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You may copy it, give it away or -re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included -with this eBook or online at www.gutenberg.org/license - - -Title: Nouveau Glossaire Genevois, tome 2/2 - -Author: Jean Humbert - -Release Date: February 13, 2013 [EBook #42088] - -Language: French - -Character set encoding: ISO-8859-1 - -*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK NOUVEAU GLOSSAIRE GENEVOIS V.2/2 *** - - - - -Produced by Hélène de Mink, H.V. and the Online Distributed -Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was -produced from images generously made available by The -Internet Archive) - - - - - - - -Notes de transcription: -Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été -corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été -harmonisée. Les symboles avec marques diacritiques sont indiqués -ainsi: - - macron (barre horizontale) [=x] [x=] - breve (en forme de u) [)x] [x)] - -Les [+] devant une entrée remplacent les croix typographiques, -utilisées pour indiquer que l'expression ou la prononciation est -très-vulgaire. (Voir EXPLICATION). - - - - - NOUVEAU - GLOSSAIRE GENEVOIS - - - GENÈVE.--IMPRIMERIE DE FERD. RAMBOZ & Cie. - - - - - NOUVEAU - GLOSSAIRE GENEVOIS - - PAR - - JEAN HUMBERT, - - PROFESSEUR DE LANGUE ARABE À L'ACADÉMIE DE GENÈVE, - CORRESPONDANT DE L'INSTITUT DE FRANCE, MEMBRE DES ACADÉMIES - DE NANCY, BESANÇON, MARSEILLE, TURIN, ETC. - - - TOME SECOND. - - - GENÈVE - CHEZ JULLIEN FRÈRES, LIBRAIRES, - Place du Bourg-de-Four, 71. - - 1852 - - - - -EXPLICATION - -DES ABRÉVIATIONS ET DES SIGNES EMPLOYÉS DANS L'OUVRAGE. - - - [+] Expression ou prononciation très-vulgaire. - [ACAD.] Dictionnaire de l'Académie française. - adj. Adjectif. - adv. Adverbe, adverbial, adverbialement. - [CH.] Mr Chaponnière. - conj. Conjonction. - dém. Démonstratif. - (fig.) Au sens figuré. - [G. G.] Glossaire de Gaudy. - indéf. Indéfini. - invar. Invariable. - interj. Interjection. - loc. Locution. - part. Participe. - [P. G.] Mr Pierre Gaud. - pl. Pluriel. - prép. Préposition. - pron. Pronom. - R. Racine. - rel. Relatif. - s. Substantif. - s. m. Substantif masculin. - s. f. Substantif féminin. - v. Verbe. - v. a. Verbe actif. - v. n. Verbe neutre. - v. pron. Verbe pronominal. - v. récip. Verbe réciproque. - v. réfl. Verbe réfléchi. - - - - -NOUVEAU - -GLOSSAIRE GENEVOIS. - - -I - - [+] ICI, adv. _Ces jours-ici, ces temps-ici, cette semaine-ici._ - Faute fréquente, qui est une tradition du vieux français. On - parlait encore de la sorte à la cour de Louis XIV, vers 1645. - Dites: Ces jours-ci, ces temps-ci, cette semaine-ci. - - ICI-DESSOUS, loc. adv. Dites: Ci-dessous. Dites de même: Ci-dessus; - ci-après; ci-contre, et non pas: _Ici-dessus; ici-après; - ici-contre._ - - IDÉE, s. f. Très-petite quantité, tant soit peu. _Tu as du tabac, - donne m'en une idée. Mes nouveaux souliers sont une idée étroits. - Nous eûmes pendant notre promenade une idée de pluie._ - - IDÉE (AVOIR). _J'ai idée, j'ai bien idée que nous aurons beau temps - demain matin. As-tu idée de faire cette course avec nous? Tous les - gens de l'équipage ont péri: a-t-on idée d'une pareille - catastrophe?_ Français populaire. Dites: Avoir l'idée. J'ai l'idée - de. A-t-on l'idée de, etc. - - IDÉE, s. f. _Avoir de l'idée_, signifie: Avoir de l'intelligence, - avoir un esprit fécond en expédients et en ressources. _Votre - nouvelle domestique n'est pas très-active, mais elle a de l'idée._ - Expression qui nous est très-familière. - - IDOINE, s. m. Idiot, hébété. _Il demeurait là planté comme un - idoine._ Terme curieux, qui doit appartenir au vieux français, et - sur lequel pourtant les vieux lexiques que j'ai pu consulter ne - donnent aucun renseignement. Dans les dictionnaires usuels, - «Idoine» a le sens banal du mot latin _idoneus_ (propre à, capable - de). - - ILAI, s. m. Jeu d'écolier, où tous les joueurs, moins un ou deux, se - cachent aussi bien qu'ils le peuvent, tandis que les autres - cherchent à les découvrir et à les atteindre. _Jouer à ilai. Ilai - courant; ilai cachant; ilai à la ramasse._ - - [+] IMAGE (UN). _Tu auras un bel image à Pâques._ Solécisme répandu - partout, et qui a son origine dans le vieux français. - - IMPROMPTU, s. m. Prononcez _ein-pronp-tu_. - - [+] INCAN ou INQUANT, s. m. Encan, vente publique à l'enchère. Terme - suisse-roman, savoisien, lyonnais, dauphinois, languedocien et - vieux français. R. _in quantum_. - - [+] INCANTER ou INQUANTER, v. a. Acheter à l'encan. _La Mélanie a - incanté un ébaragnoir, un guindre, et deux ou trois autres - raufferies._ Terme vieux français. - - INCENDIE (UNE). Ce mot est masculin. «Un grand incendie.» - - INCLINAISON DE TÊTE, s. f. _Je lui faisais inutilement plusieurs - inclinaisons de tête._ On doit dire: Inclination de tête. - - INCOMBANCE, s. f. Charge, inconvénient, conséquence désagréable. - _Vous avez là une fâcheuse incombance._ En piémontais, - _incombensa_. Le verbe neutre _incomber_, écheoir, ne se trouve - que dans le dictionnaire de M. Bescherelle. - - INDEMNISER, v. a. Prononcez la syllabe _dem_ comme vous prononcez le - mot _dame_ (_indamniser_). R. _damnum_. - - INDEMNITÉ, s. f. Prononcez _ein-dame-ni-té_. - - INDIGESSION, s. f. _Avoir une indigession._ «Cette faute est - tellement répandue en France, dit le grammairien Charles MARTIN, - que les acteurs mêmes, au théâtre, prononcent de la sorte, sans - soupçonner la faute grossière où ils tombent.» Il faut écrire et - prononcer: «Indigestion.» - - INDIVIS, adj. m. Prononcez _ein-di-vi_. - - [+] INDUCATION, s. f. Éducation. _Je veux que notre garçon reçoive - une excellente inducation._ - - [+] INDUQUER, v. a. _Induquer un enfant_, élever un enfant. - - INGRAT, ATE, adj. Désagréable, peu attirant, et qui inspire peu de - confiance. Ne se dit en ce sens que dans les expressions - suivantes: _Figure ingrate; visage ingrat; air ingrat; mine - ingrate._ Ce sens, qui manque dans les dictionnaires modernes, n'a - point d'équivalent exact en français. - - INGRÉDIEIN, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses du mot - «Ingrédient,» lequel rime avec _expédient_. - - [+] INORME, adj. Énorme. - - INSOLENTER, v. a. Injurier, insulter. _Là-dessus, trois bandits nous - bavardèrent et nous insolentèrent._ - - INSTITUT, s. m. Institution, pensionnat, maison d'éducation. _Un - institut de garçons; un institut de jeunes demoiselles; un chef - d'institut._ Le mot «Institut» n'a pas ce sens. Voyez les - dictionnaires. - - INTENTION (ÊTRE D'). _Nos dames sont d'intention de faire une partie - de char._ Dites: «Nos dames ont l'intention de, ou: Sont dans - l'intention de,» etc. - - INTENTIONNÉ DE. Qui a l'intention de. «Mme de Sév.*** étant - _intentionnée_ de partir pour Vienne en Autriche, désirerait - trouver une personne qui,» etc. [_Feuille d'Avis_, année 1846.] - - INTÉRÊT, s. m. Nous disons, et on le dit dans le français populaire: - _Mettre de l'intérêt à une chose_, pour: «Prendre de l'intérêt à - une chose.» _Tu ne mets point d'intérêt à tes leçons d'écriture, - ni à tes leçons de musique._ Dites: Tu ne prends point d'intérêt, - etc. - - INTERFEUILLER, v. a. _Un volume interfeuillé. Il faut que - j'interfeuille cette brochure._ Dites: Un volume interfolié; il - faut que j'interfolie cette brochure. L'infinitif de ce verbe - s'écrit: «Interfolier.» - - INTIMÉMENT, adv. _Moi et Victorine nous sommes intimément liées._ - Écrivez «Intimement» sans accent sur l'_e_. - - INTITULÉ, s. m. _L'intitulé d'un livre, l'intitulé d'un ouvrage._ - Dites: Le titre d'un livre; le titre d'un ouvrage. - - [+] INTRINSECTE, adj. _Ta montre, Jaquinet, a une valeur intrinsecte - de trente francs._ Dites: Valeur intrinsèque. - - INTRUE, adj. et s. f. _Il faudra bien nous débarrasser promptement - de cette intrue._ Dites: «Intruse.» Une intruse; une femme - intruse. - - INVECTIVER, v. a. _Invectiver quelqu'un._ Dites: Invectiver contre - quelqu'un. - - INVENTORISER, v. a. Inventorier, dresser un inventaire. - _Inventoriser un mobilier._ Terme suisse-roman et savoisien. - - INVERSION VICIEUSE. _Je n'ai personne vu, je n'ai personne entendu_, - sont des phrases mal construites, des phrases mal sonnantes, et - qui, très-familières à nos voisins du canton de Vaud, commencent à - se répandre chez nous. - - [+] IRAGNE ou IRAIGNE, s. f. Araignée. _Iragne_ appartient au vieux - français, et se dit dans le Berry, en Languedoc et sans doute - ailleurs. Voyez ARAGNE. - - [+] IRRUPTION, s. f. Éruption (à la peau). _Après cette fièvre, il - lui sortit une forte irruption._ - - ISCARIOLE ou ESCARIOLE, s. f. Escarole, sorte de chicorée à fleur - large. - - ISERABLE, s. m. _Du bois d'iserable._ Terme vaudois, savoisien et - dauphinois. Dans le patois bourguignon on dit: _ôzeraule_; dans - le patois de la Franche-Comté, _iseraule_ ou _euzeraule_. Le mot - français est: «Érable.» - - ITALIEN, s. m. Pâtissier. _Aller chez l'Italien._ Expression connue - à Paris, et sans doute ailleurs. La plupart de nos pâtissiers sont - originaires de la vallée de l'Engadine (canton des Grisons), - vallée où l'on parle italien. En Normandie, les pâtissiers sont - appelés _Suisses_. - - IVRER, v. a. Terme de charpentier. Cheviller, lier les joints d'un - plancher au moyen de chevilles qui s'emboîtent d'une planche dans - une autre. [P. G.] - - IVRER (S'), v. pron. S'enivrer. _Sais-tu une chose?--Eh quoi?--C'est - que la Fanchette s'ivre.--Elle s'ivre! Ce n'est pas croyable._ - Terme languedocien, berrichon, etc. - - Chacun _s'ivre_ à sa manière - D'amour et de vin. - - [DANCOURT, _Les trois Cousines_, I, 1.] - - -J - - JABOT, s. m. (fig.) _Se donner du jabot_, signifie: Se pavaner, se - glorifier, faire parade de son propre mérite. _En voilà un qui ne - se donne pas mal de jabot._ Locution fréquente chez nous et chez - nos proches voisins, mais qui ne se trouve pas dans les - dictionnaires. - - JACASSE, s. f. Babillarde, causeuse fieffée. Terme parisien - populaire, normand, etc. - - JACQUES DÉLOGE ou DES LOGES, nom propre d'homme. _Prendre Jacques - Des Loges_ est une expression facétieuse qui signifie: Déloger, - détaler sans bruit, s'échapper à la sourdine. _Je devais le - trouver chez lui ce matin, et recevoir mon loyer: bernique! il - avait pris Jacques Des Loges._ L'expression française populaire - est: _Il a pris Jacques Déloge pour son procureur._ - - JAIRE ou JARRE, s. m. Terme de boucherie. _Jaire de veau, jarre de - veau._ Dites: «Jarret de veau.» - - JAMBETTE, s. f. Jambon de l'épaule. - - JANOT, nom propre d'homme. _Battre Janot_, déraisonner, radoter. [P. - G.] - - JAQUETER, v. n. Jacasser, caqueter. - - JARAVATTE, s. f. Langue, au sens propre. _Mener sa jaravatte, faire - aller sa jaravatte_, signifient: Jaser, bavarder. - - JARICLE, s. f. Babillage, loquacité, verbiage. [P. G.] - - JARJET, s. m. Terme de tonnelier. Jable, rainure pratiquée aux - douves d'un tonneau pour arrêter les pièces du fond. - - JARLE ou GERLE, s. f. Sorte de corbeille ronde. Voyez GERLE et - JERLE. - - JARLOT, s. m. Cuvier ou grand baquet, destiné principalement à saler - la viande de cochon. En Normandie on dit: _Jalot_; en vieux - français, _jale_. - - JARRETOU, s. m. et adj. Cagneux, qui a les genoux rapprochés et les - pieds jetés en dehors. Dans la langue provençale, _jarretier_ se - dit des personnes et a le même sens. - - JARRETOULE, s. fém. et adj. Cagneuse. - - JASERON, s. m. Chaîne d'or à très-petits anneaux. En vieux français: - _Jaseran_. - - JASPINER, v. n. Disputer, taquiner, contredire. Terme rouchi, - normand, etc. En français, «Jaspiner» signifie: Causer à tort et à - travers. - - JEAN-JEAN (UN). Un niais, un imbécile. En Normandie on dit: _Un - Janot_. - - JERLE, s. f., et JERLON, s. m. Cuve, petite cuve. Dans le Berry on - dit: _Jarlée_. - - JE T'EN MOQUE! Sorte de locution adverbiale, qui équivaut à: Point - du tout, bernique. _Nous comptions sur une_ _lettre d'Alfred: - mais je t'en moque! c'est un négligent. Benoît devait me payer ce - matin: je t'en moque!_ Français populaire. - - JETER (SE), v. pron. Se dit du bois et signifie: Se déjeter, se - tourmenter, se courber, s'enfler, s'étendre. _La fenêtre, faite - d'un bois peu sec, s'était jetée._ Terme français populaire. - - JETON, s. m. Forcet, petite corde fort menue et fort pressée, que - les cochers et les charretiers mettent au bout de leur fouet. - - JICLER, v. a. Voyez GICLER. - - JOINTE (UNE). Terme d'ouvrier. Le quart d'une journée de travail. - _Faire une jointe. La journée se compose de quatre jointes. Le - charpentier ne viendra qu'après la première jointe._ - - JOLERIE, s. f. Poissonnaille, fretin, alevin. En languedocien, _jol_ - signifie: Petit poisson. - - JOMBRER, v. n. Attendre, attendre avec ennui et avec impatience; - nonchalanter; être privé d'une chose. _Vous nous avez bien fait - jombrer. Que jombres-tu là? Pourquoi jombres-tu ici au lieu - d'aller travailler? Tu en jombreras de ces beaux abricots._ Se dit - aussi des choses. _Quand vous aurez coupé ces branchages, - laissez-les jombrer pour en ôter plus facilement les feuilles._ - Terme universellement connu dans les campagnes, et qui a des sens - très-divers. - - JONCHE, s. f. Arure, attelée de labour, espace de temps durant - lequel on laboure sans dételer. Terme savoisien et dauphinois. En - provençal on dit: _Jhoûncho_. - - JORAN, s. m. Vent du nord-ouest. Voyez VENT. - - JORDONNER, v. n. et a. L'expression: _Une Madame Jordonne, une - demoiselle Jordonne, une servante Jordonne_, est dans quelques - dictionnaires modernes. De cette expression s'est formé notre - verbe _jordonner_. _Qu'a-t-elle donc à_ _jordonner? Que - vient-elle nous jordonner? Est-ce à elle de jordonner ici?_ - Excellent mot de la langue familière, et qui exprime une nuance - précise et délicate, savoir le commandement exercé avec sottise et - vanité, à tout propos et hors de propos. M. Bescherelle et M. - Francis Wey appellent cette expression un affreux barbarisme. M. - Victor Hugo, au contraire, l'emploie et l'apprécie. - - JOT, s. m. Endroit du poulailler où se perchent les poules. _Les - poules sont sur le jot; les poules sont à jot._ A Rennes on dit: - _Joc_; en Champagne, en Languedoc et en vieux français, _jouc_. De - ce mot _jouc_ s'est formé le verbe «jucher.» - - JOTTU, TUE, adj. Qui a de grosses joues, joufflu. - - JOU (EN.) _Mettre en jou, coucher quelqu'un en jou._ Écrivez et - prononcez «En joue.» Mettre en joue, coucher en joue. - - JOUAILLER, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses (ou plutôt - vieillies) du mot «Joailler.» - - JOUAILLON, s. m. Jouereau, celui qui ne joue pas bien à quelque jeu - ou qui joue petit jeu. [P. G.] - - JOUFFLARD, ARDE, adj. et s. Joufflu. _Une grosse joufflarde._ - - JOUIN, s. m. Écrivez et prononcez «Juin.» - - JOUISSERIE, s. f. Jouissance, plaisir. _Notre voisin Z*** s'est - donné la jouisserie d'aller voir la grande Exposition de Londres._ - - JOUR, s. m. Dans le langage populaire: _Au jour d'aujourd'hui_ - signifie: Dans les circonstances actuelles, par le temps qui - court. _Au jour d'aujourd'hui toutes les carrières sont - difficiles._ Expression redondante, fort critiquée des - grammairiens, mais énergique et d'un emploi continuel. - - JOUR, s. m. Nous disons: _On voit jour, on y voit jour_, pour dire: - Il fait jour, on y voit clair. Ces expressions, qui n'ont rien de - choquant, manquent dans les dictionnaires. - - JOUR, s. m. Au lieu de dire: _Vivre du jour au jour; gagner sa vie - du jour au jour_, il faut dire: Vivre au jour la journée; gagner - sa vie au jour la journée; ou bien: Vivre au jour le jour; gagner - sa vie au jour le jour. Mais cette dernière expression est moins - bonne, quoique reçue dans le dictionnaire de l'Académie. - - JOUR, s. m. Nous disons: _Du jour au lendemain_, pour dire: D'un - jour à l'autre. _En été le poisson se gâte du jour au lendemain._ - Cette expression n'est pas française. - - JOUR, s. m. Voyez D'UN JOUR L'UN. - - JOUR SUR SEMAINE, s. m. Dites: Jour ouvrable. _Ne venez pas me voir - le dimanche, venez les jours sur semaine._ Les Parisiens ne - s'expriment pas différemment, et ils opposent aussi la _semaine_ - au _dimanche_. Ils affichent, par exemple, que: «Dans tel ou tel - omnibus on paie vingt centimes _en semaine_, et trente centimes le - _dimanche_.» Un parisien me disait: «_En semaine_ les bals des - Champs-Élysées sont plus tranquilles que les _dimanches et jours - de fête_.» - - JOURS, s. m. pl. Nous distinguons _l'habit des jours_ de _l'habit - des dimanches_. _Quand tu rentres, Alfred, aie soin de mettre ta - veste des jours._ Le peuple de Paris dit dans le même sens: _Cet - habit est pour à tous les jours_, c'est-à-dire: Pour mettre tous - les jours ouvrables. - - JUSTE (À), adv. _Être à juste de pain_, signifie: En avoir tout - juste la quantité strictement nécessaire. _Si tu invites toute la - famille, nous serons à juste de couverts d'argent._ - - -L - - LA, pron. pers. Les gens de la campagne, soit dans notre canton, - soit en Savoie, emploient d'ordinaire ce pronom à la place du - pronom «lui» (à elle). _Je m'aperçois que la Claudine part déjà - pour le marché: dites-la de m'attendre. Drion a pris une tisanne - qui la fera du bien. Notre Mariette n'a rien dormi cette nuit: - c'est ses dents qui la font mal._ Voyez LES. - - LA, LE, LES. Ces articles sont mal à propos substitués aux pronoms - personnels «notre» et «nos» dans les phrases suivantes et phrases - analogues: _Sais-tu comment se porte la tante? As-tu des nouvelles - de l'oncle? Crois-tu que nous dînerons dimanche chez la cousine?_ - Expressions fort triviales, et peu dignes d'une bouche de laquelle - sort habituellement un langage correct. - - [+] LA, art. _La Rosalie va au Conservatoire. L'Émélie nous jouera - du piano, et la Jenny nous citera._ _La_, article, ajouté ainsi - devant un nom propre de femme, est de la dernière vulgarité. - - LABOURAGE, s. m. _Chevaux de labourage._ Dites: Chevaux de labour. - - LÂCHER QUELQU'UN. L'abandonner, le planter là. _Nous causions - tranquillement avec Alphonse; mais quand il vit venir cette pége - de N***, il me lâcha et disparut._ Expression parisienne, etc. - - LADIÈRE, s. f. Terme de couturière. Sorte de chanteau. _Madame - veut-elle qu'on lui fasse des chemises à ladière ou des chemises à - l'allemande?_ - - LADIÈRE, s. f. Voyez LIADIÈRE. - - LAGNER (SE), v. pron. Terme des campagnards. S'ennuyer de, faire - avec dégoût. _Cet enfant se lagne d'aller à l'école. Ça me lagne - d'avoir demain un exercice au Plan-les-Ouates._ R. vieux français, - _lanier_, mou, lâche, paresseux. - - LAIDERON (UN). _Cette jeune fiancée que vous me vantez si fort n'est - qu'un laideron._ Dites: Une laideron. - - LAIDERONNE (UNE). _Auriez-vous jamais cru qu'une semblable - laideronne trouverait un mari?_ Terme parisien populaire, etc. - Dites: «Une laideron.» - - LAIRE, s. f. Alouette. _Chanter comme une laire_, signifie: Chanter - sans relâche, ne pas discontinuer son chant. En allemand, - _Lerche_, en anglais, _lark_, veulent dire: «Alouette.» - - LAISSER (S'EN). Ne pas faire une chose, s'en abstenir. _Tu ne veux - pas nous accompagner, Henri: eh bien! laisse-t'en_, c'est-à-dire: - Eh bien! demeure, fais à ta convenance. _Vous refusez de scier ce - bois pour cinquante sous: eh bien! laissez-vous-en, d'autres le - scieront._ Cette locution est dès longtemps critiquée par les - grammairiens; mais le peuple, qui ne lit pas les grammairiens, - continue de s'en servir, et il n'a pas excessivement tort. - - LAIT, s. m. _Lait de lotte, lait de carpe_, etc. Terme savoisien, - dauphinois et limousin. Dites: Laite ou lactance. C'est le nom - qu'on donne à cette partie des entrailles de poisson qui ressemble - à du lait caillé. - - LAIT DE SERPENT, s. m. Tithymale, plante. - - LAIT DE SON, s. m. Laiteron, plante dont les lapins sont friands. - Nos campagnards disent: _Laiteçon_. - - LAITIER, s. m. Endroit de la fromagerie où l'on tient le lait. - - LAMBINERIE, s. f. Lenteur, nonchalance. _Finiras-tu avec tes - lambineries?_ Terme français populaire. - - LAMBINOCHER, v. n. Augmentatif de lambiner. _Qu'as-tu tant à - lambinocher?_ Expression très-bonne et très-usitée à Genève. - - LAMBOURET ou LAMBORET, s. m. Nombril. Terme savoisien. En provençal, - on dit: _Embourigo_, d'où nous avons fait, par addition de - l'article, _l'embourigo_, et ensuite _lambouret_. - - LA MÊME CHOSE. Locution adverbiale qui signifie: Également, de même, - tout de même, d'ailleurs, néanmoins, comme, de même que. _Il - pleut, et la même chose je sortirai. Ne lui demandez pas ce - service: la même chose il ne vous l'accorderait pas. Malgré qu'on - ne se voye pas souvent, la même chose on s'aime. Comment se porte - Madame votre soeur?--Toujours la même chose._ Faute générale. _La - même chose_ n'est jamais ni adverbe, ni conjonction. Mais on - s'exprimerait correctement si, à cette question: Comment se porte - votre soeur? on répondait: C'est toujours la même chose, - c'est-à-dire: «C'est toujours le même état de chose; c'est - toujours le même état de santé.» - - [+] LA MIEN, LA TIEN, LA SIEN. Ces expressions barbares sont souvent - mises à la place des trois pronoms personnels féminins: «La - mienne, la tienne, la sienne,» dans le langage le plus populaire. - _Rends-moi cette plume, c'est la mien.--Non, ce n'est pas la - tien._ Cette faute se retrouve en Savoie et dans quelques - provinces du nord de la France. - - LANCHEBROTAGE, s. m. Flux de paroles inutiles et mal articulées; - discours hors de propos, confus et embrouillé. - - LANCHEBROTER, v. actif. Parler beaucoup et peu intelligiblement, - jargonner. _Finalement que t'a-t-il dit?--Il ne m'a rien dit: Il - m'a lanchebroté un tas de bêtises auxquelles je n'ai rien - compris._ Voyez ENCHEBROTER. - - LANDE ou LENDE, s. f. Lente, petit oeuf d'où naissent les poux, et - qui se colle aux cheveux. _La tête du pauvre enfant était toute - couverte de lendes._ Français populaire et vieux français. A - Neuchâtel et dans l'évêché de Bâle on dit: _Un lent_. R. lat. - _lens, lendis_. - - LANDINE, s. f. Lente. Voyez LANDE. - - LANDRILLE, s. f. Voyez ANDRILLE. - - LANGUIR DE, suivi de l'infinitif. Désirer, souhaiter ardemment. _Je - languis d'avoir achevé ce grand travail. Nous languissions tous de - revoir notre beau lac. Te voilà, Édouard; je languissais de te - rencontrer._ Expression remarquable, connue en Suisse, en Savoie - et dans le Midi. - - LANGUIR QUE. Souhaiter ardemment que. _Vous languissez bien que les - vacances arrivent._ En provençal on dit: _Se languir_, v. imp. _Il - me languissait de te voir_, c'est-à-dire: Il me tardait de te - voir. - - LANI, s. m. Sac d'un tissu grossier. _Un lani de riz._ Terme - savoisien et piémontais. - - LANTERNE, s. f. Se dit d'une personne nonchalante, lambine, - paresseuse, tant homme que femme. _Notre associé, on peut le dire, - est une lanterne, une lanterne magique._ Terme parisien populaire, - etc. - - LANVOUI, s. m. Anvoie, orvet, serpent aveugle, anguille de haie. - _Les lanvouis ne sont pas venimeux._ Ce terme a été formé du mot - «Anvoie.» On a dit d'abord, avec l'article: _L'anvoie_; puis, - faisant de l'article et du substantif un seul mot, on a dit: - _Lanvoie_ (_une lanvoie_); puis enfin, _un lanvoui_. R. _anguis_? - - LAPAIS ou LAPAY, s. m. Grande oseille sauvage, patience, plante - très-propre à purifier le sang. _Tisane de lapais._ En provençal - on dit: _Lapas_, s. m.; en latin, _lapathum_. - - LAPIDER QUELQU'UN, v. a. (fig.) Le fatiguer par des demandes - réitérées, par des instances importunes. _Finissez, enfants: vous - me lapidez._ - - LARD (UN). Un cochon, un porc. _Tuer un lard; saler un lard; élever - des lards; engraisser des lards._ Expression savoisienne et - limousine, qui se retrouve en Sologne (département de - Loir-et-Cher), et sans doute ailleurs. - - LARGE, s. m. ou f. Mélèze, arbre bien connu. _Bois de large; échalas - de large._ En vieux français: _Larege_. [Voyez ROQUEFORT, - _Glossaire de la langue romane_, t. II, p. 64.] R. lat. _larix_. - - LARGE, s. m. Espace, place. _Donner du large_, signifie: Donner de - l'espace. _Mettez les trois enfants à une table_ _à part, cela - nous donnera du large._ Expression très-connue, mais qui n'est pas - dans les dictionnaires. - - LARGEUR, s. f. Terme de couturière. Lé. _Vous ajouterez une largeur - à cette robe. Une demi-largeur_ (un demi-lé) _suffira pour cette - jupe_. - - LARMETTE, s. f. (fig.) Très-petite quantité. _Une larmette de vin; - une larmette d'eau de cerise._ Employé au sens propre, le mot de - _larmette_ appartient au vieux français, et se trouve dans - quelques dictionnaires. - - LARRON, s. m. Terme des campagnards. Sorte de fourche de fer à deux - cornes, destinée surtout à décharger les chariots de fumier. - - LARRON, s. m. (fig.) Mouchon, filament enflammé de la mèche et qui - fait couler le suif. _Ôter un larron._ Terme suisse-roman, signalé - aussi dans le _Dictionnaire_ du patois de Valenciennes. - - LAVOIR, s. m. A Genève ce mot a deux sens, dont un n'est pas exact. - Nous appelons _lavoir_ l'endroit de la cuisine où on lave la - vaisselle: ce sens est français. Nous appelons aussi _lavoir_, la - pierre en forme de table, et légèrement creusée, sur laquelle on - lave la vaisselle, et qui a un trou pour l'écoulement des eaux. Ce - sens n'est-pas français; il faut dire: «Évier. Jeter des eaux par - l'évier, par la pierre d'évier.» [ACAD.] - - LAVOIR, s. m. Nous disons figurément: _Être dans le lavoir_, pour: - Être à même de réussir, être dans une position à faire son chemin. - Expression fribourgeoise et savoisienne. - - LAYETTE, s. f. Rayon, étagère. _Ranger des livres sur une layette._ - Le mot de «Layette» est français; mais il n'a pas la signification - qu'on lui donne chez nous. - - LÉCHÉE (UNE). Très-petite quantité d'une chose qui se mange. _Je te - demande un morceau de ce pâté, et tu m'en donnes une léchée._ - «Lèche,» s. f., est français. - - LÉCHEPOT, s. m. Se dit, par dérision, d'un homme qui va autour des - marmites, tâtant les viandes et goûtant les sauces. - - LÉCHEPOTER, v. a. Faire le _léchepot_. _L'enfant se glissait dans la - cuisine pour y léchepoter. Que viens-tu léchepoter ici, Janot?_ - - LÉCHEPOTEUR, s. m. Voyez LÉCHEPOT, qui a le même sens. - - LÉCRELET ou LÉKERLET, s. m. Voyez ÉCRELET. - - LÉGAT, s. m. Terme des campagnards. Don laissé par testament. _Faire - un légat. Il a eu pour sa part un légat de deux mille francs._ - Terme savoisien, méridional et vieux français. R. _legatum_. Le - mot français est «Legs,» qu'on doit prononcer _lai_, comme la - dernière syllabe du mot _délai_. - - LÉGREFASSE, s. f. Grande tonne, tonneau monté sur place. Terme - suisse-roman. En allemand, _Lägerfass_ a le même sens. - - LEIZETTE, s. f. Petit lézard. Voyez LINZETTE. - - LÉMENTE, s. f. C'est sous ce nom que les campagnards désignent la - chouette effraie, _strix flammea_ de Linné, laquelle aime à vivre - dans nos habitations. Les autres espèces de chouettes, celles qui - ne sont pas stationnaires, vivent dans les bois. R. _lamenter_. - - LE MOINS DES MOINS. Le moins, au moins. _Combien de temps durera ton - voyage?--Six semaines pour le moins des moins._ Expression - curieuse, usitée sans doute ailleurs, mais que je n'ai vue - consignée nulle part. - - LENDE, s. f. Voyez LANDE. - - LENT, s. m. _Cette viande sent le lent. Le lard prend très-vite un - goût de lent._ On dit en français: Un goût de relent. - - LENTILLÉ, ÉE, adj. Lentilleux, semé de taches. _Visage lentillé; - peau lentillée._ Notre mot de _lentillé_ a un sens plus étendu que - le mot français correspondant. Nous disons qu'une _robe est - lentillée_, lorsqu'elle est tachée de boue. _Me voilà toute - crottée et lentillée._ En français, _lentille_ signifie: Tache de - rousseur. - - LE PLUS SOUVENT. Expression railleuse et populaire, par laquelle on - nie ou on infirme ce qu'une personne vient d'avancer. _Eh bien, - Pierroton, est-il vrai que ce fameux héritage dont tu nous - parlais, te passera loin du nez?--Oui, mon cher, le plus souvent. - Ne partez pas avant moi, Messieurs; vous avez promis de - m'attendre.--Oui, oui, le plus souvent_; c'est-à-dire: N'y compte - pas; ne t'imagine pas qu'on t'attende. Dans le français populaire - on dit en ce même sens: _Plus souvent_. - - LES, pron. pers. Les paysans emploient sans cesse _les_ (accusatif) - pour «leur» (à eux). _Les blés souffraient beaucoup: cette pluie - les aura fait du bien. Si ces messieurs aiment les croûtes dorées, - on les en fera manger. Vos deux bouèbes font bien du train, maître - Antoine.--Je les ai pourtant bien dit de se taire; mais je vais - les parler sur un autre ton._ Voyez LA, t. II, p. 9. - - LÉSINEUX, EUSE, adj. et subst. _Être lésineux; devenir lésineux. Ce - riche Oswald est un lésineux._ Dites: «Lésineur, lésineuse.» - - LESSIVE, s. f. Prononcez _lé-ci-ve_ et non pas _le-ci-ve_. - - LESSIVE, s. f. Ne dites pas: _Avoir la lessive. Nous avons la - lessive après-demain._ Dites: Faire la lessive. Nous faisons la - lessive après-demain. - - LEUR, LUI, pron. pers. C'est parler mal que de dire avec les - Méridionaux: _Je leur suis parent, vous lui êtes cousin_, etc.; il - faut dire: Je suis leur parent, vous êtes son cousin. - - LEURRE (UNE). Ce mot est aujourd'hui masculin; il était féminin dans - l'ancien français. [Voyez le _Dictionnaire français-anglais_ de - COTGRAVE.] - - LEVAINS, s. m. pl. _Mettre des levains aux pieds._ Expression suisse - et savoisienne. On dit en France: Sinapisme. Mettre des - sinapismes. - - LÉVE, s. f. Terme de chasse. Oiseau qui sert d'appeau. - - LÉVE, s. f. Terme de certains jeux de cartes. Levée. - - LÉVE, s. f. Terme des campagnards. Trouvaille, bénéfice. _Faire une - léve._ S'emploie d'ordinaire ironiquement. _Oh! la belle léve!_ - C'est-à-dire: La belle chose! Le beau venez-y-voir! Le beau - rien-du-tout! - - LEVER LA TABLE. Desservir, dégarnir la table, ranger le couvert. _Il - faut lever la table, Josette; mais vous laisserez la nappe._ - - LEVER LE COUDE. Hausser le coude, boire beaucoup, faire excès de - boissons enivrantes. Français populaire. - - LE VOICI QU'IL... Dites: «Le voici qui. Le voici QUI vient. La voici - QUI approche. Les voici QUI nous cherchent. Les voici QUI arrivent - par le bateau.» Remarque importante et trop négligée. - - LEVRAUT, s. m. Instrument à peser, peson, sorte de romaine. Terme - suisse-roman et jurassien. En Savoie on dit: _Levré_ ou _levrai_; - en vieux français, _lièvre_. R. _libra_. Le _Dictionnaire - français-anglais_ de COTGRAVE, lequel a enregistré une foule de - provincialismes, n'a pas oublié _levrault_. - - LIADIÈRES, s. f. pl. Nom que l'on donne, sur le lac de Genève, à - certains courants irréguliers qui se forment parfois dans les eaux - à différentes époques de l'année, et entraînent les bateaux malgré - les efforts des rameurs. Ces courants vont tantôt dans une - direction, tantôt dans une autre, et n'ont aucun rapport avec le - courant qui amène les eaux du Valais à Genève. [P. G.] - - LIASSE DE CLEFS, s. f. Trousseau de clefs, trousse. - - LIASSE DE LINGES, s. f. Trousse de linges. - - LIASSE D'OGNONS. Glane. _Liasse de porreaux, liasse de radis, - liasse de raves, liasse de scorsonères_, etc. Dites: Botte de - porreaux, botte de radis, botte de raves, botte de scorsonères. En - français, «Liasse» signifie: Paquet de papiers, amas de papiers - liés ensemble. - - LICHEFRITE, s. f. Lèchefrite, ustensile de cuisine. - - [+] LIERRE (LA). _Boire sur la lierre._ Ce féminin est un reste du - vieux français. Depuis le commencement du dix-septième siècle on - dit: «Le lierre.» - - [+] LIÈVRE (UNE). Ce solécisme nous vient du patois (_n[)a] - lîvr[)a]_) et du vieux français. Dans le canton de Vaud, en Savoie - et en Franche-Comté, les campagnards disent aussi: _Une lièvre_. - En provençal, _lèbre_ (lièvre) est féminin. Une des vallées des - Vosges s'appelle _vallée de la Lièvre_. - - LIGNU, s. m. Ligneul, fil poissé des cordonniers. On dit à Lyon: - _Ligneux_; en Languedoc et en Provence, _lignoou_. _Tirer le - lignu_, c'est: Exercer l'état de cordonnier. - - LIMACE, s. f. Se dit figurément d'une personne lente, molle et - nonchalante. _Je vois venir notre limace. Arriveras-tu enfin, - limace que tu es?_ - - LIMOGE, s. m. Coton filé rouge, dont on se sert pour marquer le - linge, etc. - - LIN, s. m. Nous disons proverbialement: _Se faire au lin de - quelqu'un_, pour: Se faire à ses habitudes, à ses goûts, à ses - manières; adopter ses sentiments et ses opinions. Ce terme nous - vient des campagnards. _Lin_ est un mot patois qui signifie: - «Lien.» - - LINCEUIL, s. m. Linceul, drap de toile, drap mortuaire. _Linceuil_ - appartient au vieux français. - - LINGE, s. m. Nous disons proverbialement d'une personne très-pâle: - _Elle est blanche comme un linge._ Expression inconnue aux - dictionnaires. - - LINGÈRE, s. f. Ouvrière en linge. En France on appelle «Lingère» - celle qui fait le linge et qui le vend. - - [+] LINZARD, s. m. Lézard. _Regarde voir ce linzard, - Jacques.--Ensauve-toi, nigaud, c'est une serpent._ Le féminin est - _linzarde_. - - LINZETTE, s. f. Petit lézard. - - LIONS, s. m. pl. Terme des campagnards. Se dit d'un mélange de - légumes secs, comme fèves, haricots, lentilles, pois, dont on fait - une soupe, qui s'appelle _soupe aux lions_, parce que le bouillon - en est bien _lié_ et très-farineux. [P. G.] - - [+] LIQUERNE, s. f. Lucarne. - - LIQUETTE, s. f. Très-petit bateau à pointe carrée; batelet pour une - seule personne. Dans le canton de Vaud on dit: _Liquette_, - _loquette_ et _lequette_; à Neuchâtel, _loquette_. Ces divers - termes semblent formés du mot patois _likà_ ou _lekà_, lequel - signifie: «Glisser.» - - LIQUEURISTE, s. m. Liquoriste. - - LISERET, s. m. _Poser un liseret; mettre un liseret._ Terme de - couturière. Écrivez et prononcez «Liseré.» - - LISIER ou LISIÉ, s. m. Eau de fumier, eau grasse. Dans le canton de - Vaud on dit: _Lisier_, _lisé_ ou _lusé_. - - [+] LISSIVE, s. f. Lessive. _Mettre la lissive; tremper la lissive; - couler la lissive._ Terme suisse-roman, savoisien, franc-comtois - et parisien populaire. R. _lixivia_. A la fin du seizième siècle - on écrivait encore avec un _x_, _lexive_. - - LISSU, s. m. Lessive, eau de cendres, eau détersive, rendue telle - par la cendre ou par la soude. _Du lissu sec. La couleuse, avant - les chaudes, lave dans le lissu les ustensiles de cuisine les plus - communs._ Terme suisse-roman. En Savoie, à Lyon et en Dauphiné, on - dit: _Lissieu_; en Provence, _lissiou_; en Franche-Comté et dans - le Berry, _lessu_; à Bordeaux, _lessif_. R. lat. _lix, licis_. - - LISTE, s. f. Bande mince de bois, règle de bois mince et étroite. - _Ajuster une liste._ Terme suisse-roman, savoisien, méridional et - vieux français. - - LITEAU, s. m. Latte, morceau de bois refendu selon son fil, long, - mince et étroit. _Mettre des liteaux, clouer des liteaux. Les - liteaux du plafond._ Ce terme, peu usité en France, et qui ne - figure point dans le dictionnaire de l'Académie, n'a pas, dans les - dictionnaires qui l'ont recueilli, la signification genevoise. - - LITELAGE, s. m. Lattis, ouvrage de lattes. - - LITELER, v. a. Latter, poser des _liteaux. Liteler une paroi; - liteler un plafond. Paroi litelée._ Dans le patois limousin on - dit: _Listela_. - - LOIN (ÊTRE). Être parti, s'être retiré. _Les sauteurs de corde sont - loin. Nos deux voyageurs étaient à peine loin que l'incendie - éclata._ Expression très-répandue. - - [+] LOINTEUR, s. f. Éloignement, distance. _J'avais marché sans le - savoir sur le nid de ces guêpes, et elles me poursuivirent à une - très-grande lointeur._ - - [+] LOIRIE, s. f. Hoirie, héritage, succession. _Sur le conseil de - Mr le notaire, nous avons accepté la loirie._ Expression des - campagnards. - - LONG, s. m. _S'étendre de tout son long._ Les dictionnaires disent: - «S'étendre tout de son long.» - - LONGE, s. f. _Une voiture à longe._ Terme suisse-roman et savoisien. - En France on dit: «Une voiture à flèche.» - - [+] LONGE (À LA), loc. adv. A la longue. _Un peu de patience, - Monsieur, à la longe vous en viendrez à bout._ - - LONGEOLE, s. f. Terme de boucherie. Andouille. En patois: - _Landiùle_. Au sens figuré, _longeole_ se dit d'une femme ou d'une - fille très-grande et très-maigre. Se dit aussi des choses. _Quelle - longeole de pipe tu as là._ Nos jardiniers donnent plus - particulièrement le nom de _longeole_ à une sorte de longue pomme - de terre. - - LONG FEU. Au sens figuré, _faire long feu en quelque endroit_, - signifie: Y demeurer longtemps, s'y arrêter, y séjourner. _J'ai - dû me rendre à l'invitation d'Ambroise, mais je n'y ai pas fait - long feu._ - - [+] LOQUET, s. m. Hoquet. _Avoir le loquet. Souffrir du loquet._ - Terme parisien populaire, etc. _Loquet_ s'est formé de «hoquet,» - par addition de l'article _le_ en tête du mot. - - LORGNE, s. m. Oiseau de notre lac, espèce de plongeon. - - [+] LOTON, s. m. Laiton. _Une montre en loton._ On lit dans une - Ordonnance du Petit Conseil sur les monteurs de boîtes, en l'an - 1710: «Est défendu à tous maîtres de faire aucun mélange dans - leurs ouvrages d'or avec du _loton_.» Terme suisse-roman, - savoisien et piémontais. - - [+] LOTTE (UNE). Une hotte. _Il tomba, ayant sur le dos sa lotte - pleine de terraille._ Terme suisse-roman et savoisien. Après avoir - dit: «La hotte,» en aspirant l'_h_, on a dit: _L'hotte_, sans - aspiration; puis beaucoup de personnes s'imaginant que _lotte_ - était le substantif lui-même, elles y ont joint l'article, et nous - avons eu l'expression _la lotte_. - - LOUETTE, s. f. Luette, épiglotte. _Avoir la louette basse._ Terme - français populaire. - - LOUISE, s. f. Jeton de cuivre à l'usage des enfants dans certains - jeux. _Payer avec des louises. Au jeu de l'oie on marque - d'ordinaire avec des louises._ - - LOUP, s. m. (fig.) Terme des campagnards. Écuyer, faux bourgeon qui - croît au pied d'un cep. - - LOURD, adv. Beaucoup, considérablement. _Tu as là de bien beaux - pistolets, mais ils doivent t'avoir coûté lourd._ - - LOURDEUR, s. f. Pesanteur. _Elle se plaignit tout à coup d'une - lourdeur dans la tête qui nous inquiéta._ Ce sens du mot - _lourdeur_ n'est pas dans les dictionnaires. - - LOURDISE, s. f. Lourderie, faute grossière contre le bon sens ou - contre la bienséance. _Faire lourdise sur lourdise._ Les - dictionnaires disent que ce mot a vieilli. On s'en sert - habituellement chez nous. - - LOURIOU, s. m. Loriot, oiseau. - - LOUSTIQUE, adj. Gai, content, joyeux, gaillard. _Les premiers jours - de printemps nous rendent loustiques. Nous n'étions que six à ce - repas, mais tous six en belle humeur et loustiques. Comment vous - portez-vous, voisin?--Sans être tout à fait loustique, je suis - déjà beaucoup mieux._ Les dictionnaires français qui ont recueilli - ce mot ne lui donnent pas cette signification, laquelle pourtant - est la véritable. R. all. _lustig_. - - LOVAT, s. m. Tique de marais, insecte qui s'attache aux oreilles des - boeufs et des chiens. Nous disons aussi: _Louvat_ et _lovet_. - - LUC, s. m. Sizerin, sorte de linotte. - - [+] LUCAIRNE, s. f. Voyez LUQUERNE. - - LUCHERAN, s. m. Nom que les campagnards donnent à la chouette et au - chat-huant. Dans le patois vaudois on dit: _Lutzerou_ et - _lutzerein_. - - LUGE, s. f. Sorte de traîneau sans ferrure, en usage dans les - montagnes qui nous avoisinent, et qui sert à transporter le blé, - le foin, le bois, etc. - - LUGER (SE), v. pron. Terme des enfants. Aller en _luge_, aller sur - un grand _ferron_. Dans le patois vaudois on dit: _Ludji_ ou - _liuzi_; et dans le dialecte du Jura, _se lutchi_ signifie: - Glisser sur la glace. - - [+] LUI LA. _Tu crois que je lui la donne, cette belle paume: je lui - la prête._ Dites: Je _LA_ lui donne, je _LA_ lui prête. _Prends - ces dix sous, et tu lui les donneras._ Dites: Tu LES lui donneras. - - LUIRE, v. n. Briller, éclairer. _Les yeux des chats et ceux des - loups luisent dans la nuit._ Expression méridionale, etc. - - LUISET, s. m. Petite lucarne. On a dit anciennement: _Huiset_ - (diminutif de _huis_, porte); de là, _l'huiset_ avec l'article, et - _le luiset_. - - LUMIGNON, s. m. Sorte de petit lampion, sorte de veilleuse. _J'irai - me coucher sitôt que vous aurez préparé le lumignon._ Expression - connue dans le Berry et sans doute ailleurs. En français, - «Lumignon» signifie: Bout de la mèche d'une chandelle ou d'une - bougie qui achève de brûler. - - [+] LUMINON, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses du mot - «Lumignon.» _Une boîte de luminons._ Terme valaisan, savoisien, - limousin, berrichon, etc. - - LUNE, s. f. Lunaison, intervalle d'une lune à une autre. _Il pleuvra - toute cette lune._ Faute générale dans le Midi. - - LUNE, s. f. Terme d'écolier. Lorsque deux palets ou deux boules se - trouvent à une égale distance du but, les joueurs disent: _C'est - lune._ [_Glossaire_ de GAUDY.] - - LUPPE, s. f. Huppe, oiseau. Terme vaudois. - - [+] LUQUERNE ou LUCAIRNE, s. f. _Raccommoder la luquerne._ Terme - suisse-roman et lyonnais. En français: «Lucarne.» R. _lucerna_. - - -M - - MÂCHE-MOLLE, s. f. Se dit d'une personne apathique, flasque, lâche - au travail, et qui indique par ses allures cette disposition. Ce - terme, que nous regardons comme très-expressif, est formé du - verbe _mâcher_ et de l'adverbe _mollement_. On dit aussi - quelquefois: _Mâche-mou_, en parlant d'un homme. - - MÂCHILLER, v. a. Mâchonner, mâcher avec difficulté ou avec - négligence. _Mâchiller du papier._ Terme français populaire. - - MÂCHILLON, s. m. Objet que l'on _mâchille_. - - MÂCHILLIÈRE, adj. _Dent mâchillière._ Dites: «Mâchelière.» - - MACHIN, s. m. MACHINE et MACHINANTE, s. f. Mots d'un grand secours - dans la conversation familière, et qui suppléent à tous les noms - quelconques d'objets ou de personnes qui ne se présentent pas - promptement à la mémoire. _Tends-moi ce machin. Donne-moi cette - machinante, pour faire un trou à la cloison._ Français populaire. - - MÂCHURE, s. m. Nous appelons _taches de mâchure_, les taches que - l'on se fait autour des marmites. On les appelle aussi _mâchuron_ - (_du mâchuron_). Terme connu chez nos proches voisins. Le verbe - «Mâchurer,» v. a., est français. - - MADOTE, s. f. _Poire madote._ Dites: Poire amadote: terme formé par - corruption du mot Damoudot ou plutôt _dame Oudet_, «laquelle dame - était du village de Demigni, entre Beaune et Châlons, et eut la - première de ces fruits en ce pays-là.» [Voyez LACOMBE, - _Dictionnaire du Vieux langage_, t. Ier, p. 23.] - - [+] MADOU, s. m. Amadou. - - [+] MAGINER, v. a. Voyez ÉMAGINER. - - MAGNIN, s. m. Drouineur, chaudronnier ambulant. Quand le temps est - très-sombre et le ciel très-chargé, nous disons figurément et - facétieusement: _Il va pleuvoir des magnins_. _Magnin_ est un - terme suisse, savoisien, franc-comtois et vieux français. En - Bourgogne on dit: _Maignier_; en Berry, _mignan_; à Metz, _magni_; - en Normandie, _magnan_. La première édition du dictionnaire de - l'Académie française [1694] dit: _Maignen_. En vieux français, - _magnan_ signifie: «Chaudron.» - - MÂGNU ou MAGNU, s. m. Lourdaud, homme épais de corps et d'esprit, - butor. _Un gros mâgnu. Voyez donc ce mâgnu qui m'a brisé ce - miroir._ - - MAIGRIR, v. a. _La maladie t'a maigri. Les chagrins vous ont - beaucoup maigri._ «Maigrir» est un verbe neutre. Il faut dire: - «Amaigrir.» La maladie t'a amaigri. - - MAIGROLET, ETTE, adj. Maigrelet. _La femme est une grosse pitaude; - le mari est écouairu et maigrolet._ - - MAIGRULE, s. f. Fille ou femme très-maigre. - - MAILLER, v. neutre. Se dit de la viande qui a été cuite trop - fraîche, et qui s'aplatit, s'étend, s'écrase sous la dent plutôt - que de se couper. _Ce veau est d'une bonne qualité: c'est dommage - qu'il maille._ - - MAILLER, v. actif. Tordre, tortuer, fausser, froisser, marteler. - Mailler une clef. _Mailler une branche de chêne pour en faire une - rioute_ (un lien). _Tout en croyant plaisanter, il a fini par - mailler le bras de sa soeur._ Terme franc-comtois. R. _malleus_. - «Mailler» est français dans des acceptions différentes. - - MAILLOT, s. m. Maillet, mailloche, gros marteau de bois. On dit à - Bordeaux: _Mailloc_. - - MAIN, s. f. Nous disons figurément d'une personne ouverte et loyale: - _Elle a le coeur sur la main._ L'Académie dit: «Elle a le coeur - sur les lèvres.» - - MAINS CHAUDES. Sorte de jeu. _Jouer à mains chaudes._ On dit en - France: Jouer à pied de boeuf. - - MAINS NOIRES. Nous disons, sous forme d'encouragement, à un ouvrier - qui se rebute d'une occupation pénible: _Les mains noires font - manger le pain blanc_, c'est-à-dire: Le travail procure l'aisance. - - [+] MAIRERIE, s. f. _L'hôtel de la mairerie._ Français populaire et - vieux français. On dit aujourd'hui: «Mairie.» Hôtel de la mairie. - - MAIS, adv. Terme des campagnards. De nouveau, derechef, encore une - fois, en sus. _Voyez cette coffe qui a_ mais _sali sa robe_. - _Voilà beaucoup de niolles dans le Jura, il pleuvra_ mais. _Oh! la - maladroite, la voilà_ mais _par terre. Ton ouvrage est mal fait, - Joson, il faudra_ mais _le recommencer_. Ce sens n'est pas dans - les dictionnaires. - - MAL, adj. des 2 genres. Mauvais. _Ce vin n'est pas mal. Ton thème de - prix n'est pas mal._ En vieux français, _mal_ était adjectif. On - disait, par exemple, _male femme_, pour: Méchante femme: _male - bouche_, pour: Mauvaise bouche; _male mort_, pour: Mort funeste; - _male fortune_, pour: Infortune; et nous disons encore à Genève: - _Male vie_, pour: Mauvaise vie. Le mot «Malheur» n'est autre chose - que la réunion des deux mots _male heure_, mauvaise heure. En - provençal, _mal an_ signifie: Mauvaise année. - - MAL, s. m. Nous disons: _Se faire mal_, pour: Se blesser. _Elle - s'était fait mal au doigt. Il s'est fait mal au pied._ Cette - expression, fort connue en Suisse, en Savoie, en Provence et - ailleurs, n'est pas mentionnée dans les dictionnaires. - - MAL, s. m. Plaie, ulcère. _L'enfant du pauvre Doguet est plein de - mal._ Français populaire. - - MALADIE, s. f. L'expression _faire une maladie_, est si répandue, si - claire et si commode, qu'elle mériterait presque d'être française. - Ce qu'il y a de certain, c'est que cette phrase: «J'ai _eu une_ - maladie,» forme une cacophonie horrible, dont l'oreille délicate - du peuple ne s'accommodera jamais. J.-J. ROUSSEAU a dit: «Il est - singulier que je n'ai jamais fait de grandes maladies à la - campagne.» [_Confessions_, liv. VI.] - - MALADIER, v. n. Être malade, languir, traîner. _La pauvre Alix ne - veut pas maladier longtemps._ T. des campagnards. - - MALADISTE, adj. _Enfant maladiste; jeune fille maladiste._ Dites: - Maladif, maladive. - - MALAGNOU ou MARAGNOU, s. m. Muscardin, petit mammifère rongeur, du - genre des loirs. - - MALAISE, adj. Ne dites pas: _Je me sens tout malaise_; dites: J'ai - beaucoup de malaise, ou employez une expression équivalente. Voyez - AISE. - - MALAISÉE, s. f. Dans le langage le plus familier, _faire danser à - quelqu'un la malaisée_ signifie: Lui administrer une correction, - le rosser, l'étriller. - - [+] MALATRU, TRUE, substantif. Malotru, malotrue. _Un malatru nous - vint au rencontre et nous agonisa._ - - MALATRU, TRUE, adjectif. Se dit des choses et signifie: Usé, - délabré, en mauvais état. _Des malatrus souliers; un malatru - chapeau. Voyez, mon bon Monsieur, l'état misérable où je suis; je - n'ai que cette malatrue veste et ce crouye pantalon._ Dans le - vieux français, _malotru_ ou plutôt _malostru_ et _malestruz_, - adjectifs, signifiaient: Chétif, misérable. R. _malè structus_. - Dans le langage français actuel, «Malotru» n'est pas adjectif. - - MALCOMMODE, adj. Incommode, peu commode. _Voiture malcommode; - fauteuil malcommode_. - - MALCOMPLAISANT, ANTE, adj. et s. Peu complaisant, qui manque de - complaisance. _Tu es une malcomplaisante, Fanny.--Malcomplaisante - toi-même._ Terme généralement connu et usité, mais que nul - dictionnaire n'a encore admis. - - MALCONTENT, ENTE, adj. Mécontent. L'Académie dit que le mot de - _malcontent_ a vieilli. Il est fort habituel chez nous. - - MAL DU PAYS, s. m. Maladie du pays, nostalgie. _Avoir le mal du - pays; succomber au mal du pays._ Terme suisse-roman et savoisien. - C'est la traduction littérale du mot allemand: _Heimweh_. - - MALEMPARÉE, s. f. Mauvaise tournure d'un événement, mauvaise - tournure d'une affaire. _Quand il a vu la malemparée, et que la - querelle s'échauffait, il a prudemment levé le pied._ Terme - vaudois, savoisien, etc. - - MAL EN TRAIN, adj. Peu en train, mal disposé, détraqué, sans courage - au travail. _Je me sentais tout mal en train._ Voyez ENTRAIN, s. - m. - - MALET, s. m. Convulsions nerveuses des enfants au maillot. _Le - malet bleu; le malet blanc. Le rire du malet. Sirop pour le - malet._ Terme suisse-roman et savoisien. - - MALEVIE, s. f. Ce mot signifie littéralement: Mauvaise vie, et se - dit de certaines choses qui sont à la fois très-mauvaises et - excessives dans leur genre. Ainsi, _un vacarme de malevie_, est: - Un vacarme épouvantable. _Une faim de malevie_, est: Une faim - dévorante. On dit de même: _Une colère de malevie, un désordre de - malevie_, etc. On se sert aussi du mot de _malevie_ pour éviter - celui de «diable.» _Cet enfant a la malevie pour faire tout ce - qu'on lui défend. C'est bien la malevie si je ne viens pas à bout - de ce travail. Faire ces tours d'escamotage, ce n'est pas la - malevie._ Terme suisse-roman. - - MALHONNÊTE, substantif des 2 genres. Impoli, indiscret. _Vous êtes - un malhonnête, Monsieur: passez votre chemin. Voyez ces deux - malhonnêtes, qui ne daignent pas nous saluer._ «Malhonnête» n'est - jamais substantif. - - MALICE, s. f. _Donner une malice_, signifie, dans le langage des - campagnards: Donner un sort, jeter un sort, ensorceler. Les - paysans, non-seulement de notre canton, mais encore de toute - l'Europe, croient qu'on peut ensorceler eux, leur bétail et leurs - récoltes, au moyen de paroles, de drogues ou de plantes. [P. G.] - - MALIN, LIGNE, adj. Difficile, en parlant des choses. _Grimper au - haut de cet arbre, voilà qui est malin!_ c'est-à-dire: Voilà une - belle prouesse!... Français populaire. - - MALINE, adj. et s. f. Orthographe et prononciation vicieuses du mot - «Maligne.» _La fièvre maline._ Terme français populaire et vieux - français. Nous disons de même: _Consiner, manifique, companie, - cliner les yeux_, etc. - - MALLE, s. f. Nous disons trivialement d'un homme ivre: _Il a sa - malle_. - - MALMÛR, ÛRE, adj. Qui n'est pas assez mûr. _Fruit malmûr._ Terme de - la Suisse romane, etc. - - MALOTTE, s. f. Motte de terre. En Savoie, _malotte_ se dit - non-seulement des mottes de terre, mais aussi des boules de neige - que font les enfants. - - MANCHE, s. f. Nous disons proverbialement d'un homme ferme, habile, - résolu et qui sait ce qu'il se veut: _Il ne se mouche pas de la - manche_. L'Académie dit: Il ne se mouche pas SUR la manche. - - MANCHE, s. m. Queue. (fig.) Nous disons figurément: _Tenir le manche - de la poêle_, pour signifier: Conduire une affaire, en avoir la - direction principale. _C'est Monsieur tel qui est le grand meneur; - c'est lui qui tient le manche de la poêle._ On dirait en français: - C'est Monsieur tel qui tient la queue de la poêle. - - MANCHE DE VESTE, s. f. _Avoir les jambes en manche de veste_, est - une expression burlesque qui signifie: Avoir les jambes torses et - contrefaites; être mal bâti; «avoir les jambes en faucille,» comme - s'exprime le _Dictionnaire du Bas langage_, t. Ier, p. 378. - - MANCHETTES, s. f. pl. Nous disons proverbialement d'un vêtement, - d'un ajustement quelconque qui est trop beau pour la personne qui - en est parée: _Cela lui va comme des manchettes à un cochon_. - - MANDEMENT (LE). _Habiter le Mandement. S'établir dans le Mandement. - Les principaux villages du Mandement sont: Bourdigny, Peney, - Satigny, Dardagny et Russin._ Voici l'origine de ce terme. Au - commencement du seizième siècle, l'évêque de Genève possédait à - quelques lieues de sa résidence trois petits territoires ou - _mandements_, savoir ceux de Thiez, de Jussy et de Peney, et - chacun d'eux avait son châtelain qui administrait au nom du - prélat. Le mandement de Thiez fut perdu après la Réformation. Ceux - de Jussy et de Peney sont restés à la république; celui de Peney - seul a conservé le nom de _mandement_. Ainsi l'expression de - _mandement_ signifie: District, juridiction, territoire confié - par l'évêque à l'administration d'un châtelain ou d'un bailli. - Aucun dictionnaire usuel, ni même le _Glossaire roman_ de - ROQUEFORT, n'ont signalé cette signification, assez notable, du - mot _mandement_. Le district d'Aigle (canton de Vaud), était - anciennement divisé en quatre _mandements_. Dans le latin du moyen - âge, on disait: _Mandamentum_. - - MANGEOIRE, s. f. Auget de cage, petit bocal où l'on place la - mangeaille d'un oiseau. «Mangeoire,» en français, ne se dit que de - l'auge où mangent les chevaux. En languedocien, _manjhadou_ a le - sens de notre mot _mangeoire_. - - MANGER, v. a. Nous disons proverbialement d'une personne fort riche: - _Elle mange l'or à la cuiller_. On dit en français: «Elle remue - l'argent à la pelle,» expression moins énergique peut-être que la - nôtre. - - MANGER, v. a. (fig.) Mordre, piquer, dévorer. Se dit de certains - insectes qui s'attachent à la peau de l'homme et des animaux. _La - pauvre enfant était mangée des puces._ Expression méridionale, - etc. - - MANGER, v. a. (fig.) Employer, faire perdre. _Je renoncerai à cette - excursion: elle me mangerait trop d'argent. La fête d'Interlaken - fut brillante; mais elle nous mangea environ trois jours._ Ce - sens, un peu trivial, du verbe _manger_, n'est pas dans les - dictionnaires. - - MANGER UN ORDRE. Oublier un ordre, oublier une commission. _Je lui - avais prescrit de m'attendre au débarcadère, mais il a mangé - l'ordre._ Français populaire. - - MANGER (SE), v. pron. Se ruiner en folles dépenses. _C'est un homme - qui se mange, et auquel il ne restera bientôt pas un écu._ - - MANGER (SE), v. réc. Se quereller. _Les entendez-vous qui se - mangent? Ils ne se rencontrent jamais sans se manger._ - - MANIANCE, s. f. Maniement, administration, jouissance. Ne s'emploie - guère que dans cette expression: _Avoir en maniance_, - c'est-à-dire: Manier, avoir le maniement de, administrer. _Du - moment que ce jeune homme eut toute sa fortune en maniance, il se - dérangea._ Terme vieux français, etc. - - MANICLE, s. f. Gabegie, manigance, mystère, manoeuvre secrète et - artificieuse. _Être dans la manicle_, veut dire: Être dans le - secret, être initié à l'intrigue. On dit dans le même sens: - _Connaître la manicle, savoir la manicle_. - - MANIÈRE (DE). Ne dites pas: _De manière à ce que_, dites: «De - manière que,» ou: «De sorte que.» _De manière à ce que_ est un - barbarisme qui a passé insensiblement du langage populaire dans le - style des romanciers et des feuilletonistes, et qui est - aujourd'hui installé et achalandé. Dire que M. BESCHERELLE, si - indulgent pour les néologismes, condamne absolument cette - expression traînarde, c'est en faire, il me semble, une suffisante - critique. - - [+] MANIFIQUE, adj. Orthographe et prononciation vicieuses du mot - «Magnifique,» dont l'articulation _gn_ est mouillée. _On nous - servit une fricassée manifique._ Cette faute, qui se fait en - Lorraine et sans doute ailleurs, est une tradition du vieux - français. - - MANILLE, s. f. (_ll_ mouillés.) Anse. _La manille d'un pot. La - manille lui est demeurée à la main._ Terme suisse-roman, - savoisien, languedocien et vieux français. En Dauphiné on dit: - _Maneille_; à Lyon, _manillon_; en provençal, _maneyo_; en rouchi, - _manique_. R. _manus_. - - MANNE, s. f. Drogue purgative. On doit prononcer _mâne_. - - [+] MANQUABLEMENT, adv. Immanquablement. - - MANQUE À TOUCHE, s. m. (fig.) Manque à toucher, manque de tact, - gaucherie. _Faire un manque à touche. Son manque à touche le mit - dans un embarras cruel._ Au sens propre, les dictionnaires disent: - «Un manque de touche,» ou: «Un manque à toucher;» mais - l'expression _manque à touche_ n'est jamais française. - - MANQUER, v. n. _Ils ont manqué être pris. Il a manqué tomber; elle a - manqué s'estropier. Un cheval a manqué l'écraser._ Tous les - dictionnaires et la majorité des grammairiens veulent qu'on ajoute - la préposition _de_, et qu'on dise: Il a manqué DE tomber. Elle a - manqué DE s'estropier. - - MANQUER (SE). Manquer, se tromper, faillir. _Notre jeune écolier - s'est manqué deux fois en récitant sa leçon. Suivez ce chemin, mes - amis, vous ne pouvez pas vous manquer._ Terme suisse-roman, - savoisien et méridional. - - MANQUER (SE). Manquer, être de moins. _Quand le commissionnaire fut - parti, et que je voulus reconnaître la somme, il s'y manquait dix - francs._ - - MANTEAU, s. m. _Le manteau d'un chat, le manteau d'un cheval, le - manteau d'un chien._ On dit en français: «La robe.» - - MANTILLAGE, s. m. Linge de table, assortiment de linge de table. _Un - beau mantillage; un mantillage usé._ En vieux français, _mantil_ - ou _mantiz_ ont le même sens. Dans le canton de Vaud, en Savoie et - à Besançon, _manti_ signifie: «Nappe.» En latin, _mantile_ veut - dire: Essuie-mains, serviette. - - MÂPELU, s. m. Malotru, bélître. Ce terme, qui nous vient du patois, - signifie: «Mal pelé.» En vieux français, _pelu_ ou _pellu_ veut - dire: Rempli de poils, sale, malpropre. - - MÂPIS ou MÂPI, s. m. Bille, gobille, chique, petite boule de grès ou - de marbre dont s'amusent les jeunes enfants. _Jouer aux mâpis. Le - jeu des mâpis._ A Genève, ceux qui veulent mieux parler disent: - _Marbron_. - - MÂPU, s. m. Butor, lourdaud, malotru. - - MARAGNOU, s. m. Muscardin. Voyez MALAGNOU. - - MARAIN, s. m. Gravois, plâtras. _Un tombereau de marain._ Terme - lyonnais, etc. - - MARATAGE, s. m. Brocantage, troc. - - MARATER, v. a. Brocanter, troquer, échanger. En provençal, _barata_ - a le même sens. En vieux français, _barater_ signifie: Tromper, - frauder. - - MARATEUR, MARATEUSE, s. Brocanteur, brocanteuse. - - MARBRON, s. m. Bille, gobille, _mâpis_. _Jouer aux marbrons. Le jeu - des marbrons._ - - MARC DE CAFÉ, MARC DE RAISIN, s. m. Le _c_ final du mot _marc_ ne se - prononce pas, et la syllabe _ar_ est très-brève. - - MARCHANDEUR, MARCHANDEUSE, s. Celui ou celle qui dispute sur le prix - d'une marchandise. _Il est très-riche, et pourtant très-grand - marchandeur._ - - MARCHER, v. a. Quand une Genevoise dit à quelqu'un: _Vous me - marchez_, ou: _Vous me marchez dessus_, cela signifie: Vous - marchez sur ma robe. L'expression: _Vous me marchez_, est un peu - étrange, mais elle n'est pas particulière à notre ville. [Voyez - les Glossaires méridionaux.] - - MARCORET, s. m. Mercuriale, plante. Dans le canton de Vaud on dit: - _Mercoret_. - - MARGALLE, s. f. Sorte de petite cerise noire. - - MARGOT, s. f. Femme ou fille inepte, sotte, stupide. S'emploie - quelquefois adjectivement. _Votre Marianne est plus margot que je - ne sais quoi._ En français, «Une margot» signifie: 1º Une bavarde; - 2º Une éhontée. - - MARGOTTE, s. f. Marcotte. _Une margotte d'oeillet; planter des - margottes._ Français populaire. - - MARGOTTER, v. a. Marcotter. - - MARGUERITES, s. f. pl. (fig.) Cheveux grisonnants. - - MARIAGE, s. m. _Au mariage et à la mort, le diable fait son effort._ - Proverbe genevois qui signifie qu'à chaque _mariage_ et à chaque - _mort_ les caquets et les médisances vont grand train. - - MARIAUDER ou MARIAUTER, v. a. Ne s'emploie guère que dans cette - phrase: _Mariauder un enfant_, c'est-à-dire: Le manier, le porter - sans précaution, le faire sauter brusquement. _Ne lui donnez pas - cette petite fille à mariauder._ - - MARIER, v. a. Se marier avec, épouser. _Sais-tu que Jacques, le - célibataire, va marier la fille à Truchet?