dans un autre, et s'il est vrai que tous les hommes sages et -saints morts avant nous s'y trouvent, pourrait-on esprer un bonheur -plus grand que de vivre parmi ces tres? J'aurais voulu mourir, non pas -une fois, mais cent fois, pourvu que je puisse pntrer dans cet endroit. - -De sorte que ni vous, juges, ni les hommes, en gnral, ne doivent -craindre la mort, me semble-t-il; ils n'ont qu' se souvenir d'une -chose: pour un homme de bien, il n'y a pas de mal ni dans la vie, ni -dans la mort. - - (_Extrait du discours de Socrate devant le Tribunal._) - -4 - -Celui qui voit le sens de la vie dans le perfectionnement spirituel -ne peut croire la mort; il ne peut croire l'arrt de ce -perfectionnement. Ce qui se perfectionne ne peut disparatre, cela ne -peut que se modifier. - -5 - -La mort est l'interruption de la conscience dont je vis actuellement. La -conscience de cette vie s'arrte; je le vois sur ceux qui meurent. Mais -que devient ce qui tait la conscience? Je ne le sais pas, et je ne puis -le savoir. - -6 - -Les hommes craignent la mort et voudraient vivre aussi longtemps que -possible. Mais si la mort est un malheur, n'est-il pas indiffrent de -mourir dans trente ou dans trois cents ans? Quelle joie a un condamn -mort de savoir que ses camarades mourront dans trois jours et que son -excution lui aura lieu dans trente jours. - -La vie se terminant par une mort dfinitive serait la mort mme. - - SKOVORODA. - -7 - -Chacun sent qu'il n'est pas un rien amen la vie, un certain moment, -par quelqu'un d'autre. C'est de l que vient notre assurance que la mort -peut mettre une fin notre vie, mais non notre existence. - - SCHOPENHAUER. - -8 - -Plus on est profondment conscient de sa vie, moins on croit sa -disparition et la mort. - -9 - -Je ne crois en aucune des religions existantes, et ne puis, par -suite, tre souponn de suivre aveuglment quelque tradition ou de -subir l'influence de l'ducation. Mais, durant ma vie entire, j'ai -rflchi aussi profondment que j'en tais capable sur la loi de -notre vie. Je l'ai cherche dans l'histoire de l'humanit et dans ma -propre conscience, et je suis arriv la conviction inbranlable -que la mort n'existe pas, que la vie ne peut tre qu'ternelle, -que le perfectionnement infini est une loi de la vie, que chaque -qualit, chaque ide, chaque tendance que je possde, doit avoir son -dveloppement pratique; que nous avons des capacits, des tendances -qui dpassent, de beaucoup les ventualits de notre vie terrestre, que -le fait mme que nous en disposons et ne pouvons dcouvrir leur origine -dans nos sens peut tre considr comme une preuve de ce quelles nous -viennent des rgions extra-terrestres et ne peuvent tre ralises que -dans ces rgions; que rien ne peut ici-bas, sauf les choses visibles, et -que croire que nous mourons parce que notre corps meurt revient au mme -que de s'imaginer que l'ouvrier est mort parce que son outil s'est us. - - Joseph MAZZINI. - -10 - -Si l'espoir de l'immortalit tait une illusion, on pourrait voir -clairement qui sont ceux qui ont t tromps. Non pas les mes basses -et noires qui n'ont jamais envisag cette grande pense, non pas les -gens endormis et distraits qui sont satisfaits du sommeil voluptueux de -cette vie et du sommeil des tnbres dans l'avenir, non pas les gostes -aux ides troites et qui sont plus mesquines encore dans l'amour. Non, -pas eux. Ils auraient raison, et le bnfice serait de leur ct. Ceux -qui auraient t tromps, ce seraient les grands et les saints que -les hommes vnrent; les tromps seraient tous ceux qui ont vcu pour -quelque chose de meilleur que leur bonheur personnel, et qui ont donn -leur vie pour le bien commun. - -Tous ces hommes auraient t tromps. Le Christ lui-mme aurait souffert -inutilement en donnant Son esprit au Pre imaginaire, et Il aurait tort -de croire qu'Il L'avait manifest par Sa vie. Toute la tragdie du -Golgotha ne serait qu'un malentendu: la vrit serait du ct de ceux -qui se moquaient de Lui et dsiraient Sa mort; elle serait galement -aujourd'hui du ct de ceux qui sont indiffrents la conformit avec -la nature humaine qu'offre cette histoire soi-disant imaginaire. Qui -vnrerait-on, qui croirait-on si l'inspiration des tres suprieurs -n'tait que des fables ingnieusement combines? - - PARKER. - - - -II.--_Le principe du changement de l'existence qui a lieu pendant la vie -corporelle est inaccessible la raison humaine._ - -Nous tchons souvent de nous reprsenter la mort comme un passage dans -une rgion inconnue; mais cette conception ne nous donne absolument -rien. Il est tout aussi impossible de se reprsenter la mort, qu'il est -impossible de se reprsenter Dieu. Tout ce que nous pouvons savoir, -c'est que la mort, de mme que tout ce qui vient de Dieu, est un bien. - -2 - -On nous demande: que deviendra l'me aprs la mort? Nous ne le savons -pas, et nous ne pouvons le savoir. Il n'y a qu'une chose de certain: -c'est que si tu te diriges quelque part, tu es srement sorti de quelque -endroit. Il en est de mme de la vie. Si tu es dans cette vie, tu es -srement sorti de quelque part. Tu retourneras l d'o tu es sorti. - -3 - -Je ne me souviens absolument pas de ce qui a eu lieu avant ma naissance; -je pense donc qu'aprs la mort je ne me souviendrai de rien de ma vie -actuelle. Si la vie aprs la mort existe, il m'est impossible de -l'imaginer. - -4 - -Personne ne sait ce qu'est la mort et, cependant, tous la craignent, en -la considrant comme le plus grand-mal, bien qu'elle puisse tre le plus -grand bonheur. - - PLATON. - -5 - -Personne ne peut se vanter de savoir que Dieu et la vie future existent. -Je ne puis pas dire que je sache indubitablement que Dieu et mon -immortalit existent, mais je dois dire que je sens qu'il y a un Dieu, -comme je sens qu'il y a un moi immortel. Cela prouve que ma foi en -Dieu et en l'autre monde est tellement lie ma nature qu'elle ne peut -tre spare de moi. - - D'aprs KANT. - -6 - -Le Christ a dit en mourant: Pre, je remets mon esprit entre Tes -mains. Quiconque prononce ces paroles, non pas avec la langue, mais -avec le coeur, n'a plus besoin de rien. Si mon esprit retourne Celui de -Qui il mane, il ne peut rien arriver mon esprit que ce qu'il y a de -meilleur. - - - -III.--_La mort est une libration._ - -1 - -La mort est la destruction du vase dans lequel notre esprit est enferm. -On ne doit pas confondre ce vase avec ce qu'il contient. - -2 - -Lorsque nous venons au monde, nos mes sont mises dans les bires de -notre corps. Cette bire--notre corps--se dsagrge petit petit, et -notre me se libre de plus en plus. Mais lorsque le corps meurt par la -volont de Celui Qui a uni l'me au corps, l'me se libre entirement. - - D'aprs HRACLITE. - -3 - -De mme que le feu fait fondre la cire de la bougie, la vie de l'me -consume la vie du corps. Le corps brle sur le feu de l'me et se -consume entirement lorsque la mort vient. La mort dtruit le corps de -mme que les constructeurs dtruisent les chantiers, quand le btiment -est prt. - -Le btiment, c'est la vie spirituelle; les chantiers, c'est le corps. Et -l'homme qui a construit son btiment spirituel se rjouit en mourant de -voir tomber les chantiers de sa vie corporelle. - -4 - -Tout au monde pousse, fleurit et revient sa racine. Ce retour est -le retour conforme la nature. La conformit avec la nature signifie -l'ternit; c'est pourquoi la destruction du corps ne prsente aucun -danger. - - LAO-TSEU. - -5 - -L'homme qui travaillait toute sa vie dompter ses passions, ce dont -son corps l'empchait, se rjouit d'en tre libr. Et la mort n'est -qu'une libration. Le perfectionnement, dont nous avons parl plus d'une -fois, consiste dans la sparation possible de l'me du corps, et dans -la facult acquise de se concentrer en dehors du corps, en elle-mme; la -mort donne cette mme libration. Ne serait-il pas trange que l'homme -qui se prpare toute sa vie vivre de faon devenir aussi libre que -possible par la domination du corps, s'en trouve mcontent au moment o -cette libration est prte de se raliser. C'est pourquoi, malgr tout -le regret que j'ai de vous quitter et de vous causer du chagrin, je ne -puis ne pas acclamer la mort, comme la ralisation de ce que je dsirais -atteindre durant toute ma vie. - - (_Du discours d'adieu de Socrate ses lves._) - -6 - -L'homme voit les plantes et les animaux s'engendrer, crotre, prendre -des forces, se multiplier, puis faiblir, dprir, vieillir et mourir. - -Il le voit de mme sur les autres hommes, et il le sait galement que -son corps vieillira, qu'il dprira et mourra, comme tout ce qui nat et -vit au monde. - -Mais, en dehors de ce qu'il voit sur les autres tres et sur lui-mme, -tout homme sait aussi qu'il y a quelque chose en lui qui ne faiblit ni -ne vieillit; il sait, au contraire, que plus il vit, plus ce quelque -chose se fortifie et se perfectionne: c'est son me laquelle rien ne -peut arriver de ce qui arrive au corps. C'est pourquoi la mort n'effraie -que celui qui ne vit pas de l'me, mais du corps. - -7 - -On demanda un sage qui disait que l'me tait immortelle: Qu'est-ce -qui arrivera lorsque le monde finira? Il rpondit: Pour que mon me -ne meure pas, il n'y a pas besoin du monde. - -8 - -L'me ne vit pas dans le corps comme dans une maison, mais comme un -voyageur dans un asile d'autrui. - - _Kouran_ hindou. - -9 - -Plus notre vie devient spirituelle, plus nous croyons l'immortalit. A -mesure que notre nature s'loigne de la grossiret bestiale, nos doutes -se dissipent. - -Le voile se lve sur l'avenir, les tnbres se dissipent, et nous -sentons notre immortalit encore ici-bas. - - MARTINEAU. - -10 - -Celui qui comprend faussement la vie, comprendra toujours faussement la -mort. - -11 - -Celui qui connat les autres est sage, celui qui se connat lui-mme est -clair. - -Celui qui vainc les autres est fort; celui qui se vainc lui-mme est -puissant. - -Mais celui qui sait qu'il ne disparatra pas en mourant est ternel. - - LAO-TSEU. - - - -IV.--_La naissance et la mort sont les bornes au del desquelles notre -vie nous est cache._ - -1 - -La naissance et la mort sont deux bornes. Au del de ces bornes il y a -une sorte d'uniformit. - -2 - -La naissance est la mme chose que la mort. Ds sa naissance, l'enfant -entre dans un monde nouveau, commence une tout autre vie que celle qu'il -avait dans le sein de sa mre. Si l'enfant pouvait raconter ce qu'il -a prouv en quittant la vie ancienne, il aurait dit la mme chose -qu'prouve l'homme en quittant cette vie. - -3 - -O vont les hommes lorsqu'ils meurent? L, probablement, d'o viennent -ceux qui naissent. Les hommes viennent de Dieu, du Pre de notre vie. -C'est de Lui qu'est venu, vient, et viendra toute vie. De sorte qu'en -mourant, l'homme ne fait que retourner vers Celui dont il est issu. - -L'homme sort de la maison, travaille, se repose, mange, s'amuse, -travaille nouveau et, lorsqu'il est fatigu, il rentr chez lui. - -Il en est de mme durant toute la vie humaine; l'homme sort de chez -Dieu, travaille, souffre, se console, se rjouit, se; repose et, s'tant -suffisamment tourment, il revient la maison, de laquelle il est sorti. - -4 - -Ne sommes-nous pas ressuscits une fois dj de l'tat dans lequel -nous tions moins renseigns sur le prsent que nous ne le sommes -actuellement sur l'avenir? De mme que notre tat antrieur se rapporte - l'tat actuel, notre tat actuel se rapporte l'tat futur. - - LICHTENBERG. - - - -V.--_La mort libre l'me des limites de la personnalit._ - -1 - -La mort est une libration de la personnalit borne. - -C'est de ce fait que rsulte, apparemment, l'expression de paix et de -repos que l'on remarque sur les figures de la plupart des morts. La -mort de tout homme de bien est facile et tranquille; mais mourir avec -empressement, volontiers, mourir avec joie, voil l'avantage de celui -qui a renonc lui-mme, de celui qui renonce la vie individuelle, -de celui qui la nie. Car seul cet homme a rellement envie de mourir -et, par suite, n'a besoin ni ne demande d'existence ultrieure pour sa -personnalit. - - SCHOPENHAUER. - -2 - -La conscience du Tout, renferme dans les limites du corps, tend -largir ses limites. Dans la premire moiti de sa vie, l'homme aime de -plus en plus les objets, les gens, c'est--dire qu'en sortant de ses -limites il reporte sa conscience sur d'autres tres. Mais quelle que -soit la grandeur de son amour, il ne peut sortir de ses limites et ne -voit la possibilit de leur suppression qu'en mourant. Comment peut-on -craindre la mort aprs cela? Il se passe quelque chose d'analogue -la transformation de la chenille en papillon. Nous sommes ici des -chenilles: d'abord nous naissons, ensuite nous nous endormons en -chrysalide; puis nous devenons papillons dans l'autre vie. - -3 - -Notre corps limite le principe divin, spirituel que nous appelons me. -Et ces bornes, de mme que le vase donne la forme au liquide ou au gaz -qui s'y trouve renferm, donnent la forme cet lment divin. Lorsque -le vase se brise, ce qui s'y trouvait enferm perd la forme qu'il avait -et se rpand. Est-ce que cela se relie aux autres substances? Est-ce -que cela prend une forme nouvelle? Nous n'en savons rien. Mais nous -savons srement que cela perd la forme que cela avait dans ses bornes, -parce que ce qui le bornait est dtruit. Nous savons cela, mais nous -ne pouvons rien savoir de ce qui arrivera ce qui tait limit. Nous -savons uniquement qu'aprs la mort, l'me devient quelque chose d'autre -que nous ne pouvons pas dfinir dans la vie prsente. - -4 - -Si la vie est un sommeil et la mort un rveil, le fait que je me vois -spar de ce qui existe, est un rve dont j'espre me rveiller en -mourant. - -5 - -On prouve de la joie en mourant quand on est fatigu d'tre spar du -monde, quand on sent toute l'horreur de cette sparation et la joie, -sinon de se joindre tout, du moins de sortir de la prison qui vous -spare ici o l'on n'a que rarement l'occasion de communiquer avec les -hommes au moyen d'tincelles d'amour qui volent de l'un l'autre. On -a envie de dire: J'en ai assez de cette cage; donnez-moi d'autres -rapports avec le monde, mieux appropris mon me; je sais que la mort -me les donnera. Et, pour me consoler, on m'assure que mme l je serai -une personnalit isole. - -6 - -J'ai sous les pieds une terre ferme et gele; autour de moi, sont -d'immenses arbres; au-dessus de ma tte, un ciel couvert; je sens mon -corps, je suis plong dans mes penses, et pourtant, je sais, je sens de -tout mon tre que la terre ferme, les arbres, le ciel, mon corps et mes -penses, tout cela n'est que momentan, que cela n'est que le rsultat -de mes cinq sens, de mon sentiment individuel du monde que j'ai moi-mme -bti, que tout cela n'est ainsi que parce que je suis telle partie du -monde et non pas une autre, que telle est ma sparation de l'univers. -Je sais qu'il suffit que je meurs, et tout cela ne disparatra pas avec -moi, mais se transformera, comme cela arrive au thtre: les arbres et -les pierres se transforment en palais, en tours etc. La mort oprera -en moi une transformation, que je passerai en un autre tre, autrement -spar du monde. Et alors, tout l'univers, en restant le mme pour ceux -qui y vivent, deviendra autre pour moi. Tout l'univers est tel et non -autre, uniquement parce que je me considre comme tel et non autre. Et -il peut y avoir une quantit innombrable de procds pour sparer les -tres de l'univers et les changer de point d'observation. - - - -VI.--_La mort dvoile ce qui paraissait inconcevable._ - -1 - -Plus l'homme vit longtemps, plus la vie se rvle lui: ce qui tait -ignor devient connu; et il en est ainsi jusqu' la mort. Et la mort -rvle tout ce que l'homme est en tat de concevoir. - -2 - -Quelque chose se rvle l'homme au moment de la mort. Ah, voil ce -que c'est, dit presque toujours l'expression du visage du moribond. -Mais nous, ceux qui restons, nous ne pouvons pas voir ce qui lui a t -rvl. Cela nous sera rvl plus tard, en son temps. - -3 - -Tout se rvle tant qu'on vit, comme si on s'levait de plus en plus sur -des marches. Mais la mort survient, et ce qui se rvlait, ne se rvle -plus, ou bien celui qui la rvlation tait faite cesse de voir ce qui -se rvlait avant, parce qu'il voit quelque chose de nouveau, de tout -diffrent. - -4 - -Ce qui meurt appartient dj en partie l'ternit. Il nous semble -que le moribond nous parle d'outre-tombe. Ce qu'il nous dit, nous -semble tre un commandement. Nous nous le reprsentons presque comme -un prophte. Il est vident que pour celui qui sent la vie s'en aller -et le cercueil s'ouvrir, le moment des graves discours est arriv. La -substance de sa nature doit se manifester. Le divin qui est en lui ne -peut plus rester cach. - - AMIEL - -5 - -Tous les malheurs nous rvlent ce qu'il y a en nous de divin, -d'immortel, qui forme la base de notre vie. Le plus grand malheur, -d'aprs la conception humaine--la mort--nous rvle entirement notre -vrai moi. - - - - -CHAPITRE XXX - -LA VIE EST UN BIEN - - -La vie de l'homme et son bonheur est dans l'union de plus en plus intime -de l'me, spare par le corps des autres mes et de Dieu, avec ce dont -elle est spare. Cette union s'opre par la manifestation de l'amour, -dterminant la libration de l'me du corps. C'est pourquoi, si l'homme -comprend que la vie et son bonheur consistent en cette libration de -l'me, sa vie, malgr toutes les souffrances, n'importe quels malheurs -et n'importe quelles maladies, ne peut tre rien d'autre qu'un bonheur. - - -I.--_La vie est le bonheur suprme, accessible l'homme._ - -1 - -La vie, quelle qu'elle soit, est un bien qui est suprieur tout autre. -Si nous disons que la vie est un mal, c'est uniquement par comparaison - une autre vie que nous imaginons meilleure; mais nous ne connaissons -aucune autre vie meilleure et ne pouvons la connatre; c'est pourquoi, -la vie, quelle qu'elle soit, est notre bonheur suprme. - -2 - -Nous ngligeons souvent le bien de la vie prsente, dans l'espoir de -recevoir quelque part un bien suprieur. Mais un si grand bien ne peut -jamais exister nulle part, parce que ce bien nous est dj donn: la -vie, bien au-dessus duquel il n'y a rien et il ne peut rien y avoir. - -3 - -Le monde ici-bas n'est pas une plaisanterie, ni une valle de larmes, -ni l'asile avant le passage dans un monde meilleur, mais un des mondes -ternels, beau, joyeux et que nous pouvons et devons, par nos efforts, -rendre plus beau et plus joyeux encore pour ceux qui vivent avec nous et -pour tous ceux qui y vivront aprs nous. - -4 - -L'homme est malheureux parce qu'il ne sait pas qu'il est heureux. - - DOSTOIEVSKY. - -5 - -On ne doit pas dire que le but de la vie est de servir Dieu. Le but de -la vie est toujours et sera toujours la recherche du bonheur. Et comme -Dieu a voulu donner le bonheur aux hommes, ceux-ci, en le poursuivant, -font ce que Dieu veut d'eux: ils accomplissent Sa volont. - - - -II.--_Le vrai bien est dans la vie prsente, et non dans la vie -d'outre-tombe._ - -1 - -D'aprs la fausse doctrine, la vie en ce monde est un mal, tandis que le -bien est atteint dans l'autre monde. - -D'aprs la vraie doctrine chrtienne, le but de la vie est le bonheur, -et on obtient ce bonheur ici-bas. - -Le vrai bien est toujours en notre pouvoir. Il suit la vie juste comme -une ombre. - -2 - -Si le paradis n'est pas en toi-mme, tu n'y pntreras jamais. - - ANGLUS. - -3 - -Ne crois pas que la vie n'est qu'un passage dans un autre monde, et -seulement que l nous pouvons tre heureux. Nous devons tre bien ici, -en ce monde. Et pour tre bien ici, nous n'avons qu' vivre comme veut -Celui Qui nous y a envoys. Et ne dis pas que pour que tu puisses bien -vivre, il faut que tous vivent bien, qu'ils mnent tous une vie juste. -Non. Vis toi-mme selon Dieu, fais des efforts toi-mme, et tu vivras -srement bien, et les autres ne s'en ressentiront pas plus mal, mais -mieux. - -4 - -Vis de la vraie vie, et tu auras beaucoup d'ennemis; mais ceux-ci mmes -t'aimeront. La vie t'apportera bien des malheurs; mais eux aussi te -rendront heureux, tu bniras la vie et tu forceras les autres la bnir. - - D'aprs DOSTOIEVSKY. - - - -III--_Tu ne trouveras le vrai bonheur qu'en toi-mme._ - -1 - -Dieu est entr en moi et c'est par moi qu'il cherche Son bien. Mais quel -peut tre le bonheur de Dieu? Seulement celui d'tre Lui. - - ANGLUS. - -2 - -Un sage dit: J'ai fait le tour du monde entier en cherchant le bien. -Je l'ai cherch sans trve, jour et nuit. Quand je dsesprais dj de -le trouver, une voix intrieure me dit: ce bien est en toi-mme. J'ai -cout cette voix et j'ai trouv le vrai bonheur. - -3 - -Quel bien te faut-il encore, quand Dieu et tout l'univers est en toi? - - ANGLUS. - -4 - -Les hommes sont heureux lorsqu'ils disent que rien n'est eux sauf leur -me. Ils sont heureux mme quand ils vivent parmi les gens cupides et -mchants qui les hassent: personne ne peut leur prendre leur bonheur. - - _Doctrine bouddhiste._ - -5 - -Mieux les hommes vivent, moins ils se plaignent des autres. Et plus -ils vivent mal, plus ils sont mcontents non pas d'eux-mmes, mais des -autres. - -6 - -Le sage cherche tout en lui-mme; l'insens cherche tout dans les -autres. CONFUCIUS. - - - -IV.--_La vraie vie est la vie spirituelle._ - -1 - -La vie humaine, pleine de souffrances corporelles pouvant s'arrter - tout instant, doit avoir, pour ne pas tre la plaisanterie la plus -grossire, un sens conformment auquel elle ne peut tre trouble ni par -les souffrances, ni par sa longue dure, ni par sa brivet. - -Or la vie humaine a ce sens. Il est dans notre conscience de plus en -plus nette de receler en nous Dieu. - -2 - -La vie humaine est une communion continue de l'tre spirituel, isol -par le corps, avec ce quoi il a conscience d'tre uni. Que l'homme -le comprenne ou non, qu'il le veuille ou non, cette communion s'opre -irrsistiblement par l'tat que nous appelons: vie humaine. La -diffrence entre les hommes qui ne comprennent pas leur destination et -ne veulent pas vivre conformment elle, et ceux qui la comprennent et -veulent vivre conformment elle, consiste en ce que la vie de ceux qui -ne la comprennent pas, est une souffrance continuelle, alors que la vie -de ceux qui la comprennent et qui accomplissent leur destination, est un -bien continu qui augmente sans cesse. - -3 - -Rien ne confirme de faon aussi clatante, que l'oeuvre de la vie est -dans le perfectionnement moral, que le fait que, si varis que soient -tes dsirs en dehors de ce perfectionnement, et bien qu'ils soient -entirement raliss, l'attrait du dsir s'teint aussitt que le but -est ralis. Il n'y a qu'une chose qui conserve la joie--c'est d'tre -conscient que l'on avance vers la perfection. - -Seul ce perfectionnement continuel donne la vraie joie qui ne cesse de -grandir. Chaque pas en avant fait sur ce chemin, entrane une rcompense -qui est obtenue immdiatement. Et rien, ne peut la ravir. - -4 - -Celui qui consacre sa vie au perfectionnement spirituel ne peut tre -mcontent, car ce qu'il dsire est toujours en son pouvoir. - - PASCAL. - -5 - -tre heureux, possder la vie ternelle, vivre en Dieu, tre sauv, tout -cela a le mme sens: c'est la solution du problme de la vie. Et ce -bien s'accrot; l'homme ressent la possession de plus en plus forte et -profonde de la joie cleste. Et ce bien n'a pas de bornes, car ce bien -est la libert, la toute-puissance, la satisfaction complte de tous les -dsirs. - - AMIEL. - - - -V.--_En quoi consiste le vrai bonheur._ - -1 - -Les biens rels sont peu nombreux. Le vrai bien, le vrai bonheur est ce -qui est le bien pour tous. - -C'est pourquoi, on ne doit dsirer que ce qui est conforme au bien -commun. Celui dont l'oeuvre vise ce but obtiendra son bonheur. - - MARC-AURLE. - -2 - -Dans les situations des hommes, le mal est uni au bien, tandis que -dans leurs tendances ce mlange n'existe pas. La tendance peut tre -mauvaise: chercher accomplir la volont de sa nature charnelle--, -ou bonne: chercher accomplir la volont de Dieu. Si l'homme suit le -premier dsir, il est srement malheureux; s'il suit le deuxime, il n'y -a pas pour lui de malheur possible--tout est bonheur. - -3 - -Personne ne peut faire le vrai bonheur d'un autre. L'homme ne peut faire -que son propre bonheur. Le vrai bien ne consiste qu'en une seule chose: -vivre pour l'me et non pour le corps. - -4 - -Faire le bien est la seule oeuvre dont on puisse dire qu'elle nous est -srement profitable. - -5 - -On dit que celui qui fait le bien n'a pas besoin de rcompense. C'est -vrai, si l'on croit que la rcompense ne sera pas en toi et ne viendra -pas de suite, mais dans l'avenir. Mais l'homme est incapable de faire -le bien sans rcompense, sans que cela lui donne la joie. Il s'agit de -comprendre en quoi consiste la vraie rcompense. Elle n'est pas dans -ce qui est extrieur ni dans l'avenir, mais dans ce qui est interne et -actuel: elle est dans le perfectionnement de l'me. C'est l qu'est la -rcompense et en mme temps la raison de faire le bien. - -6 - -Un homme de sainte vie priait Dieu pour les hommes: O Seigneur, -disait-il, sois misricordieux pour les mchants, parce que tu as dj -t misricordieux pour les bons: ils sont heureux, parce qu'ils sont -bons. - - SAADI. - - - -VI.--_Le bien est dans l'amour._ - -1 - -Il n'y a qu'une chose faire pour tre sr d'tre heureux: c'est -d'aimer, d'aimer tous, les mchants et les bons. Aime toujours et tu -seras heureux toujours. - -2 - -Nous ne savons pas et nous ne pouvons savoir pourquoi nous vivons. -Aussi, ne pourrions-nous pas savoir ce que nous devons et ce que nous ne -devons pas faire, si nous n'prouvions pas le dsir du bien. Ce dsir -nous dmontre clairement ce que nous devons faire, condition de ne pas -comprendre notre vie la faon de l'animal, mais en nous souvenant que -nous avons une me. Et le bonheur que dsire notre me nous est donn -dans l'amour. - -3 - -Si le Dieu de charit existe et s'Il a cr le monde, Il l'a srement -fait de faon ce que tous, y compris les hommes, y soient heureux. - -Mais si Dieu n'existe pas, vivons nous-mmes de faon ce que nous -soyons bien. Et pour que nous soyons bien, il faut que nous nous aimions -les uns et les autres, il faut qu'il y ait de l'amour. Et Dieu tant -amour, nous viendrons encore Lui. - -4 - -On dit: Pourquoi aimerions-nous ceux qui nous sont dsagrables? -Parce que c'est l qu'est la joie. Eprouve-le et tu sauras si c'est vrai. - -5 - -Rien que la mort devant nous, rien que l'accomplissement immdiat du -devoir! Comme cela semble triste et effrayant! Pourtant, consacre ta vie - l'union, par l'amour, aux hommes et Dieu, et ce qui te paraissait -effrayant, deviendra le plus grand bien. - - - -VII.--_Plus l'homme vit pour son corps, plus il est priv du vrai -bonheur._ - -1 - -Les uns cherchent le bien dans la puissance, les autres dans les -sciences, les troisimes dans les plaisirs. Ces trois genres de -jouissances ont form trois coles diffrentes, et tous les philosophes -ont toujours suivi l'une d'elles. D'autres, qui se sont plus rapprochs -de la vraie philosophie, ont compris qu'il est ncessaire que le bien -gnral dsir par tous ne soient dans aucune des choses particulires -qui ne peuvent tre possdes que par un seul, et qui, tant partages, -affligent plus le possesseur par le manque de la partie qu'il n'a pas, -qu'elles ne le contentent par la jouissance de celle qui lui appartient. -Ils ont compris que le vrai bien devait tre tel que tous puissent le -possder la fois, sans diminution et sans envie, et que personne -ne pt le perdre contre son gr. Et ce bien existe: ce bien est dans -l'amour. - - PASCAL. - -2 - -Pourquoi t'agites-tu, malheureureux? Tu cherches le bien, tu cours -quelque part, et le bien est en toi-mme. Inutile de le chercher -d'autres portes. Si le bien n'est pas en toi, il n'est nulle part. Le -bien est en toi, en ce que tu peux aimer tous, non pour quelque chose, -mais pour vivre, et non de ta propre vie, mais aussi de celle des -autres. Chercher le bien dans le monde et ne pas profiter du bien qui -est en notre me, revient au mme que d'aller puiser l'eau dans une -grande mare trouble et loigne, tandis qu'il y a ct une source pure -venant de la montagne. - - D'aprs ANGLUS. - -3 - -Si tu veux le vrai bonheur, ne le cherche pas dans les pays loigns, -dans la richesse, dans les honneurs, ne le demande pas aux hommes, ne -t'inclinent pas devant eux et ne lutte pas contre eux pour le bonheur. -On peut, par ces moyens, obtenir des richesses, un grand titre et -diverses choses inutiles; mais le vrai bonheur, dont chacun a besoin, -ne peut tre obtenu auprs des hommes, ni achet ou sollicit, ni donn -gratuitement. Sache que tout ce que tu ne peux prendre toi-mme, ne -t'appartient pas et ne t'est pas ncessaire. Tu peux toujours prendre -toi-mme, par une vie juste, tous ce dont tu as besoin. - -Oui, le bonheur ne dpend ni du ciel, ni de la terre, mais uniquement de -nous-mmes. - -Il n'y a qu'un seul bien au monde, lui seul nous est ncessaire. Quel -est donc ce bien? C'est la vie dans l'amour. Et ce bien peut tre -facilement obtenu. - - D'aprs SKOVORODA. - -4 - -Dieu soit lou d'avoir rendu facile aux hommes tout ce qui leur est -ncessaire, et difficile tout ce dont ils n'ont pas besoin. Le bonheur -est trs ncessaire l'homme, et il n'y a rien de plus facile que -d'tre heureux. Dieu en soit lou! - -Le Royaume de Dieu est en nous. Le bonheur est dans le coeur, s'il -contient de l'amour. - -Qu'arriverait-il si le bonheur ncessaire tout homme avait t accord -suivant l'endroit, le temps, l'tat, la position, la sant, la force -corporelle? Qu'arriverait-il si le bonheur existait uniquement en -Amrique, ou uniquement Jrusalem, ou l'poque de Salomon, dans la -demeure des rois, grce la richesse, aux grades, si on le trouvait -seulement au dsert, dans les sciences, dans la sant, dans la beaut? - -Serait-il possible aux hommes de ne vivre qu'en Amrique, ou de vivre -la mme poque? Si le bonheur tait dans la richesse, ou dans la sant, -ou dans la beaut, tous les pauvres, tous les vieux, tous les malades, -tous les laids seraient malheureux. Dieu aurait-il priv tous ces gens -de bonheur? Non, Dieu soit lou, il a rendu l'inutile difficile: il a -agi de faon ce qu'il n'y ait pas de bonheur dans la richesse, ni dans -les grades, ni dans la beaut du corps. Le bonheur n'est qu'en une seule -chose--dans la vie juste, et cela est au pouvoir de chacun. - -5 - -Demander Dieu que quelqu'un nous donne le bien dans cette vie, revient -au mme que d'tre assis auprs d'une source, et demander d'autres de -calmer ta soif. Baisse-toi et bois. Le bonheur nous est donn, il faut -savoir en profiter. - -6 - -Si tu considres comme un bien ce qui n'est pas en ton pouvoir, tu seras -toujours malheureux. Persuades-toi que tout le bonheur est ta porte, -et personne ne te le ravira. - - - -VIII.--_L'homme n'prouve pas le bien de la vie uniquement quand il ne -suit pas la loi de la vie._ - -1 - -Si tu demandes: pourquoi le mal existe-t-il? Je rponds par la question: -pourquoi la vie existe-t-elle? Le mal est pour que la vie soit. La vie -se manifeste par la libration du mal. - -2 - -Si notre vie n'est pas heureuse, cela tient uniquement ce que nous ne -faisons pas ce que nous aurions d faire pour que la vie soit une joie -perptuelle. - -3 - -Si quelqu'un dit qu'il se sent malheureux en faisant le bien, cela -prouve uniquement que ce qu'il considre comme le bien ne l'est pas. - -4 - -Sache et souviens-toi que si l'homme est malheureux, c'est par sa propre -faute. Les hommes ne sont malheureux que lorsqu'ils dsirent ce qu'ils -ne peuvent avoir. - -Que ne peuvent-ils pas toujours avoir, bien qu'ils le dsirent, et que -peuvent-ils toujours avoir quand ils le dsirent? - -Ils ne peuvent pas toujours avoir ce qui n'est pas en leur pouvoir, -ce que les autres peuvent lui prendre. Seul est en leur pouvoir ce -que rien ni personne ne sauraient leur ravir. A la premire catgorie -appartiennent tous les biens terrestres: la richesse, les honneurs, la -sant. A la deuxime: notre me, notre perfectionnement spirituel. Et -prcisment la chose qui nous est le plus ncessaire pour notre bien est -en notre pouvoir, parce que rien, aucun bien terrestre ne donne le vrai -bien, mais ne fait que nous leurrer. Le vrai bien ne peut tre obtenu -que par notre effort vers la perfection spirituelle, et cet effort est -toujours en notre pouvoir. - -On a agi pour nous de mme qu'un bon pre aurait agi pour ses enfants. -Seul ce qui ne peut nous donner le bonheur ne nous appartient pas, -tandis que tout ce qui nous est ncessaire nous est donn. - - PICTTE. - -5 - -Ne crois pas que la perplexit devant le sens de la vie soit quelque -chose de noble ou de tragique. Cette perplexit est pareille celle que -l'homme prouve lorsqu'il se voit dans une socit occupe lire un bon -livre. La perplexit de cet homme qui n'coute pas attentivement ou n'a -pas compris ce qu'on lit et qui s'agite au milieu des gens occups, n'a -rien de noble ni de tragique, mais est ridicule, bte et pitoyable. - -6 - -Il y avait une fois un bienfaiteur qui, voulant faire aux hommes le plus -de bien possible, se mit rflchir pour savoir comment il devait s'y -prendre pour n'offenser personne et pour que tous en profitent. Si l'on -distribue les richesses directement aux gens, on risque de donner moins - celui qui en a le plus besoin, et l'on en saurait en donner galement - tout le monde; alors ceux qui n'en auraient pas assez diraient: -Pourquoi as-tu donn aux autres et pas nous? - -Le bienfaiteur eut alors l'ide d'installer une auberge dans un endroit -o passait beaucoup de monde et d'y dposer tout ce qui peut tre utile, -ou faire plaisir au voyageur. Il y mnagea des chambres bien chaudes, de -bons poles, du bois brler de provisions d'clairage, de pains, de -lgumes, de fruits, de boissons de toute sorte, des lits, des vtements, -du linge, des chaussures, bref, quantit de produits pouvant suffire -beaucoup de monde. Puis, le bienfaiteur s'en alla pour voir ce qui en -rsultera son retour. - -Les bonnes gens commencrent affluer l'auberge: y mangeaient, -buvaient, couchaient, passaient parfois un jour ou deux, y restaient -parfois une semaine entire. Parfois, ceux qui en avaient besoin -emportaient des vtements et des chaussures. Avant de s'en aller, ils -rangeaient tout pour que d'autres passants puissent aussi en profiter, -et puis ils partaient en remerciant le bienfaiteur inconnu. - -Mais un jour, arrivrent des gens grossiers et mchants. Ils -s'emparrent de tout ce qui leur convenait, et une dispute clata -parmi eux au moment du partage. D'abord, ils s'injurirent, puis ils -en vinrent aux mains, et se mirent s'arracher les uns aux autres -les objets et les briser exprs pour que d'autres ne puissent s'en -emparer. Et lorsqu'ils eurent tout dtruit et commencrent souffrir -du froid et de la faim ils se mirent mdire du propritaire, en -l'accusant d'avoir mal organis les choses, de n'avoir pas mis de -gardiens pour empcher d'entrer de mauvaises gens. D'autres prtendaient -qu'il n'y avait pas de propritaire du tout, et que l'auberge s'tait -organise toute seule. - -Affams, transis de froid et irrits, ces gens quittrent l'auberge -en s'injuriant entre eux, maudissant l'auberge et celui qui l'avait -construite. - -Les hommes agissent de mme sur la terre quand ils ne vivent pas pour -leur me, mais pour leur corps, qu'ils gchent leur vie et celle des -autres, s'accusent entre eux et accusent Dieu, au lieu de s'accuser -eux-mmes, s'ils croient en Dieu, et accusent l'univers, s'ils ne -croient pas en Dieu, et s'imaginent que le monde s'est organis tout -seul. - - - -IX.--_Seule l'observance de la loi de la vie donne le bien l'homme._ - -1 - -Il faut toujours tre joyeux. Si tu ne l'es plus, cherche o tu t'es -tromp. - -2 - -Si l'homme n'est pas satisfait de sa situation, il peut la modifier par -deux moyens: amliorer les conditions de sa vie, ou bien amliorer son -tat moral. Le premier n'est pas toujours en son pouvoir, le second -l'est toujours. - - EMERSON. - -3 - -Il me semble que l'homme doit considrer comme rgle principale d'tre -heureux et satisfait. Il faut tre honteux de son mcontentement comme -d'une mauvaise action, et savoir que s'il y a quelque chose qui ne va -pas en soi, on ne doit pas le raconter aux autres et s'en plaindre, mais -tcher de corriger ce qui va mal. - -4 - -L'observance de la loi de Dieu, de la loi d'amour qui donne le bien -suprme, est possible dans toutes les situations. - -5 - -Venez Moi, vous tous qui tes fatigus et chargs, et je vous -soulagerai. Car Mon joug est le bien et Ma charge est lgre, dit -la doctrine du Christ. Ces paroles signifient qu'indpendamment des -malheurs qui accablent l'homme, indpendamment des offenses et des -amertumes qu'il doit supporter, il lui suffit de comprendre et de -recueillir dans son coeur la vraie doctrine, qui dit que la vie et son -bien consistent unir l'me ce dont elle est spare par le corps: -aux mes des autres hommes et Dieu, pour que tout le mal apparent -disparaisse. Il suffit l'homme de voir le but de la vie dans l'union -affectueuse avec tout ce qui vit et avec Dieu, et sa vie, au lieu d'tre -un tourment, devient aussitt le bonheur. - - -FIN - - - * * * * * - - -TABLE DES MATIRES - -Prface du traducteur - -Prface de l'auteur - - - I. La foi - II. Dieu - III. L'me - IV. Une mme me chez tous - V. L'amour - VI. Pchs, tentations, superstitions - VII. Les excs - VIII. La lubricit - IX. L'oisivet - X. La cupidit - XI. La colre - XII. L'orgueil - XIII. L'ingalit - XIV. La violence - XV. Le chtiment - XVI. La vanit - XVII. Les fausses croyances - XVIII. La fausse science - XIX. L'effort - XX. La vie est dans le prsent - XXI. Le non-agir - XXII. La parole - XXIII. La pense - XXIV. L'abngation - XXV. L'humilit - XXVI. La vracit - XXVII. Le mal - XXVIII. La mort - XXIX. Aprs la mort - XXX. La vie est un bien - - - - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of La Pense de l'Humanit, by Lon Tolsto - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSE DE L'HUMANIT *** - -***** This file should be named 43761-8.txt or 43761-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/3/7/6/43761/ - -Produced by Madeleine Fournier, Annemie Arnst & Marc -D'Hooghe at http://www.freeliterature.org (Scans generously -made available by Gallica, Bibliothque nationale de France) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. Special rules, -set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to -copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to -protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark. Project -Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you -charge for the eBooks, unless you receive specific permission. If you -do not charge anything for copies of this eBook, complying with the -rules is very easy. You may use this eBook for nearly any purpose -such as creation of derivative works, reports, performances and -research. They may be modified and printed and given away--you may do -practically ANYTHING with public domain eBooks. Redistribution is -subject to the trademark license, especially commercial -redistribution. - - - -*** START: FULL LICENSE *** - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project -Gutenberg-tm License available with this file or online at - www.gutenberg.org/license. - - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm -electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. Compliance requirements are not uniform and it takes a -considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up -with these requirements. We do not solicit donations in locations -where we have not received written confirmation of compliance. 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Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm -concept of a library of electronic works that could be freely shared -with anyone. For forty years, he produced and distributed Project -Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. -unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily -keep eBooks in compliance with any particular paper edition. - -Most people start at our Web site which has the main PG search facility: - - www.gutenberg.org - -This Web site includes information about Project Gutenberg-tm, -including how to make donations to the Project Gutenberg Literary -Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to -subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks. - diff --git a/43761-8.zip b/43761-8.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index cf5ac61..0000000 --- a/43761-8.zip +++ /dev/null diff --git a/43761-h.zip b/43761-h.zip Binary files differdeleted file mode 100644 index d5c92ce..0000000 --- a/43761-h.zip +++ /dev/null diff --git a/43761-h/43761-h.htm b/43761-h/43761-h.htm index 3e3598f..f5b3a8b 100644 --- a/43761-h/43761-h.htm +++ b/43761-h/43761-h.htm @@ -96,9 +96,9 @@ v:link {color: #800000; text-decoration: none; } </style> </head> <body> +<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43761 ***</div> -<div>*** START OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43761 ***</div> @@ -14156,7 +14156,7 @@ un tourment, devient aussitôt le bonheur.</p> -<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43761 ***</div> +<div>*** END OF THE PROJECT GUTENBERG EBOOK 43761 ***</div> </body> </html> diff --git a/43761.json b/43761.json deleted file mode 100644 index c0c4a91..0000000 --- a/43761.json +++ /dev/null @@ -1,5 +0,0 @@ -{
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Tolstoï - -Author: Léon Tolstoï - -Translator: Ely Halpérine-Kaminsky - -Release Date: September 18, 2013 [EBook #43761] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSÉE DE L'HUMANITÉ *** - - - - -Produced by Madeleine Fournier, Annemie Arnst & Marc -D'Hooghe at http://www.freeliterature.org (Scans generously -made available by Gallica, Bibliothèque nationale de France) - - - - - -LÉON TOLSTOÏ - -La Pensée de l'Humanité - -Dernière œuvre de L. Tolstoï - -TRADUITE DU RUSSE - -PAR - -E. HALPÉRINE-KAMINSKY - -PARIS - -_L'ÉDITION MODERNE--LIBRAIRIE AMBERT_ - -47, RUE DE BERRI, 47 - -1912 - - - - -PRÉFACE DU TRADUCTEUR - - -L'ouvrage de Léon Tolstoï, dont nous présentons ici au lecteur européen -la première traduction française, a une double portée. Il résume les -pensées exprimées par les sages universellement reconnus et par les -fondateurs des religions les plus répandues de tous les temps et de -tous les pays, pensées sur le sens et le but suprême de la vie. C'est -en cherchant à son tour, durant son existence entière, le «chemin de la -vie», que le grand penseur russe s'est efforcé de mettre à profit ce -qui avait été dit et écrit avant lui sur l'éternel problème, pour sa -propre éducation, d'abord, pour éclairer les autres, ensuite, par des -citations appropriées. Le présent ouvrage est le résultat de ce travail -formidable. C'est bien «la pensée de l'humanité» refléchie par l'âme de -Tolstoï. - -C'est, d'autre part, son œuvre testamentaire, celle qu'il entoura de -plus de soin durant ses dernières années et dont il corrigeait les -épreuves jusqu'à sur sa couche de mourant. - -Il avait déjà précédemment établi plusieurs recueils analogues, sans -avoir pu se déclarer satisfait. Ce fut, premièrement: _Pensées des -sages pour chaque jour;_ puis: _Cercle de lecture,_ et, enfin: _Lectures -quotidiennes_. Durant dix ans, l'auteur de ces recueils, dont chacun -forme plusieurs volumes, ne cessait de les amender, de les coordonner -sur un nouveau plan, et c'est de ce long travail préliminaire qu'est -sorti enfin _Le Chemin de la vie_ dont nous croyons plus explicitement -intituler la version française: _La Pensée de l'Humanité_. - -L'idée de laisser avant de mourir la confirmation de sa doctrine par la -collectivité de grands penseurs, le hantait avec une telle constance -que toutes les fois où Tolstoï croyait sa fin proche, son unique -préoccupation était d'en activer la réalisation. L'un de ses disciples -et plus proches amis, M. Gorbounov-Possadov, qui avait été chargé -par lui de publier les recueils énumérés, raconte, dans sa préface à -l'édition russe du _Chemin de la vie_, ces détails significatifs sur -l'origine du premier recueil: - -«Pendant la grave maladie dont L.N. Tolstoï souffrait en janvier -1903, alors que sa vie était en danger et qu'il n'avait plus la force -de s'adonner à ses travaux habituels, il relisait l'Evangile et, en -détachant chaque jour les feuilles du calendrier suspendu à la tête -de son lit, parcourait les maximes empruntées aux grands penseurs que -portaient les feuillets. Le calendrier étant épuisé et le malade n'ayant -pas sous la main un autre pour le remplacer, Tolstoï éprouva le désir -d'établir pour son usage personnel un recueil des pensées pour sa -lecture quotidienne. C'est ainsi que, durant sa maladie, il réunit les -éléments pour son premier recueil.» - -Rétabli, il ne cessa d'enrichir chaque nouveau recueil du produit de -ses constantes recherches, utilisant toute pensée qui avait sa valeur -propre, sans se préoccuper de la tendance de l'auteur, fût-il le prince -Bismarck, «tout rougi du sang de ses frères allemands et français», en -témoignage, nous dit M. Gorbounov-Possadov, «de ce fait que l'étincelle -sacrée subsiste même chez le représentant le plus implacable du régime -de violence». Quantité de ses propres pensées, soit extraites de ses -ouvrages extérieurs, soit nouvellement rédigées, s'aggloméraient -à celles des autres auteurs. Le tout était disposé en lectures -quotidiennes, pour tous les jours de l'année. - -Pour le présent travail, outre de nombreuses additions inédites, il -modifia cette disposition suivant un plan nouveau, plus rationnelle. Les -pensées sur le sens de la vie, sur nos passions bonnes et mauvaises, sur -la conduite à observer dans divers cas, etc., furent groupées en trente -chapitres homogènes, chacun traitant une seule question fondamentale. -Cette division correspond donc à un mois de lecture, au lieu de -s'espacer sur l'année entière. Tout en conservant ainsi son caractère -de livre de chevet, le présent ouvrage gagne en ordonnance, et cela -d'autant plus que les chapitres sont disposés suivant le développement -logique de la doctrine de Tolstoï. - -Rappelons, enfin, que l'ermite de Yasnaïa Poliana avait mis une passion -particulière à la rédaction de son dernier travail. M. Gorbounov nous -conte que, non content d'avoir refait à plusieurs reprises le manuscrit, -l'auteur multipliait les corrections en première, en deuxième, en -troisième épreuves. En portant lui-même les épreuves corrigées à -son éditeur,--celui-ci demeurait alors dans le voisinage de Yasnaïa -Poliana,--Tolstoï s'excusait avec un sourire contraint, comme si on -l'avait pris en défaut: «J'ai encore tout barbouillé. Pardonnez-moi, je -ne recommencerai pas.» - -«La dernière fois, ajoute M. Gorbounov, j'ai apporté à Léon -Nicolaïevitch les épreuves de deux fascicules de son ouvrage le 11 -novembre 1910 (trois jours avant la mort de Tolstoï), à Astapovo, où -il se mourait. Il eut encore la force d'écouter attentivement les -renseignements que je lui ai apportés sur la marche de l'impression des -trente fascicules. J'ai ajouté qu'à tout hasard, je lui apportais la -troisième épreuve de deux fascicules; il me répondit, d'une voix éteinte -et où perçait le regret de son impuissance de se remettre à son travail -favori: «Je n'ai pas la force.... Faites-le vous-même.» - -Nous sommes bien en présence de l'expression dernière et la plus -complète peut-être de la doctrine du grand mort, confrontée avec -les pensées de plus grands philosophes de l'humanité et de ses plus -anciennes traditions. Tolstoï cite, en effet, tous les livres sacrés -connus de tous les pays: la _Bible, Vichnou-Pourana, Rama-Krichna_ et -autres textes hindous; Bouddha, Lao-Tseu, Confucius et les Bramines; -_l'Evangile_, les Apôtres, le _Talmud_ et le _Coran;_ et aussi les -plus antiques traditions: chinoises, hindoues, arabes, persanes, voire -mexicaines d'avant la découverte de l'Amérique et quinze siècles avant -l'ère chrétienne; les philosophes grecs Héraclite, Socrate, Platon, -Xenophon et Épictète, comme les romains Caton, Cicéron, Sénèque, -Juvénal, Marc-Aurèle et Lactance; Basile-le-Grand et Jean Chrysostome; -Mahomet, Saadi et Saïd Ben-Hamed; Jean Huss, Erasme, Luther; Montaigne, -Pascal, Fénelon, La Bruyère, Rousseau, Lamennais et Lamartine; Emerson, -Bentham, Thomas More, Carlyle, Ruskin, Carpenter, Grant-Allen et Henry -George; Kant, Lessing, Humboldt et Schopenhauer; Gogol, Hertzen et -Dostoïevsky, etc. etc., pour ne nommer que les livres et les auteurs les -plus universellement connus et sans faire état des sources que Tolstoï -n'indique pas, en raison de ce que les passages empruntés sont, comme il -l'explique dans sa préface, interprétés et non pas fidèlement traduits -par lui. - -/$ - E. HALPÉRINE-KAMINSKY. -$/ - - - - -PRÉFACE DE L'AUTEUR - - -Les pensées recueillies ici, appartiennent aux auteurs les plus divers, -depuis les écrits des brahmanes, de Confucius, des bouddhistes jusqu'à -l'Évangile, aux Épitres et aux travaux de bien des penseurs, tant -anciens que modernes. La plupart de ces pensées ont été tellement -modifiées par mes traductions et adaptations, qu'il serait déplacé de -maintenir la signature de leurs auteurs. Les meilleures de ces pensées -ne sont pas de moi, mais des plus grands sages de l'univers. - - Léon Tolstoï. - - - - - - -La Pensée de l'Humanité - - -CHAPITRE PREMIER - -DE LA FOI - - -Pour vivre heureux, l'homme doit savoir ce qu'il peut et ce qu'il ne -peut pas faire. Et seule la foi le lui apprend. La foi indique ce qu'est -l'homme et pourquoi il est sur la terre. Cette foi a toujours existé et -existe chez tous les hommes doués de raison. - - -I.--_En quoi consiste la véritable foi_. - -1 - -Afin de vivre d'une vie heureuse, l'homme doit comprendre ce qu'est la -vie, ce qu'il peut et ce qu'il ne peut pas faire. Ceux qui furent les -meilleurs et les plus sages parmi tous les peuples l'enseignèrent de -tout temps. Toutes les doctrines de ces sages se rejoignent par leur -base. Et c'est cet ensemble des doctrines, révélant le but de la vie -humaine et la conduite à observer, qui constitue la véritable religion. - -2 - -Quel est la signification de l'univers dont je ne conçois ni la fin -ni le commencement? Que représente ma vie dans cet univers et comment -dois-je vivre cette vie? - -La foi seule répond à ces questions. - -3 - -La vraie religion a pour mission de révéler la loi qui prime toutes les -lois humaines et qui est une pour tous les hommes. - -4 - -Il peut exister plusieurs croyances erronées, mais la vraie croyance est -une. - - KANT. - -5 - -Si ta foi a été effleurée d'un doute, tu n'as plus la foi. La foi est -alors seulement la foi, quand il ne te vient même pas la pensée qu'elle -puisse être mensongère. - -6 - -Il existe deux sortes de croyances: la confiance qu'on accorde à ce -qu'affirment les hommes; c'est, la foi en l'humanité, et on en compte un -grand nombre. L'autre croyance reconnaît la dépendance dans laquelle on -se trouve envers Celui qui nous a envoyés dans ce monde. C'est la foi en -Dieu, et il n'en existe qu'une pour tous. - - - -II.--_L'enseignement de la vraie foi est toujours clair et simple._ - -1 - -Croire--signifie avoir confiance en ce qui nous est révélé, sans nous -demander pourquoi il en est ainsi et ce qu'il en résultera. C'est en -cela que réside la vraie foi. Elle nous apprend qui nous sommes et quels -devoirs suscite en nous cette connaissance; mais elle reste muette sur -les conséquences et les résultats des actes ordonnés par elle. - -Si je crois en Dieu, point n'est besoin de connaître le but de mon -obéissance à la volonté divine, car je sais que Dieu est amour et que -l'amour n'a qu'un but: le Bien. - -2 - -La véritable loi de la vie est si simple, si claire et si compréhensible -que les hommes n'ont pas d'excuse à leur mauvaise vie sous prétexte -d'ignorer cette loi. Si les hommes vivent contrairement à la loi de la -vraie vie ils répudient la raison. Et c'est ce qu'ils font. - -3 - -On dit que l'accomplissement de la volonté divine est ardue. C'est faux. -La loi de vie ne nous demande qu'amour envers notre prochain. Et l'amour -n'est pas pénible, mais joyeux. - - D'après GRÉGOIRE SKOVORODA. - -4 - -Le sentiment qu'éprouve l'homme lorsqu'il découvre la vraie foi est -semblable à celui d'une personne faisant jaillir la lumière dans une -chambre obscure. Tout s'éclaire et le bonheur remplit l'âme. - - - -III.--_La véritable foi est dans l'amour de Dieu et de son prochain._ - -1 - -«Aimez-vous les uns les autres comme je vous aime; tous vous -reconnaîtront pour mes disciples, si vous vous aimez les uns les -autres»,--a dit le Christ. Il ne dit pas: si vous _croyez_ en ceci ou en -cela, mais si vous _aimez_.--La foi chez différents hommes, à diverses -époques, peut varier, mais l'amour est invariable chez tous. - -La vraie foi est unique--c'est l'amour pour tout ce qui vit. - - YBRAHIM DE CORDOUE. - -3 - -L'amour rend les hommes heureux, parce qu'il unit l'homme à Dieu. - -4 - -Le Christ a révélé aux hommes que l'_éternel_ n'était pas la même chose -que le _futur_, mais que l'éternel, l'invisible, est en nous, dans cette -vie même, que nous devenons éternels lorsque nous sommes en communion -avec le Dieu-Esprit en lequel tout vit et se meut. - -Nous parvenons à cette éternité uniquement par l'amour. - - - -IV.--_La foi dirige la vie des hommes_. - -1 - -Seul, celui qui agit selon ce qu'il considère comme loi de la vie, -connaît la loi de la vie. - -2 - -Toute foi n'est qu'une réponse à ceci: comment dois-je vivre dans le -monde, non pas aux yeux des hommes, mais aux yeux de Celui qui m'a -envoyé sur la terre? - -3 - -La vraie foi n'est pas de savoir bien parler de Dieu, de l'âme, de ce -qui a été et de ce qui sera, mais uniquement de bien savoir ce qu'il -faut faire et ne pas faire dans cette vie. - - D'après KANT. - -4 - -Si un homme éprouve des malheurs dans la vie, c'est uniquement parce que -cet homme n'a pas de foi. Il en est de même pour tout un peuple. Si un -peuple est malheureux, c'est parce qu'il a perdu la foi. - -5 - -La vie des hommes est heureuse ou malheureuse, suivant leur conception -de la vraie loi de la vie. Plus ils comprennent clairement cette loi, -plus leur vie est heureuse; plus ils la comprennent faussement, plus -leur vie est malheureuse. - -6 - -Pour sortir des souillures du péché, de la dépravation et de la vie -malheureuse,'il ne faut aux hommes qu'une chose, une religion dans -laquelle ils ne vivraient pas, chacun pour soi, comme ils le font à -présent, mais d'une vie commune, en reconnaissant tous la même loi et -le même but. Alors seulement les hommes, en répétant les paroles de la -prière du Seigneur: «Que ton règne arrive sur la terre comme au ciel» -pourraient espérer que le règne de Dieu viendrait réellement sur la -terre. - - D'après MAZZINI. - -7 - -Si une religion nous apprend qu'il faut renoncer à cette vie pour la vie -éternelle, c'est une religion mensongère. On ne peut pas renoncer, à -cette vie pour la vie éternelle, pour cette raison que la vie éternelle -existe déjà dans cette vie. - - WEMANA indienne. - -8 - -Plus la foi de l'homme est solide, plus sa vie est ferme. La vie d'un -homme sans religion est celle d'une bête. - - - -V.--_La fausse religion._ - -1 - -La loi de la vie commandant d'aimer Dieu et son prochain est simple et -claire: tout homme, ayant atteint l'âge de raison la conçoit par son -cœur. Par conséquent, s'il n'y avait, pas de doctrines erronées, tous -les hommes reconnaîtraient cette loi, et le royaume des cieux serait sur -la terre. - -Mais, partout et toujours, des faux docteurs ont appris aux hommes à -reconnaître comme loi de Dieu, ce qui n'est pas sa loi. Les multitudes -ont accepté ces fausses doctrines et se sont éloignées de la vraie loi -de la vie et de l'accomplissement de la véritable loi. Aussi, leur vie -n'en est devenue que plus pénible et plus malheureuse. - -Il ne faut donc croire à aucune doctrine, si elle n'est pas d'accord -avec l'amour de Dieu et de son prochain. - -2 - -Il ne faut pas croire que la religion est vraie parce qu'elle est -vieille. Au contraire, plus les hommes vivent, plus la vraie loi de la -vie leur devient claire. Supposer qu'à notre époque, il faut continuer à -croire à ce que croyaient nos grands-pères et aïeux, c'est croire qu'un -adulte peut continuer à porter les vêtements d'enfant. - -3 - -Nous nous lamentons de ce que nous ne croyons plus en ce que croyaient -nos pères. Il ne faut pas s'en désoler, mais s'efforcer de créer une -religion à laquelle nous puissions croire aussi fermement que nos pères -croyaient à la leur. - - MARTINEAU. - - - - -VI.--_Le culte extérieur._ - -1 - -La vraie foi est dans la croyance en une seule loi qui convient à tous -les hommes de l'univers. - -2 - -La vraie religion enseigne de vivre dans le bien, en accord avec tous -et d'agir envers son prochain comme on voudrait qu'on agisse envers nous. - -Cette vraie religion a été enseignée par tous les sages, par tous les -saints de tous les peuples. - - - -VII._--L'idée de la récompense pour la bonne conduite est incompatible -avec la vraie foi._ - -1 - -Quiconque, pratique une religion seulement en vue des récompenses -qu'elle peut lui assurer pour ses bonnes œuvres, ne fait pas preuve de -foi mais de calcul, calcul toujours faux. Il est faux, parce que la -vraie foi assure le bonheur dans le présent uniquement, qu'elle ne donne -et ne peut donner aucun bonheur dans l'avenir. - -2 - -Un ouvrier cherchait à s'embaucher. Il rencontra deux embaucheurs, qui, -chacun de son côté, se mirent à lui vanter leurs patrons. L'un lui dit -que la place était excellente. «Il est vrai, que si tu ne contentes -pas le patron, il te frappera, t'emprisonnera; mais si tu réussis à -le satisfaire, tu ne pourras pas avoir de vie plus agréable. Quand tu -auras fini ton temps de travail, tu auras ta retraite, tu vivras sans -rien faire; des fêtes, du vin, des friandises et promenades chaque jour. -Plais-lui seulement; la vie sera telle que tu n'en peux imaginer de -meilleure.» - -L'autre embaucheur invita, à son tour, l'ouvrier à aller chez son -patron, mais ne dit pas comment il serait récompensé; il ne pouvait -même pas dire où et comment vivaient les ouvriers et si le travail -était facile ou pénible; il affirma seulement que le maître était bon, -qu'il ne punissait personne et qu'il vivait lui-même au milieu de ses -employés. - -L'ouvrier réfléchit: «Le premier patron promet trop. Si tout était vrai, -il n'aurait pas besoin de tant promettre. En me laissant tenter par une -vie grasse, je pourrai bien mal tomber. Le maître doit être méchant, -parce qu'il punit sévèrement ceux qui ne travaillent pas à son gré; -j'irai plutôt chez l'autre; au moins, celui-ci ne promet rien, mais on -dit qu'il est bon et qu'il vit au milieu de ses ouvriers.» - -Il en est de même des doctrines religieuses. Certains docteurs incitent -les hommes à bien faire en les intimidant par les punitions et en les -attirant par des promesses de récompenses dans l'autre monde où personne -n'a été. D'autres enseignent seulement que l'amour, base de la vie, est -en nous et que celui qui reconnaît ce principe est heureux. - -3 - -Si tu sers Dieu pour obtenir la jouissance éternelle, tu te sers -toi-même et non pas Dieu. - - - -VIII.--_La raison vérifie les dogmes de la foi._ - -1 - -On n'obtient pas la foi par la raison. Mais la raison nous est -nécessaire pour contrôler la religion qu'on nous enseigne. - -2 - -Ne craignons pas de rejeter de notre religion tout ce qui est inutile, -matériel, tangible, autant que ce qui est vague, indécis: plus nous -purifierons le noyau spirituel, mieux nous comprendrons la véritable -loi de la vie. - -3 - -Celui qui ne croit pas à tout ce que tout le monde croit autour de lui -n'est pas un incroyant; tandis que celui qui pense et dit qu'il croit à -ce qu'il ne croit pas, est un véritable incroyant. - - - -IX.--_La conscience religieuse des hommes ne cesse de se perfectionner._ - -1 - -Nous devons nous servir des doctrines des anciens sages et des saints -posant la loi de la vie, mais nous devons vérifier ce qu'ils nous -apprennent: accepter ce qui est conforme à la raison et rejeter ce qui -lui est contraire. - -2 - -Il est surprenant que la plupart des hommes restent fidèles aux -doctrines les plus anciennes, à celles qui ne conviennent plus à -notre temps, tandis qu'ils rejettent et considèrent comme inutiles et -malfaisantes toutes les nouvelles doctrines. Ils oublient que si Dieu -a révélé la vérité aux anciens, il demeure le même et peut la révéler -de la même façon aux hommes qui ont vécu jadis et à ceux qui vivent -maintenant. - - D'après THOREAU[1]. - -5 - -La religion n'est pas vraie parce que les saints l'ont prêchée, mais les -saints l'ont prêchée parce qu'elle est vraie. - - LESSING - -6 - -Lorsque l'eau de pluie coule dans les chenaux, il nous semble que l'eau -en vient. Mais l'eau tombe du ciel. Il en est de même des doctrines des -sages et des saints: il nous semble que ce sont ces derniers qui les ont -formées; mais elles viennent de Dieu. - -D'après RAMA-KRICHNA - - -[1] Écrivain américain de l'École d'Emerson (_Note du traducteur_). - - - - -CHAPITRE II - -DE DIEU - -Outre la matière dont nous et l'univers sommes faits, nous connaissons -encore quelque chose d'immatériel qui donne la vie à notre corps et est -uni à lui. C'est cette chose immatérielle que nous appelons l'âme. De -même, cette chose immatérielle qui n'est unie à rien et qui donne la vie -à tout ce qui existe, est ce que nous appelons Dieu. - -I.--_L'homme découvre Dieu en soi-même._ - -1 - -La base de toute religion est dans la reconnaissance, non seulement de -tout ce que nous voyons et ressentons matériellement, mais encore de ce -quelque chose d'invisible, d'immatériel qui nous donne la vie, à nous et -à tout ce qui est tangible et matériel. - -2 - -Je sais que j'ai en moi quelque chose sans quoi rien ne serait. C'est ce -que j'appelle Dieu. - - D'après ANGÉLUS. - -3 - -Tout homme, en réfléchissant à ce qu'il est, est forcé de s'apercevoir -qu'il n'est pas tout, mais une partie isolée de _quelque chose_. L'ayant -compris, l'homme pense généralement que ce _quelque chose_ dont il est -séparé est le monde matériel qu'il voit: la terre sur laquelle il vit -et où ont vécu ses ancêtres, et aussi le ciel, les étoiles et le soleil -qu'il aperçoit. Mais en y réfléchissant plus à fond, ou en apprenant -ce qu'en pensaient les sages de tout l'univers, il reconnaît que ce -_quelque chose_, dont les hommes se sentent séparés, n'est pas le monde -matériel qui s'étend à l'infini, dans l'espace et dans le temps, mais -quelque chose d'autre. Si l'homme réfléchit encore et qu'il apprend -ce qu'en pensaient également les sages, il comprendra, que le monde -matériel, qui n'a jamais commencé, ne finira jamais et ne peut avoir de -limites, n'est pas réel, mais est une conception de notre cerveau et -que, par suite, le _quelque chose_ dont nous nous sentons séparés, n'a -ni commencement ni fin, ni dans le temps ni dans l'espace, mais qu'il -est immatériel et spirituel. - -Ce quelque chose de spirituel, que l'homme reconnaît, comme son -commencement, est ce que les sages appelaient et appellent Dieu. - -4 - -On ne peut reconnaître Dieu qu'en soi-même. Tant que tu ne l'as pas -trouvé en toi, tu ne le trouveras nulle part. - -Il n'y a pas de Dieu pour celui qui ne Le sens pas en soi. - -5 - -Je sens en moi un être spirituel séparé de tout. Je sens le même être -spirituel, également séparé de tout, dans les autres hommes. Mais si je -le reconnais en moi et si je le reconnais dans les autres êtres, il ne -peut ne pas exister lui-même. C'est cet être existant par lui-même que -nous appelons Dieu. - -6 - -Ce n'est pas toi qui vis: ce que tu considères comme toi est mort. Ce -qui t'anime est Dieu. - - ANGÉLUS. - -7 - -Ne pense pas gagner Dieu par tes actes; toutes les œuvres sont nulles -devant Dieu. Il ne faut pas gagner Dieu, mais être Lui. - - ANGÉLUS. - -8 - -Si nous ne voyions pas de nos yeux, si nous n'entendions pas de nos -oreilles, si nous ne touchions pas de nos mains, nous ne saurions -rien de ce qui est autour de nous. Mais si nous ne reconnaissions pas -Dieu en nous-mêmes, nous ne nous connaîtrions pas nous-mêmes; nous ne -connaîtrions pas en nous-mêmes celui qui voit, qui entend le monde -autour de soi. - -9 - -Celui qui ne saura devenir fils de Dieu, restera à jamais dans l'étable -avec le bétail. - - ANGÉLUS. - -10 - -Si je mène la vie du siècle, je peux me passer de Dieu. Mais je n'ai -qu'à réfléchir d'où je suis issu, quand je suis né et où j'irai après ma -mort, pour que je reconnaisse aussitôt qu'il y a quelque chose dont je -suis venu et où je vais. Il m'est impossible de ne pas reconnaître que -je suis venu dans ce monde de quelque chose d'incompréhensible et que -je vais vers quelque chose de tout aussi incompréhensible pour moi. - -C'est cet incompréhensible dont je viens et où je vais que j'appelle -Dieu. - -11 - -On dit que Dieu est l'amour et que l'amour est Dieu. On dit aussi que -Dieu, est la raison et que la raison est Dieu. Tout cela n'est pas -absolument exact. L'amour et la raison sont des qualités de Dieu que -nous reconnaissons en nous-mêmes, mais nous ne pouvons savoir ce qu'Il -est par Lui-même. - -12 - -C'est bien de craindre Dieu, mais mieux encore est de L'aimer. Le mieux, -c'est de Le ressusciter en soi. - -ANGÉLUS. - -13 - -L'homme doit aimer; mais on ne peut aimer réellement que ce qui est -parfait. Il doit donc exister quelque chose qui n'a pas de défauts. Et -il n'y a qu'un seul être qui est sans défaut: Dieu. - -14 - -Si les hommes ne sont pas toujours d'accord sur ce qu'est Dieu, tous -ceux qui croient réellement en Lui comprennent toujours de la même façon -ce que Dieu veut d'eux. - -15 - -Dieu aime la solitude. Il n'entrera dans ton cœur que lorsqu'il y sera -seul et que tu ne penseras qu'à Lui. - - D'après ANGÉLUS. - -16 - -Il existe un conte arabe que voici: En traversant le désert, Moïse -entendit un pâtre prier Dieu: «O Seigneur! disait-il, comment faire pour -Te rencontrer et devenir Ton esclave! Avec quelle joie je Te chausserai, -je laverai, je baiserai Tes pieds, je peignerai Tes cheveux, je laverai -Tes vêtements, j'arrangerai Ta demeure et je T'apporterai le lait de -mon troupeau! Mon cœur Te désire!» Moïse, entendant ces paroles, se -fâcha contre le pâtre et dit: «Tu blasphèmes. Dieu n'a pas de corps. Il -n'a besoin ni de vêtements, ni de demeure, ni de serviteur. Tu dis des -sottises.» Le pâtre en fut attristé. Il ne pouvait se représenter Dieu -sans corps et sans besoins matériels; il ne pouvait plus prier et servir -Dieu, et il tomba dans le désespoir. Alors Dieu dit à Moïse: «Pourquoi -as-tu éloigné de Moi Mon fidèle esclave? Chaque homme a ses pensées et -ses termes. Ce qui est mal pour l'un est bien pour l'autre; ce qui est -poison pour toi est miel pour un autre. Les paroles ne signifient rien. -Je vois le cœur de celui qui s'adresse à Moi.» - -17 - -Si l'homme ne sait pas qu'il respire l'air, il sait, lorsqu'il étouffe -qu'il lui manque quelque chose sans quoi il ne peut vivre. Il en est -de même de celui qui perd Dieu, bien qu'il ne sache pas ce qui le fait -souffrir. - -II--_Tout homme doué de raison est forcé de reconnaître Dieu._ - -1 - -Nous voyons aux cieux et dans chaque homme ce que nous appelons Dieu. - -Lorsqu'on hiver, pendant la nuit, tu regardés le ciel, tu vois des -étoiles, encore des étoiles et des étoiles sans fin, et lorsque tu -penses que chacune de ces étoiles est nombre de fois plus grande que -la terre où tu vis, que par-dessus les étoiles que tu vois, il y a -des centaines, des milliers, des millions d'autres étoiles et de plus -grandes encore et que ni les étoiles, ni le ciel n'ont de fin, tu -comprends que ce que nous ne pouvons concevoir existe. - -Lorsque nous regardons en nous-mêmes et que nous voyons ce que nous -appelons notre «moi», lorsque nous y voyons quelque chose que nous ne -pouvons pas comprendre non plus, mais que nous connaissons mieux que -tout le reste et qui nous fait comprendre tout ce qui est, nous voyons -dans notre moi, dans l'âme, quelque chose de plus compréhensible et de -plus grand que ce que nous voyons dans les cieux. - -C'est ce que nous voyons au ciel et ce que nous sentons en nous, en -notre âme, que nous appelons Dieu. - -2 - -De tous temps, chez tous les peuples s'était formée la foi en une force -invisible gouvernant le monde. - -Les anciens attribuaient cette force à la raison universelle, à la -nature, à la vie, à l'éternité; les chrétiens appellent cette force: -esprit, Père, Seigneur, raison, vérité. - -Le monde visible, changeant, est en quelque sorte l'ombre de cette force. - -De même que Dieu est éternel, le monde visible, son ombre, est éternel. -Seule la force invisible, Dieu, existe véritablement.. - -SKOVORODA[1]. - -3 - -Il y a un être sans lequel ni le ciel, ni la terre, ne seraient. Cet -être est paisible, immatériel; ses qualités s'appellent: amour et -raison; mais l'être lui-même n'a pas de nom. Il est le plus éloigné et -le plus proche. - - LAO-TSEU. - -4 - -On demanda à un homme: Pourquoi sait-il que Dieu existe? Il répondit: -«Faut-il donc une chandelle pour voir l'aurore?» - -5 - -Si l'homme considère quelque chose comme grand, c'est qu'il ne voit pas -les choses de la hauteur de Dieu. - - ANGÉLUS. - -6 - -Je peux ne pas réfléchir à ce qu'est l'univers infini et à ce qu'est mon -âme qui se connaît elle-même; mais si j'y pense, il m'est impossible de -ne pas reconnaître ce que nous appelons Dieu. - -9 - -Il y a en Amérique une petite fille aveugle et sourde-muette de -naissance. On lui a appris à lire et à écrire par le toucher. Lorsque sa -maîtresse lui eut expliqué qu'il y avait un Dieu, la fillette répondit -qu'elle le savait, mais qu'elle ignorait son nom. - -III.--_La volonté de Dieu._ - -1 - -Nous concevons Dieu moins par la raison que par notre sensation d'être -en Son pouvoir, tel un nourrisson dans les bras de sa mère. - -L'enfant ne sait pas qui le tient, le réchauffe, le nourrit, mais il -sait que ce quelqu'un existe et non seulement il connaît, mais il aime -ce quelqu'un dont il dépend. Il en est de même de l'homme. - -2 - -Plus l'homme accomplit la volonté de Dieu, plus il Le connaît. - -Si l'homme n'accomplit pas la volonté de Dieu, il ne Le connaît pas du -tout, bien qu'il dise Le connaître et qu'il L'_invoque_. - -3 - -De même qu'on ne peut reconnaître une chose qu'en s'en approchant, on ne -peut connaître Dieu, qu'en s'approchant de Lui, et on ne peut le faire -qu'à l'aide de bonnes actions. Et plus l'homme s'habitue au bien, mieux -il apprend à connaître Dieu; et plus il apprend à le connaître, plus il -aime ses semblables. - -4 - -Nous ne pouvons connaître Dieu. Tout ce que nous savons de Lui c'est Sa -loi, Sa volonté, telles qu'elles sont écrites dans l'Evangile. De la -connaissance de Sa loi, nous déduisons que Celui qui l'a faite existe, -mais nous ne pouvons pas Le connaître Lui-même. Nous ne savons au juste -qu'une chose, c'est que nous devons accomplir la loi que Dieu nous a -donnée et que notre vie est d'autant, meilleure que nous suivons plus -strictement cette loi. - -5 - -Il est surprenant que je n'aie pu voir avant la simplicité de cette -vérité qu'en dehors de ce monde et de notre vie, il y a quelqu'un, -quelque chose qui sait pourquoi le monde existe et pourquoi nous y -sommes, telles les bulles qui se forment dans l'eau bouillante et qui -éclatent et disparaissent. - -Oui, il se passe quelque chose en ce monde, grâce à tous les êtres -vivants, à moi, à ma vie. Autrement, pourquoi existeraient ce soleil, -ces printemps, ces hivers et pourquoi ces souffrances, ces naissances et -ces morts, ces bienfaits, ces crimes, pourquoi tous ces êtres séparés -qui apparemment n'ont aucun sens pour moi et qui vivent de toutes leurs -forces, qui se soucient tant de leur vie? La vie de tous ces êtres me -convainc parfaitement que tout cela est nécessaire à quelque chose de -raisonnable, de bon, mais qui ne m'est pas accessible. - -6 - -Tant que l'homme chante, crie et dit devant tous: «O Seigneur, -Seigneur!» c'est qu'il n'a pas trouvé le Seigneur. Celui qui L'a trouvé -garde le silence. - - RAMA-KRICHNA. - -7 - -Dans les mauvais moments, on ne sent pas Dieu, on doute de Lui. Mais -le salut est toujours le même: penser non à Dieu, mais à Sa loi et -l'accomplir: aimer tout le monde. - -IV.--_On ne peut comprendre Dieu par la raison._ - -1 - -On peut sentir Dieu en soi, ce qui n'est pas difficile. Mais comprendre -Dieu et savoir ce qu'Il est, est impossible et inutile. - -2 - -On ne peut comprendre par la raison, que l'homme contient son âme et -Dieu; de même, il est impossible de concevoir qu'il n'y ait pas de Dieu -et que l'homme n'ait pas d'âme. - - PASCAL. - -3 - -Pourquoi suis-je séparé de tout le reste et pourquoi sais-je que _tout_ -ce dont je suis séparé existe, et pourquoi ne puis-je comprendre ce -qu'est ce _tout_? Pourquoi «moi» change-t-il constamment? Je ne peux -rien comprendre à tout cela. Mais je ne puis m'empêcher de penser -que tout cela a un sens, qu'il y a un être pour lequel tout cela est -compréhensible, qui sait à quoi tout cela sert. - -4 - -Chacun peut sentir Dieu, et personne ne peut Le comprendre. - -C'est pourquoi ne cherchons pas à Le comprendre, mais accomplissons sa -volonté, qui est de le sentir en soi avec plus d'intensité. - -5 - -Si tes yeux sont aveuglés par le soleil, tu ne dis pas qu'il n'y a -pas de soleil. Tu ne diras pas non plus que Dieu n'existe pas parce -que ta raison s'embrouille et se perd, lorsque tu veux comprendre le -commencement et la cause de tout. - - D'après ANGÉLUS. - -6 - -«Pourquoi me demandes-tu mon nom?--dit Dieu à Moïse.--Si derrière ce -qui se meut tu peux voir ce qui a toujours été, ce qui est et ce qui -sera, tu Me connais. Mon nom est le même que ma substance. Je suis réel. -Je suis celui qui est. - -«Celui qui veut savoir mon nom, ne me connaît pas.» - - SKOVORODA. - -7 - -La raison qu'on ne peut concevoir n'est pas la raison éternelle; l'être -qu'on peut nommer n'est pas l'être suprême. - -LAO-TSEU. - -8 - -Si étrange que soit le fait que je ne connaisse pas Dieu, j'ai toujours -peur lorsque je suis sans Lui, et je ne suis tranquille que lorsque je -suis avec lui. C'est plus étrange encore que je n'aie point besoin de -Le connaître mieux et davantage que je ne Le connais maintenant dans -ma vie actuelle. Je peux et je voudrais me rapprocher de Lui; ma vie -entière tend à cela. Mais ce rapprochement n'augmente aucunement ma -connaissance de Dieu. Toute tentative de mon imagination me démontrant -que je le conçois (par exemple, lorsque je me l'imagine créateur ou -miséricordieux, ou quelque chose d'analogue) m'éloigne de lui et arrête -mon rapprochement de Lui. Même le pronom «Il», appliqué à Dieu, -détruit en quelque sorte pour moi toute sa signification. Le mot «Il» le -diminue. - -9 - -Tout ce qu'on peut dire de Dieu ne Lui ressemble pas. On ne peut -dépeindre Dieu par des paroles. - - ANGÉLUS. - -V.--_Du manque de foi en Dieu._ - -1 - -L'homme raisonnable trouve en lui-même la conception de son âme, de -lui-même et de l'âme de l'univers, qui est Dieu; et en reconnaissant -l'impossibilité d'amener ces conceptions à la netteté complète, il -s'arrête docilement devant elles, sans toucher à ce qui les voile. - -Mais il y a eu et il y a encore des gens d'un esprit et d'une sagesse -raffinés et qui veulent expliquer la conception de Dieu par des paroles. -Je ne condamne pas ces gens. Néanmoins, ils ont tort lorsqu'ils -affirment qu'il n'y a pas de Dieu, et un pareil athéisme ne peut durer. -D'une façon ou d'une autre, l'homme aura toujours besoin de Dieu. Si Sa -divinité s'était révélée à vous avec plus d'éclat encore que jusqu'à -présent, je suis convaincu que ceux qui contestent Dieu inventeraient de -nouvelles subtilités pour Le nier. La raison se plie toujours devant les -exigences du cœur. - - ROUSSEAU. - -2 - -Penser qu'il n'y a pas de Dieu, revient au même d'après Lao-Tseu, que de -croire que l'air qui sort d'un soufflet, a le soufflet pour origine et -que le soufflet pourrait fonctionner là où il n'y aurait pas d'air. - -3 - -Lorsque les gens de mauvaise vie disent que Dieu, n'existe pas, ils ont -raison: Dieu n'existe que pour ceux qui regardent de Son côté et se -rapprochent de Lui. Mais pour celui qui s'est détourné de Lui et s'en -éloigne, il ne peut y avoir de Dieu. - -4 - -Deux catégories d'hommes connaissent Dieu. Ceux qui ont le cœur -modeste--qu'ils soient sages ou sots--et ceux qui sont vraiment -intelligents. Seuls, les hommes orgueilleux et d'intelligence médiocre -ne connaissent pas Dieu. - - PASCAL. - -5 - -Moïse dit à Dieu: «Où te trouverai-je, Seigneur?»--Dieu lui répondit: -«Tu m'as déjà trouvé, si tu Me cherches». - -6 - -Prouver que Dieu existe! Il ne peut y avoir rien de plus stupide que -l'idée de prouver l'existence de Dieu. Le faire, c'est vouloir prouver -la raison de sa vie. A qui? Comment? Pourquoi? Si Dieu n'existe pas, il -n'y a rien. Or, comment dès lors prouver Son existence? - -7 - -Dieu existe. Point n'est besoin de le prouver. Le faire, serait -blasphémer; le nier, une folie. Dieu demeure dans notre conscience, dans -la conception de l'humanité entière, dans la structure de l'univers. -Seul un homme très misérable ou très dépravé peut nier Dieu sous la -voûte du ciel étoile, sur la tombe des êtres chers ou devant la mort -heureuse d'un martyr. - - MAZZINI. - -VI.--_L'amour de Dieu._ - -«Je ne comprends pas ce que signifie l'amour de Dieu. Peut-on aimer -l'inconcevable et l'inconnu? On peut aimer son prochain, c'est -compréhensible et bien. Mais aimer Dieu, ce sont des paroles vides -de sens.» Ainsi parlent bien des gens. Mais ceux qui le disent et le -pensent se trompent lourdement: ils ne comprennent pas ce qu'est aimer -son prochain--non pas un homme agréable ou qui nous est utile, mais -indifféremment tout homme, quand même il serait le plus désagréable -et le plus hostile. Seul, celui qui est le même partout, peut aimer -ainsi son prochain. De sorte que ce n'est pas l'amour de Dieu qui est -incompréhensible, mais l'amour du prochain sans l'amour de Dieu. - - -[1] Philosophe ukrainien du XVIIIe siècle dont l'exceptionnelle valeur -ne fut que récemment reconnue en Russie. (_N. du trad._) - - - - -CHAPITRE III - -DE L'ÂME - - -Nous appelons Dieu, l'impalpable, l'invisible, l'immatériel, celui qui -donne la vie à tout et qui existe. Nous appelons âme le même élément -impalpable, invisible et immatériel, séparé par le corps de tout le -reste et que nous reconnaissons comme nous-mêmes. - - -I.--_Qu'est-ce que l'Âme?_ - -1 - -Si l'homme vit longtemps, il subit diverses transformations: il -est enfant, puis adolescent, adulte, vieillard. Mais, malgré ses -changements, il dit toujours «moi» en parlant de lui-même. Et ce «moi» a -toujours été le même: dans l'enfant, dans l'adulte, dans le vieillard. -C'est ce «moi» immuable que nous appelons âme. - -2 - -Si l'homme pense que tout ce qui l'entoure, tout l'univers infini, est -tel qu'il le voit, il se trompe fort. L'homme connaît tout ce qui est -matériel uniquement parce qu'il a tels vue, oui toucher. Si ces sens -étaient autres, le monde entier serait différent. De sorte que nous ne -savons pas et ne pouvons savoir quel est exactement le monde matériel -où nous vivons. Ce que nous connaissons sûrement et entièrement, c'est -notre âme. - - - -II.--_Le «Moi» spirituel._ - -1 - -Lorsque nous parlons de notre «moi», nous n'entendons pas notre corps, -mais ce qui le fait vivre. Qu'est-ce que le «moi»? Nous ne pouvons le -définir par des paroles, mais nous le connaissons mieux que tout ce que -nous savons. Car nous savons que si nous n'avions pas ce «moi», nous -ne saurions rien, nous n'aurions rien au monde, et nous n'aurions pas -existé nous-mêmes. - -2 - -Lorsque je réfléchis, il m'est plus difficile de comprendre ce qu'est -mon corps que ce qu'est mon âme. Le corps a beau nous être proche, il -nous est toujours _étranger_; seule l'âme est à _soi_. - -3 - -Si l'homme ne sent pas l'âme en soi, cela ne veut pas dire qu'il n'a -pas d'âme, mais cela prouve seulement qu'il n'a pas encore appris à la -connaître. - -4 - -Tant que nous ne comprenons pas ce qui est en nous, quel intérêt -avons-nous à savoir ce qui est en dehors de nous? Et peut-on connaître -le monde avant de s'être compris soi-même? Celui qui est aveugle chez -lui, peut-il voir lorsqu'il est chez les autres? - - SKOVORODA. - -5 - -De même que la bougie ne peut pas brûler sans feu, l'homme ne peut pas -vivre sans force spirituelle. L'esprit vit dans tous les hommes, mais -tous les hommes ne le savent pas. - -La vie de ceux qui le savent est heureuse, et la vie de ceux qui -l'ignorent est malheureuse. - -_Sagesse brahmane._ - - - -III.--_L'âme et le monde matériel._ - -1 - -Nous avons mesuré la terre, le soleil, les étoiles, les profondeurs -des mers; nous descendons dans l'antre de la terre pour y chercher de -l'or; nous avons trouvé des rivières et des montagnes sur la lune; nous -découvrons de nouveaux astres et connaissons leurs dimensions; nous -nivelons des précipices, nous construisons des machines compliquées; -chaque jour apporte de nouvelles et toujours de nouvelles inventions. -Que ne savons-nous pas? que de choses nous pouvons faire! Seulement, -il y a une chose absolument essentielle qui nous manque. Et nous ne -saurions préciser ce que c'est. Nous sommes pareils à un petit enfant: -il sent qu'il n'est pas à son aise, mais il ne sait pas pourquoi. - -Nous sommes malheureux, parce que nous savons beaucoup de choses -inutiles et que nous ignorons l'essentiel, c'est nous-mêmes. Nous ne -connaissons pas ce qui est en nous. Si nous savions et si nous nous -souvenions de ce qui est en nous, notre vie serait toute différente. - - D'après SKOVORODA. - -2 - -Nous ne pouvons savoir ce qu'est en réalité tout ce qui est matériel -en ce monde. Nous ne pouvons connaître parfaitement que ce qui est -spirituel en nous-mêmes, ce qui est nous-mêmes et ce qui ne dépend ni de -nos sentiments ni de nos pensées. - -3 - -Les hommes croient souvent que seules les choses qu'ils peuvent toucher -de leurs mains existent. Bien au contraire: existe seulement ce qu'on ne -peut voir, ni entendre, ni palper, ce que nous appelons notre «moi»-- -notre âme. - -4 - -Confucius disait: Le ciel et la terre sont grands, mais ils ont une -couleur, une forme, une dimension, alors qu'en l'homme il y a quelque -chose qui pense à tout et qui n'a ni couleur, ni forme, ni dimension. -De sorte que si tout l'univers était mort, ce qui est en l'homme aurait -donné la vie au monde. - - - -IV.--_Le côté spirituel et le côté charnel de l'homme._ - -1 - -Chacun de nous est un homme absolument distinct de tous les autres: un -homme, une femme, un vieillard, un garçon, une fille; et dans chacun de -nous, comme dans tous, réside le même être spirituel. Chacun de nous -est donc Jean ou Nathalie et en même temps un être spirituel qui est -le même dans tous les hommes. Et lorsque nous disons: _Je veux_, cela -indique, parfois, ce que désirent Jean et Nathalie, mais d'autres fois -ce que veut l'être spirituel qui est commun à nous tous. Et il arrive, -parfois, que Jean et Nathalie veulent quelque chose, mais que l'être -spirituel ne le veut pas et qu'il désire tout autre chose. - -2 - -Dire que ce que nous appelons nous-mêmes n'est que notre chair, dire -que ma raison, mon âme, mon amour ne dépendent que de mon corps, c'est -prétendre que notre corps n'est que la nourriture dont notre chair -s'alimente. - -Il est vrai que mon corps n'est composé que d'aliments qu'il transforme, -mais mon corps n'est pas aliment. Ceux-ci lui sont nécessaires pour -vivre, mais ils ne sont pas le corps. - -Il en est de même de l'âme. Il est vrai que, sans ma chair, ce que -j'appelle âme n'existerait pas; mais mon âme n'est pas mon corps. -Celui-ci est nécessaire à l'âme, mais il n'est pas l'âme. - -Si l'âme n'existait pas, je ne saurais pas ce qu'est mon corps. - -Les éléments de la vie ne sont pas dans le corps, mais dans l'âme. - -3 - -Lorsque nous disons: cela est arrivé, cela arrivera ou cela pourra -arriver, nous parlons de notre vie corporelle. Mais, en dehors de la vie -corporelle qui a été et qui sera, nous reconnaissons en nous une autre -vie: la vie spirituelle. Et cette vie-là n'a pas été, ne sera pas, mais -est toujours. C'est cette vie qui est la vraie. L'homme est heureux -lorsqu'il vit de la vie spirituelle, et non de la vie corporelle. - -4 - -Le Christ apprend à connaître à l'homme qu'il y a en lui quelque chose -qui le met au-dessus de cette vie, de ses misères, de ses craintes et de -ses désirs. - -L'homme qui a compris la doctrine du Christ se sent comme un oiseau qui, -ignorant la présence de ses ailes, aurait compris brusquement qu'il -pouvait voler, être libre et ne rien craindre. - - - -V.--_La conscience, voix de l'âme._ - -1 - -Dans chaque homme il y a deux êtres: l'un: aveugle, matériel; -l'autre: voyant clair, spirituel. L'un--l'être aveugle--mange, boit, -travaille, se repose, se reproduit et fait tout comme une horloge -réglée. L'autre--l'être spirituel--ne fait rien lui-même, mais ne fait -qu'approuver ou désapprouver les actes de l'être aveugle et animal. - -On appelle conscience la partie éclairée, spirituelle de l'homme. Cette -partie spirituelle agit de même que les branches d'un compas. Celles-ci -ne changent de place que lorsque celui qui tient les compas abandonne la -direction qu'elles indiquent. Il en est de même de la conscience: elle -se tait tant que l'homme fait ce qu'il doit, mais dès qu'il abandonne la -bonne voie, elle lui montre où et à quel point il s'est trompé. - -2 - -Lorsque nous apprenons qu'un homme a fait une mauvaise action, nous -disons: il n'a pas de conscience. Qu'est-ce que la conscience? La -conscience est la voix de l'être unique et spirituel qui réside en nous -tous. - -3 - -La conscience, c'est la manifestation de l'être spirituel qui vit dans -tous les hommes. Et ce n'est que lorsqu'elle se manifeste qu'elle -devient un directeur sûr de la vie des hommes. Car souvent les hommes -prennent pour la conscience non pas la manifestation de l'être -spirituel, mais simplement ce qui est considéré comme bon ou mauvais par -les gens dont ils sont entourés. - -4 - -La voix de la passion peut être plus forte que celle de la conscience; -mais elle est tout autre que la voix calme et persuasive de la -conscience. Celle-ci est la voix de l'Éternel, du divin qui vit en -l'homme. - - CHANNING[1]. - -5 - -Le philosophe Kant disait que deux choses l'étonnaient le plus: les -étoiles au ciel et la loi du bien dans l'âme humaine. - -6 - -La vraie bonté est en toi-même, dans ton âme. Celui qui cherche le bien -en dehors de lui-même, agit comme le pâtre qui cherche dans son troupeau -l'agneau qu'il a caché sur sa poitrine. - - VIMANA HINDOUE. - -VI.--_La divinité de l'âme._ - -1 - -L'homme a, d'abord, le sentiment de la séparation de son essence du -reste de sa substance, c'est-à-dire de sa chair; ensuite, la conscience -de ce qui est séparé, c'est-à-dire de son âme; enfin, la conscience de -ce dont cette base spirituelle de la vie est séparée: la conscience du -Tout, de Dieu. - -C'est précisément cet élément, conscient d'être séparé du Tout, de Dieu, -qui est l'unique être spirituel qui vit en chaque homme. - -2 - -Reconnaître qu'on est un être _séparé_, c'est reconnaître l'existence de -ce dont on est séparé, reconnaître l'existence du Tout, de Dieu. - -3 - -«En vérité, en vérité, je vous le dis: celui qui écoute «Ma parole et -qui croit à Celui qui m'a envoyé, a la vie «éternelle et il ne vient -point en jugement, mais il est «passé de la mort à la vie. En vérité, -en vérité, je vous «le dis, le temps vient, et il est déjà venu, que -les morts «entendront la voix du Fils de Dieu et que ceux qui l'auront -«entendue vivront. Car comme le Père a la vie en «lui-même, il a aussi -donné au Fils d'avoir la vie en lui-même.» - - JEAN, V, 24-25. - -4 - -Une goutte qui tombe dans la mer, devient mer. L'âme qui communie avec -Dieu devient Dieu. - - ANGÉLUS - -5 - -Lorsque l'homme dit une vérité, cela ne veut pas dire que la vérité -émane de l'homme. Toute vérité vient de Dieu. Elle ne fait que passer -par l'homme. Si elle passe par l'un plutôt que par l'autre, c'est -uniquement parce que cet homme a su se rendre suffisamment transparent -pour que la vérité puisse passer à travers lui. - - PASCAL. - -6 - -Dieu dit: Je n'étais un trésor connu de personne. J'ai voulu être connu, -et j'ai créé l'homme. - - MAHOMET. - -7 - -On ne peut pas comprendre Dieu par la raison. Si nous savons qu'il -existe, ce n'est pas parce que nous le concevons par la raison, mais -parce que nous le sentons en nous-mêmes. - -L'homme, pour être véritablement un homme, doit concevoir la présence de -Dieu en lui-même. - -Demander si Dieu existe, serait demander si j'existe. Ce par quoi je -vis, est Dieu. - -8 - -Le corps est l'aliment de l'âme; ce sont les chantiers qui servent à -construire la vraie vie. - -La plus grande joie que l'homme puisse concevoir, c'est la joie de -reconnaître en soi un être libre, raisonnable, aimant, et par conséquent -bienheureux de sentir Dieu en soi. - -9 - -L'âme est un verre; Dieu est la lumière qui pénètre à travers ce verre. - -10 - -Il n'y a que moi et Toi. Si nous n'existions pas tous deux, il n'y -aurait rien sur la terre. - - ANGÉLUS. - -11 - -Il semble à l'homme toujours entendre une voix derrière lui, mais il -ne peut pas tourner la tête et voir celui qui parle. Cette voix parle -toutes les langues, gouverne tous les hommes, mais personne n'a jamais -vu celui qui parle. Dès que l'homme commence à obéir strictement à cette -voix et la recueille de façon à ne pas la séparer de lui-même dans -ses pensées, il sent que cette voix et lui font un; et plus l'homme -considérera cette voix comme lui-même, plus il sera heureux. Cette voix -lui révélera la vie bienheureuse, parce que cette voix est celle de Dieu -dans l'homme. - - D'après EMMERSON. - -Dieu veut le bonheur de tous; or, si tu veux du bien à tous, -c'est-à-dire si tu aimes, Dieu vit en toi. - -13 - -On dit: sauver son _âme_. On ne peut sauver que ce qui peut périr. L'âme -ne peut pas périr parce qu'il n'y a qu'elle seule qui existe. Il ne faut -pas la sauver, mais la purifier de ce qui l'obscurcit, la souille, il -faut l'instruire pour que Dieu pénètre de plus en plus en elle. - -14 - -On dit: «Aurais-tu oublié Dieu?» C'est une bonne parole. Oublier Dieu, -c'est oublier Celui qui vit en toi et par qui tu vis. - -15 - -De même que j'ai besoin de Dieu, Dieu a besoin de moi. - -16 - -Lorsque tu t'affaiblis et que tu es malheureux, tu dois te rappeler -que tu as une âme et que tu peux vivre par elle. Mais au lieu de cela, -nous nous imaginons que des hommes pareils à nous-mêmes peuvent nous -réconforter. - - EMMERSON. - -17 - -Celui qui est uni à Dieu, ne doit pas craindre Dieu. Dieu ne saurait se -faire de mal à Lui-Même. - -Les poissons de la rivière apprirent un jour que les hommes disaient -qu'ils ne pouvaient vivre que dans l'eau. Et les poissons s'en -étonnèrent et se mirent à s'interroger entre eux afin d'apprendre si -quelqu'un savait ce que c'est que l'eau. Alors, un poisson intelligent -dit: «On raconte qu'il y a dans la mer un vieux et sage poisson qui -sait tout; allons le trouver et demandons-lui ce qu'est l'eau.» Et les -poissons se dirigèrent vers l'endroit de la mer où habitait le sage et -lui demandèrent ce qu'était l'eau. Et le sage poisson dit: «L'eau c'est -ce qui nous fait vivre. Si vous ne la connaissez pas c'est parce que -vous vivez dans l'eau et d'eau.» - -De même, il semble parfois aux hommes qu'ils ne savent pas ce qu'est -Dieu, mais ils vivent eux-mêmes en Lui. - - SOUFI[2]. - - - -VII.--_La vie de l'homme n'est pas dans le corps, mais dans l'âme, et -non pas dans le corps et dans l'âme, mais dans l'âme seule._ - -1 - -«Celui qui m'a envoyé est véritable, et les choses que «j'ai entendues -de Lui, je les dis dans le monde.» - -Ils ne comprirent point qu'Il parlait du Père. Et Jésus leur dit: -«Lorsque vous aurez élevé le Fils de l'Homme, «vous connaîtrez qui Je -suis, et que Je ne fais rien de «Moi-même, mais que Je dis les choses -comme Mon «Père Me les a enseignées. - - JEAN, VIII, 26-28. - -Élever le Fils de l'Homme, c'est avoir conscience de l'esprit qui vit en -nous et l'élever au-dessus de la chair. - -2 - -L'âme et le corps sont ce que l'homme considère comme sien, ce dont il -s'occupe constamment. Mais on doit savoir que le vrai «toi» n'est pas -ton corps, mais ton âme. Souviens-toi de cela, élève ton âme au-dessus -de ta chair, préserve-là de toute souillure humaine, ne permets pas à ta -chair de l'étouffer--et tu auras une vie heureuse. - - MARC-AURÈLE. - -3 - -On dit qu'on ne doit pas s'aimer soi-même. Mais sans l'amour de -soi-même, il n'y aurait pas de vie. Il s'agit de savoir ce qu'il faut -aimer en soi: son âme ou son corps. - -4 - -Il n'est pas de corps vigoureux qui n'aura jamais été malade; il -n'est pas de richesses qui ne disparaîtront jamais; il n'est pas de -pouvoir qui n'aura pas de fin. Si l'on consacre toute sa vie à devenir -vigoureux, riche, puissant, et qu'on arrive à obtenir ce à quoi l'on -aspire, on devra tout de même s'inquiéter, craindre et s'attrister, -parce qu'on verra tout ce qu'on a cherché dans sa vie vous échapper, -parce qu'on constatera que l'on se fait vieux et que l'on approche de la -mort. - -Que faire pour ne pas s'inquiéter, pour ne pas avoir peur? - -Il n'y a qu'un seul moyen: il consiste à consacrer sa vie non pas à ce -qui passe, mais à ce qui ne périt pas et ne peut périr, à l'esprit qui -vit dans l'homme. - -5 - -Accomplis ce que ton corps exige de toi: cherche à obtenir la gloire, -les honneurs, la richesse, et ta vie sera un enfer. Fais ce que veut -l'esprit qui réside en toi: cherche l'humilité, la clémence, l'amour, et -tu n'auras pas besoin de paradis. Le paradis sera dans ton âme. - -6 - -Tout homme a des devoirs envers le prochain et des devoirs envers -lui-même, envers l'esprit qui vit en lui; ces devoirs consistent à ne -pas souiller, à ne pas supprimer, à ne pas étouffer cet esprit et à le -cultiver sans cesse. - - - -VIII--_Le vrai bonheur de l'homme n'est que la joie spirituelle._ - -1 - -L'homme vit par l'esprit et non par le corps. Lorsque l'homme le sait et -qu'il a voué sa vie à l'esprit et non au corps, on peut le mettre aux -fers, le verrouiller derrière des lourdes portes, il sera toujours libre. - -2 - -Tout homme connaît deux vies: la vie charnelle et la vie spirituelle. -Dès qu'elle atteint sa plénitude, la vie charnelle commence à faiblir. -Et elle faiblit de plus en plus et arrive à la mort. La vie spirituelle, -au contraire, grandit et devient toujours plus ferme, depuis la -naissance jusqu'à la mort. - -Si l'homme ne vivait que de la vie charnelle, toute son existence serait -celle d'un condamné à mort. S'il vivait pour son âme, le bonheur qu'il y -trouverait grandirait de jour en jour, et la mort ne l'effrayerait pas. - -3 - -Pour mener une existence heureuse, point n'est besoin de savoir d'où tu -es venu et ce que tu deviendras dans l'autre monde. Pense uniquement à -ce que veut ton âme, et tu n'auras pas besoin de t'inquiéter d'où tu es -issu et ce qui t'arrivera après la mort. Tu n'auras pas besoin de tout -cela, parce que tu éprouveras le bonheur complet qui ne s'inquiète ni du -passé ni de l'avenir. - -4 - -Lorsque le monde commença à exister, la raison fut sa mère. Celui qui -est conscient du fait que la base de sa vie est l'esprit, sait qu'il se -trouve hors de tout danger. Lorsqu'à la fin de sa vie, ses lèvres se -fermeront et les portes de ses sens retomberont, il n'éprouvera aucune -inquiétude. - - LAO-TSEU - - -[1] Théologien américain. (_N. du trad._) - -[2] Confrérie musulmane. (_N. du trad._) - - - - -CHAPITRE IV - -MÊME ÂME CHEZ TOUS - - -Tous les êtres vivants sont séparés par leurs corps les uns des autres; -mais l'origine la vie est la même pour tous. - -I.--_La Conscience de la divinité de l'âme unit les hommes._ - -1 - -La doctrine chrétienne révèle aux hommes que le même principe spirituel -vit en eux tous, qu'ils sont tous frères, et elle les unit ainsi pour -une heureuse vie commune. - - LAMENNAIS. - -2 - -Il ne suffit pas de se dire que chaque homme a la même âme que moi; il -faut se dire qu'en chaque homme vit le même principe qui vit en moi. -Tous les hommes sont séparés les uns des autres par leurs corps, mais -ils sont tous unis par le même principe spirituel qui donne la vie à -tout. - -3 - -C'est un grand bonheur que d'être en communion avec les hommes; mais -comment faire pour s'unir à tous? Je peux m'unir aux membres de ma -famille; mais aux autres? Je peux m'unir à mes amis, à tous les Russes, -à tous mes coreligionnaires. Mais comment faire pour m'unir à ceux -que je ne connais pas, les étrangers, ceux qui professent une autre -religion? Il y a tant d'hommes et ils sont tous si différents! Comment -faire? - -Il n'existe qu'un moyen: oublier les hommes, ne pas penser à s'unir à -eux, et ne songer qu'à s'unir au seul principe spirituel qui vit en moi -et en tous les hommes. - -4 - -On dit que chaque homme peut être très bon et très mauvais et qu'il -manifeste l'un ou l'autre sentiment suivant ses dispositions. C'est -parfaitement exact. - -La vue des souffrances d'autrui provoque, non seulement chez des -personnes différentes, mais chez le même homme des sentiments absolument -contradictoires: parfois, la compassion, et, parfois, une sorte de -mauvais plaisir qui va jusqu'à la plus cruelle méchanceté. - -J'ai eu l'occasion de le constater sur moi-même: tantôt j'avais pour -tous les êtres une profonde compassion, tantôt j'éprouvais la plus -grande indifférence, et, parfois, de la haine même. - -Cela, prouve clairement que nous avons deux façons, absolument opposées, -de concevoir les choses: l'une, quand nous nous considérons comme des -êtres séparés, quand tous les êtres nous sont absolument étrangers et -qu'ils ne sont pas «moi». Dans ce cas, nous ne pouvons éprouver pour -eux autre chose que de l'indifférence, de l'envie, de la haine, de la -malveillance. - -L'autre façon de concevoir est dans la conscience de notre unité avec -tous. Dans ce cas, tous les êtres sont pour nous ce qu'est noire «moi», -et alors, ils suscitent notre amour pour eux. - -L'une nous sépare les uns des autres comme par un mur infranchissable, -l'autre détruit ce mur, et nous ne faisons qu'un. La première nous -apprend à reconnaître que tous les autres êtres ne sont pas «moi», la -seconde nous enseigne que tous les êtres sont le même «moi» que celui -que je sens en moi-même. - - SCHOPENHAUER. - -5 - -Plus l'homme vit pour son âme, plus il sent son unité avec tous les -êtres vivants. Vis pour ton corps, et tu seras seul parmi des étrangers; -vis pour ton âme, et tous te seront parents. - -6 - -Un fleuve ne ressemble pas à un étang, un étang à un tonneau et un -tonneau à un seau d'eau. Mais dans un étang, dans un fleuve, dans un -tonneau et dans un seau il y a la même eau. De même, tous les gens sont -différents, mais l'esprit qui vit en eux tous est le même. - -7 - -L'homme ne comprend sa vie que lorsqu'il se voit dans chacun de ses -semblables. - -8 - -L'essentiel dans la doctrine du Christ c'est qu'il considérait tous les -hommes comme frères. Dans chaque homme, il voyait un frère et, pour -cette raison, aimait chacun, quel qu'il soit et qui que ce soit. Il ne -s'occupait pas de son extérieur, mais de l'intérieur. Il ne voyait pas -le corps, mais, à travers les beaux habits du riche et les haillons du -misérable, il voyait l'âme immortelle. Dans l'homme le plus dépravé, il -apercevait ce qui pouvait transformer l'être le plus déchu en l'homme -sublime, aussi grand et aussi saint qu'il l'était lui-même. - -9 - -Lorsque l'homme ne voit pas dans chacun le même esprit qui l'unit à tous -les hommes, il vit comme dans un rêve. Celui qui voit Dieu et lui-même -dans chacun, vit réellement. - - - -II--_Le même principe spirituel vit non seulement dans tous les hommes, -mais aussi dans tout ce qui vit._ - -1 - -Nous sentons dans notre for intérieur que ce par quoi nous vivons, ce -que nous appelons notre vrai «moi», est le même non seulement dans -chaque homme, mais aussi dans un chien, un cheval, une souris, une -poule, un moineau, une abeille, et même dans une plante. - -2 - -Quand on prétend que les animaux nous sont absolument étrangers, on peut -en dire autant des sauvages, des noirs et des jaunes. Et si l'on estime -que ces hommes nous sont étrangers, ils ont absolument le même droit de -considérer les blancs comme des étrangers. Quel est donc notre prochain? -II ne peut y avoir qu'une seule réponse à cette question: ne demande -pas qui est ton prochain, mais agis envers tout ce qui vit comme tu -voudrais que l'on agisse envers toi-même. - -3 - -Tout ce qui vit, craint les souffrances; tout ce qui vit, craint la -mort. Reconnais-toi non seulement dans un homme, mais aussi dans chaque -être vivant; ne tue pas et ne cause pas de souffrance ni de mort. Tout -ce qui vit veut la même chose que toi; reconnais-toi donc dans chaque -être vivant. - - _Sagesse bouddhiste._ - -4 - -L'homme n'est pas supérieur aux bêtes parce qu'il les fait souffrir, -mais parce qu'il est capable de les plaindre. Et il a pitié des bêtes, -car il sent vivre en elles ce qui vit également en lui. - -5 - -La pitié pour tout ce qui vit, est plus nécessaire que tout le reste -pour pouvoir avancer vers la vertu. Un homme bon ne peut manquer de -pitié. Si un homme est injuste et méchant, il est sûrement impitoyable. -Sans pitié pour tout ce qui vit, il ne peut y avoir de vertu. - - SCHOPENHAUER. - -6 - -On peut se déshabituer de la pitié envers les bêtes. Cela se remarque -tout particulièrement à la chasse. Les hommes bons qui y prennent -goût, tourmentent et tuent les bêtes sans remarquer la cruauté qu'ils -commettent. - -7 - -Le commandement: «Tu ne tueras point» ne se rapporte pas à l'homme -seul, mais à tout ce qui vit. Ce commandement avait été gravé dans le -cœur de l'homme avant d'être inscrit sur la table. - -8 - -Les hommes considèrent qu'il n'y a pas de mal à se nourrir de la chair -animale, parce qu'on les a persuadés que Dieu l'avait permis. C'est -faux. On a beau assurer qu'il n'y a pas de péché de tuer et démanger -les animaux, il est gravé dans le cœur de l'homme, mieux que dans tous -les livres, qu'il faut avoir pitié des animaux et qu'on ne doit pas -les tuer, au même titre que les hommes. Nous le savons tous, si nous -n'étouffons pas la voix de la conscience. - -9 - -Si seulement tous ceux qui mangent les animaux, les tuaient eux-mêmes, -un grand nombre parmi eux auraient renoncé à la viande. - -10 - -Nous sommes étonnés de voir qu'il y ait eu et qu'il y a encore des -hommes qui tuent leurs semblables pour les manger. Mais le temps viendra -où nos petits enfants s'étonneront que leurs grands pères aient tué, -tous les jours, des millions d'animaux pour les manger, alors qu'on peut -avoir une nourriture saine et substantielle en se servant des fruits de -la terre. - -11 - -On peut se déshabituer de toute pitié, même envers les hommes, et on -peut s'habituer à avoir pitié même d'un insecte. - -Plus l'homme est pitoyable, mieux cela vaut pour son âme. - -«Comment s'abstenir de tuer la mouche ou la puce? Chacun de nos -mouvements supprime malgré nous la vie des êtres que nous ne voyons -pas,» dit-on généralement pour justifier la cruauté humaine envers les -animaux. Ceux qui parlent ainsi oublient qu'il n'est pas donné à l'homme -d'arriver à la perfection en toutes choses. La tâche de l'homme est de -se rapprocher de la perfection. Il en est de même lorsqu'il s'agit de -la compassion envers les bêtes. Nous ne pouvons pas vivre sans faire -mourir d'autres êtres, mais nous pouvons avoir pour eux plus ou moins de -compassion. Et plus nous en aurons, mieux cela vaudra pour notre âme. - - - -III.--_Plus les hommes sont bons, mieux ils conçoivent l'unité du -principe divin qui vit en eux._ - -1 - -Pourquoi sommes-nous tout joyeux quand nous avons accompli une bonne -action? Parce que chaque bonne action nous confirme que notre vrai «moi -» ne se borne pas à notre personne seule, mais qu'il existe en tout ce -qui vit. - -Lorsqu'on vit pour soi-même, on ne vit que d'une parcelle de son vrai -«moi». Lorsqu'on vit pour les autres, on sent son «moi» s'étendre. - -Si tu vis pour toi seul, tu te sens entouré d'ennemis, tu sens le -bonheur de chacun entraver le tien. Vis pour les autres, et tu te -sentiras entouré d'amis et le bonheur de chacun deviendra ton bonheur à -toi. - -2 - -L'homme ne trouve le bonheur qu'en servant son prochain. Et il l'y -trouve parce qu'en rendant service à ses prochains, il communie avec -l'Esprit Divin qui vit en eux. - -3 - -Toute bonne action véritable, celle que l'homme accomplit avec -désintéressement et en ne pensant qu'au malheur d'autrui, serait un fait -étonnant et inconcevable, s'il n'était pas aussi naturel et familier à -l'homme. - -En effet, pourquoi se priver de quelque chose, s'inquiéter, se déranger -pour un étranger, un homme comme il y en a tant sur la terre? On ne peut -pas expliquer cela autrement que par le fait que la personne qui fait du -bien, sait que celui pour qui elle le fait n'est pas un être isolé de -tous, mais le même être qu'elle, mais sous un autre aspect. - - D'après SCHOPENHAUER. - -4 - -Lorsqu'on vit de la vie spirituelle, on éprouve des souffrances morales -chaque fois qu'on se sépare des hommes. Pourquoi cette souffrance? Parce -que, de même que la souffrance physique démontre le danger qui menace la -vie corporelle, la souffrance morale démontre le danger qui menace la -vie spirituelle de l'homme. - -5 - -Un sage hindou disait: «En toi, en moi, en tous les êtres vivants vit un -seul et même esprit vital; et voici que tu te fâches contre moi, tu ne -m'aimes pas. Souviens-toi que toi et moi, nous sommes un. Qui que tu -sois, toi et moi, nous ne faisons qu'un.» - -6 - -Bien qu'un homme soit méchant, injuste, bête et désagréable, -souviens-toi qu'en ne le respectant plus, tu romps non seulement tout -lien avec lui seul, mais avec tout le monde spirituel. - -7 - -Pour qu'il te soit facile de vivre avec chaque homme, pense à ce qui -t'unit à lui et non pas à ce qui te sépare de lui. - -IV.--_Les conséquences résultant de la conception de l'unité de l'âme de -tous les hommes._ - -1 - -Il ne peut y avoir et il n'y aura pas de liberté et de bonheur -véritable, tant que les hommes n'auront pas compris leur unité. Si -seulement les hommes avaient compris cette vérité essentielle du -christianisme,--la communauté spirituelle de tous les hommes--leur vie -se serait transformée, et il s'établirait entre eux des rapports que -nous ne saurions imaginer maintenant. Les insultes, les peines, les -humiliations que nous faisons subir aux hommes-frères nous auraient -révoltés plus que les plus grands crimes actuels. - -Oui, il nous faut une nouvelle révélation, non pas sur le paradis et -l'enfer, mais sur l'esprit qui vit en nous. - - CHANNING. - -2 - -L'amour appelle l'amour. Cela ne peut être autrement parce qu'en se -révélant en toi, Dieu se révèle également en un autre homme. - -3 - -La branche coupée de son nœud est, par cela même, séparée de l'arbre -entier. De même l'homme qui rompt avec un autre homme, se détache de -toute l'humanité. Seulement, la branche est coupée par un bras étranger, -alors que, par son mépris, l'homme se détache de son prochain, sans -penser que, par cela même, il se détache de toute l'humanité. - - MARC-AURÈLE. - -4 - -Il n'y a pas de mauvaise action pour laquelle soit seul puni celui -qui l'a faite. Nous ne pouvons nous isoler de façon à ce que notre -méchanceté ne se répande pas sur les autres hommes. Nos actions, bonnes -et mauvaises, sont comme nos enfants: elles vivent et agissent non plus -par notre volonté, mais par elles-mêmes. - - GEORGE ELLIOT. - -5 - -La vie des hommes est pénible uniquement parce qu'ils ne savent pas que -l'âme, qui est en chacun de nous, vit dans tous les hommes. C'est de là -que provient l'animosité, que les uns sont riches, les autres pauvres, -les uns sont maîtres, les autres ouvriers; de là que vient l'envie, la -haine et tous les tourments humains. - - - - -CHAPITRE V - -DE L'AMOUR - - -L'âme humaine, isolée par le corps aussi bien de Dieu que des autres -êtres, tend à se réunir à ce dont elle est séparée. - -L'âme s'unit à Dieu par la conscience progressive de la présence de Dieu -en soi, alors qu'elle s'unit aux âmes des autres par des manifestations -d'amour de plus en plus évidentes. - - -I. _L'Amour unit les hommes à Dieu et aux autres êtres._ - -1 - -«Jésus dit au légiste: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton -cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C'est le premier et le -plus grand des commandements. - -«Le second est: aime ton prochain comme toi-même, répondit l'homme de -loi au Christ, et Jésus lui dit: Tu as bien répondu; agis donc comme tu -l'as dit, c'est-à-dire, aime Dieu et ton prochain et tu vivras bien.» - -2 - -Vous êtes bien malheureux, vous, les gens du monde! Les chagrins et les -inquiétudes sont au-dessus de vos têtes et sous vos pieds, à droite et -à gauche, et vous êtes des énigmes pour vous-mêmes. Et vous resterez -toujours énigmes si vous ne devenez pas joyeux et affectueux comme les -enfants. Alors seulement vous Me connaîtrez et, m'ayant connu, vous vous -comprendrez vous-mêmes et vous pourrez vous gouverner. - -Alors seulement, lorsque vous regarderez le monde à travers votre âme, -tout sera joie pour vous sur la terre et en vous-mêmes. - -_Soutes bouddhistes._ - -3 - -On ne peut aimer que la perfection. - -Il faut donc, pour aimer: ou bien considérer comme parfait ce qui ne -l'est pas, ou bien aimer ce qui est parfait, c'est-à-dire Dieu. Si l'on -considère comme parfait ce qui ne l'est pas, l'erreur se révélera tôt ou -tard et l'amour ne sera plus. Mais l'amour de Dieu, c'est-à-dire de la -perfection, ne peut pas finir. - -4 - -Dieu est amour; celui qui demeure dans la charité, demeure en Dieu et -Dieu en lui. Personne n'a jamais vu Dieu; mais si nous nous aimons les -uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est accompli en -nous. Si quelqu'un dit: «J'aime Dieu» et qu'il haïsse son frère, c'est -un menteur. Car celui qui n'aime point son frère qu'il voit, comment -peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? Frères, aimons-nous les uns les -autres, car l'amour vient de Dieu, et quiconque aime, est né de Dieu et -connaît Dieu, car Dieu est amour. - -D'après la 1<sup>re</sup> épitre de saint Jean. - -5 - -Les hommes ne peuvent communier réellement qu'en Dieu. Pour se -rencontrer, les hommes n'ont pas besoin de se croiser, ils doivent -simplement se diriger vers Dieu. - -S'il y avait un grand temple où la lumière ne pénétrerait que d'en haut -et du centre, les hommes, pour se rencontrer dans ce temple, n'auraient -qu'à se diriger vers la lumière. Il en est de même dans le monde: si -tous les hommes allaient, à Dieu, ils se rencontreraient tous. - -6 - -Il n'y a rien de plus agréable que de se savoir aimé. Mais, chose -extraordinaire! pour qu'on nous aime il est inutile de rendre service -aux autres: il suffit de se rapprocher de Dieu. Rapproche-toi de Dieu et -ne pense pas aux hommes, et les hommes t'aimeront. - -7 - -Celui qui prétend aimer Dieu tout en n'aimant pas son prochain, trompe -les hommes. Celui qui prétend aimer son prochain et n'aime pas Dieu, se -trompe lui-même. - -8 - -On dit que le jour du jugement dernier arrivera et que le bon Dieu se -fâchera. Mais un Dieu bon ne peut faire que du bien. - -De toutes les religions existantes, il n'y en a qu'une seule vraie, -celle qui dit que Dieu est amour. Et l'amour ne peut donner que le -bonheur. - -Ne crains rien: pendant ta vie et après ta mort, il ne peut y avoir que -l'amour. - - _Traduit du persan._ - -9 - -Vivre selon les préceptes de Dieu c'est être pareil à Dieu. Et, pour -être pareil à Dieu, il faut ne rien craindre et ne rien désirer pour -soi. Et pour ne rien craindre et ne rien désirer pour soi, il n'y a qu'à -aimer. - -Les uns disent: rentre en toi-même et tu trouveras le repos. Toute la -vérité n'est pas là. - -D'autres disent, au contraire: sors de toi-même; tâche de t'oublier -et de trouver le bonheur dans les plaisirs. Ceci n'est pas vrai non -plus. Ce n'est pas vrai pour cette seule raison qu'on ne peut pas se -débarrasser des maladies par les plaisirs. Le repos et le bonheur ne -sont ni en nous, ni en dehors de nous, ils sont en Dieu. Et Dieu est en -nous et hors nous. Aime Dieu, car c'est en Dieu que tu trouveras ce que -tu cherches. - - PASCAL. - - - -II.--_De même que le corps a besoin de nourriture et souffre lorsqu'il -en est privé, l'âme a besoin d'amour et souffre en son absence._ - -1 - -Tous les corps sont attirés par la terre et les uns par les autres. De -même toutes les âmes sont attirées vers Dieu et les unes vers les autres. - -2 - -Tous les gens vivent, non pas parce qu'ils pensent à eux-mêmes, mais -parce que l'amour est le propre des hommes. - -Afin que les hommes ne vivent pas chacun pour soi, mais tous pour la -même cause, Dieu ne leur a pas révélé ce qu'il faut à chacun d'eux, mais -leur a dit seulement ce qu'il leur fallait à tous. - -Afin que les hommes sachent ce qu'il leur faut à tous, Il a pénétré dans -leurs âmes et s'y est manifesté en amour. - -3 - -Tous les malheurs des hommes ne sont pas causés par les mauvaises -récoltes, les incendies, les brigands, mais simplement parce qu'ils -vivent en désaccord.--Ils sont en désaccord, parce qu'ils ne croient pas -à la voix de l'amour qui vit en eux et qui les appelle à s'unir. - -4 - -Tant que l'homme vit d'une vie matérielle, il lui semble qu'il est -séparé des autres hommes parce que cela est ainsi et ne peut être -autrement. Mais dès qu'il commence à vivre d'une vie spirituelle, il -s'étonne, ne comprend pas, jusqu'à en souffrir, pourquoi il est séparé -des autres hommes, et il cherche à s'unir à eux. L'amour seul unit les -hommes. - -5 - -La vie de chaque homme consiste à devenir meilleur chaque année, chaque -mois, chaque jour. Plus les gens deviennent meilleurs et plus ils -s'unissent, plus leur vie est meilleure. - -6 - -Si nous tenions fermement à nous rallier aux hommes là où nous sommes -d'accord avec eux, sans exiger leur consentement sur les points où nous -ne sommes pas d'accord, nous serions bien plus près du Christ que ceux -qui, tout en se qualifiant de chrétiens, se détachent, au nom du Christ, -des hommes d'une autre religion, en exigeant qu'ils soient d'accord avec -ce qui leur semble être la vérité. - -Aimez vos ennemis, et vous n'en n'aurez point. - -_Actes des Apôtres._ - - - -III.--_L'amour n'est vrai que lorsqu'il se répand sur tout._ - -1 - -Dieu voulait que nous fussions heureux et, dans ce but, il nous a donné -le besoin du bonheur; seulement, il voulait que nous soyons heureux -tous, et non pas quelques-uns, et pour cela il nous a donné le besoin -d'aimer. Il s'ensuit que les hommes ne seront heureux que lorsqu'ils -s'aimeront tous les uns les autres. - -2 - -Sénèque disait que tout ce que nous voyons, tout ce qui vit n'est qu'un -seul corps; tels les bras, les jambes, l'estomac, les os, nous sommes -les parties de ce corps. Tous, nous sommes venus au monde de la même -façon; tous, nous voulons notre bonheur; tous nous savons que nous -ferions mieux de nous entr'aider que de nous exterminer et tous nous -avons un germe d'amour les uns pour les autres. Comme des pierres, -nous formons une même route et nous nous écroulerons, si nous ne nous -soutenons pas. - -3 - -Si nous aimons ceux qui nous plaisent, qui nous louent, qui nous font du -bien, nous les aimons pour nous-mêmes. Le véritable amour est celui qui -nous fait aimer non pour notre plaisir, mais pour le bien des hommes que -nous aimons; nous devons les aimer, non pas parce qu'ils sont agréables -ou utiles, mais parce que dans chaque homme nous reconnaissons l'esprit -qui vit en nous. - -Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons aimer, comme nous l'a appris le -Christ, non seulement ceux qui nous aiment, mais aussi ceux qui nous -haïssent: nos ennemis. - -4 - -Tâche d'aimer celui que tu n'aimais pas, que tu blâmais, qui t'a -offensé. Si tu y réussis, tu connaîtras une sensation nouvelle de joie. -De même que la clarté éclate après les ténèbres, la lumière de l'amour -s'allumera avec plus d'intensité et plus joyeusement en toi, après -s'être libéré de l'inimitié. - -5 - -Le meilleur des hommes est celui qui aime _tous_ et qui fait du bien à -tous, qu'ils soient bons ou méchants. - - MAHOMET. - -6 - -«Je suis triste, ennuyé, seul.» Mais qui donc t'a ordonné de fuir tous -les hommes et de te murer dans la prison de ton misérable et ennuyeux -«moi». - -7 - -Agis de façon à pouvoir dire à chacun: fais comme moi. - - D'après KANT. - -8 - -Tant que je n'aurai pas vu observer le plus grand commandement du -Christ--l'amour envers les ennemis--je ne croirai pas que ceux qui se -qualifient de chrétiens le soient effectivement. - - LESSING. - - - -IV.--_On ne peut aimer réellement que l'âme._ - -1 - -Tous les hommes ne désirent, qu'une seule chose, c'est de bien vivre. -C'est pourquoi, depuis les temps les plus anciens, partout et toujours, -les sages et les saints ont pensé et appris aux hommes comment il -fallait vivre pour être heureux. Et à toutes les époques et dans tous -les pays, les sages et les saints ont enseigné aux hommes la même -doctrine. - -Cette doctrine est brève et simple: - -Tous les hommes vivent par le même esprit, mais sont séparés, dans cette -vie, par leurs corps; s'ils en sont convaincus, ils doivent s'unir les -uns aux autres par l'amour. S'ils ne le comprennent pas et s'imaginent -qu'ils vivent uniquement par leurs corps, ils se querellent entre eux et -sont malheureux. - -Toute la doctrine est dans la recommandation de faire ce qui unit les -hommes et de ne pas faire ce qui les désunit. Il est facile d'avoir foi -en cette doctrine parce qu'elle demeure dans le cœur de chaque homme. - - - -V.--_L'amour est un sentiment naturel à l'homme._ - -1 - -L'homme aime aussi naturellement que l'eau descend la pente. - -_Proverbe oriental._ - -2 - -Pour que l'abeille vive selon sa nature, elle doit voler, le serpent -ramper, le poisson nager, l'homme aimer. Par conséquent, si l'homme fait -du mal à son prochain au lieu de lui faire du bien, cela paraît aussi -étrange que si le poisson se mettait à voler et l'oiseau à nager. - -3 - -Le cheval, par sa course rapide, fuit l'ennemi. Il est malheureux non -pas lorsqu'il ne peut pas crier comme un coq, mais lorsqu'il perd ce qui -lui est acquis: la faculté de courir. - -Le sens le plus précieux pour le chien est son flair. Il est malheureux -lorsqu'il le perd, et non lorsqu'il voit qu'il ne peut pas voler. - -De même l'homme est malheureux, non quand il est impuissant à maîtriser -un ours, un lion, ou de mauvaises gens, mais quand il perd ce qu'il a de -plus cher: sa nature spirituelle, sa faculté d'aimer. - -On n'a pas à regretter quand on meurt, quand on a perdu son argent, sa -propriété, sa maison--tout cela n'appartient pas à l'homme. On doit -regretter quand l'homme perd son bien réel, son plus grand bonheur: la -faculté d'aimer. - -4 - -On demanda à un philosophe chinois: qu'est-ce que la science? Il -répondit: C'est connaître les hommes. - -On lui demanda: Qu'est-ce que la vertu? Il répondit: C'est aimer les -hommes. - -5 - -Un philosophe hindou disait: «De même qu'une mère soigne son unique -enfant, le dorlote, le garde et l'élève, l'homme doit élever et garder -en soi ce qu'il a de plus cher au monde: l'amour pour tout ce qui -vit. Toutes les religions nous l'enseignent: celle des Bramines, des -Bouddhistes, des Hébreux, des Chinois, des Chrétiens, des Mahométans. -C'est pourquoi, la chose la plus nécessaire au monde est d'apprendre à -aimer.» - -6 - -Les Chinois ont eu leurs philosophes tels que Confucius, Lao-Tseu et un -autre sage, peu connu, du nom de Mi-Ti. - -Mi-Ti enseignait qu'il ne fallait pas inculquer aux hommes le respect -de la force, de la richesse, de la bravoure, mais de l'amour seul. Il -disait: On élève les hommes de façon à ce qu'ils considèrent que la -richesse et la gloire sont au-dessus de tout et ils ne songent qu'à -gagner le plus possible de gloire et de richesses; il faut les élever de -façon à ce qu'ils placent l'amour au-dessus de tout et que, dans la vie -quotidienne, ils s'habituent à aimer les hommes et à consacrer toutes -les forces à apprendre à aimer. - -Mi-Ti n'a pas été écouté. Mendzé, un élève de Confucius, contredit -Mi-Ti, en assurant qu'on ne saurait vivre uniquement d'amour. Et -les Chinois suivirent Mendzé. 500 ans s'écoulèrent ainsi, lorsque -Jésus vint enseigner aux hommes ce qu'avait déjà dit Mi-Ti, mais -avec plus de force et de clarté. Bien que personne ne conteste cette -doctrine d'amour, les disciples du Christ ne suivent toujours pas son -enseignement. Mais le moment viendra--et il est proche--où les hommes ne -pourront pas faire autrement que de suivre cette doctrine, parce que son -germe se trouve dans tous les cœurs, alors que la non observation de ses -préceptes rendra les gens de plus en plus malheureux. - - - -VI.--_L'amour seul donne le bonheur réel._ - -1 - -Tu veux du bien, tu auras ce que tu désires, à condition que tu veuilles -le bien qui est bon pour tous. Ce bonheur ne se gagne que par l'amour. - -2 - -«Celui qui veut conserver sa vie, la perdra, et celui qui donne sa vie -pour le bien, la conservera. L'homme n'a pas de profit à gagner le -monde entier s'il fait du tort à son âme.» Ainsi parlait Jésus. De -même parlait le païen Marc-Aurèle: «Âme, quand donc seras-tu le chef du -corps? Quand te débarrasseras-tu des désirs et des peines charnelles, -et pourras-tu te passer des services de ce que les hommes te servent de -leur vie ou de leur mort! Quand comprendras-tu que le vrai bonheur est -toujours en ton pouvoir et qu'il est l'amour pour tous les hommes?» - -3 - -Celui qui dit qu'il est dans la lumière et qui hait son frère, est -encore à présent dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure -dans la lumière et ne craint nulle tentation. Mais celui qui hait son -frère est dans les ténèbres, marche dans les ténèbres et ne sait où il -va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux.... Aimons, non par la -parole et la langue, mais par les actes et la vérité. C'est à cela que -nous reconnaissons la vérité et que nous tranquillisons nos cœurs. - - 1<sup>re</sup> épitre de saint JEAN. - -4 - -Je ne sais pas lequel des chefs des religions a raison, et je ne puis le -savoir d'une façon certaine; mais je sais pertinemment que le mieux que -je puis faire, c'est de développer l'amour en moi; de cela je ne puis -en douter. Je ne puis en douter parce qu'en se développant, mon amour -augmente mon bonheur. - -5 - -Nous savons trouver tout; il n'y a que nous-mêmes que nous ne sachions -pas trouver. Chose étrange! L'homme vit sur la terre pendant de -nombreuses années sans remarquer à quel moment il éprouve le plus de -satisfaction. S'il s'en apercevait, il verrait clairement en quoi -consiste son vrai bonheur; il saurait qu'il ne se sent à son aise -que lorsqu'il a l'amour dans l'âme. C'est que nous ne méditons pas -assez pour nous en apercevoir. Nous avons perverti notre raison et ne -cherchons plus à connaître ce qui seul nous est nécessaire. - -Si nous nous étions arrêtés un seul instant au milieu du tourbillon de -la vie qui nous emporte, si nous étions rentrés en nous-mêmes, nous -aurions compris où est notre bonheur. - -Notre corps est faible, impur, mortel; mais il recèle un trésor divin: -l'esprit immortel. Il nous suffirait d'avoir conscience de cet esprit -intérieur pour nous mettre à aimer les hommes, et, en les aimant, nous -aurons tout ce que notre cœur désire: le bonheur. - - SKOVORODA. - -6 - -Nous n'obtenons le bonheur corporel, tous les plaisirs, qu'au détriment -des autres hommes. Par contre, nous n'augmentons le bien spirituel, le -bien de l'amour qu'en augmentant le bonheur d'autrui. - -7 - -Tous nos perfectionnements de la vie matérielle: les chemins de fer, -le télégraphe, les machines peuvent servir à l'union des hommes et à -les rapprocher du royaume de Dieu. Mais le malheur est que les hommes -se passionnent pour ces perfectionnements et s'imaginent que s'ils -construisent beaucoup de ces engins, ils peuvent se rapprocher de Dieu. -C'est une aussi grosse erreur que si l'homme avait toujours travaillé -le même terrain sans songer à y semer quelque chose. Pour que toutes -ces machines soient utiles, il faut que les hommes perfectionnent leur -âme, y cultivent l'amour. Car sans amour, le téléphone, le télégraphe, -les machines volantes, loin de nous rapprocher, nous divisent de plus en -plus. - -8 - -L'homme est misérable et ridicule lorsqu'il cherche ce qu'il a sur -le dos. Il est tout aussi misérable et ridicule lorsqu'il cherche le -bonheur, sans savoir qu'il le trouvera dans l'amour qui est dans son -cœur. - -Ne regardez pas le monde et les œuvres des hommes, mais jetez un regard -dans votre âme, et vous y trouverez, le bonheur que vous cherchez là où -il n'est pas; vous trouverez l'amour et vous saurez que ce bonheur est -si grand que celui qui l'a, ne peut plus rien désirer. - - KRISHNA. - -9 - -Fais du bien à tes amis pour qu'ils t'aiment davantage, fais-en à tes -ennemis pour qu'ils deviennent tes amis. - - KLEOVODLOS[1]. - -10 - -On dit: quel profit y a-t-il à faire du bien aux gens qui vous paient -par le mal? Si tu aimes celui à qui tu fais le bien, tu as déjà reçu ta -récompense par ton amour pour lui, et tu en auras une plus grande encore -dans ton âme si tu supportes avec amour le mal qu'il le fait. - -11 - -Quand nous aimons nos frères nous savons que nous sommes passés de la -mort à la vie. Celui qui hait son frère n'a pas la vie éternelle qui est -en lui. - -D'après le 1<sup>er</sup> épitre de JEAN, III. - -12 - -Oui, le temps viendra bientôt, celui-là même dont le Christ disait qu'il -souffrait en l'attendant, le temps où les hommes seront fiers, non pas -de la domination sur les autres et de la spoliation du fruit de leur -travail, non pas de la crainte et de l'envie qu'ils provoquent, mais -fiers de leur amour pour tous et heureux de cette sensation qui les -libère de tout mal, malgré les peines qu'on peut leur causer. - -13 - -L'amour donne et ne reçoit rien. - - -[1] L'un des sept sages de la Grèce; il vivait au VI<sup>e</sup> siècle -avant J.-C. (_Note du trad._). - - - - -CHAPITRE VI - -PÉCHÉS, TENTATIONS, SUPERSTITIONS - - -La vie humaine serait un bonheur continuel si les superstitions, les -tentations et les péchés n'avaient pas privé les hommes de ce bien qui -leur est accessible. Le péché est l'encouragement aux désirs charnels; -les tentations sont la conception erronée que l'homme a de ses relations -avec le monde; les superstitions sont les fausses doctrines acceptées -sur parole. - - -I.--_La vraie vie n'est pas dans le corps, mais dans l'âme._ - -1 - -Le terme de péché, dans le langage populaire, est employé par le -laboureur lorsque la charrue lui échappe des mains, et qu'elle sort du -sillon sans retourner la terre. - -Il en est de même dans la vie. Le péché est la déviation du corps humain -de la bonne voie et son impuissance, par suite, d'accomplir son devoir. - -2 - -Dans leur jeunesse, lorsqu'ils ne connaissent pas le but réel de la vie -qui est la communion dans l'amour, les hommes pensent que le but est de -satisfaire leurs désirs charnels. Il n'y aurait pas grand mal, si cette -illusion n'était qu'une erreur de la raison; mais le malheur est que -l'assouvissement des désirs charnels souille l'âme et que celle-ci perd -la faculté de trouver son bonheur dans l'amour. - -N'est-ce pas vouloir puiser de l'eau potable avec un récipient bien -souillé préalablement? - -3 - -Tu voudrais procurer à ton corps les plus grands plaisirs. Mais ton -corps, vivra-t-il longtemps? Se soucier des plaisirs charnels, c'est -construire sa maison sur de la glace. Quelle joie pourrait-on attendre -d'une telle vie, quel repos? Ne crains-tu pas constamment que, tôt ou -tard, la glace fondra, que, tôt ou tard, tu devras abandonner ton corps -mortel? - -Transporte donc ta maison sur la terre ferme; travaille à ce qui -ne meurt pas: perfectionne ton âme, débarrasse-toi des péchés, des -tentations et des superstitions. - - D'après SKOVORODA. - -4 - -L'enfant ne sent pas encore son âme et ne sent pas ce qu'éprouve -l'adulte lorsqu'il entend deux voix contradictoires parler en lui. L'une -dit: «mange toi-même» et l'autre: «donne à celui qui demande.» L'une -dit: «venge-toi», et l'autre: «pardonne». L'une dit: «crois à ce que -disent les autres», et l'autre: «réfléchis toi-même». - -Plus l'homme devient âgé, plus il entend ces deux voix contradictoires: -l'une est la voix du corps, l'autre celle de l'esprit. Et celui qui -s'habituera à entendre la voix de l'âme, sera heureux. - -5 - -Nul ne peut servir deux maîtres: car ou il haïra l'un et aimera l'autre, -ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir -Dieu et Mamon. - - MATTH., VI, 24. - -6 - -On ne peut avoir soin en même temps de son âme et de son corps. Si tu -veux des plaisirs charnels, renonce à ton âme; si tu veux préserver ton -âme, renonce aux plaisirs charnels. Sinon, tu sera tiraillé tantôt d'un -côté, tantôt de l'autre, et tu n'auras ni l'un ni l'autre. - -7 - -L'homme cherche à s'assurer la liberté afin de soustraire son corps à -toute entrave et de pouvoir agir à sa guise. C'est là une grande erreur. -Les moyens par lesquels les hommes cherchent à délier leur corps de -toute entrave: la richesse, la puissance, la bonne réputation, tout -cela n'assure pas la liberté souhaitée; au contraire, cela ne fait que -les lier davantage. Pour acquérir une liberté plus grande, les hommes -construisent une prison de leurs péchés, tentations et superstitions et -s'y enferment. - - - -II.--_Qu'est-ce que le Péché?_ - -1 - -La doctrine des Bouddhistes enseigne cinq commandements principaux. Le -premier: ne tue sciemment nul être vivant. Le deuxième: ne t'approprie -pas ce qu'autrui considère comme son bien. Le troisième: sois chaste. -Le quatrième: ne dis pas le contraire de la vérité. Le cinquième: ne -te grise ni de boissons, ni de fumée. Les Bouddhistes considèrent donc -comme péchés: le meurtre, le vol, la fornication, l'ivrognerie, le -mensonge. - -2 - -La doctrine évangélique ne recommande que deux préceptes, tous deux -ayant trait à l'amour. Lorsque l'homme de loi, pour éprouver le Christ, -lui demanda:--Maître quel est le grand commandement de la loi? Jésus -répondit:--Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de -toute ton âme et de toute la pensée. C'est là le premier et le grand -commandement. Et voici le second qui lui est semblable: Tu aimeras ton -prochain comme toi-même. - -C'est pourquoi, d'après la doctrine chrétienne, tout ce qui est en -désaccord avec ces deux commandements, est péché. - -3 - -Les hommes ne sont pas punis à cause de leurs péchés, mais par les -péchés mêmes. C'est là le plus pénible et le plus sûr des châtiments. - -Il arrive qu'un imposteur ou un méchant vit et meurt dans l'opulence -et les honneurs; mais ceci ne signifie nullement qu'il a échappé au -châtiment dû pour ses péchés. Et le châtiment ne se produira pas -quelque part où personne n'a jamais été et n'ira jamais, mais ici même. -Cet homme est déjà puni par ce fait que chaque nouveau péché l'éloigné -de plus en plus du vrai bonheur, de l'amour, et qu'il devient de moins -en moins heureux. De même qu'un ivrogne, qu'il soit puni par les hommes -ou non, l'est déjà à coup sûr, parce que, indépendamment de son mal de -tête immédiat dû à l'ivresse, il est puni par les souffrances qui le -tenaillent à mesure qu'il s'adonne à l'ivrognerie. - -4 - -Si l'on s'imagine que l'on peut se débarrasser de ses péchés dans cette -vie, on se trompe grossièrement. L'homme peut avoir plus ou moins de -péchés, mais il ne saurait être impeccable. Il ne le saurait, parce que -toute notre vie se passe dans l'effort de nous libérer de nos péchés et -c'est là seulement qu'est le vrai bonheur. - - - -III.--_Les Tentations et les Superstitions._ - -1 - -Le but de l'homme dans cette vie est d'accomplir la volonté de Dieu. -Celle-ci commande à l'homme de développer et de manifester l'amour qui -est en lui. Que peut faire l'homme pour manifester cet amour? Supprimer -tout ce qui l'entrave. Qu'est-ce qui l'entrave? Les péchés. - -De sorte que pour accomplir la volonté divine, l'homme n'a qu'une chose -à faire: se libérer de ses péchés. - -2 - -Pécher est l'œuvre humaine; justifier les péchés est œuvre diabolique. - -3 - -Tant que l'homme est sans raison, il vit comme une bête et il n'est pas -responsable de la suite de ses actes, bons ou mauvais. Mais le moment -arrive où il devient capable de réflexion et peut distinguer entre ce -qu'il doit et ce qu'il ne doit pas faire. Or, au lieu de comprendre que -la raison lui est donnée pour discerner le bien et le mal, il l'emploie -souvent à justifier le mal qui lui est agréable et auquel il est habitué. - -C'est ce qui engendre les tentations et les superstitions dont le monde -souffre le plus. - -4 - -C'est mal quand l'homme se croit sans péchés et n'a pas besoin de -faire d'efforts sur lui-même. Mais c'est tout aussi mal quand l'homme -s'imagine être né dans les péchés, être condamné à mourir comblé de -péchés et qu'il ne servirait à rien de faire des efforts pour s'en -débarrasser. Les deux erreurs sont également funestes. - -5 - -C'est mal quand l'homme qui vit parmi les pécheurs ne voit ni ses -propres péchés, ni ceux des autres; mais c'est plus mal encore quand -l'homme voit les péchés des autres et ne remarque pas les siens. - -6 - -Dans chaque existence, il arrive un moment où le corps vieillit, -s'affaiblit, devient de moins en moins exigeant, tandis que le «moi» -spirituel grandit de plus en plus. Alors, ceux qui sont habitués à -satisfaire leurs désirs corporels imaginent, afin de ne pas renoncer -à leurs habitudes, des séductions et des superstitions qui leur -permettent de vivre en pécheurs. Mais ils ont beau faire de garantir -leur corps contre le «moi» spirituel, ce «moi» vainc toujours, ne -serait-ce que dans les derniers moments de la vie. - -7 - -D'abord, le péché est un étranger dans notre âme; puis, il en est -l'hôte; et lorsque nous nous habituons à lui, il y devient comme le -maître de la maison. - -8 - -Celui qui commet un péché pour la première fois ressent toujours sa -faute; celui qui pèche à plusieurs reprises,--surtout lorsque les gens -qui l'entourent commettent le même péché,--tombe dans la tentation et ne -sent plus son péché. - -9 - -Lorsqu'un homme a commis un péché et s'en rend compte, il a deux issues: -l'une de reconnaître sa faute, et de s'efforcer à ne plus recommencer; -l'autre est de chercher à savoir ce que les gens pensent du péché qu'il -a commis, et si ces gens ne le blâment pas, de continuer à pécher. - -«Tous le font, pourquoi donc ne ferai-je pas comme tout le monde?» -Lorsque l'homme s'engage sur cette pente, il ne s'aperçoit plus qu'il -s'éloigne chaque jour davantage de la bonne voie. - -10 - -«Les tentations doivent exister sur la terre», a dit le Christ. Je crois -que le sens de cette sentence est que la connaissance de la vérité ne -suffit pas pour détourner les hommes du mal et pour les attirer vers le -bien. - -Pour que la plupart des hommes puisse connaître la vérité, il est -indispensable d'être amené, par les péchés, les tentations et les -superstitions, au dernier degré de l'erreur et à la souffrance qui -s'ensuit. - -11 - -Les péchés viennent du corps; les tentations, de l'opinion publique; les -superstitions, du manque dé confiance en son propre jugement. - - - -IV.--_L'œuvre essentielle de la vie de l'homme est de se débarrasser des -péchés, des tentations, et des superstitions._ - -1 - -L'homme se réjouit lorsque son corps sort de la captivité, de la prison. -Comment donc ne serait-il pas heureux lorsqu'il se débarrasse des -péchés, des tentations et des superstitions qui tenaient son âme en -captivité? - -2 - -Admettons que les hommes ne sachent vivre que de la vie bestiale, qu'ils -ne luttent pas contre leurs passions--quelle vie horrible ce serait, -quelle haine il y aurait entre tous les hommes, quelle débauche, quelle -cruauté! C'est parce que les hommes connaissent leurs faiblesses et -leurs passions et luttent contre elles, qu'ils peuvent vivre ensemble. - -3 - -La vie de l'homme, qu'il le veuille ou non, tend à le débarrasser de -plus en plus de ses péchés. Celui qui le comprend, y contribue de ses -efforts, et la vie d'un tel homme est facile, parce qu'elle est en -accord avec ce qui se produit en lui. - -4 - -Les enfants ne sont pas encore habitués aux péchés et tout péché leur -répugne. Les adultes sont déjà tombés dans la tentation et ils pèchent -sans s'en rendre compte. - -5 - -Deux femmes vinrent trouver un vieillard pour lui demander conseil. -L'une se considérait comme une grande pécheresse. Etant jeune encore, -elle avait trompé son mari et vivait dans un tourment continuel. -L'autre, ayant toujours vécu selon les bonnes règles, ne se reprochait -aucune faute marquante et était satisfaite d'elle-même. - -Le vieillard interrogea les deux femmes sur leur vie. L'une, tout en -larmes lui avoua son grand péché. Elle le trouvait si grand qu'elle ne -croyait pas mériter le pardon; l'autre déclara qu'elle ne reconnaissait -aucun péché particulier. Le vieillard dit à la première: - ---Va derrière le clos et trouve-moi une grande pierre, la plus grande -que lu pourras soulever, et apporte-la. - ---Et toi, dit-il à celle qui ne se connaissait pas de grands péchés, -apporte-moi aussi des pierres, autant que tu pourras en porter, mais des -petites. - -Les femmes exécutèrent l'ordre du vieillard. L'une apporta un grand -bloc, l'autre, tout un sac de cailloux. - -Le vieillard examina les pierres et dit: - ---Voici ce que vous allez faire maintenant: rapportez les pierres là où -vous les avez prises, et lorsque vous l'aurez fait, revenez me trouver. - -Les femmes s'en furent exécuter l'ordre du vieillard. La première -trouva facilement l'endroit où elle avait pris la pierre et la remit -à sa place. La seconde, n'arrivant pas à se rappeler les places où -se trouvaient chacune de ses pierres, revint avec son sac vers le -vieillard, sans avoir exécuté son ordre. - ---Il en est de même pour les péchés, dit le vieillard. Tu as pu -remettre, sans difficulté, une grande et lourde pierre à son ancienne -place, parce que tu te souvenais où tu l'avais prise. Quant à toi, tu -n'as pu le faire, parce que tu ne te souvenais plus où tu avais pris les -petites pierres. - -Puis, se tournant de nouveau vers la première, il ajouta: - ---Tu te souvenais de ta faute, tu supportais les reproches des gens et -ceux de ta conscience, tu t'humiliais, et tu t'es libérée ainsi des -conséquences de ton péché. Quant à toi, dit-il à la femme qui avait -rapporté les cailloux, n'ayant commis que des petites fautes, tu ne t'en -souvenais plus, tu ne t'en repentais pas, tu t'es habituée à vivre dans -les péchés et, en blâmant les fautes d'autrui, tu t'es enlizée de plus -en plus dans les tiennes. - -6 - -C'est une grande erreur que de croire à la possibilité de se débarrasser -d'un péché par la foi ou le pardon des hommes. On ne peut en aucune -façon se libérer d'un péché; on peut seulement le reconnaître et tâcher -de ne plus le répéter. - -7 - -Ne sois jamais lâche devant le péché, ne te dis pas: je ne peux pas -faire autrement, je suis habitué, je suis faible. Tant que tu vis, tu -peux toujours lutter contre le péché et le vaincre, sinon aujourd'hui, -demain; sinon demain, après-demain; sinon après demain, sûrement avant -ta mort. Mais si tu renonces d'avance à la lutte, tu renonces au sens -fondamental de la vie. - -8 - -L'être chez qui est absente la conscience de son unité avec Dieu et avec -tout ce qui vit est sans péchés. Tels sont l'animal, la plante. - -Au contraire, l'homme reconnaît la présence simultanée en lui de la bête -et de Dieu; c'est pourquoi il ne saurait être sans péchés. Nous disons -que les enfants sont innocents. Ce n'est pas exact. L'enfant n'est pas -innocent. Il a moins de péchés que l'adulte, mais il a déjà des péchés -charnels. De même un homme de sainte vie n'est pas sans péchés. Un saint -a commis moins de péchés, mais il en a commis quand même: sans péchés il -n'y a pas de vie. - -9 - -Pour s'habituer à lutter contre le péché, il est utile de cesser, de -temps en temps, ses occupations habituelles, afin de voir si l'on est -maître de son corps, ou si c'est le corps qui est le maître. - - - -V.--_L'importance des péchés, des tentations, des superstitions, et des -fausses doctrines dans la manifestation de la vie spirituelle._ - -1 - -Ceux qui croient que Dieu a créé le monde demandent souvent: pourquoi -Dieu a-t-il créé l'homme tel qu'il soit obligé de pécher? Cela revient -à demander pourquoi Dieu a créé la femme qui, pour avoir un enfant, -doit souffrir, accoucher, l'allaiter, l'élever? Ne serait-ce pas plus -simple si Dieu lui donnait des enfants tout faits, sans accouchement, -sans allaitement, sans peines ni soucis? Aucune mère ne posera cette -question, car l'enfant lui est cher précisément par ce que c'est dans -les tourments de l'accouchement, de l'allaitement, de l'éducation, des -soucis qu'était la plus grande joie de sa vie. - -Il en est de même de la vie humaine: les péchés, les tentations, les -superstitions, la lutte et la victoire obtenue sur eux constituent tout -le sens et toute la joie de la vie. - -2 - -Il est très pénible à l'homme de connaître ses péchés: en revanche, -il éprouve une grande joie à sentir qu'il s'en débarrasse. S'il n'y -avait pas de nuit, nous ne pourrions pas nous réjouir à l'apparition -du soleil; s'il n'y avait pas de péché, l'homme ne connaîtrait pas les -joies d'une vie exemplaire. - -3 - -Si l'homme n'avait pas d'âme, il ne connaîtrait pas les péchés; et s'il -n'y avait pas de péchés, l'homme ne saurait pas qu'il possède une âme. - -4 - -Les péchés, les tentations et les superstitions constituent le terreau -qui doit recouvrir les semences de l'amour pour qu'elles puissent lever. - - - - -CHAPITRE VII - -DES EXCÈS - - -Le seul et unique bonheur de l'homme est dans l'amour. Mais il est privé -de ce bien, lorsqu'au lieu de développer en lui l'amour, il augmente et -encourage les exigences de son corps. - - -I.--_Tout le superflu dont jouit le corps est nuisible, tant au corps -qu'à l'âme._ - -1 - -Il ne faut satisfaire les besoins du corps que dans les limites du -nécessaire. Imaginer de nouveaux plaisirs pour le corps, c'est vivre à -rebours, c'est-à-dire mettre l'âme au service du corps, au lieu du corps -au service de l'âme. - -2 - -Moins on a de besoins, plus la vie est heureuse; c'est là une ancienne -vérité qui est loin d'être acceptée par tout le monde. - -3 - -Plus tu t'habitues au luxe, plus tu te soumets à la servitude; car plus -tu auras de besoins, plus tu limiteras ta liberté. La liberté absolue -consiste à n'avoir besoin de rien, et celle plus limitée est de n'avoir -besoin que de peu. - - JEAN CHRYSOSTOME. - -4. - -On pèche envers les hommes et l'on pèche envers soi-même. Les péchés -envers les hommes viennent de ce qu'on ne respecte pas l'Esprit Divin -chez son semblable. Les péchés envers soi-même, de ce qu'on ne respecte -pas l'Esprit Divin en soi-même. - -5 - -Si tu veux vivre tranquille et libre, déshabitue-toi de ce dont tu peux -te passer. - -6 - -Tout ce qui est nécessaire au corps est facile à obtenir. Il n'est -difficile de se procurer que ce qui n'est pas nécessaire. - -7 - -C'est bon d'avoir ce qu'on désire; mais c'est mieux de ne rien désirer -de plus de ce qu'on a. - - MENEDEM. - -8 - -Si tu te portes bien et que tu as travaillé jusqu'à sentir la fatigue, -l'eau et le pain te paraîtront meilleurs qu'au riche ses mets choisis, -ta paillasse plus moelleuse que tous les lits à ressorts, et ta blouse -de travail te sera plus agréable que tous les vêtements de velours. - -9 - -Socrate s'abstenait de toute nourriture qui flattait, seulement le -goût, ne mangeait que juste pour satisfaire sa faim, et recommandait à -ses élèves de suivre son exemple. Il disait que les excès de boisson et -de nourriture étaient très nuisibles non seulement au corps, mais aussi -à l'âme, et il conseillait de sortir de table ayant encore faim. Il -leur rappelait l'histoire du sage Ulysse et de la fée Circé qui n'a pu -ensorceler Ulysse uniquement parce qu'il n'avait pas mangé à l'excès, -alors que tous ses compagnons furent métamorphosés par elle en pourceaux -dès qu'ils se sont empiffrés de mets délicats. - -10 - -La plupart des hommes d'aujourd'hui sont persuadés que le bonheur est -de flatter les exigences corporelles. Cet état d'esprit est révélé -par l'extension de la doctrine socialiste. D'après cette doctrine, -l'homme dont les besoins sont peu développés est une brute, tandis que -l'accroissement des besoins est le premier indice de l'homme civilisé, -indice de la conscience de sa dignité. Les hommes de notre temps ont à -tel point foi en cette fausse doctrine qu'ils ne font que railler les -sages qui voyaient le bien de l'homme dans la diminution de ses besoins. - -11 - -Voyez comment voudrait vivre l'esclave. Il veut, tout d'abord, qu'on le -mette en liberté. Il pense que, sans cela, il ne peut être ni libre, -ni heureux. Il dit: «Si on m'avait donné la liberté, j'aurais été -immédiatement heureux. Je ne serais plus obligé d'exécuter les caprices, -ni de gagner les bonnes grâces de mon maître; je pourrais parler à qui -me plaira, comme à mon égal; je pourrais aller où je voudrais sans eu -demander la permission à personne.» - -Mais aussitôt qu'il est en liberté, il se met à chercher qui il -pourrait bien flatter pour mieux dîner. Pour y parvenir, il est prêt à -toutes les bassesses. Et dès qu'il réussit à s'installer auprès d'un -homme riche, il retombe dans le même esclavage que celui d'où il voulait -tant sortir. - -Lorsqu'un tel homme commence à s'enrichir, il prend une maîtresse et -retombe auprès d'elle dans une servitude pire encore. Riche, il possède -moins de liberté encore, et alors il souffre et pleure. Et lorsqu'il -est très malheureux, il se rappelle sa servitude d'autrefois et dit: -«Je n'étais vraiment pas mal chez mon maître. Je n'avais aucun souci, -j'étais vêtu, chaussé, nourri, et lorsque j'étais malade on me soignait. -Le travail n'était pas trop difficile. Tandis que maintenant, j'ai tant -à faire. Je n'avais alors qu'un seul maître; maintenant, j'en ai un grand -nombre. Que de gens à satisfaire!» - - ÉPICTÈTE. - - - -II.--_L'Insatiabilité des passions charnelles._ - -1 - -Pour entretenir la vie, notre corps a besoin de peu; tandis que les -caprices de notre corps ne peuvent jamais être contentés. - -2 - -Flatter le corps, lui assurer le superflus, est une grande erreur. -En effet, la vie de luxe n'augmente pas, mais diminue le plaisir de -manger, de se reposer, de dormir, de s'habiller, de se loger. Si l'on -mange trop, ou sans avoir faim, l'estomac se délabre et on n'a pas de -goût à la nourriture. Si l'on roule en voiture quand il est facile de -faire le même trajet à pied, si l'on s'habitue à un lit moelleux, à une -nourriture délicate et recherchée, à une installation luxueuse, si l'on -est habitué à faire faire aux autres ce que l'on peut faire soi-même, on -n'a plus de plaisir à se reposer après le travail, à avoir chaud après -le froid, à bien dormir, et l'on ne fait que s'affaiblir de plus en plus -et diminuer ses joies, sa paix et sa liberté. - -5 - -Les hommes devraient prendre exemple sur les bêtes pour savoir traiter -leur corps. Dès que l'animal a ce qui est nécessaire à son corps, il se -calme. Pour l'homme, il ne suffit pas de contenter sa faim, de pouvoir -s'abriter; il invente continuellement de nouveaux plats et de nouvelles -boissons, construit des palais, fabrique une grande quantité d'objets -inutiles qui ne le rendent que plus malheureux. - - - -III.--_Péché d'intempérance dans la nourriture._ - -1 - -Un sage disait: Je remercie Dieu de nous avoir rendu facile tout ce -qui est nécessaire, et difficile tout ce qui ne l'est pas. C'est juste -surtout pour la nourriture; celle qui est nécessaire à l'homme pour -qu'il se porte bien et puisse travailler est simple et bon marché: le -pain, les fruits, les légumes, l'eau. On en trouve partout. - -Seuls les plats compliqués sont difficiles à préparer. Non seulement ils -sont difficiles à préparer, mais encore ils sont nuisibles. - -2 - -On meurt plus rarement de faim que de la bonne chair. - -3 - -Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger. - -4 - -Sans la gourmandise, nul oiseau ne serait pris dans les filets de -l'oiseleur. On prend les gens au même appât. Le ventre--c'est comme des -chaînes aux mains et des fers aux pieds. Celui qui est esclave de son -ventre reste toujours esclave. Si tu veux être libre, commence à te -libérer de ton ventre. Mange pour calmer ta faim, et non pour y trouver -du plaisir. - - D'après SAADI. - - - -IV.--_Le péché de manger de la viande._ - -1 - -Pythagore ne mangeait pas de viande. Lorsqu'on demandait à Plutarque, -qui avait décrit la vie de Pythagore, pourquoi celui-ci ne mangeait pas -de viande, il répondait qu'il s'étonnait non pas de ce que Pythagore ne -mangeait pas de viande, mais de ce qu'il y avait, encore des gens qui, -au lieu de se nourrir de graines, de légumes et de fruits, captivent des -êtres vivants et les tuent pour les manger. - -2 - -«Tu ne tueras point» ne se rapporte pas uniquement au meurtre de -l'homme, mais de tout ce qui vit. Ce commandement avait été gravé dans -le cœur de l'homme avant de l'être au Sinaï. - -3 - -La compassion pour les animaux est si étroitement liée à la bonté que -l'on peut affirmer avec assurance que celui qui est cruel pour les -bêtes, ne peut avoir bon cœur. - - SCHOPENHAUER. - -4 - -Ne lève pas ta main sur ton frère et ne verse pas le sang des êtres qui -peuplent la terre: hommes, animaux domestiques, bêtes fauves et oiseaux; -des profondeurs de ton âme s'élève une voix qui le défend de répandre le -sang, car le sang c'est la vie, et tu ne peux pas rendre la vie. - - LAMARTINE. - -5 - -Les joies que la pitié et la compassion pour les animaux donnent -à l'homme rachètent au centuple les plaisirs dont, il se prive en -renonçant à la chasse et à la chair abattue. - - - -V.--_Péché de la griserie: vin, tabac, opium, etc._ - -1 - -Pour pouvoir bien vivre, les hommes ont surtout besoin de leur raison. -Ils devraient donc tenir tout particulièrement à leur saine raison. -Pourtant, ils trouvent du plaisir à l'étouffer par le vin, le tabac et -l'opium, et c'est parce qu'ils désirent mener une mauvaise vie et que -leur raison non obscurcie leur montre que leur vie est mauvaise. - -2 - -Pourquoi les hommes, ayant des habitudes différentes, gardent-ils -l'habitude de fumer et de boire? Parce que la plupart parmi eux sont -mécontents de leur vie. Ils en sont mécontents parce qu'ils-recherchent -les plaisirs charnels sans jamais pouvoir les satisfaire. C'est -pourquoi les pauvres comme les riches cherchent l'oubli dans l'ivresse. - -3 - -Si l'homme mange trop, il lui est difficile de ne pas être paresseux. -S'il boit des boissons grisantes, il lui est difficile de rester chaste. - -4 - -Personne ne s'est jamais enivré ni grisé de fumée pour accomplir une -bonne action: travailler, prendre une décision, soigner un malade, prier -Dieu. Mais la plupart des mauvaises actions sont faites dans un état -d'ébriété. - -Ce n'est pas un crime de se griser; mais c'est créer l'état qui dispose -au crime. - - - -VI.--_Servir le corps, c'est nuire à l'âme._ - -1 - -Si un homme a beaucoup plus qu'il ne lui faut, c'est que d'autres -manquent du nécessaire. - -2 - -Qui est plus heureux: celui qui se nourrit par son travail juste assez -pour ne pas avoir faim, s'habille pour ne pas rester nu, se loge pour ne -pas souffrir de la pluie et du froid; ou bien celui qui se procure une -bonne nourriture, des vêtements riches et une habitation luxueuse par la -mendicité, la servilité, ou par l'escroquerie et la force? - -3 - -Si nous n'avions pas inventé le luxe, tous ceux qui sont maintenant dans -la misère pourraient vivre sans manquer de rien, et les riches sans -craindre pour leur vie ou leurs richesses. - -4 - -De même que le premier principe de la sagesse est la connaissance de -soi-même, parce que celui qui se connaît peut connaître les autres, de -même le premier principe de la charité est de se contenter de peu, car -seul celui qui se contente de peu, peut être charitable. - - J. RUSKIN. - -5 - -Les grands penseurs et les saints étaient sobres et chastes. - -6 - -De même que la fumée chasse les abeilles de leur ruche, la voracité et -l'ivrognerie chassent les meilleures forces spirituelles. - - BASILE LE GRAND. - -7 - -Ne tuez pas votre cœur par des excès de nourriture et de boisson. - - MAHOMET. - - - -VII--_Seul celui qui est maître de ses désirs charnels est libre._ - -1 - -Lorsque l'homme vit, non pour l'âme mais pour le corps, il imite un -oiseau qui irait d'un endroit à l'autre sur ses faibles pattes, au lieu -de voler en toute liberté sur ses ailes. - -2 - -Vous dites que la bonne chair, les vêtements riches et le luxe sont -le bonheur. Moi, je crois que la plus grande félicité est de ne rien -désirer, et, afin de se rapprocher de ce bonheur suprême, il faut, -s'habituer à avoir besoin de peu. - - SOCRATE. - -3 - -Personne ne s'est jamais repenti d'avoir vécu trop simplement. - -4 - -Ce qui arrive à l'estomac lorsqu'on le bourre jusqu'à l'indigestion, -arrive quand il y a excès dans les distractions. Plus les hommes -s'évertuent d'augmenter le plaisir de manger, en inventant des plats -raffinés, plus l'estomac s'affaiblit et plus le plaisir d'absorber la -nourriture diminue. Plus les gens s'efforcent à augmenter le plaisir des -distractions par des jeux compliqués, plus leur faculté de goûter ce -plaisir s'affaiblit. - - - - -CHAPITRE VIII - -DE LA LUBRICITÉ - - -Le principe divin demeure dans tous les êtres humains, femmes et hommes. -C'est donc un grand péché que de considérer les porteurs de ce principe -comme un moyen de plaisir sensuel. - -Pour l'homme, chaque femme doit être, avant tout, une sœur, et l'homme -pour la femme, un frère. - - -I.--_On doit tendre à la complète chasteté._ - -1 - -Il est bon de vivre honnêtement marié, mais il vaut mieux encore de ne -jamais se marier. Peu de gens en sont capables. Mais celui qui le peut -est heureux. - -2 - -Les gens qui se marient lorsqu'ils peuvent s'en passer, agissent comme -celui qui tombe sans avoir trébuché. Si l'on trébuche et que l'on tombe, -il n'y a rien à y faire, mais si l'on n'a pas trébuché, pourquoi tomber -exprès? Si tu peux vivre chaste, sans pécher, il est préférable de ne -pas te marier. - -3 - -C'est une erreur de croire que la chasteté est contraire à la nature -humaine. La chasteté est possible et donne bien plus de bonheur qu'un -mariage, même heureux. - -4 - -Les excès de nourriture sont funestes à une vie honnête; mais les excès -sexuels le sont plus encore. C'est pourquoi moins l'homme s'adonne -aux uns et aux autres, mieux cela vaut pour sa vie spirituelle. La -différence entre les uns et les autres est toutefois très sensible. En -renonçant entièrement à la nourriture, l'homme ne peut prolonger sa vie, -alors qu'en renonçant au besoin sexuel, il ne supprime ni sa vie, ni la -vie de son espèce qui ne dépend pas de lui seul. - -5 - -«Celui qui n'est pas marié, s'occupe des choses du Seigneur pour plaire -au Seigneur. Mais celui qui est marié s'occupe des choses du monde pour -plaire à sa femme. Il y a cette différence entre la femme mariée et la -vierge, que celle qui n'est pas mariée s'occupe des choses du Seigneur -pour être sainte de corps et d'esprit, tandis que celle qui est mariée -s'occupe des choses du monde pour plaire à son mari. - - I COR., 7, 33. - -6 - -Si les gens se marient avec la conviction qu'ils servent ainsi Dieu et -les hommes en prolongeant l'espèce humaine, ils s'abusent. Au lieu de -se marier pour augmenter le nombre des enfants, ils feraient bien mieux -de concourir au sauvetage de millions de petits êtres qui périssent de -misère et manquent de soins. - -7 - -Bien que très peu d'hommes puissent atteindre à une chasteté absolue, -chacun doit comprendre et se rappeler qu'il peut toujours être plus -chaste qu'il ne l'a été, et que plus l'homme se rapproche de la chasteté -absolue, plus il sera heureux lui-même et pourra concourir au bonheur -des autres. - -8 - -On dit que si tous étaient chastes, le genre humain s'éteindrait. Or, -suivant l'Eglise, la fin du monde doit arriver; de même suivant la -science, la vie humaine et notre planète même doivent avoir une fin. - -Pourquoi dès lors nous révolter à l'idée qu'une vie morale amènerait -également le genre humain à sa fin? - -En réalité, l'extinction ou la prolongation du genre humain ne doit -pas nous préoccuper. Chacun de nous ne doit avoir qu'un souci: vivre -honnêtement, ce qui, pour le désir sexuel, veut dire s'efforcer d'être -aussi chaste que possible. - -9 - -Un savant a calculé que si l'humanité continue à se doubler tous les -50 ans, suivant la progression actuelle, dans 7.000 ans un couple aura -produit tant d'hommes qu'en les entassant l'un contre l'autre sur toute -l'étendue du globe, une 27<sup>e</sup> partie seulement de tous les -hommes pourrait s'y placer. - -Pour éviter cette alternative, il n'y a qu'un moyen, celui indiqué par -tous les sages de la terre et qui s'accorde avec les aspirations de -l'âme humaine: la chasteté; il faut tendre à la plus grande chasteté -réalisable. - -10 - -«Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens (dit le Christ en citant -les paroles de la loi de Moïse): tu ne commettras point d'adultère. Mais -moi, je vous dis, que quiconque regarde une femme pour la convoiter, a -déjà commis un adultère avec elle clans son cœur.» (MATTH., V, 27-28). - -Ces paroles ne peuvent signifier autre chose que la possibilité pour -l'homme d'aspirer à la chasteté absolue. - -«Comment la réaliser? objectera-t-on. Si les hommes deviennent -entièrement chastes, le genre humain disparaîtra.» Mais en parlant -ainsi, on oublie qu'indiquer la perfection à laquelle l'homme doit -tendre, ce n'est point exiger la perfection absolue. Il n'est pas donné -à l'homme d'atteindre la perfection en aucune chose. La destinée de -l'homme est dans la marche vers la perfection. - - - -II.--_Le péché de luxure._ - -1 - -Un homme non dépravé éprouve toujours du dégoût et de la honte à parler -des rapports sexuels et à y penser. Garde ce sentiment. Ce n'est pas -sans raison que ce sentiment est propre à l'homme. Il l'aide à se -contenir de l'impudicité et à rester chaste. - -2 - -On désigne par le même mot l'amour spirituel,--pour Dieu et son -prochain,--et l'amour charnel de l'homme pour la femme et de la femme -pour l'homme. - -C'est une grande erreur. Il n'y a rien de commun entre ces sentiments. -Le premier,--l'amour spirituel pour Dieu et son prochain--est la voix de -Dieu; le second--l'amour entre homme et femme--est la voix de la bête. - -3 - -La loi de Dieu consiste à aimer Dieu et son prochain, c'est-à-dire, tous -les hommes sans distinction. Dans l'amour sexuel, l'homme aime une femme -plus que tous et la femme n'aime qu'un seul homme. Il s'ensuit le plus -souvent que l'amour sexuel empêche l'homme d'observer la loi divine. - - - -III._--Malheurs provoqués par la licence sexuelle._ - -1 - -Tant que tu n'as pas exterminé dans sa racine le désir sexuel que tu -éprouves pour une femme, ton esprit sera lié aux choses de la terre, -comme le veau-têtard est lié à sa mère. - -Les gens pris de désir s'agitent comme un lièvre pris dans un piège. Dès -qu'ils sont pris dans les filets de la passion charnelle, ils restent -longtemps sans pouvoir se débarrasser des souffrances. - - _Sagesse bouddhiste._ - -2 - -Le papillon de nuit vole vers la lumière parce qu'il ne sait pas qu'il -se brûlera les ailes; le poisson avale l'amorce parce qu'il ne sait -pas que cela le fera périr. Mais nous savons que le désir sexuel nous -engluera, nous fera sûrement périr; malgré cela, nous nous y abandonnons. - -3 - -De même que les feux follets des marécages conduisent les hommes aux -fondrières, puis disparaissent; les plaisirs sexuels illusionnent -l'homme. - -Il s'égare, empoisonne son existence et, lorsqu'il se dégrise, il -n'aperçoit même plus le mirage auquel il avait sacrifié une partie de sa -vie. - - D'après SCHOPENHAUER. - - - -IV.--_Altitude criminelle des conducteurs d'âmes dans la question -sexuelle._ - -1 - -Pour bien comprendre toute l'immoralité, tout esprit anti-chrétien de la -vie des peuples chrétiens, il suffit de se rappeler que la situation des -femmes qui vivent du vice est reconnue et réglementée dans tous les pays. - -2 - -Les gens riches se sont fait une conviction partagée par la fausse -science, suivant laquelle les rapports sexuels seraient indispensables; -seulement, le mariage n'étant pas toujours possible, les rapports -sexuels n'engageraient à rien, sauf à les payer, et seraient absolument -naturels. Cette conviction est devenue tellement générale et -inébranlable que les parents, sur les conseils d'un médecin, organisent -la débauche pour leurs enfants, et les institutions dont le seul but -est de s'occuper du bien-être des citoyens, autorisent l'existence d'une -classe de femmes qui doivent périr moralement et physiquement, pour -satisfaire à la dépravation de l'homme. - -3 - -Parler de l'utilité ou de la nocivité des rapports sexuels, reviendrait -à demander s'il est utile ou nuisible de boire le sangd'autrui. - - - -V.--_Lutte contre le péché sexuel._ - -1 - -L'homme, comme l'animal, est obligé de lutter contre les autres êtres -et se reproduire pour assurer l'existence de son espèce. Mais, créature -douée de raison et d'amour, l'homme ne doit pas lutter contre les autres -êtres et ne doit pas penser à se reproduire; il doit rester chaste. De -la combinaison de ces deux aspirations contraires résulte la vie humaine -telle qu'elle doit l'être. - -2 - -La lutte contre le désir sexuel est la lutte la plus difficile, et -il n'y a pas de situation ni d'âge, excepté l'enfance et la profonde -vieillesse, où l'homme en est libéré. C'est pourquoi tout adulte, homme -ou femme, doit surveiller l'ennemi qui n'attend qu'une occasion propice -pour attaquer. - -3 - -De même que nous devons prendre sur les animaux l'exemple de tempérance -dans la nourriture: ne manger que lorsqu'on a faim et sans en abuser, -nous devons les imiter dans nos rapports sexuels: s'abstenir comme -eux jusqu'à l'âge de puberté, ne s'y adonner que lorsqu'on y est -irrésistiblement attiré et s'abstenir encore dès que la conception se -manifeste. - - - -VI.--_Le Mariage._ - -1 - -Il est bon à l'homme de ne point toucher la femme. Mais, pour ne pas -commettre d'adultère, que chacun ait sa femme et que chaque femme ait -son mari. - - I COR., VII, 1-2. - -2 - -La doctrine chrétienne ne donne pas les mêmes règles pour tout et pour -tous; elle ne fait qu'indiquer la perfection vers laquelle il faut -tendre. Il en est ainsi pour la question sexuelle: la perfection, c'est -la chasteté absolue. Tout effort vers la chasteté absolue constitue une -observation plus ou moins grande dé la doctrine. - -3 - -Pour toucher une cible, il faut viser plus loin. De même pour que le -mariage soit indissoluble et les deux époux fidèles l'un à l'autre, il -faut que tous deux tendent à la chasteté. - -4 - -Si l'homme cherche le plaisir dans les rapports sexuels, même entre -époux, ainsi que cela arrive parmi nous, il tombera sûrement dans le -vice. - -5 - -La cohabitation entre homme et femme ayant des enfants pour résultat -est le mariage réel; toutes les cérémonies extérieures ne font pas le -mariage, mais ne s'emploient que pour reconnaître comme mariage une -seule union entre beaucoup d'autres. - -6 - -La véritable doctrine chrétienne ne contient aucune allusion à -l'institution du mariage. Aussi, les chrétiens de notre temps qui s'en -aperçoivent, mais ne voient pas l'idéal du Christ (qui est la chasteté -absolue) parce qu'il leur est voilé par l'Eglise, demeurent, quant au -mariage, sans aucune règle de conduite. C'est à cela que tient le fait, -étrange au premier abord, que chez les peuples professant des doctrines -bien moins élevées que le christianisme, mais possédant une définition -exacte du mariage, l'esprit de famille, la fidélité conjugale sont bien -plus développés que chez les soi-disant chrétiens. - -Les peuples qui professent des doctrines inférieures au christianisme -admettent le concubinage, la polygamie et la polyandrie dans certaines -limites, mais ils évitent en revanche la dépravation qui se révèle par -le concubinage, la polygamie et la polyandrie qui régnent parmi les -chrétiens et sont masqués par la monogamie apparente. - -7 - -Pour que le mariage soit un acte sage et moral, il faut: - -_Primo:_ Ne pas penser que chaque homme ou chaque femme doit absolument -se marier, mais se dire, au contraire, qu'il est préférable de rester -pur pour que rien ne nous empêche de consacrer toutes nos forces à -servir Dieu. - -_Secundo_: Considérer les rapports sexuels comme un mariage indissoluble. -(MATTH., XIX, 4-7). - -_Tertio_: Ne pas considérer le mariage comme un encouragement à la -satisfaction des désirs charnels, mais comme un péché qui doit être -expié par l'accomplissement des devoirs de famille. - - - -VII--_Les enfants servent à l'expiation du péché mortel._ - -1 - -Si les hommes pouvaient atteindre la perfection et devenir chastes, le -genre humain s'éteindrait et n'aurait plus de raison d'exister sur la -terre, parce que les hommes seraient devenus pareils aux anges qui ne -se marient pas, comme il est dit dans l'Evangile. Mais tant que les -hommes ne sont pas arrivés à la perfection, ils doivent produire leur -progéniture pour qu'en se perfectionnant, la postérité puisse atteindre -à la perfection à laquelle l'homme tend. - -2 - -Le mariage, le vrai mariage qui a pour mission la production et -l'éducation des enfants, est un moyen indirect de servir Dieu par les -enfants. «Si je n'ai pas fait ce que je pouvais et devais faire, mes -enfants le feront.» - -C'est pourquoi les gens qui se marient éprouvent toujours un certain -apaisement. Ils ont le sentiment de la possibilité de transmettre une -partie de leurs obligations à leurs enfants à venir. Mais ce sentiment -n'est légitime qu'au cas où les époux élèvent leurs enfants de façon -qu'ils ne soient pas une entrave à l'œuvre divine, mais ses ouvriers. La -conviction que si je n'ai pas pu me consacrer entièrement au service de -Dieu, je ferai tout mon possible pour que mes enfants le fassent--cette -conviction donne un sens moral au mariage ainsi qu'à l'éducation des -enfants. - -3 - -Bénie soit l'enfance qui, au milieu des cruautés de la terre, laisse -entrevoir un peu de ciel! Les 80.000 naissances quotidiennes dont parle -la statistique, constituent le débordement d'innocence et de fraîcheur, -luttant non seulement contre l'extinction de l'espèce, mais encore -contre la corruption humaine et contre une infection générale par le -vice. Tous les bons sentiments éveillés par le berceau et l'enfance -sont un des mystères de la grande Providence; supprimez cette rosée -vivifiante, et la rafale des passions égoïstes séchera, comme par le -feu, la société humaine. - -Si l'humanité se composait d'un milliard d'êtres immortels, dont le -nombre ne pourrait ni augmenter ni diminuer, où serions-nous et que -serions-nous, Grand Dieu! Nous serions incontestablement mille fois plus -savants, mais aussi mille fois plus mauvais. - -Bénie soit l'enfance pour le bonheur qu'elle donne elle-même, pour le -bien qu'elle fait sans le savoir et sans le vouloir en obligeant, en -permettant de l'aimer! Ce n'est que grâce à elle que nous apercevons une -parcelle de paradis sur terre. Bénie soit également la mort! Les anges -n'ont pas besoin de naître, ni de mourir pour vivre; mais, pour les -hommes, l'un et l'autre sont nécessaires, indispensables. - - AMIEL. - -5 - -Les gens riches, qui considèrent les enfants comme une entrave au -plaisir, un accident malheureux ou une sorte de jouissance quand il en -naît un nombre fixé à l'avance, ne les élèvent pas en vue de la mission -humaine qu'ils auront à accomplir en tant qu'êtres intelligents et -affectueux, mais en vue des plaisirs qu'ils peuvent donner à leurs -parents. Les enfants de tels parents sont, pour la plupart, entourés de -soins en vue de les rendre propres, blancs, rassasiés, beaux, et, par -conséquent, douillets et sensuels. - -Les costumes, les lectures, les spectacles, la musique, la danse, la -bonne chair, tout l'arrangement de leur existence, depuis les images sur -les boîtes, jusqu'aux romans, nouvelles et poèmes, ne fait qu'exciter -leur sensualité, ce qui suscite chez les enfants des classes aisées les -plus bas vices et les maladies sexuelles. - - - - -CHAPITRE IX - -DE L'OISIVETÉ - - -Il est injuste de demander aux hommes plus de travail qu'on ne peut -leur en donner soi-même. Mais comme on ne saurait peser si on donne aux -autres plus qu'on ne leur demande, qu'en outre, on peut à tout moment -faiblir ou tomber malade et qu'on devra alors prendre sans donner, on -doit, tant qu'on a des forces, tâcher de travailler pour les autres le -plus possible et leur demander le moins de travail possible. - - -I.--_L'homme commet un grand pèché s'il profite du travail d'autrui sans -travailler lui-même._ - -1 - -Celui qui ne veut pas travailler n'a pas le droit de manger. - - Apôtre PAUL. - -2 - -En te servant de n'importe quel objet, souviens-toi que c'est le produit -du travail humain et que, lorsque tu dépenses, supprimes ou abîmes cet -objet, tu dépenses le travail et parfois la vie humaine. - -3 - -Celui qui ne se nourrit pas de son propre travail et fait travailler les -autres pour soi est un cannibal. - -_Sagesse orientale._ - -4 - -Toute la morale chrétienne en son application pratique se réduit à -considérer tous les hommes comme des frères, à être l'égal de tous; et -pour arriver à cela, il faut, avant tout, cesser de faire travailler -les autres pour soi et, dans l'organisation sociale actuelle, profiter -le moins possible du produit du travail des autres, de tout ce qui -s'acquiert pour de l'argent, dépenser le moins d'argent et vivre le plus -simplement possible. - -5 - -Ne fais pas faire aux autres ce que tu peux faire toi-même. Que chacun -balaye devant sa porte. Si chacun agit ainsi, toute la rue sera propre. - -6 - -Quelle est la meilleure nourriture? Celle que vous avez gagnée vous-même. - - MAHOMET. - -7 - -Il est très utile pour les gens riches d'abandonner pour un certain -temps leur vie luxueuse et de vivre, ne serait-ce que quelques jours, -comme les ouvriers, en faisant soi-même tout ce que les salariés font -chez les gens riches; si le riche faisait ainsi, il verrait le grand -péché qu'il commet en faisant travailler les autres. - -8 - -Ceux qui vivent dans le luxe ne peuvent pas aimer les hommes. Ils -ne le peuvent pas, parce que tout ce dont ils se servent est fait à -contre-cœur, par nécessité, souvent avec des malédictions, par ceux -qu'ils forcent à les servir. Pour que ces gens-là puissent aimer leurs -prochains, ils doivent tout d'abord cesser de les tourmenter. - - - -II.--_La loi du travail n'est pas pénible, mais agréable à accomplir._ - -1 - -Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. C'est une loi immuable. De -même que la femme obéit à la loi de l'enfantement dans la souffrance, -l'homme doit obéir à la loi dure du travail. La femme ne peut se libérer -de son sort. Si elle adopte un enfant qui n'est pas né d'elle, ce sera, -malgré tout, un étranger et elle sera privée des joies de la maternité. -Il en est de même pour le travail des hommes. Lorsqu'un homme mange le -pain qu'il n'a pas gagné, il se prive des joies du travail. - - BONDAREV[1]. - -2 - -L'homme craint la mort à laquelle il est soumis. L'homme qui ne connaît -ni le bien ni le mal semble plus heureux, mais il est irrésistiblement -attiré à les connaître. - -L'homme aime l'oisiveté et la satisfaction des désirs sans souffrances, -mais ce n'est que le travail et les souffrances qui lui donnent la vie, -à lui et à toute son espèce. - -3 - -C'est une grande erreur que de supposer que les hommes peuvent avoir une -vie spirituelle élevée, alors que leur corps demeure dans le luxe et -l'oisiveté. Le corps est toujours le premier élève de l'âme. - - THOREAU. - -4 - -Si l'homme vit seul et se dispense de la loi du travail, il en est -immédiatement puni par le fait que son corps s'anémie et s'affaiblit. Si -l'homme vit dans l'oisiveté et force les autres à travailler pour lui, -il s'en trouve immédiatement puni par ce fait que son âme s'obscurcit et -s'abaisse. - -5 - -L'homme vit d'une vie spirituelle et d'une vie matérielle. Il y a une -loi pour la vie spirituelle et une autre pour la vie matérielle. La loi -de la vie matérielle, c'est le travail, et la loi de la vie spirituelle, -c'est l'amour. Si l'homme déroge à la loi matérielle, celle du travail, -il dérogera inévitablement à la loi spirituelle, celle de l'Amour. - -6 - -Bien que les habits offerts par le roi soient magnifiques, ceux qu'on -se fait soi-même sont meilleurs: bien que la nourriture des riches soit -bonne, le pain que l'on gagne soi-même est le meilleur plat. - - SAADI. - -7 - -La puissance divine égalise les hommes: elle prend à ceux qui ont -beaucoup et donne à ceux qui ont peu. L'homme riche a plus de choses, -mais elles lui donnent moins de plaisir. Le pauvre a moins de choses, -mais plus de plaisir. L'eau puisée à la source et une croûte de pain -semblent bien meilleures au pauvre travailleur, que les mets et les -boissons les plus chers le paraissent à l'oisif. Le riche blasé ne -trouve plus goût à rien. Pour le travailleur, la nourriture, la boisson -et le repos sont chaque fois un plaisir nouveau. - -8 - -L'enfer est caché par les plaisirs, le paradis par le travail et les -malheurs. - - MAHOMET. - -9 - -Sans travail manuel, il n'y a pas de corps sain, il n'y a pas non plus -de pensées saines. - -10 - -Si tu veux toujours être de bonne humeur, travaille jusqu'à la fatigue, -mais non pas au-dessus de tes forces. L'oisiveté rend les gens -mécontents et méchants. Il en est de même lorsqu'on travaille trop. - -11 - -La meilleure et la plus pure joie est celle du repos après le travail. - - KANT. - - - -III.--_Le meilleur travail est le travail agricole._ - -1 - -Tous les hommes reconnaîtront avec le temps la vérité comprise depuis -longtemps par les grands esprits de tous les peuples; la plus grande -vertu de l'humanité consiste dans la soumission aux lois de l'Être -suprême. «Tu es cendre et tu redeviendras cendre». C'est la première loi -que nous apprenons sur notre vie; la deuxième loi commande la culture de -la terre dont nous sommes issus et à laquelle nous retournerons. C'est -en cultivant cette terre avec l'amour pour des bêtes et des plantes que -cette culture exige, que l'homme comprend et vit le mieux sa vie. - - J. RUSKIN. - -2 - -L'agriculture n'est pas l'une des occupations propres à l'homme. -L'agriculture est une occupation propre à tous les hommes; ce travail -leur donne le plus de liberté et le plus d'honneur. - -3 - -La terre dit à celui qui ne la cultive pas: parce que tu ne me -travailles pas de la main droite et de la main gauche, tu resteras -éternellement à la porte des hommes avec tous les autres quémandeurs; tu -n'auras jamais que les restes des riches. - - ZOROASTRE. - -4 - -La vie des hommes de notre temps est organisée de façon que la plus -grande rémunération est obtenue pour un travail vain et inutile: dans -les confiseries, les fabriques de tabacs, les pharmacies, les banques, -le commerce, la littérature, la musique, etc.; et l'on paie bien moins -le travail agricole. Si l'on attache de l'importance à la rémunération -pécuniaire, cet état de choses est très injuste. Mais si l'on envisage -principalement la joie du travail, son influence sur la santé corporelle -et ses attraits naturels, c'est très juste. - -5 - -Le travail manuel, le travail agricole surtout, est utile non seulement -au corps, mais encore à l'âme. Les gens qui ne travaillent pas de leurs -mains, éprouvent des difficultés à comprendre sainement les choses. -Ils ne cessent de penser, de parler, d'écouter ou de lire. L'esprit -n'a pas de repos, il s'irrite et s'embrouille. Le travail agricole est -utile, parce qu'en outre du repos qu'il offre à l'homme, il lui permet -d'envisager sainement, simplement et clairement la situation de l'homme -dans la vie. - -6 - -J'aime les paysans. Ils ne sont pas assez instruits pour raisonner -faussement. - - MONTAIGNE. - - - -IV.--_Ce qu'on appelle la division du travail, n'est qu'une excuse de -l'oisiveté._ - -1 - -Ces derniers temps on parle beaucoup d'une des raisons principales -du succès obtenu par les hommes dans la production et la division du -travail. Nous disons: division du travail; mais cette expression n'est -pas juste. Dans notre société, ce n'est pas le travail qui est divisé, -mais les hommes; ils sont divisés, réduits en petites parcelles d'homme. -A la fabrique, un homme ne fait qu'une infime partie de l'objet; de -sorte que la partie d'initiative laissée à l'homme ne suffit pas pour -faire toute une épingle ou tout un clou; il s'épuise à faire un bout -d'épingle ou la tête d'un clou. C'est vrai qu'il serait bon et désirable -de fabriquer un grand nombre d'épingles par jour; mais si nous pouvions -voir seulement de quel sable nous les frottons, nous aurions réfléchi -que ce n'est pas avantageux, pour cette raison que nous les frottons -avec le sable de l'âme humaine. - -On peut tourmenter les hommes, les mettre aux fers, les atteler comme -des bêtes, les tuer comme des mouches en été, et cependant, dans un -sens, dans le meilleur, ces hommes peuvent rester libres. Mais écraser -leurs âmes immortelles, les étrangler et transformer les gens en -machines--c'est la vraie servitude. Seule cette humiliation, cette -transformation des hommes en machines force les ouvriers à lutter -désespérément et inutilement pour leur liberté dont ils ne conçoivent -pas le sens eux-mêmes. Leur animosité n'est pas provoquée par la faim, -ni par les atteintes à l'amour propre (ces deux causes ont toujours -produit leur effet, mais les bases de la société n'ont jamais été aussi -ébranlée que maintenant). Cela ne tient pas à ce que les ouvriers se -nourrissent mal, mais à ce qu'ils n'ont pas de plaisir au travail par -lequel ils gagnent leur pain; ce qui fait qu'ils considèrent la richesse -comme l'unique moyen de plaisir. Ils souffrent moins du mépris que -leur témoignent les classes impérieuses que du mépris qu'ils ont pour -eux-mêmes, parce que le travail auquel ils sont condamnés les humilie, -les déprave, les amoindrit. Jamais plus qu'aujourd'hui les classes -supérieures n'ont témoigné autant de sympathie et d'affection pour -les classes inférieures, et, cependant, elles n'ont jamais été autant -méprisées par celles-ci. - - JOHN RUSKIN. - -2 - -L'homme, comme l'animal, doit besogner, employer ses mains et ses pieds. -Il peut forcer les autres à faire ce qui lui est nécessaire, mais il -devra quand même dépenser à quelque chose ses forces corporelles. S'il -ne travaille pas à des choses utiles, raisonnables, il travaillera à des -choses inutiles et stupides. C'est ce qui se produit, en effet, parmi -les classes aisées. - -3 - -Les classes oisives excusent leur fainéantise par ce qu'elles s'occupent -des arts et des sciences nécessaires au peuple. Ces gens se chargent -d'en fournir à ceux qui travaillent; malheureusement, ce qu'ils -apportent au peuple en fait de science et d'art, est une fausse science -et un faux art. Aussi, au lieu de récompenser le peuple de son travail, -la science et l'art qu'on lui offre ne font que le tromper et le -dépraver. - -4 - -Un Européen vantait devant un Chinois les avantages de la production -mécanique: «Elle libère l'homme du travail» disait l'Européen. «La -libération du travail serait un grand malheur, répondit le Chinois. Sans -travail il n'y a pas de bonheur possible.» - -5 - -L'homme ne peut acquérir la richesse que par trois moyens: le travail, -la mendicité et le vol. Ceux qui peinent gagnent peu, justement parce -qu'une trop grande part revient aux mendiants et aux voleurs. - - HENRY GEORGE. - - - -V.--_Les occupations des gens qui se sont libérés de la loi du travail -sont toujours vaines et inutiles._ - -1 - -De même qu'un cheval tournant une roue inclinée ne peut pas s'arrêter et -doit toujours avancer, l'homme ne peut pas rester oisif. Par conséquent, -un homme qui travaille a tout autant de mérite qu'un cheval monté sur -une roue et qui remue les jambes. L'important n'est pas dans le fait que -l'homme travaille, mais à quoi il travaille. - -2 - -Ceux qui se sont dispensés du travail manuel peuvent être intelligents, -mais rarement raisonnables. Si l'on écrit, imprime et enseignelant de -futilités dans nos écoles, si notre littérature, notre musique, nos -tableaux sont si subtils, si peu compréhensibles pour tous, c'est parce -que tous ceux qui s'en occupent se sont libérés du travail manuel et -mènent une vie oisive. - - D'après EMERSON. - -3 - -Les hommes cherchent le plaisir d'un côté et d'autre parce qu'ils -sentent le vide de leur existence, mais ne sentent pas encore le vide du -nouveau plaisir qui les attire. - - PASCAL. - -4 - -Personne n'a encore calculé les millions de journées de dur travail -et, peut-être des milliers de vies qui se dépensent à préparer les -distractions. C'est pour cette raison que les distractions de notre -monde ne sont pas joyeuses. - - - -VI.--_Le mal de l'oisiveté._ - -1 - -On ne peut avoir honte d'aucun travail même du plus malpropre; seule -l'oisiveté doit faire honte. - -2 - -Les gens oisifs et riches n'ont qu'un souci--c'est de tirer orgueil de -leur luxe. Ils sentent que, sans cela, tous les mépriseraient comme ils -le méritent. - -3 - -Honte à l'homme à qui l'on doit conseiller de prendre sur la fourmi -l'exemple de l'amour pour le travail. Doublement honteux à lui quand il -ne suit pas ce conseil. - - _Le Talmud._ - -4 - -L'oisiveté devrait figurer parmi les tourments de l'enfer, et c'est elle -qui se trouve placée parmi les joies du paradis. - - MONTAIGNE. - -5 - -Celui qui ne fait rien a toujours de nombreux aides. - -6 - -Ne fais jamais faire par les autres ce que tu peux faire toi-même. - -7 - -Le doute, la tristesse, l'abattement, l'indignation, le désespoir, tous -ces démons veillent sur l'homme, et dès qu'il mène une vie oisive, ils -l'attaquent. Le moyen le plus sûr de se protéger contre ces démons, -c'est un travail corporel assidu. Dès que l'homme se met à cette -besogne, aucun démon n'ose plus l'approcher et ne fait que grogner de -loin. - - CARLYLE. - -8 - -Le démon, lorsqu'il pèche les hommes à la ligne, se sert de différentes -amorces. Mais l'homme oisif n'a pas besoin d'amorce, il se fait prendre -sans amorce. - -9 - -Il est préférable de prendre une corde, d'aller chercher du bois dans la -forêt et de le vendre pour acheter du pain que de demander aux gens de -vous en donner. Si l'on vous refuse, vous en aurez du dépit; si on vous -le donne ce sera pis encore: vous aurez honte. - - MAHOMET. - -10 - -Il y avait une fois deux frères; l'un travaillait chez un seigneur, -l'autre vivait du travail de ses mains. Le frère riche dit un jour au -pauvre: - ---Pourquoi ne vas-tu pas travailler chez le seigneur? Tu ne connaîtrais -pas de besogne pénible. - -A cela le pauvre répliqua: - ---Pourquoi ne travailles-tu pas? Tu ne connaîtrais pas d'humiliation ni -de servitude. - -Les sages disent qu'il est préférable de manger tranquillement le pain -qu'on a gagné, que de porter une écharpe d'or et d'être le serviteur -d'un autre. Il est préférable de pétrir la chaux et l'argile de ses -mains, que de joindre ses mains sur la poitrine en signe d'humilité. - - SAADI. - -11 - -Ne pas rester à la porte des riches et ne pas parler d'une voix de -quémandeur--c'est la meilleure vie. Et, afin que cela n'arrive pas, il -ne faut pas craindre le travail. - - HOTOPADEZÉ hindou. - -12 - -Si tu ne veux pas travailler, humilie-toi, ou opprime les autres. - -13 - -L'aumône d'une pauvre veuve est égale aux plus riches dons, avec cette -différence qu'elle est la vraie charité. - -Seuls les pauvres qui travaillent peuvent avoir la joie de la charité. -Les riches, les oisifs, en sont privés. - - - -[1] Paysan russe, auteur d'un ouvrage sur la loi du travail. Tolstoï a -connu l'auteur et commenté son ouvrage. (N. du trad.) - - - - -CHAPITRE X - -DE LA CUPIDITÉ - - -Le péché de cupidité est dans l'accumulation d'une quantité toujours -grandissante d'objets ou d'argent nécessaires aux autres hommes, et de -garder ces objets ou cet argent afin de jouir à sa guise du travail -d'autrui. - - -I--_Le péché du riche._ - -1 - -Dans notre société, un homme ne peut pas dormir sans payer sa place. -L'air, l'eau, la lumière du soleil ne lui appartiennent que sur la -grand'route.... L'unique droit reconnu chez nous, c'est de marcher sur -cette grand'route jusqu'à ce que l'on commence à chanceler de fatigue, -parce qu'on ne peut s'arrêter et que l'on doit marcher toujours. - - GRANT ALLEN[1]. - -2 - -Dix hommes bons s'étendent et dorment paisiblement sur le même feutre, -mais deux riches ne peuvent pas vivre en paix dans dix chambres. Si un -homme de cœur trouve une miche de pain, il en donne la moitié à celui -qui a faim. Mais lorsqu'un conquérant conquiert une partie du monde, il -ne se tranquillise pas tant qu'il n'en n'a pas pris une autre partie -encore. - -3 - -Les riches ont quinze chambres pour trois personnes, et il ne peuvent -pas laisser un mendiant se chauffer et coucher chez eux. - -Le paysan a une chaumière de sept mètres pour sept personnes; mais il -laisse volontiers entrer un voyageur en disant: «Dieu nous ordonne de -partager». - -4 - -Les riches et les pauvres se complètent les uns les autres. Quand il y a -des riches, il y a et il doit y avoir des pauvres. Quand existe le luxe -effréné, existe et doit exister l'affreuse misère qui force ceux qui -n'ont rien à être au service du luxe. - -Le Christ aimait les pauvres et s'éloignait des riches. - -Dans le royaume de vérité qu'Il prêchait, les riches et les pauvres -seraient également impossibles. - - HENRY GEORGE. - -5 - -Le vagabond est le complément indispensable du millionnaire. - - HENRY GEORGE. - -6 - -Les plaisirs des riches sont obtenus par les larmes des pauvres. - -7 - -Lorsque les riches parlent du bonheur social, je ne doute pas qu'ils -forment sous ce prétexte un complot en vue d'assurer leurs intérêts. - - THOMAS MORE. - -8 - -Les honnêtes gens ne sont jamais riches. Les gens riches ne sont jamais -honnêtes. - - LAO-TSEU. - -9 - -«Ne vole pas un pauvre parce qu'il est pauvre,» dit Salomon. Pourtant, -ce pillage du pauvre parce qu'il est pauvre est une chose très -ordinaire: le riche profite toujours de la misère du pauvre pour le -forcer à travailler pour lui, ou bien pour lui acheter ses produits à -vil prix. - -On dévalise rarement les riches sur les grand'routes, parce qu'il est -dangereux de voler un riche, alors qu'on peut dévaliser un pauvre sans -aucun risque. - - D'après JOHN RUSKIN. - -10 - -Les gens qui appartiennent aux classes ouvrières tâchent le plus souvent -de passer dans la classe des gens aisés qui vivent du travail d'autrui. -Ils appellent ça se joindre aux bonnes gens, alors qu'il faudrait dire -quitter les bonnes gens pour les méchants. - -La richesse est un grand péché devant Dieu, la pauvreté l'est devant les -hommes. - - Proverbe russe. - - - -II.--_-L'homme et la terre._ - -1 - -Etant issu de la terre, la terre m'est donnée pour que j'y prenne tout -ce qu'il me faut pour cultiver et ensemencer, et j'ai le droit de -réclamer ma part. - -Montrez-moi donc où elle est. - - EMERSON. - -2 - -La terre est notre mère à tous; elle nous nourrit, nous donne asile, -nous réjouit et nous chauffe; depuis notre naissance et jusqu'au moment -où nous nous endormons du dernier sommeil sur son cœur de mère, elle -nous caresse constamment de son étreinte affectueuse. - -Et voici que les gens parlent de sa vente; et elle présente, en effet, à -notre époque vénale, un article de négoce, elle est vendue et achetée. - -Mais la vente de la terre créée par le Créateur céleste est une énorme -ineptie. La terre ne peut appartenir qu'au Dieu tout-puissant et à -tous les fils des hommes qui la travaillent, de même qu'à ceux qui la -travailleront dans l'avenir. - -Elle est la propriété non seulement d'une seule génération, mais de -toutes les générations passées, futures et présentes qui la travaillent. - - CARLYLE. - -3 - -Nous occupons une île sur laquelle nous vivons des produits de nos -mains. Un marin naufragé est rejeté sur notre côte. A-t-il le même droit -naturel que nous d'occuper sur les mêmes bases que nous, une parcelle de -terre pour s'y nourrir de son travail? Il semblerait que ce droit est -incontestable. Et cependant, combien d'hommes naissent sur notre planète -auxquels les gens qui y vivent refusent ce droit. - - DE LAVELEYE. - - - -III.--_Les conséquences nuisibles de la richesse._ - -1 - -Les hommes se plaignent d'être pauvres et s'efforcent, par tous les -moyens, d'arriver à la richesse; cependant, la misère et la pauvreté -donnent aux gens la fermeté et la force, alors que les excès et le luxe -les affaiblissent et les amènent à leur perte. - -Les pauvres ont tort de vouloir échanger l'indigence utile au corps et à -l'âme contre la richesse qui est nuisible au corps et à l'âme. - -2 - -Si le pauvre a des peines, le riche en a doublement. - -3 - -Le riche est malheureux; d'abord, parce qu'il craint toujours pour ses -richesses, ensuite, parce que plus il a de biens, plus il a de soucis et -d'affaires. Mais il est surtout malheureux parce qu'il ne peut se lier -qu'avec des riches comme lui, qui sont peu nombreux, et non avec les -pauvres qui sont la majorité. S'il se lie avec un pauvre, il voit trop -nettement son péché, et il ne peut pas ne pas en avoir honte. - -4 - -La richesse a l'or, la pauvreté a la joie. - - Proverbe. - -5 - -La richesse habitue les gens à l'orgueil, à la cruauté, à l'ignorance -présomptueuse et à la débauche. - -6 - -Seul un homme riche peut être insensible et indifférent au malheur -d'autrui. - - Le _Talmud._ - -7 - -La misère assagit, la richesse abêtit. Les chiens eux-mêmes deviennent -enragés à force de trop bien manger. - - Proverbe russe. - -8 - -Celui qui est charitable n'est jamais riche. Le riche n'est sûrement pas -charitable. - - Proverbe mandchourien. - -9 - -Les gens cherchent la richesse; s'ils savaient seulement combien ils -perdent de bonté en gagnant l'opulence et en vivant au milieu d'elle, -ils auraient cherché à s'en débarrasser avec le même zèle qu'ils mettent -à l'acquérir. - -10 - -Le moment est proche où les hommes cesseront de croire que la richesse -donne le bonheur et comprendront, enfin, la simple vérité qu'en gagnant -et en conservant leur richesse, ils rendent plus malheureuse et non -meilleure l'existence des autres et la leur. - - - -IV.--_On ne doit pas envier la richesse, mais en avoir honte._ - -1 - -Il ne faut pas respecter et envier les riches, mais les plaindre et -s'éloigner d'eux. Quant au riche, il ne doit pas être fier de ses biens, -mais honteux. - -2 - -Si le pauvre envie le riche, il ne vaut pas mieux que lui. - -3 - -L'orgueil des riches est mauvais, mais l'envie des pauvres n'est pas -moins mauvaise. Combien il y a de pauvres qui, tout en blâmant les -riches, agissent de même qu'eux envers ceux qui sont plus pauvres -qu'eux-mêmes! - - - -V.--_L'excuse de la richesse._ - -1 - -Si tu as des revenus sans travailler, il y a sûrement quelqu'un qui -travaille sans être payé. - -2 - -Seul celui qui est sûr de n'être pas un homme comme tous les autres, -mais meilleur qu'eux, peut posséder des richesses au milieu des pauvres -et avoir la conscience tranquille. Seule la pensée qu'il est meilleur -que les autres peut justifier un tel homme à ses propres yeux. Et, -chose extraordinaire, la possession des richesses, qui devrait rendre -un tel homme honteux, est pour lui la principale justification de sa -supériorité sur les autres hommes. «Je jouis de la richesse parce que je -suis meilleur que les autres. Et je suis meilleur que les autres parce -que je jouis de la richesse,» se dit-il. - -3 - -Rien ne prouve aussi clairement la fausseté de la religion professée -parmi nous que ce fait que les hommes qui se considèrent comme chrétiens -peuvent non seulement jouir de leurs richesses, au milieu des pauvres, -mais encore en être fiers. - -4 - -L'une des erreurs les plus fréquentes et les plus significatives que les -hommes commettent, est de croire comme bon ce qu'ils aiment. Ils aiment -la richesse, et bien que le mal de la richesse soit évident, ils se -persuadent que la richesse est bonne. - -5 - -Est-ce que Dieu a donné quelque chose à l'un, sans le donner à l'autre? -Est-ce que notre Père commun a exclu l'un de ses enfants? Vous qui -exigez le droit exclusif de profiter de ses dons, montrez le testament -par lequel il aurait privé les autres frères de son héritage. - - LAMENNAIS. - -6 - -Il semblerait que, connaissant l'affreuse misère des ouvriers qui -meurent de privations et d'excès de travail (et il est impossible de ne -pas le savoir), les gens riches, qui profitent de ce travail homicide, -seraient forcés de s'en émouvoir. Cependant, ces gens riches, libéraux, -humanitaires, très sensibles non seulement aux souffrances des hommes, -mais à celles des bêtes, cherchent à s'enrichir davantage, c'est-à-dire -à profiter de plus en plus du travail des autres et le font en toute -sérénité. - -Cette sérénité des riches est due à l'intervention d'une nouvelle -science dénommée économie politique, qui a posé des lois en vertu -desquelles la répartition du travail et la jouissance de ses produits -dépendent de l'offre et de la demande, du capital, de la rente, du taux -des salaires, des bénéfices, etc. - -Il a été écrit sur ce thème, en peu de temps, un nombre incalculable de -traités, de brochures; il a été fait des cours et des conférences, et on -en écrit et on conférencie encore à l'infini. - -Bien que la plupart des gens ignorent les détails de ces explications -rassurantes de la science, ils savent quand même que cette explication -existe, que les savants, des gens subtils, ne cessent de démontrer que -l'ordre de choses actuel est tel qu'il doit être, et que l'on peut se -laisser vivre tranquillement dans cet état de choses, sans essayer de le -modifier. - -Ce n'est qu'ainsi qu'on peut expliquer l'aveuglement surprenant -dans lequel se trouvent les hommes sensibles de notre société, qui -plaignent sincèrement, les animaux, mais qui, la conscience tranquille, -s'attaquent à la vie de leurs semblables. - - - -VI._--Pour atteindre le bonheur, l'homme ne doit pas se soucier de -l'accroissement de son avoir, mais de l'amour qui est en lui._ - -1 - -Gagne une richesse que personne ne pourra te prendre, qu'elle te reste -même après la mort et qu'elle ne diminue ni ne tarisse jamais. Cette -richesse--c'est ton âme. - - Proverbe hindou. - -2 - -Les gens se soucient mille fois plus d'augmenter leurs richesses que de -développer leur raison. Pourtant chacun devrait comprendre qu'il vaut -bien mieux pour son bonheur conserver ce qui est en lui que ce qui est -chez lui. - - D'après SCHOPENHAUER. - -3 - -Et il leur dit celte parabole: «Les terres d'un riche donnèrent, une -abondante récolte; et ce riche se demanda: Que ferai-je? Je n'ai pas -assez de place pour serrer ma récolte. Voici, dit-il, ce que je ferai: -j'abatterai mes greniers, j'en bâtirai de plus grands, et j'y amasserai -toute ma récolte et tous mes biens. Puis je dirai à mon âme: Mon âme, -tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années; repose-toi, -mange, bois et réjouis-toi. Mais Dieu lui dit: Insensé, celte nuit -même ton âme te sera prise, et ce que tu as amassé, à qui cela -appartiendra-t-il? - - Luc, XII, 16-20. - -4 - -Pourquoi l'homme voudrait-il être riche? Pourquoi lui faut-il des -chevaux de race, de riches habits, de magnifiques chambres, des droits -d'entrée dans les lieux de distractions? - -Parce qu'il manque de vie spirituelle. - -Donnez à cet nomme une vie spirituelle, et il n'aura besoin de rien. - - EMERSON. - -5 - -De même qu'un vêtement riche embarrasse les mouvements du corps, la -richesse entrave les mouvements de l'âme. - - - -VII.--_La lutte contre de péché de cupidité._ - -1 - -Celui qui possède moins qu'il ne veut avoir doit se souvenir qu'il a -plus qu'il ne mérite. - - LICHTENBERG. - -2 On peut éviter la misère par deux moyens: augmenter son avoir, ou -bien apprendre à se contenter de peu. Augmenter les richesses n'est pas -toujours possible, et c'est presque toujours malhonnête; tandis que -diminuer nos caprices est toujours en notre pouvoir et est salutaire à -notre âme. - -3 - -Le pire voleur n'est pas celui qui a pris ce qui lui est nécessaire, -mais bien celui qui garde sans en donner aux autres ce dont il n'a pas -besoin. - -4 - -«Celui qui aurait des biens de ce monde et qui, voyant son frère dans le -besoin, lui fermerait son cœur, comment l'amour de Dieu demeurerait-il -en lui? Mes enfants, n'aimons pas en paroles, mais en actes et par la -vérité!» I. JEAN, III, 17-18. - -Pour qu'un riche n'aime pas en paroles mais en actes et par la vérité -il doit donner à celui qui demande, ainsi que l'a dit le Christ. Et -si l'on donne à celui qui demande, toute richesse s'épuise bientôt. Et -dès que l'homme cesse d'être riche, il lui arrive ce que Jésus a dit au -jeune homme, c'est-à-dire que ce qui empêchait le jeune homme riche de -le suivre n'existe plus. - -5 - -La charité est véritable seulement quand tu t'es privé en la faisant. -C'est alors que celui qui reçoit un don matériel, reçoit également un -don spirituel. Et si ton don n'est pas un sacrifice, mais le résultat de -la surabondance, il ne fait qu'irriter celui qui le reçoit. - -6 - -Les opulents bienfaiteurs ne voient pas ce qu'ils donnent au pauvre, ils -l'enlèvent souvent des mains de plus pauvres encore. - - -[1] Moraliste anglais _(N. du tr.)_ - - - - -CHAPITRE XI - -DE LA COLÈRE - - -I.--_Péché de malveillance._ - -1 - -«Il a été dit aux anciens: Tu ne tueras point, et celui qui tuera sera -jugé (Exode, XX, 13). Mais moi je vous dis que quiconque se met en -colère contre son frère sera jugé.» - - MATTH., V, 21-22. - -2 - -Si tu éprouves une douleur dans le corps, tu sais que quelque chose -n'est pas en bon état: ou tu fais ce que tu ne devrais pas faire, ou -bien lu ne fais pas ce que tu devrais faire. Il en est de même de la vie -spirituelle. Si tu te sens triste, irrité, sache que quelque chose est -en mauvais état: ou tu aimes ce qu'il ne faudrait pas aimer, ou bien tu -n'aimes pas ce qu'il faudrait aimer. - -3 - -Les péchés de la gourmandise, de l'oisiveté, de la volupté, sont mauvais -par eux-mêmes. Mais ces péchés sont surtout repréhensibles parce qu'ils -engendrent le pire des péchés: la malveillance, l'iniquité envers les -gens. - -4 - -Ce ne sont pas les pillages, les assassinats, les exécutions qui sont -effrayants. Qu'est-ce que le pillage? C'est le passage de la propriété -des uns aux autres. Cela a toujours existé, cela sera toujours, et il -n'y a rien d'effrayant à cela. - -Que sont les exécutions, les assassinats? C'est le passage des hommes de -la vie à la mort. Ces passages ont été, sont et seront toujours, et cela -n'a également rien, d'effrayant. Ce qu'il y a de réellement effrayant, -c'est la haine des hommes qui engendre le brigandage, le vol, le meurtre. - - - -II.--_L'absurdité de la colère._ - -1 - -Les Bouddhistes disent que tout péché vient de la bêtise. Cela est -juste pour tous les péchés, mais surtout pour l'inimitié. Le pêcheur, -l'oiseleur se fâche contre le poisson ou l'oiseau parce qu'il ne l'a pas -pris, et moi je me fâche contre l'homme, parce qu'il fait ce dont il -a besoin pour lui, et non pas ce que je voudrais de lui. N'est-ce pas -également stupide? - -2 - -Un homme t'a offensé. Tu t'es fâché contre lui. L'affaire est terminée. -Mais la colère contre cet homme s'est figée dans ton cœur, et lorsque -tu penses à lui, tu t'irrites. Comme si le diable, qui est toujours -en faction à la porte de ton cœur, avait profité de l'heure où tu as -ressenti ta colère contre cet homme; comme si elle lui eut ouvert la -porte, qu'il eut bondi dans ton cœur et qu'il y fût maître, maintenant. -Chasse-le. Et à l'avenir, sois plus prudent, n'ouvre pas la porte par -laquelle il entre. - -3 - -Plus l'homme se croit haut placé, plus facilement il s'irrite contre les -gens. Plus l'homme est modeste, plus il est bon et se fâche moins. - -4 - -Ne pense pas que la vertu consiste dans la bravoure et la force. Si tu -peux te placer au-dessus de la colère, pardonner et aimer celui qui t'a -offensé, tu auras fait le mieux de ce qu'un homme peut faire. - - DJERBELOTE, persan. - -5 - -Il est vrai, que tu n'as peut-être pas la force de ne pas te fâcher -contre celui qui t'a offensé, outragé. Mais tu peux toujours le -contenir, ne manifester ta colère ni en paroles ni en actes. - -6 - -La colère ment toujours de l'impuissance. - - - -III.--_La colère contre les hommes nos frères est déraisonnable parce -que le même Dieu vit en nous tous._ - -1 - -On doit s'observer depuis le matin et se dire: tout à l'heure, je -pourrai avoir affaire à un homme insolent, effronté, importun, -hypocrite, nerveux. Il y a souvent des gens comme ça. Ils ne savent pas -ce qui est bien et ce qui est mal. Mais si je sais, moi, où est le bien -et le mal, si je comprends que le mal pour moi ne peut venir que de la -mauvaise action que j'ai commise moi-même, aucun mauvais homme ne peut -me nuire. Personne ne peut me forcer à faire mal. Si je pense encore que -tout homme m'est proche, non par le sang et la chair, mais par l'esprit, -que le même Esprit divin vit en chacun de nous, je ne peux pas me fâcher -contre un être qui m'est proche. Je sais donc que nous sommes créés l'un -pour l'autre, que nous sommes appelés à nous entr'aider comme les mains, -les pieds, les yeux et les dents s'aident entre eux et servent le corps -entier; comment puis-je me détourner de mon prochain si, contrairement à -sa vraie nature, il me fait du mal. - - MARC-AURÈLE - -2 - -Si tu t'es fâché contre un homme, c'est que tu menais une vie charnelle, -et non pas une vie spirituelle. Si tu vivais selon la volonté divine, -personne ne pourrait t'offenser, car on ne peut offenser Dieu, et Dieu, -le Dieu qui est en toi, ne peut se fâcher. - -3 - -On ne doit ni trop mépriser ni trop respecter aucun homme. - -Si tu le méprises, tu ne pourras pas apprécier le bien qu'il y a en lui; -si tu l'honores trop, tu exigeras trop de lui. - -Pour ne pas se tromper, il faut mépriser le côté charnel autant chez -autrui qu'en soi-même et respecter l'homme comme un être spirituel en -qui demeure l'esprit divin. - - - -IV.--_Plus l'homme se diminue, mieux il vaut._ - -1 - -On dit qu'un homme de bien ne peut pas faire autrement que de se fâcher -contre les méchants. Mais si cela est ainsi, plus l'homme est bon -comparativement aux autres, plus il doit se mettre en colère contre eux; -en réalité, plus un homme est bon, plus il est doux et bon pour tous les -autres hommes. Cela tient à ce qu'un homme bon se souvient que lui aussi -a souvent péché, et que s'il s'irrite contre les méchants, il doit, tout -d'abord, s'irriter contre lui-même. - - SÉNÈQUE. - -2 - -Un homme raisonnable ne peut pas se fâcher contre les hommes méchants et -déraisonnables. - ---Comment puis-je ne pas me fâcher s'ils sont voleurs et filous? dis-tu. - ---Qu'est-ce qu'un voleur et un filou? C'est un homme qui s'est égaré. -On doit non pas se fâcher contre un tel homme, mais le plaindre. Si tu -peux, persuade-le que ce n'est pas bon pour lui-même de vivre comme il -vit, et il cessera de faire le mal. S'il ne le comprend pas encore, quoi -d'étonnant qu'il vive ainsi. - -Tu diras que ces gens là doivent être punis. - -Si un homme a mal aux yeux et qu'il est devenu aveugle, tu ne diras pas -qu'il faut l'en punir. Pourquoi donc veux-tu punir celui qui est privé -de quelque chose de bien plus précieux que les yeux, qui est privé du -plus grand bonheur qui existe, celui de savoir vivre raisonnablement? - -On ne doit pas se fâcher contre ces gens, mais les plaindre. - -Aie pitié de ces malheureux et tâche de faire en sorte que leurs -égarements ne t'irritent pas. Souviens-toi combien souvent tu t'es -trompé et tu as péché toi-même, et fâche-toi plutôt contre toi-même de -ce que ton âme renferme tant d'inimitié et de méchanceté. - - ÉPICTÈTE. - -3 - -Tu dis que tu n'es entouré que de mauvaises gens. Si tu penses ainsi, -c'est une preuve certaine que tu es méchant toi-même. - -4 - -Souvent les gens croient se faire valoir en remarquant les défauts des -autres; mais ils ne font que montrer leur faiblesse. - -Plus l'homme est bon et intelligent, plus il voit le bien chez les -autres; plus il est bête et méchant, plus il voit les défauts des autres. - -5 - -Il est vrai, qu'il est difficile de se montrer bon envers un vicieux, -un menteur, surtout s'il vous offense; mais c'est précisément envers de -pareils hommes qu'on doit être bon, et pour eux, et pour soi. - -6 - -Lorsqu'on se fâche contre quelqu'un, on cherche généralement à justifier -sa colère et, à ne voir que le mal en la personne contre laquelle on -s'irrite; et l'on ne fait qu'augmenter son inimitié. Alors, qu'au -contraire, plus on est irrité, plus on doit chercher le bien que peut -contenir celui contre qui on s'irrite. Et lorsqu'on réussit à découvrir -le bien et à aimer un tel homme, non seulement on apaise sa colère, mais -encore on éprouve une joie profonde. - -7 - -Si tu veux reprocher à un homme ses incohérences, ne qualifie pas ses -actes ou ses paroles de sottises, ne dis et ne pense pas que ce qu'il a -fait ou dit n'a aucun sens. Au contraire, suppose toujours qu'il voulait -faire ou dire quelque chose de raisonnable et tâche de le prouver. -Il faut s'efforcer de découvrir les idées erronées qui ont trompé -l'homme et les lui faire voir de façon à ce qu'il arrive lui-même à -la conclusion, qui est qu'il se trompe. On ne peut persuader un homme -que par sa propre raison. De même, on ne peut persuader un homme de -l'immoralité de son acte que par son sentiment moral. Il ne faut pas -supposer que l'homme le plus vicieux ne puisse pas devenir un être -vertueux et libre. - - D'après KANT. - -6 - -Si tu te fâches contre un homme parce qu'il a commis un acte que nous -considérons comme repréhensible, tâche de savoir pourquoi il a fait ce -que nous considérons comme mauvais. Dès que tu l'auras compris, tu ne -seras plus fâché, parce qu'on ne peut se fâcher de ce que la pierre -tombe du haut en bas et non de bas en haut. - - - -V.--_La nécessité de l'amour pour la communion entre les hommes._ - -1 - -Pour que tes relations avec les hommes ne soient pas un sujet de -souffrance pour toi et pour eux, n'entre pas en rapports avec les gens -si tu n'éprouves pas d'affection pour eux. - -2 - -Sans amour, on ne peut manier que les objets; sans amour, on peut -abattre des arbres, faire des briques, forger le fer; on ne peut sans -amour traiter les hommes. - -Si tu n'éprouves pas d'amour pour les hommes, occupe-toi de toi-même, -manie des choses, ce que tu voudras, mais laisse les hommes tranquilles. -Dès que tu te permettras de les traiter sans amour, tu deviendras non -pas un homme, mais une bête, tu leur nuiras et tu seras malheureux -toi-même. - -3 - -Lorsqu'on voit des gens toujours mécontents, critiquant, tout et tout le -monde, on a envie de leur dire: «Le but de votre existence n'est pas de -dévoiler l'absurdité de la vie, de la critiquer, de vous fâcher et de -mourir. Cela n'est pas possible. Réfléchissez; vous ne devriez pas vous -fâcher, ni critiquer, mais travailler à réparer le mal que vous voyez. - -«Si vous voulez faire disparaître le mal que vous voyez vous n'y -arriverez certainement pas par l'inimitié, mais uniquement par la -bienveillance envers tous les hommes, car ce sentiment vit toujours en -nous et vous le sentirez aussitôt que vous cesserez de l'étouffer en -vous.» - -4 - -Il faut nous habituer à être mécontents d'un autre homme de la même -façon, qu'il nous arrive d'être mécontents de nous-mêmes. Cela nous -arrive lorsque nous ne sommes pas satisfaits d'un de nos actes, et non -de notre âme. Il faut agir de même à l'égard des autres: critiquer -leurs actes, et les aimer eux-mêmes. - -5 - -Pour ne pas faire tort à son prochain, pour l'aimer, il faut s'habituer -à ne pas dire de mal ni de lui, ni à lui, et pour y parvenir, il faut -s'habituer à ne pas penser mal de lui, à ne pas laisser pénétrer dans -notre âme le sentiment de malveillance. - -6 - -Peux-tu te fâcher contre un homme parce qu'il a des plaies purulentes? -Ce n'est pas sa faute si l'aspect de ses plaies est désagréable. -Comporte-toi de même envers les vices d'autruis. - -Mais tu diras que l'homme a une raison pour comprendre et corriger ses -vices. C'est juste. Par conséquent, toi aussi, tu as une raison et tu -peux réfléchir que tu ne dois pas le fâcher contre l'homme en raison -de ses vices, mais au contraire, tu dois l'efforcer d'éveiller sa -conscience en le traitant avec bonté et intelligence, sans colère, sans -impatience et sans orgueil. - - MARC-AURÈLE. - -7 - -Il y a des gens qui aiment se fâcher. Ils sont toujours occupés à -quelque chose et toujours heureux de l'occasion de brusquer, de gronder -celui qui s'adresse à eux pour quelque affaire. Ces gens-là sont très -désagréables, mais il faut se souvenir qu'ils sont très malheureux, ne -connaissent pas la joie de la bonne humeur, et c'est pourquoi, il ne -faut pas se fâcher contre eux, mais les plaindre. - -8 - -On ne peut mieux calmer une colère, même juste, qu'en disant à celui qui -se fâche que celui contre lequel il se fâche, n'est qu'un malheureux. La -pluie a le même effet sur le feu que la compassion sur la colère. - -9 - -L'homme qui désire faire du tort à son ennemi, n'a qu'à s'imaginer qu'il -lui a déjà fait mal et qu'il souffre de corps et d'âme; il n'a qu'à se -l'imaginer et à comprendre que tout cela est l'œuvre de nos mains, pour -que, à l'idée des souffrances de l'ennemi, l'homme le plus méchant cesse -de garder sa rancune. - - SCHOPENHAUER. - - - -VI.