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-Project Gutenberg's Nouveau Glossaire Genevois, tome 2/2, by Jean Humbert
-
-This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
-almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or
-re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
-with this eBook or online at www.gutenberg.org/license
-
-
-Title: Nouveau Glossaire Genevois, tome 2/2
-
-Author: Jean Humbert
-
-Release Date: February 13, 2013 [EBook #42088]
-
-Language: French
-
-Character set encoding: ISO-8859-1
-
-*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK NOUVEAU GLOSSAIRE GENEVOIS V.2/2 ***
-
-
-
-
-Produced by Hélène de Mink, H.V. and the Online Distributed
-Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
-produced from images generously made available by The
-Internet Archive)
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-Notes de transcription:
-Les erreurs clairement introduites par le typographe ont été
-corrigées. L'orthographe d'origine a été conservée et n'a pas été
-harmonisée. Les symboles avec marques diacritiques sont indiqués
-ainsi:
-
- macron (barre horizontale) [=x] [x=]
- breve (en forme de u) [)x] [x)]
-
-Les [+] devant une entrée remplacent les croix typographiques,
-utilisées pour indiquer que l'expression ou la prononciation est
-très-vulgaire. (Voir EXPLICATION).
-
-
-
-
- NOUVEAU
- GLOSSAIRE GENEVOIS
-
-
- GENÈVE.--IMPRIMERIE DE FERD. RAMBOZ & Cie.
-
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-
-
- NOUVEAU
- GLOSSAIRE GENEVOIS
-
- PAR
-
- JEAN HUMBERT,
-
- PROFESSEUR DE LANGUE ARABE À L'ACADÉMIE DE GENÈVE,
- CORRESPONDANT DE L'INSTITUT DE FRANCE, MEMBRE DES ACADÉMIES
- DE NANCY, BESANÇON, MARSEILLE, TURIN, ETC.
-
-
- TOME SECOND.
-
-
- GENÈVE
- CHEZ JULLIEN FRÈRES, LIBRAIRES,
- Place du Bourg-de-Four, 71.
-
- 1852
-
-
-
-
-EXPLICATION
-
-DES ABRÉVIATIONS ET DES SIGNES EMPLOYÉS DANS L'OUVRAGE.
-
-
- [+] Expression ou prononciation très-vulgaire.
- [ACAD.] Dictionnaire de l'Académie française.
- adj. Adjectif.
- adv. Adverbe, adverbial, adverbialement.
- [CH.] Mr Chaponnière.
- conj. Conjonction.
- dém. Démonstratif.
- (fig.) Au sens figuré.
- [G. G.] Glossaire de Gaudy.
- indéf. Indéfini.
- invar. Invariable.
- interj. Interjection.
- loc. Locution.
- part. Participe.
- [P. G.] Mr Pierre Gaud.
- pl. Pluriel.
- prép. Préposition.
- pron. Pronom.
- R. Racine.
- rel. Relatif.
- s. Substantif.
- s. m. Substantif masculin.
- s. f. Substantif féminin.
- v. Verbe.
- v. a. Verbe actif.
- v. n. Verbe neutre.
- v. pron. Verbe pronominal.
- v. récip. Verbe réciproque.
- v. réfl. Verbe réfléchi.
-
-
-
-
-NOUVEAU
-
-GLOSSAIRE GENEVOIS.
-
-
-I
-
- [+] ICI, adv. _Ces jours-ici, ces temps-ici, cette semaine-ici._
- Faute fréquente, qui est une tradition du vieux français. On
- parlait encore de la sorte à la cour de Louis XIV, vers 1645.
- Dites: Ces jours-ci, ces temps-ci, cette semaine-ci.
-
- ICI-DESSOUS, loc. adv. Dites: Ci-dessous. Dites de même: Ci-dessus;
- ci-après; ci-contre, et non pas: _Ici-dessus; ici-après;
- ici-contre._
-
- IDÉE, s. f. Très-petite quantité, tant soit peu. _Tu as du tabac,
- donne m'en une idée. Mes nouveaux souliers sont une idée étroits.
- Nous eûmes pendant notre promenade une idée de pluie._
-
- IDÉE (AVOIR). _J'ai idée, j'ai bien idée que nous aurons beau temps
- demain matin. As-tu idée de faire cette course avec nous? Tous les
- gens de l'équipage ont péri: a-t-on idée d'une pareille
- catastrophe?_ Français populaire. Dites: Avoir l'idée. J'ai l'idée
- de. A-t-on l'idée de, etc.
-
- IDÉE, s. f. _Avoir de l'idée_, signifie: Avoir de l'intelligence,
- avoir un esprit fécond en expédients et en ressources. _Votre
- nouvelle domestique n'est pas très-active, mais elle a de l'idée._
- Expression qui nous est très-familière.
-
- IDOINE, s. m. Idiot, hébété. _Il demeurait là planté comme un
- idoine._ Terme curieux, qui doit appartenir au vieux français, et
- sur lequel pourtant les vieux lexiques que j'ai pu consulter ne
- donnent aucun renseignement. Dans les dictionnaires usuels,
- «Idoine» a le sens banal du mot latin _idoneus_ (propre à, capable
- de).
-
- ILAI, s. m. Jeu d'écolier, où tous les joueurs, moins un ou deux, se
- cachent aussi bien qu'ils le peuvent, tandis que les autres
- cherchent à les découvrir et à les atteindre. _Jouer à ilai. Ilai
- courant; ilai cachant; ilai à la ramasse._
-
- [+] IMAGE (UN). _Tu auras un bel image à Pâques._ Solécisme répandu
- partout, et qui a son origine dans le vieux français.
-
- IMPROMPTU, s. m. Prononcez _ein-pronp-tu_.
-
- [+] INCAN ou INQUANT, s. m. Encan, vente publique à l'enchère. Terme
- suisse-roman, savoisien, lyonnais, dauphinois, languedocien et
- vieux français. R. _in quantum_.
-
- [+] INCANTER ou INQUANTER, v. a. Acheter à l'encan. _La Mélanie a
- incanté un ébaragnoir, un guindre, et deux ou trois autres
- raufferies._ Terme vieux français.
-
- INCENDIE (UNE). Ce mot est masculin. «Un grand incendie.»
-
- INCLINAISON DE TÊTE, s. f. _Je lui faisais inutilement plusieurs
- inclinaisons de tête._ On doit dire: Inclination de tête.
-
- INCOMBANCE, s. f. Charge, inconvénient, conséquence désagréable.
- _Vous avez là une fâcheuse incombance._ En piémontais,
- _incombensa_. Le verbe neutre _incomber_, écheoir, ne se trouve
- que dans le dictionnaire de M. Bescherelle.
-
- INDEMNISER, v. a. Prononcez la syllabe _dem_ comme vous prononcez le
- mot _dame_ (_indamniser_). R. _damnum_.
-
- INDEMNITÉ, s. f. Prononcez _ein-dame-ni-té_.
-
- INDIGESSION, s. f. _Avoir une indigession._ «Cette faute est
- tellement répandue en France, dit le grammairien Charles MARTIN,
- que les acteurs mêmes, au théâtre, prononcent de la sorte, sans
- soupçonner la faute grossière où ils tombent.» Il faut écrire et
- prononcer: «Indigestion.»
-
- INDIVIS, adj. m. Prononcez _ein-di-vi_.
-
- [+] INDUCATION, s. f. Éducation. _Je veux que notre garçon reçoive
- une excellente inducation._
-
- [+] INDUQUER, v. a. _Induquer un enfant_, élever un enfant.
-
- INGRAT, ATE, adj. Désagréable, peu attirant, et qui inspire peu de
- confiance. Ne se dit en ce sens que dans les expressions
- suivantes: _Figure ingrate; visage ingrat; air ingrat; mine
- ingrate._ Ce sens, qui manque dans les dictionnaires modernes, n'a
- point d'équivalent exact en français.
-
- INGRÉDIEIN, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses du mot
- «Ingrédient,» lequel rime avec _expédient_.
-
- [+] INORME, adj. Énorme.
-
- INSOLENTER, v. a. Injurier, insulter. _Là-dessus, trois bandits nous
- bavardèrent et nous insolentèrent._
-
- INSTITUT, s. m. Institution, pensionnat, maison d'éducation. _Un
- institut de garçons; un institut de jeunes demoiselles; un chef
- d'institut._ Le mot «Institut» n'a pas ce sens. Voyez les
- dictionnaires.
-
- INTENTION (ÊTRE D'). _Nos dames sont d'intention de faire une partie
- de char._ Dites: «Nos dames ont l'intention de, ou: Sont dans
- l'intention de,» etc.
-
- INTENTIONNÉ DE. Qui a l'intention de. «Mme de Sév.*** étant
- _intentionnée_ de partir pour Vienne en Autriche, désirerait
- trouver une personne qui,» etc. [_Feuille d'Avis_, année 1846.]
-
- INTÉRÊT, s. m. Nous disons, et on le dit dans le français populaire:
- _Mettre de l'intérêt à une chose_, pour: «Prendre de l'intérêt à
- une chose.» _Tu ne mets point d'intérêt à tes leçons d'écriture,
- ni à tes leçons de musique._ Dites: Tu ne prends point d'intérêt,
- etc.
-
- INTERFEUILLER, v. a. _Un volume interfeuillé. Il faut que
- j'interfeuille cette brochure._ Dites: Un volume interfolié; il
- faut que j'interfolie cette brochure. L'infinitif de ce verbe
- s'écrit: «Interfolier.»
-
- INTIMÉMENT, adv. _Moi et Victorine nous sommes intimément liées._
- Écrivez «Intimement» sans accent sur l'_e_.
-
- INTITULÉ, s. m. _L'intitulé d'un livre, l'intitulé d'un ouvrage._
- Dites: Le titre d'un livre; le titre d'un ouvrage.
-
- [+] INTRINSECTE, adj. _Ta montre, Jaquinet, a une valeur intrinsecte
- de trente francs._ Dites: Valeur intrinsèque.
-
- INTRUE, adj. et s. f. _Il faudra bien nous débarrasser promptement
- de cette intrue._ Dites: «Intruse.» Une intruse; une femme
- intruse.
-
- INVECTIVER, v. a. _Invectiver quelqu'un._ Dites: Invectiver contre
- quelqu'un.
-
- INVENTORISER, v. a. Inventorier, dresser un inventaire.
- _Inventoriser un mobilier._ Terme suisse-roman et savoisien.
-
- INVERSION VICIEUSE. _Je n'ai personne vu, je n'ai personne entendu_,
- sont des phrases mal construites, des phrases mal sonnantes, et
- qui, très-familières à nos voisins du canton de Vaud, commencent à
- se répandre chez nous.
-
- [+] IRAGNE ou IRAIGNE, s. f. Araignée. _Iragne_ appartient au vieux
- français, et se dit dans le Berry, en Languedoc et sans doute
- ailleurs. Voyez ARAGNE.
-
- [+] IRRUPTION, s. f. Éruption (à la peau). _Après cette fièvre, il
- lui sortit une forte irruption._
-
- ISCARIOLE ou ESCARIOLE, s. f. Escarole, sorte de chicorée à fleur
- large.
-
- ISERABLE, s. m. _Du bois d'iserable._ Terme vaudois, savoisien et
- dauphinois. Dans le patois bourguignon on dit: _ôzeraule_; dans
- le patois de la Franche-Comté, _iseraule_ ou _euzeraule_. Le mot
- français est: «Érable.»
-
- ITALIEN, s. m. Pâtissier. _Aller chez l'Italien._ Expression connue
- à Paris, et sans doute ailleurs. La plupart de nos pâtissiers sont
- originaires de la vallée de l'Engadine (canton des Grisons),
- vallée où l'on parle italien. En Normandie, les pâtissiers sont
- appelés _Suisses_.
-
- IVRER, v. a. Terme de charpentier. Cheviller, lier les joints d'un
- plancher au moyen de chevilles qui s'emboîtent d'une planche dans
- une autre. [P. G.]
-
- IVRER (S'), v. pron. S'enivrer. _Sais-tu une chose?--Eh quoi?--C'est
- que la Fanchette s'ivre.--Elle s'ivre! Ce n'est pas croyable._
- Terme languedocien, berrichon, etc.
-
- Chacun _s'ivre_ à sa manière
- D'amour et de vin.
-
- [DANCOURT, _Les trois Cousines_, I, 1.]
-
-
-J
-
- JABOT, s. m. (fig.) _Se donner du jabot_, signifie: Se pavaner, se
- glorifier, faire parade de son propre mérite. _En voilà un qui ne
- se donne pas mal de jabot._ Locution fréquente chez nous et chez
- nos proches voisins, mais qui ne se trouve pas dans les
- dictionnaires.
-
- JACASSE, s. f. Babillarde, causeuse fieffée. Terme parisien
- populaire, normand, etc.
-
- JACQUES DÉLOGE ou DES LOGES, nom propre d'homme. _Prendre Jacques
- Des Loges_ est une expression facétieuse qui signifie: Déloger,
- détaler sans bruit, s'échapper à la sourdine. _Je devais le
- trouver chez lui ce matin, et recevoir mon loyer: bernique! il
- avait pris Jacques Des Loges._ L'expression française populaire
- est: _Il a pris Jacques Déloge pour son procureur._
-
- JAIRE ou JARRE, s. m. Terme de boucherie. _Jaire de veau, jarre de
- veau._ Dites: «Jarret de veau.»
-
- JAMBETTE, s. f. Jambon de l'épaule.
-
- JANOT, nom propre d'homme. _Battre Janot_, déraisonner, radoter. [P.
- G.]
-
- JAQUETER, v. n. Jacasser, caqueter.
-
- JARAVATTE, s. f. Langue, au sens propre. _Mener sa jaravatte, faire
- aller sa jaravatte_, signifient: Jaser, bavarder.
-
- JARICLE, s. f. Babillage, loquacité, verbiage. [P. G.]
-
- JARJET, s. m. Terme de tonnelier. Jable, rainure pratiquée aux
- douves d'un tonneau pour arrêter les pièces du fond.
-
- JARLE ou GERLE, s. f. Sorte de corbeille ronde. Voyez GERLE et
- JERLE.
-
- JARLOT, s. m. Cuvier ou grand baquet, destiné principalement à saler
- la viande de cochon. En Normandie on dit: _Jalot_; en vieux
- français, _jale_.
-
- JARRETOU, s. m. et adj. Cagneux, qui a les genoux rapprochés et les
- pieds jetés en dehors. Dans la langue provençale, _jarretier_ se
- dit des personnes et a le même sens.
-
- JARRETOULE, s. fém. et adj. Cagneuse.
-
- JASERON, s. m. Chaîne d'or à très-petits anneaux. En vieux français:
- _Jaseran_.
-
- JASPINER, v. n. Disputer, taquiner, contredire. Terme rouchi,
- normand, etc. En français, «Jaspiner» signifie: Causer à tort et à
- travers.
-
- JEAN-JEAN (UN). Un niais, un imbécile. En Normandie on dit: _Un
- Janot_.
-
- JERLE, s. f., et JERLON, s. m. Cuve, petite cuve. Dans le Berry on
- dit: _Jarlée_.
-
- JE T'EN MOQUE! Sorte de locution adverbiale, qui équivaut à: Point
- du tout, bernique. _Nous comptions sur une_ _lettre d'Alfred:
- mais je t'en moque! c'est un négligent. Benoît devait me payer ce
- matin: je t'en moque!_ Français populaire.
-
- JETER (SE), v. pron. Se dit du bois et signifie: Se déjeter, se
- tourmenter, se courber, s'enfler, s'étendre. _La fenêtre, faite
- d'un bois peu sec, s'était jetée._ Terme français populaire.
-
- JETON, s. m. Forcet, petite corde fort menue et fort pressée, que
- les cochers et les charretiers mettent au bout de leur fouet.
-
- JICLER, v. a. Voyez GICLER.
-
- JOINTE (UNE). Terme d'ouvrier. Le quart d'une journée de travail.
- _Faire une jointe. La journée se compose de quatre jointes. Le
- charpentier ne viendra qu'après la première jointe._
-
- JOLERIE, s. f. Poissonnaille, fretin, alevin. En languedocien, _jol_
- signifie: Petit poisson.
-
- JOMBRER, v. n. Attendre, attendre avec ennui et avec impatience;
- nonchalanter; être privé d'une chose. _Vous nous avez bien fait
- jombrer. Que jombres-tu là? Pourquoi jombres-tu ici au lieu
- d'aller travailler? Tu en jombreras de ces beaux abricots._ Se dit
- aussi des choses. _Quand vous aurez coupé ces branchages,
- laissez-les jombrer pour en ôter plus facilement les feuilles._
- Terme universellement connu dans les campagnes, et qui a des sens
- très-divers.
-
- JONCHE, s. f. Arure, attelée de labour, espace de temps durant
- lequel on laboure sans dételer. Terme savoisien et dauphinois. En
- provençal on dit: _Jhoûncho_.
-
- JORAN, s. m. Vent du nord-ouest. Voyez VENT.
-
- JORDONNER, v. n. et a. L'expression: _Une Madame Jordonne, une
- demoiselle Jordonne, une servante Jordonne_, est dans quelques
- dictionnaires modernes. De cette expression s'est formé notre
- verbe _jordonner_. _Qu'a-t-elle donc à_ _jordonner? Que
- vient-elle nous jordonner? Est-ce à elle de jordonner ici?_
- Excellent mot de la langue familière, et qui exprime une nuance
- précise et délicate, savoir le commandement exercé avec sottise et
- vanité, à tout propos et hors de propos. M. Bescherelle et M.
- Francis Wey appellent cette expression un affreux barbarisme. M.
- Victor Hugo, au contraire, l'emploie et l'apprécie.
-
- JOT, s. m. Endroit du poulailler où se perchent les poules. _Les
- poules sont sur le jot; les poules sont à jot._ A Rennes on dit:
- _Joc_; en Champagne, en Languedoc et en vieux français, _jouc_. De
- ce mot _jouc_ s'est formé le verbe «jucher.»
-
- JOTTU, TUE, adj. Qui a de grosses joues, joufflu.
-
- JOU (EN.) _Mettre en jou, coucher quelqu'un en jou._ Écrivez et
- prononcez «En joue.» Mettre en joue, coucher en joue.
-
- JOUAILLER, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses (ou plutôt
- vieillies) du mot «Joailler.»
-
- JOUAILLON, s. m. Jouereau, celui qui ne joue pas bien à quelque jeu
- ou qui joue petit jeu. [P. G.]
-
- JOUFFLARD, ARDE, adj. et s. Joufflu. _Une grosse joufflarde._
-
- JOUIN, s. m. Écrivez et prononcez «Juin.»
-
- JOUISSERIE, s. f. Jouissance, plaisir. _Notre voisin Z*** s'est
- donné la jouisserie d'aller voir la grande Exposition de Londres._
-
- JOUR, s. m. Dans le langage populaire: _Au jour d'aujourd'hui_
- signifie: Dans les circonstances actuelles, par le temps qui
- court. _Au jour d'aujourd'hui toutes les carrières sont
- difficiles._ Expression redondante, fort critiquée des
- grammairiens, mais énergique et d'un emploi continuel.
-
- JOUR, s. m. Nous disons: _On voit jour, on y voit jour_, pour dire:
- Il fait jour, on y voit clair. Ces expressions, qui n'ont rien de
- choquant, manquent dans les dictionnaires.
-
- JOUR, s. m. Au lieu de dire: _Vivre du jour au jour; gagner sa vie
- du jour au jour_, il faut dire: Vivre au jour la journée; gagner
- sa vie au jour la journée; ou bien: Vivre au jour le jour; gagner
- sa vie au jour le jour. Mais cette dernière expression est moins
- bonne, quoique reçue dans le dictionnaire de l'Académie.
-
- JOUR, s. m. Nous disons: _Du jour au lendemain_, pour dire: D'un
- jour à l'autre. _En été le poisson se gâte du jour au lendemain._
- Cette expression n'est pas française.
-
- JOUR, s. m. Voyez D'UN JOUR L'UN.
-
- JOUR SUR SEMAINE, s. m. Dites: Jour ouvrable. _Ne venez pas me voir
- le dimanche, venez les jours sur semaine._ Les Parisiens ne
- s'expriment pas différemment, et ils opposent aussi la _semaine_
- au _dimanche_. Ils affichent, par exemple, que: «Dans tel ou tel
- omnibus on paie vingt centimes _en semaine_, et trente centimes le
- _dimanche_.» Un parisien me disait: «_En semaine_ les bals des
- Champs-Élysées sont plus tranquilles que les _dimanches et jours
- de fête_.»
-
- JOURS, s. m. pl. Nous distinguons _l'habit des jours_ de _l'habit
- des dimanches_. _Quand tu rentres, Alfred, aie soin de mettre ta
- veste des jours._ Le peuple de Paris dit dans le même sens: _Cet
- habit est pour à tous les jours_, c'est-à-dire: Pour mettre tous
- les jours ouvrables.
-
- JUSTE (À), adv. _Être à juste de pain_, signifie: En avoir tout
- juste la quantité strictement nécessaire. _Si tu invites toute la
- famille, nous serons à juste de couverts d'argent._
-
-
-L
-
- LA, pron. pers. Les gens de la campagne, soit dans notre canton,
- soit en Savoie, emploient d'ordinaire ce pronom à la place du
- pronom «lui» (à elle). _Je m'aperçois que la Claudine part déjà
- pour le marché: dites-la de m'attendre. Drion a pris une tisanne
- qui la fera du bien. Notre Mariette n'a rien dormi cette nuit:
- c'est ses dents qui la font mal._ Voyez LES.
-
- LA, LE, LES. Ces articles sont mal à propos substitués aux pronoms
- personnels «notre» et «nos» dans les phrases suivantes et phrases
- analogues: _Sais-tu comment se porte la tante? As-tu des nouvelles
- de l'oncle? Crois-tu que nous dînerons dimanche chez la cousine?_
- Expressions fort triviales, et peu dignes d'une bouche de laquelle
- sort habituellement un langage correct.
-
- [+] LA, art. _La Rosalie va au Conservatoire. L'Émélie nous jouera
- du piano, et la Jenny nous citera._ _La_, article, ajouté ainsi
- devant un nom propre de femme, est de la dernière vulgarité.
-
- LABOURAGE, s. m. _Chevaux de labourage._ Dites: Chevaux de labour.
-
- LÂCHER QUELQU'UN. L'abandonner, le planter là. _Nous causions
- tranquillement avec Alphonse; mais quand il vit venir cette pége
- de N***, il me lâcha et disparut._ Expression parisienne, etc.
-
- LADIÈRE, s. f. Terme de couturière. Sorte de chanteau. _Madame
- veut-elle qu'on lui fasse des chemises à ladière ou des chemises à
- l'allemande?_
-
- LADIÈRE, s. f. Voyez LIADIÈRE.
-
- LAGNER (SE), v. pron. Terme des campagnards. S'ennuyer de, faire
- avec dégoût. _Cet enfant se lagne d'aller à l'école. Ça me lagne
- d'avoir demain un exercice au Plan-les-Ouates._ R. vieux français,
- _lanier_, mou, lâche, paresseux.
-
- LAIDERON (UN). _Cette jeune fiancée que vous me vantez si fort n'est
- qu'un laideron._ Dites: Une laideron.
-
- LAIDERONNE (UNE). _Auriez-vous jamais cru qu'une semblable
- laideronne trouverait un mari?_ Terme parisien populaire, etc.
- Dites: «Une laideron.»
-
- LAIRE, s. f. Alouette. _Chanter comme une laire_, signifie: Chanter
- sans relâche, ne pas discontinuer son chant. En allemand,
- _Lerche_, en anglais, _lark_, veulent dire: «Alouette.»
-
- LAISSER (S'EN). Ne pas faire une chose, s'en abstenir. _Tu ne veux
- pas nous accompagner, Henri: eh bien! laisse-t'en_, c'est-à-dire:
- Eh bien! demeure, fais à ta convenance. _Vous refusez de scier ce
- bois pour cinquante sous: eh bien! laissez-vous-en, d'autres le
- scieront._ Cette locution est dès longtemps critiquée par les
- grammairiens; mais le peuple, qui ne lit pas les grammairiens,
- continue de s'en servir, et il n'a pas excessivement tort.
-
- LAIT, s. m. _Lait de lotte, lait de carpe_, etc. Terme savoisien,
- dauphinois et limousin. Dites: Laite ou lactance. C'est le nom
- qu'on donne à cette partie des entrailles de poisson qui ressemble
- à du lait caillé.
-
- LAIT DE SERPENT, s. m. Tithymale, plante.
-
- LAIT DE SON, s. m. Laiteron, plante dont les lapins sont friands.
- Nos campagnards disent: _Laiteçon_.
-
- LAITIER, s. m. Endroit de la fromagerie où l'on tient le lait.
-
- LAMBINERIE, s. f. Lenteur, nonchalance. _Finiras-tu avec tes
- lambineries?_ Terme français populaire.
-
- LAMBINOCHER, v. n. Augmentatif de lambiner. _Qu'as-tu tant à
- lambinocher?_ Expression très-bonne et très-usitée à Genève.
-
- LAMBOURET ou LAMBORET, s. m. Nombril. Terme savoisien. En provençal,
- on dit: _Embourigo_, d'où nous avons fait, par addition de
- l'article, _l'embourigo_, et ensuite _lambouret_.
-
- LA MÊME CHOSE. Locution adverbiale qui signifie: Également, de même,
- tout de même, d'ailleurs, néanmoins, comme, de même que. _Il
- pleut, et la même chose je sortirai. Ne lui demandez pas ce
- service: la même chose il ne vous l'accorderait pas. Malgré qu'on
- ne se voye pas souvent, la même chose on s'aime. Comment se porte
- Madame votre soeur?--Toujours la même chose._ Faute générale. _La
- même chose_ n'est jamais ni adverbe, ni conjonction. Mais on
- s'exprimerait correctement si, à cette question: Comment se porte
- votre soeur? on répondait: C'est toujours la même chose,
- c'est-à-dire: «C'est toujours le même état de chose; c'est
- toujours le même état de santé.»
-
- [+] LA MIEN, LA TIEN, LA SIEN. Ces expressions barbares sont souvent
- mises à la place des trois pronoms personnels féminins: «La
- mienne, la tienne, la sienne,» dans le langage le plus populaire.
- _Rends-moi cette plume, c'est la mien.--Non, ce n'est pas la
- tien._ Cette faute se retrouve en Savoie et dans quelques
- provinces du nord de la France.
-
- LANCHEBROTAGE, s. m. Flux de paroles inutiles et mal articulées;
- discours hors de propos, confus et embrouillé.
-
- LANCHEBROTER, v. actif. Parler beaucoup et peu intelligiblement,
- jargonner. _Finalement que t'a-t-il dit?--Il ne m'a rien dit: Il
- m'a lanchebroté un tas de bêtises auxquelles je n'ai rien
- compris._ Voyez ENCHEBROTER.
-
- LANDE ou LENDE, s. f. Lente, petit oeuf d'où naissent les poux, et
- qui se colle aux cheveux. _La tête du pauvre enfant était toute
- couverte de lendes._ Français populaire et vieux français. A
- Neuchâtel et dans l'évêché de Bâle on dit: _Un lent_. R. lat.
- _lens, lendis_.
-
- LANDINE, s. f. Lente. Voyez LANDE.
-
- LANDRILLE, s. f. Voyez ANDRILLE.
-
- LANGUIR DE, suivi de l'infinitif. Désirer, souhaiter ardemment. _Je
- languis d'avoir achevé ce grand travail. Nous languissions tous de
- revoir notre beau lac. Te voilà, Édouard; je languissais de te
- rencontrer._ Expression remarquable, connue en Suisse, en Savoie
- et dans le Midi.
-
- LANGUIR QUE. Souhaiter ardemment que. _Vous languissez bien que les
- vacances arrivent._ En provençal on dit: _Se languir_, v. imp. _Il
- me languissait de te voir_, c'est-à-dire: Il me tardait de te
- voir.
-
- LANI, s. m. Sac d'un tissu grossier. _Un lani de riz._ Terme
- savoisien et piémontais.
-
- LANTERNE, s. f. Se dit d'une personne nonchalante, lambine,
- paresseuse, tant homme que femme. _Notre associé, on peut le dire,
- est une lanterne, une lanterne magique._ Terme parisien populaire,
- etc.
-
- LANVOUI, s. m. Anvoie, orvet, serpent aveugle, anguille de haie.
- _Les lanvouis ne sont pas venimeux._ Ce terme a été formé du mot
- «Anvoie.» On a dit d'abord, avec l'article: _L'anvoie_; puis,
- faisant de l'article et du substantif un seul mot, on a dit:
- _Lanvoie_ (_une lanvoie_); puis enfin, _un lanvoui_. R. _anguis_?
-
- LAPAIS ou LAPAY, s. m. Grande oseille sauvage, patience, plante
- très-propre à purifier le sang. _Tisane de lapais._ En provençal
- on dit: _Lapas_, s. m.; en latin, _lapathum_.
-
- LAPIDER QUELQU'UN, v. a. (fig.) Le fatiguer par des demandes
- réitérées, par des instances importunes. _Finissez, enfants: vous
- me lapidez._
-
- LARD (UN). Un cochon, un porc. _Tuer un lard; saler un lard; élever
- des lards; engraisser des lards._ Expression savoisienne et
- limousine, qui se retrouve en Sologne (département de
- Loir-et-Cher), et sans doute ailleurs.
-
- LARGE, s. m. ou f. Mélèze, arbre bien connu. _Bois de large; échalas
- de large._ En vieux français: _Larege_. [Voyez ROQUEFORT,
- _Glossaire de la langue romane_, t. II, p. 64.] R. lat. _larix_.
-
- LARGE, s. m. Espace, place. _Donner du large_, signifie: Donner de
- l'espace. _Mettez les trois enfants à une table_ _à part, cela
- nous donnera du large._ Expression très-connue, mais qui n'est pas
- dans les dictionnaires.
-
- LARGEUR, s. f. Terme de couturière. Lé. _Vous ajouterez une largeur
- à cette robe. Une demi-largeur_ (un demi-lé) _suffira pour cette
- jupe_.
-
- LARMETTE, s. f. (fig.) Très-petite quantité. _Une larmette de vin;
- une larmette d'eau de cerise._ Employé au sens propre, le mot de
- _larmette_ appartient au vieux français, et se trouve dans
- quelques dictionnaires.
-
- LARRON, s. m. Terme des campagnards. Sorte de fourche de fer à deux
- cornes, destinée surtout à décharger les chariots de fumier.
-
- LARRON, s. m. (fig.) Mouchon, filament enflammé de la mèche et qui
- fait couler le suif. _Ôter un larron._ Terme suisse-roman, signalé
- aussi dans le _Dictionnaire_ du patois de Valenciennes.
-
- LAVOIR, s. m. A Genève ce mot a deux sens, dont un n'est pas exact.
- Nous appelons _lavoir_ l'endroit de la cuisine où on lave la
- vaisselle: ce sens est français. Nous appelons aussi _lavoir_, la
- pierre en forme de table, et légèrement creusée, sur laquelle on
- lave la vaisselle, et qui a un trou pour l'écoulement des eaux. Ce
- sens n'est-pas français; il faut dire: «Évier. Jeter des eaux par
- l'évier, par la pierre d'évier.» [ACAD.]
-
- LAVOIR, s. m. Nous disons figurément: _Être dans le lavoir_, pour:
- Être à même de réussir, être dans une position à faire son chemin.
- Expression fribourgeoise et savoisienne.
-
- LAYETTE, s. f. Rayon, étagère. _Ranger des livres sur une layette._
- Le mot de «Layette» est français; mais il n'a pas la signification
- qu'on lui donne chez nous.
-
- LÉCHÉE (UNE). Très-petite quantité d'une chose qui se mange. _Je te
- demande un morceau de ce pâté, et tu m'en donnes une léchée._
- «Lèche,» s. f., est français.
-
- LÉCHEPOT, s. m. Se dit, par dérision, d'un homme qui va autour des
- marmites, tâtant les viandes et goûtant les sauces.
-
- LÉCHEPOTER, v. a. Faire le _léchepot_. _L'enfant se glissait dans la
- cuisine pour y léchepoter. Que viens-tu léchepoter ici, Janot?_
-
- LÉCHEPOTEUR, s. m. Voyez LÉCHEPOT, qui a le même sens.
-
- LÉCRELET ou LÉKERLET, s. m. Voyez ÉCRELET.
-
- LÉGAT, s. m. Terme des campagnards. Don laissé par testament. _Faire
- un légat. Il a eu pour sa part un légat de deux mille francs._
- Terme savoisien, méridional et vieux français. R. _legatum_. Le
- mot français est «Legs,» qu'on doit prononcer _lai_, comme la
- dernière syllabe du mot _délai_.
-
- LÉGREFASSE, s. f. Grande tonne, tonneau monté sur place. Terme
- suisse-roman. En allemand, _Lägerfass_ a le même sens.
-
- LEIZETTE, s. f. Petit lézard. Voyez LINZETTE.
-
- LÉMENTE, s. f. C'est sous ce nom que les campagnards désignent la
- chouette effraie, _strix flammea_ de Linné, laquelle aime à vivre
- dans nos habitations. Les autres espèces de chouettes, celles qui
- ne sont pas stationnaires, vivent dans les bois. R. _lamenter_.
-
- LE MOINS DES MOINS. Le moins, au moins. _Combien de temps durera ton
- voyage?--Six semaines pour le moins des moins._ Expression
- curieuse, usitée sans doute ailleurs, mais que je n'ai vue
- consignée nulle part.
-
- LENDE, s. f. Voyez LANDE.
-
- LENT, s. m. _Cette viande sent le lent. Le lard prend très-vite un
- goût de lent._ On dit en français: Un goût de relent.
-
- LENTILLÉ, ÉE, adj. Lentilleux, semé de taches. _Visage lentillé;
- peau lentillée._ Notre mot de _lentillé_ a un sens plus étendu que
- le mot français correspondant. Nous disons qu'une _robe est
- lentillée_, lorsqu'elle est tachée de boue. _Me voilà toute
- crottée et lentillée._ En français, _lentille_ signifie: Tache de
- rousseur.
-
- LE PLUS SOUVENT. Expression railleuse et populaire, par laquelle on
- nie ou on infirme ce qu'une personne vient d'avancer. _Eh bien,
- Pierroton, est-il vrai que ce fameux héritage dont tu nous
- parlais, te passera loin du nez?--Oui, mon cher, le plus souvent.
- Ne partez pas avant moi, Messieurs; vous avez promis de
- m'attendre.--Oui, oui, le plus souvent_; c'est-à-dire: N'y compte
- pas; ne t'imagine pas qu'on t'attende. Dans le français populaire
- on dit en ce même sens: _Plus souvent_.
-
- LES, pron. pers. Les paysans emploient sans cesse _les_ (accusatif)
- pour «leur» (à eux). _Les blés souffraient beaucoup: cette pluie
- les aura fait du bien. Si ces messieurs aiment les croûtes dorées,
- on les en fera manger. Vos deux bouèbes font bien du train, maître
- Antoine.--Je les ai pourtant bien dit de se taire; mais je vais
- les parler sur un autre ton._ Voyez LA, t. II, p. 9.
-
- LÉSINEUX, EUSE, adj. et subst. _Être lésineux; devenir lésineux. Ce
- riche Oswald est un lésineux._ Dites: «Lésineur, lésineuse.»
-
- LESSIVE, s. f. Prononcez _lé-ci-ve_ et non pas _le-ci-ve_.
-
- LESSIVE, s. f. Ne dites pas: _Avoir la lessive. Nous avons la
- lessive après-demain._ Dites: Faire la lessive. Nous faisons la
- lessive après-demain.
-
- LEUR, LUI, pron. pers. C'est parler mal que de dire avec les
- Méridionaux: _Je leur suis parent, vous lui êtes cousin_, etc.; il
- faut dire: Je suis leur parent, vous êtes son cousin.
-
- LEURRE (UNE). Ce mot est aujourd'hui masculin; il était féminin dans
- l'ancien français. [Voyez le _Dictionnaire français-anglais_ de
- COTGRAVE.]
-
- LEVAINS, s. m. pl. _Mettre des levains aux pieds._ Expression suisse
- et savoisienne. On dit en France: Sinapisme. Mettre des
- sinapismes.
-
- LÉVE, s. f. Terme de chasse. Oiseau qui sert d'appeau.
-
- LÉVE, s. f. Terme de certains jeux de cartes. Levée.
-
- LÉVE, s. f. Terme des campagnards. Trouvaille, bénéfice. _Faire une
- léve._ S'emploie d'ordinaire ironiquement. _Oh! la belle léve!_
- C'est-à-dire: La belle chose! Le beau venez-y-voir! Le beau
- rien-du-tout!
-
- LEVER LA TABLE. Desservir, dégarnir la table, ranger le couvert. _Il
- faut lever la table, Josette; mais vous laisserez la nappe._
-
- LEVER LE COUDE. Hausser le coude, boire beaucoup, faire excès de
- boissons enivrantes. Français populaire.
-
- LE VOICI QU'IL... Dites: «Le voici qui. Le voici QUI vient. La voici
- QUI approche. Les voici QUI nous cherchent. Les voici QUI arrivent
- par le bateau.» Remarque importante et trop négligée.
-
- LEVRAUT, s. m. Instrument à peser, peson, sorte de romaine. Terme
- suisse-roman et jurassien. En Savoie on dit: _Levré_ ou _levrai_;
- en vieux français, _lièvre_. R. _libra_. Le _Dictionnaire
- français-anglais_ de COTGRAVE, lequel a enregistré une foule de
- provincialismes, n'a pas oublié _levrault_.
-
- LIADIÈRES, s. f. pl. Nom que l'on donne, sur le lac de Genève, à
- certains courants irréguliers qui se forment parfois dans les eaux
- à différentes époques de l'année, et entraînent les bateaux malgré
- les efforts des rameurs. Ces courants vont tantôt dans une
- direction, tantôt dans une autre, et n'ont aucun rapport avec le
- courant qui amène les eaux du Valais à Genève. [P. G.]
-
- LIASSE DE CLEFS, s. f. Trousseau de clefs, trousse.
-
- LIASSE DE LINGES, s. f. Trousse de linges.
-
- LIASSE D'OGNONS. Glane. _Liasse de porreaux, liasse de radis,
- liasse de raves, liasse de scorsonères_, etc. Dites: Botte de
- porreaux, botte de radis, botte de raves, botte de scorsonères. En
- français, «Liasse» signifie: Paquet de papiers, amas de papiers
- liés ensemble.
-
- LICHEFRITE, s. f. Lèchefrite, ustensile de cuisine.
-
- [+] LIERRE (LA). _Boire sur la lierre._ Ce féminin est un reste du
- vieux français. Depuis le commencement du dix-septième siècle on
- dit: «Le lierre.»
-
- [+] LIÈVRE (UNE). Ce solécisme nous vient du patois (_n[)a]
- lîvr[)a]_) et du vieux français. Dans le canton de Vaud, en Savoie
- et en Franche-Comté, les campagnards disent aussi: _Une lièvre_.
- En provençal, _lèbre_ (lièvre) est féminin. Une des vallées des
- Vosges s'appelle _vallée de la Lièvre_.
-
- LIGNU, s. m. Ligneul, fil poissé des cordonniers. On dit à Lyon:
- _Ligneux_; en Languedoc et en Provence, _lignoou_. _Tirer le
- lignu_, c'est: Exercer l'état de cordonnier.
-
- LIMACE, s. f. Se dit figurément d'une personne lente, molle et
- nonchalante. _Je vois venir notre limace. Arriveras-tu enfin,
- limace que tu es?_
-
- LIMOGE, s. m. Coton filé rouge, dont on se sert pour marquer le
- linge, etc.
-
- LIN, s. m. Nous disons proverbialement: _Se faire au lin de
- quelqu'un_, pour: Se faire à ses habitudes, à ses goûts, à ses
- manières; adopter ses sentiments et ses opinions. Ce terme nous
- vient des campagnards. _Lin_ est un mot patois qui signifie:
- «Lien.»
-
- LINCEUIL, s. m. Linceul, drap de toile, drap mortuaire. _Linceuil_
- appartient au vieux français.
-
- LINGE, s. m. Nous disons proverbialement d'une personne très-pâle:
- _Elle est blanche comme un linge._ Expression inconnue aux
- dictionnaires.
-
- LINGÈRE, s. f. Ouvrière en linge. En France on appelle «Lingère»
- celle qui fait le linge et qui le vend.
-
- [+] LINZARD, s. m. Lézard. _Regarde voir ce linzard,
- Jacques.--Ensauve-toi, nigaud, c'est une serpent._ Le féminin est
- _linzarde_.
-
- LINZETTE, s. f. Petit lézard.
-
- LIONS, s. m. pl. Terme des campagnards. Se dit d'un mélange de
- légumes secs, comme fèves, haricots, lentilles, pois, dont on fait
- une soupe, qui s'appelle _soupe aux lions_, parce que le bouillon
- en est bien _lié_ et très-farineux. [P. G.]
-
- [+] LIQUERNE, s. f. Lucarne.
-
- LIQUETTE, s. f. Très-petit bateau à pointe carrée; batelet pour une
- seule personne. Dans le canton de Vaud on dit: _Liquette_,
- _loquette_ et _lequette_; à Neuchâtel, _loquette_. Ces divers
- termes semblent formés du mot patois _likà_ ou _lekà_, lequel
- signifie: «Glisser.»
-
- LIQUEURISTE, s. m. Liquoriste.
-
- LISERET, s. m. _Poser un liseret; mettre un liseret._ Terme de
- couturière. Écrivez et prononcez «Liseré.»
-
- LISIER ou LISIÉ, s. m. Eau de fumier, eau grasse. Dans le canton de
- Vaud on dit: _Lisier_, _lisé_ ou _lusé_.
-
- [+] LISSIVE, s. f. Lessive. _Mettre la lissive; tremper la lissive;
- couler la lissive._ Terme suisse-roman, savoisien, franc-comtois
- et parisien populaire. R. _lixivia_. A la fin du seizième siècle
- on écrivait encore avec un _x_, _lexive_.
-
- LISSU, s. m. Lessive, eau de cendres, eau détersive, rendue telle
- par la cendre ou par la soude. _Du lissu sec. La couleuse, avant
- les chaudes, lave dans le lissu les ustensiles de cuisine les plus
- communs._ Terme suisse-roman. En Savoie, à Lyon et en Dauphiné, on
- dit: _Lissieu_; en Provence, _lissiou_; en Franche-Comté et dans
- le Berry, _lessu_; à Bordeaux, _lessif_. R. lat. _lix, licis_.
-
- LISTE, s. f. Bande mince de bois, règle de bois mince et étroite.
- _Ajuster une liste._ Terme suisse-roman, savoisien, méridional et
- vieux français.
-
- LITEAU, s. m. Latte, morceau de bois refendu selon son fil, long,
- mince et étroit. _Mettre des liteaux, clouer des liteaux. Les
- liteaux du plafond._ Ce terme, peu usité en France, et qui ne
- figure point dans le dictionnaire de l'Académie, n'a pas, dans les
- dictionnaires qui l'ont recueilli, la signification genevoise.
-
- LITELAGE, s. m. Lattis, ouvrage de lattes.
-
- LITELER, v. a. Latter, poser des _liteaux. Liteler une paroi;
- liteler un plafond. Paroi litelée._ Dans le patois limousin on
- dit: _Listela_.
-
- LOIN (ÊTRE). Être parti, s'être retiré. _Les sauteurs de corde sont
- loin. Nos deux voyageurs étaient à peine loin que l'incendie
- éclata._ Expression très-répandue.
-
- [+] LOINTEUR, s. f. Éloignement, distance. _J'avais marché sans le
- savoir sur le nid de ces guêpes, et elles me poursuivirent à une
- très-grande lointeur._
-
- [+] LOIRIE, s. f. Hoirie, héritage, succession. _Sur le conseil de
- Mr le notaire, nous avons accepté la loirie._ Expression des
- campagnards.
-
- LONG, s. m. _S'étendre de tout son long._ Les dictionnaires disent:
- «S'étendre tout de son long.»
-
- LONGE, s. f. _Une voiture à longe._ Terme suisse-roman et savoisien.
- En France on dit: «Une voiture à flèche.»
-
- [+] LONGE (À LA), loc. adv. A la longue. _Un peu de patience,
- Monsieur, à la longe vous en viendrez à bout._
-
- LONGEOLE, s. f. Terme de boucherie. Andouille. En patois:
- _Landiùle_. Au sens figuré, _longeole_ se dit d'une femme ou d'une
- fille très-grande et très-maigre. Se dit aussi des choses. _Quelle
- longeole de pipe tu as là._ Nos jardiniers donnent plus
- particulièrement le nom de _longeole_ à une sorte de longue pomme
- de terre.
-
- LONG FEU. Au sens figuré, _faire long feu en quelque endroit_,
- signifie: Y demeurer longtemps, s'y arrêter, y séjourner. _J'ai
- dû me rendre à l'invitation d'Ambroise, mais je n'y ai pas fait
- long feu._
-
- [+] LOQUET, s. m. Hoquet. _Avoir le loquet. Souffrir du loquet._
- Terme parisien populaire, etc. _Loquet_ s'est formé de «hoquet,»
- par addition de l'article _le_ en tête du mot.
-
- LORGNE, s. m. Oiseau de notre lac, espèce de plongeon.
-
- [+] LOTON, s. m. Laiton. _Une montre en loton._ On lit dans une
- Ordonnance du Petit Conseil sur les monteurs de boîtes, en l'an
- 1710: «Est défendu à tous maîtres de faire aucun mélange dans
- leurs ouvrages d'or avec du _loton_.» Terme suisse-roman,
- savoisien et piémontais.
-
- [+] LOTTE (UNE). Une hotte. _Il tomba, ayant sur le dos sa lotte
- pleine de terraille._ Terme suisse-roman et savoisien. Après avoir
- dit: «La hotte,» en aspirant l'_h_, on a dit: _L'hotte_, sans
- aspiration; puis beaucoup de personnes s'imaginant que _lotte_
- était le substantif lui-même, elles y ont joint l'article, et nous
- avons eu l'expression _la lotte_.
-
- LOUETTE, s. f. Luette, épiglotte. _Avoir la louette basse._ Terme
- français populaire.
-
- LOUISE, s. f. Jeton de cuivre à l'usage des enfants dans certains
- jeux. _Payer avec des louises. Au jeu de l'oie on marque
- d'ordinaire avec des louises._
-
- LOUP, s. m. (fig.) Terme des campagnards. Écuyer, faux bourgeon qui
- croît au pied d'un cep.
-
- LOURD, adv. Beaucoup, considérablement. _Tu as là de bien beaux
- pistolets, mais ils doivent t'avoir coûté lourd._
-
- LOURDEUR, s. f. Pesanteur. _Elle se plaignit tout à coup d'une
- lourdeur dans la tête qui nous inquiéta._ Ce sens du mot
- _lourdeur_ n'est pas dans les dictionnaires.
-
- LOURDISE, s. f. Lourderie, faute grossière contre le bon sens ou
- contre la bienséance. _Faire lourdise sur lourdise._ Les
- dictionnaires disent que ce mot a vieilli. On s'en sert
- habituellement chez nous.
-
- LOURIOU, s. m. Loriot, oiseau.
-
- LOUSTIQUE, adj. Gai, content, joyeux, gaillard. _Les premiers jours
- de printemps nous rendent loustiques. Nous n'étions que six à ce
- repas, mais tous six en belle humeur et loustiques. Comment vous
- portez-vous, voisin?--Sans être tout à fait loustique, je suis
- déjà beaucoup mieux._ Les dictionnaires français qui ont recueilli
- ce mot ne lui donnent pas cette signification, laquelle pourtant
- est la véritable. R. all. _lustig_.
-
- LOVAT, s. m. Tique de marais, insecte qui s'attache aux oreilles des
- boeufs et des chiens. Nous disons aussi: _Louvat_ et _lovet_.
-
- LUC, s. m. Sizerin, sorte de linotte.
-
- [+] LUCAIRNE, s. f. Voyez LUQUERNE.
-
- LUCHERAN, s. m. Nom que les campagnards donnent à la chouette et au
- chat-huant. Dans le patois vaudois on dit: _Lutzerou_ et
- _lutzerein_.
-
- LUGE, s. f. Sorte de traîneau sans ferrure, en usage dans les
- montagnes qui nous avoisinent, et qui sert à transporter le blé,
- le foin, le bois, etc.
-
- LUGER (SE), v. pron. Terme des enfants. Aller en _luge_, aller sur
- un grand _ferron_. Dans le patois vaudois on dit: _Ludji_ ou
- _liuzi_; et dans le dialecte du Jura, _se lutchi_ signifie:
- Glisser sur la glace.
-
- [+] LUI LA. _Tu crois que je lui la donne, cette belle paume: je lui
- la prête._ Dites: Je _LA_ lui donne, je _LA_ lui prête. _Prends
- ces dix sous, et tu lui les donneras._ Dites: Tu LES lui donneras.
-
- LUIRE, v. n. Briller, éclairer. _Les yeux des chats et ceux des
- loups luisent dans la nuit._ Expression méridionale, etc.
-
- LUISET, s. m. Petite lucarne. On a dit anciennement: _Huiset_
- (diminutif de _huis_, porte); de là, _l'huiset_ avec l'article, et
- _le luiset_.
-
- LUMIGNON, s. m. Sorte de petit lampion, sorte de veilleuse. _J'irai
- me coucher sitôt que vous aurez préparé le lumignon._ Expression
- connue dans le Berry et sans doute ailleurs. En français,
- «Lumignon» signifie: Bout de la mèche d'une chandelle ou d'une
- bougie qui achève de brûler.
-
- [+] LUMINON, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses du mot
- «Lumignon.» _Une boîte de luminons._ Terme valaisan, savoisien,
- limousin, berrichon, etc.
-
- LUNE, s. f. Lunaison, intervalle d'une lune à une autre. _Il pleuvra
- toute cette lune._ Faute générale dans le Midi.
-
- LUNE, s. f. Terme d'écolier. Lorsque deux palets ou deux boules se
- trouvent à une égale distance du but, les joueurs disent: _C'est
- lune._ [_Glossaire_ de GAUDY.]
-
- LUPPE, s. f. Huppe, oiseau. Terme vaudois.
-
- [+] LUQUERNE ou LUCAIRNE, s. f. _Raccommoder la luquerne._ Terme
- suisse-roman et lyonnais. En français: «Lucarne.» R. _lucerna_.
-
-
-M
-
- MÂCHE-MOLLE, s. f. Se dit d'une personne apathique, flasque, lâche
- au travail, et qui indique par ses allures cette disposition. Ce
- terme, que nous regardons comme très-expressif, est formé du
- verbe _mâcher_ et de l'adverbe _mollement_. On dit aussi
- quelquefois: _Mâche-mou_, en parlant d'un homme.
-
- MÂCHILLER, v. a. Mâchonner, mâcher avec difficulté ou avec
- négligence. _Mâchiller du papier._ Terme français populaire.
-
- MÂCHILLON, s. m. Objet que l'on _mâchille_.
-
- MÂCHILLIÈRE, adj. _Dent mâchillière._ Dites: «Mâchelière.»
-
- MACHIN, s. m. MACHINE et MACHINANTE, s. f. Mots d'un grand secours
- dans la conversation familière, et qui suppléent à tous les noms
- quelconques d'objets ou de personnes qui ne se présentent pas
- promptement à la mémoire. _Tends-moi ce machin. Donne-moi cette
- machinante, pour faire un trou à la cloison._ Français populaire.
-
- MÂCHURE, s. m. Nous appelons _taches de mâchure_, les taches que
- l'on se fait autour des marmites. On les appelle aussi _mâchuron_
- (_du mâchuron_). Terme connu chez nos proches voisins. Le verbe
- «Mâchurer,» v. a., est français.
-
- MADOTE, s. f. _Poire madote._ Dites: Poire amadote: terme formé par
- corruption du mot Damoudot ou plutôt _dame Oudet_, «laquelle dame
- était du village de Demigni, entre Beaune et Châlons, et eut la
- première de ces fruits en ce pays-là.» [Voyez LACOMBE,
- _Dictionnaire du Vieux langage_, t. Ier, p. 23.]
-
- [+] MADOU, s. m. Amadou.
-
- [+] MAGINER, v. a. Voyez ÉMAGINER.
-
- MAGNIN, s. m. Drouineur, chaudronnier ambulant. Quand le temps est
- très-sombre et le ciel très-chargé, nous disons figurément et
- facétieusement: _Il va pleuvoir des magnins_. _Magnin_ est un
- terme suisse, savoisien, franc-comtois et vieux français. En
- Bourgogne on dit: _Maignier_; en Berry, _mignan_; à Metz, _magni_;
- en Normandie, _magnan_. La première édition du dictionnaire de
- l'Académie française [1694] dit: _Maignen_. En vieux français,
- _magnan_ signifie: «Chaudron.»
-
- MÂGNU ou MAGNU, s. m. Lourdaud, homme épais de corps et d'esprit,
- butor. _Un gros mâgnu. Voyez donc ce mâgnu qui m'a brisé ce
- miroir._
-
- MAIGRIR, v. a. _La maladie t'a maigri. Les chagrins vous ont
- beaucoup maigri._ «Maigrir» est un verbe neutre. Il faut dire:
- «Amaigrir.» La maladie t'a amaigri.
-
- MAIGROLET, ETTE, adj. Maigrelet. _La femme est une grosse pitaude;
- le mari est écouairu et maigrolet._
-
- MAIGRULE, s. f. Fille ou femme très-maigre.
-
- MAILLER, v. neutre. Se dit de la viande qui a été cuite trop
- fraîche, et qui s'aplatit, s'étend, s'écrase sous la dent plutôt
- que de se couper. _Ce veau est d'une bonne qualité: c'est dommage
- qu'il maille._
-
- MAILLER, v. actif. Tordre, tortuer, fausser, froisser, marteler.
- Mailler une clef. _Mailler une branche de chêne pour en faire une
- rioute_ (un lien). _Tout en croyant plaisanter, il a fini par
- mailler le bras de sa soeur._ Terme franc-comtois. R. _malleus_.
- «Mailler» est français dans des acceptions différentes.
-
- MAILLOT, s. m. Maillet, mailloche, gros marteau de bois. On dit à
- Bordeaux: _Mailloc_.
-
- MAIN, s. f. Nous disons figurément d'une personne ouverte et loyale:
- _Elle a le coeur sur la main._ L'Académie dit: «Elle a le coeur
- sur les lèvres.»
-
- MAINS CHAUDES. Sorte de jeu. _Jouer à mains chaudes._ On dit en
- France: Jouer à pied de boeuf.
-
- MAINS NOIRES. Nous disons, sous forme d'encouragement, à un ouvrier
- qui se rebute d'une occupation pénible: _Les mains noires font
- manger le pain blanc_, c'est-à-dire: Le travail procure l'aisance.
-
- [+] MAIRERIE, s. f. _L'hôtel de la mairerie._ Français populaire et
- vieux français. On dit aujourd'hui: «Mairie.» Hôtel de la mairie.
-
- MAIS, adv. Terme des campagnards. De nouveau, derechef, encore une
- fois, en sus. _Voyez cette coffe qui a_ mais _sali sa robe_.
- _Voilà beaucoup de niolles dans le Jura, il pleuvra_ mais. _Oh! la
- maladroite, la voilà_ mais _par terre. Ton ouvrage est mal fait,
- Joson, il faudra_ mais _le recommencer_. Ce sens n'est pas dans
- les dictionnaires.
-
- MAL, adj. des 2 genres. Mauvais. _Ce vin n'est pas mal. Ton thème de
- prix n'est pas mal._ En vieux français, _mal_ était adjectif. On
- disait, par exemple, _male femme_, pour: Méchante femme: _male
- bouche_, pour: Mauvaise bouche; _male mort_, pour: Mort funeste;
- _male fortune_, pour: Infortune; et nous disons encore à Genève:
- _Male vie_, pour: Mauvaise vie. Le mot «Malheur» n'est autre chose
- que la réunion des deux mots _male heure_, mauvaise heure. En
- provençal, _mal an_ signifie: Mauvaise année.
-
- MAL, s. m. Nous disons: _Se faire mal_, pour: Se blesser. _Elle
- s'était fait mal au doigt. Il s'est fait mal au pied._ Cette
- expression, fort connue en Suisse, en Savoie, en Provence et
- ailleurs, n'est pas mentionnée dans les dictionnaires.
-
- MAL, s. m. Plaie, ulcère. _L'enfant du pauvre Doguet est plein de
- mal._ Français populaire.
-
- MALADIE, s. f. L'expression _faire une maladie_, est si répandue, si
- claire et si commode, qu'elle mériterait presque d'être française.
- Ce qu'il y a de certain, c'est que cette phrase: «J'ai _eu une_
- maladie,» forme une cacophonie horrible, dont l'oreille délicate
- du peuple ne s'accommodera jamais. J.-J. ROUSSEAU a dit: «Il est
- singulier que je n'ai jamais fait de grandes maladies à la
- campagne.» [_Confessions_, liv. VI.]
-
- MALADIER, v. n. Être malade, languir, traîner. _La pauvre Alix ne
- veut pas maladier longtemps._ T. des campagnards.
-
- MALADISTE, adj. _Enfant maladiste; jeune fille maladiste._ Dites:
- Maladif, maladive.
-
- MALAGNOU ou MARAGNOU, s. m. Muscardin, petit mammifère rongeur, du
- genre des loirs.
-
- MALAISE, adj. Ne dites pas: _Je me sens tout malaise_; dites: J'ai
- beaucoup de malaise, ou employez une expression équivalente. Voyez
- AISE.
-
- MALAISÉE, s. f. Dans le langage le plus familier, _faire danser à
- quelqu'un la malaisée_ signifie: Lui administrer une correction,
- le rosser, l'étriller.
-
- [+] MALATRU, TRUE, substantif. Malotru, malotrue. _Un malatru nous
- vint au rencontre et nous agonisa._
-
- MALATRU, TRUE, adjectif. Se dit des choses et signifie: Usé,
- délabré, en mauvais état. _Des malatrus souliers; un malatru
- chapeau. Voyez, mon bon Monsieur, l'état misérable où je suis; je
- n'ai que cette malatrue veste et ce crouye pantalon._ Dans le
- vieux français, _malotru_ ou plutôt _malostru_ et _malestruz_,
- adjectifs, signifiaient: Chétif, misérable. R. _malè structus_.
- Dans le langage français actuel, «Malotru» n'est pas adjectif.
-
- MALCOMMODE, adj. Incommode, peu commode. _Voiture malcommode;
- fauteuil malcommode_.
-
- MALCOMPLAISANT, ANTE, adj. et s. Peu complaisant, qui manque de
- complaisance. _Tu es une malcomplaisante, Fanny.--Malcomplaisante
- toi-même._ Terme généralement connu et usité, mais que nul
- dictionnaire n'a encore admis.
-
- MALCONTENT, ENTE, adj. Mécontent. L'Académie dit que le mot de
- _malcontent_ a vieilli. Il est fort habituel chez nous.
-
- MAL DU PAYS, s. m. Maladie du pays, nostalgie. _Avoir le mal du
- pays; succomber au mal du pays._ Terme suisse-roman et savoisien.
- C'est la traduction littérale du mot allemand: _Heimweh_.
-
- MALEMPARÉE, s. f. Mauvaise tournure d'un événement, mauvaise
- tournure d'une affaire. _Quand il a vu la malemparée, et que la
- querelle s'échauffait, il a prudemment levé le pied._ Terme
- vaudois, savoisien, etc.
-
- MAL EN TRAIN, adj. Peu en train, mal disposé, détraqué, sans courage
- au travail. _Je me sentais tout mal en train._ Voyez ENTRAIN, s.
- m.
-
- MALET, s. m. Convulsions nerveuses des enfants au maillot. _Le
- malet bleu; le malet blanc. Le rire du malet. Sirop pour le
- malet._ Terme suisse-roman et savoisien.
-
- MALEVIE, s. f. Ce mot signifie littéralement: Mauvaise vie, et se
- dit de certaines choses qui sont à la fois très-mauvaises et
- excessives dans leur genre. Ainsi, _un vacarme de malevie_, est:
- Un vacarme épouvantable. _Une faim de malevie_, est: Une faim
- dévorante. On dit de même: _Une colère de malevie, un désordre de
- malevie_, etc. On se sert aussi du mot de _malevie_ pour éviter
- celui de «diable.» _Cet enfant a la malevie pour faire tout ce
- qu'on lui défend. C'est bien la malevie si je ne viens pas à bout
- de ce travail. Faire ces tours d'escamotage, ce n'est pas la
- malevie._ Terme suisse-roman.
-
- MALHONNÊTE, substantif des 2 genres. Impoli, indiscret. _Vous êtes
- un malhonnête, Monsieur: passez votre chemin. Voyez ces deux
- malhonnêtes, qui ne daignent pas nous saluer._ «Malhonnête» n'est
- jamais substantif.
-
- MALICE, s. f. _Donner une malice_, signifie, dans le langage des
- campagnards: Donner un sort, jeter un sort, ensorceler. Les
- paysans, non-seulement de notre canton, mais encore de toute
- l'Europe, croient qu'on peut ensorceler eux, leur bétail et leurs
- récoltes, au moyen de paroles, de drogues ou de plantes. [P. G.]
-
- MALIN, LIGNE, adj. Difficile, en parlant des choses. _Grimper au
- haut de cet arbre, voilà qui est malin!_ c'est-à-dire: Voilà une
- belle prouesse!... Français populaire.
-
- MALINE, adj. et s. f. Orthographe et prononciation vicieuses du mot
- «Maligne.» _La fièvre maline._ Terme français populaire et vieux
- français. Nous disons de même: _Consiner, manifique, companie,
- cliner les yeux_, etc.
-
- MALLE, s. f. Nous disons trivialement d'un homme ivre: _Il a sa
- malle_.
-
- MALMÛR, ÛRE, adj. Qui n'est pas assez mûr. _Fruit malmûr._ Terme de
- la Suisse romane, etc.
-
- MALOTTE, s. f. Motte de terre. En Savoie, _malotte_ se dit
- non-seulement des mottes de terre, mais aussi des boules de neige
- que font les enfants.
-
- MANCHE, s. f. Nous disons proverbialement d'un homme ferme, habile,
- résolu et qui sait ce qu'il se veut: _Il ne se mouche pas de la
- manche_. L'Académie dit: Il ne se mouche pas SUR la manche.
-
- MANCHE, s. m. Queue. (fig.) Nous disons figurément: _Tenir le manche
- de la poêle_, pour signifier: Conduire une affaire, en avoir la
- direction principale. _C'est Monsieur tel qui est le grand meneur;
- c'est lui qui tient le manche de la poêle._ On dirait en français:
- C'est Monsieur tel qui tient la queue de la poêle.
-
- MANCHE DE VESTE, s. f. _Avoir les jambes en manche de veste_, est
- une expression burlesque qui signifie: Avoir les jambes torses et
- contrefaites; être mal bâti; «avoir les jambes en faucille,» comme
- s'exprime le _Dictionnaire du Bas langage_, t. Ier, p. 378.
-
- MANCHETTES, s. f. pl. Nous disons proverbialement d'un vêtement,
- d'un ajustement quelconque qui est trop beau pour la personne qui
- en est parée: _Cela lui va comme des manchettes à un cochon_.
-
- MANDEMENT (LE). _Habiter le Mandement. S'établir dans le Mandement.
- Les principaux villages du Mandement sont: Bourdigny, Peney,
- Satigny, Dardagny et Russin._ Voici l'origine de ce terme. Au
- commencement du seizième siècle, l'évêque de Genève possédait à
- quelques lieues de sa résidence trois petits territoires ou
- _mandements_, savoir ceux de Thiez, de Jussy et de Peney, et
- chacun d'eux avait son châtelain qui administrait au nom du
- prélat. Le mandement de Thiez fut perdu après la Réformation. Ceux
- de Jussy et de Peney sont restés à la république; celui de Peney
- seul a conservé le nom de _mandement_. Ainsi l'expression de
- _mandement_ signifie: District, juridiction, territoire confié
- par l'évêque à l'administration d'un châtelain ou d'un bailli.
- Aucun dictionnaire usuel, ni même le _Glossaire roman_ de
- ROQUEFORT, n'ont signalé cette signification, assez notable, du
- mot _mandement_. Le district d'Aigle (canton de Vaud), était
- anciennement divisé en quatre _mandements_. Dans le latin du moyen
- âge, on disait: _Mandamentum_.
-
- MANGEOIRE, s. f. Auget de cage, petit bocal où l'on place la
- mangeaille d'un oiseau. «Mangeoire,» en français, ne se dit que de
- l'auge où mangent les chevaux. En languedocien, _manjhadou_ a le
- sens de notre mot _mangeoire_.
-
- MANGER, v. a. Nous disons proverbialement d'une personne fort riche:
- _Elle mange l'or à la cuiller_. On dit en français: «Elle remue
- l'argent à la pelle,» expression moins énergique peut-être que la
- nôtre.
-
- MANGER, v. a. (fig.) Mordre, piquer, dévorer. Se dit de certains
- insectes qui s'attachent à la peau de l'homme et des animaux. _La
- pauvre enfant était mangée des puces._ Expression méridionale,
- etc.
-
- MANGER, v. a. (fig.) Employer, faire perdre. _Je renoncerai à cette
- excursion: elle me mangerait trop d'argent. La fête d'Interlaken
- fut brillante; mais elle nous mangea environ trois jours._ Ce
- sens, un peu trivial, du verbe _manger_, n'est pas dans les
- dictionnaires.
-
- MANGER UN ORDRE. Oublier un ordre, oublier une commission. _Je lui
- avais prescrit de m'attendre au débarcadère, mais il a mangé
- l'ordre._ Français populaire.
-
- MANGER (SE), v. pron. Se ruiner en folles dépenses. _C'est un homme
- qui se mange, et auquel il ne restera bientôt pas un écu._
-
- MANGER (SE), v. réc. Se quereller. _Les entendez-vous qui se
- mangent? Ils ne se rencontrent jamais sans se manger._
-
- MANIANCE, s. f. Maniement, administration, jouissance. Ne s'emploie
- guère que dans cette expression: _Avoir en maniance_,
- c'est-à-dire: Manier, avoir le maniement de, administrer. _Du
- moment que ce jeune homme eut toute sa fortune en maniance, il se
- dérangea._ Terme vieux français, etc.
-
- MANICLE, s. f. Gabegie, manigance, mystère, manoeuvre secrète et
- artificieuse. _Être dans la manicle_, veut dire: Être dans le
- secret, être initié à l'intrigue. On dit dans le même sens:
- _Connaître la manicle, savoir la manicle_.
-
- MANIÈRE (DE). Ne dites pas: _De manière à ce que_, dites: «De
- manière que,» ou: «De sorte que.» _De manière à ce que_ est un
- barbarisme qui a passé insensiblement du langage populaire dans le
- style des romanciers et des feuilletonistes, et qui est
- aujourd'hui installé et achalandé. Dire que M. BESCHERELLE, si
- indulgent pour les néologismes, condamne absolument cette
- expression traînarde, c'est en faire, il me semble, une suffisante
- critique.
-
- [+] MANIFIQUE, adj. Orthographe et prononciation vicieuses du mot
- «Magnifique,» dont l'articulation _gn_ est mouillée. _On nous
- servit une fricassée manifique._ Cette faute, qui se fait en
- Lorraine et sans doute ailleurs, est une tradition du vieux
- français.
-
- MANILLE, s. f. (_ll_ mouillés.) Anse. _La manille d'un pot. La
- manille lui est demeurée à la main._ Terme suisse-roman,
- savoisien, languedocien et vieux français. En Dauphiné on dit:
- _Maneille_; à Lyon, _manillon_; en provençal, _maneyo_; en rouchi,
- _manique_. R. _manus_.
-
- MANNE, s. f. Drogue purgative. On doit prononcer _mâne_.
-
- [+] MANQUABLEMENT, adv. Immanquablement.
-
- MANQUE À TOUCHE, s. m. (fig.) Manque à toucher, manque de tact,
- gaucherie. _Faire un manque à touche. Son manque à touche le mit
- dans un embarras cruel._ Au sens propre, les dictionnaires disent:
- «Un manque de touche,» ou: «Un manque à toucher;» mais
- l'expression _manque à touche_ n'est jamais française.
-
- MANQUER, v. n. _Ils ont manqué être pris. Il a manqué tomber; elle a
- manqué s'estropier. Un cheval a manqué l'écraser._ Tous les
- dictionnaires et la majorité des grammairiens veulent qu'on ajoute
- la préposition _de_, et qu'on dise: Il a manqué DE tomber. Elle a
- manqué DE s'estropier.
-
- MANQUER (SE). Manquer, se tromper, faillir. _Notre jeune écolier
- s'est manqué deux fois en récitant sa leçon. Suivez ce chemin, mes
- amis, vous ne pouvez pas vous manquer._ Terme suisse-roman,
- savoisien et méridional.
-
- MANQUER (SE). Manquer, être de moins. _Quand le commissionnaire fut
- parti, et que je voulus reconnaître la somme, il s'y manquait dix
- francs._
-
- MANTEAU, s. m. _Le manteau d'un chat, le manteau d'un cheval, le
- manteau d'un chien._ On dit en français: «La robe.»
-
- MANTILLAGE, s. m. Linge de table, assortiment de linge de table. _Un
- beau mantillage; un mantillage usé._ En vieux français, _mantil_
- ou _mantiz_ ont le même sens. Dans le canton de Vaud, en Savoie et
- à Besançon, _manti_ signifie: «Nappe.» En latin, _mantile_ veut
- dire: Essuie-mains, serviette.
-
- MÂPELU, s. m. Malotru, bélître. Ce terme, qui nous vient du patois,
- signifie: «Mal pelé.» En vieux français, _pelu_ ou _pellu_ veut
- dire: Rempli de poils, sale, malpropre.
-
- MÂPIS ou MÂPI, s. m. Bille, gobille, chique, petite boule de grès ou
- de marbre dont s'amusent les jeunes enfants. _Jouer aux mâpis. Le
- jeu des mâpis._ A Genève, ceux qui veulent mieux parler disent:
- _Marbron_.
-
- MÂPU, s. m. Butor, lourdaud, malotru.
-
- MARAGNOU, s. m. Muscardin. Voyez MALAGNOU.
-
- MARAIN, s. m. Gravois, plâtras. _Un tombereau de marain._ Terme
- lyonnais, etc.
-
- MARATAGE, s. m. Brocantage, troc.
-
- MARATER, v. a. Brocanter, troquer, échanger. En provençal, _barata_
- a le même sens. En vieux français, _barater_ signifie: Tromper,
- frauder.
-
- MARATEUR, MARATEUSE, s. Brocanteur, brocanteuse.
-
- MARBRON, s. m. Bille, gobille, _mâpis_. _Jouer aux marbrons. Le jeu
- des marbrons._
-
- MARC DE CAFÉ, MARC DE RAISIN, s. m. Le _c_ final du mot _marc_ ne se
- prononce pas, et la syllabe _ar_ est très-brève.
-
- MARCHANDEUR, MARCHANDEUSE, s. Celui ou celle qui dispute sur le prix
- d'une marchandise. _Il est très-riche, et pourtant très-grand
- marchandeur._
-
- MARCHER, v. a. Quand une Genevoise dit à quelqu'un: _Vous me
- marchez_, ou: _Vous me marchez dessus_, cela signifie: Vous
- marchez sur ma robe. L'expression: _Vous me marchez_, est un peu
- étrange, mais elle n'est pas particulière à notre ville. [Voyez
- les Glossaires méridionaux.]
-
- MARCORET, s. m. Mercuriale, plante. Dans le canton de Vaud on dit:
- _Mercoret_.
-
- MARGALLE, s. f. Sorte de petite cerise noire.
-
- MARGOT, s. f. Femme ou fille inepte, sotte, stupide. S'emploie
- quelquefois adjectivement. _Votre Marianne est plus margot que je
- ne sais quoi._ En français, «Une margot» signifie: 1º Une bavarde;
- 2º Une éhontée.