_ Français populaire. - - MARMANGER (SE), v. réc. Se quereller vivement, s'entre-manger. _Nos - deux voisines sont toujours à se marmanger._ Terme peu noble, mais - énergique. - - MARMOTTEUR, MARMOTTEUSE, s. Celui ou celle qui a l'habitude de - marmotter, de répliquer, de se plaindre sans raison. _Tu es une - marmotteuse, Jenny, et je te punirai._ - - MARMOTTINE, s. f. Terme de modiste. Marmotte, sorte de mouchoir qui - enveloppe la tête. - - MARMOUNER, v. n. Marmonner, marmotter, marronner. - - MAROQUIN, s. m. (fig.) _En vouloir au maroquin_, signifie: - Ambitionner, convoiter les hautes places de la République. - Expression figurée qui se prend d'ordinaire en mauvaise part. - - MARQUAINE ou MARQUÉE, s. f. Craie rouge ou blanche. - - MARTEAU, s. m. Dent mâchelière, grosse dent. _Souffrir d'un marteau; - se faire tirer un marteau._ Terme populaire, fort usité dans la - Suisse française, en Savoie, à Lyon et en Franche-Comté, mais qui - n'a été recueilli jusqu'à présent par aucun dictionnaire français. - - MARTEAU, s. m. Capron, grosse fraise ronde que l'on cultive dans nos - jardins. [P. G.] - - MARTÉRISER, v. a. Martyriser. _Elle se martérise pour gagner - quelques pauvres sous._ A Neuchâtel on dit: _Marturiser_. - - MARTINATIER, s. m. Propriétaire ou directeur d'un martinet, - c'est-à-dire, d'une usine. - - MARTIN VIT, s. m. Sorte de jeu qu'on appelle en France: «Petit - bonhomme vit encore.» _Martin vit.--Vit-il toujours?--Toujours il - vit._ - - MARTIROLET ou MARTIROLAT, s. m. Martelet, martinet de murailles, - espèce d'hirondelle. - - MARTYRE, s. m. (fig.) Nous disons, en retranchant l'article: - _Souffrir martyre. Son bavardage incessant nous faisait souffrir - martyre._ Les dictionnaires disent: «Souffrir LE martyre.» - - MAS, s. m. Ce que nous appelons _Mas de maisons_ s'appelle en - français: «Île.» Et quand nous disons: _Trente poses de vigne en - un seul mas_, les Français disent: «----en un même clos.» Dans le - vieux français, _mas_ signifiait: Territoire appartenant à un même - seigneur. - - MÂSILLES, s. f. pl. Voyez MÂZILLES. - - MAT (prononcez _matt_), MATTE, adj. Se dit surtout du linge et - signifie: «Qui a quelque humidité, qui est un peu mouillé.» _Des - serviettes mattes. Les draps restent mats, lorsque, après la - lessive, ils n'ont pas été suffisamment exposés au soleil._ Nous - le disons aussi de la peau. _La transpiration commence, et la peau - devient un peu matte._ En français, _mat_, adjectif, n'a aucun de - ces deux sens. Dans le pays d'Enhaut (canton de Vaud), _matzo_ - signifie: «Humide.» - - MATAFAN, s. m. Lourdaud, bélître. _Matafan que tu es, feras-tu une - fois en ta vie quelque chose de bien?_ Voyez MATE-FAIM. - - MATAGASSE, s. f. Pie-grièche, et au figuré: Femme dont l'humeur est - aigre et querelleuse. Dans le canton de Vaud on dit: _Matagasse_ - et _montagasse_; en Languedoc, _amargasse_; en Provence, - _darnagasse_. R. _agasse_ (pie). - - MATE ou MATTE, s. f. Terme des campagnards. Tas, monceau. _Une matte - de foin._ Voyez MATOLLE. En Languedoc, _mate_ signifie: Une - touffe, une fane. - - MATE-FAIM, s. m. Terme culinaire. Sorte de crêpe fort nourrissante, - et qui, par conséquent, _mate la faim_. _Mate-faim aux pommes._ - Terme suisse-roman, savoisien et français populaire. En patois on - dit: _Matafan_. - - MATERAT, s. m. Bécassine sourde. Quelques-uns écrivent _matras_. - - MATIN, s. m. C'est parler mal que de dire: _J'irai grand matin; on - se lèvera bon matin_. Il faut dire: «J'irai DE grand matin; on se - lèvera DE bon matin.» C'est parler mal aussi que de dire: _Venez - du matin; on partira du matin_. [Voyez t. Ier, p. 159.] - - MATINIER, IÈRE, adj. Matinal. _Tu es bien matinier, Victor._ - «Matinier» est français, mais dans une acception un peu - différente. - - MATOLLE, s. f. Masse de beurre ordinairement ronde. _Une grosse - matolle; une petite matolle. Le beurre destiné à être fondu se - vend en matolles._ Terme connu aussi dans la Suisse romane, en - Chablais et dans le Faucigny. A Aigle (canton de Vaud), à - Chambéry, et ailleurs sans doute, on dit: _Malotte_. Or, ce mot de - _malotte_ est notre mot de _matolle_, dont les lettres sont - transposées. Dans le Jura, _matolle_ signifie: Boule de neige - façonnée entre les mains. R. _matte_, terme patois, qui veut dire: - Tas, monceau. - - MATOQUE, s. f. et adj. Nigaude, sotte, bécasse. _Tu es bien matoque, - ma pauvre Thérèse, de croire tous les contes que ce jeune homme - vient te faire. Oh! la matoque de fille, qui ne sait pas - distinguer un lapin d'un lièvre!_ Terme connu en Suisse et en - Savoie. Quelquefois _matoque_ se dit en parlant des choses. _Voyez - cette matoque de cafetière, qui met une heure de temps à cuire!_ A - Reims, _mastoque_ signifie: Lourdaud, grossier. - - MATRAS, s. m. Engrais, fumier, [P.G.] Terme usité aussi dans le - Jura. [Voyez MONNIER, _Vocabulaire de la langue rustique du - Jura_.] - - MATRASSER, v. a. Fumer un terrain, y épandre de l'engrais ou du - fumier, [P. G.] - - MAUVAIS, MAUVAISE, adj. Cet adjectif, pris dans le sens de - «méchant,» se dit quelquefois des animaux, et surtout des bêtes à - cornes. _Prenez garde, Messieurs: cette vache est mauvaise, elle - donne._ - - MAUVAISES RAISONS. Paroles offensantes, propos injurieux. _Dire des - mauvaises raisons. Je lui parlais avec douceur et sans me fâcher; - mais lui, il s'est monté, et a fini par me dire un tas de - mauvaises raisons._ Expression dauphinoise, etc. - - MAYÔLE, s. f. (Prononcez _maïôle_.) Exclamation ironique, terme de - moquerie, usité surtout parmi les enfants. _Oh! la mayôle, qui - s'est laissé battre par une petite fille! Faites-lui tous mayôle!_ - Ce mot vient par corruption de _mariole_, qui, dans plusieurs - dialectes de France, signifie: Un homme dont on ne fait point de - cas, un homme de rien, un témoin peu digne de foi. En vieux - français, _mariolet_ voulait dire: Enfant inepte, jeune homme - inconséquent. [Voyez le _Dictionnaire roman-wallon_ de DON - FRANÇOIS, et le _Dictionnaire français-latin_ de ROBERT ESTIENNE, - 1605, in-4º.] - - MAZILLES ou MAZILS, s. f. pl. L'argent que possède une personne. - _Avoir des mazilles. Compter ses mazilles._ Le peuple parisien - dit: _Avoir de la mazille_. Dans le Berry et en Picardie, - _mazille_ signifie: Mauvaise monnaie de cuivre. - - MÉCANIQUE (UN). _Le mécanique de l'horloge s'est dérangé._ «_Le - mécanique_ est palpable.» [CH. BONNET, _Contemplation de la - nature_, XIe partie, ch. 27.] Ce mot est féminin. - - MÉCREDI, s. m. Écrivez et prononcez «Mercredi.» - - [+] MEDAILLE, s. f. _Regarde, papa, j'ai la medaille._ Écrivez et - prononcez «MÉdaille.» - - MÉDECINAL, ALE, adj. Écrivez «Médicinal.» Herbe médicinale, potion - médicinale. [ACAD.] - - MÉDILLON, s. m. Sorte de rigole pavée. _L'eau séjournait dans le - médillon._ - - MEICLE, s. m. (Prononcez _mey-clle_, _ll_ mouillés.) Terme rural qui - signifie: Mélange, et plus particulièrement: 1º Un mélange de - seigle et de blé, soit Méteil. _Pain de meicle; farine de meicle; - semer du meicle._ 2º Un mélange de paille et de foin, que les - campagnards font manger en hiver à leurs vaches et à leurs - chevaux. En Languedoc on dit: _Mescle_. Le verbe provençal - _mescla_ signifie: Mêler, mélanger.» - - MÉLÈZE (LA). _La mélèze dure bien plus que le sapin._ Ce mot est - masculin. Le genre féminin appartient au vieux français, et s'est - conservé en Savoie et sans doute ailleurs. Nos campagnards - prononcent _melèze_. - - MELIZE, s. f. Plante médicinale. _Une infusion de melize._ Terme - savoisien et lyonnais. Écrivez et prononcez «Mélisse.» - - MÊLON-MÊLETTE, adv. Pêle-mêle. En Picardie on dit: _Melon-melette_; - dans le patois bourguignon et en Franche-Comté, _maulin-maulo_; en - Normandie, _mêli-mêlo_. - - MEMBRÉ, ÉE, adj. _Un homme vigoureux et bien membré._ Terme français - populaire. Dites: Membru, c'est-à-dire: Qui a les membres gros et - puissants. - - MÉMORISATION, s. f. Voyez MÉMORISER. - - MÉMORISER, v. n. Apprendre par coeur et retenir ce qu'on a appris. - _Les orateurs ont souvent une peine extrême à mémoriser. Le - travail de la mémorisation est pour beaucoup de prédicateurs un - travail ingrat et difficile._ Termes excellents. - - MÉNAGE, s. m. Nous disons: _Se mettre à son ménage._ Nous disons - également: _Se mettre dans son ménage. Aussitôt mariés, les futurs - époux se mettront dans leur ménage; se mettront à leur ménage._ Le - dictionnaire de l'Académie dit: «Se mettre EN ménage.» - - MÉNAGÈRE, s. f. Petit tablier de femme. - - MENÉ, NÉE, adj. Se dit des choses, et signifie: «Usé.» _Un habit - mené; des serviettes menées._ - - MENER, v. a. (fig.) Dans le langage des campagnards: _Un tel mène sa - soixantième année_, signifie: Un tel est dans sa soixantième - année; il court sa soixantième année. - - MENER SA LANGUE. Jaser, bavarder, médire. - - MENER UNE CONDUITE. _Ce jeune homme ne mène pas une conduite qui lui - fasse honneur._ On dit en français: Tenir une conduite. Mais il - est correct de dire: Mener une vie. Ce jeune homme mène une vie - dissipée. - - MENIÈRES, s. f. pl. Lisières, bandes d'étoffe ou cordons attachés - aux robes des petits enfants pour les soutenir quand ils - s'essaient à marcher. _Votre petit John marche-t-il?--Vous - m'excuserez, Monsieur: il va encore avec les menières._ - - MENILLE, s. f. Jeu de cartes, espèce de brelan. Au sens figuré nous - disons de quelqu'un qui est dupe dans une affaire: _Il est - menille_. - - MENTEUR, s. m. Le proverbe suivant: _On attrape plus vite un menteur - qu'un voleur_, signifie: Que les mensonges se découvrent - facilement. Ce dicton, très-répandu à Genève et chez nos voisins, - ne se trouve dans aucun des dictionnaires que j'ai consultés. - - MENTON À TAPETTE, s. m. Menton pointu et recourbé, menton DE - galloche, et non pas _menton à galloche_, comme nous le disons - ordinairement. - - MENUSAILLE, s. f. Menuaille, petite monnaie. _Il ne m'a payé qu'en - menusaille._ Dans la Franche-Comté on dit: _Menuisaille_. - - MENUSERIE, s. f. Menuiserie. MENUSIER, s. m. Menuisier. - - [+] MÉNUTIE, s. f. Minutie. MÉNUTIEUX. Minutieux. - - MÉPHIBOSET, s. m. Petit homme mal bâti. «La chambre de Milice - pourra dispenser du service les malades et les _méphibosets_.» - [_Troisième Visite de l'aristocrate_; brochure genevoise anonyme, - année 1791.] On dit quelquefois au féminin: _Méphibosette. Une - petite méphibosette._ - - MÉPRISER (SE), v. pron. Mépriser, dédaigner; se refuser par fierté à - faire une chose. _Oui, Monsieur le pasteur, je dois vous le dire: - Ma fille se méprise de porter l'eau; elle se méprise même d'aller - promener avec nous. Ton père est cordonnier, et tu te méprises de - prendre cette profession?_ - - MERANDE ou MERENDE, s. f. Terme des campagnards. Petit repas qui se - fait à quatre heures de l'après-midi; goûter. Dans plusieurs de - nos villages, ce repas s'appelle _goûtairon_. Le repas de onze - heures ou midi s'appelle _goûta_; le repas du matin, _din-na_ ou - _déna_; le repas du soir, _s'p[)a]_ ou _ch'p[)a]_. Le mot - _merande_, connu dans toute la Suisse romane, en Chablais, en - Faucigny et dans les trois quarts de la France, appartient au - vieux français. R. lat. _merenda_. - - MERCI DE. _Merci de la peine; merci du compliment; merci de votre - bon souvenir._ Cette expression familière, très-usitée chez nous - et probablement dans tous les pays où l'on parle français, n'est - consignée nulle part. Les dictionnaires disent: «Merci,» sans - ajouter de régime. - - MERDAILLON, s. m. Terme injurieux, dont on qualifie quelquefois un - bambin ridicule, un blanc-bec, un petit bonhomme qui veut se - donner de grands airs. Terme français populaire. - - MÈRE, s. f. Nous disons proverbialement: _C'est tout ma mère m'a - fait_, pour signifier: C'est tout un; il n'y a aucune différence - entre ces choses; c'est blanc bonnet, bonnet blanc. _Prenez - l'oncle, prenez le neveu: c'est tout ma mère m'a fait_; - c'est-à-dire: Ils ne valent pas mieux l'un que l'autre. - - MÉRÉDI, s. m. Raifort sauvage. Ce terme, connu dans le canton de - Vaud, vient de l'allemand _Meerrettig_, qui a le même sens que - _mérédi_. - - MÉRIDIEN (LE). _Régler une pendule au méridien._ Terme dauphinois et - provençal. Dites: À la méridienne. - - MERINGUÉ, ÉE, adj. Terme de pâtissier. _Tôfet meringué; biscuit - meringué; bâton meringué._ «Meringue» est français. - - MERISE, s. f. Ce que nous appelons à Genève _merise_, s'appelle en - français: «Griotte.» La _merise_ est une cerise sauvage. La - _merise douce_ est une «Guigne.» - - MERISIER, s. m. Griottier, guignier. - - MERVEILLES, s. f. pl. Rubans de pâte cuits dans le beurre. _Un plat - de merveilles. On nous servit à goûter des croûtes dorées et des - merveilles._ - - MESAILLE, s. f. Terme des collégiens. Argent. Voyez MESUAILLE. - - MÉSENTENDU, s. m. Malentendu, c'est-à-dire: Paroles ou actions - prises dans un autre sens que celui où elles ont été dites ou - faites. _Éclaircir un mésentendu._ «Par un _mésentendu_ survenu - dans ce voyage, le prince royal eut le malheur de tomber dans la - disgrâce du roi son père. [SEIGNEUX DE CORREVON, _Mémoires sur - Frédéric le Grand_, t. Ier, p. 12.] Terme universellement connu et - usité en Suisse, en Savoie et en France, mais non admis jusqu'à - présent dans les dictionnaires. - - MÉSENTENTE, s. f. Malentendu. _Arrangeons-nous de manière qu'il n'y - ait point de mésentente._ On lit dans le _Journal de Genève_ de - 1848, no 84: «La proposition de Mr V** est adoptée. (Discussions, - bruit, mouvements et _mésentente_ prolongée.)» Je pense qu'ici - _mésentente_ signifie: Le fait de ne pas entendre. - - MESONS, s. m. pl. Voyez MEZONS. - - MESSELIER ou MESSALIER, s. m. Messier, garde champêtre temporaire. - Terme vaudois et lyonnais. On disait en vieux français: - _Messilier_ et _messeillier_. - - MÉTAN ou plutôt MEYTAN, s. m. En patois ce mot signifie: Milieu. - Terme franc-comtois. Dans le patois bourguignon, dans le patois du - Berry, à Reims, en Normandie et en vieux français on dit: _Mitan_. - Dans le patois de l'évêché de Bâle on dit: _Mitan_ et _moïtan_. Le - dictionnaire de MONET [1636] donne comme synonymes les trois mots: - _Meilieu_, _milieu_ et _mitan_. En allemand, _Mitte_. - - MÉTEGUETTE (À LA). Locution adverbiale qui signifie: Chichement. _Tu - m'en donnes à la méteguette. Tu me sers à la méteguette_; - c'est-à-dire: Tu me regrettes ce que tu me sers. Dans le canton de - Vaud, _meteguet_ se dit d'un homme minutieux, lambin, doucereux. - Dans les Alpes le verbe _metegà_ signifie: Assigner, dans une - famille, à chacun sa portion du bien commun. R. _mitigare_? - - MÉTIAFOU ou MATIAFOU, s. m. Demi-fou, cerveau timbré, original. En - patois, _matî-[)a]_ ou _meytî-[)a]_ signifient: «Moitié.» - - METTRE À COIN, v. a. Serrer, mettre de côté, tenir en réserve. _Son - mari lui a pris et a fioulé les quatorze écus qu'elle avait mis à - coin._ - - METTRE DES DENTS. Nous disons d'un petit enfant: _Il met ses dents._ - On dit en français: Les dents lui percent, ou: Les dents lui - viennent, ou: Il fait ses dents. De ces trois expressions, les - deux premières sont les plus correctes. - - METTRE SUR QUELQU'UN. Terme d'encan. Enchérir. _Il a mis trois - francs sur moi, et je n'ai pas eu cette belle commode. Faisons un - accord: je ne mettrai pas sur vous, ni vous sur moi._ Expression - neuchâteloise. [Voyez GUILLEBERT, _Vocabulaire du dialecte - neuchâtelois_, 2e édition, p. 295.] - - METTRE (SE), v. pron. _Se mettre d'une société; se mettre_ _d'une - confrérie. Il s'est mis du complot._ Dites: Entrer dans une - société; entrer dans une confrérie; entrer dans un complot. - - METTRE (SE), v. pron. _Se mettre dans les dettes._ S'endetter. - Expression très-adoptable et vraisemblablement très-répandue. - - [+] MEUR, MEURE, adj. Mûr, mûre. _Un fruit mal meur._ _Meur_ - appartient au vieux français, et se dit encore vulgairement dans - tout le nord de la France, en Savoie et dans la Suisse romane. - - MEURAISON, s. f. Terme des campagnards. Maturité. - - MEURE, s. f. Mûre, sorte de fruit. _Une seille de meures. Cueillir - des meures. Aux meures! Aux belles meures!_ est le cri de nos - revendeuses à la fin du mois de juillet. Terme français populaire - et vieux français. - - MEURIER, s. m. Mûrier. - - MEURON, s. m. Mûre sauvage, baie de ronce. _Piquer des meurons._ - Terme vaudois, bressan et vieux français. A Rumilly (Savoie) on - dit: _Mûron_; en Franche-Comté, _mavuron_. - - MEZONS, s. m. pl. Espèces sonnantes, argent. _Il est riche, - celui-là; il a des mezons._ Dans le langage des collégiens, - _mezon_ signifie: Petit morceau de cuivre. - - [+] MIALER, v. n. Miauler. _Le minon enfermé mialait._ Terme - parisien populaire, etc. - - MIDI, suivi du pluriel. _Midi ont sonné. Nous dînons à midi - précises. Je vous attends vers les midi._ Toutes ces phrases sont - vicieuses, et il faut dire: Midi est sonné; nous dînons à midi - précis; je vous attends vers midi. - - MIE, s. f. Terme rural. Meule ou pile de foin ou de paille, de forme - conique, qu'on fait en plein air dans le voisinage des maisons qui - ne sont pas assez grandes pour contenir toute la récolte. [P. G.] - En Franche-Comté, en Bourgogne et dans le nord de la France on - dit: _Moie_. Chez nos campagnards, _mouë_ signifie: «Monceau.» - - [+] MIENNE (LE). Le mien. _Rends-moi ce mâpis, c'est le mienne.--Le - tienne! tu es-t-un menteur._ Notre prononciation, dans ces mots - _mienne_ et _tienne_, est très-nasale, s'éloignant ainsi de la - prononciation française et s'approchant beaucoup de la - prononciation patoise (_mein-nà_). - - MIES, s. f. pl. _Mies de pain_, miettes de pain. - - MIEUX, adv. Plutôt. _Finiras-tu de nous ennuyer, Jacot?--C'est bien - mieux toi qui nous bassines._ - - MIEUX DE. Plus de. _Il a hérité mieux de cent louis. La Josette a - mieux de trente ans._ Locution savoisienne, lyonnaise et - méridionale. - - MIEUX (LA). Le mieux. _Au dernier bal, c'était notre Clémentine qui - était la mieux_, c'est-à dire: Qui était la plus jolie, qui était - LE mieux. - - MIEUX VALUE, s. f. _Il nous fallut encore payer cent francs pour la - mieux value._ Dites: La plus value. Terme neuchâtelois, savoisien, - franc-comtois, lorrain, etc. _Value_, en vieux français, signifie: - «Valeur.» - - MIFFE, s. f. Terme de boucherie. Rate. _Je te prie, Isabeau, de ne - plus te laisser donner de la miffe pour garneçon._ Nos - campagnards, et ceux du canton de Vaud, disent: _La mef[)a]_, d'où - ils ont formé le verbe _em'fà_, essouffler. - - MIGNON, adj. _Aller de son pied mignon_, signifie chez nous: Aller à - pied, voyager lestement et sans frais. L'Académie dit: «Aller de - son pied gaillard.» - - MI-LAINE, adj. _Robe mi-laine_, robe qui est moitié laine et moitié - coton. - - MILLE-PIEDS, s. m. Scolopendre, insecte. - - MILLION, s. m. Terme de maçon. Brisures, éclats de cailloux. - - MILLIONNER, v. a. Émier, émietter. S'emploie le plus souvent avec - le pronom personnel, et signifie: S'émier, s'émietter, se briser, - se séparer en petits morceaux comme le fromage persillé, ou comme - certaines sucreries et pâtisseries. [P. G.] - - [+] MIMERO, s. m. Numéro. En Picardie ont dit: _Limero_. - - MIMEROTER, v. a. Numéroter. - - MINAGE, s. m. Défoncement. _Le minage d'une vigne. Faire un minage._ - Terme savoisien. - - MINÇOLET, ETTE, adj. et s. Se dit des personnes et des choses, et - signifie: Maigre, petit, chétif, mince. _Une jeune fille - minçolette. Tu me coupes là un morceau de pain qui est bien - minçolet._ Terme savoisien. - - MINE, s. f. Visage. _Se laver la mine. Regarde-toi au miroir, tu as - la mine bien sale._ - - MINER UN TERRAIN. Terme d'agriculture. Défoncer un terrain, le - fouiller à deux ou trois pieds de profondeur, en ôter les pierres, - y mettre du fumier ou de la terre nouvelle. - - MINON, s. m. Sorte de palatine, fourrure que les dames portent sur - le cou en hiver. Français populaire. - - MINON, s. m. Terme des campagnards. Chaton, fleur pendante et en - forme de chenille, que portent certains arbres, comme le coudrier, - le noyer, le chêne et le saule. [P. G.] A Genève nous appelons - _minons_ (s. m. pl.), cette poussière qui s'agglomère sous les - lits, sous les armoires, sous les commodes, et qui y revêt la - forme de chatons. _Balayer les minons; enlever les minons; - pannosser les minons._ - - MINUIT, suivi du pluriel. _Sur les minuits. L'orage commença contre - les minuits._ Ce pluriel, quoique d'un fréquent usage, n'est pas - correct. On doit dire: Sur LE minuit. On peut dire aussi: «L'orage - commença vers minuit.» - - MINUIT (LA). C'est ainsi qu'on parlait anciennement. Ce mot est - aujourd'hui masculin; on dit: Le minuit et le midi. - - MIOTISE, s. f. Thym, plante aromatique. - - MIRER, v. a. (fig.) Viser, avoir en vue certaine fin. _Il mire une - riche et belle veuve. Je crois que tu mires ta cousine._ Dans la - comédie de _Fanchon la Vielleuse_, on lit cette phrase: «Il VISE - la jeune personne.» [Acte Ier, scène 9.] - - MIROLON ou MEROLON, s. m. Pinson des Ardennes, pinson de montagne. - - MISE, s. f. Dans le langage des écoliers, _Faire mise_ ou _faire - mise ensemble_, signifient: Mettre en commun les enjeux, - s'associer. _N'est-ce pas, Isaac, on est ami, et on fera toujours - mise ensemble?_ - - MISER, v. a. Enchérir, mettre une enchère. _Si tu viens demain à - l'encan, tu auras soin de ne pas miser sur moi. Qu'as-tu misé au - dernier encan? J'ai misé un placard, six tablats et deux - escabelles._ Terme suisse-roman et savoisien. - - MISSER-JEAN, s. m. _Poire de misser-Jean._ On dit en français: Poire - de messire-Jean. - - MITE, s. f. Mitaine, miton long. _Tricoter des mites._ Terme suisse, - savoisien, lyonnais, limousin, etc. - - MITENANDRE, s. f. Cortége, suite, séquelle. _Le mari, la femme, le - beau-frère, et toute la mitenandre._ Terme vaudois, formé des mots - allemands _mit einander_, qui signifient: Ensemble, de compagnie. - - MODÀ, v. n. Terme patois fort connu. S'en aller, quitter l'endroit - où l'on est. _No-z alin modà_ (nous allons partir.) Dans le Berry, - _Moder_ est verbe actif, et signifie: Lâcher les bestiaux, les - mener paître; en languedocien _mudà_ veut dire: Déménager, - déloger. - - MOGEON, s. m. Veau, veau d'un an. Terme suisse-roman et savoisien. - Au figuré, _mogeon_ se dit d'une fille ou d'une femme épaisse de - corps et d'esprit. _Votre Albertine est un peu mogeon, elle a - l'air mogeon._ - - MOGLION, s. m. Voyez MOLION. - - MOGNON, s. m. Moignon. - - MOINDRE, adj. Malingre, faible, indisposé. _La jeune Caroline est - toute moindre aujourd'hui: elle garde la chambre._ - - MOINDROLET, ETTE, adj. Diminutif de _moindre_. Se dit surtout des - personnes et signifie: Petit, maigre, chétif. _L'enfant a une - excellente nourrice, et pourtant il reste bien moindrolet._ - - MOINEAU, s. m. (fig.) Homme dont on fait peu de cas. _Quel sot - moineau que votre Mr Dubreuil!_ - - MOINEAU SOLITAIRE, s. m. Merle de rocher. - - MOINS, adv. Voyez DU MOINS, t. Ier, p. 159. - - MOIRE, s. f. Voyez MOUARE. - - MOIS D'AVRIL, s. m. Poisson d'avril. _Donner un mois d'avril._ Terme - suisse-roman et savoisien. - - MOIS DE MAI, s. m. Aubépine. A Bordeaux, dans le Berry et ailleurs, - on dit: _Du mai_ (_du mai en fleurs_). - - MOISIR, v. n. (fig.) Faire trop lentement une chose, lambiner dans - un message. _Va-t'en faire cette commission, et tâche surtout de - n'y pas moisir._ Expression triviale. - - MÔLAN, s. m., ou MÔLAN-NE, s. f. Vent d'est. Voyez VENT. - - MOLETTE, s. f. Pierre à aiguiser des faucheurs. Terme suisse-roman - et savoisien. R. _mola_. - - MOLIÈRE, s. m. Terme des campagnards. Émouleur, rémouleur, - gagne-petit, _aiguiseur_. Le terme patois est: _Molaire_ ou - _moliàre_, dont _molière_ est une corruption, ou plutôt un - raffinement. Dans le canton de Vaud on dit: _Molâre_, et à - Chambéry, _molaire_. Dans notre patois le verbe _molà_ signifie: - Aiguiser. - - MOLION, s. m. Salamandre, reptile amphibie. - - MOLLACHE, subst. et adj. féminin. Personne flasque, molle, lâche au - travail, dénuée de toute énergie. On dit en français, dans un sens - analogue: Mollasse. «Un individu lourd et mollasse.» [Voyez - BESCHERELLE, _Dict. National_.] - - MOLLASSE, s. f. Sorte de grès tendre. _Un parpaing de mollasse; un - escalier de mollasse._ Terme suisse-roman, savoisien et - dauphinois. - - MOLLE, s. f. _Avoir la molle_, signifie: N'avoir pas le coeur au - travail, être plus disposé à flâner qu'à s'occuper. _J'ai la - molle; la molle me gagne; la molle me tient._ - - MÔMASSE, s. f. et adj. Augmentatif de _môme_. - - MÔME, s. f. et adj. Fille ou femme inepte, sotte, stupide. _Je ne - sais pas ce que j'ai; mais je suis toute môme aujourd'hui._ Dans - le patois vaudois on dit: _Moum[(a]_. - - MÔMICHON, s. m. Nigaud. _Mômichon que tu es! Avoir peur d'une - levrette, d'une petite levrette._ - - MÔMIER, MÔMIÈRE, subst. Dénomination inconvenante par laquelle on - désigne quelquefois les membres de l'Église dissidente. _C'est un - mômier. Il donne dans la mômerie. Il s'emmôme; il s'est emmômé._ - - MÔMIÈRE, s. f. Cabas, sorte de panier en tresses de paille, plat sur - sa hauteur et terminé par deux anses. - - MONETIER. Village près de Genève, dans le mont Salève. Ce nom peut - s'écrire indifféremment: _Monetier_, _Mounetier_, _Moneti_ et - _Mouneti_, la terminaison _i_ (pour _ier_) appartenant au patois. - DE SAUSSURE écrit _Monetier_. Dans l'origine de la langue - française, _monstier_, _montier_, _moustier_ et _moutier_, ont - signifié: 1º Couvent; 2º Église cathédrale; 3º Paroisse. R. - _monasterium_. - - MONPÈR! Sorte d'exclamation fort usitée en Suisse et en Savoie. - _Monpèr, que c'est beau! Monpèr, que tu es patet! Monpèr, que vous - arrivez tard!_ Cette expression n'est autre chose que les deux - mots _mon père!_ mal prononcés, et substitués, par convenance, à - l'exclamation. «Mon Dieu!» - - MONSIEUR DE TROP. Se dit d'une personne surnuméraire, et par cela - même embarrassante. _Mme N**, qui avait six_ _filles, vient - d'accoucher d'un garçon: cet enfant ne sera certes pas Mr De - Trop._ On dit dans le même sens: _Mlle De Trop_. - - MONTAGNE (LA). Le Salève, la montagne par excellence (pour les - Genevois). _Dis donc, Bernard: que fait-on jeudi matin?--Ne - sais-tu pas? On va déjeuner à la Montagne, et l'on revient avant - midi par la Croisette._ - - MONTAGNES (LES). Nos horlogers désignent par ce nom les villes du - Locle et de La Chaux-de-Fonds, situées toutes deux dans les - montagnes du canton de Neuchâtel. _S'établir aux Montagnes. - Travailler pour les Montagnes. La fabrique de Genève soutient avec - les Montagnes une concurrence journalière et difficile._ - - MONTANT, s. m. Encouragement, stimulant, courage, coeur. _Donner du - montant. Avoir du montant. Notre Samuel était découragé; ce petit - succès lui redonnera du montant._ - - MONTÉE (LA). La maison. _Est-ce dans cette montée que loge Mr le - docteur N**? Connaissez-vous Mr le dizenier Z**?--Si je le - connais! Il reste dans notre montée._ «Montée,» en français, - signifie entre autres: 1º Petit escalier dans une maison de - pauvres gens; 2º Chaque marche d'un escalier. [ACAD.] - - MONTER SUR... Nous disons: _Monter sur une échelle_; on doit dire: - «Monter À une échelle.» - - MONTEUR DE BOIS, s. m. Scieur de bois. - - MONTICULE (UNE). Ce mot est masculin. Il est formé du mot latin - _monticulus_, qui est masculin. - - MONTURE, s. m. Mauvaise plaisanterie, tour malin, malice concertée - entre des camarades contre un d'entre eux. _Faire une monture. - Préparer une monture. La monture a échoué._ Terme de bonne - fabrique, et qui n'a pas d'équivalent exact en français. - - MOQUE, s. f. Chose de peu d'importance, bagatelle. S'emploie - d'ordinaire avec la négation. _Ce n'est pas de la moque_, ce - n'est pas peu de chose. Terme neuchâtelois et vieux français. - - MOQUER (SE), v. pron. Proverbialement: _Donner à plus riche que soi, - le diable s'en moque_, signifie: Que les largesses faites à des - riches, étant rarement désintéressées, le diable ne peut ni ne - doit en tenir compte. On donne souvent une tout autre - signification à ce proverbe. - - MORAINE ou MORÈNE, s. f. Falaise, terres escarpées au bord d'un - torrent, d'un fleuve, d'une rivière. _Les moraines de Champel; les - moraines de Pinchat; les moraines de Cartigny; les moraines du - bois de La Bâtie._ Dans les Alpes de Savoie on appelle _moraine_ - une enceinte de pierres au pied des glaciers. - - MORBIER, s. m. Pendule ou horloge à poids, qui se fabriquait - anciennement au village de Morbier, département du Jura. - - MORFER, v. a. Bâfrer, manger avec avidité. Dans le vieux français, - on disait: _Morfier_; et l'on trouve dans Rabelais _morfiailler_, - en ce même sens. - - MORGILLER, v. a. Mordre par petites entamures, mordiller. _Morgiller - son pain._ - - MORIGINER, v. a. Morigéner. _Son père l'a convenablement moriginé._ - Terme suisse-roman, savoisien, français populaire et vieux - français. - - MORSILLER, v. a. Mordre légèrement et à plusieurs reprises, - mordiller. _Morsiller une pomme._ Terme savoisien et lyonnais. - - MORTAISE, s. f. (fig.) _Avoir sa mortaise_, signifie: «Être ivre.» - _Le cocher avait sa mortaise._ Expression triviale. - - MORT-À-PÊCHE, s. f. (Prononcez _mor-ta-pêche_.) Crin de Florence, - crin d'empile, crin très-fort sur lequel on monte l'hameçon. - - MORTUAIRE, s. m. Acte de décès, extrait mortuaire. _Il devait se - procurer le mortuaire de son grand-oncle._ Ce mot, très-usité chez - nous, mais inconnu aux dictionnaires, se trouve dans le _Glossaire - de l'ancien Droit français_, de MM. DUPIN et LABOULAYE. - - MOTET, s. m. Visage. _Un vilain motet._ - - MOUARE ou MOIRE, s. f. Saumure. Nous disons d'un mets et d'un - assaisonnement quelconque où le sel domine trop: _Cela est salé - comme de la moire_. Terme suisse-roman et savoisien. En - Franche-Comté on dit: _Muire_; en Languedoc, _mière_. Dans le - patois vaudois, le verbe _mouairi_ signifie: «Saler avec excès.» - R. lat. _muria_, saumure. - - MOUCHE, s. f. _De la mouche de chandelle._ Dites: De la mouchure de - chandelle. A Lyon, à Nancy et sans doute ailleurs, on dit: _Du - mouchon_; en Dauphiné, _du mouc_. - - MOUCHET, s. m. Signifie: 1º Houppe, bouffette, freluche, floccon, - assemblage de plusieurs filets de soie, d'or, d'argent, de laine, - liés ensemble par un bouton en forme de gland à sa partie - supérieure. _Les mouchets d'une bourse; les mouchets d'une canne. - Nos bonnets de nuit sont ordinairement surmontés d'un mouchet._ - VOLTAIRE a dit: «Un chapeau de pourpre... auquel pendaient quinze - _houppes_ d'or.» [_Lois de Minos_, note 96e.] Nous aurions dit à - Genève: Quinze _mouchets_. _Mouchet_ signifie: 2º Touffe, bouquet. - _Un mouchet d'arbres; un mouchet de cerises; un mouchet de - noisettes_ (un trochet de noisettes). 3º _Mouchet_ se dit pour: - Groupe, peloton. _Un mouchet d'abeilles; un mouchet de curieux. - Les émeutiers étaient par mouchets sur la grande place._ Terme - suisse-roman et savoisien. En Normandie, _mouchet_ a le sens de - «Monceau.» [Voyez le _Dictionnaire du patois normand_, par MM. - DUMÉRIL.] - - MOUCHETTE (LA). Les mouchettes. - - MOUCHILLON, s. m. Moucheron. _Être inquiété par les mouchillons._ En - vieux français, on disait: _Mouscaillon_. - - MOUCLAR, s. m. Hameçon. _Des mouclars rouillés._ Dans le canton de - Vaud on dit: _Moclar_; en provençal, _mousclaou_; dans le Jura, - _bouclard_, (selon le dictionnaire de M. MONNIER). - - MOUFFE, s. m. Moufle, gros gant. _Une paire de mouffes._ Terme - lorrain, parisien populaire, etc. - - MOUGNE, s. f. _Faire la mougne_, signifie: Faire la moue, être de - mauvaise humeur, bouder. A Chambéry, on dit: _Faire la mogne_. En - provençal, _mougno_ veut dire: Moue, grimace. - - MOUGNON, s. m. Moignon. En provençal, _mougnoun_. Dans le reste de - la France, _mognon_. - - MOUGONNER, v. n. Bougonner, murmurer, gronder entre les dents. - - MOUILLE, s. f. Mouillure, humidité. _Ne laissez pas cet enfant dans - la mouille._ Terme suisse-roman, savoisien, franc-comtois, etc. - Nous disons dans le même sens: _Mouillon_. _Laisser un enfant dans - le mouillon._ - - MOUILLES, s. f. pl. Nous appelons ainsi des sources qui ne font que - suinter dans les prairies, et qui, fournissant à l'herbe de ces - prairies une température plus élevée pendant l'hiver, y produisent - une herbe précoce et excellente, très-propre à refaire les vaches - qui ont vêlé, etc. [P. G.] - - MOULE, s. m. Mesure de capacité pour le bois: c'est un carré dont le - côté a cinq pieds quatre pouces. Terme suisse-roman et lyonnais. - - MOULER, v. n. Caponner, se comporter lâchement, saigner du nez. - _D'entrée il faisait le rodomont, et quand il a fallu se battre, - il a moulé._ En provençal, _moulà_ signifie: Mollir. - - MOULETON, s. m. Molleton, étoffe de laine moelleuse. «Une camisole - de molleton; un gilet doublé de molleton.» [ACAD.] - - MOULU, LUE, part. Émoulu. _Notre Théodore est tout frais_ _moulu de - l'Académie_, c'est-à-dire: Est tout nouvellement sorti de - l'Académie. Terme méridional, etc. - - MOURGET, s. m. Vent soufflant de Morges pour les habitants du - Chablais. - - MOURMÉ, MÉE, adj. Stupide, abruti. - - C'était Monsieur son fils, un pauvre rapélu, - Plus matafan, plus _mourmé_, plus mâpu! - - [CH.] - - En Normandie, _mourmaud_ signifie: Songe-creux, morose. - - [+] MOURVE, s. f. Morve. - - MOURVEUX, EUSE, adj. et subst. Morveux. _Voyez cette mourveuse, de - quel ton elle réplique à sa mère!_ - - MOUSET ou MUSET, s. m. Petite souris des champs, à courte queue, à - museau fort pointu, et que les chats ne mangent pas, quoiqu'ils - lui donnent volontiers la chasse. Terme suisse-roman et savoisien. - Le nom français est Musette ou Musaraigne. Le dictionnaire de - Bescherelle donne une fausse définition de ce mot. - - MOUSTACHES, s. f. pl. _Il relevait ses moustaches; il essuyait ses - moustaches; il admirait ses moustaches._ Dans ces exemples et dans - les exemples analogues, il est infiniment plus correct d'employer - le singulier et de dire: Il relevait SA moustache; il essuyait SA - moustache; il admirait SA moustache. La phrase suivante est tirée - de _Gil-Blas_, livre II, ch. V: «Un nez fort épaté lui tombait sur - une moustache rousse.» L'exemple suivant est tiré de J.-J. - ROUSSEAU: «Fantasque fut enfin mariée à un roi voisin qu'elle - préféra, parce qu'il portait la plus longue moustache. [_La reine - Fantasque._] Tous les dictionnaires s'accordent en ce point, mais - il faut avouer que beaucoup de bons écrivains, surtout parmi les - modernes, ont fait usage du pluriel. - - MOUSTACHON, s. m. Celui qui porte moustache et qui, par cela même, - fait l'homme d'importance et le fier-à-bras. _Tu te crois un - fameux moustachon, et tu n'as que seize ans!_ - - MOÛT, s. m. Nous disons proverbialement d'un potage ou d'un mets - quelconque mal assaisonné: _Cela n'a ni goût ni moût_, et cette - locution est aussi employée figurément. _Il nous racontait ses - voyages longuement et platement, cela n'avait ni goût ni moût_, - c'est-à-dire: Ni goût ni piquant. - - MOUTAÎLE ou MOUTELLE, s. f. Motelle, sorte de poisson. - - MOUTELÉ, LÉE, adj. Tacheté, étoilé. Ce terme, qui appartient à la - langue de nos campagnards, ne s'emploie guère qu'en parlant des - bestiaux. _Une vache moutelée; un boeuf moutelé._ Terme - suisse-roman et savoisien. - - MOYENNÉ, NÉE, adjectif. Riche, aisé. _Le cadet est plus moyenné que - son frère._ Terme signalé dans le _Dictionnaire rouchi-français_ - de HÉCART, 3me édition. - - MULÂTRE, adj. Métis. _Un canari mulâtre._ - - MULE, s. f. Sorte d'engelure. _Avoir la mule aux talons._ En - français ce mot ne s'emploie qu'au pluriel. «Avoir les mules au - talon.» [ACAD.] - - MULE, s. f. _Faire mule_, terme du jeu de cartes, signifie: Faire - capot. [P. G.] - - MURGUET ou MEURGUET, s. m. Muguet, fleur. _Cueillir des murguets. Un - bouquet de murguets._ - - MUSAILLE, s. f. Quantité de petite monnaie, menuaille. - - MUSCADET (UN). Dites: Une muscadelle. Espèce de poire qui sent un - peu le musc. - - MUSCATE, s. f. et adj. _Noix muscate; rose muscate. La muscate - dominait trop dans ce ragoût._ Dites: «Muscade.» - - MUSILIÈRE, s. f. Muselière. - - MYRTRE, s. m. Myrte, arbrisseau. _Une branche de myrtre._ Terme - suisse-roman, limousin, lorrain, etc. - - - N - - NACRE (DU). Ce mot est féminin. - - NAGEOTTER, v. n. Nager un peu, nager avec difficulté. _Mon chien a - les pattes fort courtes, et il ne peut que nageotter._ - - NAGER, v. n. Nous disons proverbialement d'une personne qui est dans - l'abondance, d'une personne qui est riche, ou qui est en voie de - le devenir: _Elle nage en pleine eau._ L'Académie dit: «Elle nage - en grande eau;» et c'est ainsi que s'exprime LE SAGE dans son - roman de _Guzman d'Alfarache_: «Quand j'ai nagé en grande eau, - j'ai toujours eu le malheur de m'y noyer.» [Livre VI, chap. VIII.] - - NAILLER, v. a. Terme des campagnards. Casser les noix et les trier. - _Nous irons ce soir nailler les noix chez M. l'adjoint._ [P. G.] - - NAIMBOT, BOTE, subst. Nabot, nabote. Celui ou celle qui est d'une - taille ridiculement petite. _Un petit naimbot, une pauvre - naimbote._ Terme vieux français. On dit en Savoie: _Nambot_. - - NAINNAIN, s. f. Terme enfantin. Nourrice. - - NAISER (SE), v. pron. Se moisir. On le dit principalement du linge. - _Un linge naisé_ est celui qui a souffert de l'humidité et qui en - a contracté des taches; ces taches s'appellent _taches de naisé_. - Terme suisse-roman. En Dauphiné, en Franche-Comté, chez nous et - sans doute ailleurs, _naiser le chanvre_ c'est: Le faire rouir. - - NÂNE, s. f. Nourrice. _L'enfant pleure; appelez la nâne. Notre Lili - ne veut pas quitter sa nâne._ - - NANQUINET, s. m. Dites: Nanquinette, s. f. - - [+] NANSE, s. f. Nasse, instrument d'osier ou de fil de fer servant - à prendre du poisson. _Tendre des nanses; lever les_ _nanses._ - Terme suisse-roman, savoisien et vieux français. - - NANT, s. m. Ravin boisé au fond duquel coule un petit ruisseau. _Le - nant de Frontenay; le nant de Jargonand; le nant d'Avenchet; le - nant de Roulave._ Dans le Faucigny (Savoie), un _nant_ est Un - torrent; et on le dit particulièrement de certains torrents - impétueux qui descendent du Mont-Blanc ou des montagnes voisines; - tels sont: _le Nant-Noir_, _le Bon-Nant_, _le Nant-Bourant_. Le - dictionnaire de Bescherelle traduit le mot de _nant_ par celui de: - Cascade; c'est une grande erreur. Dans le vieux français, _nant_ - signifiait: «Vallée,» s'il faut en croire le _Dictionnaire du - Vieux langage_, de LACOMBE. - - NANT DE BRAILLE, s. m. Usure; usurier. _Faire le nant de Braille. - Être nant de braille._ Cette expression, purement locale, vient - d'un _nant_, près de Coppet, où se commettaient jadis des vols et - des assassinats. [_Glossaire_ de GAUDY.] - - NANZOU, s. m. Mallemolle, espèce de mousseline ou de toile de coton - blanche, claire et très-fine, qui est apportée des Indes - orientales. - - NAPPAGE, s. m. Linge de table, c'est-à-dire: Nappes et serviettes. - _Nappage uni; nappage damassé._ Terme suisse-roman, lorrain, etc. - - NARCISSE (UNE). _Une belle narcisse._ Ce mot est masculin. - - NATOURI, s. m. Batelier. Ce terme vieillit. - - NAVETTE, s. f. Petite brioche sucrée. - - NAYER, v. a. et SE NAYER, v. pron. Ancienne orthographe et ancienne - prononciation des mots «Noyer» et «Se noyer.» - - NE, part. négat. _Tu as payé ce châle plus qu'il vaut._ Dites: Plus - qu'il NE vaut. - - NÈFE ou NEIFE, s. f. Nèfle, fruit du néflier. _Une grosse nèfe; une - nèfe molle._ Terme parisien populaire, etc. - - NEIGEOTTER, v. n. Diminutif de «Neiger.» _Le temps devient froid et - sombre, il neigeotte_, c'est-à-dire: Il neige un peu. - - NEIZÉ, ÉE, adj. Voyez NAIZÉ. - - NÉNET, s. m. Terme enfantin. Sein. Se dit en Savoie, dans le - Limousin et ailleurs. - - NERTIF, adj. m. Musclé. _Un lurron nertif._ - - NETTAYER, v. a. _Nettayer des meubles; nettayer un appartement._ - Ancienne orthographe et ancienne prononciation du mot «Nettoyer.» - Dites: Je nettoie; je nettoierai, etc. - - NETTAYEUR, s. m. _Ne viens pas me rendre visite demain, Adeline, - j'ai les nettayeurs._ Dites: «J'ai les frotteurs.» - - NEUF (À), locut. adv. L'expression genevoise: _S'habiller à neuf_, - appartient au français populaire. Il faut dire: «S'habiller DE - neuf.» [ACAD.] - - NEURET, nom propre d'homme. Nous appelons _feinte à Neuret_, ou - _feinte à la Neuret_, une feinte grossière et qui saute aux yeux, - une grosse bourde, une craque, telle qu'en pourrait faire le plus - effronté gascon. _Tu crois m'en imposer? Va, va, c'est une feinte - à Neuret; tu fais la feinte à Neuret._ Cette locution proverbiale, - très-connue dans la rue du Rhône et dans les rues avoisinantes, - tire son origine de feu _Neuret_, grand chasseur et grand hâbleur. - - NEZ, s. m. (fig.) Nous disons d'une plaisanterie plate et - insignifiante, qu'elle _n'a point de nez_, c'est-à-dire: point - d'esprit, point de piquant. _Faire des malices à cette pauvre - revendeuse, cela n'a véritablement point de nez._ Expression - savoisienne et méridionale. - - NEZ, s. m. Nous disons: _À son nez et barbe_, pour dire: En sa - présence, en face de lui. _Elle osa tenir ce langage énergique et - franc à son nez et barbe._ L'Académie dit: «À son nez et À SA - barbe.» - - NEZ, s. m. Nous disons proverbialement et dérisoirement à une - personne qui se flatte d'un succès qu'elle n'a aucune chance - d'obtenir: _Tâte voir si le nez te branle_. - - NEZ DE BOIS. _Trouver nez de bois_, signifie: Trouver la porte - fermée quand on va chez quelqu'un; trouver visage de bois. Nous - disons dans le même sens: _Avoir nez de bois_. - - NIÂCE, s. f. Terme enfantin, qui signifie: Caresse, et qui ne - s'emploie que dans cette expression: _Faire niâce_, c'est-à-dire: - Caresser. _Fais niâce au minon, Antoinette; fais niâce à ce joli - chat._ - - NIÂCER, v. a. Caresser, faire _niâce_. - - NIAFFE ou GNIAFFE, s. m. Savetier. Terme de dénigrement, connu à - Paris, en Normandie et sans doute ailleurs. A Chambéry on dit: - _Niaffre_. - - NIAFFE ou GNIAFFE, adj. Se dit des personnes et signifie: Flasque, - sans énergie, sans courage. _Je me sens tout niaffe aujourd'hui._ - Expression triviale. - - NIÂNIOU, s. m. et adj. Niais, dadais, nigaud, personnage dont la - démarche et le maintien annoncent déjà la bêtise. _Va-t'en, - niâniou; va-t'en, bobet, qui ne sais pas seulement relever des - quilles. Prenez-y garde, Messieurs: avec son air niâniou il n'est - pas aussi bête que vous le pensez._ Terme suisse et savoisien. - Dans le Berry, _Nioniot_; en Normandie, _niot_. A Genève on dit - quelquefois dans le même sens: _Niânion_. - - [+] NIARGUE, s. f. Terme de dépit, de raillerie ou de mépris. _Faire - la niargue à quelqu'un_, c'est le braver avec dédain, lui faire - nargue. - - NIARGUER, v. a. Faire nargue. _Tu me niargues, André, parce que tu - es avec ton grand frère, mais tu verras demain._ - - NIAU ou NIÔ, s. m. Nichet, oeuf qu'on met dans un nid pour que les - poules y aillent pondre. Dans les dialectes populaires de France - on dit: _Niai_, _nieu_, _niot_ et _niaou_. - - NIAUQUE, s. f. Voyez NIÔQUE. - - [+] NIERFE ou NIARFE, s. m. Nerf. - - [+] NIFLER, v. a. Flairer, sentir. _Nifler un ragoût. Nifle voir - cette rose._ Terme savoisien et méridional, recueilli par - COTGRAVE, qui lui donne le sens de «Renifler.» Dans le patois - limousin, _niflo_, s. f., veut dire: La narine. Au figuré, - _nifler_ est synonyme de: Fureter. - - NIFFLET, s. m. Nigaud, benêt. _Oh! le niflet, qui a peur d'une - chèvre._ - - NIFLE-TANTÔT, s. m. Dadais, nigaud, niais. - - NIGODÊME, s. m. Se dit d'un homme simple et borné. Il faut écrire et - prononcer: Nicodème. - - NIGUEDOUILLE ou NIGUEDANDOUILLE, s. m. Idiot, hébêté, sot, niais, - dadais, homme simple et innocent. _Niguedouille_ n'est qu'une - légère altération de «Niquedouille,» qu'on trouve dans quelques - dictionnaires français. - - NILLE, s. f. Articulation, jointure, phalange. _En glissant, il - s'écorcha la nille du pied._ Terme suisse-roman et savoisien. - - NILLE, s. f. Terme de boucherie. _Nille d'aloyau._ - - NILLON, s. m. Pain de noix. - - NINA, s. f. Ce terme ne s'emploie que dans cette expression - populaire: _Avoir sa nina_, c'est-à-dire: Être ivre. - - NINE, s. f. et adj. Naine. _Une petite nine; un rose nine._ On - parlait ainsi en France il y a deux cents ans. - - [+] NINOTTE, s. f. _Ninotte royale, ninotte de vignes. La chasse aux - ninottes._ Le changement de _l_ en _n_ est continuel. Ainsi, dans - le langage parisien populaire, on dit: _Nentille_ pour lentille; - _caneçon_ pour caleçon; _falbana_ pour falbala; et à Genève nos - grand'mamans ne disent-elles pas indifféremment une _chaftane_ et - une _chaftal_? D'autre part le _l_ est souvent mis pour le _n_. - Exemple: _Calonnier_ pour _canonnier_. - - NIOLLE, s. f. Nuage. _Les niolles qui s'élèvent lentement et en - fuseaux contre les flancs du Jura annoncent la pluie._ Terme - suisse-roman, savoisien, dauphinois, franc-comtois, etc. En - provençal: _Nioulo_. En français, _Nielle_ signifie: Brouillard, - petite pluie froide. - - NIOLLE, s. f. Nielle, plante à fleur rouge, laquelle croît dans les - blés. - - NIOMET, s. m. Niais, benêt. En Normandie, _Nio_. - - NION-NION, s. m. Dadais, hébêté. _Faire le nion-nion._ - - NIÔQUE, s. f. Femme ou fille bête, bornée, sans expérience ni - savoir. Ce mot s'emploie aussi adjectivement. _Votre apprentie est - bien niôque de m'avoir estropié mon corset. Oh! la niôque, à qui - on fait croire tout ce que l'on veut._ Terme suisse. A Lyon et à - Chambéry, on dit: _Nioche_. - - NIÔQUASSE, s. f. Augmentatif du mot _niôque_. - - NIÔQUERIE, s. f. Nigauderie, bêtise. - - NIOSET, ETTE, s. et adj. Sot, niais, nigaud. Ce mot de _nioset_ ne - serait-il point une corruption du mot _Dioset_, qui, en patois, - est le nom propre _Joseph_, lequel nom s'emploie souvent comme - synonyme de Homme simple et borné? - - NIOTTE, s. f. Cache, cachette, réduit. _Je trouvai une excellente - niotte, et j'y cachai le boursicaut. Ils découvrirent la niotte et - enlevèrent le sac._ - - NI PEU NI TROP, loc. adv. Beaucoup, considérablement. _Toute l'école - vient d'être punie ni peu ni trop. La pluie nous a surpris à une - demi-lieue de la ville, et nous avons été rincés ni peu ni trop._ - - NIQUER, v. a. Terme d'écolier. Tout gagner, mettre à sec. _Être - niqué_, être flambé, avoir tout perdu, [P. G.] - - NIQUET, s. m. Nigaud. En Normandie, _niquet_ signifie: Simple et un - peu niais. - - NITON. Ne dites pas: _Les pierres du Niton_, mais: «Les pierres DE - Niton,» parce que le nom de _Niton_ est une altération de celui - de «Neptune.» Ce sont deux énormes pierres qui se voient à Genève, - dans le lac, en face et tout près des Eaux-Vives. [P. G.] - - NI VU NI CONNU. Expression elliptique et familière, qui revient à - celles-ci: C'est fini; n'en parlons plus; qu'il n'en soit plus - question. - - NOCE, s. f. Terme enfantin, qui signifie: Petit morceau, petit carré - de pain sur lequel on place un peu de _tomme_ ou un peu de - chocolat, ou quelque petite sucrerie. _Faire des noces. Si vous - êtes sages, mes enfants, vous aurez des noces après votre goûter._ - - [+] NOËL, s. f. _À la Noël._ Faute fréquente en Suisse, en Savoie et - en France. Dites: A Noël, aux fêtes de Noël. - - NOEUD-COURANT, s. m. Noeud coulant, noeud qui se serre ou se - desserre sans se dénouer. _Le chat fut pris dans le - noeud-courant._ Terme savoisien et méridional. - - NOGAT, s. m. Nougat, gâteau d'amandes au miel ou au caramel. Terme - méridional. «Nougat» vient du mot languedocien _nougue_, sorte de - grosse noix dont on faisait originairement ce gâteau. R. _nux_. - - NOGET, s. m. Nigaud, dadais. En Normandie: _Nigeon_. - - NOIR, s. m. (fig.) _Avoir du noir_, signifie: Broyer du noir, se - livrer à des réflexions tristes, à des pensées sombres et - mélancoliques. Nous disons dans le même sens: _Être dans ses - noirs. Hier il était dans ses noirs, le voilà loustique - aujourd'hui._ - - NOIX, s. f. Nous disons figurément et proverbialement à une personne - qui fait un plan baroque, une combinaison saugrenue et - inexécutable: _Vous avez rangé tout cela comme des noix sur un - bâton_. - - NONANTE, adj. numéral. Quatre-vingt-dix. _Nous étions à cette - assemblée nonante et quelques._ L'Académie indique ce mot de - _nonante_ comme vieilli, et Boiste l'appelle inusité. Il est d'un - usage universel en Suisse, en Savoie et dans le midi de la France. - «Il est fâcheux, dit M. BESCHERELLE, qu'on ait laissé vieillir le - mot _nonante_, et qu'on lui ait substitué un terme aussi barbare - et aussi irrégulier que «quatre-vingt-dix.» [_Dictionnaire - National._] - - NONNET, s. m. Homme simple et même un peu nigaud. - - NON-NETTE, s. f. C'est ainsi que nous prononçons le mot «Nonnette,» - terme peu répandu en France, mais enregistré dans le dictionnaire - de Bescherelle et dans le _Complément_ de l'Académie. En Valais on - dit: _Nanette_. - - NÔNÔ, s. m. Terme enfantin. Couchette, berceau. _Faire nônô_, - dormir. _Aller nônô_, aller dormir. _Nônô, Fanfan_, etc., est un - refrain de chanson sur un air ou une note très-capables d'endormir - l'enfant le plus éveillé. Terme vaudois, savoisien et provençal. - Dans le Limousin on dit: _Faire na-na_. - - NON PAS, loc. adv. Au contraire. _Eh bien, André, le concert a été, - dit-on, bien mauvais?--Il a été délicieux, non pas._ - - NON-PLUS (LE). Ne s'emploie que dans cette expression: _Être au - non-plus_, c'est-à-dire: Être dans une position fort critique, - être dans une perplexité cruelle, être à quia, être aux abois. - - [+] NOUËL. Noël. _À la Nouël prochaine._ Cette expression des - campagnards est un reste de l'ancien français, et le savant Ménage - préférait ce terme (_Nouël_) à celui de Noël. - - NOUER, v. a. (fig.) Joindre. Nous disons figurément et - familièrement: _Nouer les deux bouts_, pour signifier: Avoir de - quoi suffire à toutes les dépenses de l'année. Locution - méridionale. L'Académie dit: «Joindre les deux bouts.» - - NOURME, s. f. Vieux conte, litanie, vieille histoire qui n'a pas le - sens commun. Dans l'ancien patois genevois, _nourma_ signifiait: - Règle. _À voutra nourma_, à votre volonté. - - NOURRISSAGE, s. m. Les dictionnaires français définissent ce mot: - «Soin et manière d'élever les bestiaux.» A Genève, _nourrissage_ - signifie: Le temps pendant lequel la mère ou la nourrice allaitent - l'enfant. _Mme N** s'est mieux portée pendant son nourrissage que - jamais auparavant. Nourrissage à la bouteille. Nourrissage au - biberon. Le dernier mois du nourrissage se paie double._ - Expressions utiles, connues à Lyon et sans doute ailleurs. - - NOUVEAU (UN), Ce mot signifie: 1º Une nouvelle, c'est-à-dire: Le - premier avis qu'on donne d'un événement tout récent; 2º Une chose - inaccoutumée, une nouveauté. _Eh bien! Messieurs, nous - apportez-vous quelque nouveau? Je m'ennuie loin de Genève; - écrivez-moi tous les nouveaux que vous pourrez. Quel nouveau de - vous voir à cette heure-ci chez nous?_ Terme suisse-roman et - savoisien. Dans le patois rouchi: _Un nouviau_. En français, on - dira fort bien: «Y a-t-il du nouveau? Voici du nouveau.» Mais _un - nouveau_ est une expression très-incorrecte et inconnue aux - dictionnaires. - - NOUVEAU (À), adv. De nouveau, derechef, une seconde fois. _La - muraille était à peine finie, qu'il fallut l'abattre et l'établir - à nouveau. Cet habit n'est pas acceptable, vous le ferez à - nouveau._ Selon l'Académie et selon tous les dictionnaires, _à - nouveau_ est un terme de banque, un terme de commerce, qui - signifie: Sur un nouveau compte. «Créditer à nouveau; débiter à - nouveau; porter à nouveau.» - - NOYAUX (DES), (fig.) De l'argent. Terme connu aussi en Savoie. - - NOYER (SE), v. pron. Nous disons proverbialement de quelqu'un qui se - laisse effrayer par le moindre obstacle, ou par la moindre - difficulté: _Il se noie dans un verre d'eau_. L'Académie dit: «Il - se noie dans un crachat.» - - NUIT, s. f. Les expressions: _Se mettre de nuit_, ou: _Se_ _mettre - à la nuit_, veulent dire: «S'anuiter,» s'exposer à être surpris en - route par la nuit. [P. G.] - - NUIT, s. f. _La nuit tous les chats sont gris._ Dites avec le - dictionnaire de l'Académie: «La nuit TOUS CHATS sont gris.» Et, - avant de faire usage d'un proverbe quelconque, ayez soin de le - connaître parfaitement. - - [+] NUMERO, s. m. _J'hasarda cinq francs, et j'attrapa un excellent - numero._ Écrivez et prononcez «Numéro,» avec un accent sur l'_é_. - - -O - - OBÉISSANCES, s. f. pl. La formule suivante de salutation: _Je vous - présente mes obéissances_, n'est pas française. Il faut dire au - singulier: Je vous présente mon obéissance. - - [+] OBELONS, s. m. pl. Houblons. _Cueillir des obelons. Manger des - obelons en salade._ Terme savoisien et vieux français. - - OBLIGEANCE, s. f. Ce mot signifie: Penchant à obliger, disposition à - obliger. Ainsi nous parlons incorrectement quand nous disons: - _Ayez l'obligeance de me prêter un parapluie. Auriez-vous - l'extrême obligeance de m'accompagner ce soir? Mr N** a eu - l'obligeance de me promettre des billets de concert._ Mais on sera - exact en disant: «Votre ami Gustave est un homme d'une grande - obligeance; il met dans ses procédés, et dans toute sa manière de - faire, une excessive obligeance; on ne saurait porter plus loin - l'obligeance et le dévouement.» Remarque un peu délicate et - subtile. - - OBSERVATION, s. f. Nous disons: _Je vous ferai une observation, - c'est que..... Permettez-moi une observation._ _J'ai voulu faire - quelques observations à notre jeune avocat, mais il les a mal - prises._ Il faut dire: Je vous ferai faire une observation, une - réflexion, c'est que..... Permettez que je vous fasse remarquer, - etc. On ne dit pas non plus: _Je vous observerai que_..... Il faut - dire: Je vous ferai observer que..... - - OCCASION, s. f. Nous disons: _Auriez-vous occasion d'excellente - toile? Si vous aviez occasion de café, je sais un bon coup à - faire. Quand vous aurez occasion de maculature, adressez-vous à - moi, ou à mon ami Z. Z**._ Cette expression, qui n'a point - d'équivalent exact en français, est un anglicisme. _Occasion_, en - anglais, signifie: «Besoin.» Mais on dira fort bien: Marchandise - d'occasion; livres d'occasion; acheter un piano d'occasion. - - OCHON, s. m. Hoche, entaillure, coup. _Se donner un ochon; se faire - un ochon; recevoir un ochon._ - - OCHONNER, v. a. Faire des hoches, entailler. S'OCHONNER, v. pron. Se - meurtrir. _En gravissant la moraine du bois de La Bâtie, notre - gamin s'est tout ochonné._ - - OEILLETON, s. m. Mignonnette, mignardise, petit oeillet dont on - garnit les plates-bandes. _Dédoubler des oeilletons._ «OEilleton,» - en français, signifie: Rejeton d'oeillet, marcotte d'oeillet. - - OEUF DE FOURMI, s. m. Dites: Ver de fourmi, nymphe de fourmi. Les - oeufs de ces insectes sont beaucoup plus petits et presque - imperceptibles; ce sont les vers qui en sortent et qui passent - ensuite à l'état de nymphes, que nous donnons aux rossignols et à - quelques autres oiseaux. [_Glossaire_ de GAUDY.] - - OEULE, s. f. Ou plutôt _oeul[)a]_ et _oûl[)a]_, sont des termes - patois qui signifient: «Marmite.» Dans le patois du canton de Vaud - on dit: _Aul[)a]_ et _eul[)a]_; dans le patois de l'Isère, _olla_; - en provençal, _oulo_; en latin, _olla_. - - OEuves ou UVES, s. f. pl. Laite, laitance. _Les oeuves d'une carpe, - les oeuves d'une lotte_, etc. _Dans beaucoup de poissons les - oeuves sont une nourriture très-estimée._ Ce mot a été recueilli - par COTGRAVE, dans son _Dictionnaire français-anglais_. Terme - vaudois et savoisien. Nous disons aussi: _Lait_. Voyez ce mot, - tome II, p. 11. - - OFFRE (UN). _Un offre gracieux; un offre avantageux._ Ce mot était - autrefois des deux genres; il est actuellement féminin. Il faut - dire: Une offre gracieuse, une offre généreuse, etc. - - OFFRIR À..., suivi de l'infinitif. Offrir de. On lit journellement - dans nos Petites Affiches: _On offre à vendre une bibliothèque; on - offre à vendre un canapé et six chaises_, etc. Dites: «On offre de - vendre;» ou, ce qui revient au même: «On offre à acheter.» - - OGNE, s. f. Terme d'écolier. Coup porté par un _mâpis_ sur les - articulations des doigts. _Être condamné aux ognes; recevoir les - ognes._ - - OGNON, s. m. Tape, coup, contusion. _Recevoir un ognon; se donner un - ognon; se faire un ognon._ - - OGNON, s. m. Nous disons d'une personne excessivement propre: _Elle - est propre comme un ognon_. - - OH ALORS! Exclamation de surprise. _Sais-tu l'aventure de la - ménagerie?