--_La lutte contre le péché de malveillance._ - -1 - -On me blâme, je suis ennuyé, j'ai de la peine. Comment me débarrasser de -ce sentiment désagréable? D'abord, par l'_humilité_; quand on connaît -sa faiblesse, on ne se fâche pas de ce que les autres la montrent. Ce -n'est pas aimable de leur part, mais ils ont raison. Ensuite, par le -_raisonnement_; car, en définitive, on reste toujours ce qu'on a été, et -si l'on avait trop de vénération pour soi-même, on aurait qu'à modifier -son opinion. Enfin, et principalement, par le _pardon_; il n'y a qu'un -seul moyen pour ne pas haïr ceux qui nous font du mal et nous offensent, -c'est de leur faire du bien. Si l'on ne parvient pas à les changer, du -moins, arrive-t-on à se maîtriser soi-même. - - AMIEL. - -2 - -La meilleure boisson qu'un homme peut boire est la mauvaise parole qu'il -a déjà sur les lèvres; qu'il ne la laisse pas, échapper et l'avale. - - MAHOMET. - -3 - -Comprends bien et souviens-toi que tout homme agit toujours au mieux de -ses propres intérêts. - -Si tu y penses toujours, tu ne te fâcheras contre personne, tu ne -reprocheras rien à personne, tu ne gronderas personne; car si quelqu'un -a réellement du profit à faire ce qui t'est désagréable, il a raison et -il ne peut agir autrement. S'il se trompe et ne se fait du tort qu'à -lui-même, tant pis pour lui; on doit le plaindre et non se fâcher contre -lui. - - ÉPICTÈTE. - -4 - -Souvenons-nous que tous nous redeviendrons poussière, et soyons humbles -et modestes. - - D'après SAADI. - - - -VII.--_La malveillance nuit toujours à celui qui la ressent._ - -1 - -Bien que la colère soit nuisible aux autres, elle fait surtout du tort -à celui qui se fâche. La colère est toujours plus nuisible que la chose -pour laquelle on se fâche. - -2 - -Il y a des gens qui aiment se fâcher, qui s'irritent et font du mal aux -autres sans aucune raison. On peut comprendre pourquoi un avare offense -les autres: il veut s'emparer de leur bien pour s'enrichir; il fait du -mal aux gens dans son propre intérêt. Un méchant homme fait du tort aux -autres sans aucun bénéfice personnel. Quelle folie! - - D'après SOCRATE. - -3 - -Ne pas faire de mal, pas même à ses ennemis, est une grande vertu. - -Celui qui cherche à faire périr les autres, périt sûrement lui-même. - -Ne fais pas de mal. La pauvreté ne peut excuser le mal. Si tu fais du -mal, tu seras plus pauvre encore. - -Les gens peuvent éviter les conséquences de la méchanceté de leurs -ennemis, mais ils n'éviteront jamais les conséquences de leurs péchés. -Cette ombre les poursuivra pas à pas, jusqu'à ce qu'elle les fasse périr. - -Que celui qui ne veut pas vivre triste et malheureux ne fasse pas de -tort aux autres. - -Si l'homme se veut du bien, qu'il ne fasse pas le moindre mal. - - _Kouran_ hindou. - -4 - -Être vertueux, c'est avoir l'âme libre. Les gens qui s'irritent -continuellement contre quelqu'un, qui craignent constamment quelque -chose et qui s'adonnent aux passions, ne peuvent avoir l'âme libre. -Celui qui ne peut pas avoir l'âme libre ne verra pas en regardant, -n'entendra pas en écoutant, ne sentira pas de goût en mangeant. - - CONFUCIUS. - -5 - -Goutte à goutte, le seau se remplit; de même l'homme s'emplit de colère, -bien qu'il la ramasse petit à petit, lorsqu'il se permet de s'irriter -contre les gens. Le mal revient à celui qui le commet, de même que la -poussière jetée contre le vent. - -Ni au ciel, ni dans la mer, ni dans les profondeurs des montagnes, il -n'y a de place dans tout l'univers, où l'homme pourrait se débarrasser -de la méchanceté qui est dans son cœur. Souviens-t-en. - - DJAMAPADA. - -6 - -La loi hindoue dit: De même qu'il est juste qu'il fasse froid en hiver -et chaud en été, il est juste qu'un mauvais homme soit malheureux et un -bon heureux. Que personne n'entame de querelle, bien qu'il soit offensé -et qu'il souffre; que personne n'offense, ni par un acte, ni par une -parole, ni par une pensée. Tout cela prive l'homme du vrai bonheur. - -7 - -Lorsque je sais que la colère me prive du vrai bonheur, je ne peux plus -chercher consciemment querelle aux autres; je ne peux pas, ainsi que je -le faisais avant, me réjouir de mon péché, en être fier, l'encourager, -le justifier, me donner de l'importance et me croire raisonnable, -considérer les autres comme nuls, perdus, insensés; je ne peux plus -maintenant, en sentant que je me laisse emporter par la colère, ne -pas reconnaître que j'en suis seul coupable, et ne pas tâcher de me -réconcilier avec ceux qui me cherchent querelle. - -Mais cela ne suffit pas. Si je sais maintenant que la colère est un -mal pour mon âme, je sais aussi ce qui me conduit au mal. C'est -que j'oublie que la même chose vit en moi et en tous les hommes. Je -vois maintenant que l'habitude de se distinguer des autres hommes et -de se considérer comme étant supérieur à eux--est l'une des raisons -principales de mon inimitié. - -En repassant ma vie écoulée, je vois que je n'ai jamais laissé -s'accroître mon sentiment d'inimitié envers les gens que je considérais -supérieurs à moi, et je ne les offensais jamais. Mais, par contre, le -moindre acte de celui que je considérais comme mon inférieur provoquait -ma colère, et plus je me considérais supérieur, plus il m'était facile -de l'offenser. Parfois même, rien que l'idée de l'infériorité de -l'homme, provoquait déjà une offense de ma part. - -8 - -Un jour d'hiver François, accompagné du frère Léon se rendait de Pérouse -à Porcioncule. Il gelait, et tous deux tremblaient de froid. François -appela Léon qui marchait devant, et lui dit: «O frère Léon, Dieu veuille -que nos frères donnent par toute la terre, l'exemple de la vie de -sainteté. Note, cependant, que ce n'est pas là qu'est la joie parfaite.» - -Un peu plus loin, François appela encore une fois Léon et lui dit: - -«Note encore que si nos frères guérissent les malades, chassent le -diable, rendent la vue aux aveugles font ressusciter les morts, ce n'est -pas là non plus que sera la joie parfaite.» - -Encore plus loin, François appela de nouveau Léon et lui dit: «Note -encore frère Léon, brebis du Seigneur, que si nous avions appris le -langage des anges, si nous connaissions le cours des étoiles, si tous -les trésors de la terre nous étaient apparus, et que si nous avions -compris tous les mystères de la vie des oiseaux, des poissons, des -bêtes, des gens, des arbres, des pierres et des eaux, note que cela non -plus ne serait pas une joie parfaite.» - -Et un peu plus loin, François appela encore une fois Léon et lui dit: -«Note encore que si nous étions des prédicateurs, qui parviendraient à -ramener tous les payens au Christianisme, note que là encore, il n'y -aurait pas de joie parfaite.» - -Alors le frère Léon dit à François: - ---En quoi donc consiste la joie parfaite? - -Et François répondit: «En ceci: lorsque nous arriverons à Porcioncule -sales, mouillés, transis de froid et affamés, et que nous demanderons -de nous donner asile, le portier nous dira: «Pourquoi traînez-vous, -vagabonds, par les chemins, pourquoi tentez-vous les gens, pourquoi -voulez-vous l'aumône des pauvres; allez-vous en d'ici,» et il ne nous -ouvrira pas. Si nous ne nous offensons pas et que nous pensons avec -humilité et amour que le portier a raison, et que mouillés, gelés, et -affamés, nous restons jusqu'au matin dans la neige et l'humidité sans -murmurer contre le portier, c'est alors, frère Léon, que sera la joie -parfaite.» - - - - -CHAPITRE XII - -DE L'ORGUEIL - - -Il est difficile de se débarrasser des péchés, surtout lorsque les -tentations les encouragent. Telle est la tentation de l'orgueil. - - -I.--_L'absurdité de l'orgueil._ - -1 - -Les gens fiers sont tellement occupés à prêcher aux autres qu'ils n'ont -pas le temps de penser à eux-mêmes; au reste, ils le croient inutile; -ils sont parfaits tels qu'ils sont. C'est pourquoi, plus ils prêchent -aux autres, plus ils tombent bas eux-mêmes. - -2 - -De même que l'homme ne peut pas se soulever lui-même, il ne peut pas se -glorifier lui-même. - -3 - -La fierté est mauvaise parce que les gens sont fiers de ce dont on doit -avoir honte: de la richesse, de la gloire, des honneurs. - -4 - -Si vous êtes plus-fort, plus riche, plus instruit que les autres, tâchez -de venir en aide aux gens avec ce que vous avez de plus qu'eux. Si -vous êtes plus fort, aidez les faibles; si vous êtes plus intelligent, -aidez ceux qui ne le sont pas; si vous êtes instruit, aidez ceux qui le -sont moins; si vous êtes riche, aidez ceux qui sont pauvres. Mais les -orgueilleux ne raisonnent pas ainsi. Ils pensent que s'ils possèdent ce -que les autres n'ont pas, ils n'ont pas besoin de partager avec ceux-ci, -mais n'ont qu'à se vanter devant eux. - -5 - -Ce n'est pas bien si l'homme, au lieu d'aimer ses frères, se fâche -contre eux. Mais c'est pis encore lorsque quelqu'un se persuade qu'il -n'est pas un homme comme les autres, mais meilleur qu'eux et, par -conséquent, qu'il peut traiter les gens autrement qu'il ne voudrait être -traité lui-même. - -6 - -C'est stupide lorsque des gens tirent vanité de leur visage, de leur -corps, mais c'est plus stupide encore lorsqu'ils sont fiers de leurs -parents, de leurs ancêtres, de leurs amis, de leur classe, de leur -peuple. - -Une grande partie du mal, dans ce monde, vient de ce sot orgueil. -C'est de là que proviennent les querelles entre les hommes, entre les -familles, et les guerres entre les peuples. - -7 - -La bêtise peut exister sans l'orgueil; mais l'orgueil ne va jamais sans -la bêtise. - -8 - -Prenez l'exemple des eaux qui coulent dans les profondeurs des mers et -dans les cavités des montagnes: les ruisseaux descendent avec bruit, -mais la mer sans fin est muette, elle se balance à peine. - - _Les Soutes_ bouddhistes. - -9 - -Plus la substance est légère et moins elle est dense, plus elle occupe -de place. Il en est de même de l'orgueil. - -10 - -Une mauvaise roue grince plus fort, un épi vide s'élève plus haut, Il en -est de même d'un homme mauvais et vain. - -11 - -Plus l'homme est content de lui-même, moins il possède ce dont on peut -être fier. - -12 - -Un homme fier est comme couvert d'une écorce de glace. Aucun bon -sentiment ne peut pénétrer à travers cette écorce. - -13 - -Le plus sot des hommes est plus facile à éclairer qu'un orgueilleux. - -14 - -Si les gens fiers pouvaient seulement savoir ce que pensent d'eux ceux -qui profitent de leur fierté, ils cesseraient d'être fiers. - - - -II.--_L'orgueil national_ - -1 - -Se croire meilleur que les autres est mal et stupide, nous le savons -tous. Considérer sa famille comme la meilleure de toutes, est plus mal -et plus stupide encore; et, cependant, non seulement nous ne nous en -rendons pas compte, mais encore nous y voyons un mérite particulier. -Considérer son peuple comme le meilleur entre tous est la chose la plus -stupide qui puisse exister. Or, loin d'être jugée comme mauvaise, cette -présomption apparaît comme une grande vertu. - -2 - -Les gens se querellent entre eux et savent que ce n'est pas bien. Alors, -pour se donner le change à eux-mêmes et pour étouffer leur conscience, -ils inventent des excuses à leur animosité. L'une de ces excuses est -que je suis meilleur que les autres hommes; seulement, ceux-ci ne le -comprennent pas, et c'est pourquoi je ne puis m'entendre avec eux. -Une autre excuse, c'est que ma famille est meilleure que les autres -familles; la troisième, que ma classe est meilleure que les autres -classes; la quatrième, que mon peuple est meilleur que les autres -peuples. - -Rien ne désunit les hommes autant que l'orgueil, qu'il soit celui de -l'individu, de la famille, de la classe ou de la nation. - -III.--_Un homme n'a pas de raison de s'enorgueillir devant les autres, -parce que le même Esprit vit dans tous les hommes._ - -1 - -L'homme se trouve meilleur que les autres quand il considère uniquement -la vie charnelle: seul le corps peut être plus fort, plus grand, -meilleur qu'un autre. Mais si l'homme a une vie spirituelle, il ne peut -se considérer meilleur que les autres, car l'âme est la même chez tous. - -2 - -On donne aux hommes les titres d'excellence, de grandeur, d'éminence, -de monsieur, de père, etc., alors qu'un seul titre convient à tous et -n'offense personne: frère, sœur. - -Ce terme est bon pour cette raison encore qu'il nous rappelle Le Père -pour qui nous sommes tous frères et sœurs. - -3 - -L'homme a raison s'il croît que, dans tout l'univers, if n'y a pas un -seul être qui soit au-dessus de lui; mais il se trompe s'il pense qu'il -y a sur la terre un seul homme qui soit au-dessous de lui. - -4 - -C'est bien pour un homme de se respecter parce que l'Esprit de Dieu vit -en lui; mais c'est mal quand il est fier de ce qu'il a d'humain: de son -esprit, de sa sagesse, de sa distinction, de sa richesse, de ses bonnes -œuvres. - -5 - -L'homme est bon lorsqu'il élève très haut son «moi» spirituel, divin; -mais il est affreux lorsqu'il veut élever au-dessus des hommes son «moi» -charnel, vaniteux, ambitieux et exclusif. - -6 - -Si l'homme est fier des marques de distinctions extérieures, il ne fait -que montrer ainsi qu'il ne comprend pas son mérite intérieur qui, en -comparaison de toutes les marques extérieures de distinction, est comme -le soleil par rapport à la bougie. - -Un homme ne doit pas se vanter devant les autres. Il ne le doit pas, -parce que la chose la plus précieuse en lui, c'est son âme et que -personne, sauf Dieu, ne connaît le prix de l'âme humaine. - -8 - -La fierté n'est pas du tout la même chose que la conscience de la -dignité d'homme. Les faux honneurs et les fausses louanges augmentent la -fierté, alors qu'au contraire, les fausses humiliations et le faux blâme -augmentent la conscience de la dignité. - - - -IV.--_Conséquences de la tentation de l'orgueil._ - -1 - -De même que les mauvaises herbes qui poussent parmi le blé, boivent -l'eau et le jus de la terre et empêchent le soleil de pénétrer jusqu'au -blé, l'orgueil absorbe toutes les forces de l'homme et lui cache la -lumière de la vérité. - -2 - -La conscience du péché est souvent plus utile à l'homme qu'une bonne -action: la conscience du péché humilie l'homme, alors qu'une bonne -action augmente souvent sa fierté. - -3 - -Il y a bien des punitions pour un orgueilleux; mais la punition -principale et la plus douloureuse est le fait que, malgré tous les -mérites qu'il pourrait avoir et tous ses efforts les gens ne l'aiment -pas. - -4 - -Dès que je me réjouis en disant: comme je suis bon, c'est fini, je tombe -dans l'abîme. - -5 - -L'orgueilleux veut se distinguer des autres et se prive ainsi de la -meilleure joie de la vie, de la communication libre et joyeuse avec les -hommes. - -6 - -L'orgueilleux craint toute critique. Il la craint parce qu'il sent que -sa grandeur n'est pas solide, qu'elle ne tient que jusqu'au moment où il -n'y a pas le moindre petit trou dans le ballon qui le gonfle. - -7 - -L'orgueil pourrait encore se comprendre s'il plaisait aux gens et les -attirait. Mais il n'y a pas de défaut qui éloigne davantage. - -8 - -L'assurance étonne les gens au début. Et, les premiers temps, ils -attribuent à l'homme confiant en lui-même exactement la même importance -que celle qu'il se donne. Mais l'étonnement passe vite. Les gens sont -bientôt désenchantés et ils paient par le mépris pour avoir été -trompés. - - - -V.--_La lutte contre la tentation de l'orgueil._ - -1 - -Il y aurait bien moins de mal sur la terre si le sentiment de l'orgueil -n'existait pas. Comment se débarrasser de cette cause du mal? Il n'y -a qu'un moyen: le travail de chacun sur lui-même. Les tentations de -l'orgueil ne disparaissent que lorsque nous extirpons en nous cette -profonde racine du mal. S'il vit dans notre cœur, comment pouvons-nous -espérer qu'il mourra dans les cœurs des autres hommes? C'est pourquoi, -la seule chose que nous puissions faire pour notre bien et pour le bien -des autres, c'est de tarir en nous cette source du mal dont les autres -souffrent. - -Aucune amélioration n'est possible, tant que chacun n'aura commencé cet -amendement de lui-même. - - D'après LAMENNAIS. - -2 - -Il n'est facile de vivre avec un homme que si on ne se considère pas -comme supérieur et meilleur que lui; et qu'on ne le croit ni supérieur -ou ni meilleur que soi-même. - -3 - -Le but principal de la vie est le perfectionnement de l'âme. Mais -l'orgueilleux se croit toujours très bon. C'est pour cette raison que -l'orgueil est particulièrement nuisible. Il empêche de travailler à -l'œuvre principale de la vie humaine: devenir meilleur. - -4 - -«Mais que le plus grand d'entre vous soit votre serviteur. Car -quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé.» -(MATTH., XXIII, 11-12.) - -Celui qui s'élève dans l'opinion des gens sera abaissé, car celui -que l'on croit bon, sage, charitable, ne s'efforcera pas de devenir -meilleur, plus sage, plus charitable. - -Mais celui qui s'abaisse sera élevé, car celui qui se croit mauvais -s'efforcera de devenir meilleur, plus charitable, plus sage. - -Les présomptueux font ce que ferait le piéton si, au lieu de marcher, -il s'était hissé sur des échasses. Sur les échasses on est plus haut, -la boue ne vous atteint pas, les pas sont plus grands, mais le malheur -est qu'on ne peut aller loin ainsi, sans compter que l'on risque -continuellement de tomber dans la boue, de faire rire les gens et de -rester en arrière. - -Il en est de même des vaniteux. Ils restent bien en arrière de ceux qui -ne s'élèvent pas au-dessus de leur taille et, en outre, ils tombent -souvent de leurs échasses et deviennent la risée de fous. - - - - -CHAPITRE XIII - -DE L'INÉGALITÉ - - -La base de la vie de l'homme, est le séjour en lui de l'esprit divin, -égal chez tous les hommes. Et c'est pourquoi les hommes sont tous égaux -entre eux. - - -I.--_De la tentation de l'inégalité._ - -1 - -Autrefois, les hommes croyaient qu'ils étaient d'origine différente, -appartenant aux tribus de Cham ou à celles de Japhet, et que les uns -devaient être maîtres et les autres esclaves. Ils reconnaissaient cette -division en maîtres et en esclaves parce qu'ils croyaient qu'elle avait -été instituée par Dieu. Cette superstition vulgaire et pernicieuse -subsiste encore, mais sous un autre aspect. - -2 - -Il suffit de jeter un coup d'œil sur la vie des peuples chrétiens, -divisés en classes, pour être frappé du degré effrayant d'inégalité -auquel sont arrivés les gens qui professent la loi du christianisme -et mettent en avant le mensonge de l'égalité. Parmi ces classes, les -unes passent leur vie entière dans un travail abrutissant, inutile et -meurtrier, les autres sont blasées des plaisirs de tous genres. - -3 - -L'une des croyances les plus anciennes et les plus profondes comme idée, -était celle des Hindous. La raison pour laquelle elle n'est pas devenue -une croyance universelle et n'a pas donné à la vie des hommes les fruits -qu'elle pouvait apporter, est que ses maîtres ont estimé que les hommes -n'étaient pas égaux et les ont divisés en castes. Pour les gens qui se -croient inégaux, il ne peut y avoir de vrai religion. - -4 - -On pourrait comprendre que les gens se croient inégaux parce que l'un -est plus fort, plus grand que l'autre, ou plus intelligent, ou plus -hardi, ou plus savant ou meilleur. Mais ce n'est pas ainsi que l'on -distingue les hommes habituellement. On estime que les hommes ne sont -pas égaux parce que l'un s'appelle comte et l'autre paysan, que l'un -porte des vêtements riches et l'autre des sabots. - -5 - -Les hommes de notre époque comprennent déjà que l'inégalité des hommes -est une superstition et ils la blâment intérieurement. Mais ceux qui en -retirent un profit ne se décident pas à s'en séparer, tandis que ceux -pour qui elle est désavantageuse ne savent pas comment la supprimer. - -6 - -Les gens se sont habitués à diviser les hommes en gens distingués et -non distingués, valeureux et lâches, instruits et non instruits, et ils -se sont si bien accoutumés à ce classement, qu'ils croient, en réalité, -que les uns peuvent être meilleurs que les autres, parce que les uns -sont placés par les hommes dans une catégorie et les autres dans une -autre. - -7 - -Rien que la coutume admise chez les gens riches de tendre la main aux -uns et de ne pas la tendre aux autres, de faire entrer les uns au salon -et de recevoir les autres dans l'anti-chambre, prouve combien les gens -sont loin de reconnaître l'égalité entre eux. - -8 - -Si la superstition de l'inégalité n'existait pas, les hommes ne -pourraient jamais commettre tous les forfaits qu'ils commettent sans -cesse, uniquement parce qu'ils n'admettent pas que tous les hommes sont -égaux. - - - -II.--_Les excuses de l'inégalité._ - -1 - -Rien ne donne tant d'assurance que la camaraderie pour accomplir des -mauvaises actions, et cela par le fait que quelques hommes seulement -s'unissent entre eux, en laissant tous les autres à l'écart. - -2 - -Ceux qui se font valoir devant les autres sont tout autant fautifs de -l'inégalité des hommes que ceux qui se croient, inférieurs aux gens qui -se vantent devant eux. - -3 - -Nous sommes étonnés de voir combien ce que nous appelons maintenant -le christianisme est loin de ce que prêchait Jésus, et combien notre -vie est loin du christianisme. Et, cependant, cela pouvait-il être -autrement lorsqu'il s'agissait d'une doctrine qui, au milieu des gens -qui croyaient que Dieu a divisé les hommes en maîtres et esclaves, -en fidèles et infidèles, en riches et pauvres, apprenait aux gens la -vraie égalité, disant que tous les hommes était fils de Dieu, que tous -sont frères, que la vie de tous étaient également sacrée. Les gens qui -embrassèrent la doctrine du Christ ne pouvaient choisir qu'entre ces -deux alternatives: modifier toute l'ancienne organisation sociale, ou -dénaturer la doctrine. Ils ont choisi la dernière. - - - -III.--_Tous les hommes sont frères._ - -1 - -Il est stupide de voir un homme se croire meilleur que tous les autres, -mais c'est plus stupide encore de voir tout un peuple s'estimer meilleur -que les autres peuples. Et chaque peuple, la plus grande partie de -chaque peuple, vit dans cette affreuse, sotte et mauvaise superstition. - -2 - -On comprend qu'un Juif, un Grec, un Romain non seulement ait maintenu -l'indépendance de son peuple par le meurtre, mais encore ait cherché -à soumettre les autres peuples par les mêmes procédés; il croyait que -son peuple était le vrai peuple bon, charitable et aimé de Dieu, et -que tous les autres étaient des Philistins, des barbares. Les hommes du -Moyen Âge pouvaient également le croire; on pouvait le croire naguère -encore, à la fin du siècle dernier. Mais, à notre époque, nous ne -pouvons plus le croire. - -3 - -L'homme qui comprend le sens et la signification de la vie est forcé de -sentir son égalité et sa fraternité avec tous les hommes non seulement -de son peuple, mais de tous les peuples. - -4 - -Chaque homme, avant d'être autrichien, serbe, turc, chinois, est un -homme, c'est-à-dire un être raisonnable et aimant dont l'unique mission -est de remplir sa destinée pendant le court laps de temps qu'il doit -vivre en ce monde. Cette mission est d'aimer tous les hommes. - -5 - -Un enfant accueille un autre, indépendamment de la classe de la religion -ou de la nationalité à laquelle il appartient, d'un sourire bienveillant -qui exprime la joie. L'homme adulte qui devrait être plus raisonnable -que l'enfant, se demande, avant d'entrer en relations avec un autre, -quelle est sa classe, sa religion, sa nationalité et le traite de façon -ou d'autre, suivant sa classe, sa nationalité. Le Christ disait bien: -soyez comme les enfants. - -6 - -Le Christ a appris aux hommes que la distinction entre leur peuple et -les peuples étrangers était une supercherie et un mal. Ayant compris -cela, le chrétien ne peut plus concevoir un sentiment d'inimitié pour -d'autres peuples; il ne peut plus excuser, ainsi qu'il le faisait -auparavant, les actes de cruauté à l'égard des peuples étrangers, par -le fait que ces peuples étaient pires que le sien. Le chrétien ne peut -pas ignorer que sa distinction des autres peuples est un mal, que cette -distinction est une tentation, et, par conséquent, il ne peut plus se -laisser abuser, ainsi qu'il le faisait auparavant. - -Le chrétien ne peut pas ignorer que son bonheur est lié, non pas à -celui des hommes de son peuple seul, mais au bonheur des hommes de tout -l'univers; il sait que son union avec tous les hommes ne peut être -rompue par la frontière et les règlements relatifs à sa nationalité. Il -sait que tous les hommes sont frères partout, et sont, par conséquent, -tous égaux. - - - -IV.--_Tous les hommes sont égaux._ - -1 - -L'égalité, c'est la reconnaissance à tous les hommes de droits égaux -aux bienfaits de la nature de leur vie en commun et au respect de la -personnalité humaine. - -2 - -La loi de l'égalité des hommes renferme toutes les lois morales; c'est -le point auquel ces lois ne peuvent atteindre, mais vers lequel elles -convergent toutes. - - E. CARPENTER. - -3 - -Le vrai «moi» de l'homme est spirituel. Et ce «moi» est le même en tous. -Alors comment les hommes pourraient-ils ne pas être égaux? - -4 - -Et un jour la mère et les frères de Jésus-Christ vinrent chez lui, mais -ne purent le voir parce qu'il y avait beaucoup de monde autour de Lui. -Et un homme les aperçut, et il s'approcha de Lui et dit: «Les gens de Ta -famille, Ta mère et Tes frères sont dehors et veulent te voir.» Mais, -Jésus dit:--Ma mère et mes frères sont ceux qui ont compris la volonté -de mon Père et qui l'accomplissent. - -Les paroles de Jésus signifient que pour un homme raisonnable qui -comprend sa destination, il ne peut y avoir de différence ou d'avantages -entre les uns et les autres. - -5 - -Nous sommes mécontents de la vie parce que nous ne cherchons pas le -bonheur là où il nous est donné. - -C'est là la raison de toutes les tentations. - -Le bonheur incomparable de la vie, avec toutes ses joies, nous est -donné. Et nous disons: nous avons peu de joies. On nous donne le plus -grand bonheur de la vie: la communion entre tous les hommes, mais nous -disons: je veux mon bonheur à moi, celui de ma famille, celui de mon -peuple. - - - -V.--_Pourquoi tous les hommes sont égaux._ - -1 - -Seul celui qui ignore que Dieu vit en lui, peut attribuer à certaines -gens plus d'importance qu'aux autres. - -2 - -Lorsque l'homme aime les uns plus que les autres, il aime d'un amour -humain. Pour l'amour divin, tous les hommes sont égaux. - -3 - -Le même sentiment d'attendrissement tout particulier que nous éprouvons -indifféremment à la vue d'un nouveau-né, aussi bien qu'à la vue d'un -être humain qui vient de mourir, indépendamment de la classe à laquelle -il appartient, nous démontre notre conscience innée de l'égalité de tous -les hommes. - -4 - -Si l'on considère tous les hommes comme ses égaux, cela ne veut pas dire -que l'on est aussi fort, aussi agile, aussi intelligent, aussi instruit, -aussi bon que les autres; cela veut dire qu'il y a en toi la chose la -plus importante au monde qui est la même en tous les hommes: l'Esprit de -Dieu. - -5 - -Dire que les hommes ne sont pas égaux, serait prétendre que le feu de la -cheminée, de l'incendie, de la bougie n'est pas le même. L'esprit divin -vit en chaque homme. Comment pouvons-nous faire une différence entre les -porteurs du même principe? - -Un feu a pris, l'autre prend seulement; mais le feu est le même et nous -nous comportons envers chaque feu de la même façon. - -VI.--_La reconnaissance de l'égalité de tous les hommes est possible et -l'humanité s'y rapproche._ - -1 - -Les hommes s'occupent à établir l'égalité devant leurs lois, mais ils -ne veulent rien savoir de l'égalité établie par la loi éternelle qu'ils -transgressent par leur loi. - -2 - -Ne devrions-nous pas nous efforcer d'organiser notre vie de façon à ce -que l'élévation sur les degrés de l'échelle sociale ne séduise pas les -hommes, mais les effraye; car cette élévation les prive de l'un des -principaux bienfaits de la vie: des rapports égaux entre tous les hommes. - - D'après RUSKIN. - -3 - -On dit que l'égalité est impossible. Il faudrait dire au contraire: -l'inégalité est impossible parmi les chrétiens. - -On ne peut pas faire qu'un homme grand, devienne petit, un fort faible, -un intelligent sot, un ardent froid, mais on peut et on doit également -aimer et respecter un petit comme un grand, un faible comme un fort, un -sage comme un sot. - -4 - -On dit toujours que les uns sont plus forts, les autres plus faibles, -que les uns sont plus intelligents, les autres plus bêtes. C'est -précisément parce que les uns sont plus intelligents, ou plus forts que -les autres, dit Lichtenberg, que l'égalité des droits des hommes est -nécessaire. Si, outre l'inégalité intellectuelle et physique, il y avait -encore l'inégalité des droits, l'oppression des faibles par les forts -serait encore plus grande. - -5 - -Ne crois pas que l'égalité est impossible, ou bien qu'elle ne puisse -être réalisée dans un avenir très éloigné. Apprends-la chez les -enfants. Elle peut exister dès à présent pour chaque homme. Toi-même, -tu peux établir dans ta vie l'égalité envers tous les gens que tu -rencontres. Seulement, ne témoigne pas de respect particulier à ceux -qui se croient grands et haut placés, mais traite surtout avec le -même respect ceux que l'on considère comme petits et placés au bas de -l'échelle sociale. - - - -VII.--_Tous les hommes sont égaux pour celui qui vit de la vie -spirituelle._ - -1 - -Pour le chrétien l'amour est un sentiment qui veut le bonheur de tous -les hommes. Pour bien des gens le mot «amour» exprime un sentiment -absolument contraire, parce qu'ils l'envisagent sous son aspect animal: -c'est le sentiment qui force la mère, pour le bien de son enfant, à -ravir, en prenant une nourrice, le lait de sa mère à un autre enfant; un -père à arracher le dernier morceau à ceux qui ont faim pour le donner -à ses enfants; celui qui aime une femme, à la faire souffrir en la -séduisant, ou, par jalousie, causer sa perte et la sienne; le sentiment -qui détermine les gens du même clan à nuire à ceux des camps étrangers -ou ennemis; celui qui pousse les hommes outragés dans leur orgueil -national à couvrir les champs de bataille de morts et de blessés. -Ces sentiments ne sont pas de l'amour, car ceux qui les éprouvent ne -reconnaissent pas tous les hommes comme égaux. Et sans la reconnaissance -de l'égalité des hommes, il ne peut y avoir de véritable amour. - -2 - -On ne peut combiner l'inégalité avec l'amour. L'amour est comme le -soleil qui éclaire indifféremment tout ce qui tombe sous ses rayons. -Quand l'amour luit sur l'un et exclut l'autre, cela montre qu'il n'est -pas amour, mais seulement quelque chose qui lui ressemble. - -3 - -Il est difficile d'aimer également tous les hommes; mais pour la raison -que cela est difficile, on ne peut pas dire qu'on ne doit pas s'efforcer -de le réaliser. - -Tout ce qui est bien est difficile. - -4 - -Plus les hommes sont inégaux par leurs qualités, plus on doit se donner -de la peine pour les traiter d'une façon égale. - -5 - -En toi, en moi, en chacun de nous demeure le Dieu de la vie. Tu as tort -de te fâcher contre moi, de ne pas supporter mon approche: sache, que -nous sommes tous égaux. - - MAKHMUD HASCHA _hindou._ - - - - -CHAPITRE XIV - -DE LA VIOLENCE - - -Une des raisons principales des malheurs des hommes est de croire à -la possibilité d'améliorer, d'organiser la vie des autres hommes en -recourant à la violence. - - -I.--_La violence de l'homme exercée sur l'homme._ - -1 - -L'erreur de croire que les hommes peuvent, par la force, organiser la -vie de leurs pareils, provient non de l'invention de cette duperie par -tel ou tel, mais de ce que, poussés par leurs passions, les hommes -avaient commencé par violenter leurs semblables, puis ont cherché une -excusé à cette violence. - -2 - -Les hommes voient qu'il y a quelque chose de mauvais dans leur vie, -qu'il y a quelque chose à améliorer. Mais nous ne pouvons améliorer -que ce qui est en notre pouvoir: nous-même. A cette fin, il faut tout -d'abord reconnaître que nous ne sommes pas bons, et on n'en a pas envie. -Dès lors, toute notre attention se concentre non pas sur ce qui est -en noire pouvoir: notre âme, mais sur les conditions extérieures qui -ne sont pas en notre pouvoir et dont la modification ne pourrait pas -plus améliorer la situation des hommes que le transvasement du vin -d'un récipient dans un autre ne peut changer sa qualité. De là, la vie -oisive, d'abord, puis, nuisible, présomptueuse (nous corrigeons les -autres hommes) et méchante (on peut tuer les hommes qui entravent le -bonheur général). - -3 - -On croit forcer les gens à bien vivre en employant la contrainte, alors -que l'on montre soi-même l'exemple de la mauvaise vie en recourant à -la violence. Les hommes sont dans la boue et, au lieu de tâcher d'en -sortir, ils apprennent aux autres ce qu'il faut faire pour ne pas se -salir. - -4 - -Il est facile d'organiser la vie des autres, parce que si nous -l'organisons mal, ce n'est pas nous qui en souffrons, mais les autres. - -5 - -Seul celui qui ne croit pas en Dieu peut s'imaginer que des gens pareils -à lui peuvent organiser sa vie de façon à ce qu'elle soit meilleure. - -6 - -L'erreur de croire qu'il y à des gens qui peuvent organiser la vie des -autres est effrayante parce qu'avec celle croyance, plus les gens sont -pervers, plus ils sont estimés. - -7 - -Lorsque les gens disent que tous doivent vivre en paix, n'offenser -personne, alors qu'eux-mêmes forcent les gens, non par la douceur, mais -par la violence, à vivre comme ils veulent; c'est comme s'ils disaient: -faites ce que nous disons, mais non ce que nous faisons. On peut -craindre ces gens-là, mais on ne peut pas avoir foi en eux. - - - -II.--_La lutte contre le mal par la violence est inadmissible parce que -les hommes conçoivent le mal différemment._ - -1 - -Etant donné que chaque homme détermine le mal à sa manière, il -semblerait évident que si chacun combat le mal par la violence, cela -ne peut qu'augmenter le mal au lieu de le diminuer. Si Jean estime que -Pierre n'agit pas bien et se croit en droit de faire du mal à Pierre, -celui-ci prend le même droit de faire du mal à Jean, et le mal ne fait -qu'augmenter. - -Mais chose étrange: tout en pénétrant les lois du mouvement des étoiles, -les hommes ne comprennent pas une vérité aussi évidente. Pourquoi? Parce -qu'ils croient que la violence est bienfaisante. - -2 - -La doctrine conformément à laquelle l'homme ne peut et ne doit jamais -faire violence pour arriver à ce qui lui semble bien, est juste pour -cette simple raison que tous les hommes n'entendent pas le bien et -le mal de la même façon. Ce que l'un considère comme mal est douteux -(d'autres le considèrent comme bien), tandis que la violence dont il use -afin de supprimer le mal: coups, blessures, entraves à la liberté, mort, -est incontestablement un mal. - -3 - -Le plus grand mal de la superstition suivant laquelle on peut organiser -la vie des autres, par la violence, réside en ce fait, qu'aussitôt qu'un -homme se permet d'user de violence à l'égard d'un seul pour le bien de -tous, il n'y a plus de borne au mal qu'il pourrait commettre. C'est la -même superstition qui justifiait dans les temps passés, les tortures, -l'inquisition, le servage, et à notre époque, les guerres qui font périr -des millions d'hommes. - - - -III.--_L'inefficacité de la violence._ - -1 - -Forcer les gens par la violence à cesser de faire le mal revient au même -que de poser une digue sur une rivière, et de se réjouir que, l'eau -soit devenue moins profonde derrière la digue. De même que la rivière -inondera la digue en son temps et coulera comme par le passé, les hommes -qui font le mal ne cesseront pas de le faire, mais attendront simplement -une occasion propice. - -2 - -Celui qui exerce sur nous la violence semble nous priver de nos droits, -et c'est pourquoi, nous le détestons. Par contre, nous aimons comme nos -bienfaiteurs ceux qui savent nous convaincre. Ce n'est pas le sage, -mais l'homme grossier et ignorant qui a recours à la violence. Pour -employer la force, il faut de nombreux collaborateurs; pour convaincre, -on n'a besoin de personne. Celui qui se sent suffisamment fort pour -agir sur la raison n'aura pas recours à la violence. Seuls ceux qui se -reconnaissent incapables de persuader, usent de violence. - - D'après SOCRATE. - -3 - -Contraindre les gens à faire ce qui me semble bon, est le meilleur moyen -de les en dégoûter. - -4 - -Chacun sait combien il est difficile de modifier sa vie et de devenir -tel que l'on voudrait. Mais lorsqu'il s'agit des autres, il nous semble -qu'il suffit seulement d'ordonner et d'effrayer pour que les autres -deviennent tels que nous désirerions qu'ils soient. - -5 - -S'il est possible de soumettre les hommes à l'équiter par la violence, -cela ne veut pas dire qu'il soit juste de soumettre les hommes par la -violence. - - PASCAL. - - - -IV.--_L'erreur d'organiser la vie par la violence._ - -1 - -Il a déjà été fait, tant de sacrifices sur l'autel du Dieu de la -violence qu'on aurait pu peupler de ces victimes vingt planètes de la -grandeur de la terre; mais est-on arrivé au moindre résultat? A aucun, -sinon à ce fait que la situation des peuples empire de plus en plus. -Malgré tout, la violence demeure toujours l'idole. Devant, son autel, -baigné de sang, l'humanité semble vouloir se prosterner jusqu'à la -consommation des siècles, au son du tambour; au bruit des canons et des -gémissements humains. - - ADIN BALLOU. - -2 - -«L'instinct de conservation est la première loi de la nature» disent -ceux qui nient la loi de la non-résistance. - -«D'accord, mais qu'en résulte-t-il?» demandai-je! - -«Il en résulte que la défense contre ce qui menace est également -une loi de la nature. Et de là, cette conclusion que la lutte et, -sa conséquence, la disparition du plus faible, est une loi de la -nature; et cette loi justifie incontestablement la guerre, la violence -et la vengeance; de sorte que la conséquence de l'instinct de -conservation,--est que la défense est légitime; par suite, la doctrine -qui défend l'emploi de la violence est erronée, comme étant contraire à -la nature et aux conditions de la vie sur la terre.» - ---Je suis d'accord que l'instinct de conservation est la première loi -de la nature, et qu'il incite à la défense. Je suis d'accord que les -hommes, à l'instar des organismes inférieurs, luttent ordinairement -les uns contre les autres, s'offensent et s'entre-tuent même, sous le -prétexte de se défendre et de se venger. Mais j'y vois uniquement que -la plupart des hommes, malgré la loi humaine supérieure qui leur est -révélée continuent malheureusement à vivre suivant la loi bestiale, et -se privent ainsi du moyen de défense le plus efficace: de payer le mal -par le bien, ce dont ils auraient pu profiter s'ils n'avaient pas suivi -la loi bestiale de la violence, mais la loi humaine de l'amour. - - ADIN BALLOU. - -3 - -Il est certain que la violence et le meurtre révoltent l'homme et que -son premier mouvement est d'y opposer la violence et le meurtre. Un -tel procédé, bien qu'il se rapproche de celui employé par les animaux -et soit peu efficace, n'a rien d'insensé ni de contradictoire. Mais il -n'en est pas de même lorsqu'il s'agit de justifier ces procédés. Dès -que les gens qui organisent notre vie, veulent excuser ces actes par -une argumentation raisonnable, il devient indispensable d'échaffauder -des inventions ingénieuses et complexes afin de masquer l'ineptie d'une -pareille tentative. - -Le moyen principal de justification est de citer l'exemple d'un brigand -imaginaire qui torture et assassine des innocents devant nous. - -«Vous pouvez vous sacrifier en vertu de votre conviction sur -l'illégalité de la violence, mais cette fois vous sacrifiez la vie d'un -autre,» disent les défenseurs de la violence. - -Mais d'abord, un tel brigand est un cas exceptionnel; bien des gens -peuvent vivre des centaines d'années sans rencontrer un brigand qui -tuerait des innocents devant eux. Pourquoi baserai-je les règlements -de ma vie sur cette invention? En envisageant la vie réelle et non pas -des inventions, nous apercevons tout autre chose. Nous voyons des gens, -et nous-mêmes, accomplissant les actions les plus cruelles, et cela -non pas isolement, comme ce brigand imaginaire, mais en commun avec -d'autres personnes, et non pas parce que nous serions des malfaiteurs -comme le dit brigand, mais parce que nous nous trouvons sous l'influence -de la superstition suivant laquelle la violence est légitime. Ensuite, -nous voyons que les actions les plus cruelles viennent non pas du -brigand imaginaire, mais de gens qui fondent leur conduite sur -l'existence imaginaire de ce brigand. De sorte que l'homme qui réfléchit -reconnaîtrait que la cause du mal ne réside nullement en ce brigand -imaginaire, mais dans la cruelle erreur qui incite à faire un mal réel -en vertu d'un mal imaginaire. - - - -V.--_Les conséquences néfastes de la superstition de la violence._ - -1 - -Le mal dont les gens croient se défendre par la violence est -incomparablement moindre que celui qu'ils se font en se défendant par la -violence. - -2 - -Non seulement le Christ, mais tous les sages de l'univers, et les -Brahmanes, et les Bouddhistes, et les Taoistes, et les savants grecs, -ont enseigné que les gens raisonnables devaient payer le mal par le bien -et non par le mal. Mais ceux qui vivent eux-mêmes de la violence disent -que ce n'est pas possible, que la vie serait ainsi plus malheureuse. Et -ils ont raison pour eux-mêmes, mais non pas pour ceux qu'ils violentent. - -3 - -Il est difficile d'observer la doctrine de la non-résistance au mal par -la violence; mais est-il plus facile d'observer celle de la lutte et de -la vengeance? - -Pour obtenir une réponse à cette question, ouvrez l'histoire de -n'importe quel peuple et lisez la description de l'une des cent mille -batailles que les hommes se sont livrées pour obéir à la loi de la -lutte. Au cours de ces guerres ont été tué des milliards d'hommes, si -bien que pendant une seule on a sacrifié un plus grand nombre de vies, -supporté plus de souffrances qu'il ne s'en accumulerait pendant des -siècles en ne résistant pas au mal. - -4 - -La violence provoque la colère, et celui qui en use pour se défendre non -seulement n'y trouve pas une garantie, mais s'expose le plus souvent -à des dangers plus grands encore. Aussi, employer la violence pour sa -garantie est un mauvais calcul. - -5 - -Toute violence ne désarme pas l'homme, mais ne fait que l'irriter -davantage. Il est donc évident que la violence ne saurait améliorer la -vie des hommes. - -6 - -La violence assure un semblant de justice, tandis qu'elle éloigne les -hommes de la possibilité de mener une vie juste sans violence. - -7 - -Pourquoi le christianisme a-t-il été perverti? Pourquoi la moralité -est-elle tombée si bas? Il n'y a qu'une seule raison à cela; la foi en -l'efficacité du régime de violence. - -VI.--_Seule la non-résistance au mal par la violence permet à l'humanité -de substituer la loi de l'amour à la loi de la violence._ - -1 - -La signification des paroles: «Vous avez entendu qu'il a été dit: -œil pour œil, dent pour dent. Mais moi je vous dis: ne résiste pas -au méchant. Et celui qui te frappera etc.,» est absolument claire et -n'exige aucune explication ni commentaire. Il est impossible de ne -pas comprendre que ces paroles signifient que le Christ, en reniant -l'ancienne loi de violence: œil pour œil dent pour dent, renie par -cela même tout l'ordre des choses fondée sur cette loi, et institue -une nouvelle loi d'amour entre tous les hommes sans distinction et, -par cela même, une nouvelle organisation sociale qui n'est plus fondée -sur la violence, mais sur l'amour universel. Alors, comprenant cette -doctrine dans son véritable sens et prévoyant que sa mise en pratique -fera disparaître tous leurs privilèges et avantages, certains hommes ont -crucifié le Christ et continuent à crucifier ses disciples. D'autres -hommes ayant également compris le sens réel de la doctrine sont allés et -vont encore à la croix, en rapprochant de plus en plus le moment de la -nouvelle organisation de la vie fondée sur la loi de l'amour. - -2 - -La doctrine de la non-résistance au mal par le mal n'est pas une -nouvelle loi, mais simplement le signalement de la déviation de la loi -de l'amour, savoir que toute admission de violence contre son prochain, -que ce soit sous prétexte de vengeance ou sous celui de la libération de -soi-même ou de son prochain du mal, est incompatible avec l'amour. - -3 - -Rien n'entrave l'amélioration de la vie humaine tant que le désir des -hommes d'améliorer leur vie par des actes de violence. Et la violence -des uns envers les autres, nous détourne plus que tout de la seule chose -qui pourrait améliorer notre vie: l'effort sur nous-mêmes pour devenir -meilleurs. - -4 - -Moins l'homme est satisfait de lui-même et de sa vie intérieure, plus -il se fait remarquer dans la vie extérieure, publique. - -Afin de ne pas tomber dans cette erreur, l'homme doit comprendre et se -souvenir qu'il n'a pas le pouvoir et qu'il n'est pas appelé à organiser -la vie des autres, mais qu'il doit s'occuper, comme tous les hommes, -uniquement de son perfectionnement intérieur que cela seulement est en -son pouvoir et que cette conduite seule peut avoir une action sur la vie -des autres. - -5 - -Si les hommes consacraient le temps et les forces dépensés aujourd'hui -à l'organisation de la vie des autres à la lutte de chacun contre -ses propres péchés, le but qu'ils veulent atteindre--la meilleure -organisation de la vie--serait bien vite réalisé. - -6 - -Lorsqu'on demandait à Socrate où il était né, il disait: sur la terre. -Lorsqu'on lui demandait de quel pays il était; il répondait: du pays -universel. - -Nous devons nous souvenir que, devant Dieu, nous sommes tous les -habitants de la même terre, et que nous sommes tous sous le pouvoir -suprême de la loi divine. - -Cette loi est toujours la même pour tous les hommes. - -7 - -Aucun homme ne peut être ni un instrument, ni un but. Là est sa dignité -d'homme. Et de même qu'il ne peut disposer de sa personne à aucun prix -(ce qui serait contraire à sa dignité), il n'a pas le droit de disposer -de la vie d'autrui; autrement dit, il doit reconnaître la dignité -humaine de chaque homme, et c'est pourquoi, il doit exprimer son respect -à chaque homme. - - KANT. - -8 - -A quoi servirait aux hommes la raison, si l'on ne peut les influencer -que par la violence? - -9 - -Chose étrange! L'homme se révolte à la vue du mal venant du dehors, des -autres, du mal qu'il ne peut supprimer; mais il ne lutte pas contre son -propre mal, bien que cela soit toujours en son pouvoir. - - MARC-AURÈLE. - -10 - -On peut instruire les autres en leur révélant la vérité et en leur -donnant l'exemple du bien, et non pas en les forçant à faire ce que nous -voulons. - -11 - -Si, au lieu de vouloir sauver l'humanité, chacun travaillait à son -propre salut et au lieu de vouloir libérer l'humanité, tentait de se -libérer soi-même,--combien on aurait fait pour le salut et la libération -de l'humanité. - - HERZEN[1]. - -12 - -Accomplis ton œuvre de vie en perfectionnant et en améliorant ton âme, -et sois persuadé que ce n'est qu'ainsi que tu pourras contribuer de la -façon la plus féconde à l'amélioration de te vie commune des hommes. - -13 - -Notre vie serait belle si nous avions aperçu seulement ce qui détruit -notre bonheur. Et c'est la superstition de la violence qui ne peut nous -donner ce bonheur qui le détruit. - - - -VIII.--_Interprétation erronée du commandement du Christ interdisant -d'user de la violence contre le mal._ - -1 - -La base de l'organisation sociale des païens était la vengeance et la -violence. Cela devait être ainsi. Il semblerait, par contre, que l'amour -et la renonciation à la violence auraient dû inévitablement être à la -base de notre société. Cependant, la violence règne toujours. Pourquoi? -Parce que ce qui est professé au nom du Christ n'est pas la doctrine du -Christ. - -2 - -Doit-on comprendre les paroles du Christ sur l'amour envers ceux qui -nous haïssent, envers nos ennemis, amour qui n'admet aucune violence, -comme elles ont été dites, c'est-à-dire commandant l'humilité et -l'amour, ou bien doit-on les comprendre autrement? Et si c'est -autrement, on doit dire comment. Or, personne ne le fait. Pourquoi? -Parce que ceux qui se disent chrétiens veulent cacher à eux-mêmes et -aux autres le sens véritable de la doctrine du Christ commandant le -changement profond de leur vie. Or, l'ordre actuel leur est profitable. - -3 - -Chose étrange: ceux qui reconnaissent la doctrine du Christ se révoltent -contre la règle qui n'admet en aucun cas la violence. - -L'homme qui reconnaît que le sens et l'œuvre de la vie est dans -l'amour, se révolte parce qu'on lui indique à cet effet une voie sûre, -en même temps que les erreurs les plus dangereuses qui pourraient le -détourner de cette voie. C'est comme si le marin s'indignait contre -l'indication de la bonne direction au milieu des bancs de sables et -de récifs. «Pourquoi cette contrainte? Il se peut que j'aie besoin -d'échouer sur un banc de sable.» Les gens parlent de même lorsqu'ils -s'indignent contre la défense d'employer la violence et de rendre le mal -pour le mal. - - -[1] Célèbre écrivain russe, émigré à l'étranger. (_N. du Tr._) - - - - -CHAPITRE XV - -DU CHÂTIMENT - - -Chez l'animal, le mal provoque le mal. N'ayant pas de frein pour -se maîtriser, l'animal cherche à rendre le mal pour le mal, sans -s'apercevoir que le mal accroît inévitablement le mal. L'homme, pourvu -de raison, ne peut pas lui, ne pas s'en rendre compte et doit, par -suite, savoir se contenir. Malheureusement, sa nature bestiale l'emporte -souvent sur sa raison et il emploie cette même raison à justifier le mal -qu'il commet en le qualifiant de châtiment, de punition. - - -I.--_Le châtiment n'atteint jamais le but par lequel on le justifie._ - -1 - -On affirme qu'on peut rendre le mal pour le mal dans un but de -correction. C'est une erreur. On rend le mal pour le mal, non pour -corriger les hommes, mais pour se venger. On ne peut corriger le mal par -le mal. - -2 - -Punir veut dire en russe: donner une leçon. Or, on ne peut enseigner -que par la bonne parole et le bon exemple. Lorsqu'on rend le mal pour le -mal on n'instruit pas, mais on déprave. - -3 - -L'erreur qu'on peut supprimer le mal par la punition est tout -particulièrement dangereuse, pour cette raison que les gens qui -commettent ainsi le mal considèrent que cela est non seulement permis, -mais encore bienfaisant. - -4 - -Par la punition, par la menace du châtiment on peut effrayer l'homme, le -retenir du mal pour un temps, mais on ne peut le corriger. - -5 - -La plus grande partie des malheurs des gens provient de ce que les -hommes--pécheurs--se sont reconnu le droit de punir. - -6 - -La preuve la plus éclatante de ce que sous le nom de «science» on -entend souvent des choses insignifiantes, voire monstrueuses, est dans -l'existence d'une science de punitions, c'est-à-dire visant l'acte le -plus grossier qu'un homme puisse commettre. - - - -II.--_Superstition de l'efficacité de la vengeance._ - -1 - -De même qu'il existe des superstitions d'idolâtrie, de présages, de -culte extérieur, etc., il existe chez les hommes une superstition -universelle en vertu de laquelle les uns peuvent contraindre les autres -à mener une bonne vie. Les premières superstitions commencent à -disparaître ou ont disparu, mais celle qui fait croire à la possibilité -de rendre les hommes heureux par le châtiment des mauvais, continue à -être reconnue de tous, et l'on commet en son nom les plus grands crimes. - -2 - -«Alors les scribes et les pharisiens Lui amenèrent une femme surprise -en adultère et, l'ayant placée au milieu d'eux, Lui dirent: Maître, -cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Or, Moïse -nous a ordonné dans sa loi, de lapider de telles femmes. Et toi, qu'en -dis-tu? Ils disaient cela pour L'éprouver, afin de pouvoir L'accuser. -Mais Jésus, s'étant baissé, se mit à écrire de son doigt sur le sable. -Et comme ils continuaient à L'interroger, Il se releva et leur dit;--Que -celui de vous qui est sans péché lui jette le premier la pierre. Et -s'étant de nouveau baissé il se remit à écrire sur le sable. Quand ils -entendirent cela, dénoncés par leur conscience, ils se retirèrent l'un -après l'autre, en commençant par les plus notables jusqu'aux derniers, -et Jésus lut laissé seul avec la femme. Alors Jésus s'étant relevé et ne -voyant personne que la femme, lui dit:--Femme, où sont tes accusateurs? -Personne ne t'a-t-il condamnée? Elle dit: Personne, Seigneur; Jésus lui -dit: Je ne te condamne pas non plus; va et ne pèche plus.» - - JEAN VIII, 3-11. - -3 - -Les hommes font du mal par méchanceté pour se venger d'une offense, par -une fausse notion des moyens de se protéger; puis, afin de se justifier, -ils persuadent les autres et eux-mêmes qu'ils agissent ainsi afin de -corriger celui qui leur a fait du mal. - -4 - -Un certain ordre subsiste dans notre société, non pas parce qu'on -inflige des punitions à ceux qui troublent cet ordre, mais parce que, -malgré la mauvaise influence de ces châtiments, les hommes s'aiment et -ont pitié quand même les uns des autres. - -5 - -Le châtiment est nuisible, moins parce qu'il irrite celui qu'on punit, -que parce qu'il déprave celui qui punit. - - - -III.--_La vengeance dans les rapports individuels._ - -1 - -Punir un homme pour ses mauvaises actions revient au même que de -chauffer le feu. Tout homme qui a fait le mal est déjà puni, parce qu'il -est privé de tranquillité, est tourmenté par sa conscience. Mais si sa -conscience ne le tourmente pas, toutes les punitions que les hommes -peuvent lui infliger ne le corrigeront pas, mais ne feront que l'irriter -davantage. - -2 - -Le vrai châtiment pour chaque mauvaise action est celui qui se produit -dans l'âme du criminel même, et qui est dans l'abaissement de sa faculté -de jouir des bienfaits de la vie. - -3 - -Un homme a fait le mal. Et voilà qu'un autre homme ou des hommes, ne -trouvent rien de mieux que de commettre une nouvelle mauvaise action -qu'ils qualifient de châtiment. - -4 - -On tue un ours en suspendant une grosse bûche à une corde au-dessus -d'une auge remplie de miel. L'ours repousse la bûche pour manger -le miel. La bûche revient et lui donne un coup, l'ours se fâche et -repousse la bûche plus fort; elle le frappe plus fort encore. Et cela -dure jusqu'à ce que la bûche tue l'ours. Les hommes agissent de même -lorsqu'ils rendent le mal pour le mal. Est-il possible que les hommes ne -puissent être plus raisonnables qu'un ours? - - - -IV.--_La vengeance dans les rapports sociaux._ - -1 - -La thèse sur la rationalité du châtiment non seulement n'a pas contribué -et ne contribue pas à la bonne éducation des enfants, à la meilleure -organisation des sociétés et à la moralité de ceux qui croient au -châtiment dans l'autre monde, mais encore a causé et cause des malheurs -innombrables: elle endurcit les enfants, affaiblit les liens sociaux et -déprave les hommes par les promesses de l'enfer en privant la vertu de -son fondement principal. - -2 - -Si les hommes ne croient pas qu'il faut rendre le bien pour le mal, -c'est uniquement en raison de ce fait qu'on les a habitués, depuis leur -enfance, à croire qu'en ne rendant pas le mal, aucun ordre social ne -saurait exister. - -3 - -S'il est vrai que les hommes bons souhaitent de voir cesser tous les -méfaits: vols, misère, meurtres, tous les crimes qui souillent la vie -humaine, ils doivent comprendre qu'on ne saurait y parvenir par la lutte -et la vengeance. Toute chose engendre une chose à son image et tant que -nous ne neutralisons pas les offenses et les violences des malfaiteurs -par des actes absolument contraires et que nous continuons à agir comme -eux, nous ne ferons qu'encourager et cultiver en eux tout le mal que -nous désirons supprimer. Nous arriverons à redonner au mal un aspect -différent, mais le fond restera. - - D'après BALLOU. - -4 - -Des dizaines, des centaines d'années s'écouleront peut-être, mais il -viendra un temps où nos petits enfants s'étonneront de nos châtiments -comme nous nous étonnons aujourd'hui des autodafés et des tortures. -«Comment pouvaient-ils ne pas voir l'ineptie, la cruauté, l'inutilité de -ce qu'ils faisaient» diront nos descendants. - -V.--_Dans les rapports personnels des hommes, la vengeance doit faire -place à l'amour fraternel et le mal ne sera plus enrayé par la violence._ - -1 - -Que faire lorsqu'un homme se fâche contre toi et te fait du mal? On peut -faire bien des choses, mais il ne faut sûrement pas en faire une; il ne -faut pas faire de mal, c'est-à-dire la même chose qu'il t'a fait. - -2 - -Ne dites pas que si les gens vous font des bienfaits, vous leur en ferez -aussi, et que si les gens vous humilient, vous les humilierez aussi; -mais agissez ainsi: si les gens vous font des bienfaits, faites-leur en -aussi, et s'ils vous humilient, ne les humiliez pas. - - MAHOMET. - -3 - -La doctrine d'amour n'admettant pas la violence est utile non seulement -parce que c'est bien pour l'homme et pour son âme de subir le mal, et de -rendre le bien pour le mal, mais encore parce que seul le bien arrête -le mal, l'éteint, ne lui permet pas de se propager. La vraie doctrine -d'amour est salutaire parce qu'elle ne permet pas au mal de s'éteindre. - -4 - -Il y a assez longtemps que les hommes ont commencé à comprendre -l'incompatibilité du châtiment avec l'essence supérieure de l'âme -humaine, et qu'ils ont commencé à imaginer différentes doctrines qui -permettent de justifier ce penchant bestial. Les uns disent que le -châtiment est nécessaire pour effrayer; les autres, qu'il est nécessaire -pour corriger, les troisièmes pour instaurer la justice. Mais toutes ces -doctrines ne sont qu'un amas de vaines paroles parce qu'elles n'ont pour -base que de mauvais sentiments: la vengeance, la peur, l'égoïsme, la -haine. On invente bien des choses, mais on ne se décide pas à faire une -seule chose utile: ne rien faire; laisser celui qui a péché se repentir -ou ne pas se repentir, se corriger ou ne pas se corriger; quant à ceux -qui imaginent ces doctrines et ceux qui les mettent en pratique, ils -n'ont qu'à laisser les autres tranquilles et à avoir eux-mêmes une bonne -conduite. - -5 - -Réponds au mal par le bien et tu feras disparaître chez le méchant tout -le plaisir qu'il voit au mal. - -6 - -Rien ne réjouit les hommes tant que de voir qu'on leur pardonne, et rien -ne procure plus de joie à celui qui le fait. - -7 - -La bonté vainct tout, et elle-même est invincible. - -8 - -On peut résister à tout hormis à la bonté. - - D'après ROUSSEAU. - -9 - -Rendez le mal pour le bien; pardonnez à tous, alors seulement il n'y -aura plus de mal sur la terre. Peut-être n'auras-tu pas la force de le -faire; mais sache qu'il ne faut désirer que cela, qu'il ne faut aspirer -qu'à cela, car cela seul nous sauvera du mal dont nous souffrons tous. - -10 - -Dieu estime le plus celui qui pardonne l'offense, surtout lorsque -l'offenseur est au pouvoir de l'offensé. - - MAHOMET. - -11 - -Alors Pierre, s'étant approché de Lui, dit: Seigneur, combien de fois -pardonnerai-je à mon frère lorsqu'il pêchera contre moi? Sera-ce jusqu'à -sept fois? Jésus lui répondit: je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais -jusqu'à septante fois sept fois. - - (MATTH., XVIII, 21, 22) - -12 - -Lorsqu'on pardonne, il ne s'agit pas de dire: «je pardonne», mais il -faut extirper de son cœur le mauvais sentiment que l'on éprouve à -l'égard de l'offenseur. Et pour le faire, il faut se souvenir de ses -propres péchés; alors on découvrira sûrement en soi des actes plus -repréhensibles que ceux pour lesquels on se fâche. - -13 - -La doctrine d'après laquelle, on ne peut se venger quand on aime, -est tellement claire qu'elle découle elle-même du sens général de -cette doctrine. Si même il n'était pas expressément mentionné dans la -doctrine du Christ que tout chrétien doit rendre le bien pour le mal et -aimer ceux qui vous haïssent, quiconque comprend cette doctrine déduit -lui-même cette exigence d'amour. - - - -VI.--_Il est tout aussi important de ne pas combattre le mal par la -violence dans les rapports sociaux que dans les rapports individuels._ - -1 - -Les hommes désirent rester aussi mauvais qu'ils sont et veulent en même -temps que leur vie soit meilleure. - -2 - -Nous ne savons pas, nous ne pouvons savoir en quoi consiste le bien -public; mais, nous savons formellement qu'il ne peut être réalisé que -par l'accomplissement de la loi éternelle du bien, qui est révélée à -chaque homme, à sa raison et dans son cœur. - -3 - -On dit qu'on est forcé de payer le mal par le mal, parce que si on ne le -fait pas, les méchants prendront le dessus sur les bons. Je pense que -c'est tout le contraire: les méchants opprimeront les bons, lorsque les -hommes croiront qu'il est permis de payer le mal par le mal, comme cela -se passe, en effet, chez tous les peuples chrétiens. Les méchants sont -aujourd'hui les maîtres des bons précisément parce qu'il a été suggéré à -tous qu'il est non seulement permis, mais encore utile de faire du mal -aux hommes. - -4 - -En parlant de la doctrine chrétienne, les savants écrivains font -généralement semblant de croire que la question de l'impossibilité -d'appliquer le christianisme dans son sens réel est déjà définitivement -tranchée depuis longtemps. - -«Il est inutile de s'occuper de rêves, il faut penser aux choses -sérieuses, il faut vérifier les rapports entre le capital et le travail, -organiser le travail, la propriété foncière, ouvrir des marchés, -instituer des colonies pour le trop plein de la population, régler les -rapports de l'Église et de l'État, conclure des alliances, garantir la -sécurité des États et ainsi de suite. - -«Il faut s'occuper de questions sérieuses, dignes de l'attention et des -soins des hommes et non pas rêver à un ordre de choses permettant de -tendre la joue lorsqu'on vous frappe l'autre, donner aussi son vêtement -lorsqu'on vous enlève votre chemise et de vivre comme les oiseaux du -ciel, tout cela n'est que du radotage, dit-on, sans remarquer que le -fond de toutes ces questions, est précisément contenu en ce qui est -qualifié de vain radotage. - -En effet, toutes ces questions, depuis celle de la lutte entre le -capital et le travail, jusqu'à celle des nationalités et des rapports -entre l'Église et l'État, reviennent à cette seule question: Y a-t-il -des cas dans lesquels l'homme peut et doit faire le mal à son prochain, -ou ces cas n'existent-ils pas et ne peuvent-ils pas exister pour un -homme raisonnable? Est-ce raisonnable ou non, et par suite, doit-on -ou ne doit-on pas rendre le mal par le mal? Il y eut un temps où les -hommes pouvaient ne pas comprendre et ne comprenaient pas, en effet, -l'importance de cette question. Mais les souffrances affreuses qui -accablent l'humanité d'aujourd'hui ont conduit les hommes à reconnaître -la nécessité de trouver à cette question une solution. Il y a dix neuf -cents ans que cette question est définitivement résolue par la doctrine -du Christ. Et c'est pourquoi, à notre époque, nous ne pouvons plus faire -semblant de méconnaître cette question et d'ignorer sa solution. - -VII.--_La véritable conception des conséquences de la doctrine défendant -la nécessité de la violence, commence à pénétrer dans la conscience de -l'homme moderne._ - -1 - -Le châtiment, est une idée que l'humanité commence à dépasser. - -2 - -L'esprit de Jésus, qu'on s'efforce d'étouffer, se manifeste néanmoins -partout d'une façon éclatante. L'esprit évangélique n'a-t-il point -pénétré dans les peuples, ne commence-t-il pas à venir à la lumière? -Les idées sur les droits et les obligations ne sont-elles pas devenues -plus claires pour chacun? N'entend-on pas de toutes parts des appels aux -lois plus équitables, aux institutions protégeant les faibles, fondées -sur une juste égalité? L'ancienne inimitié entre ceux qu'on a désunis -par force, ne s'éteint-elle pas? Les peuples ne se sentent-ils pas -frères? - -Tout cela est l'œuvre d'un germe prêt à lever, l'œuvre de l'amour, qui -débarrassera le monde du péché, qui ouvrira aux peuples une nouvelle -voie de vie, dont la loi intérieure ne sera plus la violence, mais -l'amour des uns pour les autres. - - LAMENNAIS. - - - - -CHAPITRE XVI - -DE LA VANITÉ - - -Rien ne pervertit la vie des hommes et ne les prive aussi sûrement de -leur vrai bonheur, comme l'habitude de vivre non d'après les préceptes -des sages et selon leur propre conscience, mais d'après ce qui est -reconnu comme bon et approuvé par les gens parmi lesquels l'on vit. - - -I.--_En quoi consiste la tentation de la vanité._ - -1 - -La raison principale qui rend notre vie mauvaise, réside en ce que nous -réglons notre conduite non selon les besoins de notre corps ou de notre -âme, mais uniquement dans l'espoir d'obtenir l'approbation des gens. - -2 - -Aucune tentation ne captive les hommes aussi longtemps, ne les éloigne -autant de la compréhension du sens de la vie humaine et du vrai bonheur, -que la préoccupation de la gloire, de l'approbation, de l'estime, des -louanges des autres. - -L'homme ne peut se libérer de la tentation que par une lutte constante -contre lui-même, et par l'évocation continuelle de son unité avec Dieu, -cherchant ainsi son approbation seule. - -3 - -Il ne nous suffit pas de vivre de notre vie intérieure, la seule vraie, -nous voulons vivre d'une autre vie encore, d'une vie imaginaire dans -la pensée des autres, et nous nous efforçons à cette fin de paraître -autres que nous ne sommes en réalité. Nous nous efforçons sans cesse de -dompter cet être imaginaire, sans nous soucier du vrai, de celui que -nous sommes en réalité. Si notre âme est paisible, si nous avons foi, si -nous aimons, nous nous empressons d'en parler au plus tôt, afin que ces -vertus ne soient pas seulement nos vertus, mais aussi celles de l'être -imaginaire qui existe dans la pensée des autres. - -Pour faire croire aux gens que nous avons des qualités, nous sommes -prêts même à y renoncer. Nous sommes prêts à devenir lâches à condition -de passer pour braves. - - PASCAL. - -4 - -L'une des expressions des plus dangereuses et des plus nuisibles est: -«tous font ainsi.» - -5 - -Lorsqu'il est difficile, et presque impossible, de comprendre pourquoi -l'homme agit comme il le fait, sois sûr que la raison de ses actes -réside dans le désir d'être glorifié par les hommes. - -6 - -On ne berce pas un enfant pour le débarrasser de ce qui le fait crier, -mais pour qu'il ne puisse pas crier. Nous agissons de même avec notre -conscience lorsque nous l'étouffons pour être agréables aux gens. Nous -n'apaisons pas la conscience, mais nous obtenons ce que nous désirons: -nous ne l'entendons plus. - -7 - -Intéresse-toi non à la quantité, mais à la qualité de tes admirateurs; -il est désagréable de ne pas plaire aux bonnes gens, mais c'est toujours -bien de ne pas plaire aux mauvaises gens. - - SÉNÈQUE. - -8 - -Nos plus grandes dépenses sont effectuées pour ressembler aux autres. Ni -pour notre esprit, ni pour notre cœur nous ne dépensons autant. - - EMERSON. - -9 - -Dans chaque bonne action, il y a un peu de désir d'être approuvé par les -gens. Mais c'est mauvais quand tu agis comme tu le fais uniquement pour -être glorifié par les autres. - -10 - -Un homme demanda à un autre pourquoi il travaillait à ce qu'il n'aimait -pas. - ---Parce que tous le font, répondit celui-ci. - ---Pardon, pas tous; moi, je ne le fais pas, quelques autres, non plus. - ---Si ce n'est pas tous, beaucoup le font, la plupart des gens. - ---Mais dis-moi quels sont les plus nombreux, les sots ou les -intelligents? - ---Certainement ce sont les sots. - ---Dans ce cas, tu agis comme tu le fais pour imiter les sots. - - - -II.--_Si beaucoup de gens partagent la même opinion, cela ne prouve pas -que cette opinion soit juste._ - -1 - -Le mal ne cesse pas d'être mauvais parce que beaucoup de gens agissent -ma! et qu'ils s'en vantent, comme cela arrive souvent. - -2 - -Plus il y a de gens qui croient à la même chose, plus il faut être -prudent à l'égard de cette croyance et avoir plus, d'attention. - -3 - -Lorsqu'on dit: il faut faire comme font les autres, cela veut dire -presque toujours qu'il faut faire mal. - - LA BRUYÈRE. - -4 - -Il n'y a qu'à s'habituer à faire ce que «tout le monde» exige pour -être insensiblement entraîné à commettre de mauvaises actions et à les -considérer comme bonnes. - -5 - -L'homme a son tribunal--sa conscience. On ne doit tenir qu'à son -jugement. - -6 - -Cherche celui qui est le meilleur parmi ceux qui blâment le monde. - -7 - -Si la foule déteste quelqu'un, il faut, avant d'en juger, bien examiner -pourquoi il en est ainsi. Si la foule vénère quelqu'un, il faut -également, avant d'en juger, bien examiner pourquoi il en est ainsi. - - CONFUCIUS. - - -III.--_Conséquences pernicieuses de la vanité._ - -1 - -La société dit à l'homme: «Pense comme nous pensons; crois comme nous -croyons; mange et bois comme nous buvons et mangeons; habille-toi comme -nous nous habillons.» Si quelqu'un ne se soumet pas à ces exigences, la -société l'accable de ses sarcasmes, de ses injures. Il est difficile de -ne pas y obéir, mais cependant, si tu t'y soumets, tu t'en sentiras plus -mal encore: tu ne seras plus un homme libre, mais un esclave. - - D'après LUCIE MALAURY. - -2 - -C'est très bien quand les hommes s'instruisent pour leur âme, pour être -plus sages, meilleurs. De telles études leur sont utiles. Mais s'ils -étudient pour la gloire, afin de paraître instruits, l'instruction -devient non seulement inutile, mais nuisible; elle rend les hommes moins -sages et moins bons qu'ils ne le seraient s'ils n'avaient pas étudié du -tout. - - _Traduit du chinois._ - -3 - -Non seulement vous ne devez pas vous vanter vous-mêmes, mais encore vous -ne devez pas permettre aux autres de vous glorifier. Les louanges font -périr l'âme en reportant les préoccupations de l'âme sur la gloire des -hommes. - -4 - -Il arrive souvent de voir qu'un homme bon, sage et juste, tout en -sachant que la guerre, l'exploitation du travail des autres, le blâme, -la consommation de la viande et divers actes du même genre sont mauvais, -continue à accomplir ces actes. Pourquoi? Parce qu'il tient plus à -l'opinion publique qu'au jugement de sa conscience. - -5 - -L'inobservation des traditions n'a pas occasionné une millième partie du -mal causé par le respect des anciennes coutumes. - -Les gens ne croient plus depuis longtemps aux anciennes coutumes, mais -ils les observent néanmoins parce qu'ils pensent que la plupart des -gens les blâmeraient, s'ils n'observaient plus les anciennes coutumes -auxquelles personne ne croit plus depuis longtemps. - - - -IV._--La lutte contre la tentation de la vanité._ - -1 - -Pendant les premiers temps de sa vie, dans son enfance, l'homme vit -principalement pour son corps: il mange, il boit, il joue, il s'amuse. -C'est le premier degré. Plus l'homme grandit, plus il commence à se -préoccuper de l'opinion des gens parmi lesquels il vit, et plus il -commence à négliger les besoins de son corps pour ne penser qu'à la -gloire des hommes. C'est le second degré. Le troisième et dernier degré -est celui où l'homme se soumet surtout aux exigences de son âme et -où il néglige le corps, les amusements et l'opinion publique, pour ne -penser qu'à son âme. - -2 - -Il est difficile de déroger tout seul aux coutumes établies; cependant, -à chaque pas que l'on fait pour devenir meilleur, on se heurte contre -l'usage établi et l'on subit la critique des gens. L'homme qui consacre -sa vie à se perfectionner y doit être préparé. - -3 - -C'est mal d'irriter les gens en dérogeant aux coutumes établies, mais -c'est plus mal encore de déroger aux exigences de la conscience et de la -raison en subissant les coutumes pernicieuses. - -4 - -On ridiculise celui qui garde le silence, comme celui qui parle trop, -comme celui qui parle trop peu; il n'y a pas un homme sur terre qu'on -ne critique pas. Il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura jamais -personne qu'on aurait toujours blâmé pour tout ce qu'il fait, de même -qu'il n'y a personne qu'on aurait toujours loué. C'est pourquoi, il est -inutile de se préoccuper ni des louanges, ni des blâmes des gens. - -5 - -Tu crains que les gens ne te méprisent pour ta douceur; mais les gens -justes ne peuvent pas te mépriser pour cela; quant aux autres, tu n'as -pas besoin de t'en préoccuper--ne fais pas attention à leur opinion. -Un bon menuisier ne se chagrinera pas parce qu'un homme qui ne comprend -rien à son métier n'approuve pas son travail. - -Les gens qui le méprisent pour ta douceur ne comprennent rien à ce qui -est bien pour l'homme. Pourquoi donc te préoccuper de leur appréciation? - - D'après ÉPICTÈTE. - -6 - -Il est temps pour l'homme de connaître sa valeur. Serait-il, en effet, -quelque être bâtard? Il est temps de cesser de regarder humblement de -tous côtés pour voir s'il a plu ou déplu aux gens. Non; que ma tête -reste droite et ferme sur mes épaules! La vie ne m'est pas donnée pour -la montrer, mais pour que je la vive. Je reconnais l'obligation de vivre -pour mon âme. Et je veux me préoccuper non pas de l'opinion que les gens -auraient de moi, mais de ma vie, de savoir si je n'accomplis ou si je -n'accomplis pas ma destinée devant Celui qui m'a envoyé dans la vie. - - EMERSON. - -7 - -Quiconque s'est abandonné depuis sa jeunesse à ses grossiers instincts -d'animal, ne cesse de s'y adonner, bien que sa conscience réclame autre -chose. Il agit ainsi parce que les autres font comme lui. Et les autres -agissent ainsi pour la même raison que lui. Il ne peut y avoir qu'une -issue: chaque homme doit se libérer de la préoccupation de l'opinion -publique. - - - -V.--_On doit se préoccuper de son âme et non pas de sa gloire._ - -1 - -Le moyen le plus rapide et le meilleur pour gagner la réputation d'un -homme vertueux, n'est pas de paraître tel devant les hommes, mais de -faire des efforts sur soi-même pour devenir vertueux. - - _Causeries_ de SOCRATE. - -2 - -Celui qui ne réfléchit pas par lui-même, se soumet aux idées d'un autre -homme. Soumettre sa pensée à quelqu'un est un servage plus humiliant que -de soumettre son travail. Réfléchis toi-même et ne te préoccupe pas de -ce que te diront les gens. - -3 - -Personne ne manifeste tant de respect et d'attachement pour la vertu, -que celui qui perd volontiers la réputation d'un homme de bien, -uniquement pour rester bon dans son for intérieur. - - SÉNÈQUE. - -4 - -Lorsqu'un homme est habitué à ne vivre que pour l'opinion publique, il -lui répugne, parce qu'il ne fait pas ce que font les autres, d'avoir -la réputation d'un sot, d'un ignorant ou d'un vilain homme. Mais on -doit travailler à tout ce qui est difficile. Et à cette œuvre, on doit -travailler des deux côtés: apprendre à mépriser l'opinion des gens; -apprendre à vivre pour de telles œuvres qui, bien qu'elles soient -critiquées par la foule, n'en restent pas moins des bonnes œuvres. - -Les hommes vivent et agissent d'après leurs idées, ainsi que d'après les -idées des autres. Suivant que les uns et les autres influencent leurs -actes, les hommes se distinguent entre eux. - -6 - -Il est difficile de distinguer si tu sers les autres pour ton âme, -pour Dieu, ou pour la gloire des hommes. Il n'y a qu'un seul moyen de -contrôle: si tu accomplis une œuvre que tu crois bonne, demande-toi -si tu continuerais à y travailler si tu savais d'avance que personne -n'apprendrait jamais ce que tu fais. Si tu réponds que tu le ferais, -c'est que tu travailles sûrement pour ton âme, pour Dieu. - - - -VI.--_Celui qui vit de la vraie vie n'a pas besoin de louanges._ - -1 - -Vis seul, a dit le sage. Cela veut dire que tu dois résoudre le problème -de ta vie tout seul, avec le concours du Dieu qui vit en toi, et non pas -d'après les conseils et les opinions des autres. - -2 - -Si tu veux être tranquille, tâche de plaire à Dieu et non pas aux -hommes. Ceux-ci ont des désirs différents: aujourd'hui, ils veulent une -chose; demain une autre. Jamais, ils ne sont satisfaits. Mais le Dieu -qui vit en toi désire toujours une seule chose, et tu sais ce qu'il veut. - -3 - -Il n'y a qu'un seul moyen pour ne pas croire en Dieu: ce moyen consiste -à toujours reconnaître l'opinion des gens comme juste, et à ne prêter -aucune attention à notre voix intérieure. - - JOHN RUSKIN. - -4 - -Si nous sommes sur un bateau en marche et que nous regardons un objet -qui se trouve sur le même bateau, nous ne remarquons pas que nous -voguons, mais en regardant de côté sur ce qui ne se meut pas avec nous, -par exemple la berge, nous nous apercevons immédiatement que nous sommes -en mouvement. Lorsque tous les hommes vivent autrement qu'il ne le faut, -nous ne le remarquons pas; mais il suffit, qu'un seul se ressaisisse et -qu'il commence à vivre selon Dieu, pour qu'il devienne clair combien les -autres vivent mal. Mais les autres persécutent toujours celui qui ne vit -pas comme eux. - - PASCAL. - - - - -CHAPITRE XVII - -DES FAUSSES CROYANCES - - -Les fausses croyances sont celles que les gens acceptent non pas parce -qu'elles leur sont nécessaires pour leur âme, mais parce qu'ils croient -en ceux qui les prêchent. - - -I.--_En quoi consiste la supercherie des fausses croyances._ - -1 - -Souvent les hommes pensent qu'ils croient à la loi de Dieu, alors qu'ils -ne croient qu'à ce que tous croient. Et tous les hommes ne croient pas -à la loi de Dieu, mais qualifient telle ce qui leur convient et ne les -empêche pas de mener la vie qui leur plaît. - -2 - -Quand les hommes vivent dans le péché et les tentations, ils ne -sauraient être tranquilles. La conscience les dénonce. C'est pourquoi -ils sont obligés de choisir entre ces deux alternatives: ou se -reconnaître coupables devant les hommes et devant Dieu, et cesser de -pécher, ou bien continuer à mener une vie de pécheurs, commettre de -mauvaises actions et les qualifier de bonnes. C'est pour ces hommes -que l'on a inventé les fausses croyances, grâce auxquelles on peut se -considérer comme juste, tout en menant une mauvaise vie. - -3 - -C'est mal de mentir devant les hommes, mais c'est pis encore de se -mentir à soi-même. Ce mensonge est tout particulièrement nuisible parce -que les autres peuvent dénoncer ton mensonge, tandis que personne ne -t'accusera de t'être menti à toi-même. C'est pourquoi, garde-toi de te -mentir à toi-même, surtout lorsqu'il s'agit de la foi. - -4 - -«Crois ou sois maudit.» C'est la qu'est la raison principale du mal. Si -l'homme accepte sans discuter ce qu'il aurait dû examiner par sa propre -raison, il finit par perdre l'habitude de raisonner, il est soumis à la -malédiction et induit ses proches au péché. Le salut des hommes réside -en ce que chacun doit apprendre à vivre de sa raison. - - EMERSON. - -5 - -On ne peut ni peser ni mesurer le tort qu'ont produit et produisent -encore les fausses croyances. - -La religion règle les rapports de l'homme envers Dieu, à l'égard de -l'univers; elle détermine la destinée de l'homme qui découle de ces -rapports. Quelle doit être la vie de l'homme si ces rapports et la -destination déterminés ainsi sont faux? - -6 - -Il y a trois sortes de fausses croyances. La première est de croire à -la possibilité de pouvoir apprendre par l'expérience ce qui ne peut -l'être d'après les lois de l'expérience. La seconde fausse croyance fait -admettre, dans le but de notre perfectionnement moral, des choses sur -lesquelles nous ne pouvons nous former aucune idée par notre raison. -La troisième fausse croyance reconnaît la possibilité d'évoquer par un -moyen surnaturel une action mystérieuse à l'aide de laquelle la divinité -exerce son influence sur notre moralité. - - KANT. - - - -II.--_Les fausses croyances ne satisfont pas les exigences supérieures, -mais les exigences inférieures de l'âme humaine._ - -1 - -L'unique et vraie religion ne contient rien que des lois, c'est-à-dire -des éléments moraux dont nous pouvons reconnaître et étudier nous-mêmes -la nécessité incontestable, et que nous concevons par notre raison. - - KANT. - -2 - -L'homme ne peut plaire à Dieu que par une vie juste. C'est pourquoi tout -ce par quoi l'homme croit plaire à Dieu, en dehors d'une vie pure et -juste, n'est qu'un grossier et nuisible mensonge. - - D'après KANT. - -3 - -Faire pénitence en s'infligeant des souffrances, au lieu de profiter -de l'état d'esprit où l'on se trouve afin d'amender sa conduite, est -un travail inutile. De plus, une telle pénitence a cette mauvaise -conséquence; l'homme croit avoir payé ainsi toutes ses dettes, et ne -songe plus à son perfectionnement qui seul est nécessaire lorsqu'on -reconnaît ses erreurs. - - KANT. - -4 - -C'est mal lorsque les hommes ne connaissent pas Dieu, mais c'est plus -mal encore lorsqu'ils reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu. - - LACTANCE. - -5 - -On dit: Dieu a créé l'homme à Son image; on aurait mieux fait de dire -que c'est l'homme qui a créé Dieu à son image. - - LICHTENBERG. - -6 - -Lorsqu'on parle du ciel comme d'un endroit où se trouvent les heureux, -on se le représente généralement quelque part très haut, dans les -régions infinies de l'univers. On oublie que notre terre, vue de l'une -de ces hautes régions, ressemble également à l'un des astres célestes, -et que les habitants de ces planètes ont absolument le même droit de -dire, en désignant la terre: «Voyez-vous cet astre-là, c'est l'endroit -de la félicité éternelle, l'asile céleste préparé pour nous et où nous -irons un jour.» Le fait est que, par une étrange erreur de notre raison, -l'élan de notre croyance est toujours connexe avec l'idée de notre -élévation vers les hauteurs, et nous ne songeons pas que nous aurions -beau nous élever, nous devrons néanmoins redescendre encore, afin de -pouvoir poser un pied ferme dans quelque autre monde. - -7 - -Les mahométans font bien de couvrir leurs yeux de leurs doigts et de -se boucher les oreilles, lorsqu'ils entrent au temple et commencent à -prier. - -La vraie prière est dans l'abstraction de toutes nos préoccupations -habituelles, de tout ce qui peut nous rappeler l'existence de nos sens, -et dans l'évocation en soi de l'élément divin. Dans ce but, le mieux est -de faire ce que nous dit le Christ: d'entrer seul dans un lieu clos, et -de s'y enfermer, c'est-à-dire de prier dans la solitude complète, que -l'on soit chez soi, dans la forêt ou dans les champs. La vraie prière -est dans ce détachement de toutes les choses extérieures, pendant -lequel on contrôle son âme, ses actes, ses désirs, non pas d'après les -exigences extérieures du monde, mais d'après les exigences de l'élément -divin que nous sentons en nous. - -Une telle prière est un secours: elle fortifie et élève l'âme, elle -confesse et vérifie les actions passées, elle indique la conduite future. - - - -III.--_Le Culte extérieur._ - -1 - -Bien qu'il y ait une différence de procédé entre un chamane tounghouse -et un prélat catholique européen, ou bien, en prenant pour exemple des -gens simples, entre un voghoul grossier et sensuel qui, tous les matins, -pose sur sa tête la patte d'une peau d'ours, et prononce les paroles de -sa prière: «Ne me tue pas,» et un puritain indépendant de Connecticut; -il n'y a aucune différence dans les principes de leurs croyances, car -ils appartiennent tous deux à la même catégorie de gens dont le culte ne -consiste pas à devenir meilleurs, mais de croire et d'exécuter certains -règlements arbitraires. Seuls ceux qui croient que le culte de Dieu -consiste à aspirer à une vie meilleure diffèrent des premiers, parce -qu'ils reconnaissent un tout autre principe et infiniment plus élevé, -réunissant tous les hommes de bonne foi dans un temple invisible qui -seul peut être un temple universel. - - KANT. - -2 - -«Et quand tu prieras, ne fais pas comme les hypocrites; car ils aiment -à prier en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues, -afin d'être vus des hommes. Je vous dis, en vérité, qu'ils reçoivent -leur récompense. Mais toi, quand tu pries, entre dans la chambré et, -ayant fermé ta porte, prie ton Père qui est dans ce lieu secret; et ton -Père qui te voit dans le secret, te récompensera». - - MATTH., VI, 5-6. - -3 - -«Gardez-vous des scribes qui se plaisent à se promener en longues robes, -et qui aiment les salutations dans les assemblées et les premières -places dans les synagogues, et les festins; qui ruinent les maisons des -veuves, tout en affectant de faire de longues prières.» - - Luc, XX, 46-47. - - - -IV._--La pluralité des croyances et l'unité de la religion vraie._ - -1 - -L'homme qui ne pense pas à la religion, s'imagine qu'il n'y a qu'une -seule vraie religion--celle dans laquelle il est né. Mais tu n'as qu'à -te demander ce qui arriverait si tu étais né dans une autre religion, -toi chrétien si tu étais né mahométan; toi bouddhiste--chrétien; toi -chrétien--brahmane. Est-il possible que seuls, avec notre religion, -nous soyons dans le vrai, et que tous les autres soient dans le -mensonge? La religion ne deviendra pas vraie parce que tu te persuaderas -toi-même et que tu persuaderas les autres qu'elle seule est vraie. - - - -V.--_Conséquences de la confession des fausses croyances._ - -1 - -En 1682, en Angleterre, le docteur Leyton, un homme respectable qui -avait écrit un livre contre l'épiscopat anglican, a été jugé et condamné -aux châtiments suivants. On le fouetta cruellement, puis on lui coupa -une oreille et on lui ouvrit un côté du nez, puis on inscrivit sur sa -joue, au fer rouge, les lettres SS: semeur de sédition. Sept jours plus -tard on le fouetta à nouveau, bien que les plaies qu'il avait au dos -n'aient pas encore été fermées; puis on lui ouvrit l'autre côté du nez, -on lui trancha l'autre oreille et on lui tâtoua l'autre joue. Tout cela -fut fait au nom du christianisme. - - MORISSON DAVIDSON. - -2 - -En 1415, Jean Huss fut reconnu comme hérétique pour avoir dévoilé la -fausse croyance des catholiques et les mauvaises actions du pape, et il -fut condamné à mort, sans que son sang puisse être versé, c'est-à-dire à -être brûlé. - -L'exécution eut lieu derrière les portes de la villes, entre deux -jardins. En arrivant sur place, Huss se mit à genoux et commença à -prier. Lorsque le bourreau lui ordonna de monter sur le bûcher, il se -leva et dit très haut: - -«Jésus-Christ. Je vais à la mort pour avoir prêché Ta parole, je -souffrirai docilement.» - -Les bourreaux, déshabillèrent Huss et lui attachèrent les mains derrière -le dos au poteau; ses pieds se trouvaient sur un banc. On mit du bois et -de la paille autour de lui. Le bois et la paille lui venaient jusqu'au -menton. Le chef impérial s'approcha alors de Huss et lui annonça qu'il -serait pardonné s'il se rétractait. - -«Non, dit Huss, je ne me connais aucune faute.» - -Les bourreaux allumèrent alors le bûcher, et Huss se mit à chanter la -prière: «Jésus, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi.» - -Le feu monta, très haut, et bientôt Huss se tut. - -C'est ainsi que les gens qui se qualifiaient de chrétiens, défendaient -leur croyance. - -N'est-il pas évident que ce n'était pas une religion, mais la -superstition la plus grossière? - -3 - -Les gens ne commettent jamais de mauvaises actions avec plus de -sang-froid et d'assurance en leur justice, que lorsqu'ils le font en -vertu d'une fausse croyance. - - PASCAL. - - - -VI.--_En quoi consiste la vraie religion?_ - -1 - -«Ne vous faites point appeler maître; car vous n'avez qu'un maître--le -Christ; et vous, vous êtes tous frères. Et n'appelez personne sur la -terre votre père; car vous n'avez qu'un seul Père, Celui qui est dans -les cieux; et ne vous faites point appeler docteur, car vous n'avez -qu'un seul Docteur--le Christ.» MATTH., XXIII, 8-10. - -C'est ainsi qu'enseignait le Christ. Et il enseignait ainsi parce qu'il -savait que, de même qu'en son temps il y avait des gens qui prêchaient -une fausse loi de Dieu, il y en aurait aussi dans l'avenir. Il le savait -et disait qu'il ne fallait pas écouter ceux qui s'intitulaient maîtres -parce que leur enseignement obscurcit la doctrine simple et claire qui -est révélée à tous et qui vit dans le cœur de chaque homme. - -Cette doctrine consiste à aimer Dieu, comme le suprême bien et la -suprême vérité, à aimer son prochain comme soi-même et à faire aux -autres ce qu'on veut qu'ils vous fassent. - -2 - -La religion ne consiste pas à savoir ce qui a été et ce qui sera, ni -même ce qui est actuellement, mais elle consiste à savoir ce que chaque -homme doit faire. - -3 - -«Si donc tu apportes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes -que ton frère a quelque chose contre loi, laisse-là ton offrande devant -l'autel, et va-t-en premièrement te réconcilier avec ton frère; et après -cela viens, et présente ton offrande». - - MATT., V. 23. - -Voilà où est la vraie religion: ni dans la cérémonie, ni dans -l'offrande, mais dans l'union des hommes. - -4 - -La doctrine chrétienne est tellement claire que les tout petits enfants -la comprennent dans son sens exact. Seuls ceux qui ne veulent pas vivre -comme des chrétiens ne la comprennent pas. - -Pour comprendre le vrai christianisme, il faut tout d'abord renoncer au -faux christianisme. - -5 - -Le vrai culte de Dieu est exempt de superstitions; lorsque la -superstition y pénètre, le culte même s'écroule. Le Christ nous a montré -en quoi consistait le vrai culte de Dieu. Il nous enseignait que de tout -ce que nous faisons dans le monde, il n'y a qu'une lumière et qu'un seul -bonheur pour les hommes,--c'est notre amour des uns pour les autres; Il -nous disait que nous ne pourrons atteindre notre bonheur qu'en servant -les autres, et non pas nous-mêmes. - -6 - -Si ce qui est présenté comme loi de Dieu ne demande pas d'amour, ce ne -sont que des inventions des gens, et non pas la loi de Dieu. - - D'après SKOWORODA. - -7 - -On ne peut pas apprendre à connaître Dieu d'après ce que l'on raconte de -Lui. On ne peut le connaître qu'en accomplissant Sa loi, la loi que le -cœur de chaque homme connaît. - -8 - -Le sens de la doctrine du Christ est dans l'indication de la perfection -divine vers laquelle les hommes doivent tendre. Mais les hommes qui ne -veulent pas suivre la doctrine du Christ, comprennent volontairement ou -non, la doctrine du Christ non pas comme il l'a prêchée--rapprochement -continu vers la perfection--mais comme une règle conformément à laquelle -le Christ exigerait des hommes la perfection divine. Et en interprétant -aussi faussement la doctrine du Christ, ceux qui ne veulent pas la -suivre adoptent l'une de ces deux attitudes: ou bien, considérant -la perfection comme inaccessible (ce qui est parfaitement juste), -ils rejettent toute la doctrine comme un rêve irréalisable, ou bien, -attitude la plus nuisible et la plus générale, tout en reconnaissant la -perfection comme inaccessible, ils corrigent c'est-à-dire, dénaturent la -doctrine et observent des règles que l'on appelle chrétiennes, mais qui -sont, pour la plupart, contraires, au christianisme. - -9 - -L'idée de l'union des chrétiens, comme une réunion des élus, des -meilleurs, est une idée anti-chrétienne présomptueuse et fausse. Quel -est le meilleur, quel est le plus mauvais? Pierre était le meilleur -avant que le coq chantât, et le brigand était le plus méchant avant la -croix. Ne connaissons-nous pas en nous-mêmes tantôt l'ange, tantôt le -diable, qui se mêlent si bien à notre vie, qu'il n'y a pas d'homme qui -aurait complètement chassé l'ange, ni qui aurait laissé apparaître le -diable derrière l'ange. Comment pouvons-nous, nous qui sommes des êtres -si complexes, former la réunion des élus, des justes? - -Il y a une lumière de vérité, et il y a ceux qui s'approchent d'elle -de tous côtés; d'autant de côté qu'il y a de rayons dans un cercle, -c'est-à-dire par des routes infiniment variées. Tâchons de toutes nos -forces d'arriver à la lumière de la vérité qui nous unit tous, et ce -n'est pas à nous de juger si nous sommes près d'elle et unis à elle. - - - -VII--_La seule religion, vraie unit les hommes de plus en plus._ - -1 - -Voyez le mécontentement profond de la forme actuelle du christianisme, -qui se répand dans la société et s'exprime par le murmure, parfois, par -l'irritation, la tristesse. Tous attendent l'avènement du Royaume de -Dieu. Et il approche. - -Le pur christianisme, bien que lentement, mais toujours de plus en plus, -prend la place de celui qui porte ce nom. - - CHANNING. - -2 - -Depuis Moïse à Jésus, il s'est opéré chez les individus et les peuples -un grand développement mental et religieux. Les anciennes erreurs sont -abandonnées, de nouvelles vérités ont pénétré dans la conscience de -l'humanité. Un seul homme ne peut être aussi grand que l'humanité. Si -un grand homme est tellement en avance sur ses frères qu'ils ne le -comprennent pas,--il arrive un temps où ils le rejoignent d'abord, -puis le devancent et s'en vont si loin qu'ils deviennent, à leur tour, -incompréhensibles pour ceux qui se trouvent à l'endroit où était -l'ancien grand homme. Chaque grand génie religieux explique de plus en -plus les vérités de la religion et contribue ainsi à l'union, de plus en -plus grande, des hommes. - - PARKER. - -4 - -Chaque homme séparément, de même que toute l'humanité dans son ensemble -doit se transformer, passer de l'état inférieur à l'état supérieur, sans -s'arrêter dans sa croissance dont la limite est en Dieu lui-même. Tout -état est la conséquence de l'état précédent. La croissance s'effectue -continuellement et imperceptiblement et, pareille à la croissance de -l'embryon, elle a lieu de façon à ce que rien ne détruit le but des -situations successives de ce développement continu. Mais s'il est -donné à l'homme et à tout le genre humain de se transformer, cette -transformation, tant pour l'individu que pour tout le genre humain, doit -s'effectuer dans le travail et les souffrances. - -Avant de se parer de grandeur, avant d'apparaître à la lumière, on doit -se mouvoir dans les ténèbres, supporter les persécutions, sacrifier -son corps pour sauver son âme; il faut mourir pour ressusciter à la -vie plus puissante, plus parfaite. Et après dix-huit siècles, ayant -accompli un des cycles de son développement, l'humanité tend de nouveau -à se transformer. Les anciens systèmes, les anciennes sociétés, tout -ce qui composait l'ancien monde s'écroule déjà, et les peuples vivent -maintenant au milieu de décombres, dans l'effroi et la souffrance. C'est -pourquoi on ne doit pas perdre courage à la vue de ces ruines, de ces -morts qui se sont déjà accomplies et qui s'accompliront encore, mais, au -contraire, prendre courage. L'union des hommes est proche. - - LAMENNAIS. - - - - -CHAPITRE XVIII - -DE LA FAUSSE SCIENCE - - -La superstition de la science se révèle par la croyance en ce fait que -le vrai savoir nécessaire à la vie de tous les hommes est contenu dans -les seules connaissances prises au hasard dans le domaine illimité -du savoir qui, à un moment donné, ont attiré l'attention d'un petit -nombre d'hommes, de ceux-là même qui se sont affranchis du travail -indispensable à la vie et qui mènent, par suite, une vie déraisonnable -et dépravée. - - -I.--_En quoi consiste la superstition de la science._ - -1 - -Quand les hommes acceptent comme vérité incontestable ce que les autres -leur présentent pour telle et qu'ils ne la vérifient point, ils tombent -dans la susperstition. Telle est, à notre époque, la superstition de la -science. - -2 - -De même qu'il existe des hérésies pour religion, il y a une hérésie pour -la science. Cette hérésie est dans la reconnaissance comme science -unique et véritable de tout ce qui est considéré comme tel par les gens -qui se sont, à un certain moment, arrogé le droit de déterminer la vraie -science. Et aussitôt qu'on considère comme science non pas ce qui est -nécessaire à tous les hommes, mais ce qui est déterminé par les gens -qui, à un certain moment se voit arrogé le droit de définir ce qu'est la -science, il est forcé que cette science soit fausse. C'est ce qui s'est -produit dans notre monde. - -3 - -La science occupe à notre époque exactement la même place que celle -qu'occupait la prêtrise il y a quelques siècles. - -Les mêmes bonzes attitrés: les professeurs; les mêmes castes dans la -science; académies, universités, congrès. La même confiance et le manque -de critique de la part des croyants, les mêmes différends, et les mêmes -discussions. Les mêmes paroles incompréhensibles, la même présomption. - ---Inutile de discuter avec lui: il nie la révélation. - ---Inutile de discuter avec lui: il nie la science. - -4 - -Ce qu'il y a de plus nuisible pour la vraie science, c'est l'emploi -d'expressions et de termes peu clairs. C'est précisément ce que font les -pseudo-savants, en imaginant, pour exprimer des idées incertaines des -mots inexistants. - -5 - -La fausse science et les fausses religions expriment toujours leurs -dogmes en un langage emphatique qui apparaît aux non-initiés comme -mystérieux et grave. Les raisonnements des savants sont souvent -peu compréhensibles non seulement pour les autres, mais pour les -raisonneurs eux-mêmes, et cela au même degré que les discours des -professionnels de la foi. Le savant pédant, en se servant de termes -latins et de nouveaux mots, rend souvent les choses les plus simples -tout aussi incompréhensibles que le sont les prières latines des prêtres -catholiques pour les paroissiens illettrés. Le mystère n'est pas un -signe de sagesse et de science. Plus un homme est véritablement éclairé, -plus le langage dont il exprime ses pensées est simple. - - - -II--_La science sert à justifier l'organisation de la vie sociale._ - -1 - -Il semblerait que pour reconnaître l'importance des occupations qu'on -qualifie de scientifiques, il faudrait prouver leur utilité. Mais les -servants de la science affirment ordinairement que dès l'instant qu'ils -s'occupent de certains sujets, ces occupations seront sûrement utiles un -jour. - -2 - -Le but légitimement poursuivi par la science est la connaissance des -vérités servant au bonheur des hommes. Le faux but est de justifier -les mensonges qui insinuent le mal dans notre vie. Telles sont la -jurisprudence, l'économie politique et, surtout, la philosophie et la -théologie. - -3 - -La science contient les mêmes mensonges que la religion et elles partent -du même point: le désir de justifier les faiblesses des hommes, et c'est -pourquoi les mensonges scientifiques sont tout aussi nuisibles que les -mensonges confessionnels. Les hommes errent, vivent mal. Logiquement, -ayant compris qu'ils vivent mal, ils devraient s'employer à modifier -leur genre de vie afin d'améliorer leur situation. Au lieu de cela, -apparaissent toutes sortes de sciences: financière, théologique, pénale, -policière, l'économie politique, l'histoire, et la plus à la mode: la -sociologie, indiquant les lois de la vie sociale et suivant lesquelles -la vie mauvaise ne provient pas des hommes, mais des lois mauvaises que -les savants ont découvertes et formulées. Ce mensonge est tellement -déraisonnable et contraire à la conscience, que les hommes ne l'auraient -jamais accepté, si la conscience n'avait pas encouragé leurs faiblesses. - -4 - -Nous avons organisé notre vie contrairement à la nature morale et -physique de l'homme, et nous sommes persuadés,--uniquement parce que -tout le monde le pense--que c'est là précisément la vraie vie. Nous -sentons vaguement que tout ce que nous appelons notre organisation -sociale, notre religion, notre culture, nos sciences et nos arts, que -tout cela n'est pas ce qu'il faudrait, parce que cela ne nous débarrasse -pas de nos misères, mais ne fait que les accroître. Cependant, nous ne -nous décidons pas à soumettre tout cela au contrôle de la raison parce -que nous pensons que l'humanité, qui a toujours reconnu la nécessité -du régime social de contrainte, de religion et de science qu'il a pour -base, ne peut pas vivre en dehors de lui. - -Si un poussin dans sa coquille avait été doué de la raison d'un homme -et savait tout aussi peu en profiter que les gens de notre époque, il -n'aurait jamais brisé la coquille de son ouf et n'aurait jamais connu la -vie. - -5 - -La science est devenue maintenant une distributrice de diplômes donnant -le droit de profiter du travail d'autrui. - -6 - -Le phraséologie méthodique des écoles supérieures a le plus souvent pour -but d'éviter la solution des questions difficiles, et l'on donne aux -paroles un sens équivoque parce que le «je ne sais pas» commode et pour -la plupart du temps raisonnable, n'est pas en faveur dans nos académies. - - KANT. - -7 - -Rien n'est plus inconciliable que le savoir et le profit, la science -et l'argent. Si pour devenir plus instruit, il faut de l'argent, si la -sagesse s'achète et se vend, l'acheteur et le vendeur sont également -trompés. Le Christ a chassé les marchands du temple; ils auraient dû -être chassés de même du temple de la science. - -8 - -Ne considère pas la science comme une couronne pour t'en parer, ni comme -une vache pour t'en nourrir. - - - -III.--_Conséquences nuisibles de la superstition de la science._ - -1 - -Il est dangereux de propager l'idée que notre vie est le résultat des -forces matérielles et qu'elle dépend d'elles. Mais, lorsque cette idée -fausse s'appelle science, et qu'elle est présentée comme la sainte -sagesse de l'humanité, le tort causé par elle est effrayant. - -2 - -Le développement de la science ne contribue pas à la purification -des mœurs. Chez tous les peuples dont nous connaissons la vie, le -développement des sciences contribuait à la dépravation des mœurs. -Si nous pensons à présent le contraire, cela vient de ce que nous -confondons nos connaissances futiles et trompeuses avec le vrai savoir -suprême. La science, dans son sens abstrait, la science, en général, -doit être respectée; mais la science actuelle, ce que les insensés -appellent science, ne peut-être que ridiculisé et méprisé. - - J.-J.-ROUSSEAU - -3 - -L'unique explication de la vie insensée, contraire à la conscience des -meilleurs hommes de tous les temps, que mènent les gens de notre époque, -se trouve dans le fait que les jeunes générations étudient des matières -innombrables: la constitution des astres de la terre, l'origine des -organismes, etc., ils n'omettent qu'une chose, c'est de savoir quel est -le sens de la vie humaine, comment il faut la vivre, ce qu'ont pensé de -cette question les grands sages de tous les temps, et comment ils l'ont -résolue. Non seulement les jeunes générations n'en sont pas instruites, -mais on leur apprend, sous le nom de religion, les inepties les plus -flagrantes, auxquelles ceux qui les enseignent ne croient pas eux-mêmes. -Tout l'édifice de notre vie sociale repose sur des bulles gonflées d'air -et non sur de la pierre. - -4 - -Ce qu'on appelle aujourd'hui science est un composé d'inventions des -gens riches, nécessaire pour occuper leur oisiveté. - -5 - -Nous vivons dans un siècle de philosophie, de sciences et de raison. Il -semble que toutes les sciences se soient réunies pour éclairer notre -route dans le labyrinthe de la vie humaine. D'immenses bibliothèques -sont ouvertes à tous et partout, des lycées, des écoles, des universités -nous donnent depuis l'enfance la possibilité de profiter du savoir -des hommes qui s'est accumulé pendant des milliers d'années. Il -semblerait que tout contribue à la formation de notre intelligence et au -consolidement de notre raison. Eh bien, sommes-nous devenus meilleurs -ou plus sages? Connaissons-nous mieux la voie et le but de notre vie? -Connaissons nous mieux nos obligations et surtout le bien de la vie? Ou -qu'avons-nous acquis par ces vaines connaissances, sinon l'inimitié, -la haine, l'ignorance et les doutes? Chaque doctrine et chaque secte -religieuse prouve qu'elle a trouvé la vérité. Chaque écrivain sait seul -en quoi consiste notre bonheur. L'un nous prouve qu'il n'y a pas de -corps, l'autre--qu'il n'y a pas d'âme, le troisième--qu'il n'y a aucune -connexion entre l'âme et le corps, le quatrième--que l'homme est un -animal, le cinquième--que Dieu n'est qu'un miroir. - - ROUSSEAU. - -6 - -N'étant pas capable de _tout_ pénétrer et ne sachant pas sans l'aide -de la religion ce qu'on _doit_ étudier, la science d'aujourd'hui ne -s'occupe que de ce qui est agréable aux savants qui mènent une vie -irrégulière. Et leur agrément est de profiter du régime existant, afin -de satisfaire leur oisive curiosité qui ne demande pas de grands efforts -intellectuels. - - - -IV.--_La quantité de matières à étudier est innombrable, tandis que les -capacités du savoir de l'homme sont limitées._ - -1 - -Un savant persan dit: «Lorsque j'étais jeune, je me suis dit: je veux -connaître toute la science; et j'ai appris presque tout ce que savaient -les hommes. Mais lorsque je suis devenu vieux et que j'ai jeté un coup -d'œil sur tout ce que j'ai appris, je me suis aperçu que ma vie a passé -et que je ne sais rien.» - -2 - -Les observations et les calculs des astronomes nous, ont appris bien des -choses dignes d'étonnement; mais le résultat le plus important de leurs -études est, sans doute, celui qu'ils nous ont révélé l'abîme de notre -ignorance. Sans ces connaissances, la raison humaine ne pourrait jamais -se représenter toute l'immensité de cet abîme. Si l'on réfléchi à cela, -on peut arriver à une grande transformation dans la détermination des -buts finals de l'activité de notre raison. - - KANT. - -3 - -«Il y a des herbes sur la terre; nous les voyons; de la lune nous ne -pourrions pas les apercevoir. Sur ces herbes il y a des fils--sur ces -fils des petits organismes; mais plus loin--il n'y a plus rien.» Quelle -présomption! - -«Les corps complexes sont composés d'éléments et les éléments sont -indécomposables.» Quelle présomption! - - PASCAL. - -4 - -Il nous manque des connaissances pour comprendre ne serait-ce que la -vie du corps humain. Voyez ce qu'il faut savoir pour cela. Le corps a -besoin de place, de temps, de mouvements, de chaleur, de lumière, de -nourriture, d'eau, d'air et de bien d'autres choses encore. Mais dans -la nature, toutes les choses sont si étroitement liées entre elles -qu'on ne peut comprendre l'une sans avoir étudié l'autre. On ne peut -comprendre une partie sans avoir compris le tout. Nous ne comprendrons -la vie de notre corps que lorsque nous aurons étudiés tout ce qu'il lui -faut: et pour cela, il est indispensable d'étudier tout l'univers. Mais -l'univers est infini et sa compréhension est inaccessible à l'homme. Par -conséquent, nous ne pouvons nous expliquer entièrement la vie de notre -corps. - - PASCAL. - -5 - -Les sciences expérimentales, lorsqu'on s'en occupe pour elles-mêmes, -en les étudiant sans aucun but philosophique, ressemblent à un visage -sans yeux. Elles représentent une des occupations qui convient aux -capacités moyennes, privées de dons suprêmes qui ne feraient qu'entraver -leurs recherches minutieuses. Les gens doués de ces capacités moyennes -concentrent toutes leurs forces et tout leur savoir sur un champ -d'études limité, où ils peuvent, par suite, atteindre des connaissances -aussi complètes que possible, mais à condition d'être complètement -ignorants dans tous les autres domaines. Ils peuvent être comparés aux -ouvriers qui travaillent dans les ateliers d'horlogerie dont les uns -ne font que les roues, les autres les ressorts, et les troisièmes les -chaînes. - - SCHOPENHAUER. - -6 - -Ce n'est pas la quantité des connaissances qui importe, mais leurs -qualités. On peut savoir bien des choses et ignorer ce qui est le plus -nécessaire. - -7 - -Socrate n'avait pas la faiblesse commune de parler pendant ses -entretiens de tout ce qui existe, de chercher la provenance de ce -que les sophistes appelaient nature et de remonter jusqu'aux causes -premières dont sont sortis les corps célestes. Est-ce possible, -disait-il, que les gens croient avoir pénétré tout ce qu'il importe -à l'homme de savoir, s'ils s'occupent de ce qui se rapporte si peu à -l'homme? - -Il s'étonnait surtout de l'aveuglement des faux savants qui ne se -doutent pas de ce que la raison humaine est incapable de pénétrer ces -mystères. C'est pourquoi, disait-il, ceux qui s'imaginent savoir en -parler ne sont pas d'accord dans leurs principes même, et lorsqu'on -les entend parler ensemble on se croirait parmi des fous. De fait, -quels sont les signes particuliers de ceux qui sont pris de folie? ils -craignent ce qui n'a rien d'effrayant et n'ont pas peur de ce qui est -réellement dangereux. - - XÉNOPHON - -8 - -La sagesse est une chose vaste et grande: elle demande tout le temps -libre qui peut lui être consacré.--Indépendamment du nombres de -questions que tu pourrais résoudre, tu devras, néanmoins, te tourmenter -d'une quantité de questions, qui doivent être examinées et résolues. -Ces questions sont tellement vastes et nombreuses qu'elles exigent -l'expulsion de notre esprit de toute chose superflu, afin d'offrir -une liberté entière au travail de la raison. Dois-je dépenser ma vie -en vaines paroles? Il arrive fréquemment, néanmoins, que les savants -pensent plus aux paroles qu'à la vie. Remarque quel mal produit la -philosophie outrée et combien elle peut être dangereuse pour la vérité. - - SÉNÈQUE. - - - -V.--_La quantité des connaissances est innombrable. C'est à la vraie -science de choisir les plus importantes et les plus nécessaires._ - -1 - -Il n'y a ni honte, ni faute de ne pas savoir. Personne ne peut tout -connaître; mais il est honteux et nuisible de faire semblant de savoir -ce que l'on ignore. - -2 - -La capacité de l'esprit à absorber des connaissances, n'est pas -illimitée. C'est pourquoi on ne doit pas croire que plus on sait, mieux -cela vaut. La connaissance d'un grand nombre de sottises est une entrave -insurmontable pour savoir ce qui est réellement nécessaire. - -3 - -La raison se fortifie par l'étude de ce qui est nécessaire à l'homme, -et elle s'affaiblit par l'étude de ce qui est insignifiant et inutile; -ainsi le corps se fortifie par l'air frais et la nourriture fraîche, ou -s'affaiblit par l'air vicié et la nourriture corrompue. - - JOHN RUSKIN. - -4 - -A notre époque naissent un grand nombre de sciences, dignes d'être -étudiées. Bientôt nos capacités seront trop limitées et la vie sera trop -courte, pour que nous puissions assimiler même la partie la plus utile -de ces connaissances. Nous avons à notre service une grande abondance de -ces trésors intellectuels, et nous sommes obligés, après y avoir puisé, -de rejeter bien des choses comme du bric-à-brac inutile. Il serait plus -simple de ne jamais nous en embarrasser. - - KANT. - -5 - -Le savoir est infini, c'est pourquoi on ne peut pas dire de celui qui -sait beaucoup, qu'il sait plus que celui qui sait très peu. - -6 - -La chose la plus ordinaire à notre époque est de voir des gens qui se -considèrent comme savants et éclairés, qui connaissent, en effet, une -quantité innombrables de choses inutiles, croupir dans l'ignorance la -plus grossière, parce que non seulement ils ne connaissent pas le sens -de leur vie, mais encore parce qu'ils sont fiers de cette ignorance. Et, -d'autre part, il n'est pas moins fréquent de rencontrer parmi des gens -presque illettrés, et même complètement illettrés, qui ignorent tout du -tableau chimique, des parallaxes, des propriétés du radium, et qui sont -pourtant des gens très éclairés, connaissant le sens de la vie, sans se -montrer plus fiers pour cela. - -7 - -Les hommes ne peuvent comprendre et savoir tout ce qui se fait -dans le monde; par conséquent, leurs jugements sur bien des choses -sont inexacts? L'ignorance de l'homme se montre sous deux aspects; -l'ignorance pure, naturelle, dans laquelle les hommes naissent; l'autre -est celle du vrai sage. Lorsque l'homme aura étudié toutes les sciences, -et qu'il saura ce que les gens ont su et savent, il verra que toutes ces -sciences, prises dans leur ensemble, sont tellement, insignifiantes, -qu'elles ne donnent aucune possibilité de comprendre le monde, et cet -homme se persuadera qu'en réalité, les savants ne savent absolument rien -de plus que les simples ignorants. Mais il y a de ces demi-savants qui -ont acquis quelques éléments de diverses sciences et qui s'en montrent -très fiers. Ils se sont éloignés de l'ignorance naturelle, mais n'ont -pas eu le temps d'arriver à la vraie sagesse des savants, qui ont -compris l'imperfection et l'insignifiance de toutes les connaissances -humaines. Ce sont ces gens qui, se croyant de fortes têtes, troublent -le monde. Ils jugent de tout avec assurance et promptitude et, -naturellement, ils se trompent constamment. Ils savent jeter de la -poudre aux yeux et jouissent souvent du respect des hommes, mais les -masses populaires les méprisent, voyant bien leur inutilité; quant à -eux, ils méprisent le peuple, le croyant ignorant. - - PASCAL. - -8 - -Les gens croient souvent que plus on sait, mieux cela vaut. C'est une -idée fausse. Il ne s'agit pas de savoir beaucoup de choses; il importe -de savoir l'essentiel de tout ce que l'on peut connaître. - -9 - -Les sages ne sont jamais savants, les savants ne sont jamais sages. - - LAO-TSEU. - -10 - -Les hiboux voient dans l'obscurité, mais deviennent aveugles à la clarté -du soleil. Il en est de même des savants. Ils connaissent quantité de -futilités scientifiques, mais ils ne savent pas et ne peuvent rien -savoir de ce qui est le plus nécessaire dans la vie: comment l'homme -doit vivre sur la terre. - -11 - -Le sage Socrate disait que la bêtise ne provient, pas de peu de science, -mais de ce qu'on ne se connaît pas soi-même, et qu'on croit connaître -tout ce que l'on ignore. Il appelait cela bêtise et ignorance. - -12 - -Quand l'homme connaît toutes les sciences et parle toutes les langues, -mais ignore ce qu'il est et ce qu'il doit faire, il est bien moins -instruit que la vieille femme illettrée qui croit à son Seigneur le -sauveur, c'est-à-dire en Dieu, selon la volonté duquel elle reconnaît -qu'elle vit, et elle sait que ce Dieu exige d'elle une vie juste. Elle -est plus instruite que le savant, parce qu'elle possède la réponse à -la question essentielle: ce qu'est sa vie et comment doit-elle vivre; -tandis que le savant, tout en possédant des réponses ingénieuses à -toutes les questions complexes, mais peu importantes de la vie, n'a pas -de réponse à la question principale de tout homme de raison: pourquoi je -vis et que dois-je faire? - -13 - -Les gens qui croient que la science est l'œuvre principale de la vie, -sont pareils aux papillons attirés par la clarté de la bougie: ils -périsssent eux-mêmes et obscurcissent la lumière. - - - -VI.--_En quoi consiste le sens et le but de la vraie science._ - -1 - -Le savant est celui qui a appris beaucoup de choses dans les livres; -l'homme instruit est celui qui est au courant de tout ce qui intéresse -actuellement les hommes; l'homme éclairé est celui qui sait pourquoi il -vit et ce qu'il doit faire. Ne t'efforce ni d'être savant, ni d'être -instruit tâche de devenir un homme éclairé. - -2 - -Si dans la vie réelle l'illusion défigure la réalité pour un instant -seulement, dans la région abstraite, l'erreur peut dominer pendant des -milliers d'années, peut peser de son joug sur des peuples entiers, -étouffer les élans les plus nobles de l'humanité, et, à l'aide de ses -esclaves qu'elle a trompés, elle peut mettre aux fers celui qu'elle n'a -pu tromper. Elle est l'ennemi contre lequel les plus grands esprits de -tous les temps ont mené un combat inégal, et l'humanité n'a gagné que -ce qu'ils ont pu lui enlever. Si l'on dit que l'on doit rechercher la -vérité même là où l'on en attend aucun profit parce que l'utilité peut -en apparaître là où elle n'avait pas été prévue, il faut ajouter encore -qu'on doit rechercher et supprimer avec le même zèle toute erreur, là -même où elle ne peut faire aucun tort, parce que le danger des erreurs -peut facilement apparaître un jour, là où on ne s'y attendait pas, toute -erreur contenant du poison. Il n'y a pas d'erreur inoffensive et il y a -d'autant moins d'erreur honorable et sacrée. - -Pour consoler ceux qui consacrent leur vie et leurs forces à la noble -et difficile lutte contre les erreurs, on peut hardiment dire que, si -avant la venue de la vérité, l'erreur continuera quand même à faire -son œuvre, elle n'évincera pas jusqu'au bout la vérité conquise et -clairement exprimée, pour prendre librement sa place vacante, pas plus -que les hiboux et les chauves-souris pendant la nuit n'intimideront et -n'empêcheront le soleil de réapparaître radieux à son lever. Telle est -la puissance de la vérité; sa victoire est difficile et pénible, mais -une fois gagnée, elle ne peut pas être reprise. - - SCHOPENHAUER. - -3 - -Depuis que les hommes vivent sur la terre, tous les peuples ont eu des -sages qui leur ont enseigné ce qui était le plus nécessaire de savoir: -quelle est la destination et, par conséquent, le vrai bonheur de chaque -homme et de tous les hommes. Seul l'homme qui connaît cette science peut -juger de l'importance de toutes les autres. - -Les objets d'études sont _innombrables_; aussi, l'ignorance de la -mission et du bonheur des hommes rend-elle impossible le choix dans -cette quantité infinie des connaissances et c'est pourquoi sans cette -connaissance primordiale, toutes les autres deviennent et sont, en -effet, un amusement vain et nuisible. - -4 - -Tous les hommes qui s'adressent à la science de notre époque, non pour -satisfaire une vaine curiosité, non pour jouer un rôle dans la science, -écrire; discuter, enseigner, non pour vivre de la science, mais pour lui -poser des questions directes, simples, vitales, s'aperçoivent que tout -en répondant à des milliers de questions très ingénieuses et complexes, -elle est impuissante à répondre à la seule question qui intéresse tout -homme de raison: que suis-je et comment dois-je vivre? - -5 - -On peut étudier les sciences inutiles à la vie spirituelle, telles -que l'astronomie, les mathématiques, la physique, de même que jouir -de divers plaisirs, jeux, promenades, quand ces occupations ne nous -empêchent pas de faire ce que nous devons; mais ce n'est pas bien -de s'occuper de vaines sciences et de jouir de plaisirs, quand ils -entravent la véritable œuvre de la vie. - -6 - -Socrate démontrait à ses élèves qu'une instruction bien organisée -commande de parvenir dans chaque science à une certaine limite qu'on ne -doit pas franchir. Il suffit de connaître assez de géométrie, disait-il, -pour être, à l'occasion en état de mesurer régulièrement une bande -de terre que l'on achète ou que l'on rend, pour diviser un héritage -ou pour savoir répartir le travail aux ouvriers. «C'est si facile, -disait-il, qu'avec un peu de bonne volonté on ne s'arrêtera plus devant -aucun calcul, quand bien même il faudrait mesurer toute la terre. Mais -il n'approuvait pas lorsqu'on se passionnait pour les difficultés de -cette science, et, bien qu'il les connût, il disait, qu'elles pouvaient -occuper toute la vie d'un homme et le distraire des sciences utiles, -tandis qu'elles ne servaient à rien. Il trouvait bien que l'on -connaisse assez d'astronomie pour pouvoir, d'après de menus indices -reconnaître les heures de la nuit, les jours du mois, et les saisons -de l'année, s'orienter sur sa route, maintenir la direction en mer, et -relever les gardes. Cette science, est si facile, ajoutait-il, qu'elle -est accessible à chaque chasseur, à tout navigateur et, en général, -à tout homme qui voudrait quelque peu s'en occuper. Mais lorsqu'on -voulait arriver à étudier les différentes orbites parcourues par les -astres célestes, calculer la dimension des planètes et des étoiles, leur -éloignement de la terre, leurs mouvements et modifications,--il blâmait -les gens, car il ne voyait aucune utilité à ces occupations. Il en avait -une si basse opinion, non pas par ignorance, car il avait étudié ces -sciences, mais parce qu'il ne voulait pas qu'on dépense à des études -superflues, le temps et les forces qui pourraient être employés à la -chose la plus nécessaire à l'homme: à son perfectionnement moral.» - - XÉNOPHON. - - - -VII.--_De la lecture des livres._ - -1 - -Fais attention que la lecture de nombreux écrivains, de livres de -tous genres n'embrouillent et ne troublent ta raison. On ne doit -alimenter son esprit que par la lecture d'écrivains dont la valeur -est incontestable. Trop de lecture distrait l'esprit et le déshabitue -du travail personnel. C'est pourquoi ne lis que les vieux livres -incontestablement bons. Si jamais tu as envie de passer à des œuvres -d'un autre genre, n'oublie pas de revenir aux anciennes. - - SÉNÈQUE. - -2 - -Lisez avant tout les meilleurs livres; autrement vous n'aurez pas le -temps de les lire. - - THOREAU. - -3 - -Il est préférable de ne jamais lire un seul livre que d'en lire beaucoup -et de croire à tout ce qui y est dit. On peut être intelligent sans lire -un seul livre, tandis qu'en croyant à tout ce qui est écrit dans les -livres, on devient forcément sot. - -4 - -Dans la fabrication des livres se répète le même fait que dans la vie. -La plupart des gens s'égarent sottement. C'est pour cela que tant de -mauvais livres, tant de relent littéraire s'accumulent parmi la bonne -graine. Les hommes ne font que perdre leur temps, leur argent, et leur -attention à la lecture de ces livres. - -Les mauvais livres ne sont pas seulement inutiles, mais encore -nuisibles. Car neuf dixièmes de tous les livres ne s'impriment que pour -prendre l'argent des autres. - -C'est pourquoi il est préférable de ne pas lire du tout les livres dont -on parle et dont on écrit beaucoup. Les gens doivent chercher avant tout -à lire et à connaître les meilleurs écrivains de tous les siècles, et -de tous les peuples. Ce sont ces livres là qu'on doit lire en premier -lieu; autrement, on n'aura pas le temps de les lire du tout. Seuls ces -écrivains nous instruisent et contribuent à notre éducation. - -Nous ne lirons jamais trop peu de mauvais livres et nous ne réussirons -jamais à lire trop de bons livres. Les mauvais livres sont un poison -moral qui ne fait que griser. - - D'après SCHOPENHAUER. - -5 - -Les superstitions et les erreurs tourmentent les hommes. Il n'y a qu'un -moyen pour s'en débarrasser: la vérité. Or, nous apprenons la vérité -tant par nous-mêmes que par l'entremise de sages et de saints qui ont -vécu avant nous. C'est pourquoi pour mener une vie de bien, il faut -chercher soi-même la vérité, tout en profitant des indications qui sont -venues jusqu'à nous des anciens sages et des saints. - -6 - -L'un des moyens les plus puissants de connaître la vérité qui libère des -superstitions, consiste à apprendre tout ce que l'humanité a fait dans -le passé pour connaître et exprimer la vérité commune à tous les hommes. - - - -VIII.--_De la pensée indépendante._ - -1 - -Chaque homme peut et doit profiter de tout ce que la raison commune de -l'humanité a élaboré, mais il doit en même temps contrôler par sa propre -raison les données élaborées par toute l'humanité. - -2 - -Le savoir est vraiment le savoir, lorsqu'il est acquis par les efforts -de la pensée et non par la mémoire. - -Nous commençons à savoir réellement lorsque nous nous arrivons à oublier -complètement ce que nous avons appris. Je ne me rapprocherai pas à -une distance d'un cheveu de la connaissance des objets, tant que je -considérerai l'objet comme on me l'a appris. Pour connaître un objet, -je dois m'en approcher comme d'une chose d'absolument inconnue de moi. - - THOREAU. - -3 - -Nous attendons du professeur qu'il fasse de son élève un homme -raisonnable, d'abord, sage, ensuite, et savant, enfin. - -Ce procédé présente cet avantage que si l'élève n'atteint jamais le -dernier degré, comme cela a, en effet, généralement lieu dans la -réalité; il gagnera néanmoins à s'instruire et aura plus d'expérience et -de sagesse dans la vie. - -Mais si l'on retourne ce procédé à l'envers, alors les élèves saisissent -quelque chose qui ressemble à la raison avant d'avoir acquis la faculté -de raisonner et emportent de l'enseignement une science empruntée, -comme collée à eux et non n'adhérant, sans compter que leurs facultés -spirituelles restent tout aussi improductives que par le passé et se -trouvent en même temps fortement corrompues par la sagesse imaginaire. -C'est là la raison pourquoi nous rencontrons souvent des savants (ou -plutôt des gens instruits) qui manifestent très peu de raisonnement, -et c'est pourquoi il sort des académies plus d'idiots que de n'importe -quelle autre classe sociale. - - KANT. - -4 - -Dans toutes les classes il y a des hommes qui jouissent d'une -supériorité mentale, bien qu'ils n'aient souvent aucune instruction. -L'esprit naturel peut remplacer presque tous les degrés de -l'instruction, tandis qu'aucune instruction ne peut remplacer l'esprit -naturel, bien qu'elle possède l'avantage de la connaissance des -événements et des faits (science historique), de la définition des -causes (sciences naturelles)--le tout en une revue facile et régulière; -mais cela ne lui donne pas une opinion plus exacte et plus approfondie -du sens réel de tous ces événements, faits et causes. L'homme non -instruit, mais perspicace et prompt à voir les choses, saura se passer -de ces richesses. Un incident de sa propre expérience lui apprendra -bien plus qu'à un savant qui connaît des milliers de cas, mais qu'il -ne _comprend_ pas très bien, parce que le peu de savoir de l'homme non -instruit est _vécu_. - - SCHOPENHAUER. - -5 - -J'aime les paysans: ils ne sont pas assez instruits pour pouvoir -raisonner erronement. - - MONTAIGNE. - -6 - -Combien de lectures multiples nous aurions pu éviter si nous savions -réfléchir avec indépendance. - -Est-ce que la lecture et l'étude sont la même chose? Quelqu'un a -affirmé, non sans raison, que si l'impression des livres a contribué au -développement plus vaste de l'instruction, cela a été au détriment de -leur qualité et de leur teneur. Trop lire est mauvais pour la pensée. -Les plus grands penseurs, rencontrés parmi les savants que j'ai étudiés, -étaient précisément les moins érudits. - -Si l'on avait enseigné aux hommes _comment_ ils doivent penser, et non -pas à quoi ils doivent penser, le malentendu aurait pu être évité. - - LICHTENBERG. - - - - -CHAPITRE XIX - -L'EFFORT - - -Les péchés, les tentations, les superstitions arrêtent, voilent à -l'homme son âme. Pour se révéler à soi-même son âme, l'homme doit faire -des efforts de conscience. C'est donc dans ces efforts de conscience que -consiste l'œuvre principale de la vie de l'homme. - - -I.--_La libération des péchés, des tentations et des superstitions est -dans l'effort._ - -1 - -L'abnégation libère les hommes des péchés, l'humilité--des tentations, -la véracité--des superstitions. Mais pour que l'homme puisse renoncer -aux désirs charnels, s'humilier devant les tentations de l'orgueil et -contrôler par la raison les superstitions qui le désorientent, il doit -faire des efforts. Seul l'effort de sa conscience permet à l'homme de se -libérer des péchés, des tentations et des superstitions qui le privent -de bonheur. - -2 - -Le Royaume de Dieu est conquis par l'effort. Le Royaume de Dieu est -en vous (Luc, XVI, 16; XVII, 21). Ces deux strophes de l'Evangile -signifient que ce n'est que par des efforts de conscience que les hommes -peuvent vaincre en eux les péchés, les superstitions et les tentations -qui retardent l'approche du Royaume de Dieu. - -3 - -Ici, sur la terre, il ne peut et ne doit pas y avoir de repos, parce que -la vie est une marche vers le but qu'on ne peut jamais atteindre. Le -repos est immoral. Je ne puis dire en quoi consiste ce but; mais quel -qu'il soit, il existe et nous savons que nous nous en approchons. Sans -ce rapprochement, la vie serait une absurdité et un mensonge. Et nous ne -pouvons nous rapprocher de ce but que par notre propre effort. - - JOSEPH MAZZINI. - -4 - -Devenir de plus en plus meilleur, c'est toute l'œuvre de la vie, et on -ne peut devenir meilleur que par l'effort. - -Chacun sait que sans effort, on ne peut rien faire dans le travail. Il -faut savoir également que dans l'œuvre principale de la vie, dans la vie -spirituelle, on ne peut rien faire sans effort. - -5 - -La force ne se manifeste pas par le pouvoir de faire un nœud avec un -attisoir en fer, par la possession des billions et des trillions de -roubles, ni par la domination sur des millions d'hommes; la vraie force -est dans le pouvoir sur soi-même. - -6 - -Ne dis jamais d'une bonne action: «Ce n'est pas la peine de se donner du -mal; c'est si difficile que je n'y arriverai jamais;» ou bien: «C'est -si facile que je n'ai qu'à vouloir pour le faire.» Ne pense pas et ne -parle pas ainsi: même si le but visé n'est pas atteint, ou si ce but est -insignifiant, chaque effort fortifie l'âme. - -7 - -Les gens pensent souvent que pour être un vrai chrétien, il faut -accomplir des actes extraordinaires. C'est une erreur. Le chrétien n'a -pas besoin d'œuvres spéciales, extraordinaires; il ne lui faut qu'un -effort d'esprit perpétuel qui le libère des péchés, des tentations et -des superstitions. - -8 - -Les mauvaises actions--celles qui causent nos malheurs,--s'accomplissent -facilement; mais ce qui est noble et bon pour nous se fait uniquement au -prix d'un effort. - - _Sagesse bouddhiste._ - -9 - -Si l'homme prend pour règle de faire ce qu'il veut, il ne restera pas -longtemps à vouloir faire ce qu'il fait. La vraie œuvre n'est jamais que -celle à laquelle on doit travailler pour l'accomplir. - -10 - -La route vers la connaissance du bien n'a jamais été tracée sur un gazon -soyeux jonchée de fleurs; l'homme a toujours dû escalader des rochers -dénudés. - - JOHN RUSKIN. - -11 - -On ne cherche jamais la vérité avec joie, mais avec émotion et -inquiétude; et cependant, on doit la chercher; car n'ayant pas trouvé -la vérité et appris à l'aimer, tu périras. Mais, diras-tu, si la vérité -voulait que je la cherche et que je l'aime, elle se serait révélée -à moi-même. Aussi se révèle-t-elle à toi, mais tu n'y prêtes pas -attention. Cherche donc la vérité,--elle le veut. - - PASCAL. - - - -II.--_La vie pour l'âme exige des efforts._ - -1 - -Je suis l'instrument avec lequel Dieu travaille. Mon vrai bonheur -consiste à participer à Son travail. Mais je ne peux y parvenir qu'au -moyen des efforts que je fais pour garder toujours en état propre et -aiguisé l'instrument de Dieu qui m'est confié: moi-même, mon âme. - -2 - -La chose la plus chère à l'homme, c'est d'être libre, de vivre à sa -guise et non suivant la volonté d'autrui. Afin de vivre ainsi, l'homme -doit vivre pour son âme. Et afin de vivre pour l'âme, l'homme doit -réprimer les désirs du corps. - -3 - -La vraie vie humaine n'est autre chose que le passage progressif de la -nature bestiale inférieure à une conception de plus en plus grande de la -vie spirituelle. - -4 - -Nous faisons un effort pour nous réveiller et nous nous éveillons -effectivement lorsque le rêve devient affreux et que nous n'avons plus -de forces de le supporter. Il faut agir de même dans la vie réelle -lorsqu'elle devient intolérable. Dans ces moments-là, il faut faire un -effort de conscience pour s'éveiller à une vie nouvelle, supérieure, -spirituelle. - -4 - -La lutte contre les péchés, les tentations et les superstitions est -nécessaire déjà pour cette raison que si tu cesses de les combattre, ta -chair prend le dessus. - -5 - -Il nous semble qu'un vrai travail ne peut être fait qu'à quelque chose -de visible: à bâtir une maison, à labourer un champ, à nourrir le -bétail, mais que travailler à son âme, à quelque chose d'invisible, -n'est pas une besogne importante, une besogne que l'on peut faire ou ne -pas faire; pourtant tout autre travail,--en dehors du travail intérieur, -celui qui nous rend tous les jours plus moral et plus aimant,--tout -autre travail n'est rien. C'est le seul vrai, et tous les autres ne sont -utiles que si ce travail principal de la vie s'effectue. - -7 - -Celui qui reconnaît que sa vie est mauvaise et qui veut commencer à -vivre mieux, ne doit pas penser qu'il ne peut commencer à le faire que -lorsqu'il aura modifié les conditions de sa vie. On doit et on peut -améliorer sa vie non pas par les transformations extérieures, mais par -un changement de soi-même, en notre âme. Et cela, on peut le faire -toujours et partout. Et chacun a suffisamment à faire dans ce but. C'est -seulement lorsque ton âme aura changé au point que tu ne pourras plus -vivre comme par le passé, que tu pourras la modifier, et non quand tu -croiras qu'il te sera plus facile de te corriger si tu changes ta vie. - -8 - -Il n'y a, dans la vie, qu'une seule chose importante pour tous les -hommes. Cette œuvre seule est destinée à tous les hommes. Tout le reste -n'est rien en comparaison avec elle. On voit que cela est ainsi parce -que dans cette œuvre seule, l'homme n'a pas d'entraves et qu'elle seule -donne toujours la joie. - -9 - -Prends l'exemple du ver à soie: il travaille tant qu'il n'est pas en -mesure de voler. Et toi, tu t'es collé à la terre. Travaille à ton âme, -et il te poussera des ailes. - - D'après ANGÉLUS. - - - -III.--_Le perfectionnement de soi-même ne saurait être atteint que par -des efforts de conscience._ - -1 - -«Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait», est-il dit dans -l'Evangile. Cela ne signifie point que le Christ ordonne à l'homme -d'être aussi parfait que Dieu, mais que chaque homme doit faire des -efforts de conscience pour se rapprocher de la perfection et que la vie -de l'homme est dans ce rapprochement. - -2 - -Tout être ne grandit pas d'un coup, mais peu à peu. On ne peut non -plus apprendre une science d'un coup. De même, on ne peut pas vaincre -le péché d'un coup. Il n'y a qu'un moyen pour devenir meilleur: le -raisonnement sage et l'effort continu et patient. - - CHANNING. - -3 - -Lessing disait que ce n'est pas la vérité qui donne la joie à l'homme, -mais l'effort qu'il fait pour la connaître, Il en est de même de la -vertu: la joie que donne la vertu est dans l'effort qui nous rapproche -d'elle. - -4 - -Les paroles suivantes étaient gravées sur la baignoire du Roi -Tching-Tchang: «Renouvelle-toi tous les jours complètement; fais-le à -nouveau et encore à nouveau.» - - _Sagesse chinoise._ - -5 - -Si les gens ne s'occupent pas d'explorations, et s'ils s'en occupent, -mais qu'ils n'y réussissent pas, ils ne doivent pas se désespérer ni -s'arrêter; si les gens n'interrogent pas les personnes éclairées sur les -choses qu'ils ignorent, et si, en interrogeant, ils ne deviennent pas -plus avancés, ils ne doivent pas désespérer; si les gens ne raisonnent -pas, et s'ils raisonnent, mais ne peuvent pas comprendre clairement en -quoi consiste le bien, ils ne doivent pas désespérer; si les gens ne -distinguent pas le bien et le mal, et s'ils le distinguent, mais n'en -ont pas une conception exacte, ils ne doivent pas désespérer; si les -gens ne font pas le bien, et s'ils le font, mais sans lui consacrer -toutes leurs forces, ils ne doivent pas désespérer: ils feront en dix -fois ce que d'autres auraient fait en une fois; ils feront en mille fois -ce que d'autres auraient fait en cent fois. - -Celui qui suivra réellement cette règle de la continuité de l'effort -deviendra, si ignorant qu'il soit, sûrement fort, et, si vicieux qu'il -soit, il deviendra sûrement vertueux. - - _Sagesse chinoise._ - -6 - -Lorsque l'homme fait le bien uniquement parce qu'il est habitué à le -faire, ce n'est pas encore la vie de bien. Cette vie commence lorsque -l'homme fait un effort pour être bon. - -7 - -Tu dis: ce n'est pas la peine de faire des efforts; on aura beau -s'appliquer, on ne parviendra jamais à la perfection. Ton œuvre n'est -pas d'atteindre la perfection, mais de t'en rapprocher de plus en plus. - -8 - -Pour que la vie soit non un chagrin, mais une joie continuelle, on doit -toujours être bon pour tous, hommes et animaux. Et pour être bon, il -faut s'y habituer; et pour s'y habituer, il ne faut, pas laisser passer -une seule de ses mauvaises actions sans s'en faire de reproches. - -Si tu agis ainsi, tu t'habitueras bientôt à être bon pour tous les -hommes et pour tous les animaux. Et si tu t'habitues à la bonté, tu -auras toujours la joie au cœur. - -9 - -La vertu de l'homme ne se mesure pas par ses exploits extraordinaires, -mais par son effort de chaque jour. - - PASCAL. - - - -IV.--_Pour se rapprocher de la perfection, l'homme ne doit compter que -sur ses propres forces._ - -1 - -Combien il est erroné de demander à Dieu, ou même aux hommes, de me -délivrer d'une situation difficile. L'homme n'a besoin de l'aide de -personne; il n'a pas besoin non plus de sortir de la situation où il se -trouve; il ne lui faut qu'une seule chose: faire un effort de conscience -pour se libérer des péchés, des tentations et des superstitions. La -situation de l'homme changera et s'améliorera seulement en tant qu'il se -sera libéré des péchés, dés tentations et des superstitions. - -2 - -Rien n'affaiblit les forces de l'homme que l'espoir de trouver le salut -et le bonheur ailleurs que dans son effort. - -3 - -Il faut se débarrasser de l'idée que le Ciel peut corriger nos erreurs. -Si vous préparez négligemment quelque plat, vous n'espérez pas que la -Providence le rendra bon; de même, si pendant une série d'années de -folie, vous avez mal dirigé votre vie, vous ne devez pas espérer que -l'intervention divine dirigera et arrangera tout pour le mieux. - - JOHN RUSKIN. - -4 - -Tu possèdes la connaissance de ce qui est la perfection suprême. En toi -également sont les obstacles qui t'empêchent d'y arriver. Ta situation -est précisément celle qui t'engage à travailler pour te rapprocher de la -perfection. - - CARLYLE. - -5 - -C'est toi qui pèches, c'est toi qui projettes le mal, c'est toi qui fuis -le péché, c'est toi qui purifies tes desseins, c'est toi qui es méchant -ou pur; un autre ne pourra pas te sauver. - - DJAMAPADA. - -6 - -Il n'y a pas de loi morale si je ne puis l'accomplir. Les gens disent: -nous sommes nés égoïstes, avares, sensuels, et nous ne pouvons pas être -autres. Non, nous le pouvons. La première chose, c'est de sentir dans -son cœur ce que nous sommes et ce que nous devons être, et la seconde -est de faire des efforts pour nous rapprocher de ce que nous devrions -être. - - SOLTER. - -7 - -L'homme doit développer ses germes de bien. La Providence ne les a pas -semés entièrement levés dans l'homme; ce ne sont que des germes. Se -rendre meilleur, cultiver soi-même--voilà l'œuvre principale de la vie -de l'homme. - - KANT. - - - -V.--_Il n'y a qu'un seul moyen d'améliorer la vie sociale: l'effort de -chaque homme pour obtenir une vie morale et bonne._ - -1 - -Les hommes se rapprochent du Royaume de Dieu, c'est-à-dire de la vie -bonne et heureuse, uniquement par l'effort de chaque individu vers une -vie morale. - -2 - -Si tu vois que l'organisation de la société est mauvaise et que tu veux -l'améliorer, sache qu'il est pour cela un seul moyen: tous les hommes -doivent devenir meilleurs. Et pour rendre tous les hommes meilleurs, tu -n'as qu'un moyen: c'est de devenir meilleur toi-même. - -3 - -On entend souvent dire que tous les efforts faits pour améliorer la vie, -supprimer le mal, instituer la justice sont inutiles, et que tout cela -se fera de soi-même. Les gens avançaient, en ramant, mais les rameurs, -arrivés à destination, sont descendus; les voyageurs restés dans le -bateau ne se mettent pas à ramer parce qu'ils pensent que le bateau -continuera à avancer comme il l'a fait jusque-là. - -4 - -«Oui, cela serait ainsi, si tous les hommes avaient compris d'un coup -que tout cela est mauvais et inutile pour nous,» dit-on en parlant -du mal de la vie humaine. «Mettons qu'un homme renonce au mal, qu'il -refuse à y participer, cela avançera-t-il l'œuvre du bien commun? La -transformation de la vie sociale s'opère grâce aux efforts de toute la -société et non pas à ceux des individus isolés.» - -Il est vrai, qu'une hirondelle ne fait pas le printemps. Serait-il -possible, cependant, que parce qu'une hirondelle ne fait pas le -printemps, elle ne doit pas s'envoler alors qu'elle sent l'approche du -printemps? Si chaque bourgeon et chaque herbe attendaient, il n'y aurait -jamais de printemps. De même, pour établir le Royaume de Dieu, je ne -dois pas me demander si je suis la première ou la millième hirondelle, -mais faire immédiatement, même si je suis seul, en sentant l'approche du -royaume de Dieu, tout ce qu'il faut pour le réaliser. - -«Demandez, et il vous sera donné; cherchez, et vous trouverez; frappez, -et on vous ouvrira. Car quiconque demande, reçoit, et quiconque -cherche, trouve; et l'on ouvre à celui qui frappe.» - - MATTH., VII, 7-8. - -5 - -Notre vie est malheureuse. Pourquoi? - -Parce que les hommes vivent mal. Et ils vivent mal parce qu'ils sont -eux-mêmes mauvais. De sorte que pour que la vie ne soit plus mauvaise, -il faut changer les mauvaises gens en bonnes gens. Comment faire cela? -Personne ne peut transformer tout le monde, mais chacun peut s'amender -lui-même. Il semble, tout d'abord, qu'on ne peut pas remédier à cela -ainsi, car que peut faire un homme contre tous? Pourtant, tous se -plaignent de leur vie malheureuse. Si donc tous les hommes comprennent -que la mauvaise vie vient des mauvaises gens, et que chacun peut non pas -corriger les autres, mais se corriger lui-même, toute la vie deviendra -immédiatement meilleure. - -C'est donc que la mauvaise vie dépend de nous, et cela dépend également, -de nous qu'elle devienne bonne. - - - -VI.--_L'effort vers la perfection donne le vrai bonheur._ - -1 - -L'effort moral et la joie de la conscience de la vie alternent de même -que le travail corporel et la joie du repos. Sans travail corporel on -n'éprouve pas la joie du repos: sans effort moral, il n'y a pas de joie -d'être conscient de la vie. - -2 - -La récompense de la vertu est dans l'effort même de faire une bonne -action. - - CICÉRON. - -3 - -N'attends pas non seulement un succès rapide, mais même un succès -perceptible de tes efforts vers le bien. Tu ne verras pas le fruit de -tes efforts, parce que tu t'es avancé 'tout autant que s'est avancée la -perfection à laquelle tu aspires. L'effort de la conscience n'est pas un -moyen pour obtenir le bonheur, mais l'effort de la conscience donne par -lui-même le bonheur. - -4 - -Dieu a donné aux animaux tout ce qu'il leur faut. Mais il ne l'a pas -donné à l'homme. L'homme doit se procurer lui-même tout ce qui lui est -nécessaire. La sagesse supérieure de l'homme n'est pas née avec lui; il -doit travailler pour la gagner, et plus son travail est pénible, plus la -récompense est grande. - - _Tablettes des Babides_[1]. - -5 - -Le Royaume de Dieu est conquis de haute lutte. Cela veut dire que pour -se débarrasser du mal et devenir bon, il faut un effort. - -L'effort est nécessaire pour se contenir du mal. Contiens-toi du mal, et -tu feras le bien, parce que l'âme humaine aime le bien, et elle le fait, -si elle est exempte de mal. - -6 - -Vous êtes des travailleurs libres et vous le sentez. Toutes sortes de -raisonnements mensongers voulant prouver que la destinée ou les lois de -la nature sont maîtresses de tout, ne seront jamais en état de faire -taire les deux témoins incorruptibles de la liberté: les reproches de -la conscience et les grands martyres. Depuis Socrate jusqu'à Christ, et -depuis Christ jusqu'aux hommes qui, de siècle en siècle, meurent pour -la vérité, tous les martyrs de la foi montrent le mensonge de cette -doctrine d'esclaves et nous, disent tout haut: «Nous aussi, nous avons -aimé la vie, et aussi tous les hommes qui ont embelli notre vie et qui -nous suppliaient de cesser la lutte. Chaque battement de notre cœur -semblait nous crier: vivez! Mais pour accomplir la loi de la vie, nous -avons préféré la mort.» - -Depuis Caïn et jusqu'à l'homme le plus profondément misérable de notre -époque, tous ceux qui ont choisi la voie du mal entendent au fond de -leur âme la voix du blâme, du reproche, une voix qui ne leur donne pas -de repos, qui leur répète éternellement: Pourquoi avez-vous abandonné -le chemin de la vérité? Vous pouviez, vous pouvez faire un effort. Vous -êtes des hommes libres et il était dans votre pouvoir de moisir dans les -péchés ou de vous en libérer. - - MAZZINI. - - -[1] Secte religieuse persane. _(Note du trad.)_ - - - - -CHAPITRE XX - -LA VIE EST DANS LE PRÉSENT - - -Les hommes croient que leur vie dure un temps donné: dans le passé et -dans l'avenir. Mais ce n'est qu'une apparence; la vraie vie humaine -ne dure pas pendant un temps, elle _est_ toujours, se maintenant à un -point indéterminé où le passé touche au futur et que nous appelons -improprement le présent. A ce point du présent, et rien qu'à ce point, -l'homme est libre; c'est pourquoi la vraie vie de l'homme est dans le -présent et rien que dans le présent,. - -I.--_La vraie vie ne dépend pas du temps._ - -1 - -Le passé n'est plus, le futur n'est pas encore venu. Qu'est-ce qui -est donc? Rien que le point où le futur et le passé se touchent. Il -semblerait que ce point n'est rien, et cependant, toute notre vie est -uniquement dans ce point. - -2 - -Il nous semble seulement que le temps existe. Il n'est pas. Le temps -n'est qu'un terme conventionnel grâce auquel nous voyons graduellement -ce qui est en réalité et ce qui est toujours un. L'œil ne voit pas toute -la sphère à la fois, bien que la sphère existe en entier et en une fois. -Pour que l'œil voit, il faut que la sphère tourne devant l'œil qui la -regarde. De même le monde se déroule, ou semble se dérouler, dans le -temps devant les yeux des hommes. Pour la raison supérieure, il n'y a -pas de temps: ce qui sera est déjà. L'idée du temps et de l'espace sert -au morcellement de l'infini pour le profit des êtres finaux. - - AMIEL. - -3 - -Il n'y a ni «avant» ni «après»: ce qui arrivera demain existe réellement -dans l'éternité. - - ANGÉLUS. - -4 - -Il n'y a ni temps, ni espace; l'un et l'autre nous sont indispensables -pour que nous puissions comprendre les objets. C'est pourquoi il est -faux de croire que les réflexions concernant les étoiles, dont la -lumière n'est pas encore arrivée jusqu'à nous, et sur l'état du soleil -à des millions d'années, etc., sont très importantes. Il n'y a là rien -d'important ni même de sérieux. Tout cela n'est qu'un vain jeu de -l'esprit. - -5 - -Il n'y a pas de temps, il n'y a qu'un instant. Et c'est précisé ment en -cet instant qu'est toute notre vie. C'est pourquoi il faut donner toutes -nos forces à cet instant. - -6 - -Si la vie est en dehors du temps, pourquoi se manifeste-t-elle dans le -temps et dans l'espace? Parce que le mouvement, c'est-à-dire la tendance -vers le développement, vers l'éclaircissement et la perfection, ne peut -se manifester que dans le temps et l'espace. S'il n'y avait pas d'espace -et de temps, il n'y aurait pas de mouvement, il n'y aurait pas de vie. - - - -II.--_La vie spirituelle de l'homme en dehors du temps et de l'espace._ - -1 - -Le temps ne sert qu'à la vie corporelle. L'être spirituel de l'homme, -est toujours en dehors du temps. Et il est en dehors du temps, parce que -l'activité de l'être spirituel consiste uniquement dans l'effort de la -conscience. Et cet effort est toujours hors du temps, parce qu'il n'a -jamais lieu qu'au présent et que le présent n'a pas de temps. - -2 - -Nous ne pouvons nous représenter la vie après la mort et nous rappeler -de la vie avant notre naissance parce que nous ne pouvons rien nous -représenter qui soit en dehors du temps; et cependant, nous connaissons -le mieux notre vie hors du temps--dans le présent. - -3 - -Notre âme est jetée dans notre corps où elle trouve le nombre, le temps, -la mesure. Elle raisonne d'après cela et appelle cela nature; nécessité, -et ne saurait penser autrement. - - PASCAL - -4 - -Nous disons que le temps passe. Ceci n'est pas exact. C'est nous qui -avançons, et non pas le temps. Lorsque nous flottons sur l'eau, il nous -semble que ce sont les rives qui marchent et non pas le bateau dans -lequel nous nous trouvons. Il en est de même du temps. - -5 - -Il est bon de se rappeler souvent que notre vraie vie n'est pas -uniquement extérieure, corporelle, telle que nous la vivons ici, sur -terre, telle que nous la voyons, mais qu'avec cette vie, nous possédons -encore une autre vie, intérieure, spirituelle, qui n'a ni commencement -ni fin. - - - -III.--_La vraie vie n'est que dans le présent._ - -1 - -La faculté de se souvenir du passé et de se représenter l'avenir nous -est donnée uniquement afin que, en nous fondant sur des considérations -relatives à l'un ou à l'autre, nous puissions décider plus exactement -nos actes du présent, mais nullement pour regretter le passé ou préparer -l'avenir. - -2 - -L'homme ne vit que dans l'instant présent. Tout le reste est déjà passé, -ou bien n'arrivera peut-être pas. - - MARC-AURÈLE. - -3 - -Si nous nous tourmentons en songeant au passé et que nous nous gâtons -l'avenir, c'est uniquement parce que nous nous occupons trop peu du -présent. Le passé a été, l'avenir n'est pas; seul le présent est. - -4 - -Notre état futur semblera toujours un rêve à notre état présent. - -Ce n'est pas la longueur de la vie qui importe, mais sa profondeur. Il -ne s'agit pas de prolonger la vie, mais de vivre en dehors du temps, et -nous ne le faisons que lorsque nous vivons par l'effort du bien. Lorsque -nous vivons ainsi, nous ne nous posons pas la question du temps. - - D'après EMERSON. - -5 - -«Vivre jusqu'au soir et jusqu'à la mort»[1] veut dire, vivre comme si -l'on se trouvait toujours à sa dernière heure et qu'on n'a le temps que -d'accomplir l'essentiel, et en même temps vivre comme si tu pouvais -continuer indéfiniment l'œuvre que tu accomplis. - -6 - -Le temps est derrière nous, il est devant nous, mais nous ne l'avons pas -avec nous. Lorsqu'on se met à penser davantage à ce qui a été ou à ce -qui sera, on perd le principal: la vraie vie dans le présent. - -7 - -On ne peut vaincre les mauvaises habitudes qu'aujourd'hui seulement, et -non pas demain. - - CONFUCIUS. - -8 - -Rien n'a de l'importance, excepté ce que nous faisons dans le moment -présent. - -9 - -Il est bon de ne pas penser au lendemain; mais pour ne pas y penser, il -n'y a qu'un seul moyen: c'est de penser continuellement si j'accomplis -bien l'œuvre du jour, de l'heure, de la minute présente. - -10 - -Dès qu'on s'absorbe dans le passé et l'avenir, on s'éloigne de la vraie -vie et l'on se sent abandonné, lié, solitaire. - -Que de tortures morales, et tout cela pour mourir au bout de quelques -minutes! Pourquoi donc s'inquiéter? - -Non, cela n'est pas vrai: ta vie existe actuellement. Le temps n'est -pas, et l'heure présente vaut des centaines d'années si tu vis cette -heure avec Dieu. - - D'après AMIEL. - -14 - -On dit: l'homme n'est pas libre parce que tout ce qu'il fait a une -raison antérieure. Mais l'homme n'agit jamais que dans le présent; or, -le présent est en dehors du temps: ce n'est que le point de contact -entre le passé et le futur. C'est pourquoi l'homme est toujours libre -pendant l'_instant_ du présent. - -15 - -La force libre et divine de la vie ne se manifeste que dans le présent; -c'est pourquoi l'activité du présent doit posséder les qualités divines, -c'est-à-dire doit être raisonnable et bonne. - -16 - -On demanda à un sage: Quelle est l'œuvre la plus ïmportante? Quel -est l'homme le plus important de la vie? Quel est le moment le plus -important de la vie? - -Le sage répondit: «L'œuvre la plus importante c'est d'aimer tous les -hommes parce que c'est là l'œuvre de la vie de chaque homme. - -«L'homme le plus important est celui auquel tu as affaire en ce moment, -parce que tu ne pourras jamais savoir si tu auras affaire à un autre -homme. - -«Le temps le plus important est le présent parce que là seulement -l'homme est maître de lui-même.» - - - -IV.--_L'amour ne se manifeste que dans le présent._ - -1 - -L'œuvre principale de la vie est l'amour. Et on ne peut aimer ni dans le -passé ni dans le futur. On ne peut aimer que dans le présent, à cette -heure, à cette minute. - -2 - -L'amour est une manifestation de l'essence divine qui n'a pas de temps; -c'est pourquoi l'amour ne se manifest que dans le présent, tout de -suite, à tout moment du présent. - -3 - -Aimer, en général, c'est faire le bien. C'est ainsi que nous comprenons -tous l'amour, et nous ne pouvons le comprendre autrement. - -L'amour n'est pas seulement un mot; il comprend les œuvres que nous -accomplissons pour le bonheur d'autrui. - -Si l'homme décide de ne pas répondre aux exigences du plus petit amour -vrai en vue d'un grand amour futur, il se leurre, leurre les autres et -n'aime personne, sauf lui. - -Il n'y a pas d'amour dans le futur: l'amour n'existe que dans le -présent. Si l'homme n'accomplit pas l'œuvre de l'amour dans le présent, -c'est qu'il n'a pas d'amour. - -4 - -Tu veux le bien. Or, le bien ne peut se produire qu'immédiatement. Il ne -peut y avoir de bien dans l'avenir, parce qu'il n'y a pas d'avenir, il -n'y a que le présent. - -5 - -Ne remets jamais une bonne action si tu peux l'accomplir aujourd'hui, -parce que la mort ne demande pas si tu as fait ce que tu dois. La mort -n'attend personne ni rien. La chose la plus importante est donc celle -qu'on accomplit à l'instant même. - -6 - -N'attendons pas pour être justes, compatissants. N'attendons pas la -venue des souffrances exceptionnelles des autres et les nôtres. La vie -est brève; dépêchons-nous donc à réjouir les cœurs de nos compagnons -pendant cette courte traversée. Hâtons-nous d'être bons. - - AMIEL. - -7 - -Les hommes de bien oublient les bonnes actions qu'ils ont accomplies: -ils sont tellement occupés à ce qu'ils font, qu'ils ne pensent plus à ce -qu'ils ont déjà fait. - - _Proverbe chinois._ - -8 - -La vie dans le présent est l'état dans lequel Dieu vit en nous. C'est -pourquoi le moment présent est plus cher que tout. Emploie toutes les -forces de ton âme à ne pas laisser échapper ce moment, afin de ne pas -cacher à toi-même le Dieu qui peut se manifester en toi. - - - -V.--_Tentation de la préparation à la vie, au lieu de la vie même._ - -1 - -«Je ferai cela quand je serai grand.»--«Je vivrai ainsi lorsque j'aurai -terminé mes études, lorsque je me serai marié.» «Je ferai cela lorsque -j'aurai des enfants, lorsque j'aurai marié mon fils, où lorsque je serai -riche, lorsque j'habiterai un autre endroit, ou lorsque je serai vieux.» - -Ainsi parlent les enfants, les adultes, les vieillards, et personne ne -sait s'il vivra jusqu'au soir. Nous ne pouvons rien savoir de tout cela: -si nous aurons ou non la possibilité de le mener à bonne fin, si la mort -ne nous empêchera pas de le faire. - -Il n'y a qu'une seule œuvre que la mort ne peut entraver: c'est -l'accomplissement, à toute heure de la vie, de la volonté de Dieu, celle -qui est d'aimer les hommes. - -2 - -Nous pensons et nous disons souvent que «je ne puis pas faire tout ce -que je dois par suite de la situation où je me trouve». Combien cela -est faux! Le travail intérieur, qui est la raison même de la vie, est -toujours possible. Tu es en prison, tu es malade, tu es privé de la -possibilité, d'entreprendre toute activité extérieure; on t'offense, on -te tourmente; mais ta vie intérieure est dans ton pouvoir: tu peux, dans -la pensée, reprocher, blâmer, envier, détester les hommes, et tu peux -aussi réprimer ces sentiments et les remplacer par de bons. De sorte que -chaque minute de ta vie est à toi, et personne ne peut te la prendre. - -3 - -Se savoir malade, prendre soin pour se guérir, surtout penser à ce -que je suis souffrant pour le moment et, par suite, incapable d'agir, -se dire que lorsque je redeviendrai valide, j'agirai, est une grande -tentation. Car ces paroles signifient: je refuse ce qui m'est donné, -mais je veux ce qui n'existe pas. On peut toujours se réjouir de ce que -l'on possède à chaque instant et faire immédiatement tout ce que l'on -peut. - -4 - -Tu n'es pas bien, et il te semble que cela vient de ce que tu ne peux -pas vivre comme tu voudrais, que tu aurais plus facilement fait ce que -tu crois devoir faire si ta vie était autre. C'est faux. Tu as tout ce -que tu désires. A tout moment de ta vie, tu peux faire la meilleure -chose que tu es à même d'accomplir. - -5 - -Les importantes, les grandes œuvres qui ne peuvent être terminées que -dans l'avenir, ne sont pas de vraies œuvres, elles ne sont pas faites -pour la gloire de Dieu. Si tu crois en Dieu, tu croiras à la vie dans le -présent, tu travailleras à des œuvres qui peuvent être achevées dans le -présent. - -6 - -_Momento-mori_. Souviens-toi de la mort! est une grande parole. Si -nous nous souvenions que nous mourrons inévitablement et bientôt, -notre vie serait tout autre. Si l'homme sait qu'il doit mourir dans -une demi-heure, il ne fera sûrement ni des choses vaines, ni bêtes, ni -surtout mauvaises, dans ce court laps de temps. Le demi-siècle qui te -sépare, peut-être, de la mort, n'est-ce pas une demi-heure? - - - -VI.--_Les conséquences de nos actes regardent Dieu, et non pas nous._ - -1 - -Les conséquences de nos actes ne dépendent pas de nous, parce qu'elles -sont infinies dans l'espace infini et dans le temps infini. - -2 - -Si tu peux voir toutes les conséquences de ton activité, sache que cette -activité est nulle. - -3 - -Nos actes de l'instant, du moment, sont à nous; ce qu'il en résultera, -c'est l'affaire de Dieu. - - FRANÇOIS d'ASSISE. - -4 - -En vivant d'une vie spirituelle, c'est-à-dire en communion avec Dieu, -l'homme, bien qu'il ne puisse pas connaître les conséquences de ses -actes, sait sûrement que ces conséquences seront heureuses. - -5 - -L'acte accompli sans la moindre réflexion aux conséquences possibles, -uniquement en vue d'accomplir la volonté de Dieu, est la meilleure -action que l'homme peut accomplir. - -6 - -La récompense d'une vie juste n'est jamais dans l'avenir, mais dans le -présent. Si tu fais bien à l'instant, tu te sens bien à l'instant. Et si -tu agis bien, les conséquences ne peuvent ne pas être bonnes. - - - -VII.--_Ceux qui croient que le sens de la vie est dans le présent ne se -préoccupent pas de la vie d'outre-tombe._ - -1 - -Nous nous embrouillons dans nos idées sur la vie future; nous nous -demandons ce qu'il y aura après la mort. Mais on ne peut le demander, -parce que la vie et l'avenir sont deux termes contradictoires: la vie -est seulement dans le présent. Il nous semble qu'elles _a été_ et -qu'elle _sera_, tandis qu'elle _est_ seulement. Il ne faut pas chercher -une solution à la question de l'avenir, mais penser comment nous devons -vivre dans le présent, à l'instant même. - -2 - -Nous ignorons toujours tout ce qui a trait à la vie corporelle, parce -que cette vie est réglée par le temps et que nous ne pouvons pas -connaître l'avenir. - -Mais dans le domaine de la vie spirituelle, il n'y a pas de futur. C'est -pourquoi l'inconnu de notre vie diminue à mesure qu'elle se transforme -de charnelle en spirituelle, à mesure que nous vivons dans le présent. - -3 - -Nous devons accomplir honnêtement et d'une manière impeccable le travail -qui nous est confié, indépendamment de notre espoir de devenir un jour -des anges, ou de notre croyance d'avoir été jadis des mollusques. - - JOHN RUSKIN. - -4 - -A mesure que la vie se prolonge, surtout la vie en bonnes actions, -l'importance du temps et l'intérêt de la question de ce qui sera -tombent. Plus nous sommes vieux, plus le temps passe vite; ce qui «sera» -a de moins en moins d'importance et ce qui «est» en gagne de plus en -plus. - -Si tu peux élever ton esprit au-dessus de l'espace et du temps, tu te -trouves à tout instant dans l'éternité. - - ANGÉLUS. - - -[1] Proverbe russe. (_N. du trad._). - - - - -CHAPITRE XXI - -LE NON-AGIR - - -Les hommes gâtent moins leur vie en ne faisant pas ce qu'ils doivent -faire, qu'en faisant ce qu'ils ne doivent pas faire. C'est pourquoi le -plus grand effort que l'homme doit faire sur lui-même pour avoir une vie -heureuse--est de s'abstenir de faire ce qu'il ne faut pas faire. - - -I.--_L'abstention est le meilleur moyen de mener une bonne vie._ - -1 - -Ce qui importe le plus à tous les hommes, c'est de vivre bien. Vivre -bien, c'est moins de faire tout le bien que nous pouvons, que de ne pas -faire le mal que nous pouvons éviter de commettre. L'essentiel, c'est de -ne pas faire de mal. - -2 - -Tous les hommes de notre époque savent que notre vie est mauvaise, et -ils ne se bornent pas à critiquer son organisation, mais travaillent -à ce qui, à leur avis, doit améliorer notre vie. Pourtant, loin de -s'améliorer, l'organisation de notre vie empire chaque jour. Pourquoi? -Parce que les hommes accomplissent les travaux les plus compliqués et -les plus difficiles pour améliorer la vie, mais ne font pas la chose la -plus simple et la plus facile: ils ne s'abstiennent pas de prendre part -aux œuvres qui rendent notre vie mauvaise. - -3 - -L'homme apprend ce qu'il doit faire seulement après avoir compris ce -qu'il ne doit pas faire. Et, en en faisant pas ce qu'il ne doit pas -faire, il fera inévitablement ce qu'il doit faire, bien qu'il ne saura -pas pourquoi il fait ce qu'il fait. - -4 - -Question: Qu'est-ce qu'il y a de mieux à faire quand on est pressé? -Réponse: Rien. - -5 - -Dans les moments d'abattement moral, on doit se comporter envers -soi-même comme envers un malade: ne rien entreprendre. - -6 - -Si tu ne sais pas quel parti prendre: agir ou ne pas agir, sache qu'il -est toujours préférable de s'abstenir que d'agir. Si tu n'avais pas la -force de t'abstenir, et si tu savais sûrement que l'affaire est bonne, -tu ne te serais pas demandé si tu dois la réaliser ou non; si tu te le -demandes, c'est que tu sais que tu peux te contenir et, ensuite, tu es -sûr que l'affaire n'est pas tout à fait bonne. Si elle était absolument -bonne, tu ne te serais pas interrogé. - -7 - -Si tu as grande envie de quelque chose et s'il te semble que tu ne -pourrais pas résister à l'envie, défie-toi. Ce n'est pas vrai que -l'homme ne puisse se contenir dans n'importe quel cas. Seul celui qui -s'est assuré à l'avance qu'il ne peut se contenir, n'est pas en état de -le faire. - -8 - -Que chacun, même un tout jeune homme, se rappelle sa vie. Et si tu -regrettes une seule fois de n'avoir pas fait ce que tu devais et ce qui -serait bien, tu regretteras des centaines de fois d'avoir fait ce qui -était mal et que tu n'aurais pas du faire, - - - -II.--_Conséquences de l'incontinence._ - -1 - -Il y a moins de mal à ce que nous faisons autre chose que nous aurions -dû faire, qu'à ce que nous ne nous abstenons pas de ce que nous -n'aurions pas dû faire. - -2 - -Le laisser-aller dans une seule occasion affaiblit la force de la -continence dans toute autre. L'habitude prise de ne pas se contenir est -comme un torrent invisible sous une maison. Une telle maison ne résiste -pas à la poussée. - -3 - -Il est plus mauvais de faire trop que de ne pas faire assez; il est plus -mauvais de se presser que de venir en retard. - -Les reproches de la conscience sont toujours plus douloureux pour ce que -l'on a fait que pour ce que l'on n'a pas fait. - -4 - -Plus la situation semble difficile, moins on doit agir. C'est -précisément par l'action que nous gâtons ordinairement ce qui commençait -déjà à s'arranger. - -5 - -La plupart des gens qu'on appelle méchants sont devenus tels parce -qu'ils prenaient leur mauvaise humeur pour leur état d'âme normal et -s'abandonnaient sans faire d'efforts pour y résister. - -6 - -Si tu ne te sens pas la force de te contenir d'un désir charnel, la -cause est sûrement en ce que tu ne t'es pas contenu lorsque tu étais -encore en état de le faire; puis, le désir est devenu une habitude. - - - -III.--_Toute activité n'est pas digne d'estime._ - -1 - -On a tort de croire que toute activité, sans se préoccuper de son -caractère, est, en elle-même, une occupation honorable, digne de -considération. Il s'agit de savoir quelle est cette activité et dans -quelles conditions l'homme s'abstient d'agir. - -2 - -Souvent les hommes refusent fièrement de prendre part à des plaisirs -innocents en le motivant par des occupations plus sérieuses. Cependant, -sans compter que le jeu simple et joyeux est plus utile et important -que bien des affaires, le travail même pour lequel les gens occupés -renoncent au plaisir, est souvent tel qu'il serait préférable de ne pas -le faire. - -3 - -Pour la marche réelle de la vie, une activité extérieure et turbulente -est non seulement inutile, mais encore nuisible. L'inaction, sans -les plaisirs procurés par le travail des autres, est la situation -la plus pénible, si elle n'est pas comblée par un travail intérieur; -c'est pourquoi, si l'homme vit en dehors du luxe assuré par le travail -d'autrui, cet homme ne restera pas oisif. Le plus grand tort est causé -à l'humanité, non par l'oisiveté, mais par des actions nuisibles et -inutiles. - - - -IV.--_L'homme peut éviter de mauvaises habitudes s'il a conscience -d'être non une créature charnelle, mais spirituelle._ - -1 - -Pour apprendre à se contenir, il faut apprendre à se dédoubler en un -homme charnel et en un homme spirituel, et à habituer l'homme charnel à -faire ce que veut l'homme spirituel. - -2 - -Lorsque l'âme dort, lorsqu'elle n'agit pas, le corps est -irrésistiblement soumis aux manifestations des sens que provoquent en -lui les actes de ceux qui entourent l'homme. Ils bâillent, il bâille -également; ils s'emportent, il s'emporte aussi; ils se fâchent, il se -fâche; ils s'attendrissent, pleurent, et il a les larmes aux yeux. - -Cette subordination involontaire aux influences extérieures est souvent -la cause des mauvaises actions qui sont en désaccord avec les exigences -de la conscience. Mets-toi en garde contre ces influences extérieures et -ne te soumets pas à elles. - -3 - -Si tu habitues ton côté charnel, depuis ton jeune âge, à obéir à la -partie spirituelle, il te sera facile de contenir tes désirs. Celui qui -s'est habitué à contenir ses désirs a toujours une vie joyeuse et facile. - - - -V.--_Plus on lutte contre l'incontinence, plus la lutte devient facile._ - -1 - -Une guerre intestine se déroule en l'homme entre sa raison et ses -passions. L'homme aurait pu jouir d'un certain calme s'il ne possédait -que la raison sans les passions, ou les passions sans la raison. Mais -comme il possède l'un et les autres, il ne peut éviter le combat, il -ne peut être en paix avec l'un que s'il est en guerre avec l'autre. Il -lutte toujours en lui-même. Et cette lutte est indispensable; c'est là -toute la vie. - - PASCAL. - -2 - -Pour respecter les autres comme soi-même, il faut agir envers eux comme -nous voulons que l'on agisse envers nous; là est l'œuvre principale -de la vie. Il faut se maîtriser, et, pour se maîtriser, il faut s'y -habituer. - -3 - -Chaque fois que tu as grande envie de faire quelque chose, arrête-toi -et réfléchis afin de savoir si ce dont tu as tellement envie est bien. - -4 - -Pour ne pas commettre de mauvaises actions, il ne suffit pas de s'en -abstenir; il faut apprendre à se contenir des mauvaises conversations -et, surtout, des mauvaises pensées. Dès que tu te rends compte que tes -paroles sont mauvaises, que tu te moques, blâmes, injuries, arrête-toi, -tais-toi et n'écoute pas les autres. Agis de même lorsque tu as de -mauvaises idées, lorsque tu penses mal de ton prochain; qu'il soit digne -de blâme ou non, arrête-toi et tâche de penser à autre chose. C'est -seulement lorsque tu apprendras à te contenir des mauvaises paroles et -des mauvaises pensées, que tu seras en état de te contenir des mauvaises -actions. - -5 - -Indépendamment du nombre de fois qu'il t'arrivera de tomber sans pouvoir -vaincre tes passions, ne te laisse pas abattre. Tout effort de lutte -diminue la force de la passion et facilite la victoire. - -6 - -Chaque passion dans le cœur de l'homme est d'abord comme un solliciteur, -ensuite comme un hôte, et enfin comme le maître de la maison. N'ouvre -pas la porte de la maison de ton cœur à ce solliciteur. - - - -VI.--_La portée de la continence pour chaque homme et pour l'humanité -entière._ - -1 - -Si tu veux être libre, habitue-toi à contenir tes désirs. - -2 - -Qui est sage? Celui qui apprend toujours quelque chose chez quelqu'un. -Qui est riche? Celui qui se contente de son sort. Qui est fort? Celui -qui sait se maîtriser. - - _Le Talmud._ - -3 - -On dit que le christianisme est une doctrine de faiblesse parce qu'il -ne recommande pas d'agir, mais plutôt de s'abstenir de l'action. Le -christianisme, doctrine de faiblesse! Une doctrine de faiblesse dont le -Fondateur a péri en martyr sur la croix, toujours fidèle à Lui-même, -et dont les fidèles comptent des milliers de martyrs, les seuls hommes -qui regardaient bravement le mal en face et qui se révoltaient contre -lui! Et les violents d'alors qui ont exécuté le Christ, de même que les -violents d'à présent savent quelle est cette doctrine de faiblesse et la -craignent plus que tout. Leur flair leur montre que seule cette doctrine -détruit sûrement et jusqu'à la base tout le régime qui les soutient. Il -faut bien plus de force pour se contenir du mal que pour accomplir la -chose la plus difficile que nous considérons comme bien. - -4 - -Toutes les diversités de nos situations dans le monde ne sont rien en -comparaison de la maîtrise de l'homme sur lui-même. Si un homme est -tombé à la mer, il est absolument indifférent d'où il est tombé et -quelle est cette mer. La seule chose qui importe, c'est de savoir s'il -sait nager ou non. La force n'est pas dans les conditions extérieures, -mais dans le savoir de se dominer. - -5 - -La vraie force n'est pas dans celui qui ne vainc pas les autres; mais -dans celui qui se vainc lui-même qui ne permet pas à la bête de dominer -son âme. - -6 - -Celui qui s'abandonne aux désirs de la passion, qui cherche les -jouissances, sent ses passions se développer de plus en plus et se -trouve enchaîné par les passions. - -Celui qui a pu vaincre la passion a brisé les chaînes. - - _Sagesse bouddhiste._ - -7 - -Jeune homme, refuse de satisfaire tes désirs (plaisirs, luxe, etc.), -si ce n'est dans l'intention de renoncer absolument à tout cela, du -moins dans le but d'avoir devant soi une possibilité continuelle de -jouissance. Cette économie à l'égard de ton sentiment de vitalité te -rendra, en effet, plus riche parce que tu diffères tes jouissances. - -La conscience que la jouissance est dans ton pouvoir est plus féconde -et plus vaste, comme tout ce qui est idéal, que le désir satisfait par -cette jouissance, parce que la satisfaction détruit le sentiment de -jouissance même. - - KANT. - -8 - -On doit moins chercher à faire le bien qu'à être bon; moins chercher -à luire qu'à être pur. L'âme semble vivre dans un vase en verre, et -l'homme peut le salir ou le tenir propre. Dans la mesure où le verre -est pur, lumière de la vérité luit à travers, pour l'homme lui-même -et pour les autres. C'est pourquoi l'œuvre principale de l'homme est -interne; elle consiste à entretenir son vase dans la propreté. Garde-toi -seulement de te souiller, et la lumière luira pour toi comme pour les -autres. - -9 - -Souvent, pour arriver à ce que nous désirons, il suffît de cesser de -faire ce que nous faisons. - -10 - -Il suffît de contempler la vie que les hommes mènent dans notre -monde, voir Chicago, Paris, Londres, toutes, les villes, les usines, -les chemins de fer, les machines, les armements, les canons, les -forteresses, les imprimeries, les musées, les maisons à 30 étages, -etc., et à se poser la question de ce que l'on doit faire avant tout -afin que les hommes puissent vivre bien, pour que cette réponse vienne -d'elle-même: cesser avant tout d'accomplir les choses inutiles; et -l'inutile dans notre monde européen constitue les 0,99 de toute -l'activité humaine. - -11 - -Si tenu et transparent que soit devenu le mensonge résultant de la -contradiction entre notre vie et notre conscience, il s'amincit et -s'étire encore, mais ne se rompt pas. Et tout en devenant toujours plus -mince en s'étirant de plus en plus, ce mensonge lie l'ordre existant des -choses et entrave l'avènement d'un nouveau. - -La plupart des hommes du monde chrétien ne croient plus aux règlements -païens qui gouvernent leur vie, et croient aux principes chrétiens -qu'ils reconnaissent dans leur conscience; mais la vie continue comme -par le passé. Pour supprimer tous les malheurs et les contradictions qui -tourmentent actuellement les hommes afin que le Règne de Dieu annoncé -à l'humanité depuis 1900 ans arrive, les hommes de notre temps n'ont -besoin que d'une seule chose: d'un effort moral. De même que pour faire -reprendre à un liquide refroidi au-dessous de son point de congélation -la forme de cristaux qui lui est propre, il faut une impulsion,--pour -faire passer l'humanité à la forme de vie qui lui est naturelle, il faut -un effort moral, l'effort par lequel est conquis le Royaume de Dieu. - -Cet effort n'est pas un effort de mouvement, ni l'effort de révélation -d'une philosophie nouvelle, de nouvelles idées, ni l'effort exigé pour -des exploits nouveaux et extraordinaires; l'effort nécessaire pour -pénétrer dans le royaume de Dieu, ou pour entrer dans une nouvelle forme -de vie, est un effort négatif, l'effort de ne pas suivre le courant, -l'effort de ne pas accomplir des actes incompatibles avec la conscience -intérieure. - -Et c'est à la nécessité de faire cet effort que les hommes sont amenés -maintenant par la cruauté de la vie et la clarté et la propagation de la -doctrine chrétienne. - -12 - -Le moindre mouvement de la matière est important pour la nature. -Toute la mer se modifie à cause d'une pierre. De même, dans la vie -spirituelle, le moindre mouvement provoque des conséquences sans fin. -Tout est grave. - - PASCAL. - - - - -CHAPITRE XXII - -LA PAROLE - - -La parole exprime la pensée et peut servir à unir ou à désunir les -hommes; c'est pourquoi on doit en user avec précaution. - - - -I.--_La parole est une grande chose._ - -1 - -La parole peut unir les hommes; la parole peut les désunir; la parole -peut servir l'amour, comme elle peut servir l'inimitié et la haine. -Garde-toi de la parole qui divise ou qui provoque l'inimitié et la haine. - -2 - -La parole exprime la pensée; la pensée manifeste la puissance divine; -c'est pourquoi la parole doit correspondre à ce qu'elle exprime. Elle -peut être indifférente, mais ne peut et ne doit pas exprimer le mal. - -3 - -L'homme est porteur de Dieu. Il peut exprimer la conscience de sa -divinité par la parole. Comment dès lors ne pas observer de la prudence -en parlant? - -4 - -Le temps passe, et la parole dite reste. - -5 - -Si tu as le temps de réfléchir avant de commencer à parler, réfléchis -sur la nécessité de ce que tu veux dire et si cela ne peut faire de tort -à personne. Car il arrive le plus souvent qu'après avoir réfléchi, tu ne -commences même pas à parler. - -6 - -Réfléchis avant de parler. Mais arrête-toi avant que l'on ne te dise -«assez». La faculté de la parole met l'homme au-dessus de la bête, mais -il lui est inférieur s'il dit tout ce qui lui passe par la tête. - - SAADI. - -7 - -Après une longue conversation, tâche de te rappeler tout ce qui a été -dit, et tu seras étonné de voir combien tout ce qui a été dit était -vain, inutile et souvent méchant. - -8 - -Ecoute, sois attentif, mais parle peu. - -Ne parle jamais si l'on ne s'adresse pas à toi; lorsque l'on -t'interroge, réponds de suite et brièvement, et ne sois pas honteux si -tu dois avouer que tu ne sais pas ce que l'on te demande. - - SOUFI. - -9 - -Si tu veux être sage, apprends à questionner raisonnablement, à écouter -attentivement, à répondre tranquillement et à cesser de parler quand tu -n'as plus rien à dire. - - LAVATER. - -10 - -Ne loue pas, ne blâme pas, ne discute pas. - -11 - -Ecoute les discours d'un homme savant avec attention, quand bien même -ses actes ne correspondraient pas à son enseignement. L'homme doit -s'instruire, quand bien même les préceptes seraient gravés sur un mur. - - SAADI. - -12 - -Il existe trois mots excellents très courts: _Je ne sais._ Habitue ta -langue à les dire plus souvent. - - _Sagesse orientale._ - -13 - -Il y a une ancienne sentence qui dit: _de mortius aut bene, aut nihil_, -c'est-à-dire: «dis du bien des morts ou n'en parle point». Combien cela -est injuste! On aurait dû dire, au contraire: «Dis du bien des vivants -ou n'en parle point.» Combien de souffrances cela aurait évité aux -hommes, et comme cela est facile! - -Pourquoi ne doit-on pas dire de mal des morts? Dans notre monde, au -contraire, on s'est accoutumé, par suite de l'usage des nécrologies -et des jubilés, de ne faire aux morts que des éloges exagérés, par -conséquent, dire des mensonges. Et ces éloges mensongers sont nuisibles -parce qu'ils cachent la différence entre le bien et le mal. - -14 - -A quoi peut-on comparer la langue dans la bouche de l'homme? C'est la -clef du trésor; lorsque la porte est fermée, personne ne peut savoir ce -qui y est renfermé: des pierres précieuses ou du rebut inutile. - - SAADI. - -15 - -Bien que le silence soit utile d'après la doctrine des sages, la parole -libre est également utile, mais utile en son temps seulement. Nous -péchons par la parole quand nous nous taisons, alors que nous devrions -parler, et quand nous parlons, alors que nous devrions nous taire. - - SAADI. - - - -II.--_Tais-toi lorsque tu te fâches._ - -1 - -Si tu sais comment les gens devraient vivre et que tu leur veux du bien, -tu le leur diras. Tu tâcheras de le leur exprimer de façon à ce qu'ils -croient à tes paroles. Et pour qu'ils le croient et te comprennent, tu -dois t'efforcer de leur transmettre tes idées sans irritation et colère, -mais avec calme et bonté. - -2 - -Si tu veux, dans la conversation, faire part à ton interlocuteur de -quelque vérité, l'essentiel est de ne pas te fâcher et de ne pas -prononcer une seule parole mauvaise ou blessante. - - D'Après ÉPICTÈTE. - -3 - -Une parole non prononcée est d'or. - -4 - -Si tu ne peux pas calmer ta colère immédiatement, tiens ta langue. -Tais-toi, et tu te calmeras bientôt. - - BAKSTER. - -5 - -Tâche, pendant la discussion, de rendre tes paroles douces et tes -arguments fermes. Tâche non pas de vexer ton adversaire, mais de le -convaincre. - - WILKINS. - -6 - -Dès que nous sentons la colère pendant la discussion, nous ne discutons -plus pour la vérité, mais pour nous-mêmes. - - CARLYLE. - - - -III.--_Ne discute pas._ - -Une querelle qui s'allume est pareille à un torrent qui mine une digue: -dès qu'il la traverse, tu ne peux plus le retenir. Et toute querelle est -provoquée et alimentée par la parole. - - _Le Talmud._ - -2 - -La discussion ne convainc personne, mais elle désunit et irrite. La -discussion est, par rapport à l'opinion des gens, la même chose que -le marteau par rapport au clou. Après la discussion, les opinions, -encore vagues, se calent solidement dans la tête, de même que les clous -enfoncés dans le mur jusqu'à la tête. - - D'après JUVÉNAL. - -3 - -Pendant la discussion, on oublie la vérité. Celui qui est le plus sage -cesse le premier à discuter. - -4 - -Prête l'oreille aux discussions, mais ne t'y mêle point. Dieu te -préserve de l'emportement et de l'irritabilité, même dans leur moindre -manifestation. La colère est toujours déplacée, mais surtout dans une -affaire où l'on a raison, parée qu'elle ne fait que l'obscurcir et la -troubler. - - GOGOL. - -5 - -La meilleure réponse à un fou est le silence. Chaque mot de réplique te -reviendra par ricochet. Répondre à une offense par l'offense revient au -même que de jeter du bois dans le feu. - - - -IV.--_Ne juge point._ - -1 - -«Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés; car on vous jugera -du même jugement dont vous jugez; et on vous mesurera de la même mesure -dont vous mesurez. Et pourquoi regardes-tu la paille dans l'œil de -ton frère, tandis que tu ne vois pas la poutre dans ton œil? Ou bien, -comment dis-tu à ton frère: Permets que j'ôte cette paille de ton œil, -et voici qu'une poutre est dans le tien? Hypocrite. Ote premièrement de -ton œil la poutre, et alors tu penseras à ôter la paille de l'œil de ton -frère.» - - MATTH. VII, 1-6. - -2 - -En pénétrant en notre for intérieur, nous découvrons presque toujours -le péché que nous blâmons chez un autre. Et si nous ne connaissons -pas le même péché, nous n'avons qu'à chercher pour en trouver un plus -mauvais encore. - -3 - -Lorsque tu te mets à juger un homme, pense à ne pas dire de mal de lui, -si tu es sûr qu'il a commis ce mal, et, à plus forte raison, lorsque tu -n'en sais rien et que tu répètes simplement les paroles d'autrui. - -4 - -Il est toujours injuste de juger un autre, parce que personne ne peut -jamais savoir ce qui s'est passé et ce qui se passe dans l'âme de celui -que l'on juge. - -5 - -Il est bon de s'entendre avec un ami afin que l'un arrête l'autre, si -l'un de vous deux commence à médire de son prochain. Et si tu n'as pas -un tel ami, entends-toi là-dessus avec toi-même. - -6 - -Il est mauvais de médire des gens en leur présence, parce que cela les -offense, et il est malhonnête de le faire en leur absence, parce que -cela les trompe. Le mieux est de ne pas chercher le mal chez les autres, -de l'oublier, mais de le chercher en soi-même et de s'en rappeler. - -7 - -La médisance spirituelle est comme un plat de charogne à la sauce. La -sauce cache toutes les saletés que l'on mange sans s'en apercevoir. - -8 - -Moins on est renseigné sur les mauvaises actions des gens, plus on est -sévère envers soi-même. - -9 - -N'écoutez jamais ceux qui disent du mal des autres et du bien de -vous-mêmes. - -10 - -Celui qui médit de toi derrière ton dos te craint, et celui qui te loue -en ta présence te méprise. - - _Proverbe chinois._ - -11 - -La médisance plaît tellement aux gens qu'il est très difficile de se -contenir de ne pas être agréable à ses interlocuteurs en médisant des -absents. Mais si tu tiens absolument à régaler les gens, offre-leur -autre chose que des mets malsains, tant pour toi-même que pour ceux que -tu régales. - -12 - -Cache le péché d'autrui, Dieu t'en pardonnera deux. - - - -V.--_Le danger de l'intempérance de langage._ - -1 - -Nous savons que nous devons manier les fusils chargés avec précaution, -et nous ne voulons pas savoir que l'on doit prendre les mêmes -précautions avec la parole. La parole peut non seulement tuer, mais -causer plus de mal que la mort. - -2 - -Nous nous révoltons devant les crimes de la chair: excès de table, -coups de poing, adultère, meurtre; et nous considérons avec beaucoup -de légèreté les crimes de la parole: médisance, offense, trahison, -publication de paroles mauvaises et dépravantes, et, cependant, les -conséquences des crimes commis par la parole sont bien plus graves que -les crimes commis par la chair. La seule différence entre les deux -catégories est en ce fait que le mal des crimes de la chair s'aperçoit -immédiatement, tandis que nous ne remarquons pas le mal du crime commis -par la parole, parce qu'il se manifeste loin de nous, dans le temps et -dans l'espace. - -3 - -Il y avait une nombreuse réunion, plus de mille personnes, dans un grand -théâtre. Au milieu du spectacle, un sot voulut plaisanter et cria: «Au -feu!» Le public s'élança vers les portes. Tous se ruèrent, s'écrasant, -et lorsque le calme revint, on constata que 20 personnes étaient tuées -et 50 blessées. - -Ce grand mal n'a été causé que par une sotte parole. - -Ici, au théâtre, le mal causé est perceptible immédiatement, mais -souvent une sotte parole cause lentement bien plus de mal encore, -quoiqu'on ne le remarque pas immédiatement. - -4 - -Rien n'encourage l'oisiveté autant que les vains discours. Si les gens -se taisaient, au lieu de dire les bêtises pour chasser l'ennui de -l'oisiveté, ils n'auraient pu supporter celle-ci et se mettraient à -travailler. - -5 - -En parlant mal des gens, on fait du tort à trois personnes à la fois: -à celui dont on parle, à celui à qui on parle, et surtout à celui qui -parle. - - BASILE LE GRAND. - -6 - -Il est surtout mauvais de médire des gens hors leur présence, parce que -l'opinion exprimée qui pourrait être utile à l'absent, si elle lui était -dite en face, lui demeure cachée; par contre, elle est communiquée à -celui à qui elle est nuisible, parce qu'elle éveille en lui un mauvais -sentiment envers celui dont on médit. - -7 - -On se repent rarement d'avoir gardé le silence, mais combien de fois -on se repentira d'avoir parlé, et on s'en serait repenti plus souvent -encore si l'on connaissait toutes les conséquences de sa parole. - -8 - -Plus on a envie de parler, plus il y a de danger à dire du mal. - -9 - -L'homme qui sait se taire, même s'il a raison, possède une grande force. - -CATON. - - - -VI.--_L'utilité du Silence._ - -1 - -Laisse davantage reposer ta langue que tes bras. - -2 - -Le silence est souvent la meilleure des réponses. - -3 - -Tourne ta langue sept fois avant de te mettre à parler. - -4 - -Il faut ou bien se taire, ou bien dire des choses qui sont meilleures -que le silence. - -5 - -Celui qui parle beaucoup travaille peu. Un homme sage craint toujours -que ses paroles ne promettent plus qu'il ne peut donner; c'est pourquoi -il se tait le plus souvent, et ne parle que lorsque cela lui est -nécessaire, à lui, non aux autres. - -6 - -J'ai vécu toute ma vie parmi les sages, et je n'ai rien trouvé de mieux -pour l'homme que le silence. - - _Le Talmud._ - -7 - -Si, sur cent fois, tu regrettes une fois de n'avoir pas dit ce qu'il -fallait, tu regretteras sûrement 99 fois sur cent d'avoir parlé -lorsqu'il fallait te taire. - -8 - -Seul le fait d'avoir exprimé une bonne intention affaiblit déjà le désir -de la réaliser. Mais comment retenir l'expression des élans nobles et -pleins de fatuité de la jeunesse? Ce n'est que bien plus tard qu'on les -regrette comme on regrette d'avoir cueilli une fleur encore en bouton et -que l'on voit ensuite fanée et foulée au pied. - -9 - -La parole est la clef du cœur. Si la conversation est vaine, un seul mot -est déjà superflu. - -10 - -Lorsque tu es seul, pense à tes péchés; lorsque tu es en société, oublie -ceux des autres. - - _Sentence chinoise._ - -11 - -Pour un sot, le mieux est de se taire. Mais s'il le savait, il ne serait -plus un sot. - -12 - -Quand tu parles, tes paroles doivent être meilleures que le silence. - - _Proverbe arabe._ - -Celui qui est loquace ne peut éviter le péché. - -Si la parole coûte un denier, le silence en vaut deux. - -Si le silence sied aux sages, il convient d'autant plus aux sots. - - _Le Talmud._ - - - -VII.--_L'Utilité de la tempérance du langage._ - -1 - -Moins tu parleras, plus tu travailleras. - -2 - -Deshabitue-toi de médire, et tu éprouveras, dans ton âme, un -accroissement de la capacité d'aimer, tu ressentiras une augmentation de -vie et de bonheur. - -3 - -Mahomet et Ali rencontrèrent un jour un homme qui, considérant Ali -comme son offenseur, se mit à l'injurier. Assez longtemps, Ali supporta -cela patiemment et en silence; finalement, ne se contenant plus, il se -mit à répondre par des injures aux injures. Alors, Mahomet s'écarta -d'eux. Lorsqu'Ali revient à Mahomet, il lui dit d'un ton vexé: -«Pourquoi m'as-tu laissé seul à supporter les injures de cet homme -insolent?»--«Lorsque cet homme t'injuriait et que tu te taisais, dit -Mahomet, je voyais dix anges autour de toi et qui lui répondaient. -Mais quand tu t'es mis à lui répondre par des injures, les anges -t'abandonnèrent, et je me suis écarté également». - - _Légende musulmane._ - -4 - -Cacher les défauts des autres gens et parler de ce qu'ils ont de bon est -une preuve d'amour et le meilleur moyen pour attirer l'affection des -prochains. - - Des _Pieuses Pensées._ - -5 - -Le bonheur de la vie des hommes est dans l'amour entre eux; or, une -mauvaise parole détruit l'amour. - - - - -CHAPITRE XXIII - -PENSÉE - - -De même que l'homme peut s'abstenir de commettre un acte qu'il croit -mauvais, il peut repousser une pensée qui l'attire et qu'il croit -mauvaise. C'est en cette abstention de pensées qu'est la force -principale de l'homme, parce que tous les actes naissent de la pensée. - - -I.--_Le rôlé de la pensée._ - -1 - -On ne peut se débarrasser des péchés, des tentations et des -superstitions par l'effort physique. Cela n'est possible que par -l'effort de la pensée. C'est par l'effort de la pensée qu'on peut -s'habituer à l'abnégation, à l'humilité, à la droiture. Quand l'homme -aspire à l'abnégation, à l'humilité, à la droiture, il a également -la force de lutter dans la vie quotidienne contre les péchés, les -tentations et les superstitions. - -2 - -Bien que ce ne soit pas la pensée qui nous ait révélé que l'on doit -aimer--elle ne pouvait nous le révéler--elle importe en raison de ce -fait qu'elle nous indique ce qui empêche l'amour. C'est précisément cet -effort intellectuel contre ce qui empêche l'amour qui est plus important -et plus nécessaire que tout le reste. - -3 - -Si l'homme n'avait pas la faculté de réfléchir, il ne comprendrait pas -pourquoi il vit. Et s'il ne le comprenait pas, il n'aurait pu savoir ce -qui est bien et ce qui est mal. C'est pourquoi il n'y a rien de plus -cher à l'homme que de savoir penser. - -4 - -Les hommes envisagent les doctrines morales et religieuses, d'une -part, et la conscience, de l'autre, comme deux guides différents. En -réalité, il n'y a qu'un seul guide: la conscience, c'est-à-dire, la -reconnaissance de la voix de Dieu qui vit en nous. Cette voix décide -indubitablement pour chaque homme ce qu'il doit ou ne doit pas faire; et -chaque homme peut toujours évoquer cette voix par un effort de pensée. - -5 - -Si l'homme ne savait pas que ses yeux pouvaient voir et s'il ne les -ouvrait jamais, il aurait été très misérable. De même, et plus encore, -est misérable l'homme qui ne comprend pas que la faculté de penser lui -est donnée pour supporter tous les malheurs. Si l'homme est raisonnable, -il lui sera facile de les supporter; d'abord, parce que sa raison lui -dira que tous les malheurs passent et se transforment en bonheur, -et ensuite, que chaque malheur est utile à un homme raisonnable. Et -pourtant, au lieu de regarder le malheur en face, les hommes tâchent de -l'éviter. - -Ne serait-il pas préférable de nous réjouir de ce que Dieu nous ait -donné la faculté de ne pas nous chagriner de ce qui nous arrive, -indépendamment, de notre volonté, et de Le remercier de ce qu'Il ait -subordonné notre âme uniquement à ce qui est en notre pouvoir: notre -raison? Il n'a soumis notre âme ni à nos parents, ni à nos frères, ni -à la richesse, ni à notre corps, ni à la mort. Par Sa bonté, Il l'a -seulement subordonnée à ce qui dépend de nous: à nos pensées. - -C'est sur ces pensées-là et sur leur pureté que nous devons veiller de -toutes nos forces pour notre bien. - - D'après ÉPICTÈTE - -6 - -Lorsque nous apprenons une nouvelle pensée et que nous la trouvons -juste, il nous semble l'avoir connue depuis longtemps et nous rappeler -maintenant de ce que nous savions déjà. Toute vérité se trouve déjà dans -l'âme de tout homme. Ne l'étouffe pas seulement par le mensonge, et, tôt -ou tard, elle se révélera à toi. - -7 - -Souvent nous vient une pensée qui nous semble juste et étrange à la -fois, et nous avons peur d'y croire. Mais, après avoir bien réfléchi, -nous voyons que la pensée qui nous semblait étrange est la plus simple -vérité à laquelle on ne peut plus cesser de croire, dès l'instant qu'on -l'a apprise. - -8 - -Pour pénétrer dans la conscience de l'humanité, toute vérité doit -traverser trois phases. La première: «C'est tellement inepte que ce -n'est même pas la peine de discuter.» La deuxième: «C'est immoral et -contraire à la religion.» La troisième: «Ah, c'est tellement connu de -tous que ce n'est même pas la peine d'en parler!» - -9 - -En vivant au milieu des hommes, n'oublie pas ce que tu as appris dans la -solitude. Et réfléchis dans la solitude sur ce que tes relations avec -les autres t'ont appris. - -10 - -Nous pouvons arriver à la sagesse par trois chemins: d'abord, par la -voie de l'expérience, et ce chemin-là est le plus difficile; ensuite, -par la voie de l'imitation, et ce chemin-là est le plus facile; enfin, -par la voie de la réflexion, et ce chemin-là est le plus noble. - - CONFUCIUS. - - - -II.--_La vie de l'homme est déterminée par ses pensées._ - -1 - -Le sort de l'homme est tel et tel uniquement d'après la façon dont il -comprend sa vie. - -2 - -Tous les grands changements dans la vie d'un homme, de même que dans la -vie de l'humanité entière, commencent et s'accomplissent dans la pensée. -Pour qu'une modification puisse s'effectuer dans les sensations et les -actes, un changement dans les pensées doit s'effectuer d'abord. - -3 - -Tout ce qui est bon et nécessaire aux hommes ne s'acquiert pas d'un -coup, mais toujours au moyen d'un travail long et continu. C'est ainsi -que l'on apprend les métiers, qu'on acquiert des connaissances, et c'est -ainsi que l'on apprend la chose plus difficile au monde: savoir vivre -d'une vie juste. - -Pour apprendre à vivre ainsi, il faut avant tout savoir s'habituer à -n'avoir que des bonnes pensées. - -4 - -Les passages de notre vie d'un état dans un autre ne se déterminent -pas par les actions, accomplies selon notre volonté: par le mariage, -le changement du lieu d'habitation, le changement de profession, etc., -mais par les pensées qui nous viennent pendant la promenade, au milieu -de la nuit, en mangeant et, surtout, par les pensées qui, englobant tout -notre passé, nous disent: «Tu as agi ainsi, mais tu aurais mieux fait -d'agir autrement.» Et tous nos actes ultérieurs servent ces pensées -servilement, exécutent leur volonté. - - THOREAU. - -5 - -Nos désirs ne seront pas bons tant que nous n'aurons corrigé les -habitudes de notre raison; et ces habitudes se forment au contact des -déductions de sagesse des meilleurs hommes de la terre. - - SÉNÈQUE. - -6 - -Ce qui est calme peut être maintenu dans le repos. Ce qui ne s'est -pas encore manifesté peut être facilement prévenu. Ce qui est encore -faible peut facilement être brisé. Ce qui n'est pas encore nombreux peut -facilement être dispersé. - -Un gros arbre a commencé par être une tige mince. Une tour à neuf étages -a commencé à être élevée par la pose de quelques petites briques. Un -voyage de mille lieues commence par un pas. Faites attention à vos -pensées: elles sont le commencement de vos actes. - - LAO-TSEU. - -7 - -De même que la vie et la destinée d'un homme sont déterminées par ce -à quoi nous prêtons le moins d'attention, par ses pensées, la vie des -sociétés et des peuples est déterminée non par les événements qui ont -lieu dans ces sociétés et ces peuples, mais par les idées qui unissent -la plupart des hommes de ces sociétés et de ces peuples. - -8 - -Ne pense pas que seuls les hommes extraordinaires peuvent être sages. -La sagesse est nécessaire à tous les hommes, et c'est pourquoi ils -peuvent tous être sages. La sagesse consiste à savoir quelle est l'œuvre -de la vie et comment l'accomplir. Et pour l'apprendre, il suffit de -se rappeler que la pensée est une grande chose, et, par conséquent, -réfléchir. - - - -III.--_La cause des plus grands malheurs des hommes réside non pas dans -leurs actes, mais dans leurs pensées._ - -1 - -Lorsqu'il t'arrive un malheur, sache que cela ne vient pas de ce que tu -as fait, mais de ce que tu as pensé. - -2 - -Les pensées qui provoquent les actes mauvais sont bien plus nuisibles -que les actes eux-mêmes. On peut ne pas recommencer une mauvaise action -et s'en repentir; tandis que les mauvaises pensées engendrent les -mauvaises actions. Une mauvaise action aplanit seulement la route pour -les autres mauvaises actions; les mauvaises pensées entraînent sur cette -route. - -3 - -Pour qu'un flambeau puisse donner une clarté calme, il faut qu'il soit -mis à l'abri du vent. Si le flambeau est exposé au vent, la lumière -vacillera et donnera des ombres étranges. Les mêmes ombres tomberont -dans l'âme de l'homme lorsque ses pensées seront futiles, vacillantes et -incontrôlées. - - _Sagesse brahmane._ - - - -IV.--_L'homme est maître de ses pensées_ - -1 - -Notre vie peut être bonne ou mauvaise, suivant la qualité de nos -pensées. Or on peut les gouverner. C'est pourquoi, pour vivre bien, -l'homme doit travailler à ses pensées, ne pas écouter les mauvaises. - -2 - -Travaille à purifier tes pensées. Si tu n'as pas de mauvaises pensées, -tu ne commettras pas de mauvaises actions. - - CONFUCIUS. - -3 - -Tout est dans le pouvoir du Ciel, sauf notre désir de servir Dieu ou -nous-mêmes. Nous ne pouvons empêcher les oiseaux de voler au-dessus de -nos têtes, mais nous pouvons ne pas les laisser y faire leurs nids. De -même, nous ne pouvons empêcher les mauvaises pensées de traverser notre -esprit, mais nous avons le pouvoir de ne pas les laisser y faire leur -nid pour couver et engendrer de mauvaises actions. - - LUTHER. - -4 - -On ne peut chasser une mauvaise pensée lorsqu'elle vient à l'esprit, -mais on peut comprendre que cette pensée est mauvaise. Et si l'on -sait qu'elle est mauvaise, on peut ne pas s'y abandonner. Il nous -vient l'idée que tel ou tel autre homme est méchant. Je ne pouvais pas -m'empêcher de le penser, mais si j'ai compris que cette idée était -mauvaise, je peux me souvenir que c'est mal de médire des gens, que je -suis mauvais moi-même, et je peux ainsi me contenir de la médisance, -même par la pensée. - -5 - -Si tu veux que ta pensée te serve, tâche de réfléchir indépendamment de -tes sentiments et de ta situation, c'est-à-dire de ne pas agir contre -tes idées afin de justifier la sensation que tu éprouves, ou la chose -que tu as faite ou que tu feras. - - - - -V.--_Il faut vivre d'une vie spirituelle pour avoir la force de -gouverner ses pensées_. - -1 - -Nous croyons souvent que la plus grande force qui existe au monde est la -force matérielle. Nous le pensons, parce que notre corps, que nous le -voulions ou non, sent toujours cette force. Mais la force spirituelle, -la force de la pensée, nous semble insignifiante, et nous ne la -reconnaissons pas pour une force. Cependant, c'est en elle qu'est la -vraie force, celle qui modifie notre vie et la vie des autres hommes. - -2 - -Notre vie est meilleure ou plus mauvaise, selon que nous nous -reconnaissons notre nature d'êtres charnels ou d'êtres spirituels. Dans -le premier cas, nous affaiblissons notre vie réelle, nous développons, -nous excitons les passions, la cupidité, la lutte, la haine, la crainte -de la mort. Tandis que si nous reconnaissons notre nature d'êtres -spirituels, nous exaltons, nous élevons la vie, nous la libérons des -passions, de la lutte, de la haine, nous libérons l'amour. Le transfert -de la conscience de l'être charnel dans un être spirituel s'effectue au -moyen d'un effort de pensée. - -3 - -Voici ce que Sénèque écrivait à un ami: «Tu fais bien, mon cher Lucain, -de tâcher de maintenir ton esprit bon et charitable par tes propres -forces. Tout homme peut toujours se mettre dans cet état d'âme. Pour -cela, on n'a pas besoin d'élever les bras au ciel et de demander au -garde du temple la permission de nous approcher de Dieu afin qu'il -puisse mieux nous entendre: Dieu est toujours près de nous, Il est en -nous. En nous vit le Saint Esprit, témoin et gardien de tout ce qui est -bon et de tout ce qui est mauvais. Il agit avec nous comme nous agissons -envers Lui. Si nous le soignons, Il nous soigne.» - -4 - -Lorsque, plongés dans nos pensées, nous ne savons pas ce qui est -bon et ce qui est mal, nous devons nous retirer du monde; seule la -préoccupation de l'opinion du monde nous empêche de voir le bien et le -mal. Se retirer du monde--c'est-à-dire rentrer en soi-même,--c'est -aider à la dispersion de tous les doutes. - -5 - -Il n'est facile de lutter avec les tentations que lorsqu'on ne leur est -pas encore assujetti. - -Dans les soucis et l'excitation des tentations, on n'a pas le temps de -chercher des remèdes pouvant contrebalancer nos désirs. Etablis tes -desseins lorsque les tentations sont absentes, lorsque tu es seul. - - BENTHAM. - - - -VI._--La faculté de s'unir par la pensée aux vivants et aux morts est -un des grands bienfaits dont jouit l'homme._ - -1 - -Les jeunes gens disent souvent: «Je ne veux pas vivre d'après les -autres, je réfléchirai par moi-même.» Ceci est absolument juste: l'idée -à soi est plus chère que toutes les idées des autres. Mais pourquoi -réfléchir à des choses auxquelles on a déjà réfléchi? Prends ce qui est -prêt et va plus loin. La force de l'humanité consiste en ce qu'on peut -profiter des pensées d'autrui et aller plus loin. - -2 - -Les efforts qui libèrent l'homme des péchés, des tentations et des -superstitions, s'effectuent avant tout dans la pensée. - -L'aide principale de l'homme dans cette lutte consiste en ce qu'il -peut se joindre à l'activité raisonnable de tous les sages et de tous -les saints de ce monde qui ont vécu avant lui. Cette communion avec -les pensées des saints et des sages est la prière, c'est-à-dire, la -répétition des paroles par lesquelles ces hommes exprimaient leurs -rapports envers leur âme, envers les autres hommes, envers le monde et -son principe. - -3 - -Depuis les temps les plus reculés, il est reconnu que la prière est -indispensable à l'homme. - -Pour les hommes de l'ancien temps, la prière était--et elle l'est encore -maintenant pour la plupart d'entre nous--un appel à Dieu, ou aux -dieux, fait dans certains endroits et au moyen de certains procédés et -expressions, avec l'intention d'apaiser les divinités. - -La doctrine chrétienne ne connaît pas ces prières-là. Elle nous apprend -que la prière est indispensable, non comme un moyen de nous débarrasser -des malheurs de ce monde et d'acquérir des bienfaits, mais comme celui -de nous raffermir dans nos bonnes pensées. - -4 - -La vraie prière est importante et nécessaire à l'âme, parce que quand -nous nous trouvons ainsi seul avec Dieu, notre pensée s'élève jusqu'au -degré suprême qu'elle peut atteindre. - -5 - -Le Christ a dit: lorsque tu pries, reste seul (MATTH. VI, 5-6). Alors -seulement, Dieu t'entendra. Dieu est en toi et, pour qu'il t'entende, tu -dois chasser tout ce qui te Le cache. - -6 - -Priez à toutes les heures. La prière la plus difficile et la plus -nécessaire est celle où l'on doit se souvenir, au milieu du mouvement de -la vie, de ses obligations devant Dieu et devant Sa loi. - -Tu t'effraies, tu te fâches, tu es confus, tu te passionnes, fais un -effort, souviens-toi qui tu es et ce que tu dois faire. C'est en cela -que consiste la prière. C'est difficile au début, mais cette habitude -peut se former. - -7 - -Il est bon de modifier sa prière, c'est-à-dire l'expression de -ses rapports envers Dieu. L'homme grandit constamment, change, et, -par suite, ses rapports envers Dieu doivent aussi se modifier et -s'éclaircir. La prière aussi doit changer. - - - -VII.--_La vie juste est impossible sans un effort de pensée._ - -1 - -Maîtrise tes pensées si tu veux atteindre ton but. Fixe le regard de ton -âme sur l'unique lumière pure qui est exemple de passion. - - _Sagesse bouddhiste._ - -2 - -La réflexion est le chemin de l'immortalité; l'étourderie est le chemin -de la mort. Ceux qui veillent dans la réflexion ne meurent jamais; les -étourdis, les incroyants sont pareils aux morts. - -Eveille-toi toi-même; alors, protégé par toi-même et t'approfondissant -toi-même, tu ne changeras pas. - - _Sagesse brahmane._ - -3 - -La vraie force de l'homme n'est pas dans ses élans, mais dans sa -tendance ferme et tranquille vers le bien qu'il établit dans ses -pensées, exprime par ses paroles et exécute par ses actes. - -4 - -Si tu remarques, en jetant un coup d'œil en arrière sur ta vie, qu'elle -est devenue meilleure, plus charitable, plus libre de péchés, de -tentations et de superstitions, sache que ce succès n'est dû qu'au -travail de ta pensée. - -5 - -Voici ce que Confucius dit de l'importance de la pensée: - -La vraie doctrine donne aux hommes le bien suprême: la régénération et -la faculté de séjourner dans cet état. Pour obtenir ce bien suprême, il -faut que la vie du peuple entier soit bien organisée. Et pour cela, il -faut que la famille soit bien organisée; et pour que la famille soit -bien organisée, il faut qu'une bonne organisation préside à ta propre -vie; et pour cela, il faut que ton cœur soit amélioré; et pour améliorer -ton cœur, il faut que tu aies des pensées claires et justes. - - - -VIII.--_Seule la faculté de penser distingue l'homme de la bête._ - -1 - -L'homme se distingue de la bête uniquement parce qu'il possède la -faculté de penser. Les uns augmentent cette faculté, les autres ne se -soucient pas de cela. Ces gens-là semblent vouloir renoncer à ce qui les -distingue de la bête. - - _Sagesse-orientale._ - -2 - -Comparé à la nature qui l'environne, l'homme n'est qu'un faible roseau -pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser. -Une vapeur, une goutte, suffit pour le tuer. Mais quand l'univers -l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ceux qui le tuent, -parce qu'il sait qu'il meurt; et l'avantage que l'univers a sur lui, -c'est que l'univers n'en sait rien. - -Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il faut -nous relever, non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions -remplir. Travaillons donc à bien penser: voilà le principal de la morale. - - PASCAL. - -3 - -L'homme peut apprendre à lire et à écrire; mais cela ne lui apprendra -pas s'il doit ou non écrire une lettre à son ami, ou formuler une -plainte contre celui qui l'a offensé. L'homme peut étudier la musique, -mais cela ne lui apprendra pas quand on peut jouer et chanter et quand -on ne peut le faire. Il en est de même de tout. Seule la raison nous dit -où et quand on peut faire les choses et où et quand on ne doit pas les -faire. - -En nous douant de raison, Dieu a mis à notre disposition ce dont nous -avions le plus besoin. En nous accordant la raison, il semblait nous -dire: Afin que vous puissiez éviter le mal et profiter des bienfaits -de la vie, j'ai mis en vous une parcelle divine de Moi-Même. Je vous -ai donné la raison. Si vous l'appliquez à tout ce qui vous arrive, -rien ne sera pour vous un obstacle ou une entrave sur le chemin que je -vous ai destiné, et jamais vous ne vous plaindrez ni de votre sort, ni -des gens; vous ne médirez pas d'eux et vous ne les flatterez point. Ne -Me reprochez donc pas de ne pas vous avoir donné davantage. Ne vous -suffit-il donc pas de vivre toute votre vie raisonnablement, dans le -calme et la joie? - - D'après ÉPICTÈTE. - -4 - -Un sage proverbe dit: «Dieu vient vers nous sans sonner.» Cela veut -dire qu'il n'y a pas de cloison entre nous et l'infini, qu'il n'y a pas -de mur entre l'homme-conséquence et Dieu-cause. Les murs sont tombés, -nous sommes exposés aux profondes réactions des facultés divines. -Seul le travail de l'esprit tient ouvert l'orifice par lequel nous -communiquons avec Dieu. - - D'après EMMERSON. - -5 - -L'homme est visiblement fait pour penser; c'est toute sa dignité et tout -son mérite; et tout son devoir est de penser comme il faut; et l'ordre -de la pensée est de commencer par soi, et par son auteur et sa fin; or, -à quoi pense le monde? Jamais à cela, mais à danser, à jouer du luth, -à chanter, à faire des vers, à courir la bague, etc., à se bâtir, à se -faire roi, sans penser à ce que c'est que d'être roi et que d'être homme. - - PASCAL. - - - - -CHAPITRE XXIV - -L'ABNÉGATION - - -Le bonheur de l'homme est dans sa communion d'amour avec Dieu et avec -ses prochains. Les péchés entravent ce bonheur. La cause des péchés est -en ce fait que l'homme met son bonheur à satisfaire les désirs de son -corps, et non à aimer Dieu et son prochain. C'est pourquoi le bonheur de -l'homme est dans l'affranchissement des péchés. S'affranchir des péchés, -c'est faire un effort pour renoncer à la vie charnelle. - - -I.--_La loi de la vie est dans le renoncement à la chair._ - -1 - -Tous les péchés charnels: la luxure, l'oisiveté, le luxe, l'inimitié, la -cupidité, viennent uniquement de ce qu'on reconnaît son corps comme son -«moi», de ce qu'on soumet son âme à son corps. - -«Alors Jésus dit à Ses disciples: si quelqu'un veut venir avec Moi, -qu'il renonce à Lui-même, qu'il se charge de sa croix et me suive. -Car quiconque voudra sauver sa vie, la perdra; et quiconque perdra sa -vie pour l'amour de moi, la trouvera; car que servirait-il à l'homme -de gagner tout le monde, s'il perdait son âme? Ou bien, que donnerait -l'homme en échange de son âme?» - - MATTH, XVI, 24-26. - -3 - -«Voici pourquoi Mon Père m'aime: c'est que Je donne ma vie pour la -reprendre. - -«Personne ne me l'ôte, mais Je la donne de Moi-même; J'ai le pouvoir de -la quitter, et le pouvoir de la reprendre. J'ai reçu cet ordre de mon -Père». - - JEAN, X, 17-18. - -4 - -Le fait que l'homme peut renoncer à sa vie corporelle prouve clairement -que l'homme est pourvu de quelque chose en vertu de quoi il renonce. - -5 - -Plus on s'abandonne au charnel, plus on perd le spirituel. - -Plus tu renonces au charnel, plus tu reçois de spirituel. Vois lequel -des deux t'est plus nécessaire. - -6 - -L'abnégation n'est pas le renoncement à soi-même, mais le transport de -son «moi» d un être charnel dans un être spirituel. Renoncer à soi-même, -n'est pas renoncer à la vie. Par contre, renoncer à la vie charnelle, -c'est augmenter la vraie vie spirituelle. - -7 - -La raison démontre à l'homme que son bonheur ne peut être dans la -satisfaction des exigences de sa chair; c'est pourquoi la raison -entraîne l'homme irrésistiblement vers le bonheur qui lui est propre, -mais qui ne se place pas dans sa vie corporelle. - -On pense et on dit généralement que le renoncement à la vie corporelle -est un haut fait; ceci n'est pas exact. Ce renoncement n'est pas un -exploit, mais une condition inévitable de la vie de l'homme. Pour la -bête, le bonheur dans la vie corporelle, et la prolongation de l'espèce -qui en découle, est le but suprême de la vie. Mais pour l'homme, cette -vie, et la prolongation de l'espèce, n'est qu'un degré de l'existence -d'où s'ouvre pour lui le vrai bonheur de la vie, incompatible avec le -bonheur de la vie charnelle. Pour l'homme, celle-ci n'est pas toute la -vie, mais uniquement une condition de la vraie vie qui consiste en une -communion de plus en plus grande avec le principe spirituel de l'univers. - - - -II.