-
- MARGOTTE, s. f. Marcotte. _Une margotte d'oeillet; planter des
- margottes._ Français populaire.
-
- MARGOTTER, v. a. Marcotter.
-
- MARGUERITES, s. f. pl. (fig.) Cheveux grisonnants.
-
- MARIAGE, s. m. _Au mariage et à la mort, le diable fait son effort._
- Proverbe genevois qui signifie qu'à chaque _mariage_ et à chaque
- _mort_ les caquets et les médisances vont grand train.
-
- MARIAUDER ou MARIAUTER, v. a. Ne s'emploie guère que dans cette
- phrase: _Mariauder un enfant_, c'est-à-dire: Le manier, le porter
- sans précaution, le faire sauter brusquement. _Ne lui donnez pas
- cette petite fille à mariauder._
-
- MARIER, v. a. Se marier avec, épouser. _Sais-tu que Jacques, le
- célibataire, va marier la fille à Truchet?_ Français populaire.
-
- MARMANGER (SE), v. réc. Se quereller vivement, s'entre-manger. _Nos
- deux voisines sont toujours à se marmanger._ Terme peu noble, mais
- énergique.
-
- MARMOTTEUR, MARMOTTEUSE, s. Celui ou celle qui a l'habitude de
- marmotter, de répliquer, de se plaindre sans raison. _Tu es une
- marmotteuse, Jenny, et je te punirai._
-
- MARMOTTINE, s. f. Terme de modiste. Marmotte, sorte de mouchoir qui
- enveloppe la tête.
-
- MARMOUNER, v. n. Marmonner, marmotter, marronner.
-
- MAROQUIN, s. m. (fig.) _En vouloir au maroquin_, signifie:
- Ambitionner, convoiter les hautes places de la République.
- Expression figurée qui se prend d'ordinaire en mauvaise part.
-
- MARQUAINE ou MARQUÉE, s. f. Craie rouge ou blanche.
-
- MARTEAU, s. m. Dent mâchelière, grosse dent. _Souffrir d'un marteau;
- se faire tirer un marteau._ Terme populaire, fort usité dans la
- Suisse française, en Savoie, à Lyon et en Franche-Comté, mais qui
- n'a été recueilli jusqu'à présent par aucun dictionnaire français.
-
- MARTEAU, s. m. Capron, grosse fraise ronde que l'on cultive dans nos
- jardins. [P. G.]
-
- MARTÉRISER, v. a. Martyriser. _Elle se martérise pour gagner
- quelques pauvres sous._ A Neuchâtel on dit: _Marturiser_.
-
- MARTINATIER, s. m. Propriétaire ou directeur d'un martinet,
- c'est-à-dire, d'une usine.
-
- MARTIN VIT, s. m. Sorte de jeu qu'on appelle en France: «Petit
- bonhomme vit encore.» _Martin vit.--Vit-il toujours?--Toujours il
- vit._
-
- MARTIROLET ou MARTIROLAT, s. m. Martelet, martinet de murailles,
- espèce d'hirondelle.
-
- MARTYRE, s. m. (fig.) Nous disons, en retranchant l'article:
- _Souffrir martyre. Son bavardage incessant nous faisait souffrir
- martyre._ Les dictionnaires disent: «Souffrir LE martyre.»
-
- MAS, s. m. Ce que nous appelons _Mas de maisons_ s'appelle en
- français: «Île.» Et quand nous disons: _Trente poses de vigne en
- un seul mas_, les Français disent: «----en un même clos.» Dans le
- vieux français, _mas_ signifiait: Territoire appartenant à un même
- seigneur.
-
- MÂSILLES, s. f. pl. Voyez MÂZILLES.
-
- MAT (prononcez _matt_), MATTE, adj. Se dit surtout du linge et
- signifie: «Qui a quelque humidité, qui est un peu mouillé.» _Des
- serviettes mattes. Les draps restent mats, lorsque, après la
- lessive, ils n'ont pas été suffisamment exposés au soleil._ Nous
- le disons aussi de la peau. _La transpiration commence, et la peau
- devient un peu matte._ En français, _mat_, adjectif, n'a aucun de
- ces deux sens. Dans le pays d'Enhaut (canton de Vaud), _matzo_
- signifie: «Humide.»
-
- MATAFAN, s. m. Lourdaud, bélître. _Matafan que tu es, feras-tu une
- fois en ta vie quelque chose de bien?_ Voyez MATE-FAIM.
-
- MATAGASSE, s. f. Pie-grièche, et au figuré: Femme dont l'humeur est
- aigre et querelleuse. Dans le canton de Vaud on dit: _Matagasse_
- et _montagasse_; en Languedoc, _amargasse_; en Provence,
- _darnagasse_. R. _agasse_ (pie).
-
- MATE ou MATTE, s. f. Terme des campagnards. Tas, monceau. _Une matte
- de foin._ Voyez MATOLLE. En Languedoc, _mate_ signifie: Une
- touffe, une fane.
-
- MATE-FAIM, s. m. Terme culinaire. Sorte de crêpe fort nourrissante,
- et qui, par conséquent, _mate la faim_. _Mate-faim aux pommes._
- Terme suisse-roman, savoisien et français populaire. En patois on
- dit: _Matafan_.
-
- MATERAT, s. m. Bécassine sourde. Quelques-uns écrivent _matras_.
-
- MATIN, s. m. C'est parler mal que de dire: _J'irai grand matin; on
- se lèvera bon matin_. Il faut dire: «J'irai DE grand matin; on se
- lèvera DE bon matin.» C'est parler mal aussi que de dire: _Venez
- du matin; on partira du matin_. [Voyez t. Ier, p. 159.]
-
- MATINIER, IÈRE, adj. Matinal. _Tu es bien matinier, Victor._
- «Matinier» est français, mais dans une acception un peu
- différente.
-
- MATOLLE, s. f. Masse de beurre ordinairement ronde. _Une grosse
- matolle; une petite matolle. Le beurre destiné à être fondu se
- vend en matolles._ Terme connu aussi dans la Suisse romane, en
- Chablais et dans le Faucigny. A Aigle (canton de Vaud), à
- Chambéry, et ailleurs sans doute, on dit: _Malotte_. Or, ce mot de
- _malotte_ est notre mot de _matolle_, dont les lettres sont
- transposées. Dans le Jura, _matolle_ signifie: Boule de neige
- façonnée entre les mains. R. _matte_, terme patois, qui veut dire:
- Tas, monceau.
-
- MATOQUE, s. f. et adj. Nigaude, sotte, bécasse. _Tu es bien matoque,
- ma pauvre Thérèse, de croire tous les contes que ce jeune homme
- vient te faire. Oh! la matoque de fille, qui ne sait pas
- distinguer un lapin d'un lièvre!_ Terme connu en Suisse et en
- Savoie. Quelquefois _matoque_ se dit en parlant des choses. _Voyez
- cette matoque de cafetière, qui met une heure de temps à cuire!_ A
- Reims, _mastoque_ signifie: Lourdaud, grossier.
-
- MATRAS, s. m. Engrais, fumier, [P.G.] Terme usité aussi dans le
- Jura. [Voyez MONNIER, _Vocabulaire de la langue rustique du
- Jura_.]
-
- MATRASSER, v. a. Fumer un terrain, y épandre de l'engrais ou du
- fumier, [P. G.]
-
- MAUVAIS, MAUVAISE, adj. Cet adjectif, pris dans le sens de
- «méchant,» se dit quelquefois des animaux, et surtout des bêtes à
- cornes. _Prenez garde, Messieurs: cette vache est mauvaise, elle
- donne._
-
- MAUVAISES RAISONS. Paroles offensantes, propos injurieux. _Dire des
- mauvaises raisons. Je lui parlais avec douceur et sans me fâcher;
- mais lui, il s'est monté, et a fini par me dire un tas de
- mauvaises raisons._ Expression dauphinoise, etc.
-
- MAYÔLE, s. f. (Prononcez _maïôle_.) Exclamation ironique, terme de
- moquerie, usité surtout parmi les enfants. _Oh! la mayôle, qui
- s'est laissé battre par une petite fille! Faites-lui tous mayôle!_
- Ce mot vient par corruption de _mariole_, qui, dans plusieurs
- dialectes de France, signifie: Un homme dont on ne fait point de
- cas, un homme de rien, un témoin peu digne de foi. En vieux
- français, _mariolet_ voulait dire: Enfant inepte, jeune homme
- inconséquent. [Voyez le _Dictionnaire roman-wallon_ de DON
- FRANÇOIS, et le _Dictionnaire français-latin_ de ROBERT ESTIENNE,
- 1605, in-4º.]
-
- MAZILLES ou MAZILS, s. f. pl. L'argent que possède une personne.
- _Avoir des mazilles. Compter ses mazilles._ Le peuple parisien
- dit: _Avoir de la mazille_. Dans le Berry et en Picardie,
- _mazille_ signifie: Mauvaise monnaie de cuivre.
-
- MÉCANIQUE (UN). _Le mécanique de l'horloge s'est dérangé._ «_Le
- mécanique_ est palpable.» [CH. BONNET, _Contemplation de la
- nature_, XIe partie, ch. 27.] Ce mot est féminin.
-
- MÉCREDI, s. m. Écrivez et prononcez «Mercredi.»
-
- [+] MEDAILLE, s. f. _Regarde, papa, j'ai la medaille._ Écrivez et
- prononcez «MÉdaille.»
-
- MÉDECINAL, ALE, adj. Écrivez «Médicinal.» Herbe médicinale, potion
- médicinale. [ACAD.]
-
- MÉDILLON, s. m. Sorte de rigole pavée. _L'eau séjournait dans le
- médillon._
-
- MEICLE, s. m. (Prononcez _mey-clle_, _ll_ mouillés.) Terme rural qui
- signifie: Mélange, et plus particulièrement: 1º Un mélange de
- seigle et de blé, soit Méteil. _Pain de meicle; farine de meicle;
- semer du meicle._ 2º Un mélange de paille et de foin, que les
- campagnards font manger en hiver à leurs vaches et à leurs
- chevaux. En Languedoc on dit: _Mescle_. Le verbe provençal
- _mescla_ signifie: Mêler, mélanger.»
-
- MÉLÈZE (LA). _La mélèze dure bien plus que le sapin._ Ce mot est
- masculin. Le genre féminin appartient au vieux français, et s'est
- conservé en Savoie et sans doute ailleurs. Nos campagnards
- prononcent _melèze_.
-
- MELIZE, s. f. Plante médicinale. _Une infusion de melize._ Terme
- savoisien et lyonnais. Écrivez et prononcez «Mélisse.»
-
- MÊLON-MÊLETTE, adv. Pêle-mêle. En Picardie on dit: _Melon-melette_;
- dans le patois bourguignon et en Franche-Comté, _maulin-maulo_; en
- Normandie, _mêli-mêlo_.
-
- MEMBRÉ, ÉE, adj. _Un homme vigoureux et bien membré._ Terme français
- populaire. Dites: Membru, c'est-à-dire: Qui a les membres gros et
- puissants.
-
- MÉMORISATION, s. f. Voyez MÉMORISER.
-
- MÉMORISER, v. n. Apprendre par coeur et retenir ce qu'on a appris.
- _Les orateurs ont souvent une peine extrême à mémoriser. Le
- travail de la mémorisation est pour beaucoup de prédicateurs un
- travail ingrat et difficile._ Termes excellents.
-
- MÉNAGE, s. m. Nous disons: _Se mettre à son ménage._ Nous disons
- également: _Se mettre dans son ménage. Aussitôt mariés, les futurs
- époux se mettront dans leur ménage; se mettront à leur ménage._ Le
- dictionnaire de l'Académie dit: «Se mettre EN ménage.»
-
- MÉNAGÈRE, s. f. Petit tablier de femme.
-
- MENÉ, NÉE, adj. Se dit des choses, et signifie: «Usé.» _Un habit
- mené; des serviettes menées._
-
- MENER, v. a. (fig.) Dans le langage des campagnards: _Un tel mène sa
- soixantième année_, signifie: Un tel est dans sa soixantième
- année; il court sa soixantième année.
-
- MENER SA LANGUE. Jaser, bavarder, médire.
-
- MENER UNE CONDUITE. _Ce jeune homme ne mène pas une conduite qui lui
- fasse honneur._ On dit en français: Tenir une conduite. Mais il
- est correct de dire: Mener une vie. Ce jeune homme mène une vie
- dissipée.
-
- MENIÈRES, s. f. pl. Lisières, bandes d'étoffe ou cordons attachés
- aux robes des petits enfants pour les soutenir quand ils
- s'essaient à marcher. _Votre petit John marche-t-il?--Vous
- m'excuserez, Monsieur: il va encore avec les menières._
-
- MENILLE, s. f. Jeu de cartes, espèce de brelan. Au sens figuré nous
- disons de quelqu'un qui est dupe dans une affaire: _Il est
- menille_.
-
- MENTEUR, s. m. Le proverbe suivant: _On attrape plus vite un menteur
- qu'un voleur_, signifie: Que les mensonges se découvrent
- facilement. Ce dicton, très-répandu à Genève et chez nos voisins,
- ne se trouve dans aucun des dictionnaires que j'ai consultés.
-
- MENTON À TAPETTE, s. m. Menton pointu et recourbé, menton DE
- galloche, et non pas _menton à galloche_, comme nous le disons
- ordinairement.
-
- MENUSAILLE, s. f. Menuaille, petite monnaie. _Il ne m'a payé qu'en
- menusaille._ Dans la Franche-Comté on dit: _Menuisaille_.
-
- MENUSERIE, s. f. Menuiserie. MENUSIER, s. m. Menuisier.
-
- [+] MÉNUTIE, s. f. Minutie. MÉNUTIEUX. Minutieux.
-
- MÉPHIBOSET, s. m. Petit homme mal bâti. «La chambre de Milice
- pourra dispenser du service les malades et les _méphibosets_.»
- [_Troisième Visite de l'aristocrate_; brochure genevoise anonyme,
- année 1791.] On dit quelquefois au féminin: _Méphibosette. Une
- petite méphibosette._
-
- MÉPRISER (SE), v. pron. Mépriser, dédaigner; se refuser par fierté à
- faire une chose. _Oui, Monsieur le pasteur, je dois vous le dire:
- Ma fille se méprise de porter l'eau; elle se méprise même d'aller
- promener avec nous. Ton père est cordonnier, et tu te méprises de
- prendre cette profession?_
-
- MERANDE ou MERENDE, s. f. Terme des campagnards. Petit repas qui se
- fait à quatre heures de l'après-midi; goûter. Dans plusieurs de
- nos villages, ce repas s'appelle _goûtairon_. Le repas de onze
- heures ou midi s'appelle _goûta_; le repas du matin, _din-na_ ou
- _déna_; le repas du soir, _s'p[)a]_ ou _ch'p[)a]_. Le mot
- _merande_, connu dans toute la Suisse romane, en Chablais, en
- Faucigny et dans les trois quarts de la France, appartient au
- vieux français. R. lat. _merenda_.
-
- MERCI DE. _Merci de la peine; merci du compliment; merci de votre
- bon souvenir._ Cette expression familière, très-usitée chez nous
- et probablement dans tous les pays où l'on parle français, n'est
- consignée nulle part. Les dictionnaires disent: «Merci,» sans
- ajouter de régime.
-
- MERDAILLON, s. m. Terme injurieux, dont on qualifie quelquefois un
- bambin ridicule, un blanc-bec, un petit bonhomme qui veut se
- donner de grands airs. Terme français populaire.
-
- MÈRE, s. f. Nous disons proverbialement: _C'est tout ma mère m'a
- fait_, pour signifier: C'est tout un; il n'y a aucune différence
- entre ces choses; c'est blanc bonnet, bonnet blanc. _Prenez
- l'oncle, prenez le neveu: c'est tout ma mère m'a fait_;
- c'est-à-dire: Ils ne valent pas mieux l'un que l'autre.
-
- MÉRÉDI, s. m. Raifort sauvage. Ce terme, connu dans le canton de
- Vaud, vient de l'allemand _Meerrettig_, qui a le même sens que
- _mérédi_.
-
- MÉRIDIEN (LE). _Régler une pendule au méridien._ Terme dauphinois et
- provençal. Dites: À la méridienne.
-
- MERINGUÉ, ÉE, adj. Terme de pâtissier. _Tôfet meringué; biscuit
- meringué; bâton meringué._ «Meringue» est français.
-
- MERISE, s. f. Ce que nous appelons à Genève _merise_, s'appelle en
- français: «Griotte.» La _merise_ est une cerise sauvage. La
- _merise douce_ est une «Guigne.»
-
- MERISIER, s. m. Griottier, guignier.
-
- MERVEILLES, s. f. pl. Rubans de pâte cuits dans le beurre. _Un plat
- de merveilles. On nous servit à goûter des croûtes dorées et des
- merveilles._
-
- MESAILLE, s. f. Terme des collégiens. Argent. Voyez MESUAILLE.
-
- MÉSENTENDU, s. m. Malentendu, c'est-à-dire: Paroles ou actions
- prises dans un autre sens que celui où elles ont été dites ou
- faites. _Éclaircir un mésentendu._ «Par un _mésentendu_ survenu
- dans ce voyage, le prince royal eut le malheur de tomber dans la
- disgrâce du roi son père. [SEIGNEUX DE CORREVON, _Mémoires sur
- Frédéric le Grand_, t. Ier, p. 12.] Terme universellement connu et
- usité en Suisse, en Savoie et en France, mais non admis jusqu'à
- présent dans les dictionnaires.
-
- MÉSENTENTE, s. f. Malentendu. _Arrangeons-nous de manière qu'il n'y
- ait point de mésentente._ On lit dans le _Journal de Genève_ de
- 1848, no 84: «La proposition de Mr V** est adoptée. (Discussions,
- bruit, mouvements et _mésentente_ prolongée.)» Je pense qu'ici
- _mésentente_ signifie: Le fait de ne pas entendre.
-
- MESONS, s. m. pl. Voyez MEZONS.
-
- MESSELIER ou MESSALIER, s. m. Messier, garde champêtre temporaire.
- Terme vaudois et lyonnais. On disait en vieux français:
- _Messilier_ et _messeillier_.
-
- MÉTAN ou plutôt MEYTAN, s. m. En patois ce mot signifie: Milieu.
- Terme franc-comtois. Dans le patois bourguignon, dans le patois du
- Berry, à Reims, en Normandie et en vieux français on dit: _Mitan_.
- Dans le patois de l'évêché de Bâle on dit: _Mitan_ et _moïtan_. Le
- dictionnaire de MONET [1636] donne comme synonymes les trois mots:
- _Meilieu_, _milieu_ et _mitan_. En allemand, _Mitte_.
-
- MÉTEGUETTE (À LA). Locution adverbiale qui signifie: Chichement. _Tu
- m'en donnes à la méteguette. Tu me sers à la méteguette_;
- c'est-à-dire: Tu me regrettes ce que tu me sers. Dans le canton de
- Vaud, _meteguet_ se dit d'un homme minutieux, lambin, doucereux.
- Dans les Alpes le verbe _metegà_ signifie: Assigner, dans une
- famille, à chacun sa portion du bien commun. R. _mitigare_?
-
- MÉTIAFOU ou MATIAFOU, s. m. Demi-fou, cerveau timbré, original. En
- patois, _matî-[)a]_ ou _meytî-[)a]_ signifient: «Moitié.»
-
- METTRE À COIN, v. a. Serrer, mettre de côté, tenir en réserve. _Son
- mari lui a pris et a fioulé les quatorze écus qu'elle avait mis à
- coin._
-
- METTRE DES DENTS. Nous disons d'un petit enfant: _Il met ses dents._
- On dit en français: Les dents lui percent, ou: Les dents lui
- viennent, ou: Il fait ses dents. De ces trois expressions, les
- deux premières sont les plus correctes.
-
- METTRE SUR QUELQU'UN. Terme d'encan. Enchérir. _Il a mis trois
- francs sur moi, et je n'ai pas eu cette belle commode. Faisons un
- accord: je ne mettrai pas sur vous, ni vous sur moi._ Expression
- neuchâteloise. [Voyez GUILLEBERT, _Vocabulaire du dialecte
- neuchâtelois_, 2e édition, p. 295.]
-
- METTRE (SE), v. pron. _Se mettre d'une société; se mettre_ _d'une
- confrérie. Il s'est mis du complot._ Dites: Entrer dans une
- société; entrer dans une confrérie; entrer dans un complot.
-
- METTRE (SE), v. pron. _Se mettre dans les dettes._ S'endetter.
- Expression très-adoptable et vraisemblablement très-répandue.
-
- [+] MEUR, MEURE, adj. Mûr, mûre. _Un fruit mal meur._ _Meur_
- appartient au vieux français, et se dit encore vulgairement dans
- tout le nord de la France, en Savoie et dans la Suisse romane.
-
- MEURAISON, s. f. Terme des campagnards. Maturité.
-
- MEURE, s. f. Mûre, sorte de fruit. _Une seille de meures. Cueillir
- des meures. Aux meures! Aux belles meures!_ est le cri de nos
- revendeuses à la fin du mois de juillet. Terme français populaire
- et vieux français.
-
- MEURIER, s. m. Mûrier.
-
- MEURON, s. m. Mûre sauvage, baie de ronce. _Piquer des meurons._
- Terme vaudois, bressan et vieux français. A Rumilly (Savoie) on
- dit: _Mûron_; en Franche-Comté, _mavuron_.
-
- MEZONS, s. m. pl. Espèces sonnantes, argent. _Il est riche,
- celui-là; il a des mezons._ Dans le langage des collégiens,
- _mezon_ signifie: Petit morceau de cuivre.
-
- [+] MIALER, v. n. Miauler. _Le minon enfermé mialait._ Terme
- parisien populaire, etc.
-
- MIDI, suivi du pluriel. _Midi ont sonné. Nous dînons à midi
- précises. Je vous attends vers les midi._ Toutes ces phrases sont
- vicieuses, et il faut dire: Midi est sonné; nous dînons à midi
- précis; je vous attends vers midi.
-
- MIE, s. f. Terme rural. Meule ou pile de foin ou de paille, de forme
- conique, qu'on fait en plein air dans le voisinage des maisons qui
- ne sont pas assez grandes pour contenir toute la récolte. [P. G.]
- En Franche-Comté, en Bourgogne et dans le nord de la France on
- dit: _Moie_. Chez nos campagnards, _mouë_ signifie: «Monceau.»
-
- [+] MIENNE (LE). Le mien. _Rends-moi ce mâpis, c'est le mienne.--Le
- tienne! tu es-t-un menteur._ Notre prononciation, dans ces mots
- _mienne_ et _tienne_, est très-nasale, s'éloignant ainsi de la
- prononciation française et s'approchant beaucoup de la
- prononciation patoise (_mein-nà_).
-
- MIES, s. f. pl. _Mies de pain_, miettes de pain.
-
- MIEUX, adv. Plutôt. _Finiras-tu de nous ennuyer, Jacot?--C'est bien
- mieux toi qui nous bassines._
-
- MIEUX DE. Plus de. _Il a hérité mieux de cent louis. La Josette a
- mieux de trente ans._ Locution savoisienne, lyonnaise et
- méridionale.
-
- MIEUX (LA). Le mieux. _Au dernier bal, c'était notre Clémentine qui
- était la mieux_, c'est-à dire: Qui était la plus jolie, qui était
- LE mieux.
-
- MIEUX VALUE, s. f. _Il nous fallut encore payer cent francs pour la
- mieux value._ Dites: La plus value. Terme neuchâtelois, savoisien,
- franc-comtois, lorrain, etc. _Value_, en vieux français, signifie:
- «Valeur.»
-
- MIFFE, s. f. Terme de boucherie. Rate. _Je te prie, Isabeau, de ne
- plus te laisser donner de la miffe pour garneçon._ Nos
- campagnards, et ceux du canton de Vaud, disent: _La mef[)a]_, d'où
- ils ont formé le verbe _em'fà_, essouffler.
-
- MIGNON, adj. _Aller de son pied mignon_, signifie chez nous: Aller à
- pied, voyager lestement et sans frais. L'Académie dit: «Aller de
- son pied gaillard.»
-
- MI-LAINE, adj. _Robe mi-laine_, robe qui est moitié laine et moitié
- coton.
-
- MILLE-PIEDS, s. m. Scolopendre, insecte.
-
- MILLION, s. m. Terme de maçon. Brisures, éclats de cailloux.
-
- MILLIONNER, v. a. Émier, émietter. S'emploie le plus souvent avec
- le pronom personnel, et signifie: S'émier, s'émietter, se briser,
- se séparer en petits morceaux comme le fromage persillé, ou comme
- certaines sucreries et pâtisseries. [P. G.]
-
- [+] MIMERO, s. m. Numéro. En Picardie ont dit: _Limero_.
-
- MIMEROTER, v. a. Numéroter.
-
- MINAGE, s. m. Défoncement. _Le minage d'une vigne. Faire un minage._
- Terme savoisien.
-
- MINÇOLET, ETTE, adj. et s. Se dit des personnes et des choses, et
- signifie: Maigre, petit, chétif, mince. _Une jeune fille
- minçolette. Tu me coupes là un morceau de pain qui est bien
- minçolet._ Terme savoisien.
-
- MINE, s. f. Visage. _Se laver la mine. Regarde-toi au miroir, tu as
- la mine bien sale._
-
- MINER UN TERRAIN. Terme d'agriculture. Défoncer un terrain, le
- fouiller à deux ou trois pieds de profondeur, en ôter les pierres,
- y mettre du fumier ou de la terre nouvelle.
-
- MINON, s. m. Sorte de palatine, fourrure que les dames portent sur
- le cou en hiver. Français populaire.
-
- MINON, s. m. Terme des campagnards. Chaton, fleur pendante et en
- forme de chenille, que portent certains arbres, comme le coudrier,
- le noyer, le chêne et le saule. [P. G.] A Genève nous appelons
- _minons_ (s. m. pl.), cette poussière qui s'agglomère sous les
- lits, sous les armoires, sous les commodes, et qui y revêt la
- forme de chatons. _Balayer les minons; enlever les minons;
- pannosser les minons._
-
- MINUIT, suivi du pluriel. _Sur les minuits. L'orage commença contre
- les minuits._ Ce pluriel, quoique d'un fréquent usage, n'est pas
- correct. On doit dire: Sur LE minuit. On peut dire aussi: «L'orage
- commença vers minuit.»
-
- MINUIT (LA). C'est ainsi qu'on parlait anciennement. Ce mot est
- aujourd'hui masculin; on dit: Le minuit et le midi.
-
- MIOTISE, s. f. Thym, plante aromatique.
-
- MIRER, v. a. (fig.) Viser, avoir en vue certaine fin. _Il mire une
- riche et belle veuve. Je crois que tu mires ta cousine._ Dans la
- comédie de _Fanchon la Vielleuse_, on lit cette phrase: «Il VISE
- la jeune personne.» [Acte Ier, scène 9.]
-
- MIROLON ou MEROLON, s. m. Pinson des Ardennes, pinson de montagne.
-
- MISE, s. f. Dans le langage des écoliers, _Faire mise_ ou _faire
- mise ensemble_, signifient: Mettre en commun les enjeux,
- s'associer. _N'est-ce pas, Isaac, on est ami, et on fera toujours
- mise ensemble?_
-
- MISER, v. a. Enchérir, mettre une enchère. _Si tu viens demain à
- l'encan, tu auras soin de ne pas miser sur moi. Qu'as-tu misé au
- dernier encan? J'ai misé un placard, six tablats et deux
- escabelles._ Terme suisse-roman et savoisien.
-
- MISSER-JEAN, s. m. _Poire de misser-Jean._ On dit en français: Poire
- de messire-Jean.
-
- MITE, s. f. Mitaine, miton long. _Tricoter des mites._ Terme suisse,
- savoisien, lyonnais, limousin, etc.
-
- MITENANDRE, s. f. Cortége, suite, séquelle. _Le mari, la femme, le
- beau-frère, et toute la mitenandre._ Terme vaudois, formé des mots
- allemands _mit einander_, qui signifient: Ensemble, de compagnie.
-
- MODÀ, v. n. Terme patois fort connu. S'en aller, quitter l'endroit
- où l'on est. _No-z alin modà_ (nous allons partir.) Dans le Berry,
- _Moder_ est verbe actif, et signifie: Lâcher les bestiaux, les
- mener paître; en languedocien _mudà_ veut dire: Déménager,
- déloger.
-
- MOGEON, s. m. Veau, veau d'un an. Terme suisse-roman et savoisien.
- Au figuré, _mogeon_ se dit d'une fille ou d'une femme épaisse de
- corps et d'esprit. _Votre Albertine est un peu mogeon, elle a
- l'air mogeon._
-
- MOGLION, s. m. Voyez MOLION.
-
- MOGNON, s. m. Moignon.
-
- MOINDRE, adj. Malingre, faible, indisposé. _La jeune Caroline est
- toute moindre aujourd'hui: elle garde la chambre._
-
- MOINDROLET, ETTE, adj. Diminutif de _moindre_. Se dit surtout des
- personnes et signifie: Petit, maigre, chétif. _L'enfant a une
- excellente nourrice, et pourtant il reste bien moindrolet._
-
- MOINEAU, s. m. (fig.) Homme dont on fait peu de cas. _Quel sot
- moineau que votre Mr Dubreuil!_
-
- MOINEAU SOLITAIRE, s. m. Merle de rocher.
-
- MOINS, adv. Voyez DU MOINS, t. Ier, p. 159.
-
- MOIRE, s. f. Voyez MOUARE.
-
- MOIS D'AVRIL, s. m. Poisson d'avril. _Donner un mois d'avril._ Terme
- suisse-roman et savoisien.
-
- MOIS DE MAI, s. m. Aubépine. A Bordeaux, dans le Berry et ailleurs,
- on dit: _Du mai_ (_du mai en fleurs_).
-
- MOISIR, v. n. (fig.) Faire trop lentement une chose, lambiner dans
- un message. _Va-t'en faire cette commission, et tâche surtout de
- n'y pas moisir._ Expression triviale.
-
- MÔLAN, s. m., ou MÔLAN-NE, s. f. Vent d'est. Voyez VENT.
-
- MOLETTE, s. f. Pierre à aiguiser des faucheurs. Terme suisse-roman
- et savoisien. R. _mola_.
-
- MOLIÈRE, s. m. Terme des campagnards. Émouleur, rémouleur,
- gagne-petit, _aiguiseur_. Le terme patois est: _Molaire_ ou
- _moliàre_, dont _molière_ est une corruption, ou plutôt un
- raffinement. Dans le canton de Vaud on dit: _Molâre_, et à
- Chambéry, _molaire_. Dans notre patois le verbe _molà_ signifie:
- Aiguiser.
-
- MOLION, s. m. Salamandre, reptile amphibie.
-
- MOLLACHE, subst. et adj. féminin. Personne flasque, molle, lâche au
- travail, dénuée de toute énergie. On dit en français, dans un sens
- analogue: Mollasse. «Un individu lourd et mollasse.» [Voyez
- BESCHERELLE, _Dict. National_.]
-
- MOLLASSE, s. f. Sorte de grès tendre. _Un parpaing de mollasse; un
- escalier de mollasse._ Terme suisse-roman, savoisien et
- dauphinois.
-
- MOLLE, s. f. _Avoir la molle_, signifie: N'avoir pas le coeur au
- travail, être plus disposé à flâner qu'à s'occuper. _J'ai la
- molle; la molle me gagne; la molle me tient._
-
- MÔMASSE, s. f. et adj. Augmentatif de _môme_.
-
- MÔME, s. f. et adj. Fille ou femme inepte, sotte, stupide. _Je ne
- sais pas ce que j'ai; mais je suis toute môme aujourd'hui._ Dans
- le patois vaudois on dit: _Moum[(a]_.
-
- MÔMICHON, s. m. Nigaud. _Mômichon que tu es! Avoir peur d'une
- levrette, d'une petite levrette._
-
- MÔMIER, MÔMIÈRE, subst. Dénomination inconvenante par laquelle on
- désigne quelquefois les membres de l'Église dissidente. _C'est un
- mômier. Il donne dans la mômerie. Il s'emmôme; il s'est emmômé._
-
- MÔMIÈRE, s. f. Cabas, sorte de panier en tresses de paille, plat sur
- sa hauteur et terminé par deux anses.
-
- MONETIER. Village près de Genève, dans le mont Salève. Ce nom peut
- s'écrire indifféremment: _Monetier_, _Mounetier_, _Moneti_ et
- _Mouneti_, la terminaison _i_ (pour _ier_) appartenant au patois.
- DE SAUSSURE écrit _Monetier_. Dans l'origine de la langue
- française, _monstier_, _montier_, _moustier_ et _moutier_, ont
- signifié: 1º Couvent; 2º Église cathédrale; 3º Paroisse. R.
- _monasterium_.
-
- MONPÈR! Sorte d'exclamation fort usitée en Suisse et en Savoie.
- _Monpèr, que c'est beau! Monpèr, que tu es patet! Monpèr, que vous
- arrivez tard!_ Cette expression n'est autre chose que les deux
- mots _mon père!_ mal prononcés, et substitués, par convenance, à
- l'exclamation. «Mon Dieu!»
-
- MONSIEUR DE TROP. Se dit d'une personne surnuméraire, et par cela
- même embarrassante. _Mme N**, qui avait six_ _filles, vient
- d'accoucher d'un garçon: cet enfant ne sera certes pas Mr De
- Trop._ On dit dans le même sens: _Mlle De Trop_.
-
- MONTAGNE (LA). Le Salève, la montagne par excellence (pour les
- Genevois). _Dis donc, Bernard: que fait-on jeudi matin?--Ne
- sais-tu pas? On va déjeuner à la Montagne, et l'on revient avant
- midi par la Croisette._
-
- MONTAGNES (LES). Nos horlogers désignent par ce nom les villes du
- Locle et de La Chaux-de-Fonds, situées toutes deux dans les
- montagnes du canton de Neuchâtel. _S'établir aux Montagnes.
- Travailler pour les Montagnes. La fabrique de Genève soutient avec
- les Montagnes une concurrence journalière et difficile._
-
- MONTANT, s. m. Encouragement, stimulant, courage, coeur. _Donner du
- montant. Avoir du montant. Notre Samuel était découragé; ce petit
- succès lui redonnera du montant._
-
- MONTÉE (LA). La maison. _Est-ce dans cette montée que loge Mr le
- docteur N**? Connaissez-vous Mr le dizenier Z**?--Si je le
- connais! Il reste dans notre montée._ «Montée,» en français,
- signifie entre autres: 1º Petit escalier dans une maison de
- pauvres gens; 2º Chaque marche d'un escalier. [ACAD.]
-
- MONTER SUR... Nous disons: _Monter sur une échelle_; on doit dire:
- «Monter À une échelle.»
-
- MONTEUR DE BOIS, s. m. Scieur de bois.
-
- MONTICULE (UNE). Ce mot est masculin. Il est formé du mot latin
- _monticulus_, qui est masculin.
-
- MONTURE, s. m. Mauvaise plaisanterie, tour malin, malice concertée
- entre des camarades contre un d'entre eux. _Faire une monture.
- Préparer une monture. La monture a échoué._ Terme de bonne
- fabrique, et qui n'a pas d'équivalent exact en français.
-
- MOQUE, s. f. Chose de peu d'importance, bagatelle. S'emploie
- d'ordinaire avec la négation. _Ce n'est pas de la moque_, ce
- n'est pas peu de chose. Terme neuchâtelois et vieux français.
-
- MOQUER (SE), v. pron. Proverbialement: _Donner à plus riche que soi,
- le diable s'en moque_, signifie: Que les largesses faites à des
- riches, étant rarement désintéressées, le diable ne peut ni ne
- doit en tenir compte. On donne souvent une tout autre
- signification à ce proverbe.
-
- MORAINE ou MORÈNE, s. f. Falaise, terres escarpées au bord d'un
- torrent, d'un fleuve, d'une rivière. _Les moraines de Champel; les
- moraines de Pinchat; les moraines de Cartigny; les moraines du
- bois de La Bâtie._ Dans les Alpes de Savoie on appelle _moraine_
- une enceinte de pierres au pied des glaciers.
-
- MORBIER, s. m. Pendule ou horloge à poids, qui se fabriquait
- anciennement au village de Morbier, département du Jura.
-
- MORFER, v. a. Bâfrer, manger avec avidité. Dans le vieux français,
- on disait: _Morfier_; et l'on trouve dans Rabelais _morfiailler_,
- en ce même sens.
-
- MORGILLER, v. a. Mordre par petites entamures, mordiller. _Morgiller
- son pain._
-
- MORIGINER, v. a. Morigéner. _Son père l'a convenablement moriginé._
- Terme suisse-roman, savoisien, français populaire et vieux
- français.
-
- MORSILLER, v. a. Mordre légèrement et à plusieurs reprises,
- mordiller. _Morsiller une pomme._ Terme savoisien et lyonnais.
-
- MORTAISE, s. f. (fig.) _Avoir sa mortaise_, signifie: «Être ivre.»
- _Le cocher avait sa mortaise._ Expression triviale.
-
- MORT-À-PÊCHE, s. f. (Prononcez _mor-ta-pêche_.) Crin de Florence,
- crin d'empile, crin très-fort sur lequel on monte l'hameçon.
-
- MORTUAIRE, s. m. Acte de décès, extrait mortuaire. _Il devait se
- procurer le mortuaire de son grand-oncle._ Ce mot, très-usité chez
- nous, mais inconnu aux dictionnaires, se trouve dans le _Glossaire
- de l'ancien Droit français_, de MM. DUPIN et LABOULAYE.
-
- MOTET, s. m. Visage. _Un vilain motet._
-
- MOUARE ou MOIRE, s. f. Saumure. Nous disons d'un mets et d'un
- assaisonnement quelconque où le sel domine trop: _Cela est salé
- comme de la moire_. Terme suisse-roman et savoisien. En
- Franche-Comté on dit: _Muire_; en Languedoc, _mière_. Dans le
- patois vaudois, le verbe _mouairi_ signifie: «Saler avec excès.»
- R. lat. _muria_, saumure.
-
- MOUCHE, s. f. _De la mouche de chandelle._ Dites: De la mouchure de
- chandelle. A Lyon, à Nancy et sans doute ailleurs, on dit: _Du
- mouchon_; en Dauphiné, _du mouc_.
-
- MOUCHET, s. m. Signifie: 1º Houppe, bouffette, freluche, floccon,
- assemblage de plusieurs filets de soie, d'or, d'argent, de laine,
- liés ensemble par un bouton en forme de gland à sa partie
- supérieure. _Les mouchets d'une bourse; les mouchets d'une canne.
- Nos bonnets de nuit sont ordinairement surmontés d'un mouchet._
- VOLTAIRE a dit: «Un chapeau de pourpre... auquel pendaient quinze
- _houppes_ d'or.» [_Lois de Minos_, note 96e.] Nous aurions dit à
- Genève: Quinze _mouchets_. _Mouchet_ signifie: 2º Touffe, bouquet.
- _Un mouchet d'arbres; un mouchet de cerises; un mouchet de
- noisettes_ (un trochet de noisettes). 3º _Mouchet_ se dit pour:
- Groupe, peloton. _Un mouchet d'abeilles; un mouchet de curieux.
- Les émeutiers étaient par mouchets sur la grande place._ Terme
- suisse-roman et savoisien. En Normandie, _mouchet_ a le sens de
- «Monceau.» [Voyez le _Dictionnaire du patois normand_, par MM.
- DUMÉRIL.]
-
- MOUCHETTE (LA). Les mouchettes.
-
- MOUCHILLON, s. m. Moucheron. _Être inquiété par les mouchillons._ En
- vieux français, on disait: _Mouscaillon_.
-
- MOUCLAR, s. m. Hameçon. _Des mouclars rouillés._ Dans le canton de
- Vaud on dit: _Moclar_; en provençal, _mousclaou_; dans le Jura,
- _bouclard_, (selon le dictionnaire de M. MONNIER).
-
- MOUFFE, s. m. Moufle, gros gant. _Une paire de mouffes._ Terme
- lorrain, parisien populaire, etc.
-
- MOUGNE, s. f. _Faire la mougne_, signifie: Faire la moue, être de
- mauvaise humeur, bouder. A Chambéry, on dit: _Faire la mogne_. En
- provençal, _mougno_ veut dire: Moue, grimace.
-
- MOUGNON, s. m. Moignon. En provençal, _mougnoun_. Dans le reste de
- la France, _mognon_.
-
- MOUGONNER, v. n. Bougonner, murmurer, gronder entre les dents.
-
- MOUILLE, s. f. Mouillure, humidité. _Ne laissez pas cet enfant dans
- la mouille._ Terme suisse-roman, savoisien, franc-comtois, etc.
- Nous disons dans le même sens: _Mouillon_. _Laisser un enfant dans
- le mouillon._
-
- MOUILLES, s. f. pl. Nous appelons ainsi des sources qui ne font que
- suinter dans les prairies, et qui, fournissant à l'herbe de ces
- prairies une température plus élevée pendant l'hiver, y produisent
- une herbe précoce et excellente, très-propre à refaire les vaches
- qui ont vêlé, etc. [P. G.]
-
- MOULE, s. m. Mesure de capacité pour le bois: c'est un carré dont le
- côté a cinq pieds quatre pouces. Terme suisse-roman et lyonnais.
-
- MOULER, v. n. Caponner, se comporter lâchement, saigner du nez.
- _D'entrée il faisait le rodomont, et quand il a fallu se battre,
- il a moulé._ En provençal, _moulà_ signifie: Mollir.
-
- MOULETON, s. m. Molleton, étoffe de laine moelleuse. «Une camisole
- de molleton; un gilet doublé de molleton.» [ACAD.]
-
- MOULU, LUE, part. Émoulu. _Notre Théodore est tout frais_ _moulu de
- l'Académie_, c'est-à-dire: Est tout nouvellement sorti de
- l'Académie. Terme méridional, etc.
-
- MOURGET, s. m. Vent soufflant de Morges pour les habitants du
- Chablais.
-
- MOURMÉ, MÉE, adj. Stupide, abruti.
-
- C'était Monsieur son fils, un pauvre rapélu,
- Plus matafan, plus _mourmé_, plus mâpu!
-
- [CH.]
-
- En Normandie, _mourmaud_ signifie: Songe-creux, morose.
-
- [+] MOURVE, s. f. Morve.
-
- MOURVEUX, EUSE, adj. et subst. Morveux. _Voyez cette mourveuse, de
- quel ton elle réplique à sa mère!_
-
- MOUSET ou MUSET, s. m. Petite souris des champs, à courte queue, à
- museau fort pointu, et que les chats ne mangent pas, quoiqu'ils
- lui donnent volontiers la chasse. Terme suisse-roman et savoisien.
- Le nom français est Musette ou Musaraigne. Le dictionnaire de
- Bescherelle donne une fausse définition de ce mot.
-
- MOUSTACHES, s. f. pl. _Il relevait ses moustaches; il essuyait ses
- moustaches; il admirait ses moustaches._ Dans ces exemples et dans
- les exemples analogues, il est infiniment plus correct d'employer
- le singulier et de dire: Il relevait SA moustache; il essuyait SA
- moustache; il admirait SA moustache. La phrase suivante est tirée
- de _Gil-Blas_, livre II, ch. V: «Un nez fort épaté lui tombait sur
- une moustache rousse.» L'exemple suivant est tiré de J.-J.
- ROUSSEAU: «Fantasque fut enfin mariée à un roi voisin qu'elle
- préféra, parce qu'il portait la plus longue moustache. [_La reine
- Fantasque._] Tous les dictionnaires s'accordent en ce point, mais
- il faut avouer que beaucoup de bons écrivains, surtout parmi les
- modernes, ont fait usage du pluriel.
-
- MOUSTACHON, s. m. Celui qui porte moustache et qui, par cela même,
- fait l'homme d'importance et le fier-à-bras. _Tu te crois un
- fameux moustachon, et tu n'as que seize ans!_
-
- MOÛT, s. m. Nous disons proverbialement d'un potage ou d'un mets
- quelconque mal assaisonné: _Cela n'a ni goût ni moût_, et cette
- locution est aussi employée figurément. _Il nous racontait ses
- voyages longuement et platement, cela n'avait ni goût ni moût_,
- c'est-à-dire: Ni goût ni piquant.
-
- MOUTAÎLE ou MOUTELLE, s. f. Motelle, sorte de poisson.
-
- MOUTELÉ, LÉE, adj. Tacheté, étoilé. Ce terme, qui appartient à la
- langue de nos campagnards, ne s'emploie guère qu'en parlant des
- bestiaux. _Une vache moutelée; un boeuf moutelé._ Terme
- suisse-roman et savoisien.
-
- MOYENNÉ, NÉE, adjectif. Riche, aisé. _Le cadet est plus moyenné que
- son frère._ Terme signalé dans le _Dictionnaire rouchi-français_
- de HÉCART, 3me édition.
-
- MULÂTRE, adj. Métis. _Un canari mulâtre._
-
- MULE, s. f. Sorte d'engelure. _Avoir la mule aux talons._ En
- français ce mot ne s'emploie qu'au pluriel. «Avoir les mules au
- talon.» [ACAD.]
-
- MULE, s. f. _Faire mule_, terme du jeu de cartes, signifie: Faire
- capot. [P. G.]
-
- MURGUET ou MEURGUET, s. m. Muguet, fleur. _Cueillir des murguets. Un
- bouquet de murguets._
-
- MUSAILLE, s. f. Quantité de petite monnaie, menuaille.
-
- MUSCADET (UN). Dites: Une muscadelle. Espèce de poire qui sent un
- peu le musc.
-
- MUSCATE, s. f. et adj. _Noix muscate; rose muscate. La muscate
- dominait trop dans ce ragoût._ Dites: «Muscade.»
-
- MUSILIÈRE, s. f. Muselière.
-
- MYRTRE, s. m. Myrte, arbrisseau. _Une branche de myrtre._ Terme
- suisse-roman, limousin, lorrain, etc.
-
-
- N
-
- NACRE (DU). Ce mot est féminin.
-
- NAGEOTTER, v. n. Nager un peu, nager avec difficulté. _Mon chien a
- les pattes fort courtes, et il ne peut que nageotter._
-
- NAGER, v. n. Nous disons proverbialement d'une personne qui est dans
- l'abondance, d'une personne qui est riche, ou qui est en voie de
- le devenir: _Elle nage en pleine eau._ L'Académie dit: «Elle nage
- en grande eau;» et c'est ainsi que s'exprime LE SAGE dans son
- roman de _Guzman d'Alfarache_: «Quand j'ai nagé en grande eau,
- j'ai toujours eu le malheur de m'y noyer.» [Livre VI, chap. VIII.]
-
- NAILLER, v. a. Terme des campagnards. Casser les noix et les trier.
- _Nous irons ce soir nailler les noix chez M. l'adjoint._ [P. G.]
-
- NAIMBOT, BOTE, subst. Nabot, nabote. Celui ou celle qui est d'une
- taille ridiculement petite. _Un petit naimbot, une pauvre
- naimbote._ Terme vieux français. On dit en Savoie: _Nambot_.
-
- NAINNAIN, s. f. Terme enfantin. Nourrice.
-
- NAISER (SE), v. pron. Se moisir. On le dit principalement du linge.
- _Un linge naisé_ est celui qui a souffert de l'humidité et qui en
- a contracté des taches; ces taches s'appellent _taches de naisé_.
- Terme suisse-roman. En Dauphiné, en Franche-Comté, chez nous et
- sans doute ailleurs, _naiser le chanvre_ c'est: Le faire rouir.
-
- NÂNE, s. f. Nourrice. _L'enfant pleure; appelez la nâne. Notre Lili
- ne veut pas quitter sa nâne._
-
- NANQUINET, s. m. Dites: Nanquinette, s. f.
-
- [+] NANSE, s. f. Nasse, instrument d'osier ou de fil de fer servant
- à prendre du poisson. _Tendre des nanses; lever les_ _nanses._
- Terme suisse-roman, savoisien et vieux français.
-
- NANT, s. m. Ravin boisé au fond duquel coule un petit ruisseau. _Le
- nant de Frontenay; le nant de Jargonand; le nant d'Avenchet; le
- nant de Roulave._ Dans le Faucigny (Savoie), un _nant_ est Un
- torrent; et on le dit particulièrement de certains torrents
- impétueux qui descendent du Mont-Blanc ou des montagnes voisines;
- tels sont: _le Nant-Noir_, _le Bon-Nant_, _le Nant-Bourant_. Le
- dictionnaire de Bescherelle traduit le mot de _nant_ par celui de:
- Cascade; c'est une grande erreur. Dans le vieux français, _nant_
- signifiait: «Vallée,» s'il faut en croire le _Dictionnaire du
- Vieux langage_, de LACOMBE.
-
- NANT DE BRAILLE, s. m. Usure; usurier. _Faire le nant de Braille.
- Être nant de braille._ Cette expression, purement locale, vient
- d'un _nant_, près de Coppet, où se commettaient jadis des vols et
- des assassinats. [_Glossaire_ de GAUDY.]
-
- NANZOU, s. m. Mallemolle, espèce de mousseline ou de toile de coton
- blanche, claire et très-fine, qui est apportée des Indes
- orientales.
-
- NAPPAGE, s. m. Linge de table, c'est-à-dire: Nappes et serviettes.
- _Nappage uni; nappage damassé._ Terme suisse-roman, lorrain, etc.
-
- NARCISSE (UNE). _Une belle narcisse._ Ce mot est masculin.
-
- NATOURI, s. m. Batelier. Ce terme vieillit.
-
- NAVETTE, s. f. Petite brioche sucrée.
-
- NAYER, v. a. et SE NAYER, v. pron. Ancienne orthographe et ancienne
- prononciation des mots «Noyer» et «Se noyer.»
-
- NE, part. négat. _Tu as payé ce châle plus qu'il vaut._ Dites: Plus
- qu'il NE vaut.
-
- NÈFE ou NEIFE, s. f. Nèfle, fruit du néflier. _Une grosse nèfe; une
- nèfe molle._ Terme parisien populaire, etc.
-
- NEIGEOTTER, v. n. Diminutif de «Neiger.» _Le temps devient froid et
- sombre, il neigeotte_, c'est-à-dire: Il neige un peu.
-
- NEIZÉ, ÉE, adj. Voyez NAIZÉ.
-
- NÉNET, s. m. Terme enfantin. Sein. Se dit en Savoie, dans le
- Limousin et ailleurs.
-
- NERTIF, adj. m. Musclé. _Un lurron nertif._
-
- NETTAYER, v. a. _Nettayer des meubles; nettayer un appartement._
- Ancienne orthographe et ancienne prononciation du mot «Nettoyer.»
- Dites: Je nettoie; je nettoierai, etc.
-
- NETTAYEUR, s. m. _Ne viens pas me rendre visite demain, Adeline,
- j'ai les nettayeurs._ Dites: «J'ai les frotteurs.»
-
- NEUF (À), locut. adv. L'expression genevoise: _S'habiller à neuf_,
- appartient au français populaire. Il faut dire: «S'habiller DE
- neuf.» [ACAD.]
-
- NEURET, nom propre d'homme. Nous appelons _feinte à Neuret_, ou
- _feinte à la Neuret_, une feinte grossière et qui saute aux yeux,
- une grosse bourde, une craque, telle qu'en pourrait faire le plus
- effronté gascon. _Tu crois m'en imposer? Va, va, c'est une feinte
- à Neuret; tu fais la feinte à Neuret._ Cette locution proverbiale,
- très-connue dans la rue du Rhône et dans les rues avoisinantes,
- tire son origine de feu _Neuret_, grand chasseur et grand hâbleur.
-
- NEZ, s. m. (fig.) Nous disons d'une plaisanterie plate et
- insignifiante, qu'elle _n'a point de nez_, c'est-à-dire: point
- d'esprit, point de piquant. _Faire des malices à cette pauvre
- revendeuse, cela n'a véritablement point de nez._ Expression
- savoisienne et méridionale.
-
- NEZ, s. m. Nous disons: _À son nez et barbe_, pour dire: En sa
- présence, en face de lui. _Elle osa tenir ce langage énergique et
- franc à son nez et barbe._ L'Académie dit: «À son nez et À SA
- barbe.»
-
- NEZ, s. m. Nous disons proverbialement et dérisoirement à une
- personne qui se flatte d'un succès qu'elle n'a aucune chance
- d'obtenir: _Tâte voir si le nez te branle_.
-
- NEZ DE BOIS. _Trouver nez de bois_, signifie: Trouver la porte
- fermée quand on va chez quelqu'un; trouver visage de bois. Nous
- disons dans le même sens: _Avoir nez de bois_.
-
- NIÂCE, s. f. Terme enfantin, qui signifie: Caresse, et qui ne
- s'emploie que dans cette expression: _Faire niâce_, c'est-à-dire:
- Caresser. _Fais niâce au minon, Antoinette; fais niâce à ce joli
- chat._
-
- NIÂCER, v. a. Caresser, faire _niâce_.
-
- NIAFFE ou GNIAFFE, s. m. Savetier. Terme de dénigrement, connu à
- Paris, en Normandie et sans doute ailleurs. A Chambéry on dit:
- _Niaffre_.
-
- NIAFFE ou GNIAFFE, adj. Se dit des personnes et signifie: Flasque,
- sans énergie, sans courage. _Je me sens tout niaffe aujourd'hui._
- Expression triviale.
-
- NIÂNIOU, s. m. et adj. Niais, dadais, nigaud, personnage dont la
- démarche et le maintien annoncent déjà la bêtise. _Va-t'en,
- niâniou; va-t'en, bobet, qui ne sais pas seulement relever des
- quilles. Prenez-y garde, Messieurs: avec son air niâniou il n'est
- pas aussi bête que vous le pensez._ Terme suisse et savoisien.
- Dans le Berry, _Nioniot_; en Normandie, _niot_. A Genève on dit
- quelquefois dans le même sens: _Niânion_.
-
- [+] NIARGUE, s. f. Terme de dépit, de raillerie ou de mépris. _Faire
- la niargue à quelqu'un_, c'est le braver avec dédain, lui faire
- nargue.
-
- NIARGUER, v. a. Faire nargue. _Tu me niargues, André, parce que tu
- es avec ton grand frère, mais tu verras demain._
-
- NIAU ou NIÔ, s. m. Nichet, oeuf qu'on met dans un nid pour que les
- poules y aillent pondre. Dans les dialectes populaires de France
- on dit: _Niai_, _nieu_, _niot_ et _niaou_.
-
- NIAUQUE, s. f. Voyez NIÔQUE.
-
- [+] NIERFE ou NIARFE, s. m. Nerf.
-
- [+] NIFLER, v. a. Flairer, sentir. _Nifler un ragoût. Nifle voir
- cette rose._ Terme savoisien et méridional, recueilli par
- COTGRAVE, qui lui donne le sens de «Renifler.» Dans le patois
- limousin, _niflo_, s. f., veut dire: La narine. Au figuré,
- _nifler_ est synonyme de: Fureter.
-
- NIFFLET, s. m. Nigaud, benêt. _Oh! le niflet, qui a peur d'une
- chèvre._
-
- NIFLE-TANTÔT, s. m. Dadais, nigaud, niais.
-
- NIGODÊME, s. m. Se dit d'un homme simple et borné. Il faut écrire et
- prononcer: Nicodème.
-
- NIGUEDOUILLE ou NIGUEDANDOUILLE, s. m. Idiot, hébêté, sot, niais,
- dadais, homme simple et innocent. _Niguedouille_ n'est qu'une
- légère altération de «Niquedouille,» qu'on trouve dans quelques
- dictionnaires français.
-
- NILLE, s. f. Articulation, jointure, phalange. _En glissant, il
- s'écorcha la nille du pied._ Terme suisse-roman et savoisien.
-
- NILLE, s. f. Terme de boucherie. _Nille d'aloyau._
-
- NILLON, s. m. Pain de noix.
-
- NINA, s. f. Ce terme ne s'emploie que dans cette expression
- populaire: _Avoir sa nina_, c'est-à-dire: Être ivre.
-
- NINE, s. f. et adj. Naine. _Une petite nine; un rose nine._ On
- parlait ainsi en France il y a deux cents ans.
-
- [+] NINOTTE, s. f. _Ninotte royale, ninotte de vignes. La chasse aux
- ninottes._ Le changement de _l_ en _n_ est continuel. Ainsi, dans
- le langage parisien populaire, on dit: _Nentille_ pour lentille;
- _caneçon_ pour caleçon; _falbana_ pour falbala; et à Genève nos
- grand'mamans ne disent-elles pas indifféremment une _chaftane_ et
- une _chaftal_? D'autre part le _l_ est souvent mis pour le _n_.
- Exemple: _Calonnier_ pour _canonnier_.
-
- NIOLLE, s. f. Nuage. _Les niolles qui s'élèvent lentement et en
- fuseaux contre les flancs du Jura annoncent la pluie._ Terme
- suisse-roman, savoisien, dauphinois, franc-comtois, etc. En
- provençal: _Nioulo_. En français, _Nielle_ signifie: Brouillard,
- petite pluie froide.
-
- NIOLLE, s. f. Nielle, plante à fleur rouge, laquelle croît dans les
- blés.
-
- NIOMET, s. m. Niais, benêt. En Normandie, _Nio_.
-
- NION-NION, s. m. Dadais, hébêté. _Faire le nion-nion._
-
- NIÔQUE, s. f. Femme ou fille bête, bornée, sans expérience ni
- savoir. Ce mot s'emploie aussi adjectivement. _Votre apprentie est
- bien niôque de m'avoir estropié mon corset. Oh! la niôque, à qui
- on fait croire tout ce que l'on veut._ Terme suisse. A Lyon et à
- Chambéry, on dit: _Nioche_.
-
- NIÔQUASSE, s. f. Augmentatif du mot _niôque_.
-
- NIÔQUERIE, s. f. Nigauderie, bêtise.
-
- NIOSET, ETTE, s. et adj. Sot, niais, nigaud. Ce mot de _nioset_ ne
- serait-il point une corruption du mot _Dioset_, qui, en patois,
- est le nom propre _Joseph_, lequel nom s'emploie souvent comme
- synonyme de Homme simple et borné?
-
- NIOTTE, s. f. Cache, cachette, réduit. _Je trouvai une excellente
- niotte, et j'y cachai le boursicaut. Ils découvrirent la niotte et
- enlevèrent le sac._
-
- NI PEU NI TROP, loc. adv. Beaucoup, considérablement. _Toute l'école
- vient d'être punie ni peu ni trop. La pluie nous a surpris à une
- demi-lieue de la ville, et nous avons été rincés ni peu ni trop._
-
- NIQUER, v. a. Terme d'écolier. Tout gagner, mettre à sec. _Être
- niqué_, être flambé, avoir tout perdu, [P. G.]
-
- NIQUET, s. m. Nigaud. En Normandie, _niquet_ signifie: Simple et un
- peu niais.
-
- NITON. Ne dites pas: _Les pierres du Niton_, mais: «Les pierres DE
- Niton,» parce que le nom de _Niton_ est une altération de celui
- de «Neptune.» Ce sont deux énormes pierres qui se voient à Genève,
- dans le lac, en face et tout près des Eaux-Vives. [P. G.]
-
- NI VU NI CONNU. Expression elliptique et familière, qui revient à
- celles-ci: C'est fini; n'en parlons plus; qu'il n'en soit plus
- question.
-
- NOCE, s. f. Terme enfantin, qui signifie: Petit morceau, petit carré
- de pain sur lequel on place un peu de _tomme_ ou un peu de
- chocolat, ou quelque petite sucrerie. _Faire des noces. Si vous
- êtes sages, mes enfants, vous aurez des noces après votre goûter._
-
- [+] NOËL, s. f. _À la Noël._ Faute fréquente en Suisse, en Savoie et
- en France. Dites: A Noël, aux fêtes de Noël.
-
- NOEUD-COURANT, s. m. Noeud coulant, noeud qui se serre ou se
- desserre sans se dénouer. _Le chat fut pris dans le
- noeud-courant._ Terme savoisien et méridional.
-
- NOGAT, s. m. Nougat, gâteau d'amandes au miel ou au caramel. Terme
- méridional. «Nougat» vient du mot languedocien _nougue_, sorte de
- grosse noix dont on faisait originairement ce gâteau. R. _nux_.
-
- NOGET, s. m. Nigaud, dadais. En Normandie: _Nigeon_.
-
- NOIR, s. m. (fig.) _Avoir du noir_, signifie: Broyer du noir, se
- livrer à des réflexions tristes, à des pensées sombres et
- mélancoliques. Nous disons dans le même sens: _Être dans ses
- noirs. Hier il était dans ses noirs, le voilà loustique
- aujourd'hui._
-
- NOIX, s. f. Nous disons figurément et proverbialement à une personne
- qui fait un plan baroque, une combinaison saugrenue et
- inexécutable: _Vous avez rangé tout cela comme des noix sur un
- bâton_.
-
- NONANTE, adj. numéral. Quatre-vingt-dix. _Nous étions à cette
- assemblée nonante et quelques._ L'Académie indique ce mot de
- _nonante_ comme vieilli, et Boiste l'appelle inusité. Il est d'un
- usage universel en Suisse, en Savoie et dans le midi de la France.
- «Il est fâcheux, dit M. BESCHERELLE, qu'on ait laissé vieillir le
- mot _nonante_, et qu'on lui ait substitué un terme aussi barbare
- et aussi irrégulier que «quatre-vingt-dix.» [_Dictionnaire
- National._]
-
- NONNET, s. m. Homme simple et même un peu nigaud.
-
- NON-NETTE, s. f. C'est ainsi que nous prononçons le mot «Nonnette,»
- terme peu répandu en France, mais enregistré dans le dictionnaire
- de Bescherelle et dans le _Complément_ de l'Académie. En Valais on
- dit: _Nanette_.
-
- NÔNÔ, s. m. Terme enfantin. Couchette, berceau. _Faire nônô_,
- dormir. _Aller nônô_, aller dormir. _Nônô, Fanfan_, etc., est un
- refrain de chanson sur un air ou une note très-capables d'endormir
- l'enfant le plus éveillé. Terme vaudois, savoisien et provençal.
- Dans le Limousin on dit: _Faire na-na_.
-
- NON PAS, loc. adv. Au contraire. _Eh bien, André, le concert a été,
- dit-on, bien mauvais?--Il a été délicieux, non pas._
-
- NON-PLUS (LE). Ne s'emploie que dans cette expression: _Être au
- non-plus_, c'est-à-dire: Être dans une position fort critique,
- être dans une perplexité cruelle, être à quia, être aux abois.
-
- [+] NOUËL. Noël. _À la Nouël prochaine._ Cette expression des
- campagnards est un reste de l'ancien français, et le savant Ménage
- préférait ce terme (_Nouël_) à celui de Noël.
-
- NOUER, v. a. (fig.) Joindre. Nous disons figurément et
- familièrement: _Nouer les deux bouts_, pour signifier: Avoir de
- quoi suffire à toutes les dépenses de l'année. Locution
- méridionale. L'Académie dit: «Joindre les deux bouts.»
-
- NOURME, s. f. Vieux conte, litanie, vieille histoire qui n'a pas le
- sens commun. Dans l'ancien patois genevois, _nourma_ signifiait:
- Règle. _À voutra nourma_, à votre volonté.
-
- NOURRISSAGE, s. m. Les dictionnaires français définissent ce mot:
- «Soin et manière d'élever les bestiaux.» A Genève, _nourrissage_
- signifie: Le temps pendant lequel la mère ou la nourrice allaitent
- l'enfant. _Mme N** s'est mieux portée pendant son nourrissage que
- jamais auparavant. Nourrissage à la bouteille. Nourrissage au
- biberon. Le dernier mois du nourrissage se paie double._
- Expressions utiles, connues à Lyon et sans doute ailleurs.
-
- NOUVEAU (UN), Ce mot signifie: 1º Une nouvelle, c'est-à-dire: Le
- premier avis qu'on donne d'un événement tout récent; 2º Une chose
- inaccoutumée, une nouveauté. _Eh bien! Messieurs, nous
- apportez-vous quelque nouveau? Je m'ennuie loin de Genève;
- écrivez-moi tous les nouveaux que vous pourrez. Quel nouveau de
- vous voir à cette heure-ci chez nous?_ Terme suisse-roman et
- savoisien. Dans le patois rouchi: _Un nouviau_. En français, on
- dira fort bien: «Y a-t-il du nouveau? Voici du nouveau.» Mais _un
- nouveau_ est une expression très-incorrecte et inconnue aux
- dictionnaires.
-
- NOUVEAU (À), adv. De nouveau, derechef, une seconde fois. _La
- muraille était à peine finie, qu'il fallut l'abattre et l'établir
- à nouveau. Cet habit n'est pas acceptable, vous le ferez à
- nouveau._ Selon l'Académie et selon tous les dictionnaires, _à
- nouveau_ est un terme de banque, un terme de commerce, qui
- signifie: Sur un nouveau compte. «Créditer à nouveau; débiter à
- nouveau; porter à nouveau.»
-
- NOYAUX (DES), (fig.) De l'argent. Terme connu aussi en Savoie.
-
- NOYER (SE), v. pron. Nous disons proverbialement de quelqu'un qui se
- laisse effrayer par le moindre obstacle, ou par la moindre
- difficulté: _Il se noie dans un verre d'eau_. L'Académie dit: «Il
- se noie dans un crachat.»
-
- NUIT, s. f. Les expressions: _Se mettre de nuit_, ou: _Se_ _mettre
- à la nuit_, veulent dire: «S'anuiter,» s'exposer à être surpris en
- route par la nuit. [P. G.]
-
- NUIT, s. f. _La nuit tous les chats sont gris._ Dites avec le
- dictionnaire de l'Académie: «La nuit TOUS CHATS sont gris.» Et,
- avant de faire usage d'un proverbe quelconque, ayez soin de le
- connaître parfaitement.
-
- [+] NUMERO, s. m. _J'hasarda cinq francs, et j'attrapa un excellent
- numero._ Écrivez et prononcez «Numéro,» avec un accent sur l'_é_.
-
-
-O
-
- OBÉISSANCES, s. f. pl. La formule suivante de salutation: _Je vous
- présente mes obéissances_, n'est pas française. Il faut dire au
- singulier: Je vous présente mon obéissance.
-
- [+] OBELONS, s. m. pl. Houblons. _Cueillir des obelons. Manger des
- obelons en salade._ Terme savoisien et vieux français.
-
- OBLIGEANCE, s. f. Ce mot signifie: Penchant à obliger, disposition à
- obliger. Ainsi nous parlons incorrectement quand nous disons:
- _Ayez l'obligeance de me prêter un parapluie. Auriez-vous
- l'extrême obligeance de m'accompagner ce soir? Mr N** a eu
- l'obligeance de me promettre des billets de concert._ Mais on sera
- exact en disant: «Votre ami Gustave est un homme d'une grande
- obligeance; il met dans ses procédés, et dans toute sa manière de
- faire, une excessive obligeance; on ne saurait porter plus loin
- l'obligeance et le dévouement.» Remarque un peu délicate et
- subtile.
-
- OBSERVATION, s. f. Nous disons: _Je vous ferai une observation,
- c'est que..... Permettez-moi une observation._ _J'ai voulu faire
- quelques observations à notre jeune avocat, mais il les a mal
- prises._ Il faut dire: Je vous ferai faire une observation, une
- réflexion, c'est que..... Permettez que je vous fasse remarquer,
- etc. On ne dit pas non plus: _Je vous observerai que_..... Il faut
- dire: Je vous ferai observer que.....
-
- OCCASION, s. f. Nous disons: _Auriez-vous occasion d'excellente
- toile? Si vous aviez occasion de café, je sais un bon coup à
- faire. Quand vous aurez occasion de maculature, adressez-vous à
- moi, ou à mon ami Z. Z**._ Cette expression, qui n'a point
- d'équivalent exact en français, est un anglicisme. _Occasion_, en
- anglais, signifie: «Besoin.» Mais on dira fort bien: Marchandise
- d'occasion; livres d'occasion; acheter un piano d'occasion.
-
- OCHON, s. m. Hoche, entaillure, coup. _Se donner un ochon; se faire
- un ochon; recevoir un ochon._
-
- OCHONNER, v. a. Faire des hoches, entailler. S'OCHONNER, v. pron. Se
- meurtrir. _En gravissant la moraine du bois de La Bâtie, notre
- gamin s'est tout ochonné._
-
- OEILLETON, s. m. Mignonnette, mignardise, petit oeillet dont on
- garnit les plates-bandes. _Dédoubler des oeilletons._ «OEilleton,»
- en français, signifie: Rejeton d'oeillet, marcotte d'oeillet.
-
- OEUF DE FOURMI, s. m. Dites: Ver de fourmi, nymphe de fourmi. Les
- oeufs de ces insectes sont beaucoup plus petits et presque
- imperceptibles; ce sont les vers qui en sortent et qui passent
- ensuite à l'état de nymphes, que nous donnons aux rossignols et à
- quelques autres oiseaux. [_Glossaire_ de GAUDY.]
-
- OEULE, s. f. Ou plutôt _oeul[)a]_ et _oûl[)a]_, sont des termes
- patois qui signifient: «Marmite.» Dans le patois du canton de Vaud
- on dit: _Aul[)a]_ et _eul[)a]_; dans le patois de l'Isère, _olla_;
- en provençal, _oulo_; en latin, _olla_.
-
- OEuves ou UVES, s. f. pl. Laite, laitance. _Les oeuves d'une carpe,
- les oeuves d'une lotte_, etc. _Dans beaucoup de poissons les
- oeuves sont une nourriture très-estimée._ Ce mot a été recueilli
- par COTGRAVE, dans son _Dictionnaire français-anglais_. Terme
- vaudois et savoisien. Nous disons aussi: _Lait_. Voyez ce mot,
- tome II, p. 11.
-
- OFFRE (UN). _Un offre gracieux; un offre avantageux._ Ce mot était
- autrefois des deux genres; il est actuellement féminin. Il faut
- dire: Une offre gracieuse, une offre généreuse, etc.
-
- OFFRIR À..., suivi de l'infinitif. Offrir de. On lit journellement
- dans nos Petites Affiches: _On offre à vendre une bibliothèque; on
- offre à vendre un canapé et six chaises_, etc. Dites: «On offre de
- vendre;» ou, ce qui revient au même: «On offre à acheter.»
-
- OGNE, s. f. Terme d'écolier. Coup porté par un _mâpis_ sur les
- articulations des doigts. _Être condamné aux ognes; recevoir les
- ognes._
-
- OGNON, s. m. Tape, coup, contusion. _Recevoir un ognon; se donner un
- ognon; se faire un ognon._
-
- OGNON, s. m. Nous disons d'une personne excessivement propre: _Elle
- est propre comme un ognon_.
-
- OH ALORS! Exclamation de surprise. _Sais-tu l'aventure de la
- ménagerie?--Non.--Eh bien! Écoute. Quand les spectateurs y
- pensaient le moins, le singe, dans un accès de gaîté, s'est jeté
- sur une belle dame, lui a enlevé son chapeau de velours et s'en
- est coiffé.--Oh alors! voilà qui est plaisant._
-
- OH! VOILÀ, locution adverbiale qui marque le doute. _Combien de
- temps seras-tu absente, Suzon?--Oh! voilà, un mois ou deux.
- Aimes-tu ton état de tailleuse, Lisette?--Oh! voilà, on gagne peu,
- mais l'ouvrage ne manque jamais. Es-tu fatigué de ta course de
- montagne, Émile?__--Oh! voilà, je serai bien aise de me reposer._
- Cette expression est d'un emploi universel chez nous.
-
- OISEAU, s. m. Fête ou réjouissance, appelée aussi «Papegai.»
- L'Académie et tous les dictionnaires disent: «Tirer l'oiseau.» On
- dit à Genève: _Tirer à l'oiseau_.
-
- [+] OLIFE, s. f. Olive. _Du bon huile d'olife._ Dans le patois
- rouchi on dit: _Olife_ et _oulife_; en vieux français, _olif_.