--Non.--Eh bien! Écoute. Quand les spectateurs y - pensaient le moins, le singe, dans un accès de gaîté, s'est jeté - sur une belle dame, lui a enlevé son chapeau de velours et s'en - est coiffé.--Oh alors! voilà qui est plaisant._ - - OH! VOILÀ, locution adverbiale qui marque le doute. _Combien de - temps seras-tu absente, Suzon?--Oh! voilà, un mois ou deux. - Aimes-tu ton état de tailleuse, Lisette?--Oh! voilà, on gagne peu, - mais l'ouvrage ne manque jamais. Es-tu fatigué de ta course de - montagne, Émile?__--Oh! voilà, je serai bien aise de me reposer._ - Cette expression est d'un emploi universel chez nous. - - OISEAU, s. m. Fête ou réjouissance, appelée aussi «Papegai.» - L'Académie et tous les dictionnaires disent: «Tirer l'oiseau.» On - dit à Genève: _Tirer à l'oiseau_. - - [+] OLIFE, s. f. Olive. _Du bon huile d'olife._ Dans le patois - rouchi on dit: _Olife_ et _oulife_; en vieux français, _olif_. - [Voyez ROQUEFORT, _Supplément au Glossaire roman_.] - - OLIVE, s. f. Primevère des prés, primevère à fleur jaune. _Une - plante d'olives; un bouquet d'olives._ - - OMBRÉE, ÉE, adj. _Une promenade ombrée_ est: Une promenade où l'on - est à l'ombre; une promenade où les arbres procurent de l'ombre. - _Parc ombré; prairie ombrée; sentier ombré._ Ce sens du mot - «ombré» aurait bien droit, peut-être, de figurer dans les - dictionnaires. «Ombragé» n'est pas synonyme d'_ombré_. «Ombreux» - s'en approcherait davantage. - - OMBRE-CHEVALIER, s. m. Sorte de poisson particulière à notre lac. - - OMBRETTE, s. f. Ombrelle, petit parasol. Terme français populaire et - vieux français. - - [+] OMNIBUS, s. f. _La grande omnibus._ Ce mot est masculin. - - OMNIBUS, s. m. Petite dose d'eau-de-vie et de sirop mêlés ensemble - dans un verre qu'on remplit d'eau chaude, et qu'on sert chez les - débitants de boissons. [P. G.] - - OMNIBUSSIER, s. m. Conducteur d'omnibus. - - ON, pron. pers. indéfini. Ce pronom tient la place de «nous» ou de - «je» dans le langage des gamins. _Jacques! Jacques! On va au bois - des Frères: en es-tu? On dérochera des nids et l'on avantera des - gaules. On a un jardin, nous, avec des poules et un lard. On est - sage, nous: on va ramasser du bois pour la grand'mère._ - - [+] ONCORE, adv. Encore. _Pas oncore._ - - ONDE, s. f. Se dit de l'eau qui bout. _Cuire à grandes ondes_, - signifie: «Cuire à gros bouillons.» _Il faudra deux ondes à cette - tisane. Il suffit d'une onde à ces petites herbes._ Terme - méridional, etc. - - ONGLE (UNE). _Tu as les ongles bien longues, Alexis._ Ce mot est - masculin. - - ONGLÉES, s. f. pl. Engourdissement douloureux au bout des doigts, - causé par un grand froid. _Avoir les onglées._ Dites: «Avoir - l'onglée.» - - [+] OPÉNIÂTRE, adj. et s. Opiniâtre. S'OPÉNIÂTRER, v. pron. - S'opiniâtrer. - - OPIÂTRE, s. m. Opiat, confection. - - ORA, s. f. Air, vent qui souffle. Terme patois, connu en Savoie et - en Dauphiné. Dans le canton de Vaud on dit: _Aurra_, _eura_ et - _oura_. En latin, _aura_. - - [+] ORAGAN, s. m. Ouragan. _Les affreux ravages d'un oragan._ Terme - savoisien et lyonnais. - - ORANGE, s. f. _Eau de fleur d'orange._ Voyez l'expression: FLEUR DE - PÊCHE, t. Ier, p. 211. - - ORBET, s. m. Bouton à la paupière, orgelet. - - ORDON, s. m. Terme des campagnards. Portion de tâche. _Un petit - ordon; un grand ordon._ _Mener l'ordon_, signifie: Être à la tête - des faucheurs; être à la tête des vendangeurs. Cette expression, - qui appartient au vieux français, est fort connue en Savoie, dans - le Dauphiné, dans le Berry, à Reims et ailleurs. - - ORGANE, s. fém. _Une belle organe._ Ce mot est masculin. Un bel - organe; un organe flatteur; un organe musical. - - ORGE D'ULM, s. m. Orge mondé; orge perlé. - - ORIGINE (À L'), loc. adv. Dans l'origine, originairement. «_À - l'origine_ ce vaste pays (le Brésil) fut peu estimé des - Portugais.» [BRÉDOW, _Histoire universelle_, t. II, p. 116.] - - ORIOL, s. m. Loriot, oiseau. En Languedoc: _Loriol_; à Chambéry, - _louriot_. - - ORTEUIL, s. m. _Le gros orteuil._ Écrivez et prononcez «Orteil.» Le - gros orteil; le petit orteil. - - [+] ORTHOGRAPHE, s. m. _Un mauvais orthographe. J'ai fait huit mois - de Septième, et je n'ai jamais pu attraper un bon orthographe._ Ce - mot est féminin. - - ORTHOGRAPHER, v. a. Orthographier. - - ORTHOPÉDISTE, s. m. Ne signifie pas: _Redresseur de pieds_. Il - signifie, d'après l'étymologie grecque: Médecin qui corrige ou qui - prévient dans les enfants les difformités du corps. «Orthopédiste» - est formé des mots _orthos_, droit, et _païss, païdoss_, enfant. - - ORVAT, s. m. Plante fort commune, appelée en français: Orvale. Ce - que nous nommons _orvat des prés_, s'appelle: Sauge des prés. - - OS, s. m. _Se donner un coup là où les Allemands n'ont point d'os_, - signifie: Se donner un coup à ce nerf du coude que les médecins - appellent «Nerf cubital.» - - OSSAILLES, s. f. pl. Os de porc. _On se régala d'une platelée - d'ossailles._ Terme savoisien. - - OSTRUCTION, s. f. Terme de médecine. Obstruction. _Avoir des - ostructions au foie._ Cette faute nous vient probablement du Midi, - où l'on retranche le _b_ dans une quantité de mots, et où l'on - dit: par exemple: _Oscurité_, _ostacle_, _ostination_, _ostiné_. - - OT. Dans tous les mots qui se terminent par _ot_, comme _pot_, - _marmot_, _cachot_, _sabot_, _haricot_, _fagot_, _huguenot_, nous - prononçons l'_o_ très-bref, et c'est aussi la prononciation des - Méridionaux. Les Parisiens, au contraire, le prononcent long, - _P[=o]t_, _marm[=o]t_, _cach[=o]t_, _sab[=o]t_, _haric[=o]t_, - _trip[=o]t_, _huguen[=o]t_, etc., et c'est la prononciation reçue - dans les dictionnaires. - - ÔTU-BÔTU, adv. Voyez AUTU-BÔTU, t. Ier, p. 29. Ce mot est aussi - substantif. _Faisons de toutes ces marchandises un ôtu-bôtu._ - Terme vaudois et jurassien. - - OUÂBLI[)A], s. f. Terme patois. Clématite commune, nommée aussi - «Herbe aux gueux» et «Viorne des pauvres.» Certains mendiants - roués écrasent les feuilles de cette plante pour se faire des - excoriations qui ont l'apparence d'ulcères, afin d'exciter la - pitié des personnes auxquelles ils demandent l'aumône, et qui ne - sont pas au fait de cette manoeuvre. [P. G.] - - OUA-OUA, s. f. Terme enfantin. Chien. _Regarde le joli oua-oua; - caresse un peu ce oua-oua._ - - OUBLI, s. m. Pain à cacheter. _Oubli noir, oubli vert. Boîte - d'oublis._ Terme suisse-roman et savoisien. - - OUBLIEUR, adj. m. Oublieux. - - [+] OÙ CE QU'IL EST? Où est-il? _Où ce qu'il demeure?_ Où - demeure-t-il? _Où ce qu'il va? D'où ce que tu viens?_ Français - populaire. - - OUÏE (L'). Ne dites pas: _Avoir l'ouïe fin, avoir l'ouïe délicat_, - etc. Ce mot est féminin. Ouïe fine, ouïe délicate. - - OUÏE, s. f. Nous disons et nous écrivons: _À l'ouïe de ces paroles; - à l'ouïe de cette déclaration des juges; à l'ouïe d'un semblable - aveu_, etc. Cette expression, qui manque à la langue française, - est à la fois claire et concise, et il y a plus d'un siècle - qu'elle est entrée dans le domaine du style réfugié. «_A l'ouïe_ - d'un nom aussi respectable que celui de la vertu, il me semble,» - etc. [LENFANT, _Premier Sermon_.] «_A l'ouïe_ de ces mêmes sons,» - etc. [CH. BONNET, _Contemplation de la nature_, XIIme partie, ch. - 28.] «_A l'ouïe_ de ce qui venait de se passer à Lausanne,» etc. - [Mr ***, _Le 14 Février_, p. 40, 41.] - - OURIOU et mieux HOURIOU, s. m. Petit enfant. Expression de la - conversation la plus familière. _Et les ourious, voisin,_ - _comment sont-ils?_ En Bourgogne, _hairai_, et en vieux français - _hoir_ et _hoiret_, ont le même sens. - - OURIOU, s. m. Loriot, oiseau. On dit aussi: _Oriol_. - - OURLE, s. f. Terme de couturière. Ourlet, repli que l'on fait au - bord d'une étoffe. _Ourle ronde; ourle plate._ En vieux français: - _Orle_. - - OURLES, s. f. pl. Oreillons, inflammation des glandes voisines de - l'oreille. _Prendre les ourles; avoir les ourles._ Terme - suisse-roman, savoisien et dauphinois. - - OURTIE, s. f. Ortie. - - OURTILLIÈRE, adj. Nous appelons _fièvre ourtillière_ ce que les gens - de l'art appellent en France: Fièvre ortiée, fièvre urticaire. - - OU SINON, conjonct. Sinon. _Obéis à l'instant, ou sinon... gare!_ - Français populaire. - - OUSTE. _Le mois d'ouste; à la fin d'ouste_, etc. Orthographe et - prononciation vicieuses du mot «août,» lequel se prononce _outt_ - selon le dictionnaire de l'Académie, et _oû_ selon d'excellents - grammairiens. Dans le vieux français, on disait: _Awouste_. R. - _augustus_. - - OUTA, s. f. Terme des campagnards. Cuisine. Dans le canton de Vaud - on dit: _Outo, otto_ et _otau_. Dans le Valais, _outto_, s. f., - signifie: Auberge, cabaret. En vieux français, _ost_ et _ostau_, - logis, maison, hôtel. R. _hospitium_. - - [+] OUVRAGE (UNE). _Ton ouvrage est-elle finie, Joséphine? Tu as - fait là vraiment une belle ouvrage!_ Ce solécisme, qui est une - tradition du vieux français, se fait à Paris et sans doute - ailleurs. - - OVAILLE ou OVALE, s. f. Accident arrivé par une force majeure; - désastre qu'on ne pouvait prévoir. Ce terme n'est employé que dans - l'expression suivante: _Cas d'ovaille_. «Les dégâts causés à un - fermier par une grêle, par une gelée, par un ouragan, par une - inondation, par une invasion ennemie, sont autant de _cas - d'ovailles_.» Terme vaudois. Le tremblement de terre qui - détruisit, en 1584, le village d'Yvorne, (canton de Vaud), - s'appelle: _La grande ovaille._ A Neuchâtel et en Franche-Comté on - dit: _Orvale_. - - -P - - PACHE, s. f. Accord, transaction, marché. _Bonne pache; mauvaise - pache. La pache est faite._ Terme suisse-roman, savoisien, - méridional et vieux français. Dans le vieux français, _pache_ - était masculin. R. _pactum_. - - PACOT, s. m. Boue épaisse, gâchis. _S'enfoncer dans le pacot._ Terme - suisse-roman et savoisien. - - PACOTER, v. a. et n. S'enfoncer dans le _pacot_. _Nous pacotions - dans ce chemin._ SE PACOTER, v. pron. Se salir de boue, entrer - dans le _pacot_. - - PACOTEUX, EUSE, adj. Plein de _pacot_. _Sentier pacoteux; route - pacoteuse._ - - PAFFE, adj. Signifie: 1º Gorgé de nourriture; 2º Ivre, plein de vin. - _Ils s'en revinrent tellement paffes, qu'ils avaient peine à se - soutenir._ Terme trivial. Dans le dialecte rouchi, _s'empaffer_ - signifie: Se bourrer d'aliments; et dans le dialecte lorrain, ce - même verbe signifie: Boire avec excès de l'eau-de-vie ou d'autres - liqueurs. - - PAGNON, s. m. Gros morceau de pain. Terme suisse-roman et savoisien. - En vieux français: _Paignon_. R. _panis_. - - PAGNOT, s. m. Nigaud, dadais. _Un vrai pagnot; un franc pagnot._ - Dans le vieux français, _pagnote_ signifiait: Homme de rien, - chenapan, lâche, poltron; et ce terme, subsiste encore dans le - patois du Dauphiné (_pagnota_). - - PAGNOTERIE, s. f. Sottise, bêtise, stupidité. Dans le vieux - français, _pagnoterie_ signifiait: Lâcheté, action lâche. - - PAILLASSON, s. m. Banneton, panier à pâte, sorte de jatte de paille - où l'on met la pâte pour donner la forme au pain. Terme savoisien - et méridional. - - PAILLER, v. a. _Pailler une chaise, pailler un tabouret_, c'est: Les - garnir de paille. On dit en français: Empailler. - - PAILLEUR DE CHAISES, s. m. Empailleur de chaises. - - PAIN, s. m. Nous disons figurément de quelqu'un qui peut vivre sans - travailler: _Il a du pain sur la planche_. On dit en français: «Il - a du pain cuit; il a son pain cuit.» [ACAD.] - - PAIN CUIT. Ce qu'on appelle en français «Panade,» s'appelle à - Genève: _Soupe au pain cuit_. Terme savoisien, marseillais, etc. - - PAIN DE LOUP, s. m. Baie ou fruit de la viorne. - - PAIR, s. m. Nous disons: _Jouer à pair ou impair_; on dit en - français: «Jouer à pair ou non.» - - [+] PAIRE (UN). _Un paire de bas, un vieux paire de grolles. Il n'y - a qu'un paire de jours que je le rencontra en rue._ Ce solécisme, - très-fréquent en Savoie et dans le Midi, appartient au vieux - français. - - PAIR ET COMPAGNON. Nous disons de deux hommes qui, étant d'une - condition fort différente, vivent néanmoins dans une grande - intimité: _Ils sont pairs et compagnons; ils vivent comme pairs et - compagnons._ L'Académie dit: «Ils vivent DE pair À compagnon.» - - PÂLET, ETTE, adj. Pâlot, un peu pâle. _Notre Louisa était pâlette ce - matin._ - - PALETTE, s. f. Abécédaire, petit livre destiné à l'enseignement de - l'alphabet. Terme suisse-roman et savoisien. - - PALOURD, OURDE, s. Terme de mépris. Balourd, pataud, homme grossier. - - PAN, s. m. Mesure de longueur. Au sens figuré: _Cela fait le pan_, - signifie: Cela solde, cela balance. La mesure appelée _pan_ est - encore connue dans le Midi. - - PAN, s. m. Terme d'écolier. Brin de paille pour mesurer une petite - distance. - - PANACHE (UNE). Ce mot est masculin. «Panache ondoyant.» - - PANCHER D'EAU. Faire de l'eau. - - PANER, v. a. Terme des campagnards. Torcher, essuyer. Voyez plus - bas, PANNER. - - PANET, PANÉ ou PANAIS, s. m. Sorte de millet dont certains petits - oiseaux sont friands. Terme suisse-roman et savoisien. On dit en - français: Panic ou Panis. - - PANETIER, s. f. Vannier, faiseur de paniers, [P. G.] - - PANFU, UE, s. Terme des campagnards. Ce mot n'est autre chose que le - mot français «Pansu,» la lettre _s_ se changeant fréquemment en - _f_, dans le patois, comme nous l'avons remarqué plus haut, tome - Ier, p. 61. _Panfu_ se dit d'un homme qui a une grosse panse. Nous - disons aussi: _Panflu_. - - PANIER, s. m. Figurément et proverbialement, nous disons d'un homme - très-maladroit: _Il est lourd comme un panier_. - - PANIÈRE, s. f. Sorte de grande corbeille à anses. Ce terme, - très-répandu en France, et principalement à Lyon et dans le Midi, - manque dans les dictionnaires. Nous appelons aussi _panière_ un - grand cabas, un grand panier couvert. - - PANIÉRÉE, s. f. Panerée, le contenu d'un panier extrêmement rempli. - En provençal: _Panieirado_. - - PANNER ou PANER, v. a. Terme des campagnards. Essuyer. Ce verbe - _paner_ se retrouve non-seulement dans les divers patois de la - Suisse romane et de la Savoie, mais aussi dans le Berry, en - Dauphiné, en Franche-Comté et dans le vieux français. Dans le - patois des Vosges, _panneur_ veut dire: _Balai_; en Normandie, - _pannas_, plumeau; dans le canton de Vaud, _panaman_, - essuie-mains. - - PANOSSE, s. f. Torchon, vieux morceau de linge servant dans les - cuisines à frotter et à nettoyer les meubles et ustensiles sales. - Terme suisse-roman. En provençal: _Panoucho_. Dans le vieux - français, _panoseux_ signifiait: Couvert de haillons. R. _pannus_, - drap, linge, chiffon. - - PANOSSER, v. a. Laver avec une panosse. _N'écurez pas ce plancher, - Jeannette, mais contentez-vous de le panosser._ - - PANTALON, s. m. Râle d'eau, oiseau. - - PANTET, s. m. Signifie: 1º Un pan de chemise, un bout de chemise qui - pend; 2º La chemise elle-même. _Être en pantet_, être en chemise, - avoir une simple chemise. _On criait: Au feu! à l'eau! Les voisins - y coururent en pantet._ Terme suisse, savoisien et franc-comtois. - - PANTOMINE, s. f. Écrivez et prononcez «Pantomime.» - - [+] PA-ONNE, s. f. Se dit d'une femme qui s'attife ou qui fait la - glorieuse. _A-t-on rien vu de pareil à cette Jenny? Elle se met - comme une guignauche à la maison, et comme une pa-onne dès qu'elle - sort._ Le féminin de «Paon» est bien «Paonne,» mais ce mot doit se - prononcer _panne_. - - PAPACOLON, s. m. Joubarbe, plante grasse et toujours verte, dont - l'espèce la plus commune croît ordinairement sur les toits et sur - les murs. - - PAPEROCHES, s. f. pl. Paperasses. - - PAPET, s. m. Soupe très-épaisse, telle qu'est celle qu'on donne aux - moissonneurs. Terme suisse, savoisien, dauphinois et languedocien. - Figurément, _Il ne peut plus dire papet_, se dit d'un homme qui a - tellement bu, qu'il ne peut plus parler distinctement. Dans - l'évêché de Bâle et en Franche-Comté on dit: _Paipay_; en - Belgique, _pape_, etc. - - PAPET CORDET, s. m. Soupe à la courge. Dans le vieux français, - _coorde_ ou _cohorde_ signifiait: Gourde, citrouille. En latin, - _cucurbita_, dont on a fait d'abord _coucourde_. [Voyez ROBERT - ESTIENNE, _Dictionnaire français-latin_, édition de 1605.] Nos - campagnards appellent une courge, _n[)a] courd[)a]_ ou - _koeurd[)a]_. - - PAPETTE, s. f. Voyez PAPET, qui a le même sens. - - PAPIER CASSÉ, adj. m. Nous appelons _papier cassé_ ce qu'on appelle, - en français: Papier brouillard, papier qu'on emploie à sécher - l'encre d'une écriture fraîche. _Une compresse de papier cassé._ - Terme parisien populaire. - - PAPIER DE POSTE, s. m. Papier à lettres. _Une rame de papier de - poste._ Terme neuchâtelois, etc. - - PAPIERS, s. m. pl. _J'ai lu dans les papiers._ Dites: J'ai lu dans - les Papiers publics, c'est-à-dire: Dans les journaux, dans les - feuilles publiques, dans les gazettes. - - PAPILLOTES, s. f. pl. Figurément: _Avoir les yeux en papillotes_, - signifie: Ne pas les avoir bien ouverts en se réveillant. - - PAQUET, s. m. Fagot, faisceau de menu bois. _J'aime mieux brûler des - paquets que des fascines. Un cent de paquets coûte de huit à douze - francs._ - - PAQUET, s. m. Nous disons: _Donner à quelqu'un son paquet_, pour: Le - congédier, le renvoyer. Les dictionnaires ne mentionnent pas cette - expression, mais bien la suivante: «Recevoir son paquet,» - c'est-à-dire: Être congédié. - - PAQUETIER, IÈRE, s. et adj. Cancanier, faiseur de paquets, - tripotier, médisant. _N'ayez plus rien de commun avec ce - paquetier._ Terme savoisien. - - PAQUIS, s. m. Terme des campagnards. Troisième coupe du foin. - - PAR, prépos. _Il vendit brique par brique_ (brique à brique) _tout - son mobilier_. _Vous arracherez ces herbes brin par brin_ (brin à - brin). _Dictez-moi votre nom de famille lettre par lettre_ (lettre - à lettre). - - PAR, prépos. _Il y a deux ans jour par jour_ (jour pour jour) _que - Mr N** est mort_. _Vous me copierez ce manuscrit page par page_ - (page pour page), etc. Mais on dira fort bien: Écrivez jour par - jour toutes vos dépenses, etc. - - PARAFE (UNE). _Une belle parafe._ Ce mot est masculin. - - [+] PARAÎTRE (SE), v. pron. Paraître, être aperçu, s'apercevoir. - _Pour raccommoder les manches et le collet, vous prendrez dans le - pan de l'habit: cela ne veut pas se paraître._ - - PARAPEL, s. m. Parapet. Français populaire. - - PARBOUILLIR, v. a. Faire bien bouillir. _Des épinards parbouillis._ - Terme vieux français. - - PAR CONTRE, adv. _Si le vin est cher cette année, par contre il est - bon. Le petit Ernest a une figure peu attrayante, mais il a par - contre une belle santé. Le paysan gagne peu, mais par contre il ne - hasarde guère._ Dans ces exemples, et dans les exemples analogues, - dites: En revanche, en récompense. - - PAR-CONTRE (LE). L'équivalent. _Recevoir le par-contre._ Terme - suisse-roman et savoisien. - - PAR-DESSUS, adv. Nous disons d'un homme adroit, rusé, et qui se tire - toujours d'affaire dans les circonstances les plus critiques: _Il - les sait toutes et une par-dessus._ Expression qui se prend - d'ordinaire en mauvaise part. - - PÂRE, s. f. Croûte, pelure du fromage et de la _tomme_. _Ôter la - pâre, manger la pâre; donner la pâre aux poulets._ Terme - suisse-roman et savoisien. Voyez PÂRER. - - [+] PAR ENSEMBLE, adv. En commun, en société. _On achètera ces deux - lards par ensemble._ Terme vieux français. - - [+] PAR ENSUITE, adv. Ensuite. Terme vieux français. - - PAREPLUIE, s. m. Parapluie. - - PÂRER, v. a. _Pârer son fromage, pârer sa tomme_, en ôter la croûte. - Terme très-connu dans les Alpes qui nous avoisinent. En Languedoc, - _parer le lait_ signifie: «En ôter la crême.» Dans le vieux - français, _parer_ veut dire: Peler. - - PARESOL, s. m. Parasol. - - PAREVENT, s. m. Paravent. - - [+] PAR HASARD, loc. adv. En revanche, en compensation, du moins. - _Il n'a pas grand'chose, lui; mais sa femme, par hasard, a - beaucoup de terrain. Comment donc, ce drôle de Joigne vous a - répondu si insolemment!--Oui, Monsieur, mais je l'ai remouché par - hasard_, c'est-à-dire: Mais à mon tour je l'ai arrangé. _Que vous - est-il donc arrivé, Monsieur Pattey?--Il m'est arrivé que je me - suis mis quatre vessicatoires, sans l'ordonnance du médecin; mais - j'en ai souffert, par hasard, et l'on ne m'y reprendra pas._ - Expression fréquente chez les campagnards. - - PARIURE, s. f. Pari, gageure. _J'en ferais bien la pariure._ Terme - français populaire. - - PARLENTIN, subst. et adj. Grand parleur, babillard, bavard. _Comment - as-tu la patience d'écouter ce parlentin?_ Le féminin - _parlentine_, d'autres disent _parlenteuse_, est peu usité. - - PARLER LE RHUME. Expression consacrée chez nous et qui signifie: - Parler avec un son de voix qui dénote un rhume. - - PARLER MAL et MAL PARLER, sont deux expressions différentes. «Parler - mal,» c'est: Manquer aux principes de la grammaire. «Mal parler,» - c'est: Dire des paroles offensantes, médire. [ACAD.] Mais nos - grands écrivains n'ont pas observé scrupuleusement cette - distinction, et les exemples à l'appui ne manqueraient pas. - - PARMI, adv. Au milieu, dans le milieu, dans l'intérieur. _Ce foin - paraît sec, mais il est encore mouillé parmi. Cette paille est - mouillée parmi._ Cette expression, qui nous vient du vieux - français, est fréquente dans la bouche des campagnards. - - PARMI, prép. S'emploie souvent en sous-entendant son complément. - _Vos moutons sont chétifs; il y en a pourtant d'assez bons parmi._ - Expression inconnue aux dictionnaires et blâmée par les - grammairiens. - - PAROI, s. f. _Paroi litelée; paroi gyssée; paroi en carrons._ Le mot - _paroi_ est français, mais vieux et inusité dans le sens qui lui - est donné chez nous. Le terme véritable est: «Cloison.» - - PAROLI, s. m. Babil facile, élocution abondante. _Ce jeune homme n'a - que du paroli._ En provençal, _parouli_ signifie: Langage flatteur - et séduisant; dans le vieux français: _Paroler_, discourir. - - [+] PAR PEU QUE, locut. conj. Pour peu que. _Par peu que tu - lambines, tu arriveras trop tard. Par peu que tu sois diligent, tu - pourras nous rattraper._ Faute fréquente, mais qui passe - inaperçue, à cause de la ressemblance des sons _par peu_ et _pour - peu_. - - PARPILLOLE, s. f. Monnaie genevoise du seizième siècle, valant les - trois quarts d'un sou, soit neuf deniers. Elle s'appelait aussi - _parpayole_. - - PARPILLON, s. m. Terme des campagnards. Papillon. _Fais voir à ces - Monsieurs ton beau parpillon._ En Franche-Comté, en Auvergne, en - Languedoc et en Gascogne, on dit: _Parpillot_; en provençal, - _parpaihoun_; en Dauphiné, _parpaillou_. - - PARTERET, s. m. Couperet, hachette, sorte de couteau de boucherie - fort large, lequel sert à couper la viande. A Rumilly (Savoie), on - dit: _Partelet_; en Dauphiné, _partou_. R. vieux français, - _parter_, diviser, partager. - - PARTICIPER, v. a. Communiquer, faire part de, informer de. - _Participer une nouvelle, participer un événement. Mr N** a - négligé de nous participer le mariage de sa fille._ - - [+] PARTICULIARITÉ, s. f. _Que dis-tu de ce bon rencontre, - Christophe? N'est-ce pas une particuliarité?_ Terme vieux - français. Écrivez et prononcez «Particularité.» - - PARTIE, s. f. Ne dites pas: _Faire une partie aux boules, faire une - partie aux quilles_, etc. Dites: Faire une partie DE boules, - faire une partie DE quilles, une partie DE billard. - - PARTI-MEYTI. Locution moitié patoise, moitié barbare, qui revient à: - «Partageons,» et qui se dit ordinairement après une trouvaille - faite en commun. _Partir_ ou _parter_, en vieux français, - signifie: «Partager,» et _meyti_ ou _meytîa_, en patois, veulent - dire: «Moitié.» - - PARTI ROULANT, s. m. Se dit d'un jeune homme qui est mûr pour le - mariage, riche ou en position de le devenir. _Mr N** est un parti - roulant. Il y avait à ce bal trois ou quatre partis roulants._ - Cette expression, qui appartient à la conversation familière, - n'est pas inconnue en Savoie et dans le canton de Vaud. Je - demandais à une bonne paysanne du Chablais quel âge à peu près - devait avoir un riche célibataire pour être appelé _parti - roulant_: «_Tant plus vieux, tant meilleur_,» me répondit-elle. - - [+] PAS, adv. interrogatif. N'est-ce pas? _C'est après-demain la - foire à Gaillard, pas? Dis-donc, Moïse, les raisins sont mûrs, on - ira à la picôte, pas?_ Terme des gamins. - - PAS MOINS, conj. Cependant, néanmoins. _Elle avait dit et répété: - «Je n'irai plus au bal,» et pas moins elle y retourne._ Terme - français populaire. - - PAS PLUS, loc. adv. Non certes, point du tout, aucunement. _Votre - cousin a-t-il réussi dans sa requête?--Pas plus. On dit que vous - pensez à vous marier, Mamzelle Gothon.--Moi, Monsieur, pas plus: - et qui est-ce qui me voudrait?_ - - PAS RIEN QUE, est une expression incorrecte dans les phrases - suivantes: _Il n'y a pas rien que lui qui souffre. Il n'y aura pas - rien que vous deux de punis_, etc. Dites: Il n'est pas le seul qui - souffre. Il y en aura d'autres que vous deux de punis. - - PASSAGER, ÈRE, adj. Passant, passante; fréquenté, fréquentée. - _Chemin passager, rue passagère._ Terme français populaire. - - PASSÉE, s. f. Terme de vigneron. Le temps de la floraison des - vignes. _Il faut beaucoup de chaleur pour que la passée se fasse - bien._ [_Glossaire de_ GAUDY.] - - PASSÉE, subst. f. Tournée, passage de quelqu'un. _Première passée, - deuxième passée du facteur de la poste aux lettres. As-tu soin, - Octavie, de cueillir mes graines de capucines?--J'ai déjà fait ce - matin deux passées._ - - PASSE-GENT, s. m. Nos jeunes garçons appellent ainsi un jeu qui - consiste à sauter, de distance en distance, les uns par-dessus les - autres. _Jouer à passe-gent._ Terme languedocien. En français, ce - jeu s'appelle Coupe-tête. - - PASSER AU BLEU, v. a. (fig.) Tuer, faire mourir. _Quelle nouvelle - a-t-on de notre lieutenant?--Il a été passé au bleu._ Français - populaire. - - PASSE-ROSE (UN). _Un beau passe-rose._ Ce mot est féminin. - - PASSET ou PASSEY, s. m. Échalas. La plupart des dialectes populaires - de France, de Suisse et de Savoie ont ce terme, plus ou moins - modifié. Dans le vieux français on disait: _Pesseau_; en grec, - _passalos_, et en latin, _paxillus_. - - PASSIONNER, v. a. Ce verbe n'est pas français, dans le sens de: - Aimer avec passion. Ne dites donc pas: _Cette dame passionne les - romans. La jeunesse passionne les voyages. Nous passionnons tous - la paix et la liberté._ - - PASSIORET, s. m. Petit passage, ouverture pratiquée dans une haie - pour les piétons. Terme savoisien. Dans le dialecte du Berry, - _passière_ veut dire: «Chemin.» - - PASSON, s. m. Terme des campagnards. Échelon. En Champagne, _passet_ - veut dire: Petit marche-pied. - - PATACHE ou PATASSE, adj. et subst. Lambin, lambine. - - PATACHER ou PATASSER, v. n. Lambiner. - - PATACHERIE et PATASSERIE, s. f. Lenteur extrême, nonchalance. - - PATAPOUF, s. m. Homme corpulent et lourd. _Un gros patapouf._ Terme - savoisien, picard, rouchi, etc. - - [+] PATARAFE, s. f. _Mettre sa patarafe._ Terme français populaire. - L'expression véritable est: Mettre son parafe. - - [+] PATARAFER (SE). Faire son parafe. - - PATENAILLE, s. f. Pastenade, carotte jaune. _Plucher des - patenailles. Salade aux patenailles._ Terme vaudois, valaisan et - jurassien, usité aussi dans le Chablais et le Faucigny. A Rumilly - (Savoie), on dit: _Parsenaille_; en vieux français, _pastenaille_. - R. lat. _pastinaca_. - - PATENOCHAGE, s. m. ou PATENOCHERIE, s. f. Lambinerie. - - PATENOCHE, s. f. Lambin, lambine; nonchalant, nonchalante. - - PATENOCHER, v. n. Lambiner. - - PÂTÈRE (UN). _Un pâtère à vis. Assujettir un pâtère._ Dites: «Une - patère» (_a_ bref). Sorte de crochet qui sert dans l'ameublement à - différents usages. R. lat. _patera_, coupe. - - PATET, ÈTE, subst. et adj. Lambin, qui fait tout lentement et - mollement. _Un écolier patet; une servante patète. Il est si patet - qu'il vous ferait grimper les murs._ Terme suisse-roman, - savoisien, lyonnais et méridional. Dans le Midi, _patet_ signifie - plutôt: Vétilleur, chipotier, tatillon, scrupuleux à l'excès, - difficile à contenter. A Genève, _patet_ se dit aussi des choses. - _Un travail patet_ est celui qui exige des soins très-minutieux. - _Une bouilloire patète_ est celle qui met beaucoup de temps à - cuire. - - PATETAGE, s. m. Lambinerie, acte d'un lambin. - - PATETER, v. n. Lambiner, s'occuper longuement de minuties. - - PATÈTERIE, s. f. Lambinerie, barguignage, tatillonnage. _Cesse tes - patèteries, Joseph, et viens nous aider à scier le bois._ - - PATIENCE, s. f. Sorte de petite pâtisserie ronde, de la grandeur - d'une pièce de cent sous et de la nature des massepains. _Un - cornet de patiences._ - - PATIN, s. m. Braie, linge dont on enveloppe les petits enfants, et - par-dessus lequel on met le lange. _Faire sécher des patins._ - Terme suisse-roman et savoisien. - - PATIÔCAGE, s. m. Lambinerie. - - PATIÔQUER, v. n. Lambiner. Augmentatif du verbe _pateter_. - - PATI-PATA. Onomatopée par laquelle on exprime les redites et le - bavardage étourdissant d'une personne qui babille sans cesse. - - PATOCHON, s. m. Lambin. - - PATOUFLE, s. m. Lourdaud. _Un gros patoufle._ Terme savoisien. En - rouchi: _Patouf_. Dans le patois du bas Limousin, _patouflé_ - signifie: Joufflu; en provençal, _patufeou_ veut dire: Dadais, - benêt. - - [+] PATRACLE, s. f. Patraque. - - PATRACLER, v. n. Travailler avec mollesse et lenteur; ne pas avancer - dans son ouvrage. [P. G.] - - PATRIGOT, s. m. Patrouillis, margouillis, boue liquide. _Se mettre - dans le patrigot._ Terme suisse-roman et savoisien. _Patrigot_ - s'emploie aussi figurément et signifie: Tracas, embarras dont on - ne pourra sortir que difficilement; affaire épineuse et - désagréable. _Le voilà depuis six mois, et par sa faute, dans un - fameux patrigot._ En provençal, _patrigo_ et _patricot_ - signifient: 1º Mic-mac, manigance, pratique secrète; 2º - Tracasserie, embarras. - - PATRIGOTER, v. n. Patauger, marcher ou s'enfoncer dans la boue - épaisse, dans le _patrigot_. - - PATRIMONIAL, s. m. Doyen d'un cercle, doyen d'une confrérie. _Mr - N**, patrimonial du cercle des Anonymes, vient de mourir._ Le mot - _patrimonial_ est français, mais dans une acception différente. - - PATTE ou PATE, s. f. Chiffon, morceau de vieux linge, lambeau de - linge usé et qui n'est bon qu'à faire du papier. _Il mit sur sa - coupure des toiles d'araignée en guise de patte. Ici on loue la - Feuille d'Avis et on achète les pattes._ Proverbialement, _Avoir - son béguin de patte_, signifie: Être mort, être _ployé_, être dans - le linceul. Terme suisse, savoisien, franc-comtois et méridional. - En Lorraine, _patte_ signifie: Étoupes de chanvre. A Lausanne, à - Neuchâtel, à Lyon, à Besançon, le _pattier_ est Celui qui ramasse - les chiffons dans les rues. En français on appelle _pattière_, La - femme qui trie les chiffons à papier. Nous appelons _patte aux - aises_ ou _patte des aises_, La lavette, c'est-à-dire: le bout de - torchon qui sert à laver la vaisselle. Nous appelons _patte - soufrée_, Une mèche soufrée; _patte à bleu_ ou _patte au bleu_, Le - sachet pour l'indigo. - - PATTE À COU, loc. adv. _Porter quelqu'un à patte à cou_, signifie: - Porter à dos une personne qui se tient à notre cou avec ses bras, - ou ses _pattes_. Cette expression est surtout familière aux - campagnards. A Genève nous disons: _A cocochet_. [P. G.] - - PATTE MOUILLÉE, s. f. Se dit d'une personne flasque, molle, lâche au - travail et sans énergie. _Je ne peux rien faire de votre apprenti: - c'est un paresseux, c'est une patte mouillée._ Terme suisse, - savoisien et lyonnais. On dit en français, dans le même sens: «Un - linge mouillé.» - - PAUFER, s. m. (Prononcez le _r_.) Levier en fer, avant-pieu. _On - plante les saules au paufer._ Terme suisse. En Savoie: _Paufer_ et - _pafer_; dans le Dauphiné et le Languedoc, _palfer_. En vieux - français, _pau_ signifie: Pieu. Quelquefois, par exagération, nos - dames appellent _paufer_, Une grosse aiguille. - - PAUME, s. f. Balle, sorte de pelote ronde servant à divers jeux. - _Lancer une paume. Renvoyer la paume._ Terme méridional. En - français, «Paume» se dit du jeu lui-même et non de la balle. - - PAUME DE NEIGE, s. f. Pelote de neige, boule de neige. _Jeter des - paumes de neige. Se battre à coups de paumes de neige._ Terme - suisse. _Paumer les passants_, c'est: Leur lancer des _paumes_ de - neige. - - PAUNER ou PÔNER, v. a. Payer sa quote-part, acquitter sa dette; - contribuer. _On saura bien le faire pôner comme les autres._ En - vieux français, _poner_ signifie: Poser, mettre, déposer. R. - _pono_. - - PAUVRE, s. m. Nous disons proverbialement: _Rire comme des pauvres_, - pour: Rire de bon coeur, rire à ventre déboutonné. _La soirée fut - divertissante: nous y avons ri comme des pauvres._ En Bretagne, - _Être gai comme des peillotoux_, signifie: Être gai comme des - déguenillés. - - PAUVRE (UNE). Une mendiante. _Ne renvoyez pas cette pauvre._ Les - dictionnaires disent: «Une pauvresse,» expression inconnue chez - nous, et probablement ailleurs. - - PAVANE, subst. fém. Farce. _Regarde ces déguisés, Joson! quelle - pavane!_ S'emploie aussi adjectivement. _Que cette chanson est - pavane!_ c'est-à-dire: Qu'elle est plaisante; qu'elle est - bouffonne! - - [+] PAVIR, v. a. Paver. - - [+] PAVISSEUR, s. m. Paveur. Terme savoisien. - - PAYER, v. a. (fig.) _Il me la payera! Vous me la payerez tous! Il - faut qu'on me la paye!_ Dites, avec le masculin: «Il me LE payera! - Vous me LE payerez! Il faut qu'on me LE paye!» c'est-à-dire: - J'aurai ma revanche. - - PAYER UN GAGE. Terme de certains jeux. Dites: Donner un gage. _Ma - lourdise fut grande à tous ces jeux, et l'on me fit payer quatre - gages._ Expression méridionale. Le gage n'est pas un _payement_, - c'est une garantie du payement: on ne paye que quand on retire le - gage. - - PEAU DE SOURIS, s. f. _Se mettre en peau de souris pour quelqu'un_, - signifie: Se dévouer à lui corps et biens; embrasser ses intérêts - chaleureusement et quoi qu'il en puisse coûter. - - PEBLACHE, adj. des 2 genres. Terme des campagnards. Sec et mou. Se - dit d'un légume de la famille des crucifères, qui n'a plus sa - fraîcheur primitive; qui s'est durci en perdant sa saveur. _Un - ravonet peblache. Des raves peblaches._ On dit aussi: _Bllache_ - (_ll_ mouillés). - - PÊCHERONGE, s. f. Pavie, sorte de pêche. - - PÊCHE SANGUINE. Voyez SANGUINE - - PÊCHIER, s. m. Pêcher, arbre qui porte la pêche. _Des pêchiers en - plein vent._ Terme français populaire et vieux français. - - PÉCLET, s. m. Loquet d'une porte. _Trouvant la porte fermée, nous - commençâmes à sigougner le péclet._ Terme suisse et savoisien. En - Franche-Comté on dit: _Pècle_. - - PÉCLET, s. m. Montre, petite horloge de poche. Terme badin. - - PÉCLOTIER, s. m. Horloger. Terme badin ou dérisoire. _Un pauvre - péclotier; un mauvais péclotier._ - - PECOU ou PÉKEU, s. m. Terme des campagnards. Le pédoncule, la queue - d'un fruit. _Le pecou d'une poire; le pecou d'une cerise_, etc. - Mot provençal et vieux français. On dit à Lyon: _Picou_, et en - Languedoc, _pecoul_. - - PÉCUGNE, s. f. Pécune, argent comptant. - - PÈGE ou PÈGUE, s. f. Poix, matière résineuse. Ces mots _pège_ et - _pègue_ appartiennent aux dialectes du Midi et au vieux français. - Nous disons figurément d'une personne dont les conversations ou - les visites fatiguent par leur longueur: _C'est une pège. Quelle - scie! quelle pège que ce Dorival!_ _Pège_ s'emploie aussi - adjectivement. _T'aperçois-tu que le papa N** devient un peu - pège?_ - - PÉGEUX, EUSE, subst. Lambin, traînard. - - PÉGUER, v. n. Enrager, pester. _Regardez tous comme il bisque! - Regardez comme il pègue!_ Terme trivial. - - PEIGNE, s. m. Nous disons proverbialement: _Être sot comme un - peigne_, pour: Être ébahi, être stupéfait. _Il persistait à nier; - mais quand on lui montra sa signature, il demeura sot comme un - peigne._ - - PEIGNER (SE), v. récip. Se battre. Nous disons figurément et - proverbialement: _Voilà où les chats se peignent_, pour: Voilà où - est la difficulté, voilà où est l'obstacle. - - PEIGNETTE, s. f. Peigne fin. - - PEILLE, PEILLOT, PEILLON, et PEILLOU, s. m. Brou, écale, coque, - couverture extérieure des noix, des noisettes et des amandes. - Terme vaudois et savoisien. Dans le canton de Vaud, _piller des - noix_ signifie: Écaler des noix; et _noix pillettes_ veut dire: - Noix débarrassées de leur enveloppe. En Lorraine, _piller des - pois, piller des fèves_, signifie: Les écosser. - - PÈLE, s. m. Nom que les enfants des environs de Genève donnent à une - noix ou à un noyau de pêche, qu'ils façonnent et polissent avec du - grès, et dont ils se servent pour jouer à la droite, aux noix ou - aux noyaux de pêche. [P. G.] - - PÈLERINE, s. f. Biscuit long et mince, très-léger, qu'on appelle à - Paris: Biscuit à la cuiller. _Saucer des pèlerines dans du sirop._ - Terme savoisien. - - PELLE, s. f. Rame, aviron. _Aller à la pelle_, signifie: Ramer, - naviguer à l'aide des rames. En français, «Pelle d'aviron» se dit - quelquefois de la partie plate de l'aviron, laquelle entre dans - l'eau quand on rame. - - PELLE, s. f. Bêche. _Labourer à la pelle_, c'est: Labourer à la - bêche. Le _Complément_ du dictionnaire de l'Académie dit: - «Pelle-bêche, espèce de bêche.» - - P'ENCORE, loc. adv. Pas encore. [P. G.] - - PENDEAU, s. m. Trochet, bouquet, glane, botte. _Un pendeau de - cerises_ s'appelle en français: Un trochet de cerises. _Un pendeau - de poires_ s'appelle: Une glane de poires. Ce terme de _pendeau_ - est connu à Moudon (canton de Vaud), à Neuchâtel et sans doute - ailleurs. - - PENDILLON, s. m. Morceau d'étoffe, ruban qui pendille et annonce le - désordre ou le manque de goût. - - PENIN, s. m. Salaire, argent qui est le produit d'un travail. - - PENNE, s. f. Panne, graisse du ventre d'un porc. _Une penne de - lard._ Terme suisse et savoisien. - - PENOT, OTTE, adj. (_o_ bref.) Penaud, penaude. _A cette rencontre - imprévue, elle demeura penotte et interdite._ - - PENSER DE. Projeter, avoir l'intention de, avoir dans l'idée de. - _Penses-tu de sortir dimanche, s'il fait beau?--Sans doute, je - pense de t'accompagner à la Bellotte._ Dites: Je pense à - t'accompagner. [ACAD.] - - PENSER (SE). Penser, croire, s'imaginer. _Quand on a frappé à la - porte, nous nous sommes bien pensé que c'était toi. En voyant les - hirondelles voler si bas, je m'étais bien pensé qu'il pleuvrait._ - Cette locution, fort répandue en Suisse, en Savoie, en - Franche-Comté, en Dauphiné et dans tout le Midi, appartient au - vieux français. Ce n'est donc point une locution qui soit - particulière à notre _patois_, comme le dit M. SAINTE-BEUVE, dans - la _Biographie de Töpffer_. - - PENSION, s. f. L'expression: _Prendre pension_, si connue, si usitée - chez nous, ne se trouve dans aucun dictionnaire, ni dans aucun - Glossaire. _Vous voilà donc, Monsieur, pour quelque temps à - Genève: où prendrez-vous pension?_ c'est-à-dire: Où prendrez-vous - vos repas? - - PENTE, s. f. (fig.) _Se donner une pente de quelque chose_, - signifie: En prendre autant que l'on peut, en user largement et à - coeur joie. _Se donner une pente de travail; se_ _donner une - pente de petit blanc; se donner une pente de bals masqués, une - pente de concerts_, etc. Expression qui appartient au style le - plus familier. - - PENTECÔTE, s. f. Nous disons comme les Gascons: _La fête de - Pentecôte; le jour de Pentecôte_, etc.; et je trouve dans SENEBIER - la phrase suivante: «Les décisions du Synode de Lausanne sur les - fêtes de Noël, de l'Ascension et _de Pentecôte_.» [_Histoire - littéraire de Genève_, t. Ier, p. 186.] Il faut dire, en ajoutant - l'article: La fête de LA Pentecôte, le jour de LA Pentecôte; les - sermons de LA Pentecôte. - - PÉPINÉRISTE, s. m. _Un pépinériste achalandé._ Terme français - populaire. On doit écrire et prononcer Pépiniériste. - - PERCE-NEIGE (UN). Sorte de plante qui fleurit en plein hiver. Ce mot - est féminin. «Une perce-neige.» - - PERCER, v. a. Nous disons d'un petit enfant à qui les premières - dents viennent: _Il a percé ses premières dents_. L'expression - française est: Les premières dents ont percé à cet enfant; les - premières dents sont venues à cet enfant. - - PERCET, s. m. Foret, vrille, perçoir, percerette. On dit en Valais: - _Perceret_. - - PERCHETTE, s. f. Sorte de menu poisson, petite perche. - - PERCLUE, adj. f. _Cette pauvre femme était perclue de froid, perclue - de douleurs._ Terme français populaire. L'adjectif «perclus» fait - au féminin «percluse» et non pas _perclue_. - - PERDRE, v. n. Quand nous disons d'une jeune fille, d'une jeune dame: - _Elle perd, elle a perdu, elle commence à perdre_, cela signifie - que: Sa beauté, sa fraîcheur, son éclat diminuent, ont diminué, - commencent à diminuer. Ce sens du verbe «Perdre,» si usité chez - nous, n'est pas dans les dictionnaires. - - PERDRIGONE, adj. f. _Une prune perdrigone._ Dites: Une prune de - perdrigon, ou: Un perdrigon. Un perdrigon blanc, un perdrigon - violet. Dans le Languedoc, le Limousin et le Dauphiné, on dit: - _Une perdigone_; à Marseille, _une prune pardigone_. - - PERD-TEMPS, s. m. Se dit de tout objet qui invite à muser et à - perdre le temps. _Un chien, un oiseau, un chat, une pipe, - deviennent quelquefois un perd-temps, un agréable perd-temps._ - - PÉRIN ou PÉRAIN, s. m. Canepin, pessonure, rognures de peau blanche - et fine, pour effacer les traits au fusain. - - PERNETTE, s. f. Petit scarabée, d'un beau rouge moucheté de noir. - C'est la définition qu'en donne TÖPFFER lui-même dans le - _Presbytère_. - - PÉRORER, v. a. _Pérorer une assemblée. Il nous pérora de son mieux, - mais il ne parvint pas à nous convaincre._ «Pérorer» est un verbe - neutre. «Voyez comme il pérore! Écoutez-le pérorer.» - - PERRUQUE, s. f. (fig.) Remontrance, mercuriale. _On lui a donné sa - perruque._ - - PERRUTIER, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses du mot - «Perruquier.» - - PERSÉCUTER DE, suivi de l'infinitif. _Je le persécute de partir; il - me persécute de le suivre_, etc. Ce régime du verbe «persécuter» - est inconnu aux dictionnaires: ce qui ne veut pas dire qu'il soit - vicieux. - - PESATU, s. m. Terme rural. Blé, seigle et vesces (_pesettes_) que - l'on sème pêle-mêle et que l'on récolte à la fois sans faire de - triage. _Farine de pesatu; pain de pesatu._ [P. G.] - - PERTANTAINE, s. f. _Courir la pertantaine._ Dites: Courir la - pretantaine. - - PÉTALE (UNE). Ce mot est masculin: «Un pétale,» c'est-à-dire: - Chacune des pièces qui composent la corolle d'une fleur. - - PETARD, s. m. (fig.) Nous appelons _front de petard_, le front d'un - homme qui ne rougit plus, le front d'un homme éhonté. _Insensible - à ce reproche, il continua de se défendre avec un front de - petard_, c'est-à-dire: Avec une audace et une effronterie - achevées. Expression fort triviale, mais fort répandue. - - PETARD, s. m. (fig.) Horion, mornifle. _Donner un petard; flanquer - un petard; appliquer un petard._ - - PETARD, s. m. Canonnière, tube de sureau dont on ôte la moelle, et - dont les enfants se servent pour chasser, par le moyen d'un - piston, de petits tampons de papier mâché. Terme méridional. - - PÉTAVIN, s. m. Espèce de framboise noire, qui croît dans les lieux - humides et surtout le long des rivières. Selon le _Vocabulaire - dauphinois_ de Mr CHAMPOLLION aîné, _peitavin_ signifie: Osier. - - PETÉE, s. f. Foule, quantité. _Une petée de monde; une petée de - curieux. Vite, vite, tire ton cerceau: tu as une petée de - perchettes._ - - PETER, v. n. _Faire peter son fouet._ Dites: Faire claquer son - fouet. - - PETER, v. n. Nous disons d'un vin dur et acide: _C'est un vin à - faire peter les chèvres._ Les dictionnaires disent plus décemment: - «C'est un vin à faire danser les chèvres.» - - PETEUX, s. m. Lâche, poltron, pleutre, couard, peteur. _Dans le plus - fort de la dispute, il s'alla cacher comme un peteux._ Terme - français populaire. - - PÉTIAFFE, adj. des 2 genres. Sans force, sans vigueur, faible, bon à - rien. _Je suis encore tout pétiaffe, et je puis à peine me - soutenir._ Se dit aussi d'un fruit pourri: _Une pomme pétiaffe_. - - PETIOLET, ETTE, adj. Très-petit, très-chétif. - - PETIOT, OTE, adj. Petit, très-petit, exigu. _Tu me donnes là un - morceau de pain bien petiot._ Terme vieux français. _Petiot_ est - aussi substantif. _Où sont vos petiots?_ (où sont vos jeunes - enfants?) _Montrez-nous donc vos braves petiots?_ _Petiou_ se dit - quelquefois pour: _Petiot_. - - PETIT (LE). Terme du jeu de boules. Le but, le cochonnet. _Lancer le - petit; s'approcher du petit; baucher le petit._ Terme méridional, - etc. - - PETIT, s. m. Jeune enfant, jeune fils d'un tel. _Vos petits sont-ils - en bonne santé?--Notre petit a la rougeole._ _Petit_, dans ce - sens, n'est pas français. Le féminin _petite_ pourrait mieux se - dire. - - PETIT-BOIS, s. m. Menu bois. - - PETIT-LOUIS, s. m. Courlis ou courlieu, oiseau aquatique. - - PETIT-PEU (UN). Très-peu, tant soit peu. - - PETOLLE, s. f. Crotte, fiente de certains animaux, comme chèvres, - brebis, lapins, souris. En vieux français: _Petelle_; en - provençal, _peto_. - - PETON, s. m. Terme enfantin. Le pied d'un petit enfant. _Elle a bobo - à son peton._ Dans le canton de Vaud on dit: _Piéton_ ou _pioton_. - - PÈTRÀ ou PEITRÀ, s. m. Manant, rustre, pacant, butor, grossier - personnage. Terme normand, breton, etc. - - PÈTRE ou PEITRE, s. m. Gésier, estomac. _Le pètre d'une poule; le - pètre d'une dinde._ Terme suisse et savoisien. On le dit - quelquefois, mais trivialement, en parlant des personnes. _Nos - individus ne quittèrent la table qu'ayant le pètre bien garni._ - _Pètre_ se dit aussi d'un gros goître. - - PÉTREUX, s. m. Goîtreux. - - PÉTRISSOIRE, s. f. Pétrin, huche, coffre à pétrir le pain. Terme - suisse, savoisien, franc-comtois, etc. Quelques dictionnaires - modernes disent au masculin: «Un pétrissoir.» - - PÉTRONER (SE), ou SE PÉTROGNER, v. pron. Se dit d'un enfant qui, - dans les bras de sa nourrice ou de sa mère, a l'air de se - dorloter, et témoigne son contentement par un certain bruit du - gosier. - - PETTE, s. f. Bagatelle, chose de nulle valeur. _Pour toutes vos - peines, vos courses, vos écritures, vos correspondances, la - famille du défunt vous a envoyé deux couverts d'argent: la belle - pette! Voilà vraiment une belle pette! Ils ont fait là une belle - pette!_ Ce terme, très-familier et même trivial, se retrouve dans - le patois rouchi, où il signifie: Peu de chose, rien. [Voyez le - _Dictionnaire rouchi-français_ de HÉCART, 3me édition.] Voyez - aussi le mot _peto_, dans le _Dictionnaire provençal_ de M. J.-F. - AVRIL. - - PEU (UN), s. m. N'est pas français dans le sens de: Un peu de temps. - _Il y a un peu que je n'ai vu ton frère. Il y a un peu que la - diligence est partie._ - - PEU (UN). _Prête-moi un peu ton couteau. Donne-moi un peu cette - échelle_, etc. Dans cette phrase et les phrases analogues, _un - peu_ est inutile et vicieux. - - PEUGET, s. m. Suc ou jus qui se forme dans le tuyau et le fond d'une - pipe par la salive et la vapeur du tabac. - - PEUR, s. f. _À moi la peur si....._ Espèce d'affirmation qui revient - à la suivante: Je veux être pendu si..... _Tu veux donc toujours - me désobéir, Janot; mais à moi la peur si je ne t'enferme pas - dimanche prochain. Puisque Du Rosier refuse obstinément de me - payer, à moi la peur si je ne lui envoie pas une assignation._ - - PEUR, s. f. _Qu'as-tu peur? Qu'avez-vous peur?_ Expressions fort - usitées chez nous et ailleurs. Pour parler grammaticalement il - faut dire: De quoi as-tu peur? De quoi avez-vous peur? - - PHIBOSETTE, s. f. Fille ou femme démesurément petite et contrefaite. - Voyez MÉPHIBOSET. - - PIÂLER, v. n. Piailler, piauler. - - PIAILLARD, ARDE, adj. et s. Piailleur, criard. Français populaire. - - PIAILLÉE, s. f. Piaillerie, criaillerie. _Faire des piaillées. - Finissez donc vos piaillées._ - - PIANOTTER, v. n. Terme dérisoire. Jouer du piano. - - PIAPEU, s. m. Renoncule des champs. Terme connu aussi dans le canton - de Vaud. Le dictionnaire de Mr BESCHERELLE dit: «Piapan.» - - [+] PIASTRE (UN). Une piastre. _Aimer le piastre_, aimer l'argent. - _Goûts piastreux_, goûts excessifs de s'enrichir. _Homme - piastreux_, homme riche. - - PIAUTE, s. f. Voyez PIÔTE. - - PIC, s. m. Terme français, qui signifie: Pivert. Nous disons - proverbialement d'une personne maigre et sèche: _Elle est maigre - comme un pic_. Cette expression est sans doute moins usitée - ailleurs que chez nous, puisqu'elle n'est pas consignée dans les - dictionnaires. - - PICAILLONNER, v. n. Liarder, lésiner, faire des économies mesquines, - mettre avaricieusement sou sur sou. _Son plus grand bonheur est de - picaillonner._ Le _picaillon_ était une petite monnaie en usage - dans le Piémont et la Savoie, et qui valait un centime. Nous - disons encore d'une chose de nulle valeur: _Cela ne vaut pas un - picaillon; je n'en donnerais pas un picaillon._ - - PICAILLONNEUR, s. m. Liardeur, avare. - - PICÂTA ou PECÂTA. Terme injurieux dont les paysans savoisiens se - servent pour désigner les habitants de Genève et particulièrement - les protestants. On explique très-diversement l'origine de cette - dénomination. Dans le Berry, _peccata_ signifie: «Baudet.» - - PICAIRNE, s. f. Voyez PIQUERNE. - - PICATALON, s. m. Fourmi. _Un nid de picatalons._ - - PICHE, s. f. Chopine, petite mesure du pays. En français, «Pichet» - est une sorte de vase à vin. - - PICHENETTE, s. f. Coup, taloche. _Flanquer une pichenette._ - - PICHOLETTE, s. f. Chopine, petite mesure du pays. _Une picholette de - vin. Boire picholette. Payer picholette._ Terme vaudois et - savoisien. - - PICOLON, s. m. Petit point. _Indienne à petits picolons._ Terme - vaudois. _Dîner au picolon de midi_, signifie: Dîner au coup de - midi, à midi sonnant. Nous disons qu'une montre _fend le picolon_, - lorsqu'elle marche avec une parfaite régularité. _Je puis vous - donner l'heure exacte, car ma montre fend le picolon._ - - PICOT, s. m. Sorte d'épingle longue et à grosse tête. En français, - «Picot» signifie: Petite pointe qui demeure sur le bois quand ce - bois n'a pas été coupé net. - - PICÔTE, s. f. Picorée, maraude. _Aller à la picôte des raisins, à la - picôte des noix._ Terme consacré parmi les jeunes garçons. - - PIDANCE, s. f. Pitance. _Le pain et la pidance._ Terme français - populaire. Voyez S'APIDANCER. - - PIDE, s. f. Semonce, réprimande. _Donner une pide. Recevoir une - pide. Tu as eu ta pide, et cela te venait._ Terme vaudois. - - PIDE, s. f. Terme de certains jeux. Mesure, action de mesurer. _Je - veux de la pide_ (je veux mesurer). - - PIDER, v. n. Mesurer la distance d'un palet à un autre, la distance - d'une boule à une autre, etc. _Tu t'imagines tenir, mais je pense - le contraire, et j'en veux de la pide, je veux pider._ Terme - vaudois et savoisien. R. lat. _pes, pedis_. - - PIDER, v. n. Abuter, c'est-à-dire: Jeter au but, tirer au but pour - savoir qui jouera le premier. _À qui est-ce à pider? Commence, - Daniel, et ne pidons pas._ - - PIDER, v. a. Terme des collégiens. Voler, dérober, filouter. _Quel - est celui de vous qui m'a pidé mon agate?_ - - PIED, s. m. Braie, drapeau, pièce de toile dont on enveloppe les - petits enfants, et par-dessus laquelle on met les langes. _Sécher - un pied; changer un pied._ Terme vaudois et savoisien. En - Dauphiné, _Donner les pieds à un enfant_, signifie: Lui donner sa - première robe. - - PIED, s. m. _Tenir pied_, est un terme du jeu de boules qui - signifie: Piéter, c'est-à-dire: Tenir le pied à l'endroit qui a - été marqué pour cela. - - PIED POTENT, s. m. Jeu d'écolier. - - PIEDS, s. m. pl. Nous disons figurément de quelqu'un qui, par des - spéculations ambitieuses ou sottes, a perdu la position aisée où - il se trouvait: _Il s'est mis aux pieds ce qu'il avait aux mains_. - - PIEDS, s. m. pl. _Ne pas mettre deux pieds dans un soulier_, est une - expression figurée qui signifie: Agir promptement, mettre à - l'exécution d'un message toute la diligence possible. _Va nous - louer un cabriolet, et surtout ne mets pas deux pieds dans un - soulier._ - - PIEDS AU CHAUD. _Tenir à quelqu'un les pieds au chaud._ Se dit d'une - personne qui en soigne une autre dans des vues intéressées. On - dira, par exemple, d'un neveu qui a de grands égards pour un oncle - célibataire: _Voyez comme il le cajole et le prévient; voyez comme - il lui tient les pieds au chaud_. - - PIEDS BLANCS, s. m. pl. _Il a les quatre pieds blancs._ Se dit de - quelqu'un qui a ses entrées libres et ses coudées franches dans - une maison. - - PIERRE À BERNARD ou PIERRE À BERNADE. Se dit d'une distribution - d'argent ou de bonbons que les riches paysans, le jour de leurs - noces, font aux enfants de la commune. L'ancien _Glossaire_ fait - erreur quand il dit que cet usage a cessé dans notre canton. [P. - G.] - - PIERRE À FEU, s. f. Pierre à fusil, pierre à briquet. _Les capsules - auront bientôt remplacé partout les pierres à feu._ Terme suisse - et savoisien. - - PIERRES, s. f. pl. Nous disons figurément d'une personne qui est au - comble du malheur: _Elle est malheureuse comme les pierres_. - Expression proverbiale connue en Picardie, et sans doute ailleurs. - Les dictionnaires français disent: «Être malheureux comme un chien - qui se noie.» - - PIF-POUF, s. m. Homme gros, ventru et de petite taille. En français, - «Piffre» signifie: Gros, replet. - - PIGEONNIÈRE, s. f. Pigeonnier, colombier. - - PIGNOCHER, v. n. Peindre à petits coups, peindre sans hardiesse. - Dans les dictionnaires, «Pignocher» signifie: Manger négligemment, - manger sans appétit et du bout des dents. - - PIGNOCHEUR, s. m. Tatillon, _patet_. - - PIGNOLET, s. m. Nom que les campagnards donnent à la plante appelée - en français: «Thym.» _Brouter le pignolet._ Terme vaudois. - - PILE, s. f. Volée de coups, étrillée. _Donner une pile à quelqu'un_, - le rosser. Terme connu dans le Berry, en Savoie et ailleurs. - - PILON, s. m. Mortier. _Pilon de fonte, pilon de marbre. L'escamoteur - mit la montre dans le pilon et la brisa._ Terme suisse et - savoisien. En français, «le Pilon» est l'instrument avec lequel on - pile dans le mortier. - - PILVINETTE, s. f. Épine-vinette, sorte d'arbrisseau. _Tablettes à la - pilvinette._ Dans le français populaire on dit: _Pinevinette_. - - [+] PIMPILVINETTE, s. f. Épine-vinette. - - [+] PIMPINIÈRE, s. f. Pépinière. PIMPINIÉRISTE, s. m. Pépiniériste. - - PINCE, s. f. Terme de couturière. Troussis, pli fait à une robe, à - une jupe pour la raccourcir. - - PINÇOTTER, v. n. Terme de nos anciennes fabriques d'indienne. - Travailler au pinceau. - - PINÇOTTEUSE, s. f. Ouvrière qui, dans nos anciennes fabriques - d'indienne, mettait les couleurs. - - PINIOUF ou PIGNOUF, s. m. Dénomination dérisoire. Soldat du centre - dans la réserve. - - PINTE, s. f. Cabaret, taverne, gargote, bouchon. _Hanter les pintes. - S'attabler dans une pinte._ Terme suisse-roman. En français, - «Pinte» est le nom d'une mesure pour le vin, et «Pinter» signifie: - Faire débauche de vin.» [ACAD.] - - PIOCHAT, s. m. Sittelle torche-pot, oiseau. - - PIOGRE ou PIOGUE. _Envoyer quelqu'un à Piogre_, c'est: L'envoyer - promener bien loin, l'envoyer se faire pendre, l'envoyer au di.... - _Si tu répliques encore, petit drôle, je t'envoie à Piogre, je - t'envoie à Piogre ferrer les chats._ Ce mot de _Piogre_ est - peut-être une altération du mot _piautre_; car dans le français - populaire, _Envoyer au piautre_, c'est: Envoyer au di.... - Peut-être aussi _Piogre_ est-il le nom d'une ville imaginaire, - censée fort éloignée de nous. En Languedoc on dit dans ce dernier - sens: Envoyer quelqu'un à _Pampeligoust_: c'est le nom - languedocien de la ville de Pampelune. - - PION, PIONNE, adj. _Être pion_, être ivre. - - PIONS, s. m. pl. Nom d'un jeu que les petits garçons jouent assis à - terre avec neuf petits cailloux, qu'ils font sauter - alternativement en l'air pour les recevoir dans la main. On ne - peut se faire une idée exacte de ce jeu qu'en le voyant jouer aux - enfants. [P. G.] - - PIORNE, s. f. Voyez PIOURNE. - - PIÔTE, s. f. Patte. _La piôte d'un oiseau, la piôte d'un chien, d'un - chat_, etc. _Une écriture en piôtes de mouche._ Terme vaudois et - savoisien. Les chasseurs donnent les noms de _piôtes rouges_ et - _piôtes noires_ à certains oiseaux qui vivent sur les bords du - lac. - - [+] PIOTON, s. m. Piéton. _Trottoir pour les piotons._ - - PIOTONNER, v. n. Piétiner, remuer les pieds avec vivacité. Se dit - des enfants qui s'essaient à marcher. Dans le français populaire - on dit: _Piétonner_. - - PIÔTU, UE, adj. et subst. Boiteux, clopinel. - - PIOULER ou PIULER, v. n. Piauler, crier comme les poulets. Se dit - aussi des jeunes enfants qui pleurent et se lamentent. _Piuler_ - appartient au vieux français. - - PIOU-PIOU, s. m. Dénomination badine par laquelle on désigne un - soldat du centre dans le contingent. On appelle _piou_, dans le - dialecte du Berry, le plus petit poulet d'une couvée. - [_Vocabulaire du Berry_, p. 85.] - - PIOURNE ou PIORNE, s. f. Femme ennuyeuse, qui se plaint et qui - gronde habituellement. _Oh! la sotte piourne! Tais-toi, piourne!_ - Terme vaudois. - - PIOURNER et PIORNER, v. n. Se plaindre continuellement. Terme - vaudois. - - PIPER, v. n. et act. S'emploie surtout avec la négation: _Ne pas - piper, ne pas piper mot_, et signifie: Ne pas souffler mot, ne pas - répondre. _On l'a fortement réprimandé et il n'a pas pipé mot._ - Terme français populaire. - - PIPETTE, s. f. Pipe de tabac, petite et mauvaise pipe. Terme - languedocien. A Genève, _pipette_ ne s'emploie que dans cette - locution: _Cela ne vaut pas pipette_, c'est-à-dire: Cela ne vaut - rien, cela ne vaut absolument rien. En français on dit: Cela ne - vaut pas une pipe de tabac. - - PIPI, s. f. Pépie, petite peau blanche qui vient sur la langue des - oiseaux et qui les empêche de boire. _Avoir la pipi: ôter la - pipi._ - - PIQUÉE, s. fém. Douleur vive et de courte durée. _Une piquée de mal - de ventre._ - - PIQUE-PRUNES, s. m. Garçon tailleur. Dénomination badine ou - dérisoire. - - PIQUER, v. a. Picoter. _Piquer des raisins. Cueillez des grappes, - mes amis, je vous le permets; mais ne piquez pas._ Terme - savoisien, gascon, etc. - - PIQUER, v. a. Se dit des oiseaux, et signifie: Manger. _Nos deux - chardonnerets commencent à piquer seuls._ Expression - languedocienne, etc. - - PIQUER UNE FAUX. Terme des campagnards. Rebattre une faux, - l'aiguiser. _Piquer_, dans le sens d'affiler, est une expression - méridionale. - - PIQUE-RAVES, s. m. Tarier, oiseau. - - PIQUERNE, s. f. Chassie, humeur gluante des yeux. Terme suisse et - dauphinois, formé par corruption du vieux mot français _bigane_, - qui a le même sens, et qui n'est point inconnu dans la - Franche-Comté. - - PIQUERNEUX, EUSE, adj. Chassieux. _Des yeux piquerneux._ - - PIRE, adv. Dans le langage populaire, _pire_ a souvent le sens de - «plus» et de «mieux.» _Les deux cousines se chérissent: elles sont - pires que des soeurs. Mon domestique fait tout dans la maison: il - est pire qu'une servante._ - - PIRE, adv. _Comment va la santé, Guillaume?