--_L'imminence de la mort amène nécessairement l'homme à la -conscience de la vie spirituelle qui n'est pas assujettie à la mort._ - -1 - -Lorsqu'un enfant vient de naître, il lui semble qu'il n'y a que lui qui -existe au monde. Il ne cède à rien ni à personne, ne veut rien savoir -de personne et ne fait que réclamer ce qui lui est nécessaire. Il ne -connaît pas même sa mère, il ne connaît que son sein. Mais des jours, -des mois, des années passent, et l'enfant commence à comprendre qu'il y -a d'autres hommes pareils à lui qui veulent aussi ce qu'il désire pour -lui. Et plus il vit, plus il comprend qu'il n'est pas seul au monde et -qu'il doit, s'il en a la force, lutter contre les autres hommes pour -obtenir ce qu'il désire posséder, ou bien, s'il n'a pas la force, se -soumettre à ce qui est. En outre, plus l'homme vit, plus il comprend -clairement que sa vie ne dure qu'un temps, et que chaque heure peut se -terminer par la mort. Il voit, aujourd'hui, demain, tantôt l'un, tantôt -l'autre, emportés par la mort, et il comprend que cela peut également -lui arriver à tout instant et que cela arrivera sûrement tôt ou tard. Et -alors, l'homme ne peut ne pas comprendre qu'il n'y a pas de vraie vie -dans son corps, et que tout ce qu'il pourrait faire dans cette vie pour -son corps ne servirait à rien. - -Et lorsque l'homme aura clairement compris tout cela, il comprendra -également que l'esprit qui vit en lui n'est pas uniquement en lui, mais -en tous les hommes, dans tout l'univers, que cet esprit est l'Esprit -de Dieu. Et ayant compris cela, l'homme n'attachera plus d'importance -à sa vie corporelle et fondera le but de sa vie sur la communion avec -l'Esprit de Dieu, avec ce qui est éternel. - -2 - -La mort, la mort, la mort nous guette à tout instant. Notre vie -s'accomplit en vue de la mort. Si vous travaillez pour votre vie -charnelle à venir, vous savez qu'une seule chose vous attend dans -l'avenir: la mort. Et cette mort détruit tout ce à quoi vous avez -travaillé. Vous direz que vous travaillez pour le bien des générations -à venir; mais elles disparaîtront également et il n'en restera rien. -Par conséquent, la vie, dans un but matériel, ne peut avoir aucun sens. -La mort détruit toute cette vie. Pour que la vie ait un sens, il faut -que la mort ne puisse pas détruire l'œuvre de la vie. Et c'est cette -vie-là que le Christ révèle aux hommes. Il montre aux hommes qu'à côté -de la vie charnelle, qui n'est qu'une apparence de la vie, il est une -autre vie, la vraie, qui donne le véritable bonheur à l'homme, et que -chaque homme connaît cette vie dans son cœur. La doctrine du Christ -indique l'illusion de la vie personnelle, la nécessité d'y renoncer et -de reporter le sens et le but de la vie dans une vie juste, la vie de -l'humanité entière, dans la vie du Fils de l'homme. - -3 - -Pour comprendre la doctrine du Christ indiquant le salut de la vie, il -faut bien comprendre ce que disaient tous les prophètes, ce que disait -Salomon, ce que disait Bouddha, ce que disaient tous les sages du monde -entier sur la vie individuelle de l'homme. On peut, suivant l'expression -de Pascal, ne pas y penser, porter devant soi des petits écrans qui -cacheraient au regard l'abîme de la mort auquel nous courons tous; mais -il n'y a qu'à réfléchir à ce qu'est la vie corporelle individuelle pour -se persuader que toute cette vie, si elle n'est que matérielle, n'a non -seulement aucun sens, mais encore n'est qu'une mauvaise plaisanterie aux -dépens du cœur, de la raison de l'homme et de tout ce qu'il y a de bon -en lui. C'est pourquoi, pour comprendre la doctrine du Christ, il faut -tout d'abord reprendre ses sens, réfléchir, afin qu'il se fasse en nous -ce que dit Jean, le précurseur du Christ, en prêchant sa doctrine à des -gens égarés comme nous: «Repentez-vous avant tout, c'est-à-dire, revenez -à vous; sinon, vous périrez tous.» - -«Lorsqu'on eut raconté au Christ comment ont péri les Galiléens par la -main de Pilate, il dit: «Pensez-vous que ces Galiléens avaient commis -plus de péchés que tous les Galiléens pour avoir souffert ainsi? Je -vous dis que non; mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous -ainsi. La mort inévitable est devant vous tous. Nous tâchons vainement -de l'oublier, mais cela ne nous permettra pas de l'éviter; au contraire, -lorsqu'elle viendra par surprise, elle sera plus affreuse encore. Il n'y -a qu'un seul moyen de salut: c'est de renoncer à la vie qui meurt et de -vivre de celle pour laquelle il n'y a pas de mort.» - -4 - -Celui qui ne voit pas son «moi» dans son corps mourant, connaît la -vérité de la vie. - - _Sagesse bouddhiste._ - -5 - -«C'est pourquoi je vous dis: ne soyez point en souci pour votre vie, de -ce que vous mangerez et de ce que vous boirez; ni pour votre corps, de -quoi vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et -le corps plus que le vêtement? - -Regardez les oiseaux de l'air; car ils ne sèment ni moissonnent, ni -n'amassent dans des greniers, et votre Père Céleste les nourrit. -N'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux? - -Et qui est-ce d'entre vous qui, par son souci, puisse ajouter une coudée -à sa taille? - -Ne soyez donc point en souci, disant que mangerons-nous, que -boirons-nous et de quoi serons-nous vêtus. - -Mais cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes -ces choses vous serons données par surcroît. - -Ne soyez donc point en souci du lendemain; car le lendemain aura le -souci de ce qui le regarde: «à chaque jour suffit sa peine». - - MATTH., VI, 25-37, 31,33-34. - - - -III.--_Le renoncement à son «moi» corporel révèle Dieu dans l'âme de -l'homme._ - -1 - -Plus l'homme renonce à son «moi» corporel, plus Dieu se révèle à lui. Le -corps cache Dieu à l'homme. - -2 - -Si tu veux arriver à connaître le «moi» universel, tu dois, avant tout, -apprendre à te connaître toi-même. Et pour cela, tu dois sacrifier ton -«moi» au «moi» universel. - -_Sagesse brahmane._ - -3 - -Si tu méprises le monde, ce n'est pas un grand mérite. Pour celui qui -vit selon Dieu, lui-même et le monde seront toujours rien. - - ANGÉLUS. - -4 - -Le renoncement à la vie corporelle est précieux, nécessaire et joyeux -uniquement lorsqu'il est religieux, c'est-à-dire, lorsque l'homme -renonce à lui-même, à son corps, afin d'accomplir la volonté du Dieu -qui vit en lui. Mais lorsque l'homme renonce à la vie corporelle, non -pour exécuter la volonté de Dieu, mais pour accomplir sa volonté à lui -et celle des hommes qui sont pareils à lui, une telle abnégation n'est -ni précieuse, ni nécessaire, ni joyeuse, mais uniquement nuisible à -lui-même et aux autres. - -5 - -Si vous tâchez de plaire aux hommes pour qu'ils vous soient -reconnaissants, vous travaillerez en vain. Mais si vous faites du bien -aux autres sans songer à eux, pour Dieu, vous vous ferez du bien, et les -autres vous seront reconnaissants. - -Dieu se souvient de celui qui ne pense pas à lui-même, et Dieu oublie -celui qui pense à lui-même. - -6 - -C'est seulement quand notre corps meurt, que nous ressuscitons en Dieu. - -7 - -Si tu n'attends rien et que tu ne veux rien recevoir des autres hommes, -ceux-ci ne peuvent pas te faire peur, de même qu'une abeille ne craint -pas une autre et qu'un cheval n'a pas peur d'un autre. Mais si ton -bonheur est dans le pouvoir des autres hommes, tu les craindras sûrement. - -C'est par là que l'on doit commencer: il faut renoncer à tout ce qui ne -nous appartient pas, y renoncer au point qu'il ne soit pas notre maître, -renoncer à tout ce qui est nécessaire au corps, renoncer à l'amour de -la richesse, de la gloire, des fonctions, des honneurs, renoncer à ses -enfants, à sa femme, à ses frères. Tu dois te dire que tout cela n'est -pas ta propriété. - -Mais comment arriver à cela? Subordonner sa volonté à la volonté de -Dieu: s'Il veut que j'aie la fièvre--je le veux aussi. S'il veut que je -fasse ceci et non pas cela--je le veux aussi. S'Il veut qu'il m'arrive -une chose à laquelle je ne m'attendais pas--je le veux aussi. - - ÉPICTÈTE. - -8 - -La volonté propre ne se satisfera jamais, quand elle aurait pouvoir -de tout ce qu'elle veut; mais on est satisfait dès l'instant qu'on y -renonce. Sans elle, on ne peut être content. La vraie et unique vertu -est donc de se haïr, car on est haïssable par sa concupiscence, et de -chercher un être véritablement aimable, pour l'aimer. Mais, comme nous -ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un être qui soit -en nous, et qui ne soit pas nous, et cela est vrai d'un chacun de tous -les hommes. Or, il n'y a que l'être universel qui soit tel. Le royaume -de Dieu est nous (Luc, XVII, 21); le bien universel est en nous-mêmes et -ce n'est pas nous. - - PASCAL. - - - -IV.--_Le vrai amour envers les hommes n'est possible que par -l'abnégation._ - -1 - -Seul ce qui ne vit pas pour soi-même ne périt pas. Mais pourquoi celui -qui ne vit pas pour lui-même vivra-t-il? On peut ne pas vivre pour -soi-même alors seulement qu'on vit pour Tout. C'est en vivant pour le -Tout que l'homme peut être et est tranquille. - - LAO-TSEU. - -2 - -Quand même tu le voudrais, tu ne pourrais pas séparer ta vie de celle -de l'humanité. Tu vis dans l'humanité, par elle et pour elle. En vivant -parmi les hommes, tu ne peux pas ne pas renoncer à toi-même, parce que -nous sommes tous créés pour agir d'un commun accord, comme les jambes, -les bras, les yeux, et l'accord ne serait pas possible sans l'abnégation. - - MARC-AURÈLE. - -3 - -On ne saurait se contraindre à l'amour des autres. On ne peut que -rejeter ce qui empêche l'amour. Et ce qui l'empêche, c'est l'amour de -son «moi» matériel. - -4 - -«Tu aimeras ton prochain comme toi-même» ne veut pas dire que tu dois -tâcher d'aimer ton prochain. On ne peut pas se forcer à aimer. «Tu -aimeras ton prochain» veut dire que tu dois cesser de t'aimer plus que -tout. Et dès que tu ne t'aimeras plus ainsi, tu te mettras à aimer ton -prochain comme toi-même. - -5 - -Il faut s'habituer de se dire lorsqu'on rencontre un homme: je ne -penserai qu'à lui, et non pas à moi-même. - -6 - -I suffit de penser à soi au beau milieu d'un discours, pour perdre le -fil de ses idées. De même, quand nous nous oublions complètement, que -nous sortons de nous-mêmes, nous pouvons communiquer fructueusement avec -les autres, les servir et avoir sur eux une influence bienfaisante. - -7 - -Plus la vie d'un homme est confortable et mieux organisée -extérieurement, plus la joie de l'abnégation est loin et difficile pour -lui. Les riches en sont presque entièrement privés. Au pauvre, tout -travail interrompu dans le but de venir en aide à son prochain, chaque -morceau de pain tendu à un mendiant, procure la joie de l'abnégation. - -8 - -Ce que tu as donné est à toi, ce que tu as gardé est aux autres. - -Si tu t'es privé de quelque chose pour le donner aux autres, tu t'es -fait du bien à toi-même; ce bien est à jamais à toi et personne ne peut -te le prendre. - -Mais si ta as gardé ce qu'un autre voulait prendre, lu ne l'as que -pour un temps ou jusqu'au moment où tu devras le rendre. Et tu devras -sûrement le rendre lorsque la mort sera venue. - -9 - -Serait-il possible de ne pouvoir espérer qu'il viendra un jour où les -gens verront qu'il leur est tout aussi facile de vivre pour les autres -qu'il leur est facile de mourir à la guerre dont ils ne connaissent pas -la cause? Il suffit aux hommes d'avoir à cet effet un peu plus de force -d'esprit et un peu plus de conscience. - - BRAUN. - - - -V.--_L'homme qui emploie toutes ses forces à satisfaire uniquement ses -besoins bestiaux, détruit sa vraie vie._ - -1 - -Si l'homme ne pense qu'à lui-même et cherche partout son profit, il ne -peut être heureux. Si tu veux réellement vivre pour toi-même, vis pour -les autres. - - SÉNÈQUE. - -2 - -Pour comprendre combien il est indispensable de renoncer à la vie -corporelle pour la vie spirituelle, il suffit de se représenter combien -serait terrible et répugnante une vie consacrée uniquement à la -satisfaction des désirs charnels. La vraie vie ne commence qu'au moment -où l'homme renonce à toute bestialité. - -3 - -Par la parabole des vignerons (MATTH., 33-42), le Christ éclaircit -l'erreur des gens qui prennent l'apparence de la vie--leur vie -charnelle--pour la vraie vie. - -A force d'habiter le jardin cultivé de leur maître, des gens se crurent -propriétaires du jardin. Et de cette conception erronée il résulte une -série d'actes insensés et cruels accomplis par ces gens qui, finalement, -sont chassés du jardin, exclus de la vie. De même, nous nous sommes -imaginés que la vie de chacun de nous est notre vie personnelle, que -nous y avons droit et pouvons en jouir à notre gré, n'ayant aucune -obligation envers personne. Aussi, commettons-nous inévitablement la -même série d'actes cruels et insensés et sommes de même exclus de la -vie. Comme les habitants du jardin avaient oublié que le jardin leur -avait été donné en état, entouré d'un fossé et d'une clôture, pourvu -d'un puits, que quelqu'un avait travaillé à leur intention et attend, -par suite, qu'ils fournissent également du travail, les hommes qui ne -possèdent qu'une vie personnelle ont oublié, ou veulent oublier, tout ce -qui a été fait pour eux avant leur naissance, ce qui se fait au cours de -leur vie, et ce qu'on attend d'eux. - -D'après la doctrine du Christ, de même que les vignerons, qui habitaient -une vigne qu'ils n'avaient pas travaillée, doivent sentir et comprendre -qu'ils ont contracté une dette constante envers leur maître, les hommes -doivent sentir et comprendre que, depuis leur naissance et jusqu'à -la mort, ils ont contracté une dette envers ceux qui ont vécu avant -eux, qui vivent encore et qui vivront, et envers ce qui était, est -et sera toujours le commencement de tout. Ils doivent comprendre que -chaque heure de leur existence confirme cette obligation, et que, par -conséquent, l'homme qui vit pour lui-même et qui nie cette obligation, -l'attachant à la vie et à son principe, se prive lui-même de la vie. - -4 - -Les hommes pensent que l'abnégation compromet la liberté. Ils ne -savent pas que seule l'abnégation nous donne la vraie liberté, en nous -débarrassant de nous-mêmes, de l'esclavage de notre dépravation. Nos -passions sont les tyrans les plus cruels: il suffit de renoncer à eux, -et tu te sentiras libre. - - FÉNELON. - -5 - -La conscience de notre mission, qui implique la loi de l'abnégation, n'a -rien de commun avec la jouissance de la vie. Si nous voulions confondre -la conscience de notre mission avec la jouissance, et que nous offrions -ce mélange, en qualité de remède, à une âme malade, ces deux éléments se -seraient séparés spontanément. Mais si cela n'avait pas eu lieu et que -la conscience de la haute destination de l'homme n'avait produit aucun -effet, et que la vie corporelle aurait acquis, en aspirant au plaisir, -une certaine force qui correspondrait avec la destination, la vie morale -de l'homme aurait disparu sans retour. - - KANT. - - - -VI.--_On ne peut se libérer de ses péchés qu'à condition de renoncer à -soi-même._ - -1 - -Le renoncement au bonheur corporel pour le bonheur spirituel est -la conséquence d'une modification de la conscience; c'est-à-dire un -homme qui se croyait être d'abord purement un animal, commence à se -reconnaître comme un être spirituel. Quand ce changement s'est effectué, -ce qui semblait avant une privation, une souffrance, n'est plus une -privation ni une souffrance, mais une préférence naturelle du meilleur -au plus mauvais. - -2 - -On croit et on dit que pour remplir la mission de la vie, il faut avoir -la santé, l'aisance et, en général, être dans des conditions extérieures -favorables. C'est inexact: la santé, l'aisance et les conditions -extérieures favorables ne sont pas nécessaires pour remplir sa mission -et obtenir le bonheur. Il nous est donné la possibilité d'acquérir le -bien spirituel et que rien ne peut détruire: le bien de développer -en soi l'amour. Seulement, il faut croire en cette vie spirituelle, -concentrer vers elle tous ses efforts. - -Tu mènes une vie charnelle, tu travailles pour elle; mais dès que -tu trouves des obstacles dans cette vie, transporte-toi dans la vie -spirituelle; car la vie spirituelle est toujours libre. C'est comme -les ailes de l'oiseau. L'oiseau marche sur ses pattes. Mais voilà que -survient un obstacle, un danger, et l'oiseau, ayant foi en ses ailes, -les déploie et survole. - -3 - -L'unique œuvre joyeuse et vraie de la vie est d'élever son âme; et pour -élever son âme, il faut renoncer à soi-même. Commence par le renoncement -dans les petites choses; lorsque tu t'habitueras à renoncer aux petites, -tu pourras renoncer aux grandes. - -4 - -Lorsque la lumière de ta vie spirituelle s'éteint, l'ombre noire de -tes désirs charnels tombe sur ton chemin.--Méfie-toi de cette terrible -ombre: la lumière de ton esprit, ne peut détruire ces ténèbres tant que -tu n'auras pas chassé les désirs de ton âme. - - _Sagesse brahmane._ - -5 - -La plus grande difficulté de se libérer de l'égoïsme matériel réside en -ce fait que cet égoïsme est une condition indispensable de la vie. Il -est indispensable et naturel pendant l'enfance; mais il doit faiblir et -disparaître à mesure que la raison s'éclaire. - -L'enfant n'éprouve pas de remords de conscience pour son égoïsme; mais -à mesure que la raison s'éclaire, l'égoïsme devient un poids pour -soi-même; au cours de la vie, l'égoïsme faiblit de plus en plus, et -lorsqu'on approche de la mort, il disparaît entièrement. - -6 - -Totalement renoncer à soi-même, c'est devenir Dieu; vivre uniquement -pour soi-même, c'est devenir une brute absolue. La vie humaine se -passe dans, l'éloignement progressif de la vie bestiale et dans le -rapprochement graduel de la vie divine. - -7 - -Sans sacrifice, il n'y a pas de vie. Toute la vie, que tu le veuilles ou -non, n'est qu'un sacrifice du corporel au spirituel. - -VII--_Le renoncement à sa personnalité bestiale donne à l'homme le vrai -bonheur spirituel qui est inaliénable._ - -1 - -Une seule et même loi régit la vie de chaque homme et celle de tous les -hommes; cette loi dit: pour améliorer la vie, il faut être prêt à la -donner. - -2 - -L'homme ne peut connaître les conséquences de sa vie d'abnégation, mais -il n'a qu'à l'essayer pour un temps, et je suis sûr que tout honnête -homme reconnaîtra l'influence favorable qu'avaient sur son âme et son -corps les instants, même fugitifs, pendant lesquels il ne pensait plus à -lui-même et renonçait à sa personnalité corporelle. - - JOHN RUSKIN. - -3 - -L'homme est comme un nuage dont l'eau se déverse sur les champs, les -prés, les forêts, les jardins, les étangs, les rivières. La pluie -a passé, elle a rafraîchi et donné la vie à des millions de jeunes -pousses, d'épis, de buissons, d'arbres; le nuage est devenu clair et -transparent et bientôt il disparaîtra complètement. Il en est de même -de la vie corporelle d'un homme de bien: il est venu en aide à bien des -gens, il leur a facilité la vie, il leur a montré la voie à suivre, les -a consolés; maintenant, il est vidé et, en mourant, il se relire là où -vit seul l'éternel, l'invisible, le spirituel. - -4 - -Les arbres donnent leurs fruits et même leur écorce, leurs feuilles -et leur suc à ceux qui en ont besoin. Heureux est l'homme qui en fait -autant! Mais il y a peu de gens qui le comprennent et qui agissent ainsi. - - KRISHNA. - -5 - -Le bonheur n'est pas possible tant qu'on ne cesse à penser à soi-même. -Mais on ne peut le faire incomplètement. Si le moindre souci de soi-même -reste, tout est gâté.... Je sais que c'est difficile, mais je sais -également qu'il n'y a pas d'autre moyen d'acquérir le bonheur. - - CARPENTER. - -6 - -Bien des gens pensent que si l'on exclut la personnalité et l'amour, -il ne restera plus rien dans la vie. Ils s'imaginent que, sans -personnalité, il n'y a pas de vie. Mais cela semble seulement à ceux qui -n'ont jamais éprouvé la joie de l'abnégation. Rejette ta personnalité, -renonce à elle, et il te restera ce qui est l'essence de la vie: -l'amour, donnant le bienfait incontestable. - -7 - -Plus l'homme apprend à connaître son «moi» moral et plus il renonce à la -vie charnelle, mieux il se comprend lui-même. - - _Sagesse brahmane._ - -8 - -Au point de vue du bonheur, la question de la vie est insoluble, parce -que nos élans les plus élevés nous empêchent d'être heureux. Au point de -vue du devoir, la même difficulté subsiste, car le devoir accompli donne -la paix et non le bonheur. - -Seul le divin amour et la communion avec Dieu suppriment cette -difficulté, car, dans ce cas, le sacrifice devient une joie constante, -croissante etimmuable. - - AMIEL. - -9 - -L'idée du devoir dans toute sa pureté est non seulement bien plus -simple, plus claire, plus compréhensible dans la pratiquent plus -naturelle que l'impulsion venant du désir du bonheur ou qui est liée -à lui (et qui exige toujours beaucoup d'artifice et de spéculations -approfondies), mais même devant le simple bon sens, cette idée apparaît -comme bien plus puissante, plus persistante et promet bien plus de -succès que toutes les impulsions provenant de l'égoïsme, à condition -que l'idée du devoir soit comprise par le bon sens tout à fait -indépendamment des impulsions égoïstes. - -La conscience que _je peux_ parce que _je dois_, révèle en l'homme la -profondeur des dons divins, lui permettant, comme à un saint prophète, -de pressentir la puissance et la grandeur de sa vraie destination. Et si -l'homme y faisait plus souvent attention et s'était habitué à séparer -entièrement la vertu de tous les avantages qui sont la récompense du -devoir accompli, si l'exercice de la vertu avait été la préoccupation -principale de l'éducation privée et sociale, l'état moral des hommes se -serait bientôt amélioré. Si l'expérience de l'histoire n'a pas encore -donné de bons résultats concernant la doctrine de la vertu, cela vient -de la fausse conception que l'impulsion déduite de l'idée du devoir -serait trop faible et distante, et qu'une impulsion plus proche, -provenant d'un calcul sur les avantages que l'on doit attendre pour -l'accomplissement du devoir, tant en ce monde que dans l'autre monde, -agit plus fortement sur l'âme. Tandis que, en réalité, la conscience -de posséder en soi le principe spirituel, suscitant le renoncement à sa -personnalité, incite l'homme, bien plus que toutes les récompenses, à -obéir à la loi du bien. - - KANT. - - - - -CHAPITRE XXV - -L'HUMILITÉ - - -Le plus grand bonheur de l'homme dans ce monde est de communiquer avec -ses pareils. Les orgueilleux, en se mettant à l'écart des autres, se -privent eux-mêmes de ce bien. Mais l'homme humble supprime tous les -obstacles en lui-même pour obtenir ce bonheur. C'est pourquoi l'humilité -est une condition indispensable du vrai bonheur. - - -I.--_L'homme ne peut être fier de ses œuvres, parce que tout le bien -qu'il fait ne vient pas de lui, mais de l'élément divin qui vit en lui._ - -1 - -Seul l'homme qui sait que Dieu vit en son âme peut être humble. Un tel -homme est absolument indifférent à ce que les gens disent de lui. - -2 - -L'homme qui se croît maître de sa vie ne peut être humble, parce qu'il -pense qu'il n'est l'obligé de personne, ni de rien. Mais l'homme qui -voit son œuvre, dans le service de Dieu, ne saurait ne pas être humble, -parce qu'il sent toujours qu'il est loin d'avoir accompli toutes ses -obligations. - -3 - -Nous sommes souvent fiers de ce que nous avons bien fait, nous sommes -fiers de ce que _nous avons fait_, et nous oublions que Dieu vit -en chacun de nous et qu'en faisant le bien, nous ne sommes que les -instruments de Son œuvre. - -Dieu fait avec moi ce qui Lui est nécessaire, et moi je m'en vante. -C'est comme si la pierre qui intercepte la source était fière de ce que -l'eau s'échappe d'elle, et que les hommes et les animaux boivent cette -eau. On dira que la pierre peut être fière de ce qu'elle est propre et -qu'elle ne salit pas l'eau. Ceci encore n'est pas vrai. Si elle est -propre, c'est uniquement parce que cette même eau l'a lavée et la lave -toujours. Rien n'est à nous, tout est à Dieu. - -4 - -Nous sommes les instruments de Dieu. Nous savons ce que nous devons -faire, mais il ne nous est pas donné de savoir pourquoi nous le faisons. -Celui qui comprend cela, ne peut ne pas être humble. - -5 - -L'œuvre principale de la vie de chaque homme est de devenir plus -charitable et meilleur. Et comment peut-on devenir meilleur si l'on se -croit déjà bon? - -6 - -Il suffit de se croire non pas le maître, mais le serviteur, pour que -les tâtonnements, l'inquiétude, le mécontentement se transforment en -certitude, en tranquillité, en paix et en joie. - - - -II.--_Toutes les tentations viennent de l'orgueil._ - -1 - -Si l'homme tend à Dieu, il ne peut jamais être satisfait de lui-même. Il -aura beau avancer, il se sentira toujours éloigné de la perfection, car -la perfection est infinie. - -2 - -L'assurance est la qualité de la bête; l'humilité est la qualité de -l'homme. - -3 - -Celui qui se connaît le mieux, s'estime le moins. - -4 - -Celui qui est content de lui-même, n'est jamais satisfait des autres. - -Celui qui est toujours mécontent de lui-même, est toujours content des -autres. - -5 - -On dit à un sage qu'il a la renommée d'être mauvais. Il répondit: «C'est -heureux qu'ils ne sachent pas tout sur moi: ils auraient dit des choses -bien pires.» - -6 - -Il n'y a rien de plus utile à l'âme que de te souvenir que tu n'es qu'un -vil scarabée et que toute ta force consiste à pouvoir comprendre ta -nullité et, par suite, d'être humble. - -7 - -Malgré le peu d'attention que la plupart des hommes attachent à leurs -défauts, il n'y a pas d'homme qui ne se connaisse quelque chose de plus -mauvais que ce qu'il sait sur son prochain. - -C'est pourquoi il est facile à chaque homme d'être humble. - - WOLSELEY. - -8 - -Il suffit de réfléchir un jeu pour se découvrir quelque défaut envers le -genre humain (ne serait-ce que cette faute qu'en vertu de l'inégalité -des hommes, nous jouissons de certains avantages pour lesquels d'autres -doivent éprouver de plus grandes privations)--et cela nous empêchera -d'exagérer nos mérites au détriment d'autres hommes. - - KANT. - -9 - -On ne peut voir ses défauts qu'avec les yeux des autres. - - _Proverbe chinois._ - -10 - -Chaque homme peut être pour nous un miroir dans lequel nous voyons nos -vices, nos défauts et tout le mal qui est en nous; or, nous agissons le -plus souvent comme un chien qui aboie contre le miroir, pensant que ce -n'est pas lui qu'il voit là-dedans, mais un autre chien. - - SCHOPENHAUER. - -11 - -Les gens trop sûrs d'eux-mêmes, sots et immoraux, inspirent souvent le -respect aux gens modestes, sages et moraux, précisément parce qu'un -homme modeste, en se jugeant, ne peut pas comprendre qu'un mauvais homme -puisse tellement se respecter. - -12 - -Souvent les hommes les plus simples, les moins lettrés, les moins -instruits, s'assimulent facilement la doctrine chrétienne, tandis que -les plus savants croupissent dans le paganisme le plus vulgaire. Cela -vient de ce que les gens simples sont le plus souvent humbles, et que -les savants sont pour la plupart trop surs d'eux-mêmes. - -13 - -Pour comprendre raisonnablement la vie et la mort et attendre celle-ci -en paix, il est indispensable de comprendre combien on est nul. - -Tu es une parcelle infiniment petite de quelque chose, et tu ne -serais rien si tu n'avais pas une mission déterminée--une œuvre. -Cela seulement donne un sens et une signification à ta vie. Ton œuvre -consiste à profiter des instruments qui te sont donnés, de même qu'à -tout ce qui existe: d'user ton corps à ce qui t'a été recommandé. -C'est pourquoi, toutes les œuvres sont égales et tu ne peux pas faire -plus qu'il ne t'a été commandé. Tu ne peux être qu'adversaire de Dieu -ou interprète de son œuvre. De sorte que l'homme ne peut s'attribuer -rien de grand ni d'important. Il suffit de s'attribuer quelque œuvre -exceptionnelle, pour qu'il n'y ait plus fin aux déceptions de la -lutte, à la jalousie, aux souffrances de toutes sortes, tu n'as qu'à -t'attribuer plus d'importance qu'à la plante qui donne des fruits, et -tu es perdu. La tranquillité, la liberté, la joie de la vie, le courage -devant la mort, ne sont donnés qu'à celui qui ne se croit dans cette vie -rien de plus qu'un ouvrier de son Maître. - - - -III.--_L'Humilité unit les hommes par l'amour._ - -1 - -Être inconnu des hommes ou non compris d'eux, et ne pas s'en -attrister--voilà la qualité de l'homme réellement vertueux qui aime les -autres. - - _Sagesse chinoise._ - -2 - -De même que l'eau ne reste pas sur les sommets, la bonté et la sagesse -ne se rencontrent pas chez les orgueilleux. L'un comme les autres -cherchent des terrains bas. - - _Sagesse persane._ - -3 - -Un homme charitable est celui qui se souvient de ses péchés et qui -oublie le bien qu'il fait; un homme méchant est celui qui, au contraire, -se souvient de sa bonté et oublie ses péchés. - -Ne te pardonne pas, et tu pardonneras facilement aux autres. - -4 - -On peut reconnaître un homme bon et intelligent à ce qu'il considère -tous les autres hommes meilleurs et plus intelligents que lui. - -Les gens les plus agréables ce sont les justes qui se croient pécheurs. -Et les plus désagréables ce sont les pécheurs qui se croient justes. - - PASCAL. - -6 - -Combien il est difficile d'aimer, de plaindre les orgueilleux, -confiants en eux-mêmes! On voit, rien qu'à cela, combien la modestie est -non seulement bonne, mais encore avantageuse. Elle suscite ce qu'il y a -de plus précieux dans la vie: l'amour des hommes. - -7 - -Tout le monde aime les humbles; nous voulons tous être aimés. Comment ne -pas s'efforcer d'être humbles? - -8 - -Pour que les hommes puissent bien vivre, il faut que la paix règne parmi -eux. Et là où chacun veut être au-dessus des autres, il ne peut y avoir -de paix. Plus les hommes sont humbles, plus il leur est facile de vivre -en paix. - - - -IV.--_L'Humilité unit l'homme à Dieu._ - -1 - -Il n'y a rien de plus fort qu'un homme humble; car, en renonçant à -lui-même, cet homme cède la place à Dieu. - -2 - -Les paroles de la prière: «Venez et descendez en nous» sont fort belles. -Tout est dans ces paroles. L'homme a tout ce qu'il lui faut si Dieu -descend en lui. Et pour cela, il ne faut qu'une chose: se diminuer pour -faire une place à Dieu. Dès que l'homme se diminue, Dieu s'établit -en lui. C'est pourquoi, pour obtenir tout ce qui lui est nécessaire, -l'homme doit s'humilier avant tout. - -3 - -Plus l'homme descend en lui-même et se croit insignifiant, plus il -s'élève vers Dieu. - - _Sagesse brahmane._ - -4 - -L'orgueil disparaît du cœur de celui qui adore l'Être Suprême, de même -que la lueur du bûcher s'éclipse à la lumière du soleil. Celui dont le -cœur est pur et qui est sans orgueil, celui qui est doux, fidèle et -simple, qui considère chaque être comme son ami et qui aime chaque âme -comme la sienne, qui traite chacun également avec tendresse et amour, -qui veut faire le bien et a banni toute vanité, est l'homme dont le cœur -est habité par le Souverain de la vie. - -De même, que la terre se décore de belles plantes qu'elle produit, celui -dans l'âme duquel habite le Seigneur de la vie, s'en trouve embelli. - - _Vichnou Pourana._ - - - -V.--_Comment lutter contre l'orgueil._ - -1 - -Les défauts qui sont pénibles et intolérables chez les autres, -paraissent ne rien peser en nous-mêmes. Il arrive très souvent qu'en -parlant des autres et en les blâmant cruellement, les gens ne remarquent -pas qu'ils se décrivent eux-mêmes. - -Rien ne nous corrigerait aussi vite de nos défauts que si nous pouvions -nous voir dans les autres. En voyant clairement nos défauts chez les -autres, nous aurions détesté nos défauts comme ils le méritent. - - LABRUYÈRE. - -2 - -Tâche de ne pas penser de bien de toi-même. Si tu ne peux pas penser mal -de toi, sache que c'est déjà mal que tu ne peux pas penser mal de loi. - -3 - -La tendance de te comparer aux autres à ton avantage est une tentation -rendant impossible une bonne vie et entravant l'œuvre principale: le -perfectionnement. Compare-toi uniquement à la perfection suprême, et non -aux hommes qui peuvent être inférieurs à toi. - -4 - -Quand on t'injurie où que l'on te blâme, réjouis-toi; quand on te vante -et que l'on t'approuve, méfie-toi. - -5 - -Tache de ne pas cacher dans des coins sombres les souvenirs honteux de -tes péchés; au contraire, tiens-les toujours prêts, afin de pouvoir -juger des péchés de tes prochains. - -6 - -Considère-toi toujours comme un écolier. Ne pense pas que tu es trop -vieux pour apprendre, que ton âme est déjà telle qu'elle doit être et -qu'elle ne peut être meilleure. Pour l'homme raisonnable, le cours des -études n'est jamais terminé: il est élève jusqu'à la tombe. - -7 - -Seul l'humble de cœur connaît la vérité. L'humilité ne provoque pas la -jalousie. - -Les arbres sont emportés par le torrent, les joncs restent. - -Un sage a dit: «Mon enfant, ne t'attriste pas de n'avoir pas été -apprécié, car personne ne peut te reprendre ce que tu as fait, ou te -donner ce que tu n'as pas fait. L'homme raisonnable se contente du -respect qu'il mérite. - -«Sois aimable, respectueux, affable, soucieux du profit des autres, et -le bonheur viendra à toi tout aussi naturellement que l'eau descend dans -les vallées.» - - _Vichnou hindou._ - - - -VI.--_Conséquences de l'orgueil._ - -1 - -L'homme sans humilité blâme toujours les autres; il ne voit que les -fautes des hommes, pendant que ses passions et ses vices à lui se -développent de plus en plus. - - _Sagesse bouddhiste._ - -2 - -L'homme non éclairé par le christianisme n'aime que lui. Et en n'aimant -que lui, un tel homme veut être grand, et il se voit petit; il veut -être heureux, et il se voit misérable; il veut être parfait, et il se -voit plein d'imperfections. Et en voyant tout cela, l'homme commence -à détester la vérité et à imaginer des arguments d'après lesquels -il résulterait qu'il est précisément ce qu'il voudrait être, et il -devient à ses yeux grand, heureux et parfait. Il y a là un double péché -d'orgueil et de mensonge. Le mensonge vient de l'orgueil, et l'orgueil -vient du mensonge. - - D'après PASCAL. - -3 - -Qui ne hait en soi son amour-propre et cet instinct qui le porte à se -faire Dieu est bien aveuglé. Qui ne voit pas que rien n'est si opposé -à la justice et à la vérité? Car il est faux que nous méritions cela, -et il est injuste et impossible d'y arriver, puisque tous demandent la -même chose. - - PASCAL. - -4 - -Il y a toujours une tâche sombre sur notre soleil: c'est l'ombre qui -tombe de la considération que nous avons pour notre personne. - - CARLYLE. - - - -VII.--_L'Humilité donne à l'homme le bonheur spirituel et la force de -lutter contre les tentations._ - -1 - -Rien n'est aussi profitable à l'âme que l'humiliation acceptée avec -joie. Elle rafraîchit l'âme comme une chaude pluie après le soleil -ardent de la fatuité. - -2 - -La porte d'entrée du temple de la vérité et du bonheur est basse. Seule -ceux qui se baisseront pourront y entrer. Et heureux seront ceux qui -pourront passer cette porte. Le temple est vaste et libre, et tous les -gens qui s'y trouvent s'aiment les uns les autres, s'entr'aident et ne -connaissent point de chagrin. - -Ce temple est la vraie vie des hommes. La porte du temple, c'est la -doctrine de la sagesse. Et la sagesse est donnée aux humbles, à ceux qui -ne s'élèvent pas, mais qui se diminuent. - -3 - -La joie parfaite, selon les paroles de saint François d'Assise, consiste -à supporter le reproche non mérité, même une souffrance corporelle, sans -éprouver d'inimitié envers la cause du reproche ou de la souffrance. -Cette joie est parfaite parce qu'aucune offense, aucune injure et aucun -reproche ne peuvent la compromettre. - -4 - -«Quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé.» - - LUC, XIV, 11. - -5 - -Le plus faible en ce monde vainc le plus fort; le bas et l'humble vainc -le grand et le fier. Un très petit nombre de gens comprennent toute la -force de l'humilité. - - LAO-TSEU. - -6 - -Il n'y a rien de plus tendre et de plus conciliant que l'eau, et -cependant, en attaquant les choses solides et dures, rien n'est plus -fort qu'elle. Le faible vainc le fort. Le délicat vainc le cruel. -L'humble vainc le fier. Tout le monde le sait, mais personne ne veut -agir selon cette loi. - - LAO-TSEU. - -7 - -Si les rivières et les mers dominent toutes les vallées qu'elles -traversent, c'est parce qu'elles sont plus basses. - -C'est pourquoi, si un saint homme veut être au-dessus du peuple, il doit -tâcher d'être au-dessous de lui. S'il veut le gouverner, il doit être -derrière lui. - -Par conséquent, si un saint homme vit au-dessus du peuple, le peuple ne -le sent pas. Il est au-devant du peuple, mais le peuple n'en souffre -pas. C'est pourquoi le monde ne cesse de le louer. Le saint homme ne -discute avec personne, et personne ne discute avec lui. - - LAO-TSEU. - -8 - -L'eau est légère, liquide et peu résistante, mais lorsqu'elle attaque -quelque chose de solide, de dure et de résistant, rien ne peut lutter -contre elle: elle emporte des maisons, joue avec d'énormes bateaux -comme avec des copeaux, creuse la terre. L'air est encore moins dense, -plus doux et moins résistant que l'eau, mais il est plus fort encore -lorsqu'il attaque des choses dures, fermes et solides. Il arrache les -arbres avec leurs racines, démolit les maisons, gonfle l'eau en vagues -énormes et chasse l'eau dans les nuages. Le tendre, le doux et le -liquide vainc le dur, le ferme et le résistant. - -Il en est de même dans la vie des hommes. Si tu veux être vainqueur, -sois tendre, doux et condescendant. - - - - -CHAPITRE XXVI - -LA VÉRACITÉ - - -Les superstitions empêchent de se bien conduire. On ne peut s'en -débarrasser que par la sincérité, et cela non seulement envers les -autres, mais encore envers soi-même. - - -I.--_Comment on doit se comporter envers les opinions et les coutumes -établies._ - -1 - -Le moyen habituel employé pour nier l'existence de Dieu est de -reconnaître l'opinion publique comme incontestablement juste et de -n'attacher aucune importance à la voix de Dieu que nous entendons -constamment en notre âme. - - JOHN RUSKIN. - -2 - -Quand même le monde entier reconnaîtrait la véracité d'une doctrine, -quand même elle serait ancienne, l'homme doit la contrôler par sa raison -et la rejeter hardiment, si elle ne s'accorde pas avec les exigences de -sa raison. - -3 - -«Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira.» - - JEAN, VIII, 32. - -4 - -Celui qui veut devenir vraiment un homme doit abandonner la -préoccupation de plaire au monde; celui qui veut vivre d'une vie juste -ne doit pas se conformer à ce qu'il est d'usage de considérer comme -bien; il n'a qu'à chercher scrupuleusement où est véritablement le bien. -Il n'y a rien de plus sacré et de plus fécond que la curiosité d'une âme -indépendante. - - EMERSON. - -5 - -La tendance de croire à ce que l'on nous présente comme vérité renferme -le bien comme le mal. C'est précisément cette tendance qui rend possible -la marche progressive de la société, et c'est elle encore qui rend cette -marche si lente et pénible: chaque génération hérite, grâce à elle, sans -effort, des connaissances acquises à grande peine par ceux qui ont vécu -avant, et c'est grâce à elle que chaque génération se trouve esclave des -fautes et des erreurs de la précédente. - - HENRY GEORGE. - -6 - -Plus l'homme vit, plus il se libère des superstitions. - -7 - -Croire que tout ce qui nous est avantageux et agréable est vrai, est -une qualité naturelle tant aux enfants qu'à l'humanité en bas âge. Plus -l'homme et l'humanité avancent en âge, et plus leur raison s'éclaircit, -devient ferme, plus ils se libèrent de la conception erronée d'après -laquelle tout ce qui est avantageux à l'homme est vrai. C'est pourquoi, -à mesure qu'ils avancent dans la vie, l'homme et l'humanité doivent -nécessairement examiner, par les efforts de leur raison et de la sagesse -de ceux qui ont vécu avant eux, si les principes, acceptés sur foi, sont -vrais. - -8 - -Chaque vérité exprimée par les paroles est une force dont l'action est -infinie. - - - -II.--_Le mensonge, ses causes et ses conséquences._ - -1 - -Ne pense pas que l'on doive dire et créer la vérité uniquement dans les -cas graves. On doit toujours le faire, même dans les questions les plus -futiles. Il ne s'agit pas du grand ou du petit mal qui sera causé par -ton mensonge, il importe que tu ne te souilles jamais par le mensonge. - -2 - -Tous, nous aimons mieux la vérité que le mensonge; mais lorsqu'il s'agit -de notre vie, nous préférons souvent le mensonge à la vérité, parce que -le mensonge justifie notre mauvaise vie, tandis que la vérité la dénonce. - -3 - -Chaque vérité qui pénètre dans la conscience des hommes et remplace une -ancienne erreur arrive à un moment où l'erreur est claire et la vérité -évidente. Mais les gens qui profitent de cette erreur ou qui y sont -habitués s'efforcent de la maintenir. Dans ces moments-là, il est tout -particulièrement important de proclamer hardiment la vérité. - -4 - -Si l'on vous dit qu'il ne faut pas chercher la vérité partout, parce -qu'on ne trouve jamais toute la vérité, ne le croyez pas. Ceux qui -parlent ainsi sont vos plus redoutables ennemis, comme ils sont ceux de -la vérité. - -Ils le disent parce qu'ils ne vivent pas selon la vérité, parce qu'ils -le savent et qu'ils veulent que les autres vivent comme eux. - -5 - -Si tu veux connaître la vérité, débarrasse-toi, du moins pour le temps -que tu la cherches, de toutes les considérations sur les avantages que -tu pourrais tirer de telle ou telle autre décision. - -6 - -On est joyeux lorsqu'on découvre le mensonge des autres et qu'on le -dénonce. Mais combien on est plus heureux encore lorsqu'on se surprend -soi-même ayant menti et que l'on s'accuse. Tâche de t'offrir ce plaisir -aussi souvent que possible. - -7 - -Bien que le mensonge et toutes ses séductions soient très tentantes, il -arrive un temps où l'homme se sent tellement tourmenté par le mensonge, -que pour fuir le désordre moral qu'engendre toujours le mensonge, il -s'adresse à la vérité et trouve le salut en elle seule. - -8 - -L'amère expérience nous montre qu'on ne peut conserver les anciennes -conditions de vie, et que, par conséquent, il faut en rechercher des -nouvelles, celles qui puissent répondre aux temps nouveaux. Mais au -lieu d'employer leur temps à chercher et à instituer ces nouvelles -conditions, les hommes emploient leur raison à rechercher des moyens -de conserver les anciennes conditions de vie qui existent depuis des -centaines d'années. - -9 - -Le mensonge nous cache Dieu en nous-mêmes et chez les autres hommes; -c'est pourquoi, il n'y a rien de plus cher que la vérité qui nous ramène -à l'amour de Dieu et de notre prochain. - -10 - -Il n'y a pas de plus grand malheur que lorsque l'homme commence à -craindre la vérité, parce qu'elle lui cache combien il est mauvais. - - PASCAL. - -11 - -Le meilleur signe de la vérité est la simplicité et la clarté. Le -mensonge est toujours compliqué, affecté et grandiloquent. - -12 - -On peut être solitaire dans un milieu privé et temporaire; mais chacune -de nos pensées et chacune de nos sensations trouve, a trouvé et trouvera -un retentissement dans l'humanité. Pour certaines personnes, que la -majorité de l'humanité reconnaît pour ses chefs, ses réformateurs, -ses éducateurs, ce retentissement est immense et il résonne avec une -force extrême; mais il n'y a pas d'homme dont les idées ne produiraient -pas sur les autres le même effet, bien que moins apparent. Chaque -manifestation sincère de l'âme, chaque déclaration d'une conviction -personnelle servent à quelqu'un ou à quelque chose, même si nous n'en -savons rien, même si on nous ferme la bouche, ou qu'on nous jette un -nœud, coulant sur le cou. Un mot dit à quelqu'un conserve un effet -indestructible; comme tout mouvement, il ne disparaît jamais, mais prend -d'autres aspects. - - AMIEL. - - - -III.--_Sur quoi repose la superstition._ - -1 - -Plus les objets, les coutumes, les lois sont entourés de considération, -plus on doit examiner attentivement leur droit à la considération. - -2 - -Bien des vérités anciennes nous semblent probables uniquement parce que -nous n'y avons jamais songé sérieusement. - - EDOUARD ROD. - -3 - -La raison est la chose la plus sacrée au monde; c'est pourquoi c'est un -très grand péché que d'abuser de la raison, de l'employer à cacher ou à -déguiser la vérité. - -4 - -En feuilletant l'histoire de l'humanité, nous remarquons constamment -que les inepties les plus évidentes passaient auprès des gens pour des -vérités incontestables, que des nations entières devenaient la proie de -superstitions sauvages et s'humiliaient devant des mortels qui étaient -leurs pareils, souvent devant des idiots et des voluptueux. Et la cause -de ces inepties et souffrances humaines était toujours la même: la -croyance à des choses qui paraîtraient déraisonnables même à un enfant. - - D'après HENRY GEORGE. - -5 - -Notre siècle est un vrai siècle de critique. Tout ce qui est cru est -vérifié par la critique. - -La raison n'a de la considération que pour ce qui est en état de -supporter son épreuve libre et universelle. - - KANT. - -6 - -On ne doit pas craindre les dévastations commises par la raison dans les -légendes admises par les hommes. La raison ne peut rien détruire sans y -mettre de la vérité. Telle est sa qualité. - - - -IV.--_Les superstitions religieuses._ - -1 - -C'est mal quand les hommes ne connaissent pas Dieu; mais c'est bien pis -lorsque les hommes reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu. - - LACTANCE. - -2 - -Nous n'avons plus de religions. Les lois éternelles de Dieu, avec leur -paradis et leur enfer, se sont tranformées en règles de philosophie -pratique, fondées sur d'habiles calculs de profils et de pertes, avec -un faible reste de respect pour les joies apportées par la vertu et la -moralité élevée. Pour parler comme nos ancêtres, «nous avons oublié -Dieu», et en nous servant de l'expression contemporaine, nous devons -dire que nous comprenons faussement la vie du monde. Nous fermons -tranquillement les yeux et ne voulons pas voir la réalité éternelle des -choses, nous ne regardons que leur aspect trompeur. - -Nous considérons tranquillement l'univers comme une grande éventualité -incompréhensible: à son aspect extérieur, nous nous le représentons -assez nettement comme un immense pré pour les bêtes, ou une maison de -travail, de vastes cuisines avec des tables à manger, où seuls les gens -raisonnables peuvent trouver une place. - -Oui, nous n'avons pas de Dieu. Les lois de Dieu sont remplacées par Je -principe du plus grand profit possible. - - CARLYLE. - -3 - -Dieu nous a donné Son esprit, Sa raison, pour que nous le servions; et -nous employons cet esprit pour nous servir nous-mêmes. - -4 - -«Gardez-vous des docteurs qui se plaisent à se promener en longues -robes, et qui aiment les salutations dans les places et les premiers -sièges dans les synagogues, et les premières places dans les festins, -qui dévorent les maisons des veuves, tout en affectant de faire de -longues prières; ils encourront une plus grande condamnation.» - - LUC, XX, 46-47. - -5 - -«Mais vous, ne vous faites point appeler Maître; car vous n'avez qu'un -Maître, le Christ, et pour vous, vous êtes tous frères. Et n'appelez -personne sur la terre votre père, car vous n'avez qu'un seul Père, Celui -qui est dans les cieux. Et ne vous faites point appeler docteur; car -vous n'ayez qu'un seul Docteur: Le Christ.» - - MATTH., XXIII, 8-10. - -6 - -Pourquoi adorer Dieu si l'âme n'est pas pure? Pourquoi dire: j'irai à -Benarès[1]. Comment celui qui fait le mal peut-il atteindre le vrai -Benarès? - -La sainteté n'est pas dans les forêts, ni au ciel, ni sur la terre, -ni dans les fleuves sacrés. Purifie-toi, et tu verras Dieu. Transforme -ton corps en temple, abandonne les mauvaises pensées et contemple Dieu -de l'œil de ta conscience. Lorsque nous Le connaissons, nous nous -connaissons nous-mêmes. Sans expérience personnelle, l'écriture seule ne -détruira pas nos craintes,--de même que les ténèbres ne s'éclaireront -pas par un feu peint. Quelles que soient ta religion et tes prières, -tant que tu n'as pas la vérité, tu n'atteindras pas le chemin du -bonheur. Celui qui conçoit la vérité, naît à nouveau. - -La source du vrai bonheur, c'est le cœur; celui qui cherche le bonheur -ailleurs est un insensé. Il est pareil au pâtre qui cherche la brebis -qu'il a cachée sur sa poitrine. - -Pourquoi ramassez-vous des pierres et construisez-vous de grands -temples? Pourquoi vous tourmentez-vous ainsi, alors que Dieu habite -toujours en vous-même? - -Un chien de garde est meilleur qu'une idole sans vie dans la maison, et -le grand Dieu de l'univers est meilleur que tous les demi-dieux. - -La lumière qui, comme l'étoile du matin, vit dans le cœur de chaque -homme, est notre refuge. - - VEMANA. - -7 - -Combien il est étonnant que, de toutes les révélations suprêmes de la -vérité, le monde n'accepte et ne tolère que les plus anciennes, celles -qui ne répondent plus à notre époque, tandis qu'il considère chaque -révélation directe, chaque pensée originale comme nulles et parfois les -hait. - - THOREAU. - -8 - -La conscience religieuse de l'homme n'est pas immuable: elle se -transforme constamment, s'éclaircit et se purifie de plus en plus. - -9 - -Le mal de la vie ne peut être corrigé par rien d'autre que par la -démonstration du mensonge religieux et par l'établissement de la vérité -religieuse par chaque homme pris individuellement. - - - -V.--_Le principe raisonnable de l'homme._ - -1 - -Qu'est-ce que la raison? Tout ce que nous établissons, nous -l'établissons toujours par la raison. Or, par quoi établirons-nous la -raison. - -Si nous avons tout établi par la raison, nous ne pouvons, par cela même, -établir la raison. Mais non seulement nous connaissons tous la raison, -mais encore il n'y a qu'elle seule que nous connaissons indubitablement -et tous au même degré. - -2 - -Nous devons avoir confiance en notre raison. C'est une vérité qu'il -ne faut pas et que l'on ne doit pas cacher. La foi en la force de la -raison est la base de toute autre foi. On ne peut croire en Dieu si -nous diminuons l'importance de la faculté à l'aide de laquelle nous -connaissons Dieu. La raison est précisément la seule faculté à laquelle -la révélation s'adresse. La révélation ne peut être comprise que par la -raison. Si, après avoir utilisé consciencieusement et impartialement -nos meilleures facultés, certaine doctrine nous semble contradictoire -et en désaccord avec les principes essentiels dont nous ne doutons pas, -nous devons incontestablement nous abstenir de croire à cette doctrine. -Je suis plus persuadé que ma nature raisonnable est Dieu, plutôt qu'un -livre ne soit l'expression de sa volonté. - - CHANNING. - -3 - -La raison révèle à l'homme le sens et la signification de sa vie. - -4 - -La raison n'est pas donnée à l'homme pour apprendre à aimer Dieu et son -prochain. Cette connaissance est dans le cœur de l'homme, indépendamment -de sa raison. La raison est donnée à l'homme pour lui indiquer où est -le mensonge et où est la vérité. Et il suffit à l'homme de rejeter le -mensonge, pour apprendre tout ce qu'il lui faut. - -5 - -Les erreurs et les désaccords entre hommes dans les recherches et -l'adoption de la vérité viennent uniquement de leur défiance de la -raison; il en résulte que la vie humaine, guidée par les usages, les -traditions, les modes, les superstitions, les préjugés, la violence, par -tout ce que l'on veut, sauf la raison, va à l'aventure, et la raison -existe par elle-même. Souvent il arrive également que si la réflexion -est utilisée à quelque chose, ce n'est pas à chercher et à propager la -vérité, mais pour justifier et maintenir, malgré et contre tout, les -usages, les traditions, les modes, les superstitions, les préjugés. - -Les erreurs et les désaccords des hommes à reconnaître l'unique vérité -ne viennent pas de ce que la raison n'est pas la même chez tous les -hommes ou parce qu'elle ne peut pas leur démontrer la même vérité, mais -parce qu'ils ne croient pas à la raison. - -S'ils avaient foi en leur raison, ils auraient trouvé moyen de comparer -les jugements de leur raison avec ceux des autres. Et ayant trouvé ce -moyen de vérification mutuelle, ils se seraient persuadés que la raison -est la même chez tous, et ils se seraient soumis à ses volontés. - - TH. STRAKHOV[2]. - -6 - -Autant que l'homme est véridique, autant il est divin; l'invincibilité, -l'immortalité, la grandeur de la divinité entrent en l'homme avec sa -véracité. - - EMERSON. - -7 - -Souviens-toi que la raison, ayant la faculté de vivre par elle-même, -te donne la liberté, si tu ne l'emploies pas à servir ton corps. L'âme -humaine, éclairée par la raison, est libre de passions qui cachent la -lumière; elle constitue une véritable forteresse, et l'homme n'a pas de -refuge plus sûr et moins accessible au mal. Celui qui ne le sait pas, -est aveugle, et celui qui, tout en le sachant, ne croit pas à sa raison, -est réellement malheureux. - - MARC-AURÈLE. - -8 - -L'un des devoirs principaux de l'homme consiste à faire briller dans -toute sa force le clair principe de la raison que nous recevons du Ciel. - - _Sagesse chinoise._ - -9 - -Je glorifie le christianisme parce qu'il développe, augmente et élève -ma nature raisonnable. Si je ne pouvais conserver la raison en étant -chrétien, j'aurais renoncé au christianisme. Je sens que mon devoir est -de sacrifier au christianisme mon bien, ma gloire, ma vie; mais je ne -saurais sacrifier à aucune religion la raison qui m'élève au-dessus de -la bête et fait de moi un homme. Je ne connais pas de pire sacrilège que -de renoncer à la plus haute faculté que l'on tient de Dieu. En agissant -ainsi, nous nous opposons sciemment à l'élément divin qui vit en nous. -La raison est l'expression suprême de notre nature intelligente. Elle -correspond à l'unité de Dieu et à celle de l'univers et tend à faire de -l'âme le miroir de l'unité suprême. - - CHANNING. - -10 - -L'homme qui ne saurait pas que ses yeux peuvent voir et qui ne les -ouvrirait jamais, serait très misérable. Mais l'homme qui ne comprend -pas que la raison lui est donnée pour supporter facilement toutes les -peines, est plus misérable encore. Grâce à la raison, nous pouvons venir -à bout de tous les ennuis. L'homme qui raisonne, ne rencontrera pas -dans la vie des ennuis impossibles, à supporter; ils n'existent pas pour -lui. Et cependant, combien souvent, au lieu de regarder un ennui en -face, nous tâchons lâchement de l'éviter. Ne serait-il pas préférable -de nous réjouir que Dieu nous ait donné le pouvoir de ne pas nous -chagriner de ce qui nous arrive indépendamment de notre volonté, et de -le remercier de ce qu'Il n'a subordonné notre âme qu'à ce qui dépend de -nous-mêmes. Il n'a pourtant pas subordonné notre âme à nos parents, ni à -nos frères, ni à la richesse, ni à notre corps, ni à la mort. Etant bon, -Il ne l'a soumis qu'à ce qui dépend de nous-mêmes: à notre raison. - - ÉPICTÈTE. - -11 - -Dieu nous a donné la raison pour que nous Le servions. C'est pourquoi -nous devons veiller à sa pureté, afin qu'elle puisse toujours -reconnaître le bien et le mal. - -12 - -L'homme n'est libre que lorsqu'il est dans la vérité; et la vérité est -révélée par la raison. - - - -VI.--_La raison vérifie les principes de la foi._ - -1 - -Lorsqu'un homme emploie sa raison à résoudre les questions de la cause -de l'existence du monde et de la cause de sa vie dans ce monde, il sent -une espèce de malaise, d'étourdissement. La raison humaine ne peut -imaginer de réponses à ces questions. Qu'est-ce que cela veut dire? Cela -signifie que la raison n'est pas donnée à l'homme pour répondre à ces -questions, et que c'est une erreur de la raison que de l'espérer. La -raison ne résout qu'une question: «Comment vivre?» Et la réponse est -claire: «Il faut vivre de façon à ce que je me sente bien et que les -autres hommes se sentent bien. Tout ce qui vit en a autant besoin que -moi. Et la possibilité en est donnée à tout ce qui vit et à moi par la -raison que je possède.» Cette solution exclut toutes les questions: le -comment et le pourquoi. - -2 - -«N'avons-nous pas raison? Il faut que le peuple reste dans le mensonge: -voyez comme il est peu éveillé et sauvage!» - -Non, il est peu éveillé et sauvage parce qu'il est grossièrement trompé. -C'est pourquoi cessez tout d'abord de le tromper. - -3 - -Si Dieu, en tant qu'objet de notre foi, est au-dessus de notre -compréhension et si nous ne pouvons le concevoir par la raison, cela ne -prouve pas encore que nous devions négliger les fonctions de la raison -en les considérant comme nuisibles. - -Bien que les objets de notre foi soient, sans aucun doute, au-dessus du -niveau de notre compréhension, notre raison a cependant une si grande -importance à leur égard, que nous ne pouvons absolument pas nous en -passer. Elle semble remplir les fonctions de censeur qui,--tout en -admettant, dans le domaine de la foi, la vérité qui est au-dessus de -la raison, c'est-à-dire, la vérité métaphysique,--nie toute vérité -imaginaire qui est contraire à la raison. - -Mais en dehors de cette œuvre positive, la raison accomplit également -l'œuvre négative de libération de l'homme, des péchés, des tentations -(justification des péchés) et des superstitions. - - TH. STRAKHOV. - -4 - -Sois ton propre flambeau. Sois le refuge. Laisse-toi guider par la -lumière de ton flambeau et ne cherche pas autre refuge. - - LA SOUTHA BOUDDHISTE. - -5 - -«Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin que vous -soyez les enfants de lumière.» - - JEAN, XII, 36. - -Loin de comprimer la raison, comme le conseillent les faux docteurs, il -faut la purifier, l'exercer, en contrôler tout ce qu'on vous soumet, -afin de découvrir la véritable religion. - - - -[1] Ville sainte des Hindous. _(Note de l'auteur)._ - -[2] Philosophe et critique russe, ami de Tolstoï, mais ne partageant que -partiellement ses opinions. _(Note du trad.)._ - - - - -CHAPITRE XXVII - -DU MAL - - -Nous appelons mal tout ce qui trouble le bonheur de notre vie -corporelle. Et pourtant, toute notre vie n'est qu'une libération -graduelle de notre âme, de ce qui constitue le bonheur de notre corps. -C'est pourquoi, pour celui qui comprend la vie telle qu'elle est, en -réalité, le mal n'existe pas. - - -I.--_Ce que nous appelons la souffrance est la condition inévitable de -la vie._ - -1 - -C'est un bien pour l'homme que de supporter les malheurs de cette vie -terrestre, car cela conduit au saint isolement du cœur, et on s'y -trouve comme un exilé de son pays natal et obligé de ne se fier à -aucune joie terrestre. Il est également bon pour l'homme de se heurter -à des contradictions et des reproches, lorsque l'on pense et que l'on -parle mal de lui, bien que ses intentions soient pures et ses actes -justes; car cette manière d'agir le maintient dans l'humilité et est un -contre-poison de la vaine gloire. Et c'est tout particulièrement un bien -parce que nous pouvons nous entretenir, avec le témoin qui est en nous, -qui est Dieu, nous entretenir, alors que le monde nous méprise, nous -manque de respect et nous prive d'amour. - - THOMAS A KEMPIS[1]. - -2 - -Si quelque divinité nous avait offert, à nous, hommes, de supprimer -tous nos chagrins, avec toutes leurs causes, nous serions, de prime -abord, très tentés d'accepter cette proposition. Lorsque le dur travail -et la misère nous écrasent, lorsque la douleur nous mine, lorsque -l'anxiété étreint notre cœur, il nous semble qu'il n'y aurait rien de -meilleur que de vivre sans travailler, dans le calme, l'aisance et la -paix. Mais après avoir goûté à une telle vie, je pense que nous aurions -bientôt demandé à la divinité de nous rendre notre vie ancienne, avec -toutes ses peines, ses misères, ses chagrins et ses dangers. La vie, -exempte de tout chagrin et de toute crainte, nous semblerait bientôt -non seulement peu intéressante, mais encore intolérable. Car, avec les -causes de nos peines, tous les obstacles, tous les dangers et tous les -échecs auraient disparu, supprimant avec eux la tension de nos forces, -le zèle, l'excitation du risque, les efforts de la lutte et les joies -de la victoire. Il ne resterait que l'accomplissement facile du but, la -réussite sans résistance. Nous en serions bientôt, ennuyés comme d'un -jeu où nous savons d'avance que nous gagnerons à chaque coup. - - FR. PAULSEN[2]. - - - -II--_Les souffrances éveillent l'homme à la vie spirituelle._ - -1 - -L'homme est l'esprit de Dieu enfermé dans un corps. - -Au début de la vie, l'homme ne le sait pas, et croit que sa vie est -dans son corps. Mais plus il avance, plus il apprend que la vraie vie -est dans l'esprit et non dans le corps. Toute l'existence de l'homme -consiste à l'apprendre de mieux en mieux. Et cette connaissance nous est -donnée plus facilement et plus sûrement par les souffrances corporelles -qui rendent notre vie telle qu'elle doit être, c'est-à-dire spirituelle. - -2 - -La croissance physique sert à préparer les provisions pour la croissance -spirituelle, qui commence lorsque le corps décline. - -3 - -L'homme vit pour son corps qui dit: tout est mal. L'homme vit pour son -âme qui dit: ce n'est pas vrai, tout est bien. Ce que tu crois mauvais -est précisément la meule sans laquelle ce qu'il y a de plus précieux en -toi serait émoussé et rouillé: ton âme. - -4 - -Tous les malheurs--ceux des individus comme ceux de l'humanité -entière--conduisent l'humanité et les hommes, bien que par des chemins -détournés, à l'unique but qui est donné à tous les hommes: à la -manifestation de plus en plus grande de l'élément spirituel, par chaque -homme séparé comme par toute l'humanité. - -5 - -«Car je suis descendu du Ciel pour faire non pas ma volonté, mais la -volonté de Celui qui m'a envoyé. Or, la volonté du Père qui m'a envoyé -est que je ne perde rien de ce qu'il m'a donné,» dit Jean (VI, 28-39), -autrement dit, il est commandé de conserver, de cultiver, d'amener au -plus haut degré possible l'étincelle divine qui m'est donnée, qui m'est -confiée, comme un enfant à sa bonne. Que faut-il pour accomplir cela? -Non pas satisfaire nos désirs charnels, celui de la gloire; non la vie -tranquille, mais, au contraire, l'abstinence, l'humilité, le travail, -la lutte, les privations, les persécutions, tout ce qui est dit tant de -fois dans l'Evangile. Et c'est précisément ce dont nous avons besoin qui -nous est envoyé sous diverses formes, en grandes et en petites mesures. -Sachons seulement l'accepter comme il convient, comme une épreuve dont -nous avons besoin et qui donne la joie, et non comme quelque chose -d'ennuyeux qui trouble notre existence bestiale, et celle que nous -croyons être la vraie et dont l'accroissement d'intensité nous apparaît -comme un bonheur. - -6 - -«Si l'homme pouvait ne pas craindre la mort et ne pas y penser, -les souffrances affreuses, inutiles, injustifiables et inévitables -suffiraient à enlever tout sens raisonnable attribué à la vie», disent -les hommes. - -Je m'emploie à une bonne œuvre, incontestablement utile aux autres, et -brusquement la maladie interrompt mon travail, me fait souffrir sans -raison. La vis d'un rail se rouille, et il faut que ce soit précisément -le jour même qu'il saute, qu'une excellente mère se trouve dans le -wagon et que ses enfants soient écrasés devant elle. Il faut que -le tremblement de terre se produise juste à l'endroit où se trouve -Lisbonne ou Verny, et que des innocents soient ensevelis sous la terre -et périssent dans d'affreux tourments. Pourquoi les milliers d'autres -accidents affreux, ineptes, tant de souffrances qui frappent les hommes? -Quel sens à cela? - -La réponse est que ces raisonnements sont absolument justes pour ceux -qui ne reconnaissent pas la vie spirituelle. Pour eux, la vie humaine -n'a réellement aucun sens. La vie de ceux qui n'admettent pas de vie -spirituelle ne saurait, en effet, qu'être insensée et malheureuse. Et -s'ils déduisaient tout ce qui découle inévitablement de leur conception -matérielle de la vie, ils ne pourraient vivre un instant de plus. Car -aucun ouvrier ne serait resté chez un patron qui, en l'engageant, aurait -exigé le droit de brûler, toutes les fois qu'il en aurait envie, cet -ouvrier sur un feu lent, ou bien de l'écorcher vif, de le soumettre -à toutes les horreurs que le patron ferait subir à ses ouvriers, en -présence de celui qu'il engage. Si les hommes comprenaient réellement -la vie, comme ils le disent, c'est-à-dire uniquement comme une -existence matérielle, nul parmi eux, par la seule crainte des affreux -et inexplicables tortures qu'il voit autour de lui et qui peuvent -l'assaillir à tout instant, ne continuerait à vivre sur la terre. - -Pourtant, les hommes vivent, se plaignent, se lamentent, mais continuent -à vivre. - -Il n'y a qu'une seule explication à celte étrange contradiction: c'est -que tous les hommes savent, dans leur for intérieur, que leur vie n'est -pas dans leur corps, mais dans leur âme, et que toutes les souffrances -sont nécessaires, indispensables pour le bien de la vie spirituelle; -quand, ne voyant aucun sens à la vie humaine, ils se révoltent -contre les souffrances, mais continuent néanmoins à vivre, cela tient -uniquement à ce que leur raison affirme la matérialité de leur vie, -tandis qu'ils sentent, au fond de leur âme, qu'elle est spirituelle et -qu'aucune souffrance ne peut priver l'homme de son vrai bonheur. - - - -III.--_Les souffrances apprennent à l'homme à considérer la vie au point -de vue raisonnable._ - -1 - -Tout ce que nous appelons mal, toute peine, à condition de l'envisager -comme il convient, améliore notre âme. Et toute l'œuvre de la vie -consiste en cette amélioration. - -«En vérité, en vérité, je vous dis que vous pleurerez et vous vous -lamenterez, et le monde se réjouira; vous serez dans la tristesse, mais -votre tristesse sera changée en joie. Quand une femme accouche, elle a -des douleurs parce que son terme est venu; mais dès qu'elle a accouché -d'un enfant, elle ne se souvient plus de son travail, à cause de sa joie -de ce qu'un homme est né dans le monde.» - - JEAN, XVI, 20-21. - -2 - -Les souffrances de la vie déraisonnable amènent à reconnaître la -nécessité d'une vie raisonnable. - -3 - -De même que seuls les ténèbres de la nuit révèlent les astres célestes, -seules les souffrances révèlent la vraie signification de la vie. - - THOREAU. - -4 - -Les obstacles extérieurs ne font pas de mal à l'homme d'esprit fort, -car le mal est tout ce qui défigure ou affaiblit, comme cela est le cas -pour les animaux que les obstacles irritent ou affaiblissent; mais pour -l'homme qui les accueille avec la force d'esprit qui lui est donnée, -tout obstacle ne peut qu'augmenter sa beauté morale et sa force. - - MARC-AURÈLE. - -5 - -Seulement après avoir éprouvé la souffrance, j'ai appris la parenté des -âmes humaines entre elles. Il suffit de bien souffrir soi-même pour -savoir comprendre tous ceux qui souffrent. Bien plus: la raison même -devient plus lucide; on commence à connaître la situation et la carrière -des gens qui s'étaient cachés jusque-là, et l'on aperçoit nettement ce -dont chacun a besoin. Grand est le Dieu qui nous instruit ainsi I Et -par quoi nous instruit-il? Par les misères mêmes que nous fuyons. C'est -par les souffrances et les peines qu'il nous est donné d'acquérir les -petites parcelles de sagesse, de celle qui ne s'apprend pas dans les -livres. - - GOGOL. - -6 - -Si Dieu nous donnait des éducateurs et si nous savions sûrement qu'ils -nous sont envoyés par Dieu, nous leur obéirions librement avec joie. - -Et nous possédons bien ces éducateurs: ce sont la misère et tous les -accidents de la vie. - - PASCAL. - -7 - -Tout ce que la Providence envoie à tout être vivant lui est non -seulement utile, mais encore utile au moment où la Providence le lui -envoie. - - MARC-AURÈLE. - -8 - -L'homme qui ne reconnaît pas la bienfaisance des souffrances, n'a pas -encore commencé à vivre de la vie raisonnable, c'est-à-dire de la vraie -vie. - - - -IV.--_Les maladies n'entravent pas la vraie vie, mais y aident._ - -1 - -Rien qu'en voyant combien sont faibles et souvent mauvais ceux à qui -tout réussit dans la vie, qui se portent toujours bien, qui sont riches, -qui ne connaissent ni les offenses, ni les humiliations, on voit combien -les épreuves sont indispensables à l'homme. Et nous nous plaignons de -devoir les supporter! - -2 - -Il n'est point de maladie qui puisse empêcher l'accomplissement du -devoir. Si tu ne peux pas servir les hommes par tes travaux, sers-les -par l'exemple de patience et d'amour. - -3 - -Il y a une histoire où l'on conte qu'un homme a été puni, à cause de -ses péchés, par l'impossibilité de mourir. On peut dire sûrement que -si l'homme avait été puni par l'impossibilité de souffrir, la punition -aurait été tout aussi pénible. - -4 - -Ce n'est pas bien de cacher à un malade qu'il peut mourir de sa maladie. -Il faut, au contraire, le lui rappeler. En le lui cachant, nous le -privons du bienfait que lui donne la maladie; elle évoque en lui, par la -conscience de la mort prochaine, la conscience de la vie spirituelle. - -5 - -Le feu détruit et chauffe. Il en est de même de la maladie. Lorsque, -bien portant, nous tâchons de bien vivre, nous le faisons avec -difficulté; durant la maladie, au contraire, tout le poids des -tentations mondaines disparaît, on se sent brusquement libre, et l'on -est même effrayé de penser--tout le monde l'a éprouvé--qu'aussitôt la -maladie passée, ce poids retombe sur vous de toute sa force. - -6 - -Plus l'homme souffre physiquement, mieux il se sent moralement. C'est -pourquoi l'homme ne peut pas être malheureux. Le spirituel et le -corporel sont comme deux fléaux d'une balance: plus le corporel est -lourd, plus le spirituel s'élève, plus l'âme est bien, et _vice versa._ - -7 - -«La décrépitude, la sensibilité marquent l'évanouissement de la -conscience et de la vie de l'homme», dit-on souvent. - -Je me représente, d'après la légende, le vieux Jean Théologue, tombé -dans l'enfance. Il n'aurait fait que répéter: «Mes frères, aimez-vous -les uns les autres.» - -Un petit vieillard centenaire, marchant avec peine, aux yeux larmoyants, -marmottant toujours les mêmes trois mots: aimez-vous tous. Dans un -tel homme, l'existence animale est presque imperceptible; elle s'est -désagrégée sous l'action de la nouvelle conception du monde, du nouvel -être qui n'a plus rien de charnel. - -Un homme, comprenant la vie comme elle doit être comprise en réalité, -ne saurait parler de l'amoindrissement de sa vie par les maladies et -la vieillesse; ce serait se lamenter du fait qu'en s'approchant de la -lumière, son ombre diminue à mesure qu'il avance. - - - -V.--_Ce que nous appelons le mal, ce sont nos fautes._ - -1 - -Le mal est uniquement en nous, c'est-à-dire d'un endroit d'où l'on peut -le chasser. - -2 - -Souvent un homme superficiel, en songeant aux malheurs qui affligent le -genre humain, perd l'espoir dans la possibilité de l'amélioration de la -vie, et se sent mécontent de la Providence qui dirige le monde. IL y a -là une grande erreur. Être satisfait de la Providence (bien qu'elle nous -ait tracé le chemin le plus difficile dans la vie) est essentiellement -important pour ne pas perdre courage au milieu de nos malheurs, mais -surtout pour ne pas perdre de vue notre faute à nous, tout en n'en -accusant pas le sort, cette faute étant la seule cause de tous nos -malheurs. - - D'après KANT. - -3 - -L'homme peut éviter les malheurs que Dieu lui envoie, mais il ne peut -être sauvé des malheurs qu'il cause lui-même par sa mauvaise vie. - - - -VI.--_La conscience des bienfaits de la souffrance supprime son poids._ - -1 - -Que faire lorsque tout nous abandonne: la santé, la joie, l'affection, -la fraîcheur des sens, la mémoire, la capacité du travail, lorsqu'il -nous semble que le soleil devient froid et que la vie perd tous ses -charmes? Que faire quand nous n'avons plus aucun espoir? Nous griser, -ou nous pétrifier? Il n'y a jamais qu'une seule réponse: vivre d'une -vie spirituelle, croître sans cesse. Arrive ce que pourra, si ta -conscience est tranquille, si tu sens que tu accomplis ce que ton être -spirituel demande. Sois ce que tu dois être; le reste est affaire de -Dieu. Et quand même il n'y aurait pas de Dieu saint et charitable, la -vie spirituelle serait, néanmoins, la solution du mystère et l'étoile -polaire de l'humanité mouvante, car elle, seule donne le vrai bonheur. - - AMIEL. - -2 - -Sache seulement et crois que tout ce qui t'arrive te conduit vers ton -vrai bonheur spirituel, et tu accueilleras la maladie, la misère, -l'outrage; tout ce que les hommes considèrent comme des malheurs, non -comme des malheurs, mais comme nécessaires pour ton bien, de même que le -cultivateur accueille la pluie qui le trempe, mais qui est nécessaire à -son champ, comme le malade prend un médicament amer. - -3 - -Souviens-toi que la faculté par laquelle se distingue un être -raisonnable, c'est la soumission libre à son sort, et non la lutte -honteuse contre lui, car cette lutte est le propre des bêtes. - - MARC-AURÈLE. - -4 - -Chacun a sa croix, son joug, non pas dans le sens du poids, mais dans -le sens de la destinée de la vie, et lorsque nous ne considérons pas la -croix comme un poids, mais comme une destinée, il nous est facile de -la porter. Cela nous est facile lorsque nous sommes humbles de cœur, -dociles et modestes. Et cela devient plus facile encore lorsque nous -renonçons à nous-mêmes; et cela est encore plus facile lorsque nous -la portons à toutes les heures, comme nous l'enseigne le Christ. Et -cela devient de plus en plus facile lorsque nous nous oublions dans le -travail spirituel, de même que les gens s'oublient dans les travaux -mondains. La croix qui nous est envoyée est ce à quoi nous devons -travailler. Toute notre vie est dans ce travail. Si la croix est une -maladie--il faut la porter avec humilité; si c'est une offense faite -par les gens--c'est de savoir payer le mal par le bien; si c'est, -une humiliation,--c'est de s'abaisser; si c'est la mort--c'est de -l'accueillir avec gratitude. - -5 - -Plus on repousse sa croix, plus elle devient lourde. - - AMIEL. - -6 - -La façon dont l'homme accueille son sort est incontestablement plus -importante que le sort même. - - HUMBOLDT. - -7 - -Aucun chagrin n'est aussi grand que la crainte qu'on en a. - -8 - -Si tu as un ennemi et que tu sais en profiler pour t'exercer sur lui à -aimer tes ennemis, ce que tu considères comme mal deviendra pour toi un -grand bien. - -9 - -La maladie, la perte d'un membre, la déception cruelle, la perle des -biens ou des amis semblent d'abord des pertes irréparables. Mais les -années donnent à ces perles une grande force curative. - - EMERSON. - -10 - -A l'époque pénible des maladies, des pertes et de malheurs, la prière -est plus nécessaire qu'à tout autre moment,--non pas la prière de nous -épargner, mais de reconnaître notre dépendance de la volonté suprême. -«Que Ta volonté soit faite et non la mienne, et non comme je le veux, -mais comme Tu le veux. Ma mission est d'accomplir Ta volonté dans les -conditions où tu m'as placé.» Dans les moments difficiles, il est on -ne peut plus nécessaire de nous rappeler que si nous souffrons, cette -souffrance nous est justement donnée afin que nous puissions montrer que -nous voulons accomplir Sa volonté et non la nôtre. - - - -VII--_Les souffrances ne peuvent entraver l'accomplissement de la -volonté de Dieu._ - -1 - -L'homme n'est jamais plus près de Dieu que lorsqu'il est dans le -malheur. Profitez-en pour ne pas perdre l'occasion de vous rapprocher -de ce qui donne seul le bonheur constant. - -2 - -Combien est juste l'ancien proverbe disant que Dieu envoie la souffrance -à celui qu'Il aime. Pour celui qui y croit, la souffrance n'est pas une -souffrance, mais un bonheur. - -3 - -Il te suffît de te dire que la volonté de Dieu s'accomplit dans tout ce -qui arrive, de croire que la volonté de Dieu est toujours le bien, et tu -ne craindras plus rien, et la vie sera toujours un bonheur pour toi. - - - -[1] Ou Thomas Hemerken, auteur présumé de _l'Imitation de Jésus-Christ. -(Note du trad.)._ - -[2] Philosophe allemand, de tendance néo-karitienne, professeur à -l'Université de Berlin. _(N. du trad.)._ - - - - -CHAPITRE XXVIII - -DE LA MORT - - -Si l'homme croit que sa vie est dans son corps, sa vie s'achève avec la -mort de son corps. Mais si l'homme considère que sa vie est dans son -âme, il ne peut même pas se représenter la fin de sa vie. - - -I.--_La vie de l'homme ne finit pas lorsque son corps meurt._ - - -1 - -Toute la vie de l'homme, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, ressemble -à un jour de sa vie, depuis qu'il s'éveille et jusqu'à ce qu'il -s'endorme. - -Souviens-toi comment tu te réveilles après un sommeil profond, comment -tu ne reconnais pas d'abord l'endroit où tu le trouves, comment tu ne -reconnais pas celui qui est à ton chevet et qui te réveille; comment -tu ne veux pas te lever et qu'il te semble n'en avoir pas la force. -Mais, peu à peu, tu reviens à toi, tu commences à comprendre ce que tu -es et où tu te trouves, tu te lèves et tu te mets à l'ouvrage. Il en -est de même, à très peu de choses près, de l'homme lorsqu'il naît et -commence à entrer peu à peu dans la vie, à gagner des forces, à devenir -raisonnable et à travailler. - -La différence consiste en ce fait que les manifestations du sommeil se -passent rapidement, tandis que celles de la croissance durent des mois, -des années. - -Ensuite, un jour ressemble également à la vie humaine tout entière. En -s'éveillant, l'homme travaille, s'occupe, et plus la journée avance, -plus il devient alerte. Arrivé au milieu de la journée, il ne se sent -plus aussi robuste que le matin; et vers le soir, il se fatigue de plus -en plus et il a déjà envie de se reposer. Il en est de même de la vie -entière. - -Dans sa jeunesse, l'homme est alerte et il vit gaiement; vers le milieu -de sa vie, il n'est plus aussi robuste, et dans la vieillesse, il se -sent fatigué et il a de plus en plus envie de repos. Et de même que la -nuit arrive à la fin de la journée et que l'homme se couche, de même que -les idées commencent à se brouiller dans sa tête, et, en s'endormant, -qu'il se sent s'en aller, il a la même sensation lorsqu'il meurt. - -De sorte que l'éveil dé l'homme est une petite naissance; la journée, -depuis le matin jusqu'à la nuit, est une petite vie; le sommeil est une -petite mort. - -2 - -Lorsque le tonnerre gronde, nous savons que la foudre est déjà tombée -et le tonnerre ne peut plus nous tuer; cependant, nous tressaillons -toujours en entendant un coup de tonnerre. Il en est de même de la mort. - -Il semble à celui qui ne comprend pas le sens de la vie, que tout périt -avec la mort, et il la craint, se cache d'elle comme le sot se cache -d'un coup de tonnerre, alors que ce coup ne peut plus le tuer. - -3 - -Parce qu'un homme a traversé lentement l'espace qui s'ouvre à mes -yeux et au delà duquel je ne vois plus, et qu'un autre l'a traversé -rapidement, je ne vais pas penser que celui qui marchait lentement vit -plus longtemps que celui qui marchait vite. Je ne sais qu'une chose: je -sais que si j'ai vu un homme passer vite ou lentement devant ma fenêtre, -l'un et l'autre ont existé avant que je ne les vis et qu'ils vivront -aussi après. Il en est de même des hommes dont j'ai vu la vie courte ou -longue avant leur mort. - -4 - -La mort est la transformation de l'enveloppe à laquelle notre âme est -liée. Il ne faut pas confondre l'enveloppe avec ce qu'il y a dedans. - -5 - -Souviens-toi que tu ne restes pas sur place, mais que tu passes, que tu -n'es pas dans une maison, mais dans un train qui te conduit à la mort. -Souviens-toi que ton corps ne fait que passer et que seul l'esprit vit -en toi. - -6 - -Bien que je ne puisse pas le prouver indubitablement, je sais toutefois -que l'élément immatériel libre et raisonnable qui vit en moi ne peut pas -mourir. - -7 - -Même si je me trompais, en supposant que les âmes sont immortelles, -je serais heureux et satisfait de mon erreur; et, tant que je suis en -vie, aucun homme ne sera à même d'ébranler cette conviction. Cette -conviction me donne le calme et la satisfaction absolue. - - CICÉRON. - - -II.--_La vraie vie est en dehors du temps; c'est pourquoi elle n'a pas -d'avenir._ - -1 - -Le temps cache la mort. Lorsque l'on compte avec le temps, on ne peut -s'imaginer qu'il finisse. - -2 - -La raison pour laquelle l'idée de la mort ne fait pas l'effet qu'elle -pourrait produire, réside en ce fait qu'en raison de notre nature -d'êtres actifs, nous aurions dû ne pas penser du tout à la mort. - - KANT. - -3 - -La question de savoir si la vie existe au-delà, ou non, est la même que -de savoir si le temps est le produit de notre faculté de penser, ou une -condition indispensable de tout ce qui existe. - -Que le temps ne puisse être une condition indispensable à tout ce qui -existe, cela peut être prouvé par le fait que nous sentons en nous-mêmes -quelque chose qui n'est pas subordonné au temps: notre vie dans le -présent. C'est pourquoi la question de savoir si la vie d'outre-tombe -existe ou non, est la même que de demander laquelle des deux choses est -réelle: notre conception du temps, ou la conscience de notre vie dans le -présent. - -4 - -Si l'homme base sa vie sur le présent, il ne peut être question pour lui -de sa vie future. - - - -III.--_La mort ne peut effrayer un homme qui vit de la vie spirituelle._ - -1 - -La mort libère si facilement de toutes les difficultés et de tous les -malheurs, que ceux qui ne croient pas à l'immortalité devraient la -souhaiter. Et ceux qui croient en l'immortalité, qui attendent une vie -nouvelle, devraient la souhaiter plus encore. Pourquoi donc la plupart -des hommes ne la désirent pas? C'est parce qu'ils vivent de la vie -corporelle, et non de la vie spirituelle. - -2 - -Les souffrances et la mort se présentent à l'homme comme un malheur -quand il prend la loi de son existence corporelle et bestiale pour la -loi de sa vie. Alors seulement, il s'abaisse au niveau de l'animal, -alors seulement les souffrances et la mort l'effraient. De tous -côtés, elles se ruent sur lui et le chassent sur l'unique route de la -vie humaine qui lui est ouverte, celle de la loi de la raison et se -manifestant par l'amour. Les souffrances et la mort ne sont que les -dérogations à la loi de la vie. Si l'homme menait une vie absolument -spirituelle, il n'y aurait pour lui ni souffrances, ni mort. - -3 - -Craindre la mort revient au même que de craindre les fantômes, de -craindre ce qui n'existe pas. - -4 - -Pour l'homme qui vit pour son âme, la destruction du corps n'est qu'une -libération, et les souffrances sont les conditions inévitables de cette -libération. Mais quelle est la situation de celui qui croit que toute sa -vie est dans son corps, lorsqu'il voit que la seule chose dont il vit-- -son corps--se détruit et qu'il doit, de plus, endurer des souffrances? - -5 - -L'animal meurt sans s'apercevoir de la mort et presque sans la craindre. -Pourquoi donc l'homme doit-il voir la fin qui le guette, et pourquoi lui -semble-t-elle si affreuse, au point qu'elle le force parfois à mettre -fin à ses jours? Je ne sais pourquoi cela est ainsi; mais je sais dans -quel but: pour que l'homme conscient et raisonnable transforme sa vie -charnelle en vie spirituelle. Cette transformation abolit non seulement -la crainte de la mort, mais encore elle donne à l'attente de la mort une -sensation analogue à celle qu'éprouve le voyageur à l'approche de sa -maison. - -6 - -La vie n'a rien de commun avec la mort. C'est probablement pour cela -que s'éveille en nous l'espoir inepte qui obscurcit la raison et nous -fait douter de l'exactitude de notre connaissance quant au caractère -inévitable de la mort. La vie corporelle tend à s'obstiner dans -l'existence. Elle répète toujours, comme le perroquet dans la fable, -même au moment où on l'étrangle: «Ce n'est rien, ça.» - - AMIEL. - -7 - -Le corps est le mur qui limite l'esprit et qui l'empêche d'être libre. -L'esprit tend sans cesse à écarter ces murs, et toute la vie d'un homme -de raison se passe à ce travail de libération de l'esprit de l'emprise -du corps. La mort complète celte libération. C'est pourquoi la mort non -seulement n'est pas effrayante, mais est une joie pour celui qui mène -une vie juste. - -8 - -Si la mort est effrayante, la cause en est en nous-mêmes, non en elle. -Meilleur est l'homme, moins il craint la mort. - -Pour le saint il n'y a pas de mort. - -9 - -Tu crains la mort, mais songe à ce que tu deviendrais si tu devais vivre -éternellement tel que tu es actuellement? - -10 - -Il est tout aussi déraisonnable de souhaiter la mort que de la craindre. - -11 - -L'homme qui mène une vie raisonnable ressemble à celui qui porte une -lanterne pour éclairer son chemin. Cet homme n'arrive jamais au bout de -l'endroit éclairé, car cette surface se déplace toujours devant lui. -Telle est la vie raisonnable, et cette vie seule n'a pas de mort, parce -que la lanterne éclaire sans cesse, jusqu'au dernier moment, et l'on -suit la lanterne aussi tranquillement que durant la vie. - - - -IV.--_L'homme doit vivre par ce qu'il y a d'immortel en lui._ - -1 - -La question de savoir si notre vie finit avec le corps est très -importante et on ne peut faire autrement que d'y réfléchir. Suivant que -nous croyons à l'immortalité ou non, nos actes seront raisonnables ou -insensés. - -Ainsi, notre premier souci est de résoudre la question de savoir si nous -mourons complètement lorsque la vie quitte le corps, ou si cette mort -n'est pas complète, d'établir ce qui est immortel en nous. Lorsque nous -aurons compris cela, il est évident que nous nous soucierons plus de ce -qui est immortel que de ce qui est mortel. - -La voix qui nous dit que nous sommes immortels est la voix de Dieu qui -vit en nous. - - D'après PASCAL. - -2 - -L'expérience nous apprend que bien des gens informés de la doctrine -sur la vie d'outre-tombe et convaincus de son existence, s'adonnent -néanmoins aux vices et commettent des actes de bassesse en s'ingéniant à -chercher les moyens qui leur permettraient d'éviter les conséquences de -leur conduite qui les menacent dans l'avenir. Et en même temps, je doute -qu'il ait jamais existé un seul homme moral sur la terre qui ait pu se -faire à l'idée que tout finit avec la mort, et dont la noble tournure -d'esprit ne se serait pas élevée jusqu'à l'espoir de la vie future. -C'est pourquoi il me semble qu'il serait plus conforme à la nature -humaine et à la pureté des mœurs de fonder la foi en la vie future sur -les sentiments d'une âme noble, plutôt que de baser la noble conduite -sur l'espoir d'une vie future. - - KANT. - -3 - -Il n'y a qu'une chose que nous sachions indubitablement: «La vie de -l'homme est pareille à une hirondelle qui traverse la chambre.» Nous -venons on ne sait d'où, et nous allons on ne sait où. Une obscurité -impénétrable est derrière nous, des ombres épaisses sont devant nous. -Quelle importance cela pourra-t-il avoir pour nous, lorsque notre moment -sera venu, que nous ayons ou non mangé de bons plats, porté ou non -des vêtements souples, laissé une fortune considérable ou aucune, que -nous ayons recueilli les lauriers de la gloire ou que nous ayons été -méprisés, que nous ayons été considérés comme des savants ou comme des -ignorants, qu'est tout cela en comparaison de l'emploi que nous ayons -fait du talent que le Maître nous a confié! - -Quelle valeur tout cela aura pour nous quand notre vue se brouillera et -que nos oreilles deviendront sourdes? Nous serons calmes à celte heure, -seulement alors que nous aurons veillé constamment au don de la vie -spirituelle qui nous avait été confié, quand nous l'aurons développé -jusqu'au point où la destruction du corps cesse d'être effrayante. - - HENRY GEORGE. - -4 - -Extrait du testament d'un roi mexicain: - -«Tout sur la terre a une limite, et les plus puissants et les plus -heureux tombent, dans leur grandeur et dans leur joie, en poussière. -Toute la terre n'est qu'une grande tombe, et il n'y a rien à sa surface -qui ne soit caché dans la tombe sous terre. Les eaux, les fleuves et les -torrents s'élancent vers leur destination et ne reviennent plus à leur -source heureuse. Tous se hâtent pour s'ensevelir dans les profondeurs de -l'océan infini. Ce qui était hier n'est plus aujourd'hui; et ce qui est -aujourd'hui ne sera plus demain. Le cimetière est plein des dépouilles -de ceux qui étaient jadis pleins de vie, qui étaient rois, gouvernaient -les peuples, présidaient les assemblées, commandaient les armées, -faisaient la conquête de pays nouveaux, exigeaient qu'on s'incline -devant eux, étaient gonflés de vanité, de richesse, de pouvoir. - -Mais la gloire est passée comme la fumée noire sortant du volcan et n'a -rien laissé qu'une mention sur la feuille du chroniqueur. - -Les grands, les sages, les braves, les magnifiques, hélas! où sont-ils -maintenant? Ils sont tous mêlés à l'argile, et ce qui leur est arrivé -nous arrivera; cela arrivera aussi à ceux qui seront après nous. - -Mais prenez courage vous tous, chefs célèbres, amis sûrs et sujets -fidèles--aspirons tous à ce Ciel où tout est éternel et où il n'y a ni -putréfaction, ni destruction. - -L'obscurité est le berceau du soleil, et les ténèbres de la nuit sont -nécessaires pour faire briller les étoiles.» - - TETSKOUKO NEZAGOUAL KOPOTL (env. 1460 av. J.-C.). - -5 - -La mort est inévitable pour tout ce qui est né, comme la naissance est -inévitable pour tout ce qui est mortel. C'est pourquoi on ne doit pas -s'élever contre l'inévitable. La situation antérieure des êtres est -inconnue, leur situation intermédiaire est évidente, leur situation -future ne peut être connue; dès lors, à quoi bon nous soucier, nous -inquiéter? Certaines gens considèrent l'âme comme un miracle, d'autres -en parlent et en entendent parler avec étonnement, mais personne n'en -sait rien. - -La porte du ciel t'est entr'ouverte juste autant qu'il te le faut. -Débarrasse-toi des soucis et des inquiétudes, et dirige ton âme vers le -spirituel. Que tes actes soient gouvernés par toi-même, et non par les -événements. Ne sois pas de ceux qui agissent en vue de la récompense. -Sois attentif, fais ton devoir, ne pense pas aux conséquences, afin -qu'il te soit indifférent que l'affaire finisse bien ou mal pour toi. - - _Bagavad Hita hindoue._ - -6 - -Nous sommes ici comme des passagers sur quelque grand bateau, dont le -capitaine possède une liste que nous ne connaissons pas; et il sait où -il est indiqué où et quand chacun de nous doit être débarqué. Mais tant -que nous sommes à bord, nous ne pouvons faire autrement que de nous -efforcer, tout en observant la loi établie sur le vaisseau, de passer -avec nos compagnons de voyage, en paix et en amour le temps qui nous est -assigné. - -7 - -Serait-il possible que le changement t'effraie? Rien ne se fait sans -lui. Il est impossible de chauffer de l'eau sans qu'une transformation -s'opère dans le bois. La nutrition est impossible sans changer les -aliments. Toute la vie humaine n'est rien de plus qu'une transformation. -Comprends que le changement qui t'attend a absolument le même sens et -qu'il est tout aussi indispensable de par la nature des choses. Il n'y -a qu'à se soucier uniquement de ne pas agir contrairement à la vraie -nature humaine; il faut agir en tout suivant ses indications. - - MARC-AURÈLE. - -8 - -Ce monde est horrible si les souffrances qu'on y endure ne suscitent -pas le bien. C'est une odieuse organisation, créée uniquement pour -tourmenter les hommes moralement et physiquement. S'il en est ainsi, ce -monde fait le mal, non pour le bien futur, mais inutilement, sans but, -et il est parfaitement immoral. Il semble attirer les hommes tout exprès -pour les faire souffrir. Il nous frappe depuis notre naissance; mêle de -l'amertume à chaque coupe de bonheur et enveloppe la mort de terreur. -Et certes, si Dieu et l'immortalité n'existent pas, le dégoût de la -vie manifesté par les hommes est compréhensible: il est provoqué par -l'ordre, ou plutôt par le désordre existant, par l'affreux chaos moral, -comme on devrait l'appeler. - -Mais si Dieu existe au-dessus de nous et l'éternité au-devant de nous, -tout change. Nous discernons le bien dans le mal, la lumière dans les -ténèbres, et l'espoir chasse le désespoir. - -Laquelle de ces deux suppositions est la plus probable? Peut-on admettre -que des êtres moraux--les hommes--soient mis dans la nécessité de -maudire avec raison l'ordre existant dans le monde, alors qu'ils ont -une issue qui résout leur contradiction? Ils doivent maudire le monde -et le jour de leur naissance si Dieu et la vie future n'existent pas. -Si, au contraire, l'un et l'autre existent, la vie devient un bonheur -par elle-même et le monde un endroit de perfectionnement moral et -d'accroissement infini de bonheur et de sainteté. - - D'après ERASME. - -9 - -Pascal dit que si nous nous étions vus en rêve toujours dans la même -situation et, en réalité, dans des situations différentes, nous aurions -pris le rêve pour la réalité et la réalité pour le rêve.... Ce n'est pas -tout à fait exact. La réalité se distingue du rêve par le fait que dans -la vie réelle nous avons la faculté d'agir conformément à nos exigences -morales; tandis qu'en rêve, nous savons souvent que nous accomplissons -des actes vils et immoraux qui ne nous sont pas habituels, mais dont -nous ne pouvons nous contenir. Il serait donc plus exact de dire que si -nous ne connaissions pas la vie pendant laquelle nous serions plus aptes -à satisfaire nos exigences morales qu'en rêve, nous aurions considéré -le sommeil comme une vraie vie et nous n'aurions jamais douté que celte -vie ne soit réelle. Toute notre vie, depuis la naissance jusqu'à la -mort, avec ses rêves, n'est-elle pas, à son tour, un songe et que nous -prenons pour la réalité, pour la vie réelle, dont nous ne doutons pas, -uniquement parce que nous ne connaissons pas de vie où notre liberté -de suivre les exigences morales de l'âme serait plus grande encore que -celle dont nous jouissons actuellement? - -10 - -Si ta courte vie est tout ton avoir, tâche d'en faire tout ce qui est -possible. - - SAID BEN HAMED. - -11 - -Comment vivre sans savoir ce qui nous attend? demandent les hommes. Et, -cependant, lorsque tu vis sans songer à ce qui t'attend et uniquement -pour pouvoir manifester ton amour, la vraie vie commence pour toi. - -12 - -L'amour ne supprime pas seulement la crainte de la mort, mais encore -la pensée de la mort. Une vieille paysanne disait à sa fille, quelques -heures avant sa fin, qu'elle était contente de mourir en été. Lorsque sa -fille lui demanda pourquoi, la moribonde répondit que c'est parce qu'il -est plus difficile de creuser la tombe en hiver qu'en été. La vieille -n'avait pas de peine à mourir parce que, jusqu'au, dernier moment, elle -ne pensait pas à elle-même, mais aux autres. - -Accomplis des œuvres d'amour, et il n'y aura pas de mort pour toi. - -13 - -Lorsque tu es venu au monde, tu pleurais, tandis que tout le monde se -réjouissait autour de toi; arrange-toi de façon à ce que tout le monde -pleure lorsque tu quitteras le monde, et que toi seul tu puisses sourire. - - - -V.--_La pensée à la mort aide à la vie spirituelle._ - -1 - -Pour te forcer à bien agir, souviens-toi plus souvent que tu mourras -sûrement bientôt. Représente-toi que tu es à la veille de la mort et -tu ne ruseras plus, ne tromperas plus, ne mentiras plus, ne médiras -plus, n'injurieras plus, ne t'irriteras plus, ne prendras plus ce qui -ne t'appartient pas. A la veille de la mort, on ne peut accomplir que -des actions simples et bonnes. Et ces actions sont toujours les plus -nécessaires et les plus joyeuses. C'est pourquoi il est toujours bon, -surtout lorsqu'on est désorienté, de songer à la mort. - -2 - -Lorsque les hommes savent que la mort est venue, ils prient, confessent -leurs péchés, afin de pouvoir se présenter devant Dieu avec une âme -pure. Mais nous mourons tous les jours un peu, et à tout instant nous -pouvons mourir tout à fait, C'est pourquoi nous n'aurions pas dû -attendre la dernière heure, mais être prêt à tout moment. - -Et être prêt à mourir, c'est bien vivre. - -La mort est toujours suspendue au-dessus de nous, précisément pour que -nous soyons toujours prêts à mourir et vivions bien en se préparant à la -mort. - -3 - -Tu devras mourir bientôt! Et pourtant tu ne peux toujours pas te libérer -de l'hypocrisie et des passions, tu ne peux pas abandonner le préjugé de -croire que tout ce qui est extérieur peut nuire à l'homme, tu ne peux -pas devenir humble envers chacun. - - MARC-AURÈLE. - -4 - -En vue de la mort, la vie entière devient solennelle, grave, réellement -féconde et joyeuse. En vue de la mort, il nous est impossible de ne pas -accomplir le travail qui nous est destiné dans cette vie, parce qu'on ne -peut travailler avec ardeur à rien d'autre. Et lorsque nous travaillons -ainsi, la vie devient joyeuse, et la crainte de la mort n'existe plus, -cette crainte qui empoisonne la vie de ceux qui ne vivent pas en vue de -la mort. - -5 - -Vis comme si tu devais tout de suite dire adieu à la vie, comme si le -temps qui t'est accordé était un don inattendu. - - MARC-AURÈLE. - -6 - -Vis comme si tu devais vivre un siècle et mourir le soir même. Travaille -comme si tu pouvais vivre éternellement et traite les hommes comme si tu -devais mourir immédiatement. - -7 - -La vie dans l'oubli de la mort et la vie avec la conscience de son -approche continuel sont deux états absolument différents. L'un se -rapproche de l'état bestial, l'autre de l'état divin. - - - -VI.--_L'approche de la mort._ - -1 - -Nous appelons mort la suppression de la vie et les minutes ou les heures -pendant lesquelles on meurt. La première, la suppression de la vie, ne -dépend pas de notre volonté; les seconds, les derniers moments, sont -dans notre pouvoir. Nous pouvons mourir mal et mourir bien. Nous devons -nous efforcer de bien mourir. - -C'est nécessaire pour ceux qui restent. - -2 - -Le moribond comprend difficilement tout ce qui vit; mais on s'aperçoit -qu'il ne comprend pas ce qui vit, non parce que ses facultés mentales -s'affaiblissent; mais parce qu'il comprend quelque chose que les vivants -ne comprennent pas, ne peuvent comprendre, et qui l'absorbe tout entier. - -3 - -On pense généralement que la vie des vieillards n'a pas d'importance, -qu'ils ne font qu'achever leur vie. Ce n'est pas vrai. Dans la plus -profonde vieillesse, la vie est plus précieuse et plus nécessaire que -jamais, aussi bien pour soi que pour les autres. Là valeur de la vie est -en raison contraire des carrés de distance de la mort: Ce serait heureux -si les vieillards eux-mêmes et ceux qui les entourent le comprenaient. -Le dernier instant avant la mort est tout particulièrement précieux. - -4 - -Avant d'arriver à la vieillesse, je me suis efforcé de bien vivre; dans -la vieillesse, je m'efforce de bien mourir; pour bien mourir, il faut -mourir volontiers. - - SÉNÈQUE. - -5 - -Ai-je peur de la mort? Je crois que non; mais à son approche, ou en -pensant à elle, je ne peux m'empêcher d'éprouver une émotion pareille à -celle que doit éprouver un voyageur en arrivant à l'endroit où son train -tombe d'une très grande hauteur à la mer, ou au moment où il s'élève à -une très grande hauteur en ballon. L'homme, en mourant, sait qu'il ne -lui arrivera rien de particulier, qu'il lui arrivera ce qui est déjà -arrivé à des millions d'êtres, qu'il ne fait que changer de mode de -locomotion, mais il lui est impossible de ne pas éprouver d'émotion en -s'approchant de l'endroit où ce changement aura lieu. - - - - -CHAPITRE XXIX - -APRÈS LA MORT - - -On demande: Qu'arrivera-t-il après la mort? Il n'y a qu'une réponse à -cette question: le corps pourrira et deviendra poussière, cela nous -le savons sûrement. Quant à ce qu'il adviendra de notre âme, nous ne -pouvons en rien dire, parce que la question de: «qu'arrivera-t-il?» se -rapporte au temps. Or l'âme est hors du temps. L'âme n'a pas été et ne -sera pas. Elle est. Si elle n'existait pas, il n'y aurait rien. - - -I.--_La mort charnelle n'est pas la fin de la vie, mais uniquement uns -transformation._ - -1 - -Quand nous mourons, il peut nous arriver de deux choses l'une: ou bien -ce que nous considérions comme nous-mêmes passera en un autre être, ou -bien nous ne serons plus des êtres séparés, et nous nous confondrons -avec Dieu. Que cela soit l'une ou l'autre, nous n'avons rien à craindre -dans les deux cas. - -2 - -La mort constitue une transformation de notre corps, la plus grande, la -dernière. Nous subissons constamment des changements dans notre corps: -nous étions d'abord des morceaux de chair; nous devenions ensuite des -nourrissons; graduellement, nos cheveux, nos dents poussèrent, puis -tombèrent, puis ils poussèrent à nouveau, la barbe apparut, commença à -blanchir, à tomber, et nous n'avons jamais craint ces changements. - -Pourquoi craignons-nous le dernier changement? - -Parce que personne ne nous a raconté ce qui lui est arrivé après ce -changement. Mais personne ne dira, lorsqu'un homme nous quitte et ne -nous écrit plus, qu'il n'existe pas, qu'il est mal là où il est allé, -nous dirons simplement que nous n'avons pas de nouvelles de lui. Il en -est de même des morts: nous savons qu'ils ne sont plus parmi nous, mais -nous n'avons aucune raison de croire qu'ils n'existent plus, ou qu'ils -sont plus malheureux depuis qu'ils nous ont quittés. Si nous ne pouvons -savoir ni ce qui arrivera après la mort, ni ce que nous étions avant -cette vie, cela prouve uniquement qu'il ne nous est pas donné de le -savoir, parce que nous n'avons pas besoin de le savoir. Nous ne savons -qu'une chose, c'est que notre vie n'est pas dans les changements du -corps, mais en ce qui vit dans ce corps, dans l'âme. Et l'âme ne peut -avoir ni commencement ni fin, parce qu'elle seule existe. - -3 - -«De deux choses l'une: ou la mort est la disparition absolue de la -conscience, ou elle est, conformément à la légende, simplement un -changement et la migration de l'âme d'un endroit dans un autre. Si -la mort est la destruction complète de la conscience, et qu'elle -est pareille à un sommeil profond sans rêves, elle est un bienfait -incontestable, car chacun n'a qu'à se rappeler une nuit passée dans -un tel sommeil sans rêves et à la comparer aux autres jours et aux -autres nuits, avec leurs craintes, leurs inquiétudes et désirs non -satisfaits, éprouvés tant en réalité qu'en rêves, et je suis persuadé -que personne ne trouvera beaucoup de jours et de nuits plus heureux que -les nuits sans rêves. De sorte que, si la mort est un tel sommeil, je la -considère, quant à moi, comme un bienfait. Si elle constitue le passage -d'un monde dans un autre, et s'il est vrai que tous les hommes sages et -saints morts avant nous s'y trouvent, pourrait-on espérer un bonheur -plus grand que de vivre parmi ces êtres? J'aurais voulu mourir, non pas -une fois, mais cent fois, pourvu que je puisse pénétrer dans cet endroit. - -«De sorte que ni vous, juges, ni les hommes, en général, ne doivent -craindre la mort, me semble-t-il; ils n'ont qu'à se souvenir d'une -chose: pour un homme de bien, il n'y a pas de mal ni dans la vie, ni -dans la mort.» - - (_Extrait du discours de Socrate devant le Tribunal._) - -4 - -Celui qui voit le sens de la vie dans le perfectionnement spirituel -ne peut croire à la mort; il ne peut croire à l'arrêt de ce -perfectionnement. Ce qui se perfectionne ne peut disparaître, cela ne -peut que se modifier. - -5 - -La mort est l'interruption de la conscience dont je vis actuellement. La -conscience de cette vie s'arrête; je le vois sur ceux qui meurent. Mais -que devient ce qui était la conscience? Je ne le sais pas, et je ne puis -le savoir. - -6 - -Les hommes craignent la mort et voudraient vivre aussi longtemps que -possible. Mais si la mort est un malheur, n'est-il pas indifférent de -mourir dans trente ou dans trois cents ans? Quelle joie a un condamné à -mort de savoir que ses camarades mourront dans trois jours et que son -exécution à lui aura lieu dans trente jours. - -La vie se terminant par une mort définitive serait la mort même. - - SKOVORODA. - -7 - -Chacun sent qu'il n'est pas un rien amené à la vie, à un certain moment, -par quelqu'un d'autre. C'est de là que vient notre assurance que la mort -peut mettre une fin à notre vie, mais non à notre existence. - - SCHOPENHAUER. - -8 - -Plus on est profondément conscient de sa vie, moins on croit à sa -disparition et à la mort. - -9 - -Je ne crois en aucune des religions existantes, et ne puis, par -suite, être soupçonné de suivre aveuglément quelque tradition ou de -subir l'influence de l'éducation. Mais, durant ma vie entière, j'ai -réfléchi aussi profondément que j'en étais capable sur la loi de -notre vie. Je l'ai cherchée dans l'histoire de l'humanité et dans ma -propre conscience, et je suis arrivé à la conviction inébranlable -que la mort n'existe pas, que la vie ne peut être qu'éternelle, -que le perfectionnement infini est une loi de la vie, que chaque -qualité, chaque idée, chaque tendance que je possède, doit avoir son -développement pratique; que nous avons des capacités, des tendances -qui dépassent, de beaucoup les éventualités de notre vie terrestre, que -le fait même que nous en disposons et ne pouvons découvrir leur origine -dans nos sens peut être considéré comme une preuve de ce quelles nous -viennent des régions extra-terrestres et ne peuvent être réalisées que -dans ces régions; que rien ne peut ici-bas, sauf les choses visibles, et -que croire que nous mourons parce que notre corps meurt revient au même -que de s'imaginer que l'ouvrier est mort parce que son outil s'est usé. - - Joseph MAZZINI. - -10 - -Si l'espoir de l'immortalité était une illusion, on pourrait voir -clairement qui sont ceux qui ont été trompés. Non pas les âmes basses -et noires qui n'ont jamais envisagé cette grande pensée, non pas les -gens endormis et distraits qui sont satisfaits du sommeil voluptueux de -cette vie et du sommeil des ténèbres dans l'avenir, non pas les égoïstes -aux idées étroites et qui sont plus mesquines encore dans l'amour. Non, -pas eux. Ils auraient raison, et le bénéfice serait de leur côté. Ceux -qui auraient été trompés, ce seraient les grands et les saints que -les hommes vénèrent; les trompés seraient tous ceux qui ont vécu pour -quelque chose de meilleur que leur bonheur personnel, et qui ont donné -leur vie pour le bien commun. - -Tous ces hommes auraient été trompés. Le Christ lui-même aurait souffert -inutilement en donnant Son esprit au Père imaginaire, et Il aurait tort -de croire qu'Il L'avait manifesté par Sa vie. Toute la tragédie du -Golgotha ne serait qu'un malentendu: la vérité serait du côté de ceux -qui se moquaient de Lui et désiraient Sa mort; elle serait également -aujourd'hui du côté de ceux qui sont indifférents à la conformité avec -la nature humaine qu'offre cette histoire soi-disant imaginaire. Qui -vénérerait-on, qui croirait-on si l'inspiration des êtres supérieurs -n'était que des fables ingénieusement combinées? - - PARKER. - - - -II.--_Le principe du changement de l'existence qui a lieu pendant la vie -corporelle est inaccessible à la raison humaine._ - -Nous tâchons souvent de nous représenter la mort comme un passage dans -une région inconnue; mais cette conception ne nous donne absolument -rien. Il est tout aussi impossible de se représenter la mort, qu'il est -impossible de se représenter Dieu. Tout ce que nous pouvons savoir, -c'est que la mort, de même que tout ce qui vient de Dieu, est un bien. - -2 - -On nous demande: que deviendra l'âme après la mort? Nous ne le savons -pas, et nous ne pouvons le savoir. Il n'y a qu'une chose de certain: -c'est que si tu te diriges quelque part, tu es sûrement sorti de quelque -endroit. Il en est de même de la vie. Si tu es dans cette vie, tu es -sûrement sorti de quelque part. Tu retourneras là d'où tu es sorti. - -3 - -Je ne me souviens absolument pas de ce qui a eu lieu avant ma naissance; -je pense donc qu'après la mort je ne me souviendrai de rien de ma vie -actuelle. Si la vie après la mort existe, il m'est impossible de -l'imaginer. - -4 - -Personne ne sait ce qu'est la mort et, cependant, tous la craignent, en -la considérant comme le plus grand-mal, bien qu'elle puisse être le plus -grand bonheur. - - PLATON. - -5 - -Personne ne peut se vanter de savoir que Dieu et la vie future existent. -Je ne puis pas dire que je sache indubitablement que Dieu et mon -immortalité existent, mais je dois dire que je sens qu'il y a un Dieu, -comme je sens qu'il y a un «moi» immortel. Cela prouve que ma foi en -Dieu et en l'autre monde est tellement liée à ma nature qu'elle ne peut -être séparée de moi. - - D'après KANT. - -6 - -Le Christ a dit en mourant: «Père, je remets mon esprit entre Tes -mains.» Quiconque prononce ces paroles, non pas avec la langue, mais -avec le cœur, n'a plus besoin de rien. Si mon esprit retourne à Celui de -Qui il émane, il ne peut rien arriver à mon esprit que ce qu'il y a de -meilleur. - - - -III.--_La mort est une libération._ - -1 - -La mort est la destruction du vase dans lequel notre esprit est enfermé. -On ne doit pas confondre ce vase avec ce qu'il contient. - -2 - -Lorsque nous venons au monde, nos âmes sont mises dans les bières de -notre corps. Cette bière--notre corps--se désagrège petit à petit, et -notre âme se libère de plus en plus. Mais lorsque le corps meurt par la -volonté de Celui Qui a uni l'âme au corps, l'âme se libère entièrement. - - D'après HÉRACLITE. - -3 - -De même que le feu fait fondre la cire de la bougie, la vie de l'âme -consume la vie du corps. Le corps brûle sur le feu de l'âme et se -consume entièrement lorsque la mort vient. La mort détruit le corps de -même que les constructeurs détruisent les chantiers, quand le bâtiment -est prêt. - -Le bâtiment, c'est la vie spirituelle; les chantiers, c'est le corps. Et -l'homme qui a construit son bâtiment spirituel se réjouit en mourant de -voir tomber les chantiers de sa vie corporelle. - -4 - -Tout au monde pousse, fleurit et revient à sa racine. Ce retour est -le retour conforme à la nature. La conformité avec la nature signifie -l'éternité; c'est pourquoi la destruction du corps ne présente aucun -danger. - - LAO-TSEU. - -5 - -L'homme qui travaillait toute sa vie à dompter ses passions, ce dont -son corps l'empêchait, se réjouit d'en être libéré. Et la mort n'est -qu'une libération. Le perfectionnement, dont nous avons parlé plus d'une -fois, consiste dans la séparation possible de l'âme du corps, et dans -la faculté acquise de se concentrer en dehors du corps, en elle-même; la -mort donne cette même libération. Ne serait-il pas étrange que l'homme -qui se prépare toute sa vie à vivre de façon à devenir aussi libre que -possible par la domination du corps, s'en trouve mécontent au moment où -cette libération est prête de se réaliser. C'est pourquoi, malgré tout -le regret que j'ai de vous quitter et de vous causer du chagrin, je ne -puis ne pas acclamer la mort, comme la réalisation de ce que je désirais -atteindre durant toute ma vie. - - (_Du discours d'adieu de Socrate à ses élèves._) - -6 - -L'homme voit les plantes et les animaux s'engendrer, croître, prendre -des forces, se multiplier, puis faiblir, dépérir, vieillir et mourir. - -Il le voit de même sur les autres hommes, et il le sait également que -son corps vieillira, qu'il dépérira et mourra, comme tout ce qui naît et -vit au monde. - -Mais, en dehors de ce qu'il voit sur les autres êtres et sur lui-même, -tout homme sait aussi qu'il y a quelque chose en lui qui ne faiblit ni -ne vieillit; il sait, au contraire, que plus il vit, plus ce quelque -chose se fortifie et se perfectionne: c'est son âme à laquelle rien ne -peut arriver de ce qui arrive au corps. C'est pourquoi la mort n'effraie -que celui qui ne vit pas de l'âme, mais du corps. - -7 - -On demanda à un sage qui disait que l'âme était immortelle: «Qu'est-ce -qui arrivera lorsque le monde finira?» Il répondit: «Pour que mon âme -ne meure pas, il n'y a pas besoin du monde.» - -8 - -L'âme ne vit pas dans le corps comme dans une maison, mais comme un -voyageur dans un asile d'autrui. - - _Kouran_ hindou. - -9 - -Plus notre vie devient spirituelle, plus nous croyons à l'immortalité. A -mesure que notre nature s'éloigne de la grossièreté bestiale, nos doutes -se dissipent. - -Le voile se lève sur l'avenir, les ténèbres se dissipent, et nous -sentons notre immortalité encore ici-bas. - - MARTINEAU. - -10 - -Celui qui comprend faussement la vie, comprendra toujours faussement la -mort. - -11 - -Celui qui connaît les autres est sage, celui qui se connaît lui-même est -éclairé. - -Celui qui vainc les autres est fort; celui qui se vainc lui-même est -puissant. - -Mais celui qui sait qu'il ne disparaîtra pas en mourant est éternel. - - LAO-TSEU. - - - -IV.--_La naissance et la mort sont les bornes au delà desquelles notre -vie nous est cachée._ - -1 - -La naissance et la mort sont deux bornes. Au delà de ces bornes il y a -une sorte d'uniformité. - -2 - -La naissance est la même chose que la mort. Dès sa naissance, l'enfant -entre dans un monde nouveau, commence une tout autre vie que celle qu'il -avait dans le sein de sa mère. Si l'enfant pouvait raconter ce qu'il -a éprouvé en quittant la vie ancienne, il aurait dit la même chose -qu'éprouve l'homme en quittant cette vie. - -3 - -Où vont les hommes lorsqu'ils meurent? Là, probablement, d'où viennent -ceux qui naissent. Les hommes viennent de Dieu, du Père de notre vie. -C'est de Lui qu'est venu, vient, et viendra toute vie. De sorte qu'en -mourant, l'homme ne fait que retourner vers Celui dont il est issu. - -L'homme sort de la maison, travaille, se repose, mange, s'amuse, -travaille à nouveau et, lorsqu'il est fatigué, il rentré chez lui. - -Il en est de même durant toute la vie humaine; l'homme sort de chez -Dieu, travaille, souffre, se console, se réjouit, se; repose et, s'étant -suffisamment tourmenté, il revient à la maison, de laquelle il est sorti. - -4 - -Ne sommes-nous pas ressuscités une fois déjà de l'état dans lequel -nous étions moins renseignés sur le présent que nous ne le sommes -actuellement sur l'avenir? De même que notre état antérieur se rapporte -à l'état actuel, notre état actuel se rapporte à l'état futur. - - LICHTENBERG. - - - -V.--_La mort libère l'âme des limites de la personnalité._ - -1 - -La mort est une libération de la personnalité bornée. - -C'est de ce fait que résulte, apparemment, l'expression de paix et de -repos que l'on remarque sur les figures de la plupart des morts. La -mort de tout homme de bien est facile et tranquille; mais mourir avec -empressement, volontiers, mourir avec joie, voilà l'avantage de celui -qui a renoncé à lui-même, de celui qui renonce à la vie individuelle, -de celui qui la nie. Car seul cet homme a réellement envie de mourir -et, par suite, n'a besoin ni ne demande d'existence ultérieure pour sa -personnalité. - - SCHOPENHAUER. - -2 - -La conscience du Tout, renfermée dans les limites du corps, tend à -élargir ses limites. Dans la première moitié de sa vie, l'homme aime de -plus en plus les objets, les gens, c'est-à-dire qu'en sortant de ses -limites il reporte sa conscience sur d'autres êtres. Mais quelle que -soit la grandeur de son amour, il ne peut sortir de ses limites et ne -voit la possibilité de leur suppression qu'en mourant. Comment peut-on -craindre la mort après cela? Il se passe quelque chose d'analogue à -la transformation de la chenille en papillon. Nous sommes ici des -chenilles: d'abord nous naissons, ensuite nous nous endormons en -chrysalide; puis nous devenons papillons dans l'autre vie. - -3 - -Notre corps limite le principe divin, spirituel que nous appelons âme. -Et ces bornes, de même que le vase donne la forme au liquide ou au gaz -qui s'y trouve renfermé, donnent la forme à cet élément divin. Lorsque -le vase se brise, ce qui s'y trouvait enfermé perd la forme qu'il avait -et se répand. Est-ce que cela se relie aux autres substances? Est-ce -que cela prend une forme nouvelle? Nous n'en savons rien. Mais nous -savons sûrement que cela perd la forme que cela avait dans ses bornes, -parce que ce qui le bornait est détruit. Nous savons cela, mais nous -ne pouvons rien savoir de ce qui arrivera à ce qui était limité. Nous -savons uniquement qu'après la mort, l'âme devient quelque chose d'autre -que nous ne pouvons pas définir dans la vie présente. - -4 - -Si la vie est un sommeil et la mort un réveil, le fait que je me vois -séparé de ce qui existe, est un rêve dont j'espère me réveiller en -mourant. - -5 - -On éprouve de la joie en mourant quand on est fatigué d'être séparé du -monde, quand on sent toute l'horreur de cette séparation et la joie, -sinon de se joindre à tout, du moins de sortir de la prison qui vous -sépare ici où l'on n'a que rarement l'occasion de communiquer avec les -hommes au moyen d'étincelles d'amour qui volent de l'un à l'autre. On -a envie de dire: «J'en ai assez de cette cage; donnez-moi d'autres -rapports avec le monde, mieux appropriés à mon âme»; je sais que la mort -me les donnera. Et, pour me consoler, on m'assure que même là je serai -une personnalité isolée. - -6 - -J'ai sous les pieds une terre ferme et gelée; autour de moi, sont -d'immenses arbres; au-dessus de ma tête, un ciel couvert; je sens mon -corps, je suis plongé dans mes pensées, et pourtant, je sais, je sens de -tout mon être que la terre ferme, les arbres, le ciel, mon corps et mes -pensées, tout cela n'est que momentané, que cela n'est que le résultat -de mes cinq sens, de mon sentiment individuel du monde que j'ai moi-même -bâti, que tout cela n'est ainsi que parce que je suis telle partie du -monde et non pas une autre, que telle est ma séparation de l'univers. -Je sais qu'il suffit que je meurs, et tout cela ne disparaîtra pas avec -moi, mais se transformera, comme cela arrive au théâtre: les arbres et -les pierres se transforment en palais, en tours etc. La mort opérera -en moi une transformation, que je passerai en un autre être, autrement -séparé du monde. Et alors, tout l'univers, en restant le même pour ceux -qui y vivent, deviendra autre pour moi. Tout l'univers est tel et non -autre, uniquement parce que je me considère comme tel et non autre. Et -il peut y avoir une quantité innombrable de procédés pour séparer les -êtres de l'univers et les changer de point d'observation. - - - -VI.--_La mort dévoile ce qui paraissait inconcevable._ - -1 - -Plus l'homme vit longtemps, plus la vie se révèle à lui: ce qui était -ignoré devient connu; et il en est ainsi jusqu'à la mort. Et la mort -révèle tout ce que l'homme est en état de concevoir. - -2 - -Quelque chose se révèle à l'homme au moment de la mort. «Ah, voilà ce -que c'est», dit presque toujours l'expression du visage du moribond. -Mais nous, ceux qui restons, nous ne pouvons pas voir ce qui lui a été -révélé. Cela nous sera révélé plus tard, en son temps. - -3 - -Tout se révèle tant qu'on vit, comme si on s'élevait de plus en plus sur -des marches. Mais la mort survient, et ce qui se révélait, ne se révèle -plus, ou bien celui à qui la révélation était faite cesse de voir ce qui -se révélait avant, parce qu'il voit quelque chose de nouveau, de tout -différent. - -4 - -Ce qui meurt appartient déjà en partie à l'éternité. Il nous semble -que le moribond nous parle d'outre-tombe. Ce qu'il nous dit, nous -semble être un commandement. Nous nous le représentons presque comme -un prophète. Il est évident que pour celui qui sent la vie s'en aller -et le cercueil s'ouvrir, le moment des graves discours est arrivé. La -substance de sa nature doit se manifester. Le divin qui est en lui ne -peut plus rester caché. - - AMIEL - -5 - -Tous les malheurs nous révèlent ce qu'il y a en nous de divin, -d'immortel, qui forme la base de notre vie. Le plus grand malheur, -d'après la conception humaine--la mort--nous révèle entièrement notre -vrai «moi». - - - - -CHAPITRE XXX - -LA VIE EST UN BIEN - - -La vie de l'homme et son bonheur est dans l'union de plus en plus intime -de l'âme, séparée par le corps des autres âmes et de Dieu, avec ce dont -elle est séparée. Cette union s'opère par la manifestation de l'amour, -déterminant la libération de l'âme du corps. C'est pourquoi, si l'homme -comprend que la vie et son bonheur consistent en cette libération de -l'âme, sa vie, malgré toutes les souffrances, n'importe quels malheurs -et n'importe quelles maladies, ne peut être rien d'autre qu'un bonheur. - - -I.--_La vie est le bonheur suprême, accessible à l'homme._ - -1 - -La vie, quelle qu'elle soit, est un bien qui est supérieur à tout autre. -Si nous disons que la vie est un mal, c'est uniquement par comparaison -à une autre vie que nous imaginons meilleure; mais nous ne connaissons -aucune autre vie meilleure et ne pouvons la connaître; c'est pourquoi, -la vie, quelle qu'elle soit, est notre bonheur suprême. - -2 - -Nous négligeons souvent le bien de la vie présente, dans l'espoir de -recevoir quelque part un bien supérieur. Mais un si grand bien ne peut -jamais exister nulle part, parce que ce bien nous est déjà donné: la -vie, bien au-dessus duquel il n'y a rien et il ne peut rien y avoir. - -3 - -Le monde ici-bas n'est pas une plaisanterie, ni une vallée de larmes, -ni l'asile avant le passage dans un monde meilleur, mais un des mondes -éternels, beau, joyeux et que nous pouvons et devons, par nos efforts, -rendre plus beau et plus joyeux encore pour ceux qui vivent avec nous et -pour tous ceux qui y vivront après nous. - -4 - -L'homme est malheureux parce qu'il ne sait pas qu'il est heureux. - - DOSTOIEVSKY. - -5 - -On ne doit pas dire que le but de la vie est de servir Dieu. Le but de -la vie est toujours et sera toujours la recherche du bonheur. Et comme -Dieu a voulu donner le bonheur aux hommes, ceux-ci, en le poursuivant, -font ce que Dieu veut d'eux: ils accomplissent Sa volonté. - - - -II.--_Le vrai bien est dans la vie présente, et non dans la vie -«d'outre-tombe»._ - -1 - -D'après la fausse doctrine, la vie en ce monde est un mal, tandis que le -bien est atteint dans l'autre monde. - -D'après la vraie doctrine chrétienne, le but de la vie est le bonheur, -et on obtient ce bonheur ici-bas. - -Le vrai bien est toujours en notre pouvoir. Il suit la vie juste comme -une ombre. - -2 - -Si le paradis n'est pas en toi-même, tu n'y pénétreras jamais. - - ANGÉLUS. - -3 - -Ne crois pas que la vie n'est qu'un passage dans un autre monde, et -seulement que là nous pouvons être heureux. Nous devons être bien ici, -en ce monde. Et pour être bien ici, nous n'avons qu'à vivre comme veut -Celui Qui nous y a envoyés. Et ne dis pas que pour que tu puisses bien -vivre, il faut que tous vivent bien, qu'ils mènent tous une vie juste. -Non. Vis toi-même selon Dieu, fais des efforts toi-même, et tu vivras -sûrement bien, et les autres ne s'en ressentiront pas plus mal, mais -mieux. - -4 - -Vis de la vraie vie, et tu auras beaucoup d'ennemis; mais ceux-ci mêmes -t'aimeront. La vie t'apportera bien des malheurs; mais eux aussi te -rendront heureux, tu béniras la vie et tu forceras les autres à la bénir. - - D'après DOSTOIEVSKY. - - - -III--_Tu ne trouveras le vrai bonheur qu'en toi-même._ - -1 - -Dieu est entré en moi et c'est par moi qu'il cherche Son bien. Mais quel -peut être le bonheur de Dieu? Seulement celui d'être Lui. - - ANGÉLUS. - -2 - -Un sage dit: J'ai fait le tour du monde entier en cherchant le bien. -Je l'ai cherché sans trêve, jour et nuit. Quand je désespérais déjà de -le trouver, une voix intérieure me dit: ce bien est en toi-même. J'ai -écouté cette voix et j'ai trouvé le vrai bonheur. - -3 - -Quel bien te faut-il encore, quand Dieu et tout l'univers est en toi? - - ANGÉLUS. - -4 - -Les hommes sont heureux lorsqu'ils disent que rien n'est à eux sauf leur -âme. Ils sont heureux même quand ils vivent parmi les gens cupides et -méchants qui les haïssent: personne ne peut leur prendre leur bonheur. - - _Doctrine bouddhiste._ - -5 - -Mieux les hommes vivent, moins ils se plaignent des autres. Et plus -ils vivent mal, plus ils sont mécontents non pas d'eux-mêmes, mais des -autres. - -6 - -Le sage cherche tout en lui-même; l'insensé cherche tout dans les -autres. CONFUCIUS. - - - -IV.--_La vraie vie est la vie spirituelle._ - -1 - -La vie humaine, pleine de souffrances corporelles pouvant s'arrêter -à tout instant, doit avoir, pour ne pas être la plaisanterie la plus -grossière, un sens conformément auquel elle ne peut être troublée ni par -les souffrances, ni par sa longue durée, ni par sa brièveté. - -Or la vie humaine a ce sens. Il est dans notre conscience de plus en -plus nette de receler en nous Dieu. - -2 - -La vie humaine est une communion continue de l'être spirituel, isolé -par le corps, avec ce à quoi il a conscience d'être uni. Que l'homme -le comprenne ou non, qu'il le veuille ou non, cette communion s'opère -irrésistiblement par l'état que nous appelons: vie humaine. La -différence entre les hommes qui ne comprennent pas leur destination et -ne veulent pas vivre conformément à elle, et ceux qui la comprennent et -veulent vivre conformément à elle, consiste en ce que la vie de ceux qui -ne la comprennent pas, est une souffrance continuelle, alors que la vie -de ceux qui la comprennent et qui accomplissent leur destination, est un -bien continu qui augmente sans cesse. - -3 - -Rien ne confirme de façon aussi éclatante, que l'œuvre de la vie est -dans le perfectionnement moral, que le fait que, si variés que soient -tes désirs en dehors de ce perfectionnement, et bien qu'ils soient -entièrement réalisés, l'attrait du désir s'éteint aussitôt que le but -est réalisé. Il n'y a qu'une chose qui conserve la joie--c'est d'être -conscient que l'on avance vers la perfection. - -Seul ce perfectionnement continuel donne la vraie joie qui ne cesse de -grandir. Chaque pas en avant fait sur ce chemin, entraîne une récompense -qui est obtenue immédiatement. Et rien, ne peut la ravir. - -4 - -Celui qui consacre sa vie au perfectionnement spirituel ne peut être -mécontent, car ce qu'il désire est toujours en son pouvoir. - - PASCAL. - -5 - -Être heureux, posséder la vie éternelle, vivre en Dieu, être sauvé, tout -cela a le même sens: c'est la solution du problème de la vie. Et ce -bien s'accroît; l'homme ressent la possession de plus en plus forte et -profonde de la joie céleste. Et ce bien n'a pas de bornes, car ce bien -est la liberté, la toute-puissance, la satisfaction complète de tous les -désirs. - - AMIEL. - - - -V.--_En quoi consiste le vrai bonheur._ - -1 - -Les biens réels sont peu nombreux. Le vrai bien, le vrai bonheur est ce -qui est le bien pour tous. - -C'est pourquoi, on ne doit désirer que ce qui est conforme au bien -commun. Celui dont l'œuvre vise ce but obtiendra son bonheur. - - MARC-AURÈLE. - -2 - -Dans les situations des hommes, le mal est uni au bien, tandis que -dans leurs tendances ce mélange n'existe pas. La tendance peut être -mauvaise: chercher à accomplir la volonté de sa nature charnelle--, -ou bonne: chercher à accomplir la volonté de Dieu. Si l'homme suit le -premier désir, il est sûrement malheureux; s'il suit le deuxième, il n'y -a pas pour lui de malheur possible--tout est bonheur. - -3 - -Personne ne peut faire le vrai bonheur d'un autre. L'homme ne peut faire -que son propre bonheur. Le vrai bien ne consiste qu'en une seule chose: -vivre pour l'âme et non pour le corps. - -4 - -Faire le bien est la seule œuvre dont on puisse dire qu'elle nous est -sûrement profitable. - -5 - -On dit que celui qui fait le bien n'a pas besoin de récompense. C'est -vrai, si l'on croit que la récompense ne sera pas en toi et ne viendra -pas de suite, mais dans l'avenir. Mais l'homme est incapable de faire -le bien sans récompense, sans que cela lui donne la joie. Il s'agit de -comprendre en quoi consiste la vraie récompense. Elle n'est pas dans -ce qui est extérieur ni dans l'avenir, mais dans ce qui est interne et -actuel: elle est dans le perfectionnement de l'âme. C'est là qu'est la -récompense et en même temps la raison de faire le bien. - -6 - -Un homme de sainte vie priait Dieu pour les hommes: O Seigneur, -disait-il, sois miséricordieux pour les méchants, parce que tu as déjà -été miséricordieux pour les bons: ils sont heureux, parce qu'ils sont -bons. - - SAADI. - - - -VI.--_Le bien est dans l'amour._ - -1 - -Il n'y a qu'une chose à faire pour être sûr d'être heureux: c'est -d'aimer, d'aimer tous, les méchants et les bons. Aime toujours et tu -seras heureux toujours. - -2 - -Nous ne savons pas et nous ne pouvons savoir pourquoi nous vivons. -Aussi, ne pourrions-nous pas savoir ce que nous devons et ce que nous ne -devons pas faire, si nous n'éprouvions pas le désir du bien. Ce désir -nous démontre clairement ce que nous devons faire, à condition de ne pas -comprendre notre vie à la façon de l'animal, mais en nous souvenant que -nous avons une âme. Et le bonheur que désire notre âme nous est donné -dans l'amour. - -3 - -Si le Dieu de charité existe et s'Il a créé le monde, Il l'a sûrement -fait de façon à ce que tous, y compris les hommes, y soient heureux. - -Mais si Dieu n'existe pas, vivons nous-mêmes de façon à ce que nous -soyons bien. Et pour que nous soyons bien, il faut que nous nous aimions -les uns et les autres, il faut qu'il y ait de l'amour. Et Dieu étant -amour, nous viendrons encore à Lui. - -4 - -On dit: «Pourquoi aimerions-nous ceux qui nous sont désagréables?» -Parce que c'est là qu'est la joie. Eprouve-le et tu sauras si c'est vrai. - -5 - -Rien que la mort devant nous, rien que l'accomplissement immédiat du -devoir! Comme cela semble triste et effrayant! Pourtant, consacre ta vie -à l'union, par l'amour, aux hommes et à Dieu, et ce qui te paraissait -effrayant, deviendra le plus grand bien. - - - -VII.--_Plus l'homme vit pour son corps, plus il est privé du vrai -bonheur._ - -1 - -Les uns cherchent le bien dans la puissance, les autres dans les -sciences, les troisièmes dans les plaisirs. Ces trois genres de -jouissances ont formé trois écoles différentes, et tous les philosophes -ont toujours suivi l'une d'elles. D'autres, qui se sont plus rapprochés -de la vraie philosophie, ont compris qu'il est nécessaire que le bien -général désiré par tous ne soient dans aucune des choses particulières -qui ne peuvent être possédées que par un seul, et qui, étant partagées, -affligent plus le possesseur par le manque de la partie qu'il n'a pas, -qu'elles ne le contentent par la jouissance de celle qui lui appartient. -Ils ont compris que le vrai bien devait être tel que tous puissent le -posséder à la fois, sans diminution et sans envie, et que personne -ne pût le perdre contre son gré. Et ce bien existe: ce bien est dans -l'amour. - - PASCAL. - -2 - -Pourquoi t'agites-tu, malheureureux? Tu cherches le bien, tu cours -quelque part, et le bien est en toi-même. Inutile de le chercher à -d'autres portes. Si le bien n'est pas en toi, il n'est nulle part. Le -bien est en toi, en ce que tu peux aimer tous, non pour quelque chose, -mais pour vivre, et non de ta propre vie, mais aussi de celle des -autres. Chercher le bien dans le monde et ne pas profiter du bien qui -est en notre âme, revient au même que d'aller puiser l'eau dans une -grande mare trouble et éloignée, tandis qu'il y a à côté une source pure -venant de la montagne. - - D'après ANGÉLUS. - -3 - -Si tu veux le vrai bonheur, ne le cherche pas dans les pays éloignés, -dans la richesse, dans les honneurs, ne le demande pas aux hommes, ne -t'inclinent pas devant eux et ne lutte pas contre eux pour le bonheur. -On peut, par ces moyens, obtenir des richesses, un grand titre et -diverses choses inutiles; mais le vrai bonheur, dont chacun a besoin, -ne peut être obtenu auprès des hommes, ni acheté ou sollicité, ni donné -gratuitement. Sache que tout ce que tu ne peux prendre toi-même, ne -t'appartient pas et ne t'est pas nécessaire. Tu peux toujours prendre -toi-même, par une vie juste, tous ce dont tu as besoin. - -Oui, le bonheur ne dépend ni du ciel, ni de la terre, mais uniquement de -nous-mêmes. - -Il n'y a qu'un seul bien au monde, lui seul nous est nécessaire. Quel -est donc ce bien? C'est la vie dans l'amour. Et ce bien peut être -facilement obtenu. - - D'après SKOVORODA. - -4 - -Dieu soit loué d'avoir rendu facile aux hommes tout ce qui leur est -nécessaire, et difficile tout ce dont ils n'ont pas besoin. Le bonheur -est très nécessaire à l'homme, et il n'y a rien de plus facile que -d'être heureux. Dieu en soit loué! - -Le Royaume de Dieu est en nous. Le bonheur est dans le cœur, s'il -contient de l'amour. - -Qu'arriverait-il si le bonheur nécessaire à tout homme avait été accordé -suivant l'endroit, le temps, l'état, la position, la santé, la force -corporelle? Qu'arriverait-il si le bonheur existait uniquement en -Amérique, ou uniquement à Jérusalem, ou à l'époque de Salomon, dans la -demeure des rois, grâce à la richesse, aux grades, si on le trouvait -seulement au désert, dans les sciences, dans la santé, dans la beauté? - -Serait-il possible aux hommes de ne vivre qu'en Amérique, ou de vivre à -la même époque? Si le bonheur était dans la richesse, ou dans la santé, -ou dans la beauté, tous les pauvres, tous les vieux, tous les malades, -tous les laids seraient malheureux. Dieu aurait-il privé tous ces gens -de bonheur? Non, Dieu soit loué, il a rendu l'inutile difficile: il a -agi de façon à ce qu'il n'y ait pas de bonheur dans la richesse, ni dans -les grades, ni dans la beauté du corps. Le bonheur n'est qu'en une seule -chose--dans la vie juste, et cela est au pouvoir de chacun. - -5 - -Demander à Dieu que quelqu'un nous donne le bien dans cette vie, revient -au même que d'être assis auprès d'une source, et demander à d'autres de -calmer ta soif. Baisse-toi et bois. Le bonheur nous est donné, il faut -savoir en profiter. - -6 - -Si tu considères comme un bien ce qui n'est pas en ton pouvoir, tu seras -toujours malheureux. Persuades-toi que tout le bonheur est à ta portée, -et personne ne te le ravira. - - - -VIII.--_L'homme n'éprouve pas le bien de la vie uniquement quand il ne -suit pas la loi de la vie._ - -1 - -Si tu demandes: pourquoi le mal existe-t-il? Je réponds par la question: -pourquoi la vie existe-t-elle? Le mal est pour que la vie soit. La vie -se manifeste par la libération du mal. - -2 - -Si notre vie n'est pas heureuse, cela tient uniquement à ce que nous ne -faisons pas ce que nous aurions dû faire pour que la vie soit une joie -perpétuelle. - -3 - -Si quelqu'un dit qu'il se sent malheureux en faisant le bien, cela -prouve uniquement que ce qu'il considère comme le bien ne l'est pas. - -4 - -Sache et souviens-toi que si l'homme est malheureux, c'est par sa propre -faute. Les hommes ne sont malheureux que lorsqu'ils désirent ce qu'ils -ne peuvent avoir. - -Que ne peuvent-ils pas toujours avoir, bien qu'ils le désirent, et que -peuvent-ils toujours avoir quand ils le désirent? - -Ils ne peuvent pas toujours avoir ce qui n'est pas en leur pouvoir, -ce que les autres peuvent lui prendre. Seul est en leur pouvoir ce -que rien ni personne ne sauraient leur ravir. A la première catégorie -appartiennent tous les biens terrestres: la richesse, les honneurs, la -santé. A la deuxième: notre âme, notre perfectionnement spirituel. Et -précisément la chose qui nous est le plus nécessaire pour notre bien est -en notre pouvoir, parce que rien, aucun bien terrestre ne donne le vrai -bien, mais ne fait que nous leurrer. Le vrai bien ne peut être obtenu -que par notre effort vers la perfection spirituelle, et cet effort est -toujours en notre pouvoir. - -On a agi pour nous de même qu'un bon père aurait agi pour ses enfants. -Seul ce qui ne peut nous donner le bonheur ne nous appartient pas, -tandis que tout ce qui nous est nécessaire nous est donné. - - ÉPICTÈTE. - -5 - -Ne crois pas que la perplexité devant le sens de la vie soit quelque -chose de noble ou de tragique. Cette perplexité est pareille à celle que -l'homme éprouve lorsqu'il se voit dans une société occupée à lire un bon -livre. La perplexité de cet homme qui n'écoute pas attentivement ou n'a -pas compris ce qu'on lit et qui s'agite au milieu des gens occupés, n'a -rien de noble ni de tragique, mais est ridicule, bête et pitoyable. - -6 - -Il y avait une fois un bienfaiteur qui, voulant faire aux hommes le plus -de bien possible, se mit à réfléchir pour savoir comment il devait s'y -prendre pour n'offenser personne et pour que tous en profitent. Si l'on -distribue les richesses directement aux gens, on risque de donner moins -à celui qui en a le plus besoin, et l'on en saurait en donner également -à tout le monde; alors ceux qui n'en auraient pas assez diraient: -Pourquoi as-tu donné aux autres et pas à nous? - -Le bienfaiteur eut alors l'idée d'installer une auberge dans un endroit -où passait beaucoup de monde et d'y déposer tout ce qui peut être utile, -ou faire plaisir au voyageur. Il y ménagea des chambres bien chaudes, de -bons poêles, du bois à brûler de provisions d'éclairage, de pains, de -légumes, de fruits, de boissons de toute sorte, des lits, des vêtements, -du linge, des chaussures, bref, quantité de produits pouvant suffire à -beaucoup de monde. Puis, le bienfaiteur s'en alla pour voir ce qui en -résultera à son retour. - -Les bonnes gens commencèrent à affluer à l'auberge: y mangeaient, -buvaient, couchaient, passaient parfois un jour ou deux, y restaient -parfois une semaine entière. Parfois, ceux qui en avaient besoin -emportaient des vêtements et des chaussures. Avant de s'en aller, ils -rangeaient tout pour que d'autres passants puissent aussi en profiter, -et puis ils partaient en remerciant le bienfaiteur inconnu. - -Mais un jour, arrivèrent des gens grossiers et méchants. Ils -s'emparèrent de tout ce qui leur convenait, et une dispute éclata -parmi eux au moment du partage. D'abord, ils s'injurièrent, puis ils -en vinrent aux mains, et se mirent à s'arracher les uns aux autres -les objets et à les briser exprès pour que d'autres ne puissent s'en -emparer. Et lorsqu'ils eurent tout détruit et commencèrent à souffrir -du froid et de la faim ils se mirent à médire du propriétaire, en -l'accusant d'avoir mal organisé les choses, de n'avoir pas mis de -gardiens pour empêcher d'entrer de mauvaises gens. D'autres prétendaient -qu'il n'y avait pas de propriétaire du tout, et que l'auberge s'êtait -organisée toute seule. - -Affamés, transis de froid et irrités, ces gens quittèrent l'auberge -en s'injuriant entre eux, maudissant l'auberge et celui qui l'avait -construite. - -Les hommes agissent de même sur la terre quand ils ne vivent pas pour -leur âme, mais pour leur corps, qu'ils gâchent leur vie et celle des -autres, s'accusent entre eux et accusent Dieu, au lieu de s'accuser -eux-mêmes, s'ils croient en Dieu, et accusent l'univers, s'ils ne -croient pas en Dieu, et s'imaginent que le monde s'est organisé tout -seul. - - - -IX.--_Seule l'observance de la loi de la vie donne le bien à l'homme._ - -1 - -Il faut toujours être joyeux. Si tu ne l'es plus, cherche où tu t'es -trompé. - -2 - -Si l'homme n'est pas satisfait de sa situation, il peut la modifier par -deux moyens: améliorer les conditions de sa vie, ou bien améliorer son -état moral. Le premier n'est pas toujours en son pouvoir, le second -l'est toujours. - - EMERSON. - -3 - -Il me semble que l'homme doit considérer comme règle principale d'être -heureux et satisfait. Il faut être honteux de son mécontentement comme -d'une mauvaise action, et savoir que s'il y a quelque chose qui ne va -pas en soi, on ne doit pas le raconter aux autres et s'en plaindre, mais -tâcher de corriger ce qui va mal. - -4 - -L'observance de la loi de Dieu, de la loi d'amour qui donne le bien -suprême, est possible dans toutes les situations. - -5 - -«Venez à Moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous -soulagerai. Car Mon joug est le bien et Ma charge est légère», dit -la doctrine du Christ. Ces paroles signifient qu'indépendamment des -malheurs qui accablent l'homme, indépendamment des offenses et des -amertumes qu'il doit supporter, il lui suffit de comprendre et de -recueillir dans son cœur la vraie doctrine, qui dit que la vie et son -bien consistent à unir l'âme à ce dont elle est séparée par le corps: -aux âmes des autres hommes et à Dieu, pour que tout le mal apparent -disparaisse. Il suffit à l'homme de voir le but de la vie dans l'union -affectueuse avec tout ce qui vit et avec Dieu, et sa vie, au lieu d'être -un tourment, devient aussitôt le bonheur. - - -FIN - - - * * * * * - - -TABLE DES MATIÈRES - -Préface du traducteur - -Préface de l'auteur - - - I. La foi - II. Dieu - III. L'âme - IV. Une même âme chez tous - V. L'amour - VI. Péchés, tentations, superstitions - VII. Les excès - VIII. La lubricité - IX. L'oisiveté - X. La cupidité - XI. La colère - XII. L'orgueil - XIII. L'inégalité - XIV. La violence - XV. Le châtiment - XVI. La vanité - XVII. Les fausses croyances - XVIII. La fausse science - XIX. L'effort - XX. La vie est dans le présent - XXI. Le non-agir - XXII. La parole - XXIII. La pensée - XXIV. L'abnégation - XXV. L'humilité - XXVI. La véracité - XXVII. Le mal - XXVIII. La mort - XXIX. Après la mort - XXX. La vie est un bien - - - - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of La Pensée de l'Humanité, by Léon Tolstoï - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSÉE DE L'HUMANITÉ *** - -***** This file should be named 43761-0.txt or 43761-0.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/3/7/6/43761/ - -Produced by Madeleine Fournier, Annemie Arnst & Marc -D'Hooghe at http://www.freeliterature.org (Scans generously -made available by Gallica, Bibliothèque nationale de France) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - - -Title: La Pense de l'Humanit - Dernire oeuvre de L. Tolsto - -Author: Lon Tolsto - -Translator: Ely Halprine-Kaminsky - -Release Date: September 18, 2013 [EBook #43761] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSE DE L'HUMANIT *** - - - - -Produced by Madeleine Fournier, Annemie Arnst & Marc -D'Hooghe at http://www.freeliterature.org (Scans generously -made available by Gallica, Bibliothque nationale de France) - - - - - -LON TOLSTO - -La Pense de l'Humanit - -Dernire oeuvre de L. Tolsto - -TRADUITE DU RUSSE - -PAR - -E. HALPRINE-KAMINSKY - -PARIS - -_L'DITION MODERNE--LIBRAIRIE AMBERT_ - -47, RUE DE BERRI, 47 - -1912 - - - - -PRFACE DU TRADUCTEUR - - -L'ouvrage de Lon Tolsto, dont nous prsentons ici au lecteur europen -la premire traduction franaise, a une double porte. Il rsume les -penses exprimes par les sages universellement reconnus et par les -fondateurs des religions les plus rpandues de tous les temps et de -tous les pays, penses sur le sens et le but suprme de la vie. C'est -en cherchant son tour, durant son existence entire, le chemin de la -vie, que le grand penseur russe s'est efforc de mettre profit ce -qui avait t dit et crit avant lui sur l'ternel problme, pour sa -propre ducation, d'abord, pour clairer les autres, ensuite, par des -citations appropries. Le prsent ouvrage est le rsultat de ce travail -formidable. C'est bien la pense de l'humanit reflchie par l'me de -Tolsto. - -C'est, d'autre part, son oeuvre testamentaire, celle qu'il entoura de -plus de soin durant ses dernires annes et dont il corrigeait les -preuves jusqu' sur sa couche de mourant. - -Il avait dj prcdemment tabli plusieurs recueils analogues, sans -avoir pu se dclarer satisfait. Ce fut, premirement: _Penses des -sages pour chaque jour;_ puis: _Cercle de lecture,_ et, enfin: _Lectures -quotidiennes_. Durant dix ans, l'auteur de ces recueils, dont chacun -forme plusieurs volumes, ne cessait de les amender, de les coordonner -sur un nouveau plan, et c'est de ce long travail prliminaire qu'est -sorti enfin _Le Chemin de la vie_ dont nous croyons plus explicitement -intituler la version franaise: _La Pense de l'Humanit_. - -L'ide de laisser avant de mourir la confirmation de sa doctrine par la -collectivit de grands penseurs, le hantait avec une telle constance -que toutes les fois o Tolsto croyait sa fin proche, son unique -proccupation tait d'en activer la ralisation. L'un de ses disciples -et plus proches amis, M. Gorbounov-Possadov, qui avait t charg -par lui de publier les recueils numrs, raconte, dans sa prface -l'dition russe du _Chemin de la vie_, ces dtails significatifs sur -l'origine du premier recueil: - -Pendant la grave maladie dont L.N. Tolsto souffrait en janvier -1903, alors que sa vie tait en danger et qu'il n'avait plus la force -de s'adonner ses travaux habituels, il relisait l'Evangile et, en -dtachant chaque jour les feuilles du calendrier suspendu la tte -de son lit, parcourait les maximes empruntes aux grands penseurs que -portaient les feuillets. Le calendrier tant puis et le malade n'ayant -pas sous la main un autre pour le remplacer, Tolsto prouva le dsir -d'tablir pour son usage personnel un recueil des penses pour sa -lecture quotidienne. C'est ainsi que, durant sa maladie, il runit les -lments pour son premier recueil. - -Rtabli, il ne cessa d'enrichir chaque nouveau recueil du produit de -ses constantes recherches, utilisant toute pense qui avait sa valeur -propre, sans se proccuper de la tendance de l'auteur, ft-il le prince -Bismarck, tout rougi du sang de ses frres allemands et franais, en -tmoignage, nous dit M. Gorbounov-Possadov, de ce fait que l'tincelle -sacre subsiste mme chez le reprsentant le plus implacable du rgime -de violence. Quantit de ses propres penses, soit extraites de ses -ouvrages extrieurs, soit nouvellement rdiges, s'agglomraient - celles des autres auteurs. Le tout tait dispos en lectures -quotidiennes, pour tous les jours de l'anne. - -Pour le prsent travail, outre de nombreuses additions indites, il -modifia cette disposition suivant un plan nouveau, plus rationnelle. Les -penses sur le sens de la vie, sur nos passions bonnes et mauvaises, sur -la conduite observer dans divers cas, etc., furent groupes en trente -chapitres homognes, chacun traitant une seule question fondamentale. -Cette division correspond donc un mois de lecture, au lieu de -s'espacer sur l'anne entire. Tout en conservant ainsi son caractre -de livre de chevet, le prsent ouvrage gagne en ordonnance, et cela -d'autant plus que les chapitres sont disposs suivant le dveloppement -logique de la doctrine de Tolsto. - -Rappelons, enfin, que l'ermite de Yasnaa Poliana avait mis une passion -particulire la rdaction de son dernier travail. M. Gorbounov nous -conte que, non content d'avoir refait plusieurs reprises le manuscrit, -l'auteur multipliait les corrections en premire, en deuxime, en -troisime preuves. En portant lui-mme les preuves corriges -son diteur,--celui-ci demeurait alors dans le voisinage de Yasnaa -Poliana,--Tolsto s'excusait avec un sourire contraint, comme si on -l'avait pris en dfaut: J'ai encore tout barbouill. Pardonnez-moi, je -ne recommencerai pas. - -La dernire fois, ajoute M. Gorbounov, j'ai apport Lon -Nicolaevitch les preuves de deux fascicules de son ouvrage le 11 -novembre 1910 (trois jours avant la mort de Tolsto), Astapovo, o -il se mourait. Il eut encore la force d'couter attentivement les -renseignements que je lui ai apports sur la marche de l'impression des -trente fascicules. J'ai ajout qu' tout hasard, je lui apportais la -troisime preuve de deux fascicules; il me rpondit, d'une voix teinte -et o perait le regret de son impuissance de se remettre son travail -favori: Je n'ai pas la force.... Faites-le vous-mme. - -Nous sommes bien en prsence de l'expression dernire et la plus -complte peut-tre de la doctrine du grand mort, confronte avec -les penses de plus grands philosophes de l'humanit et de ses plus -anciennes traditions. Tolsto cite, en effet, tous les livres sacrs -connus de tous les pays: la _Bible, Vichnou-Pourana, Rama-Krichna_ et -autres textes hindous; Bouddha, Lao-Tseu, Confucius et les Bramines; -_l'Evangile_, les Aptres, le _Talmud_ et le _Coran;_ et aussi les -plus antiques traditions: chinoises, hindoues, arabes, persanes, voire -mexicaines d'avant la dcouverte de l'Amrique et quinze sicles avant -l're chrtienne; les philosophes grecs Hraclite, Socrate, Platon, -Xenophon et pictte, comme les romains Caton, Cicron, Snque, -Juvnal, Marc-Aurle et Lactance; Basile-le-Grand et Jean Chrysostome; -Mahomet, Saadi et Sad Ben-Hamed; Jean Huss, Erasme, Luther; Montaigne, -Pascal, Fnelon, La Bruyre, Rousseau, Lamennais et Lamartine; Emerson, -Bentham, Thomas More, Carlyle, Ruskin, Carpenter, Grant-Allen et Henry -George; Kant, Lessing, Humboldt et Schopenhauer; Gogol, Hertzen et -Dostoevsky, etc. etc., pour ne nommer que les livres et les auteurs les -plus universellement connus et sans faire tat des sources que Tolsto -n'indique pas, en raison de ce que les passages emprunts sont, comme il -l'explique dans sa prface, interprts et non pas fidlement traduits -par lui. - -/$ - E. HALPRINE-KAMINSKY. -$/ - - - - -PRFACE DE L'AUTEUR - - -Les penses recueillies ici, appartiennent aux auteurs les plus divers, -depuis les crits des brahmanes, de Confucius, des bouddhistes jusqu' -l'vangile, aux pitres et aux travaux de bien des penseurs, tant -anciens que modernes. La plupart de ces penses ont t tellement -modifies par mes traductions et adaptations, qu'il serait dplac de -maintenir la signature de leurs auteurs. Les meilleures de ces penses -ne sont pas de moi, mais des plus grands sages de l'univers. - - Lon Tolsto. - - - - - - -La Pense de l'Humanit - - -CHAPITRE PREMIER - -DE LA FOI - - -Pour vivre heureux, l'homme doit savoir ce qu'il peut et ce qu'il ne -peut pas faire. Et seule la foi le lui apprend. La foi indique ce qu'est -l'homme et pourquoi il est sur la terre. Cette foi a toujours exist et -existe chez tous les hommes dous de raison. - - -I.--_En quoi consiste la vritable foi_. - -1 - -Afin de vivre d'une vie heureuse, l'homme doit comprendre ce qu'est la -vie, ce qu'il peut et ce qu'il ne peut pas faire. Ceux qui furent les -meilleurs et les plus sages parmi tous les peuples l'enseignrent de -tout temps. Toutes les doctrines de ces sages se rejoignent par leur -base. Et c'est cet ensemble des doctrines, rvlant le but de la vie -humaine et la conduite observer, qui constitue la vritable religion. - -2 - -Quel est la signification de l'univers dont je ne conois ni la fin -ni le commencement? Que reprsente ma vie dans cet univers et comment -dois-je vivre cette vie? - -La foi seule rpond ces questions. - -3 - -La vraie religion a pour mission de rvler la loi qui prime toutes les -lois humaines et qui est une pour tous les hommes. - -4 - -Il peut exister plusieurs croyances errones, mais la vraie croyance est -une. - - KANT. - -5 - -Si ta foi a t effleure d'un doute, tu n'as plus la foi. La foi est -alors seulement la foi, quand il ne te vient mme pas la pense qu'elle -puisse tre mensongre. - -6 - -Il existe deux sortes de croyances: la confiance qu'on accorde ce -qu'affirment les hommes; c'est, la foi en l'humanit, et on en compte un -grand nombre. L'autre croyance reconnat la dpendance dans laquelle on -se trouve envers Celui qui nous a envoys dans ce monde. C'est la foi en -Dieu, et il n'en existe qu'une pour tous. - - - -II.--_L'enseignement de la vraie foi est toujours clair et simple._ - -1 - -Croire--signifie avoir confiance en ce qui nous est rvl, sans nous -demander pourquoi il en est ainsi et ce qu'il en rsultera. C'est en -cela que rside la vraie foi. Elle nous apprend qui nous sommes et quels -devoirs suscite en nous cette connaissance; mais elle reste muette sur -les consquences et les rsultats des actes ordonns par elle. - -Si je crois en Dieu, point n'est besoin de connatre le but de mon -obissance la volont divine, car je sais que Dieu est amour et que -l'amour n'a qu'un but: le Bien. - -2 - -La vritable loi de la vie est si simple, si claire et si comprhensible -que les hommes n'ont pas d'excuse leur mauvaise vie sous prtexte -d'ignorer cette loi. Si les hommes vivent contrairement la loi de la -vraie vie ils rpudient la raison. Et c'est ce qu'ils font. - -3 - -On dit que l'accomplissement de la volont divine est ardue. C'est faux. -La loi de vie ne nous demande qu'amour envers notre prochain. Et l'amour -n'est pas pnible, mais joyeux. - - D'aprs GRGOIRE SKOVORODA. - -4 - -Le sentiment qu'prouve l'homme lorsqu'il dcouvre la vraie foi est -semblable celui d'une personne faisant jaillir la lumire dans une -chambre obscure. Tout s'claire et le bonheur remplit l'me. - - - -III.--_La vritable foi est dans l'amour de Dieu et de son prochain._ - -1 - -Aimez-vous les uns les autres comme je vous aime; tous vous -reconnatront pour mes disciples, si vous vous aimez les uns les -autres,--a dit le Christ. Il ne dit pas: si vous _croyez_ en ceci ou en -cela, mais si vous _aimez_.--La foi chez diffrents hommes, diverses -poques, peut varier, mais l'amour est invariable chez tous. - -La vraie foi est unique--c'est l'amour pour tout ce qui vit. - - YBRAHIM DE CORDOUE. - -3 - -L'amour rend les hommes heureux, parce qu'il unit l'homme Dieu. - -4 - -Le Christ a rvl aux hommes que l'_ternel_ n'tait pas la mme chose -que le _futur_, mais que l'ternel, l'invisible, est en nous, dans cette -vie mme, que nous devenons ternels lorsque nous sommes en communion -avec le Dieu-Esprit en lequel tout vit et se meut. - -Nous parvenons cette ternit uniquement par l'amour. - - - -IV.--_La foi dirige la vie des hommes_. - -1 - -Seul, celui qui agit selon ce qu'il considre comme loi de la vie, -connat la loi de la vie. - -2 - -Toute foi n'est qu'une rponse ceci: comment dois-je vivre dans le -monde, non pas aux yeux des hommes, mais aux yeux de Celui qui m'a -envoy sur la terre? - -3 - -La vraie foi n'est pas de savoir bien parler de Dieu, de l'me, de ce -qui a t et de ce qui sera, mais uniquement de bien savoir ce qu'il -faut faire et ne pas faire dans cette vie. - - D'aprs KANT. - -4 - -Si un homme prouve des malheurs dans la vie, c'est uniquement parce que -cet homme n'a pas de foi. Il en est de mme pour tout un peuple. Si un -peuple est malheureux, c'est parce qu'il a perdu la foi. - -5 - -La vie des hommes est heureuse ou malheureuse, suivant leur conception -de la vraie loi de la vie. Plus ils comprennent clairement cette loi, -plus leur vie est heureuse; plus ils la comprennent faussement, plus -leur vie est malheureuse. - -6 - -Pour sortir des souillures du pch, de la dpravation et de la vie -malheureuse,'il ne faut aux hommes qu'une chose, une religion dans -laquelle ils ne vivraient pas, chacun pour soi, comme ils le font -prsent, mais d'une vie commune, en reconnaissant tous la mme loi et -le mme but. Alors seulement les hommes, en rptant les paroles de la -prire du Seigneur: Que ton rgne arrive sur la terre comme au ciel -pourraient esprer que le rgne de Dieu viendrait rellement sur la -terre. - - D'aprs MAZZINI. - -7 - -Si une religion nous apprend qu'il faut renoncer cette vie pour la vie -ternelle, c'est une religion mensongre. On ne peut pas renoncer, -cette vie pour la vie ternelle, pour cette raison que la vie ternelle -existe dj dans cette vie. - - WEMANA indienne. - -8 - -Plus la foi de l'homme est solide, plus sa vie est ferme. La vie d'un -homme sans religion est celle d'une bte. - - - -V.--_La fausse religion._ - -1 - -La loi de la vie commandant d'aimer Dieu et son prochain est simple et -claire: tout homme, ayant atteint l'ge de raison la conoit par son -coeur. Par consquent, s'il n'y avait, pas de doctrines errones, tous -les hommes reconnatraient cette loi, et le royaume des cieux serait sur -la terre. - -Mais, partout et toujours, des faux docteurs ont appris aux hommes -reconnatre comme loi de Dieu, ce qui n'est pas sa loi. Les multitudes -ont accept ces fausses doctrines et se sont loignes de la vraie loi -de la vie et de l'accomplissement de la vritable loi. Aussi, leur vie -n'en est devenue que plus pnible et plus malheureuse. - -Il ne faut donc croire aucune doctrine, si elle n'est pas d'accord -avec l'amour de Dieu et de son prochain. - -2 - -Il ne faut pas croire que la religion est vraie parce qu'elle est -vieille. Au contraire, plus les hommes vivent, plus la vraie loi de la -vie leur devient claire. Supposer qu' notre poque, il faut continuer -croire ce que croyaient nos grands-pres et aeux, c'est croire qu'un -adulte peut continuer porter les vtements d'enfant. - -3 - -Nous nous lamentons de ce que nous ne croyons plus en ce que croyaient -nos pres. Il ne faut pas s'en dsoler, mais s'efforcer de crer une -religion laquelle nous puissions croire aussi fermement que nos pres -croyaient la leur. - - MARTINEAU. - - - - -VI.--_Le culte extrieur._ - -1 - -La vraie foi est dans la croyance en une seule loi qui convient tous -les hommes de l'univers. - -2 - -La vraie religion enseigne de vivre dans le bien, en accord avec tous -et d'agir envers son prochain comme on voudrait qu'on agisse envers nous. - -Cette vraie religion a t enseigne par tous les sages, par tous les -saints de tous les peuples. - - - -VII._--L'ide de la rcompense pour la bonne conduite est incompatible -avec la vraie foi._ - -1 - -Quiconque, pratique une religion seulement en vue des rcompenses -qu'elle peut lui assurer pour ses bonnes oeuvres, ne fait pas preuve de -foi mais de calcul, calcul toujours faux. Il est faux, parce que la -vraie foi assure le bonheur dans le prsent uniquement, qu'elle ne donne -et ne peut donner aucun bonheur dans l'avenir. - -2 - -Un ouvrier cherchait s'embaucher. Il rencontra deux embaucheurs, qui, -chacun de son ct, se mirent lui vanter leurs patrons. L'un lui dit -que la place tait excellente. Il est vrai, que si tu ne contentes -pas le patron, il te frappera, t'emprisonnera; mais si tu russis -le satisfaire, tu ne pourras pas avoir de vie plus agrable. Quand tu -auras fini ton temps de travail, tu auras ta retraite, tu vivras sans -rien faire; des ftes, du vin, des friandises et promenades chaque jour. -Plais-lui seulement; la vie sera telle que tu n'en peux imaginer de -meilleure. - -L'autre embaucheur invita, son tour, l'ouvrier aller chez son -patron, mais ne dit pas comment il serait rcompens; il ne pouvait -mme pas dire o et comment vivaient les ouvriers et si le travail -tait facile ou pnible; il affirma seulement que le matre tait bon, -qu'il ne punissait personne et qu'il vivait lui-mme au milieu de ses -employs. - -L'ouvrier rflchit: Le premier patron promet trop. Si tout tait vrai, -il n'aurait pas besoin de tant promettre. En me laissant tenter par une -vie grasse, je pourrai bien mal tomber. Le matre doit tre mchant, -parce qu'il punit svrement ceux qui ne travaillent pas son gr; -j'irai plutt chez l'autre; au moins, celui-ci ne promet rien, mais on -dit qu'il est bon et qu'il vit au milieu de ses ouvriers. - -Il en est de mme des doctrines religieuses. Certains docteurs incitent -les hommes bien faire en les intimidant par les punitions et en les -attirant par des promesses de rcompenses dans l'autre monde o personne -n'a t. D'autres enseignent seulement que l'amour, base de la vie, est -en nous et que celui qui reconnat ce principe est heureux. - -3 - -Si tu sers Dieu pour obtenir la jouissance ternelle, tu te sers -toi-mme et non pas Dieu. - - - -VIII.--_La raison vrifie les dogmes de la foi._ - -1 - -On n'obtient pas la foi par la raison. Mais la raison nous est -ncessaire pour contrler la religion qu'on nous enseigne. - -2 - -Ne craignons pas de rejeter de notre religion tout ce qui est inutile, -matriel, tangible, autant que ce qui est vague, indcis: plus nous -purifierons le noyau spirituel, mieux nous comprendrons la vritable -loi de la vie. - -3 - -Celui qui ne croit pas tout ce que tout le monde croit autour de lui -n'est pas un incroyant; tandis que celui qui pense et dit qu'il croit -ce qu'il ne croit pas, est un vritable incroyant. - - - -IX.--_La conscience religieuse des hommes ne cesse de se perfectionner._ - -1 - -Nous devons nous servir des doctrines des anciens sages et des saints -posant la loi de la vie, mais nous devons vrifier ce qu'ils nous -apprennent: accepter ce qui est conforme la raison et rejeter ce qui -lui est contraire. - -2 - -Il est surprenant que la plupart des hommes restent fidles aux -doctrines les plus anciennes, celles qui ne conviennent plus -notre temps, tandis qu'ils rejettent et considrent comme inutiles et -malfaisantes toutes les nouvelles doctrines. Ils oublient que si Dieu -a rvl la vrit aux anciens, il demeure le mme et peut la rvler -de la mme faon aux hommes qui ont vcu jadis et ceux qui vivent -maintenant. - - D'aprs THOREAU[1]. - -5 - -La religion n'est pas vraie parce que les saints l'ont prche, mais les -saints l'ont prche parce qu'elle est vraie. - - LESSING - -6 - -Lorsque l'eau de pluie coule dans les chenaux, il nous semble que l'eau -en vient. Mais l'eau tombe du ciel. Il en est de mme des doctrines des -sages et des saints: il nous semble que ce sont ces derniers qui les ont -formes; mais elles viennent de Dieu. - -D'aprs RAMA-KRICHNA - - -[1] crivain amricain de l'cole d'Emerson (_Note du traducteur_). - - - - -CHAPITRE II - -DE DIEU - -Outre la matire dont nous et l'univers sommes faits, nous connaissons -encore quelque chose d'immatriel qui donne la vie notre corps et est -uni lui. C'est cette chose immatrielle que nous appelons l'me. De -mme, cette chose immatrielle qui n'est unie rien et qui donne la vie - tout ce qui existe, est ce que nous appelons Dieu. - -I.--_L'homme dcouvre Dieu en soi-mme._ - -1 - -La base de toute religion est dans la reconnaissance, non seulement de -tout ce que nous voyons et ressentons matriellement, mais encore de ce -quelque chose d'invisible, d'immatriel qui nous donne la vie, nous et - tout ce qui est tangible et matriel. - -2 - -Je sais que j'ai en moi quelque chose sans quoi rien ne serait. C'est ce -que j'appelle Dieu. - - D'aprs ANGLUS. - -3 - -Tout homme, en rflchissant ce qu'il est, est forc de s'apercevoir -qu'il n'est pas tout, mais une partie isole de _quelque chose_. L'ayant -compris, l'homme pense gnralement que ce _quelque chose_ dont il est -spar est le monde matriel qu'il voit: la terre sur laquelle il vit -et o ont vcu ses anctres, et aussi le ciel, les toiles et le soleil -qu'il aperoit. Mais en y rflchissant plus fond, ou en apprenant -ce qu'en pensaient les sages de tout l'univers, il reconnat que ce -_quelque chose_, dont les hommes se sentent spars, n'est pas le monde -matriel qui s'tend l'infini, dans l'espace et dans le temps, mais -quelque chose d'autre. Si l'homme rflchit encore et qu'il apprend -ce qu'en pensaient galement les sages, il comprendra, que le monde -matriel, qui n'a jamais commenc, ne finira jamais et ne peut avoir de -limites, n'est pas rel, mais est une conception de notre cerveau et -que, par suite, le _quelque chose_ dont nous nous sentons spars, n'a -ni commencement ni fin, ni dans le temps ni dans l'espace, mais qu'il -est immatriel et spirituel. - -Ce quelque chose de spirituel, que l'homme reconnat, comme son -commencement, est ce que les sages appelaient et appellent Dieu. - -4 - -On ne peut reconnatre Dieu qu'en soi-mme. Tant que tu ne l'as pas -trouv en toi, tu ne le trouveras nulle part. - -Il n'y a pas de Dieu pour celui qui ne Le sens pas en soi. - -5 - -Je sens en moi un tre spirituel spar de tout. Je sens le mme tre -spirituel, galement spar de tout, dans les autres hommes. Mais si je -le reconnais en moi et si je le reconnais dans les autres tres, il ne -peut ne pas exister lui-mme. C'est cet tre existant par lui-mme que -nous appelons Dieu. - -6 - -Ce n'est pas toi qui vis: ce que tu considres comme toi est mort. Ce -qui t'anime est Dieu. - - ANGLUS. - -7 - -Ne pense pas gagner Dieu par tes actes; toutes les oeuvres sont nulles -devant Dieu. Il ne faut pas gagner Dieu, mais tre Lui. - - ANGLUS. - -8 - -Si nous ne voyions pas de nos yeux, si nous n'entendions pas de nos -oreilles, si nous ne touchions pas de nos mains, nous ne saurions -rien de ce qui est autour de nous. Mais si nous ne reconnaissions pas -Dieu en nous-mmes, nous ne nous connatrions pas nous-mmes; nous ne -connatrions pas en nous-mmes celui qui voit, qui entend le monde -autour de soi. - -9 - -Celui qui ne saura devenir fils de Dieu, restera jamais dans l'table -avec le btail. - - ANGLUS. - -10 - -Si je mne la vie du sicle, je peux me passer de Dieu. Mais je n'ai -qu' rflchir d'o je suis issu, quand je suis n et o j'irai aprs ma -mort, pour que je reconnaisse aussitt qu'il y a quelque chose dont je -suis venu et o je vais. Il m'est impossible de ne pas reconnatre que -je suis venu dans ce monde de quelque chose d'incomprhensible et que -je vais vers quelque chose de tout aussi incomprhensible pour moi. - -C'est cet incomprhensible dont je viens et o je vais que j'appelle -Dieu. - -11 - -On dit que Dieu est l'amour et que l'amour est Dieu. On dit aussi que -Dieu, est la raison et que la raison est Dieu. Tout cela n'est pas -absolument exact. L'amour et la raison sont des qualits de Dieu que -nous reconnaissons en nous-mmes, mais nous ne pouvons savoir ce qu'Il -est par Lui-mme. - -12 - -C'est bien de craindre Dieu, mais mieux encore est de L'aimer. Le mieux, -c'est de Le ressusciter en soi. - -ANGLUS. - -13 - -L'homme doit aimer; mais on ne peut aimer rellement que ce qui est -parfait. Il doit donc exister quelque chose qui n'a pas de dfauts. Et -il n'y a qu'un seul tre qui est sans dfaut: Dieu. - -14 - -Si les hommes ne sont pas toujours d'accord sur ce qu'est Dieu, tous -ceux qui croient rellement en Lui comprennent toujours de la mme faon -ce que Dieu veut d'eux. - -15 - -Dieu aime la solitude. Il n'entrera dans ton coeur que lorsqu'il y sera -seul et que tu ne penseras qu' Lui. - - D'aprs ANGLUS. - -16 - -Il existe un conte arabe que voici: En traversant le dsert, Mose -entendit un ptre prier Dieu: O Seigneur! disait-il, comment faire pour -Te rencontrer et devenir Ton esclave! Avec quelle joie je Te chausserai, -je laverai, je baiserai Tes pieds, je peignerai Tes cheveux, je laverai -Tes vtements, j'arrangerai Ta demeure et je T'apporterai le lait de -mon troupeau! Mon coeur Te dsire! Mose, entendant ces paroles, se -fcha contre le ptre et dit: Tu blasphmes. Dieu n'a pas de corps. Il -n'a besoin ni de vtements, ni de demeure, ni de serviteur. Tu dis des -sottises. Le ptre en fut attrist. Il ne pouvait se reprsenter Dieu -sans corps et sans besoins matriels; il ne pouvait plus prier et servir -Dieu, et il tomba dans le dsespoir. Alors Dieu dit Mose: Pourquoi -as-tu loign de Moi Mon fidle esclave? Chaque homme a ses penses et -ses termes. Ce qui est mal pour l'un est bien pour l'autre; ce qui est -poison pour toi est miel pour un autre. Les paroles ne signifient rien. -Je vois le coeur de celui qui s'adresse Moi. - -17 - -Si l'homme ne sait pas qu'il respire l'air, il sait, lorsqu'il touffe -qu'il lui manque quelque chose sans quoi il ne peut vivre. Il en est -de mme de celui qui perd Dieu, bien qu'il ne sache pas ce qui le fait -souffrir. - -II--_Tout homme dou de raison est forc de reconnatre Dieu._ - -1 - -Nous voyons aux cieux et dans chaque homme ce que nous appelons Dieu. - -Lorsqu'on hiver, pendant la nuit, tu regards le ciel, tu vois des -toiles, encore des toiles et des toiles sans fin, et lorsque tu -penses que chacune de ces toiles est nombre de fois plus grande que -la terre o tu vis, que par-dessus les toiles que tu vois, il y a -des centaines, des milliers, des millions d'autres toiles et de plus -grandes encore et que ni les toiles, ni le ciel n'ont de fin, tu -comprends que ce que nous ne pouvons concevoir existe. - -Lorsque nous regardons en nous-mmes et que nous voyons ce que nous -appelons notre moi, lorsque nous y voyons quelque chose que nous ne -pouvons pas comprendre non plus, mais que nous connaissons mieux que -tout le reste et qui nous fait comprendre tout ce qui est, nous voyons -dans notre moi, dans l'me, quelque chose de plus comprhensible et de -plus grand que ce que nous voyons dans les cieux. - -C'est ce que nous voyons au ciel et ce que nous sentons en nous, en -notre me, que nous appelons Dieu. - -2 - -De tous temps, chez tous les peuples s'tait forme la foi en une force -invisible gouvernant le monde. - -Les anciens attribuaient cette force la raison universelle, la -nature, la vie, l'ternit; les chrtiens appellent cette force: -esprit, Pre, Seigneur, raison, vrit. - -Le monde visible, changeant, est en quelque sorte l'ombre de cette force. - -De mme que Dieu est ternel, le monde visible, son ombre, est ternel. -Seule la force invisible, Dieu, existe vritablement.. - -SKOVORODA[1]. - -3 - -Il y a un tre sans lequel ni le ciel, ni la terre, ne seraient. Cet -tre est paisible, immatriel; ses qualits s'appellent: amour et -raison; mais l'tre lui-mme n'a pas de nom. Il est le plus loign et -le plus proche. - - LAO-TSEU. - -4 - -On demanda un homme: Pourquoi sait-il que Dieu existe? Il rpondit: -Faut-il donc une chandelle pour voir l'aurore? - -5 - -Si l'homme considre quelque chose comme grand, c'est qu'il ne voit pas -les choses de la hauteur de Dieu. - - ANGLUS. - -6 - -Je peux ne pas rflchir ce qu'est l'univers infini et ce qu'est mon -me qui se connat elle-mme; mais si j'y pense, il m'est impossible de -ne pas reconnatre ce que nous appelons Dieu. - -9 - -Il y a en Amrique une petite fille aveugle et sourde-muette de -naissance. On lui a appris lire et crire par le toucher. Lorsque sa -matresse lui eut expliqu qu'il y avait un Dieu, la fillette rpondit -qu'elle le savait, mais qu'elle ignorait son nom. - -III.--_La volont de Dieu._ - -1 - -Nous concevons Dieu moins par la raison que par notre sensation d'tre -en Son pouvoir, tel un nourrisson dans les bras de sa mre. - -L'enfant ne sait pas qui le tient, le rchauffe, le nourrit, mais il -sait que ce quelqu'un existe et non seulement il connat, mais il aime -ce quelqu'un dont il dpend. Il en est de mme de l'homme. - -2 - -Plus l'homme accomplit la volont de Dieu, plus il Le connat. - -Si l'homme n'accomplit pas la volont de Dieu, il ne Le connat pas du -tout, bien qu'il dise Le connatre et qu'il L'_invoque_. - -3 - -De mme qu'on ne peut reconnatre une chose qu'en s'en approchant, on ne -peut connatre Dieu, qu'en s'approchant de Lui, et on ne peut le faire -qu' l'aide de bonnes actions. Et plus l'homme s'habitue au bien, mieux -il apprend connatre Dieu; et plus il apprend le connatre, plus il -aime ses semblables. - -4 - -Nous ne pouvons connatre Dieu. Tout ce que nous savons de Lui c'est Sa -loi, Sa volont, telles qu'elles sont crites dans l'Evangile. De la -connaissance de Sa loi, nous dduisons que Celui qui l'a faite existe, -mais nous ne pouvons pas Le connatre Lui-mme. Nous ne savons au juste -qu'une chose, c'est que nous devons accomplir la loi que Dieu nous a -donne et que notre vie est d'autant, meilleure que nous suivons plus -strictement cette loi. - -5 - -Il est surprenant que je n'aie pu voir avant la simplicit de cette -vrit qu'en dehors de ce monde et de notre vie, il y a quelqu'un, -quelque chose qui sait pourquoi le monde existe et pourquoi nous y -sommes, telles les bulles qui se forment dans l'eau bouillante et qui -clatent et disparaissent. - -Oui, il se passe quelque chose en ce monde, grce tous les tres -vivants, moi, ma vie. Autrement, pourquoi existeraient ce soleil, -ces printemps, ces hivers et pourquoi ces souffrances, ces naissances et -ces morts, ces bienfaits, ces crimes, pourquoi tous ces tres spars -qui apparemment n'ont aucun sens pour moi et qui vivent de toutes leurs -forces, qui se soucient tant de leur vie? La vie de tous ces tres me -convainc parfaitement que tout cela est ncessaire quelque chose de -raisonnable, de bon, mais qui ne m'est pas accessible. - -6 - -Tant que l'homme chante, crie et dit devant tous: O Seigneur, -Seigneur! c'est qu'il n'a pas trouv le Seigneur. Celui qui L'a trouv -garde le silence. - - RAMA-KRICHNA. - -7 - -Dans les mauvais moments, on ne sent pas Dieu, on doute de Lui. Mais -le salut est toujours le mme: penser non Dieu, mais Sa loi et -l'accomplir: aimer tout le monde. - -IV.--_On ne peut comprendre Dieu par la raison._ - -1 - -On peut sentir Dieu en soi, ce qui n'est pas difficile. Mais comprendre -Dieu et savoir ce qu'Il est, est impossible et inutile. - -2 - -On ne peut comprendre par la raison, que l'homme contient son me et -Dieu; de mme, il est impossible de concevoir qu'il n'y ait pas de Dieu -et que l'homme n'ait pas d'me. - - PASCAL. - -3 - -Pourquoi suis-je spar de tout le reste et pourquoi sais-je que _tout_ -ce dont je suis spar existe, et pourquoi ne puis-je comprendre ce -qu'est ce _tout_? Pourquoi moi change-t-il constamment? Je ne peux -rien comprendre tout cela. Mais je ne puis m'empcher de penser -que tout cela a un sens, qu'il y a un tre pour lequel tout cela est -comprhensible, qui sait quoi tout cela sert. - -4 - -Chacun peut sentir Dieu, et personne ne peut Le comprendre. - -C'est pourquoi ne cherchons pas Le comprendre, mais accomplissons sa -volont, qui est de le sentir en soi avec plus d'intensit. - -5 - -Si tes yeux sont aveugls par le soleil, tu ne dis pas qu'il n'y a -pas de soleil. Tu ne diras pas non plus que Dieu n'existe pas parce -que ta raison s'embrouille et se perd, lorsque tu veux comprendre le -commencement et la cause de tout. - - D'aprs ANGLUS. - -6 - -Pourquoi me demandes-tu mon nom?--dit Dieu Mose.--Si derrire ce -qui se meut tu peux voir ce qui a toujours t, ce qui est et ce qui -sera, tu Me connais. Mon nom est le mme que ma substance. Je suis rel. -Je suis celui qui est. - -Celui qui veut savoir mon nom, ne me connat pas. - - SKOVORODA. - -7 - -La raison qu'on ne peut concevoir n'est pas la raison ternelle; l'tre -qu'on peut nommer n'est pas l'tre suprme. - -LAO-TSEU. - -8 - -Si trange que soit le fait que je ne connaisse pas Dieu, j'ai toujours -peur lorsque je suis sans Lui, et je ne suis tranquille que lorsque je -suis avec lui. C'est plus trange encore que je n'aie point besoin de -Le connatre mieux et davantage que je ne Le connais maintenant dans -ma vie actuelle. Je peux et je voudrais me rapprocher de Lui; ma vie -entire tend cela. Mais ce rapprochement n'augmente aucunement ma -connaissance de Dieu. Toute tentative de mon imagination me dmontrant -que je le conois (par exemple, lorsque je me l'imagine crateur ou -misricordieux, ou quelque chose d'analogue) m'loigne de lui et arrte -mon rapprochement de Lui. Mme le pronom Il, appliqu Dieu, -dtruit en quelque sorte pour moi toute sa signification. Le mot Il le -diminue. - -9 - -Tout ce qu'on peut dire de Dieu ne Lui ressemble pas. On ne peut -dpeindre Dieu par des paroles. - - ANGLUS. - -V.--_Du manque de foi en Dieu._ - -1 - -L'homme raisonnable trouve en lui-mme la conception de son me, de -lui-mme et de l'me de l'univers, qui est Dieu; et en reconnaissant -l'impossibilit d'amener ces conceptions la nettet complte, il -s'arrte docilement devant elles, sans toucher ce qui les voile. - -Mais il y a eu et il y a encore des gens d'un esprit et d'une sagesse -raffins et qui veulent expliquer la conception de Dieu par des paroles. -Je ne condamne pas ces gens. Nanmoins, ils ont tort lorsqu'ils -affirment qu'il n'y a pas de Dieu, et un pareil athisme ne peut durer. -D'une faon ou d'une autre, l'homme aura toujours besoin de Dieu. Si Sa -divinit s'tait rvle vous avec plus d'clat encore que jusqu' -prsent, je suis convaincu que ceux qui contestent Dieu inventeraient de -nouvelles subtilits pour Le nier. La raison se plie toujours devant les -exigences du coeur. - - ROUSSEAU. - -2 - -Penser qu'il n'y a pas de Dieu, revient au mme d'aprs Lao-Tseu, que de -croire que l'air qui sort d'un soufflet, a le soufflet pour origine et -que le soufflet pourrait fonctionner l o il n'y aurait pas d'air. - -3 - -Lorsque les gens de mauvaise vie disent que Dieu, n'existe pas, ils ont -raison: Dieu n'existe que pour ceux qui regardent de Son ct et se -rapprochent de Lui. Mais pour celui qui s'est dtourn de Lui et s'en -loigne, il ne peut y avoir de Dieu. - -4 - -Deux catgories d'hommes connaissent Dieu. Ceux qui ont le coeur -modeste--qu'ils soient sages ou sots--et ceux qui sont vraiment -intelligents. Seuls, les hommes orgueilleux et d'intelligence mdiocre -ne connaissent pas Dieu. - - PASCAL. - -5 - -Mose dit Dieu: O te trouverai-je, Seigneur?--Dieu lui rpondit: -Tu m'as dj trouv, si tu Me cherches. - -6 - -Prouver que Dieu existe! Il ne peut y avoir rien de plus stupide que -l'ide de prouver l'existence de Dieu. Le faire, c'est vouloir prouver -la raison de sa vie. A qui? Comment? Pourquoi? Si Dieu n'existe pas, il -n'y a rien. Or, comment ds lors prouver Son existence? - -7 - -Dieu existe. Point n'est besoin de le prouver. Le faire, serait -blasphmer; le nier, une folie. Dieu demeure dans notre conscience, dans -la conception de l'humanit entire, dans la structure de l'univers. -Seul un homme trs misrable ou trs dprav peut nier Dieu sous la -vote du ciel toile, sur la tombe des tres chers ou devant la mort -heureuse d'un martyr. - - MAZZINI. - -VI.--_L'amour de Dieu._ - -Je ne comprends pas ce que signifie l'amour de Dieu. Peut-on aimer -l'inconcevable et l'inconnu? On peut aimer son prochain, c'est -comprhensible et bien. Mais aimer Dieu, ce sont des paroles vides -de sens. Ainsi parlent bien des gens. Mais ceux qui le disent et le -pensent se trompent lourdement: ils ne comprennent pas ce qu'est aimer -son prochain--non pas un homme agrable ou qui nous est utile, mais -indiffremment tout homme, quand mme il serait le plus dsagrable -et le plus hostile. Seul, celui qui est le mme partout, peut aimer -ainsi son prochain. De sorte que ce n'est pas l'amour de Dieu qui est -incomprhensible, mais l'amour du prochain sans l'amour de Dieu. - - -[1] Philosophe ukrainien du XVIIIe sicle dont l'exceptionnelle valeur -ne fut que rcemment reconnue en Russie. (_N. du trad._) - - - - -CHAPITRE III - -DE L'ME - - -Nous appelons Dieu, l'impalpable, l'invisible, l'immatriel, celui qui -donne la vie tout et qui existe. Nous appelons me le mme lment -impalpable, invisible et immatriel, spar par le corps de tout le -reste et que nous reconnaissons comme nous-mmes. - - -I.--_Qu'est-ce que l'me?_ - -1 - -Si l'homme vit longtemps, il subit diverses transformations: il -est enfant, puis adolescent, adulte, vieillard. Mais, malgr ses -changements, il dit toujours moi en parlant de lui-mme. Et ce moi a -toujours t le mme: dans l'enfant, dans l'adulte, dans le vieillard. -C'est ce moi immuable que nous appelons me. - -2 - -Si l'homme pense que tout ce qui l'entoure, tout l'univers infini, est -tel qu'il le voit, il se trompe fort. L'homme connat tout ce qui est -matriel uniquement parce qu'il a tels vue, oui toucher. Si ces sens -taient autres, le monde entier serait diffrent. De sorte que nous ne -savons pas et ne pouvons savoir quel est exactement le monde matriel -o nous vivons. Ce que nous connaissons srement et entirement, c'est -notre me. - - - -II.--_Le Moi spirituel._ - -1 - -Lorsque nous parlons de notre moi, nous n'entendons pas notre corps, -mais ce qui le fait vivre. Qu'est-ce que le moi? Nous ne pouvons le -dfinir par des paroles, mais nous le connaissons mieux que tout ce que -nous savons. Car nous savons que si nous n'avions pas ce moi, nous -ne saurions rien, nous n'aurions rien au monde, et nous n'aurions pas -exist nous-mmes. - -2 - -Lorsque je rflchis, il m'est plus difficile de comprendre ce qu'est -mon corps que ce qu'est mon me. Le corps a beau nous tre proche, il -nous est toujours _tranger_; seule l'me est _soi_. - -3 - -Si l'homme ne sent pas l'me en soi, cela ne veut pas dire qu'il n'a -pas d'me, mais cela prouve seulement qu'il n'a pas encore appris la -connatre. - -4 - -Tant que nous ne comprenons pas ce qui est en nous, quel intrt -avons-nous savoir ce qui est en dehors de nous? Et peut-on connatre -le monde avant de s'tre compris soi-mme? Celui qui est aveugle chez -lui, peut-il voir lorsqu'il est chez les autres? - - SKOVORODA. - -5 - -De mme que la bougie ne peut pas brler sans feu, l'homme ne peut pas -vivre sans force spirituelle. L'esprit vit dans tous les hommes, mais -tous les hommes ne le savent pas. - -La vie de ceux qui le savent est heureuse, et la vie de ceux qui -l'ignorent est malheureuse. - -_Sagesse brahmane._ - - - -III.--_L'me et le monde matriel._ - -1 - -Nous avons mesur la terre, le soleil, les toiles, les profondeurs -des mers; nous descendons dans l'antre de la terre pour y chercher de -l'or; nous avons trouv des rivires et des montagnes sur la lune; nous -dcouvrons de nouveaux astres et connaissons leurs dimensions; nous -nivelons des prcipices, nous construisons des machines compliques; -chaque jour apporte de nouvelles et toujours de nouvelles inventions. -Que ne savons-nous pas? que de choses nous pouvons faire! Seulement, -il y a une chose absolument essentielle qui nous manque. Et nous ne -saurions prciser ce que c'est. Nous sommes pareils un petit enfant: -il sent qu'il n'est pas son aise, mais il ne sait pas pourquoi. - -Nous sommes malheureux, parce que nous savons beaucoup de choses -inutiles et que nous ignorons l'essentiel, c'est nous-mmes. Nous ne -connaissons pas ce qui est en nous. Si nous savions et si nous nous -souvenions de ce qui est en nous, notre vie serait toute diffrente. - - D'aprs SKOVORODA. - -2 - -Nous ne pouvons savoir ce qu'est en ralit tout ce qui est matriel -en ce monde. Nous ne pouvons connatre parfaitement que ce qui est -spirituel en nous-mmes, ce qui est nous-mmes et ce qui ne dpend ni de -nos sentiments ni de nos penses. - -3 - -Les hommes croient souvent que seules les choses qu'ils peuvent toucher -de leurs mains existent. Bien au contraire: existe seulement ce qu'on ne -peut voir, ni entendre, ni palper, ce que nous appelons notre moi-- -notre me. - -4 - -Confucius disait: Le ciel et la terre sont grands, mais ils ont une -couleur, une forme, une dimension, alors qu'en l'homme il y a quelque -chose qui pense tout et qui n'a ni couleur, ni forme, ni dimension. -De sorte que si tout l'univers tait mort, ce qui est en l'homme aurait -donn la vie au monde. - - - -IV.--_Le ct spirituel et le ct charnel de l'homme._ - -1 - -Chacun de nous est un homme absolument distinct de tous les autres: un -homme, une femme, un vieillard, un garon, une fille; et dans chacun de -nous, comme dans tous, rside le mme tre spirituel. Chacun de nous -est donc Jean ou Nathalie et en mme temps un tre spirituel qui est -le mme dans tous les hommes. Et lorsque nous disons: _Je veux_, cela -indique, parfois, ce que dsirent Jean et Nathalie, mais d'autres fois -ce que veut l'tre spirituel qui est commun nous tous. Et il arrive, -parfois, que Jean et Nathalie veulent quelque chose, mais que l'tre -spirituel ne le veut pas et qu'il dsire tout autre chose. - -2 - -Dire que ce que nous appelons nous-mmes n'est que notre chair, dire -que ma raison, mon me, mon amour ne dpendent que de mon corps, c'est -prtendre que notre corps n'est que la nourriture dont notre chair -s'alimente. - -Il est vrai que mon corps n'est compos que d'aliments qu'il transforme, -mais mon corps n'est pas aliment. Ceux-ci lui sont ncessaires pour -vivre, mais ils ne sont pas le corps. - -Il en est de mme de l'me. Il est vrai que, sans ma chair, ce que -j'appelle me n'existerait pas; mais mon me n'est pas mon corps. -Celui-ci est ncessaire l'me, mais il n'est pas l'me. - -Si l'me n'existait pas, je ne saurais pas ce qu'est mon corps. - -Les lments de la vie ne sont pas dans le corps, mais dans l'me. - -3 - -Lorsque nous disons: cela est arriv, cela arrivera ou cela pourra -arriver, nous parlons de notre vie corporelle. Mais, en dehors de la vie -corporelle qui a t et qui sera, nous reconnaissons en nous une autre -vie: la vie spirituelle. Et cette vie-l n'a pas t, ne sera pas, mais -est toujours. C'est cette vie qui est la vraie. L'homme est heureux -lorsqu'il vit de la vie spirituelle, et non de la vie corporelle. - -4 - -Le Christ apprend connatre l'homme qu'il y a en lui quelque chose -qui le met au-dessus de cette vie, de ses misres, de ses craintes et de -ses dsirs. - -L'homme qui a compris la doctrine du Christ se sent comme un oiseau qui, -ignorant la prsence de ses ailes, aurait compris brusquement qu'il -pouvait voler, tre libre et ne rien craindre. - - - -V.--_La conscience, voix de l'me._ - -1 - -Dans chaque homme il y a deux tres: l'un: aveugle, matriel; -l'autre: voyant clair, spirituel. L'un--l'tre aveugle--mange, boit, -travaille, se repose, se reproduit et fait tout comme une horloge -rgle. L'autre--l'tre spirituel--ne fait rien lui-mme, mais ne fait -qu'approuver ou dsapprouver les actes de l'tre aveugle et animal. - -On appelle conscience la partie claire, spirituelle de l'homme. Cette -partie spirituelle agit de mme que les branches d'un compas. Celles-ci -ne changent de place que lorsque celui qui tient les compas abandonne la -direction qu'elles indiquent. Il en est de mme de la conscience: elle -se tait tant que l'homme fait ce qu'il doit, mais ds qu'il abandonne la -bonne voie, elle lui montre o et quel point il s'est tromp. - -2 - -Lorsque nous apprenons qu'un homme a fait une mauvaise action, nous -disons: il n'a pas de conscience. Qu'est-ce que la conscience? La -conscience est la voix de l'tre unique et spirituel qui rside en nous -tous. - -3 - -La conscience, c'est la manifestation de l'tre spirituel qui vit dans -tous les hommes. Et ce n'est que lorsqu'elle se manifeste qu'elle -devient un directeur sr de la vie des hommes. Car souvent les hommes -prennent pour la conscience non pas la manifestation de l'tre -spirituel, mais simplement ce qui est considr comme bon ou mauvais par -les gens dont ils sont entours. - -4 - -La voix de la passion peut tre plus forte que celle de la conscience; -mais elle est tout autre que la voix calme et persuasive de la -conscience. Celle-ci est la voix de l'ternel, du divin qui vit en -l'homme. - - CHANNING[1]. - -5 - -Le philosophe Kant disait que deux choses l'tonnaient le plus: les -toiles au ciel et la loi du bien dans l'me humaine. - -6 - -La vraie bont est en toi-mme, dans ton me. Celui qui cherche le bien -en dehors de lui-mme, agit comme le ptre qui cherche dans son troupeau -l'agneau qu'il a cach sur sa poitrine. - - VIMANA HINDOUE. - -VI.--_La divinit de l'me._ - -1 - -L'homme a, d'abord, le sentiment de la sparation de son essence du -reste de sa substance, c'est--dire de sa chair; ensuite, la conscience -de ce qui est spar, c'est--dire de son me; enfin, la conscience de -ce dont cette base spirituelle de la vie est spare: la conscience du -Tout, de Dieu. - -C'est prcisment cet lment, conscient d'tre spar du Tout, de Dieu, -qui est l'unique tre spirituel qui vit en chaque homme. - -2 - -Reconnatre qu'on est un tre _spar_, c'est reconnatre l'existence de -ce dont on est spar, reconnatre l'existence du Tout, de Dieu. - -3 - -En vrit, en vrit, je vous le dis: celui qui coute Ma parole et -qui croit Celui qui m'a envoy, a la vie ternelle et il ne vient -point en jugement, mais il est pass de la mort la vie. En vrit, -en vrit, je vous le dis, le temps vient, et il est dj venu, que -les morts entendront la voix du Fils de Dieu et que ceux qui l'auront -entendue vivront. Car comme le Pre a la vie en lui-mme, il a aussi -donn au Fils d'avoir la vie en lui-mme. - - JEAN, V, 24-25. - -4 - -Une goutte qui tombe dans la mer, devient mer. L'me qui communie avec -Dieu devient Dieu. - - ANGLUS - -5 - -Lorsque l'homme dit une vrit, cela ne veut pas dire que la vrit -mane de l'homme. Toute vrit vient de Dieu. Elle ne fait que passer -par l'homme. Si elle passe par l'un plutt que par l'autre, c'est -uniquement parce que cet homme a su se rendre suffisamment transparent -pour que la vrit puisse passer travers lui. - - PASCAL. - -6 - -Dieu dit: Je n'tais un trsor connu de personne. J'ai voulu tre connu, -et j'ai cr l'homme. - - MAHOMET. - -7 - -On ne peut pas comprendre Dieu par la raison. Si nous savons qu'il -existe, ce n'est pas parce que nous le concevons par la raison, mais -parce que nous le sentons en nous-mmes. - -L'homme, pour tre vritablement un homme, doit concevoir la prsence de -Dieu en lui-mme. - -Demander si Dieu existe, serait demander si j'existe. Ce par quoi je -vis, est Dieu. - -8 - -Le corps est l'aliment de l'me; ce sont les chantiers qui servent -construire la vraie vie. - -La plus grande joie que l'homme puisse concevoir, c'est la joie de -reconnatre en soi un tre libre, raisonnable, aimant, et par consquent -bienheureux de sentir Dieu en soi. - -9 - -L'me est un verre; Dieu est la lumire qui pntre travers ce verre. - -10 - -Il n'y a que moi et Toi. Si nous n'existions pas tous deux, il n'y -aurait rien sur la terre. - - ANGLUS. - -11 - -Il semble l'homme toujours entendre une voix derrire lui, mais il -ne peut pas tourner la tte et voir celui qui parle. Cette voix parle -toutes les langues, gouverne tous les hommes, mais personne n'a jamais -vu celui qui parle. Ds que l'homme commence obir strictement cette -voix et la recueille de faon ne pas la sparer de lui-mme dans -ses penses, il sent que cette voix et lui font un; et plus l'homme -considrera cette voix comme lui-mme, plus il sera heureux. Cette voix -lui rvlera la vie bienheureuse, parce que cette voix est celle de Dieu -dans l'homme. - - D'aprs EMMERSON. - -Dieu veut le bonheur de tous; or, si tu veux du bien tous, -c'est--dire si tu aimes, Dieu vit en toi. - -13 - -On dit: sauver son _me_. On ne peut sauver que ce qui peut prir. L'me -ne peut pas prir parce qu'il n'y a qu'elle seule qui existe. Il ne faut -pas la sauver, mais la purifier de ce qui l'obscurcit, la souille, il -faut l'instruire pour que Dieu pntre de plus en plus en elle. - -14 - -On dit: Aurais-tu oubli Dieu? C'est une bonne parole. Oublier Dieu, -c'est oublier Celui qui vit en toi et par qui tu vis. - -15 - -De mme que j'ai besoin de Dieu, Dieu a besoin de moi. - -16 - -Lorsque tu t'affaiblis et que tu es malheureux, tu dois te rappeler -que tu as une me et que tu peux vivre par elle. Mais au lieu de cela, -nous nous imaginons que des hommes pareils nous-mmes peuvent nous -rconforter. - - EMMERSON. - -17 - -Celui qui est uni Dieu, ne doit pas craindre Dieu. Dieu ne saurait se -faire de mal Lui-Mme. - -Les poissons de la rivire apprirent un jour que les hommes disaient -qu'ils ne pouvaient vivre que dans l'eau. Et les poissons s'en -tonnrent et se mirent s'interroger entre eux afin d'apprendre si -quelqu'un savait ce que c'est que l'eau. Alors, un poisson intelligent -dit: On raconte qu'il y a dans la mer un vieux et sage poisson qui -sait tout; allons le trouver et demandons-lui ce qu'est l'eau. Et les -poissons se dirigrent vers l'endroit de la mer o habitait le sage et -lui demandrent ce qu'tait l'eau. Et le sage poisson dit: L'eau c'est -ce qui nous fait vivre. Si vous ne la connaissez pas c'est parce que -vous vivez dans l'eau et d'eau. - -De mme, il semble parfois aux hommes qu'ils ne savent pas ce qu'est -Dieu, mais ils vivent eux-mmes en Lui. - - SOUFI[2]. - - - -VII.--_La vie de l'homme n'est pas dans le corps, mais dans l'me, et -non pas dans le corps et dans l'me, mais dans l'me seule._ - -1 - -Celui qui m'a envoy est vritable, et les choses que j'ai entendues -de Lui, je les dis dans le monde. - -Ils ne comprirent point qu'Il parlait du Pre. Et Jsus leur dit: -Lorsque vous aurez lev le Fils de l'Homme, vous connatrez qui Je -suis, et que Je ne fais rien de Moi-mme, mais que Je dis les choses -comme Mon Pre Me les a enseignes. - - JEAN, VIII, 26-28. - -lever le Fils de l'Homme, c'est avoir conscience de l'esprit qui vit en -nous et l'lever au-dessus de la chair. - -2 - -L'me et le corps sont ce que l'homme considre comme sien, ce dont il -s'occupe constamment. Mais on doit savoir que le vrai toi n'est pas -ton corps, mais ton me. Souviens-toi de cela, lve ton me au-dessus -de ta chair, prserve-l de toute souillure humaine, ne permets pas ta -chair de l'touffer--et tu auras une vie heureuse. - - MARC-AURLE. - -3 - -On dit qu'on ne doit pas s'aimer soi-mme. Mais sans l'amour de -soi-mme, il n'y aurait pas de vie. Il s'agit de savoir ce qu'il faut -aimer en soi: son me ou son corps. - -4 - -Il n'est pas de corps vigoureux qui n'aura jamais t malade; il -n'est pas de richesses qui ne disparatront jamais; il n'est pas de -pouvoir qui n'aura pas de fin. Si l'on consacre toute sa vie devenir -vigoureux, riche, puissant, et qu'on arrive obtenir ce quoi l'on -aspire, on devra tout de mme s'inquiter, craindre et s'attrister, -parce qu'on verra tout ce qu'on a cherch dans sa vie vous chapper, -parce qu'on constatera que l'on se fait vieux et que l'on approche de la -mort. - -Que faire pour ne pas s'inquiter, pour ne pas avoir peur? - -Il n'y a qu'un seul moyen: il consiste consacrer sa vie non pas ce -qui passe, mais ce qui ne prit pas et ne peut prir, l'esprit qui -vit dans l'homme. - -5 - -Accomplis ce que ton corps exige de toi: cherche obtenir la gloire, -les honneurs, la richesse, et ta vie sera un enfer. Fais ce que veut -l'esprit qui rside en toi: cherche l'humilit, la clmence, l'amour, et -tu n'auras pas besoin de paradis. Le paradis sera dans ton me. - -6 - -Tout homme a des devoirs envers le prochain et des devoirs envers -lui-mme, envers l'esprit qui vit en lui; ces devoirs consistent ne -pas souiller, ne pas supprimer, ne pas touffer cet esprit et le -cultiver sans cesse. - - - -VIII--_Le vrai bonheur de l'homme n'est que la joie spirituelle._ - -1 - -L'homme vit par l'esprit et non par le corps. Lorsque l'homme le sait et -qu'il a vou sa vie l'esprit et non au corps, on peut le mettre aux -fers, le verrouiller derrire des lourdes portes, il sera toujours libre. - -2 - -Tout homme connat deux vies: la vie charnelle et la vie spirituelle. -Ds qu'elle atteint sa plnitude, la vie charnelle commence faiblir. -Et elle faiblit de plus en plus et arrive la mort. La vie spirituelle, -au contraire, grandit et devient toujours plus ferme, depuis la -naissance jusqu' la mort. - -Si l'homme ne vivait que de la vie charnelle, toute son existence serait -celle d'un condamn mort. S'il vivait pour son me, le bonheur qu'il y -trouverait grandirait de jour en jour, et la mort ne l'effrayerait pas. - -3 - -Pour mener une existence heureuse, point n'est besoin de savoir d'o tu -es venu et ce que tu deviendras dans l'autre monde. Pense uniquement -ce que veut ton me, et tu n'auras pas besoin de t'inquiter d'o tu es -issu et ce qui t'arrivera aprs la mort. Tu n'auras pas besoin de tout -cela, parce que tu prouveras le bonheur complet qui ne s'inquite ni du -pass ni de l'avenir. - -4 - -Lorsque le monde commena exister, la raison fut sa mre. Celui qui -est conscient du fait que la base de sa vie est l'esprit, sait qu'il se -trouve hors de tout danger. Lorsqu' la fin de sa vie, ses lvres se -fermeront et les portes de ses sens retomberont, il n'prouvera aucune -inquitude. - - LAO-TSEU - - -[1] Thologien amricain. (_N. du trad._) - -[2] Confrrie musulmane. (_N. du trad._) - - - - -CHAPITRE IV - -MME ME CHEZ TOUS - - -Tous les tres vivants sont spars par leurs corps les uns des autres; -mais l'origine la vie est la mme pour tous. - -I.--_La Conscience de la divinit de l'me unit les hommes._ - -1 - -La doctrine chrtienne rvle aux hommes que le mme principe spirituel -vit en eux tous, qu'ils sont tous frres, et elle les unit ainsi pour -une heureuse vie commune. - - LAMENNAIS. - -2 - -Il ne suffit pas de se dire que chaque homme a la mme me que moi; il -faut se dire qu'en chaque homme vit le mme principe qui vit en moi. -Tous les hommes sont spars les uns des autres par leurs corps, mais -ils sont tous unis par le mme principe spirituel qui donne la vie -tout. - -3 - -C'est un grand bonheur que d'tre en communion avec les hommes; mais -comment faire pour s'unir tous? Je peux m'unir aux membres de ma -famille; mais aux autres? Je peux m'unir mes amis, tous les Russes, - tous mes coreligionnaires. Mais comment faire pour m'unir ceux -que je ne connais pas, les trangers, ceux qui professent une autre -religion? Il y a tant d'hommes et ils sont tous si diffrents! Comment -faire? - -Il n'existe qu'un moyen: oublier les hommes, ne pas penser s'unir -eux, et ne songer qu' s'unir au seul principe spirituel qui vit en moi -et en tous les hommes. - -4 - -On dit que chaque homme peut tre trs bon et trs mauvais et qu'il -manifeste l'un ou l'autre sentiment suivant ses dispositions. C'est -parfaitement exact. - -La vue des souffrances d'autrui provoque, non seulement chez des -personnes diffrentes, mais chez le mme homme des sentiments absolument -contradictoires: parfois, la compassion, et, parfois, une sorte de -mauvais plaisir qui va jusqu' la plus cruelle mchancet. - -J'ai eu l'occasion de le constater sur moi-mme: tantt j'avais pour -tous les tres une profonde compassion, tantt j'prouvais la plus -grande indiffrence, et, parfois, de la haine mme. - -Cela, prouve clairement que nous avons deux faons, absolument opposes, -de concevoir les choses: l'une, quand nous nous considrons comme des -tres spars, quand tous les tres nous sont absolument trangers et -qu'ils ne sont pas moi. Dans ce cas, nous ne pouvons prouver pour -eux autre chose que de l'indiffrence, de l'envie, de la haine, de la -malveillance. - -L'autre faon de concevoir est dans la conscience de notre unit avec -tous. Dans ce cas, tous les tres sont pour nous ce qu'est noire moi, -et alors, ils suscitent notre amour pour eux. - -L'une nous spare les uns des autres comme par un mur infranchissable, -l'autre dtruit ce mur, et nous ne faisons qu'un. La premire nous -apprend reconnatre que tous les autres tres ne sont pas moi, la -seconde nous enseigne que tous les tres sont le mme moi que celui -que je sens en moi-mme. - - SCHOPENHAUER. - -5 - -Plus l'homme vit pour son me, plus il sent son unit avec tous les -tres vivants. Vis pour ton corps, et tu seras seul parmi des trangers; -vis pour ton me, et tous te seront parents. - -6 - -Un fleuve ne ressemble pas un tang, un tang un tonneau et un -tonneau un seau d'eau. Mais dans un tang, dans un fleuve, dans un -tonneau et dans un seau il y a la mme eau. De mme, tous les gens sont -diffrents, mais l'esprit qui vit en eux tous est le mme. - -7 - -L'homme ne comprend sa vie que lorsqu'il se voit dans chacun de ses -semblables. - -8 - -L'essentiel dans la doctrine du Christ c'est qu'il considrait tous les -hommes comme frres. Dans chaque homme, il voyait un frre et, pour -cette raison, aimait chacun, quel qu'il soit et qui que ce soit. Il ne -s'occupait pas de son extrieur, mais de l'intrieur. Il ne voyait pas -le corps, mais, travers les beaux habits du riche et les haillons du -misrable, il voyait l'me immortelle. Dans l'homme le plus dprav, il -apercevait ce qui pouvait transformer l'tre le plus dchu en l'homme -sublime, aussi grand et aussi saint qu'il l'tait lui-mme. - -9 - -Lorsque l'homme ne voit pas dans chacun le mme esprit qui l'unit tous -les hommes, il vit comme dans un rve. Celui qui voit Dieu et lui-mme -dans chacun, vit rellement. - - - -II--_Le mme principe spirituel vit non seulement dans tous les hommes, -mais aussi dans tout ce qui vit._ - -1 - -Nous sentons dans notre for intrieur que ce par quoi nous vivons, ce -que nous appelons notre vrai moi, est le mme non seulement dans -chaque homme, mais aussi dans un chien, un cheval, une souris, une -poule, un moineau, une abeille, et mme dans une plante. - -2 - -Quand on prtend que les animaux nous sont absolument trangers, on peut -en dire autant des sauvages, des noirs et des jaunes. Et si l'on estime -que ces hommes nous sont trangers, ils ont absolument le mme droit de -considrer les blancs comme des trangers. Quel est donc notre prochain? -II ne peut y avoir qu'une seule rponse cette question: ne demande -pas qui est ton prochain, mais agis envers tout ce qui vit comme tu -voudrais que l'on agisse envers toi-mme. - -3 - -Tout ce qui vit, craint les souffrances; tout ce qui vit, craint la -mort. Reconnais-toi non seulement dans un homme, mais aussi dans chaque -tre vivant; ne tue pas et ne cause pas de souffrance ni de mort. Tout -ce qui vit veut la mme chose que toi; reconnais-toi donc dans chaque -tre vivant. - - _Sagesse bouddhiste._ - -4 - -L'homme n'est pas suprieur aux btes parce qu'il les fait souffrir, -mais parce qu'il est capable de les plaindre. Et il a piti des btes, -car il sent vivre en elles ce qui vit galement en lui. - -5 - -La piti pour tout ce qui vit, est plus ncessaire que tout le reste -pour pouvoir avancer vers la vertu. Un homme bon ne peut manquer de -piti. Si un homme est injuste et mchant, il est srement impitoyable. -Sans piti pour tout ce qui vit, il ne peut y avoir de vertu. - - SCHOPENHAUER. - -6 - -On peut se dshabituer de la piti envers les btes. Cela se remarque -tout particulirement la chasse. Les hommes bons qui y prennent -got, tourmentent et tuent les btes sans remarquer la cruaut qu'ils -commettent. - -7 - -Le commandement: Tu ne tueras point ne se rapporte pas l'homme -seul, mais tout ce qui vit. Ce commandement avait t grav dans le -coeur de l'homme avant d'tre inscrit sur la table. - -8 - -Les hommes considrent qu'il n'y a pas de mal se nourrir de la chair -animale, parce qu'on les a persuads que Dieu l'avait permis. C'est -faux. On a beau assurer qu'il n'y a pas de pch de tuer et dmanger -les animaux, il est grav dans le coeur de l'homme, mieux que dans tous -les livres, qu'il faut avoir piti des animaux et qu'on ne doit pas -les tuer, au mme titre que les hommes. Nous le savons tous, si nous -n'touffons pas la voix de la conscience. - -9 - -Si seulement tous ceux qui mangent les animaux, les tuaient eux-mmes, -un grand nombre parmi eux auraient renonc la viande. - -10 - -Nous sommes tonns de voir qu'il y ait eu et qu'il y a encore des -hommes qui tuent leurs semblables pour les manger. Mais le temps viendra -o nos petits enfants s'tonneront que leurs grands pres aient tu, -tous les jours, des millions d'animaux pour les manger, alors qu'on peut -avoir une nourriture saine et substantielle en se servant des fruits de -la terre. - -11 - -On peut se dshabituer de toute piti, mme envers les hommes, et on -peut s'habituer avoir piti mme d'un insecte. - -Plus l'homme est pitoyable, mieux cela vaut pour son me. - -Comment s'abstenir de tuer la mouche ou la puce? Chacun de nos -mouvements supprime malgr nous la vie des tres que nous ne voyons -pas, dit-on gnralement pour justifier la cruaut humaine envers les -animaux. Ceux qui parlent ainsi oublient qu'il n'est pas donn l'homme -d'arriver la perfection en toutes choses. La tche de l'homme est de -se rapprocher de la perfection. Il en est de mme lorsqu'il s'agit de -la compassion envers les btes. Nous ne pouvons pas vivre sans faire -mourir d'autres tres, mais nous pouvons avoir pour eux plus ou moins de -compassion. Et plus nous en aurons, mieux cela vaudra pour notre me. - - - -III.--_Plus les hommes sont bons, mieux ils conoivent l'unit du -principe divin qui vit en eux._ - -1 - -Pourquoi sommes-nous tout joyeux quand nous avons accompli une bonne -action? Parce que chaque bonne action nous confirme que notre vrai moi - ne se borne pas notre personne seule, mais qu'il existe en tout ce -qui vit. - -Lorsqu'on vit pour soi-mme, on ne vit que d'une parcelle de son vrai -moi. Lorsqu'on vit pour les autres, on sent son moi s'tendre. - -Si tu vis pour toi seul, tu te sens entour d'ennemis, tu sens le -bonheur de chacun entraver le tien. Vis pour les autres, et tu te -sentiras entour d'amis et le bonheur de chacun deviendra ton bonheur -toi. - -2 - -L'homme ne trouve le bonheur qu'en servant son prochain. Et il l'y -trouve parce qu'en rendant service ses prochains, il communie avec -l'Esprit Divin qui vit en eux. - -3 - -Toute bonne action vritable, celle que l'homme accomplit avec -dsintressement et en ne pensant qu'au malheur d'autrui, serait un fait -tonnant et inconcevable, s'il n'tait pas aussi naturel et familier -l'homme. - -En effet, pourquoi se priver de quelque chose, s'inquiter, se dranger -pour un tranger, un homme comme il y en a tant sur la terre? On ne peut -pas expliquer cela autrement que par le fait que la personne qui fait du -bien, sait que celui pour qui elle le fait n'est pas un tre isol de -tous, mais le mme tre qu'elle, mais sous un autre aspect. - - D'aprs SCHOPENHAUER. - -4 - -Lorsqu'on vit de la vie spirituelle, on prouve des souffrances morales -chaque fois qu'on se spare des hommes. Pourquoi cette souffrance? Parce -que, de mme que la souffrance physique dmontre le danger qui menace la -vie corporelle, la souffrance morale dmontre le danger qui menace la -vie spirituelle de l'homme. - -5 - -Un sage hindou disait: En toi, en moi, en tous les tres vivants vit un -seul et mme esprit vital; et voici que tu te fches contre moi, tu ne -m'aimes pas. Souviens-toi que toi et moi, nous sommes un. Qui que tu -sois, toi et moi, nous ne faisons qu'un. - -6 - -Bien qu'un homme soit mchant, injuste, bte et dsagrable, -souviens-toi qu'en ne le respectant plus, tu romps non seulement tout -lien avec lui seul, mais avec tout le monde spirituel. - -7 - -Pour qu'il te soit facile de vivre avec chaque homme, pense ce qui -t'unit lui et non pas ce qui te spare de lui. - -IV.--_Les consquences rsultant de la conception de l'unit de l'me de -tous les hommes._ - -1 - -Il ne peut y avoir et il n'y aura pas de libert et de bonheur -vritable, tant que les hommes n'auront pas compris leur unit. Si -seulement les hommes avaient compris cette vrit essentielle du -christianisme,--la communaut spirituelle de tous les hommes--leur vie -se serait transforme, et il s'tablirait entre eux des rapports que -nous ne saurions imaginer maintenant. Les insultes, les peines, les -humiliations que nous faisons subir aux hommes-frres nous auraient -rvolts plus que les plus grands crimes actuels. - -Oui, il nous faut une nouvelle rvlation, non pas sur le paradis et -l'enfer, mais sur l'esprit qui vit en nous. - - CHANNING. - -2 - -L'amour appelle l'amour. Cela ne peut tre autrement parce qu'en se -rvlant en toi, Dieu se rvle galement en un autre homme. - -3 - -La branche coupe de son noeud est, par cela mme, spare de l'arbre -entier. De mme l'homme qui rompt avec un autre homme, se dtache de -toute l'humanit. Seulement, la branche est coupe par un bras tranger, -alors que, par son mpris, l'homme se dtache de son prochain, sans -penser que, par cela mme, il se dtache de toute l'humanit. - - MARC-AURLE. - -4 - -Il n'y a pas de mauvaise action pour laquelle soit seul puni celui -qui l'a faite. Nous ne pouvons nous isoler de faon ce que notre -mchancet ne se rpande pas sur les autres hommes. Nos actions, bonnes -et mauvaises, sont comme nos enfants: elles vivent et agissent non plus -par notre volont, mais par elles-mmes. - - GEORGE ELLIOT. - -5 - -La vie des hommes est pnible uniquement parce qu'ils ne savent pas que -l'me, qui est en chacun de nous, vit dans tous les hommes. C'est de l -que provient l'animosit, que les uns sont riches, les autres pauvres, -les uns sont matres, les autres ouvriers; de l que vient l'envie, la -haine et tous les tourments humains. - - - - -CHAPITRE V - -DE L'AMOUR - - -L'me humaine, isole par le corps aussi bien de Dieu que des autres -tres, tend se runir ce dont elle est spare. - -L'me s'unit Dieu par la conscience progressive de la prsence de Dieu -en soi, alors qu'elle s'unit aux mes des autres par des manifestations -d'amour de plus en plus videntes. - - -I. _L'Amour unit les hommes Dieu et aux autres tres._ - -1 - -Jsus dit au lgiste: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton -coeur, de toute ton me et de tout ton esprit. C'est le premier et le -plus grand des commandements. - -Le second est: aime ton prochain comme toi-mme, rpondit l'homme de -loi au Christ, et Jsus lui dit: Tu as bien rpondu; agis donc comme tu -l'as dit, c'est--dire, aime Dieu et ton prochain et tu vivras bien. - -2 - -Vous tes bien malheureux, vous, les gens du monde! Les chagrins et les -inquitudes sont au-dessus de vos ttes et sous vos pieds, droite et - gauche, et vous tes des nigmes pour vous-mmes. Et vous resterez -toujours nigmes si vous ne devenez pas joyeux et affectueux comme les -enfants. Alors seulement vous Me connatrez et, m'ayant connu, vous vous -comprendrez vous-mmes et vous pourrez vous gouverner. - -Alors seulement, lorsque vous regarderez le monde travers votre me, -tout sera joie pour vous sur la terre et en vous-mmes. - -_Soutes bouddhistes._ - -3 - -On ne peut aimer que la perfection. - -Il faut donc, pour aimer: ou bien considrer comme parfait ce qui ne -l'est pas, ou bien aimer ce qui est parfait, c'est--dire Dieu. Si l'on -considre comme parfait ce qui ne l'est pas, l'erreur se rvlera tt ou -tard et l'amour ne sera plus. Mais l'amour de Dieu, c'est--dire de la -perfection, ne peut pas finir. - -4 - -Dieu est amour; celui qui demeure dans la charit, demeure en Dieu et -Dieu en lui. Personne n'a jamais vu Dieu; mais si nous nous aimons les -uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est accompli en -nous. Si quelqu'un dit: J'aime Dieu et qu'il hasse son frre, c'est -un menteur. Car celui qui n'aime point son frre qu'il voit, comment -peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? Frres, aimons-nous les uns les -autres, car l'amour vient de Dieu, et quiconque aime, est n de Dieu et -connat Dieu, car Dieu est amour. - -D'aprs la 1<sup>re</sup> pitre de saint Jean. - -5 - -Les hommes ne peuvent communier rellement qu'en Dieu. Pour se -rencontrer, les hommes n'ont pas besoin de se croiser, ils doivent -simplement se diriger vers Dieu. - -S'il y avait un grand temple o la lumire ne pntrerait que d'en haut -et du centre, les hommes, pour se rencontrer dans ce temple, n'auraient -qu' se diriger vers la lumire. Il en est de mme dans le monde: si -tous les hommes allaient, Dieu, ils se rencontreraient tous. - -6 - -Il n'y a rien de plus agrable que de se savoir aim. Mais, chose -extraordinaire! pour qu'on nous aime il est inutile de rendre service -aux autres: il suffit de se rapprocher de Dieu. Rapproche-toi de Dieu et -ne pense pas aux hommes, et les hommes t'aimeront. - -7 - -Celui qui prtend aimer Dieu tout en n'aimant pas son prochain, trompe -les hommes. Celui qui prtend aimer son prochain et n'aime pas Dieu, se -trompe lui-mme. - -8 - -On dit que le jour du jugement dernier arrivera et que le bon Dieu se -fchera. Mais un Dieu bon ne peut faire que du bien. - -De toutes les religions existantes, il n'y en a qu'une seule vraie, -celle qui dit que Dieu est amour. Et l'amour ne peut donner que le -bonheur. - -Ne crains rien: pendant ta vie et aprs ta mort, il ne peut y avoir que -l'amour. - - _Traduit du persan._ - -9 - -Vivre selon les prceptes de Dieu c'est tre pareil Dieu. Et, pour -tre pareil Dieu, il faut ne rien craindre et ne rien dsirer pour -soi. Et pour ne rien craindre et ne rien dsirer pour soi, il n'y a qu' -aimer. - -Les uns disent: rentre en toi-mme et tu trouveras le repos. Toute la -vrit n'est pas l. - -D'autres disent, au contraire: sors de toi-mme; tche de t'oublier -et de trouver le bonheur dans les plaisirs. Ceci n'est pas vrai non -plus. Ce n'est pas vrai pour cette seule raison qu'on ne peut pas se -dbarrasser des maladies par les plaisirs. Le repos et le bonheur ne -sont ni en nous, ni en dehors de nous, ils sont en Dieu. Et Dieu est en -nous et hors nous. Aime Dieu, car c'est en Dieu que tu trouveras ce que -tu cherches. - - PASCAL. - - - -II.