- [Voyez ROQUEFORT, _Supplément au Glossaire roman_.]
-
- OLIVE, s. f. Primevère des prés, primevère à fleur jaune. _Une
- plante d'olives; un bouquet d'olives._
-
- OMBRÉE, ÉE, adj. _Une promenade ombrée_ est: Une promenade où l'on
- est à l'ombre; une promenade où les arbres procurent de l'ombre.
- _Parc ombré; prairie ombrée; sentier ombré._ Ce sens du mot
- «ombré» aurait bien droit, peut-être, de figurer dans les
- dictionnaires. «Ombragé» n'est pas synonyme d'_ombré_. «Ombreux»
- s'en approcherait davantage.
-
- OMBRE-CHEVALIER, s. m. Sorte de poisson particulière à notre lac.
-
- OMBRETTE, s. f. Ombrelle, petit parasol. Terme français populaire et
- vieux français.
-
- [+] OMNIBUS, s. f. _La grande omnibus._ Ce mot est masculin.
-
- OMNIBUS, s. m. Petite dose d'eau-de-vie et de sirop mêlés ensemble
- dans un verre qu'on remplit d'eau chaude, et qu'on sert chez les
- débitants de boissons. [P. G.]
-
- OMNIBUSSIER, s. m. Conducteur d'omnibus.
-
- ON, pron. pers. indéfini. Ce pronom tient la place de «nous» ou de
- «je» dans le langage des gamins. _Jacques! Jacques! On va au bois
- des Frères: en es-tu? On dérochera des nids et l'on avantera des
- gaules. On a un jardin, nous, avec des poules et un lard. On est
- sage, nous: on va ramasser du bois pour la grand'mère._
-
- [+] ONCORE, adv. Encore. _Pas oncore._
-
- ONDE, s. f. Se dit de l'eau qui bout. _Cuire à grandes ondes_,
- signifie: «Cuire à gros bouillons.» _Il faudra deux ondes à cette
- tisane. Il suffit d'une onde à ces petites herbes._ Terme
- méridional, etc.
-
- ONGLE (UNE). _Tu as les ongles bien longues, Alexis._ Ce mot est
- masculin.
-
- ONGLÉES, s. f. pl. Engourdissement douloureux au bout des doigts,
- causé par un grand froid. _Avoir les onglées._ Dites: «Avoir
- l'onglée.»
-
- [+] OPÉNIÂTRE, adj. et s. Opiniâtre. S'OPÉNIÂTRER, v. pron.
- S'opiniâtrer.
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- OPIÂTRE, s. m. Opiat, confection.
-
- ORA, s. f. Air, vent qui souffle. Terme patois, connu en Savoie et
- en Dauphiné. Dans le canton de Vaud on dit: _Aurra_, _eura_ et
- _oura_. En latin, _aura_.
-
- [+] ORAGAN, s. m. Ouragan. _Les affreux ravages d'un oragan._ Terme
- savoisien et lyonnais.
-
- ORANGE, s. f. _Eau de fleur d'orange._ Voyez l'expression: FLEUR DE
- PÊCHE, t. Ier, p. 211.
-
- ORBET, s. m. Bouton à la paupière, orgelet.
-
- ORDON, s. m. Terme des campagnards. Portion de tâche. _Un petit
- ordon; un grand ordon._ _Mener l'ordon_, signifie: Être à la tête
- des faucheurs; être à la tête des vendangeurs. Cette expression,
- qui appartient au vieux français, est fort connue en Savoie, dans
- le Dauphiné, dans le Berry, à Reims et ailleurs.
-
- ORGANE, s. fém. _Une belle organe._ Ce mot est masculin. Un bel
- organe; un organe flatteur; un organe musical.
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- ORGE D'ULM, s. m. Orge mondé; orge perlé.
-
- ORIGINE (À L'), loc. adv. Dans l'origine, originairement. «_À
- l'origine_ ce vaste pays (le Brésil) fut peu estimé des
- Portugais.» [BRÉDOW, _Histoire universelle_, t. II, p. 116.]
-
- ORIOL, s. m. Loriot, oiseau. En Languedoc: _Loriol_; à Chambéry,
- _louriot_.
-
- ORTEUIL, s. m. _Le gros orteuil._ Écrivez et prononcez «Orteil.» Le
- gros orteil; le petit orteil.
-
- [+] ORTHOGRAPHE, s. m. _Un mauvais orthographe. J'ai fait huit mois
- de Septième, et je n'ai jamais pu attraper un bon orthographe._ Ce
- mot est féminin.
-
- ORTHOGRAPHER, v. a. Orthographier.
-
- ORTHOPÉDISTE, s. m. Ne signifie pas: _Redresseur de pieds_. Il
- signifie, d'après l'étymologie grecque: Médecin qui corrige ou qui
- prévient dans les enfants les difformités du corps. «Orthopédiste»
- est formé des mots _orthos_, droit, et _païss, païdoss_, enfant.
-
- ORVAT, s. m. Plante fort commune, appelée en français: Orvale. Ce
- que nous nommons _orvat des prés_, s'appelle: Sauge des prés.
-
- OS, s. m. _Se donner un coup là où les Allemands n'ont point d'os_,
- signifie: Se donner un coup à ce nerf du coude que les médecins
- appellent «Nerf cubital.»
-
- OSSAILLES, s. f. pl. Os de porc. _On se régala d'une platelée
- d'ossailles._ Terme savoisien.
-
- OSTRUCTION, s. f. Terme de médecine. Obstruction. _Avoir des
- ostructions au foie._ Cette faute nous vient probablement du Midi,
- où l'on retranche le _b_ dans une quantité de mots, et où l'on
- dit: par exemple: _Oscurité_, _ostacle_, _ostination_, _ostiné_.
-
- OT. Dans tous les mots qui se terminent par _ot_, comme _pot_,
- _marmot_, _cachot_, _sabot_, _haricot_, _fagot_, _huguenot_, nous
- prononçons l'_o_ très-bref, et c'est aussi la prononciation des
- Méridionaux. Les Parisiens, au contraire, le prononcent long,
- _P[=o]t_, _marm[=o]t_, _cach[=o]t_, _sab[=o]t_, _haric[=o]t_,
- _trip[=o]t_, _huguen[=o]t_, etc., et c'est la prononciation reçue
- dans les dictionnaires.
-
- ÔTU-BÔTU, adv. Voyez AUTU-BÔTU, t. Ier, p. 29. Ce mot est aussi
- substantif. _Faisons de toutes ces marchandises un ôtu-bôtu._
- Terme vaudois et jurassien.
-
- OUÂBLI[)A], s. f. Terme patois. Clématite commune, nommée aussi
- «Herbe aux gueux» et «Viorne des pauvres.» Certains mendiants
- roués écrasent les feuilles de cette plante pour se faire des
- excoriations qui ont l'apparence d'ulcères, afin d'exciter la
- pitié des personnes auxquelles ils demandent l'aumône, et qui ne
- sont pas au fait de cette manoeuvre. [P. G.]
-
- OUA-OUA, s. f. Terme enfantin. Chien. _Regarde le joli oua-oua;
- caresse un peu ce oua-oua._
-
- OUBLI, s. m. Pain à cacheter. _Oubli noir, oubli vert. Boîte
- d'oublis._ Terme suisse-roman et savoisien.
-
- OUBLIEUR, adj. m. Oublieux.
-
- [+] OÙ CE QU'IL EST? Où est-il? _Où ce qu'il demeure?_ Où
- demeure-t-il? _Où ce qu'il va? D'où ce que tu viens?_ Français
- populaire.
-
- OUÏE (L'). Ne dites pas: _Avoir l'ouïe fin, avoir l'ouïe délicat_,
- etc. Ce mot est féminin. Ouïe fine, ouïe délicate.
-
- OUÏE, s. f. Nous disons et nous écrivons: _À l'ouïe de ces paroles;
- à l'ouïe de cette déclaration des juges; à l'ouïe d'un semblable
- aveu_, etc. Cette expression, qui manque à la langue française,
- est à la fois claire et concise, et il y a plus d'un siècle
- qu'elle est entrée dans le domaine du style réfugié. «_A l'ouïe_
- d'un nom aussi respectable que celui de la vertu, il me semble,»
- etc. [LENFANT, _Premier Sermon_.] «_A l'ouïe_ de ces mêmes sons,»
- etc. [CH. BONNET, _Contemplation de la nature_, XIIme partie, ch.
- 28.] «_A l'ouïe_ de ce qui venait de se passer à Lausanne,» etc.
- [Mr ***, _Le 14 Février_, p. 40, 41.]
-
- OURIOU et mieux HOURIOU, s. m. Petit enfant. Expression de la
- conversation la plus familière. _Et les ourious, voisin,_
- _comment sont-ils?_ En Bourgogne, _hairai_, et en vieux français
- _hoir_ et _hoiret_, ont le même sens.
-
- OURIOU, s. m. Loriot, oiseau. On dit aussi: _Oriol_.
-
- OURLE, s. f. Terme de couturière. Ourlet, repli que l'on fait au
- bord d'une étoffe. _Ourle ronde; ourle plate._ En vieux français:
- _Orle_.
-
- OURLES, s. f. pl. Oreillons, inflammation des glandes voisines de
- l'oreille. _Prendre les ourles; avoir les ourles._ Terme
- suisse-roman, savoisien et dauphinois.
-
- OURTIE, s. f. Ortie.
-
- OURTILLIÈRE, adj. Nous appelons _fièvre ourtillière_ ce que les gens
- de l'art appellent en France: Fièvre ortiée, fièvre urticaire.
-
- OU SINON, conjonct. Sinon. _Obéis à l'instant, ou sinon... gare!_
- Français populaire.
-
- OUSTE. _Le mois d'ouste; à la fin d'ouste_, etc. Orthographe et
- prononciation vicieuses du mot «août,» lequel se prononce _outt_
- selon le dictionnaire de l'Académie, et _oû_ selon d'excellents
- grammairiens. Dans le vieux français, on disait: _Awouste_. R.
- _augustus_.
-
- OUTA, s. f. Terme des campagnards. Cuisine. Dans le canton de Vaud
- on dit: _Outo, otto_ et _otau_. Dans le Valais, _outto_, s. f.,
- signifie: Auberge, cabaret. En vieux français, _ost_ et _ostau_,
- logis, maison, hôtel. R. _hospitium_.
-
- [+] OUVRAGE (UNE). _Ton ouvrage est-elle finie, Joséphine? Tu as
- fait là vraiment une belle ouvrage!_ Ce solécisme, qui est une
- tradition du vieux français, se fait à Paris et sans doute
- ailleurs.
-
- OVAILLE ou OVALE, s. f. Accident arrivé par une force majeure;
- désastre qu'on ne pouvait prévoir. Ce terme n'est employé que dans
- l'expression suivante: _Cas d'ovaille_. «Les dégâts causés à un
- fermier par une grêle, par une gelée, par un ouragan, par une
- inondation, par une invasion ennemie, sont autant de _cas
- d'ovailles_.» Terme vaudois. Le tremblement de terre qui
- détruisit, en 1584, le village d'Yvorne, (canton de Vaud),
- s'appelle: _La grande ovaille._ A Neuchâtel et en Franche-Comté on
- dit: _Orvale_.
-
-
-P
-
- PACHE, s. f. Accord, transaction, marché. _Bonne pache; mauvaise
- pache. La pache est faite._ Terme suisse-roman, savoisien,
- méridional et vieux français. Dans le vieux français, _pache_
- était masculin. R. _pactum_.
-
- PACOT, s. m. Boue épaisse, gâchis. _S'enfoncer dans le pacot._ Terme
- suisse-roman et savoisien.
-
- PACOTER, v. a. et n. S'enfoncer dans le _pacot_. _Nous pacotions
- dans ce chemin._ SE PACOTER, v. pron. Se salir de boue, entrer
- dans le _pacot_.
-
- PACOTEUX, EUSE, adj. Plein de _pacot_. _Sentier pacoteux; route
- pacoteuse._
-
- PAFFE, adj. Signifie: 1º Gorgé de nourriture; 2º Ivre, plein de vin.
- _Ils s'en revinrent tellement paffes, qu'ils avaient peine à se
- soutenir._ Terme trivial. Dans le dialecte rouchi, _s'empaffer_
- signifie: Se bourrer d'aliments; et dans le dialecte lorrain, ce
- même verbe signifie: Boire avec excès de l'eau-de-vie ou d'autres
- liqueurs.
-
- PAGNON, s. m. Gros morceau de pain. Terme suisse-roman et savoisien.
- En vieux français: _Paignon_. R. _panis_.
-
- PAGNOT, s. m. Nigaud, dadais. _Un vrai pagnot; un franc pagnot._
- Dans le vieux français, _pagnote_ signifiait: Homme de rien,
- chenapan, lâche, poltron; et ce terme, subsiste encore dans le
- patois du Dauphiné (_pagnota_).
-
- PAGNOTERIE, s. f. Sottise, bêtise, stupidité. Dans le vieux
- français, _pagnoterie_ signifiait: Lâcheté, action lâche.
-
- PAILLASSON, s. m. Banneton, panier à pâte, sorte de jatte de paille
- où l'on met la pâte pour donner la forme au pain. Terme savoisien
- et méridional.
-
- PAILLER, v. a. _Pailler une chaise, pailler un tabouret_, c'est: Les
- garnir de paille. On dit en français: Empailler.
-
- PAILLEUR DE CHAISES, s. m. Empailleur de chaises.
-
- PAIN, s. m. Nous disons figurément de quelqu'un qui peut vivre sans
- travailler: _Il a du pain sur la planche_. On dit en français: «Il
- a du pain cuit; il a son pain cuit.» [ACAD.]
-
- PAIN CUIT. Ce qu'on appelle en français «Panade,» s'appelle à
- Genève: _Soupe au pain cuit_. Terme savoisien, marseillais, etc.
-
- PAIN DE LOUP, s. m. Baie ou fruit de la viorne.
-
- PAIR, s. m. Nous disons: _Jouer à pair ou impair_; on dit en
- français: «Jouer à pair ou non.»
-
- [+] PAIRE (UN). _Un paire de bas, un vieux paire de grolles. Il n'y
- a qu'un paire de jours que je le rencontra en rue._ Ce solécisme,
- très-fréquent en Savoie et dans le Midi, appartient au vieux
- français.
-
- PAIR ET COMPAGNON. Nous disons de deux hommes qui, étant d'une
- condition fort différente, vivent néanmoins dans une grande
- intimité: _Ils sont pairs et compagnons; ils vivent comme pairs et
- compagnons._ L'Académie dit: «Ils vivent DE pair À compagnon.»
-
- PÂLET, ETTE, adj. Pâlot, un peu pâle. _Notre Louisa était pâlette ce
- matin._
-
- PALETTE, s. f. Abécédaire, petit livre destiné à l'enseignement de
- l'alphabet. Terme suisse-roman et savoisien.
-
- PALOURD, OURDE, s. Terme de mépris. Balourd, pataud, homme grossier.
-
- PAN, s. m. Mesure de longueur. Au sens figuré: _Cela fait le pan_,
- signifie: Cela solde, cela balance. La mesure appelée _pan_ est
- encore connue dans le Midi.
-
- PAN, s. m. Terme d'écolier. Brin de paille pour mesurer une petite
- distance.
-
- PANACHE (UNE). Ce mot est masculin. «Panache ondoyant.»
-
- PANCHER D'EAU. Faire de l'eau.
-
- PANER, v. a. Terme des campagnards. Torcher, essuyer. Voyez plus
- bas, PANNER.
-
- PANET, PANÉ ou PANAIS, s. m. Sorte de millet dont certains petits
- oiseaux sont friands. Terme suisse-roman et savoisien. On dit en
- français: Panic ou Panis.
-
- PANETIER, s. f. Vannier, faiseur de paniers, [P. G.]
-
- PANFU, UE, s. Terme des campagnards. Ce mot n'est autre chose que le
- mot français «Pansu,» la lettre _s_ se changeant fréquemment en
- _f_, dans le patois, comme nous l'avons remarqué plus haut, tome
- Ier, p. 61. _Panfu_ se dit d'un homme qui a une grosse panse. Nous
- disons aussi: _Panflu_.
-
- PANIER, s. m. Figurément et proverbialement, nous disons d'un homme
- très-maladroit: _Il est lourd comme un panier_.
-
- PANIÈRE, s. f. Sorte de grande corbeille à anses. Ce terme,
- très-répandu en France, et principalement à Lyon et dans le Midi,
- manque dans les dictionnaires. Nous appelons aussi _panière_ un
- grand cabas, un grand panier couvert.
-
- PANIÉRÉE, s. f. Panerée, le contenu d'un panier extrêmement rempli.
- En provençal: _Panieirado_.
-
- PANNER ou PANER, v. a. Terme des campagnards. Essuyer. Ce verbe
- _paner_ se retrouve non-seulement dans les divers patois de la
- Suisse romane et de la Savoie, mais aussi dans le Berry, en
- Dauphiné, en Franche-Comté et dans le vieux français. Dans le
- patois des Vosges, _panneur_ veut dire: _Balai_; en Normandie,
- _pannas_, plumeau; dans le canton de Vaud, _panaman_,
- essuie-mains.
-
- PANOSSE, s. f. Torchon, vieux morceau de linge servant dans les
- cuisines à frotter et à nettoyer les meubles et ustensiles sales.
- Terme suisse-roman. En provençal: _Panoucho_. Dans le vieux
- français, _panoseux_ signifiait: Couvert de haillons. R. _pannus_,
- drap, linge, chiffon.
-
- PANOSSER, v. a. Laver avec une panosse. _N'écurez pas ce plancher,
- Jeannette, mais contentez-vous de le panosser._
-
- PANTALON, s. m. Râle d'eau, oiseau.
-
- PANTET, s. m. Signifie: 1º Un pan de chemise, un bout de chemise qui
- pend; 2º La chemise elle-même. _Être en pantet_, être en chemise,
- avoir une simple chemise. _On criait: Au feu! à l'eau! Les voisins
- y coururent en pantet._ Terme suisse, savoisien et franc-comtois.
-
- PANTOMINE, s. f. Écrivez et prononcez «Pantomime.»
-
- [+] PA-ONNE, s. f. Se dit d'une femme qui s'attife ou qui fait la
- glorieuse. _A-t-on rien vu de pareil à cette Jenny? Elle se met
- comme une guignauche à la maison, et comme une pa-onne dès qu'elle
- sort._ Le féminin de «Paon» est bien «Paonne,» mais ce mot doit se
- prononcer _panne_.
-
- PAPACOLON, s. m. Joubarbe, plante grasse et toujours verte, dont
- l'espèce la plus commune croît ordinairement sur les toits et sur
- les murs.
-
- PAPEROCHES, s. f. pl. Paperasses.
-
- PAPET, s. m. Soupe très-épaisse, telle qu'est celle qu'on donne aux
- moissonneurs. Terme suisse, savoisien, dauphinois et languedocien.
- Figurément, _Il ne peut plus dire papet_, se dit d'un homme qui a
- tellement bu, qu'il ne peut plus parler distinctement. Dans
- l'évêché de Bâle et en Franche-Comté on dit: _Paipay_; en
- Belgique, _pape_, etc.
-
- PAPET CORDET, s. m. Soupe à la courge. Dans le vieux français,
- _coorde_ ou _cohorde_ signifiait: Gourde, citrouille. En latin,
- _cucurbita_, dont on a fait d'abord _coucourde_. [Voyez ROBERT
- ESTIENNE, _Dictionnaire français-latin_, édition de 1605.] Nos
- campagnards appellent une courge, _n[)a] courd[)a]_ ou
- _koeurd[)a]_.
-
- PAPETTE, s. f. Voyez PAPET, qui a le même sens.
-
- PAPIER CASSÉ, adj. m. Nous appelons _papier cassé_ ce qu'on appelle,
- en français: Papier brouillard, papier qu'on emploie à sécher
- l'encre d'une écriture fraîche. _Une compresse de papier cassé._
- Terme parisien populaire.
-
- PAPIER DE POSTE, s. m. Papier à lettres. _Une rame de papier de
- poste._ Terme neuchâtelois, etc.
-
- PAPIERS, s. m. pl. _J'ai lu dans les papiers._ Dites: J'ai lu dans
- les Papiers publics, c'est-à-dire: Dans les journaux, dans les
- feuilles publiques, dans les gazettes.
-
- PAPILLOTES, s. f. pl. Figurément: _Avoir les yeux en papillotes_,
- signifie: Ne pas les avoir bien ouverts en se réveillant.
-
- PAQUET, s. m. Fagot, faisceau de menu bois. _J'aime mieux brûler des
- paquets que des fascines. Un cent de paquets coûte de huit à douze
- francs._
-
- PAQUET, s. m. Nous disons: _Donner à quelqu'un son paquet_, pour: Le
- congédier, le renvoyer. Les dictionnaires ne mentionnent pas cette
- expression, mais bien la suivante: «Recevoir son paquet,»
- c'est-à-dire: Être congédié.
-
- PAQUETIER, IÈRE, s. et adj. Cancanier, faiseur de paquets,
- tripotier, médisant. _N'ayez plus rien de commun avec ce
- paquetier._ Terme savoisien.
-
- PAQUIS, s. m. Terme des campagnards. Troisième coupe du foin.
-
- PAR, prépos. _Il vendit brique par brique_ (brique à brique) _tout
- son mobilier_. _Vous arracherez ces herbes brin par brin_ (brin à
- brin). _Dictez-moi votre nom de famille lettre par lettre_ (lettre
- à lettre).
-
- PAR, prépos. _Il y a deux ans jour par jour_ (jour pour jour) _que
- Mr N** est mort_. _Vous me copierez ce manuscrit page par page_
- (page pour page), etc. Mais on dira fort bien: Écrivez jour par
- jour toutes vos dépenses, etc.
-
- PARAFE (UNE). _Une belle parafe._ Ce mot est masculin.
-
- [+] PARAÎTRE (SE), v. pron. Paraître, être aperçu, s'apercevoir.
- _Pour raccommoder les manches et le collet, vous prendrez dans le
- pan de l'habit: cela ne veut pas se paraître._
-
- PARAPEL, s. m. Parapet. Français populaire.
-
- PARBOUILLIR, v. a. Faire bien bouillir. _Des épinards parbouillis._
- Terme vieux français.
-
- PAR CONTRE, adv. _Si le vin est cher cette année, par contre il est
- bon. Le petit Ernest a une figure peu attrayante, mais il a par
- contre une belle santé. Le paysan gagne peu, mais par contre il ne
- hasarde guère._ Dans ces exemples, et dans les exemples analogues,
- dites: En revanche, en récompense.
-
- PAR-CONTRE (LE). L'équivalent. _Recevoir le par-contre._ Terme
- suisse-roman et savoisien.
-
- PAR-DESSUS, adv. Nous disons d'un homme adroit, rusé, et qui se tire
- toujours d'affaire dans les circonstances les plus critiques: _Il
- les sait toutes et une par-dessus._ Expression qui se prend
- d'ordinaire en mauvaise part.
-
- PÂRE, s. f. Croûte, pelure du fromage et de la _tomme_. _Ôter la
- pâre, manger la pâre; donner la pâre aux poulets._ Terme
- suisse-roman et savoisien. Voyez PÂRER.
-
- [+] PAR ENSEMBLE, adv. En commun, en société. _On achètera ces deux
- lards par ensemble._ Terme vieux français.
-
- [+] PAR ENSUITE, adv. Ensuite. Terme vieux français.
-
- PAREPLUIE, s. m. Parapluie.
-
- PÂRER, v. a. _Pârer son fromage, pârer sa tomme_, en ôter la croûte.
- Terme très-connu dans les Alpes qui nous avoisinent. En Languedoc,
- _parer le lait_ signifie: «En ôter la crême.» Dans le vieux
- français, _parer_ veut dire: Peler.
-
- PARESOL, s. m. Parasol.
-
- PAREVENT, s. m. Paravent.
-
- [+] PAR HASARD, loc. adv. En revanche, en compensation, du moins.
- _Il n'a pas grand'chose, lui; mais sa femme, par hasard, a
- beaucoup de terrain. Comment donc, ce drôle de Joigne vous a
- répondu si insolemment!--Oui, Monsieur, mais je l'ai remouché par
- hasard_, c'est-à-dire: Mais à mon tour je l'ai arrangé. _Que vous
- est-il donc arrivé, Monsieur Pattey?--Il m'est arrivé que je me
- suis mis quatre vessicatoires, sans l'ordonnance du médecin; mais
- j'en ai souffert, par hasard, et l'on ne m'y reprendra pas._
- Expression fréquente chez les campagnards.
-
- PARIURE, s. f. Pari, gageure. _J'en ferais bien la pariure._ Terme
- français populaire.
-
- PARLENTIN, subst. et adj. Grand parleur, babillard, bavard. _Comment
- as-tu la patience d'écouter ce parlentin?_ Le féminin
- _parlentine_, d'autres disent _parlenteuse_, est peu usité.
-
- PARLER LE RHUME. Expression consacrée chez nous et qui signifie:
- Parler avec un son de voix qui dénote un rhume.
-
- PARLER MAL et MAL PARLER, sont deux expressions différentes. «Parler
- mal,» c'est: Manquer aux principes de la grammaire. «Mal parler,»
- c'est: Dire des paroles offensantes, médire. [ACAD.] Mais nos
- grands écrivains n'ont pas observé scrupuleusement cette
- distinction, et les exemples à l'appui ne manqueraient pas.
-
- PARMI, adv. Au milieu, dans le milieu, dans l'intérieur. _Ce foin
- paraît sec, mais il est encore mouillé parmi. Cette paille est
- mouillée parmi._ Cette expression, qui nous vient du vieux
- français, est fréquente dans la bouche des campagnards.
-
- PARMI, prép. S'emploie souvent en sous-entendant son complément.
- _Vos moutons sont chétifs; il y en a pourtant d'assez bons parmi._
- Expression inconnue aux dictionnaires et blâmée par les
- grammairiens.
-
- PAROI, s. f. _Paroi litelée; paroi gyssée; paroi en carrons._ Le mot
- _paroi_ est français, mais vieux et inusité dans le sens qui lui
- est donné chez nous. Le terme véritable est: «Cloison.»
-
- PAROLI, s. m. Babil facile, élocution abondante. _Ce jeune homme n'a
- que du paroli._ En provençal, _parouli_ signifie: Langage flatteur
- et séduisant; dans le vieux français: _Paroler_, discourir.
-
- [+] PAR PEU QUE, locut. conj. Pour peu que. _Par peu que tu
- lambines, tu arriveras trop tard. Par peu que tu sois diligent, tu
- pourras nous rattraper._ Faute fréquente, mais qui passe
- inaperçue, à cause de la ressemblance des sons _par peu_ et _pour
- peu_.
-
- PARPILLOLE, s. f. Monnaie genevoise du seizième siècle, valant les
- trois quarts d'un sou, soit neuf deniers. Elle s'appelait aussi
- _parpayole_.
-
- PARPILLON, s. m. Terme des campagnards. Papillon. _Fais voir à ces
- Monsieurs ton beau parpillon._ En Franche-Comté, en Auvergne, en
- Languedoc et en Gascogne, on dit: _Parpillot_; en provençal,
- _parpaihoun_; en Dauphiné, _parpaillou_.
-
- PARTERET, s. m. Couperet, hachette, sorte de couteau de boucherie
- fort large, lequel sert à couper la viande. A Rumilly (Savoie), on
- dit: _Partelet_; en Dauphiné, _partou_. R. vieux français,
- _parter_, diviser, partager.
-
- PARTICIPER, v. a. Communiquer, faire part de, informer de.
- _Participer une nouvelle, participer un événement. Mr N** a
- négligé de nous participer le mariage de sa fille._
-
- [+] PARTICULIARITÉ, s. f. _Que dis-tu de ce bon rencontre,
- Christophe? N'est-ce pas une particuliarité?_ Terme vieux
- français. Écrivez et prononcez «Particularité.»
-
- PARTIE, s. f. Ne dites pas: _Faire une partie aux boules, faire une
- partie aux quilles_, etc. Dites: Faire une partie DE boules,
- faire une partie DE quilles, une partie DE billard.
-
- PARTI-MEYTI. Locution moitié patoise, moitié barbare, qui revient à:
- «Partageons,» et qui se dit ordinairement après une trouvaille
- faite en commun. _Partir_ ou _parter_, en vieux français,
- signifie: «Partager,» et _meyti_ ou _meytîa_, en patois, veulent
- dire: «Moitié.»
-
- PARTI ROULANT, s. m. Se dit d'un jeune homme qui est mûr pour le
- mariage, riche ou en position de le devenir. _Mr N** est un parti
- roulant. Il y avait à ce bal trois ou quatre partis roulants._
- Cette expression, qui appartient à la conversation familière,
- n'est pas inconnue en Savoie et dans le canton de Vaud. Je
- demandais à une bonne paysanne du Chablais quel âge à peu près
- devait avoir un riche célibataire pour être appelé _parti
- roulant_: «_Tant plus vieux, tant meilleur_,» me répondit-elle.
-
- [+] PAS, adv. interrogatif. N'est-ce pas? _C'est après-demain la
- foire à Gaillard, pas? Dis-donc, Moïse, les raisins sont mûrs, on
- ira à la picôte, pas?_ Terme des gamins.
-
- PAS MOINS, conj. Cependant, néanmoins. _Elle avait dit et répété:
- «Je n'irai plus au bal,» et pas moins elle y retourne._ Terme
- français populaire.
-
- PAS PLUS, loc. adv. Non certes, point du tout, aucunement. _Votre
- cousin a-t-il réussi dans sa requête?--Pas plus. On dit que vous
- pensez à vous marier, Mamzelle Gothon.--Moi, Monsieur, pas plus:
- et qui est-ce qui me voudrait?_
-
- PAS RIEN QUE, est une expression incorrecte dans les phrases
- suivantes: _Il n'y a pas rien que lui qui souffre. Il n'y aura pas
- rien que vous deux de punis_, etc. Dites: Il n'est pas le seul qui
- souffre. Il y en aura d'autres que vous deux de punis.
-
- PASSAGER, ÈRE, adj. Passant, passante; fréquenté, fréquentée.
- _Chemin passager, rue passagère._ Terme français populaire.
-
- PASSÉE, s. f. Terme de vigneron. Le temps de la floraison des
- vignes. _Il faut beaucoup de chaleur pour que la passée se fasse
- bien._ [_Glossaire de_ GAUDY.]
-
- PASSÉE, subst. f. Tournée, passage de quelqu'un. _Première passée,
- deuxième passée du facteur de la poste aux lettres. As-tu soin,
- Octavie, de cueillir mes graines de capucines?--J'ai déjà fait ce
- matin deux passées._
-
- PASSE-GENT, s. m. Nos jeunes garçons appellent ainsi un jeu qui
- consiste à sauter, de distance en distance, les uns par-dessus les
- autres. _Jouer à passe-gent._ Terme languedocien. En français, ce
- jeu s'appelle Coupe-tête.
-
- PASSER AU BLEU, v. a. (fig.) Tuer, faire mourir. _Quelle nouvelle
- a-t-on de notre lieutenant?--Il a été passé au bleu._ Français
- populaire.
-
- PASSE-ROSE (UN). _Un beau passe-rose._ Ce mot est féminin.
-
- PASSET ou PASSEY, s. m. Échalas. La plupart des dialectes populaires
- de France, de Suisse et de Savoie ont ce terme, plus ou moins
- modifié. Dans le vieux français on disait: _Pesseau_; en grec,
- _passalos_, et en latin, _paxillus_.
-
- PASSIONNER, v. a. Ce verbe n'est pas français, dans le sens de:
- Aimer avec passion. Ne dites donc pas: _Cette dame passionne les
- romans. La jeunesse passionne les voyages. Nous passionnons tous
- la paix et la liberté._
-
- PASSIORET, s. m. Petit passage, ouverture pratiquée dans une haie
- pour les piétons. Terme savoisien. Dans le dialecte du Berry,
- _passière_ veut dire: «Chemin.»
-
- PASSON, s. m. Terme des campagnards. Échelon. En Champagne, _passet_
- veut dire: Petit marche-pied.
-
- PATACHE ou PATASSE, adj. et subst. Lambin, lambine.
-
- PATACHER ou PATASSER, v. n. Lambiner.
-
- PATACHERIE et PATASSERIE, s. f. Lenteur extrême, nonchalance.
-
- PATAPOUF, s. m. Homme corpulent et lourd. _Un gros patapouf._ Terme
- savoisien, picard, rouchi, etc.
-
- [+] PATARAFE, s. f. _Mettre sa patarafe._ Terme français populaire.
- L'expression véritable est: Mettre son parafe.
-
- [+] PATARAFER (SE). Faire son parafe.
-
- PATENAILLE, s. f. Pastenade, carotte jaune. _Plucher des
- patenailles. Salade aux patenailles._ Terme vaudois, valaisan et
- jurassien, usité aussi dans le Chablais et le Faucigny. A Rumilly
- (Savoie), on dit: _Parsenaille_; en vieux français, _pastenaille_.
- R. lat. _pastinaca_.
-
- PATENOCHAGE, s. m. ou PATENOCHERIE, s. f. Lambinerie.
-
- PATENOCHE, s. f. Lambin, lambine; nonchalant, nonchalante.
-
- PATENOCHER, v. n. Lambiner.
-
- PÂTÈRE (UN). _Un pâtère à vis. Assujettir un pâtère._ Dites: «Une
- patère» (_a_ bref). Sorte de crochet qui sert dans l'ameublement à
- différents usages. R. lat. _patera_, coupe.
-
- PATET, ÈTE, subst. et adj. Lambin, qui fait tout lentement et
- mollement. _Un écolier patet; une servante patète. Il est si patet
- qu'il vous ferait grimper les murs._ Terme suisse-roman,
- savoisien, lyonnais et méridional. Dans le Midi, _patet_ signifie
- plutôt: Vétilleur, chipotier, tatillon, scrupuleux à l'excès,
- difficile à contenter. A Genève, _patet_ se dit aussi des choses.
- _Un travail patet_ est celui qui exige des soins très-minutieux.
- _Une bouilloire patète_ est celle qui met beaucoup de temps à
- cuire.
-
- PATETAGE, s. m. Lambinerie, acte d'un lambin.
-
- PATETER, v. n. Lambiner, s'occuper longuement de minuties.
-
- PATÈTERIE, s. f. Lambinerie, barguignage, tatillonnage. _Cesse tes
- patèteries, Joseph, et viens nous aider à scier le bois._
-
- PATIENCE, s. f. Sorte de petite pâtisserie ronde, de la grandeur
- d'une pièce de cent sous et de la nature des massepains. _Un
- cornet de patiences._
-
- PATIN, s. m. Braie, linge dont on enveloppe les petits enfants, et
- par-dessus lequel on met le lange. _Faire sécher des patins._
- Terme suisse-roman et savoisien.
-
- PATIÔCAGE, s. m. Lambinerie.
-
- PATIÔQUER, v. n. Lambiner. Augmentatif du verbe _pateter_.
-
- PATI-PATA. Onomatopée par laquelle on exprime les redites et le
- bavardage étourdissant d'une personne qui babille sans cesse.
-
- PATOCHON, s. m. Lambin.
-
- PATOUFLE, s. m. Lourdaud. _Un gros patoufle._ Terme savoisien. En
- rouchi: _Patouf_. Dans le patois du bas Limousin, _patouflé_
- signifie: Joufflu; en provençal, _patufeou_ veut dire: Dadais,
- benêt.
-
- [+] PATRACLE, s. f. Patraque.
-
- PATRACLER, v. n. Travailler avec mollesse et lenteur; ne pas avancer
- dans son ouvrage. [P. G.]
-
- PATRIGOT, s. m. Patrouillis, margouillis, boue liquide. _Se mettre
- dans le patrigot._ Terme suisse-roman et savoisien. _Patrigot_
- s'emploie aussi figurément et signifie: Tracas, embarras dont on
- ne pourra sortir que difficilement; affaire épineuse et
- désagréable. _Le voilà depuis six mois, et par sa faute, dans un
- fameux patrigot._ En provençal, _patrigo_ et _patricot_
- signifient: 1º Mic-mac, manigance, pratique secrète; 2º
- Tracasserie, embarras.
-
- PATRIGOTER, v. n. Patauger, marcher ou s'enfoncer dans la boue
- épaisse, dans le _patrigot_.
-
- PATRIMONIAL, s. m. Doyen d'un cercle, doyen d'une confrérie. _Mr
- N**, patrimonial du cercle des Anonymes, vient de mourir._ Le mot
- _patrimonial_ est français, mais dans une acception différente.
-
- PATTE ou PATE, s. f. Chiffon, morceau de vieux linge, lambeau de
- linge usé et qui n'est bon qu'à faire du papier. _Il mit sur sa
- coupure des toiles d'araignée en guise de patte. Ici on loue la
- Feuille d'Avis et on achète les pattes._ Proverbialement, _Avoir
- son béguin de patte_, signifie: Être mort, être _ployé_, être dans
- le linceul. Terme suisse, savoisien, franc-comtois et méridional.
- En Lorraine, _patte_ signifie: Étoupes de chanvre. A Lausanne, à
- Neuchâtel, à Lyon, à Besançon, le _pattier_ est Celui qui ramasse
- les chiffons dans les rues. En français on appelle _pattière_, La
- femme qui trie les chiffons à papier. Nous appelons _patte aux
- aises_ ou _patte des aises_, La lavette, c'est-à-dire: le bout de
- torchon qui sert à laver la vaisselle. Nous appelons _patte
- soufrée_, Une mèche soufrée; _patte à bleu_ ou _patte au bleu_, Le
- sachet pour l'indigo.
-
- PATTE À COU, loc. adv. _Porter quelqu'un à patte à cou_, signifie:
- Porter à dos une personne qui se tient à notre cou avec ses bras,
- ou ses _pattes_. Cette expression est surtout familière aux
- campagnards. A Genève nous disons: _A cocochet_. [P. G.]
-
- PATTE MOUILLÉE, s. f. Se dit d'une personne flasque, molle, lâche au
- travail et sans énergie. _Je ne peux rien faire de votre apprenti:
- c'est un paresseux, c'est une patte mouillée._ Terme suisse,
- savoisien et lyonnais. On dit en français, dans le même sens: «Un
- linge mouillé.»
-
- PAUFER, s. m. (Prononcez le _r_.) Levier en fer, avant-pieu. _On
- plante les saules au paufer._ Terme suisse. En Savoie: _Paufer_ et
- _pafer_; dans le Dauphiné et le Languedoc, _palfer_. En vieux
- français, _pau_ signifie: Pieu. Quelquefois, par exagération, nos
- dames appellent _paufer_, Une grosse aiguille.
-
- PAUME, s. f. Balle, sorte de pelote ronde servant à divers jeux.
- _Lancer une paume. Renvoyer la paume._ Terme méridional. En
- français, «Paume» se dit du jeu lui-même et non de la balle.
-
- PAUME DE NEIGE, s. f. Pelote de neige, boule de neige. _Jeter des
- paumes de neige. Se battre à coups de paumes de neige._ Terme
- suisse. _Paumer les passants_, c'est: Leur lancer des _paumes_ de
- neige.
-
- PAUNER ou PÔNER, v. a. Payer sa quote-part, acquitter sa dette;
- contribuer. _On saura bien le faire pôner comme les autres._ En
- vieux français, _poner_ signifie: Poser, mettre, déposer. R.
- _pono_.
-
- PAUVRE, s. m. Nous disons proverbialement: _Rire comme des pauvres_,
- pour: Rire de bon coeur, rire à ventre déboutonné. _La soirée fut
- divertissante: nous y avons ri comme des pauvres._ En Bretagne,
- _Être gai comme des peillotoux_, signifie: Être gai comme des
- déguenillés.
-
- PAUVRE (UNE). Une mendiante. _Ne renvoyez pas cette pauvre._ Les
- dictionnaires disent: «Une pauvresse,» expression inconnue chez
- nous, et probablement ailleurs.
-
- PAVANE, subst. fém. Farce. _Regarde ces déguisés, Joson! quelle
- pavane!_ S'emploie aussi adjectivement. _Que cette chanson est
- pavane!_ c'est-à-dire: Qu'elle est plaisante; qu'elle est
- bouffonne!
-
- [+] PAVIR, v. a. Paver.
-
- [+] PAVISSEUR, s. m. Paveur. Terme savoisien.
-
- PAYER, v. a. (fig.) _Il me la payera! Vous me la payerez tous! Il
- faut qu'on me la paye!_ Dites, avec le masculin: «Il me LE payera!
- Vous me LE payerez! Il faut qu'on me LE paye!» c'est-à-dire:
- J'aurai ma revanche.
-
- PAYER UN GAGE. Terme de certains jeux. Dites: Donner un gage. _Ma
- lourdise fut grande à tous ces jeux, et l'on me fit payer quatre
- gages._ Expression méridionale. Le gage n'est pas un _payement_,
- c'est une garantie du payement: on ne paye que quand on retire le
- gage.
-
- PEAU DE SOURIS, s. f. _Se mettre en peau de souris pour quelqu'un_,
- signifie: Se dévouer à lui corps et biens; embrasser ses intérêts
- chaleureusement et quoi qu'il en puisse coûter.
-
- PEBLACHE, adj. des 2 genres. Terme des campagnards. Sec et mou. Se
- dit d'un légume de la famille des crucifères, qui n'a plus sa
- fraîcheur primitive; qui s'est durci en perdant sa saveur. _Un
- ravonet peblache. Des raves peblaches._ On dit aussi: _Bllache_
- (_ll_ mouillés).
-
- PÊCHERONGE, s. f. Pavie, sorte de pêche.
-
- PÊCHE SANGUINE. Voyez SANGUINE
-
- PÊCHIER, s. m. Pêcher, arbre qui porte la pêche. _Des pêchiers en
- plein vent._ Terme français populaire et vieux français.
-
- PÉCLET, s. m. Loquet d'une porte. _Trouvant la porte fermée, nous
- commençâmes à sigougner le péclet._ Terme suisse et savoisien. En
- Franche-Comté on dit: _Pècle_.
-
- PÉCLET, s. m. Montre, petite horloge de poche. Terme badin.
-
- PÉCLOTIER, s. m. Horloger. Terme badin ou dérisoire. _Un pauvre
- péclotier; un mauvais péclotier._
-
- PECOU ou PÉKEU, s. m. Terme des campagnards. Le pédoncule, la queue
- d'un fruit. _Le pecou d'une poire; le pecou d'une cerise_, etc.
- Mot provençal et vieux français. On dit à Lyon: _Picou_, et en
- Languedoc, _pecoul_.
-
- PÉCUGNE, s. f. Pécune, argent comptant.
-
- PÈGE ou PÈGUE, s. f. Poix, matière résineuse. Ces mots _pège_ et
- _pègue_ appartiennent aux dialectes du Midi et au vieux français.
- Nous disons figurément d'une personne dont les conversations ou
- les visites fatiguent par leur longueur: _C'est une pège. Quelle
- scie! quelle pège que ce Dorival!_ _Pège_ s'emploie aussi
- adjectivement. _T'aperçois-tu que le papa N** devient un peu
- pège?_
-
- PÉGEUX, EUSE, subst. Lambin, traînard.
-
- PÉGUER, v. n. Enrager, pester. _Regardez tous comme il bisque!
- Regardez comme il pègue!_ Terme trivial.
-
- PEIGNE, s. m. Nous disons proverbialement: _Être sot comme un
- peigne_, pour: Être ébahi, être stupéfait. _Il persistait à nier;
- mais quand on lui montra sa signature, il demeura sot comme un
- peigne._
-
- PEIGNER (SE), v. récip. Se battre. Nous disons figurément et
- proverbialement: _Voilà où les chats se peignent_, pour: Voilà où
- est la difficulté, voilà où est l'obstacle.
-
- PEIGNETTE, s. f. Peigne fin.
-
- PEILLE, PEILLOT, PEILLON, et PEILLOU, s. m. Brou, écale, coque,
- couverture extérieure des noix, des noisettes et des amandes.
- Terme vaudois et savoisien. Dans le canton de Vaud, _piller des
- noix_ signifie: Écaler des noix; et _noix pillettes_ veut dire:
- Noix débarrassées de leur enveloppe. En Lorraine, _piller des
- pois, piller des fèves_, signifie: Les écosser.
-
- PÈLE, s. m. Nom que les enfants des environs de Genève donnent à une
- noix ou à un noyau de pêche, qu'ils façonnent et polissent avec du
- grès, et dont ils se servent pour jouer à la droite, aux noix ou
- aux noyaux de pêche. [P. G.]
-
- PÈLERINE, s. f. Biscuit long et mince, très-léger, qu'on appelle à
- Paris: Biscuit à la cuiller. _Saucer des pèlerines dans du sirop._
- Terme savoisien.
-
- PELLE, s. f. Rame, aviron. _Aller à la pelle_, signifie: Ramer,
- naviguer à l'aide des rames. En français, «Pelle d'aviron» se dit
- quelquefois de la partie plate de l'aviron, laquelle entre dans
- l'eau quand on rame.
-
- PELLE, s. f. Bêche. _Labourer à la pelle_, c'est: Labourer à la
- bêche. Le _Complément_ du dictionnaire de l'Académie dit:
- «Pelle-bêche, espèce de bêche.»
-
- P'ENCORE, loc. adv. Pas encore. [P. G.]
-
- PENDEAU, s. m. Trochet, bouquet, glane, botte. _Un pendeau de
- cerises_ s'appelle en français: Un trochet de cerises. _Un pendeau
- de poires_ s'appelle: Une glane de poires. Ce terme de _pendeau_
- est connu à Moudon (canton de Vaud), à Neuchâtel et sans doute
- ailleurs.
-
- PENDILLON, s. m. Morceau d'étoffe, ruban qui pendille et annonce le
- désordre ou le manque de goût.
-
- PENIN, s. m. Salaire, argent qui est le produit d'un travail.
-
- PENNE, s. f. Panne, graisse du ventre d'un porc. _Une penne de
- lard._ Terme suisse et savoisien.
-
- PENOT, OTTE, adj. (_o_ bref.) Penaud, penaude. _A cette rencontre
- imprévue, elle demeura penotte et interdite._
-
- PENSER DE. Projeter, avoir l'intention de, avoir dans l'idée de.
- _Penses-tu de sortir dimanche, s'il fait beau?--Sans doute, je
- pense de t'accompagner à la Bellotte._ Dites: Je pense à
- t'accompagner. [ACAD.]
-
- PENSER (SE). Penser, croire, s'imaginer. _Quand on a frappé à la
- porte, nous nous sommes bien pensé que c'était toi. En voyant les
- hirondelles voler si bas, je m'étais bien pensé qu'il pleuvrait._
- Cette locution, fort répandue en Suisse, en Savoie, en
- Franche-Comté, en Dauphiné et dans tout le Midi, appartient au
- vieux français. Ce n'est donc point une locution qui soit
- particulière à notre _patois_, comme le dit M. SAINTE-BEUVE, dans
- la _Biographie de Töpffer_.
-
- PENSION, s. f. L'expression: _Prendre pension_, si connue, si usitée
- chez nous, ne se trouve dans aucun dictionnaire, ni dans aucun
- Glossaire. _Vous voilà donc, Monsieur, pour quelque temps à
- Genève: où prendrez-vous pension?_ c'est-à-dire: Où prendrez-vous
- vos repas?
-
- PENTE, s. f. (fig.) _Se donner une pente de quelque chose_,
- signifie: En prendre autant que l'on peut, en user largement et à
- coeur joie. _Se donner une pente de travail; se_ _donner une
- pente de petit blanc; se donner une pente de bals masqués, une
- pente de concerts_, etc. Expression qui appartient au style le
- plus familier.
-
- PENTECÔTE, s. f. Nous disons comme les Gascons: _La fête de
- Pentecôte; le jour de Pentecôte_, etc.; et je trouve dans SENEBIER
- la phrase suivante: «Les décisions du Synode de Lausanne sur les
- fêtes de Noël, de l'Ascension et _de Pentecôte_.» [_Histoire
- littéraire de Genève_, t. Ier, p. 186.] Il faut dire, en ajoutant
- l'article: La fête de LA Pentecôte, le jour de LA Pentecôte; les
- sermons de LA Pentecôte.
-
- PÉPINÉRISTE, s. m. _Un pépinériste achalandé._ Terme français
- populaire. On doit écrire et prononcer Pépiniériste.
-
- PERCE-NEIGE (UN). Sorte de plante qui fleurit en plein hiver. Ce mot
- est féminin. «Une perce-neige.»
-
- PERCER, v. a. Nous disons d'un petit enfant à qui les premières
- dents viennent: _Il a percé ses premières dents_. L'expression
- française est: Les premières dents ont percé à cet enfant; les
- premières dents sont venues à cet enfant.
-
- PERCET, s. m. Foret, vrille, perçoir, percerette. On dit en Valais:
- _Perceret_.
-
- PERCHETTE, s. f. Sorte de menu poisson, petite perche.
-
- PERCLUE, adj. f. _Cette pauvre femme était perclue de froid, perclue
- de douleurs._ Terme français populaire. L'adjectif «perclus» fait
- au féminin «percluse» et non pas _perclue_.
-
- PERDRE, v. n. Quand nous disons d'une jeune fille, d'une jeune dame:
- _Elle perd, elle a perdu, elle commence à perdre_, cela signifie
- que: Sa beauté, sa fraîcheur, son éclat diminuent, ont diminué,
- commencent à diminuer. Ce sens du verbe «Perdre,» si usité chez
- nous, n'est pas dans les dictionnaires.
-
- PERDRIGONE, adj. f. _Une prune perdrigone._ Dites: Une prune de
- perdrigon, ou: Un perdrigon. Un perdrigon blanc, un perdrigon
- violet. Dans le Languedoc, le Limousin et le Dauphiné, on dit:
- _Une perdigone_; à Marseille, _une prune pardigone_.
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- PERD-TEMPS, s. m. Se dit de tout objet qui invite à muser et à
- perdre le temps. _Un chien, un oiseau, un chat, une pipe,
- deviennent quelquefois un perd-temps, un agréable perd-temps._
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- PÉRIN ou PÉRAIN, s. m. Canepin, pessonure, rognures de peau blanche
- et fine, pour effacer les traits au fusain.
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- PERNETTE, s. f. Petit scarabée, d'un beau rouge moucheté de noir.
- C'est la définition qu'en donne TÖPFFER lui-même dans le
- _Presbytère_.
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- PÉRORER, v. a. _Pérorer une assemblée. Il nous pérora de son mieux,
- mais il ne parvint pas à nous convaincre._ «Pérorer» est un verbe
- neutre. «Voyez comme il pérore! Écoutez-le pérorer.»
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- PERRUQUE, s. f. (fig.) Remontrance, mercuriale. _On lui a donné sa
- perruque._
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- PERRUTIER, s. m. Orthographe et prononciation vicieuses du mot
- «Perruquier.»
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- PERSÉCUTER DE, suivi de l'infinitif. _Je le persécute de partir; il
- me persécute de le suivre_, etc. Ce régime du verbe «persécuter»
- est inconnu aux dictionnaires: ce qui ne veut pas dire qu'il soit
- vicieux.
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- PESATU, s. m. Terme rural. Blé, seigle et vesces (_pesettes_) que
- l'on sème pêle-mêle et que l'on récolte à la fois sans faire de
- triage. _Farine de pesatu; pain de pesatu._ [P. G.]
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- PERTANTAINE, s. f. _Courir la pertantaine._ Dites: Courir la
- pretantaine.
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- PÉTALE (UNE). Ce mot est masculin: «Un pétale,» c'est-à-dire:
- Chacune des pièces qui composent la corolle d'une fleur.
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- PETARD, s. m. (fig.) Nous appelons _front de petard_, le front d'un
- homme qui ne rougit plus, le front d'un homme éhonté. _Insensible
- à ce reproche, il continua de se défendre avec un front de
- petard_, c'est-à-dire: Avec une audace et une effronterie
- achevées. Expression fort triviale, mais fort répandue.
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- PETARD, s. m. (fig.) Horion, mornifle. _Donner un petard; flanquer
- un petard; appliquer un petard._
-
- PETARD, s. m. Canonnière, tube de sureau dont on ôte la moelle, et
- dont les enfants se servent pour chasser, par le moyen d'un
- piston, de petits tampons de papier mâché. Terme méridional.
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- PÉTAVIN, s. m. Espèce de framboise noire, qui croît dans les lieux
- humides et surtout le long des rivières. Selon le _Vocabulaire
- dauphinois_ de Mr CHAMPOLLION aîné, _peitavin_ signifie: Osier.
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- PETÉE, s. f. Foule, quantité. _Une petée de monde; une petée de
- curieux. Vite, vite, tire ton cerceau: tu as une petée de
- perchettes._
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- PETER, v. n. _Faire peter son fouet._ Dites: Faire claquer son
- fouet.
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- PETER, v. n. Nous disons d'un vin dur et acide: _C'est un vin à
- faire peter les chèvres._ Les dictionnaires disent plus décemment:
- «C'est un vin à faire danser les chèvres.»
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- PETEUX, s. m. Lâche, poltron, pleutre, couard, peteur. _Dans le plus
- fort de la dispute, il s'alla cacher comme un peteux._ Terme
- français populaire.
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- PÉTIAFFE, adj. des 2 genres. Sans force, sans vigueur, faible, bon à
- rien. _Je suis encore tout pétiaffe, et je puis à peine me
- soutenir._ Se dit aussi d'un fruit pourri: _Une pomme pétiaffe_.
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- PETIOLET, ETTE, adj. Très-petit, très-chétif.
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- PETIOT, OTE, adj. Petit, très-petit, exigu. _Tu me donnes là un
- morceau de pain bien petiot._ Terme vieux français. _Petiot_ est
- aussi substantif. _Où sont vos petiots?_ (où sont vos jeunes
- enfants?) _Montrez-nous donc vos braves petiots?_ _Petiou_ se dit
- quelquefois pour: _Petiot_.
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- PETIT (LE). Terme du jeu de boules. Le but, le cochonnet. _Lancer le
- petit; s'approcher du petit; baucher le petit._ Terme méridional,
- etc.
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- PETIT, s. m. Jeune enfant, jeune fils d'un tel. _Vos petits sont-ils
- en bonne santé?--Notre petit a la rougeole._ _Petit_, dans ce
- sens, n'est pas français. Le féminin _petite_ pourrait mieux se
- dire.
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- PETIT-BOIS, s. m. Menu bois.
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- PETIT-LOUIS, s. m. Courlis ou courlieu, oiseau aquatique.
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- PETIT-PEU (UN). Très-peu, tant soit peu.
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- PETOLLE, s. f. Crotte, fiente de certains animaux, comme chèvres,
- brebis, lapins, souris. En vieux français: _Petelle_; en
- provençal, _peto_.
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- PETON, s. m. Terme enfantin. Le pied d'un petit enfant. _Elle a bobo
- à son peton._ Dans le canton de Vaud on dit: _Piéton_ ou _pioton_.
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- PÈTRÀ ou PEITRÀ, s. m. Manant, rustre, pacant, butor, grossier
- personnage. Terme normand, breton, etc.
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- PÈTRE ou PEITRE, s. m. Gésier, estomac. _Le pètre d'une poule; le
- pètre d'une dinde._ Terme suisse et savoisien. On le dit
- quelquefois, mais trivialement, en parlant des personnes. _Nos
- individus ne quittèrent la table qu'ayant le pètre bien garni._
- _Pètre_ se dit aussi d'un gros goître.
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- PÉTREUX, s. m. Goîtreux.
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- PÉTRISSOIRE, s. f. Pétrin, huche, coffre à pétrir le pain. Terme
- suisse, savoisien, franc-comtois, etc. Quelques dictionnaires
- modernes disent au masculin: «Un pétrissoir.»
-
- PÉTRONER (SE), ou SE PÉTROGNER, v. pron. Se dit d'un enfant qui,
- dans les bras de sa nourrice ou de sa mère, a l'air de se
- dorloter, et témoigne son contentement par un certain bruit du
- gosier.
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- PETTE, s. f. Bagatelle, chose de nulle valeur. _Pour toutes vos
- peines, vos courses, vos écritures, vos correspondances, la
- famille du défunt vous a envoyé deux couverts d'argent: la belle
- pette! Voilà vraiment une belle pette! Ils ont fait là une belle
- pette!_ Ce terme, très-familier et même trivial, se retrouve dans
- le patois rouchi, où il signifie: Peu de chose, rien. [Voyez le
- _Dictionnaire rouchi-français_ de HÉCART, 3me édition.] Voyez
- aussi le mot _peto_, dans le _Dictionnaire provençal_ de M. J.-F.
- AVRIL.
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- PEU (UN), s. m. N'est pas français dans le sens de: Un peu de temps.
- _Il y a un peu que je n'ai vu ton frère. Il y a un peu que la
- diligence est partie._
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- PEU (UN). _Prête-moi un peu ton couteau. Donne-moi un peu cette
- échelle_, etc. Dans cette phrase et les phrases analogues, _un
- peu_ est inutile et vicieux.
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- PEUGET, s. m. Suc ou jus qui se forme dans le tuyau et le fond d'une
- pipe par la salive et la vapeur du tabac.
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- PEUR, s. f. _À moi la peur si....._ Espèce d'affirmation qui revient
- à la suivante: Je veux être pendu si..... _Tu veux donc toujours
- me désobéir, Janot; mais à moi la peur si je ne t'enferme pas
- dimanche prochain. Puisque Du Rosier refuse obstinément de me
- payer, à moi la peur si je ne lui envoie pas une assignation._
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- PEUR, s. f. _Qu'as-tu peur? Qu'avez-vous peur?_ Expressions fort
- usitées chez nous et ailleurs. Pour parler grammaticalement il
- faut dire: De quoi as-tu peur? De quoi avez-vous peur?
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- PHIBOSETTE, s. f. Fille ou femme démesurément petite et contrefaite.
- Voyez MÉPHIBOSET.
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- PIÂLER, v. n. Piailler, piauler.
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- PIAILLARD, ARDE, adj. et s. Piailleur, criard. Français populaire.
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- PIAILLÉE, s. f. Piaillerie, criaillerie. _Faire des piaillées.
- Finissez donc vos piaillées._
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- PIANOTTER, v. n. Terme dérisoire. Jouer du piano.
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- PIAPEU, s. m. Renoncule des champs. Terme connu aussi dans le canton
- de Vaud. Le dictionnaire de Mr BESCHERELLE dit: «Piapan.»
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- [+] PIASTRE (UN). Une piastre. _Aimer le piastre_, aimer l'argent.
- _Goûts piastreux_, goûts excessifs de s'enrichir. _Homme
- piastreux_, homme riche.
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- PIAUTE, s. f. Voyez PIÔTE.
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- PIC, s. m. Terme français, qui signifie: Pivert. Nous disons
- proverbialement d'une personne maigre et sèche: _Elle est maigre
- comme un pic_. Cette expression est sans doute moins usitée
- ailleurs que chez nous, puisqu'elle n'est pas consignée dans les
- dictionnaires.
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- PICAILLONNER, v. n. Liarder, lésiner, faire des économies mesquines,
- mettre avaricieusement sou sur sou. _Son plus grand bonheur est de
- picaillonner._ Le _picaillon_ était une petite monnaie en usage
- dans le Piémont et la Savoie, et qui valait un centime. Nous
- disons encore d'une chose de nulle valeur: _Cela ne vaut pas un
- picaillon; je n'en donnerais pas un picaillon._
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- PICAILLONNEUR, s. m. Liardeur, avare.
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- PICÂTA ou PECÂTA. Terme injurieux dont les paysans savoisiens se
- servent pour désigner les habitants de Genève et particulièrement
- les protestants. On explique très-diversement l'origine de cette
- dénomination. Dans le Berry, _peccata_ signifie: «Baudet.»
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- PICAIRNE, s. f. Voyez PIQUERNE.
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- PICATALON, s. m. Fourmi. _Un nid de picatalons._
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- PICHE, s. f. Chopine, petite mesure du pays. En français, «Pichet»
- est une sorte de vase à vin.
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- PICHENETTE, s. f. Coup, taloche. _Flanquer une pichenette._
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- PICHOLETTE, s. f. Chopine, petite mesure du pays. _Une picholette de
- vin. Boire picholette. Payer picholette._ Terme vaudois et
- savoisien.
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- PICOLON, s. m. Petit point. _Indienne à petits picolons._ Terme
- vaudois. _Dîner au picolon de midi_, signifie: Dîner au coup de
- midi, à midi sonnant. Nous disons qu'une montre _fend le picolon_,
- lorsqu'elle marche avec une parfaite régularité. _Je puis vous
- donner l'heure exacte, car ma montre fend le picolon._
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- PICOT, s. m. Sorte d'épingle longue et à grosse tête. En français,
- «Picot» signifie: Petite pointe qui demeure sur le bois quand ce
- bois n'a pas été coupé net.
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- PICÔTE, s. f. Picorée, maraude. _Aller à la picôte des raisins, à la
- picôte des noix._ Terme consacré parmi les jeunes garçons.
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- PIDANCE, s. f. Pitance. _Le pain et la pidance._ Terme français
- populaire. Voyez S'APIDANCER.
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- PIDE, s. f. Semonce, réprimande. _Donner une pide. Recevoir une
- pide. Tu as eu ta pide, et cela te venait._ Terme vaudois.
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- PIDE, s. f. Terme de certains jeux. Mesure, action de mesurer. _Je
- veux de la pide_ (je veux mesurer).
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- PIDER, v. n. Mesurer la distance d'un palet à un autre, la distance
- d'une boule à une autre, etc. _Tu t'imagines tenir, mais je pense
- le contraire, et j'en veux de la pide, je veux pider._ Terme
- vaudois et savoisien. R. lat. _pes, pedis_.
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- PIDER, v. n. Abuter, c'est-à-dire: Jeter au but, tirer au but pour
- savoir qui jouera le premier. _À qui est-ce à pider? Commence,
- Daniel, et ne pidons pas._
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- PIDER, v. a. Terme des collégiens. Voler, dérober, filouter. _Quel
- est celui de vous qui m'a pidé mon agate?_
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- PIED, s. m. Braie, drapeau, pièce de toile dont on enveloppe les
- petits enfants, et par-dessus laquelle on met les langes. _Sécher
- un pied; changer un pied._ Terme vaudois et savoisien. En
- Dauphiné, _Donner les pieds à un enfant_, signifie: Lui donner sa
- première robe.
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- PIED, s. m. _Tenir pied_, est un terme du jeu de boules qui
- signifie: Piéter, c'est-à-dire: Tenir le pied à l'endroit qui a
- été marqué pour cela.
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- PIED POTENT, s. m. Jeu d'écolier.
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- PIEDS, s. m. pl. Nous disons figurément de quelqu'un qui, par des
- spéculations ambitieuses ou sottes, a perdu la position aisée où
- il se trouvait: _Il s'est mis aux pieds ce qu'il avait aux mains_.
-
- PIEDS, s. m. pl. _Ne pas mettre deux pieds dans un soulier_, est une
- expression figurée qui signifie: Agir promptement, mettre à
- l'exécution d'un message toute la diligence possible. _Va nous
- louer un cabriolet, et surtout ne mets pas deux pieds dans un
- soulier._
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- PIEDS AU CHAUD. _Tenir à quelqu'un les pieds au chaud._ Se dit d'une
- personne qui en soigne une autre dans des vues intéressées. On
- dira, par exemple, d'un neveu qui a de grands égards pour un oncle
- célibataire: _Voyez comme il le cajole et le prévient; voyez comme
- il lui tient les pieds au chaud_.
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- PIEDS BLANCS, s. m. pl. _Il a les quatre pieds blancs._ Se dit de
- quelqu'un qui a ses entrées libres et ses coudées franches dans
- une maison.
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- PIERRE À BERNARD ou PIERRE À BERNADE. Se dit d'une distribution
- d'argent ou de bonbons que les riches paysans, le jour de leurs
- noces, font aux enfants de la commune. L'ancien _Glossaire_ fait
- erreur quand il dit que cet usage a cessé dans notre canton. [P.
- G.]
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- PIERRE À FEU, s. f. Pierre à fusil, pierre à briquet. _Les capsules
- auront bientôt remplacé partout les pierres à feu._ Terme suisse
- et savoisien.
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- PIERRES, s. f. pl. Nous disons figurément d'une personne qui est au
- comble du malheur: _Elle est malheureuse comme les pierres_.
- Expression proverbiale connue en Picardie, et sans doute ailleurs.
- Les dictionnaires français disent: «Être malheureux comme un chien
- qui se noie.»
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- PIF-POUF, s. m. Homme gros, ventru et de petite taille. En français,
- «Piffre» signifie: Gros, replet.
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- PIGEONNIÈRE, s. f. Pigeonnier, colombier.
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- PIGNOCHER, v. n. Peindre à petits coups, peindre sans hardiesse.
- Dans les dictionnaires, «Pignocher» signifie: Manger négligemment,
- manger sans appétit et du bout des dents.
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- PIGNOCHEUR, s. m. Tatillon, _patet_.
-
- PIGNOLET, s. m. Nom que les campagnards donnent à la plante appelée
- en français: «Thym.» _Brouter le pignolet._ Terme vaudois.
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- PILE, s. f. Volée de coups, étrillée. _Donner une pile à quelqu'un_,
- le rosser. Terme connu dans le Berry, en Savoie et ailleurs.
-
- PILON, s. m. Mortier. _Pilon de fonte, pilon de marbre. L'escamoteur
- mit la montre dans le pilon et la brisa._ Terme suisse et
- savoisien. En français, «le Pilon» est l'instrument avec lequel on
- pile dans le mortier.
-
- PILVINETTE, s. f. Épine-vinette, sorte d'arbrisseau. _Tablettes à la
- pilvinette._ Dans le français populaire on dit: _Pinevinette_.
-
- [+] PIMPILVINETTE, s. f. Épine-vinette.
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- [+] PIMPINIÈRE, s. f. Pépinière. PIMPINIÉRISTE, s. m. Pépiniériste.
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- PINCE, s. f. Terme de couturière. Troussis, pli fait à une robe, à
- une jupe pour la raccourcir.
-
- PINÇOTTER, v. n. Terme de nos anciennes fabriques d'indienne.
- Travailler au pinceau.
-
- PINÇOTTEUSE, s. f. Ouvrière qui, dans nos anciennes fabriques
- d'indienne, mettait les couleurs.
-
- PINIOUF ou PIGNOUF, s. m. Dénomination dérisoire. Soldat du centre
- dans la réserve.
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- PINTE, s. f. Cabaret, taverne, gargote, bouchon. _Hanter les pintes.
- S'attabler dans une pinte._ Terme suisse-roman. En français,
- «Pinte» est le nom d'une mesure pour le vin, et «Pinter» signifie:
- Faire débauche de vin.» [ACAD.]
-
- PIOCHAT, s. m. Sittelle torche-pot, oiseau.
-
- PIOGRE ou PIOGUE. _Envoyer quelqu'un à Piogre_, c'est: L'envoyer
- promener bien loin, l'envoyer se faire pendre, l'envoyer au di....
- _Si tu répliques encore, petit drôle, je t'envoie à Piogre, je
- t'envoie à Piogre ferrer les chats._ Ce mot de _Piogre_ est
- peut-être une altération du mot _piautre_; car dans le français
- populaire, _Envoyer au piautre_, c'est: Envoyer au di....
- Peut-être aussi _Piogre_ est-il le nom d'une ville imaginaire,
- censée fort éloignée de nous. En Languedoc on dit dans ce dernier
- sens: Envoyer quelqu'un à _Pampeligoust_: c'est le nom
- languedocien de la ville de Pampelune.
-
- PION, PIONNE, adj. _Être pion_, être ivre.
-
- PIONS, s. m. pl. Nom d'un jeu que les petits garçons jouent assis à
- terre avec neuf petits cailloux, qu'ils font sauter
- alternativement en l'air pour les recevoir dans la main. On ne
- peut se faire une idée exacte de ce jeu qu'en le voyant jouer aux
- enfants. [P. G.]
-
- PIORNE, s. f. Voyez PIOURNE.
-
- PIÔTE, s. f. Patte. _La piôte d'un oiseau, la piôte d'un chien, d'un
- chat_, etc. _Une écriture en piôtes de mouche._ Terme vaudois et
- savoisien. Les chasseurs donnent les noms de _piôtes rouges_ et
- _piôtes noires_ à certains oiseaux qui vivent sur les bords du
- lac.
-
- [+] PIOTON, s. m. Piéton. _Trottoir pour les piotons._
-
- PIOTONNER, v. n. Piétiner, remuer les pieds avec vivacité. Se dit
- des enfants qui s'essaient à marcher. Dans le français populaire
- on dit: _Piétonner_.
-
- PIÔTU, UE, adj. et subst. Boiteux, clopinel.
-
- PIOULER ou PIULER, v. n. Piauler, crier comme les poulets. Se dit
- aussi des jeunes enfants qui pleurent et se lamentent. _Piuler_
- appartient au vieux français.
-
- PIOU-PIOU, s. m. Dénomination badine par laquelle on désigne un
- soldat du centre dans le contingent. On appelle _piou_, dans le
- dialecte du Berry, le plus petit poulet d'une couvée.
- [_Vocabulaire du Berry_, p. 85.]
-
- PIOURNE ou PIORNE, s. f. Femme ennuyeuse, qui se plaint et qui
- gronde habituellement. _Oh! la sotte piourne! Tais-toi, piourne!_
- Terme vaudois.
-
- PIOURNER et PIORNER, v. n. Se plaindre continuellement. Terme
- vaudois.
-
- PIPER, v. n. et act. S'emploie surtout avec la négation: _Ne pas
- piper, ne pas piper mot_, et signifie: Ne pas souffler mot, ne pas
- répondre. _On l'a fortement réprimandé et il n'a pas pipé mot._
- Terme français populaire.
-
- PIPETTE, s. f. Pipe de tabac, petite et mauvaise pipe. Terme
- languedocien. A Genève, _pipette_ ne s'emploie que dans cette
- locution: _Cela ne vaut pas pipette_, c'est-à-dire: Cela ne vaut
- rien, cela ne vaut absolument rien. En français on dit: Cela ne
- vaut pas une pipe de tabac.
-
- PIPI, s. f. Pépie, petite peau blanche qui vient sur la langue des
- oiseaux et qui les empêche de boire. _Avoir la pipi: ôter la
- pipi._
-
- PIQUÉE, s. fém. Douleur vive et de courte durée. _Une piquée de mal
- de ventre._
-
- PIQUE-PRUNES, s. m. Garçon tailleur. Dénomination badine ou
- dérisoire.
-
- PIQUER, v. a. Picoter. _Piquer des raisins. Cueillez des grappes,
- mes amis, je vous le permets; mais ne piquez pas._ Terme
- savoisien, gascon, etc.
-
- PIQUER, v. a. Se dit des oiseaux, et signifie: Manger. _Nos deux
- chardonnerets commencent à piquer seuls._ Expression
- languedocienne, etc.
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- PIQUER UNE FAUX. Terme des campagnards. Rebattre une faux,
- l'aiguiser. _Piquer_, dans le sens d'affiler, est une expression
- méridionale.
-
- PIQUE-RAVES, s. m. Tarier, oiseau.
-
- PIQUERNE, s. f. Chassie, humeur gluante des yeux. Terme suisse et
- dauphinois, formé par corruption du vieux mot français _bigane_,
- qui a le même sens, et qui n'est point inconnu dans la
- Franche-Comté.
-
- PIQUERNEUX, EUSE, adj. Chassieux. _Des yeux piquerneux._
-
- PIRE, adv. Dans le langage populaire, _pire_ a souvent le sens de
- «plus» et de «mieux.» _Les deux cousines se chérissent: elles sont
- pires que des soeurs. Mon domestique fait tout dans la maison: il
- est pire qu'une servante._
-
- PIRE, adv. _Comment va la santé, Guillaume?--Ça va de mal en pire._
- Dites: «De mal en PIS.» _Pis_ est un adverbe qui signifie: «Plus
- mal.» (Mettre les choses au pis.) «Pire» est un adjectif, qui
- signifie: «Plus mauvais, plus méchant.» «Mon vin n'est pas bon,
- j'en conviens: mais le vôtre est pire.»