--Ça va de mal en pire._ - Dites: «De mal en PIS.» _Pis_ est un adverbe qui signifie: «Plus - mal.» (Mettre les choses au pis.) «Pire» est un adjectif, qui - signifie: «Plus mauvais, plus méchant.» «Mon vin n'est pas bon, - j'en conviens: mais le vôtre est pire.» - - PISSE, s. f. Urine. - - PITATEMENT, s. m. Course au galop, etc. Voyez PITATER. - - PITATER, v. n. Courir au galop, prendre le galop. _Les jeunes - garçons se plaisent à pitater dans la neige. Je les voyais pitater - dans les sables limoneux de l'Arve._ - - PITAUD, AUDE, s. et adj. Pataud, pesant, épais, patu. _Un gros - pitaud; une grosse pitaude. Quel pitaud d'enfant vous_ _avez là!_ - Dans le vieux français, _pitaud_ signifiait: Rustre, paysan. - [Voyez le _Dictionnaire_ de RICHELET.] - - PITON, s. m. Fouloir de vendange. [P. G.] - - PITONNER, v. a. Fouler aux pieds. _Pitonner la vendange._ _Pitonner - un duvet_, comme font les chats avant de s'y endormir. Dans notre - patois, _pitenà_ signifie: Piler, et _piton_, s. m., signifie: - Pilon. A Lyon, _pitrogner_ veut dire: Écraser et broyer d'une - manière malpropre. - - PIULER, v. n. Voyez PIOULER. - - PIVOINE, s. m. Sorte de fleur. _Un beau pivoine._ Ce mot est - féminin. - - PLACARD, s. m. Armoire. _Remuer un placard; transporter un placard._ - On appelle en français _placard_, une armoire pratiquée dans un - mur. En Suisse, en Savoie et dans le Midi, on désigne par ce terme - toute espèce d'armoire. - - PLACARD, s. m. Grosse tache sur un plancher, sur une table, sur un - vêtement. _Un placard d'huile; un placard de suif; un placard de - graisse._ - - PLACE, s. f. Condition. _Aller en place_, dans le langage des - domestiques, signifie: Aller en condition, aller servir. _Entrer - en place_, signifie: Entrer en condition. _L'Henriette part demain - pour entrer en place._ - - PLAINDRE, v. n. Gémir, pousser des gémissements, geindre. _La pauvre - Colette n'a pas cessé de plaindre toute la nuit; elle plaignait - même en dormant; elle plaignait à nous fendre l'âme._ Expression - suisse, savoisienne et méridionale, qui se retrouve dans l'ancien - français, et qui n'a point d'équivalent exact dans la langue des - dictionnaires. - - PLAIN-PIED, s. m. Rez-de-chaussée. _Habiter un plain-pied. Loger au - plain-pied._ Expression universellement répandue dans notre Suisse - et en Savoie. Le mot de «Plain-pied» est français, mais il - signifie autre chose. Voyez les dictionnaires. - - PLAINT (UN). Gémissement d'un malade. _Faire des plaints; pousser - des plaints. C'étaient des plaints déchirants._ Terme vaudois, - neuchâtelois, savoisien, limousin, etc. En vieux français, - _plaint_ veut dire: Complainte. - - PLAISIR, s. m. _Se faire plaisir d'une chose_, signifie: S'en donner - le plaisir et en user largement; en jouir tout à l'aise. _Voici - une corbeille de cerises, mes enfants: faites-vous-en plaisir._ - Cette expression familière, très-usitée et très-originale, ne se - trouve pas, que je sache, dans les dictionnaires. _Ah! Marguerite, - comme je t'envie ton joli châle jaune.--Ce châle jaune? tu peux - facilement t'en faire plaisir: il ne coûte que 8 francs. J'ai - trouvé ton aiguille de bas, Rosine.--Eh bien, fais-t'en plaisir_, - c'est-à-dire: Garde-la, et qu'elle te serve longtemps. - - PLAN ou PLANT, s. m. _Laisser quelqu'un en plant_, signifie: Le - faire attendre fort longtemps, l'abandonner, le laisser dans - l'embarras, le planter là. _Ils me laissèrent en plant sur la - route_, c'est-à-dire: Ils me laissèrent sur la route comme si - j'étais un _plant_ et comme s'ils voulaient que j'y prisse racine. - On dit dans le même sens: _Rester en plant, être en plant, mettre - en plant._ Terme parisien populaire. Aucun dictionnaire n'a - recueilli cette expression, qui a bien son mérite. - - PLAN, s. m. Gage. _Mettre un habit en plan_, le mettre en gage. - Expression connue aussi à Paris et sans doute ailleurs. - - PLANCHER, v. a. Planchéier, garnir de planches le plancher inférieur - d'un appartement. _Il vaudrait mieux plancher cette cuisine que de - la carronner._ Terme français populaire. On disait en vieux - français: _Planchier_ ou _planchéer_. [Voyez _Glossaire roman_ de - ROQUEFORT.] - - PLANELLE, s. f. Sorte de brique, sorte de _carron_. _La plupart de - nos cuisines sont carronnées_ (carrelées) _avec des planelles_. - - PLANTAPORET, s. m. Dénomination badine, par laquelle on désigne les - habitants de la commune de Plainpalais, et principalement les - jardiniers. _Plantaporet_ est un mot patois qui signifie: - Plante-porreaux, planteur de porreaux. - - PLANTER UN CLOU. Enfoncer un clou, le faire entrer. - - PLANTEUR D'ÉCHAPPEMENTS, s. m. Ce terme, de la fabrique - d'horlogerie, n'a pas d'équivalent dans la langue des - dictionnaires. - - PLANTON, s. m. Terme de jardinier. Jeune plant de fleur ou de - légume. _Planton de salade; planton de chou; planton de viollier. - Plate-bande garnie de plantons._ On dit en Dauphiné: _Plantun_. - - PLAQUE, s. f. Tache à la peau. _Son éruption a entièrement cessé, - mais il lui reste quelques plaques aux joues et au front._ - - PLAQUE, s. f. Palet en cuivre ou en fer. _Jouer aux plaques. Sa - plaque touchait le but._ - - PLAQUER, v. neutre. S'appliquer exactement contre. _Il est bien - fait, ton habit: il plaque bien. Faites bien plaquer ce miroir - contre le mur. Ta bretelle ne plaque pas bien sur ton dos._ - - PLAT, s. m. (fig.) Cancan, commérage, bavardage, médisance. _Faire - des plats. On vous a dit cela et puis encore cela.--Oui, sans - doute.--Eh bien! ce sont autant de plats, autant de mensonges._ - - PLATAISE, s. f. Platitude, bêtise, sottise. _Dire des plataises. - N'écoutons plus ces plataises._ J.-J. ROUSSEAU a dit dans le même - sens: _Platise_, expression qui a été recueillie par quelques - dictionnaires. - - PLAT DE LIT (À). _Être à plat de lit_, être malade au lit. _Comment, - Dubreuil, tu viens me voir sans ton frère!--Parbleu, mon frère, il - est depuis deux jours à plat de lit._ Cette expression - remarquable, et qui est d'un constant usage à Genève, n'a pas été - négligée par J.-J. ROUSSEAU. «Il n'y avait que l'excuse d'être _à - plat de lit_ qui pût me dispenser de courir à son premier mot.» - Nous disons quelquefois: _Être au plat du lit_. - - PLATE, s. f. Poisson de notre lac, sorte de _féra_. Selon DE - SAUSSURE, «la _plate_ vit dans le golfe de Thonon, et se pêche - rarement ailleurs.» [_Voyage dans les Alpes_, t. Ier, p. 16.] - - PLATEAU, s. m. Madrier, planche fort épaisse. Terme savoisien, - franc-comtois et méridional. Dans le canton de Vaud et à Neuchâtel - on dit: _Éplateau_. - - PLATELÉE, s. f. Platée, plat de nourriture chargé abondamment. _Une - platelée de raves; une platelée de boudins._ Terme vieux français. - - PLÂTRE, s. m. Nous disons figurément: _Faire plâtre de quelqu'un_, - pour signifier: Le turlupiner, le houspiller malicieusement, en - faire le badeau de la compagnie. _On a tellement fait plâtre de ce - pauvre Delolme, qu'à la fin il s'est fâché tout rouge._ Les - dictionnaires disent: «Battre quelqu'un comme plâtre,» pour - signifier: Le battre à outrance. - - PLÂTRIR, v. a. Plâtrer, enduire de plâtre. - - PLÂTRISSAGE, s. m. Plâtrage, action d'enduire de plâtre. - - PLEIN, prépos. de quantité. Nous disons de quelqu'un ou de quelque - chose qui nous a beaucoup ennuyés, fatigués, vexés: _J'en ai plein - le dos._ L'Académie dit: «Je le porte sur mon dos;» mais elle - l'applique seulement aux personnes. - - PLEURER, v. actif. _Pleurer la nourriture à quelqu'un_, signifie: La - lui reprocher, la lui plaindre. _Le riche Mr Colnet est si avare, - qu'il pleure le pain à ses domestiques, et qu'il se pleure la vie - à lui-même. Léonard vient de faire un magnifique héritage, que - personne sans doute ne_ _lui pleurera._ Les dictionnaires ne - donnent point de complément indirect au verbe «Pleurer.» - - PLEURNICHAGE, s. m. Pleurnicherie, larmes feintes, pleurs répandus - sans véritable chagrin. _Tes pleurnichages sont bien inutiles, tu - seras puni._ - - PLEUVIGNER, PLUVIGNER, PLEUVINER et PLUVINER, v. n. Pleuvoir menu, - pleuvoir un peu. _Il ne pleut pas, il pleuvigne; il commence à - pluvigner._ Termes suisses, savoisiens et lyonnais. Le - dictionnaire de ROBERT ESTIENNE (1605) dit: _Plouviner_. En - Franche-Comté on dit: _Plevigner_: tous mots acceptables et dignes - de figurer dans les dictionnaires. - - PLIANT (UN). Un lit de sangles. _L'auberge était pleine, et tous les - lits occupés: il fallut dresser quatre pliants._ Terme suisse, - franc-comtois, marseillais, etc. - - PLIÉ, PLIÉE, partic. (fig.) Mort, morte. Voyez PLOYÉ. - - PLIOGE, PLIOZE, ou PLIODZE, s. f. Terme patois fort connu. Pluie. - _Vaika la plliodze_ (_ll_ mouillés), voici la pluie. En vieux - français: _Ploge_. - - PLOMBETTE, s. f. Terme d'architecture. Plomb. - - PLONGEON, s. m. Terme de nageur. Action de plonger, immersion. - _Faire un plongeon. Il fit deux ou trois plongeons et sortit de - l'eau._ Terme suisse, savoisien et méridional. L'expression - française est: «Faire LE plongeon,» c'est-à-dire: Imiter l'oiseau - appelé Plongeon. - - PLONGER (SE), v. pron. Terme de nageur. _Aimes-tu te plonger, - Alexis?--Oui.--Eh bien! allons nous plonger à cette barque._ _Se - plonger_ n'est pas français. Dites: Plonger, v. neutre. «Aimes-tu - plonger? Allons plonger. Lequel de vous vient plonger?» - - PLOT, s. m. Billot, tronçon de bois, bloc de bois, tronc de sciage. - _Couper de la viande sur un plot. Faute de chaises, nous nous - reposâmes sur deux plots._ Terme suisse, savoisien, - franc-comtois, berrichon, provençal, etc. Nous disons au figuré: - _Dormir comme un plot_, pour: «Dormir d'un profond sommeil, dormir - comme un sabot.» [ACAD.] - - PLOT, s. m. Tronc pour les aumônes. _La clef du plot._ Ce terme a - vieilli. _Plot_ est aussi un terme de tir: _L'arme sera sans coche - sur le plot, et sans double détente._ [_Glossaire_ de GAUDY.] - - PLOYÉ, ÉE, part. Mort, enveloppé du linceul funèbre. _Tu voudrais - bien que je fusse ployée_, disait brusquement une lavandière à son - mari.--_Dis plutôt encrottée_, répliqua l'époux. «_Plié_» - s'emploie dans le même sens que _ployé_. _Depuis sa chute il ne - traîna pas longtemps: après cinq jours il était plié._ Expression - savoisienne. - - PLUCHER, v. a. Éplucher. _Plucher du légume; plucher des haricots; - plucher de la salade. Cet enfant est toujours à se plucher le - nez._ En vieux français: _Pluchoter_. - - PLUCHURES, s. f. pl. Épluchures, pelures. On dit aussi: _Pluchons_ - et _pluches_. - - PLUMACHE, s. f. Plumes d'ornement, plumet, panache. _Un chapeau à - plumaches._ Terme suisse, savoisien, bressan, provençal, etc. - - PLUME, s. f. _Mettre la plume à la main_ signifie: Se mettre à - écrire, commencer à écrire. Les dictionnaires disent: «Mettre la - main à la plume.» - - PLUMER, v. a. (fig.) Ronger, manger, dévorer. _Les chenilles - plumaient les branches de ce bel arbre._ - - PLURÉSIE, s. f. Pleurésie. _Gagner une plurésie._ Terme - suisse-roman, savoisien et français populaire. - - PLUS, adv. Est mis pour: «Plus de,» dans les phrases suivantes et - phrases analogues: _J'en ai plus peur qu'envie. Votre mari, Madame - Philibert, va, dit-on, passer en Amérique.--A vous dire le vrai, - Monsieur, j'en ai plus peur qu'envie._ Dites: J'en ai plus DE peur - que D'envie. - - [+] PLUS BON. Meilleur. _Prends ce poire, Vincent; il est bien plus - bon que l'autre._ - - [+] PLUS PIRE. Pire. _Tu trouves ce vin mauvais; tu en bois du plus - pire chez ta grand'mère._ Français populaire. - - PLUVIGNER ou PLUVINER, v. neutre. Pleuvoir un peu. Voyez PLEUVIGNER. - - POCHÉ, ÉE, adj. _Fruits pochés._ Fruits que l'on a portés dans la - poche pendant quelque temps. On dit en français: «Pocheté.» - - POCHE-L'OEIL, s. m. Terme des collégiens et des gamins. Coup violent - sur l'oeil, et qui le fait enfler et bleuir. _Recevoir un - poche-l'oeil._ - - POCHON, s. m. Cuillère à potage, cuillère profonde et à long manche, - dont on se sert à table pour prendre le potage dans la soupière. - _Pochon d'argent, pochon d'étain._ Terme suisse et franc-comtois. - - POCHURE, s. f. Coup marqué au visage, meurtrissure au visage avec - enflure. _Pochure à l'oeil; pochure au front. Recevoir une - pochure; se faire une pochure._ «Pocher» et «se pocher» sont - français. - - POINT AU CÔTÉ, s. m. Point de côté, mal, douleur que l'on ressent au - côté. Au figuré, _point au côté_ (point de côté), se dit: 1º D'une - personne qui nous est à charge; 2º D'une affaire embarrassante ou - pénible. Français populaire. - - POINTET, s. m. Petite flèche qu'on met sur une arbalète pour tirer - contre un but. [P. G.] - - POINTILLEUR, EUSE, adj. Pointilleux, euse. [P. G.] - - POINTU, UE, adj. (fig.) Malin, satirique, caustique, mordant. _As-tu - remarqué son air pointu? Elle nous répondit d'un ton bien sec et - bien pointu: Cela ne vous regarde pas, Messieurs._ Expression - languedocienne. En vieux français, le mot _guille_ signifie: - «Pointe» et «ruse, malice.» - - POINTU, s. m. Lâche, insolent. - - POIRE (UN). _Un bon poire; des poires blets. Aux poires! Aux beaux - poires!_ Ce solécisme nous vient du patois, où ce mot est masculin - (_on peret_). - - POIRE-À-BON-DIEU, s. f. Alize, fruit ou baie de l'aubépine. On dit - aussi: _Poire-de-bon-Dieu_ et _poire-au-bon-Dieu_. Terme - savoisien. - - POIRE CHARLON, s. f. Poire gros-romain. - - POIRE-ROME, s. f. Poire de bon chrétien. - - POIRE SIRE-JEAN, s. f. Poire de Messire-Jean. - - POIS EN GRAINS, s. m. pl. Petits pois. - - POIS GOURMANDS, s. m. pl. Voyez GOURMANDS. - - [+] POISON (LA). _Boire de la poison; prendre de la poison._ Ce mot - a été féminin jusque vers la fin du dix-septième siècle. _C'est - une poison_, se dit d'une femme très-méchante. Français populaire. - - POITE, s. f. Méchante femme. - - POLAILLE, s. f. Terme des campagnards. Poule. _Une belle polaille. - Une polaille grasse et dodue._ En français, «Poulaille» signifie: - Volaille. - - POLAILLON, s. m. Sobriquet que l'on donne populairement à un homme - qui s'occupe des soins du ménage ou de choses trop minutieuses. - _Fanchette, ton Monsieur est un polaillon._ On dit en français: - «Un tâte-pouls.» - - POLATAILLE, s. f. Oiseaux d'une basse-cour, volaille. - - POLICE (LA), ou LA POLISSE. Les polissons, les enfants qui courent - les rues pour y faire des espiègleries. _Il faudra pourtant une - fois mettre à la raison toute cette police. N'est-il pas vrai - qu'étant gamins nous faisions la police ensemble?_ Terme parisien - populaire, etc. - - [+] POLIE, s. f. Poulie. _Ajuster une polie._ Français populaire. - - POLIR, v. a. Dépenser en folles dépenses. _Il a su en quatre années - polir une fortune de 150,000 francs._ - - POLITESSE (UNE). A Genève, _faire une politesse à quelqu'un_, veut - dire: Lui offrir une collation, un dîner, un thé; l'inviter à une - soirée dansante, à une partie de montagne, etc. Expression - consacrée. - - [+] POLMON, s. m. Poumon. _Un ragoût de polmons._ En vieux français - on dit: _Poulmon_; en Languedoc, _palmon_; en Franche-Comté et à - Paris, _pomon_; à Chambéry et dans la Bresse, _pormon_. - - POMMEAU, s. m. Terme injurieux, qui équivaut à: Homme pesant, homme - ennuyeux, homme _sciant_. - - POMMEAU, s. m. Nous disons: _Une canne à pommeau d'argent; une canne - à pommeau d'or_. Il faut dire: Une canne à pomme d'argent, une - canne à pomme d'or. Mais on dit très-bien: Le pommeau d'une épée, - le pommeau d'une selle. - - POMMEAU, s. m. C'est ainsi qu'on désigne souvent un petit messager - dans une fabrique ou dans un comptoir. - - POMME EN CAGE, s. f. Pomme enveloppée de pâte et cuite au four. - - POMME RAINETTE, s. f. Rainette, ou pomme DE rainette. - - POMMIER D'AMOUR, s. m. Tomate, sorte d'arbrisseau, dont le fruit - s'appelle: _Pomme d'amour_. - - POMPE À FEU, s. f. Ne signifie point en français: «Pompe à - incendie.» Une pompe à feu est une machine hydraulique mise en jeu - par la vapeur. Ne dites donc pas: _Les pompes à feu arrivèrent - quand le bâtiment était déjà consumé_. Faute fréquente en Suisse - et en Savoie. - - POMPER, v. n. Ce mot se dit d'un poêle ou d'une cheminée où le feu - est allumé, et il signifie: Attirer l'air. _Tu as bien de la fumée - dans ta chambre, Édouard.--En effet, c'est que mon poêle ne pompe - pas assez._ - - POMPON, s. m. _À nous le coq, à nous le pompon._ Expression un peu - vulgaire qui signifie: A nous le fion, à nous la supériorité. - Voyez COQ. - - PONT, s. m. Terme de maçon et de plâtrier. _Dresser un pont; enlever - un pont. Choisissez pour votre pont des planches solides._ En - France on dit: Échafaudage. Dresser un échafaudage. - - PONTENAGE, s. m. _Payer les droits de pontenage._ Terme suisse, - savoisien et vieux français. On dit actuellement: Pontonage. - - PONTET, s. m. Chantier, pièce de bois sur laquelle on pose les - tonneaux dans une cave. _Établir des pontets._ Terme suisse-roman. - - PORPE ou POURPE, s. f. Poulpe, partie charnue de la viande. _Prenez - ce morceau, Madame, c'est tout pourpe._ - - PORPU, UE, adj. Charnu, garni de chair. Au sens figuré, nous disons - d'une chose excellente, d'une chose très-belle en son genre: - _C'est du chenu et du porpu_, c'est-à-dire: C'est du très-beau, - c'est du très-bon. - - PORTAIL ou PORTAL, s. m. Grille. _Portail en fer; portail en bois. - Ouvrir les portails._ Terme méridional. En français, «Portail» se - dit de la façade ou de la principale porte d'une église. - - PORTÉE, s. f. Distance convenable. _Mettez-vous à portée_ (à la - portée) _afin de pouvoir entendre_. _Ne lâche pas encore ton coup - de fusil: tu n'es pas à portée_ (à la portée). _Mettez ce fumier à - portée_, c'est-à-dire: Mettez-le près de l'endroit où il doit être - employé. _Les canons n'étaient pas à portée._ Selon les - dictionnaires, «Être à portée» se dit des personnes et signifie: - Être dans une situation convenable pour faire quelque chose. - - PORTER PERTE. Nuire, être nuisible, tourner à préjudice. _Ce nouveau - magasin nous portera perte. Si tu renvoies Marguerite, elle - cherchera à nous porter perte._ Expression consacrée. - - PORTEUR, s. m. Terme de vigneron. Cource, bout de sarment d'environ - demi-pouce de longueur, qu'on laisse au sommet d'un cep de vigne - pour rapporter des raisins. [P. G.] - - PORTILLON, s. m. Petite porte basse dans la fermeture d'une - boutique. - - PORTION, s. f. (Prononcez _por-cion_.) Potion, remède liquide qu'on - boit. _Prends ta portion, mon valet, tu auras du bonbon ensuite._ - Terme français populaire. - - PORTRAIT EN TROIS QUARTS. Dites: Portrait DE trois quarts. Dites - aussi: Se faire peindre DE trois quarts, et non: _Se faire peindre - en trois quarts_. - - [+] PORVISION, s. f. Provision. _Vous faites votre petit marché, - Madame Dulignage?--Vous le voyez, Monsieur: je fais une petite - porvision de raves et de patenailles._ - - POSE ou PAUSE, s. f. Mesure agraire, qui équivaut à 400 toises de - Genève, c'est-à-dire, à un peu moins d'un arpent. _Notre plaine de - Plainpalais a trente poses; la plaine du Pré-l'Évêque en a trois - et un tiers._ Terme vaudois et jurassien. - - POSÉE, s. f. Écriture moyenne. _Écrire en posée. Passer de la posée - à la fine._ - - POSER, v. a. Quitter. _Poser son habit, poser son chapeau. Si - Monsieur voulait poser son manteau, les chevilles sont là._ - - POSER LE DEUIL. Quitter le deuil. _A Genève, une veuve ne pose - qu'après quatre ans le deuil de son mari._ - - POSER LES SCELLÉS. Apposer les scellés, mettre les scellés. - - POSSÉDÉE (UNE). Nous disons d'une femme qui se démène et qui jette - des cris perçants: _Elle s'agite comme une possédée; elle crie - comme une possédée_. Ce féminin, qui manque dans les - dictionnaires, est fort admissible. - - [+] POTACHE, s. f. Potasse. - - POT À EAU, s. m. Pot à l'eau; c'est-à-dire: Pot destiné à recevoir - de l'eau. - - POT À LAIT, s. m. Pot AU lait. - - POTET, s. m. Terme des campagnards. Petit pot. En vieux français: - _Poutet_. - - POTRINGUE, s. f. Médecine, breuvage purgatif, drogue. Se dit aussi - de toute mauvaise boisson. _Votre cidre a un goût de potringue; - c'est une vraie potringue. Le docteur voulait me purger: je l'ai - dispensé de sa potringue._ _Être toujours en potringues_, - signifie: Être toujours dans les remèdes. Terme suisse, savoisien - et méridional. - - POTRINGUER, v. a. Droguer, médicamenter. _Dis voir, Michel, on dit - comme ça que tu te laisses potringuer par ta cauque_ (par ta - femme); _pour moi, je ne me potringue jamais, et je n'en suis pas - plus malade pour tout ça_. - - POTTES, s. f. pl. Lèvres. _S'essuyer les pottes; se lécher les - pottes. Je vois bien, gouillard, que tu as touché à mes - confitures: il t'en reste encore par les pottes._ Terme suisse, - savoisien, méridional, lorrain, etc. _Ce ragoût est à sa potte_, - signifie: Ce ragoût lui plaît. _La soupe était à sa potte, et il - s'en est piffré._ - - POTTE, s. f. Moue, mine refrognée, grimace. _Faire la potte_, c'est - faire la moue, bouder, témoigner de la mauvaise humeur par son - silence et par son air. On dit à un enfant qui pleurniche: _Tu - fais là une bien vilaine potte; va donc te cacher avec ta potte_. - - POTTU, UE, adj. Qui fait la moue, qui a mauvaise grâce, qui - rechigne. Terme vaudois et savoisien. - - POU, s. m. _Chercher les poux parmi la paille_, est une locution - proverbiale qui signifie: Vétiller, s'attacher à des minuties, - chercher noise à propos de rien. On dit à Paris, dans le langage - populaire: _Chercher des poux à la tête de quelqu'un_. Expression - plus triviale que la nôtre, mais qui a le même sens. - - POUARE, POUAIRE ou POUAI, s. m. Sale, malpropre, sagouin, porc. _Fi - donc, le pouaire!... Va-t'en, pouaire,_ _te ronger les ongles - ailleurs._ Terme vaudois, savoisien, jurassien et provençal. En - vieux français, _pouerc_ signifie: Pourceau. Dans le français - populaire, _pouacre_ signifie: Homme mal propre, et «pouah!» est - une interjection qui indique le dégoût. - - POU DE SERPENT, s. m. Insecte à corps très-long, qui fréquente - surtout les cours d'eau, et qui s'appelle en français: «Une - demoiselle.» [P. G.] - - POUFFE ou POUF, s. m. _Faire du pouffe_, signifie: Déployer de - l'ostentation, s'étaler, tirer vanité de son costume. On dit en - français: «Faire pouf.» - - POUGNE ou POGNE, s. f. Poignet, force du poignet. _Avoir de la - pougne; avoir une bonne pougne._ Dans le français populaire on - dit: _Poigne_ ou _pogne_. - - POUINE, s. f. et adj. Femme ou fille malicieuse, taquine, espiègle, - pie-grièche, chipie. _Elle fait la pouine. Elle est jolie, mais - pouine. C'est une méchante pouine._ Terme suisse. - - POUINET, ETTE, adj. et subst. Se dit des personnes et des choses. - _Un ton pouinet_ est un ton tranchant, aigre, malin, pointu. _Air - pouinet, mine pouinette._ - - POULAINE ou POULINE, s. f. Pouliche, cavale nouvellement née. Terme - vaudois, savoisien, etc. - - POULAINTE ou POULINTE, s. f. Farine de maïs, gaudes. _Soupe à la - poulainte._ En provençal: _Poulento_; en Valais et en Italie, - _polenta_. - - POULET, s. m. Robinet, clef d'un robinet. _Tourner le poulet._ Terme - vaudois et neuchâtelois. Le mot allemand _Hahn_ signifie tout à la - fois un coq et un robinet, et c'est de là probablement qu'est - venue notre expression: _Poulet_. - - POUPONNER (SE), v. pron. Se pomponner, s'ajuster avec un soin - minutieux, mettre à sa toilette du temps et de la recherche. _On - ne le rencontre jamais que pouponné, musqué et tiré à quatre - épingles._ A Lyon et dans le Midi, _se pouponner_ signifie: Se - choyer, se traiter délicatement et comme un _poupon_. - - POUR BON, loc. adv. Tout de bon. _Ne jouons plus pour semblant, - jouons pour bon; jouons pour de bon._ Français populaire. - - POUR ÇA, loc. adv. Assurément, certainement. _Moi, t'accompagner par - cette pluie battante! Ah! pour ça, non.--Pour ça, oui, tu - m'accompagneras._ Ne s'emploie que suivi de _oui_ ou de _non_. - - POUR DIRE, loc. adv. À vrai dire, à dire vrai, pour m'exprimer - exactement. _Notre petite Caroline n'est pas menteuse, pour dire, - mais elle pourrait être plus franche._ - - POURE, adj. m. POURA, adj. f. Terme patois qui signifie: pauvre. - _Poûr[)a] fén[)a], v[)o]-z-ive don bein fan_ (pauvre femme, vous - avez donc bien faim). Terme vaudois, savoisien, berrichon, normand - et vieux français. En anglais: _Poor_. - - POURPE, s. f. Pulpe. Voyez PORPE. - - POUR QUANT À, loc. adv. Quant à. _Partez, vous autres, par le - bateau: pour quant à moi, je prendrai la diligence._ Terme - savoisien et lyonnais. - - POURREAU, s. m. _Soupe aux pourreaux._ Terme suisse, savoisien, - lyonnais, etc. On dit en français: «Porreau» ou «Poireau.» - - [+] POUR TANT QU'À, loc. adv. Quant à. _Jouez aux boules vous deux; - pour tant qu'à moi, je préfère de jouer aux guilles._ Expression - très-répandue. - - POUSSÉE, subst. fém. Se dit des arbres et des plantes et signifie: - Pousse. _La poussée des acacias est chaque année d'environ six - pieds._ Terme suisse, savoisien, dauphinois, lorrain, etc. - - POUSSÉE, subst. fém. Éruption à la peau. Terme connu de tous ceux - qui fréquentent les établissements d'eau thermales. _Il n'est pas - prudent, dit-on, d'interrompre les bains quand une fois la poussée - a commencé._ - - POUSSER (SE), v. pron. S'éloigner, se retirer, se reculer. - _Pousse-toi, John, tu me gênes. Poussez-vous un peu, Messieurs, et - faites place aux dames._ - - POUSSETTE, s. f. Lycopode, plante dont les capsules sont remplies - d'une poussière abondante qui prend feu comme la résine. - - POUSSIÉRÉ, ÉE, adj. _Chemin poussiéré._ Dites: Poussiéreux, ou - plutôt dites: Poudreux. Chemin poudreux. - - POUTET, s. m. Mâle de la fouine. _Noir comme un poutet; noir comme - le poutet._ Terme savoisien. - - POUTET, s. m. Enfant joufflu, _pottu_ et d'une figure désagréable. - _Quel poutet! J'ai bien vu des poutets dans ma vie, mais jamais de - pareils à celui-ci._ Terme fort connu de nos campagnards. - - POUTRAISON, s. f. Charpente d'un édifice. _La poutraison qui était - fort vieille, a consenti._ Terme neuchâtelois, etc. - - [+] POUTRE (UN). _Un gros poutre. Aide-nous à mettre ce poutre en - place._ Dites: «Une poutre.» - - PRAILLE, s. f. Prairies, pâturages. _La praille de Carouge; la - praille de Lancy; la praille de Chêne-Thônex._ Dans le patois du - canton de Vaud, _prahia_ signifie: Pièce de terre avec un fenil. - En vieux français: _Praillet_, petit pré, prairie. Du mot de - _praille_ nous avons formé celui d'_emprailler_, qui veut dire: - Gazonner, semer du gazon, mettre en prairie. - - PRÊCHER, v. n. _Prêcher à un converti._ Dites: «Prêcher un - converti.» - - PRÉCIPITÉE (À LA), loc. adv. Précipitamment, en toute hâte. _Partir - à la précipitée. Les choses qu'on fait à la précipitée sont - rarement bien faites._ Expression savoisienne et dauphinoise, - digne de prendre place dans les dictionnaires. - - PRÉCO, s. m. (Prononcez _proecau_.) Celui qui est le principal - personnage dans un petit endroit, celui qu'on y écoute le plus et - y exerce le plus d'influence. _Le préco du village; le préco de la - paroisse; le préco du cercle._ Terme savoisien. En français, ce - personnage s'appelle figurément et familièrement: «Le coq.» Le coq - du village; un coq de paroisse, etc. - - PRÉFÉRER, suivi de l'infinitif. _Je préfère partir. Elle préféra ne - pas nous suivre_, etc. Dites, avec les dictionnaires et les - meilleurs auteurs: Je préfère DE partir; elle préféra DE ne pas - nous suivre. «J'eusse préféré D'être jeté aux crocodiles.» - [CHATEAUBRIAND, _Atala, les Chasseurs_.] - - PREMIÈRE CHOSE (LA), loc. adv. En premier lieu, d'abord. _Tu iras la - première chose à la boucherie, et ensuite chez la gagère de - Longemalle._ - - PREMIÈRE MAIN (DE), _J'ai eu ce meuble et ces beaux draps de - première main. Il achète ses vins de première main._ Dites avec - l'article: «De LA première main.» - - PREMIÈRE VUE (À), loc. adv. Dites, en employant l'article: À la - première vue. «Elle déchiffrait les plus difficiles musiques à LA - première vue.» «Je les reconnus tous deux à LA première vue.» - - PRENDRE, v. n. _L'idée lui a pris de voyager. Si l'idée te prend de - m'écrire, tant mieux. Quand l'idée vous en prendra, venez me - voir._ Dans ces diverses phrases et dans les semblables, dites: - L'idée lui est venue de voyager. Si l'idée te vient de m'écrire, - tant mieux, etc. - - PRENDRE, v. a. Nous disons: _Un tel a pris la fièvre; il a pris un - mal de dents, un gros rhume, une extinction de voix_, etc. Nous - disons de même: _Prendre froid; prendre la coqueluche; prendre des - convulsions; prendre un catarrhe_: toutes expressions qui ne sont - pas françaises. Les dictionnaires disent: La fièvre l'a pris; il - lui a pris un mal de dents; il a gagné un rhume, etc., etc. - - PRENDRE FEU. Employé impersonnellement. _Il a pris feu à la maison - de l'Escarcelle; il a pris feu au Molard_, etc. Dites avec les - dictionnaires français: Le feu a pris à telle et telle maison, à - tel et tel quartier, etc. - - PRENDRE MAL. Se trouver mal, tomber en faiblesse, s'évanouir. _Mme - N*** prit mal à l'église, et fut transportée chez elle._ - - PRENDRE PEUR. Prendre de l'épouvante, s'effrayer. _Georgette a pris - peur. Si tu prenais peur, appelle-moi._ Dites: La peur LE prit. Si - la peur LE prenait, etc. [_Dictionnaire_ de POITEVIN, p. 787.] - - [+] PRENDRE (S'EN). S'y prendre. _Il faudra s'en prendre de bien - bonne heure, si l'on veut trouver ce soir des places au Cirque - olympique. Notre Joseph ne sait pas s'en prendre; il est encore - bien emprunté et bien maladroit. Cette opération, pour dire, n'est - pas difficile; tout dépend de la manière qu'on s'en prend._ - - PRÈS, employé adjectivement, est un barbarisme. Ne dites donc pas: - _Un tel est mon plus près parent; un tel est leur plus près - cousin; nous étions leurs plus près voisins._ Substituez, dans ces - phrases, l'adjectif «proche» à l'adverbe _près_, et dites: «Un tel - est mon plus proche parent,» etc. - - PRESSER, v. a. Pressurer, mettre sous le pressoir. _Presser la - vendange; presser les raisins; presser les poires et les pommes - pour en faire du cidre._ - - PRESSER, v. neutre. Nous disons à un ouvrier: _Faites-moi - promptement cette table et ce canapé, car ils me pressent_, - c'est-à-dire: Car je suis pressé de les avoir. Nous disons de - même: _Ces cravates pressent, ces robes pressent, ces souliers - pressent._ Il faut dire: Ces cravates sont pressées, ces robes, - ces souliers sont pressés, etc.; ou: Nous sommes pressés de les - avoir. - - PRESSON, s. m. Barre de fer, levier. Terme savoisien et lyonnais. - - PRESSURE, s. f. Présure, acide pour faire cailler le lait. _Plus on - garde la pressure, meilleure elle est._ Terme français populaire - et vieux français. A Genève on dit aussi: _Presure_. - - PRÊTER, v. a. À table, on entend souvent dire: _Prêtez-moi la - carafe; prêtez-moi la salière; veuillez me prêter l'huilier_, etc. - Cette locution est un gasconisme, qu'il faut remplacer par - l'expression toute simple: Donnez-moi la carafe; donnez-moi la - salière; veuillez me passer l'huilier. - - PRÊTER À RIRE. Apprêter à rire. _La jeune Adélaïde avait une - toilette qui prêtait un peu à rire._ Terme suisse, savoisien, etc. - Mais on dira fort bien: Prêter au ridicule, prêter à la critique, - etc. - - [+] PRÉVENIR, v. n. Provenir. - - PRIÉ À. Nous disons: _Être prié à un enterrement; être prié à une - cérémonie; être prié à une fête._ Il faut dire: Être prié D'un - enterrement; être prié D'une fête, etc. - - PRIER QUE. _Je prie que l'on se taise. Le président agitait la - sonnette et priait qu'on l'écoutât._ Dites: Je demande que l'on se - taise. Le président demandait qu'on l'écoutât. - - PRIEUR, s. m. Nous appelons _prieur_ ou _prieur d'enterrement_, - celui des porteurs que la famille du défunt charge d'aller _prier_ - au convoi les parents et les amis du défunt. - - PRIEUSE, s. f. Nous appelons _prieuse_, la femme dont l'emploi est, - dans les enterrements protestants, de marcher à la tête du - cortége. A côté d'elle marchent, vêtus de noir, les deux _porteurs - d'escabelle_. - - PRIMBÊCHE, s. f. Pimbêche. _C'est une primbêche. Quelle_ - _primbêche!_ Les campagnards ne s'expriment pas autrement. - - PRIMÒ D'ABORD, loc. adv. L'un de ces deux mots est inutile à côté de - l'autre, puisque _d'abord_, en français, a le même sens que - _primò_ en latin. Dans le langage parisien populaire on dit: - _Premièrement d'abord_; ce qui ne vaut pas mieux. - - PRIN, adv. Dans le langage des campagnards, _Parler prin_ signifie: - Parler du bout des lèvres et avec affectation. _Voyez donc cette - primbêche: quels airs elle se donne, et comme elle s'étudie à - parler prin!_ - - PRIN ou PRIN BOIS, s. m. Menu bois, brins de fagot. _Pour mettre ce - feu en train, il nous faudrait du prin bois._ Terme suisse, - savoisien, lyonnais, franc-comtois, etc. _Prin_ ou _prim_ - (_primus_), appartiennent au vieux français, et signifient: 1º - Premier; 2º Menu, fin, mince, délié. Nos campagnards appellent - _primes graines_, Les graines qu'on sème au printemps; ils - appellent _prin terrain_, Un terrain léger, etc. Dans le patois du - canton de Vaud: _Prin bec_, blanc bec; _primes bêtes_, menu - bétail. - - PRIN-FORT, s. m. La petite absinthe. Terme vaudois et savoisien. - - PRIS, PRISE, adj. Entrepris, embarrassé, endolori, perclus. _Avoir - la tête prise; avoir la gorge prise; être pris des deux bras_, - etc. Terme méridional. - - PROCURE, s. f. Procuration. _Ils envoyèrent les deux procures au - notaire._ Terme vieux français, conservé chez nos proches voisins. - - PROFITAGE, s. m. _Faire un profitage_ (un profit). - - PROFITER DE, suivi d'un infinitif. _Je profite de venir te voir - pendant que mes marmots dorment. Nous profiterons de faire notre - voyage pendant les vacances de l'Académie. Tu dois profiter - d'aller au théâtre pendant qu'on joue le_ _Domino noir._ Cette - expression, qui me semble claire, commode et concise, n'est dans - aucun dictionnaire français. - - PROMENER, v. actif. (fig.) _Il m'a promené deux ans avant que de me - payer._ Les dictionnaires disent: Il m'a traîné deux ans. - - [+] PROMONTIONS, s. f. pl. Promotions, distribution solennelle des - prix aux écoliers du collége dans la cathédrale de Saint-Pierre. - _Le jour des Promontions; la fête des Promontions._ - - PROPREMENT, adv. Entièrement, à fond. _Hier soir, Jean Couzineau - s'est soûlé proprement._ Français populaire. - - PROPRÎTAIRE, s. m. Propriétaire. - - PROPRÎTÉ, s. f. Propriété. - - PROVIGNURE, s. f. Provin, rejeton d'un cep de vigne provigné. Terme - vaudois et savoisien. - - PRUNEAU, s. m. Nous appelons _pruneau_ une espèce de grosse prune - très-allongée. _Cueillir des pruneaux; abattre des pruneaux; - sécher des pruneaux._ En français, «Pruneau» signifie: «Prune - sèche.» L'espèce de prune que nous appelons _pruneau_, se nomme - «Île verte.» - - PRUNEAULIER ou PRUNEAUDIER, s. m. Arbre qui porte les _pruneaux_. - Voyez l'article précédent. - - PSAUME (UN). Il faut dire: Des psaumes, ou: Un psautier, quand on - parle du recueil des cantiques de David. Les phrases suivantes - sont donc, à ce point de vue, incorrectes. _Tu te placeras auprès - de moi, Betsi, et nous chanterons sur le même psaume. Fais donc - relier ton psaume. Achète-toi un psaume plus sortable que - celui-là._ Dites: Fais relier tes psaumes. Achète-toi des psaumes - plus sortables, etc. - - PUCER, v. a. Épucer, ôter les puces. - - PUIQUE. Prononciation vicieuse de la conjonction «puisque,» dont le - _s_ doit se faire entendre. Les grammaires sont toutes d'accord - sur ce point. - - PUISERANDE, s. f. Danaïde, roue à augets établie dans le Rhône, près - de Genève: elles sont au nombre de deux, et servent aux - irrigations de plusieurs jardins potagers. Ce mot de _puiserande_ - nous vient du Midi. Dans le Languedoc, _pouzarangue_ signifie: - «Puits à roue.» Nous appelons aussi _puiserande_, des puits à roue - établis à une très-petite distance de l'Arve, et dont un cheval - est la force motrice. [Voyez VILLA, _Nouveaux Gasconismes - corrigés_, t. II, p. 164.] - - PUNAIS, AISE, adj. En français, ce mot ne se dit que des personnes. - A Genève on l'emploie surtout en parlant des choses, et comme - synonyme de désagréable, incommode, et qui affecte péniblement. - Nous disons: _Un vent punais, un air punais, un froid punais, un - temps punais_, etc. _Rue punaise_ est le nom que portait, il y a - quelques années, la rue appelée aujourd'hui «Traversière.» - - PURE, s. f. Le moment de la plus grande abondance d'un légume, d'un - fruit, d'un poisson. _La pure des abricots, la pure des cerises, - des melons, des féras_, etc. _J'attends la pure des framboises - pour faire mes confitures._ Quelques-uns écrivent _l'apure_. Voyez - APURE. - - [+] PURÉZIE, s. f. Pleurésie. _La purézie se déclara et il fallut en - venir à une saigne._ Terme savoisien, lyonnais et bas limousin. En - Languedoc et en Franche-Comté on dit: _Un purézi_. - - PURGE, s. f. Purgation, purgatif. _Prendre une purge._ Ce terme, - fort usité en Suisse, en Savoie et en France, appartient au vieux - français. - - PURPURALE, adj. fém. _Fièvre purpurale._ Dites: Fièvre puerpérale. - R. lat. _puerpera_. - - PUSSIN ou PUCIN, s. m. Poussin, poulet nouvellement éclos. _La poule - et ses pussins._ Terme suisse, lorrain, vieux français, etc. - - PUSSINE, s. f. Jeune poule, poulette. Ce joli mot «_pussine_» manque - à la langue française, puisque «Poulette» ne s'emploie guère qu'au - sens figuré. Dans le patois vaudois on dit: _Pudjena_ ou _puzene_. - - PUTRIFIER, v. a. Putréfier, faire pourrir. - - -Q - - QUAND, conj. En même temps que, aussitôt que. _J'y serai quand - toi_, c'est-à-dire: J'y serai aussitôt que toi. _Tu partiras - quand nous. Vous sortirez quand les autres_, c'est-à-dire: Vous - sortirez quand les autres sortiront. Ce tour elliptique - appartient au vieux français. Le dictionnaire de l'Académie dit: - «Il est parti quand et quand nous,» pour signifier: Il est parti - en même temps que nous. - - QUAND QUE..., loc. conj. À quelque moment que. _Quand que tu - viennes, tu me feras plaisir. Oui, viens, viens, quand que ce - soit._ - - QUANTE, adv. Prononciation vicieuse de l'adverbe «quand.» _Quante - l'occasion se présente, saisissez-la._ Français populaire. - Prononcez _Kan_. - - QUANTIÈME, s. m. _Le quantième avons-nous? Le quantième tenons-nous? - Le quantième du mois sommes-nous?_ Ces trois expressions sont - vicieuses, et l'on doit y substituer les suivantes: Quel quantième - avons-nous? Quel est le quantième du mois? - - QUARANTAIN, s. m. _Un bouquet de quarantains._ Terme savoisien, - rouchi, etc. Le mot français est: Quarantaine. - - QUART, s. m. Nous disons, en supprimant l'article «Un»: _Il est - deux heures et quart; il est midi et quart; il est trois heures et - quart._ Les dictionnaires et le bon usage veulent qu'on dise: Il - est deux heures et UN quart; il est midi et UN quart. Ou bien, en - retranchant la conjonction _et_: Il est deux heures UN quart; il - est midi UN quart, etc. Dites de même: Cet objet pèse trois livres - et UN quart; ou: Cet objet pèse trois livres UN quart. - - QUART, s. m. Nous disons d'un objet qui n'a aucune valeur: _Il ne - vaut pas six quarts; il ne vaut pas deux quarts._ Le _quart_ était - une de nos monnaies valant un centime environ. Il y avait des - pièces de _six quarts_, des pièces de _trois quarts_, et des - pièces de _deux quarts_. - - QUART, s. m. Mesure de capacité pour les grains, laquelle équivaut à - un quart de _coupe_, soit deux décalitres ou à peu près. _Un quart - de blé; un quart d'avoine._ - - QUARTE ou CARTE, s. f. Mesure de capacité pour les grains, laquelle - équivaut à un seizième de la _coupe_. Voyez ce mot. A la page - quatre-vingtième du tome Ier, il est dit, par erreur, _un sixième_ - (de la coupe) au lieu de: «Un seizième.» Voyez CARTE. - - QUARTERON, s. m. Mesure de capacité pour les liquides, laquelle - équivaut à un vingt-quatrième du setier, soit deux pots, soit deux - litres et un quart. - - QUARTERON, s. m. _Un quarteron de paille_ équivaut à huit quintaux - de paille, soit vingt-cinq grosses gerbes, chacune d'environ sept - pieds de tour. - - QUE, dans les phrases suivantes, est une particule d'impatience et - de dépit. _Sonne que te sonne! Crie que te crie! Pleure que te - pleure!_ Phrases elliptiques et originales, qui équivalent à: - Peste de celui qui ne fait que sonner! La peste soit du bambin qui - crie! La peste soit de l'enfant qui pleure! - - [+] QUE, sorte de conjonction. Si ce n'est, excepté. _Tous ont_ - _menti que mon garçon. Tous ont payé que toi. On peut tout - racheter que la mort_, est un proverbe de nos campagnards. - - [+] QUE. Dont. _Dis-voir, Tronchet, comment appelles-tu cette femme - d'ici vis-à-vis que son mari est tailleur?_ (dont le mari est - tailleur). _Connais-tu Prosper?--Quel Prosper?--Eh! pardine, - Prosper Flammel, que sa femme est tant méchante_ (dont la femme - est si méchante). _Quel chemin faut-il prendre pour - accourcir?--C'est tout simple: le chemin qu'on va au vieux pont_ - (par lequel on va au vieux pont). Expression savoisienne, etc. - - QUEBER, v. a. Terme d'écolier. Voyez CHEBER. - - QUEL. Quelque. _J'irai te voir après-demain quel temps qu'il fasse._ - Dites: Quelque temps qu'il fasse. _À quel moment que tu viennes_ - (à quelque moment que tu viennes), _tu me trouveras. Viens à - quelle heure que ce soit_ (à quelque heure que ce soit.) Faute - répandue même parmi des personnes qui se piquent de bien parler. - - QUEL, QUELLE. _À quelle heure dînerons-nous, Antoine?--À quelle - heure tu voudras._ Dites: À l'heure que tu voudras. _À quelle - place nous asseyerons-nous?--À quelle place tu voudras._ Dites: À - la place que tu voudras. - - QUELQUES, s. m. plur. _Nous étions à ce concert quarante et - quelques. Le nombre des morts, dans cet horrible incendie, s'éleva - à soixante et quelques._ Cette expression, très-usitée chez nous, - et qui n'a rien de choquant, ne se trouve pas dans les - dictionnaires. - - [+] QUE NON PAS. _Il nous vaut mieux suivre la grand'route que non - pas nous perdre._ Dites: «Que de nous perdre.» _C'est plus sage à - nous de patienter que non pas recourir à un procès._ Dites: «Que - de recourir à un procès.» - - QUET, adj. masc. Terme d'écolier. Ruiné, qui a tout perdu au jeu. - _Je ne joue plus, je suis quet._ - - QUEUE, s. f. Nous disons figurément: _Il n'y a pas la queue d'un - chat_, pour signifier: Il n'y a personne. _Le temps fut si - mauvais, si désastreux, qu'il n'y eut pas la queue d'un chat à la - soirée du casino._ Les dictionnaires disent: «Il n'y eut pas un - chat.» - - QUEUE CUITE. Dans notre langage populaire: _Avoir la queue cuite_, - signifie: Être penaud, être tout honteux, tout mortifié. _Il s'en - retourna la queue cuite._ - - QUI, pron. rel. Que. _Faites ce qui bon vous semblera._ Dites: - Faites ce QUE bon vous semblera. - - [+] QUIBLE, s. m. _Passer au quible._ Dites: Crible. - - [+] QUIBLER, v. a. Cribler. - - [+] QUIBLURE, s. f. Criblure. - - [+] QUINAR, s. m. _Quinar en bois._ Dites: Quina. Quina en bois. - - QUINARRODON, s. m. Cynorrhodon, fruit de l'églantier. - - QUINCONCHE, s. m. _Planter des arbres en quinconche._ Terme vieux - français. On dit actuellement: «Quinconce.» - - QUINE, s. fém. Dites: Un quine, combinaison de cinq numéros pris - ensemble à la loterie. - - QUINER, v. a. Terme d'écolier. Tout gagner, mettre à sec son - adversaire. - - QUINQUE, s. f. Femme malingre, souffrante et qui se plaint toujours. - - QUINQUERNAGE, s. m. Rabâchage, répétition fatigante. _Veux-tu donc - continuer toute la semaine avec ces quinquernages?_ - - QUINQUERNE, s. f. Vielle, instrument de musique. _Les sons monotones - d'une quinquerne._ Au sens figuré, _quinquerne_, adjectif et - substantif, se dit d'une personne ennuyeuse et qui ne fait que - rabâcher. _La sotte quinquerne que votre dame Du Terrail! Tu es - bien quinquerne aujourd'hui, ma petite Rosalie._ Terme vaudois et - savoisien. En Valais, _quinquerne_ se dit d'une femme vaine et - coquette. Dans le dialecte rouchi, _quinch'terneux_ se dit d'un - ménétrier qui fait danser dans les guinguettes. En vieux français, - _quiterne_, _guiterne_ et _guinterne_ signifiaient: Guitare. - - QUINQUERNER, v. a. et neutre. Rabâcher, fatiguer par d'insipides - redites, gronder, sermonner. _Qu'as-tu tant à nous quinquerner? - Elle quinquerne son mari toute la sainte journée._ - - QUINQUERNEUR, s. m. Rabâcheur, celui qui fatigue en répétant ou en - demandant toujours la même chose. - - QUINQUET, adj. masc. Se dit d'un homme faible de corps et malingre. - _Il est tout quinquet._ Voyez QUINQUE. - - QUINQUET, s. m. (fig.) OEil. _Prends donc garde, Félix, tu vas me - crever le quinquet._ Terme badin. - - QUINSON, s. m. Pinson. _Un nid de quinsons. Élever des quinsons._ - Terme vaudois, savoisien et méridional. En Franche-Comté on dit: - _Quinzon_, et dans notre patois, _quichon_. - - QUINZE, adj. num. Nous disons de deux faits, de deux événements, - tout à fait semblables: _Cela revient tout à quinze_. On dirait en - français: C'est tout un; c'est blanc bonnet, bonnet blanc; c'est - absolument la même chose. _Partir aujourd'hui, partir demain, cela - revient tout à quinze._ - - QUIQUAGEON, s. m. Maisonnette, habitation chétive, réduit. Terme - dérisoire et badin. - - QUIQUE, s. f. (Prononcez _kike_.) Jeu d'enfant, lequel se joue de la - manière suivante. On place, derrière un morceau de tuile ou de - pierre, de la monnaie, des boutons ou des clous. On prend un palet - qu'on tire contre un but pour savoir qui jouera le premier. Celui - dont le palet est le plus près du but fait une raie et lance de là - son palet contre le morceau de tuile ou de pierre, afin d'amener - l'enjeu le plus près possible de son palet. Chaque joueur en fait - autant à tour de rôle. Une fois que le _petit_ (ou cochonnet) est - renversé, chaque mise ou partie de mise échoit au palet qui s'en - approche le plus. Si par hasard le palet d'un joueur s'arrête sur - ou contre le petit, et le touche, on dit qu'il _vougne_; c'est un - mauvais coup pour tous les joueurs, lesquels ne peuvent rien - gagner tant qu'il n'a pas été _dévougné_, c'est-à-dire, tant que - le petit n'a pas été remué par un palet rejoué de nouveau. [P. G.] - - QUIQUERIKI, s. m. Chant du coq, ou plutôt, sons par lesquels nous - imitons ce chant. Terme savoisien. En certaines provinces de - France on dit: _Coquerico_; dans d'autres, _coquélicot_; ailleurs, - _cacalaka_ et _quiquelikika_. Il en est du chant du coq comme des - cloches, auxquelles on fait dire tout ce qu'on veut. - - QUITTE, adj. Nous disons: _Jouer à quitte ou double_. Les - dictionnaires disent: Jouer à quitte ou À double. - - QUITTE AVEC. _Me voilà enfin quitte avec toi. On n'est jamais quitte - avec son pays._ Dites: Me voilà quitte ENVERS toi: on n'est jamais - quitte ENVERS son pays. - - QUOIQUE ÇA, loc. adv. Malgré cela, néanmoins, pourtant. _Elle le - trompe ouvertement, et quoique ça il l'aime toujours._ Français - populaire. - - -R - - R. Cette lettre joue un grand rôle dans le langage de nos - campagnards: ils l'introduisent entre deux voyelles pour éviter - les cacophonies. Ainsi, au lieu de dire: À un coin, à une heure, - à un village, etc., le paysan dira: _À r'un coin, à r'une heure, - à r'un village; d'ici à r'un moment. La petite chambre est à - r'Auguste. Quel est le prix de_ _vos cerises, brave homme?--Oh - là, Monsieur, j'en ai à r'un sou la livre et à deux sous._ - L'introduction de ce _r_ euphonique est fréquente aussi dans le - langage populaire de la ville. - - RABATTRE, v. a. Rebattre, répéter jusqu'à satiété. _Que viens-tu - encore nous rabattre? N'as-tu pas assez rabattu tes ennuyeuses - anecdotes et tes vieux contes?_ - - RABISTOLER, v. a. Raccommoder. Voyez RAPISTOLER. - - RABISTOQUER, v. a. Rapiécer, rapiéceter, raccommoder tant bien que - mal. _Rabistoquer des grolles; rabistoquer un broustou._ - - RABLET ou RABLIET, s. m. Râble, racloir à long manche. - - RABOBINER, v. a. Raccommoder tant bien que mal, rajuster. _Rabobiner - une casaque._ Terme vaudois et vieux français. S'emploie souvent - au sens figuré. _Un verre de vin a suffi pour le rabobiner et le - remonter._ _Se rabobiner_ veut dire: Se rétablir, revenir en - santé. - - RABOTTE, s. f. Pomme enveloppée de pâte, et que l'on cuit au four. - Terme connu à Reims, et sans doute ailleurs. En vieux français, - _rabote_ signifie: Boule. Nos _rabottes_ ont, en effet, la forme - d'une boule. - - RABOTU, UE, adj. Raboteux. _Chemin rabotu._ - - RABOUCLER, v. a. Boucler. _Raboucler un soulier._ - - RABOUTONNER, v. a. Boutonner. - - RACAUQUER, v. a. Attraper, recevoir dans la main une chose jetée en - l'air. _Jette-moi ta paume: je la racauquerai._ Terme de la Suisse - romane. A Rumilly (Savoie) on dit: _Recauquer_. - - RACCORDER, v. a. _Raccorder un piano, raccorder un violon_, etc. - Dites: Accorder. - - RÂCHE, s. f. Teigne, gale plate et sèche, qui vient à la tête et - dont on guérit difficilement. Mr BESCHERELLE, en enregistrant ce - mot dans son dictionnaire, dit qu'il est inusité. Mr BESCHERELLE - devait dire que ce terme appartient au vieux français, et qu'il - est encore usité en Suisse, en Savoie, en Bourgogne, dans le Berry - et dans quelques autres provinces de France. - - RÂCHE, s. f. Cuscute ou barbe de moine, plante parasite. Terme - vaudois, méridional, etc. - - RACHE-PIED (DE), loc. adv. D'arrache-pied, sans interruption, sans - discontinuité, sans relâche. _Travailler de rache-pied._ Terme - français populaire. - - RACINAGE, s. m. Terme collectif par lequel on désigne les raves, les - carottes, les scorsonères, les navets, les betteraves, etc. - - RÂCLE, s. m. Instrument propre à racler, racloir, râble. Le proverbe - suivant: _Le râcle se moque de l'écovet_, se dit de deux personnes - également ridicules et qui se moquent l'une de l'autre. Les - dictionnaires français disent: «La pelle se moque du fourgon.» - - RÂCLE ou RÂCLE-CHEMINÉE, s. m. Ramoneur. Terme jurassien, savoisien, - méridional, etc. - - RACLER, v. a. _Racler des scorsonères, racler des radis, racler des - navets_, ne sont pas des expressions françaises; il faut dire: - Râtisser. - - Que faites-vous, Marguerite? - Râtissez-vous des navets? - - [_Théâtre de la Foire_, t. III, p. 100.] - - RACLER, v. a. _Racler un poisson._ Dites: Écailler un poisson, - c'est-à-dire: Lui enlever l'écaille avec un outil tranchant. - - RACLER, v. a. Toucher légèrement, frotter contre. _J'ai raclé la - muraille en passant._ - - RÂCLER, v. n. Grasseyer, parler gras et d'une manière traînante. - - RACLETTE (À LA), loc. adv. À la rigueur, tout juste. _L'examen de - mathématiques fut médiocre et l'étudiant ne fut admis qu'à la - raclette._ Dans le canton de Vaud, _raclette_, s. f. (en français, - «Racloire,» s. f.), se dit de la planchette qui sert à racler le - dessus d'une mesure de blé pour la rendre rase, au lieu d'être - comble. - - RACLON, s. m. Se dit de certains objets en mauvais état et usés. - Ainsi, _un raclon de fusil, un raclon de couteau, un raclon de - canif_, sont: Un mauvais fusil, un mauvais couteau, un mauvais - canif. - - RACÔQUER, v. a. Voyez RACAUQUER. - - RACOQUILLER, v. a. Recoquiller, retrousser en forme de coquille. - - RAFATAILLE, s. f. Vieilleries, objets usés ou de nulle valeur, - restes d'un choix qu'on a fait. _Un tas de rafatailles._ - - On voyait dans un plat coineux - Nager, sur du bouillon sans yeux, - Des raves, de la patenaille, - De l'ognon, de la _rafataille_. - - [CH.] - - Terme suisse et méridional. S'emploie figurément comme synonyme de - canaille, racaille, rebut. - - RAFFE, s. f. Diarrhée, cours de ventre. - - RAFFER, v. n. Avoir la diarrhée. - - RAFFEUX, adj. masc. Nous appelons raisin _raffeux_, celui dont la - gousse se détache lorsqu'on le mange. On appelle en Anjou, - _raffard_, une sorte de mauvais raisin. - - RAFFISTOLER, v. a. Raccommoder, rapiéceter, remettre en état. - _Raffistoler un manteau; raffistoler un chariot._ Terme parisien - populaire, etc. Dans le vieux français, _affistoler_ signifie: - Parer, orner, embellir, endimancher. - - RAFLÉE, s. f. Rafle. _Les voleurs firent une complète raflée_; - c'est-à-dire: Emportèrent tout sans rien laisser. Terme français - populaire. - - RAFOUILLER, v. a. Fouiller, farfouiller. - - RAFOUR, s. m. Four à chaux. _Établir un rafour; allumer le rafour._ - Terme vaudois, savoisien, dauphinois, bressan, franc-comtois et - vieux français. - - [+] RAFROIDIR, v. a. Refroidir. _Le temps s'est rafroidi. Laissons - rafroidir la soupe._ Français populaire et vieux français. - - RAGÂCHE ou RAGASSE, adj. Taquin, tenace, avare. En italien: - _Ragazzo_. - - RAGON, s. m. Salade romaine printanière. Les habitants de la ville - appellent _ragon_ la «Petite laitue verte.» - - RAGOTANT, ANTE, adj. Ragoûtant, appétissant. - - RAISIN, s. m. Nous disons: _Cueillir un raisin, manger un raisin, - offrir un raisin_. Cette locution gasconne n'est autorisée par - aucun grammairien, ni aucun dictionnaire. «Un raisin» ne se dit - qu'en parlant de toute une espèce (le muscat est un bon raisin). - Dans les exemples ci-dessus, il faut dire: Cueillir une grappe de - raisin, ou: Cueillir du raisin; manger du raisin; offrir du - raisin, ou des raisins, etc. - - RAISINS DE MARS, s. m. pl. Groseilles rouges. - - RAISINÉE, s. f. _Un pot de raisinée. La raisinée est sujette à se - moisir._ Terme suisse et savoisien. Le mot français est: - «Raisiné.» Du raisiné. - - RAISON, s. f. _Se faire une raison_, signifie: Accueillir des idées - raisonnables, adopter des mesures sages et prudentes. _Tu as eu là - une grande épreuve, mon cher Antoine; mais ne t'abandonne pas au - découragement, et sache te faire une raison._ Terme français - populaire. - - RAISONNER À. Répliquer à. _Tu veux nous raisonner, bambin! Raisonner - à ton père et à ta mère!... tu verras._ Le verbe «Raisonner» a - bien le sens de répliquer, mais il ne prend pas de régime. On - peut dire à un enfant qui ergote: Ne raisonne pas; cesse de - raisonner. Mais il n'est pas correct de lui dire: _Ne me raisonne - pas_. - - RAISONNER QUELQU'UN. Le faire raisonner, chercher à l'amener à une - sage détermination. _Il vaut souvent mieux raisonner un enfant que - de le gronder._ On disait en vieux français: _Arraisonner - quelqu'un_. _Se raisonner_, v. pron., veut dire: Accueillir des - idées raisonnables; soumettre son esprit à la raison. _Tu ne sais - pas te raisonner, Julie; tu te désoles pour un rien._ - - RAISONS, s. f. pl. Altercation, contestation, démêlés, difficultés, - paroles vives. _Avoir des raisons avec quelqu'un. Ils ont eu des - raisons ensemble. Je me garderai bien d'avoir des raisons avec - lui._ Expression connue en France, mais qui n'a pas été, jusqu'à - présent, admise dans les dictionnaires. - - RAISSON, s. m. Sciure de bois. _Une seille de raisson._ Terme - vaudois et savoisien. En Franche-Comté on dit: _Rasson_; dans - l'évêché de Bâle, _rasun_: termes formés du vieux mot _resse_; en - patois _rasse_, qui signifie: Une scie. - - RAISSONNET, s. m. Sciure de bois. _Au raissonnet! au bon - raissonnet!