--_De mme que le corps a besoin de nourriture et souffre lorsqu'il -en est priv, l'me a besoin d'amour et souffre en son absence._ - -1 - -Tous les corps sont attirs par la terre et les uns par les autres. De -mme toutes les mes sont attires vers Dieu et les unes vers les autres. - -2 - -Tous les gens vivent, non pas parce qu'ils pensent eux-mmes, mais -parce que l'amour est le propre des hommes. - -Afin que les hommes ne vivent pas chacun pour soi, mais tous pour la -mme cause, Dieu ne leur a pas rvl ce qu'il faut chacun d'eux, mais -leur a dit seulement ce qu'il leur fallait tous. - -Afin que les hommes sachent ce qu'il leur faut tous, Il a pntr dans -leurs mes et s'y est manifest en amour. - -3 - -Tous les malheurs des hommes ne sont pas causs par les mauvaises -rcoltes, les incendies, les brigands, mais simplement parce qu'ils -vivent en dsaccord.--Ils sont en dsaccord, parce qu'ils ne croient pas - la voix de l'amour qui vit en eux et qui les appelle s'unir. - -4 - -Tant que l'homme vit d'une vie matrielle, il lui semble qu'il est -spar des autres hommes parce que cela est ainsi et ne peut tre -autrement. Mais ds qu'il commence vivre d'une vie spirituelle, il -s'tonne, ne comprend pas, jusqu' en souffrir, pourquoi il est spar -des autres hommes, et il cherche s'unir eux. L'amour seul unit les -hommes. - -5 - -La vie de chaque homme consiste devenir meilleur chaque anne, chaque -mois, chaque jour. Plus les gens deviennent meilleurs et plus ils -s'unissent, plus leur vie est meilleure. - -6 - -Si nous tenions fermement nous rallier aux hommes l o nous sommes -d'accord avec eux, sans exiger leur consentement sur les points o nous -ne sommes pas d'accord, nous serions bien plus prs du Christ que ceux -qui, tout en se qualifiant de chrtiens, se dtachent, au nom du Christ, -des hommes d'une autre religion, en exigeant qu'ils soient d'accord avec -ce qui leur semble tre la vrit. - -Aimez vos ennemis, et vous n'en n'aurez point. - -_Actes des Aptres._ - - - -III.--_L'amour n'est vrai que lorsqu'il se rpand sur tout._ - -1 - -Dieu voulait que nous fussions heureux et, dans ce but, il nous a donn -le besoin du bonheur; seulement, il voulait que nous soyons heureux -tous, et non pas quelques-uns, et pour cela il nous a donn le besoin -d'aimer. Il s'ensuit que les hommes ne seront heureux que lorsqu'ils -s'aimeront tous les uns les autres. - -2 - -Snque disait que tout ce que nous voyons, tout ce qui vit n'est qu'un -seul corps; tels les bras, les jambes, l'estomac, les os, nous sommes -les parties de ce corps. Tous, nous sommes venus au monde de la mme -faon; tous, nous voulons notre bonheur; tous nous savons que nous -ferions mieux de nous entr'aider que de nous exterminer et tous nous -avons un germe d'amour les uns pour les autres. Comme des pierres, -nous formons une mme route et nous nous croulerons, si nous ne nous -soutenons pas. - -3 - -Si nous aimons ceux qui nous plaisent, qui nous louent, qui nous font du -bien, nous les aimons pour nous-mmes. Le vritable amour est celui qui -nous fait aimer non pour notre plaisir, mais pour le bien des hommes que -nous aimons; nous devons les aimer, non pas parce qu'ils sont agrables -ou utiles, mais parce que dans chaque homme nous reconnaissons l'esprit -qui vit en nous. - -Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons aimer, comme nous l'a appris le -Christ, non seulement ceux qui nous aiment, mais aussi ceux qui nous -hassent: nos ennemis. - -4 - -Tche d'aimer celui que tu n'aimais pas, que tu blmais, qui t'a -offens. Si tu y russis, tu connatras une sensation nouvelle de joie. -De mme que la clart clate aprs les tnbres, la lumire de l'amour -s'allumera avec plus d'intensit et plus joyeusement en toi, aprs -s'tre libr de l'inimiti. - -5 - -Le meilleur des hommes est celui qui aime _tous_ et qui fait du bien -tous, qu'ils soient bons ou mchants. - - MAHOMET. - -6 - -Je suis triste, ennuy, seul. Mais qui donc t'a ordonn de fuir tous -les hommes et de te murer dans la prison de ton misrable et ennuyeux -moi. - -7 - -Agis de faon pouvoir dire chacun: fais comme moi. - - D'aprs KANT. - -8 - -Tant que je n'aurai pas vu observer le plus grand commandement du -Christ--l'amour envers les ennemis--je ne croirai pas que ceux qui se -qualifient de chrtiens le soient effectivement. - - LESSING. - - - -IV.--_On ne peut aimer rellement que l'me._ - -1 - -Tous les hommes ne dsirent, qu'une seule chose, c'est de bien vivre. -C'est pourquoi, depuis les temps les plus anciens, partout et toujours, -les sages et les saints ont pens et appris aux hommes comment il -fallait vivre pour tre heureux. Et toutes les poques et dans tous -les pays, les sages et les saints ont enseign aux hommes la mme -doctrine. - -Cette doctrine est brve et simple: - -Tous les hommes vivent par le mme esprit, mais sont spars, dans cette -vie, par leurs corps; s'ils en sont convaincus, ils doivent s'unir les -uns aux autres par l'amour. S'ils ne le comprennent pas et s'imaginent -qu'ils vivent uniquement par leurs corps, ils se querellent entre eux et -sont malheureux. - -Toute la doctrine est dans la recommandation de faire ce qui unit les -hommes et de ne pas faire ce qui les dsunit. Il est facile d'avoir foi -en cette doctrine parce qu'elle demeure dans le coeur de chaque homme. - - - -V.--_L'amour est un sentiment naturel l'homme._ - -1 - -L'homme aime aussi naturellement que l'eau descend la pente. - -_Proverbe oriental._ - -2 - -Pour que l'abeille vive selon sa nature, elle doit voler, le serpent -ramper, le poisson nager, l'homme aimer. Par consquent, si l'homme fait -du mal son prochain au lieu de lui faire du bien, cela parat aussi -trange que si le poisson se mettait voler et l'oiseau nager. - -3 - -Le cheval, par sa course rapide, fuit l'ennemi. Il est malheureux non -pas lorsqu'il ne peut pas crier comme un coq, mais lorsqu'il perd ce qui -lui est acquis: la facult de courir. - -Le sens le plus prcieux pour le chien est son flair. Il est malheureux -lorsqu'il le perd, et non lorsqu'il voit qu'il ne peut pas voler. - -De mme l'homme est malheureux, non quand il est impuissant matriser -un ours, un lion, ou de mauvaises gens, mais quand il perd ce qu'il a de -plus cher: sa nature spirituelle, sa facult d'aimer. - -On n'a pas regretter quand on meurt, quand on a perdu son argent, sa -proprit, sa maison--tout cela n'appartient pas l'homme. On doit -regretter quand l'homme perd son bien rel, son plus grand bonheur: la -facult d'aimer. - -4 - -On demanda un philosophe chinois: qu'est-ce que la science? Il -rpondit: C'est connatre les hommes. - -On lui demanda: Qu'est-ce que la vertu? Il rpondit: C'est aimer les -hommes. - -5 - -Un philosophe hindou disait: De mme qu'une mre soigne son unique -enfant, le dorlote, le garde et l'lve, l'homme doit lever et garder -en soi ce qu'il a de plus cher au monde: l'amour pour tout ce qui -vit. Toutes les religions nous l'enseignent: celle des Bramines, des -Bouddhistes, des Hbreux, des Chinois, des Chrtiens, des Mahomtans. -C'est pourquoi, la chose la plus ncessaire au monde est d'apprendre -aimer. - -6 - -Les Chinois ont eu leurs philosophes tels que Confucius, Lao-Tseu et un -autre sage, peu connu, du nom de Mi-Ti. - -Mi-Ti enseignait qu'il ne fallait pas inculquer aux hommes le respect -de la force, de la richesse, de la bravoure, mais de l'amour seul. Il -disait: On lve les hommes de faon ce qu'ils considrent que la -richesse et la gloire sont au-dessus de tout et ils ne songent qu' -gagner le plus possible de gloire et de richesses; il faut les lever de -faon ce qu'ils placent l'amour au-dessus de tout et que, dans la vie -quotidienne, ils s'habituent aimer les hommes et consacrer toutes -les forces apprendre aimer. - -Mi-Ti n'a pas t cout. Mendz, un lve de Confucius, contredit -Mi-Ti, en assurant qu'on ne saurait vivre uniquement d'amour. Et -les Chinois suivirent Mendz. 500 ans s'coulrent ainsi, lorsque -Jsus vint enseigner aux hommes ce qu'avait dj dit Mi-Ti, mais -avec plus de force et de clart. Bien que personne ne conteste cette -doctrine d'amour, les disciples du Christ ne suivent toujours pas son -enseignement. Mais le moment viendra--et il est proche--o les hommes ne -pourront pas faire autrement que de suivre cette doctrine, parce que son -germe se trouve dans tous les coeurs, alors que la non observation de ses -prceptes rendra les gens de plus en plus malheureux. - - - -VI.--_L'amour seul donne le bonheur rel._ - -1 - -Tu veux du bien, tu auras ce que tu dsires, condition que tu veuilles -le bien qui est bon pour tous. Ce bonheur ne se gagne que par l'amour. - -2 - -Celui qui veut conserver sa vie, la perdra, et celui qui donne sa vie -pour le bien, la conservera. L'homme n'a pas de profit gagner le -monde entier s'il fait du tort son me. Ainsi parlait Jsus. De -mme parlait le paen Marc-Aurle: me, quand donc seras-tu le chef du -corps? Quand te dbarrasseras-tu des dsirs et des peines charnelles, -et pourras-tu te passer des services de ce que les hommes te servent de -leur vie ou de leur mort! Quand comprendras-tu que le vrai bonheur est -toujours en ton pouvoir et qu'il est l'amour pour tous les hommes? - -3 - -Celui qui dit qu'il est dans la lumire et qui hait son frre, est -encore prsent dans les tnbres. Celui qui aime son frre demeure -dans la lumire et ne craint nulle tentation. Mais celui qui hait son -frre est dans les tnbres, marche dans les tnbres et ne sait o il -va, parce que les tnbres ont aveugl ses yeux.... Aimons, non par la -parole et la langue, mais par les actes et la vrit. C'est cela que -nous reconnaissons la vrit et que nous tranquillisons nos coeurs. - - 1<sup>re</sup> pitre de saint JEAN. - -4 - -Je ne sais pas lequel des chefs des religions a raison, et je ne puis le -savoir d'une faon certaine; mais je sais pertinemment que le mieux que -je puis faire, c'est de dvelopper l'amour en moi; de cela je ne puis -en douter. Je ne puis en douter parce qu'en se dveloppant, mon amour -augmente mon bonheur. - -5 - -Nous savons trouver tout; il n'y a que nous-mmes que nous ne sachions -pas trouver. Chose trange! L'homme vit sur la terre pendant de -nombreuses annes sans remarquer quel moment il prouve le plus de -satisfaction. S'il s'en apercevait, il verrait clairement en quoi -consiste son vrai bonheur; il saurait qu'il ne se sent son aise -que lorsqu'il a l'amour dans l'me. C'est que nous ne mditons pas -assez pour nous en apercevoir. Nous avons perverti notre raison et ne -cherchons plus connatre ce qui seul nous est ncessaire. - -Si nous nous tions arrts un seul instant au milieu du tourbillon de -la vie qui nous emporte, si nous tions rentrs en nous-mmes, nous -aurions compris o est notre bonheur. - -Notre corps est faible, impur, mortel; mais il recle un trsor divin: -l'esprit immortel. Il nous suffirait d'avoir conscience de cet esprit -intrieur pour nous mettre aimer les hommes, et, en les aimant, nous -aurons tout ce que notre coeur dsire: le bonheur. - - SKOVORODA. - -6 - -Nous n'obtenons le bonheur corporel, tous les plaisirs, qu'au dtriment -des autres hommes. Par contre, nous n'augmentons le bien spirituel, le -bien de l'amour qu'en augmentant le bonheur d'autrui. - -7 - -Tous nos perfectionnements de la vie matrielle: les chemins de fer, -le tlgraphe, les machines peuvent servir l'union des hommes et -les rapprocher du royaume de Dieu. Mais le malheur est que les hommes -se passionnent pour ces perfectionnements et s'imaginent que s'ils -construisent beaucoup de ces engins, ils peuvent se rapprocher de Dieu. -C'est une aussi grosse erreur que si l'homme avait toujours travaill -le mme terrain sans songer y semer quelque chose. Pour que toutes -ces machines soient utiles, il faut que les hommes perfectionnent leur -me, y cultivent l'amour. Car sans amour, le tlphone, le tlgraphe, -les machines volantes, loin de nous rapprocher, nous divisent de plus en -plus. - -8 - -L'homme est misrable et ridicule lorsqu'il cherche ce qu'il a sur -le dos. Il est tout aussi misrable et ridicule lorsqu'il cherche le -bonheur, sans savoir qu'il le trouvera dans l'amour qui est dans son -coeur. - -Ne regardez pas le monde et les oeuvres des hommes, mais jetez un regard -dans votre me, et vous y trouverez, le bonheur que vous cherchez l o -il n'est pas; vous trouverez l'amour et vous saurez que ce bonheur est -si grand que celui qui l'a, ne peut plus rien dsirer. - - KRISHNA. - -9 - -Fais du bien tes amis pour qu'ils t'aiment davantage, fais-en tes -ennemis pour qu'ils deviennent tes amis. - - KLEOVODLOS[1]. - -10 - -On dit: quel profit y a-t-il faire du bien aux gens qui vous paient -par le mal? Si tu aimes celui qui tu fais le bien, tu as dj reu ta -rcompense par ton amour pour lui, et tu en auras une plus grande encore -dans ton me si tu supportes avec amour le mal qu'il le fait. - -11 - -Quand nous aimons nos frres nous savons que nous sommes passs de la -mort la vie. Celui qui hait son frre n'a pas la vie ternelle qui est -en lui. - -D'aprs le 1<sup>er</sup> pitre de JEAN, III. - -12 - -Oui, le temps viendra bientt, celui-l mme dont le Christ disait qu'il -souffrait en l'attendant, le temps o les hommes seront fiers, non pas -de la domination sur les autres et de la spoliation du fruit de leur -travail, non pas de la crainte et de l'envie qu'ils provoquent, mais -fiers de leur amour pour tous et heureux de cette sensation qui les -libre de tout mal, malgr les peines qu'on peut leur causer. - -13 - -L'amour donne et ne reoit rien. - - -[1] L'un des sept sages de la Grce; il vivait au VI<sup>e</sup> sicle -avant J.-C. (_Note du trad._). - - - - -CHAPITRE VI - -PCHS, TENTATIONS, SUPERSTITIONS - - -La vie humaine serait un bonheur continuel si les superstitions, les -tentations et les pchs n'avaient pas priv les hommes de ce bien qui -leur est accessible. Le pch est l'encouragement aux dsirs charnels; -les tentations sont la conception errone que l'homme a de ses relations -avec le monde; les superstitions sont les fausses doctrines acceptes -sur parole. - - -I.--_La vraie vie n'est pas dans le corps, mais dans l'me._ - -1 - -Le terme de pch, dans le langage populaire, est employ par le -laboureur lorsque la charrue lui chappe des mains, et qu'elle sort du -sillon sans retourner la terre. - -Il en est de mme dans la vie. Le pch est la dviation du corps humain -de la bonne voie et son impuissance, par suite, d'accomplir son devoir. - -2 - -Dans leur jeunesse, lorsqu'ils ne connaissent pas le but rel de la vie -qui est la communion dans l'amour, les hommes pensent que le but est de -satisfaire leurs dsirs charnels. Il n'y aurait pas grand mal, si cette -illusion n'tait qu'une erreur de la raison; mais le malheur est que -l'assouvissement des dsirs charnels souille l'me et que celle-ci perd -la facult de trouver son bonheur dans l'amour. - -N'est-ce pas vouloir puiser de l'eau potable avec un rcipient bien -souill pralablement? - -3 - -Tu voudrais procurer ton corps les plus grands plaisirs. Mais ton -corps, vivra-t-il longtemps? Se soucier des plaisirs charnels, c'est -construire sa maison sur de la glace. Quelle joie pourrait-on attendre -d'une telle vie, quel repos? Ne crains-tu pas constamment que, tt ou -tard, la glace fondra, que, tt ou tard, tu devras abandonner ton corps -mortel? - -Transporte donc ta maison sur la terre ferme; travaille ce qui -ne meurt pas: perfectionne ton me, dbarrasse-toi des pchs, des -tentations et des superstitions. - - D'aprs SKOVORODA. - -4 - -L'enfant ne sent pas encore son me et ne sent pas ce qu'prouve -l'adulte lorsqu'il entend deux voix contradictoires parler en lui. L'une -dit: mange toi-mme et l'autre: donne celui qui demande. L'une -dit: venge-toi, et l'autre: pardonne. L'une dit: crois ce que -disent les autres, et l'autre: rflchis toi-mme. - -Plus l'homme devient g, plus il entend ces deux voix contradictoires: -l'une est la voix du corps, l'autre celle de l'esprit. Et celui qui -s'habituera entendre la voix de l'me, sera heureux. - -5 - -Nul ne peut servir deux matres: car ou il hara l'un et aimera l'autre, -ou il s'attachera l'un et mprisera l'autre. Vous ne pouvez servir -Dieu et Mamon. - - MATTH., VI, 24. - -6 - -On ne peut avoir soin en mme temps de son me et de son corps. Si tu -veux des plaisirs charnels, renonce ton me; si tu veux prserver ton -me, renonce aux plaisirs charnels. Sinon, tu sera tiraill tantt d'un -ct, tantt de l'autre, et tu n'auras ni l'un ni l'autre. - -7 - -L'homme cherche s'assurer la libert afin de soustraire son corps -toute entrave et de pouvoir agir sa guise. C'est l une grande erreur. -Les moyens par lesquels les hommes cherchent dlier leur corps de -toute entrave: la richesse, la puissance, la bonne rputation, tout -cela n'assure pas la libert souhaite; au contraire, cela ne fait que -les lier davantage. Pour acqurir une libert plus grande, les hommes -construisent une prison de leurs pchs, tentations et superstitions et -s'y enferment. - - - -II.--_Qu'est-ce que le Pch?_ - -1 - -La doctrine des Bouddhistes enseigne cinq commandements principaux. Le -premier: ne tue sciemment nul tre vivant. Le deuxime: ne t'approprie -pas ce qu'autrui considre comme son bien. Le troisime: sois chaste. -Le quatrime: ne dis pas le contraire de la vrit. Le cinquime: ne -te grise ni de boissons, ni de fume. Les Bouddhistes considrent donc -comme pchs: le meurtre, le vol, la fornication, l'ivrognerie, le -mensonge. - -2 - -La doctrine vanglique ne recommande que deux prceptes, tous deux -ayant trait l'amour. Lorsque l'homme de loi, pour prouver le Christ, -lui demanda:--Matre quel est le grand commandement de la loi? Jsus -rpondit:--Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de -toute ton me et de toute la pense. C'est l le premier et le grand -commandement. Et voici le second qui lui est semblable: Tu aimeras ton -prochain comme toi-mme. - -C'est pourquoi, d'aprs la doctrine chrtienne, tout ce qui est en -dsaccord avec ces deux commandements, est pch. - -3 - -Les hommes ne sont pas punis cause de leurs pchs, mais par les -pchs mmes. C'est l le plus pnible et le plus sr des chtiments. - -Il arrive qu'un imposteur ou un mchant vit et meurt dans l'opulence -et les honneurs; mais ceci ne signifie nullement qu'il a chapp au -chtiment d pour ses pchs. Et le chtiment ne se produira pas -quelque part o personne n'a jamais t et n'ira jamais, mais ici mme. -Cet homme est dj puni par ce fait que chaque nouveau pch l'loign -de plus en plus du vrai bonheur, de l'amour, et qu'il devient de moins -en moins heureux. De mme qu'un ivrogne, qu'il soit puni par les hommes -ou non, l'est dj coup sr, parce que, indpendamment de son mal de -tte immdiat d l'ivresse, il est puni par les souffrances qui le -tenaillent mesure qu'il s'adonne l'ivrognerie. - -4 - -Si l'on s'imagine que l'on peut se dbarrasser de ses pchs dans cette -vie, on se trompe grossirement. L'homme peut avoir plus ou moins de -pchs, mais il ne saurait tre impeccable. Il ne le saurait, parce que -toute notre vie se passe dans l'effort de nous librer de nos pchs et -c'est l seulement qu'est le vrai bonheur. - - - -III.--_Les Tentations et les Superstitions._ - -1 - -Le but de l'homme dans cette vie est d'accomplir la volont de Dieu. -Celle-ci commande l'homme de dvelopper et de manifester l'amour qui -est en lui. Que peut faire l'homme pour manifester cet amour? Supprimer -tout ce qui l'entrave. Qu'est-ce qui l'entrave? Les pchs. - -De sorte que pour accomplir la volont divine, l'homme n'a qu'une chose - faire: se librer de ses pchs. - -2 - -Pcher est l'oeuvre humaine; justifier les pchs est oeuvre diabolique. - -3 - -Tant que l'homme est sans raison, il vit comme une bte et il n'est pas -responsable de la suite de ses actes, bons ou mauvais. Mais le moment -arrive o il devient capable de rflexion et peut distinguer entre ce -qu'il doit et ce qu'il ne doit pas faire. Or, au lieu de comprendre que -la raison lui est donne pour discerner le bien et le mal, il l'emploie -souvent justifier le mal qui lui est agrable et auquel il est habitu. - -C'est ce qui engendre les tentations et les superstitions dont le monde -souffre le plus. - -4 - -C'est mal quand l'homme se croit sans pchs et n'a pas besoin de -faire d'efforts sur lui-mme. Mais c'est tout aussi mal quand l'homme -s'imagine tre n dans les pchs, tre condamn mourir combl de -pchs et qu'il ne servirait rien de faire des efforts pour s'en -dbarrasser. Les deux erreurs sont galement funestes. - -5 - -C'est mal quand l'homme qui vit parmi les pcheurs ne voit ni ses -propres pchs, ni ceux des autres; mais c'est plus mal encore quand -l'homme voit les pchs des autres et ne remarque pas les siens. - -6 - -Dans chaque existence, il arrive un moment o le corps vieillit, -s'affaiblit, devient de moins en moins exigeant, tandis que le moi -spirituel grandit de plus en plus. Alors, ceux qui sont habitus -satisfaire leurs dsirs corporels imaginent, afin de ne pas renoncer - leurs habitudes, des sductions et des superstitions qui leur -permettent de vivre en pcheurs. Mais ils ont beau faire de garantir -leur corps contre le moi spirituel, ce moi vainc toujours, ne -serait-ce que dans les derniers moments de la vie. - -7 - -D'abord, le pch est un tranger dans notre me; puis, il en est -l'hte; et lorsque nous nous habituons lui, il y devient comme le -matre de la maison. - -8 - -Celui qui commet un pch pour la premire fois ressent toujours sa -faute; celui qui pche plusieurs reprises,--surtout lorsque les gens -qui l'entourent commettent le mme pch,--tombe dans la tentation et ne -sent plus son pch. - -9 - -Lorsqu'un homme a commis un pch et s'en rend compte, il a deux issues: -l'une de reconnatre sa faute, et de s'efforcer ne plus recommencer; -l'autre est de chercher savoir ce que les gens pensent du pch qu'il -a commis, et si ces gens ne le blment pas, de continuer pcher. - -Tous le font, pourquoi donc ne ferai-je pas comme tout le monde? -Lorsque l'homme s'engage sur cette pente, il ne s'aperoit plus qu'il -s'loigne chaque jour davantage de la bonne voie. - -10 - -Les tentations doivent exister sur la terre, a dit le Christ. Je crois -que le sens de cette sentence est que la connaissance de la vrit ne -suffit pas pour dtourner les hommes du mal et pour les attirer vers le -bien. - -Pour que la plupart des hommes puisse connatre la vrit, il est -indispensable d'tre amen, par les pchs, les tentations et les -superstitions, au dernier degr de l'erreur et la souffrance qui -s'ensuit. - -11 - -Les pchs viennent du corps; les tentations, de l'opinion publique; les -superstitions, du manque d confiance en son propre jugement. - - - -IV.--_L'oeuvre essentielle de la vie de l'homme est de se dbarrasser des -pchs, des tentations, et des superstitions._ - -1 - -L'homme se rjouit lorsque son corps sort de la captivit, de la prison. -Comment donc ne serait-il pas heureux lorsqu'il se dbarrasse des -pchs, des tentations et des superstitions qui tenaient son me en -captivit? - -2 - -Admettons que les hommes ne sachent vivre que de la vie bestiale, qu'ils -ne luttent pas contre leurs passions--quelle vie horrible ce serait, -quelle haine il y aurait entre tous les hommes, quelle dbauche, quelle -cruaut! C'est parce que les hommes connaissent leurs faiblesses et -leurs passions et luttent contre elles, qu'ils peuvent vivre ensemble. - -3 - -La vie de l'homme, qu'il le veuille ou non, tend le dbarrasser de -plus en plus de ses pchs. Celui qui le comprend, y contribue de ses -efforts, et la vie d'un tel homme est facile, parce qu'elle est en -accord avec ce qui se produit en lui. - -4 - -Les enfants ne sont pas encore habitus aux pchs et tout pch leur -rpugne. Les adultes sont dj tombs dans la tentation et ils pchent -sans s'en rendre compte. - -5 - -Deux femmes vinrent trouver un vieillard pour lui demander conseil. -L'une se considrait comme une grande pcheresse. Etant jeune encore, -elle avait tromp son mari et vivait dans un tourment continuel. -L'autre, ayant toujours vcu selon les bonnes rgles, ne se reprochait -aucune faute marquante et tait satisfaite d'elle-mme. - -Le vieillard interrogea les deux femmes sur leur vie. L'une, tout en -larmes lui avoua son grand pch. Elle le trouvait si grand qu'elle ne -croyait pas mriter le pardon; l'autre dclara qu'elle ne reconnaissait -aucun pch particulier. Le vieillard dit la premire: - ---Va derrire le clos et trouve-moi une grande pierre, la plus grande -que lu pourras soulever, et apporte-la. - ---Et toi, dit-il celle qui ne se connaissait pas de grands pchs, -apporte-moi aussi des pierres, autant que tu pourras en porter, mais des -petites. - -Les femmes excutrent l'ordre du vieillard. L'une apporta un grand -bloc, l'autre, tout un sac de cailloux. - -Le vieillard examina les pierres et dit: - ---Voici ce que vous allez faire maintenant: rapportez les pierres l o -vous les avez prises, et lorsque vous l'aurez fait, revenez me trouver. - -Les femmes s'en furent excuter l'ordre du vieillard. La premire -trouva facilement l'endroit o elle avait pris la pierre et la remit - sa place. La seconde, n'arrivant pas se rappeler les places o -se trouvaient chacune de ses pierres, revint avec son sac vers le -vieillard, sans avoir excut son ordre. - ---Il en est de mme pour les pchs, dit le vieillard. Tu as pu -remettre, sans difficult, une grande et lourde pierre son ancienne -place, parce que tu te souvenais o tu l'avais prise. Quant toi, tu -n'as pu le faire, parce que tu ne te souvenais plus o tu avais pris les -petites pierres. - -Puis, se tournant de nouveau vers la premire, il ajouta: - ---Tu te souvenais de ta faute, tu supportais les reproches des gens et -ceux de ta conscience, tu t'humiliais, et tu t'es libre ainsi des -consquences de ton pch. Quant toi, dit-il la femme qui avait -rapport les cailloux, n'ayant commis que des petites fautes, tu ne t'en -souvenais plus, tu ne t'en repentais pas, tu t'es habitue vivre dans -les pchs et, en blmant les fautes d'autrui, tu t'es enlize de plus -en plus dans les tiennes. - -6 - -C'est une grande erreur que de croire la possibilit de se dbarrasser -d'un pch par la foi ou le pardon des hommes. On ne peut en aucune -faon se librer d'un pch; on peut seulement le reconnatre et tcher -de ne plus le rpter. - -7 - -Ne sois jamais lche devant le pch, ne te dis pas: je ne peux pas -faire autrement, je suis habitu, je suis faible. Tant que tu vis, tu -peux toujours lutter contre le pch et le vaincre, sinon aujourd'hui, -demain; sinon demain, aprs-demain; sinon aprs demain, srement avant -ta mort. Mais si tu renonces d'avance la lutte, tu renonces au sens -fondamental de la vie. - -8 - -L'tre chez qui est absente la conscience de son unit avec Dieu et avec -tout ce qui vit est sans pchs. Tels sont l'animal, la plante. - -Au contraire, l'homme reconnat la prsence simultane en lui de la bte -et de Dieu; c'est pourquoi il ne saurait tre sans pchs. Nous disons -que les enfants sont innocents. Ce n'est pas exact. L'enfant n'est pas -innocent. Il a moins de pchs que l'adulte, mais il a dj des pchs -charnels. De mme un homme de sainte vie n'est pas sans pchs. Un saint -a commis moins de pchs, mais il en a commis quand mme: sans pchs il -n'y a pas de vie. - -9 - -Pour s'habituer lutter contre le pch, il est utile de cesser, de -temps en temps, ses occupations habituelles, afin de voir si l'on est -matre de son corps, ou si c'est le corps qui est le matre. - - - -V.--_L'importance des pchs, des tentations, des superstitions, et des -fausses doctrines dans la manifestation de la vie spirituelle._ - -1 - -Ceux qui croient que Dieu a cr le monde demandent souvent: pourquoi -Dieu a-t-il cr l'homme tel qu'il soit oblig de pcher? Cela revient - demander pourquoi Dieu a cr la femme qui, pour avoir un enfant, -doit souffrir, accoucher, l'allaiter, l'lever? Ne serait-ce pas plus -simple si Dieu lui donnait des enfants tout faits, sans accouchement, -sans allaitement, sans peines ni soucis? Aucune mre ne posera cette -question, car l'enfant lui est cher prcisment par ce que c'est dans -les tourments de l'accouchement, de l'allaitement, de l'ducation, des -soucis qu'tait la plus grande joie de sa vie. - -Il en est de mme de la vie humaine: les pchs, les tentations, les -superstitions, la lutte et la victoire obtenue sur eux constituent tout -le sens et toute la joie de la vie. - -2 - -Il est trs pnible l'homme de connatre ses pchs: en revanche, -il prouve une grande joie sentir qu'il s'en dbarrasse. S'il n'y -avait pas de nuit, nous ne pourrions pas nous rjouir l'apparition -du soleil; s'il n'y avait pas de pch, l'homme ne connatrait pas les -joies d'une vie exemplaire. - -3 - -Si l'homme n'avait pas d'me, il ne connatrait pas les pchs; et s'il -n'y avait pas de pchs, l'homme ne saurait pas qu'il possde une me. - -4 - -Les pchs, les tentations et les superstitions constituent le terreau -qui doit recouvrir les semences de l'amour pour qu'elles puissent lever. - - - - -CHAPITRE VII - -DES EXCS - - -Le seul et unique bonheur de l'homme est dans l'amour. Mais il est priv -de ce bien, lorsqu'au lieu de dvelopper en lui l'amour, il augmente et -encourage les exigences de son corps. - - -I.--_Tout le superflu dont jouit le corps est nuisible, tant au corps -qu' l'me._ - -1 - -Il ne faut satisfaire les besoins du corps que dans les limites du -ncessaire. Imaginer de nouveaux plaisirs pour le corps, c'est vivre -rebours, c'est--dire mettre l'me au service du corps, au lieu du corps -au service de l'me. - -2 - -Moins on a de besoins, plus la vie est heureuse; c'est l une ancienne -vrit qui est loin d'tre accepte par tout le monde. - -3 - -Plus tu t'habitues au luxe, plus tu te soumets la servitude; car plus -tu auras de besoins, plus tu limiteras ta libert. La libert absolue -consiste n'avoir besoin de rien, et celle plus limite est de n'avoir -besoin que de peu. - - JEAN CHRYSOSTOME. - -4. - -On pche envers les hommes et l'on pche envers soi-mme. Les pchs -envers les hommes viennent de ce qu'on ne respecte pas l'Esprit Divin -chez son semblable. Les pchs envers soi-mme, de ce qu'on ne respecte -pas l'Esprit Divin en soi-mme. - -5 - -Si tu veux vivre tranquille et libre, dshabitue-toi de ce dont tu peux -te passer. - -6 - -Tout ce qui est ncessaire au corps est facile obtenir. Il n'est -difficile de se procurer que ce qui n'est pas ncessaire. - -7 - -C'est bon d'avoir ce qu'on dsire; mais c'est mieux de ne rien dsirer -de plus de ce qu'on a. - - MENEDEM. - -8 - -Si tu te portes bien et que tu as travaill jusqu' sentir la fatigue, -l'eau et le pain te paratront meilleurs qu'au riche ses mets choisis, -ta paillasse plus moelleuse que tous les lits ressorts, et ta blouse -de travail te sera plus agrable que tous les vtements de velours. - -9 - -Socrate s'abstenait de toute nourriture qui flattait, seulement le -got, ne mangeait que juste pour satisfaire sa faim, et recommandait -ses lves de suivre son exemple. Il disait que les excs de boisson et -de nourriture taient trs nuisibles non seulement au corps, mais aussi - l'me, et il conseillait de sortir de table ayant encore faim. Il -leur rappelait l'histoire du sage Ulysse et de la fe Circ qui n'a pu -ensorceler Ulysse uniquement parce qu'il n'avait pas mang l'excs, -alors que tous ses compagnons furent mtamorphoss par elle en pourceaux -ds qu'ils se sont empiffrs de mets dlicats. - -10 - -La plupart des hommes d'aujourd'hui sont persuads que le bonheur est -de flatter les exigences corporelles. Cet tat d'esprit est rvl -par l'extension de la doctrine socialiste. D'aprs cette doctrine, -l'homme dont les besoins sont peu dvelopps est une brute, tandis que -l'accroissement des besoins est le premier indice de l'homme civilis, -indice de la conscience de sa dignit. Les hommes de notre temps ont -tel point foi en cette fausse doctrine qu'ils ne font que railler les -sages qui voyaient le bien de l'homme dans la diminution de ses besoins. - -11 - -Voyez comment voudrait vivre l'esclave. Il veut, tout d'abord, qu'on le -mette en libert. Il pense que, sans cela, il ne peut tre ni libre, -ni heureux. Il dit: Si on m'avait donn la libert, j'aurais t -immdiatement heureux. Je ne serais plus oblig d'excuter les caprices, -ni de gagner les bonnes grces de mon matre; je pourrais parler qui -me plaira, comme mon gal; je pourrais aller o je voudrais sans eu -demander la permission personne. - -Mais aussitt qu'il est en libert, il se met chercher qui il -pourrait bien flatter pour mieux dner. Pour y parvenir, il est prt -toutes les bassesses. Et ds qu'il russit s'installer auprs d'un -homme riche, il retombe dans le mme esclavage que celui d'o il voulait -tant sortir. - -Lorsqu'un tel homme commence s'enrichir, il prend une matresse et -retombe auprs d'elle dans une servitude pire encore. Riche, il possde -moins de libert encore, et alors il souffre et pleure. Et lorsqu'il -est trs malheureux, il se rappelle sa servitude d'autrefois et dit: -Je n'tais vraiment pas mal chez mon matre. Je n'avais aucun souci, -j'tais vtu, chauss, nourri, et lorsque j'tais malade on me soignait. -Le travail n'tait pas trop difficile. Tandis que maintenant, j'ai tant - faire. Je n'avais alors qu'un seul matre; maintenant, j'en ai un grand -nombre. Que de gens satisfaire! - - PICTTE. - - - -II.--_L'Insatiabilit des passions charnelles._ - -1 - -Pour entretenir la vie, notre corps a besoin de peu; tandis que les -caprices de notre corps ne peuvent jamais tre contents. - -2 - -Flatter le corps, lui assurer le superflus, est une grande erreur. -En effet, la vie de luxe n'augmente pas, mais diminue le plaisir de -manger, de se reposer, de dormir, de s'habiller, de se loger. Si l'on -mange trop, ou sans avoir faim, l'estomac se dlabre et on n'a pas de -got la nourriture. Si l'on roule en voiture quand il est facile de -faire le mme trajet pied, si l'on s'habitue un lit moelleux, une -nourriture dlicate et recherche, une installation luxueuse, si l'on -est habitu faire faire aux autres ce que l'on peut faire soi-mme, on -n'a plus de plaisir se reposer aprs le travail, avoir chaud aprs -le froid, bien dormir, et l'on ne fait que s'affaiblir de plus en plus -et diminuer ses joies, sa paix et sa libert. - -5 - -Les hommes devraient prendre exemple sur les btes pour savoir traiter -leur corps. Ds que l'animal a ce qui est ncessaire son corps, il se -calme. Pour l'homme, il ne suffit pas de contenter sa faim, de pouvoir -s'abriter; il invente continuellement de nouveaux plats et de nouvelles -boissons, construit des palais, fabrique une grande quantit d'objets -inutiles qui ne le rendent que plus malheureux. - - - -III.--_Pch d'intemprance dans la nourriture._ - -1 - -Un sage disait: Je remercie Dieu de nous avoir rendu facile tout ce -qui est ncessaire, et difficile tout ce qui ne l'est pas. C'est juste -surtout pour la nourriture; celle qui est ncessaire l'homme pour -qu'il se porte bien et puisse travailler est simple et bon march: le -pain, les fruits, les lgumes, l'eau. On en trouve partout. - -Seuls les plats compliqus sont difficiles prparer. Non seulement ils -sont difficiles prparer, mais encore ils sont nuisibles. - -2 - -On meurt plus rarement de faim que de la bonne chair. - -3 - -Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger. - -4 - -Sans la gourmandise, nul oiseau ne serait pris dans les filets de -l'oiseleur. On prend les gens au mme appt. Le ventre--c'est comme des -chanes aux mains et des fers aux pieds. Celui qui est esclave de son -ventre reste toujours esclave. Si tu veux tre libre, commence te -librer de ton ventre. Mange pour calmer ta faim, et non pour y trouver -du plaisir. - - D'aprs SAADI. - - - -IV.--_Le pch de manger de la viande._ - -1 - -Pythagore ne mangeait pas de viande. Lorsqu'on demandait Plutarque, -qui avait dcrit la vie de Pythagore, pourquoi celui-ci ne mangeait pas -de viande, il rpondait qu'il s'tonnait non pas de ce que Pythagore ne -mangeait pas de viande, mais de ce qu'il y avait, encore des gens qui, -au lieu de se nourrir de graines, de lgumes et de fruits, captivent des -tres vivants et les tuent pour les manger. - -2 - -Tu ne tueras point ne se rapporte pas uniquement au meurtre de -l'homme, mais de tout ce qui vit. Ce commandement avait t grav dans -le coeur de l'homme avant de l'tre au Sina. - -3 - -La compassion pour les animaux est si troitement lie la bont que -l'on peut affirmer avec assurance que celui qui est cruel pour les -btes, ne peut avoir bon coeur. - - SCHOPENHAUER. - -4 - -Ne lve pas ta main sur ton frre et ne verse pas le sang des tres qui -peuplent la terre: hommes, animaux domestiques, btes fauves et oiseaux; -des profondeurs de ton me s'lve une voix qui le dfend de rpandre le -sang, car le sang c'est la vie, et tu ne peux pas rendre la vie. - - LAMARTINE. - -5 - -Les joies que la piti et la compassion pour les animaux donnent - l'homme rachtent au centuple les plaisirs dont, il se prive en -renonant la chasse et la chair abattue. - - - -V.--_Pch de la griserie: vin, tabac, opium, etc._ - -1 - -Pour pouvoir bien vivre, les hommes ont surtout besoin de leur raison. -Ils devraient donc tenir tout particulirement leur saine raison. -Pourtant, ils trouvent du plaisir l'touffer par le vin, le tabac et -l'opium, et c'est parce qu'ils dsirent mener une mauvaise vie et que -leur raison non obscurcie leur montre que leur vie est mauvaise. - -2 - -Pourquoi les hommes, ayant des habitudes diffrentes, gardent-ils -l'habitude de fumer et de boire? Parce que la plupart parmi eux sont -mcontents de leur vie. Ils en sont mcontents parce qu'ils-recherchent -les plaisirs charnels sans jamais pouvoir les satisfaire. C'est -pourquoi les pauvres comme les riches cherchent l'oubli dans l'ivresse. - -3 - -Si l'homme mange trop, il lui est difficile de ne pas tre paresseux. -S'il boit des boissons grisantes, il lui est difficile de rester chaste. - -4 - -Personne ne s'est jamais enivr ni gris de fume pour accomplir une -bonne action: travailler, prendre une dcision, soigner un malade, prier -Dieu. Mais la plupart des mauvaises actions sont faites dans un tat -d'brit. - -Ce n'est pas un crime de se griser; mais c'est crer l'tat qui dispose -au crime. - - - -VI.--_Servir le corps, c'est nuire l'me._ - -1 - -Si un homme a beaucoup plus qu'il ne lui faut, c'est que d'autres -manquent du ncessaire. - -2 - -Qui est plus heureux: celui qui se nourrit par son travail juste assez -pour ne pas avoir faim, s'habille pour ne pas rester nu, se loge pour ne -pas souffrir de la pluie et du froid; ou bien celui qui se procure une -bonne nourriture, des vtements riches et une habitation luxueuse par la -mendicit, la servilit, ou par l'escroquerie et la force? - -3 - -Si nous n'avions pas invent le luxe, tous ceux qui sont maintenant dans -la misre pourraient vivre sans manquer de rien, et les riches sans -craindre pour leur vie ou leurs richesses. - -4 - -De mme que le premier principe de la sagesse est la connaissance de -soi-mme, parce que celui qui se connat peut connatre les autres, de -mme le premier principe de la charit est de se contenter de peu, car -seul celui qui se contente de peu, peut tre charitable. - - J. RUSKIN. - -5 - -Les grands penseurs et les saints taient sobres et chastes. - -6 - -De mme que la fume chasse les abeilles de leur ruche, la voracit et -l'ivrognerie chassent les meilleures forces spirituelles. - - BASILE LE GRAND. - -7 - -Ne tuez pas votre coeur par des excs de nourriture et de boisson. - - MAHOMET. - - - -VII--_Seul celui qui est matre de ses dsirs charnels est libre._ - -1 - -Lorsque l'homme vit, non pour l'me mais pour le corps, il imite un -oiseau qui irait d'un endroit l'autre sur ses faibles pattes, au lieu -de voler en toute libert sur ses ailes. - -2 - -Vous dites que la bonne chair, les vtements riches et le luxe sont -le bonheur. Moi, je crois que la plus grande flicit est de ne rien -dsirer, et, afin de se rapprocher de ce bonheur suprme, il faut, -s'habituer avoir besoin de peu. - - SOCRATE. - -3 - -Personne ne s'est jamais repenti d'avoir vcu trop simplement. - -4 - -Ce qui arrive l'estomac lorsqu'on le bourre jusqu' l'indigestion, -arrive quand il y a excs dans les distractions. Plus les hommes -s'vertuent d'augmenter le plaisir de manger, en inventant des plats -raffins, plus l'estomac s'affaiblit et plus le plaisir d'absorber la -nourriture diminue. Plus les gens s'efforcent augmenter le plaisir des -distractions par des jeux compliqus, plus leur facult de goter ce -plaisir s'affaiblit. - - - - -CHAPITRE VIII - -DE LA LUBRICIT - - -Le principe divin demeure dans tous les tres humains, femmes et hommes. -C'est donc un grand pch que de considrer les porteurs de ce principe -comme un moyen de plaisir sensuel. - -Pour l'homme, chaque femme doit tre, avant tout, une soeur, et l'homme -pour la femme, un frre. - - -I.--_On doit tendre la complte chastet._ - -1 - -Il est bon de vivre honntement mari, mais il vaut mieux encore de ne -jamais se marier. Peu de gens en sont capables. Mais celui qui le peut -est heureux. - -2 - -Les gens qui se marient lorsqu'ils peuvent s'en passer, agissent comme -celui qui tombe sans avoir trbuch. Si l'on trbuche et que l'on tombe, -il n'y a rien y faire, mais si l'on n'a pas trbuch, pourquoi tomber -exprs? Si tu peux vivre chaste, sans pcher, il est prfrable de ne -pas te marier. - -3 - -C'est une erreur de croire que la chastet est contraire la nature -humaine. La chastet est possible et donne bien plus de bonheur qu'un -mariage, mme heureux. - -4 - -Les excs de nourriture sont funestes une vie honnte; mais les excs -sexuels le sont plus encore. C'est pourquoi moins l'homme s'adonne -aux uns et aux autres, mieux cela vaut pour sa vie spirituelle. La -diffrence entre les uns et les autres est toutefois trs sensible. En -renonant entirement la nourriture, l'homme ne peut prolonger sa vie, -alors qu'en renonant au besoin sexuel, il ne supprime ni sa vie, ni la -vie de son espce qui ne dpend pas de lui seul. - -5 - -Celui qui n'est pas mari, s'occupe des choses du Seigneur pour plaire -au Seigneur. Mais celui qui est mari s'occupe des choses du monde pour -plaire sa femme. Il y a cette diffrence entre la femme marie et la -vierge, que celle qui n'est pas marie s'occupe des choses du Seigneur -pour tre sainte de corps et d'esprit, tandis que celle qui est marie -s'occupe des choses du monde pour plaire son mari. - - I COR., 7, 33. - -6 - -Si les gens se marient avec la conviction qu'ils servent ainsi Dieu et -les hommes en prolongeant l'espce humaine, ils s'abusent. Au lieu de -se marier pour augmenter le nombre des enfants, ils feraient bien mieux -de concourir au sauvetage de millions de petits tres qui prissent de -misre et manquent de soins. - -7 - -Bien que trs peu d'hommes puissent atteindre une chastet absolue, -chacun doit comprendre et se rappeler qu'il peut toujours tre plus -chaste qu'il ne l'a t, et que plus l'homme se rapproche de la chastet -absolue, plus il sera heureux lui-mme et pourra concourir au bonheur -des autres. - -8 - -On dit que si tous taient chastes, le genre humain s'teindrait. Or, -suivant l'Eglise, la fin du monde doit arriver; de mme suivant la -science, la vie humaine et notre plante mme doivent avoir une fin. - -Pourquoi ds lors nous rvolter l'ide qu'une vie morale amnerait -galement le genre humain sa fin? - -En ralit, l'extinction ou la prolongation du genre humain ne doit -pas nous proccuper. Chacun de nous ne doit avoir qu'un souci: vivre -honntement, ce qui, pour le dsir sexuel, veut dire s'efforcer d'tre -aussi chaste que possible. - -9 - -Un savant a calcul que si l'humanit continue se doubler tous les -50 ans, suivant la progression actuelle, dans 7.000 ans un couple aura -produit tant d'hommes qu'en les entassant l'un contre l'autre sur toute -l'tendue du globe, une 27<sup>e</sup> partie seulement de tous les -hommes pourrait s'y placer. - -Pour viter cette alternative, il n'y a qu'un moyen, celui indiqu par -tous les sages de la terre et qui s'accorde avec les aspirations de -l'me humaine: la chastet; il faut tendre la plus grande chastet -ralisable. - -10 - -Vous avez entendu qu'il a t dit aux anciens (dit le Christ en citant -les paroles de la loi de Mose): tu ne commettras point d'adultre. Mais -moi, je vous dis, que quiconque regarde une femme pour la convoiter, a -dj commis un adultre avec elle clans son coeur. (MATTH., V, 27-28). - -Ces paroles ne peuvent signifier autre chose que la possibilit pour -l'homme d'aspirer la chastet absolue. - -Comment la raliser? objectera-t-on. Si les hommes deviennent -entirement chastes, le genre humain disparatra. Mais en parlant -ainsi, on oublie qu'indiquer la perfection laquelle l'homme doit -tendre, ce n'est point exiger la perfection absolue. Il n'est pas donn - l'homme d'atteindre la perfection en aucune chose. La destine de -l'homme est dans la marche vers la perfection. - - - -II.--_Le pch de luxure._ - -1 - -Un homme non dprav prouve toujours du dgot et de la honte parler -des rapports sexuels et y penser. Garde ce sentiment. Ce n'est pas -sans raison que ce sentiment est propre l'homme. Il l'aide se -contenir de l'impudicit et rester chaste. - -2 - -On dsigne par le mme mot l'amour spirituel,--pour Dieu et son -prochain,--et l'amour charnel de l'homme pour la femme et de la femme -pour l'homme. - -C'est une grande erreur. Il n'y a rien de commun entre ces sentiments. -Le premier,--l'amour spirituel pour Dieu et son prochain--est la voix de -Dieu; le second--l'amour entre homme et femme--est la voix de la bte. - -3 - -La loi de Dieu consiste aimer Dieu et son prochain, c'est--dire, tous -les hommes sans distinction. Dans l'amour sexuel, l'homme aime une femme -plus que tous et la femme n'aime qu'un seul homme. Il s'ensuit le plus -souvent que l'amour sexuel empche l'homme d'observer la loi divine. - - - -III._--Malheurs provoqus par la licence sexuelle._ - -1 - -Tant que tu n'as pas extermin dans sa racine le dsir sexuel que tu -prouves pour une femme, ton esprit sera li aux choses de la terre, -comme le veau-ttard est li sa mre. - -Les gens pris de dsir s'agitent comme un livre pris dans un pige. Ds -qu'ils sont pris dans les filets de la passion charnelle, ils restent -longtemps sans pouvoir se dbarrasser des souffrances. - - _Sagesse bouddhiste._ - -2 - -Le papillon de nuit vole vers la lumire parce qu'il ne sait pas qu'il -se brlera les ailes; le poisson avale l'amorce parce qu'il ne sait -pas que cela le fera prir. Mais nous savons que le dsir sexuel nous -engluera, nous fera srement prir; malgr cela, nous nous y abandonnons. - -3 - -De mme que les feux follets des marcages conduisent les hommes aux -fondrires, puis disparaissent; les plaisirs sexuels illusionnent -l'homme. - -Il s'gare, empoisonne son existence et, lorsqu'il se dgrise, il -n'aperoit mme plus le mirage auquel il avait sacrifi une partie de sa -vie. - - D'aprs SCHOPENHAUER. - - - -IV.--_Altitude criminelle des conducteurs d'mes dans la question -sexuelle._ - -1 - -Pour bien comprendre toute l'immoralit, tout esprit anti-chrtien de la -vie des peuples chrtiens, il suffit de se rappeler que la situation des -femmes qui vivent du vice est reconnue et rglemente dans tous les pays. - -2 - -Les gens riches se sont fait une conviction partage par la fausse -science, suivant laquelle les rapports sexuels seraient indispensables; -seulement, le mariage n'tant pas toujours possible, les rapports -sexuels n'engageraient rien, sauf les payer, et seraient absolument -naturels. Cette conviction est devenue tellement gnrale et -inbranlable que les parents, sur les conseils d'un mdecin, organisent -la dbauche pour leurs enfants, et les institutions dont le seul but -est de s'occuper du bien-tre des citoyens, autorisent l'existence d'une -classe de femmes qui doivent prir moralement et physiquement, pour -satisfaire la dpravation de l'homme. - -3 - -Parler de l'utilit ou de la nocivit des rapports sexuels, reviendrait - demander s'il est utile ou nuisible de boire le sangd'autrui. - - - -V.--_Lutte contre le pch sexuel._ - -1 - -L'homme, comme l'animal, est oblig de lutter contre les autres tres -et se reproduire pour assurer l'existence de son espce. Mais, crature -doue de raison et d'amour, l'homme ne doit pas lutter contre les autres -tres et ne doit pas penser se reproduire; il doit rester chaste. De -la combinaison de ces deux aspirations contraires rsulte la vie humaine -telle qu'elle doit l'tre. - -2 - -La lutte contre le dsir sexuel est la lutte la plus difficile, et -il n'y a pas de situation ni d'ge, except l'enfance et la profonde -vieillesse, o l'homme en est libr. C'est pourquoi tout adulte, homme -ou femme, doit surveiller l'ennemi qui n'attend qu'une occasion propice -pour attaquer. - -3 - -De mme que nous devons prendre sur les animaux l'exemple de temprance -dans la nourriture: ne manger que lorsqu'on a faim et sans en abuser, -nous devons les imiter dans nos rapports sexuels: s'abstenir comme -eux jusqu' l'ge de pubert, ne s'y adonner que lorsqu'on y est -irrsistiblement attir et s'abstenir encore ds que la conception se -manifeste. - - - -VI.--_Le Mariage._ - -1 - -Il est bon l'homme de ne point toucher la femme. Mais, pour ne pas -commettre d'adultre, que chacun ait sa femme et que chaque femme ait -son mari. - - I COR., VII, 1-2. - -2 - -La doctrine chrtienne ne donne pas les mmes rgles pour tout et pour -tous; elle ne fait qu'indiquer la perfection vers laquelle il faut -tendre. Il en est ainsi pour la question sexuelle: la perfection, c'est -la chastet absolue. Tout effort vers la chastet absolue constitue une -observation plus ou moins grande d la doctrine. - -3 - -Pour toucher une cible, il faut viser plus loin. De mme pour que le -mariage soit indissoluble et les deux poux fidles l'un l'autre, il -faut que tous deux tendent la chastet. - -4 - -Si l'homme cherche le plaisir dans les rapports sexuels, mme entre -poux, ainsi que cela arrive parmi nous, il tombera srement dans le -vice. - -5 - -La cohabitation entre homme et femme ayant des enfants pour rsultat -est le mariage rel; toutes les crmonies extrieures ne font pas le -mariage, mais ne s'emploient que pour reconnatre comme mariage une -seule union entre beaucoup d'autres. - -6 - -La vritable doctrine chrtienne ne contient aucune allusion -l'institution du mariage. Aussi, les chrtiens de notre temps qui s'en -aperoivent, mais ne voient pas l'idal du Christ (qui est la chastet -absolue) parce qu'il leur est voil par l'Eglise, demeurent, quant au -mariage, sans aucune rgle de conduite. C'est cela que tient le fait, -trange au premier abord, que chez les peuples professant des doctrines -bien moins leves que le christianisme, mais possdant une dfinition -exacte du mariage, l'esprit de famille, la fidlit conjugale sont bien -plus dvelopps que chez les soi-disant chrtiens. - -Les peuples qui professent des doctrines infrieures au christianisme -admettent le concubinage, la polygamie et la polyandrie dans certaines -limites, mais ils vitent en revanche la dpravation qui se rvle par -le concubinage, la polygamie et la polyandrie qui rgnent parmi les -chrtiens et sont masqus par la monogamie apparente. - -7 - -Pour que le mariage soit un acte sage et moral, il faut: - -_Primo:_ Ne pas penser que chaque homme ou chaque femme doit absolument -se marier, mais se dire, au contraire, qu'il est prfrable de rester -pur pour que rien ne nous empche de consacrer toutes nos forces -servir Dieu. - -_Secundo_: Considrer les rapports sexuels comme un mariage indissoluble. -(MATTH., XIX, 4-7). - -_Tertio_: Ne pas considrer le mariage comme un encouragement la -satisfaction des dsirs charnels, mais comme un pch qui doit tre -expi par l'accomplissement des devoirs de famille. - - - -VII--_Les enfants servent l'expiation du pch mortel._ - -1 - -Si les hommes pouvaient atteindre la perfection et devenir chastes, le -genre humain s'teindrait et n'aurait plus de raison d'exister sur la -terre, parce que les hommes seraient devenus pareils aux anges qui ne -se marient pas, comme il est dit dans l'Evangile. Mais tant que les -hommes ne sont pas arrivs la perfection, ils doivent produire leur -progniture pour qu'en se perfectionnant, la postrit puisse atteindre - la perfection laquelle l'homme tend. - -2 - -Le mariage, le vrai mariage qui a pour mission la production et -l'ducation des enfants, est un moyen indirect de servir Dieu par les -enfants. Si je n'ai pas fait ce que je pouvais et devais faire, mes -enfants le feront. - -C'est pourquoi les gens qui se marient prouvent toujours un certain -apaisement. Ils ont le sentiment de la possibilit de transmettre une -partie de leurs obligations leurs enfants venir. Mais ce sentiment -n'est lgitime qu'au cas o les poux lvent leurs enfants de faon -qu'ils ne soient pas une entrave l'oeuvre divine, mais ses ouvriers. La -conviction que si je n'ai pas pu me consacrer entirement au service de -Dieu, je ferai tout mon possible pour que mes enfants le fassent--cette -conviction donne un sens moral au mariage ainsi qu' l'ducation des -enfants. - -3 - -Bnie soit l'enfance qui, au milieu des cruauts de la terre, laisse -entrevoir un peu de ciel! Les 80.000 naissances quotidiennes dont parle -la statistique, constituent le dbordement d'innocence et de fracheur, -luttant non seulement contre l'extinction de l'espce, mais encore -contre la corruption humaine et contre une infection gnrale par le -vice. Tous les bons sentiments veills par le berceau et l'enfance -sont un des mystres de la grande Providence; supprimez cette rose -vivifiante, et la rafale des passions gostes schera, comme par le -feu, la socit humaine. - -Si l'humanit se composait d'un milliard d'tres immortels, dont le -nombre ne pourrait ni augmenter ni diminuer, o serions-nous et que -serions-nous, Grand Dieu! Nous serions incontestablement mille fois plus -savants, mais aussi mille fois plus mauvais. - -Bnie soit l'enfance pour le bonheur qu'elle donne elle-mme, pour le -bien qu'elle fait sans le savoir et sans le vouloir en obligeant, en -permettant de l'aimer! Ce n'est que grce elle que nous apercevons une -parcelle de paradis sur terre. Bnie soit galement la mort! Les anges -n'ont pas besoin de natre, ni de mourir pour vivre; mais, pour les -hommes, l'un et l'autre sont ncessaires, indispensables. - - AMIEL. - -5 - -Les gens riches, qui considrent les enfants comme une entrave au -plaisir, un accident malheureux ou une sorte de jouissance quand il en -nat un nombre fix l'avance, ne les lvent pas en vue de la mission -humaine qu'ils auront accomplir en tant qu'tres intelligents et -affectueux, mais en vue des plaisirs qu'ils peuvent donner leurs -parents. Les enfants de tels parents sont, pour la plupart, entours de -soins en vue de les rendre propres, blancs, rassasis, beaux, et, par -consquent, douillets et sensuels. - -Les costumes, les lectures, les spectacles, la musique, la danse, la -bonne chair, tout l'arrangement de leur existence, depuis les images sur -les botes, jusqu'aux romans, nouvelles et pomes, ne fait qu'exciter -leur sensualit, ce qui suscite chez les enfants des classes aises les -plus bas vices et les maladies sexuelles. - - - - -CHAPITRE IX - -DE L'OISIVET - - -Il est injuste de demander aux hommes plus de travail qu'on ne peut -leur en donner soi-mme. Mais comme on ne saurait peser si on donne aux -autres plus qu'on ne leur demande, qu'en outre, on peut tout moment -faiblir ou tomber malade et qu'on devra alors prendre sans donner, on -doit, tant qu'on a des forces, tcher de travailler pour les autres le -plus possible et leur demander le moins de travail possible. - - -I.--_L'homme commet un grand pch s'il profite du travail d'autrui sans -travailler lui-mme._ - -1 - -Celui qui ne veut pas travailler n'a pas le droit de manger. - - Aptre PAUL. - -2 - -En te servant de n'importe quel objet, souviens-toi que c'est le produit -du travail humain et que, lorsque tu dpenses, supprimes ou abmes cet -objet, tu dpenses le travail et parfois la vie humaine. - -3 - -Celui qui ne se nourrit pas de son propre travail et fait travailler les -autres pour soi est un cannibal. - -_Sagesse orientale._ - -4 - -Toute la morale chrtienne en son application pratique se rduit -considrer tous les hommes comme des frres, tre l'gal de tous; et -pour arriver cela, il faut, avant tout, cesser de faire travailler -les autres pour soi et, dans l'organisation sociale actuelle, profiter -le moins possible du produit du travail des autres, de tout ce qui -s'acquiert pour de l'argent, dpenser le moins d'argent et vivre le plus -simplement possible. - -5 - -Ne fais pas faire aux autres ce que tu peux faire toi-mme. Que chacun -balaye devant sa porte. Si chacun agit ainsi, toute la rue sera propre. - -6 - -Quelle est la meilleure nourriture? Celle que vous avez gagne vous-mme. - - MAHOMET. - -7 - -Il est trs utile pour les gens riches d'abandonner pour un certain -temps leur vie luxueuse et de vivre, ne serait-ce que quelques jours, -comme les ouvriers, en faisant soi-mme tout ce que les salaris font -chez les gens riches; si le riche faisait ainsi, il verrait le grand -pch qu'il commet en faisant travailler les autres. - -8 - -Ceux qui vivent dans le luxe ne peuvent pas aimer les hommes. Ils -ne le peuvent pas, parce que tout ce dont ils se servent est fait -contre-coeur, par ncessit, souvent avec des maldictions, par ceux -qu'ils forcent les servir. Pour que ces gens-l puissent aimer leurs -prochains, ils doivent tout d'abord cesser de les tourmenter. - - - -II.--_La loi du travail n'est pas pnible, mais agrable accomplir._ - -1 - -Tu mangeras ton pain la sueur de ton front. C'est une loi immuable. De -mme que la femme obit la loi de l'enfantement dans la souffrance, -l'homme doit obir la loi dure du travail. La femme ne peut se librer -de son sort. Si elle adopte un enfant qui n'est pas n d'elle, ce sera, -malgr tout, un tranger et elle sera prive des joies de la maternit. -Il en est de mme pour le travail des hommes. Lorsqu'un homme mange le -pain qu'il n'a pas gagn, il se prive des joies du travail. - - BONDAREV[1]. - -2 - -L'homme craint la mort laquelle il est soumis. L'homme qui ne connat -ni le bien ni le mal semble plus heureux, mais il est irrsistiblement -attir les connatre. - -L'homme aime l'oisivet et la satisfaction des dsirs sans souffrances, -mais ce n'est que le travail et les souffrances qui lui donnent la vie, - lui et toute son espce. - -3 - -C'est une grande erreur que de supposer que les hommes peuvent avoir une -vie spirituelle leve, alors que leur corps demeure dans le luxe et -l'oisivet. Le corps est toujours le premier lve de l'me. - - THOREAU. - -4 - -Si l'homme vit seul et se dispense de la loi du travail, il en est -immdiatement puni par le fait que son corps s'anmie et s'affaiblit. Si -l'homme vit dans l'oisivet et force les autres travailler pour lui, -il s'en trouve immdiatement puni par ce fait que son me s'obscurcit et -s'abaisse. - -5 - -L'homme vit d'une vie spirituelle et d'une vie matrielle. Il y a une -loi pour la vie spirituelle et une autre pour la vie matrielle. La loi -de la vie matrielle, c'est le travail, et la loi de la vie spirituelle, -c'est l'amour. Si l'homme droge la loi matrielle, celle du travail, -il drogera invitablement la loi spirituelle, celle de l'Amour. - -6 - -Bien que les habits offerts par le roi soient magnifiques, ceux qu'on -se fait soi-mme sont meilleurs: bien que la nourriture des riches soit -bonne, le pain que l'on gagne soi-mme est le meilleur plat. - - SAADI. - -7 - -La puissance divine galise les hommes: elle prend ceux qui ont -beaucoup et donne ceux qui ont peu. L'homme riche a plus de choses, -mais elles lui donnent moins de plaisir. Le pauvre a moins de choses, -mais plus de plaisir. L'eau puise la source et une crote de pain -semblent bien meilleures au pauvre travailleur, que les mets et les -boissons les plus chers le paraissent l'oisif. Le riche blas ne -trouve plus got rien. Pour le travailleur, la nourriture, la boisson -et le repos sont chaque fois un plaisir nouveau. - -8 - -L'enfer est cach par les plaisirs, le paradis par le travail et les -malheurs. - - MAHOMET. - -9 - -Sans travail manuel, il n'y a pas de corps sain, il n'y a pas non plus -de penses saines. - -10 - -Si tu veux toujours tre de bonne humeur, travaille jusqu' la fatigue, -mais non pas au-dessus de tes forces. L'oisivet rend les gens -mcontents et mchants. Il en est de mme lorsqu'on travaille trop. - -11 - -La meilleure et la plus pure joie est celle du repos aprs le travail. - - KANT. - - - -III.--_Le meilleur travail est le travail agricole._ - -1 - -Tous les hommes reconnatront avec le temps la vrit comprise depuis -longtemps par les grands esprits de tous les peuples; la plus grande -vertu de l'humanit consiste dans la soumission aux lois de l'tre -suprme. Tu es cendre et tu redeviendras cendre. C'est la premire loi -que nous apprenons sur notre vie; la deuxime loi commande la culture de -la terre dont nous sommes issus et laquelle nous retournerons. C'est -en cultivant cette terre avec l'amour pour des btes et des plantes que -cette culture exige, que l'homme comprend et vit le mieux sa vie. - - J. RUSKIN. - -2 - -L'agriculture n'est pas l'une des occupations propres l'homme. -L'agriculture est une occupation propre tous les hommes; ce travail -leur donne le plus de libert et le plus d'honneur. - -3 - -La terre dit celui qui ne la cultive pas: parce que tu ne me -travailles pas de la main droite et de la main gauche, tu resteras -ternellement la porte des hommes avec tous les autres qumandeurs; tu -n'auras jamais que les restes des riches. - - ZOROASTRE. - -4 - -La vie des hommes de notre temps est organise de faon que la plus -grande rmunration est obtenue pour un travail vain et inutile: dans -les confiseries, les fabriques de tabacs, les pharmacies, les banques, -le commerce, la littrature, la musique, etc.; et l'on paie bien moins -le travail agricole. Si l'on attache de l'importance la rmunration -pcuniaire, cet tat de choses est trs injuste. Mais si l'on envisage -principalement la joie du travail, son influence sur la sant corporelle -et ses attraits naturels, c'est trs juste. - -5 - -Le travail manuel, le travail agricole surtout, est utile non seulement -au corps, mais encore l'me. Les gens qui ne travaillent pas de leurs -mains, prouvent des difficults comprendre sainement les choses. -Ils ne cessent de penser, de parler, d'couter ou de lire. L'esprit -n'a pas de repos, il s'irrite et s'embrouille. Le travail agricole est -utile, parce qu'en outre du repos qu'il offre l'homme, il lui permet -d'envisager sainement, simplement et clairement la situation de l'homme -dans la vie. - -6 - -J'aime les paysans. Ils ne sont pas assez instruits pour raisonner -faussement. - - MONTAIGNE. - - - -IV.--_Ce qu'on appelle la division du travail, n'est qu'une excuse de -l'oisivet._ - -1 - -Ces derniers temps on parle beaucoup d'une des raisons principales -du succs obtenu par les hommes dans la production et la division du -travail. Nous disons: division du travail; mais cette expression n'est -pas juste. Dans notre socit, ce n'est pas le travail qui est divis, -mais les hommes; ils sont diviss, rduits en petites parcelles d'homme. -A la fabrique, un homme ne fait qu'une infime partie de l'objet; de -sorte que la partie d'initiative laisse l'homme ne suffit pas pour -faire toute une pingle ou tout un clou; il s'puise faire un bout -d'pingle ou la tte d'un clou. C'est vrai qu'il serait bon et dsirable -de fabriquer un grand nombre d'pingles par jour; mais si nous pouvions -voir seulement de quel sable nous les frottons, nous aurions rflchi -que ce n'est pas avantageux, pour cette raison que nous les frottons -avec le sable de l'me humaine. - -On peut tourmenter les hommes, les mettre aux fers, les atteler comme -des btes, les tuer comme des mouches en t, et cependant, dans un -sens, dans le meilleur, ces hommes peuvent rester libres. Mais craser -leurs mes immortelles, les trangler et transformer les gens en -machines--c'est la vraie servitude. Seule cette humiliation, cette -transformation des hommes en machines force les ouvriers lutter -dsesprment et inutilement pour leur libert dont ils ne conoivent -pas le sens eux-mmes. Leur animosit n'est pas provoque par la faim, -ni par les atteintes l'amour propre (ces deux causes ont toujours -produit leur effet, mais les bases de la socit n'ont jamais t aussi -branle que maintenant). Cela ne tient pas ce que les ouvriers se -nourrissent mal, mais ce qu'ils n'ont pas de plaisir au travail par -lequel ils gagnent leur pain; ce qui fait qu'ils considrent la richesse -comme l'unique moyen de plaisir. Ils souffrent moins du mpris que -leur tmoignent les classes imprieuses que du mpris qu'ils ont pour -eux-mmes, parce que le travail auquel ils sont condamns les humilie, -les dprave, les amoindrit. Jamais plus qu'aujourd'hui les classes -suprieures n'ont tmoign autant de sympathie et d'affection pour -les classes infrieures, et, cependant, elles n'ont jamais t autant -mprises par celles-ci. - - JOHN RUSKIN. - -2 - -L'homme, comme l'animal, doit besogner, employer ses mains et ses pieds. -Il peut forcer les autres faire ce qui lui est ncessaire, mais il -devra quand mme dpenser quelque chose ses forces corporelles. S'il -ne travaille pas des choses utiles, raisonnables, il travaillera des -choses inutiles et stupides. C'est ce qui se produit, en effet, parmi -les classes aises. - -3 - -Les classes oisives excusent leur fainantise par ce qu'elles s'occupent -des arts et des sciences ncessaires au peuple. Ces gens se chargent -d'en fournir ceux qui travaillent; malheureusement, ce qu'ils -apportent au peuple en fait de science et d'art, est une fausse science -et un faux art. Aussi, au lieu de rcompenser le peuple de son travail, -la science et l'art qu'on lui offre ne font que le tromper et le -dpraver. - -4 - -Un Europen vantait devant un Chinois les avantages de la production -mcanique: Elle libre l'homme du travail disait l'Europen. La -libration du travail serait un grand malheur, rpondit le Chinois. Sans -travail il n'y a pas de bonheur possible. - -5 - -L'homme ne peut acqurir la richesse que par trois moyens: le travail, -la mendicit et le vol. Ceux qui peinent gagnent peu, justement parce -qu'une trop grande part revient aux mendiants et aux voleurs. - - HENRY GEORGE. - - - -V.--_Les occupations des gens qui se sont librs de la loi du travail -sont toujours vaines et inutiles._ - -1 - -De mme qu'un cheval tournant une roue incline ne peut pas s'arrter et -doit toujours avancer, l'homme ne peut pas rester oisif. Par consquent, -un homme qui travaille a tout autant de mrite qu'un cheval mont sur -une roue et qui remue les jambes. L'important n'est pas dans le fait que -l'homme travaille, mais quoi il travaille. - -2 - -Ceux qui se sont dispenss du travail manuel peuvent tre intelligents, -mais rarement raisonnables. Si l'on crit, imprime et enseignelant de -futilits dans nos coles, si notre littrature, notre musique, nos -tableaux sont si subtils, si peu comprhensibles pour tous, c'est parce -que tous ceux qui s'en occupent se sont librs du travail manuel et -mnent une vie oisive. - - D'aprs EMERSON. - -3 - -Les hommes cherchent le plaisir d'un ct et d'autre parce qu'ils -sentent le vide de leur existence, mais ne sentent pas encore le vide du -nouveau plaisir qui les attire. - - PASCAL. - -4 - -Personne n'a encore calcul les millions de journes de dur travail -et, peut-tre des milliers de vies qui se dpensent prparer les -distractions. C'est pour cette raison que les distractions de notre -monde ne sont pas joyeuses. - - - -VI.--_Le mal de l'oisivet._ - -1 - -On ne peut avoir honte d'aucun travail mme du plus malpropre; seule -l'oisivet doit faire honte. - -2 - -Les gens oisifs et riches n'ont qu'un souci--c'est de tirer orgueil de -leur luxe. Ils sentent que, sans cela, tous les mpriseraient comme ils -le mritent. - -3 - -Honte l'homme qui l'on doit conseiller de prendre sur la fourmi -l'exemple de l'amour pour le travail. Doublement honteux lui quand il -ne suit pas ce conseil. - - _Le Talmud._ - -4 - -L'oisivet devrait figurer parmi les tourments de l'enfer, et c'est elle -qui se trouve place parmi les joies du paradis. - - MONTAIGNE. - -5 - -Celui qui ne fait rien a toujours de nombreux aides. - -6 - -Ne fais jamais faire par les autres ce que tu peux faire toi-mme. - -7 - -Le doute, la tristesse, l'abattement, l'indignation, le dsespoir, tous -ces dmons veillent sur l'homme, et ds qu'il mne une vie oisive, ils -l'attaquent. Le moyen le plus sr de se protger contre ces dmons, -c'est un travail corporel assidu. Ds que l'homme se met cette -besogne, aucun dmon n'ose plus l'approcher et ne fait que grogner de -loin. - - CARLYLE. - -8 - -Le dmon, lorsqu'il pche les hommes la ligne, se sert de diffrentes -amorces. Mais l'homme oisif n'a pas besoin d'amorce, il se fait prendre -sans amorce. - -9 - -Il est prfrable de prendre une corde, d'aller chercher du bois dans la -fort et de le vendre pour acheter du pain que de demander aux gens de -vous en donner. Si l'on vous refuse, vous en aurez du dpit; si on vous -le donne ce sera pis encore: vous aurez honte. - - MAHOMET. - -10 - -Il y avait une fois deux frres; l'un travaillait chez un seigneur, -l'autre vivait du travail de ses mains. Le frre riche dit un jour au -pauvre: - ---Pourquoi ne vas-tu pas travailler chez le seigneur? Tu ne connatrais -pas de besogne pnible. - -A cela le pauvre rpliqua: - ---Pourquoi ne travailles-tu pas? Tu ne connatrais pas d'humiliation ni -de servitude. - -Les sages disent qu'il est prfrable de manger tranquillement le pain -qu'on a gagn, que de porter une charpe d'or et d'tre le serviteur -d'un autre. Il est prfrable de ptrir la chaux et l'argile de ses -mains, que de joindre ses mains sur la poitrine en signe d'humilit. - - SAADI. - -11 - -Ne pas rester la porte des riches et ne pas parler d'une voix de -qumandeur--c'est la meilleure vie. Et, afin que cela n'arrive pas, il -ne faut pas craindre le travail. - - HOTOPADEZ hindou. - -12 - -Si tu ne veux pas travailler, humilie-toi, ou opprime les autres. - -13 - -L'aumne d'une pauvre veuve est gale aux plus riches dons, avec cette -diffrence qu'elle est la vraie charit. - -Seuls les pauvres qui travaillent peuvent avoir la joie de la charit. -Les riches, les oisifs, en sont privs. - - - -[1] Paysan russe, auteur d'un ouvrage sur la loi du travail. Tolsto a -connu l'auteur et comment son ouvrage. (N. du trad.) - - - - -CHAPITRE X - -DE LA CUPIDIT - - -Le pch de cupidit est dans l'accumulation d'une quantit toujours -grandissante d'objets ou d'argent ncessaires aux autres hommes, et de -garder ces objets ou cet argent afin de jouir sa guise du travail -d'autrui. - - -I--_Le pch du riche._ - -1 - -Dans notre socit, un homme ne peut pas dormir sans payer sa place. -L'air, l'eau, la lumire du soleil ne lui appartiennent que sur la -grand'route.... L'unique droit reconnu chez nous, c'est de marcher sur -cette grand'route jusqu' ce que l'on commence chanceler de fatigue, -parce qu'on ne peut s'arrter et que l'on doit marcher toujours. - - GRANT ALLEN[1]. - -2 - -Dix hommes bons s'tendent et dorment paisiblement sur le mme feutre, -mais deux riches ne peuvent pas vivre en paix dans dix chambres. Si un -homme de coeur trouve une miche de pain, il en donne la moiti celui -qui a faim. Mais lorsqu'un conqurant conquiert une partie du monde, il -ne se tranquillise pas tant qu'il n'en n'a pas pris une autre partie -encore. - -3 - -Les riches ont quinze chambres pour trois personnes, et il ne peuvent -pas laisser un mendiant se chauffer et coucher chez eux. - -Le paysan a une chaumire de sept mtres pour sept personnes; mais il -laisse volontiers entrer un voyageur en disant: Dieu nous ordonne de -partager. - -4 - -Les riches et les pauvres se compltent les uns les autres. Quand il y a -des riches, il y a et il doit y avoir des pauvres. Quand existe le luxe -effrn, existe et doit exister l'affreuse misre qui force ceux qui -n'ont rien tre au service du luxe. - -Le Christ aimait les pauvres et s'loignait des riches. - -Dans le royaume de vrit qu'Il prchait, les riches et les pauvres -seraient galement impossibles. - - HENRY GEORGE. - -5 - -Le vagabond est le complment indispensable du millionnaire. - - HENRY GEORGE. - -6 - -Les plaisirs des riches sont obtenus par les larmes des pauvres. - -7 - -Lorsque les riches parlent du bonheur social, je ne doute pas qu'ils -forment sous ce prtexte un complot en vue d'assurer leurs intrts. - - THOMAS MORE. - -8 - -Les honntes gens ne sont jamais riches. Les gens riches ne sont jamais -honntes. - - LAO-TSEU. - -9 - -Ne vole pas un pauvre parce qu'il est pauvre, dit Salomon. Pourtant, -ce pillage du pauvre parce qu'il est pauvre est une chose trs -ordinaire: le riche profite toujours de la misre du pauvre pour le -forcer travailler pour lui, ou bien pour lui acheter ses produits -vil prix. - -On dvalise rarement les riches sur les grand'routes, parce qu'il est -dangereux de voler un riche, alors qu'on peut dvaliser un pauvre sans -aucun risque. - - D'aprs JOHN RUSKIN. - -10 - -Les gens qui appartiennent aux classes ouvrires tchent le plus souvent -de passer dans la classe des gens aiss qui vivent du travail d'autrui. -Ils appellent a se joindre aux bonnes gens, alors qu'il faudrait dire -quitter les bonnes gens pour les mchants. - -La richesse est un grand pch devant Dieu, la pauvret l'est devant les -hommes. - - Proverbe russe. - - - -II.--_-L'homme et la terre._ - -1 - -Etant issu de la terre, la terre m'est donne pour que j'y prenne tout -ce qu'il me faut pour cultiver et ensemencer, et j'ai le droit de -rclamer ma part. - -Montrez-moi donc o elle est. - - EMERSON. - -2 - -La terre est notre mre tous; elle nous nourrit, nous donne asile, -nous rjouit et nous chauffe; depuis notre naissance et jusqu'au moment -o nous nous endormons du dernier sommeil sur son coeur de mre, elle -nous caresse constamment de son treinte affectueuse. - -Et voici que les gens parlent de sa vente; et elle prsente, en effet, -notre poque vnale, un article de ngoce, elle est vendue et achete. - -Mais la vente de la terre cre par le Crateur cleste est une norme -ineptie. La terre ne peut appartenir qu'au Dieu tout-puissant et -tous les fils des hommes qui la travaillent, de mme qu' ceux qui la -travailleront dans l'avenir. - -Elle est la proprit non seulement d'une seule gnration, mais de -toutes les gnrations passes, futures et prsentes qui la travaillent. - - CARLYLE. - -3 - -Nous occupons une le sur laquelle nous vivons des produits de nos -mains. Un marin naufrag est rejet sur notre cte. A-t-il le mme droit -naturel que nous d'occuper sur les mmes bases que nous, une parcelle de -terre pour s'y nourrir de son travail? Il semblerait que ce droit est -incontestable. Et cependant, combien d'hommes naissent sur notre plante -auxquels les gens qui y vivent refusent ce droit. - - DE LAVELEYE. - - - -III.--_Les consquences nuisibles de la richesse._ - -1 - -Les hommes se plaignent d'tre pauvres et s'efforcent, par tous les -moyens, d'arriver la richesse; cependant, la misre et la pauvret -donnent aux gens la fermet et la force, alors que les excs et le luxe -les affaiblissent et les amnent leur perte. - -Les pauvres ont tort de vouloir changer l'indigence utile au corps et -l'me contre la richesse qui est nuisible au corps et l'me. - -2 - -Si le pauvre a des peines, le riche en a doublement. - -3 - -Le riche est malheureux; d'abord, parce qu'il craint toujours pour ses -richesses, ensuite, parce que plus il a de biens, plus il a de soucis et -d'affaires. Mais il est surtout malheureux parce qu'il ne peut se lier -qu'avec des riches comme lui, qui sont peu nombreux, et non avec les -pauvres qui sont la majorit. S'il se lie avec un pauvre, il voit trop -nettement son pch, et il ne peut pas ne pas en avoir honte. - -4 - -La richesse a l'or, la pauvret a la joie. - - Proverbe. - -5 - -La richesse habitue les gens l'orgueil, la cruaut, l'ignorance -prsomptueuse et la dbauche. - -6 - -Seul un homme riche peut tre insensible et indiffrent au malheur -d'autrui. - - Le _Talmud._ - -7 - -La misre assagit, la richesse abtit. Les chiens eux-mmes deviennent -enrags force de trop bien manger. - - Proverbe russe. - -8 - -Celui qui est charitable n'est jamais riche. Le riche n'est srement pas -charitable. - - Proverbe mandchourien. - -9 - -Les gens cherchent la richesse; s'ils savaient seulement combien ils -perdent de bont en gagnant l'opulence et en vivant au milieu d'elle, -ils auraient cherch s'en dbarrasser avec le mme zle qu'ils mettent - l'acqurir. - -10 - -Le moment est proche o les hommes cesseront de croire que la richesse -donne le bonheur et comprendront, enfin, la simple vrit qu'en gagnant -et en conservant leur richesse, ils rendent plus malheureuse et non -meilleure l'existence des autres et la leur. - - - -IV.--_On ne doit pas envier la richesse, mais en avoir honte._ - -1 - -Il ne faut pas respecter et envier les riches, mais les plaindre et -s'loigner d'eux. Quant au riche, il ne doit pas tre fier de ses biens, -mais honteux. - -2 - -Si le pauvre envie le riche, il ne vaut pas mieux que lui. - -3 - -L'orgueil des riches est mauvais, mais l'envie des pauvres n'est pas -moins mauvaise. Combien il y a de pauvres qui, tout en blmant les -riches, agissent de mme qu'eux envers ceux qui sont plus pauvres -qu'eux-mmes! - - - -V.--_L'excuse de la richesse._ - -1 - -Si tu as des revenus sans travailler, il y a srement quelqu'un qui -travaille sans tre pay. - -2 - -Seul celui qui est sr de n'tre pas un homme comme tous les autres, -mais meilleur qu'eux, peut possder des richesses au milieu des pauvres -et avoir la conscience tranquille. Seule la pense qu'il est meilleur -que les autres peut justifier un tel homme ses propres yeux. Et, -chose extraordinaire, la possession des richesses, qui devrait rendre -un tel homme honteux, est pour lui la principale justification de sa -supriorit sur les autres hommes. Je jouis de la richesse parce que je -suis meilleur que les autres. Et je suis meilleur que les autres parce -que je jouis de la richesse, se dit-il. - -3 - -Rien ne prouve aussi clairement la fausset de la religion professe -parmi nous que ce fait que les hommes qui se considrent comme chrtiens -peuvent non seulement jouir de leurs richesses, au milieu des pauvres, -mais encore en tre fiers. - -4 - -L'une des erreurs les plus frquentes et les plus significatives que les -hommes commettent, est de croire comme bon ce qu'ils aiment. Ils aiment -la richesse, et bien que le mal de la richesse soit vident, ils se -persuadent que la richesse est bonne. - -5 - -Est-ce que Dieu a donn quelque chose l'un, sans le donner l'autre? -Est-ce que notre Pre commun a exclu l'un de ses enfants? Vous qui -exigez le droit exclusif de profiter de ses dons, montrez le testament -par lequel il aurait priv les autres frres de son hritage. - - LAMENNAIS. - -6 - -Il semblerait que, connaissant l'affreuse misre des ouvriers qui -meurent de privations et d'excs de travail (et il est impossible de ne -pas le savoir), les gens riches, qui profitent de ce travail homicide, -seraient forcs de s'en mouvoir. Cependant, ces gens riches, libraux, -humanitaires, trs sensibles non seulement aux souffrances des hommes, -mais celles des btes, cherchent s'enrichir davantage, c'est--dire - profiter de plus en plus du travail des autres et le font en toute -srnit. - -Cette srnit des riches est due l'intervention d'une nouvelle -science dnomme conomie politique, qui a pos des lois en vertu -desquelles la rpartition du travail et la jouissance de ses produits -dpendent de l'offre et de la demande, du capital, de la rente, du taux -des salaires, des bnfices, etc. - -Il a t crit sur ce thme, en peu de temps, un nombre incalculable de -traits, de brochures; il a t fait des cours et des confrences, et on -en crit et on confrencie encore l'infini. - -Bien que la plupart des gens ignorent les dtails de ces explications -rassurantes de la science, ils savent quand mme que cette explication -existe, que les savants, des gens subtils, ne cessent de dmontrer que -l'ordre de choses actuel est tel qu'il doit tre, et que l'on peut se -laisser vivre tranquillement dans cet tat de choses, sans essayer de le -modifier. - -Ce n'est qu'ainsi qu'on peut expliquer l'aveuglement surprenant -dans lequel se trouvent les hommes sensibles de notre socit, qui -plaignent sincrement, les animaux, mais qui, la conscience tranquille, -s'attaquent la vie de leurs semblables. - - - -VI._--Pour atteindre le bonheur, l'homme ne doit pas se soucier de -l'accroissement de son avoir, mais de l'amour qui est en lui._ - -1 - -Gagne une richesse que personne ne pourra te prendre, qu'elle te reste -mme aprs la mort et qu'elle ne diminue ni ne tarisse jamais. Cette -richesse--c'est ton me. - - Proverbe hindou. - -2 - -Les gens se soucient mille fois plus d'augmenter leurs richesses que de -dvelopper leur raison. Pourtant chacun devrait comprendre qu'il vaut -bien mieux pour son bonheur conserver ce qui est en lui que ce qui est -chez lui. - - D'aprs SCHOPENHAUER. - -3 - -Et il leur dit celte parabole: Les terres d'un riche donnrent, une -abondante rcolte; et ce riche se demanda: Que ferai-je? Je n'ai pas -assez de place pour serrer ma rcolte. Voici, dit-il, ce que je ferai: -j'abatterai mes greniers, j'en btirai de plus grands, et j'y amasserai -toute ma rcolte et tous mes biens. Puis je dirai mon me: Mon me, -tu as beaucoup de biens en rserve pour plusieurs annes; repose-toi, -mange, bois et rjouis-toi. Mais Dieu lui dit: Insens, celte nuit -mme ton me te sera prise, et ce que tu as amass, qui cela -appartiendra-t-il? - - Luc, XII, 16-20. - -4 - -Pourquoi l'homme voudrait-il tre riche? Pourquoi lui faut-il des -chevaux de race, de riches habits, de magnifiques chambres, des droits -d'entre dans les lieux de distractions? - -Parce qu'il manque de vie spirituelle. - -Donnez cet nomme une vie spirituelle, et il n'aura besoin de rien. - - EMERSON. - -5 - -De mme qu'un vtement riche embarrasse les mouvements du corps, la -richesse entrave les mouvements de l'me. - - - -VII.--_La lutte contre de pch de cupidit._ - -1 - -Celui qui possde moins qu'il ne veut avoir doit se souvenir qu'il a -plus qu'il ne mrite. - - LICHTENBERG. - -2 On peut viter la misre par deux moyens: augmenter son avoir, ou -bien apprendre se contenter de peu. Augmenter les richesses n'est pas -toujours possible, et c'est presque toujours malhonnte; tandis que -diminuer nos caprices est toujours en notre pouvoir et est salutaire -notre me. - -3 - -Le pire voleur n'est pas celui qui a pris ce qui lui est ncessaire, -mais bien celui qui garde sans en donner aux autres ce dont il n'a pas -besoin. - -4 - -Celui qui aurait des biens de ce monde et qui, voyant son frre dans le -besoin, lui fermerait son coeur, comment l'amour de Dieu demeurerait-il -en lui? Mes enfants, n'aimons pas en paroles, mais en actes et par la -vrit! I. JEAN, III, 17-18. - -Pour qu'un riche n'aime pas en paroles mais en actes et par la vrit -il doit donner celui qui demande, ainsi que l'a dit le Christ. Et -si l'on donne celui qui demande, toute richesse s'puise bientt. Et -ds que l'homme cesse d'tre riche, il lui arrive ce que Jsus a dit au -jeune homme, c'est--dire que ce qui empchait le jeune homme riche de -le suivre n'existe plus. - -5 - -La charit est vritable seulement quand tu t'es priv en la faisant. -C'est alors que celui qui reoit un don matriel, reoit galement un -don spirituel. Et si ton don n'est pas un sacrifice, mais le rsultat de -la surabondance, il ne fait qu'irriter celui qui le reoit. - -6 - -Les opulents bienfaiteurs ne voient pas ce qu'ils donnent au pauvre, ils -l'enlvent souvent des mains de plus pauvres encore. - - -[1] Moraliste anglais _(N. du tr.)_ - - - - -CHAPITRE XI - -DE LA COLRE - - -I.--_Pch de malveillance._ - -1 - -Il a t dit aux anciens: Tu ne tueras point, et celui qui tuera sera -jug (Exode, XX, 13). Mais moi je vous dis que quiconque se met en -colre contre son frre sera jug. - - MATTH., V, 21-22. - -2 - -Si tu prouves une douleur dans le corps, tu sais que quelque chose -n'est pas en bon tat: ou tu fais ce que tu ne devrais pas faire, ou -bien lu ne fais pas ce que tu devrais faire. Il en est de mme de la vie -spirituelle. Si tu te sens triste, irrit, sache que quelque chose est -en mauvais tat: ou tu aimes ce qu'il ne faudrait pas aimer, ou bien tu -n'aimes pas ce qu'il faudrait aimer. - -3 - -Les pchs de la gourmandise, de l'oisivet, de la volupt, sont mauvais -par eux-mmes. Mais ces pchs sont surtout reprhensibles parce qu'ils -engendrent le pire des pchs: la malveillance, l'iniquit envers les -gens. - -4 - -Ce ne sont pas les pillages, les assassinats, les excutions qui sont -effrayants. Qu'est-ce que le pillage? C'est le passage de la proprit -des uns aux autres. Cela a toujours exist, cela sera toujours, et il -n'y a rien d'effrayant cela. - -Que sont les excutions, les assassinats? C'est le passage des hommes de -la vie la mort. Ces passages ont t, sont et seront toujours, et cela -n'a galement rien, d'effrayant. Ce qu'il y a de rellement effrayant, -c'est la haine des hommes qui engendre le brigandage, le vol, le meurtre. - - - -II.--_L'absurdit de la colre._ - -1 - -Les Bouddhistes disent que tout pch vient de la btise. Cela est -juste pour tous les pchs, mais surtout pour l'inimiti. Le pcheur, -l'oiseleur se fche contre le poisson ou l'oiseau parce qu'il ne l'a pas -pris, et moi je me fche contre l'homme, parce qu'il fait ce dont il -a besoin pour lui, et non pas ce que je voudrais de lui. N'est-ce pas -galement stupide? - -2 - -Un homme t'a offens. Tu t'es fch contre lui. L'affaire est termine. -Mais la colre contre cet homme s'est fige dans ton coeur, et lorsque -tu penses lui, tu t'irrites. Comme si le diable, qui est toujours -en faction la porte de ton coeur, avait profit de l'heure o tu as -ressenti ta colre contre cet homme; comme si elle lui eut ouvert la -porte, qu'il eut bondi dans ton coeur et qu'il y ft matre, maintenant. -Chasse-le. Et l'avenir, sois plus prudent, n'ouvre pas la porte par -laquelle il entre. - -3 - -Plus l'homme se croit haut plac, plus facilement il s'irrite contre les -gens. Plus l'homme est modeste, plus il est bon et se fche moins. - -4 - -Ne pense pas que la vertu consiste dans la bravoure et la force. Si tu -peux te placer au-dessus de la colre, pardonner et aimer celui qui t'a -offens, tu auras fait le mieux de ce qu'un homme peut faire. - - DJERBELOTE, persan. - -5 - -Il est vrai, que tu n'as peut-tre pas la force de ne pas te fcher -contre celui qui t'a offens, outrag. Mais tu peux toujours le -contenir, ne manifester ta colre ni en paroles ni en actes. - -6 - -La colre ment toujours de l'impuissance. - - - -III.--_La colre contre les hommes nos frres est draisonnable parce -que le mme Dieu vit en nous tous._ - -1 - -On doit s'observer depuis le matin et se dire: tout l'heure, je -pourrai avoir affaire un homme insolent, effront, importun, -hypocrite, nerveux. Il y a souvent des gens comme a. Ils ne savent pas -ce qui est bien et ce qui est mal. Mais si je sais, moi, o est le bien -et le mal, si je comprends que le mal pour moi ne peut venir que de la -mauvaise action que j'ai commise moi-mme, aucun mauvais homme ne peut -me nuire. Personne ne peut me forcer faire mal. Si je pense encore que -tout homme m'est proche, non par le sang et la chair, mais par l'esprit, -que le mme Esprit divin vit en chacun de nous, je ne peux pas me fcher -contre un tre qui m'est proche. Je sais donc que nous sommes crs l'un -pour l'autre, que nous sommes appels nous entr'aider comme les mains, -les pieds, les yeux et les dents s'aident entre eux et servent le corps -entier; comment puis-je me dtourner de mon prochain si, contrairement -sa vraie nature, il me fait du mal. - - MARC-AURLE - -2 - -Si tu t'es fch contre un homme, c'est que tu menais une vie charnelle, -et non pas une vie spirituelle. Si tu vivais selon la volont divine, -personne ne pourrait t'offenser, car on ne peut offenser Dieu, et Dieu, -le Dieu qui est en toi, ne peut se fcher. - -3 - -On ne doit ni trop mpriser ni trop respecter aucun homme. - -Si tu le mprises, tu ne pourras pas apprcier le bien qu'il y a en lui; -si tu l'honores trop, tu exigeras trop de lui. - -Pour ne pas se tromper, il faut mpriser le ct charnel autant chez -autrui qu'en soi-mme et respecter l'homme comme un tre spirituel en -qui demeure l'esprit divin. - - - -IV.--_Plus l'homme se diminue, mieux il vaut._ - -1 - -On dit qu'un homme de bien ne peut pas faire autrement que de se fcher -contre les mchants. Mais si cela est ainsi, plus l'homme est bon -comparativement aux autres, plus il doit se mettre en colre contre eux; -en ralit, plus un homme est bon, plus il est doux et bon pour tous les -autres hommes. Cela tient ce qu'un homme bon se souvient que lui aussi -a souvent pch, et que s'il s'irrite contre les mchants, il doit, tout -d'abord, s'irriter contre lui-mme. - - SNQUE. - -2 - -Un homme raisonnable ne peut pas se fcher contre les hommes mchants et -draisonnables. - ---Comment puis-je ne pas me fcher s'ils sont voleurs et filous? dis-tu. - ---Qu'est-ce qu'un voleur et un filou? C'est un homme qui s'est gar. -On doit non pas se fcher contre un tel homme, mais le plaindre. Si tu -peux, persuade-le que ce n'est pas bon pour lui-mme de vivre comme il -vit, et il cessera de faire le mal. S'il ne le comprend pas encore, quoi -d'tonnant qu'il vive ainsi. - -Tu diras que ces gens l doivent tre punis. - -Si un homme a mal aux yeux et qu'il est devenu aveugle, tu ne diras pas -qu'il faut l'en punir. Pourquoi donc veux-tu punir celui qui est priv -de quelque chose de bien plus prcieux que les yeux, qui est priv du -plus grand bonheur qui existe, celui de savoir vivre raisonnablement? - -On ne doit pas se fcher contre ces gens, mais les plaindre. - -Aie piti de ces malheureux et tche de faire en sorte que leurs -garements ne t'irritent pas. Souviens-toi combien souvent tu t'es -tromp et tu as pch toi-mme, et fche-toi plutt contre toi-mme de -ce que ton me renferme tant d'inimiti et de mchancet. - - PICTTE. - -3 - -Tu dis que tu n'es entour que de mauvaises gens. Si tu penses ainsi, -c'est une preuve certaine que tu es mchant toi-mme. - -4 - -Souvent les gens croient se faire valoir en remarquant les dfauts des -autres; mais ils ne font que montrer leur faiblesse. - -Plus l'homme est bon et intelligent, plus il voit le bien chez les -autres; plus il est bte et mchant, plus il voit les dfauts des autres. - -5 - -Il est vrai, qu'il est difficile de se montrer bon envers un vicieux, -un menteur, surtout s'il vous offense; mais c'est prcisment envers de -pareils hommes qu'on doit tre bon, et pour eux, et pour soi. - -6 - -Lorsqu'on se fche contre quelqu'un, on cherche gnralement justifier -sa colre et, ne voir que le mal en la personne contre laquelle on -s'irrite; et l'on ne fait qu'augmenter son inimiti. Alors, qu'au -contraire, plus on est irrit, plus on doit chercher le bien que peut -contenir celui contre qui on s'irrite. Et lorsqu'on russit dcouvrir -le bien et aimer un tel homme, non seulement on apaise sa colre, mais -encore on prouve une joie profonde. - -7 - -Si tu veux reprocher un homme ses incohrences, ne qualifie pas ses -actes ou ses paroles de sottises, ne dis et ne pense pas que ce qu'il a -fait ou dit n'a aucun sens. Au contraire, suppose toujours qu'il voulait -faire ou dire quelque chose de raisonnable et tche de le prouver. -Il faut s'efforcer de dcouvrir les ides errones qui ont tromp -l'homme et les lui faire voir de faon ce qu'il arrive lui-mme -la conclusion, qui est qu'il se trompe. On ne peut persuader un homme -que par sa propre raison. De mme, on ne peut persuader un homme de -l'immoralit de son acte que par son sentiment moral. Il ne faut pas -supposer que l'homme le plus vicieux ne puisse pas devenir un tre -vertueux et libre. - - D'aprs KANT. - -6 - -Si tu te fches contre un homme parce qu'il a commis un acte que nous -considrons comme reprhensible, tche de savoir pourquoi il a fait ce -que nous considrons comme mauvais. Ds que tu l'auras compris, tu ne -seras plus fch, parce qu'on ne peut se fcher de ce que la pierre -tombe du haut en bas et non de bas en haut. - - - -V.--_La ncessit de l'amour pour la communion entre les hommes._ - -1 - -Pour que tes relations avec les hommes ne soient pas un sujet de -souffrance pour toi et pour eux, n'entre pas en rapports avec les gens -si tu n'prouves pas d'affection pour eux. - -2 - -Sans amour, on ne peut manier que les objets; sans amour, on peut -abattre des arbres, faire des briques, forger le fer; on ne peut sans -amour traiter les hommes. - -Si tu n'prouves pas d'amour pour les hommes, occupe-toi de toi-mme, -manie des choses, ce que tu voudras, mais laisse les hommes tranquilles. -Ds que tu te permettras de les traiter sans amour, tu deviendras non -pas un homme, mais une bte, tu leur nuiras et tu seras malheureux -toi-mme. - -3 - -Lorsqu'on voit des gens toujours mcontents, critiquant, tout et tout le -monde, on a envie de leur dire: Le but de votre existence n'est pas de -dvoiler l'absurdit de la vie, de la critiquer, de vous fcher et de -mourir. Cela n'est pas possible. Rflchissez; vous ne devriez pas vous -fcher, ni critiquer, mais travailler rparer le mal que vous voyez. - -Si vous voulez faire disparatre le mal que vous voyez vous n'y -arriverez certainement pas par l'inimiti, mais uniquement par la -bienveillance envers tous les hommes, car ce sentiment vit toujours en -nous et vous le sentirez aussitt que vous cesserez de l'touffer en -vous. - -4 - -Il faut nous habituer tre mcontents d'un autre homme de la mme -faon, qu'il nous arrive d'tre mcontents de nous-mmes. Cela nous -arrive lorsque nous ne sommes pas satisfaits d'un de nos actes, et non -de notre me. Il faut agir de mme l'gard des autres: critiquer -leurs actes, et les aimer eux-mmes. - -5 - -Pour ne pas faire tort son prochain, pour l'aimer, il faut s'habituer - ne pas dire de mal ni de lui, ni lui, et pour y parvenir, il faut -s'habituer ne pas penser mal de lui, ne pas laisser pntrer dans -notre me le sentiment de malveillance. - -6 - -Peux-tu te fcher contre un homme parce qu'il a des plaies purulentes? -Ce n'est pas sa faute si l'aspect de ses plaies est dsagrable. -Comporte-toi de mme envers les vices d'autruis. - -Mais tu diras que l'homme a une raison pour comprendre et corriger ses -vices. C'est juste. Par consquent, toi aussi, tu as une raison et tu -peux rflchir que tu ne dois pas le fcher contre l'homme en raison -de ses vices, mais au contraire, tu dois l'efforcer d'veiller sa -conscience en le traitant avec bont et intelligence, sans colre, sans -impatience et sans orgueil. - - MARC-AURLE. - -7 - -Il y a des gens qui aiment se fcher. Ils sont toujours occups -quelque chose et toujours heureux de l'occasion de brusquer, de gronder -celui qui s'adresse eux pour quelque affaire. Ces gens-l sont trs -dsagrables, mais il faut se souvenir qu'ils sont trs malheureux, ne -connaissent pas la joie de la bonne humeur, et c'est pourquoi, il ne -faut pas se fcher contre eux, mais les plaindre. - -8 - -On ne peut mieux calmer une colre, mme juste, qu'en disant celui qui -se fche que celui contre lequel il se fche, n'est qu'un malheureux. La -pluie a le mme effet sur le feu que la compassion sur la colre. - -9 - -L'homme qui dsire faire du tort son ennemi, n'a qu' s'imaginer qu'il -lui a dj fait mal et qu'il souffre de corps et d'me; il n'a qu' se -l'imaginer et comprendre que tout cela est l'oeuvre de nos mains, pour -que, l'ide des souffrances de l'ennemi, l'homme le plus mchant cesse -de garder sa rancune. - - SCHOPENHAUER. - - - -VI.--_La lutte contre le pch de malveillance._ - -1 - -On me blme, je suis ennuy, j'ai de la peine. Comment me dbarrasser de -ce sentiment dsagrable? D'abord, par l'_humilit_; quand on connat -sa faiblesse, on ne se fche pas de ce que les autres la montrent. Ce -n'est pas aimable de leur part, mais ils ont raison. Ensuite, par le -_raisonnement_; car, en dfinitive, on reste toujours ce qu'on a t, et -si l'on avait trop de vnration pour soi-mme, on aurait qu' modifier -son opinion. Enfin, et principalement, par le _pardon_; il n'y a qu'un -seul moyen pour ne pas har ceux qui nous font du mal et nous offensent, -c'est de leur faire du bien. Si l'on ne parvient pas les changer, du -moins, arrive-t-on se matriser soi-mme. - - AMIEL. - -2 - -La meilleure boisson qu'un homme peut boire est la mauvaise parole qu'il -a dj sur les lvres; qu'il ne la laisse pas, chapper et l'avale. - - MAHOMET. - -3 - -Comprends bien et souviens-toi que tout homme agit toujours au mieux de -ses propres intrts. - -Si tu y penses toujours, tu ne te fcheras contre personne, tu ne -reprocheras rien personne, tu ne gronderas personne; car si quelqu'un -a rellement du profit faire ce qui t'est dsagrable, il a raison et -il ne peut agir autrement. S'il se trompe et ne se fait du tort qu' -lui-mme, tant pis pour lui; on doit le plaindre et non se fcher contre -lui. - - PICTTE. - -4 - -Souvenons-nous que tous nous redeviendrons poussire, et soyons humbles -et modestes. - - D'aprs SAADI. - - - -VII.--_La malveillance nuit toujours celui qui la ressent._ - -1 - -Bien que la colre soit nuisible aux autres, elle fait surtout du tort - celui qui se fche. La colre est toujours plus nuisible que la chose -pour laquelle on se fche. - -2 - -Il y a des gens qui aiment se fcher, qui s'irritent et font du mal aux -autres sans aucune raison. On peut comprendre pourquoi un avare offense -les autres: il veut s'emparer de leur bien pour s'enrichir; il fait du -mal aux gens dans son propre intrt. Un mchant homme fait du tort aux -autres sans aucun bnfice personnel. Quelle folie! - - D'aprs SOCRATE. - -3 - -Ne pas faire de mal, pas mme ses ennemis, est une grande vertu. - -Celui qui cherche faire prir les autres, prit srement lui-mme. - -Ne fais pas de mal. La pauvret ne peut excuser le mal. Si tu fais du -mal, tu seras plus pauvre encore. - -Les gens peuvent viter les consquences de la mchancet de leurs -ennemis, mais ils n'viteront jamais les consquences de leurs pchs. -Cette ombre les poursuivra pas pas, jusqu' ce qu'elle les fasse prir. - -Que celui qui ne veut pas vivre triste et malheureux ne fasse pas de -tort aux autres. - -Si l'homme se veut du bien, qu'il ne fasse pas le moindre mal. - - _Kouran_ hindou. - -4 - -tre vertueux, c'est avoir l'me libre. Les gens qui s'irritent -continuellement contre quelqu'un, qui craignent constamment quelque -chose et qui s'adonnent aux passions, ne peuvent avoir l'me libre. -Celui qui ne peut pas avoir l'me libre ne verra pas en regardant, -n'entendra pas en coutant, ne sentira pas de got en mangeant. - - CONFUCIUS. - -5 - -Goutte goutte, le seau se remplit; de mme l'homme s'emplit de colre, -bien qu'il la ramasse petit petit, lorsqu'il se permet de s'irriter -contre les gens. Le mal revient celui qui le commet, de mme que la -poussire jete contre le vent. - -Ni au ciel, ni dans la mer, ni dans les profondeurs des montagnes, il -n'y a de place dans tout l'univers, o l'homme pourrait se dbarrasser -de la mchancet qui est dans son coeur. Souviens-t-en. - - DJAMAPADA. - -6 - -La loi hindoue dit: De mme qu'il est juste qu'il fasse froid en hiver -et chaud en t, il est juste qu'un mauvais homme soit malheureux et un -bon heureux. Que personne n'entame de querelle, bien qu'il soit offens -et qu'il souffre; que personne n'offense, ni par un acte, ni par une -parole, ni par une pense. Tout cela prive l'homme du vrai bonheur. - -7 - -Lorsque je sais que la colre me prive du vrai bonheur, je ne peux plus -chercher consciemment querelle aux autres; je ne peux pas, ainsi que je -le faisais avant, me rjouir de mon pch, en tre fier, l'encourager, -le justifier, me donner de l'importance et me croire raisonnable, -considrer les autres comme nuls, perdus, insenss; je ne peux plus -maintenant, en sentant que je me laisse emporter par la colre, ne -pas reconnatre que j'en suis seul coupable, et ne pas tcher de me -rconcilier avec ceux qui me cherchent querelle. - -Mais cela ne suffit pas. Si je sais maintenant que la colre est un -mal pour mon me, je sais aussi ce qui me conduit au mal. C'est -que j'oublie que la mme chose vit en moi et en tous les hommes. Je -vois maintenant que l'habitude de se distinguer des autres hommes et -de se considrer comme tant suprieur eux--est l'une des raisons -principales de mon inimiti. - -En repassant ma vie coule, je vois que je n'ai jamais laiss -s'accrotre mon sentiment d'inimiti envers les gens que je considrais -suprieurs moi, et je ne les offensais jamais. Mais, par contre, le -moindre acte de celui que je considrais comme mon infrieur provoquait -ma colre, et plus je me considrais suprieur, plus il m'tait facile -de l'offenser. Parfois mme, rien que l'ide de l'infriorit de -l'homme, provoquait dj une offense de ma part. - -8 - -Un jour d'hiver Franois, accompagn du frre Lon se rendait de Prouse - Porcioncule. Il gelait, et tous deux tremblaient de froid. Franois -appela Lon qui marchait devant, et lui dit: O frre Lon, Dieu veuille -que nos frres donnent par toute la terre, l'exemple de la vie de -saintet. Note, cependant, que ce n'est pas l qu'est la joie parfaite. - -Un peu plus loin, Franois appela encore une fois Lon et lui dit: - -Note encore que si nos frres gurissent les malades, chassent le -diable, rendent la vue aux aveugles font ressusciter les morts, ce n'est -pas l non plus que sera la joie parfaite. - -Encore plus loin, Franois appela de nouveau Lon et lui dit: Note -encore frre Lon, brebis du Seigneur, que si nous avions appris le -langage des anges, si nous connaissions le cours des toiles, si tous -les trsors de la terre nous taient apparus, et que si nous avions -compris tous les mystres de la vie des oiseaux, des poissons, des -btes, des gens, des arbres, des pierres et des eaux, note que cela non -plus ne serait pas une joie parfaite. - -Et un peu plus loin, Franois appela encore une fois Lon et lui dit: -Note encore que si nous tions des prdicateurs, qui parviendraient -ramener tous les payens au Christianisme, note que l encore, il n'y -aurait pas de joie parfaite. - -Alors le frre Lon dit Franois: - ---En quoi donc consiste la joie parfaite? - -Et Franois rpondit: En ceci: lorsque nous arriverons Porcioncule -sales, mouills, transis de froid et affams, et que nous demanderons -de nous donner asile, le portier nous dira: Pourquoi tranez-vous, -vagabonds, par les chemins, pourquoi tentez-vous les gens, pourquoi -voulez-vous l'aumne des pauvres; allez-vous en d'ici, et il ne nous -ouvrira pas. Si nous ne nous offensons pas et que nous pensons avec -humilit et amour que le portier a raison, et que mouills, gels, et -affams, nous restons jusqu'au matin dans la neige et l'humidit sans -murmurer contre le portier, c'est alors, frre Lon, que sera la joie -parfaite. - - - - -CHAPITRE XII - -DE L'ORGUEIL - - -Il est difficile de se dbarrasser des pchs, surtout lorsque les -tentations les encouragent. Telle est la tentation de l'orgueil. - - -I.--_L'absurdit de l'orgueil._ - -1 - -Les gens fiers sont tellement occups prcher aux autres qu'ils n'ont -pas le temps de penser eux-mmes; au reste, ils le croient inutile; -ils sont parfaits tels qu'ils sont. C'est pourquoi, plus ils prchent -aux autres, plus ils tombent bas eux-mmes. - -2 - -De mme que l'homme ne peut pas se soulever lui-mme, il ne peut pas se -glorifier lui-mme. - -3 - -La fiert est mauvaise parce que les gens sont fiers de ce dont on doit -avoir honte: de la richesse, de la gloire, des honneurs. - -4 - -Si vous tes plus-fort, plus riche, plus instruit que les autres, tchez -de venir en aide aux gens avec ce que vous avez de plus qu'eux. Si -vous tes plus fort, aidez les faibles; si vous tes plus intelligent, -aidez ceux qui ne le sont pas; si vous tes instruit, aidez ceux qui le -sont moins; si vous tes riche, aidez ceux qui sont pauvres. Mais les -orgueilleux ne raisonnent pas ainsi. Ils pensent que s'ils possdent ce -que les autres n'ont pas, ils n'ont pas besoin de partager avec ceux-ci, -mais n'ont qu' se vanter devant eux. - -5 - -Ce n'est pas bien si l'homme, au lieu d'aimer ses frres, se fche -contre eux. Mais c'est pis encore lorsque quelqu'un se persuade qu'il -n'est pas un homme comme les autres, mais meilleur qu'eux et, par -consquent, qu'il peut traiter les gens autrement qu'il ne voudrait tre -trait lui-mme. - -6 - -C'est stupide lorsque des gens tirent vanit de leur visage, de leur -corps, mais c'est plus stupide encore lorsqu'ils sont fiers de leurs -parents, de leurs anctres, de leurs amis, de leur classe, de leur -peuple. - -Une grande partie du mal, dans ce monde, vient de ce sot orgueil. -C'est de l que proviennent les querelles entre les hommes, entre les -familles, et les guerres entre les peuples. - -7 - -La btise peut exister sans l'orgueil; mais l'orgueil ne va jamais sans -la btise. - -8 - -Prenez l'exemple des eaux qui coulent dans les profondeurs des mers et -dans les cavits des montagnes: les ruisseaux descendent avec bruit, -mais la mer sans fin est muette, elle se balance peine. - - _Les Soutes_ bouddhistes. - -9 - -Plus la substance est lgre et moins elle est dense, plus elle occupe -de place. Il en est de mme de l'orgueil. - -10 - -Une mauvaise roue grince plus fort, un pi vide s'lve plus haut, Il en -est de mme d'un homme mauvais et vain. - -11 - -Plus l'homme est content de lui-mme, moins il possde ce dont on peut -tre fier. - -12 - -Un homme fier est comme couvert d'une corce de glace. Aucun bon -sentiment ne peut pntrer travers cette corce. - -13 - -Le plus sot des hommes est plus facile clairer qu'un orgueilleux. - -14 - -Si les gens fiers pouvaient seulement savoir ce que pensent d'eux ceux -qui profitent de leur fiert, ils cesseraient d'tre fiers. - - - -II.--_L'orgueil national_ - -1 - -Se croire meilleur que les autres est mal et stupide, nous le savons -tous. Considrer sa famille comme la meilleure de toutes, est plus mal -et plus stupide encore; et, cependant, non seulement nous ne nous en -rendons pas compte, mais encore nous y voyons un mrite particulier. -Considrer son peuple comme le meilleur entre tous est la chose la plus -stupide qui puisse exister. Or, loin d'tre juge comme mauvaise, cette -prsomption apparat comme une grande vertu. - -2 - -Les gens se querellent entre eux et savent que ce n'est pas bien. Alors, -pour se donner le change eux-mmes et pour touffer leur conscience, -ils inventent des excuses leur animosit. L'une de ces excuses est -que je suis meilleur que les autres hommes; seulement, ceux-ci ne le -comprennent pas, et c'est pourquoi je ne puis m'entendre avec eux. -Une autre excuse, c'est que ma famille est meilleure que les autres -familles; la troisime, que ma classe est meilleure que les autres -classes; la quatrime, que mon peuple est meilleur que les autres -peuples. - -Rien ne dsunit les hommes autant que l'orgueil, qu'il soit celui de -l'individu, de la famille, de la classe ou de la nation. - -III.--_Un homme n'a pas de raison de s'enorgueillir devant les autres, -parce que le mme Esprit vit dans tous les hommes._ - -1 - -L'homme se trouve meilleur que les autres quand il considre uniquement -la vie charnelle: seul le corps peut tre plus fort, plus grand, -meilleur qu'un autre. Mais si l'homme a une vie spirituelle, il ne peut -se considrer meilleur que les autres, car l'me est la mme chez tous. - -2 - -On donne aux hommes les titres d'excellence, de grandeur, d'minence, -de monsieur, de pre, etc., alors qu'un seul titre convient tous et -n'offense personne: frre, soeur. - -Ce terme est bon pour cette raison encore qu'il nous rappelle Le Pre -pour qui nous sommes tous frres et soeurs. - -3 - -L'homme a raison s'il crot que, dans tout l'univers, if n'y a pas un -seul tre qui soit au-dessus de lui; mais il se trompe s'il pense qu'il -y a sur la terre un seul homme qui soit au-dessous de lui. - -4 - -C'est bien pour un homme de se respecter parce que l'Esprit de Dieu vit -en lui; mais c'est mal quand il est fier de ce qu'il a d'humain: de son -esprit, de sa sagesse, de sa distinction, de sa richesse, de ses bonnes -oeuvres. - -5 - -L'homme est bon lorsqu'il lve trs haut son moi spirituel, divin; -mais il est affreux lorsqu'il veut lever au-dessus des hommes son moi -charnel, vaniteux, ambitieux et exclusif. - -6 - -Si l'homme est fier des marques de distinctions extrieures, il ne fait -que montrer ainsi qu'il ne comprend pas son mrite intrieur qui, en -comparaison de toutes les marques extrieures de distinction, est comme -le soleil par rapport la bougie. - -Un homme ne doit pas se vanter devant les autres. Il ne le doit pas, -parce que la chose la plus prcieuse en lui, c'est son me et que -personne, sauf Dieu, ne connat le prix de l'me humaine. - -8 - -La fiert n'est pas du tout la mme chose que la conscience de la -dignit d'homme. Les faux honneurs et les fausses louanges augmentent la -fiert, alors qu'au contraire, les fausses humiliations et le faux blme -augmentent la conscience de la dignit. - - - -IV.--_Consquences de la tentation de l'orgueil._ - -1 - -De mme que les mauvaises herbes qui poussent parmi le bl, boivent -l'eau et le jus de la terre et empchent le soleil de pntrer jusqu'au -bl, l'orgueil absorbe toutes les forces de l'homme et lui cache la -lumire de la vrit. - -2 - -La conscience du pch est souvent plus utile l'homme qu'une bonne -action: la conscience du pch humilie l'homme, alors qu'une bonne -action augmente souvent sa fiert. - -3 - -Il y a bien des punitions pour un orgueilleux; mais la punition -principale et la plus douloureuse est le fait que, malgr tous les -mrites qu'il pourrait avoir et tous ses efforts les gens ne l'aiment -pas. - -4 - -Ds que je me rjouis en disant: comme je suis bon, c'est fini, je tombe -dans l'abme. - -5 - -L'orgueilleux veut se distinguer des autres et se prive ainsi de la -meilleure joie de la vie, de la communication libre et joyeuse avec les -hommes. - -6 - -L'orgueilleux craint toute critique. Il la craint parce qu'il sent que -sa grandeur n'est pas solide, qu'elle ne tient que jusqu'au moment o il -n'y a pas le moindre petit trou dans le ballon qui le gonfle. - -7 - -L'orgueil pourrait encore se comprendre s'il plaisait aux gens et les -attirait. Mais il n'y a pas de dfaut qui loigne davantage. - -8 - -L'assurance tonne les gens au dbut. Et, les premiers temps, ils -attribuent l'homme confiant en lui-mme exactement la mme importance -que celle qu'il se donne. Mais l'tonnement passe vite. Les gens sont -bientt dsenchants et ils paient par le mpris pour avoir t -tromps. - - - -V.--_La lutte contre la tentation de l'orgueil._ - -1 - -Il y aurait bien moins de mal sur la terre si le sentiment de l'orgueil -n'existait pas. Comment se dbarrasser de cette cause du mal? Il n'y -a qu'un moyen: le travail de chacun sur lui-mme. Les tentations de -l'orgueil ne disparaissent que lorsque nous extirpons en nous cette -profonde racine du mal. S'il vit dans notre coeur, comment pouvons-nous -esprer qu'il mourra dans les coeurs des autres hommes? C'est pourquoi, -la seule chose que nous puissions faire pour notre bien et pour le bien -des autres, c'est de tarir en nous cette source du mal dont les autres -souffrent. - -Aucune amlioration n'est possible, tant que chacun n'aura commenc cet -amendement de lui-mme. - - D'aprs LAMENNAIS. - -2 - -Il n'est facile de vivre avec un homme que si on ne se considre pas -comme suprieur et meilleur que lui; et qu'on ne le croit ni suprieur -ou ni meilleur que soi-mme. - -3 - -Le but principal de la vie est le perfectionnement de l'me. Mais -l'orgueilleux se croit toujours trs bon. C'est pour cette raison que -l'orgueil est particulirement nuisible. Il empche de travailler -l'oeuvre principale de la vie humaine: devenir meilleur. - -4 - -Mais que le plus grand d'entre vous soit votre serviteur. Car -quiconque s'lvera sera abaiss, et quiconque s'abaissera sera lev. -(MATTH., XXIII, 11-12.) - -Celui qui s'lve dans l'opinion des gens sera abaiss, car celui -que l'on croit bon, sage, charitable, ne s'efforcera pas de devenir -meilleur, plus sage, plus charitable. - -Mais celui qui s'abaisse sera lev, car celui qui se croit mauvais -s'efforcera de devenir meilleur, plus charitable, plus sage. - -Les prsomptueux font ce que ferait le piton si, au lieu de marcher, -il s'tait hiss sur des chasses. Sur les chasses on est plus haut, -la boue ne vous atteint pas, les pas sont plus grands, mais le malheur -est qu'on ne peut aller loin ainsi, sans compter que l'on risque -continuellement de tomber dans la boue, de faire rire les gens et de -rester en arrire. - -Il en est de mme des vaniteux. Ils restent bien en arrire de ceux qui -ne s'lvent pas au-dessus de leur taille et, en outre, ils tombent -souvent de leurs chasses et deviennent la rise de fous. - - - - -CHAPITRE XIII - -DE L'INGALIT - - -La base de la vie de l'homme, est le sjour en lui de l'esprit divin, -gal chez tous les hommes. Et c'est pourquoi les hommes sont tous gaux -entre eux. - - -I.--_De la tentation de l'ingalit._ - -1 - -Autrefois, les hommes croyaient qu'ils taient d'origine diffrente, -appartenant aux tribus de Cham ou celles de Japhet, et que les uns -devaient tre matres et les autres esclaves. Ils reconnaissaient cette -division en matres et en esclaves parce qu'ils croyaient qu'elle avait -t institue par Dieu. Cette superstition vulgaire et pernicieuse -subsiste encore, mais sous un autre aspect. - -2 - -Il suffit de jeter un coup d'oeil sur la vie des peuples chrtiens, -diviss en classes, pour tre frapp du degr effrayant d'ingalit -auquel sont arrivs les gens qui professent la loi du christianisme -et mettent en avant le mensonge de l'galit. Parmi ces classes, les -unes passent leur vie entire dans un travail abrutissant, inutile et -meurtrier, les autres sont blases des plaisirs de tous genres. - -3 - -L'une des croyances les plus anciennes et les plus profondes comme ide, -tait celle des Hindous. La raison pour laquelle elle n'est pas devenue -une croyance universelle et n'a pas donn la vie des hommes les fruits -qu'elle pouvait apporter, est que ses matres ont estim que les hommes -n'taient pas gaux et les ont diviss en castes. Pour les gens qui se -croient ingaux, il ne peut y avoir de vrai religion. - -4 - -On pourrait comprendre que les gens se croient ingaux parce que l'un -est plus fort, plus grand que l'autre, ou plus intelligent, ou plus -hardi, ou plus savant ou meilleur. Mais ce n'est pas ainsi que l'on -distingue les hommes habituellement. On estime que les hommes ne sont -pas gaux parce que l'un s'appelle comte et l'autre paysan, que l'un -porte des vtements riches et l'autre des sabots. - -5 - -Les hommes de notre poque comprennent dj que l'ingalit des hommes -est une superstition et ils la blment intrieurement. Mais ceux qui en -retirent un profit ne se dcident pas s'en sparer, tandis que ceux -pour qui elle est dsavantageuse ne savent pas comment la supprimer. - -6 - -Les gens se sont habitus diviser les hommes en gens distingus et -non distingus, valeureux et lches, instruits et non instruits, et ils -se sont si bien accoutums ce classement, qu'ils croient, en ralit, -que les uns peuvent tre meilleurs que les autres, parce que les uns -sont placs par les hommes dans une catgorie et les autres dans une -autre. - -7 - -Rien que la coutume admise chez les gens riches de tendre la main aux -uns et de ne pas la tendre aux autres, de faire entrer les uns au salon -et de recevoir les autres dans l'anti-chambre, prouve combien les gens -sont loin de reconnatre l'galit entre eux. - -8 - -Si la superstition de l'ingalit n'existait pas, les hommes ne -pourraient jamais commettre tous les forfaits qu'ils commettent sans -cesse, uniquement parce qu'ils n'admettent pas que tous les hommes sont -gaux. - - - -II.--_Les excuses de l'ingalit._ - -1 - -Rien ne donne tant d'assurance que la camaraderie pour accomplir des -mauvaises actions, et cela par le fait que quelques hommes seulement -s'unissent entre eux, en laissant tous les autres l'cart. - -2 - -Ceux qui se font valoir devant les autres sont tout autant fautifs de -l'ingalit des hommes que ceux qui se croient, infrieurs aux gens qui -se vantent devant eux. - -3 - -Nous sommes tonns de voir combien ce que nous appelons maintenant -le christianisme est loin de ce que prchait Jsus, et combien notre -vie est loin du christianisme. Et, cependant, cela pouvait-il tre -autrement lorsqu'il s'agissait d'une doctrine qui, au milieu des gens -qui croyaient que Dieu a divis les hommes en matres et esclaves, -en fidles et infidles, en riches et pauvres, apprenait aux gens la -vraie galit, disant que tous les hommes tait fils de Dieu, que tous -sont frres, que la vie de tous taient galement sacre. Les gens qui -embrassrent la doctrine du Christ ne pouvaient choisir qu'entre ces -deux alternatives: modifier toute l'ancienne organisation sociale, ou -dnaturer la doctrine. Ils ont choisi la dernire. - - - -III.--_Tous les hommes sont frres._ - -1 - -Il est stupide de voir un homme se croire meilleur que tous les autres, -mais c'est plus stupide encore de voir tout un peuple s'estimer meilleur -que les autres peuples. Et chaque peuple, la plus grande partie de -chaque peuple, vit dans cette affreuse, sotte et mauvaise superstition. - -2 - -On comprend qu'un Juif, un Grec, un Romain non seulement ait maintenu -l'indpendance de son peuple par le meurtre, mais encore ait cherch - soumettre les autres peuples par les mmes procds; il croyait que -son peuple tait le vrai peuple bon, charitable et aim de Dieu, et -que tous les autres taient des Philistins, des barbares. Les hommes du -Moyen ge pouvaient galement le croire; on pouvait le croire nagure -encore, la fin du sicle dernier. Mais, notre poque, nous ne -pouvons plus le croire. - -3 - -L'homme qui comprend le sens et la signification de la vie est forc de -sentir son galit et sa fraternit avec tous les hommes non seulement -de son peuple, mais de tous les peuples. - -4 - -Chaque homme, avant d'tre autrichien, serbe, turc, chinois, est un -homme, c'est--dire un tre raisonnable et aimant dont l'unique mission -est de remplir sa destine pendant le court laps de temps qu'il doit -vivre en ce monde. Cette mission est d'aimer tous les hommes. - -5 - -Un enfant accueille un autre, indpendamment de la classe de la religion -ou de la nationalit laquelle il appartient, d'un sourire bienveillant -qui exprime la joie. L'homme adulte qui devrait tre plus raisonnable -que l'enfant, se demande, avant d'entrer en relations avec un autre, -quelle est sa classe, sa religion, sa nationalit et le traite de faon -ou d'autre, suivant sa classe, sa nationalit. Le Christ disait bien: -soyez comme les enfants. - -6 - -Le Christ a appris aux hommes que la distinction entre leur peuple et -les peuples trangers tait une supercherie et un mal. Ayant compris -cela, le chrtien ne peut plus concevoir un sentiment d'inimiti pour -d'autres peuples; il ne peut plus excuser, ainsi qu'il le faisait -auparavant, les actes de cruaut l'gard des peuples trangers, par -le fait que ces peuples taient pires que le sien. Le chrtien ne peut -pas ignorer que sa distinction des autres peuples est un mal, que cette -distinction est une tentation, et, par consquent, il ne peut plus se -laisser abuser, ainsi qu'il le faisait auparavant. - -Le chrtien ne peut pas ignorer que son bonheur est li, non pas -celui des hommes de son peuple seul, mais au bonheur des hommes de tout -l'univers; il sait que son union avec tous les hommes ne peut tre -rompue par la frontire et les rglements relatifs sa nationalit. Il -sait que tous les hommes sont frres partout, et sont, par consquent, -tous gaux. - - - -IV.--_Tous les hommes sont gaux._ - -1 - -L'galit, c'est la reconnaissance tous les hommes de droits gaux -aux bienfaits de la nature de leur vie en commun et au respect de la -personnalit humaine. - -2 - -La loi de l'galit des hommes renferme toutes les lois morales; c'est -le point auquel ces lois ne peuvent atteindre, mais vers lequel elles -convergent toutes. - - E. CARPENTER. - -3 - -Le vrai moi de l'homme est spirituel. Et ce moi est le mme en tous. -Alors comment les hommes pourraient-ils ne pas tre gaux? - -4 - -Et un jour la mre et les frres de Jsus-Christ vinrent chez lui, mais -ne purent le voir parce qu'il y avait beaucoup de monde autour de Lui. -Et un homme les aperut, et il s'approcha de Lui et dit: Les gens de Ta -famille, Ta mre et Tes frres sont dehors et veulent te voir. Mais, -Jsus dit:--Ma mre et mes frres sont ceux qui ont compris la volont -de mon Pre et qui l'accomplissent. - -Les paroles de Jsus signifient que pour un homme raisonnable qui -comprend sa destination, il ne peut y avoir de diffrence ou d'avantages -entre les uns et les autres. - -5 - -Nous sommes mcontents de la vie parce que nous ne cherchons pas le -bonheur l o il nous est donn. - -C'est l la raison de toutes les tentations. - -Le bonheur incomparable de la vie, avec toutes ses joies, nous est -donn. Et nous disons: nous avons peu de joies. On nous donne le plus -grand bonheur de la vie: la communion entre tous les hommes, mais nous -disons: je veux mon bonheur moi, celui de ma famille, celui de mon -peuple. - - - -V.--_Pourquoi tous les hommes sont gaux._ - -1 - -Seul celui qui ignore que Dieu vit en lui, peut attribuer certaines -gens plus d'importance qu'aux autres. - -2 - -Lorsque l'homme aime les uns plus que les autres, il aime d'un amour -humain. Pour l'amour divin, tous les hommes sont gaux. - -3 - -Le mme sentiment d'attendrissement tout particulier que nous prouvons -indiffremment la vue d'un nouveau-n, aussi bien qu' la vue d'un -tre humain qui vient de mourir, indpendamment de la classe laquelle -il appartient, nous dmontre notre conscience inne de l'galit de tous -les hommes. - -4 - -Si l'on considre tous les hommes comme ses gaux, cela ne veut pas dire -que l'on est aussi fort, aussi agile, aussi intelligent, aussi instruit, -aussi bon que les autres; cela veut dire qu'il y a en toi la chose la -plus importante au monde qui est la mme en tous les hommes: l'Esprit de -Dieu. - -5 - -Dire que les hommes ne sont pas gaux, serait prtendre que le feu de la -chemine, de l'incendie, de la bougie n'est pas le mme. L'esprit divin -vit en chaque homme. Comment pouvons-nous faire une diffrence entre les -porteurs du mme principe? - -Un feu a pris, l'autre prend seulement; mais le feu est le mme et nous -nous comportons envers chaque feu de la mme faon. - -VI.--_La reconnaissance de l'galit de tous les hommes est possible et -l'humanit s'y rapproche._ - -1 - -Les hommes s'occupent tablir l'galit devant leurs lois, mais ils -ne veulent rien savoir de l'galit tablie par la loi ternelle qu'ils -transgressent par leur loi. - -2 - -Ne devrions-nous pas nous efforcer d'organiser notre vie de faon ce -que l'lvation sur les degrs de l'chelle sociale ne sduise pas les -hommes, mais les effraye; car cette lvation les prive de l'un des -principaux bienfaits de la vie: des rapports gaux entre tous les hommes. - - D'aprs RUSKIN. - -3 - -On dit que l'galit est impossible. Il faudrait dire au contraire: -l'ingalit est impossible parmi les chrtiens. - -On ne peut pas faire qu'un homme grand, devienne petit, un fort faible, -un intelligent sot, un ardent froid, mais on peut et on doit galement -aimer et respecter un petit comme un grand, un faible comme un fort, un -sage comme un sot. - -4 - -On dit toujours que les uns sont plus forts, les autres plus faibles, -que les uns sont plus intelligents, les autres plus btes. C'est -prcisment parce que les uns sont plus intelligents, ou plus forts que -les autres, dit Lichtenberg, que l'galit des droits des hommes est -ncessaire. Si, outre l'ingalit intellectuelle et physique, il y avait -encore l'ingalit des droits, l'oppression des faibles par les forts -serait encore plus grande. - -5 - -Ne crois pas que l'galit est impossible, ou bien qu'elle ne puisse -tre ralise dans un avenir trs loign. Apprends-la chez les -enfants. Elle peut exister ds prsent pour chaque homme. Toi-mme, -tu peux tablir dans ta vie l'galit envers tous les gens que tu -rencontres. Seulement, ne tmoigne pas de respect particulier ceux -qui se croient grands et haut placs, mais traite surtout avec le -mme respect ceux que l'on considre comme petits et placs au bas de -l'chelle sociale. - - - -VII.--_Tous les hommes sont gaux pour celui qui vit de la vie -spirituelle._ - -1 - -Pour le chrtien l'amour est un sentiment qui veut le bonheur de tous -les hommes. Pour bien des gens le mot amour exprime un sentiment -absolument contraire, parce qu'ils l'envisagent sous son aspect animal: -c'est le sentiment qui force la mre, pour le bien de son enfant, -ravir, en prenant une nourrice, le lait de sa mre un autre enfant; un -pre arracher le dernier morceau ceux qui ont faim pour le donner - ses enfants; celui qui aime une femme, la faire souffrir en la -sduisant, ou, par jalousie, causer sa perte et la sienne; le sentiment -qui dtermine les gens du mme clan nuire ceux des camps trangers -ou ennemis; celui qui pousse les hommes outrags dans leur orgueil -national couvrir les champs de bataille de morts et de blesss. -Ces sentiments ne sont pas de l'amour, car ceux qui les prouvent ne -reconnaissent pas tous les hommes comme gaux. Et sans la reconnaissance -de l'galit des hommes, il ne peut y avoir de vritable amour. - -2 - -On ne peut combiner l'ingalit avec l'amour. L'amour est comme le -soleil qui claire indiffremment tout ce qui tombe sous ses rayons. -Quand l'amour luit sur l'un et exclut l'autre, cela montre qu'il n'est -pas amour, mais seulement quelque chose qui lui ressemble. - -3 - -Il est difficile d'aimer galement tous les hommes; mais pour la raison -que cela est difficile, on ne peut pas dire qu'on ne doit pas s'efforcer -de le raliser. - -Tout ce qui est bien est difficile. - -4 - -Plus les hommes sont ingaux par leurs qualits, plus on doit se donner -de la peine pour les traiter d'une faon gale. - -5 - -En toi, en moi, en chacun de nous demeure le Dieu de la vie. Tu as tort -de te fcher contre moi, de ne pas supporter mon approche: sache, que -nous sommes tous gaux. - - MAKHMUD HASCHA _hindou._ - - - - -CHAPITRE XIV - -DE LA VIOLENCE - - -Une des raisons principales des malheurs des hommes est de croire -la possibilit d'amliorer, d'organiser la vie des autres hommes en -recourant la violence. - - -I.--_La violence de l'homme exerce sur l'homme._ - -1 - -L'erreur de croire que les hommes peuvent, par la force, organiser la -vie de leurs pareils, provient non de l'invention de cette duperie par -tel ou tel, mais de ce que, pousss par leurs passions, les hommes -avaient commenc par violenter leurs semblables, puis ont cherch une -excus cette violence. - -2 - -Les hommes voient qu'il y a quelque chose de mauvais dans leur vie, -qu'il y a quelque chose amliorer. Mais nous ne pouvons amliorer -que ce qui est en notre pouvoir: nous-mme. A cette fin, il faut tout -d'abord reconnatre que nous ne sommes pas bons, et on n'en a pas envie. -Ds lors, toute notre attention se concentre non pas sur ce qui est -en noire pouvoir: notre me, mais sur les conditions extrieures qui -ne sont pas en notre pouvoir et dont la modification ne pourrait pas -plus amliorer la situation des hommes que le transvasement du vin -d'un rcipient dans un autre ne peut changer sa qualit. De l, la vie -oisive, d'abord, puis, nuisible, prsomptueuse (nous corrigeons les -autres hommes) et mchante (on peut tuer les hommes qui entravent le -bonheur gnral). - -3 - -On croit forcer les gens bien vivre en employant la contrainte, alors -que l'on montre soi-mme l'exemple de la mauvaise vie en recourant -la violence. Les hommes sont dans la boue et, au lieu de tcher d'en -sortir, ils apprennent aux autres ce qu'il faut faire pour ne pas se -salir. - -4 - -Il est facile d'organiser la vie des autres, parce que si nous -l'organisons mal, ce n'est pas nous qui en souffrons, mais les autres. - -5 - -Seul celui qui ne croit pas en Dieu peut s'imaginer que des gens pareils - lui peuvent organiser sa vie de faon ce qu'elle soit meilleure. - -6 - -L'erreur de croire qu'il y des gens qui peuvent organiser la vie des -autres est effrayante parce qu'avec celle croyance, plus les gens sont -pervers, plus ils sont estims. - -7 - -Lorsque les gens disent que tous doivent vivre en paix, n'offenser -personne, alors qu'eux-mmes forcent les gens, non par la douceur, mais -par la violence, vivre comme ils veulent; c'est comme s'ils disaient: -faites ce que nous disons, mais non ce que nous faisons. On peut -craindre ces gens-l, mais on ne peut pas avoir foi en eux. - - - -II.--_La lutte contre le mal par la violence est inadmissible parce que -les hommes conoivent le mal diffremment._ - -1 - -Etant donn que chaque homme dtermine le mal sa manire, il -semblerait vident que si chacun combat le mal par la violence, cela -ne peut qu'augmenter le mal au lieu de le diminuer. Si Jean estime que -Pierre n'agit pas bien et se croit en droit de faire du mal Pierre, -celui-ci prend le mme droit de faire du mal Jean, et le mal ne fait -qu'augmenter. - -Mais chose trange: tout en pntrant les lois du mouvement des toiles, -les hommes ne comprennent pas une vrit aussi vidente. Pourquoi? Parce -qu'ils croient que la violence est bienfaisante. - -2 - -La doctrine conformment laquelle l'homme ne peut et ne doit jamais -faire violence pour arriver ce qui lui semble bien, est juste pour -cette simple raison que tous les hommes n'entendent pas le bien et -le mal de la mme faon. Ce que l'un considre comme mal est douteux -(d'autres le considrent comme bien), tandis que la violence dont il use -afin de supprimer le mal: coups, blessures, entraves la libert, mort, -est incontestablement un mal. - -3 - -Le plus grand mal de la superstition suivant laquelle on peut organiser -la vie des autres, par la violence, rside en ce fait, qu'aussitt qu'un -homme se permet d'user de violence l'gard d'un seul pour le bien de -tous, il n'y a plus de borne au mal qu'il pourrait commettre. C'est la -mme superstition qui justifiait dans les temps passs, les tortures, -l'inquisition, le servage, et notre poque, les guerres qui font prir -des millions d'hommes. - - - -III.--_L'inefficacit de la violence._ - -1 - -Forcer les gens par la violence cesser de faire le mal revient au mme -que de poser une digue sur une rivire, et de se rjouir que, l'eau -soit devenue moins profonde derrire la digue. De mme que la rivire -inondera la digue en son temps et coulera comme par le pass, les hommes -qui font le mal ne cesseront pas de le faire, mais attendront simplement -une occasion propice. - -2 - -Celui qui exerce sur nous la violence semble nous priver de nos droits, -et c'est pourquoi, nous le dtestons. Par contre, nous aimons comme nos -bienfaiteurs ceux qui savent nous convaincre. Ce n'est pas le sage, -mais l'homme grossier et ignorant qui a recours la violence. Pour -employer la force, il faut de nombreux collaborateurs; pour convaincre, -on n'a besoin de personne. Celui qui se sent suffisamment fort pour -agir sur la raison n'aura pas recours la violence. Seuls ceux qui se -reconnaissent incapables de persuader, usent de violence. - - D'aprs SOCRATE. - -3 - -Contraindre les gens faire ce qui me semble bon, est le meilleur moyen -de les en dgoter. - -4 - -Chacun sait combien il est difficile de modifier sa vie et de devenir -tel que l'on voudrait. Mais lorsqu'il s'agit des autres, il nous semble -qu'il suffit seulement d'ordonner et d'effrayer pour que les autres -deviennent tels que nous dsirerions qu'ils soient. - -5 - -S'il est possible de soumettre les hommes l'quiter par la violence, -cela ne veut pas dire qu'il soit juste de soumettre les hommes par la -violence. - - PASCAL. - - - -IV.--_L'erreur d'organiser la vie par la violence._ - -1 - -Il a dj t fait, tant de sacrifices sur l'autel du Dieu de la -violence qu'on aurait pu peupler de ces victimes vingt plantes de la -grandeur de la terre; mais est-on arriv au moindre rsultat? A aucun, -sinon ce fait que la situation des peuples empire de plus en plus. -Malgr tout, la violence demeure toujours l'idole. Devant, son autel, -baign de sang, l'humanit semble vouloir se prosterner jusqu' la -consommation des sicles, au son du tambour; au bruit des canons et des -gmissements humains. - - ADIN BALLOU. - -2 - -L'instinct de conservation est la premire loi de la nature disent -ceux qui nient la loi de la non-rsistance. - -D'accord, mais qu'en rsulte-t-il? demandai-je! - -Il en rsulte que la dfense contre ce qui menace est galement -une loi de la nature. Et de l, cette conclusion que la lutte et, -sa consquence, la disparition du plus faible, est une loi de la -nature; et cette loi justifie incontestablement la guerre, la violence -et la vengeance; de sorte que la consquence de l'instinct de -conservation,--est que la dfense est lgitime; par suite, la doctrine -qui dfend l'emploi de la violence est errone, comme tant contraire -la nature et aux conditions de la vie sur la terre. - ---Je suis d'accord que l'instinct de conservation est la premire loi -de la nature, et qu'il incite la dfense. Je suis d'accord que les -hommes, l'instar des organismes infrieurs, luttent ordinairement -les uns contre les autres, s'offensent et s'entre-tuent mme, sous le -prtexte de se dfendre et de se venger. Mais j'y vois uniquement que -la plupart des hommes, malgr la loi humaine suprieure qui leur est -rvle continuent malheureusement vivre suivant la loi bestiale, et -se privent ainsi du moyen de dfense le plus efficace: de payer le mal -par le bien, ce dont ils auraient pu profiter s'ils n'avaient pas suivi -la loi bestiale de la violence, mais la loi humaine de l'amour. - - ADIN BALLOU. - -3 - -Il est certain que la violence et le meurtre rvoltent l'homme et que -son premier mouvement est d'y opposer la violence et le meurtre. Un -tel procd, bien qu'il se rapproche de celui employ par les animaux -et soit peu efficace, n'a rien d'insens ni de contradictoire. Mais il -n'en est pas de mme lorsqu'il s'agit de justifier ces procds. Ds -que les gens qui organisent notre vie, veulent excuser ces actes par -une argumentation raisonnable, il devient indispensable d'chaffauder -des inventions ingnieuses et complexes afin de masquer l'ineptie d'une -pareille tentative. - -Le moyen principal de justification est de citer l'exemple d'un brigand -imaginaire qui torture et assassine des innocents devant nous. - -Vous pouvez vous sacrifier en vertu de votre conviction sur -l'illgalit de la violence, mais cette fois vous sacrifiez la vie d'un -autre, disent les dfenseurs de la violence. - -Mais d'abord, un tel brigand est un cas exceptionnel; bien des gens -peuvent vivre des centaines d'annes sans rencontrer un brigand qui -tuerait des innocents devant eux. Pourquoi baserai-je les rglements -de ma vie sur cette invention? En envisageant la vie relle et non pas -des inventions, nous apercevons tout autre chose. Nous voyons des gens, -et nous-mmes, accomplissant les actions les plus cruelles, et cela -non pas isolement, comme ce brigand imaginaire, mais en commun avec -d'autres personnes, et non pas parce que nous serions des malfaiteurs -comme le dit brigand, mais parce que nous nous trouvons sous l'influence -de la superstition suivant laquelle la violence est lgitime. Ensuite, -nous voyons que les actions les plus cruelles viennent non pas du -brigand imaginaire, mais de gens qui fondent leur conduite sur -l'existence imaginaire de ce brigand. De sorte que l'homme qui rflchit -reconnatrait que la cause du mal ne rside nullement en ce brigand -imaginaire, mais dans la cruelle erreur qui incite faire un mal rel -en vertu d'un mal imaginaire. - - - -V.--_Les consquences nfastes de la superstition de la violence._ - -1 - -Le mal dont les gens croient se dfendre par la violence est -incomparablement moindre que celui qu'ils se font en se dfendant par la -violence. - -2 - -Non seulement le Christ, mais tous les sages de l'univers, et les -Brahmanes, et les Bouddhistes, et les Taoistes, et les savants grecs, -ont enseign que les gens raisonnables devaient payer le mal par le bien -et non par le mal. Mais ceux qui vivent eux-mmes de la violence disent -que ce n'est pas possible, que la vie serait ainsi plus malheureuse. Et -ils ont raison pour eux-mmes, mais non pas pour ceux qu'ils violentent. - -3 - -Il est difficile d'observer la doctrine de la non-rsistance au mal par -la violence; mais est-il plus facile d'observer celle de la lutte et de -la vengeance? - -Pour obtenir une rponse cette question, ouvrez l'histoire de -n'importe quel peuple et lisez la description de l'une des cent mille -batailles que les hommes se sont livres pour obir la loi de la -lutte. Au cours de ces guerres ont t tu des milliards d'hommes, si -bien que pendant une seule on a sacrifi un plus grand nombre de vies, -support plus de souffrances qu'il ne s'en accumulerait pendant des -sicles en ne rsistant pas au mal. - -4 - -La violence provoque la colre, et celui qui en use pour se dfendre non -seulement n'y trouve pas une garantie, mais s'expose le plus souvent - des dangers plus grands encore. Aussi, employer la violence pour sa -garantie est un mauvais calcul. - -5 - -Toute violence ne dsarme pas l'homme, mais ne fait que l'irriter -davantage. Il est donc vident que la violence ne saurait amliorer la -vie des hommes. - -6 - -La violence assure un semblant de justice, tandis qu'elle loigne les -hommes de la possibilit de mener une vie juste sans violence. - -7 - -Pourquoi le christianisme a-t-il t perverti? Pourquoi la moralit -est-elle tombe si bas? Il n'y a qu'une seule raison cela; la foi en -l'efficacit du rgime de violence. - -VI.--_Seule la non-rsistance au mal par la violence permet l'humanit -de substituer la loi de l'amour la loi de la violence._ - -1 - -La signification des paroles: Vous avez entendu qu'il a t dit: -oeil pour oeil, dent pour dent. Mais moi je vous dis: ne rsiste pas -au mchant. Et celui qui te frappera etc., est absolument claire et -n'exige aucune explication ni commentaire. Il est impossible de ne -pas comprendre que ces paroles signifient que le Christ, en reniant -l'ancienne loi de violence: oeil pour oeil dent pour dent, renie par -cela mme tout l'ordre des choses fonde sur cette loi, et institue -une nouvelle loi d'amour entre tous les hommes sans distinction et, -par cela mme, une nouvelle organisation sociale qui n'est plus fonde -sur la violence, mais sur l'amour universel. Alors, comprenant cette -doctrine dans son vritable sens et prvoyant que sa mise en pratique -fera disparatre tous leurs privilges et avantages, certains hommes ont -crucifi le Christ et continuent crucifier ses disciples. D'autres -hommes ayant galement compris le sens rel de la doctrine sont alls et -vont encore la croix, en rapprochant de plus en plus le moment de la -nouvelle organisation de la vie fonde sur la loi de l'amour. - -2 - -La doctrine de la non-rsistance au mal par le mal n'est pas une -nouvelle loi, mais simplement le signalement de la dviation de la loi -de l'amour, savoir que toute admission de violence contre son prochain, -que ce soit sous prtexte de vengeance ou sous celui de la libration de -soi-mme ou de son prochain du mal, est incompatible avec l'amour. - -3 - -Rien n'entrave l'amlioration de la vie humaine tant que le dsir des -hommes d'amliorer leur vie par des actes de violence. Et la violence -des uns envers les autres, nous dtourne plus que tout de la seule chose -qui pourrait amliorer notre vie: l'effort sur nous-mmes pour devenir -meilleurs. - -4 - -Moins l'homme est satisfait de lui-mme et de sa vie intrieure, plus -il se fait remarquer dans la vie extrieure, publique. - -Afin de ne pas tomber dans cette erreur, l'homme doit comprendre et se -souvenir qu'il n'a pas le pouvoir et qu'il n'est pas appel organiser -la vie des autres, mais qu'il doit s'occuper, comme tous les hommes, -uniquement de son perfectionnement intrieur que cela seulement est en -son pouvoir et que cette conduite seule peut avoir une action sur la vie -des autres. - -5 - -Si les hommes consacraient le temps et les forces dpenss aujourd'hui - l'organisation de la vie des autres la lutte de chacun contre -ses propres pchs, le but qu'ils veulent atteindre--la meilleure -organisation de la vie--serait bien vite ralis. - -6 - -Lorsqu'on demandait Socrate o il tait n, il disait: sur la terre. -Lorsqu'on lui demandait de quel pays il tait; il rpondait: du pays -universel. - -Nous devons nous souvenir que, devant Dieu, nous sommes tous les -habitants de la mme terre, et que nous sommes tous sous le pouvoir -suprme de la loi divine. - -Cette loi est toujours la mme pour tous les hommes. - -7 - -Aucun homme ne peut tre ni un instrument, ni un but. L est sa dignit -d'homme. Et de mme qu'il ne peut disposer de sa personne aucun prix -(ce qui serait contraire sa dignit), il n'a pas le droit de disposer -de la vie d'autrui; autrement dit, il doit reconnatre la dignit -humaine de chaque homme, et c'est pourquoi, il doit exprimer son respect - chaque homme. - - KANT. - -8 - -A quoi servirait aux hommes la raison, si l'on ne peut les influencer -que par la violence? - -9 - -Chose trange! L'homme se rvolte la vue du mal venant du dehors, des -autres, du mal qu'il ne peut supprimer; mais il ne lutte pas contre son -propre mal, bien que cela soit toujours en son pouvoir. - - MARC-AURLE. - -10 - -On peut instruire les autres en leur rvlant la vrit et en leur -donnant l'exemple du bien, et non pas en les forant faire ce que nous -voulons. - -11 - -Si, au lieu de vouloir sauver l'humanit, chacun travaillait son -propre salut et au lieu de vouloir librer l'humanit, tentait de se -librer soi-mme,--combien on aurait fait pour le salut et la libration -de l'humanit. - - HERZEN[1]. - -12 - -Accomplis ton oeuvre de vie en perfectionnant et en amliorant ton me, -et sois persuad que ce n'est qu'ainsi que tu pourras contribuer de la -faon la plus fconde l'amlioration de te vie commune des hommes. - -13 - -Notre vie serait belle si nous avions aperu seulement ce qui dtruit -notre bonheur. Et c'est la superstition de la violence qui ne peut nous -donner ce bonheur qui le dtruit. - - - -VIII.--_Interprtation errone du commandement du Christ interdisant -d'user de la violence contre le mal._ - -1 - -La base de l'organisation sociale des paens tait la vengeance et la -violence. Cela devait tre ainsi. Il semblerait, par contre, que l'amour -et la renonciation la violence auraient d invitablement tre la -base de notre socit. Cependant, la violence rgne toujours. Pourquoi? -Parce que ce qui est profess au nom du Christ n'est pas la doctrine du -Christ. - -2 - -Doit-on comprendre les paroles du Christ sur l'amour envers ceux qui -nous hassent, envers nos ennemis, amour qui n'admet aucune violence, -comme elles ont t dites, c'est--dire commandant l'humilit et -l'amour, ou bien doit-on les comprendre autrement? Et si c'est -autrement, on doit dire comment. Or, personne ne le fait. Pourquoi? -Parce que ceux qui se disent chrtiens veulent cacher eux-mmes et -aux autres le sens vritable de la doctrine du Christ commandant le -changement profond de leur vie. Or, l'ordre actuel leur est profitable. - -3 - -Chose trange: ceux qui reconnaissent la doctrine du Christ se rvoltent -contre la rgle qui n'admet en aucun cas la violence. - -L'homme qui reconnat que le sens et l'oeuvre de la vie est dans -l'amour, se rvolte parce qu'on lui indique cet effet une voie sre, -en mme temps que les erreurs les plus dangereuses qui pourraient le -dtourner de cette voie. C'est comme si le marin s'indignait contre -l'indication de la bonne direction au milieu des bancs de sables et -de rcifs. Pourquoi cette contrainte? Il se peut que j'aie besoin -d'chouer sur un banc de sable. Les gens parlent de mme lorsqu'ils -s'indignent contre la dfense d'employer la violence et de rendre le mal -pour le mal. - - -[1] Clbre crivain russe, migr l'tranger. (_N. du Tr._) - - - - -CHAPITRE XV - -DU CHTIMENT - - -Chez l'animal, le mal provoque le mal. N'ayant pas de frein pour -se matriser, l'animal cherche rendre le mal pour le mal, sans -s'apercevoir que le mal accrot invitablement le mal. L'homme, pourvu -de raison, ne peut pas lui, ne pas s'en rendre compte et doit, par -suite, savoir se contenir. Malheureusement, sa nature bestiale l'emporte -souvent sur sa raison et il emploie cette mme raison justifier le mal -qu'il commet en le qualifiant de chtiment, de punition. - - -I.--_Le chtiment n'atteint jamais le but par lequel on le justifie._ - -1 - -On affirme qu'on peut rendre le mal pour le mal dans un but de -correction. C'est une erreur. On rend le mal pour le mal, non pour -corriger les hommes, mais pour se venger. On ne peut corriger le mal par -le mal. - -2 - -Punir veut dire en russe: donner une leon. Or, on ne peut enseigner -que par la bonne parole et le bon exemple. Lorsqu'on rend le mal pour le -mal on n'instruit pas, mais on dprave. - -3 - -L'erreur qu'on peut supprimer le mal par la punition est tout -particulirement dangereuse, pour cette raison que les gens qui -commettent ainsi le mal considrent que cela est non seulement permis, -mais encore bienfaisant. - -4 - -Par la punition, par la menace du chtiment on peut effrayer l'homme, le -retenir du mal pour un temps, mais on ne peut le corriger. - -5 - -La plus grande partie des malheurs des gens provient de ce que les -hommes--pcheurs--se sont reconnu le droit de punir. - -6 - -La preuve la plus clatante de ce que sous le nom de science on -entend souvent des choses insignifiantes, voire monstrueuses, est dans -l'existence d'une science de punitions, c'est--dire visant l'acte le -plus grossier qu'un homme puisse commettre. - - - -II.--_Superstition de l'efficacit de la vengeance._ - -1 - -De mme qu'il existe des superstitions d'idoltrie, de prsages, de -culte extrieur, etc., il existe chez les hommes une superstition -universelle en vertu de laquelle les uns peuvent contraindre les autres - mener une bonne vie. Les premires superstitions commencent -disparatre ou ont disparu, mais celle qui fait croire la possibilit -de rendre les hommes heureux par le chtiment des mauvais, continue -tre reconnue de tous, et l'on commet en son nom les plus grands crimes. - -2 - -Alors les scribes et les pharisiens Lui amenrent une femme surprise -en adultre et, l'ayant place au milieu d'eux, Lui dirent: Matre, -cette femme a t surprise en flagrant dlit d'adultre. Or, Mose -nous a ordonn dans sa loi, de lapider de telles femmes. Et toi, qu'en -dis-tu? Ils disaient cela pour L'prouver, afin de pouvoir L'accuser. -Mais Jsus, s'tant baiss, se mit crire de son doigt sur le sable. -Et comme ils continuaient L'interroger, Il se releva et leur dit;--Que -celui de vous qui est sans pch lui jette le premier la pierre. Et -s'tant de nouveau baiss il se remit crire sur le sable. Quand ils -entendirent cela, dnoncs par leur conscience, ils se retirrent l'un -aprs l'autre, en commenant par les plus notables jusqu'aux derniers, -et Jsus lut laiss seul avec la femme. Alors Jsus s'tant relev et ne -voyant personne que la femme, lui dit:--Femme, o sont tes accusateurs? -Personne ne t'a-t-il condamne? Elle dit: Personne, Seigneur; Jsus lui -dit: Je ne te condamne pas non plus; va et ne pche plus. - - JEAN VIII, 3-11. - -3 - -Les hommes font du mal par mchancet pour se venger d'une offense, par -une fausse notion des moyens de se protger; puis, afin de se justifier, -ils persuadent les autres et eux-mmes qu'ils agissent ainsi afin de -corriger celui qui leur a fait du mal. - -4 - -Un certain ordre subsiste dans notre socit, non pas parce qu'on -inflige des punitions ceux qui troublent cet ordre, mais parce que, -malgr la mauvaise influence de ces chtiments, les hommes s'aiment et -ont piti quand mme les uns des autres. - -5 - -Le chtiment est nuisible, moins parce qu'il irrite celui qu'on punit, -que parce qu'il dprave celui qui punit. - - - -III.--_La vengeance dans les rapports individuels._ - -1 - -Punir un homme pour ses mauvaises actions revient au mme que de -chauffer le feu. Tout homme qui a fait le mal est dj puni, parce qu'il -est priv de tranquillit, est tourment par sa conscience. Mais si sa -conscience ne le tourmente pas, toutes les punitions que les hommes -peuvent lui infliger ne le corrigeront pas, mais ne feront que l'irriter -davantage. - -2 - -Le vrai chtiment pour chaque mauvaise action est celui qui se produit -dans l'me du criminel mme, et qui est dans l'abaissement de sa facult -de jouir des bienfaits de la vie. - -3 - -Un homme a fait le mal. Et voil qu'un autre homme ou des hommes, ne -trouvent rien de mieux que de commettre une nouvelle mauvaise action -qu'ils qualifient de chtiment. - -4 - -On tue un ours en suspendant une grosse bche une corde au-dessus -d'une auge remplie de miel. L'ours repousse la bche pour manger -le miel. La bche revient et lui donne un coup, l'ours se fche et -repousse la bche plus fort; elle le frappe plus fort encore. Et cela -dure jusqu' ce que la bche tue l'ours. Les hommes agissent de mme -lorsqu'ils rendent le mal pour le mal. Est-il possible que les hommes ne -puissent tre plus raisonnables qu'un ours? - - - -IV.--_La vengeance dans les rapports sociaux._ - -1 - -La thse sur la rationalit du chtiment non seulement n'a pas contribu -et ne contribue pas la bonne ducation des enfants, la meilleure -organisation des socits et la moralit de ceux qui croient au -chtiment dans l'autre monde, mais encore a caus et cause des malheurs -innombrables: elle endurcit les enfants, affaiblit les liens sociaux et -dprave les hommes par les promesses de l'enfer en privant la vertu de -son fondement principal. - -2 - -Si les hommes ne croient pas qu'il faut rendre le bien pour le mal, -c'est uniquement en raison de ce fait qu'on les a habitus, depuis leur -enfance, croire qu'en ne rendant pas le mal, aucun ordre social ne -saurait exister. - -3 - -S'il est vrai que les hommes bons souhaitent de voir cesser tous les -mfaits: vols, misre, meurtres, tous les crimes qui souillent la vie -humaine, ils doivent comprendre qu'on ne saurait y parvenir par la lutte -et la vengeance. Toute chose engendre une chose son image et tant que -nous ne neutralisons pas les offenses et les violences des malfaiteurs -par des actes absolument contraires et que nous continuons agir comme -eux, nous ne ferons qu'encourager et cultiver en eux tout le mal que -nous dsirons supprimer. Nous arriverons redonner au mal un aspect -diffrent, mais le fond restera. - - D'aprs BALLOU. - -4 - -Des dizaines, des centaines d'annes s'couleront peut-tre, mais il -viendra un temps o nos petits enfants s'tonneront de nos chtiments -comme nous nous tonnons aujourd'hui des autodafs et des tortures. -Comment pouvaient-ils ne pas voir l'ineptie, la cruaut, l'inutilit de -ce qu'ils faisaient diront nos descendants. - -V.--_Dans les rapports personnels des hommes, la vengeance doit faire -place l'amour fraternel et le mal ne sera plus enray par la violence._ - -1 - -Que faire lorsqu'un homme se fche contre toi et te fait du mal? On peut -faire bien des choses, mais il ne faut srement pas en faire une; il ne -faut pas faire de mal, c'est--dire la mme chose qu'il t'a fait. - -2 - -Ne dites pas que si les gens vous font des bienfaits, vous leur en ferez -aussi, et que si les gens vous humilient, vous les humilierez aussi; -mais agissez ainsi: si les gens vous font des bienfaits, faites-leur en -aussi, et s'ils vous humilient, ne les humiliez pas. - - MAHOMET. - -3 - -La doctrine d'amour n'admettant pas la violence est utile non seulement -parce que c'est bien pour l'homme et pour son me de subir le mal, et de -rendre le bien pour le mal, mais encore parce que seul le bien arrte -le mal, l'teint, ne lui permet pas de se propager. La vraie doctrine -d'amour est salutaire parce qu'elle ne permet pas au mal de s'teindre. - -4 - -Il y a assez longtemps que les hommes ont commenc comprendre -l'incompatibilit du chtiment avec l'essence suprieure de l'me -humaine, et qu'ils ont commenc imaginer diffrentes doctrines qui -permettent de justifier ce penchant bestial. Les uns disent que le -chtiment est ncessaire pour effrayer; les autres, qu'il est ncessaire -pour corriger, les troisimes pour instaurer la justice. Mais toutes ces -doctrines ne sont qu'un amas de vaines paroles parce qu'elles n'ont pour -base que de mauvais sentiments: la vengeance, la peur, l'gosme, la -haine. On invente bien des choses, mais on ne se dcide pas faire une -seule chose utile: ne rien faire; laisser celui qui a pch se repentir -ou ne pas se repentir, se corriger ou ne pas se corriger; quant ceux -qui imaginent ces doctrines et ceux qui les mettent en pratique, ils -n'ont qu' laisser les autres tranquilles et avoir eux-mmes une bonne -conduite. - -5 - -Rponds au mal par le bien et tu feras disparatre chez le mchant tout -le plaisir qu'il voit au mal. - -6 - -Rien ne rjouit les hommes tant que de voir qu'on leur pardonne, et rien -ne procure plus de joie celui qui le fait. - -7 - -La bont vainct tout, et elle-mme est invincible. - -8 - -On peut rsister tout hormis la bont. - - D'aprs ROUSSEAU. - -9 - -Rendez le mal pour le bien; pardonnez tous, alors seulement il n'y -aura plus de mal sur la terre. Peut-tre n'auras-tu pas la force de le -faire; mais sache qu'il ne faut dsirer que cela, qu'il ne faut aspirer -qu' cela, car cela seul nous sauvera du mal dont nous souffrons tous. - -10 - -Dieu estime le plus celui qui pardonne l'offense, surtout lorsque -l'offenseur est au pouvoir de l'offens. - - MAHOMET. - -11 - -Alors Pierre, s'tant approch de Lui, dit: Seigneur, combien de fois -pardonnerai-je mon frre lorsqu'il pchera contre moi? Sera-ce jusqu' -sept fois? Jsus lui rpondit: je ne te dis pas jusqu' sept fois, mais -jusqu' septante fois sept fois. - - (MATTH., XVIII, 21, 22) - -12 - -Lorsqu'on pardonne, il ne s'agit pas de dire: je pardonne, mais il -faut extirper de son coeur le mauvais sentiment que l'on prouve -l'gard de l'offenseur. Et pour le faire, il faut se souvenir de ses -propres pchs; alors on dcouvrira srement en soi des actes plus -reprhensibles que ceux pour lesquels on se fche. - -13 - -La doctrine d'aprs laquelle, on ne peut se venger quand on aime, -est tellement claire qu'elle dcoule elle-mme du sens gnral de -cette doctrine. Si mme il n'tait pas expressment mentionn dans la -doctrine du Christ que tout chrtien doit rendre le bien pour le mal et -aimer ceux qui vous hassent, quiconque comprend cette doctrine dduit -lui-mme cette exigence d'amour. - - - -VI.--_Il est tout aussi important de ne pas combattre le mal par la -violence dans les rapports sociaux que dans les rapports individuels._ - -1 - -Les hommes dsirent rester aussi mauvais qu'ils sont et veulent en mme -temps que leur vie soit meilleure. - -2 - -Nous ne savons pas, nous ne pouvons savoir en quoi consiste le bien -public; mais, nous savons formellement qu'il ne peut tre ralis que -par l'accomplissement de la loi ternelle du bien, qui est rvle -chaque homme, sa raison et dans son coeur. - -3 - -On dit qu'on est forc de payer le mal par le mal, parce que si on ne le -fait pas, les mchants prendront le dessus sur les bons. Je pense que -c'est tout le contraire: les mchants opprimeront les bons, lorsque les -hommes croiront qu'il est permis de payer le mal par le mal, comme cela -se passe, en effet, chez tous les peuples chrtiens. Les mchants sont -aujourd'hui les matres des bons prcisment parce qu'il a t suggr -tous qu'il est non seulement permis, mais encore utile de faire du mal -aux hommes. - -4 - -En parlant de la doctrine chrtienne, les savants crivains font -gnralement semblant de croire que la question de l'impossibilit -d'appliquer le christianisme dans son sens rel est dj dfinitivement -tranche depuis longtemps. - -Il est inutile de s'occuper de rves, il faut penser aux choses -srieuses, il faut vrifier les rapports entre le capital et le travail, -organiser le travail, la proprit foncire, ouvrir des marchs, -instituer des colonies pour le trop plein de la population, rgler les -rapports de l'glise et de l'tat, conclure des alliances, garantir la -scurit des tats et ainsi de suite. - -Il faut s'occuper de questions srieuses, dignes de l'attention et des -soins des hommes et non pas rver un ordre de choses permettant de -tendre la joue lorsqu'on vous frappe l'autre, donner aussi son vtement -lorsqu'on vous enlve votre chemise et de vivre comme les oiseaux du -ciel, tout cela n'est que du radotage, dit-on, sans remarquer que le -fond de toutes ces questions, est prcisment contenu en ce qui est -qualifi de vain radotage. - -En effet, toutes ces questions, depuis celle de la lutte entre le -capital et le travail, jusqu' celle des nationalits et des rapports -entre l'glise et l'tat, reviennent cette seule question: Y a-t-il -des cas dans lesquels l'homme peut et doit faire le mal son prochain, -ou ces cas n'existent-ils pas et ne peuvent-ils pas exister pour un -homme raisonnable? Est-ce raisonnable ou non, et par suite, doit-on -ou ne doit-on pas rendre le mal par le mal? Il y eut un temps o les -hommes pouvaient ne pas comprendre et ne comprenaient pas, en effet, -l'importance de cette question. Mais les souffrances affreuses qui -accablent l'humanit d'aujourd'hui ont conduit les hommes reconnatre -la ncessit de trouver cette question une solution. Il y a dix neuf -cents ans que cette question est dfinitivement rsolue par la doctrine -du Christ. Et c'est pourquoi, notre poque, nous ne pouvons plus faire -semblant de mconnatre cette question et d'ignorer sa solution. - -VII.--_La vritable conception des consquences de la doctrine dfendant -la ncessit de la violence, commence pntrer dans la conscience de -l'homme moderne._ - -1 - -Le chtiment, est une ide que l'humanit commence dpasser. - -2 - -L'esprit de Jsus, qu'on s'efforce d'touffer, se manifeste nanmoins -partout d'une faon clatante. L'esprit vanglique n'a-t-il point -pntr dans les peuples, ne commence-t-il pas venir la lumire? -Les ides sur les droits et les obligations ne sont-elles pas devenues -plus claires pour chacun? N'entend-on pas de toutes parts des appels aux -lois plus quitables, aux institutions protgeant les faibles, fondes -sur une juste galit? L'ancienne inimiti entre ceux qu'on a dsunis -par force, ne s'teint-elle pas? Les peuples ne se sentent-ils pas -frres? - -Tout cela est l'oeuvre d'un germe prt lever, l'oeuvre de l'amour, qui -dbarrassera le monde du pch, qui ouvrira aux peuples une nouvelle -voie de vie, dont la loi intrieure ne sera plus la violence, mais -l'amour des uns pour les autres. - - LAMENNAIS. - - - - -CHAPITRE XVI - -DE LA VANIT - - -Rien ne pervertit la vie des hommes et ne les prive aussi srement de -leur vrai bonheur, comme l'habitude de vivre non d'aprs les prceptes -des sages et selon leur propre conscience, mais d'aprs ce qui est -reconnu comme bon et approuv par les gens parmi lesquels l'on vit. - - -I.--_En quoi consiste la tentation de la vanit._ - -1 - -La raison principale qui rend notre vie mauvaise, rside en ce que nous -rglons notre conduite non selon les besoins de notre corps ou de notre -me, mais uniquement dans l'espoir d'obtenir l'approbation des gens. - -2 - -Aucune tentation ne captive les hommes aussi longtemps, ne les loigne -autant de la comprhension du sens de la vie humaine et du vrai bonheur, -que la proccupation de la gloire, de l'approbation, de l'estime, des -louanges des autres. - -L'homme ne peut se librer de la tentation que par une lutte constante -contre lui-mme, et par l'vocation continuelle de son unit avec Dieu, -cherchant ainsi son approbation seule. - -3 - -Il ne nous suffit pas de vivre de notre vie intrieure, la seule vraie, -nous voulons vivre d'une autre vie encore, d'une vie imaginaire dans -la pense des autres, et nous nous efforons cette fin de paratre -autres que nous ne sommes en ralit. Nous nous efforons sans cesse de -dompter cet tre imaginaire, sans nous soucier du vrai, de celui que -nous sommes en ralit. Si notre me est paisible, si nous avons foi, si -nous aimons, nous nous empressons d'en parler au plus tt, afin que ces -vertus ne soient pas seulement nos vertus, mais aussi celles de l'tre -imaginaire qui existe dans la pense des autres. - -Pour faire croire aux gens que nous avons des qualits, nous sommes -prts mme y renoncer. Nous sommes prts devenir lches condition -de passer pour braves. - - PASCAL. - -4 - -L'une des expressions des plus dangereuses et des plus nuisibles est: -tous font ainsi. - -5 - -Lorsqu'il est difficile, et presque impossible, de comprendre pourquoi -l'homme agit comme il le fait, sois sr que la raison de ses actes -rside dans le dsir d'tre glorifi par les hommes. - -6 - -On ne berce pas un enfant pour le dbarrasser de ce qui le fait crier, -mais pour qu'il ne puisse pas crier. Nous agissons de mme avec notre -conscience lorsque nous l'touffons pour tre agrables aux gens. Nous -n'apaisons pas la conscience, mais nous obtenons ce que nous dsirons: -nous ne l'entendons plus. - -7 - -Intresse-toi non la quantit, mais la qualit de tes admirateurs; -il est dsagrable de ne pas plaire aux bonnes gens, mais c'est toujours -bien de ne pas plaire aux mauvaises gens. - - SNQUE. - -8 - -Nos plus grandes dpenses sont effectues pour ressembler aux autres. Ni -pour notre esprit, ni pour notre coeur nous ne dpensons autant. - - EMERSON. - -9 - -Dans chaque bonne action, il y a un peu de dsir d'tre approuv par les -gens. Mais c'est mauvais quand tu agis comme tu le fais uniquement pour -tre glorifi par les autres. - -10 - -Un homme demanda un autre pourquoi il travaillait ce qu'il n'aimait -pas. - ---Parce que tous le font, rpondit celui-ci. - ---Pardon, pas tous; moi, je ne le fais pas, quelques autres, non plus. - ---Si ce n'est pas tous, beaucoup le font, la plupart des gens. - ---Mais dis-moi quels sont les plus nombreux, les sots ou les -intelligents? - ---Certainement ce sont les sots. - ---Dans ce cas, tu agis comme tu le fais pour imiter les sots. - - - -II.--_Si beaucoup de gens partagent la mme opinion, cela ne prouve pas -que cette opinion soit juste._ - -1 - -Le mal ne cesse pas d'tre mauvais parce que beaucoup de gens agissent -ma! et qu'ils s'en vantent, comme cela arrive souvent. - -2 - -Plus il y a de gens qui croient la mme chose, plus il faut tre -prudent l'gard de cette croyance et avoir plus, d'attention. - -3 - -Lorsqu'on dit: il faut faire comme font les autres, cela veut dire -presque toujours qu'il faut faire mal. - - LA BRUYRE. - -4 - -Il n'y a qu' s'habituer faire ce que tout le monde exige pour -tre insensiblement entran commettre de mauvaises actions et les -considrer comme bonnes. - -5 - -L'homme a son tribunal--sa conscience. On ne doit tenir qu' son -jugement. - -6 - -Cherche celui qui est le meilleur parmi ceux qui blment le monde. - -7 - -Si la foule dteste quelqu'un, il faut, avant d'en juger, bien examiner -pourquoi il en est ainsi. Si la foule vnre quelqu'un, il faut -galement, avant d'en juger, bien examiner pourquoi il en est ainsi. - - CONFUCIUS. - - -III.--_Consquences pernicieuses de la vanit._ - -1 - -La socit dit l'homme: Pense comme nous pensons; crois comme nous -croyons; mange et bois comme nous buvons et mangeons; habille-toi comme -nous nous habillons. Si quelqu'un ne se soumet pas ces exigences, la -socit l'accable de ses sarcasmes, de ses injures. Il est difficile de -ne pas y obir, mais cependant, si tu t'y soumets, tu t'en sentiras plus -mal encore: tu ne seras plus un homme libre, mais un esclave. - - D'aprs LUCIE MALAURY. - -2 - -C'est trs bien quand les hommes s'instruisent pour leur me, pour tre -plus sages, meilleurs. De telles tudes leur sont utiles. Mais s'ils -tudient pour la gloire, afin de paratre instruits, l'instruction -devient non seulement inutile, mais nuisible; elle rend les hommes moins -sages et moins bons qu'ils ne le seraient s'ils n'avaient pas tudi du -tout. - - _Traduit du chinois._ - -3 - -Non seulement vous ne devez pas vous vanter vous-mmes, mais encore vous -ne devez pas permettre aux autres de vous glorifier. Les louanges font -prir l'me en reportant les proccupations de l'me sur la gloire des -hommes. - -4 - -Il arrive souvent de voir qu'un homme bon, sage et juste, tout en -sachant que la guerre, l'exploitation du travail des autres, le blme, -la consommation de la viande et divers actes du mme genre sont mauvais, -continue accomplir ces actes. Pourquoi? Parce qu'il tient plus -l'opinion publique qu'au jugement de sa conscience. - -5 - -L'inobservation des traditions n'a pas occasionn une millime partie du -mal caus par le respect des anciennes coutumes. - -Les gens ne croient plus depuis longtemps aux anciennes coutumes, mais -ils les observent nanmoins parce qu'ils pensent que la plupart des -gens les blmeraient, s'ils n'observaient plus les anciennes coutumes -auxquelles personne ne croit plus depuis longtemps. - - - -IV._--La lutte contre la tentation de la vanit._ - -1 - -Pendant les premiers temps de sa vie, dans son enfance, l'homme vit -principalement pour son corps: il mange, il boit, il joue, il s'amuse. -C'est le premier degr. Plus l'homme grandit, plus il commence se -proccuper de l'opinion des gens parmi lesquels il vit, et plus il -commence ngliger les besoins de son corps pour ne penser qu' la -gloire des hommes. C'est le second degr. Le troisime et dernier degr -est celui o l'homme se soumet surtout aux exigences de son me et -o il nglige le corps, les amusements et l'opinion publique, pour ne -penser qu' son me. - -2 - -Il est difficile de droger tout seul aux coutumes tablies; cependant, - chaque pas que l'on fait pour devenir meilleur, on se heurte contre -l'usage tabli et l'on subit la critique des gens. L'homme qui consacre -sa vie se perfectionner y doit tre prpar. - -3 - -C'est mal d'irriter les gens en drogeant aux coutumes tablies, mais -c'est plus mal encore de droger aux exigences de la conscience et de la -raison en subissant les coutumes pernicieuses. - -4 - -On ridiculise celui qui garde le silence, comme celui qui parle trop, -comme celui qui parle trop peu; il n'y a pas un homme sur terre qu'on -ne critique pas. Il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura jamais -personne qu'on aurait toujours blm pour tout ce qu'il fait, de mme -qu'il n'y a personne qu'on aurait toujours lou. C'est pourquoi, il est -inutile de se proccuper ni des louanges, ni des blmes des gens. - -5 - -Tu crains que les gens ne te mprisent pour ta douceur; mais les gens -justes ne peuvent pas te mpriser pour cela; quant aux autres, tu n'as -pas besoin de t'en proccuper--ne fais pas attention leur opinion. -Un bon menuisier ne se chagrinera pas parce qu'un homme qui ne comprend -rien son mtier n'approuve pas son travail. - -Les gens qui le mprisent pour ta douceur ne comprennent rien ce qui -est bien pour l'homme. Pourquoi donc te proccuper de leur apprciation? - - D'aprs PICTTE. - -6 - -Il est temps pour l'homme de connatre sa valeur. Serait-il, en effet, -quelque tre btard? Il est temps de cesser de regarder humblement de -tous cts pour voir s'il a plu ou dplu aux gens. Non; que ma tte -reste droite et ferme sur mes paules! La vie ne m'est pas donne pour -la montrer, mais pour que je la vive. Je reconnais l'obligation de vivre -pour mon me. Et je veux me proccuper non pas de l'opinion que les gens -auraient de moi, mais de ma vie, de savoir si je n'accomplis ou si je -n'accomplis pas ma destine devant Celui qui m'a envoy dans la vie. - - EMERSON. - -7 - -Quiconque s'est abandonn depuis sa jeunesse ses grossiers instincts -d'animal, ne cesse de s'y adonner, bien que sa conscience rclame autre -chose. Il agit ainsi parce que les autres font comme lui. Et les autres -agissent ainsi pour la mme raison que lui. Il ne peut y avoir qu'une -issue: chaque homme doit se librer de la proccupation de l'opinion -publique. - - - -V.--_On doit se proccuper de son me et non pas de sa gloire._ - -1 - -Le moyen le plus rapide et le meilleur pour gagner la rputation d'un -homme vertueux, n'est pas de paratre tel devant les hommes, mais de -faire des efforts sur soi-mme pour devenir vertueux. - - _Causeries_ de SOCRATE. - -2 - -Celui qui ne rflchit pas par lui-mme, se soumet aux ides d'un autre -homme. Soumettre sa pense quelqu'un est un servage plus humiliant que -de soumettre son travail. Rflchis toi-mme et ne te proccupe pas de -ce que te diront les gens. - -3 - -Personne ne manifeste tant de respect et d'attachement pour la vertu, -que celui qui perd volontiers la rputation d'un homme de bien, -uniquement pour rester bon dans son for intrieur. - - SNQUE. - -4 - -Lorsqu'un homme est habitu ne vivre que pour l'opinion publique, il -lui rpugne, parce qu'il ne fait pas ce que font les autres, d'avoir -la rputation d'un sot, d'un ignorant ou d'un vilain homme. Mais on -doit travailler tout ce qui est difficile. Et cette oeuvre, on doit -travailler des deux cts: apprendre mpriser l'opinion des gens; -apprendre vivre pour de telles oeuvres qui, bien qu'elles soient -critiques par la foule, n'en restent pas moins des bonnes oeuvres. - -Les hommes vivent et agissent d'aprs leurs ides, ainsi que d'aprs les -ides des autres. Suivant que les uns et les autres influencent leurs -actes, les hommes se distinguent entre eux. - -6 - -Il est difficile de distinguer si tu sers les autres pour ton me, -pour Dieu, ou pour la gloire des hommes. Il n'y a qu'un seul moyen de -contrle: si tu accomplis une oeuvre que tu crois bonne, demande-toi -si tu continuerais y travailler si tu savais d'avance que personne -n'apprendrait jamais ce que tu fais. Si tu rponds que tu le ferais, -c'est que tu travailles srement pour ton me, pour Dieu. - - - -VI.--_Celui qui vit de la vraie vie n'a pas besoin de louanges._ - -1 - -Vis seul, a dit le sage. Cela veut dire que tu dois rsoudre le problme -de ta vie tout seul, avec le concours du Dieu qui vit en toi, et non pas -d'aprs les conseils et les opinions des autres. - -2 - -Si tu veux tre tranquille, tche de plaire Dieu et non pas aux -hommes. Ceux-ci ont des dsirs diffrents: aujourd'hui, ils veulent une -chose; demain une autre. Jamais, ils ne sont satisfaits. Mais le Dieu -qui vit en toi dsire toujours une seule chose, et tu sais ce qu'il veut. - -3 - -Il n'y a qu'un seul moyen pour ne pas croire en Dieu: ce moyen consiste - toujours reconnatre l'opinion des gens comme juste, et ne prter -aucune attention notre voix intrieure. - - JOHN RUSKIN. - -4 - -Si nous sommes sur un bateau en marche et que nous regardons un objet -qui se trouve sur le mme bateau, nous ne remarquons pas que nous -voguons, mais en regardant de ct sur ce qui ne se meut pas avec nous, -par exemple la berge, nous nous apercevons immdiatement que nous sommes -en mouvement. Lorsque tous les hommes vivent autrement qu'il ne le faut, -nous ne le remarquons pas; mais il suffit, qu'un seul se ressaisisse et -qu'il commence vivre selon Dieu, pour qu'il devienne clair combien les -autres vivent mal. Mais les autres perscutent toujours celui qui ne vit -pas comme eux. - - PASCAL. - - - - -CHAPITRE XVII - -DES FAUSSES CROYANCES - - -Les fausses croyances sont celles que les gens acceptent non pas parce -qu'elles leur sont ncessaires pour leur me, mais parce qu'ils croient -en ceux qui les prchent. - - -I.--_En quoi consiste la supercherie des fausses croyances._ - -1 - -Souvent les hommes pensent qu'ils croient la loi de Dieu, alors qu'ils -ne croient qu' ce que tous croient. Et tous les hommes ne croient pas - la loi de Dieu, mais qualifient telle ce qui leur convient et ne les -empche pas de mener la vie qui leur plat. - -2 - -Quand les hommes vivent dans le pch et les tentations, ils ne -sauraient tre tranquilles. La conscience les dnonce. C'est pourquoi -ils sont obligs de choisir entre ces deux alternatives: ou se -reconnatre coupables devant les hommes et devant Dieu, et cesser de -pcher, ou bien continuer mener une vie de pcheurs, commettre de -mauvaises actions et les qualifier de bonnes. C'est pour ces hommes -que l'on a invent les fausses croyances, grce auxquelles on peut se -considrer comme juste, tout en menant une mauvaise vie. - -3 - -C'est mal de mentir devant les hommes, mais c'est pis encore de se -mentir soi-mme. Ce mensonge est tout particulirement nuisible parce -que les autres peuvent dnoncer ton mensonge, tandis que personne ne -t'accusera de t'tre menti toi-mme. C'est pourquoi, garde-toi de te -mentir toi-mme, surtout lorsqu'il s'agit de la foi. - -4 - -Crois ou sois maudit. C'est la qu'est la raison principale du mal. Si -l'homme accepte sans discuter ce qu'il aurait d examiner par sa propre -raison, il finit par perdre l'habitude de raisonner, il est soumis la -maldiction et induit ses proches au pch. Le salut des hommes rside -en ce que chacun doit apprendre vivre de sa raison. - - EMERSON. - -5 - -On ne peut ni peser ni mesurer le tort qu'ont produit et produisent -encore les fausses croyances. - -La religion rgle les rapports de l'homme envers Dieu, l'gard de -l'univers; elle dtermine la destine de l'homme qui dcoule de ces -rapports. Quelle doit tre la vie de l'homme si ces rapports et la -destination dtermins ainsi sont faux? - -6 - -Il y a trois sortes de fausses croyances. La premire est de croire -la possibilit de pouvoir apprendre par l'exprience ce qui ne peut -l'tre d'aprs les lois de l'exprience. La seconde fausse croyance fait -admettre, dans le but de notre perfectionnement moral, des choses sur -lesquelles nous ne pouvons nous former aucune ide par notre raison. -La troisime fausse croyance reconnat la possibilit d'voquer par un -moyen surnaturel une action mystrieuse l'aide de laquelle la divinit -exerce son influence sur notre moralit. - - KANT. - - - -II.--_Les fausses croyances ne satisfont pas les exigences suprieures, -mais les exigences infrieures de l'me humaine._ - -1 - -L'unique et vraie religion ne contient rien que des lois, c'est--dire -des lments moraux dont nous pouvons reconnatre et tudier nous-mmes -la ncessit incontestable, et que nous concevons par notre raison. - - KANT. - -2 - -L'homme ne peut plaire Dieu que par une vie juste. C'est pourquoi tout -ce par quoi l'homme croit plaire Dieu, en dehors d'une vie pure et -juste, n'est qu'un grossier et nuisible mensonge. - - D'aprs KANT. - -3 - -Faire pnitence en s'infligeant des souffrances, au lieu de profiter -de l'tat d'esprit o l'on se trouve afin d'amender sa conduite, est -un travail inutile. De plus, une telle pnitence a cette mauvaise -consquence; l'homme croit avoir pay ainsi toutes ses dettes, et ne -songe plus son perfectionnement qui seul est ncessaire lorsqu'on -reconnat ses erreurs. - - KANT. - -4 - -C'est mal lorsque les hommes ne connaissent pas Dieu, mais c'est plus -mal encore lorsqu'ils reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu. - - LACTANCE. - -5 - -On dit: Dieu a cr l'homme Son image; on aurait mieux fait de dire -que c'est l'homme qui a cr Dieu son image. - - LICHTENBERG. - -6 - -Lorsqu'on parle du ciel comme d'un endroit o se trouvent les heureux, -on se le reprsente gnralement quelque part trs haut, dans les -rgions infinies de l'univers. On oublie que notre terre, vue de l'une -de ces hautes rgions, ressemble galement l'un des astres clestes, -et que les habitants de ces plantes ont absolument le mme droit de -dire, en dsignant la terre: Voyez-vous cet astre-l, c'est l'endroit -de la flicit ternelle, l'asile cleste prpar pour nous et o nous -irons un jour. Le fait est que, par une trange erreur de notre raison, -l'lan de notre croyance est toujours connexe avec l'ide de notre -lvation vers les hauteurs, et nous ne songeons pas que nous aurions -beau nous lever, nous devrons nanmoins redescendre encore, afin de -pouvoir poser un pied ferme dans quelque autre monde. - -7 - -Les mahomtans font bien de couvrir leurs yeux de leurs doigts et de -se boucher les oreilles, lorsqu'ils entrent au temple et commencent -prier. - -La vraie prire est dans l'abstraction de toutes nos proccupations -habituelles, de tout ce qui peut nous rappeler l'existence de nos sens, -et dans l'vocation en soi de l'lment divin. Dans ce but, le mieux est -de faire ce que nous dit le Christ: d'entrer seul dans un lieu clos, et -de s'y enfermer, c'est--dire de prier dans la solitude complte, que -l'on soit chez soi, dans la fort ou dans les champs. La vraie prire -est dans ce dtachement de toutes les choses extrieures, pendant -lequel on contrle son me, ses actes, ses dsirs, non pas d'aprs les -exigences extrieures du monde, mais d'aprs les exigences de l'lment -divin que nous sentons en nous. - -Une telle prire est un secours: elle fortifie et lve l'me, elle -confesse et vrifie les actions passes, elle indique la conduite future. - - - -III.--_Le Culte extrieur._ - -1 - -Bien qu'il y ait une diffrence de procd entre un chamane tounghouse -et un prlat catholique europen, ou bien, en prenant pour exemple des -gens simples, entre un voghoul grossier et sensuel qui, tous les matins, -pose sur sa tte la patte d'une peau d'ours, et prononce les paroles de -sa prire: Ne me tue pas, et un puritain indpendant de Connecticut; -il n'y a aucune diffrence dans les principes de leurs croyances, car -ils appartiennent tous deux la mme catgorie de gens dont le culte ne -consiste pas devenir meilleurs, mais de croire et d'excuter certains -rglements arbitraires. Seuls ceux qui croient que le culte de Dieu -consiste aspirer une vie meilleure diffrent des premiers, parce -qu'ils reconnaissent un tout autre principe et infiniment plus lev, -runissant tous les hommes de bonne foi dans un temple invisible qui -seul peut tre un temple universel. - - KANT. - -2 - -Et quand tu prieras, ne fais pas comme les hypocrites; car ils aiment - prier en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues, -afin d'tre vus des hommes. Je vous dis, en vrit, qu'ils reoivent -leur rcompense. Mais toi, quand tu pries, entre dans la chambr et, -ayant ferm ta porte, prie ton Pre qui est dans ce lieu secret; et ton -Pre qui te voit dans le secret, te rcompensera. - - MATTH., VI, 5-6. - -3 - -Gardez-vous des scribes qui se plaisent se promener en longues robes, -et qui aiment les salutations dans les assembles et les premires -places dans les synagogues, et les festins; qui ruinent les maisons des -veuves, tout en affectant de faire de longues prires. - - Luc, XX, 46-47. - - - -IV._--La pluralit des croyances et l'unit de la religion vraie._ - -1 - -L'homme qui ne pense pas la religion, s'imagine qu'il n'y a qu'une -seule vraie religion--celle dans laquelle il est n. Mais tu n'as qu' -te demander ce qui arriverait si tu tais n dans une autre religion, -toi chrtien si tu tais n mahomtan; toi bouddhiste--chrtien; toi -chrtien--brahmane. Est-il possible que seuls, avec notre religion, -nous soyons dans le vrai, et que tous les autres soient dans le -mensonge? La religion ne deviendra pas vraie parce que tu te persuaderas -toi-mme et que tu persuaderas les autres qu'elle seule est vraie. - - - -V.--_Consquences de la confession des fausses croyances._ - -1 - -En 1682, en Angleterre, le docteur Leyton, un homme respectable qui -avait crit un livre contre l'piscopat anglican, a t jug et condamn -aux chtiments suivants. On le fouetta cruellement, puis on lui coupa -une oreille et on lui ouvrit un ct du nez, puis on inscrivit sur sa -joue, au fer rouge, les lettres SS: semeur de sdition. Sept jours plus -tard on le fouetta nouveau, bien que les plaies qu'il avait au dos -n'aient pas encore t fermes; puis on lui ouvrit l'autre ct du nez, -on lui trancha l'autre oreille et on lui ttoua l'autre joue. Tout cela -fut fait au nom du christianisme. - - MORISSON DAVIDSON. - -2 - -En 1415, Jean Huss fut reconnu comme hrtique pour avoir dvoil la -fausse croyance des catholiques et les mauvaises actions du pape, et il -fut condamn mort, sans que son sang puisse tre vers, c'est--dire -tre brl. - -L'excution eut lieu derrire les portes de la villes, entre deux -jardins. En arrivant sur place, Huss se mit genoux et commena -prier. Lorsque le bourreau lui ordonna de monter sur le bcher, il se -leva et dit trs haut: - -Jsus-Christ. Je vais la mort pour avoir prch Ta parole, je -souffrirai docilement. - -Les bourreaux, dshabillrent Huss et lui attachrent les mains derrire -le dos au poteau; ses pieds se trouvaient sur un banc. On mit du bois et -de la paille autour de lui. Le bois et la paille lui venaient jusqu'au -menton. Le chef imprial s'approcha alors de Huss et lui annona qu'il -serait pardonn s'il se rtractait. - -Non, dit Huss, je ne me connais aucune faute. - -Les bourreaux allumrent alors le bcher, et Huss se mit chanter la -prire: Jsus, Fils du Dieu vivant, aie piti de moi. - -Le feu monta, trs haut, et bientt Huss se tut. - -C'est ainsi que les gens qui se qualifiaient de chrtiens, dfendaient -leur croyance. - -N'est-il pas vident que ce n'tait pas une religion, mais la -superstition la plus grossire? - -3 - -Les gens ne commettent jamais de mauvaises actions avec plus de -sang-froid et d'assurance en leur justice, que lorsqu'ils le font en -vertu d'une fausse croyance. - - PASCAL. - - - -VI.--_En quoi consiste la vraie religion?_ - -1 - -Ne vous faites point appeler matre; car vous n'avez qu'un matre--le -Christ; et vous, vous tes tous frres. Et n'appelez personne sur la -terre votre pre; car vous n'avez qu'un seul Pre, Celui qui est dans -les cieux; et ne vous faites point appeler docteur, car vous n'avez -qu'un seul Docteur--le Christ. MATTH., XXIII, 8-10. - -C'est ainsi qu'enseignait le Christ. Et il enseignait ainsi parce qu'il -savait que, de mme qu'en son temps il y avait des gens qui prchaient -une fausse loi de Dieu, il y en aurait aussi dans l'avenir. Il le savait -et disait qu'il ne fallait pas couter ceux qui s'intitulaient matres -parce que leur enseignement obscurcit la doctrine simple et claire qui -est rvle tous et qui vit dans le coeur de chaque homme. - -Cette doctrine consiste aimer Dieu, comme le suprme bien et la -suprme vrit, aimer son prochain comme soi-mme et faire aux -autres ce qu'on veut qu'ils vous fassent. - -2 - -La religion ne consiste pas savoir ce qui a t et ce qui sera, ni -mme ce qui est actuellement, mais elle consiste savoir ce que chaque -homme doit faire. - -3 - -Si donc tu apportes ton offrande l'autel, et que l tu te souviennes -que ton frre a quelque chose contre loi, laisse-l ton offrande devant -l'autel, et va-t-en premirement te rconcilier avec ton frre; et aprs -cela viens, et prsente ton offrande. - - MATT., V. 23. - -Voil o est la vraie religion: ni dans la crmonie, ni dans -l'offrande, mais dans l'union des hommes. - -4 - -La doctrine chrtienne est tellement claire que les tout petits enfants -la comprennent dans son sens exact. Seuls ceux qui ne veulent pas vivre -comme des chrtiens ne la comprennent pas. - -Pour comprendre le vrai christianisme, il faut tout d'abord renoncer au -faux christianisme. - -5 - -Le vrai culte de Dieu est exempt de superstitions; lorsque la -superstition y pntre, le culte mme s'croule. Le Christ nous a montr -en quoi consistait le vrai culte de Dieu. Il nous enseignait que de tout -ce que nous faisons dans le monde, il n'y a qu'une lumire et qu'un seul -bonheur pour les hommes,--c'est notre amour des uns pour les autres; Il -nous disait que nous ne pourrons atteindre notre bonheur qu'en servant -les autres, et non pas nous-mmes. - -6 - -Si ce qui est prsent comme loi de Dieu ne demande pas d'amour, ce ne -sont que des inventions des gens, et non pas la loi de Dieu. - - D'aprs SKOWORODA. - -7 - -On ne peut pas apprendre connatre Dieu d'aprs ce que l'on raconte de -Lui. On ne peut le connatre qu'en accomplissant Sa loi, la loi que le -coeur de chaque homme connat. - -8 - -Le sens de la doctrine du Christ est dans l'indication de la perfection -divine vers laquelle les hommes doivent tendre. Mais les hommes qui ne -veulent pas suivre la doctrine du Christ, comprennent volontairement ou -non, la doctrine du Christ non pas comme il l'a prche--rapprochement -continu vers la perfection--mais comme une rgle conformment laquelle -le Christ exigerait des hommes la perfection divine. Et en interprtant -aussi faussement la doctrine du Christ, ceux qui ne veulent pas la -suivre adoptent l'une de ces deux attitudes: ou bien, considrant -la perfection comme inaccessible (ce qui est parfaitement juste), -ils rejettent toute la doctrine comme un rve irralisable, ou bien, -attitude la plus nuisible et la plus gnrale, tout en reconnaissant la -perfection comme inaccessible, ils corrigent c'est--dire, dnaturent la -doctrine et observent des rgles que l'on appelle chrtiennes, mais qui -sont, pour la plupart, contraires, au christianisme. - -9 - -L'ide de l'union des chrtiens, comme une runion des lus, des -meilleurs, est une ide anti-chrtienne prsomptueuse et fausse. Quel -est le meilleur, quel est le plus mauvais? Pierre tait le meilleur -avant que le coq chantt, et le brigand tait le plus mchant avant la -croix. Ne connaissons-nous pas en nous-mmes tantt l'ange, tantt le -diable, qui se mlent si bien notre vie, qu'il n'y a pas d'homme qui -aurait compltement chass l'ange, ni qui aurait laiss apparatre le -diable derrire l'ange. Comment pouvons-nous, nous qui sommes des tres -si complexes, former la runion des lus, des justes? - -Il y a une lumire de vrit, et il y a ceux qui s'approchent d'elle -de tous cts; d'autant de ct qu'il y a de rayons dans un cercle, -c'est--dire par des routes infiniment varies. Tchons de toutes nos -forces d'arriver la lumire de la vrit qui nous unit tous, et ce -n'est pas nous de juger si nous sommes prs d'elle et unis elle. - - - -VII--_La seule religion, vraie unit les hommes de plus en plus._ - -1 - -Voyez le mcontentement profond de la forme actuelle du christianisme, -qui se rpand dans la socit et s'exprime par le murmure, parfois, par -l'irritation, la tristesse. Tous attendent l'avnement du Royaume de -Dieu. Et il approche. - -Le pur christianisme, bien que lentement, mais toujours de plus en plus, -prend la place de celui qui porte ce nom. - - CHANNING. - -2 - -Depuis Mose Jsus, il s'est opr chez les individus et les peuples -un grand dveloppement mental et religieux. Les anciennes erreurs sont -abandonnes, de nouvelles vrits ont pntr dans la conscience de -l'humanit. Un seul homme ne peut tre aussi grand que l'humanit. Si -un grand homme est tellement en avance sur ses frres qu'ils ne le -comprennent pas,--il arrive un temps o ils le rejoignent d'abord, -puis le devancent et s'en vont si loin qu'ils deviennent, leur tour, -incomprhensibles pour ceux qui se trouvent l'endroit o tait -l'ancien grand homme. Chaque grand gnie religieux explique de plus en -plus les vrits de la religion et contribue ainsi l'union, de plus en -plus grande, des hommes. - - PARKER. - -4 - -Chaque homme sparment, de mme que toute l'humanit dans son ensemble -doit se transformer, passer de l'tat infrieur l'tat suprieur, sans -s'arrter dans sa croissance dont la limite est en Dieu lui-mme. Tout -tat est la consquence de l'tat prcdent. La croissance s'effectue -continuellement et imperceptiblement et, pareille la croissance de -l'embryon, elle a lieu de faon ce que rien ne dtruit le but des -situations successives de ce dveloppement continu. Mais s'il est -donn l'homme et tout le genre humain de se transformer, cette -transformation, tant pour l'individu que pour tout le genre humain, doit -s'effectuer dans le travail et les souffrances. - -Avant de se parer de grandeur, avant d'apparatre la lumire, on doit -se mouvoir dans les tnbres, supporter les perscutions, sacrifier -son corps pour sauver son me; il faut mourir pour ressusciter la -vie plus puissante, plus parfaite. Et aprs dix-huit sicles, ayant -accompli un des cycles de son dveloppement, l'humanit tend de nouveau - se transformer. Les anciens systmes, les anciennes socits, tout -ce qui composait l'ancien monde s'croule dj, et les peuples vivent -maintenant au milieu de dcombres, dans l'effroi et la souffrance. C'est -pourquoi on ne doit pas perdre courage la vue de ces ruines, de ces -morts qui se sont dj accomplies et qui s'accompliront encore, mais, au -contraire, prendre courage. L'union des hommes est proche. - - LAMENNAIS. - - - - -CHAPITRE XVIII - -DE LA FAUSSE SCIENCE - - -La superstition de la science se rvle par la croyance en ce fait que -le vrai savoir ncessaire la vie de tous les hommes est contenu dans -les seules connaissances prises au hasard dans le domaine illimit -du savoir qui, un moment donn, ont attir l'attention d'un petit -nombre d'hommes, de ceux-l mme qui se sont affranchis du travail -indispensable la vie et qui mnent, par suite, une vie draisonnable -et dprave. - - -I.--_En quoi consiste la superstition de la science._ - -1 - -Quand les hommes acceptent comme vrit incontestable ce que les autres -leur prsentent pour telle et qu'ils ne la vrifient point, ils tombent -dans la susperstition. Telle est, notre poque, la superstition de la -science. - -2 - -De mme qu'il existe des hrsies pour religion, il y a une hrsie pour -la science. Cette hrsie est dans la reconnaissance comme science -unique et vritable de tout ce qui est considr comme tel par les gens -qui se sont, un certain moment, arrog le droit de dterminer la vraie -science. Et aussitt qu'on considre comme science non pas ce qui est -ncessaire tous les hommes, mais ce qui est dtermin par les gens -qui, un certain moment se voit arrog le droit de dfinir ce qu'est la -science, il est forc que cette science soit fausse. C'est ce qui s'est -produit dans notre monde. - -3 - -La science occupe notre poque exactement la mme place que celle -qu'occupait la prtrise il y a quelques sicles. - -Les mmes bonzes attitrs: les professeurs; les mmes castes dans la -science; acadmies, universits, congrs. La mme confiance et le manque -de critique de la part des croyants, les mmes diffrends, et les mmes -discussions. Les mmes paroles incomprhensibles, la mme prsomption. - ---Inutile de discuter avec lui: il nie la rvlation. - ---Inutile de discuter avec lui: il nie la science. - -4 - -Ce qu'il y a de plus nuisible pour la vraie science, c'est l'emploi -d'expressions et de termes peu clairs. C'est prcisment ce que font les -pseudo-savants, en imaginant, pour exprimer des ides incertaines des -mots inexistants. - -5 - -La fausse science et les fausses religions expriment toujours leurs -dogmes en un langage emphatique qui apparat aux non-initis comme -mystrieux et grave. Les raisonnements des savants sont souvent -peu comprhensibles non seulement pour les autres, mais pour les -raisonneurs eux-mmes, et cela au mme degr que les discours des -professionnels de la foi. Le savant pdant, en se servant de termes -latins et de nouveaux mots, rend souvent les choses les plus simples -tout aussi incomprhensibles que le sont les prires latines des prtres -catholiques pour les paroissiens illettrs. Le mystre n'est pas un -signe de sagesse et de science. Plus un homme est vritablement clair, -plus le langage dont il exprime ses penses est simple. - - - -II--_La science sert justifier l'organisation de la vie sociale._ - -1 - -Il semblerait que pour reconnatre l'importance des occupations qu'on -qualifie de scientifiques, il faudrait prouver leur utilit. Mais les -servants de la science affirment ordinairement que ds l'instant qu'ils -s'occupent de certains sujets, ces occupations seront srement utiles un -jour. - -2 - -Le but lgitimement poursuivi par la science est la connaissance des -vrits servant au bonheur des hommes. Le faux but est de justifier -les mensonges qui insinuent le mal dans notre vie. Telles sont la -jurisprudence, l'conomie politique et, surtout, la philosophie et la -thologie. - -3 - -La science contient les mmes mensonges que la religion et elles partent -du mme point: le dsir de justifier les faiblesses des hommes, et c'est -pourquoi les mensonges scientifiques sont tout aussi nuisibles que les -mensonges confessionnels. Les hommes errent, vivent mal. Logiquement, -ayant compris qu'ils vivent mal, ils devraient s'employer modifier -leur genre de vie afin d'amliorer leur situation. Au lieu de cela, -apparaissent toutes sortes de sciences: financire, thologique, pnale, -policire, l'conomie politique, l'histoire, et la plus la mode: la -sociologie, indiquant les lois de la vie sociale et suivant lesquelles -la vie mauvaise ne provient pas des hommes, mais des lois mauvaises que -les savants ont dcouvertes et formules. Ce mensonge est tellement -draisonnable et contraire la conscience, que les hommes ne l'auraient -jamais accept, si la conscience n'avait pas encourag leurs faiblesses. - -4 - -Nous avons organis notre vie contrairement la nature morale et -physique de l'homme, et nous sommes persuads,--uniquement parce que -tout le monde le pense--que c'est l prcisment la vraie vie. Nous -sentons vaguement que tout ce que nous appelons notre organisation -sociale, notre religion, notre culture, nos sciences et nos arts, que -tout cela n'est pas ce qu'il faudrait, parce que cela ne nous dbarrasse -pas de nos misres, mais ne fait que les accrotre. Cependant, nous ne -nous dcidons pas soumettre tout cela au contrle de la raison parce -que nous pensons que l'humanit, qui a toujours reconnu la ncessit -du rgime social de contrainte, de religion et de science qu'il a pour -base, ne peut pas vivre en dehors de lui. - -Si un poussin dans sa coquille avait t dou de la raison d'un homme -et savait tout aussi peu en profiter que les gens de notre poque, il -n'aurait jamais bris la coquille de son ouf et n'aurait jamais connu la -vie. - -5 - -La science est devenue maintenant une distributrice de diplmes donnant -le droit de profiter du travail d'autrui. - -6 - -Le phrasologie mthodique des coles suprieures a le plus souvent pour -but d'viter la solution des questions difficiles, et l'on donne aux -paroles un sens quivoque parce que le je ne sais pas commode et pour -la plupart du temps raisonnable, n'est pas en faveur dans nos acadmies. - - KANT. - -7 - -Rien n'est plus inconciliable que le savoir et le profit, la science -et l'argent. Si pour devenir plus instruit, il faut de l'argent, si la -sagesse s'achte et se vend, l'acheteur et le vendeur sont galement -tromps. Le Christ a chass les marchands du temple; ils auraient d -tre chasss de mme du temple de la science. - -8 - -Ne considre pas la science comme une couronne pour t'en parer, ni comme -une vache pour t'en nourrir. - - - -III.--_Consquences nuisibles de la superstition de la science._ - -1 - -Il est dangereux de propager l'ide que notre vie est le rsultat des -forces matrielles et qu'elle dpend d'elles. Mais, lorsque cette ide -fausse s'appelle science, et qu'elle est prsente comme la sainte -sagesse de l'humanit, le tort caus par elle est effrayant. - -2 - -Le dveloppement de la science ne contribue pas la purification -des moeurs. Chez tous les peuples dont nous connaissons la vie, le -dveloppement des sciences contribuait la dpravation des moeurs. -Si nous pensons prsent le contraire, cela vient de ce que nous -confondons nos connaissances futiles et trompeuses avec le vrai savoir -suprme. La science, dans son sens abstrait, la science, en gnral, -doit tre respecte; mais la science actuelle, ce que les insenss -appellent science, ne peut-tre que ridiculis et mpris. - - J.-J.-ROUSSEAU - -3 - -L'unique explication de la vie insense, contraire la conscience des -meilleurs hommes de tous les temps, que mnent les gens de notre poque, -se trouve dans le fait que les jeunes gnrations tudient des matires -innombrables: la constitution des astres de la terre, l'origine des -organismes, etc., ils n'omettent qu'une chose, c'est de savoir quel est -le sens de la vie humaine, comment il faut la vivre, ce qu'ont pens de -cette question les grands sages de tous les temps, et comment ils l'ont -rsolue. Non seulement les jeunes gnrations n'en sont pas instruites, -mais on leur apprend, sous le nom de religion, les inepties les plus -flagrantes, auxquelles ceux qui les enseignent ne croient pas eux-mmes. -Tout l'difice de notre vie sociale repose sur des bulles gonfles d'air -et non sur de la pierre. - -4 - -Ce qu'on appelle aujourd'hui science est un compos d'inventions des -gens riches, ncessaire pour occuper leur oisivet. - -5 - -Nous vivons dans un sicle de philosophie, de sciences et de raison. Il -semble que toutes les sciences se soient runies pour clairer notre -route dans le labyrinthe de la vie humaine. D'immenses bibliothques -sont ouvertes tous et partout, des lyces, des coles, des universits -nous donnent depuis l'enfance la possibilit de profiter du savoir -des hommes qui s'est accumul pendant des milliers d'annes. Il -semblerait que tout contribue la formation de notre intelligence et au -consolidement de notre raison. Eh bien, sommes-nous devenus meilleurs -ou plus sages? Connaissons-nous mieux la voie et le but de notre vie? -Connaissons nous mieux nos obligations et surtout le bien de la vie? Ou -qu'avons-nous acquis par ces vaines connaissances, sinon l'inimiti, -la haine, l'ignorance et les doutes? Chaque doctrine et chaque secte -religieuse prouve qu'elle a trouv la vrit. Chaque crivain sait seul -en quoi consiste notre bonheur. L'un nous prouve qu'il n'y a pas de -corps, l'autre--qu'il n'y a pas d'me, le troisime--qu'il n'y a aucune -connexion entre l'me et le corps, le quatrime--que l'homme est un -animal, le cinquime--que Dieu n'est qu'un miroir. - - ROUSSEAU. - -6 - -N'tant pas capable de _tout_ pntrer et ne sachant pas sans l'aide -de la religion ce qu'on _doit_ tudier, la science d'aujourd'hui ne -s'occupe que de ce qui est agrable aux savants qui mnent une vie -irrgulire. Et leur agrment est de profiter du rgime existant, afin -de satisfaire leur oisive curiosit qui ne demande pas de grands efforts -intellectuels. - - - -IV.--_La quantit de matires tudier est innombrable, tandis que les -capacits du savoir de l'homme sont limites._ - -1 - -Un savant persan dit: Lorsque j'tais jeune, je me suis dit: je veux -connatre toute la science; et j'ai appris presque tout ce que savaient -les hommes. Mais lorsque je suis devenu vieux et que j'ai jet un coup -d'oeil sur tout ce que j'ai appris, je me suis aperu que ma vie a pass -et que je ne sais rien. - -2 - -Les observations et les calculs des astronomes nous, ont appris bien des -choses dignes d'tonnement; mais le rsultat le plus important de leurs -tudes est, sans doute, celui qu'ils nous ont rvl l'abme de notre -ignorance. Sans ces connaissances, la raison humaine ne pourrait jamais -se reprsenter toute l'immensit de cet abme. Si l'on rflchi cela, -on peut arriver une grande transformation dans la dtermination des -buts finals de l'activit de notre raison. - - KANT. - -3 - -Il y a des herbes sur la terre; nous les voyons; de la lune nous ne -pourrions pas les apercevoir. Sur ces herbes il y a des fils--sur ces -fils des petits organismes; mais plus loin--il n'y a plus rien. Quelle -prsomption! - -Les corps complexes sont composs d'lments et les lments sont -indcomposables. Quelle prsomption! - - PASCAL. - -4 - -Il nous manque des connaissances pour comprendre ne serait-ce que la -vie du corps humain. Voyez ce qu'il faut savoir pour cela. Le corps a -besoin de place, de temps, de mouvements, de chaleur, de lumire, de -nourriture, d'eau, d'air et de bien d'autres choses encore. Mais dans -la nature, toutes les choses sont si troitement lies entre elles -qu'on ne peut comprendre l'une sans avoir tudi l'autre. On ne peut -comprendre une partie sans avoir compris le tout. Nous ne comprendrons -la vie de notre corps que lorsque nous aurons tudis tout ce qu'il lui -faut: et pour cela, il est indispensable d'tudier tout l'univers. Mais -l'univers est infini et sa comprhension est inaccessible l'homme. Par -consquent, nous ne pouvons nous expliquer entirement la vie de notre -corps. - - PASCAL. - -5 - -Les sciences exprimentales, lorsqu'on s'en occupe pour elles-mmes, -en les tudiant sans aucun but philosophique, ressemblent un visage -sans yeux. Elles reprsentent une des occupations qui convient aux -capacits moyennes, prives de dons suprmes qui ne feraient qu'entraver -leurs recherches minutieuses. Les gens dous de ces capacits moyennes -concentrent toutes leurs forces et tout leur savoir sur un champ -d'tudes limit, o ils peuvent, par suite, atteindre des connaissances -aussi compltes que possible, mais condition d'tre compltement -ignorants dans tous les autres domaines. Ils peuvent tre compars aux -ouvriers qui travaillent dans les ateliers d'horlogerie dont les uns -ne font que les roues, les autres les ressorts, et les troisimes les -chanes. - - SCHOPENHAUER. - -6 - -Ce n'est pas la quantit des connaissances qui importe, mais leurs -qualits. On peut savoir bien des choses et ignorer ce qui est le plus -ncessaire. - -7 - -Socrate n'avait pas la faiblesse commune de parler pendant ses -entretiens de tout ce qui existe, de chercher la provenance de ce -que les sophistes appelaient nature et de remonter jusqu'aux causes -premires dont sont sortis les corps clestes. Est-ce possible, -disait-il, que les gens croient avoir pntr tout ce qu'il importe - l'homme de savoir, s'ils s'occupent de ce qui se rapporte si peu -l'homme? - -Il s'tonnait surtout de l'aveuglement des faux savants qui ne se -doutent pas de ce que la raison humaine est incapable de pntrer ces -mystres. C'est pourquoi, disait-il, ceux qui s'imaginent savoir en -parler ne sont pas d'accord dans leurs principes mme, et lorsqu'on -les entend parler ensemble on se croirait parmi des fous. De fait, -quels sont les signes particuliers de ceux qui sont pris de folie? ils -craignent ce qui n'a rien d'effrayant et n'ont pas peur de ce qui est -rellement dangereux. - - XNOPHON - -8 - -La sagesse est une chose vaste et grande: elle demande tout le temps -libre qui peut lui tre consacr.--Indpendamment du nombres de -questions que tu pourrais rsoudre, tu devras, nanmoins, te tourmenter -d'une quantit de questions, qui doivent tre examines et rsolues. -Ces questions sont tellement vastes et nombreuses qu'elles exigent -l'expulsion de notre esprit de toute chose superflu, afin d'offrir -une libert entire au travail de la raison. Dois-je dpenser ma vie -en vaines paroles? Il arrive frquemment, nanmoins, que les savants -pensent plus aux paroles qu' la vie. Remarque quel mal produit la -philosophie outre et combien elle peut tre dangereuse pour la vrit. - - SNQUE. - - - -V.--_La quantit des connaissances est innombrable. C'est la vraie -science de choisir les plus importantes et les plus ncessaires._ - -1 - -Il n'y a ni honte, ni faute de ne pas savoir. Personne ne peut tout -connatre; mais il est honteux et nuisible de faire semblant de savoir -ce que l'on ignore. - -2 - -La capacit de l'esprit absorber des connaissances, n'est pas -illimite. C'est pourquoi on ne doit pas croire que plus on sait, mieux -cela vaut. La connaissance d'un grand nombre de sottises est une entrave -insurmontable pour savoir ce qui est rellement ncessaire. - -3 - -La raison se fortifie par l'tude de ce qui est ncessaire l'homme, -et elle s'affaiblit par l'tude de ce qui est insignifiant et inutile; -ainsi le corps se fortifie par l'air frais et la nourriture frache, ou -s'affaiblit par l'air vici et la nourriture corrompue. - - JOHN RUSKIN. - -4 - -A notre poque naissent un grand nombre de sciences, dignes d'tre -tudies. Bientt nos capacits seront trop limites et la vie sera trop -courte, pour que nous puissions assimiler mme la partie la plus utile -de ces connaissances. Nous avons notre service une grande abondance de -ces trsors intellectuels, et nous sommes obligs, aprs y avoir puis, -de rejeter bien des choses comme du bric--brac inutile. Il serait plus -simple de ne jamais nous en embarrasser. - - KANT. - -5 - -Le savoir est infini, c'est pourquoi on ne peut pas dire de celui qui -sait beaucoup, qu'il sait plus que celui qui sait trs peu. - -6 - -La chose la plus ordinaire notre poque est de voir des gens qui se -considrent comme savants et clairs, qui connaissent, en effet, une -quantit innombrables de choses inutiles, croupir dans l'ignorance la -plus grossire, parce que non seulement ils ne connaissent pas le sens -de leur vie, mais encore parce qu'ils sont fiers de cette ignorance. Et, -d'autre part, il n'est pas moins frquent de rencontrer parmi des gens -presque illettrs, et mme compltement illettrs, qui ignorent tout du -tableau chimique, des parallaxes, des proprits du radium, et qui sont -pourtant des gens trs clairs, connaissant le sens de la vie, sans se -montrer plus fiers pour cela. - -7 - -Les hommes ne peuvent comprendre et savoir tout ce qui se fait -dans le monde; par consquent, leurs jugements sur bien des choses -sont inexacts? L'ignorance de l'homme se montre sous deux aspects; -l'ignorance pure, naturelle, dans laquelle les hommes naissent; l'autre -est celle du vrai sage. Lorsque l'homme aura tudi toutes les sciences, -et qu'il saura ce que les gens ont su et savent, il verra que toutes ces -sciences, prises dans leur ensemble, sont tellement, insignifiantes, -qu'elles ne donnent aucune possibilit de comprendre le monde, et cet -homme se persuadera qu'en ralit, les savants ne savent absolument rien -de plus que les simples ignorants. Mais il y a de ces demi-savants qui -ont acquis quelques lments de diverses sciences et qui s'en montrent -trs fiers. Ils se sont loigns de l'ignorance naturelle, mais n'ont -pas eu le temps d'arriver la vraie sagesse des savants, qui ont -compris l'imperfection et l'insignifiance de toutes les connaissances -humaines. Ce sont ces gens qui, se croyant de fortes ttes, troublent -le monde. Ils jugent de tout avec assurance et promptitude et, -naturellement, ils se trompent constamment. Ils savent jeter de la -poudre aux yeux et jouissent souvent du respect des hommes, mais les -masses populaires les mprisent, voyant bien leur inutilit; quant -eux, ils mprisent le peuple, le croyant ignorant. - - PASCAL. - -8 - -Les gens croient souvent que plus on sait, mieux cela vaut. C'est une -ide fausse. Il ne s'agit pas de savoir beaucoup de choses; il importe -de savoir l'essentiel de tout ce que l'on peut connatre. - -9 - -Les sages ne sont jamais savants, les savants ne sont jamais sages. - - LAO-TSEU. - -10 - -Les hiboux voient dans l'obscurit, mais deviennent aveugles la clart -du soleil. Il en est de mme des savants. Ils connaissent quantit de -futilits scientifiques, mais ils ne savent pas et ne peuvent rien -savoir de ce qui est le plus ncessaire dans la vie: comment l'homme -doit vivre sur la terre. - -11 - -Le sage Socrate disait que la btise ne provient, pas de peu de science, -mais de ce qu'on ne se connat pas soi-mme, et qu'on croit connatre -tout ce que l'on ignore. Il appelait cela btise et ignorance. - -12 - -Quand l'homme connat toutes les sciences et parle toutes les langues, -mais ignore ce qu'il est et ce qu'il doit faire, il est bien moins -instruit que la vieille femme illettre qui croit son Seigneur le -sauveur, c'est--dire en Dieu, selon la volont duquel elle reconnat -qu'elle vit, et elle sait que ce Dieu exige d'elle une vie juste. Elle -est plus instruite que le savant, parce qu'elle possde la rponse -la question essentielle: ce qu'est sa vie et comment doit-elle vivre; -tandis que le savant, tout en possdant des rponses ingnieuses -toutes les questions complexes, mais peu importantes de la vie, n'a pas -de rponse la question principale de tout homme de raison: pourquoi je -vis et que dois-je faire? - -13 - -Les gens qui croient que la science est l'oeuvre principale de la vie, -sont pareils aux papillons attirs par la clart de la bougie: ils -prisssent eux-mmes et obscurcissent la lumire. - - - -VI.--_En quoi consiste le sens et le but de la vraie science._ - -1 - -Le savant est celui qui a appris beaucoup de choses dans les livres; -l'homme instruit est celui qui est au courant de tout ce qui intresse -actuellement les hommes; l'homme clair est celui qui sait pourquoi il -vit et ce qu'il doit faire. Ne t'efforce ni d'tre savant, ni d'tre -instruit tche de devenir un homme clair. - -2 - -Si dans la vie relle l'illusion dfigure la ralit pour un instant -seulement, dans la rgion abstraite, l'erreur peut dominer pendant des -milliers d'annes, peut peser de son joug sur des peuples entiers, -touffer les lans les plus nobles de l'humanit, et, l'aide de ses -esclaves qu'elle a tromps, elle peut mettre aux fers celui qu'elle n'a -pu tromper. Elle est l'ennemi contre lequel les plus grands esprits de -tous les temps ont men un combat ingal, et l'humanit n'a gagn que -ce qu'ils ont pu lui enlever. Si l'on dit que l'on doit rechercher la -vrit mme l o l'on en attend aucun profit parce que l'utilit peut -en apparatre l o elle n'avait pas t prvue, il faut ajouter encore -qu'on doit rechercher et supprimer avec le mme zle toute erreur, l -mme o elle ne peut faire aucun tort, parce que le danger des erreurs -peut facilement apparatre un jour, l o on ne s'y attendait pas, toute -erreur contenant du poison. Il n'y a pas d'erreur inoffensive et il y a -d'autant moins d'erreur honorable et sacre. - -Pour consoler ceux qui consacrent leur vie et leurs forces la noble -et difficile lutte contre les erreurs, on peut hardiment dire que, si -avant la venue de la vrit, l'erreur continuera quand mme faire -son oeuvre, elle n'vincera pas jusqu'au bout la vrit conquise et -clairement exprime, pour prendre librement sa place vacante, pas plus -que les hiboux et les chauves-souris pendant la nuit n'intimideront et -n'empcheront le soleil de rapparatre radieux son lever. Telle est -la puissance de la vrit; sa victoire est difficile et pnible, mais -une fois gagne, elle ne peut pas tre reprise. - - SCHOPENHAUER. - -3 - -Depuis que les hommes vivent sur la terre, tous les peuples ont eu des -sages qui leur ont enseign ce qui tait le plus ncessaire de savoir: -quelle est la destination et, par consquent, le vrai bonheur de chaque -homme et de tous les hommes. Seul l'homme qui connat cette science peut -juger de l'importance de toutes les autres. - -Les objets d'tudes sont _innombrables_; aussi, l'ignorance de la -mission et du bonheur des hommes rend-elle impossible le choix dans -cette quantit infinie des connaissances et c'est pourquoi sans cette -connaissance primordiale, toutes les autres deviennent et sont, en -effet, un amusement vain et nuisible. - -4 - -Tous les hommes qui s'adressent la science de notre poque, non pour -satisfaire une vaine curiosit, non pour jouer un rle dans la science, -crire; discuter, enseigner, non pour vivre de la science, mais pour lui -poser des questions directes, simples, vitales, s'aperoivent que tout -en rpondant des milliers de questions trs ingnieuses et complexes, -elle est impuissante rpondre la seule question qui intresse tout -homme de raison: que suis-je et comment dois-je vivre? - -5 - -On peut tudier les sciences inutiles la vie spirituelle, telles -que l'astronomie, les mathmatiques, la physique, de mme que jouir -de divers plaisirs, jeux, promenades, quand ces occupations ne nous -empchent pas de faire ce que nous devons; mais ce n'est pas bien -de s'occuper de vaines sciences et de jouir de plaisirs, quand ils -entravent la vritable oeuvre de la vie. - -6 - -Socrate dmontrait ses lves qu'une instruction bien organise -commande de parvenir dans chaque science une certaine limite qu'on ne -doit pas franchir. Il suffit de connatre assez de gomtrie, disait-il, -pour tre, l'occasion en tat de mesurer rgulirement une bande -de terre que l'on achte ou que l'on rend, pour diviser un hritage -ou pour savoir rpartir le travail aux ouvriers. C'est si facile, -disait-il, qu'avec un peu de bonne volont on ne s'arrtera plus devant -aucun calcul, quand bien mme il faudrait mesurer toute la terre. Mais -il n'approuvait pas lorsqu'on se passionnait pour les difficults de -cette science, et, bien qu'il les connt, il disait, qu'elles pouvaient -occuper toute la vie d'un homme et le distraire des sciences utiles, -tandis qu'elles ne servaient rien. Il trouvait bien que l'on -connaisse assez d'astronomie pour pouvoir, d'aprs de menus indices -reconnatre les heures de la nuit, les jours du mois, et les saisons -de l'anne, s'orienter sur sa route, maintenir la direction en mer, et -relever les gardes. Cette science, est si facile, ajoutait-il, qu'elle -est accessible chaque chasseur, tout navigateur et, en gnral, - tout homme qui voudrait quelque peu s'en occuper. Mais lorsqu'on -voulait arriver tudier les diffrentes orbites parcourues par les -astres clestes, calculer la dimension des plantes et des toiles, leur -loignement de la terre, leurs mouvements et modifications,--il blmait -les gens, car il ne voyait aucune utilit ces occupations. Il en avait -une si basse opinion, non pas par ignorance, car il avait tudi ces -sciences, mais parce qu'il ne voulait pas qu'on dpense des tudes -superflues, le temps et les forces qui pourraient tre employs la -chose la plus ncessaire l'homme: son perfectionnement moral. - - XNOPHON. - - - -VII.