-
- PISSE, s. f. Urine.
-
- PITATEMENT, s. m. Course au galop, etc. Voyez PITATER.
-
- PITATER, v. n. Courir au galop, prendre le galop. _Les jeunes
- garçons se plaisent à pitater dans la neige. Je les voyais pitater
- dans les sables limoneux de l'Arve._
-
- PITAUD, AUDE, s. et adj. Pataud, pesant, épais, patu. _Un gros
- pitaud; une grosse pitaude. Quel pitaud d'enfant vous_ _avez là!_
- Dans le vieux français, _pitaud_ signifiait: Rustre, paysan.
- [Voyez le _Dictionnaire_ de RICHELET.]
-
- PITON, s. m. Fouloir de vendange. [P. G.]
-
- PITONNER, v. a. Fouler aux pieds. _Pitonner la vendange._ _Pitonner
- un duvet_, comme font les chats avant de s'y endormir. Dans notre
- patois, _pitenà_ signifie: Piler, et _piton_, s. m., signifie:
- Pilon. A Lyon, _pitrogner_ veut dire: Écraser et broyer d'une
- manière malpropre.
-
- PIULER, v. n. Voyez PIOULER.
-
- PIVOINE, s. m. Sorte de fleur. _Un beau pivoine._ Ce mot est
- féminin.
-
- PLACARD, s. m. Armoire. _Remuer un placard; transporter un placard._
- On appelle en français _placard_, une armoire pratiquée dans un
- mur. En Suisse, en Savoie et dans le Midi, on désigne par ce terme
- toute espèce d'armoire.
-
- PLACARD, s. m. Grosse tache sur un plancher, sur une table, sur un
- vêtement. _Un placard d'huile; un placard de suif; un placard de
- graisse._
-
- PLACE, s. f. Condition. _Aller en place_, dans le langage des
- domestiques, signifie: Aller en condition, aller servir. _Entrer
- en place_, signifie: Entrer en condition. _L'Henriette part demain
- pour entrer en place._
-
- PLAINDRE, v. n. Gémir, pousser des gémissements, geindre. _La pauvre
- Colette n'a pas cessé de plaindre toute la nuit; elle plaignait
- même en dormant; elle plaignait à nous fendre l'âme._ Expression
- suisse, savoisienne et méridionale, qui se retrouve dans l'ancien
- français, et qui n'a point d'équivalent exact dans la langue des
- dictionnaires.
-
- PLAIN-PIED, s. m. Rez-de-chaussée. _Habiter un plain-pied. Loger au
- plain-pied._ Expression universellement répandue dans notre Suisse
- et en Savoie. Le mot de «Plain-pied» est français, mais il
- signifie autre chose. Voyez les dictionnaires.
-
- PLAINT (UN). Gémissement d'un malade. _Faire des plaints; pousser
- des plaints. C'étaient des plaints déchirants._ Terme vaudois,
- neuchâtelois, savoisien, limousin, etc. En vieux français,
- _plaint_ veut dire: Complainte.
-
- PLAISIR, s. m. _Se faire plaisir d'une chose_, signifie: S'en donner
- le plaisir et en user largement; en jouir tout à l'aise. _Voici
- une corbeille de cerises, mes enfants: faites-vous-en plaisir._
- Cette expression familière, très-usitée et très-originale, ne se
- trouve pas, que je sache, dans les dictionnaires. _Ah! Marguerite,
- comme je t'envie ton joli châle jaune.--Ce châle jaune? tu peux
- facilement t'en faire plaisir: il ne coûte que 8 francs. J'ai
- trouvé ton aiguille de bas, Rosine.--Eh bien, fais-t'en plaisir_,
- c'est-à-dire: Garde-la, et qu'elle te serve longtemps.
-
- PLAN ou PLANT, s. m. _Laisser quelqu'un en plant_, signifie: Le
- faire attendre fort longtemps, l'abandonner, le laisser dans
- l'embarras, le planter là. _Ils me laissèrent en plant sur la
- route_, c'est-à-dire: Ils me laissèrent sur la route comme si
- j'étais un _plant_ et comme s'ils voulaient que j'y prisse racine.
- On dit dans le même sens: _Rester en plant, être en plant, mettre
- en plant._ Terme parisien populaire. Aucun dictionnaire n'a
- recueilli cette expression, qui a bien son mérite.
-
- PLAN, s. m. Gage. _Mettre un habit en plan_, le mettre en gage.
- Expression connue aussi à Paris et sans doute ailleurs.
-
- PLANCHER, v. a. Planchéier, garnir de planches le plancher inférieur
- d'un appartement. _Il vaudrait mieux plancher cette cuisine que de
- la carronner._ Terme français populaire. On disait en vieux
- français: _Planchier_ ou _planchéer_. [Voyez _Glossaire roman_ de
- ROQUEFORT.]
-
- PLANELLE, s. f. Sorte de brique, sorte de _carron_. _La plupart de
- nos cuisines sont carronnées_ (carrelées) _avec des planelles_.
-
- PLANTAPORET, s. m. Dénomination badine, par laquelle on désigne les
- habitants de la commune de Plainpalais, et principalement les
- jardiniers. _Plantaporet_ est un mot patois qui signifie:
- Plante-porreaux, planteur de porreaux.
-
- PLANTER UN CLOU. Enfoncer un clou, le faire entrer.
-
- PLANTEUR D'ÉCHAPPEMENTS, s. m. Ce terme, de la fabrique
- d'horlogerie, n'a pas d'équivalent dans la langue des
- dictionnaires.
-
- PLANTON, s. m. Terme de jardinier. Jeune plant de fleur ou de
- légume. _Planton de salade; planton de chou; planton de viollier.
- Plate-bande garnie de plantons._ On dit en Dauphiné: _Plantun_.
-
- PLAQUE, s. f. Tache à la peau. _Son éruption a entièrement cessé,
- mais il lui reste quelques plaques aux joues et au front._
-
- PLAQUE, s. f. Palet en cuivre ou en fer. _Jouer aux plaques. Sa
- plaque touchait le but._
-
- PLAQUER, v. neutre. S'appliquer exactement contre. _Il est bien
- fait, ton habit: il plaque bien. Faites bien plaquer ce miroir
- contre le mur. Ta bretelle ne plaque pas bien sur ton dos._
-
- PLAT, s. m. (fig.) Cancan, commérage, bavardage, médisance. _Faire
- des plats. On vous a dit cela et puis encore cela.--Oui, sans
- doute.--Eh bien! ce sont autant de plats, autant de mensonges._
-
- PLATAISE, s. f. Platitude, bêtise, sottise. _Dire des plataises.
- N'écoutons plus ces plataises._ J.-J. ROUSSEAU a dit dans le même
- sens: _Platise_, expression qui a été recueillie par quelques
- dictionnaires.
-
- PLAT DE LIT (À). _Être à plat de lit_, être malade au lit. _Comment,
- Dubreuil, tu viens me voir sans ton frère!--Parbleu, mon frère, il
- est depuis deux jours à plat de lit._ Cette expression
- remarquable, et qui est d'un constant usage à Genève, n'a pas été
- négligée par J.-J. ROUSSEAU. «Il n'y avait que l'excuse d'être _à
- plat de lit_ qui pût me dispenser de courir à son premier mot.»
- Nous disons quelquefois: _Être au plat du lit_.
-
- PLATE, s. f. Poisson de notre lac, sorte de _féra_. Selon DE
- SAUSSURE, «la _plate_ vit dans le golfe de Thonon, et se pêche
- rarement ailleurs.» [_Voyage dans les Alpes_, t. Ier, p. 16.]
-
- PLATEAU, s. m. Madrier, planche fort épaisse. Terme savoisien,
- franc-comtois et méridional. Dans le canton de Vaud et à Neuchâtel
- on dit: _Éplateau_.
-
- PLATELÉE, s. f. Platée, plat de nourriture chargé abondamment. _Une
- platelée de raves; une platelée de boudins._ Terme vieux français.
-
- PLÂTRE, s. m. Nous disons figurément: _Faire plâtre de quelqu'un_,
- pour signifier: Le turlupiner, le houspiller malicieusement, en
- faire le badeau de la compagnie. _On a tellement fait plâtre de ce
- pauvre Delolme, qu'à la fin il s'est fâché tout rouge._ Les
- dictionnaires disent: «Battre quelqu'un comme plâtre,» pour
- signifier: Le battre à outrance.
-
- PLÂTRIR, v. a. Plâtrer, enduire de plâtre.
-
- PLÂTRISSAGE, s. m. Plâtrage, action d'enduire de plâtre.
-
- PLEIN, prépos. de quantité. Nous disons de quelqu'un ou de quelque
- chose qui nous a beaucoup ennuyés, fatigués, vexés: _J'en ai plein
- le dos._ L'Académie dit: «Je le porte sur mon dos;» mais elle
- l'applique seulement aux personnes.
-
- PLEURER, v. actif. _Pleurer la nourriture à quelqu'un_, signifie: La
- lui reprocher, la lui plaindre. _Le riche Mr Colnet est si avare,
- qu'il pleure le pain à ses domestiques, et qu'il se pleure la vie
- à lui-même. Léonard vient de faire un magnifique héritage, que
- personne sans doute ne_ _lui pleurera._ Les dictionnaires ne
- donnent point de complément indirect au verbe «Pleurer.»
-
- PLEURNICHAGE, s. m. Pleurnicherie, larmes feintes, pleurs répandus
- sans véritable chagrin. _Tes pleurnichages sont bien inutiles, tu
- seras puni._
-
- PLEUVIGNER, PLUVIGNER, PLEUVINER et PLUVINER, v. n. Pleuvoir menu,
- pleuvoir un peu. _Il ne pleut pas, il pleuvigne; il commence à
- pluvigner._ Termes suisses, savoisiens et lyonnais. Le
- dictionnaire de ROBERT ESTIENNE (1605) dit: _Plouviner_. En
- Franche-Comté on dit: _Plevigner_: tous mots acceptables et dignes
- de figurer dans les dictionnaires.
-
- PLIANT (UN). Un lit de sangles. _L'auberge était pleine, et tous les
- lits occupés: il fallut dresser quatre pliants._ Terme suisse,
- franc-comtois, marseillais, etc.
-
- PLIÉ, PLIÉE, partic. (fig.) Mort, morte. Voyez PLOYÉ.
-
- PLIOGE, PLIOZE, ou PLIODZE, s. f. Terme patois fort connu. Pluie.
- _Vaika la plliodze_ (_ll_ mouillés), voici la pluie. En vieux
- français: _Ploge_.
-
- PLOMBETTE, s. f. Terme d'architecture. Plomb.
-
- PLONGEON, s. m. Terme de nageur. Action de plonger, immersion.
- _Faire un plongeon. Il fit deux ou trois plongeons et sortit de
- l'eau._ Terme suisse, savoisien et méridional. L'expression
- française est: «Faire LE plongeon,» c'est-à-dire: Imiter l'oiseau
- appelé Plongeon.
-
- PLONGER (SE), v. pron. Terme de nageur. _Aimes-tu te plonger,
- Alexis?--Oui.--Eh bien! allons nous plonger à cette barque._ _Se
- plonger_ n'est pas français. Dites: Plonger, v. neutre. «Aimes-tu
- plonger? Allons plonger. Lequel de vous vient plonger?»
-
- PLOT, s. m. Billot, tronçon de bois, bloc de bois, tronc de sciage.
- _Couper de la viande sur un plot. Faute de chaises, nous nous
- reposâmes sur deux plots._ Terme suisse, savoisien,
- franc-comtois, berrichon, provençal, etc. Nous disons au figuré:
- _Dormir comme un plot_, pour: «Dormir d'un profond sommeil, dormir
- comme un sabot.» [ACAD.]
-
- PLOT, s. m. Tronc pour les aumônes. _La clef du plot._ Ce terme a
- vieilli. _Plot_ est aussi un terme de tir: _L'arme sera sans coche
- sur le plot, et sans double détente._ [_Glossaire_ de GAUDY.]
-
- PLOYÉ, ÉE, part. Mort, enveloppé du linceul funèbre. _Tu voudrais
- bien que je fusse ployée_, disait brusquement une lavandière à son
- mari.--_Dis plutôt encrottée_, répliqua l'époux. «_Plié_»
- s'emploie dans le même sens que _ployé_. _Depuis sa chute il ne
- traîna pas longtemps: après cinq jours il était plié._ Expression
- savoisienne.
-
- PLUCHER, v. a. Éplucher. _Plucher du légume; plucher des haricots;
- plucher de la salade. Cet enfant est toujours à se plucher le
- nez._ En vieux français: _Pluchoter_.
-
- PLUCHURES, s. f. pl. Épluchures, pelures. On dit aussi: _Pluchons_
- et _pluches_.
-
- PLUMACHE, s. f. Plumes d'ornement, plumet, panache. _Un chapeau à
- plumaches._ Terme suisse, savoisien, bressan, provençal, etc.
-
- PLUME, s. f. _Mettre la plume à la main_ signifie: Se mettre à
- écrire, commencer à écrire. Les dictionnaires disent: «Mettre la
- main à la plume.»
-
- PLUMER, v. a. (fig.) Ronger, manger, dévorer. _Les chenilles
- plumaient les branches de ce bel arbre._
-
- PLURÉSIE, s. f. Pleurésie. _Gagner une plurésie._ Terme
- suisse-roman, savoisien et français populaire.
-
- PLUS, adv. Est mis pour: «Plus de,» dans les phrases suivantes et
- phrases analogues: _J'en ai plus peur qu'envie. Votre mari, Madame
- Philibert, va, dit-on, passer en Amérique.--A vous dire le vrai,
- Monsieur, j'en ai plus peur qu'envie._ Dites: J'en ai plus DE peur
- que D'envie.
-
- [+] PLUS BON. Meilleur. _Prends ce poire, Vincent; il est bien plus
- bon que l'autre._
-
- [+] PLUS PIRE. Pire. _Tu trouves ce vin mauvais; tu en bois du plus
- pire chez ta grand'mère._ Français populaire.
-
- PLUVIGNER ou PLUVINER, v. neutre. Pleuvoir un peu. Voyez PLEUVIGNER.
-
- POCHÉ, ÉE, adj. _Fruits pochés._ Fruits que l'on a portés dans la
- poche pendant quelque temps. On dit en français: «Pocheté.»
-
- POCHE-L'OEIL, s. m. Terme des collégiens et des gamins. Coup violent
- sur l'oeil, et qui le fait enfler et bleuir. _Recevoir un
- poche-l'oeil._
-
- POCHON, s. m. Cuillère à potage, cuillère profonde et à long manche,
- dont on se sert à table pour prendre le potage dans la soupière.
- _Pochon d'argent, pochon d'étain._ Terme suisse et franc-comtois.
-
- POCHURE, s. f. Coup marqué au visage, meurtrissure au visage avec
- enflure. _Pochure à l'oeil; pochure au front. Recevoir une
- pochure; se faire une pochure._ «Pocher» et «se pocher» sont
- français.
-
- POINT AU CÔTÉ, s. m. Point de côté, mal, douleur que l'on ressent au
- côté. Au figuré, _point au côté_ (point de côté), se dit: 1º D'une
- personne qui nous est à charge; 2º D'une affaire embarrassante ou
- pénible. Français populaire.
-
- POINTET, s. m. Petite flèche qu'on met sur une arbalète pour tirer
- contre un but. [P. G.]
-
- POINTILLEUR, EUSE, adj. Pointilleux, euse. [P. G.]
-
- POINTU, UE, adj. (fig.) Malin, satirique, caustique, mordant. _As-tu
- remarqué son air pointu? Elle nous répondit d'un ton bien sec et
- bien pointu: Cela ne vous regarde pas, Messieurs._ Expression
- languedocienne. En vieux français, le mot _guille_ signifie:
- «Pointe» et «ruse, malice.»
-
- POINTU, s. m. Lâche, insolent.
-
- POIRE (UN). _Un bon poire; des poires blets. Aux poires! Aux beaux
- poires!_ Ce solécisme nous vient du patois, où ce mot est masculin
- (_on peret_).
-
- POIRE-À-BON-DIEU, s. f. Alize, fruit ou baie de l'aubépine. On dit
- aussi: _Poire-de-bon-Dieu_ et _poire-au-bon-Dieu_. Terme
- savoisien.
-
- POIRE CHARLON, s. f. Poire gros-romain.
-
- POIRE-ROME, s. f. Poire de bon chrétien.
-
- POIRE SIRE-JEAN, s. f. Poire de Messire-Jean.
-
- POIS EN GRAINS, s. m. pl. Petits pois.
-
- POIS GOURMANDS, s. m. pl. Voyez GOURMANDS.
-
- [+] POISON (LA). _Boire de la poison; prendre de la poison._ Ce mot
- a été féminin jusque vers la fin du dix-septième siècle. _C'est
- une poison_, se dit d'une femme très-méchante. Français populaire.
-
- POITE, s. f. Méchante femme.
-
- POLAILLE, s. f. Terme des campagnards. Poule. _Une belle polaille.
- Une polaille grasse et dodue._ En français, «Poulaille» signifie:
- Volaille.
-
- POLAILLON, s. m. Sobriquet que l'on donne populairement à un homme
- qui s'occupe des soins du ménage ou de choses trop minutieuses.
- _Fanchette, ton Monsieur est un polaillon._ On dit en français:
- «Un tâte-pouls.»
-
- POLATAILLE, s. f. Oiseaux d'une basse-cour, volaille.
-
- POLICE (LA), ou LA POLISSE. Les polissons, les enfants qui courent
- les rues pour y faire des espiègleries. _Il faudra pourtant une
- fois mettre à la raison toute cette police. N'est-il pas vrai
- qu'étant gamins nous faisions la police ensemble?_ Terme parisien
- populaire, etc.
-
- [+] POLIE, s. f. Poulie. _Ajuster une polie._ Français populaire.
-
- POLIR, v. a. Dépenser en folles dépenses. _Il a su en quatre années
- polir une fortune de 150,000 francs._
-
- POLITESSE (UNE). A Genève, _faire une politesse à quelqu'un_, veut
- dire: Lui offrir une collation, un dîner, un thé; l'inviter à une
- soirée dansante, à une partie de montagne, etc. Expression
- consacrée.
-
- [+] POLMON, s. m. Poumon. _Un ragoût de polmons._ En vieux français
- on dit: _Poulmon_; en Languedoc, _palmon_; en Franche-Comté et à
- Paris, _pomon_; à Chambéry et dans la Bresse, _pormon_.
-
- POMMEAU, s. m. Terme injurieux, qui équivaut à: Homme pesant, homme
- ennuyeux, homme _sciant_.
-
- POMMEAU, s. m. Nous disons: _Une canne à pommeau d'argent; une canne
- à pommeau d'or_. Il faut dire: Une canne à pomme d'argent, une
- canne à pomme d'or. Mais on dit très-bien: Le pommeau d'une épée,
- le pommeau d'une selle.
-
- POMMEAU, s. m. C'est ainsi qu'on désigne souvent un petit messager
- dans une fabrique ou dans un comptoir.
-
- POMME EN CAGE, s. f. Pomme enveloppée de pâte et cuite au four.
-
- POMME RAINETTE, s. f. Rainette, ou pomme DE rainette.
-
- POMMIER D'AMOUR, s. m. Tomate, sorte d'arbrisseau, dont le fruit
- s'appelle: _Pomme d'amour_.
-
- POMPE À FEU, s. f. Ne signifie point en français: «Pompe à
- incendie.» Une pompe à feu est une machine hydraulique mise en jeu
- par la vapeur. Ne dites donc pas: _Les pompes à feu arrivèrent
- quand le bâtiment était déjà consumé_. Faute fréquente en Suisse
- et en Savoie.
-
- POMPER, v. n. Ce mot se dit d'un poêle ou d'une cheminée où le feu
- est allumé, et il signifie: Attirer l'air. _Tu as bien de la fumée
- dans ta chambre, Édouard.--En effet, c'est que mon poêle ne pompe
- pas assez._
-
- POMPON, s. m. _À nous le coq, à nous le pompon._ Expression un peu
- vulgaire qui signifie: A nous le fion, à nous la supériorité.
- Voyez COQ.
-
- PONT, s. m. Terme de maçon et de plâtrier. _Dresser un pont; enlever
- un pont. Choisissez pour votre pont des planches solides._ En
- France on dit: Échafaudage. Dresser un échafaudage.
-
- PONTENAGE, s. m. _Payer les droits de pontenage._ Terme suisse,
- savoisien et vieux français. On dit actuellement: Pontonage.
-
- PONTET, s. m. Chantier, pièce de bois sur laquelle on pose les
- tonneaux dans une cave. _Établir des pontets._ Terme suisse-roman.
-
- PORPE ou POURPE, s. f. Poulpe, partie charnue de la viande. _Prenez
- ce morceau, Madame, c'est tout pourpe._
-
- PORPU, UE, adj. Charnu, garni de chair. Au sens figuré, nous disons
- d'une chose excellente, d'une chose très-belle en son genre:
- _C'est du chenu et du porpu_, c'est-à-dire: C'est du très-beau,
- c'est du très-bon.
-
- PORTAIL ou PORTAL, s. m. Grille. _Portail en fer; portail en bois.
- Ouvrir les portails._ Terme méridional. En français, «Portail» se
- dit de la façade ou de la principale porte d'une église.
-
- PORTÉE, s. f. Distance convenable. _Mettez-vous à portée_ (à la
- portée) _afin de pouvoir entendre_. _Ne lâche pas encore ton coup
- de fusil: tu n'es pas à portée_ (à la portée). _Mettez ce fumier à
- portée_, c'est-à-dire: Mettez-le près de l'endroit où il doit être
- employé. _Les canons n'étaient pas à portée._ Selon les
- dictionnaires, «Être à portée» se dit des personnes et signifie:
- Être dans une situation convenable pour faire quelque chose.
-
- PORTER PERTE. Nuire, être nuisible, tourner à préjudice. _Ce nouveau
- magasin nous portera perte. Si tu renvoies Marguerite, elle
- cherchera à nous porter perte._ Expression consacrée.
-
- PORTEUR, s. m. Terme de vigneron. Cource, bout de sarment d'environ
- demi-pouce de longueur, qu'on laisse au sommet d'un cep de vigne
- pour rapporter des raisins. [P. G.]
-
- PORTILLON, s. m. Petite porte basse dans la fermeture d'une
- boutique.
-
- PORTION, s. f. (Prononcez _por-cion_.) Potion, remède liquide qu'on
- boit. _Prends ta portion, mon valet, tu auras du bonbon ensuite._
- Terme français populaire.
-
- PORTRAIT EN TROIS QUARTS. Dites: Portrait DE trois quarts. Dites
- aussi: Se faire peindre DE trois quarts, et non: _Se faire peindre
- en trois quarts_.
-
- [+] PORVISION, s. f. Provision. _Vous faites votre petit marché,
- Madame Dulignage?--Vous le voyez, Monsieur: je fais une petite
- porvision de raves et de patenailles._
-
- POSE ou PAUSE, s. f. Mesure agraire, qui équivaut à 400 toises de
- Genève, c'est-à-dire, à un peu moins d'un arpent. _Notre plaine de
- Plainpalais a trente poses; la plaine du Pré-l'Évêque en a trois
- et un tiers._ Terme vaudois et jurassien.
-
- POSÉE, s. f. Écriture moyenne. _Écrire en posée. Passer de la posée
- à la fine._
-
- POSER, v. a. Quitter. _Poser son habit, poser son chapeau. Si
- Monsieur voulait poser son manteau, les chevilles sont là._
-
- POSER LE DEUIL. Quitter le deuil. _A Genève, une veuve ne pose
- qu'après quatre ans le deuil de son mari._
-
- POSER LES SCELLÉS. Apposer les scellés, mettre les scellés.
-
- POSSÉDÉE (UNE). Nous disons d'une femme qui se démène et qui jette
- des cris perçants: _Elle s'agite comme une possédée; elle crie
- comme une possédée_. Ce féminin, qui manque dans les
- dictionnaires, est fort admissible.
-
- [+] POTACHE, s. f. Potasse.
-
- POT À EAU, s. m. Pot à l'eau; c'est-à-dire: Pot destiné à recevoir
- de l'eau.
-
- POT À LAIT, s. m. Pot AU lait.
-
- POTET, s. m. Terme des campagnards. Petit pot. En vieux français:
- _Poutet_.
-
- POTRINGUE, s. f. Médecine, breuvage purgatif, drogue. Se dit aussi
- de toute mauvaise boisson. _Votre cidre a un goût de potringue;
- c'est une vraie potringue. Le docteur voulait me purger: je l'ai
- dispensé de sa potringue._ _Être toujours en potringues_,
- signifie: Être toujours dans les remèdes. Terme suisse, savoisien
- et méridional.
-
- POTRINGUER, v. a. Droguer, médicamenter. _Dis voir, Michel, on dit
- comme ça que tu te laisses potringuer par ta cauque_ (par ta
- femme); _pour moi, je ne me potringue jamais, et je n'en suis pas
- plus malade pour tout ça_.
-
- POTTES, s. f. pl. Lèvres. _S'essuyer les pottes; se lécher les
- pottes. Je vois bien, gouillard, que tu as touché à mes
- confitures: il t'en reste encore par les pottes._ Terme suisse,
- savoisien, méridional, lorrain, etc. _Ce ragoût est à sa potte_,
- signifie: Ce ragoût lui plaît. _La soupe était à sa potte, et il
- s'en est piffré._
-
- POTTE, s. f. Moue, mine refrognée, grimace. _Faire la potte_, c'est
- faire la moue, bouder, témoigner de la mauvaise humeur par son
- silence et par son air. On dit à un enfant qui pleurniche: _Tu
- fais là une bien vilaine potte; va donc te cacher avec ta potte_.
-
- POTTU, UE, adj. Qui fait la moue, qui a mauvaise grâce, qui
- rechigne. Terme vaudois et savoisien.
-
- POU, s. m. _Chercher les poux parmi la paille_, est une locution
- proverbiale qui signifie: Vétiller, s'attacher à des minuties,
- chercher noise à propos de rien. On dit à Paris, dans le langage
- populaire: _Chercher des poux à la tête de quelqu'un_. Expression
- plus triviale que la nôtre, mais qui a le même sens.
-
- POUARE, POUAIRE ou POUAI, s. m. Sale, malpropre, sagouin, porc. _Fi
- donc, le pouaire!... Va-t'en, pouaire,_ _te ronger les ongles
- ailleurs._ Terme vaudois, savoisien, jurassien et provençal. En
- vieux français, _pouerc_ signifie: Pourceau. Dans le français
- populaire, _pouacre_ signifie: Homme mal propre, et «pouah!» est
- une interjection qui indique le dégoût.
-
- POU DE SERPENT, s. m. Insecte à corps très-long, qui fréquente
- surtout les cours d'eau, et qui s'appelle en français: «Une
- demoiselle.» [P. G.]
-
- POUFFE ou POUF, s. m. _Faire du pouffe_, signifie: Déployer de
- l'ostentation, s'étaler, tirer vanité de son costume. On dit en
- français: «Faire pouf.»
-
- POUGNE ou POGNE, s. f. Poignet, force du poignet. _Avoir de la
- pougne; avoir une bonne pougne._ Dans le français populaire on
- dit: _Poigne_ ou _pogne_.
-
- POUINE, s. f. et adj. Femme ou fille malicieuse, taquine, espiègle,
- pie-grièche, chipie. _Elle fait la pouine. Elle est jolie, mais
- pouine. C'est une méchante pouine._ Terme suisse.
-
- POUINET, ETTE, adj. et subst. Se dit des personnes et des choses.
- _Un ton pouinet_ est un ton tranchant, aigre, malin, pointu. _Air
- pouinet, mine pouinette._
-
- POULAINE ou POULINE, s. f. Pouliche, cavale nouvellement née. Terme
- vaudois, savoisien, etc.
-
- POULAINTE ou POULINTE, s. f. Farine de maïs, gaudes. _Soupe à la
- poulainte._ En provençal: _Poulento_; en Valais et en Italie,
- _polenta_.
-
- POULET, s. m. Robinet, clef d'un robinet. _Tourner le poulet._ Terme
- vaudois et neuchâtelois. Le mot allemand _Hahn_ signifie tout à la
- fois un coq et un robinet, et c'est de là probablement qu'est
- venue notre expression: _Poulet_.
-
- POUPONNER (SE), v. pron. Se pomponner, s'ajuster avec un soin
- minutieux, mettre à sa toilette du temps et de la recherche. _On
- ne le rencontre jamais que pouponné, musqué et tiré à quatre
- épingles._ A Lyon et dans le Midi, _se pouponner_ signifie: Se
- choyer, se traiter délicatement et comme un _poupon_.
-
- POUR BON, loc. adv. Tout de bon. _Ne jouons plus pour semblant,
- jouons pour bon; jouons pour de bon._ Français populaire.
-
- POUR ÇA, loc. adv. Assurément, certainement. _Moi, t'accompagner par
- cette pluie battante! Ah! pour ça, non.--Pour ça, oui, tu
- m'accompagneras._ Ne s'emploie que suivi de _oui_ ou de _non_.
-
- POUR DIRE, loc. adv. À vrai dire, à dire vrai, pour m'exprimer
- exactement. _Notre petite Caroline n'est pas menteuse, pour dire,
- mais elle pourrait être plus franche._
-
- POURE, adj. m. POURA, adj. f. Terme patois qui signifie: pauvre.
- _Poûr[)a] fén[)a], v[)o]-z-ive don bein fan_ (pauvre femme, vous
- avez donc bien faim). Terme vaudois, savoisien, berrichon, normand
- et vieux français. En anglais: _Poor_.
-
- POURPE, s. f. Pulpe. Voyez PORPE.
-
- POUR QUANT À, loc. adv. Quant à. _Partez, vous autres, par le
- bateau: pour quant à moi, je prendrai la diligence._ Terme
- savoisien et lyonnais.
-
- POURREAU, s. m. _Soupe aux pourreaux._ Terme suisse, savoisien,
- lyonnais, etc. On dit en français: «Porreau» ou «Poireau.»
-
- [+] POUR TANT QU'À, loc. adv. Quant à. _Jouez aux boules vous deux;
- pour tant qu'à moi, je préfère de jouer aux guilles._ Expression
- très-répandue.
-
- POUSSÉE, subst. fém. Se dit des arbres et des plantes et signifie:
- Pousse. _La poussée des acacias est chaque année d'environ six
- pieds._ Terme suisse, savoisien, dauphinois, lorrain, etc.
-
- POUSSÉE, subst. fém. Éruption à la peau. Terme connu de tous ceux
- qui fréquentent les établissements d'eau thermales. _Il n'est pas
- prudent, dit-on, d'interrompre les bains quand une fois la poussée
- a commencé._
-
- POUSSER (SE), v. pron. S'éloigner, se retirer, se reculer.
- _Pousse-toi, John, tu me gênes. Poussez-vous un peu, Messieurs, et
- faites place aux dames._
-
- POUSSETTE, s. f. Lycopode, plante dont les capsules sont remplies
- d'une poussière abondante qui prend feu comme la résine.
-
- POUSSIÉRÉ, ÉE, adj. _Chemin poussiéré._ Dites: Poussiéreux, ou
- plutôt dites: Poudreux. Chemin poudreux.
-
- POUTET, s. m. Mâle de la fouine. _Noir comme un poutet; noir comme
- le poutet._ Terme savoisien.
-
- POUTET, s. m. Enfant joufflu, _pottu_ et d'une figure désagréable.
- _Quel poutet! J'ai bien vu des poutets dans ma vie, mais jamais de
- pareils à celui-ci._ Terme fort connu de nos campagnards.
-
- POUTRAISON, s. f. Charpente d'un édifice. _La poutraison qui était
- fort vieille, a consenti._ Terme neuchâtelois, etc.
-
- [+] POUTRE (UN). _Un gros poutre. Aide-nous à mettre ce poutre en
- place._ Dites: «Une poutre.»
-
- PRAILLE, s. f. Prairies, pâturages. _La praille de Carouge; la
- praille de Lancy; la praille de Chêne-Thônex._ Dans le patois du
- canton de Vaud, _prahia_ signifie: Pièce de terre avec un fenil.
- En vieux français: _Praillet_, petit pré, prairie. Du mot de
- _praille_ nous avons formé celui d'_emprailler_, qui veut dire:
- Gazonner, semer du gazon, mettre en prairie.
-
- PRÊCHER, v. n. _Prêcher à un converti._ Dites: «Prêcher un
- converti.»
-
- PRÉCIPITÉE (À LA), loc. adv. Précipitamment, en toute hâte. _Partir
- à la précipitée. Les choses qu'on fait à la précipitée sont
- rarement bien faites._ Expression savoisienne et dauphinoise,
- digne de prendre place dans les dictionnaires.
-
- PRÉCO, s. m. (Prononcez _proecau_.) Celui qui est le principal
- personnage dans un petit endroit, celui qu'on y écoute le plus et
- y exerce le plus d'influence. _Le préco du village; le préco de la
- paroisse; le préco du cercle._ Terme savoisien. En français, ce
- personnage s'appelle figurément et familièrement: «Le coq.» Le coq
- du village; un coq de paroisse, etc.
-
- PRÉFÉRER, suivi de l'infinitif. _Je préfère partir. Elle préféra ne
- pas nous suivre_, etc. Dites, avec les dictionnaires et les
- meilleurs auteurs: Je préfère DE partir; elle préféra DE ne pas
- nous suivre. «J'eusse préféré D'être jeté aux crocodiles.»
- [CHATEAUBRIAND, _Atala, les Chasseurs_.]
-
- PREMIÈRE CHOSE (LA), loc. adv. En premier lieu, d'abord. _Tu iras la
- première chose à la boucherie, et ensuite chez la gagère de
- Longemalle._
-
- PREMIÈRE MAIN (DE), _J'ai eu ce meuble et ces beaux draps de
- première main. Il achète ses vins de première main._ Dites avec
- l'article: «De LA première main.»
-
- PREMIÈRE VUE (À), loc. adv. Dites, en employant l'article: À la
- première vue. «Elle déchiffrait les plus difficiles musiques à LA
- première vue.» «Je les reconnus tous deux à LA première vue.»
-
- PRENDRE, v. n. _L'idée lui a pris de voyager. Si l'idée te prend de
- m'écrire, tant mieux. Quand l'idée vous en prendra, venez me
- voir._ Dans ces diverses phrases et dans les semblables, dites:
- L'idée lui est venue de voyager. Si l'idée te vient de m'écrire,
- tant mieux, etc.
-
- PRENDRE, v. a. Nous disons: _Un tel a pris la fièvre; il a pris un
- mal de dents, un gros rhume, une extinction de voix_, etc. Nous
- disons de même: _Prendre froid; prendre la coqueluche; prendre des
- convulsions; prendre un catarrhe_: toutes expressions qui ne sont
- pas françaises. Les dictionnaires disent: La fièvre l'a pris; il
- lui a pris un mal de dents; il a gagné un rhume, etc., etc.
-
- PRENDRE FEU. Employé impersonnellement. _Il a pris feu à la maison
- de l'Escarcelle; il a pris feu au Molard_, etc. Dites avec les
- dictionnaires français: Le feu a pris à telle et telle maison, à
- tel et tel quartier, etc.
-
- PRENDRE MAL. Se trouver mal, tomber en faiblesse, s'évanouir. _Mme
- N*** prit mal à l'église, et fut transportée chez elle._
-
- PRENDRE PEUR. Prendre de l'épouvante, s'effrayer. _Georgette a pris
- peur. Si tu prenais peur, appelle-moi._ Dites: La peur LE prit. Si
- la peur LE prenait, etc. [_Dictionnaire_ de POITEVIN, p. 787.]
-
- [+] PRENDRE (S'EN). S'y prendre. _Il faudra s'en prendre de bien
- bonne heure, si l'on veut trouver ce soir des places au Cirque
- olympique. Notre Joseph ne sait pas s'en prendre; il est encore
- bien emprunté et bien maladroit. Cette opération, pour dire, n'est
- pas difficile; tout dépend de la manière qu'on s'en prend._
-
- PRÈS, employé adjectivement, est un barbarisme. Ne dites donc pas:
- _Un tel est mon plus près parent; un tel est leur plus près
- cousin; nous étions leurs plus près voisins._ Substituez, dans ces
- phrases, l'adjectif «proche» à l'adverbe _près_, et dites: «Un tel
- est mon plus proche parent,» etc.
-
- PRESSER, v. a. Pressurer, mettre sous le pressoir. _Presser la
- vendange; presser les raisins; presser les poires et les pommes
- pour en faire du cidre._
-
- PRESSER, v. neutre. Nous disons à un ouvrier: _Faites-moi
- promptement cette table et ce canapé, car ils me pressent_,
- c'est-à-dire: Car je suis pressé de les avoir. Nous disons de
- même: _Ces cravates pressent, ces robes pressent, ces souliers
- pressent._ Il faut dire: Ces cravates sont pressées, ces robes,
- ces souliers sont pressés, etc.; ou: Nous sommes pressés de les
- avoir.
-
- PRESSON, s. m. Barre de fer, levier. Terme savoisien et lyonnais.
-
- PRESSURE, s. f. Présure, acide pour faire cailler le lait. _Plus on
- garde la pressure, meilleure elle est._ Terme français populaire
- et vieux français. A Genève on dit aussi: _Presure_.
-
- PRÊTER, v. a. À table, on entend souvent dire: _Prêtez-moi la
- carafe; prêtez-moi la salière; veuillez me prêter l'huilier_, etc.
- Cette locution est un gasconisme, qu'il faut remplacer par
- l'expression toute simple: Donnez-moi la carafe; donnez-moi la
- salière; veuillez me passer l'huilier.
-
- PRÊTER À RIRE. Apprêter à rire. _La jeune Adélaïde avait une
- toilette qui prêtait un peu à rire._ Terme suisse, savoisien, etc.
- Mais on dira fort bien: Prêter au ridicule, prêter à la critique,
- etc.
-
- [+] PRÉVENIR, v. n. Provenir.
-
- PRIÉ À. Nous disons: _Être prié à un enterrement; être prié à une
- cérémonie; être prié à une fête._ Il faut dire: Être prié D'un
- enterrement; être prié D'une fête, etc.
-
- PRIER QUE. _Je prie que l'on se taise. Le président agitait la
- sonnette et priait qu'on l'écoutât._ Dites: Je demande que l'on se
- taise. Le président demandait qu'on l'écoutât.
-
- PRIEUR, s. m. Nous appelons _prieur_ ou _prieur d'enterrement_,
- celui des porteurs que la famille du défunt charge d'aller _prier_
- au convoi les parents et les amis du défunt.
-
- PRIEUSE, s. f. Nous appelons _prieuse_, la femme dont l'emploi est,
- dans les enterrements protestants, de marcher à la tête du
- cortége. A côté d'elle marchent, vêtus de noir, les deux _porteurs
- d'escabelle_.
-
- PRIMBÊCHE, s. f. Pimbêche. _C'est une primbêche. Quelle_
- _primbêche!_ Les campagnards ne s'expriment pas autrement.
-
- PRIMÒ D'ABORD, loc. adv. L'un de ces deux mots est inutile à côté de
- l'autre, puisque _d'abord_, en français, a le même sens que
- _primò_ en latin. Dans le langage parisien populaire on dit:
- _Premièrement d'abord_; ce qui ne vaut pas mieux.
-
- PRIN, adv. Dans le langage des campagnards, _Parler prin_ signifie:
- Parler du bout des lèvres et avec affectation. _Voyez donc cette
- primbêche: quels airs elle se donne, et comme elle s'étudie à
- parler prin!_
-
- PRIN ou PRIN BOIS, s. m. Menu bois, brins de fagot. _Pour mettre ce
- feu en train, il nous faudrait du prin bois._ Terme suisse,
- savoisien, lyonnais, franc-comtois, etc. _Prin_ ou _prim_
- (_primus_), appartiennent au vieux français, et signifient: 1º
- Premier; 2º Menu, fin, mince, délié. Nos campagnards appellent
- _primes graines_, Les graines qu'on sème au printemps; ils
- appellent _prin terrain_, Un terrain léger, etc. Dans le patois du
- canton de Vaud: _Prin bec_, blanc bec; _primes bêtes_, menu
- bétail.
-
- PRIN-FORT, s. m. La petite absinthe. Terme vaudois et savoisien.
-
- PRIS, PRISE, adj. Entrepris, embarrassé, endolori, perclus. _Avoir
- la tête prise; avoir la gorge prise; être pris des deux bras_,
- etc. Terme méridional.
-
- PROCURE, s. f. Procuration. _Ils envoyèrent les deux procures au
- notaire._ Terme vieux français, conservé chez nos proches voisins.
-
- PROFITAGE, s. m. _Faire un profitage_ (un profit).
-
- PROFITER DE, suivi d'un infinitif. _Je profite de venir te voir
- pendant que mes marmots dorment. Nous profiterons de faire notre
- voyage pendant les vacances de l'Académie. Tu dois profiter
- d'aller au théâtre pendant qu'on joue le_ _Domino noir._ Cette
- expression, qui me semble claire, commode et concise, n'est dans
- aucun dictionnaire français.
-
- PROMENER, v. actif. (fig.) _Il m'a promené deux ans avant que de me
- payer._ Les dictionnaires disent: Il m'a traîné deux ans.
-
- [+] PROMONTIONS, s. f. pl. Promotions, distribution solennelle des
- prix aux écoliers du collége dans la cathédrale de Saint-Pierre.
- _Le jour des Promontions; la fête des Promontions._
-
- PROPREMENT, adv. Entièrement, à fond. _Hier soir, Jean Couzineau
- s'est soûlé proprement._ Français populaire.
-
- PROPRÎTAIRE, s. m. Propriétaire.
-
- PROPRÎTÉ, s. f. Propriété.
-
- PROVIGNURE, s. f. Provin, rejeton d'un cep de vigne provigné. Terme
- vaudois et savoisien.
-
- PRUNEAU, s. m. Nous appelons _pruneau_ une espèce de grosse prune
- très-allongée. _Cueillir des pruneaux; abattre des pruneaux;
- sécher des pruneaux._ En français, «Pruneau» signifie: «Prune
- sèche.» L'espèce de prune que nous appelons _pruneau_, se nomme
- «Île verte.»
-
- PRUNEAULIER ou PRUNEAUDIER, s. m. Arbre qui porte les _pruneaux_.
- Voyez l'article précédent.
-
- PSAUME (UN). Il faut dire: Des psaumes, ou: Un psautier, quand on
- parle du recueil des cantiques de David. Les phrases suivantes
- sont donc, à ce point de vue, incorrectes. _Tu te placeras auprès
- de moi, Betsi, et nous chanterons sur le même psaume. Fais donc
- relier ton psaume. Achète-toi un psaume plus sortable que
- celui-là._ Dites: Fais relier tes psaumes. Achète-toi des psaumes
- plus sortables, etc.
-
- PUCER, v. a. Épucer, ôter les puces.
-
- PUIQUE. Prononciation vicieuse de la conjonction «puisque,» dont le
- _s_ doit se faire entendre. Les grammaires sont toutes d'accord
- sur ce point.
-
- PUISERANDE, s. f. Danaïde, roue à augets établie dans le Rhône, près
- de Genève: elles sont au nombre de deux, et servent aux
- irrigations de plusieurs jardins potagers. Ce mot de _puiserande_
- nous vient du Midi. Dans le Languedoc, _pouzarangue_ signifie:
- «Puits à roue.» Nous appelons aussi _puiserande_, des puits à roue
- établis à une très-petite distance de l'Arve, et dont un cheval
- est la force motrice. [Voyez VILLA, _Nouveaux Gasconismes
- corrigés_, t. II, p. 164.]
-
- PUNAIS, AISE, adj. En français, ce mot ne se dit que des personnes.
- A Genève on l'emploie surtout en parlant des choses, et comme
- synonyme de désagréable, incommode, et qui affecte péniblement.
- Nous disons: _Un vent punais, un air punais, un froid punais, un
- temps punais_, etc. _Rue punaise_ est le nom que portait, il y a
- quelques années, la rue appelée aujourd'hui «Traversière.»
-
- PURE, s. f. Le moment de la plus grande abondance d'un légume, d'un
- fruit, d'un poisson. _La pure des abricots, la pure des cerises,
- des melons, des féras_, etc. _J'attends la pure des framboises
- pour faire mes confitures._ Quelques-uns écrivent _l'apure_. Voyez
- APURE.
-
- [+] PURÉZIE, s. f. Pleurésie. _La purézie se déclara et il fallut en
- venir à une saigne._ Terme savoisien, lyonnais et bas limousin. En
- Languedoc et en Franche-Comté on dit: _Un purézi_.
-
- PURGE, s. f. Purgation, purgatif. _Prendre une purge._ Ce terme,
- fort usité en Suisse, en Savoie et en France, appartient au vieux
- français.
-
- PURPURALE, adj. fém. _Fièvre purpurale._ Dites: Fièvre puerpérale.
- R. lat. _puerpera_.
-
- PUSSIN ou PUCIN, s. m. Poussin, poulet nouvellement éclos. _La poule
- et ses pussins._ Terme suisse, lorrain, vieux français, etc.
-
- PUSSINE, s. f. Jeune poule, poulette. Ce joli mot «_pussine_» manque
- à la langue française, puisque «Poulette» ne s'emploie guère qu'au
- sens figuré. Dans le patois vaudois on dit: _Pudjena_ ou _puzene_.
-
- PUTRIFIER, v. a. Putréfier, faire pourrir.
-
-
-Q
-
- QUAND, conj. En même temps que, aussitôt que. _J'y serai quand
- toi_, c'est-à-dire: J'y serai aussitôt que toi. _Tu partiras
- quand nous. Vous sortirez quand les autres_, c'est-à-dire: Vous
- sortirez quand les autres sortiront. Ce tour elliptique
- appartient au vieux français. Le dictionnaire de l'Académie dit:
- «Il est parti quand et quand nous,» pour signifier: Il est parti
- en même temps que nous.
-
- QUAND QUE..., loc. conj. À quelque moment que. _Quand que tu
- viennes, tu me feras plaisir. Oui, viens, viens, quand que ce
- soit._
-
- QUANTE, adv. Prononciation vicieuse de l'adverbe «quand.» _Quante
- l'occasion se présente, saisissez-la._ Français populaire.
- Prononcez _Kan_.
-
- QUANTIÈME, s. m. _Le quantième avons-nous? Le quantième tenons-nous?
- Le quantième du mois sommes-nous?_ Ces trois expressions sont
- vicieuses, et l'on doit y substituer les suivantes: Quel quantième
- avons-nous? Quel est le quantième du mois?
-
- QUARANTAIN, s. m. _Un bouquet de quarantains._ Terme savoisien,
- rouchi, etc. Le mot français est: Quarantaine.
-
- QUART, s. m. Nous disons, en supprimant l'article «Un»: _Il est
- deux heures et quart; il est midi et quart; il est trois heures et
- quart._ Les dictionnaires et le bon usage veulent qu'on dise: Il
- est deux heures et UN quart; il est midi et UN quart. Ou bien, en
- retranchant la conjonction _et_: Il est deux heures UN quart; il
- est midi UN quart, etc. Dites de même: Cet objet pèse trois livres
- et UN quart; ou: Cet objet pèse trois livres UN quart.
-
- QUART, s. m. Nous disons d'un objet qui n'a aucune valeur: _Il ne
- vaut pas six quarts; il ne vaut pas deux quarts._ Le _quart_ était
- une de nos monnaies valant un centime environ. Il y avait des
- pièces de _six quarts_, des pièces de _trois quarts_, et des
- pièces de _deux quarts_.
-
- QUART, s. m. Mesure de capacité pour les grains, laquelle équivaut à
- un quart de _coupe_, soit deux décalitres ou à peu près. _Un quart
- de blé; un quart d'avoine._
-
- QUARTE ou CARTE, s. f. Mesure de capacité pour les grains, laquelle
- équivaut à un seizième de la _coupe_. Voyez ce mot. A la page
- quatre-vingtième du tome Ier, il est dit, par erreur, _un sixième_
- (de la coupe) au lieu de: «Un seizième.» Voyez CARTE.
-
- QUARTERON, s. m. Mesure de capacité pour les liquides, laquelle
- équivaut à un vingt-quatrième du setier, soit deux pots, soit deux
- litres et un quart.
-
- QUARTERON, s. m. _Un quarteron de paille_ équivaut à huit quintaux
- de paille, soit vingt-cinq grosses gerbes, chacune d'environ sept
- pieds de tour.
-
- QUE, dans les phrases suivantes, est une particule d'impatience et
- de dépit. _Sonne que te sonne! Crie que te crie! Pleure que te
- pleure!_ Phrases elliptiques et originales, qui équivalent à:
- Peste de celui qui ne fait que sonner! La peste soit du bambin qui
- crie! La peste soit de l'enfant qui pleure!
-
- [+] QUE, sorte de conjonction. Si ce n'est, excepté. _Tous ont_
- _menti que mon garçon. Tous ont payé que toi. On peut tout
- racheter que la mort_, est un proverbe de nos campagnards.
-
- [+] QUE. Dont. _Dis-voir, Tronchet, comment appelles-tu cette femme
- d'ici vis-à-vis que son mari est tailleur?_ (dont le mari est
- tailleur). _Connais-tu Prosper?--Quel Prosper?--Eh! pardine,
- Prosper Flammel, que sa femme est tant méchante_ (dont la femme
- est si méchante). _Quel chemin faut-il prendre pour
- accourcir?--C'est tout simple: le chemin qu'on va au vieux pont_
- (par lequel on va au vieux pont). Expression savoisienne, etc.
-
- QUEBER, v. a. Terme d'écolier. Voyez CHEBER.
-
- QUEL. Quelque. _J'irai te voir après-demain quel temps qu'il fasse._
- Dites: Quelque temps qu'il fasse. _À quel moment que tu viennes_
- (à quelque moment que tu viennes), _tu me trouveras. Viens à
- quelle heure que ce soit_ (à quelque heure que ce soit.) Faute
- répandue même parmi des personnes qui se piquent de bien parler.
-
- QUEL, QUELLE. _À quelle heure dînerons-nous, Antoine?--À quelle
- heure tu voudras._ Dites: À l'heure que tu voudras. _À quelle
- place nous asseyerons-nous?--À quelle place tu voudras._ Dites: À
- la place que tu voudras.
-
- QUELQUES, s. m. plur. _Nous étions à ce concert quarante et
- quelques. Le nombre des morts, dans cet horrible incendie, s'éleva
- à soixante et quelques._ Cette expression, très-usitée chez nous,
- et qui n'a rien de choquant, ne se trouve pas dans les
- dictionnaires.
-
- [+] QUE NON PAS. _Il nous vaut mieux suivre la grand'route que non
- pas nous perdre._ Dites: «Que de nous perdre.» _C'est plus sage à
- nous de patienter que non pas recourir à un procès._ Dites: «Que
- de recourir à un procès.»
-
- QUET, adj. masc. Terme d'écolier. Ruiné, qui a tout perdu au jeu.
- _Je ne joue plus, je suis quet._
-
- QUEUE, s. f. Nous disons figurément: _Il n'y a pas la queue d'un
- chat_, pour signifier: Il n'y a personne. _Le temps fut si
- mauvais, si désastreux, qu'il n'y eut pas la queue d'un chat à la
- soirée du casino._ Les dictionnaires disent: «Il n'y eut pas un
- chat.»
-
- QUEUE CUITE. Dans notre langage populaire: _Avoir la queue cuite_,
- signifie: Être penaud, être tout honteux, tout mortifié. _Il s'en
- retourna la queue cuite._
-
- QUI, pron. rel. Que. _Faites ce qui bon vous semblera._ Dites:
- Faites ce QUE bon vous semblera.
-
- [+] QUIBLE, s. m. _Passer au quible._ Dites: Crible.
-
- [+] QUIBLER, v. a. Cribler.
-
- [+] QUIBLURE, s. f. Criblure.
-
- [+] QUINAR, s. m. _Quinar en bois._ Dites: Quina. Quina en bois.
-
- QUINARRODON, s. m. Cynorrhodon, fruit de l'églantier.
-
- QUINCONCHE, s. m. _Planter des arbres en quinconche._ Terme vieux
- français. On dit actuellement: «Quinconce.»
-
- QUINE, s. fém. Dites: Un quine, combinaison de cinq numéros pris
- ensemble à la loterie.
-
- QUINER, v. a. Terme d'écolier. Tout gagner, mettre à sec son
- adversaire.
-
- QUINQUE, s. f. Femme malingre, souffrante et qui se plaint toujours.
-
- QUINQUERNAGE, s. m. Rabâchage, répétition fatigante. _Veux-tu donc
- continuer toute la semaine avec ces quinquernages?_
-
- QUINQUERNE, s. f. Vielle, instrument de musique. _Les sons monotones
- d'une quinquerne._ Au sens figuré, _quinquerne_, adjectif et
- substantif, se dit d'une personne ennuyeuse et qui ne fait que
- rabâcher. _La sotte quinquerne que votre dame Du Terrail! Tu es
- bien quinquerne aujourd'hui, ma petite Rosalie._ Terme vaudois et
- savoisien. En Valais, _quinquerne_ se dit d'une femme vaine et
- coquette. Dans le dialecte rouchi, _quinch'terneux_ se dit d'un
- ménétrier qui fait danser dans les guinguettes. En vieux français,
- _quiterne_, _guiterne_ et _guinterne_ signifiaient: Guitare.
-
- QUINQUERNER, v. a. et neutre. Rabâcher, fatiguer par d'insipides
- redites, gronder, sermonner. _Qu'as-tu tant à nous quinquerner?
- Elle quinquerne son mari toute la sainte journée._
-
- QUINQUERNEUR, s. m. Rabâcheur, celui qui fatigue en répétant ou en
- demandant toujours la même chose.
-
- QUINQUET, adj. masc. Se dit d'un homme faible de corps et malingre.
- _Il est tout quinquet._ Voyez QUINQUE.
-
- QUINQUET, s. m. (fig.) OEil. _Prends donc garde, Félix, tu vas me
- crever le quinquet._ Terme badin.
-
- QUINSON, s. m. Pinson. _Un nid de quinsons. Élever des quinsons._
- Terme vaudois, savoisien et méridional. En Franche-Comté on dit:
- _Quinzon_, et dans notre patois, _quichon_.
-
- QUINZE, adj. num. Nous disons de deux faits, de deux événements,
- tout à fait semblables: _Cela revient tout à quinze_. On dirait en
- français: C'est tout un; c'est blanc bonnet, bonnet blanc; c'est
- absolument la même chose. _Partir aujourd'hui, partir demain, cela
- revient tout à quinze._
-
- QUIQUAGEON, s. m. Maisonnette, habitation chétive, réduit. Terme
- dérisoire et badin.
-
- QUIQUE, s. f. (Prononcez _kike_.) Jeu d'enfant, lequel se joue de la
- manière suivante. On place, derrière un morceau de tuile ou de
- pierre, de la monnaie, des boutons ou des clous. On prend un palet
- qu'on tire contre un but pour savoir qui jouera le premier. Celui
- dont le palet est le plus près du but fait une raie et lance de là
- son palet contre le morceau de tuile ou de pierre, afin d'amener
- l'enjeu le plus près possible de son palet. Chaque joueur en fait
- autant à tour de rôle. Une fois que le _petit_ (ou cochonnet) est
- renversé, chaque mise ou partie de mise échoit au palet qui s'en
- approche le plus. Si par hasard le palet d'un joueur s'arrête sur
- ou contre le petit, et le touche, on dit qu'il _vougne_; c'est un
- mauvais coup pour tous les joueurs, lesquels ne peuvent rien
- gagner tant qu'il n'a pas été _dévougné_, c'est-à-dire, tant que
- le petit n'a pas été remué par un palet rejoué de nouveau. [P. G.]
-
- QUIQUERIKI, s. m. Chant du coq, ou plutôt, sons par lesquels nous
- imitons ce chant. Terme savoisien. En certaines provinces de
- France on dit: _Coquerico_; dans d'autres, _coquélicot_; ailleurs,
- _cacalaka_ et _quiquelikika_. Il en est du chant du coq comme des
- cloches, auxquelles on fait dire tout ce qu'on veut.
-
- QUITTE, adj. Nous disons: _Jouer à quitte ou double_. Les
- dictionnaires disent: Jouer à quitte ou À double.
-
- QUITTE AVEC. _Me voilà enfin quitte avec toi. On n'est jamais quitte
- avec son pays._ Dites: Me voilà quitte ENVERS toi: on n'est jamais
- quitte ENVERS son pays.
-
- QUOIQUE ÇA, loc. adv. Malgré cela, néanmoins, pourtant. _Elle le
- trompe ouvertement, et quoique ça il l'aime toujours._ Français
- populaire.
-
-
-R
-
- R. Cette lettre joue un grand rôle dans le langage de nos
- campagnards: ils l'introduisent entre deux voyelles pour éviter
- les cacophonies. Ainsi, au lieu de dire: À un coin, à une heure,
- à un village, etc., le paysan dira: _À r'un coin, à r'une heure,
- à r'un village; d'ici à r'un moment. La petite chambre est à
- r'Auguste. Quel est le prix de_ _vos cerises, brave homme?--Oh
- là, Monsieur, j'en ai à r'un sou la livre et à deux sous._
- L'introduction de ce _r_ euphonique est fréquente aussi dans le
- langage populaire de la ville.
-
- RABATTRE, v. a. Rebattre, répéter jusqu'à satiété. _Que viens-tu
- encore nous rabattre? N'as-tu pas assez rabattu tes ennuyeuses
- anecdotes et tes vieux contes?_
-
- RABISTOLER, v. a. Raccommoder. Voyez RAPISTOLER.
-
- RABISTOQUER, v. a. Rapiécer, rapiéceter, raccommoder tant bien que
- mal. _Rabistoquer des grolles; rabistoquer un broustou._
-
- RABLET ou RABLIET, s. m. Râble, racloir à long manche.
-
- RABOBINER, v. a. Raccommoder tant bien que mal, rajuster. _Rabobiner
- une casaque._ Terme vaudois et vieux français. S'emploie souvent
- au sens figuré. _Un verre de vin a suffi pour le rabobiner et le
- remonter._ _Se rabobiner_ veut dire: Se rétablir, revenir en
- santé.
-
- RABOTTE, s. f. Pomme enveloppée de pâte, et que l'on cuit au four.
- Terme connu à Reims, et sans doute ailleurs. En vieux français,
- _rabote_ signifie: Boule. Nos _rabottes_ ont, en effet, la forme
- d'une boule.
-
- RABOTU, UE, adj. Raboteux. _Chemin rabotu._
-
- RABOUCLER, v. a. Boucler. _Raboucler un soulier._
-
- RABOUTONNER, v. a. Boutonner.
-
- RACAUQUER, v. a. Attraper, recevoir dans la main une chose jetée en
- l'air. _Jette-moi ta paume: je la racauquerai._ Terme de la Suisse
- romane. A Rumilly (Savoie) on dit: _Recauquer_.
-
- RACCORDER, v. a. _Raccorder un piano, raccorder un violon_, etc.
- Dites: Accorder.
-
- RÂCHE, s. f. Teigne, gale plate et sèche, qui vient à la tête et
- dont on guérit difficilement. Mr BESCHERELLE, en enregistrant ce
- mot dans son dictionnaire, dit qu'il est inusité. Mr BESCHERELLE
- devait dire que ce terme appartient au vieux français, et qu'il
- est encore usité en Suisse, en Savoie, en Bourgogne, dans le Berry
- et dans quelques autres provinces de France.
-
- RÂCHE, s. f. Cuscute ou barbe de moine, plante parasite. Terme
- vaudois, méridional, etc.
-
- RACHE-PIED (DE), loc. adv. D'arrache-pied, sans interruption, sans
- discontinuité, sans relâche. _Travailler de rache-pied._ Terme
- français populaire.
-
- RACINAGE, s. m. Terme collectif par lequel on désigne les raves, les
- carottes, les scorsonères, les navets, les betteraves, etc.
-
- RÂCLE, s. m. Instrument propre à racler, racloir, râble. Le proverbe
- suivant: _Le râcle se moque de l'écovet_, se dit de deux personnes
- également ridicules et qui se moquent l'une de l'autre. Les
- dictionnaires français disent: «La pelle se moque du fourgon.»
-
- RÂCLE ou RÂCLE-CHEMINÉE, s. m. Ramoneur. Terme jurassien, savoisien,
- méridional, etc.
-
- RACLER, v. a. _Racler des scorsonères, racler des radis, racler des
- navets_, ne sont pas des expressions françaises; il faut dire:
- Râtisser.
-
- Que faites-vous, Marguerite?
- Râtissez-vous des navets?
-
- [_Théâtre de la Foire_, t. III, p. 100.]
-
- RACLER, v. a. _Racler un poisson._ Dites: Écailler un poisson,
- c'est-à-dire: Lui enlever l'écaille avec un outil tranchant.
-
- RACLER, v. a. Toucher légèrement, frotter contre. _J'ai raclé la
- muraille en passant._
-
- RÂCLER, v. n. Grasseyer, parler gras et d'une manière traînante.
-
- RACLETTE (À LA), loc. adv. À la rigueur, tout juste. _L'examen de
- mathématiques fut médiocre et l'étudiant ne fut admis qu'à la
- raclette._ Dans le canton de Vaud, _raclette_, s. f. (en français,
- «Racloire,» s. f.), se dit de la planchette qui sert à racler le
- dessus d'une mesure de blé pour la rendre rase, au lieu d'être
- comble.
-
- RACLON, s. m. Se dit de certains objets en mauvais état et usés.
- Ainsi, _un raclon de fusil, un raclon de couteau, un raclon de
- canif_, sont: Un mauvais fusil, un mauvais couteau, un mauvais
- canif.
-
- RACÔQUER, v. a. Voyez RACAUQUER.
-
- RACOQUILLER, v. a. Recoquiller, retrousser en forme de coquille.
-
- RAFATAILLE, s. f. Vieilleries, objets usés ou de nulle valeur,
- restes d'un choix qu'on a fait. _Un tas de rafatailles._
-
- On voyait dans un plat coineux
- Nager, sur du bouillon sans yeux,
- Des raves, de la patenaille,
- De l'ognon, de la _rafataille_.
-
- [CH.]
-
- Terme suisse et méridional. S'emploie figurément comme synonyme de
- canaille, racaille, rebut.
-
- RAFFE, s. f. Diarrhée, cours de ventre.
-
- RAFFER, v. n. Avoir la diarrhée.
-
- RAFFEUX, adj. masc. Nous appelons raisin _raffeux_, celui dont la
- gousse se détache lorsqu'on le mange. On appelle en Anjou,
- _raffard_, une sorte de mauvais raisin.
-
- RAFFISTOLER, v. a. Raccommoder, rapiéceter, remettre en état.
- _Raffistoler un manteau; raffistoler un chariot._ Terme parisien
- populaire, etc. Dans le vieux français, _affistoler_ signifie:
- Parer, orner, embellir, endimancher.
-
- RAFLÉE, s. f. Rafle. _Les voleurs firent une complète raflée_;
- c'est-à-dire: Emportèrent tout sans rien laisser. Terme français
- populaire.
-
- RAFOUILLER, v. a. Fouiller, farfouiller.
-
- RAFOUR, s. m. Four à chaux. _Établir un rafour; allumer le rafour._
- Terme vaudois, savoisien, dauphinois, bressan, franc-comtois et
- vieux français.
-
- [+] RAFROIDIR, v. a. Refroidir. _Le temps s'est rafroidi. Laissons
- rafroidir la soupe._ Français populaire et vieux français.
-
- RAGÂCHE ou RAGASSE, adj. Taquin, tenace, avare. En italien:
- _Ragazzo_.
-
- RAGON, s. m. Salade romaine printanière. Les habitants de la ville
- appellent _ragon_ la «Petite laitue verte.»
-
- RAGOTANT, ANTE, adj. Ragoûtant, appétissant.
-
- RAISIN, s. m. Nous disons: _Cueillir un raisin, manger un raisin,
- offrir un raisin_. Cette locution gasconne n'est autorisée par
- aucun grammairien, ni aucun dictionnaire. «Un raisin» ne se dit
- qu'en parlant de toute une espèce (le muscat est un bon raisin).
- Dans les exemples ci-dessus, il faut dire: Cueillir une grappe de
- raisin, ou: Cueillir du raisin; manger du raisin; offrir du
- raisin, ou des raisins, etc.
-
- RAISINS DE MARS, s. m. pl. Groseilles rouges.
-
- RAISINÉE, s. f. _Un pot de raisinée. La raisinée est sujette à se
- moisir._ Terme suisse et savoisien. Le mot français est:
- «Raisiné.» Du raisiné.
-
- RAISON, s. f. _Se faire une raison_, signifie: Accueillir des idées
- raisonnables, adopter des mesures sages et prudentes. _Tu as eu là
- une grande épreuve, mon cher Antoine; mais ne t'abandonne pas au
- découragement, et sache te faire une raison._ Terme français
- populaire.
-
- RAISONNER À. Répliquer à. _Tu veux nous raisonner, bambin! Raisonner
- à ton père et à ta mère!... tu verras._ Le verbe «Raisonner» a
- bien le sens de répliquer, mais il ne prend pas de régime. On
- peut dire à un enfant qui ergote: Ne raisonne pas; cesse de
- raisonner. Mais il n'est pas correct de lui dire: _Ne me raisonne
- pas_.
-
- RAISONNER QUELQU'UN. Le faire raisonner, chercher à l'amener à une
- sage détermination. _Il vaut souvent mieux raisonner un enfant que
- de le gronder._ On disait en vieux français: _Arraisonner
- quelqu'un_. _Se raisonner_, v. pron., veut dire: Accueillir des
- idées raisonnables; soumettre son esprit à la raison. _Tu ne sais
- pas te raisonner, Julie; tu te désoles pour un rien._
-
- RAISONS, s. f. pl. Altercation, contestation, démêlés, difficultés,
- paroles vives. _Avoir des raisons avec quelqu'un. Ils ont eu des
- raisons ensemble. Je me garderai bien d'avoir des raisons avec
- lui._ Expression connue en France, mais qui n'a pas été, jusqu'à
- présent, admise dans les dictionnaires.
-
- RAISSON, s. m. Sciure de bois. _Une seille de raisson._ Terme
- vaudois et savoisien. En Franche-Comté on dit: _Rasson_; dans
- l'évêché de Bâle, _rasun_: termes formés du vieux mot _resse_; en
- patois _rasse_, qui signifie: Une scie.
-
- RAISSONNET, s. m. Sciure de bois. _Au raissonnet! au bon
- raissonnet!_ est le cri des paysans qui viennent nous vendre de la
- sciure de bois.
-
- RAJOUTER, v. a. Ajouter de nouveau. _Cette salade n'a pas assez
- d'huile: rajoutez-en._ Terme français populaire.
-
- RAMASSÉE, s. f. Volée de coups, rossée. _Une bonne ramassée le
- contraignit enfin à se taire._ Terme vaudois. Dans le vieux
- français, _donner la ramasse_, signifiait: Donner le fouet. Dans
- le français populaire, _ramasser_ veut dire: Maltraiter de coups.
-
- RAMASSER UN MAL. Gagner un mal, gagner une maladie. _La phthisie
- est, dit-on, une maladie qui se ramasse._
-
- RAMELÉE, s. f. Ribambelle, grand nombre, quantité. _Une ramelée de
- badauds._ Terme vaudois.
-
- RAMONÉE, s. f. Forte réprimande. _Faisons les gattes, François: on
- en sera quitte tous deux pour une ramonée._ Terme dauphinois, etc.
-
- RAMONER, v. a. (fig.) Gronder, tancer. Dans le dialecte rouchi,
- _ramoner_ signifie: Rosser.
-
- RAMPON, s. m. Mâche, herbe potagère. _Salade au rampon._ Terme
- suisse-roman et savoisien.
-
- RAMURE, s. f. Toiture, couverture d'un édifice.
-
- RAMURES, s. f. pl. Terme de jardinier. Rames, menues branches
- d'arbres qui servent à soutenir les pois et les haricots. _Mettre
- des ramures._
-
- RANCHE, s. f. Rangée, ligne. _Une longue ranche._ Terme lyonnais.
-
- RANCHÉE, s. f. Rangée, ligne, rang, suite de plusieurs choses mises
- sur une même ligne. _Une ranchée de livres; une ranchée d'arbres_,
- etc.
-
- [+] RANCO ou RANKO, s. m. Dernier râlement d'un mourant. _Être au
- ranco._ Terme vaudois et jurassien. Dans le dialecte provençal,
- _rangouiha_ veut dire: Râler, c'est-à-dire: Respirer avec bruit et
- d'une manière pénible. Dans le patois du Jura, le verbe
- _rancasser_, et dans le patois de l'Isère, _rancheisié_, ont le
- même sens.
-
- RANG ou RANG DE BOIS, s. m. Bûche ronde, rondin. _Une douzaine de
- rangs. Des têtes de rang. A Genève on vend le fayard_ (le hêtre)
- _soit au moule, soit par rangs_.
-
- RANGER, v. a. _Tranquillisez-vous, nous rangerons bien votre
- affaire. Va te ranger, Émile, et nous sortirons; mais aie soin de
- bien ranger ta cravate et tes cheveux._ On peut dire: Ranger une
- chambre, ranger une armoire, ranger des livres; mais dans les
- exemples ci-dessus, _ranger_ est une expression incorrecte; il
- faut dire: «Arranger.»
-
- RANGUILLE. Jeu d'écolier, qui consiste à placer une pierre, une
- boule ou une tuile sur un piquet ou sur une butte quelconque, et à
- tâcher de les abattre à coups de pierre.
-
- RANGUILLER, v. a. Terme du jeu de quilles. Relever et replacer les
- quilles abattues. Terme vaudois.
-
- RANGUILLEUR, s. m. Celui qui ranguille.
-
- RANQUEMELER, v. n. Râler, être poussif, respirer avec bruit et
- peine. On dit aussi: _Roncemeler_.
-
- RAPATIN, s. m. Sittelle, genre d'oiseaux grimpeurs.
-
- RÂPELU ou RAPÉLU, s. m. Se dit d'un homme qui est vêtu d'habits
- vieux et râpés, et qui a l'air excessivement misérable.
-
- RAPERCHER, v. a. Chercher avec une sorte de soin, trouver, déterrer,
- raccrocher. _Rapercher des bouquins. Où as-tu donc raperché cette
- vieille hallebarde? Tu as perdu là, par ta faute, une excellente
- pratique: il faut essayer de la rapercher._ _Se rapercher_, v.
- pron., signifie: Se rattraper, recouvrer ce qu'on avait perdu.
-
- RAPETISSIR, v. a. Rapetisser.
-
- RAPETOUILLER, v. a. Raccommoder.
-
- RÂPI, s. m. Râpé de copeaux, c'est-à-dire: Certaine quantité de
- copeaux (_belues_) qu'on met dans un tonneau pour éclaircir le
- vin. _Boire sur le râpi_, signifie: Boire du vin éclairci par les
- copeaux. Au sens figuré, _Être sur le râpi_, veut dire: Être
- harrassé, être rendu, être sans force et sans courage, baisser,
- décliner.
-
- RAPIAMUS. Terme latin qui signifie: Enlevons, prenons tout. _Faire
- rapiamus_, signifie: Enlever tout. Terme normand, etc.
-
- RAPICOLER, v. a. Ravigoter, ranimer. _Repicoler_ a le même sens.
-
- RAPIDE, adj. Roide, escarpé, qui a beaucoup de pente. _Chemin
- rapide; montée rapide; côte rapide._
-
- RÂPIN, s. m. Avare, ladre, homme dur à la détente. _Je te plains
- d'avoir pour maître de maison un pareil râpin._ Terme vaudois.
- Dans le dialecte normand (arrondissement de Bayeux), _un râpin_
- est un homme qui enlève tout ce qu'il peut dans les champs. R.
- _rapio_.