_ est le cri des paysans qui viennent nous vendre de la - sciure de bois. - - RAJOUTER, v. a. Ajouter de nouveau. _Cette salade n'a pas assez - d'huile: rajoutez-en._ Terme français populaire. - - RAMASSÉE, s. f. Volée de coups, rossée. _Une bonne ramassée le - contraignit enfin à se taire._ Terme vaudois. Dans le vieux - français, _donner la ramasse_, signifiait: Donner le fouet. Dans - le français populaire, _ramasser_ veut dire: Maltraiter de coups. - - RAMASSER UN MAL. Gagner un mal, gagner une maladie. _La phthisie - est, dit-on, une maladie qui se ramasse._ - - RAMELÉE, s. f. Ribambelle, grand nombre, quantité. _Une ramelée de - badauds._ Terme vaudois. - - RAMONÉE, s. f. Forte réprimande. _Faisons les gattes, François: on - en sera quitte tous deux pour une ramonée._ Terme dauphinois, etc. - - RAMONER, v. a. (fig.) Gronder, tancer. Dans le dialecte rouchi, - _ramoner_ signifie: Rosser. - - RAMPON, s. m. Mâche, herbe potagère. _Salade au rampon._ Terme - suisse-roman et savoisien. - - RAMURE, s. f. Toiture, couverture d'un édifice. - - RAMURES, s. f. pl. Terme de jardinier. Rames, menues branches - d'arbres qui servent à soutenir les pois et les haricots. _Mettre - des ramures._ - - RANCHE, s. f. Rangée, ligne. _Une longue ranche._ Terme lyonnais. - - RANCHÉE, s. f. Rangée, ligne, rang, suite de plusieurs choses mises - sur une même ligne. _Une ranchée de livres; une ranchée d'arbres_, - etc. - - [+] RANCO ou RANKO, s. m. Dernier râlement d'un mourant. _Être au - ranco._ Terme vaudois et jurassien. Dans le dialecte provençal, - _rangouiha_ veut dire: Râler, c'est-à-dire: Respirer avec bruit et - d'une manière pénible. Dans le patois du Jura, le verbe - _rancasser_, et dans le patois de l'Isère, _rancheisié_, ont le - même sens. - - RANG ou RANG DE BOIS, s. m. Bûche ronde, rondin. _Une douzaine de - rangs. Des têtes de rang. A Genève on vend le fayard_ (le hêtre) - _soit au moule, soit par rangs_. - - RANGER, v. a. _Tranquillisez-vous, nous rangerons bien votre - affaire. Va te ranger, Émile, et nous sortirons; mais aie soin de - bien ranger ta cravate et tes cheveux._ On peut dire: Ranger une - chambre, ranger une armoire, ranger des livres; mais dans les - exemples ci-dessus, _ranger_ est une expression incorrecte; il - faut dire: «Arranger.» - - RANGUILLE. Jeu d'écolier, qui consiste à placer une pierre, une - boule ou une tuile sur un piquet ou sur une butte quelconque, et à - tâcher de les abattre à coups de pierre. - - RANGUILLER, v. a. Terme du jeu de quilles. Relever et replacer les - quilles abattues. Terme vaudois. - - RANGUILLEUR, s. m. Celui qui ranguille. - - RANQUEMELER, v. n. Râler, être poussif, respirer avec bruit et - peine. On dit aussi: _Roncemeler_. - - RAPATIN, s. m. Sittelle, genre d'oiseaux grimpeurs. - - RÂPELU ou RAPÉLU, s. m. Se dit d'un homme qui est vêtu d'habits - vieux et râpés, et qui a l'air excessivement misérable. - - RAPERCHER, v. a. Chercher avec une sorte de soin, trouver, déterrer, - raccrocher. _Rapercher des bouquins. Où as-tu donc raperché cette - vieille hallebarde? Tu as perdu là, par ta faute, une excellente - pratique: il faut essayer de la rapercher._ _Se rapercher_, v. - pron., signifie: Se rattraper, recouvrer ce qu'on avait perdu. - - RAPETISSIR, v. a. Rapetisser. - - RAPETOUILLER, v. a. Raccommoder. - - RÂPI, s. m. Râpé de copeaux, c'est-à-dire: Certaine quantité de - copeaux (_belues_) qu'on met dans un tonneau pour éclaircir le - vin. _Boire sur le râpi_, signifie: Boire du vin éclairci par les - copeaux. Au sens figuré, _Être sur le râpi_, veut dire: Être - harrassé, être rendu, être sans force et sans courage, baisser, - décliner. - - RAPIAMUS. Terme latin qui signifie: Enlevons, prenons tout. _Faire - rapiamus_, signifie: Enlever tout. Terme normand, etc. - - RAPICOLER, v. a. Ravigoter, ranimer. _Repicoler_ a le même sens. - - RAPIDE, adj. Roide, escarpé, qui a beaucoup de pente. _Chemin - rapide; montée rapide; côte rapide._ - - RÂPIN, s. m. Avare, ladre, homme dur à la détente. _Je te plains - d'avoir pour maître de maison un pareil râpin._ Terme vaudois. - Dans le dialecte normand (arrondissement de Bayeux), _un râpin_ - est un homme qui enlève tout ce qu'il peut dans les champs. R. - _rapio_. - - RAPISTOLER, v. a. Raccommoder grossièrement, rapiécer, rapiéceter, - rajuster. _Rapistoler une robe._ On dit aussi, mais plus rarement: - _Rafistoler_. - - RAPLATIR, v. a. Rendre plus plat, rendre plus uni, amincir. Terme - français populaire. - - RAPPELER (S'EN), v. pron. Dites: Se LE rappeler. _T'en rappelles-tu, - Toinette?--Non, Madame.--Eh bien, moi, je m'en rappelle: et voici - la troisième fois que tu sors de nuit sans ma permission._ - - RAPPELER DE. _Rappeler d'un jugement, rappeler d'un arrêt, rappeler - d'une sentence_, ne sont pas des expressions correctes. Il faut - dire: Appeler d'un jugement; appeler d'un arrêt, appeler d'une - sentence. - - RAPPONDRE, v. a. Joindre, rejoindre deux choses séparées. _Rappondre - une ficelle. Fil rappondu._ On _rappond une sauce_, en y ajoutant - du bouillon ou de l'eau. Terme suisse-roman, savoisien et - jurassien. - - RAPPORT, s. m. Dans notre langage populaire, _par rapport que_, - signifie: Parce que, par la raison que. _Fanchette n'est pas allée - te voir dans ta maladie, par rapport que toi le premier tu l'avais - depuis longtemps négligée._ Français populaire. - - RAPPORT À. Par rapport à, ayant égard à, en considération de, à - cause de. _Rapport à nos deux cousins, j'ai voulu changer l'heure - du goûter. Rapport à vous, je prêterai la somme en question._ - Français populaire. - - RAPPORTAPET, s. m. Terme d'écolier. Rapporteur, celui qui rapporte, - celui qui dénonce les étourderies de ses camarades. _Défiez-vous - de lui, ce n'est qu'un rapportapet._ Dans le canton de Vaud: _Un - redipet_. - - RAPPROPRIER, v. a. Approprier, nettoyer. _Rapproprier une chambre._ - Au réfléchi, _se rapproprier_, veut dire: Se faire propre, se - reblanchir, faire sa toilette. Terme français populaire. - - RAPSODAGE, s. m. Mauvais raccommodage, rhabillage. _Vous deviez me - raccommoder ce gilet, et je n'y vois qu'un rapsodage._ Le verbe - «rapsoder,» raccommoder grossièrement, se trouve dans quelques - dictionnaires modernes. - - RARIFIER, v. a. Raréfier. - - RARRANGER, v. a. Arranger de nouveau, rajuster. - - RARRIVER, v. n. _Tu ne fais que jeter des pierres, Alexis; mais si - cela te rarrive, gare! Vous avez fait les gattes, petits drôles: - que cela vous rarrive et vous verrez. Je suis sorti hier sans ma - bourse; cela ne me rarrivera pas._ Ce terme fort commode n'est pas - dans les dictionnaires. - - RAS, adv. _Couper les cheveux ras, tondre un chien ras_, etc., ne - sont pas des expressions françaises, quoique fort usitées en - France, en Savoie et chez nous. Il faut dire: Raser les cheveux; - raser un chien; raser une moustache, etc. _Couper à ras, tondre à - ras, couper à ras terre, couper à ras de terre_, sont également - des expressions vicieuses. Ne dites donc pas: _Les hirondelles - volaient à ras terre_; ni: _Elles volaient ras terre_; ni: _Elles - volaient à ras la terre_. Dites: Elles volaient en rasant la - terre; ou: Elles volaient rez terre. «Rez,» en effet, est une - préposition qui signifie: Tout auprès, tout contre, tout joignant, - rien entre deux. Abattre une maison REZ terre; couper un arbre REZ - terre, etc. - - RASSIS, participe du verbe _rasseoir_, ne fait pas au féminin - _rassie_, comme beaucoup de personnes le croient. Il ne faut pas - dire: _Cette femme est rassie_, c'est-à-dire: Calme, posée, - réfléchie; il faut dire: Cette femme est rassise. «La jeune - Éveline, qui n'a pas encore dix-huit ans, est déjà une personne - rassise, prudente et circonspecte.» - - RASSUJETTI, IE, subst. Jeune homme ou jeune fille qui, ayant fini - son apprentissage, travaille encore avec un maître ou une - maîtresse pour se perfectionner. - - RAT, s. m. Nous disons proverbialement: _Être trempé comme un rat_, - pour signifier: Être tout trempé. L'Académie dit: «Être mouillé - comme un canard.» - - RATAPIOLE, s. f. Ribote du lendemain. _Faire la ratapiole._ - - RATAQUO, s. f. Voyez RATE, no 5. - - RATASSER, v. a. Signifie: 1º Fouiller, chercher; 2º Chicaner, - taquiner, rabâcher, repasser. - - RATE, s. f. Souris. _Un nid de rates. Prendre des rates. Avoir un - sommeil de rate._ Le _Complément_ du dictionnaire de l'Académie, - en enregistrant ce mot, dit qu'il est peu usité. J'ose assurer - qu'il est d'un usage journalier en Suisse, en Savoie, en - Franche-Comté, dans les Vosges et dans tout le Midi. Nous disons - figurément et facétieusement: _Avoir les rates au ventre_, pour - signifier: Avoir grand'faim, avoir le ventre qui grouille de faim. - - RATE, s. f. Rat, marque blanche, que les écoliers et les gamins font - malicieusement sur les habits des passants, au moyen d'un morceau - d'étoffe frotté de craie et taillé en forme de rat. - - RATE, s. f. Dent de petit enfant, quenottes. _Montre-nous tes - petites rates, Fanny. Laisse-toi arracher cette rate qui branle, - et nous la mettrons sous le chenet._ Terme vaudois, franc-comtois, - limousin, etc. En Languedoc et en Provence on dit: _Ratète_ et - _ratounette_. - - RATE (FAIRE). Rater, faire faux feu. _Son fusil avait fait rate deux - fois de suite._ Ce mot est une onomatopée. - - RATE ou RATAQUO, s. f. Réflexion du soleil sur un miroir ou sur un - corps quelconque réverbérant. _Faire la rate aux passants. Ces - petits polissons nous aveuglaient avec leur rate, avec leur - rataquo. Les vitres de ta fenêtre me font la rate._ - - RÂTE, s. f. _Un mal de râte. Souffrir de la râte._ Prononciation - vicieuse du mot «Rate,» dont l'_a_ est bref. - - RÂTEAU, s. m. Grille, fermeture, et principalement d'une porte de - ville. _Fermer le râteau; ouvrir le râteau; enfoncer le râteau._ - - RÂTELET DE MOUTON, s. m. Terme de boucherie. Carré de mouton, haut - côté. Terme suisse et savoisien. - - RÂTELIER, s. m. Terme d'économie domestique. Dressoir, espèce de - buffet sans porte, à plusieurs rayons. - - [+] RATENIR, v. a. Retenir. _Ratiens-moi, David, je tombe! Tâche de - te ratenir à ce poutre._ Terme vaudois, etc. - - RATER, v. n. Se dit des chats, et signifie: Prendre les rats, - poursuivre les rats. _Notre chat rate bien._ Les chasseurs le - disent aussi des chiens qui s'amusent à poursuivre les rats, au - lieu de s'attacher au gibier. - - RATIONNER, v. a. Faire la part, donner la ration, mettre à la - ration. _Ces garçons ont un si terrible appétit, qu'il faudra - véritablement les rationner._ - - RATIN, s. m. Odeur des rats. _Sentir le ratin._ - - RÂTISSOIR (UN). Instrument de fer pour râtisser les allées des - jardins. _Râtissoir usé, râtissoir démanché._ Ce mot est féminin. - Une râtissoire usée, une râtissoire démanchée. - - RATOULIVE ou RATOLIVE, s. f. Chauve-souris. Ce mot _ratoulive_ est - une contraction des mots _rate-volive_, qui signifient: _Rate - volante_, souris qui vole. A Rumilly (Savoie) et en Valais on dit: - _rate-volière_; dans le patois vaudois, _ratta volaire_; à Lyon, - _rate-volage_; dans le Jura, _ratevolate_; dans les Vosges, - _volant-rette_. - - RAUFE, s. f. Rotengle, poisson du genre de la tanche. - - RAUFÉE, s. f. Algarade, grognerie, gronderie. _Faire une raufée. - Recevoir une raufée._ - - RAUFER, v. a. Gronder, grogner. _Raufer ses domestiques; raufer ses - enfants. Son mari ne cesse de la raufer._ Terme suisse-roman. En - allemand, _raufen_ signifie: 1º Tirer par les cheveux; 2º - Chamailler. - - RAUFERIE, s. f. Gronderie, grognerie. - - RAUFERIES, s. f. pl. Vieux chiffons, vieilles hardes, objets sales - et inutiles. - - RAUFIN, FINE, subst. Grognard, celui ou celle qui gronde par - habitude ou par caractère. - - RAVANTER, v. a. Aveindre, _avanter_ de nouveau. _Tâche de me - ravanter mon cerf-volant._ - - RAVAUDAGE, s. m. Action de _ravauder_, de marchander. - - RAVAUDER, v. n. Marchandailler, mésoffrir, offrir d'une marchandise - beaucoup moins qu'elle ne vaut. - - RAVAUDERIE, s. f. Bagatelle, brimborion. _As-tu payé ton - tailleur?--Je ne lui dois plus qu'une ravauderie. Ta mère a-t-elle - acheté quelque chose à cette vente publique?--Oui, quelques - ravauderies._ - - RAVAUDEUR, DEUSE, subst. Celui ou celle qui marchandaille, qui aime - à marchander, et qui déprécie la marchandise. _Allez, ma mie: je - vois bien que vous n'êtes qu'une ravaudeuse, et que vous ne voulez - rien m'acheter._ Terme suisse et franc-comtois. - - RAVE, s. f. (fig.) Objet de nulle valeur, chose de rien. Se dit des - personnes et des choses. _Deux francs à votre fils pour ses - étrennes! La belle rave! Vous mariez votre Tiennette à Jean Des - Verres? La belle rave de mari que vous lui donnez là!_ On dit de - même: _Le beau fusil de rave! La belle campagne de rave!_ etc. - - RAVE. Employé adverbialement, ce mot est synonyme de: Néant, rien du - tout, non, point du tout. _Tu ne veux pas ces_ _pommes pour ton - goûter?... Eh bien, rave_, c'est-à-dire: Eh bien, tu t'en - passeras, tu n'auras rien autre. Terme vaudois. On dit quelquefois - dans le même sens: _Une rave_. _Père, mère, prête-moi les - tenailles.--Une rave_, c'est-à-dire: Tu ne les auras pas. - - RAVE, s. f. Nous disons proverbialement: _Remettre à quelqu'un ses - raves dans le sac_, pour: Lui rétorquer ses arguments, lui prouver - son erreur ou son ignorance, le réduire à se taire. - - RAVÉ, ÉE, adj. Terme des campagnards. Cassant, qui se casse - facilement. _Une branche ravée_, est une branche pourrie, et que - le moindre effort, le moindre ébranlement pourrait casser. - - RAVOIR (S'EN). Revenir de sa surprise, se remettre d'un grand - étonnement. _Vous me racontez là une chose si curieuse et si - extraordinaire, que je ne puis m'en ravoir._ En français, «se - ravoir» signifie: Se calmer, reprendre ses forces. - - RAVONNET, s. m. Radis, sorte de petite rave. _Une liasse de - ravonnets._ Terme suisse-roman. - - RAYER, v. a. _Rayer un écolier_, signifie: Lui rayer son papier, le - lui régler. _Viens ici, Fanny, je te rayerai, afin que tu écrives - droit. Notre petit Eugène écrit déjà sans se rayer._ Dites: Sans - régler son papier. - - REBÂCHER, v. a. Rabâcher, répéter souvent et inutilement la même - chose. - - REBÂCHEUR, CHEUSE. Rabâcheur, rabâcheuse. - - REBARBARATIF, IVE, adj. Rébarbatif, rude, rebutant, repoussant. - _Visage rebarbaratif, figure rebarbarative._ Terme français - populaire. - - REBATTE, s. f. Meule d'un pressoir à huile ou à fruit. Terme - savoisien. En patois, _rebatta_ signifie: Rouler, et _rebat_, - rouleau. - - REBATTE, s. f. Ressac, action des vagues battant contre un mur ou un - rocher, et retournant violemment vers le large. Dans le vieux - français, _rebattre_ avait le sens de: Répercuter, réverbérer, et - _rebattement_ signifiait: Répercussion. - - REBÉQUER ou REBECQUER, v. n. Se dit des aliments et signifie: Être - antipathique, dégoûter, soulever le coeur. _Les choux me - rebecquent. Le fromage rebecque à beaucoup de personnes._ - - REBIOLON, s. m. Seconde pousse des choux, seconde pousse de la - vigne. Terme suisse-roman. - - REBLOCHON, REBLOSSON ou REBLAICHON, s. m. Sorte de fromage de - Savoie. - - REBOUILLER ou RABOUILLER, v. a. Remuer, ravauder, farfouiller. - _Rebouiller un tiroir, rebouiller un pupitre. Il a l'estomac - rebouillé._ Terme vaudois, fribourgeois, berrichon, etc. Nos - campagnards appellent _rabouillé-beuze_, le bouzier, sorte - d'insecte volant qui vit de préférence dans la bouze (en patois, - _la beuze_). - - REBOURRÉE, s. f. Accueil dur, rebuffade. _Faire une rebourrée. - Recevoir une rebourrée._ - - REBOURRER, v. a. _Rebourrer quelqu'un_, c'est: L'accueillir avec des - paroles dures, le maltraiter en paroles, le rembarrer. - - RECAFFÉE ou REKIAFFÉE, s. f. Gros éclat de rire, éclat de rire - très-bruyant, forcé et commun. _Faire des recaffées. De ce groupe - de bonnes d'enfants et de domestiques sortaient, par intervalles, - d'énormes recaffées. Riez, si cela vous plaît, mesdemoiselles, - mais ne faites pas des recaffées._ - - RECAFFER, v. n. Faire de gros éclats de rire. - - RECAPER (SE), v. pron. Terme des campagnards. Se dit des femmes et - signifie: Se recoiffer, se requinquer. L'opposé de ce verbe est - (en patois), _se décapà_. R. _cape_, manteau, etc. - - RECHANGE (À), loc. adv. À tour de rôle, tour à tour. _Va à pied, je - monterai sur le mulet, et nous ferons à rechange._ - - RECHANGER (SE), v. récipr. Se relayer, se relever l'un l'autre. - _Pour monter jusqu'à la cime du Jura, Mme N** prit quatre porteurs - qui se rechangeaient._ Terme franc-comtois, etc. - - RECHAT, s. m. Terme des campagnards. Repas donné aux ouvriers à la - fin d'un travail fait en commun. Dans le canton de Vaud on dit: - _Ressat_. _Faire le ressat._ - - RECHIEN ou RECHEIN, s. m. Mauvais accueil, répartie dure, affront, - rebuffade. _Faire un rechien. Il m'a fait un rechien et une - regauffrée de mâlevie._ Dans le vieux français, _rechin_ est un - adjectif qui signifie: Triste, mélancolique, de mauvaise humeur. - «Rechigner» est français. - - RECHIGNÉE, s. f. Rechignement, action de rechigner. _Faire une - rechignée._ Voyez RECHIEN. - - RECHINCHÉE, s. f. Prise de tabac. - - RECHUTER, v. n. Avoir une rechute, faire une rechute, retomber, être - attaqué de nouveau d'une maladie dont on paraissait guéri. _Tu le - croyais au-dessus, mais il a rechuté. S'il rechute encore, c'est - fait de lui._ Terme suisse-roman et méridional. - - RECORDAIN, s. m. Terme des campagnards. Deuxième regain. En latin, - _cordum_ ou _fenum cordum_ veut dire: Regain. - - RECOU, s. m. Terme patois. Regain, deuxième coupe du foin. - - Quand il pleut à la mi-oû - Y a (prou) raves et prou recou. - - RECOUVERT, ERTE, partic. Recouvré, récupéré. _La maison de commerce - N** a recouvert, en trois ans, les sommes qu'elle avait perdues._ - Dites: Elle a recouvré. Dites aussi: Un tel a recouvré son crédit. - Mme Z** pourra recouvrer une partie de l'héritage. - - RECRÉER, v. a. Réjouir, divertir. _Cette promenade vous a-t-elle un - peu recréé?_ Écrivez et prononcez avec trois accents: «Récréé.» Le - verbe «Recréer» (_re_ sans accent) est français, mais avec une - autre signification. - - RÉCRÉPIR UN MUR. Dites: Crépir un mur. Voltaire, en se servant du - mot _récrépir_, dans le passage suivant, le souligne. «M. le curé, - vous savez que j'ai _récrépi_ à mes dépens l'église du Tilloi.» - [_Lettre à M. de l'Écluse_, dans les _Facéties_.] «Recrépir» est - français, dans le sens de: «Crépir de nouveau.» - - RÉCRÉPISSAGE, s. m. Crépissure, crépi. _Dans notre pays les - récrépissages faits avant le milieu de mai ne sont pas solides._ - - [+] RECTAL, adv. Recta, ponctuellement, avec régularité. _Valentin - est un homme qui paie rectal._ - - [+] RECTALEMENT, adv. Recta, ponctuellement. - - RECUITE, s. f. Masse de lait caillé qu'on tire du petit-lait - bouilli. - - RÉCURAGE, s. m. Second écurage. - - REDASSE, s. f. Draine, espèce de grive plus grosse deux fois que - l'ordinaire, et la moins délicate de toutes. Au figuré redasse se - dit injurieusement d'une femme maigre et sèche. _Cette redasse, - cette vieille redasse n'a-t-elle pas encore des prétentions!_ - Terme vaudois. En provençal, _radasso_ signifie: 1º Une - rossinante; 2º Une vieille et mauvaise bête de somme. - - REDIT, s. m. Ne s'emploie guère que dans cette expression: _Les dits - et les redits_, c'est-à-dire: Les cancans. _Avec ces dits et ces - redits, on ne manquera pas de brouiller toute la famille._ Terme - bordelais, etc. - - REDONDER, v. n. Ressauter, rebondir. _Regarde cette paume, Albin, - comme elle redonde!_ Le verbe redonder se trouve dans les - dictionnaires, mais avec une signification différente. - - REDOUX, s. m. Dégel, retour d'une température plus douce après - quelques jours de gelée. _Le baromètre descend, nous allons avoir - du redoux_, c'est-à-dire: Il va dégeler. Terme vaudois et - savoisien. - - RÉDUIRE, v. a. Serrer, resserrer, enfermer en lieu convenable, ôter - de devant les yeux. _Réduire la vaisselle; réduire le relavage; - réduire des vêtements; réduire des outils. Le mauvais temps peut - arriver quand il voudra, ma récolte est toute réduite. Nous étions - tous réduits avant minuit_, c'est-à-dire: Avant minuit nous étions - tous rentrés dans nos maisons. Terme consacré en Suisse et en - Savoie. R. _reducere_, remettre en place, replacer. En Languedoc, - au lieu de _réduire_, on dit: _Conduire_. _Conduisez ce pain. - Conduisez cette bouteille et ces verres._ - - REFAIRE, v. a. Nous disons figurément et proverbialement d'une chose - qu'on nous présente comme avantageuse, mais qui en effet ne l'est - pas: _Cela ne me refait pas la taille._ On dit en français: Cela - ne me rend pas la jambe mieux faite. [ACAD.] - - REFAIT, FAITE, part. Nous disons ironiquement, à l'occasion d'un - mécompte, d'un contre-temps, d'un désagrément qui nous arrive: _Me - voilà bien refait!_ c'est-à-dire: Me voilà bien avancé! Me voilà - mis dans de beaux draps! _Te voilà bien refait, Théodore, de - chicaner ton petit frère: il t'a égratigné et tu saignes._ Terme - languedocien, etc. - - REFALLOIR, v. imp. Falloir de nouveau. _Tu as acheté trop peu - d'étoffe; il t'en refaut une demi-aune. Notre provision de - fascines touche à sa fin: il en refaudra un demi-cent._ - - REFENTE, s. f. _Un mur de refente._ Terme français populaire. Dites: - Un mur de refend. - - REFIER (SE), v. pron. Se fier, compter sur. _Il se refie trop sur sa - mémoire. Ne vous refiez pas sur cet homme._ - - RÉFLÉCHIR, v. actif. Ce verbe est neutre. Ne dites donc pas: _J'ai - réfléchi une chose_. Dites: J'ai réfléchi À une chose; j'ai - réfléchi À un moyen de tout arranger, etc. - - REFONFONNER ou REFONFOUNER, v. n. Reprendre dans la cafetière, dans - le pot, dans la marmite, etc. _Gouillarde que tu es! Après avoir - bu tes deux écuelles, tu refonfounes encore._ On donne aussi à ce - verbe le sens de: Mettre de l'eau sur le marc de café, dans une - bouteille de vin, etc. - - REFRÂCHAIS, s. m. Terme d'agriculture. Refroissis, récolte faite sur - des jachères. Terre que l'on fait porter une troisième année. - - RÉFROIDIR, v. a. La prononciation de réfroidir, avec accent sur - l'_é_, est habituelle chez nous. Il faut écrire et prononcer: - «REfroidir.» - - REFROUGNÉ, ÉE, adj. _Mine refrougnée; visage refrougné._ Le mot - français est: Refrogné. Visage refrogné. - - REGAILLARDIR, v. a. Ragaillardir, remettra en bonne humeur, remettre - en gaîté. _Cette bonne nouvelle les avait tous regaillardis._ - Français populaire et vieux français. - - RÉGALE, s. fém. Régal, régalade, festin, gala. _Faire une régale; - faire une superbe régale._ Ce terme appartient à l'ancienne langue - française; mais il était alors du genre masculin (un régale). - Voyez la 1re édition du dictionnaire de l'Académie [1698]. - - REGAUFFRÉE, s. f. Gronderie, paroles de dépit, rebuffade. _Faire une - regauffrée à quelqu'un; recevoir une regauffrée._ Dans le canton - de Vaud, on dit: _Regauffée_. - - RÉGLET, s. m. Terme de calligraphie. Transparent. _Écrire avec un - réglet. Se passer de réglet._ Terme méridional. - - RÉGITRE, s. m. Écrivez sans accent sur l'_e_, «Regître» ou - «Registre.» - - RÉGLEUSE, s. f. Terme de la fabrique d'horlogerie. Ouvrière dont la - profession est de régler les montres. _À Genève, une habile - régleuse peut gagner jusqu'à huit francs par jour._ - - REGLISSE, s. f. Écrivez et prononcez: «Réglisse.» De la réglisse. La - réglisse est adoucissante. - - REGORGE (À), loc. adv. Excessivement, à satiété, jusqu'au - rassasiement. _Manger à regorge. Avoir des écus à regorge._ - - REGRETTER, v. a. Dans notre langage: _Regretter une chose à - quelqu'un_, signifie: La lui envier, être fâché, être triste de - voir qu'il en est le possesseur. _Chacun lui regrette cette - aubaine. Ne regrettez pas cette jeune et jolie femme à ce vieux - barbon, c'est une pouine, une diablesse._ Expression méridionale. - - REGROLLAGE, s. m. Raccommodage de vieux souliers. - - REGROLLER, v. a. Raccommoder grossièrement de vieux souliers. - _Grolle_, dans notre langage, signifie: «Savate.» - - [+] REGUINGOTTE, s. f. Redingote. _J'acheta cette reguingotte à - l'encan._ Terme dauphinois, rouchi, etc. - - [+] RÉGULIARITÉ, s. f. Régularité. Le mot _réguliarité_ appartient - au vieux français, et on l'emploie encore dans diverses provinces - du nord de la France. - - REINE, s. f. Nous appelons _la reine du bal_ celle des danseuses - dont la beauté ou la grâce y est le plus remarquée. En France, la - reine du bal, c'est la personne pour qui se donne le bal. - - REJICLÉE, s. f. Éclaboussure, rejaillissement. En Dauphiné et en - Languedoc, on dit: _Un rejiscle_. - - REJICLER, v. a. et n. Éclabousser, faire rejaillir. _L'eau lui - rejicla dessus. Fais donc attention, Gaspard: ne vois-tu_ _pas - que tu me rejicles?_ Terme suisse-roman, savoisien et méridional. - - RELÂCHER LE VENTRE. Lâcher le ventre. - - RELATIONNÉ, ÉE, adj. Se dit de celui ou de celle qui a des - relations. _L'établissement que vient de fonder Mr Z** ne peut - manquer de réussir, car c'est un jeune homme actif, intelligent et - bien relationné._ - - RELAVAGE, s. m. Lavage de la vaisselle après le repas. - - RELAVER, v. a. Laver la vaisselle après le repas. Terme vaudois, - neuchâtelois, lorrain, wallon, etc. - - RELAVURES, s. f. pl. Lavure, eau grasse qui provient du lavage de la - vaisselle. - - RELEVER, v. a. Terme de lingère. Reprendre. _Relever une maille à un - bas._ Expression dauphinoise, etc. - - RELEVER, v. a. Saisir, prendre en contravention. _Le garde champêtre - de la commune a relevé un chasseur qui foulait du blé noir. À la - campagne les enfants se font souvent relever par les gardes._ [P. - G.] - - RELEVER (S'EN), v. pron. En relever, se rétablir, en parlant d'un - malade. _On ne croit pas que notre cousine s'en relève._ Dites: On - ne croit pas que notre cousine EN relève. - - RELIQUAT, s. m. On prononce _relika_. - - RELOIN, adv. Ne s'emploie que dans cette expression très-familière: - _Il est loin et reloin_, c'est-à-dire: Il est parti, il est depuis - longtemps parti. - - RELUCHER, v. a. Reluquer, lorgner attentivement et du coin de - l'oeil. _Relucher de belles pêches, relucher de beaux raisins._ - Dans notre langage, _relucher une demoiselle_, c'est: La regarder - avec un tendre intérêt, et chercher à attirer son attention. - - REMAGNONS, s. m. pl. Reste d'aliment, vieux reste de fricot. Terme - vaudois. Dans notre patois, _remagni_ veut dire: Rester. R. lat. - _remanêre_. - - REMAIGRIR, v. n. _Ton beau-père avait repris un peu d'embonpoint, - mais le voilà qui remaigrit._ Dites: «Ramaigrit.» L'infinitif est: - «Ramaigrir.» - - REMARQUER À QUELQU'UN. Dites: Faire remarquer à quelqu'un, lui faire - observer. _Je vous remarquerai que_, est un barbarisme. - - REMBOURS, s. m. Remboursement. Terme suisse, parisien populaire et - vieux français. - - REMERCIER POUR. Remercier de. _Remerciez votre oncle pour toute la - peine qu'il s'est donnée._ - - REMÉMORIER (SE), v. pron. Se remémorer. _Tâche de te remémorier une - partie de ce beau discours._ Français populaire. - - REMOLLION, s. m. (_ll_ mouillés.) Terme de lessiveuse, se dit - essentiellement du linge de couleur et des vêtements de laine qui - ne se coulent pas au _lissu_. _Madame a-t-elle préparé les - remollions? Y a-t-il beaucoup de remollions? Le remollion n'est - pas encore compté._ R. _remouiller_. - - REMOLLION, s. m. (_ll_ mouillés.) Réveillon, lendemain de noces; - petit repas que l'on fait après un autre plus grand. - - REMONTANT (UN). Un stimulant, une chose qui ranime et fortifie soit - le corps, soit l'esprit. _Pour beaucoup d'estomacs, un verre de - bon vin est un remontant. L'arrivée de son père tirera notre jeune - écolier de son apathie, et lui donnera un peu de remontant._ - - REMONTER, v. a. Ravigoter, raviver, redonner des forces, remettre en - meilleur état. _Un petit verre de curaçao les a tous réjouis et - remontés. Ce petit legs a remonté cette pauvre famille. Cinq cents - francs remonteraient bien votre fermier._ Terme méridional, etc. - Les dictionnaires disent: «Remonter le courage, remonter - l'imagination,» et rien de plus. A Genève, ce verbe _remonter_ a - des significations plus étendues. - - REMOUCHÉE, s. f. Remontrance sévère, algarade. _Faire une - remouchée._ En provençal: _Remouchinado_. - - REMOUCHER, v. a. (fig.) Gourmander, rabattre le caquet, réprimander - sévèrement, rembarrer. _Il voulait élever la voix, mais son - bourgeois l'a remouché._ Terme neuchâtelois, etc. En lorrain, - _moucher quelqu'un_ signifie: Le battre, l'étriller; et dans le - patois du bas Limousin, _moutsa_, s. m., veut dire: Un soufflet, - une mornifle. - - REMUER, v. n. Déménager, changer d'appartement. _Quand remuez-vous, - voisin?--Je remue après Pâques._ Terme suisse-roman, savoisien et - lyonnais. Dans le Limousin, à Bordeaux et en d'autres endroits du - midi de la France, on dit: _Se remuer_. _C'est demain qu'il se - remue_ (c'est demain qu'il déménage). En vieux français, _remuer_, - v. n., signifiait: Changer. - - REMUEUR, s. m. Déménageur. _Les remueurs sont payés quatre à cinq - francs par jour. Tous les Genevois connaissent le joli conte des - Remueurs, de Gaudy._ - - RENAILLER, v. n. Renarder, vomir après une orgie. - - RENARDS, s. m. pl. (fig.) Vomissements d'un homme ivre. _Faire les - renards_, vomir après une orgie. Dans le français populaire, on - dit en ce même sens: _Écorcher le renard_. - - RENASQUER, v. n. Regimber, refuser, récalcitrer, renâcler, faire - quelque chose en rechignant. _Tu as beau renasquer, mon pauvre - Alfred, il faudra bien que tu en passes par là._ Terme vieux - français, admis dans la 1re édition du dictionnaire de l'Académie - [1694], mais rejetée depuis. - - [+] RENCONTRE (UN). _Tu n'as payé ce bois de lit que trois francs; - c'est un bon rencontre. Dis-voir, Guillaume, tu me viendras ce - tantôt au rencontre._ Ce mot, qui est aujourd'hui du genre - féminin, était autrefois des deux genres. - - RENCONTRER (SE), v. pron. Être, se trouver, se rendre dans quelque - endroit. _M'étant rencontré là par hasard, je_ _prêtai main-forte - au gendarme. Tâche de te rencontrer sur la Treille à midi précis. - Il se rencontra tout à point un honnête paysan qui nous hébergea._ - Expression vaudoise et méridionale. - - RENDEMENT, s. m. _Rendement de compte._ Reddition de compte. [P. G.] - - RENETTE, s. f. Écrivez et prononcez: Rainette ou Reinette. Pomme - rainette ou pomme reinette. En vieux français, _raine_ signifie: - «Grenouille.» Or les pommes rainettes sont tachetées comme les - grenouilles. - - RENEVIER, IÈRE, adj. Terme des campagnards. Économe, ménager, qui - tient en réserve. _Comment donc! à Pâques il vous offrait encore - des raisins!--Oui, sans doute, parce qu'il est renevier, lui, et - qu'il conserve quand les autres prodiguent._ Dans le patois - vaudois, _Renevei_ veut dire: Prêteur sur gages, usurier, - accapareur. Chez nous ce terme ne se prend qu'en bonne part, mais - il est peu répandu. Dans le patois dauphinois, _renevie_ signifie: - Regrattier, revendeur. - - [+] RENFORCIR, v. a. Enforcir, renforcer, donner des forces. _Les - bains d'Arve ont renforci notre garçon._ Terme parisien populaire - et vieux français. - - RENFROGNÉ, ÉE, adj. _Visage renfrogné._ Dites: Refrogné. - - RENITENT, ENTE, adj. et subst. Mutin, récalcitrant. _Faire le - renitent. Punir les renitents. Gare aux renitents!_ Expression - remarquable, fort usitée à Genève, mais inconnue en France, - quoique recueillie par Boiste, etc. Dans le dialecte des environs - de Valenciennes, _renicter_ signifie: Trouver des difficultés où - il n'y en a pas. R. lat. _reniti_. - - RENONCE, s. f. Rassasiement, dégoût. _Boire à renonce. On menait une - vie de chanoine; on avait du vin à renonce_, c'est-à-dire: On en - avait à gogo et jusqu'à n'en plus vouloir. - - RENONCER, v. a. Se dégoûter de, prendre en dégoût. _Notre André est - un brave garçon qui ne renonce jamais le travail._ Expression des - campagnards. - - RENOTER, v. n. Redire sans cesse, répéter fastidieusement, rabâcher. - _C'est la dixième fois que tu me renotes la même chose. Ces deux - écoliers me renotent toujours que l'étude du grec les ennuie._ - - RENOUVELER, v. n. Se renouveler, en parlant de la lune. _La lune - renouvelle demain._ - - Quand la lune renouvelle en beau, - Trois jours après on a de l'eau. - - RENRHUMER, v. a. Enrhumer de nouveau. _J'ai quitté mon gilet de - flanelle, et me voilà renrhumé._ - - RENTER, v. a. _Renter des bas._ Dites: Remonter des bas. - - [+] RENTOURNER (SE), v. pron. S'en retourner. _Ne pleure plus, mon - vâlet, et rentourne-t'en chez vous.--Ma mama ne veut pas que je - m'en rentourne seul._ Barbarisme vaudois, lyonnais, etc. - - RENTRER, v. a. _Rentrer une couture._ Terme français populaire. - Dites: Rentraire une couture. - - [+] RENVENIR (S'EN), v. pron. S'en revenir. _Lequel de vous veut - s'en renvenir avec moi? Renviens-t'en, Michel._ Barbarisme - lyonnais, etc. - - RENVERSER, v. n. Verser, parlant d'une voiture. _Nous heurtâmes - contre le boute-roue, et le chariot renversa._ Terme français - populaire. - - REPAILLER, v. n. Rempailler, garnir d'une nouvelle paille. _Voilà - des chaises mal repaillées._ - - REPAILLEUSE, s. f. Rempailleuse. - - REPAS DU LOUP, s. m. Terme des campagnards. Repas donné le troisième - jour de la noce aux personnes avec lesquelles on est moins en - relation. - - REPATRIER, v. a. Rapatrier, réconcilier des personnes brouillées. - Terme méridional, etc. - - REPÊCHER (SE), v. pron. Se rattraper, retrouver son gain, prendre sa - revanche. - - ....... Je laisse le bouli, - Comptant _me repêcher_ bientôt sur le rôti. - - [CH.] - - [+] REPENTU, UE, part. _Elle s'est bien vite repentue d'avoir - menti._ Barbarisme qui appartient au français populaire. On doit - dire: Repenti, repentie. - - REPETASSER, v. a. Rapetasser, raccommoder grossièrement de vieilles - hardes. Terme méridional. - - REPICOLER ou RAPICOLER, v. a. Ravigoter, ranimer, rendre les forces, - remettre en vigueur, refaire. _Notre pauvre petite Linotte était - crevotante, un peu de vin l'a repicolée. Depuis que j'ai pris ce - bouillon bien chaud et bien succulent, je me sens repicolé._ Terme - suisse et savoisien. Dans le patois du Jura, et dans le dialecte - provençal, _revicouler_ et _reviscoula_ ont le même sens. - - REPIPER, v. a. Répliquer, répondre. _Quand je lui ai dit son fait, - il n'a rien repipé, il n'a pas repipé mot._ - - REPIT, s. m. _Avoir du repit; donner du repit._ Écrivez et prononcez - «Répit,» avec un accent sur l'_é_. - - REPLAT, s. m. Plateau, terrain plat sur une élévation. _Nous ferons - une halte au premier replat._ Terme suisse. Dans le dialecte du - Berry, _replat_ signifie: Terrain déprimé. - - REPLIQUER, v. a. _Garde-toi de repliquer. Si tu repliques, je te - punis._ Prononciation habituelle chez nous. Ce mot s'écrit avec un - accent sur l'_é_: «Répliquer.» Ne réplique pas. - - REPLUMER (SE), v. pron. Se remplumer. S'emploie surtout figurément - et signifie: 1º Revenir en santé; 2º Rétablir ses affaires, - regagner de l'argent. - - REPOCHONNER, v. n. Reprendre avec la cuiller à pot. _Repochonner la - soupe._ [G. G.] - - REPRIN, s. m. Recoupe, son de première qualité. Terme suisse, - savoisien et méridional. - - REPRISE, s. f. Terme d'horticulture. Joubarbe des jardins. - - REPROCHER, v. n. Donner des rapports, occasionner de ces vapeurs - acides et désagréables qui s'élèvent de l'estomac dans la bouche. - _Les choux et les radis lui reprochent._ Terme français populaire. - - REQUÊT, s. m. Terme des campagnards. Se dit d'un repas ou gala donné - à des femmes par une nouvelle mariée le lendemain de ses noces. - - REQUINQUILLER, v. a. Ranimer, ragaillardir. _Allons, allons, une - goutte de rikiki, ça requinquille._ Employé comme verbe - pronominal, _se requinquiller_ signifie: Se requinquer, se parer, - faire sa toilette. _Qu'y a-t-il de nouveau, Magdelon, que tu es si - requinquillée et si belle?_ Terme vaudois et méridional. - - RESILLER, v. n. (_ll_ mouillés.) Se dit du vin et signifie: Tourner, - devenir aigre. - - RÉSILLER, v. a. (_ll_ mouillés.) Orthographe vicieuse du mot - résilier. _Résiller un bail, résiller une vente._ Cette mauvaise - orthographe conduit à des fautes plus graves: Nous disons au - présent de l'indicatif: _Je résille_, au lieu de dire: Je résilie. - Nous disons au futur: _Je résillerai_, au lieu de dire: Je - résilierai. Nous disons au subjonctif: _Que je résille; permettez - que je résille ma location_, au lieu de dire: Que je résilie. - Permettez que je résilie ma location. - - [+] RÉSIPÈLE, s. f. Érésipèle. - - RESSAUTER, v. n. Signifie: 1º Tressaillir; 2º Rebondir; 3º - Rejaillir. _Ressauter de peur. Je dormais profondément lorsqu'un - cri d'à l'eau! me fit ressauter dans mon lit. Sa paume élastique - ressautait jusqu'à la hauteur du deuxième_ _étage. Prends garde, - Édouard, tu me fais ressauter de l'eau._ Terme français populaire. - - [+] RESSEMBLER QUELQU'UN. _L'aînée (des deux soeurs) ressemble son - père, et la cadette ressemble sa mère._ Cette expression - appartient au français populaire et au vieux français. On doit - dire: L'aînée ressemble à son père et la cadette à sa mère. - - RESSEMBLER, v. n. Ne dites pas: _Voilà un portrait qui ressemble_, - dites avec un régime indirect: Voilà un portrait qui ressemble à - Mr un tel, à Mme une telle; ou: Voilà un portrait qui est - ressemblant. - - RESTER, v. n. _Nos amis restent bien à venir._ Dites: Tardent bien à - venir. - - RESTER, v. n. Demeurer, loger. _Dans quelle rue restez-vous, - Monsieur Michaux?--Je reste actuellement à la rue de Toutes-Ames._ - Français populaire. - - RESTER, v. n. Employer, mettre. _Les maçons restèrent deux ans et - demi à élever ce bâtiment colossal._ Expression méridionale. - - RESTER DEVOIR. Devoir encore, redevoir. _Tu me restes devoir - vingt-cinq francs._ Expression méridionale. - - RESTOUPAGE, s. m. Action de _restouper_. Ces deux termes, fort - usités en Suisse, mais peu connus en France, ne se trouvent que - dans le dictionnaire de Bescherelle, qui leur donne un sens plus - restreint. Gattel, en citant le mot _restoupage_, dit qu'il est - usité en Flandre! Dans le dialecte rouchi, _restouper_ signifie: - Remplir un trou, combler un trou. Et le dictionnaire de l'Académie - [édition de 1694], dit: _Estouper_, boucher un trou avec de - l'_estoupe_ (ou étoupe). - - RESTOUPER, v. a. Terme de couturière. Raccommoder, reprendre, - rentraire, rejoindre les parties qui sont rompues. _Restouper des - bas. Gilet restoupé._ - - RESTOUPEUSE, s. f. Couturière qui _restoupe_. - - RESTOUPURE, s. f. Reprise qu'on fait à une étoffe, à un tissu, à de - la dentelle, etc. - - RETACONNER, v. a. Rapiécer, rapiéceter, raccommoder grossièrement. - _Un habit tout retaconné; retaconner des bottes; retaconner un - manteau._ Terme suisse et savoisien. Dans le dialecte picard, et - en vieux français, _rataconer_ a le même sens. Ces deux termes - viennent de l'ancien mot _tacon_, lequel signifie: Pièce, morceau, - et spécialement morceau de cuir. A Genève, la place nommée - aujourd'hui _Taconnerie_ était autrefois un marché aux cuirs. - - RETAMER ou RÉTAMER, v. a. Remettre l'étamure. _Retamer une - casserole; rétamer un pochon._ Terme français populaire. - - RETARDER (SE), v. pron. Être retardé. _Notre petite Amélie - commençait à marcher, mais le froid est survenu, et elle s'est - retardée. Quand le dîner se retarde, nos Messieurs me font devenir - folle. La garde était arrêtée pour le 1er de septembre, mais notre - maîtresse s'est beaucoup retardée._ - - RÉTENDRE, v. a. _Vous m'apportez là du linge qui est à peine sec: - allez le rétendre._ _Rétendre_, écrit avec un _é_, est un - barbarisme. Pour être correct, on doit écrire et prononcer - «Retendre.» - - RETENIR, v. a. Réparer un objet qui est peu gâté, peu endommagé. - _Retenir un habit; retenir des bas. Après la lessive, la maîtresse - fait retenir tout le linge. Une journée suffira aux couvreurs pour - retenir tous les toits du bâtiment._ - - RETORDU, UE, subst. Mot populaire du bassin de Genève et d'ailleurs, - qui s'emploie pour: Retors, matois, renard. Exemple: _Méfiez-vous - de cet homme, de cette femme, parce que c'est un retordu, une - retordue_. - - RETOUR, s. m. Ce que nous appelons _voiture de retour_, s'appelle - en France: Voiture de renvoi. _Nos voyageurs trouvèrent à point - nommé une voiture de retour pour se rendre à Berne._ Terme - méridional. - - RETOURNER, v. a. Terme mercantile. Renvoyer. _Retourner une - marchandise. Le colis était avarié, et on le retourna à - l'expéditeur._ Terme français populaire. - - RETRANCHER À. Retrancher de. _Retrancher un couplet à une chanson. - Retranche un paragraphe à ton discours._ Dites: Retranche un - paragraphe de ton discours, etc. - - [+] REVANCHE (UN). _Prendre son revanche._ «Revanche» est français, - mais ce mot est féminin. - - REVANGE, s. f. Revanche. _Prendre sa revange. Avoir sa revange. - Demander sa revange._ Terme français populaire. - - REVANGER, v. a. Revancher, prendre la défense d'une personne - attaquée. _Sois tranquille, je saurai bien te revanger._ Terme - français populaire et vieux français. - - RÈVE ou RAIVE, adj. Terme des campagnards. Se dit du bois qui - commence à pourrir sur l'arbre et qui se casse très-facilement. - _Ne grimpe pas jusqu'à cette branche: elle est raive._ - - RÉVEILLON, s. m. Lendemain d'une fête. «Réveillon» est un mot - français, mais il a un autre sens. - - REVENDRE QUELQU'UN. (fig.) Lui en revendre, le surpasser, être plus - fin que lui. - - REVENETTE, s. f. Terme d'écolier. Ricochet, bricole. _Dis donc, - Louis, la revenette n'en est pas.--Si fait bien, la revenette en - est._ - - REVENEZ-Y, s. m. _C'est du revenez-y._ Expression familière que l'on - emploie en parlant d'un aliment quelconque qui plaît au goût, et - auquel on aime à _revenir_. _Ces confitures ont un goût de - revenez-y. Votre vin n'est pas du revenez-y_, c'est-à-dire: Votre - vin ne rappelle pas son buveur. Ce terme n'est pas inconnu en - France, puisqu'il figure dans le _Dictionnaire du Bas langage_, t. - II, p. 309. - - REVENEZ-Y, s. m. Ce substantif composé, qui ne se trouve pas dans - les dictionnaires français, s'emploie à Genève et ailleurs dans le - sens de récidive. Exemple: _Il m'a joué un tour, mais je l'attends - au revenez-y_. - - REVENGE. Voyez REVANGE. - - REVENIR, v. n. Redevenir. _Cette étoffe revient à la mode. Quelle - bonne figure tu as, Joubert! En vérité, tu reviens jeune._ - Français populaire. - - REVENIR QUELQU'UN. Lui faire reprendre ses esprits. _Elle tomba en - défaillance, et il fallut la revenir avec du vinaigre._ Terme - dauphinois, etc. - - REVENIR (EN). Abandonner l'opinion dont on était, pour se ranger à - l'avis d'un autre. _Ludovico est un opiniâtre achevé, et quand il - a décidé une chose, il n'en revient pas._ Dites: Il NE revient - pas. [ACAD.] «Que la Cour ait raison ou qu'elle ait tort, elle NE - revient pas.» [MARMONTEL, _Bélisaire_, ch. VI.] - - REVENUE, s. f. Retour. _L'allée et la revenue._ Terme vieux - français, qu'on trouve déjà dans le _Roman de la Rose_. - - RÊVER APRÈS. _Deux nuits de suite, Monsieur Isaac, j'ai rêvé après - vous._ Dites: J'ai rêvé de vous, ou (ce qui est moins correct sans - être fautif): J'ai rêvé à vous. - - REVERBÈRE, s. m. Écrivez et prononcez «Réverbère.» - - REVERCHON, s. m. Envie, petits filets qui se détachent de la peau - autour des ongles. [G. G.] - - REVERCHON, s. m. La partie du drap de lit qu'on retrousse près de la - tête, par-dessus la couverture. Se dit surtout quand on parle des - couchettes d'enfant. - - REVERS, s. m. _Le revers d'une étoffe; le revers du drap_, etc. - Dites: L'envers, c'est-à-dire: Le côté d'une étoffe, le côté du - drap qui ne doit pas être exposé à la vue. - - REVIRE, s. m. Ce mot de _revire_ se joint à _main_ et à _pied_, pour - exprimer une mesure naturelle prise de la largeur de l'une et de - l'autre. Ainsi _revire-main_ signifie: Largeur de la main; - _revire-pied_ signifie: Largeur du pied. _Depuis cette boule - jusqu'au but, il y a un pied et un revire-pied._ - - REVIRÉE, s. f. Ruban que les garçons de la campagne mettent à leur - habit quand ils sont de noce. [P. G.] - - REVIRÉE, s. f. Mornifle, soufflet, volée de coups. _Donner une - revirée._ Terme vaudois. _S'en donner deux tours et la revirée_, - signifie: À outrance, le plus possible. On dit de deux personnes - qui se sont violemment battues, qu'_elles s'en sont donné deux - tours et la revirée_. _Jacques, as-tu bien dansé hier?--Ah! je - t'en réponds; on s'en est donné deux tours et la revirée._ - - REVIRE-MARION, s. m. Mornifle, soufflet violent qui fait _virer_ sur - elle-même la personne qui le reçoit. _Il voulut se mêler de la - dispute, et il y attrapa pour sa part un revire-marion soigné._ - Terme vaudois. - - RÉVISER, v. a. _Réviser une loi; réviser la Constitution_, etc. - Écrivez et prononcez «Reviser;» mais écrivez et prononcez - «RÉvision.» - - REVOLIN, s. m. Quinte, caprice, changement subit de volonté, de - projet ou d'humeur. _Il lui a pris un revolin, et il a congédié - les trois domestiques et le cocher._ Terme vaudois. Au sens - propre, _revolin_ signifie: Coup de vent subit. Nos campagnards - disent: _Revolet_. _On ne sait quel revolet lui a pris._ R. - _volo_. - - REVOIR (À), loc. adv. Au revoir. _À revoir, Messieurs, à revoir, - Mesdames._ Terme français populaire. - - REVOYANCE, s. f. Terme très-familier, et qui n'est guère usité que - dans cette expression: _À la revoyance_, c'est-à-dire: Au revoir. - _Adieu, Jeannot; adieu, Rambosson; adieu, jusqu'à la prochaine - revoyance._ Les Champenois disent: _À la revoyure_. [_Vocabulaire - du Bas langage rémois_, par Mr E. SAUBINET.] - - REZASSER, v. a. _Que viens-tu nous rabâcher et nous rezasser?_ - Écrivez «Ressasser,» et prononcez la première syllabe comme celle - du mot _ressortir_. R. _sas_. - - RHABITUER (SE), v. pron. S'habituer de nouveau. Mot utile, que les - dictionnaires modernes n'ont pas relevé, mais qui est sans doute - fort connu. - - [+] RHUMATISME MÂLE. _Douleur de rhumatisme mâle._ Dites: Douleur - rhumatismale. - - [+] RHUMATISSE, s. m. Rhumatisme. _La Drouillon a un rhumatisse au - coeur._ Par une faute analogue, on dit, à Reims: _Un catéchisse_, - pour: Un catéchisme. - - RIBAMBÉE, s. f. Grande troupe, ribambelle. _Une ribambée de monde. - Oh! quelle ribambée!_ - - RIBANDELLE, s. f. Ribambelle. - - RICHE, adj. (fig.) Se dit du temps, c'est-à-dire, de la disposition - de l'air. _Un riche temps_ est celui qui hâte et favorise la - végétation, celui qui est propre à combler les voeux du laboureur - et à l'_enrichir_. _Si après ces huit jours nous avions une pluie - de quarante-huit heures, ce serait un riche temps._ Cette - signification particulière de l'adjectif «riche» n'est pas dans - les dictionnaires. - - RIC-RAC, adv. _Payer ric-rac_, c'est: Payer avec une exactitude - rigoureuse, payer jusqu'au dernier sou. _Mr N** ne fait jamais de - dettes: il paie tout ric-rac._ Terme français populaire. Nous - disons dans le même sens: _Ric-et-rac_. Le terme français est: - Ric-à-ric. Nous le ferons payer ric-à-ric. [ACAD.] - - RIDICULE, adj. Ce mot appliqué aux personnes signifie: Sévère, - difficile, dur à la desserre. _Un maître d'école ridicule._ Un - propriétaire _ridicule_ est celui qui se refuse aux réparations - les plus urgentes. Nos campagnards disent: _Rédicul_. On le dit - aussi en Savoie, dans le Jura, en Champagne et sans doute - ailleurs. _Refuser à un locataire de lui ôter la fumée, de lui - cimenter les vitres, ou de mettre des seuils aux portes, c'est - être ridicule._ Cette expression est connue en Savoie et dans - plusieurs provinces de France. Appliqué aux choses, _ridicule_ - signifie: Difficultueux, scabreux, pénible, peu satisfaisant. - _Chemin ridicule; sentier ridicule; saison ridicule._ Mais ce sens - est moins usité à Genève que chez nos voisins de Savoie et du - Jura. - - RIEN, adv. Point, pas, pas beaucoup, nullement. _Vous m'apportez là - un poulet qui n'est rien gros. Ton frère n'est rien complaisant. - Vous n'avez rien d'appétit, cousin?_ Et avec l'interrogation: - _N'est-ce rien toi qui a pris mon parapluie?_ «La session du Grand - Conseil est prorogée au 5 janvier: ne serait-ce _rien_ que les - deux projets de loi à présenter ne peuvent soutenir l'examen?» - [_L'Ami du Pays_, numéro du 9 décembre 1847.] Terme français - populaire et vieux français. - - RIEN, adv. La construction des phrases suivantes n'est pas correcte: - _Je ne veux rien qu'on me dise. Je ne veux rien qu'on achète sans - ma permission_, etc. Dites: Je veux qu'on ne me dise rien; je veux - qu'on n'achète rien sans ma permission. - - RIEN DU TOUT, s. m. Homme méprisable, homme de rien. _Lui! lui! - c'est un rien du tout, c'est de la drâchée._ - - RIFFLE RAFFLE, s. f. _Ils ont tout volé, il n'est resté ni riffle ni - raffle._ - - RIFFLER, v. a. Effleurer, raser, toucher à peine, passer près. _La - pierre lui riffla le front; la balle lui avait rifflé la jambe._ - Terme suisse, savoisien, rouchi, etc. En vieux français, _riffler_ - a le sens d'égratigner, écorcher. A Reims, _ériflure_ signifie: - Légère écorchure, et _s'érifler_, s'écorcher légèrement. - - RIFFLETTE (À LA), loc. adv. En effleurant, en rasant. _Lancer sur - l'eau des pierres à la rifflette._ - - RINCÉE, s. f. Averse, pluie subite et forte. _Recevoir une rincée. - En montant le Pas de l'Échelle, nous eûmes une bonne rincée._ - - RINCÉE, s. f. Réprimande sévère. _Recevoir une rincée_, être fort - grondé. Ce sens du mot _rincée_ n'est pas dans les dictionnaires. - - RINCER DU LINGE. Aiguayer du linge. _À ce moment-là, trois femmes - rinçaient du linge au bateau._ Expression fort répandue en France, - mais blâmée des grammairiens, qui veulent que rincer ne se dise - que des verres, tasses, cruches et vases semblables, et de la - bouche. - - RINGOLET, ETTE, adj. Propret, avenant, bien vêtu. Se dit surtout des - personnes qui n'ont pas l'habitude de soigner leur mise. _Vous - voilà bien ringolet aujourd'hui, Monsieur Maillard._ Terme suisse. - - RINGUER, v. a. Battre, rosser. _Se ringuer_, v. réc. Se battre. Dans - le canton de Vaud, _ringuer_, et en allemand, _ringen_, - signifient: Lutter. - - RIOLE ou RIOLLE, s. f. Liseron des champs, plante. - - RIÔLE, s. f. Rabâchage, grognerie. _C'est toujours la même riôle, - toujours la même chanson._ - - RIÔLER, RIOULER ou RIULER, v. n. Gronder, rabâcher, _ron-ner_, - pleurnicher. _Pendant tout le goûter les enfants et le chien - rioulaient à qui mieux mieux._ Terme connu surtout des - campagnards. - - RIOUTE ou RIOTTE, s. f. Débauche de vin. _Faire la rioute._ Terme - vaudois et fribourgeois. - - RIOÛTE ou RIÛTE, s. f. Branche flexible et tordue dont on lie les - gerbes et les fagots. Terme suisse-roman et savoisien. On dit - proverbialement: _Il faut mailler la rioûte pendant_ _qu'elle est - verte_, pour dire: Il faut corriger un enfant pendant qu'il est - jeune. Selon plusieurs dictionnaires, le mot français est: - Rouette. A Limoges et en Languedoc: _Reorte_; dans le Jura et en - vieux français, _riorte_. R. _retortus_. - - RIPES (LES). Dénomination attachée à certaines localités désertes, - sauvages. _Les ripes de Dardagny._ Aux environs de Lons-le-Saunier - (département du Jura), _les ripes de Saint-Laurent, les ripes - d'Artenas_, etc. - - RIQUIQUI, s. m. Eau-de-vie, liqueur spiritueuse. _Boire le - riquiqui._ Terme bas-limousin, dauphinois, etc. En provençal on - dit: _Requiqui_. Dans le dialecte rouchi on appelle _riquiqui_, ce - que nous appelons: _Gloria_. - - RISETTE, s. f. La racine du riz. _Balai de risette; brosse de - risette._ - - RISOLE ou REZOLE, s. f. Rissole, pâtisserie. - - RISOLET, ETTE, adj. et subst. Celui ou celle qui rit aisément et - pour des motifs frivoles. _Allons, petite risolette, c'est assez - se moquer. Votre fils aîné serait le meilleur écolier de ma - classe, s'il n'était pas un peu risolet._ Terme suisse et - savoisien. En Languedoc: _Rizoulié_. - - [+] RIZU, partic. Ri. _No-zein preu rizu_ (nous avons assez ri). - Barbarisme usité chez les paysans de notre canton et du canton de - Vaud. - - RITE ou RITTE, s. f. Filasse, filaments que l'on tire de l'écorce du - chanvre ou de celle du lin. _Quenouille de rite. Toile de rite. - Filer la rite._ Terme suisse, savoisien, jurassien et dauphinois. - - RIVER LES CLOUS À QUELQU'UN. Lui répondre adroitement et vivement, - lui parler ferme et de manière qu'il n'ait rien à répliquer. En - français on dit, avec le singulier: «River le clou à quelqu'un.» - - ROBER ou ROBÀ, v. a. Terme des campagnards. Dérober, voler, - filouter. _On m'a robà mon bouey s'ta ney_ (on m'a volé mon bois - cette nuit). Terme qu'on retrouve dans le vieux français et dans - le patois vaudois. - - ROCANDER ou ROGANDER, v. a. Demander avec indiscrétion, en revenant - sans cesse à la charge. _Votre dame Pérollet rocande soi-disant - pour une famille pauvre, mais on sait bien que c'est pour elle. - Va-t'en petit fainéant, et travaille au lieu de rocander._ Terme - suisse. Dans le canton de Vaud on dit aussi: _Roukan-ner_. - - ROCANDEUR, EUSE, subst. Celui ou celle qui _rocande_. _Les jours de - marché nos maisons sont envahies par des rocandeuses venues des - villages voisins. La demoiselle N** est en effet pauvre, mais - c'est une rocandeuse._ Dans le canton de Vaud on dit: _Roukan, - roukan-ne_. - - RÔDAILLER et RÔDASSER, v. n. Augmentatif de «rôder.» _Veille-toi cet - homme en blouse, qui ne fait que rôdasser par les Pâquis depuis - dix jours._ Terme remarquable. Dans le patois rouchi on dit: - _Rôdailler_. - - RÔDER (SE). _Tu es là à te rôder, à te trancanner sans but d'un quai - à un autre._ Rôder est un verbe neutre. On doit donc dire: Je - rôde, et non: _Je me rôde_, comme nous le disons fréquemment. - - RÔDINER, v. n. Rôder. - - ROGÂTION, s. m. Rogaton, vieux reste de pain, de viande ou d'autres - aliments. _Ce mendiant portait une besace pleine de rogâtions._ - Terme vaudois et savoisien. - - ROGNE, s. f. Querelle, mauvaise chicane. _Chercher rogne à - quelqu'un_, signifie: Lui chercher noise. Terme suisse. En - Languedoc: _Chercher rougne_. - - ROGNE, s. f. Nous disons figurément et proverbialement: _Gratter la - rogne à quelqu'un_, dans le sens de: Le flatter, l'aduler - bassement, lui faire une cour servile et intéressée. _Ne me parle - pas de ce Jean Renard: c'est un personnage qui veut absolument - parvenir, et qui gratte la rogne_ _aux hommes de tous les - partis._ Cette locution est fort triviale, voire même dégoûtante, - mais énergique et fort connue. - - ROGNEUX, EUSE, adj. (fig.) Crasseux, crapuleux. Se dit d'une - personne qui a l'air minable, et dont les habitudes ne relèvent - pas l'extérieur. On le dit aussi des choses. _Une créance - rogneuse_, une créance mauvaise ou fort douteuse. Terme bordelais. - Selon le dictionnaire de BESCHERELLE, _rogneux_ signifie: Chétif, - mesquin. - - ROME, s. f. L'oeillet d'Inde. En latin, _tagetes_. - - RONCEMELER ou RONCHEMELER, v. n. Respirer avec oppression et bruit, - râler. _Pendant deux jours nous l'entendîmes roncemeler._ - Expression très-usitée. Dans le canton de Vaud on dit: - _Ranquemeler_. R. _ranco_. Voyez ce mot. - - ROND, s. m. Ronde, danse en rond, branle circulaire. _Danser un - rond._ Terme vaudois. - - ROND, s. m. Terme enfantin. Jeton rond. _On payera avec des ronds._ - - RONDION, s. m. Able ou ablette; poisson du genre cyprin. - - RONDION, IONE, adj. et subst. Se dit des personnes et signifie: - Rondelet, qui est tout rond de graisse. Expression badine ou - railleuse. - - RONDO, adv. Rondement, facilement, sans nul obstacle, à souhait. - _Notre affaire marche rondo._ Terme vaudois. - - RONFLE, s. f. Sabot, toupie d'Allemagne, sorte de toupie creuse que - l'on fait tourner avec une ficelle ajustée dans une clef et qui - _ronfle_ en tournant. _Faire zon-ner une ronfle._ En provençal: - _Rounfloun_. - - RONGEMENT, s. m. (fig.) Regret, tourment, remords. _Un rongement - d'esprit. Ce souvenir fatal était pour lui un rongement - perpétuel._ Terme vaudois. - - RONGILLER, v. a. Ronger à demi, ronger légèrement et à plusieurs - reprises. _Rongiller une pomme; rongiller des fruits mal mûrs._ - - RONGILLON, s. m. Reste de fruit rongé. _Tu m'as promis une poire, et - tu me donnes un rongillon! Garde tes rongillons._ Terme vaudois. - - RON-NACHER, v. n. et a. Grogner, murmurer, ron-ner. - - RON-NÉE, s. f. Action de grogner, de gronder, de _ron-ner_. _Faire - une ron-née; faire des ron-nées._ - - RON-NER, v. n. et act. Se dit: 1º Du grognement de certains animaux - et en particulier du chien et du porc. _N'approchez pas de Sultan, - il vous ron-nera._ 2º Appliqué aux personnes, _ron-ner_ signifie: - Gronder toujours et sans raison, murmurer, grommeler, rognonner. - _Bonjour, Pernette: que fait votre monsieur?--Oh là, Monsieur, - notre monsieur ron-ne; il est en train de ron-ner, et je crains - bien qu'il ne ron-ne toute la sainte journée._ Terme vaudois et - neuchâtelois. - - RON-NEUR, s. m. Celui qui gronde souvent et sans raison, celui qui a - l'habitude de _ron-ner_. Dans le patois de Fribourg, _ron-neri_ - signifie: Grondeur, grogneur, et se dit surtout des enfants. - - ROQUETAILLE, s. f. Race de roquets. Terme de mépris créé dans le - dix-septième siècle, et passé d'usage dans le dix-huitième. _Ce - ramassis d'étrangers n'était que de la roquetaille_, c'est-à-dire: - N'était qu'une race de roquets, d'hommes faibles, débiles, sans - moyens intellectuels, et, avec tout cela, insolents. Les deux vers - suivants sont tirés d'une chanson patoise, fort injurieuse, - composée à la fin du dix-septième siècle, quelques années après - l'arrivée à Genève des réfugiés français: - - Il étion des citoyens véritables; - Mais orendrait y est to _roquetaille_. - - c'est-à-dire: «La nation genevoise se composait jadis de vrais - citoyens; mais aujourd'hui elle n'est plus qu'une race de - roquets.» Tous ceux qui connaissent l'histoire de cette époque, - savent qu'alors nos chefs d'ateliers, nos négociants, nos ouvriers - furent très-jaloux de ces réfugiés français, qui, actifs et - industrieux pour la plupart, leur faisaient une concurrence - redoutable. - - ROSE-MOUSSE. Rose mousseuse. - - ROSSÉE, s. f. Étrivières, volée de coups. _Donner une rossée; - recevoir une rossée._ Terme dauphinois, etc. - - ROSSIGNOL, s. m. Marchandise qui n'est plus de vente, marchandise de - rebut. _Dis voir, on prétend que N*** va vendre en liquidation son - magasin.--Son magasin! dis plutôt ses rossignols, car il n'a rien - autre._ - - ROTE, s. f. Rue, plante médicinale. Terme vaudois. - - ROTER, v. n. Terme d'agriculture. Suer. _Ce foin n'a pas encore - roté. Il faut laisser roter le blé avant de le battre. Voisine, - avez-vous fait votre provision de châtaignes?--Non, j'attends - qu'elles aient roté._ - - ROTER, v. n. Terme de cuisine. Signifie: Crever, v. n. _Faire roter - du riz_, c'est: Le faire crever dans l'eau. - - ROUCHE, s. m. Enrouement. _Vous êtes bien enrhumé, Philibert.