--_De la lecture des livres._ - -1 - -Fais attention que la lecture de nombreux crivains, de livres de -tous genres n'embrouillent et ne troublent ta raison. On ne doit -alimenter son esprit que par la lecture d'crivains dont la valeur -est incontestable. Trop de lecture distrait l'esprit et le dshabitue -du travail personnel. C'est pourquoi ne lis que les vieux livres -incontestablement bons. Si jamais tu as envie de passer des oeuvres -d'un autre genre, n'oublie pas de revenir aux anciennes. - - SNQUE. - -2 - -Lisez avant tout les meilleurs livres; autrement vous n'aurez pas le -temps de les lire. - - THOREAU. - -3 - -Il est prfrable de ne jamais lire un seul livre que d'en lire beaucoup -et de croire tout ce qui y est dit. On peut tre intelligent sans lire -un seul livre, tandis qu'en croyant tout ce qui est crit dans les -livres, on devient forcment sot. - -4 - -Dans la fabrication des livres se rpte le mme fait que dans la vie. -La plupart des gens s'garent sottement. C'est pour cela que tant de -mauvais livres, tant de relent littraire s'accumulent parmi la bonne -graine. Les hommes ne font que perdre leur temps, leur argent, et leur -attention la lecture de ces livres. - -Les mauvais livres ne sont pas seulement inutiles, mais encore -nuisibles. Car neuf diximes de tous les livres ne s'impriment que pour -prendre l'argent des autres. - -C'est pourquoi il est prfrable de ne pas lire du tout les livres dont -on parle et dont on crit beaucoup. Les gens doivent chercher avant tout - lire et connatre les meilleurs crivains de tous les sicles, et -de tous les peuples. Ce sont ces livres l qu'on doit lire en premier -lieu; autrement, on n'aura pas le temps de les lire du tout. Seuls ces -crivains nous instruisent et contribuent notre ducation. - -Nous ne lirons jamais trop peu de mauvais livres et nous ne russirons -jamais lire trop de bons livres. Les mauvais livres sont un poison -moral qui ne fait que griser. - - D'aprs SCHOPENHAUER. - -5 - -Les superstitions et les erreurs tourmentent les hommes. Il n'y a qu'un -moyen pour s'en dbarrasser: la vrit. Or, nous apprenons la vrit -tant par nous-mmes que par l'entremise de sages et de saints qui ont -vcu avant nous. C'est pourquoi pour mener une vie de bien, il faut -chercher soi-mme la vrit, tout en profitant des indications qui sont -venues jusqu' nous des anciens sages et des saints. - -6 - -L'un des moyens les plus puissants de connatre la vrit qui libre des -superstitions, consiste apprendre tout ce que l'humanit a fait dans -le pass pour connatre et exprimer la vrit commune tous les hommes. - - - -VIII.--_De la pense indpendante._ - -1 - -Chaque homme peut et doit profiter de tout ce que la raison commune de -l'humanit a labor, mais il doit en mme temps contrler par sa propre -raison les donnes labores par toute l'humanit. - -2 - -Le savoir est vraiment le savoir, lorsqu'il est acquis par les efforts -de la pense et non par la mmoire. - -Nous commenons savoir rellement lorsque nous nous arrivons oublier -compltement ce que nous avons appris. Je ne me rapprocherai pas -une distance d'un cheveu de la connaissance des objets, tant que je -considrerai l'objet comme on me l'a appris. Pour connatre un objet, -je dois m'en approcher comme d'une chose d'absolument inconnue de moi. - - THOREAU. - -3 - -Nous attendons du professeur qu'il fasse de son lve un homme -raisonnable, d'abord, sage, ensuite, et savant, enfin. - -Ce procd prsente cet avantage que si l'lve n'atteint jamais le -dernier degr, comme cela a, en effet, gnralement lieu dans la -ralit; il gagnera nanmoins s'instruire et aura plus d'exprience et -de sagesse dans la vie. - -Mais si l'on retourne ce procd l'envers, alors les lves saisissent -quelque chose qui ressemble la raison avant d'avoir acquis la facult -de raisonner et emportent de l'enseignement une science emprunte, -comme colle eux et non n'adhrant, sans compter que leurs facults -spirituelles restent tout aussi improductives que par le pass et se -trouvent en mme temps fortement corrompues par la sagesse imaginaire. -C'est l la raison pourquoi nous rencontrons souvent des savants (ou -plutt des gens instruits) qui manifestent trs peu de raisonnement, -et c'est pourquoi il sort des acadmies plus d'idiots que de n'importe -quelle autre classe sociale. - - KANT. - -4 - -Dans toutes les classes il y a des hommes qui jouissent d'une -supriorit mentale, bien qu'ils n'aient souvent aucune instruction. -L'esprit naturel peut remplacer presque tous les degrs de -l'instruction, tandis qu'aucune instruction ne peut remplacer l'esprit -naturel, bien qu'elle possde l'avantage de la connaissance des -vnements et des faits (science historique), de la dfinition des -causes (sciences naturelles)--le tout en une revue facile et rgulire; -mais cela ne lui donne pas une opinion plus exacte et plus approfondie -du sens rel de tous ces vnements, faits et causes. L'homme non -instruit, mais perspicace et prompt voir les choses, saura se passer -de ces richesses. Un incident de sa propre exprience lui apprendra -bien plus qu' un savant qui connat des milliers de cas, mais qu'il -ne _comprend_ pas trs bien, parce que le peu de savoir de l'homme non -instruit est _vcu_. - - SCHOPENHAUER. - -5 - -J'aime les paysans: ils ne sont pas assez instruits pour pouvoir -raisonner erronement. - - MONTAIGNE. - -6 - -Combien de lectures multiples nous aurions pu viter si nous savions -rflchir avec indpendance. - -Est-ce que la lecture et l'tude sont la mme chose? Quelqu'un a -affirm, non sans raison, que si l'impression des livres a contribu au -dveloppement plus vaste de l'instruction, cela a t au dtriment de -leur qualit et de leur teneur. Trop lire est mauvais pour la pense. -Les plus grands penseurs, rencontrs parmi les savants que j'ai tudis, -taient prcisment les moins rudits. - -Si l'on avait enseign aux hommes _comment_ ils doivent penser, et non -pas quoi ils doivent penser, le malentendu aurait pu tre vit. - - LICHTENBERG. - - - - -CHAPITRE XIX - -L'EFFORT - - -Les pchs, les tentations, les superstitions arrtent, voilent -l'homme son me. Pour se rvler soi-mme son me, l'homme doit faire -des efforts de conscience. C'est donc dans ces efforts de conscience que -consiste l'oeuvre principale de la vie de l'homme. - - -I.--_La libration des pchs, des tentations et des superstitions est -dans l'effort._ - -1 - -L'abngation libre les hommes des pchs, l'humilit--des tentations, -la vracit--des superstitions. Mais pour que l'homme puisse renoncer -aux dsirs charnels, s'humilier devant les tentations de l'orgueil et -contrler par la raison les superstitions qui le dsorientent, il doit -faire des efforts. Seul l'effort de sa conscience permet l'homme de se -librer des pchs, des tentations et des superstitions qui le privent -de bonheur. - -2 - -Le Royaume de Dieu est conquis par l'effort. Le Royaume de Dieu est -en vous (Luc, XVI, 16; XVII, 21). Ces deux strophes de l'Evangile -signifient que ce n'est que par des efforts de conscience que les hommes -peuvent vaincre en eux les pchs, les superstitions et les tentations -qui retardent l'approche du Royaume de Dieu. - -3 - -Ici, sur la terre, il ne peut et ne doit pas y avoir de repos, parce que -la vie est une marche vers le but qu'on ne peut jamais atteindre. Le -repos est immoral. Je ne puis dire en quoi consiste ce but; mais quel -qu'il soit, il existe et nous savons que nous nous en approchons. Sans -ce rapprochement, la vie serait une absurdit et un mensonge. Et nous ne -pouvons nous rapprocher de ce but que par notre propre effort. - - JOSEPH MAZZINI. - -4 - -Devenir de plus en plus meilleur, c'est toute l'oeuvre de la vie, et on -ne peut devenir meilleur que par l'effort. - -Chacun sait que sans effort, on ne peut rien faire dans le travail. Il -faut savoir galement que dans l'oeuvre principale de la vie, dans la vie -spirituelle, on ne peut rien faire sans effort. - -5 - -La force ne se manifeste pas par le pouvoir de faire un noeud avec un -attisoir en fer, par la possession des billions et des trillions de -roubles, ni par la domination sur des millions d'hommes; la vraie force -est dans le pouvoir sur soi-mme. - -6 - -Ne dis jamais d'une bonne action: Ce n'est pas la peine de se donner du -mal; c'est si difficile que je n'y arriverai jamais; ou bien: C'est -si facile que je n'ai qu' vouloir pour le faire. Ne pense pas et ne -parle pas ainsi: mme si le but vis n'est pas atteint, ou si ce but est -insignifiant, chaque effort fortifie l'me. - -7 - -Les gens pensent souvent que pour tre un vrai chrtien, il faut -accomplir des actes extraordinaires. C'est une erreur. Le chrtien n'a -pas besoin d'oeuvres spciales, extraordinaires; il ne lui faut qu'un -effort d'esprit perptuel qui le libre des pchs, des tentations et -des superstitions. - -8 - -Les mauvaises actions--celles qui causent nos malheurs,--s'accomplissent -facilement; mais ce qui est noble et bon pour nous se fait uniquement au -prix d'un effort. - - _Sagesse bouddhiste._ - -9 - -Si l'homme prend pour rgle de faire ce qu'il veut, il ne restera pas -longtemps vouloir faire ce qu'il fait. La vraie oeuvre n'est jamais que -celle laquelle on doit travailler pour l'accomplir. - -10 - -La route vers la connaissance du bien n'a jamais t trace sur un gazon -soyeux jonche de fleurs; l'homme a toujours d escalader des rochers -dnuds. - - JOHN RUSKIN. - -11 - -On ne cherche jamais la vrit avec joie, mais avec motion et -inquitude; et cependant, on doit la chercher; car n'ayant pas trouv -la vrit et appris l'aimer, tu priras. Mais, diras-tu, si la vrit -voulait que je la cherche et que je l'aime, elle se serait rvle - moi-mme. Aussi se rvle-t-elle toi, mais tu n'y prtes pas -attention. Cherche donc la vrit,--elle le veut. - - PASCAL. - - - -II.--_La vie pour l'me exige des efforts._ - -1 - -Je suis l'instrument avec lequel Dieu travaille. Mon vrai bonheur -consiste participer Son travail. Mais je ne peux y parvenir qu'au -moyen des efforts que je fais pour garder toujours en tat propre et -aiguis l'instrument de Dieu qui m'est confi: moi-mme, mon me. - -2 - -La chose la plus chre l'homme, c'est d'tre libre, de vivre sa -guise et non suivant la volont d'autrui. Afin de vivre ainsi, l'homme -doit vivre pour son me. Et afin de vivre pour l'me, l'homme doit -rprimer les dsirs du corps. - -3 - -La vraie vie humaine n'est autre chose que le passage progressif de la -nature bestiale infrieure une conception de plus en plus grande de la -vie spirituelle. - -4 - -Nous faisons un effort pour nous rveiller et nous nous veillons -effectivement lorsque le rve devient affreux et que nous n'avons plus -de forces de le supporter. Il faut agir de mme dans la vie relle -lorsqu'elle devient intolrable. Dans ces moments-l, il faut faire un -effort de conscience pour s'veiller une vie nouvelle, suprieure, -spirituelle. - -4 - -La lutte contre les pchs, les tentations et les superstitions est -ncessaire dj pour cette raison que si tu cesses de les combattre, ta -chair prend le dessus. - -5 - -Il nous semble qu'un vrai travail ne peut tre fait qu' quelque chose -de visible: btir une maison, labourer un champ, nourrir le -btail, mais que travailler son me, quelque chose d'invisible, -n'est pas une besogne importante, une besogne que l'on peut faire ou ne -pas faire; pourtant tout autre travail,--en dehors du travail intrieur, -celui qui nous rend tous les jours plus moral et plus aimant,--tout -autre travail n'est rien. C'est le seul vrai, et tous les autres ne sont -utiles que si ce travail principal de la vie s'effectue. - -7 - -Celui qui reconnat que sa vie est mauvaise et qui veut commencer -vivre mieux, ne doit pas penser qu'il ne peut commencer le faire que -lorsqu'il aura modifi les conditions de sa vie. On doit et on peut -amliorer sa vie non pas par les transformations extrieures, mais par -un changement de soi-mme, en notre me. Et cela, on peut le faire -toujours et partout. Et chacun a suffisamment faire dans ce but. C'est -seulement lorsque ton me aura chang au point que tu ne pourras plus -vivre comme par le pass, que tu pourras la modifier, et non quand tu -croiras qu'il te sera plus facile de te corriger si tu changes ta vie. - -8 - -Il n'y a, dans la vie, qu'une seule chose importante pour tous les -hommes. Cette oeuvre seule est destine tous les hommes. Tout le reste -n'est rien en comparaison avec elle. On voit que cela est ainsi parce -que dans cette oeuvre seule, l'homme n'a pas d'entraves et qu'elle seule -donne toujours la joie. - -9 - -Prends l'exemple du ver soie: il travaille tant qu'il n'est pas en -mesure de voler. Et toi, tu t'es coll la terre. Travaille ton me, -et il te poussera des ailes. - - D'aprs ANGLUS. - - - -III.--_Le perfectionnement de soi-mme ne saurait tre atteint que par -des efforts de conscience._ - -1 - -Soyez parfaits comme votre Pre cleste est parfait, est-il dit dans -l'Evangile. Cela ne signifie point que le Christ ordonne l'homme -d'tre aussi parfait que Dieu, mais que chaque homme doit faire des -efforts de conscience pour se rapprocher de la perfection et que la vie -de l'homme est dans ce rapprochement. - -2 - -Tout tre ne grandit pas d'un coup, mais peu peu. On ne peut non -plus apprendre une science d'un coup. De mme, on ne peut pas vaincre -le pch d'un coup. Il n'y a qu'un moyen pour devenir meilleur: le -raisonnement sage et l'effort continu et patient. - - CHANNING. - -3 - -Lessing disait que ce n'est pas la vrit qui donne la joie l'homme, -mais l'effort qu'il fait pour la connatre, Il en est de mme de la -vertu: la joie que donne la vertu est dans l'effort qui nous rapproche -d'elle. - -4 - -Les paroles suivantes taient graves sur la baignoire du Roi -Tching-Tchang: Renouvelle-toi tous les jours compltement; fais-le -nouveau et encore nouveau. - - _Sagesse chinoise._ - -5 - -Si les gens ne s'occupent pas d'explorations, et s'ils s'en occupent, -mais qu'ils n'y russissent pas, ils ne doivent pas se dsesprer ni -s'arrter; si les gens n'interrogent pas les personnes claires sur les -choses qu'ils ignorent, et si, en interrogeant, ils ne deviennent pas -plus avancs, ils ne doivent pas dsesprer; si les gens ne raisonnent -pas, et s'ils raisonnent, mais ne peuvent pas comprendre clairement en -quoi consiste le bien, ils ne doivent pas dsesprer; si les gens ne -distinguent pas le bien et le mal, et s'ils le distinguent, mais n'en -ont pas une conception exacte, ils ne doivent pas dsesprer; si les -gens ne font pas le bien, et s'ils le font, mais sans lui consacrer -toutes leurs forces, ils ne doivent pas dsesprer: ils feront en dix -fois ce que d'autres auraient fait en une fois; ils feront en mille fois -ce que d'autres auraient fait en cent fois. - -Celui qui suivra rellement cette rgle de la continuit de l'effort -deviendra, si ignorant qu'il soit, srement fort, et, si vicieux qu'il -soit, il deviendra srement vertueux. - - _Sagesse chinoise._ - -6 - -Lorsque l'homme fait le bien uniquement parce qu'il est habitu le -faire, ce n'est pas encore la vie de bien. Cette vie commence lorsque -l'homme fait un effort pour tre bon. - -7 - -Tu dis: ce n'est pas la peine de faire des efforts; on aura beau -s'appliquer, on ne parviendra jamais la perfection. Ton oeuvre n'est -pas d'atteindre la perfection, mais de t'en rapprocher de plus en plus. - -8 - -Pour que la vie soit non un chagrin, mais une joie continuelle, on doit -toujours tre bon pour tous, hommes et animaux. Et pour tre bon, il -faut s'y habituer; et pour s'y habituer, il ne faut, pas laisser passer -une seule de ses mauvaises actions sans s'en faire de reproches. - -Si tu agis ainsi, tu t'habitueras bientt tre bon pour tous les -hommes et pour tous les animaux. Et si tu t'habitues la bont, tu -auras toujours la joie au coeur. - -9 - -La vertu de l'homme ne se mesure pas par ses exploits extraordinaires, -mais par son effort de chaque jour. - - PASCAL. - - - -IV.--_Pour se rapprocher de la perfection, l'homme ne doit compter que -sur ses propres forces._ - -1 - -Combien il est erron de demander Dieu, ou mme aux hommes, de me -dlivrer d'une situation difficile. L'homme n'a besoin de l'aide de -personne; il n'a pas besoin non plus de sortir de la situation o il se -trouve; il ne lui faut qu'une seule chose: faire un effort de conscience -pour se librer des pchs, des tentations et des superstitions. La -situation de l'homme changera et s'amliorera seulement en tant qu'il se -sera libr des pchs, ds tentations et des superstitions. - -2 - -Rien n'affaiblit les forces de l'homme que l'espoir de trouver le salut -et le bonheur ailleurs que dans son effort. - -3 - -Il faut se dbarrasser de l'ide que le Ciel peut corriger nos erreurs. -Si vous prparez ngligemment quelque plat, vous n'esprez pas que la -Providence le rendra bon; de mme, si pendant une srie d'annes de -folie, vous avez mal dirig votre vie, vous ne devez pas esprer que -l'intervention divine dirigera et arrangera tout pour le mieux. - - JOHN RUSKIN. - -4 - -Tu possdes la connaissance de ce qui est la perfection suprme. En toi -galement sont les obstacles qui t'empchent d'y arriver. Ta situation -est prcisment celle qui t'engage travailler pour te rapprocher de la -perfection. - - CARLYLE. - -5 - -C'est toi qui pches, c'est toi qui projettes le mal, c'est toi qui fuis -le pch, c'est toi qui purifies tes desseins, c'est toi qui es mchant -ou pur; un autre ne pourra pas te sauver. - - DJAMAPADA. - -6 - -Il n'y a pas de loi morale si je ne puis l'accomplir. Les gens disent: -nous sommes ns gostes, avares, sensuels, et nous ne pouvons pas tre -autres. Non, nous le pouvons. La premire chose, c'est de sentir dans -son coeur ce que nous sommes et ce que nous devons tre, et la seconde -est de faire des efforts pour nous rapprocher de ce que nous devrions -tre. - - SOLTER. - -7 - -L'homme doit dvelopper ses germes de bien. La Providence ne les a pas -sems entirement levs dans l'homme; ce ne sont que des germes. Se -rendre meilleur, cultiver soi-mme--voil l'oeuvre principale de la vie -de l'homme. - - KANT. - - - -V.--_Il n'y a qu'un seul moyen d'amliorer la vie sociale: l'effort de -chaque homme pour obtenir une vie morale et bonne._ - -1 - -Les hommes se rapprochent du Royaume de Dieu, c'est--dire de la vie -bonne et heureuse, uniquement par l'effort de chaque individu vers une -vie morale. - -2 - -Si tu vois que l'organisation de la socit est mauvaise et que tu veux -l'amliorer, sache qu'il est pour cela un seul moyen: tous les hommes -doivent devenir meilleurs. Et pour rendre tous les hommes meilleurs, tu -n'as qu'un moyen: c'est de devenir meilleur toi-mme. - -3 - -On entend souvent dire que tous les efforts faits pour amliorer la vie, -supprimer le mal, instituer la justice sont inutiles, et que tout cela -se fera de soi-mme. Les gens avanaient, en ramant, mais les rameurs, -arrivs destination, sont descendus; les voyageurs rests dans le -bateau ne se mettent pas ramer parce qu'ils pensent que le bateau -continuera avancer comme il l'a fait jusque-l. - -4 - -Oui, cela serait ainsi, si tous les hommes avaient compris d'un coup -que tout cela est mauvais et inutile pour nous, dit-on en parlant -du mal de la vie humaine. Mettons qu'un homme renonce au mal, qu'il -refuse y participer, cela avanera-t-il l'oeuvre du bien commun? La -transformation de la vie sociale s'opre grce aux efforts de toute la -socit et non pas ceux des individus isols. - -Il est vrai, qu'une hirondelle ne fait pas le printemps. Serait-il -possible, cependant, que parce qu'une hirondelle ne fait pas le -printemps, elle ne doit pas s'envoler alors qu'elle sent l'approche du -printemps? Si chaque bourgeon et chaque herbe attendaient, il n'y aurait -jamais de printemps. De mme, pour tablir le Royaume de Dieu, je ne -dois pas me demander si je suis la premire ou la millime hirondelle, -mais faire immdiatement, mme si je suis seul, en sentant l'approche du -royaume de Dieu, tout ce qu'il faut pour le raliser. - -Demandez, et il vous sera donn; cherchez, et vous trouverez; frappez, -et on vous ouvrira. Car quiconque demande, reoit, et quiconque -cherche, trouve; et l'on ouvre celui qui frappe. - - MATTH., VII, 7-8. - -5 - -Notre vie est malheureuse. Pourquoi? - -Parce que les hommes vivent mal. Et ils vivent mal parce qu'ils sont -eux-mmes mauvais. De sorte que pour que la vie ne soit plus mauvaise, -il faut changer les mauvaises gens en bonnes gens. Comment faire cela? -Personne ne peut transformer tout le monde, mais chacun peut s'amender -lui-mme. Il semble, tout d'abord, qu'on ne peut pas remdier cela -ainsi, car que peut faire un homme contre tous? Pourtant, tous se -plaignent de leur vie malheureuse. Si donc tous les hommes comprennent -que la mauvaise vie vient des mauvaises gens, et que chacun peut non pas -corriger les autres, mais se corriger lui-mme, toute la vie deviendra -immdiatement meilleure. - -C'est donc que la mauvaise vie dpend de nous, et cela dpend galement, -de nous qu'elle devienne bonne. - - - -VI.--_L'effort vers la perfection donne le vrai bonheur._ - -1 - -L'effort moral et la joie de la conscience de la vie alternent de mme -que le travail corporel et la joie du repos. Sans travail corporel on -n'prouve pas la joie du repos: sans effort moral, il n'y a pas de joie -d'tre conscient de la vie. - -2 - -La rcompense de la vertu est dans l'effort mme de faire une bonne -action. - - CICRON. - -3 - -N'attends pas non seulement un succs rapide, mais mme un succs -perceptible de tes efforts vers le bien. Tu ne verras pas le fruit de -tes efforts, parce que tu t'es avanc 'tout autant que s'est avance la -perfection laquelle tu aspires. L'effort de la conscience n'est pas un -moyen pour obtenir le bonheur, mais l'effort de la conscience donne par -lui-mme le bonheur. - -4 - -Dieu a donn aux animaux tout ce qu'il leur faut. Mais il ne l'a pas -donn l'homme. L'homme doit se procurer lui-mme tout ce qui lui est -ncessaire. La sagesse suprieure de l'homme n'est pas ne avec lui; il -doit travailler pour la gagner, et plus son travail est pnible, plus la -rcompense est grande. - - _Tablettes des Babides_[1]. - -5 - -Le Royaume de Dieu est conquis de haute lutte. Cela veut dire que pour -se dbarrasser du mal et devenir bon, il faut un effort. - -L'effort est ncessaire pour se contenir du mal. Contiens-toi du mal, et -tu feras le bien, parce que l'me humaine aime le bien, et elle le fait, -si elle est exempte de mal. - -6 - -Vous tes des travailleurs libres et vous le sentez. Toutes sortes de -raisonnements mensongers voulant prouver que la destine ou les lois de -la nature sont matresses de tout, ne seront jamais en tat de faire -taire les deux tmoins incorruptibles de la libert: les reproches de -la conscience et les grands martyres. Depuis Socrate jusqu' Christ, et -depuis Christ jusqu'aux hommes qui, de sicle en sicle, meurent pour -la vrit, tous les martyrs de la foi montrent le mensonge de cette -doctrine d'esclaves et nous, disent tout haut: Nous aussi, nous avons -aim la vie, et aussi tous les hommes qui ont embelli notre vie et qui -nous suppliaient de cesser la lutte. Chaque battement de notre coeur -semblait nous crier: vivez! Mais pour accomplir la loi de la vie, nous -avons prfr la mort. - -Depuis Can et jusqu' l'homme le plus profondment misrable de notre -poque, tous ceux qui ont choisi la voie du mal entendent au fond de -leur me la voix du blme, du reproche, une voix qui ne leur donne pas -de repos, qui leur rpte ternellement: Pourquoi avez-vous abandonn -le chemin de la vrit? Vous pouviez, vous pouvez faire un effort. Vous -tes des hommes libres et il tait dans votre pouvoir de moisir dans les -pchs ou de vous en librer. - - MAZZINI. - - -[1] Secte religieuse persane. _(Note du trad.)_ - - - - -CHAPITRE XX - -LA VIE EST DANS LE PRSENT - - -Les hommes croient que leur vie dure un temps donn: dans le pass et -dans l'avenir. Mais ce n'est qu'une apparence; la vraie vie humaine -ne dure pas pendant un temps, elle _est_ toujours, se maintenant un -point indtermin o le pass touche au futur et que nous appelons -improprement le prsent. A ce point du prsent, et rien qu' ce point, -l'homme est libre; c'est pourquoi la vraie vie de l'homme est dans le -prsent et rien que dans le prsent,. - -I.--_La vraie vie ne dpend pas du temps._ - -1 - -Le pass n'est plus, le futur n'est pas encore venu. Qu'est-ce qui -est donc? Rien que le point o le futur et le pass se touchent. Il -semblerait que ce point n'est rien, et cependant, toute notre vie est -uniquement dans ce point. - -2 - -Il nous semble seulement que le temps existe. Il n'est pas. Le temps -n'est qu'un terme conventionnel grce auquel nous voyons graduellement -ce qui est en ralit et ce qui est toujours un. L'oeil ne voit pas toute -la sphre la fois, bien que la sphre existe en entier et en une fois. -Pour que l'oeil voit, il faut que la sphre tourne devant l'oeil qui la -regarde. De mme le monde se droule, ou semble se drouler, dans le -temps devant les yeux des hommes. Pour la raison suprieure, il n'y a -pas de temps: ce qui sera est dj. L'ide du temps et de l'espace sert -au morcellement de l'infini pour le profit des tres finaux. - - AMIEL. - -3 - -Il n'y a ni avant ni aprs: ce qui arrivera demain existe rellement -dans l'ternit. - - ANGLUS. - -4 - -Il n'y a ni temps, ni espace; l'un et l'autre nous sont indispensables -pour que nous puissions comprendre les objets. C'est pourquoi il est -faux de croire que les rflexions concernant les toiles, dont la -lumire n'est pas encore arrive jusqu' nous, et sur l'tat du soleil - des millions d'annes, etc., sont trs importantes. Il n'y a l rien -d'important ni mme de srieux. Tout cela n'est qu'un vain jeu de -l'esprit. - -5 - -Il n'y a pas de temps, il n'y a qu'un instant. Et c'est prcis ment en -cet instant qu'est toute notre vie. C'est pourquoi il faut donner toutes -nos forces cet instant. - -6 - -Si la vie est en dehors du temps, pourquoi se manifeste-t-elle dans le -temps et dans l'espace? Parce que le mouvement, c'est--dire la tendance -vers le dveloppement, vers l'claircissement et la perfection, ne peut -se manifester que dans le temps et l'espace. S'il n'y avait pas d'espace -et de temps, il n'y aurait pas de mouvement, il n'y aurait pas de vie. - - - -II.--_La vie spirituelle de l'homme en dehors du temps et de l'espace._ - -1 - -Le temps ne sert qu' la vie corporelle. L'tre spirituel de l'homme, -est toujours en dehors du temps. Et il est en dehors du temps, parce que -l'activit de l'tre spirituel consiste uniquement dans l'effort de la -conscience. Et cet effort est toujours hors du temps, parce qu'il n'a -jamais lieu qu'au prsent et que le prsent n'a pas de temps. - -2 - -Nous ne pouvons nous reprsenter la vie aprs la mort et nous rappeler -de la vie avant notre naissance parce que nous ne pouvons rien nous -reprsenter qui soit en dehors du temps; et cependant, nous connaissons -le mieux notre vie hors du temps--dans le prsent. - -3 - -Notre me est jete dans notre corps o elle trouve le nombre, le temps, -la mesure. Elle raisonne d'aprs cela et appelle cela nature; ncessit, -et ne saurait penser autrement. - - PASCAL - -4 - -Nous disons que le temps passe. Ceci n'est pas exact. C'est nous qui -avanons, et non pas le temps. Lorsque nous flottons sur l'eau, il nous -semble que ce sont les rives qui marchent et non pas le bateau dans -lequel nous nous trouvons. Il en est de mme du temps. - -5 - -Il est bon de se rappeler souvent que notre vraie vie n'est pas -uniquement extrieure, corporelle, telle que nous la vivons ici, sur -terre, telle que nous la voyons, mais qu'avec cette vie, nous possdons -encore une autre vie, intrieure, spirituelle, qui n'a ni commencement -ni fin. - - - -III.--_La vraie vie n'est que dans le prsent._ - -1 - -La facult de se souvenir du pass et de se reprsenter l'avenir nous -est donne uniquement afin que, en nous fondant sur des considrations -relatives l'un ou l'autre, nous puissions dcider plus exactement -nos actes du prsent, mais nullement pour regretter le pass ou prparer -l'avenir. - -2 - -L'homme ne vit que dans l'instant prsent. Tout le reste est dj pass, -ou bien n'arrivera peut-tre pas. - - MARC-AURLE. - -3 - -Si nous nous tourmentons en songeant au pass et que nous nous gtons -l'avenir, c'est uniquement parce que nous nous occupons trop peu du -prsent. Le pass a t, l'avenir n'est pas; seul le prsent est. - -4 - -Notre tat futur semblera toujours un rve notre tat prsent. - -Ce n'est pas la longueur de la vie qui importe, mais sa profondeur. Il -ne s'agit pas de prolonger la vie, mais de vivre en dehors du temps, et -nous ne le faisons que lorsque nous vivons par l'effort du bien. Lorsque -nous vivons ainsi, nous ne nous posons pas la question du temps. - - D'aprs EMERSON. - -5 - -Vivre jusqu'au soir et jusqu' la mort[1] veut dire, vivre comme si -l'on se trouvait toujours sa dernire heure et qu'on n'a le temps que -d'accomplir l'essentiel, et en mme temps vivre comme si tu pouvais -continuer indfiniment l'oeuvre que tu accomplis. - -6 - -Le temps est derrire nous, il est devant nous, mais nous ne l'avons pas -avec nous. Lorsqu'on se met penser davantage ce qui a t ou ce -qui sera, on perd le principal: la vraie vie dans le prsent. - -7 - -On ne peut vaincre les mauvaises habitudes qu'aujourd'hui seulement, et -non pas demain. - - CONFUCIUS. - -8 - -Rien n'a de l'importance, except ce que nous faisons dans le moment -prsent. - -9 - -Il est bon de ne pas penser au lendemain; mais pour ne pas y penser, il -n'y a qu'un seul moyen: c'est de penser continuellement si j'accomplis -bien l'oeuvre du jour, de l'heure, de la minute prsente. - -10 - -Ds qu'on s'absorbe dans le pass et l'avenir, on s'loigne de la vraie -vie et l'on se sent abandonn, li, solitaire. - -Que de tortures morales, et tout cela pour mourir au bout de quelques -minutes! Pourquoi donc s'inquiter? - -Non, cela n'est pas vrai: ta vie existe actuellement. Le temps n'est -pas, et l'heure prsente vaut des centaines d'annes si tu vis cette -heure avec Dieu. - - D'aprs AMIEL. - -14 - -On dit: l'homme n'est pas libre parce que tout ce qu'il fait a une -raison antrieure. Mais l'homme n'agit jamais que dans le prsent; or, -le prsent est en dehors du temps: ce n'est que le point de contact -entre le pass et le futur. C'est pourquoi l'homme est toujours libre -pendant l'_instant_ du prsent. - -15 - -La force libre et divine de la vie ne se manifeste que dans le prsent; -c'est pourquoi l'activit du prsent doit possder les qualits divines, -c'est--dire doit tre raisonnable et bonne. - -16 - -On demanda un sage: Quelle est l'oeuvre la plus mportante? Quel -est l'homme le plus important de la vie? Quel est le moment le plus -important de la vie? - -Le sage rpondit: L'oeuvre la plus importante c'est d'aimer tous les -hommes parce que c'est l l'oeuvre de la vie de chaque homme. - -L'homme le plus important est celui auquel tu as affaire en ce moment, -parce que tu ne pourras jamais savoir si tu auras affaire un autre -homme. - -Le temps le plus important est le prsent parce que l seulement -l'homme est matre de lui-mme. - - - -IV.--_L'amour ne se manifeste que dans le prsent._ - -1 - -L'oeuvre principale de la vie est l'amour. Et on ne peut aimer ni dans le -pass ni dans le futur. On ne peut aimer que dans le prsent, cette -heure, cette minute. - -2 - -L'amour est une manifestation de l'essence divine qui n'a pas de temps; -c'est pourquoi l'amour ne se manifest que dans le prsent, tout de -suite, tout moment du prsent. - -3 - -Aimer, en gnral, c'est faire le bien. C'est ainsi que nous comprenons -tous l'amour, et nous ne pouvons le comprendre autrement. - -L'amour n'est pas seulement un mot; il comprend les oeuvres que nous -accomplissons pour le bonheur d'autrui. - -Si l'homme dcide de ne pas rpondre aux exigences du plus petit amour -vrai en vue d'un grand amour futur, il se leurre, leurre les autres et -n'aime personne, sauf lui. - -Il n'y a pas d'amour dans le futur: l'amour n'existe que dans le -prsent. Si l'homme n'accomplit pas l'oeuvre de l'amour dans le prsent, -c'est qu'il n'a pas d'amour. - -4 - -Tu veux le bien. Or, le bien ne peut se produire qu'immdiatement. Il ne -peut y avoir de bien dans l'avenir, parce qu'il n'y a pas d'avenir, il -n'y a que le prsent. - -5 - -Ne remets jamais une bonne action si tu peux l'accomplir aujourd'hui, -parce que la mort ne demande pas si tu as fait ce que tu dois. La mort -n'attend personne ni rien. La chose la plus importante est donc celle -qu'on accomplit l'instant mme. - -6 - -N'attendons pas pour tre justes, compatissants. N'attendons pas la -venue des souffrances exceptionnelles des autres et les ntres. La vie -est brve; dpchons-nous donc rjouir les coeurs de nos compagnons -pendant cette courte traverse. Htons-nous d'tre bons. - - AMIEL. - -7 - -Les hommes de bien oublient les bonnes actions qu'ils ont accomplies: -ils sont tellement occups ce qu'ils font, qu'ils ne pensent plus ce -qu'ils ont dj fait. - - _Proverbe chinois._ - -8 - -La vie dans le prsent est l'tat dans lequel Dieu vit en nous. C'est -pourquoi le moment prsent est plus cher que tout. Emploie toutes les -forces de ton me ne pas laisser chapper ce moment, afin de ne pas -cacher toi-mme le Dieu qui peut se manifester en toi. - - - -V.--_Tentation de la prparation la vie, au lieu de la vie mme._ - -1 - -Je ferai cela quand je serai grand.--Je vivrai ainsi lorsque j'aurai -termin mes tudes, lorsque je me serai mari. Je ferai cela lorsque -j'aurai des enfants, lorsque j'aurai mari mon fils, o lorsque je serai -riche, lorsque j'habiterai un autre endroit, ou lorsque je serai vieux. - -Ainsi parlent les enfants, les adultes, les vieillards, et personne ne -sait s'il vivra jusqu'au soir. Nous ne pouvons rien savoir de tout cela: -si nous aurons ou non la possibilit de le mener bonne fin, si la mort -ne nous empchera pas de le faire. - -Il n'y a qu'une seule oeuvre que la mort ne peut entraver: c'est -l'accomplissement, toute heure de la vie, de la volont de Dieu, celle -qui est d'aimer les hommes. - -2 - -Nous pensons et nous disons souvent que je ne puis pas faire tout ce -que je dois par suite de la situation o je me trouve. Combien cela -est faux! Le travail intrieur, qui est la raison mme de la vie, est -toujours possible. Tu es en prison, tu es malade, tu es priv de la -possibilit, d'entreprendre toute activit extrieure; on t'offense, on -te tourmente; mais ta vie intrieure est dans ton pouvoir: tu peux, dans -la pense, reprocher, blmer, envier, dtester les hommes, et tu peux -aussi rprimer ces sentiments et les remplacer par de bons. De sorte que -chaque minute de ta vie est toi, et personne ne peut te la prendre. - -3 - -Se savoir malade, prendre soin pour se gurir, surtout penser ce -que je suis souffrant pour le moment et, par suite, incapable d'agir, -se dire que lorsque je redeviendrai valide, j'agirai, est une grande -tentation. Car ces paroles signifient: je refuse ce qui m'est donn, -mais je veux ce qui n'existe pas. On peut toujours se rjouir de ce que -l'on possde chaque instant et faire immdiatement tout ce que l'on -peut. - -4 - -Tu n'es pas bien, et il te semble que cela vient de ce que tu ne peux -pas vivre comme tu voudrais, que tu aurais plus facilement fait ce que -tu crois devoir faire si ta vie tait autre. C'est faux. Tu as tout ce -que tu dsires. A tout moment de ta vie, tu peux faire la meilleure -chose que tu es mme d'accomplir. - -5 - -Les importantes, les grandes oeuvres qui ne peuvent tre termines que -dans l'avenir, ne sont pas de vraies oeuvres, elles ne sont pas faites -pour la gloire de Dieu. Si tu crois en Dieu, tu croiras la vie dans le -prsent, tu travailleras des oeuvres qui peuvent tre acheves dans le -prsent. - -6 - -_Momento-mori_. Souviens-toi de la mort! est une grande parole. Si -nous nous souvenions que nous mourrons invitablement et bientt, -notre vie serait tout autre. Si l'homme sait qu'il doit mourir dans -une demi-heure, il ne fera srement ni des choses vaines, ni btes, ni -surtout mauvaises, dans ce court laps de temps. Le demi-sicle qui te -spare, peut-tre, de la mort, n'est-ce pas une demi-heure? - - - -VI.--_Les consquences de nos actes regardent Dieu, et non pas nous._ - -1 - -Les consquences de nos actes ne dpendent pas de nous, parce qu'elles -sont infinies dans l'espace infini et dans le temps infini. - -2 - -Si tu peux voir toutes les consquences de ton activit, sache que cette -activit est nulle. - -3 - -Nos actes de l'instant, du moment, sont nous; ce qu'il en rsultera, -c'est l'affaire de Dieu. - - FRANOIS d'ASSISE. - -4 - -En vivant d'une vie spirituelle, c'est--dire en communion avec Dieu, -l'homme, bien qu'il ne puisse pas connatre les consquences de ses -actes, sait srement que ces consquences seront heureuses. - -5 - -L'acte accompli sans la moindre rflexion aux consquences possibles, -uniquement en vue d'accomplir la volont de Dieu, est la meilleure -action que l'homme peut accomplir. - -6 - -La rcompense d'une vie juste n'est jamais dans l'avenir, mais dans le -prsent. Si tu fais bien l'instant, tu te sens bien l'instant. Et si -tu agis bien, les consquences ne peuvent ne pas tre bonnes. - - - -VII.--_Ceux qui croient que le sens de la vie est dans le prsent ne se -proccupent pas de la vie d'outre-tombe._ - -1 - -Nous nous embrouillons dans nos ides sur la vie future; nous nous -demandons ce qu'il y aura aprs la mort. Mais on ne peut le demander, -parce que la vie et l'avenir sont deux termes contradictoires: la vie -est seulement dans le prsent. Il nous semble qu'elles _a t_ et -qu'elle _sera_, tandis qu'elle _est_ seulement. Il ne faut pas chercher -une solution la question de l'avenir, mais penser comment nous devons -vivre dans le prsent, l'instant mme. - -2 - -Nous ignorons toujours tout ce qui a trait la vie corporelle, parce -que cette vie est rgle par le temps et que nous ne pouvons pas -connatre l'avenir. - -Mais dans le domaine de la vie spirituelle, il n'y a pas de futur. C'est -pourquoi l'inconnu de notre vie diminue mesure qu'elle se transforme -de charnelle en spirituelle, mesure que nous vivons dans le prsent. - -3 - -Nous devons accomplir honntement et d'une manire impeccable le travail -qui nous est confi, indpendamment de notre espoir de devenir un jour -des anges, ou de notre croyance d'avoir t jadis des mollusques. - - JOHN RUSKIN. - -4 - -A mesure que la vie se prolonge, surtout la vie en bonnes actions, -l'importance du temps et l'intrt de la question de ce qui sera -tombent. Plus nous sommes vieux, plus le temps passe vite; ce qui sera -a de moins en moins d'importance et ce qui est en gagne de plus en -plus. - -Si tu peux lever ton esprit au-dessus de l'espace et du temps, tu te -trouves tout instant dans l'ternit. - - ANGLUS. - - -[1] Proverbe russe. (_N. du trad._). - - - - -CHAPITRE XXI - -LE NON-AGIR - - -Les hommes gtent moins leur vie en ne faisant pas ce qu'ils doivent -faire, qu'en faisant ce qu'ils ne doivent pas faire. C'est pourquoi le -plus grand effort que l'homme doit faire sur lui-mme pour avoir une vie -heureuse--est de s'abstenir de faire ce qu'il ne faut pas faire. - - -I.--_L'abstention est le meilleur moyen de mener une bonne vie._ - -1 - -Ce qui importe le plus tous les hommes, c'est de vivre bien. Vivre -bien, c'est moins de faire tout le bien que nous pouvons, que de ne pas -faire le mal que nous pouvons viter de commettre. L'essentiel, c'est de -ne pas faire de mal. - -2 - -Tous les hommes de notre poque savent que notre vie est mauvaise, et -ils ne se bornent pas critiquer son organisation, mais travaillent - ce qui, leur avis, doit amliorer notre vie. Pourtant, loin de -s'amliorer, l'organisation de notre vie empire chaque jour. Pourquoi? -Parce que les hommes accomplissent les travaux les plus compliqus et -les plus difficiles pour amliorer la vie, mais ne font pas la chose la -plus simple et la plus facile: ils ne s'abstiennent pas de prendre part -aux oeuvres qui rendent notre vie mauvaise. - -3 - -L'homme apprend ce qu'il doit faire seulement aprs avoir compris ce -qu'il ne doit pas faire. Et, en en faisant pas ce qu'il ne doit pas -faire, il fera invitablement ce qu'il doit faire, bien qu'il ne saura -pas pourquoi il fait ce qu'il fait. - -4 - -Question: Qu'est-ce qu'il y a de mieux faire quand on est press? -Rponse: Rien. - -5 - -Dans les moments d'abattement moral, on doit se comporter envers -soi-mme comme envers un malade: ne rien entreprendre. - -6 - -Si tu ne sais pas quel parti prendre: agir ou ne pas agir, sache qu'il -est toujours prfrable de s'abstenir que d'agir. Si tu n'avais pas la -force de t'abstenir, et si tu savais srement que l'affaire est bonne, -tu ne te serais pas demand si tu dois la raliser ou non; si tu te le -demandes, c'est que tu sais que tu peux te contenir et, ensuite, tu es -sr que l'affaire n'est pas tout fait bonne. Si elle tait absolument -bonne, tu ne te serais pas interrog. - -7 - -Si tu as grande envie de quelque chose et s'il te semble que tu ne -pourrais pas rsister l'envie, dfie-toi. Ce n'est pas vrai que -l'homme ne puisse se contenir dans n'importe quel cas. Seul celui qui -s'est assur l'avance qu'il ne peut se contenir, n'est pas en tat de -le faire. - -8 - -Que chacun, mme un tout jeune homme, se rappelle sa vie. Et si tu -regrettes une seule fois de n'avoir pas fait ce que tu devais et ce qui -serait bien, tu regretteras des centaines de fois d'avoir fait ce qui -tait mal et que tu n'aurais pas du faire, - - - -II.--_Consquences de l'incontinence._ - -1 - -Il y a moins de mal ce que nous faisons autre chose que nous aurions -d faire, qu' ce que nous ne nous abstenons pas de ce que nous -n'aurions pas d faire. - -2 - -Le laisser-aller dans une seule occasion affaiblit la force de la -continence dans toute autre. L'habitude prise de ne pas se contenir est -comme un torrent invisible sous une maison. Une telle maison ne rsiste -pas la pousse. - -3 - -Il est plus mauvais de faire trop que de ne pas faire assez; il est plus -mauvais de se presser que de venir en retard. - -Les reproches de la conscience sont toujours plus douloureux pour ce que -l'on a fait que pour ce que l'on n'a pas fait. - -4 - -Plus la situation semble difficile, moins on doit agir. C'est -prcisment par l'action que nous gtons ordinairement ce qui commenait -dj s'arranger. - -5 - -La plupart des gens qu'on appelle mchants sont devenus tels parce -qu'ils prenaient leur mauvaise humeur pour leur tat d'me normal et -s'abandonnaient sans faire d'efforts pour y rsister. - -6 - -Si tu ne te sens pas la force de te contenir d'un dsir charnel, la -cause est srement en ce que tu ne t'es pas contenu lorsque tu tais -encore en tat de le faire; puis, le dsir est devenu une habitude. - - - -III.--_Toute activit n'est pas digne d'estime._ - -1 - -On a tort de croire que toute activit, sans se proccuper de son -caractre, est, en elle-mme, une occupation honorable, digne de -considration. Il s'agit de savoir quelle est cette activit et dans -quelles conditions l'homme s'abstient d'agir. - -2 - -Souvent les hommes refusent firement de prendre part des plaisirs -innocents en le motivant par des occupations plus srieuses. Cependant, -sans compter que le jeu simple et joyeux est plus utile et important -que bien des affaires, le travail mme pour lequel les gens occups -renoncent au plaisir, est souvent tel qu'il serait prfrable de ne pas -le faire. - -3 - -Pour la marche relle de la vie, une activit extrieure et turbulente -est non seulement inutile, mais encore nuisible. L'inaction, sans -les plaisirs procurs par le travail des autres, est la situation -la plus pnible, si elle n'est pas comble par un travail intrieur; -c'est pourquoi, si l'homme vit en dehors du luxe assur par le travail -d'autrui, cet homme ne restera pas oisif. Le plus grand tort est caus - l'humanit, non par l'oisivet, mais par des actions nuisibles et -inutiles. - - - -IV.--_L'homme peut viter de mauvaises habitudes s'il a conscience -d'tre non une crature charnelle, mais spirituelle._ - -1 - -Pour apprendre se contenir, il faut apprendre se ddoubler en un -homme charnel et en un homme spirituel, et habituer l'homme charnel -faire ce que veut l'homme spirituel. - -2 - -Lorsque l'me dort, lorsqu'elle n'agit pas, le corps est -irrsistiblement soumis aux manifestations des sens que provoquent en -lui les actes de ceux qui entourent l'homme. Ils billent, il bille -galement; ils s'emportent, il s'emporte aussi; ils se fchent, il se -fche; ils s'attendrissent, pleurent, et il a les larmes aux yeux. - -Cette subordination involontaire aux influences extrieures est souvent -la cause des mauvaises actions qui sont en dsaccord avec les exigences -de la conscience. Mets-toi en garde contre ces influences extrieures et -ne te soumets pas elles. - -3 - -Si tu habitues ton ct charnel, depuis ton jeune ge, obir la -partie spirituelle, il te sera facile de contenir tes dsirs. Celui qui -s'est habitu contenir ses dsirs a toujours une vie joyeuse et facile. - - - -V.--_Plus on lutte contre l'incontinence, plus la lutte devient facile._ - -1 - -Une guerre intestine se droule en l'homme entre sa raison et ses -passions. L'homme aurait pu jouir d'un certain calme s'il ne possdait -que la raison sans les passions, ou les passions sans la raison. Mais -comme il possde l'un et les autres, il ne peut viter le combat, il -ne peut tre en paix avec l'un que s'il est en guerre avec l'autre. Il -lutte toujours en lui-mme. Et cette lutte est indispensable; c'est l -toute la vie. - - PASCAL. - -2 - -Pour respecter les autres comme soi-mme, il faut agir envers eux comme -nous voulons que l'on agisse envers nous; l est l'oeuvre principale -de la vie. Il faut se matriser, et, pour se matriser, il faut s'y -habituer. - -3 - -Chaque fois que tu as grande envie de faire quelque chose, arrte-toi -et rflchis afin de savoir si ce dont tu as tellement envie est bien. - -4 - -Pour ne pas commettre de mauvaises actions, il ne suffit pas de s'en -abstenir; il faut apprendre se contenir des mauvaises conversations -et, surtout, des mauvaises penses. Ds que tu te rends compte que tes -paroles sont mauvaises, que tu te moques, blmes, injuries, arrte-toi, -tais-toi et n'coute pas les autres. Agis de mme lorsque tu as de -mauvaises ides, lorsque tu penses mal de ton prochain; qu'il soit digne -de blme ou non, arrte-toi et tche de penser autre chose. C'est -seulement lorsque tu apprendras te contenir des mauvaises paroles et -des mauvaises penses, que tu seras en tat de te contenir des mauvaises -actions. - -5 - -Indpendamment du nombre de fois qu'il t'arrivera de tomber sans pouvoir -vaincre tes passions, ne te laisse pas abattre. Tout effort de lutte -diminue la force de la passion et facilite la victoire. - -6 - -Chaque passion dans le coeur de l'homme est d'abord comme un solliciteur, -ensuite comme un hte, et enfin comme le matre de la maison. N'ouvre -pas la porte de la maison de ton coeur ce solliciteur. - - - -VI.--_La porte de la continence pour chaque homme et pour l'humanit -entire._ - -1 - -Si tu veux tre libre, habitue-toi contenir tes dsirs. - -2 - -Qui est sage? Celui qui apprend toujours quelque chose chez quelqu'un. -Qui est riche? Celui qui se contente de son sort. Qui est fort? Celui -qui sait se matriser. - - _Le Talmud._ - -3 - -On dit que le christianisme est une doctrine de faiblesse parce qu'il -ne recommande pas d'agir, mais plutt de s'abstenir de l'action. Le -christianisme, doctrine de faiblesse! Une doctrine de faiblesse dont le -Fondateur a pri en martyr sur la croix, toujours fidle Lui-mme, -et dont les fidles comptent des milliers de martyrs, les seuls hommes -qui regardaient bravement le mal en face et qui se rvoltaient contre -lui! Et les violents d'alors qui ont excut le Christ, de mme que les -violents d' prsent savent quelle est cette doctrine de faiblesse et la -craignent plus que tout. Leur flair leur montre que seule cette doctrine -dtruit srement et jusqu' la base tout le rgime qui les soutient. Il -faut bien plus de force pour se contenir du mal que pour accomplir la -chose la plus difficile que nous considrons comme bien. - -4 - -Toutes les diversits de nos situations dans le monde ne sont rien en -comparaison de la matrise de l'homme sur lui-mme. Si un homme est -tomb la mer, il est absolument indiffrent d'o il est tomb et -quelle est cette mer. La seule chose qui importe, c'est de savoir s'il -sait nager ou non. La force n'est pas dans les conditions extrieures, -mais dans le savoir de se dominer. - -5 - -La vraie force n'est pas dans celui qui ne vainc pas les autres; mais -dans celui qui se vainc lui-mme qui ne permet pas la bte de dominer -son me. - -6 - -Celui qui s'abandonne aux dsirs de la passion, qui cherche les -jouissances, sent ses passions se dvelopper de plus en plus et se -trouve enchan par les passions. - -Celui qui a pu vaincre la passion a bris les chanes. - - _Sagesse bouddhiste._ - -7 - -Jeune homme, refuse de satisfaire tes dsirs (plaisirs, luxe, etc.), -si ce n'est dans l'intention de renoncer absolument tout cela, du -moins dans le but d'avoir devant soi une possibilit continuelle de -jouissance. Cette conomie l'gard de ton sentiment de vitalit te -rendra, en effet, plus riche parce que tu diffres tes jouissances. - -La conscience que la jouissance est dans ton pouvoir est plus fconde -et plus vaste, comme tout ce qui est idal, que le dsir satisfait par -cette jouissance, parce que la satisfaction dtruit le sentiment de -jouissance mme. - - KANT. - -8 - -On doit moins chercher faire le bien qu' tre bon; moins chercher - luire qu' tre pur. L'me semble vivre dans un vase en verre, et -l'homme peut le salir ou le tenir propre. Dans la mesure o le verre -est pur, lumire de la vrit luit travers, pour l'homme lui-mme -et pour les autres. C'est pourquoi l'oeuvre principale de l'homme est -interne; elle consiste entretenir son vase dans la propret. Garde-toi -seulement de te souiller, et la lumire luira pour toi comme pour les -autres. - -9 - -Souvent, pour arriver ce que nous dsirons, il sufft de cesser de -faire ce que nous faisons. - -10 - -Il sufft de contempler la vie que les hommes mnent dans notre -monde, voir Chicago, Paris, Londres, toutes, les villes, les usines, -les chemins de fer, les machines, les armements, les canons, les -forteresses, les imprimeries, les muses, les maisons 30 tages, -etc., et se poser la question de ce que l'on doit faire avant tout -afin que les hommes puissent vivre bien, pour que cette rponse vienne -d'elle-mme: cesser avant tout d'accomplir les choses inutiles; et -l'inutile dans notre monde europen constitue les 0,99 de toute -l'activit humaine. - -11 - -Si tenu et transparent que soit devenu le mensonge rsultant de la -contradiction entre notre vie et notre conscience, il s'amincit et -s'tire encore, mais ne se rompt pas. Et tout en devenant toujours plus -mince en s'tirant de plus en plus, ce mensonge lie l'ordre existant des -choses et entrave l'avnement d'un nouveau. - -La plupart des hommes du monde chrtien ne croient plus aux rglements -paens qui gouvernent leur vie, et croient aux principes chrtiens -qu'ils reconnaissent dans leur conscience; mais la vie continue comme -par le pass. Pour supprimer tous les malheurs et les contradictions qui -tourmentent actuellement les hommes afin que le Rgne de Dieu annonc - l'humanit depuis 1900 ans arrive, les hommes de notre temps n'ont -besoin que d'une seule chose: d'un effort moral. De mme que pour faire -reprendre un liquide refroidi au-dessous de son point de conglation -la forme de cristaux qui lui est propre, il faut une impulsion,--pour -faire passer l'humanit la forme de vie qui lui est naturelle, il faut -un effort moral, l'effort par lequel est conquis le Royaume de Dieu. - -Cet effort n'est pas un effort de mouvement, ni l'effort de rvlation -d'une philosophie nouvelle, de nouvelles ides, ni l'effort exig pour -des exploits nouveaux et extraordinaires; l'effort ncessaire pour -pntrer dans le royaume de Dieu, ou pour entrer dans une nouvelle forme -de vie, est un effort ngatif, l'effort de ne pas suivre le courant, -l'effort de ne pas accomplir des actes incompatibles avec la conscience -intrieure. - -Et c'est la ncessit de faire cet effort que les hommes sont amens -maintenant par la cruaut de la vie et la clart et la propagation de la -doctrine chrtienne. - -12 - -Le moindre mouvement de la matire est important pour la nature. -Toute la mer se modifie cause d'une pierre. De mme, dans la vie -spirituelle, le moindre mouvement provoque des consquences sans fin. -Tout est grave. - - PASCAL. - - - - -CHAPITRE XXII - -LA PAROLE - - -La parole exprime la pense et peut servir unir ou dsunir les -hommes; c'est pourquoi on doit en user avec prcaution. - - - -I.--_La parole est une grande chose._ - -1 - -La parole peut unir les hommes; la parole peut les dsunir; la parole -peut servir l'amour, comme elle peut servir l'inimiti et la haine. -Garde-toi de la parole qui divise ou qui provoque l'inimiti et la haine. - -2 - -La parole exprime la pense; la pense manifeste la puissance divine; -c'est pourquoi la parole doit correspondre ce qu'elle exprime. Elle -peut tre indiffrente, mais ne peut et ne doit pas exprimer le mal. - -3 - -L'homme est porteur de Dieu. Il peut exprimer la conscience de sa -divinit par la parole. Comment ds lors ne pas observer de la prudence -en parlant? - -4 - -Le temps passe, et la parole dite reste. - -5 - -Si tu as le temps de rflchir avant de commencer parler, rflchis -sur la ncessit de ce que tu veux dire et si cela ne peut faire de tort - personne. Car il arrive le plus souvent qu'aprs avoir rflchi, tu ne -commences mme pas parler. - -6 - -Rflchis avant de parler. Mais arrte-toi avant que l'on ne te dise -assez. La facult de la parole met l'homme au-dessus de la bte, mais -il lui est infrieur s'il dit tout ce qui lui passe par la tte. - - SAADI. - -7 - -Aprs une longue conversation, tche de te rappeler tout ce qui a t -dit, et tu seras tonn de voir combien tout ce qui a t dit tait -vain, inutile et souvent mchant. - -8 - -Ecoute, sois attentif, mais parle peu. - -Ne parle jamais si l'on ne s'adresse pas toi; lorsque l'on -t'interroge, rponds de suite et brivement, et ne sois pas honteux si -tu dois avouer que tu ne sais pas ce que l'on te demande. - - SOUFI. - -9 - -Si tu veux tre sage, apprends questionner raisonnablement, couter -attentivement, rpondre tranquillement et cesser de parler quand tu -n'as plus rien dire. - - LAVATER. - -10 - -Ne loue pas, ne blme pas, ne discute pas. - -11 - -Ecoute les discours d'un homme savant avec attention, quand bien mme -ses actes ne correspondraient pas son enseignement. L'homme doit -s'instruire, quand bien mme les prceptes seraient gravs sur un mur. - - SAADI. - -12 - -Il existe trois mots excellents trs courts: _Je ne sais._ Habitue ta -langue les dire plus souvent. - - _Sagesse orientale._ - -13 - -Il y a une ancienne sentence qui dit: _de mortius aut bene, aut nihil_, -c'est--dire: dis du bien des morts ou n'en parle point. Combien cela -est injuste! On aurait d dire, au contraire: Dis du bien des vivants -ou n'en parle point. Combien de souffrances cela aurait vit aux -hommes, et comme cela est facile! - -Pourquoi ne doit-on pas dire de mal des morts? Dans notre monde, au -contraire, on s'est accoutum, par suite de l'usage des ncrologies -et des jubils, de ne faire aux morts que des loges exagrs, par -consquent, dire des mensonges. Et ces loges mensongers sont nuisibles -parce qu'ils cachent la diffrence entre le bien et le mal. - -14 - -A quoi peut-on comparer la langue dans la bouche de l'homme? C'est la -clef du trsor; lorsque la porte est ferme, personne ne peut savoir ce -qui y est renferm: des pierres prcieuses ou du rebut inutile. - - SAADI. - -15 - -Bien que le silence soit utile d'aprs la doctrine des sages, la parole -libre est galement utile, mais utile en son temps seulement. Nous -pchons par la parole quand nous nous taisons, alors que nous devrions -parler, et quand nous parlons, alors que nous devrions nous taire. - - SAADI. - - - -II.--_Tais-toi lorsque tu te fches._ - -1 - -Si tu sais comment les gens devraient vivre et que tu leur veux du bien, -tu le leur diras. Tu tcheras de le leur exprimer de faon ce qu'ils -croient tes paroles. Et pour qu'ils le croient et te comprennent, tu -dois t'efforcer de leur transmettre tes ides sans irritation et colre, -mais avec calme et bont. - -2 - -Si tu veux, dans la conversation, faire part ton interlocuteur de -quelque vrit, l'essentiel est de ne pas te fcher et de ne pas -prononcer une seule parole mauvaise ou blessante. - - D'Aprs PICTTE. - -3 - -Une parole non prononce est d'or. - -4 - -Si tu ne peux pas calmer ta colre immdiatement, tiens ta langue. -Tais-toi, et tu te calmeras bientt. - - BAKSTER. - -5 - -Tche, pendant la discussion, de rendre tes paroles douces et tes -arguments fermes. Tche non pas de vexer ton adversaire, mais de le -convaincre. - - WILKINS. - -6 - -Ds que nous sentons la colre pendant la discussion, nous ne discutons -plus pour la vrit, mais pour nous-mmes. - - CARLYLE. - - - -III.--_Ne discute pas._ - -Une querelle qui s'allume est pareille un torrent qui mine une digue: -ds qu'il la traverse, tu ne peux plus le retenir. Et toute querelle est -provoque et alimente par la parole. - - _Le Talmud._ - -2 - -La discussion ne convainc personne, mais elle dsunit et irrite. La -discussion est, par rapport l'opinion des gens, la mme chose que -le marteau par rapport au clou. Aprs la discussion, les opinions, -encore vagues, se calent solidement dans la tte, de mme que les clous -enfoncs dans le mur jusqu' la tte. - - D'aprs JUVNAL. - -3 - -Pendant la discussion, on oublie la vrit. Celui qui est le plus sage -cesse le premier discuter. - -4 - -Prte l'oreille aux discussions, mais ne t'y mle point. Dieu te -prserve de l'emportement et de l'irritabilit, mme dans leur moindre -manifestation. La colre est toujours dplace, mais surtout dans une -affaire o l'on a raison, pare qu'elle ne fait que l'obscurcir et la -troubler. - - GOGOL. - -5 - -La meilleure rponse un fou est le silence. Chaque mot de rplique te -reviendra par ricochet. Rpondre une offense par l'offense revient au -mme que de jeter du bois dans le feu. - - - -IV.--_Ne juge point._ - -1 - -Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugs; car on vous jugera -du mme jugement dont vous jugez; et on vous mesurera de la mme mesure -dont vous mesurez. Et pourquoi regardes-tu la paille dans l'oeil de -ton frre, tandis que tu ne vois pas la poutre dans ton oeil? Ou bien, -comment dis-tu ton frre: Permets que j'te cette paille de ton oeil, -et voici qu'une poutre est dans le tien? Hypocrite. Ote premirement de -ton oeil la poutre, et alors tu penseras ter la paille de l'oeil de ton -frre. - - MATTH. VII, 1-6. - -2 - -En pntrant en notre for intrieur, nous dcouvrons presque toujours -le pch que nous blmons chez un autre. Et si nous ne connaissons -pas le mme pch, nous n'avons qu' chercher pour en trouver un plus -mauvais encore. - -3 - -Lorsque tu te mets juger un homme, pense ne pas dire de mal de lui, -si tu es sr qu'il a commis ce mal, et, plus forte raison, lorsque tu -n'en sais rien et que tu rptes simplement les paroles d'autrui. - -4 - -Il est toujours injuste de juger un autre, parce que personne ne peut -jamais savoir ce qui s'est pass et ce qui se passe dans l'me de celui -que l'on juge. - -5 - -Il est bon de s'entendre avec un ami afin que l'un arrte l'autre, si -l'un de vous deux commence mdire de son prochain. Et si tu n'as pas -un tel ami, entends-toi l-dessus avec toi-mme. - -6 - -Il est mauvais de mdire des gens en leur prsence, parce que cela les -offense, et il est malhonnte de le faire en leur absence, parce que -cela les trompe. Le mieux est de ne pas chercher le mal chez les autres, -de l'oublier, mais de le chercher en soi-mme et de s'en rappeler. - -7 - -La mdisance spirituelle est comme un plat de charogne la sauce. La -sauce cache toutes les salets que l'on mange sans s'en apercevoir. - -8 - -Moins on est renseign sur les mauvaises actions des gens, plus on est -svre envers soi-mme. - -9 - -N'coutez jamais ceux qui disent du mal des autres et du bien de -vous-mmes. - -10 - -Celui qui mdit de toi derrire ton dos te craint, et celui qui te loue -en ta prsence te mprise. - - _Proverbe chinois._ - -11 - -La mdisance plat tellement aux gens qu'il est trs difficile de se -contenir de ne pas tre agrable ses interlocuteurs en mdisant des -absents. Mais si tu tiens absolument rgaler les gens, offre-leur -autre chose que des mets malsains, tant pour toi-mme que pour ceux que -tu rgales. - -12 - -Cache le pch d'autrui, Dieu t'en pardonnera deux. - - - -V.--_Le danger de l'intemprance de langage._ - -1 - -Nous savons que nous devons manier les fusils chargs avec prcaution, -et nous ne voulons pas savoir que l'on doit prendre les mmes -prcautions avec la parole. La parole peut non seulement tuer, mais -causer plus de mal que la mort. - -2 - -Nous nous rvoltons devant les crimes de la chair: excs de table, -coups de poing, adultre, meurtre; et nous considrons avec beaucoup -de lgret les crimes de la parole: mdisance, offense, trahison, -publication de paroles mauvaises et dpravantes, et, cependant, les -consquences des crimes commis par la parole sont bien plus graves que -les crimes commis par la chair. La seule diffrence entre les deux -catgories est en ce fait que le mal des crimes de la chair s'aperoit -immdiatement, tandis que nous ne remarquons pas le mal du crime commis -par la parole, parce qu'il se manifeste loin de nous, dans le temps et -dans l'espace. - -3 - -Il y avait une nombreuse runion, plus de mille personnes, dans un grand -thtre. Au milieu du spectacle, un sot voulut plaisanter et cria: Au -feu! Le public s'lana vers les portes. Tous se rurent, s'crasant, -et lorsque le calme revint, on constata que 20 personnes taient tues -et 50 blesses. - -Ce grand mal n'a t caus que par une sotte parole. - -Ici, au thtre, le mal caus est perceptible immdiatement, mais -souvent une sotte parole cause lentement bien plus de mal encore, -quoiqu'on ne le remarque pas immdiatement. - -4 - -Rien n'encourage l'oisivet autant que les vains discours. Si les gens -se taisaient, au lieu de dire les btises pour chasser l'ennui de -l'oisivet, ils n'auraient pu supporter celle-ci et se mettraient -travailler. - -5 - -En parlant mal des gens, on fait du tort trois personnes la fois: - celui dont on parle, celui qui on parle, et surtout celui qui -parle. - - BASILE LE GRAND. - -6 - -Il est surtout mauvais de mdire des gens hors leur prsence, parce que -l'opinion exprime qui pourrait tre utile l'absent, si elle lui tait -dite en face, lui demeure cache; par contre, elle est communique -celui qui elle est nuisible, parce qu'elle veille en lui un mauvais -sentiment envers celui dont on mdit. - -7 - -On se repent rarement d'avoir gard le silence, mais combien de fois -on se repentira d'avoir parl, et on s'en serait repenti plus souvent -encore si l'on connaissait toutes les consquences de sa parole. - -8 - -Plus on a envie de parler, plus il y a de danger dire du mal. - -9 - -L'homme qui sait se taire, mme s'il a raison, possde une grande force. - -CATON. - - - -VI.--_L'utilit du Silence._ - -1 - -Laisse davantage reposer ta langue que tes bras. - -2 - -Le silence est souvent la meilleure des rponses. - -3 - -Tourne ta langue sept fois avant de te mettre parler. - -4 - -Il faut ou bien se taire, ou bien dire des choses qui sont meilleures -que le silence. - -5 - -Celui qui parle beaucoup travaille peu. Un homme sage craint toujours -que ses paroles ne promettent plus qu'il ne peut donner; c'est pourquoi -il se tait le plus souvent, et ne parle que lorsque cela lui est -ncessaire, lui, non aux autres. - -6 - -J'ai vcu toute ma vie parmi les sages, et je n'ai rien trouv de mieux -pour l'homme que le silence. - - _Le Talmud._ - -7 - -Si, sur cent fois, tu regrettes une fois de n'avoir pas dit ce qu'il -fallait, tu regretteras srement 99 fois sur cent d'avoir parl -lorsqu'il fallait te taire. - -8 - -Seul le fait d'avoir exprim une bonne intention affaiblit dj le dsir -de la raliser. Mais comment retenir l'expression des lans nobles et -pleins de fatuit de la jeunesse? Ce n'est que bien plus tard qu'on les -regrette comme on regrette d'avoir cueilli une fleur encore en bouton et -que l'on voit ensuite fane et foule au pied. - -9 - -La parole est la clef du coeur. Si la conversation est vaine, un seul mot -est dj superflu. - -10 - -Lorsque tu es seul, pense tes pchs; lorsque tu es en socit, oublie -ceux des autres. - - _Sentence chinoise._ - -11 - -Pour un sot, le mieux est de se taire. Mais s'il le savait, il ne serait -plus un sot. - -12 - -Quand tu parles, tes paroles doivent tre meilleures que le silence. - - _Proverbe arabe._ - -Celui qui est loquace ne peut viter le pch. - -Si la parole cote un denier, le silence en vaut deux. - -Si le silence sied aux sages, il convient d'autant plus aux sots. - - _Le Talmud._ - - - -VII.--_L'Utilit de la temprance du langage._ - -1 - -Moins tu parleras, plus tu travailleras. - -2 - -Deshabitue-toi de mdire, et tu prouveras, dans ton me, un -accroissement de la capacit d'aimer, tu ressentiras une augmentation de -vie et de bonheur. - -3 - -Mahomet et Ali rencontrrent un jour un homme qui, considrant Ali -comme son offenseur, se mit l'injurier. Assez longtemps, Ali supporta -cela patiemment et en silence; finalement, ne se contenant plus, il se -mit rpondre par des injures aux injures. Alors, Mahomet s'carta -d'eux. Lorsqu'Ali revient Mahomet, il lui dit d'un ton vex: -Pourquoi m'as-tu laiss seul supporter les injures de cet homme -insolent?--Lorsque cet homme t'injuriait et que tu te taisais, dit -Mahomet, je voyais dix anges autour de toi et qui lui rpondaient. -Mais quand tu t'es mis lui rpondre par des injures, les anges -t'abandonnrent, et je me suis cart galement. - - _Lgende musulmane._ - -4 - -Cacher les dfauts des autres gens et parler de ce qu'ils ont de bon est -une preuve d'amour et le meilleur moyen pour attirer l'affection des -prochains. - - Des _Pieuses Penses._ - -5 - -Le bonheur de la vie des hommes est dans l'amour entre eux; or, une -mauvaise parole dtruit l'amour. - - - - -CHAPITRE XXIII - -PENSE - - -De mme que l'homme peut s'abstenir de commettre un acte qu'il croit -mauvais, il peut repousser une pense qui l'attire et qu'il croit -mauvaise. C'est en cette abstention de penses qu'est la force -principale de l'homme, parce que tous les actes naissent de la pense. - - -I.--_Le rl de la pense._ - -1 - -On ne peut se dbarrasser des pchs, des tentations et des -superstitions par l'effort physique. Cela n'est possible que par -l'effort de la pense. C'est par l'effort de la pense qu'on peut -s'habituer l'abngation, l'humilit, la droiture. Quand l'homme -aspire l'abngation, l'humilit, la droiture, il a galement -la force de lutter dans la vie quotidienne contre les pchs, les -tentations et les superstitions. - -2 - -Bien que ce ne soit pas la pense qui nous ait rvl que l'on doit -aimer--elle ne pouvait nous le rvler--elle importe en raison de ce -fait qu'elle nous indique ce qui empche l'amour. C'est prcisment cet -effort intellectuel contre ce qui empche l'amour qui est plus important -et plus ncessaire que tout le reste. - -3 - -Si l'homme n'avait pas la facult de rflchir, il ne comprendrait pas -pourquoi il vit. Et s'il ne le comprenait pas, il n'aurait pu savoir ce -qui est bien et ce qui est mal. C'est pourquoi il n'y a rien de plus -cher l'homme que de savoir penser. - -4 - -Les hommes envisagent les doctrines morales et religieuses, d'une -part, et la conscience, de l'autre, comme deux guides diffrents. En -ralit, il n'y a qu'un seul guide: la conscience, c'est--dire, la -reconnaissance de la voix de Dieu qui vit en nous. Cette voix dcide -indubitablement pour chaque homme ce qu'il doit ou ne doit pas faire; et -chaque homme peut toujours voquer cette voix par un effort de pense. - -5 - -Si l'homme ne savait pas que ses yeux pouvaient voir et s'il ne les -ouvrait jamais, il aurait t trs misrable. De mme, et plus encore, -est misrable l'homme qui ne comprend pas que la facult de penser lui -est donne pour supporter tous les malheurs. Si l'homme est raisonnable, -il lui sera facile de les supporter; d'abord, parce que sa raison lui -dira que tous les malheurs passent et se transforment en bonheur, -et ensuite, que chaque malheur est utile un homme raisonnable. Et -pourtant, au lieu de regarder le malheur en face, les hommes tchent de -l'viter. - -Ne serait-il pas prfrable de nous rjouir de ce que Dieu nous ait -donn la facult de ne pas nous chagriner de ce qui nous arrive, -indpendamment, de notre volont, et de Le remercier de ce qu'Il ait -subordonn notre me uniquement ce qui est en notre pouvoir: notre -raison? Il n'a soumis notre me ni nos parents, ni nos frres, ni - la richesse, ni notre corps, ni la mort. Par Sa bont, Il l'a -seulement subordonne ce qui dpend de nous: nos penses. - -C'est sur ces penses-l et sur leur puret que nous devons veiller de -toutes nos forces pour notre bien. - - D'aprs PICTTE - -6 - -Lorsque nous apprenons une nouvelle pense et que nous la trouvons -juste, il nous semble l'avoir connue depuis longtemps et nous rappeler -maintenant de ce que nous savions dj. Toute vrit se trouve dj dans -l'me de tout homme. Ne l'touffe pas seulement par le mensonge, et, tt -ou tard, elle se rvlera toi. - -7 - -Souvent nous vient une pense qui nous semble juste et trange la -fois, et nous avons peur d'y croire. Mais, aprs avoir bien rflchi, -nous voyons que la pense qui nous semblait trange est la plus simple -vrit laquelle on ne peut plus cesser de croire, ds l'instant qu'on -l'a apprise. - -8 - -Pour pntrer dans la conscience de l'humanit, toute vrit doit -traverser trois phases. La premire: C'est tellement inepte que ce -n'est mme pas la peine de discuter. La deuxime: C'est immoral et -contraire la religion. La troisime: Ah, c'est tellement connu de -tous que ce n'est mme pas la peine d'en parler! - -9 - -En vivant au milieu des hommes, n'oublie pas ce que tu as appris dans la -solitude. Et rflchis dans la solitude sur ce que tes relations avec -les autres t'ont appris. - -10 - -Nous pouvons arriver la sagesse par trois chemins: d'abord, par la -voie de l'exprience, et ce chemin-l est le plus difficile; ensuite, -par la voie de l'imitation, et ce chemin-l est le plus facile; enfin, -par la voie de la rflexion, et ce chemin-l est le plus noble. - - CONFUCIUS. - - - -II.--_La vie de l'homme est dtermine par ses penses._ - -1 - -Le sort de l'homme est tel et tel uniquement d'aprs la faon dont il -comprend sa vie. - -2 - -Tous les grands changements dans la vie d'un homme, de mme que dans la -vie de l'humanit entire, commencent et s'accomplissent dans la pense. -Pour qu'une modification puisse s'effectuer dans les sensations et les -actes, un changement dans les penses doit s'effectuer d'abord. - -3 - -Tout ce qui est bon et ncessaire aux hommes ne s'acquiert pas d'un -coup, mais toujours au moyen d'un travail long et continu. C'est ainsi -que l'on apprend les mtiers, qu'on acquiert des connaissances, et c'est -ainsi que l'on apprend la chose plus difficile au monde: savoir vivre -d'une vie juste. - -Pour apprendre vivre ainsi, il faut avant tout savoir s'habituer -n'avoir que des bonnes penses. - -4 - -Les passages de notre vie d'un tat dans un autre ne se dterminent -pas par les actions, accomplies selon notre volont: par le mariage, -le changement du lieu d'habitation, le changement de profession, etc., -mais par les penses qui nous viennent pendant la promenade, au milieu -de la nuit, en mangeant et, surtout, par les penses qui, englobant tout -notre pass, nous disent: Tu as agi ainsi, mais tu aurais mieux fait -d'agir autrement. Et tous nos actes ultrieurs servent ces penses -servilement, excutent leur volont. - - THOREAU. - -5 - -Nos dsirs ne seront pas bons tant que nous n'aurons corrig les -habitudes de notre raison; et ces habitudes se forment au contact des -dductions de sagesse des meilleurs hommes de la terre. - - SNQUE. - -6 - -Ce qui est calme peut tre maintenu dans le repos. Ce qui ne s'est -pas encore manifest peut tre facilement prvenu. Ce qui est encore -faible peut facilement tre bris. Ce qui n'est pas encore nombreux peut -facilement tre dispers. - -Un gros arbre a commenc par tre une tige mince. Une tour neuf tages -a commenc tre leve par la pose de quelques petites briques. Un -voyage de mille lieues commence par un pas. Faites attention vos -penses: elles sont le commencement de vos actes. - - LAO-TSEU. - -7 - -De mme que la vie et la destine d'un homme sont dtermines par ce - quoi nous prtons le moins d'attention, par ses penses, la vie des -socits et des peuples est dtermine non par les vnements qui ont -lieu dans ces socits et ces peuples, mais par les ides qui unissent -la plupart des hommes de ces socits et de ces peuples. - -8 - -Ne pense pas que seuls les hommes extraordinaires peuvent tre sages. -La sagesse est ncessaire tous les hommes, et c'est pourquoi ils -peuvent tous tre sages. La sagesse consiste savoir quelle est l'oeuvre -de la vie et comment l'accomplir. Et pour l'apprendre, il suffit de -se rappeler que la pense est une grande chose, et, par consquent, -rflchir. - - - -III.--_La cause des plus grands malheurs des hommes rside non pas dans -leurs actes, mais dans leurs penses._ - -1 - -Lorsqu'il t'arrive un malheur, sache que cela ne vient pas de ce que tu -as fait, mais de ce que tu as pens. - -2 - -Les penses qui provoquent les actes mauvais sont bien plus nuisibles -que les actes eux-mmes. On peut ne pas recommencer une mauvaise action -et s'en repentir; tandis que les mauvaises penses engendrent les -mauvaises actions. Une mauvaise action aplanit seulement la route pour -les autres mauvaises actions; les mauvaises penses entranent sur cette -route. - -3 - -Pour qu'un flambeau puisse donner une clart calme, il faut qu'il soit -mis l'abri du vent. Si le flambeau est expos au vent, la lumire -vacillera et donnera des ombres tranges. Les mmes ombres tomberont -dans l'me de l'homme lorsque ses penses seront futiles, vacillantes et -incontrles. - - _Sagesse brahmane._ - - - -IV.--_L'homme est matre de ses penses_ - -1 - -Notre vie peut tre bonne ou mauvaise, suivant la qualit de nos -penses. Or on peut les gouverner. C'est pourquoi, pour vivre bien, -l'homme doit travailler ses penses, ne pas couter les mauvaises. - -2 - -Travaille purifier tes penses. Si tu n'as pas de mauvaises penses, -tu ne commettras pas de mauvaises actions. - - CONFUCIUS. - -3 - -Tout est dans le pouvoir du Ciel, sauf notre dsir de servir Dieu ou -nous-mmes. Nous ne pouvons empcher les oiseaux de voler au-dessus de -nos ttes, mais nous pouvons ne pas les laisser y faire leurs nids. De -mme, nous ne pouvons empcher les mauvaises penses de traverser notre -esprit, mais nous avons le pouvoir de ne pas les laisser y faire leur -nid pour couver et engendrer de mauvaises actions. - - LUTHER. - -4 - -On ne peut chasser une mauvaise pense lorsqu'elle vient l'esprit, -mais on peut comprendre que cette pense est mauvaise. Et si l'on -sait qu'elle est mauvaise, on peut ne pas s'y abandonner. Il nous -vient l'ide que tel ou tel autre homme est mchant. Je ne pouvais pas -m'empcher de le penser, mais si j'ai compris que cette ide tait -mauvaise, je peux me souvenir que c'est mal de mdire des gens, que je -suis mauvais moi-mme, et je peux ainsi me contenir de la mdisance, -mme par la pense. - -5 - -Si tu veux que ta pense te serve, tche de rflchir indpendamment de -tes sentiments et de ta situation, c'est--dire de ne pas agir contre -tes ides afin de justifier la sensation que tu prouves, ou la chose -que tu as faite ou que tu feras. - - - - -V.--_Il faut vivre d'une vie spirituelle pour avoir la force de -gouverner ses penses_. - -1 - -Nous croyons souvent que la plus grande force qui existe au monde est la -force matrielle. Nous le pensons, parce que notre corps, que nous le -voulions ou non, sent toujours cette force. Mais la force spirituelle, -la force de la pense, nous semble insignifiante, et nous ne la -reconnaissons pas pour une force. Cependant, c'est en elle qu'est la -vraie force, celle qui modifie notre vie et la vie des autres hommes. - -2 - -Notre vie est meilleure ou plus mauvaise, selon que nous nous -reconnaissons notre nature d'tres charnels ou d'tres spirituels. Dans -le premier cas, nous affaiblissons notre vie relle, nous dveloppons, -nous excitons les passions, la cupidit, la lutte, la haine, la crainte -de la mort. Tandis que si nous reconnaissons notre nature d'tres -spirituels, nous exaltons, nous levons la vie, nous la librons des -passions, de la lutte, de la haine, nous librons l'amour. Le transfert -de la conscience de l'tre charnel dans un tre spirituel s'effectue au -moyen d'un effort de pense. - -3 - -Voici ce que Snque crivait un ami: Tu fais bien, mon cher Lucain, -de tcher de maintenir ton esprit bon et charitable par tes propres -forces. Tout homme peut toujours se mettre dans cet tat d'me. Pour -cela, on n'a pas besoin d'lever les bras au ciel et de demander au -garde du temple la permission de nous approcher de Dieu afin qu'il -puisse mieux nous entendre: Dieu est toujours prs de nous, Il est en -nous. En nous vit le Saint Esprit, tmoin et gardien de tout ce qui est -bon et de tout ce qui est mauvais. Il agit avec nous comme nous agissons -envers Lui. Si nous le soignons, Il nous soigne. - -4 - -Lorsque, plongs dans nos penses, nous ne savons pas ce qui est -bon et ce qui est mal, nous devons nous retirer du monde; seule la -proccupation de l'opinion du monde nous empche de voir le bien et le -mal. Se retirer du monde--c'est--dire rentrer en soi-mme,--c'est -aider la dispersion de tous les doutes. - -5 - -Il n'est facile de lutter avec les tentations que lorsqu'on ne leur est -pas encore assujetti. - -Dans les soucis et l'excitation des tentations, on n'a pas le temps de -chercher des remdes pouvant contrebalancer nos dsirs. Etablis tes -desseins lorsque les tentations sont absentes, lorsque tu es seul. - - BENTHAM. - - - -VI._--La facult de s'unir par la pense aux vivants et aux morts est -un des grands bienfaits dont jouit l'homme._ - -1 - -Les jeunes gens disent souvent: Je ne veux pas vivre d'aprs les -autres, je rflchirai par moi-mme. Ceci est absolument juste: l'ide - soi est plus chre que toutes les ides des autres. Mais pourquoi -rflchir des choses auxquelles on a dj rflchi? Prends ce qui est -prt et va plus loin. La force de l'humanit consiste en ce qu'on peut -profiter des penses d'autrui et aller plus loin. - -2 - -Les efforts qui librent l'homme des pchs, des tentations et des -superstitions, s'effectuent avant tout dans la pense. - -L'aide principale de l'homme dans cette lutte consiste en ce qu'il -peut se joindre l'activit raisonnable de tous les sages et de tous -les saints de ce monde qui ont vcu avant lui. Cette communion avec -les penses des saints et des sages est la prire, c'est--dire, la -rptition des paroles par lesquelles ces hommes exprimaient leurs -rapports envers leur me, envers les autres hommes, envers le monde et -son principe. - -3 - -Depuis les temps les plus reculs, il est reconnu que la prire est -indispensable l'homme. - -Pour les hommes de l'ancien temps, la prire tait--et elle l'est encore -maintenant pour la plupart d'entre nous--un appel Dieu, ou aux -dieux, fait dans certains endroits et au moyen de certains procds et -expressions, avec l'intention d'apaiser les divinits. - -La doctrine chrtienne ne connat pas ces prires-l. Elle nous apprend -que la prire est indispensable, non comme un moyen de nous dbarrasser -des malheurs de ce monde et d'acqurir des bienfaits, mais comme celui -de nous raffermir dans nos bonnes penses. - -4 - -La vraie prire est importante et ncessaire l'me, parce que quand -nous nous trouvons ainsi seul avec Dieu, notre pense s'lve jusqu'au -degr suprme qu'elle peut atteindre. - -5 - -Le Christ a dit: lorsque tu pries, reste seul (MATTH. VI, 5-6). Alors -seulement, Dieu t'entendra. Dieu est en toi et, pour qu'il t'entende, tu -dois chasser tout ce qui te Le cache. - -6 - -Priez toutes les heures. La prire la plus difficile et la plus -ncessaire est celle o l'on doit se souvenir, au milieu du mouvement de -la vie, de ses obligations devant Dieu et devant Sa loi. - -Tu t'effraies, tu te fches, tu es confus, tu te passionnes, fais un -effort, souviens-toi qui tu es et ce que tu dois faire. C'est en cela -que consiste la prire. C'est difficile au dbut, mais cette habitude -peut se former. - -7 - -Il est bon de modifier sa prire, c'est--dire l'expression de -ses rapports envers Dieu. L'homme grandit constamment, change, et, -par suite, ses rapports envers Dieu doivent aussi se modifier et -s'claircir. La prire aussi doit changer. - - - -VII.--_La vie juste est impossible sans un effort de pense._ - -1 - -Matrise tes penses si tu veux atteindre ton but. Fixe le regard de ton -me sur l'unique lumire pure qui est exemple de passion. - - _Sagesse bouddhiste._ - -2 - -La rflexion est le chemin de l'immortalit; l'tourderie est le chemin -de la mort. Ceux qui veillent dans la rflexion ne meurent jamais; les -tourdis, les incroyants sont pareils aux morts. - -Eveille-toi toi-mme; alors, protg par toi-mme et t'approfondissant -toi-mme, tu ne changeras pas. - - _Sagesse brahmane._ - -3 - -La vraie force de l'homme n'est pas dans ses lans, mais dans sa -tendance ferme et tranquille vers le bien qu'il tablit dans ses -penses, exprime par ses paroles et excute par ses actes. - -4 - -Si tu remarques, en jetant un coup d'oeil en arrire sur ta vie, qu'elle -est devenue meilleure, plus charitable, plus libre de pchs, de -tentations et de superstitions, sache que ce succs n'est d qu'au -travail de ta pense. - -5 - -Voici ce que Confucius dit de l'importance de la pense: - -La vraie doctrine donne aux hommes le bien suprme: la rgnration et -la facult de sjourner dans cet tat. Pour obtenir ce bien suprme, il -faut que la vie du peuple entier soit bien organise. Et pour cela, il -faut que la famille soit bien organise; et pour que la famille soit -bien organise, il faut qu'une bonne organisation prside ta propre -vie; et pour cela, il faut que ton coeur soit amlior; et pour amliorer -ton coeur, il faut que tu aies des penses claires et justes. - - - -VIII.--_Seule la facult de penser distingue l'homme de la bte._ - -1 - -L'homme se distingue de la bte uniquement parce qu'il possde la -facult de penser. Les uns augmentent cette facult, les autres ne se -soucient pas de cela. Ces gens-l semblent vouloir renoncer ce qui les -distingue de la bte. - - _Sagesse-orientale._ - -2 - -Compar la nature qui l'environne, l'homme n'est qu'un faible roseau -pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'craser. -Une vapeur, une goutte, suffit pour le tuer. Mais quand l'univers -l'craserait, l'homme serait encore plus noble que ceux qui le tuent, -parce qu'il sait qu'il meurt; et l'avantage que l'univers a sur lui, -c'est que l'univers n'en sait rien. - -Toute notre dignit consiste donc en la pense. C'est de l qu'il faut -nous relever, non de l'espace et de la dure, que nous ne saurions -remplir. Travaillons donc bien penser: voil le principal de la morale. - - PASCAL. - -3 - -L'homme peut apprendre lire et crire; mais cela ne lui apprendra -pas s'il doit ou non crire une lettre son ami, ou formuler une -plainte contre celui qui l'a offens. L'homme peut tudier la musique, -mais cela ne lui apprendra pas quand on peut jouer et chanter et quand -on ne peut le faire. Il en est de mme de tout. Seule la raison nous dit -o et quand on peut faire les choses et o et quand on ne doit pas les -faire. - -En nous douant de raison, Dieu a mis notre disposition ce dont nous -avions le plus besoin. En nous accordant la raison, il semblait nous -dire: Afin que vous puissiez viter le mal et profiter des bienfaits -de la vie, j'ai mis en vous une parcelle divine de Moi-Mme. Je vous -ai donn la raison. Si vous l'appliquez tout ce qui vous arrive, -rien ne sera pour vous un obstacle ou une entrave sur le chemin que je -vous ai destin, et jamais vous ne vous plaindrez ni de votre sort, ni -des gens; vous ne mdirez pas d'eux et vous ne les flatterez point. Ne -Me reprochez donc pas de ne pas vous avoir donn davantage. Ne vous -suffit-il donc pas de vivre toute votre vie raisonnablement, dans le -calme et la joie? - - D'aprs PICTTE. - -4 - -Un sage proverbe dit: Dieu vient vers nous sans sonner. Cela veut -dire qu'il n'y a pas de cloison entre nous et l'infini, qu'il n'y a pas -de mur entre l'homme-consquence et Dieu-cause. Les murs sont tombs, -nous sommes exposs aux profondes ractions des facults divines. -Seul le travail de l'esprit tient ouvert l'orifice par lequel nous -communiquons avec Dieu. - - D'aprs EMMERSON. - -5 - -L'homme est visiblement fait pour penser; c'est toute sa dignit et tout -son mrite; et tout son devoir est de penser comme il faut; et l'ordre -de la pense est de commencer par soi, et par son auteur et sa fin; or, - quoi pense le monde? Jamais cela, mais danser, jouer du luth, - chanter, faire des vers, courir la bague, etc., se btir, se -faire roi, sans penser ce que c'est que d'tre roi et que d'tre homme. - - PASCAL. - - - - -CHAPITRE XXIV - -L'ABNGATION - - -Le bonheur de l'homme est dans sa communion d'amour avec Dieu et avec -ses prochains. Les pchs entravent ce bonheur. La cause des pchs est -en ce fait que l'homme met son bonheur satisfaire les dsirs de son -corps, et non aimer Dieu et son prochain. C'est pourquoi le bonheur de -l'homme est dans l'affranchissement des pchs. S'affranchir des pchs, -c'est faire un effort pour renoncer la vie charnelle. - - -I.--_La loi de la vie est dans le renoncement la chair._ - -1 - -Tous les pchs charnels: la luxure, l'oisivet, le luxe, l'inimiti, la -cupidit, viennent uniquement de ce qu'on reconnat son corps comme son -moi, de ce qu'on soumet son me son corps. - -Alors Jsus dit Ses disciples: si quelqu'un veut venir avec Moi, -qu'il renonce Lui-mme, qu'il se charge de sa croix et me suive. -Car quiconque voudra sauver sa vie, la perdra; et quiconque perdra sa -vie pour l'amour de moi, la trouvera; car que servirait-il l'homme -de gagner tout le monde, s'il perdait son me? Ou bien, que donnerait -l'homme en change de son me? - - MATTH, XVI, 24-26. - -3 - -Voici pourquoi Mon Pre m'aime: c'est que Je donne ma vie pour la -reprendre. - -Personne ne me l'te, mais Je la donne de Moi-mme; J'ai le pouvoir de -la quitter, et le pouvoir de la reprendre. J'ai reu cet ordre de mon -Pre. - - JEAN, X, 17-18. - -4 - -Le fait que l'homme peut renoncer sa vie corporelle prouve clairement -que l'homme est pourvu de quelque chose en vertu de quoi il renonce. - -5 - -Plus on s'abandonne au charnel, plus on perd le spirituel. - -Plus tu renonces au charnel, plus tu reois de spirituel. Vois lequel -des deux t'est plus ncessaire. - -6 - -L'abngation n'est pas le renoncement soi-mme, mais le transport de -son moi d un tre charnel dans un tre spirituel. Renoncer soi-mme, -n'est pas renoncer la vie. Par contre, renoncer la vie charnelle, -c'est augmenter la vraie vie spirituelle. - -7 - -La raison dmontre l'homme que son bonheur ne peut tre dans la -satisfaction des exigences de sa chair; c'est pourquoi la raison -entrane l'homme irrsistiblement vers le bonheur qui lui est propre, -mais qui ne se place pas dans sa vie corporelle. - -On pense et on dit gnralement que le renoncement la vie corporelle -est un haut fait; ceci n'est pas exact. Ce renoncement n'est pas un -exploit, mais une condition invitable de la vie de l'homme. Pour la -bte, le bonheur dans la vie corporelle, et la prolongation de l'espce -qui en dcoule, est le but suprme de la vie. Mais pour l'homme, cette -vie, et la prolongation de l'espce, n'est qu'un degr de l'existence -d'o s'ouvre pour lui le vrai bonheur de la vie, incompatible avec le -bonheur de la vie charnelle. Pour l'homme, celle-ci n'est pas toute la -vie, mais uniquement une condition de la vraie vie qui consiste en une -communion de plus en plus grande avec le principe spirituel de l'univers. - - - -II.--_L'imminence de la mort amne ncessairement l'homme la -conscience de la vie spirituelle qui n'est pas assujettie la mort._ - -1 - -Lorsqu'un enfant vient de natre, il lui semble qu'il n'y a que lui qui -existe au monde. Il ne cde rien ni personne, ne veut rien savoir -de personne et ne fait que rclamer ce qui lui est ncessaire. Il ne -connat pas mme sa mre, il ne connat que son sein. Mais des jours, -des mois, des annes passent, et l'enfant commence comprendre qu'il y -a d'autres hommes pareils lui qui veulent aussi ce qu'il dsire pour -lui. Et plus il vit, plus il comprend qu'il n'est pas seul au monde et -qu'il doit, s'il en a la force, lutter contre les autres hommes pour -obtenir ce qu'il dsire possder, ou bien, s'il n'a pas la force, se -soumettre ce qui est. En outre, plus l'homme vit, plus il comprend -clairement que sa vie ne dure qu'un temps, et que chaque heure peut se -terminer par la mort. Il voit, aujourd'hui, demain, tantt l'un, tantt -l'autre, emports par la mort, et il comprend que cela peut galement -lui arriver tout instant et que cela arrivera srement tt ou tard. Et -alors, l'homme ne peut ne pas comprendre qu'il n'y a pas de vraie vie -dans son corps, et que tout ce qu'il pourrait faire dans cette vie pour -son corps ne servirait rien. - -Et lorsque l'homme aura clairement compris tout cela, il comprendra -galement que l'esprit qui vit en lui n'est pas uniquement en lui, mais -en tous les hommes, dans tout l'univers, que cet esprit est l'Esprit -de Dieu. Et ayant compris cela, l'homme n'attachera plus d'importance - sa vie corporelle et fondera le but de sa vie sur la communion avec -l'Esprit de Dieu, avec ce qui est ternel. - -2 - -La mort, la mort, la mort nous guette tout instant. Notre vie -s'accomplit en vue de la mort. Si vous travaillez pour votre vie -charnelle venir, vous savez qu'une seule chose vous attend dans -l'avenir: la mort. Et cette mort dtruit tout ce quoi vous avez -travaill. Vous direz que vous travaillez pour le bien des gnrations - venir; mais elles disparatront galement et il n'en restera rien. -Par consquent, la vie, dans un but matriel, ne peut avoir aucun sens. -La mort dtruit toute cette vie. Pour que la vie ait un sens, il faut -que la mort ne puisse pas dtruire l'oeuvre de la vie. Et c'est cette -vie-l que le Christ rvle aux hommes. Il montre aux hommes qu' ct -de la vie charnelle, qui n'est qu'une apparence de la vie, il est une -autre vie, la vraie, qui donne le vritable bonheur l'homme, et que -chaque homme connat cette vie dans son coeur. La doctrine du Christ -indique l'illusion de la vie personnelle, la ncessit d'y renoncer et -de reporter le sens et le but de la vie dans une vie juste, la vie de -l'humanit entire, dans la vie du Fils de l'homme. - -3 - -Pour comprendre la doctrine du Christ indiquant le salut de la vie, il -faut bien comprendre ce que disaient tous les prophtes, ce que disait -Salomon, ce que disait Bouddha, ce que disaient tous les sages du monde -entier sur la vie individuelle de l'homme. On peut, suivant l'expression -de Pascal, ne pas y penser, porter devant soi des petits crans qui -cacheraient au regard l'abme de la mort auquel nous courons tous; mais -il n'y a qu' rflchir ce qu'est la vie corporelle individuelle pour -se persuader que toute cette vie, si elle n'est que matrielle, n'a non -seulement aucun sens, mais encore n'est qu'une mauvaise plaisanterie aux -dpens du coeur, de la raison de l'homme et de tout ce qu'il y a de bon -en lui. C'est pourquoi, pour comprendre la doctrine du Christ, il faut -tout d'abord reprendre ses sens, rflchir, afin qu'il se fasse en nous -ce que dit Jean, le prcurseur du Christ, en prchant sa doctrine des -gens gars comme nous: Repentez-vous avant tout, c'est--dire, revenez - vous; sinon, vous prirez tous. - -Lorsqu'on eut racont au Christ comment ont pri les Galilens par la -main de Pilate, il dit: Pensez-vous que ces Galilens avaient commis -plus de pchs que tous les Galilens pour avoir souffert ainsi? Je -vous dis que non; mais si vous ne vous repentez pas, vous prirez tous -ainsi. La mort invitable est devant vous tous. Nous tchons vainement -de l'oublier, mais cela ne nous permettra pas de l'viter; au contraire, -lorsqu'elle viendra par surprise, elle sera plus affreuse encore. Il n'y -a qu'un seul moyen de salut: c'est de renoncer la vie qui meurt et de -vivre de celle pour laquelle il n'y a pas de mort. - -4 - -Celui qui ne voit pas son moi dans son corps mourant, connat la -vrit de la vie. - - _Sagesse bouddhiste._ - -5 - -C'est pourquoi je vous dis: ne soyez point en souci pour votre vie, de -ce que vous mangerez et de ce que vous boirez; ni pour votre corps, de -quoi vous serez vtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et -le corps plus que le vtement? - -Regardez les oiseaux de l'air; car ils ne sment ni moissonnent, ni -n'amassent dans des greniers, et votre Pre Cleste les nourrit. -N'tes-vous pas beaucoup plus qu'eux? - -Et qui est-ce d'entre vous qui, par son souci, puisse ajouter une coude - sa taille? - -Ne soyez donc point en souci, disant que mangerons-nous, que -boirons-nous et de quoi serons-nous vtus. - -Mais cherchez premirement le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes -ces choses vous serons donnes par surcrot. - -Ne soyez donc point en souci du lendemain; car le lendemain aura le -souci de ce qui le regarde: chaque jour suffit sa peine. - - MATTH., VI, 25-37, 31,33-34. - - - -III.--_Le renoncement son moi corporel rvle Dieu dans l'me de -l'homme._ - -1 - -Plus l'homme renonce son moi corporel, plus Dieu se rvle lui. Le -corps cache Dieu l'homme. - -2 - -Si tu veux arriver connatre le moi universel, tu dois, avant tout, -apprendre te connatre toi-mme. Et pour cela, tu dois sacrifier ton -moi au moi universel. - -_Sagesse brahmane._ - -3 - -Si tu mprises le monde, ce n'est pas un grand mrite. Pour celui qui -vit selon Dieu, lui-mme et le monde seront toujours rien. - - ANGLUS. - -4 - -Le renoncement la vie corporelle est prcieux, ncessaire et joyeux -uniquement lorsqu'il est religieux, c'est--dire, lorsque l'homme -renonce lui-mme, son corps, afin d'accomplir la volont du Dieu -qui vit en lui. Mais lorsque l'homme renonce la vie corporelle, non -pour excuter la volont de Dieu, mais pour accomplir sa volont lui -et celle des hommes qui sont pareils lui, une telle abngation n'est -ni prcieuse, ni ncessaire, ni joyeuse, mais uniquement nuisible -lui-mme et aux autres. - -5 - -Si vous tchez de plaire aux hommes pour qu'ils vous soient -reconnaissants, vous travaillerez en vain. Mais si vous faites du bien -aux autres sans songer eux, pour Dieu, vous vous ferez du bien, et les -autres vous seront reconnaissants. - -Dieu se souvient de celui qui ne pense pas lui-mme, et Dieu oublie -celui qui pense lui-mme. - -6 - -C'est seulement quand notre corps meurt, que nous ressuscitons en Dieu. - -7 - -Si tu n'attends rien et que tu ne veux rien recevoir des autres hommes, -ceux-ci ne peuvent pas te faire peur, de mme qu'une abeille ne craint -pas une autre et qu'un cheval n'a pas peur d'un autre. Mais si ton -bonheur est dans le pouvoir des autres hommes, tu les craindras srement. - -C'est par l que l'on doit commencer: il faut renoncer tout ce qui ne -nous appartient pas, y renoncer au point qu'il ne soit pas notre matre, -renoncer tout ce qui est ncessaire au corps, renoncer l'amour de -la richesse, de la gloire, des fonctions, des honneurs, renoncer ses -enfants, sa femme, ses frres. Tu dois te dire que tout cela n'est -pas ta proprit. - -Mais comment arriver cela? Subordonner sa volont la volont de -Dieu: s'Il veut que j'aie la fivre--je le veux aussi. S'il veut que je -fasse ceci et non pas cela--je le veux aussi. S'Il veut qu'il m'arrive -une chose laquelle je ne m'attendais pas--je le veux aussi. - - PICTTE. - -8 - -La volont propre ne se satisfera jamais, quand elle aurait pouvoir -de tout ce qu'elle veut; mais on est satisfait ds l'instant qu'on y -renonce. Sans elle, on ne peut tre content. La vraie et unique vertu -est donc de se har, car on est hassable par sa concupiscence, et de -chercher un tre vritablement aimable, pour l'aimer. Mais, comme nous -ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un tre qui soit -en nous, et qui ne soit pas nous, et cela est vrai d'un chacun de tous -les hommes. Or, il n'y a que l'tre universel qui soit tel. Le royaume -de Dieu est nous (Luc, XVII, 21); le bien universel est en nous-mmes et -ce n'est pas nous. - - PASCAL. - - - -IV.--_Le vrai amour envers les hommes n'est possible que par -l'abngation._ - -1 - -Seul ce qui ne vit pas pour soi-mme ne prit pas. Mais pourquoi celui -qui ne vit pas pour lui-mme vivra-t-il? On peut ne pas vivre pour -soi-mme alors seulement qu'on vit pour Tout. C'est en vivant pour le -Tout que l'homme peut tre et est tranquille. - - LAO-TSEU. - -2 - -Quand mme tu le voudrais, tu ne pourrais pas sparer ta vie de celle -de l'humanit. Tu vis dans l'humanit, par elle et pour elle. En vivant -parmi les hommes, tu ne peux pas ne pas renoncer toi-mme, parce que -nous sommes tous crs pour agir d'un commun accord, comme les jambes, -les bras, les yeux, et l'accord ne serait pas possible sans l'abngation. - - MARC-AURLE. - -3 - -On ne saurait se contraindre l'amour des autres. On ne peut que -rejeter ce qui empche l'amour. Et ce qui l'empche, c'est l'amour de -son moi matriel. - -4 - -Tu aimeras ton prochain comme toi-mme ne veut pas dire que tu dois -tcher d'aimer ton prochain. On ne peut pas se forcer aimer. Tu -aimeras ton prochain veut dire que tu dois cesser de t'aimer plus que -tout. Et ds que tu ne t'aimeras plus ainsi, tu te mettras aimer ton -prochain comme toi-mme. - -5 - -Il faut s'habituer de se dire lorsqu'on rencontre un homme: je ne -penserai qu' lui, et non pas moi-mme. - -6 - -I suffit de penser soi au beau milieu d'un discours, pour perdre le -fil de ses ides. De mme, quand nous nous oublions compltement, que -nous sortons de nous-mmes, nous pouvons communiquer fructueusement avec -les autres, les servir et avoir sur eux une influence bienfaisante. - -7 - -Plus la vie d'un homme est confortable et mieux organise -extrieurement, plus la joie de l'abngation est loin et difficile pour -lui. Les riches en sont presque entirement privs. Au pauvre, tout -travail interrompu dans le but de venir en aide son prochain, chaque -morceau de pain tendu un mendiant, procure la joie de l'abngation. - -8 - -Ce que tu as donn est toi, ce que tu as gard est aux autres. - -Si tu t'es priv de quelque chose pour le donner aux autres, tu t'es -fait du bien toi-mme; ce bien est jamais toi et personne ne peut -te le prendre. - -Mais si ta as gard ce qu'un autre voulait prendre, lu ne l'as que -pour un temps ou jusqu'au moment o tu devras le rendre. Et tu devras -srement le rendre lorsque la mort sera venue. - -9 - -Serait-il possible de ne pouvoir esprer qu'il viendra un jour o les -gens verront qu'il leur est tout aussi facile de vivre pour les autres -qu'il leur est facile de mourir la guerre dont ils ne connaissent pas -la cause? Il suffit aux hommes d'avoir cet effet un peu plus de force -d'esprit et un peu plus de conscience. - - BRAUN. - - - -V.--_L'homme qui emploie toutes ses forces satisfaire uniquement ses -besoins bestiaux, dtruit sa vraie vie._ - -1 - -Si l'homme ne pense qu' lui-mme et cherche partout son profit, il ne -peut tre heureux. Si tu veux rellement vivre pour toi-mme, vis pour -les autres. - - SNQUE. - -2 - -Pour comprendre combien il est indispensable de renoncer la vie -corporelle pour la vie spirituelle, il suffit de se reprsenter combien -serait terrible et rpugnante une vie consacre uniquement la -satisfaction des dsirs charnels. La vraie vie ne commence qu'au moment -o l'homme renonce toute bestialit. - -3 - -Par la parabole des vignerons (MATTH., 33-42), le Christ claircit -l'erreur des gens qui prennent l'apparence de la vie--leur vie -charnelle--pour la vraie vie. - -A force d'habiter le jardin cultiv de leur matre, des gens se crurent -propritaires du jardin. Et de cette conception errone il rsulte une -srie d'actes insenss et cruels accomplis par ces gens qui, finalement, -sont chasss du jardin, exclus de la vie. De mme, nous nous sommes -imagins que la vie de chacun de nous est notre vie personnelle, que -nous y avons droit et pouvons en jouir notre gr, n'ayant aucune -obligation envers personne. Aussi, commettons-nous invitablement la -mme srie d'actes cruels et insenss et sommes de mme exclus de la -vie. Comme les habitants du jardin avaient oubli que le jardin leur -avait t donn en tat, entour d'un foss et d'une clture, pourvu -d'un puits, que quelqu'un avait travaill leur intention et attend, -par suite, qu'ils fournissent galement du travail, les hommes qui ne -possdent qu'une vie personnelle ont oubli, ou veulent oublier, tout ce -qui a t fait pour eux avant leur naissance, ce qui se fait au cours de -leur vie, et ce qu'on attend d'eux. - -D'aprs la doctrine du Christ, de mme que les vignerons, qui habitaient -une vigne qu'ils n'avaient pas travaille, doivent sentir et comprendre -qu'ils ont contract une dette constante envers leur matre, les hommes -doivent sentir et comprendre que, depuis leur naissance et jusqu' -la mort, ils ont contract une dette envers ceux qui ont vcu avant -eux, qui vivent encore et qui vivront, et envers ce qui tait, est -et sera toujours le commencement de tout. Ils doivent comprendre que -chaque heure de leur existence confirme cette obligation, et que, par -consquent, l'homme qui vit pour lui-mme et qui nie cette obligation, -l'attachant la vie et son principe, se prive lui-mme de la vie. - -4 - -Les hommes pensent que l'abngation compromet la libert. Ils ne -savent pas que seule l'abngation nous donne la vraie libert, en nous -dbarrassant de nous-mmes, de l'esclavage de notre dpravation. Nos -passions sont les tyrans les plus cruels: il suffit de renoncer eux, -et tu te sentiras libre. - - FNELON. - -5 - -La conscience de notre mission, qui implique la loi de l'abngation, n'a -rien de commun avec la jouissance de la vie. Si nous voulions confondre -la conscience de notre mission avec la jouissance, et que nous offrions -ce mlange, en qualit de remde, une me malade, ces deux lments se -seraient spars spontanment. Mais si cela n'avait pas eu lieu et que -la conscience de la haute destination de l'homme n'avait produit aucun -effet, et que la vie corporelle aurait acquis, en aspirant au plaisir, -une certaine force qui correspondrait avec la destination, la vie morale -de l'homme aurait disparu sans retour. - - KANT. - - - -VI.--_On ne peut se librer de ses pchs qu' condition de renoncer -soi-mme._ - -1 - -Le renoncement au bonheur corporel pour le bonheur spirituel est -la consquence d'une modification de la conscience; c'est--dire un -homme qui se croyait tre d'abord purement un animal, commence se -reconnatre comme un tre spirituel. Quand ce changement s'est effectu, -ce qui semblait avant une privation, une souffrance, n'est plus une -privation ni une souffrance, mais une prfrence naturelle du meilleur -au plus mauvais. - -2 - -On croit et on dit que pour remplir la mission de la vie, il faut avoir -la sant, l'aisance et, en gnral, tre dans des conditions extrieures -favorables. C'est inexact: la sant, l'aisance et les conditions -extrieures favorables ne sont pas ncessaires pour remplir sa mission -et obtenir le bonheur. Il nous est donn la possibilit d'acqurir le -bien spirituel et que rien ne peut dtruire: le bien de dvelopper -en soi l'amour. Seulement, il faut croire en cette vie spirituelle, -concentrer vers elle tous ses efforts. - -Tu mnes une vie charnelle, tu travailles pour elle; mais ds que -tu trouves des obstacles dans cette vie, transporte-toi dans la vie -spirituelle; car la vie spirituelle est toujours libre. C'est comme -les ailes de l'oiseau. L'oiseau marche sur ses pattes. Mais voil que -survient un obstacle, un danger, et l'oiseau, ayant foi en ses ailes, -les dploie et survole. - -3 - -L'unique oeuvre joyeuse et vraie de la vie est d'lever son me; et pour -lever son me, il faut renoncer soi-mme. Commence par le renoncement -dans les petites choses; lorsque tu t'habitueras renoncer aux petites, -tu pourras renoncer aux grandes. - -4 - -Lorsque la lumire de ta vie spirituelle s'teint, l'ombre noire de -tes dsirs charnels tombe sur ton chemin.--Mfie-toi de cette terrible -ombre: la lumire de ton esprit, ne peut dtruire ces tnbres tant que -tu n'auras pas chass les dsirs de ton me. - - _Sagesse brahmane._ - -5 - -La plus grande difficult de se librer de l'gosme matriel rside en -ce fait que cet gosme est une condition indispensable de la vie. Il -est indispensable et naturel pendant l'enfance; mais il doit faiblir et -disparatre mesure que la raison s'claire. - -L'enfant n'prouve pas de remords de conscience pour son gosme; mais - mesure que la raison s'claire, l'gosme devient un poids pour -soi-mme; au cours de la vie, l'gosme faiblit de plus en plus, et -lorsqu'on approche de la mort, il disparat entirement. - -6 - -Totalement renoncer soi-mme, c'est devenir Dieu; vivre uniquement -pour soi-mme, c'est devenir une brute absolue. La vie humaine se -passe dans, l'loignement progressif de la vie bestiale et dans le -rapprochement graduel de la vie divine. - -7 - -Sans sacrifice, il n'y a pas de vie. Toute la vie, que tu le veuilles ou -non, n'est qu'un sacrifice du corporel au spirituel. - -VII--_Le renoncement sa personnalit bestiale donne l'homme le vrai -bonheur spirituel qui est inalinable._ - -1 - -Une seule et mme loi rgit la vie de chaque homme et celle de tous les -hommes; cette loi dit: pour amliorer la vie, il faut tre prt la -donner. - -2 - -L'homme ne peut connatre les consquences de sa vie d'abngation, mais -il n'a qu' l'essayer pour un temps, et je suis sr que tout honnte -homme reconnatra l'influence favorable qu'avaient sur son me et son -corps les instants, mme fugitifs, pendant lesquels il ne pensait plus -lui-mme et renonait sa personnalit corporelle. - - JOHN RUSKIN. - -3 - -L'homme est comme un nuage dont l'eau se dverse sur les champs, les -prs, les forts, les jardins, les tangs, les rivires. La pluie -a pass, elle a rafrachi et donn la vie des millions de jeunes -pousses, d'pis, de buissons, d'arbres; le nuage est devenu clair et -transparent et bientt il disparatra compltement. Il en est de mme -de la vie corporelle d'un homme de bien: il est venu en aide bien des -gens, il leur a facilit la vie, il leur a montr la voie suivre, les -a consols; maintenant, il est vid et, en mourant, il se relire l o -vit seul l'ternel, l'invisible, le spirituel. - -4 - -Les arbres donnent leurs fruits et mme leur corce, leurs feuilles -et leur suc ceux qui en ont besoin. Heureux est l'homme qui en fait -autant! Mais il y a peu de gens qui le comprennent et qui agissent ainsi. - - KRISHNA. - -5 - -Le bonheur n'est pas possible tant qu'on ne cesse penser soi-mme. -Mais on ne peut le faire incompltement. Si le moindre souci de soi-mme -reste, tout est gt.... Je sais que c'est difficile, mais je sais -galement qu'il n'y a pas d'autre moyen d'acqurir le bonheur. - - CARPENTER. - -6 - -Bien des gens pensent que si l'on exclut la personnalit et l'amour, -il ne restera plus rien dans la vie. Ils s'imaginent que, sans -personnalit, il n'y a pas de vie. Mais cela semble seulement ceux qui -n'ont jamais prouv la joie de l'abngation. Rejette ta personnalit, -renonce elle, et il te restera ce qui est l'essence de la vie: -l'amour, donnant le bienfait incontestable. - -7 - -Plus l'homme apprend connatre son moi moral et plus il renonce la -vie charnelle, mieux il se comprend lui-mme. - - _Sagesse brahmane._ - -8 - -Au point de vue du bonheur, la question de la vie est insoluble, parce -que nos lans les plus levs nous empchent d'tre heureux. Au point de -vue du devoir, la mme difficult subsiste, car le devoir accompli donne -la paix et non le bonheur. - -Seul le divin amour et la communion avec Dieu suppriment cette -difficult, car, dans ce cas, le sacrifice devient une joie constante, -croissante etimmuable. - - AMIEL. - -9 - -L'ide du devoir dans toute sa puret est non seulement bien plus -simple, plus claire, plus comprhensible dans la pratiquent plus -naturelle que l'impulsion venant du dsir du bonheur ou qui est lie - lui (et qui exige toujours beaucoup d'artifice et de spculations -approfondies), mais mme devant le simple bon sens, cette ide apparat -comme bien plus puissante, plus persistante et promet bien plus de -succs que toutes les impulsions provenant de l'gosme, condition -que l'ide du devoir soit comprise par le bon sens tout fait -indpendamment des impulsions gostes. - -La conscience que _je peux_ parce que _je dois_, rvle en l'homme la -profondeur des dons divins, lui permettant, comme un saint prophte, -de pressentir la puissance et la grandeur de sa vraie destination. Et si -l'homme y faisait plus souvent attention et s'tait habitu sparer -entirement la vertu de tous les avantages qui sont la rcompense du -devoir accompli, si l'exercice de la vertu avait t la proccupation -principale de l'ducation prive et sociale, l'tat moral des hommes se -serait bientt amlior. Si l'exprience de l'histoire n'a pas encore -donn de bons rsultats concernant la doctrine de la vertu, cela vient -de la fausse conception que l'impulsion dduite de l'ide du devoir -serait trop faible et distante, et qu'une impulsion plus proche, -provenant d'un calcul sur les avantages que l'on doit attendre pour -l'accomplissement du devoir, tant en ce monde que dans l'autre monde, -agit plus fortement sur l'me. Tandis que, en ralit, la conscience -de possder en soi le principe spirituel, suscitant le renoncement sa -personnalit, incite l'homme, bien plus que toutes les rcompenses, -obir la loi du bien. - - KANT. - - - - -CHAPITRE XXV - -L'HUMILIT - - -Le plus grand bonheur de l'homme dans ce monde est de communiquer avec -ses pareils. Les orgueilleux, en se mettant l'cart des autres, se -privent eux-mmes de ce bien. Mais l'homme humble supprime tous les -obstacles en lui-mme pour obtenir ce bonheur. C'est pourquoi l'humilit -est une condition indispensable du vrai bonheur. - - -I.--_L'homme ne peut tre fier de ses oeuvres, parce que tout le bien -qu'il fait ne vient pas de lui, mais de l'lment divin qui vit en lui._ - -1 - -Seul l'homme qui sait que Dieu vit en son me peut tre humble. Un tel -homme est absolument indiffrent ce que les gens disent de lui. - -2 - -L'homme qui se crot matre de sa vie ne peut tre humble, parce qu'il -pense qu'il n'est l'oblig de personne, ni de rien. Mais l'homme qui -voit son oeuvre, dans le service de Dieu, ne saurait ne pas tre humble, -parce qu'il sent toujours qu'il est loin d'avoir accompli toutes ses -obligations. - -3 - -Nous sommes souvent fiers de ce que nous avons bien fait, nous sommes -fiers de ce que _nous avons fait_, et nous oublions que Dieu vit -en chacun de nous et qu'en faisant le bien, nous ne sommes que les -instruments de Son oeuvre. - -Dieu fait avec moi ce qui Lui est ncessaire, et moi je m'en vante. -C'est comme si la pierre qui intercepte la source tait fire de ce que -l'eau s'chappe d'elle, et que les hommes et les animaux boivent cette -eau. On dira que la pierre peut tre fire de ce qu'elle est propre et -qu'elle ne salit pas l'eau. Ceci encore n'est pas vrai. Si elle est -propre, c'est uniquement parce que cette mme eau l'a lave et la lave -toujours. Rien n'est nous, tout est Dieu. - -4 - -Nous sommes les instruments de Dieu. Nous savons ce que nous devons -faire, mais il ne nous est pas donn de savoir pourquoi nous le faisons. -Celui qui comprend cela, ne peut ne pas tre humble. - -5 - -L'oeuvre principale de la vie de chaque homme est de devenir plus -charitable et meilleur. Et comment peut-on devenir meilleur si l'on se -croit dj bon? - -6 - -Il suffit de se croire non pas le matre, mais le serviteur, pour que -les ttonnements, l'inquitude, le mcontentement se transforment en -certitude, en tranquillit, en paix et en joie. - - - -II.--_Toutes les tentations viennent de l'orgueil._ - -1 - -Si l'homme tend Dieu, il ne peut jamais tre satisfait de lui-mme. Il -aura beau avancer, il se sentira toujours loign de la perfection, car -la perfection est infinie. - -2 - -L'assurance est la qualit de la bte; l'humilit est la qualit de -l'homme. - -3 - -Celui qui se connat le mieux, s'estime le moins. - -4 - -Celui qui est content de lui-mme, n'est jamais satisfait des autres. - -Celui qui est toujours mcontent de lui-mme, est toujours content des -autres. - -5 - -On dit un sage qu'il a la renomme d'tre mauvais. Il rpondit: C'est -heureux qu'ils ne sachent pas tout sur moi: ils auraient dit des choses -bien pires. - -6 - -Il n'y a rien de plus utile l'me que de te souvenir que tu n'es qu'un -vil scarabe et que toute ta force consiste pouvoir comprendre ta -nullit et, par suite, d'tre humble. - -7 - -Malgr le peu d'attention que la plupart des hommes attachent leurs -dfauts, il n'y a pas d'homme qui ne se connaisse quelque chose de plus -mauvais que ce qu'il sait sur son prochain. - -C'est pourquoi il est facile chaque homme d'tre humble. - - WOLSELEY. - -8 - -Il suffit de rflchir un jeu pour se dcouvrir quelque dfaut envers le -genre humain (ne serait-ce que cette faute qu'en vertu de l'ingalit -des hommes, nous jouissons de certains avantages pour lesquels d'autres -doivent prouver de plus grandes privations)--et cela nous empchera -d'exagrer nos mrites au dtriment d'autres hommes. - - KANT. - -9 - -On ne peut voir ses dfauts qu'avec les yeux des autres. - - _Proverbe chinois._ - -10 - -Chaque homme peut tre pour nous un miroir dans lequel nous voyons nos -vices, nos dfauts et tout le mal qui est en nous; or, nous agissons le -plus souvent comme un chien qui aboie contre le miroir, pensant que ce -n'est pas lui qu'il voit l-dedans, mais un autre chien. - - SCHOPENHAUER. - -11 - -Les gens trop srs d'eux-mmes, sots et immoraux, inspirent souvent le -respect aux gens modestes, sages et moraux, prcisment parce qu'un -homme modeste, en se jugeant, ne peut pas comprendre qu'un mauvais homme -puisse tellement se respecter. - -12 - -Souvent les hommes les plus simples, les moins lettrs, les moins -instruits, s'assimulent facilement la doctrine chrtienne, tandis que -les plus savants croupissent dans le paganisme le plus vulgaire. Cela -vient de ce que les gens simples sont le plus souvent humbles, et que -les savants sont pour la plupart trop surs d'eux-mmes. - -13 - -Pour comprendre raisonnablement la vie et la mort et attendre celle-ci -en paix, il est indispensable de comprendre combien on est nul. - -Tu es une parcelle infiniment petite de quelque chose, et tu ne -serais rien si tu n'avais pas une mission dtermine--une oeuvre. -Cela seulement donne un sens et une signification ta vie. Ton oeuvre -consiste profiter des instruments qui te sont donns, de mme qu' -tout ce qui existe: d'user ton corps ce qui t'a t recommand. -C'est pourquoi, toutes les oeuvres sont gales et tu ne peux pas faire -plus qu'il ne t'a t command. Tu ne peux tre qu'adversaire de Dieu -ou interprte de son oeuvre. De sorte que l'homme ne peut s'attribuer -rien de grand ni d'important. Il suffit de s'attribuer quelque oeuvre -exceptionnelle, pour qu'il n'y ait plus fin aux dceptions de la -lutte, la jalousie, aux souffrances de toutes sortes, tu n'as qu' -t'attribuer plus d'importance qu' la plante qui donne des fruits, et -tu es perdu. La tranquillit, la libert, la joie de la vie, le courage -devant la mort, ne sont donns qu' celui qui ne se croit dans cette vie -rien de plus qu'un ouvrier de son Matre. - - - -III.--_L'Humilit unit les hommes par l'amour._ - -1 - -tre inconnu des hommes ou non compris d'eux, et ne pas s'en -attrister--voil la qualit de l'homme rellement vertueux qui aime les -autres. - - _Sagesse chinoise._ - -2 - -De mme que l'eau ne reste pas sur les sommets, la bont et la sagesse -ne se rencontrent pas chez les orgueilleux. L'un comme les autres -cherchent des terrains bas. - - _Sagesse persane._ - -3 - -Un homme charitable est celui qui se souvient de ses pchs et qui -oublie le bien qu'il fait; un homme mchant est celui qui, au contraire, -se souvient de sa bont et oublie ses pchs. - -Ne te pardonne pas, et tu pardonneras facilement aux autres. - -4 - -On peut reconnatre un homme bon et intelligent ce qu'il considre -tous les autres hommes meilleurs et plus intelligents que lui. - -Les gens les plus agrables ce sont les justes qui se croient pcheurs. -Et les plus dsagrables ce sont les pcheurs qui se croient justes. - - PASCAL. - -6 - -Combien il est difficile d'aimer, de plaindre les orgueilleux, -confiants en eux-mmes! On voit, rien qu' cela, combien la modestie est -non seulement bonne, mais encore avantageuse. Elle suscite ce qu'il y a -de plus prcieux dans la vie: l'amour des hommes. - -7 - -Tout le monde aime les humbles; nous voulons tous tre aims. Comment ne -pas s'efforcer d'tre humbles? - -8 - -Pour que les hommes puissent bien vivre, il faut que la paix rgne parmi -eux. Et l o chacun veut tre au-dessus des autres, il ne peut y avoir -de paix. Plus les hommes sont humbles, plus il leur est facile de vivre -en paix. - - - -IV.--_L'Humilit unit l'homme Dieu._ - -1 - -Il n'y a rien de plus fort qu'un homme humble; car, en renonant -lui-mme, cet homme cde la place Dieu. - -2 - -Les paroles de la prire: Venez et descendez en nous sont fort belles. -Tout est dans ces paroles. L'homme a tout ce qu'il lui faut si Dieu -descend en lui. Et pour cela, il ne faut qu'une chose: se diminuer pour -faire une place Dieu. Ds que l'homme se diminue, Dieu s'tablit -en lui. C'est pourquoi, pour obtenir tout ce qui lui est ncessaire, -l'homme doit s'humilier avant tout. - -3 - -Plus l'homme descend en lui-mme et se croit insignifiant, plus il -s'lve vers Dieu. - - _Sagesse brahmane._ - -4 - -L'orgueil disparat du coeur de celui qui adore l'tre Suprme, de mme -que la lueur du bcher s'clipse la lumire du soleil. Celui dont le -coeur est pur et qui est sans orgueil, celui qui est doux, fidle et -simple, qui considre chaque tre comme son ami et qui aime chaque me -comme la sienne, qui traite chacun galement avec tendresse et amour, -qui veut faire le bien et a banni toute vanit, est l'homme dont le coeur -est habit par le Souverain de la vie. - -De mme, que la terre se dcore de belles plantes qu'elle produit, celui -dans l'me duquel habite le Seigneur de la vie, s'en trouve embelli. - - _Vichnou Pourana._ - - - -V.--_Comment lutter contre l'orgueil._ - -1 - -Les dfauts qui sont pnibles et intolrables chez les autres, -paraissent ne rien peser en nous-mmes. Il arrive trs souvent qu'en -parlant des autres et en les blmant cruellement, les gens ne remarquent -pas qu'ils se dcrivent eux-mmes. - -Rien ne nous corrigerait aussi vite de nos dfauts que si nous pouvions -nous voir dans les autres. En voyant clairement nos dfauts chez les -autres, nous aurions dtest nos dfauts comme ils le mritent. - - LABRUYRE. - -2 - -Tche de ne pas penser de bien de toi-mme. Si tu ne peux pas penser mal -de toi, sache que c'est dj mal que tu ne peux pas penser mal de loi. - -3 - -La tendance de te comparer aux autres ton avantage est une tentation -rendant impossible une bonne vie et entravant l'oeuvre principale: le -perfectionnement. Compare-toi uniquement la perfection suprme, et non -aux hommes qui peuvent tre infrieurs toi. - -4 - -Quand on t'injurie o que l'on te blme, rjouis-toi; quand on te vante -et que l'on t'approuve, mfie-toi. - -5 - -Tache de ne pas cacher dans des coins sombres les souvenirs honteux de -tes pchs; au contraire, tiens-les toujours prts, afin de pouvoir -juger des pchs de tes prochains. - -6 - -Considre-toi toujours comme un colier. Ne pense pas que tu es trop -vieux pour apprendre, que ton me est dj telle qu'elle doit tre et -qu'elle ne peut tre meilleure. Pour l'homme raisonnable, le cours des -tudes n'est jamais termin: il est lve jusqu' la tombe. - -7 - -Seul l'humble de coeur connat la vrit. L'humilit ne provoque pas la -jalousie. - -Les arbres sont emports par le torrent, les joncs restent. - -Un sage a dit: Mon enfant, ne t'attriste pas de n'avoir pas t -apprci, car personne ne peut te reprendre ce que tu as fait, ou te -donner ce que tu n'as pas fait. L'homme raisonnable se contente du -respect qu'il mrite. - -Sois aimable, respectueux, affable, soucieux du profit des autres, et -le bonheur viendra toi tout aussi naturellement que l'eau descend dans -les valles. - - _Vichnou hindou._ - - - -VI.--_Consquences de l'orgueil._ - -1 - -L'homme sans humilit blme toujours les autres; il ne voit que les -fautes des hommes, pendant que ses passions et ses vices lui se -dveloppent de plus en plus. - - _Sagesse bouddhiste._ - -2 - -L'homme non clair par le christianisme n'aime que lui. Et en n'aimant -que lui, un tel homme veut tre grand, et il se voit petit; il veut -tre heureux, et il se voit misrable; il veut tre parfait, et il se -voit plein d'imperfections. Et en voyant tout cela, l'homme commence - dtester la vrit et imaginer des arguments d'aprs lesquels -il rsulterait qu'il est prcisment ce qu'il voudrait tre, et il -devient ses yeux grand, heureux et parfait. Il y a l un double pch -d'orgueil et de mensonge. Le mensonge vient de l'orgueil, et l'orgueil -vient du mensonge. - - D'aprs PASCAL. - -3 - -Qui ne hait en soi son amour-propre et cet instinct qui le porte se -faire Dieu est bien aveugl. Qui ne voit pas que rien n'est si oppos - la justice et la vrit? Car il est faux que nous mritions cela, -et il est injuste et impossible d'y arriver, puisque tous demandent la -mme chose. - - PASCAL. - -4 - -Il y a toujours une tche sombre sur notre soleil: c'est l'ombre qui -tombe de la considration que nous avons pour notre personne. - - CARLYLE. - - - -VII.--_L'Humilit donne l'homme le bonheur spirituel et la force de -lutter contre les tentations._ - -1 - -Rien n'est aussi profitable l'me que l'humiliation accepte avec -joie. Elle rafrachit l'me comme une chaude pluie aprs le soleil -ardent de la fatuit. - -2 - -La porte d'entre du temple de la vrit et du bonheur est basse. Seule -ceux qui se baisseront pourront y entrer. Et heureux seront ceux qui -pourront passer cette porte. Le temple est vaste et libre, et tous les -gens qui s'y trouvent s'aiment les uns les autres, s'entr'aident et ne -connaissent point de chagrin. - -Ce temple est la vraie vie des hommes. La porte du temple, c'est la -doctrine de la sagesse. Et la sagesse est donne aux humbles, ceux qui -ne s'lvent pas, mais qui se diminuent. - -3 - -La joie parfaite, selon les paroles de saint Franois d'Assise, consiste - supporter le reproche non mrit, mme une souffrance corporelle, sans -prouver d'inimiti envers la cause du reproche ou de la souffrance. -Cette joie est parfaite parce qu'aucune offense, aucune injure et aucun -reproche ne peuvent la compromettre. - -4 - -Quiconque s'lve sera abaiss, et quiconque s'abaisse sera lev. - - LUC, XIV, 11. - -5 - -Le plus faible en ce monde vainc le plus fort; le bas et l'humble vainc -le grand et le fier. Un trs petit nombre de gens comprennent toute la -force de l'humilit. - - LAO-TSEU. - -6 - -Il n'y a rien de plus tendre et de plus conciliant que l'eau, et -cependant, en attaquant les choses solides et dures, rien n'est plus -fort qu'elle. Le faible vainc le fort. Le dlicat vainc le cruel. -L'humble vainc le fier. Tout le monde le sait, mais personne ne veut -agir selon cette loi. - - LAO-TSEU. - -7 - -Si les rivires et les mers dominent toutes les valles qu'elles -traversent, c'est parce qu'elles sont plus basses. - -C'est pourquoi, si un saint homme veut tre au-dessus du peuple, il doit -tcher d'tre au-dessous de lui. S'il veut le gouverner, il doit tre -derrire lui. - -Par consquent, si un saint homme vit au-dessus du peuple, le peuple ne -le sent pas. Il est au-devant du peuple, mais le peuple n'en souffre -pas. C'est pourquoi le monde ne cesse de le louer. Le saint homme ne -discute avec personne, et personne ne discute avec lui. - - LAO-TSEU. - -8 - -L'eau est lgre, liquide et peu rsistante, mais lorsqu'elle attaque -quelque chose de solide, de dure et de rsistant, rien ne peut lutter -contre elle: elle emporte des maisons, joue avec d'normes bateaux -comme avec des copeaux, creuse la terre. L'air est encore moins dense, -plus doux et moins rsistant que l'eau, mais il est plus fort encore -lorsqu'il attaque des choses dures, fermes et solides. Il arrache les -arbres avec leurs racines, dmolit les maisons, gonfle l'eau en vagues -normes et chasse l'eau dans les nuages. Le tendre, le doux et le -liquide vainc le dur, le ferme et le rsistant. - -Il en est de mme dans la vie des hommes. Si tu veux tre vainqueur, -sois tendre, doux et condescendant. - - - - -CHAPITRE XXVI - -LA VRACIT - - -Les superstitions empchent de se bien conduire. On ne peut s'en -dbarrasser que par la sincrit, et cela non seulement envers les -autres, mais encore envers soi-mme. - - -I.--_Comment on doit se comporter envers les opinions et les coutumes -tablies._ - -1 - -Le moyen habituel employ pour nier l'existence de Dieu est de -reconnatre l'opinion publique comme incontestablement juste et de -n'attacher aucune importance la voix de Dieu que nous entendons -constamment en notre me. - - JOHN RUSKIN. - -2 - -Quand mme le monde entier reconnatrait la vracit d'une doctrine, -quand mme elle serait ancienne, l'homme doit la contrler par sa raison -et la rejeter hardiment, si elle ne s'accorde pas avec les exigences de -sa raison. - -3 - -Vous connatrez la vrit, et la vrit vous affranchira. - - JEAN, VIII, 32. - -4 - -Celui qui veut devenir vraiment un homme doit abandonner la -proccupation de plaire au monde; celui qui veut vivre d'une vie juste -ne doit pas se conformer ce qu'il est d'usage de considrer comme -bien; il n'a qu' chercher scrupuleusement o est vritablement le bien. -Il n'y a rien de plus sacr et de plus fcond que la curiosit d'une me -indpendante. - - EMERSON. - -5 - -La tendance de croire ce que l'on nous prsente comme vrit renferme -le bien comme le mal. C'est prcisment cette tendance qui rend possible -la marche progressive de la socit, et c'est elle encore qui rend cette -marche si lente et pnible: chaque gnration hrite, grce elle, sans -effort, des connaissances acquises grande peine par ceux qui ont vcu -avant, et c'est grce elle que chaque gnration se trouve esclave des -fautes et des erreurs de la prcdente. - - HENRY GEORGE. - -6 - -Plus l'homme vit, plus il se libre des superstitions. - -7 - -Croire que tout ce qui nous est avantageux et agrable est vrai, est -une qualit naturelle tant aux enfants qu' l'humanit en bas ge. Plus -l'homme et l'humanit avancent en ge, et plus leur raison s'claircit, -devient ferme, plus ils se librent de la conception errone d'aprs -laquelle tout ce qui est avantageux l'homme est vrai. C'est pourquoi, - mesure qu'ils avancent dans la vie, l'homme et l'humanit doivent -ncessairement examiner, par les efforts de leur raison et de la sagesse -de ceux qui ont vcu avant eux, si les principes, accepts sur foi, sont -vrais. - -8 - -Chaque vrit exprime par les paroles est une force dont l'action est -infinie. - - - -II.--_Le mensonge, ses causes et ses consquences._ - -1 - -Ne pense pas que l'on doive dire et crer la vrit uniquement dans les -cas graves. On doit toujours le faire, mme dans les questions les plus -futiles. Il ne s'agit pas du grand ou du petit mal qui sera caus par -ton mensonge, il importe que tu ne te souilles jamais par le mensonge. - -2 - -Tous, nous aimons mieux la vrit que le mensonge; mais lorsqu'il s'agit -de notre vie, nous prfrons souvent le mensonge la vrit, parce que -le mensonge justifie notre mauvaise vie, tandis que la vrit la dnonce. - -3 - -Chaque vrit qui pntre dans la conscience des hommes et remplace une -ancienne erreur arrive un moment o l'erreur est claire et la vrit -vidente. Mais les gens qui profitent de cette erreur ou qui y sont -habitus s'efforcent de la maintenir. Dans ces moments-l, il est tout -particulirement important de proclamer hardiment la vrit. - -4 - -Si l'on vous dit qu'il ne faut pas chercher la vrit partout, parce -qu'on ne trouve jamais toute la vrit, ne le croyez pas. Ceux qui -parlent ainsi sont vos plus redoutables ennemis, comme ils sont ceux de -la vrit. - -Ils le disent parce qu'ils ne vivent pas selon la vrit, parce qu'ils -le savent et qu'ils veulent que les autres vivent comme eux. - -5 - -Si tu veux connatre la vrit, dbarrasse-toi, du moins pour le temps -que tu la cherches, de toutes les considrations sur les avantages que -tu pourrais tirer de telle ou telle autre dcision. - -6 - -On est joyeux lorsqu'on dcouvre le mensonge des autres et qu'on le -dnonce. Mais combien on est plus heureux encore lorsqu'on se surprend -soi-mme ayant menti et que l'on s'accuse. Tche de t'offrir ce plaisir -aussi souvent que possible. - -7 - -Bien que le mensonge et toutes ses sductions soient trs tentantes, il -arrive un temps o l'homme se sent tellement tourment par le mensonge, -que pour fuir le dsordre moral qu'engendre toujours le mensonge, il -s'adresse la vrit et trouve le salut en elle seule. - -8 - -L'amre exprience nous montre qu'on ne peut conserver les anciennes -conditions de vie, et que, par consquent, il faut en rechercher des -nouvelles, celles qui puissent rpondre aux temps nouveaux. Mais au -lieu d'employer leur temps chercher et instituer ces nouvelles -conditions, les hommes emploient leur raison rechercher des moyens -de conserver les anciennes conditions de vie qui existent depuis des -centaines d'annes. - -9 - -Le mensonge nous cache Dieu en nous-mmes et chez les autres hommes; -c'est pourquoi, il n'y a rien de plus cher que la vrit qui nous ramne - l'amour de Dieu et de notre prochain. - -10 - -Il n'y a pas de plus grand malheur que lorsque l'homme commence -craindre la vrit, parce qu'elle lui cache combien il est mauvais. - - PASCAL. - -11 - -Le meilleur signe de la vrit est la simplicit et la clart. Le -mensonge est toujours compliqu, affect et grandiloquent. - -12 - -On peut tre solitaire dans un milieu priv et temporaire; mais chacune -de nos penses et chacune de nos sensations trouve, a trouv et trouvera -un retentissement dans l'humanit. Pour certaines personnes, que la -majorit de l'humanit reconnat pour ses chefs, ses rformateurs, -ses ducateurs, ce retentissement est immense et il rsonne avec une -force extrme; mais il n'y a pas d'homme dont les ides ne produiraient -pas sur les autres le mme effet, bien que moins apparent. Chaque -manifestation sincre de l'me, chaque dclaration d'une conviction -personnelle servent quelqu'un ou quelque chose, mme si nous n'en -savons rien, mme si on nous ferme la bouche, ou qu'on nous jette un -noeud, coulant sur le cou. Un mot dit quelqu'un conserve un effet -indestructible; comme tout mouvement, il ne disparat jamais, mais prend -d'autres aspects. - - AMIEL. - - - -III.--_Sur quoi repose la superstition._ - -1 - -Plus les objets, les coutumes, les lois sont entours de considration, -plus on doit examiner attentivement leur droit la considration. - -2 - -Bien des vrits anciennes nous semblent probables uniquement parce que -nous n'y avons jamais song srieusement. - - EDOUARD ROD. - -3 - -La raison est la chose la plus sacre au monde; c'est pourquoi c'est un -trs grand pch que d'abuser de la raison, de l'employer cacher ou -dguiser la vrit. - -4 - -En feuilletant l'histoire de l'humanit, nous remarquons constamment -que les inepties les plus videntes passaient auprs des gens pour des -vrits incontestables, que des nations entires devenaient la proie de -superstitions sauvages et s'humiliaient devant des mortels qui taient -leurs pareils, souvent devant des idiots et des voluptueux. Et la cause -de ces inepties et souffrances humaines tait toujours la mme: la -croyance des choses qui paratraient draisonnables mme un enfant. - - D'aprs HENRY GEORGE. - -5 - -Notre sicle est un vrai sicle de critique. Tout ce qui est cru est -vrifi par la critique. - -La raison n'a de la considration que pour ce qui est en tat de -supporter son preuve libre et universelle. - - KANT. - -6 - -On ne doit pas craindre les dvastations commises par la raison dans les -lgendes admises par les hommes. La raison ne peut rien dtruire sans y -mettre de la vrit. Telle est sa qualit. - - - -IV.--_Les superstitions religieuses._ - -1 - -C'est mal quand les hommes ne connaissent pas Dieu; mais c'est bien pis -lorsque les hommes reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu. - - LACTANCE. - -2 - -Nous n'avons plus de religions. Les lois ternelles de Dieu, avec leur -paradis et leur enfer, se sont tranformes en rgles de philosophie -pratique, fondes sur d'habiles calculs de profils et de pertes, avec -un faible reste de respect pour les joies apportes par la vertu et la -moralit leve. Pour parler comme nos anctres, nous avons oubli -Dieu, et en nous servant de l'expression contemporaine, nous devons -dire que nous comprenons faussement la vie du monde. Nous fermons -tranquillement les yeux et ne voulons pas voir la ralit ternelle des -choses, nous ne regardons que leur aspect trompeur. - -Nous considrons tranquillement l'univers comme une grande ventualit -incomprhensible: son aspect extrieur, nous nous le reprsentons -assez nettement comme un immense pr pour les btes, ou une maison de -travail, de vastes cuisines avec des tables manger, o seuls les gens -raisonnables peuvent trouver une place. - -Oui, nous n'avons pas de Dieu. Les lois de Dieu sont remplaces par Je -principe du plus grand profit possible. - - CARLYLE. - -3 - -Dieu nous a donn Son esprit, Sa raison, pour que nous le servions; et -nous employons cet esprit pour nous servir nous-mmes. - -4 - -Gardez-vous des docteurs qui se plaisent se promener en longues -robes, et qui aiment les salutations dans les places et les premiers -siges dans les synagogues, et les premires places dans les festins, -qui dvorent les maisons des veuves, tout en affectant de faire de -longues prires; ils encourront une plus grande condamnation. - - LUC, XX, 46-47. - -5 - -Mais vous, ne vous faites point appeler Matre; car vous n'avez qu'un -Matre, le Christ, et pour vous, vous tes tous frres. Et n'appelez -personne sur la terre votre pre, car vous n'avez qu'un seul Pre, Celui -qui est dans les cieux. Et ne vous faites point appeler docteur; car -vous n'ayez qu'un seul Docteur: Le Christ. - - MATTH., XXIII, 8-10. - -6 - -Pourquoi adorer Dieu si l'me n'est pas pure? Pourquoi dire: j'irai -Benars[1]. Comment celui qui fait le mal peut-il atteindre le vrai -Benars? - -La saintet n'est pas dans les forts, ni au ciel, ni sur la terre, -ni dans les fleuves sacrs. Purifie-toi, et tu verras Dieu. Transforme -ton corps en temple, abandonne les mauvaises penses et contemple Dieu -de l'oeil de ta conscience. Lorsque nous Le connaissons, nous nous -connaissons nous-mmes. Sans exprience personnelle, l'criture seule ne -dtruira pas nos craintes,--de mme que les tnbres ne s'claireront -pas par un feu peint. Quelles que soient ta religion et tes prires, -tant que tu n'as pas la vrit, tu n'atteindras pas le chemin du -bonheur. Celui qui conoit la vrit, nat nouveau. - -La source du vrai bonheur, c'est le coeur; celui qui cherche le bonheur -ailleurs est un insens. Il est pareil au ptre qui cherche la brebis -qu'il a cache sur sa poitrine. - -Pourquoi ramassez-vous des pierres et construisez-vous de grands -temples? Pourquoi vous tourmentez-vous ainsi, alors que Dieu habite -toujours en vous-mme? - -Un chien de garde est meilleur qu'une idole sans vie dans la maison, et -le grand Dieu de l'univers est meilleur que tous les demi-dieux. - -La lumire qui, comme l'toile du matin, vit dans le coeur de chaque -homme, est notre refuge. - - VEMANA. - -7 - -Combien il est tonnant que, de toutes les rvlations suprmes de la -vrit, le monde n'accepte et ne tolre que les plus anciennes, celles -qui ne rpondent plus notre poque, tandis qu'il considre chaque -rvlation directe, chaque pense originale comme nulles et parfois les -hait. - - THOREAU. - -8 - -La conscience religieuse de l'homme n'est pas immuable: elle se -transforme constamment, s'claircit et se purifie de plus en plus. - -9 - -Le mal de la vie ne peut tre corrig par rien d'autre que par la -dmonstration du mensonge religieux et par l'tablissement de la vrit -religieuse par chaque homme pris individuellement. - - - -V.--_Le principe raisonnable de l'homme._ - -1 - -Qu'est-ce que la raison? Tout ce que nous tablissons, nous -l'tablissons toujours par la raison. Or, par quoi tablirons-nous la -raison. - -Si nous avons tout tabli par la raison, nous ne pouvons, par cela mme, -tablir la raison. Mais non seulement nous connaissons tous la raison, -mais encore il n'y a qu'elle seule que nous connaissons indubitablement -et tous au mme degr. - -2 - -Nous devons avoir confiance en notre raison. C'est une vrit qu'il -ne faut pas et que l'on ne doit pas cacher. La foi en la force de la -raison est la base de toute autre foi. On ne peut croire en Dieu si -nous diminuons l'importance de la facult l'aide de laquelle nous -connaissons Dieu. La raison est prcisment la seule facult laquelle -la rvlation s'adresse. La rvlation ne peut tre comprise que par la -raison. Si, aprs avoir utilis consciencieusement et impartialement -nos meilleures facults, certaine doctrine nous semble contradictoire -et en dsaccord avec les principes essentiels dont nous ne doutons pas, -nous devons incontestablement nous abstenir de croire cette doctrine. -Je suis plus persuad que ma nature raisonnable est Dieu, plutt qu'un -livre ne soit l'expression de sa volont. - - CHANNING. - -3 - -La raison rvle l'homme le sens et la signification de sa vie. - -4 - -La raison n'est pas donne l'homme pour apprendre aimer Dieu et son -prochain. Cette connaissance est dans le coeur de l'homme, indpendamment -de sa raison. La raison est donne l'homme pour lui indiquer o est -le mensonge et o est la vrit. Et il suffit l'homme de rejeter le -mensonge, pour apprendre tout ce qu'il lui faut. - -5 - -Les erreurs et les dsaccords entre hommes dans les recherches et -l'adoption de la vrit viennent uniquement de leur dfiance de la -raison; il en rsulte que la vie humaine, guide par les usages, les -traditions, les modes, les superstitions, les prjugs, la violence, par -tout ce que l'on veut, sauf la raison, va l'aventure, et la raison -existe par elle-mme. Souvent il arrive galement que si la rflexion -est utilise quelque chose, ce n'est pas chercher et propager la -vrit, mais pour justifier et maintenir, malgr et contre tout, les -usages, les traditions, les modes, les superstitions, les prjugs. - -Les erreurs et les dsaccords des hommes reconnatre l'unique vrit -ne viennent pas de ce que la raison n'est pas la mme chez tous les -hommes ou parce qu'elle ne peut pas leur dmontrer la mme vrit, mais -parce qu'ils ne croient pas la raison. - -S'ils avaient foi en leur raison, ils auraient trouv moyen de comparer -les jugements de leur raison avec ceux des autres. Et ayant trouv ce -moyen de vrification mutuelle, ils se seraient persuads que la raison -est la mme chez tous, et ils se seraient soumis ses volonts. - - TH. STRAKHOV[2]. - -6 - -Autant que l'homme est vridique, autant il est divin; l'invincibilit, -l'immortalit, la grandeur de la divinit entrent en l'homme avec sa -vracit. - - EMERSON. - -7 - -Souviens-toi que la raison, ayant la facult de vivre par elle-mme, -te donne la libert, si tu ne l'emploies pas servir ton corps. L'me -humaine, claire par la raison, est libre de passions qui cachent la -lumire; elle constitue une vritable forteresse, et l'homme n'a pas de -refuge plus sr et moins accessible au mal. Celui qui ne le sait pas, -est aveugle, et celui qui, tout en le sachant, ne croit pas sa raison, -est rellement malheureux. - - MARC-AURLE. - -8 - -L'un des devoirs principaux de l'homme consiste faire briller dans -toute sa force le clair principe de la raison que nous recevons du Ciel. - - _Sagesse chinoise._ - -9 - -Je glorifie le christianisme parce qu'il dveloppe, augmente et lve -ma nature raisonnable. Si je ne pouvais conserver la raison en tant -chrtien, j'aurais renonc au christianisme. Je sens que mon devoir est -de sacrifier au christianisme mon bien, ma gloire, ma vie; mais je ne -saurais sacrifier aucune religion la raison qui m'lve au-dessus de -la bte et fait de moi un homme. Je ne connais pas de pire sacrilge que -de renoncer la plus haute facult que l'on tient de Dieu. En agissant -ainsi, nous nous opposons sciemment l'lment divin qui vit en nous. -La raison est l'expression suprme de notre nature intelligente. Elle -correspond l'unit de Dieu et celle de l'univers et tend faire de -l'me le miroir de l'unit suprme. - - CHANNING. - -10 - -L'homme qui ne saurait pas que ses yeux peuvent voir et qui ne les -ouvrirait jamais, serait trs misrable. Mais l'homme qui ne comprend -pas que la raison lui est donne pour supporter facilement toutes les -peines, est plus misrable encore. Grce la raison, nous pouvons venir - bout de tous les ennuis. L'homme qui raisonne, ne rencontrera pas -dans la vie des ennuis impossibles, supporter; ils n'existent pas pour -lui. Et cependant, combien souvent, au lieu de regarder un ennui en -face, nous tchons lchement de l'viter. Ne serait-il pas prfrable -de nous rjouir que Dieu nous ait donn le pouvoir de ne pas nous -chagriner de ce qui nous arrive indpendamment de notre volont, et de -le remercier de ce qu'Il n'a subordonn notre me qu' ce qui dpend de -nous-mmes. Il n'a pourtant pas subordonn notre me nos parents, ni -nos frres, ni la richesse, ni notre corps, ni la mort. Etant bon, -Il ne l'a soumis qu' ce qui dpend de nous-mmes: notre raison. - - PICTTE. - -11 - -Dieu nous a donn la raison pour que nous Le servions. C'est pourquoi -nous devons veiller sa puret, afin qu'elle puisse toujours -reconnatre le bien et le mal. - -12 - -L'homme n'est libre que lorsqu'il est dans la vrit; et la vrit est -rvle par la raison. - - - -VI.--_La raison vrifie les principes de la foi._ - -1 - -Lorsqu'un homme emploie sa raison rsoudre les questions de la cause -de l'existence du monde et de la cause de sa vie dans ce monde, il sent -une espce de malaise, d'tourdissement. La raison humaine ne peut -imaginer de rponses ces questions. Qu'est-ce que cela veut dire? Cela -signifie que la raison n'est pas donne l'homme pour rpondre ces -questions, et que c'est une erreur de la raison que de l'esprer. La -raison ne rsout qu'une question: Comment vivre? Et la rponse est -claire: Il faut vivre de faon ce que je me sente bien et que les -autres hommes se sentent bien. Tout ce qui vit en a autant besoin que -moi. Et la possibilit en est donne tout ce qui vit et moi par la -raison que je possde. Cette solution exclut toutes les questions: le -comment et le pourquoi. - -2 - -N'avons-nous pas raison? Il faut que le peuple reste dans le mensonge: -voyez comme il est peu veill et sauvage! - -Non, il est peu veill et sauvage parce qu'il est grossirement tromp. -C'est pourquoi cessez tout d'abord de le tromper. - -3 - -Si Dieu, en tant qu'objet de notre foi, est au-dessus de notre -comprhension et si nous ne pouvons le concevoir par la raison, cela ne -prouve pas encore que nous devions ngliger les fonctions de la raison -en les considrant comme nuisibles. - -Bien que les objets de notre foi soient, sans aucun doute, au-dessus du -niveau de notre comprhension, notre raison a cependant une si grande -importance leur gard, que nous ne pouvons absolument pas nous en -passer. Elle semble remplir les fonctions de censeur qui,--tout en -admettant, dans le domaine de la foi, la vrit qui est au-dessus de -la raison, c'est--dire, la vrit mtaphysique,--nie toute vrit -imaginaire qui est contraire la raison. - -Mais en dehors de cette oeuvre positive, la raison accomplit galement -l'oeuvre ngative de libration de l'homme, des pchs, des tentations -(justification des pchs) et des superstitions. - - TH. STRAKHOV. - -4 - -Sois ton propre flambeau. Sois le refuge. Laisse-toi guider par la -lumire de ton flambeau et ne cherche pas autre refuge. - - LA SOUTHA BOUDDHISTE. - -5 - -Pendant que vous avez la lumire, croyez en la lumire, afin que vous -soyez les enfants de lumire. - - JEAN, XII, 36. - -Loin de comprimer la raison, comme le conseillent les faux docteurs, il -faut la purifier, l'exercer, en contrler tout ce qu'on vous soumet, -afin de dcouvrir la vritable religion. - - - -[1] Ville sainte des Hindous. _(Note de l'auteur)._ - -[2] Philosophe et critique russe, ami de Tolsto, mais ne partageant que -partiellement ses opinions. _(Note du trad.)._ - - - - -CHAPITRE XXVII - -DU MAL - - -Nous appelons mal tout ce qui trouble le bonheur de notre vie -corporelle. Et pourtant, toute notre vie n'est qu'une libration -graduelle de notre me, de ce qui constitue le bonheur de notre corps. -C'est pourquoi, pour celui qui comprend la vie telle qu'elle est, en -ralit, le mal n'existe pas. - - -I.--_Ce que nous appelons la souffrance est la condition invitable de -la vie._ - -1 - -C'est un bien pour l'homme que de supporter les malheurs de cette vie -terrestre, car cela conduit au saint isolement du coeur, et on s'y -trouve comme un exil de son pays natal et oblig de ne se fier -aucune joie terrestre. Il est galement bon pour l'homme de se heurter - des contradictions et des reproches, lorsque l'on pense et que l'on -parle mal de lui, bien que ses intentions soient pures et ses actes -justes; car cette manire d'agir le maintient dans l'humilit et est un -contre-poison de la vaine gloire. Et c'est tout particulirement un bien -parce que nous pouvons nous entretenir, avec le tmoin qui est en nous, -qui est Dieu, nous entretenir, alors que le monde nous mprise, nous -manque de respect et nous prive d'amour. - - THOMAS A KEMPIS[1]. - -2 - -Si quelque divinit nous avait offert, nous, hommes, de supprimer -tous nos chagrins, avec toutes leurs causes, nous serions, de prime -abord, trs tents d'accepter cette proposition. Lorsque le dur travail -et la misre nous crasent, lorsque la douleur nous mine, lorsque -l'anxit treint notre coeur, il nous semble qu'il n'y aurait rien de -meilleur que de vivre sans travailler, dans le calme, l'aisance et la -paix. Mais aprs avoir got une telle vie, je pense que nous aurions -bientt demand la divinit de nous rendre notre vie ancienne, avec -toutes ses peines, ses misres, ses chagrins et ses dangers. La vie, -exempte de tout chagrin et de toute crainte, nous semblerait bientt -non seulement peu intressante, mais encore intolrable. Car, avec les -causes de nos peines, tous les obstacles, tous les dangers et tous les -checs auraient disparu, supprimant avec eux la tension de nos forces, -le zle, l'excitation du risque, les efforts de la lutte et les joies -de la victoire. Il ne resterait que l'accomplissement facile du but, la -russite sans rsistance. Nous en serions bientt, ennuys comme d'un -jeu o nous savons d'avance que nous gagnerons chaque coup. - - FR. PAULSEN[2]. - - - -II--_Les souffrances veillent l'homme la vie spirituelle._ - -1 - -L'homme est l'esprit de Dieu enferm dans un corps. - -Au dbut de la vie, l'homme ne le sait pas, et croit que sa vie est -dans son corps. Mais plus il avance, plus il apprend que la vraie vie -est dans l'esprit et non dans le corps. Toute l'existence de l'homme -consiste l'apprendre de mieux en mieux. Et cette connaissance nous est -donne plus facilement et plus srement par les souffrances corporelles -qui rendent notre vie telle qu'elle doit tre, c'est--dire spirituelle. - -2 - -La croissance physique sert prparer les provisions pour la croissance -spirituelle, qui commence lorsque le corps dcline. - -3 - -L'homme vit pour son corps qui dit: tout est mal. L'homme vit pour son -me qui dit: ce n'est pas vrai, tout est bien. Ce que tu crois mauvais -est prcisment la meule sans laquelle ce qu'il y a de plus prcieux en -toi serait mouss et rouill: ton me. - -4 - -Tous les malheurs--ceux des individus comme ceux de l'humanit -entire--conduisent l'humanit et les hommes, bien que par des chemins -dtourns, l'unique but qui est donn tous les hommes: la -manifestation de plus en plus grande de l'lment spirituel, par chaque -homme spar comme par toute l'humanit. - -5 - -Car je suis descendu du Ciel pour faire non pas ma volont, mais la -volont de Celui qui m'a envoy. Or, la volont du Pre qui m'a envoy -est que je ne perde rien de ce qu'il m'a donn, dit Jean (VI, 28-39), -autrement dit, il est command de conserver, de cultiver, d'amener au -plus haut degr possible l'tincelle divine qui m'est donne, qui m'est -confie, comme un enfant sa bonne. Que faut-il pour accomplir cela? -Non pas satisfaire nos dsirs charnels, celui de la gloire; non la vie -tranquille, mais, au contraire, l'abstinence, l'humilit, le travail, -la lutte, les privations, les perscutions, tout ce qui est dit tant de -fois dans l'Evangile. Et c'est prcisment ce dont nous avons besoin qui -nous est envoy sous diverses formes, en grandes et en petites mesures. -Sachons seulement l'accepter comme il convient, comme une preuve dont -nous avons besoin et qui donne la joie, et non comme quelque chose -d'ennuyeux qui trouble notre existence bestiale, et celle que nous -croyons tre la vraie et dont l'accroissement d'intensit nous apparat -comme un bonheur. - -6 - -Si l'homme pouvait ne pas craindre la mort et ne pas y penser, -les souffrances affreuses, inutiles, injustifiables et invitables -suffiraient enlever tout sens raisonnable attribu la vie, disent -les hommes. - -Je m'emploie une bonne oeuvre, incontestablement utile aux autres, et -brusquement la maladie interrompt mon travail, me fait souffrir sans -raison. La vis d'un rail se rouille, et il faut que ce soit prcisment -le jour mme qu'il saute, qu'une excellente mre se trouve dans le -wagon et que ses enfants soient crass devant elle. Il faut que -le tremblement de terre se produise juste l'endroit o se trouve -Lisbonne ou Verny, et que des innocents soient ensevelis sous la terre -et prissent dans d'affreux tourments. Pourquoi les milliers d'autres -accidents affreux, ineptes, tant de souffrances qui frappent les hommes? -Quel sens cela? - -La rponse est que ces raisonnements sont absolument justes pour ceux -qui ne reconnaissent pas la vie spirituelle. Pour eux, la vie humaine -n'a rellement aucun sens. La vie de ceux qui n'admettent pas de vie -spirituelle ne saurait, en effet, qu'tre insense et malheureuse. Et -s'ils dduisaient tout ce qui dcoule invitablement de leur conception -matrielle de la vie, ils ne pourraient vivre un instant de plus. Car -aucun ouvrier ne serait rest chez un patron qui, en l'engageant, aurait -exig le droit de brler, toutes les fois qu'il en aurait envie, cet -ouvrier sur un feu lent, ou bien de l'corcher vif, de le soumettre - toutes les horreurs que le patron ferait subir ses ouvriers, en -prsence de celui qu'il engage. Si les hommes comprenaient rellement -la vie, comme ils le disent, c'est--dire uniquement comme une -existence matrielle, nul parmi eux, par la seule crainte des affreux -et inexplicables tortures qu'il voit autour de lui et qui peuvent -l'assaillir tout instant, ne continuerait vivre sur la terre. - -Pourtant, les hommes vivent, se plaignent, se lamentent, mais continuent - vivre. - -Il n'y a qu'une seule explication celte trange contradiction: c'est -que tous les hommes savent, dans leur for intrieur, que leur vie n'est -pas dans leur corps, mais dans leur me, et que toutes les souffrances -sont ncessaires, indispensables pour le bien de la vie spirituelle; -quand, ne voyant aucun sens la vie humaine, ils se rvoltent -contre les souffrances, mais continuent nanmoins vivre, cela tient -uniquement ce que leur raison affirme la matrialit de leur vie, -tandis qu'ils sentent, au fond de leur me, qu'elle est spirituelle et -qu'aucune souffrance ne peut priver l'homme de son vrai bonheur. - - - -III.--_Les souffrances apprennent l'homme considrer la vie au point -de vue raisonnable._ - -1 - -Tout ce que nous appelons mal, toute peine, condition de l'envisager -comme il convient, amliore notre me. Et toute l'oeuvre de la vie -consiste en cette amlioration. - -En vrit, en vrit, je vous dis que vous pleurerez et vous vous -lamenterez, et le monde se rjouira; vous serez dans la tristesse, mais -votre tristesse sera change en joie. Quand une femme accouche, elle a -des douleurs parce que son terme est venu; mais ds qu'elle a accouch -d'un enfant, elle ne se souvient plus de son travail, cause de sa joie -de ce qu'un homme est n dans le monde. - - JEAN, XVI, 20-21. - -2 - -Les souffrances de la vie draisonnable amnent reconnatre la -ncessit d'une vie raisonnable. - -3 - -De mme que seuls les tnbres de la nuit rvlent les astres clestes, -seules les souffrances rvlent la vraie signification de la vie. - - THOREAU. - -4 - -Les obstacles extrieurs ne font pas de mal l'homme d'esprit fort, -car le mal est tout ce qui dfigure ou affaiblit, comme cela est le cas -pour les animaux que les obstacles irritent ou affaiblissent; mais pour -l'homme qui les accueille avec la force d'esprit qui lui est donne, -tout obstacle ne peut qu'augmenter sa beaut morale et sa force. - - MARC-AURLE. - -5 - -Seulement aprs avoir prouv la souffrance, j'ai appris la parent des -mes humaines entre elles. Il suffit de bien souffrir soi-mme pour -savoir comprendre tous ceux qui souffrent. Bien plus: la raison mme -devient plus lucide; on commence connatre la situation et la carrire -des gens qui s'taient cachs jusque-l, et l'on aperoit nettement ce -dont chacun a besoin. Grand est le Dieu qui nous instruit ainsi I Et -par quoi nous instruit-il? Par les misres mmes que nous fuyons. C'est -par les souffrances et les peines qu'il nous est donn d'acqurir les -petites parcelles de sagesse, de celle qui ne s'apprend pas dans les -livres. - - GOGOL. - -6 - -Si Dieu nous donnait des ducateurs et si nous savions srement qu'ils -nous sont envoys par Dieu, nous leur obirions librement avec joie. - -Et nous possdons bien ces ducateurs: ce sont la misre et tous les -accidents de la vie. - - PASCAL. - -7 - -Tout ce que la Providence envoie tout tre vivant lui est non -seulement utile, mais encore utile au moment o la Providence le lui -envoie. - - MARC-AURLE. - -8 - -L'homme qui ne reconnat pas la bienfaisance des souffrances, n'a pas -encore commenc vivre de la vie raisonnable, c'est--dire de la vraie -vie. - - - -IV.--_Les maladies n'entravent pas la vraie vie, mais y aident._ - -1 - -Rien qu'en voyant combien sont faibles et souvent mauvais ceux qui -tout russit dans la vie, qui se portent toujours bien, qui sont riches, -qui ne connaissent ni les offenses, ni les humiliations, on voit combien -les preuves sont indispensables l'homme. Et nous nous plaignons de -devoir les supporter! - -2 - -Il n'est point de maladie qui puisse empcher l'accomplissement du -devoir. Si tu ne peux pas servir les hommes par tes travaux, sers-les -par l'exemple de patience et d'amour. - -3 - -Il y a une histoire o l'on conte qu'un homme a t puni, cause de -ses pchs, par l'impossibilit de mourir. On peut dire srement que -si l'homme avait t puni par l'impossibilit de souffrir, la punition -aurait t tout aussi pnible. - -4 - -Ce n'est pas bien de cacher un malade qu'il peut mourir de sa maladie. -Il faut, au contraire, le lui rappeler. En le lui cachant, nous le -privons du bienfait que lui donne la maladie; elle voque en lui, par la -conscience de la mort prochaine, la conscience de la vie spirituelle. - -5 - -Le feu dtruit et chauffe. Il en est de mme de la maladie. Lorsque, -bien portant, nous tchons de bien vivre, nous le faisons avec -difficult; durant la maladie, au contraire, tout le poids des -tentations mondaines disparat, on se sent brusquement libre, et l'on -est mme effray de penser--tout le monde l'a prouv--qu'aussitt la -maladie passe, ce poids retombe sur vous de toute sa force. - -6 - -Plus l'homme souffre physiquement, mieux il se sent moralement. C'est -pourquoi l'homme ne peut pas tre malheureux. Le spirituel et le -corporel sont comme deux flaux d'une balance: plus le corporel est -lourd, plus le spirituel s'lve, plus l'me est bien, et _vice versa._ - -7 - -La dcrpitude, la sensibilit marquent l'vanouissement de la -conscience et de la vie de l'homme, dit-on souvent. - -Je me reprsente, d'aprs la lgende, le vieux Jean Thologue, tomb -dans l'enfance. Il n'aurait fait que rpter: Mes frres, aimez-vous -les uns les autres. - -Un petit vieillard centenaire, marchant avec peine, aux yeux larmoyants, -marmottant toujours les mmes trois mots: aimez-vous tous. Dans un -tel homme, l'existence animale est presque imperceptible; elle s'est -dsagrge sous l'action de la nouvelle conception du monde, du nouvel -tre qui n'a plus rien de charnel. - -Un homme, comprenant la vie comme elle doit tre comprise en ralit, -ne saurait parler de l'amoindrissement de sa vie par les maladies et -la vieillesse; ce serait se lamenter du fait qu'en s'approchant de la -lumire, son ombre diminue mesure qu'il avance. - - - -V.--_Ce que nous appelons le mal, ce sont nos fautes._ - -1 - -Le mal est uniquement en nous, c'est--dire d'un endroit d'o l'on peut -le chasser. - -2 - -Souvent un homme superficiel, en songeant aux malheurs qui affligent le -genre humain, perd l'espoir dans la possibilit de l'amlioration de la -vie, et se sent mcontent de la Providence qui dirige le monde. IL y a -l une grande erreur. tre satisfait de la Providence (bien qu'elle nous -ait trac le chemin le plus difficile dans la vie) est essentiellement -important pour ne pas perdre courage au milieu de nos malheurs, mais -surtout pour ne pas perdre de vue notre faute nous, tout en n'en -accusant pas le sort, cette faute tant la seule cause de tous nos -malheurs. - - D'aprs KANT. - -3 - -L'homme peut viter les malheurs que Dieu lui envoie, mais il ne peut -tre sauv des malheurs qu'il cause lui-mme par sa mauvaise vie. - - - -VI.--_La conscience des bienfaits de la souffrance supprime son poids._ - -1 - -Que faire lorsque tout nous abandonne: la sant, la joie, l'affection, -la fracheur des sens, la mmoire, la capacit du travail, lorsqu'il -nous semble que le soleil devient froid et que la vie perd tous ses -charmes? Que faire quand nous n'avons plus aucun espoir? Nous griser, -ou nous ptrifier? Il n'y a jamais qu'une seule rponse: vivre d'une -vie spirituelle, crotre sans cesse. Arrive ce que pourra, si ta -conscience est tranquille, si tu sens que tu accomplis ce que ton tre -spirituel demande. Sois ce que tu dois tre; le reste est affaire de -Dieu. Et quand mme il n'y aurait pas de Dieu saint et charitable, la -vie spirituelle serait, nanmoins, la solution du mystre et l'toile -polaire de l'humanit mouvante, car elle, seule donne le vrai bonheur. - - AMIEL. - -2 - -Sache seulement et crois que tout ce qui t'arrive te conduit vers ton -vrai bonheur spirituel, et tu accueilleras la maladie, la misre, -l'outrage; tout ce que les hommes considrent comme des malheurs, non -comme des malheurs, mais comme ncessaires pour ton bien, de mme que le -cultivateur accueille la pluie qui le trempe, mais qui est ncessaire -son champ, comme le malade prend un mdicament amer. - -3 - -Souviens-toi que la facult par laquelle se distingue un tre -raisonnable, c'est la soumission libre son sort, et non la lutte -honteuse contre lui, car cette lutte est le propre des btes. - - MARC-AURLE. - -4 - -Chacun a sa croix, son joug, non pas dans le sens du poids, mais dans -le sens de la destine de la vie, et lorsque nous ne considrons pas la -croix comme un poids, mais comme une destine, il nous est facile de -la porter. Cela nous est facile lorsque nous sommes humbles de coeur, -dociles et modestes. Et cela devient plus facile encore lorsque nous -renonons nous-mmes; et cela est encore plus facile lorsque nous -la portons toutes les heures, comme nous l'enseigne le Christ. Et -cela devient de plus en plus facile lorsque nous nous oublions dans le -travail spirituel, de mme que les gens s'oublient dans les travaux -mondains. La croix qui nous est envoye est ce quoi nous devons -travailler. Toute notre vie est dans ce travail. Si la croix est une -maladie--il faut la porter avec humilit; si c'est une offense faite -par les gens--c'est de savoir payer le mal par le bien; si c'est, -une humiliation,--c'est de s'abaisser; si c'est la mort--c'est de -l'accueillir avec gratitude. - -5 - -Plus on repousse sa croix, plus elle devient lourde. - - AMIEL. - -6 - -La faon dont l'homme accueille son sort est incontestablement plus -importante que le sort mme. - - HUMBOLDT. - -7 - -Aucun chagrin n'est aussi grand que la crainte qu'on en a. - -8 - -Si tu as un ennemi et que tu sais en profiler pour t'exercer sur lui -aimer tes ennemis, ce que tu considres comme mal deviendra pour toi un -grand bien. - -9 - -La maladie, la perte d'un membre, la dception cruelle, la perle des -biens ou des amis semblent d'abord des pertes irrparables. Mais les -annes donnent ces perles une grande force curative. - - EMERSON. - -10 - -A l'poque pnible des maladies, des pertes et de malheurs, la prire -est plus ncessaire qu' tout autre moment,--non pas la prire de nous -pargner, mais de reconnatre notre dpendance de la volont suprme. -Que Ta volont soit faite et non la mienne, et non comme je le veux, -mais comme Tu le veux. Ma mission est d'accomplir Ta volont dans les -conditions o tu m'as plac. Dans les moments difficiles, il est on -ne peut plus ncessaire de nous rappeler que si nous souffrons, cette -souffrance nous est justement donne afin que nous puissions montrer que -nous voulons accomplir Sa volont et non la ntre. - - - -VII--_Les souffrances ne peuvent entraver l'accomplissement de la -volont de Dieu._ - -1 - -L'homme n'est jamais plus prs de Dieu que lorsqu'il est dans le -malheur. Profitez-en pour ne pas perdre l'occasion de vous rapprocher -de ce qui donne seul le bonheur constant. - -2 - -Combien est juste l'ancien proverbe disant que Dieu envoie la souffrance - celui qu'Il aime. Pour celui qui y croit, la souffrance n'est pas une -souffrance, mais un bonheur. - -3 - -Il te sufft de te dire que la volont de Dieu s'accomplit dans tout ce -qui arrive, de croire que la volont de Dieu est toujours le bien, et tu -ne craindras plus rien, et la vie sera toujours un bonheur pour toi. - - - -[1] Ou Thomas Hemerken, auteur prsum de _l'Imitation de Jsus-Christ. -(Note du trad.)._ - -[2] Philosophe allemand, de tendance no-karitienne, professeur -l'Universit de Berlin. _(N. du trad.)._ - - - - -CHAPITRE XXVIII - -DE LA MORT - - -Si l'homme croit que sa vie est dans son corps, sa vie s'achve avec la -mort de son corps. Mais si l'homme considre que sa vie est dans son -me, il ne peut mme pas se reprsenter la fin de sa vie. - - -I.--_La vie de l'homme ne finit pas lorsque son corps meurt._ - - -1 - -Toute la vie de l'homme, depuis sa naissance jusqu' sa mort, ressemble - un jour de sa vie, depuis qu'il s'veille et jusqu' ce qu'il -s'endorme. - -Souviens-toi comment tu te rveilles aprs un sommeil profond, comment -tu ne reconnais pas d'abord l'endroit o tu le trouves, comment tu ne -reconnais pas celui qui est ton chevet et qui te rveille; comment -tu ne veux pas te lever et qu'il te semble n'en avoir pas la force. -Mais, peu peu, tu reviens toi, tu commences comprendre ce que tu -es et o tu te trouves, tu te lves et tu te mets l'ouvrage. Il en -est de mme, trs peu de choses prs, de l'homme lorsqu'il nat et -commence entrer peu peu dans la vie, gagner des forces, devenir -raisonnable et travailler. - -La diffrence consiste en ce fait que les manifestations du sommeil se -passent rapidement, tandis que celles de la croissance durent des mois, -des annes. - -Ensuite, un jour ressemble galement la vie humaine tout entire. En -s'veillant, l'homme travaille, s'occupe, et plus la journe avance, -plus il devient alerte. Arriv au milieu de la journe, il ne se sent -plus aussi robuste que le matin; et vers le soir, il se fatigue de plus -en plus et il a dj envie de se reposer. Il en est de mme de la vie -entire. - -Dans sa jeunesse, l'homme est alerte et il vit gaiement; vers le milieu -de sa vie, il n'est plus aussi robuste, et dans la vieillesse, il se -sent fatigu et il a de plus en plus envie de repos. Et de mme que la -nuit arrive la fin de la journe et que l'homme se couche, de mme que -les ides commencent se brouiller dans sa tte, et, en s'endormant, -qu'il se sent s'en aller, il a la mme sensation lorsqu'il meurt. - -De sorte que l'veil d l'homme est une petite naissance; la journe, -depuis le matin jusqu' la nuit, est une petite vie; le sommeil est une -petite mort. - -2 - -Lorsque le tonnerre gronde, nous savons que la foudre est dj tombe -et le tonnerre ne peut plus nous tuer; cependant, nous tressaillons -toujours en entendant un coup de tonnerre. Il en est de mme de la mort. - -Il semble celui qui ne comprend pas le sens de la vie, que tout prit -avec la mort, et il la craint, se cache d'elle comme le sot se cache -d'un coup de tonnerre, alors que ce coup ne peut plus le tuer. - -3 - -Parce qu'un homme a travers lentement l'espace qui s'ouvre mes -yeux et au del duquel je ne vois plus, et qu'un autre l'a travers -rapidement, je ne vais pas penser que celui qui marchait lentement vit -plus longtemps que celui qui marchait vite. Je ne sais qu'une chose: je -sais que si j'ai vu un homme passer vite ou lentement devant ma fentre, -l'un et l'autre ont exist avant que je ne les vis et qu'ils vivront -aussi aprs. Il en est de mme des hommes dont j'ai vu la vie courte ou -longue avant leur mort. - -4 - -La mort est la transformation de l'enveloppe laquelle notre me est -lie. Il ne faut pas confondre l'enveloppe avec ce qu'il y a dedans. - -5 - -Souviens-toi que tu ne restes pas sur place, mais que tu passes, que tu -n'es pas dans une maison, mais dans un train qui te conduit la mort. -Souviens-toi que ton corps ne fait que passer et que seul l'esprit vit -en toi. - -6 - -Bien que je ne puisse pas le prouver indubitablement, je sais toutefois -que l'lment immatriel libre et raisonnable qui vit en moi ne peut pas -mourir. - -7 - -Mme si je me trompais, en supposant que les mes sont immortelles, -je serais heureux et satisfait de mon erreur; et, tant que je suis en -vie, aucun homme ne sera mme d'branler cette conviction. Cette -conviction me donne le calme et la satisfaction absolue. - - CICRON. - - -II.--_La vraie vie est en dehors du temps; c'est pourquoi elle n'a pas -d'avenir._ - -1 - -Le temps cache la mort. Lorsque l'on compte avec le temps, on ne peut -s'imaginer qu'il finisse. - -2 - -La raison pour laquelle l'ide de la mort ne fait pas l'effet qu'elle -pourrait produire, rside en ce fait qu'en raison de notre nature -d'tres actifs, nous aurions d ne pas penser du tout la mort. - - KANT. - -3 - -La question de savoir si la vie existe au-del, ou non, est la mme que -de savoir si le temps est le produit de notre facult de penser, ou une -condition indispensable de tout ce qui existe. - -Que le temps ne puisse tre une condition indispensable tout ce qui -existe, cela peut tre prouv par le fait que nous sentons en nous-mmes -quelque chose qui n'est pas subordonn au temps: notre vie dans le -prsent. C'est pourquoi la question de savoir si la vie d'outre-tombe -existe ou non, est la mme que de demander laquelle des deux choses est -relle: notre conception du temps, ou la conscience de notre vie dans le -prsent. - -4 - -Si l'homme base sa vie sur le prsent, il ne peut tre question pour lui -de sa vie future. - - - -III.--_La mort ne peut effrayer un homme qui vit de la vie spirituelle._ - -1 - -La mort libre si facilement de toutes les difficults et de tous les -malheurs, que ceux qui ne croient pas l'immortalit devraient la -souhaiter. Et ceux qui croient en l'immortalit, qui attendent une vie -nouvelle, devraient la souhaiter plus encore. Pourquoi donc la plupart -des hommes ne la dsirent pas? C'est parce qu'ils vivent de la vie -corporelle, et non de la vie spirituelle. - -2 - -Les souffrances et la mort se prsentent l'homme comme un malheur -quand il prend la loi de son existence corporelle et bestiale pour la -loi de sa vie. Alors seulement, il s'abaisse au niveau de l'animal, -alors seulement les souffrances et la mort l'effraient. De tous -cts, elles se ruent sur lui et le chassent sur l'unique route de la -vie humaine qui lui est ouverte, celle de la loi de la raison et se -manifestant par l'amour. Les souffrances et la mort ne sont que les -drogations la loi de la vie. Si l'homme menait une vie absolument -spirituelle, il n'y aurait pour lui ni souffrances, ni mort. - -3 - -Craindre la mort revient au mme que de craindre les fantmes, de -craindre ce qui n'existe pas. - -4 - -Pour l'homme qui vit pour son me, la destruction du corps n'est qu'une -libration, et les souffrances sont les conditions invitables de cette -libration. Mais quelle est la situation de celui qui croit que toute sa -vie est dans son corps, lorsqu'il voit que la seule chose dont il vit-- -son corps--se dtruit et qu'il doit, de plus, endurer des souffrances? - -5 - -L'animal meurt sans s'apercevoir de la mort et presque sans la craindre. -Pourquoi donc l'homme doit-il voir la fin qui le guette, et pourquoi lui -semble-t-elle si affreuse, au point qu'elle le force parfois mettre -fin ses jours? Je ne sais pourquoi cela est ainsi; mais je sais dans -quel but: pour que l'homme conscient et raisonnable transforme sa vie -charnelle en vie spirituelle. Cette transformation abolit non seulement -la crainte de la mort, mais encore elle donne l'attente de la mort une -sensation analogue celle qu'prouve le voyageur l'approche de sa -maison. - -6 - -La vie n'a rien de commun avec la mort. C'est probablement pour cela -que s'veille en nous l'espoir inepte qui obscurcit la raison et nous -fait douter de l'exactitude de notre connaissance quant au caractre -invitable de la mort. La vie corporelle tend s'obstiner dans -l'existence. Elle rpte toujours, comme le perroquet dans la fable, -mme au moment o on l'trangle: Ce n'est rien, a. - - AMIEL. - -7 - -Le corps est le mur qui limite l'esprit et qui l'empche d'tre libre. -L'esprit tend sans cesse carter ces murs, et toute la vie d'un homme -de raison se passe ce travail de libration de l'esprit de l'emprise -du corps. La mort complte celte libration. C'est pourquoi la mort non -seulement n'est pas effrayante, mais est une joie pour celui qui mne -une vie juste. - -8 - -Si la mort est effrayante, la cause en est en nous-mmes, non en elle. -Meilleur est l'homme, moins il craint la mort. - -Pour le saint il n'y a pas de mort. - -9 - -Tu crains la mort, mais songe ce que tu deviendrais si tu devais vivre -ternellement tel que tu es actuellement? - -10 - -Il est tout aussi draisonnable de souhaiter la mort que de la craindre. - -11 - -L'homme qui mne une vie raisonnable ressemble celui qui porte une -lanterne pour clairer son chemin. Cet homme n'arrive jamais au bout de -l'endroit clair, car cette surface se dplace toujours devant lui. -Telle est la vie raisonnable, et cette vie seule n'a pas de mort, parce -que la lanterne claire sans cesse, jusqu'au dernier moment, et l'on -suit la lanterne aussi tranquillement que durant la vie. - - - -IV.--_L'homme doit vivre par ce qu'il y a d'immortel en lui._ - -1 - -La question de savoir si notre vie finit avec le corps est trs -importante et on ne peut faire autrement que d'y rflchir. Suivant que -nous croyons l'immortalit ou non, nos actes seront raisonnables ou -insenss. - -Ainsi, notre premier souci est de rsoudre la question de savoir si nous -mourons compltement lorsque la vie quitte le corps, ou si cette mort -n'est pas complte, d'tablir ce qui est immortel en nous. Lorsque nous -aurons compris cela, il est vident que nous nous soucierons plus de ce -qui est immortel que de ce qui est mortel. - -La voix qui nous dit que nous sommes immortels est la voix de Dieu qui -vit en nous. - - D'aprs PASCAL. - -2 - -L'exprience nous apprend que bien des gens informs de la doctrine -sur la vie d'outre-tombe et convaincus de son existence, s'adonnent -nanmoins aux vices et commettent des actes de bassesse en s'ingniant -chercher les moyens qui leur permettraient d'viter les consquences de -leur conduite qui les menacent dans l'avenir. Et en mme temps, je doute -qu'il ait jamais exist un seul homme moral sur la terre qui ait pu se -faire l'ide que tout finit avec la mort, et dont la noble tournure -d'esprit ne se serait pas leve jusqu' l'espoir de la vie future. -C'est pourquoi il me semble qu'il serait plus conforme la nature -humaine et la puret des moeurs de fonder la foi en la vie future sur -les sentiments d'une me noble, plutt que de baser la noble conduite -sur l'espoir d'une vie future. - - KANT. - -3 - -Il n'y a qu'une chose que nous sachions indubitablement: La vie de -l'homme est pareille une hirondelle qui traverse la chambre. Nous -venons on ne sait d'o, et nous allons on ne sait o. Une obscurit -impntrable est derrire nous, des ombres paisses sont devant nous. -Quelle importance cela pourra-t-il avoir pour nous, lorsque notre moment -sera venu, que nous ayons ou non mang de bons plats, port ou non -des vtements souples, laiss une fortune considrable ou aucune, que -nous ayons recueilli les lauriers de la gloire ou que nous ayons t -mpriss, que nous ayons t considrs comme des savants ou comme des -ignorants, qu'est tout cela en comparaison de l'emploi que nous ayons -fait du talent que le Matre nous a confi! - -Quelle valeur tout cela aura pour nous quand notre vue se brouillera et -que nos oreilles deviendront sourdes? Nous serons calmes celte heure, -seulement alors que nous aurons veill constamment au don de la vie -spirituelle qui nous avait t confi, quand nous l'aurons dvelopp -jusqu'au point o la destruction du corps cesse d'tre effrayante. - - HENRY GEORGE. - -4 - -Extrait du testament d'un roi mexicain: - -Tout sur la terre a une limite, et les plus puissants et les plus -heureux tombent, dans leur grandeur et dans leur joie, en poussire. -Toute la terre n'est qu'une grande tombe, et il n'y a rien sa surface -qui ne soit cach dans la tombe sous terre. Les eaux, les fleuves et les -torrents s'lancent vers leur destination et ne reviennent plus leur -source heureuse. Tous se htent pour s'ensevelir dans les profondeurs de -l'ocan infini. Ce qui tait hier n'est plus aujourd'hui; et ce qui est -aujourd'hui ne sera plus demain. Le cimetire est plein des dpouilles -de ceux qui taient jadis pleins de vie, qui taient rois, gouvernaient -les peuples, prsidaient les assembles, commandaient les armes, -faisaient la conqute de pays nouveaux, exigeaient qu'on s'incline -devant eux, taient gonfls de vanit, de richesse, de pouvoir. - -Mais la gloire est passe comme la fume noire sortant du volcan et n'a -rien laiss qu'une mention sur la feuille du chroniqueur. - -Les grands, les sages, les braves, les magnifiques, hlas! o sont-ils -maintenant? Ils sont tous mls l'argile, et ce qui leur est arriv -nous arrivera; cela arrivera aussi ceux qui seront aprs nous. - -Mais prenez courage vous tous, chefs clbres, amis srs et sujets -fidles--aspirons tous ce Ciel o tout est ternel et o il n'y a ni -putrfaction, ni destruction. - -L'obscurit est le berceau du soleil, et les tnbres de la nuit sont -ncessaires pour faire briller les toiles. - - TETSKOUKO NEZAGOUAL KOPOTL (env. 1460 av. J.-C.). - -5 - -La mort est invitable pour tout ce qui est n, comme la naissance est -invitable pour tout ce qui est mortel. C'est pourquoi on ne doit pas -s'lever contre l'invitable. La situation antrieure des tres est -inconnue, leur situation intermdiaire est vidente, leur situation -future ne peut tre connue; ds lors, quoi bon nous soucier, nous -inquiter? Certaines gens considrent l'me comme un miracle, d'autres -en parlent et en entendent parler avec tonnement, mais personne n'en -sait rien. - -La porte du ciel t'est entr'ouverte juste autant qu'il te le faut. -Dbarrasse-toi des soucis et des inquitudes, et dirige ton me vers le -spirituel. Que tes actes soient gouverns par toi-mme, et non par les -vnements. Ne sois pas de ceux qui agissent en vue de la rcompense. -Sois attentif, fais ton devoir, ne pense pas aux consquences, afin -qu'il te soit indiffrent que l'affaire finisse bien ou mal pour toi. - - _Bagavad Hita hindoue._ - -6 - -Nous sommes ici comme des passagers sur quelque grand bateau, dont le -capitaine possde une liste que nous ne connaissons pas; et il sait o -il est indiqu o et quand chacun de nous doit tre dbarqu. Mais tant -que nous sommes bord, nous ne pouvons faire autrement que de nous -efforcer, tout en observant la loi tablie sur le vaisseau, de passer -avec nos compagnons de voyage, en paix et en amour le temps qui nous est -assign. - -7 - -Serait-il possible que le changement t'effraie? Rien ne se fait sans -lui. Il est impossible de chauffer de l'eau sans qu'une transformation -s'opre dans le bois. La nutrition est impossible sans changer les -aliments. Toute la vie humaine n'est rien de plus qu'une transformation. -Comprends que le changement qui t'attend a absolument le mme sens et -qu'il est tout aussi indispensable de par la nature des choses. Il n'y -a qu' se soucier uniquement de ne pas agir contrairement la vraie -nature humaine; il faut agir en tout suivant ses indications. - - MARC-AURLE. - -8 - -Ce monde est horrible si les souffrances qu'on y endure ne suscitent -pas le bien. C'est une odieuse organisation, cre uniquement pour -tourmenter les hommes moralement et physiquement. S'il en est ainsi, ce -monde fait le mal, non pour le bien futur, mais inutilement, sans but, -et il est parfaitement immoral. Il semble attirer les hommes tout exprs -pour les faire souffrir. Il nous frappe depuis notre naissance; mle de -l'amertume chaque coupe de bonheur et enveloppe la mort de terreur. -Et certes, si Dieu et l'immortalit n'existent pas, le dgot de la -vie manifest par les hommes est comprhensible: il est provoqu par -l'ordre, ou plutt par le dsordre existant, par l'affreux chaos moral, -comme on devrait l'appeler. - -Mais si Dieu existe au-dessus de nous et l'ternit au-devant de nous, -tout change. Nous discernons le bien dans le mal, la lumire dans les -tnbres, et l'espoir chasse le dsespoir. - -Laquelle de ces deux suppositions est la plus probable? Peut-on admettre -que des tres moraux--les hommes--soient mis dans la ncessit de -maudire avec raison l'ordre existant dans le monde, alors qu'ils ont -une issue qui rsout leur contradiction? Ils doivent maudire le monde -et le jour de leur naissance si Dieu et la vie future n'existent pas. -Si, au contraire, l'un et l'autre existent, la vie devient un bonheur -par elle-mme et le monde un endroit de perfectionnement moral et -d'accroissement infini de bonheur et de saintet. - - D'aprs ERASME. - -9 - -Pascal dit que si nous nous tions vus en rve toujours dans la mme -situation et, en ralit, dans des situations diffrentes, nous aurions -pris le rve pour la ralit et la ralit pour le rve.... Ce n'est pas -tout fait exact. La ralit se distingue du rve par le fait que dans -la vie relle nous avons la facult d'agir conformment nos exigences -morales; tandis qu'en rve, nous savons souvent que nous accomplissons -des actes vils et immoraux qui ne nous sont pas habituels, mais dont -nous ne pouvons nous contenir. Il serait donc plus exact de dire que si -nous ne connaissions pas la vie pendant laquelle nous serions plus aptes - satisfaire nos exigences morales qu'en rve, nous aurions considr -le sommeil comme une vraie vie et nous n'aurions jamais dout que celte -vie ne soit relle. Toute notre vie, depuis la naissance jusqu' la -mort, avec ses rves, n'est-elle pas, son tour, un songe et que nous -prenons pour la ralit, pour la vie relle, dont nous ne doutons pas, -uniquement parce que nous ne connaissons pas de vie o notre libert -de suivre les exigences morales de l'me serait plus grande encore que -celle dont nous jouissons actuellement? - -10 - -Si ta courte vie est tout ton avoir, tche d'en faire tout ce qui est -possible. - - SAID BEN HAMED. - -11 - -Comment vivre sans savoir ce qui nous attend? demandent les hommes. Et, -cependant, lorsque tu vis sans songer ce qui t'attend et uniquement -pour pouvoir manifester ton amour, la vraie vie commence pour toi. - -12 - -L'amour ne supprime pas seulement la crainte de la mort, mais encore -la pense de la mort. Une vieille paysanne disait sa fille, quelques -heures avant sa fin, qu'elle tait contente de mourir en t. Lorsque sa -fille lui demanda pourquoi, la moribonde rpondit que c'est parce qu'il -est plus difficile de creuser la tombe en hiver qu'en t. La vieille -n'avait pas de peine mourir parce que, jusqu'au, dernier moment, elle -ne pensait pas elle-mme, mais aux autres. - -Accomplis des oeuvres d'amour, et il n'y aura pas de mort pour toi. - -13 - -Lorsque tu es venu au monde, tu pleurais, tandis que tout le monde se -rjouissait autour de toi; arrange-toi de faon ce que tout le monde -pleure lorsque tu quitteras le monde, et que toi seul tu puisses sourire. - - - -V.--_La pense la mort aide la vie spirituelle._ - -1 - -Pour te forcer bien agir, souviens-toi plus souvent que tu mourras -srement bientt. Reprsente-toi que tu es la veille de la mort et -tu ne ruseras plus, ne tromperas plus, ne mentiras plus, ne mdiras -plus, n'injurieras plus, ne t'irriteras plus, ne prendras plus ce qui -ne t'appartient pas. A la veille de la mort, on ne peut accomplir que -des actions simples et bonnes. Et ces actions sont toujours les plus -ncessaires et les plus joyeuses. C'est pourquoi il est toujours bon, -surtout lorsqu'on est dsorient, de songer la mort. - -2 - -Lorsque les hommes savent que la mort est venue, ils prient, confessent -leurs pchs, afin de pouvoir se prsenter devant Dieu avec une me -pure. Mais nous mourons tous les jours un peu, et tout instant nous -pouvons mourir tout fait, C'est pourquoi nous n'aurions pas d -attendre la dernire heure, mais tre prt tout moment. - -Et tre prt mourir, c'est bien vivre. - -La mort est toujours suspendue au-dessus de nous, prcisment pour que -nous soyons toujours prts mourir et vivions bien en se prparant la -mort. - -3 - -Tu devras mourir bientt! Et pourtant tu ne peux toujours pas te librer -de l'hypocrisie et des passions, tu ne peux pas abandonner le prjug de -croire que tout ce qui est extrieur peut nuire l'homme, tu ne peux -pas devenir humble envers chacun. - - MARC-AURLE. - -4 - -En vue de la mort, la vie entire devient solennelle, grave, rellement -fconde et joyeuse. En vue de la mort, il nous est impossible de ne pas -accomplir le travail qui nous est destin dans cette vie, parce qu'on ne -peut travailler avec ardeur rien d'autre. Et lorsque nous travaillons -ainsi, la vie devient joyeuse, et la crainte de la mort n'existe plus, -cette crainte qui empoisonne la vie de ceux qui ne vivent pas en vue de -la mort. - -5 - -Vis comme si tu devais tout de suite dire adieu la vie, comme si le -temps qui t'est accord tait un don inattendu. - - MARC-AURLE. - -6 - -Vis comme si tu devais vivre un sicle et mourir le soir mme. Travaille -comme si tu pouvais vivre ternellement et traite les hommes comme si tu -devais mourir immdiatement. - -7 - -La vie dans l'oubli de la mort et la vie avec la conscience de son -approche continuel sont deux tats absolument diffrents. L'un se -rapproche de l'tat bestial, l'autre de l'tat divin. - - - -VI.--_L'approche de la mort._ - -1 - -Nous appelons mort la suppression de la vie et les minutes ou les heures -pendant lesquelles on meurt. La premire, la suppression de la vie, ne -dpend pas de notre volont; les seconds, les derniers moments, sont -dans notre pouvoir. Nous pouvons mourir mal et mourir bien. Nous devons -nous efforcer de bien mourir. - -C'est ncessaire pour ceux qui restent. - -2 - -Le moribond comprend difficilement tout ce qui vit; mais on s'aperoit -qu'il ne comprend pas ce qui vit, non parce que ses facults mentales -s'affaiblissent; mais parce qu'il comprend quelque chose que les vivants -ne comprennent pas, ne peuvent comprendre, et qui l'absorbe tout entier. - -3 - -On pense gnralement que la vie des vieillards n'a pas d'importance, -qu'ils ne font qu'achever leur vie. Ce n'est pas vrai. Dans la plus -profonde vieillesse, la vie est plus prcieuse et plus ncessaire que -jamais, aussi bien pour soi que pour les autres. L valeur de la vie est -en raison contraire des carrs de distance de la mort: Ce serait heureux -si les vieillards eux-mmes et ceux qui les entourent le comprenaient. -Le dernier instant avant la mort est tout particulirement prcieux. - -4 - -Avant d'arriver la vieillesse, je me suis efforc de bien vivre; dans -la vieillesse, je m'efforce de bien mourir; pour bien mourir, il faut -mourir volontiers. - - SNQUE. - -5 - -Ai-je peur de la mort? Je crois que non; mais son approche, ou en -pensant elle, je ne peux m'empcher d'prouver une motion pareille -celle que doit prouver un voyageur en arrivant l'endroit o son train -tombe d'une trs grande hauteur la mer, ou au moment o il s'lve -une trs grande hauteur en ballon. L'homme, en mourant, sait qu'il ne -lui arrivera rien de particulier, qu'il lui arrivera ce qui est dj -arriv des millions d'tres, qu'il ne fait que changer de mode de -locomotion, mais il lui est impossible de ne pas prouver d'motion en -s'approchant de l'endroit o ce changement aura lieu. - - - - -CHAPITRE XXIX - -APRS LA MORT - - -On demande: Qu'arrivera-t-il aprs la mort? Il n'y a qu'une rponse -cette question: le corps pourrira et deviendra poussire, cela nous -le savons srement. Quant ce qu'il adviendra de notre me, nous ne -pouvons en rien dire, parce que la question de: qu'arrivera-t-il? se -rapporte au temps. Or l'me est hors du temps. L'me n'a pas t et ne -sera pas. Elle est. Si elle n'existait pas, il n'y aurait rien. - - -I.--_La mort charnelle n'est pas la fin de la vie, mais uniquement uns -transformation._ - -1 - -Quand nous mourons, il peut nous arriver de deux choses l'une: ou bien -ce que nous considrions comme nous-mmes passera en un autre tre, ou -bien nous ne serons plus des tres spars, et nous nous confondrons -avec Dieu. Que cela soit l'une ou l'autre, nous n'avons rien craindre -dans les deux cas. - -2 - -La mort constitue une transformation de notre corps, la plus grande, la -dernire. Nous subissons constamment des changements dans notre corps: -nous tions d'abord des morceaux de chair; nous devenions ensuite des -nourrissons; graduellement, nos cheveux, nos dents poussrent, puis -tombrent, puis ils poussrent nouveau, la barbe apparut, commena -blanchir, tomber, et nous n'avons jamais craint ces changements. - -Pourquoi craignons-nous le dernier changement? - -Parce que personne ne nous a racont ce qui lui est arriv aprs ce -changement. Mais personne ne dira, lorsqu'un homme nous quitte et ne -nous crit plus, qu'il n'existe pas, qu'il est mal l o il est all, -nous dirons simplement que nous n'avons pas de nouvelles de lui. Il en -est de mme des morts: nous savons qu'ils ne sont plus parmi nous, mais -nous n'avons aucune raison de croire qu'ils n'existent plus, ou qu'ils -sont plus malheureux depuis qu'ils nous ont quitts. Si nous ne pouvons -savoir ni ce qui arrivera aprs la mort, ni ce que nous tions avant -cette vie, cela prouve uniquement qu'il ne nous est pas donn de le -savoir, parce que nous n'avons pas besoin de le savoir. Nous ne savons -qu'une chose, c'est que notre vie n'est pas dans les changements du -corps, mais en ce qui vit dans ce corps, dans l'me. Et l'me ne peut -avoir ni commencement ni fin, parce qu'elle seule existe. - -3 - -De deux choses l'une: ou la mort est la disparition absolue de la -conscience, ou elle est, conformment la lgende, simplement un -changement et la migration de l'me d'un endroit dans un autre. Si -la mort est la destruction complte de la conscience, et qu'elle -est pareille un sommeil profond sans rves, elle est un bienfait -incontestable, car chacun n'a qu' se rappeler une nuit passe dans -un tel sommeil sans rves et la comparer aux autres jours et aux -autres nuits, avec leurs craintes, leurs inquitudes et dsirs non -satisfaits, prouvs tant en ralit qu'en rves, et je suis persuad -que personne ne trouvera beaucoup de jours et de nuits plus heureux que -les nuits sans rves. De sorte que, si la mort est un tel sommeil, je la -considre, quant moi, comme un bienfait. Si elle constitue le passage -d'un monde dans un autre, et s'il est vrai que tous les hommes sages et -saints morts avant nous s'y trouvent, pourrait-on esprer un bonheur -plus grand que de vivre parmi ces tres? J'aurais voulu mourir, non pas -une fois, mais cent fois, pourvu que je puisse pntrer dans cet endroit. - -De sorte que ni vous, juges, ni les hommes, en gnral, ne doivent -craindre la mort, me semble-t-il; ils n'ont qu' se souvenir d'une -chose: pour un homme de bien, il n'y a pas de mal ni dans la vie, ni -dans la mort. - - (_Extrait du discours de Socrate devant le Tribunal._) - -4 - -Celui qui voit le sens de la vie dans le perfectionnement spirituel -ne peut croire la mort; il ne peut croire l'arrt de ce -perfectionnement. Ce qui se perfectionne ne peut disparatre, cela ne -peut que se modifier. - -5 - -La mort est l'interruption de la conscience dont je vis actuellement. La -conscience de cette vie s'arrte; je le vois sur ceux qui meurent. Mais -que devient ce qui tait la conscience? Je ne le sais pas, et je ne puis -le savoir. - -6 - -Les hommes craignent la mort et voudraient vivre aussi longtemps que -possible. Mais si la mort est un malheur, n'est-il pas indiffrent de -mourir dans trente ou dans trois cents ans? Quelle joie a un condamn -mort de savoir que ses camarades mourront dans trois jours et que son -excution lui aura lieu dans trente jours. - -La vie se terminant par une mort dfinitive serait la mort mme. - - SKOVORODA. - -7 - -Chacun sent qu'il n'est pas un rien amen la vie, un certain moment, -par quelqu'un d'autre. C'est de l que vient notre assurance que la mort -peut mettre une fin notre vie, mais non notre existence. - - SCHOPENHAUER. - -8 - -Plus on est profondment conscient de sa vie, moins on croit sa -disparition et la mort. - -9 - -Je ne crois en aucune des religions existantes, et ne puis, par -suite, tre souponn de suivre aveuglment quelque tradition ou de -subir l'influence de l'ducation. Mais, durant ma vie entire, j'ai -rflchi aussi profondment que j'en tais capable sur la loi de -notre vie. Je l'ai cherche dans l'histoire de l'humanit et dans ma -propre conscience, et je suis arriv la conviction inbranlable -que la mort n'existe pas, que la vie ne peut tre qu'ternelle, -que le perfectionnement infini est une loi de la vie, que chaque -qualit, chaque ide, chaque tendance que je possde, doit avoir son -dveloppement pratique; que nous avons des capacits, des tendances -qui dpassent, de beaucoup les ventualits de notre vie terrestre, que -le fait mme que nous en disposons et ne pouvons dcouvrir leur origine -dans nos sens peut tre considr comme une preuve de ce quelles nous -viennent des rgions extra-terrestres et ne peuvent tre ralises que -dans ces rgions; que rien ne peut ici-bas, sauf les choses visibles, et -que croire que nous mourons parce que notre corps meurt revient au mme -que de s'imaginer que l'ouvrier est mort parce que son outil s'est us. - - Joseph MAZZINI. - -10 - -Si l'espoir de l'immortalit tait une illusion, on pourrait voir -clairement qui sont ceux qui ont t tromps. Non pas les mes basses -et noires qui n'ont jamais envisag cette grande pense, non pas les -gens endormis et distraits qui sont satisfaits du sommeil voluptueux de -cette vie et du sommeil des tnbres dans l'avenir, non pas les gostes -aux ides troites et qui sont plus mesquines encore dans l'amour. Non, -pas eux. Ils auraient raison, et le bnfice serait de leur ct. Ceux -qui auraient t tromps, ce seraient les grands et les saints que -les hommes vnrent; les tromps seraient tous ceux qui ont vcu pour -quelque chose de meilleur que leur bonheur personnel, et qui ont donn -leur vie pour le bien commun. - -Tous ces hommes auraient t tromps. Le Christ lui-mme aurait souffert -inutilement en donnant Son esprit au Pre imaginaire, et Il aurait tort -de croire qu'Il L'avait manifest par Sa vie. Toute la tragdie du -Golgotha ne serait qu'un malentendu: la vrit serait du ct de ceux -qui se moquaient de Lui et dsiraient Sa mort; elle serait galement -aujourd'hui du ct de ceux qui sont indiffrents la conformit avec -la nature humaine qu'offre cette histoire soi-disant imaginaire. Qui -vnrerait-on, qui croirait-on si l'inspiration des tres suprieurs -n'tait que des fables ingnieusement combines? - - PARKER. - - - -II.--_Le principe du changement de l'existence qui a lieu pendant la vie -corporelle est inaccessible la raison humaine._ - -Nous tchons souvent de nous reprsenter la mort comme un passage dans -une rgion inconnue; mais cette conception ne nous donne absolument -rien. Il est tout aussi impossible de se reprsenter la mort, qu'il est -impossible de se reprsenter Dieu. Tout ce que nous pouvons savoir, -c'est que la mort, de mme que tout ce qui vient de Dieu, est un bien. - -2 - -On nous demande: que deviendra l'me aprs la mort? Nous ne le savons -pas, et nous ne pouvons le savoir. Il n'y a qu'une chose de certain: -c'est que si tu te diriges quelque part, tu es srement sorti de quelque -endroit. Il en est de mme de la vie. Si tu es dans cette vie, tu es -srement sorti de quelque part. Tu retourneras l d'o tu es sorti. - -3 - -Je ne me souviens absolument pas de ce qui a eu lieu avant ma naissance; -je pense donc qu'aprs la mort je ne me souviendrai de rien de ma vie -actuelle. Si la vie aprs la mort existe, il m'est impossible de -l'imaginer. - -4 - -Personne ne sait ce qu'est la mort et, cependant, tous la craignent, en -la considrant comme le plus grand-mal, bien qu'elle puisse tre le plus -grand bonheur. - - PLATON. - -5 - -Personne ne peut se vanter de savoir que Dieu et la vie future existent. -Je ne puis pas dire que je sache indubitablement que Dieu et mon -immortalit existent, mais je dois dire que je sens qu'il y a un Dieu, -comme je sens qu'il y a un moi immortel. Cela prouve que ma foi en -Dieu et en l'autre monde est tellement lie ma nature qu'elle ne peut -tre spare de moi. - - D'aprs KANT. - -6 - -Le Christ a dit en mourant: Pre, je remets mon esprit entre Tes -mains. Quiconque prononce ces paroles, non pas avec la langue, mais -avec le coeur, n'a plus besoin de rien. Si mon esprit retourne Celui de -Qui il mane, il ne peut rien arriver mon esprit que ce qu'il y a de -meilleur. - - - -III.--_La mort est une libration._ - -1 - -La mort est la destruction du vase dans lequel notre esprit est enferm. -On ne doit pas confondre ce vase avec ce qu'il contient. - -2 - -Lorsque nous venons au monde, nos mes sont mises dans les bires de -notre corps. Cette bire--notre corps--se dsagrge petit petit, et -notre me se libre de plus en plus. Mais lorsque le corps meurt par la -volont de Celui Qui a uni l'me au corps, l'me se libre entirement. - - D'aprs HRACLITE. - -3 - -De mme que le feu fait fondre la cire de la bougie, la vie de l'me -consume la vie du corps. Le corps brle sur le feu de l'me et se -consume entirement lorsque la mort vient. La mort dtruit le corps de -mme que les constructeurs dtruisent les chantiers, quand le btiment -est prt. - -Le btiment, c'est la vie spirituelle; les chantiers, c'est le corps. Et -l'homme qui a construit son btiment spirituel se rjouit en mourant de -voir tomber les chantiers de sa vie corporelle. - -4 - -Tout au monde pousse, fleurit et revient sa racine. Ce retour est -le retour conforme la nature. La conformit avec la nature signifie -l'ternit; c'est pourquoi la destruction du corps ne prsente aucun -danger. - - LAO-TSEU. - -5 - -L'homme qui travaillait toute sa vie dompter ses passions, ce dont -son corps l'empchait, se rjouit d'en tre libr. Et la mort n'est -qu'une libration. Le perfectionnement, dont nous avons parl plus d'une -fois, consiste dans la sparation possible de l'me du corps, et dans -la facult acquise de se concentrer en dehors du corps, en elle-mme; la -mort donne cette mme libration. Ne serait-il pas trange que l'homme -qui se prpare toute sa vie vivre de faon devenir aussi libre que -possible par la domination du corps, s'en trouve mcontent au moment o -cette libration est prte de se raliser. C'est pourquoi, malgr tout -le regret que j'ai de vous quitter et de vous causer du chagrin, je ne -puis ne pas acclamer la mort, comme la ralisation de ce que je dsirais -atteindre durant toute ma vie. - - (_Du discours d'adieu de Socrate ses lves._) - -6 - -L'homme voit les plantes et les animaux s'engendrer, crotre, prendre -des forces, se multiplier, puis faiblir, dprir, vieillir et mourir. - -Il le voit de mme sur les autres hommes, et il le sait galement que -son corps vieillira, qu'il dprira et mourra, comme tout ce qui nat et -vit au monde. - -Mais, en dehors de ce qu'il voit sur les autres tres et sur lui-mme, -tout homme sait aussi qu'il y a quelque chose en lui qui ne faiblit ni -ne vieillit; il sait, au contraire, que plus il vit, plus ce quelque -chose se fortifie et se perfectionne: c'est son me laquelle rien ne -peut arriver de ce qui arrive au corps. C'est pourquoi la mort n'effraie -que celui qui ne vit pas de l'me, mais du corps. - -7 - -On demanda un sage qui disait que l'me tait immortelle: Qu'est-ce -qui arrivera lorsque le monde finira? Il rpondit: Pour que mon me -ne meure pas, il n'y a pas besoin du monde. - -8 - -L'me ne vit pas dans le corps comme dans une maison, mais comme un -voyageur dans un asile d'autrui. - - _Kouran_ hindou. - -9 - -Plus notre vie devient spirituelle, plus nous croyons l'immortalit. A -mesure que notre nature s'loigne de la grossiret bestiale, nos doutes -se dissipent. - -Le voile se lve sur l'avenir, les tnbres se dissipent, et nous -sentons notre immortalit encore ici-bas. - - MARTINEAU. - -10 - -Celui qui comprend faussement la vie, comprendra toujours faussement la -mort. - -11 - -Celui qui connat les autres est sage, celui qui se connat lui-mme est -clair. - -Celui qui vainc les autres est fort; celui qui se vainc lui-mme est -puissant. - -Mais celui qui sait qu'il ne disparatra pas en mourant est ternel. - - LAO-TSEU. - - - -IV.--_La naissance et la mort sont les bornes au del desquelles notre -vie nous est cache._ - -1 - -La naissance et la mort sont deux bornes. Au del de ces bornes il y a -une sorte d'uniformit. - -2 - -La naissance est la mme chose que la mort. Ds sa naissance, l'enfant -entre dans un monde nouveau, commence une tout autre vie que celle qu'il -avait dans le sein de sa mre. Si l'enfant pouvait raconter ce qu'il -a prouv en quittant la vie ancienne, il aurait dit la mme chose -qu'prouve l'homme en quittant cette vie. - -3 - -O vont les hommes lorsqu'ils meurent? L, probablement, d'o viennent -ceux qui naissent. Les hommes viennent de Dieu, du Pre de notre vie. -C'est de Lui qu'est venu, vient, et viendra toute vie. De sorte qu'en -mourant, l'homme ne fait que retourner vers Celui dont il est issu. - -L'homme sort de la maison, travaille, se repose, mange, s'amuse, -travaille nouveau et, lorsqu'il est fatigu, il rentr chez lui. - -Il en est de mme durant toute la vie humaine; l'homme sort de chez -Dieu, travaille, souffre, se console, se rjouit, se; repose et, s'tant -suffisamment tourment, il revient la maison, de laquelle il est sorti. - -4 - -Ne sommes-nous pas ressuscits une fois dj de l'tat dans lequel -nous tions moins renseigns sur le prsent que nous ne le sommes -actuellement sur l'avenir? De mme que notre tat antrieur se rapporte - l'tat actuel, notre tat actuel se rapporte l'tat futur. - - LICHTENBERG. - - - -V.--_La mort libre l'me des limites de la personnalit._ - -1 - -La mort est une libration de la personnalit borne. - -C'est de ce fait que rsulte, apparemment, l'expression de paix et de -repos que l'on remarque sur les figures de la plupart des morts. La -mort de tout homme de bien est facile et tranquille; mais mourir avec -empressement, volontiers, mourir avec joie, voil l'avantage de celui -qui a renonc lui-mme, de celui qui renonce la vie individuelle, -de celui qui la nie. Car seul cet homme a rellement envie de mourir -et, par suite, n'a besoin ni ne demande d'existence ultrieure pour sa -personnalit. - - SCHOPENHAUER. - -2 - -La conscience du Tout, renferme dans les limites du corps, tend -largir ses limites. Dans la premire moiti de sa vie, l'homme aime de -plus en plus les objets, les gens, c'est--dire qu'en sortant de ses -limites il reporte sa conscience sur d'autres tres. Mais quelle que -soit la grandeur de son amour, il ne peut sortir de ses limites et ne -voit la possibilit de leur suppression qu'en mourant. Comment peut-on -craindre la mort aprs cela? Il se passe quelque chose d'analogue -la transformation de la chenille en papillon. Nous sommes ici des -chenilles: d'abord nous naissons, ensuite nous nous endormons en -chrysalide; puis nous devenons papillons dans l'autre vie. - -3 - -Notre corps limite le principe divin, spirituel que nous appelons me. -Et ces bornes, de mme que le vase donne la forme au liquide ou au gaz -qui s'y trouve renferm, donnent la forme cet lment divin. Lorsque -le vase se brise, ce qui s'y trouvait enferm perd la forme qu'il avait -et se rpand. Est-ce que cela se relie aux autres substances? Est-ce -que cela prend une forme nouvelle? Nous n'en savons rien. Mais nous -savons srement que cela perd la forme que cela avait dans ses bornes, -parce que ce qui le bornait est dtruit. Nous savons cela, mais nous -ne pouvons rien savoir de ce qui arrivera ce qui tait limit. Nous -savons uniquement qu'aprs la mort, l'me devient quelque chose d'autre -que nous ne pouvons pas dfinir dans la vie prsente. - -4 - -Si la vie est un sommeil et la mort un rveil, le fait que je me vois -spar de ce qui existe, est un rve dont j'espre me rveiller en -mourant. - -5 - -On prouve de la joie en mourant quand on est fatigu d'tre spar du -monde, quand on sent toute l'horreur de cette sparation et la joie, -sinon de se joindre tout, du moins de sortir de la prison qui vous -spare ici o l'on n'a que rarement l'occasion de communiquer avec les -hommes au moyen d'tincelles d'amour qui volent de l'un l'autre. On -a envie de dire: J'en ai assez de cette cage; donnez-moi d'autres -rapports avec le monde, mieux appropris mon me; je sais que la mort -me les donnera. Et, pour me consoler, on m'assure que mme l je serai -une personnalit isole. - -6 - -J'ai sous les pieds une terre ferme et gele; autour de moi, sont -d'immenses arbres; au-dessus de ma tte, un ciel couvert; je sens mon -corps, je suis plong dans mes penses, et pourtant, je sais, je sens de -tout mon tre que la terre ferme, les arbres, le ciel, mon corps et mes -penses, tout cela n'est que momentan, que cela n'est que le rsultat -de mes cinq sens, de mon sentiment individuel du monde que j'ai moi-mme -bti, que tout cela n'est ainsi que parce que je suis telle partie du -monde et non pas une autre, que telle est ma sparation de l'univers. -Je sais qu'il suffit que je meurs, et tout cela ne disparatra pas avec -moi, mais se transformera, comme cela arrive au thtre: les arbres et -les pierres se transforment en palais, en tours etc. La mort oprera -en moi une transformation, que je passerai en un autre tre, autrement -spar du monde. Et alors, tout l'univers, en restant le mme pour ceux -qui y vivent, deviendra autre pour moi. Tout l'univers est tel et non -autre, uniquement parce que je me considre comme tel et non autre. Et -il peut y avoir une quantit innombrable de procds pour sparer les -tres de l'univers et les changer de point d'observation. - - - -VI.--_La mort dvoile ce qui paraissait inconcevable._ - -1 - -Plus l'homme vit longtemps, plus la vie se rvle lui: ce qui tait -ignor devient connu; et il en est ainsi jusqu' la mort. Et la mort -rvle tout ce que l'homme est en tat de concevoir. - -2 - -Quelque chose se rvle l'homme au moment de la mort. Ah, voil ce -que c'est, dit presque toujours l'expression du visage du moribond. -Mais nous, ceux qui restons, nous ne pouvons pas voir ce qui lui a t -rvl. Cela nous sera rvl plus tard, en son temps. - -3 - -Tout se rvle tant qu'on vit, comme si on s'levait de plus en plus sur -des marches. Mais la mort survient, et ce qui se rvlait, ne se rvle -plus, ou bien celui qui la rvlation tait faite cesse de voir ce qui -se rvlait avant, parce qu'il voit quelque chose de nouveau, de tout -diffrent. - -4 - -Ce qui meurt appartient dj en partie l'ternit. Il nous semble -que le moribond nous parle d'outre-tombe. Ce qu'il nous dit, nous -semble tre un commandement. Nous nous le reprsentons presque comme -un prophte. Il est vident que pour celui qui sent la vie s'en aller -et le cercueil s'ouvrir, le moment des graves discours est arriv. La -substance de sa nature doit se manifester. Le divin qui est en lui ne -peut plus rester cach. - - AMIEL - -5 - -Tous les malheurs nous rvlent ce qu'il y a en nous de divin, -d'immortel, qui forme la base de notre vie. Le plus grand malheur, -d'aprs la conception humaine--la mort--nous rvle entirement notre -vrai moi. - - - - -CHAPITRE XXX - -LA VIE EST UN BIEN - - -La vie de l'homme et son bonheur est dans l'union de plus en plus intime -de l'me, spare par le corps des autres mes et de Dieu, avec ce dont -elle est spare. Cette union s'opre par la manifestation de l'amour, -dterminant la libration de l'me du corps. C'est pourquoi, si l'homme -comprend que la vie et son bonheur consistent en cette libration de -l'me, sa vie, malgr toutes les souffrances, n'importe quels malheurs -et n'importe quelles maladies, ne peut tre rien d'autre qu'un bonheur. - - -I.--_La vie est le bonheur suprme, accessible l'homme._ - -1 - -La vie, quelle qu'elle soit, est un bien qui est suprieur tout autre. -Si nous disons que la vie est un mal, c'est uniquement par comparaison - une autre vie que nous imaginons meilleure; mais nous ne connaissons -aucune autre vie meilleure et ne pouvons la connatre; c'est pourquoi, -la vie, quelle qu'elle soit, est notre bonheur suprme. - -2 - -Nous ngligeons souvent le bien de la vie prsente, dans l'espoir de -recevoir quelque part un bien suprieur. Mais un si grand bien ne peut -jamais exister nulle part, parce que ce bien nous est dj donn: la -vie, bien au-dessus duquel il n'y a rien et il ne peut rien y avoir. - -3 - -Le monde ici-bas n'est pas une plaisanterie, ni une valle de larmes, -ni l'asile avant le passage dans un monde meilleur, mais un des mondes -ternels, beau, joyeux et que nous pouvons et devons, par nos efforts, -rendre plus beau et plus joyeux encore pour ceux qui vivent avec nous et -pour tous ceux qui y vivront aprs nous. - -4 - -L'homme est malheureux parce qu'il ne sait pas qu'il est heureux. - - DOSTOIEVSKY. - -5 - -On ne doit pas dire que le but de la vie est de servir Dieu. Le but de -la vie est toujours et sera toujours la recherche du bonheur. Et comme -Dieu a voulu donner le bonheur aux hommes, ceux-ci, en le poursuivant, -font ce que Dieu veut d'eux: ils accomplissent Sa volont. - - - -II.--_Le vrai bien est dans la vie prsente, et non dans la vie -d'outre-tombe._ - -1 - -D'aprs la fausse doctrine, la vie en ce monde est un mal, tandis que le -bien est atteint dans l'autre monde. - -D'aprs la vraie doctrine chrtienne, le but de la vie est le bonheur, -et on obtient ce bonheur ici-bas. - -Le vrai bien est toujours en notre pouvoir. Il suit la vie juste comme -une ombre. - -2 - -Si le paradis n'est pas en toi-mme, tu n'y pntreras jamais. - - ANGLUS. - -3 - -Ne crois pas que la vie n'est qu'un passage dans un autre monde, et -seulement que l nous pouvons tre heureux. Nous devons tre bien ici, -en ce monde. Et pour tre bien ici, nous n'avons qu' vivre comme veut -Celui Qui nous y a envoys. Et ne dis pas que pour que tu puisses bien -vivre, il faut que tous vivent bien, qu'ils mnent tous une vie juste. -Non. Vis toi-mme selon Dieu, fais des efforts toi-mme, et tu vivras -srement bien, et les autres ne s'en ressentiront pas plus mal, mais -mieux. - -4 - -Vis de la vraie vie, et tu auras beaucoup d'ennemis; mais ceux-ci mmes -t'aimeront. La vie t'apportera bien des malheurs; mais eux aussi te -rendront heureux, tu bniras la vie et tu forceras les autres la bnir. - - D'aprs DOSTOIEVSKY. - - - -III--_Tu ne trouveras le vrai bonheur qu'en toi-mme._ - -1 - -Dieu est entr en moi et c'est par moi qu'il cherche Son bien. Mais quel -peut tre le bonheur de Dieu? Seulement celui d'tre Lui. - - ANGLUS. - -2 - -Un sage dit: J'ai fait le tour du monde entier en cherchant le bien. -Je l'ai cherch sans trve, jour et nuit. Quand je dsesprais dj de -le trouver, une voix intrieure me dit: ce bien est en toi-mme. J'ai -cout cette voix et j'ai trouv le vrai bonheur. - -3 - -Quel bien te faut-il encore, quand Dieu et tout l'univers est en toi? - - ANGLUS. - -4 - -Les hommes sont heureux lorsqu'ils disent que rien n'est eux sauf leur -me. Ils sont heureux mme quand ils vivent parmi les gens cupides et -mchants qui les hassent: personne ne peut leur prendre leur bonheur. - - _Doctrine bouddhiste._ - -5 - -Mieux les hommes vivent, moins ils se plaignent des autres. Et plus -ils vivent mal, plus ils sont mcontents non pas d'eux-mmes, mais des -autres. - -6 - -Le sage cherche tout en lui-mme; l'insens cherche tout dans les -autres. CONFUCIUS. - - - -IV.