-
- RAPISTOLER, v. a. Raccommoder grossièrement, rapiécer, rapiéceter,
- rajuster. _Rapistoler une robe._ On dit aussi, mais plus rarement:
- _Rafistoler_.
-
- RAPLATIR, v. a. Rendre plus plat, rendre plus uni, amincir. Terme
- français populaire.
-
- RAPPELER (S'EN), v. pron. Dites: Se LE rappeler. _T'en rappelles-tu,
- Toinette?--Non, Madame.--Eh bien, moi, je m'en rappelle: et voici
- la troisième fois que tu sors de nuit sans ma permission._
-
- RAPPELER DE. _Rappeler d'un jugement, rappeler d'un arrêt, rappeler
- d'une sentence_, ne sont pas des expressions correctes. Il faut
- dire: Appeler d'un jugement; appeler d'un arrêt, appeler d'une
- sentence.
-
- RAPPONDRE, v. a. Joindre, rejoindre deux choses séparées. _Rappondre
- une ficelle. Fil rappondu._ On _rappond une sauce_, en y ajoutant
- du bouillon ou de l'eau. Terme suisse-roman, savoisien et
- jurassien.
-
- RAPPORT, s. m. Dans notre langage populaire, _par rapport que_,
- signifie: Parce que, par la raison que. _Fanchette n'est pas allée
- te voir dans ta maladie, par rapport que toi le premier tu l'avais
- depuis longtemps négligée._ Français populaire.
-
- RAPPORT À. Par rapport à, ayant égard à, en considération de, à
- cause de. _Rapport à nos deux cousins, j'ai voulu changer l'heure
- du goûter. Rapport à vous, je prêterai la somme en question._
- Français populaire.
-
- RAPPORTAPET, s. m. Terme d'écolier. Rapporteur, celui qui rapporte,
- celui qui dénonce les étourderies de ses camarades. _Défiez-vous
- de lui, ce n'est qu'un rapportapet._ Dans le canton de Vaud: _Un
- redipet_.
-
- RAPPROPRIER, v. a. Approprier, nettoyer. _Rapproprier une chambre._
- Au réfléchi, _se rapproprier_, veut dire: Se faire propre, se
- reblanchir, faire sa toilette. Terme français populaire.
-
- RAPSODAGE, s. m. Mauvais raccommodage, rhabillage. _Vous deviez me
- raccommoder ce gilet, et je n'y vois qu'un rapsodage._ Le verbe
- «rapsoder,» raccommoder grossièrement, se trouve dans quelques
- dictionnaires modernes.
-
- RARIFIER, v. a. Raréfier.
-
- RARRANGER, v. a. Arranger de nouveau, rajuster.
-
- RARRIVER, v. n. _Tu ne fais que jeter des pierres, Alexis; mais si
- cela te rarrive, gare! Vous avez fait les gattes, petits drôles:
- que cela vous rarrive et vous verrez. Je suis sorti hier sans ma
- bourse; cela ne me rarrivera pas._ Ce terme fort commode n'est pas
- dans les dictionnaires.
-
- RAS, adv. _Couper les cheveux ras, tondre un chien ras_, etc., ne
- sont pas des expressions françaises, quoique fort usitées en
- France, en Savoie et chez nous. Il faut dire: Raser les cheveux;
- raser un chien; raser une moustache, etc. _Couper à ras, tondre à
- ras, couper à ras terre, couper à ras de terre_, sont également
- des expressions vicieuses. Ne dites donc pas: _Les hirondelles
- volaient à ras terre_; ni: _Elles volaient ras terre_; ni: _Elles
- volaient à ras la terre_. Dites: Elles volaient en rasant la
- terre; ou: Elles volaient rez terre. «Rez,» en effet, est une
- préposition qui signifie: Tout auprès, tout contre, tout joignant,
- rien entre deux. Abattre une maison REZ terre; couper un arbre REZ
- terre, etc.
-
- RASSIS, participe du verbe _rasseoir_, ne fait pas au féminin
- _rassie_, comme beaucoup de personnes le croient. Il ne faut pas
- dire: _Cette femme est rassie_, c'est-à-dire: Calme, posée,
- réfléchie; il faut dire: Cette femme est rassise. «La jeune
- Éveline, qui n'a pas encore dix-huit ans, est déjà une personne
- rassise, prudente et circonspecte.»
-
- RASSUJETTI, IE, subst. Jeune homme ou jeune fille qui, ayant fini
- son apprentissage, travaille encore avec un maître ou une
- maîtresse pour se perfectionner.
-
- RAT, s. m. Nous disons proverbialement: _Être trempé comme un rat_,
- pour signifier: Être tout trempé. L'Académie dit: «Être mouillé
- comme un canard.»
-
- RATAPIOLE, s. f. Ribote du lendemain. _Faire la ratapiole._
-
- RATAQUO, s. f. Voyez RATE, no 5.
-
- RATASSER, v. a. Signifie: 1º Fouiller, chercher; 2º Chicaner,
- taquiner, rabâcher, repasser.
-
- RATE, s. f. Souris. _Un nid de rates. Prendre des rates. Avoir un
- sommeil de rate._ Le _Complément_ du dictionnaire de l'Académie,
- en enregistrant ce mot, dit qu'il est peu usité. J'ose assurer
- qu'il est d'un usage journalier en Suisse, en Savoie, en
- Franche-Comté, dans les Vosges et dans tout le Midi. Nous disons
- figurément et facétieusement: _Avoir les rates au ventre_, pour
- signifier: Avoir grand'faim, avoir le ventre qui grouille de faim.
-
- RATE, s. f. Rat, marque blanche, que les écoliers et les gamins font
- malicieusement sur les habits des passants, au moyen d'un morceau
- d'étoffe frotté de craie et taillé en forme de rat.
-
- RATE, s. f. Dent de petit enfant, quenottes. _Montre-nous tes
- petites rates, Fanny. Laisse-toi arracher cette rate qui branle,
- et nous la mettrons sous le chenet._ Terme vaudois, franc-comtois,
- limousin, etc. En Languedoc et en Provence on dit: _Ratète_ et
- _ratounette_.
-
- RATE (FAIRE). Rater, faire faux feu. _Son fusil avait fait rate deux
- fois de suite._ Ce mot est une onomatopée.
-
- RATE ou RATAQUO, s. f. Réflexion du soleil sur un miroir ou sur un
- corps quelconque réverbérant. _Faire la rate aux passants. Ces
- petits polissons nous aveuglaient avec leur rate, avec leur
- rataquo. Les vitres de ta fenêtre me font la rate._
-
- RÂTE, s. f. _Un mal de râte. Souffrir de la râte._ Prononciation
- vicieuse du mot «Rate,» dont l'_a_ est bref.
-
- RÂTEAU, s. m. Grille, fermeture, et principalement d'une porte de
- ville. _Fermer le râteau; ouvrir le râteau; enfoncer le râteau._
-
- RÂTELET DE MOUTON, s. m. Terme de boucherie. Carré de mouton, haut
- côté. Terme suisse et savoisien.
-
- RÂTELIER, s. m. Terme d'économie domestique. Dressoir, espèce de
- buffet sans porte, à plusieurs rayons.
-
- [+] RATENIR, v. a. Retenir. _Ratiens-moi, David, je tombe! Tâche de
- te ratenir à ce poutre._ Terme vaudois, etc.
-
- RATER, v. n. Se dit des chats, et signifie: Prendre les rats,
- poursuivre les rats. _Notre chat rate bien._ Les chasseurs le
- disent aussi des chiens qui s'amusent à poursuivre les rats, au
- lieu de s'attacher au gibier.
-
- RATIONNER, v. a. Faire la part, donner la ration, mettre à la
- ration. _Ces garçons ont un si terrible appétit, qu'il faudra
- véritablement les rationner._
-
- RATIN, s. m. Odeur des rats. _Sentir le ratin._
-
- RÂTISSOIR (UN). Instrument de fer pour râtisser les allées des
- jardins. _Râtissoir usé, râtissoir démanché._ Ce mot est féminin.
- Une râtissoire usée, une râtissoire démanchée.
-
- RATOULIVE ou RATOLIVE, s. f. Chauve-souris. Ce mot _ratoulive_ est
- une contraction des mots _rate-volive_, qui signifient: _Rate
- volante_, souris qui vole. A Rumilly (Savoie) et en Valais on dit:
- _rate-volière_; dans le patois vaudois, _ratta volaire_; à Lyon,
- _rate-volage_; dans le Jura, _ratevolate_; dans les Vosges,
- _volant-rette_.
-
- RAUFE, s. f. Rotengle, poisson du genre de la tanche.
-
- RAUFÉE, s. f. Algarade, grognerie, gronderie. _Faire une raufée.
- Recevoir une raufée._
-
- RAUFER, v. a. Gronder, grogner. _Raufer ses domestiques; raufer ses
- enfants. Son mari ne cesse de la raufer._ Terme suisse-roman. En
- allemand, _raufen_ signifie: 1º Tirer par les cheveux; 2º
- Chamailler.
-
- RAUFERIE, s. f. Gronderie, grognerie.
-
- RAUFERIES, s. f. pl. Vieux chiffons, vieilles hardes, objets sales
- et inutiles.
-
- RAUFIN, FINE, subst. Grognard, celui ou celle qui gronde par
- habitude ou par caractère.
-
- RAVANTER, v. a. Aveindre, _avanter_ de nouveau. _Tâche de me
- ravanter mon cerf-volant._
-
- RAVAUDAGE, s. m. Action de _ravauder_, de marchander.
-
- RAVAUDER, v. n. Marchandailler, mésoffrir, offrir d'une marchandise
- beaucoup moins qu'elle ne vaut.
-
- RAVAUDERIE, s. f. Bagatelle, brimborion. _As-tu payé ton
- tailleur?--Je ne lui dois plus qu'une ravauderie. Ta mère a-t-elle
- acheté quelque chose à cette vente publique?--Oui, quelques
- ravauderies._
-
- RAVAUDEUR, DEUSE, subst. Celui ou celle qui marchandaille, qui aime
- à marchander, et qui déprécie la marchandise. _Allez, ma mie: je
- vois bien que vous n'êtes qu'une ravaudeuse, et que vous ne voulez
- rien m'acheter._ Terme suisse et franc-comtois.
-
- RAVE, s. f. (fig.) Objet de nulle valeur, chose de rien. Se dit des
- personnes et des choses. _Deux francs à votre fils pour ses
- étrennes! La belle rave! Vous mariez votre Tiennette à Jean Des
- Verres? La belle rave de mari que vous lui donnez là!_ On dit de
- même: _Le beau fusil de rave! La belle campagne de rave!_ etc.
-
- RAVE. Employé adverbialement, ce mot est synonyme de: Néant, rien du
- tout, non, point du tout. _Tu ne veux pas ces_ _pommes pour ton
- goûter?... Eh bien, rave_, c'est-à-dire: Eh bien, tu t'en
- passeras, tu n'auras rien autre. Terme vaudois. On dit quelquefois
- dans le même sens: _Une rave_. _Père, mère, prête-moi les
- tenailles.--Une rave_, c'est-à-dire: Tu ne les auras pas.
-
- RAVE, s. f. Nous disons proverbialement: _Remettre à quelqu'un ses
- raves dans le sac_, pour: Lui rétorquer ses arguments, lui prouver
- son erreur ou son ignorance, le réduire à se taire.
-
- RAVÉ, ÉE, adj. Terme des campagnards. Cassant, qui se casse
- facilement. _Une branche ravée_, est une branche pourrie, et que
- le moindre effort, le moindre ébranlement pourrait casser.
-
- RAVOIR (S'EN). Revenir de sa surprise, se remettre d'un grand
- étonnement. _Vous me racontez là une chose si curieuse et si
- extraordinaire, que je ne puis m'en ravoir._ En français, «se
- ravoir» signifie: Se calmer, reprendre ses forces.
-
- RAVONNET, s. m. Radis, sorte de petite rave. _Une liasse de
- ravonnets._ Terme suisse-roman.
-
- RAYER, v. a. _Rayer un écolier_, signifie: Lui rayer son papier, le
- lui régler. _Viens ici, Fanny, je te rayerai, afin que tu écrives
- droit. Notre petit Eugène écrit déjà sans se rayer._ Dites: Sans
- régler son papier.
-
- REBÂCHER, v. a. Rabâcher, répéter souvent et inutilement la même
- chose.
-
- REBÂCHEUR, CHEUSE. Rabâcheur, rabâcheuse.
-
- REBARBARATIF, IVE, adj. Rébarbatif, rude, rebutant, repoussant.
- _Visage rebarbaratif, figure rebarbarative._ Terme français
- populaire.
-
- REBATTE, s. f. Meule d'un pressoir à huile ou à fruit. Terme
- savoisien. En patois, _rebatta_ signifie: Rouler, et _rebat_,
- rouleau.
-
- REBATTE, s. f. Ressac, action des vagues battant contre un mur ou un
- rocher, et retournant violemment vers le large. Dans le vieux
- français, _rebattre_ avait le sens de: Répercuter, réverbérer, et
- _rebattement_ signifiait: Répercussion.
-
- REBÉQUER ou REBECQUER, v. n. Se dit des aliments et signifie: Être
- antipathique, dégoûter, soulever le coeur. _Les choux me
- rebecquent. Le fromage rebecque à beaucoup de personnes._
-
- REBIOLON, s. m. Seconde pousse des choux, seconde pousse de la
- vigne. Terme suisse-roman.
-
- REBLOCHON, REBLOSSON ou REBLAICHON, s. m. Sorte de fromage de
- Savoie.
-
- REBOUILLER ou RABOUILLER, v. a. Remuer, ravauder, farfouiller.
- _Rebouiller un tiroir, rebouiller un pupitre. Il a l'estomac
- rebouillé._ Terme vaudois, fribourgeois, berrichon, etc. Nos
- campagnards appellent _rabouillé-beuze_, le bouzier, sorte
- d'insecte volant qui vit de préférence dans la bouze (en patois,
- _la beuze_).
-
- REBOURRÉE, s. f. Accueil dur, rebuffade. _Faire une rebourrée.
- Recevoir une rebourrée._
-
- REBOURRER, v. a. _Rebourrer quelqu'un_, c'est: L'accueillir avec des
- paroles dures, le maltraiter en paroles, le rembarrer.
-
- RECAFFÉE ou REKIAFFÉE, s. f. Gros éclat de rire, éclat de rire
- très-bruyant, forcé et commun. _Faire des recaffées. De ce groupe
- de bonnes d'enfants et de domestiques sortaient, par intervalles,
- d'énormes recaffées. Riez, si cela vous plaît, mesdemoiselles,
- mais ne faites pas des recaffées._
-
- RECAFFER, v. n. Faire de gros éclats de rire.
-
- RECAPER (SE), v. pron. Terme des campagnards. Se dit des femmes et
- signifie: Se recoiffer, se requinquer. L'opposé de ce verbe est
- (en patois), _se décapà_. R. _cape_, manteau, etc.
-
- RECHANGE (À), loc. adv. À tour de rôle, tour à tour. _Va à pied, je
- monterai sur le mulet, et nous ferons à rechange._
-
- RECHANGER (SE), v. récipr. Se relayer, se relever l'un l'autre.
- _Pour monter jusqu'à la cime du Jura, Mme N** prit quatre porteurs
- qui se rechangeaient._ Terme franc-comtois, etc.
-
- RECHAT, s. m. Terme des campagnards. Repas donné aux ouvriers à la
- fin d'un travail fait en commun. Dans le canton de Vaud on dit:
- _Ressat_. _Faire le ressat._
-
- RECHIEN ou RECHEIN, s. m. Mauvais accueil, répartie dure, affront,
- rebuffade. _Faire un rechien. Il m'a fait un rechien et une
- regauffrée de mâlevie._ Dans le vieux français, _rechin_ est un
- adjectif qui signifie: Triste, mélancolique, de mauvaise humeur.
- «Rechigner» est français.
-
- RECHIGNÉE, s. f. Rechignement, action de rechigner. _Faire une
- rechignée._ Voyez RECHIEN.
-
- RECHINCHÉE, s. f. Prise de tabac.
-
- RECHUTER, v. n. Avoir une rechute, faire une rechute, retomber, être
- attaqué de nouveau d'une maladie dont on paraissait guéri. _Tu le
- croyais au-dessus, mais il a rechuté. S'il rechute encore, c'est
- fait de lui._ Terme suisse-roman et méridional.
-
- RECORDAIN, s. m. Terme des campagnards. Deuxième regain. En latin,
- _cordum_ ou _fenum cordum_ veut dire: Regain.
-
- RECOU, s. m. Terme patois. Regain, deuxième coupe du foin.
-
- Quand il pleut à la mi-oû
- Y a (prou) raves et prou recou.
-
- RECOUVERT, ERTE, partic. Recouvré, récupéré. _La maison de commerce
- N** a recouvert, en trois ans, les sommes qu'elle avait perdues._
- Dites: Elle a recouvré. Dites aussi: Un tel a recouvré son crédit.
- Mme Z** pourra recouvrer une partie de l'héritage.
-
- RECRÉER, v. a. Réjouir, divertir. _Cette promenade vous a-t-elle un
- peu recréé?_ Écrivez et prononcez avec trois accents: «Récréé.» Le
- verbe «Recréer» (_re_ sans accent) est français, mais avec une
- autre signification.
-
- RÉCRÉPIR UN MUR. Dites: Crépir un mur. Voltaire, en se servant du
- mot _récrépir_, dans le passage suivant, le souligne. «M. le curé,
- vous savez que j'ai _récrépi_ à mes dépens l'église du Tilloi.»
- [_Lettre à M. de l'Écluse_, dans les _Facéties_.] «Recrépir» est
- français, dans le sens de: «Crépir de nouveau.»
-
- RÉCRÉPISSAGE, s. m. Crépissure, crépi. _Dans notre pays les
- récrépissages faits avant le milieu de mai ne sont pas solides._
-
- [+] RECTAL, adv. Recta, ponctuellement, avec régularité. _Valentin
- est un homme qui paie rectal._
-
- [+] RECTALEMENT, adv. Recta, ponctuellement.
-
- RECUITE, s. f. Masse de lait caillé qu'on tire du petit-lait
- bouilli.
-
- RÉCURAGE, s. m. Second écurage.
-
- REDASSE, s. f. Draine, espèce de grive plus grosse deux fois que
- l'ordinaire, et la moins délicate de toutes. Au figuré redasse se
- dit injurieusement d'une femme maigre et sèche. _Cette redasse,
- cette vieille redasse n'a-t-elle pas encore des prétentions!_
- Terme vaudois. En provençal, _radasso_ signifie: 1º Une
- rossinante; 2º Une vieille et mauvaise bête de somme.
-
- REDIT, s. m. Ne s'emploie guère que dans cette expression: _Les dits
- et les redits_, c'est-à-dire: Les cancans. _Avec ces dits et ces
- redits, on ne manquera pas de brouiller toute la famille._ Terme
- bordelais, etc.
-
- REDONDER, v. n. Ressauter, rebondir. _Regarde cette paume, Albin,
- comme elle redonde!_ Le verbe redonder se trouve dans les
- dictionnaires, mais avec une signification différente.
-
- REDOUX, s. m. Dégel, retour d'une température plus douce après
- quelques jours de gelée. _Le baromètre descend, nous allons avoir
- du redoux_, c'est-à-dire: Il va dégeler. Terme vaudois et
- savoisien.
-
- RÉDUIRE, v. a. Serrer, resserrer, enfermer en lieu convenable, ôter
- de devant les yeux. _Réduire la vaisselle; réduire le relavage;
- réduire des vêtements; réduire des outils. Le mauvais temps peut
- arriver quand il voudra, ma récolte est toute réduite. Nous étions
- tous réduits avant minuit_, c'est-à-dire: Avant minuit nous étions
- tous rentrés dans nos maisons. Terme consacré en Suisse et en
- Savoie. R. _reducere_, remettre en place, replacer. En Languedoc,
- au lieu de _réduire_, on dit: _Conduire_. _Conduisez ce pain.
- Conduisez cette bouteille et ces verres._
-
- REFAIRE, v. a. Nous disons figurément et proverbialement d'une chose
- qu'on nous présente comme avantageuse, mais qui en effet ne l'est
- pas: _Cela ne me refait pas la taille._ On dit en français: Cela
- ne me rend pas la jambe mieux faite. [ACAD.]
-
- REFAIT, FAITE, part. Nous disons ironiquement, à l'occasion d'un
- mécompte, d'un contre-temps, d'un désagrément qui nous arrive: _Me
- voilà bien refait!_ c'est-à-dire: Me voilà bien avancé! Me voilà
- mis dans de beaux draps! _Te voilà bien refait, Théodore, de
- chicaner ton petit frère: il t'a égratigné et tu saignes._ Terme
- languedocien, etc.
-
- REFALLOIR, v. imp. Falloir de nouveau. _Tu as acheté trop peu
- d'étoffe; il t'en refaut une demi-aune. Notre provision de
- fascines touche à sa fin: il en refaudra un demi-cent._
-
- REFENTE, s. f. _Un mur de refente._ Terme français populaire. Dites:
- Un mur de refend.
-
- REFIER (SE), v. pron. Se fier, compter sur. _Il se refie trop sur sa
- mémoire. Ne vous refiez pas sur cet homme._
-
- RÉFLÉCHIR, v. actif. Ce verbe est neutre. Ne dites donc pas: _J'ai
- réfléchi une chose_. Dites: J'ai réfléchi À une chose; j'ai
- réfléchi À un moyen de tout arranger, etc.
-
- REFONFONNER ou REFONFOUNER, v. n. Reprendre dans la cafetière, dans
- le pot, dans la marmite, etc. _Gouillarde que tu es! Après avoir
- bu tes deux écuelles, tu refonfounes encore._ On donne aussi à ce
- verbe le sens de: Mettre de l'eau sur le marc de café, dans une
- bouteille de vin, etc.
-
- REFRÂCHAIS, s. m. Terme d'agriculture. Refroissis, récolte faite sur
- des jachères. Terre que l'on fait porter une troisième année.
-
- RÉFROIDIR, v. a. La prononciation de réfroidir, avec accent sur
- l'_é_, est habituelle chez nous. Il faut écrire et prononcer:
- «REfroidir.»
-
- REFROUGNÉ, ÉE, adj. _Mine refrougnée; visage refrougné._ Le mot
- français est: Refrogné. Visage refrogné.
-
- REGAILLARDIR, v. a. Ragaillardir, remettra en bonne humeur, remettre
- en gaîté. _Cette bonne nouvelle les avait tous regaillardis._
- Français populaire et vieux français.
-
- RÉGALE, s. fém. Régal, régalade, festin, gala. _Faire une régale;
- faire une superbe régale._ Ce terme appartient à l'ancienne langue
- française; mais il était alors du genre masculin (un régale).
- Voyez la 1re édition du dictionnaire de l'Académie [1698].
-
- REGAUFFRÉE, s. f. Gronderie, paroles de dépit, rebuffade. _Faire une
- regauffrée à quelqu'un; recevoir une regauffrée._ Dans le canton
- de Vaud, on dit: _Regauffée_.
-
- RÉGLET, s. m. Terme de calligraphie. Transparent. _Écrire avec un
- réglet. Se passer de réglet._ Terme méridional.
-
- RÉGITRE, s. m. Écrivez sans accent sur l'_e_, «Regître» ou
- «Registre.»
-
- RÉGLEUSE, s. f. Terme de la fabrique d'horlogerie. Ouvrière dont la
- profession est de régler les montres. _À Genève, une habile
- régleuse peut gagner jusqu'à huit francs par jour._
-
- REGLISSE, s. f. Écrivez et prononcez: «Réglisse.» De la réglisse. La
- réglisse est adoucissante.
-
- REGORGE (À), loc. adv. Excessivement, à satiété, jusqu'au
- rassasiement. _Manger à regorge. Avoir des écus à regorge._
-
- REGRETTER, v. a. Dans notre langage: _Regretter une chose à
- quelqu'un_, signifie: La lui envier, être fâché, être triste de
- voir qu'il en est le possesseur. _Chacun lui regrette cette
- aubaine. Ne regrettez pas cette jeune et jolie femme à ce vieux
- barbon, c'est une pouine, une diablesse._ Expression méridionale.
-
- REGROLLAGE, s. m. Raccommodage de vieux souliers.
-
- REGROLLER, v. a. Raccommoder grossièrement de vieux souliers.
- _Grolle_, dans notre langage, signifie: «Savate.»
-
- [+] REGUINGOTTE, s. f. Redingote. _J'acheta cette reguingotte à
- l'encan._ Terme dauphinois, rouchi, etc.
-
- [+] RÉGULIARITÉ, s. f. Régularité. Le mot _réguliarité_ appartient
- au vieux français, et on l'emploie encore dans diverses provinces
- du nord de la France.
-
- REINE, s. f. Nous appelons _la reine du bal_ celle des danseuses
- dont la beauté ou la grâce y est le plus remarquée. En France, la
- reine du bal, c'est la personne pour qui se donne le bal.
-
- REJICLÉE, s. f. Éclaboussure, rejaillissement. En Dauphiné et en
- Languedoc, on dit: _Un rejiscle_.
-
- REJICLER, v. a. et n. Éclabousser, faire rejaillir. _L'eau lui
- rejicla dessus. Fais donc attention, Gaspard: ne vois-tu_ _pas
- que tu me rejicles?_ Terme suisse-roman, savoisien et méridional.
-
- RELÂCHER LE VENTRE. Lâcher le ventre.
-
- RELATIONNÉ, ÉE, adj. Se dit de celui ou de celle qui a des
- relations. _L'établissement que vient de fonder Mr Z** ne peut
- manquer de réussir, car c'est un jeune homme actif, intelligent et
- bien relationné._
-
- RELAVAGE, s. m. Lavage de la vaisselle après le repas.
-
- RELAVER, v. a. Laver la vaisselle après le repas. Terme vaudois,
- neuchâtelois, lorrain, wallon, etc.
-
- RELAVURES, s. f. pl. Lavure, eau grasse qui provient du lavage de la
- vaisselle.
-
- RELEVER, v. a. Terme de lingère. Reprendre. _Relever une maille à un
- bas._ Expression dauphinoise, etc.
-
- RELEVER, v. a. Saisir, prendre en contravention. _Le garde champêtre
- de la commune a relevé un chasseur qui foulait du blé noir. À la
- campagne les enfants se font souvent relever par les gardes._ [P.
- G.]
-
- RELEVER (S'EN), v. pron. En relever, se rétablir, en parlant d'un
- malade. _On ne croit pas que notre cousine s'en relève._ Dites: On
- ne croit pas que notre cousine EN relève.
-
- RELIQUAT, s. m. On prononce _relika_.
-
- RELOIN, adv. Ne s'emploie que dans cette expression très-familière:
- _Il est loin et reloin_, c'est-à-dire: Il est parti, il est depuis
- longtemps parti.
-
- RELUCHER, v. a. Reluquer, lorgner attentivement et du coin de
- l'oeil. _Relucher de belles pêches, relucher de beaux raisins._
- Dans notre langage, _relucher une demoiselle_, c'est: La regarder
- avec un tendre intérêt, et chercher à attirer son attention.
-
- REMAGNONS, s. m. pl. Reste d'aliment, vieux reste de fricot. Terme
- vaudois. Dans notre patois, _remagni_ veut dire: Rester. R. lat.
- _remanêre_.
-
- REMAIGRIR, v. n. _Ton beau-père avait repris un peu d'embonpoint,
- mais le voilà qui remaigrit._ Dites: «Ramaigrit.» L'infinitif est:
- «Ramaigrir.»
-
- REMARQUER À QUELQU'UN. Dites: Faire remarquer à quelqu'un, lui faire
- observer. _Je vous remarquerai que_, est un barbarisme.
-
- REMBOURS, s. m. Remboursement. Terme suisse, parisien populaire et
- vieux français.
-
- REMERCIER POUR. Remercier de. _Remerciez votre oncle pour toute la
- peine qu'il s'est donnée._
-
- REMÉMORIER (SE), v. pron. Se remémorer. _Tâche de te remémorier une
- partie de ce beau discours._ Français populaire.
-
- REMOLLION, s. m. (_ll_ mouillés.) Terme de lessiveuse, se dit
- essentiellement du linge de couleur et des vêtements de laine qui
- ne se coulent pas au _lissu_. _Madame a-t-elle préparé les
- remollions? Y a-t-il beaucoup de remollions? Le remollion n'est
- pas encore compté._ R. _remouiller_.
-
- REMOLLION, s. m. (_ll_ mouillés.) Réveillon, lendemain de noces;
- petit repas que l'on fait après un autre plus grand.
-
- REMONTANT (UN). Un stimulant, une chose qui ranime et fortifie soit
- le corps, soit l'esprit. _Pour beaucoup d'estomacs, un verre de
- bon vin est un remontant. L'arrivée de son père tirera notre jeune
- écolier de son apathie, et lui donnera un peu de remontant._
-
- REMONTER, v. a. Ravigoter, raviver, redonner des forces, remettre en
- meilleur état. _Un petit verre de curaçao les a tous réjouis et
- remontés. Ce petit legs a remonté cette pauvre famille. Cinq cents
- francs remonteraient bien votre fermier._ Terme méridional, etc.
- Les dictionnaires disent: «Remonter le courage, remonter
- l'imagination,» et rien de plus. A Genève, ce verbe _remonter_ a
- des significations plus étendues.
-
- REMOUCHÉE, s. f. Remontrance sévère, algarade. _Faire une
- remouchée._ En provençal: _Remouchinado_.
-
- REMOUCHER, v. a. (fig.) Gourmander, rabattre le caquet, réprimander
- sévèrement, rembarrer. _Il voulait élever la voix, mais son
- bourgeois l'a remouché._ Terme neuchâtelois, etc. En lorrain,
- _moucher quelqu'un_ signifie: Le battre, l'étriller; et dans le
- patois du bas Limousin, _moutsa_, s. m., veut dire: Un soufflet,
- une mornifle.
-
- REMUER, v. n. Déménager, changer d'appartement. _Quand remuez-vous,
- voisin?--Je remue après Pâques._ Terme suisse-roman, savoisien et
- lyonnais. Dans le Limousin, à Bordeaux et en d'autres endroits du
- midi de la France, on dit: _Se remuer_. _C'est demain qu'il se
- remue_ (c'est demain qu'il déménage). En vieux français, _remuer_,
- v. n., signifiait: Changer.
-
- REMUEUR, s. m. Déménageur. _Les remueurs sont payés quatre à cinq
- francs par jour. Tous les Genevois connaissent le joli conte des
- Remueurs, de Gaudy._
-
- RENAILLER, v. n. Renarder, vomir après une orgie.
-
- RENARDS, s. m. pl. (fig.) Vomissements d'un homme ivre. _Faire les
- renards_, vomir après une orgie. Dans le français populaire, on
- dit en ce même sens: _Écorcher le renard_.
-
- RENASQUER, v. n. Regimber, refuser, récalcitrer, renâcler, faire
- quelque chose en rechignant. _Tu as beau renasquer, mon pauvre
- Alfred, il faudra bien que tu en passes par là._ Terme vieux
- français, admis dans la 1re édition du dictionnaire de l'Académie
- [1694], mais rejetée depuis.
-
- [+] RENCONTRE (UN). _Tu n'as payé ce bois de lit que trois francs;
- c'est un bon rencontre. Dis-voir, Guillaume, tu me viendras ce
- tantôt au rencontre._ Ce mot, qui est aujourd'hui du genre
- féminin, était autrefois des deux genres.
-
- RENCONTRER (SE), v. pron. Être, se trouver, se rendre dans quelque
- endroit. _M'étant rencontré là par hasard, je_ _prêtai main-forte
- au gendarme. Tâche de te rencontrer sur la Treille à midi précis.
- Il se rencontra tout à point un honnête paysan qui nous hébergea._
- Expression vaudoise et méridionale.
-
- RENDEMENT, s. m. _Rendement de compte._ Reddition de compte. [P. G.]
-
- RENETTE, s. f. Écrivez et prononcez: Rainette ou Reinette. Pomme
- rainette ou pomme reinette. En vieux français, _raine_ signifie:
- «Grenouille.» Or les pommes rainettes sont tachetées comme les
- grenouilles.
-
- RENEVIER, IÈRE, adj. Terme des campagnards. Économe, ménager, qui
- tient en réserve. _Comment donc! à Pâques il vous offrait encore
- des raisins!--Oui, sans doute, parce qu'il est renevier, lui, et
- qu'il conserve quand les autres prodiguent._ Dans le patois
- vaudois, _Renevei_ veut dire: Prêteur sur gages, usurier,
- accapareur. Chez nous ce terme ne se prend qu'en bonne part, mais
- il est peu répandu. Dans le patois dauphinois, _renevie_ signifie:
- Regrattier, revendeur.
-
- [+] RENFORCIR, v. a. Enforcir, renforcer, donner des forces. _Les
- bains d'Arve ont renforci notre garçon._ Terme parisien populaire
- et vieux français.
-
- RENFROGNÉ, ÉE, adj. _Visage renfrogné._ Dites: Refrogné.
-
- RENITENT, ENTE, adj. et subst. Mutin, récalcitrant. _Faire le
- renitent. Punir les renitents. Gare aux renitents!_ Expression
- remarquable, fort usitée à Genève, mais inconnue en France,
- quoique recueillie par Boiste, etc. Dans le dialecte des environs
- de Valenciennes, _renicter_ signifie: Trouver des difficultés où
- il n'y en a pas. R. lat. _reniti_.
-
- RENONCE, s. f. Rassasiement, dégoût. _Boire à renonce. On menait une
- vie de chanoine; on avait du vin à renonce_, c'est-à-dire: On en
- avait à gogo et jusqu'à n'en plus vouloir.
-
- RENONCER, v. a. Se dégoûter de, prendre en dégoût. _Notre André est
- un brave garçon qui ne renonce jamais le travail._ Expression des
- campagnards.
-
- RENOTER, v. n. Redire sans cesse, répéter fastidieusement, rabâcher.
- _C'est la dixième fois que tu me renotes la même chose. Ces deux
- écoliers me renotent toujours que l'étude du grec les ennuie._
-
- RENOUVELER, v. n. Se renouveler, en parlant de la lune. _La lune
- renouvelle demain._
-
- Quand la lune renouvelle en beau,
- Trois jours après on a de l'eau.
-
- RENRHUMER, v. a. Enrhumer de nouveau. _J'ai quitté mon gilet de
- flanelle, et me voilà renrhumé._
-
- RENTER, v. a. _Renter des bas._ Dites: Remonter des bas.
-
- [+] RENTOURNER (SE), v. pron. S'en retourner. _Ne pleure plus, mon
- vâlet, et rentourne-t'en chez vous.--Ma mama ne veut pas que je
- m'en rentourne seul._ Barbarisme vaudois, lyonnais, etc.
-
- RENTRER, v. a. _Rentrer une couture._ Terme français populaire.
- Dites: Rentraire une couture.
-
- [+] RENVENIR (S'EN), v. pron. S'en revenir. _Lequel de vous veut
- s'en renvenir avec moi? Renviens-t'en, Michel._ Barbarisme
- lyonnais, etc.
-
- RENVERSER, v. n. Verser, parlant d'une voiture. _Nous heurtâmes
- contre le boute-roue, et le chariot renversa._ Terme français
- populaire.
-
- REPAILLER, v. n. Rempailler, garnir d'une nouvelle paille. _Voilà
- des chaises mal repaillées._
-
- REPAILLEUSE, s. f. Rempailleuse.
-
- REPAS DU LOUP, s. m. Terme des campagnards. Repas donné le troisième
- jour de la noce aux personnes avec lesquelles on est moins en
- relation.
-
- REPATRIER, v. a. Rapatrier, réconcilier des personnes brouillées.
- Terme méridional, etc.
-
- REPÊCHER (SE), v. pron. Se rattraper, retrouver son gain, prendre sa
- revanche.
-
- ....... Je laisse le bouli,
- Comptant _me repêcher_ bientôt sur le rôti.
-
- [CH.]
-
- [+] REPENTU, UE, part. _Elle s'est bien vite repentue d'avoir
- menti._ Barbarisme qui appartient au français populaire. On doit
- dire: Repenti, repentie.
-
- REPETASSER, v. a. Rapetasser, raccommoder grossièrement de vieilles
- hardes. Terme méridional.
-
- REPICOLER ou RAPICOLER, v. a. Ravigoter, ranimer, rendre les forces,
- remettre en vigueur, refaire. _Notre pauvre petite Linotte était
- crevotante, un peu de vin l'a repicolée. Depuis que j'ai pris ce
- bouillon bien chaud et bien succulent, je me sens repicolé._ Terme
- suisse et savoisien. Dans le patois du Jura, et dans le dialecte
- provençal, _revicouler_ et _reviscoula_ ont le même sens.
-
- REPIPER, v. a. Répliquer, répondre. _Quand je lui ai dit son fait,
- il n'a rien repipé, il n'a pas repipé mot._
-
- REPIT, s. m. _Avoir du repit; donner du repit._ Écrivez et prononcez
- «Répit,» avec un accent sur l'_é_.
-
- REPLAT, s. m. Plateau, terrain plat sur une élévation. _Nous ferons
- une halte au premier replat._ Terme suisse. Dans le dialecte du
- Berry, _replat_ signifie: Terrain déprimé.
-
- REPLIQUER, v. a. _Garde-toi de repliquer. Si tu repliques, je te
- punis._ Prononciation habituelle chez nous. Ce mot s'écrit avec un
- accent sur l'_é_: «Répliquer.» Ne réplique pas.
-
- REPLUMER (SE), v. pron. Se remplumer. S'emploie surtout figurément
- et signifie: 1º Revenir en santé; 2º Rétablir ses affaires,
- regagner de l'argent.
-
- REPOCHONNER, v. n. Reprendre avec la cuiller à pot. _Repochonner la
- soupe._ [G. G.]
-
- REPRIN, s. m. Recoupe, son de première qualité. Terme suisse,
- savoisien et méridional.
-
- REPRISE, s. f. Terme d'horticulture. Joubarbe des jardins.
-
- REPROCHER, v. n. Donner des rapports, occasionner de ces vapeurs
- acides et désagréables qui s'élèvent de l'estomac dans la bouche.
- _Les choux et les radis lui reprochent._ Terme français populaire.
-
- REQUÊT, s. m. Terme des campagnards. Se dit d'un repas ou gala donné
- à des femmes par une nouvelle mariée le lendemain de ses noces.
-
- REQUINQUILLER, v. a. Ranimer, ragaillardir. _Allons, allons, une
- goutte de rikiki, ça requinquille._ Employé comme verbe
- pronominal, _se requinquiller_ signifie: Se requinquer, se parer,
- faire sa toilette. _Qu'y a-t-il de nouveau, Magdelon, que tu es si
- requinquillée et si belle?_ Terme vaudois et méridional.
-
- RESILLER, v. n. (_ll_ mouillés.) Se dit du vin et signifie: Tourner,
- devenir aigre.
-
- RÉSILLER, v. a. (_ll_ mouillés.) Orthographe vicieuse du mot
- résilier. _Résiller un bail, résiller une vente._ Cette mauvaise
- orthographe conduit à des fautes plus graves: Nous disons au
- présent de l'indicatif: _Je résille_, au lieu de dire: Je résilie.
- Nous disons au futur: _Je résillerai_, au lieu de dire: Je
- résilierai. Nous disons au subjonctif: _Que je résille; permettez
- que je résille ma location_, au lieu de dire: Que je résilie.
- Permettez que je résilie ma location.
-
- [+] RÉSIPÈLE, s. f. Érésipèle.
-
- RESSAUTER, v. n. Signifie: 1º Tressaillir; 2º Rebondir; 3º
- Rejaillir. _Ressauter de peur. Je dormais profondément lorsqu'un
- cri d'à l'eau! me fit ressauter dans mon lit. Sa paume élastique
- ressautait jusqu'à la hauteur du deuxième_ _étage. Prends garde,
- Édouard, tu me fais ressauter de l'eau._ Terme français populaire.
-
- [+] RESSEMBLER QUELQU'UN. _L'aînée (des deux soeurs) ressemble son
- père, et la cadette ressemble sa mère._ Cette expression
- appartient au français populaire et au vieux français. On doit
- dire: L'aînée ressemble à son père et la cadette à sa mère.
-
- RESSEMBLER, v. n. Ne dites pas: _Voilà un portrait qui ressemble_,
- dites avec un régime indirect: Voilà un portrait qui ressemble à
- Mr un tel, à Mme une telle; ou: Voilà un portrait qui est
- ressemblant.
-
- RESTER, v. n. _Nos amis restent bien à venir._ Dites: Tardent bien à
- venir.
-
- RESTER, v. n. Demeurer, loger. _Dans quelle rue restez-vous,
- Monsieur Michaux?--Je reste actuellement à la rue de Toutes-Ames._
- Français populaire.
-
- RESTER, v. n. Employer, mettre. _Les maçons restèrent deux ans et
- demi à élever ce bâtiment colossal._ Expression méridionale.
-
- RESTER DEVOIR. Devoir encore, redevoir. _Tu me restes devoir
- vingt-cinq francs._ Expression méridionale.
-
- RESTOUPAGE, s. m. Action de _restouper_. Ces deux termes, fort
- usités en Suisse, mais peu connus en France, ne se trouvent que
- dans le dictionnaire de Bescherelle, qui leur donne un sens plus
- restreint. Gattel, en citant le mot _restoupage_, dit qu'il est
- usité en Flandre! Dans le dialecte rouchi, _restouper_ signifie:
- Remplir un trou, combler un trou. Et le dictionnaire de l'Académie
- [édition de 1694], dit: _Estouper_, boucher un trou avec de
- l'_estoupe_ (ou étoupe).
-
- RESTOUPER, v. a. Terme de couturière. Raccommoder, reprendre,
- rentraire, rejoindre les parties qui sont rompues. _Restouper des
- bas. Gilet restoupé._
-
- RESTOUPEUSE, s. f. Couturière qui _restoupe_.
-
- RESTOUPURE, s. f. Reprise qu'on fait à une étoffe, à un tissu, à de
- la dentelle, etc.
-
- RETACONNER, v. a. Rapiécer, rapiéceter, raccommoder grossièrement.
- _Un habit tout retaconné; retaconner des bottes; retaconner un
- manteau._ Terme suisse et savoisien. Dans le dialecte picard, et
- en vieux français, _rataconer_ a le même sens. Ces deux termes
- viennent de l'ancien mot _tacon_, lequel signifie: Pièce, morceau,
- et spécialement morceau de cuir. A Genève, la place nommée
- aujourd'hui _Taconnerie_ était autrefois un marché aux cuirs.
-
- RETAMER ou RÉTAMER, v. a. Remettre l'étamure. _Retamer une
- casserole; rétamer un pochon._ Terme français populaire.
-
- RETARDER (SE), v. pron. Être retardé. _Notre petite Amélie
- commençait à marcher, mais le froid est survenu, et elle s'est
- retardée. Quand le dîner se retarde, nos Messieurs me font devenir
- folle. La garde était arrêtée pour le 1er de septembre, mais notre
- maîtresse s'est beaucoup retardée._
-
- RÉTENDRE, v. a. _Vous m'apportez là du linge qui est à peine sec:
- allez le rétendre._ _Rétendre_, écrit avec un _é_, est un
- barbarisme. Pour être correct, on doit écrire et prononcer
- «Retendre.»
-
- RETENIR, v. a. Réparer un objet qui est peu gâté, peu endommagé.
- _Retenir un habit; retenir des bas. Après la lessive, la maîtresse
- fait retenir tout le linge. Une journée suffira aux couvreurs pour
- retenir tous les toits du bâtiment._
-
- RETORDU, UE, subst. Mot populaire du bassin de Genève et d'ailleurs,
- qui s'emploie pour: Retors, matois, renard. Exemple: _Méfiez-vous
- de cet homme, de cette femme, parce que c'est un retordu, une
- retordue_.
-
- RETOUR, s. m. Ce que nous appelons _voiture de retour_, s'appelle
- en France: Voiture de renvoi. _Nos voyageurs trouvèrent à point
- nommé une voiture de retour pour se rendre à Berne._ Terme
- méridional.
-
- RETOURNER, v. a. Terme mercantile. Renvoyer. _Retourner une
- marchandise. Le colis était avarié, et on le retourna à
- l'expéditeur._ Terme français populaire.
-
- RETRANCHER À. Retrancher de. _Retrancher un couplet à une chanson.
- Retranche un paragraphe à ton discours._ Dites: Retranche un
- paragraphe de ton discours, etc.
-
- [+] REVANCHE (UN). _Prendre son revanche._ «Revanche» est français,
- mais ce mot est féminin.
-
- REVANGE, s. f. Revanche. _Prendre sa revange. Avoir sa revange.
- Demander sa revange._ Terme français populaire.
-
- REVANGER, v. a. Revancher, prendre la défense d'une personne
- attaquée. _Sois tranquille, je saurai bien te revanger._ Terme
- français populaire et vieux français.
-
- RÈVE ou RAIVE, adj. Terme des campagnards. Se dit du bois qui
- commence à pourrir sur l'arbre et qui se casse très-facilement.
- _Ne grimpe pas jusqu'à cette branche: elle est raive._
-
- RÉVEILLON, s. m. Lendemain d'une fête. «Réveillon» est un mot
- français, mais il a un autre sens.
-
- REVENDRE QUELQU'UN. (fig.) Lui en revendre, le surpasser, être plus
- fin que lui.
-
- REVENETTE, s. f. Terme d'écolier. Ricochet, bricole. _Dis donc,
- Louis, la revenette n'en est pas.--Si fait bien, la revenette en
- est._
-
- REVENEZ-Y, s. m. _C'est du revenez-y._ Expression familière que l'on
- emploie en parlant d'un aliment quelconque qui plaît au goût, et
- auquel on aime à _revenir_. _Ces confitures ont un goût de
- revenez-y. Votre vin n'est pas du revenez-y_, c'est-à-dire: Votre
- vin ne rappelle pas son buveur. Ce terme n'est pas inconnu en
- France, puisqu'il figure dans le _Dictionnaire du Bas langage_, t.
- II, p. 309.
-
- REVENEZ-Y, s. m. Ce substantif composé, qui ne se trouve pas dans
- les dictionnaires français, s'emploie à Genève et ailleurs dans le
- sens de récidive. Exemple: _Il m'a joué un tour, mais je l'attends
- au revenez-y_.
-
- REVENGE. Voyez REVANGE.
-
- REVENIR, v. n. Redevenir. _Cette étoffe revient à la mode. Quelle
- bonne figure tu as, Joubert! En vérité, tu reviens jeune._
- Français populaire.
-
- REVENIR QUELQU'UN. Lui faire reprendre ses esprits. _Elle tomba en
- défaillance, et il fallut la revenir avec du vinaigre._ Terme
- dauphinois, etc.
-
- REVENIR (EN). Abandonner l'opinion dont on était, pour se ranger à
- l'avis d'un autre. _Ludovico est un opiniâtre achevé, et quand il
- a décidé une chose, il n'en revient pas._ Dites: Il NE revient
- pas. [ACAD.] «Que la Cour ait raison ou qu'elle ait tort, elle NE
- revient pas.» [MARMONTEL, _Bélisaire_, ch. VI.]
-
- REVENUE, s. f. Retour. _L'allée et la revenue._ Terme vieux
- français, qu'on trouve déjà dans le _Roman de la Rose_.
-
- RÊVER APRÈS. _Deux nuits de suite, Monsieur Isaac, j'ai rêvé après
- vous._ Dites: J'ai rêvé de vous, ou (ce qui est moins correct sans
- être fautif): J'ai rêvé à vous.
-
- REVERBÈRE, s. m. Écrivez et prononcez «Réverbère.»
-
- REVERCHON, s. m. Envie, petits filets qui se détachent de la peau
- autour des ongles. [G. G.]
-
- REVERCHON, s. m. La partie du drap de lit qu'on retrousse près de la
- tête, par-dessus la couverture. Se dit surtout quand on parle des
- couchettes d'enfant.
-
- REVERS, s. m. _Le revers d'une étoffe; le revers du drap_, etc.
- Dites: L'envers, c'est-à-dire: Le côté d'une étoffe, le côté du
- drap qui ne doit pas être exposé à la vue.
-
- REVIRE, s. m. Ce mot de _revire_ se joint à _main_ et à _pied_, pour
- exprimer une mesure naturelle prise de la largeur de l'une et de
- l'autre. Ainsi _revire-main_ signifie: Largeur de la main;
- _revire-pied_ signifie: Largeur du pied. _Depuis cette boule
- jusqu'au but, il y a un pied et un revire-pied._
-
- REVIRÉE, s. f. Ruban que les garçons de la campagne mettent à leur
- habit quand ils sont de noce. [P. G.]
-
- REVIRÉE, s. f. Mornifle, soufflet, volée de coups. _Donner une
- revirée._ Terme vaudois. _S'en donner deux tours et la revirée_,
- signifie: À outrance, le plus possible. On dit de deux personnes
- qui se sont violemment battues, qu'_elles s'en sont donné deux
- tours et la revirée_. _Jacques, as-tu bien dansé hier?--Ah! je
- t'en réponds; on s'en est donné deux tours et la revirée._
-
- REVIRE-MARION, s. m. Mornifle, soufflet violent qui fait _virer_ sur
- elle-même la personne qui le reçoit. _Il voulut se mêler de la
- dispute, et il y attrapa pour sa part un revire-marion soigné._
- Terme vaudois.
-
- RÉVISER, v. a. _Réviser une loi; réviser la Constitution_, etc.
- Écrivez et prononcez «Reviser;» mais écrivez et prononcez
- «RÉvision.»
-
- REVOLIN, s. m. Quinte, caprice, changement subit de volonté, de
- projet ou d'humeur. _Il lui a pris un revolin, et il a congédié
- les trois domestiques et le cocher._ Terme vaudois. Au sens
- propre, _revolin_ signifie: Coup de vent subit. Nos campagnards
- disent: _Revolet_. _On ne sait quel revolet lui a pris._ R.
- _volo_.
-
- REVOIR (À), loc. adv. Au revoir. _À revoir, Messieurs, à revoir,
- Mesdames._ Terme français populaire.
-
- REVOYANCE, s. f. Terme très-familier, et qui n'est guère usité que
- dans cette expression: _À la revoyance_, c'est-à-dire: Au revoir.
- _Adieu, Jeannot; adieu, Rambosson; adieu, jusqu'à la prochaine
- revoyance._ Les Champenois disent: _À la revoyure_. [_Vocabulaire
- du Bas langage rémois_, par Mr E. SAUBINET.]
-
- REZASSER, v. a. _Que viens-tu nous rabâcher et nous rezasser?_
- Écrivez «Ressasser,» et prononcez la première syllabe comme celle
- du mot _ressortir_. R. _sas_.
-
- RHABITUER (SE), v. pron. S'habituer de nouveau. Mot utile, que les
- dictionnaires modernes n'ont pas relevé, mais qui est sans doute
- fort connu.
-
- [+] RHUMATISME MÂLE. _Douleur de rhumatisme mâle._ Dites: Douleur
- rhumatismale.
-
- [+] RHUMATISSE, s. m. Rhumatisme. _La Drouillon a un rhumatisse au
- coeur._ Par une faute analogue, on dit, à Reims: _Un catéchisse_,
- pour: Un catéchisme.
-
- RIBAMBÉE, s. f. Grande troupe, ribambelle. _Une ribambée de monde.
- Oh! quelle ribambée!_
-
- RIBANDELLE, s. f. Ribambelle.
-
- RICHE, adj. (fig.) Se dit du temps, c'est-à-dire, de la disposition
- de l'air. _Un riche temps_ est celui qui hâte et favorise la
- végétation, celui qui est propre à combler les voeux du laboureur
- et à l'_enrichir_. _Si après ces huit jours nous avions une pluie
- de quarante-huit heures, ce serait un riche temps._ Cette
- signification particulière de l'adjectif «riche» n'est pas dans
- les dictionnaires.
-
- RIC-RAC, adv. _Payer ric-rac_, c'est: Payer avec une exactitude
- rigoureuse, payer jusqu'au dernier sou. _Mr N** ne fait jamais de
- dettes: il paie tout ric-rac._ Terme français populaire. Nous
- disons dans le même sens: _Ric-et-rac_. Le terme français est:
- Ric-à-ric. Nous le ferons payer ric-à-ric. [ACAD.]
-
- RIDICULE, adj. Ce mot appliqué aux personnes signifie: Sévère,
- difficile, dur à la desserre. _Un maître d'école ridicule._ Un
- propriétaire _ridicule_ est celui qui se refuse aux réparations
- les plus urgentes. Nos campagnards disent: _Rédicul_. On le dit
- aussi en Savoie, dans le Jura, en Champagne et sans doute
- ailleurs. _Refuser à un locataire de lui ôter la fumée, de lui
- cimenter les vitres, ou de mettre des seuils aux portes, c'est
- être ridicule._ Cette expression est connue en Savoie et dans
- plusieurs provinces de France. Appliqué aux choses, _ridicule_
- signifie: Difficultueux, scabreux, pénible, peu satisfaisant.
- _Chemin ridicule; sentier ridicule; saison ridicule._ Mais ce sens
- est moins usité à Genève que chez nos voisins de Savoie et du
- Jura.
-
- RIEN, adv. Point, pas, pas beaucoup, nullement. _Vous m'apportez là
- un poulet qui n'est rien gros. Ton frère n'est rien complaisant.
- Vous n'avez rien d'appétit, cousin?_ Et avec l'interrogation:
- _N'est-ce rien toi qui a pris mon parapluie?_ «La session du Grand
- Conseil est prorogée au 5 janvier: ne serait-ce _rien_ que les
- deux projets de loi à présenter ne peuvent soutenir l'examen?»
- [_L'Ami du Pays_, numéro du 9 décembre 1847.] Terme français
- populaire et vieux français.
-
- RIEN, adv. La construction des phrases suivantes n'est pas correcte:
- _Je ne veux rien qu'on me dise. Je ne veux rien qu'on achète sans
- ma permission_, etc. Dites: Je veux qu'on ne me dise rien; je veux
- qu'on n'achète rien sans ma permission.
-
- RIEN DU TOUT, s. m. Homme méprisable, homme de rien. _Lui! lui!
- c'est un rien du tout, c'est de la drâchée._
-
- RIFFLE RAFFLE, s. f. _Ils ont tout volé, il n'est resté ni riffle ni
- raffle._
-
- RIFFLER, v. a. Effleurer, raser, toucher à peine, passer près. _La
- pierre lui riffla le front; la balle lui avait rifflé la jambe._
- Terme suisse, savoisien, rouchi, etc. En vieux français, _riffler_
- a le sens d'égratigner, écorcher. A Reims, _ériflure_ signifie:
- Légère écorchure, et _s'érifler_, s'écorcher légèrement.
-
- RIFFLETTE (À LA), loc. adv. En effleurant, en rasant. _Lancer sur
- l'eau des pierres à la rifflette._
-
- RINCÉE, s. f. Averse, pluie subite et forte. _Recevoir une rincée.
- En montant le Pas de l'Échelle, nous eûmes une bonne rincée._
-
- RINCÉE, s. f. Réprimande sévère. _Recevoir une rincée_, être fort
- grondé. Ce sens du mot _rincée_ n'est pas dans les dictionnaires.
-
- RINCER DU LINGE. Aiguayer du linge. _À ce moment-là, trois femmes
- rinçaient du linge au bateau._ Expression fort répandue en France,
- mais blâmée des grammairiens, qui veulent que rincer ne se dise
- que des verres, tasses, cruches et vases semblables, et de la
- bouche.
-
- RINGOLET, ETTE, adj. Propret, avenant, bien vêtu. Se dit surtout des
- personnes qui n'ont pas l'habitude de soigner leur mise. _Vous
- voilà bien ringolet aujourd'hui, Monsieur Maillard._ Terme suisse.
-
- RINGUER, v. a. Battre, rosser. _Se ringuer_, v. réc. Se battre. Dans
- le canton de Vaud, _ringuer_, et en allemand, _ringen_,
- signifient: Lutter.
-
- RIOLE ou RIOLLE, s. f. Liseron des champs, plante.
-
- RIÔLE, s. f. Rabâchage, grognerie. _C'est toujours la même riôle,
- toujours la même chanson._
-
- RIÔLER, RIOULER ou RIULER, v. n. Gronder, rabâcher, _ron-ner_,
- pleurnicher. _Pendant tout le goûter les enfants et le chien
- rioulaient à qui mieux mieux._ Terme connu surtout des
- campagnards.
-
- RIOUTE ou RIOTTE, s. f. Débauche de vin. _Faire la rioute._ Terme
- vaudois et fribourgeois.
-
- RIOÛTE ou RIÛTE, s. f. Branche flexible et tordue dont on lie les
- gerbes et les fagots. Terme suisse-roman et savoisien. On dit
- proverbialement: _Il faut mailler la rioûte pendant_ _qu'elle est
- verte_, pour dire: Il faut corriger un enfant pendant qu'il est
- jeune. Selon plusieurs dictionnaires, le mot français est:
- Rouette. A Limoges et en Languedoc: _Reorte_; dans le Jura et en
- vieux français, _riorte_. R. _retortus_.
-
- RIPES (LES). Dénomination attachée à certaines localités désertes,
- sauvages. _Les ripes de Dardagny._ Aux environs de Lons-le-Saunier
- (département du Jura), _les ripes de Saint-Laurent, les ripes
- d'Artenas_, etc.
-
- RIQUIQUI, s. m. Eau-de-vie, liqueur spiritueuse. _Boire le
- riquiqui._ Terme bas-limousin, dauphinois, etc. En provençal on
- dit: _Requiqui_. Dans le dialecte rouchi on appelle _riquiqui_, ce
- que nous appelons: _Gloria_.
-
- RISETTE, s. f. La racine du riz. _Balai de risette; brosse de
- risette._
-
- RISOLE ou REZOLE, s. f. Rissole, pâtisserie.
-
- RISOLET, ETTE, adj. et subst. Celui ou celle qui rit aisément et
- pour des motifs frivoles. _Allons, petite risolette, c'est assez
- se moquer. Votre fils aîné serait le meilleur écolier de ma
- classe, s'il n'était pas un peu risolet._ Terme suisse et
- savoisien. En Languedoc: _Rizoulié_.
-
- [+] RIZU, partic. Ri. _No-zein preu rizu_ (nous avons assez ri).
- Barbarisme usité chez les paysans de notre canton et du canton de
- Vaud.
-
- RITE ou RITTE, s. f. Filasse, filaments que l'on tire de l'écorce du
- chanvre ou de celle du lin. _Quenouille de rite. Toile de rite.
- Filer la rite._ Terme suisse, savoisien, jurassien et dauphinois.
-
- RIVER LES CLOUS À QUELQU'UN. Lui répondre adroitement et vivement,
- lui parler ferme et de manière qu'il n'ait rien à répliquer. En
- français on dit, avec le singulier: «River le clou à quelqu'un.»
-
- ROBER ou ROBÀ, v. a. Terme des campagnards. Dérober, voler,
- filouter. _On m'a robà mon bouey s'ta ney_ (on m'a volé mon bois
- cette nuit). Terme qu'on retrouve dans le vieux français et dans
- le patois vaudois.
-
- ROCANDER ou ROGANDER, v. a. Demander avec indiscrétion, en revenant
- sans cesse à la charge. _Votre dame Pérollet rocande soi-disant
- pour une famille pauvre, mais on sait bien que c'est pour elle.
- Va-t'en petit fainéant, et travaille au lieu de rocander._ Terme
- suisse. Dans le canton de Vaud on dit aussi: _Roukan-ner_.
-
- ROCANDEUR, EUSE, subst. Celui ou celle qui _rocande_. _Les jours de
- marché nos maisons sont envahies par des rocandeuses venues des
- villages voisins. La demoiselle N** est en effet pauvre, mais
- c'est une rocandeuse._ Dans le canton de Vaud on dit: _Roukan,
- roukan-ne_.
-
- RÔDAILLER et RÔDASSER, v. n. Augmentatif de «rôder.» _Veille-toi cet
- homme en blouse, qui ne fait que rôdasser par les Pâquis depuis
- dix jours._ Terme remarquable. Dans le patois rouchi on dit:
- _Rôdailler_.
-
- RÔDER (SE). _Tu es là à te rôder, à te trancanner sans but d'un quai
- à un autre._ Rôder est un verbe neutre. On doit donc dire: Je
- rôde, et non: _Je me rôde_, comme nous le disons fréquemment.
-
- RÔDINER, v. n. Rôder.
-
- ROGÂTION, s. m. Rogaton, vieux reste de pain, de viande ou d'autres
- aliments. _Ce mendiant portait une besace pleine de rogâtions._
- Terme vaudois et savoisien.
-
- ROGNE, s. f. Querelle, mauvaise chicane. _Chercher rogne à
- quelqu'un_, signifie: Lui chercher noise. Terme suisse. En
- Languedoc: _Chercher rougne_.
-
- ROGNE, s. f. Nous disons figurément et proverbialement: _Gratter la
- rogne à quelqu'un_, dans le sens de: Le flatter, l'aduler
- bassement, lui faire une cour servile et intéressée. _Ne me parle
- pas de ce Jean Renard: c'est un personnage qui veut absolument
- parvenir, et qui gratte la rogne_ _aux hommes de tous les
- partis._ Cette locution est fort triviale, voire même dégoûtante,
- mais énergique et fort connue.
-
- ROGNEUX, EUSE, adj. (fig.) Crasseux, crapuleux. Se dit d'une
- personne qui a l'air minable, et dont les habitudes ne relèvent
- pas l'extérieur. On le dit aussi des choses. _Une créance
- rogneuse_, une créance mauvaise ou fort douteuse. Terme bordelais.
- Selon le dictionnaire de BESCHERELLE, _rogneux_ signifie: Chétif,
- mesquin.
-
- ROME, s. f. L'oeillet d'Inde. En latin, _tagetes_.
-
- RONCEMELER ou RONCHEMELER, v. n. Respirer avec oppression et bruit,
- râler. _Pendant deux jours nous l'entendîmes roncemeler._
- Expression très-usitée. Dans le canton de Vaud on dit:
- _Ranquemeler_. R. _ranco_. Voyez ce mot.
-
- ROND, s. m. Ronde, danse en rond, branle circulaire. _Danser un
- rond._ Terme vaudois.
-
- ROND, s. m. Terme enfantin. Jeton rond. _On payera avec des ronds._
-
- RONDION, s. m. Able ou ablette; poisson du genre cyprin.
-
- RONDION, IONE, adj. et subst. Se dit des personnes et signifie:
- Rondelet, qui est tout rond de graisse. Expression badine ou
- railleuse.
-
- RONDO, adv. Rondement, facilement, sans nul obstacle, à souhait.
- _Notre affaire marche rondo._ Terme vaudois.
-
- RONFLE, s. f. Sabot, toupie d'Allemagne, sorte de toupie creuse que
- l'on fait tourner avec une ficelle ajustée dans une clef et qui
- _ronfle_ en tournant. _Faire zon-ner une ronfle._ En provençal:
- _Rounfloun_.
-
- RONGEMENT, s. m. (fig.) Regret, tourment, remords. _Un rongement
- d'esprit. Ce souvenir fatal était pour lui un rongement
- perpétuel._ Terme vaudois.
-
- RONGILLER, v. a. Ronger à demi, ronger légèrement et à plusieurs
- reprises. _Rongiller une pomme; rongiller des fruits mal mûrs._
-
- RONGILLON, s. m. Reste de fruit rongé. _Tu m'as promis une poire, et
- tu me donnes un rongillon! Garde tes rongillons._ Terme vaudois.
-
- RON-NACHER, v. n. et a. Grogner, murmurer, ron-ner.
-
- RON-NÉE, s. f. Action de grogner, de gronder, de _ron-ner_. _Faire
- une ron-née; faire des ron-nées._
-
- RON-NER, v. n. et act. Se dit: 1º Du grognement de certains animaux
- et en particulier du chien et du porc. _N'approchez pas de Sultan,
- il vous ron-nera._ 2º Appliqué aux personnes, _ron-ner_ signifie:
- Gronder toujours et sans raison, murmurer, grommeler, rognonner.
- _Bonjour, Pernette: que fait votre monsieur?--Oh là, Monsieur,
- notre monsieur ron-ne; il est en train de ron-ner, et je crains
- bien qu'il ne ron-ne toute la sainte journée._ Terme vaudois et
- neuchâtelois.
-
- RON-NEUR, s. m. Celui qui gronde souvent et sans raison, celui qui a
- l'habitude de _ron-ner_. Dans le patois de Fribourg, _ron-neri_
- signifie: Grondeur, grogneur, et se dit surtout des enfants.
-
- ROQUETAILLE, s. f. Race de roquets. Terme de mépris créé dans le
- dix-septième siècle, et passé d'usage dans le dix-huitième. _Ce
- ramassis d'étrangers n'était que de la roquetaille_, c'est-à-dire:
- N'était qu'une race de roquets, d'hommes faibles, débiles, sans
- moyens intellectuels, et, avec tout cela, insolents. Les deux vers
- suivants sont tirés d'une chanson patoise, fort injurieuse,
- composée à la fin du dix-septième siècle, quelques années après
- l'arrivée à Genève des réfugiés français:
-
- Il étion des citoyens véritables;
- Mais orendrait y est to _roquetaille_.
-
- c'est-à-dire: «La nation genevoise se composait jadis de vrais
- citoyens; mais aujourd'hui elle n'est plus qu'une race de
- roquets.» Tous ceux qui connaissent l'histoire de cette époque,
- savent qu'alors nos chefs d'ateliers, nos négociants, nos ouvriers
- furent très-jaloux de ces réfugiés français, qui, actifs et
- industrieux pour la plupart, leur faisaient une concurrence
- redoutable.
-
- ROSE-MOUSSE. Rose mousseuse.
-
- ROSSÉE, s. f. Étrivières, volée de coups. _Donner une rossée;
- recevoir une rossée._ Terme dauphinois, etc.
-
- ROSSIGNOL, s. m. Marchandise qui n'est plus de vente, marchandise de
- rebut. _Dis voir, on prétend que N*** va vendre en liquidation son
- magasin.--Son magasin! dis plutôt ses rossignols, car il n'a rien
- autre._
-
- ROTE, s. f. Rue, plante médicinale. Terme vaudois.
-
- ROTER, v. n. Terme d'agriculture. Suer. _Ce foin n'a pas encore
- roté. Il faut laisser roter le blé avant de le battre. Voisine,
- avez-vous fait votre provision de châtaignes?--Non, j'attends
- qu'elles aient roté._
-
- ROTER, v. n. Terme de cuisine. Signifie: Crever, v. n. _Faire roter
- du riz_, c'est: Le faire crever dans l'eau.
-
- ROUCHE, s. m. Enrouement. _Vous êtes bien enrhumé, Philibert.--C'est
- mieux qu'un rhume, Monsieur, c'est un rouche, un mauvais rouche._
- Terme suisse et savoisien. R. _raucus_.
-
- ROUET, s. m. En parlant d'un chat qui file, nous disons qu'il _fait
- le rouet_, qu'il _fait son rouet_; expressions justes, puisque en
- effet le chat, lorsqu'il est content, et qu'il se dorlote à son
- aise, produit un certain râlement, un certain bruit continu de la
- gorge au nez, assez semblable au bruit du _rouet_ quand on file.
-
- ROUGEMAND, ANDE, adj. Rougeaud. _Une figure rougemande._ [G. G.]
-
- ROUGEOTTE, s. f. _Cette petite rougeotte lui avait donné dans
- l'oeil._ Dites: Rougeaude. Petite rougeaude.
-
- ROUGE-POULET, s. m. Nous disons proverbialement d'une chose
- ennuyeuse qu'on nous rabâche, et dont on nous bat fastidieusement
- les oreilles: _C'est la chanson du rouge-poulet. Finis donc,
- Alexis, avec ta chanson de rouge-poulet: c'est assez quinquerné et
- triôlé._ _Le rouge-poulet_, c'est le coq, dont le chant ne se
- modifie jamais.
-
- ROUILLE (LE). _Ôter le rouille; enlever le rouille._ Ce solécisme
- appartient au français populaire et au vieux français. «Rouille»
- est féminin.
-
- ROULER QUELQU'UN. Le leurrer, le mystifier, l'attraper, le duper, le
- mettre dedans. Terme français populaire.
-
- ROUPE, s. f. Houppelande, carrick, sorte de vêtement large, qui se
- met par-dessus l'habit. _Roupe à trois cols._ Terme savoisien.
- Dans le vieux français, _roupille_ signifie: Petit manteau. [Voyez
- ROQUEFORT, _Glossaire de la langue romane_.]
-
- ROUSSES, s. f. pl. Rousseurs, taches de rousseur, lentilles. _Les
- pleurs de la vigne ôtent les rousses._ Terme suisse.
-
- ROUSSELETTE, adj. fém. Le fruit que nous appelons _poire
- rousselette_, s'appelle en français: Poire de rousselet, ou:
- Rousselet. Un gros rousselet; un petit rousselet; une livre de
- poires de rousselet.
-
- RUBAN DE QUEUE, s. m. (fig.) Longue route en ligne droite et qui
- s'étend aussi loin que la vue peut porter.
-
- RUBLONS, s. m. pl. Terme de fripier. Riblons, vieux fer, petits
- morceaux de fer à refondre, hors de service. _Une livre de rublons
- se vendait autrefois six quarts._
-
- RUBRIQUEUR, s. m. Rubricaire, homme qui sait bien les rubriques du
- bréviaire.
-
- RUCLON, s. m. Raclon, fumier des rues, boue, immondices ramassées
- dans les rues ou sur les routes pour servir d'engrais. _Un chariot
- de ruclon._
-
- RUCLONNER, v. a. Étendre du _ruclon_. _Ruclonner un pré._
-
- RUCLONNER, v. neutre. Se dit des chiens, et signifie: Fouiller les
- _ruclons_ pour y trouver des restes de viande et d'os en
- putréfaction. _Mettez à Azor sa muselière, pour qu'il ne s'arrête
- pas à ruclonner._
-
- RUDE, adj. Grand, considérable, fameux. _Nous avons eu hier une rude
- peur._ Français populaire.
-
- RUDE, adv. Rudement, beaucoup, considérable, très, fort. _Il faudra
- rude de gravier pour graveler cette promenade. On a bien mangé et
- on a bu rude. Et ton bourgeois, Jean-Pierre, qu'en fais-tu?--Mon
- bourgeois? Ce que je peux en dire, c'est que c'est un rude bon
- maître._
-
- RUE (EN). Dans la rue. _On se rencontra en rue et l'on se causa.
- Fais vite tes commissions, Georgine, et ne t'arrête pas en rue._
- Expression gasconne. On trouve cependant la phrase suivante dans
- le dictionnaire de l'Académie (t. II, p. 684): L'événement se
- passa en pleine rue.
-
- RUETTE, s. f. Ruelle, petite rue. _La ruette de Saint-Germain._
- Terme français populaire et vieux français.
-
- RUPER (SE), v. pron. Se dit des gens galeux ou pouilleux, et
- signifie: Se gratter avec violence, avec rage. _Se ruper_ se dit
- aussi des chiens, mais sans qu'il s'y attache aucune idée
- dégoûtante.
-
- RUSSIN, s. m. _Voyez_ HUILE DE RUSSIN.
-
-
-S
-
- SABOULÉE, s. f. Signifie: 1º Volée de coups, rossée; 2º Forte
- gronderie. _Donner une saboulée; recevoir une saboulée._ Terme
- français populaire. On dit à Valenciennes: _Une saboule_. Mais
- aucun de ces mots ne figure dans les dictionnaires.
-
- SAC DE MISÈRE, s. m. Sac où nos dames serrent toutes sortes de
- chiffons qui peuvent être utilement employés à des raccommodages.
-
- SAC D'OUVRAGE, s. m. Sac à ouvrage.
-
- SACHE (UNE). Sorte de grand sac qui a la forme d'un carré long. _Une
- sache de riz; une sache de charbon; une sache de fenasse._ Terme
- savoisien et méridional. Dans le français populaire, _sache_
- signifie: Sachée, c'est-à-dire: Ce que peut contenir un sac.