--C'est - mieux qu'un rhume, Monsieur, c'est un rouche, un mauvais rouche._ - Terme suisse et savoisien. R. _raucus_. - - ROUET, s. m. En parlant d'un chat qui file, nous disons qu'il _fait - le rouet_, qu'il _fait son rouet_; expressions justes, puisque en - effet le chat, lorsqu'il est content, et qu'il se dorlote à son - aise, produit un certain râlement, un certain bruit continu de la - gorge au nez, assez semblable au bruit du _rouet_ quand on file. - - ROUGEMAND, ANDE, adj. Rougeaud. _Une figure rougemande._ [G. G.] - - ROUGEOTTE, s. f. _Cette petite rougeotte lui avait donné dans - l'oeil._ Dites: Rougeaude. Petite rougeaude. - - ROUGE-POULET, s. m. Nous disons proverbialement d'une chose - ennuyeuse qu'on nous rabâche, et dont on nous bat fastidieusement - les oreilles: _C'est la chanson du rouge-poulet. Finis donc, - Alexis, avec ta chanson de rouge-poulet: c'est assez quinquerné et - triôlé._ _Le rouge-poulet_, c'est le coq, dont le chant ne se - modifie jamais. - - ROUILLE (LE). _Ôter le rouille; enlever le rouille._ Ce solécisme - appartient au français populaire et au vieux français. «Rouille» - est féminin. - - ROULER QUELQU'UN. Le leurrer, le mystifier, l'attraper, le duper, le - mettre dedans. Terme français populaire. - - ROUPE, s. f. Houppelande, carrick, sorte de vêtement large, qui se - met par-dessus l'habit. _Roupe à trois cols._ Terme savoisien. - Dans le vieux français, _roupille_ signifie: Petit manteau. [Voyez - ROQUEFORT, _Glossaire de la langue romane_.] - - ROUSSES, s. f. pl. Rousseurs, taches de rousseur, lentilles. _Les - pleurs de la vigne ôtent les rousses._ Terme suisse. - - ROUSSELETTE, adj. fém. Le fruit que nous appelons _poire - rousselette_, s'appelle en français: Poire de rousselet, ou: - Rousselet. Un gros rousselet; un petit rousselet; une livre de - poires de rousselet. - - RUBAN DE QUEUE, s. m. (fig.) Longue route en ligne droite et qui - s'étend aussi loin que la vue peut porter. - - RUBLONS, s. m. pl. Terme de fripier. Riblons, vieux fer, petits - morceaux de fer à refondre, hors de service. _Une livre de rublons - se vendait autrefois six quarts._ - - RUBRIQUEUR, s. m. Rubricaire, homme qui sait bien les rubriques du - bréviaire. - - RUCLON, s. m. Raclon, fumier des rues, boue, immondices ramassées - dans les rues ou sur les routes pour servir d'engrais. _Un chariot - de ruclon._ - - RUCLONNER, v. a. Étendre du _ruclon_. _Ruclonner un pré._ - - RUCLONNER, v. neutre. Se dit des chiens, et signifie: Fouiller les - _ruclons_ pour y trouver des restes de viande et d'os en - putréfaction. _Mettez à Azor sa muselière, pour qu'il ne s'arrête - pas à ruclonner._ - - RUDE, adj. Grand, considérable, fameux. _Nous avons eu hier une rude - peur._ Français populaire. - - RUDE, adv. Rudement, beaucoup, considérable, très, fort. _Il faudra - rude de gravier pour graveler cette promenade. On a bien mangé et - on a bu rude. Et ton bourgeois, Jean-Pierre, qu'en fais-tu?--Mon - bourgeois? Ce que je peux en dire, c'est que c'est un rude bon - maître._ - - RUE (EN). Dans la rue. _On se rencontra en rue et l'on se causa. - Fais vite tes commissions, Georgine, et ne t'arrête pas en rue._ - Expression gasconne. On trouve cependant la phrase suivante dans - le dictionnaire de l'Académie (t. II, p. 684): L'événement se - passa en pleine rue. - - RUETTE, s. f. Ruelle, petite rue. _La ruette de Saint-Germain._ - Terme français populaire et vieux français. - - RUPER (SE), v. pron. Se dit des gens galeux ou pouilleux, et - signifie: Se gratter avec violence, avec rage. _Se ruper_ se dit - aussi des chiens, mais sans qu'il s'y attache aucune idée - dégoûtante. - - RUSSIN, s. m. _Voyez_ HUILE DE RUSSIN. - - -S - - SABOULÉE, s. f. Signifie: 1º Volée de coups, rossée; 2º Forte - gronderie. _Donner une saboulée; recevoir une saboulée._ Terme - français populaire. On dit à Valenciennes: _Une saboule_. Mais - aucun de ces mots ne figure dans les dictionnaires. - - SAC DE MISÈRE, s. m. Sac où nos dames serrent toutes sortes de - chiffons qui peuvent être utilement employés à des raccommodages. - - SAC D'OUVRAGE, s. m. Sac à ouvrage. - - SACHE (UNE). Sorte de grand sac qui a la forme d'un carré long. _Une - sache de riz; une sache de charbon; une sache de fenasse._ Terme - savoisien et méridional. Dans le français populaire, _sache_ - signifie: Sachée, c'est-à-dire: Ce que peut contenir un sac. - - SÂCRE, s. m. Nous disons d'un homme qui travaille outre mesure: _Il - travaille comme un sâcre_. Expression suisse. En français on dit: - Il travaille comme un galérien. Nous disons aussi: _Crier comme un - sâcre, courir comme un sâcre, jurer comme un sâcre_; c'est-à-dire: - Crier, courir, jurer comme un perdu. Sur l'origine de cette - expression les conjectures ne manquent pas; mais elles ne - présentent rien de satisfaisant. - - [+] SACRÉFIER, v. a. Sacrifier. _On se sacréfie pour ses enfants, - n'est-il pas vrai, Marion? et ils ne font rien pour nous._ - - SACREMENTATIONS, s. f. pl. _Faire des sacrementations_, signifie: - Faire des jurements, faire des imprécations, blasphémer. Ce mot - vient de l'allemand et il aurait dû y rester. - - SACRÉPAN, s. m. Sacripan. - - SAGATERIE, s. f. Boucherie pour la basse viande. Terme vaudois. En - Provence et en Languedoc, _sagata_ signifie: Tuer des animaux pour - s'en nourrir. - - SAGATIER, s. m. Boucher pour la basse viande. En provençal on dit: - _Sagataire_. - - [+] SAIGNE (UNE). Une saignée. _Une forte saigne. Le cérugien - voulait m'adménistrer une seconde saigne: mais brenique._ Terme - savoisien. Dans le patois vaudois on dit: _Un sagne_. - - SAIGNE-NEZ, s. m. Plante appelée en français: Mille-feuilles. - - [+] SAINK-ET-SAUF, adj. masc. Prononciation vicieuse de l'adjectif - «Sain et sauf.» Le son du _k_ est ajouté pour l'euphonie. - - SAINT-FRISQUIN, s. m. Saint-frusquin, ce qu'un homme a d'argent et - de nippes. _Un tel a mangé tout son saint-frisquin._ Terme vieux - français. En Languedoc on dit: _San-fresquin_; en limousin, - _saint-flusquin_. - - SAINT-LAMBIN, s. m. Nonchalant, paresseux, traînard. _Qui est-ce qui - m'a bâti ce saint-lambin? Arriveras-tu, saint-lambin? Quel - saint-lambin!_ - - SAISON, s. f. _Saison tardive n'est pas oisive_, est un des jolis - proverbes de nos campagnards. Ce proverbe signifie que: Les - printemps tardifs sont les meilleurs dans un climat où les retours - du froid sont si habituels et si funestes. - - SALADE À. Salade de. _Une salade aux racines jaunes; salade à la - chicorée; salade aux pommes de terre._ Dites: Une salade de - chicorée, une salade de pommes de terre, etc. - - SALADE, s. f. (fig.) Réprimande, mercuriale. _Donner une salade. Il - a reçu une salade conditionnée._ Terme parisien populaire. - - SÂLE, adj. Malpropre. _Du linge sâle; des doigts sâles. Tu es un - négligent, tu es un sâle._ Prononciation vicieuse très-répandue - dans la Suisse française. Écrivez et prononcez «sale» (_a_ bref), - comme vous prononcez _scandale_. - - SALÉE, s. f. Sorte de galette aux oeufs. - - SALICHON, s. m. Petit salaud, petit saligaud. En français on dit - d'une jeune fille malpropre: C'est une salisson. - - SALIÈRES, s. f. pl. (fig.) Dénomination dérisoire donnée à nos - milices du centre, par allusion à la forme de leurs gibernes. - _Être dans les salières._ - - SALIGNON, s. m. Briquette, motte de tan, motte à brûler. _Les - salignons servent surtout à entretenir le feu._ Terme vaudois. - - SALIGOT, OTTE, adj. et subst. (_o_ bref.) _Voyez cette saligotte, - dans quel état elle se met!_ Écrivez et prononcez «Saligaud, - saligaude.» - - SALIGOTAGE, s. m. Action de _saligoter_. _Quel saligotage fais-tu - là?_ Terme français populaire. - - SALIGOTER, v. a. Salir, tacher. _Une robe saligotée. Mes petits - amis, ne gadrouillez plus, vous vous saligotez._ - - SALONGLÉE, s. f. Volée de coups, rossée, raclée. - - SALONGLER, v. a. Rosser, rouer de coups. - - SALOPIAUD, AUDE, subst. Petit salaud, petite salaude. On dit en - Champagne: _Salopier_. - - SALVAGNIN, s. m. Nous appelons _salvagnin_, ou _vin salvagnin_, une - sorte de vin rouge du pays. Plusieurs personnes écrivent et - prononcent _sarvagnin_ et _servagnin_. Terme vaudois. En France: - _Sauvignon_, _sauvignain_ et _servignain_. - - SANDARAQUE (LE). Ce mot est féminin. - - SANG, s. m. Signe, tache brune sur la peau. _Avoir des sangs._ En - limousin: _Sen_. - - SANG, s. m. Nous prononçons encore _sanke_, comme on le prononçait - au treizième siècle et au quatorzième. _Des larmes de sanke._ On - doit prononcer san devant une consonne, et _sank_ devant une - voyelle. - - SANG, s. m. Nous disons de quelqu'un qui s'inquiète, se tourmente, - s'agite sans motif suffisant: _Il se fait du mauvais sang._ Les - dictionnaires disent, en supprimant le pronom personnel: «Il fait - du mauvais sang,» ou: «Il fait de mauvais sang.» - - [+] SANGEMENT, s. m. Changement. - - [+] SANGER, v. a. Changer. _Tu es bien trempe, Mariette, faut - t'aller sanger: oui, sange-toi._ Expression signalée dans le - _Glossaire du Berry_, p. 98. - - SANGSUER, v. a. Importuner, fatiguer, obséder, vexer. _Mais, John, - cesseras-tu enfin de nous sangsuer? Ce n'est pas en nous sangsuant - que tu obtiendras quelque chose._ Dans le français populaire on - dit: _Sangsurer_, ou: _Sansurer_. - - [+] SANGSUIE, s. f. Sangsue. _La femme des sangsuies. Mettre des - sangsuies._ - - [+] SANGUINAIRE, adj. _Tempérament sanguinaire._ Dites: Sanguin. - - SANGUINE, adj. Nous appelons _pêche sanguine_, une sorte de pêche - violette. - - SANS ACOUP ou À COUP, locut. adv. _Les ouvriers monteurs de boîtes - ont augmenté le prix de la main-d'oeuvre sans acoup_, - c'est-à-dire: Sans secousse ou heurt, sans causer de contre-coup - qui ait arrêté les affaires. - - SANS POINT DE, locut. prépositive. _Il voyageait sans point - d'argent._ Dites: Sans argent. _Il se tira de cette horrible - échauffourée sans point de mal. Il marchait au supplice sans point - de peur._ Français populaire et vieux français. - - SARCENETTE, s. f. Lustrine, sorte d'étoffe. - - [+] SARCHER, v. a. Chercher. _Va-t'en voir me sarcher mon bonnet, - sur le darnier tablat en n'haut du placard._ Terme vieux français. - [Voyez ROQUEFORT, _Glossaire_, t. II.] - - SARCLORET, s. m. Voyez SERCLORET. - - SARPE, s. f. Terme des campagnards. Sorte de hache, qui sert surtout - à tailler les arbres et à faire des fagots. Terme fort usité, - qu'on trouve déjà dans le vieux français, et duquel s'est formé le - mot de Serpe. - - [+] SARPENT (UNE). Un serpent. Dans le patois de l'Isère: _Sarpin_. - - SARVAGNIN, s. m. Voyez SALVAGNIN. - - SAÜ ou SAÏU, s. m. Terme des campagnards. Sureau, sorte - d'arbrisseau. _Du bois de saü; moëlle de saü._ En Savoie: _Savu_; - dans le canton de Vaud, _sau_, _sahu_ ou _suau_; en rouchi, - _séu_; en Franche-Comté, _saivu_; dans le patois de l'Isère et en - Normandie, _seu_; dans le Jura, _sou_; en wallon, _saou_; dans le - département du Tarn, _sagut_; en Gascogne, _sahuc_; en vieux - français, _sahu_, _séhu_, _seu_. - - SAUCE, s. f. Nous disons figurément, d'une personne qui a commis une - faute: _Elle a fait la faute, qu'elle en boive la sauce_, pour - dire: Qu'elle en subisse les fâcheuses conséquences. - - SAUCE, s. f. _Sauce de rôti._ Dites: Jus de rôti. Nous disons - proverbialement: _La sauce vaut mieux que le rôti_; l'accessoire - vaut mieux que le principal. Les dictionnaires français disent: La - sauce vaut mieux que le poisson. - - SAULE, s. m. Nos paysans font ce mot féminin. _Arve entraînait cette - saule que j'ai pu enfin accrocher._ Il est pareillement féminin - dans le canton de Vaud, en Savoie, en Lorraine, et sans doute - ailleurs. R. lat. _salix_, s. f. - - SAUMACHE, adj. et subst. Saumâtre. _Vous nous donnez de l'eau qui a - un goût saumache, un goût de saumache._ [G. G.] - - SAUME, s. f. Ânesse. _Louer une saume. Galoper sur une saume._ Terme - savoisien, lyonnais et dauphinois. Dans le patois vaudois: - _Chouma_; dans le dialecte provençal et dans le patois du bas - Limousin, _saoumo_. _Saume_ se trouve dans le dictionnaire de - COTGRAVE, édition de 1650. - - SAUTÉE, s. f. Saut. Ne s'emploie guère que dans l'expression - suivante, qui appartient au langage le plus familier: _Faire une - sautée chez quelqu'un_, c'est-à-dire: Y aller très-vite et ne pas - s'y arrêter. - - SAUTÉE, s. f. Forte réprimande. _Faire une sautée à quelqu'un_, veut - dire: Le tancer vertement. - - SAUTIER, s. m. Chef des huissiers. Le _sautier_ loge à l'hôtel de - ville et a l'intendance de tout le matériel du bâtiment. Bonivard, - dans son livre de _L'ancienne et la nouvelle Police_, dit que «le - _Sautier_ est le maître du guet et l'huissier du Conseil.» Terme - neuchâtelois. Il est probable que ce mot s'écrivait anciennement - _sceautier_, et que ce fonctionnaire tenait les sceaux du Conseil. - - SAUVAGE, s. m. Sauvagin. Se dit soit du goût, soit de l'odeur de - quelques oiseaux de mer ou d'étang. _Notre salmis sentait le - sauvage._ Terme vaudois, neuchâtelois, parisien populaire, - lorrain, etc.; à Bordeaux on dit: _Sentir le sauvageon_; en - Languedoc, _le sauvageun_. Dans le vieux français, _salvagine_ - signifiait: «Bête fauve.» - - SAUVE, adj. Sauvé, qui a échappé à un péril. _Benoît était hier dans - le plus grand danger: on l'a saigné à propos, et le voilà sauve._ - Terme suisse, etc. - - SAUVER DE (SE), v. pron. _Tu te sauves de moi, Robert?--Et pour - quelle raison me sauverais-je de toi, je ne t'ai rien fait?_ Cette - expression, si usitée, _se sauver de quelqu'un_, c'est-à-dire: Lui - échapper par la fuite, manque dans les dictionnaires, quoiqu'elle - mérite assurément d'être observée; car l'expression française - «fuir quelqu'un» n'est pas l'équivalent de _se sauver de - quelqu'un_, ou, du moins, «fuir quelqu'un» appartient au style - relevé, et _se sauver de quelqu'un_ appartient au style familier - ou style de la conversation. - - SAVATER, v. a. Saveter, déranger, incommoder, gâter, faire un - ouvrage malproprement et en dépit du bon sens. _Ce vin m'a savaté - le coeur; il m'a savaté l'estomac. Vous m'avez savaté cet - ouvrage._ Il se dit spécialement du linge taché par les cendres de - la lessive. _Notre linge est bien savaté._ En Lorraine on dit d'un - mauvais ouvrage: _C'est de la savate_. - - SAVATURE, s. f. Saleté causée par les cendres qui ont filtré avec le - _lissu_ dans le linge. _Ces draps sont pleins de savature._ - - SAVIGNON, s. m. Cornouiller sanguin, arbre d'un bois très-dur. - - SAVOIR, v. a. Nous disons proverbialement, pour nous excuser - d'ignorer une chose survenue à notre insu: _Qui ne sait rien ne - sait guère_. - - SAVOIR, v. a. Nous disons d'une personne fort habile, et surtout - d'une personne subtile et qui trouve des ressources dans les - conjonctures les plus épineuses: _Elle les sait toutes et une - par-dessus_. - - SAVOIR À DIRE. Faire savoir, informer, marquer, mander, instruire. - _Si tu te décides à ce voyage, tu me le sauras à dire._ Expression - suisse, lyonnaise et méridionale. - - SAVONNADE, s. f. Savonnage, blanchissage par le savon. _Ce n'est pas - une lessive, c'est une savonnade._ Terme savoisien et méridional. - - SAVONNETTE, s. f. Terme d'horlogerie. _Une montre à savonnette_, ou - simplement _une savonnette_, est une montre dont la boîte a un - fond et un couvercle en métal. - - SAVOURÉE, s. f. Savorée ou sarriette, plante. - - SAVOYET ou SAVOUIET, s. m. Raisin rouge de qualité inférieure, - lequel croît dans nos environs et qui rend beaucoup. [G. G.] - - SCHLAGUER, v. a. Battre, rosser, donner la schlague. _Il fit - l'insolent et fut schlagué._ En allemand: _Schlagen_. Les mots - Schlague et Schlagueur se trouvent dans quelques dictionnaires - modernes. - - SCIE, s. f. (fig.) Rabâchage, ritournelle fatigante, répétition - sotte et fastidieuse. _Faire des scies._ - - SCIE, s. f. Scierie, moulin à scie, moulin où l'on scie les - planches. Nous disons quelquefois: _Scie à eau_. Terme suisse, - savoisien et méridional. - - SCORSONÈRES, s. m. _De bons scorsonères._ Ce mot est féminin. - - SE, pron. pers. Les campagnards substituent le pronom _se_ aux - pronoms _nous_ et _vous_ dans les verbes pronominaux, et - réciproquement: ils disent, par exemple: _Vous s'ennuyez chez - nous, Messieurs. Adieu, Nicolas; nous se reverrons dimanche. - Laissez ces paumes de neige, enfants, vous s'attraperez les yeux. - Vous se manquerez, Madame_ (vous vous manquerez, Madame), _en - passant par cette route_. Expression savoisienne, jurassienne, - dauphinoise, etc. - - SÉCHARD, s. m. Vent du nord-est. - - SECHER, v. a. Écrivez et prononcez, avec un accent aigu, «SÉcher;» - et ne dites pas: _Secher des pruneaux; secher des z'haricots. - Voilà le beau temps, femme; on pourra secher notre lissive._ Faute - fréquente. - - SEC ET SONNANT, s. m. Nous disons d'une personne riche: _Elle a du - sec et du sonnant_, c'est-à-dire: Des écus. - - SÉCHOT, s. m. Se dit d'une personne très-maigre et très-_sèche_. - _Pourrait-on être plus raide et séchot que cette demoiselle N**!_ - - SÉCHOT, s. m. Chabot, _gobio_ à tête énorme, poisson qui se blottit - sous les pierres des eaux claires et courantes. Terme vaudois. A - Neuchâtel on appelle ce poisson: _Chassot_; à Yverdon, - _tête-à-maillot_; en Languedoc, _âne_; dans d'autres provinces de - France, _meunier_. - - SÉCHOTER, v. n. Prendre des _séchots_. Terme vaudois. Dans les mois - de janvier, de février et de mars, pendant que le Rhône est fort - bas, nos jeunes garçons _séchotent_. - - SÉCHOTIER, s. m. Harle, oiseau aquatique. - - SECONDE MAIN (DE). _Des livres de seconde main._ Dites: Des livres - de la seconde main. - - SECOUÉE, s. f. Secousse. _Un vomitif, le vomitif Leroy, par exemple, - lui donnerait une secouée salutaire. Les fruits tombèrent de - l'arbre à la première secouée._ Limousin, etc. - - SECOUÉE, s. f. Expression adoucie pour dire: Gifle, danse. _C'est un - drôle, donne-lui une bonne secouée._ - - SECOUER, v. a. Battre, gifler. _Il l'a fièrement secoué._ - - SECOUPE, s. f. Soucoupe. _Apportez-nous une jatte, deux tasses et - deux secoupes._ Terme français populaire. En Lorraine on dit: - _Sucoupe_. - - SECRETAIRE, s. m. Nous prononçons tantôt _secretaire_ et tantôt - _sécretaire_. La prononciation véritable est: «SecrÉtaire.» - - [+] SÉGNIFIER ou SÉNIFIER, v. a. Signifier. _À çà, Mariette, cette - fréquentation qui se prolonge, me diras-tu qu'elle ne sénifie en - rien?_ Terme vieux français. - - SEICHE, s. f. Sorte de flux et de reflux particulier à notre lac et - à celui de Constance. «On voit quelquefois, dit DE SAUSSURE, notre - lac s'élever tout à coup de 4 ou 5 pieds, s'abaisser ensuite avec - la même rapidité, et continuer ces alternatives pendant quelques - heures. Ce phénomène, peu sensible sur les bords du lac qui - correspondent à sa plus grande largeur, l'est davantage aux - extrémités, mais surtout aux environs de Genève, où le lac est le - plus étroit.» [_Voyage dans les Alpes_, t. I, p. 12.] - - SEIGLE (LA). Sorte de blé. Les campagnards font habituellement ce - mot _féminin_, parce qu'en patois il est féminin (_la sey-la_, ou - _la ch[)a]la_). - - SEILLE, s. f. Sorte de seau en bois, à oreilles, et de forme ronde, - avec lequel on porte l'eau et le lait. _Prends vite ta seille, - Jaqueline: on crie à l'eau!_ La _seille_ se porte sur la tête avec - un coussinet que nous appelons _torche_. Terme vaudois. M. - BESCHERELLE, en citant ce mot, dit qu'il s'employait - «anciennement» dans le sens de: Vase, seau de bois. M. BESCHERELLE - pouvait ajouter que toute la Suisse romane et les trois quarts de - la France connaissent ce terme et en font un usage journalier. - - SEILLÉE, s. f. Plein une _seille_. - - SEILLOT, s. m. (_o_ bref.) Petite _seille_, baquet. _En 1535, le - droit de bourgeoisie s'achetait pour quatre écus d'or et un_ - _seillot de cuir._ Les dictionnaires de BOISTE et de BESCHERELLE - écrivent: «seilleau,» qui est la vraie orthographe; mais ils se - trompent quand ils ajoutent que c'est un terme de mer: comme si - l'on ne faisait usage de _seilleaux_ qu'à bord des navires. On - s'en sert en Suisse, en Savoie et en diverses provinces de France. - Dans la Bresse et à Mâcon, on écrit: _Seillet_; dans le canton de - Vaud et en Languedoc, _seillon_; à Lille, _siellot_, etc. - - SELLE, s. f. Ne dites pas: _Aller sur selle_, mais: Aller à la - selle, aller à la garde-robe. - - SEMATURE, s. f. Ce qu'on peut semer dans une certaine étendue de - terrain. _Trois coupes de semature._ Le mot français «contenance» - ne rend pas exactement l'expression genevoise. - - SEMBLANT, s. m. Ne dites pas: _Il a fait cela pour semblant; il se - fâchait pour semblant; ils se sont querellés, mais pour semblant_. - Dites: Il a fait cela pour rire; il se fâchait par manière de - plaisanter, etc. Dans notre langage, _pour semblant_ signifie - aussi: Une petite quantité, un tantinet, fort peu. _Madame - boit-elle du vin?--Oui, j'en bois, mais pour semblant; donnez-m'en - pour semblant. Dis-moi, Lisette, ne tombe-t-il pas une grosse - pluie?--Non, Madame, il pleut pour semblant._ - - SEMBLER, v. a. Ressembler à. _Il semble son père; elle semble sa - mère._ Terme dauphinois, etc. - - SEMBLER À. Ressembler à. _Tu sembles beaucoup à ton frère. On dit - que je semble à mon oncle._ Vieux français. - - SEMBLER DE, v. imp. _Il me semble de le voir; il me semble d'avoir - lu quelque part_, etc. Retranchez la préposition _de_, et dites - avec tous les dictionnaires: Il me semble le voir, il me semble - avoir lu. - - SEMELLE (LA). Jeu d'écolier, qui a du rapport avec le jeu que nous - appelons _passe-gent_. - - SEMENCES, s. f. pl. Semailles. _Le temps des semences._ Expression - franc-comtoise et méridionale. Semence se dit des grains que l'on - sème. - - SEMENTS, s. m. pl. Semences, grains que l'on sème. _De bons sements; - du blé de sement; une coupe de sement._ Terme suisse. _Vous avez - eu l'an dernier de bien belles pommes de terre dans ce petit - champ.--Oui, Monsieur, et j'en aurai de plus belles encore cette - année-ci: j'ai changé de sements._ - - SEMOUTER ou CHEMOUTER, v. a. Terme rural, fouler, presser en - foulant. _Semouter le raisin; semouter le gazon. Ne semoute pas - ces petites salades._ Terme vaudois. - - SÉNIFIER, v. a. Voyez SÉGNIFIER. - - SENS DEVANT DIMANCHE. Euphémisme, pour: Sens devant derrière. - _Qu'est-ce qui te fait rire, Jeannette?--Ah! c'est que Monsieur a - mis sa robe de chambre sens devant dimanche._ Français populaire. - [Voyez _Dictionnaire du Bas langage_.] - - [+] SENSIBLEMENT, adv. Insensiblement. - - SENTIE (LA). Le moment où la mère sent pour la première fois - tressaillir l'enfant qu'elle porte dans son sein. _Mme N** fut - toujours malade, ou du moins très-incommodée jusqu'à la sentie._ - - SENTIR (SE), v. pron. Se souffrir. _Je ne pouvais me sentir dans - cette ville de Constance_, c'est-à-dire: Le temps me durait, je me - déplaisais dans cette ville de Constance. Expression méridionale. - - [+] SENTU, TUE, part. Senti, sentie. _Dis-donc, Alexis, l'as-tu - sentu ce coup de poing sur l'oeil?_ Ce barbarisme appartient au - vieux français et au français populaire. - - SEOIR (SE). Les dictionnaires, en enregistrant ce verbe, ajoutent - qu'il est vieux. Il est, en effet, fort ancien dans la langue - française, mais il est encore vivace et journellement usité à - Genève. _Madame voudrait-elle prendre la peine de se seoir? - Henriette, fais seoir ces dames. Je suis pressée, ma chère, et - n'ai pas le temps de me seoir._ Mais nous ne l'employons qu'à - l'infinitif. - - SEPTANTE, nom de nombre. Soixante et dix. _Septante poses de - terrain. Une compagnie de septante grenadiers. Je lui prêtai - septante francs._ Ce terme, d'un usage universel dans la Suisse - française et dans le midi de la France, appartient au vieux - français. Soixante et dix est un terme incommode dans la - numération, et tous les grammairiens français s'accordent à - désirer que _septante_ lui soit substitué. - - SEPT-EN-GUEULE, s. m. Sorte de très-petites poires, dont _sept_ - entreraient à la fois dans la bouche. _Les sept-en-gueule sont les - plus précoces, mais peut-être les moins bonnes, de toutes les - poires de nos environs._ - - SÉRAC ou SERAC, s. m. Voyez SÉRET. - - SERACE ou SÉRACE, s. f. Voyez SÉRACÉE. - - SÉRACÉE, s. f. Caillebotte, lait caillé dont on a séparé le petit - lait, et qui fait masse. «La Fanchon me servit des grus, de la - céracée, des gauffres, des écrelets.» [J.-J. ROUSSEAU, _Nouv. - Héloïse_, IVe partie.] Terme vaudois et neuchâtelois. En quelques - endroits du canton de Vaud on dit: _Du seracé_. - - SÉRAILLE, s. f. Se dit des armes à feu et signifie: Long feu, faux - feu. _Faire séraille. Le lièvre était presque à bout portant, mais - le fusil fit séraille._ Terme vaudois. - - SERBACANE, s. f. Sarbacane. - - SERCLER, v. a. Sarcler, ôter les mauvaises herbes, au moyen d'un - instrument tranchant appelé Sarcloir. _Sarcler un bosquet; sarcler - les allées d'un jardin._ Terme français populaire et vieux - français. - - SERCLORET, s. m. Sarcloir, petite houe. _Emmancher un sercloret._ - Terme suisse. Dans plusieurs provinces de France on dit: - _Sercloir_, au lieu de: Sarcloir. - - SÉRET, s. m. Fromage très-maigre qu'on obtient après le fromage - gras, en faisant cailler le petit lait. On le mange frais en le - trempant dans de la crème. Terme suisse et jurassien. - - [+] SERINGUE, s. f. Pompe à incendie. _Les seringues arrivèrent trop - tard. On entendait le roulement sinistre des seringues pendant la - nuit._ Ce mot de _seringue_ se trouve fréquemment employé, en ce - sens, dans nos anciennes archives. Le dictionnaire de Furetière - dit «qu'on s'est longtemps servi, dans les incendies, de grosses - _seringues_ pour élever l'eau en l'air.» - - SERINGUER, v. a. (fig.) Ennuyer. _Va-t'en et laisse-nous: tu nous - seringues._ - - SERMENT, s. m. Sarment, bois que pousse un cep de vigne. _Des fagots - de serments. Un feu de serments. Brûler des serments._ Terme - suisse, savoisien, lyonnais, limousin, dauphinois, gascon, - lorrain, parisien populaire et vieux français. - - SERMENT, s. m. Plusieurs personnes disent: _J'en fais de serment; - j'en ferais de serment_, etc. Pour être correct, il faut supprimer - le _de_, et dire: J'en fais serment; j'en ferais serment. - - [+] SERPENT (UNE). Un serpent. _Cette vieille Arnoux est une - mauvaise langue, une poison, une serpent._ Ce solécisme, - très-commun en Suisse, appartient au vieux français. - - SERREMENT D'ESTOMAC. Dites: Serrement de coeur. _À la vue de cette - douloureuse opération, je fus saisi d'un serrement d'estomac._ - Terme languedocien. - - SERRETTE, s. f. Serre-tête, sorte de bonnet de nuit. - - SERTISSEUR, s. m. Terme de joaillier. Celui qui sertit ou enchâsse - les pierres précieuses dans un chaton. - - SERVANT, s. m. Esprit follet, lutin qui, dans les chaumières, dans - les chalets et dans les vieux bâtiments, fait du bruit et des - espiégleries. Terme vaudois et fribourgeois. - - SERVANTE, s. f. Chevrette, instrument de cuisine que l'on suspend à - la crémaillère, et qui sert à soutenir la _cassette_ (le poêlon) - sur le feu. Cette dénomination une fois donnée à un ustensile d'un - ordre très-inférieur, nos cuisinières ne peuvent tolérer qu'on les - appelle _servantes_. Je trouve les lignes suivantes dans une - brochure publiée le 1er juillet 1794: c'est une dame qui parle. - «Les _servantes_, disais-je une fois à la mienne, ne doivent-elles - pas ménager le bien des maîtres?--Qu'appelez-vous _servante_, - Madame? Les _servantes_ sont à la crémaillère.» [_Plaidoyer pour - le corps des servantes._] - - SERVANTE, s. f. Nous disons proverbialement de quelqu'un qui, par - zèle ou par un autre motif, fait plus qu'on ne lui demande: _Il - fait comme la servante à Pilate_ (proverbe languedocien). Le - dictionnaire de l'Académie dit: Il est comme le valet du diable: - il fait plus qu'on ne lui commande. - - SERVICE (UN). Un couvert, c'est-à-dire: L'assiette, le verre, le - couteau, la cuiller, la fourchette et la serviette. _Mettez un - service pour Monsieur._ Nous appelons plus particulièrement - _service_, la cuiller et la fourchette réunies. _Eh quoi! Madelon, - vous me donnez une assiette et un verre, et vous oubliez le - service!_ C'est dans ce sens que nous disons: _Un service d'étain; - un service en métal d'Alger; Benoît a eu pour présent de noces six - services d'argent_. Terme suisse, savoisien et méridional. - - SETIER, s. m. Mesure de capacité pour les liquides. _Un setier_ - renferme vingt-quatre _quarterons_, soit environ 60 bouteilles - ordinaires, soit 54 litres 144 centilitres. - - SEUJET (LE). Nom d'une de nos rues, située au bord du Rhône, et où - sont établis plusieurs ateliers de teinture et de dégraissage. - L'origine de ce nom est vraisemblablement le mot languedocien: - _Sugé_, ou _sujier_, qui signifie: Teinturier. - - SI, adv. Extrêmement. Si, adverbe, ne peut se placer immédiatement - devant un substantif. Il est donc incorrect de dire: _J'ai si - peur; j'ai si faim; elle avait si froid; ils avaient si honte; - elle a si envie d'être mariée; c'est si dommage de détruire ces - beaux peupliers!_ Français populaire. - - SI, adv. Tellement, tant. _J'ai si affaire aujourd'hui que je ne - sais par où commencer._ - - SIAU, s. m. Seau. _Siau en bois; siau en cuir. Un siau d'eau._ Terme - usité dans une partie de la Suisse et de la Savoie, en Dauphiné, - dans le Limousin, en Franche-Comté, en Lorraine, en Champagne, en - Bretagne et à Paris. On dit: _Séau_ à Marseille, à Bordeaux, à - Chambéry, et sans doute ailleurs. - - SI AU CAS ou SI EN CAS, loc. conjonct. Au cas que, si. _Si en cas tu - sors, Marguerite, laisse la clef chez notre voisine. Si au cas - Duperrut venait m'assigner, je saurais bien me défendre._ - - SI BIEN, loc. adv. Oui, assurément, sans doute. _Tu ne te baignes - pas aujourd'hui, Samuel?--Si bien._ Terme provençal, etc. - - SICLARD, ARDE, adj. Criard, perçant. _Une voix siclarde; un timbre - siclard._ - - SICLÉE, s. f. Cri aigu, cri perçant. Se dit surtout du cri des - enfants, du cri des jeunes garçons et de celui des jeunes filles. - _Faire des siclées; pousser des siclées._ - - SICLER, v. n. Pousser des cris aigus, crier avec éclat. - _Amusez-vous, mes amis, sans crier et sans sicler._ En - languedocien: _Sisclà_. - - SICLES, s. m. pl. Cris aigus des enfants. _Faire des sicles. Leurs - sicles nous déchiraient le tympan._ Nos quatre mots de _sicle_, - _siclée_, _sicler_ et _siclard_ sont des onomatopées remarquables. - - SIENNES, pron. poss. plur. _Un tel a bien les siennes_, signifie: - Un tel a bien ses mésaventures, ses chagrins, ses malheurs. - _Après avoir perdu sa fortune, Hector perd sa fille aînée: il faut - avouer qu'il a bien les siennes._ - - SIFFLER (EN), v. a. N'est employé que dans cette expression: _Je - t'en siffle_, par laquelle on donne à entendre que l'espérance de - quelqu'un sera déçue. _Lui! te prêter son cheval!... Je t'en - siffle, bernique._ Nous disons dans le même sens: _Je t'en moque_. - - SIFFLET, s. m. Sifflement, vent coulis. _Il venait un sifflet par la - porte, et j'y attrapai un coup de froid._ - - SIFFLET, s. m. Instrument pour siffler. _Avec de l'argent on a des - sifflets à Saint-Claude_ (ville du département du Jura, renommée - pour ses ouvrages en buis), proverbe dont le sens est: Qu'avec de - l'argent on se procure tout ce qu'on veut; qu'avec de l'argent - tout est possible. - - SIGNER (SE), v. pron. Apposer sa signature, signer. _Où faut-il que - je me signe?--Signe-toi après tes deux oncles._ «Calvin _se signa_ - souvent dans ses lettres, Charles de Heppeville, ou Happeville. - Calvin _se signait_ peut-être ainsi pour,» etc. [SENEBIER, - _Histoire littéraire de Genève_, t. I, p. 246.] Expression suisse - et méridionale. _Se signer_ est français dans le sens de: Faire le - signe de la croix. - - [+] SIGNIFIER À, EN et DE. _Cela ne signifie à rien; cela ne - signifie en rien; cela ne signifie de rien._ Trois barbarismes qui - ont également cours à Genève, mais dont le deuxième est le plus - fréquent. Il faut dire, sans préposition: Cela ne signifie rien. - - SIGOUGNÉE, s. f. Tiraillement, ébranlement violent, secousse - brutale. _Après trois ou quatre fortes sigougnées, la porte fut - jetée bas._ - - SIGOUGNER, v. a. Tirailler, agiter vivement, secouer brutalement. - _Sigougner un pieu pour l'arracher; sigougner une porte pour - l'ouvrir; sigougner un loquet; sigougner_ _quelqu'un. Il - m'empoigna et me sigougna le bras jusqu'à m'estropier._ Terme - énergique, et qui n'a pas de synonyme en français. Les - Languedociens disent: _Segougnà_; en provençal, _sagagna_. - - SIMAGRIE, s. f. Simagrée. _Allons au fait, et laissons toutes ces - simagries._ - - SIMOLAT, s. m. Semoule, farine en grains. _Soupe au simolat._ Terme - valaisan et savoisien. En piémontais on dit: _Semola_. - - [+] SINGULIARITÉ, s. f. Écrivez et prononcez «Singularité.» - _Singuliarité_ appartient au vieux français, et se dit encore dans - quelques provinces du nord de la France. - - SIOÛTE, ou SOÛTE, ou CHOÛTE, s. f. Abri. _À la sioûte_, à l'abri, à - couvert. _Se mettre à la sioûte._ Dans le patois vaudois: _À la - chót[)a]_; dans le patois de Fribourg, _à la sota_; dans le patois - de l'Isère, à Lyon et en Franche-Comté, _à la soute_. Dans le - dialecte provençal, _sousto_ signifie: Abri. - - SIRE-JEAN, s. m. Voyez POIRE. - - SIROP MAGISTRAT, s. m. Sirop magistral. - - SISSON, s. m. Terme enfantin. Chien, petit chien. _Viens, Alfred, - viens caresser le sisson._ - - SISTANCE, s. f. Ce qui est nécessaire à l'homme pour vivre et se - sustenter. Ne s'emploie qu'avec la négation. _N'avoir pas - sistance_, signifie: Être dénué de tout. _Ce pauvre Guignolet n'a - pas sistance au monde._ Ce mot de _sistance_ se prend quelquefois - dans un sens plus spécial, et signifie: Nourriture, aliment. _Ma - bonne dame, donnez-moi un morceau de pain, il n'est pas entré - sistance dans mon corps aujourd'hui._ Terme savoisien. Dans le - dialecte rouchi on dit: _Sustance_. Se dit aussi des choses. - _Quand les cendres ont donné toute leur sistance, on les ôte_, - etc. - - SI TELLEMENT, si fort, tellement. _L'affaire est si tellement_ - _embrouillée, que les avocats mêmes n'y voient goutte._ Français - populaire. - - SOBRÉCOT, s. m. Subrécot, le surplus de l'écot, ce qu'il en coûte au - delà de ce qu'on s'était proposé de dépenser. - - [+] SOCIALISTE, s. m. Socialisme. - - SOCIÉTÉ (LA). Le monde. Nous disons: _Aller en société; se plaire en - société; s'ennuyer en société. Où étiez-vous hier au soir, - Monsieur Artus?--J'étais en société._ On dit en français: Aller - dans le monde; se plaire dans le monde; s'ennuyer dans le monde, - etc. On peut dire aussi: Aller dans la société; se plaire dans la - société; s'ennuyer dans la société. - - SOCÎTÉ, s. f. Prononciation vicieuse du mot: Société. - - [+] SOFRE, prép. Sauf. _Sofre votre respect, permettez que... La - Josette fut obligée de vendre tout son bataclan, sofre un lit et - un placard._ - - SOI-DISANT, loc. adv. Dit-il, dit-elle. Ce terme (_soi-disant_) est - mal employé dans les phrases suivantes et les analogues. _Il - m'emprunta d'excellents livres, soi-disant pour les lire, et il - les vendit. On lui a fait soi-disant une injustice criante. Quand - l'enfant manque le collége, les parents l'excusent auprès du - régent par un soi-disant mal de tête._ Mais «soi-disant» est bien - placé dans les exemples qui suivent: On m'adressa à un soi-disant - chirurgien qui n'était, à vrai dire, qu'un frater. Je me trouvai - près d'une dame soi-disant polonaise et qui était de Chambéry. - «Soi-disant» demande toujours à être suivi d'un complément, lequel - sert de qualification au pronom personnel qu'il renferme. - - SOIGNER UNE CHOSE. _Soigner un parapluie. Soigner des hardes. Soigne - ton manteau, Jules, soigne tes gants et ton chapeau._ «Soigner» - n'a point ce sens en français. Il faut employer le mot «serrer.» - Serrer un habit, serrer un chapeau, etc. - - SOLET, LETTE, adj. Seulet, lette. _Elle s'en retournait toute - solette._ Terme vaudois. - - SOLI, s. m. Fenil, grenier à foin. Terme vaudois et fribourgeois. - Dans le Jura on dit: _Soulier_ ou _solier_; dans les Vosges, - _slo_; dans le Limousin, _soulié_; en vieux français, _solier_. R. - _solarium_. - - SOLICISME, s. m. Solécisme. - - SOLIDE, adj. Se dit du temps qu'il fait, et signifie: Assuré, qui - est de durée. _Crois-tu ce beau temps solide?_ - - SOLIDER, v. a. Consolider, affermir. _Solider une palissade, solider - une table._ Terme franc-comtois. - - SON, pr. pers. Ne dites pas: _Il fait son entendu; il fait son homme - d'importance_, etc., dites: Il fait l'entendu, il fait l'homme - d'importance. Ne dites pas non plus: _Il fait son embarras_, - dites: Il fait de l'embarras, beaucoup d'embarras. - - SON DE BIÈRE, s. m. Drague, c'est-à-dire: Orge ou tout autre grain - cuit, qui a servi à faire de la bière. - - SONNÉE, s. f. Se dit d'un fort coup de cloche. _Faire une sonnée_ - signifie: Donner un fort coup de cloche. _Peut-on faire de - pareilles sonnées à la porte d'un malade!_ Terme languedocien. - - SONNETTE, s. f. On ne dit pas: _Mettre une sonnette_, on dit: Poser - une sonnette. - - SOPHIE. N'est usité que dans cette locution: _Il fait sa sophie_, - c'est-à-dire: Il fait la demoiselle sage. - - SORCILÉGE, s. m. Sortilége. R. _sortilegium_. - - SORT, s. m. Malheur, guignon, sort fâcheux. _Ai-je du sort! Faut-il - avoir du sort! Il faut convenir que vous avez trop de sort._ - - SORTE, s. f. Bonne qualité, bon acabit. _Être de sorte_ signifie: - Être sortable, être convenable, convenir à l'état et à la - condition des personnes. _Pour le bal de la vogue, cette robe et - ce châle ne sont pas de sorte. Voilà, certes, un feu qui est de - sorte. Il faut choisir à votre Bénigne un mari qui soit_ _de - sorte._ Expression très-répandue chez nos campagnards. - - [+] SORTIR DE PORTE. Sortir de la ville. _Où allez-vous, Henriette? - Sortez-vous de porte?_ - - SOT, SOTTE, adj. et subst. Qui n'est pas sage, qui fait l'espiègle, - le désobéissant, le paresseux. Se dit des enfants et des jeunes - adolescents. _Tu veux donc toujours faire le sot, Guillaume. Tu es - bien sotte, Fanny, de ne pas prêter tes joujoux à ton petit - frère._ Terme suisse, savoisien, marseillais, etc. - - SOTTIFIER, v. a. Désappointer, attrister, rendre sot, rendre penaud. - _Ce départ subit nous sottifia. Un refus si désobligeant et si - inattendu sottifia toute la famille._ - - SOUCARE, s. m. Voyez SOUQUART. - - [+] SOUCI, s. m. _Froncer le souci. Après son érésipèle, les soucis - lui sont tombés._ Terme français populaire. Écrivez «Sourcil» et - prononcez _sourci_. - - SOUCILLER (SE), v. pron. Se faire des soucis, se créer des soucis. - _Un peu de courage, mère, il ne faut pas te souciller pour si peu - de chose._ - - SOUCILLEUX, EUSE, adj. Soucieux. Qui a du souci, qui marque du - souci. _Un front soucilleux; un air soucilleux; Vous paraissez - bien soucilleux, Monsieur Auguste._ - - SOUFFLER À. _Souffler à un écolier qui récite sa leçon; souffler à - un acteur._ Il faut dire: Souffler un écolier; souffler un acteur. - - SOUHATER ou SOITER, v. a. Écrivez et prononcez «souhaiter,» comme - «allaiter,» et ne dites pas: _Je vous soite le bonsoir; on vous - soite le bonjour._ - - SOUILLATON, s. m. Les campagnards désignent par ce mot un homme qui - est habituellement entre deux vins, ne quittant un cabaret que - pour aller boire dans un autre. - - SOÛLER, v. a. (fig.) Ennuyer à l'excès, assommer. _Elle me soûle - avec ses visites répétées et ses conversations sans fin._ - Expression fort triviale. - - SOÛLIAUD, s. m. Soulaud, ivrogne, sac-à-vin. _C'est un soûliaud, un - vilain soûliaud qui boit tout ce qu'il gagne._ Terme vaudois. - - SOÛLIAUD ou SOÛLIOT, s. m. Terme enfantin. Petite poupée de sureau - qui, lors même qu'on la renverse, retombe toujours sur ses pieds. - - SOÛLION, s. m. Ivrogne, homme qui ne dessoûle pas. Terme vaudois. A - Neuchâtel et dans le Jura on dit: _Un soûlon._ L'Académie écrit: - «Souillon,» et donne à ce terme un sens différent. - - SOUMISSION RESPECTUEUSE. Acte extra-judiciaire bien connu. La - véritable expression est: «Sommation respectueuse.» Mlle N** vient - de faire la troisième sommation respectueuse. [ACAD.] _Soumission - respectueuse_ est un barbarisme, mais ce barbarisme ne nous est - pas particulier. Je le trouve signalé entre autres dans le - _Vocabulaire du Bas langage rémois_, p. 87. - - SOUPE, s. f. Nous disons proverbialement d'une personne qui dort - longtemps et profondément: _Elle dort comme une soupe._ On dit en - français: Dormir comme une souche; dormir comme un sabot. - - SOUPOUDRER, v. a. Saupoudrer. _Ce gâteau aurait eu besoin d'être - soupoudré de sucre._ Français populaire. R. _sau_, vieux mot - français qui veut dire: Sel. - - SOUQUART ou SOUCARE, s. m. Terme de lingerie. Gousset de chemise, - carré d'étoffe ou de toile, qui se met à la manche d'une chemise à - l'endroit de l'aisselle. Terme vaudois et lyonnais. - - SOURBE, s. f. Sorbe, fruit. - - SOURD-ET-MUET (UN). Dites: Un sourd-muet. L'institut des - sourds-muets. - - SOURDIAUD, DIAUDE, subst. Sourdaud. Celui ou celle qui n'entend - qu'avec peine. - - SOURDITÉ, s. f. _Une complète sourdité._ Terme français populaire. - Dites: Surdité. - - SOUS, prép. Sauf, avec. _Sous le respect que je vous dois, Monsieur - le juge, je vous dirai que... Sous votre respect, Madame, j'ai eu - la fièvre pendant quinze jours._ Terme français populaire. - - SOUS-MAIN (UN). Terme de calligraphie. Papier que celui qui écrit - met sous sa main par mesure de propreté. - - SOUS-TASSE ou SOUTASSE, s. f. Soucoupe, le dessous d'une tasse. - Terme vaudois, neuchâtelois, rouchi, wallon, etc. - - SOUSTER, v. a. Terme de certains jeux de cartes. Garder, - accompagner. _Son roi de trèfle était bien sousté._ On dit encore: - _Souste_. Terme suisse et lyonnais. Peut-être faut-il rapprocher - ce mot de SOÛTE. R. lat. _subtus stare_ ou _substare_. - - SOUSTRAIRE, v. a. On entend journellement dire: _Nous soustraisons_, - pour: Nous soustrayons; _tu soustraisais_, pour: Tu soustrayais; - _en soustraisant_, pour: En soustrayant, etc. Ce verbe se conjugue - comme «Traire.» «On admire la promptitude avec laquelle les - fourmis SOUSTRAISENT leurs nourrissons au danger.» [CH. BONNET, - _Contemplation de la Nature_, XIme partie, ch. XXII.] - - SOÛTE, s. f. Abri. Voyez SIOÛTE. - - SOUTENIR, v. a. (fig.) _Soutenir des relations avec quelqu'un_ n'est - pas une expression correcte, du moins ne se trouve-t-elle pas dans - les dictionnaires. Il faut dire: Avoir des relations avec - quelqu'un, ou trouver une expression équivalente. - - SOUVENT, adv. Promptement, vite. _Depuis deux heures de temps que - Lise est partie pour le marché, je ne la vois pas souvent - revenir_, c'est-à-dire: Je ne vois pas qu'elle se presse de - revenir. Terme parisien populaire. - - SPECTABLE, adj. Titre honorifique dont on qualifiait jadis les - ministres du culte réformé. - - [+] SQUELETTE (UNE). Un squelette. - - STORE, s. m. Jalousie. - - SUCLER, v. a. Roussir par le feu, griller, brûler légèrement. _En - s'approchant trop de la bougie, elle se sucla les cheveux. Notre - pauvre minon, qui dormait sur le foyer, s'est complétement suclé - la queue._ En languedocien et en provençal, on dit: _Usclà_. - - SUCRER (SE), v. pron. Sucrer son café, son thé, son chocolat. _S'il - vous plaît, Mesdames, sucrez-vous. Tout le monde est-il sucré?_ - Français populaire. - - SUCRIÈRE, s. f. Sucrier. - - SUGGESSION, s. f. Écrivez et prononcez «Suggestion» - (_sug-ges-tion_), en donnant à la lettre _t_ le son qui lui est - propre. - - SUPPORTER, v. a. (fig.) _Ce vin ne supporte pas l'eau._ Dites: Ce - vin ne porte pas l'eau. - - SUPPOSER, v. a. Nous disons souvent: _À supposer que_, pour: Supposé - que. _À supposer que l'hiver soit rigoureux; À supposer que - l'Europe demeure en paix_, etc. Les dictionnaires ni le bon usage - n'autorisent cette expression. - - [+] SUR, prép. _Quel âge a votre fils, Monsieur Jacot?--Oh là, - Monsieur, il est sur ses vingt-cinq ans.--Et vous-même, s'il vous - plaît?--Je suis sur ma septantième année._ - - SUR, prép. _Lire sur le journal; lire sur l'almanach; lire sur - l'affiche_, etc. Dites: Lire dans le journal, lire dans - l'almanach, lire dans l'affiche. _Qui t'a raconté ce - naufrage?--Qui? Personne. Je l'ai lu sur le Constitutionnel._ - Faute universelle. - - SUR, prép. _Je prends la chose sur ma responsabilité._ Dites: Sous - ma responsabilité. - - SÛR, adv. Sûrement, pour sûr, certainement, sans aucun doute. _Vous - nous promettez de venir chez nous demain.--N'ayez nulle crainte, - j'irai sûr, très-sûr. Vous partez dimanche, Monsieur Dubois.--Oui, - sûr, bien sûr._ Expression gasconne et belge. - - SURFIN, FINE, adj. Superfin. _Étoffe surfine, teinture surfine. - Fabrication de liqueurs surfines, au Grand-Lancy, chez Baron-D**._ - - SURLOUER, v. a. _Surlouer une chambre, surlouer un appartement._ - Terme valaisan, savoisien, parisien populaire, etc. Dites: - Sous-louer. - - SUROT, s. m. (_o_ bref.) _Cueillir du sur[)o]t. Infusion de - sur[)o]t. Petard de sur[)o]t._ Prononciation suisse du mot - «Sureau,» lequel rime avec _bureau_. - - SUSPENTE ou SOUSSEPENTE, s. f. _Les suspentes d'un cabriolet. - Établir une suspente dans une cuisine._ Terme savoisien, - franc-comtois, wallon, etc. A Paris et à Reims on dit: _Supente_. - Le terme exact est: Soupente. - - [+] SYNAPISSE, s. m. Synapisme. - - -T - - TABELLE, s. f. Registre, agenda, tableau des devoirs, occupations, - charges, _incombances_ d'une société, d'un corps, d'une - corporation. _Rédiger la tabelle. Consulter la tabelle. Inscrire - sur la tabelle. Afficher la tabelle._ Terme vaudois. - - TABLÂR ou TABLÂT, s. m. Tablette, rayon, planche posée pour mettre - quelque chose dessus. _Ajuster des tablâts. Écurer des tablâts. - S'aguiller sur un tablât._ Terme suisse et savoisien. - - TABLE, s. f. Nous disons: _La soupe est sur la table_, pour - signifier que le dîner est servi. On doit dire sans article: La - soupe est sur table, ou chercher une meilleure expression. - - TABLE, adj. Dans une votation, lorsque les voix sont mi-parties - (c'est-à-dire également partagées), cela s'appelle: _Être table. - Les juges étaient tables, et le président fut appelé à_ - _détabler._ Terme neuchâtelois. [Voyez GUILLEBERT, _Glossaire - neuchâtelois_, 2e édition, p. 243.] - - TABLÉE, s. f. Réunion nombreuse de convives (autour d'une table.) - _Une belle tablée; une joyeuse tablée._ Terme suisse et vieux - français. - - TABLETTE À LA BISE, s. f. Pastille de menthe. - - TABOUSSE, s. f. Babillarde. - - TABOUSSER, v. n. Babiller. Terme vaudois. - - TACHE, s. f. Petit clou de fer à tête ronde que l'on met sous les - souliers et les sabots. Terme suisse et méridional. Dans le patois - limousin, on appelle _tatso_ toute espèce de clou qui a un pouce - et demi de longueur, et au delà. - - [+] TÂCHE, s. m. _As-tu fait ton tâche, Bastien? Quand ton tâche - sera fini, tu t'amuseras._ Ce mot est féminin. - - TÂCHER, v. n. Terme des jeunes écolières. Rivaliser de diligence; - disputer à qui aura le plus vite fait, dans un temps donné, un - certain ouvrage. _Mesdemoiselles, voulons-nous tâcher? Tâchons - toutes ensemble._ - - TÂCHER À. Viser à, tâcher d'atteindre une personne ou une chose avec - un projectile quelconque. _Tu me tâchais, Henri, avec ta paume de - neige?--À toi? Pas plus; je tâchais à cette bourguignôte qui - passe._ - - TÂCHER MOYEN. Faire en sorte, tâcher, s'efforcer. _Tâche moyen que - l'on se promène ensemble dimanche. À çà, Jérôme, tu tâcheras moyen - de me rembourser un peu promptement._ Terme vaudois et méridional. - - TÂCHER QUE. _Il faut tâcher que votre maître soit content._ Le verbe - _tâcher_ ne se construit pas avec _que_. Dites: Il faut tâcher de - contenter votre maître. - - TACONNET ou TACOUNET, s. m. Pas d'âne, plante médicinale qui croît - principalement dans les terrains improductifs. _Terre de tacounet, - laisse à qui elle est._ Terme vaudois, etc. - - TAILLARDER, v. a. Taillader, entailler, couper. - - TAILLER À LA RUINE, ou EN RUINE. Terme d'agriculture. Se dit - ordinairement d'une vigne dont on surcharge la taille de manière à - lui faire produire beaucoup de fruit, sans s'inquiéter si on - l'épuise. Ce procédé est mis en pratique l'année ou les années qui - précèdent l'arrachement. Au figuré, _tailler à la ruine_, se dit - de ceux qui sacrifient l'avenir pour faire face au présent. - - TAILLERIN, s. m. Petit morceau de pâte pour la soupe, vermicelle - plat. Terme vieux français. - - TAILLEUSE, s. f. Couturière. [Voyez PAUTEX, _Recueil de mots_, ch. - XXII.] - - TAILLON, s. m. Grosse tranche, morceau, gros morceau coupé. _Un - taillon de lard; un taillon de fromage. Ne coupe donc pas ce pain - par taillons._ Terme méridional et vieux français. - - TALAR, s. m. Pelisse, robe fourrée. - - TALMOUSSE, s. f. Sorte de pâtisserie, nouvellement introduite chez - nous, et qui nous vient de Paris. Le véritable terme est - «Talmouse,» avec un seul _s_. - - TAMAGE, s. m. Voyez TAMER. - - TAMBOUR, s. m. Sorte de poêle portatif en fer-blanc, à couvercle et - de forme ronde. _Un tambour et sa bassine. Vous sécherez ces - linges dans le tambour._ - - TAMBOUR D'ONZE HEURES, s. m. (fig.) Rabâchage, répétition ennuyeuse, - litanie. - - TAMBOURNER, v. n. Tambouriner. _Venez tous: on ira tambourner au - bastion._ Se dit surtout des enfants lorsqu'ils battent de petits - tambours qui leur servent de jouet. Terme suisse, jurassien, etc. - - [+] TAMBOURNIER, s. m. Tambour, celui qui bat la caisse. Terme - savoisien, jurassien et languedocien. - - TAMER, v. a. Étamer. _Voilà le magnin qui passe; donnez-lui les deux - pochons à tamer._ Terme vaudois. - - TAMPONNE ou TAMPOUNE, s. f. Débauche de table, tapage, grande - ribotte avec chants, cris et claquements de mains. _Faire la - tamponne._ Français populaire. - - TAMPONNER, v. n. Faire la _tamponne_, faire une débauche bachique, - se livrer bruyamment à tous les plaisirs de la table. Terme - méridional. - - TANNÉE, s. f. Rossée, frottée, volée de coups. _Donner une tannée; - appliquer une tannée; recevoir une tannée._ - - TANNER, v. a. (Prononcez _â_ long.) Battre, rosser, abîmer de coups. - _Hier au soir ils se sont tannés et giflés à outrance._ Terme - suisse. Le verbe _tanner_, pris dans cette acception, ne se trouve - dans aucun dictionnaire ni dans aucun glossaire français. - - TANT, adv. Si, tellement. _Ne lisez pas ce roman, il est tant plat. - Ces poires sont tant bonnes. La Fanchette est tant bête._ Cette - faute nous vient du vieux français. - - TANT, adv. Aussi. _Va vite! cours! cours tant fort que tu pourras._ - «Je déployai toutes les voiles et laissai le bateau aller _tant - vite_ qu'il voulut.» [_Bonivard à Chillon_, p. 60.] - - TANT, adv. est superflu dans les exemples suivants: _Tant plus on - sera, tant plus on s'amusera. Tant plus on a d'égards pour Isaac, - tant plus il grogne et rechigne._ Cette expression appartient au - vieux français. - - TANT, s. m. _On lui a promis le tant pour cent. Vous lui payerez un - tant pour mille. Ils auront un tant sur les bénéfices._ _Tant_ - n'est jamais substantif. Il faut dire, en retranchant l'article: - On lui a promis tant pour cent. Vous lui payerez tant pour mille, - etc. - - TANT MOINS QUE. Le moins que. _Il est si apathique qu'il travaille - tant moins qu'il peut. Ne fréquente pas les cafés,_ _Eugène, - vas-y au contraire tant moins que tu pourras._ TANT PLUS QUE est - aussi un barbarisme. _Combien faut-il scier de ces - rondins?--Sciez-en tant plus que vous pourrez._ Dites: Le plus que - vous pourrez. - - TANTÔT, s. m. Après-midi. Le _tantôt_, l'après-midi. _Adieu, Des - Thiollaz, on se verra ce tantôt. Vas-tu souvent à ton cercle, - Colombier?--Pardine, j'y vais chaque tantôt. Depuis plusieurs - jours il pleut tous les tantôts._ Cette expression, qui nous vient - du vieux français, n'est point particulière à notre dialecte. Le - mot «tantôt» est un adverbe. Voyez les dictionnaires. - - [+] TANT PIRE, loc. adv. Tant pis. _S'il n'est pas content de ce que - je lui offre, tant pire pour lui. Nous aurons de la pluie, - Benjamin.--Eh bien! tant pire; partons la même chose._ Parisien - populaire, etc. - - TANT QU'À MOI. Quant à moi. _Tant qu'à nous_, quant à nous. _Tant - qu'à eux_, quant à eux. _Je ne t'ai jamais vu ivre, - Chapalay.--Tant qu'à çà, Monsieur, je ne bois jamais plus de - demi-pot._ Parisien populaire. - - TANT QU'À. Jusqu'à. _Tant qu'à Genève, tant qu'à Bonneville_, etc., - signifient: Jusqu'à Genève, jusqu'à Bonneville. _Sans nous - apercevoir de la fatigue, nous allâmes tant qu'à Rumilly._ Les - gens de la campagne ne s'expriment pas autrement. - - TAPAGE, s. m. Grande quantité. _Un tapage de monde; un tapage de - vieux bouquins. Dans sa colère, il nous lâcha un tapage de - sottises._ Français populaire. - - TAPAGER, v. n. Faire du tapage. _Finissez, mes enfants: c'est bien - assez tapagé._ Terme marseillais, etc. - - TAPASSÉE, s. f. Pluie, averse forte, mais de courte durée. _Une - tapassée de pluie. Recevoir une tapassée. Cette tapassée nous - inonda._ Terme suisse et savoisien. La signification primitive du - mot _tapassée_ est: Grande abondance d'une chose, grande quantité. - _Une tapassée d'individus; une tapassée de pommes. D'un seul coup - de pierre il déguilla une tapassée de noix._ - - TAPÉE, s. f. Grande quantité, grande abondance, multitude. _Une - tapée de monde. Une tapée de marchandises. Une tapée de soupe._ - Terme français populaire. - - TAPÉE, s. f. Coups, gifle. _Recevoir une tapée. Nos gamins se - donnèrent une bonne tapée._ Terme dauphinois, etc. - - TAPER DE L'OEIL. Dormir. Français populaire. - - TAPER (SE), v. pron. Se heurter. _Elle se tapa contre la cheminée et - tomba._ Taper et se taper sont français, mais dans une acception - un peu différente. - - TAPET, s. m. Traquet, oiseau du genre des becfigues. - - TAPET, s. m. Langue. _Faire cheminer son tapet_, signifie: Babiller, - bavarder. - - TAPETTE, s. f. Battoir de lessive, palette à manche pour battre le - linge mouillé. Au sens figuré, _tapette_ se dit de la langue d'une - personne babillarde. _Mener sa tapette. Tenir sa tapette au - chaud._ Il se dit aussi de la personne elle-même: _Cette jeune - fille est une tapette._ - - TAPIN, s. m. Tape, taloche, coup de la main. _Recevoir un tapin; - appliquer un tapin._ Terme français populaire. - - TAPIN, s. m. Tambour, celui qui bat la caisse. _Un petit tapin. - Voilà les tapins qui s'exercent._ - - TAPISSEUR, s. m. Tapissier. - - TAPISSIER, s. m. Colleur, ouvrier qui colle du papier peint sur les - murs d'un appartement. En français: Un tapissier est Celui qui - travaille en toutes sortes de meubles de tapisserie et d'étoffe. - - TAQUINEUR, EUSE, s. et adj. Taquin, taquine. - - TARABUSQUER, v. a. Tarabuster, inquiéter, importuner, contrarier. - _Voilà une nouvelle qui me tarabusque._ Terme connu à Reims et - sans doute ailleurs. - - TARAMARA, s. m. Vacarme, brouhaha, bruit confus. - - TARANTE ou TARENTE, s. f. Terreur panique. _Tu as eu là, Gaspard, - une fameuse tarente._ En jouant sur ce mot, nous disons - quelquefois d'un poltron: _C'est le duc de Tarente. Voici notre - duc de Tarente._ - - TARARA. _Faire tarara_ signifie: Faire grande envie, faire venir - l'eau à la bouche. _En voyant ce salmis, ça me faisait tarara._ - - TARD (À), adv. _Venir à tard, arriver à tard_, sont des expressions - vicieuses. Il faut dire: Venir tard, arriver tard, ou: Venir sur - le tard, arriver sur le tard. - - TARRE POUR BARRE. Nous disons familièrement de quelqu'un qui - s'embrouille dans un discours, ou qui, par inadvertance et par - distraction, dit une chose pour une autre: _Il dit tarre pour - barre; il répond tarre pour barre; il entend tarre pour barre._ - Expression très-usitée. - - TARTIFLE ou TARTUFLE, s. f. Termes par lesquels, aux frontières de - notre canton, dans le Faucigny, on désigne les pommes de terre. - _Planter les tartifles, buter les tartifles._ Terme usité aussi en - Languedoc. [Voyez le _Dictionnaire gascon_ de VILLA, t. II.] En - français, _tartifle_ est le nom vulgaire du topinambour. - - TARTRE (LA). _La tartre des dents._ Ce mot est masculin. - - TASSON, s. m. Taisson, blaireau. Proverbialement: _Suer comme un - tasson._ Terme suisse-roman, etc. - - TATA, s. f. Dans le langage des enfants signifie: Tante. _Dis adieu - à la tata; touche la main à la bonne tata._ Terme usité en - Bretagne et sans doute ailleurs. - - TATA, s. m. Nous disons d'une personne que nous voyons, contre son - ordinaire, bien vêtue et pimpante: _Elle s'est mise sur son tata. - Le voilà aujourd'hui sur son tata._ Expression connue dans la - Suisse romane. - - TÂTE, s. f. Petite bonde faite avec la gouge dans un fromage pour le - goûter. Terme jurassien et méridional. - - TÂTENITOUCHE, subst. des 2 genres. Sournois, bon apôtre, sainte - nitouche. - - TÂTE-POLAILLE, TÂTE-À-POLAILLE, ou TÂTE-À-C.. DE POLAILLE, s. m. Se - dit d'un homme qui s'occupe minutieusement des détails du ménage, - et qui demeure au coin du feu pour veiller le pot. Dans le - dialecte picard, _tâte mes glaines_ (tâte mes poules) a le même - sens. - - TATOUILLE, s. f. Piquette, mauvais vin, ripopée. _Boire de la - tatouille._ Terme français populaire. - - TATTE ou TETTE, s. f. Terrain en friche, terre vacante, plaine - inculte, lande, steppe. _Les tattes de Saint-Georges. Les tattes - d'Aire-la-ville._ - - TAUCHES, s. m. pl. Voyez TÔCHES. - - TAULÉE ou TÔLÉE, s. f. Quantité, grand nombre. _Une tôlée de chiens; - une tôlée de cochons de lait._ - - TAUPIER, s. m. Se dit familièrement et dérisoirement d'un soldat du - corps des mineurs. - - TAUQUÉE ou TÔQUÉE, s. f. Gifle, danse. - - TAUQUER ou TÔQUER, v. a. Battre, frapper, donner une danse. _Jean - est rentré soûl chez lui et s'est mis à tôquer sa femme et ses - enfants._ - - TAVAN, s. m. Taon, insecte malfaisant très-connu. _La piqûre du - tavan. Le dard du tavan._ Terme vaudois, savoisien, dauphinois et - vieux français. Dans le Languedoc et dans le canton de Neuchâtel - on dit: _Taban_. En latin, _tabanus_. - - TAVELER, v. a. Terme des campagnards. Signifie: Donner au beurre une - forme et le marquer d'une empreinte. _Taveler le beurre._ - L'instrument qu'on emploie à cet usage s'appelle: _Tavé_. - - TAVILLON, s. m. Bardeau, petite planchette de bois dont on recouvre - certaines habitations. Terme vaudois et fribourgeois. Dans le - Jura, dans la Franche-Comté et le Chablais on dit: _Tavillon_ et - _tavaillon_. - - TAVILLONNER, v. a. Garnir le toit de bardeaux, de _tavillons_. - - TAVILLONNEUR, s. m. Celui qui fabrique les _tavillons_ et qui en - garnit les toits. A Carouge (canton de Genève), on lit sur une - enseigne de la rue Caroline: _B***, couvreur-tavillonneur_. - - TEICHE ou TÈCHE, s. f. Tas de foin, meule de foin. _Construire une - teiche; élever une teiche._ Terme suisse. Se dit aussi d'un grand - tas ou amas. _As-tu fait ta provision de fascines?--Oui, j'en ai - une fameuse teiche. Quelle teiche de bois!