--_La vraie vie est la vie spirituelle._ - -1 - -La vie humaine, pleine de souffrances corporelles pouvant s'arrter - tout instant, doit avoir, pour ne pas tre la plaisanterie la plus -grossire, un sens conformment auquel elle ne peut tre trouble ni par -les souffrances, ni par sa longue dure, ni par sa brivet. - -Or la vie humaine a ce sens. Il est dans notre conscience de plus en -plus nette de receler en nous Dieu. - -2 - -La vie humaine est une communion continue de l'tre spirituel, isol -par le corps, avec ce quoi il a conscience d'tre uni. Que l'homme -le comprenne ou non, qu'il le veuille ou non, cette communion s'opre -irrsistiblement par l'tat que nous appelons: vie humaine. La -diffrence entre les hommes qui ne comprennent pas leur destination et -ne veulent pas vivre conformment elle, et ceux qui la comprennent et -veulent vivre conformment elle, consiste en ce que la vie de ceux qui -ne la comprennent pas, est une souffrance continuelle, alors que la vie -de ceux qui la comprennent et qui accomplissent leur destination, est un -bien continu qui augmente sans cesse. - -3 - -Rien ne confirme de faon aussi clatante, que l'oeuvre de la vie est -dans le perfectionnement moral, que le fait que, si varis que soient -tes dsirs en dehors de ce perfectionnement, et bien qu'ils soient -entirement raliss, l'attrait du dsir s'teint aussitt que le but -est ralis. Il n'y a qu'une chose qui conserve la joie--c'est d'tre -conscient que l'on avance vers la perfection. - -Seul ce perfectionnement continuel donne la vraie joie qui ne cesse de -grandir. Chaque pas en avant fait sur ce chemin, entrane une rcompense -qui est obtenue immdiatement. Et rien, ne peut la ravir. - -4 - -Celui qui consacre sa vie au perfectionnement spirituel ne peut tre -mcontent, car ce qu'il dsire est toujours en son pouvoir. - - PASCAL. - -5 - -tre heureux, possder la vie ternelle, vivre en Dieu, tre sauv, tout -cela a le mme sens: c'est la solution du problme de la vie. Et ce -bien s'accrot; l'homme ressent la possession de plus en plus forte et -profonde de la joie cleste. Et ce bien n'a pas de bornes, car ce bien -est la libert, la toute-puissance, la satisfaction complte de tous les -dsirs. - - AMIEL. - - - -V.--_En quoi consiste le vrai bonheur._ - -1 - -Les biens rels sont peu nombreux. Le vrai bien, le vrai bonheur est ce -qui est le bien pour tous. - -C'est pourquoi, on ne doit dsirer que ce qui est conforme au bien -commun. Celui dont l'oeuvre vise ce but obtiendra son bonheur. - - MARC-AURLE. - -2 - -Dans les situations des hommes, le mal est uni au bien, tandis que -dans leurs tendances ce mlange n'existe pas. La tendance peut tre -mauvaise: chercher accomplir la volont de sa nature charnelle--, -ou bonne: chercher accomplir la volont de Dieu. Si l'homme suit le -premier dsir, il est srement malheureux; s'il suit le deuxime, il n'y -a pas pour lui de malheur possible--tout est bonheur. - -3 - -Personne ne peut faire le vrai bonheur d'un autre. L'homme ne peut faire -que son propre bonheur. Le vrai bien ne consiste qu'en une seule chose: -vivre pour l'me et non pour le corps. - -4 - -Faire le bien est la seule oeuvre dont on puisse dire qu'elle nous est -srement profitable. - -5 - -On dit que celui qui fait le bien n'a pas besoin de rcompense. C'est -vrai, si l'on croit que la rcompense ne sera pas en toi et ne viendra -pas de suite, mais dans l'avenir. Mais l'homme est incapable de faire -le bien sans rcompense, sans que cela lui donne la joie. Il s'agit de -comprendre en quoi consiste la vraie rcompense. Elle n'est pas dans -ce qui est extrieur ni dans l'avenir, mais dans ce qui est interne et -actuel: elle est dans le perfectionnement de l'me. C'est l qu'est la -rcompense et en mme temps la raison de faire le bien. - -6 - -Un homme de sainte vie priait Dieu pour les hommes: O Seigneur, -disait-il, sois misricordieux pour les mchants, parce que tu as dj -t misricordieux pour les bons: ils sont heureux, parce qu'ils sont -bons. - - SAADI. - - - -VI.--_Le bien est dans l'amour._ - -1 - -Il n'y a qu'une chose faire pour tre sr d'tre heureux: c'est -d'aimer, d'aimer tous, les mchants et les bons. Aime toujours et tu -seras heureux toujours. - -2 - -Nous ne savons pas et nous ne pouvons savoir pourquoi nous vivons. -Aussi, ne pourrions-nous pas savoir ce que nous devons et ce que nous ne -devons pas faire, si nous n'prouvions pas le dsir du bien. Ce dsir -nous dmontre clairement ce que nous devons faire, condition de ne pas -comprendre notre vie la faon de l'animal, mais en nous souvenant que -nous avons une me. Et le bonheur que dsire notre me nous est donn -dans l'amour. - -3 - -Si le Dieu de charit existe et s'Il a cr le monde, Il l'a srement -fait de faon ce que tous, y compris les hommes, y soient heureux. - -Mais si Dieu n'existe pas, vivons nous-mmes de faon ce que nous -soyons bien. Et pour que nous soyons bien, il faut que nous nous aimions -les uns et les autres, il faut qu'il y ait de l'amour. Et Dieu tant -amour, nous viendrons encore Lui. - -4 - -On dit: Pourquoi aimerions-nous ceux qui nous sont dsagrables? -Parce que c'est l qu'est la joie. Eprouve-le et tu sauras si c'est vrai. - -5 - -Rien que la mort devant nous, rien que l'accomplissement immdiat du -devoir! Comme cela semble triste et effrayant! Pourtant, consacre ta vie - l'union, par l'amour, aux hommes et Dieu, et ce qui te paraissait -effrayant, deviendra le plus grand bien. - - - -VII.--_Plus l'homme vit pour son corps, plus il est priv du vrai -bonheur._ - -1 - -Les uns cherchent le bien dans la puissance, les autres dans les -sciences, les troisimes dans les plaisirs. Ces trois genres de -jouissances ont form trois coles diffrentes, et tous les philosophes -ont toujours suivi l'une d'elles. D'autres, qui se sont plus rapprochs -de la vraie philosophie, ont compris qu'il est ncessaire que le bien -gnral dsir par tous ne soient dans aucune des choses particulires -qui ne peuvent tre possdes que par un seul, et qui, tant partages, -affligent plus le possesseur par le manque de la partie qu'il n'a pas, -qu'elles ne le contentent par la jouissance de celle qui lui appartient. -Ils ont compris que le vrai bien devait tre tel que tous puissent le -possder la fois, sans diminution et sans envie, et que personne -ne pt le perdre contre son gr. Et ce bien existe: ce bien est dans -l'amour. - - PASCAL. - -2 - -Pourquoi t'agites-tu, malheureureux? Tu cherches le bien, tu cours -quelque part, et le bien est en toi-mme. Inutile de le chercher -d'autres portes. Si le bien n'est pas en toi, il n'est nulle part. Le -bien est en toi, en ce que tu peux aimer tous, non pour quelque chose, -mais pour vivre, et non de ta propre vie, mais aussi de celle des -autres. Chercher le bien dans le monde et ne pas profiter du bien qui -est en notre me, revient au mme que d'aller puiser l'eau dans une -grande mare trouble et loigne, tandis qu'il y a ct une source pure -venant de la montagne. - - D'aprs ANGLUS. - -3 - -Si tu veux le vrai bonheur, ne le cherche pas dans les pays loigns, -dans la richesse, dans les honneurs, ne le demande pas aux hommes, ne -t'inclinent pas devant eux et ne lutte pas contre eux pour le bonheur. -On peut, par ces moyens, obtenir des richesses, un grand titre et -diverses choses inutiles; mais le vrai bonheur, dont chacun a besoin, -ne peut tre obtenu auprs des hommes, ni achet ou sollicit, ni donn -gratuitement. Sache que tout ce que tu ne peux prendre toi-mme, ne -t'appartient pas et ne t'est pas ncessaire. Tu peux toujours prendre -toi-mme, par une vie juste, tous ce dont tu as besoin. - -Oui, le bonheur ne dpend ni du ciel, ni de la terre, mais uniquement de -nous-mmes. - -Il n'y a qu'un seul bien au monde, lui seul nous est ncessaire. Quel -est donc ce bien? C'est la vie dans l'amour. Et ce bien peut tre -facilement obtenu. - - D'aprs SKOVORODA. - -4 - -Dieu soit lou d'avoir rendu facile aux hommes tout ce qui leur est -ncessaire, et difficile tout ce dont ils n'ont pas besoin. Le bonheur -est trs ncessaire l'homme, et il n'y a rien de plus facile que -d'tre heureux. Dieu en soit lou! - -Le Royaume de Dieu est en nous. Le bonheur est dans le coeur, s'il -contient de l'amour. - -Qu'arriverait-il si le bonheur ncessaire tout homme avait t accord -suivant l'endroit, le temps, l'tat, la position, la sant, la force -corporelle? Qu'arriverait-il si le bonheur existait uniquement en -Amrique, ou uniquement Jrusalem, ou l'poque de Salomon, dans la -demeure des rois, grce la richesse, aux grades, si on le trouvait -seulement au dsert, dans les sciences, dans la sant, dans la beaut? - -Serait-il possible aux hommes de ne vivre qu'en Amrique, ou de vivre -la mme poque? Si le bonheur tait dans la richesse, ou dans la sant, -ou dans la beaut, tous les pauvres, tous les vieux, tous les malades, -tous les laids seraient malheureux. Dieu aurait-il priv tous ces gens -de bonheur? Non, Dieu soit lou, il a rendu l'inutile difficile: il a -agi de faon ce qu'il n'y ait pas de bonheur dans la richesse, ni dans -les grades, ni dans la beaut du corps. Le bonheur n'est qu'en une seule -chose--dans la vie juste, et cela est au pouvoir de chacun. - -5 - -Demander Dieu que quelqu'un nous donne le bien dans cette vie, revient -au mme que d'tre assis auprs d'une source, et demander d'autres de -calmer ta soif. Baisse-toi et bois. Le bonheur nous est donn, il faut -savoir en profiter. - -6 - -Si tu considres comme un bien ce qui n'est pas en ton pouvoir, tu seras -toujours malheureux. Persuades-toi que tout le bonheur est ta porte, -et personne ne te le ravira. - - - -VIII.--_L'homme n'prouve pas le bien de la vie uniquement quand il ne -suit pas la loi de la vie._ - -1 - -Si tu demandes: pourquoi le mal existe-t-il? Je rponds par la question: -pourquoi la vie existe-t-elle? Le mal est pour que la vie soit. La vie -se manifeste par la libration du mal. - -2 - -Si notre vie n'est pas heureuse, cela tient uniquement ce que nous ne -faisons pas ce que nous aurions d faire pour que la vie soit une joie -perptuelle. - -3 - -Si quelqu'un dit qu'il se sent malheureux en faisant le bien, cela -prouve uniquement que ce qu'il considre comme le bien ne l'est pas. - -4 - -Sache et souviens-toi que si l'homme est malheureux, c'est par sa propre -faute. Les hommes ne sont malheureux que lorsqu'ils dsirent ce qu'ils -ne peuvent avoir. - -Que ne peuvent-ils pas toujours avoir, bien qu'ils le dsirent, et que -peuvent-ils toujours avoir quand ils le dsirent? - -Ils ne peuvent pas toujours avoir ce qui n'est pas en leur pouvoir, -ce que les autres peuvent lui prendre. Seul est en leur pouvoir ce -que rien ni personne ne sauraient leur ravir. A la premire catgorie -appartiennent tous les biens terrestres: la richesse, les honneurs, la -sant. A la deuxime: notre me, notre perfectionnement spirituel. Et -prcisment la chose qui nous est le plus ncessaire pour notre bien est -en notre pouvoir, parce que rien, aucun bien terrestre ne donne le vrai -bien, mais ne fait que nous leurrer. Le vrai bien ne peut tre obtenu -que par notre effort vers la perfection spirituelle, et cet effort est -toujours en notre pouvoir. - -On a agi pour nous de mme qu'un bon pre aurait agi pour ses enfants. -Seul ce qui ne peut nous donner le bonheur ne nous appartient pas, -tandis que tout ce qui nous est ncessaire nous est donn. - - PICTTE. - -5 - -Ne crois pas que la perplexit devant le sens de la vie soit quelque -chose de noble ou de tragique. Cette perplexit est pareille celle que -l'homme prouve lorsqu'il se voit dans une socit occupe lire un bon -livre. La perplexit de cet homme qui n'coute pas attentivement ou n'a -pas compris ce qu'on lit et qui s'agite au milieu des gens occups, n'a -rien de noble ni de tragique, mais est ridicule, bte et pitoyable. - -6 - -Il y avait une fois un bienfaiteur qui, voulant faire aux hommes le plus -de bien possible, se mit rflchir pour savoir comment il devait s'y -prendre pour n'offenser personne et pour que tous en profitent. Si l'on -distribue les richesses directement aux gens, on risque de donner moins - celui qui en a le plus besoin, et l'on en saurait en donner galement - tout le monde; alors ceux qui n'en auraient pas assez diraient: -Pourquoi as-tu donn aux autres et pas nous? - -Le bienfaiteur eut alors l'ide d'installer une auberge dans un endroit -o passait beaucoup de monde et d'y dposer tout ce qui peut tre utile, -ou faire plaisir au voyageur. Il y mnagea des chambres bien chaudes, de -bons poles, du bois brler de provisions d'clairage, de pains, de -lgumes, de fruits, de boissons de toute sorte, des lits, des vtements, -du linge, des chaussures, bref, quantit de produits pouvant suffire -beaucoup de monde. Puis, le bienfaiteur s'en alla pour voir ce qui en -rsultera son retour. - -Les bonnes gens commencrent affluer l'auberge: y mangeaient, -buvaient, couchaient, passaient parfois un jour ou deux, y restaient -parfois une semaine entire. Parfois, ceux qui en avaient besoin -emportaient des vtements et des chaussures. Avant de s'en aller, ils -rangeaient tout pour que d'autres passants puissent aussi en profiter, -et puis ils partaient en remerciant le bienfaiteur inconnu. - -Mais un jour, arrivrent des gens grossiers et mchants. Ils -s'emparrent de tout ce qui leur convenait, et une dispute clata -parmi eux au moment du partage. D'abord, ils s'injurirent, puis ils -en vinrent aux mains, et se mirent s'arracher les uns aux autres -les objets et les briser exprs pour que d'autres ne puissent s'en -emparer. Et lorsqu'ils eurent tout dtruit et commencrent souffrir -du froid et de la faim ils se mirent mdire du propritaire, en -l'accusant d'avoir mal organis les choses, de n'avoir pas mis de -gardiens pour empcher d'entrer de mauvaises gens. D'autres prtendaient -qu'il n'y avait pas de propritaire du tout, et que l'auberge s'tait -organise toute seule. - -Affams, transis de froid et irrits, ces gens quittrent l'auberge -en s'injuriant entre eux, maudissant l'auberge et celui qui l'avait -construite. - -Les hommes agissent de mme sur la terre quand ils ne vivent pas pour -leur me, mais pour leur corps, qu'ils gchent leur vie et celle des -autres, s'accusent entre eux et accusent Dieu, au lieu de s'accuser -eux-mmes, s'ils croient en Dieu, et accusent l'univers, s'ils ne -croient pas en Dieu, et s'imaginent que le monde s'est organis tout -seul. - - - -IX.--_Seule l'observance de la loi de la vie donne le bien l'homme._ - -1 - -Il faut toujours tre joyeux. Si tu ne l'es plus, cherche o tu t'es -tromp. - -2 - -Si l'homme n'est pas satisfait de sa situation, il peut la modifier par -deux moyens: amliorer les conditions de sa vie, ou bien amliorer son -tat moral. Le premier n'est pas toujours en son pouvoir, le second -l'est toujours. - - EMERSON. - -3 - -Il me semble que l'homme doit considrer comme rgle principale d'tre -heureux et satisfait. Il faut tre honteux de son mcontentement comme -d'une mauvaise action, et savoir que s'il y a quelque chose qui ne va -pas en soi, on ne doit pas le raconter aux autres et s'en plaindre, mais -tcher de corriger ce qui va mal. - -4 - -L'observance de la loi de Dieu, de la loi d'amour qui donne le bien -suprme, est possible dans toutes les situations. - -5 - -Venez Moi, vous tous qui tes fatigus et chargs, et je vous -soulagerai. Car Mon joug est le bien et Ma charge est lgre, dit -la doctrine du Christ. Ces paroles signifient qu'indpendamment des -malheurs qui accablent l'homme, indpendamment des offenses et des -amertumes qu'il doit supporter, il lui suffit de comprendre et de -recueillir dans son coeur la vraie doctrine, qui dit que la vie et son -bien consistent unir l'me ce dont elle est spare par le corps: -aux mes des autres hommes et Dieu, pour que tout le mal apparent -disparaisse. Il suffit l'homme de voir le but de la vie dans l'union -affectueuse avec tout ce qui vit et avec Dieu, et sa vie, au lieu d'tre -un tourment, devient aussitt le bonheur. - - -FIN - - - * * * * * - - -TABLE DES MATIRES - -Prface du traducteur - -Prface de l'auteur - - - I. La foi - II. Dieu - III. L'me - IV. Une mme me chez tous - V. L'amour - VI. Pchs, tentations, superstitions - VII. Les excs - VIII. La lubricit - IX. L'oisivet - X. La cupidit - XI. La colre - XII. L'orgueil - XIII. L'ingalit - XIV. La violence - XV. Le chtiment - XVI. La vanit - XVII. Les fausses croyances - XVIII. La fausse science - XIX. L'effort - XX. La vie est dans le prsent - XXI. Le non-agir - XXII. La parole - XXIII. La pense - XXIV. L'abngation - XXV. L'humilit - XXVI. La vracit - XXVII. Le mal - XXVIII. La mort - XXIX. Aprs la mort - XXX. La vie est un bien - - - - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of La Pense de l'Humanit, by Lon Tolsto - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSE DE L'HUMANIT *** - -***** This file should be named 43761-8.txt or 43761-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/3/7/6/43761/ - -Produced by Madeleine Fournier, Annemie Arnst & Marc -D'Hooghe at http://www.freeliterature.org (Scans generously -made available by Gallica, Bibliothque nationale de France) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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Redistribution is -subject to the trademark license, especially commercial -redistribution. - - - -*** START: FULL LICENSE *** - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project -Gutenberg-tm License available with this file or online at - www.gutenberg.org/license. - - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm -electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm -concept of a library of electronic works that could be freely shared -with anyone. For forty years, he produced and distributed Project -Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support. - -Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed -editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S. -unless a copyright notice is included. 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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org - - -Title: La Pensée de l'Humanité - Dernière oeuvre de L. Tolstoï - -Author: Léon Tolstoï - -Translator: Ely Halpérine-Kaminsky - -Release Date: September 18, 2013 [EBook #43761] - -Language: French - -Character set encoding: UTF-8 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSÉE DE L'HUMANITÉ *** - - - - -Produced by Madeleine Fournier, Annemie Arnst & Marc -D'Hooghe at http://www.freeliterature.org (Scans generously -made available by Gallica, Bibliothèque nationale de France) - - - - - - -</pre> - - - -<h2>LÉON TOLSTOÏ</h2> - -<h1>La Pensée de l'Humanité</h1> - -<h4>Dernière œuvre de L. Tolstoï</h4> - -<h4>TRADUITE DU RUSSE</h4> - -<h5>PAR</h5> - -<h4>E. HALPÉRINE-KAMINSKY</h4> - -<h5>PARIS</h5> - -<h5><i>L'ÉDITION MODERNE—LIBRAIRIE AMBERT</i></h5> - -<h5>47, RUE DE BERRI, 47</h5> - -<h5>1912</h5> - -<hr class="full" /> - -<p><a href="#TABLE_DES_MATIERES">Table des matières</a></p> - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="PREFACE_DU_TRADUCTEUR" id="PREFACE_DU_TRADUCTEUR">PRÉFACE DU TRADUCTEUR</a></h4> - - -<p>L'ouvrage de Léon Tolstoï, dont nous présentons ici au lecteur européen -la première traduction française, a une double portée. Il résume les -pensées exprimées par les sages universellement reconnus et par les -fondateurs des religions les plus répandues de tous les temps et de -tous les pays, pensées sur le sens et le but suprême de la vie. C'est -en cherchant à son tour, durant son existence entière, le «chemin de la -vie», que le grand penseur russe s'est efforcé de mettre à profit ce -qui avait été dit et écrit avant lui sur l'éternel problème, pour sa -propre éducation, d'abord, pour éclairer les autres, ensuite, par des -citations appropriées. Le présent ouvrage est le résultat de ce travail -formidable. C'est bien «la pensée de l'humanité» refléchie par l'âme de -Tolstoï.</p> - -<p>C'est, d'autre part, son œuvre testamentaire, celle qu'il entoura de -plus de soin durant ses dernières années et dont il corrigeait les -épreuves jusqu'à sur sa couche de mourant.</p> - -<p>Il avait déjà précédemment établi plusieurs recueils analogues, sans -avoir pu se déclarer satisfait. Ce fut, premièrement: <i>Pensées des -sages pour chaque jour;</i> puis: <i>Cercle de lecture,</i> et, enfin: <i>Lectures -quotidiennes</i>. Durant dix ans, l'auteur de ces recueils, dont chacun -forme plusieurs volumes, ne cessait de les amender, de les coordonner -sur un nouveau plan, et c'est de ce long travail préliminaire qu'est -sorti enfin <i>Le Chemin de la vie</i> dont nous croyons plus explicitement -intituler la version française: <i>La Pensée de l'Humanité</i>.</p> - -<p>L'idée de laisser avant de mourir la confirmation de sa doctrine par la -collectivité de grands penseurs, le hantait avec une telle constance -que toutes les fois où Tolstoï croyait sa fin proche, son unique -préoccupation était d'en activer la réalisation. L'un de ses disciples -et plus proches amis, M. Gorbounov-Possadov, qui avait été chargé -par lui de publier les recueils énumérés, raconte, dans sa préface à -l'édition russe du <i>Chemin de la vie</i>, ces détails significatifs sur -l'origine du premier recueil:</p> - -<p>«Pendant la grave maladie dont L.N. Tolstoï souffrait en janvier -1903, alors que sa vie était en danger et qu'il n'avait plus la force -de s'adonner à ses travaux habituels, il relisait l'Evangile et, en -détachant chaque jour les feuilles du calendrier suspendu à la tête -de son lit, parcourait les maximes empruntées aux grands penseurs que -portaient les feuillets. Le calendrier étant épuisé et le malade n'ayant -pas sous la main un autre pour le remplacer, Tolstoï éprouva le désir -d'établir pour son usage personnel un recueil des pensées pour sa -lecture quotidienne. C'est ainsi que, durant sa maladie, il réunit les -éléments pour son premier recueil.»</p> - -<p>Rétabli, il ne cessa d'enrichir chaque nouveau recueil du produit de -ses constantes recherches, utilisant toute pensée qui avait sa valeur -propre, sans se préoccuper de la tendance de l'auteur, fût-il le prince -Bismarck, «tout rougi du sang de ses frères allemands et français», en -témoignage, nous dit M. Gorbounov-Possadov, «de ce fait que l'étincelle -sacrée subsiste même chez le représentant le plus implacable du régime -de violence». Quantité de ses propres pensées, soit extraites de ses -ouvrages extérieurs, soit nouvellement rédigées, s'aggloméraient -à celles des autres auteurs. Le tout était disposé en lectures -quotidiennes, pour tous les jours de l'année.</p> - -<p>Pour le présent travail, outre de nombreuses additions inédites, il -modifia cette disposition suivant un plan nouveau, plus rationnelle. Les -pensées sur le sens de la vie, sur nos passions bonnes et mauvaises, sur -la conduite à observer dans divers cas, etc., furent groupées en trente -chapitres homogènes, chacun traitant une seule question fondamentale. -Cette division correspond donc à un mois de lecture, au lieu de -s'espacer sur l'année entière. Tout en conservant ainsi son caractère -de livre de chevet, le présent ouvrage gagne en ordonnance, et cela -d'autant plus que les chapitres sont disposés suivant le développement -logique de la doctrine de Tolstoï.</p> - -<p>Rappelons, enfin, que l'ermite de Yasnaïa Poliana avait mis une passion -particulière à la rédaction de son dernier travail. M. Gorbounov nous -conte que, non content d'avoir refait à plusieurs reprises le manuscrit, -l'auteur multipliait les corrections en première, en deuxième, en -troisième épreuves. En portant lui-même les épreuves corrigées à -son éditeur,—celui-ci demeurait alors dans le voisinage de Yasnaïa -Poliana,—Tolstoï s'excusait avec un sourire contraint, comme si on -l'avait pris en défaut: «J'ai encore tout barbouillé. Pardonnez-moi, je -ne recommencerai pas.»</p> - -<p>«La dernière fois, ajoute M. Gorbounov, j'ai apporté à Léon -Nicolaïevitch les épreuves de deux fascicules de son ouvrage le 11 -novembre 1910 (trois jours avant la mort de Tolstoï), à Astapovo, où -il se mourait. Il eut encore la force d'écouter attentivement les -renseignements que je lui ai apportés sur la marche de l'impression des -trente fascicules. J'ai ajouté qu'à tout hasard, je lui apportais la -troisième épreuve de deux fascicules; il me répondit, d'une voix éteinte -et où perçait le regret de son impuissance de se remettre à son travail -favori: «Je n'ai pas la force.... Faites-le vous-même.»</p> - -<p>Nous sommes bien en présence de l'expression dernière et la plus -complète peut-être de la doctrine du grand mort, confrontée avec -les pensées de plus grands philosophes de l'humanité et de ses plus -anciennes traditions. Tolstoï cite, en effet, tous les livres sacrés -connus de tous les pays: la <i>Bible, Vichnou-Pourana, Rama-Krichna</i> et -autres textes hindous; Bouddha, Lao-Tseu, Confucius et les Bramines; -<i>l'Evangile</i>, les Apôtres, le <i>Talmud</i> et le <i>Coran;</i> et aussi les -plus antiques traditions: chinoises, hindoues, arabes, persanes, voire -mexicaines d'avant la découverte de l'Amérique et quinze siècles avant -l'ère chrétienne; les philosophes grecs Héraclite, Socrate, Platon, -Xenophon et Épictète, comme les romains Caton, Cicéron, Sénèque, -Juvénal, Marc-Aurèle et Lactance; Basile-le-Grand et Jean Chrysostome; -Mahomet, Saadi et Saïd Ben-Hamed; Jean Huss, Erasme, Luther; Montaigne, -Pascal, Fénelon, La Bruyère, Rousseau, Lamennais et Lamartine; Emerson, -Bentham, Thomas More, Carlyle, Ruskin, Carpenter, Grant-Allen et Henry -George; Kant, Lessing, Humboldt et Schopenhauer; Gogol, Hertzen et -Dostoïevsky, etc. etc., pour ne nommer que les livres et les auteurs les -plus universellement connus et sans faire état des sources que Tolstoï -n'indique pas, en raison de ce que les passages empruntés sont, comme il -l'explique dans sa préface, interprétés et non pas fidèlement traduits -par lui.</p> - -<p style="margin-left: 65%;"> -E. HALPÉRINE-KAMINSKY. -</p> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="PREFACE_DE_LAUTEUR" id="PREFACE_DE_LAUTEUR">PRÉFACE DE L'AUTEUR</a></h4> - - -<p>Les pensées recueillies ici, appartiennent aux auteurs les plus divers, -depuis les écrits des brahmanes, de Confucius, des bouddhistes jusqu'à -l'Évangile, aux Épitres et aux travaux de bien des penseurs, tant -anciens que modernes. La plupart de ces pensées ont été tellement -modifiées par mes traductions et adaptations, qu'il serait déplacé de -maintenir la signature de leurs auteurs. Les meilleures de ces pensées -ne sont pas de moi, mais des plus grands sages de l'univers.</p> - -<p> -<span style="margin-left: 75%;">Léon Tolstoï.</span><br /> -</p> - - - - - -<hr class="chap" /> -<h3>La Pensée de l'Humanité</h3> -<hr class="tb" /> - -<h4><a id="CHAPITRE_PREMIER"></a>CHAPITRE PREMIER</h4> - -<h3>DE LA FOI</h3> - - -<p>Pour vivre heureux, l'homme doit savoir ce qu'il peut et ce qu'il ne -peut pas faire. Et seule la foi le lui apprend. La foi indique ce qu'est -l'homme et pourquoi il est sur la terre. Cette foi a toujours existé et -existe chez tous les hommes doués de raison.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I.—<i>En quoi consiste la véritable foi</i>.</p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Afin de vivre d'une vie heureuse, l'homme doit comprendre ce qu'est la -vie, ce qu'il peut et ce qu'il ne peut pas faire. Ceux qui furent les -meilleurs et les plus sages parmi tous les peuples l'enseignèrent de -tout temps. Toutes les doctrines de ces sages se rejoignent par leur -base. Et c'est cet ensemble des doctrines, révélant le but de la vie -humaine et la conduite à observer, qui constitue la véritable religion.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Quel est la signification de l'univers dont je ne conçois ni la fin -ni le commencement? Que représente ma vie dans cet univers et comment -dois-je vivre cette vie?</p> - -<p>La foi seule répond à ces questions.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La vraie religion a pour mission de révéler la loi qui prime toutes les -lois humaines et qui est une pour tous les hommes.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Il peut exister plusieurs croyances erronées, mais la vraie croyance est -une.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Si ta foi a été effleurée d'un doute, tu n'as plus la foi. La foi est -alors seulement la foi, quand il ne te vient même pas la pensée qu'elle -puisse être mensongère.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Il existe deux sortes de croyances: la confiance qu'on accorde à ce -qu'affirment les hommes; c'est, la foi en l'humanité, et on en compte un -grand nombre. L'autre croyance reconnaît la dépendance dans laquelle on -se trouve envers Celui qui nous a envoyés dans ce monde. C'est la foi en -Dieu, et il n'en existe qu'une pour tous.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>L'enseignement de la vraie foi est toujours clair et simple.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Croire—signifie avoir confiance en ce qui nous est révélé, sans nous -demander pourquoi il en est ainsi et ce qu'il en résultera. C'est en -cela que réside la vraie foi. Elle nous apprend qui nous sommes et quels -devoirs suscite en nous cette connaissance; mais elle reste muette sur -les conséquences et les résultats des actes ordonnés par elle.</p> - -<p>Si je crois en Dieu, point n'est besoin de connaître le but de mon -obéissance à la volonté divine, car je sais que Dieu est amour et que -l'amour n'a qu'un but: le Bien.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La véritable loi de la vie est si simple, si claire et si compréhensible -que les hommes n'ont pas d'excuse à leur mauvaise vie sous prétexte -d'ignorer cette loi. Si les hommes vivent contrairement à la loi de la -vraie vie ils répudient la raison. Et c'est ce qu'ils font.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>On dit que l'accomplissement de la volonté divine est ardue. C'est faux. -La loi de vie ne nous demande qu'amour envers notre prochain. Et l'amour -n'est pas pénible, mais joyeux.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après GRÉGOIRE SKOVORODA.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Le sentiment qu'éprouve l'homme lorsqu'il découvre la vraie foi est -semblable à celui d'une personne faisant jaillir la lumière dans une -chambre obscure. Tout s'éclaire et le bonheur remplit l'âme.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>La véritable foi est dans l'amour de Dieu et de son prochain.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>«Aimez-vous les uns les autres comme je vous aime; tous vous -reconnaîtront pour mes disciples, si vous vous aimez les uns les -autres»,—a dit le Christ. Il ne dit pas: si vous <i>croyez</i> en ceci ou en -cela, mais si vous <i>aimez</i>.—La foi chez différents hommes, à diverses -époques, peut varier, mais l'amour est invariable chez tous.</p> - -<p>La vraie foi est unique—c'est l'amour pour tout ce qui vit.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">YBRAHIM DE CORDOUE.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>L'amour rend les hommes heureux, parce qu'il unit l'homme à Dieu.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Le Christ a révélé aux hommes que l'<i>éternel</i> n'était pas la même chose -que le <i>futur</i>, mais que l'éternel, l'invisible, est en nous, dans cette -vie même, que nous devenons éternels lorsque nous sommes en communion -avec le Dieu-Esprit en lequel tout vit et se meut.</p> - -<p>Nous parvenons à cette éternité uniquement par l'amour.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>La foi dirige la vie des hommes</i>.</p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Seul, celui qui agit selon ce qu'il considère comme loi de la vie, -connaît la loi de la vie.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Toute foi n'est qu'une réponse à ceci: comment dois-je vivre dans le -monde, non pas aux yeux des hommes, mais aux yeux de Celui qui m'a -envoyé sur la terre?</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La vraie foi n'est pas de savoir bien parler de Dieu, de l'âme, de ce -qui a été et de ce qui sera, mais uniquement de bien savoir ce qu'il -faut faire et ne pas faire dans cette vie.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après KANT.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Si un homme éprouve des malheurs dans la vie, c'est uniquement parce que -cet homme n'a pas de foi. Il en est de même pour tout un peuple. Si un -peuple est malheureux, c'est parce qu'il a perdu la foi.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La vie des hommes est heureuse ou malheureuse, suivant leur conception -de la vraie loi de la vie. Plus ils comprennent clairement cette loi, -plus leur vie est heureuse; plus ils la comprennent faussement, plus -leur vie est malheureuse.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Pour sortir des souillures du péché, de la dépravation et de la vie -malheureuse,'il ne faut aux hommes qu'une chose, une religion dans -laquelle ils ne vivraient pas, chacun pour soi, comme ils le font à -présent, mais d'une vie commune, en reconnaissant tous la même loi et -le même but. Alors seulement les hommes, en répétant les paroles de la -prière du Seigneur: «Que ton règne arrive sur la terre comme au ciel» -pourraient espérer que le règne de Dieu viendrait réellement sur la -terre.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après MAZZINI.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Si une religion nous apprend qu'il faut renoncer à cette vie pour la vie -éternelle, c'est une religion mensongère. On ne peut pas renoncer, à -cette vie pour la vie éternelle, pour cette raison que la vie éternelle -existe déjà dans cette vie.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">WEMANA indienne.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Plus la foi de l'homme est solide, plus sa vie est ferme. La vie d'un -homme sans religion est celle d'une bête.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>La fausse religion.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La loi de la vie commandant d'aimer Dieu et son prochain est simple et -claire: tout homme, ayant atteint l'âge de raison la conçoit par son -cœur. Par conséquent, s'il n'y avait, pas de doctrines erronées, tous -les hommes reconnaîtraient cette loi, et le royaume des cieux serait sur -la terre.</p> - -<p>Mais, partout et toujours, des faux docteurs ont appris aux hommes à -reconnaître comme loi de Dieu, ce qui n'est pas sa loi. Les multitudes -ont accepté ces fausses doctrines et se sont éloignées de la vraie loi -de la vie et de l'accomplissement de la véritable loi. Aussi, leur vie -n'en est devenue que plus pénible et plus malheureuse.</p> - -<p>Il ne faut donc croire à aucune doctrine, si elle n'est pas d'accord -avec l'amour de Dieu et de son prochain.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Il ne faut pas croire que la religion est vraie parce qu'elle est -vieille. Au contraire, plus les hommes vivent, plus la vraie loi de la -vie leur devient claire. Supposer qu'à notre époque, il faut continuer à -croire à ce que croyaient nos grands-pères et aïeux, c'est croire qu'un -adulte peut continuer à porter les vêtements d'enfant.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Nous nous lamentons de ce que nous ne croyons plus en ce que croyaient -nos pères. Il ne faut pas s'en désoler, mais s'efforcer de créer une -religion à laquelle nous puissions croire aussi fermement que nos pères -croyaient à la leur.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MARTINEAU.</p> - - -<hr class="chap" /> -<p class="caption">VI.—<i>Le culte extérieur.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La vraie foi est dans la croyance en une seule loi qui convient à tous -les hommes de l'univers.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La vraie religion enseigne de vivre dans le bien, en accord avec tous -et d'agir envers son prochain comme on voudrait qu'on agisse envers nous.</p> - -<p>Cette vraie religion a été enseignée par tous les sages, par tous les -saints de tous les peuples.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII.<i>—L'idée de la récompense pour la bonne conduite est incompatible -avec la vraie foi.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Quiconque, pratique une religion seulement en vue des récompenses -qu'elle peut lui assurer pour ses bonnes œuvres, ne fait pas preuve de -foi mais de calcul, calcul toujours faux. Il est faux, parce que la -vraie foi assure le bonheur dans le présent uniquement, qu'elle ne donne -et ne peut donner aucun bonheur dans l'avenir.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Un ouvrier cherchait à s'embaucher. Il rencontra deux embaucheurs, qui, -chacun de son côté, se mirent à lui vanter leurs patrons. L'un lui dit -que la place était excellente. «Il est vrai, que si tu ne contentes -pas le patron, il te frappera, t'emprisonnera; mais si tu réussis à -le satisfaire, tu ne pourras pas avoir de vie plus agréable. Quand tu -auras fini ton temps de travail, tu auras ta retraite, tu vivras sans -rien faire; des fêtes, du vin, des friandises et promenades chaque jour. -Plais-lui seulement; la vie sera telle que tu n'en peux imaginer de -meilleure.»</p> - -<p>L'autre embaucheur invita, à son tour, l'ouvrier à aller chez son -patron, mais ne dit pas comment il serait récompensé; il ne pouvait -même pas dire où et comment vivaient les ouvriers et si le travail -était facile ou pénible; il affirma seulement que le maître était bon, -qu'il ne punissait personne et qu'il vivait lui-même au milieu de ses -employés.</p> - -<p>L'ouvrier réfléchit: «Le premier patron promet trop. Si tout était vrai, -il n'aurait pas besoin de tant promettre. En me laissant tenter par une -vie grasse, je pourrai bien mal tomber. Le maître doit être méchant, -parce qu'il punit sévèrement ceux qui ne travaillent pas à son gré; -j'irai plutôt chez l'autre; au moins, celui-ci ne promet rien, mais on -dit qu'il est bon et qu'il vit au milieu de ses ouvriers.»</p> - -<p>Il en est de même des doctrines religieuses. Certains docteurs incitent -les hommes à bien faire en les intimidant par les punitions et en les -attirant par des promesses de récompenses dans l'autre monde où personne -n'a été. D'autres enseignent seulement que l'amour, base de la vie, est -en nous et que celui qui reconnaît ce principe est heureux.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Si tu sers Dieu pour obtenir la jouissance éternelle, tu te sers -toi-même et non pas Dieu.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VIII.—<i>La raison vérifie les dogmes de la foi.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>On n'obtient pas la foi par la raison. Mais la raison nous est -nécessaire pour contrôler la religion qu'on nous enseigne.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Ne craignons pas de rejeter de notre religion tout ce qui est inutile, -matériel, tangible, autant que ce qui est vague, indécis: plus nous -purifierons le noyau spirituel, mieux nous comprendrons la véritable -loi de la vie.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Celui qui ne croit pas à tout ce que tout le monde croit autour de lui -n'est pas un incroyant; tandis que celui qui pense et dit qu'il croit à -ce qu'il ne croit pas, est un véritable incroyant.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IX.—<i>La conscience religieuse des hommes ne cesse de se perfectionner.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Nous devons nous servir des doctrines des anciens sages et des saints -posant la loi de la vie, mais nous devons vérifier ce qu'ils nous -apprennent: accepter ce qui est conforme à la raison et rejeter ce qui -lui est contraire.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Il est surprenant que la plupart des hommes restent fidèles aux -doctrines les plus anciennes, à celles qui ne conviennent plus à -notre temps, tandis qu'ils rejettent et considèrent comme inutiles et -malfaisantes toutes les nouvelles doctrines. Ils oublient que si Dieu -a révélé la vérité aux anciens, il demeure le même et peut la révéler -de la même façon aux hommes qui ont vécu jadis et à ceux qui vivent -maintenant.</p> -<p> -<span style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après THOREAU<a name="FNanchor_1_1" id="FNanchor_1_1"></a><a href="#Footnote_1_1" class="fnanchor">[1]</a>.</span> -</p> -<p class="caption">5</p> - -<p>La religion n'est pas vraie parce que les saints l'ont prêchée, mais les -saints l'ont prêchée parce qu'elle est vraie.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LESSING</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Lorsque l'eau de pluie coule dans les chenaux, il nous semble que l'eau -en vient. Mais l'eau tombe du ciel. Il en est de même des doctrines des -sages et des saints: il nous semble que ce sont ces derniers qui les ont -formées; mais elles viennent de Dieu.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après RAMA-KRICHNA</p> - -<hr class="r5" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Footnote_1_1" id="Footnote_1_1"></a><a href="#FNanchor_1_1"><span class="label">[1]</span></a> Écrivain américain de l'École d'Emerson (<i>Note du -traducteur</i>).</p></div> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_II" id="CHAPITRE_II">CHAPITRE II</a></h4> - -<h3>DE DIEU</h3> - -<p>Outre la matière dont nous et l'univers sommes faits, nous connaissons -encore quelque chose d'immatériel qui donne la vie à notre corps et est -uni à lui. C'est cette chose immatérielle que nous appelons l'âme. De -même, cette chose immatérielle qui n'est unie à rien et qui donne la vie -à tout ce qui existe, est ce que nous appelons Dieu.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I.—<i>L'homme découvre Dieu en soi-même.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La base de toute religion est dans la reconnaissance, non seulement de -tout ce que nous voyons et ressentons matériellement, mais encore de ce -quelque chose d'invisible, d'immatériel qui nous donne la vie, à nous et -à tout ce qui est tangible et matériel.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Je sais que j'ai en moi quelque chose sans quoi rien ne serait. C'est ce -que j'appelle Dieu.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après ANGÉLUS.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Tout homme, en réfléchissant à ce qu'il est, est forcé de s'apercevoir -qu'il n'est pas tout, mais une partie isolée de <i>quelque chose</i>. L'ayant -compris, l'homme pense généralement que ce <i>quelque chose</i> dont il est -séparé est le monde matériel qu'il voit: la terre sur laquelle il vit -et où ont vécu ses ancêtres, et aussi le ciel, les étoiles et le soleil -qu'il aperçoit. Mais en y réfléchissant plus à fond, ou en apprenant -ce qu'en pensaient les sages de tout l'univers, il reconnaît que ce -<i>quelque chose</i>, dont les hommes se sentent séparés, n'est pas le monde -matériel qui s'étend à l'infini, dans l'espace et dans le temps, mais -quelque chose d'autre. Si l'homme réfléchit encore et qu'il apprend -ce qu'en pensaient également les sages, il comprendra, que le monde -matériel, qui n'a jamais commencé, ne finira jamais et ne peut avoir de -limites, n'est pas réel, mais est une conception de notre cerveau et -que, par suite, le <i>quelque chose</i> dont nous nous sentons séparés, n'a -ni commencement ni fin, ni dans le temps ni dans l'espace, mais qu'il -est immatériel et spirituel.</p> - -<p>Ce quelque chose de spirituel, que l'homme reconnaît, comme son -commencement, est ce que les sages appelaient et appellent Dieu.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>On ne peut reconnaître Dieu qu'en soi-même. Tant que tu ne l'as pas -trouvé en toi, tu ne le trouveras nulle part.</p> - -<p>Il n'y a pas de Dieu pour celui qui ne Le sens pas en soi.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Je sens en moi un être spirituel séparé de tout. Je sens le même être -spirituel, également séparé de tout, dans les autres hommes. Mais si je -le reconnais en moi et si je le reconnais dans les autres êtres, il ne -peut ne pas exister lui-même. C'est cet être existant par lui-même que -nous appelons Dieu.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Ce n'est pas toi qui vis: ce que tu considères comme toi est mort. Ce -qui t'anime est Dieu.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Ne pense pas gagner Dieu par tes actes; toutes les œuvres sont nulles -devant Dieu. Il ne faut pas gagner Dieu, mais être Lui.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Si nous ne voyions pas de nos yeux, si nous n'entendions pas de nos -oreilles, si nous ne touchions pas de nos mains, nous ne saurions -rien de ce qui est autour de nous. Mais si nous ne reconnaissions pas -Dieu en nous-mêmes, nous ne nous connaîtrions pas nous-mêmes; nous ne -connaîtrions pas en nous-mêmes celui qui voit, qui entend le monde -autour de soi.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Celui qui ne saura devenir fils de Dieu, restera à jamais dans l'étable -avec le bétail.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Si je mène la vie du siècle, je peux me passer de Dieu. Mais je n'ai -qu'à réfléchir d'où je suis issu, quand je suis né et où j'irai après ma -mort, pour que je reconnaisse aussitôt qu'il y a quelque chose dont je -suis venu et où je vais. Il m'est impossible de ne pas reconnaître que -je suis venu dans ce monde de quelque chose d'incompréhensible et que -je vais vers quelque chose de tout aussi incompréhensible pour moi.</p> - -<p>C'est cet incompréhensible dont je viens et où je vais que j'appelle -Dieu.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>On dit que Dieu est l'amour et que l'amour est Dieu. On dit aussi que -Dieu, est la raison et que la raison est Dieu. Tout cela n'est pas -absolument exact. L'amour et la raison sont des qualités de Dieu que -nous reconnaissons en nous-mêmes, mais nous ne pouvons savoir ce qu'Il -est par Lui-même.</p> - -<p class="caption">12</p> - -<p>C'est bien de craindre Dieu, mais mieux encore est de L'aimer. Le mieux, -c'est de Le ressusciter en soi.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p> - -<p class="caption">13</p> - -<p>L'homme doit aimer; mais on ne peut aimer réellement que ce qui est -parfait. Il doit donc exister quelque chose qui n'a pas de défauts. Et -il n'y a qu'un seul être qui est sans défaut: Dieu.</p> - -<p class="caption">14</p> - -<p>Si les hommes ne sont pas toujours d'accord sur ce qu'est Dieu, tous -ceux qui croient réellement en Lui comprennent toujours de la même façon -ce que Dieu veut d'eux.</p> - -<p class="caption">15</p> - -<p>Dieu aime la solitude. Il n'entrera dans ton cœur que lorsqu'il y sera -seul et que tu ne penseras qu'à Lui.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après ANGÉLUS.</p> - -<p class="caption">16</p> - -<p>Il existe un conte arabe que voici: En traversant le désert, Moïse -entendit un pâtre prier Dieu: «O Seigneur! disait-il, comment faire pour -Te rencontrer et devenir Ton esclave! Avec quelle joie je Te chausserai, -je laverai, je baiserai Tes pieds, je peignerai Tes cheveux, je laverai -Tes vêtements, j'arrangerai Ta demeure et je T'apporterai le lait de -mon troupeau! Mon cœur Te désire!» Moïse, entendant ces paroles, se -fâcha contre le pâtre et dit: «Tu blasphèmes. Dieu n'a pas de corps. Il -n'a besoin ni de vêtements, ni de demeure, ni de serviteur. Tu dis des -sottises.» Le pâtre en fut attristé. Il ne pouvait se représenter Dieu -sans corps et sans besoins matériels; il ne pouvait plus prier et servir -Dieu, et il tomba dans le désespoir. Alors Dieu dit à Moïse: «Pourquoi -as-tu éloigné de Moi Mon fidèle esclave? Chaque homme a ses pensées et -ses termes. Ce qui est mal pour l'un est bien pour l'autre; ce qui est -poison pour toi est miel pour un autre. Les paroles ne signifient rien. -Je vois le cœur de celui qui s'adresse à Moi.»</p> - -<p class="caption">17</p> - -<p>Si l'homme ne sait pas qu'il respire l'air, il sait, lorsqu'il étouffe -qu'il lui manque quelque chose sans quoi il ne peut vivre. Il en est -de même de celui qui perd Dieu, bien qu'il ne sache pas ce qui le fait -souffrir.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II—<i>Tout homme doué de raison est forcé de reconnaître Dieu.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Nous voyons aux cieux et dans chaque homme ce que nous appelons Dieu.</p> - -<p>Lorsqu'on hiver, pendant la nuit, tu regardés le ciel, tu vois des -étoiles, encore des étoiles et des étoiles sans fin, et lorsque tu -penses que chacune de ces étoiles est nombre de fois plus grande que -la terre où tu vis, que par-dessus les étoiles que tu vois, il y a -des centaines, des milliers, des millions d'autres étoiles et de plus -grandes encore et que ni les étoiles, ni le ciel n'ont de fin, tu -comprends que ce que nous ne pouvons concevoir existe.</p> - -<p>Lorsque nous regardons en nous-mêmes et que nous voyons ce que nous -appelons notre «moi», lorsque nous y voyons quelque chose que nous ne -pouvons pas comprendre non plus, mais que nous connaissons mieux que -tout le reste et qui nous fait comprendre tout ce qui est, nous voyons -dans notre moi, dans l'âme, quelque chose de plus compréhensible et de -plus grand que ce que nous voyons dans les cieux.</p> - -<p>C'est ce que nous voyons au ciel et ce que nous sentons en nous, en -notre âme, que nous appelons Dieu.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>De tous temps, chez tous les peuples s'était formée la foi en une force -invisible gouvernant le monde.</p> - -<p>Les anciens attribuaient cette force à la raison universelle, à la -nature, à la vie, à l'éternité; les chrétiens appellent cette force: -esprit, Père, Seigneur, raison, vérité.</p> - -<p>Le monde visible, changeant, est en quelque sorte l'ombre de cette force.</p> - -<p>De même que Dieu est éternel, le monde visible, son ombre, est éternel. -Seule la force invisible, Dieu, existe véritablement..</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SKOVORODA. -<a name="FNanchor_1_2" id="FNanchor_1_2"></a> -<a href="#Footnote_1_2" class="fnanchor">[1]</a>.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il y a un être sans lequel ni le ciel, ni la terre, ne seraient. Cet -être est paisible, immatériel; ses qualités s'appellent: amour et -raison; mais l'être lui-même n'a pas de nom. Il est le plus éloigné et -le plus proche.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>On demanda à un homme: Pourquoi sait-il que Dieu existe? Il répondit: -«Faut-il donc une chandelle pour voir l'aurore?»</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Si l'homme considère quelque chose comme grand, c'est qu'il ne voit pas -les choses de la hauteur de Dieu.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Je peux ne pas réfléchir à ce qu'est l'univers infini et à ce qu'est mon -âme qui se connaît elle-même; mais si j'y pense, il m'est impossible de -ne pas reconnaître ce que nous appelons Dieu.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Il y a en Amérique une petite fille aveugle et sourde-muette de -naissance. On lui a appris à lire et à écrire par le toucher. Lorsque sa -maîtresse lui eut expliqué qu'il y avait un Dieu, la fillette répondit -qu'elle le savait, mais qu'elle ignorait son nom.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>La volonté de Dieu.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Nous concevons Dieu moins par la raison que par notre sensation d'être -en Son pouvoir, tel un nourrisson dans les bras de sa mère.</p> - -<p>L'enfant ne sait pas qui le tient, le réchauffe, le nourrit, mais il -sait que ce quelqu'un existe et non seulement il connaît, mais il aime -ce quelqu'un dont il dépend. Il en est de même de l'homme.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Plus l'homme accomplit la volonté de Dieu, plus il Le connaît.</p> - -<p>Si l'homme n'accomplit pas la volonté de Dieu, il ne Le connaît pas du -tout, bien qu'il dise Le connaître et qu'il L'<i>invoque</i>.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>De même qu'on ne peut reconnaître une chose qu'en s'en approchant, on ne -peut connaître Dieu, qu'en s'approchant de Lui, et on ne peut le faire -qu'à l'aide de bonnes actions. Et plus l'homme s'habitue au bien, mieux -il apprend à connaître Dieu; et plus il apprend à le connaître, plus il -aime ses semblables.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Nous ne pouvons connaître Dieu. Tout ce que nous savons de Lui c'est Sa -loi, Sa volonté, telles qu'elles sont écrites dans l'Evangile. De la -connaissance de Sa loi, nous déduisons que Celui qui l'a faite existe, -mais nous ne pouvons pas Le connaître Lui-même. Nous ne savons au juste -qu'une chose, c'est que nous devons accomplir la loi que Dieu nous a -donnée et que notre vie est d'autant, meilleure que nous suivons plus -strictement cette loi.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Il est surprenant que je n'aie pu voir avant la simplicité de cette -vérité qu'en dehors de ce monde et de notre vie, il y a quelqu'un, -quelque chose qui sait pourquoi le monde existe et pourquoi nous y -sommes, telles les bulles qui se forment dans l'eau bouillante et qui -éclatent et disparaissent.</p> - -<p>Oui, il se passe quelque chose en ce monde, grâce à tous les êtres -vivants, à moi, à ma vie. Autrement, pourquoi existeraient ce soleil, -ces printemps, ces hivers et pourquoi ces souffrances, ces naissances et -ces morts, ces bienfaits, ces crimes, pourquoi tous ces êtres séparés -qui apparemment n'ont aucun sens pour moi et qui vivent de toutes leurs -forces, qui se soucient tant de leur vie? La vie de tous ces êtres me -convainc parfaitement que tout cela est nécessaire à quelque chose de -raisonnable, de bon, mais qui ne m'est pas accessible.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Tant que l'homme chante, crie et dit devant tous: «O Seigneur, -Seigneur!» c'est qu'il n'a pas trouvé le Seigneur. Celui qui L'a trouvé -garde le silence.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">RAMA-KRICHNA.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Dans les mauvais moments, on ne sent pas Dieu, on doute de Lui. Mais -le salut est toujours le même: penser non à Dieu, mais à Sa loi et -l'accomplir: aimer tout le monde.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>On ne peut comprendre Dieu par la raison.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>On peut sentir Dieu en soi, ce qui n'est pas difficile. Mais comprendre -Dieu et savoir ce qu'Il est, est impossible et inutile.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>On ne peut comprendre par la raison, que l'homme contient son âme et -Dieu; de même, il est impossible de concevoir qu'il n'y ait pas de Dieu -et que l'homme n'ait pas d'âme.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Pourquoi suis-je séparé de tout le reste et pourquoi sais-je que <i>tout</i> -ce dont je suis séparé existe, et pourquoi ne puis-je comprendre ce -qu'est ce <i>tout</i>? Pourquoi «moi» change-t-il constamment? Je ne peux -rien comprendre à tout cela. Mais je ne puis m'empêcher de penser -que tout cela a un sens, qu'il y a un être pour lequel tout cela est -compréhensible, qui sait à quoi tout cela sert.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Chacun peut sentir Dieu, et personne ne peut Le comprendre.</p> - -<p>C'est pourquoi ne cherchons pas à Le comprendre, mais accomplissons sa -volonté, qui est de le sentir en soi avec plus d'intensité.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Si tes yeux sont aveuglés par le soleil, tu ne dis pas qu'il n'y a -pas de soleil. Tu ne diras pas non plus que Dieu n'existe pas parce -que ta raison s'embrouille et se perd, lorsque tu veux comprendre le -commencement et la cause de tout.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après ANGÉLUS.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>«Pourquoi me demandes-tu mon nom?—dit Dieu à Moïse.—Si derrière ce -qui se meut tu peux voir ce qui a toujours été, ce qui est et ce qui -sera, tu Me connais. Mon nom est le même que ma substance. Je suis réel. -Je suis celui qui est.</p> - -<p>«Celui qui veut savoir mon nom, ne me connaît pas.»</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SKOVORODA.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>La raison qu'on ne peut concevoir n'est pas la raison éternelle; l'être -qu'on peut nommer n'est pas l'être suprême.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Si étrange que soit le fait que je ne connaisse pas Dieu, j'ai toujours -peur lorsque je suis sans Lui, et je ne suis tranquille que lorsque je -suis avec lui. C'est plus étrange encore que je n'aie point besoin de -Le connaître mieux et davantage que je ne Le connais maintenant dans -ma vie actuelle. Je peux et je voudrais me rapprocher de Lui; ma vie -entière tend à cela. Mais ce rapprochement n'augmente aucunement ma -connaissance de Dieu. Toute tentative de mon imagination me démontrant -que je le conçois (par exemple, lorsque je me l'imagine créateur ou -miséricordieux, ou quelque chose d'analogue) m'éloigne de lui et arrête -mon rapprochement de Lui. Même le pronom «Il», appliqué à Dieu, -détruit en quelque sorte pour moi toute sa signification. Le mot «Il» le -diminue.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Tout ce qu'on peut dire de Dieu ne Lui ressemble pas. On ne peut -dépeindre Dieu par des paroles.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>Du manque de foi en Dieu.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'homme raisonnable trouve en lui-même la conception de son âme, de -lui-même et de l'âme de l'univers, qui est Dieu; et en reconnaissant -l'impossibilité d'amener ces conceptions à la netteté complète, il -s'arrête docilement devant elles, sans toucher à ce qui les voile.</p> - -<p>Mais il y a eu et il y a encore des gens d'un esprit et d'une sagesse -raffinés et qui veulent expliquer la conception de Dieu par des paroles. -Je ne condamne pas ces gens. Néanmoins, ils ont tort lorsqu'ils -affirment qu'il n'y a pas de Dieu, et un pareil athéisme ne peut durer. -D'une façon ou d'une autre, l'homme aura toujours besoin de Dieu. Si Sa -divinité s'était révélée à vous avec plus d'éclat encore que jusqu'à -présent, je suis convaincu que ceux qui contestent Dieu inventeraient de -nouvelles subtilités pour Le nier. La raison se plie toujours devant les -exigences du cœur.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ROUSSEAU.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Penser qu'il n'y a pas de Dieu, revient au même d'après Lao-Tseu, que de -croire que l'air qui sort d'un soufflet, a le soufflet pour origine et -que le soufflet pourrait fonctionner là où il n'y aurait pas d'air.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Lorsque les gens de mauvaise vie disent que Dieu, n'existe pas, ils ont -raison: Dieu n'existe que pour ceux qui regardent de Son côté et se -rapprochent de Lui. Mais pour celui qui s'est détourné de Lui et s'en -éloigne, il ne peut y avoir de Dieu.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Deux catégories d'hommes connaissent Dieu. Ceux qui ont le cœur -modeste—qu'ils soient sages ou sots—et ceux qui sont vraiment -intelligents. Seuls, les hommes orgueilleux et d'intelligence médiocre -ne connaissent pas Dieu.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Moïse dit à Dieu: «Où te trouverai-je, Seigneur?»—Dieu lui répondit: -«Tu m'as déjà trouvé, si tu Me cherches».</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Prouver que Dieu existe! Il ne peut y avoir rien de plus stupide que -l'idée de prouver l'existence de Dieu. Le faire, c'est vouloir prouver -la raison de sa vie. A qui? Comment? Pourquoi? Si Dieu n'existe pas, il -n'y a rien. Or, comment dès lors prouver Son existence?</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Dieu existe. Point n'est besoin de le prouver. Le faire, serait -blasphémer; le nier, une folie. Dieu demeure dans notre conscience, dans -la conception de l'humanité entière, dans la structure de l'univers. -Seul un homme très misérable ou très dépravé peut nier Dieu sous la -voûte du ciel étoile, sur la tombe des êtres chers ou devant la mort -heureuse d'un martyr.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAZZINI.</p> - -<p class="caption">VI.—<i>L'amour de Dieu.</i></p> - -<p>«Je ne comprends pas ce que signifie l'amour de Dieu. Peut-on aimer -l'inconcevable et l'inconnu? On peut aimer son prochain, c'est -compréhensible et bien. Mais aimer Dieu, ce sont des paroles vides -de sens.» Ainsi parlent bien des gens. Mais ceux qui le disent et le -pensent se trompent lourdement: ils ne comprennent pas ce qu'est aimer -son prochain—non pas un homme agréable ou qui nous est utile, mais -indifféremment tout homme, quand même il serait le plus désagréable -et le plus hostile. Seul, celui qui est le même partout, peut aimer -ainsi son prochain. De sorte que ce n'est pas l'amour de Dieu qui est -incompréhensible, mais l'amour du prochain sans l'amour de Dieu.</p> - -<hr class="r5" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Footnote_1_2" id="Footnote_1_2"></a><a href="#FNanchor_1_2"><span class="label">[1]</span></a> Philosophe ukrainien du XVIIIe siècle dont l'exceptionnelle -valeur ne fut que récemment reconnue en Russie. (<i>N. du trad.</i>)</p></div> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_III" id="CHAPITRE_III">CHAPITRE III</a></h4> - -<h3>DE L'ÂME</h3> - - -<p>Nous appelons Dieu, l'impalpable, l'invisible, l'immatériel, celui qui -donne la vie à tout et qui existe. Nous appelons âme le même élément -impalpable, invisible et immatériel, séparé par le corps de tout le -reste et que nous reconnaissons comme nous-mêmes.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">I.—<i>Qu'est-ce que l'Âme?</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Si l'homme vit longtemps, il subit diverses transformations: il -est enfant, puis adolescent, adulte, vieillard. Mais, malgré ses -changements, il dit toujours «moi» en parlant de lui-même. Et ce «moi» a -toujours été le même: dans l'enfant, dans l'adulte, dans le vieillard. -C'est ce «moi» immuable que nous appelons âme.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si l'homme pense que tout ce qui l'entoure, tout l'univers infini, est -tel qu'il le voit, il se trompe fort. L'homme connaît tout ce qui est -matériel uniquement parce qu'il a tels vue, oui toucher. Si ces sens -étaient autres, le monde entier serait différent. De sorte que nous ne -savons pas et ne pouvons savoir quel est exactement le monde matériel -où nous vivons. Ce que nous connaissons sûrement et entièrement, c'est -notre âme.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>Le «Moi» spirituel.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Lorsque nous parlons de notre «moi», nous n'entendons pas notre corps, -mais ce qui le fait vivre. Qu'est-ce que le «moi»? Nous ne pouvons le -définir par des paroles, mais nous le connaissons mieux que tout ce que -nous savons. Car nous savons que si nous n'avions pas ce «moi», nous -ne saurions rien, nous n'aurions rien au monde, et nous n'aurions pas -existé nous-mêmes.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Lorsque je réfléchis, il m'est plus difficile de comprendre ce qu'est -mon corps que ce qu'est mon âme. Le corps a beau nous être proche, il -nous est toujours <i>étranger</i>; seule l'âme est à <i>soi</i>.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Si l'homme ne sent pas l'âme en soi, cela ne veut pas dire qu'il n'a -pas d'âme, mais cela prouve seulement qu'il n'a pas encore appris à la -connaître.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Tant que nous ne comprenons pas ce qui est en nous, quel intérêt -avons-nous à savoir ce qui est en dehors de nous? Et peut-on connaître -le monde avant de s'être compris soi-même? Celui qui est aveugle chez -lui, peut-il voir lorsqu'il est chez les autres?</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SKOVORODA.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>De même que la bougie ne peut pas brûler sans feu, l'homme ne peut pas -vivre sans force spirituelle. L'esprit vit dans tous les hommes, mais -tous les hommes ne le savent pas.</p> - -<p>La vie de ceux qui le savent est heureuse, et la vie de ceux qui -l'ignorent est malheureuse.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse brahmane.</i></p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>L'âme et le monde matériel.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Nous avons mesuré la terre, le soleil, les étoiles, les profondeurs -des mers; nous descendons dans l'antre de la terre pour y chercher de -l'or; nous avons trouvé des rivières et des montagnes sur la lune; nous -découvrons de nouveaux astres et connaissons leurs dimensions; nous -nivelons des précipices, nous construisons des machines compliquées; -chaque jour apporte de nouvelles et toujours de nouvelles inventions. -Que ne savons-nous pas? que de choses nous pouvons faire! Seulement, -il y a une chose absolument essentielle qui nous manque. Et nous ne -saurions préciser ce que c'est. Nous sommes pareils à un petit enfant: -il sent qu'il n'est pas à son aise, mais il ne sait pas pourquoi.</p> - -<p>Nous sommes malheureux, parce que nous savons beaucoup de choses -inutiles et que nous ignorons l'essentiel, c'est nous-mêmes. Nous ne -connaissons pas ce qui est en nous. Si nous savions et si nous nous -souvenions de ce qui est en nous, notre vie serait toute différente.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SKOVORODA.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Nous ne pouvons savoir ce qu'est en réalité tout ce qui est matériel -en ce monde. Nous ne pouvons connaître parfaitement que ce qui est -spirituel en nous-mêmes, ce qui est nous-mêmes et ce qui ne dépend ni de -nos sentiments ni de nos pensées.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Les hommes croient souvent que seules les choses qu'ils peuvent toucher -de leurs mains existent. Bien au contraire: existe seulement ce qu'on ne -peut voir, ni entendre, ni palper, ce que nous appelons notre «moi»— -notre âme.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Confucius disait: Le ciel et la terre sont grands, mais ils ont une -couleur, une forme, une dimension, alors qu'en l'homme il y a quelque -chose qui pense à tout et qui n'a ni couleur, ni forme, ni dimension. -De sorte que si tout l'univers était mort, ce qui est en l'homme aurait -donné la vie au monde.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>Le côté spirituel et le côté charnel de l'homme.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Chacun de nous est un homme absolument distinct de tous les autres: un -homme, une femme, un vieillard, un garçon, une fille; et dans chacun de -nous, comme dans tous, réside le même être spirituel. Chacun de nous -est donc Jean ou Nathalie et en même temps un être spirituel qui est -le même dans tous les hommes. Et lorsque nous disons: <i>Je veux</i>, cela -indique, parfois, ce que désirent Jean et Nathalie, mais d'autres fois -ce que veut l'être spirituel qui est commun à nous tous. Et il arrive, -parfois, que Jean et Nathalie veulent quelque chose, mais que l'être -spirituel ne le veut pas et qu'il désire tout autre chose.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Dire que ce que nous appelons nous-mêmes n'est que notre chair, dire -que ma raison, mon âme, mon amour ne dépendent que de mon corps, c'est -prétendre que notre corps n'est que la nourriture dont notre chair -s'alimente.</p> - -<p>Il est vrai que mon corps n'est composé que d'aliments qu'il transforme, -mais mon corps n'est pas aliment. Ceux-ci lui sont nécessaires pour -vivre, mais ils ne sont pas le corps.</p> - -<p>Il en est de même de l'âme. Il est vrai que, sans ma chair, ce que -j'appelle âme n'existerait pas; mais mon âme n'est pas mon corps. -Celui-ci est nécessaire à l'âme, mais il n'est pas l'âme.</p> - -<p>Si l'âme n'existait pas, je ne saurais pas ce qu'est mon corps.</p> - -<p>Les éléments de la vie ne sont pas dans le corps, mais dans l'âme.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Lorsque nous disons: cela est arrivé, cela arrivera ou cela pourra -arriver, nous parlons de notre vie corporelle. Mais, en dehors de la vie -corporelle qui a été et qui sera, nous reconnaissons en nous une autre -vie: la vie spirituelle. Et cette vie-là n'a pas été, ne sera pas, mais -est toujours. C'est cette vie qui est la vraie. L'homme est heureux -lorsqu'il vit de la vie spirituelle, et non de la vie corporelle.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Le Christ apprend à connaître à l'homme qu'il y a en lui quelque chose -qui le met au-dessus de cette vie, de ses misères, de ses craintes et de -ses désirs.</p> - -<p>L'homme qui a compris la doctrine du Christ se sent comme un oiseau qui, -ignorant la présence de ses ailes, aurait compris brusquement qu'il -pouvait voler, être libre et ne rien craindre.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>La conscience, voix de l'âme.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Dans chaque homme il y a deux êtres: l'un: aveugle, matériel; -l'autre: voyant clair, spirituel. L'un—l'être aveugle—mange, boit, -travaille, se repose, se reproduit et fait tout comme une horloge -réglée. L'autre—l'être spirituel—ne fait rien lui-même, mais ne fait -qu'approuver ou désapprouver les actes de l'être aveugle et animal.</p> - -<p>On appelle conscience la partie éclairée, spirituelle de l'homme. Cette -partie spirituelle agit de même que les branches d'un compas. Celles-ci -ne changent de place que lorsque celui qui tient les compas abandonne la -direction qu'elles indiquent. Il en est de même de la conscience: elle -se tait tant que l'homme fait ce qu'il doit, mais dès qu'il abandonne la -bonne voie, elle lui montre où et à quel point il s'est trompé.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Lorsque nous apprenons qu'un homme a fait une mauvaise action, nous -disons: il n'a pas de conscience. Qu'est-ce que la conscience? La -conscience est la voix de l'être unique et spirituel qui réside en nous -tous.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La conscience, c'est la manifestation de l'être spirituel qui vit dans -tous les hommes. Et ce n'est que lorsqu'elle se manifeste qu'elle -devient un directeur sûr de la vie des hommes. Car souvent les hommes -prennent pour la conscience non pas la manifestation de l'être -spirituel, mais simplement ce qui est considéré comme bon ou mauvais par -les gens dont ils sont entourés.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>La voix de la passion peut être plus forte que celle de la conscience; -mais elle est tout autre que la voix calme et persuasive de la -conscience. Celle-ci est la voix de l'Éternel, du divin qui vit en -l'homme.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">CHANNING<a name="FNanchor_1_3" id="FNanchor_1_3"></a> -<a href="#Footnote_1_3" class="fnanchor">[1]</a>.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Le philosophe Kant disait que deux choses l'étonnaient le plus: les -étoiles au ciel et la loi du bien dans l'âme humaine.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>La vraie bonté est en toi-même, dans ton âme. Celui qui cherche le bien -en dehors de lui-même, agit comme le pâtre qui cherche dans son troupeau -l'agneau qu'il a caché sur sa poitrine.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">VIMANA HINDOUE.</p> - -<p class="caption">VI.—<i>La divinité de l'âme.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'homme a, d'abord, le sentiment de la séparation de son essence du -reste de sa substance, c'est-à-dire de sa chair; ensuite, la conscience -de ce qui est séparé, c'est-à-dire de son âme; enfin, la conscience de -ce dont cette base spirituelle de la vie est séparée: la conscience du -Tout, de Dieu.</p> - -<p>C'est précisément cet élément, conscient d'être séparé du Tout, de Dieu, -qui est l'unique être spirituel qui vit en chaque homme.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Reconnaître qu'on est un être <i>séparé</i>, c'est reconnaître l'existence de -ce dont on est séparé, reconnaître l'existence du Tout, de Dieu.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>«En vérité, en vérité, je vous le dis: celui qui écoute «Ma parole et -qui croit à Celui qui m'a envoyé, a la vie «éternelle et il ne vient -point en jugement, mais il est «passé de la mort à la vie. En vérité, -en vérité, je vous «le dis, le temps vient, et il est déjà venu, que -les morts «entendront la voix du Fils de Dieu et que ceux qui l'auront -«entendue vivront. Car comme le Père a la vie en «lui-même, il a aussi -donné au Fils d'avoir la vie en lui-même.»</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JEAN, V, 24-25.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Une goutte qui tombe dans la mer, devient mer. L'âme qui communie avec -Dieu devient Dieu.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Lorsque l'homme dit une vérité, cela ne veut pas dire que la vérité -émane de l'homme. Toute vérité vient de Dieu. Elle ne fait que passer -par l'homme. Si elle passe par l'un plutôt que par l'autre, c'est -uniquement parce que cet homme a su se rendre suffisamment transparent -pour que la vérité puisse passer à travers lui.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Dieu dit: Je n'étais un trésor connu de personne. J'ai voulu être connu, -et j'ai créé l'homme.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>On ne peut pas comprendre Dieu par la raison. Si nous savons qu'il -existe, ce n'est pas parce que nous le concevons par la raison, mais -parce que nous le sentons en nous-mêmes.</p> - -<p>L'homme, pour être véritablement un homme, doit concevoir la présence de -Dieu en lui-même.</p> - -<p>Demander si Dieu existe, serait demander si j'existe. Ce par quoi je -vis, est Dieu.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Le corps est l'aliment de l'âme; ce sont les chantiers qui servent à -construire la vraie vie.</p> - -<p>La plus grande joie que l'homme puisse concevoir, c'est la joie de -reconnaître en soi un être libre, raisonnable, aimant, et par conséquent -bienheureux de sentir Dieu en soi.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>L'âme est un verre; Dieu est la lumière qui pénètre à travers ce verre.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Il n'y a que moi et Toi. Si nous n'existions pas tous deux, il n'y -aurait rien sur la terre.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Il semble à l'homme toujours entendre une voix derrière lui, mais il -ne peut pas tourner la tête et voir celui qui parle. Cette voix parle -toutes les langues, gouverne tous les hommes, mais personne n'a jamais -vu celui qui parle. Dès que l'homme commence à obéir strictement à cette -voix et la recueille de façon à ne pas la séparer de lui-même dans -ses pensées, il sent que cette voix et lui font un; et plus l'homme -considérera cette voix comme lui-même, plus il sera heureux. Cette voix -lui révélera la vie bienheureuse, parce que cette voix est celle de Dieu -dans l'homme.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après EMMERSON.</p> - -<p>Dieu veut le bonheur de tous; or, si tu veux du bien à tous, -c'est-à-dire si tu aimes, Dieu vit en toi.</p> - -<p class="caption">13</p> - -<p>On dit: sauver son <i>âme</i>. On ne peut sauver que ce qui peut périr. L'âme -ne peut pas périr parce qu'il n'y a qu'elle seule qui existe. Il ne faut -pas la sauver, mais la purifier de ce qui l'obscurcit, la souille, il -faut l'instruire pour que Dieu pénètre de plus en plus en elle.</p> - -<p class="caption">14</p> - -<p>On dit: «Aurais-tu oublié Dieu?» C'est une bonne parole. Oublier Dieu, -c'est oublier Celui qui vit en toi et par qui tu vis.</p> - -<p class="caption">15</p> - -<p>De même que j'ai besoin de Dieu, Dieu a besoin de moi.</p> - -<p class="caption">16</p> - -<p>Lorsque tu t'affaiblis et que tu es malheureux, tu dois te rappeler -que tu as une âme et que tu peux vivre par elle. Mais au lieu de cela, -nous nous imaginons que des hommes pareils à nous-mêmes peuvent nous -réconforter.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">EMMERSON.</p> - -<p class="caption">17</p> - -<p>Celui qui est uni à Dieu, ne doit pas craindre Dieu. Dieu ne saurait se -faire de mal à Lui-Même.</p> - -<p>Les poissons de la rivière apprirent un jour que les hommes disaient -qu'ils ne pouvaient vivre que dans l'eau. Et les poissons s'en -étonnèrent et se mirent à s'interroger entre eux afin d'apprendre si -quelqu'un savait ce que c'est que l'eau. Alors, un poisson intelligent -dit: «On raconte qu'il y a dans la mer un vieux et sage poisson qui -sait tout; allons le trouver et demandons-lui ce qu'est l'eau.» Et les -poissons se dirigèrent vers l'endroit de la mer où habitait le sage et -lui demandèrent ce qu'était l'eau. Et le sage poisson dit: «L'eau c'est -ce qui nous fait vivre. Si vous ne la connaissez pas c'est parce que -vous vivez dans l'eau et d'eau.»</p> - -<p>De même, il semble parfois aux hommes qu'ils ne savent pas ce qu'est -Dieu, mais ils vivent eux-mêmes en Lui.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SOUFI<a name="FNanchor_2_4" id="FNanchor_2_4"></a> -<a href="#Footnote_2_4" class="fnanchor">[2]</a>.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII.—<i>La vie de l'homme n'est pas dans le corps, mais dans l'âme, et -non pas dans le corps et dans l'âme, mais dans l'âme seule.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>«Celui qui m'a envoyé est véritable, et les choses que «j'ai entendues -de Lui, je les dis dans le monde.»</p> - -<p>Ils ne comprirent point qu'Il parlait du Père. Et Jésus leur dit: -«Lorsque vous aurez élevé le Fils de l'Homme, «vous connaîtrez qui Je -suis, et que Je ne fais rien de «Moi-même, mais que Je dis les choses -comme Mon «Père Me les a enseignées.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JEAN, VIII, 26-28.</p> - -<p>Élever le Fils de l'Homme, c'est avoir conscience de l'esprit qui vit en -nous et l'élever au-dessus de la chair.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>L'âme et le corps sont ce que l'homme considère comme sien, ce dont il -s'occupe constamment. Mais on doit savoir que le vrai «toi» n'est pas -ton corps, mais ton âme. Souviens-toi de cela, élève ton âme au-dessus -de ta chair, préserve-là de toute souillure humaine, ne permets pas à ta -chair de l'étouffer—et tu auras une vie heureuse.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>On dit qu'on ne doit pas s'aimer soi-même. Mais sans l'amour de -soi-même, il n'y aurait pas de vie. Il s'agit de savoir ce qu'il faut -aimer en soi: son âme ou son corps.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Il n'est pas de corps vigoureux qui n'aura jamais été malade; il -n'est pas de richesses qui ne disparaîtront jamais; il n'est pas de -pouvoir qui n'aura pas de fin. Si l'on consacre toute sa vie à devenir -vigoureux, riche, puissant, et qu'on arrive à obtenir ce à quoi l'on -aspire, on devra tout de même s'inquiéter, craindre et s'attrister, -parce qu'on verra tout ce qu'on a cherché dans sa vie vous échapper, -parce qu'on constatera que l'on se fait vieux et que l'on approche de la -mort.</p> - -<p>Que faire pour ne pas s'inquiéter, pour ne pas avoir peur?</p> - -<p>Il n'y a qu'un seul moyen: il consiste à consacrer sa vie non pas à ce -qui passe, mais à ce qui ne périt pas et ne peut périr, à l'esprit qui -vit dans l'homme.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Accomplis ce que ton corps exige de toi: cherche à obtenir la gloire, -les honneurs, la richesse, et ta vie sera un enfer. Fais ce que veut -l'esprit qui réside en toi: cherche l'humilité, la clémence, l'amour, et -tu n'auras pas besoin de paradis. Le paradis sera dans ton âme.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Tout homme a des devoirs envers le prochain et des devoirs envers -lui-même, envers l'esprit qui vit en lui; ces devoirs consistent à ne -pas souiller, à ne pas supprimer, à ne pas étouffer cet esprit et à le -cultiver sans cesse.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VIII—<i>Le vrai bonheur de l'homme n'est que la joie spirituelle.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'homme vit par l'esprit et non par le corps. Lorsque l'homme le sait et -qu'il a voué sa vie à l'esprit et non au corps, on peut le mettre aux -fers, le verrouiller derrière des lourdes portes, il sera toujours libre.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Tout homme connaît deux vies: la vie charnelle et la vie spirituelle. -Dès qu'elle atteint sa plénitude, la vie charnelle commence à faiblir. -Et elle faiblit de plus en plus et arrive à la mort. La vie spirituelle, -au contraire, grandit et devient toujours plus ferme, depuis la -naissance jusqu'à la mort.</p> - -<p>Si l'homme ne vivait que de la vie charnelle, toute son existence serait -celle d'un condamné à mort. S'il vivait pour son âme, le bonheur qu'il y -trouverait grandirait de jour en jour, et la mort ne l'effrayerait pas.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Pour mener une existence heureuse, point n'est besoin de savoir d'où tu -es venu et ce que tu deviendras dans l'autre monde. Pense uniquement à -ce que veut ton âme, et tu n'auras pas besoin de t'inquiéter d'où tu es -issu et ce qui t'arrivera après la mort. Tu n'auras pas besoin de tout -cela, parce que tu éprouveras le bonheur complet qui ne s'inquiète ni du -passé ni de l'avenir.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Lorsque le monde commença à exister, la raison fut sa mère. Celui qui -est conscient du fait que la base de sa vie est l'esprit, sait qu'il se -trouve hors de tout danger. Lorsqu'à la fin de sa vie, ses lèvres se -fermeront et les portes de ses sens retomberont, il n'éprouvera aucune -inquiétude.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU</p> - -<hr class="r5" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Footnote_1_3" id="Footnote_1_3"></a><a href="#FNanchor_1_3"><span class="label">[1]</span></a> Théologien américain. (<i>N. du trad.</i>)</p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Footnote_2_4" id="Footnote_2_4"></a><a href="#FNanchor_2_4"><span class="label">[2]</span></a> Confrérie musulmane. (<i>N. du trad.</i>)</p></div> - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_IV" id="CHAPITRE_IV">CHAPITRE IV</a></h4> - -<h3>MÊME ÂME CHEZ TOUS</h3> - - -<p>Tous les êtres vivants sont séparés par leurs corps les uns des autres; -mais l'origine la vie est la même pour tous.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">I.—<i>La Conscience de la divinité de l'âme unit les hommes.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La doctrine chrétienne révèle aux hommes que le même principe spirituel -vit en eux tous, qu'ils sont tous frères, et elle les unit ainsi pour -une heureuse vie commune.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAMENNAIS.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Il ne suffit pas de se dire que chaque homme a la même âme que moi; il -faut se dire qu'en chaque homme vit le même principe qui vit en moi. -Tous les hommes sont séparés les uns des autres par leurs corps, mais -ils sont tous unis par le même principe spirituel qui donne la vie à -tout.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>C'est un grand bonheur que d'être en communion avec les hommes; mais -comment faire pour s'unir à tous? Je peux m'unir aux membres de ma -famille; mais aux autres? Je peux m'unir à mes amis, à tous les Russes, -à tous mes coreligionnaires. Mais comment faire pour m'unir à ceux -que je ne connais pas, les étrangers, ceux qui professent une autre -religion? Il y a tant d'hommes et ils sont tous si différents! Comment -faire?</p> - -<p>Il n'existe qu'un moyen: oublier les hommes, ne pas penser à s'unir à -eux, et ne songer qu'à s'unir au seul principe spirituel qui vit en moi -et en tous les hommes.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>On dit que chaque homme peut être très bon et très mauvais et qu'il -manifeste l'un ou l'autre sentiment suivant ses dispositions. C'est -parfaitement exact.</p> - -<p>La vue des souffrances d'autrui provoque, non seulement chez des -personnes différentes, mais chez le même homme des sentiments absolument -contradictoires: parfois, la compassion, et, parfois, une sorte de -mauvais plaisir qui va jusqu'à la plus cruelle méchanceté.</p> - -<p>J'ai eu l'occasion de le constater sur moi-même: tantôt j'avais pour -tous les êtres une profonde compassion, tantôt j'éprouvais la plus -grande indifférence, et, parfois, de la haine même.</p> - -<p>Cela, prouve clairement que nous avons deux façons, absolument opposées, -de concevoir les choses: l'une, quand nous nous considérons comme des -êtres séparés, quand tous les êtres nous sont absolument étrangers et -qu'ils ne sont pas «moi». Dans ce cas, nous ne pouvons éprouver pour -eux autre chose que de l'indifférence, de l'envie, de la haine, de la -malveillance.</p> - -<p>L'autre façon de concevoir est dans la conscience de notre unité avec -tous. Dans ce cas, tous les êtres sont pour nous ce qu'est noire «moi», -et alors, ils suscitent notre amour pour eux.</p> - -<p>L'une nous sépare les uns des autres comme par un mur infranchissable, -l'autre détruit ce mur, et nous ne faisons qu'un. La première nous -apprend à reconnaître que tous les autres êtres ne sont pas «moi», la -seconde nous enseigne que tous les êtres sont le même «moi» que celui -que je sens en moi-même.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Plus l'homme vit pour son âme, plus il sent son unité avec tous les -êtres vivants. Vis pour ton corps, et tu seras seul parmi des étrangers; -vis pour ton âme, et tous te seront parents.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Un fleuve ne ressemble pas à un étang, un étang à un tonneau et un -tonneau à un seau d'eau. Mais dans un étang, dans un fleuve, dans un -tonneau et dans un seau il y a la même eau. De même, tous les gens sont -différents, mais l'esprit qui vit en eux tous est le même.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>L'homme ne comprend sa vie que lorsqu'il se voit dans chacun de ses -semblables.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>L'essentiel dans la doctrine du Christ c'est qu'il considérait tous les -hommes comme frères. Dans chaque homme, il voyait un frère et, pour -cette raison, aimait chacun, quel qu'il soit et qui que ce soit. Il ne -s'occupait pas de son extérieur, mais de l'intérieur. Il ne voyait pas -le corps, mais, à travers les beaux habits du riche et les haillons du -misérable, il voyait l'âme immortelle. Dans l'homme le plus dépravé, il -apercevait ce qui pouvait transformer l'être le plus déchu en l'homme -sublime, aussi grand et aussi saint qu'il l'était lui-même.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Lorsque l'homme ne voit pas dans chacun le même esprit qui l'unit à tous -les hommes, il vit comme dans un rêve. Celui qui voit Dieu et lui-même -dans chacun, vit réellement.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II—<i>Le même principe spirituel vit non seulement dans tous les hommes, -mais aussi dans tout ce qui vit.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Nous sentons dans notre for intérieur que ce par quoi nous vivons, ce -que nous appelons notre vrai «moi», est le même non seulement dans -chaque homme, mais aussi dans un chien, un cheval, une souris, une -poule, un moineau, une abeille, et même dans une plante.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Quand on prétend que les animaux nous sont absolument étrangers, on peut -en dire autant des sauvages, des noirs et des jaunes. Et si l'on estime -que ces hommes nous sont étrangers, ils ont absolument le même droit de -considérer les blancs comme des étrangers. Quel est donc notre prochain? -II ne peut y avoir qu'une seule réponse à cette question: ne demande -pas qui est ton prochain, mais agis envers tout ce qui vit comme tu -voudrais que l'on agisse envers toi-même.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Tout ce qui vit, craint les souffrances; tout ce qui vit, craint la -mort. Reconnais-toi non seulement dans un homme, mais aussi dans chaque -être vivant; ne tue pas et ne cause pas de souffrance ni de mort. Tout -ce qui vit veut la même chose que toi; reconnais-toi donc dans chaque -être vivant.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse bouddhiste.</i></p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>L'homme n'est pas supérieur aux bêtes parce qu'il les fait souffrir, -mais parce qu'il est capable de les plaindre. Et il a pitié des bêtes, -car il sent vivre en elles ce qui vit également en lui.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La pitié pour tout ce qui vit, est plus nécessaire que tout le reste -pour pouvoir avancer vers la vertu. Un homme bon ne peut manquer de -pitié. Si un homme est injuste et méchant, il est sûrement impitoyable. -Sans pitié pour tout ce qui vit, il ne peut y avoir de vertu.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>On peut se déshabituer de la pitié envers les bêtes. Cela se remarque -tout particulièrement à la chasse. Les hommes bons qui y prennent -goût, tourmentent et tuent les bêtes sans remarquer la cruauté qu'ils -commettent.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Le commandement: «Tu ne tueras point» ne se rapporte pas à l'homme -seul, mais à tout ce qui vit. Ce commandement avait été gravé dans le -cœur de l'homme avant d'être inscrit sur la table.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Les hommes considèrent qu'il n'y a pas de mal à se nourrir de la chair -animale, parce qu'on les a persuadés que Dieu l'avait permis. C'est -faux. On a beau assurer qu'il n'y a pas de péché de tuer et démanger -les animaux, il est gravé dans le cœur de l'homme, mieux que dans tous -les livres, qu'il faut avoir pitié des animaux et qu'on ne doit pas -les tuer, au même titre que les hommes. Nous le savons tous, si nous -n'étouffons pas la voix de la conscience.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Si seulement tous ceux qui mangent les animaux, les tuaient eux-mêmes, -un grand nombre parmi eux auraient renoncé à la viande.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Nous sommes étonnés de voir qu'il y ait eu et qu'il y a encore des -hommes qui tuent leurs semblables pour les manger. Mais le temps viendra -où nos petits enfants s'étonneront que leurs grands pères aient tué, -tous les jours, des millions d'animaux pour les manger, alors qu'on peut -avoir une nourriture saine et substantielle en se servant des fruits de -la terre.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>On peut se déshabituer de toute pitié, même envers les hommes, et on -peut s'habituer à avoir pitié même d'un insecte.</p> - -<p>Plus l'homme est pitoyable, mieux cela vaut pour son âme.</p> - -<p>«Comment s'abstenir de tuer la mouche ou la puce? Chacun de nos -mouvements supprime malgré nous la vie des êtres que nous ne voyons -pas,» dit-on généralement pour justifier la cruauté humaine envers les -animaux. Ceux qui parlent ainsi oublient qu'il n'est pas donné à l'homme -d'arriver à la perfection en toutes choses. La tâche de l'homme est de -se rapprocher de la perfection. Il en est de même lorsqu'il s'agit de -la compassion envers les bêtes. Nous ne pouvons pas vivre sans faire -mourir d'autres êtres, mais nous pouvons avoir pour eux plus ou moins de -compassion. Et plus nous en aurons, mieux cela vaudra pour notre âme.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>Plus les hommes sont bons, mieux ils conçoivent l'unité du -principe divin qui vit en eux.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Pourquoi sommes-nous tout joyeux quand nous avons accompli une bonne -action? Parce que chaque bonne action nous confirme que notre vrai «moi -» ne se borne pas à notre personne seule, mais qu'il existe en tout ce -qui vit.</p> - -<p>Lorsqu'on vit pour soi-même, on ne vit que d'une parcelle de son vrai -«moi». Lorsqu'on vit pour les autres, on sent son «moi» s'étendre.</p> - -<p>Si tu vis pour toi seul, tu te sens entouré d'ennemis, tu sens le -bonheur de chacun entraver le tien. Vis pour les autres, et tu te -sentiras entouré d'amis et le bonheur de chacun deviendra ton bonheur à -toi.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>L'homme ne trouve le bonheur qu'en servant son prochain. Et il l'y -trouve parce qu'en rendant service à ses prochains, il communie avec -l'Esprit Divin qui vit en eux.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Toute bonne action véritable, celle que l'homme accomplit avec -désintéressement et en ne pensant qu'au malheur d'autrui, serait un fait -étonnant et inconcevable, s'il n'était pas aussi naturel et familier à -l'homme.</p> - -<p>En effet, pourquoi se priver de quelque chose, s'inquiéter, se déranger -pour un étranger, un homme comme il y en a tant sur la terre? On ne peut -pas expliquer cela autrement que par le fait que la personne qui fait du -bien, sait que celui pour qui elle le fait n'est pas un être isolé de -tous, mais le même être qu'elle, mais sous un autre aspect.</p> - -<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;">D'après SCHOPENHAUER.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Lorsqu'on vit de la vie spirituelle, on éprouve des souffrances morales -chaque fois qu'on se sépare des hommes. Pourquoi cette souffrance? Parce -que, de même que la souffrance physique démontre le danger qui menace la -vie corporelle, la souffrance morale démontre le danger qui menace la -vie spirituelle de l'homme.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Un sage hindou disait: «En toi, en moi, en tous les êtres vivants vit un -seul et même esprit vital; et voici que tu te fâches contre moi, tu ne -m'aimes pas. Souviens-toi que toi et moi, nous sommes un. Qui que tu -sois, toi et moi, nous ne faisons qu'un.»</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Bien qu'un homme soit méchant, injuste, bête et désagréable, -souviens-toi qu'en ne le respectant plus, tu romps non seulement tout -lien avec lui seul, mais avec tout le monde spirituel.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Pour qu'il te soit facile de vivre avec chaque homme, pense à ce qui -t'unit à lui et non pas à ce qui te sépare de lui.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>Les conséquences résultant de la conception de l'unité de l'âme de -tous les hommes.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Il ne peut y avoir et il n'y aura pas de liberté et de bonheur -véritable, tant que les hommes n'auront pas compris leur unité. Si -seulement les hommes avaient compris cette vérité essentielle du -christianisme,—la communauté spirituelle de tous les hommes—leur vie -se serait transformée, et il s'établirait entre eux des rapports que -nous ne saurions imaginer maintenant. Les insultes, les peines, les -humiliations que nous faisons subir aux hommes-frères nous auraient -révoltés plus que les plus grands crimes actuels.</p> - -<p>Oui, il nous faut une nouvelle révélation, non pas sur le paradis et -l'enfer, mais sur l'esprit qui vit en nous.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">CHANNING.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>L'amour appelle l'amour. Cela ne peut être autrement parce qu'en se -révélant en toi, Dieu se révèle également en un autre homme.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La branche coupée de son nœud est, par cela même, séparée de l'arbre -entier. De même l'homme qui rompt avec un autre homme, se détache de -toute l'humanité. Seulement, la branche est coupée par un bras étranger, -alors que, par son mépris, l'homme se détache de son prochain, sans -penser que, par cela même, il se détache de toute l'humanité.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Il n'y a pas de mauvaise action pour laquelle soit seul puni celui -qui l'a faite. Nous ne pouvons nous isoler de façon à ce que notre -méchanceté ne se répande pas sur les autres hommes. Nos actions, bonnes -et mauvaises, sont comme nos enfants: elles vivent et agissent non plus -par notre volonté, mais par elles-mêmes.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">GEORGE ELLIOT.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La vie des hommes est pénible uniquement parce qu'ils ne savent pas que -l'âme, qui est en chacun de nous, vit dans tous les hommes. C'est de là -que provient l'animosité, que les uns sont riches, les autres pauvres, -les uns sont maîtres, les autres ouvriers; de là que vient l'envie, la -haine et tous les tourments humains.</p> - - -<hr class="chap" /> -<h3><a name="CHAPITRE_V" id="CHAPITRE_V">CHAPITRE V</a></h3> - -<h4>DE L'AMOUR</h4> - - -<p>L'âme humaine, isolée par le corps aussi bien de Dieu que des autres -êtres, tend à se réunir à ce dont elle est séparée.</p> - -<p>L'âme s'unit à Dieu par la conscience progressive de la présence de Dieu -en soi, alors qu'elle s'unit aux âmes des autres par des manifestations -d'amour de plus en plus évidentes.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I. <i>L'Amour unit les hommes à Dieu et aux autres êtres.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>«Jésus dit au légiste: Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton -cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. C'est le premier et le -plus grand des commandements.</p> - -<p>«Le second est: aime ton prochain comme toi-même, répondit l'homme de -loi au Christ, et Jésus lui dit: Tu as bien répondu; agis donc comme tu -l'as dit, c'est-à-dire, aime Dieu et ton prochain et tu vivras bien.»</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Vous êtes bien malheureux, vous, les gens du monde! Les chagrins et les -inquiétudes sont au-dessus de vos têtes et sous vos pieds, à droite et -à gauche, et vous êtes des énigmes pour vous-mêmes. Et vous resterez -toujours énigmes si vous ne devenez pas joyeux et affectueux comme les -enfants. Alors seulement vous Me connaîtrez et, m'ayant connu, vous vous -comprendrez vous-mêmes et vous pourrez vous gouverner.</p> - -<p>Alors seulement, lorsque vous regarderez le monde à travers votre âme, -tout sera joie pour vous sur la terre et en vous-mêmes.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Soutes bouddhistes.</i></p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>On ne peut aimer que la perfection.</p> - -<p>Il faut donc, pour aimer: ou bien considérer comme parfait ce qui ne -l'est pas, ou bien aimer ce qui est parfait, c'est-à-dire Dieu. Si l'on -considère comme parfait ce qui ne l'est pas, l'erreur se révélera tôt ou -tard et l'amour ne sera plus. Mais l'amour de Dieu, c'est-à-dire de la -perfection, ne peut pas finir.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Dieu est amour; celui qui demeure dans la charité, demeure en Dieu et -Dieu en lui. Personne n'a jamais vu Dieu; mais si nous nous aimons les -uns les autres, Dieu demeure en nous, et son amour est accompli en -nous. Si quelqu'un dit: «J'aime Dieu» et qu'il haïsse son frère, c'est -un menteur. Car celui qui n'aime point son frère qu'il voit, comment -peut-il aimer Dieu qu'il ne voit pas? Frères, aimons-nous les uns les -autres, car l'amour vient de Dieu, et quiconque aime, est né de Dieu et -connaît Dieu, car Dieu est amour.</p> - -<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;">D'après la 1<sup>re</sup> épitre de saint Jean.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Les hommes ne peuvent communier réellement qu'en Dieu. Pour se -rencontrer, les hommes n'ont pas besoin de se croiser, ils doivent -simplement se diriger vers Dieu.</p> - -<p>S'il y avait un grand temple où la lumière ne pénétrerait que d'en haut -et du centre, les hommes, pour se rencontrer dans ce temple, n'auraient -qu'à se diriger vers la lumière. Il en est de même dans le monde: si -tous les hommes allaient, à Dieu, ils se rencontreraient tous.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Il n'y a rien de plus agréable que de se savoir aimé. Mais, chose -extraordinaire! pour qu'on nous aime il est inutile de rendre service -aux autres: il suffit de se rapprocher de Dieu. Rapproche-toi de Dieu et -ne pense pas aux hommes, et les hommes t'aimeront.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Celui qui prétend aimer Dieu tout en n'aimant pas son prochain, trompe -les hommes. Celui qui prétend aimer son prochain et n'aime pas Dieu, se -trompe lui-même.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>On dit que le jour du jugement dernier arrivera et que le bon Dieu se -fâchera. Mais un Dieu bon ne peut faire que du bien.</p> - -<p>De toutes les religions existantes, il n'y en a qu'une seule vraie, -celle qui dit que Dieu est amour. Et l'amour ne peut donner que le -bonheur.</p> - -<p>Ne crains rien: pendant ta vie et après ta mort, il ne peut y avoir que -l'amour.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Traduit du persan.</i></p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Vivre selon les préceptes de Dieu c'est être pareil à Dieu. Et, pour -être pareil à Dieu, il faut ne rien craindre et ne rien désirer pour -soi. Et pour ne rien craindre et ne rien désirer pour soi, il n'y a qu'à -aimer.</p> - -<p>Les uns disent: rentre en toi-même et tu trouveras le repos. Toute la -vérité n'est pas là.</p> - -<p>D'autres disent, au contraire: sors de toi-même; tâche de t'oublier -et de trouver le bonheur dans les plaisirs. Ceci n'est pas vrai non -plus. Ce n'est pas vrai pour cette seule raison qu'on ne peut pas se -débarrasser des maladies par les plaisirs. Le repos et le bonheur ne -sont ni en nous, ni en dehors de nous, ils sont en Dieu. Et Dieu est en -nous et hors nous. Aime Dieu, car c'est en Dieu que tu trouveras ce que -tu cherches.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>De même que le corps a besoin de nourriture et souffre lorsqu'il -en est privé, l'âme a besoin d'amour et souffre en son absence.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Tous les corps sont attirés par la terre et les uns par les autres. De -même toutes les âmes sont attirées vers Dieu et les unes vers les autres.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Tous les gens vivent, non pas parce qu'ils pensent à eux-mêmes, mais -parce que l'amour est le propre des hommes.</p> - -<p>Afin que les hommes ne vivent pas chacun pour soi, mais tous pour la -même cause, Dieu ne leur a pas révélé ce qu'il faut à chacun d'eux, mais -leur a dit seulement ce qu'il leur fallait à tous.</p> - -<p>Afin que les hommes sachent ce qu'il leur faut à tous, Il a pénétré dans -leurs âmes et s'y est manifesté en amour.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Tous les malheurs des hommes ne sont pas causés par les mauvaises -récoltes, les incendies, les brigands, mais simplement parce qu'ils -vivent en désaccord.—Ils sont en désaccord, parce qu'ils ne croient pas -à la voix de l'amour qui vit en eux et qui les appelle à s'unir.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Tant que l'homme vit d'une vie matérielle, il lui semble qu'il est -séparé des autres hommes parce que cela est ainsi et ne peut être -autrement. Mais dès qu'il commence à vivre d'une vie spirituelle, il -s'étonne, ne comprend pas, jusqu'à en souffrir, pourquoi il est séparé -des autres hommes, et il cherche à s'unir à eux. L'amour seul unit les -hommes.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La vie de chaque homme consiste à devenir meilleur chaque année, chaque -mois, chaque jour. Plus les gens deviennent meilleurs et plus ils -s'unissent, plus leur vie est meilleure.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Si nous tenions fermement à nous rallier aux hommes là où nous sommes -d'accord avec eux, sans exiger leur consentement sur les points où nous -ne sommes pas d'accord, nous serions bien plus près du Christ que ceux -qui, tout en se qualifiant de chrétiens, se détachent, au nom du Christ, -des hommes d'une autre religion, en exigeant qu'ils soient d'accord avec -ce qui leur semble être la vérité.</p> - -<p>Aimez vos ennemis, et vous n'en n'aurez point.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Actes des Apôtres.</i></p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>L'amour n'est vrai que lorsqu'il se répand sur tout.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Dieu voulait que nous fussions heureux et, dans ce but, il nous a donné -le besoin du bonheur; seulement, il voulait que nous soyons heureux -tous, et non pas quelques-uns, et pour cela il nous a donné le besoin -d'aimer. Il s'ensuit que les hommes ne seront heureux que lorsqu'ils -s'aimeront tous les uns les autres.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Sénèque disait que tout ce que nous voyons, tout ce qui vit n'est qu'un -seul corps; tels les bras, les jambes, l'estomac, les os, nous sommes -les parties de ce corps. Tous, nous sommes venus au monde de la même -façon; tous, nous voulons notre bonheur; tous nous savons que nous -ferions mieux de nous entr'aider que de nous exterminer et tous nous -avons un germe d'amour les uns pour les autres. Comme des pierres, -nous formons une même route et nous nous écroulerons, si nous ne nous -soutenons pas.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Si nous aimons ceux qui nous plaisent, qui nous louent, qui nous font du -bien, nous les aimons pour nous-mêmes. Le véritable amour est celui qui -nous fait aimer non pour notre plaisir, mais pour le bien des hommes que -nous aimons; nous devons les aimer, non pas parce qu'ils sont agréables -ou utiles, mais parce que dans chaque homme nous reconnaissons l'esprit -qui vit en nous.</p> - -<p>Ce n'est qu'ainsi que nous pouvons aimer, comme nous l'a appris le -Christ, non seulement ceux qui nous aiment, mais aussi ceux qui nous -haïssent: nos ennemis.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Tâche d'aimer celui que tu n'aimais pas, que tu blâmais, qui t'a -offensé. Si tu y réussis, tu connaîtras une sensation nouvelle de joie. -De même que la clarté éclate après les ténèbres, la lumière de l'amour -s'allumera avec plus d'intensité et plus joyeusement en toi, après -s'être libéré de l'inimitié.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Le meilleur des hommes est celui qui aime <i>tous</i> et qui fait du bien à -tous, qu'ils soient bons ou méchants.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>«Je suis triste, ennuyé, seul.» Mais qui donc t'a ordonné de fuir tous -les hommes et de te murer dans la prison de ton misérable et ennuyeux -«moi».</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Agis de façon à pouvoir dire à chacun: fais comme moi.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après KANT.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Tant que je n'aurai pas vu observer le plus grand commandement du -Christ—l'amour envers les ennemis—je ne croirai pas que ceux qui se -qualifient de chrétiens le soient effectivement.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LESSING.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>On ne peut aimer réellement que l'âme.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Tous les hommes ne désirent, qu'une seule chose, c'est de bien vivre. -C'est pourquoi, depuis les temps les plus anciens, partout et toujours, -les sages et les saints ont pensé et appris aux hommes comment il -fallait vivre pour être heureux. Et à toutes les époques et dans tous -les pays, les sages et les saints ont enseigné aux hommes la même -doctrine.</p> - -<p>Cette doctrine est brève et simple:</p> - -<p>Tous les hommes vivent par le même esprit, mais sont séparés, dans cette -vie, par leurs corps; s'ils en sont convaincus, ils doivent s'unir les -uns aux autres par l'amour. S'ils ne le comprennent pas et s'imaginent -qu'ils vivent uniquement par leurs corps, ils se querellent entre eux et -sont malheureux.</p> - -<p>Toute la doctrine est dans la recommandation de faire ce qui unit les -hommes et de ne pas faire ce qui les désunit. Il est facile d'avoir foi -en cette doctrine parce qu'elle demeure dans le cœur de chaque homme.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>L'amour est un sentiment naturel à l'homme.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'homme aime aussi naturellement que l'eau descend la pente.</p> - -<p><i>Proverbe oriental.</i></p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Pour que l'abeille vive selon sa nature, elle doit voler, le serpent -ramper, le poisson nager, l'homme aimer. Par conséquent, si l'homme fait -du mal à son prochain au lieu de lui faire du bien, cela paraît aussi -étrange que si le poisson se mettait à voler et l'oiseau à nager.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Le cheval, par sa course rapide, fuit l'ennemi. Il est malheureux non -pas lorsqu'il ne peut pas crier comme un coq, mais lorsqu'il perd ce qui -lui est acquis: la faculté de courir.</p> - -<p>Le sens le plus précieux pour le chien est son flair. Il est malheureux -lorsqu'il le perd, et non lorsqu'il voit qu'il ne peut pas voler.</p> - -<p>De même l'homme est malheureux, non quand il est impuissant à maîtriser -un ours, un lion, ou de mauvaises gens, mais quand il perd ce qu'il a de -plus cher: sa nature spirituelle, sa faculté d'aimer.</p> - -<p>On n'a pas à regretter quand on meurt, quand on a perdu son argent, sa -propriété, sa maison—tout cela n'appartient pas à l'homme. On doit -regretter quand l'homme perd son bien réel, son plus grand bonheur: la -faculté d'aimer.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>On demanda à un philosophe chinois: qu'est-ce que la science? Il -répondit: C'est connaître les hommes.</p> - -<p>On lui demanda: Qu'est-ce que la vertu? Il répondit: C'est aimer les -hommes.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Un philosophe hindou disait: «De même qu'une mère soigne son unique -enfant, le dorlote, le garde et l'élève, l'homme doit élever et garder -en soi ce qu'il a de plus cher au monde: l'amour pour tout ce qui -vit. Toutes les religions nous l'enseignent: celle des Bramines, des -Bouddhistes, des Hébreux, des Chinois, des Chrétiens, des Mahométans. -C'est pourquoi, la chose la plus nécessaire au monde est d'apprendre à -aimer.»</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Les Chinois ont eu leurs philosophes tels que Confucius, Lao-Tseu et un -autre sage, peu connu, du nom de Mi-Ti.</p> - -<p>Mi-Ti enseignait qu'il ne fallait pas inculquer aux hommes le respect -de la force, de la richesse, de la bravoure, mais de l'amour seul. Il -disait: On élève les hommes de façon à ce qu'ils considèrent que la -richesse et la gloire sont au-dessus de tout et ils ne songent qu'à -gagner le plus possible de gloire et de richesses; il faut les élever de -façon à ce qu'ils placent l'amour au-dessus de tout et que, dans la vie -quotidienne, ils s'habituent à aimer les hommes et à consacrer toutes -les forces à apprendre à aimer.</p> - -<p>Mi-Ti n'a pas été écouté. Mendzé, un élève de Confucius, contredit -Mi-Ti, en assurant qu'on ne saurait vivre uniquement d'amour. Et -les Chinois suivirent Mendzé. 500 ans s'écoulèrent ainsi, lorsque -Jésus vint enseigner aux hommes ce qu'avait déjà dit Mi-Ti, mais -avec plus de force et de clarté. Bien que personne ne conteste cette -doctrine d'amour, les disciples du Christ ne suivent toujours pas son -enseignement. Mais le moment viendra—et il est proche—où les hommes ne -pourront pas faire autrement que de suivre cette doctrine, parce que son -germe se trouve dans tous les cœurs, alors que la non observation de ses -préceptes rendra les gens de plus en plus malheureux.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>L'amour seul donne le bonheur réel.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Tu veux du bien, tu auras ce que tu désires, à condition que tu veuilles -le bien qui est bon pour tous. Ce bonheur ne se gagne que par l'amour.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>«Celui qui veut conserver sa vie, la perdra, et celui qui donne sa vie -pour le bien, la conservera. L'homme n'a pas de profit à gagner le -monde entier s'il fait du tort à son âme.» Ainsi parlait Jésus. De -même parlait le païen Marc-Aurèle: «Âme, quand donc seras-tu le chef du -corps? Quand te débarrasseras-tu des désirs et des peines charnelles, -et pourras-tu te passer des services de ce que les hommes te servent de -leur vie ou de leur mort! Quand comprendras-tu que le vrai bonheur est -toujours en ton pouvoir et qu'il est l'amour pour tous les hommes?»</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Celui qui dit qu'il est dans la lumière et qui hait son frère, est -encore à présent dans les ténèbres. Celui qui aime son frère demeure -dans la lumière et ne craint nulle tentation. Mais celui qui hait son -frère est dans les ténèbres, marche dans les ténèbres et ne sait où il -va, parce que les ténèbres ont aveuglé ses yeux.... Aimons, non par la -parole et la langue, mais par les actes et la vérité. C'est à cela que -nous reconnaissons la vérité et que nous tranquillisons nos cœurs.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">1<sup>re</sup> épitre de saint JEAN.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Je ne sais pas lequel des chefs des religions a raison, et je ne puis le -savoir d'une façon certaine; mais je sais pertinemment que le mieux que -je puis faire, c'est de développer l'amour en moi; de cela je ne puis -en douter. Je ne puis en douter parce qu'en se développant, mon amour -augmente mon bonheur.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Nous savons trouver tout; il n'y a que nous-mêmes que nous ne sachions -pas trouver. Chose étrange! L'homme vit sur la terre pendant de -nombreuses années sans remarquer à quel moment il éprouve le plus de -satisfaction. S'il s'en apercevait, il verrait clairement en quoi -consiste son vrai bonheur; il saurait qu'il ne se sent à son aise -que lorsqu'il a l'amour dans l'âme. C'est que nous ne méditons pas -assez pour nous en apercevoir. Nous avons perverti notre raison et ne -cherchons plus à connaître ce qui seul nous est nécessaire.</p> - -<p>Si nous nous étions arrêtés un seul instant au milieu du tourbillon de -la vie qui nous emporte, si nous étions rentrés en nous-mêmes, nous -aurions compris où est notre bonheur.</p> - -<p>Notre corps est faible, impur, mortel; mais il recèle un trésor divin: -l'esprit immortel. Il nous suffirait d'avoir conscience de cet esprit -intérieur pour nous mettre à aimer les hommes, et, en les aimant, nous -aurons tout ce que notre cœur désire: le bonheur.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SKOVORODA.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Nous n'obtenons le bonheur corporel, tous les plaisirs, qu'au détriment -des autres hommes. Par contre, nous n'augmentons le bien spirituel, le -bien de l'amour qu'en augmentant le bonheur d'autrui.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Tous nos perfectionnements de la vie matérielle: les chemins de fer, -le télégraphe, les machines peuvent servir à l'union des hommes et à -les rapprocher du royaume de Dieu. Mais le malheur est que les hommes -se passionnent pour ces perfectionnements et s'imaginent que s'ils -construisent beaucoup de ces engins, ils peuvent se rapprocher de Dieu. -C'est une aussi grosse erreur que si l'homme avait toujours travaillé -le même terrain sans songer à y semer quelque chose. Pour que toutes -ces machines soient utiles, il faut que les hommes perfectionnent leur -âme, y cultivent l'amour. Car sans amour, le téléphone, le télégraphe, -les machines volantes, loin de nous rapprocher, nous divisent de plus en -plus.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>L'homme est misérable et ridicule lorsqu'il cherche ce qu'il a sur -le dos. Il est tout aussi misérable et ridicule lorsqu'il cherche le -bonheur, sans savoir qu'il le trouvera dans l'amour qui est dans son -cœur.</p> - -<p>Ne regardez pas le monde et les œuvres des hommes, mais jetez un regard -dans votre âme, et vous y trouverez, le bonheur que vous cherchez là où -il n'est pas; vous trouverez l'amour et vous saurez que ce bonheur est -si grand que celui qui l'a, ne peut plus rien désirer.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">KRISHNA.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Fais du bien à tes amis pour qu'ils t'aiment davantage, fais-en à tes -ennemis pour qu'ils deviennent tes amis.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">KLEOVODLOS<a name="FNanchor_1_5" id="FNanchor_1_5"> -</a><a href="#Footnote_1_5" class="fnanchor">[1]</a>.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>On dit: quel profit y a-t-il à faire du bien aux gens qui vous paient -par le mal? Si tu aimes celui à qui tu fais le bien, tu as déjà reçu ta -récompense par ton amour pour lui, et tu en auras une plus grande encore -dans ton âme si tu supportes avec amour le mal qu'il le fait.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Quand nous aimons nos frères nous savons que nous sommes passés de la -mort à la vie. Celui qui hait son frère n'a pas la vie éternelle qui est -en lui.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après le 1<sup>er</sup> épitre de JEAN, III.</p> - -<p class="caption">12</p> - -<p>Oui, le temps viendra bientôt, celui-là même dont le Christ disait qu'il -souffrait en l'attendant, le temps où les hommes seront fiers, non pas -de la domination sur les autres et de la spoliation du fruit de leur -travail, non pas de la crainte et de l'envie qu'ils provoquent, mais -fiers de leur amour pour tous et heureux de cette sensation qui les -libère de tout mal, malgré les peines qu'on peut leur causer.</p> - -<p class="caption">13</p> - -<p>L'amour donne et ne reçoit rien.</p> - -<hr class="r5" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Footnote_1_5" id="Footnote_1_5"></a><a href="#FNanchor_1_5"><span class="label">[1]</span></a> L'un des sept sages de la Grèce; il vivait au -VI<sup>e</sup> siècle avant J.-C. (<i>Note du trad.</i>).</p></div> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_VI" id="CHAPITRE_VI">CHAPITRE VI</a></h4> - -<h3>PÉCHÉS, TENTATIONS, SUPERSTITIONS</h3> - - -<p>La vie humaine serait un bonheur continuel si les superstitions, les -tentations et les péchés n'avaient pas privé les hommes de ce bien qui -leur est accessible. Le péché est l'encouragement aux désirs charnels; -les tentations sont la conception erronée que l'homme a de ses relations -avec le monde; les superstitions sont les fausses doctrines acceptées -sur parole.</p> -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">I.—<i>La vraie vie n'est pas dans le corps, mais dans l'âme.</i></p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">1</p> - -<p>Le terme de péché, dans le langage populaire, est employé par le -laboureur lorsque la charrue lui échappe des mains, et qu'elle sort du -sillon sans retourner la terre.</p> - -<p>Il en est de même dans la vie. Le péché est la déviation du corps humain -de la bonne voie et son impuissance, par suite, d'accomplir son devoir.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Dans leur jeunesse, lorsqu'ils ne connaissent pas le but réel de la vie -qui est la communion dans l'amour, les hommes pensent que le but est de -satisfaire leurs désirs charnels. Il n'y aurait pas grand mal, si cette -illusion n'était qu'une erreur de la raison; mais le malheur est que -l'assouvissement des désirs charnels souille l'âme et que celle-ci perd -la faculté de trouver son bonheur dans l'amour.</p> - -<p>N'est-ce pas vouloir puiser de l'eau potable avec un récipient bien -souillé préalablement?</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Tu voudrais procurer à ton corps les plus grands plaisirs. Mais ton -corps, vivra-t-il longtemps? Se soucier des plaisirs charnels, c'est -construire sa maison sur de la glace. Quelle joie pourrait-on attendre -d'une telle vie, quel repos? Ne crains-tu pas constamment que, tôt ou -tard, la glace fondra, que, tôt ou tard, tu devras abandonner ton corps -mortel?</p> - -<p>Transporte donc ta maison sur la terre ferme; travaille à ce qui -ne meurt pas: perfectionne ton âme, débarrasse-toi des péchés, des -tentations et des superstitions.</p> - -<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;">D'après SKOVORODA.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>L'enfant ne sent pas encore son âme et ne sent pas ce qu'éprouve -l'adulte lorsqu'il entend deux voix contradictoires parler en lui. L'une -dit: «mange toi-même» et l'autre: «donne à celui qui demande.» L'une -dit: «venge-toi», et l'autre: «pardonne». L'une dit: «crois à ce que -disent les autres», et l'autre: «réfléchis toi-même».</p> - -<p>Plus l'homme devient âgé, plus il entend ces deux voix contradictoires: -l'une est la voix du corps, l'autre celle de l'esprit. Et celui qui -s'habituera à entendre la voix de l'âme, sera heureux.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Nul ne peut servir deux maîtres: car ou il haïra l'un et aimera l'autre, -ou il s'attachera à l'un et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir -Dieu et Mamon.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MATTH., VI, 24.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>On ne peut avoir soin en même temps de son âme et de son corps. Si tu -veux des plaisirs charnels, renonce à ton âme; si tu veux préserver ton -âme, renonce aux plaisirs charnels. Sinon, tu sera tiraillé tantôt d'un -côté, tantôt de l'autre, et tu n'auras ni l'un ni l'autre.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>L'homme cherche à s'assurer la liberté afin de soustraire son corps à -toute entrave et de pouvoir agir à sa guise. C'est là une grande erreur. -Les moyens par lesquels les hommes cherchent à délier leur corps de -toute entrave: la richesse, la puissance, la bonne réputation, tout -cela n'assure pas la liberté souhaitée; au contraire, cela ne fait que -les lier davantage. Pour acquérir une liberté plus grande, les hommes -construisent une prison de leurs péchés, tentations et superstitions et -s'y enferment.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>Qu'est-ce que le Péché?</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La doctrine des Bouddhistes enseigne cinq commandements principaux. Le -premier: ne tue sciemment nul être vivant. Le deuxième: ne t'approprie -pas ce qu'autrui considère comme son bien. Le troisième: sois chaste. -Le quatrième: ne dis pas le contraire de la vérité. Le cinquième: ne -te grise ni de boissons, ni de fumée. Les Bouddhistes considèrent donc -comme péchés: le meurtre, le vol, la fornication, l'ivrognerie, le -mensonge.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La doctrine évangélique ne recommande que deux préceptes, tous deux -ayant trait à l'amour. Lorsque l'homme de loi, pour éprouver le Christ, -lui demanda:—Maître quel est le grand commandement de la loi? Jésus -répondit:—Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de -toute ton âme et de toute la pensée. C'est là le premier et le grand -commandement. Et voici le second qui lui est semblable: Tu aimeras ton -prochain comme toi-même.</p> - -<p>C'est pourquoi, d'après la doctrine chrétienne, tout ce qui est en -désaccord avec ces deux commandements, est péché.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Les hommes ne sont pas punis à cause de leurs péchés, mais par les -péchés mêmes. C'est là le plus pénible et le plus sûr des châtiments.</p> - -<p>Il arrive qu'un imposteur ou un méchant vit et meurt dans l'opulence -et les honneurs; mais ceci ne signifie nullement qu'il a échappé au -châtiment dû pour ses péchés. Et le châtiment ne se produira pas -quelque part où personne n'a jamais été et n'ira jamais, mais ici même. -Cet homme est déjà puni par ce fait que chaque nouveau péché l'éloigné -de plus en plus du vrai bonheur, de l'amour, et qu'il devient de moins -en moins heureux. De même qu'un ivrogne, qu'il soit puni par les hommes -ou non, l'est déjà à coup sûr, parce que, indépendamment de son mal de -tête immédiat dû à l'ivresse, il est puni par les souffrances qui le -tenaillent à mesure qu'il s'adonne à l'ivrognerie.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Si l'on s'imagine que l'on peut se débarrasser de ses péchés dans cette -vie, on se trompe grossièrement. L'homme peut avoir plus ou moins de -péchés, mais il ne saurait être impeccable. Il ne le saurait, parce que -toute notre vie se passe dans l'effort de nous libérer de nos péchés et -c'est là seulement qu'est le vrai bonheur.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>Les Tentations et les Superstitions.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Le but de l'homme dans cette vie est d'accomplir la volonté de Dieu. -Celle-ci commande à l'homme de développer et de manifester l'amour qui -est en lui. Que peut faire l'homme pour manifester cet amour? Supprimer -tout ce qui l'entrave. Qu'est-ce qui l'entrave? Les péchés.</p> - -<p>De sorte que pour accomplir la volonté divine, l'homme n'a qu'une chose -à faire: se libérer de ses péchés.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Pécher est l'œuvre humaine; justifier les péchés est œuvre diabolique.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Tant que l'homme est sans raison, il vit comme une bête et il n'est pas -responsable de la suite de ses actes, bons ou mauvais. Mais le moment -arrive où il devient capable de réflexion et peut distinguer entre ce -qu'il doit et ce qu'il ne doit pas faire. Or, au lieu de comprendre que -la raison lui est donnée pour discerner le bien et le mal, il l'emploie -souvent à justifier le mal qui lui est agréable et auquel il est habitué.</p> - -<p>C'est ce qui engendre les tentations et les superstitions dont le monde -souffre le plus.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>C'est mal quand l'homme se croit sans péchés et n'a pas besoin de -faire d'efforts sur lui-même. Mais c'est tout aussi mal quand l'homme -s'imagine être né dans les péchés, être condamné à mourir comblé de -péchés et qu'il ne servirait à rien de faire des efforts pour s'en -débarrasser. Les deux erreurs sont également funestes.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>C'est mal quand l'homme qui vit parmi les pécheurs ne voit ni ses -propres péchés, ni ceux des autres; mais c'est plus mal encore quand -l'homme voit les péchés des autres et ne remarque pas les siens.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Dans chaque existence, il arrive un moment où le corps vieillit, -s'affaiblit, devient de moins en moins exigeant, tandis que le «moi» -spirituel grandit de plus en plus. Alors, ceux qui sont habitués à -satisfaire leurs désirs corporels imaginent, afin de ne pas renoncer -à leurs habitudes, des séductions et des superstitions qui leur -permettent de vivre en pécheurs. Mais ils ont beau faire de garantir -leur corps contre le «moi» spirituel, ce «moi» vainc toujours, ne -serait-ce que dans les derniers moments de la vie.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>D'abord, le péché est un étranger dans notre âme; puis, il en est -l'hôte; et lorsque nous nous habituons à lui, il y devient comme le -maître de la maison.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Celui qui commet un péché pour la première fois ressent toujours sa -faute; celui qui pèche à plusieurs reprises,—surtout lorsque les gens -qui l'entourent commettent le même péché,—tombe dans la tentation et ne -sent plus son péché.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Lorsqu'un homme a commis un péché et s'en rend compte, il a deux issues: -l'une de reconnaître sa faute, et de s'efforcer à ne plus recommencer; -l'autre est de chercher à savoir ce que les gens pensent du péché qu'il -a commis, et si ces gens ne le blâment pas, de continuer à pécher.</p> - -<p>«Tous le font, pourquoi donc ne ferai-je pas comme tout le monde?» -Lorsque l'homme s'engage sur cette pente, il ne s'aperçoit plus qu'il -s'éloigne chaque jour davantage de la bonne voie.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>«Les tentations doivent exister sur la terre», a dit le Christ. Je crois -que le sens de cette sentence est que la connaissance de la vérité ne -suffit pas pour détourner les hommes du mal et pour les attirer vers le -bien.</p> - -<p>Pour que la plupart des hommes puisse connaître la vérité, il est -indispensable d'être amené, par les péchés, les tentations et les -superstitions, au dernier degré de l'erreur et à la souffrance qui -s'ensuit.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Les péchés viennent du corps; les tentations, de l'opinion publique; les -superstitions, du manque dé confiance en son propre jugement.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>L'œuvre essentielle de la vie de l'homme est de se débarrasser des -péchés, des tentations, et des superstitions.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'homme se réjouit lorsque son corps sort de la captivité, de la prison. -Comment donc ne serait-il pas heureux lorsqu'il se débarrasse des -péchés, des tentations et des superstitions qui tenaient son âme en -captivité?</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Admettons que les hommes ne sachent vivre que de la vie bestiale, qu'ils -ne luttent pas contre leurs passions—quelle vie horrible ce serait, -quelle haine il y aurait entre tous les hommes, quelle débauche, quelle -cruauté! C'est parce que les hommes connaissent leurs faiblesses et -leurs passions et luttent contre elles, qu'ils peuvent vivre ensemble.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La vie de l'homme, qu'il le veuille ou non, tend à le débarrasser de -plus en plus de ses péchés. Celui qui le comprend, y contribue de ses -efforts, et la vie d'un tel homme est facile, parce qu'elle est en -accord avec ce qui se produit en lui.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Les enfants ne sont pas encore habitués aux péchés et tout péché leur -répugne. Les adultes sont déjà tombés dans la tentation et ils pèchent -sans s'en rendre compte.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Deux femmes vinrent trouver un vieillard pour lui demander conseil. -L'une se considérait comme une grande pécheresse. Etant jeune encore, -elle avait trompé son mari et vivait dans un tourment continuel. -L'autre, ayant toujours vécu selon les bonnes règles, ne se reprochait -aucune faute marquante et était satisfaite d'elle-même.</p> - -<p>Le vieillard interrogea les deux femmes sur leur vie. L'une, tout en -larmes lui avoua son grand péché. Elle le trouvait si grand qu'elle ne -croyait pas mériter le pardon; l'autre déclara qu'elle ne reconnaissait -aucun péché particulier. Le vieillard dit à la première:</p> - -<p>—Va derrière le clos et trouve-moi une grande pierre, la plus grande -que lu pourras soulever, et apporte-la.</p> - -<p>—Et toi, dit-il à celle qui ne se connaissait pas de grands péchés, -apporte-moi aussi des pierres, autant que tu pourras en porter, mais des -petites.</p> - -<p>Les femmes exécutèrent l'ordre du vieillard. L'une apporta un grand -bloc, l'autre, tout un sac de cailloux.</p> - -<p>Le vieillard examina les pierres et dit:</p> - -<p>—Voici ce que vous allez faire maintenant: rapportez les pierres là où -vous les avez prises, et lorsque vous l'aurez fait, revenez me trouver.</p> - -<p>Les femmes s'en furent exécuter l'ordre du vieillard. La première -trouva facilement l'endroit où elle avait pris la pierre et la remit -à sa place. La seconde, n'arrivant pas à se rappeler les places où -se trouvaient chacune de ses pierres, revint avec son sac vers le -vieillard, sans avoir exécuté son ordre.</p> - -<p>—Il en est de même pour les péchés, dit le vieillard. Tu as pu -remettre, sans difficulté, une grande et lourde pierre à son ancienne -place, parce que tu te souvenais où tu l'avais prise. Quant à toi, tu -n'as pu le faire, parce que tu ne te souvenais plus où tu avais pris les -petites pierres.</p> - -<p>Puis, se tournant de nouveau vers la première, il ajouta:</p> - -<p>—Tu te souvenais de ta faute, tu supportais les reproches des gens et -ceux de ta conscience, tu t'humiliais, et tu t'es libérée ainsi des -conséquences de ton péché. Quant à toi, dit-il à la femme qui avait -rapporté les cailloux, n'ayant commis que des petites fautes, tu ne t'en -souvenais plus, tu ne t'en repentais pas, tu t'es habituée à vivre dans -les péchés et, en blâmant les fautes d'autrui, tu t'es enlizée de plus -en plus dans les tiennes.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>C'est une grande erreur que de croire à la possibilité de se débarrasser -d'un péché par la foi ou le pardon des hommes. On ne peut en aucune -façon se libérer d'un péché; on peut seulement le reconnaître et tâcher -de ne plus le répéter.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Ne sois jamais lâche devant le péché, ne te dis pas: je ne peux pas -faire autrement, je suis habitué, je suis faible. Tant que tu vis, tu -peux toujours lutter contre le péché et le vaincre, sinon aujourd'hui, -demain; sinon demain, après-demain; sinon après demain, sûrement avant -ta mort. Mais si tu renonces d'avance à la lutte, tu renonces au sens -fondamental de la vie.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>L'être chez qui est absente la conscience de son unité avec Dieu et avec -tout ce qui vit est sans péchés. Tels sont l'animal, la plante.</p> - -<p>Au contraire, l'homme reconnaît la présence simultanée en lui de la bête -et de Dieu; c'est pourquoi il ne saurait être sans péchés. Nous disons -que les enfants sont innocents. Ce n'est pas exact. L'enfant n'est pas -innocent. Il a moins de péchés que l'adulte, mais il a déjà des péchés -charnels. De même un homme de sainte vie n'est pas sans péchés. Un saint -a commis moins de péchés, mais il en a commis quand même: sans péchés il -n'y a pas de vie.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Pour s'habituer à lutter contre le péché, il est utile de cesser, de -temps en temps, ses occupations habituelles, afin de voir si l'on est -maître de son corps, ou si c'est le corps qui est le maître.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>L'importance des péchés, des tentations, des superstitions, et des -fausses doctrines dans la manifestation de la vie spirituelle.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Ceux qui croient que Dieu a créé le monde demandent souvent: pourquoi -Dieu a-t-il créé l'homme tel qu'il soit obligé de pécher? Cela revient -à demander pourquoi Dieu a créé la femme qui, pour avoir un enfant, -doit souffrir, accoucher, l'allaiter, l'élever? Ne serait-ce pas plus -simple si Dieu lui donnait des enfants tout faits, sans accouchement, -sans allaitement, sans peines ni soucis? Aucune mère ne posera cette -question, car l'enfant lui est cher précisément par ce que c'est dans -les tourments de l'accouchement, de l'allaitement, de l'éducation, des -soucis qu'était la plus grande joie de sa vie.</p> - -<p>Il en est de même de la vie humaine: les péchés, les tentations, les -superstitions, la lutte et la victoire obtenue sur eux constituent tout -le sens et toute la joie de la vie.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Il est très pénible à l'homme de connaître ses péchés: en revanche, -il éprouve une grande joie à sentir qu'il s'en débarrasse. S'il n'y -avait pas de nuit, nous ne pourrions pas nous réjouir à l'apparition -du soleil; s'il n'y avait pas de péché, l'homme ne connaîtrait pas les -joies d'une vie exemplaire.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Si l'homme n'avait pas d'âme, il ne connaîtrait pas les péchés; et s'il -n'y avait pas de péchés, l'homme ne saurait pas qu'il possède une âme.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Les péchés, les tentations et les superstitions constituent le terreau -qui doit recouvrir les semences de l'amour pour qu'elles puissent lever.</p> - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_VII" id="CHAPITRE_VII">CHAPITRE VII</a></h4> - -<h3>DES EXCÈS</h3> - - -<p>Le seul et unique bonheur de l'homme est dans l'amour. Mais il est privé -de ce bien, lorsqu'au lieu de développer en lui l'amour, il augmente et -encourage les exigences de son corps.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I.—<i>Tout le superflu dont jouit le corps est nuisible, tant au corps -qu'à l'âme.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Il ne faut satisfaire les besoins du corps que dans les limites du -nécessaire. Imaginer de nouveaux plaisirs pour le corps, c'est vivre à -rebours, c'est-à-dire mettre l'âme au service du corps, au lieu du corps -au service de l'âme.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Moins on a de besoins, plus la vie est heureuse; c'est là une ancienne -vérité qui est loin d'être acceptée par tout le monde.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Plus tu t'habitues au luxe, plus tu te soumets à la servitude; car plus -tu auras de besoins, plus tu limiteras ta liberté. La liberté absolue -consiste à n'avoir besoin de rien, et celle plus limitée est de n'avoir -besoin que de peu.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JEAN CHRYSOSTOME.</p> - -<p class="caption">4.</p> - -<p>On pèche envers les hommes et l'on pèche envers soi-même. Les péchés -envers les hommes viennent de ce qu'on ne respecte pas l'Esprit Divin -chez son semblable. Les péchés envers soi-même, de ce qu'on ne respecte -pas l'Esprit Divin en soi-même.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Si tu veux vivre tranquille et libre, déshabitue-toi de ce dont tu peux -te passer.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Tout ce qui est nécessaire au corps est facile à obtenir. Il n'est -difficile de se procurer que ce qui n'est pas nécessaire.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>C'est bon d'avoir ce qu'on désire; mais c'est mieux de ne rien désirer -de plus de ce qu'on a.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MENEDEM.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Si tu te portes bien et que tu as travaillé jusqu'à sentir la fatigue, -l'eau et le pain te paraîtront meilleurs qu'au riche ses mets choisis, -ta paillasse plus moelleuse que tous les lits à ressorts, et ta blouse -de travail te sera plus agréable que tous les vêtements de velours.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Socrate s'abstenait de toute nourriture qui flattait, seulement le -goût, ne mangeait que juste pour satisfaire sa faim, et recommandait à -ses élèves de suivre son exemple. Il disait que les excès de boisson et -de nourriture étaient très nuisibles non seulement au corps, mais aussi -à l'âme, et il conseillait de sortir de table ayant encore faim. Il -leur rappelait l'histoire du sage Ulysse et de la fée Circé qui n'a pu -ensorceler Ulysse uniquement parce qu'il n'avait pas mangé à l'excès, -alors que tous ses compagnons furent métamorphosés par elle en pourceaux -dès qu'ils se sont empiffrés de mets délicats.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>La plupart des hommes d'aujourd'hui sont persuadés que le bonheur est -de flatter les exigences corporelles. Cet état d'esprit est révélé -par l'extension de la doctrine socialiste. D'après cette doctrine, -l'homme dont les besoins sont peu développés est une brute, tandis que -l'accroissement des besoins est le premier indice de l'homme civilisé, -indice de la conscience de sa dignité. Les hommes de notre temps ont à -tel point foi en cette fausse doctrine qu'ils ne font que railler les -sages qui voyaient le bien de l'homme dans la diminution de ses besoins.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Voyez comment voudrait vivre l'esclave. Il veut, tout d'abord, qu'on le -mette en liberté. Il pense que, sans cela, il ne peut être ni libre, -ni heureux. Il dit: «Si on m'avait donné la liberté, j'aurais été -immédiatement heureux. Je ne serais plus obligé d'exécuter les caprices, -ni de gagner les bonnes grâces de mon maître; je pourrais parler à qui -me plaira, comme à mon égal; je pourrais aller où je voudrais sans eu -demander la permission à personne.»</p> - -<p>Mais aussitôt qu'il est en liberté, il se met à chercher qui il -pourrait bien flatter pour mieux dîner. Pour y parvenir, il est prêt à -toutes les bassesses. Et dès qu'il réussit à s'installer auprès d'un -homme riche, il retombe dans le même esclavage que celui d'où il voulait -tant sortir.</p> - -<p>Lorsqu'un tel homme commence à s'enrichir, il prend une maîtresse et -retombe auprès d'elle dans une servitude pire encore. Riche, il possède -moins de liberté encore, et alors il souffre et pleure. Et lorsqu'il -est très malheureux, il se rappelle sa servitude d'autrefois et dit: -«Je n'étais vraiment pas mal chez mon maître. Je n'avais aucun souci, -j'étais vêtu, chaussé, nourri, et lorsque j'étais malade on me soignait. -Le travail n'était pas trop difficile. Tandis que maintenant, j'ai tant -à faire. Je n'avais alors qu'un seul maître; maintenant, j'en ai un grand -nombre. Que de gens à satisfaire!»</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ÉPICTÈTE.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>L'Insatiabilité des passions charnelles.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Pour entretenir la vie, notre corps a besoin de peu; tandis que les -caprices de notre corps ne peuvent jamais être contentés.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Flatter le corps, lui assurer le superflus, est une grande erreur. -En effet, la vie de luxe n'augmente pas, mais diminue le plaisir de -manger, de se reposer, de dormir, de s'habiller, de se loger. Si l'on -mange trop, ou sans avoir faim, l'estomac se délabre et on n'a pas de -goût à la nourriture. Si l'on roule en voiture quand il est facile de -faire le même trajet à pied, si l'on s'habitue à un lit moelleux, à une -nourriture délicate et recherchée, à une installation luxueuse, si l'on -est habitué à faire faire aux autres ce que l'on peut faire soi-même, on -n'a plus de plaisir à se reposer après le travail, à avoir chaud après -le froid, à bien dormir, et l'on ne fait que s'affaiblir de plus en plus -et diminuer ses joies, sa paix et sa liberté.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Les hommes devraient prendre exemple sur les bêtes pour savoir traiter -leur corps. Dès que l'animal a ce qui est nécessaire à son corps, il se -calme. Pour l'homme, il ne suffit pas de contenter sa faim, de pouvoir -s'abriter; il invente continuellement de nouveaux plats et de nouvelles -boissons, construit des palais, fabrique une grande quantité d'objets -inutiles qui ne le rendent que plus malheureux.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>Péché d'intempérance dans la nourriture.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Un sage disait: Je remercie Dieu de nous avoir rendu facile tout ce -qui est nécessaire, et difficile tout ce qui ne l'est pas. C'est juste -surtout pour la nourriture; celle qui est nécessaire à l'homme pour -qu'il se porte bien et puisse travailler est simple et bon marché: le -pain, les fruits, les légumes, l'eau. On en trouve partout.</p> - -<p>Seuls les plats compliqués sont difficiles à préparer. Non seulement ils -sont difficiles à préparer, mais encore ils sont nuisibles.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>On meurt plus rarement de faim que de la bonne chair.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Sans la gourmandise, nul oiseau ne serait pris dans les filets de -l'oiseleur. On prend les gens au même appât. Le ventre—c'est comme des -chaînes aux mains et des fers aux pieds. Celui qui est esclave de son -ventre reste toujours esclave. Si tu veux être libre, commence à te -libérer de ton ventre. Mange pour calmer ta faim, et non pour y trouver -du plaisir.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SAADI.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>Le péché de manger de la viande.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Pythagore ne mangeait pas de viande. Lorsqu'on demandait à Plutarque, -qui avait décrit la vie de Pythagore, pourquoi celui-ci ne mangeait pas -de viande, il répondait qu'il s'étonnait non pas de ce que Pythagore ne -mangeait pas de viande, mais de ce qu'il y avait, encore des gens qui, -au lieu de se nourrir de graines, de légumes et de fruits, captivent des -êtres vivants et les tuent pour les manger.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>«Tu ne tueras point» ne se rapporte pas uniquement au meurtre de -l'homme, mais de tout ce qui vit. Ce commandement avait été gravé dans -le cœur de l'homme avant de l'être au Sinaï.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La compassion pour les animaux est si étroitement liée à la bonté que -l'on peut affirmer avec assurance que celui qui est cruel pour les -bêtes, ne peut avoir bon cœur.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Ne lève pas ta main sur ton frère et ne verse pas le sang des êtres qui -peuplent la terre: hommes, animaux domestiques, bêtes fauves et oiseaux; -des profondeurs de ton âme s'élève une voix qui le défend de répandre le -sang, car le sang c'est la vie, et tu ne peux pas rendre la vie.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAMARTINE.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Les joies que la pitié et la compassion pour les animaux donnent -à l'homme rachètent au centuple les plaisirs dont, il se prive en -renonçant à la chasse et à la chair abattue.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>Péché de la griserie: vin, tabac, opium, etc.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Pour pouvoir bien vivre, les hommes ont surtout besoin de leur raison. -Ils devraient donc tenir tout particulièrement à leur saine raison. -Pourtant, ils trouvent du plaisir à l'étouffer par le vin, le tabac et -l'opium, et c'est parce qu'ils désirent mener une mauvaise vie et que -leur raison non obscurcie leur montre que leur vie est mauvaise.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Pourquoi les hommes, ayant des habitudes différentes, gardent-ils -l'habitude de fumer et de boire? Parce que la plupart parmi eux sont -mécontents de leur vie. Ils en sont mécontents parce qu'ils-recherchent -les plaisirs charnels sans jamais pouvoir les satisfaire. C'est -pourquoi les pauvres comme les riches cherchent l'oubli dans l'ivresse.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Si l'homme mange trop, il lui est difficile de ne pas être paresseux. -S'il boit des boissons grisantes, il lui est difficile de rester chaste.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Personne ne s'est jamais enivré ni grisé de fumée pour accomplir une -bonne action: travailler, prendre une décision, soigner un malade, prier -Dieu. Mais la plupart des mauvaises actions sont faites dans un état -d'ébriété.</p> - -<p>Ce n'est pas un crime de se griser; mais c'est créer l'état qui dispose -au crime.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>Servir le corps, c'est nuire à l'âme.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Si un homme a beaucoup plus qu'il ne lui faut, c'est que d'autres -manquent du nécessaire.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Qui est plus heureux: celui qui se nourrit par son travail juste assez -pour ne pas avoir faim, s'habille pour ne pas rester nu, se loge pour ne -pas souffrir de la pluie et du froid; ou bien celui qui se procure une -bonne nourriture, des vêtements riches et une habitation luxueuse par la -mendicité, la servilité, ou par l'escroquerie et la force?</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Si nous n'avions pas inventé le luxe, tous ceux qui sont maintenant dans -la misère pourraient vivre sans manquer de rien, et les riches sans -craindre pour leur vie ou leurs richesses.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>De même que le premier principe de la sagesse est la connaissance de -soi-même, parce que celui qui se connaît peut connaître les autres, de -même le premier principe de la charité est de se contenter de peu, car -seul celui qui se contente de peu, peut être charitable.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">J. RUSKIN.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Les grands penseurs et les saints étaient sobres et chastes.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>De même que la fumée chasse les abeilles de leur ruche, la voracité et -l'ivrognerie chassent les meilleures forces spirituelles.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">BASILE LE GRAND.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Ne tuez pas votre cœur par des excès de nourriture et de boisson.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII—<i>Seul celui qui est maître de ses désirs charnels est libre.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Lorsque l'homme vit, non pour l'âme mais pour le corps, il imite un -oiseau qui irait d'un endroit à l'autre sur ses faibles pattes, au lieu -de voler en toute liberté sur ses ailes.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Vous dites que la bonne chair, les vêtements riches et le luxe sont -le bonheur. Moi, je crois que la plus grande félicité est de ne rien -désirer, et, afin de se rapprocher de ce bonheur suprême, il faut, -s'habituer à avoir besoin de peu.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SOCRATE.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Personne ne s'est jamais repenti d'avoir vécu trop simplement.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Ce qui arrive à l'estomac lorsqu'on le bourre jusqu'à l'indigestion, -arrive quand il y a excès dans les distractions. Plus les hommes -s'évertuent d'augmenter le plaisir de manger, en inventant des plats -raffinés, plus l'estomac s'affaiblit et plus le plaisir d'absorber la -nourriture diminue. Plus les gens s'efforcent à augmenter le plaisir des -distractions par des jeux compliqués, plus leur faculté de goûter ce -plaisir s'affaiblit.</p> - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_VIII" id="CHAPITRE_VIII">CHAPITRE VIII</a></h4> - -<h3>DE LA LUBRICITÉ</h3> - - -<p>Le principe divin demeure dans tous les êtres humains, femmes et hommes. -C'est donc un grand péché que de considérer les porteurs de ce principe -comme un moyen de plaisir sensuel.</p> - -<p>Pour l'homme, chaque femme doit être, avant tout, une sœur, et l'homme -pour la femme, un frère.</p> -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">I.—<i>On doit tendre à la complète chasteté.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Il est bon de vivre honnêtement marié, mais il vaut mieux encore de ne -jamais se marier. Peu de gens en sont capables. Mais celui qui le peut -est heureux.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Les gens qui se marient lorsqu'ils peuvent s'en passer, agissent comme -celui qui tombe sans avoir trébuché. Si l'on trébuche et que l'on tombe, -il n'y a rien à y faire, mais si l'on n'a pas trébuché, pourquoi tomber -exprès? Si tu peux vivre chaste, sans pécher, il est préférable de ne -pas te marier.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>C'est une erreur de croire que la chasteté est contraire à la nature -humaine. La chasteté est possible et donne bien plus de bonheur qu'un -mariage, même heureux.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Les excès de nourriture sont funestes à une vie honnête; mais les excès -sexuels le sont plus encore. C'est pourquoi moins l'homme s'adonne -aux uns et aux autres, mieux cela vaut pour sa vie spirituelle. La -différence entre les uns et les autres est toutefois très sensible. En -renonçant entièrement à la nourriture, l'homme ne peut prolonger sa vie, -alors qu'en renonçant au besoin sexuel, il ne supprime ni sa vie, ni la -vie de son espèce qui ne dépend pas de lui seul.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>«Celui qui n'est pas marié, s'occupe des choses du Seigneur pour plaire -au Seigneur. Mais celui qui est marié s'occupe des choses du monde pour -plaire à sa femme. Il y a cette différence entre la femme mariée et la -vierge, que celle qui n'est pas mariée s'occupe des choses du Seigneur -pour être sainte de corps et d'esprit, tandis que celle qui est mariée -s'occupe des choses du monde pour plaire à son mari.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">I COR., 7, 33.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Si les gens se marient avec la conviction qu'ils servent ainsi Dieu et -les hommes en prolongeant l'espèce humaine, ils s'abusent. Au lieu de -se marier pour augmenter le nombre des enfants, ils feraient bien mieux -de concourir au sauvetage de millions de petits êtres qui périssent de -misère et manquent de soins.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Bien que très peu d'hommes puissent atteindre à une chasteté absolue, -chacun doit comprendre et se rappeler qu'il peut toujours être plus -chaste qu'il ne l'a été, et que plus l'homme se rapproche de la chasteté -absolue, plus il sera heureux lui-même et pourra concourir au bonheur -des autres.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>On dit que si tous étaient chastes, le genre humain s'éteindrait. Or, -suivant l'Eglise, la fin du monde doit arriver; de même suivant la -science, la vie humaine et notre planète même doivent avoir une fin.</p> - -<p>Pourquoi dès lors nous révolter à l'idée qu'une vie morale amènerait -également le genre humain à sa fin?</p> - -<p>En réalité, l'extinction ou la prolongation du genre humain ne doit -pas nous préoccuper. Chacun de nous ne doit avoir qu'un souci: vivre -honnêtement, ce qui, pour le désir sexuel, veut dire s'efforcer d'être -aussi chaste que possible.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Un savant a calculé que si l'humanité continue à se doubler tous les -50 ans, suivant la progression actuelle, dans 7.000 ans un couple aura -produit tant d'hommes qu'en les entassant l'un contre l'autre sur toute -l'étendue du globe, une 27<sup>e</sup> partie seulement de tous les -hommes pourrait s'y placer.</p> - -<p>Pour éviter cette alternative, il n'y a qu'un moyen, celui indiqué par -tous les sages de la terre et qui s'accorde avec les aspirations de -l'âme humaine: la chasteté; il faut tendre à la plus grande chasteté -réalisable.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>«Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens (dit le Christ en citant -les paroles de la loi de Moïse): tu ne commettras point d'adultère. Mais -moi, je vous dis, que quiconque regarde une femme pour la convoiter, a -déjà commis un adultère avec elle clans son cœur.» (<span style="font-size: 0.8em; ;">MATTH., V, 27-28</span>).</p> - -<p>Ces paroles ne peuvent signifier autre chose que la possibilité pour -l'homme d'aspirer à la chasteté absolue.</p> - -<p>«Comment la réaliser? objectera-t-on. Si les hommes deviennent -entièrement chastes, le genre humain disparaîtra.» Mais en parlant -ainsi, on oublie qu'indiquer la perfection à laquelle l'homme doit -tendre, ce n'est point exiger la perfection absolue. Il n'est pas donné -à l'homme d'atteindre la perfection en aucune chose. La destinée de -l'homme est dans la marche vers la perfection.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>Le péché de luxure.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Un homme non dépravé éprouve toujours du dégoût et de la honte à parler -des rapports sexuels et à y penser. Garde ce sentiment. Ce n'est pas -sans raison que ce sentiment est propre à l'homme. Il l'aide à se -contenir de l'impudicité et à rester chaste.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>On désigne par le même mot l'amour spirituel,—pour Dieu et son -prochain,—et l'amour charnel de l'homme pour la femme et de la femme -pour l'homme.</p> - -<p>C'est une grande erreur. Il n'y a rien de commun entre ces sentiments. -Le premier,—l'amour spirituel pour Dieu et son prochain—est la voix de -Dieu; le second—l'amour entre homme et femme—est la voix de la bête.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La loi de Dieu consiste à aimer Dieu et son prochain, c'est-à-dire, tous -les hommes sans distinction. Dans l'amour sexuel, l'homme aime une femme -plus que tous et la femme n'aime qu'un seul homme. Il s'ensuit le plus -souvent que l'amour sexuel empêche l'homme d'observer la loi divine.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.<i>—Malheurs provoqués par la licence sexuelle.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Tant que tu n'as pas exterminé dans sa racine le désir sexuel que tu -éprouves pour une femme, ton esprit sera lié aux choses de la terre, -comme le veau-têtard est lié à sa mère.</p> - -<p>Les gens pris de désir s'agitent comme un lièvre pris dans un piège. Dès -qu'ils sont pris dans les filets de la passion charnelle, ils restent -longtemps sans pouvoir se débarrasser des souffrances.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse bouddhiste.</i></p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Le papillon de nuit vole vers la lumière parce qu'il ne sait pas qu'il -se brûlera les ailes; le poisson avale l'amorce parce qu'il ne sait -pas que cela le fera périr. Mais nous savons que le désir sexuel nous -engluera, nous fera sûrement périr; malgré cela, nous nous y abandonnons.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>De même que les feux follets des marécages conduisent les hommes aux -fondrières, puis disparaissent; les plaisirs sexuels illusionnent -l'homme.</p> - -<p>Il s'égare, empoisonne son existence et, lorsqu'il se dégrise, il -n'aperçoit même plus le mirage auquel il avait sacrifié une partie de sa -vie.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SCHOPENHAUER.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>Altitude criminelle des conducteurs d'âmes dans la question -sexuelle.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Pour bien comprendre toute l'immoralité, tout esprit anti-chrétien de la -vie des peuples chrétiens, il suffit de se rappeler que la situation des -femmes qui vivent du vice est reconnue et réglementée dans tous les pays.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Les gens riches se sont fait une conviction partagée par la fausse -science, suivant laquelle les rapports sexuels seraient indispensables; -seulement, le mariage n'étant pas toujours possible, les rapports -sexuels n'engageraient à rien, sauf à les payer, et seraient absolument -naturels. Cette conviction est devenue tellement générale et -inébranlable que les parents, sur les conseils d'un médecin, organisent -la débauche pour leurs enfants, et les institutions dont le seul but -est de s'occuper du bien-être des citoyens, autorisent l'existence d'une -classe de femmes qui doivent périr moralement et physiquement, pour -satisfaire à la dépravation de l'homme.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Parler de l'utilité ou de la nocivité des rapports sexuels, reviendrait -à demander s'il est utile ou nuisible de boire le sangd'autrui.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>Lutte contre le péché sexuel.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'homme, comme l'animal, est obligé de lutter contre les autres êtres -et se reproduire pour assurer l'existence de son espèce. Mais, créature -douée de raison et d'amour, l'homme ne doit pas lutter contre les autres -êtres et ne doit pas penser à se reproduire; il doit rester chaste. De -la combinaison de ces deux aspirations contraires résulte la vie humaine -telle qu'elle doit l'être.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La lutte contre le désir sexuel est la lutte la plus difficile, et -il n'y a pas de situation ni d'âge, excepté l'enfance et la profonde -vieillesse, où l'homme en est libéré. C'est pourquoi tout adulte, homme -ou femme, doit surveiller l'ennemi qui n'attend qu'une occasion propice -pour attaquer.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>De même que nous devons prendre sur les animaux l'exemple de tempérance -dans la nourriture: ne manger que lorsqu'on a faim et sans en abuser, -nous devons les imiter dans nos rapports sexuels: s'abstenir comme -eux jusqu'à l'âge de puberté, ne s'y adonner que lorsqu'on y est -irrésistiblement attiré et s'abstenir encore dès que la conception se -manifeste.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>Le Mariage.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Il est bon à l'homme de ne point toucher la femme. Mais, pour ne pas -commettre d'adultère, que chacun ait sa femme et que chaque femme ait -son mari.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">I COR., VII, 1-2.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La doctrine chrétienne ne donne pas les mêmes règles pour tout et pour -tous; elle ne fait qu'indiquer la perfection vers laquelle il faut -tendre. Il en est ainsi pour la question sexuelle: la perfection, c'est -la chasteté absolue. Tout effort vers la chasteté absolue constitue une -observation plus ou moins grande dé la doctrine.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Pour toucher une cible, il faut viser plus loin. De même pour que le -mariage soit indissoluble et les deux époux fidèles l'un à l'autre, il -faut que tous deux tendent à la chasteté.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Si l'homme cherche le plaisir dans les rapports sexuels, même entre -époux, ainsi que cela arrive parmi nous, il tombera sûrement dans le -vice.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La cohabitation entre homme et femme ayant des enfants pour résultat -est le mariage réel; toutes les cérémonies extérieures ne font pas le -mariage, mais ne s'emploient que pour reconnaître comme mariage une -seule union entre beaucoup d'autres.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>La véritable doctrine chrétienne ne contient aucune allusion à -l'institution du mariage. Aussi, les chrétiens de notre temps qui s'en -aperçoivent, mais ne voient pas l'idéal du Christ (qui est la chasteté -absolue) parce qu'il leur est voilé par l'Eglise, demeurent, quant au -mariage, sans aucune règle de conduite. C'est à cela que tient le fait, -étrange au premier abord, que chez les peuples professant des doctrines -bien moins élevées que le christianisme, mais possédant une définition -exacte du mariage, l'esprit de famille, la fidélité conjugale sont bien -plus développés que chez les soi-disant chrétiens.</p> - -<p>Les peuples qui professent des doctrines inférieures au christianisme -admettent le concubinage, la polygamie et la polyandrie dans certaines -limites, mais ils évitent en revanche la dépravation qui se révèle par -le concubinage, la polygamie et la polyandrie qui régnent parmi les -chrétiens et sont masqués par la monogamie apparente.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Pour que le mariage soit un acte sage et moral, il faut:</p> - -<p><i>Primo:</i> Ne pas penser que chaque homme ou chaque femme doit absolument -se marier, mais se dire, au contraire, qu'il est préférable de rester -pur pour que rien ne nous empêche de consacrer toutes nos forces à -servir Dieu.</p> - -<p><i>Secundo</i>: Considérer les rapports sexuels comme un mariage indissoluble. -(<span style="font-size: 0.8em; ;">MATTH., XIX, 4-7</span>).</p> - -<p><i>Tertio</i>: Ne pas considérer le mariage comme un encouragement à la -satisfaction des désirs charnels, mais comme un péché qui doit être -expié par l'accomplissement des devoirs de famille.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII—<i>Les enfants servent à l'expiation du péché mortel.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Si les hommes pouvaient atteindre la perfection et devenir chastes, le -genre humain s'éteindrait et n'aurait plus de raison d'exister sur la -terre, parce que les hommes seraient devenus pareils aux anges qui ne -se marient pas, comme il est dit dans l'Evangile. Mais tant que les -hommes ne sont pas arrivés à la perfection, ils doivent produire leur -progéniture pour qu'en se perfectionnant, la postérité puisse atteindre -à la perfection à laquelle l'homme tend.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Le mariage, le vrai mariage qui a pour mission la production et -l'éducation des enfants, est un moyen indirect de servir Dieu par les -enfants. «Si je n'ai pas fait ce que je pouvais et devais faire, mes -enfants le feront.»</p> - -<p>C'est pourquoi les gens qui se marient éprouvent toujours un certain -apaisement. Ils ont le sentiment de la possibilité de transmettre une -partie de leurs obligations à leurs enfants à venir. Mais ce sentiment -n'est légitime qu'au cas où les époux élèvent leurs enfants de façon -qu'ils ne soient pas une entrave à l'œuvre divine, mais ses ouvriers. La -conviction que si je n'ai pas pu me consacrer entièrement au service de -Dieu, je ferai tout mon possible pour que mes enfants le fassent—cette -conviction donne un sens moral au mariage ainsi qu'à l'éducation des -enfants.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Bénie soit l'enfance qui, au milieu des cruautés de la terre, laisse -entrevoir un peu de ciel! Les 80.000 naissances quotidiennes dont parle -la statistique, constituent le débordement d'innocence et de fraîcheur, -luttant non seulement contre l'extinction de l'espèce, mais encore -contre la corruption humaine et contre une infection générale par le -vice. Tous les bons sentiments éveillés par le berceau et l'enfance -sont un des mystères de la grande Providence; supprimez cette rosée -vivifiante, et la rafale des passions égoïstes séchera, comme par le -feu, la société humaine.</p> - -<p>Si l'humanité se composait d'un milliard d'êtres immortels, dont le -nombre ne pourrait ni augmenter ni diminuer, où serions-nous et que -serions-nous, Grand Dieu! Nous serions incontestablement mille fois plus -savants, mais aussi mille fois plus mauvais.</p> - -<p>Bénie soit l'enfance pour le bonheur qu'elle donne elle-même, pour le -bien qu'elle fait sans le savoir et sans le vouloir en obligeant, en -permettant de l'aimer! Ce n'est que grâce à elle que nous apercevons une -parcelle de paradis sur terre. Bénie soit également la mort! Les anges -n'ont pas besoin de naître, ni de mourir pour vivre; mais, pour les -hommes, l'un et l'autre sont nécessaires, indispensables.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Les gens riches, qui considèrent les enfants comme une entrave au -plaisir, un accident malheureux ou une sorte de jouissance quand il en -naît un nombre fixé à l'avance, ne les élèvent pas en vue de la mission -humaine qu'ils auront à accomplir en tant qu'êtres intelligents et -affectueux, mais en vue des plaisirs qu'ils peuvent donner à leurs -parents. Les enfants de tels parents sont, pour la plupart, entourés de -soins en vue de les rendre propres, blancs, rassasiés, beaux, et, par -conséquent, douillets et sensuels.</p> - -<p>Les costumes, les lectures, les spectacles, la musique, la danse, la -bonne chair, tout l'arrangement de leur existence, depuis les images sur -les boîtes, jusqu'aux romans, nouvelles et poèmes, ne fait qu'exciter -leur sensualité, ce qui suscite chez les enfants des classes aisées les -plus bas vices et les maladies sexuelles.</p> - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_IX" id="CHAPITRE_IX">CHAPITRE IX</a></h4> - -<h3>DE L'OISIVETÉ</h3> - - -<p>Il est injuste de demander aux hommes plus de travail qu'on ne peut -leur en donner soi-même. Mais comme on ne saurait peser si on donne aux -autres plus qu'on ne leur demande, qu'en outre, on peut à tout moment -faiblir ou tomber malade et qu'on devra alors prendre sans donner, on -doit, tant qu'on a des forces, tâcher de travailler pour les autres le -plus possible et leur demander le moins de travail possible.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I.—<i>L'homme commet un grand pèché s'il profite du travail d'autrui sans -travailler lui-même.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Celui qui ne veut pas travailler n'a pas le droit de manger.</p> - -<p style="margin-left: 40%; font-size: 0.8em;">Apôtre PAUL.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>En te servant de n'importe quel objet, souviens-toi que c'est le produit -du travail humain et que, lorsque tu dépenses, supprimes ou abîmes cet -objet, tu dépenses le travail et parfois la vie humaine.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Celui qui ne se nourrit pas de son propre travail et fait travailler les -autres pour soi est un cannibal.</p> - -<p><i>Sagesse orientale.</i></p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Toute la morale chrétienne en son application pratique se réduit à -considérer tous les hommes comme des frères, à être l'égal de tous; et -pour arriver à cela, il faut, avant tout, cesser de faire travailler -les autres pour soi et, dans l'organisation sociale actuelle, profiter -le moins possible du produit du travail des autres, de tout ce qui -s'acquiert pour de l'argent, dépenser le moins d'argent et vivre le plus -simplement possible.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Ne fais pas faire aux autres ce que tu peux faire toi-même. Que chacun -balaye devant sa porte. Si chacun agit ainsi, toute la rue sera propre.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Quelle est la meilleure nourriture? Celle que vous avez gagnée vous-même.</p> - -<p style="margin-left: 50%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Il est très utile pour les gens riches d'abandonner pour un certain -temps leur vie luxueuse et de vivre, ne serait-ce que quelques jours, -comme les ouvriers, en faisant soi-même tout ce que les salariés font -chez les gens riches; si le riche faisait ainsi, il verrait le grand -péché qu'il commet en faisant travailler les autres.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Ceux qui vivent dans le luxe ne peuvent pas aimer les hommes. Ils -ne le peuvent pas, parce que tout ce dont ils se servent est fait à -contre-cœur, par nécessité, souvent avec des malédictions, par ceux -qu'ils forcent à les servir. Pour que ces gens-là puissent aimer leurs -prochains, ils doivent tout d'abord cesser de les tourmenter.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>La loi du travail n'est pas pénible, mais agréable à accomplir.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. C'est une loi immuable. De -même que la femme obéit à la loi de l'enfantement dans la souffrance, -l'homme doit obéir à la loi dure du travail. La femme ne peut se libérer -de son sort. Si elle adopte un enfant qui n'est pas né d'elle, ce sera, -malgré tout, un étranger et elle sera privée des joies de la maternité. -Il en est de même pour le travail des hommes. Lorsqu'un homme mange le -pain qu'il n'a pas gagné, il se prive des joies du travail.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">BONDAREV<a name="FNanchor_1_6" id="FNanchor_1_6"></a> -<a href="#Footnote_1_6" class="fnanchor">[1]</a>.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>L'homme craint la mort à laquelle il est soumis. L'homme qui ne connaît -ni le bien ni le mal semble plus heureux, mais il est irrésistiblement -attiré à les connaître.</p> - -<p>L'homme aime l'oisiveté et la satisfaction des désirs sans souffrances, -mais ce n'est que le travail et les souffrances qui lui donnent la vie, -à lui et à toute son espèce.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>C'est une grande erreur que de supposer que les hommes peuvent avoir une -vie spirituelle élevée, alors que leur corps demeure dans le luxe et -l'oisiveté. Le corps est toujours le premier élève de l'âme.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">THOREAU.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Si l'homme vit seul et se dispense de la loi du travail, il en est -immédiatement puni par le fait que son corps s'anémie et s'affaiblit. Si -l'homme vit dans l'oisiveté et force les autres à travailler pour lui, -il s'en trouve immédiatement puni par ce fait que son âme s'obscurcit et -s'abaisse.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>L'homme vit d'une vie spirituelle et d'une vie matérielle. Il y a une -loi pour la vie spirituelle et une autre pour la vie matérielle. La loi -de la vie matérielle, c'est le travail, et la loi de la vie spirituelle, -c'est l'amour. Si l'homme déroge à la loi matérielle, celle du travail, -il dérogera inévitablement à la loi spirituelle, celle de l'Amour.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Bien que les habits offerts par le roi soient magnifiques, ceux qu'on -se fait soi-même sont meilleurs: bien que la nourriture des riches soit -bonne, le pain que l'on gagne soi-même est le meilleur plat.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAADI.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>La puissance divine égalise les hommes: elle prend à ceux qui ont -beaucoup et donne à ceux qui ont peu. L'homme riche a plus de choses, -mais elles lui donnent moins de plaisir. Le pauvre a moins de choses, -mais plus de plaisir. L'eau puisée à la source et une croûte de pain -semblent bien meilleures au pauvre travailleur, que les mets et les -boissons les plus chers le paraissent à l'oisif. Le riche blasé ne -trouve plus goût à rien. Pour le travailleur, la nourriture, la boisson -et le repos sont chaque fois un plaisir nouveau.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>L'enfer est caché par les plaisirs, le paradis par le travail et les -malheurs.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Sans travail manuel, il n'y a pas de corps sain, il n'y a pas non plus -de pensées saines.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Si tu veux toujours être de bonne humeur, travaille jusqu'à la fatigue, -mais non pas au-dessus de tes forces. L'oisiveté rend les gens -mécontents et méchants. Il en est de même lorsqu'on travaille trop.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>La meilleure et la plus pure joie est celle du repos après le travail.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>Le meilleur travail est le travail agricole.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Tous les hommes reconnaîtront avec le temps la vérité comprise depuis -longtemps par les grands esprits de tous les peuples; la plus grande -vertu de l'humanité consiste dans la soumission aux lois de l'Être -suprême. «Tu es cendre et tu redeviendras cendre». C'est la première loi -que nous apprenons sur notre vie; la deuxième loi commande la culture de -la terre dont nous sommes issus et à laquelle nous retournerons. C'est -en cultivant cette terre avec l'amour pour des bêtes et des plantes que -cette culture exige, que l'homme comprend et vit le mieux sa vie.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">J. RUSKIN.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>L'agriculture n'est pas l'une des occupations propres à l'homme. -L'agriculture est une occupation propre à tous les hommes; ce travail -leur donne le plus de liberté et le plus d'honneur.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La terre dit à celui qui ne la cultive pas: parce que tu ne me -travailles pas de la main droite et de la main gauche, tu resteras -éternellement à la porte des hommes avec tous les autres quémandeurs; tu -n'auras jamais que les restes des riches.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ZOROASTRE.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>La vie des hommes de notre temps est organisée de façon que la plus -grande rémunération est obtenue pour un travail vain et inutile: dans -les confiseries, les fabriques de tabacs, les pharmacies, les banques, -le commerce, la littérature, la musique, etc.; et l'on paie bien moins -le travail agricole. Si l'on attache de l'importance à la rémunération -pécuniaire, cet état de choses est très injuste. Mais si l'on envisage -principalement la joie du travail, son influence sur la santé corporelle -et ses attraits naturels, c'est très juste.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Le travail manuel, le travail agricole surtout, est utile non seulement -au corps, mais encore à l'âme. Les gens qui ne travaillent pas de leurs -mains, éprouvent des difficultés à comprendre sainement les choses. -Ils ne cessent de penser, de parler, d'écouter ou de lire. L'esprit -n'a pas de repos, il s'irrite et s'embrouille. Le travail agricole est -utile, parce qu'en outre du repos qu'il offre à l'homme, il lui permet -d'envisager sainement, simplement et clairement la situation de l'homme -dans la vie.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>J'aime les paysans. Ils ne sont pas assez instruits pour raisonner -faussement.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MONTAIGNE.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>Ce qu'on appelle la division du travail, n'est qu'une excuse de -l'oisiveté.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Ces derniers temps on parle beaucoup d'une des raisons principales -du succès obtenu par les hommes dans la production et la division du -travail. Nous disons: division du travail; mais cette expression n'est -pas juste. Dans notre société, ce n'est pas le travail qui est divisé, -mais les hommes; ils sont divisés, réduits en petites parcelles d'homme. -A la fabrique, un homme ne fait qu'une infime partie de l'objet; de -sorte que la partie d'initiative laissée à l'homme ne suffit pas pour -faire toute une épingle ou tout un clou; il s'épuise à faire un bout -d'épingle ou la tête d'un clou. C'est vrai qu'il serait bon et désirable -de fabriquer un grand nombre d'épingles par jour; mais si nous pouvions -voir seulement de quel sable nous les frottons, nous aurions réfléchi -que ce n'est pas avantageux, pour cette raison que nous les frottons -avec le sable de l'âme humaine.</p> - -<p>On peut tourmenter les hommes, les mettre aux fers, les atteler comme -des bêtes, les tuer comme des mouches en été, et cependant, dans un -sens, dans le meilleur, ces hommes peuvent rester libres. Mais écraser -leurs âmes immortelles, les étrangler et transformer les gens en -machines—c'est la vraie servitude. Seule cette humiliation, cette -transformation des hommes en machines force les ouvriers à lutter -désespérément et inutilement pour leur liberté dont ils ne conçoivent -pas le sens eux-mêmes. Leur animosité n'est pas provoquée par la faim, -ni par les atteintes à l'amour propre (ces deux causes ont toujours -produit leur effet, mais les bases de la société n'ont jamais été aussi -ébranlée que maintenant). Cela ne tient pas à ce que les ouvriers se -nourrissent mal, mais à ce qu'ils n'ont pas de plaisir au travail par -lequel ils gagnent leur pain; ce qui fait qu'ils considèrent la richesse -comme l'unique moyen de plaisir. Ils souffrent moins du mépris que -leur témoignent les classes impérieuses que du mépris qu'ils ont pour -eux-mêmes, parce que le travail auquel ils sont condamnés les humilie, -les déprave, les amoindrit. Jamais plus qu'aujourd'hui les classes -supérieures n'ont témoigné autant de sympathie et d'affection pour -les classes inférieures, et, cependant, elles n'ont jamais été autant -méprisées par celles-ci.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>L'homme, comme l'animal, doit besogner, employer ses mains et ses pieds. -Il peut forcer les autres à faire ce qui lui est nécessaire, mais il -devra quand même dépenser à quelque chose ses forces corporelles. S'il -ne travaille pas à des choses utiles, raisonnables, il travaillera à des -choses inutiles et stupides. C'est ce qui se produit, en effet, parmi -les classes aisées.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Les classes oisives excusent leur fainéantise par ce qu'elles s'occupent -des arts et des sciences nécessaires au peuple. Ces gens se chargent -d'en fournir à ceux qui travaillent; malheureusement, ce qu'ils -apportent au peuple en fait de science et d'art, est une fausse science -et un faux art. Aussi, au lieu de récompenser le peuple de son travail, -la science et l'art qu'on lui offre ne font que le tromper et le -dépraver.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Un Européen vantait devant un Chinois les avantages de la production -mécanique: «Elle libère l'homme du travail» disait l'Européen. «La -libération du travail serait un grand malheur, répondit le Chinois. Sans -travail il n'y a pas de bonheur possible.»</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>L'homme ne peut acquérir la richesse que par trois moyens: le travail, -la mendicité et le vol. Ceux qui peinent gagnent peu, justement parce -qu'une trop grande part revient aux mendiants et aux voleurs.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">HENRY GEORGE.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>Les occupations des gens qui se sont libérés de la loi du travail -sont toujours vaines et inutiles.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>De même qu'un cheval tournant une roue inclinée ne peut pas s'arrêter et -doit toujours avancer, l'homme ne peut pas rester oisif. Par conséquent, -un homme qui travaille a tout autant de mérite qu'un cheval monté sur -une roue et qui remue les jambes. L'important n'est pas dans le fait que -l'homme travaille, mais à quoi il travaille.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Ceux qui se sont dispensés du travail manuel peuvent être intelligents, -mais rarement raisonnables. Si l'on écrit, imprime et enseignelant de -futilités dans nos écoles, si notre littérature, notre musique, nos -tableaux sont si subtils, si peu compréhensibles pour tous, c'est parce -que tous ceux qui s'en occupent se sont libérés du travail manuel et -mènent une vie oisive.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après EMERSON.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Les hommes cherchent le plaisir d'un côté et d'autre parce qu'ils -sentent le vide de leur existence, mais ne sentent pas encore le vide du -nouveau plaisir qui les attire.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Personne n'a encore calculé les millions de journées de dur travail -et, peut-être des milliers de vies qui se dépensent à préparer les -distractions. C'est pour cette raison que les distractions de notre -monde ne sont pas joyeuses.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>Le mal de l'oisiveté.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>On ne peut avoir honte d'aucun travail même du plus malpropre; seule -l'oisiveté doit faire honte.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Les gens oisifs et riches n'ont qu'un souci—c'est de tirer orgueil de -leur luxe. Ils sentent que, sans cela, tous les mépriseraient comme ils -le méritent.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Honte à l'homme à qui l'on doit conseiller de prendre sur la fourmi -l'exemple de l'amour pour le travail. Doublement honteux à lui quand il -ne suit pas ce conseil.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Le Talmud.</i></p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>L'oisiveté devrait figurer parmi les tourments de l'enfer, et c'est elle -qui se trouve placée parmi les joies du paradis.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MONTAIGNE.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Celui qui ne fait rien a toujours de nombreux aides.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Ne fais jamais faire par les autres ce que tu peux faire toi-même.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Le doute, la tristesse, l'abattement, l'indignation, le désespoir, tous -ces démons veillent sur l'homme, et dès qu'il mène une vie oisive, ils -l'attaquent. Le moyen le plus sûr de se protéger contre ces démons, -c'est un travail corporel assidu. Dès que l'homme se met à cette -besogne, aucun démon n'ose plus l'approcher et ne fait que grogner de -loin.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CARLYLE.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Le démon, lorsqu'il pèche les hommes à la ligne, se sert de différentes -amorces. Mais l'homme oisif n'a pas besoin d'amorce, il se fait prendre -sans amorce.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Il est préférable de prendre une corde, d'aller chercher du bois dans la -forêt et de le vendre pour acheter du pain que de demander aux gens de -vous en donner. Si l'on vous refuse, vous en aurez du dépit; si on vous -le donne ce sera pis encore: vous aurez honte.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Il y avait une fois deux frères; l'un travaillait chez un seigneur, -l'autre vivait du travail de ses mains. Le frère riche dit un jour au -pauvre:</p> - -<p>—Pourquoi ne vas-tu pas travailler chez le seigneur? Tu ne connaîtrais -pas de besogne pénible.</p> - -<p>A cela le pauvre répliqua:</p> - -<p>—Pourquoi ne travailles-tu pas? Tu ne connaîtrais pas d'humiliation ni -de servitude.</p> - -<p>Les sages disent qu'il est préférable de manger tranquillement le pain -qu'on a gagné, que de porter une écharpe d'or et d'être le serviteur -d'un autre. Il est préférable de pétrir la chaux et l'argile de ses -mains, que de joindre ses mains sur la poitrine en signe d'humilité.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAADI.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Ne pas rester à la porte des riches et ne pas parler d'une voix de -quémandeur—c'est la meilleure vie. Et, afin que cela n'arrive pas, il -ne faut pas craindre le travail.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">HOTOPADEZÉ hindou.</p> - -<p class="caption">12</p> - -<p>Si tu ne veux pas travailler, humilie-toi, ou opprime les autres.</p> - -<p class="caption">13</p> - -<p>L'aumône d'une pauvre veuve est égale aux plus riches dons, avec cette -différence qu'elle est la vraie charité.</p> - -<p>Seuls les pauvres qui travaillent peuvent avoir la joie de la charité. -Les riches, les oisifs, en sont privés.</p> - -<hr class="r5" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Footnote_1_6" id="Footnote_1_6"></a><a href="#FNanchor_1_6"><span class="label">[1]</span></a> Paysan russe, auteur d'un ouvrage sur la loi du travail. -Tolstoï a connu l'auteur et commenté son ouvrage. (N. du trad.)</p></div> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_X" id="CHAPITRE_X">CHAPITRE X</a></h4> - -<h3>DE LA CUPIDITÉ</h3> - - -<p>Le péché de cupidité est dans l'accumulation d'une quantité toujours -grandissante d'objets ou d'argent nécessaires aux autres hommes, et de -garder ces objets ou cet argent afin de jouir à sa guise du travail -d'autrui.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I—<i>Le péché du riche.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Dans notre société, un homme ne peut pas dormir sans payer sa place. -L'air, l'eau, la lumière du soleil ne lui appartiennent que sur la -grand'route.... L'unique droit reconnu chez nous, c'est de marcher sur -cette grand'route jusqu'à ce que l'on commence à chanceler de fatigue, -parce qu'on ne peut s'arrêter et que l'on doit marcher toujours.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">GRANT ALLEN<a name="FNanchor_1_7" id="FNanchor_1_7"></a> -<a href="#Footnote_1_7" class="fnanchor">[1]</a>.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Dix hommes bons s'étendent et dorment paisiblement sur le même feutre, -mais deux riches ne peuvent pas vivre en paix dans dix chambres. Si un -homme de cœur trouve une miche de pain, il en donne la moitié à celui -qui a faim. Mais lorsqu'un conquérant conquiert une partie du monde, il -ne se tranquillise pas tant qu'il n'en n'a pas pris une autre partie -encore.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Les riches ont quinze chambres pour trois personnes, et il ne peuvent -pas laisser un mendiant se chauffer et coucher chez eux.</p> - -<p>Le paysan a une chaumière de sept mètres pour sept personnes; mais il -laisse volontiers entrer un voyageur en disant: «Dieu nous ordonne de -partager».</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Les riches et les pauvres se complètent les uns les autres. Quand il y a -des riches, il y a et il doit y avoir des pauvres. Quand existe le luxe -effréné, existe et doit exister l'affreuse misère qui force ceux qui -n'ont rien à être au service du luxe.</p> - -<p>Le Christ aimait les pauvres et s'éloignait des riches.</p> - -<p>Dans le royaume de vérité qu'Il prêchait, les riches et les pauvres -seraient également impossibles.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">HENRY GEORGE.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Le vagabond est le complément indispensable du millionnaire.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">HENRY GEORGE.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Les plaisirs des riches sont obtenus par les larmes des pauvres.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Lorsque les riches parlent du bonheur social, je ne doute pas qu'ils -forment sous ce prétexte un complot en vue d'assurer leurs intérêts.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">THOMAS MORE.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Les honnêtes gens ne sont jamais riches. Les gens riches ne sont jamais -honnêtes.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>«Ne vole pas un pauvre parce qu'il est pauvre,» dit Salomon. Pourtant, -ce pillage du pauvre parce qu'il est pauvre est une chose très -ordinaire: le riche profite toujours de la misère du pauvre pour le -forcer à travailler pour lui, ou bien pour lui acheter ses produits à -vil prix.</p> - -<p>On dévalise rarement les riches sur les grand'routes, parce qu'il est -dangereux de voler un riche, alors qu'on peut dévaliser un pauvre sans -aucun risque.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après JOHN RUSKIN.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Les gens qui appartiennent aux classes ouvrières tâchent le plus souvent -de passer dans la classe des gens aisés qui vivent du travail d'autrui. -Ils appellent ça se joindre aux bonnes gens, alors qu'il faudrait dire -quitter les bonnes gens pour les méchants.</p> - -<p>La richesse est un grand péché devant Dieu, la pauvreté l'est devant les -hommes.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">Proverbe russe.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>-L'homme et la terre.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Etant issu de la terre, la terre m'est donnée pour que j'y prenne tout -ce qu'il me faut pour cultiver et ensemencer, et j'ai le droit de -réclamer ma part.</p> - -<p>Montrez-moi donc où elle est.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La terre est notre mère à tous; elle nous nourrit, nous donne asile, -nous réjouit et nous chauffe; depuis notre naissance et jusqu'au moment -où nous nous endormons du dernier sommeil sur son cœur de mère, elle -nous caresse constamment de son étreinte affectueuse.</p> - -<p>Et voici que les gens parlent de sa vente; et elle présente, en effet, à -notre époque vénale, un article de négoce, elle est vendue et achetée.</p> - -<p>Mais la vente de la terre créée par le Créateur céleste est une énorme -ineptie. La terre ne peut appartenir qu'au Dieu tout-puissant et à -tous les fils des hommes qui la travaillent, de même qu'à ceux qui la -travailleront dans l'avenir.</p> - -<p>Elle est la propriété non seulement d'une seule génération, mais de -toutes les générations passées, futures et présentes qui la travaillent.</p> - -<p> style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"CARLYLE.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Nous occupons une île sur laquelle nous vivons des produits de nos -mains. Un marin naufragé est rejeté sur notre côte. A-t-il le même droit -naturel que nous d'occuper sur les mêmes bases que nous, une parcelle de -terre pour s'y nourrir de son travail? Il semblerait que ce droit est -incontestable. Et cependant, combien d'hommes naissent sur notre planète -auxquels les gens qui y vivent refusent ce droit.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">DE LAVELEYE.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>Les conséquences nuisibles de la richesse.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Les hommes se plaignent d'être pauvres et s'efforcent, par tous les -moyens, d'arriver à la richesse; cependant, la misère et la pauvreté -donnent aux gens la fermeté et la force, alors que les excès et le luxe -les affaiblissent et les amènent à leur perte.</p> - -<p>Les pauvres ont tort de vouloir échanger l'indigence utile au corps et à -l'âme contre la richesse qui est nuisible au corps et à l'âme.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si le pauvre a des peines, le riche en a doublement.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Le riche est malheureux; d'abord, parce qu'il craint toujours pour ses -richesses, ensuite, parce que plus il a de biens, plus il a de soucis et -d'affaires. Mais il est surtout malheureux parce qu'il ne peut se lier -qu'avec des riches comme lui, qui sont peu nombreux, et non avec les -pauvres qui sont la majorité. S'il se lie avec un pauvre, il voit trop -nettement son péché, et il ne peut pas ne pas en avoir honte.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>La richesse a l'or, la pauvreté a la joie.</p> - -<p style="margin-left: 25%; font-size: 0.8em;">Proverbe.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La richesse habitue les gens à l'orgueil, à la cruauté, à l'ignorance -présomptueuse et à la débauche.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Seul un homme riche peut être insensible et indifférent au malheur -d'autrui.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">Le <i>Talmud.</i></p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>La misère assagit, la richesse abêtit. Les chiens eux-mêmes deviennent -enragés à force de trop bien manger.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">Proverbe russe.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Celui qui est charitable n'est jamais riche. Le riche n'est sûrement pas -charitable.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">Proverbe mandchourien.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Les gens cherchent la richesse; s'ils savaient seulement combien ils -perdent de bonté en gagnant l'opulence et en vivant au milieu d'elle, -ils auraient cherché à s'en débarrasser avec le même zèle qu'ils mettent -à l'acquérir.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Le moment est proche où les hommes cesseront de croire que la richesse -donne le bonheur et comprendront, enfin, la simple vérité qu'en gagnant -et en conservant leur richesse, ils rendent plus malheureuse et non -meilleure l'existence des autres et la leur.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>On ne doit pas envier la richesse, mais en avoir honte.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Il ne faut pas respecter et envier les riches, mais les plaindre et -s'éloigner d'eux. Quant au riche, il ne doit pas être fier de ses biens, -mais honteux.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si le pauvre envie le riche, il ne vaut pas mieux que lui.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>L'orgueil des riches est mauvais, mais l'envie des pauvres n'est pas -moins mauvaise. Combien il y a de pauvres qui, tout en blâmant les -riches, agissent de même qu'eux envers ceux qui sont plus pauvres -qu'eux-mêmes!</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>L'excuse de la richesse.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Si tu as des revenus sans travailler, il y a sûrement quelqu'un qui -travaille sans être payé.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Seul celui qui est sûr de n'être pas un homme comme tous les autres, -mais meilleur qu'eux, peut posséder des richesses au milieu des pauvres -et avoir la conscience tranquille. Seule la pensée qu'il est meilleur -que les autres peut justifier un tel homme à ses propres yeux. Et, -chose extraordinaire, la possession des richesses, qui devrait rendre -un tel homme honteux, est pour lui la principale justification de sa -supériorité sur les autres hommes. «Je jouis de la richesse parce que je -suis meilleur que les autres. Et je suis meilleur que les autres parce -que je jouis de la richesse,» se dit-il.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Rien ne prouve aussi clairement la fausseté de la religion professée -parmi nous que ce fait que les hommes qui se considèrent comme chrétiens -peuvent non seulement jouir de leurs richesses, au milieu des pauvres, -mais encore en être fiers.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>L'une des erreurs les plus fréquentes et les plus significatives que les -hommes commettent, est de croire comme bon ce qu'ils aiment. Ils aiment -la richesse, et bien que le mal de la richesse soit évident, ils se -persuadent que la richesse est bonne.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Est-ce que Dieu a donné quelque chose à l'un, sans le donner à l'autre? -Est-ce que notre Père commun a exclu l'un de ses enfants? Vous qui -exigez le droit exclusif de profiter de ses dons, montrez le testament -par lequel il aurait privé les autres frères de son héritage.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAMENNAIS.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Il semblerait que, connaissant l'affreuse misère des ouvriers qui -meurent de privations et d'excès de travail (et il est impossible de ne -pas le savoir), les gens riches, qui profitent de ce travail homicide, -seraient forcés de s'en émouvoir. Cependant, ces gens riches, libéraux, -humanitaires, très sensibles non seulement aux souffrances des hommes, -mais à celles des bêtes, cherchent à s'enrichir davantage, c'est-à-dire -à profiter de plus en plus du travail des autres et le font en toute -sérénité.</p> - -<p>Cette sérénité des riches est due à l'intervention d'une nouvelle -science dénommée économie politique, qui a posé des lois en vertu -desquelles la répartition du travail et la jouissance de ses produits -dépendent de l'offre et de la demande, du capital, de la rente, du taux -des salaires, des bénéfices, etc.</p> - -<p>Il a été écrit sur ce thème, en peu de temps, un nombre incalculable de -traités, de brochures; il a été fait des cours et des conférences, et on -en écrit et on conférencie encore à l'infini.</p> - -<p>Bien que la plupart des gens ignorent les détails de ces explications -rassurantes de la science, ils savent quand même que cette explication -existe, que les savants, des gens subtils, ne cessent de démontrer que -l'ordre de choses actuel est tel qu'il doit être, et que l'on peut se -laisser vivre tranquillement dans cet état de choses, sans essayer de le -modifier.</p> - -<p>Ce n'est qu'ainsi qu'on peut expliquer l'aveuglement surprenant -dans lequel se trouvent les hommes sensibles de notre société, qui -plaignent sincèrement, les animaux, mais qui, la conscience tranquille, -s'attaquent à la vie de leurs semblables.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.<i>—Pour atteindre le bonheur, l'homme ne doit pas se soucier de -l'accroissement de son avoir, mais de l'amour qui est en lui.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Gagne une richesse que personne ne pourra te prendre, qu'elle te reste -même après la mort et qu'elle ne diminue ni ne tarisse jamais. Cette -richesse—c'est ton âme.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">Proverbe hindou.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Les gens se soucient mille fois plus d'augmenter leurs richesses que de -développer leur raison. Pourtant chacun devrait comprendre qu'il vaut -bien mieux pour son bonheur conserver ce qui est en lui que ce qui est -chez lui.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SCHOPENHAUER.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Et il leur dit celte parabole: «Les terres d'un riche donnèrent, une -abondante récolte; et ce riche se demanda: Que ferai-je? Je n'ai pas -assez de place pour serrer ma récolte. Voici, dit-il, ce que je ferai: -j'abatterai mes greniers, j'en bâtirai de plus grands, et j'y amasserai -toute ma récolte et tous mes biens. Puis je dirai à mon âme: Mon âme, -tu as beaucoup de biens en réserve pour plusieurs années; repose-toi, -mange, bois et réjouis-toi. Mais Dieu lui dit: Insensé, celte nuit -même ton âme te sera prise, et ce que tu as amassé, à qui cela -appartiendra-t-il?</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">Luc, XII, 16-20.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Pourquoi l'homme voudrait-il être riche? Pourquoi lui faut-il des -chevaux de race, de riches habits, de magnifiques chambres, des droits -d'entrée dans les lieux de distractions?</p> - -<p>Parce qu'il manque de vie spirituelle.</p> - -<p>Donnez à cet nomme une vie spirituelle, et il n'aura besoin de rien.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>De même qu'un vêtement riche embarrasse les mouvements du corps, la -richesse entrave les mouvements de l'âme.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII.—<i>La lutte contre de péché de cupidité.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Celui qui possède moins qu'il ne veut avoir doit se souvenir qu'il a -plus qu'il ne mérite.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LICHTENBERG.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>On peut éviter la misère par deux moyens: augmenter son avoir, ou -bien apprendre à se contenter de peu. Augmenter les richesses n'est pas -toujours possible, et c'est presque toujours malhonnête; tandis que -diminuer nos caprices est toujours en notre pouvoir et est salutaire à -notre âme.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Le pire voleur n'est pas celui qui a pris ce qui lui est nécessaire, -mais bien celui qui garde sans en donner aux autres ce dont il n'a pas -besoin.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>«Celui qui aurait des biens de ce monde et qui, voyant son frère dans le -besoin, lui fermerait son cœur, comment l'amour de Dieu demeurerait-il -en lui? Mes enfants, n'aimons pas en paroles, mais en actes et par la -vérité!» <span style="font-size: 0.8em; text-align: right;">I. JEAN, III, 17-18.</span></p> - -<p>Pour qu'un riche n'aime pas en paroles mais en actes et par la vérité -il doit donner à celui qui demande, ainsi que l'a dit le Christ. Et -si l'on donne à celui qui demande, toute richesse s'épuise bientôt. Et -dès que l'homme cesse d'être riche, il lui arrive ce que Jésus a dit au -jeune homme, c'est-à-dire que ce qui empêchait le jeune homme riche de -le suivre n'existe plus.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La charité est véritable seulement quand tu t'es privé en la faisant. -C'est alors que celui qui reçoit un don matériel, reçoit également un -don spirituel. Et si ton don n'est pas un sacrifice, mais le résultat de -la surabondance, il ne fait qu'irriter celui qui le reçoit.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Les opulents bienfaiteurs ne voient pas ce qu'ils donnent au pauvre, ils -l'enlèvent souvent des mains de plus pauvres encore.</p> - -<hr class="r5" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Footnote_1_7" id="Footnote_1_7"></a><a href="#FNanchor_1_7"><span class="label">[1]</span></a> Moraliste anglais <i>(N. du tr.)</i></p></div> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XI" id="CHAPITRE_XI">CHAPITRE XI</a></h4> - -<h3>DE LA COLÈRE</h3> - - -<p class="caption">I.—<i>Péché de malveillance.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>«Il a été dit aux anciens: Tu ne tueras point, et celui qui tuera sera -jugé (Exode, XX, 13). Mais moi je vous dis que quiconque se met en -colère contre son frère sera jugé.»</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MATTH., V, 21-22.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si tu éprouves une douleur dans le corps, tu sais que quelque chose -n'est pas en bon état: ou tu fais ce que tu ne devrais pas faire, ou -bien lu ne fais pas ce que tu devrais faire. Il en est de même de la vie -spirituelle. Si tu te sens triste, irrité, sache que quelque chose est -en mauvais état: ou tu aimes ce qu'il ne faudrait pas aimer, ou bien tu -n'aimes pas ce qu'il faudrait aimer.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Les péchés de la gourmandise, de l'oisiveté, de la volupté, sont mauvais -par eux-mêmes. Mais ces péchés sont surtout repréhensibles parce qu'ils -engendrent le pire des péchés: la malveillance, l'iniquité envers les -gens.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Ce ne sont pas les pillages, les assassinats, les exécutions qui sont -effrayants. Qu'est-ce que le pillage? C'est le passage de la propriété -des uns aux autres. Cela a toujours existé, cela sera toujours, et il -n'y a rien d'effrayant à cela.</p> - -<p>Que sont les exécutions, les assassinats? C'est le passage des hommes de -la vie à la mort. Ces passages ont été, sont et seront toujours, et cela -n'a également rien, d'effrayant. Ce qu'il y a de réellement effrayant, -c'est la haine des hommes qui engendre le brigandage, le vol, le meurtre.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>L'absurdité de la colère.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Les Bouddhistes disent que tout péché vient de la bêtise. Cela est -juste pour tous les péchés, mais surtout pour l'inimitié. Le pêcheur, -l'oiseleur se fâche contre le poisson ou l'oiseau parce qu'il ne l'a pas -pris, et moi je me fâche contre l'homme, parce qu'il fait ce dont il -a besoin pour lui, et non pas ce que je voudrais de lui. N'est-ce pas -également stupide?</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Un homme t'a offensé. Tu t'es fâché contre lui. L'affaire est terminée. -Mais la colère contre cet homme s'est figée dans ton cœur, et lorsque -tu penses à lui, tu t'irrites. Comme si le diable, qui est toujours -en faction à la porte de ton cœur, avait profité de l'heure où tu as -ressenti ta colère contre cet homme; comme si elle lui eut ouvert la -porte, qu'il eut bondi dans ton cœur et qu'il y fût maître, maintenant. -Chasse-le. Et à l'avenir, sois plus prudent, n'ouvre pas la porte par -laquelle il entre.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Plus l'homme se croit haut placé, plus facilement il s'irrite contre les -gens. Plus l'homme est modeste, plus il est bon et se fâche moins.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Ne pense pas que la vertu consiste dans la bravoure et la force. Si tu -peux te placer au-dessus de la colère, pardonner et aimer celui qui t'a -offensé, tu auras fait le mieux de ce qu'un homme peut faire.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">DJERBELOTE, persan.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Il est vrai, que tu n'as peut-être pas la force de ne pas te fâcher -contre celui qui t'a offensé, outragé. Mais tu peux toujours le -contenir, ne manifester ta colère ni en paroles ni en actes.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>La colère ment toujours de l'impuissance.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>La colère contre les hommes nos frères est déraisonnable parce -que le même Dieu vit en nous tous.</i></p> - -<p class="caption" >1</p> - -<p>On doit s'observer depuis le matin et se dire: tout à l'heure, je -pourrai avoir affaire à un homme insolent, effronté, importun, -hypocrite, nerveux. Il y a souvent des gens comme ça. Ils ne savent pas -ce qui est bien et ce qui est mal. Mais si je sais, moi, où est le bien -et le mal, si je comprends que le mal pour moi ne peut venir que de la -mauvaise action que j'ai commise moi-même, aucun mauvais homme ne peut -me nuire. Personne ne peut me forcer à faire mal. Si je pense encore que -tout homme m'est proche, non par le sang et la chair, mais par l'esprit, -que le même Esprit divin vit en chacun de nous, je ne peux pas me fâcher -contre un être qui m'est proche. Je sais donc que nous sommes créés l'un -pour l'autre, que nous sommes appelés à nous entr'aider comme les mains, -les pieds, les yeux et les dents s'aident entre eux et servent le corps -entier; comment puis-je me détourner de mon prochain si, contrairement à -sa vraie nature, il me fait du mal.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si tu t'es fâché contre un homme, c'est que tu menais une vie charnelle, -et non pas une vie spirituelle. Si tu vivais selon la volonté divine, -personne ne pourrait t'offenser, car on ne peut offenser Dieu, et Dieu, -le Dieu qui est en toi, ne peut se fâcher.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>On ne doit ni trop mépriser ni trop respecter aucun homme.</p> - -<p>Si tu le méprises, tu ne pourras pas apprécier le bien qu'il y a en lui; -si tu l'honores trop, tu exigeras trop de lui.</p> - -<p>Pour ne pas se tromper, il faut mépriser le côté charnel autant chez -autrui qu'en soi-même et respecter l'homme comme un être spirituel en -qui demeure l'esprit divin.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>Plus l'homme se diminue, mieux il vaut.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>On dit qu'un homme de bien ne peut pas faire autrement que de se fâcher -contre les méchants. Mais si cela est ainsi, plus l'homme est bon -comparativement aux autres, plus il doit se mettre en colère contre eux; -en réalité, plus un homme est bon, plus il est doux et bon pour tous les -autres hommes. Cela tient à ce qu'un homme bon se souvient que lui aussi -a souvent péché, et que s'il s'irrite contre les méchants, il doit, tout -d'abord, s'irriter contre lui-même.