-
- SÂCRE, s. m. Nous disons d'un homme qui travaille outre mesure: _Il
- travaille comme un sâcre_. Expression suisse. En français on dit:
- Il travaille comme un galérien. Nous disons aussi: _Crier comme un
- sâcre, courir comme un sâcre, jurer comme un sâcre_; c'est-à-dire:
- Crier, courir, jurer comme un perdu. Sur l'origine de cette
- expression les conjectures ne manquent pas; mais elles ne
- présentent rien de satisfaisant.
-
- [+] SACRÉFIER, v. a. Sacrifier. _On se sacréfie pour ses enfants,
- n'est-il pas vrai, Marion? et ils ne font rien pour nous._
-
- SACREMENTATIONS, s. f. pl. _Faire des sacrementations_, signifie:
- Faire des jurements, faire des imprécations, blasphémer. Ce mot
- vient de l'allemand et il aurait dû y rester.
-
- SACRÉPAN, s. m. Sacripan.
-
- SAGATERIE, s. f. Boucherie pour la basse viande. Terme vaudois. En
- Provence et en Languedoc, _sagata_ signifie: Tuer des animaux pour
- s'en nourrir.
-
- SAGATIER, s. m. Boucher pour la basse viande. En provençal on dit:
- _Sagataire_.
-
- [+] SAIGNE (UNE). Une saignée. _Une forte saigne. Le cérugien
- voulait m'adménistrer une seconde saigne: mais brenique._ Terme
- savoisien. Dans le patois vaudois on dit: _Un sagne_.
-
- SAIGNE-NEZ, s. m. Plante appelée en français: Mille-feuilles.
-
- [+] SAINK-ET-SAUF, adj. masc. Prononciation vicieuse de l'adjectif
- «Sain et sauf.» Le son du _k_ est ajouté pour l'euphonie.
-
- SAINT-FRISQUIN, s. m. Saint-frusquin, ce qu'un homme a d'argent et
- de nippes. _Un tel a mangé tout son saint-frisquin._ Terme vieux
- français. En Languedoc on dit: _San-fresquin_; en limousin,
- _saint-flusquin_.
-
- SAINT-LAMBIN, s. m. Nonchalant, paresseux, traînard. _Qui est-ce qui
- m'a bâti ce saint-lambin? Arriveras-tu, saint-lambin? Quel
- saint-lambin!_
-
- SAISON, s. f. _Saison tardive n'est pas oisive_, est un des jolis
- proverbes de nos campagnards. Ce proverbe signifie que: Les
- printemps tardifs sont les meilleurs dans un climat où les retours
- du froid sont si habituels et si funestes.
-
- SALADE À. Salade de. _Une salade aux racines jaunes; salade à la
- chicorée; salade aux pommes de terre._ Dites: Une salade de
- chicorée, une salade de pommes de terre, etc.
-
- SALADE, s. f. (fig.) Réprimande, mercuriale. _Donner une salade. Il
- a reçu une salade conditionnée._ Terme parisien populaire.
-
- SÂLE, adj. Malpropre. _Du linge sâle; des doigts sâles. Tu es un
- négligent, tu es un sâle._ Prononciation vicieuse très-répandue
- dans la Suisse française. Écrivez et prononcez «sale» (_a_ bref),
- comme vous prononcez _scandale_.
-
- SALÉE, s. f. Sorte de galette aux oeufs.
-
- SALICHON, s. m. Petit salaud, petit saligaud. En français on dit
- d'une jeune fille malpropre: C'est une salisson.
-
- SALIÈRES, s. f. pl. (fig.) Dénomination dérisoire donnée à nos
- milices du centre, par allusion à la forme de leurs gibernes.
- _Être dans les salières._
-
- SALIGNON, s. m. Briquette, motte de tan, motte à brûler. _Les
- salignons servent surtout à entretenir le feu._ Terme vaudois.
-
- SALIGOT, OTTE, adj. et subst. (_o_ bref.) _Voyez cette saligotte,
- dans quel état elle se met!_ Écrivez et prononcez «Saligaud,
- saligaude.»
-
- SALIGOTAGE, s. m. Action de _saligoter_. _Quel saligotage fais-tu
- là?_ Terme français populaire.
-
- SALIGOTER, v. a. Salir, tacher. _Une robe saligotée. Mes petits
- amis, ne gadrouillez plus, vous vous saligotez._
-
- SALONGLÉE, s. f. Volée de coups, rossée, raclée.
-
- SALONGLER, v. a. Rosser, rouer de coups.
-
- SALOPIAUD, AUDE, subst. Petit salaud, petite salaude. On dit en
- Champagne: _Salopier_.
-
- SALVAGNIN, s. m. Nous appelons _salvagnin_, ou _vin salvagnin_, une
- sorte de vin rouge du pays. Plusieurs personnes écrivent et
- prononcent _sarvagnin_ et _servagnin_. Terme vaudois. En France:
- _Sauvignon_, _sauvignain_ et _servignain_.
-
- SANDARAQUE (LE). Ce mot est féminin.
-
- SANG, s. m. Signe, tache brune sur la peau. _Avoir des sangs._ En
- limousin: _Sen_.
-
- SANG, s. m. Nous prononçons encore _sanke_, comme on le prononçait
- au treizième siècle et au quatorzième. _Des larmes de sanke._ On
- doit prononcer san devant une consonne, et _sank_ devant une
- voyelle.
-
- SANG, s. m. Nous disons de quelqu'un qui s'inquiète, se tourmente,
- s'agite sans motif suffisant: _Il se fait du mauvais sang._ Les
- dictionnaires disent, en supprimant le pronom personnel: «Il fait
- du mauvais sang,» ou: «Il fait de mauvais sang.»
-
- [+] SANGEMENT, s. m. Changement.
-
- [+] SANGER, v. a. Changer. _Tu es bien trempe, Mariette, faut
- t'aller sanger: oui, sange-toi._ Expression signalée dans le
- _Glossaire du Berry_, p. 98.
-
- SANGSUER, v. a. Importuner, fatiguer, obséder, vexer. _Mais, John,
- cesseras-tu enfin de nous sangsuer? Ce n'est pas en nous sangsuant
- que tu obtiendras quelque chose._ Dans le français populaire on
- dit: _Sangsurer_, ou: _Sansurer_.
-
- [+] SANGSUIE, s. f. Sangsue. _La femme des sangsuies. Mettre des
- sangsuies._
-
- [+] SANGUINAIRE, adj. _Tempérament sanguinaire._ Dites: Sanguin.
-
- SANGUINE, adj. Nous appelons _pêche sanguine_, une sorte de pêche
- violette.
-
- SANS ACOUP ou À COUP, locut. adv. _Les ouvriers monteurs de boîtes
- ont augmenté le prix de la main-d'oeuvre sans acoup_,
- c'est-à-dire: Sans secousse ou heurt, sans causer de contre-coup
- qui ait arrêté les affaires.
-
- SANS POINT DE, locut. prépositive. _Il voyageait sans point
- d'argent._ Dites: Sans argent. _Il se tira de cette horrible
- échauffourée sans point de mal. Il marchait au supplice sans point
- de peur._ Français populaire et vieux français.
-
- SARCENETTE, s. f. Lustrine, sorte d'étoffe.
-
- [+] SARCHER, v. a. Chercher. _Va-t'en voir me sarcher mon bonnet,
- sur le darnier tablat en n'haut du placard._ Terme vieux français.
- [Voyez ROQUEFORT, _Glossaire_, t. II.]
-
- SARCLORET, s. m. Voyez SERCLORET.
-
- SARPE, s. f. Terme des campagnards. Sorte de hache, qui sert surtout
- à tailler les arbres et à faire des fagots. Terme fort usité,
- qu'on trouve déjà dans le vieux français, et duquel s'est formé le
- mot de Serpe.
-
- [+] SARPENT (UNE). Un serpent. Dans le patois de l'Isère: _Sarpin_.
-
- SARVAGNIN, s. m. Voyez SALVAGNIN.
-
- SAÜ ou SAÏU, s. m. Terme des campagnards. Sureau, sorte
- d'arbrisseau. _Du bois de saü; moëlle de saü._ En Savoie: _Savu_;
- dans le canton de Vaud, _sau_, _sahu_ ou _suau_; en rouchi,
- _séu_; en Franche-Comté, _saivu_; dans le patois de l'Isère et en
- Normandie, _seu_; dans le Jura, _sou_; en wallon, _saou_; dans le
- département du Tarn, _sagut_; en Gascogne, _sahuc_; en vieux
- français, _sahu_, _séhu_, _seu_.
-
- SAUCE, s. f. Nous disons figurément, d'une personne qui a commis une
- faute: _Elle a fait la faute, qu'elle en boive la sauce_, pour
- dire: Qu'elle en subisse les fâcheuses conséquences.
-
- SAUCE, s. f. _Sauce de rôti._ Dites: Jus de rôti. Nous disons
- proverbialement: _La sauce vaut mieux que le rôti_; l'accessoire
- vaut mieux que le principal. Les dictionnaires français disent: La
- sauce vaut mieux que le poisson.
-
- SAULE, s. m. Nos paysans font ce mot féminin. _Arve entraînait cette
- saule que j'ai pu enfin accrocher._ Il est pareillement féminin
- dans le canton de Vaud, en Savoie, en Lorraine, et sans doute
- ailleurs. R. lat. _salix_, s. f.
-
- SAUMACHE, adj. et subst. Saumâtre. _Vous nous donnez de l'eau qui a
- un goût saumache, un goût de saumache._ [G. G.]
-
- SAUME, s. f. Ânesse. _Louer une saume. Galoper sur une saume._ Terme
- savoisien, lyonnais et dauphinois. Dans le patois vaudois:
- _Chouma_; dans le dialecte provençal et dans le patois du bas
- Limousin, _saoumo_. _Saume_ se trouve dans le dictionnaire de
- COTGRAVE, édition de 1650.
-
- SAUTÉE, s. f. Saut. Ne s'emploie guère que dans l'expression
- suivante, qui appartient au langage le plus familier: _Faire une
- sautée chez quelqu'un_, c'est-à-dire: Y aller très-vite et ne pas
- s'y arrêter.
-
- SAUTÉE, s. f. Forte réprimande. _Faire une sautée à quelqu'un_, veut
- dire: Le tancer vertement.
-
- SAUTIER, s. m. Chef des huissiers. Le _sautier_ loge à l'hôtel de
- ville et a l'intendance de tout le matériel du bâtiment. Bonivard,
- dans son livre de _L'ancienne et la nouvelle Police_, dit que «le
- _Sautier_ est le maître du guet et l'huissier du Conseil.» Terme
- neuchâtelois. Il est probable que ce mot s'écrivait anciennement
- _sceautier_, et que ce fonctionnaire tenait les sceaux du Conseil.
-
- SAUVAGE, s. m. Sauvagin. Se dit soit du goût, soit de l'odeur de
- quelques oiseaux de mer ou d'étang. _Notre salmis sentait le
- sauvage._ Terme vaudois, neuchâtelois, parisien populaire,
- lorrain, etc.; à Bordeaux on dit: _Sentir le sauvageon_; en
- Languedoc, _le sauvageun_. Dans le vieux français, _salvagine_
- signifiait: «Bête fauve.»
-
- SAUVE, adj. Sauvé, qui a échappé à un péril. _Benoît était hier dans
- le plus grand danger: on l'a saigné à propos, et le voilà sauve._
- Terme suisse, etc.
-
- SAUVER DE (SE), v. pron. _Tu te sauves de moi, Robert?--Et pour
- quelle raison me sauverais-je de toi, je ne t'ai rien fait?_ Cette
- expression, si usitée, _se sauver de quelqu'un_, c'est-à-dire: Lui
- échapper par la fuite, manque dans les dictionnaires, quoiqu'elle
- mérite assurément d'être observée; car l'expression française
- «fuir quelqu'un» n'est pas l'équivalent de _se sauver de
- quelqu'un_, ou, du moins, «fuir quelqu'un» appartient au style
- relevé, et _se sauver de quelqu'un_ appartient au style familier
- ou style de la conversation.
-
- SAVATER, v. a. Saveter, déranger, incommoder, gâter, faire un
- ouvrage malproprement et en dépit du bon sens. _Ce vin m'a savaté
- le coeur; il m'a savaté l'estomac. Vous m'avez savaté cet
- ouvrage._ Il se dit spécialement du linge taché par les cendres de
- la lessive. _Notre linge est bien savaté._ En Lorraine on dit d'un
- mauvais ouvrage: _C'est de la savate_.
-
- SAVATURE, s. f. Saleté causée par les cendres qui ont filtré avec le
- _lissu_ dans le linge. _Ces draps sont pleins de savature._
-
- SAVIGNON, s. m. Cornouiller sanguin, arbre d'un bois très-dur.
-
- SAVOIR, v. a. Nous disons proverbialement, pour nous excuser
- d'ignorer une chose survenue à notre insu: _Qui ne sait rien ne
- sait guère_.
-
- SAVOIR, v. a. Nous disons d'une personne fort habile, et surtout
- d'une personne subtile et qui trouve des ressources dans les
- conjonctures les plus épineuses: _Elle les sait toutes et une
- par-dessus_.
-
- SAVOIR À DIRE. Faire savoir, informer, marquer, mander, instruire.
- _Si tu te décides à ce voyage, tu me le sauras à dire._ Expression
- suisse, lyonnaise et méridionale.
-
- SAVONNADE, s. f. Savonnage, blanchissage par le savon. _Ce n'est pas
- une lessive, c'est une savonnade._ Terme savoisien et méridional.
-
- SAVONNETTE, s. f. Terme d'horlogerie. _Une montre à savonnette_, ou
- simplement _une savonnette_, est une montre dont la boîte a un
- fond et un couvercle en métal.
-
- SAVOURÉE, s. f. Savorée ou sarriette, plante.
-
- SAVOYET ou SAVOUIET, s. m. Raisin rouge de qualité inférieure,
- lequel croît dans nos environs et qui rend beaucoup. [G. G.]
-
- SCHLAGUER, v. a. Battre, rosser, donner la schlague. _Il fit
- l'insolent et fut schlagué._ En allemand: _Schlagen_. Les mots
- Schlague et Schlagueur se trouvent dans quelques dictionnaires
- modernes.
-
- SCIE, s. f. (fig.) Rabâchage, ritournelle fatigante, répétition
- sotte et fastidieuse. _Faire des scies._
-
- SCIE, s. f. Scierie, moulin à scie, moulin où l'on scie les
- planches. Nous disons quelquefois: _Scie à eau_. Terme suisse,
- savoisien et méridional.
-
- SCORSONÈRES, s. m. _De bons scorsonères._ Ce mot est féminin.
-
- SE, pron. pers. Les campagnards substituent le pronom _se_ aux
- pronoms _nous_ et _vous_ dans les verbes pronominaux, et
- réciproquement: ils disent, par exemple: _Vous s'ennuyez chez
- nous, Messieurs. Adieu, Nicolas; nous se reverrons dimanche.
- Laissez ces paumes de neige, enfants, vous s'attraperez les yeux.
- Vous se manquerez, Madame_ (vous vous manquerez, Madame), _en
- passant par cette route_. Expression savoisienne, jurassienne,
- dauphinoise, etc.
-
- SÉCHARD, s. m. Vent du nord-est.
-
- SECHER, v. a. Écrivez et prononcez, avec un accent aigu, «SÉcher;»
- et ne dites pas: _Secher des pruneaux; secher des z'haricots.
- Voilà le beau temps, femme; on pourra secher notre lissive._ Faute
- fréquente.
-
- SEC ET SONNANT, s. m. Nous disons d'une personne riche: _Elle a du
- sec et du sonnant_, c'est-à-dire: Des écus.
-
- SÉCHOT, s. m. Se dit d'une personne très-maigre et très-_sèche_.
- _Pourrait-on être plus raide et séchot que cette demoiselle N**!_
-
- SÉCHOT, s. m. Chabot, _gobio_ à tête énorme, poisson qui se blottit
- sous les pierres des eaux claires et courantes. Terme vaudois. A
- Neuchâtel on appelle ce poisson: _Chassot_; à Yverdon,
- _tête-à-maillot_; en Languedoc, _âne_; dans d'autres provinces de
- France, _meunier_.
-
- SÉCHOTER, v. n. Prendre des _séchots_. Terme vaudois. Dans les mois
- de janvier, de février et de mars, pendant que le Rhône est fort
- bas, nos jeunes garçons _séchotent_.
-
- SÉCHOTIER, s. m. Harle, oiseau aquatique.
-
- SECONDE MAIN (DE). _Des livres de seconde main._ Dites: Des livres
- de la seconde main.
-
- SECOUÉE, s. f. Secousse. _Un vomitif, le vomitif Leroy, par exemple,
- lui donnerait une secouée salutaire. Les fruits tombèrent de
- l'arbre à la première secouée._ Limousin, etc.
-
- SECOUÉE, s. f. Expression adoucie pour dire: Gifle, danse. _C'est un
- drôle, donne-lui une bonne secouée._
-
- SECOUER, v. a. Battre, gifler. _Il l'a fièrement secoué._
-
- SECOUPE, s. f. Soucoupe. _Apportez-nous une jatte, deux tasses et
- deux secoupes._ Terme français populaire. En Lorraine on dit:
- _Sucoupe_.
-
- SECRETAIRE, s. m. Nous prononçons tantôt _secretaire_ et tantôt
- _sécretaire_. La prononciation véritable est: «SecrÉtaire.»
-
- [+] SÉGNIFIER ou SÉNIFIER, v. a. Signifier. _À çà, Mariette, cette
- fréquentation qui se prolonge, me diras-tu qu'elle ne sénifie en
- rien?_ Terme vieux français.
-
- SEICHE, s. f. Sorte de flux et de reflux particulier à notre lac et
- à celui de Constance. «On voit quelquefois, dit DE SAUSSURE, notre
- lac s'élever tout à coup de 4 ou 5 pieds, s'abaisser ensuite avec
- la même rapidité, et continuer ces alternatives pendant quelques
- heures. Ce phénomène, peu sensible sur les bords du lac qui
- correspondent à sa plus grande largeur, l'est davantage aux
- extrémités, mais surtout aux environs de Genève, où le lac est le
- plus étroit.» [_Voyage dans les Alpes_, t. I, p. 12.]
-
- SEIGLE (LA). Sorte de blé. Les campagnards font habituellement ce
- mot _féminin_, parce qu'en patois il est féminin (_la sey-la_, ou
- _la ch[)a]la_).
-
- SEILLE, s. f. Sorte de seau en bois, à oreilles, et de forme ronde,
- avec lequel on porte l'eau et le lait. _Prends vite ta seille,
- Jaqueline: on crie à l'eau!_ La _seille_ se porte sur la tête avec
- un coussinet que nous appelons _torche_. Terme vaudois. M.
- BESCHERELLE, en citant ce mot, dit qu'il s'employait
- «anciennement» dans le sens de: Vase, seau de bois. M. BESCHERELLE
- pouvait ajouter que toute la Suisse romane et les trois quarts de
- la France connaissent ce terme et en font un usage journalier.
-
- SEILLÉE, s. f. Plein une _seille_.
-
- SEILLOT, s. m. (_o_ bref.) Petite _seille_, baquet. _En 1535, le
- droit de bourgeoisie s'achetait pour quatre écus d'or et un_
- _seillot de cuir._ Les dictionnaires de BOISTE et de BESCHERELLE
- écrivent: «seilleau,» qui est la vraie orthographe; mais ils se
- trompent quand ils ajoutent que c'est un terme de mer: comme si
- l'on ne faisait usage de _seilleaux_ qu'à bord des navires. On
- s'en sert en Suisse, en Savoie et en diverses provinces de France.
- Dans la Bresse et à Mâcon, on écrit: _Seillet_; dans le canton de
- Vaud et en Languedoc, _seillon_; à Lille, _siellot_, etc.
-
- SELLE, s. f. Ne dites pas: _Aller sur selle_, mais: Aller à la
- selle, aller à la garde-robe.
-
- SEMATURE, s. f. Ce qu'on peut semer dans une certaine étendue de
- terrain. _Trois coupes de semature._ Le mot français «contenance»
- ne rend pas exactement l'expression genevoise.
-
- SEMBLANT, s. m. Ne dites pas: _Il a fait cela pour semblant; il se
- fâchait pour semblant; ils se sont querellés, mais pour semblant_.
- Dites: Il a fait cela pour rire; il se fâchait par manière de
- plaisanter, etc. Dans notre langage, _pour semblant_ signifie
- aussi: Une petite quantité, un tantinet, fort peu. _Madame
- boit-elle du vin?--Oui, j'en bois, mais pour semblant; donnez-m'en
- pour semblant. Dis-moi, Lisette, ne tombe-t-il pas une grosse
- pluie?--Non, Madame, il pleut pour semblant._
-
- SEMBLER, v. a. Ressembler à. _Il semble son père; elle semble sa
- mère._ Terme dauphinois, etc.
-
- SEMBLER À. Ressembler à. _Tu sembles beaucoup à ton frère. On dit
- que je semble à mon oncle._ Vieux français.
-
- SEMBLER DE, v. imp. _Il me semble de le voir; il me semble d'avoir
- lu quelque part_, etc. Retranchez la préposition _de_, et dites
- avec tous les dictionnaires: Il me semble le voir, il me semble
- avoir lu.
-
- SEMELLE (LA). Jeu d'écolier, qui a du rapport avec le jeu que nous
- appelons _passe-gent_.
-
- SEMENCES, s. f. pl. Semailles. _Le temps des semences._ Expression
- franc-comtoise et méridionale. Semence se dit des grains que l'on
- sème.
-
- SEMENTS, s. m. pl. Semences, grains que l'on sème. _De bons sements;
- du blé de sement; une coupe de sement._ Terme suisse. _Vous avez
- eu l'an dernier de bien belles pommes de terre dans ce petit
- champ.--Oui, Monsieur, et j'en aurai de plus belles encore cette
- année-ci: j'ai changé de sements._
-
- SEMOUTER ou CHEMOUTER, v. a. Terme rural, fouler, presser en
- foulant. _Semouter le raisin; semouter le gazon. Ne semoute pas
- ces petites salades._ Terme vaudois.
-
- SÉNIFIER, v. a. Voyez SÉGNIFIER.
-
- SENS DEVANT DIMANCHE. Euphémisme, pour: Sens devant derrière.
- _Qu'est-ce qui te fait rire, Jeannette?--Ah! c'est que Monsieur a
- mis sa robe de chambre sens devant dimanche._ Français populaire.
- [Voyez _Dictionnaire du Bas langage_.]
-
- [+] SENSIBLEMENT, adv. Insensiblement.
-
- SENTIE (LA). Le moment où la mère sent pour la première fois
- tressaillir l'enfant qu'elle porte dans son sein. _Mme N** fut
- toujours malade, ou du moins très-incommodée jusqu'à la sentie._
-
- SENTIR (SE), v. pron. Se souffrir. _Je ne pouvais me sentir dans
- cette ville de Constance_, c'est-à-dire: Le temps me durait, je me
- déplaisais dans cette ville de Constance. Expression méridionale.
-
- [+] SENTU, TUE, part. Senti, sentie. _Dis-donc, Alexis, l'as-tu
- sentu ce coup de poing sur l'oeil?_ Ce barbarisme appartient au
- vieux français et au français populaire.
-
- SEOIR (SE). Les dictionnaires, en enregistrant ce verbe, ajoutent
- qu'il est vieux. Il est, en effet, fort ancien dans la langue
- française, mais il est encore vivace et journellement usité à
- Genève. _Madame voudrait-elle prendre la peine de se seoir?
- Henriette, fais seoir ces dames. Je suis pressée, ma chère, et
- n'ai pas le temps de me seoir._ Mais nous ne l'employons qu'à
- l'infinitif.
-
- SEPTANTE, nom de nombre. Soixante et dix. _Septante poses de
- terrain. Une compagnie de septante grenadiers. Je lui prêtai
- septante francs._ Ce terme, d'un usage universel dans la Suisse
- française et dans le midi de la France, appartient au vieux
- français. Soixante et dix est un terme incommode dans la
- numération, et tous les grammairiens français s'accordent à
- désirer que _septante_ lui soit substitué.
-
- SEPT-EN-GUEULE, s. m. Sorte de très-petites poires, dont _sept_
- entreraient à la fois dans la bouche. _Les sept-en-gueule sont les
- plus précoces, mais peut-être les moins bonnes, de toutes les
- poires de nos environs._
-
- SÉRAC ou SERAC, s. m. Voyez SÉRET.
-
- SERACE ou SÉRACE, s. f. Voyez SÉRACÉE.
-
- SÉRACÉE, s. f. Caillebotte, lait caillé dont on a séparé le petit
- lait, et qui fait masse. «La Fanchon me servit des grus, de la
- céracée, des gauffres, des écrelets.» [J.-J. ROUSSEAU, _Nouv.
- Héloïse_, IVe partie.] Terme vaudois et neuchâtelois. En quelques
- endroits du canton de Vaud on dit: _Du seracé_.
-
- SÉRAILLE, s. f. Se dit des armes à feu et signifie: Long feu, faux
- feu. _Faire séraille. Le lièvre était presque à bout portant, mais
- le fusil fit séraille._ Terme vaudois.
-
- SERBACANE, s. f. Sarbacane.
-
- SERCLER, v. a. Sarcler, ôter les mauvaises herbes, au moyen d'un
- instrument tranchant appelé Sarcloir. _Sarcler un bosquet; sarcler
- les allées d'un jardin._ Terme français populaire et vieux
- français.
-
- SERCLORET, s. m. Sarcloir, petite houe. _Emmancher un sercloret._
- Terme suisse. Dans plusieurs provinces de France on dit:
- _Sercloir_, au lieu de: Sarcloir.
-
- SÉRET, s. m. Fromage très-maigre qu'on obtient après le fromage
- gras, en faisant cailler le petit lait. On le mange frais en le
- trempant dans de la crème. Terme suisse et jurassien.
-
- [+] SERINGUE, s. f. Pompe à incendie. _Les seringues arrivèrent trop
- tard. On entendait le roulement sinistre des seringues pendant la
- nuit._ Ce mot de _seringue_ se trouve fréquemment employé, en ce
- sens, dans nos anciennes archives. Le dictionnaire de Furetière
- dit «qu'on s'est longtemps servi, dans les incendies, de grosses
- _seringues_ pour élever l'eau en l'air.»
-
- SERINGUER, v. a. (fig.) Ennuyer. _Va-t'en et laisse-nous: tu nous
- seringues._
-
- SERMENT, s. m. Sarment, bois que pousse un cep de vigne. _Des fagots
- de serments. Un feu de serments. Brûler des serments._ Terme
- suisse, savoisien, lyonnais, limousin, dauphinois, gascon,
- lorrain, parisien populaire et vieux français.
-
- SERMENT, s. m. Plusieurs personnes disent: _J'en fais de serment;
- j'en ferais de serment_, etc. Pour être correct, il faut supprimer
- le _de_, et dire: J'en fais serment; j'en ferais serment.
-
- [+] SERPENT (UNE). Un serpent. _Cette vieille Arnoux est une
- mauvaise langue, une poison, une serpent._ Ce solécisme,
- très-commun en Suisse, appartient au vieux français.
-
- SERREMENT D'ESTOMAC. Dites: Serrement de coeur. _À la vue de cette
- douloureuse opération, je fus saisi d'un serrement d'estomac._
- Terme languedocien.
-
- SERRETTE, s. f. Serre-tête, sorte de bonnet de nuit.
-
- SERTISSEUR, s. m. Terme de joaillier. Celui qui sertit ou enchâsse
- les pierres précieuses dans un chaton.
-
- SERVANT, s. m. Esprit follet, lutin qui, dans les chaumières, dans
- les chalets et dans les vieux bâtiments, fait du bruit et des
- espiégleries. Terme vaudois et fribourgeois.
-
- SERVANTE, s. f. Chevrette, instrument de cuisine que l'on suspend à
- la crémaillère, et qui sert à soutenir la _cassette_ (le poêlon)
- sur le feu. Cette dénomination une fois donnée à un ustensile d'un
- ordre très-inférieur, nos cuisinières ne peuvent tolérer qu'on les
- appelle _servantes_. Je trouve les lignes suivantes dans une
- brochure publiée le 1er juillet 1794: c'est une dame qui parle.
- «Les _servantes_, disais-je une fois à la mienne, ne doivent-elles
- pas ménager le bien des maîtres?--Qu'appelez-vous _servante_,
- Madame? Les _servantes_ sont à la crémaillère.» [_Plaidoyer pour
- le corps des servantes._]
-
- SERVANTE, s. f. Nous disons proverbialement de quelqu'un qui, par
- zèle ou par un autre motif, fait plus qu'on ne lui demande: _Il
- fait comme la servante à Pilate_ (proverbe languedocien). Le
- dictionnaire de l'Académie dit: Il est comme le valet du diable:
- il fait plus qu'on ne lui commande.
-
- SERVICE (UN). Un couvert, c'est-à-dire: L'assiette, le verre, le
- couteau, la cuiller, la fourchette et la serviette. _Mettez un
- service pour Monsieur._ Nous appelons plus particulièrement
- _service_, la cuiller et la fourchette réunies. _Eh quoi! Madelon,
- vous me donnez une assiette et un verre, et vous oubliez le
- service!_ C'est dans ce sens que nous disons: _Un service d'étain;
- un service en métal d'Alger; Benoît a eu pour présent de noces six
- services d'argent_. Terme suisse, savoisien et méridional.
-
- SETIER, s. m. Mesure de capacité pour les liquides. _Un setier_
- renferme vingt-quatre _quarterons_, soit environ 60 bouteilles
- ordinaires, soit 54 litres 144 centilitres.
-
- SEUJET (LE). Nom d'une de nos rues, située au bord du Rhône, et où
- sont établis plusieurs ateliers de teinture et de dégraissage.
- L'origine de ce nom est vraisemblablement le mot languedocien:
- _Sugé_, ou _sujier_, qui signifie: Teinturier.
-
- SI, adv. Extrêmement. Si, adverbe, ne peut se placer immédiatement
- devant un substantif. Il est donc incorrect de dire: _J'ai si
- peur; j'ai si faim; elle avait si froid; ils avaient si honte;
- elle a si envie d'être mariée; c'est si dommage de détruire ces
- beaux peupliers!_ Français populaire.
-
- SI, adv. Tellement, tant. _J'ai si affaire aujourd'hui que je ne
- sais par où commencer._
-
- SIAU, s. m. Seau. _Siau en bois; siau en cuir. Un siau d'eau._ Terme
- usité dans une partie de la Suisse et de la Savoie, en Dauphiné,
- dans le Limousin, en Franche-Comté, en Lorraine, en Champagne, en
- Bretagne et à Paris. On dit: _Séau_ à Marseille, à Bordeaux, à
- Chambéry, et sans doute ailleurs.
-
- SI AU CAS ou SI EN CAS, loc. conjonct. Au cas que, si. _Si en cas tu
- sors, Marguerite, laisse la clef chez notre voisine. Si au cas
- Duperrut venait m'assigner, je saurais bien me défendre._
-
- SI BIEN, loc. adv. Oui, assurément, sans doute. _Tu ne te baignes
- pas aujourd'hui, Samuel?--Si bien._ Terme provençal, etc.
-
- SICLARD, ARDE, adj. Criard, perçant. _Une voix siclarde; un timbre
- siclard._
-
- SICLÉE, s. f. Cri aigu, cri perçant. Se dit surtout du cri des
- enfants, du cri des jeunes garçons et de celui des jeunes filles.
- _Faire des siclées; pousser des siclées._
-
- SICLER, v. n. Pousser des cris aigus, crier avec éclat.
- _Amusez-vous, mes amis, sans crier et sans sicler._ En
- languedocien: _Sisclà_.
-
- SICLES, s. m. pl. Cris aigus des enfants. _Faire des sicles. Leurs
- sicles nous déchiraient le tympan._ Nos quatre mots de _sicle_,
- _siclée_, _sicler_ et _siclard_ sont des onomatopées remarquables.
-
- SIENNES, pron. poss. plur. _Un tel a bien les siennes_, signifie:
- Un tel a bien ses mésaventures, ses chagrins, ses malheurs.
- _Après avoir perdu sa fortune, Hector perd sa fille aînée: il faut
- avouer qu'il a bien les siennes._
-
- SIFFLER (EN), v. a. N'est employé que dans cette expression: _Je
- t'en siffle_, par laquelle on donne à entendre que l'espérance de
- quelqu'un sera déçue. _Lui! te prêter son cheval!... Je t'en
- siffle, bernique._ Nous disons dans le même sens: _Je t'en moque_.
-
- SIFFLET, s. m. Sifflement, vent coulis. _Il venait un sifflet par la
- porte, et j'y attrapai un coup de froid._
-
- SIFFLET, s. m. Instrument pour siffler. _Avec de l'argent on a des
- sifflets à Saint-Claude_ (ville du département du Jura, renommée
- pour ses ouvrages en buis), proverbe dont le sens est: Qu'avec de
- l'argent on se procure tout ce qu'on veut; qu'avec de l'argent
- tout est possible.
-
- SIGNER (SE), v. pron. Apposer sa signature, signer. _Où faut-il que
- je me signe?--Signe-toi après tes deux oncles._ «Calvin _se signa_
- souvent dans ses lettres, Charles de Heppeville, ou Happeville.
- Calvin _se signait_ peut-être ainsi pour,» etc. [SENEBIER,
- _Histoire littéraire de Genève_, t. I, p. 246.] Expression suisse
- et méridionale. _Se signer_ est français dans le sens de: Faire le
- signe de la croix.
-
- [+] SIGNIFIER À, EN et DE. _Cela ne signifie à rien; cela ne
- signifie en rien; cela ne signifie de rien._ Trois barbarismes qui
- ont également cours à Genève, mais dont le deuxième est le plus
- fréquent. Il faut dire, sans préposition: Cela ne signifie rien.
-
- SIGOUGNÉE, s. f. Tiraillement, ébranlement violent, secousse
- brutale. _Après trois ou quatre fortes sigougnées, la porte fut
- jetée bas._
-
- SIGOUGNER, v. a. Tirailler, agiter vivement, secouer brutalement.
- _Sigougner un pieu pour l'arracher; sigougner une porte pour
- l'ouvrir; sigougner un loquet; sigougner_ _quelqu'un. Il
- m'empoigna et me sigougna le bras jusqu'à m'estropier._ Terme
- énergique, et qui n'a pas de synonyme en français. Les
- Languedociens disent: _Segougnà_; en provençal, _sagagna_.
-
- SIMAGRIE, s. f. Simagrée. _Allons au fait, et laissons toutes ces
- simagries._
-
- SIMOLAT, s. m. Semoule, farine en grains. _Soupe au simolat._ Terme
- valaisan et savoisien. En piémontais on dit: _Semola_.
-
- [+] SINGULIARITÉ, s. f. Écrivez et prononcez «Singularité.»
- _Singuliarité_ appartient au vieux français, et se dit encore dans
- quelques provinces du nord de la France.
-
- SIOÛTE, ou SOÛTE, ou CHOÛTE, s. f. Abri. _À la sioûte_, à l'abri, à
- couvert. _Se mettre à la sioûte._ Dans le patois vaudois: _À la
- chót[)a]_; dans le patois de Fribourg, _à la sota_; dans le patois
- de l'Isère, à Lyon et en Franche-Comté, _à la soute_. Dans le
- dialecte provençal, _sousto_ signifie: Abri.
-
- SIRE-JEAN, s. m. Voyez POIRE.
-
- SIROP MAGISTRAT, s. m. Sirop magistral.
-
- SISSON, s. m. Terme enfantin. Chien, petit chien. _Viens, Alfred,
- viens caresser le sisson._
-
- SISTANCE, s. f. Ce qui est nécessaire à l'homme pour vivre et se
- sustenter. Ne s'emploie qu'avec la négation. _N'avoir pas
- sistance_, signifie: Être dénué de tout. _Ce pauvre Guignolet n'a
- pas sistance au monde._ Ce mot de _sistance_ se prend quelquefois
- dans un sens plus spécial, et signifie: Nourriture, aliment. _Ma
- bonne dame, donnez-moi un morceau de pain, il n'est pas entré
- sistance dans mon corps aujourd'hui._ Terme savoisien. Dans le
- dialecte rouchi on dit: _Sustance_. Se dit aussi des choses.
- _Quand les cendres ont donné toute leur sistance, on les ôte_,
- etc.
-
- SI TELLEMENT, si fort, tellement. _L'affaire est si tellement_
- _embrouillée, que les avocats mêmes n'y voient goutte._ Français
- populaire.
-
- SOBRÉCOT, s. m. Subrécot, le surplus de l'écot, ce qu'il en coûte au
- delà de ce qu'on s'était proposé de dépenser.
-
- [+] SOCIALISTE, s. m. Socialisme.
-
- SOCIÉTÉ (LA). Le monde. Nous disons: _Aller en société; se plaire en
- société; s'ennuyer en société. Où étiez-vous hier au soir,
- Monsieur Artus?--J'étais en société._ On dit en français: Aller
- dans le monde; se plaire dans le monde; s'ennuyer dans le monde,
- etc. On peut dire aussi: Aller dans la société; se plaire dans la
- société; s'ennuyer dans la société.
-
- SOCÎTÉ, s. f. Prononciation vicieuse du mot: Société.
-
- [+] SOFRE, prép. Sauf. _Sofre votre respect, permettez que... La
- Josette fut obligée de vendre tout son bataclan, sofre un lit et
- un placard._
-
- SOI-DISANT, loc. adv. Dit-il, dit-elle. Ce terme (_soi-disant_) est
- mal employé dans les phrases suivantes et les analogues. _Il
- m'emprunta d'excellents livres, soi-disant pour les lire, et il
- les vendit. On lui a fait soi-disant une injustice criante. Quand
- l'enfant manque le collége, les parents l'excusent auprès du
- régent par un soi-disant mal de tête._ Mais «soi-disant» est bien
- placé dans les exemples qui suivent: On m'adressa à un soi-disant
- chirurgien qui n'était, à vrai dire, qu'un frater. Je me trouvai
- près d'une dame soi-disant polonaise et qui était de Chambéry.
- «Soi-disant» demande toujours à être suivi d'un complément, lequel
- sert de qualification au pronom personnel qu'il renferme.
-
- SOIGNER UNE CHOSE. _Soigner un parapluie. Soigner des hardes. Soigne
- ton manteau, Jules, soigne tes gants et ton chapeau._ «Soigner»
- n'a point ce sens en français. Il faut employer le mot «serrer.»
- Serrer un habit, serrer un chapeau, etc.
-
- SOLET, LETTE, adj. Seulet, lette. _Elle s'en retournait toute
- solette._ Terme vaudois.
-
- SOLI, s. m. Fenil, grenier à foin. Terme vaudois et fribourgeois.
- Dans le Jura on dit: _Soulier_ ou _solier_; dans les Vosges,
- _slo_; dans le Limousin, _soulié_; en vieux français, _solier_. R.
- _solarium_.
-
- SOLICISME, s. m. Solécisme.
-
- SOLIDE, adj. Se dit du temps qu'il fait, et signifie: Assuré, qui
- est de durée. _Crois-tu ce beau temps solide?_
-
- SOLIDER, v. a. Consolider, affermir. _Solider une palissade, solider
- une table._ Terme franc-comtois.
-
- SON, pr. pers. Ne dites pas: _Il fait son entendu; il fait son homme
- d'importance_, etc., dites: Il fait l'entendu, il fait l'homme
- d'importance. Ne dites pas non plus: _Il fait son embarras_,
- dites: Il fait de l'embarras, beaucoup d'embarras.
-
- SON DE BIÈRE, s. m. Drague, c'est-à-dire: Orge ou tout autre grain
- cuit, qui a servi à faire de la bière.
-
- SONNÉE, s. f. Se dit d'un fort coup de cloche. _Faire une sonnée_
- signifie: Donner un fort coup de cloche. _Peut-on faire de
- pareilles sonnées à la porte d'un malade!_ Terme languedocien.
-
- SONNETTE, s. f. On ne dit pas: _Mettre une sonnette_, on dit: Poser
- une sonnette.
-
- SOPHIE. N'est usité que dans cette locution: _Il fait sa sophie_,
- c'est-à-dire: Il fait la demoiselle sage.
-
- SORCILÉGE, s. m. Sortilége. R. _sortilegium_.
-
- SORT, s. m. Malheur, guignon, sort fâcheux. _Ai-je du sort! Faut-il
- avoir du sort! Il faut convenir que vous avez trop de sort._
-
- SORTE, s. f. Bonne qualité, bon acabit. _Être de sorte_ signifie:
- Être sortable, être convenable, convenir à l'état et à la
- condition des personnes. _Pour le bal de la vogue, cette robe et
- ce châle ne sont pas de sorte. Voilà, certes, un feu qui est de
- sorte. Il faut choisir à votre Bénigne un mari qui soit_ _de
- sorte._ Expression très-répandue chez nos campagnards.
-
- [+] SORTIR DE PORTE. Sortir de la ville. _Où allez-vous, Henriette?
- Sortez-vous de porte?_
-
- SOT, SOTTE, adj. et subst. Qui n'est pas sage, qui fait l'espiègle,
- le désobéissant, le paresseux. Se dit des enfants et des jeunes
- adolescents. _Tu veux donc toujours faire le sot, Guillaume. Tu es
- bien sotte, Fanny, de ne pas prêter tes joujoux à ton petit
- frère._ Terme suisse, savoisien, marseillais, etc.
-
- SOTTIFIER, v. a. Désappointer, attrister, rendre sot, rendre penaud.
- _Ce départ subit nous sottifia. Un refus si désobligeant et si
- inattendu sottifia toute la famille._
-
- SOUCARE, s. m. Voyez SOUQUART.
-
- [+] SOUCI, s. m. _Froncer le souci. Après son érésipèle, les soucis
- lui sont tombés._ Terme français populaire. Écrivez «Sourcil» et
- prononcez _sourci_.
-
- SOUCILLER (SE), v. pron. Se faire des soucis, se créer des soucis.
- _Un peu de courage, mère, il ne faut pas te souciller pour si peu
- de chose._
-
- SOUCILLEUX, EUSE, adj. Soucieux. Qui a du souci, qui marque du
- souci. _Un front soucilleux; un air soucilleux; Vous paraissez
- bien soucilleux, Monsieur Auguste._
-
- SOUFFLER À. _Souffler à un écolier qui récite sa leçon; souffler à
- un acteur._ Il faut dire: Souffler un écolier; souffler un acteur.
-
- SOUHATER ou SOITER, v. a. Écrivez et prononcez «souhaiter,» comme
- «allaiter,» et ne dites pas: _Je vous soite le bonsoir; on vous
- soite le bonjour._
-
- SOUILLATON, s. m. Les campagnards désignent par ce mot un homme qui
- est habituellement entre deux vins, ne quittant un cabaret que
- pour aller boire dans un autre.
-
- SOÛLER, v. a. (fig.) Ennuyer à l'excès, assommer. _Elle me soûle
- avec ses visites répétées et ses conversations sans fin._
- Expression fort triviale.
-
- SOÛLIAUD, s. m. Soulaud, ivrogne, sac-à-vin. _C'est un soûliaud, un
- vilain soûliaud qui boit tout ce qu'il gagne._ Terme vaudois.
-
- SOÛLIAUD ou SOÛLIOT, s. m. Terme enfantin. Petite poupée de sureau
- qui, lors même qu'on la renverse, retombe toujours sur ses pieds.
-
- SOÛLION, s. m. Ivrogne, homme qui ne dessoûle pas. Terme vaudois. A
- Neuchâtel et dans le Jura on dit: _Un soûlon._ L'Académie écrit:
- «Souillon,» et donne à ce terme un sens différent.
-
- SOUMISSION RESPECTUEUSE. Acte extra-judiciaire bien connu. La
- véritable expression est: «Sommation respectueuse.» Mlle N** vient
- de faire la troisième sommation respectueuse. [ACAD.] _Soumission
- respectueuse_ est un barbarisme, mais ce barbarisme ne nous est
- pas particulier. Je le trouve signalé entre autres dans le
- _Vocabulaire du Bas langage rémois_, p. 87.
-
- SOUPE, s. f. Nous disons proverbialement d'une personne qui dort
- longtemps et profondément: _Elle dort comme une soupe._ On dit en
- français: Dormir comme une souche; dormir comme un sabot.
-
- SOUPOUDRER, v. a. Saupoudrer. _Ce gâteau aurait eu besoin d'être
- soupoudré de sucre._ Français populaire. R. _sau_, vieux mot
- français qui veut dire: Sel.
-
- SOUQUART ou SOUCARE, s. m. Terme de lingerie. Gousset de chemise,
- carré d'étoffe ou de toile, qui se met à la manche d'une chemise à
- l'endroit de l'aisselle. Terme vaudois et lyonnais.
-
- SOURBE, s. f. Sorbe, fruit.
-
- SOURD-ET-MUET (UN). Dites: Un sourd-muet. L'institut des
- sourds-muets.
-
- SOURDIAUD, DIAUDE, subst. Sourdaud. Celui ou celle qui n'entend
- qu'avec peine.
-
- SOURDITÉ, s. f. _Une complète sourdité._ Terme français populaire.
- Dites: Surdité.
-
- SOUS, prép. Sauf, avec. _Sous le respect que je vous dois, Monsieur
- le juge, je vous dirai que... Sous votre respect, Madame, j'ai eu
- la fièvre pendant quinze jours._ Terme français populaire.
-
- SOUS-MAIN (UN). Terme de calligraphie. Papier que celui qui écrit
- met sous sa main par mesure de propreté.
-
- SOUS-TASSE ou SOUTASSE, s. f. Soucoupe, le dessous d'une tasse.
- Terme vaudois, neuchâtelois, rouchi, wallon, etc.
-
- SOUSTER, v. a. Terme de certains jeux de cartes. Garder,
- accompagner. _Son roi de trèfle était bien sousté._ On dit encore:
- _Souste_. Terme suisse et lyonnais. Peut-être faut-il rapprocher
- ce mot de SOÛTE. R. lat. _subtus stare_ ou _substare_.
-
- SOUSTRAIRE, v. a. On entend journellement dire: _Nous soustraisons_,
- pour: Nous soustrayons; _tu soustraisais_, pour: Tu soustrayais;
- _en soustraisant_, pour: En soustrayant, etc. Ce verbe se conjugue
- comme «Traire.» «On admire la promptitude avec laquelle les
- fourmis SOUSTRAISENT leurs nourrissons au danger.» [CH. BONNET,
- _Contemplation de la Nature_, XIme partie, ch. XXII.]
-
- SOÛTE, s. f. Abri. Voyez SIOÛTE.
-
- SOUTENIR, v. a. (fig.) _Soutenir des relations avec quelqu'un_ n'est
- pas une expression correcte, du moins ne se trouve-t-elle pas dans
- les dictionnaires. Il faut dire: Avoir des relations avec
- quelqu'un, ou trouver une expression équivalente.
-
- SOUVENT, adv. Promptement, vite. _Depuis deux heures de temps que
- Lise est partie pour le marché, je ne la vois pas souvent
- revenir_, c'est-à-dire: Je ne vois pas qu'elle se presse de
- revenir. Terme parisien populaire.
-
- SPECTABLE, adj. Titre honorifique dont on qualifiait jadis les
- ministres du culte réformé.
-
- [+] SQUELETTE (UNE). Un squelette.
-
- STORE, s. m. Jalousie.
-
- SUCLER, v. a. Roussir par le feu, griller, brûler légèrement. _En
- s'approchant trop de la bougie, elle se sucla les cheveux. Notre
- pauvre minon, qui dormait sur le foyer, s'est complétement suclé
- la queue._ En languedocien et en provençal, on dit: _Usclà_.
-
- SUCRER (SE), v. pron. Sucrer son café, son thé, son chocolat. _S'il
- vous plaît, Mesdames, sucrez-vous. Tout le monde est-il sucré?_
- Français populaire.
-
- SUCRIÈRE, s. f. Sucrier.
-
- SUGGESSION, s. f. Écrivez et prononcez «Suggestion»
- (_sug-ges-tion_), en donnant à la lettre _t_ le son qui lui est
- propre.
-
- SUPPORTER, v. a. (fig.) _Ce vin ne supporte pas l'eau._ Dites: Ce
- vin ne porte pas l'eau.
-
- SUPPOSER, v. a. Nous disons souvent: _À supposer que_, pour: Supposé
- que. _À supposer que l'hiver soit rigoureux; À supposer que
- l'Europe demeure en paix_, etc. Les dictionnaires ni le bon usage
- n'autorisent cette expression.
-
- [+] SUR, prép. _Quel âge a votre fils, Monsieur Jacot?--Oh là,
- Monsieur, il est sur ses vingt-cinq ans.--Et vous-même, s'il vous
- plaît?--Je suis sur ma septantième année._
-
- SUR, prép. _Lire sur le journal; lire sur l'almanach; lire sur
- l'affiche_, etc. Dites: Lire dans le journal, lire dans
- l'almanach, lire dans l'affiche. _Qui t'a raconté ce
- naufrage?--Qui? Personne. Je l'ai lu sur le Constitutionnel._
- Faute universelle.
-
- SUR, prép. _Je prends la chose sur ma responsabilité._ Dites: Sous
- ma responsabilité.
-
- SÛR, adv. Sûrement, pour sûr, certainement, sans aucun doute. _Vous
- nous promettez de venir chez nous demain.--N'ayez nulle crainte,
- j'irai sûr, très-sûr. Vous partez dimanche, Monsieur Dubois.--Oui,
- sûr, bien sûr._ Expression gasconne et belge.
-
- SURFIN, FINE, adj. Superfin. _Étoffe surfine, teinture surfine.
- Fabrication de liqueurs surfines, au Grand-Lancy, chez Baron-D**._
-
- SURLOUER, v. a. _Surlouer une chambre, surlouer un appartement._
- Terme valaisan, savoisien, parisien populaire, etc. Dites:
- Sous-louer.
-
- SUROT, s. m. (_o_ bref.) _Cueillir du sur[)o]t. Infusion de
- sur[)o]t. Petard de sur[)o]t._ Prononciation suisse du mot
- «Sureau,» lequel rime avec _bureau_.
-
- SUSPENTE ou SOUSSEPENTE, s. f. _Les suspentes d'un cabriolet.
- Établir une suspente dans une cuisine._ Terme savoisien,
- franc-comtois, wallon, etc. A Paris et à Reims on dit: _Supente_.
- Le terme exact est: Soupente.
-
- [+] SYNAPISSE, s. m. Synapisme.
-
-
-T
-
- TABELLE, s. f. Registre, agenda, tableau des devoirs, occupations,
- charges, _incombances_ d'une société, d'un corps, d'une
- corporation. _Rédiger la tabelle. Consulter la tabelle. Inscrire
- sur la tabelle. Afficher la tabelle._ Terme vaudois.
-
- TABLÂR ou TABLÂT, s. m. Tablette, rayon, planche posée pour mettre
- quelque chose dessus. _Ajuster des tablâts. Écurer des tablâts.
- S'aguiller sur un tablât._ Terme suisse et savoisien.
-
- TABLE, s. f. Nous disons: _La soupe est sur la table_, pour
- signifier que le dîner est servi. On doit dire sans article: La
- soupe est sur table, ou chercher une meilleure expression.
-
- TABLE, adj. Dans une votation, lorsque les voix sont mi-parties
- (c'est-à-dire également partagées), cela s'appelle: _Être table.
- Les juges étaient tables, et le président fut appelé à_
- _détabler._ Terme neuchâtelois. [Voyez GUILLEBERT, _Glossaire
- neuchâtelois_, 2e édition, p. 243.]
-
- TABLÉE, s. f. Réunion nombreuse de convives (autour d'une table.)
- _Une belle tablée; une joyeuse tablée._ Terme suisse et vieux
- français.
-
- TABLETTE À LA BISE, s. f. Pastille de menthe.
-
- TABOUSSE, s. f. Babillarde.
-
- TABOUSSER, v. n. Babiller. Terme vaudois.
-
- TACHE, s. f. Petit clou de fer à tête ronde que l'on met sous les
- souliers et les sabots. Terme suisse et méridional. Dans le patois
- limousin, on appelle _tatso_ toute espèce de clou qui a un pouce
- et demi de longueur, et au delà.
-
- [+] TÂCHE, s. m. _As-tu fait ton tâche, Bastien? Quand ton tâche
- sera fini, tu t'amuseras._ Ce mot est féminin.
-
- TÂCHER, v. n. Terme des jeunes écolières. Rivaliser de diligence;
- disputer à qui aura le plus vite fait, dans un temps donné, un
- certain ouvrage. _Mesdemoiselles, voulons-nous tâcher? Tâchons
- toutes ensemble._
-
- TÂCHER À. Viser à, tâcher d'atteindre une personne ou une chose avec
- un projectile quelconque. _Tu me tâchais, Henri, avec ta paume de
- neige?--À toi? Pas plus; je tâchais à cette bourguignôte qui
- passe._
-
- TÂCHER MOYEN. Faire en sorte, tâcher, s'efforcer. _Tâche moyen que
- l'on se promène ensemble dimanche. À çà, Jérôme, tu tâcheras moyen
- de me rembourser un peu promptement._ Terme vaudois et méridional.
-
- TÂCHER QUE. _Il faut tâcher que votre maître soit content._ Le verbe
- _tâcher_ ne se construit pas avec _que_. Dites: Il faut tâcher de
- contenter votre maître.
-
- TACONNET ou TACOUNET, s. m. Pas d'âne, plante médicinale qui croît
- principalement dans les terrains improductifs. _Terre de tacounet,
- laisse à qui elle est._ Terme vaudois, etc.
-
- TAILLARDER, v. a. Taillader, entailler, couper.
-
- TAILLER À LA RUINE, ou EN RUINE. Terme d'agriculture. Se dit
- ordinairement d'une vigne dont on surcharge la taille de manière à
- lui faire produire beaucoup de fruit, sans s'inquiéter si on
- l'épuise. Ce procédé est mis en pratique l'année ou les années qui
- précèdent l'arrachement. Au figuré, _tailler à la ruine_, se dit
- de ceux qui sacrifient l'avenir pour faire face au présent.
-
- TAILLERIN, s. m. Petit morceau de pâte pour la soupe, vermicelle
- plat. Terme vieux français.
-
- TAILLEUSE, s. f. Couturière. [Voyez PAUTEX, _Recueil de mots_, ch.
- XXII.]
-
- TAILLON, s. m. Grosse tranche, morceau, gros morceau coupé. _Un
- taillon de lard; un taillon de fromage. Ne coupe donc pas ce pain
- par taillons._ Terme méridional et vieux français.
-
- TALAR, s. m. Pelisse, robe fourrée.
-
- TALMOUSSE, s. f. Sorte de pâtisserie, nouvellement introduite chez
- nous, et qui nous vient de Paris. Le véritable terme est
- «Talmouse,» avec un seul _s_.
-
- TAMAGE, s. m. Voyez TAMER.
-
- TAMBOUR, s. m. Sorte de poêle portatif en fer-blanc, à couvercle et
- de forme ronde. _Un tambour et sa bassine. Vous sécherez ces
- linges dans le tambour._
-
- TAMBOUR D'ONZE HEURES, s. m. (fig.) Rabâchage, répétition ennuyeuse,
- litanie.
-
- TAMBOURNER, v. n. Tambouriner. _Venez tous: on ira tambourner au
- bastion._ Se dit surtout des enfants lorsqu'ils battent de petits
- tambours qui leur servent de jouet. Terme suisse, jurassien, etc.
-
- [+] TAMBOURNIER, s. m. Tambour, celui qui bat la caisse. Terme
- savoisien, jurassien et languedocien.
-
- TAMER, v. a. Étamer. _Voilà le magnin qui passe; donnez-lui les deux
- pochons à tamer._ Terme vaudois.
-
- TAMPONNE ou TAMPOUNE, s. f. Débauche de table, tapage, grande
- ribotte avec chants, cris et claquements de mains. _Faire la
- tamponne._ Français populaire.
-
- TAMPONNER, v. n. Faire la _tamponne_, faire une débauche bachique,
- se livrer bruyamment à tous les plaisirs de la table. Terme
- méridional.
-
- TANNÉE, s. f. Rossée, frottée, volée de coups. _Donner une tannée;
- appliquer une tannée; recevoir une tannée._
-
- TANNER, v. a. (Prononcez _â_ long.) Battre, rosser, abîmer de coups.
- _Hier au soir ils se sont tannés et giflés à outrance._ Terme
- suisse. Le verbe _tanner_, pris dans cette acception, ne se trouve
- dans aucun dictionnaire ni dans aucun glossaire français.
-
- TANT, adv. Si, tellement. _Ne lisez pas ce roman, il est tant plat.
- Ces poires sont tant bonnes. La Fanchette est tant bête._ Cette
- faute nous vient du vieux français.
-
- TANT, adv. Aussi. _Va vite! cours! cours tant fort que tu pourras._
- «Je déployai toutes les voiles et laissai le bateau aller _tant
- vite_ qu'il voulut.» [_Bonivard à Chillon_, p. 60.]
-
- TANT, adv. est superflu dans les exemples suivants: _Tant plus on
- sera, tant plus on s'amusera. Tant plus on a d'égards pour Isaac,
- tant plus il grogne et rechigne._ Cette expression appartient au
- vieux français.
-
- TANT, s. m. _On lui a promis le tant pour cent. Vous lui payerez un
- tant pour mille. Ils auront un tant sur les bénéfices._ _Tant_
- n'est jamais substantif. Il faut dire, en retranchant l'article:
- On lui a promis tant pour cent. Vous lui payerez tant pour mille,
- etc.
-
- TANT MOINS QUE. Le moins que. _Il est si apathique qu'il travaille
- tant moins qu'il peut. Ne fréquente pas les cafés,_ _Eugène,
- vas-y au contraire tant moins que tu pourras._ TANT PLUS QUE est
- aussi un barbarisme. _Combien faut-il scier de ces
- rondins?--Sciez-en tant plus que vous pourrez._ Dites: Le plus que
- vous pourrez.
-
- TANTÔT, s. m. Après-midi. Le _tantôt_, l'après-midi. _Adieu, Des
- Thiollaz, on se verra ce tantôt. Vas-tu souvent à ton cercle,
- Colombier?--Pardine, j'y vais chaque tantôt. Depuis plusieurs
- jours il pleut tous les tantôts._ Cette expression, qui nous vient
- du vieux français, n'est point particulière à notre dialecte. Le
- mot «tantôt» est un adverbe. Voyez les dictionnaires.
-
- [+] TANT PIRE, loc. adv. Tant pis. _S'il n'est pas content de ce que
- je lui offre, tant pire pour lui. Nous aurons de la pluie,
- Benjamin.--Eh bien! tant pire; partons la même chose._ Parisien
- populaire, etc.
-
- TANT QU'À MOI. Quant à moi. _Tant qu'à nous_, quant à nous. _Tant
- qu'à eux_, quant à eux. _Je ne t'ai jamais vu ivre,
- Chapalay.--Tant qu'à çà, Monsieur, je ne bois jamais plus de
- demi-pot._ Parisien populaire.
-
- TANT QU'À. Jusqu'à. _Tant qu'à Genève, tant qu'à Bonneville_, etc.,
- signifient: Jusqu'à Genève, jusqu'à Bonneville. _Sans nous
- apercevoir de la fatigue, nous allâmes tant qu'à Rumilly._ Les
- gens de la campagne ne s'expriment pas autrement.
-
- TAPAGE, s. m. Grande quantité. _Un tapage de monde; un tapage de
- vieux bouquins. Dans sa colère, il nous lâcha un tapage de
- sottises._ Français populaire.
-
- TAPAGER, v. n. Faire du tapage. _Finissez, mes enfants: c'est bien
- assez tapagé._ Terme marseillais, etc.
-
- TAPASSÉE, s. f. Pluie, averse forte, mais de courte durée. _Une
- tapassée de pluie. Recevoir une tapassée. Cette tapassée nous
- inonda._ Terme suisse et savoisien. La signification primitive du
- mot _tapassée_ est: Grande abondance d'une chose, grande quantité.
- _Une tapassée d'individus; une tapassée de pommes. D'un seul coup
- de pierre il déguilla une tapassée de noix._
-
- TAPÉE, s. f. Grande quantité, grande abondance, multitude. _Une
- tapée de monde. Une tapée de marchandises. Une tapée de soupe._
- Terme français populaire.
-
- TAPÉE, s. f. Coups, gifle. _Recevoir une tapée. Nos gamins se
- donnèrent une bonne tapée._ Terme dauphinois, etc.
-
- TAPER DE L'OEIL. Dormir. Français populaire.
-
- TAPER (SE), v. pron. Se heurter. _Elle se tapa contre la cheminée et
- tomba._ Taper et se taper sont français, mais dans une acception
- un peu différente.
-
- TAPET, s. m. Traquet, oiseau du genre des becfigues.
-
- TAPET, s. m. Langue. _Faire cheminer son tapet_, signifie: Babiller,
- bavarder.
-
- TAPETTE, s. f. Battoir de lessive, palette à manche pour battre le
- linge mouillé. Au sens figuré, _tapette_ se dit de la langue d'une
- personne babillarde. _Mener sa tapette. Tenir sa tapette au
- chaud._ Il se dit aussi de la personne elle-même: _Cette jeune
- fille est une tapette._
-
- TAPIN, s. m. Tape, taloche, coup de la main. _Recevoir un tapin;
- appliquer un tapin._ Terme français populaire.
-
- TAPIN, s. m. Tambour, celui qui bat la caisse. _Un petit tapin.
- Voilà les tapins qui s'exercent._
-
- TAPISSEUR, s. m. Tapissier.
-
- TAPISSIER, s. m. Colleur, ouvrier qui colle du papier peint sur les
- murs d'un appartement. En français: Un tapissier est Celui qui
- travaille en toutes sortes de meubles de tapisserie et d'étoffe.
-
- TAQUINEUR, EUSE, s. et adj. Taquin, taquine.
-
- TARABUSQUER, v. a. Tarabuster, inquiéter, importuner, contrarier.
- _Voilà une nouvelle qui me tarabusque._ Terme connu à Reims et
- sans doute ailleurs.
-
- TARAMARA, s. m. Vacarme, brouhaha, bruit confus.
-
- TARANTE ou TARENTE, s. f. Terreur panique. _Tu as eu là, Gaspard,
- une fameuse tarente._ En jouant sur ce mot, nous disons
- quelquefois d'un poltron: _C'est le duc de Tarente. Voici notre
- duc de Tarente._
-
- TARARA. _Faire tarara_ signifie: Faire grande envie, faire venir
- l'eau à la bouche. _En voyant ce salmis, ça me faisait tarara._
-
- TARD (À), adv. _Venir à tard, arriver à tard_, sont des expressions
- vicieuses. Il faut dire: Venir tard, arriver tard, ou: Venir sur
- le tard, arriver sur le tard.
-
- TARRE POUR BARRE. Nous disons familièrement de quelqu'un qui
- s'embrouille dans un discours, ou qui, par inadvertance et par
- distraction, dit une chose pour une autre: _Il dit tarre pour
- barre; il répond tarre pour barre; il entend tarre pour barre._
- Expression très-usitée.
-
- TARTIFLE ou TARTUFLE, s. f. Termes par lesquels, aux frontières de
- notre canton, dans le Faucigny, on désigne les pommes de terre.
- _Planter les tartifles, buter les tartifles._ Terme usité aussi en
- Languedoc. [Voyez le _Dictionnaire gascon_ de VILLA, t. II.] En
- français, _tartifle_ est le nom vulgaire du topinambour.
-
- TARTRE (LA). _La tartre des dents._ Ce mot est masculin.
-
- TASSON, s. m. Taisson, blaireau. Proverbialement: _Suer comme un
- tasson._ Terme suisse-roman, etc.
-
- TATA, s. f. Dans le langage des enfants signifie: Tante. _Dis adieu
- à la tata; touche la main à la bonne tata._ Terme usité en
- Bretagne et sans doute ailleurs.
-
- TATA, s. m. Nous disons d'une personne que nous voyons, contre son
- ordinaire, bien vêtue et pimpante: _Elle s'est mise sur son tata.
- Le voilà aujourd'hui sur son tata._ Expression connue dans la
- Suisse romane.
-
- TÂTE, s. f. Petite bonde faite avec la gouge dans un fromage pour le
- goûter. Terme jurassien et méridional.
-
- TÂTENITOUCHE, subst. des 2 genres. Sournois, bon apôtre, sainte
- nitouche.
-
- TÂTE-POLAILLE, TÂTE-À-POLAILLE, ou TÂTE-À-C.. DE POLAILLE, s. m. Se
- dit d'un homme qui s'occupe minutieusement des détails du ménage,
- et qui demeure au coin du feu pour veiller le pot. Dans le
- dialecte picard, _tâte mes glaines_ (tâte mes poules) a le même
- sens.
-
- TATOUILLE, s. f. Piquette, mauvais vin, ripopée. _Boire de la
- tatouille._ Terme français populaire.
-
- TATTE ou TETTE, s. f. Terrain en friche, terre vacante, plaine
- inculte, lande, steppe. _Les tattes de Saint-Georges. Les tattes
- d'Aire-la-ville._
-
- TAUCHES, s. m. pl. Voyez TÔCHES.
-
- TAULÉE ou TÔLÉE, s. f. Quantité, grand nombre. _Une tôlée de chiens;
- une tôlée de cochons de lait._
-
- TAUPIER, s. m. Se dit familièrement et dérisoirement d'un soldat du
- corps des mineurs.
-
- TAUQUÉE ou TÔQUÉE, s. f. Gifle, danse.
-
- TAUQUER ou TÔQUER, v. a. Battre, frapper, donner une danse. _Jean
- est rentré soûl chez lui et s'est mis à tôquer sa femme et ses
- enfants._
-
- TAVAN, s. m. Taon, insecte malfaisant très-connu. _La piqûre du
- tavan. Le dard du tavan._ Terme vaudois, savoisien, dauphinois et
- vieux français. Dans le Languedoc et dans le canton de Neuchâtel
- on dit: _Taban_. En latin, _tabanus_.
-
- TAVELER, v. a. Terme des campagnards. Signifie: Donner au beurre une
- forme et le marquer d'une empreinte. _Taveler le beurre._
- L'instrument qu'on emploie à cet usage s'appelle: _Tavé_.
-
- TAVILLON, s. m. Bardeau, petite planchette de bois dont on recouvre
- certaines habitations. Terme vaudois et fribourgeois. Dans le
- Jura, dans la Franche-Comté et le Chablais on dit: _Tavillon_ et
- _tavaillon_.
-
- TAVILLONNER, v. a. Garnir le toit de bardeaux, de _tavillons_.
-
- TAVILLONNEUR, s. m. Celui qui fabrique les _tavillons_ et qui en
- garnit les toits. A Carouge (canton de Genève), on lit sur une
- enseigne de la rue Caroline: _B***, couvreur-tavillonneur_.
-
- TEICHE ou TÈCHE, s. f. Tas de foin, meule de foin. _Construire une
- teiche; élever une teiche._ Terme suisse. Se dit aussi d'un grand
- tas ou amas. _As-tu fait ta provision de fascines?--Oui, j'en ai
- une fameuse teiche. Quelle teiche de bois!_ En espagnol: _Techo_,
- toit d'où l'eau dégoutte. En Languedoc, _técher_ veut dire:
- Dégoutter, couler goutte à goutte.
-
- TEL, TELLE, adj. Expression dont on se sert quand on ne veut pas
- nommer les personnes. _Mr tel a demandé de tes nouvelles._ Dites:
- Mr un tel. _Tu inviteras Mme telle._ Dites: Mme une telle. Que
- m'importe ce que Mr un tel pense de moi! Au pluriel on doit dire:
- MM. tels, Mmes telles et telles.
-
- TEL ET QUEL, adj. composé. Intact, sans changement, dans le même
- état. _Je vous rends votre sac d'argent, je vous renvoie votre
- groupe tel et quel. Voici vos livres tels et quels._ Supprimez la
- conjonction _et_, et dites: Voici votre argent tel quel. Voici vos
- livres tels quels.
-
- [+] TEMPLE (LA). _Il se heurta à la temple._ Terme vieux français.
- Dites: La tempe.
-
- TEMPS, s. m. _Une heure de temps, deux heures de temps_, etc., sont
- des expressions très-correctes, mais qui appartiennent au langage
- familier. Quand vous les trouvez censurées par les grammairiens,
- soyez certains que ces grammairiens-là n'ont pas lu bien
- attentivement les auteurs classiques; Voltaire, par exemple, s'en
- est servi fréquemment.
-
- TEMPS, s. m. _Qui gagne du temps, gagne tout._ Proverbe remarquable
- et plein de sens, qui manque dans les dictionnaires.
-
- TEMPS, s. m. Dans le langage des campagnards, _avoir du temps_,
- signifie: Avoir un mauvais temps, avoir de la pluie ou de l'orage.
- _Les hirondelles volent bas: nous aurons du temps._ Terme vaudois.
- A Neuchâtel et dans le Jura on dit en ce même sens: _Il fera du
- temps_.
-
- TEMPS, s. m. Disposition de l'air. _Le temps s'essuie_, signifie: La
- pluie va cesser; la pluie semble vouloir cesser.
-
- TEMPS, s. m. Conjoncture favorable, commodité, facilité. _Prenez ce
- sentier, Mesdames, vous aurez meilleur temps_, c'est-à-dire: Votre
- route en sera plus courte et plus facile. Expression suisse.
-
- TEMPS (LE). Nous disons d'une personne extrêmement fière, qu'_elle
- est haute comme le temps_. Mais que signifie le mot de _temps_
- dans cette phrase? Peut-être s'agit-il des régions supérieures de
- l'atmosphère.
-
- TENDRE, v. a. (fig.) Faire passer, donner. _Tendez-moi la bouteille;
- tendez-nous le sel; tendez-lui les tenailles._
-
- TENDS-TU? Abréviation de «Entends-tu?» _Tu viens demain pêcher avec
- nous, Robert, et de bonne heure, tends-tu? Tu as promis de venir
- nous réveiller: n'y manque pas, tends-tu?_
-
- TENIR, v. a. (fig.) Avoir. _Quel quantième du mois
- tenons-nous?--Nous tenons le vingt._ Dites: Quel quantième du mois
- avons-nous?--Nous avons le vingt.
-
- TENIR, v. a. Terme de négoce. Dans notre langage, _tenir une
- marchandise_, signifie: L'avoir à la disposition des chalands,
- l'avoir à vendre, la vendre. _Tenez-vous des brignoles,_
- _Monsieur Philippe? Tenez-vous du simolat et des fidés?_ Terme
- méridional.
-
- TENIR DE. _Il tient de bise_, veut dire: La bise souffle. _Il tient
- de vent_, signifie: Le vent souffle.
-
- TENIR PIED. Terme du jeu de boule, du jeu de quilles, etc. Piéter,
- c'est-à-dire: Tenir le pied à l'endroit qui a été marqué pour
- cela. Expression suisse et savoisienne.
-
- TENTATIF, IVE, adj. Tentant, tentante, qui tente. _Votre proposition
- est tentative, et je l'accepte. Vous avez là des raisins fort
- tentatifs._ Terme français populaire. Pour être correct, il faut
- dire: Une proposition tentante; des raisins tentants, etc.; ou, si
- l'on trouve trop dur à l'oreille ce mot _tentant_, on peut
- facilement prendre un autre tour.
-
- TENTE, s. f. Banne, grosse toile que les marchands mettent aux
- auvents de leurs magasins pour se garantir du soleil. _Un coup de
- vent emporta la tente._ Terme méridional.
-
- TENUE, s. f. Direction, conduite. _La tenue d'une école; la tenue
- d'une classe. La tenue de classe a été d'un mois pour chaque
- concurrent._ Nous disons dans ce même sens: _Tenir la classe;
- tenir l'école. Mon collègue, Mr N**, tiendra la classe à ma place
- pendant deux jours._ Ces termes utiles et consacrés chez nous
- n'ont pas encore trouvé place dans les dictionnaires.