_ En espagnol: _Techo_, - toit d'où l'eau dégoutte. En Languedoc, _técher_ veut dire: - Dégoutter, couler goutte à goutte. - - TEL, TELLE, adj. Expression dont on se sert quand on ne veut pas - nommer les personnes. _Mr tel a demandé de tes nouvelles._ Dites: - Mr un tel. _Tu inviteras Mme telle._ Dites: Mme une telle. Que - m'importe ce que Mr un tel pense de moi! Au pluriel on doit dire: - MM. tels, Mmes telles et telles. - - TEL ET QUEL, adj. composé. Intact, sans changement, dans le même - état. _Je vous rends votre sac d'argent, je vous renvoie votre - groupe tel et quel. Voici vos livres tels et quels._ Supprimez la - conjonction _et_, et dites: Voici votre argent tel quel. Voici vos - livres tels quels. - - [+] TEMPLE (LA). _Il se heurta à la temple._ Terme vieux français. - Dites: La tempe. - - TEMPS, s. m. _Une heure de temps, deux heures de temps_, etc., sont - des expressions très-correctes, mais qui appartiennent au langage - familier. Quand vous les trouvez censurées par les grammairiens, - soyez certains que ces grammairiens-là n'ont pas lu bien - attentivement les auteurs classiques; Voltaire, par exemple, s'en - est servi fréquemment. - - TEMPS, s. m. _Qui gagne du temps, gagne tout._ Proverbe remarquable - et plein de sens, qui manque dans les dictionnaires. - - TEMPS, s. m. Dans le langage des campagnards, _avoir du temps_, - signifie: Avoir un mauvais temps, avoir de la pluie ou de l'orage. - _Les hirondelles volent bas: nous aurons du temps._ Terme vaudois. - A Neuchâtel et dans le Jura on dit en ce même sens: _Il fera du - temps_. - - TEMPS, s. m. Disposition de l'air. _Le temps s'essuie_, signifie: La - pluie va cesser; la pluie semble vouloir cesser. - - TEMPS, s. m. Conjoncture favorable, commodité, facilité. _Prenez ce - sentier, Mesdames, vous aurez meilleur temps_, c'est-à-dire: Votre - route en sera plus courte et plus facile. Expression suisse. - - TEMPS (LE). Nous disons d'une personne extrêmement fière, qu'_elle - est haute comme le temps_. Mais que signifie le mot de _temps_ - dans cette phrase? Peut-être s'agit-il des régions supérieures de - l'atmosphère. - - TENDRE, v. a. (fig.) Faire passer, donner. _Tendez-moi la bouteille; - tendez-nous le sel; tendez-lui les tenailles._ - - TENDS-TU? Abréviation de «Entends-tu?» _Tu viens demain pêcher avec - nous, Robert, et de bonne heure, tends-tu? Tu as promis de venir - nous réveiller: n'y manque pas, tends-tu?_ - - TENIR, v. a. (fig.) Avoir. _Quel quantième du mois - tenons-nous?--Nous tenons le vingt._ Dites: Quel quantième du mois - avons-nous?--Nous avons le vingt. - - TENIR, v. a. Terme de négoce. Dans notre langage, _tenir une - marchandise_, signifie: L'avoir à la disposition des chalands, - l'avoir à vendre, la vendre. _Tenez-vous des brignoles,_ - _Monsieur Philippe? Tenez-vous du simolat et des fidés?_ Terme - méridional. - - TENIR DE. _Il tient de bise_, veut dire: La bise souffle. _Il tient - de vent_, signifie: Le vent souffle. - - TENIR PIED. Terme du jeu de boule, du jeu de quilles, etc. Piéter, - c'est-à-dire: Tenir le pied à l'endroit qui a été marqué pour - cela. Expression suisse et savoisienne. - - TENTATIF, IVE, adj. Tentant, tentante, qui tente. _Votre proposition - est tentative, et je l'accepte. Vous avez là des raisins fort - tentatifs._ Terme français populaire. Pour être correct, il faut - dire: Une proposition tentante; des raisins tentants, etc.; ou, si - l'on trouve trop dur à l'oreille ce mot _tentant_, on peut - facilement prendre un autre tour. - - TENTE, s. f. Banne, grosse toile que les marchands mettent aux - auvents de leurs magasins pour se garantir du soleil. _Un coup de - vent emporta la tente._ Terme méridional. - - TENUE, s. f. Direction, conduite. _La tenue d'une école; la tenue - d'une classe. La tenue de classe a été d'un mois pour chaque - concurrent._ Nous disons dans ce même sens: _Tenir la classe; - tenir l'école. Mon collègue, Mr N**, tiendra la classe à ma place - pendant deux jours._ Ces termes utiles et consacrés chez nous - n'ont pas encore trouvé place dans les dictionnaires. - - TENUE DE LIVRES, s. f. _La tenue de livres est une étude plus - importante que difficile._ Pour parler correctement, il faut dire: - La tenue des livres. - - TEPPE, s. f. Plaine inculte, terrain en friche. _Défricher une - teppe._ Terme bressan, etc. - - [+] TÉR'BENTINE, s. f. _Tér'bentine commune; tér'bentine falsifiée._ - Écrivez et prononcez «Térébenthine.» - - TERGETTE, s. f. _Pousser la tergette; fermer une porte à la - tergette._ Terme français populaire. Écrivez et prononcez - «Targette.» - - TERRAILLE, s. f. Poterie de terre. _Une marchande de terraille. Une - fabrique de terraille._ Terme suisse, savoisien, méridional et - vieux français. Une de nos rues s'appelle _le Terraillet_. - _Terrailler_ voulait dire: Potier de terre. [Voyez ROQUEFORT, - _Glossaire de la langue romane_, t. II, p. 616.] - - TERRASSIERS, s. m. Potier de terre. Le chemin _des Terrassiers_, - dans la commune de Plainpalais, tire son nom des potiers de terre - qui y étaient établis autrefois, et qui s'y sont maintenus jusque - vers l'année 1827. Terme savoisien et méridional. En Bourgogne, - dans le Berry et chez nos campagnards, _terrasse_ ou _tarasse_ - signifie: Terrine, plat de terre, vase de terre, _greulette_. - Voyez ce mot. - - TERRASSIÈRE, s. f. Poterie, fabrique de pots de terre. - - TERREAU, s. m. Dans la langue des campagnards ce mot signifie: - Fossé. En vieux français on disait: _Terrail_. - - TERRE JAUNE. L'expression _terre jaune_, employée non-seulement par - les campagnards, mais aussi par les gens de la ville, vient de ce - que dans les plans de délimitation qui ont été faits après le - traité de Turin, on a teint de jaune la bande limitrophe sur - laquelle nos voisins ne doivent pas établir de lignes de douanes. - - TERTASSE, s. f. C'est le nom que beaucoup de personnes donnent, - depuis quelques années, à l'une de nos rues montantes. Son vrai - nom est _Tartasse_. On le trouve tel dans la chanson de l'Escalade - et dans les registres latins du seizième siècle (_Tartassia_ ou - _Tartasia_). - - TESTICOTER, v. a. et n. Asticoter, contester, tracasser quelqu'un - sur de petites choses. _Si ma marchandise vous convient, - prenez-là, Mamzelle, sinon, pourquoi testicotez-vous?_ Terme - neuchâtelois, lyonnais, limousin, rouchi, etc. A Paris: - _Tassicoter_; en vieux français, _tastigoter_. - - TESTICOTEUR, s. m. Chipotier, taquin, vétilleur. - - TÊTARD, ARDE, s. et adj. Têtu, opiniâtre. - - TÊTE, s. f. Le proverbe suivant s'adresse aux personnes oublieuses, - étourdies: _Quand on n'a pas bonne tête, il faut avoir bonne - jambe_; proverbe facile à comprendre, et qui est parmi nous d'un - usage universel. - - TÊTE-À-MAILLOCHE, s. f. Têtard, grenouille non développée. - - TÊTE CARRÉE. Se dit ordinairement d'une personne opiniâtre, - obstinée, têtue, inébranlable dans ses volontés. Selon l'Académie, - «Tête carrée» se dit d'un homme qui a beaucoup de justesse et de - solidité dans le jugement. - - TÉTERASSE, s. f. Sorte de bouteille en verre, qui est d'un emploi - utile dans le nourrissage. - - TÊTIÈRE, s. f. Chevet. _La têtière du lit._ Terme parisien - populaire. - - THÉRIACLE, s. m. Sorte d'opiat. _Une prise de thériacle. Du - thériacle de Venise._ Terme français populaire et vieux français. - On doit dire: De la thériaque; une prise de thériaque. - - [+] THÉTIÈRE, s. f. _Une thétière de porcelaine; une thétière - d'argent._ Terme français populaire et vieux français. On dit - aujourd'hui: Théière. - - TIENS-TOI BIEN, s. m. Sorte de jeu, où plusieurs enfants sautent - l'un après l'autre sur un d'entre eux, lequel se tient courbé en - forme de cheval. _Jouer à tiens-toi bien._ On dit à Paris: Jouer - au cheval fondu. - - TIAFFE, s. f. Voyez TIOFFE. - - TIETTE, s. f. _Tiette! tiette!_ est le cri par lequel nous appelons - les poules. _Tiette_ est pour _tiotte_; et _tiotte_ est un abrégé - de _petiote_ (petite). En Languedoc on dit: _Tite! tite!_ pour: - Petite! petite! Dans nos villages on dit: _Tîhit[)a]_ ou - _tît[)a]_. - - TIGNACHE, s. f. Tignasse, mauvaise perruque. - - TIGNON, s. m. Quignon, gros morceau. _Un tignon de fromage._ - - TILLOL, s. m. Arbre. Écrivez et prononcez «Tilleul.» Les campagnards - disent: _Tillot_ (_o_ bref). Terme jurassien, berrichon, vieux - français, etc. - - TINQUET, s. m. Gros morceau de quelque chose qui peut se manger à la - main. _Un tinquet de pain; un tinquet de châchaud; un tinquet de - saucisse._ A Neuchâtel on dit: _Un tanquin_. - - TIOFFE ou TIAFFE, s. f. Nigaude, niaise, bécasse. _Cette grosse - tioffe ne vient-elle pas me marcher dessus!_ - - TIOFFU, UE, adj. et subst. Se dit des personnes et signifie: Lourd, - lourdaud, épais. - - TIOLE, s. f. Nous disons de quelqu'un qui est ivre: _Il a sa tiole_; - expression qui nous vient des campagnards. _Tiole_ ou _tieule_, en - patois, signifie: Tuile. En vieux français: _Tieule_. - - TIOQUAND, ANDE, subst. Nom propre des habitants du pays de Gex, puis - dénomination injurieuse pour dire: Un gros paysan, un homme - grossier dans ses manières. _C'est un tioquand._ - - TIOQUE, s. f. Se dit d'une personne sotte et maladroite. _Que tu es - tioque, ma pauvre Thérèse! Tu as le talent de casser tout ce qui - te passe par les mains._ - - TIOQUER (SE), v. pron. Se choquer, se heurter; donner ou frapper - contre. _L'enfant se tioqua la tête contre un mur. Ces deux - personnes se sont tioquées dans l'obscurité._ Voyez TÔQUER. - - TIOULÉE, s. f. Larmes abondantes. - - TIOULER, v. n. Fondre en larmes. - - TIOU-TIOU, s. m. Chevalier aboyeur, sorte de bécassine. - - TIPE-TAPE (À), locut. adv. Beaucoup, abondamment, à foison; en - veux-tu, en voilà. - - TIPONNER, v. a. Tirailler, chiffonner, manier une chose comme ferait - celui qui pétrit la pâte, _pitonner_. - - TIRAGE, s. m. Tir, place où l'on s'exerce à tirer des armes à feu. - _Un tirage spacieux._ Terme suisse. - - TIRAILLE, s. f. La _tiraille_ est un jeu d'écoliers, dans lequel, - rangés en deux camps plus ou moins nombreux, ils se tiraillent - violemment à l'envi, tâchant d'amener à eux, et de retenir - prisonniers, leurs adversaires. _Faire à la tiraille._ - - TIRANT, s. m. Courant d'air. _La fenêtre entr'ouverte formait un - tirant. C'est le tirant de la porte qui fait ce bruit._ Terme - vaudois. - - TIRANT, s. m. Tiroir. _Le tirant de la table._ Terme vaudois. - - TIRANTE, s. f. Se dit d'une femme qui est dure à la desserre, qui - _tire_ tout à elle, qui accapare et ne fait que des marchés à son - avantage. _Vous êtes bien tirante, ma bonne dame: si tout le monde - marchandait comme vous, où en serait-on?_ - - TIRE, s. f. File, rangée, suite, longue suite. _Une tire de hutains. - Voilà une bonne pluie, Monsieur Colas.--C'est vrai, Monsieur: mais - il nous en faudrait deux jours de tire_, c'est-à-dire: Deux jours - de suite. - - TIRE, s. f. _Écrire à tire de plume_, c'est écrire aussi vite que la - plume peut aller. _Pourrais-tu écrire à tire de plume le discours - entier du prédicateur?_ On dirait en français: Pourrais-tu écrire - à trait de plume? - - TIRÉE, s. f. Tire, traite, certaine quantité de chemin que l'on fait - sans se reposer. _Nos petits voyageurs firent cinq lieues tout - d'une tirée. De Genève à Douvaine il y a une forte tirée._ - - TIRÉE D'OREILLES, s. f. _Il a eu sa tirée d'oreilles, sa bonne tirée - d'oreilles_, c'est-à-dire: On lui a tiré vigoureusement les - oreilles. - - TIRE-GOUINE, s. f. Mauvaise viande. On dit aussi: _Treguigne_. - - TIRE-LÂCHE. _Faire à tire-lâche_, tirer et lâcher tour à tour. Sorte - de jeu ou d'exercice gymnastique entre jeunes garçons. - - TIRE-LIGNU, s. m. Sobriquet des cordonniers. Voyez LIGNU. - - TIRE-POILS, s. m. Gribouillette, sorte de divertissement d'enfants. - _Faire à tire-poils_, c'est jeter des _bonbons_, des dragées, de - l'argent, au milieu d'une troupe d'enfants, qui cherchent à s'en - saisir, et qui ont le droit de prendre aux cheveux ceux qui en - sont détenteurs. Terme savoisien et méridional. - - TIRER, v. a. _Tirer son chapeau_ (se découvrir), est une expression - vicieuse, quoique très-usitée en Suisse, en Savoie et même en - France. _Sois poli, Janot, et tire ton chapeau à ces messieurs. Je - lui tirai poliment mon chapeau, mais il ne daigna pas me rendre le - salut._ Pour être correct, il faut dire: Ôter son chapeau. Je lui - ôtai mon chapeau. Nous faisons une faute semblable quand nous - disons: _Tirer son habit, tirer sa veste_. Il faut dire: Ôter son - habit, ôter sa veste. - - TIRER, v. a. Aller, poursuivre. _Filez, petits drôles, et tirez bien - vite votre chemin._ - - TIRER À L'ARC. Cette expression n'est pas française. On doit dire: - Tirer de l'arc, tirer de l'arbalète. - - TIRER AU PISTOLET. Les dictionnaires disent: Tirer le pistolet. Les - expressions _tirer au fusil, tirer à la carabine, tirer au canon_, - ne se trouvent non plus dans aucun dictionnaire français. - - TIRER LES YEUX. Se dit d'un grand éclat de lumière, et signifie: - Éblouir, blesser, offenser les yeux. _La réverbération nous tirait - les yeux. Finis avec cette rataco, tu me tires les yeux._ _Se - tirer les yeux_, signifie: Se faire mal aux yeux en travaillant - sans clarté suffisante. _Il fait presque nuit, ne lis pas - davantage, tu vas te tirer les yeux._ - - TIRER (SE), v. pron. S'ôter, se retirer. _Tire-toi de là, Michel. - Jeunes gens, tirez-vous d'ici._ Terme méridional, etc. - - TIREVOUGNER ou TRIVOUGNER, v. a. Secouer, tirailler. Dans le - dialecte fribourgeois, _A tire vougne_, adverbe, signifie: Avec - difficulté, péniblement. - - TIRE-ZYEUX, s. m. C'est le nom que les campagnards donnent à - l'insecte que nous appelons en français: Demoiselle. - - TOBIE (UN). Un niais, un nigaud, un _idoine_, un hébêté. _Tobie que - tu es! Oh! le tobie! Oh! le gros tobie!_ Terme berrichon, etc. - - TOCANTE, s. f. Montre, petite horloge de poche. - - TÔCHE ou TAUCHE, s. f. plur. Terme d'écolier. But qu'il faut - atteindre, dans certains jeux courants, pour être à l'abri de - poursuite. _Marquer les tôches; rester aux tôches; arriver aux - tôches. Ne frouille pas; j'étais aux tôches quand tu m'as pris._ - - TÔCHER, v. n. Terme d'écolier. Arriver au but, atteindre les - _tôches_, être aux _tôches_, toucher. _Tôché! tôché! On a tous - tôché!_ - - TÔFET, s. m. Sorte de petite pâtisserie. _Un plat de magdelaines et - de tôfets._ Terme jurassien, etc. R. _tôt fait_, vite fait. Dans - le dialecte rouchi, _toto fet_ est le nom d'une sorte de friture. - - TOIL, s. m. Toit. _Monter sur le toil; réparer le toil._ Ce terme - appartient au langage le plus négligé. - - TOILE, s. f. (fig.) _Avoir la toile sur les yeux_, signifie: Être - agonisant, être à l'article de la mort. Expression bordelaise, - etc. - - TOISÉ, ÉE, adj. (fig.) Mort, fini, fait. _L'oncle Pierre vit-il - encore?--Ah! il y a longtemps qu'il est toisé. Après une telle - faillite, c'est un homme toisé. Quant à sa fortune, n'en parlons - pas, elle est toisée_ (mangée, dévorée). _Eh bien! c'est entendu, - c'est une affaire toisée._ - - TOJOTTE ou TEUJOTTE, s. f. Mauvaise taverne, cabaret borgne, cabaret - mal approvisionné. Terme vaudois. - - TÔLÉE, s. f. Voyez TAULÉE. - - TOMBÉE, s. f. Surcroît de convives, affluence de convives qui - n'étaient pas attendus. _Eh bien! femme, que dis-tu de cette - tombée d'hier? Heureusement qu'on avait des oeufs et du jambon._ - _Tombée_ se dit aussi des acheteurs qui arrivent en grand nombre à - une foire ou à un marché. Terme méridional. - - TOMBÉE (UNE). La plus petite quantité possible d'une chose liquide, - un soupçon, un rien. _Vous offrirai-je du vin, Caroline?--J'en - prendrai une tombée, une apparence. Une tombée de vinaigre ne va - pas mal dans les pommes de terre au lait._ - - TOMBER, v. n. (fig.) _Sitôt qu'il l'eut aperçue, il en tomba - amoureux_, c'est-à-dire: Il en devint amoureux. - - TOMBER, v. n. Arriver, parlant des personnes. _De la rue Verdaine on - tombe dans celle de Rive._ Cette expression n'est pas correcte. - Tomber ne se dit que de la rue elle-même ou du chemin. Ainsi l'on - dira: La rue du Terraillet tombe dans les Rues-basses. Le chemin - Vert tombe dans la route de Malagnou, etc. - - [+] TOMBURE, s. f. Chute. _Une mauvaise tombure. Qu'as-tu au front, - Gautier?--Ce n'est rien, c'est la marque d'une ancienne tombure._ - En provençal on dit: _Toumbaduro_. - - TOMME, s. f. Petit fromage blanc fait avec du lait de chèvre. _Nous - déjeûnâmes tout uniment de pain et de tomme. La tomme est moins - pesante à l'estomac que le fromage. Un poulet d'horloger, c'est - une tomme._ Terme suisse, savoisien et jurassien, dauphinois, - limousin, provençal et languedocien. _Faire la tomme_, se dit des - enfants à la mamelle, lorsqu'ils vomissent leur lait. - - TON, s. m. Nous disons proverbialement: _C'est le ton qui fait la - chanson._ Les dictionnaires français disent: C'est le ton qui fait - la musique. - - TON, s. m. (fig.) Vanité, manières hautaines, goûts de dépense et de - faste. _Avoir du ton. Prendre du ton. La jeune Octavie est fort - simple; sa mère au contraire a beaucoup de ton. Dès que cette - famille a été dans une sorte d'aisance, elle a pris du ton._ - «Prendre un ton» est français, et signifie: Prendre des airs de - supériorité. - - TONNERRE, s. m. Nous disons: _Il fait du tonnerre; il a fait un gros - tonnerre; nous aurons des tonnerres._ On le dit ainsi en Suisse, - en Savoie, dans le Midi et sans doute ailleurs. Mais les - dictionnaires se taisent sur ces locutions qu'ils remplacent par - les suivantes: Le tonnerre gronde; il a fait un coup de tonnerre; - il tonnera. - - TOPER, v. n. Taper, donner un coup. _Allons, c'est conclu! tope là!_ - - TÔPER DANS ou DEDANS. Donner dans. _Es-tu bête, Jean-Pierre! Il t'a - poussé une bourde et tu as tôpé dedans._ - - TÔPER (SE), v. pron. Se heurter. _Se tôper_, v. récip. Se battre. - _Ils se rencontrèrent à la nuit tombante et se tôpèrent._ - - TOPETTE, s. f. Petite fiole, petite bouteille en verre blanc. _Une - topette de sirop. Une topette de ratafia._ Terme français - populaire. - - TOQUE, s. f. Terme du jeu de _mâpis_. Petite butte, petite - élévation. _Jouer à la toque. Une bonne toque._ - - TÔQUÉE, s. f. Rossée, distribution de coups. _Recevoir une tôquée. - Donner une tôquée._ Voyez TAUQUÉE. - - TÔQUER, v. a. Frapper. Se dit des personnes et de certains animaux, - des boeufs, par exemple, des vaches, des béliers et des moutons. - _Retirez-vous, mes enfants, cette vache tôque; elle pourrait vous - tôquer. Voyez ces moutons, comme_ _ils se tôquent. La nuit était - sombre, je me tôquai contre le mur._ Nos campagnards de la rive - droite disent: _Tiôquer_. En vieux français, _toquer_ signifie: - Heurter, frapper. Terme normand. Voyez TAUQUER. - - TORCHE, s. f. Coussinet, bourrelet, tortillon, linge tortillé en - rond, que les femmes se mettent sur la tête quand elles portent un - vase, une corbeille, une seille, etc. Terme suisse, savoisien et - franc-comtois. - - TORCHE, s. f. Terme culinaire. Hachis auquel on donne la forme d'une - _torche_. Voyez ce mot. Nous appelons aussi _torche_ une sorte de - pain rond. - - TORCHÉE, s. f. Rossée, gifle, volée de coups. Terme vaudois. - _Torcher_ est français, dans le sens de «Battre.» - - TORCHE-MIRAUD. Voyez GIRAUD, t. I, p. 231. - - TORCHER, v. a. Pour exprimer qu'un homme n'aura pas ce qu'il désire, - nous disons figurément et proverbialement: _Il peut bien en - torcher son couteau_. Les dictionnaires disent: «Il n'a qu'à s'en - torcher le bec.» - - TORCHETTE, s. f. Petit torchon. Nous disons d'une assiette bien - _amassée_, ou d'un plat où l'on n'a rien laissé, qu'_il est net - comme torchette_, comme si la _torchette_ y avait passé. Puis - adverbialement, _net comme torchette_, veut dire: Sans faute, sans - hésiter, rondement. _Tu crois qu'il badine? Détrompe-toi, il le - fera net comme torchette._ - - TORCHON DE PAILLE, s. m. Le terme français est: Bouchon de paille. - - TORCHONNER, v. a. Frotter avec un torchon. Terme vaudois et - neuchâtelois. - - TORCHONNER, v. a. Chiffonner, faire maladroitement ou par accident - des plis à sa robe. _Ne torchonne pas cette cravate. Voyez la - petite sotte, comme elle s'est torchonnée._ - - TORDRE L'OREILLE, (fig.) _Tordre l'oreille à un enfant_, signifie: - «Sevrer un enfant.» _C'est aujourd'hui qu'on tord_ _l'oreille à - notre petite Lili._ Cette expression, qui appartient au langage le - plus familier, fait peut-être allusion au déplaisir, au chagrin - extrême qu'éprouve le petit enfant lorsqu'on le sépare de sa - nourrice. - - TORNIOLE, s. f. Taloche, étrillée. _Flanquer une torniole. Il ne se - vante pas de la torniole qu'il a reçue._ Terme berrichon, etc. - - TORTILLER (SE). Se dit quelquefois des personnes et signifie: - Marcher avec un mouvement, avec un balancement trop marqué des - hanches, affecter une démarche vive, dégagée et gracieuse. _Cette - jeune ouvrière se donne des airs, elle se tortille en marchant._ - - TORTOLION, s. m. Craquelin, sorte de pâtisserie en forme de collier. - Dans le Dauphiné on dit: _Tourtillon_. En français, «Tortillon» - signifie: Linge tortillé. - - TÔTU-BÔTU (UN). Un bloc. _Faisons de toutes ces marchandises un - tôtu-bôtu._ Voyez AUTU-BÔTU, t. I, p. 29. - - TOUILLER, v. n. Être rassasié, ne pouvoir plus avaler. Ne s'emploie - qu'à l'infinitif. - - TOUILLON, s. m. Femme malpropre, femme repoussante par la saleté et - le désordre de ses vêtements. _Un vieux touillon._ Terme vieux - français. Dans le Jura on dit: _Tolion_. Dans le patois picard, - _touillon_ signifie: Torchon. A Reims, _touiller_, v. a., salir. - - TOUNIAUD (UN). Nous disons d'une personne qui est habituellement - salement vêtue: _C'est un touniaud. Votre écureuse est un vrai - touniaud._ Dans le canton de Vaud, _touni_ veut dire: Idiot, - hébété, bélître. En Normandie, _tounieux_ ou _touonious_ - signifient: Fainéant, vagabond. [Voyez le _Dictionnaire normand_ - de MM. DUMÉRIL, p. 207.] - - TOUPIN, s. m. Cruche, jarre, pot de terre. Ce mot n'est plus guère - employé, à Genève, que dans cette expression figurée: _Être sourd - comme un toupin_, c'est-à-dire: Être sourd comme un pot, être - excessivement sourd. Terme suisse et méridional. Dans le Jura on - dit: _Tepin_; en Savoie, _topin_; dans l'Anjou, _tupin_. Chez nos - campagnards, _toupin_ ou _tepin_ est le nom de la cloche des - vaches. - - TOUPINAMBOU, s. m. Sorte de plante. Écrivez et prononcez - «Topinambour.» - - TOUPINE, s. f. Cruche, jarre, grande terrine avec ou sans anse. _Une - toupine de beurre cuit; une toupine de graisse molle. La toupine - glissa de dessus la table et fut ébriquée._ Terme suisse et - savoisien. En Languedoc, _toupine_ se dit d'un pot à faire nicher - les moineaux. Nous disons figurément et très-populairement d'une - personne morte depuis un certain temps, qu'_elle fait des - toupines_, c'est-à-dire: Que sa cendre, confondue avec la terre, - est redevenue argile. En Languedoc, _faire terre_ signifie: - Mourir. [Voyez VILLA, _Nouveaux Gasconismes corrigés_, t. II, p. - 379.] - - TOUPINER, v. n. Thésauriser, entasser des écus dans une _toupine_. - - TOUR, s. m. Nous disons: _Celle nouvelle m'a donné le tour_, pour: - Cette nouvelle m'a troublé, m'a bouleversé, m'a tourné le sang. - _La vue de ce cadavre livide m'a donné le tour._ - - TOUR, s. m. Nous disons: _Donner le tour_, pour: Faire le tour. _Par - où dois-je passer pour arriver facilement à ton logis?--Il te faut - donner le tour par la cathédrale._ - - TOUR, s. m. _Faire le tour, donner le tour_, signifient: Suffire à - la dépense de l'année, joindre les deux bouts. _Eh bien, Jacques, - les affaires vont-elles mieux?--Oui, un peu mieux; avec beaucoup - d'économie j'ai pu faire le tour._ - - TOUR, s. m. _S'en donner deux tours_, ou _s'en donner deux tours et - la revirée_, signifie: S'en donner à outrance, se divertir à fond, - se livrer à ce qu'on fait complétement et sans arrière-pensée. - Voyez REVIRÉE. - - TOURMENTE, s. f. (fig.) Le dernier degré de l'ivresse. - - TOURMENTE-CHRÉTIEN, s. m. Celui qui obsède, importune, tourmente - quelqu'un. _Laisse-moi tranquille, tu n'es qu'un - tourmente-chrétien._ On retrouve la même forme dans: _Un - tourmente-enfants, un gâte-enfants_. - - TOURNE (LA). La retourne. Terme du jeu de cartes. _Quelle est la - tourne?--Il tourne pique._ Français populaire. - - TOURNELLE, s. f. Petite tour, tourelle. _Un château à quatre - tournelles._ Terme franc-comtois, berrichon, etc. - - TOURNEMENT DE TÊTE, s. m. Tournoiement de tête, vertige. _Être sujet - aux tournements de tête._ «C'est ainsi que l'on peut s'accoutumer - à voir sans crainte et sans _tournement de tête_, les abîmes les - plus profonds.» [DE SAUSSURE, _Voyages dans les Alpes_, t. Ier, p. - 366.] Terme suisse, savoisien et méridional. J.-J. ROUSSEAU a dit - correctement: «Les lieux escarpés me font tourner la tête, et - j'aime beaucoup ce tournoiement.» [_Confessions_, livre IV.] - - TOURNER, v. a. Terme de certains jeux de cartes. _Que tourne-t-il?_ - Dites: De quoi tourne-t-il?--Il tourne coeur, il tourne carreau. - - TOURNER, v. a. _Tourner les moutons, tourner les vaches_, etc. Les - ramener du lieu où ils ne doivent pas paître à celui qui leur est - destiné et d'où ils s'étaient écartés. On dit en patois: _V'ri_; - et dans le patois limousin, _vira_ (virer, tourner). - - TOURNER, v. n. Au lieu de: _La langue lui a tourné_, on dit en - français: La langue lui a fourché, la langue lui a manqué, - c'est-à-dire: Il a prononcé par méprise un mot pour un autre. - - TOURNER UN HABIT. Est une expression gasconne et incorrecte. Ne - dites donc pas: _Habit tourné, pantalon tourné, redingotte - tournée_. Dites: Habit retourné, pantalon retourné, etc. - - TOURNER (SE), v. pron. S'altérer, changer en mal, se cailler, - tourner. _Notre lait s'est tourné. Ce vin se tournera si l'on n'y - prend garde._ Nous disons aussi, par exagération, d'une personne - qui a éprouvé une forte émotion, un saisissement violent et - pénible: _Son sang s'est tourné_. Il faut dire: Le sang lui a - tourné, c'est-à-dire: Il s'est fait dans son corps une révolution - subite. - - TOURNER (SE), v. pron. Nous disons figurément de quelqu'un qui est - perplexe, embarrassé dans une affaire et qui ne sait quel parti - prendre: _Il ne sait de quel côté se tourner_. On doit dire: Il ne - sait de quel côté tourner. - - [+] TOURNER (S'EN), v. pron. S'en retourner. _Tourne-t'en, Gaspard: - on serait en peine chez toi. Voici la nuit, tournons-nous-en._ - Expression languedocienne. - - TOURNICOTER ou TOURNILLER, v. n. Tournailler, tourner fréquemment, - rôder, virer, faire cent tours et détours. _As-tu assez tournillé, - assez viré, et t'asseyeras-tu enfin?_ Le dictionnaire de - BESCHERELLE et le _Complément_ de l'Académie disent que - _tourniller_ est peu usité en France. A Genève il est fort connu. - - TOURPIN-TOURPINANT, loc. adv. Clopin-clopant. _Aller - tourpin-tourpinant_, signifie: Manquer d'aplomb dans sa démarche, - chanceler. - - On voyait des trous à ses bas, - Ses souliers acculés.... Mais le plus ridicule - C'est qu'à chaque talon il avait une _mule_ - Qui le faisait aller tout _tourpin-tourpinant_, - Ce qui lui donnait l'air d'un _étieurne_ en marchant. - - [CH.] - - Dans le patois vaudois, _touerpin_ ou _touarpeun_, s. m., se dit - d'une personne qui a le pied bot ou tordu, ou dont la démarche est - gênée. - - TOUSSILLER ou TOUSSOTER, v. n. Diminutif de «Tousser.» Tousser - légèrement, avoir un peu de toux. - - [+] TOUSSIR, v. n. _Mon pauvre Joson a toussi depuis hier à soir - jusqu'à ce matin._ Terme français populaire et vieux français. - Dans notre patois on dit: _T'ci_, et dans le patois de l'Isère, - _tussi_. - - TOUT, adj. Ne dites pas: _Une fois pour tout_; dites: Une fois pour - toutes, c'est-à-dire: Une fois pour toutes les fois subséquentes. - _Fais bien attention, Albin: je te le dis une fois pour tout, et - je ne le répéterai plus._ Français populaire. - - TOUT, adj. masc. _Dans le tout commencement de son mariage, Alexis - avait eu quelques égards pour sa femme. As-tu dansé hier à ce - bal?--Un peu au commencement, au tout commencement._ Cette - expression, si fréquente chez nous, n'a point d'équivalent en - français. - - TOUT DE MÊME, loc. adv. Oui, d'accord, à la bonne heure, volontiers. - _Eh bien, Messieurs, faisons-nous la partie de billard?--Tout de - même._ - - TOUT DE MÊME, loc. adv. Nonobstant cela, d'ailleurs. _Je ne vous - conseille pas d'aller au théâtre ce soir: tout de même il est déjà - tard. Renoncez à ce grand voyage: tout de même la mauvaise saison - n'est pas loin._ Français populaire. - - TOUT PREMIER (LE). _Mes enfants, vous êtes des indiscrets, et toi, - Mathurin, le tout premier. À quelle place es-tu dans ton école, - Philippine?--Je suis la toute première._ Dites: Et toi, Mathurin, - tout le premier: Je suis la première. [Voyez le dictionnaire de - l'Académie, au mot PREMIER.] - - TOUT NOUVEAU, etc. Pour exprimer que les esprits légers et - inconstants s'enthousiasment d'abord de tout ce qui est nouveau, - mais s'en dégoûtent non moins vite, nous disons proverbialement: - _Tout nouveau, tout beau_, ou _tout est beau_. En français on dit: - Au nouveau, tout est beau. - - TRAFI, s. m. Prononciation vicieuse du mot _trafic_, dont le _c_ - doit se faire entendre. - - TRAGAL, s. m. Sorte de filet, appelé aussi _monte_. - - TRAGIVERSER ou TRÉGIVERSER, v. n. Tergiverser. - - TRÂGUE, s. m. Aide-maçon, porte-mortier. - - TRÂGUER, v. a. Porter, traîner, trôler. _Se trâguer d'une promenade - à une autre. Qu'as-tu fait hier, Lamboteau, qu'on ne t'a pas vu au - sarcle?--Ma fiste, hier c'était Pâques, et j'ai fait comme les - autres: j'ai trâgué ma cauque et mes ourious._ Terme suisse. En - allemand on dit: _Tragen_. - - TRAÎNARD, ARDE, adj. _Accent traînard, voix traînarde._ Dites: - Accent traînant, voix traînante. - - TRAÎNASSER, v. a. Augmentatif de traîner; transporter sans soin et - malproprement. _Tu as une belle poupée toute neuve, et tu la - traînasses partout._ _Se traînasser_ signifie: 1º Se salir en se - traînant par terre; 2º Se trimbaler, flâner. En français, - Traînasser, v. n., veut dire: Traîner en longueur. Ce mariage a - bien traînassé. - - TRAÎNE, s. f. État de santé languissant, indisposition qui se - prolonge, maladie lente, abattement de force après un gros rhume. - _Notre Thérèse n'a pas ce qui s'appelle une maladie: elle a une - traîne. Depuis cette mauvaise traîne, je n'ai jamais pu me - rétablir comme il faut._ Terme vaudois. - - TRAÎNE-GAÎNE, s. f. Tout ce qui embarrasse la marche et qu'il faut - traîner après soi. _Ce qui m'ennuie à la promenade, c'est cette - traîne-gaîne d'enfants._ Dans le Jura, _traîner la gaîne_ - signifie: Porter les livrées de la misère. Dans le français - populaire, _traîne-gaîner_, v. n., battre le pavé avec l'épée au - côté. - - TRAIN-TRAIN, s. m. _Le train-train des affaires_, c'est: Le cours - ordinaire des affaires, la manière la plus ordinaire de les - conduire. On dit de même: _Le train-train de la maison; le - train-train du bureau; le train-train du commerce_. A Gap on dit: - _Le trintran_. L'expression française est: Le trantran. Le - trantran des affaires, etc. - - TRAIT, s. m. Traite, étendue de chemin que l'on fait d'un lieu à un - autre sans s'arrêter. _Nous allâmes tout d'un trait de Genève à - Bonneville._ Terme méridional. - - TRAITER POUR. _Les médecins le traitaient pour un engorgement au - foie: c'était un anévrisme du coeur._ Dites: Les médecins le - traitaient D'UN engorgement au foie, c'était, etc. - - TRAÎTRISE, s. f. L'action de trahir, trahison. Terme franc-comtois, - méridional, etc. - - TRALAISON, s. f. Travée, travaison, rang de solives. Terme vaudois. - - TRÂLÉE, s. f. Ribambelle, séquelle, quantité. _Une trâlée de gamins. - Une trâlée de mendiants. Une trâlée d'injures. Il nous lâcha une - trâlée de sottises._ Terme vaudois et fribourgeois. - - TRANCANAGE, s. m. Changement de vase inutile et fâcheux. _Quel - trancanage me fais-tu? As-tu bientôt fini tous ces trancanages?_ - - TRANCANER, v. a. Transvaser inutilement un liquide, et par là le - perdre ou le gâter. _Laisse-moi ce vin dans cette bouteille et ne - le trancane pas tant. Que trancanes-tu là?_ _Se trancaner_, v. - pron. Se trimbaler, aller sans but et par flânerie d'un lieu à un - autre. - - TRANCHER, v. n. Tourner, se cailler. _Cette crême est tranchée. La - sauce a tranché. Les tonnerres font trancher le lait._ Terme - suisse, savoisien, berrichon, etc. - - TRANCIZION, s. f. Orthographe et prononciation vicieuse du mot - «Transition,» lequel se prononce _tran-zi-cion_. - - TRANSPERCER, v. a. Mouiller d'outre en outre, mouiller jusqu'aux os, - percer entièrement. _Cette pluie battante nous a transpercés._ - Dans le nord de la France on dit: _Trapercer_. - - TRANSVASAGE, s. m. Soutirage, remuage. _Le transvasage du vin blanc - se fait chez nous au mois de mars._ Terme suisse, lorrain, etc. - Transvaser est français. - - TRANZI, ZIE, part. Prononciation vicieuse du mot «Transi» (transi de - froid), que l'on prononce _tran-cy_, comme _Nancy_. - - TRAPE, adj. Trapu, court et gros, courtaud. En Dauphiné et en - Languedoc on dit: _Trapet_; à Lyon, _trapot_. - - TRAS ou TRÀ, s. m. Terme des campagnards. Solive, poutre, grosse - pièce de bois. _Placer un tras; changer un tras; remuer un tras._ - Terme vaudois, fribourgeois, savoisien et lyonnais. Dans le patois - de l'Isère: _Trau_; dans le patois lorrain, _trais_; en vieux - français, _trabe_. R. lat. _trabs_. - - TRAVAILLER QUELQU'UN. Se prend en mauvaise part et signifie: - Solliciter quelqu'un, chercher à le gagner, à le capter, à le - retourner. _Travailler un juge. Le sieur N**, proche parent du - président de la Cour, l'avait longtemps travaillé._ Expression - énergique, inconnue aux dictionnaires, mais usitée en Dauphiné, en - Lorraine et sans doute ailleurs. - - TRAVAILLER DE. _Il travaille d'horlogerie. Elle travaille de - couturière. Notre cousine travaille de lingère. Mr Mathieu - travaille de gypier_, etc. Dites: Il travaille en horlogerie; elle - travaille en couture; notre cousine travaille en linge, en - broderie, etc. - - TRAVAILLER SUR. _Travailler sur l'or; travailler sur le diamant_, - etc. Dites: Travailler en or, travailler en diamant, etc. - - TRAVERS (LE). Se dit des étoffes et signifie: L'envers. _Le_ - _travers de ce drap est aussi beau que le droit. Voilà le droit, - voilà le travers._ Dites: Voilà l'endroit, voilà l'envers. - - TRAVERSE, s. f., ou VENT DE TRAVERSE, s. m. Le vent d'ouest. - - TRAVERSER UN PONT. Dites: Passer un pont. _Le cheval s'abattit en - traversant le pont de Carouge_ (en passant le pont de Carouge). - - TREDAINE ou TRIDAINE, s. f. Tiretaine, drap grossier. _Un habit de - tredaine._ Terme vaudois, jurassien, etc. - - TREDON ou TREDAN, s. m. Bruit de désordre, tapage, tumulte. - _Entendez-vous ce tredon? C'est un tredon à essourdeler._ Terme - suisse. Selon CH. NODIER, _trudon_ signifie: Tambour. - [_Dictionnaire des onomatopées_, 2e édition, p. 278.] - - TREGUIGNE ou TIRE-GOUINE, s. f. Viande dure et filandreuse, viande - de très-mauvaise qualité. Au sens figuré, _treguigne_ est - l'équivalent des mots canaille, crapule, objet de rebut, chose de - néant. On dit aussi: _Tregougne_. - - [+] TREMBLE, s. m. Tremblement, frisson. _Quand je pense à cet - horrible espectacle, le tremble me prend. Sa maladie commença par - un grand tremble._ - - TREMBLER, v. a. Secouer, hocher. _Trembler un arbre_, c'est: Le - secouer pour en faire tomber les fruits. _On leur abandonna deux - pommiers qu'ils tremblèrent à outrance._ - - TREMPE, adj. Trempé, extrêmement mouillé. _Elle arriva toute trempe - de sueur._ Français populaire. - - TREMPE, s. f. Volée de coups, rossée. _Donner une trempe. Recevoir - une trempe._ - - TREMPÉE, s. f. Terme des campagnards. Pluie abondante, pluie de - durée qui trempe la terre. _Il a fait une bonne trempée._ Terme - lorrain, etc. - - TREMPOTTE, s. f. Mouillette, pain trempé dans du vin pur. _Faire la - trempotte._ Terme jurassien. Dans diverses provinces de France on - dit: _Faire la trempette_; ailleurs, _faire la trempinette, faire - la trempusse_. - - TRENTE-SIX. _Vous en avez trente-six_, veut dire: Vous en avez - menti. _Il en a trente-six_, il en a menti. - - TRÉPER, v. a. Terme des campagnards. Marcher sur. _Tu me trèpes_ (tu - marches sur ma robe). Dans le patois limousin: _Trepa lo terro_, - piétiner la terre, etc. En Lorraine, _tripler_ signifie: Fouler - aux pieds. En vieux français on disait: _Triper_ et _trepper_. R. - lat. _tripudio_. - - TRÈS, adv. C'est mal parler que de dire: _J'ai très-faim; j'ai - très-soif; j'ai très-sommeil; j'ai eu très-peur; tu as - très-raison; elle a très-mal au pied. Ce pauvre Nicolin aurait - très-besoin d'un chapeau. Je te prête mon joli parapluie, mais tu - en auras très-soin. Vos petites friandises ont fait très-plaisir. - Tu as très-tort de désobéir, Ferdinand. C'est très-dommage de - chapler ce morceau d'étoffe_, etc. L'adverbe _très_ ne doit pas - modifier un substantif. Les phrases suivantes sont donc aussi - incorrectes: _Ce jeune homme fait très-l'aimable; il fait très-le - gentil et sa soeur fait très-la savante_. - - TRESSAUT, s. m. Tressaillement. _À ce coup de canon, je fis un - tressaut._ «Je redoublai de sommeil, après avoir été secoué par un - énorme tressaut.» [TÖPFFER, _Le Presbytère_, p. 36.] En vieux - français, _tressault_ signifie: Action de sauter, action - d'enjamber. Tressauter est dans quelques dictionnaires. - - TRIAILLE, s. f. Triage. _Faire une triaille. Ce n'est que de la - triaille_ (ce n'est que du rebut). Terme méridional. - - TRICOTER, v. a. Bâtonner, rosser. Terme vieux français. «Tricot,» - gros bâton, est français. - - TRIÉGE, s. m. Toile ouvrée. _Triége uni, triége façonné._ Terme - suisse, savoisien et franc-comtois. - - TRIÉGÉ, GÉE, adj. Ouvré, ouvrée. _Serviette triégée._ - - TRIFOUILLER, v. a. Farfouiller. - - TRIMAILLEMENT, s. m. Mouvement, trémoussement. Dans le français - populaire, «Trimer» signifie: Marcher vite et avec fatigue. - - TRINCANAGE, s. m. Voyez TRANCANAGE. - - TRINCANER, v. n. Voyez TRANCANER. - - TRINGUE, s. f. Tringle. _Tringue de rideau. Pourrais-tu m'avanter - cette tringue?_ Terme lyonnais et vieux français. - - TRINGUETTE, s. f. Pour boire, petite gratification. _La tringuette - du cocher._ A Neuchâtel on dit.: _Le tringuelt_; en allemand, - _Trinkgeld_. - - TRINQUEBALLER, v. a. Augmentatif de «trimballer,» qui signifie: - Traîner, mener, porter partout. Terme français populaire. Dans le - canton de Vaud on dit: _Tringuemaller_. - - TRIÔLE, s. f. Répétition d'un air de musique plaintif et ennuyeux, - ritournelle fatigante. _Ne continue pas cette triôle. Dis-donc, - quinquerneur, tu nous impatientes avec ta triôle._ Terme suisse. - Au figuré, nous appelons _triôle_, une personne ennuyeuse, et qui - rabâche toujours les mêmes choses. - - TRIÔLER, v. a. Répéter plaintivement la même chose, importuner par - des demandes réitérées. _Va-t'en, Alexis, tu me triôles. Que - triôles-tu là depuis trois quarts d'heure?_ Dans le canton de Vaud - on dit: _Triouler_. R. _triolet_, petite poésie de huit vers dont - le premier se répète deux fois. - - TRIPOT, s. m. Nous donnons à ce mot un sens qu'il n'a pas en - français. Tripotage, manigance, micmac, menée sourde, cancan. - _Faire des tripots. Se mêler dans un tripot. N'êtes-vous pas - dégoûté de leurs tripots?_ BESCHERELLE, qui seul fait mention de - ce mot, pris dans ce sens, le donne comme peu usité. Il est fort - connu chez nous. - - TRIPOTEUR, EUSE, subst. Tripotier, tripotière, celui ou celle qui se - mêle de tripotages. Terme suisse et savoisien. - - TRIURES, s. f. pl. Épluchures. - - TRIVOUGNER, v. a. Tirailler quelqu'un ou quelque chose; secouer, - ébranler en secouant. Dans le patois vaudois on dit: _Trevougni_ - ou _tservougni_. - - TROC. _De troc ou de broc._ En français: De bric et de broc. - [BESCHERELLE.] _Il mène ma vache en champ, et elle se nourrit de - troc et de broc._ - - TROCHER, v. n. Se dit du blé et signifie: Taller, donner trop de - tiges. _Les blés ont troché._ Terme vaudois et fribourgeois. Dans - le Jura on dit: _Trucher_. - - TROIS-QUARTS, s. m. Ancienne petite monnaie genevoise, valant trois - centimes ou à peu près. _Les trois-quarts ont cessé d'être frappés - l'an 1610._ - - TROIS-VINGTS. Nom de nombre. Soixante. _Quand j'avais mes - trois-vingts_, disait un vieillard de Veirier, _je labourais - encore à la pelle, et je conduisais la charrue_. Terme vaudois et - vieux français. - - TROMPETEUR, s. m. Celui qui s'amuse à sonner de la trompette. _Les - petits garçons parfois sont d'ennuyeux trompeteurs._ - - TRONCHE DE NOËL, s. f. Bûche de Noël, souche de Noël. _Faire caquer - la tronche_, signifie: Frapper sur la bûche pour en faire tomber - les dragées ou autres friandises que les parents y ont introduites - dans le but d'amuser leurs enfants. Le mot de _tronche_ est connu - en Suisse, en Franche-Comté et sans doute ailleurs. R. lat. - _truncus_. - - TRONC DE CHOU, s. m. Trognon de chou, trou de chou, tige du chou - dont on a ôté les feuilles. Dans le Jura on dit: _Trôt de chou_. - - TROP À BONNE HEURE. Dites: De trop bonne heure, et non pas: _Trop de - bonne heure_. - - TROTTÉE, s. f. Trotte, course, traite, espace d'un lieu à un autre. - _Nous fîmes sans nous arrêter une trottée de sept lieues._ - - TROU, s. m. Trouée, ouverture dans l'épaisseur d'une haie. Terme - gascon. - - TROUILLÉ, LÉE, adj. Se dit principalement des fruits, et signifie: - Patrouillé, gâté, mal manié, écrasé, mouillé, qui a perdu toute sa - fraîcheur. _Des raisins trouillés._ En Normandie et dans le Berry, - _trouiller_, v. a., signifie: Salir. En vieux français, ce verbe - signifiait: Chiffonner en pressant. Dans le patois limousin, - _troulia_, chiffonner. Notre mot patois _trolli_ (_ll_ mouillés), - veut dire: Pressurer. - - TROUILLON, s. m. Femme sale et mal vêtue. En patois on dit: - _Trouye_, et dans le français populaire, _trouille_. - - TROUPE, s. f. Grande quantité, ribambelle. _Une troupe de sottises, - une troupe d'injures. Tu nous débites là une troupe de bêtises._ - Français populaire. C'est aussi une faute de dire: _Une troupe de - monde_; il faut dire: Une troupe de gens. - - TROUPELÉE, s. f. Grande troupe, ribambelle, potée. _Une troupelée de - badauds. Une troupelée d'enfants._ Dans le patois limousin, - _troupel_, et en vieux français, _troupelet_, signifient: - Troupeau, petit troupeau. - - TROUSSEPET, s. m. Petit enfant chétif, mais intelligent, agréable et - gentil. Dans le français populaire, _trousse-pette_ se dit par - mépris en parlant d'une petite fille. En Normandie, _troussepin_ - se dit d'un enfant espiègle. - - TROUVE, s. f. Trouvaille. _Faire une trouve. Quelle fameuse trouve - tu as fait là!_ Terme français populaire. - - TRUIASSE ou TRUYASSE, s. f. Femme très-malpropre, femme dégoûtante - et repoussante par la saleté et le désordre de ses vêtements. - Augmentatif du mot «Truie.» - - TRUIE, s. f. Nous disons proverbialement d'une chose qui se - détériore considérablement: _Elle s'en va en chair de truie. Si la - pluie continue de la sorte, toute notre récolte s'en ira en chair - de truie._ Allusion à la viande des truies portières, laquelle - fait beaucoup de déchet. - - TRUIERIE, s. f. Vilenie, saleté, ordure, obscénité. _Dire des_ - _truieries. Balayez-nous ces truieries. Pousser à cet excès la - lésine, c'est une truierie._ Terme vaudois. - - TRUQUER, v. n. Cosser. Se dit des bêtes à cornes et surtout des - béliers qui heurtent de la tête les uns contre les autres. - - TUBÔTU, s. m. et adv. _Acheter du bois, acheter du foin au tubôtu. - Faisons de ces diverses marchandises un tubôtu._ Terme - fribourgeois, etc. Voyez AUTU-BÔTU. - - TUFELLE, s. f. Terme des campagnards. Pomme de terre. _Planter les - tufelles; arracher les tufelles._ En Languedoc on dit: _Tufère_ ou - _tufène_, terme formé du mot _trufe_ ou _trufle_, par lequel on - désigna d'abord les pommes de terre dans tout le midi de la - France. - - TUILE COURBE. Dites: Tuile creuse, tuile faîtière, ou tuile en - gouttière. - - TUILIÈRE, s. f. Tuilerie, lieu où l'on fait la tuile. _La tuilière - d'Hermance; la tuilière de Châtelaine; la tuilière Colliard_, près - de Carouge. Terme suisse, savoisien et méridional. - - TUILON, s. m. Tuileau, morceau de tuile cassée. Terme lorrain. - - TUNE, s. f. Ribote, gala, débauche de table. _Faire une tune._ Terme - vaudois. - - TURBENTINE, s. f. Térébenthine. _Huile de turbentine._ Terme vieux - français. En Dauphiné et en Languedoc plusieurs disent: - _Tourmentine_. - - TURLUBERLU ou TURLUBRELU, s. m. Hurluberlu, étourdi, évaporé, - écervelé. _Quel tapageur que votre neveu! quel étourneau! quel - turlubrelu!_ Terme vaudois, neuchâtelois, lyonnais, bordelais, - etc. Voyez HURLUBRELU. - - TUTAYEMENT, s. m. Tutoiement, action de dire _tu_ et _toi_ en - s'adressant à quelqu'un. Voyez le mot suivant. - - TUTAYER, v. a. User des mots _tu_, _te_ et _toi_ en parlant à - quelqu'un. _Beaucoup d'amis et de très-bons amis ne se tutayent - pas._ Dans le dix-septième siècle et dans la première moitié du - dix-huitième, on écrivait «tutoyer» et on prononçait _tutayer_. - [Voyez le dictionnaire de l'Académie française, Ire édit., 1694.] - Aujourd'hui on écrit et on prononce «tutoyer,» je tutoie, elle - tutoyait. - - -U - - ULCÈRE, s. f. _Une ulcère._ Ce mot est masculin. - - UN, UNE, adj. _Un_ est mis abusivement pour «deux» dans l'exemple - suivant et dans les exemples analogues: _De ces quatre frères il - n'y en a pas un qui se ressemble_. Dites: Il n'y en a pas deux qui - se ressemblent. - - UN (LE). Le premier. _Quel jour sommes-nous?--Nous sommes le un. - Quand partez-vous?--Je pars le un._ - - UNE, adj. num., suivi du pluriel. _Une heure ont sonné_, est une de - nos plus étranges fautes. - - UNIFORME, s. m. Nous disons: _Un habit d'uniforme; endosser l'habit - d'uniforme_, etc. On doit dire: Un habit uniforme, ou: Un - uniforme. Endosser l'uniforme; prendre l'habit uniforme. - - UN TANT SOIT PEU, s. m. _Tu as beaucoup de tabac, donne-m'en un tant - soit peu._ Dites, en retranchant l'adjectif _un_: Donne-m'en tant - soit peu. - - USAGE, s. m. Service, user, s. m. _Prenez sans crainte cette étoffe; - prenez hardiment ce drap: ils vous feront beaucoup d'usage; ils - vous seront d'un bon usage; ils deviendront même plus beaux par - l'usage._ Dites, avec le dictionnaire de l'Académie: Ils seront de - bon user; ils seront de bon service; ils deviendront plus beaux - par l'user. - - USE, adj. Usé. _Un pantalon use; une redingotte use._ Terme connu - dans le Berry, et sans doute ailleurs. Employé figurément, ce mot - signifie: Décrépit. _Le voisin N** est mort à l'âge de trente-huit - ans, et il était déjà tout use._ Expression triviale. - - USE, s. f. Terme de charron. Esse, cheville en forme de S. - - USER, v. n. Nous disons proverbialement: _Qui refuse n'use_. On doit - dire: Qui refuse muse; ce qui signifie: Que celui qui refuse une - offre a tort, et perd souvent une occasion qu'il ne retrouvera - plus. - - UTENSILE, s. m. Ustensile. _La pauvre Gothon a vendu jusqu'à son - dernier utensile._ Terme méridional et vieux français. R. lat. - _utensile_. - - UVES, s. f. pl. Voyez OEUVES, p. 66. - - -V - -VACHE, s. f. Nous disons proverbialement et injurieusement, en parlant -d'une personne peu recommandable et qui est revenue d'une maladie -grave: _Il mourrait plutôt la vache d'un pauvre homme_. En Languedoc -on dit: _Il mourrait plutôt l'âne d'un pauvre homme_. Dans le français -populaire: _Il mourrait plutôt un chien de berger_. [Voyez le -_Dictionnaire du Bas langage_, t. Ier, p. 198.] - -VACHE, s. f. Vaquette, pied de veau, plante qui fleurit dans les haies -pendant les mois d'avril et de mai. - -VACHE, s. f. Se dit figurément d'une personne qui est à la fois -très-corpulente, très-molle et très-apathique. Terme bas et grossier. - -VACHE, s. f. Noyau d'abricot taché de blanc. Terme d'écolier. - -VACHERIN, s. m. Sorte de fromage à la crême, lequel se fabrique -surtout dans le Chablais. «Les _vacherins_ que vous m'envoyez, seront -distribués en votre nom.» [J.-J. ROUSSEAU, _Lettre écrite de -Motiers-Travers à Mr D'Ivernois_.] - -VACILLER, v. n. (_ll_ mouillés.) On doit prononcer _va-cil-ler_. - -VACILLEMENT, s. m., n'est pas français; on dit: Vacillation, et l'on -prononce _va-cil-la-tion_. - -VAILLANT, ANTE, adj. Se dit des domestiques et des ouvriers, et -signifie: Actif, diligent, ardent à l'ouvrage, laborieux. _Notre -Suzette est une fille sage et vaillante._ Terme méridional, vieux -français, etc. - -VADER, v. n. S'esquiver, s'évader, partir à la sourdine. - -VAILLE QUI VAILLE, loc. adv. Vaille que vaille, à tout hasard, quelle -que soit la valeur de la chose. _Acceptez sa promesse, vaille qui -vaille. Contentez-vous d'une signature, vaille qui vaille._ Dites: -Vaille que vaille. - -VALÉRIENNE, s. f. Valériane, plante médicinale. - -VALET, s. m. Terme d'amitié qu'on donne quelquefois aux petits -garçons. _Ne pleure pas, tu es mon valet. Viens, mon valet, viens, que -je t'embrasse._ - -VALEUR, s. f. Appoint. Les bordereaux sont ordinairement ainsi conçus: -_Écus, 60.--Valeur, 3 fr. 50 c._ Dites: Appoint. - -VALSER, v. n. S'esquiver, s'évader, se sauver, prendre la poudre -d'escampette. Français populaire. - -VANGERON, s. m. Petit poisson particulier à notre lac et à celui de -Neuchâtel. Mr JURINE lui donne le nom de «Rosse.» A Neuchâtel on -l'appelle: _Vingeron_. Mr GREL, dans son _Vocabulaire_, l'appelle: -«Gardon.» - -VANNER, v. n. Décamper, s'esquiver, filer, s'échapper. Terme français -populaire. - -VANTADOUR, s. m. Fanfaron, vantard. _Faire le vantadour._ Terme -neuchâtelois. - -VANTAU, s. m. Contrevent extérieur. _Ouvrir les vantaux; fermer les -vantaux; arrêter, fixer les vantaux._ Terme vaudois, neuchâtelois, -dauphinois et vieux français. Ce mot, recueilli par GATTEL -(grammairien dauphinois), et copié par BOISTE, a été repoussé par Mr -BESCHERELLE, dont le dictionnaire est cependant un lieu de refuge, -ouvert à tous les genres de barbarismes. En français, «Vantail,» dont -le pluriel est «Vantaux,» signifie: Battant d'une porte, battant d'une -fenêtre. - -VARIEMENT DE COEUR, s. m. Défaillance. Voyez le mot suivant. - -VARIER, v. n. Avoir des vertiges, défaillir. _Le coeur lui varie. Le -coeur me variait_, c'est-à-dire: J'avais des vertiges. Expression -principalement familière aux campagnards. - -VARIER, v. n. Corruption de _avarier_. _Parmi les arbres ou -arbrisseaux plantés en hiver, il y en a qui varient à la sève du -printemps_, c'est-à-dire: Qui se détériorent ou périssent. - -VASE, s. m. Tonneau, fuste. - -VASE, s. m. Ce mot s'emploie chez nous en parlant d'une église, d'une -galerie, d'une bibliothèque, et autres grandes pièces d'un bâtiment -considérées en dedans. _Notre temple de Saint-Pierre est un beau vase. -La voix de ce prédicateur remplit aisément les plus grands vases._ -Dans ces deux exemples, et dans les analogues, dites: Vaisseau. -«L'église de Notre-Dame de Cambray est un très-beau vaisseau.» -[PELLISSON.] - -VEAU, s. m. Nous disons d'une vache qui a mis bas: _Elle a fait le -veau_. Dans le Berry on dit: _Elle a fait veau_. Il faut dire: Elle a -vêlé. «Faire le veau» se dit d'une personne qui s'étend nonchalamment. - -VEILLER, v. n. Terme consacré pour dire: Passer la veillée, passer la -soirée ou l'après-soupée chez un voisin, chez un ami, chez un parent. -_Femme, où veilles-tu ce soir_ (où vas-tu à la veillée ce soir)?--_Je -veille chez ma belle-soeur. Demain on veillera tous chez le -grand-papa._ Terme languedocien. - -VEILLER (SE), v. pron. Veiller, surveiller, observer. _Claudine, -veille-toi ce rôdeur, veille-te-le bien._ - -VEINE, s. f. Les veines de dessus la main devenant ordinairement -fortes et saillantes par le travail manuel, on dit proverbialement: -_Qui voit ses veines, voit ses peines_. Ce dicton s'étend encore aux -personnes dont la main est amaigrie par l'âge ou par la maladie. - -VENDAGE, s. m. Sorte de cabaret, où l'on vend le vin en détail, mais -où l'on ne donne pas à manger. _Établir un vendage. Nous ferons une -halte au premier vendage._ Terme vaudois et neuchâtelois. En vieux -français, _vendage_ signifie: Vente, débit. - -VENDANGETTE, s. f. Sorte de grive, grive musicienne. - -VENDANGEUSE, s. f. Petite fleur blanche, qui fleurit vers le temps de -la vendange. - -VENDÔME (FAIRE). Vendre ses hardes, ses effets. _Il a été obligé de -faire vendôme de tout son butin._ [G. G.] - -VENDRE, v. a. Ce terme des écoliers, dans leurs divers amusements sur -la neige et la glace, signifie: Atteindre, culbuter, faire pirouetter. -_Gare! gare! tu es vendu. Ne me vends pas, Antoine; s'il te plaît, ne -me vends pas!_ - -VENDRE VIN, v. a. Débiter du vin. Terme suisse, berrichon, etc. - -VENGERON, s. m. Sorte de poisson. Voyez VANGERON. - -[+] VENIMEUX, EUSE, adj. Malsain, parlant des personnes. _Un enfant -venimeux_, dans le langage très-populaire, est un enfant dont le sang -est vicié. - -VENIR, v. n. Devenir. _Depuis ces bonnes pluies, la campagne est -venue bien verte. Je crois, ma chère, que je viens sourde._ Terme -français populaire. - -VENIR (SE), v. réfl. _Cet enfant a une excellente nourrice: il se -vient bien_ (il vient bien), c'est-à-dire: Il prospère, il grossit, il -prend un air de santé. _Notre Émélie, qui était toute moindrolette, il -y a deux mois, se vient très-joliment aujourd'hui._ - -[+] VENIR (S'EN), v. pron. Ce verbe est français. On dit: -Venez-vous-en; t'en viens-tu? etc. Mais on ne dit pas, au parfait -indéfini: _Elle s'est en venue_; ni: _Je me suis en venu; elle s'en -est en venue; tâchez voir que Jean-Pierre s'en en vienne_. On dit: -Elle s'en est venue; tâchez que Jean-Pierre s'en vienne, etc. - -VENIULE, s. f. Venelle, passage étroit, sentier. _Il s'est échappé par -la veniule; il a pris une mauvaise veniule; il a manqué la veniule._ -Au sens figuré: _Être dans la veniule, enfiler la veniule_, signifie: -Être dans la bonne voie; trouver le moyen de réussir. - -VENT, s. m. Les vents qui règnent dans le bassin de Genève et sur le -lac Léman sont au nombre de huit, savoir: 1º Le MÔLAN ou la MÔLANNE -(vent d'est), ainsi appelé parce qu'il vient du côté de la montagne du -_Môle_: vent paisible et qui n'est presque jamais orageux. 2º Le -BORNAND (vent du sud-est), ainsi nommé parce qu'il vient du côté des -montagnes du _Grand_ et du _Petit-Bornand_, en traversant les _Bornes_ -et le mont Salève. Il souffle ordinairement par rafales et excite de -grands orages. 3º Le CREUSEILLAND (vent du sud), ainsi appelé parce -qu'il vient du côté de _Creuseille_ et du mont de _Sion_. C'est le -vent proprement dit. Il souffle le plus souvent par bouffées, et -occasionne quelquefois de grands orages. Quand il amène la pluie, elle -dure assez longtemps. 4º Le MICHAILLAND (vent du sud-ouest), ainsi -nommé parce qu'il vient du côté de la _Michaille_, petit pays situé -sur la rive droite de la Valserine, à l'ouest du fort de l'Écluse. -Quand il souffle en été, c'est une espèce de sirocco; et s'il règne -durant quelques jours aux approches des moissons, il fait _venter_ les -blés, qui dépérissent et ne produisent que des grains avortés ou -retraits. 5º Le BOURGUIGNON (vent d'ouest), ainsi appelé parce qu'il -vient de la _Bourgogne_, du côté de Chézery et de Lélex. Il traverse -le mont Jura, et s'abat quelquefois avec furie sur les villages du -pays de Gex situés au pied de cette montagne. 6º Le JORAN (vent du -nord-est), qui vient du côté de la partie du _Jura_ qui avoisine la -ville de Gex. Il souffle ordinairement par bouffées et excite souvent -de grands orages. 7º La BISE (vent du nord). Elle amène d'ordinaire le -beau temps. Si elle est accompagnée de pluie, on la nomme _Vouaret_, -dans certaines localités. 8º Le SÉCHARD (vent du nord-est), ainsi -nommé à cause de sa qualité _desséchante_. Il nous arrive par le lac -et amène presque toujours le beau temps. Quand il règne, le ciel est -serein ou peu chargé de nuages. Le peuple du bassin de Genève -l'appelle aussi, dans son langage expressif: _La Dame de Lausanne, -Notre Dame de Lausanne_. [P. G.] - -VENT (LE). C'est ainsi que nous désignons d'un seul mot le Vent du -midi. _Le vent s'élève, nous aurons de l'eau. Le vent n'est pas comme -les vieilles femmes, il ne court pas pour rien_, c'est-à-dire: Qu'en -dernier résultat il amène un changement de temps et la pluie. - -VENT BLANC, s. m. C'est le nom que nous donnons au vent du midi, quand -il souffle sans couvrir le ciel de nuages. Terme neuchâtelois. - -VENTER, v. n. Nous disons d'une chandelle allumée qu'elle _vente_, -lorsque la flamme en est agitée par le vent et que le suif se fond -plus vite. Nous le disons aussi des rideaux. Les rideaux _ventent_ -lorsqu'ils sont mis en mouvement par l'action de l'air. - -VENTER, v. n. Se dit des blés, et signifie: Être attaqué de la maladie -appelée nielle ou carie. Les blés _ventent_ lorsque, étant à peu près -mûrs, ils sont surpris par des rosées froides et fortes, sur -lesquelles tombe dès le matin un soleil très-chaud. - -VENTRAILLE, s. f. Tripaille, intestins des animaux. Terme -languedocien, vieux français, etc. - -VENTRE, s. m. On dit dérisoirement d'un prodigue à qui il ne reste -plus rien: _À présent qu'il a tout dépensé, il est obligé de se -frotter le ventre avec un carron_ (une brique). Figurément, _Se -frotter le ventre avec un carron_ (voyez CARRON), signifie: Se passer -de manger. On dit à Paris dans le même sens: _Se serrer le ventre_. -[_Dictionnaire des locutions vicieuses._] Nous disons figurément dans -le même sens: _Danser devant le buffet_. - -VENTRE, s. m. Nous disons à un enfant, qui étant servi abondamment -d'un mets, ayant son assiette bien garnie ou sa poche pleine, se -plaint encore de n'avoir pas assez: _Tu as les yeux plus grands que le -ventre_. Dites: Que la panse. - -VERDAÎRULE ou VERDERULE, s. f. Verdule, verdelet, bruant. - -VERGILLON, s. m. Petite verge, petite baguette. Se dit surtout de -cette baguette de noisetier que les pêcheurs ajoutent à l'extrémité du -roseau qui leur sert de ligne. Terme vaudois. En vieux français, -_verjon_. - -VERGNE, s. m. Verne, aune, sorte d'arbre qui croît au bord des eaux. -Terme vieux français. Nos campagnards lui donnent le genre féminin. - -VERNET, s. m. Verney, lieu planté de vernes ou aunes. _La campagne des -Vernets. L'hospice des Vernets._ - -VERSÉE, s. f. Signifie: 1º Une rasade, un plein verre; 2º Une averse. -_Je te demande un peu de vin et tu me flanques une versée._ - -VERSER, v. a. Répandre. _Lequel de vous, mes enfants, a versé cette -encre? Tu veux te servir toi-même, Ernestine, et tu verses la sauce -sur la nappe._ Français populaire. - -VERSER, v. a. Nous disons figurément d'un marchand, d'un commerçant -qui, par sa faute, a fait de mauvaises affaires et s'est ruiné: _Il a -versé son écuelle_. - -VERSER, v. n. Se répandre par les bords. _Viens vite, Jeannette, ton -lait verse; ta cassette va verser._ Expression méridionale. - -VERSI VERSÀ, loc. adv. Vice versâ, qu'on prononce _vicé-versâ_; termes -latins qui signifient: «Réciproquement.» - -VERT, s. m. _Faire le vert et le sec_, signifie: Se donner toutes les -peines du monde pour réussir dans une affaire. L'Académie et les -_Dictionnaires de proverbes_ disent: «Employer le vert et le sec.» - -VESSICATOIRE, s. m. Écrivez «Vésicatoire» et prononcez -_vé-zi-ca-toire_. - -VESTE, adj. À demi ivre, gris. _Il est veste._ - -VESTE, s. f. Nous disons de quelqu'un qui a trop bu: _Il a sa veste, -la plus belle veste du monde, laissons-le dormir. Il a pris une -veste._ On dit aussi: SE VESTER, pour: Se griser. - -VICAILLE, s. f. Victuaille, provisions de bouche. _Il y a assez de -vicaille dans leur maison._ - -VICOTER, v. n. Vivoter, vivre petitement, subsister pauvrement et avec -peine. _Avec ces quarante francs, ils purent vicoter deux mois._ Terme -lyonnais, etc. En vieux français, _Vicquer_ signifie: Vivre, être en -vie. - -VICREUSE (LA). C'est le nom de divers petits chemins dans notre -canton. _Vicreuse_ ou _Vie-creuse_ veut dire: Voie creuse, chemin -creux. En patois, _vî-a_ ou _vî_ signifie: Chemin. R. lat. _via_. - -VIDÉE, s. f. Action de vider ou de se vider. S'emploie au sens propre -et au sens figuré. _Ils sont tous partis! voilà une fameuse vidée!