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Un homme raisonnable ne peut pas se fâcher contre les hommes méchants et -déraisonnables.</p> - -<p>—Comment puis-je ne pas me fâcher s'ils sont voleurs et filous? dis-tu.</p> - -<p>—Qu'est-ce qu'un voleur et un filou? C'est un homme qui s'est égaré. -On doit non pas se fâcher contre un tel homme, mais le plaindre. Si tu -peux, persuade-le que ce n'est pas bon pour lui-même de vivre comme il -vit, et il cessera de faire le mal. S'il ne le comprend pas encore, quoi -d'étonnant qu'il vive ainsi.</p> - -<p>Tu diras que ces gens là doivent être punis.</p> - -<p>Si un homme a mal aux yeux et qu'il est devenu aveugle, tu ne diras pas -qu'il faut l'en punir. Pourquoi donc veux-tu punir celui qui est privé -de quelque chose de bien plus précieux que les yeux, qui est privé du -plus grand bonheur qui existe, celui de savoir vivre raisonnablement?</p> - -<p>On ne doit pas se fâcher contre ces gens, mais les plaindre.</p> - -<p>Aie pitié de ces malheureux et tâche de faire en sorte que leurs -égarements ne t'irritent pas. Souviens-toi combien souvent tu t'es -trompé et tu as péché toi-même, et fâche-toi plutôt contre toi-même de -ce que ton âme renferme tant d'inimitié et de méchanceté.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ÉPICTÈTE.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Tu dis que tu n'es entouré que de mauvaises gens. Si tu penses ainsi, -c'est une preuve certaine que tu es méchant toi-même.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Souvent les gens croient se faire valoir en remarquant les défauts des -autres; mais ils ne font que montrer leur faiblesse.</p> - -<p>Plus l'homme est bon et intelligent, plus il voit le bien chez les -autres; plus il est bête et méchant, plus il voit les défauts des autres.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Il est vrai, qu'il est difficile de se montrer bon envers un vicieux, -un menteur, surtout s'il vous offense; mais c'est précisément envers de -pareils hommes qu'on doit être bon, et pour eux, et pour soi.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Lorsqu'on se fâche contre quelqu'un, on cherche généralement à justifier -sa colère et, à ne voir que le mal en la personne contre laquelle on -s'irrite; et l'on ne fait qu'augmenter son inimitié. Alors, qu'au -contraire, plus on est irrité, plus on doit chercher le bien que peut -contenir celui contre qui on s'irrite. Et lorsqu'on réussit à découvrir -le bien et à aimer un tel homme, non seulement on apaise sa colère, mais -encore on éprouve une joie profonde.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Si tu veux reprocher à un homme ses incohérences, ne qualifie pas ses -actes ou ses paroles de sottises, ne dis et ne pense pas que ce qu'il a -fait ou dit n'a aucun sens. Au contraire, suppose toujours qu'il voulait -faire ou dire quelque chose de raisonnable et tâche de le prouver. -Il faut s'efforcer de découvrir les idées erronées qui ont trompé -l'homme et les lui faire voir de façon à ce qu'il arrive lui-même à -la conclusion, qui est qu'il se trompe. On ne peut persuader un homme -que par sa propre raison. De même, on ne peut persuader un homme de -l'immoralité de son acte que par son sentiment moral. Il ne faut pas -supposer que l'homme le plus vicieux ne puisse pas devenir un être -vertueux et libre.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après KANT.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Si tu te fâches contre un homme parce qu'il a commis un acte que nous -considérons comme repréhensible, tâche de savoir pourquoi il a fait ce -que nous considérons comme mauvais. Dès que tu l'auras compris, tu ne -seras plus fâché, parce qu'on ne peut se fâcher de ce que la pierre -tombe du haut en bas et non de bas en haut.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>La nécessité de l'amour pour la communion entre les hommes.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Pour que tes relations avec les hommes ne soient pas un sujet de -souffrance pour toi et pour eux, n'entre pas en rapports avec les gens -si tu n'éprouves pas d'affection pour eux.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Sans amour, on ne peut manier que les objets; sans amour, on peut -abattre des arbres, faire des briques, forger le fer; on ne peut sans -amour traiter les hommes.</p> - -<p>Si tu n'éprouves pas d'amour pour les hommes, occupe-toi de toi-même, -manie des choses, ce que tu voudras, mais laisse les hommes tranquilles. -Dès que tu te permettras de les traiter sans amour, tu deviendras non -pas un homme, mais une bête, tu leur nuiras et tu seras malheureux -toi-même.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Lorsqu'on voit des gens toujours mécontents, critiquant, tout et tout le -monde, on a envie de leur dire: «Le but de votre existence n'est pas de -dévoiler l'absurdité de la vie, de la critiquer, de vous fâcher et de -mourir. Cela n'est pas possible. Réfléchissez; vous ne devriez pas vous -fâcher, ni critiquer, mais travailler à réparer le mal que vous voyez.</p> - -<p>«Si vous voulez faire disparaître le mal que vous voyez vous n'y -arriverez certainement pas par l'inimitié, mais uniquement par la -bienveillance envers tous les hommes, car ce sentiment vit toujours en -nous et vous le sentirez aussitôt que vous cesserez de l'étouffer en -vous.»</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Il faut nous habituer à être mécontents d'un autre homme de la même -façon, qu'il nous arrive d'être mécontents de nous-mêmes. Cela nous -arrive lorsque nous ne sommes pas satisfaits d'un de nos actes, et non -de notre âme. Il faut agir de même à l'égard des autres: critiquer -leurs actes, et les aimer eux-mêmes.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Pour ne pas faire tort à son prochain, pour l'aimer, il faut s'habituer -à ne pas dire de mal ni de lui, ni à lui, et pour y parvenir, il faut -s'habituer à ne pas penser mal de lui, à ne pas laisser pénétrer dans -notre âme le sentiment de malveillance.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Peux-tu te fâcher contre un homme parce qu'il a des plaies purulentes? -Ce n'est pas sa faute si l'aspect de ses plaies est désagréable. -Comporte-toi de même envers les vices d'autruis.</p> - -<p>Mais tu diras que l'homme a une raison pour comprendre et corriger ses -vices. C'est juste. Par conséquent, toi aussi, tu as une raison et tu -peux réfléchir que tu ne dois pas le fâcher contre l'homme en raison -de ses vices, mais au contraire, tu dois l'efforcer d'éveiller sa -conscience en le traitant avec bonté et intelligence, sans colère, sans -impatience et sans orgueil.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Il y a des gens qui aiment se fâcher. Ils sont toujours occupés à -quelque chose et toujours heureux de l'occasion de brusquer, de gronder -celui qui s'adresse à eux pour quelque affaire. Ces gens-là sont très -désagréables, mais il faut se souvenir qu'ils sont très malheureux, ne -connaissent pas la joie de la bonne humeur, et c'est pourquoi, il ne -faut pas se fâcher contre eux, mais les plaindre.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>On ne peut mieux calmer une colère, même juste, qu'en disant à celui qui -se fâche que celui contre lequel il se fâche, n'est qu'un malheureux. La -pluie a le même effet sur le feu que la compassion sur la colère.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>L'homme qui désire faire du tort à son ennemi, n'a qu'à s'imaginer qu'il -lui a déjà fait mal et qu'il souffre de corps et d'âme; il n'a qu'à se -l'imaginer et à comprendre que tout cela est l'œuvre de nos mains, pour -que, à l'idée des souffrances de l'ennemi, l'homme le plus méchant cesse -de garder sa rancune.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>La lutte contre le péché de malveillance.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>On me blâme, je suis ennuyé, j'ai de la peine. Comment me débarrasser de -ce sentiment désagréable? D'abord, par l'<i>humilité</i>; quand on connaît -sa faiblesse, on ne se fâche pas de ce que les autres la montrent. Ce -n'est pas aimable de leur part, mais ils ont raison. Ensuite, par le -<i>raisonnement</i>; car, en définitive, on reste toujours ce qu'on a été, et -si l'on avait trop de vénération pour soi-même, on aurait qu'à modifier -son opinion. Enfin, et principalement, par le <i>pardon</i>; il n'y a qu'un -seul moyen pour ne pas haïr ceux qui nous font du mal et nous offensent, -c'est de leur faire du bien. Si l'on ne parvient pas à les changer, du -moins, arrive-t-on à se maîtriser soi-même.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La meilleure boisson qu'un homme peut boire est la mauvaise parole qu'il -a déjà sur les lèvres; qu'il ne la laisse pas, échapper et l'avale.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Comprends bien et souviens-toi que tout homme agit toujours au mieux de -ses propres intérêts.</p> - -<p>Si tu y penses toujours, tu ne te fâcheras contre personne, tu ne -reprocheras rien à personne, tu ne gronderas personne; car si quelqu'un -a réellement du profit à faire ce qui t'est désagréable, il a raison et -il ne peut agir autrement. S'il se trompe et ne se fait du tort qu'à -lui-même, tant pis pour lui; on doit le plaindre et non se fâcher contre -lui.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ÉPICTÈTE.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Souvenons-nous que tous nous redeviendrons poussière, et soyons humbles -et modestes.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SAADI.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII.—<i>La malveillance nuit toujours à celui qui la ressent.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Bien que la colère soit nuisible aux autres, elle fait surtout du tort -à celui qui se fâche. La colère est toujours plus nuisible que la chose -pour laquelle on se fâche.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Il y a des gens qui aiment se fâcher, qui s'irritent et font du mal aux -autres sans aucune raison. On peut comprendre pourquoi un avare offense -les autres: il veut s'emparer de leur bien pour s'enrichir; il fait du -mal aux gens dans son propre intérêt. Un méchant homme fait du tort aux -autres sans aucun bénéfice personnel. Quelle folie!</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SOCRATE.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Ne pas faire de mal, pas même à ses ennemis, est une grande vertu.</p> - -<p>Celui qui cherche à faire périr les autres, périt sûrement lui-même.</p> - -<p>Ne fais pas de mal. La pauvreté ne peut excuser le mal. Si tu fais du -mal, tu seras plus pauvre encore.</p> - -<p>Les gens peuvent éviter les conséquences de la méchanceté de leurs -ennemis, mais ils n'éviteront jamais les conséquences de leurs péchés. -Cette ombre les poursuivra pas à pas, jusqu'à ce qu'elle les fasse périr.</p> - -<p>Que celui qui ne veut pas vivre triste et malheureux ne fasse pas de -tort aux autres.</p> - -<p>Si l'homme se veut du bien, qu'il ne fasse pas le moindre mal.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Kouran</i> hindou.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Être vertueux, c'est avoir l'âme libre. Les gens qui s'irritent -continuellement contre quelqu'un, qui craignent constamment quelque -chose et qui s'adonnent aux passions, ne peuvent avoir l'âme libre. -Celui qui ne peut pas avoir l'âme libre ne verra pas en regardant, -n'entendra pas en écoutant, ne sentira pas de goût en mangeant.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">CONFUCIUS.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Goutte à goutte, le seau se remplit; de même l'homme s'emplit de colère, -bien qu'il la ramasse petit à petit, lorsqu'il se permet de s'irriter -contre les gens. Le mal revient à celui qui le commet, de même que la -poussière jetée contre le vent.</p> - -<p>Ni au ciel, ni dans la mer, ni dans les profondeurs des montagnes, il -n'y a de place dans tout l'univers, où l'homme pourrait se débarrasser -de la méchanceté qui est dans son cœur. Souviens-t-en.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">DJAMAPADA.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>La loi hindoue dit: De même qu'il est juste qu'il fasse froid en hiver -et chaud en été, il est juste qu'un mauvais homme soit malheureux et un -bon heureux. Que personne n'entame de querelle, bien qu'il soit offensé -et qu'il souffre; que personne n'offense, ni par un acte, ni par une -parole, ni par une pensée. Tout cela prive l'homme du vrai bonheur.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Lorsque je sais que la colère me prive du vrai bonheur, je ne peux plus -chercher consciemment querelle aux autres; je ne peux pas, ainsi que je -le faisais avant, me réjouir de mon péché, en être fier, l'encourager, -le justifier, me donner de l'importance et me croire raisonnable, -considérer les autres comme nuls, perdus, insensés; je ne peux plus -maintenant, en sentant que je me laisse emporter par la colère, ne -pas reconnaître que j'en suis seul coupable, et ne pas tâcher de me -réconcilier avec ceux qui me cherchent querelle.</p> - -<p>Mais cela ne suffit pas. Si je sais maintenant que la colère est un -mal pour mon âme, je sais aussi ce qui me conduit au mal. C'est -que j'oublie que la même chose vit en moi et en tous les hommes. Je -vois maintenant que l'habitude de se distinguer des autres hommes et -de se considérer comme étant supérieur à eux—est l'une des raisons -principales de mon inimitié.</p> - -<p>En repassant ma vie écoulée, je vois que je n'ai jamais laissé -s'accroître mon sentiment d'inimitié envers les gens que je considérais -supérieurs à moi, et je ne les offensais jamais. Mais, par contre, le -moindre acte de celui que je considérais comme mon inférieur provoquait -ma colère, et plus je me considérais supérieur, plus il m'était facile -de l'offenser. Parfois même, rien que l'idée de l'infériorité de -l'homme, provoquait déjà une offense de ma part.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Un jour d'hiver François, accompagné du frère Léon se rendait de Pérouse -à Porcioncule. Il gelait, et tous deux tremblaient de froid. François -appela Léon qui marchait devant, et lui dit: «O frère Léon, Dieu veuille -que nos frères donnent par toute la terre, l'exemple de la vie de -sainteté. Note, cependant, que ce n'est pas là qu'est la joie parfaite.»</p> - -<p>Un peu plus loin, François appela encore une fois Léon et lui dit:</p> - -<p>«Note encore que si nos frères guérissent les malades, chassent le -diable, rendent la vue aux aveugles font ressusciter les morts, ce n'est -pas là non plus que sera la joie parfaite.»</p> - -<p>Encore plus loin, François appela de nouveau Léon et lui dit: «Note -encore frère Léon, brebis du Seigneur, que si nous avions appris le -langage des anges, si nous connaissions le cours des étoiles, si tous -les trésors de la terre nous étaient apparus, et que si nous avions -compris tous les mystères de la vie des oiseaux, des poissons, des -bêtes, des gens, des arbres, des pierres et des eaux, note que cela non -plus ne serait pas une joie parfaite.»</p> - -<p>Et un peu plus loin, François appela encore une fois Léon et lui dit: -«Note encore que si nous étions des prédicateurs, qui parviendraient à -ramener tous les payens au Christianisme, note que là encore, il n'y -aurait pas de joie parfaite.»</p> - -<p>Alors le frère Léon dit à François:</p> - -<p>—En quoi donc consiste la joie parfaite?</p> - -<p>Et François répondit: «En ceci: lorsque nous arriverons à Porcioncule -sales, mouillés, transis de froid et affamés, et que nous demanderons -de nous donner asile, le portier nous dira: «Pourquoi traînez-vous, -vagabonds, par les chemins, pourquoi tentez-vous les gens, pourquoi -voulez-vous l'aumône des pauvres; allez-vous en d'ici,» et il ne nous -ouvrira pas. Si nous ne nous offensons pas et que nous pensons avec -humilité et amour que le portier a raison, et que mouillés, gelés, et -affamés, nous restons jusqu'au matin dans la neige et l'humidité sans -murmurer contre le portier, c'est alors, frère Léon, que sera la joie -parfaite.»</p> - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XII" id="CHAPITRE_XII">CHAPITRE XII</a></h4> - -<h3>DE L'ORGUEIL</h3> - - -<p>Il est difficile de se débarrasser des péchés, surtout lorsque les -tentations les encouragent. Telle est la tentation de l'orgueil.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I.—<i>L'absurdité de l'orgueil.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Les gens fiers sont tellement occupés à prêcher aux autres qu'ils n'ont -pas le temps de penser à eux-mêmes; au reste, ils le croient inutile; -ils sont parfaits tels qu'ils sont. C'est pourquoi, plus ils prêchent -aux autres, plus ils tombent bas eux-mêmes.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>De même que l'homme ne peut pas se soulever lui-même, il ne peut pas se -glorifier lui-même.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La fierté est mauvaise parce que les gens sont fiers de ce dont on doit -avoir honte: de la richesse, de la gloire, des honneurs.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Si vous êtes plus-fort, plus riche, plus instruit que les autres, tâchez -de venir en aide aux gens avec ce que vous avez de plus qu'eux. Si -vous êtes plus fort, aidez les faibles; si vous êtes plus intelligent, -aidez ceux qui ne le sont pas; si vous êtes instruit, aidez ceux qui le -sont moins; si vous êtes riche, aidez ceux qui sont pauvres. Mais les -orgueilleux ne raisonnent pas ainsi. Ils pensent que s'ils possèdent ce -que les autres n'ont pas, ils n'ont pas besoin de partager avec ceux-ci, -mais n'ont qu'à se vanter devant eux.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Ce n'est pas bien si l'homme, au lieu d'aimer ses frères, se fâche -contre eux. Mais c'est pis encore lorsque quelqu'un se persuade qu'il -n'est pas un homme comme les autres, mais meilleur qu'eux et, par -conséquent, qu'il peut traiter les gens autrement qu'il ne voudrait être -traité lui-même.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>C'est stupide lorsque des gens tirent vanité de leur visage, de leur -corps, mais c'est plus stupide encore lorsqu'ils sont fiers de leurs -parents, de leurs ancêtres, de leurs amis, de leur classe, de leur -peuple.</p> - -<p>Une grande partie du mal, dans ce monde, vient de ce sot orgueil. -C'est de là que proviennent les querelles entre les hommes, entre les -familles, et les guerres entre les peuples.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>La bêtise peut exister sans l'orgueil; mais l'orgueil ne va jamais sans -la bêtise.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Prenez l'exemple des eaux qui coulent dans les profondeurs des mers et -dans les cavités des montagnes: les ruisseaux descendent avec bruit, -mais la mer sans fin est muette, elle se balance à peine.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Les Soutes</i> bouddhistes.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Plus la substance est légère et moins elle est dense, plus elle occupe -de place. Il en est de même de l'orgueil.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Une mauvaise roue grince plus fort, un épi vide s'élève plus haut, Il en -est de même d'un homme mauvais et vain.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Plus l'homme est content de lui-même, moins il possède ce dont on peut -être fier.</p> - -<p class="caption">12</p> - -<p>Un homme fier est comme couvert d'une écorce de glace. Aucun bon -sentiment ne peut pénétrer à travers cette écorce.</p> - -<p class="caption">13</p> - -<p>Le plus sot des hommes est plus facile à éclairer qu'un orgueilleux.</p> - -<p class="caption">14</p> - -<p>Si les gens fiers pouvaient seulement savoir ce que pensent d'eux ceux -qui profitent de leur fierté, ils cesseraient d'être fiers.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>L'orgueil national</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Se croire meilleur que les autres est mal et stupide, nous le savons -tous. Considérer sa famille comme la meilleure de toutes, est plus mal -et plus stupide encore; et, cependant, non seulement nous ne nous en -rendons pas compte, mais encore nous y voyons un mérite particulier. -Considérer son peuple comme le meilleur entre tous est la chose la plus -stupide qui puisse exister. Or, loin d'être jugée comme mauvaise, cette -présomption apparaît comme une grande vertu.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Les gens se querellent entre eux et savent que ce n'est pas bien. Alors, -pour se donner le change à eux-mêmes et pour étouffer leur conscience, -ils inventent des excuses à leur animosité. L'une de ces excuses est -que je suis meilleur que les autres hommes; seulement, ceux-ci ne le -comprennent pas, et c'est pourquoi je ne puis m'entendre avec eux. -Une autre excuse, c'est que ma famille est meilleure que les autres -familles; la troisième, que ma classe est meilleure que les autres -classes; la quatrième, que mon peuple est meilleur que les autres -peuples.</p> - -<p>Rien ne désunit les hommes autant que l'orgueil, qu'il soit celui de -l'individu, de la famille, de la classe ou de la nation.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>Un homme n'a pas de raison de s'enorgueillir devant les autres, -parce que le même Esprit vit dans tous les hommes.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'homme se trouve meilleur que les autres quand il considère uniquement -la vie charnelle: seul le corps peut être plus fort, plus grand, -meilleur qu'un autre. Mais si l'homme a une vie spirituelle, il ne peut -se considérer meilleur que les autres, car l'âme est la même chez tous.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>On donne aux hommes les titres d'excellence, de grandeur, d'éminence, -de monsieur, de père, etc., alors qu'un seul titre convient à tous et -n'offense personne: frère, sœur.</p> - -<p>Ce terme est bon pour cette raison encore qu'il nous rappelle Le Père -pour qui nous sommes tous frères et sœurs.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>L'homme a raison s'il croît que, dans tout l'univers, if n'y a pas un -seul être qui soit au-dessus de lui; mais il se trompe s'il pense qu'il -y a sur la terre un seul homme qui soit au-dessous de lui.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>C'est bien pour un homme de se respecter parce que l'Esprit de Dieu vit -en lui; mais c'est mal quand il est fier de ce qu'il a d'humain: de son -esprit, de sa sagesse, de sa distinction, de sa richesse, de ses bonnes -œuvres.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>L'homme est bon lorsqu'il élève très haut son «moi» spirituel, divin; -mais il est affreux lorsqu'il veut élever au-dessus des hommes son «moi» -charnel, vaniteux, ambitieux et exclusif.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Si l'homme est fier des marques de distinctions extérieures, il ne fait -que montrer ainsi qu'il ne comprend pas son mérite intérieur qui, en -comparaison de toutes les marques extérieures de distinction, est comme -le soleil par rapport à la bougie.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Un homme ne doit pas se vanter devant les autres. Il ne le doit pas, -parce que la chose la plus précieuse en lui, c'est son âme et que -personne, sauf Dieu, ne connaît le prix de l'âme humaine.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>La fierté n'est pas du tout la même chose que la conscience de la -dignité d'homme. Les faux honneurs et les fausses louanges augmentent la -fierté, alors qu'au contraire, les fausses humiliations et le faux blâme -augmentent la conscience de la dignité.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>Conséquences de la tentation de l'orgueil.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>De même que les mauvaises herbes qui poussent parmi le blé, boivent -l'eau et le jus de la terre et empêchent le soleil de pénétrer jusqu'au -blé, l'orgueil absorbe toutes les forces de l'homme et lui cache la -lumière de la vérité.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La conscience du péché est souvent plus utile à l'homme qu'une bonne -action: la conscience du péché humilie l'homme, alors qu'une bonne -action augmente souvent sa fierté.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il y a bien des punitions pour un orgueilleux; mais la punition -principale et la plus douloureuse est le fait que, malgré tous les -mérites qu'il pourrait avoir et tous ses efforts les gens ne l'aiment -pas.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Dès que je me réjouis en disant: comme je suis bon, c'est fini, je tombe -dans l'abîme.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>L'orgueilleux veut se distinguer des autres et se prive ainsi de la -meilleure joie de la vie, de la communication libre et joyeuse avec les -hommes.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>L'orgueilleux craint toute critique. Il la craint parce qu'il sent que -sa grandeur n'est pas solide, qu'elle ne tient que jusqu'au moment où il -n'y a pas le moindre petit trou dans le ballon qui le gonfle.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>L'orgueil pourrait encore se comprendre s'il plaisait aux gens et les -attirait. Mais il n'y a pas de défaut qui éloigne davantage.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>L'assurance étonne les gens au début. Et, les premiers temps, ils -attribuent à l'homme confiant en lui-même exactement la même importance -que celle qu'il se donne. Mais l'étonnement passe vite. Les gens sont -bientôt désenchantés et ils paient par le mépris pour avoir été -trompés.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>La lutte contre la tentation de l'orgueil.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Il y aurait bien moins de mal sur la terre si le sentiment de l'orgueil -n'existait pas. Comment se débarrasser de cette cause du mal? Il n'y -a qu'un moyen: le travail de chacun sur lui-même. Les tentations de -l'orgueil ne disparaissent que lorsque nous extirpons en nous cette -profonde racine du mal. S'il vit dans notre cœur, comment pouvons-nous -espérer qu'il mourra dans les cœurs des autres hommes? C'est pourquoi, -la seule chose que nous puissions faire pour notre bien et pour le bien -des autres, c'est de tarir en nous cette source du mal dont les autres -souffrent.</p> - -<p>Aucune amélioration n'est possible, tant que chacun n'aura commencé cet -amendement de lui-même.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après LAMENNAIS.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Il n'est facile de vivre avec un homme que si on ne se considère pas -comme supérieur et meilleur que lui; et qu'on ne le croit ni supérieur -ou ni meilleur que soi-même.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Le but principal de la vie est le perfectionnement de l'âme. Mais -l'orgueilleux se croit toujours très bon. C'est pour cette raison que -l'orgueil est particulièrement nuisible. Il empêche de travailler à -l'œuvre principale de la vie humaine: devenir meilleur.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>«Mais que le plus grand d'entre vous soit votre serviteur. Car -quiconque s'élèvera sera abaissé, et quiconque s'abaissera sera élevé.» -</p> -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MATTH., XXIII, 11-12.</p> - -<p>Celui qui s'élève dans l'opinion des gens sera abaissé, car celui -que l'on croit bon, sage, charitable, ne s'efforcera pas de devenir -meilleur, plus sage, plus charitable.</p> - -<p>Mais celui qui s'abaisse sera élevé, car celui qui se croit mauvais -s'efforcera de devenir meilleur, plus charitable, plus sage.</p> - -<p>Les présomptueux font ce que ferait le piéton si, au lieu de marcher, -il s'était hissé sur des échasses. Sur les échasses on est plus haut, -la boue ne vous atteint pas, les pas sont plus grands, mais le malheur -est qu'on ne peut aller loin ainsi, sans compter que l'on risque -continuellement de tomber dans la boue, de faire rire les gens et de -rester en arrière.</p> - -<p>Il en est de même des vaniteux. Ils restent bien en arrière de ceux qui -ne s'élèvent pas au-dessus de leur taille et, en outre, ils tombent -souvent de leurs échasses et deviennent la risée de fous.</p> - -<hr class="r5" /> - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XIII" id="CHAPITRE_XIII">CHAPITRE XIII</a></h4> - -<h3>DE L'INÉGALITÉ</h3> - - -<p>La base de la vie de l'homme, est le séjour en lui de l'esprit divin, -égal chez tous les hommes. Et c'est pourquoi les hommes sont tous égaux -entre eux.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">I.—<i>De la tentation de l'inégalité.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Autrefois, les hommes croyaient qu'ils étaient d'origine différente, -appartenant aux tribus de Cham ou à celles de Japhet, et que les uns -devaient être maîtres et les autres esclaves. Ils reconnaissaient cette -division en maîtres et en esclaves parce qu'ils croyaient qu'elle avait -été instituée par Dieu. Cette superstition vulgaire et pernicieuse -subsiste encore, mais sous un autre aspect.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Il suffit de jeter un coup d'œil sur la vie des peuples chrétiens, -divisés en classes, pour être frappé du degré effrayant d'inégalité -auquel sont arrivés les gens qui professent la loi du christianisme -et mettent en avant le mensonge de l'égalité. Parmi ces classes, les -unes passent leur vie entière dans un travail abrutissant, inutile et -meurtrier, les autres sont blasées des plaisirs de tous genres.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>L'une des croyances les plus anciennes et les plus profondes comme idée, -était celle des Hindous. La raison pour laquelle elle n'est pas devenue -une croyance universelle et n'a pas donné à la vie des hommes les fruits -qu'elle pouvait apporter, est que ses maîtres ont estimé que les hommes -n'étaient pas égaux et les ont divisés en castes. Pour les gens qui se -croient inégaux, il ne peut y avoir de vrai religion.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>On pourrait comprendre que les gens se croient inégaux parce que l'un -est plus fort, plus grand que l'autre, ou plus intelligent, ou plus -hardi, ou plus savant ou meilleur. Mais ce n'est pas ainsi que l'on -distingue les hommes habituellement. On estime que les hommes ne sont -pas égaux parce que l'un s'appelle comte et l'autre paysan, que l'un -porte des vêtements riches et l'autre des sabots.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Les hommes de notre époque comprennent déjà que l'inégalité des hommes -est une superstition et ils la blâment intérieurement. Mais ceux qui en -retirent un profit ne se décident pas à s'en séparer, tandis que ceux -pour qui elle est désavantageuse ne savent pas comment la supprimer.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Les gens se sont habitués à diviser les hommes en gens distingués et -non distingués, valeureux et lâches, instruits et non instruits, et ils -se sont si bien accoutumés à ce classement, qu'ils croient, en réalité, -que les uns peuvent être meilleurs que les autres, parce que les uns -sont placés par les hommes dans une catégorie et les autres dans une -autre.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Rien que la coutume admise chez les gens riches de tendre la main aux -uns et de ne pas la tendre aux autres, de faire entrer les uns au salon -et de recevoir les autres dans l'anti-chambre, prouve combien les gens -sont loin de reconnaître l'égalité entre eux.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Si la superstition de l'inégalité n'existait pas, les hommes ne -pourraient jamais commettre tous les forfaits qu'ils commettent sans -cesse, uniquement parce qu'ils n'admettent pas que tous les hommes sont -égaux.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>Les excuses de l'inégalité.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Rien ne donne tant d'assurance que la camaraderie pour accomplir des -mauvaises actions, et cela par le fait que quelques hommes seulement -s'unissent entre eux, en laissant tous les autres à l'écart.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Ceux qui se font valoir devant les autres sont tout autant fautifs de -l'inégalité des hommes que ceux qui se croient, inférieurs aux gens qui -se vantent devant eux.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Nous sommes étonnés de voir combien ce que nous appelons maintenant -le christianisme est loin de ce que prêchait Jésus, et combien notre -vie est loin du christianisme. Et, cependant, cela pouvait-il être -autrement lorsqu'il s'agissait d'une doctrine qui, au milieu des gens -qui croyaient que Dieu a divisé les hommes en maîtres et esclaves, -en fidèles et infidèles, en riches et pauvres, apprenait aux gens la -vraie égalité, disant que tous les hommes était fils de Dieu, que tous -sont frères, que la vie de tous étaient également sacrée. Les gens qui -embrassèrent la doctrine du Christ ne pouvaient choisir qu'entre ces -deux alternatives: modifier toute l'ancienne organisation sociale, ou -dénaturer la doctrine. Ils ont choisi la dernière.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>Tous les hommes sont frères.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Il est stupide de voir un homme se croire meilleur que tous les autres, -mais c'est plus stupide encore de voir tout un peuple s'estimer meilleur -que les autres peuples. Et chaque peuple, la plus grande partie de -chaque peuple, vit dans cette affreuse, sotte et mauvaise superstition.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>On comprend qu'un Juif, un Grec, un Romain non seulement ait maintenu -l'indépendance de son peuple par le meurtre, mais encore ait cherché -à soumettre les autres peuples par les mêmes procédés; il croyait que -son peuple était le vrai peuple bon, charitable et aimé de Dieu, et -que tous les autres étaient des Philistins, des barbares. Les hommes du -Moyen Âge pouvaient également le croire; on pouvait le croire naguère -encore, à la fin du siècle dernier. Mais, à notre époque, nous ne -pouvons plus le croire.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>L'homme qui comprend le sens et la signification de la vie est forcé de -sentir son égalité et sa fraternité avec tous les hommes non seulement -de son peuple, mais de tous les peuples.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Chaque homme, avant d'être autrichien, serbe, turc, chinois, est un -homme, c'est-à-dire un être raisonnable et aimant dont l'unique mission -est de remplir sa destinée pendant le court laps de temps qu'il doit -vivre en ce monde. Cette mission est d'aimer tous les hommes.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Un enfant accueille un autre, indépendamment de la classe de la religion -ou de la nationalité à laquelle il appartient, d'un sourire bienveillant -qui exprime la joie. L'homme adulte qui devrait être plus raisonnable -que l'enfant, se demande, avant d'entrer en relations avec un autre, -quelle est sa classe, sa religion, sa nationalité et le traite de façon -ou d'autre, suivant sa classe, sa nationalité. Le Christ disait bien: -soyez comme les enfants.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Le Christ a appris aux hommes que la distinction entre leur peuple et -les peuples étrangers était une supercherie et un mal. Ayant compris -cela, le chrétien ne peut plus concevoir un sentiment d'inimitié pour -d'autres peuples; il ne peut plus excuser, ainsi qu'il le faisait -auparavant, les actes de cruauté à l'égard des peuples étrangers, par -le fait que ces peuples étaient pires que le sien. Le chrétien ne peut -pas ignorer que sa distinction des autres peuples est un mal, que cette -distinction est une tentation, et, par conséquent, il ne peut plus se -laisser abuser, ainsi qu'il le faisait auparavant.</p> - -<p>Le chrétien ne peut pas ignorer que son bonheur est lié, non pas à -celui des hommes de son peuple seul, mais au bonheur des hommes de tout -l'univers; il sait que son union avec tous les hommes ne peut être -rompue par la frontière et les règlements relatifs à sa nationalité. Il -sait que tous les hommes sont frères partout, et sont, par conséquent, -tous égaux.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>Tous les hommes sont égaux.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'égalité, c'est la reconnaissance à tous les hommes de droits égaux -aux bienfaits de la nature de leur vie en commun et au respect de la -personnalité humaine.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La loi de l'égalité des hommes renferme toutes les lois morales; c'est -le point auquel ces lois ne peuvent atteindre, mais vers lequel elles -convergent toutes.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">E. CARPENTER</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Le vrai «moi» de l'homme est spirituel. Et ce «moi» est le même en tous. -Alors comment les hommes pourraient-ils ne pas être égaux?</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Et un jour la mère et les frères de Jésus-Christ vinrent chez lui, mais -ne purent le voir parce qu'il y avait beaucoup de monde autour de Lui. -Et un homme les aperçut, et il s'approcha de Lui et dit: «Les gens de Ta -famille, Ta mère et Tes frères sont dehors et veulent te voir.» Mais, -Jésus dit:—Ma mère et mes frères sont ceux qui ont compris la volonté -de mon Père et qui l'accomplissent.</p> - -<p>Les paroles de Jésus signifient que pour un homme raisonnable qui -comprend sa destination, il ne peut y avoir de différence ou d'avantages -entre les uns et les autres.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Nous sommes mécontents de la vie parce que nous ne cherchons pas le -bonheur là où il nous est donné.</p> - -<p>C'est là la raison de toutes les tentations.</p> - -<p>Le bonheur incomparable de la vie, avec toutes ses joies, nous est -donné. Et nous disons: nous avons peu de joies. On nous donne le plus -grand bonheur de la vie: la communion entre tous les hommes, mais nous -disons: je veux mon bonheur à moi, celui de ma famille, celui de mon -peuple.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>Pourquoi tous les hommes sont égaux.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Seul celui qui ignore que Dieu vit en lui, peut attribuer à certaines -gens plus d'importance qu'aux autres.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Lorsque l'homme aime les uns plus que les autres, il aime d'un amour -humain. Pour l'amour divin, tous les hommes sont égaux.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Le même sentiment d'attendrissement tout particulier que nous éprouvons -indifféremment à la vue d'un nouveau-né, aussi bien qu'à la vue d'un -être humain qui vient de mourir, indépendamment de la classe à laquelle -il appartient, nous démontre notre conscience innée de l'égalité de tous -les hommes.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Si l'on considère tous les hommes comme ses égaux, cela ne veut pas dire -que l'on est aussi fort, aussi agile, aussi intelligent, aussi instruit, -aussi bon que les autres; cela veut dire qu'il y a en toi la chose la -plus importante au monde qui est la même en tous les hommes: l'Esprit de -Dieu.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Dire que les hommes ne sont pas égaux, serait prétendre que le feu de la -cheminée, de l'incendie, de la bougie n'est pas le même. L'esprit divin -vit en chaque homme. Comment pouvons-nous faire une différence entre les -porteurs du même principe?</p> - -<p>Un feu a pris, l'autre prend seulement; mais le feu est le même et nous -nous comportons envers chaque feu de la même façon.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>La reconnaissance de l'égalité de tous les hommes est possible et -l'humanité s'y rapproche.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Les hommes s'occupent à établir l'égalité devant leurs lois, mais ils -ne veulent rien savoir de l'égalité établie par la loi éternelle qu'ils -transgressent par leur loi.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Ne devrions-nous pas nous efforcer d'organiser notre vie de façon à ce -que l'élévation sur les degrés de l'échelle sociale ne séduise pas les -hommes, mais les effraye; car cette élévation les prive de l'un des -principaux bienfaits de la vie: des rapports égaux entre tous les hommes.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après RUSKIN.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>On dit que l'égalité est impossible. Il faudrait dire au contraire: -l'inégalité est impossible parmi les chrétiens.</p> - -<p>On ne peut pas faire qu'un homme grand, devienne petit, un fort faible, -un intelligent sot, un ardent froid, mais on peut et on doit également -aimer et respecter un petit comme un grand, un faible comme un fort, un -sage comme un sot.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>On dit toujours que les uns sont plus forts, les autres plus faibles, -que les uns sont plus intelligents, les autres plus bêtes. C'est -précisément parce que les uns sont plus intelligents, ou plus forts que -les autres, dit Lichtenberg, que l'égalité des droits des hommes est -nécessaire. Si, outre l'inégalité intellectuelle et physique, il y avait -encore l'inégalité des droits, l'oppression des faibles par les forts -serait encore plus grande.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Ne crois pas que l'égalité est impossible, ou bien qu'elle ne puisse -être réalisée dans un avenir très éloigné. Apprends-la chez les -enfants. Elle peut exister dès à présent pour chaque homme. Toi-même, -tu peux établir dans ta vie l'égalité envers tous les gens que tu -rencontres. Seulement, ne témoigne pas de respect particulier à ceux -qui se croient grands et haut placés, mais traite surtout avec le -même respect ceux que l'on considère comme petits et placés au bas de -l'échelle sociale.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII.—<i>Tous les hommes sont égaux pour celui qui vit de la vie -spirituelle.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Pour le chrétien l'amour est un sentiment qui veut le bonheur de tous -les hommes. Pour bien des gens le mot «amour» exprime un sentiment -absolument contraire, parce qu'ils l'envisagent sous son aspect animal: -c'est le sentiment qui force la mère, pour le bien de son enfant, à -ravir, en prenant une nourrice, le lait de sa mère à un autre enfant; un -père à arracher le dernier morceau à ceux qui ont faim pour le donner -à ses enfants; celui qui aime une femme, à la faire souffrir en la -séduisant, ou, par jalousie, causer sa perte et la sienne; le sentiment -qui détermine les gens du même clan à nuire à ceux des camps étrangers -ou ennemis; celui qui pousse les hommes outragés dans leur orgueil -national à couvrir les champs de bataille de morts et de blessés. -Ces sentiments ne sont pas de l'amour, car ceux qui les éprouvent ne -reconnaissent pas tous les hommes comme égaux. Et sans la reconnaissance -de l'égalité des hommes, il ne peut y avoir de véritable amour.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>On ne peut combiner l'inégalité avec l'amour. L'amour est comme le -soleil qui éclaire indifféremment tout ce qui tombe sous ses rayons. -Quand l'amour luit sur l'un et exclut l'autre, cela montre qu'il n'est -pas amour, mais seulement quelque chose qui lui ressemble.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il est difficile d'aimer également tous les hommes; mais pour la raison -que cela est difficile, on ne peut pas dire qu'on ne doit pas s'efforcer -de le réaliser.</p> - -<p>Tout ce qui est bien est difficile.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Plus les hommes sont inégaux par leurs qualités, plus on doit se donner -de la peine pour les traiter d'une façon égale.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>En toi, en moi, en chacun de nous demeure le Dieu de la vie. Tu as tort -de te fâcher contre moi, de ne pas supporter mon approche: sache, que -nous sommes tous égaux.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAKHMUD HASCHA <i>hindou</i>.</p> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XIV" id="CHAPITRE_XIV">CHAPITRE XIV</a></h4> - -<h3>DE LA VIOLENCE</h3> - - -<p>Une des raisons principales des malheurs des hommes est de croire à -la possibilité d'améliorer, d'organiser la vie des autres hommes en -recourant à la violence.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">I.—<i>La violence de l'homme exercée sur l'homme.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'erreur de croire que les hommes peuvent, par la force, organiser la -vie de leurs pareils, provient non de l'invention de cette duperie par -tel ou tel, mais de ce que, poussés par leurs passions, les hommes -avaient commencé par violenter leurs semblables, puis ont cherché une -excusé à cette violence.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Les hommes voient qu'il y a quelque chose de mauvais dans leur vie, -qu'il y a quelque chose à améliorer. Mais nous ne pouvons améliorer -que ce qui est en notre pouvoir: nous-même. A cette fin, il faut tout -d'abord reconnaître que nous ne sommes pas bons, et on n'en a pas envie. -Dès lors, toute notre attention se concentre non pas sur ce qui est -en noire pouvoir: notre âme, mais sur les conditions extérieures qui -ne sont pas en notre pouvoir et dont la modification ne pourrait pas -plus améliorer la situation des hommes que le transvasement du vin -d'un récipient dans un autre ne peut changer sa qualité. De là, la vie -oisive, d'abord, puis, nuisible, présomptueuse (nous corrigeons les -autres hommes) et méchante (on peut tuer les hommes qui entravent le -bonheur général).</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>On croit forcer les gens à bien vivre en employant la contrainte, alors -que l'on montre soi-même l'exemple de la mauvaise vie en recourant à -la violence. Les hommes sont dans la boue et, au lieu de tâcher d'en -sortir, ils apprennent aux autres ce qu'il faut faire pour ne pas se -salir.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Il est facile d'organiser la vie des autres, parce que si nous -l'organisons mal, ce n'est pas nous qui en souffrons, mais les autres.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Seul celui qui ne croit pas en Dieu peut s'imaginer que des gens pareils -à lui peuvent organiser sa vie de façon à ce qu'elle soit meilleure.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>L'erreur de croire qu'il y à des gens qui peuvent organiser la vie des -autres est effrayante parce qu'avec celle croyance, plus les gens sont -pervers, plus ils sont estimés.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Lorsque les gens disent que tous doivent vivre en paix, n'offenser -personne, alors qu'eux-mêmes forcent les gens, non par la douceur, mais -par la violence, à vivre comme ils veulent; c'est comme s'ils disaient: -faites ce que nous disons, mais non ce que nous faisons. On peut -craindre ces gens-là, mais on ne peut pas avoir foi en eux.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>La lutte contre le mal par la violence est inadmissible parce que -les hommes conçoivent le mal différemment.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Etant donné que chaque homme détermine le mal à sa manière, il -semblerait évident que si chacun combat le mal par la violence, cela -ne peut qu'augmenter le mal au lieu de le diminuer. Si Jean estime que -Pierre n'agit pas bien et se croit en droit de faire du mal à Pierre, -celui-ci prend le même droit de faire du mal à Jean, et le mal ne fait -qu'augmenter.</p> - -<p>Mais chose étrange: tout en pénétrant les lois du mouvement des étoiles, -les hommes ne comprennent pas une vérité aussi évidente. Pourquoi? Parce -qu'ils croient que la violence est bienfaisante.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La doctrine conformément à laquelle l'homme ne peut et ne doit jamais -faire violence pour arriver à ce qui lui semble bien, est juste pour -cette simple raison que tous les hommes n'entendent pas le bien et -le mal de la même façon. Ce que l'un considère comme mal est douteux -(d'autres le considèrent comme bien), tandis que la violence dont il use -afin de supprimer le mal: coups, blessures, entraves à la liberté, mort, -est incontestablement un mal.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Le plus grand mal de la superstition suivant laquelle on peut organiser -la vie des autres, par la violence, réside en ce fait, qu'aussitôt qu'un -homme se permet d'user de violence à l'égard d'un seul pour le bien de -tous, il n'y a plus de borne au mal qu'il pourrait commettre. C'est la -même superstition qui justifiait dans les temps passés, les tortures, -l'inquisition, le servage, et à notre époque, les guerres qui font périr -des millions d'hommes.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>L'inefficacité de la violence.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Forcer les gens par la violence à cesser de faire le mal revient au même -que de poser une digue sur une rivière, et de se réjouir que, l'eau -soit devenue moins profonde derrière la digue. De même que la rivière -inondera la digue en son temps et coulera comme par le passé, les hommes -qui font le mal ne cesseront pas de le faire, mais attendront simplement -une occasion propice.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Celui qui exerce sur nous la violence semble nous priver de nos droits, -et c'est pourquoi, nous le détestons. Par contre, nous aimons comme nos -bienfaiteurs ceux qui savent nous convaincre. Ce n'est pas le sage, -mais l'homme grossier et ignorant qui a recours à la violence. Pour -employer la force, il faut de nombreux collaborateurs; pour convaincre, -on n'a besoin de personne. Celui qui se sent suffisamment fort pour -agir sur la raison n'aura pas recours à la violence. Seuls ceux qui se -reconnaissent incapables de persuader, usent de violence.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SOCRATE.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Contraindre les gens à faire ce qui me semble bon, est le meilleur moyen -de les en dégoûter.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Chacun sait combien il est difficile de modifier sa vie et de devenir -tel que l'on voudrait. Mais lorsqu'il s'agit des autres, il nous semble -qu'il suffit seulement d'ordonner et d'effrayer pour que les autres -deviennent tels que nous désirerions qu'ils soient.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>S'il est possible de soumettre les hommes à l'équiter par la violence, -cela ne veut pas dire qu'il soit juste de soumettre les hommes par la -violence.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>L'erreur d'organiser la vie par la violence.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Il a déjà été fait, tant de sacrifices sur l'autel du Dieu de la -violence qu'on aurait pu peupler de ces victimes vingt planètes de la -grandeur de la terre; mais est-on arrivé au moindre résultat? A aucun, -sinon à ce fait que la situation des peuples empire de plus en plus. -Malgré tout, la violence demeure toujours l'idole. Devant, son autel, -baigné de sang, l'humanité semble vouloir se prosterner jusqu'à la -consommation des siècles, au son du tambour; au bruit des canons et des -gémissements humains.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ADIN BALLOU.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>«L'instinct de conservation est la première loi de la nature» disent -ceux qui nient la loi de la non-résistance.</p> - -<p>«D'accord, mais qu'en résulte-t-il?» demandai-je!</p> - -<p>«Il en résulte que la défense contre ce qui menace est également -une loi de la nature. Et de là, cette conclusion que la lutte et, -sa conséquence, la disparition du plus faible, est une loi de la -nature; et cette loi justifie incontestablement la guerre, la violence -et la vengeance; de sorte que la conséquence de l'instinct de -conservation,—est que la défense est légitime; par suite, la doctrine -qui défend l'emploi de la violence est erronée, comme étant contraire à -la nature et aux conditions de la vie sur la terre.»</p> - -<p>—Je suis d'accord que l'instinct de conservation est la première loi -de la nature, et qu'il incite à la défense. Je suis d'accord que les -hommes, à l'instar des organismes inférieurs, luttent ordinairement -les uns contre les autres, s'offensent et s'entre-tuent même, sous le -prétexte de se défendre et de se venger. Mais j'y vois uniquement que -la plupart des hommes, malgré la loi humaine supérieure qui leur est -révélée continuent malheureusement à vivre suivant la loi bestiale, et -se privent ainsi du moyen de défense le plus efficace: de payer le mal -par le bien, ce dont ils auraient pu profiter s'ils n'avaient pas suivi -la loi bestiale de la violence, mais la loi humaine de l'amour.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">ADIN BALLOU.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il est certain que la violence et le meurtre révoltent l'homme et que -son premier mouvement est d'y opposer la violence et le meurtre. Un -tel procédé, bien qu'il se rapproche de celui employé par les animaux -et soit peu efficace, n'a rien d'insensé ni de contradictoire. Mais il -n'en est pas de même lorsqu'il s'agit de justifier ces procédés. Dès -que les gens qui organisent notre vie, veulent excuser ces actes par -une argumentation raisonnable, il devient indispensable d'échaffauder -des inventions ingénieuses et complexes afin de masquer l'ineptie d'une -pareille tentative.</p> - -<p>Le moyen principal de justification est de citer l'exemple d'un brigand -imaginaire qui torture et assassine des innocents devant nous.</p> - -<p>«Vous pouvez vous sacrifier en vertu de votre conviction sur -l'illégalité de la violence, mais cette fois vous sacrifiez la vie d'un -autre,» disent les défenseurs de la violence.</p> - -<p>Mais d'abord, un tel brigand est un cas exceptionnel; bien des gens -peuvent vivre des centaines d'années sans rencontrer un brigand qui -tuerait des innocents devant eux. Pourquoi baserai-je les règlements -de ma vie sur cette invention? En envisageant la vie réelle et non pas -des inventions, nous apercevons tout autre chose. Nous voyons des gens, -et nous-mêmes, accomplissant les actions les plus cruelles, et cela -non pas isolement, comme ce brigand imaginaire, mais en commun avec -d'autres personnes, et non pas parce que nous serions des malfaiteurs -comme le dit brigand, mais parce que nous nous trouvons sous l'influence -de la superstition suivant laquelle la violence est légitime. Ensuite, -nous voyons que les actions les plus cruelles viennent non pas du -brigand imaginaire, mais de gens qui fondent leur conduite sur -l'existence imaginaire de ce brigand. De sorte que l'homme qui réfléchit -reconnaîtrait que la cause du mal ne réside nullement en ce brigand -imaginaire, mais dans la cruelle erreur qui incite à faire un mal réel -en vertu d'un mal imaginaire.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>Les conséquences néfastes de la superstition de la violence.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Le mal dont les gens croient se défendre par la violence est -incomparablement moindre que celui qu'ils se font en se défendant par la -violence.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Non seulement le Christ, mais tous les sages de l'univers, et les -Brahmanes, et les Bouddhistes, et les Taoistes, et les savants grecs, -ont enseigné que les gens raisonnables devaient payer le mal par le bien -et non par le mal. Mais ceux qui vivent eux-mêmes de la violence disent -que ce n'est pas possible, que la vie serait ainsi plus malheureuse. Et -ils ont raison pour eux-mêmes, mais non pas pour ceux qu'ils violentent.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il est difficile d'observer la doctrine de la non-résistance au mal par -la violence; mais est-il plus facile d'observer celle de la lutte et de -la vengeance?</p> - -<p>Pour obtenir une réponse à cette question, ouvrez l'histoire de -n'importe quel peuple et lisez la description de l'une des cent mille -batailles que les hommes se sont livrées pour obéir à la loi de la -lutte. Au cours de ces guerres ont été tué des milliards d'hommes, si -bien que pendant une seule on a sacrifié un plus grand nombre de vies, -supporté plus de souffrances qu'il ne s'en accumulerait pendant des -siècles en ne résistant pas au mal.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>La violence provoque la colère, et celui qui en use pour se défendre non -seulement n'y trouve pas une garantie, mais s'expose le plus souvent -à des dangers plus grands encore. Aussi, employer la violence pour sa -garantie est un mauvais calcul.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Toute violence ne désarme pas l'homme, mais ne fait que l'irriter -davantage. Il est donc évident que la violence ne saurait améliorer la -vie des hommes.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>La violence assure un semblant de justice, tandis qu'elle éloigne les -hommes de la possibilité de mener une vie juste sans violence.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Pourquoi le christianisme a-t-il été perverti? Pourquoi la moralité -est-elle tombée si bas? Il n'y a qu'une seule raison à cela; la foi en -l'efficacité du régime de violence.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">VI.—<i>Seule la non-résistance au mal par la violence permet à l'humanité -de substituer la loi de l'amour à la loi de la violence.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La signification des paroles: «Vous avez entendu qu'il a été dit: -œil pour œil, dent pour dent. Mais moi je vous dis: ne résiste pas -au méchant. Et celui qui te frappera etc.,» est absolument claire et -n'exige aucune explication ni commentaire. Il est impossible de ne -pas comprendre que ces paroles signifient que le Christ, en reniant -l'ancienne loi de violence: œil pour œil dent pour dent, renie par -cela même tout l'ordre des choses fondée sur cette loi, et institue -une nouvelle loi d'amour entre tous les hommes sans distinction et, -par cela même, une nouvelle organisation sociale qui n'est plus fondée -sur la violence, mais sur l'amour universel. Alors, comprenant cette -doctrine dans son véritable sens et prévoyant que sa mise en pratique -fera disparaître tous leurs privilèges et avantages, certains hommes ont -crucifié le Christ et continuent à crucifier ses disciples. D'autres -hommes ayant également compris le sens réel de la doctrine sont allés et -vont encore à la croix, en rapprochant de plus en plus le moment de la -nouvelle organisation de la vie fondée sur la loi de l'amour.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La doctrine de la non-résistance au mal par le mal n'est pas une -nouvelle loi, mais simplement le signalement de la déviation de la loi -de l'amour, savoir que toute admission de violence contre son prochain, -que ce soit sous prétexte de vengeance ou sous celui de la libération de -soi-même ou de son prochain du mal, est incompatible avec l'amour.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Rien n'entrave l'amélioration de la vie humaine tant que le désir des -hommes d'améliorer leur vie par des actes de violence. Et la violence -des uns envers les autres, nous détourne plus que tout de la seule chose -qui pourrait améliorer notre vie: l'effort sur nous-mêmes pour devenir -meilleurs.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Moins l'homme est satisfait de lui-même et de sa vie intérieure, plus -il se fait remarquer dans la vie extérieure, publique.</p> - -<p>Afin de ne pas tomber dans cette erreur, l'homme doit comprendre et se -souvenir qu'il n'a pas le pouvoir et qu'il n'est pas appelé à organiser -la vie des autres, mais qu'il doit s'occuper, comme tous les hommes, -uniquement de son perfectionnement intérieur que cela seulement est en -son pouvoir et que cette conduite seule peut avoir une action sur la vie -des autres.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Si les hommes consacraient le temps et les forces dépensés aujourd'hui -à l'organisation de la vie des autres à la lutte de chacun contre -ses propres péchés, le but qu'ils veulent atteindre—la meilleure -organisation de la vie—serait bien vite réalisé.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Lorsqu'on demandait à Socrate où il était né, il disait: sur la terre. -Lorsqu'on lui demandait de quel pays il était; il répondait: du pays -universel.</p> - -<p>Nous devons nous souvenir que, devant Dieu, nous sommes tous les -habitants de la même terre, et que nous sommes tous sous le pouvoir -suprême de la loi divine.</p> - -<p>Cette loi est toujours la même pour tous les hommes.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Aucun homme ne peut être ni un instrument, ni un but. Là est sa dignité -d'homme. Et de même qu'il ne peut disposer de sa personne à aucun prix -(ce qui serait contraire à sa dignité), il n'a pas le droit de disposer -de la vie d'autrui; autrement dit, il doit reconnaître la dignité -humaine de chaque homme, et c'est pourquoi, il doit exprimer son respect -à chaque homme.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>A quoi servirait aux hommes la raison, si l'on ne peut les influencer -que par la violence?</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Chose étrange! L'homme se révolte à la vue du mal venant du dehors, des -autres, du mal qu'il ne peut supprimer; mais il ne lutte pas contre son -propre mal, bien que cela soit toujours en son pouvoir.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>On peut instruire les autres en leur révélant la vérité et en leur -donnant l'exemple du bien, et non pas en les forçant à faire ce que nous -voulons.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Si, au lieu de vouloir sauver l'humanité, chacun travaillait à son -propre salut et au lieu de vouloir libérer l'humanité, tentait de se -libérer soi-même,—combien on aurait fait pour le salut et la libération -de l'humanité.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">HERZEN<a name="FNanchor_1_8" id="FNanchor_1_8"></a> -<a href="#Footnote_1_8" class="fnanchor">[1]</a>.</p> - -<p class="caption">12</p> - -<p>Accomplis ton œuvre de vie en perfectionnant et en améliorant ton âme, -et sois persuadé que ce n'est qu'ainsi que tu pourras contribuer de la -façon la plus féconde à l'amélioration de te vie commune des hommes.</p> - -<p class="caption">13</p> - -<p>Notre vie serait belle si nous avions aperçu seulement ce qui détruit -notre bonheur. Et c'est la superstition de la violence qui ne peut nous -donner ce bonheur qui le détruit.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VIII.—<i>Interprétation erronée du commandement du Christ interdisant -d'user de la violence contre le mal.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La base de l'organisation sociale des païens était la vengeance et la -violence. Cela devait être ainsi. Il semblerait, par contre, que l'amour -et la renonciation à la violence auraient dû inévitablement être à la -base de notre société. Cependant, la violence règne toujours. Pourquoi? -Parce que ce qui est professé au nom du Christ n'est pas la doctrine du -Christ.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Doit-on comprendre les paroles du Christ sur l'amour envers ceux qui -nous haïssent, envers nos ennemis, amour qui n'admet aucune violence, -comme elles ont été dites, c'est-à-dire commandant l'humilité et -l'amour, ou bien doit-on les comprendre autrement? Et si c'est -autrement, on doit dire comment. Or, personne ne le fait. Pourquoi? -Parce que ceux qui se disent chrétiens veulent cacher à eux-mêmes et -aux autres le sens véritable de la doctrine du Christ commandant le -changement profond de leur vie. Or, l'ordre actuel leur est profitable.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Chose étrange: ceux qui reconnaissent la doctrine du Christ se révoltent -contre la règle qui n'admet en aucun cas la violence.</p> - -<p>L'homme qui reconnaît que le sens et l'œuvre de la vie est dans -l'amour, se révolte parce qu'on lui indique à cet effet une voie sûre, -en même temps que les erreurs les plus dangereuses qui pourraient le -détourner de cette voie. C'est comme si le marin s'indignait contre -l'indication de la bonne direction au milieu des bancs de sables et -de récifs. «Pourquoi cette contrainte? Il se peut que j'aie besoin -d'échouer sur un banc de sable.» Les gens parlent de même lorsqu'ils -s'indignent contre la défense d'employer la violence et de rendre le mal -pour le mal.</p> - -<hr class="r5" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Footnote_1_8" id="Footnote_1_8"></a><a href="#FNanchor_1_8"><span class="label">[1]</span></a> Célèbre écrivain russe, émigré à l'étranger. (<i>N. du Tr.</i>)</p></div> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XV" id="CHAPITRE_XV">CHAPITRE XV</a></h4> - -<h3>DU CHÂTIMENT</h3> - - -<p>Chez l'animal, le mal provoque le mal. N'ayant pas de frein pour -se maîtriser, l'animal cherche à rendre le mal pour le mal, sans -s'apercevoir que le mal accroît inévitablement le mal. L'homme, pourvu -de raison, ne peut pas lui, ne pas s'en rendre compte et doit, par -suite, savoir se contenir. Malheureusement, sa nature bestiale l'emporte -souvent sur sa raison et il emploie cette même raison à justifier le mal -qu'il commet en le qualifiant de châtiment, de punition.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I.—<i>Le châtiment n'atteint jamais le but par lequel on le justifie.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>On affirme qu'on peut rendre le mal pour le mal dans un but de -correction. C'est une erreur. On rend le mal pour le mal, non pour -corriger les hommes, mais pour se venger. On ne peut corriger le mal par -le mal.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Punir veut dire en russe: donner une leçon. Or, on ne peut enseigner -que par la bonne parole et le bon exemple. Lorsqu'on rend le mal pour le -mal on n'instruit pas, mais on déprave.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>L'erreur qu'on peut supprimer le mal par la punition est tout -particulièrement dangereuse, pour cette raison que les gens qui -commettent ainsi le mal considèrent que cela est non seulement permis, -mais encore bienfaisant.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Par la punition, par la menace du châtiment on peut effrayer l'homme, le -retenir du mal pour un temps, mais on ne peut le corriger.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La plus grande partie des malheurs des gens provient de ce que les -hommes—pécheurs—se sont reconnu le droit de punir.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>La preuve la plus éclatante de ce que sous le nom de «science» on -entend souvent des choses insignifiantes, voire monstrueuses, est dans -l'existence d'une science de punitions, c'est-à-dire visant l'acte le -plus grossier qu'un homme puisse commettre.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>Superstition de l'efficacité de la vengeance.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>De même qu'il existe des superstitions d'idolâtrie, de présages, de -culte extérieur, etc., il existe chez les hommes une superstition -universelle en vertu de laquelle les uns peuvent contraindre les autres -à mener une bonne vie. Les premières superstitions commencent à -disparaître ou ont disparu, mais celle qui fait croire à la possibilité -de rendre les hommes heureux par le châtiment des mauvais, continue à -être reconnue de tous, et l'on commet en son nom les plus grands crimes.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>«Alors les scribes et les pharisiens Lui amenèrent une femme surprise -en adultère et, l'ayant placée au milieu d'eux, Lui dirent: Maître, -cette femme a été surprise en flagrant délit d'adultère. Or, Moïse -nous a ordonné dans sa loi, de lapider de telles femmes. Et toi, qu'en -dis-tu? Ils disaient cela pour L'éprouver, afin de pouvoir L'accuser. -Mais Jésus, s'étant baissé, se mit à écrire de son doigt sur le sable. -Et comme ils continuaient à L'interroger, Il se releva et leur dit;—Que -celui de vous qui est sans péché lui jette le premier la pierre. Et -s'étant de nouveau baissé il se remit à écrire sur le sable. Quand ils -entendirent cela, dénoncés par leur conscience, ils se retirèrent l'un -après l'autre, en commençant par les plus notables jusqu'aux derniers, -et Jésus lut laissé seul avec la femme. Alors Jésus s'étant relevé et ne -voyant personne que la femme, lui dit:—Femme, où sont tes accusateurs? -Personne ne t'a-t-il condamnée? Elle dit: Personne, Seigneur; Jésus lui -dit: Je ne te condamne pas non plus; va et ne pèche plus.»</p> - -<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;">JEAN VIII, 3-11.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Les hommes font du mal par méchanceté pour se venger d'une offense, par -une fausse notion des moyens de se protéger; puis, afin de se justifier, -ils persuadent les autres et eux-mêmes qu'ils agissent ainsi afin de -corriger celui qui leur a fait du mal.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Un certain ordre subsiste dans notre société, non pas parce qu'on -inflige des punitions à ceux qui troublent cet ordre, mais parce que, -malgré la mauvaise influence de ces châtiments, les hommes s'aiment et -ont pitié quand même les uns des autres.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Le châtiment est nuisible, moins parce qu'il irrite celui qu'on punit, -que parce qu'il déprave celui qui punit.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>La vengeance dans les rapports individuels.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Punir un homme pour ses mauvaises actions revient au même que de -chauffer le feu. Tout homme qui a fait le mal est déjà puni, parce qu'il -est privé de tranquillité, est tourmenté par sa conscience. Mais si sa -conscience ne le tourmente pas, toutes les punitions que les hommes -peuvent lui infliger ne le corrigeront pas, mais ne feront que l'irriter -davantage.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Le vrai châtiment pour chaque mauvaise action est celui qui se produit -dans l'âme du criminel même, et qui est dans l'abaissement de sa faculté -de jouir des bienfaits de la vie.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Un homme a fait le mal. Et voilà qu'un autre homme ou des hommes, ne -trouvent rien de mieux que de commettre une nouvelle mauvaise action -qu'ils qualifient de châtiment.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>On tue un ours en suspendant une grosse bûche à une corde au-dessus -d'une auge remplie de miel. L'ours repousse la bûche pour manger -le miel. La bûche revient et lui donne un coup, l'ours se fâche et -repousse la bûche plus fort; elle le frappe plus fort encore. Et cela -dure jusqu'à ce que la bûche tue l'ours. Les hommes agissent de même -lorsqu'ils rendent le mal pour le mal. Est-il possible que les hommes ne -puissent être plus raisonnables qu'un ours?</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>La vengeance dans les rapports sociaux.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La thèse sur la rationalité du châtiment non seulement n'a pas contribué -et ne contribue pas à la bonne éducation des enfants, à la meilleure -organisation des sociétés et à la moralité de ceux qui croient au -châtiment dans l'autre monde, mais encore a causé et cause des malheurs -innombrables: elle endurcit les enfants, affaiblit les liens sociaux et -déprave les hommes par les promesses de l'enfer en privant la vertu de -son fondement principal.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si les hommes ne croient pas qu'il faut rendre le bien pour le mal, -c'est uniquement en raison de ce fait qu'on les a habitués, depuis leur -enfance, à croire qu'en ne rendant pas le mal, aucun ordre social ne -saurait exister.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>S'il est vrai que les hommes bons souhaitent de voir cesser tous les -méfaits: vols, misère, meurtres, tous les crimes qui souillent la vie -humaine, ils doivent comprendre qu'on ne saurait y parvenir par la lutte -et la vengeance. Toute chose engendre une chose à son image et tant que -nous ne neutralisons pas les offenses et les violences des malfaiteurs -par des actes absolument contraires et que nous continuons à agir comme -eux, nous ne ferons qu'encourager et cultiver en eux tout le mal que -nous désirons supprimer. Nous arriverons à redonner au mal un aspect -différent, mais le fond restera.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après BALLOU.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Des dizaines, des centaines d'années s'écouleront peut-être, mais il -viendra un temps où nos petits enfants s'étonneront de nos châtiments -comme nous nous étonnons aujourd'hui des autodafés et des tortures. -«Comment pouvaient-ils ne pas voir l'ineptie, la cruauté, l'inutilité de -ce qu'ils faisaient» diront nos descendants.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>Dans les rapports personnels des hommes, la vengeance doit faire -place à l'amour fraternel et le mal ne sera plus enrayé par la violence.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Que faire lorsqu'un homme se fâche contre toi et te fait du mal? On peut -faire bien des choses, mais il ne faut sûrement pas en faire une; il ne -faut pas faire de mal, c'est-à-dire la même chose qu'il t'a fait.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Ne dites pas que si les gens vous font des bienfaits, vous leur en ferez -aussi, et que si les gens vous humilient, vous les humilierez aussi; -mais agissez ainsi: si les gens vous font des bienfaits, faites-leur en -aussi, et s'ils vous humilient, ne les humiliez pas.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La doctrine d'amour n'admettant pas la violence est utile non seulement -parce que c'est bien pour l'homme et pour son âme de subir le mal, et de -rendre le bien pour le mal, mais encore parce que seul le bien arrête -le mal, l'éteint, ne lui permet pas de se propager. La vraie doctrine -d'amour est salutaire parce qu'elle ne permet pas au mal de s'éteindre.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Il y a assez longtemps que les hommes ont commencé à comprendre -l'incompatibilité du châtiment avec l'essence supérieure de l'âme -humaine, et qu'ils ont commencé à imaginer différentes doctrines qui -permettent de justifier ce penchant bestial. Les uns disent que le -châtiment est nécessaire pour effrayer; les autres, qu'il est nécessaire -pour corriger, les troisièmes pour instaurer la justice. Mais toutes ces -doctrines ne sont qu'un amas de vaines paroles parce qu'elles n'ont pour -base que de mauvais sentiments: la vengeance, la peur, l'égoïsme, la -haine. On invente bien des choses, mais on ne se décide pas à faire une -seule chose utile: ne rien faire; laisser celui qui a péché se repentir -ou ne pas se repentir, se corriger ou ne pas se corriger; quant à ceux -qui imaginent ces doctrines et ceux qui les mettent en pratique, ils -n'ont qu'à laisser les autres tranquilles et à avoir eux-mêmes une bonne -conduite.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Réponds au mal par le bien et tu feras disparaître chez le méchant tout -le plaisir qu'il voit au mal.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Rien ne réjouit les hommes tant que de voir qu'on leur pardonne, et rien -ne procure plus de joie à celui qui le fait.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>La bonté vainct tout, et elle-même est invincible.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>On peut résister à tout hormis à la bonté.</p> - -<p style="margin-left: 30%; font-size: 0.8em;">D'après ROUSSEAU.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Rendez le mal pour le bien; pardonnez à tous, alors seulement il n'y -aura plus de mal sur la terre. Peut-être n'auras-tu pas la force de le -faire; mais sache qu'il ne faut désirer que cela, qu'il ne faut aspirer -qu'à cela, car cela seul nous sauvera du mal dont nous souffrons tous.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Dieu estime le plus celui qui pardonne l'offense, surtout lorsque -l'offenseur est au pouvoir de l'offensé.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAHOMET.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Alors Pierre, s'étant approché de Lui, dit: Seigneur, combien de fois -pardonnerai-je à mon frère lorsqu'il pêchera contre moi? Sera-ce jusqu'à -sept fois? Jésus lui répondit: je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais -jusqu'à septante fois sept fois.</p> - -<p style="margin-left: 60%; font-size: 0.8em;">(MATTH., XVIII, 21, 22)</p> - -<p class="caption">12</p> - -<p>Lorsqu'on pardonne, il ne s'agit pas de dire: «je pardonne», mais il -faut extirper de son cœur le mauvais sentiment que l'on éprouve à -l'égard de l'offenseur. Et pour le faire, il faut se souvenir de ses -propres péchés; alors on découvrira sûrement en soi des actes plus -repréhensibles que ceux pour lesquels on se fâche.</p> - -<p class="caption">13</p> - -<p>La doctrine d'après laquelle, on ne peut se venger quand on aime, -est tellement claire qu'elle découle elle-même du sens général de -cette doctrine. Si même il n'était pas expressément mentionné dans la -doctrine du Christ que tout chrétien doit rendre le bien pour le mal et -aimer ceux qui vous haïssent, quiconque comprend cette doctrine déduit -lui-même cette exigence d'amour.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>Il est tout aussi important de ne pas combattre le mal par la -violence dans les rapports sociaux que dans les rapports individuels.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Les hommes désirent rester aussi mauvais qu'ils sont et veulent en même -temps que leur vie soit meilleure.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Nous ne savons pas, nous ne pouvons savoir en quoi consiste le bien -public; mais, nous savons formellement qu'il ne peut être réalisé que -par l'accomplissement de la loi éternelle du bien, qui est révélée à -chaque homme, à sa raison et dans son cœur.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>On dit qu'on est forcé de payer le mal par le mal, parce que si on ne le -fait pas, les méchants prendront le dessus sur les bons. Je pense que -c'est tout le contraire: les méchants opprimeront les bons, lorsque les -hommes croiront qu'il est permis de payer le mal par le mal, comme cela -se passe, en effet, chez tous les peuples chrétiens. Les méchants sont -aujourd'hui les maîtres des bons précisément parce qu'il a été suggéré à -tous qu'il est non seulement permis, mais encore utile de faire du mal -aux hommes.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>En parlant de la doctrine chrétienne, les savants écrivains font -généralement semblant de croire que la question de l'impossibilité -d'appliquer le christianisme dans son sens réel est déjà définitivement -tranchée depuis longtemps.</p> - -<p>«Il est inutile de s'occuper de rêves, il faut penser aux choses -sérieuses, il faut vérifier les rapports entre le capital et le travail, -organiser le travail, la propriété foncière, ouvrir des marchés, -instituer des colonies pour le trop plein de la population, régler les -rapports de l'Église et de l'État, conclure des alliances, garantir la -sécurité des États et ainsi de suite.</p> - -<p>«Il faut s'occuper de questions sérieuses, dignes de l'attention et des -soins des hommes et non pas rêver à un ordre de choses permettant de -tendre la joue lorsqu'on vous frappe l'autre, donner aussi son vêtement -lorsqu'on vous enlève votre chemise et de vivre comme les oiseaux du -ciel, tout cela n'est que du radotage, dit-on, sans remarquer que le -fond de toutes ces questions, est précisément contenu en ce qui est -qualifié de vain radotage.</p> - -<p>En effet, toutes ces questions, depuis celle de la lutte entre le -capital et le travail, jusqu'à celle des nationalités et des rapports -entre l'Église et l'État, reviennent à cette seule question: Y a-t-il -des cas dans lesquels l'homme peut et doit faire le mal à son prochain, -ou ces cas n'existent-ils pas et ne peuvent-ils pas exister pour un -homme raisonnable? Est-ce raisonnable ou non, et par suite, doit-on -ou ne doit-on pas rendre le mal par le mal? Il y eut un temps où les -hommes pouvaient ne pas comprendre et ne comprenaient pas, en effet, -l'importance de cette question. Mais les souffrances affreuses qui -accablent l'humanité d'aujourd'hui ont conduit les hommes à reconnaître -la nécessité de trouver à cette question une solution. Il y a dix neuf -cents ans que cette question est définitivement résolue par la doctrine -du Christ. Et c'est pourquoi, à notre époque, nous ne pouvons plus faire -semblant de méconnaître cette question et d'ignorer sa solution.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII.—<i>La véritable conception des conséquences de la doctrine défendant -la nécessité de la violence, commence à pénétrer dans la conscience de -l'homme moderne.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Le châtiment, est une idée que l'humanité commence à dépasser.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>L'esprit de Jésus, qu'on s'efforce d'étouffer, se manifeste néanmoins -partout d'une façon éclatante. L'esprit évangélique n'a-t-il point -pénétré dans les peuples, ne commence-t-il pas à venir à la lumière? -Les idées sur les droits et les obligations ne sont-elles pas devenues -plus claires pour chacun? N'entend-on pas de toutes parts des appels aux -lois plus équitables, aux institutions protégeant les faibles, fondées -sur une juste égalité? L'ancienne inimitié entre ceux qu'on a désunis -par force, ne s'éteint-elle pas? Les peuples ne se sentent-ils pas -frères?</p> - -<p>Tout cela est l'œuvre d'un germe prêt à lever, l'œuvre de l'amour, qui -débarrassera le monde du péché, qui ouvrira aux peuples une nouvelle -voie de vie, dont la loi intérieure ne sera plus la violence, mais -l'amour des uns pour les autres.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAMENNAIS.</p> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XVI" id="CHAPITRE_XVI">CHAPITRE XVI</a></h4> - -<h3>DE LA VANITÉ</h3> - - -<p>Rien ne pervertit la vie des hommes et ne les prive aussi sûrement de -leur vrai bonheur, comme l'habitude de vivre non d'après les préceptes -des sages et selon leur propre conscience, mais d'après ce qui est -reconnu comme bon et approuvé par les gens parmi lesquels l'on vit.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I.—<i>En quoi consiste la tentation de la vanité.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La raison principale qui rend notre vie mauvaise, réside en ce que nous -réglons notre conduite non selon les besoins de notre corps ou de notre -âme, mais uniquement dans l'espoir d'obtenir l'approbation des gens.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Aucune tentation ne captive les hommes aussi longtemps, ne les éloigne -autant de la compréhension du sens de la vie humaine et du vrai bonheur, -que la préoccupation de la gloire, de l'approbation, de l'estime, des -louanges des autres.</p> - -<p>L'homme ne peut se libérer de la tentation que par une lutte constante -contre lui-même, et par l'évocation continuelle de son unité avec Dieu, -cherchant ainsi son approbation seule.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il ne nous suffit pas de vivre de notre vie intérieure, la seule vraie, -nous voulons vivre d'une autre vie encore, d'une vie imaginaire dans -la pensée des autres, et nous nous efforçons à cette fin de paraître -autres que nous ne sommes en réalité. Nous nous efforçons sans cesse de -dompter cet être imaginaire, sans nous soucier du vrai, de celui que -nous sommes en réalité. Si notre âme est paisible, si nous avons foi, si -nous aimons, nous nous empressons d'en parler au plus tôt, afin que ces -vertus ne soient pas seulement nos vertus, mais aussi celles de l'être -imaginaire qui existe dans la pensée des autres.</p> - -<p>Pour faire croire aux gens que nous avons des qualités, nous sommes -prêts même à y renoncer. Nous sommes prêts à devenir lâches à condition -de passer pour braves.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>L'une des expressions des plus dangereuses et des plus nuisibles est: -«tous font ainsi.»</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Lorsqu'il est difficile, et presque impossible, de comprendre pourquoi -l'homme agit comme il le fait, sois sûr que la raison de ses actes -réside dans le désir d'être glorifié par les hommes.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>On ne berce pas un enfant pour le débarrasser de ce qui le fait crier, -mais pour qu'il ne puisse pas crier. Nous agissons de même avec notre -conscience lorsque nous l'étouffons pour être agréables aux gens. Nous -n'apaisons pas la conscience, mais nous obtenons ce que nous désirons: -nous ne l'entendons plus.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Intéresse-toi non à la quantité, mais à la qualité de tes admirateurs; -il est désagréable de ne pas plaire aux bonnes gens, mais c'est toujours -bien de ne pas plaire aux mauvaises gens.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Nos plus grandes dépenses sont effectuées pour ressembler aux autres. Ni -pour notre esprit, ni pour notre cœur nous ne dépensons autant.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Dans chaque bonne action, il y a un peu de désir d'être approuvé par les -gens. Mais c'est mauvais quand tu agis comme tu le fais uniquement pour -être glorifié par les autres.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Un homme demanda à un autre pourquoi il travaillait à ce qu'il n'aimait -pas.</p> - -<p>—Parce que tous le font, répondit celui-ci.</p> - -<p>—Pardon, pas tous; moi, je ne le fais pas, quelques autres, non plus.</p> - -<p>—Si ce n'est pas tous, beaucoup le font, la plupart des gens.</p> - -<p>—Mais dis-moi quels sont les plus nombreux, les sots ou les -intelligents?</p> - -<p>—Certainement ce sont les sots.</p> - -<p>—Dans ce cas, tu agis comme tu le fais pour imiter les sots.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>Si beaucoup de gens partagent la même opinion, cela ne prouve pas -que cette opinion soit juste.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Le mal ne cesse pas d'être mauvais parce que beaucoup de gens agissent -ma! et qu'ils s'en vantent, comme cela arrive souvent.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Plus il y a de gens qui croient à la même chose, plus il faut être -prudent à l'égard de cette croyance et avoir plus, d'attention.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Lorsqu'on dit: il faut faire comme font les autres, cela veut dire -presque toujours qu'il faut faire mal.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LA BRUYÈRE.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Il n'y a qu'à s'habituer à faire ce que «tout le monde» exige pour -être insensiblement entraîné à commettre de mauvaises actions et à les -considérer comme bonnes.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>L'homme a son tribunal—sa conscience. On ne doit tenir qu'à son -jugement.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Cherche celui qui est le meilleur parmi ceux qui blâment le monde.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Si la foule déteste quelqu'un, il faut, avant d'en juger, bien examiner -pourquoi il en est ainsi. Si la foule vénère quelqu'un, il faut -également, avant d'en juger, bien examiner pourquoi il en est ainsi.</p> - -<p>CONFUCIUS.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">III.—<i>Conséquences pernicieuses de la vanité.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La société dit à l'homme: «Pense comme nous pensons; crois comme nous -croyons; mange et bois comme nous buvons et mangeons; habille-toi comme -nous nous habillons.» Si quelqu'un ne se soumet pas à ces exigences, la -société l'accable de ses sarcasmes, de ses injures. Il est difficile de -ne pas y obéir, mais cependant, si tu t'y soumets, tu t'en sentiras plus -mal encore: tu ne seras plus un homme libre, mais un esclave.</p> - -<p style="margin-left: 60%; font-size: 0.8em;">D'après LUCIE MALAURY.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>C'est très bien quand les hommes s'instruisent pour leur âme, pour être -plus sages, meilleurs. De telles études leur sont utiles. Mais s'ils -étudient pour la gloire, afin de paraître instruits, l'instruction -devient non seulement inutile, mais nuisible; elle rend les hommes moins -sages et moins bons qu'ils ne le seraient s'ils n'avaient pas étudié du -tout.</p> - -<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;"><i>Traduit du chinois.</i></p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Non seulement vous ne devez pas vous vanter vous-mêmes, mais encore vous -ne devez pas permettre aux autres de vous glorifier. Les louanges font -périr l'âme en reportant les préoccupations de l'âme sur la gloire des -hommes.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Il arrive souvent de voir qu'un homme bon, sage et juste, tout en -sachant que la guerre, l'exploitation du travail des autres, le blâme, -la consommation de la viande et divers actes du même genre sont mauvais, -continue à accomplir ces actes. Pourquoi? Parce qu'il tient plus à -l'opinion publique qu'au jugement de sa conscience.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>L'inobservation des traditions n'a pas occasionné une millième partie du -mal causé par le respect des anciennes coutumes.</p> - -<p>Les gens ne croient plus depuis longtemps aux anciennes coutumes, mais -ils les observent néanmoins parce qu'ils pensent que la plupart des -gens les blâmeraient, s'ils n'observaient plus les anciennes coutumes -auxquelles personne ne croit plus depuis longtemps.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.<i>—La lutte contre la tentation de la vanité.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Pendant les premiers temps de sa vie, dans son enfance, l'homme vit -principalement pour son corps: il mange, il boit, il joue, il s'amuse. -C'est le premier degré. Plus l'homme grandit, plus il commence à se -préoccuper de l'opinion des gens parmi lesquels il vit, et plus il -commence à négliger les besoins de son corps pour ne penser qu'à la -gloire des hommes. C'est le second degré. Le troisième et dernier degré -est celui où l'homme se soumet surtout aux exigences de son âme et -où il néglige le corps, les amusements et l'opinion publique, pour ne -penser qu'à son âme.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Il est difficile de déroger tout seul aux coutumes établies; cependant, -à chaque pas que l'on fait pour devenir meilleur, on se heurte contre -l'usage établi et l'on subit la critique des gens. L'homme qui consacre -sa vie à se perfectionner y doit être préparé.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>C'est mal d'irriter les gens en dérogeant aux coutumes établies, mais -c'est plus mal encore de déroger aux exigences de la conscience et de la -raison en subissant les coutumes pernicieuses.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>On ridiculise celui qui garde le silence, comme celui qui parle trop, -comme celui qui parle trop peu; il n'y a pas un homme sur terre qu'on -ne critique pas. Il n'y a jamais eu, il n'y a pas et il n'y aura jamais -personne qu'on aurait toujours blâmé pour tout ce qu'il fait, de même -qu'il n'y a personne qu'on aurait toujours loué. C'est pourquoi, il est -inutile de se préoccuper ni des louanges, ni des blâmes des gens.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Tu crains que les gens ne te méprisent pour ta douceur; mais les gens -justes ne peuvent pas te mépriser pour cela; quant aux autres, tu n'as -pas besoin de t'en préoccuper—ne fais pas attention à leur opinion. -Un bon menuisier ne se chagrinera pas parce qu'un homme qui ne comprend -rien à son métier n'approuve pas son travail.</p> - -<p>Les gens qui le méprisent pour ta douceur ne comprennent rien à ce qui -est bien pour l'homme. Pourquoi donc te préoccuper de leur appréciation?</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après ÉPICTÈTE.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Il est temps pour l'homme de connaître sa valeur. Serait-il, en effet, -quelque être bâtard? Il est temps de cesser de regarder humblement de -tous côtés pour voir s'il a plu ou déplu aux gens. Non; que ma tête -reste droite et ferme sur mes épaules! La vie ne m'est pas donnée pour -la montrer, mais pour que je la vive. Je reconnais l'obligation de vivre -pour mon âme. Et je veux me préoccuper non pas de l'opinion que les gens -auraient de moi, mais de ma vie, de savoir si je n'accomplis ou si je -n'accomplis pas ma destinée devant Celui qui m'a envoyé dans la vie.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Quiconque s'est abandonné depuis sa jeunesse à ses grossiers instincts -d'animal, ne cesse de s'y adonner, bien que sa conscience réclame autre -chose. Il agit ainsi parce que les autres font comme lui. Et les autres -agissent ainsi pour la même raison que lui. Il ne peut y avoir qu'une -issue: chaque homme doit se libérer de la préoccupation de l'opinion -publique.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>On doit se préoccuper de son âme et non pas de sa gloire.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Le moyen le plus rapide et le meilleur pour gagner la réputation d'un -homme vertueux, n'est pas de paraître tel devant les hommes, mais de -faire des efforts sur soi-même pour devenir vertueux.</p> - -<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;"><i>Causeries</i> de SOCRATE.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Celui qui ne réfléchit pas par lui-même, se soumet aux idées d'un autre -homme. Soumettre sa pensée à quelqu'un est un servage plus humiliant que -de soumettre son travail. Réfléchis toi-même et ne te préoccupe pas de -ce que te diront les gens.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Personne ne manifeste tant de respect et d'attachement pour la vertu, -que celui qui perd volontiers la réputation d'un homme de bien, -uniquement pour rester bon dans son for intérieur.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Lorsqu'un homme est habitué à ne vivre que pour l'opinion publique, il -lui répugne, parce qu'il ne fait pas ce que font les autres, d'avoir -la réputation d'un sot, d'un ignorant ou d'un vilain homme. Mais on -doit travailler à tout ce qui est difficile. Et à cette œuvre, on doit -travailler des deux côtés: apprendre à mépriser l'opinion des gens; -apprendre à vivre pour de telles œuvres qui, bien qu'elles soient -critiquées par la foule, n'en restent pas moins des bonnes œuvres.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Les hommes vivent et agissent d'après leurs idées, ainsi que d'après les -idées des autres. Suivant que les uns et les autres influencent leurs -actes, les hommes se distinguent entre eux.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Il est difficile de distinguer si tu sers les autres pour ton âme, -pour Dieu, ou pour la gloire des hommes. Il n'y a qu'un seul moyen de -contrôle: si tu accomplis une œuvre que tu crois bonne, demande-toi -si tu continuerais à y travailler si tu savais d'avance que personne -n'apprendrait jamais ce que tu fais. Si tu réponds que tu le ferais, -c'est que tu travailles sûrement pour ton âme, pour Dieu.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>Celui qui vit de la vraie vie n'a pas besoin de louanges.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Vis seul, a dit le sage. Cela veut dire que tu dois résoudre le problème -de ta vie tout seul, avec le concours du Dieu qui vit en toi, et non pas -d'après les conseils et les opinions des autres.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si tu veux être tranquille, tâche de plaire à Dieu et non pas aux -hommes. Ceux-ci ont des désirs différents: aujourd'hui, ils veulent une -chose; demain une autre. Jamais, ils ne sont satisfaits. Mais le Dieu -qui vit en toi désire toujours une seule chose, et tu sais ce qu'il veut.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il n'y a qu'un seul moyen pour ne pas croire en Dieu: ce moyen consiste -à toujours reconnaître l'opinion des gens comme juste, et à ne prêter -aucune attention à notre voix intérieure.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Si nous sommes sur un bateau en marche et que nous regardons un objet -qui se trouve sur le même bateau, nous ne remarquons pas que nous -voguons, mais en regardant de côté sur ce qui ne se meut pas avec nous, -par exemple la berge, nous nous apercevons immédiatement que nous sommes -en mouvement. Lorsque tous les hommes vivent autrement qu'il ne le faut, -nous ne le remarquons pas; mais il suffit, qu'un seul se ressaisisse et -qu'il commence à vivre selon Dieu, pour qu'il devienne clair combien les -autres vivent mal. Mais les autres persécutent toujours celui qui ne vit -pas comme eux.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XVII" id="CHAPITRE_XVII">CHAPITRE XVII</a></h4> - -<h3>DES FAUSSES CROYANCES</h3> - - -<p>Les fausses croyances sont celles que les gens acceptent non pas parce -qu'elles leur sont nécessaires pour leur âme, mais parce qu'ils croient -en ceux qui les prêchent.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">I.—<i>En quoi consiste la supercherie des fausses croyances.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Souvent les hommes pensent qu'ils croient à la loi de Dieu, alors qu'ils -ne croient qu'à ce que tous croient. Et tous les hommes ne croient pas -à la loi de Dieu, mais qualifient telle ce qui leur convient et ne les -empêche pas de mener la vie qui leur plaît.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Quand les hommes vivent dans le péché et les tentations, ils ne -sauraient être tranquilles. La conscience les dénonce. C'est pourquoi -ils sont obligés de choisir entre ces deux alternatives: ou se -reconnaître coupables devant les hommes et devant Dieu, et cesser de -pécher, ou bien continuer à mener une vie de pécheurs, commettre de -mauvaises actions et les qualifier de bonnes. C'est pour ces hommes -que l'on a inventé les fausses croyances, grâce auxquelles on peut se -considérer comme juste, tout en menant une mauvaise vie.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>C'est mal de mentir devant les hommes, mais c'est pis encore de se -mentir à soi-même. Ce mensonge est tout particulièrement nuisible parce -que les autres peuvent dénoncer ton mensonge, tandis que personne ne -t'accusera de t'être menti à toi-même. C'est pourquoi, garde-toi de te -mentir à toi-même, surtout lorsqu'il s'agit de la foi.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>«Crois ou sois maudit.» C'est la qu'est la raison principale du mal. Si -l'homme accepte sans discuter ce qu'il aurait dû examiner par sa propre -raison, il finit par perdre l'habitude de raisonner, il est soumis à la -malédiction et induit ses proches au péché. Le salut des hommes réside -en ce que chacun doit apprendre à vivre de sa raison.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>On ne peut ni peser ni mesurer le tort qu'ont produit et produisent -encore les fausses croyances.</p> - -<p>La religion règle les rapports de l'homme envers Dieu, à l'égard de -l'univers; elle détermine la destinée de l'homme qui découle de ces -rapports. Quelle doit être la vie de l'homme si ces rapports et la -destination déterminés ainsi sont faux?</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Il y a trois sortes de fausses croyances. La première est de croire à -la possibilité de pouvoir apprendre par l'expérience ce qui ne peut -l'être d'après les lois de l'expérience. La seconde fausse croyance fait -admettre, dans le but de notre perfectionnement moral, des choses sur -lesquelles nous ne pouvons nous former aucune idée par notre raison. -La troisième fausse croyance reconnaît la possibilité d'évoquer par un -moyen surnaturel une action mystérieuse à l'aide de laquelle la divinité -exerce son influence sur notre moralité.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>Les fausses croyances ne satisfont pas les exigences supérieures, -mais les exigences inférieures de l'âme humaine.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'unique et vraie religion ne contient rien que des lois, c'est-à-dire -des éléments moraux dont nous pouvons reconnaître et étudier nous-mêmes -la nécessité incontestable, et que nous concevons par notre raison.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>L'homme ne peut plaire à Dieu que par une vie juste. C'est pourquoi tout -ce par quoi l'homme croit plaire à Dieu, en dehors d'une vie pure et -juste, n'est qu'un grossier et nuisible mensonge.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après KANT.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Faire pénitence en s'infligeant des souffrances, au lieu de profiter -de l'état d'esprit où l'on se trouve afin d'amender sa conduite, est -un travail inutile. De plus, une telle pénitence a cette mauvaise -conséquence; l'homme croit avoir payé ainsi toutes ses dettes, et ne -songe plus à son perfectionnement qui seul est nécessaire lorsqu'on -reconnaît ses erreurs.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>C'est mal lorsque les hommes ne connaissent pas Dieu, mais c'est plus -mal encore lorsqu'ils reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LACTANCE.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>On dit: Dieu a créé l'homme à Son image; on aurait mieux fait de dire -que c'est l'homme qui a créé Dieu à son image.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LICHTENBERG.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Lorsqu'on parle du ciel comme d'un endroit où se trouvent les heureux, -on se le représente généralement quelque part très haut, dans les -régions infinies de l'univers. On oublie que notre terre, vue de l'une -de ces hautes régions, ressemble également à l'un des astres célestes, -et que les habitants de ces planètes ont absolument le même droit de -dire, en désignant la terre: «Voyez-vous cet astre-là, c'est l'endroit -de la félicité éternelle, l'asile céleste préparé pour nous et où nous -irons un jour.» Le fait est que, par une étrange erreur de notre raison, -l'élan de notre croyance est toujours connexe avec l'idée de notre -élévation vers les hauteurs, et nous ne songeons pas que nous aurions -beau nous élever, nous devrons néanmoins redescendre encore, afin de -pouvoir poser un pied ferme dans quelque autre monde.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Les mahométans font bien de couvrir leurs yeux de leurs doigts et de -se boucher les oreilles, lorsqu'ils entrent au temple et commencent à -prier.</p> - -<p>La vraie prière est dans l'abstraction de toutes nos préoccupations -habituelles, de tout ce qui peut nous rappeler l'existence de nos sens, -et dans l'évocation en soi de l'élément divin. Dans ce but, le mieux est -de faire ce que nous dit le Christ: d'entrer seul dans un lieu clos, et -de s'y enfermer, c'est-à-dire de prier dans la solitude complète, que -l'on soit chez soi, dans la forêt ou dans les champs. La vraie prière -est dans ce détachement de toutes les choses extérieures, pendant -lequel on contrôle son âme, ses actes, ses désirs, non pas d'après les -exigences extérieures du monde, mais d'après les exigences de l'élément -divin que nous sentons en nous.</p> - -<p>Une telle prière est un secours: elle fortifie et élève l'âme, elle -confesse et vérifie les actions passées, elle indique la conduite future.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>Le Culte extérieur.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Bien qu'il y ait une différence de procédé entre un chamane tounghouse -et un prélat catholique européen, ou bien, en prenant pour exemple des -gens simples, entre un voghoul grossier et sensuel qui, tous les matins, -pose sur sa tête la patte d'une peau d'ours, et prononce les paroles de -sa prière: «Ne me tue pas,» et un puritain indépendant de Connecticut; -il n'y a aucune différence dans les principes de leurs croyances, car -ils appartiennent tous deux à la même catégorie de gens dont le culte ne -consiste pas à devenir meilleurs, mais de croire et d'exécuter certains -règlements arbitraires. Seuls ceux qui croient que le culte de Dieu -consiste à aspirer à une vie meilleure diffèrent des premiers, parce -qu'ils reconnaissent un tout autre principe et infiniment plus élevé, -réunissant tous les hommes de bonne foi dans un temple invisible qui -seul peut être un temple universel.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>«Et quand tu prieras, ne fais pas comme les hypocrites; car ils aiment -à prier en se tenant debout dans les synagogues et aux coins des rues, -afin d'être vus des hommes. Je vous dis, en vérité, qu'ils reçoivent -leur récompense. Mais toi, quand tu pries, entre dans la chambré et, -ayant fermé ta porte, prie ton Père qui est dans ce lieu secret; et ton -Père qui te voit dans le secret, te récompensera».</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MATTH., VI, 5-6.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>«Gardez-vous des scribes qui se plaisent à se promener en longues robes, -et qui aiment les salutations dans les assemblées et les premières -places dans les synagogues, et les festins; qui ruinent les maisons des -veuves, tout en affectant de faire de longues prières.»</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">Luc, XX, 46-47.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.<i>—La pluralité des croyances et l'unité de la religion vraie.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'homme qui ne pense pas à la religion, s'imagine qu'il n'y a qu'une -seule vraie religion—celle dans laquelle il est né. Mais tu n'as qu'à -te demander ce qui arriverait si tu étais né dans une autre religion, -toi chrétien si tu étais né mahométan; toi bouddhiste—chrétien; toi -chrétien—brahmane. Est-il possible que seuls, avec notre religion, -nous soyons dans le vrai, et que tous les autres soient dans le -mensonge? La religion ne deviendra pas vraie parce que tu te persuaderas -toi-même et que tu persuaderas les autres qu'elle seule est vraie.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.<i>— Conséquences de la confession des fausses croyances.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>En 1682, en Angleterre, le docteur Leyton, un homme respectable qui -avait écrit un livre contre l'épiscopat anglican, a été jugé et condamné -aux châtiments suivants. On le fouetta cruellement, puis on lui coupa -une oreille et on lui ouvrit un côté du nez, puis on inscrivit sur sa -joue, au fer rouge, les lettres SS: semeur de sédition. Sept jours plus -tard on le fouetta à nouveau, bien que les plaies qu'il avait au dos -n'aient pas encore été fermées; puis on lui ouvrit l'autre côté du nez, -on lui trancha l'autre oreille et on lui tâtoua l'autre joue. Tout cela -fut fait au nom du christianisme.</p> - -<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;">MORISSON DAVIDSON.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>En 1415, Jean Huss fut reconnu comme hérétique pour avoir dévoilé la -fausse croyance des catholiques et les mauvaises actions du pape, et il -fut condamné à mort, sans que son sang puisse être versé, c'est-à-dire à -être brûlé.</p> - -<p>L'exécution eut lieu derrière les portes de la villes, entre deux -jardins. En arrivant sur place, Huss se mit à genoux et commença à -prier. Lorsque le bourreau lui ordonna de monter sur le bûcher, il se -leva et dit très haut:</p> - -<p>«Jésus-Christ. Je vais à la mort pour avoir prêché Ta parole, je -souffrirai docilement.»</p> - -<p>Les bourreaux, déshabillèrent Huss et lui attachèrent les mains derrière -le dos au poteau; ses pieds se trouvaient sur un banc. On mit du bois et -de la paille autour de lui. Le bois et la paille lui venaient jusqu'au -menton. Le chef impérial s'approcha alors de Huss et lui annonça qu'il -serait pardonné s'il se rétractait.</p> - -<p>«Non, dit Huss, je ne me connais aucune faute.»</p> - -<p>Les bourreaux allumèrent alors le bûcher, et Huss se mit à chanter la -prière: «Jésus, Fils du Dieu vivant, aie pitié de moi.»</p> - -<p>Le feu monta, très haut, et bientôt Huss se tut.</p> - -<p>C'est ainsi que les gens qui se qualifiaient de chrétiens, défendaient -leur croyance.</p> - -<p>N'est-il pas évident que ce n'était pas une religion, mais la -superstition la plus grossière?</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Les gens ne commettent jamais de mauvaises actions avec plus de -sang-froid et d'assurance en leur justice, que lorsqu'ils le font en -vertu d'une fausse croyance.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>En quoi consiste la vraie religion?</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>«Ne vous faites point appeler maître; car vous n'avez qu'un maître—le -Christ; et vous, vous êtes tous frères. Et n'appelez personne sur la -terre votre père; car vous n'avez qu'un seul Père, Celui qui est dans -les cieux; et ne vous faites point appeler docteur, car vous n'avez -qu'un seul Docteur—le Christ.» <span style="font-size: 0.8em;">MATTH., XXIII, 8-10.</span></p> - -<p>C'est ainsi qu'enseignait le Christ. Et il enseignait ainsi parce qu'il -savait que, de même qu'en son temps il y avait des gens qui prêchaient -une fausse loi de Dieu, il y en aurait aussi dans l'avenir. Il le savait -et disait qu'il ne fallait pas écouter ceux qui s'intitulaient maîtres -parce que leur enseignement obscurcit la doctrine simple et claire qui -est révélée à tous et qui vit dans le cœur de chaque homme.</p> - -<p>Cette doctrine consiste à aimer Dieu, comme le suprême bien et la -suprême vérité, à aimer son prochain comme soi-même et à faire aux -autres ce qu'on veut qu'ils vous fassent.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La religion ne consiste pas à savoir ce qui a été et ce qui sera, ni -même ce qui est actuellement, mais elle consiste à savoir ce que chaque -homme doit faire.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>«Si donc tu apportes ton offrande à l'autel, et que là tu te souviennes -que ton frère a quelque chose contre loi, laisse-là ton offrande devant -l'autel, et va-t-en premièrement te réconcilier avec ton frère; et après -cela viens, et présente ton offrande».</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MATT., V. 23.</p> - -<p>Voilà où est la vraie religion: ni dans la cérémonie, ni dans -l'offrande, mais dans l'union des hommes.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>La doctrine chrétienne est tellement claire que les tout petits enfants -la comprennent dans son sens exact. Seuls ceux qui ne veulent pas vivre -comme des chrétiens ne la comprennent pas.</p> - -<p>Pour comprendre le vrai christianisme, il faut tout d'abord renoncer au -faux christianisme.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Le vrai culte de Dieu est exempt de superstitions; lorsque la -superstition y pénètre, le culte même s'écroule. Le Christ nous a montré -en quoi consistait le vrai culte de Dieu. Il nous enseignait que de tout -ce que nous faisons dans le monde, il n'y a qu'une lumière et qu'un seul -bonheur pour les hommes,—c'est notre amour des uns pour les autres; Il -nous disait que nous ne pourrons atteindre notre bonheur qu'en servant -les autres, et non pas nous-mêmes.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Si ce qui est présenté comme loi de Dieu ne demande pas d'amour, ce ne -sont que des inventions des gens, et non pas la loi de Dieu.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SKOWORODA.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>On ne peut pas apprendre à connaître Dieu d'après ce que l'on raconte de -Lui. On ne peut le connaître qu'en accomplissant Sa loi, la loi que le -cœur de chaque homme connaît.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Le sens de la doctrine du Christ est dans l'indication de la perfection -divine vers laquelle les hommes doivent tendre. Mais les hommes qui ne -veulent pas suivre la doctrine du Christ, comprennent volontairement ou -non, la doctrine du Christ non pas comme il l'a prêchée—rapprochement -continu vers la perfection—mais comme une règle conformément à laquelle -le Christ exigerait des hommes la perfection divine. Et en interprétant -aussi faussement la doctrine du Christ, ceux qui ne veulent pas la -suivre adoptent l'une de ces deux attitudes: ou bien, considérant -la perfection comme inaccessible (ce qui est parfaitement juste), -ils rejettent toute la doctrine comme un rêve irréalisable, ou bien, -attitude la plus nuisible et la plus générale, tout en reconnaissant la -perfection comme inaccessible, ils corrigent c'est-à-dire, dénaturent la -doctrine et observent des règles que l'on appelle chrétiennes, mais qui -sont, pour la plupart, contraires, au christianisme.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>L'idée de l'union des chrétiens, comme une réunion des élus, des -meilleurs, est une idée anti-chrétienne présomptueuse et fausse. Quel -est le meilleur, quel est le plus mauvais? Pierre était le meilleur -avant que le coq chantât, et le brigand était le plus méchant avant la -croix. Ne connaissons-nous pas en nous-mêmes tantôt l'ange, tantôt le -diable, qui se mêlent si bien à notre vie, qu'il n'y a pas d'homme qui -aurait complètement chassé l'ange, ni qui aurait laissé apparaître le -diable derrière l'ange. Comment pouvons-nous, nous qui sommes des êtres -si complexes, former la réunion des élus, des justes?</p> - -<p>Il y a une lumière de vérité, et il y a ceux qui s'approchent d'elle -de tous côtés; d'autant de côté qu'il y a de rayons dans un cercle, -c'est-à-dire par des routes infiniment variées. Tâchons de toutes nos -forces d'arriver à la lumière de la vérité qui nous unit tous, et ce -n'est pas à nous de juger si nous sommes près d'elle et unis à elle.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII—<i>La seule religion, vraie unit les hommes de plus en plus.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Voyez le mécontentement profond de la forme actuelle du christianisme, -qui se répand dans la société et s'exprime par le murmure, parfois, par -l'irritation, la tristesse. Tous attendent l'avènement du Royaume de -Dieu. Et il approche.</p> - -<p>Le pur christianisme, bien que lentement, mais toujours de plus en plus, -prend la place de celui qui porte ce nom.</p> - - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">CHANNING.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Depuis Moïse à Jésus, il s'est opéré chez les individus et les peuples -un grand développement mental et religieux. Les anciennes erreurs sont -abandonnées, de nouvelles vérités ont pénétré dans la conscience de -l'humanité. Un seul homme ne peut être aussi grand que l'humanité. Si -un grand homme est tellement en avance sur ses frères qu'ils ne le -comprennent pas,—il arrive un temps où ils le rejoignent d'abord, -puis le devancent et s'en vont si loin qu'ils deviennent, à leur tour, -incompréhensibles pour ceux qui se trouvent à l'endroit où était -l'ancien grand homme. Chaque grand génie religieux explique de plus en -plus les vérités de la religion et contribue ainsi à l'union, de plus en -plus grande, des hommes.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PARKER.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Chaque homme séparément, de même que toute l'humanité dans son ensemble -doit se transformer, passer de l'état inférieur à l'état supérieur, sans -s'arrêter dans sa croissance dont la limite est en Dieu lui-même. Tout -état est la conséquence de l'état précédent. La croissance s'effectue -continuellement et imperceptiblement et, pareille à la croissance de -l'embryon, elle a lieu de façon à ce que rien ne détruit le but des -situations successives de ce développement continu. Mais s'il est -donné à l'homme et à tout le genre humain de se transformer, cette -transformation, tant pour l'individu que pour tout le genre humain, doit -s'effectuer dans le travail et les souffrances.</p> - -<p>Avant de se parer de grandeur, avant d'apparaître à la lumière, on doit -se mouvoir dans les ténèbres, supporter les persécutions, sacrifier -son corps pour sauver son âme; il faut mourir pour ressusciter à la -vie plus puissante, plus parfaite. Et après dix-huit siècles, ayant -accompli un des cycles de son développement, l'humanité tend de nouveau -à se transformer. Les anciens systèmes, les anciennes sociétés, tout -ce qui composait l'ancien monde s'écroule déjà, et les peuples vivent -maintenant au milieu de décombres, dans l'effroi et la souffrance. C'est -pourquoi on ne doit pas perdre courage à la vue de ces ruines, de ces -morts qui se sont déjà accomplies et qui s'accompliront encore, mais, au -contraire, prendre courage. L'union des hommes est proche.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAMENNAIS.</p> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XVIII" id="CHAPITRE_XVIII">CHAPITRE XVIII</a></h4> - -<h3>DE LA FAUSSE SCIENCE</h3> - - -<p>La superstition de la science se révèle par la croyance en ce fait que -le vrai savoir nécessaire à la vie de tous les hommes est contenu dans -les seules connaissances prises au hasard dans le domaine illimité -du savoir qui, à un moment donné, ont attiré l'attention d'un petit -nombre d'hommes, de ceux-là même qui se sont affranchis du travail -indispensable à la vie et qui mènent, par suite, une vie déraisonnable -et dépravée.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I.—<i>En quoi consiste la superstition de la science.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Quand les hommes acceptent comme vérité incontestable ce que les autres -leur présentent pour telle et qu'ils ne la vérifient point, ils tombent -dans la susperstition. Telle est, à notre époque, la superstition de la -science.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>De même qu'il existe des hérésies pour religion, il y a une hérésie pour -la science. Cette hérésie est dans la reconnaissance comme science -unique et véritable de tout ce qui est considéré comme tel par les gens -qui se sont, à un certain moment, arrogé le droit de déterminer la vraie -science. Et aussitôt qu'on considère comme science non pas ce qui est -nécessaire à tous les hommes, mais ce qui est déterminé par les gens -qui, à un certain moment se voit arrogé le droit de définir ce qu'est la -science, il est forcé que cette science soit fausse. C'est ce qui s'est -produit dans notre monde.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La science occupe à notre époque exactement la même place que celle -qu'occupait la prêtrise il y a quelques siècles.</p> - -<p>Les mêmes bonzes attitrés: les professeurs; les mêmes castes dans la -science; académies, universités, congrès. La même confiance et le manque -de critique de la part des croyants, les mêmes différends, et les mêmes -discussions. Les mêmes paroles incompréhensibles, la même présomption.</p> - -<p>—Inutile de discuter avec lui: il nie la révélation.</p> - -<p>—Inutile de discuter avec lui: il nie la science.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Ce qu'il y a de plus nuisible pour la vraie science, c'est l'emploi -d'expressions et de termes peu clairs. C'est précisément ce que font les -pseudo-savants, en imaginant, pour exprimer des idées incertaines des -mots inexistants.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La fausse science et les fausses religions expriment toujours leurs -dogmes en un langage emphatique qui apparaît aux non-initiés comme -mystérieux et grave. Les raisonnements des savants sont souvent -peu compréhensibles non seulement pour les autres, mais pour les -raisonneurs eux-mêmes, et cela au même degré que les discours des -professionnels de la foi. Le savant pédant, en se servant de termes -latins et de nouveaux mots, rend souvent les choses les plus simples -tout aussi incompréhensibles que le sont les prières latines des prêtres -catholiques pour les paroissiens illettrés. Le mystère n'est pas un -signe de sagesse et de science. Plus un homme est véritablement éclairé, -plus le langage dont il exprime ses pensées est simple.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II—<i>La science sert à justifier l'organisation de la vie sociale.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Il semblerait que pour reconnaître l'importance des occupations qu'on -qualifie de scientifiques, il faudrait prouver leur utilité. Mais les -servants de la science affirment ordinairement que dès l'instant qu'ils -s'occupent de certains sujets, ces occupations seront sûrement utiles un -jour.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Le but légitimement poursuivi par la science est la connaissance des -vérités servant au bonheur des hommes. Le faux but est de justifier -les mensonges qui insinuent le mal dans notre vie. Telles sont la -jurisprudence, l'économie politique et, surtout, la philosophie et la -théologie.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La science contient les mêmes mensonges que la religion et elles partent -du même point: le désir de justifier les faiblesses des hommes, et c'est -pourquoi les mensonges scientifiques sont tout aussi nuisibles que les -mensonges confessionnels. Les hommes errent, vivent mal. Logiquement, -ayant compris qu'ils vivent mal, ils devraient s'employer à modifier -leur genre de vie afin d'améliorer leur situation. Au lieu de cela, -apparaissent toutes sortes de sciences: financière, théologique, pénale, -policière, l'économie politique, l'histoire, et la plus à la mode: la -sociologie, indiquant les lois de la vie sociale et suivant lesquelles -la vie mauvaise ne provient pas des hommes, mais des lois mauvaises que -les savants ont découvertes et formulées. Ce mensonge est tellement -déraisonnable et contraire à la conscience, que les hommes ne l'auraient -jamais accepté, si la conscience n'avait pas encouragé leurs faiblesses.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Nous avons organisé notre vie contrairement à la nature morale et -physique de l'homme, et nous sommes persuadés,—uniquement parce que -tout le monde le pense—que c'est là précisément la vraie vie. Nous -sentons vaguement que tout ce que nous appelons notre organisation -sociale, notre religion, notre culture, nos sciences et nos arts, que -tout cela n'est pas ce qu'il faudrait, parce que cela ne nous débarrasse -pas de nos misères, mais ne fait que les accroître. Cependant, nous ne -nous décidons pas à soumettre tout cela au contrôle de la raison parce -que nous pensons que l'humanité, qui a toujours reconnu la nécessité -du régime social de contrainte, de religion et de science qu'il a pour -base, ne peut pas vivre en dehors de lui.</p> - -<p>Si un poussin dans sa coquille avait été doué de la raison d'un homme -et savait tout aussi peu en profiter que les gens de notre époque, il -n'aurait jamais brisé la coquille de son ouf et n'aurait jamais connu la -vie.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La science est devenue maintenant une distributrice de diplômes donnant -le droit de profiter du travail d'autrui.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Le phraséologie méthodique des écoles supérieures a le plus souvent pour -but d'éviter la solution des questions difficiles, et l'on donne aux -paroles un sens équivoque parce que le «je ne sais pas» commode et pour -la plupart du temps raisonnable, n'est pas en faveur dans nos académies.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Rien n'est plus inconciliable que le savoir et le profit, la science -et l'argent. Si pour devenir plus instruit, il faut de l'argent, si la -sagesse s'achète et se vend, l'acheteur et le vendeur sont également -trompés. Le Christ a chassé les marchands du temple; ils auraient dû -être chassés de même du temple de la science.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Ne considère pas la science comme une couronne pour t'en parer, ni comme -une vache pour t'en nourrir.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>Conséquences nuisibles de la superstition de la science.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Il est dangereux de propager l'idée que notre vie est le résultat des -forces matérielles et qu'elle dépend d'elles. Mais, lorsque cette idée -fausse s'appelle science, et qu'elle est présentée comme la sainte -sagesse de l'humanité, le tort causé par elle est effrayant.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Le développement de la science ne contribue pas à la purification -des mœurs. Chez tous les peuples dont nous connaissons la vie, le -développement des sciences contribuait à la dépravation des mœurs. -Si nous pensons à présent le contraire, cela vient de ce que nous -confondons nos connaissances futiles et trompeuses avec le vrai savoir -suprême. La science, dans son sens abstrait, la science, en général, -doit être respectée; mais la science actuelle, ce que les insensés -appellent science, ne peut-être que ridiculisé et méprisé.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">J.-J.-ROUSSEAU</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>L'unique explication de la vie insensée, contraire à la conscience des -meilleurs hommes de tous les temps, que mènent les gens de notre époque, -se trouve dans le fait que les jeunes générations étudient des matières -innombrables: la constitution des astres de la terre, l'origine des -organismes, etc., ils n'omettent qu'une chose, c'est de savoir quel est -le sens de la vie humaine, comment il faut la vivre, ce qu'ont pensé de -cette question les grands sages de tous les temps, et comment ils l'ont -résolue. Non seulement les jeunes générations n'en sont pas instruites, -mais on leur apprend, sous le nom de religion, les inepties les plus -flagrantes, auxquelles ceux qui les enseignent ne croient pas eux-mêmes. -Tout l'édifice de notre vie sociale repose sur des bulles gonflées d'air -et non sur de la pierre.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Ce qu'on appelle aujourd'hui science est un composé d'inventions des -gens riches, nécessaire pour occuper leur oisiveté.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Nous vivons dans un siècle de philosophie, de sciences et de raison. Il -semble que toutes les sciences se soient réunies pour éclairer notre -route dans le labyrinthe de la vie humaine. D'immenses bibliothèques -sont ouvertes à tous et partout, des lycées, des écoles, des universités -nous donnent depuis l'enfance la possibilité de profiter du savoir -des hommes qui s'est accumulé pendant des milliers d'années. Il -semblerait que tout contribue à la formation de notre intelligence et au -consolidement de notre raison. Eh bien, sommes-nous devenus meilleurs -ou plus sages? Connaissons-nous mieux la voie et le but de notre vie? -Connaissons nous mieux nos obligations et surtout le bien de la vie? Ou -qu'avons-nous acquis par ces vaines connaissances, sinon l'inimitié, -la haine, l'ignorance et les doutes? Chaque doctrine et chaque secte -religieuse prouve qu'elle a trouvé la vérité. Chaque écrivain sait seul -en quoi consiste notre bonheur. L'un nous prouve qu'il n'y a pas de -corps, l'autre—qu'il n'y a pas d'âme, le troisième—qu'il n'y a aucune -connexion entre l'âme et le corps, le quatrième—que l'homme est un -animal, le cinquième—que Dieu n'est qu'un miroir.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ROUSSEAU.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>N'étant pas capable de <i>tout</i> pénétrer et ne sachant pas sans l'aide -de la religion ce qu'on <i>doit</i> étudier, la science d'aujourd'hui ne -s'occupe que de ce qui est agréable aux savants qui mènent une vie -irrégulière. Et leur agrément est de profiter du régime existant, afin -de satisfaire leur oisive curiosité qui ne demande pas de grands efforts -intellectuels.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>La quantité de matières à étudier est innombrable, tandis que les -capacités du savoir de l'homme sont limitées.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Un savant persan dit: «Lorsque j'étais jeune, je me suis dit: je veux -connaître toute la science; et j'ai appris presque tout ce que savaient -les hommes. Mais lorsque je suis devenu vieux et que j'ai jeté un coup -d'œil sur tout ce que j'ai appris, je me suis aperçu que ma vie a passé -et que je ne sais rien.»</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Les observations et les calculs des astronomes nous, ont appris bien des -choses dignes d'étonnement; mais le résultat le plus important de leurs -études est, sans doute, celui qu'ils nous ont révélé l'abîme de notre -ignorance. Sans ces connaissances, la raison humaine ne pourrait jamais -se représenter toute l'immensité de cet abîme. Si l'on réfléchi à cela, -on peut arriver à une grande transformation dans la détermination des -buts finals de l'activité de notre raison.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>«Il y a des herbes sur la terre; nous les voyons; de la lune nous ne -pourrions pas les apercevoir. Sur ces herbes il y a des fils—sur ces -fils des petits organismes; mais plus loin—il n'y a plus rien.» Quelle -présomption!</p> - -<p>«Les corps complexes sont composés d'éléments et les éléments sont -indécomposables.» Quelle présomption!</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Il nous manque des connaissances pour comprendre ne serait-ce que la -vie du corps humain. Voyez ce qu'il faut savoir pour cela. Le corps a -besoin de place, de temps, de mouvements, de chaleur, de lumière, de -nourriture, d'eau, d'air et de bien d'autres choses encore. Mais dans -la nature, toutes les choses sont si étroitement liées entre elles -qu'on ne peut comprendre l'une sans avoir étudié l'autre. On ne peut -comprendre une partie sans avoir compris le tout. Nous ne comprendrons -la vie de notre corps que lorsque nous aurons étudiés tout ce qu'il lui -faut: et pour cela, il est indispensable d'étudier tout l'univers. Mais -l'univers est infini et sa compréhension est inaccessible à l'homme. Par -conséquent, nous ne pouvons nous expliquer entièrement la vie de notre -corps.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Les sciences expérimentales, lorsqu'on s'en occupe pour elles-mêmes, -en les étudiant sans aucun but philosophique, ressemblent à un visage -sans yeux. Elles représentent une des occupations qui convient aux -capacités moyennes, privées de dons suprêmes qui ne feraient qu'entraver -leurs recherches minutieuses. Les gens doués de ces capacités moyennes -concentrent toutes leurs forces et tout leur savoir sur un champ -d'études limité, où ils peuvent, par suite, atteindre des connaissances -aussi complètes que possible, mais à condition d'être complètement -ignorants dans tous les autres domaines. Ils peuvent être comparés aux -ouvriers qui travaillent dans les ateliers d'horlogerie dont les uns -ne font que les roues, les autres les ressorts, et les troisièmes les -chaînes.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p> - -<p>6</p> - -<p>Ce n'est pas la quantité des connaissances qui importe, mais leurs -qualités. On peut savoir bien des choses et ignorer ce qui est le plus -nécessaire.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Socrate n'avait pas la faiblesse commune de parler pendant ses -entretiens de tout ce qui existe, de chercher la provenance de ce -que les sophistes appelaient nature et de remonter jusqu'aux causes -premières dont sont sortis les corps célestes. Est-ce possible, -disait-il, que les gens croient avoir pénétré tout ce qu'il importe -à l'homme de savoir, s'ils s'occupent de ce qui se rapporte si peu à -l'homme?</p> - -<p>Il s'étonnait surtout de l'aveuglement des faux savants qui ne se -doutent pas de ce que la raison humaine est incapable de pénétrer ces -mystères. C'est pourquoi, disait-il, ceux qui s'imaginent savoir en -parler ne sont pas d'accord dans leurs principes même, et lorsqu'on -les entend parler ensemble on se croirait parmi des fous. De fait, -quels sont les signes particuliers de ceux qui sont pris de folie? ils -craignent ce qui n'a rien d'effrayant et n'ont pas peur de ce qui est -réellement dangereux.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">XÉNOPHON.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>La sagesse est une chose vaste et grande: elle demande tout le temps -libre qui peut lui être consacré.—Indépendamment du nombres de -questions que tu pourrais résoudre, tu devras, néanmoins, te tourmenter -d'une quantité de questions, qui doivent être examinées et résolues. -Ces questions sont tellement vastes et nombreuses qu'elles exigent -l'expulsion de notre esprit de toute chose superflu, afin d'offrir -une liberté entière au travail de la raison. Dois-je dépenser ma vie -en vaines paroles? Il arrive fréquemment, néanmoins, que les savants -pensent plus aux paroles qu'à la vie. Remarque quel mal produit la -philosophie outrée et combien elle peut être dangereuse pour la vérité.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>La quantité des connaissances est innombrable. C'est à la vraie -science de choisir les plus importantes et les plus nécessaires.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Il n'y a ni honte, ni faute de ne pas savoir. Personne ne peut tout -connaître; mais il est honteux et nuisible de faire semblant de savoir -ce que l'on ignore.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La capacité de l'esprit à absorber des connaissances, n'est pas -illimitée. C'est pourquoi on ne doit pas croire que plus on sait, mieux -cela vaut. La connaissance d'un grand nombre de sottises est une entrave -insurmontable pour savoir ce qui est réellement nécessaire.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La raison se fortifie par l'étude de ce qui est nécessaire à l'homme, -et elle s'affaiblit par l'étude de ce qui est insignifiant et inutile; -ainsi le corps se fortifie par l'air frais et la nourriture fraîche, ou -s'affaiblit par l'air vicié et la nourriture corrompue.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>A notre époque naissent un grand nombre de sciences, dignes d'être -étudiées. Bientôt nos capacités seront trop limitées et la vie sera trop -courte, pour que nous puissions assimiler même la partie la plus utile -de ces connaissances. Nous avons à notre service une grande abondance de -ces trésors intellectuels, et nous sommes obligés, après y avoir puisé, -de rejeter bien des choses comme du bric-à-brac inutile. Il serait plus -simple de ne jamais nous en embarrasser.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Le savoir est infini, c'est pourquoi on ne peut pas dire de celui qui -sait beaucoup, qu'il sait plus que celui qui sait très peu.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>La chose la plus ordinaire à notre époque est de voir des gens qui se -considèrent comme savants et éclairés, qui connaissent, en effet, une -quantité innombrables de choses inutiles, croupir dans l'ignorance la -plus grossière, parce que non seulement ils ne connaissent pas le sens -de leur vie, mais encore parce qu'ils sont fiers de cette ignorance. Et, -d'autre part, il n'est pas moins fréquent de rencontrer parmi des gens -presque illettrés, et même complètement illettrés, qui ignorent tout du -tableau chimique, des parallaxes, des propriétés du radium, et qui sont -pourtant des gens très éclairés, connaissant le sens de la vie, sans se -montrer plus fiers pour cela.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Les hommes ne peuvent comprendre et savoir tout ce qui se fait -dans le monde; par conséquent, leurs jugements sur bien des choses -sont inexacts? L'ignorance de l'homme se montre sous deux aspects; -l'ignorance pure, naturelle, dans laquelle les hommes naissent; l'autre -est celle du vrai sage. Lorsque l'homme aura étudié toutes les sciences, -et qu'il saura ce que les gens ont su et savent, il verra que toutes ces -sciences, prises dans leur ensemble, sont tellement, insignifiantes, -qu'elles ne donnent aucune possibilité de comprendre le monde, et cet -homme se persuadera qu'en réalité, les savants ne savent absolument rien -de plus que les simples ignorants. Mais il y a de ces demi-savants qui -ont acquis quelques éléments de diverses sciences et qui s'en montrent -très fiers. Ils se sont éloignés de l'ignorance naturelle, mais n'ont -pas eu le temps d'arriver à la vraie sagesse des savants, qui ont -compris l'imperfection et l'insignifiance de toutes les connaissances -humaines. Ce sont ces gens qui, se croyant de fortes têtes, troublent -le monde. Ils jugent de tout avec assurance et promptitude et, -naturellement, ils se trompent constamment. Ils savent jeter de la -poudre aux yeux et jouissent souvent du respect des hommes, mais les -masses populaires les méprisent, voyant bien leur inutilité; quant à -eux, ils méprisent le peuple, le croyant ignorant.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Les gens croient souvent que plus on sait, mieux cela vaut. C'est une -idée fausse. Il ne s'agit pas de savoir beaucoup de choses; il importe -de savoir l'essentiel de tout ce que l'on peut connaître.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Les sages ne sont jamais savants, les savants ne sont jamais sages.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Les hiboux voient dans l'obscurité, mais deviennent aveugles à la clarté -du soleil. Il en est de même des savants. Ils connaissent quantité de -futilités scientifiques, mais ils ne savent pas et ne peuvent rien -savoir de ce qui est le plus nécessaire dans la vie: comment l'homme -doit vivre sur la terre.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Le sage Socrate disait que la bêtise ne provient, pas de peu de science, -mais de ce qu'on ne se connaît pas soi-même, et qu'on croit connaître -tout ce que l'on ignore. Il appelait cela bêtise et ignorance.</p> - -<p class="caption">12</p> - -<p>Quand l'homme connaît toutes les sciences et parle toutes les langues, -mais ignore ce qu'il est et ce qu'il doit faire, il est bien moins -instruit que la vieille femme illettrée qui croit à son Seigneur le -sauveur, c'est-à-dire en Dieu, selon la volonté duquel elle reconnaît -qu'elle vit, et elle sait que ce Dieu exige d'elle une vie juste. Elle -est plus instruite que le savant, parce qu'elle possède la réponse à -la question essentielle: ce qu'est sa vie et comment doit-elle vivre; -tandis que le savant, tout en possédant des réponses ingénieuses à -toutes les questions complexes, mais peu importantes de la vie, n'a pas -de réponse à la question principale de tout homme de raison: pourquoi je -vis et que dois-je faire?</p> - -<p class="caption">13</p> - -<p>Les gens qui croient que la science est l'œuvre principale de la vie, -sont pareils aux papillons attirés par la clarté de la bougie: ils -périsssent eux-mêmes et obscurcissent la lumière.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>En quoi consiste le sens et le but de la vraie science.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Le savant est celui qui a appris beaucoup de choses dans les livres; -l'homme instruit est celui qui est au courant de tout ce qui intéresse -actuellement les hommes; l'homme éclairé est celui qui sait pourquoi il -vit et ce qu'il doit faire. Ne t'efforce ni d'être savant, ni d'être -instruit tâche de devenir un homme éclairé.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si dans la vie réelle l'illusion défigure la réalité pour un instant -seulement, dans la région abstraite, l'erreur peut dominer pendant des -milliers d'années, peut peser de son joug sur des peuples entiers, -étouffer les élans les plus nobles de l'humanité, et, à l'aide de ses -esclaves qu'elle a trompés, elle peut mettre aux fers celui qu'elle n'a -pu tromper. Elle est l'ennemi contre lequel les plus grands esprits de -tous les temps ont mené un combat inégal, et l'humanité n'a gagné que -ce qu'ils ont pu lui enlever. Si l'on dit que l'on doit rechercher la -vérité même là où l'on en attend aucun profit parce que l'utilité peut -en apparaître là où elle n'avait pas été prévue, il faut ajouter encore -qu'on doit rechercher et supprimer avec le même zèle toute erreur, là -même où elle ne peut faire aucun tort, parce que le danger des erreurs -peut facilement apparaître un jour, là où on ne s'y attendait pas, toute -erreur contenant du poison. Il n'y a pas d'erreur inoffensive et il y a -d'autant moins d'erreur honorable et sacrée.</p> - -<p>Pour consoler ceux qui consacrent leur vie et leurs forces à la noble -et difficile lutte contre les erreurs, on peut hardiment dire que, si -avant la venue de la vérité, l'erreur continuera quand même à faire -son œuvre, elle n'évincera pas jusqu'au bout la vérité conquise et -clairement exprimée, pour prendre librement sa place vacante, pas plus -que les hiboux et les chauves-souris pendant la nuit n'intimideront et -n'empêcheront le soleil de réapparaître radieux à son lever. Telle est -la puissance de la vérité; sa victoire est difficile et pénible, mais -une fois gagnée, elle ne peut pas être reprise.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Depuis que les hommes vivent sur la terre, tous les peuples ont eu des -sages qui leur ont enseigné ce qui était le plus nécessaire de savoir: -quelle est la destination et, par conséquent, le vrai bonheur de chaque -homme et de tous les hommes. Seul l'homme qui connaît cette science peut -juger de l'importance de toutes les autres.</p> - -<p>Les objets d'études sont <i>innombrables</i>; aussi, l'ignorance de la -mission et du bonheur des hommes rend-elle impossible le choix dans -cette quantité infinie des connaissances et c'est pourquoi sans cette -connaissance primordiale, toutes les autres deviennent et sont, en -effet, un amusement vain et nuisible.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Tous les hommes qui s'adressent à la science de notre époque, non pour -satisfaire une vaine curiosité, non pour jouer un rôle dans la science, -écrire; discuter, enseigner, non pour vivre de la science, mais pour lui -poser des questions directes, simples, vitales, s'aperçoivent que tout -en répondant à des milliers de questions très ingénieuses et complexes, -elle est impuissante à répondre à la seule question qui intéresse tout -homme de raison: que suis-je et comment dois-je vivre?</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>On peut étudier les sciences inutiles à la vie spirituelle, telles -que l'astronomie, les mathématiques, la physique, de même que jouir -de divers plaisirs, jeux, promenades, quand ces occupations ne nous -empêchent pas de faire ce que nous devons; mais ce n'est pas bien -de s'occuper de vaines sciences et de jouir de plaisirs, quand ils -entravent la véritable œuvre de la vie.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Socrate démontrait à ses élèves qu'une instruction bien organisée -commande de parvenir dans chaque science à une certaine limite qu'on ne -doit pas franchir. Il suffit de connaître assez de géométrie, disait-il, -pour être, à l'occasion en état de mesurer régulièrement une bande -de terre que l'on achète ou que l'on rend, pour diviser un héritage -ou pour savoir répartir le travail aux ouvriers. «C'est si facile, -disait-il, qu'avec un peu de bonne volonté on ne s'arrêtera plus devant -aucun calcul, quand bien même il faudrait mesurer toute la terre. Mais -il n'approuvait pas lorsqu'on se passionnait pour les difficultés de -cette science, et, bien qu'il les connût, il disait, qu'elles pouvaient -occuper toute la vie d'un homme et le distraire des sciences utiles, -tandis qu'elles ne servaient à rien. Il trouvait bien que l'on -connaisse assez d'astronomie pour pouvoir, d'après de menus indices -reconnaître les heures de la nuit, les jours du mois, et les saisons -de l'année, s'orienter sur sa route, maintenir la direction en mer, et -relever les gardes. Cette science, est si facile, ajoutait-il, qu'elle -est accessible à chaque chasseur, à tout navigateur et, en général, -à tout homme qui voudrait quelque peu s'en occuper. Mais lorsqu'on -voulait arriver à étudier les différentes orbites parcourues par les -astres célestes, calculer la dimension des planètes et des étoiles, leur -éloignement de la terre, leurs mouvements et modifications,—il blâmait -les gens, car il ne voyait aucune utilité à ces occupations. Il en avait -une si basse opinion, non pas par ignorance, car il avait étudié ces -sciences, mais parce qu'il ne voulait pas qu'on dépense à des études -superflues, le temps et les forces qui pourraient être employés à la -chose la plus nécessaire à l'homme: à son perfectionnement moral.»</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">XÉNOPHON.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII.—<i>De la lecture des livres.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Fais attention que la lecture de nombreux écrivains, de livres de -tous genres n'embrouillent et ne troublent ta raison. On ne doit -alimenter son esprit que par la lecture d'écrivains dont la valeur -est incontestable. Trop de lecture distrait l'esprit et le déshabitue -du travail personnel. C'est pourquoi ne lis que les vieux livres -incontestablement bons. Si jamais tu as envie de passer à des œuvres -d'un autre genre, n'oublie pas de revenir aux anciennes.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Lisez avant tout les meilleurs livres; autrement vous n'aurez pas le -temps de les lire.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">THOREAU.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il est préférable de ne jamais lire un seul livre que d'en lire beaucoup -et de croire à tout ce qui y est dit. On peut être intelligent sans lire -un seul livre, tandis qu'en croyant à tout ce qui est écrit dans les -livres, on devient forcément sot.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Dans la fabrication des livres se répète le même fait que dans la vie. -La plupart des gens s'égarent sottement. C'est pour cela que tant de -mauvais livres, tant de relent littéraire s'accumulent parmi la bonne -graine. Les hommes ne font que perdre leur temps, leur argent, et leur -attention à la lecture de ces livres.</p> - -<p>Les mauvais livres ne sont pas seulement inutiles, mais encore -nuisibles. Car neuf dixièmes de tous les livres ne s'impriment que pour -prendre l'argent des autres.</p> - -<p>C'est pourquoi il est préférable de ne pas lire du tout les livres dont -on parle et dont on écrit beaucoup. Les gens doivent chercher avant tout -à lire et à connaître les meilleurs écrivains de tous les siècles, et -de tous les peuples. Ce sont ces livres là qu'on doit lire en premier -lieu; autrement, on n'aura pas le temps de les lire du tout. Seuls ces -écrivains nous instruisent et contribuent à notre éducation.</p> - -<p>Nous ne lirons jamais trop peu de mauvais livres et nous ne réussirons -jamais à lire trop de bons livres. Les mauvais livres sont un poison -moral qui ne fait que griser.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après SCHOPENHAUER.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Les superstitions et les erreurs tourmentent les hommes. Il n'y a qu'un -moyen pour s'en débarrasser: la vérité. Or, nous apprenons la vérité -tant par nous-mêmes que par l'entremise de sages et de saints qui ont -vécu avant nous. C'est pourquoi pour mener une vie de bien, il faut -chercher soi-même la vérité, tout en profitant des indications qui sont -venues jusqu'à nous des anciens sages et des saints.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>L'un des moyens les plus puissants de connaître la vérité qui libère des -superstitions, consiste à apprendre tout ce que l'humanité a fait dans -le passé pour connaître et exprimer la vérité commune à tous les hommes.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VIII.—<i>De la pensée indépendante.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Chaque homme peut et doit profiter de tout ce que la raison commune de -l'humanité a élaboré, mais il doit en même temps contrôler par sa propre -raison les données élaborées par toute l'humanité.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Le savoir est vraiment le savoir, lorsqu'il est acquis par les efforts -de la pensée et non par la mémoire.</p> - -<p>Nous commençons à savoir réellement lorsque nous nous arrivons à oublier -complètement ce que nous avons appris. Je ne me rapprocherai pas à -une distance d'un cheveu de la connaissance des objets, tant que je -considérerai l'objet comme on me l'a appris. Pour connaître un objet, -je dois m'en approcher comme d'une chose d'absolument inconnue de moi.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">THOREAU.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Nous attendons du professeur qu'il fasse de son élève un homme -raisonnable, d'abord, sage, ensuite, et savant, enfin.</p> - -<p>Ce procédé présente cet avantage que si l'élève n'atteint jamais le -dernier degré, comme cela a, en effet, généralement lieu dans la -réalité; il gagnera néanmoins à s'instruire et aura plus d'expérience et -de sagesse dans la vie.</p> - -<p>Mais si l'on retourne ce procédé à l'envers, alors les élèves saisissent -quelque chose qui ressemble à la raison avant d'avoir acquis la faculté -de raisonner et emportent de l'enseignement une science empruntée, -comme collée à eux et non n'adhérant, sans compter que leurs facultés -spirituelles restent tout aussi improductives que par le passé et se -trouvent en même temps fortement corrompues par la sagesse imaginaire. -C'est là la raison pourquoi nous rencontrons souvent des savants (ou -plutôt des gens instruits) qui manifestent très peu de raisonnement, -et c'est pourquoi il sort des académies plus d'idiots que de n'importe -quelle autre classe sociale.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Dans toutes les classes il y a des hommes qui jouissent d'une -supériorité mentale, bien qu'ils n'aient souvent aucune instruction. -L'esprit naturel peut remplacer presque tous les degrés de -l'instruction, tandis qu'aucune instruction ne peut remplacer l'esprit -naturel, bien qu'elle possède l'avantage de la connaissance des -événements et des faits (science historique), de la définition des -causes (sciences naturelles)—le tout en une revue facile et régulière; -mais cela ne lui donne pas une opinion plus exacte et plus approfondie -du sens réel de tous ces événements, faits et causes. L'homme non -instruit, mais perspicace et prompt à voir les choses, saura se passer -de ces richesses. Un incident de sa propre expérience lui apprendra -bien plus qu'à un savant qui connaît des milliers de cas, mais qu'il -ne <i>comprend</i> pas très bien, parce que le peu de savoir de l'homme non -instruit est <i>vécu</i>.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>J'aime les paysans: ils ne sont pas assez instruits pour pouvoir -raisonner erronement.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MONTAIGNE.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Combien de lectures multiples nous aurions pu éviter si nous savions -réfléchir avec indépendance.</p> - -<p>Est-ce que la lecture et l'étude sont la même chose? Quelqu'un a -affirmé, non sans raison, que si l'impression des livres a contribué au -développement plus vaste de l'instruction, cela a été au détriment de -leur qualité et de leur teneur. Trop lire est mauvais pour la pensée. -Les plus grands penseurs, rencontrés parmi les savants que j'ai étudiés, -étaient précisément les moins érudits.</p> - -<p>Si l'on avait enseigné aux hommes <i>comment</i> ils doivent penser, et non -pas à quoi ils doivent penser, le malentendu aurait pu être évité.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">LICHTENBERG.</p> - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XIX" id="CHAPITRE_XIX">CHAPITRE XIX</a></h4> - -<h3>L'EFFORT</h3> - - -<p>Les péchés, les tentations, les superstitions arrêtent, voilent à -l'homme son âme. Pour se révéler à soi-même son âme, l'homme doit faire -des efforts de conscience. C'est donc dans ces efforts de conscience que -consiste l'œuvre principale de la vie de l'homme.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I.—<i>La libération des péchés, des tentations et des superstitions est -dans l'effort.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'abnégation libère les hommes des péchés, l'humilité—des tentations, -la véracité—des superstitions. Mais pour que l'homme puisse renoncer -aux désirs charnels, s'humilier devant les tentations de l'orgueil et -contrôler par la raison les superstitions qui le désorientent, il doit -faire des efforts. Seul l'effort de sa conscience permet à l'homme de se -libérer des péchés, des tentations et des superstitions qui le privent -de bonheur.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Le Royaume de Dieu est conquis par l'effort. Le Royaume de Dieu est -en vous (Luc, XVI, 16; XVII, 21). Ces deux strophes de l'Evangile -signifient que ce n'est que par des efforts de conscience que les hommes -peuvent vaincre en eux les péchés, les superstitions et les tentations -qui retardent l'approche du Royaume de Dieu.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Ici, sur la terre, il ne peut et ne doit pas y avoir de repos, parce que -la vie est une marche vers le but qu'on ne peut jamais atteindre. Le -repos est immoral. Je ne puis dire en quoi consiste ce but; mais quel -qu'il soit, il existe et nous savons que nous nous en approchons. Sans -ce rapprochement, la vie serait une absurdité et un mensonge. Et nous ne -pouvons nous rapprocher de ce but que par notre propre effort.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JOSEPH MAZZINI.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Devenir de plus en plus meilleur, c'est toute l'œuvre de la vie, et on -ne peut devenir meilleur que par l'effort.</p> - -<p>Chacun sait que sans effort, on ne peut rien faire dans le travail. Il -faut savoir également que dans l'œuvre principale de la vie, dans la vie -spirituelle, on ne peut rien faire sans effort.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La force ne se manifeste pas par le pouvoir de faire un nœud avec un -attisoir en fer, par la possession des billions et des trillions de -roubles, ni par la domination sur des millions d'hommes; la vraie force -est dans le pouvoir sur soi-même.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Ne dis jamais d'une bonne action: «Ce n'est pas la peine de se donner du -mal; c'est si difficile que je n'y arriverai jamais;» ou bien: «C'est -si facile que je n'ai qu'à vouloir pour le faire.» Ne pense pas et ne -parle pas ainsi: même si le but visé n'est pas atteint, ou si ce but est -insignifiant, chaque effort fortifie l'âme.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Les gens pensent souvent que pour être un vrai chrétien, il faut -accomplir des actes extraordinaires. C'est une erreur. Le chrétien n'a -pas besoin d'œuvres spéciales, extraordinaires; il ne lui faut qu'un -effort d'esprit perpétuel qui le libère des péchés, des tentations et -des superstitions.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Les mauvaises actions—celles qui causent nos malheurs,—s'accomplissent -facilement; mais ce qui est noble et bon pour nous se fait uniquement au -prix d'un effort.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse bouddhiste.</i></p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Si l'homme prend pour règle de faire ce qu'il veut, il ne restera pas -longtemps à vouloir faire ce qu'il fait. La vraie œuvre n'est jamais que -celle à laquelle on doit travailler pour l'accomplir.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>La route vers la connaissance du bien n'a jamais été tracée sur un gazon -soyeux jonchée de fleurs; l'homme a toujours dû escalader des rochers -dénudés.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>On ne cherche jamais la vérité avec joie, mais avec émotion et -inquiétude; et cependant, on doit la chercher; car n'ayant pas trouvé -la vérité et appris à l'aimer, tu périras. Mais, diras-tu, si la vérité -voulait que je la cherche et que je l'aime, elle se serait révélée -à moi-même. Aussi se révèle-t-elle à toi, mais tu n'y prêtes pas -attention. Cherche donc la vérité,—elle le veut.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>La vie pour l'âme exige des efforts.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Je suis l'instrument avec lequel Dieu travaille. Mon vrai bonheur -consiste à participer à Son travail. Mais je ne peux y parvenir qu'au -moyen des efforts que je fais pour garder toujours en état propre et -aiguisé l'instrument de Dieu qui m'est confié: moi-même, mon âme.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La chose la plus chère à l'homme, c'est d'être libre, de vivre à sa -guise et non suivant la volonté d'autrui. Afin de vivre ainsi, l'homme -doit vivre pour son âme. Et afin de vivre pour l'âme, l'homme doit -réprimer les désirs du corps.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La vraie vie humaine n'est autre chose que le passage progressif de la -nature bestiale inférieure à une conception de plus en plus grande de la -vie spirituelle.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Nous faisons un effort pour nous réveiller et nous nous éveillons -effectivement lorsque le rêve devient affreux et que nous n'avons plus -de forces de le supporter. Il faut agir de même dans la vie réelle -lorsqu'elle devient intolérable. Dans ces moments-là, il faut faire un -effort de conscience pour s'éveiller à une vie nouvelle, supérieure, -spirituelle.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La lutte contre les péchés, les tentations et les superstitions est -nécessaire déjà pour cette raison que si tu cesses de les combattre, ta -chair prend le dessus.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Il nous semble qu'un vrai travail ne peut être fait qu'à quelque chose -de visible: à bâtir une maison, à labourer un champ, à nourrir le -bétail, mais que travailler à son âme, à quelque chose d'invisible, -n'est pas une besogne importante, une besogne que l'on peut faire ou ne -pas faire; pourtant tout autre travail,—en dehors du travail intérieur, -celui qui nous rend tous les jours plus moral et plus aimant,—tout -autre travail n'est rien. C'est le seul vrai, et tous les autres ne sont -utiles que si ce travail principal de la vie s'effectue.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Celui qui reconnaît que sa vie est mauvaise et qui veut commencer à -vivre mieux, ne doit pas penser qu'il ne peut commencer à le faire que -lorsqu'il aura modifié les conditions de sa vie. On doit et on peut -améliorer sa vie non pas par les transformations extérieures, mais par -un changement de soi-même, en notre âme. Et cela, on peut le faire -toujours et partout. Et chacun a suffisamment à faire dans ce but. C'est -seulement lorsque ton âme aura changé au point que tu ne pourras plus -vivre comme par le passé, que tu pourras la modifier, et non quand tu -croiras qu'il te sera plus facile de te corriger si tu changes ta vie.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Il n'y a, dans la vie, qu'une seule chose importante pour tous les -hommes. Cette œuvre seule est destinée à tous les hommes. Tout le reste -n'est rien en comparaison avec elle. On voit que cela est ainsi parce -que dans cette œuvre seule, l'homme n'a pas d'entraves et qu'elle seule -donne toujours la joie.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Prends l'exemple du ver à soie: il travaille tant qu'il n'est pas en -mesure de voler. Et toi, tu t'es collé à la terre. Travaille à ton âme, -et il te poussera des ailes.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après ANGÉLUS.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>Le perfectionnement de soi-même ne saurait être atteint que par -des efforts de conscience.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>«Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait», est-il dit dans -l'Evangile. Cela ne signifie point que le Christ ordonne à l'homme -d'être aussi parfait que Dieu, mais que chaque homme doit faire des -efforts de conscience pour se rapprocher de la perfection et que la vie -de l'homme est dans ce rapprochement.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Tout être ne grandit pas d'un coup, mais peu à peu. On ne peut non -plus apprendre une science d'un coup. De même, on ne peut pas vaincre -le péché d'un coup. Il n'y a qu'un moyen pour devenir meilleur: le -raisonnement sage et l'effort continu et patient.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">CHANNING.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Lessing disait que ce n'est pas la vérité qui donne la joie à l'homme, -mais l'effort qu'il fait pour la connaître, Il en est de même de la -vertu: la joie que donne la vertu est dans l'effort qui nous rapproche -d'elle.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Les paroles suivantes étaient gravées sur la baignoire du Roi -Tching-Tchang: «Renouvelle-toi tous les jours complètement; fais-le à -nouveau et encore à nouveau.»</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse chinoise.</i></p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Si les gens ne s'occupent pas d'explorations, et s'ils s'en occupent, -mais qu'ils n'y réussissent pas, ils ne doivent pas se désespérer ni -s'arrêter; si les gens n'interrogent pas les personnes éclairées sur les -choses qu'ils ignorent, et si, en interrogeant, ils ne deviennent pas -plus avancés, ils ne doivent pas désespérer; si les gens ne raisonnent -pas, et s'ils raisonnent, mais ne peuvent pas comprendre clairement en -quoi consiste le bien, ils ne doivent pas désespérer; si les gens ne -distinguent pas le bien et le mal, et s'ils le distinguent, mais n'en -ont pas une conception exacte, ils ne doivent pas désespérer; si les -gens ne font pas le bien, et s'ils le font, mais sans lui consacrer -toutes leurs forces, ils ne doivent pas désespérer: ils feront en dix -fois ce que d'autres auraient fait en une fois; ils feront en mille fois -ce que d'autres auraient fait en cent fois.</p> - -<p>Celui qui suivra réellement cette règle de la continuité de l'effort -deviendra, si ignorant qu'il soit, sûrement fort, et, si vicieux qu'il -soit, il deviendra sûrement vertueux.</p> - -<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse chinoise.</i></p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Lorsque l'homme fait le bien uniquement parce qu'il est habitué à le -faire, ce n'est pas encore la vie de bien. Cette vie commence lorsque -l'homme fait un effort pour être bon.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Tu dis: ce n'est pas la peine de faire des efforts; on aura beau -s'appliquer, on ne parviendra jamais à la perfection. Ton œuvre n'est -pas d'atteindre la perfection, mais de t'en rapprocher de plus en plus.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Pour que la vie soit non un chagrin, mais une joie continuelle, on doit -toujours être bon pour tous, hommes et animaux. Et pour être bon, il -faut s'y habituer; et pour s'y habituer, il ne faut, pas laisser passer -une seule de ses mauvaises actions sans s'en faire de reproches.</p> - -<p>Si tu agis ainsi, tu t'habitueras bientôt à être bon pour tous les -hommes et pour tous les animaux. Et si tu t'habitues à la bonté, tu -auras toujours la joie au cœur.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>La vertu de l'homme ne se mesure pas par ses exploits extraordinaires, -mais par son effort de chaque jour.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>Pour se rapprocher de la perfection, l'homme ne doit compter que -sur ses propres forces.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Combien il est erroné de demander à Dieu, ou même aux hommes, de me -délivrer d'une situation difficile. L'homme n'a besoin de l'aide de -personne; il n'a pas besoin non plus de sortir de la situation où il se -trouve; il ne lui faut qu'une seule chose: faire un effort de conscience -pour se libérer des péchés, des tentations et des superstitions. La -situation de l'homme changera et s'améliorera seulement en tant qu'il se -sera libéré des péchés, dés tentations et des superstitions.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Rien n'affaiblit les forces de l'homme que l'espoir de trouver le salut -et le bonheur ailleurs que dans son effort.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il faut se débarrasser de l'idée que le Ciel peut corriger nos erreurs. -Si vous préparez négligemment quelque plat, vous n'espérez pas que la -Providence le rendra bon; de même, si pendant une série d'années de -folie, vous avez mal dirigé votre vie, vous ne devez pas espérer que -l'intervention divine dirigera et arrangera tout pour le mieux.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Tu possèdes la connaissance de ce qui est la perfection suprême. En toi -également sont les obstacles qui t'empêchent d'y arriver. Ta situation -est précisément celle qui t'engage à travailler pour te rapprocher de la -perfection.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">CARLYLE.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>C'est toi qui pèches, c'est toi qui projettes le mal, c'est toi qui fuis -le péché, c'est toi qui purifies tes desseins, c'est toi qui es méchant -ou pur; un autre ne pourra pas te sauver.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">DJAMAPADA.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Il n'y a pas de loi morale si je ne puis l'accomplir. Les gens disent: -nous sommes nés égoïstes, avares, sensuels, et nous ne pouvons pas être -autres. Non, nous le pouvons. La première chose, c'est de sentir dans -son cœur ce que nous sommes et ce que nous devons être, et la seconde -est de faire des efforts pour nous rapprocher de ce que nous devrions -être.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">SOLTER.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>L'homme doit développer ses germes de bien. La Providence ne les a pas -semés entièrement levés dans l'homme; ce ne sont que des germes. Se -rendre meilleur, cultiver soi-même—voilà l'œuvre principale de la vie -de l'homme.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p>V.—<i>Il n'y a qu'un seul moyen d'améliorer la vie sociale: l'effort de -chaque homme pour obtenir une vie morale et bonne.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Les hommes se rapprochent du Royaume de Dieu, c'est-à-dire de la vie -bonne et heureuse, uniquement par l'effort de chaque individu vers une -vie morale.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si tu vois que l'organisation de la société est mauvaise et que tu veux -l'améliorer, sache qu'il est pour cela un seul moyen: tous les hommes -doivent devenir meilleurs. Et pour rendre tous les hommes meilleurs, tu -n'as qu'un moyen: c'est de devenir meilleur toi-même.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>On entend souvent dire que tous les efforts faits pour améliorer la vie, -supprimer le mal, instituer la justice sont inutiles, et que tout cela -se fera de soi-même. Les gens avançaient, en ramant, mais les rameurs, -arrivés à destination, sont descendus; les voyageurs restés dans le -bateau ne se mettent pas à ramer parce qu'ils pensent que le bateau -continuera à avancer comme il l'a fait jusque-là.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>«Oui, cela serait ainsi, si tous les hommes avaient compris d'un coup -que tout cela est mauvais et inutile pour nous,» dit-on en parlant -du mal de la vie humaine. «Mettons qu'un homme renonce au mal, qu'il -refuse à y participer, cela avançera-t-il l'œuvre du bien commun? La -transformation de la vie sociale s'opère grâce aux efforts de toute la -société et non pas à ceux des individus isolés.»</p> - -<p>Il est vrai, qu'une hirondelle ne fait pas le printemps. Serait-il -possible, cependant, que parce qu'une hirondelle ne fait pas le -printemps, elle ne doit pas s'envoler alors qu'elle sent l'approche du -printemps? Si chaque bourgeon et chaque herbe attendaient, il n'y aurait -jamais de printemps. De même, pour établir le Royaume de Dieu, je ne -dois pas me demander si je suis la première ou la millième hirondelle, -mais faire immédiatement, même si je suis seul, en sentant l'approche du -royaume de Dieu, tout ce qu'il faut pour le réaliser.</p> - -<p>«Demandez, et il vous sera donné; cherchez, et vous trouverez; frappez, -et on vous ouvrira. Car quiconque demande, reçoit, et quiconque -cherche, trouve; et l'on ouvre à celui qui frappe.»</p> - -<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;">MATTH., VII, 7-8.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Notre vie est malheureuse. Pourquoi?</p> - -<p>Parce que les hommes vivent mal. Et ils vivent mal parce qu'ils sont -eux-mêmes mauvais. De sorte que pour que la vie ne soit plus mauvaise, -il faut changer les mauvaises gens en bonnes gens. Comment faire cela? -Personne ne peut transformer tout le monde, mais chacun peut s'amender -lui-même. Il semble, tout d'abord, qu'on ne peut pas remédier à cela -ainsi, car que peut faire un homme contre tous? Pourtant, tous se -plaignent de leur vie malheureuse. Si donc tous les hommes comprennent -que la mauvaise vie vient des mauvaises gens, et que chacun peut non pas -corriger les autres, mais se corriger lui-même, toute la vie deviendra -immédiatement meilleure.</p> - -<p>C'est donc que la mauvaise vie dépend de nous, et cela dépend également, -de nous qu'elle devienne bonne.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>L'effort vers la perfection donne le vrai bonheur.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'effort moral et la joie de la conscience de la vie alternent de même -que le travail corporel et la joie du repos. Sans travail corporel on -n'éprouve pas la joie du repos: sans effort moral, il n'y a pas de joie -d'être conscient de la vie.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La récompense de la vertu est dans l'effort même de faire une bonne -action.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">CICÉRON.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>N'attends pas non seulement un succès rapide, mais même un succès -perceptible de tes efforts vers le bien. Tu ne verras pas le fruit de -tes efforts, parce que tu t'es avancé 'tout autant que s'est avancée la -perfection à laquelle tu aspires. L'effort de la conscience n'est pas un -moyen pour obtenir le bonheur, mais l'effort de la conscience donne par -lui-même le bonheur.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Dieu a donné aux animaux tout ce qu'il leur faut. Mais il ne l'a pas -donné à l'homme. L'homme doit se procurer lui-même tout ce qui lui est -nécessaire. La sagesse supérieure de l'homme n'est pas née avec lui; il -doit travailler pour la gagner, et plus son travail est pénible, plus la -récompense est grande.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Tablettes des Babides</i><a name="FNanchor_1_9" id="FNanchor_1_9"></a> -<a href="#Footnote_1_9" class="fnanchor">[1]</a>.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Le Royaume de Dieu est conquis de haute lutte. Cela veut dire que pour -se débarrasser du mal et devenir bon, il faut un effort.</p> - -<p>L'effort est nécessaire pour se contenir du mal. Contiens-toi du mal, et -tu feras le bien, parce que l'âme humaine aime le bien, et elle le fait, -si elle est exempte de mal.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Vous êtes des travailleurs libres et vous le sentez. Toutes sortes de -raisonnements mensongers voulant prouver que la destinée ou les lois de -la nature sont maîtresses de tout, ne seront jamais en état de faire -taire les deux témoins incorruptibles de la liberté: les reproches de -la conscience et les grands martyres. Depuis Socrate jusqu'à Christ, et -depuis Christ jusqu'aux hommes qui, de siècle en siècle, meurent pour -la vérité, tous les martyrs de la foi montrent le mensonge de cette -doctrine d'esclaves et nous, disent tout haut: «Nous aussi, nous avons -aimé la vie, et aussi tous les hommes qui ont embelli notre vie et qui -nous suppliaient de cesser la lutte. Chaque battement de notre cœur -semblait nous crier: vivez! Mais pour accomplir la loi de la vie, nous -avons préféré la mort.»</p> - -<p>Depuis Caïn et jusqu'à l'homme le plus profondément misérable de notre -époque, tous ceux qui ont choisi la voie du mal entendent au fond de -leur âme la voix du blâme, du reproche, une voix qui ne leur donne pas -de repos, qui leur répète éternellement: Pourquoi avez-vous abandonné -le chemin de la vérité? Vous pouviez, vous pouvez faire un effort. Vous -êtes des hommes libres et il était dans votre pouvoir de moisir dans les -péchés ou de vous en libérer.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MAZZINI.</p> -<hr class="r5" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Footnote_1_9" id="Footnote_1_9"></a><a href="#FNanchor_1_9"><span class="label">[1]</span></a> Secte religieuse persane. <i>(Note du trad.)</i></p></div> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XX" id="CHAPITRE_XX">CHAPITRE XX</a></h4> - -<h3>LA VIE EST DANS LE PRÉSENT</h3> - - -<p>Les hommes croient que leur vie dure un temps donné: dans le passé et -dans l'avenir. Mais ce n'est qu'une apparence; la vraie vie humaine -ne dure pas pendant un temps, elle <i>est</i> toujours, se maintenant à un -point indéterminé où le passé touche au futur et que nous appelons -improprement le présent. A ce point du présent, et rien qu'à ce point, -l'homme est libre; c'est pourquoi la vraie vie de l'homme est dans le -présent et rien que dans le présent,.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I.—<i>La vraie vie ne dépend pas du temps.</i></p> - - -<p class="caption">1</p> - -<p>Le passé n'est plus, le futur n'est pas encore venu. Qu'est-ce qui -est donc? Rien que le point où le futur et le passé se touchent. Il -semblerait que ce point n'est rien, et cependant, toute notre vie est -uniquement dans ce point.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Il nous semble seulement que le temps existe. Il n'est pas. Le temps -n'est qu'un terme conventionnel grâce auquel nous voyons graduellement -ce qui est en réalité et ce qui est toujours un. L'œil ne voit pas toute -la sphère à la fois, bien que la sphère existe en entier et en une fois. -Pour que l'œil voit, il faut que la sphère tourne devant l'œil qui la -regarde. De même le monde se déroule, ou semble se dérouler, dans le -temps devant les yeux des hommes. Pour la raison supérieure, il n'y a -pas de temps: ce qui sera est déjà. L'idée du temps et de l'espace sert -au morcellement de l'infini pour le profit des êtres finaux.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il n'y a ni «avant» ni «après»: ce qui arrivera demain existe réellement -dans l'éternité.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Il n'y a ni temps, ni espace; l'un et l'autre nous sont indispensables -pour que nous puissions comprendre les objets. C'est pourquoi il est -faux de croire que les réflexions concernant les étoiles, dont la -lumière n'est pas encore arrivée jusqu'à nous, et sur l'état du soleil -à des millions d'années, etc., sont très importantes. Il n'y a là rien -d'important ni même de sérieux. Tout cela n'est qu'un vain jeu de -l'esprit.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Il n'y a pas de temps, il n'y a qu'un instant. Et c'est précisé ment en -cet instant qu'est toute notre vie. C'est pourquoi il faut donner toutes -nos forces à cet instant.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Si la vie est en dehors du temps, pourquoi se manifeste-t-elle dans le -temps et dans l'espace? Parce que le mouvement, c'est-à-dire la tendance -vers le développement, vers l'éclaircissement et la perfection, ne peut -se manifester que dans le temps et l'espace. S'il n'y avait pas d'espace -et de temps, il n'y aurait pas de mouvement, il n'y aurait pas de vie.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>La vie spirituelle de l'homme en dehors du temps et de l'espace.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Le temps ne sert qu'à la vie corporelle. L'être spirituel de l'homme, -est toujours en dehors du temps. Et il est en dehors du temps, parce que -l'activité de l'être spirituel consiste uniquement dans l'effort de la -conscience. Et cet effort est toujours hors du temps, parce qu'il n'a -jamais lieu qu'au présent et que le présent n'a pas de temps.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Nous ne pouvons nous représenter la vie après la mort et nous rappeler -de la vie avant notre naissance parce que nous ne pouvons rien nous -représenter qui soit en dehors du temps; et cependant, nous connaissons -le mieux notre vie hors du temps—dans le présent.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Notre âme est jetée dans notre corps où elle trouve le nombre, le temps, -la mesure. Elle raisonne d'après cela et appelle cela nature; nécessité, -et ne saurait penser autrement.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Nous disons que le temps passe. Ceci n'est pas exact. C'est nous qui -avançons, et non pas le temps. Lorsque nous flottons sur l'eau, il nous -semble que ce sont les rives qui marchent et non pas le bateau dans -lequel nous nous trouvons. Il en est de même du temps.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Il est bon de se rappeler souvent que notre vraie vie n'est pas -uniquement extérieure, corporelle, telle que nous la vivons ici, sur -terre, telle que nous la voyons, mais qu'avec cette vie, nous possédons -encore une autre vie, intérieure, spirituelle, qui n'a ni commencement -ni fin.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>La vraie vie n'est que dans le présent.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La faculté de se souvenir du passé et de se représenter l'avenir nous -est donnée uniquement afin que, en nous fondant sur des considérations -relatives à l'un ou à l'autre, nous puissions décider plus exactement -nos actes du présent, mais nullement pour regretter le passé ou préparer -l'avenir.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>L'homme ne vit que dans l'instant présent. Tout le reste est déjà passé, -ou bien n'arrivera peut-être pas.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Si nous nous tourmentons en songeant au passé et que nous nous gâtons -l'avenir, c'est uniquement parce que nous nous occupons trop peu du -présent. Le passé a été, l'avenir n'est pas; seul le présent est.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Notre état futur semblera toujours un rêve à notre état présent.</p> - -<p>Ce n'est pas la longueur de la vie qui importe, mais sa profondeur. Il -ne s'agit pas de prolonger la vie, mais de vivre en dehors du temps, et -nous ne le faisons que lorsque nous vivons par l'effort du bien. Lorsque -nous vivons ainsi, nous ne nous posons pas la question du temps.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après EMERSON.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>«Vivre jusqu'au soir et jusqu'à la mort»<a name="FNanchor_1_10" id="FNanchor_1_10"></a><a href="#Footnote_1_10" class="fnanchor">[1]</a> veut dire, vivre comme si -l'on se trouvait toujours à sa dernière heure et qu'on n'a le temps que -d'accomplir l'essentiel, et en même temps vivre comme si tu pouvais -continuer indéfiniment l'œuvre que tu accomplis.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Le temps est derrière nous, il est devant nous, mais nous ne l'avons pas -avec nous. Lorsqu'on se met à penser davantage à ce qui a été ou à ce -qui sera, on perd le principal: la vraie vie dans le présent.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>On ne peut vaincre les mauvaises habitudes qu'aujourd'hui seulement, et -non pas demain.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CONFUCIUS.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Rien n'a de l'importance, excepté ce que nous faisons dans le moment -présent.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Il est bon de ne pas penser au lendemain; mais pour ne pas y penser, il -n'y a qu'un seul moyen: c'est de penser continuellement si j'accomplis -bien l'œuvre du jour, de l'heure, de la minute présente.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Dès qu'on s'absorbe dans le passé et l'avenir, on s'éloigne de la vraie -vie et l'on se sent abandonné, lié, solitaire.</p> - -<p>Que de tortures morales, et tout cela pour mourir au bout de quelques -minutes! Pourquoi donc s'inquiéter?</p> - -<p>Non, cela n'est pas vrai: ta vie existe actuellement. Le temps n'est -pas, et l'heure présente vaut des centaines d'années si tu vis cette -heure avec Dieu.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après AMIEL.</p> - -<p class="caption">14</p> - -<p>On dit: l'homme n'est pas libre parce que tout ce qu'il fait a une -raison antérieure. Mais l'homme n'agit jamais que dans le présent; or, -le présent est en dehors du temps: ce n'est que le point de contact -entre le passé et le futur. C'est pourquoi l'homme est toujours libre -pendant l'<i>instant</i> du présent.</p> - -<p class="caption">15</p> - -<p>La force libre et divine de la vie ne se manifeste que dans le présent; -c'est pourquoi l'activité du présent doit posséder les qualités divines, -c'est-à-dire doit être raisonnable et bonne.</p> - -<p class="caption">16</p> - -<p>On demanda à un sage: Quelle est l'œuvre la plus ïmportante? Quel -est l'homme le plus important de la vie? Quel est le moment le plus -important de la vie?</p> - -<p>Le sage répondit: «L'œuvre la plus importante c'est d'aimer tous les -hommes parce que c'est là l'œuvre de la vie de chaque homme.</p> - -<p>«L'homme le plus important est celui auquel tu as affaire en ce moment, -parce que tu ne pourras jamais savoir si tu auras affaire à un autre -homme.</p> - -<p>«Le temps le plus important est le présent parce que là seulement -l'homme est maître de lui-même.»</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>L'amour ne se manifeste que dans le présent.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'œuvre principale de la vie est l'amour. Et on ne peut aimer ni dans le -passé ni dans le futur. On ne peut aimer que dans le présent, à cette -heure, à cette minute.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>L'amour est une manifestation de l'essence divine qui n'a pas de temps; -c'est pourquoi l'amour ne se manifest que dans le présent, tout de -suite, à tout moment du présent.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Aimer, en général, c'est faire le bien. C'est ainsi que nous comprenons -tous l'amour, et nous ne pouvons le comprendre autrement.</p> - -<p>L'amour n'est pas seulement un mot; il comprend les œuvres que nous -accomplissons pour le bonheur d'autrui.</p> - -<p>Si l'homme décide de ne pas répondre aux exigences du plus petit amour -vrai en vue d'un grand amour futur, il se leurre, leurre les autres et -n'aime personne, sauf lui.</p> - -<p>Il n'y a pas d'amour dans le futur: l'amour n'existe que dans le -présent. Si l'homme n'accomplit pas l'œuvre de l'amour dans le présent, -c'est qu'il n'a pas d'amour.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Tu veux le bien. Or, le bien ne peut se produire qu'immédiatement. Il ne -peut y avoir de bien dans l'avenir, parce qu'il n'y a pas d'avenir, il -n'y a que le présent.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Ne remets jamais une bonne action si tu peux l'accomplir aujourd'hui, -parce que la mort ne demande pas si tu as fait ce que tu dois. La mort -n'attend personne ni rien. La chose la plus importante est donc celle -qu'on accomplit à l'instant même.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>N'attendons pas pour être justes, compatissants. N'attendons pas la -venue des souffrances exceptionnelles des autres et les nôtres. La vie -est brève; dépêchons-nous donc à réjouir les cœurs de nos compagnons -pendant cette courte traversée. Hâtons-nous d'être bons.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Les hommes de bien oublient les bonnes actions qu'ils ont accomplies: -ils sont tellement occupés à ce qu'ils font, qu'ils ne pensent plus à ce -qu'ils ont déjà fait.</p> - -<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;"><i>Proverbe chinois.</i></p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>La vie dans le présent est l'état dans lequel Dieu vit en nous. C'est -pourquoi le moment présent est plus cher que tout. Emploie toutes les -forces de ton âme à ne pas laisser échapper ce moment, afin de ne pas -cacher à toi-même le Dieu qui peut se manifester en toi.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>Tentation de la préparation à la vie, au lieu de la vie même.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>«Je ferai cela quand je serai grand.»—«Je vivrai ainsi lorsque j'aurai -terminé mes études, lorsque je me serai marié.» «Je ferai cela lorsque -j'aurai des enfants, lorsque j'aurai marié mon fils, où lorsque je serai -riche, lorsque j'habiterai un autre endroit, ou lorsque je serai vieux.»</p> - -<p>Ainsi parlent les enfants, les adultes, les vieillards, et personne ne -sait s'il vivra jusqu'au soir. Nous ne pouvons rien savoir de tout cela: -si nous aurons ou non la possibilité de le mener à bonne fin, si la mort -ne nous empêchera pas de le faire.</p> - -<p>Il n'y a qu'une seule œuvre que la mort ne peut entraver: c'est -l'accomplissement, à toute heure de la vie, de la volonté de Dieu, celle -qui est d'aimer les hommes.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Nous pensons et nous disons souvent que «je ne puis pas faire tout ce -que je dois par suite de la situation où je me trouve». Combien cela -est faux! Le travail intérieur, qui est la raison même de la vie, est -toujours possible. Tu es en prison, tu es malade, tu es privé de la -possibilité, d'entreprendre toute activité extérieure; on t'offense, on -te tourmente; mais ta vie intérieure est dans ton pouvoir: tu peux, dans -la pensée, reprocher, blâmer, envier, détester les hommes, et tu peux -aussi réprimer ces sentiments et les remplacer par de bons. De sorte que -chaque minute de ta vie est à toi, et personne ne peut te la prendre.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Se savoir malade, prendre soin pour se guérir, surtout penser à ce -que je suis souffrant pour le moment et, par suite, incapable d'agir, -se dire que lorsque je redeviendrai valide, j'agirai, est une grande -tentation. Car ces paroles signifient: je refuse ce qui m'est donné, -mais je veux ce qui n'existe pas. On peut toujours se réjouir de ce que -l'on possède à chaque instant et faire immédiatement tout ce que l'on -peut.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Tu n'es pas bien, et il te semble que cela vient de ce que tu ne peux -pas vivre comme tu voudrais, que tu aurais plus facilement fait ce que -tu crois devoir faire si ta vie était autre. C'est faux. Tu as tout ce -que tu désires. A tout moment de ta vie, tu peux faire la meilleure -chose que tu es à même d'accomplir.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Les importantes, les grandes œuvres qui ne peuvent être terminées que -dans l'avenir, ne sont pas de vraies œuvres, elles ne sont pas faites -pour la gloire de Dieu. Si tu crois en Dieu, tu croiras à la vie dans le -présent, tu travailleras à des œuvres qui peuvent être achevées dans le -présent.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p><i>Momento-mori</i>. Souviens-toi de la mort! est une grande parole. Si -nous nous souvenions que nous mourrons inévitablement et bientôt, -notre vie serait tout autre. Si l'homme sait qu'il doit mourir dans -une demi-heure, il ne fera sûrement ni des choses vaines, ni bêtes, ni -surtout mauvaises, dans ce court laps de temps. Le demi-siècle qui te -sépare, peut-être, de la mort, n'est-ce pas une demi-heure?</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>Les conséquences de nos actes regardent Dieu, et non pas nous.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Les conséquences de nos actes ne dépendent pas de nous, parce qu'elles -sont infinies dans l'espace infini et dans le temps infini.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si tu peux voir toutes les conséquences de ton activité, sache que cette -activité est nulle.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Nos actes de l'instant, du moment, sont à nous; ce qu'il en résultera, -c'est l'affaire de Dieu.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">FRANÇOIS d'ASSISE.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>En vivant d'une vie spirituelle, c'est-à-dire en communion avec Dieu, -l'homme, bien qu'il ne puisse pas connaître les conséquences de ses -actes, sait sûrement que ces conséquences seront heureuses.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>L'acte accompli sans la moindre réflexion aux conséquences possibles, -uniquement en vue d'accomplir la volonté de Dieu, est la meilleure -action que l'homme peut accomplir.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>La récompense d'une vie juste n'est jamais dans l'avenir, mais dans le -présent. Si tu fais bien à l'instant, tu te sens bien à l'instant. Et si -tu agis bien, les conséquences ne peuvent ne pas être bonnes.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII.—<i>Ceux qui croient que le sens de la vie est dans le présent ne se -préoccupent pas de la vie d'outre-tombe.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Nous nous embrouillons dans nos idées sur la vie future; nous nous -demandons ce qu'il y aura après la mort. Mais on ne peut le demander, -parce que la vie et l'avenir sont deux termes contradictoires: la vie -est seulement dans le présent. Il nous semble qu'elles <i>a été</i> et -qu'elle <i>sera</i>, tandis qu'elle <i>est</i> seulement. Il ne faut pas chercher -une solution à la question de l'avenir, mais penser comment nous devons -vivre dans le présent, à l'instant même.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Nous ignorons toujours tout ce qui a trait à la vie corporelle, parce -que cette vie est réglée par le temps et que nous ne pouvons pas -connaître l'avenir.</p> - -<p>Mais dans le domaine de la vie spirituelle, il n'y a pas de futur. C'est -pourquoi l'inconnu de notre vie diminue à mesure qu'elle se transforme -de charnelle en spirituelle, à mesure que nous vivons dans le présent.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Nous devons accomplir honnêtement et d'une manière impeccable le travail -qui nous est confié, indépendamment de notre espoir de devenir un jour -des anges, ou de notre croyance d'avoir été jadis des mollusques.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>A mesure que la vie se prolonge, surtout la vie en bonnes actions, -l'importance du temps et l'intérêt de la question de ce qui sera -tombent. Plus nous sommes vieux, plus le temps passe vite; ce qui «sera» -a de moins en moins d'importance et ce qui «est» en gagne de plus en -plus.</p> - -<p>Si tu peux élever ton esprit au-dessus de l'espace et du temps, tu te -trouves à tout instant dans l'éternité.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p> - -<hr class="r5" /> -<div class="footnote"> - -<p><a name="Footnote_1_10" id="Footnote_1_10"></a><a href="#FNanchor_1_10"><span class="label">[1]</span></a> Proverbe russe. (<i>N. du trad.</i>).</p></div> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XXI" id="CHAPITRE_XXI">CHAPITRE XXI</a></h4> - -<h3>LE NON-AGIR</h3> - - -<p>Les hommes gâtent moins leur vie en ne faisant pas ce qu'ils doivent -faire, qu'en faisant ce qu'ils ne doivent pas faire. C'est pourquoi le -plus grand effort que l'homme doit faire sur lui-même pour avoir une vie -heureuse—est de s'abstenir de faire ce qu'il ne faut pas faire.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I.—<i>L'abstention est le meilleur moyen de mener une bonne vie.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Ce qui importe le plus à tous les hommes, c'est de vivre bien. Vivre -bien, c'est moins de faire tout le bien que nous pouvons, que de ne pas -faire le mal que nous pouvons éviter de commettre. L'essentiel, c'est de -ne pas faire de mal.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Tous les hommes de notre époque savent que notre vie est mauvaise, et -ils ne se bornent pas à critiquer son organisation, mais travaillent -à ce qui, à leur avis, doit améliorer notre vie. Pourtant, loin de -s'améliorer, l'organisation de notre vie empire chaque jour. Pourquoi? -Parce que les hommes accomplissent les travaux les plus compliqués et -les plus difficiles pour améliorer la vie, mais ne font pas la chose la -plus simple et la plus facile: ils ne s'abstiennent pas de prendre part -aux œuvres qui rendent notre vie mauvaise.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>L'homme apprend ce qu'il doit faire seulement après avoir compris ce -qu'il ne doit pas faire. Et, en en faisant pas ce qu'il ne doit pas -faire, il fera inévitablement ce qu'il doit faire, bien qu'il ne saura -pas pourquoi il fait ce qu'il fait.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Question: Qu'est-ce qu'il y a de mieux à faire quand on est pressé? -Réponse: Rien.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Dans les moments d'abattement moral, on doit se comporter envers -soi-même comme envers un malade: ne rien entreprendre.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Si tu ne sais pas quel parti prendre: agir ou ne pas agir, sache qu'il -est toujours préférable de s'abstenir que d'agir. Si tu n'avais pas la -force de t'abstenir, et si tu savais sûrement que l'affaire est bonne, -tu ne te serais pas demandé si tu dois la réaliser ou non; si tu te le -demandes, c'est que tu sais que tu peux te contenir et, ensuite, tu es -sûr que l'affaire n'est pas tout à fait bonne. Si elle était absolument -bonne, tu ne te serais pas interrogé.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Si tu as grande envie de quelque chose et s'il te semble que tu ne -pourrais pas résister à l'envie, défie-toi. Ce n'est pas vrai que -l'homme ne puisse se contenir dans n'importe quel cas. Seul celui qui -s'est assuré à l'avance qu'il ne peut se contenir, n'est pas en état de -le faire.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Que chacun, même un tout jeune homme, se rappelle sa vie. Et si tu -regrettes une seule fois de n'avoir pas fait ce que tu devais et ce qui -serait bien, tu regretteras des centaines de fois d'avoir fait ce qui -était mal et que tu n'aurais pas du faire,</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>Conséquences de l'incontinence.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Il y a moins de mal à ce que nous faisons autre chose que nous aurions -dû faire, qu'à ce que nous ne nous abstenons pas de ce que nous -n'aurions pas dû faire.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Le laisser-aller dans une seule occasion affaiblit la force de la -continence dans toute autre. L'habitude prise de ne pas se contenir est -comme un torrent invisible sous une maison. Une telle maison ne résiste -pas à la poussée.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il est plus mauvais de faire trop que de ne pas faire assez; il est plus -mauvais de se presser que de venir en retard.</p> - -<p>Les reproches de la conscience sont toujours plus douloureux pour ce que -l'on a fait que pour ce que l'on n'a pas fait.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Plus la situation semble difficile, moins on doit agir. C'est -précisément par l'action que nous gâtons ordinairement ce qui commençait -déjà à s'arranger.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La plupart des gens qu'on appelle méchants sont devenus tels parce -qu'ils prenaient leur mauvaise humeur pour leur état d'âme normal et -s'abandonnaient sans faire d'efforts pour y résister.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Si tu ne te sens pas la force de te contenir d'un désir charnel, la -cause est sûrement en ce que tu ne t'es pas contenu lorsque tu étais -encore en état de le faire; puis, le désir est devenu une habitude.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>Toute activité n'est pas digne d'estime.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>On a tort de croire que toute activité, sans se préoccuper de son -caractère, est, en elle-même, une occupation honorable, digne de -considération. Il s'agit de savoir quelle est cette activité et dans -quelles conditions l'homme s'abstient d'agir.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Souvent les hommes refusent fièrement de prendre part à des plaisirs -innocents en le motivant par des occupations plus sérieuses. Cependant, -sans compter que le jeu simple et joyeux est plus utile et important -que bien des affaires, le travail même pour lequel les gens occupés -renoncent au plaisir, est souvent tel qu'il serait préférable de ne pas -le faire.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Pour la marche réelle de la vie, une activité extérieure et turbulente -est non seulement inutile, mais encore nuisible. L'inaction, sans -les plaisirs procurés par le travail des autres, est la situation -la plus pénible, si elle n'est pas comblée par un travail intérieur; -c'est pourquoi, si l'homme vit en dehors du luxe assuré par le travail -d'autrui, cet homme ne restera pas oisif. Le plus grand tort est causé -à l'humanité, non par l'oisiveté, mais par des actions nuisibles et -inutiles.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>L'homme peut éviter de mauvaises habitudes s'il a conscience -d'être non une créature charnelle, mais spirituelle.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Pour apprendre à se contenir, il faut apprendre à se dédoubler en un -homme charnel et en un homme spirituel, et à habituer l'homme charnel à -faire ce que veut l'homme spirituel.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Lorsque l'âme dort, lorsqu'elle n'agit pas, le corps est -irrésistiblement soumis aux manifestations des sens que provoquent en -lui les actes de ceux qui entourent l'homme. Ils bâillent, il bâille -également; ils s'emportent, il s'emporte aussi; ils se fâchent, il se -fâche; ils s'attendrissent, pleurent, et il a les larmes aux yeux.</p> - -<p>Cette subordination involontaire aux influences extérieures est souvent -la cause des mauvaises actions qui sont en désaccord avec les exigences -de la conscience. Mets-toi en garde contre ces influences extérieures et -ne te soumets pas à elles.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Si tu habitues ton côté charnel, depuis ton jeune âge, à obéir à la -partie spirituelle, il te sera facile de contenir tes désirs. Celui qui -s'est habitué à contenir ses désirs a toujours une vie joyeuse et facile.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>Plus on lutte contre l'incontinence, plus la lutte devient facile.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Une guerre intestine se déroule en l'homme entre sa raison et ses -passions. L'homme aurait pu jouir d'un certain calme s'il ne possédait -que la raison sans les passions, ou les passions sans la raison. Mais -comme il possède l'un et les autres, il ne peut éviter le combat, il -ne peut être en paix avec l'un que s'il est en guerre avec l'autre. Il -lutte toujours en lui-même. Et cette lutte est indispensable; c'est là -toute la vie.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Pour respecter les autres comme soi-même, il faut agir envers eux comme -nous voulons que l'on agisse envers nous; là est l'œuvre principale -de la vie. Il faut se maîtriser, et, pour se maîtriser, il faut s'y -habituer.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Chaque fois que tu as grande envie de faire quelque chose, arrête-toi -et réfléchis afin de savoir si ce dont tu as tellement envie est bien.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Pour ne pas commettre de mauvaises actions, il ne suffit pas de s'en -abstenir; il faut apprendre à se contenir des mauvaises conversations -et, surtout, des mauvaises pensées. Dès que tu te rends compte que tes -paroles sont mauvaises, que tu te moques, blâmes, injuries, arrête-toi, -tais-toi et n'écoute pas les autres. Agis de même lorsque tu as de -mauvaises idées, lorsque tu penses mal de ton prochain; qu'il soit digne -de blâme ou non, arrête-toi et tâche de penser à autre chose. C'est -seulement lorsque tu apprendras à te contenir des mauvaises paroles et -des mauvaises pensées, que tu seras en état de te contenir des mauvaises -actions.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Indépendamment du nombre de fois qu'il t'arrivera de tomber sans pouvoir -vaincre tes passions, ne te laisse pas abattre. Tout effort de lutte -diminue la force de la passion et facilite la victoire.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Chaque passion dans le cœur de l'homme est d'abord comme un solliciteur, -ensuite comme un hôte, et enfin comme le maître de la maison. N'ouvre -pas la porte de la maison de ton cœur à ce solliciteur.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>La portée de la continence pour chaque homme et pour l'humanité -entière.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Si tu veux être libre, habitue-toi à contenir tes désirs.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Qui est sage? Celui qui apprend toujours quelque chose chez quelqu'un. -Qui est riche? Celui qui se contente de son sort. Qui est fort? Celui -qui sait se maîtriser.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Le Talmud.</i></p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>On dit que le christianisme est une doctrine de faiblesse parce qu'il -ne recommande pas d'agir, mais plutôt de s'abstenir de l'action. Le -christianisme, doctrine de faiblesse! Une doctrine de faiblesse dont le -Fondateur a péri en martyr sur la croix, toujours fidèle à Lui-même, -et dont les fidèles comptent des milliers de martyrs, les seuls hommes -qui regardaient bravement le mal en face et qui se révoltaient contre -lui! Et les violents d'alors qui ont exécuté le Christ, de même que les -violents d'à présent savent quelle est cette doctrine de faiblesse et la -craignent plus que tout. Leur flair leur montre que seule cette doctrine -détruit sûrement et jusqu'à la base tout le régime qui les soutient. Il -faut bien plus de force pour se contenir du mal que pour accomplir la -chose la plus difficile que nous considérons comme bien.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Toutes les diversités de nos situations dans le monde ne sont rien en -comparaison de la maîtrise de l'homme sur lui-même. Si un homme est -tombé à la mer, il est absolument indifférent d'où il est tombé et -quelle est cette mer. La seule chose qui importe, c'est de savoir s'il -sait nager ou non. La force n'est pas dans les conditions extérieures, -mais dans le savoir de se dominer.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La vraie force n'est pas dans celui qui ne vainc pas les autres; mais -dans celui qui se vainc lui-même qui ne permet pas à la bête de dominer -son âme.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Celui qui s'abandonne aux désirs de la passion, qui cherche les -jouissances, sent ses passions se développer de plus en plus et se -trouve enchaîné par les passions.</p> - -<p>Celui qui a pu vaincre la passion a brisé les chaînes.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse bouddhiste.</i></p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Jeune homme, refuse de satisfaire tes désirs (plaisirs, luxe, etc.), -si ce n'est dans l'intention de renoncer absolument à tout cela, du -moins dans le but d'avoir devant soi une possibilité continuelle de -jouissance. Cette économie à l'égard de ton sentiment de vitalité te -rendra, en effet, plus riche parce que tu diffères tes jouissances.</p> - -<p>La conscience que la jouissance est dans ton pouvoir est plus féconde -et plus vaste, comme tout ce qui est idéal, que le désir satisfait par -cette jouissance, parce que la satisfaction détruit le sentiment de -jouissance même.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>On doit moins chercher à faire le bien qu'à être bon; moins chercher -à luire qu'à être pur. L'âme semble vivre dans un vase en verre, et -l'homme peut le salir ou le tenir propre. Dans la mesure où le verre -est pur, lumière de la vérité luit à travers, pour l'homme lui-même -et pour les autres. C'est pourquoi l'œuvre principale de l'homme est -interne; elle consiste à entretenir son vase dans la propreté. Garde-toi -seulement de te souiller, et la lumière luira pour toi comme pour les -autres.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Souvent, pour arriver à ce que nous désirons, il suffît de cesser de -faire ce que nous faisons.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Il suffît de contempler la vie que les hommes mènent dans notre -monde, voir Chicago, Paris, Londres, toutes, les villes, les usines, -les chemins de fer, les machines, les armements, les canons, les -forteresses, les imprimeries, les musées, les maisons à 30 étages, -etc., et à se poser la question de ce que l'on doit faire avant tout -afin que les hommes puissent vivre bien, pour que cette réponse vienne -d'elle-même: cesser avant tout d'accomplir les choses inutiles; et -l'inutile dans notre monde européen constitue les 0,99 de toute -l'activité humaine.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Si tenu et transparent que soit devenu le mensonge résultant de la -contradiction entre notre vie et notre conscience, il s'amincit et -s'étire encore, mais ne se rompt pas. Et tout en devenant toujours plus -mince en s'étirant de plus en plus, ce mensonge lie l'ordre existant des -choses et entrave l'avènement d'un nouveau.</p> - -<p>La plupart des hommes du monde chrétien ne croient plus aux règlements -païens qui gouvernent leur vie, et croient aux principes chrétiens -qu'ils reconnaissent dans leur conscience; mais la vie continue comme -par le passé. Pour supprimer tous les malheurs et les contradictions qui -tourmentent actuellement les hommes afin que le Règne de Dieu annoncé -à l'humanité depuis 1900 ans arrive, les hommes de notre temps n'ont -besoin que d'une seule chose: d'un effort moral. De même que pour faire -reprendre à un liquide refroidi au-dessous de son point de congélation -la forme de cristaux qui lui est propre, il faut une impulsion,—pour -faire passer l'humanité à la forme de vie qui lui est naturelle, il faut -un effort moral, l'effort par lequel est conquis le Royaume de Dieu.</p> - -<p>Cet effort n'est pas un effort de mouvement, ni l'effort de révélation -d'une philosophie nouvelle, de nouvelles idées, ni l'effort exigé pour -des exploits nouveaux et extraordinaires; l'effort nécessaire pour -pénétrer dans le royaume de Dieu, ou pour entrer dans une nouvelle forme -de vie, est un effort négatif, l'effort de ne pas suivre le courant, -l'effort de ne pas accomplir des actes incompatibles avec la conscience -intérieure.</p> - -<p>Et c'est à la nécessité de faire cet effort que les hommes sont amenés -maintenant par la cruauté de la vie et la clarté et la propagation de la -doctrine chrétienne.</p> - -<p class="caption">12</p> - -<p>Le moindre mouvement de la matière est important pour la nature. -Toute la mer se modifie à cause d'une pierre. De même, dans la vie -spirituelle, le moindre mouvement provoque des conséquences sans fin. -Tout est grave.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XXII" id="CHAPITRE_XXII">CHAPITRE XXII</a></h4> - -<h3>LA PAROLE</h3> - - -<p>La parole exprime la pensée et peut servir à unir ou à désunir les -hommes; c'est pourquoi on doit en user avec précaution.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">I.—<i>La parole est une grande chose.</i></p> - - -<p class="caption">1</p> - -<p>La parole peut unir les hommes; la parole peut les désunir; la parole -peut servir l'amour, comme elle peut servir l'inimitié et la haine. -Garde-toi de la parole qui divise ou qui provoque l'inimitié et la haine.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La parole exprime la pensée; la pensée manifeste la puissance divine; -c'est pourquoi la parole doit correspondre à ce qu'elle exprime. Elle -peut être indifférente, mais ne peut et ne doit pas exprimer le mal.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>L'homme est porteur de Dieu. Il peut exprimer la conscience de sa -divinité par la parole. Comment dès lors ne pas observer de la prudence -en parlant?</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Le temps passe, et la parole dite reste.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Si tu as le temps de réfléchir avant de commencer à parler, réfléchis -sur la nécessité de ce que tu veux dire et si cela ne peut faire de tort -à personne. Car il arrive le plus souvent qu'après avoir réfléchi, tu ne -commences même pas à parler.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Réfléchis avant de parler. Mais arrête-toi avant que l'on ne te dise -«assez». La faculté de la parole met l'homme au-dessus de la bête, mais -il lui est inférieur s'il dit tout ce qui lui passe par la tête.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAADI.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Après une longue conversation, tâche de te rappeler tout ce qui a été -dit, et tu seras étonné de voir combien tout ce qui a été dit était -vain, inutile et souvent méchant.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Ecoute, sois attentif, mais parle peu.</p> - -<p>Ne parle jamais si l'on ne s'adresse pas à toi; lorsque l'on -t'interroge, réponds de suite et brièvement, et ne sois pas honteux si -tu dois avouer que tu ne sais pas ce que l'on te demande.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SOUFI.