-
- TENUE DE LIVRES, s. f. _La tenue de livres est une étude plus
- importante que difficile._ Pour parler correctement, il faut dire:
- La tenue des livres.
-
- TEPPE, s. f. Plaine inculte, terrain en friche. _Défricher une
- teppe._ Terme bressan, etc.
-
- [+] TÉR'BENTINE, s. f. _Tér'bentine commune; tér'bentine falsifiée._
- Écrivez et prononcez «Térébenthine.»
-
- TERGETTE, s. f. _Pousser la tergette; fermer une porte à la
- tergette._ Terme français populaire. Écrivez et prononcez
- «Targette.»
-
- TERRAILLE, s. f. Poterie de terre. _Une marchande de terraille. Une
- fabrique de terraille._ Terme suisse, savoisien, méridional et
- vieux français. Une de nos rues s'appelle _le Terraillet_.
- _Terrailler_ voulait dire: Potier de terre. [Voyez ROQUEFORT,
- _Glossaire de la langue romane_, t. II, p. 616.]
-
- TERRASSIERS, s. m. Potier de terre. Le chemin _des Terrassiers_,
- dans la commune de Plainpalais, tire son nom des potiers de terre
- qui y étaient établis autrefois, et qui s'y sont maintenus jusque
- vers l'année 1827. Terme savoisien et méridional. En Bourgogne,
- dans le Berry et chez nos campagnards, _terrasse_ ou _tarasse_
- signifie: Terrine, plat de terre, vase de terre, _greulette_.
- Voyez ce mot.
-
- TERRASSIÈRE, s. f. Poterie, fabrique de pots de terre.
-
- TERREAU, s. m. Dans la langue des campagnards ce mot signifie:
- Fossé. En vieux français on disait: _Terrail_.
-
- TERRE JAUNE. L'expression _terre jaune_, employée non-seulement par
- les campagnards, mais aussi par les gens de la ville, vient de ce
- que dans les plans de délimitation qui ont été faits après le
- traité de Turin, on a teint de jaune la bande limitrophe sur
- laquelle nos voisins ne doivent pas établir de lignes de douanes.
-
- TERTASSE, s. f. C'est le nom que beaucoup de personnes donnent,
- depuis quelques années, à l'une de nos rues montantes. Son vrai
- nom est _Tartasse_. On le trouve tel dans la chanson de l'Escalade
- et dans les registres latins du seizième siècle (_Tartassia_ ou
- _Tartasia_).
-
- TESTICOTER, v. a. et n. Asticoter, contester, tracasser quelqu'un
- sur de petites choses. _Si ma marchandise vous convient,
- prenez-là, Mamzelle, sinon, pourquoi testicotez-vous?_ Terme
- neuchâtelois, lyonnais, limousin, rouchi, etc. A Paris:
- _Tassicoter_; en vieux français, _tastigoter_.
-
- TESTICOTEUR, s. m. Chipotier, taquin, vétilleur.
-
- TÊTARD, ARDE, s. et adj. Têtu, opiniâtre.
-
- TÊTE, s. f. Le proverbe suivant s'adresse aux personnes oublieuses,
- étourdies: _Quand on n'a pas bonne tête, il faut avoir bonne
- jambe_; proverbe facile à comprendre, et qui est parmi nous d'un
- usage universel.
-
- TÊTE-À-MAILLOCHE, s. f. Têtard, grenouille non développée.
-
- TÊTE CARRÉE. Se dit ordinairement d'une personne opiniâtre,
- obstinée, têtue, inébranlable dans ses volontés. Selon l'Académie,
- «Tête carrée» se dit d'un homme qui a beaucoup de justesse et de
- solidité dans le jugement.
-
- TÉTERASSE, s. f. Sorte de bouteille en verre, qui est d'un emploi
- utile dans le nourrissage.
-
- TÊTIÈRE, s. f. Chevet. _La têtière du lit._ Terme parisien
- populaire.
-
- THÉRIACLE, s. m. Sorte d'opiat. _Une prise de thériacle. Du
- thériacle de Venise._ Terme français populaire et vieux français.
- On doit dire: De la thériaque; une prise de thériaque.
-
- [+] THÉTIÈRE, s. f. _Une thétière de porcelaine; une thétière
- d'argent._ Terme français populaire et vieux français. On dit
- aujourd'hui: Théière.
-
- TIENS-TOI BIEN, s. m. Sorte de jeu, où plusieurs enfants sautent
- l'un après l'autre sur un d'entre eux, lequel se tient courbé en
- forme de cheval. _Jouer à tiens-toi bien._ On dit à Paris: Jouer
- au cheval fondu.
-
- TIAFFE, s. f. Voyez TIOFFE.
-
- TIETTE, s. f. _Tiette! tiette!_ est le cri par lequel nous appelons
- les poules. _Tiette_ est pour _tiotte_; et _tiotte_ est un abrégé
- de _petiote_ (petite). En Languedoc on dit: _Tite! tite!_ pour:
- Petite! petite! Dans nos villages on dit: _Tîhit[)a]_ ou
- _tît[)a]_.
-
- TIGNACHE, s. f. Tignasse, mauvaise perruque.
-
- TIGNON, s. m. Quignon, gros morceau. _Un tignon de fromage._
-
- TILLOL, s. m. Arbre. Écrivez et prononcez «Tilleul.» Les campagnards
- disent: _Tillot_ (_o_ bref). Terme jurassien, berrichon, vieux
- français, etc.
-
- TINQUET, s. m. Gros morceau de quelque chose qui peut se manger à la
- main. _Un tinquet de pain; un tinquet de châchaud; un tinquet de
- saucisse._ A Neuchâtel on dit: _Un tanquin_.
-
- TIOFFE ou TIAFFE, s. f. Nigaude, niaise, bécasse. _Cette grosse
- tioffe ne vient-elle pas me marcher dessus!_
-
- TIOFFU, UE, adj. et subst. Se dit des personnes et signifie: Lourd,
- lourdaud, épais.
-
- TIOLE, s. f. Nous disons de quelqu'un qui est ivre: _Il a sa tiole_;
- expression qui nous vient des campagnards. _Tiole_ ou _tieule_, en
- patois, signifie: Tuile. En vieux français: _Tieule_.
-
- TIOQUAND, ANDE, subst. Nom propre des habitants du pays de Gex, puis
- dénomination injurieuse pour dire: Un gros paysan, un homme
- grossier dans ses manières. _C'est un tioquand._
-
- TIOQUE, s. f. Se dit d'une personne sotte et maladroite. _Que tu es
- tioque, ma pauvre Thérèse! Tu as le talent de casser tout ce qui
- te passe par les mains._
-
- TIOQUER (SE), v. pron. Se choquer, se heurter; donner ou frapper
- contre. _L'enfant se tioqua la tête contre un mur. Ces deux
- personnes se sont tioquées dans l'obscurité._ Voyez TÔQUER.
-
- TIOULÉE, s. f. Larmes abondantes.
-
- TIOULER, v. n. Fondre en larmes.
-
- TIOU-TIOU, s. m. Chevalier aboyeur, sorte de bécassine.
-
- TIPE-TAPE (À), locut. adv. Beaucoup, abondamment, à foison; en
- veux-tu, en voilà.
-
- TIPONNER, v. a. Tirailler, chiffonner, manier une chose comme ferait
- celui qui pétrit la pâte, _pitonner_.
-
- TIRAGE, s. m. Tir, place où l'on s'exerce à tirer des armes à feu.
- _Un tirage spacieux._ Terme suisse.
-
- TIRAILLE, s. f. La _tiraille_ est un jeu d'écoliers, dans lequel,
- rangés en deux camps plus ou moins nombreux, ils se tiraillent
- violemment à l'envi, tâchant d'amener à eux, et de retenir
- prisonniers, leurs adversaires. _Faire à la tiraille._
-
- TIRANT, s. m. Courant d'air. _La fenêtre entr'ouverte formait un
- tirant. C'est le tirant de la porte qui fait ce bruit._ Terme
- vaudois.
-
- TIRANT, s. m. Tiroir. _Le tirant de la table._ Terme vaudois.
-
- TIRANTE, s. f. Se dit d'une femme qui est dure à la desserre, qui
- _tire_ tout à elle, qui accapare et ne fait que des marchés à son
- avantage. _Vous êtes bien tirante, ma bonne dame: si tout le monde
- marchandait comme vous, où en serait-on?_
-
- TIRE, s. f. File, rangée, suite, longue suite. _Une tire de hutains.
- Voilà une bonne pluie, Monsieur Colas.--C'est vrai, Monsieur: mais
- il nous en faudrait deux jours de tire_, c'est-à-dire: Deux jours
- de suite.
-
- TIRE, s. f. _Écrire à tire de plume_, c'est écrire aussi vite que la
- plume peut aller. _Pourrais-tu écrire à tire de plume le discours
- entier du prédicateur?_ On dirait en français: Pourrais-tu écrire
- à trait de plume?
-
- TIRÉE, s. f. Tire, traite, certaine quantité de chemin que l'on fait
- sans se reposer. _Nos petits voyageurs firent cinq lieues tout
- d'une tirée. De Genève à Douvaine il y a une forte tirée._
-
- TIRÉE D'OREILLES, s. f. _Il a eu sa tirée d'oreilles, sa bonne tirée
- d'oreilles_, c'est-à-dire: On lui a tiré vigoureusement les
- oreilles.
-
- TIRE-GOUINE, s. f. Mauvaise viande. On dit aussi: _Treguigne_.
-
- TIRE-LÂCHE. _Faire à tire-lâche_, tirer et lâcher tour à tour. Sorte
- de jeu ou d'exercice gymnastique entre jeunes garçons.
-
- TIRE-LIGNU, s. m. Sobriquet des cordonniers. Voyez LIGNU.
-
- TIRE-POILS, s. m. Gribouillette, sorte de divertissement d'enfants.
- _Faire à tire-poils_, c'est jeter des _bonbons_, des dragées, de
- l'argent, au milieu d'une troupe d'enfants, qui cherchent à s'en
- saisir, et qui ont le droit de prendre aux cheveux ceux qui en
- sont détenteurs. Terme savoisien et méridional.
-
- TIRER, v. a. _Tirer son chapeau_ (se découvrir), est une expression
- vicieuse, quoique très-usitée en Suisse, en Savoie et même en
- France. _Sois poli, Janot, et tire ton chapeau à ces messieurs. Je
- lui tirai poliment mon chapeau, mais il ne daigna pas me rendre le
- salut._ Pour être correct, il faut dire: Ôter son chapeau. Je lui
- ôtai mon chapeau. Nous faisons une faute semblable quand nous
- disons: _Tirer son habit, tirer sa veste_. Il faut dire: Ôter son
- habit, ôter sa veste.
-
- TIRER, v. a. Aller, poursuivre. _Filez, petits drôles, et tirez bien
- vite votre chemin._
-
- TIRER À L'ARC. Cette expression n'est pas française. On doit dire:
- Tirer de l'arc, tirer de l'arbalète.
-
- TIRER AU PISTOLET. Les dictionnaires disent: Tirer le pistolet. Les
- expressions _tirer au fusil, tirer à la carabine, tirer au canon_,
- ne se trouvent non plus dans aucun dictionnaire français.
-
- TIRER LES YEUX. Se dit d'un grand éclat de lumière, et signifie:
- Éblouir, blesser, offenser les yeux. _La réverbération nous tirait
- les yeux. Finis avec cette rataco, tu me tires les yeux._ _Se
- tirer les yeux_, signifie: Se faire mal aux yeux en travaillant
- sans clarté suffisante. _Il fait presque nuit, ne lis pas
- davantage, tu vas te tirer les yeux._
-
- TIRER (SE), v. pron. S'ôter, se retirer. _Tire-toi de là, Michel.
- Jeunes gens, tirez-vous d'ici._ Terme méridional, etc.
-
- TIREVOUGNER ou TRIVOUGNER, v. a. Secouer, tirailler. Dans le
- dialecte fribourgeois, _A tire vougne_, adverbe, signifie: Avec
- difficulté, péniblement.
-
- TIRE-ZYEUX, s. m. C'est le nom que les campagnards donnent à
- l'insecte que nous appelons en français: Demoiselle.
-
- TOBIE (UN). Un niais, un nigaud, un _idoine_, un hébêté. _Tobie que
- tu es! Oh! le tobie! Oh! le gros tobie!_ Terme berrichon, etc.
-
- TOCANTE, s. f. Montre, petite horloge de poche.
-
- TÔCHE ou TAUCHE, s. f. plur. Terme d'écolier. But qu'il faut
- atteindre, dans certains jeux courants, pour être à l'abri de
- poursuite. _Marquer les tôches; rester aux tôches; arriver aux
- tôches. Ne frouille pas; j'étais aux tôches quand tu m'as pris._
-
- TÔCHER, v. n. Terme d'écolier. Arriver au but, atteindre les
- _tôches_, être aux _tôches_, toucher. _Tôché! tôché! On a tous
- tôché!_
-
- TÔFET, s. m. Sorte de petite pâtisserie. _Un plat de magdelaines et
- de tôfets._ Terme jurassien, etc. R. _tôt fait_, vite fait. Dans
- le dialecte rouchi, _toto fet_ est le nom d'une sorte de friture.
-
- TOIL, s. m. Toit. _Monter sur le toil; réparer le toil._ Ce terme
- appartient au langage le plus négligé.
-
- TOILE, s. f. (fig.) _Avoir la toile sur les yeux_, signifie: Être
- agonisant, être à l'article de la mort. Expression bordelaise,
- etc.
-
- TOISÉ, ÉE, adj. (fig.) Mort, fini, fait. _L'oncle Pierre vit-il
- encore?--Ah! il y a longtemps qu'il est toisé. Après une telle
- faillite, c'est un homme toisé. Quant à sa fortune, n'en parlons
- pas, elle est toisée_ (mangée, dévorée). _Eh bien! c'est entendu,
- c'est une affaire toisée._
-
- TOJOTTE ou TEUJOTTE, s. f. Mauvaise taverne, cabaret borgne, cabaret
- mal approvisionné. Terme vaudois.
-
- TÔLÉE, s. f. Voyez TAULÉE.
-
- TOMBÉE, s. f. Surcroît de convives, affluence de convives qui
- n'étaient pas attendus. _Eh bien! femme, que dis-tu de cette
- tombée d'hier? Heureusement qu'on avait des oeufs et du jambon._
- _Tombée_ se dit aussi des acheteurs qui arrivent en grand nombre à
- une foire ou à un marché. Terme méridional.
-
- TOMBÉE (UNE). La plus petite quantité possible d'une chose liquide,
- un soupçon, un rien. _Vous offrirai-je du vin, Caroline?--J'en
- prendrai une tombée, une apparence. Une tombée de vinaigre ne va
- pas mal dans les pommes de terre au lait._
-
- TOMBER, v. n. (fig.) _Sitôt qu'il l'eut aperçue, il en tomba
- amoureux_, c'est-à-dire: Il en devint amoureux.
-
- TOMBER, v. n. Arriver, parlant des personnes. _De la rue Verdaine on
- tombe dans celle de Rive._ Cette expression n'est pas correcte.
- Tomber ne se dit que de la rue elle-même ou du chemin. Ainsi l'on
- dira: La rue du Terraillet tombe dans les Rues-basses. Le chemin
- Vert tombe dans la route de Malagnou, etc.
-
- [+] TOMBURE, s. f. Chute. _Une mauvaise tombure. Qu'as-tu au front,
- Gautier?--Ce n'est rien, c'est la marque d'une ancienne tombure._
- En provençal on dit: _Toumbaduro_.
-
- TOMME, s. f. Petit fromage blanc fait avec du lait de chèvre. _Nous
- déjeûnâmes tout uniment de pain et de tomme. La tomme est moins
- pesante à l'estomac que le fromage. Un poulet d'horloger, c'est
- une tomme._ Terme suisse, savoisien et jurassien, dauphinois,
- limousin, provençal et languedocien. _Faire la tomme_, se dit des
- enfants à la mamelle, lorsqu'ils vomissent leur lait.
-
- TON, s. m. Nous disons proverbialement: _C'est le ton qui fait la
- chanson._ Les dictionnaires français disent: C'est le ton qui fait
- la musique.
-
- TON, s. m. (fig.) Vanité, manières hautaines, goûts de dépense et de
- faste. _Avoir du ton. Prendre du ton. La jeune Octavie est fort
- simple; sa mère au contraire a beaucoup de ton. Dès que cette
- famille a été dans une sorte d'aisance, elle a pris du ton._
- «Prendre un ton» est français, et signifie: Prendre des airs de
- supériorité.
-
- TONNERRE, s. m. Nous disons: _Il fait du tonnerre; il a fait un gros
- tonnerre; nous aurons des tonnerres._ On le dit ainsi en Suisse,
- en Savoie, dans le Midi et sans doute ailleurs. Mais les
- dictionnaires se taisent sur ces locutions qu'ils remplacent par
- les suivantes: Le tonnerre gronde; il a fait un coup de tonnerre;
- il tonnera.
-
- TOPER, v. n. Taper, donner un coup. _Allons, c'est conclu! tope là!_
-
- TÔPER DANS ou DEDANS. Donner dans. _Es-tu bête, Jean-Pierre! Il t'a
- poussé une bourde et tu as tôpé dedans._
-
- TÔPER (SE), v. pron. Se heurter. _Se tôper_, v. récip. Se battre.
- _Ils se rencontrèrent à la nuit tombante et se tôpèrent._
-
- TOPETTE, s. f. Petite fiole, petite bouteille en verre blanc. _Une
- topette de sirop. Une topette de ratafia._ Terme français
- populaire.
-
- TOQUE, s. f. Terme du jeu de _mâpis_. Petite butte, petite
- élévation. _Jouer à la toque. Une bonne toque._
-
- TÔQUÉE, s. f. Rossée, distribution de coups. _Recevoir une tôquée.
- Donner une tôquée._ Voyez TAUQUÉE.
-
- TÔQUER, v. a. Frapper. Se dit des personnes et de certains animaux,
- des boeufs, par exemple, des vaches, des béliers et des moutons.
- _Retirez-vous, mes enfants, cette vache tôque; elle pourrait vous
- tôquer. Voyez ces moutons, comme_ _ils se tôquent. La nuit était
- sombre, je me tôquai contre le mur._ Nos campagnards de la rive
- droite disent: _Tiôquer_. En vieux français, _toquer_ signifie:
- Heurter, frapper. Terme normand. Voyez TAUQUER.
-
- TORCHE, s. f. Coussinet, bourrelet, tortillon, linge tortillé en
- rond, que les femmes se mettent sur la tête quand elles portent un
- vase, une corbeille, une seille, etc. Terme suisse, savoisien et
- franc-comtois.
-
- TORCHE, s. f. Terme culinaire. Hachis auquel on donne la forme d'une
- _torche_. Voyez ce mot. Nous appelons aussi _torche_ une sorte de
- pain rond.
-
- TORCHÉE, s. f. Rossée, gifle, volée de coups. Terme vaudois.
- _Torcher_ est français, dans le sens de «Battre.»
-
- TORCHE-MIRAUD. Voyez GIRAUD, t. I, p. 231.
-
- TORCHER, v. a. Pour exprimer qu'un homme n'aura pas ce qu'il désire,
- nous disons figurément et proverbialement: _Il peut bien en
- torcher son couteau_. Les dictionnaires disent: «Il n'a qu'à s'en
- torcher le bec.»
-
- TORCHETTE, s. f. Petit torchon. Nous disons d'une assiette bien
- _amassée_, ou d'un plat où l'on n'a rien laissé, qu'_il est net
- comme torchette_, comme si la _torchette_ y avait passé. Puis
- adverbialement, _net comme torchette_, veut dire: Sans faute, sans
- hésiter, rondement. _Tu crois qu'il badine? Détrompe-toi, il le
- fera net comme torchette._
-
- TORCHON DE PAILLE, s. m. Le terme français est: Bouchon de paille.
-
- TORCHONNER, v. a. Frotter avec un torchon. Terme vaudois et
- neuchâtelois.
-
- TORCHONNER, v. a. Chiffonner, faire maladroitement ou par accident
- des plis à sa robe. _Ne torchonne pas cette cravate. Voyez la
- petite sotte, comme elle s'est torchonnée._
-
- TORDRE L'OREILLE, (fig.) _Tordre l'oreille à un enfant_, signifie:
- «Sevrer un enfant.» _C'est aujourd'hui qu'on tord_ _l'oreille à
- notre petite Lili._ Cette expression, qui appartient au langage le
- plus familier, fait peut-être allusion au déplaisir, au chagrin
- extrême qu'éprouve le petit enfant lorsqu'on le sépare de sa
- nourrice.
-
- TORNIOLE, s. f. Taloche, étrillée. _Flanquer une torniole. Il ne se
- vante pas de la torniole qu'il a reçue._ Terme berrichon, etc.
-
- TORTILLER (SE). Se dit quelquefois des personnes et signifie:
- Marcher avec un mouvement, avec un balancement trop marqué des
- hanches, affecter une démarche vive, dégagée et gracieuse. _Cette
- jeune ouvrière se donne des airs, elle se tortille en marchant._
-
- TORTOLION, s. m. Craquelin, sorte de pâtisserie en forme de collier.
- Dans le Dauphiné on dit: _Tourtillon_. En français, «Tortillon»
- signifie: Linge tortillé.
-
- TÔTU-BÔTU (UN). Un bloc. _Faisons de toutes ces marchandises un
- tôtu-bôtu._ Voyez AUTU-BÔTU, t. I, p. 29.
-
- TOUILLER, v. n. Être rassasié, ne pouvoir plus avaler. Ne s'emploie
- qu'à l'infinitif.
-
- TOUILLON, s. m. Femme malpropre, femme repoussante par la saleté et
- le désordre de ses vêtements. _Un vieux touillon._ Terme vieux
- français. Dans le Jura on dit: _Tolion_. Dans le patois picard,
- _touillon_ signifie: Torchon. A Reims, _touiller_, v. a., salir.
-
- TOUNIAUD (UN). Nous disons d'une personne qui est habituellement
- salement vêtue: _C'est un touniaud. Votre écureuse est un vrai
- touniaud._ Dans le canton de Vaud, _touni_ veut dire: Idiot,
- hébété, bélître. En Normandie, _tounieux_ ou _touonious_
- signifient: Fainéant, vagabond. [Voyez le _Dictionnaire normand_
- de MM. DUMÉRIL, p. 207.]
-
- TOUPIN, s. m. Cruche, jarre, pot de terre. Ce mot n'est plus guère
- employé, à Genève, que dans cette expression figurée: _Être sourd
- comme un toupin_, c'est-à-dire: Être sourd comme un pot, être
- excessivement sourd. Terme suisse et méridional. Dans le Jura on
- dit: _Tepin_; en Savoie, _topin_; dans l'Anjou, _tupin_. Chez nos
- campagnards, _toupin_ ou _tepin_ est le nom de la cloche des
- vaches.
-
- TOUPINAMBOU, s. m. Sorte de plante. Écrivez et prononcez
- «Topinambour.»
-
- TOUPINE, s. f. Cruche, jarre, grande terrine avec ou sans anse. _Une
- toupine de beurre cuit; une toupine de graisse molle. La toupine
- glissa de dessus la table et fut ébriquée._ Terme suisse et
- savoisien. En Languedoc, _toupine_ se dit d'un pot à faire nicher
- les moineaux. Nous disons figurément et très-populairement d'une
- personne morte depuis un certain temps, qu'_elle fait des
- toupines_, c'est-à-dire: Que sa cendre, confondue avec la terre,
- est redevenue argile. En Languedoc, _faire terre_ signifie:
- Mourir. [Voyez VILLA, _Nouveaux Gasconismes corrigés_, t. II, p.
- 379.]
-
- TOUPINER, v. n. Thésauriser, entasser des écus dans une _toupine_.
-
- TOUR, s. m. Nous disons: _Celle nouvelle m'a donné le tour_, pour:
- Cette nouvelle m'a troublé, m'a bouleversé, m'a tourné le sang.
- _La vue de ce cadavre livide m'a donné le tour._
-
- TOUR, s. m. Nous disons: _Donner le tour_, pour: Faire le tour. _Par
- où dois-je passer pour arriver facilement à ton logis?--Il te faut
- donner le tour par la cathédrale._
-
- TOUR, s. m. _Faire le tour, donner le tour_, signifient: Suffire à
- la dépense de l'année, joindre les deux bouts. _Eh bien, Jacques,
- les affaires vont-elles mieux?--Oui, un peu mieux; avec beaucoup
- d'économie j'ai pu faire le tour._
-
- TOUR, s. m. _S'en donner deux tours_, ou _s'en donner deux tours et
- la revirée_, signifie: S'en donner à outrance, se divertir à fond,
- se livrer à ce qu'on fait complétement et sans arrière-pensée.
- Voyez REVIRÉE.
-
- TOURMENTE, s. f. (fig.) Le dernier degré de l'ivresse.
-
- TOURMENTE-CHRÉTIEN, s. m. Celui qui obsède, importune, tourmente
- quelqu'un. _Laisse-moi tranquille, tu n'es qu'un
- tourmente-chrétien._ On retrouve la même forme dans: _Un
- tourmente-enfants, un gâte-enfants_.
-
- TOURNE (LA). La retourne. Terme du jeu de cartes. _Quelle est la
- tourne?--Il tourne pique._ Français populaire.
-
- TOURNELLE, s. f. Petite tour, tourelle. _Un château à quatre
- tournelles._ Terme franc-comtois, berrichon, etc.
-
- TOURNEMENT DE TÊTE, s. m. Tournoiement de tête, vertige. _Être sujet
- aux tournements de tête._ «C'est ainsi que l'on peut s'accoutumer
- à voir sans crainte et sans _tournement de tête_, les abîmes les
- plus profonds.» [DE SAUSSURE, _Voyages dans les Alpes_, t. Ier, p.
- 366.] Terme suisse, savoisien et méridional. J.-J. ROUSSEAU a dit
- correctement: «Les lieux escarpés me font tourner la tête, et
- j'aime beaucoup ce tournoiement.» [_Confessions_, livre IV.]
-
- TOURNER, v. a. Terme de certains jeux de cartes. _Que tourne-t-il?_
- Dites: De quoi tourne-t-il?--Il tourne coeur, il tourne carreau.
-
- TOURNER, v. a. _Tourner les moutons, tourner les vaches_, etc. Les
- ramener du lieu où ils ne doivent pas paître à celui qui leur est
- destiné et d'où ils s'étaient écartés. On dit en patois: _V'ri_;
- et dans le patois limousin, _vira_ (virer, tourner).
-
- TOURNER, v. n. Au lieu de: _La langue lui a tourné_, on dit en
- français: La langue lui a fourché, la langue lui a manqué,
- c'est-à-dire: Il a prononcé par méprise un mot pour un autre.
-
- TOURNER UN HABIT. Est une expression gasconne et incorrecte. Ne
- dites donc pas: _Habit tourné, pantalon tourné, redingotte
- tournée_. Dites: Habit retourné, pantalon retourné, etc.
-
- TOURNER (SE), v. pron. S'altérer, changer en mal, se cailler,
- tourner. _Notre lait s'est tourné. Ce vin se tournera si l'on n'y
- prend garde._ Nous disons aussi, par exagération, d'une personne
- qui a éprouvé une forte émotion, un saisissement violent et
- pénible: _Son sang s'est tourné_. Il faut dire: Le sang lui a
- tourné, c'est-à-dire: Il s'est fait dans son corps une révolution
- subite.
-
- TOURNER (SE), v. pron. Nous disons figurément de quelqu'un qui est
- perplexe, embarrassé dans une affaire et qui ne sait quel parti
- prendre: _Il ne sait de quel côté se tourner_. On doit dire: Il ne
- sait de quel côté tourner.
-
- [+] TOURNER (S'EN), v. pron. S'en retourner. _Tourne-t'en, Gaspard:
- on serait en peine chez toi. Voici la nuit, tournons-nous-en._
- Expression languedocienne.
-
- TOURNICOTER ou TOURNILLER, v. n. Tournailler, tourner fréquemment,
- rôder, virer, faire cent tours et détours. _As-tu assez tournillé,
- assez viré, et t'asseyeras-tu enfin?_ Le dictionnaire de
- BESCHERELLE et le _Complément_ de l'Académie disent que
- _tourniller_ est peu usité en France. A Genève il est fort connu.
-
- TOURPIN-TOURPINANT, loc. adv. Clopin-clopant. _Aller
- tourpin-tourpinant_, signifie: Manquer d'aplomb dans sa démarche,
- chanceler.
-
- On voyait des trous à ses bas,
- Ses souliers acculés.... Mais le plus ridicule
- C'est qu'à chaque talon il avait une _mule_
- Qui le faisait aller tout _tourpin-tourpinant_,
- Ce qui lui donnait l'air d'un _étieurne_ en marchant.
-
- [CH.]
-
- Dans le patois vaudois, _touerpin_ ou _touarpeun_, s. m., se dit
- d'une personne qui a le pied bot ou tordu, ou dont la démarche est
- gênée.
-
- TOUSSILLER ou TOUSSOTER, v. n. Diminutif de «Tousser.» Tousser
- légèrement, avoir un peu de toux.
-
- [+] TOUSSIR, v. n. _Mon pauvre Joson a toussi depuis hier à soir
- jusqu'à ce matin._ Terme français populaire et vieux français.
- Dans notre patois on dit: _T'ci_, et dans le patois de l'Isère,
- _tussi_.
-
- TOUT, adj. Ne dites pas: _Une fois pour tout_; dites: Une fois pour
- toutes, c'est-à-dire: Une fois pour toutes les fois subséquentes.
- _Fais bien attention, Albin: je te le dis une fois pour tout, et
- je ne le répéterai plus._ Français populaire.
-
- TOUT, adj. masc. _Dans le tout commencement de son mariage, Alexis
- avait eu quelques égards pour sa femme. As-tu dansé hier à ce
- bal?--Un peu au commencement, au tout commencement._ Cette
- expression, si fréquente chez nous, n'a point d'équivalent en
- français.
-
- TOUT DE MÊME, loc. adv. Oui, d'accord, à la bonne heure, volontiers.
- _Eh bien, Messieurs, faisons-nous la partie de billard?--Tout de
- même._
-
- TOUT DE MÊME, loc. adv. Nonobstant cela, d'ailleurs. _Je ne vous
- conseille pas d'aller au théâtre ce soir: tout de même il est déjà
- tard. Renoncez à ce grand voyage: tout de même la mauvaise saison
- n'est pas loin._ Français populaire.
-
- TOUT PREMIER (LE). _Mes enfants, vous êtes des indiscrets, et toi,
- Mathurin, le tout premier. À quelle place es-tu dans ton école,
- Philippine?--Je suis la toute première._ Dites: Et toi, Mathurin,
- tout le premier: Je suis la première. [Voyez le dictionnaire de
- l'Académie, au mot PREMIER.]
-
- TOUT NOUVEAU, etc. Pour exprimer que les esprits légers et
- inconstants s'enthousiasment d'abord de tout ce qui est nouveau,
- mais s'en dégoûtent non moins vite, nous disons proverbialement:
- _Tout nouveau, tout beau_, ou _tout est beau_. En français on dit:
- Au nouveau, tout est beau.
-
- TRAFI, s. m. Prononciation vicieuse du mot _trafic_, dont le _c_
- doit se faire entendre.
-
- TRAGAL, s. m. Sorte de filet, appelé aussi _monte_.
-
- TRAGIVERSER ou TRÉGIVERSER, v. n. Tergiverser.
-
- TRÂGUE, s. m. Aide-maçon, porte-mortier.
-
- TRÂGUER, v. a. Porter, traîner, trôler. _Se trâguer d'une promenade
- à une autre. Qu'as-tu fait hier, Lamboteau, qu'on ne t'a pas vu au
- sarcle?--Ma fiste, hier c'était Pâques, et j'ai fait comme les
- autres: j'ai trâgué ma cauque et mes ourious._ Terme suisse. En
- allemand on dit: _Tragen_.
-
- TRAÎNARD, ARDE, adj. _Accent traînard, voix traînarde._ Dites:
- Accent traînant, voix traînante.
-
- TRAÎNASSER, v. a. Augmentatif de traîner; transporter sans soin et
- malproprement. _Tu as une belle poupée toute neuve, et tu la
- traînasses partout._ _Se traînasser_ signifie: 1º Se salir en se
- traînant par terre; 2º Se trimbaler, flâner. En français,
- Traînasser, v. n., veut dire: Traîner en longueur. Ce mariage a
- bien traînassé.
-
- TRAÎNE, s. f. État de santé languissant, indisposition qui se
- prolonge, maladie lente, abattement de force après un gros rhume.
- _Notre Thérèse n'a pas ce qui s'appelle une maladie: elle a une
- traîne. Depuis cette mauvaise traîne, je n'ai jamais pu me
- rétablir comme il faut._ Terme vaudois.
-
- TRAÎNE-GAÎNE, s. f. Tout ce qui embarrasse la marche et qu'il faut
- traîner après soi. _Ce qui m'ennuie à la promenade, c'est cette
- traîne-gaîne d'enfants._ Dans le Jura, _traîner la gaîne_
- signifie: Porter les livrées de la misère. Dans le français
- populaire, _traîne-gaîner_, v. n., battre le pavé avec l'épée au
- côté.
-
- TRAIN-TRAIN, s. m. _Le train-train des affaires_, c'est: Le cours
- ordinaire des affaires, la manière la plus ordinaire de les
- conduire. On dit de même: _Le train-train de la maison; le
- train-train du bureau; le train-train du commerce_. A Gap on dit:
- _Le trintran_. L'expression française est: Le trantran. Le
- trantran des affaires, etc.
-
- TRAIT, s. m. Traite, étendue de chemin que l'on fait d'un lieu à un
- autre sans s'arrêter. _Nous allâmes tout d'un trait de Genève à
- Bonneville._ Terme méridional.
-
- TRAITER POUR. _Les médecins le traitaient pour un engorgement au
- foie: c'était un anévrisme du coeur._ Dites: Les médecins le
- traitaient D'UN engorgement au foie, c'était, etc.
-
- TRAÎTRISE, s. f. L'action de trahir, trahison. Terme franc-comtois,
- méridional, etc.
-
- TRALAISON, s. f. Travée, travaison, rang de solives. Terme vaudois.
-
- TRÂLÉE, s. f. Ribambelle, séquelle, quantité. _Une trâlée de gamins.
- Une trâlée de mendiants. Une trâlée d'injures. Il nous lâcha une
- trâlée de sottises._ Terme vaudois et fribourgeois.
-
- TRANCANAGE, s. m. Changement de vase inutile et fâcheux. _Quel
- trancanage me fais-tu? As-tu bientôt fini tous ces trancanages?_
-
- TRANCANER, v. a. Transvaser inutilement un liquide, et par là le
- perdre ou le gâter. _Laisse-moi ce vin dans cette bouteille et ne
- le trancane pas tant. Que trancanes-tu là?_ _Se trancaner_, v.
- pron. Se trimbaler, aller sans but et par flânerie d'un lieu à un
- autre.
-
- TRANCHER, v. n. Tourner, se cailler. _Cette crême est tranchée. La
- sauce a tranché. Les tonnerres font trancher le lait._ Terme
- suisse, savoisien, berrichon, etc.
-
- TRANCIZION, s. f. Orthographe et prononciation vicieuse du mot
- «Transition,» lequel se prononce _tran-zi-cion_.
-
- TRANSPERCER, v. a. Mouiller d'outre en outre, mouiller jusqu'aux os,
- percer entièrement. _Cette pluie battante nous a transpercés._
- Dans le nord de la France on dit: _Trapercer_.
-
- TRANSVASAGE, s. m. Soutirage, remuage. _Le transvasage du vin blanc
- se fait chez nous au mois de mars._ Terme suisse, lorrain, etc.
- Transvaser est français.
-
- TRANZI, ZIE, part. Prononciation vicieuse du mot «Transi» (transi de
- froid), que l'on prononce _tran-cy_, comme _Nancy_.
-
- TRAPE, adj. Trapu, court et gros, courtaud. En Dauphiné et en
- Languedoc on dit: _Trapet_; à Lyon, _trapot_.
-
- TRAS ou TRÀ, s. m. Terme des campagnards. Solive, poutre, grosse
- pièce de bois. _Placer un tras; changer un tras; remuer un tras._
- Terme vaudois, fribourgeois, savoisien et lyonnais. Dans le patois
- de l'Isère: _Trau_; dans le patois lorrain, _trais_; en vieux
- français, _trabe_. R. lat. _trabs_.
-
- TRAVAILLER QUELQU'UN. Se prend en mauvaise part et signifie:
- Solliciter quelqu'un, chercher à le gagner, à le capter, à le
- retourner. _Travailler un juge. Le sieur N**, proche parent du
- président de la Cour, l'avait longtemps travaillé._ Expression
- énergique, inconnue aux dictionnaires, mais usitée en Dauphiné, en
- Lorraine et sans doute ailleurs.
-
- TRAVAILLER DE. _Il travaille d'horlogerie. Elle travaille de
- couturière. Notre cousine travaille de lingère. Mr Mathieu
- travaille de gypier_, etc. Dites: Il travaille en horlogerie; elle
- travaille en couture; notre cousine travaille en linge, en
- broderie, etc.
-
- TRAVAILLER SUR. _Travailler sur l'or; travailler sur le diamant_,
- etc. Dites: Travailler en or, travailler en diamant, etc.
-
- TRAVERS (LE). Se dit des étoffes et signifie: L'envers. _Le_
- _travers de ce drap est aussi beau que le droit. Voilà le droit,
- voilà le travers._ Dites: Voilà l'endroit, voilà l'envers.
-
- TRAVERSE, s. f., ou VENT DE TRAVERSE, s. m. Le vent d'ouest.
-
- TRAVERSER UN PONT. Dites: Passer un pont. _Le cheval s'abattit en
- traversant le pont de Carouge_ (en passant le pont de Carouge).
-
- TREDAINE ou TRIDAINE, s. f. Tiretaine, drap grossier. _Un habit de
- tredaine._ Terme vaudois, jurassien, etc.
-
- TREDON ou TREDAN, s. m. Bruit de désordre, tapage, tumulte.
- _Entendez-vous ce tredon? C'est un tredon à essourdeler._ Terme
- suisse. Selon CH. NODIER, _trudon_ signifie: Tambour.
- [_Dictionnaire des onomatopées_, 2e édition, p. 278.]
-
- TREGUIGNE ou TIRE-GOUINE, s. f. Viande dure et filandreuse, viande
- de très-mauvaise qualité. Au sens figuré, _treguigne_ est
- l'équivalent des mots canaille, crapule, objet de rebut, chose de
- néant. On dit aussi: _Tregougne_.
-
- [+] TREMBLE, s. m. Tremblement, frisson. _Quand je pense à cet
- horrible espectacle, le tremble me prend. Sa maladie commença par
- un grand tremble._
-
- TREMBLER, v. a. Secouer, hocher. _Trembler un arbre_, c'est: Le
- secouer pour en faire tomber les fruits. _On leur abandonna deux
- pommiers qu'ils tremblèrent à outrance._
-
- TREMPE, adj. Trempé, extrêmement mouillé. _Elle arriva toute trempe
- de sueur._ Français populaire.
-
- TREMPE, s. f. Volée de coups, rossée. _Donner une trempe. Recevoir
- une trempe._
-
- TREMPÉE, s. f. Terme des campagnards. Pluie abondante, pluie de
- durée qui trempe la terre. _Il a fait une bonne trempée._ Terme
- lorrain, etc.
-
- TREMPOTTE, s. f. Mouillette, pain trempé dans du vin pur. _Faire la
- trempotte._ Terme jurassien. Dans diverses provinces de France on
- dit: _Faire la trempette_; ailleurs, _faire la trempinette, faire
- la trempusse_.
-
- TRENTE-SIX. _Vous en avez trente-six_, veut dire: Vous en avez
- menti. _Il en a trente-six_, il en a menti.
-
- TRÉPER, v. a. Terme des campagnards. Marcher sur. _Tu me trèpes_ (tu
- marches sur ma robe). Dans le patois limousin: _Trepa lo terro_,
- piétiner la terre, etc. En Lorraine, _tripler_ signifie: Fouler
- aux pieds. En vieux français on disait: _Triper_ et _trepper_. R.
- lat. _tripudio_.
-
- TRÈS, adv. C'est mal parler que de dire: _J'ai très-faim; j'ai
- très-soif; j'ai très-sommeil; j'ai eu très-peur; tu as
- très-raison; elle a très-mal au pied. Ce pauvre Nicolin aurait
- très-besoin d'un chapeau. Je te prête mon joli parapluie, mais tu
- en auras très-soin. Vos petites friandises ont fait très-plaisir.
- Tu as très-tort de désobéir, Ferdinand. C'est très-dommage de
- chapler ce morceau d'étoffe_, etc. L'adverbe _très_ ne doit pas
- modifier un substantif. Les phrases suivantes sont donc aussi
- incorrectes: _Ce jeune homme fait très-l'aimable; il fait très-le
- gentil et sa soeur fait très-la savante_.
-
- TRESSAUT, s. m. Tressaillement. _À ce coup de canon, je fis un
- tressaut._ «Je redoublai de sommeil, après avoir été secoué par un
- énorme tressaut.» [TÖPFFER, _Le Presbytère_, p. 36.] En vieux
- français, _tressault_ signifie: Action de sauter, action
- d'enjamber. Tressauter est dans quelques dictionnaires.
-
- TRIAILLE, s. f. Triage. _Faire une triaille. Ce n'est que de la
- triaille_ (ce n'est que du rebut). Terme méridional.
-
- TRICOTER, v. a. Bâtonner, rosser. Terme vieux français. «Tricot,»
- gros bâton, est français.
-
- TRIÉGE, s. m. Toile ouvrée. _Triége uni, triége façonné._ Terme
- suisse, savoisien et franc-comtois.
-
- TRIÉGÉ, GÉE, adj. Ouvré, ouvrée. _Serviette triégée._
-
- TRIFOUILLER, v. a. Farfouiller.
-
- TRIMAILLEMENT, s. m. Mouvement, trémoussement. Dans le français
- populaire, «Trimer» signifie: Marcher vite et avec fatigue.
-
- TRINCANAGE, s. m. Voyez TRANCANAGE.
-
- TRINCANER, v. n. Voyez TRANCANER.
-
- TRINGUE, s. f. Tringle. _Tringue de rideau. Pourrais-tu m'avanter
- cette tringue?_ Terme lyonnais et vieux français.
-
- TRINGUETTE, s. f. Pour boire, petite gratification. _La tringuette
- du cocher._ A Neuchâtel on dit.: _Le tringuelt_; en allemand,
- _Trinkgeld_.
-
- TRINQUEBALLER, v. a. Augmentatif de «trimballer,» qui signifie:
- Traîner, mener, porter partout. Terme français populaire. Dans le
- canton de Vaud on dit: _Tringuemaller_.
-
- TRIÔLE, s. f. Répétition d'un air de musique plaintif et ennuyeux,
- ritournelle fatigante. _Ne continue pas cette triôle. Dis-donc,
- quinquerneur, tu nous impatientes avec ta triôle._ Terme suisse.
- Au figuré, nous appelons _triôle_, une personne ennuyeuse, et qui
- rabâche toujours les mêmes choses.
-
- TRIÔLER, v. a. Répéter plaintivement la même chose, importuner par
- des demandes réitérées. _Va-t'en, Alexis, tu me triôles. Que
- triôles-tu là depuis trois quarts d'heure?_ Dans le canton de Vaud
- on dit: _Triouler_. R. _triolet_, petite poésie de huit vers dont
- le premier se répète deux fois.
-
- TRIPOT, s. m. Nous donnons à ce mot un sens qu'il n'a pas en
- français. Tripotage, manigance, micmac, menée sourde, cancan.
- _Faire des tripots. Se mêler dans un tripot. N'êtes-vous pas
- dégoûté de leurs tripots?_ BESCHERELLE, qui seul fait mention de
- ce mot, pris dans ce sens, le donne comme peu usité. Il est fort
- connu chez nous.
-
- TRIPOTEUR, EUSE, subst. Tripotier, tripotière, celui ou celle qui se
- mêle de tripotages. Terme suisse et savoisien.
-
- TRIURES, s. f. pl. Épluchures.
-
- TRIVOUGNER, v. a. Tirailler quelqu'un ou quelque chose; secouer,
- ébranler en secouant. Dans le patois vaudois on dit: _Trevougni_
- ou _tservougni_.
-
- TROC. _De troc ou de broc._ En français: De bric et de broc.
- [BESCHERELLE.] _Il mène ma vache en champ, et elle se nourrit de
- troc et de broc._
-
- TROCHER, v. n. Se dit du blé et signifie: Taller, donner trop de
- tiges. _Les blés ont troché._ Terme vaudois et fribourgeois. Dans
- le Jura on dit: _Trucher_.
-
- TROIS-QUARTS, s. m. Ancienne petite monnaie genevoise, valant trois
- centimes ou à peu près. _Les trois-quarts ont cessé d'être frappés
- l'an 1610._
-
- TROIS-VINGTS. Nom de nombre. Soixante. _Quand j'avais mes
- trois-vingts_, disait un vieillard de Veirier, _je labourais
- encore à la pelle, et je conduisais la charrue_. Terme vaudois et
- vieux français.
-
- TROMPETEUR, s. m. Celui qui s'amuse à sonner de la trompette. _Les
- petits garçons parfois sont d'ennuyeux trompeteurs._
-
- TRONCHE DE NOËL, s. f. Bûche de Noël, souche de Noël. _Faire caquer
- la tronche_, signifie: Frapper sur la bûche pour en faire tomber
- les dragées ou autres friandises que les parents y ont introduites
- dans le but d'amuser leurs enfants. Le mot de _tronche_ est connu
- en Suisse, en Franche-Comté et sans doute ailleurs. R. lat.
- _truncus_.
-
- TRONC DE CHOU, s. m. Trognon de chou, trou de chou, tige du chou
- dont on a ôté les feuilles. Dans le Jura on dit: _Trôt de chou_.
-
- TROP À BONNE HEURE. Dites: De trop bonne heure, et non pas: _Trop de
- bonne heure_.
-
- TROTTÉE, s. f. Trotte, course, traite, espace d'un lieu à un autre.
- _Nous fîmes sans nous arrêter une trottée de sept lieues._
-
- TROU, s. m. Trouée, ouverture dans l'épaisseur d'une haie. Terme
- gascon.
-
- TROUILLÉ, LÉE, adj. Se dit principalement des fruits, et signifie:
- Patrouillé, gâté, mal manié, écrasé, mouillé, qui a perdu toute sa
- fraîcheur. _Des raisins trouillés._ En Normandie et dans le Berry,
- _trouiller_, v. a., signifie: Salir. En vieux français, ce verbe
- signifiait: Chiffonner en pressant. Dans le patois limousin,
- _troulia_, chiffonner. Notre mot patois _trolli_ (_ll_ mouillés),
- veut dire: Pressurer.
-
- TROUILLON, s. m. Femme sale et mal vêtue. En patois on dit:
- _Trouye_, et dans le français populaire, _trouille_.
-
- TROUPE, s. f. Grande quantité, ribambelle. _Une troupe de sottises,
- une troupe d'injures. Tu nous débites là une troupe de bêtises._
- Français populaire. C'est aussi une faute de dire: _Une troupe de
- monde_; il faut dire: Une troupe de gens.
-
- TROUPELÉE, s. f. Grande troupe, ribambelle, potée. _Une troupelée de
- badauds. Une troupelée d'enfants._ Dans le patois limousin,
- _troupel_, et en vieux français, _troupelet_, signifient:
- Troupeau, petit troupeau.
-
- TROUSSEPET, s. m. Petit enfant chétif, mais intelligent, agréable et
- gentil. Dans le français populaire, _trousse-pette_ se dit par
- mépris en parlant d'une petite fille. En Normandie, _troussepin_
- se dit d'un enfant espiègle.
-
- TROUVE, s. f. Trouvaille. _Faire une trouve. Quelle fameuse trouve
- tu as fait là!_ Terme français populaire.
-
- TRUIASSE ou TRUYASSE, s. f. Femme très-malpropre, femme dégoûtante
- et repoussante par la saleté et le désordre de ses vêtements.
- Augmentatif du mot «Truie.»
-
- TRUIE, s. f. Nous disons proverbialement d'une chose qui se
- détériore considérablement: _Elle s'en va en chair de truie. Si la
- pluie continue de la sorte, toute notre récolte s'en ira en chair
- de truie._ Allusion à la viande des truies portières, laquelle
- fait beaucoup de déchet.
-
- TRUIERIE, s. f. Vilenie, saleté, ordure, obscénité. _Dire des_
- _truieries. Balayez-nous ces truieries. Pousser à cet excès la
- lésine, c'est une truierie._ Terme vaudois.
-
- TRUQUER, v. n. Cosser. Se dit des bêtes à cornes et surtout des
- béliers qui heurtent de la tête les uns contre les autres.
-
- TUBÔTU, s. m. et adv. _Acheter du bois, acheter du foin au tubôtu.
- Faisons de ces diverses marchandises un tubôtu._ Terme
- fribourgeois, etc. Voyez AUTU-BÔTU.
-
- TUFELLE, s. f. Terme des campagnards. Pomme de terre. _Planter les
- tufelles; arracher les tufelles._ En Languedoc on dit: _Tufère_ ou
- _tufène_, terme formé du mot _trufe_ ou _trufle_, par lequel on
- désigna d'abord les pommes de terre dans tout le midi de la
- France.
-
- TUILE COURBE. Dites: Tuile creuse, tuile faîtière, ou tuile en
- gouttière.
-
- TUILIÈRE, s. f. Tuilerie, lieu où l'on fait la tuile. _La tuilière
- d'Hermance; la tuilière de Châtelaine; la tuilière Colliard_, près
- de Carouge. Terme suisse, savoisien et méridional.
-
- TUILON, s. m. Tuileau, morceau de tuile cassée. Terme lorrain.
-
- TUNE, s. f. Ribote, gala, débauche de table. _Faire une tune._ Terme
- vaudois.
-
- TURBENTINE, s. f. Térébenthine. _Huile de turbentine._ Terme vieux
- français. En Dauphiné et en Languedoc plusieurs disent:
- _Tourmentine_.
-
- TURLUBERLU ou TURLUBRELU, s. m. Hurluberlu, étourdi, évaporé,
- écervelé. _Quel tapageur que votre neveu! quel étourneau! quel
- turlubrelu!_ Terme vaudois, neuchâtelois, lyonnais, bordelais,
- etc. Voyez HURLUBRELU.
-
- TUTAYEMENT, s. m. Tutoiement, action de dire _tu_ et _toi_ en
- s'adressant à quelqu'un. Voyez le mot suivant.
-
- TUTAYER, v. a. User des mots _tu_, _te_ et _toi_ en parlant à
- quelqu'un. _Beaucoup d'amis et de très-bons amis ne se tutayent
- pas._ Dans le dix-septième siècle et dans la première moitié du
- dix-huitième, on écrivait «tutoyer» et on prononçait _tutayer_.
- [Voyez le dictionnaire de l'Académie française, Ire édit., 1694.]
- Aujourd'hui on écrit et on prononce «tutoyer,» je tutoie, elle
- tutoyait.
-
-
-U
-
- ULCÈRE, s. f. _Une ulcère._ Ce mot est masculin.
-
- UN, UNE, adj. _Un_ est mis abusivement pour «deux» dans l'exemple
- suivant et dans les exemples analogues: _De ces quatre frères il
- n'y en a pas un qui se ressemble_. Dites: Il n'y en a pas deux qui
- se ressemblent.
-
- UN (LE). Le premier. _Quel jour sommes-nous?--Nous sommes le un.
- Quand partez-vous?--Je pars le un._
-
- UNE, adj. num., suivi du pluriel. _Une heure ont sonné_, est une de
- nos plus étranges fautes.
-
- UNIFORME, s. m. Nous disons: _Un habit d'uniforme; endosser l'habit
- d'uniforme_, etc. On doit dire: Un habit uniforme, ou: Un
- uniforme. Endosser l'uniforme; prendre l'habit uniforme.
-
- UN TANT SOIT PEU, s. m. _Tu as beaucoup de tabac, donne-m'en un tant
- soit peu._ Dites, en retranchant l'adjectif _un_: Donne-m'en tant
- soit peu.
-
- USAGE, s. m. Service, user, s. m. _Prenez sans crainte cette étoffe;
- prenez hardiment ce drap: ils vous feront beaucoup d'usage; ils
- vous seront d'un bon usage; ils deviendront même plus beaux par
- l'usage._ Dites, avec le dictionnaire de l'Académie: Ils seront de
- bon user; ils seront de bon service; ils deviendront plus beaux
- par l'user.
-
- USE, adj. Usé. _Un pantalon use; une redingotte use._ Terme connu
- dans le Berry, et sans doute ailleurs. Employé figurément, ce mot
- signifie: Décrépit. _Le voisin N** est mort à l'âge de trente-huit
- ans, et il était déjà tout use._ Expression triviale.
-
- USE, s. f. Terme de charron. Esse, cheville en forme de S.
-
- USER, v. n. Nous disons proverbialement: _Qui refuse n'use_. On doit
- dire: Qui refuse muse; ce qui signifie: Que celui qui refuse une
- offre a tort, et perd souvent une occasion qu'il ne retrouvera
- plus.
-
- UTENSILE, s. m. Ustensile. _La pauvre Gothon a vendu jusqu'à son
- dernier utensile._ Terme méridional et vieux français. R. lat.
- _utensile_.
-
- UVES, s. f. pl. Voyez OEUVES, p. 66.
-
-
-V
-
-VACHE, s. f. Nous disons proverbialement et injurieusement, en parlant
-d'une personne peu recommandable et qui est revenue d'une maladie
-grave: _Il mourrait plutôt la vache d'un pauvre homme_. En Languedoc
-on dit: _Il mourrait plutôt l'âne d'un pauvre homme_. Dans le français
-populaire: _Il mourrait plutôt un chien de berger_. [Voyez le
-_Dictionnaire du Bas langage_, t. Ier, p. 198.]
-
-VACHE, s. f. Vaquette, pied de veau, plante qui fleurit dans les haies
-pendant les mois d'avril et de mai.
-
-VACHE, s. f. Se dit figurément d'une personne qui est à la fois
-très-corpulente, très-molle et très-apathique. Terme bas et grossier.
-
-VACHE, s. f. Noyau d'abricot taché de blanc. Terme d'écolier.
-
-VACHERIN, s. m. Sorte de fromage à la crême, lequel se fabrique
-surtout dans le Chablais. «Les _vacherins_ que vous m'envoyez, seront
-distribués en votre nom.» [J.-J. ROUSSEAU, _Lettre écrite de
-Motiers-Travers à Mr D'Ivernois_.]
-
-VACILLER, v. n. (_ll_ mouillés.) On doit prononcer _va-cil-ler_.
-
-VACILLEMENT, s. m., n'est pas français; on dit: Vacillation, et l'on
-prononce _va-cil-la-tion_.
-
-VAILLANT, ANTE, adj. Se dit des domestiques et des ouvriers, et
-signifie: Actif, diligent, ardent à l'ouvrage, laborieux. _Notre
-Suzette est une fille sage et vaillante._ Terme méridional, vieux
-français, etc.
-
-VADER, v. n. S'esquiver, s'évader, partir à la sourdine.
-
-VAILLE QUI VAILLE, loc. adv. Vaille que vaille, à tout hasard, quelle
-que soit la valeur de la chose. _Acceptez sa promesse, vaille qui
-vaille. Contentez-vous d'une signature, vaille qui vaille._ Dites:
-Vaille que vaille.
-
-VALÉRIENNE, s. f. Valériane, plante médicinale.
-
-VALET, s. m. Terme d'amitié qu'on donne quelquefois aux petits
-garçons. _Ne pleure pas, tu es mon valet. Viens, mon valet, viens, que
-je t'embrasse._
-
-VALEUR, s. f. Appoint. Les bordereaux sont ordinairement ainsi conçus:
-_Écus, 60.--Valeur, 3 fr. 50 c._ Dites: Appoint.
-
-VALSER, v. n. S'esquiver, s'évader, se sauver, prendre la poudre
-d'escampette. Français populaire.
-
-VANGERON, s. m. Petit poisson particulier à notre lac et à celui de
-Neuchâtel. Mr JURINE lui donne le nom de «Rosse.» A Neuchâtel on
-l'appelle: _Vingeron_. Mr GREL, dans son _Vocabulaire_, l'appelle:
-«Gardon.»
-
-VANNER, v. n. Décamper, s'esquiver, filer, s'échapper. Terme français
-populaire.
-
-VANTADOUR, s. m. Fanfaron, vantard. _Faire le vantadour._ Terme
-neuchâtelois.
-
-VANTAU, s. m. Contrevent extérieur. _Ouvrir les vantaux; fermer les
-vantaux; arrêter, fixer les vantaux._ Terme vaudois, neuchâtelois,
-dauphinois et vieux français. Ce mot, recueilli par GATTEL
-(grammairien dauphinois), et copié par BOISTE, a été repoussé par Mr
-BESCHERELLE, dont le dictionnaire est cependant un lieu de refuge,
-ouvert à tous les genres de barbarismes. En français, «Vantail,» dont
-le pluriel est «Vantaux,» signifie: Battant d'une porte, battant d'une
-fenêtre.
-
-VARIEMENT DE COEUR, s. m. Défaillance. Voyez le mot suivant.
-
-VARIER, v. n. Avoir des vertiges, défaillir. _Le coeur lui varie. Le
-coeur me variait_, c'est-à-dire: J'avais des vertiges. Expression
-principalement familière aux campagnards.
-
-VARIER, v. n. Corruption de _avarier_. _Parmi les arbres ou
-arbrisseaux plantés en hiver, il y en a qui varient à la sève du
-printemps_, c'est-à-dire: Qui se détériorent ou périssent.
-
-VASE, s. m. Tonneau, fuste.
-
-VASE, s. m. Ce mot s'emploie chez nous en parlant d'une église, d'une
-galerie, d'une bibliothèque, et autres grandes pièces d'un bâtiment
-considérées en dedans. _Notre temple de Saint-Pierre est un beau vase.
-La voix de ce prédicateur remplit aisément les plus grands vases._
-Dans ces deux exemples, et dans les analogues, dites: Vaisseau.
-«L'église de Notre-Dame de Cambray est un très-beau vaisseau.»
-[PELLISSON.]
-
-VEAU, s. m. Nous disons d'une vache qui a mis bas: _Elle a fait le
-veau_. Dans le Berry on dit: _Elle a fait veau_. Il faut dire: Elle a
-vêlé. «Faire le veau» se dit d'une personne qui s'étend nonchalamment.
-
-VEILLER, v. n. Terme consacré pour dire: Passer la veillée, passer la
-soirée ou l'après-soupée chez un voisin, chez un ami, chez un parent.
-_Femme, où veilles-tu ce soir_ (où vas-tu à la veillée ce soir)?--_Je
-veille chez ma belle-soeur. Demain on veillera tous chez le
-grand-papa._ Terme languedocien.
-
-VEILLER (SE), v. pron. Veiller, surveiller, observer. _Claudine,
-veille-toi ce rôdeur, veille-te-le bien._
-
-VEINE, s. f. Les veines de dessus la main devenant ordinairement
-fortes et saillantes par le travail manuel, on dit proverbialement:
-_Qui voit ses veines, voit ses peines_. Ce dicton s'étend encore aux
-personnes dont la main est amaigrie par l'âge ou par la maladie.
-
-VENDAGE, s. m. Sorte de cabaret, où l'on vend le vin en détail, mais
-où l'on ne donne pas à manger. _Établir un vendage. Nous ferons une
-halte au premier vendage._ Terme vaudois et neuchâtelois. En vieux
-français, _vendage_ signifie: Vente, débit.
-
-VENDANGETTE, s. f. Sorte de grive, grive musicienne.
-
-VENDANGEUSE, s. f. Petite fleur blanche, qui fleurit vers le temps de
-la vendange.
-
-VENDÔME (FAIRE). Vendre ses hardes, ses effets. _Il a été obligé de
-faire vendôme de tout son butin._ [G. G.]
-
-VENDRE, v. a. Ce terme des écoliers, dans leurs divers amusements sur
-la neige et la glace, signifie: Atteindre, culbuter, faire pirouetter.
-_Gare! gare! tu es vendu. Ne me vends pas, Antoine; s'il te plaît, ne
-me vends pas!_
-
-VENDRE VIN, v. a. Débiter du vin. Terme suisse, berrichon, etc.
-
-VENGERON, s. m. Sorte de poisson. Voyez VANGERON.
-
-[+] VENIMEUX, EUSE, adj. Malsain, parlant des personnes. _Un enfant
-venimeux_, dans le langage très-populaire, est un enfant dont le sang
-est vicié.
-
-VENIR, v. n. Devenir. _Depuis ces bonnes pluies, la campagne est
-venue bien verte. Je crois, ma chère, que je viens sourde._ Terme
-français populaire.
-
-VENIR (SE), v. réfl. _Cet enfant a une excellente nourrice: il se
-vient bien_ (il vient bien), c'est-à-dire: Il prospère, il grossit, il
-prend un air de santé. _Notre Émélie, qui était toute moindrolette, il
-y a deux mois, se vient très-joliment aujourd'hui._
-
-[+] VENIR (S'EN), v. pron. Ce verbe est français. On dit:
-Venez-vous-en; t'en viens-tu? etc. Mais on ne dit pas, au parfait
-indéfini: _Elle s'est en venue_; ni: _Je me suis en venu; elle s'en
-est en venue; tâchez voir que Jean-Pierre s'en en vienne_. On dit:
-Elle s'en est venue; tâchez que Jean-Pierre s'en vienne, etc.
-
-VENIULE, s. f. Venelle, passage étroit, sentier. _Il s'est échappé par
-la veniule; il a pris une mauvaise veniule; il a manqué la veniule._
-Au sens figuré: _Être dans la veniule, enfiler la veniule_, signifie:
-Être dans la bonne voie; trouver le moyen de réussir.
-
-VENT, s. m. Les vents qui règnent dans le bassin de Genève et sur le
-lac Léman sont au nombre de huit, savoir: 1º Le MÔLAN ou la MÔLANNE
-(vent d'est), ainsi appelé parce qu'il vient du côté de la montagne du
-_Môle_: vent paisible et qui n'est presque jamais orageux. 2º Le
-BORNAND (vent du sud-est), ainsi nommé parce qu'il vient du côté des
-montagnes du _Grand_ et du _Petit-Bornand_, en traversant les _Bornes_
-et le mont Salève. Il souffle ordinairement par rafales et excite de
-grands orages. 3º Le CREUSEILLAND (vent du sud), ainsi appelé parce
-qu'il vient du côté de _Creuseille_ et du mont de _Sion_. C'est le
-vent proprement dit. Il souffle le plus souvent par bouffées, et
-occasionne quelquefois de grands orages. Quand il amène la pluie, elle
-dure assez longtemps. 4º Le MICHAILLAND (vent du sud-ouest), ainsi
-nommé parce qu'il vient du côté de la _Michaille_, petit pays situé
-sur la rive droite de la Valserine, à l'ouest du fort de l'Écluse.
-Quand il souffle en été, c'est une espèce de sirocco; et s'il règne
-durant quelques jours aux approches des moissons, il fait _venter_ les
-blés, qui dépérissent et ne produisent que des grains avortés ou
-retraits. 5º Le BOURGUIGNON (vent d'ouest), ainsi appelé parce qu'il
-vient de la _Bourgogne_, du côté de Chézery et de Lélex. Il traverse
-le mont Jura, et s'abat quelquefois avec furie sur les villages du
-pays de Gex situés au pied de cette montagne. 6º Le JORAN (vent du
-nord-est), qui vient du côté de la partie du _Jura_ qui avoisine la
-ville de Gex. Il souffle ordinairement par bouffées et excite souvent
-de grands orages. 7º La BISE (vent du nord). Elle amène d'ordinaire le
-beau temps. Si elle est accompagnée de pluie, on la nomme _Vouaret_,
-dans certaines localités. 8º Le SÉCHARD (vent du nord-est), ainsi
-nommé à cause de sa qualité _desséchante_. Il nous arrive par le lac
-et amène presque toujours le beau temps. Quand il règne, le ciel est
-serein ou peu chargé de nuages. Le peuple du bassin de Genève
-l'appelle aussi, dans son langage expressif: _La Dame de Lausanne,
-Notre Dame de Lausanne_. [P. G.]
-
-VENT (LE). C'est ainsi que nous désignons d'un seul mot le Vent du
-midi. _Le vent s'élève, nous aurons de l'eau. Le vent n'est pas comme
-les vieilles femmes, il ne court pas pour rien_, c'est-à-dire: Qu'en
-dernier résultat il amène un changement de temps et la pluie.
-
-VENT BLANC, s. m. C'est le nom que nous donnons au vent du midi, quand
-il souffle sans couvrir le ciel de nuages. Terme neuchâtelois.
-
-VENTER, v. n. Nous disons d'une chandelle allumée qu'elle _vente_,
-lorsque la flamme en est agitée par le vent et que le suif se fond
-plus vite. Nous le disons aussi des rideaux. Les rideaux _ventent_
-lorsqu'ils sont mis en mouvement par l'action de l'air.
-
-VENTER, v. n. Se dit des blés, et signifie: Être attaqué de la maladie
-appelée nielle ou carie. Les blés _ventent_ lorsque, étant à peu près
-mûrs, ils sont surpris par des rosées froides et fortes, sur
-lesquelles tombe dès le matin un soleil très-chaud.
-
-VENTRAILLE, s. f. Tripaille, intestins des animaux. Terme
-languedocien, vieux français, etc.
-
-VENTRE, s. m. On dit dérisoirement d'un prodigue à qui il ne reste
-plus rien: _À présent qu'il a tout dépensé, il est obligé de se
-frotter le ventre avec un carron_ (une brique). Figurément, _Se
-frotter le ventre avec un carron_ (voyez CARRON), signifie: Se passer
-de manger. On dit à Paris dans le même sens: _Se serrer le ventre_.
-[_Dictionnaire des locutions vicieuses._] Nous disons figurément dans
-le même sens: _Danser devant le buffet_.
-
-VENTRE, s. m. Nous disons à un enfant, qui étant servi abondamment
-d'un mets, ayant son assiette bien garnie ou sa poche pleine, se
-plaint encore de n'avoir pas assez: _Tu as les yeux plus grands que le
-ventre_. Dites: Que la panse.
-
-VERDAÎRULE ou VERDERULE, s. f. Verdule, verdelet, bruant.
-
-VERGILLON, s. m. Petite verge, petite baguette. Se dit surtout de
-cette baguette de noisetier que les pêcheurs ajoutent à l'extrémité du
-roseau qui leur sert de ligne. Terme vaudois. En vieux français,
-_verjon_.
-
-VERGNE, s. m. Verne, aune, sorte d'arbre qui croît au bord des eaux.
-Terme vieux français. Nos campagnards lui donnent le genre féminin.
-
-VERNET, s. m. Verney, lieu planté de vernes ou aunes. _La campagne des
-Vernets. L'hospice des Vernets._
-
-VERSÉE, s. f. Signifie: 1º Une rasade, un plein verre; 2º Une averse.
-_Je te demande un peu de vin et tu me flanques une versée._
-
-VERSER, v. a. Répandre. _Lequel de vous, mes enfants, a versé cette
-encre? Tu veux te servir toi-même, Ernestine, et tu verses la sauce
-sur la nappe._ Français populaire.
-
-VERSER, v. a. Nous disons figurément d'un marchand, d'un commerçant
-qui, par sa faute, a fait de mauvaises affaires et s'est ruiné: _Il a
-versé son écuelle_.
-
-VERSER, v. n. Se répandre par les bords. _Viens vite, Jeannette, ton
-lait verse; ta cassette va verser._ Expression méridionale.
-
-VERSI VERSÀ, loc. adv. Vice versâ, qu'on prononce _vicé-versâ_; termes
-latins qui signifient: «Réciproquement.»
-
-VERT, s. m. _Faire le vert et le sec_, signifie: Se donner toutes les
-peines du monde pour réussir dans une affaire. L'Académie et les
-_Dictionnaires de proverbes_ disent: «Employer le vert et le sec.»
-
-VESSICATOIRE, s. m. Écrivez «Vésicatoire» et prononcez
-_vé-zi-ca-toire_.
-
-VESTE, adj. À demi ivre, gris. _Il est veste._
-
-VESTE, s. f. Nous disons de quelqu'un qui a trop bu: _Il a sa veste,
-la plus belle veste du monde, laissons-le dormir. Il a pris une
-veste._ On dit aussi: SE VESTER, pour: Se griser.
-
-VICAILLE, s. f. Victuaille, provisions de bouche. _Il y a assez de
-vicaille dans leur maison._
-
-VICOTER, v. n. Vivoter, vivre petitement, subsister pauvrement et avec
-peine. _Avec ces quarante francs, ils purent vicoter deux mois._ Terme
-lyonnais, etc. En vieux français, _Vicquer_ signifie: Vivre, être en
-vie.
-
-VICREUSE (LA). C'est le nom de divers petits chemins dans notre
-canton. _Vicreuse_ ou _Vie-creuse_ veut dire: Voie creuse, chemin
-creux. En patois, _vî-a_ ou _vî_ signifie: Chemin. R. lat. _via_.
-
-VIDÉE, s. f. Action de vider ou de se vider. S'emploie au sens propre
-et au sens figuré. _Ils sont tous partis! voilà une fameuse vidée!_
-
-VIDEUSE (UNE). Terme de la fabrique d'horlogerie, ouvrière qui découpe
-le coq de la montre.
-
-VIDOLET, s. m. Terme des campagnards. Sentier particulier. _Le vidolet
-de Sierne._ Dans le patois de l'Isère et en vieux français on dit:
-_Violet_.
-
-VIEILLE, s. f. Vielle; instrument de musique fort connu. _Jouer de la
-vieille._ Terme français populaire.
-
-VIEILLOPET, ETTE, adj. et subst. Vieillot, vieillote, qui commence à
-avoir l'air vieux: _Une petite vieillopette_.
-
-VIEULIET ou VIEULIER, s. m. Violier, giroflée. _Un vieuliet double._
-Terme savoisien, lyonnais et méridional.
-
-VIEUX FER. _Être au vieux fer_, est une expression figurée qui
-s'emploie en parlant des personnes et qui signifie: N'être plus bon à
-rien. _Mettre au vieux fer_, veut dire: Rebuter, dédaigner. _Ils ne
-veulent plus rien de moi, et ils me laissent de côté! Ils s'imaginent
-donc que je suis déjà au vieux fer._
-
-VIEUX JOIN, s. m. Vieux oing, vieille graisse de porc fondue, dont on
-se sert pour frotter les voitures. «Oing» est le mot latin _unctum_.
-
-VIGOUREUSE, s. f. Sorte de poire. Voyez VIRGOUREUSE.
-
-VINOCHE, s. f. Mauvais vin, piquette, vin. _Retire-toi, Bastian,
-retire-toi bien vite, tu pues la vinoche._
-
-VIOLETTES, s. f. _Être aux violettes_ est une expression figurée et
-facétieuse qui signifie: Être pensionnaire de l'Hôpital et placé comme
-tel chez des campagnards. On dit dans le même sens: _Être aux
-avant-postes_.
-
-VIOLONNER, v. n. Jouer du violon. Se dit de celui qui fatigue ses
-alentours en râclant ou en étudiant.
-
-VIOLONNER, v. a. Répéter toujours la même chose, rabâcher, fatiguer
-par d'ennuyeuses redites. Terme vaudois.
-
-VIOLONNEUR, s. m. Mauvais joueur de violon, râcleur. _La peste soit du
-violonneur!_ Terme languedocien, etc.
-
-VION-NET, s. m. Terme des campagnards. Petit sentier public. _Vous
-accourcirez en prenant ce vion-net._
-
-VIRABOQUET, VIREBOQUET, ou VIREBREQUET, s. m. Jouet d'enfant. Noyau
-d'abricot percé, dans lequel on enfile un petit bâton planté dans une
-pomme de terre et qu'on fait tourner au moyen d'une ficelle ou d'un
-fil ajusté au noyau.