_ - -VIDEUSE (UNE). Terme de la fabrique d'horlogerie, ouvrière qui découpe -le coq de la montre. - -VIDOLET, s. m. Terme des campagnards. Sentier particulier. _Le vidolet -de Sierne._ Dans le patois de l'Isère et en vieux français on dit: -_Violet_. - -VIEILLE, s. f. Vielle; instrument de musique fort connu. _Jouer de la -vieille._ Terme français populaire. - -VIEILLOPET, ETTE, adj. et subst. Vieillot, vieillote, qui commence à -avoir l'air vieux: _Une petite vieillopette_. - -VIEULIET ou VIEULIER, s. m. Violier, giroflée. _Un vieuliet double._ -Terme savoisien, lyonnais et méridional. - -VIEUX FER. _Être au vieux fer_, est une expression figurée qui -s'emploie en parlant des personnes et qui signifie: N'être plus bon à -rien. _Mettre au vieux fer_, veut dire: Rebuter, dédaigner. _Ils ne -veulent plus rien de moi, et ils me laissent de côté! Ils s'imaginent -donc que je suis déjà au vieux fer._ - -VIEUX JOIN, s. m. Vieux oing, vieille graisse de porc fondue, dont on -se sert pour frotter les voitures. «Oing» est le mot latin _unctum_. - -VIGOUREUSE, s. f. Sorte de poire. Voyez VIRGOUREUSE. - -VINOCHE, s. f. Mauvais vin, piquette, vin. _Retire-toi, Bastian, -retire-toi bien vite, tu pues la vinoche._ - -VIOLETTES, s. f. _Être aux violettes_ est une expression figurée et -facétieuse qui signifie: Être pensionnaire de l'Hôpital et placé comme -tel chez des campagnards. On dit dans le même sens: _Être aux -avant-postes_. - -VIOLONNER, v. n. Jouer du violon. Se dit de celui qui fatigue ses -alentours en râclant ou en étudiant. - -VIOLONNER, v. a. Répéter toujours la même chose, rabâcher, fatiguer -par d'ennuyeuses redites. Terme vaudois. - -VIOLONNEUR, s. m. Mauvais joueur de violon, râcleur. _La peste soit du -violonneur!_ Terme languedocien, etc. - -VION-NET, s. m. Terme des campagnards. Petit sentier public. _Vous -accourcirez en prenant ce vion-net._ - -VIRABOQUET, VIREBOQUET, ou VIREBREQUET, s. m. Jouet d'enfant. Noyau -d'abricot percé, dans lequel on enfile un petit bâton planté dans une -pomme de terre et qu'on fait tourner au moyen d'une ficelle ou d'un -fil ajusté au noyau. - -VIRABOUQUIN, VIREBOUQUIN ou VIREBREQUIN, s. m. Vilebrequin, outil -d'artisan qui sert à trouer, à percer du bois, de la pierre, et autres -corps durs. On dit à Lyon: Virebroquin. - -VIRE-DE-PIED, s. m. Croc en jambe. - -VIRE-DE-PIED, s. m. Mesure d'un travers de pied. _La largeur de sa -chambre était de sept pieds et un vire-de-pied._ On dit aussi: -_Revire-de-pied_. - -VIRER CASAQUE. Tourner casaque, changer de parti. - -VIRER L'OEIL. Tourner de l'oeil, mourir. _Regarde cette pauvre truite, -comme elle vire l'oeil._ Expression limousine. - -VIRET, s. m. Sorte de miton chaud. - -VIRET, s. m. Escalier en limaçon. Dans le patois vaudois, _vira_, s. -f. signifie: Vis de pressoir. - -VIREVOÛTE, s. f. Tours et détours, circuits, sinuosités. _Les -virevoûtes d'un couvent; les virevoûtes d'un bois._ Terme vaudois et -languedocien. Les mots «virevolte et virevouste» ont la même origine -que notre mot de _virevoûte_, mais ils n'ont pas le même sens. _Virer_ -signifie: Tourner, et _volte_, _vouste_ et _voûte_ sont une corruption -du mot latin _vultus_, visage, face. - -VIRGOUREUSE, s. f. Sorte de poire d'hiver, appelée en français: -«Virgouleuse.» _Virgoulé_ est le nom d'un village près de Limoges, -d'où ces poires se sont propagées. - -VIROLET, s. m. Remous, tournant dans une eau courante. _Prends garde -à ce virolet; ne va pas nager près de ce virolet._ Terme vaudois et -savoisien. - -VIROLET, s. m. Toton, jeu d'écolier. - -VIROLET, s. m. Tourniole, panaris qui fait le tour de l'ongle. R. -_virer_. - -VIROTTER, v. n. Se prend d'ordinaire en mauvaise part, et signifie: -Tourner et virer autour de quelqu'un. _As-tu assez virotté? Si tu -virottes encore dans cette chambre, je te renvoie._ - -VIS (UN). _Mettre un vis._ Dites: Mettre une vis. Ce mot est féminin. - -VISAGÈRE, s. f. Le masque d'une poupée. _Mettre une visagère; casser -une visagère; changer de visagère._ Terme suisse et savoisien. Dans -l'évêché de Bâle on dit: _Visagière_. En vieux français, _visagière_ -signifie: Visière d'un casque. - -VIS-À-VIS, prép. Envers. _Il eut des torts graves vis-à-vis de son -tuteur. Il se conduisit très-mal vis-à-vis de sa grand'mère._ Cette -faute choquante n'en sera bientôt plus une, tant elle s'est propagée, -et tant l'usage qu'en font plusieurs écrivains l'a sanctionnée. -Introduite en France par J.-J. Rousseau, cette expression fut dès -l'origine attaquée vivement par Voltaire. Mais le philosophe de -Genève, plus lu et plus goûté que le philosophe de Fernex, triompha de -son opposant, et le barbarisme trône aujourd'hui. - -VISICATOIRE, s. m. Vésicatoire. R. _vesica_. - -VISIÈRE, s. f. Nous disons figurément, en parlant de quelqu'un avec -qui nous avons cessé toute relation, tout commerce d'amitié: _J'ai -rompu en visière avec lui_. En français on dit: Je lui ai rompu en -visière; et cela signifie: Je l'ai contredit en face et brusquement. - -VISITANT, s. m. Visiteur. - -VIS OUVERTS (À). À huis ouverts, c'est-à-dire: Avec les portes -ouvertes, les portes restant ouvertes. _Le mariage civil se fait -toujours à vis ouverts._ _Vis_ (prononcez _visse_) est une corruption -du vieux mot _huis_ (porte), d'où l'on a fait le mot «huissier.» R. -_ostium_. - -[+] VISSE-VERSÀ, loc. adv. Écrivez «Vice versâ» et prononcez -_vicé-versâ_. - -VITAILLE, s. f. Terme des campagnards, provision de bouche, vivres, -victuaille. Terme vieux français. - - De ses deniers assez li baille - Por achater de la _vitaille_. - -[Voyez ROQUEFORT, _Glossaire de la langue romane_, t. II, p. 723.] En -languedocien on dit: _Bitaille_. - -[+] VITRE (UN). Une vitre. _Femme, fais donc remettre ce vitre._ -Solécisme franc-comtois, etc. - -VIVE, s. f. Alevin, milcanton, réunion de diverses espèces de -très-petits poissons. «Il est défendu de pêcher et de vendre du fretin -connu sous le nom de _vive_.» [_Règlement de police de 1837._] - -VOCATION, s. f. Ce mot ne signifie point, comme plusieurs le croient: -État de vie, carrière, profession. Il faut donc éviter les expressions -suivantes: _Prendre une vocation; choisir une vocation; embrasser une -vocation; quitter une vocation; changer de vocation_, etc. «Vocation» -signifie: Appel, mouvement intérieur, disposition naturelle qui nous -porte à tel ou tel genre de vie. On dira donc fort bien: Les jeunes -gens n'ont pas toujours la facilité de suivre leur vocation, -c'est-à-dire: De suivre l'instinct, le penchant, le goût qui les -pousse vers telle ou telle carrière. Notre cousin Salomon n'avait -aucune vocation pour la carrière des armes; il a été cependant forcé -de servir. «Vocation» est le mot exact dans ces deux exemples. - -VOGUE, s. f. Fête patronale, fête de la commune. _Les bals_ _de la -vogue; les plaisirs bruyants d'une vogue._ Terme savoisien, dauphinois -et provençal. - -VOILÀ, prép. _Es-tu contente de ton nouveau cordonnier?--Voilà_, -c'est-à-dire: Je n'en suis ni contente ni mécontente. - -VOIR ou VOIRE, adv. _Attends voir, écoute voir, regarde voir_, -signifient: Attends un peu, écoute un peu, regarde un peu. _Dis voir, -Pierrot, va-t-on à Divonne dimanche?_ Ce terme, qui est si connu dans -tous les pays où l'on parle français, vient du mot latin _verè_ -(vraiment), et joue le rôle que jouent en allemand les mots _einmal_, -_ein wenig_. On trouve dans les _Contes_ de LA FONTAINE le vers -suivant: - - _Voire!_ écoutez le reste de la fête. - -Ce qui revient à: Écoute _voire_. - -VOIR (SE), v. pron. impersonnel. Paraître. _Il se voit bien que tu es -en colère. Il se voit bien que le beau temps ne durera pas._ -Expression dauphinoise, etc. - -VOITURÉE, s. f. Toutes les personnes qui remplissent une voiture. -_Nous allâmes au pont de la Caille: la voiturée se composait de -quatorze amis._ Expression fort acceptable. - -VOL, s. m. _Un vol d'étourneaux; un vol d'hirondelles_, etc. Terme -méridional. En français on dit: Volée. «On voit des volées de deux ou -trois cents pintades.» [BUFFON.] - -VOL, s. m. _Prendre quelqu'un au vol._ Dites: Prendre quelqu'un à la -volée, c'est-à-dire: Choisir promptement et habilement l'instant -fugitif où on peut le voir et lui parler. - -VOLAILLE, s. f. C'est le nom qu'on donne en français à tout oiseau -qu'on nourrit dans une basse-cour. La phrase suivante est donc tout au -moins un peu bizarre. _Ce n'est pas un poulet que je vous offre, -Messieurs, c'est une volaille._ - -VOLANT, s. m. Faucille de nos moissonneurs. _Aiguiser un_ _volant; -emmancher un volant._ Terme vaudois, jurassien et berrichon. Dans le -patois de l'évêché de Bâle on dit: _Voulain_; en bas-limousin, -_voulan_; en Dauphiné, _volame_. Dans le vieux français, _voulain_ et -_voulant_ se disaient d'une espèce de serpe. [Voyez ROQUEFORT, -_Glossaire_, t. II, p. 731.] - -VOLANT, adj. Nous disons que des oiseaux sont tout _volants_, -lorsqu'ils sont drus comme père et mère. [P. G.] - -VOLE, s. f. _Mettre un oiseau à la vole_, signifie: Le mettre au vol; -lui faire prendre son vol. - -VOLET, s. m. Les mots de _volet_ et de _contrevent_ ne sont pas -synonymes. «Les _Volets_ sont en dedans et s'appliquent sur le châssis -des fenêtres, les _Contrevents_ sont en dehors.» [Voy. PAUTEX, -_Recueil de mots français_, p. 41.] - -VOLETTE (À LA), loc. adv. _Faire une chose à la volette_, signifie: La -faire trop vite et avec peu de soin, la faire à la volée et en -courant. On dit aussi: _Prendre une chose à la volette, saisir une -chose à la volette_. - -VOLEUR, s. m. Filament enflammé de la mèche d'une chandelle, lequel -fait couler le suif. _Ne voyez-vous pas ce voleur à la chandelle? Ôtez -donc ce voleur._ Terme connu dans quelques provinces de France, dans -la Flandre française, etc. [_Dictionnaire roman-wallon_, p. 209.] - -VOLONTIERS, adv. Ordinairement. _La Victorine a volontiers mal aux -dents le soir. J'ai volontiers la migraine à la suite d'une grande -émotion._ Phrases dont chacun peut apprécier le ridicule. - -VOUABLE, s. f. Clématite des haies, herbe aux gueux, sorte de plante -grimpante qui fleurit au mois de juillet. Terme vaudois, neuchâtelois, -franc-comtois, etc. - -VOUAFFE, s. f. Au sens propre, boue liquide, bouillon trop clair, -sauce mal liée. _Leur soupe n'était que de la vouaffe._ - -VOUAFFER, v. n. S'enfoncer dans un liquide épais. _La pluie survint, -on vouaffa dans le patrigot._ Ce mot et le précédent sont des -onomatopées dignes de remarque. - -VOUAI, s. m. Terme des campagnards. Sorte d'épervier. - -VOUARAI ou VOUARET, s. m. Bise noire et pluvieuse. - -VOUÂRE, s. f. Terme des campagnards. Mars, larve de hanneton, et le -hanneton lui-même. Terme vaudois et savoisien. - -VOUAREUX, EUSE, adj. Qui a la morve au nez. _Un enfant vouareux._ - -VOUARGNE, s. m. Terme suisse-roman qui signifie: Sapin blanc. L'ancien -_Glossaire_ appelle _Vouarme_, le Sapin femelle. - -VOUÈPE, s. f. Femme maligne, femme méchante. En patois, _vouèpe_ -signifie: Guêpe. R. lat. _vespa_. - -VOUÉPETTE, s. f. Diminutif de _vouèpe_. Voyez ce mot. - -VOUGNER, v. n. Se dit de deux boules ou de deux palets qui se -touchent. Voyez QUIQUE. - -VOUGNER, v. actif. Remuer, fracasser en remuant. _S'il vous plaît, -Madame, ne vougnez pas tant mes oeufs._ - -VOULOIR, v. a. Nous mettons _il veut_ devant un infinitif, pour -marquer le futur. _Il veut pleuvoir; il veut faire beau; il veut -neiger; il veut geler cette nuit_, etc. Cette façon de parler est un -germanisme. - -VOUI. Mauvaise prononciation de: Oui. - -VOULOIR, v. a. Nous employons les expressions: _Si vous voulez, si tu -veux_, dans le sens de: «Médiocrement, honnêtement.» _Y avait-il du -monde à l'enterrement de Mr N**?--Il y en avait si vous voulez._ -Expression méridionale. - -VOULOIR, v. a. Nous disons d'un homme indécis, d'un homme inconstant -dans ses résolutions: _Il ne sait pas ce qu'il se veut_. L'Académie -dit: Il ne sait pas ce qu'il veut. - -VOULOIR, v. a. La conjugaison de ce verbe offre une grande difficulté -dont peu de personnes se doutent. Au présent du subjonctif nous -disons: _Je ne partirai pas lundi, à moins que vous ne veuilliez -partir avec moi. J'accepte votre magnifique melon, pourvu que vous -veuilliez le manger avec moi et chez moi_, etc. Il faut dire: «Que -vous vouliez.» Voyez toutes les grammaires. - -VOUSAYER ou VOUSOYER, v. a. Dire _vous_ à quelqu'un, ne pas le -tutoyer. _Plusieurs maris vousayent leurs femmes. Quelques enfants -vousayent leurs pères._ Terme connu en France, mais que les -dictionnaires, sans aucune raison plausible, n'ont pas accueilli. On -disait en vieux français: _Vosoyer_. - -VRAI (DE), adv. Vrai, au vrai, vraiment, véritablement. _Parles-tu de -vrai? Dis-tu tout cela de vrai? Me donnes-tu cette agate de vrai? -Voici de vrai comment toute la chose s'est passée._ Français -populaire. - -VUIDE, adj. Le grammairien Oudin, au commencement du dix-septième -siècle, donnait sur ce mot la règle suivante: «Écrivez «vuide» et -prononcez _vide_.» Actuellement on écrit et l'on prononce «vide.» -Tonneau vide, estomac vide, bourse vide. - - -X - - X. Dans les mots Deux, Eux et Ceux, le _x_ est muet. C'est donc à - tort que beaucoup de personnes prononcent _deusse_, _eusse_, - _ceusse_, et disent, par exemple: _Tous ceusse qui m'aiment; tous - ceusse devant qui je parle; c'est eusse que j'accuse_, etc. - - -Y - - [+] Y, pronom personnel. À lui. _Je l'y avais recommandé de prendre - bien garde. Je l'y ferai ta commission_, etc. Faute fort ancienne - et fort répandue. - - [+] Y, pronom relatif et démonstratif. Le, cela. _Donne-m'y, - Vincent.--Y voilà, prends-y tout._ Les campagnards disent - proverbialement: _Qui tout y veut, tout y perd_, c'est-à-dire: Que - trop d'avidité perd l'homme. - - Y, adv. relat. Est superflu dans les phrases suivantes: _Il y a plu - toute la nuit; il y a neigé sur le Jura; il y a gelé dans quelques - bas-fonds. Il y aurait mieux valu se taire._ - - [+] Y AVOIR. Dans le langage populaire, _Il y a lui, il y a elle, il - y a eux_, signifient: C'est lui, c'est elle, ce sont eux. _M'sieu, - il y a lui qui me crache contre. Mamzelle, il y a l'Andrienne qui - m'empêche de tricoter._ - - YEUX, s. m. pl. Beaucoup de personnes, d'ailleurs instruites, - disent: _Des maux de z-yeux, un mal de z-yeux, une faiblesse de - z-yeux_. Il faut dire: Des maux d'yeux, un mal d'yeux, etc. Ne - donnez donc pas le signalement d'une personne de la manière - suivante: _Cheveux châtains, front grands, bouche moyenne, z-yeux - gris_. Ce _z-yeux gris_, pour: Yeux gris, est une prononciation - très-vicieuse. - - -Z - - ZÈRE, s. m. Zéro. _Quatre fois cinq font vingt: pose zère et - retiens deux._ Terme vaudois. - - ZIZÉ, s. m. Terme enfantin, qui veut dire: Oiseau. _Regarde_ _ce - joli zizé; ne fais pas peur à ces zizés._ Le mot _isé_, en patois, - a le même sens. - - ZON-NÉE, s. f. Retentissement. _Le canon faisait des zon-nées - terribles._ - - ZON-NER, v. n. Résonner. _Faire zon-ner une ronfle; faire zon-ner - une pierre. Les oreilles me zon-nent_ (les oreilles me tintent). - Dans le patois des Vosges, _zonna_, et en arabe, _zanne_ ou - _zanna_, signifient: Bourdonner. Onomatopées évidentes. - - -FIN. - - - - -LISTE ALPHABÉTIQUE - -DES - -MOTS QUE L'ON POURRAIT CROIRE GENEVOIS, - -MAIS QUI APPARTIENNENT À LA LANGUE FRANÇAISE FAMILIÈRE ET SONT -ENREGISTRÉS DANS LES DICTIONNAIRES[1]. - - - A - - _Abalourdir_, v. a. - Abîmer (gâter), (fig.) - Abord (tout d'----). - _Acciper_, v. a. - Acenser, v. a. - s'Acoquiner, v. pr. - Actionner, v. a. - _Affistoler_, v. a. - Agripper, v. a. - Ahuri, adj. - _Ailes_ (d'un chapeau), s. f. - Alarmiste, s. m. - Allant, adj. (qui aime à aller). - Allemand, s. m. (querelle d'Allemand). - _Allonger_ (un soufflet), v. a. - Amodier, v. a. - s'Amouracher, v. pr. - Amphigouri, s. m. - Amusette, s. f. - Anicroche, s. f. - s'_Anonchalir[2]._ - Antiquaille, s. f. - _Appointir_ et _appointer_, v. a. (rendre pointu). - Approchant, adv. (à peu près). - _Arbenne_, s. f. (oiseau). - _Archi-bête_, s. f. - Argousin, s. m. - _Aria_, s. m. - Arranger quelqu'un (le maltraiter). - Asticoter, v. a. - _Astiquer_, v. a. - Attifer, v. a. - s'Attabler, v. a. - Attrape-lourdaud, s. m. - Attraper un rhume. - s'Avachir, v. pr. - _à l'Avance_, adv.[3] - à l'Aveuglette, adv. - Avoir de quoi (être aisé ou riche). - - [1] Les mots imprimés en caractères _italiques_ ne figurent pas dans - le dictionnaire de l'Académie française (édition de 1835): on les - trouvera dans Boiste, Gattel, le _Complément_ du dictionnaire de - l'Académie, N. Landais, ou Bescherelle, etc. - - [2] Ce terme figure à tort dans ce Glossaire, t. Ier, p. 19. - - [3] Mauvaise expression, accueillie par Boiste et par Mr Bescherelle; - répudiée par l'Académie, par Lavaux, par Gattel, par N. Landais, et - par le plus récent des lexicographes, Mr Poitevin. - - - B - - Babiole, s. f. - Bâcler, v. a. - _Badiner quelqu'un._ - Bâfre, s. f. - Bâfrer, v. n. - Bâfreur, s. m. - _Bagout_, s. m. - Bagarre, s. f. - Baguenauder, v. n. - Baliverne, s. f. - Baliverner, v. n. - _Bambocher_, v. n. - Bambocheur, s. m. - Bande noire, s. f. - Ban de vendanges, s. m. - Baptiser le vin. - Baragouin, s. m. - Baragouinage, s. m. - Baragouiner, v. a. - Baragouineur, s. m. - _Barbiche_, s. f. - Barbifier, v. a. - _Barquée_, s. f. - Bataclan, s. m. - Bâtarde, s. f. (sorte d'écriture). - Batifoler, v. n. - Battant (tout ---- neuf). - _Bavardise_, s. f. - Bécasse, s. f. (fig.) - Bedaine, s. f. - Bégueule, s. f. - Béguin, s. m. - Béjaune, s. m. - _Bergère_, s. f. (oiseau). - Berlue, s. f. - Bernique ou _bernicles_, adv. - Bestiasse, s. f. - Bestiole, s. f. - Bichonner, v. a. - Bicoque, s. f. - Bidet, s. m. - Bigarreau, s. m. - Binocle, s. m. - Bisbille, s. f. - Biscornu, adj. - Biscotin, s. m. - _Bisquer_, v. n. - _Blague_, s. f. (vanterie). - _Blaguer_, v. n. - _Blagueur_, s. m. - Blanc-bec, s. m. - _Blet, ette_, adj. - Bleuir, v. a. - se Blouser, v. pr. - _Bois carré_, s. m. - _Bois gentil_, s. m. - Bombance, s. f. - Bonde, s. f. - _Bon-homme_, s. m. (fleur). - _Boniface_, s. m. - _Boucan_, s. m. (tapage). - _Boucaner_, v. n. et a. - _Boucaneur_, s. m. - Bouche-trou, s. m. - Bouchon, s. m. (cabaret). - _Bouffer_, v. a. - _Bouffeur_, s. m. - _Bougon_, s. m. - Bougonner, v. n. - _Bouillon-pointu_, s. m. - Bourde, s. f. - Bourgeois, s. m. (patron). - se Bourrer, v. pr. (s'empiffrer). - Bourrique, s. f. - Bourse-à-pasteur, s. f. - Boursicaut, s. m. - Boursiller, v. n. - _Bousin_, s. m. - _Bousiner_, v. n. - Bout d'homme, s. m. - Boute-en-train, s. m. - Boutiquier, s. m. - Boutonné, adj. (fig.) - _Braillée_, s. f. - Brailler, v. n. - Brandevin, s. m. - Braque, s. m. (fig.) - Bredi-breda, adv. - Breloque, s. f. - Bretauder, v. a. - Bric-à-brac, s. m. - de Bric et de broc, adv. - _Brifer_, v. a. - Brimborion, s. m. - _Bringue_, s. f. - _en Bringues_, adv. - Brioche, s. f. (pâtisserie). - _Brioche_, s. f. (maladresse). - Briscambille, s. f. - Brise-tout, s. m. - Brocanter, v. n. - Brocanteur, s. m. - Brocantage, s. m. - Broches, s. f. pl. (aiguilles). - _Brossée_, s. f. - _Brosser_, v. a. (rosser). - Brouille, s. f. - Brouillon, onne, s. et adj. - Brucelles, s. f. pl. - Bûche, s. f. (fig.) - _se Bûcher_, v. pr. - Bûchette, s. f. - _Butin_, s. m. (richesse, affaires). - Buvable, adj. - _Buvard_, s. m. - Buvotter, v. n. - - - C - - Cacade, s. f. - Cache, s. f. - Cache-cache, s. m. (jeu). - _Cache-nez_, s. m. - _Cachottier_, s. et adj. - Cagneux, adj. - Cahin-caha, adv. - Calfeutrer, v. n. - à Califourchon, adv. - Câlin, s. et adj. - _Calotte_, s. f. (taloche). - _Calotter_, v. a. - Cambuse, s. f. - _Camper un soufflet._ - Campos, s. m. (congé). - Cancan, s. m. - _Cancaner_, v. n. - _Cancanier_, adj. et s. - Capilotade, s. f. - Capon, s. m. - Caponner, v. n. - Caqueter, v. n. - _Carnier_, s. m. - _Carotte_, s. f. (fig.) - _Carotter_, v. a. (duper). - Carriole, s. f. - Casaquin, s. m. - _Cascaret_, s. m. - _Cassement de tête_, s. m. - Cassine, s. f. - Castille, s. f. - _Causant, sante._ - Causeuse, s. f. (canapé). - _Cavalier_, s. m. (danseur). - _Chacune_, s. f. - Chafouin, s. m. - _Chalumer_, v. a. - se Chamailler, v. réc. - _Chansonnet_, s. m. (sansonnet). - Chapitrer, v. a. - _Chapon_, s. m. (bouture de cep). - Chatte-mitte, s. f. - _Chauche-vieille_, s. f. - _Chaudelait_, s. m. (pâtisserie). - _Chauffe-lit_, s. m. - _Chauffe-pieds_, s. m. - Chavirer, v. n. - Chenapan, s. m. - Cheptel, s. m. - _Chicard_, adj. - Chicot de dent, s. m. - Chien, enne, adj. (parlant des choses). - Chiffonner, v. a. (chagriner). - Chiffonnier, s. m., ou _Chiffonnière_, s. f. (meuble). - _Chinois_, s. m. (fig.) - _Chiper_, v. a. - _Chipie_, s. f. - _Chiquer_, v. a. (manger). - _Chope_, s. f. - _Chou_, s. m. (terme d'amitié). - Chou, s. m. (pâtisserie). - Chou-chou, s. m. - Ciron, s. m. - Clignement d'yeux, s. m. - Clique, s. f. - à Cloche-pied, adv. - Clocher, v. n. - Clopin-clopant, adv. - Clopiner, v. a. - Cocasse, adj. - _Cochon_, s. m. (avare). - _Cochonnaille_, s. f. - Cochonner, v. a. (salir). - _Coco_, s. m. (individu). - _Cocotte_, s. f. (maladie des yeux). - Coffrer, v. a. - Coiffé, adj. (fig.) - _Colin-tampon_, s. m. - _Colle_, s. f. (menterie). - Collier, s. m. (un grand, ou un gros ----). - _Commérer_, v. n. - Comme cela, adv. - Comme quoi, adv. - _Communier_ (un). - _Conduite (faire la)._ - Confisqué, ée, part. (dont la santé est désespérée). - _Conscience_, s. f. (estomac). - Consentir, v. n. (plier). - Contre-pied, s. m. - _Contusionner_, v. a. - Coq, s. m. (fig.) - Coquecigrue, s. f. - Coquemar, s. m. - _Coquinet_, s. m. - _Coquiner_, v. n. (gueuser). - Corbillon, s. m. - Corner une chose. - Cossu, adj. - _Coteline_, adj. - _Coucou_ (faire ----). - _Coulé_, part. (ruiné). - _Coup d'air_, s. m. - _Couper la fièvre._ - _Couper le sifflet_ (fig.) - _Couper le visage._ - Courante, s. f. (dévoiement). - _Courir_, v. a. (il court sa 20e année). - _Courterolle_, s. f. - _Court-pendu_, s. f. (poire). - Couturé, adj. - _Couvre-chef_, s. m. - _Couvre-plat_, s. m. - _Crâne_, s. et adj. (audacieux). - _Crânement_, adv. - Crapaud, s. m. (fig.) - _Craque_, s. f. (mensonge). - Craqueur, s. m. - Crasseux, adj. (fig.) - _Crémier_, s. m. - _Critiqueur_, s. m. - Crochet, s. m. (agrafe). - Croque-mort, s. m. - Croquer le marmot. - Crosser, v. a. (traiter durement). - _Croûtes de lait_, s. f. - _Croûton_, s. m. (mauvais peintre). - Cruche, s. f. (fig.) - _Crucherie_, s. f. - Cruchon, s. m. - Cueillette, s. f. - Cuir, s. m. (fig.) - Cuisinière, s. f. (ustensile). - Cuisse de noix, s. f. - Cuistre, s. m. - _Cuit_, adj. (perdu, ruiné). - Cul de plomb, s. m. - Culot, s. m. - _Culotte-de-Suisse_, s. fém. (poire). - se Culotter, v. pr. - _Cul-rouge_, s. m. (oiseau). - _Cumulard_, s. m. - - - D - - Dandin, s. m. - Dandiner, v. n. - Daube, s. f. - Débagouler, v. n. et a. - à la Débandade, adv. - Débarbouiller, v. a. - _Débine_, s. f. - Débours, s. m. pl. - Débraillé, adj. - _Décommander_, v. a. - en Définitive, ou _en Définitif_, adv. - _Défriser_, v. a. (fig.) - Dégaîne, s. f. - _Dégauchir_, v. a. (fig.) - _Dégelée_, s. f. - Dégobiller, v. a. - Dégoiser, v. a. et n. - _Dégommer_, v. a. (fig.) - Dégourdie (eau). - Dégringolade, s. f. - _Degringolando_, adv. - Dégringoler, v. n. - Dégriser, v. a. (fig.) - _Démonétiser_, v. a. (fig.) - Démonter, v. a. (fig.) - Dépense, s. f. (office). - _Dépersuader_, v. a. - Dépêtrer, v. a. - _Déraidir_, v. a. - _se Désassocier_, v. pron. - Désenfiler, v. a. - Deshabillé, s. m. - Dessouler, v. a. - _Détacheur_, s. m. - Devanture, s. f. - Dia (terme des charretiers). - _Disputailler_, v. n. - _se Disputer_, v. réc. - _se Divorcer_, v. réc.[4] - se Dodiner, v. pr. - _Dodo_, s. m. (lit). - Dodo (faire, aller à ----). - Doléance, s. f. - Dondon, s. f. - Donnant, adj. - _Donner_, v. n. (suppurer). - Donneur de bonjour, s. m. - Donzelle, s. f. - _Double_, s. f. - Doucet, adj. - Doucettement, adv. - Douillet, adj. - Drapeaux, s. m. pl. (langes). - Draper, v. a. (fig.) - _Drelin! drelin!_ - Drille, s. m. - _Drôlerie_, s. f. (bagatelle). - - [4] Mauvaise expression recueillie par Mr Bescherelle. - - - E - - Ébaubi, adj. - Écarquiller, v. a. - Écervelé, adj. et subst. - Écharde, s. f. - _Ecobuage_, s. m. - _Ecobuer_, v. a. - _Écurage_, s. m. - Écureuse, s. f. - Effaré, adj. - Effondrer, v. a. - s'Égosiller, v. pr. - _Égraffigner_, v. a. - Égrillard, adj. et subst. - s'Embâter, v. pr. - Embarras (faire de l'----). - _Embêtement_, s. m. - _Embêter_, v. a. - _Emboquer_, v. a. - Embouché (mal ----). - Émérillonné, adj. - _Émeutier_, s. m. - _Émigrant_, s. m. - Emmancher, v. a. (fig.) - _Emmêler_, v. a. - _Émotionner_, v. a. - Émoustiller, v. a. - _Emparenté_, adj. - Empaumer, v. a. - Empesé, adj. - s'Empêtrer, v. pr. - Emprunté, adj. (embarrassé). - En çà, adv. (jusqu'à présent). - _Encager_, v. a. - _Encoche_, s. f. - _Encocher_, v. n. (faire une - encoche). - s'Encroûter, v. pr. - Endêver, v. n. - s'Endimancher, v. pr. - Enfagoter, v. a. - Englober, v. a. - Engoncé, adj. - Entregent, s. m. - Entrelarder, v. a. - Éponger, v. a. - Éreinter, v. a. - _Esbrouffe_, s. f. - _Escoffier_, v. a. (tuer, etc.) - Escogriffe, s. m. - s'Esquicher, v. pr. - _Essade_, s. f. - Estafier, s. m. - _Étagère_, s. f. - _Éterpe_, s. f. - Étisie, s. f. - _Excaver_, v. a. - _Expertiser_, v. a. - - - F - - Façonnier, adj. - _Fadet_, adj. - _Fait exprès_, s. m. - Falot, adj. - Fanfreluche, s. f. - _Faquin_, s. m. (élégant). - _Faquinerie_, s. f. (élégance). - _Faraud_, s. m. - Farfouiller, v. a. - _Farinière_, s. f. - Fatiguer, v. neutre. - _Fatrasser_, v. n. - Femmelette, s. f. - _Fenasse_, s. f. - _Fendage_, s. m. - Fendant (faire le ----), s. m. - se Fendiller, v. pr. - Festoyer, v. a. - Feuillu, adj. - _Ficelé, ée_, adj. (fig.) - Fier-à-bras, s. m. - _Fignoler_, v. n. - _Fignoleur_, s. m. - Finasser, v. n. - Finasserie, s. f. - Finasseur, euse, s. - _Finassier, ière_, s. - à la Fin des fins, loc. adv. - Fin fond, s. m. - _Finissage_, s. m. - _Finisseur_, s. m. - _Fion_, s. m. - Flageoler, v. n. - Flambé, part. (fig.) - Flandrin, s. m. - _Flotte_, s. f. (écheveau). - _Flouer_, v. a. - Flûter, v. a. (boire). - Folichon, s. m. - _Fondrilles_, s. f. pl. - _Fouillis_, s. m. - Fourgonner, v. n. - Frais (me voilà ----), adj. - à la bonne Franquette, loc. adv. - _Frésillon_, s. m. - Fricasser, v. a. - _Fricot_, s. m. - _Fricoter_, v. n. - Frime, s. f. - _Frimousse_, s. f. - Friper, v. a. - _Frison_, s. m. - _Frottée_, s. f. (rossée). - _s'y Frotter_, v. pron. (fig.) - Fumer, v. n. (avoir du dépit). - - - G - - _Gabegie_, s. f. - _Gabelou_, s. m. - Gâcher, v. a. - Gâchis, s. m. - Gagner une maladie. - Gaillard, s. et adj. - _Galette_, s. f. (bourre de soie). - Galvauder, v. a. - _Gamache_, s. f. - Gamin, s. m. - Ganache, s. f - _Garçonnaille_, s. f. - _Garçonnet_, s. m. - Garçonnière, s. f. - Garde-feu, s. m. - Gargote, s. f. - Garnement, s. m. - Gâte-enfant, s. m. - Gâte-métier, s. m. - _Gâterie_, s. f. - Gaudriole, s. f. - Gauler, v. a. - Gaupe, s. f. - se Gendarmer, v. pr. - _Genette_, s. f. - Gérofle, s. f. (girofle). - Giboulée, s. f. - _Gifle_, s. f. - _Gifler_, v. a. - _Gigogne_, nom prop. (fig.) - Gigotter, v. n. - _Girardine_, s. f. - _Gniaf_, s. m. (Dict. BESCH.) - _Gniole_, s. f. (coup). - Go (tout de ----), loc. adv. - Gobe-mouches, s. m. - Gober, v. a. (croire légèrement). - Godelureau, s. m. - à Gogo, loc. adv. - Goguenard, arde, s. - Goguenarder, v. n. - Goguettes, s. f. pl. - Goinfre, s. m. - Goinfrer, v. n. - _Gosse_, s. f. - _Gosser_, v. n. - Gourde, s. f. (menterie). - Gourdin, s. m. - _Gourer_, v. a. - _Goutte de sang_, s. f. (fleur). - Gouttelette, s. f. - Grabuge, s. m. - _Grafigner_, v. a. - Graisser la patte, v. a. (fig.) - Grappillon, s. m. - Grappiller, v. n. - Grappin, s. m. - Grassouillet, adj. - Gredinerie, s. f. - _Grelu_, adj. - Grenouiller, v. n. - Grève (faire ----), s. f. - Gribouillage, s. m. - Gribouiller, v. a. - Griffer, v. a. - Grignotter, v. n. - Grigou, s. m. - Grimacier, adj. et s. - Grimaud, s. m. - Grippe-sou, s. m. - Gris, e, adj. (ivre). - _Grisard_, s. m. - Grognard, de, adj. et s. - _Grognerie_, s. f. - _Grognonner_, v. n. - Grommeler, v. n. - Gros, adv. (beaucoup). - Grouiller, v. n. - Gruer, v. a. - Gruger, v. a. - Guéridon, s. m. - _Guêpière_, s. f. - Gueulard, s. m. - _Gueule-de-loup_, s. f. (plante). - _Gueuleton_, s. m. - Gueusard, s. m. - Guigner, v. a. - Guignon, s. m. - _Guignonant_, adj. - Guilleret, adj. - Guinguette, s. f. - - - H - - Historier, v. a. - Hypothéqué, adj. (fig.) - - - I - - _Illico_, adv. - _Impressionner_, v. a. - _Inquilin_, s. m. - - - J - - Jaboter, v. n. - Jacasser, v. n. - _Jaquette_, s. f. (pie). - Jaquette, s. f. (habillement). - Jardinage, s. m. (légume). - Jargonner, v. n. et a. - _Jaunet_, s. m. (pièce d'or). - _Jean farine_, s. m. - Juron, s. m. - _Juguler_, v. a. - - - L - - Lanterner, v. n. - Lanternier, s. m. - Lapin, s. m. (fig.) - _Lardère_, s. f. (oiseau). - _Laurelle_, s. f. (plante). - Lèche, s. f. - à Lèche-doigts, loc. adv. - Lendore, s. m. et f. - Lévite, s. f. - Locher, v. n. - Longuet, adj. - Loque, s. f. - Loqueter, v. n. - Loti, participe. - _Louper_, v. n. - Lubie, s. f. - Lune, s. f. (caprice). - Luron, onne, s. - - - M - - Mâchoire, s. f. (fig.) - Magot, s. m. (argent caché). - Magot, s. m. (homme laid ou gauche). - Mailloche, s. f. - Maisonnée, s. f. - Mal-appris, adj. et s. m. - Malpeigné, s. m. - Mangeaille, s. f. - Mange-tout, s. m. - Manigance, s. f. - Manigancer, v. a. - Maquignonnage, s. m. - Marchandailler, v. n. - Margouillis, s. m. - _Margot_, s. f. - _Margot_, s. f. (pie). - _Marie-Graillon_, s. f. - Marmaille, s. f. - Marmot, s. m. - Marmotter, v. n. - Marmouset, s. m. - Maroufle, s. m. - _Marronner_, v. n. - Martel, s. m. - Massacrant, te, adj. - Mâtiner, v. a. - Matou, s. m. (butor). - Mazette, s. f. - _Mécaniser_, v. a. - Mèche, s. f. (moyen). - Mêmement, adv. - Micmac, s. m. - Mignoter, v. a. - Mijaurée, s. f. - Mijoter, v. a. - _Mille-canton_, s. m. - Milliasse, s. f. - _Minable_, adj. - _Mioche_, s. m. et f. - Mirliflore, s. m. - _Mirobolant_ et _myrobolant_, adj. - Miton-mitaine (onguent ----), adj. - Mitonner, v. a. - Mitron, s. m. - Molester, v. a. - Montage, s. m. - Mordicus, adv. - Mornifle, s. f. - Morveux, s. (impertinent) - Mouille-bouche, s. f. (poire ----). - Moutardier, s. m. - Moutons, s. m. pl. (vagues). - Mufle, s. m. - Mule, s. f. - _Muscadin_, s. m. (mirliflore). - Muser, v. n. - - - N - - Nasillard, adj. - _Nicaise_, s. m. - Nippé (bien ----), adj. - Nique (faire la ----), s. f. - _Niveler_, v. n. (muser). - _Niquedouille_, s. m. - _Nivèlerie_, s. f. (badauderie). - Noiraud, s. m. - Noise, s. f. - Nonnette, s. f. - Nuit blanche. - - - O - - OEufs à la neige, s. m. pl. - Oignon, s. m. (durillon). - _Ognon (il y a de l'--)_, s. m. Il y a quelque chose de caché - là-dessous. - Olivettes, s. m. pl. - _Ombre-chevalier_, s. m. - Ostrogoth, s. m. (fig.) - - - P - - Pacant, s. m. (manant). - Paillasson, s. m. - _Pain d'oiseau_, s. m. (plante). - Palisser, v. a. - Panier percé, s. m. (fig.) - Papier mâché, s. m. (fig.) - Paquet, s. m. (grosse femme). - Paresser, v. n. - Par exemple! (exclamation). - _Particulier_, adj. (bizarre). - _Particulière_, s. f. (une ----). - Pataraffe, s. f. - Patatras, s. m. - Pataud, s. m. - Pâté, s. m. (un gros ----), (fig.) - Patraque, s. f. (prop. et fig.) - Patrouiller, v. a. et n. - Pays, payse, s. - Pécore, s. f. - Pédon, s. m. - _Peignée_, s. f. (fig.) - se Peigner, v. réc. (fig.) - _Peinturlurer_, v. a. - Pelotte (faire sa ----), (fig.) - Pelotter quelqu'un, v. a. - Pendaison, s. f. - Pendiller, v. n. - Péquin, s. m. - _Perlimpinpin_, s. f. (poudre de ----). (Dict. de BESCHERELLE.) - Péronnelle, s. f. - _Pesette_, s. f. (vesce). - _Pesage_, s. m. - _Pesse_, s. f. (sapin). - Pétaudière, s. f. - _Petiot, ote_, adj. et s. - _Pétitionner_, v. n. - Peton, s. m. - Pétrin, s. m. (fig.) (embarras). - Piaillerie, s. f. - Piailleur, s. m. - Piauler, v. n. - se Picoter, v. réc. (fig.) - Picoterie, s. f. - Pieds de mouche, s. m. pl. (écriture). - Pie-grièche, s. f. - Pierrot, s. m. (moineau). - Piètre, adj. - Piffre, esse, s. - _se Piffrer_, v. pr. - Pince-maille, s. m. - Pinçon, s. m. (marque qui reste sur la peau lorsqu'on a été pincé). - Piocher, v. n. (fig), (travailler). - Pioler, v. n. - _Pipi_, s. m. - Pique, s. f. (brouillerie). - Pique-assiette, s. m. - _Pique-mouches_, s. m. (oiseau). - Pique-nique, s. m. - Pissenlit, s. m. (plante). - Pissenlit, s. m. (enfant). - Pivoine, s. m. (plante et oiseau). - Planche (faire ----). - Plancher des vaches, s. m. - Plantain, s. m. - Plante, s. f. (fig) - _Planton_, s. m (soldat de ----). - Plastron, s. m. (fig.) - Plate-couture (à plate ----). - _Platise_, s. f. - Plein (ses poches, sa cave). - tout Plein. - tout Plein de, adv. (beaucoup) - Pleurard, s. m. - Pleurnicher, v. n. - Pleutre, s. m. - _Pliant_, s. m. (lit). - _Plissage_, s. m. - Plumé, adj. (fig.) - Plumeau, s. m. - _Poche_, s. f. (grande cuiller à long manche). - Poché (oeil ----), adj. - Pocher, v. a. - Pointer, v. n. (poindre), (en parlant des herbes et bourgeons - qui commencent à paraître). - _Polissage_, s. m. - _Pommé_, adj. (fig.) - Pommelé (ciel ----), adj. - Pommier, s. m. (ustensile). - _Pomper_, v. a. et n. (fig.), (boire). - se Pomponner, v. pr. - Populacier, adj. - Porte-respect, s. m. - Potée, s. f. (fig.) - Poule mouillée, s. f. (fig.) - Poulette, s. f. - Pourboire, s. m. - Pour sûr, adv. - Précautionneux, adj. et subst. - _Priser_, v. n. (du tabac). - _Priseur_, s. m. - _Procureur de meunier_, s. m. (oiseau). - Puant, ante, subst. (fig.) - - - Q - - Quasi, adv. - _Quasiment_, adv. - Quatre de chiffre, s. m. - _Queue_, s. f. (faire la ----), (fig.) - à la Queue leu leu - à Quia, loc. adv. - _Quibus_, s. m. (avoir du ----). - Quignon, s. m. - - - R - - Rabougri, adj. part. - Rabrouer, v. a. - Racaille, s. f. - se Raccrocher à, v. pr. (fig.) - _Rachever_, v. a. - _Raclée_, s. f. (rossée). - Raffoler, v. n. - Rafle (faire ----), s. f. - Rafler, v. a. - _Rager_, v. n. - _Rageur_, subst. - Ragot, gote, subst. - Rainette, s. f. (grenouille). - Ramages, s. m. pl. (à grands ----). - _Rancuneux_, adj. (Dict. de BESCHERELLE.) - Rasibus de, prép. - _Rata_, s. m. - Ratatiné, née, part. - _Ratatouille_, s. f. - Raté, tée (affaire ----), part. - Rater, v. a. et n. - _Râtelée_, s. f. - Ravigoter, v. a. - _Ravioles_, s. m. pl. (Dict. de BESCHERELLE.) - Ravonailles, s. f. - _Rebéquer_, v. n. - se Rebéquer, v. pron. - _Rebiffer_, v. n. et a. - _se Rebiffer_, v. pr. - _se Reblanchir_, v. pr. - Rèche, adj. - _Réciproquer_, v. n. (Mme DE SÉVIGNÉ.) - Récompenser le temps. - se Recoquiller, v. pr. - _Récurage_, s. m. - Récurer, v. a. - Regain, s. m. - Regardant, adj. - Régenter, v. a. - Regimber, v. n. - Relancer quelqu'un. - Reluquer, v. a. - Rembarrer, v. a. - _Rembourrer_, v. a. (rembarrer). - Remonter, v. a. - _Remoucher_, v. a. (fig.) - Remue-ménage, s. m. - _Renarder_, v. n. - _Rendoubler_, v. a. - Renfermé, s. m. (odeur de ----). - Rengaîner un compliment. - Renifler, v. n. - Renitent, ente, s. et adj. - _Renseigner_, v. a. (donner des renseignements). - _se Renseigner_, v. réfl. (prendre des renseignements). - Renvoi, s. m. (rapport). - Ressemelage, s. m. - Retaper un chapeau. - Retors, adj. (fig.) - Revaloir, v. a. - Rêvasser, v. a. - Revenant-bon, s. m. - en Revendre à. - Revoilà, adv. - _Rhabillage_, s. m. (raccommodage). - _Rhabilleur_, s. m. (terme technique). - Ribambelle, s. f. - Ribotte, s. f. - _Ridicule_, s. m. (sac). - Ridiculité, s. f. (la, une). - Rincé, part. (battu, grondé, ou fortement mouillé). - _Rincée_, s. f. (rossée). - Rincer, v. a. (battre, mouiller, réprimander). - _se Rincer_, v. réc. (se battre, se gronder). - Rogner, v. a. - Rognonner, v. n. - _Rossignolet_, s. m. - Rotin, s. m. - Rougeaud, adj. et s. - _Roulée_, s. f. (fig.) - Roupiller, v. n. - Rubrique, s. f. - Rudoyer, v. a. - - - S - - S, s. f. (faire les ----). - Sabouler, v. a. - Sabrer, v. a. (fig.) - Sac (mettre au ----). - Sac (donner le ---- et les quilles). - Sac (l'affaire est dans le ----). - Sac à vin, s. m. (ivrogne). - Saccage, s. m. (amas confus). - Sagouin, s. m. - Sainfoin, s. m. - Sainte-Nitouche, s. f. - _Salé_, adj. (très-cher). - Salmigondis, s. m. - Sapajou, s. m. (fig.) - faire la Sauce à quelqu'un, v. a. (le réprimander). - Saucer, v. n. (réprimander). - Saucé (mouillé, réprimandé). - Saugrenu, adj. - au Saut du lit. - Sauteur, s. m. (fig.) (homme sans consistance). - Savon, s. m. (réprimande). - _Scie_, s. f. (fig.), parlant d'une chose ennuyeuse. - _Scier le dos_, et _Scier_, v. a. (fig.) - Semaine des trois jeudis. - Sempiternelle, adj. fém. (une vieille ----). - _Seriner_, v. a. (fig.) - Seringue, s. f. - Si fait, adv. - _Sifflasson_, s. m. (oiseau). - Siroter, v. n. - Soleil, s. m. (fleur). - Songe-creux, s. m. - Sornettes, s. f. pl. - Souffre-douleur, s. m. - à la Sourdine, adv. - Soûlard, s. m. - Soûler, v. a. - _Soupatoire_, adj. - un Soupçon (très-peu). - Souvente fois, adv. - Suçoter, v. a. - pour Sûr. - - - T - - Tabagie, s. f. - Tablature, s. f. - Taloche, s. f. - Tambourineur, s. m. - Tant et plus, adv. - Tantinet, s. m. - Tapageur, euse, s. - Taper, v. a. - _Tapin_, s. m. (tambour). - Tapisserie, s. f. (fig.) (faire ----). - Tâte-vin, s. m. - Tâtillon, onne, s. - Tâtillonner, v. n. - Taudion, s. m. - Taudis, s. m. - Taupier, s. m. - Tempêter, v. n. - Tête carrée, s. f. (fig.) - Tignasse, s. f. - _Timbré_, adj. (fig.) (un peu fou). - Tintamarre, s. m. - Tintouin, s. m. - à Tire-larigot, adv. - Tirer, v. a. (traire). - Tombée de la nuit, s. f. - _Toqué_, adj. (un peu fou, qui a le cerveau dérangé). - Toquet, s. m. - _Torchon_, s. m. (femme sale). - Tortiller, v. n. - Tortu, adj. - Toupet, s. m. (audace). - Tourniquet, s. m. - Tourtelette, s. f. (Dict. BESCH.) - Traille, s. f. - Train, s. m. (bruit, tapage). - Tranchoir, s. m. - _Transiter_, v. a. et n. - _se Transiter_, v. pron. - _Trappon_, s. m. - Trapu, adj. et s. - _Tremblement_ (tout le ----). - _Trembler la fièvre._ - se Trémousser, v. pr. - _Trempée_, s. f. (rossée). (Dict. de BESCHERELLE.) - _Tressauter_, v. n. - Tricher, v. a. - Tricot, s. m. (gourdin). - Tricot, s. m. (tricotage). - Trimballer, v. a. - Trimer, v. n. - Tripier, pière, s. - _Tripot_, s. m. (tripotage). - _Tripoter_, v. a. (embrouiller). - Tripoter, v. n. - Trique, s. f. - Trogne, s. f. - Trognon, s. m. - _Tronche_, s. f. - Trotiner, v. n. - _Troupier_, s. m. - Troussé, adj. (mort). - _Truc_, s. m. (avoir le ----). - Tuerie, s. f. - Turlupinade, s. f. - Turlupiner, v. a. - - - V - - Va-et-vient, s. m. - Va-nu-pieds, s. m. - Venelle, s. f. - Venette, s. f. - Venez-y-voir, s. m. - Venir à rien. - _Ventaison_, s. f. (maladie du froment). - Vergogne, s. f. - Vert-galant, s. m. - Vertigo, s. m. - Vétille, s. f. - Vie, s. f. (crierie). - Vie (faire la ----). - Victuaille, s. f. - Vieillerie, s. f. - Villace, s. f. - Violon, s. m. (prison). - Virer, v. n. et a. - Viser, v. a. (atteindre, etc.) Terme des écoliers. - Vive-la-joie, s. m. - Vivoter, v. n. - Voix de rogomme, s. f. - _se Voiler_ (parlant du bois). - Volée, s. f. (rossée). - Volerie, s. f. - _Vousayer_ et _vousoyer_, v. a. (Dict. de BESCHERELLE.) - - - Z - - Zéro en chiffres. - le Zist et le Zeste. - - _NB._ Cette nomenclature pouvait être facilement doublée et triplée. - - - - -L'INCENDIE. - -BAMBOCHADE EN LANGAGE GENEVOIS. - - -Ah! te voilà, Carisot; eh bien! as-tu été au feu, cette nuit?--Au feu? -Est-ce qu'on a crié à l'eau cette nuit? Je ne me suis aperçu de rien, -moi, j'ai dormi comme un plot jusqu'à ce matin à huit heures.--Ah! -Dieu me damne! il faut être sourd comme un toupin, pour ne s'être -aparçu de rien avec un pareil brouhar qui z'y a eu toute la nuit. Moi -qui ai le sommeil léger comme une rate, je me lève aux premiers cris -d'à l'eau, tout en pantet; j'ouvre la fenêtre et je demande: Où -est-ce? où est-ce?--En n'haut la Tour de Boë! qu'on me répond. - -Ah! mon Dieu! que je me dis, si c'était chez Goncet le remueur, ou -bien chez la Jossau, la vendeuse de biscômes, qui demeure à côté; ces -pauvres diables n'auraient pas besoin de ça, y sont assez minables -tous les deusse! - -Je ne me donne pas le temps de m'habiller. J'enfile un crouye broustou -avec ma roupe par-dessus, et je cours en grolles avec ma seille à la -main. - -Ce n'était pas en n'haut la Tour de Boë, c'était en n'haut de Bêmont, -à un certain sacré endroit étroit qui va tout de guingoine comme -l'allée du Cul du Chien. Y n'y avait pas une seringue d'arrivée. Quand -je vis qu'y sentait le brûle à crever et qu'on voyait la fumée qui -sortait par les vantaux d'un certain carcagnou de chambre à -plain-pied, je dis: Ah! mon Dieu! voilà un feu qui a gonvé toute la -nuit: y aura bien du mal! - -Y avait par-là trois ou quatre piournes de femmes tout époulaillées -qui faisaient des brâillées de mâlevie, et une troupelée de fichus -charoupes qui restaient là plantés comme des idoines tout ébalourdis à -regarder la fumée. Je leur dis: Sacribleu! y ne s'agit pas de rester -là à patenocher en attendant les seringues; puisqu'on a loqueté à la -porte, et qu'on ne répond pas, y faut la mettre en bringue. - -Moi qui ai une bonne pougne, je vous chigougne le péclet -vigoureusement et fiche la porte en dedans. Quand j'eus avancé -quelques pas, la fumée et la flamme étaient si fortes qu'y fallut me -rentourner en darnier, avec le col de mon habit et mes cheveux tout -suclés. - -Heureusement que ces fichus patenoches de pompiers arrivèrent avec la -seringue de Chantepoulet. On fit la chaîne avec les siaux et les -seilles jusqu'au bourneau du bas de la Cité; et après quelques bonnes -jiclées, on fut maître du feu. - -M'sieu, quand on entre dans ce croton de chambre, on trouve une femme -étendue par terre d'à bouchon, toute brûlée et la moitié du corps en -greubons. C'était la chose la plus z'hideuse, la plus z'hideuse qu'on -puisse voir. On croyait d'abord que c'était une certaine gourgandine -de Lyon qui était venue demeurer dans le quartier; mais on vit ensuite -que c'était cette vieille redasse de Pignolet, qui tenait là un bouzin -depuis quelque temps. Y paraît qu'on y avait fait la tamponne le soir, -et qu'ayant trop fioulé au lieu de se coucher, elle s'était endormie -sur son covet en faisant le cafornet, et puis que le feu avait pris à -ses z'hardes et à son lit. - -J'ai eu là une fière tarente, je t'en réponds; mais enfin, à part une -gonfle à la main et un peu de rouche pour avoir gardé mes habits tout -trempes, je m'en suis tiré saink-et-sauf. - -Pourtant, quand je suis rentré à la maison, y faut bien y dire, -j'avais le coeur diablement savaté d'avoir vu ce cadavre tout en -greubons. Ma femme me disait: Y faut te faire une saigne, y faut te -mettre les sangsuies..... Hé! voui! c'est bien moi qui vais me -potringuer pour une peur. Je me suis flâné un verre de riquiqui sur la -conscience, et puis n.. i ni, c'est fini, ni vu ni connu. Adieu, -Carisot; adieu, mon ami; Je m'en vais au sarcle faire l'heure sèche -avec Mottu, qui paye les séchots. Adieu, à revoire. - - - - -LES REMUEURS. - -(_La scène se passe dans une auberge._) - - - Quel est donc ce fracas, qui, dès l'aube naissante, - Fait retentir ici ma cloison frémissante? - Pourquoi cette poussière et ces ais ébranlés? - D'où partent ces clameurs et ces coups redoublés? - Un créancier, suivi de la noire cohorte, - Peut-être du voisin assiége-t-il la porte: - Le rat de cave actif, son registre à la main, - Soupçonnant dans ces lieux un trafic illicite, - Peut-être exerce-t-il sa fâcheuse visite; - Ou peut-être céans le gendarme inhumain - Arrache-t-il des bras de sa tremblante mère - Un conscrit malheureux, soutien de son vieux père. - Le bruit redouble. Allons, secouons ces pavots - Qui viennent, malgré moi, refermer ma paupière, - Et sachons quels lutins ont troublé mon repos. - À l'instant, d'un bras ferme, empoignant la sonnette, - J'appelle à mon chevet la servante Jeannette. - «Quel est donc, s'il vous plaît, cet infernal fracas? - D'où partent tous ces coups frappés à tour de bras? - Et pourquoi, si matin, un pareil tintamarre? - --Monsieur, dans la maison on a les _remueurs_.» - -(Elle dit et s'en va.....) - - Les _remueurs_, grands dieux! quel est ce nom bizarre - Hélas! serait-ce point quelque troupe barbare, - D'avides maltôtiers, de cruels exacteurs, - De recors, de sergents... ou de voleurs peut-être! - Allons, habillons-nous: près d'eux il faut paraître, - Et calmer, s'il se peut, leurs bruyantes fureurs. - - Les _remueurs_! Ce nom, dans mon âme frappée, - Je l'avoue, excitait les plus vives frayeurs. - Enfin, à tout hasard, muni de mon épée, - Je me rends au salon. Glaces, écrans, flambeaux, - Fauteuils et canapés, commodes et bureaux, - Tout était culbuté. Bon Dieu! dis-je en moi-même, - Ce n'était point en vain que, dans ma crainte extrême, - Un noir pressentiment venait me tourmenter: - La maison est pillée, il n'en faut pas douter. - Puis, passant du salon à la pièce voisine, - Par le bruit attiré, j'arrive à la cuisine..... - Qui vient s'offrir alors à mes yeux ébahis? - Le croirez-vous, Messieurs?... la dame du logis, - La piquante Fanny, ma jeune et vive hôtesse. - Une coiffe de nuit couvre sa blonde tresse, - Sa robe est retroussée, et, sous un court jupon, - D'un mollet arrondi brille le fin coton. - Du plus vif incarnat sa joue est allumée. - Dans sa gauche elle tient, elle agite un torchon; - Et d'un balai poudreux, dont sa droite est armée, - Semblable à cet acier qui commande une armée, - Elle ordonne, elle suit les vastes mouvements - Qui font gémir ces murs jusqu'en leurs fondements. - - «Allons, dit-elle à l'un, d'une voix animée, - _Ébaragnez_ ici, jetez là du _raisson_, - Avec cette _pannosse_ essuyez ce _pochon_; - Prenez ce pot de _greube_ et trempez-y ces pattes; - Ôtez sur ce _tablât_ ces _petoles_ de _rates_.» - - À l'autre: «Eh bien, voyons, sans tant _patenocher_, - Rangez-moi ce _péclet_ que je vois _brelancher_. - Reclouez ce _liteau_ qui va tout de _bisingue_; - Ébriquez ce _toupin_, sa _manille_ est en _bringue_. - Et vous, Jeannette, allons, pour vous _émoustiller_, - Là-haut, sur ce _placard_ montez vous _aguiller_, - Et d'un coup d'_époussoir_ ôtez ces _rauferies_. - Près de ce _benaîton_ que vois-je _bambiller_? - C'est un _guindre_ entouré d'un tas de _truieries_. - Vite redescendez. _Avantez_ ce _coissin_; - Cette _c[)a]sse_ est gâtée, il faut chez le _magnin_ - La porter ce _tantôt_..... Ah! le vilain négoce! - Tout devrait être fait depuis que je _bregausse_: - Mais avec ces _patets_ j'en ai jusqu'à demain.» - - Puis, comme j'approchais, ma pétulante hôtesse: - «Ah! Monsieur, pardonnez, si, dès le grand matin, - Dans cet appartement tout est mis en _cupesse_, - Tout est _écalabré_, mais j'ai les _remueurs_.» - À ce mot, la gaîté fait place à mes frayeurs, - Et contant à Fanny ma risible épouvante, - Je dérobe un baiser sur sa bouche avenante, - Et je cours tout joyeux, rengaînant mon fer nu, - Achever à loisir mon somme interrompu. - - GAUDY. - - - - -DIALOGUE SUR LA RESTAURATION DE 1814, - -ENTRE - -LAMBOTEAU ET DELESDERNIER. - - -_Lamboteau._ Ah! te voilà, Deladernier, y a longtemps que je t'ai pas -vu. Qu'est-ce que tu as? Tu as l'air tout moindre. - -_Delesdernier._ Je ne sais pas; depuis tout ce gandin de cet hivaire, -je vais tout crevotant, j'ai une peine de mâlevie à me rapicoler..... -Ah! si les mâzilles allaient encore, ce ne serait rien, mais ces -sacrés kaiserliques n'ont pas laissé sistance à la maison. - -_Lamboteau._ Voui! Plains-toi, un pauvre gratte-loton, comme moi, qui -en ai eu une tapassée le premier soire, et à qui on en flâne deusse -ensuite tous les quinze jours. Dieu me damne! quelle avaloire! Ma -femme leur fesait à dîner une puissante galimaufrée de polmons et de -froissures et un jaire de veau, avec une bonne platelée de tufèles -bien diotues; c'était plus vite en bas la gargataine qu'on y avait vu, -et puis des tinquets de fromage et de tomme, la pare et tout, et puis -la soupe le matin, et puis le riquiqui..... Non, on ne fait pas une -idée de la vicaille qui s'est galiaufrée chez nous depuis trois mois. - -_Delesdernier._ Moi, les miennes ne bouffaient pas autrement, mais -c'étaient bien les plus fiares gouillards!.... Tu sais bien ce lard -que nous avions tué par ensemble avec Bosson et Livache; j'avais -encore un couple de longeôles avecque deux jambettes à la cheminée, -superbes, y n'y en reste ni riffle ni raffle!.... Mais ce que je -regrette le plus encore, c'est une demi-douzaine de bouteilles de -sarvagnin de la comète, que j'avais mises à coin pour me rabaubiner un -peu l'estomaque, que ces sacrés bouchards m'ont fioulées; et puis à -présent qu'on a besoin de se refaire de quèque chose, y faut qu'on -boive de la tatouille du cabaret. Mais c'est qu'y sont gouillards et -cochons tout à la fois..... Allons! mouche avec les doigts comme des -capucins; et puis des clâmauds par terre qu'y vous acrasent avec le -pied..... Dieu me damne! s'y n'y avait pas des fois de quoi -dégobiller!... et puis une odeur de gonvé sur eusse. Quant ils ont eu -déboulé, j'ai vite ébaragné et écalabré par leur chambre; eh bien! -quoique ça, y a pué encore le bocan pendant huit jours dans toute la -maison. Mais enfin, Dieu marci! nous voilà, une bonne fois pour -toutes, débarrassés de ces sacrées sangsuies. - -_Lamboteau._ Voui, c'est des sangsuies, c'est vrai, mais y faut bien y -dire aussi, quante l'on n'a une maladie, y faut une purge ou une -saigne, et je crois que c'était une maladie qui comptait que ces -gabelous et ces rats de cave. - -_Delesdernier._ Et la conscription!... Non, tiens, quante je pense -qu'y aurait fallu que mon Jaquet tire cette année! un enfant châcholé -et flaironné par sa mère comme cetui-là!... y n'y aurait pas fallu -trois semaines de sarvice pour le flanquer à plat de lit, au ranco -dans une hopitale. Non pas à présent que toute cette sacrée parade est -finie, comme il est assez dégruffé, je m'en vais vous le pousser -farme dans la chiffre, pour sarcher ensuite à le placer dans quèque -bon commarce d'espiceries ou de crincaillerie. - -_Lamboteau._ Dis voir, et tous ces nants de braille, comme y vont être -figeau de tout ça? - -_Delesdernier._ Et toute cette cassibraille de gratte-papier qui vont -être d'obligés de vanner. - -_Lamboteau._ Et cette damnable pardition de loto qui ne pompera plus -nos ag-nettes. - -_Delesdernier._ Et le câfé qu'on va avoir bientôt aussi bon marché que -les faviolons..... Ma sacré gouillarde de femme ne viendra plus me -triôler, et me tirer de sous les ongles la moitié du çan mienne pour -pouvoir se flâner ses deux écuelles dessus la conscience tous les -jours que le bon Dieu a criés. - -_Lamboteau._ Et dis voir, as-tu entendu sonner cette retraite hier à -soire? Dieu me damne! si au premier coup de cloche je ne me suis pas -tout sentu remuer la farâ. - -_Delesdernier._ Et moi, quante j'ai revu en n'haut des affiches la -clef de la cave avec notre moitié de poulet, si je n'étais pas pour -faire des cupesses au beau milieu de la rue. - -_Lamboteau._ Crois-tu, toi, qu'on mangera les greffions des -pronmontions avec plaisir cette année, quante l'on reverra Monsieur le -Premier redonner les prix à tous nos ourious comme du temps du bon -glu. - -_Delesdernier._ As-tu vu nos brecaillons avec leur nouvel uniforme -comme ça vous a le fion! Je les ai rencontrés sur les ponts de Neuve -comme y se renvenaient de l'exarcice. Y sont encore mieux retapés, au -moins, que nos anciens volontaires avec leur queue à ras le cochon et -leurs petits chapeaux de biscôme. Et ce sacré crottu de Favre, ce -n'est pas le plus crouye de tousse au moins, quante y a son habit bien -aboutonné, avecque sa gravate noire et poudré à blanc. C'est qu'y -n'est ni jartou ni gambion cetui-là, quante même c'est un ancien -Genevois, et j'en ai bien vu quèque z'eunes qui le reluchaient et -joliment, en passant sous la Corraterie. - -_Lamboteau._ C'est bien à présent qu'on peut dire avec le père Ch....: -_Lustucru, mon cher compère?_ ou bien: _No le veyains revegni ce temps -pleysans tant allégre._ - -_Delesdernier._ Ah! je t'en réponds. Y en a bien encore quèque z'uns -de ces fichus avenaires qui ont toujours à gongonner et à raufer sur -tout, quoi qu'on fasse, qui regrettent encore qu'on ait déguillé -Bonaparte, et qui vous disent encore comme ça: Voui, vous êtes frais -avec votre ritournelle. A présent que vos gros sont remontés sur leur -bête, vous allez les voir fiars comme des boques, qui vont sarcher à -acraser la bourgeoisie plus que jamais. Moi je dis que non. Les gros -et les petits ont eu leur pide chacun, on est las de se marmanger et -de ronger le fêlin. Y n'y a plus ni nâtifs, ni grimauds, ni habitants, -ni corniauds, ni englués, ni emmardés; y n'y a plus que des bons -Genevois (saufre pourtant ceusse qui ont mis la main au copon, au -moins), et je parie, moi, qu'à la première tampoune qu'on fera pour la -paix, nous verrons encore Des Arts ou Gourgasse danser avecque les -péclotiers autour du bourneau de Saint-Jarvais. - -À çà! Adieu, Lamboteau, adieu, m' n'ami, je m'en vais au sarcle faire -un conchon avec Mottu et Jaquin qui m'attendent. Adieu, à revoire. - - M......, docteur. - - - - - -End of the Project Gutenberg EBook of Nouveau Glossaire Genevois, tome 2/2, by -Jean Humbert - -*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK NOUVEAU GLOSSAIRE GENEVOIS V.2/2 *** - -***** This file should be named 42088-8.txt or 42088-8.zip ***** -This and all associated files of various formats will be found in: - http://www.gutenberg.org/4/2/0/8/42088/ - -Produced by Hélène de Mink, H.V. and the Online Distributed -Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was -produced from images generously made available by The -Internet Archive) - - -Updated editions will replace the previous one--the old editions -will be renamed. - -Creating the works from public domain print editions means that no -one owns a United States copyright in these works, so the Foundation -(and you!) can copy and distribute it in the United States without -permission and without paying copyright royalties. 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It exists -because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from -people in all walks of life. - -Volunteers and financial support to provide volunteers with the -assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's -goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will -remain freely available for generations to come. In 2001, the Project -Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure -and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations. -To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation -and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4 -and the Foundation web page at http://www.pglaf.org. - - -Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive -Foundation - -The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit -501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the -state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal -Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification -number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at -http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent -permitted by U.S. federal laws and your state's laws. - -The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S. -Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered -throughout numerous locations. Its business office is located at -809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email -business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact -information can be found at the Foundation's web site and official -page at http://pglaf.org - -For additional contact information: - Dr. Gregory B. Newby - Chief Executive and Director - gbnewby@pglaf.org - - -Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg -Literary Archive Foundation - -Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide -spread public support and donations to carry out its mission of -increasing the number of public domain and licensed works that can be -freely distributed in machine readable form accessible by the widest -array of equipment including outdated equipment. Many small donations -($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt -status with the IRS. - -The Foundation is committed to complying with the laws regulating -charities and charitable donations in all 50 states of the United -States. 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