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Si tu veux être sage, apprends à questionner raisonnablement, à écouter -attentivement, à répondre tranquillement et à cesser de parler quand tu -n'as plus rien à dire.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAVATER.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Ne loue pas, ne blâme pas, ne discute pas.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Ecoute les discours d'un homme savant avec attention, quand bien même -ses actes ne correspondraient pas à son enseignement. L'homme doit -s'instruire, quand bien même les préceptes seraient gravés sur un mur.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAADI.</p> - -<p class="caption">12</p> - -<p>Il existe trois mots excellents très courts: <i>Je ne sais.</i> Habitue ta -langue à les dire plus souvent.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse orientale.</i></p> - -<p class="caption">13</p> - -<p>Il y a une ancienne sentence qui dit: <i>de mortius aut bene, aut nihil</i>, -c'est-à-dire: «dis du bien des morts ou n'en parle point». Combien cela -est injuste! On aurait dû dire, au contraire: «Dis du bien des vivants -ou n'en parle point.» Combien de souffrances cela aurait évité aux -hommes, et comme cela est facile!</p> - -<p>Pourquoi ne doit-on pas dire de mal des morts? Dans notre monde, au -contraire, on s'est accoutumé, par suite de l'usage des nécrologies -et des jubilés, de ne faire aux morts que des éloges exagérés, par -conséquent, dire des mensonges. Et ces éloges mensongers sont nuisibles -parce qu'ils cachent la différence entre le bien et le mal.</p> - -<p class="caption">14</p> - -<p>A quoi peut-on comparer la langue dans la bouche de l'homme? C'est la -clef du trésor; lorsque la porte est fermée, personne ne peut savoir ce -qui y est renfermé: des pierres précieuses ou du rebut inutile.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAADI.</p> - -<p class="caption">15</p> - -<p>Bien que le silence soit utile d'après la doctrine des sages, la parole -libre est également utile, mais utile en son temps seulement. Nous -péchons par la parole quand nous nous taisons, alors que nous devrions -parler, et quand nous parlons, alors que nous devrions nous taire.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAADI.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>Tais-toi lorsque tu te fâches.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Si tu sais comment les gens devraient vivre et que tu leur veux du bien, -tu le leur diras. Tu tâcheras de le leur exprimer de façon à ce qu'ils -croient à tes paroles. Et pour qu'ils le croient et te comprennent, tu -dois t'efforcer de leur transmettre tes idées sans irritation et colère, -mais avec calme et bonté.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si tu veux, dans la conversation, faire part à ton interlocuteur de -quelque vérité, l'essentiel est de ne pas te fâcher et de ne pas -prononcer une seule parole mauvaise ou blessante.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'Après ÉPICTÈTE.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Une parole non prononcée est d'or.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Si tu ne peux pas calmer ta colère immédiatement, tiens ta langue. -Tais-toi, et tu te calmeras bientôt.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">BAKSTER.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Tâche, pendant la discussion, de rendre tes paroles douces et tes -arguments fermes. Tâche non pas de vexer ton adversaire, mais de le -convaincre.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">WILKINS.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Dès que nous sentons la colère pendant la discussion, nous ne discutons -plus pour la vérité, mais pour nous-mêmes.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CARLYLE.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>Ne discute pas.</i></p> - -<p>Une querelle qui s'allume est pareille à un torrent qui mine une digue: -dès qu'il la traverse, tu ne peux plus le retenir. Et toute querelle est -provoquée et alimentée par la parole.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Le Talmud.</i></p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La discussion ne convainc personne, mais elle désunit et irrite. La -discussion est, par rapport à l'opinion des gens, la même chose que -le marteau par rapport au clou. Après la discussion, les opinions, -encore vagues, se calent solidement dans la tête, de même que les clous -enfoncés dans le mur jusqu'à la tête.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après JUVÉNAL.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Pendant la discussion, on oublie la vérité. Celui qui est le plus sage -cesse le premier à discuter.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Prête l'oreille aux discussions, mais ne t'y mêle point. Dieu te -préserve de l'emportement et de l'irritabilité, même dans leur moindre -manifestation. La colère est toujours déplacée, mais surtout dans une -affaire où l'on a raison, parée qu'elle ne fait que l'obscurcir et la -troubler.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">GOGOL.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La meilleure réponse à un fou est le silence. Chaque mot de réplique te -reviendra par ricochet. Répondre à une offense par l'offense revient au -même que de jeter du bois dans le feu.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>Ne juge point.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>«Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés; car on vous jugera -du même jugement dont vous jugez; et on vous mesurera de la même mesure -dont vous mesurez. Et pourquoi regardes-tu la paille dans l'œil de -ton frère, tandis que tu ne vois pas la poutre dans ton œil? Ou bien, -comment dis-tu à ton frère: Permets que j'ôte cette paille de ton œil, -et voici qu'une poutre est dans le tien? Hypocrite. Ote premièrement de -ton œil la poutre, et alors tu penseras à ôter la paille de l'œil de ton -frère.»</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MATTH. VII, 1-6.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>En pénétrant en notre for intérieur, nous découvrons presque toujours -le péché que nous blâmons chez un autre. Et si nous ne connaissons -pas le même péché, nous n'avons qu'à chercher pour en trouver un plus -mauvais encore.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Lorsque tu te mets à juger un homme, pense à ne pas dire de mal de lui, -si tu es sûr qu'il a commis ce mal, et, à plus forte raison, lorsque tu -n'en sais rien et que tu répètes simplement les paroles d'autrui.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Il est toujours injuste de juger un autre, parce que personne ne peut -jamais savoir ce qui s'est passé et ce qui se passe dans l'âme de celui -que l'on juge.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Il est bon de s'entendre avec un ami afin que l'un arrête l'autre, si -l'un de vous deux commence à médire de son prochain. Et si tu n'as pas -un tel ami, entends-toi là-dessus avec toi-même.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Il est mauvais de médire des gens en leur présence, parce que cela les -offense, et il est malhonnête de le faire en leur absence, parce que -cela les trompe. Le mieux est de ne pas chercher le mal chez les autres, -de l'oublier, mais de le chercher en soi-même et de s'en rappeler.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>La médisance spirituelle est comme un plat de charogne à la sauce. La -sauce cache toutes les saletés que l'on mange sans s'en apercevoir.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Moins on est renseigné sur les mauvaises actions des gens, plus on est -sévère envers soi-même.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>N'écoutez jamais ceux qui disent du mal des autres et du bien de -vous-mêmes.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Celui qui médit de toi derrière ton dos te craint, et celui qui te loue -en ta présence te méprise.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Proverbe chinois.</i></p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>La médisance plaît tellement aux gens qu'il est très difficile de se -contenir de ne pas être agréable à ses interlocuteurs en médisant des -absents. Mais si tu tiens absolument à régaler les gens, offre-leur -autre chose que des mets malsains, tant pour toi-même que pour ceux que -tu régales.</p> - -<p class="caption">12</p> - -<p>Cache le péché d'autrui, Dieu t'en pardonnera deux.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>Le danger de l'intempérance de langage.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Nous savons que nous devons manier les fusils chargés avec précaution, -et nous ne voulons pas savoir que l'on doit prendre les mêmes -précautions avec la parole. La parole peut non seulement tuer, mais -causer plus de mal que la mort.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Nous nous révoltons devant les crimes de la chair: excès de table, -coups de poing, adultère, meurtre; et nous considérons avec beaucoup -de légèreté les crimes de la parole: médisance, offense, trahison, -publication de paroles mauvaises et dépravantes, et, cependant, les -conséquences des crimes commis par la parole sont bien plus graves que -les crimes commis par la chair. La seule différence entre les deux -catégories est en ce fait que le mal des crimes de la chair s'aperçoit -immédiatement, tandis que nous ne remarquons pas le mal du crime commis -par la parole, parce qu'il se manifeste loin de nous, dans le temps et -dans l'espace.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il y avait une nombreuse réunion, plus de mille personnes, dans un grand -théâtre. Au milieu du spectacle, un sot voulut plaisanter et cria: «Au -feu!» Le public s'élança vers les portes. Tous se ruèrent, s'écrasant, -et lorsque le calme revint, on constata que 20 personnes étaient tuées -et 50 blessées.</p> - -<p>Ce grand mal n'a été causé que par une sotte parole.</p> - -<p>Ici, au théâtre, le mal causé est perceptible immédiatement, mais -souvent une sotte parole cause lentement bien plus de mal encore, -quoiqu'on ne le remarque pas immédiatement.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Rien n'encourage l'oisiveté autant que les vains discours. Si les gens -se taisaient, au lieu de dire les bêtises pour chasser l'ennui de -l'oisiveté, ils n'auraient pu supporter celle-ci et se mettraient à -travailler.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>En parlant mal des gens, on fait du tort à trois personnes à la fois: -à celui dont on parle, à celui à qui on parle, et surtout à celui qui -parle.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">BASILE LE GRAND.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Il est surtout mauvais de médire des gens hors leur présence, parce que -l'opinion exprimée qui pourrait être utile à l'absent, si elle lui était -dite en face, lui demeure cachée; par contre, elle est communiquée à -celui à qui elle est nuisible, parce qu'elle éveille en lui un mauvais -sentiment envers celui dont on médit.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>On se repent rarement d'avoir gardé le silence, mais combien de fois -on se repentira d'avoir parlé, et on s'en serait repenti plus souvent -encore si l'on connaissait toutes les conséquences de sa parole.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Plus on a envie de parler, plus il y a de danger à dire du mal.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>L'homme qui sait se taire, même s'il a raison, possède une grande force.</p> - -<p style="margin-left: 45%; font-size: 0.8em;">CATON.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>L'utilité du Silence.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Laisse davantage reposer ta langue que tes bras.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Le silence est souvent la meilleure des réponses.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Tourne ta langue sept fois avant de te mettre à parler.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Il faut ou bien se taire, ou bien dire des choses qui sont meilleures -que le silence.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Celui qui parle beaucoup travaille peu. Un homme sage craint toujours -que ses paroles ne promettent plus qu'il ne peut donner; c'est pourquoi -il se tait le plus souvent, et ne parle que lorsque cela lui est -nécessaire, à lui, non aux autres.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>J'ai vécu toute ma vie parmi les sages, et je n'ai rien trouvé de mieux -pour l'homme que le silence.</p> - -<p style="margin-left: 50%; font-size: 0.8em;"><i>Le Talmud.</i></p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Si, sur cent fois, tu regrettes une fois de n'avoir pas dit ce qu'il -fallait, tu regretteras sûrement 99 fois sur cent d'avoir parlé -lorsqu'il fallait te taire.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Seul le fait d'avoir exprimé une bonne intention affaiblit déjà le désir -de la réaliser. Mais comment retenir l'expression des élans nobles et -pleins de fatuité de la jeunesse? Ce n'est que bien plus tard qu'on les -regrette comme on regrette d'avoir cueilli une fleur encore en bouton et -que l'on voit ensuite fanée et foulée au pied.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>La parole est la clef du cœur. Si la conversation est vaine, un seul mot -est déjà superflu.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Lorsque tu es seul, pense à tes péchés; lorsque tu es en société, oublie -ceux des autres.</p> - -<p style="margin-left: 50%; font-size: 0.8em;"><i>Sentence chinoise.</i></p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Pour un sot, le mieux est de se taire. Mais s'il le savait, il ne serait -plus un sot.</p> - -<p class="caption">12</p> - -<p>Quand tu parles, tes paroles doivent être meilleures que le silence.</p> - -<p style="margin-left:50%; font-size: 0.8em;"><i>Proverbe arabe.</i></p> - -<p>Celui qui est loquace ne peut éviter le péché.</p> - -<p>Si la parole coûte un denier, le silence en vaut deux.</p> - -<p>Si le silence sied aux sages, il convient d'autant plus aux sots.</p> - -<p style="margin-left: 50%; font-size: 0.8em;"><i>Le Talmud.</i></p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII.—<i>L'Utilité de la tempérance du langage.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Moins tu parleras, plus tu travailleras.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Deshabitue-toi de médire, et tu éprouveras, dans ton âme, un -accroissement de la capacité d'aimer, tu ressentiras une augmentation de -vie et de bonheur.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Mahomet et Ali rencontrèrent un jour un homme qui, considérant Ali -comme son offenseur, se mit à l'injurier. Assez longtemps, Ali supporta -cela patiemment et en silence; finalement, ne se contenant plus, il se -mit à répondre par des injures aux injures. Alors, Mahomet s'écarta -d'eux. Lorsqu'Ali revient à Mahomet, il lui dit d'un ton vexé: -«Pourquoi m'as-tu laissé seul à supporter les injures de cet homme -insolent?»—«Lorsque cet homme t'injuriait et que tu te taisais, dit -Mahomet, je voyais dix anges autour de toi et qui lui répondaient. -Mais quand tu t'es mis à lui répondre par des injures, les anges -t'abandonnèrent, et je me suis écarté également».</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Légende musulmane.</i></p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Cacher les défauts des autres gens et parler de ce qu'ils ont de bon est -une preuve d'amour et le meilleur moyen pour attirer l'affection des -prochains.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">Des <i>Pieuses Pensées.</i></p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Le bonheur de la vie des hommes est dans l'amour entre eux; or, une -mauvaise parole détruit l'amour.</p> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XXIII" id="CHAPITRE_XXIII">CHAPITRE XXIII</a></h4> - -<h3>PENSÉE</h3> - - -<p>De même que l'homme peut s'abstenir de commettre un acte qu'il croit -mauvais, il peut repousser une pensée qui l'attire et qu'il croit -mauvaise. C'est en cette abstention de pensées qu'est la force -principale de l'homme, parce que tous les actes naissent de la pensée.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I.—<i>Le rôlé de la pensée.</i></p> - - -<p class="caption">1</p> - -<p>On ne peut se débarrasser des péchés, des tentations et des -superstitions par l'effort physique. Cela n'est possible que par -l'effort de la pensée. C'est par l'effort de la pensée qu'on peut -s'habituer à l'abnégation, à l'humilité, à la droiture. Quand l'homme -aspire à l'abnégation, à l'humilité, à la droiture, il a également -la force de lutter dans la vie quotidienne contre les péchés, les -tentations et les superstitions.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Bien que ce ne soit pas la pensée qui nous ait révélé que l'on doit -aimer—elle ne pouvait nous le révéler—elle importe en raison de ce -fait qu'elle nous indique ce qui empêche l'amour. C'est précisément cet -effort intellectuel contre ce qui empêche l'amour qui est plus important -et plus nécessaire que tout le reste.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Si l'homme n'avait pas la faculté de réfléchir, il ne comprendrait pas -pourquoi il vit. Et s'il ne le comprenait pas, il n'aurait pu savoir ce -qui est bien et ce qui est mal. C'est pourquoi il n'y a rien de plus -cher à l'homme que de savoir penser.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Les hommes envisagent les doctrines morales et religieuses, d'une -part, et la conscience, de l'autre, comme deux guides différents. En -réalité, il n'y a qu'un seul guide: la conscience, c'est-à-dire, la -reconnaissance de la voix de Dieu qui vit en nous. Cette voix décide -indubitablement pour chaque homme ce qu'il doit ou ne doit pas faire; et -chaque homme peut toujours évoquer cette voix par un effort de pensée.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Si l'homme ne savait pas que ses yeux pouvaient voir et s'il ne les -ouvrait jamais, il aurait été très misérable. De même, et plus encore, -est misérable l'homme qui ne comprend pas que la faculté de penser lui -est donnée pour supporter tous les malheurs. Si l'homme est raisonnable, -il lui sera facile de les supporter; d'abord, parce que sa raison lui -dira que tous les malheurs passent et se transforment en bonheur, -et ensuite, que chaque malheur est utile à un homme raisonnable. Et -pourtant, au lieu de regarder le malheur en face, les hommes tâchent de -l'éviter.</p> - -<p>Ne serait-il pas préférable de nous réjouir de ce que Dieu nous ait -donné la faculté de ne pas nous chagriner de ce qui nous arrive, -indépendamment, de notre volonté, et de Le remercier de ce qu'Il ait -subordonné notre âme uniquement à ce qui est en notre pouvoir: notre -raison? Il n'a soumis notre âme ni à nos parents, ni à nos frères, ni -à la richesse, ni à notre corps, ni à la mort. Par Sa bonté, Il l'a -seulement subordonnée à ce qui dépend de nous: à nos pensées.</p> - -<p>C'est sur ces pensées-là et sur leur pureté que nous devons veiller de -toutes nos forces pour notre bien.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après ÉPICTÈTE</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Lorsque nous apprenons une nouvelle pensée et que nous la trouvons -juste, il nous semble l'avoir connue depuis longtemps et nous rappeler -maintenant de ce que nous savions déjà. Toute vérité se trouve déjà dans -l'âme de tout homme. Ne l'étouffe pas seulement par le mensonge, et, tôt -ou tard, elle se révélera à toi.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Souvent nous vient une pensée qui nous semble juste et étrange à la -fois, et nous avons peur d'y croire. Mais, après avoir bien réfléchi, -nous voyons que la pensée qui nous semblait étrange est la plus simple -vérité à laquelle on ne peut plus cesser de croire, dès l'instant qu'on -l'a apprise.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Pour pénétrer dans la conscience de l'humanité, toute vérité doit -traverser trois phases. La première: «C'est tellement inepte que ce -n'est même pas la peine de discuter.» La deuxième: «C'est immoral et -contraire à la religion.» La troisième: «Ah, c'est tellement connu de -tous que ce n'est même pas la peine d'en parler!»</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>En vivant au milieu des hommes, n'oublie pas ce que tu as appris dans la -solitude. Et réfléchis dans la solitude sur ce que tes relations avec -les autres t'ont appris.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Nous pouvons arriver à la sagesse par trois chemins: d'abord, par la -voie de l'expérience, et ce chemin-là est le plus difficile; ensuite, -par la voie de l'imitation, et ce chemin-là est le plus facile; enfin, -par la voie de la réflexion, et ce chemin-là est le plus noble.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CONFUCIUS.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>La vie de l'homme est déterminée par ses pensées.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Le sort de l'homme est tel et tel uniquement d'après la façon dont il -comprend sa vie.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Tous les grands changements dans la vie d'un homme, de même que dans la -vie de l'humanité entière, commencent et s'accomplissent dans la pensée. -Pour qu'une modification puisse s'effectuer dans les sensations et les -actes, un changement dans les pensées doit s'effectuer d'abord.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Tout ce qui est bon et nécessaire aux hommes ne s'acquiert pas d'un -coup, mais toujours au moyen d'un travail long et continu. C'est ainsi -que l'on apprend les métiers, qu'on acquiert des connaissances, et c'est -ainsi que l'on apprend la chose plus difficile au monde: savoir vivre -d'une vie juste.</p> - -<p>Pour apprendre à vivre ainsi, il faut avant tout savoir s'habituer à -n'avoir que des bonnes pensées.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Les passages de notre vie d'un état dans un autre ne se déterminent -pas par les actions, accomplies selon notre volonté: par le mariage, -le changement du lieu d'habitation, le changement de profession, etc., -mais par les pensées qui nous viennent pendant la promenade, au milieu -de la nuit, en mangeant et, surtout, par les pensées qui, englobant tout -notre passé, nous disent: «Tu as agi ainsi, mais tu aurais mieux fait -d'agir autrement.» Et tous nos actes ultérieurs servent ces pensées -servilement, exécutent leur volonté.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">THOREAU.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Nos désirs ne seront pas bons tant que nous n'aurons corrigé les -habitudes de notre raison; et ces habitudes se forment au contact des -déductions de sagesse des meilleurs hommes de la terre.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Ce qui est calme peut être maintenu dans le repos. Ce qui ne s'est -pas encore manifesté peut être facilement prévenu. Ce qui est encore -faible peut facilement être brisé. Ce qui n'est pas encore nombreux peut -facilement être dispersé.</p> - -<p>Un gros arbre a commencé par être une tige mince. Une tour à neuf étages -a commencé à être élevée par la pose de quelques petites briques. Un -voyage de mille lieues commence par un pas. Faites attention à vos -pensées: elles sont le commencement de vos actes.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>De même que la vie et la destinée d'un homme sont déterminées par ce -à quoi nous prêtons le moins d'attention, par ses pensées, la vie des -sociétés et des peuples est déterminée non par les événements qui ont -lieu dans ces sociétés et ces peuples, mais par les idées qui unissent -la plupart des hommes de ces sociétés et de ces peuples.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Ne pense pas que seuls les hommes extraordinaires peuvent être sages. -La sagesse est nécessaire à tous les hommes, et c'est pourquoi ils -peuvent tous être sages. La sagesse consiste à savoir quelle est l'œuvre -de la vie et comment l'accomplir. Et pour l'apprendre, il suffit de -se rappeler que la pensée est une grande chose, et, par conséquent, -réfléchir.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>La cause des plus grands malheurs des hommes réside non pas dans -leurs actes, mais dans leurs pensées.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Lorsqu'il t'arrive un malheur, sache que cela ne vient pas de ce que tu -as fait, mais de ce que tu as pensé.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Les pensées qui provoquent les actes mauvais sont bien plus nuisibles -que les actes eux-mêmes. On peut ne pas recommencer une mauvaise action -et s'en repentir; tandis que les mauvaises pensées engendrent les -mauvaises actions. Une mauvaise action aplanit seulement la route pour -les autres mauvaises actions; les mauvaises pensées entraînent sur cette -route.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Pour qu'un flambeau puisse donner une clarté calme, il faut qu'il soit -mis à l'abri du vent. Si le flambeau est exposé au vent, la lumière -vacillera et donnera des ombres étranges. Les mêmes ombres tomberont -dans l'âme de l'homme lorsque ses pensées seront futiles, vacillantes et -incontrôlées.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse brahmane.</i></p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>L'homme est maître de ses pensées</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Notre vie peut être bonne ou mauvaise, suivant la qualité de nos -pensées. Or on peut les gouverner. C'est pourquoi, pour vivre bien, -l'homme doit travailler à ses pensées, ne pas écouter les mauvaises.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Travaille à purifier tes pensées. Si tu n'as pas de mauvaises pensées, -tu ne commettras pas de mauvaises actions.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CONFUCIUS.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Tout est dans le pouvoir du Ciel, sauf notre désir de servir Dieu ou -nous-mêmes. Nous ne pouvons empêcher les oiseaux de voler au-dessus de -nos têtes, mais nous pouvons ne pas les laisser y faire leurs nids. De -même, nous ne pouvons empêcher les mauvaises pensées de traverser notre -esprit, mais nous avons le pouvoir de ne pas les laisser y faire leur -nid pour couver et engendrer de mauvaises actions.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LUTHER.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>On ne peut chasser une mauvaise pensée lorsqu'elle vient à l'esprit, -mais on peut comprendre que cette pensée est mauvaise. Et si l'on -sait qu'elle est mauvaise, on peut ne pas s'y abandonner. Il nous -vient l'idée que tel ou tel autre homme est méchant. Je ne pouvais pas -m'empêcher de le penser, mais si j'ai compris que cette idée était -mauvaise, je peux me souvenir que c'est mal de médire des gens, que je -suis mauvais moi-même, et je peux ainsi me contenir de la médisance, -même par la pensée.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Si tu veux que ta pensée te serve, tâche de réfléchir indépendamment de -tes sentiments et de ta situation, c'est-à-dire de ne pas agir contre -tes idées afin de justifier la sensation que tu éprouves, ou la chose -que tu as faite ou que tu feras.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>Il faut vivre d'une vie spirituelle pour avoir la force de -gouverner ses pensées</i>.</p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Nous croyons souvent que la plus grande force qui existe au monde est la -force matérielle. Nous le pensons, parce que notre corps, que nous le -voulions ou non, sent toujours cette force. Mais la force spirituelle, -la force de la pensée, nous semble insignifiante, et nous ne la -reconnaissons pas pour une force. Cependant, c'est en elle qu'est la -vraie force, celle qui modifie notre vie et la vie des autres hommes.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Notre vie est meilleure ou plus mauvaise, selon que nous nous -reconnaissons notre nature d'êtres charnels ou d'êtres spirituels. Dans -le premier cas, nous affaiblissons notre vie réelle, nous développons, -nous excitons les passions, la cupidité, la lutte, la haine, la crainte -de la mort. Tandis que si nous reconnaissons notre nature d'êtres -spirituels, nous exaltons, nous élevons la vie, nous la libérons des -passions, de la lutte, de la haine, nous libérons l'amour. Le transfert -de la conscience de l'être charnel dans un être spirituel s'effectue au -moyen d'un effort de pensée.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Voici ce que Sénèque écrivait à un ami: «Tu fais bien, mon cher Lucain, -de tâcher de maintenir ton esprit bon et charitable par tes propres -forces. Tout homme peut toujours se mettre dans cet état d'âme. Pour -cela, on n'a pas besoin d'élever les bras au ciel et de demander au -garde du temple la permission de nous approcher de Dieu afin qu'il -puisse mieux nous entendre: Dieu est toujours près de nous, Il est en -nous. En nous vit le Saint Esprit, témoin et gardien de tout ce qui est -bon et de tout ce qui est mauvais. Il agit avec nous comme nous agissons -envers Lui. Si nous le soignons, Il nous soigne.»</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Lorsque, plongés dans nos pensées, nous ne savons pas ce qui est -bon et ce qui est mal, nous devons nous retirer du monde; seule la -préoccupation de l'opinion du monde nous empêche de voir le bien et le -mal. Se retirer du monde—c'est-à-dire rentrer en soi-même,—c'est -aider à la dispersion de tous les doutes.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Il n'est facile de lutter avec les tentations que lorsqu'on ne leur est -pas encore assujetti.</p> - -<p>Dans les soucis et l'excitation des tentations, on n'a pas le temps de -chercher des remèdes pouvant contrebalancer nos désirs. Etablis tes -desseins lorsque les tentations sont absentes, lorsque tu es seul.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">BENTHAM.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.<i>—La faculté de s'unir par la pensée aux vivants et aux morts est -un des grands bienfaits dont jouit l'homme.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Les jeunes gens disent souvent: «Je ne veux pas vivre d'après les -autres, je réfléchirai par moi-même.» Ceci est absolument juste: l'idée -à soi est plus chère que toutes les idées des autres. Mais pourquoi -réfléchir à des choses auxquelles on a déjà réfléchi? Prends ce qui est -prêt et va plus loin. La force de l'humanité consiste en ce qu'on peut -profiter des pensées d'autrui et aller plus loin.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Les efforts qui libèrent l'homme des péchés, des tentations et des -superstitions, s'effectuent avant tout dans la pensée.</p> - -<p>L'aide principale de l'homme dans cette lutte consiste en ce qu'il -peut se joindre à l'activité raisonnable de tous les sages et de tous -les saints de ce monde qui ont vécu avant lui. Cette communion avec -les pensées des saints et des sages est la prière, c'est-à-dire, la -répétition des paroles par lesquelles ces hommes exprimaient leurs -rapports envers leur âme, envers les autres hommes, envers le monde et -son principe.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Depuis les temps les plus reculés, il est reconnu que la prière est -indispensable à l'homme.</p> - -<p>Pour les hommes de l'ancien temps, la prière était—et elle l'est encore -maintenant pour la plupart d'entre nous—un appel à Dieu, ou aux -dieux, fait dans certains endroits et au moyen de certains procédés et -expressions, avec l'intention d'apaiser les divinités.</p> - -<p>La doctrine chrétienne ne connaît pas ces prières-là. Elle nous apprend -que la prière est indispensable, non comme un moyen de nous débarrasser -des malheurs de ce monde et d'acquérir des bienfaits, mais comme celui -de nous raffermir dans nos bonnes pensées.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>La vraie prière est importante et nécessaire à l'âme, parce que quand -nous nous trouvons ainsi seul avec Dieu, notre pensée s'élève jusqu'au -degré suprême qu'elle peut atteindre.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Le Christ a dit: lorsque tu pries, reste seul (<span style="font-size: 0.8em;">MATTH. VI, 5-6</span>). Alors -seulement, Dieu t'entendra. Dieu est en toi et, pour qu'il t'entende, tu -dois chasser tout ce qui te Le cache.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Priez à toutes les heures. La prière la plus difficile et la plus -nécessaire est celle où l'on doit se souvenir, au milieu du mouvement de -la vie, de ses obligations devant Dieu et devant Sa loi.</p> - -<p>Tu t'effraies, tu te fâches, tu es confus, tu te passionnes, fais un -effort, souviens-toi qui tu es et ce que tu dois faire. C'est en cela -que consiste la prière. C'est difficile au début, mais cette habitude -peut se former.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Il est bon de modifier sa prière, c'est-à-dire l'expression de -ses rapports envers Dieu. L'homme grandit constamment, change, et, -par suite, ses rapports envers Dieu doivent aussi se modifier et -s'éclaircir. La prière aussi doit changer.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII.—<i>La vie juste est impossible sans un effort de pensée.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Maîtrise tes pensées si tu veux atteindre ton but. Fixe le regard de ton -âme sur l'unique lumière pure qui est exemple de passion.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse bouddhiste.</i></p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La réflexion est le chemin de l'immortalité; l'étourderie est le chemin -de la mort. Ceux qui veillent dans la réflexion ne meurent jamais; les -étourdis, les incroyants sont pareils aux morts.</p> - -<p>Eveille-toi toi-même; alors, protégé par toi-même et t'approfondissant -toi-même, tu ne changeras pas.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse brahmane.</i></p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La vraie force de l'homme n'est pas dans ses élans, mais dans sa -tendance ferme et tranquille vers le bien qu'il établit dans ses -pensées, exprime par ses paroles et exécute par ses actes.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Si tu remarques, en jetant un coup d'œil en arrière sur ta vie, qu'elle -est devenue meilleure, plus charitable, plus libre de péchés, de -tentations et de superstitions, sache que ce succès n'est dû qu'au -travail de ta pensée.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Voici ce que Confucius dit de l'importance de la pensée:</p> - -<p>La vraie doctrine donne aux hommes le bien suprême: la régénération et -la faculté de séjourner dans cet état. Pour obtenir ce bien suprême, il -faut que la vie du peuple entier soit bien organisée. Et pour cela, il -faut que la famille soit bien organisée; et pour que la famille soit -bien organisée, il faut qu'une bonne organisation préside à ta propre -vie; et pour cela, il faut que ton cœur soit amélioré; et pour améliorer -ton cœur, il faut que tu aies des pensées claires et justes.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VIII.—<i>Seule la faculté de penser distingue l'homme de la bête.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'homme se distingue de la bête uniquement parce qu'il possède la -faculté de penser. Les uns augmentent cette faculté, les autres ne se -soucient pas de cela. Ces gens-là semblent vouloir renoncer à ce qui les -distingue de la bête.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse-orientale.</i></p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Comparé à la nature qui l'environne, l'homme n'est qu'un faible roseau -pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser. -Une vapeur, une goutte, suffit pour le tuer. Mais quand l'univers -l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ceux qui le tuent, -parce qu'il sait qu'il meurt; et l'avantage que l'univers a sur lui, -c'est que l'univers n'en sait rien.</p> - -<p>Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il faut -nous relever, non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions -remplir. Travaillons donc à bien penser: voilà le principal de la morale.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>L'homme peut apprendre à lire et à écrire; mais cela ne lui apprendra -pas s'il doit ou non écrire une lettre à son ami, ou formuler une -plainte contre celui qui l'a offensé. L'homme peut étudier la musique, -mais cela ne lui apprendra pas quand on peut jouer et chanter et quand -on ne peut le faire. Il en est de même de tout. Seule la raison nous dit -où et quand on peut faire les choses et où et quand on ne doit pas les -faire.</p> - -<p>En nous douant de raison, Dieu a mis à notre disposition ce dont nous -avions le plus besoin. En nous accordant la raison, il semblait nous -dire: Afin que vous puissiez éviter le mal et profiter des bienfaits -de la vie, j'ai mis en vous une parcelle divine de Moi-Même. Je vous -ai donné la raison. Si vous l'appliquez à tout ce qui vous arrive, -rien ne sera pour vous un obstacle ou une entrave sur le chemin que je -vous ai destiné, et jamais vous ne vous plaindrez ni de votre sort, ni -des gens; vous ne médirez pas d'eux et vous ne les flatterez point. Ne -Me reprochez donc pas de ne pas vous avoir donné davantage. Ne vous -suffit-il donc pas de vivre toute votre vie raisonnablement, dans le -calme et la joie?</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après ÉPICTÈTE.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Un sage proverbe dit: «Dieu vient vers nous sans sonner.» Cela veut -dire qu'il n'y a pas de cloison entre nous et l'infini, qu'il n'y a pas -de mur entre l'homme-conséquence et Dieu-cause. Les murs sont tombés, -nous sommes exposés aux profondes réactions des facultés divines. -Seul le travail de l'esprit tient ouvert l'orifice par lequel nous -communiquons avec Dieu.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après EMMERSON.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>L'homme est visiblement fait pour penser; c'est toute sa dignité et tout -son mérite; et tout son devoir est de penser comme il faut; et l'ordre -de la pensée est de commencer par soi, et par son auteur et sa fin; or, -à quoi pense le monde? Jamais à cela, mais à danser, à jouer du luth, -à chanter, à faire des vers, à courir la bague, etc., à se bâtir, à se -faire roi, sans penser à ce que c'est que d'être roi et que d'être homme.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XXIV" id="CHAPITRE_XXIV">CHAPITRE XXIV</a></h4> - -<h3>L'ABNÉGATION</h3> - - -<p>Le bonheur de l'homme est dans sa communion d'amour avec Dieu et avec -ses prochains. Les péchés entravent ce bonheur. La cause des péchés est -en ce fait que l'homme met son bonheur à satisfaire les désirs de son -corps, et non à aimer Dieu et son prochain. C'est pourquoi le bonheur de -l'homme est dans l'affranchissement des péchés. S'affranchir des péchés, -c'est faire un effort pour renoncer à la vie charnelle.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">I.—<i>La loi de la vie est dans le renoncement à la chair.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Tous les péchés charnels: la luxure, l'oisiveté, le luxe, l'inimitié, la -cupidité, viennent uniquement de ce qu'on reconnaît son corps comme son -«moi», de ce qu'on soumet son âme à son corps.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>«Alors Jésus dit à Ses disciples: si quelqu'un veut venir avec Moi, -qu'il renonce à Lui-même, qu'il se charge de sa croix et me suive. -Car quiconque voudra sauver sa vie, la perdra; et quiconque perdra sa -vie pour l'amour de moi, la trouvera; car que servirait-il à l'homme -de gagner tout le monde, s'il perdait son âme? Ou bien, que donnerait -l'homme en échange de son âme?»</p> - -<p style="margin-left:75%; font-size: 0.8em;">MATTH, XVI, 24-26.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>«Voici pourquoi Mon Père m'aime: c'est que Je donne ma vie pour la -reprendre.</p> - -<p>«Personne ne me l'ôte, mais Je la donne de Moi-même; J'ai le pouvoir de -la quitter, et le pouvoir de la reprendre. J'ai reçu cet ordre de mon -Père».</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JEAN, X, 17-18.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Le fait que l'homme peut renoncer à sa vie corporelle prouve clairement -que l'homme est pourvu de quelque chose en vertu de quoi il renonce.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Plus on s'abandonne au charnel, plus on perd le spirituel.</p> - -<p>Plus tu renonces au charnel, plus tu reçois de spirituel. Vois lequel -des deux t'est plus nécessaire.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>L'abnégation n'est pas le renoncement à soi-même, mais le transport de -son «moi» d un être charnel dans un être spirituel. Renoncer à soi-même, -n'est pas renoncer à la vie. Par contre, renoncer à la vie charnelle, -c'est augmenter la vraie vie spirituelle.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>La raison démontre à l'homme que son bonheur ne peut être dans la -satisfaction des exigences de sa chair; c'est pourquoi la raison -entraîne l'homme irrésistiblement vers le bonheur qui lui est propre, -mais qui ne se place pas dans sa vie corporelle.</p> - -<p>On pense et on dit généralement que le renoncement à la vie corporelle -est un haut fait; ceci n'est pas exact. Ce renoncement n'est pas un -exploit, mais une condition inévitable de la vie de l'homme. Pour la -bête, le bonheur dans la vie corporelle, et la prolongation de l'espèce -qui en découle, est le but suprême de la vie. Mais pour l'homme, cette -vie, et la prolongation de l'espèce, n'est qu'un degré de l'existence -d'où s'ouvre pour lui le vrai bonheur de la vie, incompatible avec le -bonheur de la vie charnelle. Pour l'homme, celle-ci n'est pas toute la -vie, mais uniquement une condition de la vraie vie qui consiste en une -communion de plus en plus grande avec le principe spirituel de l'univers.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>L'imminence de la mort amène nécessairement l'homme à la -conscience de la vie spirituelle qui n'est pas assujettie à la mort.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Lorsqu'un enfant vient de naître, il lui semble qu'il n'y a que lui qui -existe au monde. Il ne cède à rien ni à personne, ne veut rien savoir -de personne et ne fait que réclamer ce qui lui est nécessaire. Il ne -connaît pas même sa mère, il ne connaît que son sein. Mais des jours, -des mois, des années passent, et l'enfant commence à comprendre qu'il y -a d'autres hommes pareils à lui qui veulent aussi ce qu'il désire pour -lui. Et plus il vit, plus il comprend qu'il n'est pas seul au monde et -qu'il doit, s'il en a la force, lutter contre les autres hommes pour -obtenir ce qu'il désire posséder, ou bien, s'il n'a pas la force, se -soumettre à ce qui est. En outre, plus l'homme vit, plus il comprend -clairement que sa vie ne dure qu'un temps, et que chaque heure peut se -terminer par la mort. Il voit, aujourd'hui, demain, tantôt l'un, tantôt -l'autre, emportés par la mort, et il comprend que cela peut également -lui arriver à tout instant et que cela arrivera sûrement tôt ou tard. Et -alors, l'homme ne peut ne pas comprendre qu'il n'y a pas de vraie vie -dans son corps, et que tout ce qu'il pourrait faire dans cette vie pour -son corps ne servirait à rien.</p> - -<p>Et lorsque l'homme aura clairement compris tout cela, il comprendra -également que l'esprit qui vit en lui n'est pas uniquement en lui, mais -en tous les hommes, dans tout l'univers, que cet esprit est l'Esprit -de Dieu. Et ayant compris cela, l'homme n'attachera plus d'importance -à sa vie corporelle et fondera le but de sa vie sur la communion avec -l'Esprit de Dieu, avec ce qui est éternel.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La mort, la mort, la mort nous guette à tout instant. Notre vie -s'accomplit en vue de la mort. Si vous travaillez pour votre vie -charnelle à venir, vous savez qu'une seule chose vous attend dans -l'avenir: la mort. Et cette mort détruit tout ce à quoi vous avez -travaillé. Vous direz que vous travaillez pour le bien des générations -à venir; mais elles disparaîtront également et il n'en restera rien. -Par conséquent, la vie, dans un but matériel, ne peut avoir aucun sens. -La mort détruit toute cette vie. Pour que la vie ait un sens, il faut -que la mort ne puisse pas détruire l'œuvre de la vie. Et c'est cette -vie-là que le Christ révèle aux hommes. Il montre aux hommes qu'à côté -de la vie charnelle, qui n'est qu'une apparence de la vie, il est une -autre vie, la vraie, qui donne le véritable bonheur à l'homme, et que -chaque homme connaît cette vie dans son cœur. La doctrine du Christ -indique l'illusion de la vie personnelle, la nécessité d'y renoncer et -de reporter le sens et le but de la vie dans une vie juste, la vie de -l'humanité entière, dans la vie du Fils de l'homme.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Pour comprendre la doctrine du Christ indiquant le salut de la vie, il -faut bien comprendre ce que disaient tous les prophètes, ce que disait -Salomon, ce que disait Bouddha, ce que disaient tous les sages du monde -entier sur la vie individuelle de l'homme. On peut, suivant l'expression -de Pascal, ne pas y penser, porter devant soi des petits écrans qui -cacheraient au regard l'abîme de la mort auquel nous courons tous; mais -il n'y a qu'à réfléchir à ce qu'est la vie corporelle individuelle pour -se persuader que toute cette vie, si elle n'est que matérielle, n'a non -seulement aucun sens, mais encore n'est qu'une mauvaise plaisanterie aux -dépens du cœur, de la raison de l'homme et de tout ce qu'il y a de bon -en lui. C'est pourquoi, pour comprendre la doctrine du Christ, il faut -tout d'abord reprendre ses sens, réfléchir, afin qu'il se fasse en nous -ce que dit Jean, le précurseur du Christ, en prêchant sa doctrine à des -gens égarés comme nous: «Repentez-vous avant tout, c'est-à-dire, revenez -à vous; sinon, vous périrez tous.»</p> - -<p>«Lorsqu'on eut raconté au Christ comment ont péri les Galiléens par la -main de Pilate, il dit: «Pensez-vous que ces Galiléens avaient commis -plus de péchés que tous les Galiléens pour avoir souffert ainsi? Je -vous dis que non; mais si vous ne vous repentez pas, vous périrez tous -ainsi. La mort inévitable est devant vous tous. Nous tâchons vainement -de l'oublier, mais cela ne nous permettra pas de l'éviter; au contraire, -lorsqu'elle viendra par surprise, elle sera plus affreuse encore. Il n'y -a qu'un seul moyen de salut: c'est de renoncer à la vie qui meurt et de -vivre de celle pour laquelle il n'y a pas de mort.»</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Celui qui ne voit pas son «moi» dans son corps mourant, connaît la -vérité de la vie.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse bouddhiste.</i></p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>«C'est pourquoi je vous dis: ne soyez point en souci pour votre vie, de -ce que vous mangerez et de ce que vous boirez; ni pour votre corps, de -quoi vous serez vêtus. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et -le corps plus que le vêtement?</p> - -<p>Regardez les oiseaux de l'air; car ils ne sèment ni moissonnent, ni -n'amassent dans des greniers, et votre Père Céleste les nourrit. -N'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux?</p> - -<p>Et qui est-ce d'entre vous qui, par son souci, puisse ajouter une coudée -à sa taille?</p> - -<p>Ne soyez donc point en souci, disant que mangerons-nous, que -boirons-nous et de quoi serons-nous vêtus.</p> - -<p>Mais cherchez premièrement le Royaume de Dieu et sa justice, et toutes -ces choses vous serons données par surcroît.</p> - -<p>Ne soyez donc point en souci du lendemain; car le lendemain aura le -souci de ce qui le regarde: «à chaque jour suffit sa peine».</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">MATTH., VI, 25-37, 31, 33-34.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>Le renoncement à son «moi» corporel révèle Dieu dans l'âme de -l'homme.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Plus l'homme renonce à son «moi» corporel, plus Dieu se révèle à lui. Le -corps cache Dieu à l'homme.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si tu veux arriver à connaître le «moi» universel, tu dois, avant tout, -apprendre à te connaître toi-même. Et pour cela, tu dois sacrifier ton -«moi» au «moi» universel.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse brahmane.</i></p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Si tu méprises le monde, ce n'est pas un grand mérite. Pour celui qui -vit selon Dieu, lui-même et le monde seront toujours rien.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Le renoncement à la vie corporelle est précieux, nécessaire et joyeux -uniquement lorsqu'il est religieux, c'est-à-dire, lorsque l'homme -renonce à lui-même, à son corps, afin d'accomplir la volonté du Dieu -qui vit en lui. Mais lorsque l'homme renonce à la vie corporelle, non -pour exécuter la volonté de Dieu, mais pour accomplir sa volonté à lui -et celle des hommes qui sont pareils à lui, une telle abnégation n'est -ni précieuse, ni nécessaire, ni joyeuse, mais uniquement nuisible à -lui-même et aux autres.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Si vous tâchez de plaire aux hommes pour qu'ils vous soient -reconnaissants, vous travaillerez en vain. Mais si vous faites du bien -aux autres sans songer à eux, pour Dieu, vous vous ferez du bien, et les -autres vous seront reconnaissants.</p> - -<p>Dieu se souvient de celui qui ne pense pas à lui-même, et Dieu oublie -celui qui pense à lui-même.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>C'est seulement quand notre corps meurt, que nous ressuscitons en Dieu.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Si tu n'attends rien et que tu ne veux rien recevoir des autres hommes, -ceux-ci ne peuvent pas te faire peur, de même qu'une abeille ne craint -pas une autre et qu'un cheval n'a pas peur d'un autre. Mais si ton -bonheur est dans le pouvoir des autres hommes, tu les craindras sûrement.</p> - -<p>C'est par là que l'on doit commencer: il faut renoncer à tout ce qui ne -nous appartient pas, y renoncer au point qu'il ne soit pas notre maître, -renoncer à tout ce qui est nécessaire au corps, renoncer à l'amour de -la richesse, de la gloire, des fonctions, des honneurs, renoncer à ses -enfants, à sa femme, à ses frères. Tu dois te dire que tout cela n'est -pas ta propriété.</p> - -<p>Mais comment arriver à cela? Subordonner sa volonté à la volonté de -Dieu: s'Il veut que j'aie la fièvre—je le veux aussi. S'il veut que je -fasse ceci et non pas cela—je le veux aussi. S'Il veut qu'il m'arrive -une chose à laquelle je ne m'attendais pas—je le veux aussi.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ÉPICTÈTE.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>La volonté propre ne se satisfera jamais, quand elle aurait pouvoir -de tout ce qu'elle veut; mais on est satisfait dès l'instant qu'on y -renonce. Sans elle, on ne peut être content. La vraie et unique vertu -est donc de se haïr, car on est haïssable par sa concupiscence, et de -chercher un être véritablement aimable, pour l'aimer. Mais, comme nous -ne pouvons aimer ce qui est hors de nous, il faut aimer un être qui soit -en nous, et qui ne soit pas nous, et cela est vrai d'un chacun de tous -les hommes. Or, il n'y a que l'être universel qui soit tel. Le royaume -de Dieu est nous (Luc, XVII, 21); le bien universel est en nous-mêmes et -ce n'est pas nous.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>Le vrai amour envers les hommes n'est possible que par -l'abnégation.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Seul ce qui ne vit pas pour soi-même ne périt pas. Mais pourquoi celui -qui ne vit pas pour lui-même vivra-t-il? On peut ne pas vivre pour -soi-même alors seulement qu'on vit pour Tout. C'est en vivant pour le -Tout que l'homme peut être et est tranquille.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Quand même tu le voudrais, tu ne pourrais pas séparer ta vie de celle -de l'humanité. Tu vis dans l'humanité, par elle et pour elle. En vivant -parmi les hommes, tu ne peux pas ne pas renoncer à toi-même, parce que -nous sommes tous créés pour agir d'un commun accord, comme les jambes, -les bras, les yeux, et l'accord ne serait pas possible sans l'abnégation.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>On ne saurait se contraindre à l'amour des autres. On ne peut que -rejeter ce qui empêche l'amour. Et ce qui l'empêche, c'est l'amour de -son «moi» matériel.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>«Tu aimeras ton prochain comme toi-même» ne veut pas dire que tu dois -tâcher d'aimer ton prochain. On ne peut pas se forcer à aimer. «Tu -aimeras ton prochain» veut dire que tu dois cesser de t'aimer plus que -tout. Et dès que tu ne t'aimeras plus ainsi, tu te mettras à aimer ton -prochain comme toi-même.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Il faut s'habituer de se dire lorsqu'on rencontre un homme: je ne -penserai qu'à lui, et non pas à moi-même.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>I suffit de penser à soi au beau milieu d'un discours, pour perdre le -fil de ses idées. De même, quand nous nous oublions complètement, que -nous sortons de nous-mêmes, nous pouvons communiquer fructueusement avec -les autres, les servir et avoir sur eux une influence bienfaisante.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Plus la vie d'un homme est confortable et mieux organisée -extérieurement, plus la joie de l'abnégation est loin et difficile pour -lui. Les riches en sont presque entièrement privés. Au pauvre, tout -travail interrompu dans le but de venir en aide à son prochain, chaque -morceau de pain tendu à un mendiant, procure la joie de l'abnégation.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Ce que tu as donné est à toi, ce que tu as gardé est aux autres.</p> - -<p>Si tu t'es privé de quelque chose pour le donner aux autres, tu t'es -fait du bien à toi-même; ce bien est à jamais à toi et personne ne peut -te le prendre.</p> - -<p>Mais si ta as gardé ce qu'un autre voulait prendre, lu ne l'as que -pour un temps ou jusqu'au moment où tu devras le rendre. Et tu devras -sûrement le rendre lorsque la mort sera venue.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Serait-il possible de ne pouvoir espérer qu'il viendra un jour où les -gens verront qu'il leur est tout aussi facile de vivre pour les autres -qu'il leur est facile de mourir à la guerre dont ils ne connaissent pas -la cause? Il suffit aux hommes d'avoir à cet effet un peu plus de force -d'esprit et un peu plus de conscience.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">BRAUN.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>L'homme qui emploie toutes ses forces à satisfaire uniquement ses -besoins bestiaux, détruit sa vraie vie.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Si l'homme ne pense qu'à lui-même et cherche partout son profit, il ne -peut être heureux. Si tu veux réellement vivre pour toi-même, vis pour -les autres.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Pour comprendre combien il est indispensable de renoncer à la vie -corporelle pour la vie spirituelle, il suffit de se représenter combien -serait terrible et répugnante une vie consacrée uniquement à la -satisfaction des désirs charnels. La vraie vie ne commence qu'au moment -où l'homme renonce à toute bestialité.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Par la parabole des vignerons (<span style="font-size: 0.8em; ;">MATTH., 33-42</span>), le Christ éclaircit -l'erreur des gens qui prennent l'apparence de la vie—leur vie -charnelle—pour la vraie vie.</p> - -<p>A force d'habiter le jardin cultivé de leur maître, des gens se crurent -propriétaires du jardin. Et de cette conception erronée il résulte une -série d'actes insensés et cruels accomplis par ces gens qui, finalement, -sont chassés du jardin, exclus de la vie. De même, nous nous sommes -imaginés que la vie de chacun de nous est notre vie personnelle, que -nous y avons droit et pouvons en jouir à notre gré, n'ayant aucune -obligation envers personne. Aussi, commettons-nous inévitablement la -même série d'actes cruels et insensés et sommes de même exclus de la -vie. Comme les habitants du jardin avaient oublié que le jardin leur -avait été donné en état, entouré d'un fossé et d'une clôture, pourvu -d'un puits, que quelqu'un avait travaillé à leur intention et attend, -par suite, qu'ils fournissent également du travail, les hommes qui ne -possèdent qu'une vie personnelle ont oublié, ou veulent oublier, tout ce -qui a été fait pour eux avant leur naissance, ce qui se fait au cours de -leur vie, et ce qu'on attend d'eux.</p> - -<p>D'après la doctrine du Christ, de même que les vignerons, qui habitaient -une vigne qu'ils n'avaient pas travaillée, doivent sentir et comprendre -qu'ils ont contracté une dette constante envers leur maître, les hommes -doivent sentir et comprendre que, depuis leur naissance et jusqu'à -la mort, ils ont contracté une dette envers ceux qui ont vécu avant -eux, qui vivent encore et qui vivront, et envers ce qui était, est -et sera toujours le commencement de tout. Ils doivent comprendre que -chaque heure de leur existence confirme cette obligation, et que, par -conséquent, l'homme qui vit pour lui-même et qui nie cette obligation, -l'attachant à la vie et à son principe, se prive lui-même de la vie.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Les hommes pensent que l'abnégation compromet la liberté. Ils ne -savent pas que seule l'abnégation nous donne la vraie liberté, en nous -débarrassant de nous-mêmes, de l'esclavage de notre dépravation. Nos -passions sont les tyrans les plus cruels: il suffit de renoncer à eux, -et tu te sentiras libre.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">FÉNELON.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La conscience de notre mission, qui implique la loi de l'abnégation, n'a -rien de commun avec la jouissance de la vie. Si nous voulions confondre -la conscience de notre mission avec la jouissance, et que nous offrions -ce mélange, en qualité de remède, à une âme malade, ces deux éléments se -seraient séparés spontanément. Mais si cela n'avait pas eu lieu et que -la conscience de la haute destination de l'homme n'avait produit aucun -effet, et que la vie corporelle aurait acquis, en aspirant au plaisir, -une certaine force qui correspondrait avec la destination, la vie morale -de l'homme aurait disparu sans retour.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>On ne peut se libérer de ses péchés qu'à condition de renoncer à -soi-même.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Le renoncement au bonheur corporel pour le bonheur spirituel est -la conséquence d'une modification de la conscience; c'est-à-dire un -homme qui se croyait être d'abord purement un animal, commence à se -reconnaître comme un être spirituel. Quand ce changement s'est effectué, -ce qui semblait avant une privation, une souffrance, n'est plus une -privation ni une souffrance, mais une préférence naturelle du meilleur -au plus mauvais.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>On croit et on dit que pour remplir la mission de la vie, il faut avoir -la santé, l'aisance et, en général, être dans des conditions extérieures -favorables. C'est inexact: la santé, l'aisance et les conditions -extérieures favorables ne sont pas nécessaires pour remplir sa mission -et obtenir le bonheur. Il nous est donné la possibilité d'acquérir le -bien spirituel et que rien ne peut détruire: le bien de développer -en soi l'amour. Seulement, il faut croire en cette vie spirituelle, -concentrer vers elle tous ses efforts.</p> - -<p>Tu mènes une vie charnelle, tu travailles pour elle; mais dès que -tu trouves des obstacles dans cette vie, transporte-toi dans la vie -spirituelle; car la vie spirituelle est toujours libre. C'est comme -les ailes de l'oiseau. L'oiseau marche sur ses pattes. Mais voilà que -survient un obstacle, un danger, et l'oiseau, ayant foi en ses ailes, -les déploie et survole.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>L'unique œuvre joyeuse et vraie de la vie est d'élever son âme; et pour -élever son âme, il faut renoncer à soi-même. Commence par le renoncement -dans les petites choses; lorsque tu t'habitueras à renoncer aux petites, -tu pourras renoncer aux grandes.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Lorsque la lumière de ta vie spirituelle s'éteint, l'ombre noire de -tes désirs charnels tombe sur ton chemin.—Méfie-toi de cette terrible -ombre: la lumière de ton esprit, ne peut détruire ces ténèbres tant que -tu n'auras pas chassé les désirs de ton âme.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse brahmane.</i></p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La plus grande difficulté de se libérer de l'égoïsme matériel réside en -ce fait que cet égoïsme est une condition indispensable de la vie. Il -est indispensable et naturel pendant l'enfance; mais il doit faiblir et -disparaître à mesure que la raison s'éclaire.</p> - -<p>L'enfant n'éprouve pas de remords de conscience pour son égoïsme; mais -à mesure que la raison s'éclaire, l'égoïsme devient un poids pour -soi-même; au cours de la vie, l'égoïsme faiblit de plus en plus, et -lorsqu'on approche de la mort, il disparaît entièrement.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Totalement renoncer à soi-même, c'est devenir Dieu; vivre uniquement -pour soi-même, c'est devenir une brute absolue. La vie humaine se -passe dans, l'éloignement progressif de la vie bestiale et dans le -rapprochement graduel de la vie divine.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Sans sacrifice, il n'y a pas de vie. Toute la vie, que tu le veuilles ou -non, n'est qu'un sacrifice du corporel au spirituel.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII—<i>Le renoncement à sa personnalité bestiale donne à l'homme le vrai -bonheur spirituel qui est inaliénable.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Une seule et même loi régit la vie de chaque homme et celle de tous les -hommes; cette loi dit: pour améliorer la vie, il faut être prêt à la -donner.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>L'homme ne peut connaître les conséquences de sa vie d'abnégation, mais -il n'a qu'à l'essayer pour un temps, et je suis sûr que tout honnête -homme reconnaîtra l'influence favorable qu'avaient sur son âme et son -corps les instants, même fugitifs, pendant lesquels il ne pensait plus à -lui-même et renonçait à sa personnalité corporelle.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>L'homme est comme un nuage dont l'eau se déverse sur les champs, les -prés, les forêts, les jardins, les étangs, les rivières. La pluie -a passé, elle a rafraîchi et donné la vie à des millions de jeunes -pousses, d'épis, de buissons, d'arbres; le nuage est devenu clair et -transparent et bientôt il disparaîtra complètement. Il en est de même -de la vie corporelle d'un homme de bien: il est venu en aide à bien des -gens, il leur a facilité la vie, il leur a montré la voie à suivre, les -a consolés; maintenant, il est vidé et, en mourant, il se relire là où -vit seul l'éternel, l'invisible, le spirituel.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Les arbres donnent leurs fruits et même leur écorce, leurs feuilles -et leur suc à ceux qui en ont besoin. Heureux est l'homme qui en fait -autant! Mais il y a peu de gens qui le comprennent et qui agissent ainsi.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KRISHNA.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Le bonheur n'est pas possible tant qu'on ne cesse à penser à soi-même. -Mais on ne peut le faire incomplètement. Si le moindre souci de soi-même -reste, tout est gâté.... Je sais que c'est difficile, mais je sais -également qu'il n'y a pas d'autre moyen d'acquérir le bonheur.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CARPENTER.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Bien des gens pensent que si l'on exclut la personnalité et l'amour, -il ne restera plus rien dans la vie. Ils s'imaginent que, sans -personnalité, il n'y a pas de vie. Mais cela semble seulement à ceux qui -n'ont jamais éprouvé la joie de l'abnégation. Rejette ta personnalité, -renonce à elle, et il te restera ce qui est l'essence de la vie: -l'amour, donnant le bienfait incontestable.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Plus l'homme apprend à connaître son «moi» moral et plus il renonce à la -vie charnelle, mieux il se comprend lui-même.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse brahmane.</i></p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Au point de vue du bonheur, la question de la vie est insoluble, parce -que nos élans les plus élevés nous empêchent d'être heureux. Au point de -vue du devoir, la même difficulté subsiste, car le devoir accompli donne -la paix et non le bonheur.</p> - -<p>Seul le divin amour et la communion avec Dieu suppriment cette -difficulté, car, dans ce cas, le sacrifice devient une joie constante, -croissante etimmuable.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>L'idée du devoir dans toute sa pureté est non seulement bien plus -simple, plus claire, plus compréhensible dans la pratiquent plus -naturelle que l'impulsion venant du désir du bonheur ou qui est liée -à lui (et qui exige toujours beaucoup d'artifice et de spéculations -approfondies), mais même devant le simple bon sens, cette idée apparaît -comme bien plus puissante, plus persistante et promet bien plus de -succès que toutes les impulsions provenant de l'égoïsme, à condition -que l'idée du devoir soit comprise par le bon sens tout à fait -indépendamment des impulsions égoïstes.</p> - -<p>La conscience que <i>je peux</i> parce que <i>je dois</i>, révèle en l'homme la -profondeur des dons divins, lui permettant, comme à un saint prophète, -de pressentir la puissance et la grandeur de sa vraie destination. Et si -l'homme y faisait plus souvent attention et s'était habitué à séparer -entièrement la vertu de tous les avantages qui sont la récompense du -devoir accompli, si l'exercice de la vertu avait été la préoccupation -principale de l'éducation privée et sociale, l'état moral des hommes se -serait bientôt amélioré. Si l'expérience de l'histoire n'a pas encore -donné de bons résultats concernant la doctrine de la vertu, cela vient -de la fausse conception que l'impulsion déduite de l'idée du devoir -serait trop faible et distante, et qu'une impulsion plus proche, -provenant d'un calcul sur les avantages que l'on doit attendre pour -l'accomplissement du devoir, tant en ce monde que dans l'autre monde, -agit plus fortement sur l'âme. Tandis que, en réalité, la conscience -de posséder en soi le principe spirituel, suscitant le renoncement à sa -personnalité, incite l'homme, bien plus que toutes les récompenses, à -obéir à la loi du bien.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XXV" id="CHAPITRE_XXV">CHAPITRE XXV</a></h4> - -<h3>L'HUMILITÉ</h3> - - -<p>Le plus grand bonheur de l'homme dans ce monde est de communiquer avec -ses pareils. Les orgueilleux, en se mettant à l'écart des autres, se -privent eux-mêmes de ce bien. Mais l'homme humble supprime tous les -obstacles en lui-même pour obtenir ce bonheur. C'est pourquoi l'humilité -est une condition indispensable du vrai bonheur.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">I.—<i>L'homme ne peut être fier de ses œuvres, parce que tout le bien -qu'il fait ne vient pas de lui, mais de l'élément divin qui vit en lui.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Seul l'homme qui sait que Dieu vit en son âme peut être humble. Un tel -homme est absolument indifférent à ce que les gens disent de lui.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>L'homme qui se croît maître de sa vie ne peut être humble, parce qu'il -pense qu'il n'est l'obligé de personne, ni de rien. Mais l'homme qui -voit son œuvre, dans le service de Dieu, ne saurait ne pas être humble, -parce qu'il sent toujours qu'il est loin d'avoir accompli toutes ses -obligations.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Nous sommes souvent fiers de ce que nous avons bien fait, nous sommes -fiers de ce que <i>nous avons fait</i>, et nous oublions que Dieu vit -en chacun de nous et qu'en faisant le bien, nous ne sommes que les -instruments de Son œuvre.</p> - -<p>Dieu fait avec moi ce qui Lui est nécessaire, et moi je m'en vante. -C'est comme si la pierre qui intercepte la source était fière de ce que -l'eau s'échappe d'elle, et que les hommes et les animaux boivent cette -eau. On dira que la pierre peut être fière de ce qu'elle est propre et -qu'elle ne salit pas l'eau. Ceci encore n'est pas vrai. Si elle est -propre, c'est uniquement parce que cette même eau l'a lavée et la lave -toujours. Rien n'est à nous, tout est à Dieu.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Nous sommes les instruments de Dieu. Nous savons ce que nous devons -faire, mais il ne nous est pas donné de savoir pourquoi nous le faisons. -Celui qui comprend cela, ne peut ne pas être humble.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>L'œuvre principale de la vie de chaque homme est de devenir plus -charitable et meilleur. Et comment peut-on devenir meilleur si l'on se -croit déjà bon?</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Il suffit de se croire non pas le maître, mais le serviteur, pour que -les tâtonnements, l'inquiétude, le mécontentement se transforment en -certitude, en tranquillité, en paix et en joie.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>Toutes les tentations viennent de l'orgueil.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Si l'homme tend à Dieu, il ne peut jamais être satisfait de lui-même. Il -aura beau avancer, il se sentira toujours éloigné de la perfection, car -la perfection est infinie.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>L'assurance est la qualité de la bête; l'humilité est la qualité de -l'homme.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Celui qui se connaît le mieux, s'estime le moins.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Celui qui est content de lui-même, n'est jamais satisfait des autres.</p> - -<p>Celui qui est toujours mécontent de lui-même, est toujours content des -autres.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>On dit à un sage qu'il a la renommée d'être mauvais. Il répondit: «C'est -heureux qu'ils ne sachent pas tout sur moi: ils auraient dit des choses -bien pires.»</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Il n'y a rien de plus utile à l'âme que de te souvenir que tu n'es qu'un -vil scarabée et que toute ta force consiste à pouvoir comprendre ta -nullité et, par suite, d'être humble.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Malgré le peu d'attention que la plupart des hommes attachent à leurs -défauts, il n'y a pas d'homme qui ne se connaisse quelque chose de plus -mauvais que ce qu'il sait sur son prochain.</p> - -<p>C'est pourquoi il est facile à chaque homme d'être humble.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">WOLSELEY.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Il suffit de réfléchir un jeu pour se découvrir quelque défaut envers le -genre humain (ne serait-ce que cette faute qu'en vertu de l'inégalité -des hommes, nous jouissons de certains avantages pour lesquels d'autres -doivent éprouver de plus grandes privations)—et cela nous empêchera -d'exagérer nos mérites au détriment d'autres hommes.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>On ne peut voir ses défauts qu'avec les yeux des autres.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Proverbe chinois.</i></p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Chaque homme peut être pour nous un miroir dans lequel nous voyons nos -vices, nos défauts et tout le mal qui est en nous; or, nous agissons le -plus souvent comme un chien qui aboie contre le miroir, pensant que ce -n'est pas lui qu'il voit là-dedans, mais un autre chien.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Les gens trop sûrs d'eux-mêmes, sots et immoraux, inspirent souvent le -respect aux gens modestes, sages et moraux, précisément parce qu'un -homme modeste, en se jugeant, ne peut pas comprendre qu'un mauvais homme -puisse tellement se respecter.</p> - -<p class="caption">12</p> - -<p>Souvent les hommes les plus simples, les moins lettrés, les moins -instruits, s'assimulent facilement la doctrine chrétienne, tandis que -les plus savants croupissent dans le paganisme le plus vulgaire. Cela -vient de ce que les gens simples sont le plus souvent humbles, et que -les savants sont pour la plupart trop surs d'eux-mêmes.</p> - -<p class="caption">13</p> - -<p>Pour comprendre raisonnablement la vie et la mort et attendre celle-ci -en paix, il est indispensable de comprendre combien on est nul.</p> - -<p>Tu es une parcelle infiniment petite de quelque chose, et tu ne -serais rien si tu n'avais pas une mission déterminée—une œuvre. -Cela seulement donne un sens et une signification à ta vie. Ton œuvre -consiste à profiter des instruments qui te sont donnés, de même qu'à -tout ce qui existe: d'user ton corps à ce qui t'a été recommandé. -C'est pourquoi, toutes les œuvres sont égales et tu ne peux pas faire -plus qu'il ne t'a été commandé. Tu ne peux être qu'adversaire de Dieu -ou interprète de son œuvre. De sorte que l'homme ne peut s'attribuer -rien de grand ni d'important. Il suffit de s'attribuer quelque œuvre -exceptionnelle, pour qu'il n'y ait plus fin aux déceptions de la -lutte, à la jalousie, aux souffrances de toutes sortes, tu n'as qu'à -t'attribuer plus d'importance qu'à la plante qui donne des fruits, et -tu es perdu. La tranquillité, la liberté, la joie de la vie, le courage -devant la mort, ne sont donnés qu'à celui qui ne se croit dans cette vie -rien de plus qu'un ouvrier de son Maître.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>L'Humilité unit les hommes par l'amour.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Être inconnu des hommes ou non compris d'eux, et ne pas s'en -attrister—voilà la qualité de l'homme réellement vertueux qui aime les -autres.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse chinoise.</i></p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>De même que l'eau ne reste pas sur les sommets, la bonté et la sagesse -ne se rencontrent pas chez les orgueilleux. L'un comme les autres -cherchent des terrains bas.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse persane.</i></p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Un homme charitable est celui qui se souvient de ses péchés et qui -oublie le bien qu'il fait; un homme méchant est celui qui, au contraire, -se souvient de sa bonté et oublie ses péchés.</p> - -<p>Ne te pardonne pas, et tu pardonneras facilement aux autres.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>On peut reconnaître un homme bon et intelligent à ce qu'il considère -tous les autres hommes meilleurs et plus intelligents que lui.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Les gens les plus agréables ce sont les justes qui se croient pécheurs. -Et les plus désagréables ce sont les pécheurs qui se croient justes.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Combien il est difficile d'aimer, de plaindre les orgueilleux, -confiants en eux-mêmes! On voit, rien qu'à cela, combien la modestie est -non seulement bonne, mais encore avantageuse. Elle suscite ce qu'il y a -de plus précieux dans la vie: l'amour des hommes.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Tout le monde aime les humbles; nous voulons tous être aimés. Comment ne -pas s'efforcer d'être humbles?</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Pour que les hommes puissent bien vivre, il faut que la paix règne parmi -eux. Et là où chacun veut être au-dessus des autres, il ne peut y avoir -de paix. Plus les hommes sont humbles, plus il leur est facile de vivre -en paix.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>L'Humilité unit l'homme à Dieu.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Il n'y a rien de plus fort qu'un homme humble; car, en renonçant à -lui-même, cet homme cède la place à Dieu.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Les paroles de la prière: «Venez et descendez en nous» sont fort belles. -Tout est dans ces paroles. L'homme a tout ce qu'il lui faut si Dieu -descend en lui. Et pour cela, il ne faut qu'une chose: se diminuer pour -faire une place à Dieu. Dès que l'homme se diminue, Dieu s'établit -en lui. C'est pourquoi, pour obtenir tout ce qui lui est nécessaire, -l'homme doit s'humilier avant tout.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Plus l'homme descend en lui-même et se croit insignifiant, plus il -s'élève vers Dieu.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse brahmane.</i></p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>L'orgueil disparaît du cœur de celui qui adore l'Être Suprême, de même -que la lueur du bûcher s'éclipse à la lumière du soleil. Celui dont le -cœur est pur et qui est sans orgueil, celui qui est doux, fidèle et -simple, qui considère chaque être comme son ami et qui aime chaque âme -comme la sienne, qui traite chacun également avec tendresse et amour, -qui veut faire le bien et a banni toute vanité, est l'homme dont le cœur -est habité par le Souverain de la vie.</p> - -<p>De même, que la terre se décore de belles plantes qu'elle produit, celui -dans l'âme duquel habite le Seigneur de la vie, s'en trouve embelli.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Vichnou Pourana.</i></p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>Comment lutter contre l'orgueil.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Les défauts qui sont pénibles et intolérables chez les autres, -paraissent ne rien peser en nous-mêmes. Il arrive très souvent qu'en -parlant des autres et en les blâmant cruellement, les gens ne remarquent -pas qu'ils se décrivent eux-mêmes.</p> - -<p>Rien ne nous corrigerait aussi vite de nos défauts que si nous pouvions -nous voir dans les autres. En voyant clairement nos défauts chez les -autres, nous aurions détesté nos défauts comme ils le méritent.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LABRUYÈRE.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Tâche de ne pas penser de bien de toi-même. Si tu ne peux pas penser mal -de toi, sache que c'est déjà mal que tu ne peux pas penser mal de loi.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La tendance de te comparer aux autres à ton avantage est une tentation -rendant impossible une bonne vie et entravant l'œuvre principale: le -perfectionnement. Compare-toi uniquement à la perfection suprême, et non -aux hommes qui peuvent être inférieurs à toi.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Quand on t'injurie où que l'on te blâme, réjouis-toi; quand on te vante -et que l'on t'approuve, méfie-toi.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Tache de ne pas cacher dans des coins sombres les souvenirs honteux de -tes péchés; au contraire, tiens-les toujours prêts, afin de pouvoir -juger des péchés de tes prochains.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Considère-toi toujours comme un écolier. Ne pense pas que tu es trop -vieux pour apprendre, que ton âme est déjà telle qu'elle doit être et -qu'elle ne peut être meilleure. Pour l'homme raisonnable, le cours des -études n'est jamais terminé: il est élève jusqu'à la tombe.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Seul l'humble de cœur connaît la vérité. L'humilité ne provoque pas la -jalousie.</p> - -<p>Les arbres sont emportés par le torrent, les joncs restent.</p> - -<p>Un sage a dit: «Mon enfant, ne t'attriste pas de n'avoir pas été -apprécié, car personne ne peut te reprendre ce que tu as fait, ou te -donner ce que tu n'as pas fait. L'homme raisonnable se contente du -respect qu'il mérite.</p> - -<p>«Sois aimable, respectueux, affable, soucieux du profit des autres, et -le bonheur viendra à toi tout aussi naturellement que l'eau descend dans -les vallées.»</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Vichnou hindou.</i></p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>Conséquences de l'orgueil.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'homme sans humilité blâme toujours les autres; il ne voit que les -fautes des hommes, pendant que ses passions et ses vices à lui se -développent de plus en plus.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse bouddhiste.</i></p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>L'homme non éclairé par le christianisme n'aime que lui. Et en n'aimant -que lui, un tel homme veut être grand, et il se voit petit; il veut -être heureux, et il se voit misérable; il veut être parfait, et il se -voit plein d'imperfections. Et en voyant tout cela, l'homme commence -à détester la vérité et à imaginer des arguments d'après lesquels -il résulterait qu'il est précisément ce qu'il voudrait être, et il -devient à ses yeux grand, heureux et parfait. Il y a là un double péché -d'orgueil et de mensonge. Le mensonge vient de l'orgueil, et l'orgueil -vient du mensonge.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après PASCAL.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Qui ne hait en soi son amour-propre et cet instinct qui le porte à se -faire Dieu est bien aveuglé. Qui ne voit pas que rien n'est si opposé -à la justice et à la vérité? Car il est faux que nous méritions cela, -et il est injuste et impossible d'y arriver, puisque tous demandent la -même chose.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Il y a toujours une tâche sombre sur notre soleil: c'est l'ombre qui -tombe de la considération que nous avons pour notre personne.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CARLYLE.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII.—<i>L'Humilité donne à l'homme le bonheur spirituel et la force de -lutter contre les tentations.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Rien n'est aussi profitable à l'âme que l'humiliation acceptée avec -joie. Elle rafraîchit l'âme comme une chaude pluie après le soleil -ardent de la fatuité.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La porte d'entrée du temple de la vérité et du bonheur est basse. Seule -ceux qui se baisseront pourront y entrer. Et heureux seront ceux qui -pourront passer cette porte. Le temple est vaste et libre, et tous les -gens qui s'y trouvent s'aiment les uns les autres, s'entr'aident et ne -connaissent point de chagrin.</p> - -<p>Ce temple est la vraie vie des hommes. La porte du temple, c'est la -doctrine de la sagesse. Et la sagesse est donnée aux humbles, à ceux qui -ne s'élèvent pas, mais qui se diminuent.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La joie parfaite, selon les paroles de saint François d'Assise, consiste -à supporter le reproche non mérité, même une souffrance corporelle, sans -éprouver d'inimitié envers la cause du reproche ou de la souffrance. -Cette joie est parfaite parce qu'aucune offense, aucune injure et aucun -reproche ne peuvent la compromettre.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>«Quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé.»</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LUC, XIV, 11.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Le plus faible en ce monde vainc le plus fort; le bas et l'humble vainc -le grand et le fier. Un très petit nombre de gens comprennent toute la -force de l'humilité.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Il n'y a rien de plus tendre et de plus conciliant que l'eau, et -cependant, en attaquant les choses solides et dures, rien n'est plus -fort qu'elle. Le faible vainc le fort. Le délicat vainc le cruel. -L'humble vainc le fier. Tout le monde le sait, mais personne ne veut -agir selon cette loi.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Si les rivières et les mers dominent toutes les vallées qu'elles -traversent, c'est parce qu'elles sont plus basses.</p> - -<p>C'est pourquoi, si un saint homme veut être au-dessus du peuple, il doit -tâcher d'être au-dessous de lui. S'il veut le gouverner, il doit être -derrière lui.</p> - -<p>Par conséquent, si un saint homme vit au-dessus du peuple, le peuple ne -le sent pas. Il est au-devant du peuple, mais le peuple n'en souffre -pas. C'est pourquoi le monde ne cesse de le louer. Le saint homme ne -discute avec personne, et personne ne discute avec lui.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>L'eau est légère, liquide et peu résistante, mais lorsqu'elle attaque -quelque chose de solide, de dure et de résistant, rien ne peut lutter -contre elle: elle emporte des maisons, joue avec d'énormes bateaux -comme avec des copeaux, creuse la terre. L'air est encore moins dense, -plus doux et moins résistant que l'eau, mais il est plus fort encore -lorsqu'il attaque des choses dures, fermes et solides. Il arrache les -arbres avec leurs racines, démolit les maisons, gonfle l'eau en vagues -énormes et chasse l'eau dans les nuages. Le tendre, le doux et le -liquide vainc le dur, le ferme et le résistant.</p> - -<p>Il en est de même dans la vie des hommes. Si tu veux être vainqueur, -sois tendre, doux et condescendant.</p> - -<hr class="r5" /> - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XXVI" id="CHAPITRE_XXVI">CHAPITRE XXVI</a></h4> - -<h3>LA VÉRACITÉ</h3> - - -<p>Les superstitions empêchent de se bien conduire. On ne peut s'en -débarrasser que par la sincérité, et cela non seulement envers les -autres, mais encore envers soi-même.</p> -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">I.—<i>Comment on doit se comporter envers les opinions et les coutumes -établies.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Le moyen habituel employé pour nier l'existence de Dieu est de -reconnaître l'opinion publique comme incontestablement juste et de -n'attacher aucune importance à la voix de Dieu que nous entendons -constamment en notre âme.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JOHN RUSKIN.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Quand même le monde entier reconnaîtrait la véracité d'une doctrine, -quand même elle serait ancienne, l'homme doit la contrôler par sa raison -et la rejeter hardiment, si elle ne s'accorde pas avec les exigences de -sa raison.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>«Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous affranchira.»</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JEAN, VIII, 32.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Celui qui veut devenir vraiment un homme doit abandonner la -préoccupation de plaire au monde; celui qui veut vivre d'une vie juste -ne doit pas se conformer à ce qu'il est d'usage de considérer comme -bien; il n'a qu'à chercher scrupuleusement où est véritablement le bien. -Il n'y a rien de plus sacré et de plus fécond que la curiosité d'une âme -indépendante.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La tendance de croire à ce que l'on nous présente comme vérité renferme -le bien comme le mal. C'est précisément cette tendance qui rend possible -la marche progressive de la société, et c'est elle encore qui rend cette -marche si lente et pénible: chaque génération hérite, grâce à elle, sans -effort, des connaissances acquises à grande peine par ceux qui ont vécu -avant, et c'est grâce à elle que chaque génération se trouve esclave des -fautes et des erreurs de la précédente.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">HENRY GEORGE.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Plus l'homme vit, plus il se libère des superstitions.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Croire que tout ce qui nous est avantageux et agréable est vrai, est -une qualité naturelle tant aux enfants qu'à l'humanité en bas âge. Plus -l'homme et l'humanité avancent en âge, et plus leur raison s'éclaircit, -devient ferme, plus ils se libèrent de la conception erronée d'après -laquelle tout ce qui est avantageux à l'homme est vrai. C'est pourquoi, -à mesure qu'ils avancent dans la vie, l'homme et l'humanité doivent -nécessairement examiner, par les efforts de leur raison et de la sagesse -de ceux qui ont vécu avant eux, si les principes, acceptés sur foi, sont -vrais.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Chaque vérité exprimée par les paroles est une force dont l'action est -infinie.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>Le mensonge, ses causes et ses conséquences.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Ne pense pas que l'on doive dire et créer la vérité uniquement dans les -cas graves. On doit toujours le faire, même dans les questions les plus -futiles. Il ne s'agit pas du grand ou du petit mal qui sera causé par -ton mensonge, il importe que tu ne te souilles jamais par le mensonge.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Tous, nous aimons mieux la vérité que le mensonge; mais lorsqu'il s'agit -de notre vie, nous préférons souvent le mensonge à la vérité, parce que -le mensonge justifie notre mauvaise vie, tandis que la vérité la dénonce.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Chaque vérité qui pénètre dans la conscience des hommes et remplace une -ancienne erreur arrive à un moment où l'erreur est claire et la vérité -évidente. Mais les gens qui profitent de cette erreur ou qui y sont -habitués s'efforcent de la maintenir. Dans ces moments-là, il est tout -particulièrement important de proclamer hardiment la vérité.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Si l'on vous dit qu'il ne faut pas chercher la vérité partout, parce -qu'on ne trouve jamais toute la vérité, ne le croyez pas. Ceux qui -parlent ainsi sont vos plus redoutables ennemis, comme ils sont ceux de -la vérité.</p> - -<p>Ils le disent parce qu'ils ne vivent pas selon la vérité, parce qu'ils -le savent et qu'ils veulent que les autres vivent comme eux.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Si tu veux connaître la vérité, débarrasse-toi, du moins pour le temps -que tu la cherches, de toutes les considérations sur les avantages que -tu pourrais tirer de telle ou telle autre décision.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>On est joyeux lorsqu'on découvre le mensonge des autres et qu'on le -dénonce. Mais combien on est plus heureux encore lorsqu'on se surprend -soi-même ayant menti et que l'on s'accuse. Tâche de t'offrir ce plaisir -aussi souvent que possible.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Bien que le mensonge et toutes ses séductions soient très tentantes, il -arrive un temps où l'homme se sent tellement tourmenté par le mensonge, -que pour fuir le désordre moral qu'engendre toujours le mensonge, il -s'adresse à la vérité et trouve le salut en elle seule.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>L'amère expérience nous montre qu'on ne peut conserver les anciennes -conditions de vie, et que, par conséquent, il faut en rechercher des -nouvelles, celles qui puissent répondre aux temps nouveaux. Mais au -lieu d'employer leur temps à chercher et à instituer ces nouvelles -conditions, les hommes emploient leur raison à rechercher des moyens -de conserver les anciennes conditions de vie qui existent depuis des -centaines d'années.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Le mensonge nous cache Dieu en nous-mêmes et chez les autres hommes; -c'est pourquoi, il n'y a rien de plus cher que la vérité qui nous ramène -à l'amour de Dieu et de notre prochain.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Il n'y a pas de plus grand malheur que lorsque l'homme commence à -craindre la vérité, parce qu'elle lui cache combien il est mauvais.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Le meilleur signe de la vérité est la simplicité et la clarté. Le -mensonge est toujours compliqué, affecté et grandiloquent.</p> - -<p class="caption">12</p> - -<p>On peut être solitaire dans un milieu privé et temporaire; mais chacune -de nos pensées et chacune de nos sensations trouve, a trouvé et trouvera -un retentissement dans l'humanité. Pour certaines personnes, que la -majorité de l'humanité reconnaît pour ses chefs, ses réformateurs, -ses éducateurs, ce retentissement est immense et il résonne avec une -force extrême; mais il n'y a pas d'homme dont les idées ne produiraient -pas sur les autres le même effet, bien que moins apparent. Chaque -manifestation sincère de l'âme, chaque déclaration d'une conviction -personnelle servent à quelqu'un ou à quelque chose, même si nous n'en -savons rien, même si on nous ferme la bouche, ou qu'on nous jette un -nœud, coulant sur le cou. Un mot dit à quelqu'un conserve un effet -indestructible; comme tout mouvement, il ne disparaît jamais, mais prend -d'autres aspects.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>Sur quoi repose la superstition.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Plus les objets, les coutumes, les lois sont entourés de considération, -plus on doit examiner attentivement leur droit à la considération.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Bien des vérités anciennes nous semblent probables uniquement parce que -nous n'y avons jamais songé sérieusement.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">EDOUARD ROD.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La raison est la chose la plus sacrée au monde; c'est pourquoi c'est un -très grand péché que d'abuser de la raison, de l'employer à cacher ou à -déguiser la vérité.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>En feuilletant l'histoire de l'humanité, nous remarquons constamment -que les inepties les plus évidentes passaient auprès des gens pour des -vérités incontestables, que des nations entières devenaient la proie de -superstitions sauvages et s'humiliaient devant des mortels qui étaient -leurs pareils, souvent devant des idiots et des voluptueux. Et la cause -de ces inepties et souffrances humaines était toujours la même: la -croyance à des choses qui paraîtraient déraisonnables même à un enfant.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après HENRY GEORGE.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Notre siècle est un vrai siècle de critique. Tout ce qui est cru est -vérifié par la critique.</p> - -<p>La raison n'a de la considération que pour ce qui est en état de -supporter son épreuve libre et universelle.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>On ne doit pas craindre les dévastations commises par la raison dans les -légendes admises par les hommes. La raison ne peut rien détruire sans y -mettre de la vérité. Telle est sa qualité.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>Les superstitions religieuses.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>C'est mal quand les hommes ne connaissent pas Dieu; mais c'est bien pis -lorsque les hommes reconnaissent comme Dieu ce qui n'est pas Dieu.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LACTANCE.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Nous n'avons plus de religions. Les lois éternelles de Dieu, avec leur -paradis et leur enfer, se sont tranformées en règles de philosophie -pratique, fondées sur d'habiles calculs de profils et de pertes, avec -un faible reste de respect pour les joies apportées par la vertu et la -moralité élevée. Pour parler comme nos ancêtres, «nous avons oublié -Dieu», et en nous servant de l'expression contemporaine, nous devons -dire que nous comprenons faussement la vie du monde. Nous fermons -tranquillement les yeux et ne voulons pas voir la réalité éternelle des -choses, nous ne regardons que leur aspect trompeur.</p> - -<p>Nous considérons tranquillement l'univers comme une grande éventualité -incompréhensible: à son aspect extérieur, nous nous le représentons -assez nettement comme un immense pré pour les bêtes, ou une maison de -travail, de vastes cuisines avec des tables à manger, où seuls les gens -raisonnables peuvent trouver une place.</p> - -<p>Oui, nous n'avons pas de Dieu. Les lois de Dieu sont remplacées par Je -principe du plus grand profit possible.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CARLYLE.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Dieu nous a donné Son esprit, Sa raison, pour que nous le servions; et -nous employons cet esprit pour nous servir nous-mêmes.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>«Gardez-vous des docteurs qui se plaisent à se promener en longues -robes, et qui aiment les salutations dans les places et les premiers -sièges dans les synagogues, et les premières places dans les festins, -qui dévorent les maisons des veuves, tout en affectant de faire de -longues prières; ils encourront une plus grande condamnation.»</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LUC, XX, 46-47.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>«Mais vous, ne vous faites point appeler Maître; car vous n'avez qu'un -Maître, le Christ, et pour vous, vous êtes tous frères. Et n'appelez -personne sur la terre votre père, car vous n'avez qu'un seul Père, Celui -qui est dans les cieux. Et ne vous faites point appeler docteur; car -vous n'ayez qu'un seul Docteur: Le Christ.»</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MATTH., XXIII, 8-10.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Pourquoi adorer Dieu si l'âme n'est pas pure? Pourquoi dire: j'irai à -Benarès<a name="FNanchor_1_11" id="FNanchor_1_11"></a><a href="#Footnote_1_11" class="fnanchor">[1]</a>. Comment celui qui fait le mal peut-il atteindre le vrai -Benarès?</p> - -<p>La sainteté n'est pas dans les forêts, ni au ciel, ni sur la terre, -ni dans les fleuves sacrés. Purifie-toi, et tu verras Dieu. Transforme -ton corps en temple, abandonne les mauvaises pensées et contemple Dieu -de l'œil de ta conscience. Lorsque nous Le connaissons, nous nous -connaissons nous-mêmes. Sans expérience personnelle, l'écriture seule ne -détruira pas nos craintes,—de même que les ténèbres ne s'éclaireront -pas par un feu peint. Quelles que soient ta religion et tes prières, -tant que tu n'as pas la vérité, tu n'atteindras pas le chemin du -bonheur. Celui qui conçoit la vérité, naît à nouveau.</p> - -<p>La source du vrai bonheur, c'est le cœur; celui qui cherche le bonheur -ailleurs est un insensé. Il est pareil au pâtre qui cherche la brebis -qu'il a cachée sur sa poitrine.</p> - -<p>Pourquoi ramassez-vous des pierres et construisez-vous de grands -temples? Pourquoi vous tourmentez-vous ainsi, alors que Dieu habite -toujours en vous-même?</p> - -<p>Un chien de garde est meilleur qu'une idole sans vie dans la maison, et -le grand Dieu de l'univers est meilleur que tous les demi-dieux.</p> - -<p>La lumière qui, comme l'étoile du matin, vit dans le cœur de chaque -homme, est notre refuge.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">VEMANA.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Combien il est étonnant que, de toutes les révélations suprêmes de la -vérité, le monde n'accepte et ne tolère que les plus anciennes, celles -qui ne répondent plus à notre époque, tandis qu'il considère chaque -révélation directe, chaque pensée originale comme nulles et parfois les -hait.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">THOREAU.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>La conscience religieuse de l'homme n'est pas immuable: elle se -transforme constamment, s'éclaircit et se purifie de plus en plus.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Le mal de la vie ne peut être corrigé par rien d'autre que par la -démonstration du mensonge religieux et par l'établissement de la vérité -religieuse par chaque homme pris individuellement.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>Le principe raisonnable de l'homme.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Qu'est-ce que la raison? Tout ce que nous établissons, nous -l'établissons toujours par la raison. Or, par quoi établirons-nous la -raison.</p> - -<p>Si nous avons tout établi par la raison, nous ne pouvons, par cela même, -établir la raison. Mais non seulement nous connaissons tous la raison, -mais encore il n'y a qu'elle seule que nous connaissons indubitablement -et tous au même degré.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Nous devons avoir confiance en notre raison. C'est une vérité qu'il -ne faut pas et que l'on ne doit pas cacher. La foi en la force de la -raison est la base de toute autre foi. On ne peut croire en Dieu si -nous diminuons l'importance de la faculté à l'aide de laquelle nous -connaissons Dieu. La raison est précisément la seule faculté à laquelle -la révélation s'adresse. La révélation ne peut être comprise que par la -raison. Si, après avoir utilisé consciencieusement et impartialement -nos meilleures facultés, certaine doctrine nous semble contradictoire -et en désaccord avec les principes essentiels dont nous ne doutons pas, -nous devons incontestablement nous abstenir de croire à cette doctrine. -Je suis plus persuadé que ma nature raisonnable est Dieu, plutôt qu'un -livre ne soit l'expression de sa volonté.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CHANNING.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La raison révèle à l'homme le sens et la signification de sa vie.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>La raison n'est pas donnée à l'homme pour apprendre à aimer Dieu et son -prochain. Cette connaissance est dans le cœur de l'homme, indépendamment -de sa raison. La raison est donnée à l'homme pour lui indiquer où est -le mensonge et où est la vérité. Et il suffit à l'homme de rejeter le -mensonge, pour apprendre tout ce qu'il lui faut.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Les erreurs et les désaccords entre hommes dans les recherches et -l'adoption de la vérité viennent uniquement de leur défiance de la -raison; il en résulte que la vie humaine, guidée par les usages, les -traditions, les modes, les superstitions, les préjugés, la violence, par -tout ce que l'on veut, sauf la raison, va à l'aventure, et la raison -existe par elle-même. Souvent il arrive également que si la réflexion -est utilisée à quelque chose, ce n'est pas à chercher et à propager la -vérité, mais pour justifier et maintenir, malgré et contre tout, les -usages, les traditions, les modes, les superstitions, les préjugés.</p> - -<p>Les erreurs et les désaccords des hommes à reconnaître l'unique vérité -ne viennent pas de ce que la raison n'est pas la même chez tous les -hommes ou parce qu'elle ne peut pas leur démontrer la même vérité, mais -parce qu'ils ne croient pas à la raison.</p> - -<p>S'ils avaient foi en leur raison, ils auraient trouvé moyen de comparer -les jugements de leur raison avec ceux des autres. Et ayant trouvé ce -moyen de vérification mutuelle, ils se seraient persuadés que la raison -est la même chez tous, et ils se seraient soumis à ses volontés.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">TH. STRAKHOV<a name="FNanchor_2_12" id="FNanchor_2_12"></a> -<a href="#Footnote_2_12" class="fnanchor">[2]</a>.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Autant que l'homme est véridique, autant il est divin; l'invincibilité, -l'immortalité, la grandeur de la divinité entrent en l'homme avec sa -véracité.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Souviens-toi que la raison, ayant la faculté de vivre par elle-même, -te donne la liberté, si tu ne l'emploies pas à servir ton corps. L'âme -humaine, éclairée par la raison, est libre de passions qui cachent la -lumière; elle constitue une véritable forteresse, et l'homme n'a pas de -refuge plus sûr et moins accessible au mal. Celui qui ne le sait pas, -est aveugle, et celui qui, tout en le sachant, ne croit pas à sa raison, -est réellement malheureux.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>L'un des devoirs principaux de l'homme consiste à faire briller dans -toute sa force le clair principe de la raison que nous recevons du Ciel.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Sagesse chinoise.</i></p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Je glorifie le christianisme parce qu'il développe, augmente et élève -ma nature raisonnable. Si je ne pouvais conserver la raison en étant -chrétien, j'aurais renoncé au christianisme. Je sens que mon devoir est -de sacrifier au christianisme mon bien, ma gloire, ma vie; mais je ne -saurais sacrifier à aucune religion la raison qui m'élève au-dessus de -la bête et fait de moi un homme. Je ne connais pas de pire sacrilège que -de renoncer à la plus haute faculté que l'on tient de Dieu. En agissant -ainsi, nous nous opposons sciemment à l'élément divin qui vit en nous. -La raison est l'expression suprême de notre nature intelligente. Elle -correspond à l'unité de Dieu et à celle de l'univers et tend à faire de -l'âme le miroir de l'unité suprême.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CHANNING.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>L'homme qui ne saurait pas que ses yeux peuvent voir et qui ne les -ouvrirait jamais, serait très misérable. Mais l'homme qui ne comprend -pas que la raison lui est donnée pour supporter facilement toutes les -peines, est plus misérable encore. Grâce à la raison, nous pouvons venir -à bout de tous les ennuis. L'homme qui raisonne, ne rencontrera pas -dans la vie des ennuis impossibles, à supporter; ils n'existent pas pour -lui. Et cependant, combien souvent, au lieu de regarder un ennui en -face, nous tâchons lâchement de l'éviter. Ne serait-il pas préférable -de nous réjouir que Dieu nous ait donné le pouvoir de ne pas nous -chagriner de ce qui nous arrive indépendamment de notre volonté, et de -le remercier de ce qu'Il n'a subordonné notre âme qu'à ce qui dépend de -nous-mêmes. Il n'a pourtant pas subordonné notre âme à nos parents, ni à -nos frères, ni à la richesse, ni à notre corps, ni à la mort. Etant bon, -Il ne l'a soumis qu'à ce qui dépend de nous-mêmes: à notre raison.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ÉPICTÈTE.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Dieu nous a donné la raison pour que nous Le servions. C'est pourquoi -nous devons veiller à sa pureté, afin qu'elle puisse toujours -reconnaître le bien et le mal.</p> - -<p class="caption">12</p> - -<p>L'homme n'est libre que lorsqu'il est dans la vérité; et la vérité est -révélée par la raison.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>La raison vérifie les principes de la foi.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Lorsqu'un homme emploie sa raison à résoudre les questions de la cause -de l'existence du monde et de la cause de sa vie dans ce monde, il sent -une espèce de malaise, d'étourdissement. La raison humaine ne peut -imaginer de réponses à ces questions. Qu'est-ce que cela veut dire? Cela -signifie que la raison n'est pas donnée à l'homme pour répondre à ces -questions, et que c'est une erreur de la raison que de l'espérer. La -raison ne résout qu'une question: «Comment vivre?» Et la réponse est -claire: «Il faut vivre de façon à ce que je me sente bien et que les -autres hommes se sentent bien. Tout ce qui vit en a autant besoin que -moi. Et la possibilité en est donnée à tout ce qui vit et à moi par la -raison que je possède.» Cette solution exclut toutes les questions: le -comment et le pourquoi.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>«N'avons-nous pas raison? Il faut que le peuple reste dans le mensonge: -voyez comme il est peu éveillé et sauvage!»</p> - -<p>Non, il est peu éveillé et sauvage parce qu'il est grossièrement trompé. -C'est pourquoi cessez tout d'abord de le tromper.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Si Dieu, en tant qu'objet de notre foi, est au-dessus de notre -compréhension et si nous ne pouvons le concevoir par la raison, cela ne -prouve pas encore que nous devions négliger les fonctions de la raison -en les considérant comme nuisibles.</p> - -<p>Bien que les objets de notre foi soient, sans aucun doute, au-dessus du -niveau de notre compréhension, notre raison a cependant une si grande -importance à leur égard, que nous ne pouvons absolument pas nous en -passer. Elle semble remplir les fonctions de censeur qui,—tout en -admettant, dans le domaine de la foi, la vérité qui est au-dessus de -la raison, c'est-à-dire, la vérité métaphysique,—nie toute vérité -imaginaire qui est contraire à la raison.</p> - -<p>Mais en dehors de cette œuvre positive, la raison accomplit également -l'œuvre négative de libération de l'homme, des péchés, des tentations -(justification des péchés) et des superstitions.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">TH. STRAKHOV.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Sois ton propre flambeau. Sois le refuge. Laisse-toi guider par la -lumière de ton flambeau et ne cherche pas autre refuge.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LA SOUTHA BOUDDHISTE.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>«Pendant que vous avez la lumière, croyez en la lumière, afin que vous -soyez les enfants de lumière.»</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JEAN, XII, 36.</p> - -<p>Loin de comprimer la raison, comme le conseillent les faux docteurs, il -faut la purifier, l'exercer, en contrôler tout ce qu'on vous soumet, -afin de découvrir la véritable religion.</p> - -<hr class="r5" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Footnote_1_11" id="Footnote_1_11"></a><a href="#FNanchor_1_11"><span class="label">[1]</span></a> Ville sainte des Hindous. <i>(Note de l'auteur).</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Footnote_2_12" id="Footnote_2_12"></a><a href="#FNanchor_2_12"><span class="label">[2]</span></a> Philosophe et critique russe, ami de Tolstoï, mais ne -partageant que partiellement ses opinions. <i>(Note du trad.).</i></p></div> - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XXVII" id="CHAPITRE_XXVII">CHAPITRE XXVII</a></h4> - -<h3>DU MAL</h3> - - -<p>Nous appelons mal tout ce qui trouble le bonheur de notre vie -corporelle. Et pourtant, toute notre vie n'est qu'une libération -graduelle de notre âme, de ce qui constitue le bonheur de notre corps. -C'est pourquoi, pour celui qui comprend la vie telle qu'elle est, en -réalité, le mal n'existe pas.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I.—<i>Ce que nous appelons la souffrance est la condition inévitable de -la vie.</i></p> - - -<p class="caption">1</p> - -<p>C'est un bien pour l'homme que de supporter les malheurs de cette vie -terrestre, car cela conduit au saint isolement du cœur, et on s'y -trouve comme un exilé de son pays natal et obligé de ne se fier à -aucune joie terrestre. Il est également bon pour l'homme de se heurter -à des contradictions et des reproches, lorsque l'on pense et que l'on -parle mal de lui, bien que ses intentions soient pures et ses actes -justes; car cette manière d'agir le maintient dans l'humilité et est un -contre-poison de la vaine gloire. Et c'est tout particulièrement un bien -parce que nous pouvons nous entretenir, avec le témoin qui est en nous, -qui est Dieu, nous entretenir, alors que le monde nous méprise, nous -manque de respect et nous prive d'amour.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">THOMAS A KEMPIS<a name="FNanchor_1_13" id="FNanchor_1_13"></a> -<a href="#Footnote_1_13" class="fnanchor">[1]</a>.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si quelque divinité nous avait offert, à nous, hommes, de supprimer -tous nos chagrins, avec toutes leurs causes, nous serions, de prime -abord, très tentés d'accepter cette proposition. Lorsque le dur travail -et la misère nous écrasent, lorsque la douleur nous mine, lorsque -l'anxiété étreint notre cœur, il nous semble qu'il n'y aurait rien de -meilleur que de vivre sans travailler, dans le calme, l'aisance et la -paix. Mais après avoir goûté à une telle vie, je pense que nous aurions -bientôt demandé à la divinité de nous rendre notre vie ancienne, avec -toutes ses peines, ses misères, ses chagrins et ses dangers. La vie, -exempte de tout chagrin et de toute crainte, nous semblerait bientôt -non seulement peu intéressante, mais encore intolérable. Car, avec les -causes de nos peines, tous les obstacles, tous les dangers et tous les -échecs auraient disparu, supprimant avec eux la tension de nos forces, -le zèle, l'excitation du risque, les efforts de la lutte et les joies -de la victoire. Il ne resterait que l'accomplissement facile du but, la -réussite sans résistance. Nous en serions bientôt, ennuyés comme d'un -jeu où nous savons d'avance que nous gagnerons à chaque coup.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">FR. PAULSEN<a name="FNanchor_2_14" id="FNanchor_2_14"></a> -<a href="#Footnote_2_14" class="fnanchor">[2]</a>.</p> - - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">II—<i>Les souffrances éveillent l'homme à la vie spirituelle.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'homme est l'esprit de Dieu enfermé dans un corps.</p> - -<p>Au début de la vie, l'homme ne le sait pas, et croit que sa vie est -dans son corps. Mais plus il avance, plus il apprend que la vraie vie -est dans l'esprit et non dans le corps. Toute l'existence de l'homme -consiste à l'apprendre de mieux en mieux. Et cette connaissance nous est -donnée plus facilement et plus sûrement par les souffrances corporelles -qui rendent notre vie telle qu'elle doit être, c'est-à-dire spirituelle.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La croissance physique sert à préparer les provisions pour la croissance -spirituelle, qui commence lorsque le corps décline.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>L'homme vit pour son corps qui dit: tout est mal. L'homme vit pour son -âme qui dit: ce n'est pas vrai, tout est bien. Ce que tu crois mauvais -est précisément la meule sans laquelle ce qu'il y a de plus précieux en -toi serait émoussé et rouillé: ton âme.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Tous les malheurs—ceux des individus comme ceux de l'humanité -entière—conduisent l'humanité et les hommes, bien que par des chemins -détournés, à l'unique but qui est donné à tous les hommes: à la -manifestation de plus en plus grande de l'élément spirituel, par chaque -homme séparé comme par toute l'humanité.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>«Car je suis descendu du Ciel pour faire non pas ma volonté, mais la -volonté de Celui qui m'a envoyé. Or, la volonté du Père qui m'a envoyé -est que je ne perde rien de ce qu'il m'a donné,» dit Jean (VI, 28-39), -autrement dit, il est commandé de conserver, de cultiver, d'amener au -plus haut degré possible l'étincelle divine qui m'est donnée, qui m'est -confiée, comme un enfant à sa bonne. Que faut-il pour accomplir cela? -Non pas satisfaire nos désirs charnels, celui de la gloire; non la vie -tranquille, mais, au contraire, l'abstinence, l'humilité, le travail, -la lutte, les privations, les persécutions, tout ce qui est dit tant de -fois dans l'Evangile. Et c'est précisément ce dont nous avons besoin qui -nous est envoyé sous diverses formes, en grandes et en petites mesures. -Sachons seulement l'accepter comme il convient, comme une épreuve dont -nous avons besoin et qui donne la joie, et non comme quelque chose -d'ennuyeux qui trouble notre existence bestiale, et celle que nous -croyons être la vraie et dont l'accroissement d'intensité nous apparaît -comme un bonheur.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>«Si l'homme pouvait ne pas craindre la mort et ne pas y penser, -les souffrances affreuses, inutiles, injustifiables et inévitables -suffiraient à enlever tout sens raisonnable attribué à la vie», disent -les hommes.</p> - -<p>Je m'emploie à une bonne œuvre, incontestablement utile aux autres, et -brusquement la maladie interrompt mon travail, me fait souffrir sans -raison. La vis d'un rail se rouille, et il faut que ce soit précisément -le jour même qu'il saute, qu'une excellente mère se trouve dans le -wagon et que ses enfants soient écrasés devant elle. Il faut que -le tremblement de terre se produise juste à l'endroit où se trouve -Lisbonne ou Verny, et que des innocents soient ensevelis sous la terre -et périssent dans d'affreux tourments. Pourquoi les milliers d'autres -accidents affreux, ineptes, tant de souffrances qui frappent les hommes? -Quel sens à cela?</p> - -<p>La réponse est que ces raisonnements sont absolument justes pour ceux -qui ne reconnaissent pas la vie spirituelle. Pour eux, la vie humaine -n'a réellement aucun sens. La vie de ceux qui n'admettent pas de vie -spirituelle ne saurait, en effet, qu'être insensée et malheureuse. Et -s'ils déduisaient tout ce qui découle inévitablement de leur conception -matérielle de la vie, ils ne pourraient vivre un instant de plus. Car -aucun ouvrier ne serait resté chez un patron qui, en l'engageant, aurait -exigé le droit de brûler, toutes les fois qu'il en aurait envie, cet -ouvrier sur un feu lent, ou bien de l'écorcher vif, de le soumettre -à toutes les horreurs que le patron ferait subir à ses ouvriers, en -présence de celui qu'il engage. Si les hommes comprenaient réellement -la vie, comme ils le disent, c'est-à-dire uniquement comme une -existence matérielle, nul parmi eux, par la seule crainte des affreux -et inexplicables tortures qu'il voit autour de lui et qui peuvent -l'assaillir à tout instant, ne continuerait à vivre sur la terre.</p> - -<p>Pourtant, les hommes vivent, se plaignent, se lamentent, mais continuent -à vivre.</p> - -<p>Il n'y a qu'une seule explication à celte étrange contradiction: c'est -que tous les hommes savent, dans leur for intérieur, que leur vie n'est -pas dans leur corps, mais dans leur âme, et que toutes les souffrances -sont nécessaires, indispensables pour le bien de la vie spirituelle; -quand, ne voyant aucun sens à la vie humaine, ils se révoltent -contre les souffrances, mais continuent néanmoins à vivre, cela tient -uniquement à ce que leur raison affirme la matérialité de leur vie, -tandis qu'ils sentent, au fond de leur âme, qu'elle est spirituelle et -qu'aucune souffrance ne peut priver l'homme de son vrai bonheur.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>Les souffrances apprennent à l'homme à considérer la vie au point -de vue raisonnable.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Tout ce que nous appelons mal, toute peine, à condition de l'envisager -comme il convient, améliore notre âme. Et toute l'œuvre de la vie -consiste en cette amélioration.</p> - -<p>«En vérité, en vérité, je vous dis que vous pleurerez et vous vous -lamenterez, et le monde se réjouira; vous serez dans la tristesse, mais -votre tristesse sera changée en joie. Quand une femme accouche, elle a -des douleurs parce que son terme est venu; mais dès qu'elle a accouché -d'un enfant, elle ne se souvient plus de son travail, à cause de sa joie -de ce qu'un homme est né dans le monde.»</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">JEAN, XVI, 20-21.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Les souffrances de la vie déraisonnable amènent à reconnaître la -nécessité d'une vie raisonnable.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>De même que seuls les ténèbres de la nuit révèlent les astres célestes, -seules les souffrances révèlent la vraie signification de la vie.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">THOREAU.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Les obstacles extérieurs ne font pas de mal à l'homme d'esprit fort, -car le mal est tout ce qui défigure ou affaiblit, comme cela est le cas -pour les animaux que les obstacles irritent ou affaiblissent; mais pour -l'homme qui les accueille avec la force d'esprit qui lui est donnée, -tout obstacle ne peut qu'augmenter sa beauté morale et sa force.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Seulement après avoir éprouvé la souffrance, j'ai appris la parenté des -âmes humaines entre elles. Il suffit de bien souffrir soi-même pour -savoir comprendre tous ceux qui souffrent. Bien plus: la raison même -devient plus lucide; on commence à connaître la situation et la carrière -des gens qui s'étaient cachés jusque-là, et l'on aperçoit nettement ce -dont chacun a besoin. Grand est le Dieu qui nous instruit ainsi I Et -par quoi nous instruit-il? Par les misères mêmes que nous fuyons. C'est -par les souffrances et les peines qu'il nous est donné d'acquérir les -petites parcelles de sagesse, de celle qui ne s'apprend pas dans les -livres.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">GOGOL.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Si Dieu nous donnait des éducateurs et si nous savions sûrement qu'ils -nous sont envoyés par Dieu, nous leur obéirions librement avec joie.</p> - -<p>Et nous possédons bien ces éducateurs: ce sont la misère et tous les -accidents de la vie.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Tout ce que la Providence envoie à tout être vivant lui est non -seulement utile, mais encore utile au moment où la Providence le lui -envoie.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>L'homme qui ne reconnaît pas la bienfaisance des souffrances, n'a pas -encore commencé à vivre de la vie raisonnable, c'est-à-dire de la vraie -vie.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>Les maladies n'entravent pas la vraie vie, mais y aident.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Rien qu'en voyant combien sont faibles et souvent mauvais ceux à qui -tout réussit dans la vie, qui se portent toujours bien, qui sont riches, -qui ne connaissent ni les offenses, ni les humiliations, on voit combien -les épreuves sont indispensables à l'homme. Et nous nous plaignons de -devoir les supporter!</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Il n'est point de maladie qui puisse empêcher l'accomplissement du -devoir. Si tu ne peux pas servir les hommes par tes travaux, sers-les -par l'exemple de patience et d'amour.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il y a une histoire où l'on conte qu'un homme a été puni, à cause de -ses péchés, par l'impossibilité de mourir. On peut dire sûrement que -si l'homme avait été puni par l'impossibilité de souffrir, la punition -aurait été tout aussi pénible.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Ce n'est pas bien de cacher à un malade qu'il peut mourir de sa maladie. -Il faut, au contraire, le lui rappeler. En le lui cachant, nous le -privons du bienfait que lui donne la maladie; elle évoque en lui, par la -conscience de la mort prochaine, la conscience de la vie spirituelle.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Le feu détruit et chauffe. Il en est de même de la maladie. Lorsque, -bien portant, nous tâchons de bien vivre, nous le faisons avec -difficulté; durant la maladie, au contraire, tout le poids des -tentations mondaines disparaît, on se sent brusquement libre, et l'on -est même effrayé de penser—tout le monde l'a éprouvé—qu'aussitôt la -maladie passée, ce poids retombe sur vous de toute sa force.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Plus l'homme souffre physiquement, mieux il se sent moralement. C'est -pourquoi l'homme ne peut pas être malheureux. Le spirituel et le -corporel sont comme deux fléaux d'une balance: plus le corporel est -lourd, plus le spirituel s'élève, plus l'âme est bien, et <i>vice versa.</i></p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>«La décrépitude, la sensibilité marquent l'évanouissement de la -conscience et de la vie de l'homme», dit-on souvent.</p> - -<p>Je me représente, d'après la légende, le vieux Jean Théologue, tombé -dans l'enfance. Il n'aurait fait que répéter: «Mes frères, aimez-vous -les uns les autres.»</p> - -<p>Un petit vieillard centenaire, marchant avec peine, aux yeux larmoyants, -marmottant toujours les mêmes trois mots: aimez-vous tous. Dans un -tel homme, l'existence animale est presque imperceptible; elle s'est -désagrégée sous l'action de la nouvelle conception du monde, du nouvel -être qui n'a plus rien de charnel.</p> - -<p>Un homme, comprenant la vie comme elle doit être comprise en réalité, -ne saurait parler de l'amoindrissement de sa vie par les maladies et -la vieillesse; ce serait se lamenter du fait qu'en s'approchant de la -lumière, son ombre diminue à mesure qu'il avance.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>Ce que nous appelons le mal, ce sont nos fautes.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Le mal est uniquement en nous, c'est-à-dire d'un endroit d'où l'on peut -le chasser.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Souvent un homme superficiel, en songeant aux malheurs qui affligent le -genre humain, perd l'espoir dans la possibilité de l'amélioration de la -vie, et se sent mécontent de la Providence qui dirige le monde. IL y a -là une grande erreur. Être satisfait de la Providence (bien qu'elle nous -ait tracé le chemin le plus difficile dans la vie) est essentiellement -important pour ne pas perdre courage au milieu de nos malheurs, mais -surtout pour ne pas perdre de vue notre faute à nous, tout en n'en -accusant pas le sort, cette faute étant la seule cause de tous nos -malheurs.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après KANT.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>L'homme peut éviter les malheurs que Dieu lui envoie, mais il ne peut -être sauvé des malheurs qu'il cause lui-même par sa mauvaise vie.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>La conscience des bienfaits de la souffrance supprime son poids.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Que faire lorsque tout nous abandonne: la santé, la joie, l'affection, -la fraîcheur des sens, la mémoire, la capacité du travail, lorsqu'il -nous semble que le soleil devient froid et que la vie perd tous ses -charmes? Que faire quand nous n'avons plus aucun espoir? Nous griser, -ou nous pétrifier? Il n'y a jamais qu'une seule réponse: vivre d'une -vie spirituelle, croître sans cesse. Arrive ce que pourra, si ta -conscience est tranquille, si tu sens que tu accomplis ce que ton être -spirituel demande. Sois ce que tu dois être; le reste est affaire de -Dieu. Et quand même il n'y aurait pas de Dieu saint et charitable, la -vie spirituelle serait, néanmoins, la solution du mystère et l'étoile -polaire de l'humanité mouvante, car elle, seule donne le vrai bonheur.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Sache seulement et crois que tout ce qui t'arrive te conduit vers ton -vrai bonheur spirituel, et tu accueilleras la maladie, la misère, -l'outrage; tout ce que les hommes considèrent comme des malheurs, non -comme des malheurs, mais comme nécessaires pour ton bien, de même que le -cultivateur accueille la pluie qui le trempe, mais qui est nécessaire à -son champ, comme le malade prend un médicament amer.</p> - -<p>3 class="caption">4</p> - -<p>Souviens-toi que la faculté par laquelle se distingue un être -raisonnable, c'est la soumission libre à son sort, et non la lutte -honteuse contre lui, car cette lutte est le propre des bêtes.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Chacun a sa croix, son joug, non pas dans le sens du poids, mais dans -le sens de la destinée de la vie, et lorsque nous ne considérons pas la -croix comme un poids, mais comme une destinée, il nous est facile de -la porter. Cela nous est facile lorsque nous sommes humbles de cœur, -dociles et modestes. Et cela devient plus facile encore lorsque nous -renonçons à nous-mêmes; et cela est encore plus facile lorsque nous -la portons à toutes les heures, comme nous l'enseigne le Christ. Et -cela devient de plus en plus facile lorsque nous nous oublions dans le -travail spirituel, de même que les gens s'oublient dans les travaux -mondains. La croix qui nous est envoyée est ce à quoi nous devons -travailler. Toute notre vie est dans ce travail. Si la croix est une -maladie—il faut la porter avec humilité; si c'est une offense faite -par les gens—c'est de savoir payer le mal par le bien; si c'est, -une humiliation,—c'est de s'abaisser; si c'est la mort—c'est de -l'accueillir avec gratitude.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Plus on repousse sa croix, plus elle devient lourde.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>La façon dont l'homme accueille son sort est incontestablement plus -importante que le sort même.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">HUMBOLDT.</p> -<p class="caption">7</p> - -<p>Aucun chagrin n'est aussi grand que la crainte qu'on en a.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Si tu as un ennemi et que tu sais en profiler pour t'exercer sur lui à -aimer tes ennemis, ce que tu considères comme mal deviendra pour toi un -grand bien.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>La maladie, la perte d'un membre, la déception cruelle, la perle des -biens ou des amis semblent d'abord des pertes irréparables. Mais les -années donnent à ces perles une grande force curative.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>A l'époque pénible des maladies, des pertes et de malheurs, la prière -est plus nécessaire qu'à tout autre moment,—non pas la prière de nous -épargner, mais de reconnaître notre dépendance de la volonté suprême. -«Que Ta volonté soit faite et non la mienne, et non comme je le veux, -mais comme Tu le veux. Ma mission est d'accomplir Ta volonté dans les -conditions où tu m'as placé.» Dans les moments difficiles, il est on -ne peut plus nécessaire de nous rappeler que si nous souffrons, cette -souffrance nous est justement donnée afin que nous puissions montrer que -nous voulons accomplir Sa volonté et non la nôtre.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII—<i>Les souffrances ne peuvent entraver l'accomplissement de la -volonté de Dieu.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>L'homme n'est jamais plus près de Dieu que lorsqu'il est dans le -malheur. Profitez-en pour ne pas perdre l'occasion de vous rapprocher -de ce qui donne seul le bonheur constant.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Combien est juste l'ancien proverbe disant que Dieu envoie la souffrance -à celui qu'Il aime. Pour celui qui y croit, la souffrance n'est pas une -souffrance, mais un bonheur.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il te suffît de te dire que la volonté de Dieu s'accomplit dans tout ce -qui arrive, de croire que la volonté de Dieu est toujours le bien, et tu -ne craindras plus rien, et la vie sera toujours un bonheur pour toi.</p> - -<hr class="r5" /> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Footnote_1_13" id="Footnote_1_13"></a><a href="#FNanchor_1_13"><span class="label">[1]</span></a> Ou Thomas Hemerken, auteur présumé de <i>l'Imitation de -Jésus-Christ. (Note du trad.).</i></p></div> - -<div class="footnote"> - -<p><a name="Footnote_2_14" id="Footnote_2_14"></a><a href="#FNanchor_2_14"><span class="label">[2]</span></a> Philosophe allemand, de tendance néo-karitienne, professeur -à l'Université de Berlin. <i>(N. du trad.).</i></p></div> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XXVIII" id="CHAPITRE_XXVIII">CHAPITRE XXVIII</a></h4> - -<h3>DE LA MORT</h3> - - -<p>Si l'homme croit que sa vie est dans son corps, sa vie s'achève avec la -mort de son corps. Mais si l'homme considère que sa vie est dans son -âme, il ne peut même pas se représenter la fin de sa vie.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I.—<i>La vie de l'homme ne finit pas lorsque son corps meurt.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Toute la vie de l'homme, depuis sa naissance jusqu'à sa mort, ressemble -à un jour de sa vie, depuis qu'il s'éveille et jusqu'à ce qu'il -s'endorme.</p> - -<p>Souviens-toi comment tu te réveilles après un sommeil profond, comment -tu ne reconnais pas d'abord l'endroit où tu le trouves, comment tu ne -reconnais pas celui qui est à ton chevet et qui te réveille; comment -tu ne veux pas te lever et qu'il te semble n'en avoir pas la force. -Mais, peu à peu, tu reviens à toi, tu commences à comprendre ce que tu -es et où tu te trouves, tu te lèves et tu te mets à l'ouvrage. Il en -est de même, à très peu de choses près, de l'homme lorsqu'il naît et -commence à entrer peu à peu dans la vie, à gagner des forces, à devenir -raisonnable et à travailler.</p> - -<p>La différence consiste en ce fait que les manifestations du sommeil se -passent rapidement, tandis que celles de la croissance durent des mois, -des années.</p> - -<p>Ensuite, un jour ressemble également à la vie humaine tout entière. En -s'éveillant, l'homme travaille, s'occupe, et plus la journée avance, -plus il devient alerte. Arrivé au milieu de la journée, il ne se sent -plus aussi robuste que le matin; et vers le soir, il se fatigue de plus -en plus et il a déjà envie de se reposer. Il en est de même de la vie -entière.</p> - -<p>Dans sa jeunesse, l'homme est alerte et il vit gaiement; vers le milieu -de sa vie, il n'est plus aussi robuste, et dans la vieillesse, il se -sent fatigué et il a de plus en plus envie de repos. Et de même que la -nuit arrive à la fin de la journée et que l'homme se couche, de même que -les idées commencent à se brouiller dans sa tête, et, en s'endormant, -qu'il se sent s'en aller, il a la même sensation lorsqu'il meurt.</p> - -<p>De sorte que l'éveil dé l'homme est une petite naissance; la journée, -depuis le matin jusqu'à la nuit, est une petite vie; le sommeil est une -petite mort.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Lorsque le tonnerre gronde, nous savons que la foudre est déjà tombée -et le tonnerre ne peut plus nous tuer; cependant, nous tressaillons -toujours en entendant un coup de tonnerre. Il en est de même de la mort.</p> - -<p>Il semble à celui qui ne comprend pas le sens de la vie, que tout périt -avec la mort, et il la craint, se cache d'elle comme le sot se cache -d'un coup de tonnerre, alors que ce coup ne peut plus le tuer.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Parce qu'un homme a traversé lentement l'espace qui s'ouvre à mes -yeux et au delà duquel je ne vois plus, et qu'un autre l'a traversé -rapidement, je ne vais pas penser que celui qui marchait lentement vit -plus longtemps que celui qui marchait vite. Je ne sais qu'une chose: je -sais que si j'ai vu un homme passer vite ou lentement devant ma fenêtre, -l'un et l'autre ont existé avant que je ne les vis et qu'ils vivront -aussi après. Il en est de même des hommes dont j'ai vu la vie courte ou -longue avant leur mort.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>La mort est la transformation de l'enveloppe à laquelle notre âme est -liée. Il ne faut pas confondre l'enveloppe avec ce qu'il y a dedans.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Souviens-toi que tu ne restes pas sur place, mais que tu passes, que tu -n'es pas dans une maison, mais dans un train qui te conduit à la mort. -Souviens-toi que ton corps ne fait que passer et que seul l'esprit vit -en toi.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Bien que je ne puisse pas le prouver indubitablement, je sais toutefois -que l'élément immatériel libre et raisonnable qui vit en moi ne peut pas -mourir.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Même si je me trompais, en supposant que les âmes sont immortelles, -je serais heureux et satisfait de mon erreur; et, tant que je suis en -vie, aucun homme ne sera à même d'ébranler cette conviction. Cette -conviction me donne le calme et la satisfaction absolue.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CICÉRON.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>La vraie vie est en dehors du temps; c'est pourquoi elle n'a pas -d'avenir.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Le temps cache la mort. Lorsque l'on compte avec le temps, on ne peut -s'imaginer qu'il finisse.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La raison pour laquelle l'idée de la mort ne fait pas l'effet qu'elle -pourrait produire, réside en ce fait qu'en raison de notre nature -d'êtres actifs, nous aurions dû ne pas penser du tout à la mort.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>La question de savoir si la vie existe au-delà, ou non, est la même que -de savoir si le temps est le produit de notre faculté de penser, ou une -condition indispensable de tout ce qui existe.</p> - -<p>Que le temps ne puisse être une condition indispensable à tout ce qui -existe, cela peut être prouvé par le fait que nous sentons en nous-mêmes -quelque chose qui n'est pas subordonné au temps: notre vie dans le -présent. C'est pourquoi la question de savoir si la vie d'outre-tombe -existe ou non, est la même que de demander laquelle des deux choses est -réelle: notre conception du temps, ou la conscience de notre vie dans le -présent.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Si l'homme base sa vie sur le présent, il ne peut être question pour lui -de sa vie future.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>La mort ne peut effrayer un homme qui vit de la vie spirituelle.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La mort libère si facilement de toutes les difficultés et de tous les -malheurs, que ceux qui ne croient pas à l'immortalité devraient la -souhaiter. Et ceux qui croient en l'immortalité, qui attendent une vie -nouvelle, devraient la souhaiter plus encore. Pourquoi donc la plupart -des hommes ne la désirent pas? C'est parce qu'ils vivent de la vie -corporelle, et non de la vie spirituelle.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Les souffrances et la mort se présentent à l'homme comme un malheur -quand il prend la loi de son existence corporelle et bestiale pour la -loi de sa vie. Alors seulement, il s'abaisse au niveau de l'animal, -alors seulement les souffrances et la mort l'effraient. De tous -côtés, elles se ruent sur lui et le chassent sur l'unique route de la -vie humaine qui lui est ouverte, celle de la loi de la raison et se -manifestant par l'amour. Les souffrances et la mort ne sont que les -dérogations à la loi de la vie. Si l'homme menait une vie absolument -spirituelle, il n'y aurait pour lui ni souffrances, ni mort.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Craindre la mort revient au même que de craindre les fantômes, de -craindre ce qui n'existe pas.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Pour l'homme qui vit pour son âme, la destruction du corps n'est qu'une -libération, et les souffrances sont les conditions inévitables de cette -libération. Mais quelle est la situation de celui qui croit que toute sa -vie est dans son corps, lorsqu'il voit que la seule chose dont il vit— -son corps—se détruit et qu'il doit, de plus, endurer des souffrances?</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>L'animal meurt sans s'apercevoir de la mort et presque sans la craindre. -Pourquoi donc l'homme doit-il voir la fin qui le guette, et pourquoi lui -semble-t-elle si affreuse, au point qu'elle le force parfois à mettre -fin à ses jours? Je ne sais pourquoi cela est ainsi; mais je sais dans -quel but: pour que l'homme conscient et raisonnable transforme sa vie -charnelle en vie spirituelle. Cette transformation abolit non seulement -la crainte de la mort, mais encore elle donne à l'attente de la mort une -sensation analogue à celle qu'éprouve le voyageur à l'approche de sa -maison.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>La vie n'a rien de commun avec la mort. C'est probablement pour cela -que s'éveille en nous l'espoir inepte qui obscurcit la raison et nous -fait douter de l'exactitude de notre connaissance quant au caractère -inévitable de la mort. La vie corporelle tend à s'obstiner dans -l'existence. Elle répète toujours, comme le perroquet dans la fable, -même au moment où on l'étrangle: «Ce n'est rien, ça.»</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Le corps est le mur qui limite l'esprit et qui l'empêche d'être libre. -L'esprit tend sans cesse à écarter ces murs, et toute la vie d'un homme -de raison se passe à ce travail de libération de l'esprit de l'emprise -du corps. La mort complète celte libération. C'est pourquoi la mort non -seulement n'est pas effrayante, mais est une joie pour celui qui mène -une vie juste.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Si la mort est effrayante, la cause en est en nous-mêmes, non en elle. -Meilleur est l'homme, moins il craint la mort.</p> - -<p>Pour le saint il n'y a pas de mort.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Tu crains la mort, mais songe à ce que tu deviendrais si tu devais vivre -éternellement tel que tu es actuellement?</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Il est tout aussi déraisonnable de souhaiter la mort que de la craindre.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>L'homme qui mène une vie raisonnable ressemble à celui qui porte une -lanterne pour éclairer son chemin. Cet homme n'arrive jamais au bout de -l'endroit éclairé, car cette surface se déplace toujours devant lui. -Telle est la vie raisonnable, et cette vie seule n'a pas de mort, parce -que la lanterne éclaire sans cesse, jusqu'au dernier moment, et l'on -suit la lanterne aussi tranquillement que durant la vie.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>L'homme doit vivre par ce qu'il y a d'immortel en lui.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La question de savoir si notre vie finit avec le corps est très -importante et on ne peut faire autrement que d'y réfléchir. Suivant que -nous croyons à l'immortalité ou non, nos actes seront raisonnables ou -insensés.</p> - -<p>Ainsi, notre premier souci est de résoudre la question de savoir si nous -mourons complètement lorsque la vie quitte le corps, ou si cette mort -n'est pas complète, d'établir ce qui est immortel en nous. Lorsque nous -aurons compris cela, il est évident que nous nous soucierons plus de ce -qui est immortel que de ce qui est mortel.</p> - -<p>La voix qui nous dit que nous sommes immortels est la voix de Dieu qui -vit en nous.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après PASCAL.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>L'expérience nous apprend que bien des gens informés de la doctrine -sur la vie d'outre-tombe et convaincus de son existence, s'adonnent -néanmoins aux vices et commettent des actes de bassesse en s'ingéniant à -chercher les moyens qui leur permettraient d'éviter les conséquences de -leur conduite qui les menacent dans l'avenir. Et en même temps, je doute -qu'il ait jamais existé un seul homme moral sur la terre qui ait pu se -faire à l'idée que tout finit avec la mort, et dont la noble tournure -d'esprit ne se serait pas élevée jusqu'à l'espoir de la vie future. -C'est pourquoi il me semble qu'il serait plus conforme à la nature -humaine et à la pureté des mœurs de fonder la foi en la vie future sur -les sentiments d'une âme noble, plutôt que de baser la noble conduite -sur l'espoir d'une vie future.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">KANT.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il n'y a qu'une chose que nous sachions indubitablement: «La vie de -l'homme est pareille à une hirondelle qui traverse la chambre.» Nous -venons on ne sait d'où, et nous allons on ne sait où. Une obscurité -impénétrable est derrière nous, des ombres épaisses sont devant nous. -Quelle importance cela pourra-t-il avoir pour nous, lorsque notre moment -sera venu, que nous ayons ou non mangé de bons plats, porté ou non -des vêtements souples, laissé une fortune considérable ou aucune, que -nous ayons recueilli les lauriers de la gloire ou que nous ayons été -méprisés, que nous ayons été considérés comme des savants ou comme des -ignorants, qu'est tout cela en comparaison de l'emploi que nous ayons -fait du talent que le Maître nous a confié!</p> - -<p>Quelle valeur tout cela aura pour nous quand notre vue se brouillera et -que nos oreilles deviendront sourdes? Nous serons calmes à celte heure, -seulement alors que nous aurons veillé constamment au don de la vie -spirituelle qui nous avait été confié, quand nous l'aurons développé -jusqu'au point où la destruction du corps cesse d'être effrayante.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">HENRY GEORGE.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Extrait du testament d'un roi mexicain:</p> - -<p>«Tout sur la terre a une limite, et les plus puissants et les plus -heureux tombent, dans leur grandeur et dans leur joie, en poussière. -Toute la terre n'est qu'une grande tombe, et il n'y a rien à sa surface -qui ne soit caché dans la tombe sous terre. Les eaux, les fleuves et les -torrents s'élancent vers leur destination et ne reviennent plus à leur -source heureuse. Tous se hâtent pour s'ensevelir dans les profondeurs de -l'océan infini. Ce qui était hier n'est plus aujourd'hui; et ce qui est -aujourd'hui ne sera plus demain. Le cimetière est plein des dépouilles -de ceux qui étaient jadis pleins de vie, qui étaient rois, gouvernaient -les peuples, présidaient les assemblées, commandaient les armées, -faisaient la conquête de pays nouveaux, exigeaient qu'on s'incline -devant eux, étaient gonflés de vanité, de richesse, de pouvoir.</p> - -<p>Mais la gloire est passée comme la fumée noire sortant du volcan et n'a -rien laissé qu'une mention sur la feuille du chroniqueur.</p> - -<p>Les grands, les sages, les braves, les magnifiques, hélas! où sont-ils -maintenant? Ils sont tous mêlés à l'argile, et ce qui leur est arrivé -nous arrivera; cela arrivera aussi à ceux qui seront après nous.</p> - -<p>Mais prenez courage vous tous, chefs célèbres, amis sûrs et sujets -fidèles—aspirons tous à ce Ciel où tout est éternel et où il n'y a ni -putréfaction, ni destruction.</p> - -<p>L'obscurité est le berceau du soleil, et les ténèbres de la nuit sont -nécessaires pour faire briller les étoiles.»</p> - -<p style="margin-left: 65%; font-size: 0.8em;">TETSKOUKO NEZAGOUAL KOPOTL (env. 1460 av. J.-C.).</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La mort est inévitable pour tout ce qui est né, comme la naissance est -inévitable pour tout ce qui est mortel. C'est pourquoi on ne doit pas -s'élever contre l'inévitable. La situation antérieure des êtres est -inconnue, leur situation intermédiaire est évidente, leur situation -future ne peut être connue; dès lors, à quoi bon nous soucier, nous -inquiéter? Certaines gens considèrent l'âme comme un miracle, d'autres -en parlent et en entendent parler avec étonnement, mais personne n'en -sait rien.</p> - -<p>La porte du ciel t'est entr'ouverte juste autant qu'il te le faut. -Débarrasse-toi des soucis et des inquiétudes, et dirige ton âme vers le -spirituel. Que tes actes soient gouvernés par toi-même, et non par les -événements. Ne sois pas de ceux qui agissent en vue de la récompense. -Sois attentif, fais ton devoir, ne pense pas aux conséquences, afin -qu'il te soit indifférent que l'affaire finisse bien ou mal pour toi.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Bagavad Hita hindoue.</i></p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Nous sommes ici comme des passagers sur quelque grand bateau, dont le -capitaine possède une liste que nous ne connaissons pas; et il sait où -il est indiqué où et quand chacun de nous doit être débarqué. Mais tant -que nous sommes à bord, nous ne pouvons faire autrement que de nous -efforcer, tout en observant la loi établie sur le vaisseau, de passer -avec nos compagnons de voyage, en paix et en amour le temps qui nous est -assigné.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Serait-il possible que le changement t'effraie? Rien ne se fait sans -lui. Il est impossible de chauffer de l'eau sans qu'une transformation -s'opère dans le bois. La nutrition est impossible sans changer les -aliments. Toute la vie humaine n'est rien de plus qu'une transformation. -Comprends que le changement qui t'attend a absolument le même sens et -qu'il est tout aussi indispensable de par la nature des choses. Il n'y -a qu'à se soucier uniquement de ne pas agir contrairement à la vraie -nature humaine; il faut agir en tout suivant ses indications.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Ce monde est horrible si les souffrances qu'on y endure ne suscitent -pas le bien. C'est une odieuse organisation, créée uniquement pour -tourmenter les hommes moralement et physiquement. S'il en est ainsi, ce -monde fait le mal, non pour le bien futur, mais inutilement, sans but, -et il est parfaitement immoral. Il semble attirer les hommes tout exprès -pour les faire souffrir. Il nous frappe depuis notre naissance; mêle de -l'amertume à chaque coupe de bonheur et enveloppe la mort de terreur. -Et certes, si Dieu et l'immortalité n'existent pas, le dégoût de la -vie manifesté par les hommes est compréhensible: il est provoqué par -l'ordre, ou plutôt par le désordre existant, par l'affreux chaos moral, -comme on devrait l'appeler.</p> - -<p>Mais si Dieu existe au-dessus de nous et l'éternité au-devant de nous, -tout change. Nous discernons le bien dans le mal, la lumière dans les -ténèbres, et l'espoir chasse le désespoir.</p> - -<p>Laquelle de ces deux suppositions est la plus probable? Peut-on admettre -que des êtres moraux—les hommes—soient mis dans la nécessité de -maudire avec raison l'ordre existant dans le monde, alors qu'ils ont -une issue qui résout leur contradiction? Ils doivent maudire le monde -et le jour de leur naissance si Dieu et la vie future n'existent pas. -Si, au contraire, l'un et l'autre existent, la vie devient un bonheur -par elle-même et le monde un endroit de perfectionnement moral et -d'accroissement infini de bonheur et de sainteté.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après ERASME.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Pascal dit que si nous nous étions vus en rêve toujours dans la même -situation et, en réalité, dans des situations différentes, nous aurions -pris le rêve pour la réalité et la réalité pour le rêve.... Ce n'est pas -tout à fait exact. La réalité se distingue du rêve par le fait que dans -la vie réelle nous avons la faculté d'agir conformément à nos exigences -morales; tandis qu'en rêve, nous savons souvent que nous accomplissons -des actes vils et immoraux qui ne nous sont pas habituels, mais dont -nous ne pouvons nous contenir. Il serait donc plus exact de dire que si -nous ne connaissions pas la vie pendant laquelle nous serions plus aptes -à satisfaire nos exigences morales qu'en rêve, nous aurions considéré -le sommeil comme une vraie vie et nous n'aurions jamais douté que celte -vie ne soit réelle. Toute notre vie, depuis la naissance jusqu'à la -mort, avec ses rêves, n'est-elle pas, à son tour, un songe et que nous -prenons pour la réalité, pour la vie réelle, dont nous ne doutons pas, -uniquement parce que nous ne connaissons pas de vie où notre liberté -de suivre les exigences morales de l'âme serait plus grande encore que -celle dont nous jouissons actuellement?</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Si ta courte vie est tout ton avoir, tâche d'en faire tout ce qui est -possible.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAID BEN HAMED.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Comment vivre sans savoir ce qui nous attend? demandent les hommes. Et, -cependant, lorsque tu vis sans songer à ce qui t'attend et uniquement -pour pouvoir manifester ton amour, la vraie vie commence pour toi.</p> - -<p class="caption">12</p> - -<p>L'amour ne supprime pas seulement la crainte de la mort, mais encore -la pensée de la mort. Une vieille paysanne disait à sa fille, quelques -heures avant sa fin, qu'elle était contente de mourir en été. Lorsque sa -fille lui demanda pourquoi, la moribonde répondit que c'est parce qu'il -est plus difficile de creuser la tombe en hiver qu'en été. La vieille -n'avait pas de peine à mourir parce que, jusqu'au, dernier moment, elle -ne pensait pas à elle-même, mais aux autres.</p> - -<p>Accomplis des œuvres d'amour, et il n'y aura pas de mort pour toi.</p> - -<p class="caption">13</p> - -<p>Lorsque tu es venu au monde, tu pleurais, tandis que tout le monde se -réjouissait autour de toi; arrange-toi de façon à ce que tout le monde -pleure lorsque tu quitteras le monde, et que toi seul tu puisses sourire.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>La pensée à la mort aide à la vie spirituelle.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Pour te forcer à bien agir, souviens-toi plus souvent que tu mourras -sûrement bientôt. Représente-toi que tu es à la veille de la mort et -tu ne ruseras plus, ne tromperas plus, ne mentiras plus, ne médiras -plus, n'injurieras plus, ne t'irriteras plus, ne prendras plus ce qui -ne t'appartient pas. A la veille de la mort, on ne peut accomplir que -des actions simples et bonnes. Et ces actions sont toujours les plus -nécessaires et les plus joyeuses. C'est pourquoi il est toujours bon, -surtout lorsqu'on est désorienté, de songer à la mort.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Lorsque les hommes savent que la mort est venue, ils prient, confessent -leurs péchés, afin de pouvoir se présenter devant Dieu avec une âme -pure. Mais nous mourons tous les jours un peu, et à tout instant nous -pouvons mourir tout à fait, C'est pourquoi nous n'aurions pas dû -attendre la dernière heure, mais être prêt à tout moment.</p> - -<p>Et être prêt à mourir, c'est bien vivre.</p> - -<p>La mort est toujours suspendue au-dessus de nous, précisément pour que -nous soyons toujours prêts à mourir et vivions bien en se préparant à la -mort.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Tu devras mourir bientôt! Et pourtant tu ne peux toujours pas te libérer -de l'hypocrisie et des passions, tu ne peux pas abandonner le préjugé de -croire que tout ce qui est extérieur peut nuire à l'homme, tu ne peux -pas devenir humble envers chacun.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>En vue de la mort, la vie entière devient solennelle, grave, réellement -féconde et joyeuse. En vue de la mort, il nous est impossible de ne pas -accomplir le travail qui nous est destiné dans cette vie, parce qu'on ne -peut travailler avec ardeur à rien d'autre. Et lorsque nous travaillons -ainsi, la vie devient joyeuse, et la crainte de la mort n'existe plus, -cette crainte qui empoisonne la vie de ceux qui ne vivent pas en vue de -la mort.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Vis comme si tu devais tout de suite dire adieu à la vie, comme si le -temps qui t'est accordé était un don inattendu.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Vis comme si tu devais vivre un siècle et mourir le soir même. Travaille -comme si tu pouvais vivre éternellement et traite les hommes comme si tu -devais mourir immédiatement.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>La vie dans l'oubli de la mort et la vie avec la conscience de son -approche continuel sont deux états absolument différents. L'un se -rapproche de l'état bestial, l'autre de l'état divin.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>L'approche de la mort.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Nous appelons mort la suppression de la vie et les minutes ou les heures -pendant lesquelles on meurt. La première, la suppression de la vie, ne -dépend pas de notre volonté; les seconds, les derniers moments, sont -dans notre pouvoir. Nous pouvons mourir mal et mourir bien. Nous devons -nous efforcer de bien mourir.</p> - -<p>C'est nécessaire pour ceux qui restent.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Le moribond comprend difficilement tout ce qui vit; mais on s'aperçoit -qu'il ne comprend pas ce qui vit, non parce que ses facultés mentales -s'affaiblissent; mais parce qu'il comprend quelque chose que les vivants -ne comprennent pas, ne peuvent comprendre, et qui l'absorbe tout entier.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>On pense généralement que la vie des vieillards n'a pas d'importance, -qu'ils ne font qu'achever leur vie. Ce n'est pas vrai. Dans la plus -profonde vieillesse, la vie est plus précieuse et plus nécessaire que -jamais, aussi bien pour soi que pour les autres. Là valeur de la vie est -en raison contraire des carrés de distance de la mort: Ce serait heureux -si les vieillards eux-mêmes et ceux qui les entourent le comprenaient. -Le dernier instant avant la mort est tout particulièrement précieux.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Avant d'arriver à la vieillesse, je me suis efforcé de bien vivre; dans -la vieillesse, je m'efforce de bien mourir; pour bien mourir, il faut -mourir volontiers.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SÉNÈQUE.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Ai-je peur de la mort? Je crois que non; mais à son approche, ou en -pensant à elle, je ne peux m'empêcher d'éprouver une émotion pareille à -celle que doit éprouver un voyageur en arrivant à l'endroit où son train -tombe d'une très grande hauteur à la mer, ou au moment où il s'élève à -une très grande hauteur en ballon. L'homme, en mourant, sait qu'il ne -lui arrivera rien de particulier, qu'il lui arrivera ce qui est déjà -arrivé à des millions d'êtres, qu'il ne fait que changer de mode de -locomotion, mais il lui est impossible de ne pas éprouver d'émotion en -s'approchant de l'endroit où ce changement aura lieu.</p> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XXIX" id="CHAPITRE_XXIX">CHAPITRE XXIX</a></h4> - -<h3>APRÈS LA MORT</h3> - - -<p>On demande: Qu'arrivera-t-il après la mort? Il n'y a qu'une réponse à -cette question: le corps pourrira et deviendra poussière, cela nous -le savons sûrement. Quant à ce qu'il adviendra de notre âme, nous ne -pouvons en rien dire, parce que la question de: «qu'arrivera-t-il?» se -rapporte au temps. Or l'âme est hors du temps. L'âme n'a pas été et ne -sera pas. Elle est. Si elle n'existait pas, il n'y aurait rien.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">I.—<i>La mort charnelle n'est pas la fin de la vie, mais uniquement uns -transformation.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Quand nous mourons, il peut nous arriver de deux choses l'une: ou bien -ce que nous considérions comme nous-mêmes passera en un autre être, ou -bien nous ne serons plus des êtres séparés, et nous nous confondrons -avec Dieu. Que cela soit l'une ou l'autre, nous n'avons rien à craindre -dans les deux cas.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La mort constitue une transformation de notre corps, la plus grande, la -dernière. Nous subissons constamment des changements dans notre corps: -nous étions d'abord des morceaux de chair; nous devenions ensuite des -nourrissons; graduellement, nos cheveux, nos dents poussèrent, puis -tombèrent, puis ils poussèrent à nouveau, la barbe apparut, commença à -blanchir, à tomber, et nous n'avons jamais craint ces changements.</p> - -<p>Pourquoi craignons-nous le dernier changement?</p> - -<p>Parce que personne ne nous a raconté ce qui lui est arrivé après ce -changement. Mais personne ne dira, lorsqu'un homme nous quitte et ne -nous écrit plus, qu'il n'existe pas, qu'il est mal là où il est allé, -nous dirons simplement que nous n'avons pas de nouvelles de lui. Il en -est de même des morts: nous savons qu'ils ne sont plus parmi nous, mais -nous n'avons aucune raison de croire qu'ils n'existent plus, ou qu'ils -sont plus malheureux depuis qu'ils nous ont quittés. Si nous ne pouvons -savoir ni ce qui arrivera après la mort, ni ce que nous étions avant -cette vie, cela prouve uniquement qu'il ne nous est pas donné de le -savoir, parce que nous n'avons pas besoin de le savoir. Nous ne savons -qu'une chose, c'est que notre vie n'est pas dans les changements du -corps, mais en ce qui vit dans ce corps, dans l'âme. Et l'âme ne peut -avoir ni commencement ni fin, parce qu'elle seule existe.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>«De deux choses l'une: ou la mort est la disparition absolue de la -conscience, ou elle est, conformément à la légende, simplement un -changement et la migration de l'âme d'un endroit dans un autre. Si -la mort est la destruction complète de la conscience, et qu'elle -est pareille à un sommeil profond sans rêves, elle est un bienfait -incontestable, car chacun n'a qu'à se rappeler une nuit passée dans -un tel sommeil sans rêves et à la comparer aux autres jours et aux -autres nuits, avec leurs craintes, leurs inquiétudes et désirs non -satisfaits, éprouvés tant en réalité qu'en rêves, et je suis persuadé -que personne ne trouvera beaucoup de jours et de nuits plus heureux que -les nuits sans rêves. De sorte que, si la mort est un tel sommeil, je la -considère, quant à moi, comme un bienfait. Si elle constitue le passage -d'un monde dans un autre, et s'il est vrai que tous les hommes sages et -saints morts avant nous s'y trouvent, pourrait-on espérer un bonheur -plus grand que de vivre parmi ces êtres? J'aurais voulu mourir, non pas -une fois, mais cent fois, pourvu que je puisse pénétrer dans cet endroit.</p> - -<p>«De sorte que ni vous, juges, ni les hommes, en général, ne doivent -craindre la mort, me semble-t-il; ils n'ont qu'à se souvenir d'une -chose: pour un homme de bien, il n'y a pas de mal ni dans la vie, ni -dans la mort.»</p> - -<p style="margin-left: 60%; font-size: 0.8em;">(<i>Extrait du discours de Socrate devant le Tribunal.</i>)</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Celui qui voit le sens de la vie dans le perfectionnement spirituel -ne peut croire à la mort; il ne peut croire à l'arrêt de ce -perfectionnement. Ce qui se perfectionne ne peut disparaître, cela ne -peut que se modifier.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>La mort est l'interruption de la conscience dont je vis actuellement. La -conscience de cette vie s'arrête; je le vois sur ceux qui meurent. Mais -que devient ce qui était la conscience? Je ne le sais pas, et je ne puis -le savoir.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Les hommes craignent la mort et voudraient vivre aussi longtemps que -possible. Mais si la mort est un malheur, n'est-il pas indifférent de -mourir dans trente ou dans trois cents ans? Quelle joie a un condamné à -mort de savoir que ses camarades mourront dans trois jours et que son -exécution à lui aura lieu dans trente jours.</p> - -<p>La vie se terminant par une mort définitive serait la mort même.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SKOVORODA.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>Chacun sent qu'il n'est pas un rien amené à la vie, à un certain moment, -par quelqu'un d'autre. C'est de là que vient notre assurance que la mort -peut mettre une fin à notre vie, mais non à notre existence.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>Plus on est profondément conscient de sa vie, moins on croit à sa -disparition et à la mort.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Je ne crois en aucune des religions existantes, et ne puis, par -suite, être soupçonné de suivre aveuglément quelque tradition ou de -subir l'influence de l'éducation. Mais, durant ma vie entière, j'ai -réfléchi aussi profondément que j'en étais capable sur la loi de -notre vie. Je l'ai cherchée dans l'histoire de l'humanité et dans ma -propre conscience, et je suis arrivé à la conviction inébranlable -que la mort n'existe pas, que la vie ne peut être qu'éternelle, -que le perfectionnement infini est une loi de la vie, que chaque -qualité, chaque idée, chaque tendance que je possède, doit avoir son -développement pratique; que nous avons des capacités, des tendances -qui dépassent, de beaucoup les éventualités de notre vie terrestre, que -le fait même que nous en disposons et ne pouvons découvrir leur origine -dans nos sens peut être considéré comme une preuve de ce quelles nous -viennent des régions extra-terrestres et ne peuvent être réalisées que -dans ces régions; que rien ne peut ici-bas, sauf les choses visibles, et -que croire que nous mourons parce que notre corps meurt revient au même -que de s'imaginer que l'ouvrier est mort parce que son outil s'est usé.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">Joseph MAZZINI.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Si l'espoir de l'immortalité était une illusion, on pourrait voir -clairement qui sont ceux qui ont été trompés. Non pas les âmes basses -et noires qui n'ont jamais envisagé cette grande pensée, non pas les -gens endormis et distraits qui sont satisfaits du sommeil voluptueux de -cette vie et du sommeil des ténèbres dans l'avenir, non pas les égoïstes -aux idées étroites et qui sont plus mesquines encore dans l'amour. Non, -pas eux. Ils auraient raison, et le bénéfice serait de leur côté. Ceux -qui auraient été trompés, ce seraient les grands et les saints que -les hommes vénèrent; les trompés seraient tous ceux qui ont vécu pour -quelque chose de meilleur que leur bonheur personnel, et qui ont donné -leur vie pour le bien commun.</p> - -<p>Tous ces hommes auraient été trompés. Le Christ lui-même aurait souffert -inutilement en donnant Son esprit au Père imaginaire, et Il aurait tort -de croire qu'Il L'avait manifesté par Sa vie. Toute la tragédie du -Golgotha ne serait qu'un malentendu: la vérité serait du côté de ceux -qui se moquaient de Lui et désiraient Sa mort; elle serait également -aujourd'hui du côté de ceux qui sont indifférents à la conformité avec -la nature humaine qu'offre cette histoire soi-disant imaginaire. Qui -vénérerait-on, qui croirait-on si l'inspiration des êtres supérieurs -n'était que des fables ingénieusement combinées?</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PARKER.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>Le principe du changement de l'existence qui a lieu pendant la vie -corporelle est inaccessible à la raison humaine.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Nous tâchons souvent de nous représenter la mort comme un passage dans -une région inconnue; mais cette conception ne nous donne absolument -rien. Il est tout aussi impossible de se représenter la mort, qu'il est -impossible de se représenter Dieu. Tout ce que nous pouvons savoir, -c'est que la mort, de même que tout ce qui vient de Dieu, est un bien.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>On nous demande: que deviendra l'âme après la mort? Nous ne le savons -pas, et nous ne pouvons le savoir. Il n'y a qu'une chose de certain: -c'est que si tu te diriges quelque part, tu es sûrement sorti de quelque -endroit. Il en est de même de la vie. Si tu es dans cette vie, tu es -sûrement sorti de quelque part. Tu retourneras là d'où tu es sorti.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Je ne me souviens absolument pas de ce qui a eu lieu avant ma naissance; -je pense donc qu'après la mort je ne me souviendrai de rien de ma vie -actuelle. Si la vie après la mort existe, il m'est impossible de -l'imaginer.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Personne ne sait ce qu'est la mort et, cependant, tous la craignent, en -la considérant comme le plus grand-mal, bien qu'elle puisse être le plus -grand bonheur.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PLATON.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Personne ne peut se vanter de savoir que Dieu et la vie future existent. -Je ne puis pas dire que je sache indubitablement que Dieu et mon -immortalité existent, mais je dois dire que je sens qu'il y a un Dieu, -comme je sens qu'il y a un «moi» immortel. Cela prouve que ma foi en -Dieu et en l'autre monde est tellement liée à ma nature qu'elle ne peut -être séparée de moi.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après KANT.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Le Christ a dit en mourant: «Père, je remets mon esprit entre Tes -mains.» Quiconque prononce ces paroles, non pas avec la langue, mais -avec le cœur, n'a plus besoin de rien. Si mon esprit retourne à Celui de -Qui il émane, il ne peut rien arriver à mon esprit que ce qu'il y a de -meilleur.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III.—<i>La mort est une libération.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La mort est la destruction du vase dans lequel notre esprit est enfermé. -On ne doit pas confondre ce vase avec ce qu'il contient.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Lorsque nous venons au monde, nos âmes sont mises dans les bières de -notre corps. Cette bière—notre corps—se désagrège petit à petit, et -notre âme se libère de plus en plus. Mais lorsque le corps meurt par la -volonté de Celui Qui a uni l'âme au corps, l'âme se libère entièrement.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après HÉRACLITE.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>De même que le feu fait fondre la cire de la bougie, la vie de l'âme -consume la vie du corps. Le corps brûle sur le feu de l'âme et se -consume entièrement lorsque la mort vient. La mort détruit le corps de -même que les constructeurs détruisent les chantiers, quand le bâtiment -est prêt.</p> - -<p>Le bâtiment, c'est la vie spirituelle; les chantiers, c'est le corps. Et -l'homme qui a construit son bâtiment spirituel se réjouit en mourant de -voir tomber les chantiers de sa vie corporelle.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Tout au monde pousse, fleurit et revient à sa racine. Ce retour est -le retour conforme à la nature. La conformité avec la nature signifie -l'éternité; c'est pourquoi la destruction du corps ne présente aucun -danger.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>L'homme qui travaillait toute sa vie à dompter ses passions, ce dont -son corps l'empêchait, se réjouit d'en être libéré. Et la mort n'est -qu'une libération. Le perfectionnement, dont nous avons parlé plus d'une -fois, consiste dans la séparation possible de l'âme du corps, et dans -la faculté acquise de se concentrer en dehors du corps, en elle-même; la -mort donne cette même libération. Ne serait-il pas étrange que l'homme -qui se prépare toute sa vie à vivre de façon à devenir aussi libre que -possible par la domination du corps, s'en trouve mécontent au moment où -cette libération est prête de se réaliser. C'est pourquoi, malgré tout -le regret que j'ai de vous quitter et de vous causer du chagrin, je ne -puis ne pas acclamer la mort, comme la réalisation de ce que je désirais -atteindre durant toute ma vie.</p> - -<p style="margin-left: 50%; font-size: 0.8em;">(<i>Du discours d'adieu de Socrate à ses élèves.</i>)</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>L'homme voit les plantes et les animaux s'engendrer, croître, prendre -des forces, se multiplier, puis faiblir, dépérir, vieillir et mourir.</p> - -<p>Il le voit de même sur les autres hommes, et il le sait également que -son corps vieillira, qu'il dépérira et mourra, comme tout ce qui naît et -vit au monde.</p> - -<p>Mais, en dehors de ce qu'il voit sur les autres êtres et sur lui-même, -tout homme sait aussi qu'il y a quelque chose en lui qui ne faiblit ni -ne vieillit; il sait, au contraire, que plus il vit, plus ce quelque -chose se fortifie et se perfectionne: c'est son âme à laquelle rien ne -peut arriver de ce qui arrive au corps. C'est pourquoi la mort n'effraie -que celui qui ne vit pas de l'âme, mais du corps.</p> - -<p class="caption">7</p> - -<p>On demanda à un sage qui disait que l'âme était immortelle: «Qu'est-ce -qui arrivera lorsque le monde finira?» Il répondit: «Pour que mon âme -ne meure pas, il n'y a pas besoin du monde.»</p> - -<p class="caption">8</p> - -<p>L'âme ne vit pas dans le corps comme dans une maison, mais comme un -voyageur dans un asile d'autrui.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;"><i>Kouran</i> hindou.</p> - -<p class="caption">9</p> - -<p>Plus notre vie devient spirituelle, plus nous croyons à l'immortalité. A -mesure que notre nature s'éloigne de la grossièreté bestiale, nos doutes -se dissipent.</p> - -<p>Le voile se lève sur l'avenir, les ténèbres se dissipent, et nous -sentons notre immortalité encore ici-bas.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARTINEAU.</p> - -<p class="caption">10</p> - -<p>Celui qui comprend faussement la vie, comprendra toujours faussement la -mort.</p> - -<p class="caption">11</p> - -<p>Celui qui connaît les autres est sage, celui qui se connaît lui-même est -éclairé.</p> - -<p>Celui qui vainc les autres est fort; celui qui se vainc lui-même est -puissant.</p> - -<p>Mais celui qui sait qu'il ne disparaîtra pas en mourant est éternel.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LAO-TSEU.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>La naissance et la mort sont les bornes au delà desquelles notre -vie nous est cachée.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La naissance et la mort sont deux bornes. Au delà de ces bornes il y a -une sorte d'uniformité.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La naissance est la même chose que la mort. Dès sa naissance, l'enfant -entre dans un monde nouveau, commence une tout autre vie que celle qu'il -avait dans le sein de sa mère. Si l'enfant pouvait raconter ce qu'il -a éprouvé en quittant la vie ancienne, il aurait dit la même chose -qu'éprouve l'homme en quittant cette vie.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Où vont les hommes lorsqu'ils meurent? Là, probablement, d'où viennent -ceux qui naissent. Les hommes viennent de Dieu, du Père de notre vie. -C'est de Lui qu'est venu, vient, et viendra toute vie. De sorte qu'en -mourant, l'homme ne fait que retourner vers Celui dont il est issu.</p> - -<p>L'homme sort de la maison, travaille, se repose, mange, s'amuse, -travaille à nouveau et, lorsqu'il est fatigué, il rentré chez lui.</p> - -<p>Il en est de même durant toute la vie humaine; l'homme sort de chez -Dieu, travaille, souffre, se console, se réjouit, se; repose et, s'étant -suffisamment tourmenté, il revient à la maison, de laquelle il est sorti.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Ne sommes-nous pas ressuscités une fois déjà de l'état dans lequel -nous étions moins renseignés sur le présent que nous ne le sommes -actuellement sur l'avenir? De même que notre état antérieur se rapporte -à l'état actuel, notre état actuel se rapporte à l'état futur.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">LICHTENBERG.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>La mort libère l'âme des limites de la personnalité.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La mort est une libération de la personnalité bornée.</p> - -<p>C'est de ce fait que résulte, apparemment, l'expression de paix et de -repos que l'on remarque sur les figures de la plupart des morts. La -mort de tout homme de bien est facile et tranquille; mais mourir avec -empressement, volontiers, mourir avec joie, voilà l'avantage de celui -qui a renoncé à lui-même, de celui qui renonce à la vie individuelle, -de celui qui la nie. Car seul cet homme a réellement envie de mourir -et, par suite, n'a besoin ni ne demande d'existence ultérieure pour sa -personnalité.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SCHOPENHAUER.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La conscience du Tout, renfermée dans les limites du corps, tend à -élargir ses limites. Dans la première moitié de sa vie, l'homme aime de -plus en plus les objets, les gens, c'est-à-dire qu'en sortant de ses -limites il reporte sa conscience sur d'autres êtres. Mais quelle que -soit la grandeur de son amour, il ne peut sortir de ses limites et ne -voit la possibilité de leur suppression qu'en mourant. Comment peut-on -craindre la mort après cela? Il se passe quelque chose d'analogue à -la transformation de la chenille en papillon. Nous sommes ici des -chenilles: d'abord nous naissons, ensuite nous nous endormons en -chrysalide; puis nous devenons papillons dans l'autre vie.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Notre corps limite le principe divin, spirituel que nous appelons âme. -Et ces bornes, de même que le vase donne la forme au liquide ou au gaz -qui s'y trouve renfermé, donnent la forme à cet élément divin. Lorsque -le vase se brise, ce qui s'y trouvait enfermé perd la forme qu'il avait -et se répand. Est-ce que cela se relie aux autres substances? Est-ce -que cela prend une forme nouvelle? Nous n'en savons rien. Mais nous -savons sûrement que cela perd la forme que cela avait dans ses bornes, -parce que ce qui le bornait est détruit. Nous savons cela, mais nous -ne pouvons rien savoir de ce qui arrivera à ce qui était limité. Nous -savons uniquement qu'après la mort, l'âme devient quelque chose d'autre -que nous ne pouvons pas définir dans la vie présente.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Si la vie est un sommeil et la mort un réveil, le fait que je me vois -séparé de ce qui existe, est un rêve dont j'espère me réveiller en -mourant.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>On éprouve de la joie en mourant quand on est fatigué d'être séparé du -monde, quand on sent toute l'horreur de cette séparation et la joie, -sinon de se joindre à tout, du moins de sortir de la prison qui vous -sépare ici où l'on n'a que rarement l'occasion de communiquer avec les -hommes au moyen d'étincelles d'amour qui volent de l'un à l'autre. On -a envie de dire: «J'en ai assez de cette cage; donnez-moi d'autres -rapports avec le monde, mieux appropriés à mon âme»; je sais que la mort -me les donnera. Et, pour me consoler, on m'assure que même là je serai -une personnalité isolée.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>J'ai sous les pieds une terre ferme et gelée; autour de moi, sont -d'immenses arbres; au-dessus de ma tête, un ciel couvert; je sens mon -corps, je suis plongé dans mes pensées, et pourtant, je sais, je sens de -tout mon être que la terre ferme, les arbres, le ciel, mon corps et mes -pensées, tout cela n'est que momentané, que cela n'est que le résultat -de mes cinq sens, de mon sentiment individuel du monde que j'ai moi-même -bâti, que tout cela n'est ainsi que parce que je suis telle partie du -monde et non pas une autre, que telle est ma séparation de l'univers. -Je sais qu'il suffit que je meurs, et tout cela ne disparaîtra pas avec -moi, mais se transformera, comme cela arrive au théâtre: les arbres et -les pierres se transforment en palais, en tours etc. La mort opérera -en moi une transformation, que je passerai en un autre être, autrement -séparé du monde. Et alors, tout l'univers, en restant le même pour ceux -qui y vivent, deviendra autre pour moi. Tout l'univers est tel et non -autre, uniquement parce que je me considère comme tel et non autre. Et -il peut y avoir une quantité innombrable de procédés pour séparer les -êtres de l'univers et les changer de point d'observation.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>La mort dévoile ce qui paraissait inconcevable.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Plus l'homme vit longtemps, plus la vie se révèle à lui: ce qui était -ignoré devient connu; et il en est ainsi jusqu'à la mort. Et la mort -révèle tout ce que l'homme est en état de concevoir.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Quelque chose se révèle à l'homme au moment de la mort. «Ah, voilà ce -que c'est», dit presque toujours l'expression du visage du moribond. -Mais nous, ceux qui restons, nous ne pouvons pas voir ce qui lui a été -révélé. Cela nous sera révélé plus tard, en son temps.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Tout se révèle tant qu'on vit, comme si on s'élevait de plus en plus sur -des marches. Mais la mort survient, et ce qui se révélait, ne se révèle -plus, ou bien celui à qui la révélation était faite cesse de voir ce qui -se révélait avant, parce qu'il voit quelque chose de nouveau, de tout -différent.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Ce qui meurt appartient déjà en partie à l'éternité. Il nous semble -que le moribond nous parle d'outre-tombe. Ce qu'il nous dit, nous -semble être un commandement. Nous nous le représentons presque comme -un prophète. Il est évident que pour celui qui sent la vie s'en aller -et le cercueil s'ouvrir, le moment des graves discours est arrivé. La -substance de sa nature doit se manifester. Le divin qui est en lui ne -peut plus rester caché.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Tous les malheurs nous révèlent ce qu'il y a en nous de divin, -d'immortel, qui forme la base de notre vie. Le plus grand malheur, -d'après la conception humaine—la mort—nous révèle entièrement notre -vrai «moi».</p> - - - -<hr class="chap" /> -<h4><a name="CHAPITRE_XXX" id="CHAPITRE_XXX">CHAPITRE XXX</a></h4> - -<h3>LA VIE EST UN BIEN</h3> - - -<p>La vie de l'homme et son bonheur est dans l'union de plus en plus intime -de l'âme, séparée par le corps des autres âmes et de Dieu, avec ce dont -elle est séparée. Cette union s'opère par la manifestation de l'amour, -déterminant la libération de l'âme du corps. C'est pourquoi, si l'homme -comprend que la vie et son bonheur consistent en cette libération de -l'âme, sa vie, malgré toutes les souffrances, n'importe quels malheurs -et n'importe quelles maladies, ne peut être rien d'autre qu'un bonheur.</p> - -<hr class="r5" /> -<p class="caption">I.—<i>La vie est le bonheur suprême, accessible à l'homme.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La vie, quelle qu'elle soit, est un bien qui est supérieur à tout autre. -Si nous disons que la vie est un mal, c'est uniquement par comparaison -à une autre vie que nous imaginons meilleure; mais nous ne connaissons -aucune autre vie meilleure et ne pouvons la connaître; c'est pourquoi, -la vie, quelle qu'elle soit, est notre bonheur suprême.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Nous négligeons souvent le bien de la vie présente, dans l'espoir de -recevoir quelque part un bien supérieur. Mais un si grand bien ne peut -jamais exister nulle part, parce que ce bien nous est déjà donné: la -vie, bien au-dessus duquel il n'y a rien et il ne peut rien y avoir.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Le monde ici-bas n'est pas une plaisanterie, ni une vallée de larmes, -ni l'asile avant le passage dans un monde meilleur, mais un des mondes -éternels, beau, joyeux et que nous pouvons et devons, par nos efforts, -rendre plus beau et plus joyeux encore pour ceux qui vivent avec nous et -pour tous ceux qui y vivront après nous.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>L'homme est malheureux parce qu'il ne sait pas qu'il est heureux.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">DOSTOIEVSKY.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>On ne doit pas dire que le but de la vie est de servir Dieu. Le but de -la vie est toujours et sera toujours la recherche du bonheur. Et comme -Dieu a voulu donner le bonheur aux hommes, ceux-ci, en le poursuivant, -font ce que Dieu veut d'eux: ils accomplissent Sa volonté.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">II.—<i>Le vrai bien est dans la vie présente, et non dans la vie -«d'outre-tombe».</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>D'après la fausse doctrine, la vie en ce monde est un mal, tandis que le -bien est atteint dans l'autre monde.</p> - -<p>D'après la vraie doctrine chrétienne, le but de la vie est le bonheur, -et on obtient ce bonheur ici-bas.</p> - -<p>Le vrai bien est toujours en notre pouvoir. Il suit la vie juste comme -une ombre.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si le paradis n'est pas en toi-même, tu n'y pénétreras jamais.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Ne crois pas que la vie n'est qu'un passage dans un autre monde, et -seulement que là nous pouvons être heureux. Nous devons être bien ici, -en ce monde. Et pour être bien ici, nous n'avons qu'à vivre comme veut -Celui Qui nous y a envoyés. Et ne dis pas que pour que tu puisses bien -vivre, il faut que tous vivent bien, qu'ils mènent tous une vie juste. -Non. Vis toi-même selon Dieu, fais des efforts toi-même, et tu vivras -sûrement bien, et les autres ne s'en ressentiront pas plus mal, mais -mieux.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Vis de la vraie vie, et tu auras beaucoup d'ennemis; mais ceux-ci mêmes -t'aimeront. La vie t'apportera bien des malheurs; mais eux aussi te -rendront heureux, tu béniras la vie et tu forceras les autres à la bénir.</p> - -<p style="margin-left: 70%; font-size: 0.8em;">D'après DOSTOIEVSKY.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">III—<i>Tu ne trouveras le vrai bonheur qu'en toi-même.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Dieu est entré en moi et c'est par moi qu'il cherche Son bien. Mais quel -peut être le bonheur de Dieu? Seulement celui d'être Lui.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Un sage dit: J'ai fait le tour du monde entier en cherchant le bien. -Je l'ai cherché sans trêve, jour et nuit. Quand je désespérais déjà de -le trouver, une voix intérieure me dit: ce bien est en toi-même. J'ai -écouté cette voix et j'ai trouvé le vrai bonheur.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Quel bien te faut-il encore, quand Dieu et tout l'univers est en toi?</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ANGÉLUS.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Les hommes sont heureux lorsqu'ils disent que rien n'est à eux sauf leur -âme. Ils sont heureux même quand ils vivent parmi les gens cupides et -méchants qui les haïssent: personne ne peut leur prendre leur bonheur.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;"><i>Doctrine bouddhiste.</i></p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Mieux les hommes vivent, moins ils se plaignent des autres. Et plus -ils vivent mal, plus ils sont mécontents non pas d'eux-mêmes, mais des -autres.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Le sage cherche tout en lui-même; l'insensé cherche tout dans les -autres.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">CONFUCIUS</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IV.—<i>La vraie vie est la vie spirituelle.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>La vie humaine, pleine de souffrances corporelles pouvant s'arrêter -à tout instant, doit avoir, pour ne pas être la plaisanterie la plus -grossière, un sens conformément auquel elle ne peut être troublée ni par -les souffrances, ni par sa longue durée, ni par sa brièveté.</p> - -<p>Or la vie humaine a ce sens. Il est dans notre conscience de plus en -plus nette de receler en nous Dieu.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>La vie humaine est une communion continue de l'être spirituel, isolé -par le corps, avec ce à quoi il a conscience d'être uni. Que l'homme -le comprenne ou non, qu'il le veuille ou non, cette communion s'opère -irrésistiblement par l'état que nous appelons: vie humaine. La -différence entre les hommes qui ne comprennent pas leur destination et -ne veulent pas vivre conformément à elle, et ceux qui la comprennent et -veulent vivre conformément à elle, consiste en ce que la vie de ceux qui -ne la comprennent pas, est une souffrance continuelle, alors que la vie -de ceux qui la comprennent et qui accomplissent leur destination, est un -bien continu qui augmente sans cesse.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Rien ne confirme de façon aussi éclatante, que l'œuvre de la vie est -dans le perfectionnement moral, que le fait que, si variés que soient -tes désirs en dehors de ce perfectionnement, et bien qu'ils soient -entièrement réalisés, l'attrait du désir s'éteint aussitôt que le but -est réalisé. Il n'y a qu'une chose qui conserve la joie—c'est d'être -conscient que l'on avance vers la perfection.</p> - -<p>Seul ce perfectionnement continuel donne la vraie joie qui ne cesse de -grandir. Chaque pas en avant fait sur ce chemin, entraîne une récompense -qui est obtenue immédiatement. Et rien, ne peut la ravir.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Celui qui consacre sa vie au perfectionnement spirituel ne peut être -mécontent, car ce qu'il désire est toujours en son pouvoir.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Être heureux, posséder la vie éternelle, vivre en Dieu, être sauvé, tout -cela a le même sens: c'est la solution du problème de la vie. Et ce -bien s'accroît; l'homme ressent la possession de plus en plus forte et -profonde de la joie céleste. Et ce bien n'a pas de bornes, car ce bien -est la liberté, la toute-puissance, la satisfaction complète de tous les -désirs.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">AMIEL.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">V.—<i>En quoi consiste le vrai bonheur.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Les biens réels sont peu nombreux. Le vrai bien, le vrai bonheur est ce -qui est le bien pour tous.</p> - -<p>C'est pourquoi, on ne doit désirer que ce qui est conforme au bien -commun. Celui dont l'œuvre vise ce but obtiendra son bonheur.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">MARC-AURÈLE.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Dans les situations des hommes, le mal est uni au bien, tandis que -dans leurs tendances ce mélange n'existe pas. La tendance peut être -mauvaise: chercher à accomplir la volonté de sa nature charnelle—, -ou bonne: chercher à accomplir la volonté de Dieu. Si l'homme suit le -premier désir, il est sûrement malheureux; s'il suit le deuxième, il n'y -a pas pour lui de malheur possible—tout est bonheur.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Personne ne peut faire le vrai bonheur d'un autre. L'homme ne peut faire -que son propre bonheur. Le vrai bien ne consiste qu'en une seule chose: -vivre pour l'âme et non pour le corps.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Faire le bien est la seule œuvre dont on puisse dire qu'elle nous est -sûrement profitable.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>On dit que celui qui fait le bien n'a pas besoin de récompense. C'est -vrai, si l'on croit que la récompense ne sera pas en toi et ne viendra -pas de suite, mais dans l'avenir. Mais l'homme est incapable de faire -le bien sans récompense, sans que cela lui donne la joie. Il s'agit de -comprendre en quoi consiste la vraie récompense. Elle n'est pas dans -ce qui est extérieur ni dans l'avenir, mais dans ce qui est interne et -actuel: elle est dans le perfectionnement de l'âme. C'est là qu'est la -récompense et en même temps la raison de faire le bien.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Un homme de sainte vie priait Dieu pour les hommes: O Seigneur, -disait-il, sois miséricordieux pour les méchants, parce que tu as déjà -été miséricordieux pour les bons: ils sont heureux, parce qu'ils sont -bons.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">SAADI.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VI.—<i>Le bien est dans l'amour.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Il n'y a qu'une chose à faire pour être sûr d'être heureux: c'est -d'aimer, d'aimer tous, les méchants et les bons. Aime toujours et tu -seras heureux toujours.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Nous ne savons pas et nous ne pouvons savoir pourquoi nous vivons. -Aussi, ne pourrions-nous pas savoir ce que nous devons et ce que nous ne -devons pas faire, si nous n'éprouvions pas le désir du bien. Ce désir -nous démontre clairement ce que nous devons faire, à condition de ne pas -comprendre notre vie à la façon de l'animal, mais en nous souvenant que -nous avons une âme. Et le bonheur que désire notre âme nous est donné -dans l'amour.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Si le Dieu de charité existe et s'Il a créé le monde, Il l'a sûrement -fait de façon à ce que tous, y compris les hommes, y soient heureux.</p> - -<p>Mais si Dieu n'existe pas, vivons nous-mêmes de façon à ce que nous -soyons bien. Et pour que nous soyons bien, il faut que nous nous aimions -les uns et les autres, il faut qu'il y ait de l'amour. Et Dieu étant -amour, nous viendrons encore à Lui.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>On dit: «Pourquoi aimerions-nous ceux qui nous sont désagréables?» -Parce que c'est là qu'est la joie. Eprouve-le et tu sauras si c'est vrai.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Rien que la mort devant nous, rien que l'accomplissement immédiat du -devoir! Comme cela semble triste et effrayant! Pourtant, consacre ta vie -à l'union, par l'amour, aux hommes et à Dieu, et ce qui te paraissait -effrayant, deviendra le plus grand bien.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VII.—<i>Plus l'homme vit pour son corps, plus il est privé du vrai -bonheur.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Les uns cherchent le bien dans la puissance, les autres dans les -sciences, les troisièmes dans les plaisirs. Ces trois genres de -jouissances ont formé trois écoles différentes, et tous les philosophes -ont toujours suivi l'une d'elles. D'autres, qui se sont plus rapprochés -de la vraie philosophie, ont compris qu'il est nécessaire que le bien -général désiré par tous ne soient dans aucune des choses particulières -qui ne peuvent être possédées que par un seul, et qui, étant partagées, -affligent plus le possesseur par le manque de la partie qu'il n'a pas, -qu'elles ne le contentent par la jouissance de celle qui lui appartient. -Ils ont compris que le vrai bien devait être tel que tous puissent le -posséder à la fois, sans diminution et sans envie, et que personne -ne pût le perdre contre son gré. Et ce bien existe: ce bien est dans -l'amour.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">PASCAL.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Pourquoi t'agites-tu, malheureureux? Tu cherches le bien, tu cours -quelque part, et le bien est en toi-même. Inutile de le chercher à -d'autres portes. Si le bien n'est pas en toi, il n'est nulle part. Le -bien est en toi, en ce que tu peux aimer tous, non pour quelque chose, -mais pour vivre, et non de ta propre vie, mais aussi de celle des -autres. Chercher le bien dans le monde et ne pas profiter du bien qui -est en notre âme, revient au même que d'aller puiser l'eau dans une -grande mare trouble et éloignée, tandis qu'il y a à côté une source pure -venant de la montagne.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après ANGÉLUS.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Si tu veux le vrai bonheur, ne le cherche pas dans les pays éloignés, -dans la richesse, dans les honneurs, ne le demande pas aux hommes, ne -t'inclinent pas devant eux et ne lutte pas contre eux pour le bonheur. -On peut, par ces moyens, obtenir des richesses, un grand titre et -diverses choses inutiles; mais le vrai bonheur, dont chacun a besoin, -ne peut être obtenu auprès des hommes, ni acheté ou sollicité, ni donné -gratuitement. Sache que tout ce que tu ne peux prendre toi-même, ne -t'appartient pas et ne t'est pas nécessaire. Tu peux toujours prendre -toi-même, par une vie juste, tous ce dont tu as besoin.</p> - -<p>Oui, le bonheur ne dépend ni du ciel, ni de la terre, mais uniquement de -nous-mêmes.</p> - -<p>Il n'y a qu'un seul bien au monde, lui seul nous est nécessaire. Quel -est donc ce bien? C'est la vie dans l'amour. Et ce bien peut être -facilement obtenu.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">D'après SKOVORODA.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Dieu soit loué d'avoir rendu facile aux hommes tout ce qui leur est -nécessaire, et difficile tout ce dont ils n'ont pas besoin. Le bonheur -est très nécessaire à l'homme, et il n'y a rien de plus facile que -d'être heureux. Dieu en soit loué!</p> - -<p>Le Royaume de Dieu est en nous. Le bonheur est dans le cœur, s'il -contient de l'amour.</p> - -<p>Qu'arriverait-il si le bonheur nécessaire à tout homme avait été accordé -suivant l'endroit, le temps, l'état, la position, la santé, la force -corporelle? Qu'arriverait-il si le bonheur existait uniquement en -Amérique, ou uniquement à Jérusalem, ou à l'époque de Salomon, dans la -demeure des rois, grâce à la richesse, aux grades, si on le trouvait -seulement au désert, dans les sciences, dans la santé, dans la beauté?</p> - -<p>Serait-il possible aux hommes de ne vivre qu'en Amérique, ou de vivre à -la même époque? Si le bonheur était dans la richesse, ou dans la santé, -ou dans la beauté, tous les pauvres, tous les vieux, tous les malades, -tous les laids seraient malheureux. Dieu aurait-il privé tous ces gens -de bonheur? Non, Dieu soit loué, il a rendu l'inutile difficile: il a -agi de façon à ce qu'il n'y ait pas de bonheur dans la richesse, ni dans -les grades, ni dans la beauté du corps. Le bonheur n'est qu'en une seule -chose—dans la vie juste, et cela est au pouvoir de chacun.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Demander à Dieu que quelqu'un nous donne le bien dans cette vie, revient -au même que d'être assis auprès d'une source, et demander à d'autres de -calmer ta soif. Baisse-toi et bois. Le bonheur nous est donné, il faut -savoir en profiter.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Si tu considères comme un bien ce qui n'est pas en ton pouvoir, tu seras -toujours malheureux. Persuades-toi que tout le bonheur est à ta portée, -et personne ne te le ravira.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">VIII.—<i>L'homme n'éprouve pas le bien de la vie uniquement quand il ne -suit pas la loi de la vie.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Si tu demandes: pourquoi le mal existe-t-il? Je réponds par la question: -pourquoi la vie existe-t-elle? Le mal est pour que la vie soit. La vie -se manifeste par la libération du mal.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si notre vie n'est pas heureuse, cela tient uniquement à ce que nous ne -faisons pas ce que nous aurions dû faire pour que la vie soit une joie -perpétuelle.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Si quelqu'un dit qu'il se sent malheureux en faisant le bien, cela -prouve uniquement que ce qu'il considère comme le bien ne l'est pas.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>Sache et souviens-toi que si l'homme est malheureux, c'est par sa propre -faute. Les hommes ne sont malheureux que lorsqu'ils désirent ce qu'ils -ne peuvent avoir.</p> - -<p>Que ne peuvent-ils pas toujours avoir, bien qu'ils le désirent, et que -peuvent-ils toujours avoir quand ils le désirent?</p> - -<p>Ils ne peuvent pas toujours avoir ce qui n'est pas en leur pouvoir, -ce que les autres peuvent lui prendre. Seul est en leur pouvoir ce -que rien ni personne ne sauraient leur ravir. A la première catégorie -appartiennent tous les biens terrestres: la richesse, les honneurs, la -santé. A la deuxième: notre âme, notre perfectionnement spirituel. Et -précisément la chose qui nous est le plus nécessaire pour notre bien est -en notre pouvoir, parce que rien, aucun bien terrestre ne donne le vrai -bien, mais ne fait que nous leurrer. Le vrai bien ne peut être obtenu -que par notre effort vers la perfection spirituelle, et cet effort est -toujours en notre pouvoir.</p> - -<p>On a agi pour nous de même qu'un bon père aurait agi pour ses enfants. -Seul ce qui ne peut nous donner le bonheur ne nous appartient pas, -tandis que tout ce qui nous est nécessaire nous est donné.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">ÉPICTÈTE.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>Ne crois pas que la perplexité devant le sens de la vie soit quelque -chose de noble ou de tragique. Cette perplexité est pareille à celle que -l'homme éprouve lorsqu'il se voit dans une société occupée à lire un bon -livre. La perplexité de cet homme qui n'écoute pas attentivement ou n'a -pas compris ce qu'on lit et qui s'agite au milieu des gens occupés, n'a -rien de noble ni de tragique, mais est ridicule, bête et pitoyable.</p> - -<p class="caption">6</p> - -<p>Il y avait une fois un bienfaiteur qui, voulant faire aux hommes le plus -de bien possible, se mit à réfléchir pour savoir comment il devait s'y -prendre pour n'offenser personne et pour que tous en profitent. Si l'on -distribue les richesses directement aux gens, on risque de donner moins -à celui qui en a le plus besoin, et l'on en saurait en donner également -à tout le monde; alors ceux qui n'en auraient pas assez diraient: -Pourquoi as-tu donné aux autres et pas à nous?</p> - -<p>Le bienfaiteur eut alors l'idée d'installer une auberge dans un endroit -où passait beaucoup de monde et d'y déposer tout ce qui peut être utile, -ou faire plaisir au voyageur. Il y ménagea des chambres bien chaudes, de -bons poêles, du bois à brûler de provisions d'éclairage, de pains, de -légumes, de fruits, de boissons de toute sorte, des lits, des vêtements, -du linge, des chaussures, bref, quantité de produits pouvant suffire à -beaucoup de monde. Puis, le bienfaiteur s'en alla pour voir ce qui en -résultera à son retour.</p> - -<p>Les bonnes gens commencèrent à affluer à l'auberge: y mangeaient, -buvaient, couchaient, passaient parfois un jour ou deux, y restaient -parfois une semaine entière. Parfois, ceux qui en avaient besoin -emportaient des vêtements et des chaussures. Avant de s'en aller, ils -rangeaient tout pour que d'autres passants puissent aussi en profiter, -et puis ils partaient en remerciant le bienfaiteur inconnu.</p> - -<p>Mais un jour, arrivèrent des gens grossiers et méchants. Ils -s'emparèrent de tout ce qui leur convenait, et une dispute éclata -parmi eux au moment du partage. D'abord, ils s'injurièrent, puis ils -en vinrent aux mains, et se mirent à s'arracher les uns aux autres -les objets et à les briser exprès pour que d'autres ne puissent s'en -emparer. Et lorsqu'ils eurent tout détruit et commencèrent à souffrir -du froid et de la faim ils se mirent à médire du propriétaire, en -l'accusant d'avoir mal organisé les choses, de n'avoir pas mis de -gardiens pour empêcher d'entrer de mauvaises gens. D'autres prétendaient -qu'il n'y avait pas de propriétaire du tout, et que l'auberge s'êtait -organisée toute seule.</p> - -<p>Affamés, transis de froid et irrités, ces gens quittèrent l'auberge -en s'injuriant entre eux, maudissant l'auberge et celui qui l'avait -construite.</p> - -<p>Les hommes agissent de même sur la terre quand ils ne vivent pas pour -leur âme, mais pour leur corps, qu'ils gâchent leur vie et celle des -autres, s'accusent entre eux et accusent Dieu, au lieu de s'accuser -eux-mêmes, s'ils croient en Dieu, et accusent l'univers, s'ils ne -croient pas en Dieu, et s'imaginent que le monde s'est organisé tout -seul.</p> - -<hr class="r5" /> - -<p class="caption">IX.—<i>Seule l'observance de la loi de la vie donne le bien à l'homme.</i></p> - -<p class="caption">1</p> - -<p>Il faut toujours être joyeux. Si tu ne l'es plus, cherche où tu t'es -trompé.</p> - -<p class="caption">2</p> - -<p>Si l'homme n'est pas satisfait de sa situation, il peut la modifier par -deux moyens: améliorer les conditions de sa vie, ou bien améliorer son -état moral. Le premier n'est pas toujours en son pouvoir, le second -l'est toujours.</p> - -<p style="margin-left: 75%; font-size: 0.8em;">EMERSON.</p> - -<p class="caption">3</p> - -<p>Il me semble que l'homme doit considérer comme règle principale d'être -heureux et satisfait. Il faut être honteux de son mécontentement comme -d'une mauvaise action, et savoir que s'il y a quelque chose qui ne va -pas en soi, on ne doit pas le raconter aux autres et s'en plaindre, mais -tâcher de corriger ce qui va mal.</p> - -<p class="caption">4</p> - -<p>L'observance de la loi de Dieu, de la loi d'amour qui donne le bien -suprême, est possible dans toutes les situations.</p> - -<p class="caption">5</p> - -<p>«Venez à Moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous -soulagerai. Car Mon joug est le bien et Ma charge est légère», dit -la doctrine du Christ. Ces paroles signifient qu'indépendamment des -malheurs qui accablent l'homme, indépendamment des offenses et des -amertumes qu'il doit supporter, il lui suffit de comprendre et de -recueillir dans son cœur la vraie doctrine, qui dit que la vie et son -bien consistent à unir l'âme à ce dont elle est séparée par le corps: -aux âmes des autres hommes et à Dieu, pour que tout le mal apparent -disparaisse. Il suffit à l'homme de voir le but de la vie dans l'union -affectueuse avec tout ce qui vit et avec Dieu, et sa vie, au lieu d'être -un tourment, devient aussitôt le bonheur.</p> - - -<h4>FIN</h4> - - -<hr class="tb" /> - - -<h4><a id="TABLE_DES_MATIERES"></a>TABLE DES MATIÈRES</h4> -<hr class="r5" /> -<p style="margin-left: 35%;"><a href="#PREFACE_DU_TRADUCTEUR">Préface du traducteur</a></p> - -<p style="margin-left: 35%;"><a href="#PREFACE_DE_LAUTEUR">Préface de l'auteur</a></p> - - -<div class="center"> -<table border="0" cellpadding="4" cellspacing="0" summary=""> -<tr><td align="left"></td><td align="left">I.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_PREMIER">La foi</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">II.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_II">Dieu</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">III.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_III">L'âme</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">IV.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_IV">Une même âme chez tous</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">V.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_V">L'amour</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">VI.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_VI">Péchés, tentations, superstitions</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">VII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_VII">Les excès</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">VIII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_VIII">La lubricité</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">IX.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_IX">L'oisiveté</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">X.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_X">La cupidité</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XI.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XI">La colère</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XII">L'orgueil</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XIII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XIII">L'inégalité</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XIV.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XIV">La violence</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XV.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XV">Le châtiment</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XVI.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XVI">La vanité</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XVII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XVII">Les fausses croyances</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XVIII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XVIII">La fausse science</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XIX.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XIX">L'effort</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XX.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XX">La vie est dans le présent</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XXI.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXI">Le non-agir</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XXII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXII">La parole</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XXIII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXIII">La pensée</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XXIV.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXIV">L'abnégation</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XXV.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXV">L'humilité</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XXVI.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXVI">La véracité</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XXVII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXVII">Le mal</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XXVIII.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXVIII">La mort</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XXIX.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXIX">Après la mort</a></td></tr> -<tr><td align="left"></td><td align="left">XXX.</td><td align="left"><a href="#CHAPITRE_XXX">La vie est un bien</a></td></tr> -</table></div> - - - - - - - - - -<pre> - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of La Pensée de l'Humanité, by Léon Tolstoï - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK LA PENSÉE DE L'HUMANITÉ *** - -***** This file should be named 43761-h.htm or 43761-h.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/3/7/6/43761/ - -Produced by Madeleine Fournier, Annemie Arnst & Marc -D'Hooghe at http://www.freeliterature.org (Scans generously -made available by Gallica, Bibliothèque nationale de France) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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Redistribution is -subject to the trademark license, especially commercial -redistribution. - - - -*** START: FULL LICENSE *** - -THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE -PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK - -To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free -distribution of electronic works, by using or distributing this work -(or any other work associated in any way with the phrase "Project -Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project -Gutenberg-tm License available with this file or online at - www.gutenberg.org/license. - - -Section 1. General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm -electronic works - -1.A. By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm -electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to -and accept all the terms of this license and intellectual property -(trademark/copyright) agreement. 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