-
-VIRABOUQUIN, VIREBOUQUIN ou VIREBREQUIN, s. m. Vilebrequin, outil
-d'artisan qui sert à trouer, à percer du bois, de la pierre, et autres
-corps durs. On dit à Lyon: Virebroquin.
-
-VIRE-DE-PIED, s. m. Croc en jambe.
-
-VIRE-DE-PIED, s. m. Mesure d'un travers de pied. _La largeur de sa
-chambre était de sept pieds et un vire-de-pied._ On dit aussi:
-_Revire-de-pied_.
-
-VIRER CASAQUE. Tourner casaque, changer de parti.
-
-VIRER L'OEIL. Tourner de l'oeil, mourir. _Regarde cette pauvre truite,
-comme elle vire l'oeil._ Expression limousine.
-
-VIRET, s. m. Sorte de miton chaud.
-
-VIRET, s. m. Escalier en limaçon. Dans le patois vaudois, _vira_, s.
-f. signifie: Vis de pressoir.
-
-VIREVOÛTE, s. f. Tours et détours, circuits, sinuosités. _Les
-virevoûtes d'un couvent; les virevoûtes d'un bois._ Terme vaudois et
-languedocien. Les mots «virevolte et virevouste» ont la même origine
-que notre mot de _virevoûte_, mais ils n'ont pas le même sens. _Virer_
-signifie: Tourner, et _volte_, _vouste_ et _voûte_ sont une corruption
-du mot latin _vultus_, visage, face.
-
-VIRGOUREUSE, s. f. Sorte de poire d'hiver, appelée en français:
-«Virgouleuse.» _Virgoulé_ est le nom d'un village près de Limoges,
-d'où ces poires se sont propagées.
-
-VIROLET, s. m. Remous, tournant dans une eau courante. _Prends garde
-à ce virolet; ne va pas nager près de ce virolet._ Terme vaudois et
-savoisien.
-
-VIROLET, s. m. Toton, jeu d'écolier.
-
-VIROLET, s. m. Tourniole, panaris qui fait le tour de l'ongle. R.
-_virer_.
-
-VIROTTER, v. n. Se prend d'ordinaire en mauvaise part, et signifie:
-Tourner et virer autour de quelqu'un. _As-tu assez virotté? Si tu
-virottes encore dans cette chambre, je te renvoie._
-
-VIS (UN). _Mettre un vis._ Dites: Mettre une vis. Ce mot est féminin.
-
-VISAGÈRE, s. f. Le masque d'une poupée. _Mettre une visagère; casser
-une visagère; changer de visagère._ Terme suisse et savoisien. Dans
-l'évêché de Bâle on dit: _Visagière_. En vieux français, _visagière_
-signifie: Visière d'un casque.
-
-VIS-À-VIS, prép. Envers. _Il eut des torts graves vis-à-vis de son
-tuteur. Il se conduisit très-mal vis-à-vis de sa grand'mère._ Cette
-faute choquante n'en sera bientôt plus une, tant elle s'est propagée,
-et tant l'usage qu'en font plusieurs écrivains l'a sanctionnée.
-Introduite en France par J.-J. Rousseau, cette expression fut dès
-l'origine attaquée vivement par Voltaire. Mais le philosophe de
-Genève, plus lu et plus goûté que le philosophe de Fernex, triompha de
-son opposant, et le barbarisme trône aujourd'hui.
-
-VISICATOIRE, s. m. Vésicatoire. R. _vesica_.
-
-VISIÈRE, s. f. Nous disons figurément, en parlant de quelqu'un avec
-qui nous avons cessé toute relation, tout commerce d'amitié: _J'ai
-rompu en visière avec lui_. En français on dit: Je lui ai rompu en
-visière; et cela signifie: Je l'ai contredit en face et brusquement.
-
-VISITANT, s. m. Visiteur.
-
-VIS OUVERTS (À). À huis ouverts, c'est-à-dire: Avec les portes
-ouvertes, les portes restant ouvertes. _Le mariage civil se fait
-toujours à vis ouverts._ _Vis_ (prononcez _visse_) est une corruption
-du vieux mot _huis_ (porte), d'où l'on a fait le mot «huissier.» R.
-_ostium_.
-
-[+] VISSE-VERSÀ, loc. adv. Écrivez «Vice versâ» et prononcez
-_vicé-versâ_.
-
-VITAILLE, s. f. Terme des campagnards, provision de bouche, vivres,
-victuaille. Terme vieux français.
-
- De ses deniers assez li baille
- Por achater de la _vitaille_.
-
-[Voyez ROQUEFORT, _Glossaire de la langue romane_, t. II, p. 723.] En
-languedocien on dit: _Bitaille_.
-
-[+] VITRE (UN). Une vitre. _Femme, fais donc remettre ce vitre._
-Solécisme franc-comtois, etc.
-
-VIVE, s. f. Alevin, milcanton, réunion de diverses espèces de
-très-petits poissons. «Il est défendu de pêcher et de vendre du fretin
-connu sous le nom de _vive_.» [_Règlement de police de 1837._]
-
-VOCATION, s. f. Ce mot ne signifie point, comme plusieurs le croient:
-État de vie, carrière, profession. Il faut donc éviter les expressions
-suivantes: _Prendre une vocation; choisir une vocation; embrasser une
-vocation; quitter une vocation; changer de vocation_, etc. «Vocation»
-signifie: Appel, mouvement intérieur, disposition naturelle qui nous
-porte à tel ou tel genre de vie. On dira donc fort bien: Les jeunes
-gens n'ont pas toujours la facilité de suivre leur vocation,
-c'est-à-dire: De suivre l'instinct, le penchant, le goût qui les
-pousse vers telle ou telle carrière. Notre cousin Salomon n'avait
-aucune vocation pour la carrière des armes; il a été cependant forcé
-de servir. «Vocation» est le mot exact dans ces deux exemples.
-
-VOGUE, s. f. Fête patronale, fête de la commune. _Les bals_ _de la
-vogue; les plaisirs bruyants d'une vogue._ Terme savoisien, dauphinois
-et provençal.
-
-VOILÀ, prép. _Es-tu contente de ton nouveau cordonnier?--Voilà_,
-c'est-à-dire: Je n'en suis ni contente ni mécontente.
-
-VOIR ou VOIRE, adv. _Attends voir, écoute voir, regarde voir_,
-signifient: Attends un peu, écoute un peu, regarde un peu. _Dis voir,
-Pierrot, va-t-on à Divonne dimanche?_ Ce terme, qui est si connu dans
-tous les pays où l'on parle français, vient du mot latin _verè_
-(vraiment), et joue le rôle que jouent en allemand les mots _einmal_,
-_ein wenig_. On trouve dans les _Contes_ de LA FONTAINE le vers
-suivant:
-
- _Voire!_ écoutez le reste de la fête.
-
-Ce qui revient à: Écoute _voire_.
-
-VOIR (SE), v. pron. impersonnel. Paraître. _Il se voit bien que tu es
-en colère. Il se voit bien que le beau temps ne durera pas._
-Expression dauphinoise, etc.
-
-VOITURÉE, s. f. Toutes les personnes qui remplissent une voiture.
-_Nous allâmes au pont de la Caille: la voiturée se composait de
-quatorze amis._ Expression fort acceptable.
-
-VOL, s. m. _Un vol d'étourneaux; un vol d'hirondelles_, etc. Terme
-méridional. En français on dit: Volée. «On voit des volées de deux ou
-trois cents pintades.» [BUFFON.]
-
-VOL, s. m. _Prendre quelqu'un au vol._ Dites: Prendre quelqu'un à la
-volée, c'est-à-dire: Choisir promptement et habilement l'instant
-fugitif où on peut le voir et lui parler.
-
-VOLAILLE, s. f. C'est le nom qu'on donne en français à tout oiseau
-qu'on nourrit dans une basse-cour. La phrase suivante est donc tout au
-moins un peu bizarre. _Ce n'est pas un poulet que je vous offre,
-Messieurs, c'est une volaille._
-
-VOLANT, s. m. Faucille de nos moissonneurs. _Aiguiser un_ _volant;
-emmancher un volant._ Terme vaudois, jurassien et berrichon. Dans le
-patois de l'évêché de Bâle on dit: _Voulain_; en bas-limousin,
-_voulan_; en Dauphiné, _volame_. Dans le vieux français, _voulain_ et
-_voulant_ se disaient d'une espèce de serpe. [Voyez ROQUEFORT,
-_Glossaire_, t. II, p. 731.]
-
-VOLANT, adj. Nous disons que des oiseaux sont tout _volants_,
-lorsqu'ils sont drus comme père et mère. [P. G.]
-
-VOLE, s. f. _Mettre un oiseau à la vole_, signifie: Le mettre au vol;
-lui faire prendre son vol.
-
-VOLET, s. m. Les mots de _volet_ et de _contrevent_ ne sont pas
-synonymes. «Les _Volets_ sont en dedans et s'appliquent sur le châssis
-des fenêtres, les _Contrevents_ sont en dehors.» [Voy. PAUTEX,
-_Recueil de mots français_, p. 41.]
-
-VOLETTE (À LA), loc. adv. _Faire une chose à la volette_, signifie: La
-faire trop vite et avec peu de soin, la faire à la volée et en
-courant. On dit aussi: _Prendre une chose à la volette, saisir une
-chose à la volette_.
-
-VOLEUR, s. m. Filament enflammé de la mèche d'une chandelle, lequel
-fait couler le suif. _Ne voyez-vous pas ce voleur à la chandelle? Ôtez
-donc ce voleur._ Terme connu dans quelques provinces de France, dans
-la Flandre française, etc. [_Dictionnaire roman-wallon_, p. 209.]
-
-VOLONTIERS, adv. Ordinairement. _La Victorine a volontiers mal aux
-dents le soir. J'ai volontiers la migraine à la suite d'une grande
-émotion._ Phrases dont chacun peut apprécier le ridicule.
-
-VOUABLE, s. f. Clématite des haies, herbe aux gueux, sorte de plante
-grimpante qui fleurit au mois de juillet. Terme vaudois, neuchâtelois,
-franc-comtois, etc.
-
-VOUAFFE, s. f. Au sens propre, boue liquide, bouillon trop clair,
-sauce mal liée. _Leur soupe n'était que de la vouaffe._
-
-VOUAFFER, v. n. S'enfoncer dans un liquide épais. _La pluie survint,
-on vouaffa dans le patrigot._ Ce mot et le précédent sont des
-onomatopées dignes de remarque.
-
-VOUAI, s. m. Terme des campagnards. Sorte d'épervier.
-
-VOUARAI ou VOUARET, s. m. Bise noire et pluvieuse.
-
-VOUÂRE, s. f. Terme des campagnards. Mars, larve de hanneton, et le
-hanneton lui-même. Terme vaudois et savoisien.
-
-VOUAREUX, EUSE, adj. Qui a la morve au nez. _Un enfant vouareux._
-
-VOUARGNE, s. m. Terme suisse-roman qui signifie: Sapin blanc. L'ancien
-_Glossaire_ appelle _Vouarme_, le Sapin femelle.
-
-VOUÈPE, s. f. Femme maligne, femme méchante. En patois, _vouèpe_
-signifie: Guêpe. R. lat. _vespa_.
-
-VOUÉPETTE, s. f. Diminutif de _vouèpe_. Voyez ce mot.
-
-VOUGNER, v. n. Se dit de deux boules ou de deux palets qui se
-touchent. Voyez QUIQUE.
-
-VOUGNER, v. actif. Remuer, fracasser en remuant. _S'il vous plaît,
-Madame, ne vougnez pas tant mes oeufs._
-
-VOULOIR, v. a. Nous mettons _il veut_ devant un infinitif, pour
-marquer le futur. _Il veut pleuvoir; il veut faire beau; il veut
-neiger; il veut geler cette nuit_, etc. Cette façon de parler est un
-germanisme.
-
-VOUI. Mauvaise prononciation de: Oui.
-
-VOULOIR, v. a. Nous employons les expressions: _Si vous voulez, si tu
-veux_, dans le sens de: «Médiocrement, honnêtement.» _Y avait-il du
-monde à l'enterrement de Mr N**?--Il y en avait si vous voulez._
-Expression méridionale.
-
-VOULOIR, v. a. Nous disons d'un homme indécis, d'un homme inconstant
-dans ses résolutions: _Il ne sait pas ce qu'il se veut_. L'Académie
-dit: Il ne sait pas ce qu'il veut.
-
-VOULOIR, v. a. La conjugaison de ce verbe offre une grande difficulté
-dont peu de personnes se doutent. Au présent du subjonctif nous
-disons: _Je ne partirai pas lundi, à moins que vous ne veuilliez
-partir avec moi. J'accepte votre magnifique melon, pourvu que vous
-veuilliez le manger avec moi et chez moi_, etc. Il faut dire: «Que
-vous vouliez.» Voyez toutes les grammaires.
-
-VOUSAYER ou VOUSOYER, v. a. Dire _vous_ à quelqu'un, ne pas le
-tutoyer. _Plusieurs maris vousayent leurs femmes. Quelques enfants
-vousayent leurs pères._ Terme connu en France, mais que les
-dictionnaires, sans aucune raison plausible, n'ont pas accueilli. On
-disait en vieux français: _Vosoyer_.
-
-VRAI (DE), adv. Vrai, au vrai, vraiment, véritablement. _Parles-tu de
-vrai? Dis-tu tout cela de vrai? Me donnes-tu cette agate de vrai?
-Voici de vrai comment toute la chose s'est passée._ Français
-populaire.
-
-VUIDE, adj. Le grammairien Oudin, au commencement du dix-septième
-siècle, donnait sur ce mot la règle suivante: «Écrivez «vuide» et
-prononcez _vide_.» Actuellement on écrit et l'on prononce «vide.»
-Tonneau vide, estomac vide, bourse vide.
-
-
-X
-
- X. Dans les mots Deux, Eux et Ceux, le _x_ est muet. C'est donc à
- tort que beaucoup de personnes prononcent _deusse_, _eusse_,
- _ceusse_, et disent, par exemple: _Tous ceusse qui m'aiment; tous
- ceusse devant qui je parle; c'est eusse que j'accuse_, etc.
-
-
-Y
-
- [+] Y, pronom personnel. À lui. _Je l'y avais recommandé de prendre
- bien garde. Je l'y ferai ta commission_, etc. Faute fort ancienne
- et fort répandue.
-
- [+] Y, pronom relatif et démonstratif. Le, cela. _Donne-m'y,
- Vincent.--Y voilà, prends-y tout._ Les campagnards disent
- proverbialement: _Qui tout y veut, tout y perd_, c'est-à-dire: Que
- trop d'avidité perd l'homme.
-
- Y, adv. relat. Est superflu dans les phrases suivantes: _Il y a plu
- toute la nuit; il y a neigé sur le Jura; il y a gelé dans quelques
- bas-fonds. Il y aurait mieux valu se taire._
-
- [+] Y AVOIR. Dans le langage populaire, _Il y a lui, il y a elle, il
- y a eux_, signifient: C'est lui, c'est elle, ce sont eux. _M'sieu,
- il y a lui qui me crache contre. Mamzelle, il y a l'Andrienne qui
- m'empêche de tricoter._
-
- YEUX, s. m. pl. Beaucoup de personnes, d'ailleurs instruites,
- disent: _Des maux de z-yeux, un mal de z-yeux, une faiblesse de
- z-yeux_. Il faut dire: Des maux d'yeux, un mal d'yeux, etc. Ne
- donnez donc pas le signalement d'une personne de la manière
- suivante: _Cheveux châtains, front grands, bouche moyenne, z-yeux
- gris_. Ce _z-yeux gris_, pour: Yeux gris, est une prononciation
- très-vicieuse.
-
-
-Z
-
- ZÈRE, s. m. Zéro. _Quatre fois cinq font vingt: pose zère et
- retiens deux._ Terme vaudois.
-
- ZIZÉ, s. m. Terme enfantin, qui veut dire: Oiseau. _Regarde_ _ce
- joli zizé; ne fais pas peur à ces zizés._ Le mot _isé_, en patois,
- a le même sens.
-
- ZON-NÉE, s. f. Retentissement. _Le canon faisait des zon-nées
- terribles._
-
- ZON-NER, v. n. Résonner. _Faire zon-ner une ronfle; faire zon-ner
- une pierre. Les oreilles me zon-nent_ (les oreilles me tintent).
- Dans le patois des Vosges, _zonna_, et en arabe, _zanne_ ou
- _zanna_, signifient: Bourdonner. Onomatopées évidentes.
-
-
-FIN.
-
-
-
-
-LISTE ALPHABÉTIQUE
-
-DES
-
-MOTS QUE L'ON POURRAIT CROIRE GENEVOIS,
-
-MAIS QUI APPARTIENNENT À LA LANGUE FRANÇAISE FAMILIÈRE ET SONT
-ENREGISTRÉS DANS LES DICTIONNAIRES[1].
-
-
- A
-
- _Abalourdir_, v. a.
- Abîmer (gâter), (fig.)
- Abord (tout d'----).
- _Acciper_, v. a.
- Acenser, v. a.
- s'Acoquiner, v. pr.
- Actionner, v. a.
- _Affistoler_, v. a.
- Agripper, v. a.
- Ahuri, adj.
- _Ailes_ (d'un chapeau), s. f.
- Alarmiste, s. m.
- Allant, adj. (qui aime à aller).
- Allemand, s. m. (querelle d'Allemand).
- _Allonger_ (un soufflet), v. a.
- Amodier, v. a.
- s'Amouracher, v. pr.
- Amphigouri, s. m.
- Amusette, s. f.
- Anicroche, s. f.
- s'_Anonchalir[2]._
- Antiquaille, s. f.
- _Appointir_ et _appointer_, v. a. (rendre pointu).
- Approchant, adv. (à peu près).
- _Arbenne_, s. f. (oiseau).
- _Archi-bête_, s. f.
- Argousin, s. m.
- _Aria_, s. m.
- Arranger quelqu'un (le maltraiter).
- Asticoter, v. a.
- _Astiquer_, v. a.
- Attifer, v. a.
- s'Attabler, v. a.
- Attrape-lourdaud, s. m.
- Attraper un rhume.
- s'Avachir, v. pr.
- _à l'Avance_, adv.[3]
- à l'Aveuglette, adv.
- Avoir de quoi (être aisé ou riche).
-
- [1] Les mots imprimés en caractères _italiques_ ne figurent pas dans
- le dictionnaire de l'Académie française (édition de 1835): on les
- trouvera dans Boiste, Gattel, le _Complément_ du dictionnaire de
- l'Académie, N. Landais, ou Bescherelle, etc.
-
- [2] Ce terme figure à tort dans ce Glossaire, t. Ier, p. 19.
-
- [3] Mauvaise expression, accueillie par Boiste et par Mr Bescherelle;
- répudiée par l'Académie, par Lavaux, par Gattel, par N. Landais, et
- par le plus récent des lexicographes, Mr Poitevin.
-
-
- B
-
- Babiole, s. f.
- Bâcler, v. a.
- _Badiner quelqu'un._
- Bâfre, s. f.
- Bâfrer, v. n.
- Bâfreur, s. m.
- _Bagout_, s. m.
- Bagarre, s. f.
- Baguenauder, v. n.
- Baliverne, s. f.
- Baliverner, v. n.
- _Bambocher_, v. n.
- Bambocheur, s. m.
- Bande noire, s. f.
- Ban de vendanges, s. m.
- Baptiser le vin.
- Baragouin, s. m.
- Baragouinage, s. m.
- Baragouiner, v. a.
- Baragouineur, s. m.
- _Barbiche_, s. f.
- Barbifier, v. a.
- _Barquée_, s. f.
- Bataclan, s. m.
- Bâtarde, s. f. (sorte d'écriture).
- Batifoler, v. n.
- Battant (tout ---- neuf).
- _Bavardise_, s. f.
- Bécasse, s. f. (fig.)
- Bedaine, s. f.
- Bégueule, s. f.
- Béguin, s. m.
- Béjaune, s. m.
- _Bergère_, s. f. (oiseau).
- Berlue, s. f.
- Bernique ou _bernicles_, adv.
- Bestiasse, s. f.
- Bestiole, s. f.
- Bichonner, v. a.
- Bicoque, s. f.
- Bidet, s. m.
- Bigarreau, s. m.
- Binocle, s. m.
- Bisbille, s. f.
- Biscornu, adj.
- Biscotin, s. m.
- _Bisquer_, v. n.
- _Blague_, s. f. (vanterie).
- _Blaguer_, v. n.
- _Blagueur_, s. m.
- Blanc-bec, s. m.
- _Blet, ette_, adj.
- Bleuir, v. a.
- se Blouser, v. pr.
- _Bois carré_, s. m.
- _Bois gentil_, s. m.
- Bombance, s. f.
- Bonde, s. f.
- _Bon-homme_, s. m. (fleur).
- _Boniface_, s. m.
- _Boucan_, s. m. (tapage).
- _Boucaner_, v. n. et a.
- _Boucaneur_, s. m.
- Bouche-trou, s. m.
- Bouchon, s. m. (cabaret).
- _Bouffer_, v. a.
- _Bouffeur_, s. m.
- _Bougon_, s. m.
- Bougonner, v. n.
- _Bouillon-pointu_, s. m.
- Bourde, s. f.
- Bourgeois, s. m. (patron).
- se Bourrer, v. pr. (s'empiffrer).
- Bourrique, s. f.
- Bourse-à-pasteur, s. f.
- Boursicaut, s. m.
- Boursiller, v. n.
- _Bousin_, s. m.
- _Bousiner_, v. n.
- Bout d'homme, s. m.
- Boute-en-train, s. m.
- Boutiquier, s. m.
- Boutonné, adj. (fig.)
- _Braillée_, s. f.
- Brailler, v. n.
- Brandevin, s. m.
- Braque, s. m. (fig.)
- Bredi-breda, adv.
- Breloque, s. f.
- Bretauder, v. a.
- Bric-à-brac, s. m.
- de Bric et de broc, adv.
- _Brifer_, v. a.
- Brimborion, s. m.
- _Bringue_, s. f.
- _en Bringues_, adv.
- Brioche, s. f. (pâtisserie).
- _Brioche_, s. f. (maladresse).
- Briscambille, s. f.
- Brise-tout, s. m.
- Brocanter, v. n.
- Brocanteur, s. m.
- Brocantage, s. m.
- Broches, s. f. pl. (aiguilles).
- _Brossée_, s. f.
- _Brosser_, v. a. (rosser).
- Brouille, s. f.
- Brouillon, onne, s. et adj.
- Brucelles, s. f. pl.
- Bûche, s. f. (fig.)
- _se Bûcher_, v. pr.
- Bûchette, s. f.
- _Butin_, s. m. (richesse, affaires).
- Buvable, adj.
- _Buvard_, s. m.
- Buvotter, v. n.
-
-
- C
-
- Cacade, s. f.
- Cache, s. f.
- Cache-cache, s. m. (jeu).
- _Cache-nez_, s. m.
- _Cachottier_, s. et adj.
- Cagneux, adj.
- Cahin-caha, adv.
- Calfeutrer, v. n.
- à Califourchon, adv.
- Câlin, s. et adj.
- _Calotte_, s. f. (taloche).
- _Calotter_, v. a.
- Cambuse, s. f.
- _Camper un soufflet._
- Campos, s. m. (congé).
- Cancan, s. m.
- _Cancaner_, v. n.
- _Cancanier_, adj. et s.
- Capilotade, s. f.
- Capon, s. m.
- Caponner, v. n.
- Caqueter, v. n.
- _Carnier_, s. m.
- _Carotte_, s. f. (fig.)
- _Carotter_, v. a. (duper).
- Carriole, s. f.
- Casaquin, s. m.
- _Cascaret_, s. m.
- _Cassement de tête_, s. m.
- Cassine, s. f.
- Castille, s. f.
- _Causant, sante._
- Causeuse, s. f. (canapé).
- _Cavalier_, s. m. (danseur).
- _Chacune_, s. f.
- Chafouin, s. m.
- _Chalumer_, v. a.
- se Chamailler, v. réc.
- _Chansonnet_, s. m. (sansonnet).
- Chapitrer, v. a.
- _Chapon_, s. m. (bouture de cep).
- Chatte-mitte, s. f.
- _Chauche-vieille_, s. f.
- _Chaudelait_, s. m. (pâtisserie).
- _Chauffe-lit_, s. m.
- _Chauffe-pieds_, s. m.
- Chavirer, v. n.
- Chenapan, s. m.
- Cheptel, s. m.
- _Chicard_, adj.
- Chicot de dent, s. m.
- Chien, enne, adj. (parlant des choses).
- Chiffonner, v. a. (chagriner).
- Chiffonnier, s. m., ou _Chiffonnière_, s. f. (meuble).
- _Chinois_, s. m. (fig.)
- _Chiper_, v. a.
- _Chipie_, s. f.
- _Chiquer_, v. a. (manger).
- _Chope_, s. f.
- _Chou_, s. m. (terme d'amitié).
- Chou, s. m. (pâtisserie).
- Chou-chou, s. m.
- Ciron, s. m.
- Clignement d'yeux, s. m.
- Clique, s. f.
- à Cloche-pied, adv.
- Clocher, v. n.
- Clopin-clopant, adv.
- Clopiner, v. a.
- Cocasse, adj.
- _Cochon_, s. m. (avare).
- _Cochonnaille_, s. f.
- Cochonner, v. a. (salir).
- _Coco_, s. m. (individu).
- _Cocotte_, s. f. (maladie des yeux).
- Coffrer, v. a.
- Coiffé, adj. (fig.)
- _Colin-tampon_, s. m.
- _Colle_, s. f. (menterie).
- Collier, s. m. (un grand, ou un gros ----).
- _Commérer_, v. n.
- Comme cela, adv.
- Comme quoi, adv.
- _Communier_ (un).
- _Conduite (faire la)._
- Confisqué, ée, part. (dont la santé est désespérée).
- _Conscience_, s. f. (estomac).
- Consentir, v. n. (plier).
- Contre-pied, s. m.
- _Contusionner_, v. a.
- Coq, s. m. (fig.)
- Coquecigrue, s. f.
- Coquemar, s. m.
- _Coquinet_, s. m.
- _Coquiner_, v. n. (gueuser).
- Corbillon, s. m.
- Corner une chose.
- Cossu, adj.
- _Coteline_, adj.
- _Coucou_ (faire ----).
- _Coulé_, part. (ruiné).
- _Coup d'air_, s. m.
- _Couper la fièvre._
- _Couper le sifflet_ (fig.)
- _Couper le visage._
- Courante, s. f. (dévoiement).
- _Courir_, v. a. (il court sa 20e année).
- _Courterolle_, s. f.
- _Court-pendu_, s. f. (poire).
- Couturé, adj.
- _Couvre-chef_, s. m.
- _Couvre-plat_, s. m.
- _Crâne_, s. et adj. (audacieux).
- _Crânement_, adv.
- Crapaud, s. m. (fig.)
- _Craque_, s. f. (mensonge).
- Craqueur, s. m.
- Crasseux, adj. (fig.)
- _Crémier_, s. m.
- _Critiqueur_, s. m.
- Crochet, s. m. (agrafe).
- Croque-mort, s. m.
- Croquer le marmot.
- Crosser, v. a. (traiter durement).
- _Croûtes de lait_, s. f.
- _Croûton_, s. m. (mauvais peintre).
- Cruche, s. f. (fig.)
- _Crucherie_, s. f.
- Cruchon, s. m.
- Cueillette, s. f.
- Cuir, s. m. (fig.)
- Cuisinière, s. f. (ustensile).
- Cuisse de noix, s. f.
- Cuistre, s. m.
- _Cuit_, adj. (perdu, ruiné).
- Cul de plomb, s. m.
- Culot, s. m.
- _Culotte-de-Suisse_, s. fém. (poire).
- se Culotter, v. pr.
- _Cul-rouge_, s. m. (oiseau).
- _Cumulard_, s. m.
-
-
- D
-
- Dandin, s. m.
- Dandiner, v. n.
- Daube, s. f.
- Débagouler, v. n. et a.
- à la Débandade, adv.
- Débarbouiller, v. a.
- _Débine_, s. f.
- Débours, s. m. pl.
- Débraillé, adj.
- _Décommander_, v. a.
- en Définitive, ou _en Définitif_, adv.
- _Défriser_, v. a. (fig.)
- Dégaîne, s. f.
- _Dégauchir_, v. a. (fig.)
- _Dégelée_, s. f.
- Dégobiller, v. a.
- Dégoiser, v. a. et n.
- _Dégommer_, v. a. (fig.)
- Dégourdie (eau).
- Dégringolade, s. f.
- _Degringolando_, adv.
- Dégringoler, v. n.
- Dégriser, v. a. (fig.)
- _Démonétiser_, v. a. (fig.)
- Démonter, v. a. (fig.)
- Dépense, s. f. (office).
- _Dépersuader_, v. a.
- Dépêtrer, v. a.
- _Déraidir_, v. a.
- _se Désassocier_, v. pron.
- Désenfiler, v. a.
- Deshabillé, s. m.
- Dessouler, v. a.
- _Détacheur_, s. m.
- Devanture, s. f.
- Dia (terme des charretiers).
- _Disputailler_, v. n.
- _se Disputer_, v. réc.
- _se Divorcer_, v. réc.[4]
- se Dodiner, v. pr.
- _Dodo_, s. m. (lit).
- Dodo (faire, aller à ----).
- Doléance, s. f.
- Dondon, s. f.
- Donnant, adj.
- _Donner_, v. n. (suppurer).
- Donneur de bonjour, s. m.
- Donzelle, s. f.
- _Double_, s. f.
- Doucet, adj.
- Doucettement, adv.
- Douillet, adj.
- Drapeaux, s. m. pl. (langes).
- Draper, v. a. (fig.)
- _Drelin! drelin!_
- Drille, s. m.
- _Drôlerie_, s. f. (bagatelle).
-
- [4] Mauvaise expression recueillie par Mr Bescherelle.
-
-
- E
-
- Ébaubi, adj.
- Écarquiller, v. a.
- Écervelé, adj. et subst.
- Écharde, s. f.
- _Ecobuage_, s. m.
- _Ecobuer_, v. a.
- _Écurage_, s. m.
- Écureuse, s. f.
- Effaré, adj.
- Effondrer, v. a.
- s'Égosiller, v. pr.
- _Égraffigner_, v. a.
- Égrillard, adj. et subst.
- s'Embâter, v. pr.
- Embarras (faire de l'----).
- _Embêtement_, s. m.
- _Embêter_, v. a.
- _Emboquer_, v. a.
- Embouché (mal ----).
- Émérillonné, adj.
- _Émeutier_, s. m.
- _Émigrant_, s. m.
- Emmancher, v. a. (fig.)
- _Emmêler_, v. a.
- _Émotionner_, v. a.
- Émoustiller, v. a.
- _Emparenté_, adj.
- Empaumer, v. a.
- Empesé, adj.
- s'Empêtrer, v. pr.
- Emprunté, adj. (embarrassé).
- En çà, adv. (jusqu'à présent).
- _Encager_, v. a.
- _Encoche_, s. f.
- _Encocher_, v. n. (faire une
- encoche).
- s'Encroûter, v. pr.
- Endêver, v. n.
- s'Endimancher, v. pr.
- Enfagoter, v. a.
- Englober, v. a.
- Engoncé, adj.
- Entregent, s. m.
- Entrelarder, v. a.
- Éponger, v. a.
- Éreinter, v. a.
- _Esbrouffe_, s. f.
- _Escoffier_, v. a. (tuer, etc.)
- Escogriffe, s. m.
- s'Esquicher, v. pr.
- _Essade_, s. f.
- Estafier, s. m.
- _Étagère_, s. f.
- _Éterpe_, s. f.
- Étisie, s. f.
- _Excaver_, v. a.
- _Expertiser_, v. a.
-
-
- F
-
- Façonnier, adj.
- _Fadet_, adj.
- _Fait exprès_, s. m.
- Falot, adj.
- Fanfreluche, s. f.
- _Faquin_, s. m. (élégant).
- _Faquinerie_, s. f. (élégance).
- _Faraud_, s. m.
- Farfouiller, v. a.
- _Farinière_, s. f.
- Fatiguer, v. neutre.
- _Fatrasser_, v. n.
- Femmelette, s. f.
- _Fenasse_, s. f.
- _Fendage_, s. m.
- Fendant (faire le ----), s. m.
- se Fendiller, v. pr.
- Festoyer, v. a.
- Feuillu, adj.
- _Ficelé, ée_, adj. (fig.)
- Fier-à-bras, s. m.
- _Fignoler_, v. n.
- _Fignoleur_, s. m.
- Finasser, v. n.
- Finasserie, s. f.
- Finasseur, euse, s.
- _Finassier, ière_, s.
- à la Fin des fins, loc. adv.
- Fin fond, s. m.
- _Finissage_, s. m.
- _Finisseur_, s. m.
- _Fion_, s. m.
- Flageoler, v. n.
- Flambé, part. (fig.)
- Flandrin, s. m.
- _Flotte_, s. f. (écheveau).
- _Flouer_, v. a.
- Flûter, v. a. (boire).
- Folichon, s. m.
- _Fondrilles_, s. f. pl.
- _Fouillis_, s. m.
- Fourgonner, v. n.
- Frais (me voilà ----), adj.
- à la bonne Franquette, loc. adv.
- _Frésillon_, s. m.
- Fricasser, v. a.
- _Fricot_, s. m.
- _Fricoter_, v. n.
- Frime, s. f.
- _Frimousse_, s. f.
- Friper, v. a.
- _Frison_, s. m.
- _Frottée_, s. f. (rossée).
- _s'y Frotter_, v. pron. (fig.)
- Fumer, v. n. (avoir du dépit).
-
-
- G
-
- _Gabegie_, s. f.
- _Gabelou_, s. m.
- Gâcher, v. a.
- Gâchis, s. m.
- Gagner une maladie.
- Gaillard, s. et adj.
- _Galette_, s. f. (bourre de soie).
- Galvauder, v. a.
- _Gamache_, s. f.
- Gamin, s. m.
- Ganache, s. f
- _Garçonnaille_, s. f.
- _Garçonnet_, s. m.
- Garçonnière, s. f.
- Garde-feu, s. m.
- Gargote, s. f.
- Garnement, s. m.
- Gâte-enfant, s. m.
- Gâte-métier, s. m.
- _Gâterie_, s. f.
- Gaudriole, s. f.
- Gauler, v. a.
- Gaupe, s. f.
- se Gendarmer, v. pr.
- _Genette_, s. f.
- Gérofle, s. f. (girofle).
- Giboulée, s. f.
- _Gifle_, s. f.
- _Gifler_, v. a.
- _Gigogne_, nom prop. (fig.)
- Gigotter, v. n.
- _Girardine_, s. f.
- _Gniaf_, s. m. (Dict. BESCH.)
- _Gniole_, s. f. (coup).
- Go (tout de ----), loc. adv.
- Gobe-mouches, s. m.
- Gober, v. a. (croire légèrement).
- Godelureau, s. m.
- à Gogo, loc. adv.
- Goguenard, arde, s.
- Goguenarder, v. n.
- Goguettes, s. f. pl.
- Goinfre, s. m.
- Goinfrer, v. n.
- _Gosse_, s. f.
- _Gosser_, v. n.
- Gourde, s. f. (menterie).
- Gourdin, s. m.
- _Gourer_, v. a.
- _Goutte de sang_, s. f. (fleur).
- Gouttelette, s. f.
- Grabuge, s. m.
- _Grafigner_, v. a.
- Graisser la patte, v. a. (fig.)
- Grappillon, s. m.
- Grappiller, v. n.
- Grappin, s. m.
- Grassouillet, adj.
- Gredinerie, s. f.
- _Grelu_, adj.
- Grenouiller, v. n.
- Grève (faire ----), s. f.
- Gribouillage, s. m.
- Gribouiller, v. a.
- Griffer, v. a.
- Grignotter, v. n.
- Grigou, s. m.
- Grimacier, adj. et s.
- Grimaud, s. m.
- Grippe-sou, s. m.
- Gris, e, adj. (ivre).
- _Grisard_, s. m.
- Grognard, de, adj. et s.
- _Grognerie_, s. f.
- _Grognonner_, v. n.
- Grommeler, v. n.
- Gros, adv. (beaucoup).
- Grouiller, v. n.
- Gruer, v. a.
- Gruger, v. a.
- Guéridon, s. m.
- _Guêpière_, s. f.
- Gueulard, s. m.
- _Gueule-de-loup_, s. f. (plante).
- _Gueuleton_, s. m.
- Gueusard, s. m.
- Guigner, v. a.
- Guignon, s. m.
- _Guignonant_, adj.
- Guilleret, adj.
- Guinguette, s. f.
-
-
- H
-
- Historier, v. a.
- Hypothéqué, adj. (fig.)
-
-
- I
-
- _Illico_, adv.
- _Impressionner_, v. a.
- _Inquilin_, s. m.
-
-
- J
-
- Jaboter, v. n.
- Jacasser, v. n.
- _Jaquette_, s. f. (pie).
- Jaquette, s. f. (habillement).
- Jardinage, s. m. (légume).
- Jargonner, v. n. et a.
- _Jaunet_, s. m. (pièce d'or).
- _Jean farine_, s. m.
- Juron, s. m.
- _Juguler_, v. a.
-
-
- L
-
- Lanterner, v. n.
- Lanternier, s. m.
- Lapin, s. m. (fig.)
- _Lardère_, s. f. (oiseau).
- _Laurelle_, s. f. (plante).
- Lèche, s. f.
- à Lèche-doigts, loc. adv.
- Lendore, s. m. et f.
- Lévite, s. f.
- Locher, v. n.
- Longuet, adj.
- Loque, s. f.
- Loqueter, v. n.
- Loti, participe.
- _Louper_, v. n.
- Lubie, s. f.
- Lune, s. f. (caprice).
- Luron, onne, s.
-
-
- M
-
- Mâchoire, s. f. (fig.)
- Magot, s. m. (argent caché).
- Magot, s. m. (homme laid ou gauche).
- Mailloche, s. f.
- Maisonnée, s. f.
- Mal-appris, adj. et s. m.
- Malpeigné, s. m.
- Mangeaille, s. f.
- Mange-tout, s. m.
- Manigance, s. f.
- Manigancer, v. a.
- Maquignonnage, s. m.
- Marchandailler, v. n.
- Margouillis, s. m.
- _Margot_, s. f.
- _Margot_, s. f. (pie).
- _Marie-Graillon_, s. f.
- Marmaille, s. f.
- Marmot, s. m.
- Marmotter, v. n.
- Marmouset, s. m.
- Maroufle, s. m.
- _Marronner_, v. n.
- Martel, s. m.
- Massacrant, te, adj.
- Mâtiner, v. a.
- Matou, s. m. (butor).
- Mazette, s. f.
- _Mécaniser_, v. a.
- Mèche, s. f. (moyen).
- Mêmement, adv.
- Micmac, s. m.
- Mignoter, v. a.
- Mijaurée, s. f.
- Mijoter, v. a.
- _Mille-canton_, s. m.
- Milliasse, s. f.
- _Minable_, adj.
- _Mioche_, s. m. et f.
- Mirliflore, s. m.
- _Mirobolant_ et _myrobolant_, adj.
- Miton-mitaine (onguent ----), adj.
- Mitonner, v. a.
- Mitron, s. m.
- Molester, v. a.
- Montage, s. m.
- Mordicus, adv.
- Mornifle, s. f.
- Morveux, s. (impertinent)
- Mouille-bouche, s. f. (poire ----).
- Moutardier, s. m.
- Moutons, s. m. pl. (vagues).
- Mufle, s. m.
- Mule, s. f.
- _Muscadin_, s. m. (mirliflore).
- Muser, v. n.
-
-
- N
-
- Nasillard, adj.
- _Nicaise_, s. m.
- Nippé (bien ----), adj.
- Nique (faire la ----), s. f.
- _Niveler_, v. n. (muser).
- _Niquedouille_, s. m.
- _Nivèlerie_, s. f. (badauderie).
- Noiraud, s. m.
- Noise, s. f.
- Nonnette, s. f.
- Nuit blanche.
-
-
- O
-
- OEufs à la neige, s. m. pl.
- Oignon, s. m. (durillon).
- _Ognon (il y a de l'--)_, s. m. Il y a quelque chose de caché
- là-dessous.
- Olivettes, s. m. pl.
- _Ombre-chevalier_, s. m.
- Ostrogoth, s. m. (fig.)
-
-
- P
-
- Pacant, s. m. (manant).
- Paillasson, s. m.
- _Pain d'oiseau_, s. m. (plante).
- Palisser, v. a.
- Panier percé, s. m. (fig.)
- Papier mâché, s. m. (fig.)
- Paquet, s. m. (grosse femme).
- Paresser, v. n.
- Par exemple! (exclamation).
- _Particulier_, adj. (bizarre).
- _Particulière_, s. f. (une ----).
- Pataraffe, s. f.
- Patatras, s. m.
- Pataud, s. m.
- Pâté, s. m. (un gros ----), (fig.)
- Patraque, s. f. (prop. et fig.)
- Patrouiller, v. a. et n.
- Pays, payse, s.
- Pécore, s. f.
- Pédon, s. m.
- _Peignée_, s. f. (fig.)
- se Peigner, v. réc. (fig.)
- _Peinturlurer_, v. a.
- Pelotte (faire sa ----), (fig.)
- Pelotter quelqu'un, v. a.
- Pendaison, s. f.
- Pendiller, v. n.
- Péquin, s. m.
- _Perlimpinpin_, s. f. (poudre de ----). (Dict. de BESCHERELLE.)
- Péronnelle, s. f.
- _Pesette_, s. f. (vesce).
- _Pesage_, s. m.
- _Pesse_, s. f. (sapin).
- Pétaudière, s. f.
- _Petiot, ote_, adj. et s.
- _Pétitionner_, v. n.
- Peton, s. m.
- Pétrin, s. m. (fig.) (embarras).
- Piaillerie, s. f.
- Piailleur, s. m.
- Piauler, v. n.
- se Picoter, v. réc. (fig.)
- Picoterie, s. f.
- Pieds de mouche, s. m. pl. (écriture).
- Pie-grièche, s. f.
- Pierrot, s. m. (moineau).
- Piètre, adj.
- Piffre, esse, s.
- _se Piffrer_, v. pr.
- Pince-maille, s. m.
- Pinçon, s. m. (marque qui reste sur la peau lorsqu'on a été pincé).
- Piocher, v. n. (fig), (travailler).
- Pioler, v. n.
- _Pipi_, s. m.
- Pique, s. f. (brouillerie).
- Pique-assiette, s. m.
- _Pique-mouches_, s. m. (oiseau).
- Pique-nique, s. m.
- Pissenlit, s. m. (plante).
- Pissenlit, s. m. (enfant).
- Pivoine, s. m. (plante et oiseau).
- Planche (faire ----).
- Plancher des vaches, s. m.
- Plantain, s. m.
- Plante, s. f. (fig)
- _Planton_, s. m (soldat de ----).
- Plastron, s. m. (fig.)
- Plate-couture (à plate ----).
- _Platise_, s. f.
- Plein (ses poches, sa cave).
- tout Plein.
- tout Plein de, adv. (beaucoup)
- Pleurard, s. m.
- Pleurnicher, v. n.
- Pleutre, s. m.
- _Pliant_, s. m. (lit).
- _Plissage_, s. m.
- Plumé, adj. (fig.)
- Plumeau, s. m.
- _Poche_, s. f. (grande cuiller à long manche).
- Poché (oeil ----), adj.
- Pocher, v. a.
- Pointer, v. n. (poindre), (en parlant des herbes et bourgeons
- qui commencent à paraître).
- _Polissage_, s. m.
- _Pommé_, adj. (fig.)
- Pommelé (ciel ----), adj.
- Pommier, s. m. (ustensile).
- _Pomper_, v. a. et n. (fig.), (boire).
- se Pomponner, v. pr.
- Populacier, adj.
- Porte-respect, s. m.
- Potée, s. f. (fig.)
- Poule mouillée, s. f. (fig.)
- Poulette, s. f.
- Pourboire, s. m.
- Pour sûr, adv.
- Précautionneux, adj. et subst.
- _Priser_, v. n. (du tabac).
- _Priseur_, s. m.
- _Procureur de meunier_, s. m. (oiseau).
- Puant, ante, subst. (fig.)
-
-
- Q
-
- Quasi, adv.
- _Quasiment_, adv.
- Quatre de chiffre, s. m.
- _Queue_, s. f. (faire la ----), (fig.)
- à la Queue leu leu
- à Quia, loc. adv.
- _Quibus_, s. m. (avoir du ----).
- Quignon, s. m.
-
-
- R
-
- Rabougri, adj. part.
- Rabrouer, v. a.
- Racaille, s. f.
- se Raccrocher à, v. pr. (fig.)
- _Rachever_, v. a.
- _Raclée_, s. f. (rossée).
- Raffoler, v. n.
- Rafle (faire ----), s. f.
- Rafler, v. a.
- _Rager_, v. n.
- _Rageur_, subst.
- Ragot, gote, subst.
- Rainette, s. f. (grenouille).
- Ramages, s. m. pl. (à grands ----).
- _Rancuneux_, adj. (Dict. de BESCHERELLE.)
- Rasibus de, prép.
- _Rata_, s. m.
- Ratatiné, née, part.
- _Ratatouille_, s. f.
- Raté, tée (affaire ----), part.
- Rater, v. a. et n.
- _Râtelée_, s. f.
- Ravigoter, v. a.
- _Ravioles_, s. m. pl. (Dict. de BESCHERELLE.)
- Ravonailles, s. f.
- _Rebéquer_, v. n.
- se Rebéquer, v. pron.
- _Rebiffer_, v. n. et a.
- _se Rebiffer_, v. pr.
- _se Reblanchir_, v. pr.
- Rèche, adj.
- _Réciproquer_, v. n. (Mme DE SÉVIGNÉ.)
- Récompenser le temps.
- se Recoquiller, v. pr.
- _Récurage_, s. m.
- Récurer, v. a.
- Regain, s. m.
- Regardant, adj.
- Régenter, v. a.
- Regimber, v. n.
- Relancer quelqu'un.
- Reluquer, v. a.
- Rembarrer, v. a.
- _Rembourrer_, v. a. (rembarrer).
- Remonter, v. a.
- _Remoucher_, v. a. (fig.)
- Remue-ménage, s. m.
- _Renarder_, v. n.
- _Rendoubler_, v. a.
- Renfermé, s. m. (odeur de ----).
- Rengaîner un compliment.
- Renifler, v. n.
- Renitent, ente, s. et adj.
- _Renseigner_, v. a. (donner des renseignements).
- _se Renseigner_, v. réfl. (prendre des renseignements).
- Renvoi, s. m. (rapport).
- Ressemelage, s. m.
- Retaper un chapeau.
- Retors, adj. (fig.)
- Revaloir, v. a.
- Rêvasser, v. a.
- Revenant-bon, s. m.
- en Revendre à.
- Revoilà, adv.
- _Rhabillage_, s. m. (raccommodage).
- _Rhabilleur_, s. m. (terme technique).
- Ribambelle, s. f.
- Ribotte, s. f.
- _Ridicule_, s. m. (sac).
- Ridiculité, s. f. (la, une).
- Rincé, part. (battu, grondé, ou fortement mouillé).
- _Rincée_, s. f. (rossée).
- Rincer, v. a. (battre, mouiller, réprimander).
- _se Rincer_, v. réc. (se battre, se gronder).
- Rogner, v. a.
- Rognonner, v. n.
- _Rossignolet_, s. m.
- Rotin, s. m.
- Rougeaud, adj. et s.
- _Roulée_, s. f. (fig.)
- Roupiller, v. n.
- Rubrique, s. f.
- Rudoyer, v. a.
-
-
- S
-
- S, s. f. (faire les ----).
- Sabouler, v. a.
- Sabrer, v. a. (fig.)
- Sac (mettre au ----).
- Sac (donner le ---- et les quilles).
- Sac (l'affaire est dans le ----).
- Sac à vin, s. m. (ivrogne).
- Saccage, s. m. (amas confus).
- Sagouin, s. m.
- Sainfoin, s. m.
- Sainte-Nitouche, s. f.
- _Salé_, adj. (très-cher).
- Salmigondis, s. m.
- Sapajou, s. m. (fig.)
- faire la Sauce à quelqu'un, v. a. (le réprimander).
- Saucer, v. n. (réprimander).
- Saucé (mouillé, réprimandé).
- Saugrenu, adj.
- au Saut du lit.
- Sauteur, s. m. (fig.) (homme sans consistance).
- Savon, s. m. (réprimande).
- _Scie_, s. f. (fig.), parlant d'une chose ennuyeuse.
- _Scier le dos_, et _Scier_, v. a. (fig.)
- Semaine des trois jeudis.
- Sempiternelle, adj. fém. (une vieille ----).
- _Seriner_, v. a. (fig.)
- Seringue, s. f.
- Si fait, adv.
- _Sifflasson_, s. m. (oiseau).
- Siroter, v. n.
- Soleil, s. m. (fleur).
- Songe-creux, s. m.
- Sornettes, s. f. pl.
- Souffre-douleur, s. m.
- à la Sourdine, adv.
- Soûlard, s. m.
- Soûler, v. a.
- _Soupatoire_, adj.
- un Soupçon (très-peu).
- Souvente fois, adv.
- Suçoter, v. a.
- pour Sûr.
-
-
- T
-
- Tabagie, s. f.
- Tablature, s. f.
- Taloche, s. f.
- Tambourineur, s. m.
- Tant et plus, adv.
- Tantinet, s. m.
- Tapageur, euse, s.
- Taper, v. a.
- _Tapin_, s. m. (tambour).
- Tapisserie, s. f. (fig.) (faire ----).
- Tâte-vin, s. m.
- Tâtillon, onne, s.
- Tâtillonner, v. n.
- Taudion, s. m.
- Taudis, s. m.
- Taupier, s. m.
- Tempêter, v. n.
- Tête carrée, s. f. (fig.)
- Tignasse, s. f.
- _Timbré_, adj. (fig.) (un peu fou).
- Tintamarre, s. m.
- Tintouin, s. m.
- à Tire-larigot, adv.
- Tirer, v. a. (traire).
- Tombée de la nuit, s. f.
- _Toqué_, adj. (un peu fou, qui a le cerveau dérangé).
- Toquet, s. m.
- _Torchon_, s. m. (femme sale).
- Tortiller, v. n.
- Tortu, adj.
- Toupet, s. m. (audace).
- Tourniquet, s. m.
- Tourtelette, s. f. (Dict. BESCH.)
- Traille, s. f.
- Train, s. m. (bruit, tapage).
- Tranchoir, s. m.
- _Transiter_, v. a. et n.
- _se Transiter_, v. pron.
- _Trappon_, s. m.
- Trapu, adj. et s.
- _Tremblement_ (tout le ----).
- _Trembler la fièvre._
- se Trémousser, v. pr.
- _Trempée_, s. f. (rossée). (Dict. de BESCHERELLE.)
- _Tressauter_, v. n.
- Tricher, v. a.
- Tricot, s. m. (gourdin).
- Tricot, s. m. (tricotage).
- Trimballer, v. a.
- Trimer, v. n.
- Tripier, pière, s.
- _Tripot_, s. m. (tripotage).
- _Tripoter_, v. a. (embrouiller).
- Tripoter, v. n.
- Trique, s. f.
- Trogne, s. f.
- Trognon, s. m.
- _Tronche_, s. f.
- Trotiner, v. n.
- _Troupier_, s. m.
- Troussé, adj. (mort).
- _Truc_, s. m. (avoir le ----).
- Tuerie, s. f.
- Turlupinade, s. f.
- Turlupiner, v. a.
-
-
- V
-
- Va-et-vient, s. m.
- Va-nu-pieds, s. m.
- Venelle, s. f.
- Venette, s. f.
- Venez-y-voir, s. m.
- Venir à rien.
- _Ventaison_, s. f. (maladie du froment).
- Vergogne, s. f.
- Vert-galant, s. m.
- Vertigo, s. m.
- Vétille, s. f.
- Vie, s. f. (crierie).
- Vie (faire la ----).
- Victuaille, s. f.
- Vieillerie, s. f.
- Villace, s. f.
- Violon, s. m. (prison).
- Virer, v. n. et a.
- Viser, v. a. (atteindre, etc.) Terme des écoliers.
- Vive-la-joie, s. m.
- Vivoter, v. n.
- Voix de rogomme, s. f.
- _se Voiler_ (parlant du bois).
- Volée, s. f. (rossée).
- Volerie, s. f.
- _Vousayer_ et _vousoyer_, v. a. (Dict. de BESCHERELLE.)
-
-
- Z
-
- Zéro en chiffres.
- le Zist et le Zeste.
-
- _NB._ Cette nomenclature pouvait être facilement doublée et triplée.
-
-
-
-
-L'INCENDIE.
-
-BAMBOCHADE EN LANGAGE GENEVOIS.
-
-
-Ah! te voilà, Carisot; eh bien! as-tu été au feu, cette nuit?--Au feu?
-Est-ce qu'on a crié à l'eau cette nuit? Je ne me suis aperçu de rien,
-moi, j'ai dormi comme un plot jusqu'à ce matin à huit heures.--Ah!
-Dieu me damne! il faut être sourd comme un toupin, pour ne s'être
-aparçu de rien avec un pareil brouhar qui z'y a eu toute la nuit. Moi
-qui ai le sommeil léger comme une rate, je me lève aux premiers cris
-d'à l'eau, tout en pantet; j'ouvre la fenêtre et je demande: Où
-est-ce? où est-ce?--En n'haut la Tour de Boë! qu'on me répond.
-
-Ah! mon Dieu! que je me dis, si c'était chez Goncet le remueur, ou
-bien chez la Jossau, la vendeuse de biscômes, qui demeure à côté; ces
-pauvres diables n'auraient pas besoin de ça, y sont assez minables
-tous les deusse!
-
-Je ne me donne pas le temps de m'habiller. J'enfile un crouye broustou
-avec ma roupe par-dessus, et je cours en grolles avec ma seille à la
-main.
-
-Ce n'était pas en n'haut la Tour de Boë, c'était en n'haut de Bêmont,
-à un certain sacré endroit étroit qui va tout de guingoine comme
-l'allée du Cul du Chien. Y n'y avait pas une seringue d'arrivée. Quand
-je vis qu'y sentait le brûle à crever et qu'on voyait la fumée qui
-sortait par les vantaux d'un certain carcagnou de chambre à
-plain-pied, je dis: Ah! mon Dieu! voilà un feu qui a gonvé toute la
-nuit: y aura bien du mal!
-
-Y avait par-là trois ou quatre piournes de femmes tout époulaillées
-qui faisaient des brâillées de mâlevie, et une troupelée de fichus
-charoupes qui restaient là plantés comme des idoines tout ébalourdis à
-regarder la fumée. Je leur dis: Sacribleu! y ne s'agit pas de rester
-là à patenocher en attendant les seringues; puisqu'on a loqueté à la
-porte, et qu'on ne répond pas, y faut la mettre en bringue.
-
-Moi qui ai une bonne pougne, je vous chigougne le péclet
-vigoureusement et fiche la porte en dedans. Quand j'eus avancé
-quelques pas, la fumée et la flamme étaient si fortes qu'y fallut me
-rentourner en darnier, avec le col de mon habit et mes cheveux tout
-suclés.
-
-Heureusement que ces fichus patenoches de pompiers arrivèrent avec la
-seringue de Chantepoulet. On fit la chaîne avec les siaux et les
-seilles jusqu'au bourneau du bas de la Cité; et après quelques bonnes
-jiclées, on fut maître du feu.
-
-M'sieu, quand on entre dans ce croton de chambre, on trouve une femme
-étendue par terre d'à bouchon, toute brûlée et la moitié du corps en
-greubons. C'était la chose la plus z'hideuse, la plus z'hideuse qu'on
-puisse voir. On croyait d'abord que c'était une certaine gourgandine
-de Lyon qui était venue demeurer dans le quartier; mais on vit ensuite
-que c'était cette vieille redasse de Pignolet, qui tenait là un bouzin
-depuis quelque temps. Y paraît qu'on y avait fait la tamponne le soir,
-et qu'ayant trop fioulé au lieu de se coucher, elle s'était endormie
-sur son covet en faisant le cafornet, et puis que le feu avait pris à
-ses z'hardes et à son lit.
-
-J'ai eu là une fière tarente, je t'en réponds; mais enfin, à part une
-gonfle à la main et un peu de rouche pour avoir gardé mes habits tout
-trempes, je m'en suis tiré saink-et-sauf.
-
-Pourtant, quand je suis rentré à la maison, y faut bien y dire,
-j'avais le coeur diablement savaté d'avoir vu ce cadavre tout en
-greubons. Ma femme me disait: Y faut te faire une saigne, y faut te
-mettre les sangsuies..... Hé! voui! c'est bien moi qui vais me
-potringuer pour une peur. Je me suis flâné un verre de riquiqui sur la
-conscience, et puis n.. i ni, c'est fini, ni vu ni connu. Adieu,
-Carisot; adieu, mon ami; Je m'en vais au sarcle faire l'heure sèche
-avec Mottu, qui paye les séchots. Adieu, à revoire.
-
-
-
-
-LES REMUEURS.
-
-(_La scène se passe dans une auberge._)
-
-
- Quel est donc ce fracas, qui, dès l'aube naissante,
- Fait retentir ici ma cloison frémissante?
- Pourquoi cette poussière et ces ais ébranlés?
- D'où partent ces clameurs et ces coups redoublés?
- Un créancier, suivi de la noire cohorte,
- Peut-être du voisin assiége-t-il la porte:
- Le rat de cave actif, son registre à la main,
- Soupçonnant dans ces lieux un trafic illicite,
- Peut-être exerce-t-il sa fâcheuse visite;
- Ou peut-être céans le gendarme inhumain
- Arrache-t-il des bras de sa tremblante mère
- Un conscrit malheureux, soutien de son vieux père.
- Le bruit redouble. Allons, secouons ces pavots
- Qui viennent, malgré moi, refermer ma paupière,
- Et sachons quels lutins ont troublé mon repos.
- À l'instant, d'un bras ferme, empoignant la sonnette,
- J'appelle à mon chevet la servante Jeannette.
- «Quel est donc, s'il vous plaît, cet infernal fracas?
- D'où partent tous ces coups frappés à tour de bras?
- Et pourquoi, si matin, un pareil tintamarre?
- --Monsieur, dans la maison on a les _remueurs_.»
-
-(Elle dit et s'en va.....)
-
- Les _remueurs_, grands dieux! quel est ce nom bizarre
- Hélas! serait-ce point quelque troupe barbare,
- D'avides maltôtiers, de cruels exacteurs,
- De recors, de sergents... ou de voleurs peut-être!
- Allons, habillons-nous: près d'eux il faut paraître,
- Et calmer, s'il se peut, leurs bruyantes fureurs.
-
- Les _remueurs_! Ce nom, dans mon âme frappée,
- Je l'avoue, excitait les plus vives frayeurs.
- Enfin, à tout hasard, muni de mon épée,
- Je me rends au salon. Glaces, écrans, flambeaux,
- Fauteuils et canapés, commodes et bureaux,
- Tout était culbuté. Bon Dieu! dis-je en moi-même,
- Ce n'était point en vain que, dans ma crainte extrême,
- Un noir pressentiment venait me tourmenter:
- La maison est pillée, il n'en faut pas douter.
- Puis, passant du salon à la pièce voisine,
- Par le bruit attiré, j'arrive à la cuisine.....
- Qui vient s'offrir alors à mes yeux ébahis?
- Le croirez-vous, Messieurs?... la dame du logis,
- La piquante Fanny, ma jeune et vive hôtesse.
- Une coiffe de nuit couvre sa blonde tresse,
- Sa robe est retroussée, et, sous un court jupon,
- D'un mollet arrondi brille le fin coton.
- Du plus vif incarnat sa joue est allumée.
- Dans sa gauche elle tient, elle agite un torchon;
- Et d'un balai poudreux, dont sa droite est armée,
- Semblable à cet acier qui commande une armée,
- Elle ordonne, elle suit les vastes mouvements
- Qui font gémir ces murs jusqu'en leurs fondements.
-
- «Allons, dit-elle à l'un, d'une voix animée,
- _Ébaragnez_ ici, jetez là du _raisson_,
- Avec cette _pannosse_ essuyez ce _pochon_;
- Prenez ce pot de _greube_ et trempez-y ces pattes;
- Ôtez sur ce _tablât_ ces _petoles_ de _rates_.»
-
- À l'autre: «Eh bien, voyons, sans tant _patenocher_,
- Rangez-moi ce _péclet_ que je vois _brelancher_.
- Reclouez ce _liteau_ qui va tout de _bisingue_;
- Ébriquez ce _toupin_, sa _manille_ est en _bringue_.
- Et vous, Jeannette, allons, pour vous _émoustiller_,
- Là-haut, sur ce _placard_ montez vous _aguiller_,
- Et d'un coup d'_époussoir_ ôtez ces _rauferies_.
- Près de ce _benaîton_ que vois-je _bambiller_?
- C'est un _guindre_ entouré d'un tas de _truieries_.
- Vite redescendez. _Avantez_ ce _coissin_;
- Cette _c[)a]sse_ est gâtée, il faut chez le _magnin_
- La porter ce _tantôt_..... Ah! le vilain négoce!
- Tout devrait être fait depuis que je _bregausse_:
- Mais avec ces _patets_ j'en ai jusqu'à demain.»
-
- Puis, comme j'approchais, ma pétulante hôtesse:
- «Ah! Monsieur, pardonnez, si, dès le grand matin,
- Dans cet appartement tout est mis en _cupesse_,
- Tout est _écalabré_, mais j'ai les _remueurs_.»
- À ce mot, la gaîté fait place à mes frayeurs,
- Et contant à Fanny ma risible épouvante,
- Je dérobe un baiser sur sa bouche avenante,
- Et je cours tout joyeux, rengaînant mon fer nu,
- Achever à loisir mon somme interrompu.
-
- GAUDY.
-
-
-
-
-DIALOGUE SUR LA RESTAURATION DE 1814,
-
-ENTRE
-
-LAMBOTEAU ET DELESDERNIER.
-
-
-_Lamboteau._ Ah! te voilà, Deladernier, y a longtemps que je t'ai pas
-vu. Qu'est-ce que tu as? Tu as l'air tout moindre.
-
-_Delesdernier._ Je ne sais pas; depuis tout ce gandin de cet hivaire,
-je vais tout crevotant, j'ai une peine de mâlevie à me rapicoler.....
-Ah! si les mâzilles allaient encore, ce ne serait rien, mais ces
-sacrés kaiserliques n'ont pas laissé sistance à la maison.
-
-_Lamboteau._ Voui! Plains-toi, un pauvre gratte-loton, comme moi, qui
-en ai eu une tapassée le premier soire, et à qui on en flâne deusse
-ensuite tous les quinze jours. Dieu me damne! quelle avaloire! Ma
-femme leur fesait à dîner une puissante galimaufrée de polmons et de
-froissures et un jaire de veau, avec une bonne platelée de tufèles
-bien diotues; c'était plus vite en bas la gargataine qu'on y avait vu,
-et puis des tinquets de fromage et de tomme, la pare et tout, et puis
-la soupe le matin, et puis le riquiqui..... Non, on ne fait pas une
-idée de la vicaille qui s'est galiaufrée chez nous depuis trois mois.
-
-_Delesdernier._ Moi, les miennes ne bouffaient pas autrement, mais
-c'étaient bien les plus fiares gouillards!.... Tu sais bien ce lard
-que nous avions tué par ensemble avec Bosson et Livache; j'avais
-encore un couple de longeôles avecque deux jambettes à la cheminée,
-superbes, y n'y en reste ni riffle ni raffle!.... Mais ce que je
-regrette le plus encore, c'est une demi-douzaine de bouteilles de
-sarvagnin de la comète, que j'avais mises à coin pour me rabaubiner un
-peu l'estomaque, que ces sacrés bouchards m'ont fioulées; et puis à
-présent qu'on a besoin de se refaire de quèque chose, y faut qu'on
-boive de la tatouille du cabaret. Mais c'est qu'y sont gouillards et
-cochons tout à la fois..... Allons! mouche avec les doigts comme des
-capucins; et puis des clâmauds par terre qu'y vous acrasent avec le
-pied..... Dieu me damne! s'y n'y avait pas des fois de quoi
-dégobiller!... et puis une odeur de gonvé sur eusse. Quant ils ont eu
-déboulé, j'ai vite ébaragné et écalabré par leur chambre; eh bien!
-quoique ça, y a pué encore le bocan pendant huit jours dans toute la
-maison. Mais enfin, Dieu marci! nous voilà, une bonne fois pour
-toutes, débarrassés de ces sacrées sangsuies.
-
-_Lamboteau._ Voui, c'est des sangsuies, c'est vrai, mais y faut bien y
-dire aussi, quante l'on n'a une maladie, y faut une purge ou une
-saigne, et je crois que c'était une maladie qui comptait que ces
-gabelous et ces rats de cave.
-
-_Delesdernier._ Et la conscription!... Non, tiens, quante je pense
-qu'y aurait fallu que mon Jaquet tire cette année! un enfant châcholé
-et flaironné par sa mère comme cetui-là!... y n'y aurait pas fallu
-trois semaines de sarvice pour le flanquer à plat de lit, au ranco
-dans une hopitale. Non pas à présent que toute cette sacrée parade est
-finie, comme il est assez dégruffé, je m'en vais vous le pousser
-farme dans la chiffre, pour sarcher ensuite à le placer dans quèque
-bon commarce d'espiceries ou de crincaillerie.
-
-_Lamboteau._ Dis voir, et tous ces nants de braille, comme y vont être
-figeau de tout ça?
-
-_Delesdernier._ Et toute cette cassibraille de gratte-papier qui vont
-être d'obligés de vanner.
-
-_Lamboteau._ Et cette damnable pardition de loto qui ne pompera plus
-nos ag-nettes.
-
-_Delesdernier._ Et le câfé qu'on va avoir bientôt aussi bon marché que
-les faviolons..... Ma sacré gouillarde de femme ne viendra plus me
-triôler, et me tirer de sous les ongles la moitié du çan mienne pour
-pouvoir se flâner ses deux écuelles dessus la conscience tous les
-jours que le bon Dieu a criés.
-
-_Lamboteau._ Et dis voir, as-tu entendu sonner cette retraite hier à
-soire? Dieu me damne! si au premier coup de cloche je ne me suis pas
-tout sentu remuer la farâ.
-
-_Delesdernier._ Et moi, quante j'ai revu en n'haut des affiches la
-clef de la cave avec notre moitié de poulet, si je n'étais pas pour
-faire des cupesses au beau milieu de la rue.
-
-_Lamboteau._ Crois-tu, toi, qu'on mangera les greffions des
-pronmontions avec plaisir cette année, quante l'on reverra Monsieur le
-Premier redonner les prix à tous nos ourious comme du temps du bon
-glu.
-
-_Delesdernier._ As-tu vu nos brecaillons avec leur nouvel uniforme
-comme ça vous a le fion! Je les ai rencontrés sur les ponts de Neuve
-comme y se renvenaient de l'exarcice. Y sont encore mieux retapés, au
-moins, que nos anciens volontaires avec leur queue à ras le cochon et
-leurs petits chapeaux de biscôme. Et ce sacré crottu de Favre, ce
-n'est pas le plus crouye de tousse au moins, quante y a son habit bien
-aboutonné, avecque sa gravate noire et poudré à blanc. C'est qu'y
-n'est ni jartou ni gambion cetui-là, quante même c'est un ancien
-Genevois, et j'en ai bien vu quèque z'eunes qui le reluchaient et
-joliment, en passant sous la Corraterie.
-
-_Lamboteau._ C'est bien à présent qu'on peut dire avec le père Ch....:
-_Lustucru, mon cher compère?_ ou bien: _No le veyains revegni ce temps
-pleysans tant allégre._
-
-_Delesdernier._ Ah! je t'en réponds. Y en a bien encore quèque z'uns
-de ces fichus avenaires qui ont toujours à gongonner et à raufer sur
-tout, quoi qu'on fasse, qui regrettent encore qu'on ait déguillé
-Bonaparte, et qui vous disent encore comme ça: Voui, vous êtes frais
-avec votre ritournelle. A présent que vos gros sont remontés sur leur
-bête, vous allez les voir fiars comme des boques, qui vont sarcher à
-acraser la bourgeoisie plus que jamais. Moi je dis que non. Les gros
-et les petits ont eu leur pide chacun, on est las de se marmanger et
-de ronger le fêlin. Y n'y a plus ni nâtifs, ni grimauds, ni habitants,
-ni corniauds, ni englués, ni emmardés; y n'y a plus que des bons
-Genevois (saufre pourtant ceusse qui ont mis la main au copon, au
-moins), et je parie, moi, qu'à la première tampoune qu'on fera pour la
-paix, nous verrons encore Des Arts ou Gourgasse danser avecque les
-péclotiers autour du bourneau de Saint-Jarvais.
-
-À çà! Adieu, Lamboteau, adieu, m' n'ami, je m'en vais au sarcle faire
-un conchon avec Mottu et Jaquin qui m'attendent. Adieu, à revoire.
-
- M......, docteur.
-
-
-
-
-
-End of the Project Gutenberg EBook of Nouveau Glossaire Genevois, tome 2/2, by
-Jean Humbert
-
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-Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
-and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
-works. See paragraph 1.E below.
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-or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
-Gutenberg-tm electronic works. Nearly all the individual works in the
-collection are in the public domain in the United States. If an
-individual work is in the public domain in the United States and you are
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-
-Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm
-
-Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
-electronic works in formats readable by the widest variety of computers
-including obsolete, old, middle-aged and new computers. It exists
-because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
-people in all walks of life.
-
-Volunteers and financial support to provide volunteers with the
-assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
-goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
-remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
-Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
-and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
-To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
-and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
-and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.
-
-
-Section 3. Information about the Project Gutenberg Literary Archive
-Foundation
-
-The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
-501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
-state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
-Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
-number is 64-6221541. Its 501(c)(3) letter is posted at
-http://pglaf.org/fundraising. Contributions to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
-permitted by U.S. federal laws and your state's laws.
-
-The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
-Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
-throughout numerous locations. Its business office is located at
-809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
-business@pglaf.org. Email contact links and up to date contact
-information can be found at the Foundation's web site and official
-page at http://pglaf.org
-
-For additional contact information:
- Dr. Gregory B. Newby
- Chief Executive and Director
- gbnewby@pglaf.org
-
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-Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
-Literary Archive Foundation
-
-Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
-spread public support and donations to carry out its mission of
-increasing the number of public domain and licensed works that can be
-freely distributed in machine readable form accessible by the widest
-array of equipment including outdated equipment. Many small donations
-($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
-status with the IRS.
-
-The Foundation is committed to complying with the laws regulating
-charities and charitable donations in all 50 states of the United
-States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
-considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
-with these requirements. We do not solicit donations in locations
-where we have not received written confirmation of compliance. To
-SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
-particular state visit http://pglaf.org
-
-While we cannot and do not solicit contributions from states where we
-have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
-against accepting unsolicited donations from donors in such states who
-approach us with offers to donate.
-
-International donations are gratefully accepted, but we cannot make
-any statements concerning tax treatment of donations received from
-outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.
-
-Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
-methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
-ways including checks, online payments and credit card donations.
-To donate, please visit: http://pglaf.org/donate
-
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-Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic
-works.
-
-Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
-concept of a library of electronic works that could be freely shared
-with anyone. For thirty years, he produced and distributed Project
-Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.
-
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-Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
-editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
-unless a copyright notice is included. Thus, we do not necessarily
-keep eBooks in compliance with any particular paper edition.
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-Most people start at our Web site which has the main PG search facility:
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- http://www.gutenberg.org
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-This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
-including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
-Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
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